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Page

Réfer. : 1720 .
Auteur : Pompée Colonna F. M.
Titre : Abrégé de la doctrine de Paracelse.
S/titre : .

Editeur : D'Houry fils. Paris.
Date éd. : 1724 .
@

pict

P R É F A C E.

L 'O N a imprimé à mon
insu un Livre de
Chimie qui contient, entre
autres choses plusieurs expériences
qui ont été faites
chez moi en l'année 1717. &
dont aucun chimiste ne paraît
pas avoir parlé jusqu'à
présent ; on a joint à ces
curiosités deux autres Traités
que je n'avais fait que
pour mon étude particulière,
l'un sur les semences métalliques,
& l'autre qui rapporte
le sentiment des Philosophes
sur les matières de la Pierre, &
* ij

@

P R E'F A C E.

qui explique en même temps
plusieurs de leurs énigmes.
Comme je n'avais pas composé
ce Livre dans le dessein
de le faire imprimer ; les différents
traités qui s'y trouvent
ramassés étaient en
quelques façons informes, &
par conséquent peu dignes
de voir le jour : outre qu'un
auteur a bien plus d'attention
sur un ouvrage qu'il
a composé lui-même, & y
laisse échapper bien moins de
fautes, qui souvent étant
essentielles sont capables
d'embarrasser le lecteur. Cependant,
malgré tous ces inconvénients,
je ne laisse pas

@

P R E'F A C E.

d'avoir obligation à la personne
qui a pris la peine de le
faire imprimer : le goût que
le public a marqué pour cet
ouvrage m'y détermine
volontiers. Il est à remarquer
que dans ce livre on
a cité plus d'une fois un
Traité des Archidoxes de Paracelse ;
le libraire qui est de
mes amis, ayant été informé
par plusieurs personnes qui
lui demandaient ce Traité
de Paracelse qu'ils avaient
vu en manuscrit, dont j'étais
l'auteur de l'un & de
l'autre Traité, étant venu me
le demander, je le lui ai donné
aisément, ne faisant pas
* iij

@

P R E'F A C E.

grand cas de mes ouvrages,
ce que j'aurais fait de même
à la personne qui a fait imprimer
l'autre : la facilité
que j'ai eue vient en partie
de ce qu'étant imprimé contre
mon gré, il vaut autant
que je le fasse de bonne grâce.
Au reste je suis obligé de rendre
justice à la vérité en assurant
que les expériences
qu'on rapporte dans les
Secrets de la Philosophie, &c.
sont très véritables, quoiqu'elles
paraissent nouvelles,
& que je les ai vu faire, &
je les ai faites la plupart de
mes propres mains.
Je dirai donc que parmi les

@

P R E'F A C E.

modernes, Paracelse semble
avoir surpassé tous les Prédécesseurs ;
& qu'avec raison
il s'est attribué le titre, de
Monarque des Arcanes. Ce
grand homme à mon avis
mérite en deux choses d'être
préféré à tous les autres. La
première est qu'il a établi une
doctrine fondée sur des raisons
physiques & palpables sans
se servir de ces énigmes inintelligibles
qui font tourner
la tête plutôt que d'instruire,
& il a nommé les matières,
de façon qu'on peut facilement
les trouver. En second
lieu, comme il était habile
Médecin, il a donné des règles
* iiij

@

P R E'F A C E.

des remèdes très efficaces,
lesquels remèdes, ou du
moins une grande partie,
sont également bons soit
pour la santé, soit pour la
perfection des métaux ; il
est vrai aussi, & c'est ce qui
avait mis en doute le savoir
de ce grand homme, que lui-
même avait eu l'intention de
cacher son Art en supprimant,
comme il le dit ; le dixième
Livre des Archidoxes, qui est
comme la clef des autres ;
mais il l'a donné à la prière
de ses plus chers amis quelque
temps avant sa mort.
Je me suis donc attaché
particulièrement à la doctrine

@

P R E'F A C E.

de Paracelse, & j'ai étudié
avec toute l'attention
possible ses Archidoxes dont
le mot Grec signifie la doctrine
principale. Je les ai abrégés comme
on le peut voir en omettant
les discours superflus,
& les rangeant dans un ordre
qui pût donner plus de clarté,
& en faciliter l'intelligence ;
plaçant dans les lieux convenables,
les endroits les plus
remarquables de cette clef
précieuse qui donne une lumière
suffisante au vrai Philosophe.
J'ai encore mis à la
tête de cet ouvrage un Traité
des cinq principes des Chimistes,
qui non seulement donne

@

P R E'F A C E.

beaucoup de clarté à la
doctrine de Paracelse ; mais
qui peut beaucoup servir
à ceux qui s'adonnent à cet
Art pour entendre le fond
de cette science, & en même
temps à développer la plupart
des énigmes dont les Livres
de nos Philosophes sont
remplis. Je ne doute pas non
plus que par ce Traité des
Archidoxes & avec celui qu'on
a déjà, quelques personnes
d'esprit ne trouvent des
choses dont ils pourront profiter ;
car ils connaîtront
que la doctrine de ce grand
homme a une clarté que les
autres livres n'ont pas. Qu'on

@

P R E'F A C E.

s'attache donc à sa doctrine :
c'est celle de Paracelse que
j'y propose & non pas la
mienne, je n'ai fait que la
traduire pour l'utilité du public,
& je ne cherche point
à me faire honneur de ce
qui ne m'appartient pas ;
c'est pourquoi même je cache
mon nom en une anagramme
Latine qui marque
que je suis un habitant de la
France.

SUM INCOLA FRANCUS.
@

pict

A P P R O B A T I O N

De Monsieur Andry Conseiller Lecteur
& Professeur Royal, Docteur Régent
de la faculté de Médecine de Paris, &
Censeur Royal des Livres.

J 'Ai lu par ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux cet Abrégé de la
doctrine de Paracelse & de ses Archidoxes,
&c. & je n'y ai rien trouvé qui en puisse
empêcher l'impression. Fait à Paris ce
29. Avril 1723.

ANDRY.

@

-------------------------------------
PRIVILEGE DU ROY.

L OUIS, par la grâce de Dieu Roy de
France & de Navarre ; A nos aimés &
féaux Conseillers, les Gens tenant nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil,
Prévôt de Paris, Baillis, Sénéchaux,
leurs Lieutenants Civils, & autres nos Justiciers
qu'il appartiendra ; SALUT. Notre
bien-aimé Charles-Maurice D'HOURY fils
Libraire à Paris, Nous ayant fait remontrer
qu'il lui aurait été mis en main un
manuscrit qui a pour titre : Abrégé
de la Doctrine de Paracelse & ses
Archidoxes qu'il souhaiterait faire imprimer
& donner au Public, s'il nous
plaisait lui accorder nos Lettres de Privilège
sur ce nécessaires : A CES CAUSES,
voulant favorablement traiter l'Exposant,
Nous lui avons permis & permettons par
ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre
en tels volume, forme, marge, caractères,
conjointement ou séparément, &
autant de fois que bon lui semblera, & de
le faire vendre & débiter par tout notre
Royaume, pendant le temps de dix années
consécutives, à compter du jour de la date
des dites Présentes. Faisons défenses à toutes
sortes de personnes, de quelque qualité

@

& condition qu'elles soient, d'introduire
d'impression étrangère dans aucun
lieu de notre obéissance ; comme aussi à
tous Libraires, Imprimeurs & autres,
d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire
vendre, débiter ni contrefaire ledit ouvrage
ci-dessus expliqué en tout, ni en
partie, ni d'en faire aucun extrait
sous quelque prétexte que ce soit, d'augmentation,
correction, changement
de titre, ou autrement sans la permission
expresse & par écrit dudit Exposant, ou
de ceux qui auront droit de lui, à peine
de confiscation des exemplaires
contrefaits, de quinze cents liv. d'amende
contre chacun des contrevenants, dont un
tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de
Paris, l'autre tiers audit Exposant, &
de tous dépens, dommages & intérêts.
A la charge que ces Présentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris, & ce dans trois mois de
la date d'icelles ; que l'impression dudit
ouvrage sera faite dans notre Royaume,
& non ailleurs, en bon papier & en
beaux caractères, conformément aux
Règlements de la Librairie ; Et qu'avant
de l'exposer en vente, le Manuscrit ou

@

Imprimé qui aura servi de copie à l'impression
dudit Livre, sera remis, dans le
même état où l'approbation y aura été
donnée, ès mains de notre très cher &
féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE ; &
qu'il en sera remis deux Exemplaires
dans notre Bibliothèque publique, un
dans celle de notre Château du Louvre,
& un dans celle de notre très-cher &
féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE ;
le tout à peine de nullité des Présentes.
Du contenu desquelles vous mandons &
enjoignons de faire jouir l'Exposant ou
ses ayant cause, pleinement & paisiblement,
sans souffrir qu'il leur soit fait
aucun trouble ou empêchement. Voulons
que la copie desdites Présentes, qui
sera imprimée tout au long au commencement
ou à la fin dudit Livre soit tenue
pour dûment signifiée, & qu'aux copies
collationnées par l'un de nos aimés &
féaux Conseillers & Secrétaires, foi soit
ajoutée comme à l'Original. Commandons
au premier notre Huissier ou Sergent
de faire pour l'exécution d'icelles
tous Actes requis & nécessaires, sans demander
autre permission, & nonobstant

@

clameur de Haro, Charte Normande, &
Lettres à ce contraires ; Car tel est notre
plaisir. Donné à Paris le quatrième jour
du mois de Juin l'an de grâce mil sept cent
vingt-trois, & de notre Règne le huitième.
Par le Roy en son Conseil,

DE SAINT HILAIRE

Enregistré sur le Registre V. de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de
Paris, page 286, n°. 565, conformément
aux Règlements & notamment à l'Arrêt
du Conseil du 13 Août 1703. A Paris le 2
Juillet 1723.

BALLARD, Syndic.





TABLE

@

pict

E X P L I C A T I O N
D E L A N A T U R E

D E S P R I N C I P E S
D E C H I M I E.


Pour servir d'éclaircissement à la
doctrine de Paracelse & des autres
Philosophes.

L A Chimie se définit ; l'Art
qui par la résolution des
Mixtes, en sépare le pur de ce qui
est impur:
Pour bien savoir cette définition,
il faut entendre ce que les
Philosophes Chimistes appellent
pur & ce qu'ils estiment impur ;
& au surplus il faut savoir ce que
c'est que la résolution des corps : il
faut comprendre que cette résolution
a ij

@

ji Explication de la nature

des corps consiste en leur
entière décomposition, laquelle
ne se peut faire que par une parfaite
corruption & putréfaction
du même corps.
Dans cette décomposition des
particules du Mixte, les Chimistes
trouvent & séparent cinq substances
qu'ils appellent principes
prochains & naturels ; parce que de
toutes les choses que la nature forme,
l'on peut séparer cinq principes
on substances différentes.
Ces cinq principes selon eux sont
soufre, mercure, sel, flegme &
tête morte ; ces cinq principes
sont sensiblement différents les uns
des autres, & quoique dans le composé
ils soient très bien mêlés par
la nature, néanmoins ils sont séparables
par l'Art ; & c'est par ce
moyen qu'on peut connaître sensiblement
que les diverses doses de
ces principes mélangés diversement
ensemble font la diversité

@

des principes de chimie. iij

des corps naturels & de leurs vertus
& propriétés si diverses ; car
un peu plus ou moins de l'un ou
de l'autre produit la merveilleuse
différence qui fait qu'un corps
soit non seulement d'espèce différente,
mais ceux d'une même espèce
ne sont pas parfaitement &
mathématiquement les mêmes,
parce qu'il est quasi impossible
que les doses des principes qui forment
un corps soient précisément
dans le même poids & mesures que
les doses qui forment une autre
espèce ou un autre individu.
Remarquez aussi que les Chimistes
appellent principes prochains,
ces cinq principes, non seulement
parce qu'ils sont visibles, mais
parce qu'ils connaissent qu'ils
proviennent d'autres principes
plus éloignés ; c'est-à-dire des quatre
qualités élémentaire, le chaud,
le sec, le froid & l'humide.
Mais afin qu'il ne reste aucune

@

jv Explication de la nature

obscurité dans ce Traité; il faut
savoir que les Chimistes suivent
la doctrine d'Aristote & des anciens
Académiciens & de l'école commune,
qui tous d'accord ont mis
pour principes éloignez les quatre
éléments, lesquels l'école avec
raison distingue des qualités élémentaires,
& cette différence
consiste en deux choses, la première
est que la qualité n'est pas
proprement l'élément visible ,
mais les plus petites parties invisibles
d'icelui. Par exemple, l'eau
de la rivière ou de la mer n'est pas
proprement ce qu'on appelle la
qualité humide; mais il faut comprendre,
que ce qu'on appelle qualité
c'est la vapeur la plus subtile,
ou si vous voulez la plus petite
particule d'icelle, & dont un nombre
innombrable de ces particules
jointes ensemble forment les gouttes
de l'eau sensible, & plusieurs
gouttes font les ruisseaux, les rivières

@

des principes de chimie. v

& la mer ; il faut de même
imaginer que la sécheresse ou l'aridité
n'en pas proprement la
terre des champs ni celle ou nous
marchons, mais ce sont les particules
plus déliées de ce qui peut
former cet élément qu'on appelle
terre, il en faut dire de même de
l'air que nous respirons, ou du feu
visible & brûlant, dont les parties
sont plus subtiles & plus mobiles
que celles des autres éléments grossiers.
Mais ce qui fait aussi une grande
différence des qualités aux
éléments visibles que nous appelons
terre, eau, air & feu ; c'est qu'il
n'y en a aucun d'eux qui sois seul
& qui ne sois mêlé avec les autres
trois. Par exemple, le feu brûlant
est fort différent de la qualité
pure de ce qu'on nomme chaleur
qui consiste dans les plus subtiles &
plus mobiles particules éthérées;
car le feu visible qui est formé des

@

vj Explication de la nature

matières combustibles, non seulement
contient la sécheresse de la
terre, mais l'humidité de l'eau &
de l'air comme on le peut voir en
recevant la flamme d'une bougie
ou d'autres matières qui brûlent ;
recevant, dis-je, ladite flamme
dans un plat elle y laisse une noirceur
sèche & terrestre ; que si l'on
reçoit ladite flamme en quelque
grand vaisseau de terre avec un
alambic aussi de terre, on recevra
dans un récipient quelque humidité
qui n'est pas exempte d'air,
sans lequel le feu s'éteint ; quant
à l'eau il est constant qu'elle donne
quelque terre si on la distille
outre le sel volatil qui l'accompagne
quand elle s'évapore, &
outre cela elle a toujours en soi
quelque air & quelque chaleur,
sans laquelle elle se durcit en glace
& ne peut pas couler.
On peut inférer la même chose
de la terre : de manière qu'on doit
conclure

@

des principes de chimie. vij

conclure que les qualités sont diverses
des éléments visibles & sensibles,
tant parce que les qualités
sont les parties plus subtiles & invisibles
de ces éléments, comme aussi
parce que l'on doit considérer
abstraitement lesdites qualités
comme des particules propres à
former un tel élément à l'exclusion
de toutes les autres particules
propre à former un autre élément.
De manière qu'on peut dire
que la chaleur est la matière la
plus subtile, & plus mobile &
agissante que toutes les autres,
ensuite l'air est un peu moins subtil
que la chaleur, mais moins
grossier que l'humide qui est
moins subtile que l'air, mais
moins grossière que la terre, ou
pour mieux dire que la sécheresse
qui est la qualité la plus grossière
est moins mobile que les autres.
Et on peut, si l'on veut, imaginer
les figures que l'on voudra
e

@

vjii Explication de la nature

dans ces particules qui composent
les qualités, & au lieu de
trois sortes d'éléments que les Cartésiens
supposent l'une très subtile,
l'autre très grossier & un autre
moyen, on peut mettre quatre
degrés différents étant au fond la
même chose; puisque les trois éléments
des Cartésiens & leurs particules
ne sont pas absolument
égaux, ni en substance, ni en figure,
ni en vitesse de mouvement.
Sans s'arrêter donc à ces disputes
& à ces minuties inutiles
que le Philosophe d'esprit peut
facilement concilier ; il suffit pour
reprendre notre propos, que les
qualités dont nous parlons, ne
sont pas les éléments visibles, mais
les particules les plus fines des
deux éléments sensibles.
Il faut encore imaginer les particules
desdites qualités sans aucun
mélange des autres, de même

@

des principes de chimie. jx

qu'on conçoit la Matière subtile
de Descartes sans aucun mélange
de la grossière ou de la
moyenne, quoique dans l'étendue
de l'univers les unes & les autres
soient entremêlées ; l'on peut
aussi si l'on veut considérer ces
particules comme les Atomistes
considèrent chaque atome à part
dans sa petitesse ou grandeur &
figure propre, & avec son propre
mouvement, quoiqu'ils soient
réellement entremêlés les uns
avec les autres.
Et il ne faut pas croire que cette
manière de considérer les éléments
& les qualités soit inutile & sans
fondement ; car les Chimistes ne
sont pas de ces Philosophes qui
dans leur cabinet écrivent & débitent
ce qui leur passe dans la
tête : leur doctrine est différente
de celle des autres, en ce qu'elle
est fondée sur des expériences certaines,
& en ce que, non seulement
e ij

@

x Explication de la nature

ils trouvent les susdits cinq
principes visibles dans tous les Mixtes
sans exception ; mais ils voient
que la composition de ces principes
est très différente, en ce qu'il
y en a deux qui sont composés de
la terre & de l'eau commune &
grossière tels que sont ceux qu'ils
appellent flegme & terre morte; mais
les autres trois, c'est-à-dire le
soufre, le mercure & le sel sont
composés des principes & des
particules d'une substance entièrement
subtile : d'autant que les
composés qu'ils forment sont très
subtils & pénétrants, & que, difficilement
ils peuvent être séparés
les uns des autres.
Je vais donc expliquer ce que
les Philosophes Chimistes entendent
sous le nom de soufre, de
mercure & de sel, en considérant
chacun de ces principes à part,
comme si il n'était point mêlé
avec les autres ; quoique réellement

@

des principes de chimie. xj

l'on ne trouve point dans la
nature une qualité ni un élément
sans l'autre, ni par conséquent aucun
des principes des Chimistes
qui ne contienne un peu de
l'autre.
Je dirai donc en général que
sous le nom de soufre ils entendent
la chaleur ; par le nom de mercure
ils entendent l'humidité, & par
le nom de sel ils entendent la sécheresse :
mais parce que comme
nous l'avons indiqué, les qualités
élémentaires sont si mélangées
par la nature, que l'une ne va pas
sans l'autre ; l'on appelle généralement
soufre le composé où
la chaleur prédomine, on appelle
mercure la substance où l'humidité
fluide est dominance, & on appelle
sel le mélange des quatre qualités,
& dans lequel la sécheresse & l'aridité
est dominante.
Comme l'on reconnaît quatre
éléments & quatre qualités élémentaires,
e iij

@

xij Explication de la nature

le soufre des Chimistes
considéré abstraitement, &
comme seul, formé du mélange
des deux qualités plus subtiles
& plus mobiles ; & par conséquent
plus chaudes auxquelles nous
donnerons le nom de feu & d'air ;
c'est-à-dire de leurs particules
plus subtiles & desquelles proviennent
le feu & l'air grossier & sensible ;
& notez que comme ces
deux éléments ou qualités peuvent
être mélangés suivant diverses
proportions, c'est-à-dire que
dans ce mélange il y peut avoir,
ou plus de feu ou plus d'air, &
cela par degrés innombrables (car
une particule de plus ou moins
de l'un ou de l'autre fait la différence.)
Il s'ensuit qu'il peut y avoir
un nombre innombrable de divers
soufres, les uns plus ignées,
les autres plus aériens, puisque
comme on l'a dit, une particule ou

@

des principes de chimie. xiij

un atome plus de l'un que de
l'autre peut faire la différence du
mélange, & par conséquent de la
nature du soufre qui sera plus ou
moins chaude, & plus ou moins
actif & mobile suivant qu'il sera
plus ou moins igné.
Mais comme ce bon Philosophe
ne change pas l'ordre de la nature,
il l'examine & considère
telle qu'elle est ; il connaît ces
deux choses, la première que
nous avons déjà indiquée, c'est-
à-dire, où les éléments & principes
des choses sont tellement mêlés,
que l'un n'est pas sans l'autre ; la
seconde observation est que les
particules des qualité signées & aériennes
étant d'une subtilité & d'une
mobilité extrême, ne peuvent pas
se rendre visibles ni subsister d'elles-mêmes
sans quelque chose de
plus grossier qui les retienne &
les enveloppe : cela est visible en
ce que nous sentons bien la chaleur
qui est dans l'air. e iiij

@

xiv Explication de la nature

Mais nous ne la voyons pas à
moins qu'elle ne paraisse en forme
de feu ou de flamme, & alors elle est
mêlée comme on l'a dit, avec d'autres
éléments grossiers & corporels.
Nous sentons aussi les effets de
l'air, mais il n'est ni visible ni palpable.
Le soufre donc de nos Philosophes
ne paraît pas aux yeux,
& il ne subsiste point par lui-même,
mais il faut qu'il soit accompagné
de cette humidité que nous
appelons mercure ; laquelle humidité
est différente de celle de
l'eau commune de la mer & des
rivières, en ce que cette humidité
dont nous parlons est extrêmement
subtile. Il faut donc comprendre
le mercure des Philosophes
Chimistes comme une humidité
très subtile, imprégnée & imbue
dudit soufre chaleureux : &
comme cette humidité peut avoir
en soi une plus grande ou moindre
quantité dudit soufre, qui par lui-

@

des principes de chimie. xv

même peut être formé de plus ou
moins de feu ou d'airs ; il résulte de
ce mélange encore un plus grand
nombre de ce mercure ou d'humidités
différentes : c'est-à-dire
ou plus humides, ou plus aériennes
ou plus ignées.
Mais ce qui augmente les différences
de ce mercure, c'est que
comme nous l'avons dit, les qualités
n'étant pas l'une sans l'autre,
ce mercure ou humidité n'est pas
sans quelque sécheresse, c'est-à-
dire sans quelque quantité de ces
corpuscules atomes subtils qui
forment la masse grossière de la
terre, & ce sont ces particules sèches,
mais très subtiles.
Car la sécheresse mêlée avec
la susdite humidité mercurielle,
fait paraître l'humidité qu'on appelle
mercure en forme huileuse &
gluante, plus ou moins selon
qu'elle contient un plus grand
nombre de ces corpuscules secs ; &

@

xvi Explication de la nature

notez que lorsque ces corpuscules
secs prédominent sur l'humidité
du mercure, ils empêchent l'humidité
de fluer & de couler, &
alors ils appellent ce composé
sel.
Car le sel des Chimistes n'est
autre chose comme on l'a dit que
le même mercure ou humidité imbue
des différents soufres, & mêlée
tellement avec les particules
sèches, que ladite humidité étant
surmontée par l'aridité terrestre
ne coule plus, de même que l'eau
perd sa fluidité par l'addition de
la farine ou d'autre substance
sèche. Or ladite humidité ne
coulant plus il s'y enferme un
corps sec que les Chimistes appellent
sel ; d'où il en résulte une infinité
de sels différents, plus ou
moins secs, plus ou moins humides,
plus ou moins aériens, &
plus ou moins chaleureux.
Et notez que les Chimistes

@

des principes de chimie. vxij

trouvent deux sortes de sels, l'un
volatil & l'autre fixe : le fixe est
ainsi appelé parce qu'il résiste
quelque temps au feu ; & ils remarquent
que ce sel est fixe d'autant
qu'il contient encore beaucoup
de terre grossière, à la différence
de l'autre qui étant sans aucune
terrestréité ; il ne contient de la
terre subtile qu'autant qu'il en
faut pour faire paraître le mercure
sous la forme d'un corps sec,
d'où il s'ensuit que ce sel se sublime
alors à la moindre chaleur ;
comme il paraît communément
dans les deux sels différents qu'on
tire de l'urine, dont l'un est assez
fixe, l'autre comme on l'a dit se
sublime à la plus petite chaleur.
L'on prouve aussi que le sel n'est
autre chose que le mercure ou
l'humidité dans laquelle la sécheresse
prédomine, en ce que
toutes sortes de sel se fondent au feu & se
liquéfient dans l'eau; car rien ne flue

@

xviij Explication de la nature

que ce qui est humide & rien ne
s'élève & ne s'évapore au feu que
ce qui a de l'humidité, & quelque
chose d'aérien ; & comme la
seule terre grossière résiste un temps
au feu, le sel qu'on appelle fixe,
n'est tel fixe que parce qu'il abonde
en terre grossière ; laquelle
étant séparée, il devient volatil au
plus petit feu, comme je l'ai dit,
& comme l'expérience le montre.
Par où on explique ce que le
Cosmopolite avait dit en termes
mystérieux, c'est-à-dire que la
chaleur ou le feu céleste agissant
dans l'air, engendre le soufre, le
soufre agissant sur l'humidité de
l'eau produit le mercure, & le
mercure avec le soufre agissant sur
la sécheresse qui est ce qu'on nomme
la terre, produisent le sel ; mais
que la terre n'ayant pas sur quoi
agir produisait de ces trois principes,
les minéraux & les plantes
dont les animaux se nourrissent, &

@

des principes de chimie. xix

desquels trois principes les animaux
mêmes sont formés ; car
les qualités élémentaires sont les
principes universels du soufre, du
mercure & du sel, du mélange duquel
se forme le suc ou essence
séminale des êtres, que la seule
nature peut former, & que l'Art
ne peut jamais faire, mais seulement
s'en servir : ce que nous venons
de dire se doit entendre, du
soufre, du mercure & du sel philosophique
& universel, qui se
rectifient après dans les êtres
particuliers.
Et en effet ces trois principes prochains
mêlés en diverses proportions
font ce qu'on appelle l'essence
du mixte, & ils font qu'un tel être
soit ce qu'il est, qu'il soit différent
des autres ; car c'est de ces trois
seuls & uniques principes, mêlés
comme on l'a dit en certaines proportions
qui font qu'un être soit
tel qu'il est, c'était d'eux que

@

xx Explication de la nature

résulte la couleur, l'odeur la
saveur & les autres vertus & propriétés
d'un tel être, comme l'expérience
le fait voir ; & qu'on le
démontrera plus clairement dans
le cours de cet ouvrage en expliquant
la doctrine de Paracelse, &
comme je l'ai montré plus au long
dans le Livre de la Génération des
choses ; lequel peut-être un jour
paraîtra à la lumière, si Dieu le
permet.
C'est aussi du mélange de ces
trois principes que résulte ce
que les Philosophes appellent semences ;
c'est pourquoi dans ledit
Livre de la Génération j'appelle le
mélange de ces trois principes,
l'essence séminale des êtres ; montrant
par des expériences assez claires
que c'est par la vertu du soufre
qui en dans ce mélange séminal,
que toutes les semences végètent,
se nourrissent & vivent un certain
temps & que comme le feu transmue

@

des principes de chimie. xxj

facilement en sa nature
toutes les matières transmuables
& combustibles, de même les semences
des végétaux en vertu de
ce feu interne, transmuent en leur
nature propre & essentielle le même
suc de la terre ; car la semence
de l'absinthe transmue en absinthe
amère le même suc de la terre
comme la semence de la réglisse
transmue en suc doux, l'aigre moine
en suc aigre ; l'on voit aussi que
les animaux par un ferment essentiel
& par l'action de la chaleur
qui est dans ce ferment, il transmue
la même herbe, la même eau
& toute autre nourriture, en nature
d'homme & en nature d'un
tel homme, le lion en lion, &
l'agneau en agneau ; ce qui est
un des plus grands & merveilleux
mystères de la nature, & dont les
nouveaux Philosophes par leur
mécanique imaginaire ne donnent
que des raisons peu solides :

@

xxij Explication de la nature

car quoique l'on convienne que
la diversité de fibres contribue à
la formation des êtres particuliers ;
cependant il est visible que
la flamme pour transmuer les substances
combustibles en flamme, n'a
pas besoin des filtres que ces gens
supposent, mais seulement de pénétrer
& de subtiliser les parties
du bois & des autres matières & de
les agiter fortement, & c'est ce qui
fait la chaleur que les Chimistes
appellent soufre dans toutes les
semences végétables, & la chaleur
animale dans les ferments des
animaux, mais comme de cela
j'ai parlé plus au long comme je
l'ai dit dans Le Traité de la Génération
des choses, il est plus à propos
de reprendre notre discours.
J'ai dit ci-dessus que du mélange
des susdits trois principes (le
souffre, le mercure & le sel) il
en résulte un composé différent
selon le mélange & les doses des
susdites

@

des principes de chimie. xxiij

susdits trois principes, lequel
mélange forme ce qu'on appelle
l'essence d'un tel être. On l'a nommé
aussi quintessence, c'est-à-dire
un cinquième être qui résulte des
quatre qualités élémentaires diversement
mélangées en diverses
proportions.
Mais il faut remarquer que
cette quintessence par les opérations
chimiques ne paraît jamais
qu'en forme d'une liqueur oléagineuse
ou bien en forme de sel
volatil, c'est-à-dire sous la forme
d'une substance sèche, car le soufre
ne peut paraître aux yeux à
cause de son extrême subtilité &
mobilité : cependant il se fait connaître
par ses effets de chaleur,
que le mercure ou ledit sel produisent,
ou bien parce que lorsque
le mercure ou le sel sont imbus
de beaucoup dudit souffre ils
s'enflamment facilement ; comme
nous voyons que fait le soufre minéral
i

@

xxiv Explication de la nature

ou le camphre parmi les sels
végétables, lequel camphre quoi
qu'il soit le suc d'un grand arbre
dont la sève s'épaissit en forme de
gomme lorsque l'humidité s'évapore :
cependant on peut le donner
pour exemple du soufre végétal
comme le minerai est donné
pour exemple du soufre qui entre
dans la composition des métaux &
des minéraux métalliques & lesquels
les Sots prennent pour le
vrai souffre des Philosophes dont
nous avons parlé ; car par tout
ce que nous venons de dire les
sages peuvent comprendre que
chaque individue a son soufre,
son mercure & son sel particulier,
mélangez en doses différentes, lequel
mélange forme son essence.
Ce sont donc les trois principes
susdits, ou si vous voulez la
quintessence qui résulte de leur
mélange que les Philosophes Chimistes
appellent le pur du mixte,

@

des principes de chimie. xxv

parce que ces éléments sont très
subtils, très pénétrants & très
actifs, & qu'ils contiennent toutes
les vertus & propriétés d'un
tel être. Nous verrons que Paracelse
l'appelle l'élément prédestiné,
c'est-à-dire destiné à produire ces
mêmes effets.
Les éléments impurs sont le
flegme & la terre morte, l'un
qu'on appelle le corps ou l'habitation
de l'élément prédestine, & l'autre desquels
lorsqu'ils sont déparés par
l'Art & par l'industrie du Chimiste,
n'ont ni la couleur, ni l'odeur,
ni la saveur, ni aucune vertu ou
propriété du mixte, lesquelles
propriétés restent & sont uniquement
dans l'essence séminale, laquelle
étant répandue & comme
pétrie avec cette eau & cette terre
insipide, elles paraissent avoir
le goût, l'odeur, la saveur & les
autres propriétés, mais la vérité
est que ces deux substances (le
i ij

@

xxvj Explication de la nature

flegme & la terre morte) n'en ont
point d'autre que celle que peut
avoir l'eau commune, & que peuvent
avoir les cendres ; dont on a
tiré tout le sel en faisant la lessive,
& lesquelles restent alors sans
goût & sans aucune valeur.
La vraie Chimie consiste donc à
séparer le pur de l'impur, c'est-à-
dire à séparer les éléments purs
qui forment la quintessence, &
pour mieux dire à avoir la quintessence,
la séparant des éléments
grossiers qui étaient mêlés avec
elle, c'est-à-dire à séparer la
quintessence d'une eau flegmatique
& de la terre grossière qui
empêche par leur mélange l'action
des éléments subtils de la
quintessence que j'appelle essence
séminale ; & c'est ce que les philosophes
entendent, quand ils disent
qu'il faut séparer les éléments,
c'est-à-dire séparer les éléments
grossiers des subtils, comme

@

des principes de chimie. xxvij

dit Hermes separabis subtile à spisso
ac lumen a tenebris, c'est-à-dire séparer
l'essence lumineuse & subtile
des éléments grossiers & ténébreux.
Mais comme la nature ne fait
rien en vain, mais qu'elle fait
tout avec sagesse & providence,
ces éléments grossiers que nous
appelons impurs ne sont pas inutiles
dans les mixtes, au contraire
ils sont fort nécessaires, car ils
sont comme le corps ou la boëtte
qui contiennent l'essence susdite,
laquelle par son extrême subtilité
s'évaporerait & s'enfuirait si elle
n'était contenue & retenue par ce
corps grossier ; car l'essence du
corps est réellement l'âme animale,
végétale ou minérale d'un
tel être, laquelle âme ne peut pas
subsister d'elle-même & sans se
dissiper si elle n'est pas retenue
par quelque corps grossier.
Et c'est dans ce sens que nos

@

xxviij Explication de la nature

Philosophes ont dit que tous les
mixtes sont composés d'âme & de
corps. De même ils ont dit que
les semences végétales & minérales
sont composées d'âmes & de
corps comme les animales ; le
corps est la matière visible de la
graine ou du minéral ; l'esprit est
cette liqueur subtile & spirituelle
qu'ils nomment mercure, & l'âme est
le soufre ou la chaleur qui est enfermée
dans le mercure du mixte : &
c'est cette âme qui fait l'action végétative
& les actions animales ; ce
qui est visible dans les graines des
végétaux, lesquelles ayant vieilli,
de manière que ladite chaleur
subtile soit évaporée, elles ne végètent
plus & sont incapables de
produire ; cela est visible aussi dans
le sperme des animaux, qui étant
tant soit peu froid, & s'il n'entre
pas dans la matrice dans l'instant
qu'il sort de l'animal, il n'est plus
capable de produire ; ce qui montre

@

des principes de chimie. xxjx

suffisamment que l'âme végétale
des mixtes consiste dans ce
soufre chaleureux ; & il ne faut pas
croire que le sperme animal n'ait
pas la même ressemblance & qu'il
ne contienne le corps, l'esprit &
l'âme animale ; car la liqueur visible
& épaisse est son corps, mais
dans cette liqueur épaisse est contenue
une autre liqueur bien plus
subtile qui est le vrai sperme ou
mercure animal, lequel est animé
de soufre ou chaleur animale,
laquelle liqueur subtile & chaleureuse
est le vrai mercure animal,
duquel j'ai traité dans le Livre
des essences séminales ; & plus au
long encore dans mon Traité de
la Génération : où je montre comme
ce sperme grossier est réduit
en quintessence & vrai mercure
animal en circulant dans la matrice
avant que de produire l'animal.
Ce n'est pas en vain que je me

@

xxx Explication de la nature

suis un peu étendu sur cette matière,
puisqu'il est de la dernière
importance que les curieux de cet
Art sachent ces choses ; car la
Pierre qu'ils cherchent est la Pierre
des Philosophes, & non des
ignorants : il faut donc savoir que
tous les corps de quelque nature
qu'ils soient ont deux substances,
lesquelles quoique l'une & l'autre
dérive des éléments, néanmoins
elles sont très différentes : celle
qui vient du mélange des éléments
subtils que nous appelons qualités
forme l'essence séminale du sujet,
& c'est la partie pure qu'on nomme
quintessence, essence séminale.
L'autre substance est formée
des éléments grossiers, dont l'eau
& la terre sont visibles ; & c'est la
partie impure ; la première est
comme l'âme, la seconde est le
vrai corps de cette âme ; dans
l'âme résident, comme on l'a dit,
toutes les vertus & propriétés, &
elle

@

des principes de chimie. xxxj

elle est incorruptible, & en quelque
manière immortelle ; le corps
n'a aucune des vertus & des propriétés
de l'âme, ce corps
n'est bon à rien & se corrompt
aussitôt ; car une des propriétés
de l'âme est de conserver
le corps de la corruption, sans
elle il se putréfie & devient puant.
L'on peut aussi connaître que
de ces cinq principes il n'y en a
proprement que quatre que les
Chimistes voient & touchent
lorsqu'ils les extraient ; car le soufre,
comme on l'a dit, étant invisible
dans du feu aérien, il ne se fait
point voir, & il ne se fait connaître
que par ses effets ; de manière
qu'à proprement parler ce que le
Chimiste touche avant que de le
préparer, n'est que le flegme & la
terre morte qui sont toujours rejetables ;
& parmi ceux qu'il
doit conserver comme très purs,
sont le sel volatil & le mercure,
o

@

xxxij Explication de la nature

La seconde chose très remarquable,
est que dans chaque
mixte il y a autant de terre morte
à proportion que dans le même
mixte il y a d'un tel mercure, c'est-
à-dire autant à proportion que la
quintessence séminale contient de
mercure & de sel. Pour expliquer
la chose plus clairement, remarquez,
par exemple, que la quintessence
ou mercure de la laitue est
composé de beaucoup d'humidité,
peu de terre, & encore moins
de chaleur, & par conséquent l'on
trouvera dans la décomposition
de tout le corps de la laitue, beaucoup
de flegme & peu de terre, &
dans le mercure ou essence de la
laitue, l'on ne trouvera que très
peu de feu ; ce que l'on connaîtra
en ce que ce mercure, quoiqu'un
peu épais & oléagineux, ne
peut pas s'enflammer : il en résultera
donc que les laitues produiront
l'effet d'humecter & rafraîchir.

@

des principes de chimie. xxxiij

Au contraire, le mercure
ou essence séminale du clou de
girofle, si elle est bien rectifiée,
s'enflammera facilement, & l'on
conclura qu'il abonde en soufre ;
au surplus on trouvera que ce
mercure est comme une huile
épaisse : ce qui marque que dans ce
mercure, quoique humide, il y a
beaucoup de sécheresse & de sel
volatil. Le corps impur donc que
l'on séparera de ce mixte, consistera
en très peu de flegme & beaucoup
de terre morte, & delà vient
que ce végétal produit les effets
de chaleur & de sécheresse ; l'on
voit donc par ces deux exemples
que les éléments impurs qui forment
le corps du mixte, sont en
quantité proportionnelle des éléments
purs qui forment la quintessence :
Que si l'on demande
comment il arrive que diverses
graines dans la même terre attirent
chacune d'elles, les proportions
o ij

@

xxxiv Explication de la nature

des éléments convenables par
rapport à la quintessence, &
comment la même quintessence
attire ces éléments impurs pour se
faire un corps convenable à la
même essence.
Je réponds que les éléments grossiers
de ce bas monde étant toujours
mêlés ensemble avec les subtils,
la semence attire à soi également
les uns & les autres éléments : les
éléments subtils se mêlent facilement
& se changent dans la nature
de la quintessence subtile, & ils
l'augmentent en quantité.
Mais les grossiers restent dans
leur grossièreté naturelle, & forment
ce qu'on appelle corps. Or que
cette action arrive par la structure
des fibres qui ne donnent passage
qu'aux particules d'une certaine
nature, comme les nouveaux Philosophes
le prétendent, mais ce
qu'on ne peut pas dire des métaux,
des pierres précieuses &

@

des principes de chimie. xxxv

autres minéraux , ou que ce soit ;
comme je l'ai indiqué ci-dessus,
à cause d'une vraie transmutation
des éléments qui sont appropriés &
volatilisés par la vertu de l'essence,
& principalement du soufre
igné qui est en elle, cela ne fait
rien à notre affaire : il suffit que
l'expérience fasse voir la vérité
du fait, car la vraie raison Dieu
la sait ; il est certain que c'est un
des grands mystères de la nature,
de savoir comme l'essence qui
est dans chaque graine change le
même suc de la nature & propriété ;
comme aussi que les éléments
grossiers soient attirés en proportion
égale aux subtils qui forment
l'essence séminale.
Mais afin de ne rien omettre
de ce qui peut donner de la lumière
aux vrais Philosophes curieux
pour entendre les Livres obscurs
de nos Philosophes Chimistes ; je
crois devoir faire remarquer que
o iij

@

xxxvj Explication de la nature

le soufre, le mercure & le sel des
Philosophes est dans toutes les
choses, puisque c'est du mélange
de ces qualités que l'essence des
mixtes est formée.
En second lieu il est à remarquer
que chaque mixte a son soufre,
son mercure & son sel particulier
& spécifique ; c'est-à-dire
qui fait non-seulement qu'une espèce
est différente d'une autre espèce,
mais qu'un homme & un animal
est différent en quelque chose
d'un autre homme, comme un animal
est différent d'un autre animal
de la même espèce.
C'est pourquoi les Philosophes
ont raison de dire que leur soufre
& leur mercure est par tout & en
tous les corps, car leur soufre n'est
que ce que les Médecins appellent
chaleur naturelle, & leur mercure
est ce que les mêmes nomment
humidité radicale, c'est pourquoi
en disant que le soufre & le

@

des principes de chimie. xxxvij

mercure est en toutes choses, &
que rien ne peut vivre sans eux, ils
disent vrai ; mais quelques uns
ajoutent que quoique ces deux
principes soient en toutes choses,
néanmoins pour leur intention
principale qui est de composer la
Pierre philosophale, le soufre &
le mercure convenables sont plus
proches en certaines choses qu'en
d'autres ; c'est-à-dire que pour
l'ouvrage de la Pierre philosophale
qui est le grand but où les
Chimistes aspirent, le soufre & le
mercure propre à la composer est
plus proche & plus propre dans
certains corps qu'en d'autres.
Il ne faut pas m'imputer à faute
d'avoir omis de parler du sel, &
de n'avoir fait mention que du
soufre & du mercure ; car ayant
déjà montré que le soufre est invisible
& qu'il ne paraît que par les
effets, j'aurais pu dire que j'ai imité
nos anciens Philosophes qui
o iiij

@

xxxviij Explication de la nature

n'ont pas fait mention du sel, parce
que le vrai mercure philosophique
non-seulement contient son
soufre invisible, mais aussi son sel
subtil & volatil, de manière que
celui qui a le vrai mercure de
quelque corps, il a dans le mercure
tous les trois principes conjoints,
& il n'a que faire de les
chercher : c'est pourquoi nos Philosophes
ont établi cette maxime
irréfragable, Que dans le mercure
est tout ce que les sages cherchent,
est in mercurio quidquid querunt
sapientes, car en effet comme on
l'a déjà dit, la chaleur ignée
aérienne ne peut subsister sans
l'humidité gluante & oléagineuse
qui le retient : & cette humidité
ne peut être gluante & huileuse
si des particules sèches &
salines ne sont pas mêlées intimement
avec elles & cette humidité
merveilleuse gluante est en
tous les corps de quelque nature

@

des principes de chimie. xxxjx

qu'ils soient ; & quoique dans les
corps métalliques cette humidité
ne paraisse pas à cause que la siccité
terrestre a prédominé après
leur végétation : comme elle prédomine
enfin dans le corail &
dans plusieurs autres plantes, lesquelles
après avoir végété se durcissent
comme des pierres ; cependant
cette humidité radicale ne
laisse pas d'exister en eux comme
dans tous les autres corps, ce qui
paraît en ce que tous les métaux
& minéraux fluent au grand
feu, & que les mêmes pierres se
fondent & fluent de même, plus
ou moins facilement à proportion
de l'humidité qu'elles contiennent,
n'y ayant que les corps
absolument destitués de toute forte
d'humidité, qui ne fluent point
ou très difficilement au feu ; &
cette humidité essentielle des métaux,
particulièrement celle des
plus parfaits est précieuse sur toutes

@

xl Explication de la nature

les choses du monde ; comme
étant leur mercure séminal, &
capable de végéter & produire,
si on la sème & on la projette en
une terre douce d'une humidité
métallique.
Mais une chose est à remarquer,
c'est que l'intention de tous les
Philosophes Chimistes a été toujours
d'avoir le mercure des corps
et leur véritable essence séminale,
végétale & transmutative ;
& c'est ce qui a fait (comme dit
Cosmopolite) que les Anciens
n'ont parlé que du mercure & des
soufres qu'il contient, omettant
le sel, comme se trouvant aussi
dans le mercure qui contient le
volatil qui est le seul qui est bon
dans la philosophie des Adeptes ;
car le sel fixe (comme on l'a dit)
contient encore beaucoup de terre
grossière qu'on ne peut pas séparer
qu'avec peine, mais comme
le sel volatil & subtil se trouve

@

des principes de chimie. xlj

dans le vrai mercure, l'on ne
se met pas en devoir de volatiliser
le sel fixe qu'en certains cas.
C'est la raison pour laquelle on
n'a guère parlé de ce troisième
principe qu'on appelle sel. Paracelse
se vante que c'est lui qui l'a
mis en vogue ; ce n'est pas à dire
que l'on ne le connût pas avant lui :
car Raymond Lulle & plusieurs,
autres en ont parlé, mais comme
je l'ai dit, ils ne se font pas mis
trop en peine d'extraire & séparer
ce principe : puisque dans leur
mercure tout y était, & qu'on
n'avait pas besoin d'autre chose ;
est in mercurio quidquid querunt sapientes.
Mais je ne peux point me passer de
dire encore ce que je crois avoir
indiqué, c'est-à-dire que chaque
chose ayant son mercure, il y a
autant de mercures qu'il y a de
choses, & que le mercure d'un végétal,
ou d'un minéral, ou d'un

@

xlij Explication de la nature

corps de même espèce, quoiqu'il
se ressemble fort, n'est pas précisément
le même qu'un autre mercure,
& c'est ce qui fait que les
animaux, les végétaux & les minéraux
de même espèce ne sont
pas parfaitement semblables, n'y
ayant pas un arbre de pêché ou
d'abricot qui produise le fruit
d'égale bonté, quoiqu'ils soient
plantés l'un contre l'autre, &
dans la même terre & dans la même
exposition ; on le voit encore
plus clairement dans les hommes
& dans les animaux que nous
avons occasion de fréquenter &
observer, car le mercure qui forme
leur essence étant ou plus igné
ou plus aérien, ou plus humide,
ou plus salin, fait la diversité des
natures & des inclinations de
quelque chose que ce soit ; & notez
que le mot de mercure que
l'on donne au vif-argent a trompé
bien des gens, car son nom est

@

des principes de chimie.xliij

argent vif, lequel argent vif a
aussi son mercure essentiel & particulier
qui est la vraie essence, aussi
précieuse & aussi estimable que
celle de l'or, d'autant que sans le
mercure essentiel du vif-argent,
on ne peut pas avoir celle de l'or
qui à la vérité est plus précieuse
que toutes les choses du monde :
& notez aussi qu'on ne donne le
nom de mercure à l'argent-vif,
que pour marquer cette matière
que la nature a crée (l'argent-vif)
laquelle est une humidité
sèche, & la substance la plus
semblable & qui contient le vrai
mercure philosophique, car le
mercure philosophique de tous
ces corps lorsqu'il est très parfait,
est une humidité qui se congèle au
froid & qui est très fluide à la
moindre chaleur, & également
volatile comme le vif argent ; exceptés
l'essence, le vrai mercure
de l'or qui est essentiellement fixe,

@

xliv Explication de la nature

Il ne faut donc pas se laisser
tromper de ceux qui parlent du
mercure, car le vrai mercure des
Philosophes est l'humidité radicale
de chaque corps & sa véritable
essence ou semence, que j'ai appelé
essence séminale dans mon
autre Traité, parce qu'elle
transmue l'humidité convenable
à sa propre nature, comme le
mercure ou l'essence séminale
d'une plante transmue l'humidité
de la terre en sa propre nature
spécifique, ce qu'elle fait en vertu
de son propre soufre qui avec
le mercure salin forme l'essence
séminale d'un tel corps; c'est pourquoi
il faut comprendre que le
mercure de la sauge est différent
du mercure de l'absinthe, & le
mercure du sel est différent de
tous les deux : & que parmi les
métaux, le mercure du vif argent
en quelque manière est différent
du mercure de l'or qui est fixe, le

@

des principes de chimie. xlv

mercure du vif-argent étant volatil ;
par où l'on peut voir qu'il n'y
a point ou peu de rapport du
mercure d'une espèce au mercure
d'une autre espèce : ce qui est un
grand secret.
Les Philosophes Chimistes paraissent
n'avoir autre dessein dans
leurs Livres que de tromper leur
Lecteur, car ils disent certaines
choses moins pour les enseigner
en effet, que pour induire le
Lecteur en erreur. Tel est, par
exemple, ce qu'ils disent que tous
les mixtes sont composés d'âme &
de corps, & quelques uns qui
veulent parler un peu mieux, disent
qu'ils sont composés d'âme,
d'esprit & de corps.
Pour entendre ces termes il est
aisé de comprendre que par l'âme
ils entendent la substance la
plus pure, c'est-à-dire l'essence,
& que le corps n'est que la substance
impure qui est de deux sortes,

@

xlvj Explication de la nature

c'est-à-dire ce qu'ils appellent
flegme qui est une eau puante
& quelque fois semblable à une eau
insipide, suivant les mixtes d'où
on la tire, l'autre substance est
une terre morte sans goût, & l'un
& l'autre sans aucune vertu, ni aucune
des propriétés du mixte.
Mais ceux qui ont parlé plus
juste, ont ajouté l'esprit à l'âme,
cette âme est formée de ce soufre
composé de ce feu céleste & d'air
subtil qui fait toute l'action ; mais
parce que cette substance subtile
& mobile ne pourrait se joindre
ni s'unir au corps grossier du mixte
(suivant la doctrine véritable
de Pythagore) il a été nécessaire
d'un esprit médiateur qui participât
de la subtilité de l'âme, & en
partie aussi de la substance matérielle
& grossière du corps, & ce
médiateur est l'humidité radicale,
subtile, mais gluante qu'on nomme
mercure ; c'est pourquoi les
Egyptiens

@

des principes de chimie. xlvij

Egyptiens & les Grecs qui ont suivi
Pythagore, ont dit que le mercure
était le Conducteur des âmes,
& que du ciel il les menait dans
les corps : mercurium esse ductorem
auimarum, dit Pythagore chez
Diogène l'avare.
Ils ont appelé aussi le mercure
sperme, non-seulement parce que
cette humidité est gluante comme
le sperme des animaux, mais
parce qu'elle en contient toutes
les propriétés, car le sperme animal
est composé de corps visibles,
d'esprit subtil & enfin d'âme céleste
très bien unis ensemble,comme
aussi parce qu'elle contient la
vraie essence séminale & multiplicative,
provenant de l'âme céleste
qui est le feu éthérée, & c'est
pourquoi elle est appelée essence
séminale : par le moyen de cet esprit
mercuriel, l'âme est unie au
corps grossier & terrestre.
Et il est à remarquer que les
u

@

xlviij Explication de la nature

métaux ont ce sperme comme
toutes les autres choses, car les
métaux végètent comme les
plantes, comme je l'ai dit au long
dans le Traité des essences séminales
que Monsieur de la Haumerie
a fait imprimer, & dans le Traité
de la Génération, car tous les
corps métalliques prennent leur
existence & leur nourriture de
cette humidité spermatique
gluante, dans laquelle peu à peu
la terrestréité saline & minérale
venant à prédominer ils se durcissent,
de manière que l'âme interne
ne pouvant plus se mouvoir
ils paraissent morts, de même
que le corail & plusieurs autres
plantes qui se pétrifient après
avoir végété. Or toute l'industrie
des Philosophes tend, comme dit
d'Espagnet, à dégager le mercure
séminal qui convient à l'âme minérale
qui est dans le mercure
spermatique de l'or, à le dégager,

@

des principes de chimie. xlxix

dis-je, de la terrestréité qui l'opprime,
afin qu'elle puisse végéter &
multiplier, & produire son semblable ;
mais peu de gens veulent
entendre cette bonne doctrine,
ou bien peu de gens sont capables
de l'entendre.
Il y aurait beaucoup d'autres
choses à dire sur le mercure qu'on
appelle philosophique, mais ceux
qui sont bons Physiciens n'ont pas
besoin d'un plus long discours,
il suffit pour les autres de savoir
que le mot mercure ne signifie
pas l'argent-vif, car
l'argent vif a aussi son mercure,
c'est-à-dire une substance pure
qui est sa quintessence séminale,
que tous les êtres ont leur mercure
particulier, l'un différent de
l'autre.
La même chose doit s'entendre
du soufre, car le soufre dont
les Philosophes Chimistes parlent,
est un feu céleste dont tous les
u ij

@

l Explication de la nature

corps mixtes ont quelques étincelles,
les uns plus, les autres
moins, & par conséquent tous les
soufres sont différents, & ce soufre
est proprement ce qu'on appelle âme
du monde ; cette âme est soufre végétal
dans les végétaux, minéral
dans les minéraux & animal
dans les animaux ; en chacun desquels
il fait diverses opérations,
suivant le mélange & les proportions
des éléments & suivant aussi
leur organisation.
Le mercure donc est le soufre
dont parlent les Philosophes Chimistes,
qui est dans toutes choses,
mais comme j'ai dit, ils en parlent,
de manière que les sots croient que
le vif-argent commun & le soufre
des allumettes & autres liqueurs
& substances enflammées, sont le soufre
& le mercure dont les Philosophes
Chimistes parlent ; ils disent
bien que leur soufre & leur mercure
ne sont pas les vulgaires &

@

des principes de chimie. lj

qu'ils sont partout, mais ils n'expliquent
pas la chose ; & moins
encore la manière d'extraire cette
quintessence mercuriale, chaleureuse,
& on peut dire en vérité que
Paracelse nous a donné une claire
lumière sur cet article important;
nous montrant en même temps
(autant qu'il est permis) la manière
d'extraire de tous les mixtes,
cette quintessence précieuse qu'on
nomme mercure & qui contient le
soufre & le sel.
Je finirai cet article, en exhortant
l'Artiste à prendre garde,
quand il veut extraire cette
quintessence des corps auxquels il
est nécessaire de mêler quelque
chose d'étranger, à prendre garde,
dis-je, à la convenance des choses.
C'est un des préceptes plus
portants que Paracelse lui-même
nous donne après ses Prédécesseurs,
lesquels tous d'accord ont

@

lij Explication de la nature

dit qu'il ne faut ajouter aucune
chose d'étrange à la Pierre : c'est-
à-dire à la matière de la Pierre,
ou vous gâteriez tout, d'autant,
disent-ils, que la nature se réjouit
avec les choix de sa nature, & de
deux semences diverses vous ne
pouvez jamais faire de génération,
ou bien elle sera monstrueuse.
Il est inutile d'ajouter ici que
pour séparer le pur de l'impur ;
c'est-à-dire l'âme du corps, il
faut séparer les éléments impurs
des éléments purs & subtils, car
Paracelse nous en instruira au
long, il suffit de remarquer que la
séparation tant célébrée des éléments,
consiste comme dit Hermès
à séparer le pur de l'impur, le grossier
du subtil, & l'âme du corps.
Paracelse nous montrera dans le
Traité suivant les moyens que les
autres nous cachent.
Il nous montrera aussi la pratique

@

des principes de chimie.liij

de ce que les autres disent seulement
par théorie ; il nous montrera
que pour séparer le gros du
subtil, il faut que la corruption
précède afin que les particules se
disjoignent sans quoi nous ne pourrions
séparer le grossier du subtil.
L'on verra aussi chez lui en quoi
consiste cette grande règle des
Philosophes Adeptes ; qu'une essence
extrait facilement une autre essence,
& l'on trouvera aussi dans le chapitre
des Magistères, qu'une essence
puissante peut changer en essence
(à l'exception de peu de substance
grossière) la plus grande partie du
corps impur de même espèce,
comme l'on voit que les ferments
essentiels des animaux changent
en animal, toute la nourriture,
à l'exception de peu d'excréments.
L'on verra enfin que toutes les
essences spermatiques & séminales
sont de grands remèdes pour
différentes maladies : l'on verra
comme de diverses quintessences

@

ljv Explication de la nature

mêlées ensemble, on peut
composer des Elixirs & autres médecines
universelles pour toutes
sortes de maux ou du moins pour
la plupart des maladies, comme
aussi pour conserver & prolonger
ses jours, lesquelles choses étant
écrites au long par cet excellent
Auteur, il faut le voir lui-même
qui parlera mieux que moi ; ce
que j'ai dit ici n'étant que pour
rendre encore plus claire la doctrine
de ce grand Philosophe: car
je le répète ; ceux qui sans principes
de Physique veulent s'adonner
à cet Art sublime perdront
leur temps & leur argent ; car la
Pierre des Philosophes est le point
le plus sublime de la Physique ; &
comme dit Geber, les Physiciens
sont plus proches d'acquérir cette
science, mais les autres en sont si
éloignés que jamais ils n'y parviendront
à moins que quelque Adepte
ne leur montre, ce qui est très rare.
ABREGE'

@

pict

A B R E G E'
DES DIX LIVRES
D E S A R C H I D O X E S
DU GRAND
P A R A C E L S E.

