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Réfer. : 0420 .
Auteur : Dujols (de Valois) Pierre & Antoine.
Titre : Les Nobles Ecrits.
S/titre : Le Mutus Liber, La Chevalerie, Valois contre Bourbons...

Editeur : Le Mercure Dauphinois. Grenoble.
Date éd. : 2000 .
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**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****




L E S___N O B L E S___E C R I T S DE PIERRE DUJOLS ET ANTOINE DUJOLS DE VALOIS
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Dans la même collection

Ces hommes qui ont fait l'alchimie au XXe siècle.
La Génération et Opération du Grand-Oeuvre pour faire de l'or (manuscrit peint du début du
XVIIe s.).

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L E S___N O B L E S___E C R I T S

DE PIERRE DUJOLS ET ANTOINE DUJOLS DE VALOIS



LE MUTUS LIBER LA CHEVALERIE (inédit) VALOIS CONTRE BOURBONS LA REGENERATION DE LA VIGNE

PRECEDES D'UN TEXTE DE HENRI LA CROIX-HAUTE


Le Mercure Dauphinois --------------------------- Geneviève Dubois
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(C) Editions Le Mercure Dauphinois, 2000 Geneviève Dubois 8, rue d'Alsace 38000 Grenoble - France Tél/Fax 04 76 47 36 06 E-mail genevieve.dubois@wanadoo.fr
ISBN : 2-913826-02-4
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Ce recueil de textes est dédié aux petites-filles de Pierre Dujols : Colette Malye-Hernandez et Jeanne de Mijolla.
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Sommaire
Henri La Croix-Haute
Pierre Dujols et son frère Antoine Dujols de Valois......................................... 11

Geneviève Dubois
Eléments biographiques des Dujols de Valois................................................. 17

Pierre Dujols (Magophon)
Le Mutus Liber et son Hypotypose............................................................ 19

Pierre Dujols
La Chevalerie............................................................................... 55

Antoine Dujols
Valois contre Bourbons...................................................................... 103

Antoine Dujols
La régénération de la Vigne................................................................. 137
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Pierre Dujols et son frère Antoine Dujols de Valois
Henri La Croix-Haute

Pierre Dujols, libraire et éditeur à la « Librairie du Merveilleux », 76 rue de Rennes à Paris (1), avait trouvé dans sa bibliothèque de sciences ésotériques le remède au mal de vivre si pertinemment
exprimé au XVIIe siècle par Françoise de Motteville : « Je suis lasse et fort rebutée du monde ; je
méprise tout ce qu'on y estime et abhorre l'iniquité dont il est rempli. Tout y est vain, inutile... si
bien que si jamais je puis me voir dans nos bois, la solitude assurément sera le plus grand de mes
plaisirs (2). »

Dans sa recherche métaphysique Pierre Dujols affectionna cette solitude au milieu de ses livres et après que les ans eurent usé ses forces, au manoir de Larroque-Toirac à l'allure altière de
légende sur les rives du Lot. Cet isolement volontaire des nécessités parisiennes fit de lui un maître
à penser, qui enseigna selon la tradition socratique, sans revendiquer une paternité illusoire du résultat
de ses études et méditations ; il savait que rien ne nous appartient sur cette terre.
Au très haut degré de connaissance où il était parvenu, il est indiqué de se rappeler un symbole mystérieux des Rose-Croix, « espace spirituel où vivent les initiés à l'Invisible (3) » : le pélican
dont les petits mangent le coeur, le tout surmonté de la croix du sacrifice. Cette représentation énigmatique
conduit au proverbe cité par Jésus-Christ et relaté par saint Jean : « Autre est le semeur, autre
est le moissonneur [...] d'autres ont travaillé et vous avez profité de leur travail (4) » Il s'ensuit le
corollaire que celui qui profite se doit de citer ses sources afin d'éviter la malédiction ; de multiples
exemples viennent à l'esprit : la décevante aventure de John Dee, la mort tragique de Delormel, la
première traversée de la Manche par avion, la fin alcoolique de Jean-Julien Champagne (5),...

La phrase d'Albert-Marie Schmidt à propos de Paracelse s'applique à la recherche inlassable de Pierre Dujols dont l'érudition fut encyclopédique : « Les formules de l'Art ne sont pas toutes
conservées dans une même localité par un seul archiviste [...] il faut s'enquérir des lieux où on les
garde, les recueillir, les comparer entre-elles, les compléter et digérer l'ensemble (6). »
En astrologie, il avait retenu d'Origène et Agrippa, que « toutes les étoiles obéissent au Commandement Divin ». Conscient d'être un pèlerin sur la terre, il plaçait son espérance de vérité
dans l'Invisible. Il avait saisi la différence entre la science orientée vers la quantité, la masse, la
statistique, le hasard et la Science occulte ouvrant sur la qualité, l'individuel, la compensation des
contraires, la Providence.
Féru de grec et de latin, ses connaissances des philosophies antiques et médiévales et son esprit critique armé d'une vaste culture et du droit sens, lui permettaient de commenter avec objectivité
le florilège des livres retenus dans son catalogue portant en sous-titre « Bibliographie générale
de l'Occulte ». De nombreux alinéas en furent recopiés littéralement sans indication de références
dans les livres publiés par d'autres depuis sa mort.
L'alchimie fut son violon d'Ingres ; il ne cessa de la pratiquer dans son laboratoire jusqu'en

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1 La Librairie du Merveilleux fut transférée en août 1913, 43 rue de Fleurus, puis vendue en 1916.
2 Mme de Motteville (1621-1689), « Correspondance » in Mémoires de l'Histoire de France, X, 4-5, Paris, 1838.
3 Lewis Miller, Bulletin des Polaires, Paris, 1934.
4 Evangile de saint Jean, IV, 37-38.
5 Geneviève Dubois, Fulcanelli dévoilé, Dervy, 1992.
6 Albert-Marie Schmidt, Paracelse ou la force qui va, Plon, 1967.

