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Réfer. : 0023 .
Auteur : Anonyme.
Titre : La Tourbe des Philosophes
S/titre : .
Editeur : Editions Dervy. Paris.
Date éd. : 1993 .
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**** A T T E N T I O N ****
Ce document étant sujet à droits d'auteur,
n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.
**** A T T E N T I O N ****
La Tourbe
des Philosophes
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Les Classiques de l'Alchimie
Collection dirigée par Geneviève Dubois
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La Tourbe
des Philosophes
Editions DERVY
91, boulevard Saint-Germain
75006 PARIS
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(c) Editions Dervy, 1993
ISBN 2-85076-610-0
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INTRODUCTION
Le texte présenté ici est la première édition
en français moderne de la très célèbre
Tourbe des Philosophes, le texte alchimique le
plus important après la non moins célèbre
Table d'Emeraude.
Il est fort étonnant qu'en cette époque de
renouveau des études hermétiques une
oeuvre majeure ait été si longtemps négligée.
On a vu pourtant, au cours des trois dernières
décennies, s'épanouir moult fleurs
délétères propres à égarer les postulants à la
philosophie d'Hermès, écrits sans valeur ou
pervertis, alors que restaient scellées dans un
latin de moins en moins entendu, même par
l'élite cultivée, les clés majeures de l'art
métallique.
En ce qui concerne les bons livres, nous
espérons pouvoir combler quelques lacunes
et en premier lieu la plus importante,
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6 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
l'absence d'une version de la
Tourbe depuis
l'édition de Salmon, au demeurant tronquée
et insuffisante, remontant au XVIIe siècle.
La présente traduction de la Tourbe a été
faite par un authentique alchimiste, dont
nous tairons le nom. Elle serre de très près le
texte -- donné en double exemplaire par
Manget (1) -- respectant la tradition. Nous n'en
avons donné aucun commentaire, convaincus
que cette oeuvre majeure, même si elle a
été dénaturée par les auteurs arabes, comme
en témoignent les déformations des noms
des philosophes et des matières utilisées,
véhicule l'essentiel de l'ancienne doctrine
tant sur le plan de la philosophie que sur
celui de la pratique.
Nous entendons par ancienne doctrine le
corpus des bons auteurs, dont
l'Artis Auriferae
est un des meilleurs recueils. S'ensuivit une
période de décadence progressive où l'escroquerie
intellectuelle, l'ignorance et les délires
de pseudo Rose-Croix firent plus pour le
rejet par les scientifiques et la disparition de
l'hermétisme que les décrets romains ordonnant,
à l'époque alexandrine, la destruction
de tous les écrits traitant d'alchimie.
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1. Dans sa Bibliotheca Chemica Curiosa, Genève, 1702,
t. 1, p. 445 et deuxième version, p. 480.
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LA TOURBE DES PHILOSOPHES 7
La réintégration des études alchimiques
passe donc par le retour aux plus antiques
et aux meilleurs des textes. La
Tourbe est le
premier d'entre eux. A l'exemple de nos
maîtres, nous assurons notre lecteur que
tout
y est clairement exposé, ajoutant seulement
ceci: le corpus alchimique n'est pas un
recueil de recettes parmi lesquelles réside le
grand secret. C'est une compréhension des
arcanes du monde et un mode de travail. Un
bon cuisinier, quand il sait utiliser les feux,
fait des sauces excellentes avec les ingrédients
souvent peu nombreux dont il dispose.
Les Egyptiens, les Sabéens et les Babyloniens
ont pratiqué l'art métallique et, avant
eux, les forgerons chamans de civilisations
aujourd'hui totalement disparues. Ils ne disposaient
pourtant que de bien peu de chose,
eu égard même à la chimie du Moyen-Age.
Laissez donc là, frères en Hermès, complications
et sophistique, et retournez à ces sources qui,
depuis l'âge de bronze
aes et celui du fer
venu de l'étoile
Sidus, ont abreuvé les enfants
de sapience.
Nous renvoyons le lecteur intéressé par
l'érudition -- elle ne touche cependant que la
forme extérieure du texte et le peu qu'on
.......................................................
L'ASSEMBLEE
DES PHILOSOPHES
Voici l'épître d'Arisleus qui, suivant le but
de ce livre, s'adresse à ceux qui viendront
dans l'avenir pour les instruire par les paroles
des Sages.
Arisleus, fils de Pythagoras, disciple parmi
les disciples, connaissant par la grâce d'Hermès
la science triple, à ceux qui viendront
plus tard et à ceux qui sont encore, salut et
miséricorde.
