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Page

Réfer. : 2305A .
Auteur : Vaughan, T.
Titre : L'Art Hermétique à découvert.
S/titre : Traduction Française du "Lumen de Lumine".

Editeur : Xxxxx. Xxxxxx.
Date éd. : 1787 .
@

NOTE :
----------

Dans le corps du texte, j'ai laissé les mots sans orthographe
courante dans leur état imprimé. Je les ai mis entre cotes pour
les distinguer du texte courant.

Le Traducteur.

@



L'A R T H E R M E T I Q U E

à

D E C O U V E R T

ou

NOUVELLE

LUMIERE MAGIQUE



sont contenus diverses Mystères des Egyptiens,
des Hébreux & des Chaldéens.
------------------------------------
1787.

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+@

------------------------------------
------------------------------------



L'Art Hermétique à découvert ou
nouvelle Lumière Magique, où sont
contenus diverses Mystères des
Egyptiens, des Hébreux
& des Chaldéens.

L a Manière de s'exprimer simple &
naturelle est ce me semble la plus
propre à éclairer les matières révélées
des sciences, & à laquelle le lecteur
prend ordinairement plus de goût
& de plaisir, c'est pourquoi je tacherai
à m'y conformer autant qu'il me
sera possible.

Je vous dirai donc, que vers le
temps que l'aurore commence à paraître,
m'étant après tant de fatigues &
de lassitudes reposé dans un lieu fort
solitaire & éloigné du commerce je me
trouvai tout d'un coup surpris du
sommeil; dans cet état la nuit me parut
bien plus noire, que celle que j'avais
A 2 passé

@

( 4 )

passé auparavant & il me semblait,
que j'étais dans un désert si obscur &
si affreux, que j'avais peine à l'exprimer,
me paraissant au delà du naturel,
quoique tout cela ne me causât aucune
crainte intérieure; me croyant
donc dans un lieu si extraordinaire &
qui m'était si peu connu, je tournai
ma Vue de tous cotés pour tacher à
découvrir quelque chose de Mystérieux,
mais n'ayant rencontré que l'obscurité
& le silence, Je m'imaginai, que mon
destin fatal m'avait transporté au Région
des morts.

Dans ce trouble & dans cet embarras,
je jugeai à propos de me munir
de patience & d'attendre qu'il se
présentât quelque chose de plus agréable,
lors qu'un doux Zéphyr commença
de souffler d'une manière qui semblait
mouvoir des feuilles dans un bois
ou dans un forêt.

Ce vent si agréable était suivi
d'un odeur céleste & charmante, pareille
à celle des roses sauvages, & ce
parfum ne fût pas plutôt passé, qu'il
lui succéda un bourdonnement comme
des mouches à miel parmi des fleurs,
ce qui me causa d'autant plus de surprise
prise

@

( 5 )

que le lieu où j'étais n'avait aucun
rapport avec le bruit.

J'avoue que j'étais en quelque manière
surpris & interdit de tous ces
objets si extraordinaires & si imprévus
quand une nouvelle apparition me fit
oublier toutes les précédentes, car ce
ne fût guère loin de là que je découvris
une lumière blanchâtre, qui éclatait
un peu moins que celle d'une
chandelle, mais qui me parut fort
mystérieuse & que je crû un nouveau
phénomène ou une lumière un peu
nébuleuse.

Le Centre de cette lumière me
semblait de couleur pourprée & aussi
rayonnante que le soleil dans sa plus
vive lumière; vous eussiez dis que c'était
celui des champs Elysées, sa circonférence
ayant l'apparence toute entière
d'une blancheur de lait.

De l'union de ses parties lumineuses
sortait une couleur, qui approchait
fort de celle du soleil couchant, que
les anciens Romains avoient coutume
d'appeler le soleil des morts.

Comme j'étais fort occupé à considérer
cet objet si extraordinaire, je
A 3 m'a-

@

( 6 )

m'aperçus d'un mouvement subit &
inopiné, venant du Centre de cette
lumière pourprée, qui produisit une
grande diversité de rayons, qui se dispersaient
ça & là en petits ruisselets
paraissant des fil d'argent, les quels
étant réfléchis contre les arbres de
cette forêt là formaient une ombrage
avec une verdure très curieuse & très
agréable, ce qui me persuada fortement,
que j'étais dans un bois de Lauriers
verdoyants.