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Eléments biographiques des Dujols de Valois
Geneviève Dubois

Antoine Dujols vint au monde un 24 août 1845 à 8 heures au lieu-dit Lasserre, dans la commune de Saint-Illide. Ce petit village du Cantal, au climat fort rude, n'était pas très éloigné de Salers
où l'arrière grand-père d'Antoine avait été confié nourrisson à un couple de vacher qui l'avait
adopté : les Dujols. Cet enfant était en fait Henri Charles Louis d'Usson d'Auvergne, prince de
Valois et des circonstances dramatiques avaient décidé de son destin.
François Dujols, le père d'Antoine, âgé de 22 ans exerçait le métier de cordonnier. Antoinette Lapeyre, sa mère, avait alors 26 ans.
Neuf ans après, le 1er janvier 1854 Marguerite naîtra mais décédera 7 jours après. Il faudra encore attendre huit ans pour que naisse Pierre Léon Dujols un 22 mars 1862 à trois heures. Son père a 40 ans et sa mère 44. Dix-sept années le séparent de son frère.

Dans la même région, à Mauriac, dans les années 1835, Claude-Sosthène Grasset d'Orcet, très souvent cité par Pierre Dujols, passa ses plus tendres années. Celui qui, devint un grand savant
en cryptographie, retrouvant le secret de cet art, avait un grand-père maître de forges à Allevard dans
le Dauphiné. En effet, sa famille paternelle était originaire de ce lieu fort connu pour ses mines de
fer appartenant aux Chartreux. D'ailleurs, Nicolas Lemery, dans son indispensable cours de chimie
publié en 1757 cite les mines d'Alvar comme produisant un minerai de fer mélangé à une pierre
blanche.
En 1900, Grasset d'Orcet meurt. Quelques années après, par une coïncidence curieuse, l'alchimiste et adepte Henri Coton disciple de Pierre Dujols accola « Alvart » à son nom qui devint
pour la postérité Coton-Alvart...

La famille Dujols quitta le Cantal pour une région plus clémente et s'installa à Marseille, près de l'étang de Berre. Pierre (qui était un excellent nageur) le traversait avec facilité. Il est inscrit alors
au collège des Jésuites d'Aix-en-Provence où il fait d'excellentes études classiques, notamment en
grec, ce qui lui fut une aide précieuse dans ses recherches alchimiques et sur la Tradition. Il exerça
ensuite le métier de journaliste à Marseille puis à Toulouse. Avec son ami Alexandre Thomas il
racheta la Librairie du Merveilleux fondée par Chamuel et tous deux s'installèrent 76 rue de Rennes
dans le 6e arrondissement pas très loin du fameux Temple de l'Amitié, rue Jacob, où Nathalie
Clifford-Barney (1) tenait salon. En 1887 Pierre Dujols avait épousé Marie-Louise Charton qui avait
la particularité de faire des rêves prémonitoires. Elle était très belle avec, malgré sa jeunesse, de très
longs cheveux blancs. Sa famille était d'Hennebont en Bretagne (2). Elle organisait chez elle des


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1 Lire à ce sujet Jean Chalon, Chère Nathalie Barney, Flammarion, Paris, 1992. Ce Temple de l'Amitié était un petit édifice
maçonnique qui se trouvait dans le jardin de la maison de Nathalie Clifford-Barney ; il est encore visible de nos
jours. Eugène Canseliet prétendait que Fulcanelli habitait pas loin du Temple de l'Amitié.
2 Là aussi, nous trouvons une référence à Fulcanelli. En effet, Eugène Canseliet raconta que ce dernier possédait une
bague représentant un baphomet qui provenait du père abbé du monastère cistercien d'Hennebont.

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soirées musicales, car Pierre Dujols était un grand mélomane et possédait une superbe voix. Ils
eurent deux filles, Yvonne et Marguerite et deux petites filles.
Pierre Dujols était considéré par son entourage comme un sage. Dans un ouvrage de Louis Buzzini (3) sur l'oeuvre maîtresse d'Elémir Bourges (1852-1925) intitulée La Nef on peut lire : « Elle
(l'admiration) ne fut pas moins profonde que celle d'un autre ami d'une vaste culture, M. Dujols de
Valois, particulièrement qualifié comme l'abbé R. Simeterre pour pénétrer la grandeur et la profondeur
de l'oeuvre. Sur sa demande, je lui lus à Orsay où il villégiaturait, intégralement La Nef,
en la faisant précéder du commentaire déjà en élaboration. Rompu à la connaissance des langues
mortes et étrangères, de tous les grands livres étudiés à fond, tant au point de vue littéraire que de
la pensée ésotérique et occultiste, Vous m'avez donné, dit M. Dujols de Valois, une des plus grandes
joies de ma vie. Dites à votre maître Elémir Bourges que je l'admire comme l'auteur d'une nouvelle
Divine Comédie... La Nef est un livre digne de la Région des Egaux. Je vois en elle ' le dernier
anneau de la chaîne d'Homère '. »
En 1911, Pierre Dujols tomba malade. Pendant 10 ans il souffrit d'une arthrose qui devait l'emporter le 19 avril 1926. Les 5 dernières années de sa vie, il restera alité, ne pouvant allonger ses
jambes. Elles lui « servaient de pupitre » dira Eugène Canseliet. Pendant sa maladie, la guerre éclata,
son associé Thomas dut partir au front où il fut rapidement tué. La librairie fermera et Madame
Dujols chercha du travail pour subvenir aux besoins de sa famille.

