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Réfer. : 1102 .
Auteur : Jean XXII.
Titre : L'Oeuvre Alchimique du Pape Jean XXII.
S/titre : .

Editeur : Editions de Massanne.
Date éd. : 2001 .
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L'oeuvre
alchimique
du pape
Jean XXII
1244 - 1334

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Portrait du Pape par Henry Serrur

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Armes papales
Galerie des portraits n°145

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© Editions de Massanne Dépôt légal 4eme trimestre 2001 ISBN : 2-911705-01-7

© Editions de Massanne, 2001 Tous droits de reproduction, traduction et adaptation réservés pour tous pays.
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A ma Dame Pernelle
sans l'aide de qui
ce livre n'aurait certainement
jamais vu le jour.

J.C.

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Remerciements



L 'élaboration de cet ouvrage a
bénéficié du concours de
plusieurs personnes que nous
tenons à remercier ici pour leur aide
précieuse. Il s'agit pour la traduction de
la partie latine, de Messieurs Francis
Dubost et Michel Griffe, tous deux
Maîtres de Conférence de Latin à
l'Université Paul Valéry Montpellier III.
Madame Nadine Righetti, de la
Bibliothèque Municipale de Cahors, nous
a aimablement fourni les portraits du
Pape Jean XXII, ainsi que de nombreux
textes et commentaires, et Monsieur Henri
Gaud de la société « Éditions Gaud » qui a
eu la gentillesse de nous confier plusieurs
photographies réalisées dans le Musée
des Papes à Avignon.

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Au Lecteur


L es nombreuses annotations qui
illustrent le texte original sont
files propositions d'interprétation et
en aucun cas des explications exhaustives.
Il nous a semblé que ces commentaires
pouvaient faciliter la compréhension du
lecteur et éclaircir certains passages assez
abscons et dont certains demeurent.
Pour faciliter la lecture du texte,
nous avons traduit, en français moderne,
cet ouvrage écrit par Jean XXII et composé
de deux parties L'Art transmutatoire et
L'Elixir des Philosophes, édité par Macé
Bonhomme en 1557 à Lyon, soit plus de
deux siècles après la mort de l'auteur.
Nous avons essayé aussi de
rassembler de nombreuses références
d'autres auteurs alchimistes dont les
citations s'avèrent d'une grande utilité
pour la compréhension de cette science
hermétique ainsi que pour ses applications
pratiques. Nous souhaitons que ce traité
suscite le désir d'aller un peu plus loin sur
le chemin de l'esprit.

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Notes Historiques


Extrait du Journal « L'Illustration» - 1935 Bibliothèque de Cahors, Réf : 9-275


O n a discuté sur les origines de Jacques Duèze qui
fut le pape Jean XXII. D'aucuns, parmi lesquels
Mr Boyer d'Agen, l'ont fait naître à Salviac,
d'autres à Castelnau-Montratier. Mais la presque
unanimité des historiens s'accorde sur la naissance
cadurcienne (1), affirmée d'ailleurs par le pape lui-même
dans sa bulle du 14 février 1323 à propos de l'église
Saint-Barthélemy, paroisse où il reçut le baptême et où
demeuraient ses parents, notables bourgeois de la cité.
La première partie de la vie ecclésiastique du futur
pape est assez difficile à reconstituer. On sait que, évêque
de Fréjus en 1300, il fut évêque d'Avignon en 1310 et
nommé cardinal évêque de Porto en 1312. Lorsque, en
1314, mourut Clément V, pape français et girondin,
vingt-trois cardinaux se réunirent en conclave dans le


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1 Cadurcien, de Cahors dans le Lot.
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palais de l'évêque de Carpentras. Et cela produisit des
discussions confuses et interminables. Trois mois après
la première séance, les conclavistes étaient encore
assemblés dans le même lieu et dans le même désaccord,
aggravé par les ambitions individuelles et la question
politique. On ne s'entendait sur rien ni sur personne.
Pourtant, des rumeurs menaçantes grondaient autour des
porteurs de pourpre.
Les habitants de la ville, obligés de pourvoir à la
dépense des cardinaux ainsi qu'à celles de leurs nombreux
domestiques, gémissaient et se révoltaient sous la charge
trop lourde. Le 23 juillet 1314, la population incendia le
palais de l'évêque et dispersa le conclave. Pendant vingt-
sept mois, l'Église resta sans pontife et sans
gouvernement. Comme cette anarchie menaçait de se
prolonger, le roi de France, Philippe V, contraignit les
cardinaux à reprendre leurs délibérations. Il les fit enfermer
le 23 juin 1316 dans le couvent des dominicaines de Lyon
en les avertissant qu'ils n'en sortiraient qu'après avoir
élu un pape. Néanmoins, quarante jours de débats furent
encore nécessaires pour qu'une majorité désignât le
pontife.
Si le choix des conclavistes se porta sur Jacques
Duèze, le cadurcien, alors cardinal évêque de Porto, ce
fut parce que ce chétif vieillard (il avait alors soixante
douze ans) ne semblait pas promettre un long règne (2).
Mais les calculs des rivalités en attente de succession
devaient être déjoués par la longévité et la fermeté du


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2 Il assura sa fonction pendant 20 ans et mourut à 90 ans. 3 Édités sous un même recueil en 1557, soit 223 ans après sa mort. La référence à la note n° 3 se trouve 3 pages plus loin. Le Traducteur.
@

nouveau pape qui, sous le nom de Jean XXII, fut intronisé
à Lyon.
En cette époque terrible pour les souverains de
l'Église, Jean XXII manifeste une énergie que l'on n'eût
point soupçonnée chez ce petit vieillard au visage maladif.
Aussi prompt à la réalisation qu'à la conception, on le
voit d'abord, fidèle à ses origines, s'occuper de l'Église
française.
En quelques mois, il fonde les évêchés de Saint-Pons
et d'Aleth (dans la province de Narbonne), ceux de
Castres, de Vabres, de Saint-Flour, de Condom, de
Maillezais, de Luçon.
Le 25 juin 1317, il érige en métropole l'église de
Toulouse et donne comme suffragants au nouvel
archevêché les évêques de Montauban, de Saint-Papoul,
de Rieux et de Lombès.
En 1318, c'est la fondation des évêchés de Tulle, de
Lavaur, de Mirepoix. Une vie nouvelle anime les villes
où se créent les diocèses.
Ce vieillard à l'esprit humain avait pourtant la colère
facile. Sans être cruel, il se montrait vindicatif. Il prit
parti dans la violente querelle entre Louis de Bavière et
Frédéric d'Autriche qui se disputaient la couronne
impériale.
Le Bavarois, excommunié par Jean XXII, ruina son
autorité en Italie, se fit couronner à Rome, multiplia les
ennemis du pontife dans la chrétienté et, après l'avoir
déclaré déchu de tous ses droits à la tiare, lui suscita un
antipape, Pierre de Corbière, qui prit le nom de Nicolas
V. Ce gouvernement autoritaire, tourmenté par des
controverses dogmatiques (discussion sur l'obligation

@

de pauvreté absolue et sur la vision béatique) ne dura pas
moins de dix-huit ans.
Il devait laisser dans l'histoire le souvenir d'un
pontife vigilant, énergique, tel sans doute qu'il en fallait
alors à l'Eglise en cette époque où tant de fièvres et
d'événements, joints à l'esprit critique et au goût
d'aventures, concouraient à la dissolution des pouvoirs.





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J ean XXII fut non seulement un pape que l'Histoire a
retenu, mais aussi un grand Alchimiste.
En plus de l'écriture de L'art Transmutatoire et
l'élixir des Philosophes (3), le pape Jean XXII aurait
participé activement à la création des F.A.R.+C. (Frères
Aînés de la Rose Croix), ordre légendaire créé par
d'anciens Templiers réfugiés en Écosse et dont l'une des
missions essentielles étaient (est ?) de poursuivre
l'enseignement du Magistère Alchimique, science dont
l'origine se perd dans la nuit des temps et dont on trouve
des traces aussi bien en Asie qu'en Egypte Ancienne.
Roger CARO, écrivain, conférencier et grand
alchimiste contemporain évoque souvent l'activité
parallèle de Jean XXII. Dans Pléiade Alchimique (4), il
reproduit des parchemins alchimiques du Pape ainsi
qu'un sceau (5) assez surprenant pour un homme (seulement)
d'église.
Et c'est surtout dans le Légenda (6) qu'il fait plusieurs


--------------------
Le texte associé à la note n° 3 se trouve 3 pages en avant. Le Traducteur. 4 Pléiade Alchimique p. 151 à 154 -- Roger Caro--Éditions R. Caro -- 1961, actuellement diffusé par les Éditions de Massanne. 5 Pléiade Alchimique pages 152 et 153 : sur une des faces du sceau de plomb sont représentées deux figures barbues différentes, celles de Saint Paul et Saint Pierre portant l'inscription SPASPE.
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allusions à la participation effective de Jean XXII à la
création de cet ordre (7).
A la fin de cet ouvrage, on peut voir des photographies
représentant la règle originale de l'Ordre datant de 1317.
Celle-ci fut rédigée sous l'ordre de Jean XXII et approuvée
par Jacques de Via, neveu de Jean XXII et premier
Imperator des F.A.R.+C.. Roger Caro l'a retranscrite
entièrement à la page 69 du Légenda.
















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6 Histoire du Légenda -- 1970 -- Naissance des Frères Aînés de la Rose Croix (pages 39 à 46) -- Éditions R. Caro, également disponible aux
Éditions de Massanne.
7 A ce sujet, lire également l'ouvrage de Jean Deleuvre, « Alchimie Science Divine » paru aux Éditions Ramuel -- 2000.

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L'ART
TRANSMUTATOIRE

très utile attribué
au Pape JEAN XXII,
de ce nom
non encore vu ni imprimé
par ci-devant.





A LYON
Par Macé Bonhomme,
1557
AVEC PRIVILÈGE DU ROY

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NOTE :
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Il est à remarquer que dans l'édition originelle de 1557,
l'ordre des traités est inversé, à savoir :

L'Elixir des Philosophes.
suivi de : L'Art Transmutatoire.

Le Traducteur.

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EXTRAIT DU PRIVILÈGE

P ar privilège exprès du Roi, notre Sire, en
date du 8 août 1556, qui a été publié et
enregistré à la cour de la Sénéchaussée de
Lyon, il a été permis à Macé Bonhomme, imprimeur
à Lyon, d'imprimer et faire imprimer de tels caractères
que bon lui semblera, mettre en vente et débiter le
présent livre, intitulé L'Élixir des Philosophes,
comprenant L'Art Transmutatoire du Pape JEAN XXII,
de ce nom, non encore vu ni imprimé ».
Ainsi est défendu à tous libraires, imprimeurs et
autres, d'imprimer ou faire imprimer le dit livre en
forme et manière que ce soit ou de ceux qui auraient
été contrefaits ou imprimés ailleurs, n'en apporter ni
exposer à la vente dans le pays et terres de ce
Royaume durant le temps et terme de dix ans, en

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Jean XXII
---------------------------------------------------------

commençant du jour où l'impression du présent
livre sera parachevée avec peines importantes pour
ceux qui contreviendront directement ou
indirectement au dit privilège.
Par lequel est permis d'insérer, pour toutes
défenses et significations, le sommaire du dit
privilège, au commencement ou à la fin du présent
livre ainsi que plus amplement est contenu au
privilège susdit.

La première impression du présent livre a été
achevée le 15 novembre 1557.



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L'Art Transmutatoire
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MACE BONHOMME,
IMPRIMEUR DE LYON
AU LECTEUR
SALUT



S i vraie est la sentence d'Aristote disant que le
bien vaut d'autant plus qu'il est élargi et
&communiqué à plusieurs.
Lecteur, il m'a semblé que le bien et le profit
reçus par le moyen et le bénéfice d'un gentilhomme
de bonnes lettres serait plus excellent et prisable si je
t'y faisais participer.
Ainsi, il m'est parvenu entre mes mains une
certaine bonne et ancienne copie contenant le véritable
élixir des Philosophes avec la nature des métaux et
leur opération, autrefois dictée par le Pape Jean XXII

25

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Jean XXII
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de ce nom qui (comme Platine le dit lui-même au
sujet de la vie de celui-ci) a été en son temps un grand
Philosophe.


Aussi après avoir admiré l'ordre et le sujet de
cette copie et que certains doctes personnages, experts
au noble art académique et archicanopique (qui ne
laissa jamais homme sage et discret en mendicité)
m'en aient fait bon rapport affirmant qu'elle contenait
d'excellentes et admirables choses, je l'ai mise en
caractères d'impression le plus fidèlement et
correctement qu'il m'a été possible afin que, par un
tel moyen, tous les gentils esprits soient abreuvés de
la source et du ruisseau d'un si grand bien et qu'il ne
fût caché à aucun des vrais et sincères amateurs de la
Philosophie que je désire, autant que je le peux,
satisfaire et faire profiter.
Même si je sens que ceci leur soit agréable, je
leur en ferai voir brièvement encore d'autres copies
singulières que j'ai entre mes mains.


Priant Dieu tout puissant et que le vrai Soleil
m'en donne la grâce et la faculté après que
sommairement, ami lecteur, je t'aurai averti (de peur
que tu ne penses de la présente oeuvre, par son
commencement et sa lecture, que ce soit une chose
manquée et imparfaite) que le premier feuillet de la

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L'Art Transmutatoire
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dite copie, contenant seulement la préface, autrement
épître liminaire, a été perdu et égaré avant de venir
dans mes mains.



A Dieu, Lecteur
De Lyon,

le XV novembre,
l'an
M.D.LVII



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L'ART
TRANSMUTATOIRE

du pape
JEAN XXII

1244 - 1334

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L'ART
TRANSMUTATOIRE



M aintenant commence le livre d'Alchimie que le
Pape Jean fit faire en Avignon et dont il avait de
cet ouvrage deux cents petits rouleaux qui
pesaient chacun un quintal.
Prenez quatre livres de très fort vin-aigre (1), deux
livres de chaux blanche, mélangez-les et laissez-les
reposer quatre jours.
Le cinquième jour, mettez ces choses dans un alambic
de verre; distillez et conservez cette eau. Puis prenez du
sel et de l'urine avec une livre de inde alexandrin, six
livres de sel armoniac (2), une demi-livre de sel commun
préparé et une demi-livre de vin-aigre.


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1 Mercure philosophique très acide. 2 Sel alcali des Philosophes.
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Jean XXII
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Distillez trois livres du tout, chauffez d'abord le vinaigre
puis incorporez les sels. Quand les sels seront
fondus, mettez tout ensemble dans un distillatoire et
distillez.
Mélangez et détrempez ce qui demeurera au fond
avec de l'eau déjà distillée.
Remettez dans l'alambic et distiller une autre fois;
répéter l'opération jusqu'à-ce que toute l'eau soit partie.
Quand l'eau sera consommée, on trouvera au fond
du distillatoire (3) une masse congelée qui sera comme de
la glace ou comme du cristal et cette masse gardez-la
bien.
Puis prenez du soufre vif bien bouilli en forte lessive (4)
et sublimez-le, puis quarante trois onces de mercure
sublimé, une once quarante trois de chaux puis quatre
onces de lune et mettez toutes ces choses dans l'eau.
Dans cette eau sont les choses en solution qui seront
mises dans l'alambic.
L'eau sera complètement distillée et une masse
demeurera au fond.
Prenez ensuite cette masse et mettez-la sur une lame
de verre dans une cave ou dans un autre lieu bien humide
jusqu'à ce qu'elle soit bien fondue. Vous garderez donc
cette eau.
Prenez la première masse citée plus haut et mettezla
sur une lame de verre, dans une cave ou en un autre lieu
humide, à dissoudre.
Quand ce sera bien fondu, mélangez ensemble ces


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3 Qui sert à la distillation. C'est l'alambic. 4 En termes alchimiques, laver veut dire cuire. Faire une lessive signifie donc utiliser le feu pour nettoyer.
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L'Art Transmutatoire
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deux eaux et puis mettez-les à congeler (5) en un seul bloc
dans la chaudoise trineuse (6).
Lorsque la matière est congelée, c'est une médecine
parfaite dont on met un peu sur dix huit onces de mercure
mis au feu et en peu de temps, restera une lune qui
résistera à tout examen et à toutes épreuves.




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5 La congélation des Sages est proprement un endurcissement des choses molles et une fixation des esprits volatils. (Dictionnaire Hermétique -- 1695 - Salmon -- Gutenberg Reprints) 6 Chaudron à trois parties, soit un Athanor à trois étages.
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Jean XXII
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L'eau forte
pour cet ouvrage




Prenez deux livres de vitriol Romain (7) une livre de sel
nitre, deux livres de vermillon et une livre de aes ustum (8) ;
que toutes ces choses soient moulues ensemble et soient
toutes mises dans un alambic à distiller.
La première eau qui en sortira sera blanche et ne
vaudra rien; la conserver cependant. La seconde et la
troisième sont bonnes et parfaites.
Aussi, les garder pour cet ouvrage dans une ampoule
de verre.
Lorsque la matière est congelée, c'est une médecine


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7 Huile de verre dans la langue Alchimique. « Note que le Vitriol Romain possède la nature de la pierre des métaux et qu'il est chaud et humide. Vitriol Romain, c'est-à-dire philosophique, car l'épithète est prise au sens de catholique, conséquemment d'universel. » (Alchimie expliquée, E. Canseliet p.180 - J.J. Pauvert 1972). 8 Aes Ustum : Airain, cuivre traité par le feu. « Cuivre brûlé. Pour le préparer, on chauffait du vieux cuivre avec du soufre et du sel, placés au- dessous et au-dessus, dans un vase de terre crue, à couvercle luté; ou bien,
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L'Art Transmutatoire
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parfaite dont on met un peu sur dix huit (onces) de
mercure mis au feu et en peu de temps restera une lune qui
résistera à tout examen et à toutes épreuves.














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avec de l'alun, du soufre et du vinaigre. On l'obtenait encore en chauffant
le cuivre seul, pendant longtemps ; ou bien parfois, en l'aspergeant de
vinaigre de temps en temps. On lavait à l'eau de pluie, avec broyage et
décantation jusqu'à ce que le produit eût pris l'aspect du minium. On le
fabriquait à Memphis et à Chypre. » (Introduction à l'étude de la chimie
des Anciens et du Moyen Âge - p. 233 - Marcellin Berthelot - Ed. G.
Steinheil, 1889).
« A l'égard de la nature des fèces dont on se doit servir pour la Sublimation,
les meilleures sont les écailles ou paillettes de fer, ou bien de cuivre brûlé
qu'on appelle communément Aes Ustum parce qu'ayant moins d'humidité,
elles boivent plus aisément le Soufre et l'Arsenic et s'y attachent plus
fortement comme le savent ceux qui en ont fait l'expérience». (La
Somme de la Perfection - Geber -Éditions de la Maisnie 1992-T1, p. 151).

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Jean XXII
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Pour faire
un Soleil bon et fin


Prenez deux livres d'aes ustum, deux livres de soufre
et deux livres de vitriol et les moudre à part, puis les
mélanger ensemble. Mettez-les dans un alambic et fermez
bien toutes les jointures qui sont autour afin que nulle
vapeur ne s'en aille (9). Puis mettez-les dans les cendres
d'un four, les distiller à feu sec. Gardez bien toute l'eau
dans une ampoule de verre.
Puis prenez deux dragmes (10) d'or fin, quatre dragmes
d'argent-vif (11) et les amalgamer ensemble comme font les
orfèvres. Une fois amalgamés, bien les moudre avec


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9 Les vapeurs jouent un rôle très important en Alchimie: soit elles véhiculent les corps, soit elles les séparent, soit elles les unissent. « Quiconque ouvrirait le ballon au moment où les vapeurs se manifestent, verrait partir son labeur en fumée. » (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 46 - Kamala Jnana - Ed. Charlet, 1961). 10 Dragme ou drachme = 3,8 grammes.
11 Le vif-argent est le mercure vulgaire, l'argent-vif est celui des Alchimistes.
« Le Soufre & le Mercure (conjoints toutefois ensemble) sont la minière de notre argent-vif, lequel a le pouvoir de dissoudre les métaux, de les mortifier & de les vivifier ». (Le Cosmopolite - Nouvelle Lumière Chymique p.191- J.C. Bailly 1991).
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L'Art Transmutatoire
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l'eau ci-dessus pendant trois jours d'affilée puis aussitôt
les mettre à cuire pendant douze heures à petit feu.
Quand ce sera suffisant, les moudre à nouveau avec
l'eau citée plus haut puis recuire comme auparavant et
faire ainsi à dix huit reprises toujours en moulant et
détrempant et ensuite sécher jusqu'à ce que cela soit de
la couleur vermillon. Peser ensuite cette matière et mettre
un poids sur dix huit parts de plomb fondu. Au préalable
épurer et préparer. On obtiendra un fin soleil à toutes
épreuves. Préparez et purifiez le plomb de cette manière
et sur le plomb ainsi purifié, jetez la médecine ci-dessus.
Prenez de la savone (12) et faites des lamelles très minces


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« Contrairement au mercure vulgaire qui est dénommé vif-argent (quoique tué par le feu), l'argent-vif est le mercure teingeant parce qu'il transmet la vie à la Pierre. Le vif-argent n'est qu'un mercure vulgaire, tandis que l'argent-vif représente la quintessence des trois corps : sel, soufre, mercure des Philosophes. Il y a un abîme entre les deux significations ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique - Kamala Jnana - Éditions G. Charlet 1961). « Le second principe encore plus prochain est cette substance aqueuse qu'on nomme argent-vif, qui se produit en partie de ce premier soufre et de ces premières influences célestes qui, circulant sans cesse et se sublimant continuellement sur ce soufre dans un lieu humide, attirant à soi le plus qu'elles peuvent de parties salines, s'épaississent dans la suite et forment cette liqueur admirable et unique dans son espèce qu'on nomme mercure, qui coule sans mouiller ». (Les secrets les plus cachés de la Philosophie des Anciens- C. de la Haumerie 1722-Arma Artis 1977 p.104). 12 Savone = savon. Le savon est employé dans les lessives pour nettoyer, et
en Alchimie pour purifier. La lessive est la cuisson, le savon est l'Azoth des Philosophes, c'est-à-dire leur feu secret. Savon des Sages : Azoth des Philosophes avec lequel ils purifient, lavent et blanchissent leur laton. (Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 328 - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972).
39

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Jean XXII
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puis prenez du gros sel commun et broyez-le bien. Puis
couvrez le pot et bouchez-le bien à la jonction.
On doit laisser un petit pertuis (13) dessus pour laisser
la fumée sortir. Mettre ce pot sur un bon feu sans souffler.
L'y laisser pendant six heures puis l'ôter du feu. On y
trouvera les lamelles courroucées et blanches.
Puis prendre ces lamelles et les mettre dans une
lessive chaude et forte. Le sel descendra avec la lessive
et les lames demeureront au fond toutes claires et pures.
Prendre ensuite un vaisseau de terre et faire un lit de
ce sel, y mettre les lamelles citées au-dessus et ainsi faire
un lit avec l'un et l'autre jusqu'à ce que le pot soit
entièrement plein.
Prendre ensuite ces lames et les moudre sur une
pierre de marbre bien lavée deux ou trois fois en jetant
toujours dessus l'eau claire pour qu'elle emporte
l'ordure (14).
Lorsque vous verrez que l'eau en sortira claire, la
chose sera alors bien nettoyée.
Prenez cette poudre, la moudre derechef sur la dite
pierre et bien la broyer dans de l'eau d'alun et de l'eau de
sel commun. Séchez ensuite sur le feu et broyez sur la
pierre, abreuvez (15) comme précédemment d'eau d'alun et
de sel.


--------------------
13 Trou, orifice, passage. 14 Les terrestréités, les déchets, la lèpre. 15 Ajouter, donner à boire= additionner, ajouter, imbiber. « Imbiber : Cuire, digérer la matière de l'Oeuvre Hermétique, la faire sublimer en vapeurs, de manière qu'elle retombe en espèce de pluie qui abreuve et imbibe la terre philosophique restée au fond du vase ».
40

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L'Art Transmutatoire
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Séchez ensuite jusqu'à ce qu'elle devienne chaux
blanche. Alors la moudre avec l'eau tartarine (16), puis
sécher.
Prenez un petit pot de terre et mettez cette chaux
dedans.














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(Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 170 - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972) « Imbibitions Philosophiques : On a donné ce nom à la manière d'humecter la matière des Philosophes, après qu'elle est devenue soufre blanc ou soufre rouge, pour la multiplier en quantité et en qualité. Ces imbibitions se font goutte à goutte jusqu'à ce que la matière n'ait plus soif. Quand on veut multiplier le soufre blanc, on fait le même comme au rouge ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 170 - Dom Pernety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972) 16 Tartreuse.

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Jean XXII
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* Chapitre 1 *


La congélation
de Mercure


Prenez une livre de soufre vif et le moudre aussi
finement que vous pourrez. Puis le cuire un jour tout
entier en huit livres de lessive, prendre deux parts de
cendres gravelées et une part de chaux vive (17).
Clouer (18) soigneusement avec de la bonne argile bien
préparée; par-dessus, faire seulement un petit trou afin
que la matière puisse sortir quand elle sera fondue.
Laisser reposer ensuite jusqu'à ce qu'il soit tiède puis
coulez l'eau très délicatement. Le soufre demeurera au
fond du vaisseau, blanc comme neige et conservez cela
aussi longtemps que je vous dis.


--------------------
17 On retrouve ici la proportion clairement exprimée de 2/3 de cendres et 1/
3 de chaux vive. « On prend deux parties de cendres et une partie de chaux vive; on met le tout sur un filtre avec de l'eau. La liqueur qui passe par le filtre est évaporée et le sel reste sous forme solide ». (Concordances Alchimiques p.156- Éditions Roger Caro - 1975). « De toutes choses matérielles il se fait de la cendre; de la cendre on fait du sel, du sel on sépare l'eau et le mercure, du mercure on compose un élixir ou une quintessence ». (Fables Egyptiennes et Grecques 1758 - T1, p. 130 - Dom Pernety - Arché Milano 1971).
42

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L'Art Transmutatoire
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* Chapitre 2 *


Du même


Prenez autant que vous voudrez de la marcassite (19):
c'est une mine de Saturne et mettez-la dans un
sublimatoire.
Sublimez (20) jusqu'à ce que tout le soufre qui est
dedans soit bien sublimé. Il apparaîtra blanc comme
neige; bien amalgamer le tout et le conserver aussi
longtemps que je vous dirai.


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18 Clouer : obturer.
19 Marcassite ou marcasite : elle était connue dans l'Antiquité et était
utilisée comme la pyrite. Sa formation se fait à partir de solutions acides; elle peut également se produire à la suite de la décomposition de la pyrrhotite. La marcassite est un sulfure naturel de fer (FeS) également appelée pyrite blanche. Dureté: 5,5 à 6. Densité : 5,9 à 6,2. Comme la stibine, la marcassite a une structure orthorhombique. 20 Sublimer : vient du latin sub : à l'entrée de, en l'air; et de limen, liminis:
seuil. Sublimer c'est faire passer un corps de l'état solide à l'état gazeux; c'est la purification de la matière par le moyen de la Dissolution et de la réduction en ses principes. En Alchimie, les corps doivent être réduits à l'état gazeux pour pouvoir se débarrasser de leur terrestréité.
43

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Jean XXII
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* Chapitre 3 *


Du même


Prendre les lames de lune et les mettre dans un
vaisseau de terre de la façon dont j 'ai parlé précédemment,
sur le plomb avec du sel commun. Mettre à calciner dans
un four de réverbération (21) un jour et une nuit et après,
vous ouvrirez le vaisseau et vous trouverez les lamelles
fortement gâtées (22). Prenez cette dévastation (23) avec le sel
nouveau et vous mettrez au four comme plus haut. Faites
ainsi jusqu'à ce que la totalité des lamelles soient gâtées
et gardez bien le sel avec la dévastation puis mettez-les
dans l'eau commune. Faire bouillir pendant une heure, le
sel se dissoudra et la lune se déposera au fond du
vaisseau, calcinée, blanche comme de la chaux vive.
Ensuite jetez délicatement l'eau, gardez et amalgamez la
lune calcinée et séchez-la au soleil ou au four à pain.
Conservez aussi longtemps que je vous le dis.


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21 Réverbération: manipulation similaire à la Calcination avec la différence
que la Réverbération se fait dans un vase clos, alors que la Calcination se fait à feu découvert. Cette opération sert à rendre les corps plus parfaits. 22 Gâtées: ravagées, altérées, calcinées, dévastées.
23 Dévastation: résidu calciné.

44

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L'Art Transmutatoire
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* Chapitre 4 *


Du même


Prenez une livre d'argent-vif, une livre de vitriol (24) et
trois onces de sel commun, mélangez-le tout ensemble.
Incorporez bien avec le vif-argent.
Sublimez-le ensuite et faites ainsi trois fois et il
deviendra blanc comme neige. Alors conservez aussi
longtemps que je vous dis.