Le Tissu de leurs branches était
si uni, les feuillages si épaisses & dans
une disposition si bien ordonnée, que
l'on aurait dit, que c'était un artifice
plutôt, qu'un bois naturel, de sorte
que je cru, que ce pouvait être le
Temple de la nature, tant ce lieu était
agréable, & il semblait, qu'on eût
joint l'artifice le plus accompli à ce
que la nature peut produire de plus
achevé.

Dans ce bois ombrageux & charmant
on voyait un nombre infini de
rossignols, que je reconnus aussitôt à
leur poitrine rousse, lesquels faisaient
une harmonie si délectable au milieu
de ce bois & à la clarté de cette lumière
mière

@

( 7 )

si extraordinaire, que tout cela
ensemble produisait un spectacle, qui
enchantait les sens, en sorte que l'on
eût dit, que c'était quelque chose de
céleste & de divin.

Le fond de ce lieu si surprenant
tant de celui qui était proche, que
celui qui était éloigné tenait de la
ressemblance d'un échiquier, parce
que ce phénomène lumineux rencontrant
quelques gouttes de la rosée
composait une infinité de réfléchissements
brillants, comme si la terre eût
été parée de pierres précieuses.

Ces objets si rares & si surprenants
donnèrent une occupation agréable &
plaisante à mon esprit, lors qu'il s'y
en présenta une autre nouvelle, c'est
qu'entre moi et cette lumière il parut
une beauté incomparable d'une taille
moyenne d'un air modeste, son vêtement
était de soie fort déliée et la
couleur si verte, que je n'en avais jamais
vu de semblable, ce n'était pas
de ces couleurs ordinaires & communes,
il était garni de rubans blancs & argentins,
paraissant comme lys dans un
champ vert, sa tête était voilée d'une
coiffe blanche & flottante qu'elle soutenait
A 4 tenait

@

( 8 )

de l'une de ses mains regardant
par dessous, ses yeux étaient vifs, frais
& célestes, brillants comme une étoile
embrasée, de dessous son voile on découvrait
ses cheveux blonds comme
les rayons de soleil perçant l'obscurité
des nuages; qui étaient épars & flottaient
ça & là sur sa gorge d'une
manière fort agréable en boucles,
qui ressemblaient à des bagues fort
curieuses, ces bagues paraissaient des
pierres Emeraudes, parce que cette
beauté ne faisait aucune estime des
métaux, & cependant c'étaient de
(es)carboucles brûlantes, en un mot tous
ces vêtements étaient si magnifiques,
que l'on n'en pouvait pas voir des
pareils, & il en sortait un parfum si rare
si exquis, que toute l'Arabie n'en
saurait produire de semblable.

Mais pendant que j'admirais les
perfections incomparables, & que je
me disposais à l'aborder je m'aperçu,
qu'elle venait au devant de moi, comme
si elle eut eu dessein de me prévenir,
ce qui me causa une agréable
surprise; je m'attendais d'abord à quelques
discours extraordinaires qu'elle
me tiendrait, au lieu de quoi m'ayant
dit

@

( 9 )

dit tout bas, que je devais la suivre,
elle me prit par la main. Je vous avoue,
que je fus agréablement surpris de sa
manière honnête, & je crû, que je ne
devais pas manquer d'obéir à un
ordre si doux venant d'une si belle &
si charmante personne, de laquelle il
me semblait que je devais tout espérer,
même les choses le plus grandes
& les plus extraordinaires.

Cette admirable lumière, que j'avais
vu auparavant, me fit enfin comprendre,
qu'elle était sa compagne inséparable,
& qu'elle faisait l'ornement
de sa gloire, ainsi mon unique sort
était d'observer jusqu'à la moindre de
leurs démarches.