Antoine Dujols, lui, était resté dans le sud de la France. Son opuscule Valois contre Bourbons fut publié en 1879. En 1888 il habitait une maison 43 boulevard du Nord où il cultivait la vigne.
Célibataire, il vivait avec sa mère qui ne parlait que le provençal. En 1889, il se présenta aux élections législatives mais fut battu. On le méprisa parce qu'il était facteur des postes. Le 12 juillet 1892,
il décéda d'un cancer à Salon de Provence âgé de 49 ans. Il était réputé pour ses dons de guérisseur
attestés par la notice nécrologique qui parut dans le journal L'Avant-Garde de Provence : « Monsieur
de Valois que nous avons connu et estimé, vient de mourir à Salon dans les sentiments de la plus
grande foi, après une longue et douloureuse maladie. Les phtisiques auxquels il avait consacré une
partie de sa vie toute de dévouement, perdent en lui non seulement un ami mais aussi un guérisseur.
Témoin de plusieurs guérisons que nous avons considérées comme des résurrections, notre conscience
nous fait un devoir de le déclarer publiquement. Nous prions son frère et sa mère d'agréer
l'expression la plus sincère de nos compliments de condoléances. »


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3 Louis Buzzini, Elémir Bourges, histoire d'un grand livre « La Nef », éditions du Pigeonnier, Paris, 1951.

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L E L I V R E D'I M A G E S
S A N S P A R O L E S

(MUTUS LIBER)


OU TOUTES LES OPERATIONS DE LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE SONT DECRITES ET REPRESENTEES -------
Réédité d'après l'original et précédé d'une Hypotypose explicative par MAGOPHON
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LIBRAIRIE CRITIQUE Emile NOURRY 62, rue des Ecoles, 62 -- PARIS (5e)
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HYPOTYPOSE


Ce titre, bien qu'il y paraisse, n'a pas la moindre prétention. Il est tout à fait technique, le seul convenable et génuine au sujet, car il trace, dans sa concision, le plan de notre étude. Une hypotypose
(de υπο sous et Τυπος empreinte, emblème) est une explication placée sous des figures
abstraites. Or le Mutus Liber est un recueil d'images énigmatiques.
Il s'est formé autour du Mutus Liber une légende absurde. Une Ecole -- qui n'a d'hermétique que le nom -- a fait à cet ouvrage une réputation d'obscurité impénétrable et, de ce chef, le vénère
comme un sacrement, sans le comprendre. C'est une erreur ; de même que traduire Mutus Liber par
le Livre muet, sans paroles, est un contresens philosophique. Tous les signes adoptés par l'industrie
humaine pour manifester la pensée sont des verbes. Les Latins -- ce mot entendu congrûment --
appellent le dessin, la peinture, la sculpture et l'architecture, au moyen desquels les Hiérogrammates
réservent aux élus les arcanes de la Science, mutoe artes, c'est-à-dire les arts symboliques.
Qu'est-ce qu'un symbole ? Συμβολη est une convention ; Συμβολον, un signe de reconnaissance. Un symbole est donc ce que nous nommons aujourd'hui un « Code », un système tacite
d'écriture adopté pour la correspondance diplomatique, voire commerciale, les communications
télégraphiques, sémaphoriques, etc. Pour un homme illettré, tout livre est mutus. Un volume en
hébreu, sanscrit, chinois, est un mutus liber pour le plus grand nombre, encore qu'ils soient instruits
dans leur propre langue. Il faut donc se faire à cette idée, toute simple, que le Mutus Liber est un
livre comme les autres et qu'il peut se lire en clair, si l'on en possède la grille.
D'ailleurs, les ouvrages d'alchimie, en vers, en prose, en latin, en français ou tout autre idiome, ne sont eux-mêmes que des cryptogrammes. Bien qu'écrits avec les lettres banales de
l'alphabet et le vocabulaire commun, ils n'en demeurent pas moins indéchiffrables pour quiconque
en ignore la clef. A dire vrai, entre les deux procédés stéganographiques, celui du Mutus Liber est
encore le plus transparent, car l'image objective est certainement plus parlante que les tropes littéraires
et les figures de rhétorique, surtout en une matière aussi expérimentale que celle de la
chimie.
En épinglant ces quelques pages de commentaires aux planches allégoriques du Mutus Liber, nous nous sommes proposé, sans quitter le manteau du philosophe, d'en faciliter la lecture, par une
interprétation sincère, aux véritables inquisiteurs de science, probes, patients, laborieux comme les
diligentes abeilles, et non aux curieux, désoeuvrés et frivoles, qui passent leur vie à papillonner
inutilement de livre en livre, sans jamais s'arrêter à aucun pour en extraire la mellifique substance.
Eh quoi ! la grammaire, la géographie, l'histoire, les mathématiques, la physique, la chimie et le reste ne deviennent accessibles qu'après de longs et pénibles efforts, et l'on voudrait entrer au
débotté dans le « Palais du Roi » sans observer les convenances et se soumettre aux lois de
l'étiquette ! Une lecture hâtive et superficielle ne saurait remplacer l'étude austère et grave. Les
sciences profanes elles-mêmes ne sont pénétrables et assimilables qu'à la suite d'un travail soutenu
et prolongé.
On peut nous objecter que l'Université compte d'illustres grammairiens, géographes, historiens, mathématiciens, physiciens et chimistes, mais qu'on n'y signala jamais le moindre alchimiste.
Et si l'agrégé d'alchimie est inconnu, c'est que l'alchimie est une chimère. Cet argument ad
hominem n'est pas sans réplique : Une chose cachée n'est point pour cela inexistante, et l'alchimie
est une science occulte ; nous dirons mieux : elle est la science occulte tout entière, l'arcane universel,
le sceau de l'absolu, le ressort magique des Religions, et c'est pourquoi on l'a appelée l'Art
Sacerdotal ou Sacré.
Il y a dans toutes les croyances imposées au vulgaire au moyen d'une mythologie appropriée : Bible, Védas, Zend-Avesta, Kings, etc., un substratum positif qui est l'assise des sanctuaires
de tous les cultes répandus sur le globe. Ce mystère, reconnu dans le catéchisme comme l'apanage