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24 « Le vitriol est le sel nitre qui, ayant passé par la nature du tartre, devient
sel minéral par une cuisson plus longue et dans des fourneaux plus ardents. Il se trouve en abondance dans les entrailles, les concavités et les porosités de la terre où il se réunit avec une humeur visqueuse qui le rend métallique ». (Fables Égyptiennes et Grecques 1758 - T1, p. 132 - Dom Pernety - Arché Milano 1971.
45

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Jean XXII
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* Chapitre 5 *


Du même


Prenez une livre de vitriol et une livre de sel nitre (25).
Bien les moudre et mélangez-les ensemble, les mettre
dans un alambic. Coulez (26) bien les jointures et faites
distiller à bon feu jusqu'à ce que l'alambic rougisse ; ôtez
le feu et gardez une partie de l'eau dans une ampoule de
verre bien blanche.
Faites ainsi jusqu'à ce que vous ayez une bonne
quantité de cette eau selon ce que vous voudrez faire de
l'oeuvre.
Et gardez cette eau tant que je vous dis.


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25 « Le nitre est fait du premier sel par atténuation, subtilisation et purgation
des terrestréités crues et froides qui s'y trouvent mélangées. Le Soleil le cuit, le digère en toutes ses parties, y fait l'union des éléments et l'imprègne des vertus séminales qu'il porte ensuite avec la pluie, dans la terre qui est la matrice commune ». (Fables Égyptiennes et Grecques 1758 - T1, p. 131 - Dom Pernety - Arche Milano 1971). 26 Coulez dans le sens de fermer, sceller; coulez ou clouez.

46

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L'Art Transmutatoire
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Une fois la composition
de tout le blanc accomplie:


Prenez à la fois du soufre vif blanc du premier
chapitre, trois onces de soufre de marcassite du deuxième
chapitre et une once de chaux de lune du troisième
chapitre ; vous moudrez toutes ces choses ensemble sur
une pierre de marbre aussi finement que vous pourrez.
Détrempez avec une demi-livre d'eau du deuxième
chapitre.
Après, mettez-y deux livres de cette même eau et
mettez en alambic double sur le fourneau. Faites distiller
de ventre à ventre (27), c'est-à-dire ce qui en montera
retombera en arrière jusqu'à ce que toute l'eau du premier
ventre soit consommée.
Quand ce sera fait, prenez toute la matière, pesez-la
et s'il y a six onces, moudre bien et finement.
Quand ce sera bien moulu, mettez-les dans une
ampoule de verre avec une livre de vin-aigre fort du
cinquième chapitre et clouez bien l'ampoule de façon à
ce que nulle vapeur n'en sorte.


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27 De ventre à ventre : de cornue à cornue.

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Jean XXII
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Mettez-le dans du fumier (28) de cheval pendant vingt
et un jours. Ôtez alors l'ampoule et mettez-la sur un
fourneau de cendres chaudes. Donnez-lui un petit feu
jusqu'à ce que toute l'eau soit évaporée.
Il restera une pierre que vous moudrez sur un marbre
aussi finement que vous pourrez. Vous aurez ainsi une
parfaite médecine (29). Vous mettrez un peu de cela sur
vingt-cinq (30) de mercure-vif et il deviendra fine lune à
toute observation et à toute épreuve.










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28 Fumier : généralement, matière au noir, c'est-à-dire au stade Putréfaction.
Certains auteurs l'emploient pour désigner leur Feu Philosophique par analogie avec la chaleur que dégage le fumier ordinaire. 29 « Mais parce qu'il y a plusieurs sortes de Médecines, pour en parler
utilement, il est nécessaire de les comprendre toutes et d'en rapporter toutes les différences. Je dis donc qu'il y en a de trois sortes. L'une qui est du premier Ordre, une autre du second Ordre et une autre enfin du troisième Ordre ». (La Somme de la Perfection - Geber - Éditions de la Maisnie 1992-Tome 1, p. 151). 30 Comprendre vingt cinq onces.

48

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L'Art Transmutatoire
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E n Galbanie (31), partie de l'Égypte, il vint dans la
maison d'un orfèvre un homme portant deux
tasses d'argent qui supplia qu'on les lui fondît.
Quand elles furent fondues il prit de la poudre verte (32)
qu'il avait apportée et en jeta sur l'argent fondu.
Aussitôt, la poudre dégagea une grande fumée au feu
et ainsi il trouva son argent en pur or. Cet orfèvre pria cet
homme de lui apprendre le moyen de fabriquer la poudre
susnommée.


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31 Galbanie : vient du latin galbanum XIIème s. Gomme résine, à odeur
balsamique, fournie par deux variétés de férules (plante herbacée, vivace, aux racines énormes). 32 La couleur verte se retrouve souvent en Alchimie: cette couleur exprime
d'abord une étape essentielle dans le Grand-Oeuvre, couleur qui doit absolument apparaître et qui indique à l'Opérateur qu'il est dans la bonne voie. Par analogie, cette couleur exprime aussi tout ce qui n'est pas mûr, c'est-à-dire jeune, pas prêt, mais aussi aigre, acide, agressif. Toujours par analogie, elle exprime l'origine de certaines substances ou certains corps qui sont nécessaires à l'Ouvrage.
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Jean XXII
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Pour faire
la dite poudre


Prendre un sixième de la dite poudre d'or, un sixième
de crocum ferri (33), un sixième de aes ustum et trois
sixièmes de sel armoniac autant comme de trois.
Dissoudre le sel armoniac et imbiber avec lui ces
trois choses. Les mettre ensuite dans un creuset (34) avec un
feu lent jusqu'à ce que tout soit incorporé ensemble.
On pourrait faire de même par la chaleur du soleil ou
seulement sur des cendres chaudes. Quand tout sera ainsi
fait, agglutiné et congelé: réduire en poudre dont tu
conserveras une partie pour ton usage.


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33 Crocum ferri, du latin crocum, i : safran, couleur safran et ferrum, i : fer.
Littéralement : « le safran du fer ». « Les Chimistes Hermétiques ont quelquefois appelé Crocus ou Safran leur matière fixée au rouge- orangé ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972). 34 Creuset : par ce terme, les Philosophes entendent aussi bien le récipient
ordinaire propre à tout mélange que le vase philosophique au sein duquel se succèdent les étapes du Grand-Oeuvre. « Récipient en terre ou en fonte, en forme de bol, servant à faire fondre
50

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L'Art Transmutatoire
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L'or
est pulvérisé ainsi


Prendre un vaisseau au fond large et étroit à la
gueule. Dedans fondre du plomb et sur l'ouverture mettre
une lamelle, ou un denier d'or fm, afin qu'il puisse
recevoir la fumée du plomb.
Prendre la lamelle précitée en la tournant et la
retournant sur la fumée et peu après tu mettras ton or prêt
à être pulvérisé et tu en feras une poudre.


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certains corps ou métaux en l'art de chimie. Toutefois, les Philosophes n'entendent pas un tel accessoire quand ils parlent de leur creuset. Le leur est en terre et de même substance que leur compost ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 12 - Kamala Jnana - Ed. Charlet, 1961.) « Notre feu, notre vase, notre fourneau, sont tous des secrets qui ne sont connus que des véritables philosophes; c'est du moins le sentiment de Sendivogius, de Raymond Lulle & de Flamel, qui assurent que le feu, le vase & le fourneau ne sont qu'une seule et même chose». (Discours Philosophique 11,94 -- Gutenberg Reprints 1982)
51

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Jean XXII
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L'aes ustum
est pulvérisé ainsi
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Pulvériser et laver cette poudre d'eau simple ou
d'eau de sel (35) jusqu'à ce qu'il devienne sec: et puis en
faire une poudre.
















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35 « Eau de sel ou Eau salée des Sages: c'est le Mercure Hermétique. Il est
ainsi appelé parce qu'il y a plus d'eau que de terre, qu'il participe de la nature du feu & qu'il acquiert la subtilité, l'amertume & la saleté ou puanteur ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972).
52

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L'Art Transmutatoire
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Pour faire
du Cinabre


Prendre deux parts de cuivre pur et une part de soufre
et les mélanger avec l'eau. Les mettre dans un vaisseau
à long col et luter (36) à l'argile de l'épaisseur du doigt et
sécher.
Après mettre dessus un tripier, étouper (37) le vaisseau (38)
et faire un feu lent pendant une demi-heure puis renforcer
le feu et chauffer le tiers d'un jour jusqu'à ce que l'on voit
sortir de la fumée rouge. Laisser refroidir le vaisseau, le
casser et on trouvera un bon cinabre.


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36 Luter, du latin lutare : signifie boucher hermétiquement avec du lut;
entourer de lut. Le lut, du latin lutum, était un ciment se durcissant par dessiccation, une espèce de mortier fabriqué par les Artistes, utilisé pour encroûter leurs vaisseaux de verre afin qu'ils résistent mieux au feu ou pour calmer son ardeur et mieux la répartir sous le vase philosophique. 37 Estouper, étouper : boucher avec de l'étoupe (filasse).
38 « Vaisseau de la Nature. On l'entend premièrement de l'air, qui reçoit le
feu, et le transmet à l'eau; secondement, l'eau qui est le réceptacle des semences, et les porte dans la terre; troisièmement, la terre, qui est la matrice dans laquelle se corporifient et se développent les semences.
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Jean XXII
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Multiplication de l'or


Couper Vénus en lamelles qui seront cimentées de
ciment. Les mettre dans un creuset couvert d'une tuile.
Mettre au feu au coin de la cheminée et faire un petit feu
clair pendant six heures puis un plus grand six autres
heures en couvrant votre vaisseau de charbon.


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Quand il s'agit de la formation propre des métaux, le vaisseau ou la matrice est le rocher. Mais quand il est question de l'Oeuvre, le vaisseau s'entend quelquefois de la matière qui contient le mercure, quelquefois du mercure même. Vaisseau d'Hermès. C'est la terre des Philosophes, qui renferme et cache leur feu. Marie, la Prophétesse, dit dans son Dialogue avec Aros que le vaisseau d'Hermès n'est autre que la mesure du feu Philosophique. Vaisseau triple. C'est le fourneau secret des Philosophes. Quelques-uns l'ont interprété du fourneau qui contient le vase, qu'ils disent être triple en prenant Flamel à la lettre, de même que le Trévisan. Ce dernier, en parlant de la fontaine où le Roi vient se baigner, attiré par l'eau, dit qu'elle est close et enfermée de trois enceintes, afin que les animaux ne puissent pas en approcher. Mais tout cela est allégorique, et le triple vaisseau ne doit pas s'expliquer du fourneau garde-froidure du Trévisan, puisqu'ils disent tous qu'il ne faut qu'une matière, un vaisseau et un régime de feu ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique- Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972).
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L'Art Transmutatoire
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Après laissez mourir votre feu et ôtez votre creuset;
soufflez la poudre de ciment afin qu'il ne demeure que
vos lamelles dedans. Ensuite prenez vos lamelles les
unes après les autres, ratissez-les, raclez-les pour en
retirer l'ordure.
Garder à part et laver dans deux ou trois eaux pour en
ôter l'ordure.
Les sécher ensuite devant le feu et quand elles seront
sèches vous les mettrez avec du bourras (39) mou et Saturne
à votre discrétion. Mettez le tout dans un creuset percé au
fond et par-dessus un autre qui ne soit pas percé. Il faut
qu'ils soient cimentés l'un dans l'autre.
Mettre le creuset dans le feu de charbon pendant trois
heures; il faut qu'il soit couvert d'une petite tuile. Vénus
passera par le fond du creuset percé et tombera dans
l'autre. Alors garder le creuset de Vénus dont tu prendras
une part, autant de fine lune et autant de fin soleil d'un
ducat (40).


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« Mais le vaisseau de l'art est un simple vaisseau de verre, tel que la plupart des Philosophes le dépeignent, rond et ovale. Mais le vaisseau de nature est le plus important et le plus difficile à trouver; c'est proprement le vaisseau féminin qu'on appelle matrice, dans laquelle le Roi doit se corrompre et répandre sa semence pour y produire l'enfant philosophique ». (Les secrets les plus cachés de la Philosophie des Anciens - Crosset de la Haumerie 1722 - Arma Artis 1977 p. 301) 39 Bourras : en français contemporain, le bourras est une toile grise ou bure
grossière. En français ancien, c'est une bourre de soie. Mais il peut également s'agir ici de la bourrache qui est une plante à grandes fleurs bleues mais dont l'origine arabe abou rach (père de la sueur) nous en indique une fonction probable: c'est le sel qui a sué. 40 Monnaie d'or introduite à Venise par Giovanni Dandolo en 1284. Il
équivalait au sequin et avait pour type le doge agenouillé, d'où son nom. Le ducat servait à peser les pierres précieuses. 1 ducat = 3,491 grammes.
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Jean XXII
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Mettre le tout à fondre dans un creuset et ajouter dans
le dit creuset un peu de bourras autrement nommé roche.
Fondre à trois reprises et le jeter en urine d'homme.
On obtiendra une bonne augmentation et du bon
soleil. Il sera un peu dur, alors il faut jeter un peu de
sublimé dedans et ce sera bon.























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L'Art Transmutatoire
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Blanche de Saturne


Prenez trois onces de céruse (41) blanche, une once de
sel préparé, une demie once de sel nettoyé, une once de
gravelle (42) de vin blanc non calcinée. Réduire le tout en
poudre et mélanger ensemble. Puis mettre le tout dans un
creuset couvert d'une tuile percée par le milieu.
Mettez votre creuset au feu, vous y mettrez du
charbon allumé tout autour, ne rajouter qu'une fois du
charbon et laisser mourir votre feu. Alors vous trouverez
votre matière au fond du creuset que l'on remettra à
fondre avec une même quantité de charbon et on obtiendra
une fine lune.





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41 Céruse : carbonate basique de plomb, appelé aussi blanc de céruse, ou
blanc d'argent. C'est un poison. La céruse désigne le Magistère au blanc. 42 Gravelle : tartre, lie de vin desséchée.

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Jean XXII
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Blanche de Vénus


Prenez quatre onces de céruse blanche, une once de
gravelle de vin non calcinée, cinq onces de vénus en
limailles, une demi-once de omnia bene et les mettre
ensemble dans un creuset et faire un feu de charbon tout
autour pendant trois heures et après laisser mourir votre
feu. Et vous trouverez votre matière au fond du creuset.
Après remettre à fondre la matière avec un poids égal
de fine lune comme pour l'autre et certainement vous
obtiendrez une fine lune.
















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L'Art Transmutatoire
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Pour multiplier le soleil


Prenez un fin ducat avec deux fois son poids de
cuivre fin de rosette et limez-le bien délié. Avec cela,
vous mettrez le poids d'un ducat de fine lune et puis
fondre le tout ensemble dans un creuset.
Et quand tout sera bien fondu, jetez dans le creuset
une demi-once de vitriol romain (43) avec un peu de sel
armoniac (44). Après, prenez un peu de soufre vif et mettez-
les en poudre et jetez-le à deux ou trois reprises dans
votre creuset et vous aurez le soleil fin.


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43 Vitriol Romain : sulfate de fer vert. Dans la langue hermétique des Sages,
le terme de V.I.T.R.I.O.L. signifie « huile de verre ». Il semble tiré des initiales de la phrase : Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem, ce qui signifie visite l'intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. « Note que le Vitriol Romain possède la nature de la pierre des métaux et qu'il est chaud et humide. Vitriol Romain, c'est-à-dire philosophique, car l'épithète est prise au sens de catholique, conséquemment d'universel ». (Alchimie expliquée p.180 - E.Canseliet -- J.J. Pauvert 1972) « Il n'y a point d'autre guide que le feu secret des Philosophes, qu'ils ont caché ou masqué sous une infinité de noms, d'énigmes & d'allégories : Basile Valentin l'appelle baume, urine, rosée du mois de mai, dragon
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Jean XXII
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Multiplication
de la Lune


Prendre une livre d'étain avec une livre de vifargent
(45). Mélanger le tout dans un creuset. Puis prendre
trois onces (46) de limaille de fer, une once (47) de gros sel et
deux onces (48) de soufre vif bien réduit en poudre. Mettre
le tout dans le creuset.
Laisser tout ensemble pendant vingt huit heures sur
le feu, que le feu soit toujours fort et vous ferez une bonne
lune.


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venimeux, crible, marbre, thériaque, talc, sel de nitre, & vitriol romain. Voilà les noms que les Philosophes ont donné à leur menstrue qui est un diadème royal, sans lequel il n'est pas possible de tirer le sperme du corps solaire ou de l'or ». (Discours Philosophique , II p.66 -- Gutenberg Reprints 1982). 44 Sel Armoniac : c'est le mercure car c'est lui qui donne l'harmonie aux
éléments. Dans ce cas, le mercure signifie le Sel Philosophique des Sages. C'est lui qui dirige tout dans l'Oeuvre. « Le vent l'a porté dans son ventre, à savoir le Sel Alcali, que les Philosophes ont nommé Sel Armoniac & Végétable, caché dans le ventre de la Magnésie ». (Nouvelle Lumière Chymique, Le Cosmopolite p.64). 45 Vif-Argent : « Mercure commun extrait du cinabre qu'on vend dans le
commerce. Quiconque travaillerait sur ce métal perdrait son temps et son
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L'Art Transmutatoire
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argent ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 48 - Kamala Jnana - Ed. Charlet, 1961). A ne pas confondre avec l'Argent-Vif qui est le mercure teingeant ou quintessence. « Illimité savoir fourni par le mercure des philosophes qui, lui, reste sans le moindre rapport avec le vif-argent ou le mercure du commerce ». (L'Alchimie et son Livre Muet - Commentaires E.Canseliet p. 109 - Ed. J.C. Bailly 1996). « Argent-vif : « Contrairement au mercure vulgaire, qui est dénommé vif- argent (quoique tué par le feu), l'argent-vif est le mercure teingeant parce qu'il transmet la vie à la Pierre. Le vif-argent n'est qu'un mercure vulgaire, tandis que l'argent-vif représente la quintessence des trois corps: sel, soufre, mercure des Philosophes. Il y a un abîme entre ces deux significations ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 8 - Kamala Jnana - Ed. Charlet, 1961). « Il faut faire attention qu'argent-vif et vif-argent n'est pas la même chose. Le vif-argent est le mercure vulgaire, et l'argent-vif est celui des Philosophes hermétiques ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pernety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972). 46 3 onces = 91,782 gr
47 1 once = 30,594 gr 48 2 onces = 61,188 gr







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Jean XXII
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Fac oleum


Fac oleum de quacunque revolueris, de sanguine
humano, credo plus valere, habito oleo pone in fiolam
vitream super fimo equino per tres hebdomadas, & descendet
in vase aqua & puluis, & oleum supernatabit: tunc extrahe
oleum, & pone in alembico, & distilla, & pone in fimo sicut
priùs: & hoc facies toties, donec oleum non possit sublimari,
& positum in igne non comburatur, hoc oleum omnia
corpora dura mollificat, & omnia mala durificat, & spiritus
fixus facit intrare: quare est Elixir optimum, pulvis de
stercore humano desiccatus ad solem & postmodum lavatus
in aqua, & quod non retrorsum est remanens in fundo vasis
est Elixir bonum tingens Saturnum in solem.

Si Saturnum fundatur super vitreum
fusum, durus erit, & sustinebit
ignem per omnia.




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L'Art Transmutatoire
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Fabrication de l'huile


Faire de l'huile avec n'importe quelle matière: avec
du sang humain par exemple, je crois que c'est mieux.
Une fois l'huile obtenue, la mettre dans une fiole en verre
sur du fumier de cheval (49) pendant trois semaines; l'eau et
la poudre descendront dans le vase et l'huile surnagera.
Retirer alors l'huile, la mettre dans l'alambic et la
distiller et comme auparavant remettre dans le fumier.
Répéter l'opération jusqu'à ce qu'on ne puisse plus la
sublimer et que, soumise au feu, elle ne brûle pas.
Cette huile amollit tous les corps durs et durcit les
corps de mauvaise qualité; et son esprit, une fois fixé, fait
pénétrer. Elle est considérée comme le meilleur élixir.


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49 Fumier de cheval : matière au noir. Quelquefois appelé ventre de cheval.
Tout chaud, il sert aux digestions et aux putréfactions. C'est le compost des Philosophes qui nourrit et protège l'enfant naissant. « Cette matière étant dissoute devient comme de la boue et de la fange; et alors Ilus succède à son père Tros, parce que Ιλυς veut dire un bourbier, de l'ordure; ce qui a donné occasion aux Philosophes de nommer boue, fumier leur matière dans cet état de putréfaction. (Fables Egyptiennes et Grecques 1758 - T2, p. 481 - Dom Pernety - Arché Milano 1971).
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Jean XXII
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Multiplicatio Mercurii

Occipe calamus, & imple ex mercurio, & fit pastellum de
sulphure, & cape, & pone eum circumquenq; calamus, postea pone
in poto longo cum vitriollo, ita quod fit in medio, & cooperiatur totus,
deinde ponatur in furno, & bene calefacias: sed cave ne sublimetur
& infrigidet, & inuenies Mercurium rubificatum.


Dealbatio aeris

Combure herbam sapeonie, cum floribus, & radice, &
amarustam: similiter separatim, quae dicit gallice acalie: & commice
cineres aequaliter, & impasta cum aqua pura tartari, deinde fac de illa
pasta stratum in cucurbitam & album ex foliis cupri, & sic facias
gradatim donec impleatur, deinde superpone alembicum, & distilla:
& post redde ei aquam quae distillaverit ter aut quater: fundetur illud
cuprum cum cui libet, quos inuenies in cucurbitam, & erit album ut
luna si vero non sit album, fundas bis, & post fusionem misce cum eo
quartam aut quintam lunae partem verae, & erit optimum.


Aqua optima
Occipe calcem vivam, & sal alkali, & pone cum oleo & move
bene, & pone in alembico, & distilla, & de ista aqua imbibe arcenicum
album, vel sulfur album, vel argentum vivum tantum, vt ponas super
laminam aeris, & fundatur, pone super aes fusum de ipso, & erit luna.

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L'Art Transmutatoire
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La poudre d'excrément humain desséchée au soleil
et ensuite lavée à l'eau constitue, avec ce qui n'a pas été
éliminé et qui reste au fond du vase, un bon élixir qui teint
Saturne en soleil.

Si Saturne est répandu sur du verre fondu,
il sera dur et il supportera
le feu sous tous les rapports.


Multiplication du Mercure

Prendre un tube, le remplir de mercure. Faire un
sceau de soufre. Prendre ce sceau et le disposer tout
autour. Placer le tube ensuite dans un pot long avec le
vitriol de sorte qu'il soit au milieu et tout entier recouvert.
Mettre au four et bien chauffer en évitant toute sublimation
ou refroidissement; on trouvera le mercure rubéfié.


Blanchiment du cuivre

Brûler l'herbe de saponine (50) avec ses fleurs, ses
feuilles amères et sa racine. De même, brûler séparément
une de ces fleurs que les gaulois appellent « acalie ».
Mélanger les cendres en quantité égale et alimenter avec
de l'eau pure de tartre.


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50 Herbe de saponine : sapo, saponis : savon. La saponine entre dans la
composition des lessives. Elle est utilisée sous une autre forme : sapo sapientiae, savon de la sagesse.
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Jean XXII
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Oleum, incombustibile

Sume sal armoniacum, & calcem viuam, & pone super oleum:
& dimitte per 3. dies, & distilla illud, & in distillatio ne pone quartam
partem vitri, & calcis, & distilla, & imbibe cum eo quoduis donec currat,
quia dicunt philosophi, quod si pulverem pluries cum eo solveris,
statim resurget & habebit ingressuum: & alij dixerunt, quod si oleum
cum calce distillatum fuerit, non comburetur, si decies cum ea
distillaueris, fiet venenum & destruct omnia.


Calcinatio stanni vel sublimatio

siue sublimatura, sparge super ipsum acetum vim distillatam,
donec limatura dissolvatur: quia fit puluis subtilissimus, qui tangi non
potest: intereslipsum de quocumque spiritu volveris, post dissolvatur
cum eo tali modo fiet de argento. Nota, quod alquemie, aut per de
coctionem solis in vitreum vertitur dulcissimum terrae limaturam
argenti cum aqua salis distillatam, & assa donec siccetur bene, & erit
puluis.


Ad faciendum argentum vivum

Accipe plumbum, & funde in patella: post separa partes eius
cum sale pulverisato dealbato continue eum spatula agitando, cum
vero calcinatum fuerit quam super erit separabis, ab eo sal cum aqua
calida, post pone ipsum cum calce marmoris in ampulla vitrea bene

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L'Art Transmutatoire
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Ensuite étaler une couche de cette pâte dans la
cucurbite (51) et faire du blanc à partir des feuilles de cuivre
rouge et ainsi de suite jusqu'à tout remplir.
Placer ensuite sur l'alambic, distiller et repasser
l'eau de distillation trois ou quatre fois. Ce cuivre sera
fondu de la manière qu'on voudra.
Ce que l'on trouvera dans la cucurbite sera blanc
comme Lune.
Si cela ne devient pas tout à fait blanc, le fondre une
autre fois et après la fusion, mélanger avec un quart ou un
cinquième de vraie lune et ce sera parfait.


L'eau la meilleure

Prends de la chaux vive et le sel alcali, mets-le avec
l'huile, remues bien, mets dans l'alambic et distilles.
Et de cette eau, imbibe l'arsenic blanc, soit le sulfure
blanc ou soit autant d'argent-vif ainsi que tu mets sur la
lame d'airain et qu'il soit fondu.
De cela même mets-en sur l'airain fondu et la lune
sera.






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51 Cucurbite : cornue. Fourneau philosophai, mais aussi l'oeuf Philosophal.
Autr. « Fourneau secret des Philosophes; quelquefois le vase qui contient la matière du fourneau secret, dans lequel se cuit et se digère la matière de l'art hermétique ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pernety - Bibliotheca Hermetica - Denoél 1972).
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Jean XXII
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clausa, & ipsam pone in fimo equino calido per mensem removendo
fimum de septem in septem dies: & sic vertitur argentum viuum, &
in substantiam veram eius puram, & naturam.


Resolutio plumbi

Consume plumbum super cotem, & tere cum quarta parte fui
salis armoniaci, & imbibe terendo cum ea aqua, sive cum aqua simplici
& sepeli in fimo removendo fimum de quinto in quintum diem &
liquefit: sic etiam resolvetur aurum, stannum, argentum vivum
ligatum, sive fit citrinum, sive fit album sive rubeum, & non quod
aurum cum aqua dragantis, & pendeat de super cote nimia de albatio
sive auripig-mentum, argentum vivum sal aequaliter partes tres, quae
postquam cum aceto mixta fuerint & pastata ad solem per novem
dies siccari permitte, & nunquam cum tribus spumae marinae,
necnon alvum adiridem partem adjunctis per 3. horas suscipiat lenem
igne assa habet enim in optimum congelabuntur pulVerem, cuius
pars Una supra partem septem auRi calci, vel stanni fusi proiecta
argentum procreat.


De aqua plumbi

De aqua plumbi, vel argenti vivi sumatur, limatura plumbi, et
mergatur et medietas Mercurij et amborum pondus salis communis
terrae omnia subtiliter laventur in paropside cum aqua dulci donec
aqua saporem salis deperdat et remaneat plumbum et Mercurij:
Mercurius illarum ponatur in fiolam vitream et coquatur cum aqua
sulfuris: pone in cucurbita lento igne distilletur Mercurius sine mota,

68

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L'Art Transmutatoire
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L'huile incombustible

Prends le sel armoniac et la chaux vive, mets sur
l'huile et abandonnes-le pendant trois jours et cela distilles.
Dans la distillation, mets quatre parts de verre et de chaux
et distilles.
Imbibes avec ce que tu veux jusqu'à ce qu'il courre
parce que disent les Philosophes, si tu dissous plusieurs
fois la poussière avec cela aussitôt elle se ranime et aura
refoulé.
D'autres ont dit que si l'huile a été distillée avec la
chaux, elle ne brûle pas ; si pendant dix fois tu l'auras
distillée avec elle, elle deviendra un poison et détruira
tout.


La calcination de l'étain
ou la sublimation

Répands sur ce vin-aigre la liqueur distillée jusqu'à
ce que la limaille soit dissoute ; que cela devienne la
poussière la plus subtile qu'elle ne peut être touchée : peu
importe de quelque esprit que tu le tournes.
Après la dissolution cela se passe avec lui de telle
manière que cela devient comme de l'argent.
Notes que par l'alchimie ou par décoction du soleil
la limaille d'argent distillée avec l'eau de sel est
transformée en verre très doux de terre. Cuis-la jusqu'à
ce qu'elle soit bien desséchée et ce sera de la poussière.

69

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Jean XXII
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substine tamen donec finiat distillare, post sume quod distillatum est
et haec est aqua Mercurij: quod autem in fundo remanet, est aqua
plumbi.