Il me semblait qu'elle ne marchait
sur aucune route frayée, & que
cette queue qu'elle tenait n'était pas
de l'herbe courte & fine presque
semblable à de la pelouse, & tout ce
chemin était parsemé des marguerites
printanières.

Après que nous fûmes sortis de
ce bois ombrageux de Lauriers, je
vie une clarté extraordinaire dans l'air,
qui ne ressemblait pas à celle du jour,
A 5 &

@

( 10 )

qui tenait de la Lueur du Crépuscule.

Les étoiles se mouvaient sur notre
tête, & s'arrêtaient toutes brillantes,
comme si elles eussent été sur une
éminence fort haute, car nous étions
dans un antre très profond, & la terre
était au dessus de nous en telle sorte
que je crû être auprès de son centre.

Nous n'eûmes pas marché bien
avant, que je découvris certains nuages
épaisses & blancs c'est ainsi qu'ils
me parurent, lesquels remplirent cette
partie de la vallée, qui était devant
nous: j'étais à la vérité dans cette erreur,
mais comme je ne fus pas longtemps
sans m'en apercevoir de plus
près, je trouvai que c'était un rocher
ferme et solide, luisant et brillant
comme des Diamants.

Cet aspect si rare et si beau m'encouragea
beaucoup & me fit naître un
désir d'entendre parler ma maîtresse, ce
fût en cette qualité, que je la considère
dans la suite, afin d'apprendre
d'elle s'il était possible quelque chose
de ce que je venais voir.
Je

@

( 11 )

Je ne savais comment faire pour y
parvenir, parce qu'il me semblait,
qu'elle ne voulait qu'on lui parlât,
mais ayant pris une forte résolution
de la presser la dessus, je la suppliai
de me faire la grâce de me dire son
nom.
Elle me répondit d'abord avec beaucoup
de courtoisie & d'une manière
aussi affable, que si elle m'eut connu
depuis long temps en me disant, Eugenius!
J'ai divers noms mais celui,
qui me convient le mieux & qui m'est
le plus cher est celui de Thalia, parce
que je suis toujours verte & que je
ne serai jamais plus blanche que je le
suis.
Sois attentif ici à considérer les
montagnes de la Lune, & ensuite je
te montrerai l'origine du Nil qui sort
de ces rochers invisibles.

Fais un peu de réflexions sur
leurs fondement & sur leurs hauteur,
particulièrement sur ces monticules salines,
qui sont les véritables montagnes
lunaires philosophiques.

A-tu jamais vu une chose si surprenante
& si incroyable; sur cela je
regardai les montagnes salines & j'y
obser-

@

( 12 )

observai ces cataractes ou chutes d'eau
si extraordinaires; dont le courant était
si rapide & si large, qu'aucune rivière
dans sa plus grande étendue, avec
cette circonstance singulière, qu'ils coulaient
au travers de ces roches salines
sans aucune impétuosité & avec un air
si doux & si tranquille, que leurs mouvements
étaient presque imperceptibles.

Comme elles coulaient assez prés de
moi, j'en ramassai un peu pour voir
la consistance, dont elles pouvaient
être, & en touchant cette eau, je
fût extrêmement surpris de sa douceur,
elle était si brillante & si blanche,
qu'elle effaçait la blancheur de la neige
ordinaire.

Je la trouvai très différente de
l'eau commune, parce qu'elle était
semblable à peu près à un huile de
qualité aqueuse, qui paraissait d'une
nature minérale, dont le goût était
d'une ardeur fade & visqueuse, sa lueur
éclatante comme des perles & transparente
comme du Cristal; ayant
bien considéré cette substance aqueuse
& oléagineuse, elle me parut en quelque
sorte une substance spermatique
fort

@

( 13 )

fort dégoûtante à la vue & encore d'avantage
au goût.

Sur cela Thalia me fit entendre,
que c'était la matière première & la
véritable sperme naturel du grand &
petit monde, elle est, dit elle, invisible
& inconnue à la plus part des
gens! c'est pourquoi il y en a peu,
qui la puissent découvrir, ce qui fait
croire à plusieurs, que c'est une Chimère
& une fiction toute pure.