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des Pontifes -- qui ne sont pas les Dignitaires publics -- est l'alchimie sur tous les plans : physique et
métaphysique. La possession exclusive du sacrarium fait la force des Eglises; aussi veillent-elles sur
le « secret maçonnique » avec un soin inquiet et jaloux, secondées par une police et une censure
ombrageuses.
Nous n'avançons rien au hasard, et cependant ces allégations peuvent sembler gratuites, parce que invraisemblables, attendu que, depuis l'invention de l'imprimerie, les livres hermétiques ont
toujours été publiés librement avec la licence des autorités civiles et religieuses. Et rien, en effet, ne
s'opposait à la diffusion de ces libelles écrits en langues connues, mais en dedans ; à telles enseignes
que les plus grands chimistes de l'Ecole -- de Lavoisier à Berthelot -- s'y sont brisé le front sans
résultat. N'est-ce pas ici le lieu de rappeler la méprisante apostrophe d'Artéfius et les avertissements
hautains des Adeptes qui déclarent, sans ambages, n'écrire que pour ceux qui savent et leurrer les
autres ! Ainsi fait-on parler, le « Christ » dans les Evangiles, et les disciples se modèlent sur le
« Maître ».
Mais, pour être une science cachée, l'alchimie n'en est pas moins une science réelle, exacte, conforme à la raison et, de plus, rationaliste. De tous temps, il, y eut des « faiseurs d'or »; les gentilshommes
verriers, qui jouissaient d'une si haute considération, étaient des hermétistes. Et même
de nos jours, la transmutation opère encore des miracles. A la suite de débats sensationnels et peu
distants, on a laissé dire -- et au milieu de quelle stupeur -- que l'Administration de la Monnaie aurait
saisi, sans forme de procès -- et pour cause ! -- la production d'un alchimiste contemporain: -- « Vous
ne devez pas savoir pouvoir faire de l'or ! » lui dit-on d'un air comminatoire, en le renvoyant les
mains libres, mais vides. Est-il donc défendu d'être savant, ou alors l'alchimie serait-elle un secret
d'Etat ? Cela n'emporterait point cette conclusion naïve que les Ministres qui se succèdent soient au
fait de la Kabale. Les Rois règnent, mais ne gouvernent pas, suivant un aphorisme célèbre. Et il
semble bien, par moment, qu'il y ait encore, dans la coulisse, quelque Eminence Grise qui tire les
ficelles ! Le fameux Galetas du Temple n'est peut-être pas si aboli qu'on le suppose, et il y aurait un
livre surprenant à écrire sur les filigranes des billets de banque et les sigles des pièces de monnaie.
Mais dans ce cas, dira-t-on, pourquoi l'or est-il devenu si rare que la vie sociale en est comme paralysée ? Les espèces ne se sont pas volatilisées, elles se sont déplacées, et il faut attendre qu'elles
reviennent à leur point de départ par mouvement économique inverse. Seulement, une trop grande
lenteur dans ce retour peut avoir des conséquences incalculables.
La politique des peuples est réglée par un pacte métallique secret qui ne peut être violé sans entraîner les plus graves complications internationales. On tirera donc des billets à tour de bras, mais
on ne frappera plus de pièces d'or. Et pourtant, ce n'est point que l'or manque : il s'étale ostensiblement,
et avec quel faste, sur d'innombrables épaules, autour de poignets, de doigts et même de
jambes dont l'élégance et l'esthétique laisse parfois à désirer. Rien ne serait, partant, plus facile pour
l'Etat que d'échanger son papier contre de la matière précieuse et de mettre les « coins » à l'oeuvre.
C'est paradoxal, mais c'est la vérité. Il y a donc à cette éclipse momentanée du numéraire or une raison
profonde fondée sur la sagesse. « Or est qui or vaut », dit un adage. Si la frappe en était licite
aux nations qui ont épuisé leurs réserves normales, la surabondance en entraînerait l'avilissement.
L'étalon fiduciaire n'offrirait plus aucune garantie et équivaudrait à de la fausse monnaie.
L'équilibre financier serait rompu ; ce serait la mort des affaires, la ruine mondiale. C'est pourquoi
la production « naturelle » de l'or est même limitée, si bien qu'on refuse la concession de nouvelles
mines et jusqu'à son extraction à pauvre rendement des sables fluviatiles et autres.
Cependant, l'heure est proche où la Science réclamera intégralement tous ses droits, et où l'Occulte redeviendra manifeste comme il le fut jadis. Le savant Girtaner l'a annoncé en basant son
opinion sur des lois ignorées, mais certaines : « Au XXe siècle, la Chrysopée sera dans le domaine
public. » Cet événement considérable est subordonné, évidemment, à un statut social tout différent
de celui qui nous régit ; mais nous allons fort, le Monde tourne vite, et qui peut prévoir la charte
de demain !

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Toutefois, si l'alchimie se bornait uniquement à la transmutation des métaux, ce serait une science inappréciable sans doute au point de vue industriel, mais assez médiocre au sens philosophique.
En réalité, il n'en est pas ainsi. L'alchimie est la clef de toutes les connaissances, et sa divulgation
complète est appelée à bouleverser de fond en comble les institutions humaines, qui reposent
sur le mensonge, pour les rétablir dans la vérité.
Ces considérations préliminaires nous ont paru opportunes, avant de prendre charitablement le lecteur par la main pour le conduire dans les inextricables méandres du labyrinthe.
Comme notre désir est d'être utile aux chercheurs, mais que nous ne pouvons, en quelques pages, écrire un traité technique, nous devons, avant d'entrer en matière, orienter le disciple vers
l'ouvrage qui semble le mieux correspondre aux figures du Mutus Liber. La plupart des manipulations
indiquées dans ce recueil de symboles se trouvent assez bien décrites, par le plus notoire des
philosophes, dans « L'Entrée ouverte au Palais fermé du Roi » d'Eyrénée Philalèthe.
Ce n'est pas qu'il n'y ait plus rien à y ajouter. Loin de là, au contraire. La pratique de Philalèthe, présentée sous des dehors aimables et persuasifs, compte parmi les fictions les plus subtiles
et les plus perfides de la littérature hermétique. Elle renferme cependant la vérité, mais comme
le poison recèle quelquefois son antidote, si on sait l'isoler de ses alcaloïdes pernicieux. Le cas
échéant, nous signalerons les traquenards à mesure qu'ils se présenteront sous nos pas.
Le Mutus Liber se compose de quinze planches d'emblèmes, les uns véridiques, les autres sophistiques, et disposés dans un de ces beaux désordres qui suivant le précepte de Boileau, est un
effet de l'art.