Aqua sulpuris, hoc modo

Si ponatur sulpur tritum in calce viva extincta in aceto sublimato:
ita quam acetum supere-mineat in vase tribus digitis & fit vas bene
sigillatum & sepeliatur in fimo tribus diebus, extractum vero sublimetur
in alembico, quod distillat est aqua sulfuris: iterum appone acetum
illud, & fac similiter, & tandiu facias illud, quousque redeat acetum in
distillatione album mirabile: acetum vero rubeum, quod dedit
alembico in unaquaque distilatione aggrega et enim ipsum aqua
sulphuris.


Deauratio, quod Mercurius
sit curres citrinus ut aurum

Sume cucurbitam vitream lutatam, & pone in ea quantum vis
argenti vivi, & coletur aqua porrorum, & superponatur eidem
Mercurio de aqua ut superexcedat enim tribus digitis, stringe
iuncturas, & ascende lentum ignem, & quando aqua minuetur,
merge ei de illa aqua donec consumetur tota: haec facies usque ad
meridiem: priùs tamen aes viride terarur et aceto et aqua consumptis
pone de eo vt cooperiatur quod intus est, & bulliatur parumper: sine
infrigidari, & extrahe colando illud, & immersetur colore aureo
Mercurius concurrens.

70

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L'Art Transmutatoire
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La fabrication de l'argent-vif

Prends du plomb et fonds-le dans une assiette: ensuite
sépares ces parties, continues à blanchir avec le sel
pulvérisé en agitant avec une spatule. Au moment où il
sera vraiment calciné, tu sépareras ce qui est au-dessus de
ce sel avec de l'eau chaude ; mets ensuite celui-ci avec la
chaux de marbre dans une ampoule de verre bien close.
Mets-la dans du fumier de cheval chaud pendant un
mois en remuant le fumier de sept jours en sept jours: et
ainsi cela se transformera en argent-vif et en une substance
vraie, pure et naturelle.


La résolution de plomb

Consumes (52) le plomb sur la roche et polis (53) avec
quatre parts de son sel armoniac. Imbibes (54) en polissant
avec cette eau ou avec l'eau seule. Ensevelis dans le
fumier en remuant le fumier de cinq en cinq jours et cela
fondra.


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52 Consumer : absorber complètement par la cuisson.
53 Polir : « Cuire, digérer la matière de l'Oeuvre pour la mener à sa
perfection ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pernety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972). 54 Imbiber signifie, en langage hermétique, verser goutte à goutte.
« Imbibitions : ce sont les opérations qui consistent à teindre dans le stade Coagula. On imbibe au rouge pour obtenir le Soleil et on imbibe au blanc pour obtenir la Lune ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique - Kamala Jnana p.21 - Éditions G.Charlet 1961).
71

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Jean XXII
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Ligatio argenti vivi

Sume de Mercurio dragmas virginti, de sulfure dragmam unam
quod ponatur in fiolam opilatam luto, quam ponas super ignem die
noctem que unat & egredietur durus lapis.


Sal armoniacum

Sal armoniacum dissoluitur cum testis ouorum, vel cum alia
calce non passa aqua: aliter non potest dissolui, & sic dissolutum
conficitur cum oleo de vitellis ouorum, & tinges ex eo quod volueris.

Ad aurum

Combure aes sicut scis cum sulphure, & pulverisa, & pone cum
luna in una quantitate, tunc dissolvatur ad ignem, & redigetur in
lunam, & imbibe illam limaturam ex oleo ouorum, vel aqua ferri, vel
aeris, vel atramenti pluries desiccando & imbibendo super marmor
donec calx illa vel limatura bene rubificetur, & de hoc pone in una
quantitate vel plus cum sole ad ignem, & siet sol optimus.


De aqua salis armoniaci

Sal armoniacum fundatur cum calce ouorum, vel calce viva
aequali pondere: pone de sale armoniaco, tamen remanent in calce
duae partes salis armoniaci, quia bibit ipsum: sed cum cognoveris

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L'Art Transmutatoire
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Ainsi encore est dissout: l'or, l'étain, l'argent-vif
uni: soit que cela devienne couleur citron soit que cela
devienne de couleur blanche ou rouge et non pas or par
l'eau de dragante (55).
Que cela soit exposé au-dessus de beaucoup de roche
de marbre et que soient mélangés l'orpiment, l'argent-
vif, le sel, en trois parties égales et que cela dans la suite
soit mélangé avec le vin-aigre. Laisses sécher cette pâte
au soleil pendant neuf jours et ajoutes à ces trois écumes
marines la coque jusqu'à une partie d'iris.
Qu'on mette à un feu doux pendant trois heures.
Elles sont congelées dans un maximum de poussière
dont une part ci-dessus engendre sept parts d'or par la
chaux ou si vous voulez une part projetée d'étain fondue
engendre l'argent.


De l'eau de plomb

Prendre de la limaille de plomb et la mettre dans
l'eau ; y ajouter une moitié de poids de mercure et un
poids égal au total des deux de sel commun de la terre.
Que tout cela soit lavé finement ensemble dans un
plat long avec l'eau douce jusqu'à ce que ce que l'eau ait
perdu le goût du sel et il restera le plomb.
Le mercure de ces choses est mis dans une fiole de
verre et est cuit avec l'eau du soufre. Mettre dans la


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55 Eau de dragante, tragacantha, espèce d'astragale = plante. Par extension,
l'adragante est une gomme qui découle des arbres du genre des astragales. Elle est de couleur blanche, elle se gonfle dans l'eau froide et prend l'apparence d'une gelée.
73

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L'Art Transmutatoire
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aquam illam esse fusam conficias cum vitellis ouorum, & confectum
pone in cucurbita, & distilla igne lento, & habebis oleum citrinum, &
aquam albam.


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L'Art Transmutatoire
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cucurbite et à feu lent distiller le mercure sans agiter,
maintenir toutefois jusqu'à ce que cela finisse de distiller.
Prendre ensuite ce qui est distillé et cela est de l'eau de
mercure : mais ce qui demeure au fond du vase est de
l'eau de plomb.


L'eau de sulfure, façon de procéder

Ainsi est mis le sulfure dans la chaux vive éteinte
jusqu'à ce que ce vin-aigre s'élève dans le vase à une
hauteur de trois doigts. Que le vase soit bien scellé et
enseveli dans le fumier trois jours. Une fois enlevé, qu'il
soit vraiment sublimé dans l'alambic ; ce qui distille est
de l'eau de soufre.
Rajoutes du vin-aigre et fais pareil. Tu feras cela
jusqu'à ce que le vin-aigre redevienne d'un blanc
admirable dans la distillation. Quant au vin-aigre rouge
qu'il a donné dans l'alambic à chaque distillation,
concentre-le lui-même avec de l'eau de soufre.


Ligature de l'argent-vif

Prends vingt dragmes de Mercure, une dragme de
soufre que tu mettras dans une fiole qui est obstruée par
un lut. Mettre sur le feu jour et nuit ce qui unit. On en sort
une pierre dure.

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Jean XXII
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La dorure, coloration en jaune citron-or
du mercure liquide

Prends la cucurbite de verre lutée. Mets dedans
autant de vif-argent que tu le peux et que soit versée
goutte à goutte l'eau de poireaux. On ajoute à ce même
mercure de l'eau de façon qu'elle dépasse de trois doigts.
Serres l'extrémité des jointures et augmentes lentement
le feu. Quand l'eau aura diminué, fais-y pénétrer de cette
eau jusqu'à ce quelle soit totalement absorbée. Tu feras
cela jusqu'à midi.
Auparavant, broyer le cuivre vert jusqu'à ce que le
vin-aigre et l'eau soient épuisés. Poses de celui-ci de
sorte qu'il couvre entièrement ce qu'il y a dedans et que
ce soit bouilli en peu de temps. Laisses refroidir et extrais
en filtrant: le mercure, conforme à la couleur d'or, est
immergé.


Le Sel Armoniaque

Le Sel armoniaque est dissout avec la coquille de
l'oeuf (56) ou bien avec une autre chaux non passée par
l'eau. On ne peut pas le dissoudre autrement. Une fois
dissout, cela se finit avec l'huile de jaune d'oeuf. Imprègnes
de cela tout ce que tu veux (57).


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56 La chaux est l'un des composants de l'agent hermétique indispensable
pour la réalisation du Grand-Oeuvre. Sa fabrication est l'un des plus grands secrets de la Tradition Hermétique. 57 C'est par les imbibitions de Sel Philosophique que la Pierre va s'épurer
de toutes ses souillures et qu'elles lui permettront d'atteindre le stade de Pierre Philosophale.
76

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L'Art Transmutatoire
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Pour l'or

Brûles entièrement le cuivre comme tu sais avec le
soufre. Pulvérises-le et mets-en une quantité avec la lune.
Faire fondre au feu et réduire en lune.
Imbiber cette limaille avec de l'huile d'oeufs ou si
vous voulez avec de l'eau de fer (58) ou de cuivre ou d'encre
s'étant desséchée et imbibée plusieurs fois sur le marbre
jusqu'à ce que cette chaux ou limaille soit bien rubéfiée.
Mets-en une quantité ou plus avec le soleil au feu et
cela deviendra un soleil excellent.


L'eau de sel armoniaque

Le sel armoniaque est versé avec la chaux des oeufs
ou avec la chaux vive d'égal poids. Mettre du sel
armoniaque.
Il restera, cependant, deux tiers du sel armoniaque
sur la chaux parce qu'elle aura bu le reste.
Lorsque tu verras que cette eau s'est répandue, tu
termineras avec les jaunes d'oeufs.


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58 Eau de fer = sel philosophique. L'agent universel est souvent symbolisé
par une épée ou une lance, pour bien montrer son agressivité. « Epée : terme qui a souvent été employé en Alchimie. L'épée des Sages est leur feu salin; cet élément se comporte comme un morceau d'acier attiré par un aimant, il s'unit aux matières premières avec une forte attractivité, d'où par extension de cette idée d'acier attiré par l'aimant, le feu salin est devenu leur glaive, leur couteau, leur épée. On retiendra donc que couper signifie parfois cuire en Alchimie ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique, - Kamala Jnana - éd. G.Charlet - 1961 - p.15)
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Jean XXII
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Et ce que tu as obtenu , tu le mets dans une cucurbite
et distilles à feu lent et tu auras de l'huile couleur jaune
citron et l'eau blanche.



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Jean XXII
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Pour faire le Soleil

Prenez sept livres de soufre vif, sept livres de limaille
de fer, incorporez bien tout ensemble en poudre et mettez
le tout dans un pot en fer ou dans une cuillère de fer sur
le feu. Faites chauffer petit à petit en remuant constamment
jusqu'à ce que ce soit complètement séché; donc faites
un feu fort qui brûle bien. Puis prenez du vin-aigre distillé
trois ou quatre fois. Prenez la matière en poudre et
mettez-la dans un distillatoire en verre avec sa capes (59).
Mettez dessous la dite matière et votre vin-aigre
distillé jusqu'à ce qu'il soit tout absorbé et qu'il n'arrive
qu'à deux doigts au-dessus de la matière. Faites distiller
trois ou quatre fois, en abreuvant et remuant le vaisseau
à chaque distillation. Puis prenez une livre de vitriol
romain, une livre de vert de gris, une livre de sel armoniac
et deux livres de matière.
Puis, prenant toutes ces choses, pulvérisez-les bien
ensemble sur le marbre avec de l'urine d'enfant mâle et
mettez les à sécher au soleil.


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59 Cape : bouchon, chapeau, couvercle.

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Jean XXII
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Cette imbibition est dessicatoire (60) et il faut la
reproduire trois fois. Puis prenez de la lune de cripaille (61)
ou carpaille autant que vous voulez et la faire en lamelles
primes (62). Mettez-la à cimenter à petit feu à ciment (63),
c'est-à-dire de vieux mallon (64) et de sel commun préparé
précédemment. Détrempez le ciment avec le vin-aigre
fort de façon à obtenir une pâte dure. Cimentez et lutez
le lut de la sagesse (65) et le laisser au feu pendant quatre
heures et faites-le par trois fois. Puis prenez sept onces de
cette lune cimentée, sept onces de soleil et fondez tout
ensemble. Faites des lamelles à la mesure du creuset et
cimentez-le du ciment ci-dessus à petit feu à trois reprises
pendant une heure jusqu'à ce qu'il soit bien luté. Laissez
refroidir tout seul pour qu'il se corporifie et vous aurez
le soleil à 22 carats. Et puis si vous voulez affiner afin
qu'il soit à bon indice, passez-le par l'eau forte (66) comme
vous savez et vous aurez l'or fin.


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60 Dessiccation : opération qui consiste à sécher la matière par des moyens
naturels tels que le feu secret. Cripaille ou carpaille : du grec karpos : fruit. Par exemple, le carpe de la main est constitué de petits os comme des granules. 62 Primes : déliées, fines
63 Ciment : c'est la force du feu qui permet de faire le ciment.
64 Mallon : moellon, brique cuite, tomettes.
65 « Luter : opération qui consiste à fermer un vase en se servant d'une sorte
de pâte ou de mastic afin que son orifice soit bien clos ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 25 - Kamala Jnana - Éditions G.Charlet 1961). Lut de Sagesse : lut de sapience. Sceau hermétique qui, dans le langage des Sages, signifie boucher d'une façon hermétique. En agissant de la sorte, ils bouchent leur flacon mais ne le scellent pas. 66 Eau forte : ce n'est ici ni l'eau forte commune ni l'eau-régale des
chimistes. C'est le mercure ou le sel philosophique qui dissout tous les corps d'une dissolution naturelle.
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L'Art Transmutatoire
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Pour faire de l'argent fin

Prenez une livre de tartre calciné et faites le bouillir
dans trois livres d'eau commune jusqu'à ce qu'elle
réduise de moitié. Puis distillez-la à travers un feutre.
Mettez dans cette eau deux onces de bourras et évitez de
l'éventer.
Puis prenez une livre de sel et une livre de chaux vive
et faire comme pour le tartre en y mettant à chacune deux
onces de bourras.
Ensuite, prenez deux onces d'arsenic realgal (67), deux
onces d'orpiment (68) et pulvérisez ces quatre onces bien
ensemble.


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67 Realgal : a donné régal, régale, dont la racine latine a donnéregis, roi.
Autr. Réalgar de l'espagnol rejargar, venu lui-même de l'arabe râhdjalgâ, poudre de caverne: sulfure naturel d'arsenic qui constitue le principal minerai d'arsenic. Formule = AsS. 68 Orpiment : « Ce minéral a induit les néophytes en erreur en raison de
l'étymologie de son nom auri pigmentum, qui signifie couleur d'or; sa formule chimique ASsS3 a même été donnée par Goethe d'une façon voilée dans son Serpent Vert quand il parle d'artichauts. Malheureusement, cette indication est fausse. L'Orpiment, qui est un genre d'arsenic, est formé de cristaux courts et irréguliers. ll est fusible et volatil, soluble dans
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Jean XXII
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Puis divisez en deux et mettez une part dans l'eau de
chaux vive et laissez dissoudre complètement et reposer
dans les dites eaux l'espace de quatre heures. Puis ayez
quatre onces de limaille de mars nouvellement limée et
une demie once de fine lune que vous ferez dissoudre
chacune à part en leur double d'eau forte commune.
Et quand tout sera dissout, mettez les deux eaux
ensemble en mettant très bien l'une avec l'autre. Séparez
votre eau et gardez vos fèces. Puis prenez vos trois eaux
susnommées avec tout ce qu'il y a dedans et mettez-les
dans un vaisseau de forte terre et mettez dedans vos dites
fèces de mars et de lune, en les incorporant et mettant
ensemble. Faites reposer dans le pot bien couvert tout un
jour naturel. Puis faire évaporer à petit feu en remuant
souvent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'humeur. Réduire
en poudre dans laquelle vous jetterez cinq ou six onces de
cuivre fin fondu préparé avec un sein de verre et vous
aurez un bon blanc pour faire la vaisselle (69).
Si vous mettez la moitié de l'argent ce sera du bon
argent doux pour tout faire.


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l'eau régale et aussi dans une lessive de potasse. Chauffé dans un tube, il dégage des vapeurs de soufre et donne, dans les parties froides du tube, un enduit cristallin d'acide arsénieux. Posé sur un charbon, il émet des fumées blanches en répandant une odeur de soufre et d'arsenic. (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p.31 - Kamala mana - Ed. G.Charlet 1961). Sulfure naturel d'Arsenic. « Soufre des Philosophes caché dans leur mercure, pris pour la semence masculine et agente. Ils entendent souvent sous le nom d'orpiment le soufre philosophique parfait, c'est-à-dire la pierre au blanc ou au rouge, quelquefois la matière même du magistère avant sa préparation ».(Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 265 - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972). 69 Pour faire la vaisselle = pour cuire.

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L'Art Transmutatoire
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Augmentation du soleil


Prenez du vitriol romain et une livre de vert de gris
précédemment cité. Sublimez-le avec autant de soleil,
puis réduire les fèces en corps avec du savon mou et du
bourras.
Après cela, prenez une once du dit corps, une once de
lune de cripaille et deux onces de soleil fin.
Fondez le tout ensemble et cela deviendra, comme
vous l'aurez vu au chapitre 18 des carats, vérifié. Notez
que lorsque vous l'aurez jeté en lingot, il sera fragile :
refondez-le dans un creuset tout neuf.
Puis, quand il sera fort fondu, vous y jetterez dedans
un sein de verre aussi gros qu'un pois.
Faites bien fondre, puis vous y jetterez une égale
quantité de soufre vif comme le sein de verre. Faites-le
bien chauffer et jetez-le dessus.
Répétez l'opération quatre ou cinq fois. Le verser
dans un lingot avec le sel net assez doux puis le fondre à
nouveau et faire comme c'est écrit plus haut.
Faire ainsi jusqu'à ce qu'il soit doux et dont le
résultat est assuré.

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Jean XXII
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Pour transformer
le cuivre fin en lune


Prenez quatre livres de gravelle de vin blanc et faites-
les calciner en une fournaise jusqu'à ce qu'elles
deviennent du sel. Versez-le dans un pot bien plombé et
ajoutez double quantité d'eau. Faites dissoudre à petit
feu puis ôtez la dite eau et mettez-la dans un autre pot où
elle se dissoudra entièrement à petit feu jusqu'à ce que
tout soit sec et vous la réserverez. Prenez trois livres de
soude, deux livres de chaux, une livre de salpêtre. Faitesen
une lessive dans un pot de terre et passez-la dix ou
douze fois. Puis prenez la dite lessive qui sera faite de
trois parts d'eaux et que vous réduirez en terre. Prenez
une bonne once d'orpin (70), de sublimé (71), de réalgal, de
l'arsenic et un peu de bourras. Faire calciner le tout dans
la dite lessive en y mettant le sel et la gravelle qui a été
calcinée et faites tout cuire ensemble à petit feu jusqu'à
ce que cela soit sec. Puis fondez quatre onces du dit
cuivre jusqu'à ce qu'il bouille, en y mettant deux onces
de cette cuisson et vous le mettrez dans un lingot.


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70 Orpin : orpiment.
71 Sublimé : matière purifiée.

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L'Art Transmutatoire
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Fixation du Mercure congelé
sans odeur de corps

Prenez deux onces de sel nitre ou deux onces de
salpêtre, prenez deux onces de sel commun et deux onces
de sein de verre et faire dissoudre dans de l'eau chaude.
Faire bouillir sur le feu jusqu'à ce que l'eau soit évaporée
et qu'elle réduise en terre. Gardez ce sel.
Pareillement, prenez six onces de ce sel, six onces
d'eau de feu et sans mastic, sept onces de sang de dragon,
sept onces de myrrhe (72) poix résine en fourbe bourras,
sept onces de gomme arabique, sept onces de gomme
adragant, sept onces de gomme armoniac, sept onces de
sel d'alun de plume à partir de quoi vous ferez de l'eau
forte fixée. Prenez quatre onces de salpêtre, quatre onces
d'alun de roche calciné, une once de chenevre (73).
De cela faire une pâte et avec celle-ci, cimentez votre
matière l'un sur l'autre jusqu'à ce que toute la matière
soit cimentée.
En faire une pelote que vous mettrez dans un creuset
et vous la mettrez dessous; mettez dessus de la poudre, du


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72 Myrrhe : résine odorante et médicinale fournie par un arbre d'Arabie.
73 Chenevre = chanvre.

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Jean XXII
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verre de pierre. Lutez bien votre creuset de façon que rien
ne sorte. Le cuire à feu lent l'espace de trois heures en
augmentant le dit feu petit à petit à partir de la deuxième
heure.
Puis vous lui donnerez un feu de fusion l'espace
d'une demi-heure et cela suffira.
Prenez ensuite un autre creuset et un peu de bourras
et jetez le tout dans un lingot.



















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L'Art Transmutatoire
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Purgation de l'arsenic


Prenez de l'arsenic et faites une lessive d'urine
distillée et des cendres communes décrites au chapitre de
l'orpiment.
Puis cuisez bien fort le dit arsenic dans cette lessive.















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Jean XXII
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Pour faire un fin rubis



Prenez :


Deux onces de plomb brûlé
Une once de cristal fin.
Deux onces de salpêtre
Deux onces de sang du dragon (1/74)
Une once de corail (2/75)



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74 Surnom donné au mercure philosophique à cause de sa couleur sanguine.
(Dictionnaire de Philosophie Alchimique p.40 - Kamala Jnana - Ed. G.Charlet, 1961). « Le Sang du Dragon, dans les premières imbibitions, sort avec une couleur orangée pâle. C'est au fur et à mesure que le liquide devient d'un beau rouge foncé ». (Traduction Alchimique du Siphra di Tzeniutha p. 158 - Roger Caro - Éditions du Sphinx 1998). Sang du dragon = quintessence. 75 Corail rouge = pierre fixée au rouge.

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L'Art Transmutatoire
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Pour fondre le cristal


Prenez :


Une once de mine de plomb
Deux onces de cristal

Broyez le tout ensemble, mettez dans un creuset et
et faire fondre.








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Jean XXII
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Composition du Soleil

Prenez une demi-once d'aes ustum, une demi-once
de crocum ferri et préparez-les.
Prenez ensuite une demi-once de cinabre et une
demi-once de tuties, six onces de sel armoniac et tout
réduire en poudre. Puis faire tout sublimer ensemble
pendant six heures.


Pour chaque sublimation :
Au début, faites un petit feu pendant deux heures afin
que vous puissiez tenir votre doigt dans les cendres au
fond desquelles est votre sublimatoire.
Puis fortifiez votre feu pendant deux heures de plus
de telle sorte que votre doigt puisse y rester dedans.
Puis pendant deux autres heures faites aussi fort que
vous pourrez sans bouillir.
Puis laissez refroidir votre vaisseau complètement et
prenez tout ce qui est sublimé dessus avec les fèces qui
sont en bas. Rebroyez tout ensemble.
Ainsi vous faut-il sublimer et rebroyer à chaque
distillation, comme cela est dit, pendant six heures

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L'Art Transmutatoire
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sublimer pendant sept fois et à la dernière fois, prenez
tout ce qui ne tiendra point aux fèces, c'est-à-dire tout ce
qui est monté.
Prenez ensuite de l'eau forte qui soit composée avec
six onces de vitriol romain et trois onces de salpêtre.
Verser dans l'eau forte nommée plus haut la sublimation
mise en poudre et mise dans un matras (76) de verre, ce
dernier étant scellé du Sceau d'Hermès (77). Après que tout
soit dissout dans l'eau à bien petit feu, mettez dans cette
eau dissoute une once de fin soleil. Quand votre soleil
sera comme de la chaux, prenez tous les matériaux
précités, c'est-à-dire les fèces et broyez-les bien en
poudre déliée. Mettez-les peu à peu dans ces matériaux,
dans lesquels le sel se dissout.
Puis fermez le matras avec son couvercle et de son
lut de sapience et gardez de façon à ce que rien ne respire.
Puis mettez le dit matras au bain-marie pendant sept


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76 Matras : vase à long col et de forme sphérique ou ovoïde. « Creuset en
fonte ou en terre allant au feu. Les Alchimistes s'en servent au moment de leurs transmutations et non pour fabriquer leur Pierre ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p.26- Kamala Jnana -Ed. G.Charlet, 1961) 77 « Liquide huileux très gras, très visqueux, d'un jaune d'or quand on
l'examine étendu par transparence. Sa qualité huileuse lui a donc fait prendre ce nom, car elle rappelle le mode de fermeture que l'on donne parfois à certains corps pour les protéger de l'air ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p.40 -Kamala Jnana -Ed. G.Charlet, 1961). « Ce vase est scellé par le sceau d'Hermès auquel les Philosophes ont donné tant de noms : la tête de corbeau, la gomme de l'or, le Mercure tingeant, l'Argent-vif, le Vitriol pur des Sages que Bazile Valentin appelle le loup gris très avide dont il est l'anagramme, l'écume de la Mer Rouge, le mercure philosophique, le sang du dragon, le sang des Innocents de Flamel ». (Apocalypse: Révélation Alchimique p. 165 - Jean de Clairefontaine - Axis).
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Jean XXII
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jours et ne faites rien de plus. Prenez votre matras avec
tout ce qui est dedans et mettez le tout dans un alambic.
Puis laissez à petit feu sur les cendres. Distillez l'eau du
matras qui ne vaut rien. Rejetez ensuite vos matériaux
avec trois onces de votre eau nouvelle forte et préparée
avec l'eau nommée ci-dessus. Lutez votre matériau du
lut de sapience et mettez au bain-marie pendant sept
jours à feu lent. Remettez ensuite vos matériaux dans
l'alambic, comme vous avez déjà fait.
Faites ainsi sept fois, comme cela est dit. Après,
mettez les matériaux à congeler dans votre alambic à très
petit feu jusqu'à ce que tout soit dur comme de la cire. La
matière sera réellement fondante et pénétrante.
Pour la tester, prenez une lame de fine lune et
rougissez-la au feu. Mettez dessous un peu de la dite
médecine qui entrera dedans et la traversera. Il restera la
couleur du vrai soleil qui conservera son poids et sa vertu
fixative.
Prenez dix onces de fine lune et fondez-les dans un
creuset. Une fois fondu, jetez dessus sept onces de votre
matière et hâtivement couvrez votre creuset d'un charbon
rouge et bien allumé de façon à ce qu'il soit assez grand
et assez large pour couvrir l'ouverture du creuset.
Mettez tout autour d'autres charbons bien allumés et
soufflez vigoureusement le temps de dire trois pater
noster et ave maria. Jetez-le ensuite dans un lingot et cela
deviendra de l'or à 23 carats certifié.



92

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L'Art Transmutatoire
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Pour faire de l'aes ustum

Prenez du cuivre fin et mettez-le par petites lamelles
déliées ainsi que du soufre vif mis en poudre. Puis super
stratum. (78) Il ne faut pas que le creuset soit plein mais que
le surplus soit empli de poudre de verre et qu'il soit bien
couvert et bien luté. Mettre au feu pendant deux heures
puis laisser refroidir.
Ôter ensuite le couvercle et mettez à fondre. Lorsque
ce sera fondu et refroidi complètement, rompez votre
creuset et vous trouverez au fond votre aes ustum.
Puis mettez à rougir dans un creuset neuf où se
trouvent deux onces de vin-aigre neuf et le déteindre
d'huile de noix. Ensuite rougissez et déteignez ainsi sept
fois et votre aes ustum sera parfait.




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78 Superstratum : opération de stratification consistant à liter plusieurs
matières. Ce terme est souvent employé lorsque l'on veut calciner un minerai ou un métal avec du sel.
93

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L'Art Transmutatoire
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Pour faire le Crocum Ferri


Prenez une demi-livre de lune et de limaille d'acier
et transformez le tout en limaille. Mettre ensuite dans un
creuset à rougir; puis déteignez-le dans un quart de vinaigre.
Laissez-le un quart d'heure. Ensuite, vous aurez le
dit vin-aigre dans un autre vaisseau jusqu'à ce qu'il n'en
reste plus.
Puis prenez votre limaille et mettez-la dans le creuset
à rougir et à déteindre comme précédemment avec le dit
vin-aigre. Faites ainsi cinq fois.
A la cinquième fois, laissez votre limaille dans le
vin-aigre pendant quinze jours. Remuez-la trois fois par
jour; à la fin des quinze jours, prenez la crème que vous
trouverez dessus.
Après avoir évacué le vin-aigre à très petit feu,
évaporez et congelez votre crème et le vin-aigre ensemble
dans un vaisseau jusqu'à ce qu'ils soient en poudre et
gardez bien la limaille.

94

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L'Art Transmutatoire
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Pour préparer ce crocum ferri


Prenez une once de crocum ferri et deux onces de
soufre vif. Mettez-les dans un creuset luté comme ci-
dessus. Il faut que le couvercle ait un trou.
Puis vous le mettez au feu in rota (79) pendant douze
heures, puis pendant quatre heures au four de réverbération
à feu fort.
Enlevez le couvercle et vous trouverez votre crocum
ferri, de couleur vermeille et impalpable.