Ce monde extérieur est une figure
morte, & c'est un corps formé par
un esprit, qui réside en lui, & il ne
conserve cette figure, que pour un
certain temps.

On doit considérer, que chaque
forme, après que l'esprit l'a quittée, se
détruit, & ne peut pas garder plus
longtemps sa première figure, ce qui
fait bien connaître, que cet esprit fait
sa figure individuelle, & qu'il la soutient
dans son équilibre jusqu'à sa fin
comme étant son Agent & son Moteur.

Il en est de même pour ce qui
regarde le grand & le petit monde,


@

( 14 )

où l'esprit les soutient également tous
deux.

C'est pourquoi, Eugenius, me dit
elle, il faut que tu comprenne, que
toutes ces compositions sont faites
par une vie active & intelligente, par
ce que ce qui se fait dans la composition
du grand monde en général, se
fait de même dans la génération du
petit Monde en particulier.

Il est certain que l'eau change
de figure par sa coagulation l'agent
que Dieu a crée pour cela c'est la
terre, dont l'eau par le moyen de la
terre est épaissie & coagulée en une
troisième figure, qui n'est ni eau ni
terre, & qui participe de l'une & de
l'autre qualité.

L'eau est un élément simple &
indéterminé, susceptible de toutes
sortes de figures & de formes.

L'air est une substance rare indéterminé
l'agent qui le coagule est
l'eau, car comme l'eau ne peut être
coagulée que par le moyen de la terre,
de même l'air ne peut être épaissie
ni coagulé que par le moyen de
l' eau.
L'air

@

( 15 )

L'air coagule le feu & le rend
une substance moyenne & le feu coagulé
& corporifie la lumière en sorte
qu'elle devient visible à nos yeux.

Ce sont les moyens dont Dieu
se sert pour unir les Eléments & en
former le sperme général & indéterminé
ou déterminé, car l'eau & la
terre étant joints, de cette union résulte
cette matière visqueuse & gluante,
qui tient le milieu entre les Eléments
& les individus, dont la nature
se sert pour la génération.

Il faut donc que ceux qui veuillent
produire quelque effet Magique
dans les causes naturelles, cherchent
cette eau visqueuse, puis qu'il n'y a
qu'elle, qui a la vertu de se coaguler
par l'opération du feu naturel, & qui
par sa coction puisse être réduite par
la nature en métal.

Observe comme les oeufs s'endurcissent
peu de temps après qu'ils ont
été au feu, parce que la qualité humide
de l'eau & celle de la sécheresse
de la terre sont en égale proportion.
Pren-

@

( 16 )

Prenez donc mon cher Eugenius
de l'eau de la montagne de la lune,
qui est de l'eau, mais non pas de l'eau
vulgaire, fais la bouillir dans le feu
de la nature, qui est de couleur rouge
avec deux parties de terre blanche,
après cela nourri ces deux substances
d'air ou feu & de feu d'air, & tu aura
les deux luminaires magiques si recommandés
par les Anciens Philosophes.

Mais comme tu a été de mes plus
fidèles Serviteurs depuis longtemps &
que ta patience constance me fait connaître
la sincérité de ton affection, je
te conduirai à mon sanctuaire, où je te
ferai voir ce dont le monde n'est pas
digne.

Elle n'eut pas plutôt prononcé ces
paroles, que passant près de ces rochers
salins: elle me mena vers un autre
rocher de Diamants d'une figure
cubique.

Ce cube était la base d'une pyramide
de feu, dont les flammes enfermées
s'élevaient vers le ciel, le
frontispice de ce rocher était un petit
portail auquel pendait un tableau, qui
repré-

@

( 17 )

représentait le Dieu Saturne des anciens
avec ces mots au dessous.

Doucement, ou il vous poindra.

Nous entrâmes dans ce rocher,
dont les parties internes paraissaient de
couleur d'Emeraude, et il me semblait
voir en quelque endroit de feuillages de
pur or, et en d'autres quelque chose
de couleur pourprée.