Préface du même Auteur, & qui passe
pour son premier Livre.

pict A R A C E L S E, dans le
premier Livre, expose que
le monde n'est qu'une imposture
de la plupart des hommes
qui professent plusieurs Arts ou
Métiers, lesquels n'ont d'autre fin
que de faire leur propre fortune,
A
@

2 Abrégé

sans se mettre beaucoup en peine
de faire le bien de ceux à qui ils
débitent leur marchandise. De ce
nombre, dit-il, sont les Médecins,
dont la plupart sont très ignorants,
se vantant de pouvoir guérir
les maladies par des saignées, ou
par des décoctions d'herbes, ou
autres drogues peu efficaces, qui
traînant d'ordinaire les maladies
en longueur, ils en tirent un plus
grand profit ; au lieu que s'ils
s'appliquaient à trouver des remèdes
bons & efficaces, ils pourraient
guérir en deux ou trois
jours les maux les plus dangereux
& les plus obstinés, & les plaies
& les blessures en vingt-quatre
heures.
Paracelse promet donc d'indiquer
dans ces dix livres toute la
science de la Médecine plus sublime
& plus efficace, non seulement
pour guérir les maladies, mais
pour perfectionner le corps humain
@

des Archidoxes. 3

; de manière qu'il puisse se
conserver en santé, & pour le
maintenir en jeunesse jusqu'à la
mort, & même de prolonger nos
jours par des remèdes tirés, tant
des végétaux que des minéraux
& même des métaux les plus parfaits.

Et d'autant que les médecines
tirées des métaux les plus parfaits
(c'est-à-dire de l'or & de l'argent)
non seulement sont des médecines
pour le corps humain, mais elles
peuvent perfectionner les autres
métaux imparfaits ; il s'ensuit
qu'il enseignera aussi la manière
de perfectionner les métaux imparfaits
& de les transmuer en or
& en argent.
Mais il déclare que comme peu
de gens sont dignes d'apprendre
des choses si sublimes, il ne les
écrira que d'une manière que le
vulgaire n'y entendra rien, & que
seulement ceux de son école y
A ij
@

4 Abrégé

comprendront quelque chose.
Et pour mettre ces secrets en
plus grande sûreté, il dit qu'il
ne publiera point le dixième livre
qui est en quelques manière la clef
des autres neuf.
Je ne fais donc pas espérer dans
ces neuf Livres d'apprendre tout
à fait la pratique des choses dont
il parle ; il a fait comme tous les
autres philosophes Chimistes, lesquels,
comme dit Geber, n'enseignent
pas entièrement l'art, mais
seulement ils nous en donnent du
goût ; & la plupart ne parlent que
de la théorie, & point de la pratique.
Cependant Paracelse a mieux
fait que tous les autres, il a parlé
assez de la théorie, mais beaucoup
plus de la pratique : il a fait encore
plus ; il a nommé les choses par
leur nom ; & quoique souvent il
l'ait déguisé, cependant les gens
d'esprit les connaissent facilement.
@

des Archidoxes. 5

Mais avec tout cela, comme
je l'ai dit ; il ne faut pas prétendre
qu'il ait donné la pratique
d'une manière assez claire dans
ces neuf livres, ni penser qu'on
puisse acquérir la science entièrement
par la lecture de ces livres ;
on peut seulement en avoir un
goût plus fondé, & une connaissance
plus claire & plus distincte,
que les autres ont plus caché
qu'ils ne nous ont éclairci.
Il est vrai que Paracelse quelque
temps avant sa mort étant sollicité
par ses amis qui goûtaient
sa doctrine, donna enfin en une
grande feuille ce dixième livre
qu'il voulait supprimer, & qui est
en quelque manière la clef de ses
autres livres, mais cette clef aurait
besoin encore d'une autre
clef. Cependant comme elle ne
laisse pas de donner beaucoup de
lumière aux choses encore plus
obscures, je ne laisserai pas de l'in-
A iij
@

6 Abrégé

sérer dans chaque livre afin que le
lecteur en puisse profiter autant
qu'il est possible, & on verra qu'en
effet elle est d'une grande utilité.
En un mot Paracelse nous a laissé
une doctrine fondée sur la physique
fort claire & intelligible,
laissant à l'ouvrier de travailler,
pour trouver ce qu'il a omis,
suivant ce que cette science requiert
; n'étant pas possible de tout
dire & de tout enseigner, à moins
de vouloir renverser l'ordre des
choses de ce monde.
Il nous reste à dire quelque
chose de cet Auteur, qu'on estime
avoir fait une école séparée &
différente de celles de ses Prédécesseurs,
ce que je crois n'être
pas tout-à-fait vrai ; car la seule
différence que j'y trouve, & que
tous ceux qui auront lu beaucoup
de Livres des Philosophes
Chimistes trouveront aussi, c'est
que celui-ci a écrit plus clairement
@

des Archidoxes. 7

que les autres & avec
des principes d'une véritable philosophie
; & c'est pour cela que
j'ai crû qu'on devait s'attacher à
sa doctrine. Il est pourtant vrai
que par sa méthode l'on peut faire
beaucoup de choses dans la Médecine
& dans la Métallique, qu'on
ne saurait pas faire par une autre
méthode.
Je me suis donné aussi la peine
non seulement de traduire en
français son ouvrage pour ceux
qui n'entendent pas le latin ; mais
encore d'abréger la doctrine la
plus importante de ce grand homme,
& même j'y ai donné un meilleur
ordre, & j'ai encore ajouté de
plus ce que l'expérience & la théorie
physique m'ont fait connaître.
Les Médecins qui n'ont pas
goûté la doctrine de cet Auteur,
choqués d'ailleurs des injures
qu'à tout moment il vomit contre
eux, & contre leur char-
A iiij
@

8 Abrégé

latanerie, ont tâché de le dénigrer,
disant qu'il était un ivrogne
de profession, & qu'étant
ivre il n'écrivait que ce que les
fumées du vin lui dictaient.
Mais il est constant par l'histoire
& par la tradition, que Paracelse,
quoique un peu ami du vin
comme étant Suisse de nation, a
été un Médecin Merveilleux, &
qu'il guérissait facilement les
maladies que tous les autres appellent
incurables ; & on lit encore
dans l'Hôpital de Salzbourg où il
a voulu être enterré, l'épitaphe
suivant gravé en un beau marbre.
Ci-gît Philippe Théophraste Médecin
insigne.
Lequel par un Art merveilleux
sût guérir les plus fières
maladies que l'on croyait incurables
; c'est-à-dire la Lèpre, la
Goutte, l'Hydropisie & autres
semblables ; il a laissé ses biens pour
@

des Archidoxes. 9

être distribués aux pauvres; il est
mort l'année 1541. le 24. Septembre.

Les invectives contre les Médecins
dont tous ses livres sont
pleins, lui ont attiré la haine & les
impostures de tous les Professeurs
en Médecine de son temps, & encore
après, lesquels ont écrit ou
parlé contre lui ; mais néanmoins
plusieurs autres qui ont goûté
sa doctrine, & qui en ont su profiter,
ont rendu témoignage du
savoir de ce grand homme, comme
a fait le fameux Quercetanus
Ramus, Barucens, Gellius, Adamus
; & plusieurs autres fameux
Médecins conviennent que Paracelse
a pénétré la nature, & qu'il
en a écrit d'une manière divine.
Le même Oportinnus qui s'était
le plus déchaîné contre Paracelse
pendant qu'il vivait, ayant enfin
goûté & profité de ses écrits, chante
la palinodie, avouant le tort
@

10 Abrégé

qu'il avait eu, & il confesse que
Paracelse est un homme divin, &
que personne n'a écrit si profondément
; & que non sans raison
Paracelse s'était donné le titre de
Monarque & de Prince de la Médecine.
Mais ce qui lui a attiré un décri
universel de tous les Ecclésiastiques,
c'est que Paracelse avait écrit
plusieurs livres de magie, & autres
qui sentent l'homme superstitieux
& peu religieux : ce qui a donné
occasion non sans raison de le
faire passer pour un Magicien impie,
& pour un fou extravagant.
Ajoutez encore cela que ses
écrits sont très obscurs & composés
la plupart avec peu de méthode
& avec des termes nouveaux,
& des noms déguisés, & pleins de
beaucoup de discours qui paraissent
superflus.
Mais ce défaut ne se trouve
guère que dans les matières qu'il
@

des Archidoxes. 11

déclare lui-même qu'il veut cacher
en partie aux ignorants ; car
dans les livres de chirurgie & dans
les autres où il traite de la nature
& de l'origine des maladies
tartreuses où il peut parler
clairement, on voit que cet homme
a pénétré dans cet art plus profondément
qu'aucun autre avant
lui : il est vrai aussi qu'il n'a fait
qu'indiquer les remèdes les plus
efficaces dont il se servait pour
faire des guérisons miraculeuses,
& qu'il n'en a point enseigné la
composition ; mais la plupart des
hommes en ont usé de même : la
vanité humaine ne voulant pas
volontiers se rendre les autres.
hommes égaux, mais ils veulent
se conserver (quand ils le peuvent)
la supériorité sur les autres.
Au reste il faut convenir que
Paracelse aimait à boire, & que
le vin rendait encore plus impétueux
son esprit naturellement
@

12 Abrégé

chaud : c'est peut-être ce qui a fait
qu'il est mort jeune ; & de cette
mort en jeunesse, ses adversaires
ont conclu que si ses remèdes
eussent été si bons qu'il les vante,
& qu'ils eussent la force d'allonger
la vie comme il le dit, même au-
delà du cours naturel, il se serait
guéri lui-même & il aurait vécu
plus qu'un autre.
Mais la tradition porte que ses
ennemis l'empoisonnèrent en une
débauche de vin à quoi il était facile
de le porter, & qu'étant ivre
& endormi, ils lui ôtèrent les préservatifs
qu'il portait toujours sur
lui ; de manière que le poison ayant
fait son effet, les remèdes ne purent
plus agir.
Quant à savoir s'il possédait
la pierre philosophale, comme il
l'assure, & comme il en parle
mieux qu'aucun autre, c'est-à-
dire d'une manière convenable à
un si grand mystère ; ses Adversaires
@

des Archidoxes. 13

le nient ; particulièrement
ceux qui veulent que cette pierre
philosophique soit une pure imagination
des fourbes & charlatans,
mais l'expérience m'a convaincu
que cette pierre n'est pas
une imagination ; & qu'il faut
convenir que ceux qui aiment cet
Art & qui entendent les écrits
des bons Philosophes avoueront
facilement que Paracelse en a été
véritablement possesseur, outre
que plusieurs témoignages oculaires,
& particulièrement quelqu'un
de ses amis ou domestiques lui
ont vu faire la transmutation des
métaux imparfaits, en or. Pour
moi, qui par des propres expériences
suis convaincu qu'il y a
un Art de perfectionner les métaux,
je ne doute pas que Paracelse
n'en ait été possesseur ; & ses écrits
que j'estime au-dessus de tous les
autres, me le persuade encore
plus que toute autre relation.
@

14 Abrégé

Abrégé du livre second & troisième
avec une partie du quatrième,
des Archidoxes.
En premier lieu, Paracelse enseigne
» avec l'obscurité qu'il a
» promise, afin dit-il, que les ignorants
» & indignes ne pénètrent
» pas son intention ; il enseigne,
» dis-je, que tous les corps sont
» composés des quatre éléments
» dans un certain mélange & proportions
» déterminées. Que de
» ce mélange il provient un élément
» prédestiné (& particulier:)
» mais quoique les éléments
» soient discords & contraires entre
» eux, ils s'accommodent pourtant,
» dit-il, de manière que dans
» ce mélange il y en a un qui prédomine
» toujours sur les autres.
» Il veut que dans ce mélange
» ceux qui sont inférieurs soient à
» l'égard du dominant comme
» une légère sculpture à l'égard de
@

des Archidoxes. 15

» la substance de la pierre où elle
» est gravée ; c'est pourquoi, ajoute-il,
» les autres trois éléments, à
» peine doivent être considérés
» comme des éléments, puisqu'ils
» ne sont pas des éléments parfaits.
» C'est pourquoi il ne faut
» avoir égard qu'à la conservation
» de l'élément parfait, qu'il appelle
» élément prédestiné, parce
» qu'il est destiné à former un
» être de telle nature, de telles
» vertus & propriétés ; & il ajoute
» que cet élément est incorruptible
» & inaltérable, & que lui
» seul contient toute la force & la
» vertu du mixte ; d'où vient qu'il
» ne faut pas considérer les autres
» éléments comme des vrais éléments,
» l'élément prédestiné
» étant le seul & véritable élément.
Ce que Paracelse a dit ici ne serait
qu'un galimatias fort obscur,
si dans les livres suivants & ailleurs
il n'expliquait plus clairement ce
@

16 Abrégé

qu'il veut dire ; cet élément dominant
sur les autres & qu'il appelle
prédestiné, & ailleurs
quintessence. On la nomme quintessence,
parce que, pour ainsi dire,
c'est un cinquième élément composé
des quatre qui forment un cinquième
être ; comme je l'ai expliqué
au long dans l'introduction,
cet élément prédestiné résulte donc
d'une certaine mixtion précise
des quatre qualités ; c'est-à-dire
des particules plus subtiles & invisibles
des éléments, que l'école
appelle éléments élémentants, je le
redis encore que de ce mélange des
quatre qualités, il en résulte ce
qu'il appelle élément prédestiné :
c'est-à-dire un élément ou substance
particulière qui n'est en aucun
des quatre ; & comme cette substance
est composée de parties extrêmement
subtiles, si bien mêlées
ensemble, que l'une ne quitte pas
facilement
@

des Archidoxes. 17

facilement l'autre, & qu'elles ne
donnent pas d'ingrès à d'autres
plus grossières, il en arrive que cet
élément ou quintessence n'est pas
corruptible ni sujet à corruption,
si ce n'est par une autre plus subtile
& plus pénétrante ; & que par
une semblable subtilité & convenance
de nature ils puissent se mêler
ensemble : & on ne peut pas douter
que cet élément prédestiné ne soit
ce qu'on nomme quintessence. Paracelse
le faisant connaître clairement
dans tout ce qui suit, & en
propres termes il dit ces paroles. Il
faut entendre, dit-il, que ce que
j'appelle élément prédestiné, est la
quintessence. Per id intelligitur predestinatum
elementum quintam essentiam
esse.
Il faut donc entendre que c'est
cet élément subtil que la nature
forme du mélange des quatre
qualités subtiles, qui contient
toute la vertu & propriété du
B
@

18 Abrégé

mixte ; de manière que ces autres
éléments grossiers avec lesquels la
vraie essence est mêlée, ne doivent
être considérés pour rien, si ce
n'est comme des éléments imparfaits,
& comme un corps impur &
sans aucune puissance ; & lesquels
au contraire par leur mélange
avec cet élément pur & essentiel,
ôtent une partie de la force
à la quintessence, de même que
l'eau qu'on mêle avec l'esprit-de-
vin qui est l'essence du vin, diminue
la force des effets de ladite
essence du vin, qui est son esprit.
L'intention donc de Paracelse
est de séparer ces éléments impurs,
de manière que l'élément
prédestiné qui est la quintessence,
reste seul & sans aucune tache,
comme il le dit. Ut quintam essentiam
habeamus puram & immacula-
tam, laquelle séparée de ce corps,
élémentaire impur, est en très petite
quantité, mais d'un grande
efficace.
@

des Archidoxes. 19

Les Philosophes Chimistes ont
parlé de cette réparation des éléments
avec tant d'obscurité, qu'on
n'aurait jamais pu rien entendre,
si Paracelse ne nous eût éclairci
ce mystère : & que dans le même
temps il ne nous donnât occasion
de connaître que cet élément prédestiné
qui est l'essence du mixte,
& qui paraît en forme d'une humidité
plus ou moins oléagineuse,
est plus ou moins gluante suivant
la nature du mixte : cette humidité
gluante & essentielle,
dis-je, & que les philosophes appellent
leur mercure qui est en
toutes choses, & sans lequel rien
ne peut vivre, étant la vraie humidité
radicale du sujet, & qui
contient en soi son soufre ou chaleur
naturelle. C'est pourquoi ils
ont dit avec raison, mais obscurément,
que dans le mercure l'on
trouve tout ce que les sages désirent.
Est in mercurio quid quid querunt
sapientes. B ij
@

20 Abrégé

Quant aux éléments impurs que
Paracelse dit qu'il ne faut pas considérer
comme des véritables éléments
; j'ai déjà montré dans l'introduction,
que ce sont le flegme
& la terre morte qui sont les deux
éléments, qui seulement sont visibles
dans le mixte : le feu & l'air
par leur subtilité échappent à nos
sens mais il faut regarder cette eau
flegmatique & cette terre grossière
& insipide comme le corps impur
& corruptible dans toutes les
parties duquel la quintessence est
répandue comme l'âme dans les
membres de l'animal, & desquels
l'Art chimique peut & doit la séparer
pour avoir l'essence toute
pure, & dont la vertu est affaiblie
par le mélange de la terre & de
l'eau flegmatique, comme la vertu
& force du vin est affaiblie,
comme on l'a dit, quand on y mêle,
de l'eau ou autres choses qui sont
de nature contraire.
@

des Archidoxes. 21

Cette quintessence pure ainsi
séparée de son corps terrestre, est
une médecine très efficace contre
toute les maladies, suivant les
propriétés particulières de la
même essence, ce qui provient
d'un mélange particulier & inconnu
des particules des quatre
qualités élémentaires. Et comme
cette essence séminale, se peut tirer
aussi de tous les minéraux &
métaux : elle peut être très excellente,
non-seulement pour les
maladies du corps, mais elle peut
être bonne aussi pour perfectionner
les métaux, comme on le verra
dans la suite.
Mais avant que de venir à la
pratique de la réparation des éléments
impurs, pour avoir la quintessence
pure que nous appelons
aussi essence séminale, je crois à
propos de rapporter ici mot à
mot ce que Paracelse dit de la
quintessence, de sa nature, de ses
@

22 Abrégé

vertus & de ses propriétés, afin
que le lecteur en connaissant la
valeur de cette chose précieuse, il
soit plus volontiers excité à mettre
tous ses soins, & employer tout le
travail nécessaire pour l'obtenir,
& que dans le même temps on
connaisse la grandeur & profondeur
d'esprit de notre Auteur.
Le quatrième livre des Archidoxes du
grand Paracelse de la quintessence.
Ci-devant, dit Paracelse, nous
avons parlé de la quintessence qui
est dans toutes les choses : il faut
à présent expliquer ce qu'elle est.
» La quintessence est une substance
» qui se peut tirer de toutes
» les choses que la nature produit
» & qui ont en soi la vie : laquelle
» substance très subtile, doit être
» purifiée au souverain degré &
» nettoyée par la séparation des
» éléments impurs & grossiers qui
» la tenaient enveloppée ; par laquelle
@

des Archidoxes. 23

» séparation elle reste dans
» sa seule propre nature incorru-
» ptible.
» D'où il en résulte qu'on doit
» considérer la quintessence comme
» la nature, la force, la vertu,
» & la médecine qui était enfermée
» dans le mixte, & qui par
» l'Art a été tirée du corps où elle
» était enfermée, & duquel on l'a
» délivrée. C'est elle qui est la couleur,
» la saveur, l'odeur, la vie
» & les propriétés des choses,
» c'est un esprit semblable à l'esprit
» de vie, avec cette différence,
» que l'esprit de vie des autres
» choses est permanente : mais celui
» de l'homme est mortel, c'est
» pourquoi de la chair & du sang
» de l'homme l'on ne peut
» pas tirer une quintessence totale
» & qui rende immortel : parce
» que l'esprit de vie qui est encore
» l'esprit des autres vertus
» ou facultés naturelles meurt, &
@

24 Abrégé

» que la vie existe dans l'âme, ce
» qu'on doit entendre aussi des
» animaux, parce que la quintessence
» est l'esprit de la chose qui
» ne se peut pas tirer des animaux
» sensibles, comme on le peut tirer
» des choses insensibles : Car la
» mélisse par exemple a en soi un
» esprit de vie, lequel est sa vertu,
» sa vie, & une Médecine qui conforte
» l'esprit animal; & quoique
» la mélisse soit séparée de sa racine,
» néanmoins elle a en elle cet
» esprit de vie avec ses vertus : parce
» que cet élément prédestiné en
» elle est fixé, c'est-à-dire il n'est
» pas évaporé quoiqu'elle soit sèche
» : c'est pourquoi on peut séparer
» de son corps la quintessence
» quoiqu'il paraisse mort, &
» aussi le préserver de la corruption
» suivant sa prédestination.
» Que si nous pouvions tirer des
» coeurs l'esprit qui nous donne la
» vie, & qui nous préserve de la
corruption
@

des Archidoxes. 25

» corruption pendant que nous
» vivons, sans doute avec une telle
» quintessence nous serions immortels
» ; ce qui nous est impossible
» : c'est pourquoi il nous faut
» attendre la mort, qui arrive
» quand cet esprit volatil s'évapore,
» ou qu'en quelque manière il
» est étouffé par les superfluités
» des éléments grossiers.
» Etant donc vrai que la quintessence
» est la vertu des choses, il
» nous faut expliquer comment elle
» est la vertu de la médecine. Le vin
» contient en soi une quintessence
» de grande vertu & en grande
» quantité, par laquelle il fait des
» actions admirables : cependant
» les opérations qu'il fait ne les
» fait pas, d'autant que simple vin,
» mais en vertu de l'esprit-de-vin
» qui est en partie la quintessence,
» lequel étant séparé du corps du
» vin, il est évident que ce corps
» n'a plus les vertus qu'il avait au-
@

26 Abrégé

» paravant; & s'il en a encore
» quelqu'une, c'est que toute la
» quintessence n'a pas été encore
» bien séparée ; concevez de plus
» que la quintessence est répandue
» dans toute la liqueur qu'on appelle
» vin, & qu'elle donne à toutes
» ces parties un peu de sa vertu.
» Voyez un peu de fiel jeté
» dans l'eau, il rend toute l'eau
» amère, quoique l'eau soit en
» quantité cent fois plus grande.
De même une petite quantité
» de safran teint en jaune une grande
» quantité d'eau : laquelle n'est
» pas pour cela tout safran quoiqu'elle
» en ait la couleur, le goût,
» & l'odeur, & même un peu de
» ses vertus spécifiques. Il faut
» concevoir la même chose de l'essence
» de tous les corps, entendre
» qu'elle est répandue de même
» dans toute la substance du
» bois, dans les herbes, dans les
» pierres, dans les sels, dans les
@

des Archidoxes. 27

» minéraux & métaux, & dans
» tous les autres corps créés, &
» qu'elle est dans ces corps comme
» un homme qui habite dans
» une maison, & que la maison est
» différente de celui qui y habite :
» car celui qui l'habite est celui
» qui agit en elle; de même la quintessence
» agit dans les corps dans
» lesquels elle est, & dont elle est
» comme l'âme ; le reste n'étant
» qu'un simple corps corruptible
» & impur, composé des éléments
» grossiers & sans aucune vertu,
» comme je le dis dans le Livre des
» séparations (& comme je l'ai
» montré au commencement dans
» la Préface ou Traité des trois
» Principes.) Et il ne faut pas
» croire que la quintessence soit
» quelque chose au-delà des éléments
» : car elle-même est élément
» (c'est-à-dire un composé
» des éléments en certaines proportions;)
» & il ne faut pas dire
C ij
@

28 Abrégé

» non plus qu'elle n'est ni chaude,
» ni froide, ni humide, ni sèche :
» car il n'y a rien qui ne soit tel. J'ai
» montré au Traité des Principes,
» que la quintessence qui est la
» même chose que le mercure,
» est un composé des quatre qualités
» ou particules plus subtiles
» des éléments, & certaines doses
» & proportions que la nature a
» faites (& qu'elle seule peut faire:)
» car, dit Paracelse, toutes ont la
» nature des qualités élémentaires
» ; l'essence de l'or par exemple
» tient de la nature du feu,
» ou de la chaleur du feu céleste,
» non brûlant, mais vivifiant ;
» l'essence de l'argent tient de la
» nature humide de l'eau ; l'essence
» de Saturne tient de la terre froide
» & sèche ; & l'essence du vif-
» argent tient des qualités de l'air,
» lui-même n'étant qu'une manière
» d'air épaissi dans les entrailextrême
» les de la terre & d'une subtilité
@

des Archidoxes. 29

» : ce qu'il faut bien observer
» pour comprendre la nature
» de ce minéral admirable.
» Quant à ce que la quintessence
» est une médecine qui guérit
» toutes sortes de maladies, cela
» ne vient pas à cause du simple
» tempérament, mais des propriétés
» internes (qui résultent d'un
» certain mélange imperscrutable
» des susdites qualités) comme
» aussi à cause de son extrême pureté
» & subtilité, d'où résulte
» qu'elle pénètre par tout, vivifie
» & change en pureté d'une manière
» merveilleuse tout ce avec
» qui elle se mêle, car étant subtile
» & pénétrante, elle subtilise
» toutes les humeurs crasses &
» corrompues, les réduisant en
» pureté ; les rend odoriférantes,
» de putrides & puantes qu'elles
» étaient ; & confortant la chaleur
» naturelle, elle aide la nature
» à expulser au-dehors tout ce
C iij
@

30 Abrégé

» qui est la cause de la maladie :
» car de même qu'un oeil qui ne
» voit pas à cause d'une tache ou
» pellicule qui le couvre, si l'on
» ôte ladite tache, il voit comme il
» doit ; de même la quintessence
» ôte tout ce qui empêche le bon
» état de la vie & de la santé ; c'est-
» à-dire les impuretés provenant
» des mauvaises digestions qu'elle
» aide à bien faire, & les perfectionne
» en confortant & fortifiant
» l'archée & les principes de la
» vie.
Mais il faut bien considérer
» une chose très importante, c'est
» qu'il ne faut pas croire que toutes
» les essences sont de la même
» nature ; c'est-à-dire que toutes
» celles qui sont chaudes produisent
» un même effet, & qu'elles
» guérissent toutes les maladies
» qu'on appelle froides : car il ne
» faut pas croire que la quinteschaude,
» sence des anacardes qui est
@

des Archidoxes. 31

» produise les mêmes
» effets, ou qu'elle ait les propriétés
» que la quintessence que
» nous avons dit être chaude ; car
» la différence est grande, laquelle
» différence provient de la
» propriété de la quintessence &
» du mélange déterminé des éléments
» dont elle est composée.
» Il faudrait considérer que
» de même que l'animal qui a un
» esprit de vie, n'est pas pour cela
» semblable à l'autre qui a aussi
» l'esprit de vie, & que quoique
» tous aient chair & sang, cependant
» il est visible qu'ils différent
» en propriétés & en talents : de
» même la quintessences des choses
» est différente dans les propriétés
» & vertus ; parce qu'elle
» ne tire pas ses propriétés des
» éléments visibles & grossiers qui
» l'enveloppent, mais du mélange
» déterminé des qualités élémentaires
» subtiles, que nous avons
C iiij
@

32 Abrégé

» dit que mêlées en certaines proportions
» font la quintessence,
» & qui font qu'elle agit diversement
» suivant le mélange ou
» tempérament inséparable desdites
» qualités qui produisent
» certains effets plutôt que certains
» autres ; & dont on ne peut
» rendre d'autre raison que l'expérience.
» C'est donc ce mélange
» qui fait que quelques essences
» sont styptiques, d'autres narcotiques,
» ou attractives, amères, ou
» douces, ou aigres, celles-là stupéfiantes,
» d'autres qui conservent
» en jeunesse, d'autres qui
» conservent seulement la santé,
» quelques unes purgatives & apéritives,
» ou bien au contraire
» constipantes, &c. & d'un nombre
» innombrable de vertus diverses,
» que les Médecins doivent
» bien connaître, & quoique l'on
» puisse dire que celles qui résic'est
» stent dans les essences styptiques,
@

des Archidoxes. 33

» à cause que dans les
» essences styptiques la sécheresse
» terrestre domine, comme l'humidité
» domine en celles qui sont
» apéritives ; cela n'est pas absolument
» vrai, puisque d'autres
» essences plus terrestres ou plus
» humides produisent des effets
» contraires.
» Etant donc vrai que la quintessence
» se peut séparer comme
» l'âme se sépare de son propre
» corps, & que nous pouvons la
» prendre & l'admettre dans notre
» propre corps ; quelle maladie
» pourra résister à une nature
» si noble, si pure & quasi céleste,
» qui anime & conforte l'esprit
» vital ? Et quelles infirmités ne
» pourra-t- elle pas guérir, &
» quelle maladie pourra nous ôter
» la vie, hormis la mort prédestinée
» à tous les vivants ?
» Mais il faut considérer que
» chaque maladie a besoin de son
» essence particulière & propre
@

34 Abrégé

» à résister à ce mal ; quoique
» nous en enseignerons quelques-
» unes qui sont propres à guérir
» toutes sortes de maladies, dont
» nous dirons les raisons en son
» lieu.
J'ajouterai ici que la quintessence
» de l'or et en très petite
» quantité ; le reste n'est que son
» corps lépreux & impur, dans
» lequel il n'y a aucune douceur
» ni aigreur, & dans lequel il n'est
» resté aucune force ou propriété,
» hormis un mélange des
» quatre éléments impurs, grossiers,
» & terrestres ; & nous ne
» devons pas ignorer ce grand secret,
» que les éléments susdits
» qui forment le corps, étant dépouillés
» de la quintessence, ne
» sont bons à rien, & ne peuvent
» guérir aucune maladie, & ne
» peuvent faire autre chose que
» dessécher ou humecter comme
» ferait la terre ou l'eau commune
» que l'on boit.
@

des Archidoxes. 35

Mais afin que l'on entende
mieux cette doctrine de Paracelse,
il faut la prouver par une expérience
commune, & que les Apothicaires
font tous les jours, par
exemple, pour composer le sirop
purgatif des roses : pour cela ils
mettent une quantité de feuilles
de roses infuser dans l'eau commune
; après vingt-quatre heures,
ils retirent lesdites roses, & en
mettent de nouvelles dans la même
eau, ce qu'ils réitèrent cinq à
six fois. Dans cette eau ils font
dissoudre une quantité suffisante
de sucre, & ils font bouillir le tout
pour évaporer le superflu de l'eau;
& quand la liqueur parvient à
consistance de sirop, la chose est
faite. Une once de ce sirop purge
les entrailles fort bien. Sur quoi
il faut considérer deux choses: la
première, que l'eau par l'infusion
des roses s'est imbue de l'essence
desdites roses, lesquelles n'ont
@

36 Abrégé

plus de vertu purgative, ou si
peu, qu'on ne les estime bonnes
qu'à jeter dans la rue ; la seconde,
que cette once de sirop ne contient
pas dix grains de l'essence
& vertu des roses ; car l'eau &
le sucre qui sont mêlés avec elles,
font quasi tout le poids & le
volume du sirop ; par où l'on peut
voir que toute la vertu purgative
consiste dans l'essence, & que ces
dix grains ou environ de l'essence
font plus d'effet & avec plus de facilité,
que plusieurs onces de roses
n'auraient fait.
Une autre expérience. Prenez
un sac de roses : si vous en savez
extraire l'huile essentielle, elle est si
odoriférante, qu'une ou deux gouttes
mises dans un pot d'eau commune,
font une très bonne eau-
rose : car il faut savoir que l'eau-
rose n'est que l'humidité aqueuse
de la rose, qui en distillant comporte
un peu d'huile essentielle de
@

des Archidoxes. 37

la rose. L'huile essentielle de
quelque plante se fait en plusieurs
manières : la plus facile est la
suivante. Prenez de la sauge ou
de l'absinthe qui soient verts : car
s'ils étaient secs, il faudrait y
mettre de l'eau commune ; faites
distiller l'eau d'absinthe ou de sauge,
laissez cette eau dans un vase
de verre à long col : vous verrez
surnager après quelques jours une
manière d'huile qui est l'essence
de l'herbe, & qui a le goût, l'odeur,
la couleur, & toutes les propriétés
de l'herbe dont elle a été
extraite, & dont quelques gouttes
ont plus de force & de vertu
qu'une poignée ou deux de l'herbe
dont l'essence est extraite, & laquelle
herbe n'a plus aucune propriété
ni vertu, & n'est bonne qu'à
jeter.
» Quand un herbe ou un animal
» se putréfient, & qu'ils deviennent
» puants ; ce n'est pas la quint-
@

38 Abrégé

» essence qui put & se corrompt :
» car elle est incorruptible, mais
» bien le corps qui le contient: cela
» est évident car si vous faites
» putréfier les roses, la mélisse ou
» quelque autre herbe odoriférante
» ; de manière qu'elle paraisse
» puante : si vous distillez
» cette pourriture, soit de mélisse
» ou de romarin, ou autre herbe
» semblable, vous en tirez un eau
» très bonne & odoriférante ; &
» si vous savez bien opérer, vous
» aurez l'huile essentielle dont j'ai
» parlé, d'une odeur surprenante :
» le même & plus facilement encore
» arrivera du romarin. C'est
» donc le corps qui se corrompt,
» comme dit Paracelse, & non pas
» la quintessence qui put, car elle
» est incorruptible : ce qui paraît
» encore dans les excréments & le
» fumier des animaux qui retiennent
» encore une partie de la
» quintessence : c'est par sa vertu
@

des Archidoxes. 39

» que les champs sont engraissés,
» & c'est elle qui contribue à les
» rendre plus fertiles. J'ai vu tirer
» des excréments des hommes
» un esprit plus odoriférant que
» l'ambre, mais il faut en séparer
» tout le corps des choses corruptibles
» : la quintessence qui
» est leur âme est en quelque manière
» incorruptible, & ce n'est
» que le corps composé des éléments
» grossiers qui se corrompt,
» suivant ce que Paracelse nous
» montre après l'expérience.
» Il est la même chose des pierres,
» & particulièrement de celles
» qu'on appelle précieuses : car
» la quintessence des émeraudes
» paraît en la forme d'un suc vert,
» & son corps reste en liqueur
» blanche ; ce qu'on doit entendre
» aussi de toutes les autres pierres
» précieuses, ainsi que nous
» l'enseignerons dans le lieu où
» l'on parle de ces extractions.
@

40 Abrégé

Entendez la même chose des
» plantes, des bois & résines
» Quant à l'urine & au sang (continue
» Paracelse) on ne peut pas
» tirer d'eux une véritable
» essence par les raisons dites ci-
» dessus ; mais on peut tirer seulement
» d'eux quelque chose de
» semblable à la quintessence : ce
» qu'on doit entendre de la manière
» suivante. Un morceau de
» chair a en soi une manière de vie,
» parce que c'est de la chair, qui a
» encore quelque vertu, parce
» qu'il a eu vie.
C'est pourquoi il y a encore
» quelque chose de vital, quoique
» ce n'est pas une véritable vie, qui
» n'est préservative que pour le
» temps de la corruption, & jusqu'à
» ce qu'elle se putréfie : ce qui
» est la marque que le peu d'esprit
» de vie qui lui restait est évanoui.
» Car c'est l'esprit de vie qui préil
» serve de la corruption, comme
@

des Archidoxes. 41

» paraît dans les animaux vivants
» qui ne se putréfient pas jusqu'à
» ce que cet esprit les aban-
» donne.
» Il faut donc considérer les herbes
» sèches, comme un morceau
» de chair : car les herbes sèches
» ont perdu leur verdeur avec la
» vie. On peut donc prendre les
» choses mortes pour faire une
» essence morte ; car quoique la
» chair & les herbes soient mortes,
» néanmoins elles ont une quintessence
» comme choses mortes,
» & elles ne laissent pas d'avoir de
» la vertu.
» Mais les métaux & les pierres
» ont en soi une vie perpétuelle,
» & ne meurent pas ; du moins
» ils subsistent plus longtemps:
» c'est pourquoi ils ont une
» quintessence plus parfaite, &
» qu'on peut tirer de ces corps
» quoiqu'avec plus de difficulté
» que des plantes.
D
@

42 Abrégé

Mais de quelque manière
» qu'on tire la quintessence, on
» ne doit pas la tirer en la mêlant
» avec des choses qui ne sont
» pas convenables & semblables à
» sa nature ; & s'il est possible,
» comme il est possible aux herbes
» & animaux (auxquelles choses
» il ne faut rien ajouter,) il faut
» extraire la quintessence seule &
» par soi même ; & s'il est nécessaire
» d'ajouter quelque chose qui
» soit fort différent ou contraire,
» il faut le séparer ensuite afin
» qu'il reste la quintessence pure.
» Il y a divers moyens pour tirer
» la quintessence des minéraux ;
» c'est-à-dire par des sublimations,
» calcinations, par des
» eaux-fortes, par des corrosifs, par
» liqueur doux ou amers, &c. &
» par d'autres moyens (car les
» herbes simples n'ont pas besoin
» d'addition.)
Mais de quelque manière dont
@

des Archidoxes. 43

» on puisse se servir, il faut avoir
» soin que tout ce qu'on a ajouté
» pour extraire la quintessence,
» comme on l'a dit, soit ensuite
» séparé ; car il n'est pas possible
» de tirer l'essence des minéraux
» & des pierres, & particulièrement
» des métaux, & moins encore
» de l'or, sans quelque corrosif
» propre & convenable,
» qu'il faut ensuite séparer ; c'est
» pourquoi il faut qu'il soit séparable
» & de nature différente :
» le sel qui a été eau & qui vient
» de l'eau, se sépare de l'eau ; mais
» il faut néanmoins considérer
» que tout corrosif n'est pas propre,
» parce qu'on ne peut pas
» les séparer tous facilement.
» Car si vous faites dissoudre le
» vitriol ou l'alun (qui sont espèces
» de sels) dans l'eau, si vous distillez
» cette eau pour retirer lesdits
» sels, il est très difficile, pour
» ne pas dire impossible, que la
D ij
@

44 Abrégé

» susdite eau ne retienne quelque
» amertume, & qu'elle n'ait quelque
» saveur des sels qui ont été dissous
» en elle ; ce qui arrive parce
» que ces sels viennent de l'eau, &
» que les natures se joignent facilement
» ensemble. Il faut donc
» éviter le trop de convenance
» dans ces occasions, & ne pas
» mêler les choses aqueuses
» avec les aqueuses, ni les oléagineuses
» avec les oléagineuses,
» ni les résineuses avec les
» résineuses : mais plutôt mêler
» les choses contraires, & qui
» puissent se séparer facilement de
» la quintessence. Il faut donc
» après les dissolutions des métaux,
» séparer les corrosifs ; ce qui
» est facile, car par la règle que
» nous avons donnée, vous séparerez
» facilement l'huile & l'eau ;
» car ces deux choses ne se joignent
» pas : ainsi vous aurez l'essence
» détachée de tout ce qui
» peut l'altérer, car il faut qu'elle
@

des Archidoxes. 45

» soit claire, sans tache & sans aucun
» mélange de chose étrangère,
» qui puisse la pénétrer
» ou s'unir avec elle.
» Et remarquez que sa subtilité
» (de la quintessence) est très
» grande, & qu'on ne peut pas
» connaître à fond son origine,
» ni le mélange de ses principes ;
» car c'est la nature qui les a fait,
» & c'est ce qui fait que ses vertus
» ont divers degrés : & qu'elle a
» diverses propriétés ; car les unes
» sont plus ou moins efficaces, &
» plus propres à certaines maladies,
» comme par exemple certains
» opiats sont meilleurs contre
» la fièvre ; d'autres essences
» sont propres contre l'hyposarque,
» comme est l'essence du tartre
» ; d'autres contre l'apoplexie,
» comme l'essence de l'or ; d'autres
» contre l'épilepsie, comme l'essence
» de vitriol. Il y a donc un
» nombre infini de propriétés que
@

46 Abrégé

» l'expérience fait connaître : c'est
» pourquoi il faut avoir grande
» attention d'employer à chaque
» maladie l'essence qui est la plus
» convenable à la guérir : & de
» cette manière on donnera un
» véritable secours à la nature,
» comme nous l'expliquerons
» après.
Nous ne pouvons pas assigner
» des degrés de force ou de
» qualités à la quintessence,
» comme font les Médecins à leurs
» médecines, ou à leurs plantes,
» parce que la quintessence n'a aucun
» rapport à ces degrés ; elles
» peuvent bien être exaltées en
» degrés plus éminents par la purification
» dont on parlera : mais
» leur complexion & leurs propriétés
» ne changent pas essentiellement
» : car on ne peut établir
» que la quintessence de l'antos
» soit plus chaude que la quintesde
» sence de la lavande ; que l'essence
@

des Archidoxes. 47

» l'argent soit plus sèche ou
» plus humide que l'essence de
» cuivre ; mais les degrés doivent
» se considérer suivant les degrés
» & l'étendue de leur vertu, &
» de cette manière la quintessence
» de l'antimoine qui guérit la
» lèpre, & la quintessence du corail
» qui guérit la pâmoison, &
» douleurs & contorsion de nerf.
» Par cette considérations l'on
» conclura que la quintessence de
» l'antimoine surpasse celle des
» coraux en degrés d'excellence,
» d'autant que la lèpre est une
» maladie plus dangereuse & plus
» obstinée que l'autre, & plus que
» la colique, & semblables symptômes.
» Il faut donc considérer les
» degrés d'excellence par la force
» de sa vertu contre les maladies
» les plus fortes.
» Il faut considérer aussi, que
» quoique plusieurs essences puissent
» guérir la même maladie,
» néanmoins celle qui la guérit
@

48 Abrégé

» plus facilement & en moins de
» temps & plus radicalement, mérite
» d'être regardée comme
» ayant des degrés supérieurs en
» excellence. Car, par exemple,
» l'essence de genièvre & celle de
» l'ambre guérissent la lèpre, mais
» avec une très grande différence,
» de la manière dont l'essence de
» l'antimoine ou de l'or guérissent
» la même maladie ; car la quintessence
» de genièvre guérit en purifiant
» le sang suffisamment,
» pour faire que la maladie ne paraisse
» pas, consommant une partie
» du poison & de la malignité
» qui s'était introduite dans le
» sang ; c'est pourquoi ces essences
» ont un premier degré de perfection.
» La quintessence de
» l'ambre produit le même effet,
» mais avec plus d'efficace ; car
» elle nettoie les poumons, & en
» partie les autres viscères ; c'est
» pourquoi on peut dire qu'elle
est
@

des Archidoxes. 49

» est supérieure de quelque degré
» à l'autre. Mais la quintessence
» de l'antimoine nettoie tout le
» corps profondément jusqu'à la
» peau, purifiant au souverain degré
» toutes les parties d'une manière
» merveilleuse ; il mérite
» donc le troisième degré d'excellence
» & d'estime. Mais la quintessence
» de l'or fait elle seule
» toutes les actions précédentes,
» guérissant & purifiant radicalement
» toutes les parties du corps,
» & les purgeant de toute impureté,
» de même que la cire est purgée
» du miel qui la rendait jaune,
» lequel étant entièrement
» ôté, elle devient blanche, pure
» & quasi transparente.
» Il y a encore une autre différence
» qui fait l'excellence & l'élévation
» des degrés, c'est le
» nombre des vertus que l'essence
» peut avoir ; par exemple quelques
» essences sont propres à gué-
E
@

50 Abrégé

» rir les maux du foie, les autres
» ceux de la rate, d'autres ceux
» de la teste, d'autres n'agissent
» que sur le sang ; quelques unes
» sur le flegme, d'autres sur la
» mélancolie ou la bile jaune, &
» quelques unes n'agissent que sur
» les humeurs en les évacuant ;
» quelques essences agissent sur
» les esprits vitaux, d'autres sur
» la chair, ou sur les os, ou sur la
» moelle & sur les cartilages,
» quelques unes sur les artères, &
» d'autres qui ne sont propres que
» contre certaines maladies particulières,
» & non contre les autres
» ; c'est-à-dire que celles qui
» guérissent la fièvre, ne guérissent
» pas l'épilepsie, ni celles-ci
» l'apoplexie ; celles qui sont soporifiques,
» ne sont point attractives,
» & celles-ci ne sont
» pas consolidantes ou soporifiques,
» comme celles qui ont ces
» propriétés.
@

des Archidoxes. 51

» Il y en a d'autres qui renouvellent,
» restaurent, c'est-à-dire
» qui transmuent le sang & la
» chair : quelques unes conservent
» seulement & font jouir d'une
» vie longue ; & si l'on est jeune,
» conservent en jeunesse. Quelques
» autres agissent corporellement,
» & quelques unes par une manière
» d'influence astrale ; & en un
» mot leurs vertus sont si différentes,
» qu'il est comme impossible
» de les écrire toutes, y ayant des
» essences de telles vertus qui feront
» paraître un homme de
» cent ans, comme s'il n'en avait
» que vingt. Qui donc pourrait
» découvrir l'origine de mystères
» si grands, ou connaître l'origine
» de la matière qui forme l'essence
» de chaque chose ? Il n'appartient
» qu'au Créateur de connaître
» à fond ce qu'il a fait. Car
» qui nous dira pourquoi & comment
» la quintessence de l'anti-
E ij
@

52 Abrégé

» moine fait tomber les cheveux
» & le poil, & en fait venir d'autre
» nouveau comme en jeunesse,
» & pourquoi l'essence de la
» mélisse renouvelle les dents en
» faisant tomber les vieilles ? Que
» l'essence du Rebis renouvelle la
» peau, les ongles des pieds & des
» mains, faisant tomber les vieilles
» ; & que l'essence de chélidoine
» change tout le corps, & le
» met en meilleur état, non autrement
» que la couleur d'une
» vieille peinture redevient vive
» & belle, quand on l'a nettoyée
» de la crasse & de la fumée qui
» l'accablait. J'omets plusieurs
» autres propriétés particulières
» des essences desquelles je parle
» ailleurs. Comment donc pourrions-nous
» empêcher de suivre
» cette noble Philosophie, & des
» médecines si utiles & si excellentes
» ? Comment ne ferions-nous
» pas satisfaits de voir que la
@

des Archidoxes. 53

» quintessence de la carline ôte la
» force à l'un, & la communique
» à celui qui en use ? de voir que
» la quintessence de l'or guérit la
» lèpre, nettoyant le corps au dedans
» & au-dehors, comme les
» boyaux sales des bêtes sont nettoyés
» au courant de la rivière,
» régénérant une nouvelle superficie
» ? comme le ciseau nettoierait
» la superficie d'une pierre
» mal polie ; renouvelant essentiellement
» le tempérament,
» comme si l'on venait de naître
» avec la santé la plus parfaite.
» Tournant donc nôtre esprit
» à cet Art si noble, nous commencerons
» par enseigner la manière
» de tirer les essences des
» métaux, ensuite des marcassites,
» des sels, des pierres précieuses,
» & autres ; comme aussi de la tirer
» de choses combustibles, des
» plantes, des aromates ; des choses
» comestibles ou potables :
E iij
@

54 Abrégé

» toutes lesquelles espèces ont besoin
» de leur méthode particulière
» & différente, suivant la nature
» des choses, & lesquelles nous
» indiqueront comme il convient.
» Mais il faut noter que dans ces
» extractions il faut être non seulement
» bon Artiste, mais bon
» Philosophe, pour savoir ce que
» l'on veut faire, en appliquant
» les moyens nécessaires pour parvenir
» à la fin que l'on se propose
» : car la pratique ne succédera
» jamais bien, à moins que la
» théorie ne sois auparavant bien
» dans la tête, & que comme Philosophe,
» vous ne connaissiez la
» nature & les propriétés du mixte
» sur lequel vous voulez agir.
Nous parlerons aussi de l'or
» potable, des magistères, des arcanes,
» & des autres choses non
» moins curieuses qu'importantes :
» sur quoi je ne veux point odifférence
» mettre d'avertir qu'il n'y a aucune
@

des Archidoxes. 55

» entre ces choses,
» sinon que ce sont toutes de véritables
» essences, lesquelles on ne
» peut plus remettre en corps ;
» mais quant à l'or potable, on
» ne peut bien lui rendre un corps
» métallique ; c'est pourquoi j'estime
» qu'il y a une plus grande
» vertu dans les essences métalliques
» que dans les autres choses.
» Pendant que nous parlons ainsi
» des quintessences, & de la manière
» de connaître les degrés de
» leurs vertus, il nous faut dire
» quelque chose de ce que nous
» appelons arcanes & magistères, lesquels
» quoi que quelquefois ils
» ne paraissent pas en forme de
» quintessence, cependant leur
» vertu non seulement n'est pas
» moindre, mais elle est supérieure ;
» & c'est pour cela que nous leur
» donnons le nom d'arcane & de
» magistère ou mystères de l'art :
» Mais comme nous avons parlé
E iiij
@

56 Abrégé

» suffisamment de ces choses dans
» les Livres des Paramires, nous
» les omettons ici, déclarant seulement
» que l'on peut de ces
» quintessences composer une infinité
» d'arcanes & magistères,
» suivant l'habileté & l'esprit du
» Philosophe ; quant à moi, je ne
» parlerai ici que de quatre de
» ces arcanes. Le premier est le
» mercure de vie, le second est celui
» de la première matière, le
» troisième de la Pierre Philosophale,
» le quatrième est celui de
» la teinture ; & quoique ces arcanes
» soient plutôt choses angéliques
» & divines, qu'humaines,
» je ne laisserai pas d'en parler &
» de faire le chemin aux curieux
» habiles, pour faciliter la manière
» de chercher à découvrir les
» mystères de la nature. Nous déclarons
» aussi que le mercure de
» vie n'est pas proprement une
» quintessence, mais un arcane ;
@

des Archidoxes. 57

» d'autant qu'il contient un grand
» nombre de vertus qui préservent,
» restaurent & régénèrent,
» comme on le verra dans le Livre
» des Arcanes.
» Quant à la première matière,
» nous dirons qu'elle opère non
» seulement dans les corps vivants,
» mais aussi sur les morts, & pour
» ainsi dire au-dessus de la nature:
» Nous dirons à peu près la même
» chose de la Pierre philosophale,
» qui teint le corps & le
» soulage de toutes sortes d'infirmités,
» & qui agit aussi sur les
» métaux, les élevant à la perfection
» & pureté de l'or. La teinture
» fait la même chose, & même
» plus efficacement ; car de la
» même manière qu'elle teint l'argent
» en or & le transmue en métal
» parfait, de même cette teinture
» transmue la matière qui
» fait la maladie en santé, la cuisant
» & digérant au plus haut
@

58 Abrégé

» degré de perfection : les magistères
» & les élixirs, & l'or potable
» sont à peu près les mêmes
» choses ; nous parlerons de tous
» dans les Livres suivants.
R E M A R Q U E.
Quand Paracelse n'aurait fait que
ce Livre de la Quintessence, on
pourrait juger que son esprit était
quasi divin ; & l'on voit bien que
ce qu'il a écrit n'est pas d'un ignorant
& d'un homme qui écrit au
hasard & suivant les vapeurs du
vin, comme ses envieux l'ont voulu
dire.
Mais avant que de passer à la
pratique de l'extraction des quintessences
qui se fait par la séparation
des éléments, je crois à propos de
faire remarquer deux ou trois
choses, dans lesquelles il semble
que Paracelse s'exprime mal.
La première est de dire que l'on
ne peut pas tirer la quintessence
@

des Archidoxes. 59

des animaux parce que l'esprit de
vie est perdu : mais il ne veut
dire autre chose, comme il l'explique
lui-même, sinon que l'esprit
qui fait vivre les animaux,
ne peut pas se tirer avec leur essence;
car si on pouvait l'avoir, l'homme
serait immortel. On peut néanmoins,
dit-il, tirer de la chair des
animaux & de leur sang, & même
de l'urine, l'essence de ces choses
pour des médecines ; & non pas
pour remettre l'esprit vital perdu,
mais seulement pour fortifier
un peu celui qui reste.
La seconde chose regarde la
Doctrine, où il dit que dans les
extractions des essences de certains
corps, comme par exemple
les corps métalliques, étant nécessaire
d'ajouter quelques choses
pour les dissoudre après que l'extraction
est faite, il faut séparer
de leur quintessence tout ce que
l'on y a ajouté, afin d'avoir la
@

60 Abrégé

quintessence pure de la chose : en
cela il n'y a pas de doute. Quant à
ce qu'il dit qu'il ne faut pas ajouter
une chose oléagineuse à une
autre oléagineuse, ni une aqueuse
à une aqueuse, si l'on veut pouvoir
les séparer, cela est encore vrai.
Mais lorsqu'il dit que pour nettoyer
les métaux des sels de l'eau-
forte avec laquelle on les a dissous,
il faut les laver avec l'eau
chaude ; on peut dire qu'il a entendu
quelque autre eau que la
commune : car on a beau laver les
métaux ou minéraux qui ont été
dissout ou précipités par des corrosifs,
on ne peut jamais les tant
laver, que la graisse saline qui a
pénétré dans le profond du corps
métallique & s'est jointe avec
l'onctuosité radicale du métal, s'en
sépare par les ablutions de l'eau
commune : Par exemple après que
l'or est dissous dans l'eau régale,
si vous le précipitez avec le sel de
@

des Archidoxes. 61

tartre, il en résulte l'or fulminant,
qui est fulminant quand même vous
le laveriez avec toute l'eau chaude
de la Seine. De même si vous
précipitez la lune dissoute dans
l'eau-forte avec le sel dissous dans
l'eau commune, il en résulte la lune
cornée qui s'en va du feu si vous
la voulez fondre, ou qui se vitrifie
comme une corne, quand même
vous l'auriez lavée cent fois
avec l'eau chaude : il faut donc
entendre ces recettes, qui sont
bonnes en elles-mêmes avec un
grain de sel.
Au reste il ne faut pas croire
que dans la pratique suivante,
Paracelse enseigne mot à mot la
manière de la séparation des éléments
purs des impurs, & l'extraction
des essences ; il a promis de
n'en rien faire, & il tiendra parole:
on peut seulement en tirer quelques
lumières, qui étant aidéesEn effet de
l'expérience présente ou passée
peuvent être profitables.
@

62 Abrégé

De la séparation de la quintessence
de ce que les Chimistes appellent
les éléments impurs.
Pour parvenir à la recette de
cette séparation des éléments,
il faut avoir bien dans la tête
une bonne théorie. Paracelse
nous a enseigné assez clairement
quelle est la nature & les vertus
de la quintessence ; il nous a montré
que la quintessence est un
élément, ou pour mieux dire
une substance composée par la
nature d'un certain assemblage
déterminé des éléments les plus
subtils, qui forment un cinquième
être différent des éléments
grossiers, que nous connaissons
sous le nom de terre,
d'eau, de feu, & d'air : il nous
a fait connaître que cette cinquième
substance est néanmoins
mêlée & répandue dans toute la
substance des corps composés,
@

des Archidoxes. 63

comme l'âme dans le corps des animaux.
En effet, cette substance est la
véritable âme du mixte, & il nous
a montré que c'est en elle que résident
toutes les vertus & propriétés
du même mixte. Que c'est cette
substance essentielle qui donne la
couleur, l'odeur, la saveur & toutes
les vertus au corps où elle habite
; que le corps où elle est, n'est
qu'un flegme & une terre insipide
de nulle valeur, & qui ne sert
que pour contenir & conserver
cette âme, qui est la seule qui a
quelque action & quelque vertu ;
car le corps ne fait que diminuer
l'efficace de la quintessence par le
mélange des éléments qui composent
les corps ; & si on sait
séparer cette substance pure d'avec
les éléments grossiers & impurs
qui la contiennent, & avec lesquels
elle est comme pétrie, l'on aura
ramassé en peu de volume, toute
l'efficace qui était répandue dans
@

64 Abrégé

toutes les parties de ce corps, de
manière qu'elle opérera plus efficacement
pour la guérison des
maladies, que ne font les infusions
des herbes & des aromates que les
Apothicaires font ; lesquelles infusions
ne tendent qu'à une même
fin (quoique imparfaitement)
c'est-à-dire à tirer des herbes, des
aromates & des autres corps,
quelques parties plus efficaces,
qui étant séparées du marc (qui
est le corps impur) opèrent avec
plus de force, que ne ferait tout
le corps du mixte, que le malade
serait obligé de digérer pour en
extraire l'essence dans laquelle
(comme on l'a dit) la vertu spéciale
réside.
Les Médecines que Paracelse
nous propose étant l'essence pure,
il n'y a pas de doute qu'elles ne
soient d'une plus grande efficace,
& cela par deux raisons : la première
parce qu'elles sont plus subtiles,
tiles
@

des Archidoxes. 65

plus pénétrantes ; & par
conséquent elles se répandent plus
facilement dans toutes les parties
du corps ; elles peuvent guérir en
moins de temps, d'autant que
cette substance étant d'elle-même
céleste, & qui difficilement peut
se corrompre, il en arrive que les
ferments malins de la maladie ne
peuvent pas facilement agir sur
la quintessence & la corrompre ;
au contraire elle agit facilement
sur les ferments qui causent le mal,
& les réduit à sa nature pure, en
confortant la chaleur naturelle,
& l'aidant à agir conjointement
avec elle, pour détruire les ferments
malins qui sont la cause du
mal, & qui corrompent avec la
nourriture tous les remèdes qu'on
prend.
La seconde raison se tire des
choses mêmes que nous venons de
dire ; c'est que les remèdes communs
étant accompagnés de plu-
@

66 Abrégé

sieurs impuretés qui accompagnent
les extractions communes,
cela est la cause que les ferments de
la maladie agissant sur ces corps
corruptibles, les corrompent facilement,
& rendent inefficace la
force du peu de quintessence qui
les accompagne. Car il faut remarquer
que presque toutes les
maladies viennent de quelque
corruption ou autre cause semblable,
qui a produit dans les viscères
ou dans le sang une autre
essence venimeuse qui fait le dérangement
de la santé ; de manière
que quand les ferments intérieurs
sont altérés à un certain
point, ils altèrent ou ils corrompent
tout ce qu'on a dans l'estomac,
& le convertissent en poison,
au contraire quand les remèdes
sont purs & forts, ils convertissent
toutes sortes de nourritures
en force, & en santé. Il y a une
autre raison encore plus forte
@

des Archidoxes. 67

pour faire une plus grande estime
des remèdes de Paracelse ; c'est
qu'il tire un grand nombre des
essences des corps métalliques &
autres minéraux. Or il faut comprendre
que les essences métalliques
ne peuvent pas être si facilement
corrompues par les ferments
malins qui sont en nous & qui causent
la maladie ; cela est évident,
puisque les corps métalliques demeurent
à l'air, à l'eau, & même au
feu le plus violent sans se corrompre
; c'est pourquoi leurs essences
altèrent, sans être altérées, particulièrement
l'or & l'argent, qui
sont incorruptibles. J'omets de
parler que ces médecines métalliques,
& particulièrement celles
des métaux parfaits peuvent guérir
aussi la lèpre, & les autres infirmités
des métaux imparfaits,
& les exalter à la perfection de
l'or & de l'argent ; ce qui après la
santé, doit être estimé le plus
F ij
@

68 Abrégé

grand trésor qu'on puisse désirer,
& le plus grand secret où l'esprit
humain ait pu atteindre ; ce
qu'il faut croire être venu aux
Philosophes qui l'ont inventé plutôt
par une inspiration divine, &
pour soulager les hommes de tant
de malheurs dont ils sont accablés
dans ce monde, que par leur
propre science ; n'étant pas possible
que d'eux-mêmes, & sans une
inspiration céleste, ils aient pu
comprendre que dans les métaux
si durs, & particulièrement dans
l'or, il y eût tant de trésors, &
moins encore dans l'antimoine
qui paraît une matière impure,
salle & vile.
Paracelse après nous avoir donné
la théorie de la quintessence,
& nous avoir montré qu'il faut
séparer cet élément prédestiné
(qui est proprement ce que nous
avons vu que les Philosophes appellent
mercure, & les Médecins
@

des Archidoxes. 69

humide radicale) qu'il faut séparer,
dis je, cet élément pur, des
autres éléments impurs ; il nous enseigne
aussi la pratique, mais nous
ayant averti au commencement
qu'il l'enseignera de manière que
peu de gens pourront y comprendre
quelque chose ; il ne faut
pas croire, (& l'expérience le
montre) que par la pratique qu'il
donne l'on puisse en tirer tout ce
qu'on désire en la suivant mot à
mot ; ce qu'on peut prétendre,
c'est d'en tirer des lumières pour
se conduire comme à tâtons, &
par ce qu'il dit, & par votre bon
esprit, en travaillant & expérimentant
; vous pourrez parvenir
à ce que vous désirez : en supposant
que la lumière céleste vous
éclaire & vous fasse trouver le
bon chemin, par une manière
d'inspiration ou d'enthousiasme que
l'on n'a pas quand on veut.
Paracelse a commencé dans son
@

70 Abrégé

troisième Livre à enseigner la pratique
de la séparation des éléments,
dans le quatrième il dit la manière
de tirer la quintessence ; mais
parce que la quintessence se peut
avoir sans la séparation des éléments,
laquelle séparation est enseignée
dans ces livres d'une manière
plutôt pour tromper qu'autrement
; je crois donc que ces
Livres doivent aller ensemble &
servir de lumière l'un à l'autre :
C'est pourquoi je joindrai ces
deux choses ensemble, afin que le
Lecteur s'épargne la peine de faire
lui-même cette confrontation, &
afin que la lumière y soit plus
grande, j'y joindrai encore ce
qu'il dit dans le dixième Livre
qu'il a donné à ses amis comme
la clef des autres : cette clef qui
aurait besoin d'une autre clef, parut
en Allemand peu après sa
mort, mais les envieux firent en
sorte qu'en peu de temps cette impression
@

des Archidoxes. 71

disparut, & à peine en
trouvait-on avec de grande
difficultés ; mais enfin en 1660.
les Imprimeurs de Tournes ayant
fait imprimer à Genève tous les
Ouvrages de ce grand homme,
eurent le soin de recouvrer un
exemplaire de cette clef, laquelle
telle qu'elle est, n'a point de prix.
J'ai eu soin au surplus de corriger
sur l'Allemand quelques fautes
importantes qui s'étaient glissées
dans l'impression, & qui sont des
véritables fautes & visibles ; puisque
sans cette correction l'on n'y
trouve pas de sens, & moins encore
celui de Paracelse.
Vous verrez si avec les secours
que je vous donne, & aidé de vos
propres lumières ; vous en pourrez
tirer l'utilité que je vous désire.