Je dis que le Maître, la tête des prophètes,
a reçu de Dieu plus de dons et de connaissances
qu'il n'en a été donné à personne
depuis Hermès. Nombreux sont devenus ses
disciples répartis dans toutes les régions
importantes. Il a voulu les rassembler pour
traiter de cet art précieux, afin que leurs
paroles soient la racine du savoir futur.
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22 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
Iximedrus étant du meilleur conseil, il
ordonna qu'il prît en premier la parole. Ce
philosophe commence ainsi:
Discours premier
Iximidrus: « J'affirme que le début de tout
est la nature, et qu'elle se perpétue, s'égalise
et s'adapte à toutes choses. Quand on
regarde les natures et la naissance des
choses, on voit que leur corruption survient
aux temps de leurs termes; elles sont alors
reconnues et nommées. Je vous apprendrai
aussi que les étoiles sont ignées et maintenues
dans les airs et que, sans l'humidité et
la condensation de l'air qui séparent les
flammes du soleil des créatures, celui-ci brûlerait
toute vie. Dieu organise la séparation
par l'air pour ne pas brûler ce qu'il avait créé
sur terre. Ne voyez-vous pas comme le soleil
montant dans le ciel vainc l'air par la chaleur?
Par cet échauffement, la chaleur parvient
jusqu'à l'air placé au-dessus. Et si l'air
ne soufflait pas grâce aux esprits dont les
créatures sont engendrées, le soleil détruirait
toute vie par la chaleur. Mais cette vie est
contenue dans l'air et donc l'air l'emporte en
excellence, car cette chaleur est jointe à sa
chaleur, et son humidité est jointe à l'humidité
@
LA TOURBE DES PHILOSOPHES 23
de l'eau. Ne voyez-vous pas l'eau légère
monter en l'air par la chaleur du soleil qui
survient? Cette chaleur aide l'eau contre la
chaleur.
Et si l'eau ne nourrissait les airs par le
moyen de son humeur ténue, à coup sûr le
soleil vaincrait les airs. Donc le feu dégage
l'humeur de l'eau grâce à laquelle l'air surmonte
le feu lui-même. Par conséquent, le
feu et l'eau sont des ennemis entre lesquels il
n'existe aucune possibilité de conjonction.
Car le feu est chaud et sec, tandis que l'eau
est froide et humide. Mais l'air pour être
chaud et humide les conjoint naturellement
et les met d'accord par l'humidité de l'eau et
par la chaleur du feu. Et ainsi il a été fait
entre eux comme une sorte de moyen de
concordance féconde. Vous tous, considérez
que l'esprit fut fait de la subtile vapeur de
l'air, d'autant plus que la chaleur jointe à
l'humeur fait sortir la subtile substance dont
est issu le vent; il ne peut en être autrement
que la chaleur du soleil, ayant extrait de l'air
cette subtilité, n'en fasse l'esprit et la vie
dans toutes les créatures.
Tout ceci est par la disposition divine; il
en est de même pour les éclairs provoqués
par la chaleur du soleil sortant du nuage.
L'éclair apparaît quand le nuage se lève ».
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24 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
L'assemblée dit: « Tu as bien traité du feu
selon ce que tu sais et, par ton discours, tu as
ouvert ton âme à ton frère ».
Discours deuxième
Exundrus: « Je loue l'air et je l'honore en
accord avec le discours d'Iximedrus,
d'autant que, par lui, l'oeuvre est accompli et
condensé, il dilate, il échauffe, il rafraîchit. Il
se condense quand il est séparé dans le ciel
par l'élongation du soleil. Au contraire, il se
raréfie lorsque, dans le ciel, le soleil exalté le
chauffe et le dilate. De même, une complexion
équilibrée apparaît dans les temps
qui ne sont ni chauds ni froids. Car, suivant
le changement de la règle constitutive de la
disposition, les diverses transformations se
produisent. L'hiver, l'air est donc condensé
lorsque le soleil s'en éloigne, et alors le froid
est ressenti par les hommes. Tandis que l'air
se dilatant, la chaleur nous parvient ».
L'assemblée dit: « Tu as très bien disserté
sur les airs et ce que tu connais d'eux, tu l'as
expliqué ».
**** A T T E N T I O N ****
Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
**** A T T E N T I O N ****
BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES A ETUDIER
EN CORRÉLATION AVEC LA TOURBE
MORIEN. -- C'est un des plus vieux textes, non
dégénéré. Mais il est altéré par des traductions successives
de l'arabe en latin et en français. Bien des
passages sont devenus vides de sens, mais il reste
valable.
