@
Réfer. : 1720 .
Auteur : Pompée Colonna F. M.
Titre : Abrégé de la doctrine de Paracelse.
S/titre : .
Editeur : D'Houry fils. Paris.
Date éd. : 1724 .
@
P R É F A C E.
L 'O N a imprimé à mon
insu un Livre de
Chimie qui contient, entre
autres choses plusieurs expériences
qui ont été faites
chez moi en l'année 1717. &
dont aucun chimiste ne paraît
pas avoir parlé jusqu'à
présent ; on a joint à ces
curiosités deux autres Traités
que je n'avais fait que
pour mon étude particulière,
l'un sur les semences métalliques,
& l'autre qui rapporte
le sentiment des Philosophes
sur les matières de la Pierre, &
* ij
@
P R E'F A C E.
qui explique en même temps
plusieurs de leurs énigmes.
Comme je n'avais pas composé
ce Livre dans le dessein
de le faire imprimer ; les différents
traités qui s'y trouvent
ramassés étaient en
quelques façons informes, &
par conséquent peu dignes
de voir le jour : outre qu'un
auteur a bien plus d'attention
sur un ouvrage qu'il
a composé lui-même, & y
laisse échapper bien moins de
fautes, qui souvent étant
essentielles sont capables
d'embarrasser le lecteur. Cependant,
malgré tous ces inconvénients,
je ne laisse pas
@
P R E'F A C E.
d'avoir obligation à la personne
qui a pris la peine de le
faire imprimer : le goût que
le public a marqué pour cet
ouvrage m'y détermine
volontiers. Il est à remarquer
que dans ce livre on
a cité plus d'une fois un
Traité des
Archidoxes de Paracelse ;
le libraire qui est de
mes amis, ayant été informé
par plusieurs personnes qui
lui demandaient ce Traité
de Paracelse qu'ils avaient
vu en manuscrit, dont j'étais
l'auteur de l'un & de
l'autre Traité, étant venu me
le demander, je le lui ai donné
aisément, ne faisant pas
* iij
@
P R E'F A C E.
grand cas de mes ouvrages,
ce que j'aurais fait de même
à la personne qui a fait imprimer
l'autre : la facilité
que j'ai eue vient en partie
de ce qu'étant imprimé contre
mon gré, il vaut autant
que je le fasse de bonne grâce.
Au reste je suis obligé de rendre
justice à la vérité en assurant
que les expériences
qu'on rapporte dans
les
Secrets de la Philosophie, &c.
sont très véritables, quoiqu'elles
paraissent nouvelles,
& que je les ai vu faire, &
je les ai faites la plupart de
mes propres mains.
Je dirai donc que parmi les
@
P R E'F A C E.
modernes, Paracelse semble
avoir surpassé tous les Prédécesseurs ;
& qu'avec raison
il s'est attribué le titre, de
Monarque des Arcanes. Ce
grand homme à mon avis
mérite en deux choses d'être
préféré à tous les autres. La
première est qu'il a établi une
doctrine fondée sur des raisons
physiques & palpables sans
se servir de ces énigmes inintelligibles
qui font tourner
la tête plutôt que d'instruire,
& il a nommé les matières,
de façon qu'on peut facilement
les trouver. En second
lieu, comme il était habile
Médecin, il a donné des règles
* iiij
@
P R E'F A C E.
des remèdes très efficaces,
lesquels remèdes, ou du
moins une grande partie,
sont également bons soit
pour la santé, soit pour la
perfection des métaux ; il
est vrai aussi, & c'est ce qui
avait mis en doute le savoir
de ce grand homme, que lui-
même avait eu l'intention de
cacher son Art en supprimant,
comme il le dit ; le dixième
Livre des
Archidoxes, qui est
comme la clef des autres ;
mais il l'a donné à la prière
de ses plus chers amis quelque
temps avant sa mort.
Je me suis donc attaché
particulièrement à la doctrine
@
P R E'F A C E.
de Paracelse, & j'ai étudié
avec toute l'attention
possible ses Archidoxes dont
le mot Grec signifie
la doctrine
principale. Je les ai abrégés comme
on le peut voir en omettant
les discours superflus,
& les rangeant dans un ordre
qui pût donner plus de clarté,
& en faciliter l'intelligence ;
plaçant dans les lieux convenables,
les endroits les plus
remarquables de cette clef
précieuse qui donne une lumière
suffisante au vrai Philosophe.
J'ai encore mis à la
tête de cet ouvrage un Traité
des cinq
principes des Chimistes,
qui non seulement donne
@
P R E'F A C E.
beaucoup de clarté à la
doctrine de Paracelse ; mais
qui peut beaucoup servir
à ceux qui s'adonnent à cet
Art pour entendre le fond
de cette science, & en même
temps à développer la plupart
des énigmes dont les Livres
de nos Philosophes sont
remplis. Je ne doute pas non
plus que par ce Traité des
Archidoxes & avec celui qu'on
a déjà, quelques personnes
d'esprit ne trouvent des
choses dont ils pourront profiter ;
car ils connaîtront
que la doctrine de ce grand
homme a une clarté que les
autres livres n'ont pas. Qu'on
@
P R E'F A C E.
s'attache donc à sa doctrine :
c'est celle de Paracelse que
j'y propose & non pas la
mienne, je n'ai fait que la
traduire pour l'utilité du public,
& je ne cherche point
à me faire honneur de ce
qui ne m'appartient pas ;
c'est pourquoi même je cache
mon nom en une anagramme
Latine qui marque
que je suis un habitant de la
France.
SUM INCOLA FRANCUS.
@
A P P R O B A T I O N
De Monsieur Andry Conseiller Lecteur
& Professeur Royal, Docteur Régent de la faculté de Médecine de Paris, & Censeur Royal des Livres.
J 'Ai lu par ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux
cet Abrégé de la
doctrine de Paracelse & de ses Archidoxes,
&c. & je n'y ai rien trouvé qui en puisse
empêcher l'impression. Fait à Paris ce
29. Avril 1723.
ANDRY.
@
-------------------------------------
PRIVILEGE DU ROY.
L OUIS, par la grâce de Dieu Roy de
France & de Navarre ; A nos aimés &
féaux Conseillers, les Gens tenant nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil,
Prévôt de Paris, Baillis, Sénéchaux,
leurs Lieutenants Civils, & autres nos Justiciers
qu'il appartiendra ; SALUT. Notre
bien-aimé Charles-Maurice D'HOURY fils
Libraire à Paris, Nous ayant fait remontrer
qu'il lui aurait été mis en main un
manuscrit qui a pour titre :
Abrégé
de la Doctrine de Paracelse & ses
Archidoxes qu'il souhaiterait faire imprimer
& donner au Public, s'il nous
plaisait lui accorder nos Lettres de Privilège
sur ce nécessaires : A CES CAUSES,
voulant favorablement traiter l'Exposant,
Nous lui avons permis & permettons par
ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre
en tels volume, forme, marge, caractères,
conjointement ou séparément, &
autant de fois que bon lui semblera, & de
le faire vendre & débiter par tout notre
Royaume, pendant le temps de dix années
consécutives, à compter du jour de la date
des dites Présentes. Faisons défenses à toutes
sortes de personnes, de quelque qualité
@
& condition qu'elles soient, d'introduire
d'impression étrangère dans aucun
lieu de notre obéissance ; comme aussi à
tous Libraires, Imprimeurs & autres,
d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire
vendre, débiter ni contrefaire ledit ouvrage
ci-dessus expliqué en tout, ni en
partie, ni d'en faire aucun extrait
sous quelque prétexte que ce soit, d'augmentation,
correction, changement
de titre, ou autrement sans la permission
expresse & par écrit dudit Exposant, ou
de ceux qui auront droit de lui, à peine
de confiscation des exemplaires
contrefaits, de quinze cents liv. d'amende
contre chacun des contrevenants, dont un
tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de
Paris, l'autre tiers audit Exposant, &
de tous dépens, dommages & intérêts.
A la charge que ces Présentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris, & ce dans trois mois de
la date d'icelles ; que l'impression dudit
ouvrage sera faite dans notre Royaume,
& non ailleurs, en bon papier & en
beaux caractères, conformément aux
Règlements de la Librairie ; Et qu'avant
de l'exposer en vente, le Manuscrit ou
@
Imprimé qui aura servi de copie à l'impression
dudit Livre, sera remis, dans le
même état où l'approbation y aura été
donnée, ès mains de notre très cher &
féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE ; &
qu'il en sera remis deux Exemplaires
dans notre Bibliothèque publique, un
dans celle de notre Château du Louvre,
& un dans celle de notre très-cher &
féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE ;
le tout à peine de nullité des Présentes.
Du contenu desquelles vous mandons &
enjoignons de faire jouir l'Exposant ou
ses ayant cause, pleinement & paisiblement,
sans souffrir qu'il leur soit fait
aucun trouble ou empêchement. Voulons
que la copie desdites Présentes, qui
sera imprimée tout au long au commencement
ou à la fin dudit Livre soit tenue
pour dûment signifiée, & qu'aux copies
collationnées par l'un de nos aimés &
féaux Conseillers & Secrétaires, foi soit
ajoutée comme à l'Original. Commandons
au premier notre Huissier ou Sergent
de faire pour l'exécution d'icelles
tous Actes requis & nécessaires, sans demander
autre permission, & nonobstant
@
clameur de Haro, Charte Normande, &
Lettres à ce contraires ; Car tel est notre
plaisir. Donné à Paris le quatrième jour
du mois de Juin l'an de grâce mil sept cent
vingt-trois, & de notre Règne le huitième.
Par le Roy en son Conseil,
DE SAINT HILAIRE
Enregistré sur le Registre V. de la Communautédes Libraires & Imprimeurs de
Paris, page 286, n°. 565, conformément
aux Règlements & notamment à l'Arrêt
du Conseil du 13 Août 1703. A Paris le 2
Juillet 1723.
BALLARD, Syndic.
TABLE
@
E X P L I C A T I O N D E
L A N A T U R E
D E S
P R I N C I P E S D E C H I M I E.
Pour servir d'éclaircissement à la
doctrine de Paracelse & des autres Philosophes.
L A Chimie se définit ; l'Art
qui par la résolution des
Mixtes, en sépare le pur de ce qui
est impur:
Pour bien savoir cette définition,
il faut entendre ce que les
Philosophes Chimistes appellent
pur & ce qu'ils estiment
impur ;
& au surplus il faut savoir ce que
c'est que la résolution des corps : il
faut comprendre que cette résolution
a ij
@
ji Explication de la nature
des corps consiste en leur
entière décomposition, laquelle
ne se peut faire que par une parfaite
corruption & putréfaction
du même corps.
Dans cette décomposition des
particules du Mixte, les Chimistes
trouvent & séparent cinq substances
qu'ils appellent
principes
prochains &
naturels ; parce que de
toutes les choses que la nature forme,
l'on peut séparer cinq principes
on substances différentes.
Ces cinq principes selon eux sont
soufre, mercure, sel, flegme &
tête morte ; ces cinq principes
sont sensiblement différents les uns
des autres, & quoique dans le composé
ils soient très bien mêlés par
la nature, néanmoins ils sont séparables
par l'Art ; & c'est par ce
moyen qu'on peut connaître sensiblement
que les diverses doses de
ces principes mélangés diversement
ensemble font la diversité
@
des principes de chimie. iij
des corps naturels & de leurs vertus
& propriétés si diverses ; car
un peu plus ou moins de l'un ou
de l'autre produit la merveilleuse
différence qui fait qu'un corps
soit non seulement d'espèce différente,
mais ceux d'une même espèce
ne sont pas parfaitement &
mathématiquement les mêmes,
parce qu'il est quasi impossible
que les doses des principes qui forment
un corps soient précisément
dans le même poids & mesures que
les doses qui forment une autre
espèce ou un autre individu.
Remarquez aussi que les Chimistes
appellent
principes prochains,
ces cinq principes, non seulement
parce qu'ils sont visibles, mais
parce qu'ils connaissent qu'ils
proviennent d'autres principes
plus éloignés ; c'est-à-dire des quatre
qualités élémentaire, le chaud,
le sec, le froid & l'humide.
Mais afin qu'il ne reste aucune
@
jv Explication de la nature
obscurité dans ce Traité; il faut
savoir que les Chimistes suivent
la doctrine d'Aristote & des anciens
Académiciens & de l'école commune,
qui tous d'accord ont mis
pour principes éloignez les quatre
éléments, lesquels l'école avec
raison distingue des qualités élémentaires,
& cette différence
consiste en deux choses, la première
est que la qualité n'est pas
proprement l'élément visible ,
mais les plus petites parties invisibles
d'icelui. Par exemple, l'eau
de la rivière ou de la mer n'est pas
proprement ce qu'on appelle
la
qualité humide; mais il faut comprendre,
que ce qu'on appelle
qualité
c'est la vapeur la plus subtile,
ou si vous voulez la plus petite
particule d'icelle, & dont un nombre
innombrable de ces particules
jointes ensemble forment les gouttes
de l'eau sensible, & plusieurs
gouttes font les ruisseaux, les rivières
@
des principes de chimie. v
& la mer ; il faut de même
imaginer que la sécheresse ou l'aridité
n'en pas proprement la
terre des champs ni celle ou nous
marchons, mais ce sont les particules
plus déliées de ce qui peut
former cet élément qu'on appelle
terre, il en faut dire de même de
l'air que nous respirons, ou du feu
visible & brûlant, dont les parties
sont plus subtiles & plus mobiles
que celles des autres éléments grossiers.
Mais ce qui fait aussi une grande
différence des qualités aux
éléments visibles que nous appelons
terre, eau, air & feu ; c'est qu'il
n'y en a aucun d'eux qui sois seul
& qui ne sois mêlé avec les autres
trois. Par exemple, le feu brûlant
est fort différent de la qualité
pure de ce qu'on nomme
chaleur
qui consiste dans les plus subtiles &
plus mobiles particules éthérées;
car le feu visible qui est formé des
@
vj Explication de la nature
matières combustibles, non seulement
contient la sécheresse de la
terre, mais l'humidité de l'eau &
de l'air comme on le peut voir en
recevant la flamme d'une bougie
ou d'autres matières qui brûlent ;
recevant, dis-je, ladite flamme
dans un plat elle y laisse une noirceur
sèche & terrestre ; que si l'on
reçoit ladite flamme en quelque
grand vaisseau de terre avec un
alambic aussi de terre, on recevra
dans un récipient quelque humidité
qui n'est pas exempte d'air,
sans lequel le feu s'éteint ; quant
à l'eau il est constant qu'elle donne
quelque terre si on la distille
outre le sel volatil qui l'accompagne
quand elle s'évapore, &
outre cela elle a toujours en soi
quelque air & quelque chaleur,
sans laquelle elle se durcit en glace
& ne peut pas couler.
On peut inférer la même chose
de la terre : de manière qu'on doit
conclure
@
des principes de chimie. vij
conclure que les qualités sont diverses
des éléments visibles & sensibles,
tant parce que les qualités
sont les parties plus subtiles & invisibles
de ces éléments, comme aussi
parce que l'on doit considérer
abstraitement lesdites qualités
comme des particules propres à
former un tel élément à l'exclusion
de toutes les autres particules
propre à former un autre élément.
De manière qu'on peut dire
que la chaleur est la matière la
plus subtile, & plus mobile &
agissante que toutes les autres,
ensuite l'air est un peu moins subtil
que la chaleur, mais moins
grossier que l'humide qui est
moins subtile que l'air, mais
moins grossière que la terre, ou
pour mieux dire que la sécheresse
qui est la qualité la plus grossière
est moins mobile que les autres.
Et on peut, si l'on veut, imaginer
les figures que l'on voudra
e
@
vjii
Explication de la nature
dans ces particules qui composent
les qualités, & au lieu de
trois sortes d'éléments que les Cartésiens
supposent l'une très subtile,
l'autre très grossier & un autre
moyen, on peut mettre quatre
degrés différents étant au fond la
même chose; puisque les trois éléments
des Cartésiens & leurs particules
ne sont pas absolument
égaux, ni en substance, ni en figure,
ni en vitesse de mouvement.
Sans s'arrêter donc à ces disputes
& à ces minuties inutiles
que le Philosophe d'esprit peut
facilement concilier ; il suffit pour
reprendre notre propos, que les
qualités dont nous parlons, ne
sont pas les éléments visibles, mais
les particules les plus fines des
deux éléments sensibles.
Il faut encore imaginer les particules
desdites qualités sans aucun
mélange des autres, de même
@
des principes de chimie. jx
qu'on conçoit la Matière subtile
de Descartes sans aucun mélange
de la grossière ou de la
moyenne, quoique dans l'étendue
de l'univers les unes & les autres
soient entremêlées ; l'on peut
aussi si l'on veut considérer ces
particules comme les Atomistes
considèrent chaque atome à part
dans sa petitesse ou grandeur &
figure propre, & avec son propre
mouvement, quoiqu'ils soient
réellement entremêlés les uns
avec les autres.
Et il ne faut pas croire que cette
manière de considérer les éléments
& les qualités soit inutile & sans
fondement ; car les Chimistes ne
sont pas de ces Philosophes qui
dans leur cabinet écrivent & débitent
ce qui leur passe dans la
tête : leur doctrine est différente
de celle des autres, en ce qu'elle
est fondée sur des expériences certaines,
& en ce que, non seulement
e ij
@
x Explication de la nature
ils trouvent les susdits cinq
principes visibles dans tous les Mixtes
sans exception ; mais ils voient
que la composition de ces principes
est très différente, en ce qu'il
y en a deux qui sont composés de
la terre & de l'eau commune &
grossière tels que sont ceux qu'ils
appellent
flegme &
terre morte; mais
les autres trois, c'est-à-dire le
soufre, le mercure & le sel sont
composés des principes & des
particules d'une substance entièrement
subtile : d'autant que les
composés qu'ils forment sont très
subtils & pénétrants, & que, difficilement
ils peuvent être séparés
les uns des autres.
Je vais donc expliquer ce que
les Philosophes Chimistes entendent
sous le nom de
soufre, de
mercure & de sel, en considérant
chacun de ces principes à part,
comme si il n'était point mêlé
avec les autres ; quoique réellement
@
des principes de chimie. xj
l'on ne trouve point dans la
nature une qualité ni un élément
sans l'autre, ni par conséquent aucun
des principes des Chimistes
qui ne contienne un peu de
l'autre.
Je dirai donc en général que
sous le nom de soufre ils entendent
la chaleur ; par le nom de mercure
ils entendent l'humidité, & par
le nom de sel ils entendent la sécheresse :
mais parce que comme
nous l'avons indiqué, les qualités
élémentaires sont si mélangées
par la nature, que l'une ne va pas
sans l'autre ; l'on appelle généralement
soufre le composé où
la chaleur prédomine, on appelle
mercure la substance où l'humidité
fluide est dominance, & on appelle
sel le mélange des quatre qualités,
& dans lequel la sécheresse & l'aridité
est dominante.
Comme l'on reconnaît quatre
éléments & quatre qualités élémentaires,
e iij
@
xij Explication de la nature
le soufre des Chimistes
considéré abstraitement, &
comme seul, formé du mélange
des deux qualités plus subtiles
& plus mobiles ; & par conséquent
plus chaudes auxquelles nous
donnerons le nom de
feu &
d'air ;
c'est-à-dire de leurs particules
plus subtiles & desquelles proviennent
le feu & l'air grossier & sensible ;
& notez que comme ces
deux éléments ou qualités peuvent
être mélangés suivant diverses
proportions, c'est-à-dire que
dans ce mélange il y peut avoir,
ou plus de feu ou plus d'air, &
cela par degrés innombrables (car
une particule de plus ou moins
de l'un ou de l'autre fait la différence.)
Il s'ensuit qu'il peut y avoir
un nombre innombrable de divers
soufres, les uns plus ignées,
les autres plus aériens, puisque
comme on l'a dit, une particule ou
@
des principes de chimie. xiij
un atome plus de l'un que de
l'autre peut faire la différence du
mélange, & par conséquent de la
nature du soufre qui sera plus ou
moins chaude, & plus ou moins
actif & mobile suivant qu'il sera
plus ou moins igné.
Mais comme ce bon Philosophe
ne change pas l'ordre de la nature,
il l'examine & considère
telle qu'elle est ; il connaît ces
deux choses, la première que
nous avons déjà indiquée, c'est-
à-dire, où les éléments & principes
des choses sont tellement mêlés,
que l'un n'est pas sans l'autre ; la
seconde observation est que les
particules des qualité signées & aériennes
étant d'une subtilité & d'une
mobilité extrême, ne peuvent pas
se rendre visibles ni subsister d'elles-mêmes
sans quelque chose de
plus grossier qui les retienne &
les enveloppe : cela est visible en
ce que nous sentons bien la chaleur
qui est dans l'air.
e iiij
@
xiv Explication de la nature
Mais nous ne la voyons pas à
moins qu'elle ne paraisse en forme
de feu ou de flamme, & alors elle est
mêlée comme on l'a dit, avec d'autres
éléments grossiers & corporels.
Nous sentons aussi les effets de
l'air, mais il n'est ni visible ni palpable.
Le soufre donc de nos Philosophes
ne paraît pas aux yeux,
& il ne subsiste point par lui-même,
mais il faut qu'il soit accompagné
de cette humidité que nous
appelons
mercure ; laquelle humidité
est différente de celle de
l'eau commune de la mer & des
rivières, en ce que cette humidité
dont nous parlons est extrêmement
subtile. Il faut donc comprendre
le mercure des Philosophes
Chimistes comme une humidité
très subtile, imprégnée & imbue
dudit soufre chaleureux : &
comme cette humidité peut avoir
en soi une plus grande ou moindre
quantité dudit soufre, qui par lui-
@
des principes de chimie. xv
même peut être formé de plus ou
moins de feu ou d'airs ; il résulte de
ce mélange encore un plus grand
nombre de ce mercure ou d'humidités
différentes : c'est-à-dire
ou plus humides, ou plus aériennes
ou plus ignées.
Mais ce qui augmente les différences
de ce mercure, c'est que
comme nous l'avons dit, les qualités
n'étant pas l'une sans l'autre,
ce mercure ou humidité n'est pas
sans quelque sécheresse, c'est-à-
dire sans quelque quantité de ces
corpuscules atomes subtils qui
forment la masse grossière de la
terre, & ce sont ces particules sèches,
mais très subtiles.
Car la sécheresse mêlée avec
la susdite humidité mercurielle,
fait paraître l'humidité qu'on appelle
mercure en forme huileuse &
gluante, plus ou moins selon
qu'elle contient un plus grand
nombre de ces corpuscules secs ; &
@
xvi Explication de la nature
notez que lorsque ces corpuscules
secs prédominent sur l'humidité
du mercure, ils empêchent l'humidité
de fluer & de couler, &
alors ils appellent ce composé
sel.
Car le sel des Chimistes n'est
autre chose comme on l'a dit que
le même mercure ou humidité imbue
des différents soufres, & mêlée
tellement avec les particules
sèches, que ladite humidité étant
surmontée par l'aridité terrestre
ne coule plus, de même que l'eau
perd sa fluidité par l'addition de
la farine ou d'autre substance
sèche. Or ladite humidité ne
coulant plus il s'y enferme un
corps sec que les Chimistes appellent
sel ; d'où il en résulte une infinité
de sels différents, plus ou
moins secs, plus ou moins humides,
plus ou moins aériens, &
plus ou moins chaleureux.
Et notez que les Chimistes
@
des principes de chimie. vxij
trouvent deux sortes de sels, l'un
volatil & l'autre fixe : le fixe est
ainsi appelé parce qu'il résiste
quelque temps au feu ; & ils remarquent
que ce sel est fixe d'autant
qu'il contient encore beaucoup
de terre grossière, à la différence
de l'autre qui étant sans aucune
terrestréité ; il ne contient de la
terre subtile qu'autant qu'il en
faut pour faire paraître le mercure
sous la forme d'un corps sec,
d'où il s'ensuit que ce sel se sublime
alors à la moindre chaleur ;
comme il paraît communément
dans les deux sels différents qu'on
tire de l'urine, dont l'un est assez
fixe, l'autre comme on l'a dit se
sublime à la plus petite chaleur.
L'on prouve aussi que le sel n'est
autre chose que le mercure ou
l'humidité dans laquelle la sécheresse
prédomine, en ce que
toutes sortes de sel se fondent au feu & se
liquéfient dans l'eau; car rien ne flue
@
xviij
Explication de la nature
que ce qui est humide & rien ne
s'élève & ne s'évapore au feu que
ce qui a de l'humidité, & quelque
chose d'aérien ; & comme la
seule terre grossière résiste un temps
au feu, le sel qu'on appelle
fixe,
n'est tel fixe que parce qu'il abonde
en terre grossière ; laquelle
étant séparée, il devient volatil au
plus petit feu, comme je l'ai dit,
& comme l'expérience le montre.
Par où on explique ce que le
Cosmopolite avait dit en termes
mystérieux, c'est-à-dire que la
chaleur ou le feu céleste agissant
dans l'air, engendre le soufre, le
soufre agissant sur l'humidité de
l'eau produit le mercure, & le
mercure avec le soufre agissant sur
la sécheresse qui est ce qu'on nomme
la
terre, produisent le sel ; mais
que la terre n'ayant pas sur quoi
agir produisait de ces trois principes,
les minéraux & les plantes
dont les animaux se nourrissent, &
@
des principes de chimie. xix
desquels trois principes les animaux
mêmes sont formés ; car
les qualités élémentaires sont les
principes universels du soufre, du
mercure & du sel, du mélange duquel
se forme le suc ou essence
séminale des êtres, que la seule
nature peut former, & que l'Art
ne peut jamais faire, mais seulement
s'en servir : ce que nous venons
de dire se doit entendre, du
soufre, du mercure & du sel philosophique
& universel, qui se
rectifient après dans les êtres
particuliers.
Et en effet ces trois principes prochains
mêlés en diverses proportions
font ce qu'on appelle
l'essence
du mixte, & ils font qu'un tel être
soit ce qu'il est, qu'il soit différent
des autres ; car c'est de ces trois
seuls & uniques principes, mêlés
comme on l'a dit en certaines proportions
qui font qu'un être soit
tel qu'il est, c'était d'eux que
@
xx Explication de la nature
résulte la couleur, l'odeur la
saveur & les autres vertus & propriétés
d'un tel être, comme l'expérience
le fait voir ; & qu'on le
démontrera plus clairement dans
le cours de cet ouvrage en expliquant
la doctrine de Paracelse, &
comme je l'ai montré plus au long
dans le Livre de la
Génération des
choses ; lequel peut-être un jour
paraîtra à la lumière, si Dieu le
permet.
C'est aussi du mélange de ces
trois principes que résulte ce
que les Philosophes appellent
semences ;
c'est pourquoi dans ledit
Livre de la
Génération j'appelle le
mélange de ces trois principes,
l'essence séminale des êtres ; montrant
par des expériences assez claires
que c'est par la vertu du soufre
qui en dans ce mélange séminal,
que toutes les semences végètent,
se nourrissent & vivent un certain
temps & que comme le feu transmue
@
des principes de chimie. xxj
facilement en sa nature
toutes les matières transmuables
& combustibles, de même les semences
des végétaux en vertu de
ce feu interne, transmuent en leur
nature propre & essentielle le même
suc de la terre ; car la semence
de l'absinthe transmue en absinthe
amère le même suc de la terre
comme la semence de la réglisse
transmue en suc doux, l'aigre moine
en suc aigre ; l'on voit aussi que
les animaux par un ferment essentiel
& par l'action de la chaleur
qui est dans ce ferment, il transmue
la même herbe, la même eau
& toute autre nourriture, en nature
d'homme & en nature d'un
tel homme, le lion en lion, &
l'agneau en agneau ; ce qui est
un des plus grands & merveilleux
mystères de la nature, & dont les
nouveaux Philosophes par leur
mécanique imaginaire ne donnent
que des raisons peu solides :
@
xxij
Explication de la nature
car quoique l'on convienne que
la diversité de fibres contribue à
la formation des êtres particuliers ;
cependant il est visible que
la flamme pour transmuer les substances
combustibles en flamme, n'a
pas besoin des filtres que ces gens
supposent, mais seulement de pénétrer
& de subtiliser les parties
du bois & des autres matières & de
les agiter fortement, & c'est ce qui
fait la chaleur que les Chimistes
appellent soufre dans toutes les
semences végétables, & la chaleur
animale dans les ferments des
animaux, mais comme de cela
j'ai parlé plus au long comme je
l'ai dit dans Le Traité de la
Génération
des choses, il est plus à propos
de reprendre notre discours.
J'ai dit ci-dessus que du mélange
des susdits trois principes (le
souffre, le mercure & le sel) il
en résulte un composé différent
selon le mélange & les doses des
susdites
@
des principes de chimie. xxiij
susdits trois principes, lequel
mélange forme ce qu'on appelle
l'essence d'un tel être. On l'a nommé
aussi
quintessence, c'est-à-dire
un cinquième être qui résulte des
quatre qualités élémentaires diversement
mélangées en diverses
proportions.
Mais il faut remarquer que
cette quintessence par les opérations
chimiques ne paraît jamais
qu'en forme d'une liqueur oléagineuse
ou bien en forme de sel
volatil, c'est-à-dire sous la forme
d'une substance sèche, car le soufre
ne peut paraître aux yeux à
cause de son extrême subtilité &
mobilité : cependant il se fait connaître
par ses effets de chaleur,
que le mercure ou ledit sel produisent,
ou bien parce que lorsque
le mercure ou le sel sont imbus
de beaucoup dudit souffre ils
s'enflamment facilement ; comme
nous voyons que fait le soufre minéral
i
@
xxiv
Explication de la nature
ou le camphre parmi les sels
végétables, lequel camphre quoi
qu'il soit le suc d'un grand arbre
dont la sève s'épaissit en forme de
gomme lorsque l'humidité s'évapore :
cependant on peut le donner
pour exemple du soufre végétal
comme le minerai est donné
pour exemple du soufre qui entre
dans la composition des métaux &
des minéraux métalliques & lesquels
les Sots prennent pour le
vrai souffre des Philosophes dont
nous avons parlé ; car par tout
ce que nous venons de dire les
sages peuvent comprendre que
chaque individue a son soufre,
son mercure & son sel particulier,
mélangez en doses différentes, lequel
mélange forme son essence.
Ce sont donc les trois principes
susdits, ou si vous voulez la
quintessence qui résulte de leur
mélange que les Philosophes Chimistes
appellent
le pur du mixte,
@
des principes de chimie. xxv
parce que ces éléments sont très
subtils, très pénétrants & très
actifs, & qu'ils contiennent toutes
les vertus & propriétés d'un
tel être. Nous verrons que Paracelse
l'appelle
l'élément prédestiné,
c'est-à-dire destiné à produire ces
mêmes effets.
Les éléments impurs sont le
flegme & la terre morte, l'un
qu'on appelle
le corps ou
l'habitation
de l'élément prédestine, & l'autre desquels
lorsqu'ils sont déparés par
l'Art & par l'industrie du Chimiste,
n'ont ni la couleur, ni l'odeur,
ni la saveur, ni aucune vertu ou
propriété du mixte, lesquelles
propriétés restent & sont uniquement
dans l'essence séminale, laquelle
étant répandue & comme
pétrie avec cette eau & cette terre
insipide, elles paraissent avoir
le goût, l'odeur, la saveur & les
autres propriétés, mais la vérité
est que ces deux substances (le
i ij
@
xxvj
Explication de la nature
flegme & la terre morte) n'en ont
point d'autre que celle que peut
avoir l'eau commune, & que peuvent
avoir les cendres ; dont on a
tiré tout le sel en faisant la lessive,
& lesquelles restent alors sans
goût & sans aucune valeur.
La vraie Chimie consiste donc à
séparer le pur de l'impur, c'est-à-
dire à séparer les éléments purs
qui forment la quintessence, &
pour mieux dire à avoir la quintessence,
la séparant des éléments
grossiers qui étaient mêlés avec
elle, c'est-à-dire à séparer la
quintessence d'une eau flegmatique
& de la terre grossière qui
empêche par leur mélange l'action
des éléments subtils de la
quintessence que j'appelle
essence
séminale ; & c'est ce que les philosophes
entendent, quand ils disent
qu'il faut séparer les éléments,
c'est-à-dire séparer les éléments
grossiers des subtils, comme
@
des principes de chimie. xxvij
dit Hermes
separabis subtile à spisso
ac lumen a tenebris, c'est-à-dire séparer
l'essence lumineuse & subtile
des éléments grossiers & ténébreux.
Mais comme la nature ne fait
rien en vain, mais qu'elle fait
tout avec sagesse & providence,
ces éléments grossiers que nous
appelons
impurs ne sont pas inutiles
dans les mixtes, au contraire
ils sont fort nécessaires, car ils
sont comme le corps ou la boëtte
qui contiennent l'essence susdite,
laquelle par son extrême subtilité
s'évaporerait & s'enfuirait si elle
n'était contenue & retenue par ce
corps grossier ; car l'essence du
corps est réellement l'âme animale,
végétale ou minérale d'un
tel être, laquelle âme ne peut pas
subsister d'elle-même & sans se
dissiper si elle n'est pas retenue
par quelque corps grossier.
Et c'est dans ce sens que nos
@
xxviij
Explication de la nature
Philosophes ont dit que tous les
mixtes sont composés d'âme & de
corps. De même ils ont dit que
les semences végétales & minérales
sont composées d'âmes & de
corps comme les animales ; le
corps est la matière visible de la
graine ou du minéral ; l'esprit est
cette liqueur subtile & spirituelle
qu'ils nomment
mercure, & l'âme est
le soufre ou la chaleur qui est enfermée
dans le mercure du mixte : &
c'est cette âme qui fait l'action végétative
& les actions animales ; ce
qui est visible dans les graines des
végétaux, lesquelles ayant vieilli,
de manière que ladite chaleur
subtile soit évaporée, elles ne végètent
plus & sont incapables de
produire ; cela est visible aussi dans
le sperme des animaux, qui étant
tant soit peu froid, & s'il n'entre
pas dans la matrice dans l'instant
qu'il sort de l'animal, il n'est plus
capable de produire ; ce qui montre
@
des principes de chimie. xxjx
suffisamment que l'âme végétale
des mixtes consiste dans ce
soufre chaleureux ; & il ne faut pas
croire que le sperme animal n'ait
pas la même ressemblance & qu'il
ne contienne le corps, l'esprit &
l'âme animale ; car la liqueur visible
& épaisse est son corps, mais
dans cette liqueur épaisse est contenue
une autre liqueur bien plus
subtile qui est le vrai sperme ou
mercure animal, lequel est animé
de soufre ou chaleur animale,
laquelle liqueur subtile & chaleureuse
est le vrai mercure animal,
duquel j'ai traité dans le Livre
des essences séminales ; & plus au
long encore dans mon Traité de
la
Génération : où je montre comme
ce sperme grossier est réduit
en quintessence & vrai mercure
animal en circulant dans la matrice
avant que de produire l'animal.
Ce n'est pas en vain que je me
@
xxx Explication de la nature
suis un peu étendu sur cette matière,
puisqu'il est de la dernière
importance que les curieux de cet
Art sachent ces choses ; car la
Pierre qu'ils cherchent est la Pierre
des Philosophes, & non des
ignorants : il faut donc savoir que
tous les corps de quelque nature
qu'ils soient ont deux substances,
lesquelles quoique l'une & l'autre
dérive des éléments, néanmoins
elles sont très différentes : celle
qui vient du mélange des éléments
subtils que nous appelons
qualités
forme l'essence séminale du sujet,
& c'est la partie pure qu'on nomme
quintessence, essence séminale.
L'autre substance est formée
des éléments grossiers, dont l'eau
& la terre sont visibles ; & c'est la
partie impure ; la première est
comme l'âme, la seconde est le
vrai corps de cette âme ; dans
l'âme résident, comme on l'a dit,
toutes les vertus & propriétés, &
elle
@
des principes de chimie. xxxj
elle est incorruptible, & en quelque
manière immortelle ; le corps
n'a aucune des vertus & des propriétés
de l'âme, ce corps
n'est bon à rien & se corrompt
aussitôt ; car une des propriétés
de l'âme est de conserver
le corps de la corruption, sans
elle il se putréfie & devient puant.
L'on peut aussi connaître que
de ces cinq principes il n'y en a
proprement que quatre que les
Chimistes voient & touchent
lorsqu'ils les extraient ; car le soufre,
comme on l'a dit, étant invisible
dans du feu aérien, il ne se fait
point voir, & il ne se fait connaître
que par ses effets ; de manière
qu'à proprement parler ce que le
Chimiste touche avant que de le
préparer, n'est que le flegme & la
terre morte qui sont toujours rejetables ;
& parmi ceux qu'il
doit conserver comme très purs,
sont le sel volatil & le mercure,
o
@
xxxij
Explication de la nature
La seconde chose très remarquable,
est que dans chaque
mixte il y a autant de terre morte
à proportion que dans le même
mixte il y a d'un tel mercure, c'est-
à-dire autant
à proportion que la
quintessence séminale contient de
mercure & de sel. Pour expliquer
la chose plus clairement, remarquez,
par exemple, que la quintessence
ou mercure de la laitue est
composé de beaucoup d'humidité,
peu de terre, & encore moins
de chaleur, & par conséquent l'on
trouvera dans la décomposition
de tout le corps de la laitue, beaucoup
de flegme & peu de terre, &
dans le mercure ou essence de la
laitue, l'on ne trouvera que très
peu de feu ; ce que l'on connaîtra
en ce que ce mercure, quoiqu'un
peu épais & oléagineux, ne
peut pas s'enflammer : il en résultera
donc que les laitues produiront
l'effet d'humecter & rafraîchir.
@
des principes de chimie. xxxiij
Au contraire, le mercure
ou essence séminale du clou de
girofle, si elle est bien rectifiée,
s'enflammera facilement, & l'on
conclura qu'il abonde en soufre ;
au surplus on trouvera que ce
mercure est comme une huile
épaisse : ce qui marque que dans ce
mercure, quoique humide, il y a
beaucoup de sécheresse & de sel
volatil. Le corps impur donc que
l'on séparera de ce mixte, consistera
en très peu de flegme & beaucoup
de terre morte, & delà vient
que ce végétal produit les effets
de chaleur & de sécheresse ; l'on
voit donc par ces deux exemples
que les éléments impurs qui forment
le corps du mixte, sont en
quantité proportionnelle des éléments
purs qui forment la quintessence :
Que si l'on demande
comment il arrive que diverses
graines dans la même terre attirent
chacune d'elles, les proportions
o ij
@
xxxiv
Explication de la nature
des éléments convenables par
rapport à la quintessence, &
comment la même quintessence
attire ces éléments impurs pour se
faire un corps convenable à la
même essence.
Je réponds que les éléments grossiers
de ce bas monde étant toujours
mêlés ensemble avec les subtils,
la semence attire à soi également
les uns & les autres éléments : les
éléments subtils se mêlent facilement
& se changent dans la nature
de la quintessence subtile, & ils
l'augmentent en quantité.
Mais les grossiers restent dans
leur grossièreté naturelle, & forment
ce qu'on appelle
corps. Or que
cette action arrive par la structure
des fibres qui ne donnent passage
qu'aux particules d'une certaine
nature, comme les nouveaux Philosophes
le prétendent, mais ce
qu'on ne peut pas dire des métaux,
des pierres précieuses &
@
des principes de chimie. xxxv
autres minéraux , ou que ce soit ;
comme je l'ai indiqué ci-dessus,
à cause d'une vraie transmutation
des éléments qui sont appropriés &
volatilisés par la vertu de l'essence,
& principalement du soufre
igné qui est en elle, cela ne fait
rien à notre affaire : il suffit que
l'expérience fasse voir la vérité
du fait, car la vraie raison Dieu
la sait ; il est certain que c'est un
des grands mystères de la nature,
de savoir comme l'essence qui
est dans chaque graine change le
même suc de la nature & propriété ;
comme aussi que les éléments
grossiers soient attirés en proportion
égale aux subtils qui forment
l'essence séminale.
Mais afin de ne rien omettre
de ce qui peut donner de la lumière
aux vrais Philosophes curieux
pour entendre les Livres obscurs
de nos Philosophes Chimistes ; je
crois devoir faire remarquer que
o iij
@
xxxvj
Explication de la nature
le soufre, le mercure & le sel des
Philosophes est dans toutes les
choses, puisque c'est du mélange
de ces qualités que l'essence des
mixtes est formée.
En second lieu il est à remarquer
que chaque mixte a son soufre,
son mercure & son sel particulier
& spécifique ; c'est-à-dire
qui fait non-seulement qu'une espèce
est différente d'une autre espèce,
mais qu'un homme & un animal
est différent en quelque chose
d'un autre homme, comme un animal
est différent d'un autre animal
de la même espèce.
C'est pourquoi les Philosophes
ont raison de dire que leur soufre
& leur mercure est par tout & en
tous les corps, car leur soufre n'est
que ce que les Médecins appellent
chaleur naturelle, & leur mercure
est ce que les mêmes nomment
humidité radicale, c'est pourquoi
en disant que le soufre & le
@
des principes de chimie. xxxvij
mercure est en toutes choses, &
que rien ne peut vivre sans eux, ils
disent vrai ; mais quelques uns
ajoutent que quoique ces deux
principes soient en toutes choses,
néanmoins pour leur intention
principale qui est de composer la
Pierre philosophale, le soufre &
le mercure convenables sont plus
proches en certaines choses qu'en
d'autres ; c'est-à-dire que pour
l'ouvrage de la Pierre philosophale
qui est le grand but où les
Chimistes aspirent, le soufre & le
mercure propre à la composer est
plus proche & plus propre dans
certains corps qu'en d'autres.
Il ne faut pas m'imputer à faute
d'avoir omis de parler du sel, &
de n'avoir fait mention que du
soufre & du mercure ; car ayant
déjà montré que le soufre est invisible
& qu'il ne paraît que par les
effets, j'aurais pu dire que j'ai imité
nos anciens Philosophes qui
o iiij
@
xxxviij
Explication de la nature
n'ont pas fait mention du sel, parce
que le vrai mercure philosophique
non-seulement contient son
soufre invisible, mais aussi son sel
subtil & volatil, de manière que
celui qui a le vrai mercure de
quelque corps, il a dans le mercure
tous les trois principes conjoints,
& il n'a que faire de les
chercher : c'est pourquoi nos Philosophes
ont établi cette maxime
irréfragable, Que dans le mercure
est tout ce que les sages cherchent,
est in mercurio quidquid querunt
sapientes, car en effet comme on
l'a déjà dit, la chaleur ignée
aérienne ne peut subsister sans
l'humidité gluante & oléagineuse
qui le retient : & cette humidité
ne peut être gluante & huileuse
si des particules sèches &
salines ne sont pas mêlées intimement
avec elles & cette humidité
merveilleuse gluante est en
tous les corps de quelque nature
@
des principes de chimie. xxxjx
qu'ils soient ; & quoique dans les
corps métalliques cette humidité
ne paraisse pas à cause que la siccité
terrestre a prédominé après
leur végétation : comme elle prédomine
enfin dans le corail &
dans plusieurs autres plantes, lesquelles
après avoir végété se durcissent
comme des pierres ; cependant
cette humidité radicale ne
laisse pas d'exister en eux comme
dans tous les autres corps, ce qui
paraît en ce que tous les métaux
& minéraux fluent au grand
feu, & que les mêmes pierres se
fondent & fluent de même, plus
ou moins facilement à proportion
de l'humidité qu'elles contiennent,
n'y ayant que les corps
absolument destitués de toute forte
d'humidité, qui ne fluent point
ou très difficilement au feu ; &
cette humidité essentielle des métaux,
particulièrement celle des
plus parfaits est précieuse sur toutes
@
xl Explication de la nature
les choses du monde ; comme
étant leur mercure séminal, &
capable de végéter & produire,
si on la sème & on la projette en
une terre douce d'une humidité
métallique.
Mais une chose est à remarquer,
c'est que l'intention de tous les
Philosophes Chimistes a été toujours
d'avoir le mercure des corps
et leur véritable essence séminale,
végétale & transmutative ;
& c'est ce qui a fait (comme dit
Cosmopolite) que les Anciens
n'ont parlé que du mercure & des
soufres qu'il contient, omettant
le sel, comme se trouvant aussi
dans le mercure qui contient le
volatil qui est le seul qui est bon
dans la philosophie des Adeptes ;
car le sel fixe (comme on l'a dit)
contient encore beaucoup de terre
grossière qu'on ne peut pas séparer
qu'avec peine, mais comme
le sel volatil & subtil se trouve
@
des principes de chimie. xlj
dans le vrai mercure, l'on ne
se met pas en devoir de volatiliser
le sel fixe qu'en certains cas.
C'est la raison pour laquelle on
n'a guère parlé de ce troisième
principe qu'on appelle
sel. Paracelse
se vante que c'est lui qui l'a
mis en vogue ; ce n'est pas à dire
que l'on ne le connût pas avant lui :
car Raymond Lulle & plusieurs,
autres en ont parlé, mais comme
je l'ai dit, ils ne se font pas mis
trop en peine d'extraire & séparer
ce principe : puisque dans leur
mercure tout y était, & qu'on
n'avait pas besoin d'autre chose ;
est in mercurio quidquid querunt sapientes.
Mais je ne peux point me passer de
dire encore ce que je crois avoir
indiqué, c'est-à-dire que chaque
chose ayant son mercure, il y a
autant de mercures qu'il y a de
choses, & que le mercure d'un végétal,
ou d'un minéral, ou d'un
@
xlij
Explication de la nature
corps de même espèce, quoiqu'il
se ressemble fort, n'est pas précisément
le même qu'un autre mercure,
& c'est ce qui fait que les
animaux, les végétaux & les minéraux
de même espèce ne sont
pas parfaitement semblables, n'y
ayant pas un arbre de pêché ou
d'abricot qui produise le fruit
d'égale bonté, quoiqu'ils soient
plantés l'un contre l'autre, &
dans la même terre & dans la même
exposition ; on le voit encore
plus clairement dans les hommes
& dans les animaux que nous
avons occasion de fréquenter &
observer, car le mercure qui forme
leur essence étant ou plus igné
ou plus aérien, ou plus humide,
ou plus salin, fait la diversité des
natures & des inclinations de
quelque chose que ce soit ; & notez
que le mot de mercure que
l'on donne au vif-argent a trompé
bien des gens, car son nom est
@
des principes de chimie.xliij
argent vif, lequel argent vif a
aussi son mercure essentiel & particulier
qui est la vraie essence, aussi
précieuse & aussi estimable que
celle de l'or, d'autant que sans le
mercure essentiel du vif-argent,
on ne peut pas avoir celle de l'or
qui à la vérité est plus précieuse
que toutes les choses du monde :
& notez aussi qu'on ne donne le
nom de mercure à l'argent-vif,
que pour marquer cette matière
que la nature a crée (l'argent-vif)
laquelle est une humidité
sèche, & la substance la plus
semblable & qui contient le vrai
mercure philosophique, car le
mercure philosophique de tous
ces corps lorsqu'il est très parfait,
est une humidité qui se congèle au
froid & qui est très fluide à la
moindre chaleur, & également
volatile comme le vif argent ; exceptés
l'essence, le vrai mercure
de l'or qui est essentiellement fixe,
@
xliv
Explication de la nature
Il ne faut donc pas se laisser
tromper de ceux qui parlent du
mercure, car le vrai mercure des
Philosophes est l'humidité radicale
de chaque corps & sa véritable
essence ou semence, que j'ai appelé
essence séminale dans mon
autre Traité, parce qu'elle
transmue l'humidité convenable
à sa propre nature, comme le
mercure ou l'essence séminale
d'une plante transmue l'humidité
de la terre en sa propre nature
spécifique, ce qu'elle fait en vertu
de son propre soufre qui avec
le mercure salin forme l'essence
séminale d'un tel corps; c'est pourquoi
il faut comprendre que le
mercure de la sauge est différent
du mercure de l'absinthe, & le
mercure du sel est différent de
tous les deux : & que parmi les
métaux, le mercure du vif argent
en quelque manière est différent
du mercure de l'or qui est fixe, le
@
des principes de chimie. xlv
mercure du vif-argent étant volatil ;
par où l'on peut voir qu'il n'y
a point ou peu de rapport du
mercure d'une espèce au mercure
d'une autre espèce : ce qui est un
grand secret.
Les Philosophes Chimistes paraissent
n'avoir autre dessein dans
leurs Livres que de tromper leur
Lecteur, car ils disent certaines
choses moins pour les enseigner
en effet, que pour induire le
Lecteur en erreur. Tel est, par
exemple, ce qu'ils disent que tous
les mixtes sont composés d'âme &
de corps, & quelques uns qui
veulent parler un peu mieux, disent
qu'ils sont composés d'âme,
d'esprit & de corps.
Pour entendre ces termes il est
aisé de comprendre que par l'âme
ils entendent la substance la
plus pure, c'est-à-dire l'essence,
& que le corps n'est que la substance
impure qui est de deux sortes,
@
xlvj
Explication de la nature
c'est-à-dire ce qu'ils appellent
flegme qui est une eau puante
& quelque fois semblable à une eau
insipide, suivant les mixtes d'où
on la tire, l'autre substance est
une terre morte sans goût, & l'un
& l'autre sans aucune vertu, ni aucune
des propriétés du mixte.
Mais ceux qui ont parlé plus
juste, ont ajouté l'esprit à l'âme,
cette âme est formée de ce soufre
composé de ce feu céleste & d'air
subtil qui fait toute l'action ; mais
parce que cette substance subtile
& mobile ne pourrait se joindre
ni s'unir au corps grossier du mixte
(suivant la doctrine véritable
de Pythagore) il a été nécessaire
d'un esprit médiateur qui participât
de la subtilité de l'âme, & en
partie aussi de la substance matérielle
& grossière du corps, & ce
médiateur est l'humidité radicale,
subtile, mais gluante qu'on nomme
mercure ; c'est pourquoi les
Egyptiens
@
des principes de chimie. xlvij
Egyptiens & les Grecs qui ont suivi
Pythagore, ont dit que le mercure
était le Conducteur des âmes,
& que du ciel il les menait dans
les corps :
mercurium esse ductorem
auimarum, dit Pythagore chez
Diogène l'avare.
Ils ont appelé aussi le mercure
sperme, non-seulement parce que
cette humidité est gluante comme
le sperme des animaux, mais
parce qu'elle en contient toutes
les propriétés, car le sperme animal
est composé de corps visibles,
d'esprit subtil & enfin d'âme céleste
très bien unis ensemble,comme
aussi parce qu'elle contient la
vraie essence séminale & multiplicative,
provenant de l'âme céleste
qui est le feu éthérée, & c'est
pourquoi elle est appelée
essence
séminale : par le moyen de cet esprit
mercuriel, l'âme est unie au
corps grossier & terrestre.
Et il est à remarquer que les
u
@
xlviij
Explication de la nature
métaux ont ce sperme comme
toutes les autres choses, car les
métaux végètent comme les
plantes, comme je l'ai dit au long
dans le Traité des essences séminales
que Monsieur de la Haumerie
a fait imprimer, & dans le Traité
de la Génération, car tous les
corps métalliques prennent leur
existence & leur nourriture de
cette humidité spermatique
gluante, dans laquelle peu à peu
la terrestréité saline & minérale
venant à prédominer ils se durcissent,
de manière que l'âme interne
ne pouvant plus se mouvoir
ils paraissent morts, de même
que le corail & plusieurs autres
plantes qui se pétrifient après
avoir végété. Or toute l'industrie
des Philosophes tend, comme dit
d'Espagnet, à dégager le mercure
séminal qui convient à l'âme minérale
qui est dans le mercure
spermatique de l'or, à le dégager,
@
des principes de chimie. xlxix
dis-je, de la terrestréité qui l'opprime,
afin qu'elle puisse végéter &
multiplier, & produire son semblable ;
mais peu de gens veulent
entendre cette bonne doctrine,
ou bien peu de gens sont capables
de l'entendre.
Il y aurait beaucoup d'autres
choses à dire sur le mercure qu'on
appelle
philosophique, mais ceux
qui sont bons Physiciens n'ont pas
besoin d'un plus long discours,
il suffit pour les autres de savoir
que le mot
mercure ne signifie
pas l'argent-vif, car
l'argent vif a aussi son mercure,
c'est-à-dire une substance pure
qui est sa quintessence séminale,
que tous les êtres ont leur mercure
particulier, l'un différent de
l'autre.
La même chose doit s'entendre
du soufre, car le soufre dont
les Philosophes Chimistes parlent,
est un feu céleste dont tous les
u ij
@
l Explication de la nature
corps mixtes ont quelques étincelles,
les uns plus, les autres
moins, & par conséquent tous les
soufres sont différents, & ce soufre
est proprement ce qu'on appelle
âme
du monde ; cette âme est soufre végétal
dans les végétaux, minéral
dans les minéraux & animal
dans les animaux ; en chacun desquels
il fait diverses opérations,
suivant le mélange & les proportions
des éléments & suivant aussi
leur organisation.
Le mercure donc est le soufre
dont parlent les Philosophes Chimistes,
qui est dans toutes choses,
mais comme j'ai dit, ils en parlent,
de manière que les sots croient que
le vif-argent commun & le soufre
des allumettes & autres liqueurs
& substances enflammées, sont le soufre
& le mercure dont les Philosophes
Chimistes parlent ; ils disent
bien que leur soufre & leur mercure
ne sont pas les vulgaires &
@
des principes de chimie. lj
qu'ils sont partout, mais ils n'expliquent
pas la chose ; & moins
encore la manière d'extraire cette
quintessence mercuriale, chaleureuse,
& on peut dire en vérité que
Paracelse nous a donné une claire
lumière sur cet article important;
nous montrant en même temps
(autant qu'il est permis) la manière
d'extraire de tous les mixtes,
cette quintessence précieuse qu'on
nomme
mercure & qui contient le
soufre & le sel.
Je finirai cet article, en exhortant
l'Artiste à prendre garde,
quand il veut extraire cette
quintessence des corps auxquels il
est nécessaire de mêler quelque
chose d'étranger, à prendre garde,
dis-je, à la convenance des choses.
C'est un des préceptes plus
portants que Paracelse lui-même
nous donne après ses Prédécesseurs,
lesquels tous d'accord ont
@
lij Explication de la nature
dit qu'il ne faut ajouter aucune
chose d'étrange à la Pierre : c'est-
à-dire à la matière de la Pierre,
ou vous gâteriez tout, d'autant,
disent-ils, que la nature se réjouit
avec les choix de sa nature, & de
deux semences diverses vous ne
pouvez jamais faire de génération,
ou bien elle sera monstrueuse.
Il est inutile d'ajouter ici que
pour séparer le pur de l'impur ;
c'est-à-dire l'âme du corps, il
faut séparer les éléments impurs
des éléments purs & subtils, car
Paracelse nous en instruira au
long, il suffit de remarquer que la
séparation tant célébrée des éléments,
consiste comme dit Hermès
à séparer le pur de l'impur, le grossier
du subtil, & l'âme du corps.
Paracelse nous montrera dans le
Traité suivant les moyens que les
autres nous cachent.
Il nous montrera aussi la pratique
@
des principes de chimie.liij
de ce que les autres disent seulement
par théorie ; il nous montrera
que pour séparer le gros du
subtil, il faut que la corruption
précède afin que les particules se
disjoignent sans quoi nous ne pourrions
séparer le grossier du subtil.
L'on verra aussi chez lui en quoi
consiste cette grande règle des
Philosophes Adeptes ;
qu'une essence
extrait facilement une autre essence,
& l'on trouvera aussi dans le chapitre
des Magistères, qu'une essence
puissante peut changer en essence
(à l'exception de peu de substance
grossière) la plus grande partie du
corps impur de même espèce,
comme l'on voit que les ferments
essentiels des animaux changent
en animal, toute la nourriture,
à l'exception de peu d'excréments.
L'on verra enfin que toutes les
essences spermatiques & séminales
sont de grands remèdes pour
différentes maladies : l'on verra
comme de diverses quintessences
@
ljv Explication de la nature
mêlées ensemble, on peut
composer des Elixirs & autres médecines
universelles pour toutes
sortes de maux ou du moins pour
la plupart des maladies, comme
aussi pour conserver & prolonger
ses jours, lesquelles choses étant
écrites au long par cet excellent
Auteur, il faut le voir lui-même
qui parlera mieux que moi ; ce
que j'ai dit ici n'étant que pour
rendre encore plus claire la doctrine
de ce grand Philosophe: car
je le répète ; ceux qui sans principes
de Physique veulent s'adonner
à cet Art sublime perdront
leur temps & leur argent ; car la
Pierre des Philosophes est le point
le plus sublime de la Physique ; &
comme dit Geber, les Physiciens
sont plus proches d'acquérir cette
science, mais les autres en sont si
éloignés que jamais ils n'y parviendront
à moins que quelque Adepte
ne leur montre, ce qui est très rare.