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79 Feu in rota est un feu de roue. La roue est l'hiéroglyphe alchimique de la
coction continue dans le Grand-Oeuvre. La cuisson alchimique est un éternel recommencement (voir Multiplications). C'est pour cela que les Alchimistes ont imagé cette roue par le dragon qui se mord la queue (l'Ouroboros). C'est un symbole essentiel pour celui qui s'intéresse au Grand Art.
95

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Jean XXII
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Préparation de la tutie


Prenez la dite tutie (80) et mettez-la dans un creuset à
rougir cinq fois. Déteignez-la autant de fois dans le vinaigre.
Notez que lorsque déteignent le dit aes ustum et la
dite tutie comme ce qui est dit dessus, le vin-aigre ne vaut
rien.










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80 Tutie : également tuthie. « Le nom de tutie qui semble ancien, n'apparaît
avec certitude qu'au temps des Arabes (tuthia). Il a désigné surtout le pompholyx, oxyde de zinc impur ». (Introduction à l'étude de la chimie des Anciens et du Moyen-âge p. 268 - Marcellin Berthelot - Ed. G. Steinheil, 1889). En chimie : oxyde de zinc qui se produit dans certains minerais de plomb.
96

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L'Art Transmutatoire
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Préparation de l'aes ustum


Opérez comme pour la tutie. Autrement vous pouvez
la préparer ainsi :
Prenez de l'urine d'homme et une poignée de sel.
Écumez la dite urine jusqu'à ce qu'elle ne fasse plus
d'écume puis fondez votre aes ustum.
Jetez-le dedans en quatre ou cinq fois ou autant de
fois qu'il y ait de bonnes couleurs. De cette manière, l'aes
ustum s'adoucit beaucoup et est convenable avec la lune
mêlée.

















97

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Jean XXII
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Préparation du sel armoniac




Prenez le dit sel et réduisez-le en poudre.
Mettez-le à dissoudre dans un quart d'eau bouillante
et distillez-le à travers un feutre.
Évaporez-le et congelez-le à très petit feu jusqu'à ce
qu'il soit congelé.
















98

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L'Art Transmutatoire
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Préparation du vitriol


Mettez à dissoudre dans de l'urine, puis évaporez-le
tout sec à feu lent.
Mettez-le ensuite à feu lent entre deux creusets et il
rougira.
Qu'il soit mis dans un grand creuset à petit feu et il
se calcinera.












99

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Jean XXII
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Préparation de l'alun de glace



Qu'il soit rougi cinq fois dans un creuset et qu'il soit
déteint dans du vin-aigre et de l'huile de lin.
















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L'Art Transmutatoire
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Préparation de la tutie d'Alexandrie



Que l'arsenic soit rougi et déteint dans le vin-aigre
cinq fois.


















101

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Jean XXII
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Préparation du soufre vif


Mettez-le à bouillir dans du vin-aigre jusqu'à ce
qu'au-dessus vin-aigre. n'apparaisse plus d'écume. S'il
n'y en a plus, ôtez-la dehors avec le dos d'une cuillère.
Cela étant fait, ôtez le vin-aigre et congelez-le bien fort.
Mettez ensuite à sublimer avec l'alun de glace dissous
ensemble en urine et congelé bien sec.
















102

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L'Art Transmutatoire
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Épuration du mercure


Lavez le Mercure en fort vin-aigre trois ou quatre
fois jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de tâches. Passez-le à
travers un linge double. Il sera ainsi purgé et purifié.
Certains, quand ils l'ont passé à travers un linge, le
mettent à tremper dans de l'urine pendant deux heures et
le mettent ensuite à tremper dans le vin-aigre pendant
deux autres heures.
Coulez le vin-aigre qui sera ainsi épuré.








103

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Jean XXII
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Pour faire la lune de mercure


Prenez un marc de mercure, c'est-à-dire une demilivre
et mettez-le dans un creuset sur le feu. Le laisser
jusqu'à ce qu'il bouille. A ce moment-là, ajoutez une
once de bonne lune en feuille à feuille. Mettre donc le
creuset plus propre sur le feu et remuer jusqu'à ce que
tout soit imbibé et mélangé.
Et puis derechef remettez la matière sur le feu et
mettez quatre dragmes de sel nitre. Puis faites-le bouillir
pendant une heure ou plus. Quand vous verrez durcir,
vous ôterez tout de dessus du feu et vous aurez une bonne
lune.









104

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L'Art Transmutatoire
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Pour faire le Soleil
à partir de Mercure


Prenez un marc de mercure cru et purifié comme il
est dit plus haut et mettez-le dans un creuset au feu.
Laissez-le jusqu'à ce que vous le voyiez bouillir. Puis
ôtez-le du feu et mettez une once d'or feuille après
feuille. Quand vous aurez tout passé dedans, remettez
tout sur le feu. Mêlez avec cette mixtion la dixième partie
du sel de nitre, c'est-à-dire une demi-once, une once de
sel alcali, une once de sel armoniac et un peu de bourras.
Ôtez tout du feu et le mettre dans une fiole de verre très
bien lutée tout autour. Fermez la bouche de la fiole bien
justement; mettez au feu et laissez-la trois jours et trois
nuits.
Ce que l'on trouvera dedans est l'élixir rouge dont
une once convertit cinquante onces en très pur soleil.
De cette manière, fondez le compost blanc en dix onces
de lune bonne et une fois fondu, passez-le dans une once
de cette poudre.
Mettre au feu pendant une heure.







105

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Jean XXII
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Pour avoir un bon Soleil


Prenez une once au total de grappes et de figues.
Nettoyez bien les grains et puis passez-les dans une
étamine jusqu'à ce qu'il y ait autant de l'un que de
l'autre. Puis prenez en quantité égale de l'aloès, calamines
et charbon de sauce de sorte que le poids total des trois
soit d'une once.
Puis prenez autant de tutie que ci-dessus et mélangezla
avec le miel bien purifié. En faire une pâte assez molle.
Puis prenez du cuivre fin et cimentez-le de la dite pâte par
petites feuilles et bien charger dans un creuset jusqu'à ce
qu'il soit plein. Le couvrir d'un autre creuset et le mettre
à fondre à feu lent. Vous obtiendrez un bon soleil.




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L'Art Transmutatoire
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pict

Jean XXII - Bibliothèque de Cahors
Galerie des portraits n° 140

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Jean XXII
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pict

Jean XXII - Bibliothèque de Cahors
Galerie des portraits n° 1137

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L'Art Transmutatoire
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pict

Jean XXII - Bibliothèque de Cahors
Armes papales - Galerie des portraits n° 137

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Jean XXII
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pict

Jean XXII - Bibliothèque de Cahors
Galerie des portraits - Eau forte n° 39

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L'Art Transmutatoire
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pict

Jean XXII - Bibliothèque de Cahors
Galerie des portraits n° 135

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pict

Jean XXII - Fundavit Cartesia Caturci
Anno MCCCXXVII
Photo d'un tableau qui se trouve dans une
ancienne dépendance de la Chartreuse de Cahors.

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L'ELIXIR
des
PHILOSOPHES

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L'Elixir

des

Philosophes




L 'intention de ceux qui oeuvrent de cet Art et
Science n'est pas seulement dans une quantité de
soleil ou qu'il soit fait soleil ou lune, mais c'est de
faire une chose qui, une fois accomplie, peut convertir
une chose en trente, quarante, cinquante ou soixante
parties de lune ou de soleil.
Elle en peut convertir plus ou moins selon qu'elle
sera bien appareillée. Cette chose est appelée élixir; ce
qui équivaut à dire bonne médecine, qui peut rendre et est
appelée âme et vie. Car tout ainsi comme ce qui n'a pas
d'âme et de vie en soi, ne peut vivre sans âme. Par cette
science, on ne peut ramener à la perfection les métaux

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Jean XXII
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sans cette chose appelée élixir. Car lorsqu'elle est faite
adroitement, elle donne à tous les métaux couleur, poids,
odeur et saveur, mollesse et dureté et d'autres choses que
tempérament selon qu'elles sont rouges ou blanches
comme pour faire le soleil et la lune. Les choses dont on
peut faire l'élixir sont au nombre de trois: les sept
métaux, les sept esprits et les autres choses que les
Philosophes extraient. Pour que la nature de celles-ci soit
accomplie au mieux, il faut que dans toutes les choses du
monde et dans les unes plus que dans les autres, soit
employée une racine de teinture. Les sept métaux sont le
soleil (81), la lune (82), le cuivre, l'étain, le plomb, le fer, et le
vif-argent. Les sept esprits sont l'argent-vif, le soufre, le
sel-armoniac (83), l'orpiment, la tuthie, les magnes, la
marcassite (84) et plusieurs autres choses du monde qui ont
été expérimentées. Les Sages ont élu par leur pratique le
vif-argent, le sang d'homme, le sang de cheveux, et
d'urine, et l'urine est de l'homme. Ils ont plus à faire des
choses qui sortent de l'homme (pour ce qu'ils ont vérifié)
que l'homme dans sa nature qui est pourtant une des plus
accomplie mais qui est aussi l'une des plus attempérée
créature du monde. Dont il est appelé homme, qui le
connaît bien dans sa nature, pourrait-on trouver toutes les
choses du monde. Or laissons tout le reste et revenons à
des choses que nous avons à maintenir dans ce chapitre.


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81 Soleil = or.
82 Lune = argent
83 Sel Armoniac : « Le vent l'a porté dans son ventre, à savoir le sel alcali que
les Philosophes ont nommé sel armoniac & végétable, caché dans le ventre de la magnésie ». (Nouvelle Lumière chymique p.64 -- Le Cosmopolite --J.C. Bailly 1991).
118

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L'Elixir des Philosophes
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Si ces choses étaient prises communément sans les
nettoyer et sans les appareiller (85) elles ne vaudraient rien.
Aussi sommes-nous conviés à parler des
appareillements, de la façon dont on les appareille, dont
on les fait honnêtes et mondifiées, ainsi que des choses
qu'il convient de mettre et toute leur nature et
appareillement, dans la manière de la division de cette
science.
Cette science contient huit parties nécessaires.
Premièrement, en ce qui concerne l'élixir, les voici
toutes : purger, sublimer, calciner, distiller, résoudre,
congeler, incérer (ou empastrir (86)) et jeter son élixir sur les
métaux quand ils sont appareillés.

Épurer
Nous appelons épurer (87) quand nous ôtons chaque
chose dont nous voulons travailler la nature qui est
contraire à notre ouvrage.

Sublimer
Nous appelons sublimer (88) quand une chose est mêlée
avec d'autres et triblée (89) menuement puis mise dans un

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« C'est leur Mercure, car c'est lui qui donne l'harmonie aux éléments & l'esprit général qui produit toutes choses ». (Dictionnaire Hermétique p.181 - Salmon - Gutenberg Reprints) 84 Marcassite : sulfure naturel de fer.
85 Appareiller : préparer, mettre dans un certain état, arranger.
86 Empastrir: convertir en pâte.
87 Épurer : enlever les fèces ou terrestréités d'un corps. C'est le principe
même du Magistère : épurer jusqu'à la perfection, jusqu'à la Pierre Parfaite.
119

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Jean XXII
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vaisseau propre sur le feu. Alors, elle monte et choit au
couvertoir (90) du vaisseau en manière de poudre. Toute
sublimation doit être blanche si elle est adroitement faite.
Nulle autre chose ne peut sublimer proprement, excepté
les sept esprits.
Nous les appelons esprits parce qu'ils ne se tiennent
point sur le feu, mais s'en vont en feu.
Pour cela, les Sages pensèrent à un vaisseau propre
à détenir ces esprits afin qu'ils montent en fumée, qu'ils
appelèrent altéreur (91) ou sublimateur.


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88 Sublimer : « Façon d'épurer par ascension. En chimie et en Alchimie, les
corps doivent être réduits à l'état gazeux pour pouvoir se débarrasser de leur terrestréité. Cette opération se fait une première fois dans la Préparation et une seconde fois dans Solve. Toutefois, elle ne se pratique pas de la même manière à cause de la différence du vase qui sert à cette opération; mais le principe reste le même. Dans la Préparation elle sépare les mixtes et dans Solve elle les réamalgame ». (Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 43 - Kamala Jnana - Ed. Charlet, 1961). Sachez que tout le progrès de cet ouvrage, qui est une cohobation de la Lune sur le Sol, est de monter en nuées et retomber en pluie; c'est pourquoi je vous parle de sublimer en vapeurs continuelles, afin que la Pierre prenne air et puisse vivre. (Règles du Philalèthe p.10) 89 Tribler : piler, broyer, de tribulum, herse destinée à séparer le grain de la
balle, tribule. Tribulare: presser avec la herse, tourmenter. 90 Couvertoir: couvercle. S'écrit aussi couvertil.
91 Altéreur : de altus, haut.
92 « Calciner c'est réduire par le feu un mixte en chaux ou en cendres, qui
ne peuvent être davantage brulées ». (Clefs de la Philosophie spagyrique p.4 - Le Breton-- J.C. Bailly 1985). Calcination ou Solution des Philosophes : c'est lorsque la noirceur paraît & que la matière se calcine. Autr. « C'est lorsque la putréfaction et corruption de la matière se fait; ce qui arrive par circulation et ablution que l'on pousse par la continuation du feu ». (Dictionnaire Hermétique p. 22 - Salmon - Gutenberg Reprints).
120

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L'Elixir des Philosophes
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Calciner
Nous appelons calciner (92) 1orsqu'une chose est venue
en poudre si menue que l'on peut à peine en sentir les
parties.
Cela suppose que toutes les choses terrestres qu'elle
contient soient calcinées par le feu ainsi que par d'autres
choses qui sont sèches et ardentes telles que le sel
commun, le soufre, l'orpiment et toute chose chaude qui,
par sa nature, peut dessécher, c'est-à-dire extraire toute
moiteur de façon à ce qu'il ne reste rien d'autre que la
terre que nous appellerons chaux.

Distiller
Nous appelons distiller (93) lorsqu'une chose est mise
dans un vaisseau (dont la moiteur monte en haut en
fumée toute seule en manière d'eau rose) puis descend
par le tunnel d'un vaisseau : c'est la manière adroite de


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« La Calcination est la réduction qui se fait d'une chose en poudre, par la privation de l'humidité, qui lie et unit ses parties ensemble. L'usage pour lequel on l'a inventée est afin d'ôter, par l'action du feu, le soufre brûlant qui gâte et qui infecte les corps où il se trouve». (La Somme de la Perfection -T1, p. 192 - Geber - Editions de la Maisnie 1992 ). 93 « La distillation est l'ascension ou descension de l'humide radical pour le
purifier ». (Clefs de la Philosophie spagyrique p.68 -- Le Breton -- J.C. Bailly 1985) . « La distillation est une élévation qui se fait des vapeurs aqueuses dans un vaisseau propre...Le principal usage de toutes les distillations en général, c'est pour purifier les liqueurs des fèces lesquelles, étant mêlées et confondues avec elles, les rendent troubles; et pour les empêcher aussi par ce moyen de se gâter et de se corrompre ». (La Somme de la Perfection -T1, p. 184 - Geber - Editions de la Maisnie 1992).
121

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distiller. Comme nous dirons et enseignerons ci-après,
on distille bien par un feutre.

Résoudre
Nous appelons résoudre lorsqu'une chose sèche et
dure, quelle qu'elle soit, est convertie en eau qui ne ni soit
séchée ni calcinée par le feu ni convertie légèrement en
eau et assemblée sans soleil ni fumier ni toute sorte de sel
aussi.

Congeler
Nous appelons congeler quand une chose est d'abord
convertie en eau et que nous voulons la faire dure comme
une poudre ou du sel. Elle se met en fioles de verre mises
en pots blancs de cendres sur un petit feu jusqu'à ce
qu'elle soit convertie en dureté.

Incérer
Nous appelons incérer ou emplâtrer quand une chose
ou plusieurs sont dures et sèches d'elles mêmes et n'ont
pas le pouvoir d'entrer ni de se mélanger aux métaux ni
dissoudre.
Nous les triblons chacune plusieurs fois de la même
façon sur une pierre de marbre avec de l'eau ou de l'huile
jusqu'à ce que toutes les parties soient bien molles


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« La distillation se fait lorsque la matière enfermée dans l'oeuf se sublime et monte en haut du vase sous forme de vapeurs et où, ne trouvant point d'issue, elle est obligée de retomber dans le bas de l'athanor où elle se cohobe avec la partie fixe qui se trouve au fond ».( Apocalypse: Révélation Alchimique p. 57 - Jean de Clairefontaine - Axis).
122

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L'Elixir des Philosophes
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comme nous l'avons déjà dit. On doit le faire plusieurs
fois, alors la chose est bonne à mettre à résoudre car sinon
elle se refroidirait aussitôt par les parties qui sont
amenuisées et abreuvées d'eau tout autour.

Jeter
Cette huitième partie est la dernière. Ce que nous
voulons, c'est jeter notre élixir sur les métaux pour les
convertir en soleil et lune.
On doit le convertir premièrement sur un bon poids
de métal comme épreuve comme il se prendra.
Puis après sur plusieurs parties jusqu'à ce que l'on
voit que les métaux aient des poids et des dimensions
conformes.
A présent, il nous convient de parler des choses que
nous utilisons pour épurer, à savoir de la gravelle et du
vin, des écailles d'oeufs, de la chaux, de l'alun, du vitriol,
de l'arsenic, du vert de gris, du vermillon, de la litharge (94),
du nitre, du bourras, de la peillassosse, de la faïence de
verre, de l'urine d'enfants, de la traisse et toutes sortes de
sel et d'eaux aiguës qui sont faites de ces choses que nous
avons dites et beaucoup d'autres qui en sont faites.


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94 Litharge: ancien nom du protoxyde de plomb demi-vitreux.
Autr. « Purifier l'argent c'est en séparer les autres métaux avec lesquels il est mêlé. Cette opération se fait par la coupelle [...] Mettez du bois autour de la coupelle et soufflez afin que la flamme réverbère sur la matière, les impuretés se mêleront avec le plomb et l'argent demeurera pur et net au milieu de la coupelle. Le plomb étant rempli de ces scories d'argent restera aux côtés en forme d'écume; on peut le ramasser avec une cuillère et le laisser refroidir, c'est ce qu'on appelle litharge. » (Cours de Chymie p. 63 - Nicolas Lemery - Jacques Guerrier 1713).
123

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Jean XXII
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Maintenant, nous voulons parler de la façon dont les
choses sont expurgées. Car à celui qui veut ouvrer
justement cet art, il convient d'épurer en premier toutes
les choses qu'il utilise. Nous enseignerons la manière de
faire les huit parties déjà citées qui sont nécessaires pour
faire notre élixir.

Épurer
Voici comment tu épureras ta gravelle de vin. Prendre
la gravelle de vin et la cuire pendant deux heures dans de
l'urine d'enfant, que ce soit préparé ainsi. Puis bien
sécher au bon soleil et mettre en pot. Mettre ce dernier au
four d'un potier et cuire l'ensemble deux ou trois fois
jusqu'à la chaux blanche.
Si tu veux, tu calcineras de la façon dont nous
parlerons ci-après dans le four à calciner. La garder et tu
trouveras ci-après comment on fera l'eau au chapitre des
eaux nécessaires à cette chose.

Oeuf
Appareille ainsi les écailles d'oeuf. Bien les laver
dans tes mains dans l'eau mêlée avec le sel. Puis les
sécher. Mettre ensuite dans un pot au four d'un potier de
la même façon que pour les gravelles de vin et ainsi tu
auras de la bonne chaux qui est très nécessaire.
Trible ensuite la chaux dans un mortier de fer puis
prends de ces pierres dures qui sont dans ces rivages
comme une gelée, les mettre dans un sac avec la chaux.
Pendre le sac sur la fumée au-dessus d'un pot ou d'une
fiole bouillant sur le feu. Tu le laisseras jusqu'à ce que tu
voies le sac fumer.

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L'Elixir des Philosophes
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Enlève-le ensuite et détrame en tes mains afin que la
chaux sorte de tous côtés. Fais ainsi jusqu'à ce que tu
l'aies toute; garde-la et séche-la.
Il y a plusieurs sortes d'alun, mais nous prendrons
d'avantage de l'alun de plume que des autres car il est
merveilleusement mondifiant et perçant.
Tu appareilleras ainsi toutes sortes d'alun en le
taillant moyennement puis le cuire dans de l'urine épurée.
Mettre autant d'urine jusqu'à ce qu'elle soit par-dessus
l'alun de deux doigts.
Tu cuiras jusqu'à ce que l'alun soit dégâté (95) dans
l'eau. Puis distiller dans un feutre, comme nous allons le
voir ci-après : puis ainsi le congeler, sécher entre deux
poiles de terre sur un petit feu.
Les garder et ainsi tu peux faire sécher les choses que
tu ne peux faire sécher au soleil excepté les esprits.

Sécher
Car on ne peut pas les faire sécher ainsi longtemps
parce qu'ils fuient le feu.
Si tu veux bien sécher les esprits et toute autre chose,
mets-les dans un vaisseau au-dessus tout autour avec
dessus un petit pertuis (96) aussi grand qu'un pois.
Mets la chose que tu veux sécher dans un four quand
le pain sera extrait, là où le four sera le plus chaud.
Le laisser toute la nuit et tu le trouveras au matin tout
sec.


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95 Degaster: ravager, corrompre, dévaster.
96 Pertuis : petite ouverture, petit trou.

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Jean XXII
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Vitriol
Le vitriol et l'arsenic sont épurés tous les deux dans
une guise (97). Les prendre et les cuire deux ou trois fois
dans l'eau claire et nette. Puis les sécher comme nous
avons dit. Les garder et si tu veux faire rouge (98) mets-les
au four d'un potier deux ou trois fois jusqu'à ce qu'elles
soient rouges.
Le vermillon et le vert de gris sont ainsi appareillés.
Cuis-les dans de l'urine et épure pendant deux heures.
Mets avec du sel commun appareillé ainsi comme nous
allons dire. Puis coule l'eau adéquate, mets dessus de
l'eau chaude jusqu'à ce qu'elle devienne claire et douce.
Puis sèche et garde tout.
Prends de la litharge et trible-la. Bien laver dans
l'eau claire jusqu'à ce qu'elle en sorte toute claire. Puis
sèche-la et garde-la.
Tu épureras de cette façon ton cuivre chargé de
safran de fer (99), de limaille et de chaux de tous les métaux
si tu veux. Pour mieux épurer, tu pourras mettre assez de
sel avec l'eau dont tu les laves. Bien frotter et laver
plusieurs fois; faire ainsi jusqu'à ce que l'eau soit toute
claire. Puis tu ôteras le sel en jetant souvent de l'eau
chaude dessus jusqu'à ce qu'elle en sorte toute douce.
Puis le sécher et le garder. Il n'y a pas grand besoin


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97 Guise : terme de métallurgie. Petite plaque de fonte dans laquelle on
moule la fonte pour acier. 98 Rouge : Pierre au rouge ou élixir au rouge, stade de la Pierre fixée au rouge
et parfaite. 99 Safran se dit de quelques préparations faites avec du fer et de l'antimoine,
à cause de leur couleur. Safran des métaux, l'oxysulfure d'antimoine, lavé et réduit en poudre ; ainsi dit à cause de sa couleur d'un brun marron.
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L'Elixir des Philosophes
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d'épurer le verre mais si tu veux, tu l'épureras ainsi : tu
le fondras avec un pot de cuivre et de sel. Puis tu le
tribleras et laveras de la façon dont j'ai dit pour la
litharge. Le soufre et le nitre sont cuits en eau nette et
claire jusqu'à ce que toute la vertu s'en aille dans l'eau.
Il convient de mettre assez d'eau jusqu'à ce qu'il y en ait
trois ou quatre doigts au-dessus. Le distiller par le feutre
et le congeler au four, comme il a été dit précédemment.
Pour un verre sain, lave bien dans l'eau et frotte tes
mains, puis les sécher et garder.

Épuration de l'urine
Tu épureras ainsi l'urine d'enfant (100) : la prendre et la
mettre dans un pot, la laisser reposer trois ou quatre j ours.
Puis la couler légèrement. Quand elle aura coulé, laisser
encore reposer jusqu'à ce que toute l'ordure se voie au
fond. Couler encore et en jeter l'ordure. Bien la cuire et
l'écumer jusqu'à ce qu'elle devienne de la tierce partiel (101).
Ensuite la distiller par le feutre. La garder dans un pot


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100 Urine d'enfant : « Un grand nombre de Chimistes pensant que l'urine
humaine était la vraie matière dont les Adeptes font leur mercure, ont travaillé chimiquement l'urine, et l'ont fait passer par toutes les opérations de l'Art. C'est de là que nous sont venus l'invention du sel armoniac artificiel, l'esprit volatil d'urine, et le phosphore urineux. Raymond Lulle n'a pas peu contribué à cette erreur, par la recette d'une opération sur l'urine insérée dans ses recettes secrètes, de même que Geber et plusieurs autres Philosophes qui ont souvent parlé d'urine et d'urine d'enfants, quand ils ont traité de leur matière. Mais Philalèthe a fixé l'idée qu'on devait appliquer à ces expressions, lorsqu'il dit qu'elles ne signifient autre chose que leur magistère parfait au blanc ». (Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 381, D. Pernetty - Bibliotheca Hermetica 1972). 101 Comprendre : « Jusqu'à ce qu'elle réduise aux deux tiers ».

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Jean XXII
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bien estoupé (102) à cause de la corruption de l'air. Si tu
veux, tu épureras l'urine après l'avoir coulée comme j'en
parlerai au chapitre du vin-aigre.

Vin-aigre
Pour faire du vin-aigre : fais attention à ce qu'il soit
fort et aigre (l03). Le distiller par un distillatoire jusqu'à ce
qu'il devienne clair et net. Si tu veux faire plus brièvement,
fais-le distiller par un feutre et garde-le. Fais fondre toute
sorte de sang ou d'oeuf dans un pot sur le feu. Ensuite
verse-le à travers un linge.

Huile
Tu épureras ainsi toute sorte d'huile: fais bouillir
avec une grande force d'eau; ainsi l'ordure descendra
dans le fonds. Coule alors l'huile qui nage par-dessus.
Mettre avec la chaux vive dans un vaisseau à distiller.
Distiller une fois. Puis le garder dans un vaisseau bien
fermé.


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102 Estoupé : bouché avec de l'étoupe, calfeutré.
103 Vinaigre très aigre ou vinaigre rectifié est, selon les Chimistes, du
vinaigre distillé plusieurs fois et cohobé à chaque fois sur ses fèces. Il devient si violent et d'une nature si ignée, que quelques-uns ont prétendu qu'il dissolvait les pierres et les métaux; mais ce n'est pas une dissolution radicale comme celle du mercure des Philosophes; elle est de la nature de celle des eaux-fortes, qui ne produisent qu'une division des parties, et qui ne réduisent pas les métaux à leur premier principe; ce que fait le vinaigre très aigre des Philosophes, c'est-à-dire leur mercure ».(Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 374, D.Pernetty - Bibliotheca Hermetica 1972) « C'est encore le Mercure Philosophique possédant l'acidité et la couleur du bon vinaigre de vin ». (Dictionnaire alchimique p. 48, Kamala Jnana).
128

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L'Elixir des Philosophes
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Sels
Nous utilisons dans cet art beaucoup de sortes de sel,
mais je vous nommerai ceux dont nous avons besoin.
C'est le sel commun, le sel gommé, le sel alcali, le sel
armoniac (104). On trouve beaucoup d'autres appellations,
on peut cuire de plusieurs façons le sel dans l'urine bien
épurée jusqu'à ce qu'elle soit entièrement résolue dedans.
Puis cuire jusqu'à ce que les deux parties de l'urine en
viennent à la tierce partie. Distiller ensuite à travers un
feutre ou un filtre puis sécher, congeler comme il est dit.
On peut appareiller le sel commun autrement : les
prendre et les mettre dans un vaisseau qui puisse souffrir (105)
le feu. Mettre en feu fort jusqu'à ce qu'il soit blanc
comme neige. Les garder ensuite.

Miel
Cuire légèrement le miel, faire bouillir à petit feu; en
ôter bien l'écume jusqu'à ce qu'il soit bien épuré et qu'il
n'y ait point d'écume.
Les eaux aiguës dont on a besoin dans cette science
doivent être épurées selon qu'elles sont épaisses. Car si
elles sont épaisses, il faut les distiller par un distillatoire
et par un feutre parce qu'elles s'épurent mieux et
deviennent plus claires et plus spirituelles. Mais si elles
sont claires, les distiller peu à travers un feutre car elles


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104 Il ne s'agit justement pas du sel commun mais du sel qui « met en
harmonie » les choses dans l'Univers, c'est-à-dire dans le microcosme ou oeuf Philosophique. C'est lui qui, tel l'Archée de la Nature, est le chef d'orchestre des divers éléments (cf : Archée de la Nature - Dictionnaire de Philosophie Alchimique p. 8 - Kamala Jnana 1961. 105 Qui puisse résister au feu.