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Pierre Dujols


La Chevalerie
Manuscrit provenant du fonds ancien de la bibliothèque municipale de Lyon (Ms 5491)
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Ce manuscrit de Pierre Dujols est accompagné d'une lettre adressée au Docteur Gérard Encausse (1865-1916) qui sous le pseudonyme de Papus créa les revues L'Initiation
et le Voile d'Isis. Il fonda le Groupe Indépendant d'Etudes Esotériques qui devint l'Ecole
Hermétique et jeta les bases du Martinisme.
C'est entre les années 1912 et 1916 que Pierre Dujols écrivit à Papus, puisqu'il signale dans cette lettre qu'il ne dispose plus de sa merveilleuse bibliothèque. En effet, « La
Librairie du Merveilleux » qu'il tenait avec son associé Alexandre Thomas (tué dès les
débuts de la guerre de 14-18) avait été fermée en 1912 puis vendue en 1916, lui-même
depuis un an était gravement malade.
Cette lettre fut retrouvée dans les archives de Papus conservées à la bibliothèque municipale de Lyon.
Pierre Dujols fut extrêmement intéressé par la Chevalerie au point de diriger les rituels de l'Ordre du Temple Rénové créé en 1905 par René Guénon avec quelques martinistes
dont l'alchimiste Lucien Faugeron, Alexandre Thomas l'associé librairie de Dujols et
le concierge du 47 rue Denfert-Rochereau où habitait Pierre Dujols.
Lorsque le 19 avril 1926 Pierre Dujols de Valois décéda, il fut enterré dans un cimetière de la région parisienne et sur sa pierre tombale est sculptée une croix du Temple.

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Lettre conservée au fonds ancien de la bibliothèque municipale de Lyon (Ms 5488)
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Chevalerie
L'Histoire n'a vu dans la Chevalerie qu'un ordre militaire destiné à livrer le bon combat. Elle n'a saisi que la forme extérieure, le corps physique de l'institution.
En réalité, la Chevalerie était une organisation très complexe basée sur le ternaire et
comprenait le corps, l'âme et l'esprit.


L'esprit était constitué par un aréopage de hauts initiés, prêtres-philosophes héritiers de la sagesse et de la science égyptiennes des Mages, de Pythagore, de
Platon et des Druides de la Celtique. Ils conservaient dans leur collège les traditions
mystériales de l'antiquité et imprimaient le mouvement à l'organisme par l'intermédiaire
des troubadours et des trouvères. Ceux-ci, bardes, ménestrels, jongleurs,
constituaient le corps médian qui servait de lien entre les deux extrêmes. Ils recevaient
d'en haut la doctrine et la transmettaient en bas au moyen de poèmes et de
chansons allégoriques, dont le sens intime échappait souvent à l'auditoire composé
de la gent bardée de fer, matière rude, grossière, rempart du dogme, qui prenait à
la lettre les belles histoires des poètes et y puisait les vertus et l'héroïsme indispensables
à l'action séculière que devaient accomplir les guerriers de la Corporation.


Sous un aspect un, la Chevalerie était donc triple. Les historiens n'en ont retenu que l'enveloppe encuirassée. Cette enveloppe avait nécessairement la
couleur propre au milieu où elle se développait, c'est-à-

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dire était chrétienne. C'est une loi de nature. Mais le christianisme n'était pas alors
ce qu'il est aujourd'hui et dans tous les cas n'exerçait encore qu'une action relative
sur la société civile. Qu'on ne perde pas de vue qu'au XIe siècle, l'Eglise éprouvait
les plus grandes difficultés à contenir le brigandage des temps féodaux. L'Europe
était un immense coupe-gorge. L'invasion des barbares avait profondément altéré
les moeurs. L'autorité ecclésiastique imposait bien aux puissants barons La Trêve de
Dieu, mais elle devait faire la part de ces lions déchaînés en leur abandonnant trois
jours de la semaine pour leurs nobles rapines. La masse n'était pas davantage
pénétrée par le ferment théologique de Rome et conservait toujours les coutumes,
les usages et les croyances du Paganisme. Jésus-Christ ne faisait guère qu'un dieu
de plus, supérieur sans doute aux dieux de l'Olympe qu'il avait vaincus et détrônés,
mais aussi incompris des adeptes de la foi nouvelle.


Il est donc impossible d'admettre la Chevalerie comme une création réellement orthodoxe. Elle était plutôt un prolongement des ordres équestres grecs et
latins. Tout y trahit du reste, des origines étrangères à la religion qui s'étendait
progressivement sur le pays. Le présent n'est fait que du passé, de même que
l'avenir se compose du passé et du présent. On ne crée pas un monde d'un coup de
baguette féerique. Les choses évoluent lentement et se succèdent par filiation. A la
suite des siècles elles changent de visage. Les générations actuelles ne ressemblent
plus aux générations primitives qui les engendrèrent.


Ce travail de transformation qui échappe souvent à l'historien doit être analysé par le Philosophe.