Et parce qu'il est inutile de parler
de l'extraction des essences de
tant de choses, je la restreindrai
@

72 Abrégé

aux herbes, aux sels & aux substances
métalliques ; & d'autant que
Paracelse commence par la plus
difficile, c'est-à-dire par les métaux
; je commencerai par le plus
facile, qui sont les herbes.
Je déclare au surplus que je ne
suivrai d'autre méthode que celle
qui me paraîtra plus propre à
éclaircir la doctrine de l'Auteur,
qui a répandu exprès en divers
endroits son intention, tantôt
dans le Livre de la séparation des
éléments : tantôt dans celui de
l'extraction de la quintessence,
tantôt dans celui qu'il appelle la
clef des autres ; & parce que le
commencement de ladite clef
établit plus clairement son intention
je commencerai par elle.
Dans le Livre X.
Dans toutes les choses, dit Paracelse,
les quatre éléments se trouvent
mêlés ; mais dans toutes
choses
@

des Archidoxes. 73

choses il y a un de ces éléments
qui est parfait & fixe, c'est celui
que nous appelons prédestiné,
& dans lequel est la quintessence,
la vertu, la qualité & propriété
de ce corps : les autres ne
sont que des éléments imparfaits &
des simples éléments corporels (le
flegme & la terre morte,) dans
lesquels il n'y a aucune vertu que
celle qui est dans un simple élément
commun (la terre & l'eau
commune) & qui ne sont que
comme le corps & comme la maison
dans laquelle habite la quintessence,
qui est le véritable élément
parfait, incorruptible & fixe
que nous cherchons & qui est
dans l'or & l'argent ; l'on appelle cet
élément la chose qualifiée, parce
que c'est en elle qu'existent les
véritables qualités & vertus du sujet.
Il y a des gens qui croient que
tout le corps du mixte est ce véritable
élément, parce que dans tou-
G
@

74 Abrégé

tes les parties du composé l'on
trouve des marques de vertu de la
quintessence ; mais la cause de
cette apparence est que la quintessence
est répandue dans toutes
les parties des éléments imparfaits
qui forment le corps dans lequel
la quintessence demeure ; & que
ces éléments imparfaits sont, pour
ainsi dire, pétris & empâtés avec
l'élément prédestiné, comme serait
une pâte pétrie avec de l'eau
salée ou avec du sucre, laquelle
pâte dans toutes ses parties fait
sentir au palais sa douceur ou sa
salure : elle y est répandue aussi
comme une teinture qui teint un
drap de sa propre couleur, quoiqu'il
soit constant que tout le drap
n'est pas de cette couleur, & qu'il
n'y a qu'une très petite quantité
de couleur très subtile qui étant
répandue partout, fait paraître
le drap coloré partout.
Considérez donc qu'en quelques
corps le feu prédomine, en
@

des Archidoxes. 75

d'autres l'air ou l'eau, ou bien la
terre : or si vous voulez en séparer
l'élément fixe & prédestiné, il faut
auparavant que vous brisiez la
maison où la quintessence demeure
; cette brisure & fracture de la
maison se fait en diverses manières,
suivant la nature des corps,
comme je l'ai montré dans le Livre
de la métamorphose & de la
mort des choses : prenant garde
que si vous brisez la maison avec
des eaux-fortes comme (il le faut
nécessairement pour les métaux
& minéraux métalliques,) il faut
observer de séparer les acides ou
autres choses de nature différentes,
de les séparer, dis-je, de l'élément
prédestiné & fixe ; ce qu'on
doit faire par les distillations &
ablutions communes : & par ce
moyen le corps des éléments imparfaits
monte en manière de flegme
; & l'élément fixe qui est la
quintessence, reste dans le fond
G ij
@

76 Abrégé

(en forme d'huile mercurielle.)
Mais comme nous nous soucions
peu de la maison, (des
éléments imparfaits) nous devons
nous attacher à obtenir la quintessence
qui habite là-dedans, & la
séparer par des moyens convenables
au sujet, & par des moyens
plus efficaces que les calcinations
ou sublimations, afin que le pur
se sépare de l'impur. L'impur est
l'élément tartreux terrestre qui
est en toutes choses, & duquel j'ai
parlé dans le Livre des maladies
tartreuses ; le pur est la quintessence
(ce qui est aussi le mercure
des Philosophes.)
Or comme j'ai donné la théorie
de ces choses dans mes autres Livres,
particulièrement dans les
Paramires & dans celui de la mort
des choses, je ne dirai autre chose
ici, sinon qu'il faut préparer le
métal & le réduire en substance
avec des eaux-fortes convenables,
@

des Archidoxes. 77

& suivant la méthode de la
séparation des éléments, par plusieurs
distillations & cohobations :
il faut séparer les trois éléments
imparfaits, c'est-à-dire la terre,
le flegme, & l'air qui sont toujours
mêlés avec eux ; alors vous
trouverez dans le fond l'élément
fixe, & de cette manière vous aurez
séparé parfaitement les quatre
éléments ; car celui qui reste au
fond avec la terre, les Philosophes
l'appellent feu, parce que la vertu
du feu & son action est dans cette
substance qu'on appelle quintessence,
puisqu'elle transmue tout
en sa nature, comme le feu fait les
matières combustibles.
Notez que Paracelse commence
sa doctrine par la vertu des
quintessences métalliques qui sont
les principales vertus, & dont il
fait plus de cas, parce que les
essences des métaux sont plus fixes
& plus efficaces ; & pour cela il
G iij
@

78 Abrégé

parle de leur élément fixe, & des
eaux-fortes qu'il faut employer au
commencement pour les dissoudre,
& des sublimations & calcinations,
lesquelles ne sont pas nécessaires,
dans la dissolution des
herbes qui se putréfient & se dissolvent
avec leur propre humidité.
Les sels n'ont pas besoin non
plus d'une liqueur étrangère pour
les dissoudre & putréfier ; car ils
ont leur propre humidité qu'on
peut tirer par la distillation ou
autrement, & les putréfier en
icelle.
L'on peut considérer en passant
que la manière de Paracelse est
au fond la même que celle de tous
les Philosophes anciens, qui enseignent
que l'on ne peut faire aucune
séparation des éléments, (c'est-
à-dire des principes) sans la décomposition
des particules ; &
c'est ce qu'on appelle putréfaction
& corruption : c'est aussi ce que
@

des Archidoxes. 79

Paracelse appelle briser la maison.
Mais il nous avertit que si l'on
ajoute quelque liqueur étrangère
aux corps qu'on veut corrompre,
quand cette liqueur n'est pas de la
propre nature du mixte qu'on
veut corrompre, il ordonne de
l'ôter & de la séparer absolument,
afin qu'il ne reste rien qui soit de
nature différente de la quintessence
que l'on veut extraire ; & cela
afin que l'on ait l'essence séminale,
comme il le dit ; pure & sans
tache.
Paracelse commence la doctrine
de la séparation des éléments impurs
par la corruption des métaux
& des substances métalliques, qui
étant de nature très sèche, ont
besoin de quelque humidité pour
les putréfier ; & comme ils sont
d'une composition très forte,
l'ouvrage de leur décomposition
est plus difficile : c'est pourquoi
j'ai cru plus à propos de changer
G iii j
@

80 Abrégé

l'ordre qu'il suit, & de commencer
par les choses les plus faciles, c'est-
à-dire par les végétaux, qui n'étant
pas si durs que les métaux,
leur putréfaction avec leur propre
suc est plus facile.
Prenez donc de la sauge (ou
autre herbe,) pillez-la & faites-la.
putréfier (au fumier) distillez
après ; en premier lieu montera
l'élément du feu (c'est-à-dire un
esprit igné) continuez cela jusqu'à
ce que les couleurs changent,
& que l'eau devienne
plus épaisse ; enfin viendra la terre,
dit-il, dont une partie restera
dans le fond ; mettez ensuite cette
eau au soleil pendant six jours, &
laissez qu'elle distille, (qu'elle circule,)
distillez ensuite au bain, &
l'eau montera la première, qui
est en petite quantité & insipide ;
ensuite les couleurs variant, le
feu montera, la terre montera
ensuite en très petite quantité
@

des Archidoxes. 81

(quelque peu de sel volatil,) mais
la plupart reste dans le fond (mêlez
avec l'huile essentielle:) cette
méthode est commune à toutes les
herbes aériennes & aquatiques,
dont l'air monte le premier, &
ensuite le feu.
Ce procédé est fort obscur, &
tel qu'il nous l'a promis au commencement
: voyez s'il n'est pas
rendu un peu plus clair par ce qu'il
enseigne au Livre de la Quintessence
; car nous avons vu que cette
séparation des éléments ne tend
qu'a séparer les éléments impurs
de l'élément pur qui est la quintessence.


Au Livre quatrième qui traite de la
séparation de la Quintessence des
végétaux.

L'on peut faire, dit Paracelse,
l'extraction de l'essence des végétaux
en plusieurs manières ; mais
de quelque manière qu'on fasse,
@

82 Abrégé

il ne faut rien mêler avec eux, afin
qu'ils conservent leurs couleurs,
odeurs, saveur & propriétés : car
l'intention de l'artiste est que toutes
ces choses soient plus fortes, &
non diminuées.
On peut le faire aussi avec des
additions, mais avec des choses
convenables. Cette augmentation
d'odeur & de saveur se fait particulièrement
dans l'extraction de
l'essence d'ambre, du musc &
de la civette, dont les éléments
impurs sont puants, lors l'essence
en est séparée ; & alors l'odeur
de l'essence est bien plus forte &
puissante, & le corps impur n'a ni
odeur ni aucune vertu.
Il faut entendre la même règle
de toutes les autres choses ; mais
ici nous ne parlons que des végétaux,
dont il y en a plusieurs odoriférants.
Prenez le végétal que vous
voudrez, mettez-le en quelque
@

des Archidoxes. 83

vaisseau propre, & faites-le putréfier
au fumier (de la manière qu'on
l'a dit ci-dessus,) & l'ayant auparavant
bien pillé, laissez-le putréfier
un mois, distillez ensuite au
bain, ayant auparavant exprimé
le suc, remettez encore pendant
huit jours putréfier (tout ensemble,)
& distillez encore, la quintessence
montera par l'alambic, & le
corps restera au fond, s'il reste
quelque chose de l'essence au fond,
(comme en effet la plus grande
partie y reste) faites putréfier encore
d'avantage : & distillez encore
comme auparavant ; remettez ce
qui est distillé sur le végétal & faites
digérer au pélican six jours,
& il se fera une liqueur épaisse
que vous distillerez au bain. Le
corps (aqueux) se séparera, & la
quintessence restera au fond : séparez-là
des sucs impurs, & procédez
en laissant digérer la susdite
quintessence, afin que quelques
@

84 Abrégé

fèces subtiles se précipitent. De
cette manière vous avez l'essence
dans la couleur, odeur, goût &
vertu parfaite, en une substance
épaisse & grasse (qui est le mercure
essentiel du végétal.)
L'on n'a guère plus de lumière
de ce discours, voyons la clef.
Livre dixième.
L'on tire facilement la quintessence
des fruits, des herbes, &
racines, en séparant les éléments
en la putréfaction secrète de la
chaleur, & après putréfiant au fumier
per descensum (par expression)
chassez ce qui peut sortir :
ensuite séparez l'humidité nuisible
qui est le corps impur, par le
bain ; dans le fond restera l'élément
prédestiné : séparez l'impur terrestre
avec son propre esprit-de-
vin, & vous aurez l'essence pure.
Il semble qu'en substance il faut
piler les herbes, les putréfier &
@

des Archidoxes. 85

ensuite en tirer le suc à la presse,
faire putréfier encore, distiller au
bain l'humidité, en séparer les
éléments impurs : le reste il faut le
laisser à l'industrie de l'artiste. Il
y a la manière commune de tirer
l'huile essentielle des végétaux qui
est facile, & laquelle quoiqu'on
n'a pas toute la quintessence,
cependant en approche fort.

Des sels & de leurs essences.

Paracelse ne parle point des sels
dans le troisième Livre, où il parle
de la séparation des éléments ; mais
dans le quatrième Livre de la
quintessence, il en parle de la
manière suivante, qu'il donne
pour la susdite extraction.
Prenez le sel que vous voudrez,
calcinez le bien, & s'il est volatil,
brûlez-le au feu (sublimez-le)
dissolvez-le en liqueur (par deliquium)
& distillez-le après (filtrez
ladite liqueur,) mettez ensuite
@

86 Abrégé

putréfier durant un mois, distillez
au bain, une eau douce montera
que vous jetterez : ce qui ne
voudra pas monter, mettez-le encore
putréfier pendant un autre
mois, distillez comme auparavant,
tant de fois & jusqu'à ce qu'il ne
vienne plus rien de doux. Par cette
voie vous avez déjà la quintessence
du sel au fond ; & d'une livre
de sel ainsi calciné, à peine en
aurez-vous deux onces ; & si c'est
du sel commun, une demi-once
de ce sel assaisonne plus de viande
que demi-livre de sel commun ; car
c'est la quintessence de ce sel, duquel
vous en avez séparé le corps
impur & sans vertu.
De la même manière vous séparerez
l'essence de tous les autres
sels ; mais de l'alun & du vitriol
on tire l'essence d'une autre manière,
& la voilà : & notez auparavant
que ces sels ne se laissent
pas calciner avec fusion, comme
@

des Archidoxes. 87

le sel commun ; c'est pourquoi
après les avoir calcinés, il faut les
brûler, les faire refondre à la cave,
& avec l'eau qui est venue en
agir comme il est dit dans le procédé
du sel commun.

Dans le dixième Livre qui est la clef.

Paracelse explique mieux, quoique
très succinctement, la manière.
La quintessence des sels, dit-il,
se fait ainsi : cohobez plusieurs
fois les sels avec leur propre liqueur,
putréfiez avec le flegme,
& ensuite séparez le corps en manière
de flegme, jusqu'à ce que
l'esprit fixe demeure au fond ; dissolvez
cet esprit fixe dans la propre
liqueur, & dans l'effervescence
séparez le pur de l'impur avec
de l'esprit-de-vin.
Cette pratique est aussi succincte
qu'obscure, & cependant il enseigne
mot à mot toute la pratique.

@

88 Abrégé

De la séparation des éléments des mé-
taux, de leur quintessence.
Quant à la séparation des éléments
des métaux, dit Paracelse
il est nécessaire d'avoir de bons
instruments, beaucoup de travail,
de patience, & de diligence, &
des moyens propre à cet Art,
(c'est-à-dire une bonne conduite
& un bon esprit.)
Premièrement faites l'eau-forte
avec salpêtre, vitriol & alun,
égales parties ; remettez l'eau qui
en vient sur ces fèces, & distillez
encore : dans cette eau-forte
clarifiez l'argent, & après dissolvez
en elle du sel armoniac : cela
fait, faites dissoudre dans cette
eau le métal que vous voudrez en
grenaille ou en lamines, séparez
l'eau au bain & remettez la dessus,
& réitérez tant de fois jusqu'à ce
que vous trouviez dans le fond
une huile : celle du soleil sera
comme
@

des Archidoxes. 89

comme une huile éclatante ; celle
de l'argent sera de couleur bleue ;
du fer rouge obscur ; du cuivre,
tout à fait vert ; du mercure,
blanc ; du plomb, livide ; de l'étain,
jaunâtre.
L'on voit bien que Paracelse se
joue du lecteur ignorant, puisque
les personnes médiocrement expérimentées
savent que cette eau
forte commune avec le sel armoniac
commun, ne peut dissoudre
que l'or seul, & non toutes sortes de
métaux, comme il le suppose : il se
moque aussi lorsqu'il dit que ces
métaux restent au fond en forme
d'huiles colorées des couleurs
qu'il dit ; il faut donc croire, comme
en effet il est vrai, que le sel
armoniac dont il se sert dans cette
occasion pour réduire les métaux
en huile colorée, est tout autre que
le commun.
Raymond Lulle éclaircit l'énigme,
montrant que le sel armo-
H
@

Abrégé
niac dont parle lui-même comme
Paracelse, est un sel armoniac
mercuriel, & qui est appelé armoniac,
par la concordance & harmonie
que la quintessence du vif-
argent a avec l'essence de tous les
Lib. métaux. Armoniacam mixtionem
Merc. omnium elementorum quae est in essen-
page. tia argentivivi, salem armoniacum
155. appellamus propterejus exaltatam &
sublimitam proprietatem puram primae
materiae.
La préparation qu'il donne desdits
métaux avant que de les dissoudre
dans lad. eau régale, est encore
mystérieuse ; car auparavant
comme il dit, cela ne sert de rien.
Il faut, dit-il, auparavant sublimer
le mercure, calciner le plomb,
réduite le cuivre en vert gris, réduire
en crocus le fer, & réverbérer
l'étain. L'or & l'argent seuls
semblent n'avoir point besoin de
préparation, quoiqu'ils soient
plus fixes & qu'ils n'en aient pas
@

des Archidoxes. 91

grand besoin ; mais il n'en parle
point, il poursuit.
Les métaux étant ainsi réduits
en liqueur, ajoutez, dit Paracelse,
à cette huile métallique deux
parties de la même eau-forte, &
faites-la putréfier au fumier pendant
un mois, après quoi faites
jusqu'à ce que la matière
se coagule au fond : si vous distillez
encore cette eau-forte, vous
trouverez ensemble deux éléments,
mais non les mêmes de tous les
métaux ; car à l'égard de l'or, la
terre & l'eau restent dans le bain,
mais l'air est avec les trois autres,
& l'élément du feu restera dans le
fond ; car la substance tangible
de l'or, quoique coagulé n'est que
feu. De la lune restera au fond l'élément
de l'eau, & dans le bain
l'élément de la terre & du feu, à
cause que la substance de l'argent
vient du froid & humide, qui est
de nature fixe & ne peut pas s'é-
H ij
@

92 Abrégé

lever. Pour ce qui est du mercure,
le feu reste au fond, & la terre
& l'eau montent. Du cuivre reste
aussi le feu au fond, & la terre &
l'eau demeurent dans le bain,
l'élément de la terre reste au fond ;
si la dissolution est du plomb du
Jupiter, l'air reste au fond, & la
terre & l'eau se séparent de lui.
Il faut remarquer que dans le
seul étain l'air est supérieur, mais
cet air n'est pas corporel ; il
demeure avec les autres desquels
ïl est inséparable.
Il faut remarquer aussi que l'élément
corporel qui résulte de cette
dissolution, doit être réduit en
huile avec nouvelle eau forte, faisant
digérer le tout au bain, & de
cette manière cet élément sera
parfait, que vous conserverez pour
une part, & vous séparerez les
autres éléments de la manière qui
suit : mettez les éléments qui restent
au bain à petit feu, en premier lieu
@

des Archidoxes. 93

l'eau montera & se distillera ; ensuite
le feu qui se fait connaître
par la couleur, mais l'élément
véritable est au fond, en premier
s'élèvera la terre, & ensuite le
feu ; mais si l'eau, la terre & le
feu étaient ensemble, l'eau montera
la première, ensuite le feu &
la terre après ; & l'on pourra conserver
chacun de ces éléments
pour s'en servir à propos, suivant
leur nature, car par exemple, l'élément
du soleil sera l'action de
chaleur & sécheresse sans autre
propriété ; quant à celui de la lune,
il sera froid & sec, & ainsi des
autres.
Mais n'oubliez pas qu'il faut
ôter le corrosif de l'eau forte, comme
nous le disons au chapitre de
la quintessence.
Par tout ce qu'on vient de dire,
on voit que Paracelse cache encore
avec plus de soin la séparation des
métaux, comme étant d'une plus
@

94 Abrégé

grande importance ; mais voyons
si ce qu'il dit dans l'article de la
quintessence, nous donnera un peu
plus de lumière.
Liv. quatrième de la quintessence des
métaux.
Nous dirons en peu de parole
ce qui regarde l'extraction de la
quintessence des métaux, dans
lesquels grand nombre de personnes
ont trouvé de nos temps beaucoup
de difficultés, suivant les
chemins qu'ils ont pris pour y
parvenir.
Il faut donc savoir que les métaux
doivent se diviser en deux
manière ; c'est-à-dire dans leur
quintessence & en leur corps, &
que l'un & l'autre doivent venir en
liqueur potable, & lesquels étant
une fois séparés, ces deux liqueurs
ne se mêlent plus ensemble, car le
corps impur rejette en haut la
quintessence, comme le lait fait
@

des Archidoxes. 95

la crème : & par ce moyen il en
résulte deux huiles grasses, qu'il
faut séparer l'une de l'autre ; l'huile
grasse du corps impur est toujours
blanche au fond, de quelque
métal que ce soit, mais leur
quintessence est colorée des couleurs
que nous avons dit ci-dessus.
Le procédé est comme il s'ensuit
; dissolvez le métal en eau,
étant dissout, distillez au bain, cohobant,
& putréfiez autant de
temps qu'il apparaisse en forme
d'huile, que vous distillerez en des
petits alambics, & une partie du
métal restera au fond ; remettez-
le en huile comme auparavant,
réduisez-le autant de fois jusqu'à
ce que tout le métal monte. Putréfiez-le
encore pendant un mois,
réduisez-le encore à petit feu ; en
premier lieu les vapeurs monteront
& fleureront dans le récipient,
vous séparerez cette distillation
; enfin monteront deux
@

96 Abrégé

couleurs obscures, l'une banche, &
l'autre suivant la nature & couleur
du métal. Il faut séparer ces
deux couleurs l'une de l'autre : afin
que la quintessence reste au fond,
que la couleur blanche qui est le
corps impur, surnage. Il faut séparer
ces deux liqueurs par l'entonnoir,
& dans une fiole conserver
la quintessence sur laquelle
vous verserez de l'eau ardente très
rectifiée ; & faites digérer le tout
ensemble, jusqu'à ce que toute
l'aridité soit séparée de l'essence
métallique, réitérant cela plusieurs
fois : enfin mettez dessus
de l'eau deux fois, distillez & lavez
le bien, jusqu'à ce que l'essence
devienne bien douce, conservez-là.
Par ce moyen l'on prépare
la quintessence des métaux : si
vous mettez en corps la liqueur
blanche, vous aurez un corps
malléable qui ne ressemble à aucun
métal.
@

des Archidoxes. 97

Il y a plusieurs autres voies
qu'on prétend propres à tirer l'essence
des métaux ; desquels nous
ne parlerons pas, parce que je ne
les crois pas ni bonnes ni véritables
extractions des essences.
Ce procédé de Paracelse est
sans doute très obscur ; tout ce
qu'on en peut tirer ; c'est qu'il
faut corrompre intimement les
métaux, de manière qu'ils deviennent
en liqueur ; non en liqueur,
par les simples eaux-fortes,
mais par quelque liqueur qui pénètre
& s'attache intimement au
profond du métal, & que par diverses
digestions, distillations, &
cohobations, le corps impur se
sépare du pur qui est l'essence. Ce
qu'on connaît par deux liqueurs
différentes, qu'il faut séparer en
dulcifiant la liqueur colorée avec
l'esprit-de-vin & l'eau distillée.
Notez qu'il dit que cette dissolution
se doit faire avec une chose
I
@

98 Abrégé

qu'il appelle complexioné ; c'est-à-
dire que ce soit de la même complexion
& nature du métal : &
c'est le grand secret qu'il cache,
& qu'il découvre ensuite, quoique
non en entier. Il reste donc toujours
à savoir quelle est la matière
du menstrue dissolvant & sa
préparation, dont Paracelse se
sert pour faire la corruption radicale
des métaux ; car l'expérience
& la raison montrent que
ce ne peut pas être une eau forte,
ni un sel armoniac vulgaire.
Il faut dont le chercher, ou deviner
; si nous considérons ce qu'il
dit dans l'article suivant où il parle
de l'extraction de l'essence des
marcassites, antimoine, bismuth,
& semblables ; & dans lesquels il dit
y avoir autant de vertus que dans
les métaux : & dans le procédé, il
dit être le même que l'on use dans
l'extraction des essences métalliques
; il se sert de ces paroles.
@

des Archidoxes. 99

Prenez, dit-il, la marcassite que
vous voudrez, réduisez-la en poudre
très fine : sur une livre de marcassite
versez deux livres d'eau dévorante,
& laissez digérer pendant
deux mois, afin que la marcassite
se réduise en liqueur, distillez : &
& la marcassite se réduira en huile,
que vous digérerez encore un
mois, & procédez ensuite comme
nous avons dit des métaux ; car
vous avez deux couleurs que vous
séparerez & purifierez, comme on
l'a dit ci-dessus.
L'on voit donc que Paracelse
cache le dissolvant des métaux &
des marcassites sous le nom d'eau
dissolvante & dévorante, laquelle
n'est pas l'eau forte commune, qui
ne peut pas faire l'effet désiré,
comme l'expérience le montre.
Tout le secret est donc sans doute
caché dans le dissolvant ; & qui
le sait ; sait tout, le reste n'est
que bagatelle : & c'est ce que
I ij
@

100 Abrégé

tous les Philosophes ont caché.
Or pour savoir quelle est cette
eau dévorante, il faut avoir recours
à la clef, dans laquelle il me
semble qu'il se sert de plusieurs
sortes d'eaux.
Je mettrai ici tous les dissolvants,
qu'il appelle eau corrodante,
dissolvante & dévorante : en
quelque lieu, il déclare que l'eau
dissolvante qu'il entend est l'eau
du sel, c'est-dire l'essence de
sel circulé : sub aqua solvente nostra,
aqua salis intelligenda est.
En une autre occasion, il dit
que sous le nom d'eau dissolvante
ou corrodante, il faut entendre
le vinaigre mêlé avec l'esprit-de-
vin qui ait été distillé plusieurs fois
& retiré, & cohobé sur la substance
de l'esprit du sel ; sub aqua solvente
vel corrodente, intellige acetum
cum spiritu vivi mixtum, & qui saepe
à salis communis spiritu abstractus in
acetum facesserit.
@

des Archidoxes. 101

En un autre endroit pour faire
cette corruption des choses métalliques,
il se sert de l'esprit-de-
vin mêlé avec l'eau dissolvante
qu'il dit être l'eau du sel. Corrumpe
cum spiritu vivi commisto aquae solventi,
puta salis, dans lequel menstrue
il dissout les marcassites, in eo
fixae marcasitae disolventur.
Quelques fois il dit que cette
eau dissolvante est l'esprit du sel
distillé & mêlé avec le sel commun
pur, avec lequel on doit le distiller
tant de fois, jusqu'à ce que la
substance du sel se convertisse
en une huile fixe ; sal recens cum
aqua solvente, qui est spiritus salis distillatus,
tam diu distilletur, donec tota
substantia salis in olcositatem perpetuam
reducatur.
Il fait encore un autre dissolvant
qu'il appelle vinaigre radical : pour
le faire, il faut distiller souvent le
vinaigre sur le marc du vinaigre
& le corriger avec des briques :
I iij
@

102 Abrégé

sub aceto radicato intellige acetum acre
aliquoties ab aceti matrice tartaricata
aut lateribus correctum habeas : avec
ce vinaigre se fait aussi certaines
dissolutions, suivant les occasions.
Par où l'on peut voir que Paracelse
se sert de divers dissolvants,
suivant les occasions ; mais comme
le vinaigre, ni le sel, ni l'esprit-de-
vin ne peuvent pas dissoudre radicalement
les métaux & les marcassites
; il est à croire que son vinaigre
très aigre est celui qui est
fait de l'essence du vif argent mêlé
avec l'essence de sel commun,
dans lequel il est sur que tous les
corps métalliques se dissolvent radicalement
; & ce vinaigre, cette
eau corrodante ou solvante est sans
doute ce qu'il appelle arcanum primi
entis mercurii quod à Philosophis acetum
acerrimum metallicum appellatur ;
& je ne doute pas que ce ne soit
aussi ce sel armoniac de Raymond
Lulle, lequel Paracelse mêle dans
@

des Archidoxes. 103

l'eau forte, lorsqu'il parle de la séparation
des éléments, & qui réduit
tous le métaux en liqueur
colorée de la couleur des métaux.
Nous verrons dans la suite comme
il montre qu'il faut faire ce vinaigre
métallique, & que la clef de
ces secrets consiste dans ce vinaigre
métallique & dans l'essence
sel commun, dont il se sert à cet
effet pour le faire.
Dans le Xe Livre des Archidoxes
que Paracelse appelle la clef
des autres ; on ne tire pas plus de
lumières sur cette manipulation,
qu'il cache toujours comme la plus
importante. Voici seulement ce
qu'il en dit en général, tant de la
quintessence des métaux, que de
toute autre chose.

Liv. X. chap. 2. de la quintessence.

Tirez le volatil qui monte dans
la séparation des éléments, cohobant
souvent ensemble le volatil
@

104 Abrégé

& le fixe : afin que la quintessence
qui est passée avec le volatil se
réunisse avec celle qui reste au
fond, (ou bien que celle qui est
restée au fond monte avec celle
qui est déjà montée) prenez l'élément
fixe qui reste au fond après
la séparation des trois éléments
imparfaits, (l'air, l'eau & la terre)
& faites cela en quelque nature
de corps que ce puisse être,
dissolvez le après dans son eau
convenable ; (c'est le noeud de
la difficulté) chacune suivant
sa nature, comme nous l'avons
dit dans les Livres des Archidoxes.
Digérez ensemble longtemps,
distillez par la cohobation,
& le reste per descensum : Putréfiez
encore, distillez & joignez le tout,
distillez après au bain-marie jusqu'à
l'oléaginosité : corrompez,
ou pour mieux dire putréfiez avec
l'esprit-de-vin très subtil, en bouillant,
l'impur tombera au fond ; &
@

des Archidoxes. 105

le pur surnagera. Séparez par le
tritorium, & afin que toute l'acrimonie
de l'eau-forte s'en aille,
mettez plus grande quantité d'esprit
de vin, ce que vous ferez
plusieurs fois, abluant, & distillant,
& digérant jusqu'à ce que
la quintessence soit bien douce :
enfin lavez-la avec de l'eau bien
distillée, comme on l'a dit.
Cette méthode est commune
non-seulement aux métaux, mais
aux marcassites, aux pierres, aux
racines, aux herbes, aux chairs,
choses liquides ou fixes ; il faut
que suivant la doctrine de la séparation
des éléments vous sépariez
les trois éléments imparfaits, &
que vous procédiez ensuite sur
l'élément fixe, (l'huile ou mercure
de ce corps) de la manière que
nous l'avons enseigné dans le Livre
de la quintessence.
@

106 Abrégé

C O M M E N T A I R E.
Comme j'ai mis ensemble la
manière dont Paracelse procède,
ou sur les herbes, ou sur les sels,
ou sur les métaux & marcassites,
on peut voir que le procédé sur les
divers corps desquels on veut extraire
la quintessence, est aussi
diffèrent ; car on la tire plus facilement
des végétaux & animaux,
& plus difficilement des
sels ; mais encore plus difficilement
des métaux. L'on peut tirer
des végétaux aussi bien que des
sels une humidité avec laquelle ils
se corrompent eux-mêmes ; car
sans la putréfaction, il est impossible
de séparer les éléments ou particules
des mixtes, lesquelles sont
très bien mêlées ensemble, & la
quintessence avec elles ; & sans
cette décomposition & sans la
corruption des parties, il ne se
peut faire aucune séparation.
@

des Archidoxes. 107

Mais la difficulté est plus grande
dans les métaux & marcassites &
pierres, par deux raisons : la première,
parce que les métaux & les
marcassites ont les principes ou éléments
mêlés plus subtilement &
plus fortement, & par conséquent
on les décompose & putréfie plus
difficilement.
La seconde raison est que les
corps métalliques étant très secs
& arides, l'on ne peut tirer d'eux
aucune humidité pour les putréfier
& corrompre. Or on ne peut
putréfier & corrompre quelque
chose sans l'humidité : il faut donc
ajouter aux métaux & marcassites
une humidité, mais ce qu'il importe
le plus c'est qu'il faut y ajouter
une humidité, qui soit de leur
nature, & assez subtile pour pénétrer
jusqu'au plus profond de ces
corps, afin que toutes les plus petites
parties puissent se dissoudre &
se décomposer ce que les eaux for-
@

108 Abrégé

tes communes ne peuvent pas faire
; car elles ne font que corroder &
limer (pour ainsi dire) le métal plus
subtilement qu'une lime ne ferait.
Il faut dont un dissolvant à pénétrer
les plus petits pores de ces
petites parcelles, que l'eau forte
n'a fait que limer ; & c'est cette
dissolution des plus petites partie
qu'on appelle dissolution & corruption
radicale.
Il faut outre cela que le dissolvant
soit le plus proche qu'il est
possible de la nature essentielle du
corps que vous voulez dissoudre &
décomposer ; car outre que sans
cela la décomposition ne se ferait
pas bien, si elle se faisait, la quintessence
que vous voulez extraire
se mêlant avec le dissolvant, s'altérerait
& changerait de nature, &
il en résulterait une troisième substance
dissemblable.
Or pour faire une véritable pénétration
& dissolution du corps,
en manière que vous en puissiez
@

des Archidoxes. 109

tirer l'essence, les Adeptes donnent
cette règle, qu'une essence
tire une autre essence ; parce que
comme la tourbe des Philosophes
le dit, & la vrai politique le montre,
la nature se réjouit avec ce
qui est de la nature, & sa nature
embrasse une semblable nature.
Cette doctrine nous montre
donc, qu'une quintessence tirant
l'autre, il faut nous servir de quelque
humidité qui soit semblable
en essence, & la plus proche qu'il
est possible de la substance essentielle
du corps métallique. De
cette manière cette essence pénétrera
& embrassera la nature interne
métallique, la tirera dehors
avec elle ; & ce qu'importe, n'altérera
point la nature de la quintessence
que vous voulez extraire
des métaux & marcassites métalliques.

Que fi l'on demande quelles
sont les essences de la nature des
métaux, je réponds qu'il y en a de
@

110 Abrégé

deux sortes, l'une prochaine, l'autre
très prochaine ; la prochaine
sont les essences des sels, soit le sel
commun, ou les sels minéraux, particulièrement
celle du vitriol.
Mais Paracelse se sert du sel
commun qui est le premier être,
ou le principe & la source de tous
les autres sels. Car il faut remarquer
que dans le règne métallique
la sécheresse saline domine ; comme
dans les plantes le mercure
universel, c'est-à-dire l'humidité,
& dans les animaux le soufre
ou chaleur : ce sont les règnes des
trois frères Jupiter, Neptune &
Pluton. Le sel donc dominant dans
les métaux, l'essence du sel les pénètre
& les décompose intérieurement.
Mais l'humidité très prochaine
des métaux est l'essence du vif-
argent ; la substance de tous les
métaux n'étant que vif-argent,
comme l'on voit par la résolution
de tous les métaux en argent-vif.
@

des Archidoxes. 111

pict

A B R E G E'

Du cinquième Livre des
Archidoxes du grand Para-
celse, des Arcanes.

Conjointement avec le sixième Livre
des Magistères.

T 0 U S les secrets de Paracelse
sont fondés sur l'extraction
des quintessences de divers
corps : de manière que les Arcanes
& les Magistères comme lui
même le dit au dixième Livre,
» ne sont que les quintessences exaltées
» & poussées à une plus
» grande perfection par la circulation
; & autres manières qui purifient
& subtilisent la quintessen-
@

112 Abrégé

ce, & nous verrons ensuite que
les élixirs ne sont ordinairement
qu'un mélange de plusieurs essences,
ou bien une quintessence
exaltée.
Mais pour une plus grande
clarté, nous avons besoin du
dixième Livre qui est la clef des
autres, & sans lequel on aurait
trop de peine à comprendre quelque
chose dans les autres Livres ;
dans lesquels il a omis exprès les
choses principales qui servent à
l'extraction des quintessences métalliques,
qui sont celles qu'on appelle
proprement Arcanes : parce
que ce sont les choses les plus secrètes
de la Chimie, & par lesquelles
on peut faire la Pierre Philosophale
& les diverses Médecines
qui guérissent non seulement le
corps humain de toutes les maladies,
mais les métaux imparfaits de
leurs imperfections, & les réduisent
à la pureté de l'or.
Mais
@

des Archidoxes. 113

Mais quoique les Arcanes &
les Magistères aient le même fondement
; c'est-à-dire, la quintessence,
néanmoins comme Paracelse
y met quelque différence
dans la définition qu'il en donne :
il faut voir en quoi consiste cette
différence.
Dans la clef il dit clairement
qu'il faut entendre que les Arcanes
sont autre chose que des quintessences
graduées ou exaltées au plus
haut degré de perfection.
Quant aux magistères, il dit
que ce sont des mystères de l'Art :
car sans avoir besoin de tout le
travail que l'on fait pour extraire
la quintessence de la manière que
l'on l'a dit ci-dessus ; par les
Magistères non seulement on tire
facilement la quintessence de tous
les mixtes, mais on convertit
tout le corps du mixte en quintessence,
comme le feu convertit
tout le bois en sa nature de feu
K
@

114 Abrégé

excepté quelque peu de cendre
qu'il laisse, ce qui est assurément
un grand mystère de l'Art ; comme
il nous l'a dit dans la clef par ces
paroles : de même, dit-il, que je
vous l'ai ordonné dans les autres Livres,
je vous ordonne encore en celui-ci,
d'avoir égard à la concordance des natures
; car la chose que vous ajoutez au
mixte, ayant a transmuer en sa propre
nature essentielle celle à qui vous l'ajoutez
; il faut qu'il y ait une convenance
de nature, & qu'elle soit facilement
transmuable dans la nature de l'agent.
Pour cela dans la clef il donne
l'exemple du Magistère du vinaigre
: si vous voulez faire une quantité
de vinaigre, il vous faut avoir auparavant
le tartre ou la lie du vinaigre
qui doit faire la transmutation de
quelque liqueur en vinaigre. Or pour
transmuer une liqueur entièrement en
vinaigre, vous ne prendrez pas de l'eau,
mais vous prendrez du vin, parce que
le vin est la nature la plus prochaine
@

des Archidoxes. 115

du vinaigre, qui auparavant a été vin ;
alors avec une petite quantité du ferment
du vinaigre vous changerez
en bon vinaigre & en peu de temps une
quantité suffisante & convenable de
vin ; convenez aussi que pour rendre
la chose plus facile & faire plus vite,
vous corrompez auparavant le vin que
vous voulez transmuer, en le faisant
bouillir, ou le laissant à l'air, afin que
l'esprit s'évapore. Si vous voulez donc
transmuer les métaux & les réduire
en quintessence, il faut prendre ce métal
singulier, & qui est déjà ouvert ;
& avec lequel tous les autres métaux
(marcassites) sont unis en nature
(le-vif argent ;) il faut prendre dis je
ce métal ouvert, & le corrompre dans
sa matrice qui est proprement de l'eau
(l'eau du sel marin ou l'essence du sel
marin dont on parlera après,) laquelle
est aussi la mère de tous les métaux
qui se liquéfient au feu comme fait la
glace ; ce métal ouvert & étant corrom-
K ij
@

116 Abrégé

pu comme il faut purifié des éléments
superflus ; il faut que vous les réduisiez,
in primum ens : c'est-à-dire en
quintessence, & alors ce mercure est
notre vinaigre très aigre ; toutes les fois
que vous ferez dissoudre & digérer les
métaux dans ce vinaigre, nécessairement
tous les métaux se changeront en
vinaigre : c'est-à-dire en quintessence ;
mais de même que vous corrompez auparavant
le vin afin qu'il se change
plutôt en vinaigre, il faut en faire de
même avec les métaux : il faut les corrompre
& mortifier le mieux qu'il est
possible. Paracelse dit dans la séparation
des éléments qu'il faut sublimer le
mercure, calciner le plomb, rendre en
vert de gris le cuivre, faire le crocus du
fer & réverbérer l'étain (après l'avoir
calciné,) en un mot il faut les
réduire en petites parcelles les plus fines
afin que que le vinaigre métallique
mercuriel puisse les dissoudre.
Par ces paroles précieuses qu'on
ne peut trop lire & relire & apprendre
@

des Archidoxes. 117

par coeur, l'on peut voir
que dans les Livres précédents Paracelse
avait omis exprès le secret
duquel tout l'Art dépend ;
c'est-à-dire que vous ne pourrez
jamais corrompre les métaux,
marcassites & pierres, sans un
menstrue assez puissant, qui soit de
leur nature essentielle, & comme
tous les métaux & marcassites sont
intérieurement vif-argent coagulé
; il n'y a que la quintessence du
vif argent qui puisse les corrompre
& transmuer, & les rendre en
liqueur potable de la couleur du
même métal, comme nous l'avons
vu dans le Livre des quintessences
; & notez ce grand mystère
que la quintessence du vif-argent
est cet argent vif de l'argent
vif, & le mercure du mercure,
tant prêché par les Philosophes,
& qui seul, disent-ils, a la vertu
de réincruder les corps & les réduire
en première matière avec la
@

118 Abrégé

conservation de leur nature spécifique
& métallique, parce que le
seul vif argent est de la nature des
métaux, des demi métaux & marcassites
; & c'est donc la quintessence
du vif-argent que Paracelse appelle
le tempéré, & ce que tous les
autres recommandent si fort de
joindre l'espèce avec l'espèce,
si nous voulons faire une bonne
génération, & ne pas produire
des monstres ; c'est ce que
Paracelse recommande, d'avoir
égard aux concordances que nous
avons déjà indiquées, & qu'on ne
peut trop répéter : il appelle ce
menstrue le tempéré, parce qu'il est
de tempérament métallique.
Notez aussi cette règle générale
de tous les adeptes ; qu'une
essence tire facilement une autre essen-
ce, mais plus facilement celle qui
est de sa nature, car elle se plaît
mieux qu'avec une nature étrangère
: c'est pourquoi la quintessence du
@

des Archidoxes. 119

vif-argent tire facilement la quintessence
des métaux, demi-métaux
& marcassites, parce que, comme
on l'a dit, ces choses ne sont que
vif-argent coagulé par un peu
plus ou peu moins de soufre : ainsi
la quintessence d'une herbe tire
facilement la quintessence de toutes
les herbes, mais plus facilement
l'essence d'une herbe de
même espèce.
Cela est visible dans l'esprit-de-
vin qui est en quelque manière
l'essence du vin. Le vin vient de
vigne qui est un végétal ; Toutes
les herbes que l'on met en infusion
& à digérer avec l'esprit-de-vin,
cet esprit tire leur essence ; mais
notez que cette essence que nous
avons tirée ainsi, n'est ni parfaite
ni pure, car elle tient en partie de
l'essence du vin ; & l'essence du vin
de sa part est aussi altérée par l'autre
essence qu'il a attirée à soi.
Mais qui veut avoir l'essence pure
@

120 Abrégé

d'un végétal, il faut la tirer par
l'esprit essentiel & par le mercure
essentiel du même végétal.
Au li- Ainsi Paracelse enseigne que le
vre dix Magistère des herbes se fait facilement,
qui est il faut, dit-il, premièrement
la clef. les faire fermenter comme du moût,
tirez-en après l'esprit comme vous faites
de la lie-de-vin, digérez dans cet esprit
l'herbe auparavant bien purifiée, renouvelant
d'autres herbes jusqu'à ce que
vous ayez l'esprit en quantité quadruple.
Il serait donc à désirer que Paracelse
nous donne la manière
de faire ce vinaigre très aigre du
vif-argent qui est son essence & le
mercure du mercure, puisque sans
cela on ne peut pas avoir l'essence
des métaux, tant pour faire les
Magistères, que pour la composition
des grands Arcanes ; entre
lesquels sans doute, est la Pierre des
Philosophes qui ne se peut point
faire sans la quintessence séminale
le
@

des Archidoxes. 121

de l'or ou de l'argent.
Mais ce grand Philosophe n'a
pas été si envieux que les autres
; il nous a donné la manière
de faire ce vinaigre métallique
très aigre, & parce qu'on ne peut
tirer la quintessence du mercure
sans quelque autre quintessence
qui le corrompe auparavant, il a
choisi pour cet effet la quintessence
du sel duquel en grande
partie le vif-argent est formé : le
mercure du sel est (comme il le
dit) la mère de tous les métaux ;
car le mercure commun est formé
en partie d'une eau visqueuse &
salée, & c'est pour cela qu'il ne
mouille point ce qu'il touche, si
ce n'est les métaux qui abondent
en vifs-argents ; car, comme dit Geber,
le vif-argent se mêle plus facilement
au vif-argent, ensuite à
l'or, après au plomb & à l'étain ; enfin
au cuivre & difficilement au fer,
@

122 Abrégé

d'où il conclut que ne se mêlant
à aucune autre chose qu'à soi-même
& aux métaux, ceux auxquels
il se joint plus facilement, contiennent
plus de mercure.
Nous allons donc voir auparavant
comme il faut faire le primum
ens ou essence du sel ; ensuite nous
verrons comme il fait le premier
être ou quintessence du mercure
vulgaire, desquels quoiqu'il ait
déjà dit quelque chose dans le Livre
de la quintessence, il en parle
bien plus clairement dans le dixième
Livre qu'il appelle la clef des
autres.
Mais il ne faut pas croire qu'il
enseigne ces secrets aussi juste &
aussi nettement que s'il enseignait
à faire du fromage ; il a déclaré
dans la préface de cette clef,
que de crainte que les méchants
ignorants ne deviennent égaux
aux bons & aux savants, il ne
laissera pas d'omettre des choses
@

des Archidoxes. 123

que les gens d'esprit trouveront,
mais que les autres ne trouveront
jamais ; Je traduirai mot à mot
ces deux grands secrets, afin que
ceux qui sont experts dans l'Art
voient ce qu'ils doivent faire.

Préparation du sel circulaire de Pa-
racelse.

» Dans nos autres Livres, dit-il,
» j'ai montré suffisamment que le
» véritable élément (d'où viennent
» les métaux) & même les
» végétaux, est l'eau de la mer ;
» que cette eau est la véritable
» mère des métaux, & que de son
» premier être (primum ens) le
» premier des trois principes (le
» sel) a pris son origine, & qu'aucun
» avant moi n'a fait & n'a
» point expliqué, n'ayant fait
» mention que des deux autres
» principes, le mercure & le soufre
» ; ayant négligé de parler du
» troisième principe, c'est-à-dire
L ij
@

124 Abrégé

» du sel dont la mer est la source
» & l'origine ; & comme par l'expérience
» j'ai appris & que je l'ai
» insinué dans mes autres Livres ;
» que le premier être (primum ens)
» ou la quintessence de l'élément
» de l'eau (l'eau saline) est le centre
» des métaux, & qu'ailleurs
» j'ai aussi ajouté que chaque fruit
» (chaque graine) doit mourir
» dans la matrice de laquelle il a
» tiré la vie, afin qu'il puisse recevoir
» d'elle une vie nouvelle
» meilleure. (comme on le voit
» dans toutes les graines des végétaux,
» qui ayant reçu la vie de
» la terre, se putréfient en elle, ils
» germent & ils fructifient) &
» que de cette manière le vieux
» corps de l'arbre qui a produit la
» graine, revient pour ainsi dire, en
» jeunesse dans un autre état plus
» parfait ; c'est pour cela que je
» mettrai ici l'extraction du censel
» tre de l'eau (la quintessence du
@

des Archidoxes. 125

» qui est la mère des métaux)
» & dans laquelle les métaux doivent
» se putréfier & laisser leur
» vieux corps.
» Prenez le véritable élément
» de l'eau, ou en sa place quelqu'autre
» sel qui ne sois pas tout-
» à-fait sec par le feu ; ou si vous
» voulez prenez du sel gemme dépuré
» : dissolvez-le dans le suc de
» raves fortes, ou raifort, mêlé
» avec deux parties d'eau commune,
» laissez-le putréfier au fumier
» avec soin, & le plus de temps
» qu'il y demeurera sera encore
» mieux, ensuite laissez le congeler
» & putréfier encore un mois,
» distillez par la cornue & poussez
» à grand feu ce qui reste en
» manière qu'il fonde ; réverbérez
» dans la retorte avec un
» feu continuel, faites dissoudre
» sur le marbre l'eau qui en vient,
» mettez la dans le sel qui est resté,
» & putréfiez de nouveau, distillez
L iij
@

126 Abrégé

» encore jusqu'à ce qu'il reste
» comme de l'huile, versez dessus
» de l'esprit-de-vin, ce qui est
» impur tombera au fond, séparez
» l'impur, cristallisez ce qui est pur
» dans un lieu froid, mettez dessus
» ce qui a distillé & cohobé tant
» de fois, jusqu'à ce qu'il reste au
» fond comme de l'huile fixe &
» qu'il ne sorte plus rien de doux,
» digérez encore un mois & distillez
» tant de fois jusqu'à ce que
» l'Arcane du sel passe par l'alambic
» & ne vous ennuyez pas d'un
» si long travail ; car ceci est la troi-
» sième partie de tous les Arcanes, sans
» lequel rien de bon & rien de profita-
» ble ne se peut tirer des minéraux &
» des métaux.
Quoiqu'il y ait plusieurs voies
» pour tirer l'essence du sel, celle-
» ci est la plus utile & meilleure ;
» ensuite celle que nous avons
» donnée en parlant de l'élixir du
» sel. Il faut donc que vous preniez
@

des Archidoxes. 127

» du sel nouveau, lequel
» vous mettrez digérer avec l'eau
» dissolvante, qui est l'esprit du sel
» distillé & que vous le distilliez
» & cohobez tant de fois ensemble
» jusqu'à ce que toute la substance
» du sel se dissolve en une forme
» d'huile, & que le corps impur
» se sépare en forme de flegme. De
» cette manière vous pouvez faire
» le magistère du vitriol, du tartre
» & de tous les autres sels.
Pour tirer une plus grande lumière
sur la manière de faire cette
essence du sel, je mettrai ici ce
que Paracelse vient de citer de
l'élixir du sel.
» Prenez, dit-il, du sel bien préparé,
» très blanc & net, mettez
» dans le pélican autant d'eau dissolvante
» qui soit six fois du poids
» du sel, digérez au fumier pendant
» un mois, distillez l'eau dissolvante
» (qu'il dit dans la clef)
» être l'esprit du sel, & remettez
L iiij
@

128 Abrégé

» la de nouveau sur le sel restant,
» redistillant tant de fois jusqu'à
» ce que le sel devienne comme
» de l'huile.
Paracelse pour former son élixir
» y ajoute la quintessence de
» l'or, de laquelle il n'est pas question
» à présent.
Pour tacher d'avoir encore
quelque lumière sur cette matière,
j'ajouterai une autre manière
que Paracelse nous donne en un
autre lieu ; voici comme il s'explique.
Prenez , dit-il , du sel gemme
» purifié, & faites le fondre dans
» un creuset bien fort, à grand feu,
» l'y laissant en fusion pendant
» une heure, le sel étant refroidi
» pulvérisez-le encore & fondez-
» le comme auparavant, faisant de
» même cinq ou six fois comme la
» première ; (peut-être il faut le
» dissoudre pour en séparer la terdu
» re,) ayant pulvérisé le sel, ajoutez-y
@

des Archidoxes. 129

» suc de raifort comme
» auparavant ; c'est-à-dire mêlant
» le suc avec de l'eau commune,
» & le passant par un linge) faites
» dissoudre ainsi votre sel, & faites
» le digérer, distillez par l'alambic,
» coagulez & réduisez-le
» en poudre ; putréfiez six jours
» & distillez à grand feu comme si
» vous faisiez de l'eau-forte, observant
» les degrés du feu, continuant
» ainsi jusqu'à ce que rien
» ne distille ; continuez le feu afin
» qu'il se calcine bien, & ce, pendant
» une heure, pulvérisez le sel
» tout chaud, & faites le dissoudre
» sur le marbre en lieu humide,
» putréfiez cette dissolution & distillez
» & répétez cela trois fois,
» ce qui reste dissolvez-le encore,
» & mettant dessus toutes les
» trois eaux distillées, faites-le encore
» digérer cinq jours, distillez
» au sable ; & ainsi distillant & putréfiant,
» enfin tout le sel mon-
@

130 Abrégé

» tera, excepté un peu de terre
» morte que vous rejetterez ;
» purifiez encore toute l'eau distillée
» pendant un jour, rectifiez
» ensuite deux ou trois fois, &
» vous aurez l'eau ou quintessence
» du sel (en forme d'huile.)
Je donnerai encore une autre
recette de Paracelse plus courte,
& par laquelle on épargne tant
de fusions en calcinant le sel ; la
voici.
Prenez, dit-il, du sel commun
» & du nitre, parties égales,
» calcinez-les ensemble, selon
» l'Art (avec le charbon pilé)
» de ce sel calciné on distille un esprit
» qui résout l'or en huile ;
» mais il faut que pour faire cette
» eau de sel, l'on soit fort expert,
» dans la Chimie.
La lumière qu'on tire de cette
recette est qu'il n'est pas nécessaire
de faire toutes les longues
fusions ci-dessus & qu'il suffit de
@

des Archidoxes. 131

le calciner avec le nitre, mais cependant
il faut faire le reste que
l'on a vu dans les autres recettes.