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Jean XXII
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s'épurent assez. Sache que l'eau rose ne doit point être
distillée par un distillatoire afin que la couleur soit sèche
sur le fer; car autrement elle deviendrait blanche. Or nous
avons parlé des épurements aux choses qui ont besoin
d'épurer, donc notre élixir est fait.
Parlons maintenant des épurements dont le dit élixir
est fait. En premier des métaux puis des eaux et enfin de
toutes les autres choses.
Nous verrons ensuite un chapitre sur les vaisseaux
qui servent à cette science.
Le soleil n'a pas besoin d'être épuré parce que sa
complexion est attrempée (106) de chaud et de froid et son
mélange entre les autres matières est si bien fait qu'il ne
veut corrompre ni en terre ni en eau ni en air ni en feu.
Pourtant, il est bon d'épurer l'ordure comme nous le
verrons.

Plomb
Prendre du plomb fin, le mettre à fondre dans une
cuiller de fer, jeter dessus autant de vif-argent que son
poids. Laisser refroidir. Puis broyer tout ensemble en
poudre. Le mettre à descendre à long feu dans un
instrument appelé « bouton bourbouton ». C'est un
descensoire où il y a une tuile percée par où le plomb
tombe dans le vaisseau qui est posé droit au-dessous de
la tuile percée. Ainsi le vif-argent doit partir du plomb à
feu fort. Alors vous trouverez le plomb nettoyé de ses
ordures. On ajoutera à ce plomb ainsi nettoyé la trente


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106 Attrempée : mélangée, unie. Sa complexion est attrempée = son mélange
est constitué de...Le sens propre est tempérer. Attrempé signifie donc qui est bien réglé.
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L'Elixir des Philosophes
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troisième partie de levain, c'est-à-dire de fin soleil et la
moitié d'eau, autant de fine lune ou à la place du soleil
cinq estrelins (107) de soleil et deux deniers de maille de lune
qui ne sont pas étranges choses. On doit les mener de
cette façon avec le vif-argent si subtilement qu'il passe
parmi un drap doublé. Puis on doit les donner au plomb
petit à petit sur le feu. Le vif-argent s'en va et le levain
demeure.
Après prendre ce plomb, le mettre dans un test (108) puis
dans un four de réverbération. Donne un bon feu et fort,
remuer avec une verge de fer jusqu'à ce que le plomb
demeure tout ainsi vermeil comme écarlate.
Le laisser refroidir. Tu trouveras alors le plomb
appareillé vermeil comme rouge et difficile à fondre,
comme le soleil et si tu faisais encore revenir cette
couleur, ce serait soleil fin.
En ce qui concerne le plomb, reverse ce qui est sorti
dedans. Et on doit le présenter à l'air dans, lequel ventre
il sera porté par l'engendrement du Soleil qui est son
père, on doit le faire allaiter de la liqueur qui est de terre,
qui est sa nourrice.
Cette chose témoigne que nous avons la pierre des
Philosophes, disant vraiment sans mentir, ce qui est à
mont ressemble à ce qui est à val et ce qui est à val semble


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107 Estrelin ou esterling : petit poids qui était jadis en usage pour les matières
précieuses, en Belgique, en Hollande et en France, et qui équivalait à la vingtième partie de l'once, c'est-à-dire à 1,5 grammes. Le poids primitif de l'esterlin, sous Edouard 1er (1239 - 1307) était de 32 grains de blé; il équivalait au tiers du gros tournois de Saint-Louis. Par la suite, les esterlins furent maintes fois copiés sur le continent et ont ainsi donné naissance à de nombreuses espèces monétaires : estrelin, sterling...) 108 Test: petit pot en argile.

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ce qui est à mont (109). Ce qui peut s'interpréter comme le
miracle d'une seule chose dont le soleil est ainsi son père
et la lune est ainsi sa mère, le vent dans son ventre déporte
sa nourriture ainsi est la terre et encore ils disent, alors il
montera de la terre dans les cieux et à nouveau descendra
en terre, il prendra la force d'amont et d'aval et il devra
moisir: car il bourgeonne contre mont et puis descend à
val et demeure en substance de sel. Quand il est du sel
salant, alors il doit être mis en digestion dans le fiens
quarante trois jours au moins et après on doit le présenter
deux nuits à la lune qui est sa mère jusqu'à ce que cela soit
de l'eau claire.
Puis le présenter au soleil jusqu'à ce qu'il soit parfait
par la science du soleil, comme un fin soleil ordinaire.
Les saints Sages en parlent ouvertement et
soudainement dans leurs livres quand ils firent un poème
des plus vils métaux; des deux plus bas aux deux plus
hauts, aux deux autres planètes du ciel, spécialement du
vil métal au plus haut, à savoir le plomb qui est le plus vil
métal associé à Saturne qui est la plus haute planète,
l'étain à Jupiter qui suit Saturne par cette consonance
directe, ils discernèrent la science à ceux à qui Dieu en a
donné le don.


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109 « Il est vrai, sans mensonge et très véritable. Ce qui est en bas est comme
ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes choses ont été et sont venues d'un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation. Le Soleil en est le père, la Lune la mère, le vent l'a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice, le père de tout le Thélème de tout le monde est ici, sa force est entière si elle est convertie en terre...» Citation célèbre de la Table d'Emeraude écrite, selon la légende, par Hermès Trismégiste.
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L'Elixir des Philosophes
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La vérité est ainsi : le plomb est soleil de sa profonde
nature et ainsi il est blanc à sa nature ouverte. A cela
s'accordent tous les Philosophes qui disent qu'il ne faut
autre chose que reverser ce qu'il y a dehors dedans et
mettre dans ce qui est ouvert ce qui est couvert et revenir
encore dans cette apparence ; ainsi est le soleil fin.
L'étain en lune se fait de la même façon. De cela nous
avons tous vu la vérité de ces choses dans le soleil et dans
l'argent ; cela peut être fait de deux manières sans grandes
dépenses : la première est ainsi faite par la projection
d'une médecine merveilleuse. La seconde est ainsi faite
de deux façons identiques et ce, à l'aide du soleil sans
autre médecine du monde, si ce n'est un peu de levain du
soleil ou de lune.
Et ces deux façons sont faites par deux miracles de
Dieu. Car il n'y a à coté de cette eau nulle décoction que
celle du soleil.
La médecine qui a vertu de convertir le plomb en
soleil fin est ainsi faite d'eau de fin soleil et de vif-argent
mêlés ensemble. Laisser épaissir et reposer dans un
vaisseau de verre hors du soleil et de la pluie et cela
pendant onze jours et onze nuits. Alors l'argent-vif fera
une résidence au soleil comme de petites pierrettes de
rubis que l'on doit mettre en fiens jusqu'à ce qu'elles
soient eau à nouveau.
Puis le faire demeurer tout seul sans feu et sans
chaleur; alors la médecine est prête et que soit loué JésusChrist
qui nous a donné la Science et la connaissance de
transmuer le plomb en soleil, non pas seulement par
médecine, mais par lui-même sans rien ajouter d'étranger.
De ceci parle le Philosophe qui dit: une médecine est

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Jean XXII
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réalisée ainsi par la pierre à laquelle nulle chose étrangère
n'est ajoutée, excepté que les ordures en soient ôtées.
Je te déclarerai cette oeuvre à la louange de Dieu et de
la bénédiction de Dieu puisse-t'il être béni, celui qui la
cèlera car elle doit être tue, car elle est faite par le miracle
de Dieu et de telle manière on peut faire du plomb.
Pour épurer le soleil, prenez des platines (110) de soleil
rondes comme un denier et en remplir un vaisseau que
l'on aura étoupé par-dessus avec un pertuis dessus aussi
large qu'un denier.
Mettre les plates de soleil par-dessus ce pertuis
jusqu'à ce qu'elles reçoivent la fumée du plomb de part
et d'autre, tout autour, puis le tribler et réduire en poudre.
Voici une autre façon dont tu pourras faire de la
chaux de soleil. Prends des plates de soleil bien tendres
et de la limaille de soleil si tu veux. Incorpore la limaille
avec soin avec l'eau de sel commun, la chaux de soleil
ainsi qu'un peu d'orpiment.
Mettre dans un creuset, bien étouper avec un bon lut
puis mettre toute une nuit sur un feu moyen qui ne risque
pas de s'emballer. Au matin tu pourras le tribler
menuement comme tu voudras. De cette façon tu travailles
des plates puis tu fais un creuset de lit de plates, un lit de
la médecine; puis mettre au feu comme je l'ai dit.
Et de cette manière, tu pourras faire de la poudre de
tous les métaux que tu voudras.
Quand tu auras bien triblé ton soleil, tu laveras bien
la poudre sur une pierre de marbre avec le sel commun ou
avec de l'eau commune dans laquelle tu as mis aussi du
sel commun. La laver jusqu'à ce que tu voies que l'eau


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110 Platines = plaques de métal.

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L'Elixir des Philosophes
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en sorte claire. Ensuite bien laver souvent d'eau chaude
pour tirer le sel dehors.
Sécher sans feu, le garder nettement (111) car c'est de la
chaux de soleil, un mélange modéré de chaud et de froid,
des quatre natures et cela est une si bonne complexion
qu'il ne peut être corrompu ni dans la terre ni dans l'air
ni dans le feu ni dans l'eau. Il est tellement net et épuré,
qu'il n'y a pas besoin d'épurer, mais il est bon d'épurer
son ordure ainsi qu'il est écrit plus haut.
La lune est froide et moite modérément. Elle est de
bonne complexion et tu peux l'épurer ainsi : prends des
plates tendres de lune, les chauffer jusqu'à ce qu'elles
soient près de fondre et les mettre deux ou trois fois dans
une eau, comme je te dirai, orendroit (112) et il en est plus
mou et plus net.
Prends l'urine bien épurée, jettes-y dedans une once
de sel commun et autant de sel alcali et deux onces de
chaux de gravelle; il doit y avoir une quantité telle
d'urine qu'elle dépasse ces deux choses de deux doigts
ou trois.
Après, faire bouillir sur le feu pendant deux heures
puis distiller à travers le feutre avec cette eau dont je t'ai
parlé. Si tu veux faire de la chaux de lune, prends de la
limaille de lune bien lavée et épurée, la mêler avec la
chaux, le sel et l'orpiment de façon à ce qu'il y ait deux
onces de chacun pour une demi-livre de limaille.
Puis tous les broyer sur une pierre de marbre et
mettre avec l'eau de sel commun et le sel armoniac; bien


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111 Dans le sens de proprement avec une connotation de brillance; vient du
latin nitidus: brillant, luisant, resplendissant, propre, net. 112 Orendroit: maintenant, désormais, présentement.

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le tribler et en faire comme une pâte. Mettre ensuite à
sécher dans un creuset étoupé en feu modéré.
Le laisser ainsi toute la nuit et le matin bien tribler et
bien laver d'eau chaude. La limaille descendra au fond.
Si la limaille est bien menue, tu la gardes. Si elle n'est pas
assez menue, qu'elle n'en puisse plus, alors tu la remues
encore deux ou trois fois avec la médecine déjà citée.
Et tu fais comme j'ai dit jusqu'à ce qu'elle soit si
déliée qu'elle ne puisse plus et blanche comme neige. Si
tu veux, tu peux faire de la chaux de la même manière
dont nous avons parlé au sujet du soleil.
Le cuivre chaud, mêlé avec un peu de sècheté (113) se
fait dur. Il est presque dans les mêmes conditions de la
lune en fonte et en poix mais il est un peu plus dur et
néanmoins rouge. Il convient d'en ôter la dureté et la
rougeur quand on veut le travailler.
Pour la lune, si on veut la travailler il faut
premièrement lui ôter la dureté et l'épurer en premier.
Prendre les plates de cuivre fin à partir desquelles on fait
les freins qui supportent bien de forger la chaux et la lune.
Les étaler ainsi de l'épaisseur de deux ou trois doigts puis
bien chauffer jusqu'à ce qu'elles soient rouges.
Puis distille-les sept ou huit fois dans cette eau et
broies. Prendre l'urine bien épurée, mettre également
une once d'alun de plume, de sel alcali, de sel commun,
de sel armoniac, de gravelle de vin et d'une gomme qui
est appelée euphorbe (114) et que tout soit épuré.


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113 Sècheté = sécheresse.
114 Genre de plantes à suc laiteux, noircissant généralement à l'air ; âcre et
caustique, qui a servi de type à la famille des euphorbiacées dont le suc est souvent vénéneux.
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L'Elixir des Philosophes
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Faire bouillir dans l'urine jusqu'à ce qu'ils soient
tous ravagés. Puis les distiller huit fois à travers un feutre
et garde pour ton ouvrage. Dans cette eau distille ton
cuivre sept fois afin qu'il soit pur et net, sans obscurité.
Tu pourras alors en faire ce que tu voudras.
Tu pourras épurer ainsi : prends une livre de limaille
de cuivre bien lavée dans l'eau de sel, un quarteron (115)
d'orpiment épuré, autant de chaux d'oeuf et de gravelle.
Mettre tout ensemble avec l'huile de vin ou de gravelle,
en faire une pâte et la mettre dans un vaisseau que l'on
appelle descendant. Faire dessous un feu fort et faire
descendre par le feu fort. Puis le laver à nouveau, faire
descendre une fois encore avec la médecine
précédemment citée par un feu fort. Il sera blanc comme
argent et on pourra le mêler avec la lune par moitié si tu
veux faire de la chaux de la manière dont nous avons
parlé au chapitre du soleil et de la lune.
Puis les laver et épurer ainsi comme il est dit.
Tu peux faire de la chaux du dit cuivre de cette autre
manière: prends des plates de cuivre et bien les mouiller
dans l'eau de sel commun. Vider par-dessus l'orpiment
et le soufre qui ne soient pas épurés puis faire un lit de sel
commun non épuré dans un creuset et d'orpiment puis un
lit de plates puis un lit de sel et d'orpiment.
Faire ainsi jusqu'à ce que le creuset soit plein,
estouper ensuite de forte terre, puis le mettre dans un feu
fort jusqu'à ce qu'il fonde ou qui ne fonde mieux si les
plates sont bien tendres. Les faire demeurer dans le feu


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115 Quarteron : poids qui est la quatrième partie d'une livre.
Autr. : terme de batteurs d'or. Petit livre de papier carré, qui contient vingt-cinq feuilles d'or ou d'argent battu.
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Jean XXII
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deux ou trois jours au moins, puis les retirer. On pourra
bien les broyer et les réduire en poudre et les mêler avec
le sel également, aussi avec la chaux de gravelle de vin.
Bien laver et souvent. Tribler sur une pierre de
marbre et faire que la poudre soit belle et blanche, comme
nous avons déjà dit au sujet de la chaux de soleil et de
lune, puis garder.
Le fer est un métal très dur, sec. Il est chaud et sec et
plein d'écorce noire. Pour celui qui veut le travailler, il
convient de lui donner une médecine qui l'adoucisse et
le ramollisse. Car il est assez blanc par dedans, mais il se
teint trop volontiers à l'air. Tu l'épureras ainsi: prendre
de la limaille de fer et la laver très fort. Quaere tali signo.
L'étain est humide et chaud mais il n'est pas assez
chaud et pour cela le corps est terre et plein de porosités
et fond légèrement.
Tu épureras ainsi: prends une herbe dont le nom latin
est jusquiamus (116) . En faire un jus, puis fondre l'étain, le
jeter tout fondu dans le jus dix ou douze fois. Mettre du
sel commun avec le jus et il sera bien net et assez dur par
raison. Si tu veux mieux l'épurer: prends la chaux de
l'oeuf et le sel commun et le sel armoniac, en faire une
pâte de vin-aigre. Faire un lit de cette pâte dans un creuset
et un lit de plates d'étain bien tendres jusqu'à ce qu'il soit
plein. Bien l'étouper et le mettre une nuit sur un petit
feu afin qu'il ne fonde pas.
Le matin, le fondre deux fois, le jeter dans le vinaigre
avec du sel et il sera tout blanc et dur. D'autres le


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116 La jusquiame vient du grec : fève de porc. C'est une plante des décombres,
à feuille visqueuse et à fleurs jaunâtres rayées de pourpre. La jusquiame est très vénéneuse.
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L'Elixir des Philosophes
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fondent sans plus et le jettent sept fois dans le vin-aigre
avec le sel. Pour en faire de la chaux: prends une livre
d'étain, le fondre puis le mettre juste sur du feu. Jeter
dedans un quarteron de vif-argent, mêler le tout bien
ensemble.
Laisser refroidir et ensuite bien tribler dans un mortier
de cuivre en le remuant bien. Puis le mêler avec une livre
de sel commun. Mettre le tout dans un sublimatoire.
Etouper et le sublimer comme nous le verrons au
chapitre du vif-argent.
Et tu enlèveras ton vif-argent que tu trouveras dans
le convertoire du sublimatoire.
Prendre ensuite la poudre d'étain et le sel qui est
demeuré au fond. Jeter dessus de l'eau bien chaude
jusqu'à ce que le sel en soit sorti. Que le sel en soit jeté
jusqu'à ce que l'eau soit douce et claire et que la chaux
soit belle, blanche et menue.
Puis la laver de vin-aigre assez de fois jusqu'à ce
qu'elle soit blanche et menue. Puis la laver de vin-aigre
encore assez de fois jusqu'à ce qu'elle soit bien blanche.
Pour faire de la chaux d'étain : fondre l'étain, mettre
dessus du sel commun et le mêler avec une verge de
cuivre. Jeter aussitôt du sel dessus, mettre toujours autant
de plates tout en cendre par la vertu du sel.
Puis prends cette cendre, bien la laver d'eau chaude
et de vin-aigre comme il est dit ci-dessus jusqu'à ce
qu'elle soit belle et blanche.
Si tu veux, tu feras de la chaux d'étain pour jeter sur
l'orpiment, ainsi comme du sel. Car l'orpiment a une
merveilleuse ardeur. Le laver d'eau et de vin-aigre comme
il est dit ci-dessus. Le garder.

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Le plomb est froid et humide et pour cette raison il
est mou et ord (117) car il n'y a pas dans la création de
chaleur suffisante à l'endurcir et à ôter les ordures. Mais
il est plus pesant que nul autre métal, excepté l'or. Pour
qui veut bien l'épurer, il faut que ce soit fait par des
choses sèches et ardentes et ravagantes par leur mauvaise
humidité et mondificantes par leur substance.
Tu épureras ainsi : fondre le plomb, jeter dessus la
chaux vive, la poudre de verre et le sel. Mélanger ensemble
et bien remuer le tout avec un bâton. Jeter le tout dans de
l'eau de sel commun et de sel armoniac. Faire ainsi deux
ou trois fois, puis battre le plomb en plates tendres ou
faire dans un creuset un lit de sel, de chaux vive et de
verre déjà cités ci-dessus et un lit de plates de plomb, puis
un lit des choses déjà citées, puis un lit de plates. Faire
ainsi jusqu'à ce que le creuset soit plein. Le mettre dans
un petit feu une demi-journée afin qu'il ne fonde pas.
L'ôter aussitôt après, le jeter dans l'eau de sel commun
et de sel armoniac. Puis le garder s'il est assez dur et
blanc. S'il ne l'est pas assez, recommencer cette épuration
une ou deux fois jusqu'à ce qu'il le soit. Si tu veux de la
chaux de plomb, tu procéderas comme il a été dit pour
l'étain. Car l'étain et le plomb sont légers à calciner.
Comme nous avons parlé des métaux, nous parlerons
maintenant des esprits à commencer par le vif-argent et
comme nous l'avons dit précédemment il est métal et
esprit. L'argent-vif est froid et merveilleusement humide,
il est appelé mercure; tout comme l'étoile Mercure se
trouve à la nature de toutes les étoiles, l'argent-vif se
trouve à la nature de tous les métaux avec lesquels il est


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117 Ord = sale, impur, repoussant, laid.

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L'Elixir des Philosophes
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en contact. Pour cela on peut le congeler avec tous les
métaux. Congeler l'argent-vif, cela se fait avec art.
L'argent-vif se tient tout coi dans une pierre comme un
métal. A cause de cela, nous disons congeler comme
l'eau qui court et ne se tient pas tranquille.
Quand la gelée vient, elle la congèle et prend tout
ensemble et est ainsi comme une pierre ; tel est ce qui est
dit au sujet du vif-argent et sa façon de le congeler. Tu
cuiras du vif-argent dans l'eau de sang humain ou de
cheveux. Distiller sept fois comme il sera dit ci-après. Tu
le cuiras dans un jus de fèves (118) vertes ou dans une herbe
qui porte le nom de « hache » (119), aussi appelée hapy (ou


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118 La fève de Calabar est réputée pour contenir plusieurs alcaloïdes,
notamment « l'ésérine» dont la formule est C15 H21 N3 02 également appelée « physostigmine », douée d'action myotique et tétanique et la « Génésérine ». La fève de Saint-Ignace contient deux alcaloïdes: la « brucine » dont la formule est C23 H26 N2 04 et la « strychnine » dont la formule est C21 H22N2 02. La fève Tonka renferme de la « coumarine » dont la formule est C9 H6 02. La fève est donc réputée pour contenir des alcaloïdes (l'alcali est un composé BASIQUE). Ceci n'est pas sans rappeler la POTASSE ou la lessive de soude.... 109 Hache, du latin: acer, acris : pointu, perçant, pénétrant, apparenté à acere
signifiant aigre, racine qui forma ensuite les mots acier, acerbe, acide, acéré...hache... Autr. La hache royale est en botanique l'ancien nom du lis martagon et de plusieurs espèces d'asphodèles. La notion de lis ferait donc allusion à la couleur rose violacé et orangé ponctuée de pourpre. Autr. en tant que symbolisme religieux, dans les temps primitifs, les haches de pierre passaient pour des pierres à foudre tombées du ciel. Cette vertu se transmit à la hache de bronze, symbole de la foudre qui fend les arbres de la forêt; elle était associée à la « pluie ». Elle devint par excellence l'instrument de sacrifice et de mort. Elle fut un signe de pouvoir et d'autorité. Elle représentait la force. En outre, nous savons que ce qui sépare : la « hache », unit également.
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Jean XXII
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api) (120) pendant un demi-jour. Puis le retirer et le lier dans
un drap de linge pas trop étroit, puis prendre une grande
quantité d'étain épuré et le mettre hors du feu dans un
vaisseau raccordé à un autre bien profond.
Tu auras aussi placé au bout un bâton gros et droit et
tu bouteras dedans l'étain qui sera fondu. L'y maintenir
jusqu'à ce que l'étain commence à se prendre. Ne pas
bouter le bâton jusqu'au fond du vaisseau, afin qu'il y ait
de toutes parts de l'étain entre le vaisseau et le bâton.
Quand l'étain sera pris et assemblé, ôtes la bâton et mets
l'étain dans la fosse pour faire un lit d'étain.
Mettre de la chaux d'oeuf bien tendre tout autour de
la fosse par l'intérieur. Mettre le vif-argent qui est lié
dans un petit drap par dans cette fosse. Puis couvrir le tout
de chaux d'oeuf et de cendres. Tu mettras aussi autant
d'étain fondu dans un autre vaisseau. Jeter cet étain
fondu sur le vif-argent, puis enlever l'étain de dessus car
il ne se brûlera pas à l'autre à cause de la cendre qui est
entre deux. Ensuite le fondre et jeter la chaux sur le vifargent.
Laisser refroidir, puis l'ôter et le fondre. Le jeter
encore sur le vif-argent pendant cinq ou six fois. Ensuite
ôter tout le vif-argent et tu trouveras tout ensemble, tu ne
le couvriras pas, puis tu le fondras dans un creuset sur le
feu. Tu le jetteras dans l'eau de sel commun, dans l'urine
et dans le vin-aigre. C'est un plomb plus beau que l'étain


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120 Apii, orum: racine d'ache.
Ache: l'ache des marais est une plante bisannuelle. Elle est toujours verte. Elle est diurétique, expectorante et résolutive. C'est une plante ombellifère qui ressemble au persil Chez les anciens l'ache indiquait, dans les cérémonies funèbres, l'état d'éternelle jeunesse auquel le défunt venait d'accéder ; actuellement c'est le rôle que joue chez nous l'immortelle.
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L'Elixir des Philosophes
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qui pourra alors bien souffrir le métal et si tu veux, quand
tu auras traité le vif-argent de l'étain, avant que tu le
fondes tu le mettras dans un vaisseau en fer pur que l'on
appelle canne (121) que tu peux voir ci-après.
Voir si c'est bien fait, entièrement et avec force.
Mettre ensemble la chaux d'oeuf, la gravelle de vin et le
sel commun.
Bien étouper la canne de son convertil de fer. Bien
luter tout autour; puis mettre dans un bon feu.
Jeter le tout dans l'eau de sel commun, l'urine et le
vin-aigre. Il est beau et bon. On pourra en faire un
vaisseau.
Si tu veux d'une autre manière congeler l'argent-vif
afin qu'il soit rouge, prends une canne dont on fait les
quenouilles et mets dedans tout ton argent-vif quand il
aura été cuit en eau de sang, fèves ou hache, comme j'ai
dit plus haut.
Puis prends du
soufre vif et bats-le
dans un mortier.
Détrempes-le dans
un jus d'oignons. En
faire comme une pâte


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121 Canne = roseau = bâton
en verrerie, tube de 1 à 3 m de long pour souffler le verre. On l'appelle aussi « felle ». Dans les arts, la canne est l'un des divers instruments longs et cylindriques.
pict

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Jean XXII
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et la mettre tout autour de la canne pour qu'elle soit toute
couverte tout autour, de l'épaisseur d'un doigt ou plus et
quelle soit bien étoupée. Puis prendre un pot de terre fort
et dur. L'emplir entièrement de poudre de vitriol ou
d'arsenic rouge, puis mettre la canne avec tout le vifargent
dedans. La couvrir de toute cette poudre. Mettre
le pot au feu de telle façon qu'il y ait du feu tout autour.
Laisser au feu tout un jour et une nuit, puis à feu moyen ;
laisser refroidir. Briser la canne; on trouve ainsi l'argentvif
congelé en rouge.
Pour congeler l'argent-vif autrement, le cuire dans
l'eau de sang et dans un jus de fèves comme j 'ai dit; bien
laver de sel et de bon vin-aigre puis d'eau froide.
Mettre dans une canne de fer déjà citée et étouper
bien et fort. Fondre le métal que tu voudras congeler ou
convertir en or, en argent, en plomb, en étain ou en
cuivre.
Mettre la canne dessus de façon à ce qu'elle soit
entièrement couverte.
Faire comme déjà énoncé précédemment, laisser au
feu pendant un jour puis l'ôter et on le trouvera congelé.
Il existe d'autres manières de procéder, mais j 'ai cité les
plus nécessaires et celles que j'ai approuvées.
Nous avons parlé de la façon dont on peut congeler
le vif-argent et faire corps et métal. Il convient de parler
maintenant de l'épuration du vif-argent, puis nous
parlerons de la manière dont on sublime les esprits.

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L'Elixir des Philosophes
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Épuration de l'argent-vif


Le couler au travers un drap de linge, le cuire en urine
épurée pendant trois heures et dans un vin-aigre. Puis le
couler en dehors.
Pour épurer autrement : le mettre dans un distillatoire;
le distiller sur un petit feu comme l'on fait l'eau rose. Il
est bien épuré pour sublimer.
Mais la manière précédente est moins périlleuse.