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V A L O I S
CONTRE
B O U R B O N S


SIMPLES ECLAIRCISSEMENTS AVEC PIECES JUSTIFICATIVES
Par
UN DESCENDANT DES VALOIS
« Ceci est un livre de bonne foi.»








MARSEILLE
IMPRIMERIE COMMERCIALE A. THOMAS ET Cie 11, Rue de la Paix, 11
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Notes introductives au Valois contre Bourbons

Sur le comte de Chambord (lignée des Bourbons)


En 1820, Adrien de Calonne lance une souscription publique pour acheter le château de Chambord construit par François Ier et mis en vente par la princesse de Wagram afin de l'offrir en
cadeau de baptême au petit-fils de Charles X, le duc de Bordeaux. Celui-ci en prend possession en
1870 avec le titre de comte de Chambord.
Dès la chute du second Empire, il fait acte de prétendant et les légitimistes le saluent sous le nom de Henri V.
En 1871 la Commune éclate. Le comte de Chambord héritier légitime du trône, en exil en Autriche, rentre en France. Le 7 juillet de la même année, il retourne en Autriche, à Frohsdorf. En
1873, le comte de Paris le rejoint afin de tenter une restauration monarchique. En effet, les royalistes
étant majoritaires à l'Assemblée, l'accession au trône est assurée mais le comte de Chambord
fait savoir qu'il refuse de renoncer au drapeau blanc au profit du drapeau tricolore. La tentative de
restauration échoue et il décède en exil en 1883.
Lorsque ce livre fut écrit, en 1879, le Général Mac-Mahon était président de la IIIe république.

Sur Antoine Dujols de Valois

A propos de sa candidature aux élections législatives de 1889 (de Valois sur la liste d'Arthur Le Mée fabricant d'huiles, conseiller de Marseille) quelques réflexions lues dans la presse de
Marseille :

Dans La Gazette du midi du 9 septembre 1889, il est écrit : « Quatre candidatures sont posées [...] nous ne comptons pas celle du facteur Valois se disant prince de Valois, et qui aura un peu moins
de succès que Favouille. »

Dans Le Sémaphore du 7 septembre 1889 : « Réunion du vendredi 6 septembre, les électeurs du 8e bureau de vote (rue des abeilles) étaient convoqués à une réunion dans une des salles de la
Brasserie du Chapitre pour l'audition des candidats. L'assemblée entend ensuite M. A. de Valois qui
pose sa candidature comme républicain et qui acceptera le programme que les sections élaboreront. »

Dans Le Sémaphore du 10 septembre 1889 on lit encore : « Monsieur Antoine de Valois qui est candidat dans la 3e circonscription de Marseille se nomme nous assure-t-on de son vrai nom
"Dujol". C'est un ancien facteur des postes, actuellement cordonnier en vieux à Saint-Chamas. Il
prétend descendre de François Ier par le duc d'Alençon frère de François II, de Charles IX et de
Henri III. »

Résultat des élections du 22 septembre 1998 : électeurs 18009, votants 12479, de Valois républicain réformateur, 2.

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Notice nécrologique d'Antoine Dujols de Valois


L'Avant-Garde de Provence du dimanche 17 juillet 1892, hebdomadaire légitimiste, catholique et littéraire publia la notice nécrologique d'Antopine Dujols de Valois décédé le douze
du même mois : « Monsieur de Valois que nous avons connu et estimé, vient de mourir à Salon dans
les sentiments de la plus grande foi, après une longue et douloureuse maladie. Les phtisiques auxquels
il avait consacré une partie de sa vie toute de dévouement, perdent en lui non seulement un
ami mais aussi un guérisseur. Témoin de plusieurs guérisons que nous avons considérées comme des
résurrections, notre conscience nous fait un devoir de le déclarer publiquement. Nous prions son
frère et sa mère d'agréer l'expression la plus sincère de nos compliments de condoléances. »

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V A L O I S
CONTRE
B O U R B O N S
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SIMPLES ECLAIRCISSEMENTS
AVEC PIECES JUSTIFICATIVES
PAR
UN DESCENDANT DES VALOIS
« Ceci est un livre de bonne foi. » -----------------


I

La brochure que nous offrons aujourd'hui au public n'est pas l'oeuvre d'un imposteur. Dégagé de toute ambition, condamné à l'obscurité par un long enchaînement de circonstances, l'auteur n'a pas d'autre prétention que celle de mettre en lumière une question de généalogie
qui ne laissera pas d'intéresser quelques personnes.
En ce moment surtout où les légitimistes d'action cherchent par tous les moyens à galvaniser le cadavre de la monarchie, à cette heure où des Français sans pudeur désignent comme héritier
des droits platoniques de M. Le comte de Chambord ce prétendant espagnol qui a nom Don Carlos,
nous avons pensé qu'il ne serait pas inopportun de retirer de la poudre où ils sont depuis longtemps
ensevelis, quelques parchemins qui ne sont pas sans valeur.
Qu'on ne s'y trompe point : ce n'est pas de politique que nous voulons nous occuper ici. Le sujet même que nous avons à traiter nous forcera parfois de faire une irruption sur ce terrain brûlant,
mais autant qu'il dépendra de nous, nous éviterons de nous y maintenir. Quand nous parlerons de M.
le Comte de Chambord, ce ne sera pas dans le but de saper le principe qu'il prétend représenter.
A quoi bon, après tout ? La démonstration n'est plus à faire de l'absurdité « du droit divin ». Le temps n'est plus où, absorbant en lui une nation tout entière, un monarque pouvait dire, de par droit de naissance :
l'Etat, c'est moi ! ! !
Dieu merci ! nous sommes loin de cette époque où des courtisans, montrant à un enfant un peuple nombreux s'agitant sous ses fenêtres, lui disaient sans rougir : « Sire, tout cela est à vous ;
vous pouvez en disposer selon votre bon plaisir. »
Non, ce que nous nous sommes proposés en écrivant cet opuscule, ce n'est pas de démontrer ce qui apparaît plus lumineux que la clarté du jour : que les hommes ne sont pas nés pour être des
objets transmissibles par succession, donation ou autrement.
Nous avons encore moins songé à discuter la question de la prédestination : il est des choses qui ne souffrent pas la discussion.