ABREGE'
@
| A B R E G E' | | DES DIX LIVRES | | | D E S A R C H I D O X E S | | | DU GRAND | | | P A R A C E L S E. | | |
| | Préface du même Auteur, & qui passe |
| | pour son premier Livre. | | | |
| A R A C E L S E, dans le |
| | premier Livre, expose que | | | le monde n'est qu'une imposture | | | de la plupart des hommes |
| | qui professent plusieurs Arts ou |
| | Métiers, lesquels n'ont d'autre fin |
| | que de faire leur propre fortune, |
| | A | | | |
@
2
Abrégé
| | sans se mettre beaucoup en peine |
| | de faire le bien de ceux à qui ils |
| | débitent leur marchandise. De ce |
| | nombre, dit-il, sont les Médecins, |
| | dont la plupart sont très ignorants, |
| | se vantant de pouvoir guérir |
| | les maladies par des saignées, ou |
| | par des décoctions d'herbes, ou |
| | autres drogues peu efficaces, qui |
| | traînant d'ordinaire les maladies |
| | en longueur, ils en tirent un plus |
| | grand profit ; au lieu que s'ils |
| | s'appliquaient à trouver des remèdes |
| | bons & efficaces, ils pourraient |
| | guérir en deux ou trois |
| | jours les maux les plus dangereux |
| | & les plus obstinés, & les plaies |
| | & les blessures en vingt-quatre |
| | heures. |
| | Paracelse promet donc d'indiquer |
| | dans ces dix livres toute la |
| | science de la Médecine plus sublime |
| | & plus efficace, non seulement |
| | pour guérir les maladies, mais |
| | pour perfectionner le corps humain |
@
des Archidoxes. 3
| ; de manière qu'il puisse se |
|
| conserver en santé, & pour le |
|
| maintenir en jeunesse jusqu'à la |
|
| mort, & même de prolonger nos |
|
| jours par des remèdes tirés, tant |
|
| des végétaux que des minéraux |
|
| & même des métaux les plus parfaits. |
|
|
|
| Et d'autant que les médecines | |
| tirées des métaux les plus parfaits |
|
| (c'est-à-dire de l'or & de l'argent) |
|
| non seulement sont des médecines |
|
| pour le corps humain, mais elles |
|
| peuvent perfectionner les autres |
|
| métaux imparfaits ; il s'ensuit |
|
| qu'il enseignera aussi la manière |
|
| de perfectionner les métaux imparfaits |
|
| & de les transmuer en or |
|
| & en argent. |
|
| Mais il déclare que comme peu | |
| de gens sont dignes d'apprendre |
|
| des choses si sublimes, il ne les |
|
| écrira que d'une manière que le |
|
| vulgaire n'y entendra rien, & que |
|
| seulement ceux de son école y |
|
| A ij | |
@
4
Abrégé | | comprendront quelque chose. |
| | Et pour mettre ces secrets en |
| | plus grande sûreté, il dit qu'il |
| | ne publiera point le dixième livre |
| | qui est en quelques manière la clef |
| | des autres neuf. |
| | Je ne fais donc pas espérer dans |
| | ces neuf Livres d'apprendre tout |
| | à fait la pratique des choses dont |
| | il parle ; il a fait comme tous les |
| | autres philosophes Chimistes, lesquels, |
| | comme dit Geber, n'enseignent |
| | pas entièrement l'art, mais |
| | seulement ils nous en donnent du |
| | goût ; & la plupart ne parlent que |
| | de la théorie, & point de la pratique. |
| | Cependant Paracelse a mieux |
| | fait que tous les autres, il a parlé |
| | assez de la théorie, mais beaucoup |
| | plus de la pratique : il a fait encore |
| | plus ; il a nommé les choses par |
| | leur nom ; & quoique souvent il |
| | l'ait déguisé, cependant les gens |
| | d'esprit les connaissent facilement. |
@
des Archidoxes. 5
| Mais avec tout cela, comme |
|
| je l'ai dit ; il ne faut pas prétendre |
|
| qu'il ait donné la pratique |
|
| d'une manière assez claire dans |
|
| ces neuf livres, ni penser qu'on |
|
| puisse acquérir la science entièrement |
|
| par la lecture de ces livres ; |
|
| on peut seulement en avoir un |
|
| goût plus fondé, & une connaissance |
|
| plus claire & plus distincte, |
|
| que les autres ont plus caché |
|
| qu'ils ne nous ont éclairci. |
|
| Il est vrai que Paracelse quelque | |
| temps avant sa mort étant sollicité |
|
| par ses amis qui goûtaient |
|
| sa doctrine, donna enfin en une |
|
| grande feuille ce dixième livre |
|
| qu'il voulait supprimer, & qui est |
|
| en quelque manière la clef de ses |
|
| autres livres, mais cette clef aurait |
|
| besoin encore d'une autre |
|
| clef. Cependant comme elle ne |
|
| laisse pas de donner beaucoup de |
|
| lumière aux choses encore plus |
|
| obscures, je ne laisserai pas de l'in- |
|
| A iij | |
@
6
Abrégé
| | sérer dans chaque livre afin que le |
| | lecteur en puisse profiter autant |
| | qu'il est possible, & on verra qu'en |
| | effet elle est d'une grande utilité. |
| | En un mot Paracelse nous a laissé |
| | une doctrine fondée sur la physique |
| | fort claire & intelligible, |
| | laissant à l'ouvrier de travailler, |
| | pour trouver ce qu'il a omis, |
| | suivant ce que cette science requiert |
| | ; n'étant pas possible de tout |
| | dire & de tout enseigner, à moins |
| | de vouloir renverser l'ordre des |
| | choses de ce monde. |
| | Il nous reste à dire quelque |
| | chose de cet Auteur, qu'on estime |
| | avoir fait une école séparée & |
| | différente de celles de ses Prédécesseurs, |
| | ce que je crois n'être |
| | pas tout-à-fait vrai ; car la seule |
| | différence que j'y trouve, & que |
| | tous ceux qui auront lu beaucoup |
| | de Livres des Philosophes |
| | Chimistes trouveront aussi, c'est |
| | que celui-ci a écrit plus clairement |
@
des Archidoxes. 7
| que les autres & avec |
|
| des principes d'une véritable philosophie |
|
| ; & c'est pour cela que |
|
| j'ai crû qu'on devait s'attacher à |
|
| sa doctrine. Il est pourtant vrai |
|
| que par sa méthode l'on peut faire |
|
| beaucoup de choses dans la Médecine |
|
| & dans la Métallique, qu'on |
|
| ne saurait pas faire par une autre |
|
| méthode. |
|
| Je me suis donné aussi la peine | |
| non seulement de traduire en |
|
| français son ouvrage pour ceux |
|
| qui n'entendent pas le latin ; mais |
|
| encore d'abréger la doctrine la |
|
| plus importante de ce grand homme, |
|
| & même j'y ai donné un meilleur |
|
| ordre, & j'ai encore ajouté de |
|
| plus ce que l'expérience & la théorie |
|
| physique m'ont fait connaître. |
|
| Les Médecins qui n'ont pas | |
| goûté la doctrine de cet Auteur, |
|
| choqués d'ailleurs des injures |
|
| qu'à tout moment il vomit contre |
|
| eux, & contre leur char- |
|
| A iiij | |
@
8
Abrégé
| | latanerie, ont tâché de le dénigrer, |
| | disant qu'il était un ivrogne |
| | de profession, & qu'étant |
| | ivre il n'écrivait que ce que les |
| | fumées du vin lui dictaient. |
| | Mais il est constant par l'histoire |
| | & par la tradition, que Paracelse, |
| | quoique un peu ami du vin |
| | comme étant Suisse de nation, a |
| | été un Médecin Merveilleux, & |
| | qu'il guérissait facilement les |
| | maladies que tous les autres appellent |
| | incurables ; & on lit encore |
| | dans l'Hôpital de Salzbourg où il |
| | a voulu être enterré, l'épitaphe |
| | suivant gravé en un beau marbre. |
| | |
| | Ci-gît Philippe Théophraste Médecin |
| | insigne. |
| | |
| | Lequel par un Art merveilleux |
| | sût guérir les plus fières |
| | maladies que l'on croyait incurables |
| | ; c'est-à-dire la Lèpre, la |
| | Goutte, l'Hydropisie & autres |
| | semblables ; il a laissé ses biens pour |
@
des Archidoxes. 9
| être distribués aux pauvres; il est |
|
| mort l'année 1541. le 24. Septembre. |
|
|
|
| Les invectives contre les Médecins | |
| dont tous ses livres sont |
|
| pleins, lui ont attiré la haine & les |
|
| impostures de tous les Professeurs |
|
| en Médecine de son temps, & encore |
|
| après, lesquels ont écrit ou |
|
| parlé contre lui ; mais néanmoins |
|
| plusieurs autres qui ont goûté |
|
| sa doctrine, & qui en ont su profiter, |
|
| ont rendu témoignage du |
|
| savoir de ce grand homme, comme |
|
| a fait le fameux Quercetanus |
|
| Ramus, Barucens, Gellius, Adamus |
|
| ; & plusieurs autres fameux |
|
| Médecins conviennent que Paracelse |
|
| a pénétré la nature, & qu'il |
|
| en a écrit d'une manière divine. |
|
| Le même Oportinnus qui s'était |
|
| le plus déchaîné contre Paracelse |
|
| pendant qu'il vivait, ayant enfin |
|
| goûté & profité de ses écrits, chante |
|
| la palinodie, avouant le tort |
|
@
10
Abrégé
| | qu'il avait eu, & il confesse que |
| | Paracelse est un homme divin, & |
| | que personne n'a écrit si profondément |
| | ; & que non sans raison |
| | Paracelse s'était donné le titre de |
| | Monarque & de Prince de la Médecine. |
| | Mais ce qui lui a attiré un décri |
| | universel de tous les Ecclésiastiques, |
| | c'est que Paracelse avait écrit |
| | plusieurs livres de magie, & autres |
| | qui sentent l'homme superstitieux |
| | & peu religieux : ce qui a donné |
| | occasion non sans raison de le |
| | faire passer pour un Magicien impie, |
| | & pour un fou extravagant. |
| | Ajoutez encore cela que ses |
| | écrits sont très obscurs & composés |
| | la plupart avec peu de méthode |
| | & avec des termes nouveaux, |
| | & des noms déguisés, & pleins de |
| | beaucoup de discours qui paraissent |
| | superflus. |
| | Mais ce défaut ne se trouve |
| | guère que dans les matières qu'il |
@
des Archidoxes. 11
| déclare lui-même qu'il veut cacher |
|
| en partie aux ignorants ; car |
|
| dans les livres de chirurgie & dans |
|
| les autres où il traite de la nature |
|
| & de l'origine des maladies |
|
| tartreuses où il peut parler |
|
| clairement, on voit que cet homme |
|
| a pénétré dans cet art plus profondément |
|
| qu'aucun autre avant |
|
| lui : il est vrai aussi qu'il n'a fait |
|
| qu'indiquer les remèdes les plus |
|
| efficaces dont il se servait pour |
|
| faire des guérisons miraculeuses, |
|
| & qu'il n'en a point enseigné la |
|
| composition ; mais la plupart des |
|
| hommes en ont usé de même : la |
|
| vanité humaine ne voulant pas |
|
| volontiers se rendre les autres. |
|
| hommes égaux, mais ils veulent |
|
| se conserver (quand ils le peuvent) |
|
| la supériorité sur les autres. |
|
| Au reste il faut convenir que | |
| Paracelse aimait à boire, & que |
|
| le vin rendait encore plus impétueux |
|
| son esprit naturellement |
|
@
12
Abrégé
| | chaud : c'est peut-être ce qui a fait |
| | qu'il est mort jeune ; & de cette |
| | mort en jeunesse, ses adversaires |
| | ont conclu que si ses remèdes |
| | eussent été si bons qu'il les vante, |
| | & qu'ils eussent la force d'allonger |
| | la vie comme il le dit, même au- |
| | delà du cours naturel, il se serait |
| | guéri lui-même & il aurait vécu |
| | plus qu'un autre. |
| | Mais la tradition porte que ses |
| | ennemis l'empoisonnèrent en une |
| | débauche de vin à quoi il était facile |
| | de le porter, & qu'étant ivre |
| | & endormi, ils lui ôtèrent les préservatifs |
| | qu'il portait toujours sur |
| | lui ; de manière que le poison ayant |
| | fait son effet, les remèdes ne purent |
| | plus agir. |
| | Quant à savoir s'il possédait |
| | la pierre philosophale, comme il |
| | l'assure, & comme il en parle |
| | mieux qu'aucun autre, c'est-à- |
| | dire d'une manière convenable à |
| | un si grand mystère ; ses Adversaires |
@
des Archidoxes. 13
| le nient ; particulièrement |
|
| ceux qui veulent que cette pierre |
|
| philosophique soit une pure imagination |
|
| des fourbes & charlatans, |
|
| mais l'expérience m'a convaincu |
|
| que cette pierre n'est pas |
|
| une imagination ; & qu'il faut |
|
| convenir que ceux qui aiment cet |
|
| Art & qui entendent les écrits |
|
| des bons Philosophes avoueront |
|
| facilement que Paracelse en a été |
|
| véritablement possesseur, outre |
|
| que plusieurs témoignages oculaires, |
|
| & particulièrement quelqu'un |
|
| de ses amis ou domestiques lui |
|
| ont vu faire la transmutation des |
|
| métaux imparfaits, en or. Pour |
|
| moi, qui par des propres expériences |
|
| suis convaincu qu'il y a |
|
| un Art de perfectionner les métaux, |
|
| je ne doute pas que Paracelse |
|
| n'en ait été possesseur ; & ses écrits |
|
| que j'estime au-dessus de tous les |
|
| autres, me le persuade encore |
|
| plus que toute autre relation. |
|
@
14
Abrégé
| | Abrégé du livre second & troisième |
| | avec une partie du quatrième, |
| | des Archidoxes. |
| | |
| | En premier lieu, Paracelse enseigne |
| | » avec l'obscurité qu'il a |
| | » promise, afin dit-il, que les ignorants |
| | » & indignes ne pénètrent |
| | » pas son intention ; il enseigne, |
| | » dis-je, que tous les corps sont |
| | » composés des quatre éléments |
| | » dans un certain mélange & proportions |
| | » déterminées. Que de |
| | » ce mélange il provient un élément |
| | » prédestiné (& particulier:) |
| | » mais quoique les éléments |
| | » soient discords & contraires entre |
| | » eux, ils s'accommodent pourtant, |
| | » dit-il, de manière que dans |
| | » ce mélange il y en a un qui prédomine |
| | » toujours sur les autres. |
| | » Il veut que dans ce mélange |
| | » ceux qui sont inférieurs soient à |
| | » l'égard du dominant comme |
| | » une légère sculpture à l'égard de |
@
des Archidoxes. 15
| » la substance de la pierre où elle |
|
| » est gravée ; c'est pourquoi, ajoute-il, |
|
| » les autres trois éléments, à |
|
| » peine doivent être considérés |
|
| » comme des éléments, puisqu'ils |
|
| » ne sont pas des éléments parfaits. |
|
| » C'est pourquoi il ne faut |
|
| » avoir égard qu'à la conservation |
|
| » de l'élément parfait, qu'il appelle |
|
| » élément prédestiné, parce |
|
| » qu'il est destiné à former un |
|
| » être de telle nature, de telles |
|
| » vertus & propriétés ; & il ajoute |
|
| » que cet élément est incorruptible |
|
| » & inaltérable, & que lui |
|
| » seul contient toute la force & la |
|
| » vertu du mixte ; d'où vient qu'il |
|
| » ne faut pas considérer les autres |
|
| » éléments comme des vrais éléments, |
|
| » l'élément prédestiné |
|
| » étant le seul & véritable élément. |
|
| Ce que Paracelse a dit ici ne serait | |
| qu'un galimatias fort obscur, |
|
| si dans les livres suivants & ailleurs |
|
| il n'expliquait plus clairement ce |
|
@
16
Abrégé
| | qu'il veut dire ; cet élément dominant |
| | sur les autres & qu'il appelle |
| | prédestiné, & ailleurs |
| | quintessence. On la nomme quintessence, |
| | parce que, pour ainsi dire, |
| | c'est un cinquième élément composé |
| | des quatre qui forment un cinquième |
| | être ; comme je l'ai expliqué |
| | au long dans l'introduction, |
| | cet élément prédestiné résulte donc |
| | d'une certaine mixtion précise |
| | des quatre qualités ; c'est-à-dire |
| | des particules plus subtiles & invisibles |
| | des éléments, que l'école |
| | appelle éléments élémentants, je le |
| | redis encore que de ce mélange des |
| | quatre qualités, il en résulte ce |
| | qu'il appelle élément prédestiné : |
| | c'est-à-dire un élément ou substance |
| | particulière qui n'est en aucun |
| | des quatre ; & comme cette substance |
| | est composée de parties extrêmement |
| | subtiles, si bien mêlées |
| | ensemble, que l'une ne quitte pas |
| | facilement |
@
des Archidoxes. 17
| facilement l'autre, & qu'elles ne |
|
| donnent pas d'ingrès à d'autres |
|
| plus grossières, il en arrive que cet |
|
| élément ou quintessence n'est pas |
|
| corruptible ni sujet à corruption, |
|
| si ce n'est par une autre plus subtile |
|
| & plus pénétrante ; & que par |
|
| une semblable subtilité & convenance |
|
| de nature ils puissent se mêler |
|
| ensemble : & on ne peut pas douter |
|
| que cet élément prédestiné ne soit |
|
| ce qu'on nomme quintessence. Paracelse |
|
| le faisant connaître clairement |
|
| dans tout ce qui suit, & en |
|
| propres termes il dit ces paroles. Il |
|
| faut entendre, dit-il, que ce que |
|
| j'appelle élément prédestiné, est la |
|
| quintessence. Per id intelligitur predestinatum |
|
| elementum quintam essentiam |
|
| esse. |
|
| Il faut donc entendre que c'est | |
| cet élément subtil que la nature |
|
| forme du mélange des quatre |
|
| qualités subtiles, qui contient |
|
| toute la vertu & propriété du |
|
| B | |
@
18
Abrégé
| | mixte ; de manière que ces autres |
| | éléments grossiers avec lesquels la |
| | vraie essence est mêlée, ne doivent |
| | être considérés pour rien, si ce |
| | n'est comme des éléments imparfaits, |
| | & comme un corps impur & |
| | sans aucune puissance ; & lesquels |
| | au contraire par leur mélange |
| | avec cet élément pur & essentiel, |
| | ôtent une partie de la force |
| | à la quintessence, de même que |
| | l'eau qu'on mêle avec l'esprit-de- |
| | vin qui est l'essence du vin, diminue |
| | la force des effets de ladite |
| | essence du vin, qui est son esprit. |
| | L'intention donc de Paracelse |
| | est de séparer ces éléments impurs, |
| | de manière que l'élément |
| | prédestiné qui est la quintessence, |
| | reste seul & sans aucune tache, |
| | comme il le dit. Ut quintam essentiam |
| | habeamus puram & immacula- |
| | tam, laquelle séparée de ce corps, |
| | élémentaire impur, est en très petite |
| | quantité, mais d'un grande |
| | efficace. |
@
des Archidoxes. 19
| Les Philosophes Chimistes ont | |
| parlé de cette réparation des éléments |
|
| avec tant d'obscurité, qu'on |
|
| n'aurait jamais pu rien entendre, |
|
| si Paracelse ne nous eût éclairci |
|
| ce mystère : & que dans le même |
|
| temps il ne nous donnât occasion |
|
| de connaître que cet élément prédestiné |
|
| qui est l'essence du mixte, |
|
| & qui paraît en forme d'une humidité |
|
| plus ou moins oléagineuse, |
|
| est plus ou moins gluante suivant |
|
| la nature du mixte : cette humidité |
|
| gluante & essentielle, |
|
| dis-je, & que les philosophes appellent |
|
| leur mercure qui est en |
|
| toutes choses, & sans lequel rien |
|
| ne peut vivre, étant la vraie humidité |
|
| radicale du sujet, & qui |
|
| contient en soi son soufre ou chaleur |
|
| naturelle. C'est pourquoi ils |
|
| ont dit avec raison, mais obscurément, |
|
| que dans le mercure l'on |
|
| trouve tout ce que les sages désirent. |
|
| Est in mercurio quid quid querunt |
|
| sapientes. B ij | |
@
20
Abrégé
| | Quant aux éléments impurs que |
| | Paracelse dit qu'il ne faut pas considérer |
| | comme des véritables éléments |
| | ; j'ai déjà montré dans l'introduction, |
| | que ce sont le flegme |
| | & la terre morte qui sont les deux |
| | éléments, qui seulement sont visibles |
| | dans le mixte : le feu & l'air |
| | par leur subtilité échappent à nos |
| | sens mais il faut regarder cette eau |
| | flegmatique & cette terre grossière |
| | & insipide comme le corps impur |
| | & corruptible dans toutes les |
| | parties duquel la quintessence est |
| | répandue comme l'âme dans les |
| | membres de l'animal, & desquels |
| | l'Art chimique peut & doit la séparer |
| | pour avoir l'essence toute |
| | pure, & dont la vertu est affaiblie |
| | par le mélange de la terre & de |
| | l'eau flegmatique, comme la vertu |
| | & force du vin est affaiblie, |
| | comme on l'a dit, quand on y mêle, |
| | de l'eau ou autres choses qui sont |
| | de nature contraire. |
@
des Archidoxes. 21
| Cette quintessence pure ainsi | |
| séparée de son corps terrestre, est |
|
| une médecine très efficace contre |
|
| toute les maladies, suivant les |
|
| propriétés particulières de la |
|
| même essence, ce qui provient |
|
| d'un mélange particulier & inconnu |
|
| des particules des quatre |
|
| qualités élémentaires. Et comme |
|
| cette essence séminale, se peut tirer |
|
| aussi de tous les minéraux & |
|
| métaux : elle peut être très excellente, |
|
| non-seulement pour les |
|
| maladies du corps, mais elle peut |
|
| être bonne aussi pour perfectionner |
|
| les métaux, comme on le verra |
|
| dans la suite. |
|
| Mais avant que de venir à la | |
| pratique de la réparation des éléments |
|
| impurs, pour avoir la quintessence |
|
| pure que nous appelons |
|
| aussi essence séminale, je crois à |
|
| propos de rapporter ici mot à |
|
| mot ce que Paracelse dit de la |
|
| quintessence, de sa nature, de ses |
|
@
22
Abrégé
| | vertus & de ses propriétés, afin |
| | que le lecteur en connaissant la |
| | valeur de cette chose précieuse, il |
| | soit plus volontiers excité à mettre |
| | tous ses soins, & employer tout le |
| | travail nécessaire pour l'obtenir, |
| | & que dans le même temps on |
| | connaisse la grandeur & profondeur |
| | d'esprit de notre Auteur. |
| | |
| | Le quatrième livre des Archidoxes du |
| | grand Paracelse de la quintessence. |
| | |
| | Ci-devant, dit Paracelse, nous |
| | avons parlé de la quintessence qui |
| | est dans toutes les choses : il faut |
| | à présent expliquer ce qu'elle est. |
| | » La quintessence est une substance |
| | » qui se peut tirer de toutes |
| | » les choses que la nature produit |
| | » & qui ont en soi la vie : laquelle |
| | » substance très subtile, doit être |
| | » purifiée au souverain degré & |
| | » nettoyée par la séparation des |
| | » éléments impurs & grossiers qui |
| | » la tenaient enveloppée ; par laquelle |
@
des Archidoxes. 23
| » séparation elle reste dans |
|
| » sa seule propre nature incorru- |
|
| » ptible. |
|
| » D'où il en résulte qu'on doit | |
| » considérer la quintessence comme |
|
| » la nature, la force, la vertu, |
|
| » & la médecine qui était enfermée |
|
| » dans le mixte, & qui par |
|
| » l'Art a été tirée du corps où elle |
|
| » était enfermée, & duquel on l'a |
|
| » délivrée. C'est elle qui est la couleur, |
|
| » la saveur, l'odeur, la vie |
|
| » & les propriétés des choses, |
|
| » c'est un esprit semblable à l'esprit |
|
| » de vie, avec cette différence, |
|
| » que l'esprit de vie des autres |
|
| » choses est permanente : mais celui |
|
| » de l'homme est mortel, c'est |
|
| » pourquoi de la chair & du sang |
|
| » de l'homme l'on ne peut |
|
| » pas tirer une quintessence totale |
|
| » & qui rende immortel : parce |
|
| » que l'esprit de vie qui est encore |
|
| » l'esprit des autres vertus |
|
| » ou facultés naturelles meurt, & |
|
@
24
Abrégé
| | » que la vie existe dans l'âme, ce |
| | » qu'on doit entendre aussi des |
| | » animaux, parce que la quintessence |
| | » est l'esprit de la chose qui |
| | » ne se peut pas tirer des animaux |
| | » sensibles, comme on le peut tirer |
| | » des choses insensibles : Car la |
| | » mélisse par exemple a en soi un |
| | » esprit de vie, lequel est sa vertu, |
| | » sa vie, & une Médecine qui conforte |
| | » l'esprit animal; & quoique |
| | » la mélisse soit séparée de sa racine, |
| | » néanmoins elle a en elle cet |
| | » esprit de vie avec ses vertus : parce |
| | » que cet élément prédestiné en |
| | » elle est fixé, c'est-à-dire il n'est |
| | » pas évaporé quoiqu'elle soit sèche |
| | » : c'est pourquoi on peut séparer |
| | » de son corps la quintessence |
| | » quoiqu'il paraisse mort, & |
| | » aussi le préserver de la corruption |
| | » suivant sa prédestination. |
| | » Que si nous pouvions tirer des |
| | » coeurs l'esprit qui nous donne la |
| | » vie, & qui nous préserve de la |
| | corruption |
@
des Archidoxes. 25
| » corruption pendant que nous |
|
| » vivons, sans doute avec une telle |
|
| » quintessence nous serions immortels |
|
| » ; ce qui nous est impossible |
|
| » : c'est pourquoi il nous faut |
|
| » attendre la mort, qui arrive |
|
| » quand cet esprit volatil s'évapore, |
|
| » ou qu'en quelque manière il |
|
| » est étouffé par les superfluités |
|
| » des éléments grossiers. |
|
| » Etant donc vrai que la quintessence | |
| » est la vertu des choses, il |
|
| » nous faut expliquer comment elle |
|
| » est la vertu de la médecine. Le vin |
|
| » contient en soi une quintessence |
|
| » de grande vertu & en grande |
|
| » quantité, par laquelle il fait des |
|
| » actions admirables : cependant |
|
| » les opérations qu'il fait ne les |
|
| » fait pas, d'autant que simple vin, |
|
| » mais en vertu de l'esprit-de-vin |
|
| » qui est en partie la quintessence, |
|
| » lequel étant séparé du corps du |
|
| » vin, il est évident que ce corps |
|
| » n'a plus les vertus qu'il avait au- |
|
@
26
Abrégé
| | » paravant; & s'il en a encore |
| | » quelqu'une, c'est que toute la |
| | » quintessence n'a pas été encore |
| | » bien séparée ; concevez de plus |
| | » que la quintessence est répandue |
| | » dans toute la liqueur qu'on appelle |
| | » vin, & qu'elle donne à toutes |
| | » ces parties un peu de sa vertu. |
| | » Voyez un peu de fiel jeté |
| | » dans l'eau, il rend toute l'eau |
| | » amère, quoique l'eau soit en |
| | » quantité cent fois plus grande. |
| | De même une petite quantité |
| | » de safran teint en jaune une grande |
| | » quantité d'eau : laquelle n'est |
| | » pas pour cela tout safran quoiqu'elle |
| | » en ait la couleur, le goût, |
| | » & l'odeur, & même un peu de |
| | » ses vertus spécifiques. Il faut |
| | » concevoir la même chose de l'essence |
| | » de tous les corps, entendre |
| | » qu'elle est répandue de même |
| | » dans toute la substance du |
| | » bois, dans les herbes, dans les |
| | » pierres, dans les sels, dans les |
@
des Archidoxes. 27
| » minéraux & métaux, & dans |
|
| » tous les autres corps créés, & |
|
| » qu'elle est dans ces corps comme |
|
| » un homme qui habite dans |
|
| » une maison, & que la maison est |
|
| » différente de celui qui y habite : |
|
| » car celui qui l'habite est celui |
|
| » qui agit en elle; de même la quintessence |
|
| » agit dans les corps dans |
|
| » lesquels elle est, & dont elle est |
|
| » comme l'âme ; le reste n'étant |
|
| » qu'un simple corps corruptible |
|
| » & impur, composé des éléments |
|
| » grossiers & sans aucune vertu, |
|
| » comme je le dis dans le Livre des |
|
| » séparations (& comme je l'ai |
|
| » montré au commencement dans |
|
| » la Préface ou Traité des trois |
|
| » Principes.) Et il ne faut pas |
|
| » croire que la quintessence soit |
|
| » quelque chose au-delà des éléments |
|
| » : car elle-même est élément |
|
| » (c'est-à-dire un composé |
|
| » des éléments en certaines proportions;) |
|
| » & il ne faut pas dire |
|
| C ij | |
@
28
Abrégé
| | » non plus qu'elle n'est ni chaude, |
| | » ni froide, ni humide, ni sèche : |
| | » car il n'y a rien qui ne soit tel. J'ai |
| | » montré au Traité des Principes, |
| | » que la quintessence qui est la |
| | » même chose que le mercure, |
| | » est un composé des quatre qualités |
| | » ou particules plus subtiles |
| | » des éléments, & certaines doses |
| | » & proportions que la nature a |
| | » faites (& qu'elle seule peut faire:) |
| | » car, dit Paracelse, toutes ont la |
| | » nature des qualités élémentaires |
| | » ; l'essence de l'or par exemple |
| | » tient de la nature du feu, |
| | » ou de la chaleur du feu céleste, |
| | » non brûlant, mais vivifiant ; |
| | » l'essence de l'argent tient de la |
| | » nature humide de l'eau ; l'essence |
| | » de Saturne tient de la terre froide |
| | » & sèche ; & l'essence du vif- |
| | » argent tient des qualités de l'air, |
| | » lui-même n'étant qu'une manière |
| | » d'air épaissi dans les entrailextrême |
| | » les de la terre & d'une subtilité |
@
des Archidoxes. 29
| » : ce qu'il faut bien observer |
|
| » pour comprendre la nature |
|
| » de ce minéral admirable. |
|
| » Quant à ce que la quintessence | |
| » est une médecine qui guérit |
|
| » toutes sortes de maladies, cela |
|
| » ne vient pas à cause du simple |
|
| » tempérament, mais des propriétés |
|
| » internes (qui résultent d'un |
|
| » certain mélange imperscrutable |
|
| » des susdites qualités) comme |
|
| » aussi à cause de son extrême pureté |
|
| » & subtilité, d'où résulte |
|
| » qu'elle pénètre par tout, vivifie |
|
| » & change en pureté d'une manière |
|
| » merveilleuse tout ce avec |
|
| » qui elle se mêle, car étant subtile |
|
| » & pénétrante, elle subtilise |
|
| » toutes les humeurs crasses & |
|
| » corrompues, les réduisant en |
|
| » pureté ; les rend odoriférantes, |
|
| » de putrides & puantes qu'elles |
|
| » étaient ; & confortant la chaleur |
|
| » naturelle, elle aide la nature |
|
| » à expulser au-dehors tout ce |
|
| C iij | |
@
30
Abrégé
| | » qui est la cause de la maladie : |
| | » car de même qu'un oeil qui ne |
| | » voit pas à cause d'une tache ou |
| | » pellicule qui le couvre, si l'on |
| | » ôte ladite tache, il voit comme il |
| | » doit ; de même la quintessence |
| | » ôte tout ce qui empêche le bon |
| | » état de la vie & de la santé ; c'est- |
| | » à-dire les impuretés provenant |
| | » des mauvaises digestions qu'elle |
| | » aide à bien faire, & les perfectionne |
| | » en confortant & fortifiant |
| | » l'archée & les principes de la |
| | » vie. |
| | Mais il faut bien considérer |
| | » une chose très importante, c'est |
| | » qu'il ne faut pas croire que toutes |
| | » les essences sont de la même |
| | » nature ; c'est-à-dire que toutes |
| | » celles qui sont chaudes produisent |
| | » un même effet, & qu'elles |
| | » guérissent toutes les maladies |
| | » qu'on appelle froides : car il ne |
| | » faut pas croire que la quinteschaude, |
| | » sence des anacardes qui est |
@
des Archidoxes. 31
| » produise les mêmes |
|
| » effets, ou qu'elle ait les propriétés |
|
| » que la quintessence que |
|
| » nous avons dit être chaude ; car |
|
| » la différence est grande, laquelle |
|
| » différence provient de la |
|
| » propriété de la quintessence & |
|
| » du mélange déterminé des éléments |
|
| » dont elle est composée. |
|
| » Il faudrait considérer que | |
| » de même que l'animal qui a un |
|
| » esprit de vie, n'est pas pour cela |
|
| » semblable à l'autre qui a aussi |
|
| » l'esprit de vie, & que quoique |
|
| » tous aient chair & sang, cependant |
|
| » il est visible qu'ils différent |
|
| » en propriétés & en talents : de |
|
| » même la quintessences des choses |
|
| » est différente dans les propriétés |
|
| » & vertus ; parce qu'elle |
|
| » ne tire pas ses propriétés des |
|
| » éléments visibles & grossiers qui |
|
| » l'enveloppent, mais du mélange |
|
| » déterminé des qualités élémentaires |
|
| » subtiles, que nous avons |
|
| C iiij | |
@
32
Abrégé
| | » dit que mêlées en certaines proportions |
| | » font la quintessence, |
| | » & qui font qu'elle agit diversement |
| | » suivant le mélange ou |
| | » tempérament inséparable desdites |
| | » qualités qui produisent |
| | » certains effets plutôt que certains |
| | » autres ; & dont on ne peut |
| | » rendre d'autre raison que l'expérience. |
| | » C'est donc ce mélange |
| | » qui fait que quelques essences |
| | » sont styptiques, d'autres narcotiques, |
| | » ou attractives, amères, ou |
| | » douces, ou aigres, celles-là stupéfiantes, |
| | » d'autres qui conservent |
| | » en jeunesse, d'autres qui |
| | » conservent seulement la santé, |
| | » quelques unes purgatives & apéritives, |
| | » ou bien au contraire |
| | » constipantes, &c. & d'un nombre |
| | » innombrable de vertus diverses, |
| | » que les Médecins doivent |
| | » bien connaître, & quoique l'on |
| | » puisse dire que celles qui résic'est |
| | » stent dans les essences styptiques, |
@
des Archidoxes. 33
| » à cause que dans les |
|
| » essences styptiques la sécheresse |
|
| » terrestre domine, comme l'humidité |
|
| » domine en celles qui sont |
|
| » apéritives ; cela n'est pas absolument |
|
| » vrai, puisque d'autres |
|
| » essences plus terrestres ou plus |
|
| » humides produisent des effets |
|
| » contraires. |
|
| » Etant donc vrai que la quintessence | |
| » se peut séparer comme |
|
| » l'âme se sépare de son propre |
|
| » corps, & que nous pouvons la |
|
| » prendre & l'admettre dans notre |
|
| » propre corps ; quelle maladie |
|
| » pourra résister à une nature |
|
| » si noble, si pure & quasi céleste, |
|
| » qui anime & conforte l'esprit |
|
| » vital ? Et quelles infirmités ne |
|
| » pourra-t- elle pas guérir, & |
|
| » quelle maladie pourra nous ôter |
|
| » la vie, hormis la mort prédestinée |
|
| » à tous les vivants ? |
|
| » Mais il faut considérer que | |
| » chaque maladie a besoin de son |
|
| » essence particulière & propre |
|
@
34
Abrégé
| | » à résister à ce mal ; quoique |
| | » nous en enseignerons quelques- |
| | » unes qui sont propres à guérir |
| | » toutes sortes de maladies, dont |
| | » nous dirons les raisons en son |
| | » lieu. |
| | J'ajouterai ici que la quintessence |
| | » de l'or et en très petite |
| | » quantité ; le reste n'est que son |
| | » corps lépreux & impur, dans |
| | » lequel il n'y a aucune douceur |
| | » ni aigreur, & dans lequel il n'est |
| | » resté aucune force ou propriété, |
| | » hormis un mélange des |
| | » quatre éléments impurs, grossiers, |
| | » & terrestres ; & nous ne |
| | » devons pas ignorer ce grand secret, |
| | » que les éléments susdits |
| | » qui forment le corps, étant dépouillés |
| | » de la quintessence, ne |
| | » sont bons à rien, & ne peuvent |
| | » guérir aucune maladie, & ne |
| | » peuvent faire autre chose que |
| | » dessécher ou humecter comme |
| | » ferait la terre ou l'eau commune |
| | » que l'on boit. |
@
des Archidoxes. 35
| Mais afin que l'on entende | |
| mieux cette doctrine de Paracelse, |
|
| il faut la prouver par une expérience |
|
| commune, & que les Apothicaires |
|
| font tous les jours, par |
|
| exemple, pour composer le sirop |
|
| purgatif des roses : pour cela ils |
|
| mettent une quantité de feuilles |
|
| de roses infuser dans l'eau commune |
|
| ; après vingt-quatre heures, |
|
| ils retirent lesdites roses, & en |
|
| mettent de nouvelles dans la même |
|
| eau, ce qu'ils réitèrent cinq à |
|
| six fois. Dans cette eau ils font |
|
| dissoudre une quantité suffisante |
|
| de sucre, & ils font bouillir le tout |
|
| pour évaporer le superflu de l'eau; |
|
| & quand la liqueur parvient à |
|
| consistance de sirop, la chose est |
|
| faite. Une once de ce sirop purge |
|
| les entrailles fort bien. Sur quoi |
|
| il faut considérer deux choses: la |
|
| première, que l'eau par l'infusion |
|
| des roses s'est imbue de l'essence |
|
| desdites roses, lesquelles n'ont |
|
@
36
Abrégé
| | plus de vertu purgative, ou si |
| | peu, qu'on ne les estime bonnes |
| | qu'à jeter dans la rue ; la seconde, |
| | que cette once de sirop ne contient |
| | pas dix grains de l'essence |
| | & vertu des roses ; car l'eau & |
| | le sucre qui sont mêlés avec elles, |
| | font quasi tout le poids & le |
| | volume du sirop ; par où l'on peut |
| | voir que toute la vertu purgative |
| | consiste dans l'essence, & que ces |
| | dix grains ou environ de l'essence |
| | font plus d'effet & avec plus de facilité, |
| | que plusieurs onces de roses |
| | n'auraient fait. |
| | Une autre expérience. Prenez |
| | un sac de roses : si vous en savez |
| | extraire l'huile essentielle, elle est si |
| | odoriférante, qu'une ou deux gouttes |
| | mises dans un pot d'eau commune, |
| | font une très bonne eau- |
| | rose : car il faut savoir que l'eau- |
| | rose n'est que l'humidité aqueuse |
| | de la rose, qui en distillant comporte |
| | un peu d'huile essentielle de |
@
des Archidoxes. 37
| la rose. L'huile essentielle de |
|
| quelque plante se fait en plusieurs |
|
| manières : la plus facile est la |
|
| suivante. Prenez de la sauge ou |
|
| de l'absinthe qui soient verts : car |
|
| s'ils étaient secs, il faudrait y |
|
| mettre de l'eau commune ; faites |
|
| distiller l'eau d'absinthe ou de sauge, |
|
| laissez cette eau dans un vase |
|
| de verre à long col : vous verrez |
|
| surnager après quelques jours une |
|
| manière d'huile qui est l'essence |
|
| de l'herbe, & qui a le goût, l'odeur, |
|
| la couleur, & toutes les propriétés |
|
| de l'herbe dont elle a été |
|
| extraite, & dont quelques gouttes |
|
| ont plus de force & de vertu |
|
| qu'une poignée ou deux de l'herbe |
|
| dont l'essence est extraite, & laquelle |
|
| herbe n'a plus aucune propriété |
|
| ni vertu, & n'est bonne qu'à |
|
| jeter. |
|
| » Quand un herbe ou un animal | |
| » se putréfient, & qu'ils deviennent |
|
| » puants ; ce n'est pas la quint- |
|
@
38
Abrégé
| | » essence qui put & se corrompt : |
| | » car elle est incorruptible, mais |
| | » bien le corps qui le contient: cela |
| | » est évident car si vous faites |
| | » putréfier les roses, la mélisse ou |
| | » quelque autre herbe odoriférante |
| | » ; de manière qu'elle paraisse |
| | » puante : si vous distillez |
| | » cette pourriture, soit de mélisse |
| | » ou de romarin, ou autre herbe |
| | » semblable, vous en tirez un eau |
| | » très bonne & odoriférante ; & |
| | » si vous savez bien opérer, vous |
| | » aurez l'huile essentielle dont j'ai |
| | » parlé, d'une odeur surprenante : |
| | » le même & plus facilement encore |
| | » arrivera du romarin. C'est |
| | » donc le corps qui se corrompt, |
| | » comme dit Paracelse, & non pas |
| | » la quintessence qui put, car elle |
| | » est incorruptible : ce qui paraît |
| | » encore dans les excréments & le |
| | » fumier des animaux qui retiennent |
| | » encore une partie de la |
| | » quintessence : c'est par sa vertu |
@
des Archidoxes. 39
| » que les champs sont engraissés, |
|
| » & c'est elle qui contribue à les |
|
| » rendre plus fertiles. J'ai vu tirer |
|
| » des excréments des hommes |
|
| » un esprit plus odoriférant que |
|
| » l'ambre, mais il faut en séparer |
|
| » tout le corps des choses corruptibles |
|
| » : la quintessence qui |
|
| » est leur âme est en quelque manière |
|
| » incorruptible, & ce n'est |
|
| » que le corps composé des éléments |
|
| » grossiers qui se corrompt, |
|
| » suivant ce que Paracelse nous |
|
| » montre après l'expérience. |
|
| » Il est la même chose des pierres, | |
| » & particulièrement de celles |
|
| » qu'on appelle précieuses : car |
|
| » la quintessence des émeraudes |
|
| » paraît en la forme d'un suc vert, |
|
| » & son corps reste en liqueur |
|
| » blanche ; ce qu'on doit entendre |
|
| » aussi de toutes les autres pierres |
|
| » précieuses, ainsi que nous |
|
| » l'enseignerons dans le lieu où |
|
| » l'on parle de ces extractions. |
|
@
40
Abrégé
| | Entendez la même chose des |
| | » plantes, des bois & résines |
| | » Quant à l'urine & au sang (continue |
| | » Paracelse) on ne peut pas |
| | » tirer d'eux une véritable |
| | » essence par les raisons dites ci- |
| | » dessus ; mais on peut tirer seulement |
| | » d'eux quelque chose de |
| | » semblable à la quintessence : ce |
| | » qu'on doit entendre de la manière |
| | » suivante. Un morceau de |
| | » chair a en soi une manière de vie, |
| | » parce que c'est de la chair, qui a |
| | » encore quelque vertu, parce |
| | » qu'il a eu vie. |
| | C'est pourquoi il y a encore |
| | » quelque chose de vital, quoique |
| | » ce n'est pas une véritable vie, qui |
| | » n'est préservative que pour le |
| | » temps de la corruption, & jusqu'à |
| | » ce qu'elle se putréfie : ce qui |
| | » est la marque que le peu d'esprit |
| | » de vie qui lui restait est évanoui. |
| | » Car c'est l'esprit de vie qui préil |
| | » serve de la corruption, comme |
@
des Archidoxes. 41
| » paraît dans les animaux vivants |
|
| » qui ne se putréfient pas jusqu'à |
|
| » ce que cet esprit les aban- |
|
| » donne. |
|
| » Il faut donc considérer les herbes | |
| » sèches, comme un morceau |
|
| » de chair : car les herbes sèches |
|
| » ont perdu leur verdeur avec la |
|
| » vie. On peut donc prendre les |
|
| » choses mortes pour faire une |
|
| » essence morte ; car quoique la |
|
| » chair & les herbes soient mortes, |
|
| » néanmoins elles ont une quintessence |
|
| » comme choses mortes, |
|
| » & elles ne laissent pas d'avoir de |
|
| » la vertu. |
|
| » Mais les métaux & les pierres | |
| » ont en soi une vie perpétuelle, |
|
| » & ne meurent pas ; du moins |
|
| » ils subsistent plus longtemps: |
|
| » c'est pourquoi ils ont une |
|
| » quintessence plus parfaite, & |
|
| » qu'on peut tirer de ces corps |
|
| » quoiqu'avec plus de difficulté |
|
| » que des plantes. |
|
| D | |
@
42
Abrégé
| | Mais de quelque manière |
| | » qu'on tire la quintessence, on |
| | » ne doit pas la tirer en la mêlant |
| | » avec des choses qui ne sont |
| | » pas convenables & semblables à |
| | » sa nature ; & s'il est possible, |
| | » comme il est possible aux herbes |
| | » & animaux (auxquelles choses |
| | » il ne faut rien ajouter,) il faut |
| | » extraire la quintessence seule & |
| | » par soi même ; & s'il est nécessaire |
| | » d'ajouter quelque chose qui |
| | » soit fort différent ou contraire, |
| | » il faut le séparer ensuite afin |
| | » qu'il reste la quintessence pure. |
| | » Il y a divers moyens pour tirer |
| | » la quintessence des minéraux ; |
| | » c'est-à-dire par des sublimations, |
| | » calcinations, par des |
| | » eaux-fortes, par des corrosifs, par |
| | » liqueur doux ou amers, &c. & |
| | » par d'autres moyens (car les |
| | » herbes simples n'ont pas besoin |
| | » d'addition.) |
| | Mais de quelque manière dont |
@
des Archidoxes. 43
| » on puisse se servir, il faut avoir |
|
| » soin que tout ce qu'on a ajouté |
|
| » pour extraire la quintessence, |
|
| » comme on l'a dit, soit ensuite |
|
| » séparé ; car il n'est pas possible |
|
| » de tirer l'essence des minéraux |
|
| » & des pierres, & particulièrement |
|
| » des métaux, & moins encore |
|
| » de l'or, sans quelque corrosif |
|
| » propre & convenable, |
|
| » qu'il faut ensuite séparer ; c'est |
|
| » pourquoi il faut qu'il soit séparable |
|
| » & de nature différente : |
|
| » le sel qui a été eau & qui vient |
|
| » de l'eau, se sépare de l'eau ; mais |
|
| » il faut néanmoins considérer |
|
| » que tout corrosif n'est pas propre, |
|
| » parce qu'on ne peut pas |
|
| » les séparer tous facilement. |
|
| » Car si vous faites dissoudre le |
|
| » vitriol ou l'alun (qui sont espèces |
|
| » de sels) dans l'eau, si vous distillez |
|
| » cette eau pour retirer lesdits |
|
| » sels, il est très difficile, pour |
|
| » ne pas dire impossible, que la |
|
| D ij | |
@
44
Abrégé
| | » susdite eau ne retienne quelque |
| | » amertume, & qu'elle n'ait quelque |
| | » saveur des sels qui ont été dissous |
| | » en elle ; ce qui arrive parce |
| | » que ces sels viennent de l'eau, & |
| | » que les natures se joignent facilement |
| | » ensemble. Il faut donc |
| | » éviter le trop de convenance |
| | » dans ces occasions, & ne pas |
| | » mêler les choses aqueuses |
| | » avec les aqueuses, ni les oléagineuses |
| | » avec les oléagineuses, |
| | » ni les résineuses avec les |
| | » résineuses : mais plutôt mêler |
| | » les choses contraires, & qui |
| | » puissent se séparer facilement de |
| | » la quintessence. Il faut donc |
| | » après les dissolutions des métaux, |
| | » séparer les corrosifs ; ce qui |
| | » est facile, car par la règle que |
| | » nous avons donnée, vous séparerez |
| | » facilement l'huile & l'eau ; |
| | » car ces deux choses ne se joignent |
| | » pas : ainsi vous aurez l'essence |
| | » détachée de tout ce qui |
| | » peut l'altérer, car il faut qu'elle |
@
des Archidoxes. 45
| » soit claire, sans tache & sans aucun |
|
| » mélange de chose étrangère, |
|
| » qui puisse la pénétrer |
|
| » ou s'unir avec elle. |
|
| » Et remarquez que sa subtilité | |
| » (de la quintessence) est très |
|
| » grande, & qu'on ne peut pas |
|
| » connaître à fond son origine, |
|
| » ni le mélange de ses principes ; |
|
| » car c'est la nature qui les a fait, |
|
| » & c'est ce qui fait que ses vertus |
|
| » ont divers degrés : & qu'elle a |
|
| » diverses propriétés ; car les unes |
|
| » sont plus ou moins efficaces, & |
|
| » plus propres à certaines maladies, |
|
| » comme par exemple certains |
|
| » opiats sont meilleurs contre |
|
| » la fièvre ; d'autres essences |
|
| » sont propres contre l'hyposarque, |
|
| » comme est l'essence du tartre |
|
| » ; d'autres contre l'apoplexie, |
|
| » comme l'essence de l'or ; d'autres |
|
| » contre l'épilepsie, comme l'essence |
|
| » de vitriol. Il y a donc un |
|
| » nombre infini de propriétés que |
|
@
46
Abrégé
| | » l'expérience fait connaître : c'est |
| | » pourquoi il faut avoir grande |
| | » attention d'employer à chaque |
| | » maladie l'essence qui est la plus |
| | » convenable à la guérir : & de |
| | » cette manière on donnera un |
| | » véritable secours à la nature, |
| | » comme nous l'expliquerons |
| | » après. |
| | Nous ne pouvons pas assigner |
| | » des degrés de force ou de |
| | » qualités à la quintessence, |
| | » comme font les Médecins à leurs |
| | » médecines, ou à leurs plantes, |
| | » parce que la quintessence n'a aucun |
| | » rapport à ces degrés ; elles |
| | » peuvent bien être exaltées en |
| | » degrés plus éminents par la purification |
| | » dont on parlera : mais |
| | » leur complexion & leurs propriétés |
| | » ne changent pas essentiellement |
| | » : car on ne peut établir |
| | » que la quintessence de l'antos |
| | » soit plus chaude que la quintesde |
| | » sence de la lavande ; que l'essence |
@
des Archidoxes. 47
| » l'argent soit plus sèche ou |
|
| » plus humide que l'essence de |
|
| » cuivre ; mais les degrés doivent |
|
| » se considérer suivant les degrés |
|
| » & l'étendue de leur vertu, & |
|
| » de cette manière la quintessence |
|
| » de l'antimoine qui guérit la |
|
| » lèpre, & la quintessence du corail |
|
| » qui guérit la pâmoison, & |
|
| » douleurs & contorsion de nerf. |
|
| » Par cette considérations l'on |
|
| » conclura que la quintessence de |
|
| » l'antimoine surpasse celle des |
|
| » coraux en degrés d'excellence, |
|
| » d'autant que la lèpre est une |
|
| » maladie plus dangereuse & plus |
|
| » obstinée que l'autre, & plus que |
|
| » la colique, & semblables symptômes. |
|
| » Il faut donc considérer les |
|
| » degrés d'excellence par la force |
|
| » de sa vertu contre les maladies |
|
| » les plus fortes. |
|
| » Il faut considérer aussi, que | |
| » quoique plusieurs essences puissent |
|
| » guérir la même maladie, |
|
| » néanmoins celle qui la guérit |
|
@
48
Abrégé
| | » plus facilement & en moins de |
| | » temps & plus radicalement, mérite |
| | » d'être regardée comme |
| | » ayant des degrés supérieurs en |
| | » excellence. Car, par exemple, |
| | » l'essence de genièvre & celle de |
| | » l'ambre guérissent la lèpre, mais |
| | » avec une très grande différence, |
| | » de la manière dont l'essence de |
| | » l'antimoine ou de l'or guérissent |
| | » la même maladie ; car la quintessence |
| | » de genièvre guérit en purifiant |
| | » le sang suffisamment, |
| | » pour faire que la maladie ne paraisse |
| | » pas, consommant une partie |
| | » du poison & de la malignité |
| | » qui s'était introduite dans le |
| | » sang ; c'est pourquoi ces essences |
| | » ont un premier degré de perfection. |
| | » La quintessence de |
| | » l'ambre produit le même effet, |
| | » mais avec plus d'efficace ; car |
| | » elle nettoie les poumons, & en |
| | » partie les autres viscères ; c'est |
| | » pourquoi on peut dire qu'elle |
| | est |
@
des Archidoxes. 49
| » est supérieure de quelque degré |
|
| » à l'autre. Mais la quintessence |
|
| » de l'antimoine nettoie tout le |
|
| » corps profondément jusqu'à la |
|
| » peau, purifiant au souverain degré |
|
| » toutes les parties d'une manière |
|
| » merveilleuse ; il mérite |
|
| » donc le troisième degré d'excellence |
|
| » & d'estime. Mais la quintessence |
|
| » de l'or fait elle seule |
|
| » toutes les actions précédentes, |
|
| » guérissant & purifiant radicalement |
|
| » toutes les parties du corps, |
|
| » & les purgeant de toute impureté, |
|
| » de même que la cire est purgée |
|
| » du miel qui la rendait jaune, |
|
| » lequel étant entièrement |
|
| » ôté, elle devient blanche, pure |
|
| » & quasi transparente. |
|
| » Il y a encore une autre différence | |
| » qui fait l'excellence & l'élévation |
|
| » des degrés, c'est le |
|
| » nombre des vertus que l'essence |
|
| » peut avoir ; par exemple quelques |
|
| » essences sont propres à gué- |
|
| E | |
@
50
Abrégé
| | » rir les maux du foie, les autres |
| | » ceux de la rate, d'autres ceux |
| | » de la teste, d'autres n'agissent |
| | » que sur le sang ; quelques unes |
| | » sur le flegme, d'autres sur la |
| | » mélancolie ou la bile jaune, & |
| | » quelques unes n'agissent que sur |
| | » les humeurs en les évacuant ; |
| | » quelques essences agissent sur |
| | » les esprits vitaux, d'autres sur |
| | » la chair, ou sur les os, ou sur la |
| | » moelle & sur les cartilages, |
| | » quelques unes sur les artères, & |
| | » d'autres qui ne sont propres que |
| | » contre certaines maladies particulières, |
| | » & non contre les autres |
| | » ; c'est-à-dire que celles qui |
| | » guérissent la fièvre, ne guérissent |
| | » pas l'épilepsie, ni celles-ci |
| | » l'apoplexie ; celles qui sont soporifiques, |
| | » ne sont point attractives, |
| | » & celles-ci ne sont |
| | » pas consolidantes ou soporifiques, |
| | » comme celles qui ont ces |
| | » propriétés. |
@
des Archidoxes. 51
| » Il y en a d'autres qui renouvellent, | |
| » restaurent, c'est-à-dire |
|
| » qui transmuent le sang & la |
|
| » chair : quelques unes conservent |
|
| » seulement & font jouir d'une |
|
| » vie longue ; & si l'on est jeune, |
|
| » conservent en jeunesse. Quelques |
|
| » autres agissent corporellement, |
|
| » & quelques unes par une manière |
|
| » d'influence astrale ; & en un |
|
| » mot leurs vertus sont si différentes, |
|
| » qu'il est comme impossible |
|
| » de les écrire toutes, y ayant des |
|
| » essences de telles vertus qui feront |
|
| » paraître un homme de |
|
| » cent ans, comme s'il n'en avait |
|
| » que vingt. Qui donc pourrait |
|
| » découvrir l'origine de mystères |
|
| » si grands, ou connaître l'origine |
|
| » de la matière qui forme l'essence |
|
| » de chaque chose ? Il n'appartient |
|
| » qu'au Créateur de connaître |
|
| » à fond ce qu'il a fait. Car |
|
| » qui nous dira pourquoi & comment |
|
| » la quintessence de l'anti- |
|
| E ij | |
@
52
Abrégé
| | » moine fait tomber les cheveux |
| | » & le poil, & en fait venir d'autre |
| | » nouveau comme en jeunesse, |
| | » & pourquoi l'essence de la |
| | » mélisse renouvelle les dents en |
| | » faisant tomber les vieilles ? Que |
| | » l'essence du Rebis renouvelle la |
| | » peau, les ongles des pieds & des |
| | » mains, faisant tomber les vieilles |
| | » ; & que l'essence de chélidoine |
| | » change tout le corps, & le |
| | » met en meilleur état, non autrement |
| | » que la couleur d'une |
| | » vieille peinture redevient vive |
| | » & belle, quand on l'a nettoyée |
| | » de la crasse & de la fumée qui |
| | » l'accablait. J'omets plusieurs |
| | » autres propriétés particulières |
| | » des essences desquelles je parle |
| | » ailleurs. Comment donc pourrions-nous |
| | » empêcher de suivre |
| | » cette noble Philosophie, & des |
| | » médecines si utiles & si excellentes |
| | » ? Comment ne ferions-nous |
| | » pas satisfaits de voir que la |
@
des Archidoxes. 53
| » quintessence de la carline ôte la |
|
| » force à l'un, & la communique |
|
| » à celui qui en use ? de voir que |
|
| » la quintessence de l'or guérit la |
|
| » lèpre, nettoyant le corps au dedans |
|
| » & au-dehors, comme les |
|
| » boyaux sales des bêtes sont nettoyés |
|
| » au courant de la rivière, |
|
| » régénérant une nouvelle superficie |
|
| » ? comme le ciseau nettoierait |
|
| » la superficie d'une pierre |
|
| » mal polie ; renouvelant essentiellement |
|
| » le tempérament, |
|
| » comme si l'on venait de naître |
|
| » avec la santé la plus parfaite. |
|
| » Tournant donc nôtre esprit | |
| » à cet Art si noble, nous commencerons |
|
| » par enseigner la manière |
|
| » de tirer les essences des |
|
| » métaux, ensuite des marcassites, |
|
| » des sels, des pierres précieuses, |
|
| » & autres ; comme aussi de la tirer |
|
| » de choses combustibles, des |
|
| » plantes, des aromates ; des choses |
|
| » comestibles ou potables : |
|
| E iij | |
@
54
Abrégé
| | » toutes lesquelles espèces ont besoin |
| | » de leur méthode particulière |
| | » & différente, suivant la nature |
| | » des choses, & lesquelles nous |
| | » indiqueront comme il convient. |
| | » Mais il faut noter que dans ces |
| | » extractions il faut être non seulement |
| | » bon Artiste, mais bon |
| | » Philosophe, pour savoir ce que |
| | » l'on veut faire, en appliquant |
| | » les moyens nécessaires pour parvenir |
| | » à la fin que l'on se propose |
| | » : car la pratique ne succédera |
| | » jamais bien, à moins que la |
| | » théorie ne sois auparavant bien |
| | » dans la tête, & que comme Philosophe, |
| | » vous ne connaissiez la |
| | » nature & les propriétés du mixte |
| | » sur lequel vous voulez agir. |
| | Nous parlerons aussi de l'or |
| | » potable, des magistères, des arcanes, |
| | » & des autres choses non |
| | » moins curieuses qu'importantes : |
| | » sur quoi je ne veux point odifférence |
| | » mettre d'avertir qu'il n'y a aucune |
@
des Archidoxes. 55
| » entre ces choses, |
|
| » sinon que ce sont toutes de véritables |
|
| » essences, lesquelles on ne |
|
| » peut plus remettre en corps ; |
|
| » mais quant à l'or potable, on |
|
| » ne peut bien lui rendre un corps |
|
| » métallique ; c'est pourquoi j'estime |
|
| » qu'il y a une plus grande |
|
| » vertu dans les essences métalliques |
|
| » que dans les autres choses. |
|
| » Pendant que nous parlons ainsi | |
| » des quintessences, & de la manière |
|
| » de connaître les degrés de |
|
| » leurs vertus, il nous faut dire |
|
| » quelque chose de ce que nous |
|
| » appelons arcanes & magistères, lesquels |
|
| » quoi que quelquefois ils |
|
| » ne paraissent pas en forme de |
|
| » quintessence, cependant leur |
|
| » vertu non seulement n'est pas |
|
| » moindre, mais elle est supérieure ; |
|
| » & c'est pour cela que nous leur |
|
| » donnons le nom d'arcane & de |
|
| » magistère ou mystères de l'art : |
|
| » Mais comme nous avons parlé |
|
| E iiij | |
@
56
Abrégé
| | » suffisamment de ces choses dans |
| | » les Livres des Paramires, nous |
| | » les omettons ici, déclarant seulement |
| | » que l'on peut de ces |
| | » quintessences composer une infinité |
| | » d'arcanes & magistères, |
| | » suivant l'habileté & l'esprit du |
| | » Philosophe ; quant à moi, je ne |
| | » parlerai ici que de quatre de |
| | » ces arcanes. Le premier est le |
| | » mercure de vie, le second est celui |
| | » de la première matière, le |
| | » troisième de la Pierre Philosophale, |
| | » le quatrième est celui de |
| | » la teinture ; & quoique ces arcanes |
| | » soient plutôt choses angéliques |
| | » & divines, qu'humaines, |
| | » je ne laisserai pas d'en parler & |
| | » de faire le chemin aux curieux |
| | » habiles, pour faciliter la manière |
| | » de chercher à découvrir les |
| | » mystères de la nature. Nous déclarons |
| | » aussi que le mercure de |
| | » vie n'est pas proprement une |
| | » quintessence, mais un arcane ; |
@
des Archidoxes. 57
| » d'autant qu'il contient un grand |
|
| » nombre de vertus qui préservent, |
|
| » restaurent & régénèrent, |
|
| » comme on le verra dans le Livre |
|
| » des Arcanes. |
|
| » Quant à la première matière, | |
| » nous dirons qu'elle opère non |
|
| » seulement dans les corps vivants, |
|
| » mais aussi sur les morts, & pour |
|
| » ainsi dire au-dessus de la nature: |
|
| » Nous dirons à peu près la même | |
| » chose de la Pierre philosophale, |
|
| » qui teint le corps & le |
|
| » soulage de toutes sortes d'infirmités, |
|
| » & qui agit aussi sur les |
|
| » métaux, les élevant à la perfection |
|
| » & pureté de l'or. La teinture |
|
| » fait la même chose, & même |
|
| » plus efficacement ; car de la |
|
| » même manière qu'elle teint l'argent |
|
| » en or & le transmue en métal |
|
| » parfait, de même cette teinture |
|
| » transmue la matière qui |
|
| » fait la maladie en santé, la cuisant |
|
| » & digérant au plus haut |
|
@
58
Abrégé
| | » degré de perfection : les magistères |
| | » & les élixirs, & l'or potable |
| | » sont à peu près les mêmes |
| | » choses ; nous parlerons de tous |
| | » dans les Livres suivants. |
| | |
| | R E M A R Q U E. |
| | |
| | Quand Paracelse n'aurait fait que |
| | ce Livre de la Quintessence, on |
| | pourrait juger que son esprit était |
| | quasi divin ; & l'on voit bien que |
| | ce qu'il a écrit n'est pas d'un ignorant |
| | & d'un homme qui écrit au |
| | hasard & suivant les vapeurs du |
| | vin, comme ses envieux l'ont voulu |
| | dire. |
| | Mais avant que de passer à la |
| | pratique de l'extraction des quintessences |
| | qui se fait par la séparation |
| | des éléments, je crois à propos de |
| | faire remarquer deux ou trois |
| | choses, dans lesquelles il semble |
| | que Paracelse s'exprime mal. |
| | La première est de dire que l'on |
| | ne peut pas tirer la quintessence |
@
des Archidoxes. 59
| des animaux parce que l'esprit de |
|
| vie est perdu : mais il ne veut |
|
| dire autre chose, comme il l'explique |
|
| lui-même, sinon que l'esprit |
|
| qui fait vivre les animaux, |
|
| ne peut pas se tirer avec leur essence; |
|
| car si on pouvait l'avoir, l'homme |
|
| serait immortel. On peut néanmoins, |
|
| dit-il, tirer de la chair des |
|
| animaux & de leur sang, & même |
|
| de l'urine, l'essence de ces choses |
|
| pour des médecines ; & non pas |
|
| pour remettre l'esprit vital perdu, |
|
| mais seulement pour fortifier |
|
| un peu celui qui reste. |
|
| La seconde chose regarde la | |
| Doctrine, où il dit que dans les |
|
| extractions des essences de certains |
|
| corps, comme par exemple |
|
| les corps métalliques, étant nécessaire |
|
| d'ajouter quelques choses |
|
| pour les dissoudre après que l'extraction |
|
| est faite, il faut séparer |
|
| de leur quintessence tout ce que |
|
| l'on y a ajouté, afin d'avoir la |
|
@
60
Abrégé
| | quintessence pure de la chose : en |
| | cela il n'y a pas de doute. Quant à |
| | ce qu'il dit qu'il ne faut pas ajouter |
| | une chose oléagineuse à une |
| | autre oléagineuse, ni une aqueuse |
| | à une aqueuse, si l'on veut pouvoir |
| | les séparer, cela est encore vrai. |
| | Mais lorsqu'il dit que pour nettoyer |
| | les métaux des sels de l'eau- |
| | forte avec laquelle on les a dissous, |
| | il faut les laver avec l'eau |
| | chaude ; on peut dire qu'il a entendu |
| | quelque autre eau que la |
| | commune : car on a beau laver les |
| | métaux ou minéraux qui ont été |
| | dissout ou précipités par des corrosifs, |
| | on ne peut jamais les tant |
| | laver, que la graisse saline qui a |
| | pénétré dans le profond du corps |
| | métallique & s'est jointe avec |