Nous n'eûmes pas marché bien avant
que nous nous approchâmes d'un
autel Majestueux et authentique d'où
sortait une couleuvre d'une couleur blanche
et verte, se mouvant aussi faiblement
qu'un limaçon qui n'a pas vu le
soleil depuis longtemps; à l'endroit de
la base de cet Autel se voyait une inscription
en caractères hiéroglyphiques
Egyptiens.

Aux Dieux heureux dans le Ciel
sous - terrain.

De là nous continuâmes notre chemin
jusqu'à ce que nous fûmes arrivés
à une caverne très profonde et fort
obscure gluante et humide rendant
B une

@

( 18 )

une odeur fade et puante à peu près
comme celles des tombeaux, nous ne
nous y arrêtâmes que fort peu, et ayant
traversé ces lieux puants et affreux
nous abordâmes enfin au Sanctuaire
dont il est parlé ci-dessus, où Thalia
s'étant trouvée de mon côté me tint
ces discours.

Eugenius! voici le lieu que plusieurs
ont désiré de voir sans l'avoir
vû, parce que la plupart ne s'étaient
pas rendu dignes de la connaissance
d'un si grand Mystère, ils ne m'aimaient
pas assez, ils ne connaissaient d'ailleurs
que les richesses et les trésors négligent
l'intelligence de la nature et des
ses opérations, ils témoignaient beaucoup
d'inclinations à pénétrer les choses cachées,
et quoi que je fusse en quelque
façon entre leurs mains et même que
je me trouvasse exposé à leur violence
néanmoins celui qui m'a fait, n'a
pas permit par bonheur que je fusse
enlevée.

Entre tous ceux qui m'ont recherchée,
je ne trouve que toi Eugenius
conforme à mon inclination; j'ai remarqué
que ton attente a été toujours
beau-

@

( 19 )

beaucoup remplie de patience, ce qui
m'a porté à t'instruire de plusieurs des
mes mystères: Viens donc enfin que
je te marque ma reconnaissance de toutes
les peines, je te donne de bon
coeur mon amitié et pour te témoigner
mon affection je veux te faire présent
de mes deux clefs, dont l'une ouvre
et l'autre ferme; je te recommande
pourtant d'en user avec prudence et
discrétion, et à l'égard des mystères qu'-
elles renferment, je te laisse la liberté
de t'informer de toutes leurs parties,
il n'y a rien de caché dans tous ce
monde universel, que je ne soit prête à
te révéler avec plaisir, j'ai seulement
une chose à te recommander, qui est
que tu ne divulgue jamais ces Mystères
incomparables. Il ne faut pas, que
tu abuse de la permission que je t'ai
donnée d'en écrire, et prenne garde à
me faire une prostituée: je te veux de
plus donner ici une entière permission
de le publier en faveur de ceux
que tu en jugera dignes; voila tout ce
que j'avais à te dire, pour le présent;
adieu, je m'en vais pour un peu de
temps vers la région invisible, mais enfin
que le proverbe, hors de vue hors
de pensée n'ai pas lieu auprès de
B 2 toi,

@

( 20 )

toi, souviens toi de moi & sois heureux.

Elle ne m'eut pas plutôt donné
ces instructions, qu'elle me mena vers
une lumière fort éclatante, où je vis
des choses, dont il ne m'est pas permis
de parler, et m'ayant ainsi découvert
toutes les parties de ce merveilleux
labyrinthe, elle me ramena hors
de la sa lumière éclatante marchant toujours
devant moi.

Après que nous eûmes passé les
rochers du Nil, elle me montra un escalier
merveilleux et rempli de Mystères,
par le quel nous remontâmes de
cette vallée profonde vers nôtre terre
commune.

Ici Thalia s'arrêta, et ayant jeté
les yeux sur moi avec un petit sourire
accompagné d'un air de tendresse
qui marquait, qu'elle avait de la peine
à me quitter, elle passa devant mes
yeux en l'air ou éther de la nature,
son départ si subit me mit en quelque
désordre, mais m'étant remis le mieux
qu'il me fut possible, j'aperçus un jardin
fort délicieux, où m'étant reposé
sur un banc de fleurs je repassai dans
mon esprit tout ce, que j'avais vu.
Je

@

( 21 )

Je ne fus pas longtemps dans ce
lieu solitaire sans être interrompu agréablement,
lors qu'il me sembla voir
l'aimable Thalia comme si celle eût
été à l'extrémité de l'horizon, où on
a accoutumé de voir lever des étoiles,
en effet un moment après elle me parut
dans les myrtes, où s'étant assise
fort près de moi, elle me tint
ces discours.