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Jean XXII
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Sublimation de l'argent-vif


Prendre une livre de vif-argent épuré, une livre
d'arsenic ou de vitriol épuré et une livre de sel commun
épuré; mêler le sel et l'arsenic ensemble, puis mettre le
vif-argent dans un drap de linge. Le pendre un petit peu
jusqu'à ce que le vif-argent puisse choir en petites
gouttelettes avec le sel et l'arsenic. Bien les mélanger
ensemble dans tes doigts jusqu'à ce que tu puisses voir du
vif-argent.
Puis jeter dessus un peu de vin-aigre; bien le mélanger
entre les doigts le mieux que tu pourras; tu despartes le
vif-argent en aussi petites parties que tu pourras.
Mettre très peu de vin-aigre pour en faire une pâte
bien dure car si tu fais trop mou, tu ne pourras pas bien
despartir le vif-argent.
Une fois la pâte faite : mettre dans un sublimatoire,
tu mettras le couvercle dessus. Quand le pertuis sera
couvert par le couvercle, le mettre une nuit dans le four
quand le pain en sera sorti et au matin tu l'en sortiras. Tu
le tribleras bien menu, pour mieux le mêler dans le vinaigre;
puis tu le mettras avec un peu de vin-aigre et en

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L'Elixir des Philosophes
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feras une pâte dure comme déjà dit. Mettre au sublimatoire
et mettre au four comme ci-dessus. Au matin le sortir,
tribler bien menu et y mettre du vin-aigre. Mettre au
sublimatoire cinq ou six fois jusqu'à ce que tu voies que
le vif-argent est si bien mélangé et triblé et que l'on ne le
distingue pas des autres poudres.
Saches que nous ne mettrons ces choses avec le vifargent
de cette manière que pour mieux mélanger les
choses qui sont avec lui et pour mieux tribler.
Car nulle chose ne peut se sublimer adroitement si
elle n'est pas triblée bien menue et si elle n'est pas
mélangé avec un autre élément ardent et dégâtant
l'humidité et l'ordure des esprits.
Quand un esprit a été sublimé deux, trois ou quatre
fois, il est bien net. On ne peut le sublimer tout seul sans
ses fèces. Nous appelons fèces (122) ou médecine les choses
qui sont mêlées avec l'esprit quand on les sublime.
Si tu veux sublimer le vif-argent, prends-le quand il
aura été séché au four tant qu'il est bien mélangé. Quand
il sera mélangé plusieurs fois, ce qui est souhaitable, le
tribler sur une pierre le plus menu possible avec le sel
commun. Épurer et bien le sécher dans une poêle de terre
sur le feu. Tribler menu au fond du sublimatoire. Il faut
que cela ait un doigt d'épaisseur.
Puis sur une pierre de marbre, jeter du vin-aigre. Il
faut que le vin-aigre en sorte tout clair. Bien sécher cette
poudre au soleil. Mélanger le tout avec une livre de sel


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122 « Fèces : terme de science Spagyrique pris du latinfoeces. Il signifie
crasse, lie, impuretés, limon, ordure, excrément, et les parties les plus grossières, impures et étrangères qui se précipitent au fond des vases. (Dictionnaire Mytho-Hermétique p.128 - Dom Pemetty - Bibliotheca Hermetica - Denoël -- 1972
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Jean XXII
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commun. Épurer et tribler aussi menu que possible.
Mettre au sublimatoire sur un lit de sel commun; sublimer
(comme il a déjà été dit plus haut) trois fois, garder et
sécher.
L'autre manière de sublimer le vif-argent vaut mieux
que celle-ci et mélange mieux le vif-argent, mais elle est
plus difficile.
L'orpiment (123) est chaud et sec, ardent de nature, il est
rouge et jaune. Mais on trouve plus de rouge et l'une et
l'autre manière a en soi une espèce d'huile qui est jointe
à lui quine peut être ôtée qu'à force de longues décoctions.
Nous dirons comment on pourra l'ôter et l'épurer et après
comme on pourra le sublimer.
Prendre l'orpiment, autant que tu veux; le cuire dans
de l'huile d'amandes amères ou de poitrine de porc sur un
petit feu une demi-journée; il faut qu'il y ait assez d'huile
ou de graisse pour qu'elle surnage d'un doigt au-dessus
de l'orpiment.
L'orpiment doit être aussi menu que possible. Quand
tu l'auras cuit, ôte le dudit feu. Laisser refroidir une
heure. Le couler hors de la graisse le mieux possible.
Mettre sur le feu et mettre assez d'urine; remuer avec un
bâton. Bien faire bouillir pendant deux heures. Le couler
hors de l'urine.
Puis mettre sur le feu et ajouter le vin-aigre dessus
épuré en grande quantité. Faire un bon feu. Faire bouillir
pendant deux heures ou trois; puis ôter du feu et en couler
hors le vin-aigre.


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123 « Orpiment des Philosophes : c'est la semence masculine & agente qui est
le soufre. Autr. c'est la Pierre parfaite au blanc et au rouge.» (Dictionnaire Hermétique - Salmon 1695 - Gutenberg Reprints 1979 p.141).
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L'Elixir des Philosophes
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Puis le cuire encore dans l'urine épurée, puis dans le
vin-aigre une fois pour mieux en ôter la graisse, puis jeter
souvent dessus de l'eau bouillante; après le prendre et
l'étaler dans un linge doux, pas étroit mais largement.
Le cuire avec ce drap dans cette lessive.
Prendre de l'urine d'enfant bien épurée, de la chaux
vive, du sel commun. Épurer dans les cendres de fèves ou
de ferment de vin-aigre ou d'urine. En faire une lessive
comme on a l'habitude de faire.
Le faire couler quatre ou cinq fois. Mettre dans cette
lessive assez de sel commun ou de sel alcali.
Puis faire bouillir dedans ton orpiment reposé dans
un drapeau. En ôter les ordures qui sont dessus avec
l'aide d'une cuillère jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus.
Puis l'ôter et le faire bouillir dans l'eau pour ôter le
sel. Quand il aura assez bouilli, lui jeter dessus assez
d'eau pour ôter la graisse et le sel. Ainsi il sera bien épuré
pour sublimer ou pour descendre si tu veux.

Sublimation
Prendre une livre de cet orpiment et une livre de
cuivre ou d'étain, une écaille de cuivre qui choit quand on
le bat et d'étain pour les coins des marteaux.
Prendre une livre de sel gemme ou de sel commun et
broyer bien ces trois choses sur une pierre de marbre;
puis les bien réduire et les tribler aussi finement que tu
pourras.
Puis faire un lit de sel commun au sublimatoire et sur
celui-ci mettre de l'orpiment dans toute sa médecine.
Le sublimer comme il a été dit pour le vif-argent sauf
qu'il faut faire au vif-argent plus grand feu car il ne peut

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Jean XXII
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pas s'enhardir. L'orpiment et le soufre n'aiment pas le
grand feu car ils s'emportent rapidement et quand tu les
auras sublimés, fais attention qu'ils n'aient pas de fèces,
sinon sublimes jusqu'à ce qu'il n'y demeure rien.
Puis les mettre avec l'autre orpiment sublimé et ainsi
le sublimer trois fois comme pour l'argent-vif. Le garder
nettement.
Si tu veux le sublimer autrement : prends une livre
d'orpiment purifié, une livre de sel commun, deux livres
de chaux d'étain et une demi-livre de cuivre cru ou de
limaille de cuivre ou de fer. Bien tribler ces choses
chacune séparément puis les mettre ensemble à sublimer
comme il est dit précédemment. Sublimer trois fois, puis
réserver.
Pour dissoudre l'orpiment : prends de l'orpiment
purifié, une demi-livre de chaux de gravelle de vin,
autant de chaux vive et un quarteron de sel commun
purifié comme nous allons le dire ci-dessous. Mettre un
peu de sein de porc rectifié, en faire une pâte qui ne soit
pas trop épaisse mais plutôt moyenne.
Mettre dans un descensoire puis mettre les vergettes
de fer afin qu'elles la fassent tenir au fond et qu'elle ne
tombe pas lorsque le vaisseau se retournerait sens dessus
dessous, puis y mettre son couvertil, bien étouper
d'argile mélangée avec du fiens de cheval.
Faire une fosse de terre, virer le vaisseau ci-dessus
dessous, le mettre dans la fosse et mettre de la terre tout
autour. Puis faire d'abord un petit feu, puis augmenter.
Faire le feu une demi-journée. Pour le dernier, faire un
petit feu fort. Un petit pertuis au-dessus du couvertil doit
être ouvert.

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L'Elixir des Philosophes
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Après six heures laisser le feu mourir, laisser refroidir
le vaisseau au côté du couvercle. L'orpiment descendra
sous forme de métal fondu blanc comme de l'argent. Le
recueillir et le garder. S'il ne reste rien des fèces, tribler
bien menu. Puis mettre de l'eau daubin (124) d'oeuf, en faire
comme une pâte, puis le faire descendre comme il est dit
précédemment.
Pour qu'il descende mieux, prends une demi-livre
ou un quarteron d'orpiment une fois qu'il est sublimé,
autant de chaux vive, de gravelle de vin et la mouiller
d'autant de sel. Bien tribler tout ensemble, mettre un peu
de sein de porc et d'eau daubin d'oeuf, en faire un pâte et
la faire descendre comme il a été dit.
Il faut savoir que si cet orpiment descend blanc, il est
bien trop cuit; quand le cuivre est bien purifié et descendu
comme il a été dit, il y a une partie d'orpiment sur dix ou
douze parties de cuivre.
Le soufre est chaud et humide, tendant à la sécheresse.
Il a en lui beaucoup d'humidité ainsi, grâce à cette nature
d'huile qui l'allume et l'embrase, il est de la nature de
l'orpiment, mais sa moiteur est plus vicieuse et plus
enracinée en lui. De ce fait, il est meilleur pour l'or autant
que pour l'argent.
Tu l'épureras ainsi : tribler finement le soufre puis le
mettre dans un linge et le lier largement, puis le pendre
dans un pot sur le feu, mettre dedans assez de lessive
comme je t'ai enseigné au chapitre de l'orpiment. Le
faire bouillir assez et longuement, puis l'ôter du sac et le
mettre dans une poêle en terre. Cuire une demi-journée


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124 Daubin vient de dauber = enduire, garnir. Eau daubin d'oeuf= eau garnie
d'oeuf, enduite d'oeuf.
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Jean XXII
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dans de l'urine purifiée. Puis couler l'eau, le mettre à
nouveau dans le sac. Le cuire encore une demi-journée
dans la lessive, puis le sortir. Jeter dessus assez d'eau
chaude pour ôter le sel, puis sécher au soleil et il sera bien
purifié.
Pour le sublimer : prends une livre de soufre purifié,
une livre de limaille de fer ou de cuivre, une demi-livre
de chaux vive, autant de sel commun purifié. Tribler
toutes ces choses ensemble, bien les mélanger, puis
mettre dessus du vin-aigre, en faire une pâte puis mettre
à sublimer. Étouper d'argile tout autour, mettre une nuit
au four comme il a été fait pour le vif-argent et l'enlever
au matin. En faire une poudre bien menue, puis la
sublimer comme il a été dit précédemment des autres.
Sublimer trois fois et le réserver.
Le sel armoniac est chaud et sec; son humidité
baisse. Il est fait de choses qui sont nobles dans l'homme,
comme le sang, l'urine et beaucoup d'autres choses qu'il
nous fait métier à notre ouvrage. Car il fait résoudre les
choses qui sont mélangées avec lui et augmenter en eau.
Nous avons dit au début du livre comment on épurait le
sel de diverses façons. Nous allons voir sa purification.
Pour la sublimation du sel : prendre une livre de sel
armoniac purifié et autant de sel gemme. Tribler le tout,
en faire une poudre bien fine, puis le sublimer comme il
a été dit des trois autres fois. Le garder.
La tutie est chaude et sèche ; on peut en faire de quatre
manières, mais nous travaillerons ordinairement de la
tutie alexandrine qui est un peu verte.
Purification de la tutie: la sublimer bien finement;
pour cela, la mettre dans une cuillère de fer que vous

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L'Elixir des Philosophes
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mettrez ainsi au feu; bien la chauffer et la jeter dans le
vin-aigre. Puis la prendre, la cuire et la mettre dans la
cuillère, bien la réchauffer puis elle sera bien purifiée. Il
faut savoir que lorsqu'elle est bien purifiée, elle rougit
bien le cuivre et lui donne une couleur d'or avec d'autres
choses comme nous le verrons plus loin quand nous
parlerons des expériences.
Pour la sublimer, voici comment procéder: prendre
une livre de tutie bien purifiée, une demi-livre de sel
commun purifié, une demi-livre de batture; broyer le tout
ensemble bien finement. Les mettre dans un sublimatoire
sans lit de sel; fermer avec de l'argile forte, faire un petit
feu jusqu'à ce que l'humidité en soit sortie puis faire un
bon feu et fort pendant un jour. Enlever ensuite le
sublimatoire. On trouve alors la tutie sur les fèces car elle
ne réagit pas sur le feu comme le fait un autre esprit. Et
si elle ne peut pas monter au convertil, sublime-la une
fois de plus et ainsi la garder. Ce n'est vraiment pas un
métier de sublimer la tutie ni la magnes (125) ou la
marcassite (126) si elles sont bien purifiées.
La purification de la marcassite et des magnes: bien
les tribler finement, puis les faire bouillir dans du vinaigre
et dans l'eau de gravelle une demi-journée chacune,


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125 Magnès : Le Cosmopolite s'est servi de ce terme pour signifier la matière
du mercure philosophique. Il dit qu'elle a une vertu aimantine qui attire des rayons du Soleil et de la Lune le mercure des Sages. (Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pemetty - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972 - p.202). 126 Marcassite : matière minérale dont il y a beaucoup d'espèces, car toutes
les pierres qui contiennent peu ou beaucoup de métal sont appelées de ce nom.(Dictionnaire Mytho-Hermétique - Dom Pemetty- Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972 - p.204).
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Jean XXII
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puis à nouveau dans le vin-aigre. Enlever le vin-aigre, les
laver d'eau commune, sécher la poudre et les garder. Car
aucunes ne peuvent être employées à cet ouvrage si elles
n'ont pas été sublimées auparavant. Nous avons vu la
purification des métaux, leur calcination et la purification
maintenant parler des poudres des pierres qui servent
dans cette oeuvre aux Philosophes. Elles sont au nombre
de douze, comme ils disent, mais il me semble qu'il y en
ait trois essentiellement.
Je dirai plus loin leur purification selon moi et
comme ils sont appelés pour mettre en oeuvre les quatre
éléments qui sont dedans.
Le sang est chaud et humide et de bonne complexion.
Recueillir un peu de sang d'un jeune homme qui soit de
bonne complexion et non point cholérique. En recueillir
une bonne et grande quantité; la mettre dans un pot de
terre, bien étouper, mettre dans le fiens de cheval quinze
ou seize jours; puis l'extraire. Tu auras préparé autant de
pots plein de cendres que ce que tu as de distillatoires.
Mettre du sang dans les distillatoires mais ne les emplis
pas de tes cendres. Mettre les couvercles dessus, bien
clore leurs jointures de drapeaux de linge et de pâte de
farine bien moulue. Ensuite mettre chaque distillatoire
dans une pot plein de cendres; il faut que le pot soit large.
Puis faire un petit feu dessous comme l'on fait pour
l'eau rose, mettre une fiole au milieu du distillatoire pour
recevoir l'eau qui en sortira, faire alors un petit feu.
Quand elle finira de distiller, ôte la fiole et l'eau et joinsen
une autre. Mettre dans celle-ci un peu de l'eau distillée
et le garder au demeurant moins sept fois puis garde-la.

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L'Elixir des Philosophes
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Puis faire un bon feu et l'huile en sortira. Quand
celle-ci sera entièrement sortie, la garder et la mettre en
sécurité.
Ainsi, je te dirai que le premier est eau et que dans
l'huile il y en a deux : l'air et le feu, comme il apparaîtra
ci-après. Ce qui restera dans le distillatoire est appelé
terre. Tu as ainsi les quatre éléments.
Sépares les quatre éléments comme le disent les
Sages. Pour cela, prends une chaudière, de l'étain et du
vin ou de l'eau ou ce que tu voudras pourvu que ce soit
bon. Mets dans la chaudière jusqu'à une hauteur de trois
doigts.
Mets un bon distillatoire de verre et mets tout autour
du distillatoire ce que tu as mis dessous et fais ainsi
jusqu'à ce que l'alambic soit plein. Mets dessus des
vergettes de fer afin que le distillatoire ne nage pas
dedans. Remplis ensuite la chaudière d'eau froide et fais
un feu sous la chaudière jusqu'à ce que ce qui est dans le
distillatoire distille et selon que tu verras tes éléments. Tu
dois toujours rajouter de l'eau dans la chaudière au fur et
à mesure qu'elle s'évapore afin que la distillation ne
s'arrête pas et que ton distillatoire ne se détériore.
Tu épureras d'abord l'eau car avec elle tu peux
épurer les trois autres : mets l'eau dans un distillatoire de
verre dans un pot plein de cendres et distille-le à petit feu.
Distille-la au moins sept fois jusqu'à ce qu'elle soit claire
et sans terre. Les Philosophes disent qu'on doit la distiller
jusqu'à ce que, en la mettant sur des petites plaques de
cuivre éprouvées par le feu, elle les blanchisse à l'extérieur.
Elle est alors accomplie. Dans tous les cas, distille-la au

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Jean XXII
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Tu épureras ensuite la terre car elle retient volontiers
le feu. Trible-la sur une pierre de marbre et verse dessus
de l'eau qui a été sept fois distillée. Trible bien et metsla
ensuite sur le feu dans une poêle de terre et fais bouillir.
Mener avec un bâton. Lorsque tu vois l'huile ou le feu
nager par-dessus, cueille-le et remets-le avec l'huile.
Quand elle aura bien bouilli, mets-la au distillatoire et
distille tant qu'il y aura de l'eau. Alors, la terre restera au
fond du distillatoire.
Prends cette terre, broie-la bien sur une pierre de
marbre et mets un peu d'eau dessus. Fais-en une pâte et
fais-la sécher au soleil. Puis broie-la et mets dessus de
l'eau. Fais-en une pâte et fais sécher au soleil.
Recommence sept ou huit fois. Puis trible à nouveau,
mets encore de l'eau et fais-en encore une pâte. Mets-la
dans un creuset et étoupe bien. Mets dans un four à petit
feu toute une nuit. Le matin, trible avec de l'eau et faisen
une pâte. Mets-la au creuset et étoupe-le bien. Mets le
toute une nuit à feu plus fort. Après, fais-en encore une
pâte et mets sur un feu encore plus fort. Recommence
jusqu'à ce qu'elle soit blanche comme de la poudre
d'argent et garde-la. Et tous les Sages disent que quand
elle est bien préparée, si on la jette sur le cuivre fondu,
elle le blanchit bien : elle est donc parfaite. Tu la tribleras
au moins sept fois et tu la mettras avec de l'eau. Tu
mettras le tout sur un feu fort comme nous avons déjà dit
et tu garderas.
Tu épureras l'huile ainsi : mets cette huile dans un
distillatoire et dans un pot plein de cendres. Distille par
grand feu. L'air distillera tout en eau et le feu demeurera
au fond du distillatoire. Tu prendras l'air que tu appelleras

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L'Elixir des Philosophes
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huile et la distillera dans un distillatoire par petit feu,
comme nous avons déjà dit. Tu distilleras sept fois. Les
Sages disent qu'on le distille autant de fois que lorsqu'on
la trempe dans du cuivre chaud, il la blanchit
merveilleusement. Mais dans tous les cas tu la distilleras
sept fois et tu la garderas bien car elle est bien épurée et
nettoyée.
Tu épureras le feu ainsi : mets le feu sur une pierre de
marbre et trible-le bien avec un peu de la première eau qui
a été distillée sept fois. Mets dans un distillatoire et
distille l'eau. Le feu restera au fond du distillatoire, sec
et noir. Broie-le sur une pierre de marbre, ainsi rajoute de
l'eau première et broie bien. Fais-en comme de la pâte,
mets dans un creuset et étoupe bien d'argile. Laisse-le
sur un petit feu durant toute une nuit. Retire-le au matin
et trible à nouveau avec de l'eau. Mets-le dans un creuset
sur un feu plus fort et trible à nouveau avec de l'eau.
Mets-le sur un feu un peu plus fort et recommence ainsi
sept à huit fois jusqu'à ce que le feu soit bien fort en
dernier. Il doit alors supporter le feu sans suer. Il sera
alors rouge, tendant à l'humidité, clair et net. Les Sages
disent qu'on doit l'épurer et le mettre au feu jusqu'à ce
que, jeté sur de l'argent fondu, il le teint en rouge. Il est
alors parfait. Tu feras ainsi au moins sept fois et tu le
garderas.
Sache que tu dois garder les quatre éléments et les
esprits bien enfermés chacun à part sans qu'aucun ne
s'évente comme toute chose qui est épurée. Comme leur
couleur et leur force tend à diminuer à l'air, tous les Sages
disent que personne ne doit mettre en oeuvre aucun des
quatre éléments esprits s'il n'a pas le signe démontrant

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Jean XXII
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qu'il descend de sa vraie teinture d'or ou d'argent. Voici
maintenant une autre façon de purger les quatre éléments
qui viennent du sang : tu prendras du sang comme il est
dit ci-dessus et tu le mettras dans le fumier sept ou quinze
jours. Tu en distilleras ensuite l'eau à petit feu comme il
est dit au-dessus et tireras suffisamment d'eau dans
divers distillatoires.
Après la distillation de l'eau, prends ce qui est resté
dans le distillatoire, c'est-à-dire trois éléments : la terre,
le feu et l'air car aucune eau n'est sortie. Tu prendras ces
trois éléments et verseras de l'eau dessus jusqu'à ce
qu'elle surnage au-dessus. Tu fermeras bien fort le pot et
le mettras au fumier chaud pendant quinze jours.
Tu tireras ensuite si c'est bien résolu. Si ce n'est pas
bien résolu, tu le laisseras encore huit jours. Puis tu le
tireras et verseras ce qui nagera dessus. La terre restera au
fond alors que l'eau, l'air et le feu seront enlevés.
Distille par le feutre ou dans un autre vaisseau ce que
tu auras coulé, les trois éléments seront ainsi distillés.
S'il ne reste pas de terre dans le feutre, prends de la
première eau et mets-la sur la terre qui est restée dans le
pot. Mélange bien et mets encore au fumier pendant huit
ou quinze jours. Recueille-le délicatement et mets-le
avec l'autre.
Ajoute autant d'eau sur la terre et mets dans le fumier
tant que tu extrais le feu car la terre retient facilement le
feu.
Quand tu auras tout tiré, tu distilleras ensemble les
trois éléments par le feutre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de
terre. Enlève les résidus de terre qui sont restés dans le
feutre après la distillation.

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L'Elixir des Philosophes
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Prends ensuite les trois éléments que tu as distillés
par le feutre à savoir l'eau, le feu et l'air et distille-les
dans un distillatoire de verre sur un feu moyen. Quand ils
seront distillés, tu les mettras sur l'air et sur le feu et là,
tu distilleras jusqu'à ce que tu voies l'air congelé et
ramassé dans le distillatoire sur les autres éléments
comme du sel.
Prends-le ensuite et mets-le dans une étamine (127).
Presse jusqu'à ce que toute l'humidité en soit sortie et
que l'air reste sec. Prends cet air et mets-le dans de l'eau
première que tu distilleras du sang jusqu'à ce que cet air
monte. Et si tu ne vois pas de feu nager par-dessus,
recueille-le et mets-le par-dessus le feu qui sortirait du
drap. Distille ensuite cet air qui est résolu en eau par le
feutre. Mets-le entre deux poêles de terre sur un petit feu
et congèle-le. Si tu veux, tu le distilleras par un distillatoire
jusqu'à ce que tu le trouves congelé, blanc gomme neige.
Mets-le à nouveau dans l'eau déjà citée jusqu'à ce qu'il
soit dissout. Récupère le feu qui nagera. Tu feras ainsi
jusqu'à ce que tu aies ton air net et blanc comme neige.
Ensuite, mets ensemble toute l'eau et le feu qui sont
restés et que tu as recueillis au-dessus de l'air. Distilleles
par petit feu jusqu'à ce que tu aies de l'eau claire au
fond du distillatoire.
Après la distillation de l'eau, tu garderas séparés
l'eau et le feu, ainsi que la terre que tu enlèveras des
quatre éléments ainsi purgés. Trible-la bien fort sur un
marbre. Rajoute de l'eau et broie bien. Mets-la ensuite
dans un autre vaisseau et verse de l'eau dessus jusqu'à la
recouvrir nettement. Coule et tu la verras expulser jusqu'à


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127 Estamine : tissu léger de laine ou de coton. Autr. Tamis.

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Jean XXII
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ce qu'elle soit rassasiée. Coule-la ensuite tranquillement
dans une poêle de terre afin que l'ordure reste au fond et
même si tu ne vois pas de feu qui nage au-dessus de l'eau,
recueille-le du mieux que tu pourras. Mets-le avec l'autre
feu que tu auras précédemment. Mouds-le et mélange-le
à la terre et à l'eau précédentes. Tu recueilleras le feu qui
nagera au-dessus jusqu'à ce que tu l'aies tout extrait. On
doit d'ailleurs toujours épurer la terre avant le feu car elle
le retient facilement.
Distille ensuite l'eau et la terre par le feutre, puis la
terre qui restera dans le feutre au fond du vaisseau. Metsla
dans un distillatoire et distille-la et mets l'eau qui
sortira avec l'autre. La terre restera au fond du distillatoire.
Prends à nouveau cette terre et mets de l'eau dessus.
Trible-la bien sur une pierre de marbre. Laisse la sécher,
puis trible bien. Mets de l'eau dessus et broie longuement
tout ensemble.
Mets ensuite dans un autre vaisseau et verse de l'eau
dessus jusqu'à ce qu'elle dépasse de deux ou trois doigts
au-dessus. Renverse bien ensemble puis laisse retomber
l'ordure; renverse calmement et distille par le feutre.
Mets ensuite dans un distillatoire. Tu feras tout cela
jusqu'à ce que tu la trouves blanche comme argent au
fond du distillatoire. Garde-la en une seule part jusqu'à
ce que nous parlions d'une autre part car elle est bien
préparée.
Il convient de préparer le feu qui est resté avec l'eau
dont nous avons déjà parlée. Pour cela, prends l'élément
dans une poêle de fer sur un feu de charbon et fais bouillir
pour en faire sortir l'eau. Tu le sauras quand tu verras que
le feu bout comme de la poix et fait des bulles. Alors,

160

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L'Elixir des Philosophes
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l'eau est toute sortie. Il sera noir à cause de l'ordure qui
est dans l'eau et sera gelé quand il y aura des bulles.
Enlève-le bien avec un bâton et tu le cuiras dans une
poêle jusqu'à ce qu'il soit presque sec mais pas totalement.
Prends ensuite de l'air précédent épuré et jettes-en
assez sur le feu ainsi cuit. Mets-y de l'eau citée
précédemment à une hauteur de deux ou trois doigts audessus.
Mélange bien, enlève de dessus le feu et laisse
refroidir. Mets-le dans une poêle de terre et distille-le par
le feutre. Tu distilleras ainsi l'eau et le feu ensemble ; l'air
et les ordures resteront au fond du vaisseau. Après la
distillation par le feutre, tu le couleras si tu veux deux ou
trois fois dans le feutre. Les fèces resteront congelées au
fond du vaisseau. Puis si tu veux, après que l'eau et le feu
soient distillés par le feutre, mets-les dans un distillatoire
et distilles l'eau qui en sortira et qui était mélangée avec
le feu. Le feu restera au fond du distillatoire. S'il est pur
et net, la couleur rouge vif resplendira. Recueille-le et
garde-le. S'il n'est pas bien pur, mets-le à nouveau sur le
feu.
Quand il bouillira, mets dessus de l'air comme
précédemment, puis de l'eau que tu as distillée du feu par
le distillatoire. Mène bien puis laisse refroidir. Quand il
sera froid, distille-le par le distillatoire. Fais cette
préparation sur le feu jusqu'à ce que tu le trouves pur et
net dans la couleur resplendissante. Pour savoir s'il est
bien épuré, mets-le dans une fiole de verre avec un peu
d'eau. S'il est bien épuré, il semblera vert. Quand il sera
ainsi, conserve-le bien.
Nous t'avons dit comment épurer le sang et comment
en tirer les quatre éléments et leur épuration de deux

161

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Jean XXII
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manières. Il y en a d'autres, mais celles-ci sont les
meilleures. Et tu pourras ainsi tirer les quatre éléments
des cheveux, de l'urine, des estrons (128) et d'autres choses
d'où l'on peut extraire les quatre éléments. Et je
t'enseignerai la complexion (129) jugée selon la couleur qui
est en eux : car les noirs sont chauds et secs, les blancs
chauds et humides; ceux qui sont entre noirs et blancs
sont froids et humides.
Tu les épureras ainsi : prends de la bonne lessive
forte, du savon, de la chaux vive et mets sur le feu. Fais
bouillir puis tranche les cheveux blancs en grande quantité
et très menus. Mets-les dans cette lessive et fais bien
bouillir. Enlève-les ensuite du feu et laisse refroidir.
Frotte-les et lave-les bien, puis mets-les dans un
distillatoire et distille l'eau par un petit feu de la même
façon que pour le sang. Garde-le puis tires-en l'air et le
feu par un feu fort comme nous avons dit pour le sang. La
terre restera au fond du distillatoire.
Quand tu auras ainsi séparé les trois éléments, purgeles
chacun individuellement comme pour le sang puis
garde. Et si tu veux avoir une plus grande quantité de
cette huile, de feu de sang, de cheveux tu feras en plus
ainsi : quand tu auras distillé l'eau première, tu enlèveras
le distillatoire du feu et tu mettras ce qui était dedans dans
un descensoire. Tu le feras descendre ainsi comme il est
dit au chapitre du cuivre. Il descendra très épaissi et noir.
Épure ensuite les quatre éléments comme il est dit du
sang.


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128 Estrons ou étrons : terme très ordinaire. Matière fécale consistante et
moulée. 129 Complexion : constitution, composition, assemblage.