| | l'onctuosité radicale du métal, s'en |
| | sépare par les ablutions de l'eau |
| | commune : Par exemple après que |
| | l'or est dissous dans l'eau régale, |
| | si vous le précipitez avec le sel de |
@
des Archidoxes. 61
| tartre, il en résulte l'or fulminant, |
|
| qui est fulminant quand même vous |
|
| le laveriez avec toute l'eau chaude |
|
| de la Seine. De même si vous |
|
| précipitez la lune dissoute dans |
|
| l'eau-forte avec le sel dissous dans |
|
| l'eau commune, il en résulte la lune |
|
| cornée qui s'en va du feu si vous |
|
| la voulez fondre, ou qui se vitrifie |
|
| comme une corne, quand même |
|
| vous l'auriez lavée cent fois |
|
| avec l'eau chaude : il faut donc |
|
| entendre ces recettes, qui sont |
|
| bonnes en elles-mêmes avec un |
|
| grain de sel. |
|
| Au reste il ne faut pas croire | |
| que dans la pratique suivante, |
|
| Paracelse enseigne mot à mot la |
|
| manière de la séparation des éléments |
|
| purs des impurs, & l'extraction |
|
| des essences ; il a promis de |
|
| n'en rien faire, & il tiendra parole: |
|
| on peut seulement en tirer quelques |
|
| lumières, qui étant aidéesEn effet de |
|
| l'expérience présente ou passée |
|
| peuvent être profitables. |
|
@
62
Abrégé
| | De la séparation de la quintessence |
| | de ce que les Chimistes appellent |
| | les éléments impurs. |
| | |
| | Pour parvenir à la recette de |
| | cette séparation des éléments, |
| | il faut avoir bien dans la tête |
| | une bonne théorie. Paracelse |
| | nous a enseigné assez clairement |
| | quelle est la nature & les vertus |
| | de la quintessence ; il nous a montré |
| | que la quintessence est un |
| | élément, ou pour mieux dire |
| | une substance composée par la |
| | nature d'un certain assemblage |
| | déterminé des éléments les plus |
| | subtils, qui forment un cinquième |
| | être différent des éléments |
| | grossiers, que nous connaissons |
| | sous le nom de terre, |
| | d'eau, de feu, & d'air : il nous |
| | a fait connaître que cette cinquième |
| | substance est néanmoins |
| | mêlée & répandue dans toute la |
| | substance des corps composés, |
@
des Archidoxes. 63
| comme l'âme dans le corps des animaux. |
|
| En effet, cette substance est la |
|
| véritable âme du mixte, & il nous |
|
| a montré que c'est en elle que résident |
|
| toutes les vertus & propriétés |
|
| du même mixte. Que c'est cette |
|
| substance essentielle qui donne la |
|
| couleur, l'odeur, la saveur & toutes |
|
| les vertus au corps où elle habite |
|
| ; que le corps où elle est, n'est |
|
| qu'un flegme & une terre insipide |
|
| de nulle valeur, & qui ne sert |
|
| que pour contenir & conserver |
|
| cette âme, qui est la seule qui a |
|
| quelque action & quelque vertu ; |
|
| car le corps ne fait que diminuer |
|
| l'efficace de la quintessence par le |
|
| mélange des éléments qui composent |
|
| les corps ; & si on sait |
|
| séparer cette substance pure d'avec |
|
| les éléments grossiers & impurs |
|
| qui la contiennent, & avec lesquels |
|
| elle est comme pétrie, l'on aura |
|
| ramassé en peu de volume, toute |
|
| l'efficace qui était répandue dans |
|
@
64
Abrégé
| | toutes les parties de ce corps, de |
| | manière qu'elle opérera plus efficacement |
| | pour la guérison des |
| | maladies, que ne font les infusions |
| | des herbes & des aromates que les |
| | Apothicaires font ; lesquelles infusions |
| | ne tendent qu'à une même |
| | fin (quoique imparfaitement) |
| | c'est-à-dire à tirer des herbes, des |
| | aromates & des autres corps, |
| | quelques parties plus efficaces, |
| | qui étant séparées du marc (qui |
| | est le corps impur) opèrent avec |
| | plus de force, que ne ferait tout |
| | le corps du mixte, que le malade |
| | serait obligé de digérer pour en |
| | extraire l'essence dans laquelle |
| | (comme on l'a dit) la vertu spéciale |
| | réside. |
| | Les Médecines que Paracelse |
| | nous propose étant l'essence pure, |
| | il n'y a pas de doute qu'elles ne |
| | soient d'une plus grande efficace, |
| | & cela par deux raisons : la première |
| | parce qu'elles sont plus subtiles, |
| | tiles |
@
des Archidoxes. 65
| plus pénétrantes ; & par |
|
| conséquent elles se répandent plus |
|
| facilement dans toutes les parties |
|
| du corps ; elles peuvent guérir en |
|
| moins de temps, d'autant que |
|
| cette substance étant d'elle-même |
|
| céleste, & qui difficilement peut |
|
| se corrompre, il en arrive que les |
|
| ferments malins de la maladie ne |
|
| peuvent pas facilement agir sur |
|
| la quintessence & la corrompre ; |
|
| au contraire elle agit facilement |
|
| sur les ferments qui causent le mal, |
|
| & les réduit à sa nature pure, en |
|
| confortant la chaleur naturelle, |
|
| & l'aidant à agir conjointement |
|
| avec elle, pour détruire les ferments |
|
| malins qui sont la cause du |
|
| mal, & qui corrompent avec la |
|
| nourriture tous les remèdes qu'on |
|
| prend. |
|
| La seconde raison se tire des | |
| choses mêmes que nous venons de |
|
| dire ; c'est que les remèdes communs |
|
| étant accompagnés de plu- |
|
@
66
Abrégé
| | sieurs impuretés qui accompagnent |
| | les extractions communes, |
| | cela est la cause que les ferments de |
| | la maladie agissant sur ces corps |
| | corruptibles, les corrompent facilement, |
| | & rendent inefficace la |
| | force du peu de quintessence qui |
| | les accompagne. Car il faut remarquer |
| | que presque toutes les |
| | maladies viennent de quelque |
| | corruption ou autre cause semblable, |
| | qui a produit dans les viscères |
| | ou dans le sang une autre |
| | essence venimeuse qui fait le dérangement |
| | de la santé ; de manière |
| | que quand les ferments intérieurs |
| | sont altérés à un certain |
| | point, ils altèrent ou ils corrompent |
| | tout ce qu'on a dans l'estomac, |
| | & le convertissent en poison, |
| | au contraire quand les remèdes |
| | sont purs & forts, ils convertissent |
| | toutes sortes de nourritures |
| | en force, & en santé. Il y a une |
| | autre raison encore plus forte |
@
des Archidoxes. 67
| pour faire une plus grande estime |
|
| des remèdes de Paracelse ; c'est |
|
| qu'il tire un grand nombre des |
|
| essences des corps métalliques & |
|
| autres minéraux. Or il faut comprendre |
|
| que les essences métalliques |
|
| ne peuvent pas être si facilement |
|
| corrompues par les ferments |
|
| malins qui sont en nous & qui causent |
|
| la maladie ; cela est évident, |
|
| puisque les corps métalliques demeurent |
|
| à l'air, à l'eau, & même au |
|
| feu le plus violent sans se corrompre |
|
| ; c'est pourquoi leurs essences |
|
| altèrent, sans être altérées, particulièrement |
|
| l'or & l'argent, qui |
|
| sont incorruptibles. J'omets de |
|
| parler que ces médecines métalliques, |
|
| & particulièrement celles |
|
| des métaux parfaits peuvent guérir |
|
| aussi la lèpre, & les autres infirmités |
|
| des métaux imparfaits, |
|
| & les exalter à la perfection de |
|
| l'or & de l'argent ; ce qui après la |
|
| santé, doit être estimé le plus |
|
| F ij | |
@
68
Abrégé
| | grand trésor qu'on puisse désirer, |
| | & le plus grand secret où l'esprit |
| | humain ait pu atteindre ; ce |
| | qu'il faut croire être venu aux |
| | Philosophes qui l'ont inventé plutôt |
| | par une inspiration divine, & |
| | pour soulager les hommes de tant |
| | de malheurs dont ils sont accablés |
| | dans ce monde, que par leur |
| | propre science ; n'étant pas possible |
| | que d'eux-mêmes, & sans une |
| | inspiration céleste, ils aient pu |
| | comprendre que dans les métaux |
| | si durs, & particulièrement dans |
| | l'or, il y eût tant de trésors, & |
| | moins encore dans l'antimoine |
| | qui paraît une matière impure, |
| | salle & vile. |
| | Paracelse après nous avoir donné |
| | la théorie de la quintessence, |
| | & nous avoir montré qu'il faut |
| | séparer cet élément prédestiné |
| | (qui est proprement ce que nous |
| | avons vu que les Philosophes appellent |
| | mercure, & les Médecins |
@
des Archidoxes. 69
| humide radicale) qu'il faut séparer, |
|
| dis je, cet élément pur, des |
|
| autres éléments impurs ; il nous enseigne |
|
| aussi la pratique, mais nous |
|
| ayant averti au commencement |
|
| qu'il l'enseignera de manière que |
|
| peu de gens pourront y comprendre |
|
| quelque chose ; il ne faut |
|
| pas croire, (& l'expérience le |
|
| montre) que par la pratique qu'il |
|
| donne l'on puisse en tirer tout ce |
|
| qu'on désire en la suivant mot à |
|
| mot ; ce qu'on peut prétendre, |
|
| c'est d'en tirer des lumières pour |
|
| se conduire comme à tâtons, & |
|
| par ce qu'il dit, & par votre bon |
|
| esprit, en travaillant & expérimentant |
|
| ; vous pourrez parvenir |
|
| à ce que vous désirez : en supposant |
|
| que la lumière céleste vous |
|
| éclaire & vous fasse trouver le |
|
| bon chemin, par une manière |
|
| d'inspiration ou d'enthousiasme que |
|
| l'on n'a pas quand on veut. |
|
| Paracelse a commencé dans son | |
@
70
Abrégé
| | troisième Livre à enseigner la pratique |
| | de la séparation des éléments, |
| | dans le quatrième il dit la manière |
| | de tirer la quintessence ; mais |
| | parce que la quintessence se peut |
| | avoir sans la séparation des éléments, |
| | laquelle séparation est enseignée |
| | dans ces livres d'une manière |
| | plutôt pour tromper qu'autrement |
| | ; je crois donc que ces |
| | Livres doivent aller ensemble & |
| | servir de lumière l'un à l'autre : |
| | C'est pourquoi je joindrai ces |
| | deux choses ensemble, afin que le |
| | Lecteur s'épargne la peine de faire |
| | lui-même cette confrontation, & |
| | afin que la lumière y soit plus |
| | grande, j'y joindrai encore ce |
| | qu'il dit dans le dixième Livre |
| | qu'il a donné à ses amis comme |
| | la clef des autres : cette clef qui |
| | aurait besoin d'une autre clef, parut |
| | en Allemand peu après sa |
| | mort, mais les envieux firent en |
| | sorte qu'en peu de temps cette impression |
@
des Archidoxes. 71
| disparut, & à peine en |
|
| trouvait-on avec de grande |
|
| difficultés ; mais enfin en 1660. |
|
| les Imprimeurs de Tournes ayant |
|
| fait imprimer à Genève tous les |
|
| Ouvrages de ce grand homme, |
|
| eurent le soin de recouvrer un |
|
| exemplaire de cette clef, laquelle |
|
| telle qu'elle est, n'a point de prix. |
|
| J'ai eu soin au surplus de corriger |
|
| sur l'Allemand quelques fautes |
|
| importantes qui s'étaient glissées |
|
| dans l'impression, & qui sont des |
|
| véritables fautes & visibles ; puisque |
|
| sans cette correction l'on n'y |
|
| trouve pas de sens, & moins encore |
|
| celui de Paracelse. |
|
| Vous verrez si avec les secours | |
| que je vous donne, & aidé de vos |
|
| propres lumières ; vous en pourrez |
|
| tirer l'utilité que je vous désire. |
|
|
|
| Et parce qu'il est inutile de parler | |
| de l'extraction des essences de |
|
| tant de choses, je la restreindrai |
|
@
72
Abrégé
| | aux herbes, aux sels & aux substances |
| | métalliques ; & d'autant que |
| | Paracelse commence par la plus |
| | difficile, c'est-à-dire par les métaux |
| | ; je commencerai par le plus |
| | facile, qui sont les herbes. |
| | Je déclare au surplus que je ne |
| | suivrai d'autre méthode que celle |
| | qui me paraîtra plus propre à |
| | éclaircir la doctrine de l'Auteur, |
| | qui a répandu exprès en divers |
| | endroits son intention, tantôt |
| | dans le Livre de la séparation des |
| | éléments : tantôt dans celui de |
| | l'extraction de la quintessence, |
| | tantôt dans celui qu'il appelle la |
| | clef des autres ; & parce que le |
| | commencement de ladite clef |
| | établit plus clairement son intention |
| | je commencerai par elle. |
| | |
| | Dans le Livre X. |
| | |
| | Dans toutes les choses, dit Paracelse, |
| | les quatre éléments se trouvent |
| | mêlés ; mais dans toutes |
| | choses |
@
des Archidoxes. 73
| choses il y a un de ces éléments |
|
| qui est parfait & fixe, c'est celui |
|
| que nous appelons prédestiné, |
|
| & dans lequel est la quintessence, |
|
| la vertu, la qualité & propriété |
|
| de ce corps : les autres ne |
|
| sont que des éléments imparfaits & |
|
| des simples éléments corporels (le |
|
| flegme & la terre morte,) dans |
|
| lesquels il n'y a aucune vertu que |
|
| celle qui est dans un simple élément |
|
| commun (la terre & l'eau |
|
| commune) & qui ne sont que |
|
| comme le corps & comme la maison |
|
| dans laquelle habite la quintessence, |
|
| qui est le véritable élément |
|
| parfait, incorruptible & fixe |
|
| que nous cherchons & qui est |
|
| dans l'or & l'argent ; l'on appelle cet |
|
| élément la chose qualifiée, parce |
|
| que c'est en elle qu'existent les |
|
| véritables qualités & vertus du sujet. |
|
| Il y a des gens qui croient que |
|
| tout le corps du mixte est ce véritable |
|
| élément, parce que dans tou- |
|
| G | |
@
74
Abrégé
| | tes les parties du composé l'on |
| | trouve des marques de vertu de la |
| | quintessence ; mais la cause de |
| | cette apparence est que la quintessence |
| | est répandue dans toutes |
| | les parties des éléments imparfaits |
| | qui forment le corps dans lequel |
| | la quintessence demeure ; & que |
| | ces éléments imparfaits sont, pour |
| | ainsi dire, pétris & empâtés avec |
| | l'élément prédestiné, comme serait |
| | une pâte pétrie avec de l'eau |
| | salée ou avec du sucre, laquelle |
| | pâte dans toutes ses parties fait |
| | sentir au palais sa douceur ou sa |
| | salure : elle y est répandue aussi |
| | comme une teinture qui teint un |
| | drap de sa propre couleur, quoiqu'il |
| | soit constant que tout le drap |
| | n'est pas de cette couleur, & qu'il |
| | n'y a qu'une très petite quantité |
| | de couleur très subtile qui étant |
| | répandue partout, fait paraître |
| | le drap coloré partout. |
| | Considérez donc qu'en quelques |
| | corps le feu prédomine, en |
@
des Archidoxes. 75
| d'autres l'air ou l'eau, ou bien la |
|
| terre : or si vous voulez en séparer |
|
| l'élément fixe & prédestiné, il faut |
|
| auparavant que vous brisiez la |
|
| maison où la quintessence demeure |
|
| ; cette brisure & fracture de la |
|
| maison se fait en diverses manières, |
|
| suivant la nature des corps, |
|
| comme je l'ai montré dans le Livre |
|
| de la métamorphose & de la |
|
| mort des choses : prenant garde |
|
| que si vous brisez la maison avec |
|
| des eaux-fortes comme (il le faut |
|
| nécessairement pour les métaux |
|
| & minéraux métalliques,) il faut |
|
| observer de séparer les acides ou |
|
| autres choses de nature différentes, |
|
| de les séparer, dis-je, de l'élément |
|
| prédestiné & fixe ; ce qu'on |
|
| doit faire par les distillations & |
|
| ablutions communes : & par ce |
|
| moyen le corps des éléments imparfaits |
|
| monte en manière de flegme |
|
| ; & l'élément fixe qui est la |
|
| quintessence, reste dans le fond |
|
| G ij | |
@
76
Abrégé
| | (en forme d'huile mercurielle.) |
| | Mais comme nous nous soucions |
| | peu de la maison, (des |
| | éléments imparfaits) nous devons |
| | nous attacher à obtenir la quintessence |
| | qui habite là-dedans, & la |
| | séparer par des moyens convenables |
| | au sujet, & par des moyens |
| | plus efficaces que les calcinations |
| | ou sublimations, afin que le pur |
| | se sépare de l'impur. L'impur est |
| | l'élément tartreux terrestre qui |
| | est en toutes choses, & duquel j'ai |
| | parlé dans le Livre des maladies |
| | tartreuses ; le pur est la quintessence |
| | (ce qui est aussi le mercure |
| | des Philosophes.) |
| | Or comme j'ai donné la théorie |
| | de ces choses dans mes autres Livres, |
| | particulièrement dans les |
| | Paramires & dans celui de la mort |
| | des choses, je ne dirai autre chose |
| | ici, sinon qu'il faut préparer le |
| | métal & le réduire en substance |
| | avec des eaux-fortes convenables, |
@
des Archidoxes. 77
| & suivant la méthode de la |
|
| séparation des éléments, par plusieurs |
|
| distillations & cohobations : |
|
| il faut séparer les trois éléments |
|
| imparfaits, c'est-à-dire la terre, |
|
| le flegme, & l'air qui sont toujours |
|
| mêlés avec eux ; alors vous |
|
| trouverez dans le fond l'élément |
|
| fixe, & de cette manière vous aurez |
|
| séparé parfaitement les quatre |
|
| éléments ; car celui qui reste au |
|
| fond avec la terre, les Philosophes |
|
| l'appellent feu, parce que la vertu |
|
| du feu & son action est dans cette |
|
| substance qu'on appelle quintessence, |
|
| puisqu'elle transmue tout |
|
| en sa nature, comme le feu fait les |
|
| matières combustibles. |
|
| Notez que Paracelse commence | |
| sa doctrine par la vertu des |
|
| quintessences métalliques qui sont |
|
| les principales vertus, & dont il |
|
| fait plus de cas, parce que les |
|
| essences des métaux sont plus fixes |
|
| & plus efficaces ; & pour cela il |
|
| G iij | |
@
78
Abrégé
| | parle de leur élément fixe, & des |
| | eaux-fortes qu'il faut employer au |
| | commencement pour les dissoudre, |
| | & des sublimations & calcinations, |
| | lesquelles ne sont pas nécessaires, |
| | dans la dissolution des |
| | herbes qui se putréfient & se dissolvent |
| | avec leur propre humidité. |
| | Les sels n'ont pas besoin non |
| | plus d'une liqueur étrangère pour |
| | les dissoudre & putréfier ; car ils |
| | ont leur propre humidité qu'on |
| | peut tirer par la distillation ou |
| | autrement, & les putréfier en |
| | icelle. |
| | L'on peut considérer en passant |
| | que la manière de Paracelse est |
| | au fond la même que celle de tous |
| | les Philosophes anciens, qui enseignent |
| | que l'on ne peut faire aucune |
| | séparation des éléments, (c'est- |
| | à-dire des principes) sans la décomposition |
| | des particules ; & |
| | c'est ce qu'on appelle putréfaction |
| | & corruption : c'est aussi ce que |
@
des Archidoxes. 79
| Paracelse appelle briser la maison. |
|
| Mais il nous avertit que si l'on |
|
| ajoute quelque liqueur étrangère |
|
| aux corps qu'on veut corrompre, |
|
| quand cette liqueur n'est pas de la |
|
| propre nature du mixte qu'on |
|
| veut corrompre, il ordonne de |
|
| l'ôter & de la séparer absolument, |
|
| afin qu'il ne reste rien qui soit de |
|
| nature différente de la quintessence |
|
| que l'on veut extraire ; & cela |
|
| afin que l'on ait l'essence séminale, |
|
| comme il le dit ; pure & sans |
|
| tache. |
|
| Paracelse commence la doctrine | |
| de la séparation des éléments impurs |
|
| par la corruption des métaux |
|
| & des substances métalliques, qui |
|
| étant de nature très sèche, ont |
|
| besoin de quelque humidité pour |
|
| les putréfier ; & comme ils sont |
|
| d'une composition très forte, |
|
| l'ouvrage de leur décomposition |
|
| est plus difficile : c'est pourquoi |
|
| j'ai cru plus à propos de changer |
|
| G iii j | |
@
80
Abrégé
| | l'ordre qu'il suit, & de commencer |
| | par les choses les plus faciles, c'est- |
| | à-dire par les végétaux, qui n'étant |
| | pas si durs que les métaux, |
| | leur putréfaction avec leur propre |
| | suc est plus facile. |
| | Prenez donc de la sauge (ou |
| | autre herbe,) pillez-la & faites-la. |
| | putréfier (au fumier) distillez |
| | après ; en premier lieu montera |
| | l'élément du feu (c'est-à-dire un |
| | esprit igné) continuez cela jusqu'à |
| | ce que les couleurs changent, |
| | & que l'eau devienne |
| | plus épaisse ; enfin viendra la terre, |
| | dit-il, dont une partie restera |
| | dans le fond ; mettez ensuite cette |
| | eau au soleil pendant six jours, & |
| | laissez qu'elle distille, (qu'elle circule,) |
| | distillez ensuite au bain, & |
| | l'eau montera la première, qui |
| | est en petite quantité & insipide ; |
| | ensuite les couleurs variant, le |
| | feu montera, la terre montera |
| | ensuite en très petite quantité |
@
des Archidoxes. 81
| (quelque peu de sel volatil,) mais |
|
| la plupart reste dans le fond (mêlez |
|
| avec l'huile essentielle:) cette |
|
| méthode est commune à toutes les |
|
| herbes aériennes & aquatiques, |
|
| dont l'air monte le premier, & |
|
| ensuite le feu. |
|
| Ce procédé est fort obscur, & | |
| tel qu'il nous l'a promis au commencement |
|
| : voyez s'il n'est pas |
|
| rendu un peu plus clair par ce qu'il |
|
| enseigne au Livre de la Quintessence |
|
| ; car nous avons vu que cette |
|
| séparation des éléments ne tend |
|
| qu'a séparer les éléments impurs |
|
| de l'élément pur qui est la quintessence. |
|
|
|
| |
|
| Au Livre quatrième qui traite de la |
|
| séparation de la Quintessence des | |
| végétaux. | |
| |
|
| L'on peut faire, dit Paracelse, | |
| l'extraction de l'essence des végétaux |
|
| en plusieurs manières ; mais |
|
| de quelque manière qu'on fasse, |
|
@
82
Abrégé
| | il ne faut rien mêler avec eux, afin |
| | qu'ils conservent leurs couleurs, |
| | odeurs, saveur & propriétés : car |
| | l'intention de l'artiste est que toutes |
| | ces choses soient plus fortes, & |
| | non diminuées. |
| | On peut le faire aussi avec des |
| | additions, mais avec des choses |
| | convenables. Cette augmentation |
| | d'odeur & de saveur se fait particulièrement |
| | dans l'extraction de |
| | l'essence d'ambre, du musc & |
| | de la civette, dont les éléments |
| | impurs sont puants, lors l'essence |
| | en est séparée ; & alors l'odeur |
| | de l'essence est bien plus forte & |
| | puissante, & le corps impur n'a ni |
| | odeur ni aucune vertu. |
| | Il faut entendre la même règle |
| | de toutes les autres choses ; mais |
| | ici nous ne parlons que des végétaux, |
| | dont il y en a plusieurs odoriférants. |
| | Prenez le végétal que vous |
| | voudrez, mettez-le en quelque |
@
des Archidoxes. 83
| vaisseau propre, & faites-le putréfier |
|
| au fumier (de la manière qu'on |
|
| l'a dit ci-dessus,) & l'ayant auparavant |
|
| bien pillé, laissez-le putréfier |
|
| un mois, distillez ensuite au |
|
| bain, ayant auparavant exprimé |
|
| le suc, remettez encore pendant |
|
| huit jours putréfier (tout ensemble,) |
|
| & distillez encore, la quintessence |
|
| montera par l'alambic, & le |
|
| corps restera au fond, s'il reste |
|
| quelque chose de l'essence au fond, |
|
| (comme en effet la plus grande |
|
| partie y reste) faites putréfier encore |
|
| d'avantage : & distillez encore |
|
| comme auparavant ; remettez ce |
|
| qui est distillé sur le végétal & faites |
|
| digérer au pélican six jours, |
|
| & il se fera une liqueur épaisse |
|
| que vous distillerez au bain. Le |
|
| corps (aqueux) se séparera, & la |
|
| quintessence restera au fond : séparez-là |
|
| des sucs impurs, & procédez |
|
| en laissant digérer la susdite |
|
| quintessence, afin que quelques |
|
@
84
Abrégé
| | fèces subtiles se précipitent. De |
| | cette manière vous avez l'essence |
| | dans la couleur, odeur, goût & |
| | vertu parfaite, en une substance |
| | épaisse & grasse (qui est le mercure |
| | essentiel du végétal.) |
| | L'on n'a guère plus de lumière |
| | de ce discours, voyons la clef. |
| | |
| | Livre dixième. |
| | |
| | L'on tire facilement la quintessence |
| | des fruits, des herbes, & |
| | racines, en séparant les éléments |
| | en la putréfaction secrète de la |
| | chaleur, & après putréfiant au fumier |
| | per descensum (par expression) |
| | chassez ce qui peut sortir : |
| | ensuite séparez l'humidité nuisible |
| | qui est le corps impur, par le |
| | bain ; dans le fond restera l'élément |
| | prédestiné : séparez l'impur terrestre |
| | avec son propre esprit-de- |
| | vin, & vous aurez l'essence pure. |
| | Il semble qu'en substance il faut |
| | piler les herbes, les putréfier & |
@
des Archidoxes. 85
| ensuite en tirer le suc à la presse, |
|
| faire putréfier encore, distiller au |
|
| bain l'humidité, en séparer les |
|
| éléments impurs : le reste il faut le |
|
| laisser à l'industrie de l'artiste. Il |
|
| y a la manière commune de tirer |
|
| l'huile essentielle des végétaux qui |
|
| est facile, & laquelle quoiqu'on |
|
| n'a pas toute la quintessence, |
|
| cependant en approche fort. |
|
| |
|
| Des sels & de leurs essences. | |
| |
|
| Paracelse ne parle point des sels | |
| dans le troisième Livre, où il parle |
|
| de la séparation des éléments ; mais |
|
| dans le quatrième Livre de la |
|
| quintessence, il en parle de la |
|
| manière suivante, qu'il donne |
|
| pour la susdite extraction. |
|
| Prenez le sel que vous voudrez, | |
| calcinez le bien, & s'il est volatil, |
|
| brûlez-le au feu (sublimez-le) |
|
| dissolvez-le en liqueur (par deliquium) |
|
| & distillez-le après (filtrez |
|
| ladite liqueur,) mettez ensuite |
|
@
86
Abrégé
| | putréfier durant un mois, distillez |
| | au bain, une eau douce montera |
| | que vous jetterez : ce qui ne |
| | voudra pas monter, mettez-le encore |
| | putréfier pendant un autre |
| | mois, distillez comme auparavant, |
| | tant de fois & jusqu'à ce qu'il ne |
| | vienne plus rien de doux. Par cette |
| | voie vous avez déjà la quintessence |
| | du sel au fond ; & d'une livre |
| | de sel ainsi calciné, à peine en |
| | aurez-vous deux onces ; & si c'est |
| | du sel commun, une demi-once |
| | de ce sel assaisonne plus de viande |
| | que demi-livre de sel commun ; car |
| | c'est la quintessence de ce sel, duquel |
| | vous en avez séparé le corps |
| | impur & sans vertu. |
| | De la même manière vous séparerez |
| | l'essence de tous les autres |
| | sels ; mais de l'alun & du vitriol |
| | on tire l'essence d'une autre manière, |
| | & la voilà : & notez auparavant |
| | que ces sels ne se laissent |
| | pas calciner avec fusion, comme |
@
des Archidoxes. 87
| le sel commun ; c'est pourquoi |
|
| après les avoir calcinés, il faut les |
|
| brûler, les faire refondre à la cave, |
|
| & avec l'eau qui est venue en |
|
| agir comme il est dit dans le procédé |
|
| du sel commun. |
|
| |
|
| Dans le dixième Livre qui est la clef. |
|
| |
|
| Paracelse explique mieux, quoique | |
| très succinctement, la manière. |
|
| La quintessence des sels, dit-il, |
|
| se fait ainsi : cohobez plusieurs |
|
| fois les sels avec leur propre liqueur, |
|
| putréfiez avec le flegme, |
|
| & ensuite séparez le corps en manière |
|
| de flegme, jusqu'à ce que |
|
| l'esprit fixe demeure au fond ; dissolvez |
|
| cet esprit fixe dans la propre |
|
| liqueur, & dans l'effervescence |
|
| séparez le pur de l'impur avec |
|
| de l'esprit-de-vin. |
|
| Cette pratique est aussi succincte | |
| qu'obscure, & cependant il enseigne |
|
| mot à mot toute la pratique. |
|
|
|
@
88
Abrégé
| | De la séparation des éléments des mé- |
| | taux, de leur quintessence. |
| | |
| | Quant à la séparation des éléments |
| | des métaux, dit Paracelse |
| | il est nécessaire d'avoir de bons |
| | instruments, beaucoup de travail, |
| | de patience, & de diligence, & |
| | des moyens propre à cet Art, |
| | (c'est-à-dire une bonne conduite |
| | & un bon esprit.) |
| | Premièrement faites l'eau-forte |
| | avec salpêtre, vitriol & alun, |
| | égales parties ; remettez l'eau qui |
| | en vient sur ces fèces, & distillez |
| | encore : dans cette eau-forte |
| | clarifiez l'argent, & après dissolvez |
| | en elle du sel armoniac : cela |
| | fait, faites dissoudre dans cette |
| | eau le métal que vous voudrez en |
| | grenaille ou en lamines, séparez |
| | l'eau au bain & remettez la dessus, |
| | & réitérez tant de fois jusqu'à ce |
| | que vous trouviez dans le fond |
| | une huile : celle du soleil sera |
| | comme |
@
des Archidoxes. 89
| comme une huile éclatante ; celle |
|
| de l'argent sera de couleur bleue ; |
|
| du fer rouge obscur ; du cuivre, |
|
| tout à fait vert ; du mercure, |
|
| blanc ; du plomb, livide ; de l'étain, |
|
| jaunâtre. |
|
| L'on voit bien que Paracelse se | |
| joue du lecteur ignorant, puisque |
|
| les personnes médiocrement expérimentées |
|
| savent que cette eau |
|
| forte commune avec le sel armoniac |
|
| commun, ne peut dissoudre |
|
| que l'or seul, & non toutes sortes de |
|
| métaux, comme il le suppose : il se |
|
| moque aussi lorsqu'il dit que ces |
|
| métaux restent au fond en forme |
|
| d'huiles colorées des couleurs |
|
| qu'il dit ; il faut donc croire, comme |
|
| en effet il est vrai, que le sel |
|
| armoniac dont il se sert dans cette |
|
| occasion pour réduire les métaux |
|
| en huile colorée, est tout autre que |
|
| le commun. |
|
| Raymond Lulle éclaircit l'énigme, | |
| montrant que le sel armo- |
|
| H | |
@
| | niac dont parle lui-même comme |
| | Paracelse, est un sel armoniac |
| | mercuriel, & qui est appelé armoniac, |
| | par la concordance & harmonie |
| | que la quintessence du vif- |
| | argent a avec l'essence de tous les |
| Lib. | métaux. Armoniacam mixtionem
|
| Merc. | omnium elementorum quae est in essen-
|
| page. | tia argentivivi, salem armoniacum
|
| 155. | appellamus propterejus exaltatam & |
| | sublimitam proprietatem puram primae |
| | materiae. |
| | La préparation qu'il donne desdits |
| | métaux avant que de les dissoudre |
| | dans lad. eau régale, est encore |
| | mystérieuse ; car auparavant |
| | comme il dit, cela ne sert de rien. |
| | Il faut, dit-il, auparavant sublimer |
| | le mercure, calciner le plomb, |
| | réduite le cuivre en vert gris, réduire |
| | en crocus le fer, & réverbérer |
| | l'étain. L'or & l'argent seuls |
| | semblent n'avoir point besoin de |
| | préparation, quoiqu'ils soient |
| | plus fixes & qu'ils n'en aient pas |
@
des Archidoxes. 91
| grand besoin ; mais il n'en parle |
|
| point, il poursuit. |
|
| Les métaux étant ainsi réduits | |
| en liqueur, ajoutez, dit Paracelse, |
|
| à cette huile métallique deux |
|
| parties de la même eau-forte, & |
|
| faites-la putréfier au fumier pendant |
|
| un mois, après quoi faites |
|
| jusqu'à ce que la matière |
|
| se coagule au fond : si vous distillez |
|
| encore cette eau-forte, vous |
|
| trouverez ensemble deux éléments, |
|
| mais non les mêmes de tous les |
|
| métaux ; car à l'égard de l'or, la |
|
| terre & l'eau restent dans le bain, |
|
| mais l'air est avec les trois autres, |
|
| & l'élément du feu restera dans le |
|
| fond ; car la substance tangible |
|
| de l'or, quoique coagulé n'est que |
|
| feu. De la lune restera au fond l'élément |
|
| de l'eau, & dans le bain |
|
| l'élément de la terre & du feu, à |
|
| cause que la substance de l'argent |
|
| vient du froid & humide, qui est |
|
| de nature fixe & ne peut pas s'é- |
|
| H ij | |
@
92
Abrégé
| | lever. Pour ce qui est du mercure, |
| | le feu reste au fond, & la terre |
| | & l'eau montent. Du cuivre reste |
| | aussi le feu au fond, & la terre & |
| | l'eau demeurent dans le bain, |
| | l'élément de la terre reste au fond ; |
| | si la dissolution est du plomb du |
| | Jupiter, l'air reste au fond, & la |
| | terre & l'eau se séparent de lui. |
| | Il faut remarquer que dans le |
| | seul étain l'air est supérieur, mais |
| | cet air n'est pas corporel ; il |
| | demeure avec les autres desquels |
| | ïl est inséparable. |
| | Il faut remarquer aussi que l'élément |
| | corporel qui résulte de cette |
| | dissolution, doit être réduit en |
| | huile avec nouvelle eau forte, faisant |
| | digérer le tout au bain, & de |
| | cette manière cet élément sera |
| | parfait, que vous conserverez pour |
| | une part, & vous séparerez les |
| | autres éléments de la manière qui |
| | suit : mettez les éléments qui restent |
| | au bain à petit feu, en premier lieu |
@
des Archidoxes. 93
| l'eau montera & se distillera ; ensuite |
|
| le feu qui se fait connaître |
|
| par la couleur, mais l'élément |
|
| véritable est au fond, en premier |
|
| s'élèvera la terre, & ensuite le |
|
| feu ; mais si l'eau, la terre & le |
|
| feu étaient ensemble, l'eau montera |
|
| la première, ensuite le feu & |
|
| la terre après ; & l'on pourra conserver |
|
| chacun de ces éléments |
|
| pour s'en servir à propos, suivant |
|
| leur nature, car par exemple, l'élément |
|
| du soleil sera l'action de |
|
| chaleur & sécheresse sans autre |
|
| propriété ; quant à celui de la lune, |
|
| il sera froid & sec, & ainsi des |
|
| autres. |
|
| Mais n'oubliez pas qu'il faut | |
| ôter le corrosif de l'eau forte, comme |
|
| nous le disons au chapitre de |
|
| la quintessence. |
|
| Par tout ce qu'on vient de dire, | |
| on voit que Paracelse cache encore |
|
| avec plus de soin la séparation des |
|
| métaux, comme étant d'une plus |
|
@
94
Abrégé
| | grande importance ; mais voyons |
| | si ce qu'il dit dans l'article de la |
| | quintessence, nous donnera un peu |
| | plus de lumière. |
| | |
| | Liv. quatrième de la quintessence des |
| | métaux. |
| | |
| | Nous dirons en peu de parole |
| | ce qui regarde l'extraction de la |
| | quintessence des métaux, dans |
| | lesquels grand nombre de personnes |
| | ont trouvé de nos temps beaucoup |
| | de difficultés, suivant les |
| | chemins qu'ils ont pris pour y |
| | parvenir. |
| | Il faut donc savoir que les métaux |
| | doivent se diviser en deux |
| | manière ; c'est-à-dire dans leur |
| | quintessence & en leur corps, & |
| | que l'un & l'autre doivent venir en |
| | liqueur potable, & lesquels étant |
| | une fois séparés, ces deux liqueurs |
| | ne se mêlent plus ensemble, car le |
| | corps impur rejette en haut la |
| | quintessence, comme le lait fait |
@
des Archidoxes. 95
| la crème : & par ce moyen il en |
|
| résulte deux huiles grasses, qu'il |
|
| faut séparer l'une de l'autre ; l'huile |
|
| grasse du corps impur est toujours |
|
| blanche au fond, de quelque |
|
| métal que ce soit, mais leur |
|
| quintessence est colorée des couleurs |
|
| que nous avons dit ci-dessus. |
|
| Le procédé est comme il s'ensuit | |
| ; dissolvez le métal en eau, |
|
| étant dissout, distillez au bain, cohobant, |
|
| & putréfiez autant de |
|
| temps qu'il apparaisse en forme |
|
| d'huile, que vous distillerez en des |
|
| petits alambics, & une partie du |
|
| métal restera au fond ; remettez- |
|
| le en huile comme auparavant, |
|
| réduisez-le autant de fois jusqu'à |
|
| ce que tout le métal monte. Putréfiez-le |
|
| encore pendant un mois, |
|
| réduisez-le encore à petit feu ; en |
|
| premier lieu les vapeurs monteront |
|
| & fleureront dans le récipient, |
|
| vous séparerez cette distillation |
|
| ; enfin monteront deux |
|
@
96
Abrégé
| | couleurs obscures, l'une banche, & |
| | l'autre suivant la nature & couleur |
| | du métal. Il faut séparer ces |
| | deux couleurs l'une de l'autre : afin |
| | que la quintessence reste au fond, |
| | que la couleur blanche qui est le |
| | corps impur, surnage. Il faut séparer |
| | ces deux liqueurs par l'entonnoir, |
| | & dans une fiole conserver |
| | la quintessence sur laquelle |
| | vous verserez de l'eau ardente très |
| | rectifiée ; & faites digérer le tout |
| | ensemble, jusqu'à ce que toute |
| | l'aridité soit séparée de l'essence |
| | métallique, réitérant cela plusieurs |
| | fois : enfin mettez dessus |
| | de l'eau deux fois, distillez & lavez |
| | le bien, jusqu'à ce que l'essence |
| | devienne bien douce, conservez-là. |
| | Par ce moyen l'on prépare |
| | la quintessence des métaux : si |
| | vous mettez en corps la liqueur |
| | blanche, vous aurez un corps |
| | malléable qui ne ressemble à aucun |
| | métal. |
@
des Archidoxes. 97
| Il y a plusieurs autres voies | |
| qu'on prétend propres à tirer l'essence |
|
| des métaux ; desquels nous |
|
| ne parlerons pas, parce que je ne |
|
| les crois pas ni bonnes ni véritables |
|
| extractions des essences. |
|
| Ce procédé de Paracelse est | |
| sans doute très obscur ; tout ce |
|
| qu'on en peut tirer ; c'est qu'il |
|
| faut corrompre intimement les |
|
| métaux, de manière qu'ils deviennent |
|
| en liqueur ; non en liqueur, |
|
| par les simples eaux-fortes, |
|
| mais par quelque liqueur qui pénètre |
|
| & s'attache intimement au |
|
| profond du métal, & que par diverses |
|
| digestions, distillations, & |
|
| cohobations, le corps impur se |
|
| sépare du pur qui est l'essence. Ce |
|
| qu'on connaît par deux liqueurs |
|
| différentes, qu'il faut séparer en |
|
| dulcifiant la liqueur colorée avec |
|
| l'esprit-de-vin & l'eau distillée. |
|
| Notez qu'il dit que cette dissolution | |
| se doit faire avec une chose |
|
| I | |
@
98
Abrégé
| | qu'il appelle complexioné ; c'est-à- |
| | dire que ce soit de la même complexion |
| | & nature du métal : & |
| | c'est le grand secret qu'il cache, |
| | & qu'il découvre ensuite, quoique |
| | non en entier. Il reste donc toujours |
| | à savoir quelle est la matière |
| | du menstrue dissolvant & sa |
| | préparation, dont Paracelse se |
| | sert pour faire la corruption radicale |
| | des métaux ; car l'expérience |
| | & la raison montrent que |
| | ce ne peut pas être une eau forte, |
| | ni un sel armoniac vulgaire. |
| | Il faut dont le chercher, ou deviner |
| | ; si nous considérons ce qu'il |
| | dit dans l'article suivant où il parle |
| | de l'extraction de l'essence des |
| | marcassites, antimoine, bismuth, |
| | & semblables ; & dans lesquels il dit |
| | y avoir autant de vertus que dans |
| | les métaux : & dans le procédé, il |
| | dit être le même que l'on use dans |
| | l'extraction des essences métalliques |
| | ; il se sert de ces paroles. |
@
des Archidoxes. 99
| Prenez, dit-il, la marcassite que | |
| vous voudrez, réduisez-la en poudre |
|
| très fine : sur une livre de marcassite |
|
| versez deux livres d'eau dévorante, |
|
| & laissez digérer pendant |
|
| deux mois, afin que la marcassite |
|
| se réduise en liqueur, distillez : & |
|
| & la marcassite se réduira en huile, |
|
| que vous digérerez encore un |
|
| mois, & procédez ensuite comme |
|
| nous avons dit des métaux ; car |
|
| vous avez deux couleurs que vous |
|
| séparerez & purifierez, comme on |
|
| l'a dit ci-dessus. |
|
| L'on voit donc que Paracelse | |
| cache le dissolvant des métaux & |
|
| des marcassites sous le nom d'eau |
|
| dissolvante & dévorante, laquelle |
|
| n'est pas l'eau forte commune, qui |
|
| ne peut pas faire l'effet désiré, |
|
| comme l'expérience le montre. |
|
| Tout le secret est donc sans doute |
|
| caché dans le dissolvant ; & qui |
|
| le sait ; sait tout, le reste n'est |
|
| que bagatelle : & c'est ce que |
|
| I ij | |
@
100
Abrégé
| | tous les Philosophes ont caché. |
| | Or pour savoir quelle est cette |
| | eau dévorante, il faut avoir recours |
| | à la clef, dans laquelle il me |
| | semble qu'il se sert de plusieurs |
| | sortes d'eaux. |
| | Je mettrai ici tous les dissolvants, |
| | qu'il appelle eau corrodante, |
| | dissolvante & dévorante : en |
| | quelque lieu, il déclare que l'eau |
| | dissolvante qu'il entend est l'eau |
| | du sel, c'est-dire l'essence de |
| | sel circulé : sub aqua solvente nostra, |
| | aqua salis intelligenda est. |
| | En une autre occasion, il dit |
| | que sous le nom d'eau dissolvante |
| | ou corrodante, il faut entendre |
| | le vinaigre mêlé avec l'esprit-de- |
| | vin qui ait été distillé plusieurs fois |
| | & retiré, & cohobé sur la substance |
| | de l'esprit du sel ; sub aqua solvente |
| | vel corrodente, intellige acetum |
| | cum spiritu vivi mixtum, & qui saepe |
| | à salis communis spiritu abstractus in |
| | acetum facesserit. |
@
des Archidoxes. 101
| En un autre endroit pour faire | |
| cette corruption des choses métalliques, |
|
| il se sert de l'esprit-de- |
|
| vin mêlé avec l'eau dissolvante |
|
| qu'il dit être l'eau du sel. Corrumpe |
|
| cum spiritu vivi commisto aquae solventi, |
|
| puta salis, dans lequel menstrue |
|
| il dissout les marcassites, in eo |
|
| fixae marcasitae disolventur. |
|
| Quelques fois il dit que cette | |
| eau dissolvante est l'esprit du sel |
|
| distillé & mêlé avec le sel commun |
|
| pur, avec lequel on doit le distiller |
|
| tant de fois, jusqu'à ce que la |
|
| substance du sel se convertisse |
|
| en une huile fixe ; sal recens cum |
|
| aqua solvente, qui est spiritus salis distillatus, |
|
| tam diu distilletur, donec tota |
|
| substantia salis in olcositatem perpetuam |
|
| reducatur. |
|
| Il fait encore un autre dissolvant | |
| qu'il appelle vinaigre radical : pour |
|
| le faire, il faut distiller souvent le |
|
| vinaigre sur le marc du vinaigre |
|
| & le corriger avec des briques : |
|
| I iij | |
@
102
Abrégé
| | sub aceto radicato intellige acetum acre |
| | aliquoties ab aceti matrice tartaricata |
| | aut lateribus correctum habeas : avec |
| | ce vinaigre se fait aussi certaines |
| | dissolutions, suivant les occasions. |
| | Par où l'on peut voir que Paracelse |
| | se sert de divers dissolvants, |
| | suivant les occasions ; mais comme |
| | le vinaigre, ni le sel, ni l'esprit-de- |
| | vin ne peuvent pas dissoudre radicalement |
| | les métaux & les marcassites |
| | ; il est à croire que son vinaigre |
| | très aigre est celui qui est |
| | fait de l'essence du vif argent mêlé |
| | avec l'essence de sel commun, |
| | dans lequel il est sur que tous les |
| | corps métalliques se dissolvent radicalement |
| | ; & ce vinaigre, cette |
| | eau corrodante ou solvante est sans |
| | doute ce qu'il appelle arcanum primi |
| | entis mercurii quod à Philosophis acetum |
| | acerrimum metallicum appellatur ; |
| | & je ne doute pas que ce ne soit |
| | aussi ce sel armoniac de Raymond |
| | Lulle, lequel Paracelse mêle dans |
@
des Archidoxes. 103
| l'eau forte, lorsqu'il parle de la séparation |
|
| des éléments, & qui réduit |
|
| tous le métaux en liqueur |
|
| colorée de la couleur des métaux. |
|
| Nous verrons dans la suite comme |
|
| il montre qu'il faut faire ce vinaigre |
|
| métallique, & que la clef de |
|
| ces secrets consiste dans ce vinaigre |
|
| métallique & dans l'essence |
|
| sel commun, dont il se sert à cet |
|
| effet pour le faire. |
|
| Dans le Xe Livre des Archidoxes | |
| que Paracelse appelle la clef |
|
| des autres ; on ne tire pas plus de |
|
| lumières sur cette manipulation, |
|
| qu'il cache toujours comme la plus |
|
| importante. Voici seulement ce |
|
| qu'il en dit en général, tant de la |
|
| quintessence des métaux, que de |
|
| toute autre chose. |
|
| |
|
| Liv. X. chap. 2. de la quintessence. |
|
| |
|
| Tirez le volatil qui monte dans | |
| la séparation des éléments, cohobant |
|
| souvent ensemble le volatil |
|
@
104
Abrégé
| | & le fixe : afin que la quintessence |
| | qui est passée avec le volatil se |
| | réunisse avec celle qui reste au |
| | fond, (ou bien que celle qui est |
| | restée au fond monte avec celle |
| | qui est déjà montée) prenez l'élément |
| | fixe qui reste au fond après |
| | la séparation des trois éléments |
| | imparfaits, (l'air, l'eau & la terre) |
| | & faites cela en quelque nature |
| | de corps que ce puisse être, |
| | dissolvez le après dans son eau |
| | convenable ; (c'est le noeud de |
| | la difficulté) chacune suivant |
| | sa nature, comme nous l'avons |
| | dit dans les Livres des Archidoxes. |
| | Digérez ensemble longtemps, |
| | distillez par la cohobation, |
| | & le reste per descensum : Putréfiez |
| | encore, distillez & joignez le tout, |
| | distillez après au bain-marie jusqu'à |
| | l'oléaginosité : corrompez, |
| | ou pour mieux dire putréfiez avec |
| | l'esprit-de-vin très subtil, en bouillant, |
| | l'impur tombera au fond ; & |
@
des Archidoxes. 105
| le pur surnagera. Séparez par le |
|
| tritorium, & afin que toute l'acrimonie |
|
| de l'eau-forte s'en aille, |
|
| mettez plus grande quantité d'esprit |
|
| de vin, ce que vous ferez |
|
| plusieurs fois, abluant, & distillant, |
|
| & digérant jusqu'à ce que |
|
| la quintessence soit bien douce : |
|
| enfin lavez-la avec de l'eau bien |
|
| distillée, comme on l'a dit. |
|
| Cette méthode est commune | |
| non-seulement aux métaux, mais |
|
| aux marcassites, aux pierres, aux |
|
| racines, aux herbes, aux chairs, |
|
| choses liquides ou fixes ; il faut |
|
| que suivant la doctrine de la séparation |
|
| des éléments vous sépariez |
|
| les trois éléments imparfaits, & |
|
| que vous procédiez ensuite sur |
|
| l'élément fixe, (l'huile ou mercure |
|
| de ce corps) de la manière que |
|
| nous l'avons enseigné dans le Livre |
|
| de la quintessence. |
|
@
106
Abrégé
| | C O M M E N T A I R E. |
| | |
| | Comme j'ai mis ensemble la |
| | manière dont Paracelse procède, |
| | ou sur les herbes, ou sur les sels, |
| | ou sur les métaux & marcassites, |
| | on peut voir que le procédé sur les |
| | divers corps desquels on veut extraire |
| | la quintessence, est aussi |
| | diffèrent ; car on la tire plus facilement |
| | des végétaux & animaux, |
| | & plus difficilement des |
| | sels ; mais encore plus difficilement |
| | des métaux. L'on peut tirer |
| | des végétaux aussi bien que des |
| | sels une humidité avec laquelle ils |
| | se corrompent eux-mêmes ; car |
| | sans la putréfaction, il est impossible |
| | de séparer les éléments ou particules |
| | des mixtes, lesquelles sont |
| | très bien mêlées ensemble, & la |
| | quintessence avec elles ; & sans |
| | cette décomposition & sans la |
| | corruption des parties, il ne se |
| | peut faire aucune séparation. |
@
des Archidoxes. 107
| Mais la difficulté est plus grande |
|
| dans les métaux & marcassites & |
|
| pierres, par deux raisons : la première, |
|
| parce que les métaux & les |
|
| marcassites ont les principes ou éléments |
|
| mêlés plus subtilement & |
|
| plus fortement, & par conséquent |
|
| on les décompose & putréfie plus |
|
| difficilement. |
|
| La seconde raison est que les | |
| corps métalliques étant très secs |
|
| & arides, l'on ne peut tirer d'eux |
|
| aucune humidité pour les putréfier |
|
| & corrompre. Or on ne peut |
|
| putréfier & corrompre quelque |
|
| chose sans l'humidité : il faut donc |
|
| ajouter aux métaux & marcassites |
|
| une humidité, mais ce qu'il importe |
|
| le plus c'est qu'il faut y ajouter |
|
| une humidité, qui soit de leur |
|
| nature, & assez subtile pour pénétrer |
|
| jusqu'au plus profond de ces |
|
| corps, afin que toutes les plus petites |
|
| parties puissent se dissoudre & |
|
| se décomposer ce que les eaux for- |
|
@
108
Abrégé
| | tes communes ne peuvent pas faire |
| | ; car elles ne font que corroder & |
| | limer (pour ainsi dire) le métal plus |
| | subtilement qu'une lime ne ferait. |
| | Il faut dont un dissolvant à pénétrer |
| | les plus petits pores de ces |
| | petites parcelles, que l'eau forte |
| | n'a fait que limer ; & c'est cette |
| | dissolution des plus petites partie |
| | qu'on appelle dissolution & corruption |
| | radicale. |
| | Il faut outre cela que le dissolvant |
| | soit le plus proche qu'il est |
| | possible de la nature essentielle du |
| | corps que vous voulez dissoudre & |
| | décomposer ; car outre que sans |
| | cela la décomposition ne se ferait |
| | pas bien, si elle se faisait, la quintessence |
| | que vous voulez extraire |
| | se mêlant avec le dissolvant, s'altérerait |
| | & changerait de nature, & |
| | il en résulterait une troisième substance |
| | dissemblable. |
| | Or pour faire une véritable pénétration |
| | & dissolution du corps, |
| | en manière que vous en puissiez |
@
des Archidoxes. 109
| tirer l'essence, les Adeptes donnent |
|
| cette règle, qu'une essence |
|
| tire une autre essence ; parce que |
|
| comme la tourbe des Philosophes |
|
| le dit, & la vrai politique le montre, |
|
| la nature se réjouit avec ce |
|
| qui est de la nature, & sa nature |
|
| embrasse une semblable nature. |
|
| Cette doctrine nous montre | |
| donc, qu'une quintessence tirant |
|
| l'autre, il faut nous servir de quelque |
|
| humidité qui soit semblable |
|
| en essence, & la plus proche qu'il |
|
| est possible de la substance essentielle |
|
| du corps métallique. De |
|
| cette manière cette essence pénétrera |
|
| & embrassera la nature interne |
|
| métallique, la tirera dehors |
|
| avec elle ; & ce qu'importe, n'altérera |
|
| point la nature de la quintessence |
|
| que vous voulez extraire |
|
| des métaux & marcassites métalliques. |
|
|
|
| Que fi l'on demande quelles | |
| sont les essences de la nature des |
|
| métaux, je réponds qu'il y en a de |
|
@
110
Abrégé
| | deux sortes, l'une prochaine, l'autre |
| | très prochaine ; la prochaine |
| | sont les essences des sels, soit le sel |
| | commun, ou les sels minéraux, particulièrement |
| | celle du vitriol. |
| | Mais Paracelse se sert du sel |
| | commun qui est le premier être, |
| | ou le principe & la source de tous |
| | les autres sels. Car il faut remarquer |
| | que dans le règne métallique |
| | la sécheresse saline domine ; comme |
| | dans les plantes le mercure |
| | universel, c'est-à-dire l'humidité, |
| | & dans les animaux le soufre |
| | ou chaleur : ce sont les règnes des |
| | trois frères Jupiter, Neptune & |
| | Pluton. Le sel donc dominant dans |
| | les métaux, l'essence du sel les pénètre |
| | & les décompose intérieurement. |
| | Mais l'humidité très prochaine |
| | des métaux est l'essence du vif- |
| | argent ; la substance de tous les |
| | métaux n'étant que vif-argent, |
| | comme l'on voit par la résolution |
| | de tous les métaux en argent-vif. |
@
des Archidoxes. 111
|
|
| |
|
| A B R E G E' | |
| |
|
| Du cinquième Livre des | |
| Archidoxes du grand Para- | |
| celse, des Arcanes. | |
| |
|
| Conjointement avec le sixième Livre |
|
| des Magistères. | |
| |
|
| T 0 U S les secrets de Paracelse |
|
| sont fondés sur l'extraction |
|
| des quintessences de divers |
|
| corps : de manière que les Arcanes |
|
| & les Magistères comme lui |
|
| même le dit au dixième Livre, |
|
| » ne sont que les quintessences exaltées |
|
| » & poussées à une plus |
|
| » grande perfection par la circulation |
|
| ; & autres manières qui purifient |
|
| & subtilisent la quintessen- |
|
@
112
Abrégé
| | ce, & nous verrons ensuite que |
| | les élixirs ne sont ordinairement |
| | qu'un mélange de plusieurs essences, |
| | ou bien une quintessence |
| | exaltée. |
| | Mais pour une plus grande |
| | clarté, nous avons besoin du |
| | dixième Livre qui est la clef des |
| | autres, & sans lequel on aurait |
| | trop de peine à comprendre quelque |
| | chose dans les autres Livres ; |
| | dans lesquels il a omis exprès les |
| | choses principales qui servent à |
| | l'extraction des quintessences métalliques, |
| | qui sont celles qu'on appelle |
| | proprement Arcanes : parce |
| | que ce sont les choses les plus secrètes |
| | de la Chimie, & par lesquelles |
| | on peut faire la Pierre Philosophale |
| | & les diverses Médecines |
| | qui guérissent non seulement le |
| | corps humain de toutes les maladies, |
| | mais les métaux imparfaits de |
| | leurs imperfections, & les réduisent |
| | à la pureté de l'or. |
| | Mais |
@
des Archidoxes. 113
| Mais quoique les Arcanes & | |
| les Magistères aient le même fondement |
|
| ; c'est-à-dire, la quintessence, |
|
| néanmoins comme Paracelse |
|
| y met quelque différence |
|
| dans la définition qu'il en donne : |
|
| il faut voir en quoi consiste cette |
|
| différence. |
|
| Dans la clef il dit clairement | |
| qu'il faut entendre que les Arcanes |
|
| sont autre chose que des quintessences |
|
| graduées ou exaltées au plus |
|
| haut degré de perfection. |
|
| Quant aux magistères, il dit | |
| que ce sont des mystères de l'Art : |
|
| car sans avoir besoin de tout le |
|
| travail que l'on fait pour extraire |
|
| la quintessence de la manière que |
|
| l'on l'a dit ci-dessus ; par les |
|
| Magistères non seulement on tire |
|
| facilement la quintessence de tous |
|
| les mixtes, mais on convertit |
|
| tout le corps du mixte en quintessence, |
|
| comme le feu convertit |
|
| tout le bois en sa nature de feu |
|
| K | |
@
114
Abrégé
| | excepté quelque peu de cendre |
| | qu'il laisse, ce qui est assurément |
| | un grand mystère de l'Art ; comme |
| | il nous l'a dit dans la clef par ces |
| | paroles : de même, dit-il, que je |
| | vous l'ai ordonné dans les autres Livres, |
| | je vous ordonne encore en celui-ci, |
| | d'avoir égard à la concordance des natures |
| | ; car la chose que vous ajoutez au |
| | mixte, ayant a transmuer en sa propre |
| | nature essentielle celle à qui vous l'ajoutez |
| | ; il faut qu'il y ait une convenance |
| | de nature, & qu'elle soit facilement |
| | transmuable dans la nature de l'agent. |
| | Pour cela dans la clef il donne |
| | l'exemple du Magistère du vinaigre |
| | : si vous voulez faire une quantité |
| | de vinaigre, il vous faut avoir auparavant |
| | le tartre ou la lie du vinaigre |
| | qui doit faire la transmutation de |
| | quelque liqueur en vinaigre. Or pour |
| | transmuer une liqueur entièrement en |
| | vinaigre, vous ne prendrez pas de l'eau, |
| | mais vous prendrez du vin, parce que |
| | le vin est la nature la plus prochaine |
@
des Archidoxes. 115
| du vinaigre, qui auparavant a été vin ; |
|
| alors avec une petite quantité du ferment |
|
| du vinaigre vous changerez |
|
| en bon vinaigre & en peu de temps une |
|
| quantité suffisante & convenable de |
|
| vin ; convenez aussi que pour rendre |
|
| la chose plus facile & faire plus vite, |
|
| vous corrompez auparavant le vin que |
|
| vous voulez transmuer, en le faisant |
|
| bouillir, ou le laissant à l'air, afin que |
|
| l'esprit s'évapore. Si vous voulez donc |
|
| transmuer les métaux & les réduire |
|
| en quintessence, il faut prendre ce métal |
|
| singulier, & qui est déjà ouvert ; |
|
| & avec lequel tous les autres métaux |
|
| (marcassites) sont unis en nature |
|
| (le-vif argent ;) il faut prendre dis je |
|
| ce métal ouvert, & le corrompre dans |
|
| sa matrice qui est proprement de l'eau |
|
| (l'eau du sel marin ou l'essence du sel |
|
| marin dont on parlera après,) laquelle |
|
| est aussi la mère de tous les métaux |
|
| qui se liquéfient au feu comme fait la |
|
| glace ; ce métal ouvert & étant corrom- |
|
| K ij | |
@
116
Abrégé
| | pu comme il faut purifié des éléments |
| | superflus ; il faut que vous les réduisiez, |
| | in primum ens : c'est-à-dire en |
| | quintessence, & alors ce mercure est |
| | notre vinaigre très aigre ; toutes les fois |
| | que vous ferez dissoudre & digérer les |
| | métaux dans ce vinaigre, nécessairement |
| | tous les métaux se changeront en |
| | vinaigre : c'est-à-dire en quintessence ; |
| | mais de même que vous corrompez auparavant |
| | le vin afin qu'il se change |
| | plutôt en vinaigre, il faut en faire de |
| | même avec les métaux : il faut les corrompre |
| | & mortifier le mieux qu'il est |
| | possible. Paracelse dit dans la séparation |
| | des éléments qu'il faut sublimer le |
| | mercure, calciner le plomb, rendre en |
| | vert de gris le cuivre, faire le crocus du |
| | fer & réverbérer l'étain (après l'avoir |
| | calciné,) en un mot il faut les |
| | réduire en petites parcelles les plus fines |
| | afin que que le vinaigre métallique |
| | mercuriel puisse les dissoudre. |
| | Par ces paroles précieuses qu'on |
| | ne peut trop lire & relire & apprendre |
@
des Archidoxes. 117
| par coeur, l'on peut voir |
|
| que dans les Livres précédents Paracelse |
|
| avait omis exprès le secret |
|
| duquel tout l'Art dépend ; |
|
| c'est-à-dire que vous ne pourrez |
|
| jamais corrompre les métaux, |
|
| marcassites & pierres, sans un |
|
| menstrue assez puissant, qui soit de |
|
| leur nature essentielle, & comme |
|
| tous les métaux & marcassites sont |
|
| intérieurement vif-argent coagulé |
|
| ; il n'y a que la quintessence du |
|
| vif argent qui puisse les corrompre |
|
| & transmuer, & les rendre en |
|
| liqueur potable de la couleur du |
|
| même métal, comme nous l'avons |
|
| vu dans le Livre des quintessences |
|
| ; & notez ce grand mystère |
|
| que la quintessence du vif-argent |
|
| est cet argent vif de l'argent |
|
| vif, & le mercure du mercure, |
|
| tant prêché par les Philosophes, |
|
| & qui seul, disent-ils, a la vertu |
|
| de réincruder les corps & les réduire |
|
| en première matière avec la |
|
@
118
Abrégé
| | conservation de leur nature spécifique |
| | & métallique, parce que le |
| | seul vif argent est de la nature des |
| | métaux, des demi métaux & marcassites |
| | ; & c'est donc la quintessence |
| | du vif-argent que Paracelse appelle |
| | le tempéré, & ce que tous les |
| | autres recommandent si fort de |
| | joindre l'espèce avec l'espèce, |
| | si nous voulons faire une bonne |
| | génération, & ne pas produire |
| | des monstres ; c'est ce que |
| | Paracelse recommande, d'avoir |
| | égard aux concordances que nous |
| | avons déjà indiquées, & qu'on ne |
| | peut trop répéter : il appelle ce |
| | menstrue le tempéré, parce qu'il est |
| | de tempérament métallique. |
| | Notez aussi cette règle générale |
| | de tous les adeptes ; qu'une |
| | essence tire facilement une autre essen- |
| | ce, mais plus facilement celle qui |
| | est de sa nature, car elle se plaît |
| | mieux qu'avec une nature étrangère |
| | : c'est pourquoi la quintessence du |
@
des Archidoxes. 119
| vif-argent tire facilement la quintessence |
|
| des métaux, demi-métaux |
|
| & marcassites, parce que, comme |
|
| on l'a dit, ces choses ne sont que |
|
| vif-argent coagulé par un peu |
|
| plus ou peu moins de soufre : ainsi |
|
| la quintessence d'une herbe tire |
|
| facilement la quintessence de toutes |
|
| les herbes, mais plus facilement |
|
| l'essence d'une herbe de |
|
| même espèce. |
|
| Cela est visible dans l'esprit-de- | |
| vin qui est en quelque manière |
|
| l'essence du vin. Le vin vient de |
|
| vigne qui est un végétal ; Toutes |
|
| les herbes que l'on met en infusion |
|
| & à digérer avec l'esprit-de-vin, |
|
| cet esprit tire leur essence ; mais |
|
| notez que cette essence que nous |
|
| avons tirée ainsi, n'est ni parfaite |
|
| ni pure, car elle tient en partie de |
|
| l'essence du vin ; & l'essence du vin |
|
| de sa part est aussi altérée par l'autre |
|
| essence qu'il a attirée à soi. |
|
| Mais qui veut avoir l'essence pure |
|
@
120
Abrégé
| | d'un végétal, il faut la tirer par |
| | l'esprit essentiel & par le mercure |
| | essentiel du même végétal. |
| Au li- | Ainsi Paracelse enseigne que le |
| vre dix | Magistère des herbes se fait facilement,
|
| qui est | il faut, dit-il, premièrement
|
| la clef. | les faire fermenter comme du moût,
|
| | tirez-en après l'esprit comme vous faites |
| | de la lie-de-vin, digérez dans cet esprit |
| | l'herbe auparavant bien purifiée, renouvelant |
| | d'autres herbes jusqu'à ce que |