Pour réduire le vif-argent en
premier être ou quint-
essence.

Liv. x. Archid. chap. IV.

Voici le plus grand de tous les
secrets, lequel consiste dans la
manière de tirer la quintessence
du vif argent par le moyen dudit
sel, & c'est ce que les Philosophes
appellent vinaigre très aigre métallique
& leur sel armoniac végétable,
parce qu'il fait végéter les
métaux, & de morts qu'ils étaient
leur donne la vie végétable
multiplicative : & c'est ce grand
secret que tous les Philosophes
ont tant caché, que Paracelse nous
révèle en partie.
Si vous voulez réduire le mercure
vulgaire en quintessence li-
@

132 Abrégé

» quide, il faut auparavant le mortifier,
» ce qu'on fait par diverses
» sublimations jusqu'à ce qu'il devienne
» comme un cristal fixe, le
» sublimant avec le vitriol & sel
» commun plusieurs fois. Dissolvez-le
» ensuite dans sa matrice ;
» c'est-à-dire dans la quintessence
» du sel susdit, putréfiez pendant
» un mois corrompez encore avec
» nouvel Arcane du sel, & l'impur
» tombera au fond , cristallisez
» le pur, sublimez ces petits cristaux
» dans un réverbère clos,
» tournant le réverbère à mesure
» jusqu'à ce qu'il devienne rouge,
» retirez ce sublimé avec l'esprit
» de vin parfaitement subtil, faites
» l'extraction, ce qui reste, dissolvez-le
» sur le marbre. Digérez
» pendant un mois, versez nouvel
» esprit-de-vin digérez & distillez
» ; alors vous aurez le premier
» être ou quintessence du mercure
» qui distillera en forme liquide
@

des Archidoxes. 133

» que les Philosophes appellent vinaigre
» très aigre métallique, &
» dans nos Archidoxes, nous le
» nommons le circulé majeur, à
» la différence de celui du sel commun.
Et notez que la quintessence
du sel commun, aussi bien que celle
du vif-argent, étant liquides on les
fait circuler encore quelques semaines
au bain, afin que quelques
impuretés tombent au fond & deviennent
plus subtiles, & alors on
appelle sel circulé, mercure circulé.
Voilà les deux plus grands secrets
de Paracelse sans lesquels,
comme il le dit lui-même; l'on ne
peut rien faire d'utile sur les métaux
& choses métalliques, qui
n'ayant point de suc qu'on puisse
tirer d'eux, on ne peut les corrompre
& les réduire en liqueur
que par l'addition des choses qui
sont de leur nature.
Les végétaux & les sels donnent
@

134 Abrégé

leurs sucs avec lesquels on peut les
résoudre, corrompre & putréfier
; & par ce moyen les décomposer
& tirer leur essence sans
addition : mais les choses métalliques
ayant besoin d'addition, il
faut avoir égard au tempérament
& à la concordance des natures,
si vous voulez bien faire.
Il nous faut donc faire quelques
observations sur les Magistères.
Paracelse insinue que les magistères
sont des mystères de l'Art, par
lesquels vous pourrez transmuer
en quintessence tout le corps que
vous voulez transmuer : l'exemple
est dans le vin ; avec la quintessence
du vinaigre qui est dans son
tartre & dans sa lie, vous transmuez,
dit-il, tout le vin corrompu
en bon vinaigre ; de même,
ajoute-t-il, avec la quintessence de
l'argent-vif, vous pouvez transmuer
tous les corps métalliques
en liqueur essentielle. Le mystère
@

des Archidoxes. 135

donc des Magistères consiste en
ce que, par exemple, la quintessence
d'une herbe étant mêlée avec
du jus d'une herbe semblable en
nature & en quantité convenable,
ce jus sera changé en quintessence,
comme le vin est changé
en vinaigre par l'essence du vinaigre
qui est dans le marc du même
vinaigre bien fort.
Mais Paracelse nous avertit
qu'il faut prendre garde aux convenances,
& que l'essence du vinaigre
transmue le vin en vinaigre,
parce que le vinaigre a été
vin ; il ne faut pas penser non plus
que cette transmutation des Magistères
se fasse en un instant,
mais après des digestions convenables
& suivant les doses du mélange
; car il faut remarquer que
l'agent doit surpasser en quantité
la liqueur transmuable, & que
cette liqueur plus elle sera proche
en nature, plus facilement
@

136 Abrégé

elle sera transmuée. Je ne veux rien
déterminer ; mais j'insinue seulement
ce que la raison dicte : il y a
différence du vin & du vinaigre,
mais ils n'ont aucune convenance
avec les corps métallique ; si je conviens
bien qu'on peut rendre potable
tout le corps de l'or, cependant
ce ne sera pas une véritable
quintessence : mais le corps de
l'or étant ouvert & rendu potable,
la quintessence agira comme l'esprit
de vin lorsqu'il est mêlé dans
toute la substance du vin, mais il y
a différence entre l'esprit du vin
pur & l'esprit qui est avec le vin.
Je crois donc que ce que Paracelse
dit, il faut l'entendre avec un
grain de sel, & au surplus s'en rapporter
à la propre expérience.
Des Arcanes, cinquième Livre.
J'ai parlé des Magistères avant
les Arcanes, parce qu'il me semble
qu'on ne peut pas composer
@

des Archidoxes. 137

ces Arcanes sans les choses dont
nous devons parler, comme le
Lecteur en pourra juger.
Paracelse nous propose quatre
Arcanes ou grands secrets : le premier
est l'Arcane de la première
matière ; le second, de la Pierre
Philosophale ; le troisième du
mercure de vie ; le quatrième, de
la teinture de ces choses. Quant
à l'Arcane de la première matière,
il dit qu'elle est fondée non-seulement
sur la première matière de
l'homme, mais encore sur celle
de toutes les créatures corporelles,
& sur tout ce qui vient par semence,
super omne quod ex semine
quopiam nascitur ; & que cette première
matière philosophique préserve
les arbres de la corruption,
empêche les herbes de sécher, &
qu'elle empêche que les métaux se
rouillent ou qu'ils se gâtent ; & mieux
encore elle empêche les hommes
& les animaux de se corrompre,
M
@

138 Abrégé

& par ce moyen les vieux arbres
rajeunissent ; les herbes qui sécheraient
l'hiver, conservent leur
verdeur, se renouvelant par leur
propre matière première (qui est
leur essence séminale végétative)
car, dit-il, comme la peau de la
Salamandre sort du feu, nette &
purifiée de toutes sortes d'ordures ;
de même les animaux & végétaux
se purifient dans leur intérieur, de
manière qu'on peut vivre en santé
au-delà de ce qu'on aurait fait
par le cours ordinaire de la nature
; la vertu de cet Arcane consiste
donc en quelque manière à
renouveler les principes vitaux
de tous les êtres, & à les conforter
& purifier parfaitement.
Pour savoir ce que c'est que cette
première matière dont on doit se
servir, il dit que dans les corps
visibles, c'est la semence de ce
corps, & dans les corps sensibles
c'est leur sperme.
@

des Archidoxes. 139

Il faut savoir, dit-il encore,
qu'il ne faut pas prendre la première
matière insensible mais la
sensible qui vient d'elle ; & de
telle vertu, qu'elle ne permet pas
que le corps se consomme, car elle
fournit de quoi pouvoir réparer
ce qui se perd & se dissipe, tant
aux animaux, qu'aux plantes. Par
exemple la quintessence de la semence
des orties ou des cerisiers,
si on la met à leurs racines, &
qu'elle puisse attirer cette esprit
ou teinture de leur première matière
; elles ne pourriront pas dans
l'hiver ni les feuilles des arbres ne
sécheront point, quoique suivant
le cours ordinaire elles dussent se
sécher. Il faut dire de même des
autres plantes & arbres qui resteront
verts pendant toute l'année,
& ils fructifient d'avantage.
Nous ne parlerons donc pas,
dit-il, de la quintessence du sperme,
mais de l'Arcane du sperme
M ij
@

140 Abrégé

des choses, & nous en donnerons
la pratique comme d'un grand
secret duquel on peut tirer des
avantages bien plus surprenants,
que de la quintessence ; mais avant
que de passer outre, il semble que
Paracelse nous laisse en quelque
obscurité, pour savoir quelle
est cette première matière : Il dit
bien qu'elle est dans la semence
de tous les corps & dans le sperme
de tous les animaux vivants ;
Mais j'ai de la peine à croire que
pour la Médecine de l'homme, il
veuille se servir de ce qu'on appelle
sperme de l'homme comme quelques
brutaux ont fait : il est vrai que dans
la clef il dit que les Arcanes ne sont
que les essences graduées, c'est-à-dire
exaltées au souverain degré de
perfection, ce qui est déjà un point
important à connaître ; & il ajoute
qu'ils sont la même chose que les
Magistères & les premiers êtres des
choses exaltées, comme on l'a dit, au
@

des Archidoxes. 141

plus haut degré de perfection ; ce qui,
ce me semble, se fait par une
longue & exacte circulation. Mais
en expliquant la première matière
il dit : & pour le premier Arcane de
la première matière je veux qu'on entende
la première matière ou le premier
être (primum ens) du limbe humain, &
encore la première matière du mercure
du sel dont on a parlé ci-devant ;
car ce mercure, dit-il, lui est prochain
& conforme en nature (c'est-à-dire
au limbe humain.)
Il semble donc, que Paracelse entend
sous le nom de première matière
d'un corps, la quintessence de
quelque corps, c'est-à-dire son
mercure, qui ressemble au sperme,
d'autant que cette liqueur est
onctueuse & gluante, & que c'est
en elle que gît la vertu générative
& végétative. Et comme ce mercure
est plein de sel volatil, & que
l'homme fait beaucoup de sel volatil
des choses qu'il mange, & du
sel même dont les viandes sont
@

142 Abrégé

assaisonnées, il dit que le mercure
ou sperme du sel commun est prochain
en nature au mercure du
sang duquel se forme le sperme
animal, lequel sperme n'est autre
chose que le sang dépuré, filtré,
circulé & exalté par la nature au
plus haut point de perfection. Et
notez que la Chimie n'a appris
ces opérations que de la nature
même, qui putréfie dans l'estomac
la nourriture, la filtre & la cuit en
lait, ensuite l'anime dans le coeur
& dans les poumons. Elle sépare
le pur de l'impur par diverses filtrations
& circulations en divers
viscères : car dans le foie se sépare
la bile, & dans la ratte le sang
se filtre, & s'en sépare la mélancolie
; par les vaisseaux lymphatique,
se sépare le flegme, & en
d'autres fibres & lieux propres,
se séparent diverses parties impures.
Enfin dans le cerveau se fait
la dernière filtration & dépuration
@

des Archidoxes. 143

du sang, où se filtre l'esprit
animal qui est la vraie quintessence
du sang, & de tous les aliments.
Notez aussi que ces mêmes esprits
animaux font dans notre
corps ce qu'on appelle Magistère
dans la Chimie : car se mêlant avec
le sang & les aliments, ils changent
ces aliments en substance de sang,
& en esprits semblables à eux mêmes
; ce qu'ils font en corrompant,
digérant, filtrant, circulant,
séparant le pur de l'impur des
aliments, comme savent ceux
qui entendent l'Anatomie & les
ressorts de la machine animale :
Or les Chimistes font & doivent
faire la même chose, c'est-à-dire
en purifiant, distillant, cohobant,
& filtrant ; & pour donner la dernière
perfection à la quintessence,
ils la circulent longtemps par le
pélican, on elle se subtilise & purifie
encore, laissant tomber au
fond quelques crasses ou terres-
@

144 Abrégé

tréités subtiles & invisibles qu'elle
contenait en soi, & qui ne sont pas
séparables par la simple distillation.
Par cette manière la quintessence
devient enfin Astrale,
c'est-à-dire aussi subtile que la lumière
des Astres, & semblable aux
influences invisibles du soleil & des
étoiles. Voilà en partie en quoi consiste
(à ce que je crois) la perfection
& la quintessence des Magistères,
qui deviennent enfin Arcanes.
La pratique que Paracelse donne
de l'Arcane, me confirme aisément
dans mon opinion. Prenez, dit-il,
une livre de la première matière
(la quintessence) mettez-la dans
une bouteille, & laissez la circuler
pendant un mois ; ajoutez-y un
poids égal de la monarchie, & laissez
circuler ensemble encore un
autre mois, distillez enfin au
bain, & conservez l'Arcane.
L'on voit qu'il n'y a qu'à circuler
& digérer la quintessence, qui
est
@

des Archidoxes. 145

la matière première & essentielle
de la chose. Quant à savoir ce qu'il
entend par monarchie, il dit lui-mê- Pag 19
me dans le traité de l'herbe Mille- de per-
pertuis, monarchia autem est id quod ferata.
est optimum : que le mot de Monarchie
est universel, & commun à
tout ce qui est de plus parfait ; on
peut donc croire que toutes les
quintessences peuvent mériter ce
nom, & particulièrement l'Arcane
du sel qu'il dit être plus proche
de la première matière. Sur ce
point je laisse à chacun son opinion,
d'autant plus que dans l'Allemand,
au lieu de monarchie, il
y a esprit-de-vin ; mais ce mot est
aussi équivoque chez les Adeptes
que celui de Monarchie : néanmoins
je suis presque sûr que la
substance de ce qu'il nomme première
matière, n'est que la quintessence
des corps autrement appelés mercure
ou sperme des corps par similitude,
comme je l'ai dit dans les princi-
N
@

146 Abrégé

pes. Dans la clef il déclare nettement
la chose. Par l'Arcane de la
première matière, dit-il, il faut entendre
la première matière ou le premier
être (primum ens) du limbe humain,
comme aussi la première matière
du mercure du sel qui est prochaine
en nature à tous les mercures
ou essences ; c'est pourquoi, ajoute-t-il,
suivant le procédé des premiers
êtres (des essences) réduisez-
le tout en substance liquide, & ensuite
joignez-le avec la Monarchie,
comme étant la chose qui
le vivifie, & la distillez enfin sans
vous soucier du corps (impur.)
Du deuxième Arcane.
Quant au second Arcane, qui
est celui de la Pierre Philosophale,
Paracelse déclare que sa manière
d'opérer diffère de celles que
d'autres Auteurs ont décrites
dans leurs Livres, desquelles il ne
veut pas se mêler, mais se tenir
@

des Archidoxes. 147

à ce que sa propre expérience lui
a fait connaître. Il dit ensuite que
les vertus de cette médecine consistent
à transmuer le corps humain,
de la même manière qu'elle
transmue le mercure ou le plomb
en or : ce n'est pas, dit-il, qu'elle
introduise une nouvelle matière
dans le corps, mais c'est en perfectionnant
celle qui existe, quand
même elle serait sale & putride,
comme le plomb est à l'égard de
l'or. Et je ne puis m'empêcher de
dire ici que le seul Paracelse a
écrit dans tous ses Livres que les Notez
Médecins vulgaires n'entendent bien.
rien dans la Médecine ; car il n'est
pas question d'ôter ce qu'on a
dans le corps, c'est-à-dire qu'il
n'est pas question d'ôter le sang
pur par les saignées, ou d'évacuer
les humeurs par des médecines,
parce que dans le sang, dit-il, sont
les principes de la vie, en ôtant
ce qu'on a dans les entrailles par
N ij
@

148 Abrégé

des médecines évacuantes, l'on
en ôte à la vérité quelques humeurs
peccantes, mais avec le
mauvais vous ôtez aussi ce qui est
bon & nécessaire à la vie. Il faut,
dit-il, avoir des médecines qui
changent ce qui est mauvais dans
les humeurs, dans les boyaux ou
dans le sang, qui le changent, dit-
je, & de mauvais qu'il est, le rendent
bon : c'est ce qu'il prétend faire
par ses essences, & particulièrement
par ses Arcanes, élixirs &c.
& c'est pour cela qu'il se déclare
lui-même Monarque de la science,
& qu'il se moque d'Hippocrate &
de Gallien & des autres Médecins.
Il est certain que ses principes
sont bons, & ses médecines parfaites,
& la raison veut qu'elles
soient excellentes.
Paracelse ne met ici le grand secret
de la Pierre qu'en deux mots
superficiels, disant, prenez du mer-
cure, appelé autrement l'élément du
@

des Archidoxes. 149

mercure, (l'essence du mercure) séparant
le pur de l'impur, réverbérez-
le ensuite jusqu'à la blancheur, & sublimez-le
avec le sel armoniac jusqu'à
ce qu'il se résolve en liqueur, calcinez
après & faites-le dissoudre tant de fois
que vous voudrez & réduisez-le ensuite
en corps ; lequel est incombustible.
Les corps métalliques que cette Pierre
pénètre, résistent à la coupelle & à toutes
expériences, purifiant tous les corps,
tant métalliques qu'humains ; & si
j'ai dit tout en peu de paroles, c'est
pour ne pas ennuyer le lecteur. Il est
vrai que s'il n'a dit tout, il a dit
une partie fort importante.
Voilà ce qu'il en dit ici, par
où l'on peut apprendre que la
base de ce grand secret est l'essence
du mercure, & ce qu'il
appelle sel armoniac que nous
verrons ensuite être l'essence
saline de l'or ; car comme nous
l'avons vu par l'autorité de Raymond
Lulle. Armoniacam mixtio-
N iij
@

150 Abrégé

nem omnium elementorum quae est in
essentia, salem armoniacum nominamus,
propter ejus exaltatam & sublimatam
proprietatem puram primae
materiae. Or cette propriété &
cette harmonieuse mixtion des
éléments purs se trouve dans le
plus souverain degré dans l'or ;
& d'autant qu'on ne peut produise
l'or sans semence de l'or, il faut
avoir la quintessence séminale de
l'or, qui se tire parle moyen de la
quintessence du mercure, comme
nous l'avons vit dans les Livres
précédents. Mais parce que Paracelse
a répandu en divers traités
le secret de la Pierre Philosophale,
telle qu'il l'a faite, je mettrai à la
fin de ce traité un petit abrégé de
ce qu'il en dit, afin que le lecteur
trouve tout ce qu'il y a de plus
important sur ce sujet ; c'est pourquoi
je n'en dirai pas davantage
ici, mais je passerai au troisième
arcane.
@

des Archidoxes. 151

Du Mercure de vie. Troisième Arcane.

Il dit que le mercure de vie
surpasse de beaucoup en vertu les
deux arcanes précédents, d'autant
qu'il assure qu'il n'y a aucun corps
simple qu'il connaisse avoir les
vertus que contient en soi le mercure
de ce corps ; lesquelles vertus,
dit-il, ne lui viennent pas tant
de la quintessence, que des vertus
spécifiques de la même essence,
comme il l'a montré en parlant
des vertus spécifiques. Car, dit-il,
ce mercure de vie transmue les
corps en sa propre essence, les
purifiant au plus haut degré, &
donnant la vie à toutes choses,
tant aux végétaux qu'aux animaux,
de la manière suivante. Le
mercure de vie transmue le mars
dans sa propre essence, d'une manière
néanmoins que quoique
le mars soit réduit dans l'essence
de ce mercure, néanmoins ce mer-
N iij
@

152 Abrégé

cure peut se transmuer encore &
devenir mars parfait, de la même
manière que l'or étant dissout
passe en nature du mercure &
transmue en sa nature, néanmoins
ce mercure réduit après les autres
métaux en or, semblable à celui
qui a été transmué.
Et ce mercure de vie non seulement
agit sur les métaux & minéraux,
mais sur les plantes & sur
les fleurs, auxquelles il donne une
nouvelle vie & une nouvelle beauté,
si on les arrose avec une quantité
convenable de ce mercure de
vie.
Il faut entendre la même chose
des brutes & des hommes, dont-
il renouvelle tous les membres du
corps, si vieux & caduques qu'ils
soient, redonnant des forces nouvelles
; fait que les femmes rajeunissent,
leur rendant leurs menstrues
& les rendant capables de
concevoir.
@

des Archidoxes. 153

Paracelse poursuit en montrant
une des choses qui, à mon avis,
mérite la plus grande attention,
d'autant qu'elle met en évidence
la perfection de cet élément céleste
qu'on appelle quintessence.
La raison, dit-il, pourquoi
la quintessence de l'antimoine,
(c'est le sujet principal de cet Arcane)
peut prolonger la vie, c'est
par ce que c'est une quintessence,
qui a des propriétés admirables,
entre autres celle de purifier le sang
& toutes les parties du corps, &
d'infuser des principes de vie, ce
qu'il faut entendre ici. Quand un
corps pourrit, ce n'est pas faute
que dans ce corps il n'y ait encore
beaucoup de quintessence vitale,
ou que la même quintessence soit
pourrie avec le corps: il est vrai
qu'elle se disperse avec le corps, &
qu'elle se dissipe avec les parties
dudit corps, ou dans l'air, ou
dans l'eau, ou dans la terre ; mais
@

154 Abrégé

la quintessence en elle-même ne
se corrompt pas & ne se détruit
point ; ce qu'il faut beaucoup remarquer
& en même temps admirer.
Voyez la rose, par exemples,
pourrie comme du fumier & dans
le fumier ; elle retient toute son
odeur qui lui vient, comme on l'a
dit, de la quintessence ; & si elle
pue, ce n'est que le corps corruptible
qui pue ; la quintessence
de la rose conserve toute la suavité
de son odeur, comme il parait ;
car si vous mettez putréfier une
quantité de roses au fumier, vous
aurez une masse pourrie & puante
; mais si vous mettez distiller,
vous aurez de la bonne eau rose, laquelle
eau est odoriférante, parce
qu'elle est teinte de la quintessence
de la rose, laquelle essence quelque
fois surnage un peu l'eau en
forme d'huile, si vous savez bien
opérer : cela est encore plus visible
dans plusieurs autres plantes,
@

des Archidoxes. 155

comme l'absinthe, la sauge, le romarin,
la lavande, & une infinité
d'autres.
Le corps & les éléments impurs
& grossiers sont puants quand ils
sont pourris, mais la quintessence
parmi la corruption puante, conserve
toute son odeur, saveur &
vertus. Si vous séparez l'incorruptible
du corruptible, non-seulement
la quintessence n'aura rien
perdu de son efficace & de ses propriétés
par la pourriture du corps
au contraire elle paraît d'autant
plus forte, que toute la vertu répandue
dans une grande masse
corporelle, est ramassée en une petite
quantité & dépouillée de son
corps grossier, & elle est plus pénétrante,
plus active & plus efficace.

Ajoutez que pour guérir les maladies
auxquelles elle est propre,
étant privée de son corps corruptible
qui se corrompt facilement
@

156 Abrégé

dans un corps infecté par des humeurs
corrompues, cette corruption
du corps peut augmenter
la maladie au lieu de la guérir, &
plus encore quand les ferments de
l'estomac & du sang sont fort malins.
Les quintessences des végétaux
ne sont pas facilement altérées par
les ferments qui causent la maladie
; celles des sels, encore plus
difficilement ; celles des métaux
résistent à tout, & particulièrement
celle de l'or ; celle de l'antimoine
est égale à la quintessence
de l'or, & elle a des propriétés spéciales
qu'en un certain sens Paracelse
relève au-dessus de l'or même,
pour dépurer & conforter la
quintessence qui est dans le corps
de l'homme, & même en quelque
sorte la multiplier. Car, comme
on l'a dit, quand l'homme est malade,
qu'il meurt & se putréfie ;
ce n'est pas que l'essence manque,
@

des Archidoxes. 157

ou qu'elle se putréfie ; mais c'est
qu'elle est opprimée & pour ainsi
dire étouffée par les humeurs corruptibles
du corps impur : Or le
mercure de vie, dont la base principale
est le mercure ou quintessence
de l'antimoine, a cette propriété,
qu'elle change les humeurs
superflues & malignes, en bonne
essence ; elle fortifie & multiplie
celle que nous avons naturellement,
& par là on peut prolonger
la vie, & en jouir avec une santé
parfaite (pourvu qu'on ne fasse
pas, comme on le fait, tout ce
qu'on peut pour la détruire.)
Par l'expulsion donc des choses
nuisibles, la quintessence humaine
qui est le principe de la vie,
reprend sa vigueur, comme si elle
était à la fleur de l'âge ; elle digère
bien & transmue en sa nature la
nourriture aussi parfaitement
quelle l'aurait fait à vingt ans.
L'on peut voir quelque chose
@

158 Abrégé

de ce que Paracelse dit : c'est-
à-dire que le corps mort ne laisse
pas de contenir beaucoup de
quintessence : on le voit dans les
essences qu'on tire de tous les végétaux
morts & secs, & particulièrement
de leurs graines, qui
l'année après germent & fructifient
; on le voit par la vertu de
quelque étincelle insensible de
cette quintessence céleste, en qui
réside la vertu végétative transmutative
; & on la peut voir aussi
en quelques animaux qui ne se
corrompent point après la mort,
parce qu'ils abondent plus en
quintessence.
On peut voir même que l'Alcion,*
quoique morte, non-seulement
ne se corrompt pas, mais tous
les ans elle renouvelle ses plumes,
aussi belles & aussi colorées qu'elle
*Cet exemple de l'Alcion, qu'en France on
appelle aussi Alcion, est très véritable, & je l'ai
expérimenté à Rome.
@

des Archidoxes. 159

aurait pu faire si elle était vivante
; laquelle incorruptibilité ne
vient que de l'abondance de la
quintessence incorruptible qui
reste dans ce corps encore après
la mort ; la végétation des plumes
procède ainsi de la même cause.
Et d'où vient que les champs sont
devenus fertiles par le fumier ?
si ce n'est que dans ces herbes sèches
qui se pourrissent, comme
aussi dans les cendres, dans les
fumiers qui sont des herbes digérées,
la quintessence y est encore
& y est vivante, & qu'elle aide à
germer les graines par sa vertu
chaude & subtile ; & c'est la cause
que dans les excréments de l'homme
il y a de grandes vertus, parce
qu'il a en soi de grands mélanges
d'essences très nobles, suivant la
qualité de la nourriture & des
boissons bien digérées. Mais il est
à croire que le corps humain ou de
l'animal qui l'a digéré, s'approprie
@

160 Abrégé

peu de l'essence de ces choses, &
beaucoup plus de leur corps corruptible
: D'ailleurs la plupart
des essences comestibles étant
très subtiles, elles s'évaporent
par les pores, & ne persévèrent
point dans l'union de l'essence
animale ; ce qui est cause que la
corporéité venant à prévaloir, l'essence
animale reste enfin accablée
& comme étouffée, d'où s'ensuit
enfin la mort.
Mais à mon avis il y a encore
une autre raison qui rend la mort
inévitable, c'est que l'essence des
choses que nous mangeons & buvons,
altèrent peu à peu l'essence
naturelle ; de manière qu'elle se détruit
insensiblement & ne peut bien
réparer les parcelles du corps & de
l'esprit que nous perdons. Aussi
ni la Pierre Philosophale, ni ce
mercure de vie ne peuvent pas
rendre l'homme immortel, mais
seulement allonger un peu la vie,
& la
@

des Archidoxes. 161

& la rendre saine ; & même cela
s'entend, en usant discrètement
de ces médecines : car ces quintessences
étant très fortes, elles
détruiraient par les raisons susdites,
l'essence humaine ; c'est pourquoi
Cosmopolite exhorte d'user
discrètement de cette médecine ;
car dit-il une grande flamme éteint
la plus petite d'une bougie, cela
est visible dans l'eau de vie &
mieux encore dans l'esprit-de-
vin qui est l'essence du vin. Ceux
qui boivent trop de vin abrègent
leurs jours, & ceux qui boivent
de l'eau-de-vie sont bientôt blessés
; l'eau-de-vie approche plus
de l'essence du vin : enfin l'esprit
de vin, si on en buvait comme
du vin, en peu de temps tuerait
l'homme en détruisant les
ferments essentiels.
Mais pour venir à la pratique
de cet Arcane de l'Antimoine,
voici comme Paracelse l'enseigne.
O
@

162 Abrégé

dans ce Livre, avec son obscurité
ordinaire.
Prenez le mercure essensifié,
(l'essence du mercure) séparé de
toute impureté, sublimez-le après
avec l'antimoine, de manière que
tous les deux se subliment ensemble,
& qu'ils deviennent un seul
être inséparable ; faites les résoudre
sur le marbre, dissolvant &
coagulant quatre fois ; cela fait,
vous aurez le mercure de vie dont
nous avons parlé, avec toutes
les vertus susdites, pour soulager
& consoler votre vieillesse.
Dans la clef il s'explique un peu
plus, mais non pas d'une manière
qui suffise à ceux qui ne savent
pas toute la manipulation. Paracelse
avec raison faisait un si grand
cas de ce mercure, que pour les
maladies humaines il le préférait à
la Pierre Philosophale. Basile
Valentin a fait un Livre intitulé
le Chariot Triomphal de l'Antimoine,
@

des Archidoxes. 163

mais on en a pris que l'écorce.


De l'Arcane du mercure de vie dans la
clef. chap. V.

Pour ce qui est de l'Arcane du mercure
de vie, nous entendons le feu vivant
(la quintessence de l'argent vif)
c'est-à-dire que le mercure vulgaire soit
réduit en quintessence par la quintessence
du sel dont on a parlé ci-dessus, &
qu'il soit vivifié avec la quintessence
de l'antimoine qui lui communique une
vie céleste. Paracelse ne dit pas ici
tout ce qu'il faut faire, laissant
quelque chose aux bons esprits.
L'on voit donc seulement que
le mercure de vie est formé de la
quintessence du mercure ou argent
vif vulgaire, animé de la
quintessence de l'antimoine (du
régule) lesquels mêlez inséparablement
ensemble par le moyen
de la quintessence du sel, & fixez
ensuite, forment ce qu'on appelle
0 ij
@

164 Abrégé

mercure de vie ; & comme cette
composition forme une Poudre
rouge, je crois que c'est la même
que Paracelse appelle ailleurs mercure
corallin dont les vertus, dit-il,
ne sont pas inférieures à la Pierre
Philosophale (pour le corps humains;)
& vous remarquerez que
la Pierre qu'il forme pour la transmutation
des métaux, est la même
composition, avec l'addition
de l'essence séminale de l'or qui
lui donne la fixité parfaite, comme
nous le verrons dans le traité
de la Pierre.
Paracelse ajoute encore un autre
éclaircissement sur le mercure
de vie dans la même clef, par ces
paroles.
De même, dit-il que des herbes
» (comme par exemple de la
» vigne) on peut tirer de l'essence
» (l'esprit-de-vin) laquelle tire
» l'essence de toutes les autres
» herbes, de manière que le mercure
@

des Archidoxes. 165

» du vin ne conserve pas tant
» ses propres qualités comme celles
» dont l'esprit-de-vin est imbu :
» de même il arrive dans les métaux
» & animaux ; car on peut
» tirer du vif-argent commun,
» qui est un métal ouvert, & qui
» donne plus facilement & plus
» abondamment son essence ; on
» peut tirer, dis-je, du vif-argent
» un esprit ou mercure de telle
» puissance, que vous tirerez des
» métaux parfaits une essence avec
» laquelle ce mercure du mercure
» étant uni, il ne retiendra plus
» sa première nature : Or ce mercure
» ainsi essencifié & imprégné
» de la quintessence de l'or, si vous
» l'unifiez ensuite avec le baume
» de la quintessence céleste de
» l'antimoine, dont il prend une
» vie nouvelle & plus que céleste,
» il faut après que vous le fassiez
» cuire & digérer dans un réverbératoire
» bien bouché, & alors
@

166 Abrégé

» il s'appelle mercure de vie, dont les
» vertus nous paraissent merveilleuses
» ; c'est pourquoi je crois
» qu'il n'en faut pas parler d'avantage,
» afin qu'elles ne soient
» pas méprisées par les ignorants.
Notez que cette composition
de l'essence du mercure du régule
d'antimoine & de l'essence de l'or,
non-seulement est une médecine
pour les corps humains ; mais si
vous la fermentez avec de l'or pur,
elle est médecine pour les métaux
imparfaits, qui par elle sont transmuez
en or parfait, de quoi je parlerai
plus au long dans le Traité
de la Pierre.
Quant à l'Arcane de la teinture,
Paracelse dit dans sa clef
» qu'elle n'a pas besoin d'explication,
» d'autant que son seul nom
» l'explique suffisamment, il dit
» dans le cinquième Livre des Archidoxes,
» que sa teinture est une
» médecine si excellente & si subtile,
@

des Archidoxes. 167

» que de même que la teinture
» des Teinturiers teint intimement
» toutes sortes de draps
» dans la couleur qu'elle porte ;
» de même aussi cette teinture
» convertit toutes sortes d'humeurs,
» quelques malignes qu'elles
» soient, en santé, les pénétrant
» par sa subtilité dans toutes
» ses parties, & transmuant le mal
» en bien, comme la flamme
» transmue le bois & autres matières
» combustibles en feu &
» flamme.
Il donne néanmoins une recette
de sa teinture qui pourrait faire
soupçonner qu'elle se peut faire &
tirer, non-seulement des métaux,
mais de toutes sortes de choses,
exaltant leur quintessence (qui est
la base de tous les secrets de Paracelse)
& le faisant monter à un
souverain degré de subtilité & de
perfection, voici sa recette.
» Prenez l'essence des membres
@

168 Abrégé

» de quelque corps, desquels vous
» séparez les éléments ; après cela,
» mettez dessus le feu (l'esprit de
» l'essence) & digérez tant de
» temps, qu'il ne tombe plus rien
» au fond, & qu'il ne paraisse aucune
» matière substantiellement.
» Après prenez le verre bien lutté
» du lut d'Hermès (bouché hermétiquement,)
» & le mettez dans
» un lieu froid & humide, jusqu'à
» ce qu'il se soit résolu de nouveau
» en matière visible.
Il me semble donc que la teinture
se peut tirer de toutes choses ;
& que ce n'est qu'une quintessence
réduite au plus grand degré
de subtilité par une longue circulation,
tellement que se réduisant
facilement en vapeur, il faut la
mettre en un lieu froid, afin qu'elle
se rende fluide. Mais il ne faut pas
croire, à mon avis que l'on puisse
réduire les métaux, & particulièrement
l'or, à cette subtilité de vapeur
peur
@

des Archidoxes. 169

; il suffit que par l'Art on la
subtilise au possible, laquelle subtilité
se forme en la dissolvant &
coagulant, & dissolvant plusieurs
fois & la circulant ensuite.
Quant à la teinture des plantes,
on la peut subtiliser plus facilement
par la circulation ; mais il
ne faut pas croire que la teinture
de toutes les plantes ait la même
vertu que la teinture du mercure
de vie ou de la Pierre Philosophale :
il faut se souvenir de ce que Paracelse
a enseigné, qu'une plante est
propre à la guérison d'un mal ou
d'un autre, ou qu'elle est propre
pour quelque partie du corps,
c'est-à-dire pour quelque viscère
ou quelque membre, & non pour
toutes les parties du corps ; & qu'il
y a d'autres essences comme celles
du mercure, de l'antimoine,
ou de l'or, qui possèdent plusieurs
vertus, pour plusieurs maladies.

@

170 Abrégé

Mais de quelque chose que vous
tiriez la teinture, il faut en user
discrètement ; car c'est un feu subtil
& pénétrant qui pourrait
vous détruire entièrement au lieu
de vous guérir, comme nous l'avons
dit de l'esprit-de-vin, qui en
petite quantité peut conforter, &
en trop grande quantité peut détruire
sans aucune ressource.
Livre septième des Archidoxes, des
Spécifiques.
Paracelse confirme ici ce que je
viens de dire des vertus Spécifiques
des plantes & des autres
corps ; mais il nous montre en
même temps deux choses importantes,
dignes de la grandeur de
son esprit.
La première ; il l'a déjà insinuée
en parlant de la quintessence ;
c'est-à-dire que les essences ne tirent
pas proprement leurs vertus
de ce qu'elles sont chaudes ou
@

des Archidoxes. 171

froides, sèches ou humides en
certains degrés, comme les Médecins
Galénistes l'enseignent,
mais parce qu'elles ont tiré cette
vertu de la nature ouvrière qui a
su faire un certain mélange des
éléments, qui est imperscrutable
à l'homme : de manière que la
rhubarbe ne purge pas la colère
plutôt qu'une autre humeur, parce
que la rhubarbe est chaude, mais
parce qu'il y a dans son essence
(comme on l'a dit,) un certain mélange
imperscrutable de particules
élémentaires qui attaquent plus
facilement cette humeur qu'une
autre : car le clou de girofle, par
exemple, l'anacarde & autres
drogues plus chaudes que la rhubarbe,
ne purgent point la bile ni
autre humeur. Il faut dire la même
chose de plusieurs autres remèdes,
dont les uns purgent, les
autres confortent, les autres consolident
; à mon avis, il vaudrait
P ij
@

172 Abrégé

mieux avouer franchement qu'on
ne sait pas trop pourquoi certaines
choses font certains effets, &
dire, comme j'en ai vu quelques
uns, que la Seine purge parce
qu'elle a la vertu purgative ; il
vaut mieux, dis-je, dire cela, que
d'apporter de mauvaises raisons :
mais l'on passerait pour ignorant
dans le peuple, & plus encore auprès
des grands, si l'on ne se servait
de termes obscurs, & si le Médecin
ne savait pas parler bon Latin &
Grec.
La seconde observation que
Paracelse nous fait faire, c'est que
souvent du mélange de deux choses
qui n'ont pas séparément une
telle vertu, il en résulte une vertu
spécifique, qui n'est ni l'une
ni l'autre de ces deux choses ; il
en donne plusieurs exemples, dont
je me contenterai d'en rapporter
deux. L'huile des cerises, dit-il,
» est tirée par l'Art chimique ;
@

des Archidoxes. 173

» & étant mêlée avec du vinaigre
» après une convenable digestion,
» forme un spécifique fort
» laxatif quoique ni l'un ni l'autre,
» & moins encore le vinaigre, ne
» soit laxatif. Les couleurs ne viennent
» pas non plus, ni du froid,
» ni du chaud ; ainsi le vitriol &
» la noix de galle dissous & bouillis
» ensemble dans l'eau, font la
» couleur noire, quoi que ni l'un
» l'autre soit noir ; il y a aussi
» des spécifiques qui n'acquièrent
» de l'odeur qu'après une convenable
» digestion : la rose & les
» lys n'ont de l'odeur qu'après
» que le soleil ou la chaleur de
» l'air a digéré leurs humeurs ; de
» même que les fruits sont aigres
» avant que leur sève ait été digérée
» par la chaleur séminale, aussi
» bien que par la chaleur de l'air
» qui les environne.
En un mot les spécifiques ne
tirent pas leurs propriétés de ce
P iij
@

174 Abrégé

qu'un élément prédomine en chaleur
ou en humidité, mais du
mélange des éléments que la seule
mature connaît, & qui seule a su
les mélanger en certaines proportions
: par exemple, la carline tire
à soi la vertu de toutes les autres
herbes qui l'approchent, comme
le soleil attire l'humeur de la terre
& du bois ; ce qui est une propriété
unique à cette plante, & qui ne
lui vient pas d'être ou chaude, ou
humide ; y en ayant d'autres qui
ont plus de chaleur ou d'humidité,
qui ne font pas cet effet.
Il faut donc dire que les propriétés
des choses leur viennent
de la composition particulière de
cet élément prédestiné que l'on
appelle quintessence ou mercure, que
la nature a composé d'une manière
admirable & inconnue aux
hommes.
De la même manière on peut
faire par l'Art des compositions
@

des Archidoxes. 175

Spécifiques, en mêlant des essences,
du mélange desquelles résultera
une certaine propriété spéciale
qu'aucune de ces choses n'avait
pas en son particulier. On peut
aussi multiplier cette vertu en mêlant
des choses qui se ressemblent ;
par où l'on exalte la vertu spéciale
de chacune qui se fortifie par la
vertu de l'autre. Nous allons donner
des exemples de chacune, afin
que l'Artiste industrieux puisse sur
ce modèle en faire à sa mode ; &
nous commencerons par un Spécifique
odoriférant.

Du Spécifique odoriférant.

Rx. Des lys blancs, \
Anthos, l
Basilics(Carbons) > de chacun une
Cardamome, l poignée.
Roses, l
Espie, / deux poignées.
Pilez le tout grossièrement en
forme de pâte, ajoutez le jus des
P iiij
@

176 Abrégé

oranges deux quartes (comme on
dirait deux demi setiers qui sont
(deux quarts d'une pinte) digérez
dans le pélican pendant un mois,
après pressez tout le jus avec les
mains, ou par la presse, & jetez
le marc ; mettez le jus dans le pélican
& ajoutez.
\
l de chacun demi
> scrup.
/
deux dragmes.
une dragme.
Pilez ce qu'il faut piler impalpablement,
& laissez digérer le
tout ensemble avec le jus susdit
pendant un temps convenable, le
vaisseau étant bien mastiqué ;
ajoutez ensuite de la gomme Arabique
dissoute en eau rose ou autre
eau odoriférante demi-once,
& une once de gomme adragant
dissoute de la même manière, afin
que le tout durcisse ; & quand vous
verrez que le tout est devenu
@

des Archidoxes. 177

comme du verre ou du talc transparent,
rompez le verre : retirez
le spécifique odorant, duquel il
suffit d'en avoir dit ceci.
Quoique Paracelse ne dise pas
qu'il faut filtrer lesdites liqueurs,
il faut comprendre que cela est
nécessaire pour avoir le tout bien
pur ; il y a d'autres circonstances
qu'il omet. Vous pourrez omettre
le musc, ou autre chose qui
cous déplaît, & en mettre d'autre
en place, cela ne sera que pour
exemple.

Du spécifique Anodin.

Paracelse montre que la composition
suivante, n'agit pas dans
tout l'homme, mais seulement
sur le mal : ce n'est pas l'homme,
dit-il, qu'elle doit réparer, mais
la maladie & la douleur, laquelle
reposant laisse l'homme en repos.
La tradition porte que Paracelse
faisait des miracles avec ce
@

178 Abrégé

remède, duquel suivant toute apparence,
il ne découvre pas ici
entièrement la composition, mais
seulement les matières dont il se
servait ; ce sont les suivantes.
une once.
Suc des oranges \
> six onces.
Suc de citrons. /
Cinnamome. \ demi-once.
Girofles. /
Tout étant bien pilé & bien
mêlé, mettez les dans un matras
de verre bien bouché, digérer au
soleil ou au fumier pendant un
mois, après exprimez tout ce qui
peut venir de suc, & ajoutez.
Musc. . . . . demi scrupule.
Ambre . . . . quatre scrupules.
Crocus . . . demi-once.
Jus de Coraux & Magistère de
perles demi scrupule
Mêlez & faites digérer un mois,
& ajoutez un scrupule & demi de
@

des Archidoxes. 179

quintessence d'or, digérez encore,
& vous aurez un Spécifique anodin
pour ôter toutes douleurs internes
ou externes, de quelque membre
que ce soit.
L'on voit que le secret consiste
dans la quintessence d'or, le Magistère
des perles & des Coraux ;
le reste l'Artiste le fera bien.

Du Spécifique Diaphorétique.

Tous les maux qui peuvent
être guéris par la sueur, sont guéris
par ce Spécifique : il faut donc
prendre garde que ce remède est
plus précis pour les maladies
qu'on appelle inter cutem, entre
chair & peau, ou qui sont dans la
moelle des os, & semblables ; car,
dit-il, les simples essences qui vont
au coeur & au sang, n'ont pas la
force de chasser au-dehors le mal,
mais cela est accordé aux Spécifiques
sudorifiques.
@

180 Abrégé

Prenez donc Gingembre une
livre.
Poivre long. . .*
Poivre noir. . . une demi-once.
Grains de Paradis une once.
Cardamomes . . . trois dragmes.
*Peut-être une once, car la liqueur qu'on
ajoute ne paraît pas suffisante pour dissoudre
tant de matières.
Pilez subtilement ; & mettez
dans un vaisseau de verre avec
demi-once de bon camphre, & deux
onces d'eau dissolvante (le mercure
du sel) faites digérer jusqu'à ce
que le tout soit consommé: séparez
ensuite l'eau dissolvante, & faites
digérer encore un mois, & ensuite
circulez huit jours : exprimez
après, & vous aurez un très puissant
diaphorétique.
Paracelse cache ici la manipulation
dans la dissolution des choses
pour avoir leur suc ; l'expérience
peur-être manifesterait ce
qui est caché, mais il faut avoir
@

des Archidoxes. 181

le mercure ou quintessence du sel.

Du Spécifique purgeant.

Paracelse montre qu'il faut que
le Médecin ait beaucoup de jugement
pour ordonner les choses
qui purgent l'humeur qui cause
la maladie, & non de purger indifféremment
avec toutes sortes
de remèdes ; car ce n'est pas assez
que le malade ait rendu beaucoup
de matière, avec lesquelles vient
le bon & le mauvais.
Il choisit deux ou trois choses
qu'il dit être des Spécifiques propres
la plupart pour des humeurs
malignes ; du mélange desquels il
compose son purgatif.
Rx. Magistère de tartre.
Magistère de vitriol.
Mêlez ensemble & ajoutez
Quintessence de Crocus.
Digérez au pélican ou sable pendant
un mois : les intelligents,
dit-il, entendent le reste.
@

182 Abrégé

Avec ce remède, ajoute-t-il,
l'on purge non seulement les
hommes & les animaux, mais aussi
les arbres de leurs superfluités ;
car les végétaux ont leurs humeurs
peccantes, comme les animaux.
L'Antos qui a peine à végéter
est guéri par le Magistère de
vitriol ; les autres plantes ont
leurs remèdes Spécifiques.
Du Spécifique attractif.
Paracelse montre que le Spécifique
attractif dont il parle, sert à
tirer l'humeur maligne du corps,
en l'appliquant sur quelque émonctoire
& sur la plaie, qui est la
même chose que l'émonctoire, par
où la nature décharge ou évapore
la mauvaise humeur qui accable
le corps. Il dit au surplus qu'il
y a plusieurs espèces de compositions
attractives, lesquelles sont
bonnes pour attirer une seule chose
: il assure qu'on en peut faire
@

des Archidoxes. 183

quelques unes qui attirent la
chair, d'autres l'eau ; quelques-
unes qui appliquées à la bouche
tireraient dehors les poumons,
ou la ratte : car ajoute-t-il, la
vertu attractive n'est pas seulement
entre le fer & l'aimant, mais
en d'autres choses, dont Paracelse
dit qu'il se garde le secret
comme choses admirables. Voici
l'attractif en question.
Rx. La quintessence de toutes les
gommes un demi setier.
Le Magistère de l'aimant demi
quarte.
L'élément (la quintessence
ignée du Carabe) une livre.
L'élément du feu \
du Mastic. l
L'élément du feu > une quarte
de la Myrrhe / et demie.
L'élément de la Scamonée dix
onces.
Faites un emplâtre de ces cho-
@

184 Abrégé

ses mêlées avec Gomme adragant
& térébenthine autant qu'il
en faut, & servez-vous-en. La
difficulté consiste à avoir la quintessence
de ces choses.
Du Spécifique Styptique.
Il dit des merveilles de ce Styptique,
& qu'on peut par ce
moyen joindre deux plaques de
fer ou de cuivre, de manière qu'il
n'y a que le feu de fonte qui puisse
les séparer ; & que des pierres
amoncelées ensemble ou bien un
monceau de sable, deviennent d'une
telle ténacité, qu'elles forment
un corps dur & inséparable comme
si c'était une seule pierre ; & que
par la seule ablution de ce Styptique,
les deux lèvres de la bouche
se tenaient si fort, qu'il fallut ensuite
employer des instruments de
fer & profusion de sang pour l'ouvrir
; dans les blessures ou fractures
même de la vessie, il fait des
choses
@

des Archidoxes. 185

choses étonnantes, car il n'y a point
d'eau qui puisse en ôter la vertu,
quoiqu'on lave beaucoup l'endroit.
Rx. La quintessence \
du Bol, l
La quintessence l
du fer, > de chacun une
La quintessence l livre.
du Carabé (alias Ca- l
thebes.) /
Digérez dans le vaisseau de
verre aux cendres chaudes pendant
un mois.
Retirez-le & ajoutez du tartre
desséché demi-livre, & donnez-le
en médecine suivant les besoins,
car il opère d'une manière surprenante.


Du Spécifique Corrosif.

Rx. Eau forte rectifiée sur sa terre
morte, une livre.
Mercure sublimé demi setier.
Sel Armoniac une once.
Mêlez le tout & laissez dissou-
@

186 Abrégé

dre, auxquelles choses ajoutez
l'eau mercurielle en poids égal au
tout ; il n'y a point de Diamant,
dit Paracelse, qui résiste à ce corrosif.
Je ne crois pas que personne
ose se servir de ce Corrosif comme
remède sur sa propre chair, ni
d'aucun autre, & encore moins
du lénitif qu'il donne ; le voici.
Rx. Suc de frammule, une livre.
Cantharides - - - - 4\8.
Du feu de Gemme décrit ci-
devant deux dragmes.
Mêlez & faites comme dessus,
le Chimiste habile connaîtra à
quoi tout cela en bon & le moyen
de s'en servir.
Du Spécifique pour la Matrice.
Il en met deux, l'un pour la
suffocation, lequel mal, dit-il, ne
se peut guérir que par un Spécifique,
qu'il dit être la fumée des
ficus cutis, c'est-à-dire la première
@

des Archidoxes. 187

écorce du figuier, ou la peau des
figues (car ce mot ficus cutis peut
être équivoque) reçue dans la matrice
par un entonnoir sans autre
préparation ; l'autre est propre à
provoquer les menstrues c'est la
ratte d'un boeuf réduite en quintessence
ou Magistère.
Mais pour arrêter la profusion
des menstrues il se sert de la quintessence
du corail ou de l'huile de
fer, ou le fer potable, qui est plus
astringent qu'aucune chose.
Il dit qu'il serait trop long s'il
voulait parler dans ces Archidoxes
de tous les Spécifiques ;
mais que ceux-là suffisent, puisqu'ils
sont aussi incarnatifs, &c.
car pour peu qu'on connaisse la
vertu des choses, on connaîtra à
quoi ils sont bons.

Livre huitième, de l'Elixir de Para-
celse.

Les Elixirs que Paracelse nous
Q ij
@

188 Abrégé

donne dans ce Livre, ne sont
qu'un mélange de plusieurs essences
efficaces, & très propres à
conserver la santé, préservant les
humeurs de toute corruption : car,
dit-il, de même que le baume peut
conserver le corps plusieurs siècles
sans qu'il se corrompe, si on
le frotte extérieurement avec du
baume ou choses balsamiques,
comme faisaient les Egyptiens,
dont on trouve encore les momies
: de même ces Elixirs préservent
les humeurs, & les parties internes
de toute corruption, puisqu'ils
confortent la nature, de
manière qu'elle peut faire parfaitement
bien les digestions ; & se
mêlant avec le sang, ils l'animent
pour ainsi dire, d'une nouvelle
âme végétale qui répare celle qui
se dissipe.
Et vous verrez que ces Elixirs
sont composés non seulement des
choses qui ont des propriétés Spécifiques
@

des Archidoxes. 189

contre la corruption,
comme par exemple le sel commun
; mais aussi les choses qui
sont en elles-mêmes comme incorruptibles,
telle qu'est la quintessence
de l'or, du mercure, de l'antimoine,
& autres choses semblables
qui en font la base : les autres
qui en quelque manière paraissent
corruptibles, on n'en prend
que leur essence qui est beaucoup
moins sujette à corruption, & qui
étant mêlée avec des choses tout
à fait incorruptibles, prennent
encore quelque chose de leur propriété.

La nature, ajoute- il, ne nous
donne pas des choses simples qui
puissent faire ces effets ; mais
elle nous donne des choses qui
peuvent préserver les corps morts
de la putréfaction : il sera encore
facile à l'Art de se servir de la même
nature & du plus pur de ces
mêmes choses pour préserver les
@

190 Abrégé

corps vivants de la corruption, &
l'on peut dire que ces Elixirs sont
des mystères de l'Art & des merveilles
de l'esprit humain.
Paracelse dit donc qu'il veut décrire
des préservatifs qui ne préservent
pas seulement la superficie
extérieure du corps, mais qui
étant pris par la bouche par leur
subtilité, se répandent facilement
par toutes les moindres parties
de chaque membre, & par leur
propriété incorruptible le conservent
de toute corruption.
Il est à remarquer aussi que la
pourriture stercorale que nous
avons dans les entrailles, contient
en soi une quintessence que les Médecins
appellent ferment ou levain,
qui corrompt & change en sa nature
tout ce qu'on avale ; & c'est
la cause que quand cette corruption
est exaltée à un certain point
de malignité, elle corrompt &
change en une espèce de venin
@

des Archidoxes. 191

semblable à sa nature maligne,
non seulement les choses dont
on se nourrit, mais les remèdes
mêmes : & ce qui est pis, elle
corrompt quelques fois les remèdes
composés d'essences végétales,
parce que l'essence supérieure
de la corruption dominant sur
l'inférieure, change en sa nature
venimeuse ; de manière que
les aliments & les remèdes se tournent
en poison d'autant plus dangereux,
que c'est une corruption
des choses bonnes & subtiles;
car suivant l'aphorisme de la Médecine,
corruptio optimi pessima est.
C'est pourquoi certaines maladies
paraissent incurables aux
Médecins vulgaires, parce qu'ils
n'ont pas des médecines supérieures.