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L'Elixir des Philosophes
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Si tu veux user d'estrons d'homme, tu feras ainsi :
prends-les et mets-les dans un pot. Couvre-le bien et
mets-le au fumier de cheval pendant cinq jours. Distille
ensuite et tu en tireras les quatre éléments comme il est
dit précédemment. Puis épure-les et garde-les chacun
individuellement.
Tu nettoieras ainsi les oeufs : cuis-les durs, puis pile-
les et nettoie les écailles comme il est dit ci-devant: trible
bien les blancs et les jaunes dans un mortier tout ensemble,
puis mets-les dans un distillatoire. Distille l'eau à petit
feu et après l'air et le feu par un feu plus grand, la terre
qui est demeurée au fond et les autres trois éléments
nettoyés ainsi comme il est dit ci-dessus. Puis garde-les.
Si tu veux, tu peux séparer les blancs des jaunes et
distiller les blancs à part car dans le blanc, il y a l'eau,
dans le jaune il y a l'air et le feu et ce qui reste dans le
distillatoire est la terre des blancs et des jauges. Car dans
les oeufs, il y a trois sortes de terre : une des écailles,
l'autre des blancs, l'autre des jaunes. Tu nettoieras les
écailles comme nous avons dit ci-dessus et tu les garderas
à part. Tu nettoieras à part la terre des blancs et des
jaunes, comme nous avons dit de la terre du sang puis tu
les garderas.
Saches que de toutes ces choses nous pouvons trouver
les quatre éléments et on peut les nettoyer ainsi comme
nous avons dit du sang. Mais les choses meilleures et plus
accomplies selon notre intention nous suffisent et non les
autres.
Mais avec ce que tu verras dans ce livre, tu pourras
extraire les plus grandes parties de l'entendement des
philosophes qui utilisent cette voie.

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Jean XXII
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Nous avons parlé ci-devant de préparer et de nettoyer
les choses qui sont utilisées dans cet ouvrage et de notre
élixir. Parlons maintenant de la conjonction de ces choses
et comment on doit les mélanger, les proportionner et les
travailler afin que l'on en fasse l'élixir des Esprits et
l'élixir du sang des autres que les Philosophes appellent
Pierre. Nous ne parlerons pas maintenant de l'élixir des
métaux car nous n'en avons pas vu beaucoup de cette
façon, bien que ce soit chose possible ; mais nous dirons
la manière que nous connaissons des esprits et puis je
mentionnerai ensuite la manière de tirer l'eau, c'est-àdire
notre oeuvre, puis les vaisseaux et entre l'ouvrage
des élixirs, tu trouveras les espèces de cette science dont
nous avons parlé.
Prends la partie que tu veux d'orpiment nettoyé et
sublimé trois fois, autant de vif-argent nettoyé trois fois,
autant de chaux d'argent bien nettoyée et autant de sel
armoniac nettoyé et sublimé trois fois. Mélange ensuite
ces choses ensemble sur une pierre de marbre et trible
bien. Puis mets dessus de l'eau de gravelle de vin et de
l'alun de plume dissous. Nettoie et trible bien tout
ensemble, puis sèche-les au soleil, puis trible-les à
nouveau et mets-les avec cette eau dite ci-devant, c'està-dire
de gravelle. Trible bien, puis laisse-les sécher au
soleil. Trible-les encore et mets de l'eau, puis sèche-les
et recommence vingt ou trente fois pour en faire une
graisse afin que toutes les parties soient très brisées et très
petites comme tu pourras en triblant, en abreuvant et en
séchant.
Si tu veux, tu y mettras, à la place de l'eau de gravelle
de vin, de l'eau de blancs d'oeufs ou de l'eau de sang

164

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L'Elixir des Philosophes
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nettoyé ou de l'eau d'argent ou d'étain. Et quand tu auras
triblé et séché la médecine dix ou douze fois, tu la
tribleras encore et tu mettras dessus de l'eau dont tu
l'abreuveras jusqu'à ce qu'elle soit molle comme de la
pâte. Puis mets-la dans une fiole de verre ou dans un
vaisseau de terre que l'on appelle solitaire et étoupe bien
avec des drapeaux, de la terre ou de la pâte. Puis, metsle
dans du fumier de cheval bien chaud et couvre-le bien
tout autour. Laisse-le dans le fumier jusqu'à ce que la
médecine soit toute convertie en eau.
Tous les huit jours, remue le dessus du fumier et mets
encore plus chaud. Et si tu veux davantage chauffer le
fumier, alors jette dessus de l'eau froide et il chauffera.
Il en est ainsi de toutes choses qui sont fortes et dures à
résoudre et à convertir en eau.
Quand tu voudras les résoudre et s'il advenait qu'elles
ne veuillent pas se résoudre au bout de quarante jours au
plus, mets-les sur un marbre et trible-les bien à nouveau ;
tu mettras de l'eau dessus, sécheras au soleil, tribleras,
mettras de l'eau, sécheras et feras comme nous avons dit
précédemment. Puis, tu mettras à résoudre dans le fumier
comme nous avons dit. Et s'il advient que la médecine
sèche, alors tu l'enlèveras, tu mettras de l'eau dite cidessus
et tu sécheras au soleil comme il est dit et
continueras jusqu'à ce qu'elle fasse une graisse.
Puis, mets-la à résoudre comme précédemment et
quand elle sera toute convertie en eau, tu mettras la fiole
dans un distillatoire plein de cendres jusqu'à la jointure
du couvercle. Ce sera la fiole d'étoupé. Ferme ensuite le
distillatoire et étoupe les jointures. Fais dessous un petit
feu comme pour faire l'eau rose. Ramasse et garde ce qui

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Jean XXII
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est dans le distillatoire et fais le feu un jour et une nuit ou
plus, jusqu'à ce que la médecine soit sèche et que tu ne
voies plus de fumée sortir par le tuyau du distillatoire.
Enlève ensuite le feu et laisse refroidir. Il est bon que
la médecine ou la fiole ait une large gorge afin que la
fumée puisse mieux sortir par la fiole sans la briser.
Enlève ensuite la médecine de la fiole et trible-la bien sur
une pierre de marbre. Mets dessus l'eau qui en sortira,
trible bien et sèche au soleil comme précédemment. Puis
mets-la à résoudre dans du fumier comme précédemment.
S'il n'y a pas assez d'eau qui en sort, alors mets de l'eau
que tu broieras avec elle quand tu la mettras à résoudre et
sache qu'elle résoudra en moins de temps qu'il n'eut
fallu en premier. Quand elle sera résolue, tu la mettras au
distillatoire, tu la congèleras et sécheras comme tu l'as
fait en premier et tu en garderas l'eau qui en sortira. Puis
tu tribleras encore et mettras de l'eau dessus et tu sécheras
le tout au soleil, comme précédemment. Mets ensuite à
résoudre, puis à congeler et tu feras ainsi cinq ou six fois
jusqu'à ce que ce soit fixé en attendant le feu.
Donc tu pourras tout le résoudre et congeler afin que
plus rien ne distille une fois congelé. Donc tout est fixe
et je vais te dire comment faire quand tu auras dissous ta
médecine trois ou quatre fois : tu la distilleras par le feutre
puis tu la mettras dans une fiole que tu placeras dans un
pot plein de cendres, la fiole étant étoupée largement
d'un drapeau afin que la fumée puisse à peine sortir. Fais
ensuite un petit feu sous le pot un jour et une nuit ou plus
jusqu'à ce que la médecine soit congelée en une pierre
blanche comme du cristal. Alors garde-la et sache que la
façon de congeler au distillatoire est plus sûre que l'autre.

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L'Elixir des Philosophes
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Quand la médecine sera congelée, trible-la et mets
dessus de l'huile de sang et d'oeuf nettoyés. Appareille
comme il est dit au chapitre du sang avec l'huile où l'on
distille sept fois avec le sel armoniac et la chaux vive, ou
de l'huile des trois espèces, ou de l'huile aux Philosophes.
Tu en mets peu et puis mets de l'eau dont tu l'abreuveras
pour le faire dissoudre, puis trible bien tout ensemble et
mets à résoudre comme précédemment, puis congèle-la.
Quand ce sera congelé, tu la tribleras bien menu
et tu chaufferas une pièce de cuivre. Tu mettras de cette
poudre dessus. Si elle fond dessus et si la plaque est
blanche, ton élixir est accompli. Si ce n'est pas ainsi, tu
tribleras encore la médecine et tu la mettras dans un
creuset sur le feu. Tu mettras dessus cinq à six gouttes de
l'une de ces huiles dites ci-dessus et tu fais ainsi jusqu'à
ce que tu vois le signe dont je t'ai parlé. Garde cet élixir.
Saches que plus la médecine sera résolue et meilleure
elle sera et tiendra plus de parties (130). A ce sujet les
Philosophes disent que chaque résolution augmentera la
teinture des dites parties. Si tu veux, tu peux faire un bon
élixir sans y mettre la chaux d'argent, mais il ne vaudra
pas autant. Car comme le dit le Sage, alors que le levain
de la pâte fait le pain, la chaux d'argent ou d'or fait
l'argent ou l'or et l'élixir qui est fait sans chaux est fait
plus rapidement, car la chaux du métal est trop forte à
résoudre. Comme nous l'avons dit, c'est l'un des premiers
élixirs une fois qu'il a été résolu cinq ou six fois. Il peut
alors teindre cinquante, soixante ou cent parties de cuivre
bien nettoyé en bon argent, comme dit le Sage.


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130 Elle aura une puissance multiplicatrice accrue et sera donc plus puissante.

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Autre manière de faire l'élixir


Prenez une partie d'orpiment nettoyé et sublimé
trois fois, autant de vif-argent, autant de soufre nettoyé et
sublimé trois fois et trible-les bien. Mets dessus de l'eau
de sel armoniac nettoyé et sublimé trois fois ; abreuve-les
bien encore puis sèche-les au soleil et fais ainsi dix ou
douze fois ou plus jusqu'à ce qu'ils donnent cinq ou six
fois leur poids de sel.
Puis, mets-les à résoudre comme nous avons dit et
renouvelle le fumier chaque huit jours. Ils se résoudront
en quinze jours ou trois semaines.
Quand ils seront résolus, alors congèle-les dans un
distillatoire en cendres, puis abreuve-les avec l'eau qui
en est sortie et distillée ainsi qu'avec de l'autre eau de sel
armoniac comme précédemment. Trible bien, abreuve et
sèche au soleil plusieurs fois.
Puis mets-les à résoudre encore et puis congèle-les
comme précédemment. Ensuite trible-les bien et mets
dessus l'eau qui a été distillée et de l'huile des trois
espèces que nous expliquerons au chapitre des eaux ou
de l'huile blanche des Philosophes.

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L'Elixir des Philosophes
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Broies-les bien et mets à résoudre. Puis congèle-les
comme précédemment et tu trouveras au fond du vaisseau
une pierre blanche luisante comme du cristal.
Tu en broieras un petit morceau et tu le mettras sur
une poêle d'airain ou de fer.
S'il fond et blanchit la plate (131), l'élixir est accompli.
S'il ne fond pas, broie-le bien et mets dessus six ou
sept gouttes de l'huile précédente. Mets à résoudre puis
congèle. Garde-le.













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131 Plate : plaque, lame de métal

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Autre manière éprouvée et meilleure
que la première de faire l'élixir


Prends une demi-livre de chaux d'argent nettoyée,
trois onces de soufre nettoyé et sublimé trois fois, trois
onces d'orpiment nettoyé et sublimé ainsi qu'une livre
de vif-argent nettoyé et sublimé.
Broie tout ensemble et mets de l'eau de sel armoniac
nettoyé et sublimé. Sèche sur un petit feu de charbon et
de cendres et quand il fera une grosse fumée, ôte la poêle
de dessus le feu, puis remets-la sur le feu.
Il vaudrait mieux la sécher au soleil. Quand ce sera
sec, broie bien et mets le tout dans un distillatoire. Fais
un petit feu jusqu'à ce que toute l'humidité qui y est soit
toute distillée et garde-la.
Fais ensuite un feu fort comme on fait pour sublimer.
Fais le feu pendant deux jours et deux nuits. Tu sublimeras
alors une partie de la médecine. L'autre demeurera au
fond.
Laisse-la refroidir et broie ensemble tout ce qui est
sublimé et ce qui est resté au fond du vaisseau. Mets le
tout avec leur eau qui en est distillée puis sèche-le un peu.
Mets ensuite à sublimer comme précédemment. Tu

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L'Elixir des Philosophes
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continueras à sublimer de cette façon jusqu'à ce que
toute la médecine soit au fond et qu'elle ne sublime plus
rien.
Puis broie-la bien et mets dessus une once ou deux
d'huile blanche des Philosophes. Mets-la dans un
descensoire et fais-la descendre afin d'obtenir ainsi
1'orpiment.
Tu feras le premier jour un petit feu dessous, un
grand feu le deuxième jour et un grand feu le troisième
jour, comme on l'a fait pour fondre le cuivre. Puis, tu
laisseras refroidir. Tu trouveras alors au couvercle du
descensoire une pierre blanche. Prends-la, broie-la et
mets-la dans un creuset sur le feu. Jette ensuite deux ou
trois gouttes d'eau blanche aux Philosophes pour qu'elle
fonde comme de la cire.
Enlève alors ton creuset du feu car ton élixir est
parfait. Jette une partie de cet élixir sur cinquante parties
de cuivre bien nettoyé : le tout deviendra de l'argent bon
et fin.
Quand tu auras fait ton élixir comme je te l'ai dit, si
tu veux que ton élixir vaille mieux que la moitié et qu'une
partie teigne sur quatre-vingt ou cent parties de cuivre,
broie bien encore. Mets dessus du sel armoniac cité
précédemment et deux ou trois gouttes d'huile blanche
des Philosophes. Fais-le résoudre et congeler comme il
est dit plus haut.

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Jean XXII
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Une autre manière meilleure


Prends une livre de vif-argent sublimé et abreuve-le
d'eau de sel armoniac. Broie bien et sèche. Puis trible et
mets dessus deux fois son poids d'eau de sel armoniac et
résous-le pendant huit jours. Puis distille par un
distillatoire et mets dans cette eau une livre de vif-argent.
Mets à résoudre comme précédemment et puis distille
dans un distillatoire.
Mets ensuite dans cette eau une livre de vif-argent et
mets à résoudre comme précédemment puis distille dans
un distillatoire.
Mets ensuite dans cette eau deux onces d'orpiment
sublimé. Fais résoudre et congeler sept ou huit fois, neuf
si tu veux et à la fin congèle en pierre dure. Puis broie et
mets dessus de l'huile blanche des Philosophes. Fais
descendre dans un descensoire et tu feras un petit feu
pendant deux jours et deux nuits, puis un grand feu
pendant deux jours comme pour fondre le cuivre. Laisse
alors refroidir et tu trouveras dans le vaisseau une pierre
cristalline. Prends-en un peu, broie-la et mets-la dans un
creuset sur le feu.

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L'Elixir des Philosophes
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Jette ensuite deux ou trois gouttes d'huile blanche
des Philosophes jusqu'à ce qu'elle fonde comme de la
cire et laisse refroidir.
Mets en un peu sur une assiette en fer ou en airain
bien chaude. S'il fond bien sans fumée, l'élixir est
accompli (132).
Sinon, broie tout, mets au creuset et jette dessus de
l'huile susdite jusqu'à obtenir le signe que nous avons
dit.
Puis jettes-en une partie sur cinquante bien nettoyées
et il les convertira en argent fin, bon et net.
Si tu veux résoudre, distiller et congeler cet élixir une
fois ou deux, alors une seule partie en convertira cent ou
plus en argent.







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132 « Pour tester la Pierre, on fait rougir une lame d'acier au feu vulgaire et on
y dépose dessus avec une pince, un morceau de la Pierre au blanc ou au rouge (ici, pas de cire d'abeille, il y aurait de la fumée). Si la Pierre fond sans dégager de fumée, c'est qu'elle est bonne. Dans le cas contraire, la Pierre est encore humide de Sel, donc il y a humidité et par voie de conséquence, dégagement de fumée ». (Siphra di Tzeniutha p.194 - Roger CARO - Editions du Sphinx 1998).
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Jean XXII
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Une autre manière de faire l'élixir


Prends une demi-livre de chaux d'argent bien nettoyé
et autant de vif-argent bien nettoyé mais pas sublimé.
Mets la chaux sur le vif-argent jusqu'à ce qu'il l'ait toute
bue. Elle sera alors comme du beurre, ne sentira rien au
doigt et sera toute molle. Lave-la bien de vin-aigre et de
sel commun nettoyé jusqu'à ce que le vin-aigre en sorte
tout clair. Jettes-y après de l'eau chaude jusqu'à ce
qu'elle en tire le sel et qu'elle en sorte douce. Puis laissela
sécher. Quand elle sera sèche, rajoute trois onces
d'orpiment très bien sublimé et autant de soufre sublimé.
Broie tout ensemble jusqu'à ce que tout devienne un.
Mets dessus six ou sept onces de sel armoniac nettoyé et
bien sublimé. Puis, mets-le dans un distillatoire avec un
convertil dessus.
Fais un petit feu dessous jusqu'à ce que l'humidité
en sorte et que tu garderas. Puis, fais un feu fort comme
pour sublimer jusqu'à ce que tout soit sublimé. Puis
laisse refroidir.
Broie ce que tu trouveras au convertil avec ce qui
sera au fond et mets dessus l'eau qui en a été distillée.

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L'Elixir des Philosophes
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Broie bien. Mets-le ensuite encore au distillatoire et
distille l'eau par petit feu. Puis fais un grand feu jusqu'à
ce que tout soit sublimé. Mélange alors l'eau et les fèces,
broie et abreuve d'eau et sublime comme précédemment
jusqu'à ce qu'il ne ressemble plus à rien, puis broie tout.
Mélange avec de l'huile blanche des Philosophes
dans un creuset sur le feu et éprouve-le sur la plate de fer
chaude ou de cuivre jusqu'à ce qu'elle fonde comme de
la cire comme il est dit auparavant : ton élixir sera parfait.
Mets une partie sur cinquante parties de cuivre qui
deviendra du bon argent. Mais le cuivre doit être bien
nettoyé. Et si ton élixir était roux et congelé, il teindrait
encore plus de parties.
Et saches que de chacun des sept esprits on peut faire
l'élixir de la manière dont nous avons parlé.
Et nous avons parlé des manières des Philosophes et
par celles-ci on peut trouver plusieurs autres manières.











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L'élixir rouge


Nous avons parlé des élixirs blancs à argent, nous
parlerons maintenant des élixirs rouges à or.
Sache que l'on peut faire les élixirs rouges de toutes
les façons que l'on peut faire les blancs, mais que les
choses que tu y mettras devront être rouges.
Alors comme nous dirons ci-après : au lieu des chaux
d'argent, mets des chaux d'or. Si tu n'as pas de chaux
d'or, fais que la chaux d'argent soit bien rouge et que
toute chose que tu mettras dans l'oeuvre d'or soit rouge.
Toute sorte de sel que tu voudras rougir, tu le broieras et
tu mettras dessus des chaux rouges dont nous parlerons
au chapitre des eaux. Tu tribleras bien et tu sécheras au
soleil. Puis tu broieras et mettras de cette eau rouge. Tu
feras ainsi sept ou huit fois puis tu mettras à résoudre.
Quand ce sera bien résolu, distille-le par le feutre puis
congèle. Fais encore résoudre et congeler deux ou trois
fois, puis tu broieras.
Mets dessus un peu d'eau rouge des Philosophes ; ce
sera alors rectifié. Tu pourras en faire de l'eau ensuite si
tu veux et le garder ainsi. Tu pourras rougir les quatre

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L'Elixir des Philosophes
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esprits et alors tu le sublimeras trois fois. Tu mettras
toujours ce qui sera sublimé avec ce qui sera au fond du
vaisseau et à chaque sublimation, tu l'abreuveras bien de
cette eau rouge avec laquelle tu as déjà abreuvé au début.
Quand il sera alors sublimé autant que tu le voudras,
alors mélange ce qui sera sublimé avec ce qui est au fond
du vaisseau et mets le tout dans un creuset. Mets y trois
ou quatre gouttes de l'huile rouge des Philosophes puis
garde-les.
Si tu veux rougir ton sel et les esprits plus largement,
broie ce que tu veux rougir. Mets dessus l'air rouge et
puis sèche-le au soleil. Recommence sept ou huit fois
puis broie-le bien. Mets de l'eau rouge puis mets à
résoudre et à congeler. Alors il sera meilleur et ainsi tu
rougiras les chaux des métaux que tu voudras comme
nous avons dit ici.
Mais il convient que tu les abreuves bien avec l'huile
rouge des Philosophes sur le feu dans un creuset ; car
autrement, la chaux ne pourrait pas fondre légèrement, ni
retourner à la nature métallique s'il n'y avait pas l'humidité
perçante et pénétrante dans ses parties crues. Sèche
ensuite.
On doit y mettre assez d'huile rouge des Philosophes
quand on oeuvre en or, ou assez d'huile blanche des
Philosophes quand on oeuvre en argent.
On doit abreuver de ces huiles petit à petit dans un
creuset sur le feu jusqu'à ce qu'elle fonde comme de la
cire et sache que toute chose que l'on met dans l'élixir à
or doit être nettoyée et tu dois jeter ton élixir à or sur
autant de parties d'argent nettoyé comme on les jette sur
d'autres pour l'argent.

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Jean XXII
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Élixir de tutie


Prends de la tutie nettoyée comme nous avons dit
précédemment et broie-la bien. Mets-lui dessus de l'eau
de sel armoniac rouge en eau de cuivre à argent ou eau
d'or et abreuve-la bien. Broie puis sèche au soleil. Broie
et abreuve encore de cette eau. Sèche au soleil ou sur le
feu si tu veux. Fais ainsi sept ou huit fois jusqu'à ce que
les parties soient bien abreuvées, puis fais résoudre et
congeler. Broie bien et mets dessus de l'huile rouge des
Philosophes ou une autre huile bien rectifiée.
Mets à résoudre et à congeler deux fois. Essaie
ensuite sur la plate de fer chaud. Elle doit fondre
légèrement. Sinon, broie-la toute et mets-la dans un
creuset sur le feu. Mets-y dessus de l'huile citée plus haut
jusqu'à ce qu'elle fonde légèrement et rapidement sur la
platine chaude. Alors l'élixir est bon et accompli.
Alors, jettes-en une partie sur cinq autres d'airain ou
de cuivre nettoyé. Tu auras alors de l'or bon et fin. Tu
peux faire de la même façon l'élixir d'orpiment sublimé,
de vif-argent ou de soufre, soit à l'argent soit à l'or.
Quand tu travailles à l'argent, mets des choses blanches

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L'Elixir des Philosophes
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et quand tu travailles à l'or, les choses doivent être
rouges. Nous avons parlé de faire l'élixir à or. Parlons
maintenant de faire l'élixir des Pierres des Philosophes.
Il est dit au chapitre du sang comment l'on peut tirer du
sang et d'autres choses qui sont appelées pierres ou selon
les Philosophes, les quatre éléments. C'est la terre, l'eau,
l'air et le feu. Comme on doit les nettoyer jusqu'à ce
qu'ils soient convenables pour faire notre élixir, alors
nous dirons comment on peut les faire de ces quatre
éléments, comme les Philosophes disent dans leurs livres.
Nous dirons premièrement comment on fait l'élixir
à argent : prends une partie de l'air que nous enseignâmes
au chapitre du sang, de l'eau d'origine et deux parties de
feu. Broie bien tout ensemble et mets à résoudre dans un
vaisseau de verre. Étoupe bien le vaisseau et mets-y
dessus un convertil de bûche ou de plomb. Laisse-le dans
le fumier pendant soixante et un jours. Renouvelle le
fumier tous les huit jours, sachant qu'il résoudra plus
rapidement si tu le regardes tous les quinze jours. Quand
ce sera résolu, alors détoupe le vaisseau, vide-le dans un
distillatoire et mets le convertil dessus. Distille à petit
feu. Alors, tu en distilleras une eau blanche comme le lait
que nous appelons lait de vierge (133) et dont tu garderas une


--------------------
133 Lait de la Vierge : c'est le mercure des Sages, sous la forme d'eau laiteuse
dans la voie humide. Quelques-uns lui ont donné ce nom dans la voie sèche, lorsqu'il est cuit au blanc. Lait de la Vierge ou Lait des Philosophes : c'est la même chose que le lait virginal. Lorsque les Sages disent qu'il faut nourrir la pierre de son lait, cela doit s'entendre dans deux sens différents, ou du feu externe qu'il faut entretenir pour pousser la pierre à sa perfection, ou du mercure même dont elle est composée; et dans ce dernier sens, il s'agit de la multiplication ou de la confection de l'élixir.
179

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Jean XXII
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part. Ce qui restera au fond du distillatoire est le feu que
tu y as mis qui sera sec et noir. Prends ensuite sa terre,
broie-la bien et sèche au feu et au soleil. Prends une
partie, broie-la bien sur un marbre et mets dessus la
moitié du lait de vierge dont nous avons parlé ci-dessus.
Broie bien et abreuve de ce lait, puis prends autant de
feu qu'il y a de terre et de lait et mets tout ensemble. Broie
bien menu puis mets-le dans un vaisseau de verre à la
dimension afin qu'il soit plein ou presque plein et étoupele
bien. Mets à résoudre dans du fumier de cheval
pendant trente jours et renouvelle le fumier tous les huit
jours. Si c'est tout résolu et converti en trente jours, c'est
bon. Sinon, laisse le fumier jusqu'à ce que ce soit résolu.
Quand tout sera résolu, mets-le dans un distillatoire et
distille-le sur le feu à petit charbon. Alors une eau belle
et blanche distillera dans laquelle il y aura les trois
éléments à savoir la terre, l'eau et l'air. Cette eau est
appelée huile des trois espèces car les trois éléments sont
convertis en un par la force ou par le pouvoir et l'aide de
la résolution et de la putréfaction (134). Le feu que tu y
mettras sera au fond du distillatoire sec et noir. Tu le
mettras avec ton autre feu.


--------------------
Cuire le lait, c'est-à-dire cuire le mercure des Sages, autrement la pierre au blanc, pour la pousser au rouge. La pierre se nourrit de son lait, c'est-à-dire de son eau ou sperme dont elle a été faite, qui n'est autre que le mercure Hermétique. (Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 184 - Dom Pemety - Bibliotheca Hermetica Denoël 1972). 134 « Première phase de Solve. Elle dure environ quatre mois philosophiques.
C'est le règne de Saturne; son odeur est nauséabonde. Tout est noir, très noir. C'est dans cette phase qu'apparaissent la couronne d'or et le sang du dragon ». (Dictionnaire Alchimique p.35 - Kamala Jnana - Editions G.Charlet 1961)
180

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L'Elixir des Philosophes
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Cette huile des trois espèces est distillée et divisée en
deux parties. Tu en garderas une partie pour faire ton
élixir rouge. Mets l'autre partie dans un vaisseau de verre
et étoupe bien la bouche. Puis congèle-la dans un pot de
cendres comme il est dit précédemment. Tu trouveras
alors dans le vaisseau une pierre belle et claire qui sera un
bon et parfait élixir à argent. Et pour voir si ton élixir
fond, réduis-le en poudre et mets dessus de l'huile que
nous appelons air. Alors, il fondra bien. Les Philosophes
disent qu'une partie de cet élixir convertit facilement
mille parties de cuivre en argent fin, meilleur qu'il n'est
dans la minière.
Nous avons donc dit comment l'on fait l'élixir blanc
à l'argent. Aussi, nous dirons comment l'on fait l'élixir
rouge à l'or.
Tu feras ainsi : prends le feu qui te restera au fond du
distillatoire après la distillation de l'huile des trois espèces
et broie-la bien et fort sur un marbre. Quand il sera triblé,
prends deux parties de ce feu et une partie de l'huile des
trois espèces. Broie bien, mêle ensemble et mets-les à


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« On comprend ainsi pourquoi les philosophes insistent tant sur la nécessité absolue de la mort matérielle. C'est par elle que l'esprit, impérissable et toujours agissant, brasse, crible, sépare, nettoie et purifie le corps. C'est d'elle qu'il tient la possibilité d'en assembler les parties mondées, de construire avec elles son nouveau logis, de transmettre enfin à la forme régénérée une énergie qu'elle ne possédait pas ....C'est pourquoi la dissolution, appelée mort par les vieux auteurs, s'affirme comme étant la première et la plus importante des opérations de l'Oeuvre, celle que l'artiste doit s'efforcer de réaliser avant toute autre ». (Demeures Philosophales II p.256 - Fulcanelli - J.J.Pauvert 1965) « La noirceur est la vraie putréfaction ou corruption naturelle de la pierre, & cette corruption est le principe de nouvelle génération & de nouvelle forme ». (Filet d'Ariadne p.100 - Barsdorf - Gutenberg Reprints 1984).
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Jean XXII
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résoudre dans un vaisseau de verre. Étoupe-le bien et
mets-le à résoudre pendant quarante jours sur du fumier
de cheval.
Renouvelle le fumier tous les huit jours. S'il est
résolu dans les quarante jours, il est bon. Sinon, laisse-le
dans le fumier jusqu'à ce que tu le trouves tout résolu et
converti en eau claire.
Quand ce sera tout résolu, alors mets-le dans un
distillatoire et distille-le dans les cendres comme il est dit
au chapitre du sang. Alors, les quatre éléments distilleront
ensemble comme l'eau bien rouge.
Tu mettras cette eau dans un vaisseau de verre.
Étoupes-en bien la bouche et congèle-le dans un pot plein
de cendres comme il est dit précédemment. Quand il sera
bien congelé, tu trouveras alors dans la fiole une pierre
claire et rouge, luisante comme une escarboucle.
Avec une partie de cet élixir, on peut convertir mille
fois plus de vif-argent en or fin et meilleur que celui de
la mine. Dieu soit loué.
Une autre manière de faire l'élixir blanc et rouge:
prends une partie de feu et trible-le bien. Mets dessus
quatre fois son poids de l'eau d'origine et mélange bien
tout ensemble.
Mets ensuite à résoudre dans le fumier de cheval
pendant quarante jours plus ou moins jusqu'à ce que tout
soit résolu en eau claire. Mets-le dans un distillatoire et
distille. Alors distillera une eau que l'on appelle claire et
luisante.
Tu diviseras cette eau en deux parties. Tu en mettras
une partie dans un vaisseau de verre au soleil, le vaisseau
étant bien étoupé. Laisse-le en ce lieu jusqu'à ce que la

182

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L'Elixir des Philosophes
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troisième partie en soit consumée et qu'elle devienne
épaisse. Elle sera alors appelée alun (135) ou sel.
Garde alors les deux eaux, une que tu appelleras
claire et luisante et l'autre partie que tu appelleras alun.
Prends ensuite une partie de feu et autant d'eau que nous
appelons alun. Abreuve bien tout ensemble. Mets dessus
sept parties d'eau que nous appelons claire et luisante. Tu
mettras ensuite tout ensemble à résoudre dans le fumier
jusqu'à ce que tout soit résolu et converti en eau. Puis
distille. Alors distillera une eau que l'on appelle ague (136).
Tu auras alors fait une oeuvre. Tu garderas alors une part
de cette eau ainsi que ce qui sera resté au fond du
distillatoire.
Prends de ce feu qui est resté au fond du distillatoire
après la distillation de l'eau ague et autant de terre qui
restera au fond du distillatoire après la distillation de
l'eau claire et luisante. Broie bien tout ensemble sur le
marbre. Puis mets le tiers d'eau des deux choses, eau que
nous appelons alun. Mets à sécher puis mets dessus sept
parties d'eau citée précédemment, que nous appelons
ague et un peu de la première. Tu mettras alors tout à
résoudre comme tu sais. Laisse-le jusqu'à ce que tout soit
résolu et converti en eau. Mets tout dans un distillatoire
et distille. Une eau distillera, eau que nous appelons très
ague. Tu diviseras cette eau en deux parties et en


--------------------
135 « Alun : nom que les Philosophes ont donné quelquefois à leur sel, qui
n'est pas l'alun vulgaire; mais un sel principe de l'alun, des autres sels, des minéraux et des métaux». (Dictionnaire Mytho-Hermétique p. 46 - Dom Pernety - Bibliotheca Hermetica - Denoël 1972). Alun de plume : barbe de l'Eternel quand elle se réduit en poudre au toucher, comme la cendre de cigarette. 136 Ague : aigüe, pointu, pénétrant donc agressif, puissant, brûlant.