| | vous ayez l'esprit en quantité quadruple. |
| | Il serait donc à désirer que Paracelse |
| | nous donne la manière |
| | de faire ce vinaigre très aigre du |
| | vif-argent qui est son essence & le |
| | mercure du mercure, puisque sans |
| | cela on ne peut pas avoir l'essence |
| | des métaux, tant pour faire les |
| | Magistères, que pour la composition |
| | des grands Arcanes ; entre |
| | lesquels sans doute, est la Pierre des |
| | Philosophes qui ne se peut point |
| | faire sans la quintessence séminale |
| | le |
@
des Archidoxes. 121
| de l'or ou de l'argent. |
|
| Mais ce grand Philosophe n'a | |
| pas été si envieux que les autres |
|
| ; il nous a donné la manière |
|
| de faire ce vinaigre métallique |
|
| très aigre, & parce qu'on ne peut |
|
| tirer la quintessence du mercure |
|
| sans quelque autre quintessence |
|
| qui le corrompe auparavant, il a |
|
| choisi pour cet effet la quintessence |
|
| du sel duquel en grande |
|
| partie le vif-argent est formé : le |
|
| mercure du sel est (comme il le |
|
| dit) la mère de tous les métaux ; |
|
| car le mercure commun est formé |
|
| en partie d'une eau visqueuse & |
|
| salée, & c'est pour cela qu'il ne |
|
| mouille point ce qu'il touche, si |
|
| ce n'est les métaux qui abondent |
|
| en vifs-argents ; car, comme dit Geber, |
|
| le vif-argent se mêle plus facilement |
|
| au vif-argent, ensuite à |
|
| l'or, après au plomb & à l'étain ; enfin |
|
| au cuivre & difficilement au fer, |
|
@
122
Abrégé
| | d'où il conclut que ne se mêlant |
| | à aucune autre chose qu'à soi-même |
| | & aux métaux, ceux auxquels |
| | il se joint plus facilement, contiennent |
| | plus de mercure. |
| | Nous allons donc voir auparavant |
| | comme il faut faire le primum |
| | ens ou essence du sel ; ensuite nous |
| | verrons comme il fait le premier |
| | être ou quintessence du mercure |
| | vulgaire, desquels quoiqu'il ait |
| | déjà dit quelque chose dans le Livre |
| | de la quintessence, il en parle |
| | bien plus clairement dans le dixième |
| | Livre qu'il appelle la clef des |
| | autres. |
| | Mais il ne faut pas croire qu'il |
| | enseigne ces secrets aussi juste & |
| | aussi nettement que s'il enseignait |
| | à faire du fromage ; il a déclaré |
| | dans la préface de cette clef, |
| | que de crainte que les méchants |
| | ignorants ne deviennent égaux |
| | aux bons & aux savants, il ne |
| | laissera pas d'omettre des choses |
@
des Archidoxes. 123
| que les gens d'esprit trouveront, |
|
| mais que les autres ne trouveront |
|
| jamais ; Je traduirai mot à mot |
|
| ces deux grands secrets, afin que |
|
| ceux qui sont experts dans l'Art |
|
| voient ce qu'ils doivent faire. |
|
| |
|
| Préparation du sel circulaire de Pa- |
|
| racelse. | |
| |
|
| » Dans nos autres Livres, dit-il, | |
| » j'ai montré suffisamment que le |
|
| » véritable élément (d'où viennent |
|
| » les métaux) & même les |
|
| » végétaux, est l'eau de la mer ; |
|
| » que cette eau est la véritable |
|
| » mère des métaux, & que de son |
|
| » premier être (primum ens) le |
|
| » premier des trois principes (le |
|
| » sel) a pris son origine, & qu'aucun |
|
| » avant moi n'a fait & n'a |
|
| » point expliqué, n'ayant fait |
|
| » mention que des deux autres |
|
| » principes, le mercure & le soufre |
|
| » ; ayant négligé de parler du |
|
| » troisième principe, c'est-à-dire |
|
| L ij | |
@
124
Abrégé
| | » du sel dont la mer est la source |
| | » & l'origine ; & comme par l'expérience |
| | » j'ai appris & que je l'ai |
| | » insinué dans mes autres Livres ; |
| | » que le premier être (primum ens) |
| | » ou la quintessence de l'élément |
| | » de l'eau (l'eau saline) est le centre |
| | » des métaux, & qu'ailleurs |
| | » j'ai aussi ajouté que chaque fruit |
| | » (chaque graine) doit mourir |
| | » dans la matrice de laquelle il a |
| | » tiré la vie, afin qu'il puisse recevoir |
| | » d'elle une vie nouvelle |
| | » meilleure. (comme on le voit |
| | » dans toutes les graines des végétaux, |
| | » qui ayant reçu la vie de |
| | » la terre, se putréfient en elle, ils |
| | » germent & ils fructifient) & |
| | » que de cette manière le vieux |
| | » corps de l'arbre qui a produit la |
| | » graine, revient pour ainsi dire, en |
| | » jeunesse dans un autre état plus |
| | » parfait ; c'est pour cela que je |
| | » mettrai ici l'extraction du censel |
| | » tre de l'eau (la quintessence du |
@
des Archidoxes. 125
| » qui est la mère des métaux) |
|
| » & dans laquelle les métaux doivent |
|
| » se putréfier & laisser leur |
|
| » vieux corps. |
|
| » Prenez le véritable élément | |
| » de l'eau, ou en sa place quelqu'autre |
|
| » sel qui ne sois pas tout- |
|
| » à-fait sec par le feu ; ou si vous |
|
| » voulez prenez du sel gemme dépuré |
|
| » : dissolvez-le dans le suc de |
|
| » raves fortes, ou raifort, mêlé |
|
| » avec deux parties d'eau commune, |
|
| » laissez-le putréfier au fumier |
|
| » avec soin, & le plus de temps |
|
| » qu'il y demeurera sera encore |
|
| » mieux, ensuite laissez le congeler |
|
| » & putréfier encore un mois, |
|
| » distillez par la cornue & poussez |
|
| » à grand feu ce qui reste en |
|
| » manière qu'il fonde ; réverbérez |
|
| » dans la retorte avec un |
|
| » feu continuel, faites dissoudre |
|
| » sur le marbre l'eau qui en vient, |
|
| » mettez la dans le sel qui est resté, |
|
| » & putréfiez de nouveau, distillez |
|
| L iij | |
@
126
Abrégé
| | » encore jusqu'à ce qu'il reste |
| | » comme de l'huile, versez dessus |
| | » de l'esprit-de-vin, ce qui est |
| | » impur tombera au fond, séparez |
| | » l'impur, cristallisez ce qui est pur |
| | » dans un lieu froid, mettez dessus |
| | » ce qui a distillé & cohobé tant |
| | » de fois, jusqu'à ce qu'il reste au |
| | » fond comme de l'huile fixe & |
| | » qu'il ne sorte plus rien de doux, |
| | » digérez encore un mois & distillez |
| | » tant de fois jusqu'à ce que |
| | » l'Arcane du sel passe par l'alambic |
| | » & ne vous ennuyez pas d'un |
| | » si long travail ; car ceci est la troi- |
| | » sième partie de tous les Arcanes, sans |
| | » lequel rien de bon & rien de profita- |
| | » ble ne se peut tirer des minéraux & |
| | » des métaux. |
| | Quoiqu'il y ait plusieurs voies |
| | » pour tirer l'essence du sel, celle- |
| | » ci est la plus utile & meilleure ; |
| | » ensuite celle que nous avons |
| | » donnée en parlant de l'élixir du |
| | » sel. Il faut donc que vous preniez |
@
des Archidoxes. 127
| » du sel nouveau, lequel |
|
| » vous mettrez digérer avec l'eau |
|
| » dissolvante, qui est l'esprit du sel |
|
| » distillé & que vous le distilliez |
|
| » & cohobez tant de fois ensemble |
|
| » jusqu'à ce que toute la substance |
|
| » du sel se dissolve en une forme |
|
| » d'huile, & que le corps impur |
|
| » se sépare en forme de flegme. De |
|
| » cette manière vous pouvez faire |
|
| » le magistère du vitriol, du tartre |
|
| » & de tous les autres sels. |
|
| Pour tirer une plus grande lumière | |
| sur la manière de faire cette |
|
| essence du sel, je mettrai ici ce |
|
| que Paracelse vient de citer de |
|
| l'élixir du sel. |
|
| » Prenez, dit-il, du sel bien préparé, | |
| » très blanc & net, mettez |
|
| » dans le pélican autant d'eau dissolvante |
|
| » qui soit six fois du poids |
|
| » du sel, digérez au fumier pendant |
|
| » un mois, distillez l'eau dissolvante |
|
| » (qu'il dit dans la clef) |
|
| » être l'esprit du sel, & remettez |
|
| L iiij | |
@
128
Abrégé
| | » la de nouveau sur le sel restant, |
| | » redistillant tant de fois jusqu'à |
| | » ce que le sel devienne comme |
| | » de l'huile. |
| | Paracelse pour former son élixir |
| | » y ajoute la quintessence de |
| | » l'or, de laquelle il n'est pas question |
| | » à présent. |
| | Pour tacher d'avoir encore |
| | quelque lumière sur cette matière, |
| | j'ajouterai une autre manière |
| | que Paracelse nous donne en un |
| | autre lieu ; voici comme il s'explique. |
| | Prenez , dit-il , du sel gemme |
| | » purifié, & faites le fondre dans |
| | » un creuset bien fort, à grand feu, |
| | » l'y laissant en fusion pendant |
| | » une heure, le sel étant refroidi |
| | » pulvérisez-le encore & fondez- |
| | » le comme auparavant, faisant de |
| | » même cinq ou six fois comme la |
| | » première ; (peut-être il faut le |
| | » dissoudre pour en séparer la terdu |
| | » re,) ayant pulvérisé le sel, ajoutez-y |
@
des Archidoxes. 129
| » suc de raifort comme |
|
| » auparavant ; c'est-à-dire mêlant |
|
| » le suc avec de l'eau commune, |
|
| » & le passant par un linge) faites |
|
| » dissoudre ainsi votre sel, & faites |
|
| » le digérer, distillez par l'alambic, |
|
| » coagulez & réduisez-le |
|
| » en poudre ; putréfiez six jours |
|
| » & distillez à grand feu comme si |
|
| » vous faisiez de l'eau-forte, observant |
|
| » les degrés du feu, continuant |
|
| » ainsi jusqu'à ce que rien |
|
| » ne distille ; continuez le feu afin |
|
| » qu'il se calcine bien, & ce, pendant |
|
| » une heure, pulvérisez le sel |
|
| » tout chaud, & faites le dissoudre |
|
| » sur le marbre en lieu humide, |
|
| » putréfiez cette dissolution & distillez |
|
| » & répétez cela trois fois, |
|
| » ce qui reste dissolvez-le encore, |
|
| » & mettant dessus toutes les |
|
| » trois eaux distillées, faites-le encore |
|
| » digérer cinq jours, distillez |
|
| » au sable ; & ainsi distillant & putréfiant, |
|
| » enfin tout le sel mon- |
|
@
130
Abrégé
| | » tera, excepté un peu de terre |
| | » morte que vous rejetterez ; |
| | » purifiez encore toute l'eau distillée |
| | » pendant un jour, rectifiez |
| | » ensuite deux ou trois fois, & |
| | » vous aurez l'eau ou quintessence |
| | » du sel (en forme d'huile.) |
| | Je donnerai encore une autre |
| | recette de Paracelse plus courte, |
| | & par laquelle on épargne tant |
| | de fusions en calcinant le sel ; la |
| | voici. |
| | Prenez, dit-il, du sel commun |
| | » & du nitre, parties égales, |
| | » calcinez-les ensemble, selon |
| | » l'Art (avec le charbon pilé) |
| | » de ce sel calciné on distille un esprit |
| | » qui résout l'or en huile ; |
| | » mais il faut que pour faire cette |
| | » eau de sel, l'on soit fort expert, |
| | » dans la Chimie. |
| | La lumière qu'on tire de cette |
| | recette est qu'il n'est pas nécessaire |
| | de faire toutes les longues |
| | fusions ci-dessus & qu'il suffit de |
@
des Archidoxes. 131
| le calciner avec le nitre, mais cependant |
|
| il faut faire le reste que |
|
| l'on a vu dans les autres recettes. |
|
| |
|
| Pour réduire le vif-argent en |
|
| premier être ou quint- | |
| essence. | |
| |
|
| Liv. x. Archid. chap. IV. | |
| |
|
| Voici le plus grand de tous les | |
| secrets, lequel consiste dans la |
|
| manière de tirer la quintessence |
|
| du vif argent par le moyen dudit |
|
| sel, & c'est ce que les Philosophes |
|
| appellent vinaigre très aigre métallique |
|
| & leur sel armoniac végétable, |
|
| parce qu'il fait végéter les |
|
| métaux, & de morts qu'ils étaient |
|
| leur donne la vie végétable |
|
| multiplicative : & c'est ce grand |
|
| secret que tous les Philosophes |
|
| ont tant caché, que Paracelse nous |
|
| révèle en partie. |
|
| Si vous voulez réduire le mercure | |
| vulgaire en quintessence li- |
|
@
132
Abrégé
| | » quide, il faut auparavant le mortifier, |
| | » ce qu'on fait par diverses |
| | » sublimations jusqu'à ce qu'il devienne |
| | » comme un cristal fixe, le |
| | » sublimant avec le vitriol & sel |
| | » commun plusieurs fois. Dissolvez-le |
| | » ensuite dans sa matrice ; |
| | » c'est-à-dire dans la quintessence |
| | » du sel susdit, putréfiez pendant |
| | » un mois corrompez encore avec |
| | » nouvel Arcane du sel, & l'impur |
| | » tombera au fond , cristallisez |
| | » le pur, sublimez ces petits cristaux |
| | » dans un réverbère clos, |
| | » tournant le réverbère à mesure |
| | » jusqu'à ce qu'il devienne rouge, |
| | » retirez ce sublimé avec l'esprit |
| | » de vin parfaitement subtil, faites |
| | » l'extraction, ce qui reste, dissolvez-le |
| | » sur le marbre. Digérez |
| | » pendant un mois, versez nouvel |
| | » esprit-de-vin digérez & distillez |
| | » ; alors vous aurez le premier |
| | » être ou quintessence du mercure |
| | » qui distillera en forme liquide |
@
des Archidoxes. 133
| » que les Philosophes appellent vinaigre |
|
| » très aigre métallique, & |
|
| » dans nos Archidoxes, nous le |
|
| » nommons le circulé majeur, à |
|
| » la différence de celui du sel commun. |
|
| Et notez que la quintessence | |
| du sel commun, aussi bien que celle |
|
| du vif-argent, étant liquides on les |
|
| fait circuler encore quelques semaines |
|
| au bain, afin que quelques |
|
| impuretés tombent au fond & deviennent |
|
| plus subtiles, & alors on |
|
| appelle sel circulé, mercure circulé. |
|
| Voilà les deux plus grands secrets | |
| de Paracelse sans lesquels, |
|
| comme il le dit lui-même; l'on ne |
|
| peut rien faire d'utile sur les métaux |
|
| & choses métalliques, qui |
|
| n'ayant point de suc qu'on puisse |
|
| tirer d'eux, on ne peut les corrompre |
|
| & les réduire en liqueur |
|
| que par l'addition des choses qui |
|
| sont de leur nature. |
|
| Les végétaux & les sels donnent | |
@
134
Abrégé
| | leurs sucs avec lesquels on peut les |
| | résoudre, corrompre & putréfier |
| | ; & par ce moyen les décomposer |
| | & tirer leur essence sans |
| | addition : mais les choses métalliques |
| | ayant besoin d'addition, il |
| | faut avoir égard au tempérament |
| | & à la concordance des natures, |
| | si vous voulez bien faire. |
| | Il nous faut donc faire quelques |
| | observations sur les Magistères. |
| | Paracelse insinue que les magistères |
| | sont des mystères de l'Art, par |
| | lesquels vous pourrez transmuer |
| | en quintessence tout le corps que |
| | vous voulez transmuer : l'exemple |
| | est dans le vin ; avec la quintessence |
| | du vinaigre qui est dans son |
| | tartre & dans sa lie, vous transmuez, |
| | dit-il, tout le vin corrompu |
| | en bon vinaigre ; de même, |
| | ajoute-t-il, avec la quintessence de |
| | l'argent-vif, vous pouvez transmuer |
| | tous les corps métalliques |
| | en liqueur essentielle. Le mystère |
@
des Archidoxes. 135
| donc des Magistères consiste en |
|
| ce que, par exemple, la quintessence |
|
| d'une herbe étant mêlée avec |
|
| du jus d'une herbe semblable en |
|
| nature & en quantité convenable, |
|
| ce jus sera changé en quintessence, |
|
| comme le vin est changé |
|
| en vinaigre par l'essence du vinaigre |
|
| qui est dans le marc du même |
|
| vinaigre bien fort. |
|
| Mais Paracelse nous avertit | |
| qu'il faut prendre garde aux convenances, |
|
| & que l'essence du vinaigre |
|
| transmue le vin en vinaigre, |
|
| parce que le vinaigre a été |
|
| vin ; il ne faut pas penser non plus |
|
| que cette transmutation des Magistères |
|
| se fasse en un instant, |
|
| mais après des digestions convenables |
|
| & suivant les doses du mélange |
|
| ; car il faut remarquer que |
|
| l'agent doit surpasser en quantité |
|
| la liqueur transmuable, & que |
|
| cette liqueur plus elle sera proche |
|
| en nature, plus facilement |
|
@
136
Abrégé
| | elle sera transmuée. Je ne veux rien |
| | déterminer ; mais j'insinue seulement |
| | ce que la raison dicte : il y a |
| | différence du vin & du vinaigre, |
| | mais ils n'ont aucune convenance |
| | avec les corps métallique ; si je conviens |
| | bien qu'on peut rendre potable |
| | tout le corps de l'or, cependant |
| | ce ne sera pas une véritable |
| | quintessence : mais le corps de |
| | l'or étant ouvert & rendu potable, |
| | la quintessence agira comme l'esprit |
| | de vin lorsqu'il est mêlé dans |
| | toute la substance du vin, mais il y |
| | a différence entre l'esprit du vin |
| | pur & l'esprit qui est avec le vin. |
| | Je crois donc que ce que Paracelse |
| | dit, il faut l'entendre avec un |
| | grain de sel, & au surplus s'en rapporter |
| | à la propre expérience. |
| | |
| | Des Arcanes, cinquième Livre. |
| | |
| | J'ai parlé des Magistères avant |
| | les Arcanes, parce qu'il me semble |
| | qu'on ne peut pas composer |
@
des Archidoxes. 137
| ces Arcanes sans les choses dont |
|
| nous devons parler, comme le |
|
| Lecteur en pourra juger. |
|
| Paracelse nous propose quatre | |
| Arcanes ou grands secrets : le premier |
|
| est l'Arcane de la première |
|
| matière ; le second, de la Pierre |
|
| Philosophale ; le troisième du |
|
| mercure de vie ; le quatrième, de |
|
| la teinture de ces choses. Quant |
|
| à l'Arcane de la première matière, |
|
| il dit qu'elle est fondée non-seulement |
|
| sur la première matière de |
|
| l'homme, mais encore sur celle |
|
| de toutes les créatures corporelles, |
|
| & sur tout ce qui vient par semence, |
|
| super omne quod ex semine |
|
| quopiam nascitur ; & que cette première |
|
| matière philosophique préserve |
|
| les arbres de la corruption, |
|
| empêche les herbes de sécher, & |
|
| qu'elle empêche que les métaux se |
|
| rouillent ou qu'ils se gâtent ; & mieux |
|
| encore elle empêche les hommes |
|
| & les animaux de se corrompre, |
|
| M | |
@
138
Abrégé
| | & par ce moyen les vieux arbres |
| | rajeunissent ; les herbes qui sécheraient |
| | l'hiver, conservent leur |
| | verdeur, se renouvelant par leur |
| | propre matière première (qui est |
| | leur essence séminale végétative) |
| | car, dit-il, comme la peau de la |
| | Salamandre sort du feu, nette & |
| | purifiée de toutes sortes d'ordures ; |
| | de même les animaux & végétaux |
| | se purifient dans leur intérieur, de |
| | manière qu'on peut vivre en santé |
| | au-delà de ce qu'on aurait fait |
| | par le cours ordinaire de la nature |
| | ; la vertu de cet Arcane consiste |
| | donc en quelque manière à |
| | renouveler les principes vitaux |
| | de tous les êtres, & à les conforter |
| | & purifier parfaitement. |
| | Pour savoir ce que c'est que cette |
| | première matière dont on doit se |
| | servir, il dit que dans les corps |
| | visibles, c'est la semence de ce |
| | corps, & dans les corps sensibles |
| | c'est leur sperme. |
@
des Archidoxes. 139
| Il faut savoir, dit-il encore, | |
| qu'il ne faut pas prendre la première |
|
| matière insensible mais la |
|
| sensible qui vient d'elle ; & de |
|
| telle vertu, qu'elle ne permet pas |
|
| que le corps se consomme, car elle |
|
| fournit de quoi pouvoir réparer |
|
| ce qui se perd & se dissipe, tant |
|
| aux animaux, qu'aux plantes. Par |
|
| exemple la quintessence de la semence |
|
| des orties ou des cerisiers, |
|
| si on la met à leurs racines, & |
|
| qu'elle puisse attirer cette esprit |
|
| ou teinture de leur première matière |
|
| ; elles ne pourriront pas dans |
|
| l'hiver ni les feuilles des arbres ne |
|
| sécheront point, quoique suivant |
|
| le cours ordinaire elles dussent se |
|
| sécher. Il faut dire de même des |
|
| autres plantes & arbres qui resteront |
|
| verts pendant toute l'année, |
|
| & ils fructifient d'avantage. |
|
| Nous ne parlerons donc pas, | |
| dit-il, de la quintessence du sperme, |
|
| mais de l'Arcane du sperme |
|
| M ij | |
@
140
Abrégé
| | des choses, & nous en donnerons |
| | la pratique comme d'un grand |
| | secret duquel on peut tirer des |
| | avantages bien plus surprenants, |
| | que de la quintessence ; mais avant |
| | que de passer outre, il semble que |
| | Paracelse nous laisse en quelque |
| | obscurité, pour savoir quelle |
| | est cette première matière : Il dit |
| | bien qu'elle est dans la semence |
| | de tous les corps & dans le sperme |
| | de tous les animaux vivants ; |
| | Mais j'ai de la peine à croire que |
| | pour la Médecine de l'homme, il |
| | veuille se servir de ce qu'on appelle |
| | sperme de l'homme comme quelques |
| | brutaux ont fait : il est vrai que dans |
| | la clef il dit que les Arcanes ne sont |
| | que les essences graduées, c'est-à-dire |
| | exaltées au souverain degré de |
| | perfection, ce qui est déjà un point |
| | important à connaître ; & il ajoute |
| | qu'ils sont la même chose que les |
| | Magistères & les premiers êtres des |
| | choses exaltées, comme on l'a dit, au |
@
des Archidoxes. 141
| plus haut degré de perfection ; ce qui, |
|
| ce me semble, se fait par une |
|
| longue & exacte circulation. Mais |
|
| en expliquant la première matière |
|
| il dit : & pour le premier Arcane de |
|
| la première matière je veux qu'on entende |
|
| la première matière ou le premier |
|
| être (primum ens) du limbe humain, & |
|
| encore la première matière du mercure |
|
| du sel dont on a parlé ci-devant ; |
|
| car ce mercure, dit-il, lui est prochain |
|
| & conforme en nature (c'est-à-dire |
|
| au limbe humain.) |
|
| Il semble donc, que Paracelse entend | |
| sous le nom de première matière |
|
| d'un corps, la quintessence de |
|
| quelque corps, c'est-à-dire son |
|
| mercure, qui ressemble au sperme, |
|
| d'autant que cette liqueur est |
|
| onctueuse & gluante, & que c'est |
|
| en elle que gît la vertu générative |
|
| & végétative. Et comme ce mercure |
|
| est plein de sel volatil, & que |
|
| l'homme fait beaucoup de sel volatil |
|
| des choses qu'il mange, & du |
|
| sel même dont les viandes sont |
|
@
142
Abrégé
| | assaisonnées, il dit que le mercure |
| | ou sperme du sel commun est prochain |
| | en nature au mercure du |
| | sang duquel se forme le sperme |
| | animal, lequel sperme n'est autre |
| | chose que le sang dépuré, filtré, |
| | circulé & exalté par la nature au |
| | plus haut point de perfection. Et |
| | notez que la Chimie n'a appris |
| | ces opérations que de la nature |
| | même, qui putréfie dans l'estomac |
| | la nourriture, la filtre & la cuit en |
| | lait, ensuite l'anime dans le coeur |
| | & dans les poumons. Elle sépare |
| | le pur de l'impur par diverses filtrations |
| | & circulations en divers |
| | viscères : car dans le foie se sépare |
| | la bile, & dans la ratte le sang |
| | se filtre, & s'en sépare la mélancolie |
| | ; par les vaisseaux lymphatique, |
| | se sépare le flegme, & en |
| | d'autres fibres & lieux propres, |
| | se séparent diverses parties impures. |
| | Enfin dans le cerveau se fait |
| | la dernière filtration & dépuration |
@
des Archidoxes. 143
| du sang, où se filtre l'esprit |
|
| animal qui est la vraie quintessence |
|
| du sang, & de tous les aliments. |
|
| Notez aussi que ces mêmes esprits | |
| animaux font dans notre |
|
| corps ce qu'on appelle Magistère |
|
| dans la Chimie : car se mêlant avec |
|
| le sang & les aliments, ils changent |
|
| ces aliments en substance de sang, |
|
| & en esprits semblables à eux mêmes |
|
| ; ce qu'ils font en corrompant, |
|
| digérant, filtrant, circulant, |
|
| séparant le pur de l'impur des |
|
| aliments, comme savent ceux |
|
| qui entendent l'Anatomie & les |
|
| ressorts de la machine animale : |
|
| Or les Chimistes font & doivent |
|
| faire la même chose, c'est-à-dire |
|
| en purifiant, distillant, cohobant, |
|
| & filtrant ; & pour donner la dernière |
|
| perfection à la quintessence, |
|
| ils la circulent longtemps par le |
|
| pélican, on elle se subtilise & purifie |
|
| encore, laissant tomber au |
|
| fond quelques crasses ou terres- |
|
@
144
Abrégé
| | tréités subtiles & invisibles qu'elle |
| | contenait en soi, & qui ne sont pas |
| | séparables par la simple distillation. |
| | Par cette manière la quintessence |
| | devient enfin Astrale, |
| | c'est-à-dire aussi subtile que la lumière |
| | des Astres, & semblable aux |
| | influences invisibles du soleil & des |
| | étoiles. Voilà en partie en quoi consiste |
| | (à ce que je crois) la perfection |
| | & la quintessence des Magistères, |
| | qui deviennent enfin Arcanes. |
| | La pratique que Paracelse donne |
| | de l'Arcane, me confirme aisément |
| | dans mon opinion. Prenez, dit-il, |
| | une livre de la première matière |
| | (la quintessence) mettez-la dans |
| | une bouteille, & laissez la circuler |
| | pendant un mois ; ajoutez-y un |
| | poids égal de la monarchie, & laissez |
| | circuler ensemble encore un |
| | autre mois, distillez enfin au |
| | bain, & conservez l'Arcane. |
| | L'on voit qu'il n'y a qu'à circuler |
| | & digérer la quintessence, qui |
| | est |
@
des Archidoxes. 145
| la matière première & essentielle |
|
| de la chose. Quant à savoir ce qu'il |
|
| entend par monarchie, il dit lui-mê- | Pag 19 |
| me dans le traité de l'herbe Mille- | de per- |
| pertuis, monarchia autem est id quod | ferata. |
| est optimum : que le mot de Monarchie |
|
| est universel, & commun à |
|
| tout ce qui est de plus parfait ; on |
|
| peut donc croire que toutes les |
|
| quintessences peuvent mériter ce |
|
| nom, & particulièrement l'Arcane |
|
| du sel qu'il dit être plus proche |
|
| de la première matière. Sur ce |
|
| point je laisse à chacun son opinion, |
|
| d'autant plus que dans l'Allemand, |
|
| au lieu de monarchie, il |
|
| y a esprit-de-vin ; mais ce mot est |
|
| aussi équivoque chez les Adeptes |
|
| que celui de Monarchie : néanmoins |
|
| je suis presque sûr que la |
|
| substance de ce qu'il nomme première |
|
| matière, n'est que la quintessence |
|
| des corps autrement appelés mercure |
|
| ou sperme des corps par similitude, |
|
| comme je l'ai dit dans les princi- |
|
| N | |
@
146
Abrégé
| | pes. Dans la clef il déclare nettement |
| | la chose. Par l'Arcane de la |
| | première matière, dit-il, il faut entendre |
| | la première matière ou le premier |
| | être (primum ens) du limbe humain, |
| | comme aussi la première matière |
| | du mercure du sel qui est prochaine |
| | en nature à tous les mercures |
| | ou essences ; c'est pourquoi, ajoute-t-il, |
| | suivant le procédé des premiers |
| | êtres (des essences) réduisez- |
| | le tout en substance liquide, & ensuite |
| | joignez-le avec la Monarchie, |
| | comme étant la chose qui |
| | le vivifie, & la distillez enfin sans |
| | vous soucier du corps (impur.) |
| | |
| | Du deuxième Arcane. |
| | |
| | Quant au second Arcane, qui |
| | est celui de la Pierre Philosophale, |
| | Paracelse déclare que sa manière |
| | d'opérer diffère de celles que |
| | d'autres Auteurs ont décrites |
| | dans leurs Livres, desquelles il ne |
| | veut pas se mêler, mais se tenir |
@
des Archidoxes. 147
| à ce que sa propre expérience lui |
|
| a fait connaître. Il dit ensuite que |
|
| les vertus de cette médecine consistent |
|
| à transmuer le corps humain, |
|
| de la même manière qu'elle |
|
| transmue le mercure ou le plomb |
|
| en or : ce n'est pas, dit-il, qu'elle |
|
| introduise une nouvelle matière |
|
| dans le corps, mais c'est en perfectionnant |
|
| celle qui existe, quand |
|
| même elle serait sale & putride, |
|
| comme le plomb est à l'égard de |
|
| l'or. Et je ne puis m'empêcher de |
|
| dire ici que le seul Paracelse a |
|
| écrit dans tous ses Livres que les | Notez |
| Médecins vulgaires n'entendent | bien. |
| rien dans la Médecine ; car il n'est |
|
| pas question d'ôter ce qu'on a |
|
| dans le corps, c'est-à-dire qu'il |
|
| n'est pas question d'ôter le sang |
|
| pur par les saignées, ou d'évacuer |
|
| les humeurs par des médecines, |
|
| parce que dans le sang, dit-il, sont |
|
| les principes de la vie, en ôtant |
|
| ce qu'on a dans les entrailles par |
|
| N ij | |
@
148
Abrégé
| | des médecines évacuantes, l'on |
| | en ôte à la vérité quelques humeurs |
| | peccantes, mais avec le |
| | mauvais vous ôtez aussi ce qui est |
| | bon & nécessaire à la vie. Il faut, |
| | dit-il, avoir des médecines qui |
| | changent ce qui est mauvais dans |
| | les humeurs, dans les boyaux ou |
| | dans le sang, qui le changent, dit- |
| | je, & de mauvais qu'il est, le rendent |
| | bon : c'est ce qu'il prétend faire |
| | par ses essences, & particulièrement |
| | par ses Arcanes, élixirs &c. |
| | & c'est pour cela qu'il se déclare |
| | lui-même Monarque de la science, |
| | & qu'il se moque d'Hippocrate & |
| | de Gallien & des autres Médecins. |
| | Il est certain que ses principes |
| | sont bons, & ses médecines parfaites, |
| | & la raison veut qu'elles |
| | soient excellentes. |
| | Paracelse ne met ici le grand secret |
| | de la Pierre qu'en deux mots |
| | superficiels, disant, prenez du mer- |
| | cure, appelé autrement l'élément du |
@
des Archidoxes. 149
| mercure, (l'essence du mercure) séparant |
|
| le pur de l'impur, réverbérez- |
|
| le ensuite jusqu'à la blancheur, & sublimez-le |
|
| avec le sel armoniac jusqu'à |
|
| ce qu'il se résolve en liqueur, calcinez |
|
| après & faites-le dissoudre tant de fois |
|
| que vous voudrez & réduisez-le ensuite |
|
| en corps ; lequel est incombustible. |
|
| Les corps métalliques que cette Pierre |
|
| pénètre, résistent à la coupelle & à toutes |
|
| expériences, purifiant tous les corps, |
|
| tant métalliques qu'humains ; & si |
|
| j'ai dit tout en peu de paroles, c'est |
|
| pour ne pas ennuyer le lecteur. Il est |
|
| vrai que s'il n'a dit tout, il a dit |
|
| une partie fort importante. |
|
| Voilà ce qu'il en dit ici, par | |
| où l'on peut apprendre que la |
|
| base de ce grand secret est l'essence |
|
| du mercure, & ce qu'il |
|
| appelle sel armoniac que nous |
|
| verrons ensuite être l'essence |
|
| saline de l'or ; car comme nous |
|
| l'avons vu par l'autorité de Raymond |
|
| Lulle. Armoniacam mixtio- |
|
| N iij | |
@
150
Abrégé
| | nem omnium elementorum quae est in |
| | essentia, salem armoniacum nominamus, |
| | propter ejus exaltatam & sublimatam |
| | proprietatem puram primae |
| | materiae. Or cette propriété & |
| | cette harmonieuse mixtion des |
| | éléments purs se trouve dans le |
| | plus souverain degré dans l'or ; |
| | & d'autant qu'on ne peut produise |
| | l'or sans semence de l'or, il faut |
| | avoir la quintessence séminale de |
| | l'or, qui se tire parle moyen de la |
| | quintessence du mercure, comme |
| | nous l'avons vit dans les Livres |
| | précédents. Mais parce que Paracelse |
| | a répandu en divers traités |
| | le secret de la Pierre Philosophale, |
| | telle qu'il l'a faite, je mettrai à la |
| | fin de ce traité un petit abrégé de |
| | ce qu'il en dit, afin que le lecteur |
| | trouve tout ce qu'il y a de plus |
| | important sur ce sujet ; c'est pourquoi |
| | je n'en dirai pas davantage |
| | ici, mais je passerai au troisième |
| | arcane. |
@
des Archidoxes. 151
| Du Mercure de vie. Troisième Arcane. |
|
| |
|
| Il dit que le mercure de vie | |
| surpasse de beaucoup en vertu les |
|
| deux arcanes précédents, d'autant |
|
| qu'il assure qu'il n'y a aucun corps |
|
| simple qu'il connaisse avoir les |
|
| vertus que contient en soi le mercure |
|
| de ce corps ; lesquelles vertus, |
|
| dit-il, ne lui viennent pas tant |
|
| de la quintessence, que des vertus |
|
| spécifiques de la même essence, |
|
| comme il l'a montré en parlant |
|
| des vertus spécifiques. Car, dit-il, |
|
| ce mercure de vie transmue les |
|
| corps en sa propre essence, les |
|
| purifiant au plus haut degré, & |
|
| donnant la vie à toutes choses, |
|
| tant aux végétaux qu'aux animaux, |
|
| de la manière suivante. Le |
|
| mercure de vie transmue le mars |
|
| dans sa propre essence, d'une manière |
|
| néanmoins que quoique |
|
| le mars soit réduit dans l'essence |
|
| de ce mercure, néanmoins ce mer- |
|
| N iij | |
@
152
Abrégé
| | cure peut se transmuer encore & |
| | devenir mars parfait, de la même |
| | manière que l'or étant dissout |
| | passe en nature du mercure & |
| | transmue en sa nature, néanmoins |
| | ce mercure réduit après les autres |
| | métaux en or, semblable à celui |
| | qui a été transmué. |
| | Et ce mercure de vie non seulement |
| | agit sur les métaux & minéraux, |
| | mais sur les plantes & sur |
| | les fleurs, auxquelles il donne une |
| | nouvelle vie & une nouvelle beauté, |
| | si on les arrose avec une quantité |
| | convenable de ce mercure de |
| | vie. |
| | Il faut entendre la même chose |
| | des brutes & des hommes, dont- |
| | il renouvelle tous les membres du |
| | corps, si vieux & caduques qu'ils |
| | soient, redonnant des forces nouvelles |
| | ; fait que les femmes rajeunissent, |
| | leur rendant leurs menstrues |
| | & les rendant capables de |
| | concevoir. |
@
des Archidoxes. 153
| Paracelse poursuit en montrant | |
| une des choses qui, à mon avis, |
|
| mérite la plus grande attention, |
|
| d'autant qu'elle met en évidence |
|
| la perfection de cet élément céleste |
|
| qu'on appelle quintessence. |
|
| La raison, dit-il, pourquoi | |
| la quintessence de l'antimoine, |
|
| (c'est le sujet principal de cet Arcane) |
|
| peut prolonger la vie, c'est |
|
| par ce que c'est une quintessence, |
|
| qui a des propriétés admirables, |
|
| entre autres celle de purifier le sang |
|
| & toutes les parties du corps, & |
|
| d'infuser des principes de vie, ce |
|
| qu'il faut entendre ici. Quand un |
|
| corps pourrit, ce n'est pas faute |
|
| que dans ce corps il n'y ait encore |
|
| beaucoup de quintessence vitale, |
|
| ou que la même quintessence soit |
|
| pourrie avec le corps: il est vrai |
|
| qu'elle se disperse avec le corps, & |
|
| qu'elle se dissipe avec les parties |
|
| dudit corps, ou dans l'air, ou |
|
| dans l'eau, ou dans la terre ; mais |
|
@
154
Abrégé
| | la quintessence en elle-même ne |
| | se corrompt pas & ne se détruit |
| | point ; ce qu'il faut beaucoup remarquer |
| | & en même temps admirer. |
| | Voyez la rose, par exemples, |
| | pourrie comme du fumier & dans |
| | le fumier ; elle retient toute son |
| | odeur qui lui vient, comme on l'a |
| | dit, de la quintessence ; & si elle |
| | pue, ce n'est que le corps corruptible |
| | qui pue ; la quintessence |
| | de la rose conserve toute la suavité |
| | de son odeur, comme il parait ; |
| | car si vous mettez putréfier une |
| | quantité de roses au fumier, vous |
| | aurez une masse pourrie & puante |
| | ; mais si vous mettez distiller, |
| | vous aurez de la bonne eau rose, laquelle |
| | eau est odoriférante, parce |
| | qu'elle est teinte de la quintessence |
| | de la rose, laquelle essence quelque |
| | fois surnage un peu l'eau en |
| | forme d'huile, si vous savez bien |
| | opérer : cela est encore plus visible |
| | dans plusieurs autres plantes, |
@
des Archidoxes. 155
| comme l'absinthe, la sauge, le romarin, |
|
| la lavande, & une infinité |
|
| d'autres. |
|
| Le corps & les éléments impurs | |
| & grossiers sont puants quand ils |
|
| sont pourris, mais la quintessence |
|
| parmi la corruption puante, conserve |
|
| toute son odeur, saveur & |
|
| vertus. Si vous séparez l'incorruptible |
|
| du corruptible, non-seulement |
|
| la quintessence n'aura rien |
|
| perdu de son efficace & de ses propriétés |
|
| par la pourriture du corps |
|
| au contraire elle paraît d'autant |
|
| plus forte, que toute la vertu répandue |
|
| dans une grande masse |
|
| corporelle, est ramassée en une petite |
|
| quantité & dépouillée de son |
|
| corps grossier, & elle est plus pénétrante, |
|
| plus active & plus efficace. |
|
|
|
| Ajoutez que pour guérir les maladies | |
| auxquelles elle est propre, |
|
| étant privée de son corps corruptible |
|
| qui se corrompt facilement |
|
@
156
Abrégé
| | dans un corps infecté par des humeurs |
| | corrompues, cette corruption |
| | du corps peut augmenter |
| | la maladie au lieu de la guérir, & |
| | plus encore quand les ferments de |
| | l'estomac & du sang sont fort malins. |
| | Les quintessences des végétaux |
| | ne sont pas facilement altérées par |
| | les ferments qui causent la maladie |
| | ; celles des sels, encore plus |
| | difficilement ; celles des métaux |
| | résistent à tout, & particulièrement |
| | celle de l'or ; celle de l'antimoine |
| | est égale à la quintessence |
| | de l'or, & elle a des propriétés spéciales |
| | qu'en un certain sens Paracelse |
| | relève au-dessus de l'or même, |
| | pour dépurer & conforter la |
| | quintessence qui est dans le corps |
| | de l'homme, & même en quelque |
| | sorte la multiplier. Car, comme |
| | on l'a dit, quand l'homme est malade, |
| | qu'il meurt & se putréfie ; |
| | ce n'est pas que l'essence manque, |
@
des Archidoxes. 157
| ou qu'elle se putréfie ; mais c'est |
|
| qu'elle est opprimée & pour ainsi |
|
| dire étouffée par les humeurs corruptibles |
|
| du corps impur : Or le |
|
| mercure de vie, dont la base principale |
|
| est le mercure ou quintessence |
|
| de l'antimoine, a cette propriété, |
|
| qu'elle change les humeurs |
|
| superflues & malignes, en bonne |
|
| essence ; elle fortifie & multiplie |
|
| celle que nous avons naturellement, |
|
| & par là on peut prolonger |
|
| la vie, & en jouir avec une santé |
|
| parfaite (pourvu qu'on ne fasse |
|
| pas, comme on le fait, tout ce |
|
| qu'on peut pour la détruire.) |
|
| Par l'expulsion donc des choses | |
| nuisibles, la quintessence humaine |
|
| qui est le principe de la vie, |
|
| reprend sa vigueur, comme si elle |
|
| était à la fleur de l'âge ; elle digère |
|
| bien & transmue en sa nature la |
|
| nourriture aussi parfaitement |
|
| quelle l'aurait fait à vingt ans. |
|
| L'on peut voir quelque chose | |
@
158
Abrégé
| | de ce que Paracelse dit : c'est- |
| | à-dire que le corps mort ne laisse |
| | pas de contenir beaucoup de |
| | quintessence : on le voit dans les |
| | essences qu'on tire de tous les végétaux |
| | morts & secs, & particulièrement |
| | de leurs graines, qui |
| | l'année après germent & fructifient |
| | ; on le voit par la vertu de |
| | quelque étincelle insensible de |
| | cette quintessence céleste, en qui |
| | réside la vertu végétative transmutative |
| | ; & on la peut voir aussi |
| | en quelques animaux qui ne se |
| | corrompent point après la mort, |
| | parce qu'ils abondent plus en |
| | quintessence. |
| | On peut voir même que l'Alcion,* |
| | quoique morte, non-seulement |
| | ne se corrompt pas, mais tous |
| | les ans elle renouvelle ses plumes, |
| | aussi belles & aussi colorées qu'elle |
| | |
| | |
| | *Cet exemple de l'Alcion, qu'en France on
|
| | appelle aussi Alcion, est très véritable, & je l'ai
|
| | expérimenté à Rome.
|
@
des Archidoxes. 159
| aurait pu faire si elle était vivante |
|
| ; laquelle incorruptibilité ne |
|
| vient que de l'abondance de la |
|
| quintessence incorruptible qui |
|
| reste dans ce corps encore après |
|
| la mort ; la végétation des plumes |
|
| procède ainsi de la même cause. |
|
| Et d'où vient que les champs sont |
|
| devenus fertiles par le fumier ? |
|
| si ce n'est que dans ces herbes sèches |
|
| qui se pourrissent, comme |
|
| aussi dans les cendres, dans les |
|
| fumiers qui sont des herbes digérées, |
|
| la quintessence y est encore |
|
| & y est vivante, & qu'elle aide à |
|
| germer les graines par sa vertu |
|
| chaude & subtile ; & c'est la cause |
|
| que dans les excréments de l'homme |
|
| il y a de grandes vertus, parce |
|
| qu'il a en soi de grands mélanges |
|
| d'essences très nobles, suivant la |
|
| qualité de la nourriture & des |
|
| boissons bien digérées. Mais il est |
|
| à croire que le corps humain ou de |
|
| l'animal qui l'a digéré, s'approprie |
|
@
160
Abrégé
| | peu de l'essence de ces choses, & |
| | beaucoup plus de leur corps corruptible |
| | : D'ailleurs la plupart |
| | des essences comestibles étant |
| | très subtiles, elles s'évaporent |
| | par les pores, & ne persévèrent |
| | point dans l'union de l'essence |
| | animale ; ce qui est cause que la |
| | corporéité venant à prévaloir, l'essence |
| | animale reste enfin accablée |
| | & comme étouffée, d'où s'ensuit |
| | enfin la mort. |
| | Mais à mon avis il y a encore |
| | une autre raison qui rend la mort |
| | inévitable, c'est que l'essence des |
| | choses que nous mangeons & buvons, |
| | altèrent peu à peu l'essence |
| | naturelle ; de manière qu'elle se détruit |
| | insensiblement & ne peut bien |
| | réparer les parcelles du corps & de |
| | l'esprit que nous perdons. Aussi |
| | ni la Pierre Philosophale, ni ce |
| | mercure de vie ne peuvent pas |
| | rendre l'homme immortel, mais |
| | seulement allonger un peu la vie, |
| | & la |
@
des Archidoxes. 161
| & la rendre saine ; & même cela |
|
| s'entend, en usant discrètement |
|
| de ces médecines : car ces quintessences |
|
| étant très fortes, elles |
|
| détruiraient par les raisons susdites, |
|
| l'essence humaine ; c'est pourquoi |
|
| Cosmopolite exhorte d'user |
|
| discrètement de cette médecine ; |
|
| car dit-il une grande flamme éteint |
|
| la plus petite d'une bougie, cela |
|
| est visible dans l'eau de vie & |
|
| mieux encore dans l'esprit-de- |
|
| vin qui est l'essence du vin. Ceux |
|
| qui boivent trop de vin abrègent |
|
| leurs jours, & ceux qui boivent |
|
| de l'eau-de-vie sont bientôt blessés |
|
| ; l'eau-de-vie approche plus |
|
| de l'essence du vin : enfin l'esprit |
|
| de vin, si on en buvait comme |
|
| du vin, en peu de temps tuerait |
|
| l'homme en détruisant les |
|
| ferments essentiels. |
|
| Mais pour venir à la pratique | |
| de cet Arcane de l'Antimoine, |
|
| voici comme Paracelse l'enseigne. |
|
| O | |
@
162
Abrégé
| | dans ce Livre, avec son obscurité |
| | ordinaire. |
| | Prenez le mercure essensifié, |
| | (l'essence du mercure) séparé de |
| | toute impureté, sublimez-le après |
| | avec l'antimoine, de manière que |
| | tous les deux se subliment ensemble, |
| | & qu'ils deviennent un seul |
| | être inséparable ; faites les résoudre |
| | sur le marbre, dissolvant & |
| | coagulant quatre fois ; cela fait, |
| | vous aurez le mercure de vie dont |
| | nous avons parlé, avec toutes |
| | les vertus susdites, pour soulager |
| | & consoler votre vieillesse. |
| | Dans la clef il s'explique un peu |
| | plus, mais non pas d'une manière |
| | qui suffise à ceux qui ne savent |
| | pas toute la manipulation. Paracelse |
| | avec raison faisait un si grand |
| | cas de ce mercure, que pour les |
| | maladies humaines il le préférait à |
| | la Pierre Philosophale. Basile |
| | Valentin a fait un Livre intitulé |
| | le Chariot Triomphal de l'Antimoine, |
@
des Archidoxes. 163
| mais on en a pris que l'écorce. |
|
|
|
| |
|
| De l'Arcane du mercure de vie dans la |
|
| clef. chap. V. | |
| |
|
| Pour ce qui est de l'Arcane du mercure | |
| de vie, nous entendons le feu vivant |
|
| (la quintessence de l'argent vif) |
|
| c'est-à-dire que le mercure vulgaire soit |
|
| réduit en quintessence par la quintessence |
|
| du sel dont on a parlé ci-dessus, & |
|
| qu'il soit vivifié avec la quintessence |
|
| de l'antimoine qui lui communique une |
|
| vie céleste. Paracelse ne dit pas ici |
|
| tout ce qu'il faut faire, laissant |
|
| quelque chose aux bons esprits. |
|
| L'on voit donc seulement que | |
| le mercure de vie est formé de la |
|
| quintessence du mercure ou argent |
|
| vif vulgaire, animé de la |
|
| quintessence de l'antimoine (du |
|
| régule) lesquels mêlez inséparablement |
|
| ensemble par le moyen |
|
| de la quintessence du sel, & fixez |
|
| ensuite, forment ce qu'on appelle |
|
| 0 ij | |
@
164
Abrégé
| | mercure de vie ; & comme cette |
| | composition forme une Poudre |
| | rouge, je crois que c'est la même |
| | que Paracelse appelle ailleurs mercure |
| | corallin dont les vertus, dit-il, |
| | ne sont pas inférieures à la Pierre |
| | Philosophale (pour le corps humains;) |
| | & vous remarquerez que |
| | la Pierre qu'il forme pour la transmutation |
| | des métaux, est la même |
| | composition, avec l'addition |
| | de l'essence séminale de l'or qui |
| | lui donne la fixité parfaite, comme |
| | nous le verrons dans le traité |
| | de la Pierre. |
| | Paracelse ajoute encore un autre |
| | éclaircissement sur le mercure |
| | de vie dans la même clef, par ces |
| | paroles. |
| | De même, dit-il que des herbes |
| | » (comme par exemple de la |
| | » vigne) on peut tirer de l'essence |
| | » (l'esprit-de-vin) laquelle tire |
| | » l'essence de toutes les autres |
| | » herbes, de manière que le mercure |
@
des Archidoxes. 165
| » du vin ne conserve pas tant |
|
| » ses propres qualités comme celles |
|
| » dont l'esprit-de-vin est imbu : |
|
| » de même il arrive dans les métaux |
|
| » & animaux ; car on peut |
|
| » tirer du vif-argent commun, |
|
| » qui est un métal ouvert, & qui |
|
| » donne plus facilement & plus |
|
| » abondamment son essence ; on |
|
| » peut tirer, dis-je, du vif-argent |
|
| » un esprit ou mercure de telle |
|
| » puissance, que vous tirerez des |
|
| » métaux parfaits une essence avec |
|
| » laquelle ce mercure du mercure |
|
| » étant uni, il ne retiendra plus |
|
| » sa première nature : Or ce mercure |
|
| » ainsi essencifié & imprégné |
|
| » de la quintessence de l'or, si vous |
|
| » l'unifiez ensuite avec le baume |
|
| » de la quintessence céleste de |
|
| » l'antimoine, dont il prend une |
|
| » vie nouvelle & plus que céleste, |
|
| » il faut après que vous le fassiez |
|
| » cuire & digérer dans un réverbératoire |
|
| » bien bouché, & alors |
|
@
166
Abrégé
| | » il s'appelle mercure de vie, dont les |
| | » vertus nous paraissent merveilleuses |
| | » ; c'est pourquoi je crois |
| | » qu'il n'en faut pas parler d'avantage, |
| | » afin qu'elles ne soient |
| | » pas méprisées par les ignorants. |
| | Notez que cette composition |
| | de l'essence du mercure du régule |
| | d'antimoine & de l'essence de l'or, |
| | non-seulement est une médecine |
| | pour les corps humains ; mais si |
| | vous la fermentez avec de l'or pur, |
| | elle est médecine pour les métaux |
| | imparfaits, qui par elle sont transmuez |
| | en or parfait, de quoi je parlerai |
| | plus au long dans le Traité |
| | de la Pierre. |
| | Quant à l'Arcane de la teinture, |
| | Paracelse dit dans sa clef |
| | » qu'elle n'a pas besoin d'explication, |
| | » d'autant que son seul nom |
| | » l'explique suffisamment, il dit |
| | » dans le cinquième Livre des Archidoxes, |
| | » que sa teinture est une |
| | » médecine si excellente & si subtile, |
@
des Archidoxes. 167
| » que de même que la teinture |
|
| » des Teinturiers teint intimement |
|
| » toutes sortes de draps |
|
| » dans la couleur qu'elle porte ; |
|
| » de même aussi cette teinture |
|
| » convertit toutes sortes d'humeurs, |
|
| » quelques malignes qu'elles |
|
| » soient, en santé, les pénétrant |
|
| » par sa subtilité dans toutes |
|
| » ses parties, & transmuant le mal |
|
| » en bien, comme la flamme |
|
| » transmue le bois & autres matières |
|
| » combustibles en feu & |
|
| » flamme. |
|
| Il donne néanmoins une recette | |
| de sa teinture qui pourrait faire |
|
| soupçonner qu'elle se peut faire & |
|
| tirer, non-seulement des métaux, |
|
| mais de toutes sortes de choses, |
|
| exaltant leur quintessence (qui est |
|
| la base de tous les secrets de Paracelse) |
|
| & le faisant monter à un |
|
| souverain degré de subtilité & de |
|
| perfection, voici sa recette. |
|
| » Prenez l'essence des membres | |
@
168
Abrégé
| | » de quelque corps, desquels vous |
| | » séparez les éléments ; après cela, |
| | » mettez dessus le feu (l'esprit de |
| | » l'essence) & digérez tant de |
| | » temps, qu'il ne tombe plus rien |
| | » au fond, & qu'il ne paraisse aucune |
| | » matière substantiellement. |
| | » Après prenez le verre bien lutté |
| | » du lut d'Hermès (bouché hermétiquement,) |
| | » & le mettez dans |
| | » un lieu froid & humide, jusqu'à |
| | » ce qu'il se soit résolu de nouveau |
| | » en matière visible. |
| | Il me semble donc que la teinture |
| | se peut tirer de toutes choses ; |
| | & que ce n'est qu'une quintessence |
| | réduite au plus grand degré |
| | de subtilité par une longue circulation, |
| | tellement que se réduisant |
| | facilement en vapeur, il faut la |
| | mettre en un lieu froid, afin qu'elle |
| | se rende fluide. Mais il ne faut pas |
| | croire, à mon avis que l'on puisse |
| | réduire les métaux, & particulièrement |
| | l'or, à cette subtilité de vapeur |
| | peur |
@
des Archidoxes. 169
| ; il suffit que par l'Art on la |
|
| subtilise au possible, laquelle subtilité |
|
| se forme en la dissolvant & |
|
| coagulant, & dissolvant plusieurs |
|
| fois & la circulant ensuite. |
|
| Quant à la teinture des plantes, | |
| on la peut subtiliser plus facilement |
|
| par la circulation ; mais il |
|
| ne faut pas croire que la teinture |
|
| de toutes les plantes ait la même |
|
| vertu que la teinture du mercure |
|
| de vie ou de la Pierre Philosophale : |
|
| il faut se souvenir de ce que Paracelse |
|
| a enseigné, qu'une plante est |
|
| propre à la guérison d'un mal ou |
|
| d'un autre, ou qu'elle est propre |
|
| pour quelque partie du corps, |
|
| c'est-à-dire pour quelque viscère |
|
| ou quelque membre, & non pour |
|
| toutes les parties du corps ; & qu'il |
|
| y a d'autres essences comme celles |
|
| du mercure, de l'antimoine, |
|
| ou de l'or, qui possèdent plusieurs |
|
| vertus, pour plusieurs maladies. |
|
|
|
@
170
Abrégé
| | Mais de quelque chose que vous |
| | tiriez la teinture, il faut en user |
| | discrètement ; car c'est un feu subtil |
| | & pénétrant qui pourrait |
| | vous détruire entièrement au lieu |
| | de vous guérir, comme nous l'avons |
| | dit de l'esprit-de-vin, qui en |
| | petite quantité peut conforter, & |
| | en trop grande quantité peut détruire |
| | sans aucune ressource. |
| | |
| | Livre septième des Archidoxes, des |
| | Spécifiques. |
| | |
| | Paracelse confirme ici ce que je |
| | viens de dire des vertus Spécifiques |
| | des plantes & des autres |
| | corps ; mais il nous montre en |
| | même temps deux choses importantes, |
| | dignes de la grandeur de |
| | son esprit. |
| | La première ; il l'a déjà insinuée |
| | en parlant de la quintessence ; |
| | c'est-à-dire que les essences ne tirent |
| | pas proprement leurs vertus |
| | de ce qu'elles sont chaudes ou |
@
des Archidoxes. 171
| froides, sèches ou humides en |
|
| certains degrés, comme les Médecins |
|
| Galénistes l'enseignent, |
|
| mais parce qu'elles ont tiré cette |
|
| vertu de la nature ouvrière qui a |
|
| su faire un certain mélange des |
|
| éléments, qui est imperscrutable |
|
| à l'homme : de manière que la |
|
| rhubarbe ne purge pas la colère |
|
| plutôt qu'une autre humeur, parce |
|
| que la rhubarbe est chaude, mais |
|
| parce qu'il y a dans son essence |
|
| (comme on l'a dit,) un certain mélange |
|
| imperscrutable de particules |
|
| élémentaires qui attaquent plus |
|
| facilement cette humeur qu'une |
|
| autre : car le clou de girofle, par |
|
| exemple, l'anacarde & autres |
|
| drogues plus chaudes que la rhubarbe, |
|
| ne purgent point la bile ni |
|
| autre humeur. Il faut dire la même |
|
| chose de plusieurs autres remèdes, |
|
| dont les uns purgent, les |
|
| autres confortent, les autres consolident |
|
| ; à mon avis, il vaudrait |
|
| P ij | |
@
172
Abrégé
| | mieux avouer franchement qu'on |
| | ne sait pas trop pourquoi certaines |
| | choses font certains effets, & |
| | dire, comme j'en ai vu quelques |
| | uns, que la Seine purge parce |
| | qu'elle a la vertu purgative ; il |
| | vaut mieux, dis-je, dire cela, que |
| | d'apporter de mauvaises raisons : |
| | mais l'on passerait pour ignorant |
| | dans le peuple, & plus encore auprès |
| | des grands, si l'on ne se servait |
| | de termes obscurs, & si le Médecin |
| | ne savait pas parler bon Latin & |
| | Grec. |
| | La seconde observation que |
| | Paracelse nous fait faire, c'est que |
| | souvent du mélange de deux choses |
| | qui n'ont pas séparément une |
| | telle vertu, il en résulte une vertu |
| | spécifique, qui n'est ni l'une |
| | ni l'autre de ces deux choses ; il |
| | en donne plusieurs exemples, dont |
| | je me contenterai d'en rapporter |
| | deux. L'huile des cerises, dit-il, |
| | » est tirée par l'Art chimique ; |
@
des Archidoxes. 173
| » & étant mêlée avec du vinaigre |
|
| » après une convenable digestion, |
|
| » forme un spécifique fort |
|
| » laxatif quoique ni l'un ni l'autre, |
|
| » & moins encore le vinaigre, ne |
|
| » soit laxatif. Les couleurs ne viennent |
|
| » pas non plus, ni du froid, |
|
| » ni du chaud ; ainsi le vitriol & |
|
| » la noix de galle dissous & bouillis |
|
| » ensemble dans l'eau, font la |
|
| » couleur noire, quoi que ni l'un |
|
| » l'autre soit noir ; il y a aussi |
|
| » des spécifiques qui n'acquièrent |
|
| » de l'odeur qu'après une convenable |
|
| » digestion : la rose & les |
|
| » lys n'ont de l'odeur qu'après |
|
| » que le soleil ou la chaleur de |
|
| » l'air a digéré leurs humeurs ; de |
|
| » même que les fruits sont aigres |
|
| » avant que leur sève ait été digérée |
|
| » par la chaleur séminale, aussi |
|
| » bien que par la chaleur de l'air |
|
| » qui les environne. |
|
| En un mot les spécifiques ne | |
| tirent pas leurs propriétés de ce |
|
| P iij | |
@
174
Abrégé
| | qu'un élément prédomine en chaleur |
| | ou en humidité, mais du |
| | mélange des éléments que la seule |
| | mature connaît, & qui seule a su |
| | les mélanger en certaines proportions |
| | : par exemple, la carline tire |
| | à soi la vertu de toutes les autres |
| | herbes qui l'approchent, comme |
| | le soleil attire l'humeur de la terre |
| | & du bois ; ce qui est une propriété |
| | unique à cette plante, & qui ne |
| | lui vient pas d'être ou chaude, ou |
| | humide ; y en ayant d'autres qui |
| | ont plus de chaleur ou d'humidité, |
| | qui ne font pas cet effet. |
| | Il faut donc dire que les propriétés |
| | des choses leur viennent |
| | de la composition particulière de |
| | cet élément prédestiné que l'on |
| | appelle quintessence ou mercure, que |
| | la nature a composé d'une manière |
| | admirable & inconnue aux |
| | hommes. |
| | De la même manière on peut |
| | faire par l'Art des compositions |
@
des Archidoxes. 175
| Spécifiques, en mêlant des essences, |
|
| du mélange desquelles résultera |
|
| une certaine propriété spéciale |
|
| qu'aucune de ces choses n'avait |
|
| pas en son particulier. On peut |
|
| aussi multiplier cette vertu en mêlant |
|
| des choses qui se ressemblent ; |
|
| par où l'on exalte la vertu spéciale |
|
| de chacune qui se fortifie par la |
|
| vertu de l'autre. Nous allons donner |
|
| des exemples de chacune, afin |
|
| que l'Artiste industrieux puisse sur |
|
| ce modèle en faire à sa mode ; & |
|
| nous commencerons par un Spécifique |
|
| odoriférant. |
|
| |
|
| Du Spécifique odoriférant. | |
| |
|
| Rx. Des lys blancs, \ | |
| Anthos, l | |
| Basilics(Carbons) > de chacun une |
|
| Cardamome, l poignée. |
|
| Roses, l | |
| Espie, / deux poignées. |
|
| Pilez le tout grossièrement en | |
| forme de pâte, ajoutez le jus des |
|
| P iiij | |
@
176
Abrégé
| | oranges deux quartes (comme on |
| | dirait deux demi setiers qui sont |
| | (deux quarts d'une pinte) digérez |
| | dans le pélican pendant un mois, |
| | après pressez tout le jus avec les |
| | mains, ou par la presse, & jetez |
| | le marc ; mettez le jus dans le pélican |
| | & ajoutez. |
| | \ |
| | l de chacun demi
|
| | > scrup.
|
| | / |
| | deux dragmes. |
| | une dragme. |
| | Pilez ce qu'il faut piler impalpablement, |
| | & laissez digérer le |
| | tout ensemble avec le jus susdit |
| | pendant un temps convenable, le |
| | vaisseau étant bien mastiqué ; |
| | ajoutez ensuite de la gomme Arabique |
| | dissoute en eau rose ou autre |
| | eau odoriférante demi-once, |
| | & une once de gomme adragant |
| | dissoute de la même manière, afin |
| | que le tout durcisse ; & quand vous |
| | verrez que le tout est devenu |
@
des Archidoxes. 177
| comme du verre ou du talc transparent, |
|
| rompez le verre : retirez |
|
| le spécifique odorant, duquel il |
|
| suffit d'en avoir dit ceci. |
|
| Quoique Paracelse ne dise pas | |
| qu'il faut filtrer lesdites liqueurs, |
|
| il faut comprendre que cela est |
|
| nécessaire pour avoir le tout bien |
|
| pur ; il y a d'autres circonstances |
|
| qu'il omet. Vous pourrez omettre |
|
| le musc, ou autre chose qui |
|
| cous déplaît, & en mettre d'autre |
|
| en place, cela ne sera que pour |
|
| exemple. |
|
| |
|
| Du spécifique Anodin. | |
| |
|
| Paracelse montre que la composition | |
| suivante, n'agit pas dans |
|
| tout l'homme, mais seulement |
|
| sur le mal : ce n'est pas l'homme, |
|
| dit-il, qu'elle doit réparer, mais |
|
| la maladie & la douleur, laquelle |
|
| reposant laisse l'homme en repos. |
|
| La tradition porte que Paracelse | |
| faisait des miracles avec ce |
|
@
178
Abrégé
| | remède, duquel suivant toute apparence, |
| | il ne découvre pas ici |
| | entièrement la composition, mais |
| | seulement les matières dont il se |
| | servait ; ce sont les suivantes. |
| | une once. |
| | Suc des oranges \
|
| | > six onces.
|
| | Suc de citrons. /
|
| | Cinnamome. \ demi-once. |
| | Girofles. /
|
| | Tout étant bien pilé & bien |
| | mêlé, mettez les dans un matras |
| | de verre bien bouché, digérer au |
| | soleil ou au fumier pendant un |
| | mois, après exprimez tout ce qui |
| | peut venir de suc, & ajoutez. |
| | Musc. . . . . demi scrupule. |
| | Ambre . . . . quatre scrupules. |
| | Crocus . . . demi-once.
|
| | Jus de Coraux & Magistère de |
| | perles demi scrupule |
| | Mêlez & faites digérer un mois, |
| | & ajoutez un scrupule & demi de |
@
des Archidoxes. 179
| quintessence d'or, digérez encore, |
|
| & vous aurez un Spécifique anodin |
|
| pour ôter toutes douleurs internes |
|
| ou externes, de quelque membre |
|
| que ce soit. |
|
| L'on voit que le secret consiste | |
| dans la quintessence d'or, le Magistère |
|
| des perles & des Coraux ; |
|
| le reste l'Artiste le fera bien. |
|
| |
|
| Du Spécifique Diaphorétique. | |
| |
|
| Tous les maux qui peuvent | |
| être guéris par la sueur, sont guéris |
|
| par ce Spécifique : il faut donc |
|
| prendre garde que ce remède est |
|
| plus précis pour les maladies |
|
| qu'on appelle inter cutem, entre |
|
| chair & peau, ou qui sont dans la |
|
| moelle des os, & semblables ; car, |
|
| dit-il, les simples essences qui vont |
|
| au coeur & au sang, n'ont pas la |
|
| force de chasser au-dehors le mal, |
|
| mais cela est accordé aux Spécifiques |
|
| sudorifiques. |
|
@
180
Abrégé
| | Prenez donc Gingembre une |
| | livre. |
| | Poivre long. . .* |
| | Poivre noir. . . une demi-once.
|
| | Grains de Paradis une once. |
| | Cardamomes . . . trois dragmes.
|
| | |
| | *Peut-être une once, car la liqueur qu'on
|
| | ajoute ne paraît pas suffisante pour dissoudre
|
| | tant de matières.