Mais les nôtres étant incorruptibles,
& provenant ou du mercure,
ou de l'or, ou de tous les
deux, elles ne peuvent pas être al-
@

192 Abrégé

térées, & étant très subtiles, elles
pénètrent par tout & altèrent, au
lieu que les autres sont facilement
altérées, traînant avec elles un
corps combustible, ce qui n'est pas
de nos essences, & particulièrement
des métalliques ; l'on appelle ces
remèdes closeix, c'est-à-dire ferment ;
comme qui dirait purs & salutaires
; & leur vertu est de conserver
le corps dans l'état qu'ils le
trouvent, ils préservent aussi des
maladies à cause de leur subtilité
& pénétration, comme aussi par
les propriétés qu'ils ont, car préservant
le corps des maux à venir,
il le conserve en santé, & par ce
moyen ils prolongent la vie ; ou
du moins ils la font passer sans
ces douleurs qui accablent les autres
hommes.
Nous passerons donc à la description
du premier Elixir lequel
de même que le baume conserve
les chairs d'un corps mort, quoique
que
@

des Archidoxes. 193

toutes les chairs n'en soient
pas imbues ; de même celui-ci en
passant par le coeur, qui est le siège
principal des esprits animaux qui
animent le reste du corps ; il conforte
sa vertu animale qui se répandant
partout ensuite, conserve
& préserve les autres membres de
toute corruption.
Prenez donc du baume le plus
parfait que nous seuls connaissons
bien (la quintessence du régule
d'antimoine martial) du mercure
demi-once, faites digérer à petit
feu, de manière que la vapeur
monte jour & nuit, & que vers la
fin quelques gouttes paraissent
& retombent pendant deux mois :
(il faut distiller après la digestion)
faites encore digérer le tout quatre
mois au fumier (ou bain)
après quoi l'Elixir est accompli.
Il faut entendre que cet Elixir est
comme un ferment qui se cuit &
se mêle avec le principe radical de
R
@

194 Abrégé

la vie, & il a le pouvoir de la soutenir
en bon état, & de résister
à tout ce qui lui contraire : car
de même que l'arsenic change tous
les aliments en poison, cet Elixir
contribue à changer tout en bien ;
& défend le corps du mal, &
même après la mort empêche que
le cadavre ne pue, & le défend
de la corruption, pourvu qu'il
soit à couvert de l'air humide ; & il
exerce encore mieux ces facultés
sur un corps vivant, que le baume
ne le fait sur un mort.
Cet Elixir est à peu près la même
chose que la Pierre Philosophale
; du moins ce sont les mêmes
matières, comme on le verra ci-
après en parlant de la Pierre.
De l'Elixir du sel.
Après cet Elixir, Paracelse
écrit celui de la quintessence du
sel. Voilà la pratique qu'il donne
: Prenez du sel & tirez-en l'essence
@

des Archidoxes. 195

en forme d'huile, de la manière
qu'on l'a enseigné ci-devant ;
ajoutez à la quantité que vous
prendrez de l'essence ou Magistère
du sel, la huitième partie de
quintessence d'or, faites digérer
ensemble au fumier (au bain) pendant
quatre mois : après l'avoir
distillé, circulez encore un mois
en y ajoutant une partie de vin
circulé ( peut-être du grand circulé
de mercure ou d'antimoine)
& faites circuler encore un mois,
& vous aurez un Elixir pour la
conservation & prolongement de
vos jours.

De l'Elixir de douceur.

Tous les sels sont préservatifs
de corruption : le sucre, le miel,
& semblables préservent de la corruption
les choses qu'on confit
avec ces mixtes. Paracelse nous
donne un Elixir agréable & doux,
auquel il ajoute la quintessence
de l'or. R ij
@

196 Abrégé

Et notez que comme il a montré
ailleurs, que les essences des
choses dépouillées du corps impur,
non-seulement conservent
leur couleur, odeur, & saveur,
mais elles l'augmentent de beaucoup,
comme on le peut voir facilement
par les expériences communes
; il faut que la quintessence
que vous tirerez du sucre, du
miel, de la manne, & de ce qu'il
appelle trone, augmente sa douceur
& rende son odeur plus suave.
Prenez donc du Trone (la quintessence
de quelque chose douce)
à laquelle vous ajouterez la quatrième
partie de quintessence d'or,
& faites circuler deux ou trois
mois au soleil ou autre chaleur
douce.
De l'Elixir des quintessences.
Après nous avoir donné des
Elixirs des quintessences métalliques
& salines, Paracelse nous
@

des Archidoxes. 197

donne des Elixirs de plusieurs
quintessences mêlées ensemble ;
lesquelles, dit-il, non seulement
conservent & préservent, mais
encore contribuent à renouveler
& à rétablir la jeunesse perdue :
ce qu'elles opèrent, à mon avis,
parce que ces Elixirs sont composés
de végétaux que l'on digère,
& que la nature intérieure se les
approprie plus facilement que les
substances métalliques qui ne sont
pas de la nature animale ; & voici
les essences qu'il juge les plus propres
pour les trois effets susdits.
Rx. Quintessence de \
chélidoine. l
Quintessence de ) deux onces.
mélisse. /
Quintessence \
d'or, l
Quintessence de ) demi-once.
mercure. /

R iij
@

198 Abrégé

Quintessence \
crocus, l
Quintessence de ) une once.
mirabolans. /
Digérez le tout ensemble pendant
un mois, ensuite vous ajouterez
de la quintessence ou Magistère
de vin une once & demie, &
digérez encore un autre mois, &
après conservez-le comme un trésor
; car non seulement il est préservatif,
mais aussi restauratif.
De l'Elixir de subtilité.
Paracelse ajoute un autre Elixir
conservatif, tel, dit-il, qu'est
l'huile des Philosophes corrigée,
l'huile de coraux corrigée, c'est-
à-dire perfectionnée & exaltée,
l'esprit-de-vin corrigé ; lesquelles
choses empêchent la putréfaction,
& elles-mêmes en circulant au
feu ne changent pas & ne s'altèrent
point ; l'eau de miel fait un
effet semblable.
@

des Archidoxes. 199

Rx. Huile d'olive. \
Du miel, > une livre.
Esprit-de-vin. /
Distillez trois fois selon l'Art,
redistillant sur la terre morte, ensuite
séparez tout le flegme des
huiles qui se distinguent par plusieurs
couleurs : mettez ces huiles
au pélican, & ajoutez la troisième
partie de quintessence de mélisse
& chélidoine, & digérez encore
un mois.

Elixir de propriété.

Le sixième Elixir est celui qu'il
appelle de propriété, parce que sa
propriété est aussi de conserver &
de prolonger la vie plus que le
cours de nature, & plus qu'on ne
saurait dire : car des drogues
qu'il va décrire, il en résulte un
baume qu'on peut appeler baume
de la vie, qui préserve le corps de
toute corruption ; voici le procédé
qui consiste en peu de matière.
R iij
@

200 Abrégé

Myrrhe.
Aloès hépatique.
Crocus.
Prenez de chacun une quarte
que vous ferez digérer au pélican
dans le sable pendant un mois à
très petit feu, enfin séparez l'huile
de ses fèces ; & prenant garde
qu'elle ne brûle, faites digérer ensuite
cette huile avec le circulé,
(c'est le circulé mineur) en poids
égal, & ensuite conservez-le soigneusement.
Si ces drogues sèches
étaient en digestion toutes
seules, comme il dit, elles ne donneraient
pas l'huile qu'il dit qu'il
faut circuler : il est donc certain
que l'égal poids de circulé, qui est
l'essence du sel, & qu'il dit qu'il
faut ajouter quand ces huiles seront
faites ; il est certain, dis-je,
qu'il faut mettre les trois drogues
susdites avec égal poids de sel circulé,
lequel étant une essence très
parfaite, suivant la règle des
@

des Archidoxes. 201

Magistères l'essence de ces choses
en forme d'huile, qui est le mercure
essentiel de ces choses. Ce mercure
se doit circuler ensuite, afin
que s'il y a encore quelque impureté,
elle tombe au fond.
Peut-être que si l'on y ajoutait
un peu de quintessence de mercure
qui est le circulé majeur, ce serait
mieux, d'autant que l'essence
du sel prendrait tout d'un coup
les essences du Crocus, de l'Aloès
& de la Myrrhe ; mais la première
manière est plus facile &
plus courte, suivant la règle des
Magistères, qu'une essence tire
d'une autre essence, particulièrement
celle du sel circulé, qui est
très efficace & de la nature de
toutes choses, étant une nature
moyenne entre le végétal, l'animal,
& le minéral ; d'ailleurs étant
un principe universel qui entre
dans la composition essentielle de
tous les êtres, qui ne peuvent pas
subsister sans la nature saline.
@

202 Abrégé

Livre huitième des Archidoxes,
des Remèdes extérieurs.
Après avoir parlé des remèdes
internes, Paracelse donne aussi
des remèdes externes, soit pour les
blessures, soit pour les ulcères,
& semblables. Il a traité des
maux externes diversement dans
ses Livres de Chirurgie : il ajoute
qu'il n'a pas donné dans ces Livres
les remèdes les plus importants
& plus efficaces, comme sont
ceux-ci ; car il prétend que par
ces remèdes, on peut guérir une
blessure en vingt-quatre heures.
Il dit que comme la disjonction
des choses fait la blessure, de même
l'union parfaite des deux lèvres
de la blessure fait la guérison ;
mais on ne doit pas entendre que
ce remède soit de même pour la
fracture des os, lesquelles ne peuvent
pas se reprendre si facilement,
à cause qu'ils sont plus secs
que les chairs.
@

des Archidoxes. 203

Il faut savoir aussi qu'il ne faut
pas que le remède soit ni incarnatif
ni mondificatif, ni attractif ;
car il en arriverait des flux purulents,
à cause qu'ils produisent
beaucoup de pus : mais il faut que
le creux de la blessure soit de bonne
chair, ce qui ne se peut faire
que tard, sans un bon Magistère ;
car de faire autrement, c'est fort
périlleux. Il faut entendre la même
chose des vieux ulcères qui
ont besoin de semblables remèdes,
à cause que la nature a pris un
certain cours d'humeurs qui fluent
de ce côté-là ; il faut donc dans
ces ulcères la régénération d'une
bonne chair. Il en est de même
des fistules.
Nous mettrons donc trois sortes
de remèdes ; l'un pour l'ouverture
de la peau, l'autre incarnatif,
& le troisième dessiccatif.
Il faut parler aussi de la difformité
de la peau qui provient des
@

204 Abrégé

dartres, galles, boutons, lèpres,
& semblables, lesquelles nous enjoignons
de guérir comme il
s'ensuit. Je veux qu'on ôte la peau
de même qu'on serait à un veau
qu'on écorche. Il faut entendre
que le remède fait tomber la vieille
peau, & par les remèdes il faut
en faire revenir une nouvelle, ce
qui se fait, comme on l'a dit par
le médicament. Nous ne mettrons
pas ici la manière, parce que nous
en avons traité ailleurs ci-devant ;
en parlant des remèdes qui renouvellent,
& dans les Livres de Chirurgie
: il y a aussi le Cancer, le
Bubon & semblables, qui ont leurs
remèdes particuliers, c'est-à-dire
des Spécifiques qui nettoient l'intérieur,
qui expulsent ou qui attirent
au-dehors, & après des remèdes
consolidatifs.
Pour la fracture des os, il faut la
guérir avec un attractif styptique,
de quoi nous avons parlé ailleurs:
@

des Archidoxes. 205

les excroissances superflues, comme
les Loupes, Ecrouelles,
Glandes, &c. lesquelles il faut auparavant
évacuer de leur humeur
maligne, & après les guérir.
Nous diviserons donc cette
Chirurgie en trois parties ; l'une
pour les Blessures, l'autre pour
les Ulcères, & la troisième pour
les Taches ; quant au Cancer nous
le guérirons avec un attractif spécifique.


Remèdes pour les Blessures.

Prenez le salmec (l'Antimoine)
bien brûlé & calciné au feu jusqu'à
sa blancheur, versez dessus
le petit circulé, (l'essence de sel
circulé) distillez ensuite jusqu'à
ce que la terre morte reste au fond
très sèche, & que la retorte devienne
rouge par le grand feu.
Remettez dessus du circulé nouveau,
& répétez tant de fois,
jusqu'à ce que le circulé sorte
@

206 Abrégé

aussi doux qu'il l'est naturellement
; enfin laissez résoudre ladite
terre morte d'elle-même en
lieu froid & humide ; la liqueur
qui en provient est le remède pour
les blessures & le vrai baume.
Nous ne voulons pas vanter ici
les vertus de ce baume, mais nous
dirons seulement qu'avec la seule
ablution de ce baume, nous avons
guéri quantité de blessures.
Il faut voir dans les Livres de
la grande Chirurgie la manière
de se servir de ce remède, où l'on
verra aussi que ce remède qu'il
appelle Salmec est le régule d'antimoine
martial ou l'antimoine simple.
Remèdes pour les Ulcères.
Le baume susdit est fait avec
de la rouille, & se fait de la
même manière que vous avez fait
le baume du Salmec, de chacun
une livre, les deux mêlez bien ensemble,
@

des Archidoxes. 207

ajoutez demi-livre d'huile
de fer ; tout étant bien mêlé, mettez-en
en forme d'emplâtre sur
l'ulcère, en le lavant tous les
jours comme il convient. Notez
qu'il faut se servir aux occasions
de ligaments & de compresses,
comme nous l'avons enseigné ailleurs,
aux Livres de Chirurgie.

Remède contre les taches de la peau.

Il faut auparavant employer le
corrosif spécifique, dont on a parlé
ci-devant, pour faire peler toute
la peau : il faut bien prendre
garde de ne le pas composer vulgairement,
ni de la manière vulgaire
que Paracelse a écrit pour
les ignorants, & avec la peau ôter
la tache : voici la manière de la
guérir.
Rx. Le même baume que vous
avez fait pour les ulcères
ci-dessus auquel vous ajou-
terez.
@

208 Abrégé

Térébenthine bien lavée.
Huile de lumbrits & huile d'oeuf
parties égales.
Lavez la chair vive, & appliquez
ledit remède en forme d'emplâtre,
dont la vertu est de faire
revenir la chair belle & colorée
sans craindre que le mal revienne.
Paracelse finit son Livre, disant
qu'il ne faut pas s'étonner si en si
peu de mots il a renfermé toute la
Chirurgie : il dit qu'il ne suit pas
l'école commune, & qu'il n'est
pas nécessaire de faire de gros Livres
pour rendre des raisons &
pour expliquer l'origine des maladies
; mais il est question de les
guérir en peu de temps, sans tant
d'emplâtres divers, ligatures, incisions,
&c. qu'il dit, ce qu'il sait
par une infinité d'expériences, &
il exhorte les gens de bien à l'imiter.
REMARQUE
@

des Archidoxes. 209

R E M A R Q U E S

En forme de Récapitulation.

Voici en peu de mots l'abrégé
de la doctrine de Paracelse, laquelle
quoi qu'elle paraisse fort
obscure, est suffisamment claire pour
ceux qui ont la connaissance de
la Philosophie naturelle, accompagnée
des expériences chimiques
: car la théorie sans la pratique
est peu de chose ; comme
aussi la pratique sans la connaissance
des raisons de ce que l'on
fait & de ce qu'on veut faire, est
de peu de valeur.
Paracelse enseigne assez clairement
dans tous ses Livres ce que
j'ai montré dans l'introduction
ou explication des principes chimiques
: que tous les mixtes sont
composés d'âme & de corps ; l'âme
est ce qu'il appelle élément prédestine
& quintessence : & que les au-
S
@

210 Abrégé

tres Philosophes ont enveloppé
malicieusement sous le nom de
mercure. Comme tous les corps ont
cette essence qui les distingue
les uns des autres, tous les corps
ont leur mercure qui est leur humide
radical, de manière qu'il y
a mercure végétal, animal, & minéral,
& dans ces trois règnes il
y a autant de mercures différents
qu'il y a d'individus.
Il faut donc comprendre que
ce mercure ou quintessence est répandu
dans tout le corps de l'individu
; & que ce corps n'est formé
que d'une terre grossière & d'une
eau grossière & flegmatique qui
n'ont nulle vertu ; mais toute la force
consiste dans l'élément prédestiné
qu'on nomme mercure & quint-
essence, laquelle étant répandue
dans tout ce corps grossier, communique
à toutes ses parties quelque
peu de sa vertu, de même que
le sel ou le poivre rendent salée ou
@

des Archidoxes. 211

poivrée toute la chair. Considérez
aussi que ce corps sans vertu empêche
que l'essence ne puisse montrer
tout ce qu'elle pourrait faire ;
c'est pourquoi Paracelse enseigne
à la séparer de ce corps impur &
inutile pour se servir plus utilement
de ses remèdes, tant pour la santé,
que pour la chimie. Ils sont donc
sans doute plus vils & plus efficaces,
d'autant qu'en peu de volume,
ils rassemblent beaucoup de vertus,
& que ces mercures philosophiques
étant fort subtils, ils pénètrent
toutes les parties du corps ;
& confortant le coeur en qui résident
les principes de la vie, ils lui
communiquent, pour ainsi dire,
une âme nouvelle.
Ajoutez que comme on l'a montré,
chaque végétal, animal, ou
minéral ayant ses vertus spécifiques,
le médecin habile peut appliquer
à chaque mal son remède
particulier.
S ij
@

212 Abrégé

Et comme ces essences sont quasi
incorruptibles & très subtiles ;
non seulement le malade n'a pas
besoin par la digestion de faire la
séparation du pur de l'impur ;
mais il ne doit pas craindre que
ces médecines, & particulièrement
les métalliques, ne se corrompent
dans l'estomac par les
ferments impurs & malins qui causent
la maladie & qui transmuent
par leur nature maligne tout ce
que l'on prend par la bouche.
Ajoutez que ces essences étant
extrêmement subtiles, elles pénètrent
par toutes les parties les plus
réservées & les plus bouchées par
les humeurs grossières & malignes,
débouchent les obstructions,
subtilisent & cuisent les humeurs,
& par ce moyen transmuent ce
qui est nuisible & mauvais, en
bon & en santé.
Quant à la médecine des métaux,
à laquelle la plupart des
@

des Archidoxes. 213

Chimistes aspirent, & qui n'ayant
point de fondement philosophique,
la cherchent où leur imagination
fantastique les conduit,
malgré les avertissements de
tous les Philosophes qui ont parlé
de cet Art, qui disent qu'il est impossible
de trouver la matière de
la Pierre en aucune autre chose
que dans les métaux mêmes, dans
lesquels seuls est la semence métallique.
Paracelse nous montre la
manière d'ouvrir ce corps si serré,
& particulièrement l'or, afin d'en
avoir son essence séminale, laquelle
essence est la vraie semence
végétative, qui peut croître &
multiplier comme les autres choses,
semées dans une terre métallique
convenable.
Mais par ce que nous devons
parler de ceci plus au long dans
le Livre suivant, où nous avons
promis de traiter du grand Oeuvre,
que Paracelse appelle le grand
@

214 Abrégé

composé, je remets à parler de ce
grand ouvrage qui renferme les
deux choses les plus précieuses,
c'est-à-dire la santé & les richesses,
sans dépendre de personne.
Car la semence de l'or employée
de la manière qu'il faut, non seulement
a la vertu de se multiplier
dans la matrice de sa mère qui est
le vif-argent, soit le commun,
soit celui des métaux ; mais aussi
cette semence étant une espèce
de lumière céleste concentrée
dans ce corps qu'on appelle
or ; elle a la vertu de conforter
& d'animer le coeur d'une vie
nouvelle, comme nous l'avons vu
dans les remèdes plus importants,
dans lesquels Paracelse l'emploie
toujours, & comme nous le montrerons
dans le Livre suivant.
@

des Archidoxes. 215

Du grand Oeuvre selon les Anciens, &
suivant Paracelse parmi les Mo-
dernes.

Il est impossible de bien réussir
en aucun Art, particulièrement
quand on veut atteindre la perfection
sans en savoir d'abord les
règles fondamentales, & agir ensuite
par raison en tout ce qu'on
veut entreprendre ; cela est vrai
dans les Arts les plus communs,
cela est encore vrai dans la chimie,
qui est un art si étendu, qu'il
comprend l'anatomie de tous les
mixtes de ce bas monde, desquels
on peut connaître l'intérieur par
la résolution & séparation des
principes qui les composent. Cela
est encore plus vrai pour le chimiste
qui vise au grand Oeuvre,
& qui veut par sa propre spéculation
trouver ce grand secret, que
tous ceux qui en ont écrit, ont
plutôt tâché de cacher que de dé-
@

216 Abrégé

couvrir; il se trouvera comme un
homme qui serait au milieu d'un
carrefour, lequel ne sachant pas
quel est le vrai chemin pour aller
au lieu qu'il prétend, se dévoiera
facilement, particulièrement dans
la pratique de ce grand Art, où
la moindre faute perd tout & vous
mène dans un labyrinthe d'où l'on
ne peut pas sortir.
Encore celui qui est dans un
labyrinthe pourrait-il par bonheur
trouver le vrai chemin ; mais
cela ne peut pas arriver à celui
qui travaille à la recherche du
grand Oeuvre : car non-seulement
il se trouve au milieu d'une infinité
de matières, dont l'une étant
choisie plutôt que celle qui est la
seule bonne, cela l'éloigne pour
toujours de la fin désirée. Quand
même il choisirait les véritables
matières (comme j'ai fait pendant
de longues années) il pourrait encore
se tromper dans les manipulations
tions
@

des Archidoxes. 217

de ces matières, ce qui sera
cause qu'il ne réussira point ; ainsi
que je l'ai vu par expérience.
Il faut donc apprendre en premier
lieu à bien choisir ; car les
vraies matières étant manquées,
c'est comme un homme qui voudrait
faire du pain avec du sable
finement broyé, avec lequel il ne
ferait tout au plus qu'une espèce
de mortier ; & c'est par cette raison
que ceux qui ont écrit en vrais
Philosophes, ont commencé par
nous instruire de la nature métallique,
nous montrant que si vous
voulez produire de l'or, il faut
du moins connaître quels sont les
principes prochains dont il est
composé, & la différence qu'il y
a entre lui & les autres métaux,
qui sont aussi formés par la nature
des mêmes principes, quoiqu'ils
soient en quelque manière différents
; comme les Maures sont de la
même espèce que les hommes
T
@

218 De la Pierre

blancs, car la couleur & quelques
autres accidents ne changent
pas l'espèce, & ne font que la diversifier.
Car ainsi que parmi
les hommes, il y en a qui ont plus
d'esprit ou de savoir, ce qui fait
qu'on les estime plus parfaits ; de
même parmi les métaux, quoique
d'une même espèce, c'est-à-dire
quoi qu'ils soient composés des
mêmes principes, il y en a quelques-uns
qui, eu égard à certaines
perfections, sont estimés plus ou
moins parfaits. Rien n'est si différent
que le mâle & la femelle,
cependant l'homme & la femme,
l'étalon & la jument, ne sont pas
d'espèce différente ; & ceci peut
servir de réponse à un certain Auteur
plus hardi que savant, qui
a écrit contre la transmutation
des métaux, prétendant qu'ils
sont tous d'espèces différentes,
& par conséquent que la transmutation
d'une espèce en une autre
@

selon les Anc. & les Modernes. 219

étant impossible, les Chimistes
ne sont que des Visionnaires,
des Charlatans, promettant l'impossible.

Je crois donc à propos d'imiter
nos Maîtres, & de commencer
par vous instruire de quelle nature
& composition sont les six métaux.

Mais comme tous viennent d'une
même racine, c'est-à-dire du
vif-argent mêlé avec la vapeur
du soufre subtil, & que les deux
ensemble forment une espèce de
cinabre malléable ; je juge qu'il
est nécessaire de parler auparavant
de ces deux principes prochains
des métaux, vous avertissant
qu'en parlant du soufre
j'entends le même soufre que celui
des allumettes, & non le soufre
philosophique, dont j'ai parlé
dans le chapitre des principes,
& lequel soufre philosophique
est dans le centre du soufre vul-
T ij
@

220 De la Pierre

gaire; son essence étant invisible, &
ne se découvrant que par les effets
de son inflammabilité, faisant
brûler le corps du soufre vulgaire
qui le contient & dont il est
l'essence, & qu'on peut séparer en
forme de mercure ou huile odoriférante,
fort différente de celle
que les Distillateurs appellent huile
de soufre.
De même en parlant du vif-
argent, j'entends parler du vif-argent
commun qui se vend chez les
Droguistes ; lequel argent vif a
aussi en soi son mercure, c'est-à-
dire une essence admirable que
l'on peut aussi séparer de son
corps impur, comme nous l'avons
dit dans le livre précédent.
Du soufre métallique.
Quant au soufre que nous
voyons, Geber, qu'avec raison
Arnault de Villeneuve appelle
le Maître des Maîtres & sur les préceptes
@

selon les Anc. & les Modernes. 221

& les paroles duquel la plupart
des bons Philosophes Chimistes
ont composé leurs ouvrages,
Geber, dis-je, définit le soufre,
une graisse de la terre qui par une
décoction lente & douce a été
épaissie & réduite en une substance
sèche, & quand elle est devenue
bien sèche elle s'appelle soufre.

Il faut donc considérer que
chaleur qu'on appelle centrale,
quoi qu'elle vienne de la matière
subtile éthérée qui de toutes les
parties de la circonférence agit
jusque dans le centre de la terre,
lorsque cette chaleur agit dans
certains lieux humides & propres
à cet effet, cette humidité se mêlant
avec les parties plus subtiles
de la terre, & par la susdite chaleur
bouillonnant ensemble, cette
humidité, dis-je, s'épaissit par les
parties terrestres & salines qui se
joignent à elle, & cette humidi-
T iij
@

222 De la Pierre

té ainsi épaissie retenant beaucoup
de parties de l'air & de ce
feu céleste, la cuisant, & l'épaississant,
en forment le soufre commun.
Or il est visible que le
soufre contient beaucoup de
parties de feu, puisqu'il s'enflamme
facilement ; il est visible aussi par
sa résolution, qu'il contient beaucoup
d'humidité, car si l'on ramasse
sa vapeur lorsqu'il s'enflamme, il
en résulte une grande quantité de
cette humidité qu'on appelle esprit-
de-soufre, qui ne s'enflamme plus
parce que le feu s'est exalté.
Il est visible aussi que cette
humidité contient beaucoup de
sel très piquant & très incisif, car
le goût, l'odeur, & ses autres effets
le font assez connaître. Mais cette
humidité salée s'envole, lorsqu'il
s'enflamme sans être retenue, &
toute la substance du soufre se dissipe
dans l'air, quoiqu'on sente
bien de loin son odeur forte &
@

selon les Anc. & les Modernes. 223

piquante ; & notez que quoique
le soufre paraisse jaune au-dehors,
il est très rouge au dedans comme
étant plein de feu, chose qui paraît
par sa dissolution, & par la
simple fusion ; cela paraît aussi
quand on le calcine ou bien en le
mêlant avec quelque graisse ou
huile qui le retient.
Mais il faut remarquer qu'ainsi
que tous les autres corps sensibles,
ce corps qu'on appelle soufre a une
certaine onctuosité ou graisse très
subtile qui est proprement l'âme
& l'essence de ce corps, laquelle
est néanmoins si bien mêlée avec
les parties de la terre & de l'eau
flegmatique qu'il n'est pas facile
de séparer les unes des autres ; car
si vous les sublimez, tout se sublime
; & si vous l'enflammez, tout
s'enflamme & tout s'évapore : de
manière que l'essence du soufre
ne se peut séparer sans une extrême
industrie de l'Artiste. D'ail-
T iiij
@

224 De la Pierre

leurs pour les choses métalliques
je ne crois pas qu'elle soit de beaucoup
d'utilité ; car le soufre n'est
pas bon lui-même tout seul pour
la transmutation des métaux, à
moins qu'on ne le rende fixe ; car
tant qu'il est inflammable & volatil,
il ne peut que brûler & volatiliser
les corps des métaux sur lesquels
on le projetterait ; & cette fixation
jointe à la dépuration, est un
ouvrage de longue haleine &
très difficile : c'est pourquoi les
Philosophes nous conseillent de
chercher & de prendre le soufre
fixe & tout épuré par la nature,
& qui se trouve dans les corps où
la nature l'a mis : & ces corps sont
l'or & l'argent, l'or ayant en soi
le soufre rouge extrêmement subtil,
pur, & fixe, & l'argent ayant
le soufre blanc fixe & pur que l'on
peut appeler Arsenic ; & quoi-
qu'il soit difficile à qui ne sait pas
la manière de corrompre ces métaux,
@

selon les Anc. & les Modernes. 225

cependant il est certain qu'il
est plus facile de trouver ce qui est
fait que ce qui est à faire.
L'arsenic est la même chose que
le soufre, hors qu'il y a en lui plus
de terre blanche, qu'il n'est pas si
cuit que le soufre, & qu'il contient
quelque peu d'argent-vif ; l'or
contient le soufre rouge plus cuit
& par conséquent plus fixe, &
l'argent contient l'arsenic pur &
fixe ; mais moins que celui de l'or,
mais on change la nature impure
& volatile de l'un & l'autre soufre
en nature pure & fixe, c'est pourquoi
les bons Artistes cherchent
leur soufre dans l'or & dans l'argent,
& ils abandonnent le soufre
& l'arsenic communs.

Du Mercure Métallique.

Le Mercure métallique est celui
qu'on appelle communément
vif-argent, duquel il est nécessaire
de parler un peu au long, d'autant
@

226 De la Pierre

que sans lui on ne saurait rien
faire dans la transmutation des
métaux ; & il est encore plus nécessaire
d'en parler, d'autant que
comme il est la clef pour ouvrir
les métaux parfaits, ainsi que
nous l'avons vu dans les Archidoxes
de Paracelse ; les Philosophes
chimistes qui ont traité
de cet admirable minéral, ont parlé
de cette clef fort obscurément
& par des paraboles difficiles à
être comprises par ceux qui ne
sont pas bien forts dans la physique,
& qui n'ont qu'une pratique
superficielle de la chimie.
J'ai déjà fait voir dans l'introduction
& dans les mêmes Archidoxes,
que tous les corps ont un
soufre & un mercure ; que les Médecins
& Naturalistes appellent
chaleur naturelle & humidité radica-
le, & j'ai montré qu'il y a soufre
& mercure végétal, animal &
minéral ; & quoique ces trois
@

selon les Anc. & les Modernes. 227

viennent des mêmes principes,
c'est-à-dire des qualités élémentaires,
néanmoins le mélange différent
de ces qualités fait que ce
mercure sulfureux des corps est
très différent, & que je ne répète
pas ici, par ce que je suppose qu'on
l'ait bien compris ; car sans cela
tout ce que je pourrais dire est inutile
: & l'on n'entendra pas trop
bien pourquoi tous les Philosophes
Chimistes parlent beaucoup
plus du mercure que du soufre, à
cause que le soufre, comme on
l'a dit, est invisible n'étant que la
chaleur que la matière subtile &
ignée produit, qui est contenue
dans l'humidité visible & onctueuse
qu'on appelle Mercure,
& que pour la chaleur qu'il contient
s'appelle Mercure sulfureux.
Les anciens Philosophes & particulièrement
les Egyptiens qui
n'expliquaient la philosophie que
par des hiéroglyphes & des fables,
@

228 De la Pierre

disaient que ces trois règnes de la
nature, l'animal, le végétal, & le
minéral, étaient partagés entre les
fils de Saturne, qu'ils désignaient
pour la première matière céleste
la plus ancienne & occulte. Jupiter
& sa soeur Junon qui était aussi
sa femme, était le feu & l'air, qui
formaient par leur union indissoluble
le soufre, & ils avoient
l'Empire des Dieux, des Démons,
des Hommes & des animaux, dans
lesquels la chaleur domine sur les
autres éléments ; comme il paraît
par leur mouvement & par l'esprit
supérieur qui leur fait faire tant
d'actions. Neptune avait le règne
inférieur de l'humidité mercurielle,
qui prédomine sur les plantes ;
& comme toute l'humidité vient
de l'eau, il dominait sur tout l'élément
humide aussi bien que tout
ce qui retient de sa qualité. Pluton
était Seigneur des lieux infernaux
& du Royaume des morts,
@

selon les Anc. & les Modernes. 229

c'est-à-dire des choses souterraines,
comme les pierres, minéraux,
& métaux qui paraissent être des
corps morts, non que ces corps
n'aient pas en soi un esprit vital
& sulfureux, mais parce que dans
leur formation la terre saline domine,
& qu'elle a prédominé, de
manière enfin que le soufre qui est
dans leur humidité mercurielle
ne pouvant plus se mouvoir &
agir, est resté comme étouffé par la
surabondance du sel terrestre qui
les fait paraître comme morts.
Empédocle a renfermé dans ces
deux vers la philosophie susdite.

Jupiter ethereus, Juno vitalis ad hos
Dis.
Et nectis lacrimis hominum qua
lumina complet.

Il est donc à remarquer avec
grande attention que l'Artiste qui
sait décomposer les corps minéraux
& métalliques, & les déli-
@

230 De la Pierre

vrer des superfluités du corps
terrestre qui étouffe leurs esprits ;
trouve en eux un mercure ou une
quintessence qui renferment de
grandes propriétés, tant pour la
Médecine que pour la métallique :
car de même que les herbes, quoique
sèches & mortes, ne laissent
pas de contenir & de nous donner
une quintessence de grande
vertu ; de même les minéraux &
métaux, quoiqu'ils paraissent secs
& morts, contiennent aussi un
mercure ou quintessence très subtile
remplie de son soufre, &
d'autant plus efficace & précieuse,
qu'elle est très éthérée & non
sujette à corruption, comme nous
l'allons voir par leur mercure métallique,
qui est comme la matière
dont ils sont composés, comme
la mère qui les a enfanté.
Ce qu'on doit tirer de plus important
de la susdite doctrine,
c'est 1°. Que le mercure animal est
@

selon les Anc. & les Modernes. 231

plus sulfureux & plus pénétrant,
mais plus évaporable ; le mercure
des végétaux est plus aqueux ; &
celui des minéraux plus salin,
& par conséquent moins corruptible.

2° Que chaque mercure, soit
animal, végétal ou minéral, est
différent, pouvant contenir plus
ou moins de soufre, plus ou moins
d'humidité, & plus ou moins de
sels : ainsi le mercure humain a
plus de soufre, c'est-à-dire plus
de feu éthéré que celui des animaux,
comme il paraît par les
distillations de leurs sang ou urines
; il a aussi plus de sels volatils,
n'y ayant pas de comparaison entre
le sang de l'homme & celui
d'une tortue & même d'un boeuf.
Le mercure des laitues ou de
semblables herbes est plus aqueux
que celui des animaux & des minéraux
; le mercure des minéraux
a plus de sel, & particulièrement
@

232 De la Pierre

celui des métaux qui en a d'avantage
que le mercure du vitriol, de
l'alun & du sel commun ; & ces
différences qui sont infinies, font
la différence, comme on l'a dit,
des propriétés des corps différents.
Il est noter aussi que les éléments
grossiers qui forment le
corps qui renferme leur quintessence
ces éléments grossiers, dis-je,
abondent en qualités suivant la
nature de l'essence qui est dans le
mixte. Par exemple, la laitue qui
a un mercure fort humide, son
corps abonde aussi en eau flegmatique
; le vitriol qui a un mercure
fort terrestre, abonde en terre ;
comme les animaux, dont la plupart
ont un mercure igné &
aérien ; ils se résolvent par les flammes
en air, & il ne reste guère
d'eux que quelques cendres, qui
viennent moins des chairs que des
os qui forment la carcasse qui
sert
@

selon les Anc. & les Modernes. 233

sert à soutenir l'édifice de leurs
corps. Il ne doit point paraître
étrange que la quantité des éléments
grossiers qui forment le
corps soient en quantité proportionnelle
aux éléments subtils, lesquels
comme nous l'avons vu au
commencement, forment la quintessence
qui est dans le même corps ;
d'autant que ces éléments subtils
& invisibles sont enveloppés &
contenus dans les éléments grossiers,
visibles & insensibles ; de manière
que l'air subtil, par exemple,
étant enveloppé dans l'air
grossier, & la vapeur humide,
étant enveloppée dans l'eau corporelle,
& ce qu'on appelle sel ne
renfermant que l'humide mêlé des
parties insensibles & des atomes
de la terre ; il en résulte que chaque
semence (qui est la quintessence)
croît par une manière de transmutation
& attraction de ce qui
est plus semblable à elle, au même
V
@

234 De la Pierre

temps attire à soi le grossier avec le
subtil, ce qui est comme je l'ai
dit un des plus grands mystères
de nature, quoi que visible & sensible.
Ces choses étant bien entendues,
il faut venir à la formation
de ce corps admirable qu'on appelle
mercure métallique, & communément
on nomme vif-argent.
Le vif-argent qu'on appelle
aussi vulgairement mercure par similitude,
d'autant qu'il est l'essence
des métaux & particulièrement
de l'or qui n'est presque qu'un argent
vif très cuit & mêlé d'un soufre
pur & fixe ; l'argent vif, dis-je,
vient comme toutes choses des
quatre éléments : tous les Philosophes
fondés sur l'expérience montrent
que sa nature est aérienne ;
mais d'un air humide sulfureux &
médiocrement salin.
Comme l'argent vif est appelé
le jouet des Alchimistes, & que
@

selon les Anc. & les Modernes. 235

grand nombre d'eux ont fait des
travaux infinis sur lui, on a eu
les moyens d'examiner à fond sa
nature, qui est extrêmement subtile
puisqu'il se réduit facilement
en air ; mais ce qu'il y a de remarquable,
c'est que cet air est incorruptible
& indestructible, puisque
l'eau forte la plus violente,
ni le feu même ne peuvent rien
changer dans sa substance, qu'on
trouve toujours telle qu'elle était
auparavant : ce qui fait voir que
toutes ses particules sont très subtiles,
& qu'elles sont si bien unies
les unes avec les autres qu'il n'y
a pas d'agent corporel qui puisse
facilement le pénétrer & le séparer,
de manière qu'il faut quelque
chose de spirituel & homogène
pour le corrompre. Cependant,
comme le vif-argent est un
corps fluide de sa nature, on voit
qu'une eau très subtile & aérienne
entre dans sa composition ;
T ij
@

236 De la Pierre

mais ailleurs comme cette eau
fluide ne mouille point & ne s'attache
à aucune chose (excepté
aux métaux qui sont composés de
sa substance) l'on doit conclure
avec Geber que les particules terrestres
sulfureuses & salines sont
mêlées avec l'eau, en une si juste
proportion, que l'une n'est pas
supérieure à l'autre, c'est-à-dire
que l'humide aqueux ne surmonte
pas le sec terrestre, & c'est pour
cela qu'il ne mouille pas ; comme
aussi que le sec ne surmonte pas
l'humidité, ce qui est cause qu'il
est toujours fluide : & c'est sur ce
principe que tous les Philosophes
Chimistes sont convenus de la définition
de Geber, disant que l'argent
vif dans sa première racine
est composé d'une terre blanche
& très subtile, fort sulfureuse,
& d'une eau claire & nette, unies
ensemble par minima, & de manière
que l'humidité soit tempérée
@

selon les Anc. & les Modernes. 237

par le sec, & le sec également
avec l'humide ; de quoi il en résulte
une substance qui n'a point
de repos, & qui flue lorsqu'elle
est dans une superficie plate ; & ne
s'attache point à ce qui la touche,
à cause de la sécheresse qui tempère
son humidité, l'on juge donc
qu'il est homogène, parce que,
où il s'envole tout en feu, ou bien
il y demeure tout entier quand
on sait l'art de le fixer, ce qui
n'est pas facile. Il est donc aérien
& incombustible, inaltérable, & incorruptible,
ce qui est la plus grande
perfection, & qui n'est accordée
qu'à l'or, qui (comme l'on verra)
n'est qu'argent vif fixé par un
peu de soufre pur & net. Cette
terre sulfureuse fait que quoique
l'argent vif paraisse blanc en dehors,
il est très rouge au dedans,
comme il paraît par sa calcination
au feu sans aucune addition, & par
plusieurs autres expériences que
les Chimistes savent.
@

238 De la Pierre

Les Philosophes qui ont été
curieux de rechercher les principes
de la génération des choses,
conviennent que leur production
vient des semences, & que ces semences
prennent leur accroissement
de quelque matière universel
qui leur est convenable, mais
comme dans la génération des
minéraux l'on ne voit pas des semences
sensibles, & que dans les
lieux où auparavant il n'y avait
aucun minéral, il se produit dans
la suite des siècles ; ils ont jugé
que la chaleur céleste agissant sur
l'humidité qui est dans la terre,
pouvait produire des corps non
organisés, tels que font les sels,
les minéraux, métaux & choses
métalliques. Tout ce qui vient
par des semences & graines sur la
terre, il est évident qu'il prend
accroissement par l'air humide,
soit des pluies, rosées & choses
semblables : mais les choses métalliques,
@

selon les Anc. & les Modernes. 239

& le soufre métallique
ne viennent point des semences &
graines visibles ; il faut croire
qu'ils se forment d'une autre manière,
& que les dispositions même
de la terre qui est comme leur
matrice, forment les principes
métalliques & ensuite les métaux.
Nous avons vu que le soufre se
formait d'une terre boueuse, cuite
longtemps par la chaleur ou soufre
de l'air chaud, & que cette
graisse ou liqueur chaleureuse de
la terre étant enfin desséchée par
une très longue & lente digestion,
forme ce qu'on appelle
soufre.
Or le vif-argent paraît être un
composé dudit soufre très pur &
d'une eau très subtile & claire,
& que l'air humide circulant dans
les cavernes de la terre, s'il trouve
des vapeurs sèches dudit soufre,
ses deux vapeurs se mêlant
ensemble avec l'égalité requise,
@

240 De la Pierre

forment un admirable sujet qu'on
nomme argent vif ; car ces deux
vapeurs étroitement mêlées retombant
dans la suite en petites
gouttes, nous font voir cette eau
si pesante & sèche qui est la base
& comme la mère des métaux &
minéraux métalliques, car avec
l'addition d'autres vapeurs sulfurées,
les métaux se forment de la
manière que nous dirons après.
Mais il faut nous arrêter auparavant
à examiner notre objet ;
c'est-à-dire l'argent vif que nos
Philosophes appellent air ou vent,
d'autant que le mot est la même
chose que l'air ; c'est pourquoi
Hermes a dit que la Pierre est
dans le ventre du vent.
Donc la raison est que ce corps
n'est proprement, comme on l'a
dit, qu'un air humide épaissi dans
les entrailles de la terre par la vapeur
du soufre. Ou peut aussi
appeler air parce que la graisse
sulfureuse
@

selon les Anc. & les Modernes. 241

sulfureuse qui entre dans sa composition,
& s'y mêle en forme
d'exhalaison vaporeuse, de manière
qu'à proprement parler, ce
sont deux sortes d'airs, l'un humide,
l'autre plus sec, qui le
composent ; & comme ces deux
vapeurs sont très subtiles, elles
ne sont pas séparables : de là vient
qu'il est incorruptible ; car pour
corrompre un corps, il faut décomposer
les parties qui le composent
: or nous n'avons rien qui
soit plus subtile que ces deux vapeurs
que la nature a ainsi mêlées.
Il est vrai que le feu peut en un
très longtemps faire que l'argent-
vif devienne un corps sec comme
la poudre, parce que la longue
violence du feu aura dissipé une
partie de son humidité ; ce qui se
connaît en ce que le vif-argent
reste au feu en forme de terre
rouge : mais quand il est fixe, cette
terre n'est plus subtile ou liquéfia-
X
@

242 De la Pierre

ble, & chacun sait que la liquéfaction
vient de l'humidité.
Cette union étroite des parties
qui se sont unies en forme de vapeurs,
fait aussi sa grande pesanteur,
n'y ayant dans la nature
que l'or seul qui tombe au fond
de l'argent vif ; tous les autres
corps, même les métaux, surnagent
: ce qui provient, comme
on le sait, de ce que tous les autres
corps sont plus légers que le liquide
sur lequel ils surnagent ; ainsi
l'huile, quoique liquide, surnage
sur l'eau, parce que l'huile est plus
légère que l'eau.
Mais il faut remarquer avec
attention que quoique l'argent
vif soit tel que nous l'avons
décrit dans sa nature, il a comme
tous les autres mixtes, un corps
impur, c'est-à-dire un eau flegmatique
& une terre salle sulfureuse
qui contiennent le mercure
pur, subtil & essentiel : & comme
@

selon les Anc. & les Modernes. 243

ces impuretés sont accidentelles
elles sont séparables ; mais ce n'est
pas sans beaucoup de difficulté,
à cause que ces impuretés, quoiqu'elles
soient dites grossières,
sont très subtiles : on les appelle
grossières, comparées au subtil du
vif-argent qui forme son essence
très subtile ; c'est pourquoi tous
les Philosophes Chimistes disent
que l'argent vif est infecté de double
mal, c'est-à-dire de lèpre &
d'hydropisie : la lèpre vient de la
terre, & l'hydropisie de l'eau , qui
forment le corps qui contient la
quintessence ; c'est pourquoi Raymond
Lulle dit que l'argent vif
cache sa véritable nature, dans la
profondeur de son ventre. Qui abscundit
naturam suam in profunditate
ventris sui ; c'est pourquoi, tel
qu'il se présente à nos yeux, il est
un corps impur ; & il n'y a dans
la bonne Chimie que sa quintessence
qui soit profitable ; c'est
X ij
@

244 De la Pierre

pourquoi les Philosophes Chimistes
disent que le mercure des Philosophes
n'est pas le mercure vulgaire,
& que ceux qui sont moins
envieux nous recommandent de
prendre le mercure du mercure
& l'argent vif de l'argent vif, sans
pourtant dire la manière d'obtenir
& de séparer cette essence :
mais tenez pour certain qu'il n'y
a aucun composé, si pur qu'il paraisse,
même l'or, qui n'ait ses superfluités
terrestres ou aqueuses, &
ce sont ces superfluités qu'on appelle
taches du péché originel, parce
que l'âme du mixte est salie dans
sa conception de ces taches.
Quoique le vif-argent ne soit
point un métal, il est mis au nombre
des métaux parce qu'il en est
proprement la mère & la substance
; car comme on l'a dit, tous les
métaux sont formés du vif-argent
mêlé avec un peu de soufre, qui
le coagule en forme de métal ou
@

selon les Anc. & les Modernes. 245

demi-métal, suivant les propriétés
& qualités de ce soufre. Ce
qui est visible, & que je sais par
expérience, car en séparant le
soufre des métaux, ils se rendent
tous en argent vif commun.
C'est pourquoi si le vif argent
est engendré dans une terre impure,
& mêlé avec un soufre grossier
& brûlant en petite quantité,
& seulement suffisant à le coaguler,
il produit le plomb si ce soufre
est fort terrestre & à demi fixe,
& se mêle en grande quantité avec
le vif-argent, cela produit le fer :
si le soufre est un peu moins grossier,
mais brûlant en moindre
quantité, il produit le cuivre ; &
si le soufre est en partie blanc comme
l'arsenic, en partie pur &
fixe, & en partie impur & brûlant
non fixe, il produit l'étain ;
mais si le soufre est blanc comme
l'arsenic & qu'au surplus il soit
en petite quantité, très subtil
X iij
@

246 De la Pierre

non-brûlant & fixe, il produit l'argent
: si le mercure est d'une grande
pureté, & qu'il se mêle avec
une très petite quantité de soufre
très pur & très fixe, il produit
l'or : si le soufre est grossier & en
grande quantité, il produit les
marcassites ou les demi-métaux,
comme l'antimoine, le bismuth, le
zinc & semblables qu'on voit être
pleins de soufre terrestre & inflammable.
Il semble donc qu'on puisse dire
que l'or est formé en partie de la
quintessence du mercure & de la
quintessence du soufre, quoique
non pas tout à fait ; ayant, comme
on l'a dit, son corps, qui n'est
pas exempt de superfluités : mais
ces superfluités sont en très petite
quantité, & elles sont si subtiles
& tellement unies avec l'essence
du mercure & du soufre, que le
feu même ne peut pas les séparer
ou disjoindre ; au contraire plus.
@

selon les Anc. & les Modernes. 247

il y demeure, plus il s'y perfectionne
: car les superfluités métalliques
qui ne sont pas de la nature
de l'or, se brûlent & s'en séparent,
& cette perfection lui vient de la
petite quantité de soufre additionnel
& du mercure pur dont
il est formé, qui a en soi un soufre
pur, ainsi que nous l'avons
vu. Ce n'est pas sans raison que
plusieurs ont dit que l'or est un
argent vif cuit par son propre soufre
interne, digéré & cuit par la
chaleur céleste qui contribue à sa
cuisson en plusieurs siècles ; ce qui
n'est pas pourtant bien vrai, quoi-
qu'il approche de la vérité.
L'on voit par là que tous les
métaux imparfaits ne sont qu'argent
vif mêlé avec la vapeur du
soufre brûlant & terrestre : ce qui
est encore visible en ce que tous
les métaux se résolvent en vif-argent
courant ; car si par l'art on
peut séparer le soufre qui les
X iiij
@

248 De la Pierre

coagule, ils se réduisent en vif-
argent coulant, comme je puis
le faire voir par l'expérience ; de
manière qu'on pourrait dire que
tous les métaux ou corps métalliques
sont une espèce de cinabre,
qui est un composé de vif-argent
& du soufre mêlé grossièrement
ensemble. Si l'on ajoute quelque
chose qui s'imbibe du soufre
aérien avec le mercure, alors le
soufre s'en sépare, & le vif-argent
coule à son ordinaire. Il en est de
même des métaux : mais comme le
soufre est plus subtilement mêlé,
on l'en sépare plus difficilement.
Quant à l'or & à l'argent, ils
sont formés de même, hormis que
leur soufre est encore plus subtil,
plus pur & plus fixe, & mêlé
plus intimement avec le mercure,
& particulièrement celui de l'or.
Il faut donc considérer dans la
composition des métaux imparfaits,
une double sulfuréité : la première
@

selon les Anc. & les Modernes. 249

est celle qui est dans l'intérieur
de l'argent vif, qui est essentielle
& incombustible ; l'autre qui
survient est grossière & brûlante,
& fait qu'en se brûlant au feu,
elle élève avec soi l'argent-vif
qui de sa nature est volatil ; d'où
l'on peut conclure que l'argent,
& plus encore l'or, n'ont point de
soufre combustible, mais seulement
le soufre pur & incombustible
de l'argent vif.
Ceux qui voudront voir les
preuves sensibles de ce que nous
avons dit de la nature des métaux,
du vif-argent, & du soufre qui les
composent, n'ont qu'à lire Geber,
dans la Somme de perfection, qui
en parle au long avec des démonstrations
sensibles.
Ce que je puis dire pour détromper
ceux qui ont une opinion
différente, c'est que le vif-argent
qui vient des métaux ne diffère
guère du commun & naturel, quoi
@

250 De la Pierre

qu'il soit vrai qu'il est un peu plus
clair que l'autre ; car par exemple
celui de l'argent est un peu plus
luisant que celui qui vient du
plomb : mais celui-ci bien lavé ou
sublimé, & ensuite revivifié,
acquiert la même splendeur que
celui de l'argent. Cependant aucun
de ces mercures ne dissout radicalement
l'or ou l'argent, comme
plusieurs se l'imaginent, n'y
ayant que la quintessence subtile
du vif-argent qui puisse faire la
dissolution radicale, en pénétrant
les plus petits pores du métal jusqu'au
profond de sa nature.
Il faut dire aussi pour un plus
grand éclaircissement, qu'il ne
faut pas croire que dans une minière
métallique, il n'y ait qu'une
sorte de métal, mais il la faut considérer
comme un champ où naissent
diverses fortes d'herbes. Il en
est de même des mines ; la plupart
des métaux y naissent & s'y
@

selon les Anc. & les Modernes. 251

forment ensemble, avec toutes sortes
de soufres & minéraux, des pierres
opaques ou transparentes, suivant
les dispositions des endroits
de la terre ; de manière que dans
un lieu il y a un petit grain d'or, en
un autre un grain d'argent, ou de
cuivre, ou de plomb, qui sont tous
mêlés de terres sulfureuses ou arsenicales,
aussi bien que de cailloux,
& autres pierres diverses.
Mais la mine prend le nom de
la plus grande quantité de métal,
ou minerai qui y naît. Les Minéralistes
& ceux qui avec attention
ont visité les mines, savent fort
bien ces choses, & que la grande
dépense consiste à séparer les métaux
de ces terres ou soufres : il
faut aussi séparer les métaux les uns
des autres, & il est difficile de trouver
une minière d'argent qui ne
contienne aussi quelque peu d'or ;
mais au Mexique, on n'en sépare
pas l'or, à moins que chaque marc
@

252 De la Pierre

d'argent ne contienne au moins
quarante-cinq grains d'or ; car la
dépense & la peine ne vaudraient
pas le profit. De l'étain de cornouailles
on a trouvé le moyen en
Angleterre d'en séparer bonne
quantité d'argent, sans perdre
l'étain. De même les autres métaux
ont toujours quelque grain
d'un autre métal, & particulièrement
quelque grain de métal
parfait, mais qu'on néglige, parce
que ils ne récompensent pas la
peine & la dépense à les séparer.
On trouve aussi quelques fois
dans les mines du vitriol & même
dans celles du soufre commun
quelque petite quantité de soufre
pur & fixe, qui ont fait de véritables
transmutations d'un métal
imparfait en un autre parfait ; &
j'ai vu un ami qui tirait de l'argent
qu'il brûlait, avec le soufre
commun, il en tirait dis-je beaucoup
d'or, & qui pourtant ne dura
@

selon les Anc. & les Modernes. 253

qu'autant de temps que ce morceau
de soufre dura ; & Bequerus
dans sa philosophie souterraine
rapporte qu'avec de l'eau forte
faite de simple vitriol & salpêtre
à l'ordinaire, un Essayeur de la
monnaie avait tiré de l'argent
plus de quarante mille florins
d'or ; ce qui ne dura qu'autant de
temps que le vitriol & ladite eau
forte dura. Il y a plusieurs illusions
semblables, lesquelles devraient
nous servir à bien connaître la
nature des choses, & particulièrement
celle des minéraux & métaux,
& surtout du soufre & de
l'argent vif qui sont comme le
père & la mère des métaux & demi
métaux, comme l'antimoine,
le bismuth, les marcassites.
Une autre observation que je
crois à propos d'insinuer, c'est
que l'air qui produit le vif-argent
dans les mines, produit aussi sur la
terre les plantes & autres végéta-
@

254 De la Pierre

bles. Si cet air est renfermé &
épaissi dans les mines, de la manière
qu'on l'a dit, il produit les
différents minéraux, selon les dispositions
de la terre qui en est
comme la matrice : mais si cette
vapeur ne s'arrête pas au fond de
la terre, & qu'elle monte dans sa
superficie elle produit, ( moyennant
les semences) les herbes &
les plantes dont les animaux se
nourrissent ; de manière que les
Philosophes, & entre autres Grosparmy,
& ensuite le Cosmopolite,
ont eu raison de dire que l'humidité
aérienne qui contient en soi
le soufre ou la chaleur céleste,
était le mercure universel qui se
spécifiait suivant les matrices de la
terre : ils ont eu raison de dire que
ce mercure universel formait le
mercure végétal ou minéral, mais
que l'un était très différent de
l'autre, criant contre ceux qui
prétendent parvenir à la transmutation
@

selon les Anc. & les Modernes. 255

des métaux avec un autre
mercure que le mercure métallique
qui est le vif-argent, &
ce qui provient de lui, c'est-à-
dire les mercures des métaux parfaits,
en qui seuls est la quintessence
séminale & multiplicative de
leur espèce ; ce qui est aussi un cri
commun de tous les Philosophes
Adeptes, c'est-à-dire de ceux qui
sont parvenus à acquérir & posséder
le secret de la Pierre. L'on peut
voir ces choses plus au long dans
mon traité des essences séminales,
que M. de la Haumerie a fait imprimer
à son nom, avec les expériences
curieuses qui ont été faites
chez moi.
Ceux qui prennent l'air pour
la matière de la Pierre, comme
étant effectivement le mercure
universel & le premier mercure
de tous les mercures, se trompent
grossièrement, pour être trop subtils
; car les Philosophes tous d'une
@