SENIOR. -- Ouvrage de base, cité par plusieurs
de ses successeurs. L'AZOTH OU L'OR CACHÉ DES PHILOSOPHES,
attribué à Basile VALENTIN par erreur, est
de portée spirituelle. L'EXPOSITION DE LA TABLE est
plein d'enseignements de grande valeur, malgré son
obscurité qu'on peut dissiper peu à peu. Commenté
par le CONSILIUM CONJUGII.
RIPLÉE. -- Le LIVRE DES 12 PORTES est l'un des
meilleurs ouvrages.
SCALA PHILOSOPHORUM de Guy DE
MONTANOR. Il est presque identique à RIPLÉE, qui le
cite. C'était son contemporain et probablement était-
il en correspondance avec lui. La comparaison des
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170 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
chapitres les éclaire mutuellement. Ces deux auteurs
sont à lire en parallèle.
CLANGOR BUCCINAE. -- Très bon livre, apparenté
en esprit à AVICENNE, à RIPLÉE, au ROSAIRE et à
la MARGARITA NOVELLA de Pierre BON.
BERNARD LE TRÉVISAN. -- Le meilleur des
textes. Aussi bien son petit livre DE LA PHILOSOPHIE
NATURELLE DES MÉTAUX que la lettre qui nous reste et
qu'il adressa à Thomas DE BOLOGNE. Il ne parle que
d'une partie du travail, mais ce qu'il en dit est véridique.
ARTEFIUS-. -- Il existe deux livres sous son nom.
Le premier, qui est imprimé à la suite de FLAMEL et
de SYNESIUS, est instructif pour l'opération. Le
second, intitulé CLAVIS MAJORIS SAPIENTIAE, est purement
métaphysique, et on y a ajouté une rallonge de
mauvaise qualité.
CONSILIUM CONJUGII SEU MASSA
SOLIS ET LUNAE. -- Assez long texte en trois parties
qui commente excellemment SENIOR, le LIVRE
DES TROIS PAROLES, GRATIANUS et certains passages
de la TURBA. A lire et à méditer pour éclairer les passages
difficiles de certains Anciens.
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RESTITUTION
DES NOMS DES PHILOSOPHES
DE LA TOURBE
| ARISLEUS | ARCHELAOS,
|
| | disciple d'ANAXAGORE
|
| IXIMIDRUS | ANAXIMANDRE
|
| PANDOLFUS | EMPEDOCLE
|
| LUCAS | LEUCIPPE
|
| LOCUSTOR, BACOCSUS | PAXAMOS
|
| EXIMENUS | ANAXIMENE
|
| MUNDUS | PARMENIDE
|
| ACSUBOFEN | XENOPHANES
|
| FRICTES | SOCRATES
|
| ZIMON | ZENON
|
| DARDARIS | DARDANOS
|
| BELUS | THALES
|
| ARDARIUS | DARDANOS
|
| GREGORIUS | GREGORIS
|
| DIAMEDES | DIOSCORIDES
|
| BONELLUS | APPOLONIOS
|
| | DE THYANE
|
| AFFLONTUS | PLATON (AFLATUN)
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172 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
| AGADIMAX | AGATHODAIMON
|
| CRANSES | KRATES
|
| EFFISTUS | HEPHAISTOS
|
| IARGUS | GREGORIOS
|
| ASTANIUS | OSTANES
|
| HORFOLIOS | HERACLITE
|
| ARRAS | HOROS - ANAXAGORAS
|
| ACRATUS | KRATES
|
| BALOUS | PELAGIOS
|
Pour les détails de cette restitution, nous renvoyons
à Ruska, op. cit., pp. 23-27. Certaines de ces
restitutions, en dépit de la virtuosité de l'auteur, restent
incertaines.
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NOMS DES CORPS CHIMIQUES
CITES DANS LA TOURBE
Résumé d'après Ruska, pp. 27 et suiv.
| NOM DANS | NOM ARABE NOM GREC
|
| LA TOURBE |
|
| |
|
| ABSEMECH | Al-iturid: galène
|
| EBSEMECH |
|
| EBSEMETH |
|
| EBMICH |
|
| |
|
| ALBAR | Al-abar: plomb
|
| | Mais peut-être à
|
| | rapporter au latin
|
| | Albus. Il s'agirait ici
|
| | de « plomb blanc ».
|
| |
|
| ALCUT | Halazun: coquillage
|
| HALSUT |
|
| ALZOM |
|
| ALZON |
|
| |
|
| ALOCIE | Samg assauka:
|
| ASCOTIE | acacia robinier
|
| |
|
| ATTITOS | Atitas αετιτης
|
| | pierre de l'aigle (1)
|
1 La pierre qu'on trouvait dans le nid de l'aigle, i.e. la sublimation.
Les lapidaires anciens foisonnent en minéraux que les minéralogistes
cherchent vainement à identifier: galactite, lychnis et bien d'autres...