|
| | |
| | Pilez subtilement ; & mettez |
| | dans un vaisseau de verre avec |
| | demi-once de bon camphre, & deux |
| | onces d'eau dissolvante (le mercure |
| | du sel) faites digérer jusqu'à ce |
| | que le tout soit consommé: séparez |
| | ensuite l'eau dissolvante, & faites |
| | digérer encore un mois, & ensuite |
| | circulez huit jours : exprimez |
| | après, & vous aurez un très puissant |
| | diaphorétique. |
| | Paracelse cache ici la manipulation |
| | dans la dissolution des choses |
| | pour avoir leur suc ; l'expérience |
| | peur-être manifesterait ce |
| | qui est caché, mais il faut avoir |
@
des Archidoxes. 181
| le mercure ou quintessence du sel. |
|
| |
|
| Du Spécifique purgeant. | |
| |
|
| Paracelse montre qu'il faut que | |
| le Médecin ait beaucoup de jugement |
|
| pour ordonner les choses |
|
| qui purgent l'humeur qui cause |
|
| la maladie, & non de purger indifféremment |
|
| avec toutes sortes |
|
| de remèdes ; car ce n'est pas assez |
|
| que le malade ait rendu beaucoup |
|
| de matière, avec lesquelles vient |
|
| le bon & le mauvais. |
|
| Il choisit deux ou trois choses | |
| qu'il dit être des Spécifiques propres |
|
| la plupart pour des humeurs |
|
| malignes ; du mélange desquels il |
|
| compose son purgatif. |
|
| Rx. Magistère de tartre. |
|
| Magistère de vitriol. | |
| Mêlez ensemble & ajoutez | |
| Quintessence de Crocus. | |
| Digérez au pélican ou sable pendant | |
| un mois : les intelligents, |
|
| dit-il, entendent le reste. |
|
@
182
Abrégé
| | Avec ce remède, ajoute-t-il, |
| | l'on purge non seulement les |
| | hommes & les animaux, mais aussi |
| | les arbres de leurs superfluités ; |
| | car les végétaux ont leurs humeurs |
| | peccantes, comme les animaux. |
| | L'Antos qui a peine à végéter |
| | est guéri par le Magistère de |
| | vitriol ; les autres plantes ont |
| | leurs remèdes Spécifiques. |
| | |
| | Du Spécifique attractif. |
| | |
| | Paracelse montre que le Spécifique |
| | attractif dont il parle, sert à |
| | tirer l'humeur maligne du corps, |
| | en l'appliquant sur quelque émonctoire |
| | & sur la plaie, qui est la |
| | même chose que l'émonctoire, par |
| | où la nature décharge ou évapore |
| | la mauvaise humeur qui accable |
| | le corps. Il dit au surplus qu'il |
| | y a plusieurs espèces de compositions |
| | attractives, lesquelles sont |
| | bonnes pour attirer une seule chose |
| | : il assure qu'on en peut faire |
@
des Archidoxes. 183
| quelques unes qui attirent la |
|
| chair, d'autres l'eau ; quelques- |
|
| unes qui appliquées à la bouche |
|
| tireraient dehors les poumons, |
|
| ou la ratte : car ajoute-t-il, la |
|
| vertu attractive n'est pas seulement |
|
| entre le fer & l'aimant, mais |
|
| en d'autres choses, dont Paracelse |
|
| dit qu'il se garde le secret |
|
| comme choses admirables. Voici |
|
| l'attractif en question. |
|
| Rx. La quintessence de toutes les |
|
| gommes un demi setier. | |
| Le Magistère de l'aimant demi | |
| quarte. | |
| L'élément (la quintessence | |
| ignée du Carabe) une livre. | |
| L'élément du feu \ | |
| du Mastic. l | |
| L'élément du feu > une quarte | |
| de la Myrrhe / et demie. |
|
| L'élément de la Scamonée dix | |
| onces. | |
| Faites un emplâtre de ces cho- | |
@
184
Abrégé
| | ses mêlées avec Gomme adragant |
| | & térébenthine autant qu'il |
| | en faut, & servez-vous-en. La |
| | difficulté consiste à avoir la quintessence |
| | de ces choses. |
| | |
| | Du Spécifique Styptique. |
| | |
| | Il dit des merveilles de ce Styptique, |
| | & qu'on peut par ce |
| | moyen joindre deux plaques de |
| | fer ou de cuivre, de manière qu'il |
| | n'y a que le feu de fonte qui puisse |
| | les séparer ; & que des pierres |
| | amoncelées ensemble ou bien un |
| | monceau de sable, deviennent d'une |
| | telle ténacité, qu'elles forment |
| | un corps dur & inséparable comme |
| | si c'était une seule pierre ; & que |
| | par la seule ablution de ce Styptique, |
| | les deux lèvres de la bouche |
| | se tenaient si fort, qu'il fallut ensuite |
| | employer des instruments de |
| | fer & profusion de sang pour l'ouvrir |
| | ; dans les blessures ou fractures |
| | même de la vessie, il fait des |
| | choses |
@
des Archidoxes. 185
| choses étonnantes, car il n'y a point |
|
| d'eau qui puisse en ôter la vertu, |
|
| quoiqu'on lave beaucoup l'endroit. |
|
| Rx. La quintessence \ | |
| du Bol, l | |
| La quintessence l | |
| du fer, > de chacun une |
|
| La quintessence l livre. |
|
| du Carabé (alias Ca- l | |
| thebes.) / | |
| Digérez dans le vaisseau de | |
| verre aux cendres chaudes pendant |
|
| un mois. |
|
| Retirez-le & ajoutez du tartre | |
| desséché demi-livre, & donnez-le |
|
| en médecine suivant les besoins, |
|
| car il opère d'une manière surprenante. |
|
|
|
| |
|
| Du Spécifique Corrosif. | |
| |
|
| Rx. Eau forte rectifiée sur sa terre |
|
| morte, une livre. | |
| Mercure sublimé demi setier. | |
| Sel Armoniac une once. | |
| Mêlez le tout & laissez dissou- | |
@
186
Abrégé
| | dre, auxquelles choses ajoutez |
| | l'eau mercurielle en poids égal au |
| | tout ; il n'y a point de Diamant, |
| | dit Paracelse, qui résiste à ce corrosif. |
| | Je ne crois pas que personne |
| | ose se servir de ce Corrosif comme |
| | remède sur sa propre chair, ni |
| | d'aucun autre, & encore moins |
| | du lénitif qu'il donne ; le voici. |
| | Rx. Suc de frammule, une livre. |
| | Cantharides - - - - 4\8. |
| | Du feu de Gemme décrit ci- |
| | devant deux dragmes. |
| | Mêlez & faites comme dessus, |
| | le Chimiste habile connaîtra à |
| | quoi tout cela en bon & le moyen |
| | de s'en servir. |
| | |
| | Du Spécifique pour la Matrice. |
| | |
| | Il en met deux, l'un pour la |
| | suffocation, lequel mal, dit-il, ne |
| | se peut guérir que par un Spécifique, |
| | qu'il dit être la fumée des |
| | ficus cutis, c'est-à-dire la première |
@
des Archidoxes. 187
| écorce du figuier, ou la peau des |
|
| figues (car ce mot ficus cutis peut |
|
| être équivoque) reçue dans la matrice |
|
| par un entonnoir sans autre |
|
| préparation ; l'autre est propre à |
|
| provoquer les menstrues c'est la |
|
| ratte d'un boeuf réduite en quintessence |
|
| ou Magistère. |
|
| Mais pour arrêter la profusion | |
| des menstrues il se sert de la quintessence |
|
| du corail ou de l'huile de |
|
| fer, ou le fer potable, qui est plus |
|
| astringent qu'aucune chose. |
|
| Il dit qu'il serait trop long s'il | |
| voulait parler dans ces Archidoxes |
|
| de tous les Spécifiques ; |
|
| mais que ceux-là suffisent, puisqu'ils |
|
| sont aussi incarnatifs, &c. |
|
| car pour peu qu'on connaisse la |
|
| vertu des choses, on connaîtra à |
|
| quoi ils sont bons. |
|
| |
|
| Livre huitième, de l'Elixir de Para- |
|
| celse. | |
| |
|
| Les Elixirs que Paracelse nous | |
| Q ij | |
@
188
Abrégé
| | donne dans ce Livre, ne sont |
| | qu'un mélange de plusieurs essences |
| | efficaces, & très propres à |
| | conserver la santé, préservant les |
| | humeurs de toute corruption : car, |
| | dit-il, de même que le baume peut |
| | conserver le corps plusieurs siècles |
| | sans qu'il se corrompe, si on |
| | le frotte extérieurement avec du |
| | baume ou choses balsamiques, |
| | comme faisaient les Egyptiens, |
| | dont on trouve encore les momies |
| | : de même ces Elixirs préservent |
| | les humeurs, & les parties internes |
| | de toute corruption, puisqu'ils |
| | confortent la nature, de |
| | manière qu'elle peut faire parfaitement |
| | bien les digestions ; & se |
| | mêlant avec le sang, ils l'animent |
| | pour ainsi dire, d'une nouvelle |
| | âme végétale qui répare celle qui |
| | se dissipe. |
| | Et vous verrez que ces Elixirs |
| | sont composés non seulement des |
| | choses qui ont des propriétés Spécifiques |
@
des Archidoxes. 189
| contre la corruption, |
|
| comme par exemple le sel commun |
|
| ; mais aussi les choses qui |
|
| sont en elles-mêmes comme incorruptibles, |
|
| telle qu'est la quintessence |
|
| de l'or, du mercure, de l'antimoine, |
|
| & autres choses semblables |
|
| qui en font la base : les autres |
|
| qui en quelque manière paraissent |
|
| corruptibles, on n'en prend |
|
| que leur essence qui est beaucoup |
|
| moins sujette à corruption, & qui |
|
| étant mêlée avec des choses tout |
|
| à fait incorruptibles, prennent |
|
| encore quelque chose de leur propriété. |
|
|
|
| La nature, ajoute- il, ne nous | |
| donne pas des choses simples qui |
|
| puissent faire ces effets ; mais |
|
| elle nous donne des choses qui |
|
| peuvent préserver les corps morts |
|
| de la putréfaction : il sera encore |
|
| facile à l'Art de se servir de la même |
|
| nature & du plus pur de ces |
|
| mêmes choses pour préserver les |
|
@
190
Abrégé
| | corps vivants de la corruption, & |
| | l'on peut dire que ces Elixirs sont |
| | des mystères de l'Art & des merveilles |
| | de l'esprit humain. |
| | Paracelse dit donc qu'il veut décrire |
| | des préservatifs qui ne préservent |
| | pas seulement la superficie |
| | extérieure du corps, mais qui |
| | étant pris par la bouche par leur |
| | subtilité, se répandent facilement |
| | par toutes les moindres parties |
| | de chaque membre, & par leur |
| | propriété incorruptible le conservent |
| | de toute corruption. |
| | Il est à remarquer aussi que la |
| | pourriture stercorale que nous |
| | avons dans les entrailles, contient |
| | en soi une quintessence que les Médecins |
| | appellent ferment ou levain, |
| | qui corrompt & change en sa nature |
| | tout ce qu'on avale ; & c'est |
| | la cause que quand cette corruption |
| | est exaltée à un certain point |
| | de malignité, elle corrompt & |
| | change en une espèce de venin |
@
des Archidoxes. 191
| semblable à sa nature maligne, |
|
| non seulement les choses dont |
|
| on se nourrit, mais les remèdes |
|
| mêmes : & ce qui est pis, elle |
|
| corrompt quelques fois les remèdes |
|
| composés d'essences végétales, |
|
| parce que l'essence supérieure |
|
| de la corruption dominant sur |
|
| l'inférieure, change en sa nature |
|
| venimeuse ; de manière que |
|
| les aliments & les remèdes se tournent |
|
| en poison d'autant plus dangereux, |
|
| que c'est une corruption |
|
| des choses bonnes & subtiles; |
|
| car suivant l'aphorisme de la Médecine, |
|
| corruptio optimi pessima est. |
|
| C'est pourquoi certaines maladies | |
| paraissent incurables aux |
|
| Médecins vulgaires, parce qu'ils |
|
| n'ont pas des médecines supérieures. |
|
|
|
| Mais les nôtres étant incorruptibles, | |
| & provenant ou du mercure, |
|
| ou de l'or, ou de tous les |
|
| deux, elles ne peuvent pas être al- |
|
@
192
Abrégé
| | térées, & étant très subtiles, elles |
| | pénètrent par tout & altèrent, au |
| | lieu que les autres sont facilement |
| | altérées, traînant avec elles un |
| | corps combustible, ce qui n'est pas |
| | de nos essences, & particulièrement |
| | des métalliques ; l'on appelle ces |
| | remèdes closeix, c'est-à-dire ferment ; |
| | comme qui dirait purs & salutaires |
| | ; & leur vertu est de conserver |
| | le corps dans l'état qu'ils le |
| | trouvent, ils préservent aussi des |
| | maladies à cause de leur subtilité |
| | & pénétration, comme aussi par |
| | les propriétés qu'ils ont, car préservant |
| | le corps des maux à venir, |
| | il le conserve en santé, & par ce |
| | moyen ils prolongent la vie ; ou |
| | du moins ils la font passer sans |
| | ces douleurs qui accablent les autres |
| | hommes. |
| | Nous passerons donc à la description |
| | du premier Elixir lequel |
| | de même que le baume conserve |
| | les chairs d'un corps mort, quoique |
| | que |
@
des Archidoxes. 193
| toutes les chairs n'en soient |
|
| pas imbues ; de même celui-ci en |
|
| passant par le coeur, qui est le siège |
|
| principal des esprits animaux qui |
|
| animent le reste du corps ; il conforte |
|
| sa vertu animale qui se répandant |
|
| partout ensuite, conserve |
|
| & préserve les autres membres de |
|
| toute corruption. |
|
| Prenez donc du baume le plus | |
| parfait que nous seuls connaissons |
|
| bien (la quintessence du régule |
|
| d'antimoine martial) du mercure |
|
| demi-once, faites digérer à petit |
|
| feu, de manière que la vapeur |
|
| monte jour & nuit, & que vers la |
|
| fin quelques gouttes paraissent |
|
| & retombent pendant deux mois : |
|
| (il faut distiller après la digestion) |
|
| faites encore digérer le tout quatre |
|
| mois au fumier (ou bain) |
|
| après quoi l'Elixir est accompli. |
|
| Il faut entendre que cet Elixir est |
|
| comme un ferment qui se cuit & |
|
| se mêle avec le principe radical de |
|
| R | |
@
194
Abrégé
| | la vie, & il a le pouvoir de la soutenir |
| | en bon état, & de résister |
| | à tout ce qui lui contraire : car |
| | de même que l'arsenic change tous |
| | les aliments en poison, cet Elixir |
| | contribue à changer tout en bien ; |
| | & défend le corps du mal, & |
| | même après la mort empêche que |
| | le cadavre ne pue, & le défend |
| | de la corruption, pourvu qu'il |
| | soit à couvert de l'air humide ; & il |
| | exerce encore mieux ces facultés |
| | sur un corps vivant, que le baume |
| | ne le fait sur un mort. |
| | Cet Elixir est à peu près la même |
| | chose que la Pierre Philosophale |
| | ; du moins ce sont les mêmes |
| | matières, comme on le verra ci- |
| | après en parlant de la Pierre. |
| | |
| | De l'Elixir du sel. |
| | |
| | Après cet Elixir, Paracelse |
| | écrit celui de la quintessence du |
| | sel. Voilà la pratique qu'il donne |
| | : Prenez du sel & tirez-en l'essence |
@
des Archidoxes. 195
| en forme d'huile, de la manière |
|
| qu'on l'a enseigné ci-devant ; |
|
| ajoutez à la quantité que vous |
|
| prendrez de l'essence ou Magistère |
|
| du sel, la huitième partie de |
|
| quintessence d'or, faites digérer |
|
| ensemble au fumier (au bain) pendant |
|
| quatre mois : après l'avoir |
|
| distillé, circulez encore un mois |
|
| en y ajoutant une partie de vin |
|
| circulé ( peut-être du grand circulé |
|
| de mercure ou d'antimoine) |
|
| & faites circuler encore un mois, |
|
| & vous aurez un Elixir pour la |
|
| conservation & prolongement de |
|
| vos jours. |
|
| |
|
| De l'Elixir de douceur. | |
| |
|
| Tous les sels sont préservatifs | |
| de corruption : le sucre, le miel, |
|
| & semblables préservent de la corruption |
|
| les choses qu'on confit |
|
| avec ces mixtes. Paracelse nous |
|
| donne un Elixir agréable & doux, |
|
| auquel il ajoute la quintessence |
|
| de l'or. R ij | |
@
196
Abrégé
| | Et notez que comme il a montré |
| | ailleurs, que les essences des |
| | choses dépouillées du corps impur, |
| | non-seulement conservent |
| | leur couleur, odeur, & saveur, |
| | mais elles l'augmentent de beaucoup, |
| | comme on le peut voir facilement |
| | par les expériences communes |
| | ; il faut que la quintessence |
| | que vous tirerez du sucre, du |
| | miel, de la manne, & de ce qu'il |
| | appelle trone, augmente sa douceur |
| | & rende son odeur plus suave. |
| | Prenez donc du Trone (la quintessence |
| | de quelque chose douce) |
| | à laquelle vous ajouterez la quatrième |
| | partie de quintessence d'or, |
| | & faites circuler deux ou trois |
| | mois au soleil ou autre chaleur |
| | douce. |
| | |
| | De l'Elixir des quintessences. |
| | |
| | Après nous avoir donné des |
| | Elixirs des quintessences métalliques |
| | & salines, Paracelse nous |
@
des Archidoxes. 197
| donne des Elixirs de plusieurs |
|
| quintessences mêlées ensemble ; |
|
| lesquelles, dit-il, non seulement |
|
| conservent & préservent, mais |
|
| encore contribuent à renouveler |
|
| & à rétablir la jeunesse perdue : |
|
| ce qu'elles opèrent, à mon avis, |
|
| parce que ces Elixirs sont composés |
|
| de végétaux que l'on digère, |
|
| & que la nature intérieure se les |
|
| approprie plus facilement que les |
|
| substances métalliques qui ne sont |
|
| pas de la nature animale ; & voici |
|
| les essences qu'il juge les plus propres |
|
| pour les trois effets susdits. |
|
| Rx. Quintessence de \ | |
| chélidoine. l | |
| Quintessence de ) deux onces. |
|
| mélisse. / | |
| Quintessence \ | |
| d'or, l | |
| Quintessence de ) demi-once. |
|
| mercure. / |
|
| |
|
| R iij | |
@
198
Abrégé
| | Quintessence \
|
| | crocus, l
|
| | Quintessence de ) une once. |
| | mirabolans. / |
| | Digérez le tout ensemble pendant |
| | un mois, ensuite vous ajouterez |
| | de la quintessence ou Magistère |
| | de vin une once & demie, & |
| | digérez encore un autre mois, & |
| | après conservez-le comme un trésor |
| | ; car non seulement il est préservatif, |
| | mais aussi restauratif. |
| | |
| | De l'Elixir de subtilité. |
| | |
| | Paracelse ajoute un autre Elixir |
| | conservatif, tel, dit-il, qu'est |
| | l'huile des Philosophes corrigée, |
| | l'huile de coraux corrigée, c'est- |
| | à-dire perfectionnée & exaltée, |
| | l'esprit-de-vin corrigé ; lesquelles |
| | choses empêchent la putréfaction, |
| | & elles-mêmes en circulant au |
| | feu ne changent pas & ne s'altèrent |
| | point ; l'eau de miel fait un |
| | effet semblable. |
@
des Archidoxes. 199
| Rx. Huile d'olive. \ |
|
| Du miel, > une livre. |
|
| Esprit-de-vin. / | |
| Distillez trois fois selon l'Art, | |
| redistillant sur la terre morte, ensuite |
|
| séparez tout le flegme des |
|
| huiles qui se distinguent par plusieurs |
|
| couleurs : mettez ces huiles |
|
| au pélican, & ajoutez la troisième |
|
| partie de quintessence de mélisse |
|
| & chélidoine, & digérez encore |
|
| un mois. |
|
| |
|
| Elixir de propriété. | |
| |
|
| Le sixième Elixir est celui qu'il | |
| appelle de propriété, parce que sa |
|
| propriété est aussi de conserver & |
|
| de prolonger la vie plus que le |
|
| cours de nature, & plus qu'on ne |
|
| saurait dire : car des drogues |
|
| qu'il va décrire, il en résulte un |
|
| baume qu'on peut appeler baume |
|
| de la vie, qui préserve le corps de |
|
| toute corruption ; voici le procédé |
|
| qui consiste en peu de matière. |
|
| R iij | |
@
200
Abrégé
| | Myrrhe. |
| | Aloès hépatique. |
| | Crocus. |
| | Prenez de chacun une quarte |
| | que vous ferez digérer au pélican |
| | dans le sable pendant un mois à |
| | très petit feu, enfin séparez l'huile |
| | de ses fèces ; & prenant garde |
| | qu'elle ne brûle, faites digérer ensuite |
| | cette huile avec le circulé, |
| | (c'est le circulé mineur) en poids |
| | égal, & ensuite conservez-le soigneusement. |
| | Si ces drogues sèches |
| | étaient en digestion toutes |
| | seules, comme il dit, elles ne donneraient |
| | pas l'huile qu'il dit qu'il |
| | faut circuler : il est donc certain |
| | que l'égal poids de circulé, qui est |
| | l'essence du sel, & qu'il dit qu'il |
| | faut ajouter quand ces huiles seront |
| | faites ; il est certain, dis-je, |
| | qu'il faut mettre les trois drogues |
| | susdites avec égal poids de sel circulé, |
| | lequel étant une essence très |
| | parfaite, suivant la règle des |
@
des Archidoxes. 201
| Magistères l'essence de ces choses |
|
| en forme d'huile, qui est le mercure |
|
| essentiel de ces choses. Ce mercure |
|
| se doit circuler ensuite, afin |
|
| que s'il y a encore quelque impureté, |
|
| elle tombe au fond. |
|
| Peut-être que si l'on y ajoutait | |
| un peu de quintessence de mercure |
|
| qui est le circulé majeur, ce serait |
|
| mieux, d'autant que l'essence |
|
| du sel prendrait tout d'un coup |
|
| les essences du Crocus, de l'Aloès |
|
| & de la Myrrhe ; mais la première |
|
| manière est plus facile & |
|
| plus courte, suivant la règle des |
|
| Magistères, qu'une essence tire |
|
| d'une autre essence, particulièrement |
|
| celle du sel circulé, qui est |
|
| très efficace & de la nature de |
|
| toutes choses, étant une nature |
|
| moyenne entre le végétal, l'animal, |
|
| & le minéral ; d'ailleurs étant |
|
| un principe universel qui entre |
|
| dans la composition essentielle de |
|
| tous les êtres, qui ne peuvent pas |
|
| subsister sans la nature saline. |
|
@
202
Abrégé
| | Livre huitième des Archidoxes, |
| | des Remèdes extérieurs. |
| | |
| | Après avoir parlé des remèdes |
| | internes, Paracelse donne aussi |
| | des remèdes externes, soit pour les |
| | blessures, soit pour les ulcères, |
| | & semblables. Il a traité des |
| | maux externes diversement dans |
| | ses Livres de Chirurgie : il ajoute |
| | qu'il n'a pas donné dans ces Livres |
| | les remèdes les plus importants |
| | & plus efficaces, comme sont |
| | ceux-ci ; car il prétend que par |
| | ces remèdes, on peut guérir une |
| | blessure en vingt-quatre heures. |
| | Il dit que comme la disjonction |
| | des choses fait la blessure, de même |
| | l'union parfaite des deux lèvres |
| | de la blessure fait la guérison ; |
| | mais on ne doit pas entendre que |
| | ce remède soit de même pour la |
| | fracture des os, lesquelles ne peuvent |
| | pas se reprendre si facilement, |
| | à cause qu'ils sont plus secs |
| | que les chairs. |
@
des Archidoxes. 203
| Il faut savoir aussi qu'il ne faut | |
| pas que le remède soit ni incarnatif |
|
| ni mondificatif, ni attractif ; |
|
| car il en arriverait des flux purulents, |
|
| à cause qu'ils produisent |
|
| beaucoup de pus : mais il faut que |
|
| le creux de la blessure soit de bonne |
|
| chair, ce qui ne se peut faire |
|
| que tard, sans un bon Magistère ; |
|
| car de faire autrement, c'est fort |
|
| périlleux. Il faut entendre la même |
|
| chose des vieux ulcères qui |
|
| ont besoin de semblables remèdes, |
|
| à cause que la nature a pris un |
|
| certain cours d'humeurs qui fluent |
|
| de ce côté-là ; il faut donc dans |
|
| ces ulcères la régénération d'une |
|
| bonne chair. Il en est de même |
|
| des fistules. |
|
| Nous mettrons donc trois sortes | |
| de remèdes ; l'un pour l'ouverture |
|
| de la peau, l'autre incarnatif, |
|
| & le troisième dessiccatif. |
|
| Il faut parler aussi de la difformité | |
| de la peau qui provient des |
|
@
204
Abrégé
| | dartres, galles, boutons, lèpres, |
| | & semblables, lesquelles nous enjoignons |
| | de guérir comme il |
| | s'ensuit. Je veux qu'on ôte la peau |
| | de même qu'on serait à un veau |
| | qu'on écorche. Il faut entendre |
| | que le remède fait tomber la vieille |
| | peau, & par les remèdes il faut |
| | en faire revenir une nouvelle, ce |
| | qui se fait, comme on l'a dit par |
| | le médicament. Nous ne mettrons |
| | pas ici la manière, parce que nous |
| | en avons traité ailleurs ci-devant ; |
| | en parlant des remèdes qui renouvellent, |
| | & dans les Livres de Chirurgie |
| | : il y a aussi le Cancer, le |
| | Bubon & semblables, qui ont leurs |
| | remèdes particuliers, c'est-à-dire |
| | des Spécifiques qui nettoient l'intérieur, |
| | qui expulsent ou qui attirent |
| | au-dehors, & après des remèdes |
| | consolidatifs. |
| | Pour la fracture des os, il faut la |
| | guérir avec un attractif styptique, |
| | de quoi nous avons parlé ailleurs: |
@
des Archidoxes. 205
| les excroissances superflues, comme |
|
| les Loupes, Ecrouelles, |
|
| Glandes, &c. lesquelles il faut auparavant |
|
| évacuer de leur humeur |
|
| maligne, & après les guérir. |
|
| Nous diviserons donc cette | |
| Chirurgie en trois parties ; l'une |
|
| pour les Blessures, l'autre pour |
|
| les Ulcères, & la troisième pour |
|
| les Taches ; quant au Cancer nous |
|
| le guérirons avec un attractif spécifique. |
|
|
|
| |
|
| Remèdes pour les Blessures. | |
| |
|
| Prenez le salmec (l'Antimoine) | |
| bien brûlé & calciné au feu jusqu'à |
|
| sa blancheur, versez dessus |
|
| le petit circulé, (l'essence de sel |
|
| circulé) distillez ensuite jusqu'à |
|
| ce que la terre morte reste au fond |
|
| très sèche, & que la retorte devienne |
|
| rouge par le grand feu. |
|
| Remettez dessus du circulé nouveau, |
|
| & répétez tant de fois, |
|
| jusqu'à ce que le circulé sorte |
|
@
206
Abrégé
| | aussi doux qu'il l'est naturellement |
| | ; enfin laissez résoudre ladite |
| | terre morte d'elle-même en |
| | lieu froid & humide ; la liqueur |
| | qui en provient est le remède pour |
| | les blessures & le vrai baume. |
| | Nous ne voulons pas vanter ici |
| | les vertus de ce baume, mais nous |
| | dirons seulement qu'avec la seule |
| | ablution de ce baume, nous avons |
| | guéri quantité de blessures. |
| | Il faut voir dans les Livres de |
| | la grande Chirurgie la manière |
| | de se servir de ce remède, où l'on |
| | verra aussi que ce remède qu'il |
| | appelle Salmec est le régule d'antimoine |
| | martial ou l'antimoine simple. |
| | |
| | Remèdes pour les Ulcères. |
| | |
| | Le baume susdit est fait avec |
| | de la rouille, & se fait de la |
| | même manière que vous avez fait |
| | le baume du Salmec, de chacun |
| | une livre, les deux mêlez bien ensemble, |
@
des Archidoxes. 207
| ajoutez demi-livre d'huile |
|
| de fer ; tout étant bien mêlé, mettez-en |
|
| en forme d'emplâtre sur |
|
| l'ulcère, en le lavant tous les |
|
| jours comme il convient. Notez |
|
| qu'il faut se servir aux occasions |
|
| de ligaments & de compresses, |
|
| comme nous l'avons enseigné ailleurs, |
|
| aux Livres de Chirurgie. |
|
| |
|
| Remède contre les taches de la peau. |
|
| |
|
| Il faut auparavant employer le | |
| corrosif spécifique, dont on a parlé |
|
| ci-devant, pour faire peler toute |
|
| la peau : il faut bien prendre |
|
| garde de ne le pas composer vulgairement, |
|
| ni de la manière vulgaire |
|
| que Paracelse a écrit pour |
|
| les ignorants, & avec la peau ôter |
|
| la tache : voici la manière de la |
|
| guérir. |
|
| Rx. Le même baume que vous |
|
| avez fait pour les ulcères | |
| ci-dessus auquel vous ajou- | |
| terez. | |
@
208
Abrégé
| | Térébenthine bien lavée. |
| | Huile de lumbrits & huile d'oeuf |
| | parties égales. |
| | Lavez la chair vive, & appliquez |
| | ledit remède en forme d'emplâtre, |
| | dont la vertu est de faire |
| | revenir la chair belle & colorée |
| | sans craindre que le mal revienne. |
| | Paracelse finit son Livre, disant |
| | qu'il ne faut pas s'étonner si en si |
| | peu de mots il a renfermé toute la |
| | Chirurgie : il dit qu'il ne suit pas |
| | l'école commune, & qu'il n'est |
| | pas nécessaire de faire de gros Livres |
| | pour rendre des raisons & |
| | pour expliquer l'origine des maladies |
| | ; mais il est question de les |
| | guérir en peu de temps, sans tant |
| | d'emplâtres divers, ligatures, incisions, |
| | &c. qu'il dit, ce qu'il sait |
| | par une infinité d'expériences, & |
| | il exhorte les gens de bien à l'imiter. |
| | REMARQUE |
@
des Archidoxes. 209
| R E M A R Q U E S | |
| |
|
| En forme de Récapitulation. | |
| |
|
| Voici en peu de mots l'abrégé | |
| de la doctrine de Paracelse, laquelle |
|
| quoi qu'elle paraisse fort |
|
| obscure, est suffisamment claire pour |
|
| ceux qui ont la connaissance de |
|
| la Philosophie naturelle, accompagnée |
|
| des expériences chimiques |
|
| : car la théorie sans la pratique |
|
| est peu de chose ; comme |
|
| aussi la pratique sans la connaissance |
|
| des raisons de ce que l'on |
|
| fait & de ce qu'on veut faire, est |
|
| de peu de valeur. |
|
| Paracelse enseigne assez clairement | |
| dans tous ses Livres ce que |
|
| j'ai montré dans l'introduction |
|
| ou explication des principes chimiques |
|
| : que tous les mixtes sont |
|
| composés d'âme & de corps ; l'âme |
|
| est ce qu'il appelle élément prédestine |
|
| & quintessence : & que les au- |
|
| S | |
@
210
Abrégé
| | tres Philosophes ont enveloppé |
| | malicieusement sous le nom de |
| | mercure. Comme tous les corps ont |
| | cette essence qui les distingue |
| | les uns des autres, tous les corps |
| | ont leur mercure qui est leur humide |
| | radical, de manière qu'il y |
| | a mercure végétal, animal, & minéral, |
| | & dans ces trois règnes il |
| | y a autant de mercures différents |
| | qu'il y a d'individus. |
| | Il faut donc comprendre que |
| | ce mercure ou quintessence est répandu |
| | dans tout le corps de l'individu |
| | ; & que ce corps n'est formé |
| | que d'une terre grossière & d'une |
| | eau grossière & flegmatique qui |
| | n'ont nulle vertu ; mais toute la force |
| | consiste dans l'élément prédestiné |
| | qu'on nomme mercure & quint- |
| | essence, laquelle étant répandue |
| | dans tout ce corps grossier, communique |
| | à toutes ses parties quelque |
| | peu de sa vertu, de même que |
| | le sel ou le poivre rendent salée ou |
@
des Archidoxes. 211
| poivrée toute la chair. Considérez |
|
| aussi que ce corps sans vertu empêche |
|
| que l'essence ne puisse montrer |
|
| tout ce qu'elle pourrait faire ; |
|
| c'est pourquoi Paracelse enseigne |
|
| à la séparer de ce corps impur & |
|
| inutile pour se servir plus utilement |
|
| de ses remèdes, tant pour la santé, |
|
| que pour la chimie. Ils sont donc |
|
| sans doute plus vils & plus efficaces, |
|
| d'autant qu'en peu de volume, |
|
| ils rassemblent beaucoup de vertus, |
|
| & que ces mercures philosophiques |
|
| étant fort subtils, ils pénètrent |
|
| toutes les parties du corps ; |
|
| & confortant le coeur en qui résident |
|
| les principes de la vie, ils lui |
|
| communiquent, pour ainsi dire, |
|
| une âme nouvelle. |
|
| Ajoutez que comme on l'a montré, | |
| chaque végétal, animal, ou |
|
| minéral ayant ses vertus spécifiques, |
|
| le médecin habile peut appliquer |
|
| à chaque mal son remède |
|
| particulier. |
|
| S ij | |
@
212
Abrégé
| | Et comme ces essences sont quasi |
| | incorruptibles & très subtiles ; |
| | non seulement le malade n'a pas |
| | besoin par la digestion de faire la |
| | séparation du pur de l'impur ; |
| | mais il ne doit pas craindre que |
| | ces médecines, & particulièrement |
| | les métalliques, ne se corrompent |
| | dans l'estomac par les |
| | ferments impurs & malins qui causent |
| | la maladie & qui transmuent |
| | par leur nature maligne tout ce |
| | que l'on prend par la bouche. |
| | Ajoutez que ces essences étant |
| | extrêmement subtiles, elles pénètrent |
| | par toutes les parties les plus |
| | réservées & les plus bouchées par |
| | les humeurs grossières & malignes, |
| | débouchent les obstructions, |
| | subtilisent & cuisent les humeurs, |
| | & par ce moyen transmuent ce |
| | qui est nuisible & mauvais, en |
| | bon & en santé. |
| | Quant à la médecine des métaux, |
| | à laquelle la plupart des |
@
des Archidoxes. 213
| Chimistes aspirent, & qui n'ayant |
|
| point de fondement philosophique, |
|
| la cherchent où leur imagination |
|
| fantastique les conduit, |
|
| malgré les avertissements de |
|
| tous les Philosophes qui ont parlé |
|
| de cet Art, qui disent qu'il est impossible |
|
| de trouver la matière de |
|
| la Pierre en aucune autre chose |
|
| que dans les métaux mêmes, dans |
|
| lesquels seuls est la semence métallique. |
|
| Paracelse nous montre la |
|
| manière d'ouvrir ce corps si serré, |
|
| & particulièrement l'or, afin d'en |
|
| avoir son essence séminale, laquelle |
|
| essence est la vraie semence |
|
| végétative, qui peut croître & |
|
| multiplier comme les autres choses, |
|
| semées dans une terre métallique |
|
| convenable. |
|
| Mais par ce que nous devons | |
| parler de ceci plus au long dans |
|
| le Livre suivant, où nous avons |
|
| promis de traiter du grand Oeuvre, |
|
| que Paracelse appelle le grand |
|
@
214
Abrégé
| | composé, je remets à parler de ce |
| | grand ouvrage qui renferme les |
| | deux choses les plus précieuses, |
| | c'est-à-dire la santé & les richesses, |
| | sans dépendre de personne. |
| | Car la semence de l'or employée |
| | de la manière qu'il faut, non seulement |
| | a la vertu de se multiplier |
| | dans la matrice de sa mère qui est |
| | le vif-argent, soit le commun, |
| | soit celui des métaux ; mais aussi |
| | cette semence étant une espèce |
| | de lumière céleste concentrée |
| | dans ce corps qu'on appelle |
| | or ; elle a la vertu de conforter |
| | & d'animer le coeur d'une vie |
| | nouvelle, comme nous l'avons vu |
| | dans les remèdes plus importants, |
| | dans lesquels Paracelse l'emploie |
| | toujours, & comme nous le montrerons |
| | dans le Livre suivant. |
@
des Archidoxes. 215
| Du grand Oeuvre selon les Anciens, & |
|
| suivant Paracelse parmi les Mo- | |
| dernes. | |
| |
|
| Il est impossible de bien réussir | |
| en aucun Art, particulièrement |
|
| quand on veut atteindre la perfection |
|
| sans en savoir d'abord les |
|
| règles fondamentales, & agir ensuite |
|
| par raison en tout ce qu'on |
|
| veut entreprendre ; cela est vrai |
|
| dans les Arts les plus communs, |
|
| cela est encore vrai dans la chimie, |
|
| qui est un art si étendu, qu'il |
|
| comprend l'anatomie de tous les |
|
| mixtes de ce bas monde, desquels |
|
| on peut connaître l'intérieur par |
|
| la résolution & séparation des |
|
| principes qui les composent. Cela |
|
| est encore plus vrai pour le chimiste |
|
| qui vise au grand Oeuvre, |
|
| & qui veut par sa propre spéculation |
|
| trouver ce grand secret, que |
|
| tous ceux qui en ont écrit, ont |
|
| plutôt tâché de cacher que de dé- |
|
@
216
Abrégé
| | couvrir; il se trouvera comme un |
| | homme qui serait au milieu d'un |
| | carrefour, lequel ne sachant pas |
| | quel est le vrai chemin pour aller |
| | au lieu qu'il prétend, se dévoiera |
| | facilement, particulièrement dans |
| | la pratique de ce grand Art, où |
| | la moindre faute perd tout & vous |
| | mène dans un labyrinthe d'où l'on |
| | ne peut pas sortir. |
| | Encore celui qui est dans un |
| | labyrinthe pourrait-il par bonheur |
| | trouver le vrai chemin ; mais |
| | cela ne peut pas arriver à celui |
| | qui travaille à la recherche du |
| | grand Oeuvre : car non-seulement |
| | il se trouve au milieu d'une infinité |
| | de matières, dont l'une étant |
| | choisie plutôt que celle qui est la |
| | seule bonne, cela l'éloigne pour |
| | toujours de la fin désirée. Quand |
| | même il choisirait les véritables |
| | matières (comme j'ai fait pendant |
| | de longues années) il pourrait encore |
| | se tromper dans les manipulations |
| | tions |
@
des Archidoxes. 217
| de ces matières, ce qui sera |
|
| cause qu'il ne réussira point ; ainsi |
|
| que je l'ai vu par expérience. |
|
| Il faut donc apprendre en premier | |
| lieu à bien choisir ; car les |
|
| vraies matières étant manquées, |
|
| c'est comme un homme qui voudrait |
|
| faire du pain avec du sable |
|
| finement broyé, avec lequel il ne |
|
| ferait tout au plus qu'une espèce |
|
| de mortier ; & c'est par cette raison |
|
| que ceux qui ont écrit en vrais |
|
| Philosophes, ont commencé par |
|
| nous instruire de la nature métallique, |
|
| nous montrant que si vous |
|
| voulez produire de l'or, il faut |
|
| du moins connaître quels sont les |
|
| principes prochains dont il est |
|
| composé, & la différence qu'il y |
|
| a entre lui & les autres métaux, |
|
| qui sont aussi formés par la nature |
|
| des mêmes principes, quoiqu'ils |
|
| soient en quelque manière différents |
|
| ; comme les Maures sont de la |
|
| même espèce que les hommes |
|
| T | |
@
218
De la Pierre
| | blancs, car la couleur & quelques |
| | autres accidents ne changent |
| | pas l'espèce, & ne font que la diversifier. |
| | Car ainsi que parmi |
| | les hommes, il y en a qui ont plus |
| | d'esprit ou de savoir, ce qui fait |
| | qu'on les estime plus parfaits ; de |
| | même parmi les métaux, quoique |
| | d'une même espèce, c'est-à-dire |
| | quoi qu'ils soient composés des |
| | mêmes principes, il y en a quelques-uns |
| | qui, eu égard à certaines |
| | perfections, sont estimés plus ou |
| | moins parfaits. Rien n'est si différent |
| | que le mâle & la femelle, |
| | cependant l'homme & la femme, |
| | l'étalon & la jument, ne sont pas |
| | d'espèce différente ; & ceci peut |
| | servir de réponse à un certain Auteur |
| | plus hardi que savant, qui |
| | a écrit contre la transmutation |
| | des métaux, prétendant qu'ils |
| | sont tous d'espèces différentes, |
| | & par conséquent que la transmutation |
| | d'une espèce en une autre |
@
selon les Anc. & les Modernes. 219
| étant impossible, les Chimistes |
|
| ne sont que des Visionnaires, |
|
| des Charlatans, promettant l'impossible. |
|
|
|
| Je crois donc à propos d'imiter | |
| nos Maîtres, & de commencer |
|
| par vous instruire de quelle nature |
|
| & composition sont les six métaux. |
|
|
|
| Mais comme tous viennent d'une | |
| même racine, c'est-à-dire du |
|
| vif-argent mêlé avec la vapeur |
|
| du soufre subtil, & que les deux |
|
| ensemble forment une espèce de |
|
| cinabre malléable ; je juge qu'il |
|
| est nécessaire de parler auparavant |
|
| de ces deux principes prochains |
|
| des métaux, vous avertissant |
|
| qu'en parlant du soufre |
|
| j'entends le même soufre que celui |
|
| des allumettes, & non le soufre |
|
| philosophique, dont j'ai parlé |
|
| dans le chapitre des principes, |
|
| & lequel soufre philosophique |
|
| est dans le centre du soufre vul- |
|
| T ij | |
@
220
De la Pierre
| | gaire; son essence étant invisible, & |
| | ne se découvrant que par les effets |
| | de son inflammabilité, faisant |
| | brûler le corps du soufre vulgaire |
| | qui le contient & dont il est |
| | l'essence, & qu'on peut séparer en |
| | forme de mercure ou huile odoriférante, |
| | fort différente de celle |
| | que les Distillateurs appellent huile |
| | de soufre. |
| | De même en parlant du vif- |
| | argent, j'entends parler du vif-argent |
| | commun qui se vend chez les |
| | Droguistes ; lequel argent vif a |
| | aussi en soi son mercure, c'est-à- |
| | dire une essence admirable que |
| | l'on peut aussi séparer de son |
| | corps impur, comme nous l'avons |
| | dit dans le livre précédent. |
| | |
| | Du soufre métallique. |
| | |
| | Quant au soufre que nous |
| | voyons, Geber, qu'avec raison |
| | Arnault de Villeneuve appelle |
| | le Maître des Maîtres & sur les préceptes |
@
selon les Anc. & les Modernes. 221
| & les paroles duquel la plupart |
|
| des bons Philosophes Chimistes |
|
| ont composé leurs ouvrages, |
|
| Geber, dis-je, définit le soufre, |
|
| une graisse de la terre qui par une |
|
| décoction lente & douce a été |
|
| épaissie & réduite en une substance |
|
| sèche, & quand elle est devenue |
|
| bien sèche elle s'appelle soufre. |
|
|
|
| Il faut donc considérer que | |
| chaleur qu'on appelle centrale, |
|
| quoi qu'elle vienne de la matière |
|
| subtile éthérée qui de toutes les |
|
| parties de la circonférence agit |
|
| jusque dans le centre de la terre, |
|
| lorsque cette chaleur agit dans |
|
| certains lieux humides & propres |
|
| à cet effet, cette humidité se mêlant |
|
| avec les parties plus subtiles |
|
| de la terre, & par la susdite chaleur |
|
| bouillonnant ensemble, cette |
|
| humidité, dis-je, s'épaissit par les |
|
| parties terrestres & salines qui se |
|
| joignent à elle, & cette humidi- |
|
| T iij | |
@
222
De la Pierre
| | té ainsi épaissie retenant beaucoup |
| | de parties de l'air & de ce |
| | feu céleste, la cuisant, & l'épaississant, |
| | en forment le soufre commun. |
| | Or il est visible que le |
| | soufre contient beaucoup de |
| | parties de feu, puisqu'il s'enflamme |
| | facilement ; il est visible aussi par |
| | sa résolution, qu'il contient beaucoup |
| | d'humidité, car si l'on ramasse |
| | sa vapeur lorsqu'il s'enflamme, il |
| | en résulte une grande quantité de |
| | cette humidité qu'on appelle esprit- |
| | de-soufre, qui ne s'enflamme plus |
| | parce que le feu s'est exalté. |
| | Il est visible aussi que cette |
| | humidité contient beaucoup de |
| | sel très piquant & très incisif, car |
| | le goût, l'odeur, & ses autres effets |
| | le font assez connaître. Mais cette |
| | humidité salée s'envole, lorsqu'il |
| | s'enflamme sans être retenue, & |
| | toute la substance du soufre se dissipe |
| | dans l'air, quoiqu'on sente |
| | bien de loin son odeur forte & |
@
selon les Anc. & les Modernes. 223
| piquante ; & notez que quoique |
|
| le soufre paraisse jaune au-dehors, |
|
| il est très rouge au dedans comme |
|
| étant plein de feu, chose qui paraît |
|
| par sa dissolution, & par la |
|
| simple fusion ; cela paraît aussi |
|
| quand on le calcine ou bien en le |
|
| mêlant avec quelque graisse ou |
|
| huile qui le retient. |
|
| Mais il faut remarquer qu'ainsi | |
| que tous les autres corps sensibles, |
|
| ce corps qu'on appelle soufre a une |
|
| certaine onctuosité ou graisse très |
|
| subtile qui est proprement l'âme |
|
| & l'essence de ce corps, laquelle |
|
| est néanmoins si bien mêlée avec |
|
| les parties de la terre & de l'eau |
|
| flegmatique qu'il n'est pas facile |
|
| de séparer les unes des autres ; car |
|
| si vous les sublimez, tout se sublime |
|
| ; & si vous l'enflammez, tout |
|
| s'enflamme & tout s'évapore : de |
|
| manière que l'essence du soufre |
|
| ne se peut séparer sans une extrême |
|
| industrie de l'Artiste. D'ail- |
|
| T iiij | |
@
224
De la Pierre
| | leurs pour les choses métalliques |
| | je ne crois pas qu'elle soit de beaucoup |
| | d'utilité ; car le soufre n'est |
| | pas bon lui-même tout seul pour |
| | la transmutation des métaux, à |
| | moins qu'on ne le rende fixe ; car |
| | tant qu'il est inflammable & volatil, |
| | il ne peut que brûler & volatiliser |
| | les corps des métaux sur lesquels |
| | on le projetterait ; & cette fixation |
| | jointe à la dépuration, est un |
| | ouvrage de longue haleine & |
| | très difficile : c'est pourquoi les |
| | Philosophes nous conseillent de |
| | chercher & de prendre le soufre |
| | fixe & tout épuré par la nature, |
| | & qui se trouve dans les corps où |
| | la nature l'a mis : & ces corps sont |
| | l'or & l'argent, l'or ayant en soi |
| | le soufre rouge extrêmement subtil, |
| | pur, & fixe, & l'argent ayant |
| | le soufre blanc fixe & pur que l'on |
| | peut appeler Arsenic ; & quoi- |
| | qu'il soit difficile à qui ne sait pas |
| | la manière de corrompre ces métaux, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 225
| cependant il est certain qu'il |
|
| est plus facile de trouver ce qui est |
|
| fait que ce qui est à faire. |
|
| L'arsenic est la même chose que | |
| le soufre, hors qu'il y a en lui plus |
|
| de terre blanche, qu'il n'est pas si |
|
| cuit que le soufre, & qu'il contient |
|
| quelque peu d'argent-vif ; l'or |
|
| contient le soufre rouge plus cuit |
|
| & par conséquent plus fixe, & |
|
| l'argent contient l'arsenic pur & |
|
| fixe ; mais moins que celui de l'or, |
|
| mais on change la nature impure |
|
| & volatile de l'un & l'autre soufre |
|
| en nature pure & fixe, c'est pourquoi |
|
| les bons Artistes cherchent |
|
| leur soufre dans l'or & dans l'argent, |
|
| & ils abandonnent le soufre |
|
| & l'arsenic communs. |
|
| |
|
| Du Mercure Métallique. | |
| |
|
| Le Mercure métallique est celui | |
| qu'on appelle communément |
|
| vif-argent, duquel il est nécessaire |
|
| de parler un peu au long, d'autant |
|
@
226
De la Pierre
| | que sans lui on ne saurait rien |
| | faire dans la transmutation des |
| | métaux ; & il est encore plus nécessaire |
| | d'en parler, d'autant que |
| | comme il est la clef pour ouvrir |
| | les métaux parfaits, ainsi que |
| | nous l'avons vu dans les Archidoxes |
| | de Paracelse ; les Philosophes |
| | chimistes qui ont traité |
| | de cet admirable minéral, ont parlé |
| | de cette clef fort obscurément |
| | & par des paraboles difficiles à |
| | être comprises par ceux qui ne |
| | sont pas bien forts dans la physique, |
| | & qui n'ont qu'une pratique |
| | superficielle de la chimie. |
| | J'ai déjà fait voir dans l'introduction |
| | & dans les mêmes Archidoxes, |
| | que tous les corps ont un |
| | soufre & un mercure ; que les Médecins |
| | & Naturalistes appellent |
| | chaleur naturelle & humidité radica- |
| | le, & j'ai montré qu'il y a soufre |
| | & mercure végétal, animal & |
| | minéral ; & quoique ces trois |
@
selon les Anc. & les Modernes. 227
| viennent des mêmes principes, |
|
| c'est-à-dire des qualités élémentaires, |
|
| néanmoins le mélange différent |
|
| de ces qualités fait que ce |
|
| mercure sulfureux des corps est |
|
| très différent, & que je ne répète |
|
| pas ici, par ce que je suppose qu'on |
|
| l'ait bien compris ; car sans cela |
|
| tout ce que je pourrais dire est inutile |
|
| : & l'on n'entendra pas trop |
|
| bien pourquoi tous les Philosophes |
|
| Chimistes parlent beaucoup |
|
| plus du mercure que du soufre, à |
|
| cause que le soufre, comme on |
|
| l'a dit, est invisible n'étant que la |
|
| chaleur que la matière subtile & |
|
| ignée produit, qui est contenue |
|
| dans l'humidité visible & onctueuse |
|
| qu'on appelle Mercure, |
|
| & que pour la chaleur qu'il contient |
|
| s'appelle Mercure sulfureux. |
|
| Les anciens Philosophes & particulièrement | |
| les Egyptiens qui |
|
| n'expliquaient la philosophie que |
|
| par des hiéroglyphes & des fables, |
|
@
228
De la Pierre
| | disaient que ces trois règnes de la |
| | nature, l'animal, le végétal, & le |
| | minéral, étaient partagés entre les |
| | fils de Saturne, qu'ils désignaient |
| | pour la première matière céleste |
| | la plus ancienne & occulte. Jupiter |
| | & sa soeur Junon qui était aussi |
| | sa femme, était le feu & l'air, qui |
| | formaient par leur union indissoluble |
| | le soufre, & ils avoient |
| | l'Empire des Dieux, des Démons, |
| | des Hommes & des animaux, dans |
| | lesquels la chaleur domine sur les |
| | autres éléments ; comme il paraît |
| | par leur mouvement & par l'esprit |
| | supérieur qui leur fait faire tant |
| | d'actions. Neptune avait le règne |
| | inférieur de l'humidité mercurielle, |
| | qui prédomine sur les plantes ; |
| | & comme toute l'humidité vient |
| | de l'eau, il dominait sur tout l'élément |
| | humide aussi bien que tout |
| | ce qui retient de sa qualité. Pluton |
| | était Seigneur des lieux infernaux |
| | & du Royaume des morts, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 229
| c'est-à-dire des choses souterraines, |
|
| comme les pierres, minéraux, |
|
| & métaux qui paraissent être des |
|
| corps morts, non que ces corps |
|
| n'aient pas en soi un esprit vital |
|
| & sulfureux, mais parce que dans |
|
| leur formation la terre saline domine, |
|
| & qu'elle a prédominé, de |
|
| manière enfin que le soufre qui est |
|
| dans leur humidité mercurielle |
|
| ne pouvant plus se mouvoir & |
|
| agir, est resté comme étouffé par la |
|
| surabondance du sel terrestre qui |
|
| les fait paraître comme morts. |
|
| Empédocle a renfermé dans ces | |
| deux vers la philosophie susdite. |
|
| |
|
| Jupiter ethereus, Juno vitalis ad hos |
|
| Dis. | |
| Et nectis lacrimis hominum qua |
|
| lumina complet. | |
| |
|
| Il est donc à remarquer avec | |
| grande attention que l'Artiste qui |
|
| sait décomposer les corps minéraux |
|
| & métalliques, & les déli- |
|
@
230
De la Pierre
| | vrer des superfluités du corps |
| | terrestre qui étouffe leurs esprits ; |
| | trouve en eux un mercure ou une |
| | quintessence qui renferment de |
| | grandes propriétés, tant pour la |
| | Médecine que pour la métallique : |
| | car de même que les herbes, quoique |
| | sèches & mortes, ne laissent |
| | pas de contenir & de nous donner |
| | une quintessence de grande |
| | vertu ; de même les minéraux & |
| | métaux, quoiqu'ils paraissent secs |
| | & morts, contiennent aussi un |
| | mercure ou quintessence très subtile |
| | remplie de son soufre, & |
| | d'autant plus efficace & précieuse, |
| | qu'elle est très éthérée & non |
| | sujette à corruption, comme nous |
| | l'allons voir par leur mercure métallique, |
| | qui est comme la matière |
| | dont ils sont composés, comme |
| | la mère qui les a enfanté. |
| | Ce qu'on doit tirer de plus important |
| | de la susdite doctrine, |
| | c'est 1°. Que le mercure animal est |
@
selon les Anc. & les Modernes. 231
| plus sulfureux & plus pénétrant, |
|
| mais plus évaporable ; le mercure |
|
| des végétaux est plus aqueux ; & |
|
| celui des minéraux plus salin, |
|
| & par conséquent moins corruptible. |
|
|
|
| 2° Que chaque mercure, soit | |
| animal, végétal ou minéral, est |
|
| différent, pouvant contenir plus |
|
| ou moins de soufre, plus ou moins |
|
| d'humidité, & plus ou moins de |
|
| sels : ainsi le mercure humain a |
|
| plus de soufre, c'est-à-dire plus |
|
| de feu éthéré que celui des animaux, |
|
| comme il paraît par les |
|
| distillations de leurs sang ou urines |
|
| ; il a aussi plus de sels volatils, |
|
| n'y ayant pas de comparaison entre |
|
| le sang de l'homme & celui |
|
| d'une tortue & même d'un boeuf. |
|
| Le mercure des laitues ou de |
|
| semblables herbes est plus aqueux |
|
| que celui des animaux & des minéraux |
|
| ; le mercure des minéraux |
|
| a plus de sel, & particulièrement |
|
@
232
De la Pierre
| | celui des métaux qui en a d'avantage |
| | que le mercure du vitriol, de |
| | l'alun & du sel commun ; & ces |
| | différences qui sont infinies, font |
| | la différence, comme on l'a dit, |
| | des propriétés des corps différents. |
| | Il est noter aussi que les éléments |
| | grossiers qui forment le |
| | corps qui renferme leur quintessence |
| | ces éléments grossiers, dis-je, |
| | abondent en qualités suivant la |
| | nature de l'essence qui est dans le |
| | mixte. Par exemple, la laitue qui |
| | a un mercure fort humide, son |
| | corps abonde aussi en eau flegmatique |
| | ; le vitriol qui a un mercure |
| | fort terrestre, abonde en terre ; |
| | comme les animaux, dont la plupart |
| | ont un mercure igné & |
| | aérien ; ils se résolvent par les flammes |
| | en air, & il ne reste guère |
| | d'eux que quelques cendres, qui |
| | viennent moins des chairs que des |
| | os qui forment la carcasse qui |
| | sert |
@
selon les Anc. & les Modernes. 233
| sert à soutenir l'édifice de leurs |
|
| corps. Il ne doit point paraître |
|
| étrange que la quantité des éléments |
|
| grossiers qui forment le |
|
| corps soient en quantité proportionnelle |
|
| aux éléments subtils, lesquels |
|
| comme nous l'avons vu au |
|
| commencement, forment la quintessence |
|
| qui est dans le même corps ; |
|
| d'autant que ces éléments subtils |
|
| & invisibles sont enveloppés & |
|
| contenus dans les éléments grossiers, |
|
| visibles & insensibles ; de manière |
|
| que l'air subtil, par exemple, |
|
| étant enveloppé dans l'air |
|
| grossier, & la vapeur humide, |
|
| étant enveloppée dans l'eau corporelle, |
|
| & ce qu'on appelle sel ne |
|
| renfermant que l'humide mêlé des |
|
| parties insensibles & des atomes |
|
| de la terre ; il en résulte que chaque |
|
| semence (qui est la quintessence) |
|
| croît par une manière de transmutation |
|
| & attraction de ce qui |
|
| est plus semblable à elle, au même |
|
| V | |
@
234
De la Pierre
| | temps attire à soi le grossier avec le |
| | subtil, ce qui est comme je l'ai |
| | dit un des plus grands mystères |
| | de nature, quoi que visible & sensible. |
| | Ces choses étant bien entendues, |
| | il faut venir à la formation |
| | de ce corps admirable qu'on appelle |
| | mercure métallique, & communément |
| | on nomme vif-argent. |
| | Le vif-argent qu'on appelle |
| | aussi vulgairement mercure par similitude, |
| | d'autant qu'il est l'essence |
| | des métaux & particulièrement |
| | de l'or qui n'est presque qu'un argent |
| | vif très cuit & mêlé d'un soufre |
| | pur & fixe ; l'argent vif, dis-je, |
| | vient comme toutes choses des |
| | quatre éléments : tous les Philosophes |
| | fondés sur l'expérience montrent |
| | que sa nature est aérienne ; |
| | mais d'un air humide sulfureux & |
| | médiocrement salin. |
| | Comme l'argent vif est appelé |
| | le jouet des Alchimistes, & que |
@
selon les Anc. & les Modernes. 235
| grand nombre d'eux ont fait des |
|
| travaux infinis sur lui, on a eu |
|
| les moyens d'examiner à fond sa |
|
| nature, qui est extrêmement subtile |
|
| puisqu'il se réduit facilement |
|
| en air ; mais ce qu'il y a de remarquable, |
|
| c'est que cet air est incorruptible |
|
| & indestructible, puisque |
|
| l'eau forte la plus violente, |
|
| ni le feu même ne peuvent rien |
|
| changer dans sa substance, qu'on |
|
| trouve toujours telle qu'elle était |
|
| auparavant : ce qui fait voir que |
|
| toutes ses particules sont très subtiles, |
|
| & qu'elles sont si bien unies |
|
| les unes avec les autres qu'il n'y |
|
| a pas d'agent corporel qui puisse |
|
| facilement le pénétrer & le séparer, |
|
| de manière qu'il faut quelque |
|
| chose de spirituel & homogène |
|
| pour le corrompre. Cependant, |
|
| comme le vif-argent est un |
|
| corps fluide de sa nature, on voit |
|
| qu'une eau très subtile & aérienne |
|
| entre dans sa composition ; |
|
| T ij | |
@
236
De la Pierre
| | mais ailleurs comme cette eau |
| | fluide ne mouille point & ne s'attache |
| | à aucune chose (excepté |
| | aux métaux qui sont composés de |
| | sa substance) l'on doit conclure |
| | avec Geber que les particules terrestres |
| | sulfureuses & salines sont |
| | mêlées avec l'eau, en une si juste |
| | proportion, que l'une n'est pas |
| | supérieure à l'autre, c'est-à-dire |
| | que l'humide aqueux ne surmonte |
| | pas le sec terrestre, & c'est pour |
| | cela qu'il ne mouille pas ; comme |
| | aussi que le sec ne surmonte pas |
| | l'humidité, ce qui est cause qu'il |
| | est toujours fluide : & c'est sur ce |
| | principe que tous les Philosophes |
| | Chimistes sont convenus de la définition |
| | de Geber, disant que l'argent |
| | vif dans sa première racine |
| | est composé d'une terre blanche |
| | & très subtile, fort sulfureuse, |
| | & d'une eau claire & nette, unies |
| | ensemble par minima, & de manière |
| | que l'humidité soit tempérée |
@
selon les Anc. & les Modernes. 237
| par le sec, & le sec également |
|
| avec l'humide ; de quoi il en résulte |
|
| une substance qui n'a point |
|
| de repos, & qui flue lorsqu'elle |
|
| est dans une superficie plate ; & ne |
|
| s'attache point à ce qui la touche, |
|
| à cause de la sécheresse qui tempère |
|
| son humidité, l'on juge donc |
|
| qu'il est homogène, parce que, |
|
| où il s'envole tout en feu, ou bien |
|
| il y demeure tout entier quand |
|
| on sait l'art de le fixer, ce qui |
|
| n'est pas facile. Il est donc aérien |
|
| & incombustible, inaltérable, & incorruptible, |
|
| ce qui est la plus grande |
|
| perfection, & qui n'est accordée |
|
| qu'à l'or, qui (comme l'on verra) |
|
| n'est qu'argent vif fixé par un |
|
| peu de soufre pur & net. Cette |
|
| terre sulfureuse fait que quoique |
|
| l'argent vif paraisse blanc en dehors, |
|
| il est très rouge au dedans, |
|
| comme il paraît par sa calcination |
|
| au feu sans aucune addition, & par |
|
| plusieurs autres expériences que |
|
| les Chimistes savent. |
|
@
238
De la Pierre
| | Les Philosophes qui ont été |
| | curieux de rechercher les principes |
| | de la génération des choses, |
| | conviennent que leur production |
| | vient des semences, & que ces semences |
| | prennent leur accroissement |
| | de quelque matière universel |
| | qui leur est convenable, mais |
| | comme dans la génération des |
| | minéraux l'on ne voit pas des semences |
| | sensibles, & que dans les |
| | lieux où auparavant il n'y avait |
| | aucun minéral, il se produit dans |
| | la suite des siècles ; ils ont jugé |
| | que la chaleur céleste agissant sur |
| | l'humidité qui est dans la terre, |
| | pouvait produire des corps non |
| | organisés, tels que font les sels, |
| | les minéraux, métaux & choses |
| | métalliques. Tout ce qui vient |
| | par des semences & graines sur la |
| | terre, il est évident qu'il prend |
| | accroissement par l'air humide, |
| | soit des pluies, rosées & choses |
| | semblables : mais les choses métalliques, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 239
| & le soufre métallique |
|
| ne viennent point des semences & |
|
| graines visibles ; il faut croire |
|
| qu'ils se forment d'une autre manière, |
|
| & que les dispositions même |
|
| de la terre qui est comme leur |
|
| matrice, forment les principes |
|
| métalliques & ensuite les métaux. |
|
| Nous avons vu que le soufre se | |
| formait d'une terre boueuse, cuite |
|
| longtemps par la chaleur ou soufre |
|
| de l'air chaud, & que cette |
|
| graisse ou liqueur chaleureuse de |
|
| la terre étant enfin desséchée par |
|
| une très longue & lente digestion, |
|
| forme ce qu'on appelle |
|
| soufre. |
|
| Or le vif-argent paraît être un | |
| composé dudit soufre très pur & |
|
| d'une eau très subtile & claire, |
|
| & que l'air humide circulant dans |
|
| les cavernes de la terre, s'il trouve |
|
| des vapeurs sèches dudit soufre, |
|
| ses deux vapeurs se mêlant |
|
| ensemble avec l'égalité requise, |
|
@
240
De la Pierre
| | forment un admirable sujet qu'on |
| | nomme argent vif ; car ces deux |
| | vapeurs étroitement mêlées retombant |
| | dans la suite en petites |
| | gouttes, nous font voir cette eau |
| | si pesante & sèche qui est la base |
| | & comme la mère des métaux & |
| | minéraux métalliques, car avec |
| | l'addition d'autres vapeurs sulfurées, |
| | les métaux se forment de la |
| | manière que nous dirons après. |
| | Mais il faut nous arrêter auparavant |
| | à examiner notre objet ; |
| | c'est-à-dire l'argent vif que nos |
| | Philosophes appellent air ou vent, |
| | d'autant que le mot est la même |
| | chose que l'air ; c'est pourquoi |
| | Hermes a dit que la Pierre est |
| | dans le ventre du vent. |
| | Donc la raison est que ce corps |
| | n'est proprement, comme on l'a |
| | dit, qu'un air humide épaissi dans |
| | les entrailles de la terre par la vapeur |
| | du soufre. Ou peut aussi |
| | appeler air parce que la graisse |
| | sulfureuse |
@
selon les Anc. & les Modernes. 241
| sulfureuse qui entre dans sa composition, |
|
| & s'y mêle en forme |
|
| d'exhalaison vaporeuse, de manière |
|
| qu'à proprement parler, ce |
|
| sont deux sortes d'airs, l'un humide, |
|
| l'autre plus sec, qui le |
|
| composent ; & comme ces deux |
|
| vapeurs sont très subtiles, elles |
|
| ne sont pas séparables : de là vient |
|
| qu'il est incorruptible ; car pour |
|
| corrompre un corps, il faut décomposer |
|
| les parties qui le composent |
|
| : or nous n'avons rien qui |
|
| soit plus subtile que ces deux vapeurs |
|
| que la nature a ainsi mêlées. |
|
| Il est vrai que le feu peut en un |
|
| très longtemps faire que l'argent- |
|
| vif devienne un corps sec comme |
|
| la poudre, parce que la longue |
|
| violence du feu aura dissipé une |
|
| partie de son humidité ; ce qui se |
|
| connaît en ce que le vif-argent |
|
| reste au feu en forme de terre |
|
| rouge : mais quand il est fixe, cette |
|
| terre n'est plus subtile ou liquéfia- |
|
| X | |
@
242
De la Pierre
| | ble, & chacun sait que la liquéfaction |
| | vient de l'humidité. |
| | Cette union étroite des parties |
| | qui se sont unies en forme de vapeurs, |
| | fait aussi sa grande pesanteur, |
| | n'y ayant dans la nature |
| | que l'or seul qui tombe au fond |
| | de l'argent vif ; tous les autres |
| | corps, même les métaux, surnagent |
| | : ce qui provient, comme |
| | on le sait, de ce que tous les autres |
| | corps sont plus légers que le liquide |
| | sur lequel ils surnagent ; ainsi |
| | l'huile, quoique liquide, surnage |
| | sur l'eau, parce que l'huile est plus |
| | légère que l'eau. |
| | Mais il faut remarquer avec |
| | attention que quoique l'argent |
| | vif soit tel que nous l'avons |
| | décrit dans sa nature, il a comme |
| | tous les autres mixtes, un corps |
| | impur, c'est-à-dire un eau flegmatique |
| | & une terre salle sulfureuse |
| | qui contiennent le mercure |
| | pur, subtil & essentiel : & comme |
@
selon les Anc. & les Modernes. 243
| ces impuretés sont accidentelles |
|
| elles sont séparables ; mais ce n'est |
|
| pas sans beaucoup de difficulté, |
|
| à cause que ces impuretés, quoiqu'elles |
|
| soient dites grossières, |
|
| sont très subtiles : on les appelle |
|
| grossières, comparées au subtil du |
|
| vif-argent qui forme son essence |
|
| très subtile ; c'est pourquoi tous |
|
| les Philosophes Chimistes disent |
|
| que l'argent vif est infecté de double |
|
| mal, c'est-à-dire de lèpre & |
|
| d'hydropisie : la lèpre vient de la |
|
| terre, & l'hydropisie de l'eau , qui |
|
| forment le corps qui contient la |
|
| quintessence ; c'est pourquoi Raymond |
|
| Lulle dit que l'argent vif |
|
| cache sa véritable nature, dans la |
|
| profondeur de son ventre. Qui abscundit |
|
| naturam suam in profunditate |
|
| ventris sui ; c'est pourquoi, tel |
|
| qu'il se présente à nos yeux, il est |
|
| un corps impur ; & il n'y a dans |
|
| la bonne Chimie que sa quintessence |
|
| qui soit profitable ; c'est |
|
| X ij | |
@
244
De la Pierre
| | pourquoi les Philosophes Chimistes |
| | disent que le mercure des Philosophes |
| | n'est pas le mercure vulgaire, |
| | & que ceux qui sont moins |
| | envieux nous recommandent de |
| | prendre le mercure du mercure |
| | & l'argent vif de l'argent vif, sans |
| | pourtant dire la manière d'obtenir |
| | & de séparer cette essence : |
| | mais tenez pour certain qu'il n'y |
| | a aucun composé, si pur qu'il paraisse, |
| | même l'or, qui n'ait ses superfluités |
| | terrestres ou aqueuses, & |
| | ce sont ces superfluités qu'on appelle |
| | taches du péché originel, parce |
| | que l'âme du mixte est salie dans |
| | sa conception de ces taches. |
| | Quoique le vif-argent ne soit |
| | point un métal, il est mis au nombre |
| | des métaux parce qu'il en est |
| | proprement la mère & la substance |
| | ; car comme on l'a dit, tous les |
| | métaux sont formés du vif-argent |
| | mêlé avec un peu de soufre, qui |
| | le coagule en forme de métal ou |
@
selon les Anc. & les Modernes. 245
| demi-métal, suivant les propriétés |
|
| & qualités de ce soufre. Ce |
|
| qui est visible, & que je sais par |
|
| expérience, car en séparant le |
|
| soufre des métaux, ils se rendent |
|
| tous en argent vif commun. |
|
| C'est pourquoi si le vif argent | |
| est engendré dans une terre impure, |
|
| & mêlé avec un soufre grossier |
|
| & brûlant en petite quantité, |
|
| & seulement suffisant à le coaguler, |
|
| il produit le plomb si ce soufre |
|
| est fort terrestre & à demi fixe, |
|
| & se mêle en grande quantité avec |
|
| le vif-argent, cela produit le fer : |
|
| si le soufre est un peu moins grossier, |
|
| mais brûlant en moindre |
|
| quantité, il produit le cuivre ; & |
|
| si le soufre est en partie blanc comme |
|
| l'arsenic, en partie pur & |
|
| fixe, & en partie impur & brûlant |
|
| non fixe, il produit l'étain ; |
|
| mais si le soufre est blanc comme |
|
| l'arsenic & qu'au surplus il soit |
|
| en petite quantité, très subtil |
|
| X iij | |
@
246
De la Pierre
| | non-brûlant & fixe, il produit l'argent |
| | : si le mercure est d'une grande |
| | pureté, & qu'il se mêle avec |
| | une très petite quantité de soufre |
| | très pur & très fixe, il produit |
| | l'or : si le soufre est grossier & en |
| | grande quantité, il produit les |
| | marcassites ou les demi-métaux, |
| | comme l'antimoine, le bismuth, le |
| | zinc & semblables qu'on voit être |
| | pleins de soufre terrestre & inflammable. |
| | Il semble donc qu'on puisse dire |
| | que l'or est formé en partie de la |
| | quintessence du mercure & de la |
| | quintessence du soufre, quoique |
| | non pas tout à fait ; ayant, comme |
| | on l'a dit, son corps, qui n'est |
| | pas exempt de superfluités : mais |
| | ces superfluités sont en très petite |
| | quantité, & elles sont si subtiles |
| | & tellement unies avec l'essence |
| | du mercure & du soufre, que le |
| | feu même ne peut pas les séparer |
| | ou disjoindre ; au contraire plus. |
@
selon les Anc. & les Modernes. 247
| il y demeure, plus il s'y perfectionne |
|
| : car les superfluités métalliques |
|
| qui ne sont pas de la nature |
|
| de l'or, se brûlent & s'en séparent, |
|
| & cette perfection lui vient de la |
|
| petite quantité de soufre additionnel |
|
| & du mercure pur dont |
|
| il est formé, qui a en soi un soufre |
|
| pur, ainsi que nous l'avons |
|
| vu. Ce n'est pas sans raison que |
|
| plusieurs ont dit que l'or est un |
|
| argent vif cuit par son propre soufre |
|
| interne, digéré & cuit par la |
|
| chaleur céleste qui contribue à sa |
|
| cuisson en plusieurs siècles ; ce qui |
|
| n'est pas pourtant bien vrai, quoi- |
|
| qu'il approche de la vérité. |
|
| L'on voit par là que tous les | |
| métaux imparfaits ne sont qu'argent |
|
| vif mêlé avec la vapeur du |
|
| soufre brûlant & terrestre : ce qui |
|
| est encore visible en ce que tous |
|
| les métaux se résolvent en vif-argent |
|
| courant ; car si par l'art on |
|
| peut séparer le soufre qui les |
|
| X iiij | |
@
248
De la Pierre
| | coagule, ils se réduisent en vif- |
| | argent coulant, comme je puis |
| | le faire voir par l'expérience ; de |
| | manière qu'on pourrait dire que |
| | tous les métaux ou corps métalliques |
| | sont une espèce de cinabre, |
| | qui est un composé de vif-argent |
| | & du soufre mêlé grossièrement |
| | ensemble. Si l'on ajoute quelque |
| | chose qui s'imbibe du soufre |
| | aérien avec le mercure, alors le |
| | soufre s'en sépare, & le vif-argent |
| | coule à son ordinaire. Il en est de |
| | même des métaux : mais comme le |
| | soufre est plus subtilement mêlé, |
| | on l'en sépare plus difficilement. |
| | Quant à l'or & à l'argent, ils |
| | sont formés de même, hormis que |
| | leur soufre est encore plus subtil, |
| | plus pur & plus fixe, & mêlé |
| | plus intimement avec le mercure, |
| | & particulièrement celui de l'or. |
| | Il faut donc considérer dans la |
| | composition des métaux imparfaits, |
| | une double sulfuréité : la première |
@
selon les Anc. & les Modernes. 249
| est celle qui est dans l'intérieur |
|
| de l'argent vif, qui est essentielle |
|
| & incombustible ; l'autre qui |
|
| survient est grossière & brûlante, |
|
| & fait qu'en se brûlant au feu, |
|
| elle élève avec soi l'argent-vif |
|
| qui de sa nature est volatil ; d'où |
|
| l'on peut conclure que l'argent, |
|
| & plus encore l'or, n'ont point de |
|
| soufre combustible, mais seulement |
|
| le soufre pur & incombustible |
|
| de l'argent vif. |
|
| Ceux qui voudront voir les | |
| preuves sensibles de ce que nous |
|
| avons dit de la nature des métaux, |
|
| du vif-argent, & du soufre qui les |
|
| composent, n'ont qu'à lire Geber, |
|
| dans la Somme de perfection, qui |
|
| en parle au long avec des démonstrations |
|
| sensibles. |
|
| Ce que je puis dire pour détromper | |
| ceux qui ont une opinion |
|
| différente, c'est que le vif-argent |
|
| qui vient des métaux ne diffère |
|
| guère du commun & naturel, quoi |
|
@
250
De la Pierre
| | qu'il soit vrai qu'il est un peu plus |
| | clair que l'autre ; car par exemple |
| | celui de l'argent est un peu plus |
| | luisant que celui qui vient du |
| | plomb : mais celui-ci bien lavé ou |
| | sublimé, & ensuite revivifié, |
| | acquiert la même splendeur que |
| | celui de l'argent. Cependant aucun |
| | de ces mercures ne dissout radicalement |
| | l'or ou l'argent, comme |
| | plusieurs se l'imaginent, n'y |
| | ayant que la quintessence subtile |
| | du vif-argent qui puisse faire la |
| | dissolution radicale, en pénétrant |
| | les plus petits pores du métal jusqu'au |
| | profond de sa nature. |
| | Il faut dire aussi pour un plus |
| | grand éclaircissement, qu'il ne |
| | faut pas croire que dans une minière |
| | métallique, il n'y ait qu'une |
| | sorte de métal, mais il la faut considérer |
| | comme un champ où naissent |
| | diverses fortes d'herbes. Il en |
| | est de même des mines ; la plupart |
| | des métaux y naissent & s'y |
@
selon les Anc. & les Modernes. 251
| forment ensemble, avec toutes sortes |
|
| de soufres & minéraux, des pierres |
|
| opaques ou transparentes, suivant |
|
| les dispositions des endroits |
|
| de la terre ; de manière que dans |
|
| un lieu il y a un petit grain d'or, en |
|
| un autre un grain d'argent, ou de |
|
| cuivre, ou de plomb, qui sont tous |
|
| mêlés de terres sulfureuses ou arsenicales, |
|
| aussi bien que de cailloux, |
|
| & autres pierres diverses. |
|
| Mais la mine prend le nom de | |
| la plus grande quantité de métal, |
|
| ou minerai qui y naît. Les Minéralistes |
|
| & ceux qui avec attention |
|
| ont visité les mines, savent fort |
|
| bien ces choses, & que la grande |
|
| dépense consiste à séparer les métaux |
|
| de ces terres ou soufres : il |
|
| faut aussi séparer les métaux les uns |
|
| des autres, & il est difficile de trouver |
|
| une minière d'argent qui ne |
|
| contienne aussi quelque peu d'or ; |
|
| mais au Mexique, on n'en sépare |
|
| pas l'or, à moins que chaque marc |
|
@
252
De la Pierre
| | d'argent ne contienne au moins |
| | quarante-cinq grains d'or ; car la |
| | dépense & la peine ne vaudraient |