256 De la Pierre

voix nous disent qu'il faudrait
conduire ce mercure universel au
mercure particulier & spécifique
des métaux, ce qui est un ouvrage
de la nature, & que tout l'Art
humain ne saurait faire en mille
ans, comme entre autres le bon
Trévisan, le Cosmopolite, Bacon,
& Richard Anglais, & plusieurs
autres le montrent au long, avec
tous les autres qui tâchent en vain
de corriger ceux qui sans fondement
se dévoient du vrai chemin ;
& la cause de leur erreur est que
nos Maîtres disent que le mercure
des Philosophes n'est pas le mercure
ni l'argent vif vulgaire ; c'est
pourquoi ils ont recours au mercure
universel aérien ; je ne saurais
donc trop répéter que le nom de
mercure qu'on donne à l'argent vif
cil un nom très équivoque : le
nom de mercure, comme nous
l'avons montré au commencement,
signifie proprement l'humide
mide
@

selon les Anc. & les Modernes. 257

radical & essentiel de quelque
corps. Or ce mercure, quand
l'Art l'a tiré de la matière du corps
impur, paraît en forme d'humidité
visqueuse. L'argent vif contient
comme les autres corps son essence,
qui est le vrai mercure des
Philosophes : de manière que
quand ils disent que le mercure
des Philosophes n'est pas le mercure
vulgaire, ils disent vrai ; car,
comme on l'a dit tant de fois, le
mercure des Philosophes est à la
vérité l'humidité subtile &
aérienne ; mais pour la Pierre des
Philosophes, cette humidité est
l'humidité radicale de l'argent
vif qui est son essence séminale,
laquelle est imprégnée de son
soufre pur & fixe. Si l'on entend
bien ces deux mots, on a la clef
pour expliquer plusieurs énigmes
subtiles des Philosophes Chimistes
qui tâchent d'embarrasser les
ignorants, & en même temps de
Y
@

De la Pierre
s'expliquer en vrais Philosophes.
Ce que je viens de dire n'est pas
une invention de ma tête, mais
c'est la sentence de tous les Philosophes.
Tous les Livres de Geber
nous montrent que la Pierre philosophale
n'est qu'un composé
d'argent vif, & que le seul argent
vif est la vraie & parfaite médecine
; mais il ajoute qu'il n'est pas
Sum. notre médecine dans sa nature,
perf lib. quoiqu'il puisse être bon dans certaines
pr. cap. occasions : il dit de plus que
le mercure n'est pas médecine
dans sa nature corporelle & sale ;
& quoiqu'il n'enseigne pas la
vraie manière de le purger & d'en
tirer l'essence, il montre en plusieurs
endroits qu'il la faut rendre
très pure ; car ayant montré
que la Pierre doit se faire de la plus
pure & subtile substance de l'argent
vif, il dit ces paroles remarquables.
On demande ordinairement
d'où il faut tirer cette substance
@

selon les Anc. & les Modernes. 259

pure de l'argent vif ; nous
répondons & déclarons qu'elle se
trouve dans les choses où elle est,
car elle est aussi bien dans les
corps parfaits (comme on l'a
fait voir dans leur composition)
que dans le même argent vif,
il est vrai que dans les corps parfaits,
elle est plus parfaite, mais
plus difficile ; dans l'argent vif
elle est plus facile à avoir, car il
y a plus de facilité à tirer de lui
cette substance subtile, puisque
sa substance est actuellement subtile.
Or il est plus facile de tirer
l'essence subtile du vif argent, que
des métaux parfaits, c'est-à-
dire de l'or & de l'argent ; car
ceux-ci sont si compacts & resserrés
qu'il est difficile de les pénétrer
& de les ouvrir ou corrompre
; mais comme dit Paracelse,
Basile, Valentin plusieurs autres,
après Geber, l'argent vif
est un métal ouvert qui donne
Y ij
@

260 De la Pierre

plus de facilité à l'extraction de
son essence pure & subtile ; &
non seulement il est métal ouvert,
mais sa substance subtile est la
seule qui peut pénétrer le profond
des autres métaux ; d'autant que
comme on dit, ils sont composés
de vif-argent, & que comme
dit la Tourbe, la nature se plaît
avec ce qui est de sa nature.
Mais je vais déclarer le plus
grand secret de l'Art, & que tous
les Philosophes ont caché avec
grand soin. Remarquez que le vif-
argent tel qu'il est, brise & rompt
tous les corps métalliques, mais
cependant il ne les pénètre pas intimement
: si vous en demandez
la raison, vous trouverez que le
vif argent tel qu'il est, est en quelque
manière, grossier & corporel,
c'est à cause de la terre & de l'eau
grossière que nous avons dit qui
accompagnent son essence très
subtile ; dans cet état donc il
@

selon les Anc. & les Modernes. 261

ne peut pénétrer que les pores
grossiers des métaux ; mais si vous
savez le dépouiller de son corps
& avoir son essence subtile, alors
elle pénétrera sans doute les corps
parfaits jusque dans le profond &
le plus profond de leur essence,
& ces deux essences mêlées ensemble
feront la Pierre. C'est pourquoi
J. d'Espagnet entre autres
dit ces paroles remarquables dans
ses règles des secrets hermétiques.
Non seulement les Philosophes les plus
grands, mais l'expérience nous fait
voir que l'argent vif commun dans sa
nature n'est pas l'argent-vif des Philosophes,
mais seulement sa substance
moyenne & essentielle de qui l'argent
vif commun tire son origine & sa formation.
C'est ce que les Philosophes
ont entendu quand ils ont
dit qu'il faut avoir le mercure du
mercure & l'argent vif de l'argent
vif, & que c'est lui qui est le mercure
des Philosophes, & celui qui
@

262 De la Pierre

a la puissance de réincruder & de
corrompre l'or pour en tirer son
essence, qui est celle qui abrège
l'ouvrage de la Pierre Philosophale.
Mais afin que les curieux de ce
trésor entendent mieux ce qu'il
faut faire pour y parvenir, je dis
qu'il faut connaître ce qu'il faut
faire & en quoi consiste cette
médecine qui transmue le vif-argent
vulgaire en argent ou en or,
& qui peut servir aussi à guérir les
maladies des corps humains. Or
pour bien entendre ce qu'il faut
faire, nous n'avons qu'à écouter
la Tourbe qui parlant à Pythagore,
comprend le tout en peu de mots,
disant : notre Maître il me semble
que tout consiste à faire le fixe volatil
& le volatil fixe, ce que plusieurs
autres Philosophes ont dit
en plus de paroles.
En effet tout l'ouvrage consiste
à faire que le corps de l'or qui
est fixe, se ramollisse par l'addition
@

selon les Anc. & les Modernes. 263

d'une humidité de sa propre nature
& qu'il se putréfie de manière
qu'on puisse séparer de son corps.
l'essence séminale ; ce qui se doit
faire, comme on l'a dit, avec une
humidité de la propre nature de
l'or, c'est-à-dire avec une substance
humide & volatile qui soit capable
de pénétrer les pores que
l'eau forte ne peut pénétrer : &
comme il n'y a rien au monde qui
soit plus proche de l'or que la
quintessence de l'argent vif qui est
humide & volatile, il faut se servir
de cette humidité métallique
pour renouveler & putréfier l'argent
& l'or, ce qu'étant fait, il arrivera
que cette humidité métallique
jointe à la vertu séminale
de l'or convertira tout ce
qui est convertissable en sa propre
nature séminale aurifique ; car
après que l'or a souffert l'action
du mercure, l'essence de l'or agit
sur le mercure & le rend fixe com-
@

264 De la Pierre

me est l'or ; mais de cette union
il en résulte une substance qui
tient de la nature de l'or dans la
fixité, & de la nature du mercure
du côté de la subtilité & pénétration
& fluidité au feu.
Et notez que l'or se réduit
en une espèce de pourriture,
& qu'il se résout en une manière
d'eau mercurielle, laquelle
le mêle avec le mercure de l'argent-vif
& il se forme des deux substances
ce double mercure signifié
par les deux serpents entortillés
dans le caducée du Dieu Mercure
si célébré par les Philosophes Chimistes
: ce sont ces deux mercures
qui n'en font qu'un seul & qui ne
se trouve pas sur la terre, mais,
comme dit Hermès, qui doit sortir
des cavernes dorées par le
mercure philosophique & par
l'industrie de l'Artiste.
Chez les Egyptiens les serpents sont
le hiéroglyphe qui marque la corruption
ruption
@

selon les Anc. & les Modernes. 265

ainsi que plusieurs Philosophes
l'expliquent, & plus particulièrement
le Livre intitulé le
grand olympe, qu'on croit être de
Vicot. De manière que (& c'est
ce qui embarrasse le Lecteur) il
faut considérer qu'il y a trois mercures
philosophiques qui ne sont
pas le mercure vulgaire ; le premier
est le mercure de l'argent-
vif, le second est le mercure de
l'or qui est son essence séminale,
le troisième est celui qui résulte du
mélange des deux dans le vaisseau,
& aucun de ces trois mercures
ne se trouve pas sur la terre, & il
le faut faire par l'Art : il y en a
un quatrième ainsi appelé improprement,
car quelques uns ont
appelé mercure philosophique la Pierre
philosophale, d'autant que c'est
une substance qui est formée de
mercure, mais ce nom est en quelque
manière impropre, comme
dit J. d'Espagnet, car le nom de
Z
@

266 De la Pierre

mercure convient à une chose volatile
& humide, & non à une chose
sèche & aussi fixe qu'est la Pierre.
Cependant par la raison que je
viens de dire, quelques uns, &
entre autres Raymond Lulle, ont
pris la liberté de l'appeler mercure
& plus souvent encore Raymond
l'appelle soufre fixe, eu égard au
soufre de l'or qui domine dans la
Pierre. Mais ceux qui ont lu les
Livres, savent que nos Philosophes
ne sont pas chiches de noms,
& qu'à chaque chose ils donnent
des noms divers ; & pourvu que
ces noms ressemblent à quelque
chose qui a quelque ressemblance
à la Pierre ou à quelqu'une de ses
apparences, cela leur suffit.
La Pierre donc consiste dans
l'essence séminale de l'or tirée par
l'essence séminale de l'argent-vif
commun, du mélange & cuisson
convenable desquels il en résulte
une substance moyenne qui tient
@

selon les Anc. & les Modernes. 267

de la fixité de l'or & de la subtilité
& pénétration du mercure, en
vertu de laquelle humidité & subtilité
cette Pierre flue au petit feu
comme de la cire. Cette substance
projetée sur l'argent vif étant
de sa nature très subtile, le pénètre
par toutes ses moindres parties,
s'y joint intimement & le fixe en
or, à cause que cette médecine
tient de la nature fixe, & du soufre
rouge & séminal de l'or ; ce que
ladite poudre fait d'autant plus
facilement, que le vif argent,
comme nous l'avons vu, n'est
qu'un or volatil, comme l'or est
un argent fixe, & qu'ayant dans
son intérieur beaucoup de soufre
rouge, par le secours du feu commun
très brûlant & vif, le mercure
met au-dehors sa couleur aurifique,
aidé par l'essence de l'or ;
ce que j'ai vu nombre de fois arriver
en une heure ou peu plus de
temps. Mais si la médecine est faite
Z ij
@

268 De la Pierre

de la semence de l'argent en moins
d'un quart d'heure, il se fixe en argent
& avec plus de facilité que
la présure ne coagule le lait. Que
si l'on considère que l'argent vif est
en un parfait équilibre entre l'humidité
& le sec (comme nous l'avons
montré) on ne s'étonnera
pas qu'une très petite quantité de
cette terre sèche qu'on appelle
Pierre, mais qui est d'une subtilité
infinie, ne puisse arrêter une grande
quantité de mercure. J'ai vu
plusieurs fois par un seul grain de
cette terre d'or sulfureuse, arrêter
environ dix mille parties de
vif-argent, & le convertir en or
ou en argent à toutes épreuves.
Notez aussi que cette poudre
opère la même chose sur les autres
métaux, & qu'elle ne transmue
de leur substance que le vif-argent,
la partie sulfureuse & terrestre
du métal étant brûlée par
le feu & réduite en scories. C'est
@

selon les Anc. & les Modernes. 269

pourquoi il est nécessaire de laisser
les métaux en fusion plus de
temps, ce qui n'est pas si nécessaire
au vif-argent commun, qui n'a pas
tant d'impuretés : cependant il
ne laisse pas d'en montrer quelque
peu ; car j'ai observé que l'or
qui provient du vif-argent était
en quelques endroits de couleur
verdâtre, ce qui marque assez que
le vif-argent a ses impuretés, &
qu'il diminuait de quelques grains
au départ & à la coupelle, à cause
de la terre impure & humidité
volatile que le feu en chasse ; mais
comme elle est en très petite quantité,
l'argent vif diminue fort peu ;
& cet or verdâtre étant purifié, il
est aussi beau & encore plus que
le commun des mines.
Cette opération par laquelle
l'or répand (par l'Art) sa semence
dans le sein du vif-argent philosophique,
a été comparée par les
Adeptes à la génération des en-
Z iij
@

270 De la Pierre

fants par plusieurs raisons.
1°. Parce que la Pierre qui résulte
de la conjonction des deux
matières (l'or & le vif-argent) cette
Pierre, dis-je, est l'enfant de la
philosophie.
2°. Parce que l'or qui se joint à
l'argent vif est comparé au mâle,
d'autant qu'il est plus chaud &
sulfureux, & que ce soufre est plus
digeste ; & le vif-argent est comparé
à la femelle qui est plus humide
& froide.
3°. Cependant, dans les premiers
embrassements de ces deux
matières, la femelle (disent-ils)
s'échauffe de manière qu'elle
agit sur le mâle, le corrompt & en
tire sa semence, qu'elle nourrit
dans son ventre, & de sa propre
substance, lui donne accroissement
de manière qu'il s'en forme
cet enfant tant chéri, lequel comme
dit Raymond Lulle on trouve
dans le vaisseau au milieu de plusieurs
@

selon les Anc. & les Modernes. 271

superfluités & ordures, comme lorsque
l'enfant vient de sortir du ventre de sa
mère, lesquelles superfluités résultent
plutôt du corps de l'or que du
mercure : car comme on l'a dit,
l'or a ses impuretés terrestres
comme les autres mixtes, quoique
en moindre quantité.
Les allusions que les Philosophes
ont faites sur cette Pierre
naissante, sont infinies : ils l'ont
comparée au phénix ; car de même,
disent-ils, que le phénix dans le
feu renaît de sa propre cendre
plus jeune & vigoureux ; de même
l'or qui paraissait détruit dans le
vaisseau, renaît plus fort & plus
vigoureux, puisqu'il a acquis la
puissance d'engendrer, & de transmuer
tous les métaux inférieurs
en sa propre nature. On l'appelle
Roi du feu, parce que cet enfant est
incombustible ; Salamandre, parce
qu'il vit dans le feu. Plusieurs
noms lui ont encore été donnés
Z iiij
@

272 De la Pierre

par similitude ; les uns l'ayant
appelé Rubis à cause de sa couleur,
Rebis à cause que la Pierre est composée
de deux choses ; mais son
plus vrai nom & le plus commun
est soufre & orpiment. Parce que c'est
le véritable soufre ou quintessence
de l'or ; & quand ce soufre est tiré
de l'argent, il est appelé arsenic,
à cause de sa blancheur. En un
mot on lui a donné tous les noms
des choses avec lesquelles la Pierre
a quelque ressemblance ou rapport,
& qu'on peut voir au long
dans des Livres.
Cette variété de noms innombrables
se multiplie encore par
tout ce qu'on a remarqué dans le
vaisseau pendant que la Pierre se
forme, & que les deux matières
sont encore liquides ; car comme
les yeux du Philosophe sont quasi
toujours attachés à cet ouvrage
sur tous les mouvements & changements
de couleurs qu'on aperçoit,
@

selon les Anc. & les Modernes. 273

chacun a inventé des noms
de choses qui lui ressemblent par
la couleur ou par la consistance.
C'est pourquoi quelques-uns ont
appelé saturne ou plomb, ce composé
des deux matières ; quand ils
l'ont vu noir ; Jupiter, quand ils
l'ont vu commencer à blanchir ;
lune ou argent, quand ils l'ont vu
tout à fait blanc : ils l'appellent
aussi arsenic, talc, yeux de poisson &c.
& dans les intervalles que les couleurs
étaient mêlées & diverses,
ils ont dit que l'Iris paraissait, la
queue du Paon, & semblables
noms ; & passant du blanc au
vert foncé, ils l'ont appelé Vénus
ou cuivre, ou vert-de-gris, & de
là devenant roussâtre, ils l'ont
appelé Mars ou rouille &c. jusqu'à
ce que le rubis transparent paraisse,
quoique à mon avis il me
semble avoir plutôt la couleur de
la Pierre appelé grenade, cette
Pierre étant d'un rouge fon-
@

274 De la Pierre

cé & de pourpre, tel que l'or paraît
après qu'il a été dissous par
l'eau régale ; & précipité en poudre
déliée.
Cette Pierre donc, enfant de la
plus haute philosophie, étant projetée
sur le vif-argent courant ou
sur celui des métaux, qui ne sont
(comme on l'a vu) qu'argent vif
coagulé par un soufre impur &
brûlant, elle change ledit argent
vif en argent ou en or, suivant que
ladite Pierre est formée de la semence
de l'argent ou de l'or ; quoique
de l'or seul on puisse faire l'une
& l'autre médecine, s'en servant
quand la Pierre est arrivée à sa
blancheur, sans la cuire davantage.
Mais afin qu'on ne puisse pas
douter que ladite Pierre doit être
formée de la substance de l'or commun
& du vif-argent commun,
l'un & l'autre réduits en quintessence
par l'industrie du Philosophe,
@

selon les Anc. & les Modernes. 275

nous n'avons qu'à voir les
propriétés que ladite médecine
doit avoir pour produire l'effet
désiré : pour cela écoutons Geber
le maître des maîtres, qui nous
montre que la Pierre doit avoir
sept propriétés : c'est-à-dire, 1°.
L'oléaginosité minérale, 2°. La
subtilité de la matière, 3°. La conformité
avec la chose transmuable,
4°. L'humidité radicale, 5°. La
pureté, 6°. Une terre très fine,
7°. Enfin la teinture pure ; & en
expliquant plus au long ses propriétés,
l'oléaginosité, ajoute-
t-il, est la première propriété, afin
que dans la projection elle se fonde
à la chaleur du feu comme feroit
de l'huile congelée, ou tout
au plus comme de la cire ou de la
poix-résine ; & cela est nécessaire
afin que le vif-argent qui s'enfuit
au feu, ne s'envole pas avant
qu'elle soit fondue : Or cette fusion
facile ne peut se faire sans l'oléa-
@

276 De la Pierre

ginosité de la matière. Et notez,
dit-il ailleurs, & comme Vogelius
le fait remarquer, que ce ne doit
pas être une oléaginosité végétale,
mais minérale & métallique,
comme la troisième qualité le
montre clairement.
La seconde propriété est la
subtilité très grande de la matière,
qui doit être plus que spirituelle,
& plus subtile que l'air ;
& cela est nécessaire, dit Geber,
afin qu'elle puisse pénétrer au
fond & jusqu'au plus profond de
la matière altérable ; car après la
fusion il est nécessaire que la médecine
pénètre en un instant toutes
les parties les plus petites de la
matière que vous voulez changer
ou altérer.
Et notez de grâce que cette
oléaginosité & cette subtilité
pénétrante en un instant, ne se
peut trouver en aucun corps,
tant qu'il est en forme de corps,
@

selon les Anc. & les Modernes. 277

mais seulement dans leur quintessence
qui est (comme on l'a vu
toujours) d'une oléaginosité &
d'une subtilité spirituelle.
La troisième propriété, dit Geber,
est l'affinité ou la proximité
de nature entre l'élixir & la chose
transmuable, laquelle affinité fait
que les deux natures se joignent
facilement ; & sans cette conformité
il ne se peut faire une véritable
union, ni en un instant, comme
il est nécessaire qu'il arrive, si
vous voulez transmuer & fixer
l'argent vif.
Notez donc qu'il est impossible
de faire ladite médecine d'autre
chose que du vif-argent, ou des
métaux qui sont formés du vif-
argent, parce qu'il n'y a aucune
chose qui se mêle avec le vif-argent
& avec les métaux, qu'eux-
mêmes : car, dit Geber ailleurs,
le vif-argent se mêle plus facilement
avec le vif-argent, ensuite
@

278 De la Pierre

à l'or, ensuite au plomb, à l'étain,
à l'argent, au cuivre, & nullement
au fer, si ce n'est par artifice ;
d'où l'on conclut (comme l'expérience
le montre) que les métaux
auxquels le mercure s'unit plus facilement,
contiennent plus de
mercure : il faut donc, si vous
voulez fixer le vif-argent, que la
médecine soit tirée des choses qui
sont plus de sa convenance, tel
qu'est le même vif-argent ou l'or,
ou de tous les deux ensemble, par
les raisons évidentes que nous
allons voir.
La quatrième propriété est que
la médecine est une humidité radicale,
ignée, capable de congeler
& consolider lesdits argents vifs,
& toutes les plus petites parties
& parcelles dans lesquelles ladite
médecine doit pénétrer, & qu'elle
s'unisse de manière avec elles,
qu'elle ne puisse s'en séparer à jamais
; étant nécessaire pour cela
@

selon les Anc. & les Modernes. 279

que l'humidité radicale & gluante
de la Pierre ait, comme on l'a dit,
la plus grande conformité possible
avec l'humidité radicale
gluante de la chose transmuable,
qui est l'argent vif.
Or il n'y a pas d'humidité radicale
qui soit plus semblable, plus
subtile & plus pénétrante, que
l'humidité radicale du même vif-
argent, & ensuite l'humidité radicale
de l'or qui est un argent vif
très pur & très mûr.
La cinquième propriété est que
la médecine soit très pure & très
resplendissante, afin qu'elle puisse
nettoyer & rendre la matière
transmuée resplendissante comme
l'or ou l'argent, & qu'au surplus
cette médecine ne soit pas sujette
à combustion, au contraire qu'elle
préserve de la combustion ; car
après l'union de la médecine avec
la chose transmuable, il faut que
le feu brûle toutes les superfluités
@

280 De la Pierre

étrangères qui n'ont pas été capables
d'être transmuées en or ou
argent, & qui n'ont pu être consolidées
en or on en argent. Ce seul
article & cette seule propriété
doit faire voir qu'il n'y a que ces
deux choses dans la nature qui
ne sont pas sujettes à combustion,
c'est-à-dire l'or & l'argent vifs ; &
même l'or n'a cette propriété que
parce que lui-même n'est qu'argent
vif cuit & fixe.
La sixième propriété est que
cette médecine ( qui est sèche)
contienne en soi une terre fixative,
mais d'une subtilité extrême, tempérée
par l'humidité subtile, également
fine & incombustible, mais
qui se liquéfie facilement & qui se
mêle avec beaucoup de facilité
avec la chose qui lui adhère, &
qui résiste de manière au feu, que
le feu ne puisse la brûler ou l'enlever
avec soi, & cette fixité de la
médecine est absolument nécessaire
saire
@

selon les Anc. & les Modernes. 281

après la purification ; car si
elle n'est fixe, elle ne peut pas
fixer & retenir.
Il faut donc tirer cette médecine
des choses fixes & résistantes
au feu ; & il n'y a rien autre chose
dans la nature qui persévère au
feu avec sa propre liquéfaction
(qui est requise dans ladite médecine)
que le seul or ; le vif argent
est volatil à la vérité, mais nous
avons déjà dit ci-dessus que le
mercure se fixe dans le vaisseau
par la semence de l'or, laquelle semence
est une huile plus fixe encore
que l'or, puisque la fixité est
de l'essence de l'or qui ne se liquéfie
au feu & ne lui résiste qu'en vertu
de cette huile fixe qui est son
essence séminale.
La septième & dernière propriété
de la médecine est de donner
à la chose transmuable & que
la médecine doit transmuer, de
lui donner, dis-je, une couleur
A a
@

282 De la Pierre

resplendissante & parfaite, blanche
ou citrine, soit de lune ou de
soleil, parce que cette condition
est nécessaire après la fixation,
c'est-à-dire il faut qu'elle teigne
de couleur d'or ou d'argent parfait
& de couleur vive avec toutes
les différences connues & certaines
à toutes sortes d'épreuves.
Voilà les sept propriétés de la
médecine qui doit transmuer
l'argent-vif commun aussi bien
que celui des métaux imparfaits
en argent ou en or, que Geber
nous a indiquées, & que tous les
autres Philosophes ont approuvées
comme absolument nécessaires,
& qui montrent évidemment
que ceux qui le cherchent en
d'autres matières que dans l'or &
l'argent vif, sont éloignés de la vérité,
n'y ayant que ces deux matières
qui contiennent l'oléaginosité
minérale, la subtilité pénétrante,
l'affinité réciproque avec les métaux,
@

selon les Anc. & les Modernes. 283

l'humidité radicale métallique
& mercurielle, la terre &
substance fixe & incombustible, &
enfin la splendeur & la teinture
argentifique ou aurifique : c'est
pourquoi, dit Bacon, je m'étonne
qu'il y ait des gens qui cherchent
notre Pierre & notre teinture
en des choses combustibles,
comme les végétaux,les animaux,
& je m'étonne pas moins de ceux
qui la cherchent en des choses
non-métalliques, ou dans des métaux
imparfaits ; étant certain
qu'aucune chose ne peut donner
ce qu'elle n'a point en soi, d'autant
qu'il n'y a que les corps du
soleil & de la lune qui aient la perfection
requise, c'est-à-dire le
mercure, le soufre fixe & l'argent.
Je sais bien que ces gens prétendent
fixer leurs médecines en la
projetant sur l'or qu'ils dirent servir
de ferment, mais ils rêvent ;
car le ferment est celui qui trans-
A a ij
@

284 De la Pierre

mue : c'est la médecine qui est
ferment, & c'est elle qui est le ferment
transmutatif ; la pierre projetée
sur l'or, de la manière que
les Philosophes l'enseignent, étant
un vrai ferment ou levain exubéré,
change l'or en levain, comme
le levain de la pâte change la
pâte en ferment ; & ce ferment
en levain ne changerait pas la
pâte & ne fermenterait pas avec
elle, si le ferment lui-même ne
venait pas de la pâte qu'il doit
changer : mais il est inutile d'ôter
de la tête de certains Chimistes
les folies qu'ils y ont arrangées :
que ceux qui peuvent profitent de
ce que je viens de dire, car cela
suffit aux vrais Philosophes & même
à ceux qui ont quelque teinture
de physique.
Il est vrai que les corps de l'argent
& de l'or dans leur nature
corporelle, ne peuvent pas donner
leur essence séminale qui est
@

selon les Anc. & les Modernes. 285

leur mercure & leur soufre, &
qu'il faut les ramollir & putréfier
afin de séparer le pur de l'impur,
ce qui se fait par la quintessence
du mercure ; & par les deux joints
ensemble l'on forme une substance
moyenne qui participe de la subtilité
& de la pénétration de l'argent-vif
d'une part, & d'une autre
part elle participe de la fixité
de l'or ou de l'argent : mais de
chercher ailleurs ces propriétés
hormis dans le mercure de l'argent
vif & dans le mercure de l'or,
c'est une imagination ridicule ; car
la perfection requise ne se trouve
que dans le mercure de l'argent-
vif & dans le mercure de l'or & de
l'argent ; c'est pourquoi Geber,
après avoir prouvé que la perfection
consiste dans les propriétés
de l'argent vif, il s'écrie, & plusieurs
autres Philosophes avec lui.
Louons donc Dieu, Souverain
Créateur de toutes les natures,
qui a créé l'argent vif & qui lui
@

286 De la Pierre

a donné une substance incombustible,
& une substance avec des
propriétés telles qu'il n'y a aucune
substance qui les possède ; car c'est
lui qui surmonte le feu, & il n'en
est pas surmonté, au contraire il
se repose en lui amiablement & se
réjouit dans son sein, comme il
paraît dans l'or qui n'est au fond
qu'un vif argent bien pur & bien
cuit par la chaleur centrale du
soufre céleste. Ces vérités paraissent
en ce que l'or & le vif-argent
sont presque égaux en pesanteur,
comme aussi par l'union facile qui
se fait entre le mercure & l'or ; car
le mercure, comme on l'a dit, s'attache
plus facilement aux métaux
qui ont le plus d'argent vif, & il
ne s'attache pas aux autres corps,
qui n'en ont point : Il s'attache
même fort difficilement aux métaux
& aux minéraux métalliques
qui ont beaucoup de soufre terrestre,
tel qu'est le fer, l'antimoine,
& semblables, &c.
@

selon les Anc. & les Modernes. 287

Il se joint aussi au soufre quand
le soufre est fondu : & par la sublimation
il s'en fait le cinabre,
ce qui marque aussi que sa nature
interne est sulfureuse & oléagineuse
; mais il s'y mêle difficilement,
quand le soufre est dans sa substance
sèche, à cause (de) la terrestréité
corporelle dont le soufre abonde.
C'est par ces observations &
autres semblables que les Philosophes
sont venus en connaissance
de la nature des choses, du bon
& du mauvais qu'elles contiennent,
& comme le soufre joint
aux autres métaux, les salit, &
lorsqu'ils sont dans le feu, le soufre
s'enflamme, les brûle & les extermine,
ils sont convenus que le
soufre dans sa nature volatile &
brûlante était cause de leur imperfection.
Quoique l'essence du
soufre soit parfaite, oléagineuse
& gluante, c'est le soufre comme
Geber le montre, qui donne les
@

288 De la Pierre

couleurs aux corps métalliques ;
mais son essence pure donne la
splendeur à l'or & à l'argent : c'est
pour cela qu'il proteste, & qu'il
jure que c'est le soufre qui illustre
& illumine tous les corps, car il
est lumière & teinture ; il donne
donc la couleur ou teinture aux
métaux, mais cette couleur est
plus ou moins claire ou resplendissante,
suivant que le soufre est
lui-même plus ou moins pur, &
ce soufre très pur & lumineux qui
est dans le mercure des Philosophes
ne se trouve que dans le mercure,
c'est-à-dire dans la semence
de l'or & de l'argent, & c'est
ce qu'on cherche d'avoir par la
corruption de ces deux corps.
Il est vrai aussi que l'on peut
faire la Pierre du seul argent vif
qui a son soufre en soi, comme le
même Geber & plusieurs autres
Philosophes ont fait ; mais il faut
auparavant le fixer comme ce
grand
@

selon les Anc. & les Modernes. 289

grand Philosophe le montre ; ce
que la plupart des Philosophes
confirment : si du vif argent, disent-ils,
vous pouvez faire l'ouvrage
parfait, vous aurez la plus grande
perfection de la nature, vous ferez
ce qu'elle n'a pu faire, car vous purgerez
intérieurement les métaux imparfaits
qu'elle n'a pu perfectionner. Mais
il nous enseigne aussi en même
temps qu'il faut auparavant fixer
la substance pure du vif-argent,
& après l'imbiber du même argent
vif très pur, afin que la matière
flue, & qu'elle ait toutes les
sept qualités que nous avons vu
qui sont requises dans la Médecine
; car le vif-argent, comme il
le dit ailleurs, ne donne point
la couleur parfaite, si lui-même
n'est pas parfaitement dépuré ; &
il ne pénètre point au profond
des corps transmuables, si l'on n'en
tire sa substance très subtile, & il
ne peut fixer, si lui-même n'est pas
B b
@

290 De la Pierre

fixe : c'est pourquoi pour abréger
l'ouvrage, & pour s'épargner
la peine très grande de fixer le
mercure & de le rendre ensuite
fusible comme de la cire, il dit
qu'il faut prendre un des deux
corps parfaits extrêmement subtilisés
; ce qui se fait, comme je
l'ai dit ; par la très pure substance
de l'argent vif qui est sa quintessence.
Etudiez, dit-il, nos ouvrages,
dans lesquels par un discours
assez clair, j'ai montré que notre
Pierre n'est autre chose que l'esprit
puant (le soufre) & l'eau vive
unis ensemble d'une telle
union, que l'un ne peut se séparer
de l'autre (& c'est de ces deux
choses qu'il a montré que le vif-
argent est composé) auquel il faut
ajouter le corps parfait subtilisé
afin d'abréger l'ouvrage.
Il n'y a donc au fond que l'argent
vif qui entre dans l'ouvrage
philosophique, mais un argent
@

selon les Anc. & les Modernes. 291

vif net, pur, & qui a son propre
soufre en soi, l'un & l'autre bien
fixe ; de manière que tout ce qui
est vif-argent & soufre minéral
pur & fixe est la matière de la
Pierre des Philosophes : il n'y a
point d'autre matière, & c'est là
ou l'on trouve les semences métalliques
parfaites ; car, comme tous
les Philosophes l'enseignent, l'Art
de l'homme ne peut pas faire les
semences, & c'est l'ouvrage de la
nature : ce que l'Art peut faire,
c'est de s'en servir pour multiplier
les espèces, & il ne peut pas en
faire d'avantage. Nous avons assez
montré sans ambiguïté que ces semences
sont dans le vif-argent,
qui est comme la mère de tous
les métaux ; & que pour la métallique
la semence parfaite des
métaux, & dont la perfection consiste
dans la fixité, qu'elle est
dans l'argent & dans l'or, & qu'on
tire cette semence qui est la seule
B b ij
@

292 De la Pierre

substance de la Pierre, & on ne se
sert de l'essence de l'or que pour
abréger l'ouvrage & s'épargner
bien de la peine.
D'où il faut conclure que le
mercure pur, net, fixe, est la
matière de la Pierre philosophale,
& que par tout où on trouve
cette substance ; ou que par l'Art
on a pu la mener à cette perfection
on trouve la matière de la Pierre ;
& que si ce mercure pur & net
n'est pas fixe, on peut le fixer par
l'Art, c'est-à-dire, par l'addition
de l'essence séminale de l'or, ou
bien imitant la nature, qui par
de longues digestions fixe la substance
pure de l'argent vif qui
a en soi son soufre ; ce qui se fait
plutôt ou plus tard, suivant la
perfection de la matière, & suivant
l'industrie de l'Artiste.
De sorte qu'on peut conclure
qu'il y a plusieurs manières de faire
la Pierre, pourvu qu'on ne s'écarte
@

selon les Anc. & les Modernes. 293

pas des susdits principes.
Pour revenir à Paracelse, que nous
nous sommes proposez de suivre
dans cet ouvrage, je dirai que ce
grand Philosophe, lequel non
sans raison s'était attribué le titre
de Monarque des Arcanes, d'autant
que personne n'a manié la Chimie
avec tant de facilité que lui, si vous
en exceptez peut-être Raymond
Lulle, Basile Valentin & ceux de
son Ecole ; mais Paracelse a encore
mieux mérité ce nom que les autres,
en ce que par ses écrits il
nous a découvert une voie véritablement
philosophique, &
moins embarrassée d'énigmes &
de paraboles, ainsi que les autres
ont fait ; & c'est pour cela que je
me suis proposé de mettre ici la
substance & le précis de sa doctrine,
dont la fin sera son grand composé,
ou grand oeuvre. Je rapporterai
donc ici non seulement ce
qu'il en dit dans les Archidoxes
B b iij
@

294 De la Pierre

mais dans son Manuel & dans le
Trésor des Trésors, afin que le
lecteur puisse en tirer les lumières
que son esprit lui suggérera.
Car quoique Paracelse ait fait en
cela comme les autres, néanmoins
s'il n'a pas déclaré tout mot à
mot, d'autant que cela serait blâmable
; il a parlé plus & mieux
que les autres : il a seulement déguisé
quelquesfois le nom des
choses, & en omettant les circonstances,
il a laissé à deviner
beaucoup de choses aux esprits
dignes de parvenir à la perfection
de cet Art.
Il faut donc prendre ce qu'il
nous dira, non comme d'un homme
qui conduit par la main un
aveugle, mais comme une personne
qui met un homme d'esprit
clairvoyant dans le chemin qui
peut le conduire au lieu où il veut
aller, en prenant par lui-même la
précaution nécessaire pour y
@

selon les Anc. & les Modernes. 295

venir ; ce qui lui sera encore plus
facile, s'il se sert comme d'une
boussole des choses fondamentales
qu'il nous enseigne ci-devant
dans ses Archidoxes, & particulièrement
dans les Livres de la quintessence,
qui est le fondement de
toutes les choses qu'il enseigne.
Voyons donc comme il nous enseigne
la manière de faire l'Arcane
de la Pierre.
Mais auparavant, & afin que le
Lecteur ait plus de facilité à entendre
ce qu'il veut dire, il faut
se souvenir de ce que nous avons
dit, que le vif-argent est la seule
matière de la Pierre, & que tous
les corps où il y a du vif-argent,
peuvent par conséquent être la
matière de la Pierre, les uns néanmoins
étant plus proches que les
autres.
Quant à Paracelse, il paraît
que pour augmenter la teinture
de sa Pierre, comme aussi pour la
B b iiij
@

296 De la Pierre

rendre en même temps plus efficace
contre toutes les maladies, il unit
à l'essence du vif-argent l'essence
du régule & de l'antimoine martial :
il semble encore dans le Livre des
Arcanes qu'on ne doit employer
autre chose que l'essence du mercure
seul ; & en effet on peut du
seul mercure faire la Pierre, &
même elle est plus parfaite, comme
Geber l'a dit : si tu peux faire la
Pierre du seul vif argent, tu as trouvé
la perfection des perfections ; mais
pour faire cette Pierre plus facilement,
il fixe cette matière avec
l'essence très fixe de l'or : ce que
je dis paraîtra encore plus clairement
par le dixième des Archidoxes,
qui est la clef des autres ; en
attendant je rapporterai ce qu'il
en dit dans le Livre des Arcanes,
où il cache tout l'ouvrage & toute
la pratique ; voilà comme il
s'exprime au cinquième Livre des
susdits Archidoxes.
@

selon les Anc. & les Modernes. 297

» Prenez du mercure ou bien
» l'élément du mercure (l'essence)
» séparant le pur de ce qui est impur,
» ensuite réverbérez-le à
» parfaite blancheur ; alors vous le
» sublimerez avec le sel armoniac,
» (non avec le commun) & cela,
» tant de fois jusqu'à ce qu'il se
» résolve en liqueur. Calcinez-le
» (coagulez-le) & faites-1e encore
» dissoudre ; & digérez-le dans le
» pélican pendant (un mois philosophique)
» jusqu'à ce qu'il
» se coagule & prenne forme de
» corps dur : alors cette forme de
» Pierre est incombustible, & rien
» ne peut la changer ou altérer ;
» les corps métalliques qu'elle
» pénètre, deviennent fixes & incombustibles
» ; car cette matière
» est incombustible, & elle change
» les métaux imparfaits en métal
» parfait : & quoique j'ai donné
» la pratique en peu de paroles,
» cependant la chose demande un
@

298 De la Pierre

» long travail & beaucoup de
» circonstances difficiles que j'ai
» omises exprès pour ne pas ennuyer
» le Lecteur, qui doit être
» fort diligent & intelligent, s'il
» veut parvenir à l'accomplissement
» de ce grand ouvrage.
Il paraît par ce que dit Paracelse,
que la Pierre qu'il donne ici
est faite de la seule essence du mercure;
& en effet, elle se peut faire,
comme on l'a dit, de la seule substance
pure de l'argent vif ; &
même elle est plus parfaite, si du
seul argent vous pouvez faire la
Pierre. Plusieurs autres Philosophes
disent la même chose ; c'est-
à-dire que la Pierre se peut faire
d'une seule chose, sans y rien ajouter,
& que cette chose est de peu
de valeur & de dépense. D'autres
veulent qu'elle soit composée de
deux choses, c'est-à-dire de mercure
cru & de mercure cuit (l'or;)
d'autres veulent que l'on la compose
@

selon les Anc. & les Modernes. 299

de trois, d'autres de quatre ;
& quoique les trois choses puissent
être interprétées pour le sel,
le soufre, & le mercure, & les
quatre éléments ; cependant il est
certain que plusieurs Philosophes
ont composé la Pierre diversement
& par des régimes différents : &
c'est entre autres choses ce qui
fait la difficulté d'entendre les Livres
qui en parlent, car chacun
décrit la manière qu'il a tenue ne
sachant pas ordinairement ce
que l'autre a fait ou a pû faire.
C'est ce que Paracelse dit lui-
même : plusieurs, dit-il au Livre
X. chap. VI. ont opéré diversement
pour faire la Pierre ;
mais cela ne fait rien à la chose,
puisqu'ils sont tous d'accord dans
les principes & fondements de
l'Art : je vais traduire tout cet article
mot à mot afin que le Lecteur
n'ait rien à désirer.
J'omets ici, dit-il, ce que
@

300 De la Pierre

j'ai dis par ci & par là de la Théorie,
de la Pierre ; je dirai seulement
que cet Arcane ne consiste pas
dans la rouille ou fleurs de l'antimoine
; mais il faut le chercher
dans le mercure de l'antimoine,
lequel lorsqu'il est poussé à sa perfection,
n'est autre chose que le
ciel des métaux (la quintessence:)
car de même que le ciel donne la
vie aux plantes & aux animaux,
de même la quintessence pure de
l'Antimoine vitrifie toutes choses
; c'est pourquoi le déluge même
n'a pu lui rien ôter de sa vertu
ni de ses propriétés : car le ciel
étant la vie des êtres, il n'y a rien
de supérieur à lui qui puisse l'altérer
ou le détruire. C'est pour cela
que Paracelse appelle ciel le mercure
de l'antimoine, & parce que
le régule forme des étoiles. Pour
en donner la pratique en peu de
mots, voilà ce qu'il dit.
Prenez l'antimoine, purgez-le
@

selon les Anc. & les Modernes. 301

de ses impuretés arsenicales dans
un vaisseau de fer, jusqu'à ce que
le mercure coagulé de l'antimoine
paraisse blanc & remarquable
(par l'étoile qui paraît dans la superficie
du régule) mais quoi que
ce régule qui est l'élément du mercure,
ait en soi une véritable vie
cachée, néanmoins ces choses sont
seulement en vertu & non actuellement.

Or si vous voulez réduire la
puissance à l'acte, il faut que vous
dégagiez cette vie qui est cachée
en lui, par un feu vivant semblable
à lui, ou avec un vinaigre métallique.
Pour trouver ce feu plusieurs
Philosophes ont procédé diversement
; mais parce qu'ils convenaient
dans les fondements de
l'Art, ils sont parvenus à la fin désirée.
Car les uns avec de grands
travaux ont tiré du mercure coagulé
du régule de l'antimoine, sa
quintessence, & par ce moyen ils
@

302 De la Pierre

ont réduit à l'acte le mercure de
l'antimoine : d'autres ont considéré
qu'il y avait une quintessence
uniforme dans les autres minéraux,
comme par exemple, dans le
soufre fixe du vitriol, ou de la
Pierre d'Aimant, desquels ils ont
tiré la quintessence, avec laquelle
ensuite ils ont mûri & exalté leur
ciel (antimonial) & l'ont réduit à
l'acte ; leur opinion est bonne, &
pour cela elle a eu son effet. Cependant
ce feu & cette vie corporelle
qu'on cherche avec tant de
peine, se trouve bien plus facilement
& en une plus haute perfection
dans le mercure vulgaire ;
ce qui paraît par sa fluidité perpétuelle
qui marque qu'il y a en
lui un feu très puissant & une vie
céleste (semblable à celle qui est
cachée dans le régule de l'antimoine.)
Or qui voudra exalter notre
ciel métallique (étoilé) & le mener
à sa grande perfection, & réduire
@

selon les Anc. & les Modernes. 303

en acte ses vertus potentielles, il
faut premièrement qu'il tire du
mercure vulgaire la vie corporelle
qui est un feu céleste, c'est-à-dire
la quintessence de l'argent vif, laquelle
est le vinaigre métallique :
ce qui se fait en le dissolvant (comme
on l'a enseigné) dans l'eau qui
l'a produit & qui est sa propre
mère, c'est-à-dire la dissoudre
dans l'Arcane du sel qu'on a décrit
& le mêler avec l'estomac
d'Anthion, qui est l'esprit du vitriol,
& dans ce menstrue dissoudre
& digérer le mercure coagulé
de l'antimoine (le régule) le digérer,
dis-je, dans ladite liqueur, & enfin
le réduire en cristaux d'un vert
jaunâtre desquels nous avons
parlé dans notre manuel.
L'on peut voir par ce que nous
venons de lire, que le Philosophe
qui a pris le nom de Philalèthe, qui
a écrit dans le siècle précédent,
& qui a suivi Paracelse dans son
@

304 De la Pierre

Livre qui a pour titre la porte ouverte
du Palais Royal, au lieu d'éclaircir
ce mystère, l'a obscurci
autant qu'il l'a pu par des noms
& par des termes que l'on sait de
Dragon igné ; c'est ce qui peut lui
faire mériter la malédiction que
Geber donne à ceux qui l'ont précédé,
disant qu'ils ont laissé au
monde non une science, mais un
Art diabolique.
Mais revenons à Paracelse lequel
ayant cité son Livre du Manuel,
je crois à propos de voir ce
qu'il en dit dans sa pratique, pour
en avoir quelque autre lumière ;
laissant à part le reste qui n'est
qu'incertitudes, ou bien théorie,
& réflexions.
Prenez, dit-il, l'électre minéral
non encore mur (l'antimoine)
mettez-le dans sa sphère dans le feu
avec le fer ; pour en ôter les ordures
& autres superfluités, & purgez-le
autant que vous pourrez
suivant
@

selon les Anc. & les Modernes. 305

suivant les règles de la Chimie,
afin qu'il ne souffre point par lesdites
impuretés (faites le régule
avec le mars comme dessus;) cela
fait, faites-le dissoudre dans l'estomac
d'autruche (le vitriol) qui
naît dans la terre, & qui est fortifié
par sa vertu par l'aigreur de
l'aigle (le vinaigre métallique ou
essence de mercure, le grand circulé)
lorsque l'essence est consommée
(dissous) & qu'après sa dissolution
il a pris la couleur de l'herbe
qu'on appelle calendule : n'oubliez
pas de le réduire en essence
spirituelle lumineuse (cristalline)
qui est semblable au succin ou
ambre jaune. Après cela ajoutez-
y de l'aigle étendue (le circulé
susdit) la moitié du poids qu'avait
l'électre avant sa préparation, &
cohobez souvent l'estomac d'autruche
dessus la matière, & de cette
manière l'électre (le régule) devient
toujours plus spirituel. Quand l'es-
C c
@

306 De la Pierre

tomac d'autruche est affaibli par
le travail de la digestion, il faut le
fortifier & distiller souvent & cohober.
Enfin quand il a perdu toute
l'acrimonie, ajoutez la quintessence
tartarisée qui surnage de
quatre doigts, afin qu'il perde
toute l'acrimonie, & qu'il s'élève
avec-elle. Réitérez cela tant de
fois, jusqu'à ce qu'il devienne
blanc, & cela suffit ; car vous
verrez vous-même comme peu à
peu il s'élève en forme d'aigle
exaltée & avec peu de peine il se
convertit en sa forme (en forme de
mercure sublimé) & c'est ce que
nous cherchons pour notre médecine.
Avec cette matière ainsi préparée,
vous pourrez en user pour
un grand nombre de maladies :
vous pourrez aussi le convertir en
eau, en huile, ou en poudre rouge,
& vous en servir en tout ce qui
regarde la Médecine.
Je vous dis en vérité qu'il n'y a
@

selon les Anc. & les Modernes. 307

pas de remède plus grand dans
la Médecine que celui qui gît dans
cet électre ; & qu'il n'y en a pas un
semblable dans tout le monde, &c.
mais afin de ne me point détourner
de mon propos, & ne pas laisser
cet ouvrage imparfait, observez
la manière dont vous devez
opérer.
L'électre étant donc détruit,
comme on l'a dit, pour parvenir
à la fin désirée (qui tend à en faire
une médecine universelle tant
pour les corps humains que métalliques;)
prenez votre électre rendu
léger & volatil par la méthode
enseignée ci-dessus.
Prenez-en autant que vous
voudrez pour le réduire à sa perfection,
& mettez-le dans un oeuf
philosophique de verre, & scellez-le
très bien, afin que rien ne
respire, mettez-le dans l'athanor
autant de temps, jusqu'à ce que sans
aucune addition & par lui-même
C c ij
@

308 De la Pierre

il se résolve en liqueur, de manière
que dans le milieu de cette mer il
paraisse une petite Ile, laquelle
tous les jours diminue, enfin & que
tout soit converti en une couleur
noire comme de l'ancre. Cette
couleur est le corbeau ou l'oiseau
qui vole la nuit sans ailes, & lequel
par la rosée céleste en s'élevant,
retombe continuellement par
une continuelle circulation, se
change en ce qu'on appelle la tête
du corbeau, laquelle se change
ensuite dans la queue du paon, &
ensuite prend la couleur des plumes
du Cygne, & enfin acquiert
une extrême rougeur, qui marque
sa nature ignée, & en vertu
duquel il chasse toutes sortes d'impuretés
& donne de la force aux
membres débiles. Cette préparation,
suivant tous les Philosophes,
se fait dans un seul vaisseau, dans
un seul four, avec un feu égal &
continuel, & cette médecine qui
@

selon les Anc. & les Modernes. 309

est plus que céleste guérit toutes
les infirmités, tant des corps humains
que métalliques ; c'est pourquoi
personne ne peut entendre
ni parvenir à un tel Arcane sans
le secours de Dieu : car sa vertu
est ineffable & divine.
Sachez aussi qu'il ne se peut
pas faire une parfaite dissolution
de votre électre, qu'auparavant
tout le cercle des sept sphères ne
soit révolu ; c'est pourquoi prenez
bien garde à la préparation, car
sans elle il ne se peut pas faire la
dissolution dans l'oeuf philosophique,
& servez-vous de l'Arcane
tartarisé pour ôter les superfluités
qui sont attachées à votre électre
détruit & clarifié ; mais sachez
qu'il ne restera rien de l'Arcane
du tartre, mais seulement il faut
procéder avec lui suivant le nombre
de temps ; c'est par ce moyen
que dans l'oeuf philosophique,
par la vapeur du feu, il se résou-
@

310 De la Pierre

dra tout seul en eau gluante qui
d'elle-même se coagulera par la
digestion, & vous fera voir toutes
les couleurs du monde, & enfin
l'extrême rougeur. Il ne m'est pas
permis de parler ou discourir davantage
de ce mystère, Dieu l'ordonnant
ainsi, car cet Art est véritablement
un don de Dieu ; & c'est
de lui qu'il faut l'attendre : c'est
pourquoi tout le monde ne peut
pas le comprendre, & Dieu le
donne à qui il lui plaît, & personne
ne peut l'extorquer de lui.
Il faut, dit Paracelse, que je
dise aussi quelque chose de l'usage
de cette médecine. Je dis donc
que la dose est en si petite quantité,
qu'il est incroyable, & qu'il ne
faut la prendre que dans du vin ou
en semblables liqueurs convenable
à la personne & à la maladie,
mais toujours en petite quantité
à cause de sa force céleste, &c. l'on
dira peut-être que j'ai écrit de
@

selon les Anc. & les Modernes. 311

manière que cela ne peut pas servir
de beaucoup au Lecteur qui
voudrait apprendre à fond ce
grand secret. Je réponds qu'il ne
faut pas jeter les perles devant
les pourceaux. Dieu donnera le
reste & toute l'intelligence à qui
il voudra. Je n'écris ceci que pour
le commencement ; il faut que
l'Artiste cherche le reste, &
qu'il le trouve.
L'on peut voir par cet aveu de
Paracelse que non seulement dans
son manuel il cache les matières
desquelles il a parlé clairement
dans la clef, qui a été longtemps
sans paraître au public ; mais il
ne dit pas la moitié de ce qu'il
faut faire : cependant pour donner
plus de clarté à cette préparation
de l'antimoine, j'ajouterai
ce qu'il en dit dans sa Chirurgie.
Voici la recette qu'il en donne :
prenez l'antimoine (le régule) réduit
en extrême subtilité, réduit
@

312 De la Pierre

en vitriol par l'Arcane du sel &
du mercure, réverbérez-le dans
un vaisseau bien fermé pendant
un mois suivant l'Art, moyennant
lequel on peut abréger le temps, &
il deviendra volatil léger, en premier
lieu noir, après blanc, ensuite
jaune, & enfin rouge & en continuant
le feu, il sera couleur de
violette.
De cet antimoine il a séparé la
teinture avec l'esprit-de-vin (mêlé
avec l'essence douce du sel) c'est
cet extrait qu'il appelle la noble,
& divine teinture du Lili, bien différente
de celles que les Apothicaires
vendent sous le nom de Lili ou
Lilium.
Et il se sert de cette teinture
tant extérieurement pour les blessures
qu'il guérit en vingt-quatre
heures, comme il le dit dans les
Archidoxes, comme aussi pour
prendre intérieurement pour
grand nombre de maladies.
Pour
@

selon les Anc. & les Modernes. 313

Pour donner une plus grande
lumière à la composition de la
Pierre, suivant Paracelse, je mettrais
ici ce qu'il dit dans la clef, où
l'on verra que pour l'entière perfection
de cette Pierre, il faut
ajouter de l'or préparé philosophiquement
; voici ses paroles
les plus importantes, & en
abrégé.

Du grand composé ou grand Oeuvre
chap. 8. & 9.