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A. DE VALOIS


LA
R E G E N E R A T I O N

DE LA VIGNE
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ETUDE VITICOLE
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PRIX : 50 CENTIMES
Par la Poste : 60 CENTIMES



A MARSEILLE
Chez l'Auteur, 43, Boulevard du Nord, 43 Les principaux Libraires ---
Tous droits réservés
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Note de l'éditeur
Vers 1860, le phylloxéra, minuscule puceron, fut introduit en France avec des plants importés des Etats-Unis. Tout le vignoble fut contaminé et plus de la moitié des vignes furent détruites. La
meilleure protection contre ce fléau consiste à greffer des cépages indigènes sur des plants américains.
C'est ainsi que fut reconstitué le vignoble français.

A l'époque, Antoine de Valois habitait 43 Boulevard du Nord à Marseille ; le 43 a disparu mais on peut encore voir des vignes dans ce quartier qui a gardé une fraîcheur campagnarde.

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La Régénération de la Vigne
I
La culture de la vigne remonte au premier âge du monde, suivant l'écriture sainte. Le vin, comme libation, figure dans toutes les solennités religieuses connues ; il n'y a que les musulmans
qui l'ont proscrit et, pourtant, ils boivent de l'alcool, principalement l'absinthe ; il est vrai que
Mahomet n'avait pas prévu, dans sa sagesse, ces produits nouveaux et leurs tristes effets.
Les Egyptiens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Romains, cultivaient les vignes, dans leurs colonies. Les peuples d'Afrique les travaillaient avec soin. Il est indubitable que
leurs successeurs, à douze cents ans de distance, les imiteront.
Les écrits d'Orphée, d'Homère, de Moïse font connaître que, dans leur pays, la culture de la vigne était ancienne. Bien avant Noé, on buvait certainement du vin, car l'ingénieuse invention d'un
art comme celui de la fabrication ne se produit pas instantanément.
Dans tous les cas, le déluge n'avait pas détruit la vigne. Les Chinois, du temps de leur roi Yu, 4200 ans avant Jésus-Christ, la cultivaient. Mais on ne sait pas s'ils avaient des moyens de détruire
les insectes nuisibles, si productifs pour nos chimistes industriels.
En l'an 92 de notre ère, une disette, causée par le déclin de l'agriculture, ayant éprouvé les Romains, l'empereur Domitien en accusa l'extension des vignes, et prescrivit qu'on en arrachât la
moitié, dans la province d'Afrique. Cet édit ne fut rapporté qu'en 280, par Probus, en faveur des
Gaulois. Il est présumable que nos gouvernants ne rendront pas, au moins de longtemps, des décrets
aussi pitoyables.
Mais, si ces derniers sont plus tolérants, et, si même ils font, toutefois, quelques efforts pour favoriser la Culture d'un Arbuste aussi précieux, un terrible agent dévastateur, autrement redoutable
que Domitien et ses arrêts, livre à la vigne une guerre sans relâche. Guerre sans trêve ni merci, qui
menace de la ruine les contrées les plus fertiles en produits de cette espèce. Nous voulons parler du
Phylloxéra et de tous ses dérivés.
Il y a quarante ans, la France se faisait remarquer, entre toutes les puissances de l'Europe, par l'étendue et la richesse de ses vignobles, et par la qualité supérieure de ses vins.
La statistique officielle portait à son actif jusqu'à 2.400.000 hectares -- c'est-à-dire deux fois plus à elle seule que tous les états Européens réunis. On peut, sans être taxé d'exagération, en conclure
que la liqueur vermeille était de l'or liquide qu'on mettait en bouteilles.
Mais, hélas ! où est aujourd'hui cette florissante situation qui, un moment, avait transformé notre chère patrie en Pérou, en pays de Cocagne, en Eden ?
Depuis, tous les désastres se sont abattus sur nous, avec une ténacité dont on ne trouve que de rares exemples dans les épisodes les plus douloureux de notre histoire. A des revers, d'ordre absolument
intime, sont venus s'adjoindre des fléaux inexpugnables qui ajoutent aux désordres d'une
situation troublée, les souvenirs des plus mauvais jours de Byzance.
Sur 2.400.000 hectares de vignes, faisant notre richesse, après avoir perdu plus de 600.000 hectares, il ne nous en reste à peine que 1.800.000 ; et encore, sur ces derniers ne conservons-nous
que des pressentiments sinistres qui frappent d'inertie les meilleures volontés, et immobilisent l'outil
salutaire, entre les mains du viticulteur désespéré.
Devant cette situation lamentable, la science a élevé la voix et a fait appel à ses disciples les plus fidèles et les plus éclairés.

Agriculteurs, instruits par une longue pratique, viticulteurs émérites, agronomes distingués, savants chimistes, praticiens, professeurs de toute école et de tous pays ont mis la main à l'oeuvre
pour arracher au fléau dévastateur cette grasse proie qui mieux que « le labourage et le pâturage,
constitue les deux mamelles de la France ».
Mais, c'est en vain qu'on attend les résultats prévus. L'Epidémie fauche toujours impitoyablement
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devant elle, et l'on considère avec désolation la cure de la vigne comme une utopie, ou la
pierre philosophale du XIXe siècle.
Le gouvernement, il est vrai, pour viriliser les courages, a promis de mirifiques récompenses aux chercheurs infatigables, dont les investigations pourraient amener des résultats indéniables,
couronnés d'une guirlande de succès non interrompus. Mais la routine administrative entrave les
meilleures volontés, si elle ne les décourage pas, et la vigne, comme frappée de malédiction, semble
aller se desséchant, sous un souffle délétère et fatal.
Pendant que l'insecte ravage la vigne, les commissions départementales dévorent le budget affecté à la médication de ce choléra végétal ; tandis que, sans dépenses aucunes, sans débours, sans
procédés d'aucune sorte, plus ou moins onéreux, on peut parvenir au but si ardemment désiré et
poursuivi, sans jamais être atteint.