| | pas le profit. De l'étain de cornouailles |
| | on a trouvé le moyen en |
| | Angleterre d'en séparer bonne |
| | quantité d'argent, sans perdre |
| | l'étain. De même les autres métaux |
| | ont toujours quelque grain |
| | d'un autre métal, & particulièrement |
| | quelque grain de métal |
| | parfait, mais qu'on néglige, parce |
| | que ils ne récompensent pas la |
| | peine & la dépense à les séparer. |
| | On trouve aussi quelques fois |
| | dans les mines du vitriol & même |
| | dans celles du soufre commun |
| | quelque petite quantité de soufre |
| | pur & fixe, qui ont fait de véritables |
| | transmutations d'un métal |
| | imparfait en un autre parfait ; & |
| | j'ai vu un ami qui tirait de l'argent |
| | qu'il brûlait, avec le soufre |
| | commun, il en tirait dis-je beaucoup |
| | d'or, & qui pourtant ne dura |
@
selon les Anc. & les Modernes. 253
| qu'autant de temps que ce morceau |
|
| de soufre dura ; & Bequerus |
|
| dans sa philosophie souterraine |
|
| rapporte qu'avec de l'eau forte |
|
| faite de simple vitriol & salpêtre |
|
| à l'ordinaire, un Essayeur de la |
|
| monnaie avait tiré de l'argent |
|
| plus de quarante mille florins |
|
| d'or ; ce qui ne dura qu'autant de |
|
| temps que le vitriol & ladite eau |
|
| forte dura. Il y a plusieurs illusions |
|
| semblables, lesquelles devraient |
|
| nous servir à bien connaître la |
|
| nature des choses, & particulièrement |
|
| celle des minéraux & métaux, |
|
| & surtout du soufre & de |
|
| l'argent vif qui sont comme le |
|
| père & la mère des métaux & demi |
|
| métaux, comme l'antimoine, |
|
| le bismuth, les marcassites. |
|
| Une autre observation que je | |
| crois à propos d'insinuer, c'est |
|
| que l'air qui produit le vif-argent |
|
| dans les mines, produit aussi sur la |
|
| terre les plantes & autres végéta- |
|
@
254
De la Pierre
| | bles. Si cet air est renfermé & |
| | épaissi dans les mines, de la manière |
| | qu'on l'a dit, il produit les |
| | différents minéraux, selon les dispositions |
| | de la terre qui en est |
| | comme la matrice : mais si cette |
| | vapeur ne s'arrête pas au fond de |
| | la terre, & qu'elle monte dans sa |
| | superficie elle produit, ( moyennant |
| | les semences) les herbes & |
| | les plantes dont les animaux se |
| | nourrissent ; de manière que les |
| | Philosophes, & entre autres Grosparmy, |
| | & ensuite le Cosmopolite, |
| | ont eu raison de dire que l'humidité |
| | aérienne qui contient en soi |
| | le soufre ou la chaleur céleste, |
| | était le mercure universel qui se |
| | spécifiait suivant les matrices de la |
| | terre : ils ont eu raison de dire que |
| | ce mercure universel formait le |
| | mercure végétal ou minéral, mais |
| | que l'un était très différent de |
| | l'autre, criant contre ceux qui |
| | prétendent parvenir à la transmutation |
@
selon les Anc. & les Modernes. 255
| des métaux avec un autre |
|
| mercure que le mercure métallique |
|
| qui est le vif-argent, & |
|
| ce qui provient de lui, c'est-à- |
|
| dire les mercures des métaux parfaits, |
|
| en qui seuls est la quintessence |
|
| séminale & multiplicative de |
|
| leur espèce ; ce qui est aussi un cri |
|
| commun de tous les Philosophes |
|
| Adeptes, c'est-à-dire de ceux qui |
|
| sont parvenus à acquérir & posséder |
|
| le secret de la Pierre. L'on peut |
|
| voir ces choses plus au long dans |
|
| mon traité des essences séminales, |
|
| que M. de la Haumerie a fait imprimer |
|
| à son nom, avec les expériences |
|
| curieuses qui ont été faites |
|
| chez moi. |
|
| Ceux qui prennent l'air pour | |
| la matière de la Pierre, comme |
|
| étant effectivement le mercure |
|
| universel & le premier mercure |
|
| de tous les mercures, se trompent |
|
| grossièrement, pour être trop subtils |
|
| ; car les Philosophes tous d'une |
|
@
256
De la Pierre
| | voix nous disent qu'il faudrait |
| | conduire ce mercure universel au |
| | mercure particulier & spécifique |
| | des métaux, ce qui est un ouvrage |
| | de la nature, & que tout l'Art |
| | humain ne saurait faire en mille |
| | ans, comme entre autres le bon |
| | Trévisan, le Cosmopolite, Bacon, |
| | & Richard Anglais, & plusieurs |
| | autres le montrent au long, avec |
| | tous les autres qui tâchent en vain |
| | de corriger ceux qui sans fondement |
| | se dévoient du vrai chemin ; |
| | & la cause de leur erreur est que |
| | nos Maîtres disent que le mercure |
| | des Philosophes n'est pas le mercure |
| | ni l'argent vif vulgaire ; c'est |
| | pourquoi ils ont recours au mercure |
| | universel aérien ; je ne saurais |
| | donc trop répéter que le nom de |
| | mercure qu'on donne à l'argent vif |
| | cil un nom très équivoque : le |
| | nom de mercure, comme nous |
| | l'avons montré au commencement, |
| | signifie proprement l'humide |
| | mide |
@
selon les Anc. & les Modernes. 257
| radical & essentiel de quelque |
|
| corps. Or ce mercure, quand |
|
| l'Art l'a tiré de la matière du corps |
|
| impur, paraît en forme d'humidité |
|
| visqueuse. L'argent vif contient |
|
| comme les autres corps son essence, |
|
| qui est le vrai mercure des |
|
| Philosophes : de manière que |
|
| quand ils disent que le mercure |
|
| des Philosophes n'est pas le mercure |
|
| vulgaire, ils disent vrai ; car, |
|
| comme on l'a dit tant de fois, le |
|
| mercure des Philosophes est à la |
|
| vérité l'humidité subtile & |
|
| aérienne ; mais pour la Pierre des |
|
| Philosophes, cette humidité est |
|
| l'humidité radicale de l'argent |
|
| vif qui est son essence séminale, |
|
| laquelle est imprégnée de son |
|
| soufre pur & fixe. Si l'on entend |
|
| bien ces deux mots, on a la clef |
|
| pour expliquer plusieurs énigmes |
|
| subtiles des Philosophes Chimistes |
|
| qui tâchent d'embarrasser les |
|
| ignorants, & en même temps de |
|
| Y | |
@
| | s'expliquer en vrais Philosophes. |
| | Ce que je viens de dire n'est pas |
| | une invention de ma tête, mais |
| | c'est la sentence de tous les Philosophes. |
| | Tous les Livres de Geber |
| | nous montrent que la Pierre philosophale |
| | n'est qu'un composé |
| | d'argent vif, & que le seul argent |
| | vif est la vraie & parfaite médecine |
| | ; mais il ajoute qu'il n'est pas |
| Sum. | notre médecine dans sa nature, |
| perf lib. | quoiqu'il puisse être bon dans certaines
|
| pr. cap. | occasions : il dit de plus que |
| | le mercure n'est pas médecine |
| | dans sa nature corporelle & sale ; |
| | & quoiqu'il n'enseigne pas la |
| | vraie manière de le purger & d'en |
| | tirer l'essence, il montre en plusieurs |
| | endroits qu'il la faut rendre |
| | très pure ; car ayant montré |
| | que la Pierre doit se faire de la plus |
| | pure & subtile substance de l'argent |
| | vif, il dit ces paroles remarquables. |
| | On demande ordinairement |
| | d'où il faut tirer cette substance |
@
selon les Anc. & les Modernes. 259
| pure de l'argent vif ; nous |
|
| répondons & déclarons qu'elle se |
|
| trouve dans les choses où elle est, |
|
| car elle est aussi bien dans les |
|
| corps parfaits (comme on l'a |
|
| fait voir dans leur composition) |
|
| que dans le même argent vif, |
|
| il est vrai que dans les corps parfaits, |
|
| elle est plus parfaite, mais |
|
| plus difficile ; dans l'argent vif |
|
| elle est plus facile à avoir, car il |
|
| y a plus de facilité à tirer de lui |
|
| cette substance subtile, puisque |
|
| sa substance est actuellement subtile. |
|
| Or il est plus facile de tirer |
|
| l'essence subtile du vif argent, que |
|
| des métaux parfaits, c'est-à- |
|
| dire de l'or & de l'argent ; car |
|
| ceux-ci sont si compacts & resserrés |
|
| qu'il est difficile de les pénétrer |
|
| & de les ouvrir ou corrompre |
|
| ; mais comme dit Paracelse, |
|
| Basile, Valentin plusieurs autres, |
|
| après Geber, l'argent vif |
|
| est un métal ouvert qui donne |
|
| Y ij | |
@
260
De la Pierre
| | plus de facilité à l'extraction de |
| | son essence pure & subtile ; & |
| | non seulement il est métal ouvert, |
| | mais sa substance subtile est la |
| | seule qui peut pénétrer le profond |
| | des autres métaux ; d'autant que |
| | comme on dit, ils sont composés |
| | de vif-argent, & que comme |
| | dit la Tourbe, la nature se plaît |
| | avec ce qui est de sa nature. |
| | Mais je vais déclarer le plus |
| | grand secret de l'Art, & que tous |
| | les Philosophes ont caché avec |
| | grand soin. Remarquez que le vif- |
| | argent tel qu'il est, brise & rompt |
| | tous les corps métalliques, mais |
| | cependant il ne les pénètre pas intimement |
| | : si vous en demandez |
| | la raison, vous trouverez que le |
| | vif argent tel qu'il est, est en quelque |
| | manière, grossier & corporel, |
| | c'est à cause de la terre & de l'eau |
| | grossière que nous avons dit qui |
| | accompagnent son essence très |
| | subtile ; dans cet état donc il |
@
selon les Anc. & les Modernes. 261
| ne peut pénétrer que les pores |
|
| grossiers des métaux ; mais si vous |
|
| savez le dépouiller de son corps |
|
| & avoir son essence subtile, alors |
|
| elle pénétrera sans doute les corps |
|
| parfaits jusque dans le profond & |
|
| le plus profond de leur essence, |
|
| & ces deux essences mêlées ensemble |
|
| feront la Pierre. C'est pourquoi |
|
| J. d'Espagnet entre autres |
|
| dit ces paroles remarquables dans |
|
| ses règles des secrets hermétiques. |
|
| Non seulement les Philosophes les plus |
|
| grands, mais l'expérience nous fait |
|
| voir que l'argent vif commun dans sa |
|
| nature n'est pas l'argent-vif des Philosophes, |
|
| mais seulement sa substance |
|
| moyenne & essentielle de qui l'argent |
|
| vif commun tire son origine & sa formation. |
|
| C'est ce que les Philosophes |
|
| ont entendu quand ils ont |
|
| dit qu'il faut avoir le mercure du |
|
| mercure & l'argent vif de l'argent |
|
| vif, & que c'est lui qui est le mercure |
|
| des Philosophes, & celui qui |
|
@
262
De la Pierre
| | a la puissance de réincruder & de |
| | corrompre l'or pour en tirer son |
| | essence, qui est celle qui abrège |
| | l'ouvrage de la Pierre Philosophale. |
| | Mais afin que les curieux de ce |
| | trésor entendent mieux ce qu'il |
| | faut faire pour y parvenir, je dis |
| | qu'il faut connaître ce qu'il faut |
| | faire & en quoi consiste cette |
| | médecine qui transmue le vif-argent |
| | vulgaire en argent ou en or, |
| | & qui peut servir aussi à guérir les |
| | maladies des corps humains. Or |
| | pour bien entendre ce qu'il faut |
| | faire, nous n'avons qu'à écouter |
| | la Tourbe qui parlant à Pythagore, |
| | comprend le tout en peu de mots, |
| | disant : notre Maître il me semble |
| | que tout consiste à faire le fixe volatil |
| | & le volatil fixe, ce que plusieurs |
| | autres Philosophes ont dit |
| | en plus de paroles. |
| | En effet tout l'ouvrage consiste |
| | à faire que le corps de l'or qui |
| | est fixe, se ramollisse par l'addition |
@
selon les Anc. & les Modernes. 263
| d'une humidité de sa propre nature |
|
| & qu'il se putréfie de manière |
|
| qu'on puisse séparer de son corps. |
|
| l'essence séminale ; ce qui se doit |
|
| faire, comme on l'a dit, avec une |
|
| humidité de la propre nature de |
|
| l'or, c'est-à-dire avec une substance |
|
| humide & volatile qui soit capable |
|
| de pénétrer les pores que |
|
| l'eau forte ne peut pénétrer : & |
|
| comme il n'y a rien au monde qui |
|
| soit plus proche de l'or que la |
|
| quintessence de l'argent vif qui est |
|
| humide & volatile, il faut se servir |
|
| de cette humidité métallique |
|
| pour renouveler & putréfier l'argent |
|
| & l'or, ce qu'étant fait, il arrivera |
|
| que cette humidité métallique |
|
| jointe à la vertu séminale |
|
| de l'or convertira tout ce |
|
| qui est convertissable en sa propre |
|
| nature séminale aurifique ; car |
|
| après que l'or a souffert l'action |
|
| du mercure, l'essence de l'or agit |
|
| sur le mercure & le rend fixe com- |
|
@
264
De la Pierre
| | me est l'or ; mais de cette union |
| | il en résulte une substance qui |
| | tient de la nature de l'or dans la |
| | fixité, & de la nature du mercure |
| | du côté de la subtilité & pénétration |
| | & fluidité au feu. |
| | Et notez que l'or se réduit |
| | en une espèce de pourriture, |
| | & qu'il se résout en une manière |
| | d'eau mercurielle, laquelle |
| | le mêle avec le mercure de l'argent-vif |
| | & il se forme des deux substances |
| | ce double mercure signifié |
| | par les deux serpents entortillés |
| | dans le caducée du Dieu Mercure |
| | si célébré par les Philosophes Chimistes |
| | : ce sont ces deux mercures |
| | qui n'en font qu'un seul & qui ne |
| | se trouve pas sur la terre, mais, |
| | comme dit Hermès, qui doit sortir |
| | des cavernes dorées par le |
| | mercure philosophique & par |
| | l'industrie de l'Artiste. |
| | Chez les Egyptiens les serpents sont |
| | le hiéroglyphe qui marque la corruption |
| | ruption |
@
selon les Anc. & les Modernes. 265
| ainsi que plusieurs Philosophes |
|
| l'expliquent, & plus particulièrement |
|
| le Livre intitulé le |
|
| grand olympe, qu'on croit être de |
|
| Vicot. De manière que (& c'est |
|
| ce qui embarrasse le Lecteur) il |
|
| faut considérer qu'il y a trois mercures |
|
| philosophiques qui ne sont |
|
| pas le mercure vulgaire ; le premier |
|
| est le mercure de l'argent- |
|
| vif, le second est le mercure de |
|
| l'or qui est son essence séminale, |
|
| le troisième est celui qui résulte du |
|
| mélange des deux dans le vaisseau, |
|
| & aucun de ces trois mercures |
|
| ne se trouve pas sur la terre, & il |
|
| le faut faire par l'Art : il y en a |
|
| un quatrième ainsi appelé improprement, |
|
| car quelques uns ont |
|
| appelé mercure philosophique la Pierre |
|
| philosophale, d'autant que c'est |
|
| une substance qui est formée de |
|
| mercure, mais ce nom est en quelque |
|
| manière impropre, comme |
|
| dit J. d'Espagnet, car le nom de |
|
| Z | |
@
266
De la Pierre
| | mercure convient à une chose volatile |
| | & humide, & non à une chose |
| | sèche & aussi fixe qu'est la Pierre. |
| | Cependant par la raison que je |
| | viens de dire, quelques uns, & |
| | entre autres Raymond Lulle, ont |
| | pris la liberté de l'appeler mercure |
| | & plus souvent encore Raymond |
| | l'appelle soufre fixe, eu égard au |
| | soufre de l'or qui domine dans la |
| | Pierre. Mais ceux qui ont lu les |
| | Livres, savent que nos Philosophes |
| | ne sont pas chiches de noms, |
| | & qu'à chaque chose ils donnent |
| | des noms divers ; & pourvu que |
| | ces noms ressemblent à quelque |
| | chose qui a quelque ressemblance |
| | à la Pierre ou à quelqu'une de ses |
| | apparences, cela leur suffit. |
| | La Pierre donc consiste dans |
| | l'essence séminale de l'or tirée par |
| | l'essence séminale de l'argent-vif |
| | commun, du mélange & cuisson |
| | convenable desquels il en résulte |
| | une substance moyenne qui tient |
@
selon les Anc. & les Modernes. 267
| de la fixité de l'or & de la subtilité |
|
| & pénétration du mercure, en |
|
| vertu de laquelle humidité & subtilité |
|
| cette Pierre flue au petit feu |
|
| comme de la cire. Cette substance |
|
| projetée sur l'argent vif étant |
|
| de sa nature très subtile, le pénètre |
|
| par toutes ses moindres parties, |
|
| s'y joint intimement & le fixe en |
|
| or, à cause que cette médecine |
|
| tient de la nature fixe, & du soufre |
|
| rouge & séminal de l'or ; ce que |
|
| ladite poudre fait d'autant plus |
|
| facilement, que le vif argent, |
|
| comme nous l'avons vu, n'est |
|
| qu'un or volatil, comme l'or est |
|
| un argent fixe, & qu'ayant dans |
|
| son intérieur beaucoup de soufre |
|
| rouge, par le secours du feu commun |
|
| très brûlant & vif, le mercure |
|
| met au-dehors sa couleur aurifique, |
|
| aidé par l'essence de l'or ; |
|
| ce que j'ai vu nombre de fois arriver |
|
| en une heure ou peu plus de |
|
| temps. Mais si la médecine est faite |
|
| Z ij | |
@
268
De la Pierre
| | de la semence de l'argent en moins |
| | d'un quart d'heure, il se fixe en argent |
| | & avec plus de facilité que |
| | la présure ne coagule le lait. Que |
| | si l'on considère que l'argent vif est |
| | en un parfait équilibre entre l'humidité |
| | & le sec (comme nous l'avons |
| | montré) on ne s'étonnera |
| | pas qu'une très petite quantité de |
| | cette terre sèche qu'on appelle |
| | Pierre, mais qui est d'une subtilité |
| | infinie, ne puisse arrêter une grande |
| | quantité de mercure. J'ai vu |
| | plusieurs fois par un seul grain de |
| | cette terre d'or sulfureuse, arrêter |
| | environ dix mille parties de |
| | vif-argent, & le convertir en or |
| | ou en argent à toutes épreuves. |
| | Notez aussi que cette poudre |
| | opère la même chose sur les autres |
| | métaux, & qu'elle ne transmue |
| | de leur substance que le vif-argent, |
| | la partie sulfureuse & terrestre |
| | du métal étant brûlée par |
| | le feu & réduite en scories. C'est |
@
selon les Anc. & les Modernes. 269
| pourquoi il est nécessaire de laisser |
|
| les métaux en fusion plus de |
|
| temps, ce qui n'est pas si nécessaire |
|
| au vif-argent commun, qui n'a pas |
|
| tant d'impuretés : cependant il |
|
| ne laisse pas d'en montrer quelque |
|
| peu ; car j'ai observé que l'or |
|
| qui provient du vif-argent était |
|
| en quelques endroits de couleur |
|
| verdâtre, ce qui marque assez que |
|
| le vif-argent a ses impuretés, & |
|
| qu'il diminuait de quelques grains |
|
| au départ & à la coupelle, à cause |
|
| de la terre impure & humidité |
|
| volatile que le feu en chasse ; mais |
|
| comme elle est en très petite quantité, |
|
| l'argent vif diminue fort peu ; |
|
| & cet or verdâtre étant purifié, il |
|
| est aussi beau & encore plus que |
|
| le commun des mines. |
|
| Cette opération par laquelle | |
| l'or répand (par l'Art) sa semence |
|
| dans le sein du vif-argent philosophique, |
|
| a été comparée par les |
|
| Adeptes à la génération des en- |
|
| Z iij | |
@
270
De la Pierre
| | fants par plusieurs raisons. |
| | 1°. Parce que la Pierre qui résulte |
| | de la conjonction des deux |
| | matières (l'or & le vif-argent) cette |
| | Pierre, dis-je, est l'enfant de la |
| | philosophie. |
| | 2°. Parce que l'or qui se joint à |
| | l'argent vif est comparé au mâle, |
| | d'autant qu'il est plus chaud & |
| | sulfureux, & que ce soufre est plus |
| | digeste ; & le vif-argent est comparé |
| | à la femelle qui est plus humide |
| | & froide. |
| | 3°. Cependant, dans les premiers |
| | embrassements de ces deux |
| | matières, la femelle (disent-ils) |
| | s'échauffe de manière qu'elle |
| | agit sur le mâle, le corrompt & en |
| | tire sa semence, qu'elle nourrit |
| | dans son ventre, & de sa propre |
| | substance, lui donne accroissement |
| | de manière qu'il s'en forme |
| | cet enfant tant chéri, lequel comme |
| | dit Raymond Lulle on trouve |
| | dans le vaisseau au milieu de plusieurs |
@
selon les Anc. & les Modernes. 271
| superfluités & ordures, comme lorsque |
|
| l'enfant vient de sortir du ventre de sa |
|
| mère, lesquelles superfluités résultent |
|
| plutôt du corps de l'or que du |
|
| mercure : car comme on l'a dit, |
|
| l'or a ses impuretés terrestres |
|
| comme les autres mixtes, quoique |
|
| en moindre quantité. |
|
| Les allusions que les Philosophes | |
| ont faites sur cette Pierre |
|
| naissante, sont infinies : ils l'ont |
|
| comparée au phénix ; car de même, |
|
| disent-ils, que le phénix dans le |
|
| feu renaît de sa propre cendre |
|
| plus jeune & vigoureux ; de même |
|
| l'or qui paraissait détruit dans le |
|
| vaisseau, renaît plus fort & plus |
|
| vigoureux, puisqu'il a acquis la |
|
| puissance d'engendrer, & de transmuer |
|
| tous les métaux inférieurs |
|
| en sa propre nature. On l'appelle |
|
| Roi du feu, parce que cet enfant est |
|
| incombustible ; Salamandre, parce |
|
| qu'il vit dans le feu. Plusieurs |
|
| noms lui ont encore été donnés |
|
| Z iiij | |
@
272
De la Pierre
| | par similitude ; les uns l'ayant |
| | appelé Rubis à cause de sa couleur, |
| | Rebis à cause que la Pierre est composée |
| | de deux choses ; mais son |
| | plus vrai nom & le plus commun |
| | est soufre & orpiment. Parce que c'est |
| | le véritable soufre ou quintessence |
| | de l'or ; & quand ce soufre est tiré |
| | de l'argent, il est appelé arsenic, |
| | à cause de sa blancheur. En un |
| | mot on lui a donné tous les noms |
| | des choses avec lesquelles la Pierre |
| | a quelque ressemblance ou rapport, |
| | & qu'on peut voir au long |
| | dans des Livres. |
| | Cette variété de noms innombrables |
| | se multiplie encore par |
| | tout ce qu'on a remarqué dans le |
| | vaisseau pendant que la Pierre se |
| | forme, & que les deux matières |
| | sont encore liquides ; car comme |
| | les yeux du Philosophe sont quasi |
| | toujours attachés à cet ouvrage |
| | sur tous les mouvements & changements |
| | de couleurs qu'on aperçoit, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 273
| chacun a inventé des noms |
|
| de choses qui lui ressemblent par |
|
| la couleur ou par la consistance. |
|
| C'est pourquoi quelques-uns ont |
|
| appelé saturne ou plomb, ce composé |
|
| des deux matières ; quand ils |
|
| l'ont vu noir ; Jupiter, quand ils |
|
| l'ont vu commencer à blanchir ; |
|
| lune ou argent, quand ils l'ont vu |
|
| tout à fait blanc : ils l'appellent |
|
| aussi arsenic, talc, yeux de poisson &c. |
|
| & dans les intervalles que les couleurs |
|
| étaient mêlées & diverses, |
|
| ils ont dit que l'Iris paraissait, la |
|
| queue du Paon, & semblables |
|
| noms ; & passant du blanc au |
|
| vert foncé, ils l'ont appelé Vénus |
|
| ou cuivre, ou vert-de-gris, & de |
|
| là devenant roussâtre, ils l'ont |
|
| appelé Mars ou rouille &c. jusqu'à |
|
| ce que le rubis transparent paraisse, |
|
| quoique à mon avis il me |
|
| semble avoir plutôt la couleur de |
|
| la Pierre appelé grenade, cette |
|
| Pierre étant d'un rouge fon- |
|
@
274
De la Pierre
| | cé & de pourpre, tel que l'or paraît |
| | après qu'il a été dissous par |
| | l'eau régale ; & précipité en poudre |
| | déliée. |
| | Cette Pierre donc, enfant de la |
| | plus haute philosophie, étant projetée |
| | sur le vif-argent courant ou |
| | sur celui des métaux, qui ne sont |
| | (comme on l'a vu) qu'argent vif |
| | coagulé par un soufre impur & |
| | brûlant, elle change ledit argent |
| | vif en argent ou en or, suivant que |
| | ladite Pierre est formée de la semence |
| | de l'argent ou de l'or ; quoique |
| | de l'or seul on puisse faire l'une |
| | & l'autre médecine, s'en servant |
| | quand la Pierre est arrivée à sa |
| | blancheur, sans la cuire davantage. |
| | Mais afin qu'on ne puisse pas |
| | douter que ladite Pierre doit être |
| | formée de la substance de l'or commun |
| | & du vif-argent commun, |
| | l'un & l'autre réduits en quintessence |
| | par l'industrie du Philosophe, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 275
| nous n'avons qu'à voir les |
|
| propriétés que ladite médecine |
|
| doit avoir pour produire l'effet |
|
| désiré : pour cela écoutons Geber |
|
| le maître des maîtres, qui nous |
|
| montre que la Pierre doit avoir |
|
| sept propriétés : c'est-à-dire, 1°. |
|
| L'oléaginosité minérale, 2°. La |
|
| subtilité de la matière, 3°. La conformité |
|
| avec la chose transmuable, |
|
| 4°. L'humidité radicale, 5°. La |
|
| pureté, 6°. Une terre très fine, |
|
| 7°. Enfin la teinture pure ; & en |
|
| expliquant plus au long ses propriétés, |
|
| l'oléaginosité, ajoute- |
|
| t-il, est la première propriété, afin |
|
| que dans la projection elle se fonde |
|
| à la chaleur du feu comme feroit |
|
| de l'huile congelée, ou tout |
|
| au plus comme de la cire ou de la |
|
| poix-résine ; & cela est nécessaire |
|
| afin que le vif-argent qui s'enfuit |
|
| au feu, ne s'envole pas avant |
|
| qu'elle soit fondue : Or cette fusion |
|
| facile ne peut se faire sans l'oléa- |
|
@
276
De la Pierre
| | ginosité de la matière. Et notez, |
| | dit-il ailleurs, & comme Vogelius |
| | le fait remarquer, que ce ne doit |
| | pas être une oléaginosité végétale, |
| | mais minérale & métallique, |
| | comme la troisième qualité le |
| | montre clairement. |
| | La seconde propriété est la |
| | subtilité très grande de la matière, |
| | qui doit être plus que spirituelle, |
| | & plus subtile que l'air ; |
| | & cela est nécessaire, dit Geber, |
| | afin qu'elle puisse pénétrer au |
| | fond & jusqu'au plus profond de |
| | la matière altérable ; car après la |
| | fusion il est nécessaire que la médecine |
| | pénètre en un instant toutes |
| | les parties les plus petites de la |
| | matière que vous voulez changer |
| | ou altérer. |
| | Et notez de grâce que cette |
| | oléaginosité & cette subtilité |
| | pénétrante en un instant, ne se |
| | peut trouver en aucun corps, |
| | tant qu'il est en forme de corps, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 277
| mais seulement dans leur quintessence |
|
| qui est (comme on l'a vu |
|
| toujours) d'une oléaginosité & |
|
| d'une subtilité spirituelle. |
|
| La troisième propriété, dit Geber, | |
| est l'affinité ou la proximité |
|
| de nature entre l'élixir & la chose |
|
| transmuable, laquelle affinité fait |
|
| que les deux natures se joignent |
|
| facilement ; & sans cette conformité |
|
| il ne se peut faire une véritable |
|
| union, ni en un instant, comme |
|
| il est nécessaire qu'il arrive, si |
|
| vous voulez transmuer & fixer |
|
| l'argent vif. |
|
| Notez donc qu'il est impossible | |
| de faire ladite médecine d'autre |
|
| chose que du vif-argent, ou des |
|
| métaux qui sont formés du vif- |
|
| argent, parce qu'il n'y a aucune |
|
| chose qui se mêle avec le vif-argent |
|
| & avec les métaux, qu'eux- |
|
| mêmes : car, dit Geber ailleurs, |
|
| le vif-argent se mêle plus facilement |
|
| avec le vif-argent, ensuite |
|
@
278
De la Pierre
| | à l'or, ensuite au plomb, à l'étain, |
| | à l'argent, au cuivre, & nullement |
| | au fer, si ce n'est par artifice ; |
| | d'où l'on conclut (comme l'expérience |
| | le montre) que les métaux |
| | auxquels le mercure s'unit plus facilement, |
| | contiennent plus de |
| | mercure : il faut donc, si vous |
| | voulez fixer le vif-argent, que la |
| | médecine soit tirée des choses qui |
| | sont plus de sa convenance, tel |
| | qu'est le même vif-argent ou l'or, |
| | ou de tous les deux ensemble, par |
| | les raisons évidentes que nous |
| | allons voir. |
| | La quatrième propriété est que |
| | la médecine est une humidité radicale, |
| | ignée, capable de congeler |
| | & consolider lesdits argents vifs, |
| | & toutes les plus petites parties |
| | & parcelles dans lesquelles ladite |
| | médecine doit pénétrer, & qu'elle |
| | s'unisse de manière avec elles, |
| | qu'elle ne puisse s'en séparer à jamais |
| | ; étant nécessaire pour cela |
@
selon les Anc. & les Modernes. 279
| que l'humidité radicale & gluante |
|
| de la Pierre ait, comme on l'a dit, |
|
| la plus grande conformité possible |
|
| avec l'humidité radicale |
|
| gluante de la chose transmuable, |
|
| qui est l'argent vif. |
|
| Or il n'y a pas d'humidité radicale | |
| qui soit plus semblable, plus |
|
| subtile & plus pénétrante, que |
|
| l'humidité radicale du même vif- |
|
| argent, & ensuite l'humidité radicale |
|
| de l'or qui est un argent vif |
|
| très pur & très mûr. |
|
| La cinquième propriété est que | |
| la médecine soit très pure & très |
|
| resplendissante, afin qu'elle puisse |
|
| nettoyer & rendre la matière |
|
| transmuée resplendissante comme |
|
| l'or ou l'argent, & qu'au surplus |
|
| cette médecine ne soit pas sujette |
|
| à combustion, au contraire qu'elle |
|
| préserve de la combustion ; car |
|
| après l'union de la médecine avec |
|
| la chose transmuable, il faut que |
|
| le feu brûle toutes les superfluités |
|
@
280
De la Pierre
| | étrangères qui n'ont pas été capables |
| | d'être transmuées en or ou |
| | argent, & qui n'ont pu être consolidées |
| | en or on en argent. Ce seul |
| | article & cette seule propriété |
| | doit faire voir qu'il n'y a que ces |
| | deux choses dans la nature qui |
| | ne sont pas sujettes à combustion, |
| | c'est-à-dire l'or & l'argent vifs ; & |
| | même l'or n'a cette propriété que |
| | parce que lui-même n'est qu'argent |
| | vif cuit & fixe. |
| | La sixième propriété est que |
| | cette médecine ( qui est sèche) |
| | contienne en soi une terre fixative, |
| | mais d'une subtilité extrême, tempérée |
| | par l'humidité subtile, également |
| | fine & incombustible, mais |
| | qui se liquéfie facilement & qui se |
| | mêle avec beaucoup de facilité |
| | avec la chose qui lui adhère, & |
| | qui résiste de manière au feu, que |
| | le feu ne puisse la brûler ou l'enlever |
| | avec soi, & cette fixité de la |
| | médecine est absolument nécessaire |
| | saire |
@
selon les Anc. & les Modernes. 281
| après la purification ; car si |
|
| elle n'est fixe, elle ne peut pas |
|
| fixer & retenir. |
|
| Il faut donc tirer cette médecine | |
| des choses fixes & résistantes |
|
| au feu ; & il n'y a rien autre chose |
|
| dans la nature qui persévère au |
|
| feu avec sa propre liquéfaction |
|
| (qui est requise dans ladite médecine) |
|
| que le seul or ; le vif argent |
|
| est volatil à la vérité, mais nous |
|
| avons déjà dit ci-dessus que le |
|
| mercure se fixe dans le vaisseau |
|
| par la semence de l'or, laquelle semence |
|
| est une huile plus fixe encore |
|
| que l'or, puisque la fixité est |
|
| de l'essence de l'or qui ne se liquéfie |
|
| au feu & ne lui résiste qu'en vertu |
|
| de cette huile fixe qui est son |
|
| essence séminale. |
|
| La septième & dernière propriété | |
| de la médecine est de donner |
|
| à la chose transmuable & que |
|
| la médecine doit transmuer, de |
|
| lui donner, dis-je, une couleur |
|
| A a | |
@
282
De la Pierre
| | resplendissante & parfaite, blanche |
| | ou citrine, soit de lune ou de |
| | soleil, parce que cette condition |
| | est nécessaire après la fixation, |
| | c'est-à-dire il faut qu'elle teigne |
| | de couleur d'or ou d'argent parfait |
| | & de couleur vive avec toutes |
| | les différences connues & certaines |
| | à toutes sortes d'épreuves. |
| | Voilà les sept propriétés de la |
| | médecine qui doit transmuer |
| | l'argent-vif commun aussi bien |
| | que celui des métaux imparfaits |
| | en argent ou en or, que Geber |
| | nous a indiquées, & que tous les |
| | autres Philosophes ont approuvées |
| | comme absolument nécessaires, |
| | & qui montrent évidemment |
| | que ceux qui le cherchent en |
| | d'autres matières que dans l'or & |
| | l'argent vif, sont éloignés de la vérité, |
| | n'y ayant que ces deux matières |
| | qui contiennent l'oléaginosité |
| | minérale, la subtilité pénétrante, |
| | l'affinité réciproque avec les métaux, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 283
| l'humidité radicale métallique |
|
| & mercurielle, la terre & |
|
| substance fixe & incombustible, & |
|
| enfin la splendeur & la teinture |
|
| argentifique ou aurifique : c'est |
|
| pourquoi, dit Bacon, je m'étonne |
|
| qu'il y ait des gens qui cherchent |
|
| notre Pierre & notre teinture |
|
| en des choses combustibles, |
|
| comme les végétaux,les animaux, |
|
| & je m'étonne pas moins de ceux |
|
| qui la cherchent en des choses |
|
| non-métalliques, ou dans des métaux |
|
| imparfaits ; étant certain |
|
| qu'aucune chose ne peut donner |
|
| ce qu'elle n'a point en soi, d'autant |
|
| qu'il n'y a que les corps du |
|
| soleil & de la lune qui aient la perfection |
|
| requise, c'est-à-dire le |
|
| mercure, le soufre fixe & l'argent. |
|
| Je sais bien que ces gens prétendent |
|
| fixer leurs médecines en la |
|
| projetant sur l'or qu'ils dirent servir |
|
| de ferment, mais ils rêvent ; |
|
| car le ferment est celui qui trans- |
|
| A a ij | |
@
284
De la Pierre
| | mue : c'est la médecine qui est |
| | ferment, & c'est elle qui est le ferment |
| | transmutatif ; la pierre projetée |
| | sur l'or, de la manière que |
| | les Philosophes l'enseignent, étant |
| | un vrai ferment ou levain exubéré, |
| | change l'or en levain, comme |
| | le levain de la pâte change la |
| | pâte en ferment ; & ce ferment |
| | en levain ne changerait pas la |
| | pâte & ne fermenterait pas avec |
| | elle, si le ferment lui-même ne |
| | venait pas de la pâte qu'il doit |
| | changer : mais il est inutile d'ôter |
| | de la tête de certains Chimistes |
| | les folies qu'ils y ont arrangées : |
| | que ceux qui peuvent profitent de |
| | ce que je viens de dire, car cela |
| | suffit aux vrais Philosophes & même |
| | à ceux qui ont quelque teinture |
| | de physique. |
| | Il est vrai que les corps de l'argent |
| | & de l'or dans leur nature |
| | corporelle, ne peuvent pas donner |
| | leur essence séminale qui est |
@
selon les Anc. & les Modernes. 285
| leur mercure & leur soufre, & |
|
| qu'il faut les ramollir & putréfier |
|
| afin de séparer le pur de l'impur, |
|
| ce qui se fait par la quintessence |
|
| du mercure ; & par les deux joints |
|
| ensemble l'on forme une substance |
|
| moyenne qui participe de la subtilité |
|
| & de la pénétration de l'argent-vif |
|
| d'une part, & d'une autre |
|
| part elle participe de la fixité |
|
| de l'or ou de l'argent : mais de |
|
| chercher ailleurs ces propriétés |
|
| hormis dans le mercure de l'argent |
|
| vif & dans le mercure de l'or, |
|
| c'est une imagination ridicule ; car |
|
| la perfection requise ne se trouve |
|
| que dans le mercure de l'argent- |
|
| vif & dans le mercure de l'or & de |
|
| l'argent ; c'est pourquoi Geber, |
|
| après avoir prouvé que la perfection |
|
| consiste dans les propriétés |
|
| de l'argent vif, il s'écrie, & plusieurs |
|
| autres Philosophes avec lui. |
|
| Louons donc Dieu, Souverain |
|
| Créateur de toutes les natures, |
|
| qui a créé l'argent vif & qui lui |
|
@
286
De la Pierre
| | a donné une substance incombustible, |
| | & une substance avec des |
| | propriétés telles qu'il n'y a aucune |
| | substance qui les possède ; car c'est |
| | lui qui surmonte le feu, & il n'en |
| | est pas surmonté, au contraire il |
| | se repose en lui amiablement & se |
| | réjouit dans son sein, comme il |
| | paraît dans l'or qui n'est au fond |
| | qu'un vif argent bien pur & bien |
| | cuit par la chaleur centrale du |
| | soufre céleste. Ces vérités paraissent |
| | en ce que l'or & le vif-argent |
| | sont presque égaux en pesanteur, |
| | comme aussi par l'union facile qui |
| | se fait entre le mercure & l'or ; car |
| | le mercure, comme on l'a dit, s'attache |
| | plus facilement aux métaux |
| | qui ont le plus d'argent vif, & il |
| | ne s'attache pas aux autres corps, |
| | qui n'en ont point : Il s'attache |
| | même fort difficilement aux métaux |
| | & aux minéraux métalliques |
| | qui ont beaucoup de soufre terrestre, |
| | tel qu'est le fer, l'antimoine, |
| | & semblables, &c. |
@
selon les Anc. & les Modernes. 287
| Il se joint aussi au soufre quand | |
| le soufre est fondu : & par la sublimation |
|
| il s'en fait le cinabre, |
|
| ce qui marque aussi que sa nature |
|
| interne est sulfureuse & oléagineuse |
|
| ; mais il s'y mêle difficilement, |
|
| quand le soufre est dans sa substance |
|
| sèche, à cause (de) la terrestréité |
|
| corporelle dont le soufre abonde. |
|
| C'est par ces observations & |
|
| autres semblables que les Philosophes |
|
| sont venus en connaissance |
|
| de la nature des choses, du bon |
|
| & du mauvais qu'elles contiennent, |
|
| & comme le soufre joint |
|
| aux autres métaux, les salit, & |
|
| lorsqu'ils sont dans le feu, le soufre |
|
| s'enflamme, les brûle & les extermine, |
|
| ils sont convenus que le |
|
| soufre dans sa nature volatile & |
|
| brûlante était cause de leur imperfection. |
|
| Quoique l'essence du |
|
| soufre soit parfaite, oléagineuse |
|
| & gluante, c'est le soufre comme |
|
| Geber le montre, qui donne les |
|
@
288
De la Pierre
| | couleurs aux corps métalliques ; |
| | mais son essence pure donne la |
| | splendeur à l'or & à l'argent : c'est |
| | pour cela qu'il proteste, & qu'il |
| | jure que c'est le soufre qui illustre |
| | & illumine tous les corps, car il |
| | est lumière & teinture ; il donne |
| | donc la couleur ou teinture aux |
| | métaux, mais cette couleur est |
| | plus ou moins claire ou resplendissante, |
| | suivant que le soufre est |
| | lui-même plus ou moins pur, & |
| | ce soufre très pur & lumineux qui |
| | est dans le mercure des Philosophes |
| | ne se trouve que dans le mercure, |
| | c'est-à-dire dans la semence |
| | de l'or & de l'argent, & c'est |
| | ce qu'on cherche d'avoir par la |
| | corruption de ces deux corps. |
| | Il est vrai aussi que l'on peut |
| | faire la Pierre du seul argent vif |
| | qui a son soufre en soi, comme le |
| | même Geber & plusieurs autres |
| | Philosophes ont fait ; mais il faut |
| | auparavant le fixer comme ce |
| | grand |
@
selon les Anc. & les Modernes. 289
| grand Philosophe le montre ; ce |
|
| que la plupart des Philosophes |
|
| confirment : si du vif argent, disent-ils, |
|
| vous pouvez faire l'ouvrage |
|
| parfait, vous aurez la plus grande |
|
| perfection de la nature, vous ferez |
|
| ce qu'elle n'a pu faire, car vous purgerez |
|
| intérieurement les métaux imparfaits |
|
| qu'elle n'a pu perfectionner. Mais |
|
| il nous enseigne aussi en même |
|
| temps qu'il faut auparavant fixer |
|
| la substance pure du vif-argent, |
|
| & après l'imbiber du même argent |
|
| vif très pur, afin que la matière |
|
| flue, & qu'elle ait toutes les |
|
| sept qualités que nous avons vu |
|
| qui sont requises dans la Médecine |
|
| ; car le vif-argent, comme il |
|
| le dit ailleurs, ne donne point |
|
| la couleur parfaite, si lui-même |
|
| n'est pas parfaitement dépuré ; & |
|
| il ne pénètre point au profond |
|
| des corps transmuables, si l'on n'en |
|
| tire sa substance très subtile, & il |
|
| ne peut fixer, si lui-même n'est pas |
|
| B b | |
@
290
De la Pierre
| | fixe : c'est pourquoi pour abréger |
| | l'ouvrage, & pour s'épargner |
| | la peine très grande de fixer le |
| | mercure & de le rendre ensuite |
| | fusible comme de la cire, il dit |
| | qu'il faut prendre un des deux |
| | corps parfaits extrêmement subtilisés |
| | ; ce qui se fait, comme je |
| | l'ai dit ; par la très pure substance |
| | de l'argent vif qui est sa quintessence. |
| | Etudiez, dit-il, nos ouvrages, |
| | dans lesquels par un discours |
| | assez clair, j'ai montré que notre |
| | Pierre n'est autre chose que l'esprit |
| | puant (le soufre) & l'eau vive |
| | unis ensemble d'une telle |
| | union, que l'un ne peut se séparer |
| | de l'autre (& c'est de ces deux |
| | choses qu'il a montré que le vif- |
| | argent est composé) auquel il faut |
| | ajouter le corps parfait subtilisé |
| | afin d'abréger l'ouvrage. |
| | Il n'y a donc au fond que l'argent |
| | vif qui entre dans l'ouvrage |
| | philosophique, mais un argent |
@
selon les Anc. & les Modernes. 291
| vif net, pur, & qui a son propre |
|
| soufre en soi, l'un & l'autre bien |
|
| fixe ; de manière que tout ce qui |
|
| est vif-argent & soufre minéral |
|
| pur & fixe est la matière de la |
|
| Pierre des Philosophes : il n'y a |
|
| point d'autre matière, & c'est là |
|
| ou l'on trouve les semences métalliques |
|
| parfaites ; car, comme tous |
|
| les Philosophes l'enseignent, l'Art |
|
| de l'homme ne peut pas faire les |
|
| semences, & c'est l'ouvrage de la |
|
| nature : ce que l'Art peut faire, |
|
| c'est de s'en servir pour multiplier |
|
| les espèces, & il ne peut pas en |
|
| faire d'avantage. Nous avons assez |
|
| montré sans ambiguïté que ces semences |
|
| sont dans le vif-argent, |
|
| qui est comme la mère de tous |
|
| les métaux ; & que pour la métallique |
|
| la semence parfaite des |
|
| métaux, & dont la perfection consiste |
|
| dans la fixité, qu'elle est |
|
| dans l'argent & dans l'or, & qu'on |
|
| tire cette semence qui est la seule |
|
| B b ij | |
@
292
De la Pierre
| | substance de la Pierre, & on ne se |
| | sert de l'essence de l'or que pour |
| | abréger l'ouvrage & s'épargner |
| | bien de la peine. |
| | D'où il faut conclure que le |
| | mercure pur, net, fixe, est la |
| | matière de la Pierre philosophale, |
| | & que par tout où on trouve |
| | cette substance ; ou que par l'Art |
| | on a pu la mener à cette perfection |
| | on trouve la matière de la Pierre ; |
| | & que si ce mercure pur & net |
| | n'est pas fixe, on peut le fixer par |
| | l'Art, c'est-à-dire, par l'addition |
| | de l'essence séminale de l'or, ou |
| | bien imitant la nature, qui par |
| | de longues digestions fixe la substance |
| | pure de l'argent vif qui |
| | a en soi son soufre ; ce qui se fait |
| | plutôt ou plus tard, suivant la |
| | perfection de la matière, & suivant |
| | l'industrie de l'Artiste. |
| | De sorte qu'on peut conclure |
| | qu'il y a plusieurs manières de faire |
| | la Pierre, pourvu qu'on ne s'écarte |
@
selon les Anc. & les Modernes. 293
| pas des susdits principes. |
|
| Pour revenir à Paracelse, que nous | |
| nous sommes proposez de suivre |
|
| dans cet ouvrage, je dirai que ce |
|
| grand Philosophe, lequel non |
|
| sans raison s'était attribué le titre |
|
| de Monarque des Arcanes, d'autant |
|
| que personne n'a manié la Chimie |
|
| avec tant de facilité que lui, si vous |
|
| en exceptez peut-être Raymond |
|
| Lulle, Basile Valentin & ceux de |
|
| son Ecole ; mais Paracelse a encore |
|
| mieux mérité ce nom que les autres, |
|
| en ce que par ses écrits il |
|
| nous a découvert une voie véritablement |
|
| philosophique, & |
|
| moins embarrassée d'énigmes & |
|
| de paraboles, ainsi que les autres |
|
| ont fait ; & c'est pour cela que je |
|
| me suis proposé de mettre ici la |
|
| substance & le précis de sa doctrine, |
|
| dont la fin sera son grand composé, |
|
| ou grand oeuvre. Je rapporterai |
|
| donc ici non seulement ce |
|
| qu'il en dit dans les Archidoxes |
|
| B b iij | |
@
294
De la Pierre
| | mais dans son Manuel & dans le |
| | Trésor des Trésors, afin que le |
| | lecteur puisse en tirer les lumières |
| | que son esprit lui suggérera. |
| | Car quoique Paracelse ait fait en |
| | cela comme les autres, néanmoins |
| | s'il n'a pas déclaré tout mot à |
| | mot, d'autant que cela serait blâmable |
| | ; il a parlé plus & mieux |
| | que les autres : il a seulement déguisé |
| | quelquesfois le nom des |
| | choses, & en omettant les circonstances, |
| | il a laissé à deviner |
| | beaucoup de choses aux esprits |
| | dignes de parvenir à la perfection |
| | de cet Art. |
| | Il faut donc prendre ce qu'il |
| | nous dira, non comme d'un homme |
| | qui conduit par la main un |
| | aveugle, mais comme une personne |
| | qui met un homme d'esprit |
| | clairvoyant dans le chemin qui |
| | peut le conduire au lieu où il veut |
| | aller, en prenant par lui-même la |
| | précaution nécessaire pour y |
@
selon les Anc. & les Modernes. 295
| venir ; ce qui lui sera encore plus |
|
| facile, s'il se sert comme d'une |
|
| boussole des choses fondamentales |
|
| qu'il nous enseigne ci-devant |
|
| dans ses Archidoxes, & particulièrement |
|
| dans les Livres de la quintessence, |
|
| qui est le fondement de |
|
| toutes les choses qu'il enseigne. |
|
| Voyons donc comme il nous enseigne | |
| la manière de faire l'Arcane |
|
| de la Pierre. |
|
| Mais auparavant, & afin que le | |
| Lecteur ait plus de facilité à entendre |
|
| ce qu'il veut dire, il faut |
|
| se souvenir de ce que nous avons |
|
| dit, que le vif-argent est la seule |
|
| matière de la Pierre, & que tous |
|
| les corps où il y a du vif-argent, |
|
| peuvent par conséquent être la |
|
| matière de la Pierre, les uns néanmoins |
|
| étant plus proches que les |
|
| autres. |
|
| Quant à Paracelse, il paraît | |
| que pour augmenter la teinture |
|
| de sa Pierre, comme aussi pour la |
|
| B b iiij | |
@
296
De la Pierre
| | rendre en même temps plus efficace |
| | contre toutes les maladies, il unit |
| | à l'essence du vif-argent l'essence |
| | du régule & de l'antimoine martial : |
| | il semble encore dans le Livre des |
| | Arcanes qu'on ne doit employer |
| | autre chose que l'essence du mercure |
| | seul ; & en effet on peut du |
| | seul mercure faire la Pierre, & |
| | même elle est plus parfaite, comme |
| | Geber l'a dit : si tu peux faire la |
| | Pierre du seul vif argent, tu as trouvé |
| | la perfection des perfections ; mais |
| | pour faire cette Pierre plus facilement, |
| | il fixe cette matière avec |
| | l'essence très fixe de l'or : ce que |
| | je dis paraîtra encore plus clairement |
| | par le dixième des Archidoxes, |
| | qui est la clef des autres ; en |
| | attendant je rapporterai ce qu'il |
| | en dit dans le Livre des Arcanes, |
| | où il cache tout l'ouvrage & toute |
| | la pratique ; voilà comme il |
| | s'exprime au cinquième Livre des |
| | susdits Archidoxes. |
@
selon les Anc. & les Modernes. 297
| » Prenez du mercure ou bien | |
| » l'élément du mercure (l'essence) |
|
| » séparant le pur de ce qui est impur, |
|
| » ensuite réverbérez-le à |
|
| » parfaite blancheur ; alors vous le |
|
| » sublimerez avec le sel armoniac, |
|
| » (non avec le commun) & cela, |
|
| » tant de fois jusqu'à ce qu'il se |
|
| » résolve en liqueur. Calcinez-le |
|
| » (coagulez-le) & faites-1e encore |
|
| » dissoudre ; & digérez-le dans le |
|
| » pélican pendant (un mois philosophique) |
|
| » jusqu'à ce qu'il |
|
| » se coagule & prenne forme de |
|
| » corps dur : alors cette forme de |
|
| » Pierre est incombustible, & rien |
|
| » ne peut la changer ou altérer ; |
|
| » les corps métalliques qu'elle |
|
| » pénètre, deviennent fixes & incombustibles |
|
| » ; car cette matière |
|
| » est incombustible, & elle change |
|
| » les métaux imparfaits en métal |
|
| » parfait : & quoique j'ai donné |
|
| » la pratique en peu de paroles, |
|
| » cependant la chose demande un |
|
@
298
De la Pierre
| | » long travail & beaucoup de |
| | » circonstances difficiles que j'ai |
| | » omises exprès pour ne pas ennuyer |
| | » le Lecteur, qui doit être |
| | » fort diligent & intelligent, s'il |
| | » veut parvenir à l'accomplissement |
| | » de ce grand ouvrage. |
| | Il paraît par ce que dit Paracelse, |
| | que la Pierre qu'il donne ici |
| | est faite de la seule essence du mercure; |
| | & en effet, elle se peut faire, |
| | comme on l'a dit, de la seule substance |
| | pure de l'argent vif ; & |
| | même elle est plus parfaite, si du |
| | seul argent vous pouvez faire la |
| | Pierre. Plusieurs autres Philosophes |
| | disent la même chose ; c'est- |
| | à-dire que la Pierre se peut faire |
| | d'une seule chose, sans y rien ajouter, |
| | & que cette chose est de peu |
| | de valeur & de dépense. D'autres |
| | veulent qu'elle soit composée de |
| | deux choses, c'est-à-dire de mercure |
| | cru & de mercure cuit (l'or;) |
| | d'autres veulent que l'on la compose |
@
selon les Anc. & les Modernes. 299
| de trois, d'autres de quatre ; |
|
| & quoique les trois choses puissent |
|
| être interprétées pour le sel, |
|
| le soufre, & le mercure, & les |
|
| quatre éléments ; cependant il est |
|
| certain que plusieurs Philosophes |
|
| ont composé la Pierre diversement |
|
| & par des régimes différents : & |
|
| c'est entre autres choses ce qui |
|
| fait la difficulté d'entendre les Livres |
|
| qui en parlent, car chacun |
|
| décrit la manière qu'il a tenue ne |
|
| sachant pas ordinairement ce |
|
| que l'autre a fait ou a pû faire. |
|
| C'est ce que Paracelse dit lui- | |
| même : plusieurs, dit-il au Livre |
|
| X. chap. VI. ont opéré diversement |
|
| pour faire la Pierre ; |
|
| mais cela ne fait rien à la chose, |
|
| puisqu'ils sont tous d'accord dans |
|
| les principes & fondements de |
|
| l'Art : je vais traduire tout cet article |
|
| mot à mot afin que le Lecteur |
|
| n'ait rien à désirer. |
|
| J'omets ici, dit-il, ce que | |
@
300
De la Pierre
| | j'ai dis par ci & par là de la Théorie, |
| | de la Pierre ; je dirai seulement |
| | que cet Arcane ne consiste pas |
| | dans la rouille ou fleurs de l'antimoine |
| | ; mais il faut le chercher |
| | dans le mercure de l'antimoine, |
| | lequel lorsqu'il est poussé à sa perfection, |
| | n'est autre chose que le |
| | ciel des métaux (la quintessence:) |
| | car de même que le ciel donne la |
| | vie aux plantes & aux animaux, |
| | de même la quintessence pure de |
| | l'Antimoine vitrifie toutes choses |
| | ; c'est pourquoi le déluge même |
| | n'a pu lui rien ôter de sa vertu |
| | ni de ses propriétés : car le ciel |
| | étant la vie des êtres, il n'y a rien |
| | de supérieur à lui qui puisse l'altérer |
| | ou le détruire. C'est pour cela |
| | que Paracelse appelle ciel le mercure |
| | de l'antimoine, & parce que |
| | le régule forme des étoiles. Pour |
| | en donner la pratique en peu de |
| | mots, voilà ce qu'il dit. |
| | Prenez l'antimoine, purgez-le |
@
selon les Anc. & les Modernes. 301
| de ses impuretés arsenicales dans |
|
| un vaisseau de fer, jusqu'à ce que |
|
| le mercure coagulé de l'antimoine |
|
| paraisse blanc & remarquable |
|
| (par l'étoile qui paraît dans la superficie |
|
| du régule) mais quoi que |
|
| ce régule qui est l'élément du mercure, |
|
| ait en soi une véritable vie |
|
| cachée, néanmoins ces choses sont |
|
| seulement en vertu & non actuellement. |
|
|
|
| Or si vous voulez réduire la | |
| puissance à l'acte, il faut que vous |
|
| dégagiez cette vie qui est cachée |
|
| en lui, par un feu vivant semblable |
|
| à lui, ou avec un vinaigre métallique. |
|
| Pour trouver ce feu plusieurs |
|
| Philosophes ont procédé diversement |
|
| ; mais parce qu'ils convenaient |
|
| dans les fondements de |
|
| l'Art, ils sont parvenus à la fin désirée. |
|
| Car les uns avec de grands |
|
| travaux ont tiré du mercure coagulé |
|
| du régule de l'antimoine, sa |
|
| quintessence, & par ce moyen ils |
|
@
302
De la Pierre
| | ont réduit à l'acte le mercure de |
| | l'antimoine : d'autres ont considéré |
| | qu'il y avait une quintessence |
| | uniforme dans les autres minéraux, |
| | comme par exemple, dans le |
| | soufre fixe du vitriol, ou de la |
| | Pierre d'Aimant, desquels ils ont |
| | tiré la quintessence, avec laquelle |
| | ensuite ils ont mûri & exalté leur |
| | ciel (antimonial) & l'ont réduit à |
| | l'acte ; leur opinion est bonne, & |
| | pour cela elle a eu son effet. Cependant |
| | ce feu & cette vie corporelle |
| | qu'on cherche avec tant de |
| | peine, se trouve bien plus facilement |
| | & en une plus haute perfection |
| | dans le mercure vulgaire ; |
| | ce qui paraît par sa fluidité perpétuelle |
| | qui marque qu'il y a en |
| | lui un feu très puissant & une vie |
| | céleste (semblable à celle qui est |
| | cachée dans le régule de l'antimoine.) |
| | Or qui voudra exalter notre |
| | ciel métallique (étoilé) & le mener |
| | à sa grande perfection, & réduire |
@
selon les Anc. & les Modernes. 303
| en acte ses vertus potentielles, il |
|
| faut premièrement qu'il tire du |
|
| mercure vulgaire la vie corporelle |
|
| qui est un feu céleste, c'est-à-dire |
|
| la quintessence de l'argent vif, laquelle |
|
| est le vinaigre métallique : |
|
| ce qui se fait en le dissolvant (comme |
|
| on l'a enseigné) dans l'eau qui |
|
| l'a produit & qui est sa propre |
|
| mère, c'est-à-dire la dissoudre |
|
| dans l'Arcane du sel qu'on a décrit |
|
| & le mêler avec l'estomac |
|
| d'Anthion, qui est l'esprit du vitriol, |
|
| & dans ce menstrue dissoudre |
|
| & digérer le mercure coagulé |
|
| de l'antimoine (le régule) le digérer, |
|
| dis-je, dans ladite liqueur, & enfin |
|
| le réduire en cristaux d'un vert |
|
| jaunâtre desquels nous avons |
|
| parlé dans notre manuel. |
|
| L'on peut voir par ce que nous | |
| venons de lire, que le Philosophe |
|
| qui a pris le nom de Philalèthe, qui |
|
| a écrit dans le siècle précédent, |
|
| & qui a suivi Paracelse dans son |
|
@
304
De la Pierre
| | Livre qui a pour titre la porte ouverte |
| | du Palais Royal, au lieu d'éclaircir |
| | ce mystère, l'a obscurci |
| | autant qu'il l'a pu par des noms |
| | & par des termes que l'on sait de |
| | Dragon igné ; c'est ce qui peut lui |
| | faire mériter la malédiction que |
| | Geber donne à ceux qui l'ont précédé, |
| | disant qu'ils ont laissé au |
| | monde non une science, mais un |
| | Art diabolique. |
| | Mais revenons à Paracelse lequel |
| | ayant cité son Livre du Manuel, |
| | je crois à propos de voir ce |
| | qu'il en dit dans sa pratique, pour |
| | en avoir quelque autre lumière ; |
| | laissant à part le reste qui n'est |
| | qu'incertitudes, ou bien théorie, |
| | & réflexions. |
| | Prenez, dit-il, l'électre minéral |
| | non encore mur (l'antimoine) |
| | mettez-le dans sa sphère dans le feu |
| | avec le fer ; pour en ôter les ordures |
| | & autres superfluités, & purgez-le |
| | autant que vous pourrez |
| | suivant |
@
selon les Anc. & les Modernes. 305
| suivant les règles de la Chimie, |
|
| afin qu'il ne souffre point par lesdites |
|
| impuretés (faites le régule |
|
| avec le mars comme dessus;) cela |
|
| fait, faites-le dissoudre dans l'estomac |
|
| d'autruche (le vitriol) qui |
|
| naît dans la terre, & qui est fortifié |
|
| par sa vertu par l'aigreur de |
|
| l'aigle (le vinaigre métallique ou |
|
| essence de mercure, le grand circulé) |
|
| lorsque l'essence est consommée |
|
| (dissous) & qu'après sa dissolution |
|
| il a pris la couleur de l'herbe |
|
| qu'on appelle calendule : n'oubliez |
|
| pas de le réduire en essence |
|
| spirituelle lumineuse (cristalline) |
|
| qui est semblable au succin ou |
|
| ambre jaune. Après cela ajoutez- |
|
| y de l'aigle étendue (le circulé |
|
| susdit) la moitié du poids qu'avait |
|
| l'électre avant sa préparation, & |
|
| cohobez souvent l'estomac d'autruche |
|
| dessus la matière, & de cette |
|
| manière l'électre (le régule) devient |
|
| toujours plus spirituel. Quand l'es- |
|
| C c | |
@
306
De la Pierre
| | tomac d'autruche est affaibli par |
| | le travail de la digestion, il faut le |
| | fortifier & distiller souvent & cohober. |
| | Enfin quand il a perdu toute |
| | l'acrimonie, ajoutez la quintessence |
| | tartarisée qui surnage de |
| | quatre doigts, afin qu'il perde |
| | toute l'acrimonie, & qu'il s'élève |
| | avec-elle. Réitérez cela tant de |
| | fois, jusqu'à ce qu'il devienne |
| | blanc, & cela suffit ; car vous |
| | verrez vous-même comme peu à |
| | peu il s'élève en forme d'aigle |
| | exaltée & avec peu de peine il se |
| | convertit en sa forme (en forme de |
| | mercure sublimé) & c'est ce que |
| | nous cherchons pour notre médecine. |
| | Avec cette matière ainsi préparée, |
| | vous pourrez en user pour |
| | un grand nombre de maladies : |
| | vous pourrez aussi le convertir en |
| | eau, en huile, ou en poudre rouge, |
| | & vous en servir en tout ce qui |
| | regarde la Médecine. |
| | Je vous dis en vérité qu'il n'y a |
@
selon les Anc. & les Modernes. 307
| pas de remède plus grand dans |
|
| la Médecine que celui qui gît dans |
|
| cet électre ; & qu'il n'y en a pas un |
|
| semblable dans tout le monde, &c. |
|
| mais afin de ne me point détourner |
|
| de mon propos, & ne pas laisser |
|
| cet ouvrage imparfait, observez |
|
| la manière dont vous devez |
|
| opérer. |
|
| L'électre étant donc détruit, | |
| comme on l'a dit, pour parvenir |
|
| à la fin désirée (qui tend à en faire |
|
| une médecine universelle tant |
|
| pour les corps humains que métalliques;) |
|
| prenez votre électre rendu |
|
| léger & volatil par la méthode |
|
| enseignée ci-dessus. |
|
| Prenez-en autant que vous | |
| voudrez pour le réduire à sa perfection, |
|
| & mettez-le dans un oeuf |
|
| philosophique de verre, & scellez-le |
|
| très bien, afin que rien ne |
|
| respire, mettez-le dans l'athanor |
|
| autant de temps, jusqu'à ce que sans |
|
| aucune addition & par lui-même |
|
| C c ij | |
@
308
De la Pierre
| | il se résolve en liqueur, de manière |
| | que dans le milieu de cette mer il |
| | paraisse une petite Ile, laquelle |
| | tous les jours diminue, enfin & que |
| | tout soit converti en une couleur |
| | noire comme de l'ancre. Cette |
| | couleur est le corbeau ou l'oiseau |
| | qui vole la nuit sans ailes, & lequel |
| | par la rosée céleste en s'élevant, |
| | retombe continuellement par |
| | une continuelle circulation, se |
| | change en ce qu'on appelle la tête |
| | du corbeau, laquelle se change |
| | ensuite dans la queue du paon, & |
| | ensuite prend la couleur des plumes |
| | du Cygne, & enfin acquiert |
| | une extrême rougeur, qui marque |
| | sa nature ignée, & en vertu |
| | duquel il chasse toutes sortes d'impuretés |
| | & donne de la force aux |
| | membres débiles. Cette préparation, |
| | suivant tous les Philosophes, |
| | se fait dans un seul vaisseau, dans |
| | un seul four, avec un feu égal & |
| | continuel, & cette médecine qui |
@
selon les Anc. & les Modernes. 309
| est plus que céleste guérit toutes |
|
| les infirmités, tant des corps humains |
|
| que métalliques ; c'est pourquoi |
|
| personne ne peut entendre |
|
| ni parvenir à un tel Arcane sans |
|
| le secours de Dieu : car sa vertu |
|
| est ineffable & divine. |
|
| Sachez aussi qu'il ne se peut | |
| pas faire une parfaite dissolution |
|
| de votre électre, qu'auparavant |
|
| tout le cercle des sept sphères ne |
|
| soit révolu ; c'est pourquoi prenez |
|
| bien garde à la préparation, car |
|
| sans elle il ne se peut pas faire la |
|
| dissolution dans l'oeuf philosophique, |
|
| & servez-vous de l'Arcane |
|
| tartarisé pour ôter les superfluités |
|
| qui sont attachées à votre électre |
|
| détruit & clarifié ; mais sachez |
|
| qu'il ne restera rien de l'Arcane |
|
| du tartre, mais seulement il faut |
|
| procéder avec lui suivant le nombre |
|
| de temps ; c'est par ce moyen |
|
| que dans l'oeuf philosophique, |
|
| par la vapeur du feu, il se résou- |
|
@
310
De la Pierre
| | dra tout seul en eau gluante qui |
| | d'elle-même se coagulera par la |
| | digestion, & vous fera voir toutes |
| | les couleurs du monde, & enfin |
| | l'extrême rougeur. Il ne m'est pas |
| | permis de parler ou discourir davantage |
| | de ce mystère, Dieu l'ordonnant |
| | ainsi, car cet Art est véritablement |
| | un don de Dieu ; & c'est |
| | de lui qu'il faut l'attendre : c'est |
| | pourquoi tout le monde ne peut |
| | pas le comprendre, & Dieu le |
| | donne à qui il lui plaît, & personne |
| | ne peut l'extorquer de lui. |
| | Il faut, dit Paracelse, que je |
| | dise aussi quelque chose de l'usage |
| | de cette médecine. Je dis donc |
| | que la dose est en si petite quantité, |
| | qu'il est incroyable, & qu'il ne |
| | faut la prendre que dans du vin ou |
| | en semblables liqueurs convenable |
| | à la personne & à la maladie, |
| | mais toujours en petite quantité |
| | à cause de sa force céleste, &c. l'on |
| | dira peut-être que j'ai écrit de |
@
selon les Anc. & les Modernes. 311
| manière que cela ne peut pas servir |
|
| de beaucoup au Lecteur qui |
|
| voudrait apprendre à fond ce |
|
| grand secret. Je réponds qu'il ne |
|
| faut pas jeter les perles devant |
|
| les pourceaux. Dieu donnera le |
|
| reste & toute l'intelligence à qui |
|
| il voudra. Je n'écris ceci que pour |
|
| le commencement ; il faut que |
|
| l'Artiste cherche le reste, & |
|
| qu'il le trouve. |
|
| L'on peut voir par cet aveu de | |
| Paracelse que non seulement dans |
|
| son manuel il cache les matières |
|
| desquelles il a parlé clairement |
|
| dans la clef, qui a été longtemps |
|
| sans paraître au public ; mais il |
|
| ne dit pas la moitié de ce qu'il |
|
| faut faire : cependant pour donner |
|
| plus de clarté à cette préparation |
|
| de l'antimoine, j'ajouterai |
|
| ce qu'il en dit dans sa Chirurgie. |
|
| Voici la recette qu'il en donne : | |
| prenez l'antimoine (le régule) réduit |
|
| en extrême subtilité, réduit |
|
@
312
De la Pierre
| | en vitriol par l'Arcane du sel & |
| | du mercure, réverbérez-le dans |
| | un vaisseau bien fermé pendant |
| | un mois suivant l'Art, moyennant |
| | lequel on peut abréger le temps, & |
| | il deviendra volatil léger, en premier |
| | lieu noir, après blanc, ensuite |
| | jaune, & enfin rouge & en continuant |
| | le feu, il sera couleur de |
| | violette. |
| | De cet antimoine il a séparé la |
| | teinture avec l'esprit-de-vin (mêlé |
| | avec l'essence douce du sel) c'est |
| | cet extrait qu'il appelle la noble, |
| | & divine teinture du Lili, bien différente |
| | de celles que les Apothicaires |
| | vendent sous le nom de Lili ou |
| | Lilium. |
| | Et il se sert de cette teinture |
| | tant extérieurement pour les blessures |
| | qu'il guérit en vingt-quatre |
| | heures, comme il le dit dans les |
| | Archidoxes, comme aussi pour |
| | prendre intérieurement pour |
| | grand nombre de maladies. |
| | Pour |
@
selon les Anc. & les Modernes. 313
| Pour donner une plus grande | |
| lumière à la composition de la |
|
| Pierre, suivant Paracelse, je mettrais |
|
| ici ce qu'il dit dans la clef, où |
|
| l'on verra que pour l'entière perfection |
|
| de cette Pierre, il faut |
|
| ajouter de l'or préparé philosophiquement |
|
| ; voici ses paroles |
|
| les plus importantes, & en |
|
| abrégé. |
|
| |
|
| Du grand composé ou grand Oeuvre |
|
| chap. 8. & 9. | |
| |
|
| D'autant que dans les Paramires | |
| & dans mes autres Livres, |
|
| j'ai assez parlé de la théorie de ce |
|
| grand composé, je parlerai ici |
|
| plutôt de la pratique, c'est-à-dire |
|
| de quelle manière on doit composer, |
|
| & unir le soleil avec le ciel |
|
| (le régule étoilé qu'il appelle ciel) |
|
| ou si vous voulez comme il faut |
|
| unir le ciel avec sa terre (céleste |
|
| du soleil.) |
|
| Mais parce que ci-devant j'ai | |
| D d | |
@
314
De la Pierre
| | enseigné la préparation du ciel |
| | (du régule étoilé) & que je l'ai enseigné |
| | sous le nom de l'Arcane de |
| | la Pierre, je n'en parlerai point |
| | ici ; & d'autant que ledit régule |
| | tout seul ne peut être de grande |
| | utilité pour le corps humain, |
| | comme la seule semence de l'homme |
| | ne peut rien produire dans celle |
| | de la femelle, de même la matière |
| | dudit Arcane ne peut influer que |
| | ce qu'il y a en soi de céleste, c'est- |
| | à-dire influer sur l'humeur radicale |
| | & restaurer le baume de la vie ; |
| | c'est pour cela qu'il faut l'unir |
| | avec sa masse terrestre, (le soleil |
| | terrestre) & l'unir avec-elle, afin |
| | que la masse charnelle de l'homme |
| | soit entièrement confortée, & |
| | que non-seulement un membre, |
| | mais tout le corps soit rétabli en |
| | santé parfaite. |
| | Il faut donc prendre une telle |
| | substance corporelle qui soit égale |
| | en nature au soleil supérieur, & |
@
selon les Anc. & les Modernes. 315
| qui contienne en en soi les propriétés |
|
| & perfections de tous les autres |
|
| astres souterrains, c'est-à-dire de |
|
| tous les minéraux de qui on peut |
|
| tirer l'essence qu'on appelle astre |
|
| d'un tel corps, parce qu'elle est incorruptible |
|
| comme les astres ; |
|
| cette essence du ciel coagulée, |
|
| c'est-à-dire le soleil réduit en son |
|
| essence, est si exaltée dans son |
|
| élément tempéré des quatre qualités, |
|
| qu'elle retient avec soi sa |
|
| propre demeure, c'est-à-dire les |
|
| éléments superflus & impurs, de |
|
| manière que ni les uns ni les autres |
|
| ne peuvent pas être détruits & |
|
| surmontés par aucun élément ; & |
|
| que l'habitant (l'essence de l'or) |
|
| qui est un baume corporel très |
|
| fixe, qui est caché dans ce corps |
|
| de l'or est éternel & incorruptible. |
|
| Si vous voulez donc, comme on l'a |
|
| dit, guérir en effet tout le microcosme |
|
| humain, il faut joindre ce |
|
| baume corporel & fixe au baume |
|
| D d ij | |
@
316
De la Pierre
| | Spirituel & volatil du baume céleste |
| | de l'antimoine & de l'argent |
| | vif qui le tire, & pour cela il faut |
| | mettre discorde entre les éléments |
| | qui composent l'or, de manière |
| | que les éléments superflus qui sont |
| | dans l'or, puissent être séparés de |
| | l'élément prédestine & fixe qui est |
| | son essence séminale, afin qu'il |
| | reste seul sans une si mauvaise |
| | compagnie, éternel & fixe : si ensuite |
| | ce corps mort du soleil est |
| | nettoyé de ses superfluités, & qu'il |
| | soit réduit en une nature spirituelle |
| | & volatile, alors vous aurez |
| | le véritable mercure sublimé |
| | & résolu du soleil dans sa perfection |
| | ; bien différent de ce soleil |
| | horizontal que les Charlatans |
| | vantent & vendent aux Idiots, |
| | |
| | Chap. IX. du Baume corporel ou Mercu- |
| | re du soleil. |
| | |
| | Pour mettre la discorde entre |
| | les éléments purs & impurs du soleil, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 317
| il faut que vous mettiez ce |
|
| corps solaire en une forte dissolution |
|
| avec un feu flegmatique qui |
|
| est la quintessence du tartre (non |
|
| commun, mais mercuriel) & qu'il |
|
| y demeure dans sa propre chaleur. |
|
| Par cette quintessence du tartre |
|
| philosophique, l'élément de l'air |
|
| s'augmente fort dans le composé |
|
| du soleil, & par cet air qui attaque |
|
| l'élément fixe du soleil, & qui est |
|
| comme son propre feu, il est tellement |
|
| gradué en qualité, qu'il peut |
|
| vaincre & surmonter les autres |
|
| éléments & les détruire, & séparer |
|
| de lui (de l'élément prédestiné qui |
|
| est l'essence.) |
|
| Putréfiez encore ce corps détruit | |
| avec la quintessence du tartre |
|
| & l'autruche, & par sa propre |
|
| sublimation, convertissez-le en |
|
| matière de mercure : par ce moyen |
|
| restera l'élément mercuriel du soleil |
|
| seul & hors de sa maison. Mais |
|
| d'autant qu'il est encore mêlé |
|
| D d iij | |
@
318
De la Pierre
| | avec son tartre superflu, c'est pour |
| | cela qu'il l'en faut séparer. Dissolvez-le |
| | donc dans l'eau du sel |
| | circulé, corrompez-le, le tartre |
| | se précipitera au fond, sublimez |
| | ce qui est pur dans l'athanor dans |
| | un réverbère bien bouché, dissolvez |
| | sur le marbre & putréfiez encore. |
| | De cette manière vous aurez |
| | le mercure sublimé du soleil |
| | exalté & réduit en sa première |
| | matière (pure) solaire, résoute & |
| | exaltée au souverain degré. |
| | |
| | Chap. X. de la composition du Baume |
| | spirituel de l' antimoine du Bau- |
| | me coagulé du soleil. |
| | |
| | Ainsi que je l'ai dit, cette grande |
| | composition se doit faire dans |
| | un oeuf philosophique, & ainsi |
| | nous mettons fin à ce grand Oeuvre. |
| | Voilà le grand composé ou |
| | Oeuvre de Paracelse dans la description |
@
selon les Anc. & les Modernes. 319
| duquel comme il a caché |
|
| les matières sous d'autres noms, |
|
| que le bon Philosophe connaîtra |
|
| facilement (particulièrement |
|
| étant instruit par tout ce qu'on a |
|
| dit dans les Archidoxes) il est à |
|
| croire aussi que dans la pratique |
|
| il a omis beaucoup de choses |
|
| nécessaires, ou ajouté d'autres |
|
| qui non seulement peuvent être |
|
| inutiles, mais dangereuses. Il nous |
|
| met seulement dans le chemin, & |
|
| il laisse au bon jugement de celui |
|
| qui est bon Philosophe & qui a de |
|
| l'expérience, de se bien conduire |
|
| au lieu & à la fin qu'il s'est proposée. |
|
| Je pourrais peut-être éclaircir |
|
| quelque lieux obscurs & nommer |
|
| les matières ; mais de crainte d'induire |
|
| le Lecteur en erreur, je me |
|
| désiste, & je ne laisse à son bon jugement |
|
| à les démêler. |
|
| Je me renferme à faire remarquer | |
| deux choses, que ce grand |
|
| homme nous insinue en peu de |
|
| D d iiij | |
@
320
De la Pierre
| | mots, afin de détromper ceux qui |
| | croient que l'or est une substance |
| | homogène & tout à fait pure ; ce |
| | qui est contraire à ce que tous les |
| | bons Philosophes Chimistes nous |
| | assurent, & à la raison : car tous |
| | les mixtes sans exception sont |
| | composés de deux substances, |
| | c'est-à-dire d'âme & de corps ; |
| | l'on a dit & démontré que leur |
| | quintessence est leur âme & leur |
| | semence, de laquelle les Philosophes |
| | ont parlé très obscurément, |
| | hormis Paracelse. Le corps qui est |
| | comme la maison & la demeure |
| | de cette âme ou l'essence séminale, |
| | est une terre & une eau qui sont |
| | plus ou moins subtiles, selon la nature |
| | du composé. L'or donc a |
| | comme les autres choses son essence |
| | séminale pétrie, pour ainsi dire |
| | avec une terre une eau très subtile |
| | & minérale ; mais l'essence du |
| | soleil est si fixe, dit Paracelse, elle |
| | est si tenante, & si glutineuse, |
@
selon les Anc. & les Modernes. 321
| qu'elle conglutine & retient fortement |
|
| avec elle les autres éléments |
|
| superflus & impurs ; de sorte que |