Je ne veux pas mon cher Eugenius
que tu ignores que toutes les sciences
viennent de l'unité et qu'elles retournent
à l'unité; autre fois dans le
temps, où l'on était mieux instruit, où
la sagesse était plus pure et plus généralement
connue, ses amateurs la divisèrent
en trois parties, élémentaire
céleste & sur - céleste ou spirituelle
la partie élémentaire contient tous les
secrets de la physique la partie céleste
ceux d'Astrologie et la partie spirituelle
ceux de la Théologie; chacune
de ces parties de soi n'était qu'une
branche ou une intelligence de cette
unité: mais étant jointes toutes trois
ensemble, elles faisaient une monocule
de toutes les sciences, mais dans ce
siècle ici personne ne saurait montrer
B 3 une

@

( 22 )

une véritable et réelle physique ou
astrologie, ni ne se pourra faire qu'on ait
aucune connaissance certaine de la Théologie,
d'autant plus que par succession
des temps ces trois sciences ayant été
divisées pour être chacune une faculté
à part, on a à cause de cela tant de peines
à trouver la vérité.

Or Dieu avait uni ces trois parties
en un seul sujet naturel, mais l'homme
les a séparées, et ne les a placées
en aucun autre sujet que dans son
imagination, et termes obscurs et opinions
ridicules, au lieu d'établir un
principe universel, qui sert de fondement
solide à des connaissances certaines
et évidentes.

Par exemple, si tu démembrais un
homme, et prétendais, que quelqu'une
de ses parties produisit les mêmes effets
qu'aurait fait le corps entier vivant,
tu te tromperais visiblement, tu
sais par une expérience véritable et
naturelle, que d'une même racine spécifique
naissent de feuilles, des fleurs et
de semences, de même de la racine
universel qui est le Chaos sont produits
toutes les natures spécifiques et leurs
individus.
Or

@

( 23 )

Or il n'y a point de véritable connaissance,
qui ne soit fondée sur des
substances particulières et sensibles ou
bien sur la substance universelle insensible
et sensible de laquelle sont sortis
toutes les particulières.

Car pour ce qui est des universels
abstraits, il ne s'en trouve point, ce
sont des imaginations et ruses, par ce
que les abstractions ne sont qu'autant
des suppositions fantastiques.

Considère donc à présent mon cher
Eugenius ! que toutes les créatures
n'ont rien matériellement que ce qu'elles
reçoivent de la nature matérielle et
universelle, considère encore, que les
mêmes créatures peuvent être réduites
à leur première matière universelle, et
par conséquent cette matière universelle
contient en soi les secrets mystères
de tous les particuliers, car tous
ce qui contient le sujet, contient aussi
les qualités du sujet.

Pour conclusion la Divine sagesse
est le centre de la substance générale
et universelle, mais les substances particulières
et déterminées sont produites
B 4 tes

@

( 24 )

de la première substance physique;
nous disons donc, que la substance
universelle est le Cahos qui contient en
puissance toutes les créatures; il est
l'unité première & par conséquent l'origine
de toutes les sciences, ce que
nous pouvons facilement reconnaître
par l'analyse des choses, parce que toutes
les créatures peuvent y être réduites.

Tout vient de l'unité et tout retourne
à l'unité comme à son propre
principe, c'est la le grand Mystère et
l'intelligence de toute la sagesse; ainsi
mon cher Eugenius, il faut que tu
cherche et que tu examine bien exactement
les parties de ce Cahos par les
Règles et les instructions que tu a reçu
de moi, quand j'étais avec toi dans
la région des mines: ne t'attache pas
tant à la pratique, parce que ce n'est
pas le chemin de pénétrer, il faut auparavant
joindre la raison à l'expérience,
et travailler de l'esprit aussi bien
que des mains, applique toi à connaître
toutes les causes par leurs effets,
ne te contente pas d'étudier les auteurs
modernes, parce que la plus
part ne sont que de trompeurs, qui
pren-

@

( 25 )

prennent la qualité de Philosophe, quoi
qu'en vérité ils ne soient aucunement.