D'autant que dans les Paramires
& dans mes autres Livres,
j'ai assez parlé de la théorie de ce
grand composé, je parlerai ici
plutôt de la pratique, c'est-à-dire
de quelle manière on doit composer,
& unir le soleil avec le ciel
(le régule étoilé qu'il appelle ciel)
ou si vous voulez comme il faut
unir le ciel avec sa terre (céleste
du soleil.)
Mais parce que ci-devant j'ai
D d
@

314 De la Pierre

enseigné la préparation du ciel
(du régule étoilé) & que je l'ai enseigné
sous le nom de l'Arcane de
la Pierre, je n'en parlerai point
ici ; & d'autant que ledit régule
tout seul ne peut être de grande
utilité pour le corps humain,
comme la seule semence de l'homme
ne peut rien produire dans celle
de la femelle, de même la matière
dudit Arcane ne peut influer que
ce qu'il y a en soi de céleste, c'est-
à-dire influer sur l'humeur radicale
& restaurer le baume de la vie ;
c'est pour cela qu'il faut l'unir
avec sa masse terrestre, (le soleil
terrestre) & l'unir avec-elle, afin
que la masse charnelle de l'homme
soit entièrement confortée, &
que non-seulement un membre,
mais tout le corps soit rétabli en
santé parfaite.
Il faut donc prendre une telle
substance corporelle qui soit égale
en nature au soleil supérieur, &
@

selon les Anc. & les Modernes. 315

qui contienne en en soi les propriétés
& perfections de tous les autres
astres souterrains, c'est-à-dire de
tous les minéraux de qui on peut
tirer l'essence qu'on appelle astre
d'un tel corps, parce qu'elle est incorruptible
comme les astres ;
cette essence du ciel coagulée,
c'est-à-dire le soleil réduit en son
essence, est si exaltée dans son
élément tempéré des quatre qualités,
qu'elle retient avec soi sa
propre demeure, c'est-à-dire les
éléments superflus & impurs, de
manière que ni les uns ni les autres
ne peuvent pas être détruits &
surmontés par aucun élément ; &
que l'habitant (l'essence de l'or)
qui est un baume corporel très
fixe, qui est caché dans ce corps
de l'or est éternel & incorruptible.
Si vous voulez donc, comme on l'a
dit, guérir en effet tout le microcosme
humain, il faut joindre ce
baume corporel & fixe au baume
D d ij
@

316 De la Pierre

Spirituel & volatil du baume céleste
de l'antimoine & de l'argent
vif qui le tire, & pour cela il faut
mettre discorde entre les éléments
qui composent l'or, de manière
que les éléments superflus qui sont
dans l'or, puissent être séparés de
l'élément prédestine & fixe qui est
son essence séminale, afin qu'il
reste seul sans une si mauvaise
compagnie, éternel & fixe : si ensuite
ce corps mort du soleil est
nettoyé de ses superfluités, & qu'il
soit réduit en une nature spirituelle
& volatile, alors vous aurez
le véritable mercure sublimé
& résolu du soleil dans sa perfection
; bien différent de ce soleil
horizontal que les Charlatans
vantent & vendent aux Idiots,
Chap. IX. du Baume corporel ou Mercu-
re du soleil.
Pour mettre la discorde entre
les éléments purs & impurs du soleil,
@

selon les Anc. & les Modernes. 317

il faut que vous mettiez ce
corps solaire en une forte dissolution
avec un feu flegmatique qui
est la quintessence du tartre (non
commun, mais mercuriel) & qu'il
y demeure dans sa propre chaleur.
Par cette quintessence du tartre
philosophique, l'élément de l'air
s'augmente fort dans le composé
du soleil, & par cet air qui attaque
l'élément fixe du soleil, & qui est
comme son propre feu, il est tellement
gradué en qualité, qu'il peut
vaincre & surmonter les autres
éléments & les détruire, & séparer
de lui (de l'élément prédestiné qui
est l'essence.)
Putréfiez encore ce corps détruit
avec la quintessence du tartre
& l'autruche, & par sa propre
sublimation, convertissez-le en
matière de mercure : par ce moyen
restera l'élément mercuriel du soleil
seul & hors de sa maison. Mais
d'autant qu'il est encore mêlé
D d iij
@

318 De la Pierre

avec son tartre superflu, c'est pour
cela qu'il l'en faut séparer. Dissolvez-le
donc dans l'eau du sel
circulé, corrompez-le, le tartre
se précipitera au fond, sublimez
ce qui est pur dans l'athanor dans
un réverbère bien bouché, dissolvez
sur le marbre & putréfiez encore.
De cette manière vous aurez
le mercure sublimé du soleil
exalté & réduit en sa première
matière (pure) solaire, résoute &
exaltée au souverain degré.
Chap. X. de la composition du Baume
spirituel de l' antimoine du Bau-
me coagulé du soleil.
Ainsi que je l'ai dit, cette grande
composition se doit faire dans
un oeuf philosophique, & ainsi
nous mettons fin à ce grand Oeuvre.
Voilà le grand composé ou
Oeuvre de Paracelse dans la description
@

selon les Anc. & les Modernes. 319

duquel comme il a caché
les matières sous d'autres noms,
que le bon Philosophe connaîtra
facilement (particulièrement
étant instruit par tout ce qu'on a
dit dans les Archidoxes) il est à
croire aussi que dans la pratique
il a omis beaucoup de choses
nécessaires, ou ajouté d'autres
qui non seulement peuvent être
inutiles, mais dangereuses. Il nous
met seulement dans le chemin, &
il laisse au bon jugement de celui
qui est bon Philosophe & qui a de
l'expérience, de se bien conduire
au lieu & à la fin qu'il s'est proposée.
Je pourrais peut-être éclaircir
quelque lieux obscurs & nommer
les matières ; mais de crainte d'induire
le Lecteur en erreur, je me
désiste, & je ne laisse à son bon jugement
à les démêler.
Je me renferme à faire remarquer
deux choses, que ce grand
homme nous insinue en peu de
D d iiij
@

320 De la Pierre

mots, afin de détromper ceux qui
croient que l'or est une substance
homogène & tout à fait pure ; ce
qui est contraire à ce que tous les
bons Philosophes Chimistes nous
assurent, & à la raison : car tous
les mixtes sans exception sont
composés de deux substances,
c'est-à-dire d'âme & de corps ;
l'on a dit & démontré que leur
quintessence est leur âme & leur
semence, de laquelle les Philosophes
ont parlé très obscurément,
hormis Paracelse. Le corps qui est
comme la maison & la demeure
de cette âme ou l'essence séminale,
est une terre & une eau qui sont
plus ou moins subtiles, selon la nature
du composé. L'or donc a
comme les autres choses son essence
séminale pétrie, pour ainsi dire
avec une terre une eau très subtile
& minérale ; mais l'essence du
soleil est si fixe, dit Paracelse, elle
est si tenante, & si glutineuse,
@

selon les Anc. & les Modernes. 321

qu'elle conglutine & retient fortement
avec elle les autres éléments
superflus & impurs ; de sorte que
le feu qui détruit & décompose
tout, ne pouvant pas pénétrer &
séparer les parties glutineuses &
essentielles de l'or, il ne peut pas
emporter non plus ou détacher
les autres éléments impurs qui
sont collés & mastiqués (pour ainsi
dire) ensemble dans les plus petites
parties ; de manière que le
corps impur est retenu au feu par
le pur, qui est l'essence glutineuse.
Il n'y a donc qu'une seule essence
plus humide de la même nature
que l'essence de l'or, mais plus
subtile & aérée, qui se joignant
à l'essence de l'or, puisse les pénétrer
& séparer des éléments ; mais
notez que quoique l'on dise que
les parties impures de l'or sont fort
grossières, cela se doit entendre
en comparaison des particules de
son essence qui sont aussi subtiles
@

322 De la Pierre

que la lumière du soleil, de manière
que quand on dit que le
corps impur de l'or est grossier,
cela se doit entendre en comparaison
de l'essence ; car d'ailleurs ce
corps grossier doit être considéré
comme fort subtil en comparaison
des autres choses.
Cette connaissance nous mène
à connaître quelle est la nature
du vif-argent, lequel quoi-
qu'il soit composé d'une âme pure
& céleste, & d'un corps impur &
terrestre comme les autres mixtes,
cependant difficilement on peut
en séparer ses superfluités grossières
; car si vous les mettez au feu,
au contraire de l'or qui retient
avec lui son corps, l'essence du vif-
argent qui est extrêmement subtile
& volatile emporte avec elle
son corps, & ils s'enfuient ensemble,
de manière qu'on le trouve
toujours le même ; car le corps
du vif-argent est aussi d'une très
@

selon les Anc. & les Modernes. 323

grande subtilité aérienne, & mêlé
intimement avec l'essence du vif-
argent, il s'envole avec l'essence.
Comprenez donc que le corps
impur a toujours quelque ressemblance
avec la nature de l'élément
pur & prédestiné.
Ce qui doit nous faire connaître
que l'essence interne du vif-
argent est si subtile & si subtilement
mêlée avec un eau & une
terre très subtile, que lorsque
l'essence sent le feu, étant de nature
aérienne, elle se dilate en vapeurs
; & comme elle est parfaitement
pétrie avec toutes les parties
de son corps qui sont très subtiles,
comme elle, l'âme mercurielle
emporte le corps avec-elle,
par l'étroite union qu'elles ont
ensemble, comme Geber le dit en
parlant des parties soufreuses &
de l'eau claire qui composent ce
mixte qu'on appelle vif-argent ;
affirmant qu'elles sont d'une com-
@

324 De la Pierre

position très subtile, qu'elles sont
très fortes & tenantes ensemble,
& que difficilement on peut séparer
l'une de l'autre.
Or comme Paracelse nous montre
que pour faire la séparation
de l'âme essentielle du corps impur
& accidentel, il faut un feu
flegmatique qui se joigne à l'élément de
l'air & du feu, qui forment l'essence
du soleil, afin que par ce feu
humide aérien qui prédomine
dans le composé, on le puisse corrompre,
en conservant la nature
spécifique de l'essence séminale
aurifique. De même il faut introduire
dans la substance du mercure
une humidité gluante, mais
très subtile de sa propre nature,
afin que par ce moyen on puisse
corrompre & séparer les éléments
impurs de ceux qui sont purs : bien
entendu que cette substance qu'on
introduit dans le vif-argent, soit
aussi de sa nature, afin que son
@

selon les Anc. & les Modernes. 325

essence séminale ne soit point gâtée,
altérée ou éloignée de la nature
métallique, mais qu'elle sorte
de son corps impur avec la pureté
de cette âme céleste qui peut
pénétrer tous les corps métalliques
& les corrompre avec la conservation
de leur essence spécifique
& séminale qui peut le multiplier
à l'infini, comme celle des
plantes & des animaux, ainsi que
savent les Artistes Philosophes,
& que le Cosmopolite entre
autres nous le montre assez distinctement
dans ses douze Traités.
Car pourquoi dit-il, Dieu aurait-
il privé les métaux de semence
multiplicative ? ils l'ont comme
les autres choses, elle est donc enfermée
étroitement dans leur
corps, & ils ne peuvent pas la
mettre dehors.
Ces choses que le seul Paracelse
nous a enseignées avec toute la
clarté possible & convenable à
@

De la Pierre
cet Art, étant supérieures à toutes
les autres doivent être bien
examinées par un Physicien de
pratique, & méritent aussi
qu'avec la reconnaissance convenable
nous accordions à ce grand
homme le titre qu'avec raison il
s'est attribué, de Monarque des
Arcanes de la Philosophie chimique. Il
ne déclare pas tous les mystères de
la pratique de l'art ; car cela serait
le profaner, & ce serait renverser
l'ordre des choses : mais du
moins il a mis les curieux de cette
science dans un si bon chemin,
que les bons esprits, fondés sur les
principes de la bonne philosophie,
en connaissant les véritables
matières, & corrigeant leurs erreurs,
pourront avec du travail
& de la peine parvenir au moins
à faire des médecines excellentes
& précieuses, & pourront enfin
après beaucoup d'expériences
parvenir encore à des choses plus
grandes pour la métallique.
@

selon les Anc. & les Modernes. 327

Ce que j'ai fait, n'a été que
d'exposer sa doctrine avec plus
d'ordre & de clarté, pour faciliter
aux Curieux l'intelligence des
choses que les autres n'ont mis
que très obscurément ; laissant
à la postérité, comme dit Geber,
une recherche diabolique. Qu'ils
soient donc maudits éternellement,
ajoute Geber, & je
mérite aussi de l'être si je ne
corrige pas leurs erreurs : car
cette science n'a besoin d'être absolument
cachée, ni d'être tout à
fait manifestée : c'est ce que Paracelse
a fait ; les vrais Physiciens
lui en sauront gré sans doute,
& à moi peut être, qui en ai facilité
l'intelligence.

De l'ouvrage de la Pierre philosophale
des Anciens, faite avec se seul vif-
argent, soit par la voie qu'on appelle
sèche, & par la voie humide.

Il est constant que la Pierre des
Philosophes se peut faire avec le
@

328 De la Pierre

seul argent vif, mais cet ouvrage
est fort difficile & fort long. Il est
constant aussi que plusieurs Philosophes
disent que la Pierre est
composée d'une seule & unique
matière, qu'elle se fixe d'elle-même,
& qu'on n'y ajoute rien d'étrange
: & quoi que l'or ne soit
point étrange au vif-argent, &
qu'on puisse dire que c'est un
énigme des Auteurs qui parlent
ainsi ; je pourrais démontrer que
l'on n'ajoute l'or à la Pierre faite
du seul argent vif, que pour le
fermenter, & afin de rendre la
Pierre susdite parfaitement fixe :
mais comme il faudrait rapporter
les passages des Auteurs, & que
j'ai en vue la brièveté, ceux qui
lisent les Philosophes chimistes
connaissent bien que je n'avance
rien qui ne soit vrai.
J'avertis seulement ceux qui
étudient, que nos Philosophes
ayant opéré diversement, & chacun
cun
@

selon les Anc. & les Modernes. 329

ayant parlé de ce qu'il avait
fait, on croira qu'ils se contredisent
les uns les autres si l'on ne distingue
pas leurs divers ouvrages :
ce qui doit servir d'avis pour accorder
les diverses contradictions
apparentes des Auteurs, desquelles
Theobaldus de Hoghelande a
fait un long Traité qu'on a inséré
dans le premier volume du Théâtre
chimique, qui prouve que les
difficultés qu'il y a dans la
Chimie pour trouver les moyens
de faire la Pierre, viennent de la
discorde des Auteurs qui en ont
traité, lesquels outre leurs énigmes
& paraboles, ne conviennent
pas des moyens pour y parvenir
; ce qui, comme je l'ai dit
provient des manières diverses
dont chaque Auteur opère, comme
aussi de ce qu'ils ont employé
des manipulations diverses : car
quoique les matières au fond ne
soient qu'argent vif, néanmoins
E e
@

330 De la Pierre

elles sont diverses par les accidents.
Il y a apparence que la Chimie
a eu le sort de tous les autres Arts
& Sciences, qui peu à peu se sont
perfectionnés, & même rendu
plus faciles. Paracelse en touche
quelque chose, en disant que
les Anciens avoient fait la Pierre
avec de grandes fatigues & travaux
; en effet si on voulait la faire
avec le seul mercure, & de la manière
que Geber le Maître des Maîtres,
nous l'indique au chapitre
de la Médecine du troisième ordre,
il faudrait une peine & une assiduité
très grande sans conter le
danger de la fracture des vaisseaux.
C'est apparemment l'ouvrage
des Anciens qui n'avoient
envisagé que la simple fixation
du mercure par un feu violent,
après laquelle fixation ayant
trouvé que cette matière n'avait
ni fusion, ni ingrès dans les corps
métalliques, ils furent inspirés
(car tout vient du ciel) de tenter
@

selon les Anc. & les Modernes. 331

l'incération avec du nouveau vif-
argent non fixe, & enfin de fermenter
cette Pierre avec l'or ; &
voilà en peu de mots comme
Geber nous l'a dit.
Il faut, dit-il, prendre la très
pure substance du vif-argent &
en fixer une partie, & garder l'autre
partie pour en imbiber la partie
fixe, jusqu'à ce qu'elle prenne
vie & que le tout se sublime,
réitérant les sublimations tant de
fois jusqu'à ce que le volatil se
fixe de nouveau, imbibant encore,
volatilisant, & fixant plusieurs fois :
car de cette manière, cette médecine
précieuse par les imbibitions
& fixations réitérées, acquiert
toujours des degrés nouveaux de
perfection & de subtilité ; de sorte
qu'un poids ira sur cent, après
sur mille, & en réitérant sur dix
& sur cent mille, & à l'infini.
Néanmoins Geber lui-même
indique que pour abréger cet ou-
Ee ij
@

332 De la Pierre

vrage, non moins pénible que
long, on peut se servir d'un mercure
déjà fixé & perfectionné par
la nature c'est-à-dire du corps
de l'or ; mais qu'auparavant il
faut atténuer cet or ; & quoiqu'il
ne dise pas entièrement tout ce
qu'il faut faire, il nous montre au
moins la voie.
Il semble aussi que Paracelse lui-
même dans son cinquième Livre
des Archidoxes, parle de cette
manière de faire la Pierre. Au
nom de Dieu, dit-il, prenez le
mercure ou l'élément du mercure
(la quintessence) & séparez le pur
de l'impur, réverbérez-le jusqu'à
la blancheur, après l'avoir fixé
(sans quoi on ne peut le réverbérer)
sublimez-le ensuite avec le sel
armoniac (c'est-à-dire avec la
même matière du mercure qui est
son harmonie & concordance,
comme dit Lulle) & cela tant de
fois, qu'il se résolve de nouveau ;
@

selon les Anc. & les Modernes. 333

calcinez-le encore, & faites le résoudre
de nouveau faites-le digérer
dans le pélican, afin qu'il se
coagule en forme de corps : alors
il n'est plus combustible, & rien
ne le peut consommer ni altérer
sa nature.
Cette manière de faire la Pierre
revient à peu près à celle que
Geber nous donne ; mais nous
avons déjà vu ci-dessus que Paracelse
avait des manières plus sûres
& plus faciles, lesquelles sont peut-
être fort différentes de celles de
ses prédécesseurs ; & qui étant plus
parfaites & plus sûres, ce n'est pas
sans raison qu'il avait formé une
nouvelle école, & qu'il s'était arrogé
le titre de Monarque des Arcanes.
Non seulement Paracelse avait
trouvé une manière différente de
faire la Pierre, la composant de la
quintessence de l'antimoine & de
la quintessence de l'or, & de la
quintessence du vif-argent qui
était le médiateur & l'instrument
@

334 De la Pierre

pour tirer l'un & l'autre quintessence
; mais Basile Valentin se
servait aussi de la quintessence du
mars & de vénus pour exalter la
teinture de l'or, & de la quintessence
du mercure qu'il appelle
esprit de mercure, qui est toujours le
moyen & l'instrument pour extraire
les âmes métalliques, & sans
lequel il assure comme les autres,
que l'on ne peut rien faire. Voyez
son Livre des sept teintures, où en
parlant du mercure, il dit que
sans l'esprit du mercure, on ne
peut rien faire, & qu'il est la clef
de toutes les autres clefs.
Raymond Lulle, avant ceux-ci,
avait fondé aussi une école qui fut
soutenue par de grands hommes,
comme Rupecissa, Ch. Parisinus,
Ripleus & plusieurs autres ; mais
quasi tous, hormis Paracelse, ont
caché avec grand soin cette clef
qui ouvre tous les métaux, & en
tire leur âme ou quintessence. Il a
@

selon les Anc. & les Modernes. 335

fait plus : c'est qu'il nous a montré
une partie des moyens pour
avoir cette quintessence ou esprit
de mercure par la quintessence du
sel : il nous a montré aussi une
manipulation de l'un & l'autre
Arcane ; & quoi qu'il ait omis
beaucoup de choses, & qu'il aie
même en quelques endroits déguisé
les noms de certaines matières
nécessaires ; il serait très condamnable
s'il avait fait autrement.
Comme la doctrine de Paracelse
m'a paru non seulement mieux
fondée en principes physiques,
mais encore plus claire & plus
instructive, & même plus facile,
& plus universelle, embrassant
toutes les médecines qui se peuvent
tirer des végétaux, animaux
ou minéraux, tant pour les médecines
des corps vivants, que des
corps métalliques ; c'est pour cela
que je me suis attaché à la mettre
d'une manière que le lecteur
@

336 De la Pierre

puisse l'entendre plus facilement :
il pourra aussi consulter ses Livres,
à l'intelligence desquels je crois
que cet écrit donnera beaucoup
de lumières.
Qu'on s'attache donc à l'extraction
des essences végétables
& animales pour remédier aux
maladies du corps humain, se
ressouvenant que Paracelse dit,
que l'expérience nous montre,
que chaque chose à ses propriétés
particulières. On peut encore former
des Elixirs qui sont bons à
plusieurs maladies diverses, que
l'on fait en mêlant plusieurs de ces
quintessences ensemble, & les faisant
digérer, afin qu'elles se purifient
& se communiquent réciproquement
une vertu plus grande
& plus étendue. Mais comme
dans les Elixirs que Paracelse
nous donne, il y a ordinairement
la quintessence, ou de l'or, ou du
mercure, ou de l'antimoine, cela
fait
@

selon les Anc. & les Modernes. 337

fait que ces élixirs ne sont faisables
que par les enfants de cet Art,
quoi qu'il soit vrai aussi qu'ils excellent
sur les autres.
Si le Lecteur n'est pas content
des médecines médiocres & plus
faciles, qu'il aspire à des choses
plus grandes, & plus difficiles,
qu'il s'applique à l'extraction des
quintessences des métaux ou des
marcassites, dans lesquels Paracelse
dit qu'il y a autant de vertus
que dans les métaux mêmes (hormis
l'or.)
Qu'on s'applique à l'extraction
des essences des sels, sans lesquels
lui-même vous dit que vous ne
pouvez pas avoir l'essence & l'âme
des métaux, ni celle du vif-
argent qui est la véritable clef des
corps métalliques, & le vrai sel
armoniac qui concorde avec la
nature métallique interne, laquelle
quintessence du mercure
étant astrale & pure, & pénétrant
F f
@

338 De la Pierre

les métaux, ne tire avec soi que la
chose qui lui ressemble, c'est-à-
dire l'être & l'essence pure du
métal auquel elle se joint.
Paracelse se sert, pour les extractions
de l'âme des métaux &
du mercure, en particulier de la
quintessence du sel commun préférablement
à tout autre, parce
que le sel marin est le principe &
la source de tous les autres sels, &
que le vif-argent lui-même est une
eau visqueuse qui a affinité avec le
mercure visqueux du sel : mais on
peut se servir aussi, à mon avis, de
l'essence de quelque autre sel.
Les métaux étant formés de
vif-argent coagulé par le soufre &
par l'essence saline qui abonde
dans tous les corps des minéraux,
l'essence du sel ne leur est pas tout
à fait étrangère ; mais celle du
mercure leur est très prochaine,
de manière que celui qui veut
réincruder & corrompre les corps
@

selon les Anc. & les Modernes. 339

métalliques & conserver l'espèce
métallique qui est mercurielle,
ne doit & ne peut se servir d'autre
essence que de celle qui leur est
très proche, c'est-à-dire de l'essence
du vif-argent, qui est une humidité
métallique, & qui seule
peut putréfier ces corps secs ; sans
quoi on ne peut séparer le pur de
l'impur : ce qui est si évident &
ce que j'ai démontré si clairement,
qu'à moins de vouloir être
obstinément fixe dans ses prévention,
on ne peut pas en douter,
pour peu qu'on ait quelque teinture
de Physique & un peu de pratique
des manipulations chimiques,
& de la nature des métaux.
Que ceux qui travaillent &
qui désirent de parvenir au sublime
de cette science véritablement
divine, puisque Dieu l'a inspirée
aux hommes par sa seule bonté,
il faut nécessairement que s'ils
tendent au sublime de cet Art qui
F f ij
@

340 De la Pierre

est la Pierre philosophique ; il faut
dis-je, qu'ils croient aux Philosophes,
& à la vérité qu'ils leur
crient à grande voix, qu'ils laissent
à part, pour ce grand oeuvre, les natures
& comme
dit Pythagore dans la Tourbe,
qu'ils prennent nature métallique ; car
il n'y a que les choses minérales &
métalliques qui conviennent &
qui aient quelque rapport aux
choses minérales & métalliques.
Qu'ils ne prennent pas les corps
impurs de ces choses, mais leurs
âmes pures, c'est-à-dire leurs
quintessences : car des corps impurs,
quand même ils seraient
métalliques, il n'en peut pas venir
une chose qui purifie les corps
impurs & qui puisse les réduire à
la plus haute perfection. Il faut
donc que la médecine soit formée
d'une matière poussée au plus
haut degré de pureté & de perfection,
telle qu'est la quintessence
@

selon les Anc. & les Modernes. 341

de l'or & du vif-argent, afin
qu'elle puisse communiquer abondamment
la perfection aux corps
que les autres n'ont pas.
Voilà ce que tous les Philosophes
qui ont écrit de cet Art nous
enseignent assez clairement ; mais
ils nous ont fermé la porte, d'autant
qu'ils ne nous enseignent pas
les moyens d'opérer.
Le seul Paracelse nous a montré
le chemin d'y parvenir ; mais il
faut cheminer & ne pas s'arrêter ;
il faut travailler & faire effort
d'esprit, sans quoi il ne faut pas
espérer d'obtenir cette toison
d'or.
Il faut donc se souvenir de ce
que j'ai dit ci-dessus, qu'il y a
plusieurs manières de faire la
Pierre, mais que toutes reviennent
à la même : La matière est
unique en substance, mais on peut
la prendre en divers corps métalliques
; la manipulation tend à la
F f
@

342 De la Pierre

même fin, mais elle peut être
différente, suivant les lumières
ou l'habileté de l'Artiste. La plu-
part de ceux qui ont écrit, ont
caché ou déguisé l'une & l'autre,
plus ou moins, suivant la bonté
ou la malignité de leur coeur.
Raymond Lulle a déguisé la matière
sous le nom de vin ; mais il
a beaucoup parlé & même assez
ouvertement de la manipulation,
ce qui a fait que plusieurs ont
travaillé sur le vin & sur son esprit
rectifié, sur le tartre du vin, sur
l'urine des jeunes gens qui boivent
du vin, & autres semblables
choses ; mais sans aucun fruit,
parce que comme nous l'avons dit,
la nature végétale ou animale
n'a aucune relation de nature
avec la métallique. Raymond
ne parle du vin & de son tartre
que par similitude, (car il faut encore
développer cet énigme;) ce
grand Philosophe prend la matière
@

selon les Anc. & les Modernes. 343

de la Pierre, & il en compose
son menstrue puant duquel il sépare
une liqueur blanche & rouge,
qu'il appelle vin blanc & vin,
rouge : il en sépare aussi un esprit
inflammable, qu'il appelle esprit-de-
vin, & il reste au fond des distillations
une terre noire & fixe, qui
ayant quelque ressemblance au
tartre de vin, il lui donne ce nom ;
mais il dit que le tartre de ce vin
est plus noir que le tartre noir qui
provient du raisin noir de Catalognes
; & c'est pour cela qu'il l'appelle
le noir plus noir que le noir,
recipe nigrum nigrius nigro : il
prend donc cette terre noire calcinée
auparavant, comme le tartre
commun, & l'imbibant de l'esprit
de ce vin, ou bien du même
qui est encore meilleur, il en forme
encore un tartre volatil, qu'il
appelle sel armoniac végétable, à
cause, comme on l'a dit, que ce
sel fait harmonie & concordance
F f iiij
@

344 De la Pierre

avec la nature métallique, & qu'il
fait végéter l'or & l'argent. De
ce menstrue puant, & du vin qu'il
tire par la distillation, & du sel
armoniac végétable qui vient de
ce tartre, il fait toutes les opérations
qu'on lit dans ses expériences
& dans le Livre de la quintessence
& plusieurs autres : Rupecissa
son élève a amplifié encore
ces choses dans son Livre de la
quintessence, & il a suivi la
méthode de son Maître, & ce déguisement
fait que ceux qui commencent
à étudier cet Art dans
leurs Livres n'entendront pas facilement
leur pratique, sans ce
petit avertissement que je leur
donne, faute de quoi plusieurs
ont fait de grandes dépenses dans
le vin & dans le tartre, comme le
bon Trévisan ledit de lui-même.
Je pourrais en dire d'avantage,
si je ne craignais pas d'ennuyer le
Lecteur. D'ailleurs il ne faut pas
trop en dire & il faut laisser
@

selon les Anc. & les Modernes. 345

quelque chose à faire à ceux qui
s'appliquent à cette science, leur
donnant lieu de lire les Auteurs
& de les méditer ? Qu'on lise donc
& qu'on médite Paracelse, qui fera
entendre plus facilement Raymond
Lulle & ceux de son école,
qui ont écrit beaucoup de la pratique,
laquelle revient au fond à
celle de Paracelse, & qui est un
peu plus courte & plus facile.
Ce que j'ai pu faire dans ce Livre,
ç'a été de faciliter aux amateurs
de cet Art l'intelligence des
Auteurs ; & je puis dire que celui
qui aura un peu de jugement &
qui aura bien lu mon écrit, aura
une très grande facilité pour entendre
les Livres de nos Philosophes
; la plupart desquels ne nous
parlent de cet ouvrage que lors
que les matières de la Pierre sont
dans le vaisseau pour se cuire &
former la Pierre, fermant par ce
moyen la porte aux studieux, &
leur cachant le commencement
@

346 De la Pierre

de l'ouvrage, sans lequel on ne
peut rien faire.
Quant à ceux qui ont écrit
quelque chose de la pratique,
comme Raymond Lulle, & ceux
de son école, comme aussi Basile
Valentin & semblables, ils ont
caché sous d'autres noms la matière
de la Pierre, & même ils ont
omis le plus important de la
pratique. Paracelse les imite dans
ces derniers points ; mais il a enseigné
d'ailleurs tant d'autres
choses importantes, que pour
peu qu'on ait de l'esprit, & qu'on
s'applique à expérimenter, ce qu'il
faut faire (car il ne faut pas croire
que tout d'un coup on parvient à
ces désirs) en corrigeant ses propres
fautes, il parviendra enfin à
la perfection de l'Art. Il faut
donc avoir en premier lieu de
bons principes, pour le choix des
matières ; ce qu'à mon avis on ne
peut mieux acquérir que dans les
Livres de Geber, particulièrement
@

selon les Anc. & les Modernes. 347

dans la Somme de la perfection
; car c'est là où il connaîtra
à fond la nature des métaux, &
qu'il n'y a que la très pure substance
de l'argent-vif qui soit propre
à faire la Pierre, & qu'en quelque
lieu qu'on puisse trouver cette
substance très pure de l'argent-
vif, qui est son esprit & quintessence,
dans ce lieu est la matière
de la Pierre. Or cette substance
pure se peut tirer plus facilement
& plus prochainement du même
vif argent, parce qu'il y a facilité
de tirer plutôt de lui que d'un autre
sa substance pure & subtile,
d'autant qu'il a actuellement une
essence subtile, & que, comme dit
Paracelse avec Geber, il est un
métal plus ouvert que les autres.
L'on verra aussi que cette substance
pure est plus prochaine dans
l'or & dans l'argent ; mais elle
n'est pas facile à extraire, parce
que ces métaux sont fort resserrés,
@

348 De la Pierre

& que leur essence est fortement
liée avec l'impur sec, & duquel il
n'est pas si facile de la dégager.
Après avoir bien pris ces bons
principes de Geber, l'on peut lire
avec attention les Livres de Paracelse,
dont j'ai taché de faciliter
l'intelligence, ceux-ci faciliteront
l'intelligence de Raymond Lulle,
de Basile Valentin & de ceux de
leur école.
On peut lire aussi comme un
abrégé & un précis précieux de la
science, l'Auteur du secret hermétique
qu'on attribue à d'Espagnet,
duquel on peut dire que les
règles sont d'or.
Voilà ce que j'ai pu dire en faveur
des studieux de cet Art ; ceux
à qui cela ne plaît point, à cause
qu'ils sont prévenus de leurs fantaisies
& imaginations, n'ont qu'à
le rejeter & s'en tenir à leurs
opinions : j'ai fait mon devoir ;
m'en saura gré qui voudra.
@

349

pict

P R A T I Q U E

DE LA

V O I E H U M I D E

Pour servir à la confection de la
Pierre.

L E S diverses pratiques pour
faire la Pierre des Philosophes
sont la même chose en substance,
puisqu'elles mènent à la
même fin.
Mais quoique ces voies soient
diverses ; cependant on les distingue
en deux principales, qu'on
appelle la voie sèche & la voie
humide, & chacune de ces voies,
particulièrement l'humide, a diverses
branches ; la voie sèche est
ainsi appelée parce qu'en la pratiquant
on ne se mouille point les
@

350 Pratique

mains en touchant les matières
philosophiques, & cette voie paraît
consister dans l'extraction de
la quintessence du vif-argent, à
quoi on parvient par une dépuration
parfaite ; & on peut procéder
sur lui en le fixant & imbibant
pour le volatiliser & fixer encore
comme Geber enseigne dans la
Médecine du troisième ordre : ou
bien pour abréger ou faciliter
cette pratique en prenant l'or déjà
fixe, & le joignant & amalgamant
avec ledit vif-argent préparé,
faire cuire dans un vaisseau de
verre ce composé, le putréfier &
faire passer par les couleurs ; ainsi
que tous les Philosophes enseignent.
La voie humide est celle dont
la pratique enseigne à réduire le
vif-argent en une eau mercurielle
sans perde sa nature de vif-
argent ; avec cette eau mercurielle
acuée, de son sel on réincrude le
@

de la voie humide. 351

corps de l'or & de l'argent en peu
d'heures, & faisant cuire avec ladite
eau blanche on rouge le
corps parfait réincrudé, lequel
passe aussi par les couleurs & en
un temps plus court, & il s'exalte
encore à une perfection plus
grande.
Il est aussi à remarquer qu'avec
cette eau l'on peut procéder en
diverses manières, car c'est la
Clef de l'Art qui ouvre tous les
corps métalliques.
Il n'est pas facile de distinguer
de laquelle de ces deux voies parle
l'Auteur que l'on lit ; il y a peu
d'Auteurs qui aient donné la pratique
de cette eau mercurielle ; &
ceux qui en ont parlé, ils en ont
donné la pratique comme il convient,
c'est-à-dire cachant toujours
quelque chose.
J'ai hérité longtemps à joindre
ce traité au précédent : car à dire
vrai, c'est prostituer l'Art & révé-
@

352 Pratique

ler nettement ce que les Philosophes
ont caché avec tant de soin ;
c'est donner à une postérité ingrate
les études & les expériences de
plus de quarante ans.
Mais j'ai fait réflexion que la
providence conduit les hommes
comme il lui plaît ; c'est pourquoi
il en arrivera tout ce qu'elle
voudra, & rien plus : je crois
donc que si elle a destiné quelqu'un
a acquérir ce grand Art, elle permettra
que cet écrit tombe entre
ses mains, & lui donnera les lumières
nécessaires pour suppléer à
ce qui manque : quant aux autres
cet écrit leur sera inutile par trois
raisons, la première parce qu'il
ne conviendra pas à leurs idées &
aux préventions dont les Chimistes
peu Philosophes sont pleins,
2°. La plupart n'y entendront rien.
3°. Et ceux qui y entendront quelque
chose, ne comprendront pas
tout le fin de l'Art & des manipulations
lations
@

de la voie humide. 353

nécessaires ; quoiqu'à
dire vrai, si l'on joint le précédent
Traité à celui-ci, il y manque
peu de chose ; mais enfin le peu
qui manque suffit pour tout manquer
: & on ne peut pas décrire
cet ouvrage (ainsi que Sendivogius
le dit) comme si l'on enseigne
à faire une tartre à la crème.
Je suis donc convaincu que pour
beaucoup cet ouvrage soit clair,
il sera fort obscur à ceux qui ne
seront pas bons Physiciens
& qui n'ont pas d'ailleurs une
grande expérience ; car enfin ce
n'est pas l'ouvrage des gens qui
sont avides d'avoir de l'or, mais
c'est l'oeuvre d'un Artiste expérimenté
& Philosophe, & surtout
qui est destiné de Dieu à jouir de
ce grand don. Je veux donner
un exemple de cette dernière vérité
: le Célèbre Weidenfeld lequel,
comme moi, a ramassé la
plupart des enseignements & des
G g
@

354 Pratique

recettes des Philosophes, & dont
les écrits m'ont beaucoup aidé :
quoique ce Philosophe fût beaucoup
plus savant & plus laborieux
que moi ; cependant il est
mort sans faire la Pierre : car
manquant de faculté pour y parvenir
avec commodité, son esprit
fut détourné à vouloir faire la
multiplication du salpêtre, en
quoi il acheva de se ruiner, aussi
bien que quelque autres de ses amis,
auxquels il ne voulut jamais se
confier pour faire le grand Oeuvre.
Peut être aussi qu'il lui manquait
quelque chose à savoir ; enfin
moi-même depuis dix ans j'ai
été détourné par des choses encore
plus inutiles, de m'appliquer
à cet ouvrage: je cède donc à l'inspiration
& à la volonté de Dieu,
& à celle d'un de mes chers amis
qui veut que je lui donne encore
ce Traité pour le joindre au précédent
de Paracelse, ce qui formera
@

de la voie humide. 355

un ouvrage complet & tel
qu'on n'en a jamais vu un semblable.
Mais remarquez une chose
étonnante de la Providence ; cet
ami est mort peu après l'avoir reçu
& n'a pu en profiter : je le
donne donc au public de bon
coeur, & je souhaite que ceux entre
les mains desquels il pourra
tomber quelque jour, en tirent
tous les avantages que le père de
lumière accorde à ceux qu'il
lui plaît d'illuminer.
---------------------------------
Traité du vitriol philosophique, de ses
liqueurs, blanche & rouge.

L ES Philosophes nous ont
donné plusieurs recettes pour
tirer l'essence de cette matière
qu'ils appellent le Lion vert & de
plusieurs autres noms : je les mettrais
toutes ici afin de les comparer
les unes avec les autres & en tirer
plus de lumières ; car ce que l'un
G g ij
@

356 Pratique

ne dit pas, l'autre l'explique ; &
comme dit Geber le Maître des
Maîtres, un Livre ouvre & éclaircit
l'autre, d'autant que celui qui lui
parle d'une chose qui lui est fort
connue & familière, omet souvent
quelque chose d'important,
qu'un autre dit ; laissant aussi de
sa part quelque autre chose importante.
Mais il est à remarquer que tous
les Philosophes qui ont parlé de
cette opération, qui est la préparation
de la seule & unique matière
de la Pierre, non seulement ils
ont caché quelle était cette matière
qu'ils ont nommé de toutes
sortes de noms ; mais ils ont aussi
caché avec soin le commencement
de la préparation : fermant ainsi
l'entrée à tous les curieux de cet
Art ; je tâcherai néanmoins d'éclaircir
ces deux points importants
autant qu'il me sera possible ;
disant ce que j'en pense.
@

de la voie humide. 357

Voyons auparavant ce que les
Philosophes disent de ce premier
ouvrage & de cette première préparation,
dans laquelle comme
j'ai dit, ils omettent encore le
premier commencement qu'ils
laissent deviner sans l'enseigner :
& voici comme Riplée en parle,
supposant que vous ayez préparé
comme il faut la matière qu'il appelle
le Lion vert.

R E C E T T E DE R I P L E'E,
in lib. accurtationum pag. 333.

» Prenez le Lion vert sans le dissoudre
» avec le vinaigre, comme
» l'on fait ordinairement, & mettez-le
» dans une grande retorte
» de terre qui résiste bien au feu &
» mettez-le à distiller comme si
» vous vouliez faire de l'eau-forte :
» & commencez à donner le feu
» par degrés laissant distiller, &
» quand vous verrez paraître des
» fumées blanches, changez le
» récipient, & lutez bien, conti-
@

358 Pratique

» nuant à distiller à grand feu pendant
» vingt-quatre heures comme
» si vous faisiez l'eau-forte, &
» si vous continuez le feu pendant
» huit jours, vous verrez toujours
» au récipient plus de vapeurs blanches,
» & de cette manière vous
» aurez le sang de Lion vert, qui
» est cette eau que nous appelons
» l'eau secrète, & le vinaigre
» très aigre, par lequel
» tous les corps des métaux sont
» réduits en leur première matière,
» & qui guérit toutes les infirmités
» du corps humain ; c'est
» notre feu qui brûle toujours
» continuant de même dans le
» vaisseau de verre, & non pas
» dehors : c'est notre fumier, notre
» eau-de-vie, notre bain, notre
» vendange qui fait des merveilles
» dans les ouvrages de nature, qui
» examine par pénétration tous
» les corps dissous & non dissous
» ; & c'est une eau aigre
» qui porte dans son ventre un
@

de la voie humide. 359

» feu; c'est pourquoi on l'appelle
» eau de feu, car sans cela elle n'aurait
» pas la puissance de résoudre
» les corps dans leur première
» matière : c'est notre
» mercure, notre soleil & notre
» lune dont nous nous servons
» dans notre ouvrage ; vous trouverez
» dans le fond de la cornue
» des fèces noires que vous calcinerez
» pendant huit jours sur un
» feu lent.
Par toutes les merveilles que
Riplée attribue à cette eau, je
conjecture que le Lion vert n'est
pas le vitriol commun, quoique
le vitriol soit un demi-minéral,
qui est de couleur verte : & je
croirais volontiers que le Lion
vert est quelque chose de plus pénétrant
& de plus proche à la nature
des métaux, quoique cette
eau peut les résoudre en leur première
matière, avec la conservation
de l'espèce, ce que l'huile de
@

360 Pratique

vitriol ne peut jamais faire de
quelque manière qu'on le prépare,
&c.
Voici une autre recette de Riplée,
dans laquelle il dissout le susdit
Lion vert, déjà préparé auparavant,
& de laquelle préparation,
ni lui ni personne ne dit
mot, ou très légèrement : en dissolvant
avec le vinaigre cette matière
que je crois métallique, il
en forme avant que de le distiller
une espèce de gomme, ou vitriol
philosophique, & ensuite il le distille
comme il s'ensuit.
» Prenez l'adrop, duquel
» nous avons parlé ci-dessus,
» & faites-le dissoudre dans
» le vinaigre distillé, l'y laissant
» huit jours, agitant trois ou quatre
» fois par jour, & remuant le
» tout avec un bâton ; décantez la
» liqueur avec la dissolution, &
» filtrez-la trois fois, afin qu'il n'y
» ait point de fèces & jusqu'à ce
que
@

de la voie humide. 361

» que la dissolution soit claire &
» transparente comme le cristal ;
» ensuite par un feu lent faites
» évaporer le vinaigre jusqu'à ce
» que la matière devienne comme
» de la glu fort épaisse, de manière
» qu'on ne peut pas l'agiter
» par la viscosité ; & après que
» la matière sera froide conservez-
» la à part, & en faites encore
» d'autres : (je crois en remettant
» encore du vinaigre sur ce qui
» n'a pas été dissous,) faites donc
» tant que vous en ayez douze livres,
» (je crois douze onces) de ce
» Lion vert, ou Adrop réduit
» ainsi en forme de gomme. Alors
» vous avez la terre tirée de la terre
» & le frère de la terre. Prenez
» donc une livre de cette gomme,
» & mettez la dans un vaisseau de
» verre grand comme un médiocre
» pot, luttant bien les jointures
» du récipient, & faites distiller,
» &c.
H h
@

362 Pratique

La recette de Duncanus Archevêque
de Cantorbie est la même
en tout, il y a seulement cette
différence qu'il dit.
» Prenez trois livres de cette
» gomme dans un vaisseau distillatoire
» qui contient environ
» deux mesures, & ayant luté les
» jointures, faites distiller au sable,
» lequel doit être épais de deux
» doigts sous le vaisseau aussi bien
» qu'au tour jusqu'à la moitié de la
» cucurbite ou cornue ; & que ce
» soit un peu au-dessus de la matière
» qui est dans le vaisseau.
» Faites au commencement un
» très petit feu sans luter le récipient,
» jusqu'à ce que vous voyez
» que le flegme est tout sorti,
» continuant ainsi jusqu'à ce que
» les fumées blanches commencent
» à paraître comme du lait.
» Alors lutez bien les jointures
» augmentant peu à peu le feu, &
» à la fin vous aurez une huile
@

de la voie humide. 363

» très rouge comme du sang qui
» est un or aérien & spirituel : ceci
» est le menstrue puant, le soleil
» des Philosophes, notre teinture,
» l'eau ardente, le sang du Lion
» vert, notre humidité onctueuse
» laquelle est le souverain restaurant
» & consolation du corps
» humain dans ce monde ; c'est
» notre eau de vie, le vrai mercure
» des Philosophes, l'eau de vie
» qui donne la vie à l'or & aux autres
» métaux & les dissout avec
» la conservation de leur espèce,
» & qui a plusieurs autres noms ;
» & lors que les fumées blanches
» paraissent, continuez encore le
» feu pendant douze heures, dans
» lequel temps toute l'huile distillera
» si le feu est convenablement fort,
» conservez cette distillation, la
» bouchant bien, qu'elle ne s'évapore
» pas.
Ce menstrue n'est pas différent
du premier, quoique la substance
H h ij
@

364 Pratique

ne soit pas différente, & que la
matière dont on doit se servir
reste encore dans l'obscurité.
Cependant Riplée dit en quelque
endroit quatre raisons pour
lesquelles on appelle cette matière
le Lion vert.
» 1°. Par le mot de Lion vert
» les Philosophes entendent le soleil,
» lequel par sa vertu fait verdir
» & germer toutes les plantes,
» & qui meut & anime toute la
» nature ; le Lion vert donc est celui
» par qui tout verdit &
» croît, élevant des froides cavernes
» les vapeurs qui font croître
» & dont le fils nous est très
» cher & propre à faire l'Elixir,
» car c'est par ce fils qu'on a la
» puissance d'obtenir nôtre soufre
» blanc & rouge qui ne brûle
» point & qui ne se trouve que
» dans le corps des deux luminaires
» ; lequel, comme dit Avi&
» cenne, est une très bonne chose,
@

de la voie humide. 365

» de laquelle les Chimistes
» peuvent produire l'or & l'argent :
» ces paroles doivent suffire pour
» connaître ce que c'est que le
» Lion vert.
» 2°. 0n l'appelle vert, parce que
» cette matière est encore verte
» & aigre, & qui n'est pas encore
» mure; c'est-à-dire que la nature
» ne l'a pas encore fixée & perfectionnée
» comme elle a fait l'or
» commun : le Lion vert des Philosophes
» est donc un or vert, &
» qui n'est pas encore mur ; c'est
» un or vif qui n'est pas encore
» fixé par la nature & qu'elle a
» laissé imparfait : & c'est pour
» cela qu'il a la puissance de réincruder
» tous les corps & de les
» réduire en leur première matière,
» & de rendre les corps fixes,
» spirituels & volatils comme lui.
» 3°. On l'appelle aussi Lion,
» parce qu'ainsi que tous les
» animaux lui cèdent, de même
H h iij
@

366 Pratique

» tous les corps métalliques cèdent
» à la puissance de cet or vif
» qui est notre mercure.
4°. Enfin ce noble enfant
» s'appelle Lion vert, parce que
» lorsqu'on l'a dissout il paraît habillé
» de vert : néanmoins du
» Lion vert des fous (le vitriol)
» par un grand feu on tire une
» espèce d'eau forte, dans laquelle
» il faut faire bouillir le susdit
Lion. (Notez ces paroles qui
m'ont ouvert l'esprit à faire l'ouvrage
que je fais.)
Quant au nom Adrop l'on voit
que c'est la même chose que le
Lion vert. Aussi dans la recette
précédente est dit, prenez l'Adrop,
c'est-à-dire le Lion vert : & le
même Riplée parlant de lui il dit ;
» l'Adrop est or & argent en puissance,
» non visible comme Rasis
» le dit, & notre or & argent
au dire de nos Philosophes, n'est
» pas or & argent vulgaires ; car
@

de la voie humide. 367

» les nôtres sont aériens, lesquels
» pour être bien fermentés doivent
» être joints à ce qu'ils aiment,
» c'est-à-dire avec l'or &
» l'argent vulgaires ; d'autant
» que le Philosophe dit que Adrop
» est un or aérien, & le susdit
» Adrop est appelé or lépreux, auxquelles
» choses Guidon Philosophe
» Grec est d'accord, en parlant
» de l'esprit mercuriel, qui est le
» menstruel formé de l'esprit &
» du sang du Lion vert, lequel
» est tiré de l'Adrop naturel par
» l'Art ; ainsi & de la manière
» qu'il écrit : & cet esprit est le soleil
» ou le soufre de l'eau solaire
» des Philosophes & l'arsenic de
» la lune, & il ajoute au même
» lieu : le corps est le ferment de
» l'esprit ; & l'esprit est le ferment
» du corps, & la terre dans laquelle
» est caché le feu qui dessèche,
» imbibe & qui fixe l'eau ;
» & l'air qui est dans l'eau, lequel
@

368 Pratique

» lave, teint, & perfectionne la
» terre & le feu, & sur ce que
» Guidon dit qu'ils enseignent &
» perfectionnent ; on doit l'entendre
» de la Pierre, c'est-à-dire
» de la matière prochaine de la
» Pierre qui est le menstrue formé
» de l'Adrop ou du Lion vert ;
» lequel est suffisant pour se perfectionner
» soi-même, c'est-à-
» dire à former l'Elixir, & qu'on
» ne doit y introduire rien d'étrange
» comme lui & tous les autres
» le disent ; car toutes les parties
» de l'Elixir sont essentielles
» & consubstantielles : car l'intention
» des Philosophes est de
» faire cet ouvrage en peu de
» temps sur la terre, ce que la nature
» fait en longtemps sous terre,
» de manière que Guidon a raison
» de dire que ceux qui veulent
» former le ferment de l'argent-vif
» vulgaire pour notre corps choique,
» si, ne sont que des ignorants. Parce
@

de la voie humide. 369

» comme dit Guidon, la
» matière qui contient en soi l'argent
» vif, est mille fois meilleure
» que les corps du soleil & de la
» lune cuits par la chaleur naturelle
» du soleil. Concord, Lulle
» & Guidon pag. 333.
Et continuant à parler de l'Adrop,
il dit, » la fumée blanche
» sort de ses veines, laquelle si
» vous savez cueillir & la remettre
» sur ses propres veines, elle se
» fixera & en peu de temps se formera
» le vrai Elixir : & certainement
» sans ces liqueurs spirituelles,
» c'est-à-dire l'eau & l'huile
» du mercure (qui sont dans ledit
» menstrue de l'Adrop ou Lion
» vert) le corps chimique de l'Adrop
» (que Raymond appelle
» neutral parce qu'il n'est pas métal,
» & il est la source des métaux)
» ne se peut purger ; & c'est ce
» corps chimique qu'on appelle
» corps lépreux & noir, dans lequel
@

370 Pratique

» comme dit Vincent dans son
» miroir naturel, sont l'or & l'argent
» en puissance & non en apparence
» ; parce que le profond
» de ce corps (de l'Adrop ou Lion
» vert) n'est autre chose qu'un
» or spirituel & subtil comme l'air
» lequel on ne peut pas avoir
» à moins qu'auparavant vous ne
» purifiiez ce corps lépreux & sale,
» ce qui n'arrive qu'après sa parfaite
» purification, & alors il est
» mille fois plus excellent & parfait
» que les corps de l'or & de
» l'argent vulgaires digérés par la
» chaleur naturelle.
La première matière de ce
» corps lépreux est une eau visqueuse
» épaissie dans les entrailles
» de la Pierre ; & de ce corps,
» comme dit Vincent, on fait le
» grand Elixir au blanc & au rouge,
» le nom duquel est Adrop,
» lequel autrement est appelé
» plomb noir des Philosophes, duquel
@

de la voie humide. 371

» Raymond Lulle est d'avis de tirer
» l'huile de couleur d'or, ou
» semblable à l'or ; & Raymond
» dit que cette huile n'est pas nécessaire
» dans l'ouvrage végétable,
» parce que les dissolutions
» & les coagulations de cet ouvrage
» se font vite, & si vous
» savez le séparer de son flegme
» & ensuite chercher ses secrets,
» vous pourrez faire en trente
» jours la Pierre des Philosophes ;
» cette huile rend les médecines
» & les teintures pénétrables, &
» qui se joignent amiablement
» aux corps des métaux, & dans
» le monde il n'y a chose plus secrète.
» Medulla phisic. pg. 131.
Guidon & Riplée rapportent
plusieurs noms qu'on donne à
ce Lion vert ou Adrop, qu'on appelle
communément plomb philosophique.
Nous continuerons à
voir ce qu'on dit du Lion vert.
ou de l'Adrop, sous le nom de
plomb philosophique.
@

372 Pratique

Premièrement, entendez (dit
» Riplée) ce que dit Avicenne,
» que dans le plomb philosophique
» l'or & l'argent sont en puissance,
» & que la nature les a
» laissés crus, & cuits seulement
» à demi ; c'est pourquoi il faut y
» suppléer par l'Art, & perfectionner
» ce que la nature a laissé
» imparfait : ce qu'il faut faire
» par le moyen d'un ferment qui
» cuit & qui digère les crudités
» que la nature y a laisses ; c'est
» pourquoi pour le ferment prenez
» l'or parfait, parce que notre
» plomb tirera un peu de sa substance
» fixe, & par ce moyen il
» convertira une grande quantité
» des corps non fixes ; & de cette
» manière l'Art aidera la nature,
» & fixera en peu d'heures sur la terre
» ce qu'elle fait en mille ans dans
» la terre, & par cette expérience
» vous entendrez comme le plomb
» contient en soi de grands secrets
@

de la voie humide. 373

» car il a en lui un argent vif pur
» & net & odoriférant, & qui n'a
» pu être conduit à la perfection
» par la nature ; & cet argent vif
» est la base & le fondement de
» notre précieuse médecine, tant
» pour les corps humains que
» pour les métalliques ; & il est l'Elixir
» de vie qui guérit toutes les
» infirmités, & duquel mercure
» il faut entendre le Philosophe,
» quand il a dit que dans le
» mercure est tout ce que les sages
» cherchent ; & c'est de lui qu'on
» doit tirer, l'esprit, l'âme & le
» corps qui sont la vrai teinture :
» c'est dans le mercure qu'on
» trouve le feu des Philosophes,
» qui brûle également dans le
» vaisseau & non dehors. Il a de
» plus une très grande vertu attractive
» & la puissance de dissoudre
» le soleil & la lune, & de
» les réduire à leur première matière
» avec la conservation de
@

374 Pratique

» leur espèce ; c'est avec ce mercure
» qu'il faut dissoudre la chaux
» des corps parfaits pour congeler
» l'esprit mercuriel du susdit
» dissolvant Ripl. Papill. pag. 295.
Mais prenez garde, dit-il,
» que vous n'opériez avec le saturne
» vulgaire, parce que l'on
» dit communément qu'il ne faut
» pas manger de l'enfant dont la
» mère est corrompue : & croyez
» moi que plusieurs se trompent
» en travaillant dans le saturne :
» écoutez ce qu'Avicenne dit : Saturne
» sera toujours Saturne, &
» même ne travaillez pas sur la
» terre de Saturne (des Philosophes)
» qui a été abandonnée par
» son esprit (la tête morte) &
» qu'il a abandonnée comme un
» mauvais soufre, agissez avec son
» odeur (sa vapeur, son esprit)
» pour congeler le mercure, non
» pourtant comme font les fous,
» mais comme font les Philosophes,
@

de la voie humide. 375

» & vous aurez une bonne
» chose Phil. cap. 2. pag. 188.
» Il continue à dire. Nous appelons
» Plomb tout le composé,
» & ce sont nos menstrues avec
» lesquels nous calcinons les corps,
» mais nul corps impur entre dans
» la formation de ces menstrues,
» qu'un seul que les Philos. appellent
» le Lion vert, & lequel Geber
» dit être le moyen & le médiateur
» pour joindre & introduire
» les teintures de soleil & de la
» lune, & afin que je vous découvre
» qu'elle est cette chose, je te
» jure par le Ciel que c'est un de
» ceux qui donnent le nom aux
» sept jours de la semaine, & la
» chose plus vile (& plus imparfaite)
» d'entre eux, du corps de
» laquelle chose on tire par artifice
» un certain sang & une humidité
» vaporeuse qui s'appelle le
» sang du Lion vert, duquel on fait
» une eau qui s'appelle le blanc de
@

376 Pratique

» l'oeuf & l'eau de vie, l'eau de la
» rosée de Mai & qui a plusieurs
» autres noms que j'omets pour
» abréger. Phil. pag. 192.
La troisième méthode pour tirer
le sang du Lion vert, du plomb
calciné ou du minium philosophique,
est la suivante que le
même Riplée nous donne Pupill.
chimic. pag. 303.
Prenez du plomb calciné &
» rubéfié ou du plomb minium,
» c'est-à-dire de l'antimoine minéral
» préparé autant que vous
» voudrez avec cette proportion
» qu'il faut avoir autant de pintes
» de vinaigre distillé que vous
» avez de livres dudit plomb calciné,
» mettez ledit minium avec
» ledit vinaigre dans une terrine
» vitrée bien couverte de la poudre,
» remuant tous les jours
» cinq ou six fois sans y ajouter aucun
» feu ; ayant été ainsi trois ou
» quatre jours (il dit ailleurs huit
jours
@

de la voie humide. 377

» jours) après lesquels vous décanterez
» la liqueur, & la filtrerez afin
» qu'elle devienne pure & transparente
» ; mettez-la dans une poêle
» de cuivre à très petit feu, &
» faites évaporer le vinaigre flegmatique
» jusqu'à ce qu'il reste
» dans le fond une manière d'huile
» fort épaisse que vous laisserez
» refroidir, alors vous aurez une
» matière comme de la gomme ou
» comme de la glu qu'on pourra
» couper avec le couteau, mettez
» 4. livres de cette matière dans
» une cucurbite bien lutée avec
» un lut fait de mâchefer, farine &
» blanc d'oeuf, mettez dans un
» four de sable & non de cendres,
» ensevelissant le vaisseau dans le
» sable, & qu'il y en ait deux
» doigts dans le fond & par dessus
» la matière, mettez un récipient
» sans le luter jusqu'à ce que par
» un feu très lent vous ayez ôté
» toute l'eau flegmatique, &
I i
@

378 Pratique

» quand vous verrez paraître les
» fumées blanches, changez ou
» videz le récipient & lutez
» bien, lequel il faut qu'il soit
» long de deux pieds.
Laquelle fumée étant extraite,
» vous fortifierez le feu autant
» que vous pourrez, lequel feu
» vous continuerez jusqu'à ce
» que tout soit distillé : ce qui se
» peut faire en 12 heures ou environ
» ; & par ce moyen vous trouverez
» le sang rouge du Lion,
» très rouge & comme du sang, qui
» est notre mercure & notre teinture
» préparée pour en imbiber
» la chaux de l'or très pur. Au
» surplus si vous voulez vous en
» servir au blanc vous distillerez
» votre mercure à petit feu, conservant
» toujours les fèces, &
» vous aurez votre mercure très
» blanc & comme du lait, qui est
» notre lait de la Vierge, le menexubéré
» strue blanc & notre argent-vif
@

de la voie humide. 379

» : Duquel par la circulation,
» vous pouvez faire & l'huile
» de la chaux de lune, comme
» vous avez fait de la chaux d'or
» & vous aurez l'élixir au blanc,
» qui convertit tous les métaux ;
» mais notez que l'huile d'or doit
» se perfectionner en l'unissant
» avec le baume artificiel par le
» moyen de la circulation, jusqu'à
» ce qu'il se forme une liqueur
» comme de l'or très claire &
» resplendissante, qui est le vrai
» or potable, & l'Elixir de la
» vie plus précieuse que toutes
» les choses du monde.
Un semblable menstrue est décrit
par le même Riplée dans sa
moelle chimique pag. 170.
» Prenez, dit-il, le jus très aigre
» des raisins, qui étant distillé,
» vous dissoudrez en icelui,
» dissolvez en eau cristalline &
» transparente le corps bien calciné
» au rouge, que les Philoso-
Ii ij
@