|
| le feu qui détruit & décompose |
|
| tout, ne pouvant pas pénétrer & |
|
| séparer les parties glutineuses & |
|
| essentielles de l'or, il ne peut pas |
|
| emporter non plus ou détacher |
|
| les autres éléments impurs qui |
|
| sont collés & mastiqués (pour ainsi |
|
| dire) ensemble dans les plus petites |
|
| parties ; de manière que le |
|
| corps impur est retenu au feu par |
|
| le pur, qui est l'essence glutineuse. |
|
| Il n'y a donc qu'une seule essence |
|
| plus humide de la même nature |
|
| que l'essence de l'or, mais plus |
|
| subtile & aérée, qui se joignant |
|
| à l'essence de l'or, puisse les pénétrer |
|
| & séparer des éléments ; mais |
|
| notez que quoique l'on dise que |
|
| les parties impures de l'or sont fort |
|
| grossières, cela se doit entendre |
|
| en comparaison des particules de |
|
| son essence qui sont aussi subtiles |
|
@
322
De la Pierre
| | que la lumière du soleil, de manière |
| | que quand on dit que le |
| | corps impur de l'or est grossier, |
| | cela se doit entendre en comparaison |
| | de l'essence ; car d'ailleurs ce |
| | corps grossier doit être considéré |
| | comme fort subtil en comparaison |
| | des autres choses. |
| | Cette connaissance nous mène |
| | à connaître quelle est la nature |
| | du vif-argent, lequel quoi- |
| | qu'il soit composé d'une âme pure |
| | & céleste, & d'un corps impur & |
| | terrestre comme les autres mixtes, |
| | cependant difficilement on peut |
| | en séparer ses superfluités grossières |
| | ; car si vous les mettez au feu, |
| | au contraire de l'or qui retient |
| | avec lui son corps, l'essence du vif- |
| | argent qui est extrêmement subtile |
| | & volatile emporte avec elle |
| | son corps, & ils s'enfuient ensemble, |
| | de manière qu'on le trouve |
| | toujours le même ; car le corps |
| | du vif-argent est aussi d'une très |
@
selon les Anc. & les Modernes. 323
| grande subtilité aérienne, & mêlé |
|
| intimement avec l'essence du vif- |
|
| argent, il s'envole avec l'essence. |
|
| Comprenez donc que le corps |
|
| impur a toujours quelque ressemblance |
|
| avec la nature de l'élément |
|
| pur & prédestiné. |
|
| Ce qui doit nous faire connaître | |
| que l'essence interne du vif- |
|
| argent est si subtile & si subtilement |
|
| mêlée avec un eau & une |
|
| terre très subtile, que lorsque |
|
| l'essence sent le feu, étant de nature |
|
| aérienne, elle se dilate en vapeurs |
|
| ; & comme elle est parfaitement |
|
| pétrie avec toutes les parties |
|
| de son corps qui sont très subtiles, |
|
| comme elle, l'âme mercurielle |
|
| emporte le corps avec-elle, |
|
| par l'étroite union qu'elles ont |
|
| ensemble, comme Geber le dit en |
|
| parlant des parties soufreuses & |
|
| de l'eau claire qui composent ce |
|
| mixte qu'on appelle vif-argent ; |
|
| affirmant qu'elles sont d'une com- |
|
@
324
De la Pierre
| | position très subtile, qu'elles sont |
| | très fortes & tenantes ensemble, |
| | & que difficilement on peut séparer |
| | l'une de l'autre. |
| | Or comme Paracelse nous montre |
| | que pour faire la séparation |
| | de l'âme essentielle du corps impur |
| | & accidentel, il faut un feu |
| | flegmatique qui se joigne à l'élément de |
| | l'air & du feu, qui forment l'essence |
| | du soleil, afin que par ce feu |
| | humide aérien qui prédomine |
| | dans le composé, on le puisse corrompre, |
| | en conservant la nature |
| | spécifique de l'essence séminale |
| | aurifique. De même il faut introduire |
| | dans la substance du mercure |
| | une humidité gluante, mais |
| | très subtile de sa propre nature, |
| | afin que par ce moyen on puisse |
| | corrompre & séparer les éléments |
| | impurs de ceux qui sont purs : bien |
| | entendu que cette substance qu'on |
| | introduit dans le vif-argent, soit |
| | aussi de sa nature, afin que son |
@
selon les Anc. & les Modernes. 325
| essence séminale ne soit point gâtée, |
|
| altérée ou éloignée de la nature |
|
| métallique, mais qu'elle sorte |
|
| de son corps impur avec la pureté |
|
| de cette âme céleste qui peut |
|
| pénétrer tous les corps métalliques |
|
| & les corrompre avec la conservation |
|
| de leur essence spécifique |
|
| & séminale qui peut le multiplier |
|
| à l'infini, comme celle des |
|
| plantes & des animaux, ainsi que |
|
| savent les Artistes Philosophes, |
|
| & que le Cosmopolite entre |
|
| autres nous le montre assez distinctement |
|
| dans ses douze Traités. |
|
| Car pourquoi dit-il, Dieu aurait- |
|
| il privé les métaux de semence |
|
| multiplicative ? ils l'ont comme |
|
| les autres choses, elle est donc enfermée |
|
| étroitement dans leur |
|
| corps, & ils ne peuvent pas la |
|
| mettre dehors. |
|
| Ces choses que le seul Paracelse | |
| nous a enseignées avec toute la |
|
| clarté possible & convenable à |
|
@
| | cet Art, étant supérieures à toutes |
| | les autres doivent être bien |
| | examinées par un Physicien de |
| | pratique, & méritent aussi |
| | qu'avec la reconnaissance convenable |
| | nous accordions à ce grand |
| | homme le titre qu'avec raison il |
| | s'est attribué, de Monarque des |
| | Arcanes de la Philosophie chimique. Il |
| | ne déclare pas tous les mystères de |
| | la pratique de l'art ; car cela serait |
| | le profaner, & ce serait renverser |
| | l'ordre des choses : mais du |
| | moins il a mis les curieux de cette |
| | science dans un si bon chemin, |
| | que les bons esprits, fondés sur les |
| | principes de la bonne philosophie, |
| | en connaissant les véritables |
| | matières, & corrigeant leurs erreurs, |
| | pourront avec du travail |
| | & de la peine parvenir au moins |
| | à faire des médecines excellentes |
| | & précieuses, & pourront enfin |
| | après beaucoup d'expériences |
| | parvenir encore à des choses plus |
| | grandes pour la métallique. |
@
selon les Anc. & les Modernes. 327
| Ce que j'ai fait, n'a été que | |
| d'exposer sa doctrine avec plus |
|
| d'ordre & de clarté, pour faciliter |
|
| aux Curieux l'intelligence des |
|
| choses que les autres n'ont mis |
|
| que très obscurément ; laissant |
|
| à la postérité, comme dit Geber, |
|
| une recherche diabolique. Qu'ils |
|
| soient donc maudits éternellement, |
|
| ajoute Geber, & je |
|
| mérite aussi de l'être si je ne |
|
| corrige pas leurs erreurs : car |
|
| cette science n'a besoin d'être absolument |
|
| cachée, ni d'être tout à |
|
| fait manifestée : c'est ce que Paracelse |
|
| a fait ; les vrais Physiciens |
|
| lui en sauront gré sans doute, |
|
| & à moi peut être, qui en ai facilité |
|
| l'intelligence. |
|
| |
|
| De l'ouvrage de la Pierre philosophale |
|
| des Anciens, faite avec se seul vif- | |
| argent, soit par la voie qu'on appelle | |
| sèche, & par la voie humide. | |
| |
|
| Il est constant que la Pierre des | |
| Philosophes se peut faire avec le |
|
@
328
De la Pierre
| | seul argent vif, mais cet ouvrage |
| | est fort difficile & fort long. Il est |
| | constant aussi que plusieurs Philosophes |
| | disent que la Pierre est |
| | composée d'une seule & unique |
| | matière, qu'elle se fixe d'elle-même, |
| | & qu'on n'y ajoute rien d'étrange |
| | : & quoi que l'or ne soit |
| | point étrange au vif-argent, & |
| | qu'on puisse dire que c'est un |
| | énigme des Auteurs qui parlent |
| | ainsi ; je pourrais démontrer que |
| | l'on n'ajoute l'or à la Pierre faite |
| | du seul argent vif, que pour le |
| | fermenter, & afin de rendre la |
| | Pierre susdite parfaitement fixe : |
| | mais comme il faudrait rapporter |
| | les passages des Auteurs, & que |
| | j'ai en vue la brièveté, ceux qui |
| | lisent les Philosophes chimistes |
| | connaissent bien que je n'avance |
| | rien qui ne soit vrai. |
| | J'avertis seulement ceux qui |
| | étudient, que nos Philosophes |
| | ayant opéré diversement, & chacun |
| | cun |
@
selon les Anc. & les Modernes. 329
| ayant parlé de ce qu'il avait |
|
| fait, on croira qu'ils se contredisent |
|
| les uns les autres si l'on ne distingue |
|
| pas leurs divers ouvrages : |
|
| ce qui doit servir d'avis pour accorder |
|
| les diverses contradictions |
|
| apparentes des Auteurs, desquelles |
|
| Theobaldus de Hoghelande a |
|
| fait un long Traité qu'on a inséré |
|
| dans le premier volume du Théâtre |
|
| chimique, qui prouve que les |
|
| difficultés qu'il y a dans la |
|
| Chimie pour trouver les moyens |
|
| de faire la Pierre, viennent de la |
|
| discorde des Auteurs qui en ont |
|
| traité, lesquels outre leurs énigmes |
|
| & paraboles, ne conviennent |
|
| pas des moyens pour y parvenir |
|
| ; ce qui, comme je l'ai dit |
|
| provient des manières diverses |
|
| dont chaque Auteur opère, comme |
|
| aussi de ce qu'ils ont employé |
|
| des manipulations diverses : car |
|
| quoique les matières au fond ne |
|
| soient qu'argent vif, néanmoins |
|
| E e | |
@
330
De la Pierre
| | elles sont diverses par les accidents. |
| | Il y a apparence que la Chimie |
| | a eu le sort de tous les autres Arts |
| | & Sciences, qui peu à peu se sont |
| | perfectionnés, & même rendu |
| | plus faciles. Paracelse en touche |
| | quelque chose, en disant que |
| | les Anciens avoient fait la Pierre |
| | avec de grandes fatigues & travaux |
| | ; en effet si on voulait la faire |
| | avec le seul mercure, & de la manière |
| | que Geber le Maître des Maîtres, |
| | nous l'indique au chapitre |
| | de la Médecine du troisième ordre, |
| | il faudrait une peine & une assiduité |
| | très grande sans conter le |
| | danger de la fracture des vaisseaux. |
| | C'est apparemment l'ouvrage |
| | des Anciens qui n'avoient |
| | envisagé que la simple fixation |
| | du mercure par un feu violent, |
| | après laquelle fixation ayant |
| | trouvé que cette matière n'avait |
| | ni fusion, ni ingrès dans les corps |
| | métalliques, ils furent inspirés |
| | (car tout vient du ciel) de tenter |
@
selon les Anc. & les Modernes. 331
| l'incération avec du nouveau vif- |
|
| argent non fixe, & enfin de fermenter |
|
| cette Pierre avec l'or ; & |
|
| voilà en peu de mots comme |
|
| Geber nous l'a dit. |
|
| Il faut, dit-il, prendre la très | |
| pure substance du vif-argent & |
|
| en fixer une partie, & garder l'autre |
|
| partie pour en imbiber la partie |
|
| fixe, jusqu'à ce qu'elle prenne |
|
| vie & que le tout se sublime, |
|
| réitérant les sublimations tant de |
|
| fois jusqu'à ce que le volatil se |
|
| fixe de nouveau, imbibant encore, |
|
| volatilisant, & fixant plusieurs fois : |
|
| car de cette manière, cette médecine |
|
| précieuse par les imbibitions |
|
| & fixations réitérées, acquiert |
|
| toujours des degrés nouveaux de |
|
| perfection & de subtilité ; de sorte |
|
| qu'un poids ira sur cent, après |
|
| sur mille, & en réitérant sur dix |
|
| & sur cent mille, & à l'infini. |
|
| Néanmoins Geber lui-même | |
| indique que pour abréger cet ou- |
|
| Ee ij | |
@
332
De la Pierre
| | vrage, non moins pénible que |
| | long, on peut se servir d'un mercure |
| | déjà fixé & perfectionné par |
| | la nature c'est-à-dire du corps |
| | de l'or ; mais qu'auparavant il |
| | faut atténuer cet or ; & quoiqu'il |
| | ne dise pas entièrement tout ce |
| | qu'il faut faire, il nous montre au |
| | moins la voie. |
| | Il semble aussi que Paracelse lui- |
| | même dans son cinquième Livre |
| | des Archidoxes, parle de cette |
| | manière de faire la Pierre. Au |
| | nom de Dieu, dit-il, prenez le |
| | mercure ou l'élément du mercure |
| | (la quintessence) & séparez le pur |
| | de l'impur, réverbérez-le jusqu'à |
| | la blancheur, après l'avoir fixé |
| | (sans quoi on ne peut le réverbérer) |
| | sublimez-le ensuite avec le sel |
| | armoniac (c'est-à-dire avec la |
| | même matière du mercure qui est |
| | son harmonie & concordance, |
| | comme dit Lulle) & cela tant de |
| | fois, qu'il se résolve de nouveau ; |
@
selon les Anc. & les Modernes. 333
| calcinez-le encore, & faites le résoudre |
|
| de nouveau faites-le digérer |
|
| dans le pélican, afin qu'il se |
|
| coagule en forme de corps : alors |
|
| il n'est plus combustible, & rien |
|
| ne le peut consommer ni altérer |
|
| sa nature. |
|
| Cette manière de faire la Pierre | |
| revient à peu près à celle que |
|
| Geber nous donne ; mais nous |
|
| avons déjà vu ci-dessus que Paracelse |
|
| avait des manières plus sûres |
|
| & plus faciles, lesquelles sont peut- |
|
| être fort différentes de celles de |
|
| ses prédécesseurs ; & qui étant plus |
|
| parfaites & plus sûres, ce n'est pas |
|
| sans raison qu'il avait formé une |
|
| nouvelle école, & qu'il s'était arrogé |
|
| le titre de Monarque des Arcanes. |
|
| Non seulement Paracelse avait | |
| trouvé une manière différente de |
|
| faire la Pierre, la composant de la |
|
| quintessence de l'antimoine & de |
|
| la quintessence de l'or, & de la |
|
| quintessence du vif-argent qui |
|
| était le médiateur & l'instrument |
|
@
334
De la Pierre
| | pour tirer l'un & l'autre quintessence |
| | ; mais Basile Valentin se |
| | servait aussi de la quintessence du |
| | mars & de vénus pour exalter la |
| | teinture de l'or, & de la quintessence |
| | du mercure qu'il appelle |
| | esprit de mercure, qui est toujours le |
| | moyen & l'instrument pour extraire |
| | les âmes métalliques, & sans |
| | lequel il assure comme les autres, |
| | que l'on ne peut rien faire. Voyez |
| | son Livre des sept teintures, où en |
| | parlant du mercure, il dit que |
| | sans l'esprit du mercure, on ne |
| | peut rien faire, & qu'il est la clef |
| | de toutes les autres clefs. |
| | Raymond Lulle, avant ceux-ci, |
| | avait fondé aussi une école qui fut |
| | soutenue par de grands hommes, |
| | comme Rupecissa, Ch. Parisinus, |
| | Ripleus & plusieurs autres ; mais |
| | quasi tous, hormis Paracelse, ont |
| | caché avec grand soin cette clef |
| | qui ouvre tous les métaux, & en |
| | tire leur âme ou quintessence. Il a |
@
selon les Anc. & les Modernes. 335
| fait plus : c'est qu'il nous a montré |
|
| une partie des moyens pour |
|
| avoir cette quintessence ou esprit |
|
| de mercure par la quintessence du |
|
| sel : il nous a montré aussi une |
|
| manipulation de l'un & l'autre |
|
| Arcane ; & quoi qu'il ait omis |
|
| beaucoup de choses, & qu'il aie |
|
| même en quelques endroits déguisé |
|
| les noms de certaines matières |
|
| nécessaires ; il serait très condamnable |
|
| s'il avait fait autrement. |
|
| Comme la doctrine de Paracelse | |
| m'a paru non seulement mieux |
|
| fondée en principes physiques, |
|
| mais encore plus claire & plus |
|
| instructive, & même plus facile, |
|
| & plus universelle, embrassant |
|
| toutes les médecines qui se peuvent |
|
| tirer des végétaux, animaux |
|
| ou minéraux, tant pour les médecines |
|
| des corps vivants, que des |
|
| corps métalliques ; c'est pour cela |
|
| que je me suis attaché à la mettre |
|
| d'une manière que le lecteur |
|
@
336
De la Pierre
| | puisse l'entendre plus facilement : |
| | il pourra aussi consulter ses Livres, |
| | à l'intelligence desquels je crois |
| | que cet écrit donnera beaucoup |
| | de lumières. |
| | Qu'on s'attache donc à l'extraction |
| | des essences végétables |
| | & animales pour remédier aux |
| | maladies du corps humain, se |
| | ressouvenant que Paracelse dit, |
| | que l'expérience nous montre, |
| | que chaque chose à ses propriétés |
| | particulières. On peut encore former |
| | des Elixirs qui sont bons à |
| | plusieurs maladies diverses, que |
| | l'on fait en mêlant plusieurs de ces |
| | quintessences ensemble, & les faisant |
| | digérer, afin qu'elles se purifient |
| | & se communiquent réciproquement |
| | une vertu plus grande |
| | & plus étendue. Mais comme |
| | dans les Elixirs que Paracelse |
| | nous donne, il y a ordinairement |
| | la quintessence, ou de l'or, ou du |
| | mercure, ou de l'antimoine, cela |
| | fait |
@
selon les Anc. & les Modernes. 337
| fait que ces élixirs ne sont faisables |
|
| que par les enfants de cet Art, |
|
| quoi qu'il soit vrai aussi qu'ils excellent |
|
| sur les autres. |
|
| Si le Lecteur n'est pas content | |
| des médecines médiocres & plus |
|
| faciles, qu'il aspire à des choses |
|
| plus grandes, & plus difficiles, |
|
| qu'il s'applique à l'extraction des |
|
| quintessences des métaux ou des |
|
| marcassites, dans lesquels Paracelse |
|
| dit qu'il y a autant de vertus |
|
| que dans les métaux mêmes (hormis |
|
| l'or.) |
|
| Qu'on s'applique à l'extraction | |
| des essences des sels, sans lesquels |
|
| lui-même vous dit que vous ne |
|
| pouvez pas avoir l'essence & l'âme |
|
| des métaux, ni celle du vif- |
|
| argent qui est la véritable clef des |
|
| corps métalliques, & le vrai sel |
|
| armoniac qui concorde avec la |
|
| nature métallique interne, laquelle |
|
| quintessence du mercure |
|
| étant astrale & pure, & pénétrant |
|
| F f | |
@
338
De la Pierre
| | les métaux, ne tire avec soi que la |
| | chose qui lui ressemble, c'est-à- |
| | dire l'être & l'essence pure du |
| | métal auquel elle se joint. |
| | Paracelse se sert, pour les extractions |
| | de l'âme des métaux & |
| | du mercure, en particulier de la |
| | quintessence du sel commun préférablement |
| | à tout autre, parce |
| | que le sel marin est le principe & |
| | la source de tous les autres sels, & |
| | que le vif-argent lui-même est une |
| | eau visqueuse qui a affinité avec le |
| | mercure visqueux du sel : mais on |
| | peut se servir aussi, à mon avis, de |
| | l'essence de quelque autre sel. |
| | Les métaux étant formés de |
| | vif-argent coagulé par le soufre & |
| | par l'essence saline qui abonde |
| | dans tous les corps des minéraux, |
| | l'essence du sel ne leur est pas tout |
| | à fait étrangère ; mais celle du |
| | mercure leur est très prochaine, |
| | de manière que celui qui veut |
| | réincruder & corrompre les corps |
@
selon les Anc. & les Modernes. 339
| métalliques & conserver l'espèce |
|
| métallique qui est mercurielle, |
|
| ne doit & ne peut se servir d'autre |
|
| essence que de celle qui leur est |
|
| très proche, c'est-à-dire de l'essence |
|
| du vif-argent, qui est une humidité |
|
| métallique, & qui seule |
|
| peut putréfier ces corps secs ; sans |
|
| quoi on ne peut séparer le pur de |
|
| l'impur : ce qui est si évident & |
|
| ce que j'ai démontré si clairement, |
|
| qu'à moins de vouloir être |
|
| obstinément fixe dans ses prévention, |
|
| on ne peut pas en douter, |
|
| pour peu qu'on ait quelque teinture |
|
| de Physique & un peu de pratique |
|
| des manipulations chimiques, |
|
| & de la nature des métaux. |
|
| Que ceux qui travaillent & | |
| qui désirent de parvenir au sublime |
|
| de cette science véritablement |
|
| divine, puisque Dieu l'a inspirée |
|
| aux hommes par sa seule bonté, |
|
| il faut nécessairement que s'ils |
|
| tendent au sublime de cet Art qui |
|
| F f ij | |
@
340
De la Pierre
| | est la Pierre philosophique ; il faut |
| | dis-je, qu'ils croient aux Philosophes, |
| | & à la vérité qu'ils leur |
| | crient à grande voix, qu'ils laissent |
| | à part, pour ce grand oeuvre, les natures |
| | & comme |
| | dit Pythagore dans la Tourbe, |
| | qu'ils prennent nature métallique ; car |
| | il n'y a que les choses minérales & |
| | métalliques qui conviennent & |
| | qui aient quelque rapport aux |
| | choses minérales & métalliques. |
| | Qu'ils ne prennent pas les corps |
| | impurs de ces choses, mais leurs |
| | âmes pures, c'est-à-dire leurs |
| | quintessences : car des corps impurs, |
| | quand même ils seraient |
| | métalliques, il n'en peut pas venir |
| | une chose qui purifie les corps |
| | impurs & qui puisse les réduire à |
| | la plus haute perfection. Il faut |
| | donc que la médecine soit formée |
| | d'une matière poussée au plus |
| | haut degré de pureté & de perfection, |
| | telle qu'est la quintessence |
@
selon les Anc. & les Modernes. 341
| de l'or & du vif-argent, afin |
|
| qu'elle puisse communiquer abondamment |
|
| la perfection aux corps |
|
| que les autres n'ont pas. |
|
| Voilà ce que tous les Philosophes | |
| qui ont écrit de cet Art nous |
|
| enseignent assez clairement ; mais |
|
| ils nous ont fermé la porte, d'autant |
|
| qu'ils ne nous enseignent pas |
|
| les moyens d'opérer. |
|
| Le seul Paracelse nous a montré | |
| le chemin d'y parvenir ; mais il |
|
| faut cheminer & ne pas s'arrêter ; |
|
| il faut travailler & faire effort |
|
| d'esprit, sans quoi il ne faut pas |
|
| espérer d'obtenir cette toison |
|
| d'or. |
|
| Il faut donc se souvenir de ce | |
| que j'ai dit ci-dessus, qu'il y a |
|
| plusieurs manières de faire la |
|
| Pierre, mais que toutes reviennent |
|
| à la même : La matière est |
|
| unique en substance, mais on peut |
|
| la prendre en divers corps métalliques |
|
| ; la manipulation tend à la |
|
| F f | |
@
342
De la Pierre
| | même fin, mais elle peut être |
| | différente, suivant les lumières |
| | ou l'habileté de l'Artiste. La plu- |
| | part de ceux qui ont écrit, ont |
| | caché ou déguisé l'une & l'autre, |
| | plus ou moins, suivant la bonté |
| | ou la malignité de leur coeur. |
| | Raymond Lulle a déguisé la matière |
| | sous le nom de vin ; mais il |
| | a beaucoup parlé & même assez |
| | ouvertement de la manipulation, |
| | ce qui a fait que plusieurs ont |
| | travaillé sur le vin & sur son esprit |
| | rectifié, sur le tartre du vin, sur |
| | l'urine des jeunes gens qui boivent |
| | du vin, & autres semblables |
| | choses ; mais sans aucun fruit, |
| | parce que comme nous l'avons dit, |
| | la nature végétale ou animale |
| | n'a aucune relation de nature |
| | avec la métallique. Raymond |
| | ne parle du vin & de son tartre |
| | que par similitude, (car il faut encore |
| | développer cet énigme;) ce |
| | grand Philosophe prend la matière |
@
selon les Anc. & les Modernes. 343
| de la Pierre, & il en compose |
|
| son menstrue puant duquel il sépare |
|
| une liqueur blanche & rouge, |
|
| qu'il appelle vin blanc & vin, |
|
| rouge : il en sépare aussi un esprit |
|
| inflammable, qu'il appelle esprit-de- |
|
| vin, & il reste au fond des distillations |
|
| une terre noire & fixe, qui |
|
| ayant quelque ressemblance au |
|
| tartre de vin, il lui donne ce nom ; |
|
| mais il dit que le tartre de ce vin |
|
| est plus noir que le tartre noir qui |
|
| provient du raisin noir de Catalognes |
|
| ; & c'est pour cela qu'il l'appelle |
|
| le noir plus noir que le noir, |
|
| recipe nigrum nigrius nigro : il |
|
| prend donc cette terre noire calcinée |
|
| auparavant, comme le tartre |
|
| commun, & l'imbibant de l'esprit |
|
| de ce vin, ou bien du même |
|
| qui est encore meilleur, il en forme |
|
| encore un tartre volatil, qu'il |
|
| appelle sel armoniac végétable, à |
|
| cause, comme on l'a dit, que ce |
|
| sel fait harmonie & concordance |
|
| F f iiij | |
@
344
De la Pierre
| | avec la nature métallique, & qu'il |
| | fait végéter l'or & l'argent. De |
| | ce menstrue puant, & du vin qu'il |
| | tire par la distillation, & du sel |
| | armoniac végétable qui vient de |
| | ce tartre, il fait toutes les opérations |
| | qu'on lit dans ses expériences |
| | & dans le Livre de la quintessence |
| | & plusieurs autres : Rupecissa |
| | son élève a amplifié encore |
| | ces choses dans son Livre de la |
| | quintessence, & il a suivi la |
| | méthode de son Maître, & ce déguisement |
| | fait que ceux qui commencent |
| | à étudier cet Art dans |
| | leurs Livres n'entendront pas facilement |
| | leur pratique, sans ce |
| | petit avertissement que je leur |
| | donne, faute de quoi plusieurs |
| | ont fait de grandes dépenses dans |
| | le vin & dans le tartre, comme le |
| | bon Trévisan ledit de lui-même. |
| | Je pourrais en dire d'avantage, |
| | si je ne craignais pas d'ennuyer le |
| | Lecteur. D'ailleurs il ne faut pas |
| | trop en dire & il faut laisser |
@
selon les Anc. & les Modernes. 345
| quelque chose à faire à ceux qui |
|
| s'appliquent à cette science, leur |
|
| donnant lieu de lire les Auteurs |
|
| & de les méditer ? Qu'on lise donc |
|
| & qu'on médite Paracelse, qui fera |
|
| entendre plus facilement Raymond |
|
| Lulle & ceux de son école, |
|
| qui ont écrit beaucoup de la pratique, |
|
| laquelle revient au fond à |
|
| celle de Paracelse, & qui est un |
|
| peu plus courte & plus facile. |
|
| Ce que j'ai pu faire dans ce Livre, | |
| ç'a été de faciliter aux amateurs |
|
| de cet Art l'intelligence des |
|
| Auteurs ; & je puis dire que celui |
|
| qui aura un peu de jugement & |
|
| qui aura bien lu mon écrit, aura |
|
| une très grande facilité pour entendre |
|
| les Livres de nos Philosophes |
|
| ; la plupart desquels ne nous |
|
| parlent de cet ouvrage que lors |
|
| que les matières de la Pierre sont |
|
| dans le vaisseau pour se cuire & |
|
| former la Pierre, fermant par ce |
|
| moyen la porte aux studieux, & |
|
| leur cachant le commencement |
|
@
346
De la Pierre
| | de l'ouvrage, sans lequel on ne |
| | peut rien faire. |
| | Quant à ceux qui ont écrit
|
| | quelque chose de la pratique, |
| | comme Raymond Lulle, & ceux |
| | de son école, comme aussi Basile |
| | Valentin & semblables, ils ont |
| | caché sous d'autres noms la matière |
| | de la Pierre, & même ils ont |
| | omis le plus important de la |
| | pratique. Paracelse les imite dans |
| | ces derniers points ; mais il a enseigné |
| | d'ailleurs tant d'autres |
| | choses importantes, que pour |
| | peu qu'on ait de l'esprit, & qu'on |
| | s'applique à expérimenter, ce qu'il |
| | faut faire (car il ne faut pas croire |
| | que tout d'un coup on parvient à |
| | ces désirs) en corrigeant ses propres |
| | fautes, il parviendra enfin à |
| | la perfection de l'Art. Il faut |
| | donc avoir en premier lieu de |
| | bons principes, pour le choix des |
| | matières ; ce qu'à mon avis on ne |
| | peut mieux acquérir que dans les |
| | Livres de Geber, particulièrement |
@
selon les Anc. & les Modernes. 347
| dans la Somme de la perfection |
|
| ; car c'est là où il connaîtra |
|
| à fond la nature des métaux, & |
|
| qu'il n'y a que la très pure substance |
|
| de l'argent-vif qui soit propre |
|
| à faire la Pierre, & qu'en quelque |
|
| lieu qu'on puisse trouver cette |
|
| substance très pure de l'argent- |
|
| vif, qui est son esprit & quintessence, |
|
| dans ce lieu est la matière |
|
| de la Pierre. Or cette substance |
|
| pure se peut tirer plus facilement |
|
| & plus prochainement du même |
|
| vif argent, parce qu'il y a facilité |
|
| de tirer plutôt de lui que d'un autre |
|
| sa substance pure & subtile, |
|
| d'autant qu'il a actuellement une |
|
| essence subtile, & que, comme dit |
|
| Paracelse avec Geber, il est un |
|
| métal plus ouvert que les autres. |
|
| L'on verra aussi que cette substance |
|
| pure est plus prochaine dans |
|
| l'or & dans l'argent ; mais elle |
|
| n'est pas facile à extraire, parce |
|
| que ces métaux sont fort resserrés, |
|
@
348
De la Pierre
| | & que leur essence est fortement |
| | liée avec l'impur sec, & duquel il |
| | n'est pas si facile de la dégager. |
| | Après avoir bien pris ces bons |
| | principes de Geber, l'on peut lire |
| | avec attention les Livres de Paracelse, |
| | dont j'ai taché de faciliter |
| | l'intelligence, ceux-ci faciliteront |
| | l'intelligence de Raymond Lulle, |
| | de Basile Valentin & de ceux de |
| | leur école. |
| | On peut lire aussi comme un |
| | abrégé & un précis précieux de la |
| | science, l'Auteur du secret hermétique |
| | qu'on attribue à d'Espagnet, |
| | duquel on peut dire que les |
| | règles sont d'or. |
| | Voilà ce que j'ai pu dire en faveur |
| | des studieux de cet Art ; ceux |
| | à qui cela ne plaît point, à cause |
| | qu'ils sont prévenus de leurs fantaisies |
| | & imaginations, n'ont qu'à |
| | le rejeter & s'en tenir à leurs |
| | opinions : j'ai fait mon devoir ; |
| | m'en saura gré qui voudra. |
@
349
|
|
| |
|
| P R A T I Q U E | |
| |
|
| DE LA | |
| |
|
| V O I E H U M I D E | |
| |
|
| Pour servir à la confection de la |
|
| Pierre. | |
| |
|
| L E S diverses pratiques pour |
|
| faire la Pierre des Philosophes | |
| sont la même chose en substance, |
|
| puisqu'elles mènent à la |
|
| même fin. |
|
| Mais quoique ces voies soient | |
| diverses ; cependant on les distingue |
|
| en deux principales, qu'on |
|
| appelle la voie sèche & la voie |
|
| humide, & chacune de ces voies, |
|
| particulièrement l'humide, a diverses |
|
| branches ; la voie sèche est |
|
| ainsi appelée parce qu'en la pratiquant |
|
| on ne se mouille point les |
|
@
350
Pratique
| | mains en touchant les matières |
| | philosophiques, & cette voie paraît |
| | consister dans l'extraction de |
| | la quintessence du vif-argent, à |
| | quoi on parvient par une dépuration |
| | parfaite ; & on peut procéder |
| | sur lui en le fixant & imbibant |
| | pour le volatiliser & fixer encore |
| | comme Geber enseigne dans la |
| | Médecine du troisième ordre : ou |
| | bien pour abréger ou faciliter |
| | cette pratique en prenant l'or déjà |
| | fixe, & le joignant & amalgamant |
| | avec ledit vif-argent préparé, |
| | faire cuire dans un vaisseau de |
| | verre ce composé, le putréfier & |
| | faire passer par les couleurs ; ainsi |
| | que tous les Philosophes enseignent. |
| | La voie humide est celle dont |
| | la pratique enseigne à réduire le |
| | vif-argent en une eau mercurielle |
| | sans perde sa nature de vif- |
| | argent ; avec cette eau mercurielle |
| | acuée, de son sel on réincrude le |
@
de la voie humide. 351
| corps de l'or & de l'argent en peu |
|
| d'heures, & faisant cuire avec ladite |
|
| eau blanche on rouge le |
|
| corps parfait réincrudé, lequel |
|
| passe aussi par les couleurs & en |
|
| un temps plus court, & il s'exalte |
|
| encore à une perfection plus |
|
| grande. |
|
| Il est aussi à remarquer qu'avec | |
| cette eau l'on peut procéder en |
|
| diverses manières, car c'est la |
|
| Clef de l'Art qui ouvre tous les |
|
| corps métalliques. |
|
| Il n'est pas facile de distinguer | |
| de laquelle de ces deux voies parle |
|
| l'Auteur que l'on lit ; il y a peu |
|
| d'Auteurs qui aient donné la pratique |
|
| de cette eau mercurielle ; & |
|
| ceux qui en ont parlé, ils en ont |
|
| donné la pratique comme il convient, |
|
| c'est-à-dire cachant toujours |
|
| quelque chose. |
|
| J'ai hérité longtemps à joindre | |
| ce traité au précédent : car à dire |
|
| vrai, c'est prostituer l'Art & révé- |
|
@
352
Pratique
| | ler nettement ce que les Philosophes |
| | ont caché avec tant de soin ; |
| | c'est donner à une postérité ingrate |
| | les études & les expériences de |
| | plus de quarante ans. |
| | Mais j'ai fait réflexion que la |
| | providence conduit les hommes |
| | comme il lui plaît ; c'est pourquoi |
| | il en arrivera tout ce qu'elle |
| | voudra, & rien plus : je crois |
| | donc que si elle a destiné quelqu'un |
| | a acquérir ce grand Art, elle permettra |
| | que cet écrit tombe entre |
| | ses mains, & lui donnera les lumières |
| | nécessaires pour suppléer à |
| | ce qui manque : quant aux autres |
| | cet écrit leur sera inutile par trois |
| | raisons, la première parce qu'il |
| | ne conviendra pas à leurs idées & |
| | aux préventions dont les Chimistes |
| | peu Philosophes sont pleins, |
| | 2°. La plupart n'y entendront rien. |
| | 3°. Et ceux qui y entendront quelque |
| | chose, ne comprendront pas |
| | tout le fin de l'Art & des manipulations |
| | lations |
@
de la voie humide. 353
| nécessaires ; quoiqu'à |
|
| dire vrai, si l'on joint le précédent |
|
| Traité à celui-ci, il y manque |
|
| peu de chose ; mais enfin le peu |
|
| qui manque suffit pour tout manquer |
|
| : & on ne peut pas décrire |
|
| cet ouvrage (ainsi que Sendivogius |
|
| le dit) comme si l'on enseigne |
|
| à faire une tartre à la crème. |
|
| Je suis donc convaincu que pour |
|
| beaucoup cet ouvrage soit clair, |
|
| il sera fort obscur à ceux qui ne |
|
| seront pas bons Physiciens |
|
| & qui n'ont pas d'ailleurs une |
|
| grande expérience ; car enfin ce |
|
| n'est pas l'ouvrage des gens qui |
|
| sont avides d'avoir de l'or, mais |
|
| c'est l'oeuvre d'un Artiste expérimenté |
|
| & Philosophe, & surtout |
|
| qui est destiné de Dieu à jouir de |
|
| ce grand don. Je veux donner |
|
| un exemple de cette dernière vérité |
|
| : le Célèbre Weidenfeld lequel, |
|
| comme moi, a ramassé la |
|
| plupart des enseignements & des |
|
| G g | |
@
354
Pratique
| | recettes des Philosophes, & dont |
| | les écrits m'ont beaucoup aidé : |
| | quoique ce Philosophe fût beaucoup |
| | plus savant & plus laborieux |
| | que moi ; cependant il est |
| | mort sans faire la Pierre : car |
| | manquant de faculté pour y parvenir |
| | avec commodité, son esprit |
| | fut détourné à vouloir faire la |
| | multiplication du salpêtre, en |
| | quoi il acheva de se ruiner, aussi |
| | bien que quelque autres de ses amis, |
| | auxquels il ne voulut jamais se |
| | confier pour faire le grand Oeuvre. |
| | Peut être aussi qu'il lui manquait |
| | quelque chose à savoir ; enfin |
| | moi-même depuis dix ans j'ai |
| | été détourné par des choses encore |
| | plus inutiles, de m'appliquer |
| | à cet ouvrage: je cède donc à l'inspiration |
| | & à la volonté de Dieu, |
| | & à celle d'un de mes chers amis |
| | qui veut que je lui donne encore |
| | ce Traité pour le joindre au précédent |
| | de Paracelse, ce qui formera |
@
de la voie humide. 355
| un ouvrage complet & tel |
|
| qu'on n'en a jamais vu un semblable. |
|
| Mais remarquez une chose |
|
| étonnante de la Providence ; cet |
|
| ami est mort peu après l'avoir reçu |
|
| & n'a pu en profiter : je le |
|
| donne donc au public de bon |
|
| coeur, & je souhaite que ceux entre |
|
| les mains desquels il pourra |
|
| tomber quelque jour, en tirent |
|
| tous les avantages que le père de |
|
| lumière accorde à ceux qu'il |
|
| lui plaît d'illuminer. |
|
| --------------------------------- |
|
| Traité du vitriol philosophique, de ses |
|
| liqueurs, blanche & rouge. | |
| |
|
| L ES Philosophes nous ont | |
| donné plusieurs recettes pour | |
| tirer l'essence de cette matière |
|
| qu'ils appellent le Lion vert & de |
|
| plusieurs autres noms : je les mettrais |
|
| toutes ici afin de les comparer |
|
| les unes avec les autres & en tirer |
|
| plus de lumières ; car ce que l'un |
|
| G g ij | |
@
356
Pratique
| | ne dit pas, l'autre l'explique ; & |
| | comme dit Geber le Maître des |
| | Maîtres, un Livre ouvre & éclaircit |
| | l'autre, d'autant que celui qui lui |
| | parle d'une chose qui lui est fort |
| | connue & familière, omet souvent |
| | quelque chose d'important, |
| | qu'un autre dit ; laissant aussi de |
| | sa part quelque autre chose importante. |
| | Mais il est à remarquer que tous |
| | les Philosophes qui ont parlé de |
| | cette opération, qui est la préparation |
| | de la seule & unique matière |
| | de la Pierre, non seulement ils |
| | ont caché quelle était cette matière |
| | qu'ils ont nommé de toutes |
| | sortes de noms ; mais ils ont aussi |
| | caché avec soin le commencement |
| | de la préparation : fermant ainsi |
| | l'entrée à tous les curieux de cet |
| | Art ; je tâcherai néanmoins d'éclaircir |
| | ces deux points importants |
| | autant qu'il me sera possible ; |
| | disant ce que j'en pense. |
@
de la voie humide. 357
| Voyons auparavant ce que les | |
| Philosophes disent de ce premier |
|
| ouvrage & de cette première préparation, |
|
| dans laquelle comme |
|
| j'ai dit, ils omettent encore le |
|
| premier commencement qu'ils |
|
| laissent deviner sans l'enseigner : |
|
| & voici comme Riplée en parle, |
|
| supposant que vous ayez préparé |
|
| comme il faut la matière qu'il appelle |
|
| le Lion vert. |
|
| |
|
| R E C E T T E DE R I P L E'E, |
|
| in lib. accurtationum pag. 333. |
|
| |
|
| » Prenez le Lion vert sans le dissoudre | |
| » avec le vinaigre, comme |
|
| » l'on fait ordinairement, & mettez-le |
|
| » dans une grande retorte |
|
| » de terre qui résiste bien au feu & |
|
| » mettez-le à distiller comme si |
|
| » vous vouliez faire de l'eau-forte : |
|
| » & commencez à donner le feu |
|
| » par degrés laissant distiller, & |
|
| » quand vous verrez paraître des |
|
| » fumées blanches, changez le |
|
| » récipient, & lutez bien, conti- |
|
@
358
Pratique
| | » nuant à distiller à grand feu pendant |
| | » vingt-quatre heures comme |
| | » si vous faisiez l'eau-forte, & |
| | » si vous continuez le feu pendant |
| | » huit jours, vous verrez toujours |
| | » au récipient plus de vapeurs blanches, |
| | » & de cette manière vous |
| | » aurez le sang de Lion vert, qui |
| | » est cette eau que nous appelons |
| | » l'eau secrète, & le vinaigre |
| | » très aigre, par lequel |
| | » tous les corps des métaux sont |
| | » réduits en leur première matière, |
| | » & qui guérit toutes les infirmités |
| | » du corps humain ; c'est |
| | » notre feu qui brûle toujours |
| | » continuant de même dans le |
| | » vaisseau de verre, & non pas |
| | » dehors : c'est notre fumier, notre |
| | » eau-de-vie, notre bain, notre |
| | » vendange qui fait des merveilles |
| | » dans les ouvrages de nature, qui |
| | » examine par pénétration tous |
| | » les corps dissous & non dissous |
| | » ; & c'est une eau aigre |
| | » qui porte dans son ventre un |
@
de la voie humide. 359
| » feu; c'est pourquoi on l'appelle |
|
| » eau de feu, car sans cela elle n'aurait |
|
| » pas la puissance de résoudre |
|
| » les corps dans leur première |
|
| » matière : c'est notre |
|
| » mercure, notre soleil & notre |
|
| » lune dont nous nous servons |
|
| » dans notre ouvrage ; vous trouverez |
|
| » dans le fond de la cornue |
|
| » des fèces noires que vous calcinerez |
|
| » pendant huit jours sur un |
|
| » feu lent. |
|
| Par toutes les merveilles que | |
| Riplée attribue à cette eau, je |
|
| conjecture que le Lion vert n'est |
|
| pas le vitriol commun, quoique |
|
| le vitriol soit un demi-minéral, |
|
| qui est de couleur verte : & je |
|
| croirais volontiers que le Lion |
|
| vert est quelque chose de plus pénétrant |
|
| & de plus proche à la nature |
|
| des métaux, quoique cette |
|
| eau peut les résoudre en leur première |
|
| matière, avec la conservation |
|
| de l'espèce, ce que l'huile de |
|
@
360
Pratique
| | vitriol ne peut jamais faire de |
| | quelque manière qu'on le prépare, |
| | &c. |
| | Voici une autre recette de Riplée, |
| | dans laquelle il dissout le susdit |
| | Lion vert, déjà préparé auparavant, |
| | & de laquelle préparation, |
| | ni lui ni personne ne dit |
| | mot, ou très légèrement : en dissolvant |
| | avec le vinaigre cette matière |
| | que je crois métallique, il |
| | en forme avant que de le distiller |
| | une espèce de gomme, ou vitriol |
| | philosophique, & ensuite il le distille |
| | comme il s'ensuit. |
| | » Prenez l'adrop, duquel |
| | » nous avons parlé ci-dessus, |
| | » & faites-le dissoudre dans |
| | » le vinaigre distillé, l'y laissant |
| | » huit jours, agitant trois ou quatre |
| | » fois par jour, & remuant le |
| | » tout avec un bâton ; décantez la |
| | » liqueur avec la dissolution, & |
| | » filtrez-la trois fois, afin qu'il n'y |
| | » ait point de fèces & jusqu'à ce |
| | que |
@
de la voie humide. 361
| » que la dissolution soit claire & |
|
| » transparente comme le cristal ; |
|
| » ensuite par un feu lent faites |
|
| » évaporer le vinaigre jusqu'à ce |
|
| » que la matière devienne comme |
|
| » de la glu fort épaisse, de manière |
|
| » qu'on ne peut pas l'agiter |
|
| » par la viscosité ; & après que |
|
| » la matière sera froide conservez- |
|
| » la à part, & en faites encore |
|
| » d'autres : (je crois en remettant |
|
| » encore du vinaigre sur ce qui |
|
| » n'a pas été dissous,) faites donc |
|
| » tant que vous en ayez douze livres, |
|
| » (je crois douze onces) de ce |
|
| » Lion vert, ou Adrop réduit |
|
| » ainsi en forme de gomme. Alors |
|
| » vous avez la terre tirée de la terre |
|
| » & le frère de la terre. Prenez |
|
| » donc une livre de cette gomme, |
|
| » & mettez la dans un vaisseau de |
|
| » verre grand comme un médiocre |
|
| » pot, luttant bien les jointures |
|
| » du récipient, & faites distiller, |
|
| » &c. |
|
| H h | |
@
362
Pratique
| | La recette de Duncanus Archevêque |
| | de Cantorbie est la même |
| | en tout, il y a seulement cette |
| | différence qu'il dit. |
| | » Prenez trois livres de cette |
| | » gomme dans un vaisseau distillatoire |
| | » qui contient environ |
| | » deux mesures, & ayant luté les |
| | » jointures, faites distiller au sable, |
| | » lequel doit être épais de deux |
| | » doigts sous le vaisseau aussi bien |
| | » qu'au tour jusqu'à la moitié de la |
| | » cucurbite ou cornue ; & que ce |
| | » soit un peu au-dessus de la matière |
| | » qui est dans le vaisseau. |
| | » Faites au commencement un |
| | » très petit feu sans luter le récipient, |
| | » jusqu'à ce que vous voyez |
| | » que le flegme est tout sorti, |
| | » continuant ainsi jusqu'à ce que |
| | » les fumées blanches commencent |
| | » à paraître comme du lait. |
| | » Alors lutez bien les jointures |
| | » augmentant peu à peu le feu, & |
| | » à la fin vous aurez une huile |
@
de la voie humide. 363
| » très rouge comme du sang qui |
|
| » est un or aérien & spirituel : ceci |
|
| » est le menstrue puant, le soleil |
|
| » des Philosophes, notre teinture, |
|
| » l'eau ardente, le sang du Lion |
|
| » vert, notre humidité onctueuse |
|
| » laquelle est le souverain restaurant |
|
| » & consolation du corps |
|
| » humain dans ce monde ; c'est |
|
| » notre eau de vie, le vrai mercure |
|
| » des Philosophes, l'eau de vie |
|
| » qui donne la vie à l'or & aux autres |
|
| » métaux & les dissout avec |
|
| » la conservation de leur espèce, |
|
| » & qui a plusieurs autres noms ; |
|
| » & lors que les fumées blanches |
|
| » paraissent, continuez encore le |
|
| » feu pendant douze heures, dans |
|
| » lequel temps toute l'huile distillera |
|
| » si le feu est convenablement fort, |
|
| » conservez cette distillation, la |
|
| » bouchant bien, qu'elle ne s'évapore |
|
| » pas. |
|
| Ce menstrue n'est pas différent | |
| du premier, quoique la substance |
|
| H h ij | |
@
364
Pratique
| | ne soit pas différente, & que la |
| | matière dont on doit se servir |
| | reste encore dans l'obscurité. |
| | Cependant Riplée dit en quelque |
| | endroit quatre raisons pour |
| | lesquelles on appelle cette matière |
| | le Lion vert. |
| | » 1°. Par le mot de Lion vert |
| | » les Philosophes entendent le soleil, |
| | » lequel par sa vertu fait verdir |
| | » & germer toutes les plantes, |
| | » & qui meut & anime toute la |
| | » nature ; le Lion vert donc est celui |
| | » par qui tout verdit & |
| | » croît, élevant des froides cavernes |
| | » les vapeurs qui font croître |
| | » & dont le fils nous est très |
| | » cher & propre à faire l'Elixir, |
| | » car c'est par ce fils qu'on a la |
| | » puissance d'obtenir nôtre soufre |
| | » blanc & rouge qui ne brûle |
| | » point & qui ne se trouve que |
| | » dans le corps des deux luminaires |
| | » ; lequel, comme dit Avi& |
| | » cenne, est une très bonne chose, |
@
de la voie humide. 365
| » de laquelle les Chimistes |
|
| » peuvent produire l'or & l'argent : |
|
| » ces paroles doivent suffire pour |
|
| » connaître ce que c'est que le |
|
| » Lion vert. |
|
| » 2°. 0n l'appelle vert, parce que | |
| » cette matière est encore verte |
|
| » & aigre, & qui n'est pas encore |
|
| » mure; c'est-à-dire que la nature |
|
| » ne l'a pas encore fixée & perfectionnée |
|
| » comme elle a fait l'or |
|
| » commun : le Lion vert des Philosophes |
|
| » est donc un or vert, & |
|
| » qui n'est pas encore mur ; c'est |
|
| » un or vif qui n'est pas encore |
|
| » fixé par la nature & qu'elle a |
|
| » laissé imparfait : & c'est pour |
|
| » cela qu'il a la puissance de réincruder |
|
| » tous les corps & de les |
|
| » réduire en leur première matière, |
|
| » & de rendre les corps fixes, |
|
| » spirituels & volatils comme lui. |
|
| » 3°. On l'appelle aussi Lion, | |
| » parce qu'ainsi que tous les |
|
| » animaux lui cèdent, de même |
|
| H h iij | |
@
366
Pratique
| | » tous les corps métalliques cèdent |
| | » à la puissance de cet or vif |
| | » qui est notre mercure. |
| | 4°. Enfin ce noble enfant |
| | » s'appelle Lion vert, parce que |
| | » lorsqu'on l'a dissout il paraît habillé |
| | » de vert : néanmoins du |
| | » Lion vert des fous (le vitriol) |
| | » par un grand feu on tire une |
| | » espèce d'eau forte, dans laquelle |
| | » il faut faire bouillir le susdit |
| | Lion. (Notez ces paroles qui |
| | m'ont ouvert l'esprit à faire l'ouvrage |
| | que je fais.) |
| | Quant au nom Adrop l'on voit |
| | que c'est la même chose que le |
| | Lion vert. Aussi dans la recette |
| | précédente est dit, prenez l'Adrop, |
| | c'est-à-dire le Lion vert : & le |
| | même Riplée parlant de lui il dit ; |
| | » l'Adrop est or & argent en puissance, |
| | » non visible comme Rasis |
| | » le dit, & notre or & argent |
| | au dire de nos Philosophes, n'est |
| | » pas or & argent vulgaires ; car |
@
de la voie humide. 367
| » les nôtres sont aériens, lesquels |
|
| » pour être bien fermentés doivent |
|
| » être joints à ce qu'ils aiment, |
|
| » c'est-à-dire avec l'or & |
|
| » l'argent vulgaires ; d'autant |
|
| » que le Philosophe dit que Adrop |
|
| » est un or aérien, & le susdit |
|
| » Adrop est appelé or lépreux, auxquelles |
|
| » choses Guidon Philosophe |
|
| » Grec est d'accord, en parlant |
|
| » de l'esprit mercuriel, qui est le |
|
| » menstruel formé de l'esprit & |
|
| » du sang du Lion vert, lequel |
|
| » est tiré de l'Adrop naturel par |
|
| » l'Art ; ainsi & de la manière |
|
| » qu'il écrit : & cet esprit est le soleil |
|
| » ou le soufre de l'eau solaire |
|
| » des Philosophes & l'arsenic de |
|
| » la lune, & il ajoute au même |
|
| » lieu : le corps est le ferment de |
|
| » l'esprit ; & l'esprit est le ferment |
|
| » du corps, & la terre dans laquelle |
|
| » est caché le feu qui dessèche, |
|
| » imbibe & qui fixe l'eau ; |
|
| » & l'air qui est dans l'eau, lequel |
|
@
368
Pratique
| | » lave, teint, & perfectionne la |
| | » terre & le feu, & sur ce que |
| | » Guidon dit qu'ils enseignent & |
| | » perfectionnent ; on doit l'entendre |
| | » de la Pierre, c'est-à-dire |
| | » de la matière prochaine de la |
| | » Pierre qui est le menstrue formé |
| | » de l'Adrop ou du Lion vert ; |
| | » lequel est suffisant pour se perfectionner |
| | » soi-même, c'est-à- |
| | » dire à former l'Elixir, & qu'on |
| | » ne doit y introduire rien d'étrange |
| | » comme lui & tous les autres |
| | » le disent ; car toutes les parties |
| | » de l'Elixir sont essentielles |
| | » & consubstantielles : car l'intention |
| | » des Philosophes est de |
| | » faire cet ouvrage en peu de |
| | » temps sur la terre, ce que la nature |
| | » fait en longtemps sous terre, |
| | » de manière que Guidon a raison |
| | » de dire que ceux qui veulent |
| | » former le ferment de l'argent-vif |
| | » vulgaire pour notre corps choique, |
| | » si, ne sont que des ignorants. Parce |
@
de la voie humide. 369
| » comme dit Guidon, la |
|
| » matière qui contient en soi l'argent |
|
| » vif, est mille fois meilleure |
|
| » que les corps du soleil & de la |
|
| » lune cuits par la chaleur naturelle |
|
| » du soleil. Concord, Lulle |
|
| » & Guidon pag. 333. |
|
| Et continuant à parler de l'Adrop, | |
| il dit, » la fumée blanche |
|
| » sort de ses veines, laquelle si |
|
| » vous savez cueillir & la remettre |
|
| » sur ses propres veines, elle se |
|
| » fixera & en peu de temps se formera |
|
| » le vrai Elixir : & certainement |
|
| » sans ces liqueurs spirituelles, |
|
| » c'est-à-dire l'eau & l'huile |
|
| » du mercure (qui sont dans ledit |
|
| » menstrue de l'Adrop ou Lion |
|
| » vert) le corps chimique de l'Adrop |
|
| » (que Raymond appelle |
|
| » neutral parce qu'il n'est pas métal, |
|
| » & il est la source des métaux) |
|
| » ne se peut purger ; & c'est ce |
|
| » corps chimique qu'on appelle |
|
| » corps lépreux & noir, dans lequel |
|
@
370
Pratique
| | » comme dit Vincent dans son |
| | » miroir naturel, sont l'or & l'argent |
| | » en puissance & non en apparence |
| | » ; parce que le profond |
| | » de ce corps (de l'Adrop ou Lion |
| | » vert) n'est autre chose qu'un |
| | » or spirituel & subtil comme l'air |
| | » lequel on ne peut pas avoir |
| | » à moins qu'auparavant vous ne |
| | » purifiiez ce corps lépreux & sale, |
| | » ce qui n'arrive qu'après sa parfaite |
| | » purification, & alors il est |
| | » mille fois plus excellent & parfait |
| | » que les corps de l'or & de |
| | » l'argent vulgaires digérés par la |
| | » chaleur naturelle. |
| | La première matière de ce |
| | » corps lépreux est une eau visqueuse |
| | » épaissie dans les entrailles |
| | » de la Pierre ; & de ce corps, |
| | » comme dit Vincent, on fait le |
| | » grand Elixir au blanc & au rouge, |
| | » le nom duquel est Adrop, |
| | » lequel autrement est appelé |
| | » plomb noir des Philosophes, duquel |
@
de la voie humide. 371
| » Raymond Lulle est d'avis de tirer |
|
| » l'huile de couleur d'or, ou |
|
| » semblable à l'or ; & Raymond |
|
| » dit que cette huile n'est pas nécessaire |
|
| » dans l'ouvrage végétable, |
|
| » parce que les dissolutions |
|
| » & les coagulations de cet ouvrage |
|
| » se font vite, & si vous |
|
| » savez le séparer de son flegme |
|
| » & ensuite chercher ses secrets, |
|
| » vous pourrez faire en trente |
|
| » jours la Pierre des Philosophes ; |
|
| » cette huile rend les médecines |
|
| » & les teintures pénétrables, & |
|
| » qui se joignent amiablement |
|
| » aux corps des métaux, & dans |
|
| » le monde il n'y a chose plus secrète. |
|
| » Medulla phisic. pg. 131. |
|
| Guidon & Riplée rapportent | |
| plusieurs noms qu'on donne à |
|
| ce Lion vert ou Adrop, qu'on appelle |
|
| communément plomb philosophique. |
|
| Nous continuerons à |
|
| voir ce qu'on dit du Lion vert. |
|
| ou de l'Adrop, sous le nom de |
|
| plomb philosophique. |
|
@
372
Pratique
| | Premièrement, entendez (dit |
| | » Riplée) ce que dit Avicenne, |
| | » que dans le plomb philosophique |
| | » l'or & l'argent sont en puissance, |
| | » & que la nature les a |
| | » laissés crus, & cuits seulement |
| | » à demi ; c'est pourquoi il faut y |
| | » suppléer par l'Art, & perfectionner |
| | » ce que la nature a laissé |
| | » imparfait : ce qu'il faut faire |
| | » par le moyen d'un ferment qui |
| | » cuit & qui digère les crudités |
| | » que la nature y a laisses ; c'est |
| | » pourquoi pour le ferment prenez |
| | » l'or parfait, parce que notre |
| | » plomb tirera un peu de sa substance |
| | » fixe, & par ce moyen il |
| | » convertira une grande quantité |
| | » des corps non fixes ; & de cette |
| | » manière l'Art aidera la nature, |
| | » & fixera en peu d'heures sur la terre |
| | » ce qu'elle fait en mille ans dans |
| | » la terre, & par cette expérience |
| | » vous entendrez comme le plomb |
| | » contient en soi de grands secrets |
@
de la voie humide. 373
| » car il a en lui un argent vif pur |
|
| » & net & odoriférant, & qui n'a |
|
| » pu être conduit à la perfection |
|
| » par la nature ; & cet argent vif |
|
| » est la base & le fondement de |
|
| » notre précieuse médecine, tant |
|
| » pour les corps humains que |
|
| » pour les métalliques ; & il est l'Elixir |
|
| » de vie qui guérit toutes les |
|
| » infirmités, & duquel mercure |
|
| » il faut entendre le Philosophe, |
|
| » quand il a dit que dans le |
|
| » mercure est tout ce que les sages |
|
| » cherchent ; & c'est de lui qu'on |
|
| » doit tirer, l'esprit, l'âme & le |
|
| » corps qui sont la vrai teinture : |
|
| » c'est dans le mercure qu'on |
|
| » trouve le feu des Philosophes, |
|
| » qui brûle également dans le |
|
| » vaisseau & non dehors. Il a de |
|
| » plus une très grande vertu attractive |
|
| » & la puissance de dissoudre |
|
| » le soleil & la lune, & de |
|
| » les réduire à leur première matière |
|
| » avec la conservation de |
|
@
374
Pratique
| | » leur espèce ; c'est avec ce mercure |
| | » qu'il faut dissoudre la chaux |
| | » des corps parfaits pour congeler |
| | » l'esprit mercuriel du susdit |
| | » dissolvant Ripl. Papill. pag. 295. |
| | Mais prenez garde, dit-il, |
| | » que vous n'opériez avec le saturne |
| | » vulgaire, parce que l'on |
| | » dit communément qu'il ne faut |
| | » pas manger de l'enfant dont la |
| | » mère est corrompue : & croyez |
| | » moi que plusieurs se trompent |
| | » en travaillant dans le saturne : |
| | » écoutez ce qu'Avicenne dit : Saturne |
| | » sera toujours Saturne, & |
| | » même ne travaillez pas sur la |
| | » terre de Saturne (des Philosophes) |
| | » qui a été abandonnée par |
| | » son esprit (la tête morte) & |
| | » qu'il a abandonnée comme un |
| | » mauvais soufre, agissez avec son |
| | » odeur (sa vapeur, son esprit) |
| | » pour congeler le mercure, non |
| | » pourtant comme font les fous, |
| | » mais comme font les Philosophes, |
@
de la voie humide. 375
| » & vous aurez une bonne |
|
| » chose Phil. cap. 2. pag. 188. |
|
| » Il continue à dire. Nous appelons | |
| » Plomb tout le composé, |
|
| » & ce sont nos menstrues avec |
|
| » lesquels nous calcinons les corps, |
|
| » mais nul corps impur entre dans |
|
| » la formation de ces menstrues, |
|
| » qu'un seul que les Philos. appellent |
|
| » le Lion vert, & lequel Geber |
|
| » dit être le moyen & le médiateur |
|
| » pour joindre & introduire |
|
| » les teintures de soleil & de la |
|
| » lune, & afin que je vous découvre |
|
| » qu'elle est cette chose, je te |
|
| » jure par le Ciel que c'est un de |
|
| » ceux qui donnent le nom aux |
|
| » sept jours de la semaine, & la |
|
| » chose plus vile (& plus imparfaite) |
|
| » d'entre eux, du corps de |
|
| » laquelle chose on tire par artifice |
|
| » un certain sang & une humidité |
|
| » vaporeuse qui s'appelle le |
|
| » sang du Lion vert, duquel on fait |
|
| » une eau qui s'appelle le blanc de |
|
@
376
Pratique
| | » l'oeuf & l'eau de vie, l'eau de la |
| | » rosée de Mai & qui a plusieurs |
| | » autres noms que j'omets pour |
| | » abréger. Phil. pag. 192. |
| | La troisième méthode pour tirer |
| | le sang du Lion vert, du plomb |
| | calciné ou du minium philosophique, |
| | est la suivante que le |
| | même Riplée nous donne Pupill. |
| | chimic. pag. 303. |
| | Prenez du plomb calciné & |
| | » rubéfié ou du plomb minium, |
| | » c'est-à-dire de l'antimoine minéral |
| | » préparé autant que vous |
| | » voudrez avec cette proportion |
| | » qu'il faut avoir autant de pintes |
| | » de vinaigre distillé que vous |
| | » avez de livres dudit plomb calciné, |
| | » mettez ledit minium avec |
| | » ledit vinaigre dans une terrine |
| | » vitrée bien couverte de la poudre, |
| | » remuant tous les jours |
| | » cinq ou six fois sans y ajouter aucun |
| | » feu ; ayant été ainsi trois ou |
| | » quatre jours (il dit ailleurs huit |
| | jours |
@
de la voie humide. 377
| » jours) après lesquels vous décanterez |
|
| » la liqueur, & la filtrerez afin |
|
| » qu'elle devienne pure & transparente |
|
| » ; mettez-la dans une poêle |
|
| » de cuivre à très petit feu, & |
|
| » faites évaporer le vinaigre flegmatique |
|
| » jusqu'à ce qu'il reste |
|
| » dans le fond une manière d'huile |
|
| » fort épaisse que vous laisserez |
|
| » refroidir, alors vous aurez une |
|
| » matière comme de la gomme ou |
|
| » comme de la glu qu'on pourra |
|
| » couper avec le couteau, mettez |
|
| » 4. livres de cette matière dans |
|
| » une cucurbite bien lutée avec |
|
| » un lut fait de mâchefer, farine & |
|
| » blanc d'oeuf, mettez dans un |
|
| » four de sable & non de cendres, |
|
| » ensevelissant le vaisseau dans le |
|
| » sable, & qu'il y en ait deux |
|
| » doigts dans le fond & par dessus |
|
| » la matière, mettez un récipient |
|
| » sans le luter jusqu'à ce que par |
|
| » un feu très lent vous ayez ôté |
|
| » toute l'eau flegmatique, & |
|
| I i | |
@
378
Pratique
| | » quand vous verrez paraître les |
| | » fumées blanches, changez ou |
| | » videz le récipient & lutez |
| | » bien, lequel il faut qu'il soit |
| | » long de deux pieds. |
| | Laquelle fumée étant extraite, |
| | » vous fortifierez le feu autant |
| | » que vous pourrez, lequel feu |
| | » vous continuerez jusqu'à ce |
| | » que tout soit distillé : ce qui se |
| | » peut faire en 12 heures ou environ |
| | » ; & par ce moyen vous trouverez |
| | » le sang rouge du Lion, |
| | » très rouge & comme du sang, qui |
| | » est notre mercure & notre teinture |
| | » préparée pour en imbiber |
| | » la chaux de l'or très pur. Au |
| | » surplus si vous voulez vous en |
| | » servir au blanc vous distillerez |
| | » votre mercure à petit feu, conservant |
| | » toujours les fèces, & |
| | » vous aurez votre mercure très |
| | » blanc & comme du lait, qui est |
| | » notre lait de la Vierge, le menexubéré |
| | » strue blanc & notre argent-vif |
@
de la voie humide. 379
| » : Duquel par la circulation, |
|
| » vous pouvez faire & l'huile |
|
| » de la chaux de lune, comme |
|
| » vous avez fait de la chaux d'or |
|
| » & vous aurez l'élixir au blanc, |
|
| » qui convertit tous les métaux ; |
|
| » mais notez que l'huile d'or doit |
|
| » se perfectionner en l'unissant |
|
| » avec le baume artificiel par le |
|
| » moyen de la circulation, jusqu'à |
|
| » ce qu'il se forme une liqueur |
|
| » comme de l'or très claire & |
|
| » resplendissante, qui est le vrai |
|
| » or potable, & l'Elixir de la |
|
| » vie plus précieuse que toutes |
|
| » les choses du monde. |
|
| Un semblable menstrue est décrit | |
| par le même Riplée dans sa |
|
| moelle chimique pag. 170. |
|
| » Prenez, dit-il, le jus très aigre | |
| » des raisins, qui étant distillé, |
|
| » vous dissoudrez en icelui, |
|
| » dissolvez en eau cristalline & |
|
| » transparente le corps bien calciné |
|
| » au rouge, que les Philoso- |
|
| Ii ij | |
@
380
Pratique
| | » phes appellent sericon, duquel |
| | » vous ferez une gomme qui ressemble |
| | » à l'alun, & que Raymond |
| | » Lulle appelle vitriol azo- |
| | » queus : de cette gomme on tire |
| | » auparavant à petit feu une eau |
| | » faible qui n'a aucun goût, non |
| | » plus que l'eau de fontaine, mais |
| | » lorsque les fumées blanches paraissent |
| | » changez le récipient & |
| | » luttez bien fort, & vous recevrez |
| | » votre eau brûlante, l'eau_* |
| | » de-vie & menstrue résolutif qui |
| | » auparavant était lui-même résoluble |
| | » ; c'est la vapeur qui peut |
| | » dissoudre tous les corps, les purifier |
| | » & les putréfier, qui peut |
| | » séparer les éléments & réduire |
| | » la propre terre en sel mirable |
| | » par sa vertu attractive ; & ceux |
| | » qui croient qu'il y a une autre |
| | » eau que celle-ci, ils se trompent |
| | » dans leur oeuvre : cette eau a un |
| | » goût très âcre & fort & une |
| | » odeur puante ; & c'est pour cela |
| | » qu'on l'appelle le menstrue puant & |
@
de la voie humide. 381
| » parce que cette eau est fort subtile |
|
| » & spirituelle, c'est pour cela |
|
| » qu'il faut la mettre avant une |
|
| » heure sur la chaux des métaux, |
|
| » & quand on la met sur la chaux |
|
| » des métaux elle commence à |
|
| » bouillir, & si le vaisseau est bien |
|
| » fermé, elle ne cessera pas d'agir |
|
| » sans autre feu jusqu'à ce qu'elle |
|
| » soit desséchée sur la chaux desdits |
|
| » métaux qui s'en imbibent |
|
| » parce qu'elle est leur nature, |
|
| » après quoi vous passerez outre |
|
| » pour accomplir l'ouvrage comme |
|
| » dans l'eau composée : & |
|
| » quand l'Elixir sera de couleur |
|
| » de pourpre, dissolvez-le dans |
|
| » le même menstrue qui soit rectifié |
|
| » & réduit en huile subtile, |
|
| » sur laquelle il faut fixer l'esprit |
|
| » de l'eau par la circulation, & |
|
| » alors elle a la puissance de réduire |
|
| » tous les corps en or très |
|
| » pur, & guérir toutes sortes d'infirmités |
|
| » du corps humain plus |
|
| » que les remèdes d'Hippocrate |
|
@
382
Pratique
| | » ou de Gallien : car c'est le véritable |
| | » or potable, fait de l'or |
| | » élémenté, par notre Art, & |
| | » tourné par la roue philosophique. |
| | Nous achèverons les recettes |
| | de Riplée qui en a parlé plus |
| | qu'aucun autre, par celle qu'il a |
| | donnée dans son Vademecum ou |
| | manuel ; laquelle est la plus ample |
| | & plus circonstanciée que |
| | les autres. |
| | Prenez, dit-il, du Sericon, |
| | » ou de l'antimoine 30 livres, |
| | » qui vous donnent environ 20 |
| | » livres de gomme ; pourvu que |
| | » le vinaigre soit bien fort, chaque |
| | » livre dudit sericon vous le |
| | » dissoudrez dans deux mesures |
| | » (à gallon) de vinaigre distillé ; & |
| | » quand il aura été quelque temps |
| | » en digestion, agitant souvent la |
| | » matière avec un bâton : après |
| | » que tout ou la plupart sera dissous, |
| | » filtrez la liqueur, jetez |
| | » les fèces superflues qui n'entrent |
@
de la voie humide. 383
| » pas dans notre opération ; |
|
| » mettez toute la liqueur au bain- |
|
| » marie, & faites évaporer à médiocre |
|
| » chaleur, & notre sericon |
|
| » se coagulera en forme d'une |
|
| » gomme verdâtre qui est notre |
|
| » lion vert. |
|
| » Desséchez bien cette gomme |
|
| » de manière pourtant que vous |
|
| » ne détruisiez pas les fleurs, ni la |
|
| » verdeur. |
|
| » Alors prenez cette gomme | |
| » verte (ou vitriol azoquée, vitriol |
|
| » de mercure,) mettez-le |
|
| » dans une retorte de verre bien |
|
| » lutée & bien forte & distillez à petit |
|
| » feu le flegme insipide qui sort |
|
| » & qui n'est bon à rien, mais |
|
| » aussitôt que vous verrez les fumées |
|
| » blanches, mettez un autre |
|
| » récipient de verre fort grand |
|
| » que vous luterez fort bien au col |
|
| » de la retorte, afin qu'aucune fumée |
|
| » ne se perde, augmentez le |
|
| » feu par degrés jusqu'à ce qu'il |
|
@
384
Pratique
| | » vienne des gouttes rouges comme |
| | » le sang, & qu'il ne vienne |
| | » plus de fumées ; alors diminuez |
| | » peu à peu le feu, & tout étant |
| | » bien froid ôtez le récipient, & |
| | » bouchez le bien que rien ne |
| | » s'évapore ; parce que cette liqueur |
| | » est notre liqueur bénite |
| | » qu'il faut conserver avec grand |
| | » soin dans un vaisseau bien bouché, |
| | » regardez ensuite le col de |
| | » la retorte, & vous y trouverez |
| | » une certaine glace blanche & |
| | » dure, semblable à une vapeur |
| | » congelée & comme du mercure |
| | » sublimé, que vous ramasserez |
| | » & conserverez soigneusement : |
| | » car elle contient de grands secrets |
| | » desquels je parlerai plus |
| | » bas : (mais il n'en dit mot.) |
| | Cela fait, tirez des fèces de la |
| | » cornue qui sont noires comme |
| | » de la fumée (si vous avez donné |
| | » bon feu) & qui sont appelées notre |
| | » dragon (parce que comme on |
| | le |
@
de la voie humide. 385
| » le verra il mange sa queue.) |
|
| » Prenez une livre ou plus de | |
| » ces fèces & calcinez-les dans un |
|
| » four des Potiers, ou des verriers, |
|
| » ou dans votre fourneau |
|
| » (anemio) qu'il devient une chaux |
|
| » blanche comme la neige, dite le |
|
| » tartre calciné des Philosophes. |
|
| » Conservez cette chaux à part, | |
| » car c'est la base & le fondement |
|
| » de nos secrets ; c'est notre mare |
|
| » notre terre blanche, & le fer des |
|
| » Philosophes, (étant noire.) |
|
| » Prenez une partie des fèces | |
| » restantes ou de ce dragon noir, |
|
| » & broyez-le sur une pierre, |
|
| » & par un bout mettez-y le feu |
|
| » avec un charbon vif, & dans l'espace |
|
| » de demi-heure le feu paraîtra |
|
| » par toutes les fèces qui seront |
|
| » calcinées en une couleur |
|
| » citrine fort glorieuse. |
|
| » Dissolvez ces fèces avec le vinaigre | |
| » distillé par la manière |
|
| » que nous avons dit ci-dessus ; |
|
| K k | |
@
386
Pratique
| | » filtrez comme dessus, & ce qui |
| | » reste, évaporez comme dessus, |
| | » & l'on formera une manière de |
| | » gomme, & distillez le menstrue |
| | » qu'on appelle sang du dragon, & |
| | » réitérez cet ouvrage comme |
| | » auparavant jusqu'à ce que toutes |
| | » les fèces susdites ou la plus |
| | » grande partie étant réduites en |
| | » gomme par le vinaigre distillé, |
| | » soient redistillées, & formant le |
| | » menstrue qu'on appelle sang de |
| | » dragon (je crois qu'il faut les distiller |
| | » dans le même récipient |
| | » où est l'autre menstrue, réitérant |
| | » cet ouvrage en toutes les |
| | » fèces comme auparavant, jusqu'à |
| | » ce que toutes les fèces ou |
| | » la plus grande partie soient |
| | » réduises en notre liqueur naturelle |
| | » & bénite ; lesquelles liqueurs |
| | » vous mêlerez avec la |
| | » première qu'on appelle le sang |
| | » de Lion vert. Ces liqueurs ainsi |
| | » mêlées mettez-les putréfier |
| | » pendant quatorze jours. |
@
de la voie humide. 387
| » Ensuite procédez à la sépara- | NOTA |
| » tion des éléments, car vous avez |
|
| » déjà dans cette liqueur bénite |
|
| » le feu de la Pierre qui était cachée |
|
| » dans les fèces, lequel secret |
|
| » les Philosophes ont extrêmement |
|
| » caché ; prenez donc ce |
|
| » menstrue ainsi putréfié, & mettez |
|
| » dans un verre en quantité |
|
| » convenable, mettez son alambic |
|
| » que vous lutterez avec des |
|
| » linges mouillés en blancs |
|
| » d'oeufs ; & il faut que le récipient |
|
| » soient fort grand, afin que |
|
| » les esprits ne puissent pas s'échapper |
|
| » & qu'ils sortent avec |
|
| » une chaleur tempérée : séparez |
|
| » les éléments, & l'élément de l'air |
|
| » montera le premier, qui est | Esprit |
| » l'huile (une petite quantité de | de vin. |
| » d'huile qui surnage sur l'esprit |
|
| » de vin. |
|
| » Dans un autre vaisseau, distillez | |
| » cet esprit & rectifiez-le distillant |
|
| » sept fois, (séparant le fleg- |
|
| K k ij | |
@
388
Pratique
| | » me, jusqu'à ce qu'il brûle le |
| | » linge qu'on aura mouillé en icelui |
| | » : alors cette eau s'appelle |
| | » l'eau ardente) ou esprit-de-vin |
| | » rectifié) laquelle eau vous conserverez |
| | » soigneusement bien |
| | » bouchée. |
| | Dans la rectification de l'eau |
| | » ardente surnage l'air en forme |
| | » d'huile blanche, & l'huile |
| | » citrin restera dans le fond de |
| | » l'alambic, car il a besoin d'un |
| | » feu plus fort. |
| | Cela fait, prenez du mercure |
| | » sublimé pulvérisé ; faites le |
| | » dissoudre per deliquium sur une |
| | » lamine de fer en lieu humide, |
| | » & la liqueur qui en vient étant |
| | » filtrée, versez dessus un peu |
| | » d'eau ardente elle tirera le mercure |
| | » en forme d'huile verte qui |
| | » surnagera, laquelle vous séparerez |
| | » la distillant par la retorte |
| | » d'où l'eau distillera la première, |
| | » & ensuite l'huile épaisse qui est |
@
de la voie humide. 389
| » l'huile du mercure. *Distillez |
|
| » après le déluge ou (l'eau de la |
|
| » Pierre) dans un autre récipient ; |
|
| » & la liqueur sera blanchâtre |
|
| » que vous distillerez au bain |
|
| » à une chaleur modérée jusqu'à |
|
| » ce qu'il reste dans le |
|
| » fond de la cucurbite, une substance |
|
| » épaisse oléagineuse comme |
|
| » la poix liquide ; conservez |
|
| » cette liqueur dans un vaisseau |
|
| » bien fermé. |
|
| » Notez qu'aussitôt que la liqueur | |
| » blanche vient, il faut mettre |
|
| » un autre récipient ; car cet |
|
| » élément (de l'air) est entièrement |
|
| » distillé deux ou trois goutes |
|
| » de cette liqueur noire guérissent |
|
| » de tout venin. |
|
| » Sur cette matière noire & | |
| » liquide versez de l'eau ardente |
|
| » susdite & mêlez bien le tout ; |
|
| » laissez reposer les fèces pendant |
|
| |
|
| |
|
| *Je crois que pour l'eau de la Pierre, il entend |
|
| ce qui est resté après avoir distillé l'esprit ardent. |
|
| K k iij | |
@
390
Pratique
| | » trois heures, décantez & filtrez |
| | » la liqueur, mettez dessus encore |
| | » d'autre eau ardente susdite, |
| | » & répétez cela trois fois, & de |
| | » nouveau distillez à petit feu au |
| | » bain, *réitérant trois fois la |
| | » distillation, & on l'appellera |
| | » sang humain rectifié, lequel les |
| | » Artistes ont mis parmi les secrets |
| | » de nature ; & de cette manière |
| | » vous avez exalté en quintessence |
| | » deux éléments, c'est-à- |
| | » dire l'eau & l'air, conservez ce |
| | » sang en temps & lieu : après cela |
| | » versez sur cette terre noire de |
| | » la Pierre qui est restée dans le |
| | » fond de l'alambic, versez, dis- |
| | » je, encore le déluge ; c'est-à- |
| | » dire l'eau (le flegme) & mêlez |
| | » bien distillant le tout jusqu'à ce |
| | » que la terre reste fort sèche & |
| | » noire, qui est la terre de la Pierre |
| | » ; gardez l'huile qui est avec |
| | |
| | * Parce que cet esprit tire le sel volatil qui
|
| | était dans cette liqueur.