Voila ce que j'ai jugeai à propos d'ajouter
à mes premiers préceptes, mais
ce qui m'a fait revenir à toi c'est
quelque autre chose, que je m'en veux
t'apprendre.

Je veux croire, que tu a ouï parler
quelques fois de la partie bérylitique
de la magie, écoute moi attentivement
et je t'en ferai comprendre, le fondement.

Il faut que tu saches que les étoiles
ne sauraient imprimer aucune
influence nouvelle dans des corps parfaits,
elles ne font que disposer ou réveiller
en quelque manière celles, qui
y avoient été imprimées auparavant:
Il est très certain mon cher Eugenius
qu'aucun astrololime ne peut être reçu
dans aucun de ces corps, qu'il
n'ait reçu auparavant quelques corruptions
ou altérations, car la nature
n'opère que dans les Eléments élémentaires,
ainsi cette disposition ne peut
procéder des étoiles, comme quelques
uns ont faussement crû, mais bien de
B 5 la

@

( 26 )

la contrariété des éléments, quand ils
agissent pour la résolution du corps,
alors le feu céleste se présente aussitôt
pour les réconcilier, et ainsi engendre
une forme nouvelle, la première
ne pouvant plus subsister, il est à
observer, que le vrai temps des impressions
est, quand les principes sont
spermatiques, et cruels, mais des aussitôt,
qu'ils ont été formés en corps
parfaits, le temps de la classification
est passé.

N'a tu jamais ouï dire mon cher
Eugenius comme les anciens sages font
mention de certaines figures talismaniques,
telles que sont des images des
bagues et de médailles, lesquels étant
fabriquées à certaines heures déterminées
pour cela produisent des effets
extraordinaires.

Les Astrologues ordinaires de ce
temps prennent des pierres ou quelque
pièce de Métal, où ils gravent des caractères
ridicules, puis les exposent
aux influences des planètes, ignorant
l'usage de la Themus de la sagesse,
mais quoi qu'ils manquent en toutes
leurs pratiques, ils ne laissent pas
d'e-

@

( 27 )

d'être bien persuadés, qu'ils entendent
parfaitement bien la sagesse, et enfin
mon cher Eugenius que tu ne
donne pas dans ces folies, je veux te
montrer ce que tu dois faire dans la
science universelle. Par exemple prends
un grain de blé, mets dans un vase
de verre, où dans quelque autre vaisseau
exposé au soleil, et tu le verra
sans aucun changement ni altération,
mais si tu le mets en la terre naturelle,
où l'humidité salée et nitreuse de
cet élément puisse le dissoudre, alors
le soleil y travaillera de son côté, le
fera végéter et le convertira en un
corps nouveau; il en est de même des
astrologues dont il est parlé ci-dessus,
ils présentent aux planètes un corps
parfait, et par ce moyen croient mettre
en pratique le Gammace ou pentacle
de sages pour joindre ensemble
le monde supérieur avec le monde inférieur;
mais mon cher Eugenius,
si tu veut procéder en sage Philosophe,
il faut que tu prenne un corps, et
que tu le réduise en sperme afin que
l'humidité céleste féminine qui reçoit
et retient l'impression de L'agent
astral soit en sa liberté d'exposer immédiatement
au feu masculin de la nature,
ture

@

( 28 )

c'est ici le fondement de ce mystérieux
Beryle inconnu à la plus part
de gens. Souviens-toi mon cher
Eugenius avant toutes choses, que
rien ne peut être stelifié sans union
de la magnésie aimantine de trois
cercles; je t'ai dis ailleurs ce que
c'est, sans qu'il soit besoin de le répéter.