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II
Quels sont aujourd'hui les résultats préconisés par les rhéteurs de la viticulture ? Nuls ou contestables ! ! !
On a essayé des engrais puissants qui n'ont apporté qu'une amélioration, sinon à la vigne, du moins à la bourse de quelques habiles industriels.
On a fait valoir des agents toxiques contre l'invasion phylloxérique : la vigne ne s'en trouve pas mieux, peut-être plus mal et l'état morbide, loin de demeurer simplement stationnaire, fait
chaque jour des progrès effrayants.
Et pourtant, à entendre tous nos Fontanaroses contemporains, les huiles de schiste, de pétrole, les acides phéniques, purs ou impurs, le coaltar, la terre coaltarée, les huiles lourdes, les résidus
du gaz et autres matières, composées ou non, devaient atteindre l'implacable insecte et le frapper de
malemort. Comme pour ajouter l'insulte à la voracité, celui-ci, narguant chimistes diplômés et
empiriques, multiplie ses ravages avec une rage incontestée et incontestable.
Pas plus que les ammoniaques ou l'hydrogène sulfuré, les sels marins, les sels de potasse, la chaux, le polysulfure de calcium, mélangés ou non à d'autres substances, ne pourront mettre un
terme à ces graves désordres.
Loin de là, alors même que ces diverses préparations sont inefficaces à enrayer la contagion, la vigne soumise à un surmenage en règle, dépérit graduellement et finalement succombe.
Si le phylloxéra résiste aux insecticides, comme on a dû s'en convaincre, après plusieurs essais -- malheureusement infructueux -- la science qui, dans sa morgue, veut toujours avoir le dernier
mot, a même outrepassé les limites de la raison et de la rectitude d'esprit qu'elle s'accorde avec tant
de suffisance.
Elle a inauguré un système qui, pour être nouveau, n'a pas été meilleur. Le traitement par le Tabac, le Quassia-amara, la Staphisaigre, le suc d'Euphorbe et autres produits vénéneux d'origine
végétale, n'ont donné aucun résultat ou plutôt en ont donné de désastreux. Absolument empoisonnée,
la vigne n'a pas résisté à ces médications par trop énergiques.
S'il était permis de rire dans une discussion aussi grave, l'hilarité vous sauterait à la gorge lorsqu'on voit l'homéopathie venir charlataniser à son tour et promulguer doctoralement sa méthode
de similia similibus.
Le désarroi, certes, a pu autoriser jusqu'à la démence en fait de spécifiques, et nous nous garderons bien de tourner en dérision ce moyen qui consiste à importer, dans les parages contaminés,
des insectes mangeurs de phylloxéra, techniquement appelés Anthocoris et Aphidiphages.
Toutefois, si ce procédé est au moins bizarre, il en est d'autres qui ne lui cèdent rien en originalité et en outrances.
MM. Planchon et Lichtenstein, n'ont-ils pas proposé de planter des boutures dont les racines fraîches et saines serviraient d'appât pour attirer l'insecte et qu'on arracherait quand elles seraient
couvertes de microbes phylloxériques. Ce système de pêcher le phylloxéra a été nul en même temps
que ridicule.
Mais ce qui dépasse le ridicule et l'outré, en la matière, est le moyen tenté d'intoxiquer l'insecte en faisant arriver le poison jusqu'à lui, par la moelle du végétal. Cette aberration qui consistait
à inciser la vigne et à y couler un poison quelconque, brûlait absolument la sève sans parvenir
à l'insecte.
Tous ces remèdes, pires que le mal, n'étaient heureusement que très rarement employés, car, s'ils eussent été généralisés, nous n'aurions, maintenant, plus de vignes du tout. En effet, tous ces
remèdes divers secondaient l'oeuvre dévastatrice du phylloxéra et épuisaient jusqu'au dépérissement
nos ceps hélas rachitiques et déjà atteints de consomption.

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D'autres traitements, il est vrai plus rationnels et plus pratiques, ont été adoptés avec quelques résultats. Le système d'asphyxie par immersion de M. Faucen est basé sur des expériences assez bien
servies par le succès.
Mais, il est à remarquer que toutes les vignes ne se trouvent pas immergeables, par la bonne raison que toutes ne sont pas à la portée de cours d'eau, même en plaine.
Inutile d'ajouter que tous nos coteaux, qui produisent nos crus les plus estimés, sont par leur altitude et leur situation, absolument privés des submersions hivernales, lesquelles, non seulement
ne donnent pas toujours les résultats attendus, mais affaiblissent considérablement la qualité
supérieure des vins les plus renommés. On pourrait négliger les aphorismes et procéder par des
exemples.
En somme, de tous les moyens, mis en avant, et soumis à l'expérience, aucun n'a répondu aux aspirations des viticulteurs, ni au bien qu'on en disait. Les cépages américains ont envahi nos
champs. On a bien fait, faute de mieux, car entre deux maux, on choisit naturellement le moindre.
Mais, MM. Duclaux, Cornu et Balbiani, délégués de l'Académie des sciences, ont eu beau chercher
le remède efficace, ils y ont oublié leurs X et perdu le peu de latin qu'ils avaient appris, sans le moindre
succès.

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**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
**** A T T E N T I O N ****




Tout ouvrage ne portant pas la griffe de l'Auteur Sera poursuivi conformément à la loi.

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Marseille. -- Imprimerie du Centre, 53, Rue Saint-Bazile.
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