|
@
de la voie humide. 391
| » l'eau pour vous en servir en |
|
| » temps & lieu, mettez cette terre |
|
| » noire en poudre, & versez dessus |
|
| » le sang humain susdit (l'esprit |
|
| » de vin susdit rectifié & qui |
|
| » est imbibé du sel de la dite terre) |
|
| » digérez pendant trois heures, |
|
| » après distillez aux cendres avec |
|
| » un feu assez fort, réitérez cet |
|
| » ouvrage trois fois & nous l'appellerons |
|
| » l'eau de feu rectifiée, & |
|
| » de cette manière vous avez exaltés |
|
| » trois éléments dans la vertu |
|
| » de la quintessence, c'est-à- |
|
| » dire l'eau, l'air ; calcinez ensuite |
|
| » ladite terre noire & séchés |
|
| » dans un four de réverbère |
|
| » en forme de chaux très blanche |
|
| » ; versez dessus l'eau de feu |
|
| » distillez à feu bien fort comme |
|
| » dessus la terre qui reste, calcinez-la |
|
| » encore, & distillez réitérant |
|
| » la même distillation & calcination |
|
| » sept fois ou jusqu'à ce |
|
| » que toutes la substance de la |
|
| K k iiij | |
@
392
Pratique
| | » chaux soit passée par l'alambic, |
| | » & alors vous avez l'eau de vie |
| | » rectifiée, spiritualisée, & les |
| | » quatre éléments sont exaltés en |
| | » vertu de la quintessence ; cette |
| | » eau dissout tous les corps les putréfie |
| | » & les purge : c'est notre |
| | » mercure, notre lunaria, & quiconque |
| | » croit qu'il y a une autre |
| | » eau que celle-ci est un fol qui |
| | » ne parviendra jamais aux effets |
| | » désirés pour le grand Oeuvre. |
| | L'on peut remarquer en passant |
| | que le Lion vert, l'Adrop, le |
| | plomb des Philosophes, le minium, |
| | l'or aérien, le mercure & autres |
| | noms semblables signifient la même |
| | matière dont on fait le menstrue |
| | : comme aussi l'eau ardente, |
| | l'eau-de-vie, le sang humain rectifié, |
| | le dragon, le fer & le mars des |
| | Philosophes & autres semblables, |
| | sont diverses substances du même |
| | menstrue ; que Riplée qui était |
| | de l'école de Raymond Lulle appelle |
@
de la voie humide. 393
| comme lui menstrue puant. |
|
| Raymond Lulle compose son | |
| menstrue puant de trois choses, |
|
| c'est-à-dire de B. C. D. par B. il entend |
|
| le grand Lion vert ou l'argent |
|
| vif commun B. dit-il, signifie |
|
| l'argent vif qui est une substance commune, |
|
| & qui est dans tous les corps |
|
| corruptibles comme il paraît par ses propriétés |
|
| C. dit-il signifie le salpêtre ou |
|
| nitre commun qui a une nature commune |
|
| & semblable à l'argent vif à cause |
|
| de sa nature forte & acide. Par D. il |
|
| entend la gomme d'Adrop faite |
|
| de la substance du Lion vert. D. |
|
| dit-il, signifie le vitriol azoqué, qui |
|
| rompt & confond tout ce qui est de la |
|
| nature de l'argent vif. Il appelle l'un |
|
| & l'autre C. D. les moyens les plus |
|
| purs & les plus propres. » Sachez, |
|
| » dit-il, mon fils la chose |
|
| » avec laquelle nous lavons l'argent |
|
| » vif & sa nature, de manière |
|
| » que la nature n'a pu le faire, |
|
| » pour faire en sorte qu'il devien- |
|
@
394
Pratique
| | » ne Elixir parfait, mais comme |
| | » l'Elixir & l'argent-vif sont les |
| | » deux extrêmes, ils ne peuvent se |
| | » joindre que par un milieu, sachez |
| | » qu'il y a plusieurs moyens |
| | » pour produire cet effet ; mais il |
| | » y en deux dans la nature qui |
| | » sont plus purs & plus visqueux, |
| | » c'est-à-dire les vitriols |
| | » azoqués verts & la nature saline |
| | » pierreuse. Mon fils avec le |
| | » secours de cette vile matière se |
| | » fait notre Pierre, &c. |
| | Mais il nous importe à présent |
| | de savoir comme le même Raymond |
| | s'y prend pour former le vitriol |
| | azoqué ou le vitriol mercuriel |
| | de cette matière qu'on appelle |
| | Lion vert. |
| | » Mon fils, dit-il, le Lion azoqué |
| | » qui est appelé le vitriol |
| | » (azoquée) il est fait par nature |
| | » de la propre substance de l'argent-vif |
| | » commun, lequel est la |
| | » racine naturelle de laquelle |
@
de la voie humide. 395
| » le métal est crée de sa propre |
|
| » matière. |
|
| Raymond continue à montrer | |
| dans des termes obscurs & qui lui |
|
| sont ordinaires ce que Riplée |
|
| avait dit que pour faire l'argent |
|
| vif des Philosophes de l'argent vif |
|
| vulgaire, il faut le faire bouillir |
|
| dans l'esprit ou l'huile de vitriol. |
|
| » Mon fils, dit-il, il faut que tu | |
| » sois inébranlable dans les principes |
|
| » de nature & ne pas courir, |
|
| » tantôt après une chose, tantôt |
|
| » après un autre, car notre médecine |
|
| » ne consiste pas en plusieurs |
|
| » choses ; c'est pourquoi je |
|
| » te dis qu'il n'y a qu'une seule |
|
| » Pierre, c'est-à-dire le soufre, |
|
| » auquel tu ne dois pas ajouter |
|
| » rien d'étranger, mais seulement |
|
| » en ôter les superfluités terrestres |
|
| » & flegmatiques, lesquelles |
|
| » sont séparables & doivent être |
|
| » séparées de notre vif argent qui |
|
| » est plus commun aux hommes |
|
@
396
Pratique
| | » que l'argent vif vulgaire, & il |
| | » est d'un plus grand prix & de |
| | » plus grand mérite & d'union |
| | » plus forte, lesquelles choses superflues |
| | » il faut les séparer n'étant |
| | » pas de l'harmonie des métaux. |
| | » Je vous répète qu'il n'y a |
| | » qu'une seule Pierre des Philosophes |
| | » qui est tirée des choses susdites, |
| | » c'est-à-dire de ce corps |
| | » qui est de la nature des deux luminaires, |
| | » & dans lequel leur |
| | » splendeur habite & qui ne cessent |
| | » pas d'éclater sur la terre, |
| | » & qui avec leurs rayons obscurcissent |
| | » le feu ; & je te dis que |
| | » qui ne prends pas ces corps est |
| | » comme un peintre qui veut |
| | » peindre sans pinceau & sans |
| | » couleurs : car ces deux corps |
| | » sont naturels à la Pierre. Et parmi |
| | » les corps innaturels prend |
| | » ce corps volatil, c'est-à-dire le |
| | » vif-argent qui cache sa nature |
| | » dans la profondeur de son ventre, |
@
de la voie humide. 397
| » & laquelle est si fort mêlée |
|
| » avec l'extérieur & l'imparfait, |
|
| » qu'on ne peut avoir ce qui est |
|
| » parfait en lui que par une certaine |
|
| » concordance amiable, |
|
| » laquelle la nature nous montre |
|
| » par une amiable attraction ; & |
|
| » c'est à cause de ses superfluités |
|
| » externes qu'il est mis parmi les |
|
| » corps innaturels, non qu'il soit |
|
| » néanmoins non naturel : car |
|
| » si cela était il serait dans |
|
| » le nombre des choses que nous |
|
| » disons être contre la nature de |
|
| » la pierre ; mais comme dans son |
|
| » intérieur sa substance est pure |
|
| » & naturelle à la Pierre, c'est |
|
| » pour cela qu'on l'appelle inna- |
|
| » turel, c'est pourquoi il faut |
|
| » considérer diligemment que de |
|
| » ces deux principes (les métaux |
|
| » parfaits & l'argent vif:) il y en |
|
| » a un qui tant extérieurement |
|
| » qu'intérieurement doit être |
|
| » considéré comme naturel dans |
|
@
398
Pratique
| | » toute sa substance, & c'est le |
| | » soufre (de l'or ou de l'argent) |
| | » pur, & chaud, & sec qui communique |
| | » sa forme ; l'autre principe |
| | » (l'argent vif) est innaturel, |
| | » c'est-à-dire comme on l'a déjà |
| | » montré qu'au dedans il est naturel, |
| | » (& au-dehors se peut dire |
| | » contre nature) ce qui est naturel |
| | » en lui est propre à lui, mais |
| | » ce qui est extérieur lui est |
| | » ajouté par accident, c'est de |
| | » ces accidents impurs qu'il faut |
| | » séparer sa substance pure par la |
| | » corruption & putréfaction ; c'est |
| | » pourquoi il est visible, que cet |
| | » argent vif quand on le prend il |
| | » n'est pas naturel à la Pierre à |
| | » moins qu'il ne soit dépuré avec |
| | » beaucoup d'esprit & d'adresse. |
| | » Codicil. chap. 5. |
| | Riplée en parlant de la purification |
| | du vif-argent & de la nature |
| | de toutes les autres choses qui |
| | ont de la même manière un corps |
@
de la voie humide. 399
| impur & l'âme très pure (ce qui |
|
| est leur essence) en parlant du vitriol |
|
| que Raymond Lulle met parmi |
|
| les choses contre nature à la |
|
| Pierre, & qui néanmoins peuvent |
|
| aider à sa purification comme |
|
| il dit. |
|
| » La liqueur du vitriol est appelé | |
| » par Raymond feu contre na- |
|
| » ture, & le mercure de ce minéral |
|
| » a les mêmes imperfections |
|
| » que le mercure métallique ou |
|
| » Lion vert qui est le feu naturel, |
|
| » c'est-à-dire que son extérieur |
|
| » est contre nature, mais l'intérieur |
|
| » (l'huile parfaite du vitriol) |
|
| » est naturelle ; car la nature |
|
| » essentielle de l'une & de l'autre |
|
| » de ces mercures (du vif-argent |
|
| » & du vitriol) est cachée |
|
| » dans le centre de leurs corps, |
|
| » c'est-à-dire entre l'eau flegmatique |
|
| » d'une part, & d'une autre |
|
| » part entre la grossière |
|
| » terrestre, & la nature parfaite |
|
@
| | » (du vitriol ou du vif-argent) ne |
| | » se peut acquérir sans une grande |
| | » adresse du vrai Philosophe ; |
| | » c'est pourquoi la partie terrestre |
| | » & flegmatique ne peuvent |
| | » pas nous être bonne à rien, au |
| | » contraire elles sont nuisibles, & |
| | » il n'y a que leur moyenne substance |
| | » qui puisse nous être utile : |
| | » c'est pourquoi Raymond notre |
| | » maître dit. Nous ne prenons |
| | » pas les premiers principes (les |
| | » éléments) parce qu'ils sont trop |
| | » simples & éloignés, ni les derniers |
| | » parce qu'ils sont trop grossiers |
| | » & puants, mais seulement |
| | » la substance moyenne, dans laquelle |
| | » est la teinture & la véritable |
| | » huile, & qui sont séparés |
| | » de la terrestréité impure & du |
| | » flegme aqueux, c'est pourquoi |
| | » le même Raymond dit l'humidité |
| | » onctueuse (l'humidité radicale |
| | » & essentielle) est la matière |
| | » prochaine de notre argent |
| | vif |
@
de la voie humide. 401
| » vif physique. Pupilla alchim. |
|
| » pag. 298. |
|
| La manière de purifier l'argent | |
| vif ou le Lion vert par le vitriol |
|
| nous est insinuée par Raymond |
|
| Lulle dans la théorie de son testament |
|
| chap. 89. par des paroles |
|
| très obscurs à son ordinaire ; voilà |
|
| ce qu'il en dit. |
|
| » Quand on met l'argent vif | |
| » dans les vapeurs vitrioliques |
|
| » qui forment une eau très aiguë |
|
| » & pénétrante, il se dissout par |
|
| » l'incision & pénétration de ladite |
|
| » eau qui se meut puissamment |
|
| » par son acuité forte, & en dissolvant |
|
| » l'argent vif se convertit |
|
| » en nature d'atrament terrestre |
|
| » & vitriolique, il ne prend pas |
|
| » la forme d'aucun métal, ni une |
|
| » forme claire & luisante, ni céleste |
|
| » comme il paraît après l'évaporation |
|
| » de ladite eau, & |
|
| » comme il paraît par sa congélation |
|
| » en forme de petites Pier- |
|
| L l | |
@
402
Pratique
| | » res jaunâtres & roussâtres (crocus) |
| | » laquelle couleur procède |
| | » de la terrestréité pontique & |
| | » sulfureuse, laquelle était outre |
| | » mercure dans la susdite eau de |
| | » vitriol commun aussi peu avant |
| | » chap 85. |
| | Mon fils la vapeur grosse |
| | » vitriolique de laquelle est formé |
| | » l'atrament (le vitriol) est |
| | » très aiguë & très pénétrante, |
| | » c'est pourquoi elle pénètre les |
| | » parties pures du soufre & de |
| | » l'argent vif, & en les pénétrant |
| | » il s'unit avec la substance pure |
| | » la congelant sous la forme de |
| | » la même vapeur & atramentale |
| | » ou vitriolique terrestre qui |
| | » est en l'un & dans l'autre (en vitriol |
| | » philosophique vert & jaunâtres;) |
| | » d'où paraît ce que nous |
| | » avons dit, & qui est la grande |
| | » porte Royale, c'est à dire qu'il |
| | » ne faut pas que les vertus tercélestes, |
| | » restres surmontent les vertus |
@
de la voie humide. 403
| » & vous aurez ce que |
|
| » vous cherchez. Et il ajoute. |
|
| » Souvenez vous qu'avec le | |
| » menstrual, (c'est-à-dire avec la |
|
| » matière du menstrue le Lion |
|
| » vert) il ne faut mettre que les |
|
| » choses qui en viennent & qui |
|
| » sont nées de lui dans le commencement |
|
| » de leur mélange ; |
|
| » car si vous y mettiez quelque |
|
| » chose d'étrange aussitôt il se |
|
| » corromprait par cette nature |
|
| » étrange & vous n'auriez pas ce |
|
| » que vous voulez, l'or, l'argent |
|
| » & le mercure se dissolvent dans |
|
| » notre menstrual parce qu'ils |
|
| » participent avec lui en proximité |
|
| » de nature, & delà vous |
|
| » verrez la fumée blanche qui est |
|
| » notre soufre, & le Lion vert |
|
| » qui est notre onguent, & l'eau |
|
| » puante qui est notre vif-argent. |
|
| » Mais il faut auparavant dissoudre |
|
| » le Lion vert avec l'eau |
|
| » puante, avant que vous puissiez |
|
| L l ij | |
@
404
Pratique
| | » avoir ladite fumée blanche qui |
| | » est notre soufre ; & notez que |
| | » le soufre se dissout & se sépare |
| | » du corps de la même manière |
| | » en congelant l'esprit en forme |
| | » d'eau sèche que nous appelons |
| | » la Pierre ; & le plus grand moyen |
| | » de notre ouvrage qui consiste |
| | » dans la connexion & union de |
| | » toutes les natures, c'est-à-dire |
| | » dans l'union du corps & de l'esprit. |
| | » Mon fils cette eau s'appelle |
| | » eau de feu parce qu'elle |
| | » brûle & consomme l'or & l'argent |
| | » mieux que le feu élémentaire |
| | » & parce qu'elle contient |
| | » une chaleur terrestre, laquelle |
| | » sans effort dissous ce que le feu |
| | » commun ne peut pas faire, |
| | » c'est pourquoi je vous ordonne |
| | » que des choses les plus chaudes |
| | » qui sont dans la nature vous |
| | » faisiez le Magistère & vous aurez |
| | » une eau chaude qui dissous |
| | » toutes choses. Theor. testam. chap. |
| | » 59. |
@
de la voie humide. 405
| Riplée renferme en peu de paroles | |
| tout ce grand verbiage de |
|
| Raymond Lulle. |
|
| » Ces paroles (qu'il a dites) peuvent | |
| » suffire à l'homme sage |
|
| » pour connaître & pour avoir |
|
| » le Lion vert, mais ce noble enfant |
|
| » s'appelle Lion vert ; parce |
|
| » que lorsqu'on le dissous il s'habille |
|
| » d'un vêtement vert, Mais |
|
| » néanmoins du Lion vert des |
|
| » fous l'on tire par un feu violent |
|
| » cette eau que nous appelons |
|
| » eau forte, dans laquelle il faut |
|
| » bouillir & cuire notre Lion vert, |
|
| » parce que tout or chimique se |
|
| » fait par des corrosifs. Moëlle chimi- |
|
| » que pag. 139. |
|
| Veindenfeld, dit aussi que l'argent | |
| vif qu'on appelle Lion vert |
|
| Adrop, plomb des philosophes, &c. |
|
| étant dépuré par l'esprit de vitriol, |
|
| on doit les mûrir encore |
|
| en le calcinant au rouge pour en |
|
| former le minium ou plomb calci- |
|
@
406
Pratique
| | né, le Sericon, &c. Et il cite |
| | Raymond Lulle qui parlant paraboliquement |
| | de production de |
| | l'argent vif des Philosophes, il |
| | fait une roue dans son testament |
| | pour montrer que l'hylé ou |
| | première matière produit en premier |
| | lieu les éléments, que les éléments |
| | excités & mêlés avec les vapeurs |
| | célestes produisent des vapeurs |
| | ; ces vapeurs se réduisent en |
| | eau claire & visqueuse, qui produit |
| | l'azoth-vitriolé, l'azoth-vitriolé |
| | produit un soufre aqueux, duquel |
| | viennent enfin les métaux. |
| | |
| |
|
| | |
| | » Le quatrième moyen, dit |
@
de la voie humide. 407
| » Raymond, est une certaine substance |
|
| » provenant de sa propre |
|
| » minière, & qui est plus proche |
|
| » de la nature des métaux que |
|
| » quelques-uns appellent calcan- |
|
| » tus ou azoth-vitriolique (le mercure |
|
| » vitriolé ou vitriol azoqueus) lequel |
|
| » est la terre & la matrice |
|
| » des métaux & qui par un autre |
|
| » nom s'appelle aussi usurius lui- |
|
| » sant, blanc & rouge dans l'intérieur |
|
| » caché, noir & vert vu |
|
| » dehors, qui a la couleur d'un |
|
| » Lézard venimeux, qui est immédiatement |
|
| » engendré de l'argent-vif |
|
| » qui est la matière susdite, |
|
| » imprégné de ladite vapeur |
|
| » chaude & sèche qui est |
|
| » soufreuse (l'esprit de vitriol) par |
|
| » lequel moyen il est congelé en |
|
| » forme de Lézard vert dans lequel |
|
| » (azoth vitriolé) est la forme |
|
| » & l'espèce de l'esprit puant (le |
|
| » soufre) qui multiplie la chaleur |
|
| » minérale qui est la vie des |
|
@
408
Pratique
| | » métaux, & qui dans la roue |
| | » est signifié par E. Et un peu |
| | » après il ajoute. |
| | Dans l'ouvrage naturel (de la |
| | » Pierre) il faut de l'argent vif, |
| | » mais non pas tel qu'on le trouve |
| | » sur la terre : car il ne sera |
| | » jamais bon à rien (pour nôtre |
| | » ouvrage) à moins qu'il ne soit réduit |
| | » comme le sang des apostumes, |
| | » puant & venimeux ; car |
| | » il faut que vous sachiez mon |
| | » fils que par l'Art & par la nature |
| | » l'argent vif est congelé par |
| | » le moyen d'une eau aiguë & pénétrante |
| | » : c'est pourquoi entend |
| | » bien comme un bon philosophe, |
| | » que si cette eau n'était |
| | » pas bien aiguë elle ne pénétrerait |
| | » pas l'argent vif commun, |
| | qui est le vitriol azoqué & le menstrue |
| | qu'on fait avec le vitriol, |
| | quoique nous moins instruits |
| | soyons persuadés que tout cela est |
| | fort obscur : mais quant au présent |
| | sent |
@
de la voie humide. 409
| secret Riplée assure, & il |
|
| peut l'assurer en effet, que personne |
|
| ne l'a déclaré si clairement que |
|
| lui. Les Adeptes ont à la vérité |
|
| assez parlé de l'usage de leur vin, |
|
| & Raymond Lulle, Arnauld de |
|
| Villeneuve & quelque autres sont |
|
| parvenus à le connaître; mais ils |
|
| ont caché la manière de l'obtenir. |
|
| Il est donc vrai que dans le silence |
|
| universel, Riplée le premier, & |
|
| peut-être seul, a déclaré la clef |
|
| de toute la Philosophie la plus secrète, |
|
| qui consiste dans le lait & |
|
| dans le sang du Lion vert ; c'est- |
|
| à-dire que le menstrue puant étant |
|
| digéré doucement pendant quinze |
|
| jours, & le vin blanc & rouge |
|
| de Raymond Lulle & des autres |
|
| Adeptes. |
|
| Et il n'a pas dit cela gratis, | |
| mais avec ses paroles il a donné de |
|
| la force & de la lumière à son dire ; |
|
| montrant la manière de composer |
|
| par ce menstrue puant & corrosif, |
|
| M m | |
@
410
Pratique
| | de faire, dis-je, le menstrue végétable |
| | (doux) & l'eau-de-vie rectifiée |
| | que Lulle a décrite dans |
| | l'article de potestate divitiarum, avec |
| | lequel exemple nous a enseigné, |
| | que du susdit menstrue puant on |
| | peut composer tous les menstrues |
| | végétables (doux.) |
| | L'eau-de-vie de Lulle se fait par |
| | plusieurs cohobations sur sa terre |
| | morte. Nous avons la liberté de |
| | procéder par une autre méthode, |
| | pourvu que nous arrivions à la |
| | même fin. Distillez le menstrue |
| | puant qui a été digéré quinze |
| | jours, & montera en premier lieu |
| | l'eau ardente, après le flegme, & |
| | dans le fond restera une matière |
| | épaisse comme de la poix liquéfiée, |
| | qui sont les principes de tous les |
| | menstrues végétables (doux). |
| | Arrêtons-nous ici, sans poursuivre |
| | davantage la recherche de ce |
| | vin qui est le nectar des Philosophes |
| | ; mais avant que de vous |
@
de la voie humide. 411
| quitter tout-à-fait je veux donner |
|
| encore ce mot aux Ecoliers de Paracelse, |
|
| leur faisant voir que ce |
|
| gliston ou glise de l'Aigle ou du |
|
| Lion vert de Paracelse n'est autre |
|
| chose que le vin blanc de Lulle |
|
| qui est le lait de la Vierge, car le |
|
| nom de Lion vert & d'Aigle sont |
|
| synonymes : & par conséquent le |
|
| vin rouge ou mercure rouge de |
|
| Lulle est ce que Paracelse appelle |
|
| le sang du Lion rouge, qui dans la |
|
| jeunesse s'appelle Lion vert : c'est |
|
| pourquoi quelquefois on l'appelle |
|
| Lion vert, & quelquefois Lion |
|
| rouge ; c'est aussi pourquoi Riplée |
|
| dit. » Prenez le sang du Lion |
|
| » très rouge, & comme du sang, |
|
| » qui est notre mercure & notre |
|
| » teinture préparée & propre |
|
| » pour être mise sur la chaux des |
|
| » métaux les plus purs, & ailleurs |
|
| » il dit, prenez le sang du Lion |
|
| » couleur de roses ; mais écoutons |
|
| » Paracelse lui-même. |
|
| M m ij | |
@
412
Pratique
| | Le Lion vert de Paracelse dans la |
| | Toison d'or Germanique. pag. 4. |
| | |
| | » Rx. Du vinaigre distillé dans le |
| | » quel faites dissoudre le Lion vert, |
| | » laissez purifier quelque temps, |
| | » filtrez ce qui est dissout ; séparez |
| | » par le bain la superfluité |
| | » humide du vinaigre jusqu'à ce |
| | » que la matière vienne comme |
| | » huile, mettez cette huile ou |
| | » ce qui reste dans la retorte, |
| | » diluez au sable à petit feu, augmentez |
| | » après le feu, & le Lion |
| | » vert par la force du feu donnera |
| | » sa gluten ou glu, ou graisse |
| | » qu'on appelle air, mettez sur la |
| | » tête morte le flegme que vous |
| | » avez tiré, purifiez au fumier |
| | » ou au bain, distillez ensuite |
| | » comme auparavant & de nouveau |
| | » les esprits monteront, |
| | » poussez le feu, & viendra une |
| | » huile épaisse de couleur jaune ; |
| | » sur la tête morte mettez de |
@
de la voie humide. 413
| » nouveau la première eau distillée, |
|
| » putréfiez encore, filtrez |
|
| » & distillez comme auparavant, |
|
| » & enfin par un feu très fort de |
|
| » flamme sortira une huile rouge |
|
| » comme le sang, qui s'appelle |
|
| » feu, réverbérez la terre qui reste, |
|
| » qu'elle devienne blanche, &c. |
|
| L'on voit que la méthode de | |
| Paracelse est un peu différente |
|
| pour ce qui regarde la dissolution, |
|
| quelques fois les Adeptes |
|
| pour faciliter ladite dissolution |
|
| ayant ajouté ou le vitriol, ou le |
|
| salpêtre, ou tous les deux sels. |
|
| Voyons Riplée qui nous donne |
|
| tant de matières différentes. |
|
| |
|
| Le Menstrue puant de Riplée fait |
|
| avec le vitriol commun dans son | |
| viatique. | |
| |
|
| » Brisez la gomme que vous avez | |
| » faites du Séricon moyennant le |
|
| » vin aigre distillé, le mêlant avec |
|
| » égal poids de vitriol desséché |
|
| M m iij | |
@
414
Pratique
| | » & au commencement séparez le |
| | » flegme à petit feu, & ensuite |
| | » avec plus grand feu recevez |
| | » l'huile (le sang du Lion) que |
| | » vous séparerez de l'eau jusqu'à |
| | » ce que vous ayiez l'huile seule |
| | » & pure. |
| | Quelques fois au lieu du Lion |
| | vert commun aux fou, ils ont |
| | ajouté le salpêtre commun pour |
| | faire plus facilement le menstrue |
| | puant. |
| | |
| | Le Menstrue puant de Lulle fait du |
| | vitriol Azoqué & du salpêtre com- |
| | mun à la pratique du testament. |
| | |
| | » Rx. Une partie de D. (le vitriol |
| | » azoqué) & la moitié de |
| | » C. ( du salpêtre) lesquels vous |
| | » mêlerez bien ensemble & les mettre |
| | » dans une cucurbite de verre |
| | » dans un fourneau, & ayant mis |
| | » dessus son alambic bien luté, |
| | » afin que les propriétés des trois |
| | » mercures, c'est-à-dire le salsugineux, |
@
de la voie humide. 415
| » le vitriolique & l'aquatique, |
|
| » qui sont jointes ensemble, |
|
| » ne se perdent pas, & prenez |
|
| » garde que les susd. poudres |
|
| » que vous avez mis dans la cucurbite |
|
| » ne passent pas le poids |
|
| » de huit onces, & pour abréger |
|
| » le temps, vous mettrez trois cucurbites |
|
| » au même feu avec égale |
|
| » quantité de matière, & les |
|
| » mettez dans un feu propre |
|
| » comme nous le dirons dans le |
|
| » chapitre des fours. Ne mettez |
|
| » pas plus de trois cucurbites, |
|
| » car le feu ne pourrait s'administrer |
|
| » également ; que les cucurbites |
|
| » soient lutées de bonne |
|
| » terre mêlée avec de la bourre, |
|
| » & mettez des cendres par dessus |
|
| » bien tamisées à l'épaisseur de |
|
| » cinq doigts, & mettez au bec |
|
| » de chaque alambic son récipient |
|
| » bien lutté & bien éloigné |
|
| » du four, afin que le récipient |
|
| » ne s'échauffe pas ; ayez ensuite |
|
| M m iiij | |
@
416
Pratique
| | » de la sciure de bois en grande |
| | » quantité, que vous mêlerez |
| | » avec la moitié du mare de la |
| | » vendange, de laquelle composition |
| | » vous ferez votre feu, ensuite |
| | » allumés votre feu : car il |
| | » ne faut pas faire un feu plus |
| | » fort jusqu'à ce que vous voyiez |
| | » distiller six gouttes, ou dix, ou |
| | » quinze, ou vingt ; & lorsque |
| | » vous verrez distiller vingt gouttes, |
| | » faites du feu avec du petit |
| | » bois sec, & peu à peu faites du |
| | » feu de flamme directement sous |
| | » la matière : & voyez que l'eau |
| | » qui distille soit claire ; & quand |
| | » vous serez arrivé à quinze |
| | » points, & que l'eau sera claire, |
| | » & les fumées subtiles, continuez |
| | » ce feu : & si vous voyez que de |
| | » quinze points la distillation rétrograde |
| | » à vingt ou à moins, |
| | » fortifiez le feu & continuez suivant |
| | » le point de sa distillation ; |
| | » & en troisième lieu faites le feu |
@
de la voie humide. 417
| » encore plus fort d'un point, & |
|
| » continuez jusqu'à ce qu'il ne |
|
| » distille plus rien, & alors cessez |
|
| » le feu ; & si l'eau est claire sans |
|
| » aucune couleur trouble, prenez- |
|
| » la, & mettez-la dans une fiole |
|
| » bien bouchée avec de la cire |
|
| » tiède, afin que rien ne respire, |
|
| » ou que l'air n'y entre, car aussi |
|
| » tôt elle se corromprait : ressouvenez-vous |
|
| » quand vous ferez |
|
| » le feu de bois sec, que vos |
|
| » vaisseaux doivent être munis |
|
| » dudit lut & qu'ils soient enveloppés |
|
| » de linges mouillés : & que |
|
| » vous mettiez une poêle entre le |
|
| » bec de l'alambic & le récipient, |
|
| » car d'ordinaire quand le feu |
|
| » agit, l'air veut s'échapper & |
|
| » respirer, & quand le vaisseau |
|
| » n'est pas assez grand pour le |
|
| » contenir, il brise tout ; parce |
|
| » que cet air est fort chaud : c'est |
|
| » pourquoi il a besoin de quelque |
|
| » lieu où il puisse respirer, ouvrez |
|
@
418
Pratique
| | » donc le trou qui est bouché par |
| | » la poêle quand vous l'entendez |
| | » tourner. |
| | Oh mon père, comment avez- |
| | » vous fait cette pratique si longue |
| | » ; mon fils, afin que vous |
| | » soyiez instruit des choses petites |
| | » & grandes, car mon intention |
| | » est de ne parler plus dans |
| | » ce livre de ce menstrue puant, |
| | » lequel quand il sera dans votre |
| | » pouvoir, vous pourrez dire que |
| | » vous avez une chose vile, par |
| | » laquelle néanmoins en peu de |
| | » temps vous pouvez réduire tous |
| | » les corps en leur première matière, |
| | » &c. |
| | Le même menstrue puant est |
| | dans sa magie naturelle, avec sa |
| | longueur ordinaire. |
| | Notez que Nicolas Flamel |
| | dit qu'il connut à l'odeur forte & |
| | puante qu'il avait trouvé la préparation |
| | du mercure philosophi- |
| | que. |
@
de la voie humide. 419
| Eau calcinative de tous les corps de |
|
| Lulle dans sa magie naturelle. | |
| |
|
| » Rx. De la terre, c'est-à-dire | |
| » de D. (le vitriol azoqué 5. onces |
|
| » & de C. (le salpêtre) 2. onces & |
|
| » demie, & que le tout ne fasse |
|
| » que huit onces, & le tout étant |
|
| » subtilement mêlé & moulu sur |
|
| » le marbre, mettez-le en vaisseau |
|
| » de verre avec son alambic, |
|
| » faisant dessous le feu de la sciure |
|
| » de bois deux parties, & une |
|
| » partie de petits charbons, ou |
|
| » écrasés une part, ou du son sec |
|
| » afin qu'il s'allume facilement, |
|
| » &c. |
|
| Comme il dit la même chose | |
| avec le même ennui, il est inutile |
|
| de le rapporter ; il est à remarquer |
|
| seulement que Lulle qui |
|
| dans tous ses Livres différents donnent |
|
| la composition de ce menstrue |
|
| puant à peu près de la même manière, |
|
| il ne dit quasi mot de la |
|
@
420
Pratique
| | manière de faire son vitriol azoqué |
| | ou vitriol mercuriel, que ce |
| | que j'en ai rapporté ci-dessus ; de |
| | plus il ne dit rien de la séparation |
| | des éléments dans cet endroit, |
| | quoiqu'il en parle ailleurs assez au |
| | long de la manière que je dirai |
| | après. En attendant voyons encore |
| | Riplée. |
| | |
| | Le menstrue puant de Riplée fait avec |
| | le vitriol azoqué mêlé avec le vi- |
| | triol commun & le salpêtre commun |
| | dans la Moële philosophique pag. |
| | 143. |
| | |
| | » Rx. Le vitriol fait avec la liqueur |
| | » aiguë des raisins avec le |
| | » feu de nature & le sericon (le |
| | » vitriol azoqué ) mêlez-en une |
| | » masse avec le vitriol naturel |
| | » (commun), desséchez médiocrement, |
| | » & avec du salpêtre de |
| | » ceux-ci au commencement on |
| | » distille une eau faible & flegmacoloré |
| | » tique, sans que le récipient soit |
@
de la voie humide. 421
| » ; après quoi il montera |
|
| » une fumée blanche, qui fera |
|
| » que le récipient paraîtra comme |
|
| » du lait, laquelle fumée il |
|
| » faut recueillir jusqu'à ce qu'elle |
|
| » cesse, & que le récipient devienne |
|
| » claire ; car cette eau est |
|
| » le menstrue puant, dans lequel |
|
| » est notre quintessence, c'est-à- |
|
| » dire la fumée blanche, dans |
|
| » laquelle est le feu contre nature, |
|
| » (c'est-à-dire l'eau-forte du |
|
| » vitriol & du nitre) lequel s'il |
|
| » était séparé, ce serait notre feu |
|
| » naturel, duquel nous parlerons |
|
| » ailleurs, lesquelles eaux mêlées |
|
| » ensemble forment une eau qui fait |
|
| » des actions contraires ; car cette |
|
| » eau (comme dit Lulle dans son |
|
| » testament) dissout & coagule, |
|
| » humecte & dessèche, putréfie |
|
| » & purifie, noircit & blanchit, |
|
| » mortifie & vivifie, sépare & |
|
| » conjoint, brûle & rafraîchit, |
|
| » commence & perfectionne ; |
|
@
422
Pratique
| | » ce sont les deux dragons qui |
| | » combattent dans la gueule de |
| | » la satalie : c'est la fumée blanche |
| | » & rouge dont l'une dévorera |
| | » l'autre, & dans ce lieu les |
| | » vaisseaux où la résolution se |
| | » fait, ne doivent pas être lutés, |
| | » mais seulement fermés avec des |
| | » linges, du mastic & cire commune |
| | » ; car cette eau est un feu |
| | » & un bain dans le vaisseau non |
| | » dehors (notre bain-marie dans |
| | » lequel le Roi se baigne) & laquelle |
| | » si elle sentait un autre |
| | » feu fort aussitôt elle s'élèverait |
| | » au-dessus du vaisseau, & si elle |
| | » ne trouvait pas du repos, les |
| | » vaisseaux se briseraient & le |
| | » composé se perdrait ; cette eau |
| | » composée autant elle dissout, |
| | » autant elle se coagule & s'élève |
| | » en forme de terre glorieuse : |
| | » & c'est celle-ci notre dissolution |
| | » secrète qui se fait toujours avec |
| | » la congélation de son eau, & |
@
de la voie humide. 423
| » parce que ce feu de nature est ajouté |
|
| » au feu contre nature (à l'eau- |
|
| » forte) pour cela autant il perd |
|
| » de sa forme par le feu contre |
|
| » nature, autant elle requiert |
|
| » par le feu de nature, de manière |
|
| » que par le feu contre nature |
|
| » elle ne peut pas être entièrement |
|
| » détruite, ou le feu naturel être |
|
| » réduit à rien. |
|
| Voilà les recettes que les | |
| Adeptes moins ennuyeux ont bien |
|
| voulu nous donner sur la composition |
|
| de cette eau ; Raymond |
|
| Lulle ne parle point dans ses recettes |
|
| de la séparation des éléments |
|
| comme Riplée, Bacon & Paracelse |
|
| qui ne fait que l'indiquer, |
|
| mais parce que Lulle & plusieurs |
|
| autres parlent au sang de cela |
|
| ambigument & qu'ils donnent |
|
| la manière de faire la séparation |
|
| des éléments de cette eau céleste |
|
| ou menstrue puant, que Raymond |
|
| Lulle & plusieurs autres Adeptes |
|
| appellent aussi leur vin blanc & |
|
@
| | rouge ; je donnerai ici quelques |
| | recettes de Raymond Lulle, par |
| | lesquelles on verra que de ce |
| | menstrue puant ou vin philosophique |
| | ils tirent l'eau-de-vie & l'esprit- |
| | de-vin, & que du tartre de ce vin |
| | ils font le tartre volatil, avec lequel |
| | ils acuent leur esprit-de-vin |
| | & le rendent capable de réincruder |
| | les luminaires & les réduire |
| | en vitriol volatil, & propre à être |
| | réduit en première matière. |
| | |
| | Eau de vie rectifiée de Lulle. |
| | In potestate divitiarum.
|
| | |
| | » Rx. Du vin (philosophique) |
| | » séparez l'esprit avec adresse le |
| | » plus vite que vous pourrez, car |
| | » il est difficile que vous sépariez |
| | » si adroitement que le flegme |
| | » n'emporte quelque chose de sa |
| | » substance pure ; cet esprit |
| | » ainsi séparé s'appelle mercure ou |
| | » eau ardente (parce qu'elle brûle |
| | » si on y met le feu) dont la marque |
| | que |
@
de la voie humide. 425
| » est (comme on l'a dit ci- |
|
| » dessus) que si vous y mouillez un |
|
| » linge & que vous y mettiez le |
|
| » feu, le linge brûlera entièrement |
|
| » si ladite eau ardente est bien |
|
| » rectifiée & séparée de tout flegme |
|
| » dans le feu du vaisseau, il |
|
| » restera une matière comme de |
|
| » la poix liquide ; alors mêlez la |
|
| » lunaria avec cette poix, mouvant |
|
| » bien & mêlant le tout, & |
|
| » faites distiller, & ce qui sortira |
|
| » par la distillation s'appelle sang |
|
| » humain rectifié que les Alchimistes |
|
| » cherchent ; ce sang s'appelle |
|
| » aussi air ou vent de qui a |
|
| » parlé le Philosophe disant, le |
|
| » vent la porte dans son sein. |
|
| » Séparez l'huile de ce qui reste | |
| » au fond, distillant par l'alambic |
|
| » jusqu'à ce qu'il ne reste plus |
|
| » rien de liquide, & gardez cette |
|
| » huile jusqu'à ce que je vous le |
|
| » dise ; ce qui restera est une |
|
| » substance noire & sèche. |
|
| N n | |
@
426
Pratique
| | » Pulvérisez cette matière noire |
| | » & sèche (la terre de ce vin) |
| | » & versez dessus le susdit sang |
| | » humain rectifié, & laissez ensemble |
| | » pendant trois heures, & |
| | » ensuite distillez ; alors cette |
| | » eau s'appelle l'eau de feu rectifiée. |
| | Calcinez la tête morte dans |
| | » un four de réverbère jusqu'à |
| | » ce que devienne comme une |
| | » chaux blanche : mêlez cette |
| | » chaux avec l'eau de feu rectifiée, |
| | » distillez sept fois, & alors elle |
| | » s'appelle eau de vie rectifiée (par |
| | » ce qu'elle donne la vie aux |
| | » métaux qui sont morts.) |
| | De ce tartre il fait aussi le sel |
| | de tartre volatil, ou sel armoniac |
| | végétable, comme il s'ensuit. |
| | |
| | Sel armoniac végétable de Lulle. |
| | De la matière végétable dans la quatrième
|
| | pratique.
|
| | |
| | » Rx. Du vin excellent blanc |
| | » ou rouge (il dit autre part |
@
de la voie humide. 427
| » que le rouge est meilleur) distillez |
|
| » l'esprit selon l'Art jusqu'à |
|
| » ce qu'il brûle le linge, évaporez |
|
| » le flegme jusqu'à ce |
|
| » que la matière reste comme |
|
| » de la poix fondue ; jetez dessus |
|
| » l'esprit ardent qui surnage de |
|
| » quatre doigts : digérez huit jours |
|
| » & distillez aux cendres l'esprit |
|
| » animé, réitérez avec nouvel |
|
| » esprit jusqu'à ce que la matière |
|
| » reste sèche en forme de poudre, |
|
| » distillez ensuite l'huile qui est |
|
| » dans cette terre avec un feu |
|
| » fort à sa suffisance, en sorte que |
|
| » la ladite terre ne fume plus. |
|
| » Calcinez la terre au four | |
| » bien fermé jusqu'à ce qu'elle |
|
| » devienne blanche dans l'alambic, |
|
| » versez dessus l'esprit ardent |
|
| » animé l'octave partie, digérez |
|
| » trois jours : ensuite distillez au |
|
| » bain le peu d'humidité qui |
|
| » vient, mettez encore un peu |
|
| » d'esprit-de-vin imbibant & dis- |
|
| N n ij | |
@
428
Pratique
| | » tillant jusqu'à ce que la terre |
| | » devienne volatile, ce que vous |
| | » essaierez sur une lamine ardente, |
| | » sublimez cette terre imprégnée |
| | » durant quatorze heures, & |
| | » vous aurez le sel volatil que |
| | » vous sublimerez encore deux |
| | » fois pour l'avoir plus pur. |
| | Il y a plusieurs manière de |
| | faire ce sel ammoniac végétable, |
| | qu'on peut voir en divers endroits |
| | de Lulle, Riplée, Parisinus, |
| | Rupecissa, Trismosin, Guidon, |
| | Basile Valentin, Paracelse |
| | & autres ; avec ce sel de tartre |
| | philosophique les Adeptes ont |
| | acué le vin comme il s'ensuit. |
| | |
| | Le Ciel végétable de Lulle acué avec |
| | le sel de tartre volatil. |
| | |
| | » Rx. De l'eau de vie parfaitement |
| | » rectifiée, qui brûle le linge, |
| | » trois livres du sel végétable |
| | » du premier expérimenté (le |
| | » tartre volatil) une livre, mêlez |
| | » bien ensemble, laissez en putréfaction |
@
de la voie humide. 429
| » pendant deux ou trois |
|
| » heures, le vaisseau étant bien |
|
| » clos ; après quoi lutez l'alambic |
|
| » sur la cucurbite & distillez |
|
| » à petit feu tant de fois que le |
|
| » sel passe, cohobant & distillant |
|
| » jusqu'à ce que tout soit passé ; |
|
| » cela fait, mettez encore une |
|
| » autre livre dudit sel dans la |
|
| » cucurbite, putréfiez & distillez |
|
| » comme auparavant avec le même |
|
| » esprit-de-vin qui est déjà |
|
| » imprégné d'une livre de son sel ; |
|
| » & par ce moyen il en passera |
|
| » encore une autre livre : réitérez |
|
| » le même travail avec une |
|
| » troisième livre de sel ; afin que |
|
| » l'esprit soit imprégné de trois |
|
| » parties de son sel, & alors il a |
|
| » la puissance de résoudre les luminaires |
|
| » en leur première matière. |
|
| De ce menstrue ainsi acué, | |
| Lulle & les susdits Philosophes en |
|
| font leur ciel philosophique de |
|
| la manière suivante. |
|
@
430
Pratique
| | Ils mettent cet esprit à circuler |
| | pendant deux mois ; les fèces |
| | tomberont au fond, & vous aurez |
| | la plus parfaite chose pour la |
| | santé & volatilisation des métaux |
| | pour les réduire en première matière, |
| | cette liqueur est incorruptible |
| | comme le ciel ; c'est pour cela |
| | qu'on l'appelle ciel. |
| | Notez aussi que l'esprit ardent |
| | & la fumée blanche étant distillée |
| | deux ou trois fois, en sorte qu'elle |
| | brûle le sucre comme l'eau-de-vie |
| | commune, étant mise à circuler |
| | pendant cinquante ou soixante |
| | jours, donne une huile ou quintessence |
| | qui surnage sur le reste |
| | d'une odeur surprenante, &c. |
| | |
| | Quelques observations, entre autres |
| | qu'on peut faire sur lesdites recettes |
| | des Philosophes Adeptes. |
| | |
| | La première est qu'ils ont caché |
| | le mercure des Philosophes. |
@
de la voie humide. 431
| tant la manière de le faire, comme |
|
| la matière de laquelle on doit |
|
| le faire. |
|
| |
|
| II | |
| |
|
| L'on a donné à la matière du- | |
| dit mercure philosophique le |
|
| nom de Lion vert par les raisons |
|
| que Riplée rapporte ; on l'appelle |
|
| adrop, plomb, antimoine, |
|
| &c. parce que cette substance est |
|
| dans le plomb, l'antimoine & |
|
| dans toutes les choses, puisque |
|
| toutes les choses ont leur humidité |
|
| radicale qui est ce que les Philosophes |
|
| nomment mercure, mais |
|
| l'humidité radicale qui seule convient |
|
| aux métaux, est métallique. |
|
| |
|
| III | |
| Quoiqu'il ne soit pas difficile de | |
| deviner quelle est la nature de ce |
|
| Lion vert ; cependant les Philosophes |
|
| tous d'accord ont caché la |
|
| pratique de la première préparation |
|
| de ce Lion, de quelle manière |
|
| on peut le réduire en mi- |
|
@
432
Pratique
| | nium philosophique ; cette première |
| | porte étant bien fermée, ils |
| | n'ont pas eu beaucoup de peine à |
| | nous dire quelque chose de la |
| | pratique, omettant néanmoins |
| | toujours quelque chose d'essentielle, |
| | qui étant négligé, la fin |
| | ne peut pas être bonne puisque |
| | l'on a commencé mal ; & qui manque |
| | dans les principes, manque |
| | nécessairement dans la fin. |
| | |
| | IV. |
| | Ayant donc caché l'entrée au |
| | Palais du Roi ils nous décrivent |
| | plus ou moins sincèrement la manière |
| | de faire le menstrue dans |
| | lequel est la graisse de l'Aigle & |
| | le sang du Lion rouge, qui avant |
| | que d'être mûr au point qu'il |
| | faut, est appelé Lion vert. |
| | |
| | V. |
| | Ils enseignent donc la manière |
| | de faire la gomme ou le vitriol |
| | philosophique de la substance |
| | dudit Lion. |
| | Il |
@
de la voie humide. 433
VI.
| Il faut en premier lieu le dissoudre | |
| avec excellent vinaigre distillé |
|
| & filtrer deux ou trois fois la distillation |
|
| afin qu'elle soit claire & |
|
| nette: & notez que chaque livre |
|
| de sericon vaut deux mesures |
|
| d'Angleterre * de vinaigre dis- | * Gallon |
| tillé, & bien forte. |
|
| |
|
| VII. | |
| S'il reste quelque chose de ce | |
| minium qui n'est pas dissous il |
|
| faut remettre d'autre bon vinaigre, |
|
| laisser encore digérer huit |
|
| jours, filtrer & mettre toutes les |
|
| liqueurs ensemble. |
|
| |
|
| VIII. | |
| Il faut évaporer, ou comme | |
| d'autres disent distiller, tout le |
|
| vinaigre jusqu'à ce que la matière |
|
| reste comme une poix liquide. |
|
| |
|
| IX. | |
| Il faut distiller au bain-marie, | |
| & par là on exécute plus facilement |
|
| ce qu'on ordonne de ne pas |
|
| 0 o | |
@
434
Pratique
| | brûler les fleurs, & que la matière |
| | reste comme de la poix liquéfiée, |
| | car le bain n'est pas assez fort |
| | pour trop dessécher ; d'ailleurs |
| | il faut que le bain-marie ne bouille |
| | pas : & notez que cette poix ou |
| | gomme étant refroidie s'épaissit |
| | de manière pourtant qu'on peut |
| | la couper avec un couteau. Riplée |
| | avant que de former la gomme dit |
| | une fois qu'il faut digérer la liqueur |
| | huit ou dix jours. |
| | |
| | X. |
| | Ayant cette gomme il faut la |
| | mettre dans une retorte (Lulle dit |
| | toujours un alambic) & distiller à |
| | feu de cendres, ou de sable, ou |
| | petit feu l'humidité du vinaigre |
| | sans que le récipient soit luté ; |
| | mais aussitôt que les fumées blanches |
| | commencent à paraître, il |
| | faut changer de récipient & le luter |
| | exactement. |
| | |
| | XI. |
| | Raymond Lulle ne veut pas |
@
de la voie humide. 435
| qu'on mette plus de huit onces de |
|
| matière dans le récipient, Riplée |
|
| en met jusqu'à douze. |
|
| |
|
| XII. | |
| Ce Lion vert se peut distiller | |
| en plusieurs manières, la première |
|
| est qu'étant réduit en minium |
|
| rouge on le distille sans faire ladite |
|
| gomme d'Adrop ; mais je croirais |
|
| volontiers, qu'il faut alors ajouter |
|
| le nitre ou le vitriol, ou tous |
|
| deux pour l'aider à sortir : mais |
|
| comme tous auparavant en font |
|
| le vitriol azoqué ; je crois qu'on |
|
| doit suivre cette méthode comme |
|
| étant plus sûre, la seconde manière |
|
| est de distiller ce vitriol |
|
| mercuriel sans addition, la troisième |
|
| est d'y ajouter le sel nitre ou |
|
| le vitriol commun, ou tous les |
|
| deux ; Riplée donne à la fin les |
|
| raisons pourquoi ce feu contre nature |
|
| ne nuit pas |
|
| |
|
| XIII. | |
| Riplée marque aussi que cette | |
| O o ij | |
@
436
Pratique
| | distillation ne se peut faire en 12. |
| | heures : & je crois comme lui |
| | qu'il vaut mieux distiller par la |
| | retorte avec des cendres bien |
| | pressées, qu'il y en ait un doigt par- |
| | dessous la cornue, & trois doigts |
| | par-dessus la matière ; mais la |
| | prudence enseignera mieux. |
| | |
| | XIV. |
| | L'on trouve souvent au col de |
| | la retorte une manière de glace |
| | semblable au mercure sublimé |
| | qu'il faut mettre avec le reste de |
| | la distillation. |
| | |
| | XV. |
| | Il faut conserver les fèces, parce |
| | qu'il y a en elles de grands |
| | secrets. |
| | |
| | XVI. |
| | Notez dit Riplée que dans le |
| | menstrue qui aura distillé si vous |
| | le faites digérer 15 jours vous en |
| | tirerez trois substances, la première. |
| | I° Un esprit ardent qui monte |
@
de la voie humide. 437
| avant le flegme avec tant soit peu |
|
| d'huile. |
|
| 2°. La liqueur blanche qui est | |
| le lait de la Vierge & le mercure |
|
| au blanc. |
|
| 3°. L'huile rouge ou mercure | |
| au rouge, appelé soufre, sang du |
|
| Dragon ou du Lion vert. |
|
| |
|
| XVII. | |
| L'on doit rectifier l'esprit brûlant | |
| le séparant du flegme de manière |
|
| qu'il brûle le linge ou |
|
| coton. |
|
| |
|
| XVIII. | |
| Cet esprit s'aiguise & se rend | |
| plus efficace avec son sel de sou |
|
| tartre. |
|
| |
|
| XIX | |
| Alors réincrude les métaux | |
| calcinés. |
|
| |
|
| XX. | |
| Le soufre blanc ou rouge de | |
| ce menstrue imbu de sa terre fixe |
|
| peut faire la Pierre tout seul. |
|
@
438
Pratique
| | XXI. |
| | Mais pour plus grande facilité |
| | on se sert de l'or calciné & réincrudé |
| | par l'esprit-de-vin rectifié, |
| | en les dissolvant après dans lesdits |
| | soufres blancs ou rouges. |
| | |
| | XXII. |
| | Mais je crois que tout le menstrue |
| | bien déflegmé & acué avec |
| | son sel de tartre dissout l'or & |
| | l'argent, & se fixe avec eux Experientia |
| | Magistra Operis. |
| | |
| | XXIII. |
| | Riplée dit dans un endroit |
| | qu'il faut mettre le vinaigre & |
| | ledit plomb calciné dans une terrine |
| | de cuivre ; peut-être que le |
| | cuivre qui sera rongé par la matière, |
| | & le vinaigre est bon à cet |
| | ouvrage. |
| | |
| | Autres remarques utiles pour l'intelli- |
| | gence des Auteur, |
| | |
| | Raymond Lulle a enseigné la |
| | théorie & la pratique de la Pierre; |
@
de la voie humide. 439
| mais il a déguisé les noms, il |
|
| a appelé la liqueur mercurielle |
|
| donc nous venons de parler vin |
|
| blanc & vin rouge, il a appelé un |
|
| esprit-de-vin un esprit brûlant qui se |
|
| tire de ce vin mercuriel, & sel |
|
| de tartre volatil ; le sel qui se tire |
|
| des fèces ou tête morte de laquelle |
|
| on a distillé ce vin mercuriel |
|
| blanc & rouge, & c'est avec ce |
|
| sel qu'il fortifie son esprit-de-vin ; |
|
| lequel alors a la puissance de putréfier |
|
| & résoudre en première |
|
| matière les deux luminaires ; dans |
|
| le Livre des expériences il montre |
|
| au long les diverses manières dont |
|
| on peut se servir de ce vin & de |
|
| ce sel précieux qu'il appelle aussi |
|
| sel armoniac parce qu'il peut dissoudre |
|
| radicalement l'or, & par |
|
| l'harmonie & conformité de nature |
|
| qu'il a avec lui. |
|
| Basile Valentin a fait la même | |
| chose que Lulle : il a donné sa |
|
| doctrine sous le nom de vitriol, |
|
@
| | d'où il tire son esprit blanc & |
| | l'huile rouge & pesante ; Lulle |
| | parle aussi de ce vitriol, qu'il |
| | appelle vitriol azoqué, c'est-à-dire |
| | vitriol mercuriel ; car azoqué |
| | en Espagnol veut dire argent vif. |
| | Le même Basile par cette essence |
| | du vitriol azoqué tire l'âme |
| | du vitriol de Mars & de Vénus |
| | pour la joindre à l'âme de l'or, |
| | afin d'avoir une teinture exubérante |
| | ; & c'est de cet ouvrage qu'il |
| | parle dans les 12. clefs avec beaucoup |
| | d'obscurité : mais dans le Livre |
| | des sept teintures ; il dit clairement |
| | sans l'esprit du vif-argent |
| | ou mercure on ne saurait rien |
| | faire. |
| | Paracelse au lieu du mars & du |
| | venus il ajoute l'âme de l'antimoine, |
| | non-seulement pour augmenter |
| | la teinture, mais parce |
| | qu'il croit que l'antimoine est supérieur |
| | à tous les corps métalliques |
| | pour conserver la santé & |
| | En |
@
de la voie humide. 441
| En un mot les grands Maîtres | |
| ont opéré diversement, & comme |
|
| un peintre habile qui a diverses |
|
| couleurs sur sa palette, il en |
|
| forme diverses figures, & il les |
|
| emploie en Maître ; les autres qui |
|
| n'ont lu qu'un seul ouvrage, ils |
|
| ont crû qu'il n'y en avoir point |
|
| d'autre, ni autre manière d'opérer |
|
| ; il est vrai comme on l'a dit |
|
| qu'il n'y a qu'une seule matière en |
|
| essence, mercure & soufre. |
|
| Mais les manières d'opérer sont | |
| différentes ; l'ouvrage des Anciens |
|
| était peut être différent dans la |
|
| manière d'opérer, mais comme |
|
| tous les Arts se perfectionnent |
|
| peu à peu, les Modernes ont agi |
|
| autrement : & ce sont ces manières |
|
| diverses d'opérer qui embarrassent |
|
| fort le Lecteur. J'ai donc |
|
| crû à propos d'ajouter ce peu de |
|
| mot pour ôter la difficulté à ceux |
|
| qui lisent les Auteurs anciens & |
|
| les Modernes, & qui ne peuvent |
|
| P p | |
@
442
Pratique
| | pas les concilier ensemble. |
| | Qu'on se tienne donc aux fondements |
| | de l'Art, & on pourra |
| | choisir la manière d'opérer qui |
| | plaît le plus, & même d'en inventer |
| | une nouvelle. |
| | |
| | F I N. |
@
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