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Jean XXII
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congèleras une partie comme il est dit précédemment.
Alors, ton élixir à l'argent sera accompli et, s'il te semble
qu'il fonde, alors mets dessus un peu d'eau que nous
appelons alun ou un peu d'huile. Il fondra alors facilement.
Jette-la alors sur autant de cuivre comme il est dit cidessus.
Tu auras alors un argent meilleur que celui de la
minière. Prends ensuite lesdites parties d'eau et mets-les
avec autant d'air distillé rouge. En effet, au départ, il est
séparé du feu et distillera rouge.
Celui qui veut distiller ou séparer l'air du feu doit
mettre dessus un peu d'eau première ou de lait de vierge
jusqu'à ce que tout soit converti. Mets ensuite tout à
résoudre quinze ou trente jours ou trois semaines puis
distille. Alors l'air distillera tout rouge celui dont nous
avons parlé ci-dessus. Le feu restera au fond du
distillatoire, comme il est dit au chapitre du sang. Et tu
peux blanchir l'air pour souvent distiller, comme il est dit
au chapitre du sang. Tu prendras cet air distillé rouge et
mettras dessus une partie d'eau très ague dont on a parlé
plus haut. Tu mélangeras bien tout ensemble et puis tu
mettras le tout à résoudre comme il est dit dessous
pendant quarante jours plus ou moins jusqu'à ce que tout
soit résolu en eau claire. Puis, tu le distilleras comme tu
sais et quand il sera distillé, alors congèle-le comme tu
sais. Tu auras alors un bon élixir parfait. Et s'il te semble
qu'il ne fonde pas légèrement, alors broie-le et mets-y de
cette eau de vif-argent. Il sera alors très bon.
On peut faire l'élixir d'orpiment sublimé et de chaux
d'argent avec l'huile blanche des Philosophes comme il
est dit au chapitre de l'élixir blanc. Prends une partie de
sel armoniac ou de sel commun et deux parties de chaux

184

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L'Elixir des Philosophes
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vive qui ne soit pas nettoyée et un peu de sein de porc.
Mets tout ensemble dans un distillatoire. Distille au
moins trois fois. Cette huile est bonne pour adoucir et
pour ramollir la chaux des métaux, ainsi que toute chose
que l'on utilise à l'argent.
L'huile qui vient ensuite est encore meilleure: tu
feras ainsi de l'huile blanche des Philosophes. Prends
une partie de chaux d'écailles d'oeufs et mets six parties
de blancs d'oeufs. Mélange bien tout ensemble et mets
dans un vaisseau de verre. Mets à résoudre sept jours
entiers sans plus. Puis distille-le dans un petit feu de
cendres jusqu'à ce que toute l'eau soit distillée.
Remets à nouveau cette eau dans le distillatoire sur
ses fèces. Mélange bien puis distille comme
précédemment. Prends ensuite ce qui est au fond du
distillatoire et broie-le bien avec l'eau qui en est sortie.
Puis mets tout ensemble à distiller. Distille tout sur les
fèces jusqu'à ce que toute l'eau soit consommée et qu'il
ne distille plus rien.
Tu trouveras alors au fond du distillatoire une pierre
blanche comme du cristal.Garde-la.
Prends ensuite six onces de sel armoniac, six onces
d'huile d'oeufs distillée sept fois ou bien nettoyée et six
onces de la blanche dont nous avons parlé avant. Mélange
bien tout ensemble et broie bien sur un marbre. Broie-la
et sèche-la afin que toute l'eau et l'huile soient bues.
Quand tout sera bu, alors laisse-les ainsi dans un autre
vaisseau quatre jours, puis jette dessus une livre de
blancs d'oeufs et ferme bien le vaisseau. Mets à résoudre
dans le fumier comme tu sais pendant quinze jours. Ce
sera alors résolu en eau claire et blanche comme du lait.

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Alors sera accomplie l'huile blanche des Philosophes.
Garde-la car elle vaut davantage que de l'argent car elle
fixe, résout, fond et teint toutes choses que l'on utilise
pour l'argent comme nous avons dit précédemment au
chapitre du sang et enseigné comme l'on teint l'eau de
sang, d'oeufs, de chaux et des autres choses de même
nature. Il y a beaucoup d'autres eaux mais tu ne peux te
passer de celle dont nous avons parlé à l'argent.

Les eaux et les huiles rouges
Nous avons dit au chapitre de l'eau d'or comment
l'on peut faire de l'eau de tous les métaux. On peut donc
par cette voie faire de l'eau avec l'or, le cuivre, l'argent,
l'airain et le fer. Mais tu feras ainsi pour l'eau de fer :
prends de la limaille de fer et lave-la bien dans douze
parts égales d'eau bien salée, puis lave-la bien dans de
l'eau douce. Ensuite, lave-la bien dans du vin-aigre.
Mets-y dessus assez de vin-aigre jusqu'à ce qu'il dépasse
de deux ou trois doigts et laisse-le ainsi jusqu'à ce que tu
voies le vin-aigre rougir. Mets tout dans un distillatoire
et distille-le. Quand tout sera distillé, alors remets à
nouveau ce qui est distillé au distillatoire. Distille-le
autant de fois qu'il le faudra jusqu'à ce que toute la
limaille de fer distille avec le vin-aigre car elle se distillera
toute. Et cette eau est trop bonne à rougir.

Une autre eau rouge
Prends la limaille de fer et l'eau comme il est dit
précédemment. Broie-la bien avec de l'eau de vitriol
rouge ou d'orpiment et mets dessus assez de vin-aigre.
Laisse dessus quinze jours. Puis distille-la et remets à

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L'Elixir des Philosophes
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nouveau au distillatoire. Distille ainsi neuf ou dix fois et
à chaque fois, mets un peu de vitriol ou d'arsenic rouge.
Tu distilleras alors une dernière fois aussi rouge que du
sang. Tu auras alors cette eau colorée que tu désires.

Une autre sorte d'eau rouge
Prends dix parties de chaux vive non nettoyée, trois
parties de soufre vif et broie tout ensemble sans nettoyer.
Jette dessus dix parties de vin-aigre bien rouge de limaille
de fer comme il est dit ci-dessus.
Laisse-le ensuite dessus pendant dix jours, puis tu le
cuiras ensemble jusqu'à ce que tu vois le vin-aigre rouge
comme sang. Puis fais le couler dehors et prends une
partie de vitriol et autant d'orpiment rouge pour chaque
livre de vin-aigre que tu auras coulé.
Mets-le avec une demi-once d'arsenic rouge. Mélange
tout ensemble et mets dans un distillatoire. Distille-le. Il
restera alors au fond du distillatoire l'arsenic. Broie les
autres choses et mets avec de l'eau qui est au distillatoire.
Mets-les à résoudre pendant sept jours ou plus dans
le fumier jusqu'à ce que ce soit résolu en eau. Distille
jusqu'à ce que ce soit rouge comme sang et colore ce que
tu voudras.

Encore une autre eau rouge
Prends l'huile des jaunes d'oeufs et de la limaille de
fer nettoyée. Broie tout ensemble jusqu'à ce que ce soit
mou. Rajoute du vitriol rouge et broie bien, puis mets
avec du sel armoniac. Mets sur un petit feu et rôti un peu.
Puis mets à résoudre jusqu'à ce que tout soit résolu.
Distille-le par le feutre et colores-en ce que tu voudras

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Jean XXII
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Une autre sorte d'eau rouge
Prends de l'arsenic, du vitriol rouge, un peu de sel
armoniac et autant de limaille de fer. Mets tout ensemble
et jette du vin-aigre dessus. Jette-les ainsi jusqu'à ce que
le vin-aigre distille rouge comme sang. Et à chaque fois,
rajoute de l'arsenic.

Huile rouge des Philosophes
Prends trois onces de fer, trois onces de soufre bien
nettoyé, trois onces de vitriol rouge et trois onces de
chaux d'étain rouge. Six onces de soufre et six onces
d'orpiment sublimé et rougi, une livre de vif-argent
sublimé et rougi, une livre de sel armoniac sublimé, rougi
et rectifié, une livre d'huile de sang ou d'oeufs nettoyée
comme il est dit plus haut.
Puis broie le soufre de fer et la chaux d'étain ensemble.
Abreuve-les ensuite d'eau de sel armoniac rouge et
d'huile de sang ou d'oeufs. Mets à résoudre et quand ce
sera résolu, alors distille.
Abreuve bien de cette eau le soufre et l'orpiment sur
une pierre longuement. Mets-les ensuite à résoudre dans
le fumier. Quand ils seront résolus, alors distille par le
distillatoire jusqu'à ce qu'il distille tout rouge et clair.
Puis congèle comme tu sais dans les cendres.
Quand ce sera bien congelé, broie et mets dans un
creuset sur le feu. Mets dessus de l'huile d'oeufs ou de
sang nettoyé jusqu'à ce qu'il soit sur la plate chaude
comme il est dit au chapitre des élixirs.
Laisse-le refroidir et garde-le. Jettes-en une partie
sur mille parties d'argent ou d'étain nettoyé et tu auras de
l'or meilleur que celui de la minière.

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L'Elixir des Philosophes
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Et si tu veux, quand ce sera fondu, broie et mets
dessus de l'huile des oeufs nettoyée comme nous avons
dit. Puis mets à résoudre et garde car c'est l'élixir sur
esprit et sur métaux quand ils seront teints et rougis car
tous les métaux sur lesquels l'on en mettra deviendra or.
Il y a beaucoup d'autres eaux et beaucoup d'autres
huiles, mais celles dont nous avons parlé peuvent suffire
car ce sont les fleurs de tous les livres de cet art élevées
par les mains des Philosophes.
Alors tu distilleras par le feutre. Prends une large
pièce de feutre et divise-la à un bout comme les doigts de
la main comme tu peux voir ci-dessous.

pict

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Jean XXII
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Puis mets-le bout qui n'est pas divisé dans une poêle
de terre où se trouve ce que tu veux distiller. Mais mouille
avant tout le feutre contenant ce que tu veux distiller.
Mets ensuite l'extrémité qui n'est pas divisée dans la
poêle comme je l'ai dit et l'extrémité divisée pendant en
avant hors de la poêle.
Mets alors un vaisseau dessous où tu résoudras ce
qui distillera. Que la poêle soit un peu inclinée du côté où
se fait la distillation, il distillera mieux et sortira plus vite
de la poêle.
Une fois distillé, remets-le à nouveau dans la poêle.
Il distillera alors une autre fois.
Ce sera alors plus clair et ce sera mieux.










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L'Elixir des Philosophes
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Les Vaisseaux


Il convient de parler dans ce chapitre des vaisseaux
qui sont utilisés dans cette science.
Nous les diviserons à notre façon et nous
mentionnerons la forme et la figure de chacun, à savoir
des fourneaux et poêles divers, des creusets, des cuillères
de fer, des sublimatoires et des résolutoires, des
distillatoires et des descensoirs, des vaisseaux de terre à
mettre dans les cendres lorsque l'on veut distiller et
congeler, des fioles de verre assez étranges pour garder
ces eaux, et beaucoup de boîtes pour mettre ces poudres
aisément.
Et sache que sans ces forts vaisseaux de terre, les
fourneaux doivent être bien plombés à l'intérieur avec de
la terre forte, ou alors qu'ils soient en verre, bien faits et
bien joints.
Les fours dans lesquels on distille et sublime doivent
avoir deux fonds : un dessous tout entier et l'autre au
milieu du fourneau qui sera plein de trous.
On fait un feu de charbons et la cendre tombera par
les trous. Le feu sera plus ardent et sera plus chaud.

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Jean XXII
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Au-dessus du feu, il y aura deux ouvertures des deux
côtés du fourneau afin que la fumée puisse sortir. Voir le
dessin ci-dessous.

pict

Les fours à calciner doivent être très forts et épais. Ils
doivent être en acier dans la partie supérieure afin que ni
la fumée ni la flamme ne puissent sortir, sauf par un trou
qui est dessus.
Ils doivent être en deux parties, la partie supérieure
étant plus grande que celle du bas.
Sur la partie supérieure seront posées deux tuiles
épaisses et égales sur lesquelles on mettra ce que l'on

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L'Elixir des Philosophes
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veut calciner afin que la flamme qui ne puisse sortir du
four retourne sur la chose à calciner. On doit faire un feu
de bûches dessous pour obtenir une flambée.
On doit continuer le feu deux ou trois jours et autant
de nuits jusqu'à ce que la chose soit bien calcinée. Voir
le dessin ci-dessous.

pict

Les fours à fondre sans souffler doivent être en terre
très forte et doivent avoir deux fonds, comme les fours à
distiller. Ils doivent avoir quatre bouches afin que le vent

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puisse y entrer de toutes parts et doit avoir dessus un
couvercle qui se rétrécit vers le haut. Il doit avoir une
ouverture au sommet. Voir le dessin ci-dessous.

pict

Certains autres font leurs fours carrés. Ils disent alors
qu'ils font plus de chaleur car l'air est enfermé et le feu
brûle mieux.
Tes poêles seront en terre, bien plombées afin que les
médecines dans le fond ne soient pas brûlées trop vite. Ce
qui est dedans sera alors plus net.

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L'Elixir des Philosophes
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Le sublimatoire est un vaisseau qui est en deux
parties. Celle de dessous est appelée écuelle ou poêle et
doit être faite comme l'on fait les écuelles d'argent, avec
un grand bord large tout autour.
Le bord supérieur doit être haut pour que le couvercle
puisse être bien fermé et de terre bien dure.
L'autre partie est le couvercle que l'on met dessus et
qui doit être à la dimension de l'écuelle.
Il doit être pointu au-dessus et avoir un petit trou
comme un pois. Il doit être bien plombé à l'intérieur.
Voir le dessin ci-dessous.

pict

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Le sublimatoire du vif-argent doit être plus pointu
que l'autre car il fait le feu. Voir le dessin ci-dessous.

pict

Le résolutoire doit être comme une boîte bien fermée
avec un couvercle fermé, de forte terre et plombé à
l'intérieur si tu veux.
Mais si tu veux, tu peux bien résoudre dans une fiole
de verre car le verre retient mieux.

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L'Elixir des Philosophes
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pict

Un autre distillatoire doit avoir une écuelle comme
le distillatoire et un large couvercle dessus, pointu à
l'extrémité.
Il doit avoir dessous une torture à l'intérieur comme
une gouttière ainsi qu'un tuyau à l'extérieur relié à cette
gouttière par laquelle l'eau tombe à l'extérieur et qui
forme un grand bord tout autour du couvercle au-dessus
du tuyau dans lequel on peut mettre de l'eau froide.
On distillera alors mieux et plus et on obtiendra

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Jean XXII
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davantage de la chose distillée.
Voir le dessin ci-dessous.

pict

Il y a deux sortes de descensoire : l'une est comme un
sublimatoire, sauf que l'écuelle doit être plus étroite à la
gueule qu'au fond.
Car autrement, ce que l'on y met tomberait pour
descendre sur le couvercle.
Quand on ouvre la partie pointue du couvercle, on
doit la tenir tournée vers la terre pour faire descendre les
esprits.

198

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L'Elixir des Philosophes
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L'autre manière consiste à faire descendre les métaux
qui sont plus forts que les esprits comme le fer, le cuivre
et les sept autres.
Le couvercle du sublimatoire doit être plus grand car
on doit y faire du feu de charbon à l'intérieur comme il
est montré dessous.


pict

Et tous les autres vaisseaux que nous utilisons peuvent
être ordinaires et beaucoup d'entre eux pourraient

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Jean XXII
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sublimer, mais à condition que tous les vaisseaux soient
bien plombés à l'intérieur de bonne terre ou qu'ils soient
en bonne terre ou qu'ils soient en verre.

pict

Per omnia sit benedictus Deus,
Que la bénédiction de Dieu
soit pour toujours
Amen


pict

200

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L'Elixir des Philosophes
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pict

Siège pontifical
Notre-Dame des Doms

201

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pict

Tombeau de Jean XXII
Notre-Dame des Doms

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Documents concernant le Pape Jean XXII
visibles à la Bibliothèque de Cahors
Liste non exhaustive

Bibliographie CALMON


N° 339 Baudel J. - Une lettre inédite du Pape Jean XXII
aux Consuls de Cahors. Bull. de la S.E.L. -
Tome I (1874) - p. 328

N° 604 Chery A. - Histoire locale - L'université du
Pape Jean XXII et la discipline: Le Journal du
Lot, 19 août 1928.

N° 777 Esquieu L. - Une bulle du Pape Jean XXII du 14
février 1323. Revue religieuse de Cahors et de
Rocamadour - 8 novembre 1902, p. 119-121.

N° 5880 Lacoste G. - Histoire générale de la province du
Quercy (1883 - 1889) Tome II p. 166 à 479,
Tome III p. 71 à 83.

Br QY 0 1046 - Les fêtes du VIème centenaire de la mort
de Jean XXII. Revue religieuse de Cahors et
de Rocamadour - 28 octobre 1934.

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Jean XXII
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Fichier manuscrit

QY F 33Jean XXII - 1316 - 1334. Introduction - La
collation des bénéfices ecclésiastiques à
l'époque des Papes d'Avignon. 1305 - 1378,
par G. Mallat - Paris, E. de Boccard 1921.

QY F 34 et QY F 35 - Jean XXII (1316 - 1334). Lettres
secrètes et curiales relatives à la France, extraites
des registres du Vatican par Auguste Coulon -
Paris 1906 - Tome 1 et 2.

QY F 21 Jean XXII. Lettres connues analysées d'après
les registres dits d'Avignon et du Vatican, par
Mollat. Paris 1904 - 13 Tomes.

Autres documents

Jean XXII Qy 0 1526 - Albe (Abbé Edmond). - Autour
de Jean XXII : les familles du Quercy. - Rome
Imprimerie de la Paix de Philippe Cuggiani,
1902. (Annales de Saint-Louis-des-Français).
Pre partie 56 p. 2ème partie -1 Le frère et les soeurs
du pape. - 58 à 101 -- 2 Les cardinaux Gaucelin
de Jean et Bertrand du Pouget. - 104 à 194 p.

Jean XXII Qy q 505 - Aliquot (Hervé) - Les palais
cardinalices hors les murs d'Avignon au XIVeme
siècle.- Extraits Thèse de 3 ème cycle, 1983.

206

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Annexe
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Jean XXII QY d 1277 - La cathédrale (XII-XIVème
siècles) Privat, 1995.- 440 p : ill.- (Cahiers de
Fanjeaux n°30).

Jean XXII QY d 1285 - Chiovaro (Francesco) et
Bessieres (Gérard) Urbi et Orbi, deux mille ans
de papauté.Gallimard; 1995.- 176 p : ill.(Découvertes
Gallimard, n'269).

Jean XXII QY d 1223 - La papauté d'Avignon et le
Languedoc 1316 - 1342.- Privat, 1991.- 470p.
(Cahiers de Fanjeaux, 26).

Jean XXII QY 0 1483 - Limayrac (Léopold), Etude sur
le Moyen-Age : Histoire d'une commune et
d'une baronnie du Quercy - Castelnau-
de-Montratier.- Cahors : Girma, 1885.- 654 p.

Jean XXII Br Qy 0 2182 Devos (G.B.).- Cahors et
son pont Valentré (p. 13 et 14). - Bruxelles -
Pégase - publication mensuelle n° 1 jan. 92.-
p.2 à 15 + 1 phot. une bulle papale au XIVe s
- + revue « The Brussels Magazine » : La confrérie
du vin de Cahors à Bruxelles.

Jean XXII QY. 0/1118 - Sol (Chanoine Eugène) -
L'Eglise de Cahors au temps de la lutte contre
les Anglais - Paris - Beauchesne et ses fils,
(1943).- 252 p.: 25 cm.

Jean XXII : sciences occultes QY 0 1371 - Société des

207

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Jean XXII
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Études du Lot : Cahors - Compte rendu des fêtes
célébrées par la société des études à l'occasion
du 25ème anniversaire de sa fondation.-Cahors :
J. Girma, 1897. - 72 p.

Jean XXII BR. Qy 0. 2089 - Duhamel (L.). Un Neveu
de Jean XXII : le Cardinal Arnaud de Via -
Paris: Champion, 1883 - (35 p.) 1 portrait + 1
page dactylographiée. - Bulletin monumental
- Via (Arnaud de).

Jean XXII QY 981 - Histoire des souverains pontifes
qui ont siégé dans Avignon - Teissier - Article
de 60 pages.





208

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Annexe
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Table des Illustrations


Pg 3 : Portraits des Papes avignonnais imaginés par
Henry Serrur (1839 - 1840) - Palais des Papes
d'Avignon - Photographie Henri Gaud.

Pg 5 : Armes de Jean XXII : Galerie des portraits n°
145- Bibliothèque de Cahors.

Pg 7 : Buste du Pape Jean XXII - Bibliothèque de
Cahors.

Pg 31 : Blason de Jean XXII - Lettre Pastorale de
Monseigneur l'Evêque de Cahors - Carême de
l'An de Grâce 1935 - Bibliothèque de Cahors -
0 1065 B-q-y.

Pg 107: Jean XXII - Bibliothèque de Cahors - Galerie
des Portraits n° 140.

Pg 108: Jean XXII - Bibliothèque de Cahors - Galerie
des Portraits n° 1137.

Pg 109: Jean XXII - Bibliothèque de Cahors - Armes
papales - Galerie des Portraits n° 137.

Pg 110: Jean XXII - Bibliothèque de Cahors - Galerie
des Portraits - Eau forte n° 39.

209

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Jean XXII
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Pg 111: Jean XXII - Bibliothèque de Cahors - Galerie
des Portraits n° 135.

Pg 112: Joannes XXII - Fundavit Cartesia Caturci -
Anno MCCCXXVIII - Photo d'un tableau qui
se trouve dans une ancienne dépendance de la
Chartreuse de Cahors, rue Gustave Larroumet.

Pg 201: Trône papal - Palais des Papes d'Avignon -
Photographie Henri Gaud

Pg 202: Tombeau de Jean XXII - Palais des Papes
d'Avignon - Photographie Henri Gaud








210

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Annexe
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211

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Jean XXII
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212

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Annexe
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TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS.................................... 11
AU LECTEUR....................................... 13
NOTES HISTORIQUES................................ 15
EXTRAIT DU PRIVILÈGE............................. 23

L'ART TRANSMUTATOIRE

L'eau forte pour cet ouvrage..................... 36
Pour faire un Soleil bon et fin.................. 38
Chapitre 1..................................... 42
Chapitre 2..................................... 43
Chapitre 3..................................... 44
Chapitre 4..................................... 45
Chapitre 5..................................... 46
Pour faire la dite poudre........................ 50
Pour pulvériser l'or............................. 51
Pour pulvériser l'aes ustum...................... 52
Pour faire du cinabre............................ 53
Multiplication de l'or........................... 54
Blanche de Saturne............................... 57
Blanche de Vénus................................. 58
Pour multiplier le Soleil........................ 59
Multiplication de la Lune........................ 60
Fabrication de l'huile........................... 63
213

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Jean XXII
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Multiplication du mercure........................ 65
Blanchiment du cuivre............................ 65
L'eau la meilleure............................... 67
L'huile incombustible............................ 69
La calcination de l'étain ou la sublimation...... 69
La fabrication de l'argent-vif................... 71
La résolution de plomb........................... 71
De l'eau de plomb................................ 73
La dorure, coloration en jaune citron-or......... 76
Le sel armoniaque................................ 76
Pour l'or........................................ 77
L'eau de sel armoniaque.......................... 77
Pour faire le soleil............................. 79
Pour faire de l'argent fin....................... 81
Augmentation du soleil........................... 83
Pour transformer le cuivre fin en lune........... 84
Fixation du mercure congelé ..................... 85
Purgation de l'arsenic........................... 87
Pour faire un fin rubis.......................... 88
Pour fondre le cristal........................... 89
Composition du soleil............................ 90
Pour faire de l'aes ustum........................ 93
Pour faire le crocum ferri....................... 94
Pour préparer ce crocum ferri.................... 95
Préparation de la tutie.......................... 96
Préparation de l'aes ustum....................... 97
Préparation du sel armoniac ..................... 98
Préparation du vitriol .......................... 99
214

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Annexe
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Préparation de l'alun de glace................... 100
Préparation de la tutie d'Alexandrie............. 101
Préparation du soufre vif........................ 102
Épuration du mercure............................. 103
Pour faire la lune de mercure.................... 104
Pour faire le soleil à partir de mercure......... 105
Pour avoir un bon Soleil......................... 106


L'ÉLIXIR DES PHILOSOPHES

Épurer........................................... 119
Sublimer......................................... 119
Calciner......................................... 121
Distiller........................................ 121
Résoudre......................................... 122
Congeler ........................................ 122
Incérer.......................................... 122
Jeter............................................ 123
Épurer........................................... 124
Oeuf............................................. 124
Sécher........................................... 125
Vitriol ......................................... 126
Épuration de l'urine............................. 127
Vin-aigre........................................ 128
Huile............................................ 128
Sels............................................. 129
Miel............................................. 129
Plomb............................................ 130
215

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Épuration de l'argent-vif........................ 145
Sublimation de l'argent-vif...................... 146
Sublimation...................................... 149
Autre manière de faire l'élixir.................. 168
Autre manière éprouvée........................... 170
Une autre manière meilleure...................... 172
Une autre manière de faire l'élixir.............. 174
L'élixir rouge................................... 176
Élixir de tutie.................................. 178
Les eaux et les huiles rouges.................... 186
Une autre eau rouge.............................. 186
Une autre sorte d'eau rouge...................... 187
Encore une autre eau rouge....................... 187
Une autre sorte d'eau rouge...................... 188
Huile rouge des Philosophes...................... 188
Les vaisseaux.................................... 191


ANNEXE

Bibliographie Calmon............................. 205
Fichier manuscrit................................ 206
Autres documents................................. 206
Table des Illustrations.......................... 209
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Achevé d'imprimer en Octobre 2001 sur les presses du Groupe Horizon Parc d'activités de la plaine de Jouques 200, avenue de Coulin 13420 Gémenos



N° d'imprimeur : 0107-021








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Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.