380 Pratique

» phes appellent sericon, duquel
» vous ferez une gomme qui ressemble
» à l'alun, & que Raymond
» Lulle appelle vitriol azo-
» queus : de cette gomme on tire
» auparavant à petit feu une eau
» faible qui n'a aucun goût, non
» plus que l'eau de fontaine, mais
» lorsque les fumées blanches paraissent
» changez le récipient &
» luttez bien fort, & vous recevrez
» votre eau brûlante, l'eau_*
» de-vie & menstrue résolutif qui
» auparavant était lui-même résoluble
» ; c'est la vapeur qui peut
» dissoudre tous les corps, les purifier
» & les putréfier, qui peut
» séparer les éléments & réduire
» la propre terre en sel mirable
» par sa vertu attractive ; & ceux
» qui croient qu'il y a une autre
» eau que celle-ci, ils se trompent
» dans leur oeuvre : cette eau a un
» goût très âcre & fort & une
» odeur puante ; & c'est pour cela
» qu'on l'appelle le menstrue puant &
@

de la voie humide. 381

» parce que cette eau est fort subtile
» & spirituelle, c'est pour cela
» qu'il faut la mettre avant une
» heure sur la chaux des métaux,
» & quand on la met sur la chaux
» des métaux elle commence à
» bouillir, & si le vaisseau est bien
» fermé, elle ne cessera pas d'agir
» sans autre feu jusqu'à ce qu'elle
» soit desséchée sur la chaux desdits
» métaux qui s'en imbibent
» parce qu'elle est leur nature,
» après quoi vous passerez outre
» pour accomplir l'ouvrage comme
» dans l'eau composée : &
» quand l'Elixir sera de couleur
» de pourpre, dissolvez-le dans
» le même menstrue qui soit rectifié
» & réduit en huile subtile,
» sur laquelle il faut fixer l'esprit
» de l'eau par la circulation, &
» alors elle a la puissance de réduire
» tous les corps en or très
» pur, & guérir toutes sortes d'infirmités
» du corps humain plus
» que les remèdes d'Hippocrate
@

382 Pratique

» ou de Gallien : car c'est le véritable
» or potable, fait de l'or
» élémenté, par notre Art, &
» tourné par la roue philosophique.
Nous achèverons les recettes
de Riplée qui en a parlé plus
qu'aucun autre, par celle qu'il a
donnée dans son Vademecum ou
manuel ; laquelle est la plus ample
& plus circonstanciée que
les autres.
Prenez, dit-il, du Sericon,
» ou de l'antimoine 30 livres,
» qui vous donnent environ 20
» livres de gomme ; pourvu que
» le vinaigre soit bien fort, chaque
» livre dudit sericon vous le
» dissoudrez dans deux mesures
» (à gallon) de vinaigre distillé ; &
» quand il aura été quelque temps
» en digestion, agitant souvent la
» matière avec un bâton : après
» que tout ou la plupart sera dissous,
» filtrez la liqueur, jetez
» les fèces superflues qui n'entrent
@

de la voie humide. 383

» pas dans notre opération ;
» mettez toute la liqueur au bain-
» marie, & faites évaporer à médiocre
» chaleur, & notre sericon
» se coagulera en forme d'une
» gomme verdâtre qui est notre
» lion vert.
» Desséchez bien cette gomme
» de manière pourtant que vous
» ne détruisiez pas les fleurs, ni la
» verdeur.
» Alors prenez cette gomme
» verte (ou vitriol azoquée, vitriol
» de mercure,) mettez-le
» dans une retorte de verre bien
» lutée & bien forte & distillez à petit
» feu le flegme insipide qui sort
» & qui n'est bon à rien, mais
» aussitôt que vous verrez les fumées
» blanches, mettez un autre
» récipient de verre fort grand
» que vous luterez fort bien au col
» de la retorte, afin qu'aucune fumée
» ne se perde, augmentez le
» feu par degrés jusqu'à ce qu'il
@

384 Pratique

» vienne des gouttes rouges comme
» le sang, & qu'il ne vienne
» plus de fumées ; alors diminuez
» peu à peu le feu, & tout étant
» bien froid ôtez le récipient, &
» bouchez le bien que rien ne
» s'évapore ; parce que cette liqueur
» est notre liqueur bénite
» qu'il faut conserver avec grand
» soin dans un vaisseau bien bouché,
» regardez ensuite le col de
» la retorte, & vous y trouverez
» une certaine glace blanche &
» dure, semblable à une vapeur
» congelée & comme du mercure
» sublimé, que vous ramasserez
» & conserverez soigneusement :
» car elle contient de grands secrets
» desquels je parlerai plus
» bas : (mais il n'en dit mot.)
Cela fait, tirez des fèces de la
» cornue qui sont noires comme
» de la fumée (si vous avez donné
» bon feu) & qui sont appelées notre
» dragon (parce que comme on
le
@

de la voie humide. 385

» le verra il mange sa queue.)
» Prenez une livre ou plus de
» ces fèces & calcinez-les dans un
» four des Potiers, ou des verriers,
» ou dans votre fourneau
» (anemio) qu'il devient une chaux
» blanche comme la neige, dite le
» tartre calciné des Philosophes.
» Conservez cette chaux à part,
» car c'est la base & le fondement
» de nos secrets ; c'est notre mare
» notre terre blanche, & le fer des
» Philosophes, (étant noire.)
» Prenez une partie des fèces
» restantes ou de ce dragon noir,
» & broyez-le sur une pierre,
» & par un bout mettez-y le feu
» avec un charbon vif, & dans l'espace
» de demi-heure le feu paraîtra
» par toutes les fèces qui seront
» calcinées en une couleur
» citrine fort glorieuse.
» Dissolvez ces fèces avec le vinaigre
» distillé par la manière
» que nous avons dit ci-dessus ;
K k
@

386 Pratique

» filtrez comme dessus, & ce qui
» reste, évaporez comme dessus,
» & l'on formera une manière de
» gomme, & distillez le menstrue
» qu'on appelle sang du dragon, &
» réitérez cet ouvrage comme
» auparavant jusqu'à ce que toutes
» les fèces susdites ou la plus
» grande partie étant réduites en
» gomme par le vinaigre distillé,
» soient redistillées, & formant le
» menstrue qu'on appelle sang de
» dragon (je crois qu'il faut les distiller
» dans le même récipient
» où est l'autre menstrue, réitérant
» cet ouvrage en toutes les
» fèces comme auparavant, jusqu'à
» ce que toutes les fèces ou
» la plus grande partie soient
» réduises en notre liqueur naturelle
» & bénite ; lesquelles liqueurs
» vous mêlerez avec la
» première qu'on appelle le sang
» de Lion vert. Ces liqueurs ainsi
» mêlées mettez-les putréfier
» pendant quatorze jours.
@

de la voie humide. 387

» Ensuite procédez à la sépara- NOTA
» tion des éléments, car vous avez
» déjà dans cette liqueur bénite
» le feu de la Pierre qui était cachée
» dans les fèces, lequel secret
» les Philosophes ont extrêmement
» caché ; prenez donc ce
» menstrue ainsi putréfié, & mettez
» dans un verre en quantité
» convenable, mettez son alambic
» que vous lutterez avec des
» linges mouillés en blancs
» d'oeufs ; & il faut que le récipient
» soient fort grand, afin que
» les esprits ne puissent pas s'échapper
» & qu'ils sortent avec
» une chaleur tempérée : séparez
» les éléments, & l'élément de l'air
» montera le premier, qui est Esprit
» l'huile (une petite quantité de de vin.
» d'huile qui surnage sur l'esprit
» de vin.
» Dans un autre vaisseau, distillez
» cet esprit & rectifiez-le distillant
» sept fois, (séparant le fleg-
K k ij
@

388 Pratique

» me, jusqu'à ce qu'il brûle le
» linge qu'on aura mouillé en icelui
» : alors cette eau s'appelle
» l'eau ardente) ou esprit-de-vin
» rectifié) laquelle eau vous conserverez
» soigneusement bien
» bouchée.
Dans la rectification de l'eau
» ardente surnage l'air en forme
» d'huile blanche, & l'huile
» citrin restera dans le fond de
» l'alambic, car il a besoin d'un
» feu plus fort.
Cela fait, prenez du mercure
» sublimé pulvérisé ; faites le
» dissoudre per deliquium sur une
» lamine de fer en lieu humide,
» & la liqueur qui en vient étant
» filtrée, versez dessus un peu
» d'eau ardente elle tirera le mercure
» en forme d'huile verte qui
» surnagera, laquelle vous séparerez
» la distillant par la retorte
» d'où l'eau distillera la première,
» & ensuite l'huile épaisse qui est
@

de la voie humide. 389

» l'huile du mercure. *Distillez
» après le déluge ou (l'eau de la
» Pierre) dans un autre récipient ;
» & la liqueur sera blanchâtre
» que vous distillerez au bain
» à une chaleur modérée jusqu'à
» ce qu'il reste dans le
» fond de la cucurbite, une substance
» épaisse oléagineuse comme
» la poix liquide ; conservez
» cette liqueur dans un vaisseau
» bien fermé.
» Notez qu'aussitôt que la liqueur
» blanche vient, il faut mettre
» un autre récipient ; car cet
» élément (de l'air) est entièrement
» distillé deux ou trois goutes
» de cette liqueur noire guérissent
» de tout venin.
» Sur cette matière noire &
» liquide versez de l'eau ardente
» susdite & mêlez bien le tout ;
» laissez reposer les fèces pendant


*Je crois que pour l'eau de la Pierre, il entend
ce qui est resté après avoir distillé l'esprit ardent.
K k iij
@

390 Pratique

» trois heures, décantez & filtrez
» la liqueur, mettez dessus encore
» d'autre eau ardente susdite,
» & répétez cela trois fois, & de
» nouveau distillez à petit feu au
» bain, *réitérant trois fois la
» distillation, & on l'appellera
» sang humain rectifié, lequel les
» Artistes ont mis parmi les secrets
» de nature ; & de cette manière
» vous avez exalté en quintessence
» deux éléments, c'est-à-
» dire l'eau & l'air, conservez ce
» sang en temps & lieu : après cela
» versez sur cette terre noire de
» la Pierre qui est restée dans le
» fond de l'alambic, versez, dis-
» je, encore le déluge ; c'est-à-
» dire l'eau (le flegme) & mêlez
» bien distillant le tout jusqu'à ce
» que la terre reste fort sèche &
» noire, qui est la terre de la Pierre
» ; gardez l'huile qui est avec
* Parce que cet esprit tire le sel volatil qui
était dans cette liqueur.
@

de la voie humide. 391

» l'eau pour vous en servir en
» temps & lieu, mettez cette terre
» noire en poudre, & versez dessus
» le sang humain susdit (l'esprit
» de vin susdit rectifié & qui
» est imbibé du sel de la dite terre)
» digérez pendant trois heures,
» après distillez aux cendres avec
» un feu assez fort, réitérez cet
» ouvrage trois fois & nous l'appellerons
» l'eau de feu rectifiée, &
» de cette manière vous avez exaltés
» trois éléments dans la vertu
» de la quintessence, c'est-à-
» dire l'eau, l'air ; calcinez ensuite
» ladite terre noire & séchés
» dans un four de réverbère
» en forme de chaux très blanche
» ; versez dessus l'eau de feu
» distillez à feu bien fort comme
» dessus la terre qui reste, calcinez-la
» encore, & distillez réitérant
» la même distillation & calcination
» sept fois ou jusqu'à ce
» que toutes la substance de la
K k iiij
@

392 Pratique

» chaux soit passée par l'alambic,
» & alors vous avez l'eau de vie
» rectifiée, spiritualisée, & les
» quatre éléments sont exaltés en
» vertu de la quintessence ; cette
» eau dissout tous les corps les putréfie
» & les purge : c'est notre
» mercure, notre lunaria, & quiconque
» croit qu'il y a une autre
» eau que celle-ci est un fol qui
» ne parviendra jamais aux effets
» désirés pour le grand Oeuvre.
L'on peut remarquer en passant
que le Lion vert, l'Adrop, le
plomb des Philosophes, le minium,
l'or aérien, le mercure & autres
noms semblables signifient la même
matière dont on fait le menstrue
: comme aussi l'eau ardente,
l'eau-de-vie, le sang humain rectifié,
le dragon, le fer & le mars des
Philosophes & autres semblables,
sont diverses substances du même
menstrue ; que Riplée qui était
de l'école de Raymond Lulle appelle
@

de la voie humide. 393

comme lui menstrue puant.
Raymond Lulle compose son
menstrue puant de trois choses,
c'est-à-dire de B. C. D. par B. il entend
le grand Lion vert ou l'argent
vif commun B. dit-il, signifie
l'argent vif qui est une substance commune,
& qui est dans tous les corps
corruptibles comme il paraît par ses propriétés
C. dit-il signifie le salpêtre ou
nitre commun qui a une nature commune
& semblable à l'argent vif à cause
de sa nature forte & acide. Par D. il
entend la gomme d'Adrop faite
de la substance du Lion vert. D.
dit-il, signifie le vitriol azoqué, qui
rompt & confond tout ce qui est de la
nature de l'argent vif. Il appelle l'un
& l'autre C. D. les moyens les plus
purs & les plus propres. » Sachez,
» dit-il, mon fils la chose
» avec laquelle nous lavons l'argent
» vif & sa nature, de manière
» que la nature n'a pu le faire,
» pour faire en sorte qu'il devien-
@

394 Pratique

» ne Elixir parfait, mais comme
» l'Elixir & l'argent-vif sont les
» deux extrêmes, ils ne peuvent se
» joindre que par un milieu, sachez
» qu'il y a plusieurs moyens
» pour produire cet effet ; mais il
» y en deux dans la nature qui
» sont plus purs & plus visqueux,
» c'est-à-dire les vitriols
» azoqués verts & la nature saline
» pierreuse. Mon fils avec le
» secours de cette vile matière se
» fait notre Pierre, &c.
Mais il nous importe à présent
de savoir comme le même Raymond
s'y prend pour former le vitriol
azoqué ou le vitriol mercuriel
de cette matière qu'on appelle
Lion vert.
» Mon fils, dit-il, le Lion azoqué
» qui est appelé le vitriol
» (azoquée) il est fait par nature
» de la propre substance de l'argent-vif
» commun, lequel est la
» racine naturelle de laquelle
@

de la voie humide. 395

» le métal est crée de sa propre
» matière.
Raymond continue à montrer
dans des termes obscurs & qui lui
sont ordinaires ce que Riplée
avait dit que pour faire l'argent
vif des Philosophes de l'argent vif
vulgaire, il faut le faire bouillir
dans l'esprit ou l'huile de vitriol.
» Mon fils, dit-il, il faut que tu
» sois inébranlable dans les principes
» de nature & ne pas courir,
» tantôt après une chose, tantôt
» après un autre, car notre médecine
» ne consiste pas en plusieurs
» choses ; c'est pourquoi je
» te dis qu'il n'y a qu'une seule
» Pierre, c'est-à-dire le soufre,
» auquel tu ne dois pas ajouter
» rien d'étranger, mais seulement
» en ôter les superfluités terrestres
» & flegmatiques, lesquelles
» sont séparables & doivent être
» séparées de notre vif argent qui
» est plus commun aux hommes
@

396 Pratique

» que l'argent vif vulgaire, & il
» est d'un plus grand prix & de
» plus grand mérite & d'union
» plus forte, lesquelles choses superflues
» il faut les séparer n'étant
» pas de l'harmonie des métaux.
» Je vous répète qu'il n'y a
» qu'une seule Pierre des Philosophes
» qui est tirée des choses susdites,
» c'est-à-dire de ce corps
» qui est de la nature des deux luminaires,
» & dans lequel leur
» splendeur habite & qui ne cessent
» pas d'éclater sur la terre,
» & qui avec leurs rayons obscurcissent
» le feu ; & je te dis que
» qui ne prends pas ces corps est
» comme un peintre qui veut
» peindre sans pinceau & sans
» couleurs : car ces deux corps
» sont naturels à la Pierre. Et parmi
» les corps innaturels prend
» ce corps volatil, c'est-à-dire le
» vif-argent qui cache sa nature
» dans la profondeur de son ventre,
@

de la voie humide. 397

» & laquelle est si fort mêlée
» avec l'extérieur & l'imparfait,
» qu'on ne peut avoir ce qui est
» parfait en lui que par une certaine
» concordance amiable,
» laquelle la nature nous montre
» par une amiable attraction ; &
» c'est à cause de ses superfluités
» externes qu'il est mis parmi les
» corps innaturels, non qu'il soit
» néanmoins non naturel : car
» si cela était il serait dans
» le nombre des choses que nous
» disons être contre la nature de
» la pierre ; mais comme dans son
» intérieur sa substance est pure
» & naturelle à la Pierre, c'est
» pour cela qu'on l'appelle inna-
» turel, c'est pourquoi il faut
» considérer diligemment que de
» ces deux principes (les métaux
» parfaits & l'argent vif:) il y en
» a un qui tant extérieurement
» qu'intérieurement doit être
» considéré comme naturel dans
@

398 Pratique

» toute sa substance, & c'est le
» soufre (de l'or ou de l'argent)
» pur, & chaud, & sec qui communique
» sa forme ; l'autre principe
» (l'argent vif) est innaturel,
» c'est-à-dire comme on l'a déjà
» montré qu'au dedans il est naturel,
» (& au-dehors se peut dire
» contre nature) ce qui est naturel
» en lui est propre à lui, mais
» ce qui est extérieur lui est
» ajouté par accident, c'est de
» ces accidents impurs qu'il faut
» séparer sa substance pure par la
» corruption & putréfaction ; c'est
» pourquoi il est visible, que cet
» argent vif quand on le prend il
» n'est pas naturel à la Pierre à
» moins qu'il ne soit dépuré avec
» beaucoup d'esprit & d'adresse.
» Codicil. chap. 5.
Riplée en parlant de la purification
du vif-argent & de la nature
de toutes les autres choses qui
ont de la même manière un corps
@

de la voie humide. 399

impur & l'âme très pure (ce qui
est leur essence) en parlant du vitriol
que Raymond Lulle met parmi
les choses contre nature à la
Pierre, & qui néanmoins peuvent
aider à sa purification comme
il dit.
» La liqueur du vitriol est appelé
» par Raymond feu contre na-
» ture, & le mercure de ce minéral
» a les mêmes imperfections
» que le mercure métallique ou
» Lion vert qui est le feu naturel,
» c'est-à-dire que son extérieur
» est contre nature, mais l'intérieur
» (l'huile parfaite du vitriol)
» est naturelle ; car la nature
» essentielle de l'une & de l'autre
» de ces mercures (du vif-argent
» & du vitriol) est cachée
» dans le centre de leurs corps,
» c'est-à-dire entre l'eau flegmatique
» d'une part, & d'une autre
» part entre la grossière
» terrestre, & la nature parfaite
@

Pratique
» (du vitriol ou du vif-argent) ne
» se peut acquérir sans une grande
» adresse du vrai Philosophe ;
» c'est pourquoi la partie terrestre
» & flegmatique ne peuvent
» pas nous être bonne à rien, au
» contraire elles sont nuisibles, &
» il n'y a que leur moyenne substance
» qui puisse nous être utile :
» c'est pourquoi Raymond notre
» maître dit. Nous ne prenons
» pas les premiers principes (les
» éléments) parce qu'ils sont trop
» simples & éloignés, ni les derniers
» parce qu'ils sont trop grossiers
» & puants, mais seulement
» la substance moyenne, dans laquelle
» est la teinture & la véritable
» huile, & qui sont séparés
» de la terrestréité impure & du
» flegme aqueux, c'est pourquoi
» le même Raymond dit l'humidité
» onctueuse (l'humidité radicale
» & essentielle) est la matière
» prochaine de notre argent
vif
@

de la voie humide. 401

» vif physique. Pupilla alchim.
» pag. 298.
La manière de purifier l'argent
vif ou le Lion vert par le vitriol
nous est insinuée par Raymond
Lulle dans la théorie de son testament
chap. 89. par des paroles
très obscurs à son ordinaire ; voilà
ce qu'il en dit.
» Quand on met l'argent vif
» dans les vapeurs vitrioliques
» qui forment une eau très aiguë
» & pénétrante, il se dissout par
» l'incision & pénétration de ladite
» eau qui se meut puissamment
» par son acuité forte, & en dissolvant
» l'argent vif se convertit
» en nature d'atrament terrestre
» & vitriolique, il ne prend pas
» la forme d'aucun métal, ni une
» forme claire & luisante, ni céleste
» comme il paraît après l'évaporation
» de ladite eau, &
» comme il paraît par sa congélation
» en forme de petites Pier-
L l
@

402 Pratique

» res jaunâtres & roussâtres (crocus)
» laquelle couleur procède
» de la terrestréité pontique &
» sulfureuse, laquelle était outre
» mercure dans la susdite eau de
» vitriol commun aussi peu avant
» chap 85.
Mon fils la vapeur grosse
» vitriolique de laquelle est formé
» l'atrament (le vitriol) est
» très aiguë & très pénétrante,
» c'est pourquoi elle pénètre les
» parties pures du soufre & de
» l'argent vif, & en les pénétrant
» il s'unit avec la substance pure
» la congelant sous la forme de
» la même vapeur & atramentale
» ou vitriolique terrestre qui
» est en l'un & dans l'autre (en vitriol
» philosophique vert & jaunâtres;)
» d'où paraît ce que nous
» avons dit, & qui est la grande
» porte Royale, c'est à dire qu'il
» ne faut pas que les vertus tercélestes,
» restres surmontent les vertus
@

de la voie humide. 403

» & vous aurez ce que
» vous cherchez. Et il ajoute.
» Souvenez vous qu'avec le
» menstrual, (c'est-à-dire avec la
» matière du menstrue le Lion
» vert) il ne faut mettre que les
» choses qui en viennent & qui
» sont nées de lui dans le commencement
» de leur mélange ;
» car si vous y mettiez quelque
» chose d'étrange aussitôt il se
» corromprait par cette nature
» étrange & vous n'auriez pas ce
» que vous voulez, l'or, l'argent
» & le mercure se dissolvent dans
» notre menstrual parce qu'ils
» participent avec lui en proximité
» de nature, & delà vous
» verrez la fumée blanche qui est
» notre soufre, & le Lion vert
» qui est notre onguent, & l'eau
» puante qui est notre vif-argent.
» Mais il faut auparavant dissoudre
» le Lion vert avec l'eau
» puante, avant que vous puissiez
L l ij
@

404 Pratique

» avoir ladite fumée blanche qui
» est notre soufre ; & notez que
» le soufre se dissout & se sépare
» du corps de la même manière
» en congelant l'esprit en forme
» d'eau sèche que nous appelons
» la Pierre ; & le plus grand moyen
» de notre ouvrage qui consiste
» dans la connexion & union de
» toutes les natures, c'est-à-dire
» dans l'union du corps & de l'esprit.
» Mon fils cette eau s'appelle
» eau de feu parce qu'elle
» brûle & consomme l'or & l'argent
» mieux que le feu élémentaire
» & parce qu'elle contient
» une chaleur terrestre, laquelle
» sans effort dissous ce que le feu
» commun ne peut pas faire,
» c'est pourquoi je vous ordonne
» que des choses les plus chaudes
» qui sont dans la nature vous
» faisiez le Magistère & vous aurez
» une eau chaude qui dissous
» toutes choses. Theor. testam. chap.
» 59.
@

de la voie humide. 405

Riplée renferme en peu de paroles
tout ce grand verbiage de
Raymond Lulle.
» Ces paroles (qu'il a dites) peuvent
» suffire à l'homme sage
» pour connaître & pour avoir
» le Lion vert, mais ce noble enfant
» s'appelle Lion vert ; parce
» que lorsqu'on le dissous il s'habille
» d'un vêtement vert, Mais
» néanmoins du Lion vert des
» fous l'on tire par un feu violent
» cette eau que nous appelons
» eau forte, dans laquelle il faut
» bouillir & cuire notre Lion vert,
» parce que tout or chimique se
» fait par des corrosifs. Moëlle chimi-
» que pag. 139.
Veindenfeld, dit aussi que l'argent
vif qu'on appelle Lion vert
Adrop, plomb des philosophes, &c.
étant dépuré par l'esprit de vitriol,
on doit les mûrir encore
en le calcinant au rouge pour en
former le minium ou plomb calci-
@

406 Pratique

né, le Sericon, &c. Et il cite
Raymond Lulle qui parlant paraboliquement
de production de
l'argent vif des Philosophes, il
fait une roue dans son testament
pour montrer que l'hylé ou
première matière produit en premier
lieu les éléments, que les éléments
excités & mêlés avec les vapeurs
célestes produisent des vapeurs
; ces vapeurs se réduisent en
eau claire & visqueuse, qui produit
l'azoth-vitriolé, l'azoth-vitriolé
produit un soufre aqueux, duquel
viennent enfin les métaux.
pict
» Le quatrième moyen, dit
@

de la voie humide. 407

» Raymond, est une certaine substance
» provenant de sa propre
» minière, & qui est plus proche
» de la nature des métaux que
» quelques-uns appellent calcan-
» tus ou azoth-vitriolique (le mercure
» vitriolé ou vitriol azoqueus) lequel
» est la terre & la matrice
» des métaux & qui par un autre
» nom s'appelle aussi usurius lui-
» sant, blanc & rouge dans l'intérieur
» caché, noir & vert vu
» dehors, qui a la couleur d'un
» Lézard venimeux, qui est immédiatement
» engendré de l'argent-vif
» qui est la matière susdite,
» imprégné de ladite vapeur
» chaude & sèche qui est
» soufreuse (l'esprit de vitriol) par
» lequel moyen il est congelé en
» forme de Lézard vert dans lequel
» (azoth vitriolé) est la forme
» & l'espèce de l'esprit puant (le
» soufre) qui multiplie la chaleur
» minérale qui est la vie des
@

408 Pratique

» métaux, & qui dans la roue
» est signifié par E. Et un peu
» après il ajoute.
Dans l'ouvrage naturel (de la
» Pierre) il faut de l'argent vif,
» mais non pas tel qu'on le trouve
» sur la terre : car il ne sera
» jamais bon à rien (pour nôtre
» ouvrage) à moins qu'il ne soit réduit
» comme le sang des apostumes,
» puant & venimeux ; car
» il faut que vous sachiez mon
» fils que par l'Art & par la nature
» l'argent vif est congelé par
» le moyen d'une eau aiguë & pénétrante
» : c'est pourquoi entend
» bien comme un bon philosophe,
» que si cette eau n'était
» pas bien aiguë elle ne pénétrerait
» pas l'argent vif commun,
qui est le vitriol azoqué & le menstrue
qu'on fait avec le vitriol,
quoique nous moins instruits
soyons persuadés que tout cela est
fort obscur : mais quant au présent
sent
@

de la voie humide. 409

secret Riplée assure, & il
peut l'assurer en effet, que personne
ne l'a déclaré si clairement que
lui. Les Adeptes ont à la vérité
assez parlé de l'usage de leur vin,
& Raymond Lulle, Arnauld de
Villeneuve & quelque autres sont
parvenus à le connaître; mais ils
ont caché la manière de l'obtenir.
Il est donc vrai que dans le silence
universel, Riplée le premier, &
peut-être seul, a déclaré la clef
de toute la Philosophie la plus secrète,
qui consiste dans le lait &
dans le sang du Lion vert ; c'est-
à-dire que le menstrue puant étant
digéré doucement pendant quinze
jours, & le vin blanc & rouge
de Raymond Lulle & des autres
Adeptes.
Et il n'a pas dit cela gratis,
mais avec ses paroles il a donné de
la force & de la lumière à son dire ;
montrant la manière de composer
par ce menstrue puant & corrosif,
M m
@

410 Pratique

de faire, dis-je, le menstrue végétable
(doux) & l'eau-de-vie rectifiée
que Lulle a décrite dans
l'article de potestate divitiarum, avec
lequel exemple nous a enseigné,
que du susdit menstrue puant on
peut composer tous les menstrues
végétables (doux.)
L'eau-de-vie de Lulle se fait par
plusieurs cohobations sur sa terre
morte. Nous avons la liberté de
procéder par une autre méthode,
pourvu que nous arrivions à la
même fin. Distillez le menstrue
puant qui a été digéré quinze
jours, & montera en premier lieu
l'eau ardente, après le flegme, &
dans le fond restera une matière
épaisse comme de la poix liquéfiée,
qui sont les principes de tous les
menstrues végétables (doux).
Arrêtons-nous ici, sans poursuivre
davantage la recherche de ce
vin qui est le nectar des Philosophes
; mais avant que de vous
@

de la voie humide. 411

quitter tout-à-fait je veux donner
encore ce mot aux Ecoliers de Paracelse,
leur faisant voir que ce
gliston ou glise de l'Aigle ou du
Lion vert de Paracelse n'est autre
chose que le vin blanc de Lulle
qui est le lait de la Vierge, car le
nom de Lion vert & d'Aigle sont
synonymes : & par conséquent le
vin rouge ou mercure rouge de
Lulle est ce que Paracelse appelle
le sang du Lion rouge, qui dans la
jeunesse s'appelle Lion vert : c'est
pourquoi quelquefois on l'appelle
Lion vert, & quelquefois Lion
rouge ; c'est aussi pourquoi Riplée
dit. » Prenez le sang du Lion
» très rouge, & comme du sang,
» qui est notre mercure & notre
» teinture préparée & propre
» pour être mise sur la chaux des
» métaux les plus purs, & ailleurs
» il dit, prenez le sang du Lion
» couleur de roses ; mais écoutons
» Paracelse lui-même.
M m ij
@

412 Pratique

Le Lion vert de Paracelse dans la
Toison d'or Germanique. pag. 4.
» Rx. Du vinaigre distillé dans le
» quel faites dissoudre le Lion vert,
» laissez purifier quelque temps,
» filtrez ce qui est dissout ; séparez
» par le bain la superfluité
» humide du vinaigre jusqu'à ce
» que la matière vienne comme
» huile, mettez cette huile ou
» ce qui reste dans la retorte,
» diluez au sable à petit feu, augmentez
» après le feu, & le Lion
» vert par la force du feu donnera
» sa gluten ou glu, ou graisse
» qu'on appelle air, mettez sur la
» tête morte le flegme que vous
» avez tiré, purifiez au fumier
» ou au bain, distillez ensuite
» comme auparavant & de nouveau
» les esprits monteront,
» poussez le feu, & viendra une
» huile épaisse de couleur jaune ;
» sur la tête morte mettez de
@

de la voie humide. 413

» nouveau la première eau distillée,
» putréfiez encore, filtrez
» & distillez comme auparavant,
» & enfin par un feu très fort de
» flamme sortira une huile rouge
» comme le sang, qui s'appelle
» feu, réverbérez la terre qui reste,
» qu'elle devienne blanche, &c.
L'on voit que la méthode de
Paracelse est un peu différente
pour ce qui regarde la dissolution,
quelques fois les Adeptes
pour faciliter ladite dissolution
ayant ajouté ou le vitriol, ou le
salpêtre, ou tous les deux sels.
Voyons Riplée qui nous donne
tant de matières différentes.

Le Menstrue puant de Riplée fait
avec le vitriol commun dans son
viatique.

» Brisez la gomme que vous avez
» faites du Séricon moyennant le
» vin aigre distillé, le mêlant avec
» égal poids de vitriol desséché
M m iij
@

414 Pratique

» & au commencement séparez le
» flegme à petit feu, & ensuite
» avec plus grand feu recevez
» l'huile (le sang du Lion) que
» vous séparerez de l'eau jusqu'à
» ce que vous ayiez l'huile seule
» & pure.
Quelques fois au lieu du Lion
vert commun aux fou, ils ont
ajouté le salpêtre commun pour
faire plus facilement le menstrue
puant.
Le Menstrue puant de Lulle fait du
vitriol Azoqué & du salpêtre com-
mun à la pratique du testament.
» Rx. Une partie de D. (le vitriol
» azoqué) & la moitié de
» C. ( du salpêtre) lesquels vous
» mêlerez bien ensemble & les mettre
» dans une cucurbite de verre
» dans un fourneau, & ayant mis
» dessus son alambic bien luté,
» afin que les propriétés des trois
» mercures, c'est-à-dire le salsugineux,
@

de la voie humide. 415

» le vitriolique & l'aquatique,
» qui sont jointes ensemble,
» ne se perdent pas, & prenez
» garde que les susd. poudres
» que vous avez mis dans la cucurbite
» ne passent pas le poids
» de huit onces, & pour abréger
» le temps, vous mettrez trois cucurbites
» au même feu avec égale
» quantité de matière, & les
» mettez dans un feu propre
» comme nous le dirons dans le
» chapitre des fours. Ne mettez
» pas plus de trois cucurbites,
» car le feu ne pourrait s'administrer
» également ; que les cucurbites
» soient lutées de bonne
» terre mêlée avec de la bourre,
» & mettez des cendres par dessus
» bien tamisées à l'épaisseur de
» cinq doigts, & mettez au bec
» de chaque alambic son récipient
» bien lutté & bien éloigné
» du four, afin que le récipient
» ne s'échauffe pas ; ayez ensuite
M m iiij
@

416 Pratique

» de la sciure de bois en grande
» quantité, que vous mêlerez
» avec la moitié du mare de la
» vendange, de laquelle composition
» vous ferez votre feu, ensuite
» allumés votre feu : car il
» ne faut pas faire un feu plus
» fort jusqu'à ce que vous voyiez
» distiller six gouttes, ou dix, ou
» quinze, ou vingt ; & lorsque
» vous verrez distiller vingt gouttes,
» faites du feu avec du petit
» bois sec, & peu à peu faites du
» feu de flamme directement sous
» la matière : & voyez que l'eau
» qui distille soit claire ; & quand
» vous serez arrivé à quinze
» points, & que l'eau sera claire,
» & les fumées subtiles, continuez
» ce feu : & si vous voyez que de
» quinze points la distillation rétrograde
» à vingt ou à moins,
» fortifiez le feu & continuez suivant
» le point de sa distillation ;
» & en troisième lieu faites le feu
@

de la voie humide. 417

» encore plus fort d'un point, &
» continuez jusqu'à ce qu'il ne
» distille plus rien, & alors cessez
» le feu ; & si l'eau est claire sans
» aucune couleur trouble, prenez-
» la, & mettez-la dans une fiole
» bien bouchée avec de la cire
» tiède, afin que rien ne respire,
» ou que l'air n'y entre, car aussi
» tôt elle se corromprait : ressouvenez-vous
» quand vous ferez
» le feu de bois sec, que vos
» vaisseaux doivent être munis
» dudit lut & qu'ils soient enveloppés
» de linges mouillés : & que
» vous mettiez une poêle entre le
» bec de l'alambic & le récipient,
» car d'ordinaire quand le feu
» agit, l'air veut s'échapper &
» respirer, & quand le vaisseau
» n'est pas assez grand pour le
» contenir, il brise tout ; parce
» que cet air est fort chaud : c'est
» pourquoi il a besoin de quelque
» lieu où il puisse respirer, ouvrez
@

418 Pratique

» donc le trou qui est bouché par
» la poêle quand vous l'entendez
» tourner.
Oh mon père, comment avez-
» vous fait cette pratique si longue
» ; mon fils, afin que vous
» soyiez instruit des choses petites
» & grandes, car mon intention
» est de ne parler plus dans
» ce livre de ce menstrue puant,
» lequel quand il sera dans votre
» pouvoir, vous pourrez dire que
» vous avez une chose vile, par
» laquelle néanmoins en peu de
» temps vous pouvez réduire tous
» les corps en leur première matière,
» &c.
Le même menstrue puant est
dans sa magie naturelle, avec sa
longueur ordinaire.
Notez que Nicolas Flamel
dit qu'il connut à l'odeur forte &
puante qu'il avait trouvé la préparation
du mercure philosophi-
que.
@

de la voie humide. 419

Eau calcinative de tous les corps de
Lulle dans sa magie naturelle.

» Rx. De la terre, c'est-à-dire
» de D. (le vitriol azoqué 5. onces
» & de C. (le salpêtre) 2. onces &
» demie, & que le tout ne fasse
» que huit onces, & le tout étant
» subtilement mêlé & moulu sur
» le marbre, mettez-le en vaisseau
» de verre avec son alambic,
» faisant dessous le feu de la sciure
» de bois deux parties, & une
» partie de petits charbons, ou
» écrasés une part, ou du son sec
» afin qu'il s'allume facilement,
» &c.
Comme il dit la même chose
avec le même ennui, il est inutile
de le rapporter ; il est à remarquer
seulement que Lulle qui
dans tous ses Livres différents donnent
la composition de ce menstrue
puant à peu près de la même manière,
il ne dit quasi mot de la
@

420 Pratique

manière de faire son vitriol azoqué
ou vitriol mercuriel, que ce
que j'en ai rapporté ci-dessus ; de
plus il ne dit rien de la séparation
des éléments dans cet endroit,
quoiqu'il en parle ailleurs assez au
long de la manière que je dirai
après. En attendant voyons encore
Riplée.
Le menstrue puant de Riplée fait avec
le vitriol azoqué mêlé avec le vi-
triol commun & le salpêtre commun
dans la Moële philosophique pag.
143.
» Rx. Le vitriol fait avec la liqueur
» aiguë des raisins avec le
» feu de nature & le sericon (le
» vitriol azoqué ) mêlez-en une
» masse avec le vitriol naturel
» (commun), desséchez médiocrement,
» & avec du salpêtre de
» ceux-ci au commencement on
» distille une eau faible & flegmacoloré
» tique, sans que le récipient soit
@

de la voie humide. 421

» ; après quoi il montera
» une fumée blanche, qui fera
» que le récipient paraîtra comme
» du lait, laquelle fumée il
» faut recueillir jusqu'à ce qu'elle
» cesse, & que le récipient devienne
» claire ; car cette eau est
» le menstrue puant, dans lequel
» est notre quintessence, c'est-à-
» dire la fumée blanche, dans
» laquelle est le feu contre nature,
» (c'est-à-dire l'eau-forte du
» vitriol & du nitre) lequel s'il
» était séparé, ce serait notre feu
» naturel, duquel nous parlerons
» ailleurs, lesquelles eaux mêlées
» ensemble forment une eau qui fait
» des actions contraires ; car cette
» eau (comme dit Lulle dans son
» testament) dissout & coagule,
» humecte & dessèche, putréfie
» & purifie, noircit & blanchit,
» mortifie & vivifie, sépare &
» conjoint, brûle & rafraîchit,
» commence & perfectionne ;
@

422 Pratique

» ce sont les deux dragons qui
» combattent dans la gueule de
» la satalie : c'est la fumée blanche
» & rouge dont l'une dévorera
» l'autre, & dans ce lieu les
» vaisseaux où la résolution se
» fait, ne doivent pas être lutés,
» mais seulement fermés avec des
» linges, du mastic & cire commune
» ; car cette eau est un feu
» & un bain dans le vaisseau non
» dehors (notre bain-marie dans
» lequel le Roi se baigne) & laquelle
» si elle sentait un autre
» feu fort aussitôt elle s'élèverait
» au-dessus du vaisseau, & si elle
» ne trouvait pas du repos, les
» vaisseaux se briseraient & le
» composé se perdrait ; cette eau
» composée autant elle dissout,
» autant elle se coagule & s'élève
» en forme de terre glorieuse :
» & c'est celle-ci notre dissolution
» secrète qui se fait toujours avec
» la congélation de son eau, &
@

de la voie humide. 423

» parce que ce feu de nature est ajouté
» au feu contre nature (à l'eau-
» forte) pour cela autant il perd
» de sa forme par le feu contre
» nature, autant elle requiert
» par le feu de nature, de manière
» que par le feu contre nature
» elle ne peut pas être entièrement
» détruite, ou le feu naturel être
» réduit à rien.
Voilà les recettes que les
Adeptes moins ennuyeux ont bien
voulu nous donner sur la composition
de cette eau ; Raymond
Lulle ne parle point dans ses recettes
de la séparation des éléments
comme Riplée, Bacon & Paracelse
qui ne fait que l'indiquer,
mais parce que Lulle & plusieurs
autres parlent au sang de cela
ambigument & qu'ils donnent
la manière de faire la séparation
des éléments de cette eau céleste
ou menstrue puant, que Raymond
Lulle & plusieurs autres Adeptes
appellent aussi leur vin blanc &
@

Pratique
rouge ; je donnerai ici quelques
recettes de Raymond Lulle, par
lesquelles on verra que de ce
menstrue puant ou vin philosophique
ils tirent l'eau-de-vie & l'esprit-
de-vin, & que du tartre de ce vin
ils font le tartre volatil, avec lequel
ils acuent leur esprit-de-vin
& le rendent capable de réincruder
les luminaires & les réduire
en vitriol volatil, & propre à être
réduit en première matière.
Eau de vie rectifiée de Lulle.
In potestate divitiarum.
» Rx. Du vin (philosophique)
» séparez l'esprit avec adresse le
» plus vite que vous pourrez, car
» il est difficile que vous sépariez
» si adroitement que le flegme
» n'emporte quelque chose de sa
» substance pure ; cet esprit
» ainsi séparé s'appelle mercure ou
» eau ardente (parce qu'elle brûle
» si on y met le feu) dont la marque
que
@

de la voie humide. 425

» est (comme on l'a dit ci-
» dessus) que si vous y mouillez un
» linge & que vous y mettiez le
» feu, le linge brûlera entièrement
» si ladite eau ardente est bien
» rectifiée & séparée de tout flegme
» dans le feu du vaisseau, il
» restera une matière comme de
» la poix liquide ; alors mêlez la
» lunaria avec cette poix, mouvant
» bien & mêlant le tout, &
» faites distiller, & ce qui sortira
» par la distillation s'appelle sang
» humain rectifié que les Alchimistes
» cherchent ; ce sang s'appelle
» aussi air ou vent de qui a
» parlé le Philosophe disant, le
» vent la porte dans son sein.
» Séparez l'huile de ce qui reste
» au fond, distillant par l'alambic
» jusqu'à ce qu'il ne reste plus
» rien de liquide, & gardez cette
» huile jusqu'à ce que je vous le
» dise ; ce qui restera est une
» substance noire & sèche.
N n
@

426 Pratique

» Pulvérisez cette matière noire
» & sèche (la terre de ce vin)
» & versez dessus le susdit sang
» humain rectifié, & laissez ensemble
» pendant trois heures, &
» ensuite distillez ; alors cette
» eau s'appelle l'eau de feu rectifiée.
Calcinez la tête morte dans
» un four de réverbère jusqu'à
» ce que devienne comme une
» chaux blanche : mêlez cette
» chaux avec l'eau de feu rectifiée,
» distillez sept fois, & alors elle
» s'appelle eau de vie rectifiée (par
» ce qu'elle donne la vie aux
» métaux qui sont morts.)
De ce tartre il fait aussi le sel
de tartre volatil, ou sel armoniac
végétable, comme il s'ensuit.
Sel armoniac végétable de Lulle.
De la matière végétable dans la quatrième
pratique.
» Rx. Du vin excellent blanc
» ou rouge (il dit autre part
@

de la voie humide. 427

» que le rouge est meilleur) distillez
» l'esprit selon l'Art jusqu'à
» ce qu'il brûle le linge, évaporez
» le flegme jusqu'à ce
» que la matière reste comme
» de la poix fondue ; jetez dessus
» l'esprit ardent qui surnage de
» quatre doigts : digérez huit jours
» & distillez aux cendres l'esprit
» animé, réitérez avec nouvel
» esprit jusqu'à ce que la matière
» reste sèche en forme de poudre,
» distillez ensuite l'huile qui est
» dans cette terre avec un feu
» fort à sa suffisance, en sorte que
» la ladite terre ne fume plus.
» Calcinez la terre au four
» bien fermé jusqu'à ce qu'elle
» devienne blanche dans l'alambic,
» versez dessus l'esprit ardent
» animé l'octave partie, digérez
» trois jours : ensuite distillez au
» bain le peu d'humidité qui
» vient, mettez encore un peu
» d'esprit-de-vin imbibant & dis-
N n ij
@

428 Pratique

» tillant jusqu'à ce que la terre
» devienne volatile, ce que vous
» essaierez sur une lamine ardente,
» sublimez cette terre imprégnée
» durant quatorze heures, &
» vous aurez le sel volatil que
» vous sublimerez encore deux
» fois pour l'avoir plus pur.
Il y a plusieurs manière de
faire ce sel ammoniac végétable,
qu'on peut voir en divers endroits
de Lulle, Riplée, Parisinus,
Rupecissa, Trismosin, Guidon,
Basile Valentin, Paracelse
& autres ; avec ce sel de tartre
philosophique les Adeptes ont
acué le vin comme il s'ensuit.
Le Ciel végétable de Lulle acué avec
le sel de tartre volatil.
» Rx. De l'eau de vie parfaitement
» rectifiée, qui brûle le linge,
» trois livres du sel végétable
» du premier expérimenté (le
» tartre volatil) une livre, mêlez
» bien ensemble, laissez en putréfaction
@

de la voie humide. 429

» pendant deux ou trois
» heures, le vaisseau étant bien
» clos ; après quoi lutez l'alambic
» sur la cucurbite & distillez
» à petit feu tant de fois que le
» sel passe, cohobant & distillant
» jusqu'à ce que tout soit passé ;
» cela fait, mettez encore une
» autre livre dudit sel dans la
» cucurbite, putréfiez & distillez
» comme auparavant avec le même
» esprit-de-vin qui est déjà
» imprégné d'une livre de son sel ;
» & par ce moyen il en passera
» encore une autre livre : réitérez
» le même travail avec une
» troisième livre de sel ; afin que
» l'esprit soit imprégné de trois
» parties de son sel, & alors il a
» la puissance de résoudre les luminaires
» en leur première matière.
De ce menstrue ainsi acué,
Lulle & les susdits Philosophes en
font leur ciel philosophique de
la manière suivante.
@

430 Pratique

Ils mettent cet esprit à circuler
pendant deux mois ; les fèces
tomberont au fond, & vous aurez
la plus parfaite chose pour la
santé & volatilisation des métaux
pour les réduire en première matière,
cette liqueur est incorruptible
comme le ciel ; c'est pour cela
qu'on l'appelle ciel.
Notez aussi que l'esprit ardent
& la fumée blanche étant distillée
deux ou trois fois, en sorte qu'elle
brûle le sucre comme l'eau-de-vie
commune, étant mise à circuler
pendant cinquante ou soixante
jours, donne une huile ou quintessence
qui surnage sur le reste
d'une odeur surprenante, &c.
Quelques observations, entre autres
qu'on peut faire sur lesdites recettes
des Philosophes Adeptes.
La première est qu'ils ont caché
le mercure des Philosophes.
@

de la voie humide. 431

tant la manière de le faire, comme
la matière de laquelle on doit
le faire.

II

L'on a donné à la matière du-
dit mercure philosophique le
nom de Lion vert par les raisons
que Riplée rapporte ; on l'appelle
adrop, plomb, antimoine,
&c. parce que cette substance est
dans le plomb, l'antimoine &
dans toutes les choses, puisque
toutes les choses ont leur humidité
radicale qui est ce que les Philosophes
nomment mercure, mais
l'humidité radicale qui seule convient
aux métaux, est métallique.

III
Quoiqu'il ne soit pas difficile de
deviner quelle est la nature de ce
Lion vert ; cependant les Philosophes
tous d'accord ont caché la
pratique de la première préparation
de ce Lion, de quelle manière
on peut le réduire en mi-
@

432 Pratique

nium philosophique ; cette première
porte étant bien fermée, ils
n'ont pas eu beaucoup de peine à
nous dire quelque chose de la
pratique, omettant néanmoins
toujours quelque chose d'essentielle,
qui étant négligé, la fin
ne peut pas être bonne puisque
l'on a commencé mal ; & qui manque
dans les principes, manque
nécessairement dans la fin.
IV.
Ayant donc caché l'entrée au
Palais du Roi ils nous décrivent
plus ou moins sincèrement la manière
de faire le menstrue dans
lequel est la graisse de l'Aigle &
le sang du Lion rouge, qui avant
que d'être mûr au point qu'il
faut, est appelé Lion vert.
V.
Ils enseignent donc la manière
de faire la gomme ou le vitriol
philosophique de la substance
dudit Lion.
Il
@

de la voie humide. 433

VI.
Il faut en premier lieu le dissoudre
avec excellent vinaigre distillé
& filtrer deux ou trois fois la distillation
afin qu'elle soit claire &
nette: & notez que chaque livre
de sericon vaut deux mesures
d'Angleterre * de vinaigre dis- * Gallon
tillé, & bien forte.

VII.
S'il reste quelque chose de ce
minium qui n'est pas dissous il
faut remettre d'autre bon vinaigre,
laisser encore digérer huit
jours, filtrer & mettre toutes les
liqueurs ensemble.

VIII.
Il faut évaporer, ou comme
d'autres disent distiller, tout le
vinaigre jusqu'à ce que la matière
reste comme une poix liquide.

IX.
Il faut distiller au bain-marie,
& par là on exécute plus facilement
ce qu'on ordonne de ne pas
0 o
@

434 Pratique

brûler les fleurs, & que la matière
reste comme de la poix liquéfiée,
car le bain n'est pas assez fort
pour trop dessécher ; d'ailleurs
il faut que le bain-marie ne bouille
pas : & notez que cette poix ou
gomme étant refroidie s'épaissit
de manière pourtant qu'on peut
la couper avec un couteau. Riplée
avant que de former la gomme dit
une fois qu'il faut digérer la liqueur
huit ou dix jours.
X.
Ayant cette gomme il faut la
mettre dans une retorte (Lulle dit
toujours un alambic) & distiller à
feu de cendres, ou de sable, ou
petit feu l'humidité du vinaigre
sans que le récipient soit luté ;
mais aussitôt que les fumées blanches
commencent à paraître, il
faut changer de récipient & le luter
exactement.
XI.
Raymond Lulle ne veut pas
@

de la voie humide. 435

qu'on mette plus de huit onces de
matière dans le récipient, Riplée
en met jusqu'à douze.

XII.
Ce Lion vert se peut distiller
en plusieurs manières, la première
est qu'étant réduit en minium
rouge on le distille sans faire ladite
gomme d'Adrop ; mais je croirais
volontiers, qu'il faut alors ajouter
le nitre ou le vitriol, ou tous
deux pour l'aider à sortir : mais
comme tous auparavant en font
le vitriol azoqué ; je crois qu'on
doit suivre cette méthode comme
étant plus sûre, la seconde manière
est de distiller ce vitriol
mercuriel sans addition, la troisième
est d'y ajouter le sel nitre ou
le vitriol commun, ou tous les
deux ; Riplée donne à la fin les
raisons pourquoi ce feu contre nature
ne nuit pas

XIII.
Riplée marque aussi que cette
O o ij
@

436 Pratique

distillation ne se peut faire en 12.
heures : & je crois comme lui
qu'il vaut mieux distiller par la
retorte avec des cendres bien
pressées, qu'il y en ait un doigt par-
dessous la cornue, & trois doigts
par-dessus la matière ; mais la
prudence enseignera mieux.
XIV.
L'on trouve souvent au col de
la retorte une manière de glace
semblable au mercure sublimé
qu'il faut mettre avec le reste de
la distillation.
XV.
Il faut conserver les fèces, parce
qu'il y a en elles de grands
secrets.
XVI.
Notez dit Riplée que dans le
menstrue qui aura distillé si vous
le faites digérer 15 jours vous en
tirerez trois substances, la première.
I° Un esprit ardent qui monte
@

de la voie humide. 437

avant le flegme avec tant soit peu
d'huile.
2°. La liqueur blanche qui est
le lait de la Vierge & le mercure
au blanc.
3°. L'huile rouge ou mercure
au rouge, appelé soufre, sang du
Dragon ou du Lion vert.

XVII.
L'on doit rectifier l'esprit brûlant
le séparant du flegme de manière
qu'il brûle le linge ou
coton.

XVIII.
Cet esprit s'aiguise & se rend
plus efficace avec son sel de sou
tartre.

XIX
Alors réincrude les métaux
calcinés.

XX.
Le soufre blanc ou rouge de
ce menstrue imbu de sa terre fixe
peut faire la Pierre tout seul.
@

438 Pratique

XXI.
Mais pour plus grande facilité
on se sert de l'or calciné & réincrudé
par l'esprit-de-vin rectifié,
en les dissolvant après dans lesdits
soufres blancs ou rouges.
XXII.
Mais je crois que tout le menstrue
bien déflegmé & acué avec
son sel de tartre dissout l'or &
l'argent, & se fixe avec eux Experientia
Magistra Operis.
XXIII.
Riplée dit dans un endroit
qu'il faut mettre le vinaigre &
ledit plomb calciné dans une terrine
de cuivre ; peut-être que le
cuivre qui sera rongé par la matière,
& le vinaigre est bon à cet
ouvrage.
Autres remarques utiles pour l'intelli-
gence des Auteur,
Raymond Lulle a enseigné la
théorie & la pratique de la Pierre;
@

de la voie humide. 439

mais il a déguisé les noms, il
a appelé la liqueur mercurielle
donc nous venons de parler vin
blanc & vin rouge, il a appelé un
esprit-de-vin un esprit brûlant qui se
tire de ce vin mercuriel, & sel
de tartre volatil ; le sel qui se tire
des fèces ou tête morte de laquelle
on a distillé ce vin mercuriel
blanc & rouge, & c'est avec ce
sel qu'il fortifie son esprit-de-vin ;
lequel alors a la puissance de putréfier
& résoudre en première
matière les deux luminaires ; dans
le Livre des expériences il montre
au long les diverses manières dont
on peut se servir de ce vin & de
ce sel précieux qu'il appelle aussi
sel armoniac parce qu'il peut dissoudre
radicalement l'or, & par
l'harmonie & conformité de nature
qu'il a avec lui.
Basile Valentin a fait la même
chose que Lulle : il a donné sa
doctrine sous le nom de vitriol,
@

Pratique
d'où il tire son esprit blanc &
l'huile rouge & pesante ; Lulle
parle aussi de ce vitriol, qu'il
appelle vitriol azoqué, c'est-à-dire
vitriol mercuriel ; car azoqué
en Espagnol veut dire argent vif.
Le même Basile par cette essence
du vitriol azoqué tire l'âme
du vitriol de Mars & de Vénus
pour la joindre à l'âme de l'or,
afin d'avoir une teinture exubérante
; & c'est de cet ouvrage qu'il
parle dans les 12. clefs avec beaucoup
d'obscurité : mais dans le Livre
des sept teintures ; il dit clairement
sans l'esprit du vif-argent
ou mercure on ne saurait rien
faire.
Paracelse au lieu du mars & du
venus il ajoute l'âme de l'antimoine,
non-seulement pour augmenter
la teinture, mais parce
qu'il croit que l'antimoine est supérieur
à tous les corps métalliques
pour conserver la santé &
En
@

de la voie humide. 441

En un mot les grands Maîtres
ont opéré diversement, & comme
un peintre habile qui a diverses
couleurs sur sa palette, il en
forme diverses figures, & il les
emploie en Maître ; les autres qui
n'ont lu qu'un seul ouvrage, ils
ont crû qu'il n'y en avoir point
d'autre, ni autre manière d'opérer
; il est vrai comme on l'a dit
qu'il n'y a qu'une seule matière en
essence, mercure & soufre.
Mais les manières d'opérer sont
différentes ; l'ouvrage des Anciens
était peut être différent dans la
manière d'opérer, mais comme
tous les Arts se perfectionnent
peu à peu, les Modernes ont agi
autrement : & ce sont ces manières
diverses d'opérer qui embarrassent
fort le Lecteur. J'ai donc
crû à propos d'ajouter ce peu de
mot pour ôter la difficulté à ceux
qui lisent les Auteurs anciens &
les Modernes, & qui ne peuvent
P p
@

442 Pratique

pas les concilier ensemble.
Qu'on se tienne donc aux fondements
de l'Art, & on pourra
choisir la manière d'opérer qui
plaît le plus, & même d'en inventer
une nouvelle.
F I N.
@

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