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174 LA TOURBE DES PHILOSOPHES
| BORITIS | Buritas πυριτης
|
| | pierre ignée (2)
|
| CAMBAR | Qinbar-qunbar κιναβαρις
|
| | cinabre (3)
|
| CARMEN | Qirmiz:
|
| CARMEC | kermès
|
| KARNECH |
|
| |
|
| CORSUFLE | Harsufla χρυσοκολλα
|
| | chrysocolle (4)
|
| EFFLUCIDINUS | Afludijanas κλαυδιανος
|
| | Aqludianas claudien (5)
|
| |
|
| ETHEL | Atal, atali αιταλη
|
| ETHELIE | buée, fumée
|
| ETHELIA | du mercure (6)
|
| |
|
| GADENBE | Qadmija καδμια
|
| GADEBE | cadmie (7)
|
| |
|
| GELDUM | χελιδονιον
|
| | chelidoine
|
| |
|
| IKSIR | Al-iksir ξνριον
|
| IXIR | poudre (8)
|
| YESIR |
|
2. Celle qui brille dans l'obscurité. Cf. Le Trévisan.
3. Appelé « divin » par les Chinois. Il est effectivement un sulfure de
mercure, mais pas celui de la chimie vulgaire -- pardon, classique.
4. La pierre chrysocolle, mais aussi se dit de tout corps soudé à l'or
avec l'intervention du borax.
5. Un alliage métallique.
6. Mais aussi cendre et étincelle.
7. A rapporter au groupe symbolique du héros thébain Cadmus, mais
surtout à Kadmilos, Hermès en Tyrrhénie. Cette racine est liée aux dieux
cabires.
8. Idée de sécheresse. Par abus de langage, un élixir est toujours vu
aujourd'hui comme une sorte de liqueur! Le véritable élixir est chaud et
sec.
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LA TOURBE DES PHILOSOPHES 175
| KENCKEL | κογχυλιον (9)
|
| KUHUL | Kuhl
|
| | antimoine
|
| MARDECK | Martak:
|
| | massicot
|
| |
|
| MUCAL | Mugl βδελλιον
|
| MUCHAL |
|
| |
|
| MUCRA | Mugra:
|
| | glaise
|
| |
|
| RANDERICH | Sandarih σανδαρακη
|
| SENDERICH | sandaraque orpiment (11)
|
9. κογχυλιον est le coquillage dont on tire la pourpre.
10. Palmier et gomme qu'il sécrète. Le tout est de savoir de quelle
sorte de palmier il est question!
11. Très classiquement arsenic rouge et couleur rouge qu'on extrait
de cet arsenic (une teinture en quelque sorte).
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Cet ouvrage
a été achevé d'imprimer
par l'Imprimerie Sagim
sur système Variquik à Courtry
en octobre 1993
pour le compte des Editions Dervy
Imprimé en France
Dépôt légal: octobre 1993
N° d'impression: 522
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L'alchimiste Bernard Le Trévisan nous dit,
dans son Livre de la Philosophie Naturelle des Métaux,
qu'il chercha en vain pendant de nombreuses années
et qu'il découvrit enfin dans La Tourbe des Philosophes
des instructions qui l'éclairèrent: « et le dit livre m'instruisit
fort et me délivra de mes sophistications et ouvrages
errants... ».
La Tourbe des Philosophes aurait été rédigée probablement
entre le XIe et le XIIe siècle et fut imprimée
pour la première fois à Bâle en 1572 dans l'Artis
Auriferae.
L'ouvrage que nous vous proposons ici est la
première édition intégrale en français de cette très
célèbre étude hermétique. Cette traduction a été faite
d'après le texte latin de la Bibliotheca Chemica Curiosa
du médecin genevois Jean-Jacques Manget par un
authentique alchimiste qui a désiré, selon la tradition,
conserver l'anonymat.
Nous assurons le lecteur qu'il y trouvera tout le
Grand Oeuvre clairement exposé. Ce n'est pas un
recueil de recettes, mais une compréhension des
Arcanes du monde et un mode de travail.
Prix: 119 F
9 782850 766107 ISBN 2-85076-610-0
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