Après qu'elle eût ainsi parlé, elle
tira de son giron deux médailles surprenantes,
qui n'étaient d'aucun métal,
et qui étaient telles, que de ma
vie je n'en avais vu de semblables,
ni pu comprendre qu'il peut y avoir
des substances si pures, ni si précieuses
que l'aimable Thalia appelait des
saphirs du Soleil et de la lune, me
conseillant d'étudier nuit et jour afin
de pénétrer ces deux merveilles incompréhensibles,
ajoutant qu'elle ne
m'en pouvait pas dire davantage pour
le présent, à cause qu'elle était pressée
du sommeil, sans quoi elle m'en aurait
donné une explication plus grande et
plus intelligible, tout ce que je pu
faire dans cette occasion, ce fût d'admirer
Urim et Thumim, considérant
leurs grande splendeur et leurs lumière,
je

@

( 29 )

je ne savais pas bien ce que je devais
faire; et m'étant tourné du côté
de Thalia pour voir si elle dormait
encore, je ne la trouvai plus, ce qui
me causât beaucoup d'inquiétudes et
de trouble, j'attendis son retour jusqu'à
tant que le jour était presque fini,
mais elle ne parut point, afin ayant
porté la Vue vers le lieu où elle avait
la coutume de se reposer, j'y trouvai
certaines pièces d'or, qu'elle y
avait laissé près de moi, et un morceau
de papier, qu'elle y avait laissé
en forme de lettre, je ramassai le
tout & comme la nuit s'approchait &
que l'étoile du soir appelée Vénus
paraissait vers l'occident, j'apercus quelque
chose d'extraordinaire, ce qui me
donna envie de m'en approcher pour
voir ce que ce pouvait être, en même
temps je découvris ma charmante
Thalia dont je reçu une très grande
joie, et elle me fit voir des raretés
incompréhensibles par le moyen d'un
type que voici.

C'était un type emblématique que
Thalia me mit entre les mains dans
la région de l'invisible Diane: La partie
supérieure de ce type représente
les

@

( 30 )

les montagnes de la lune, que les Anciens
philosophes appellent ordinairement
les montagnes des indes, au sommet
desquelles est leurs fameuses Lunaria,
c'est une herbe facile à trouver,
parce qu'elle se découvre d'elle-même
particulièrement la nuit, où elle reluit
comme des perles. La terre vierge
de ces montagnes est fort rouge
et d'une grande douceur au-delà de
toute expression, elle est pleine de rochers
de Cristal, que les philosophes
appellent leur glaise en leur pierre précieuse,
on y voit outre cela des Oiseaux
et des poissons. Un Certain arabe
nommé Haly très excellent Auteur
parlant de ces montagnes dit; Va mon
fils vers les montagnes des Indes et
leur cavernes, & y prends des pierres
précieuses, lesquelles étant trempées
dans une certaine eau, s'y dissolvent
et deviennent liquides.


Ou pourrait en vérité dire bien
des choses de ces montagnes s'il était
permis de publier les mystères qui y
sont enfermés, mais je n'en dois pas
omettre une, qui est, qu'après minuit
vous y rencontrez des objets fort surprenantes
et dangereux, ce sont des
feux,

@

( 31 )

feux, des spectres et des fantômes
causés par certains esprits fâcheux et
malfaisants, c'est en ce même lieu que
se trouve le sperme du Monde universel,
dans lequel ces esprits impriment
leurs imaginations et produisent souvent
des créatures fantastiques et monstrueuses;
le chemin et l'accès vers
ces montagnes est fidèlement décrit
par les frères de la R. C. leurs expressions
sont très simples, et au jugement
de la plus part méprisables,
par ce que ces frères n'affectent point
de parler avec élégance et leur doctrine
ne consiste pas en belles phrases
& périodes composés, mais bien
en la solidité et le bon sens, ainsi
qu'il se peut voir par la lettre qu'ils
écrivent à deux de leurs société dont
voici la copie.


La Lettre des Frères de la compagnie
de la croix d'Or. R. C.
contenante la Montagne
invisible.

Chacun désire naturellement de
commander, d'être puissant & considérable
rable

@

( 32 )

dans le monde et d'avoir de l'or
& de l'argent en abondance. Il est
vrai que le Dieu a créé ces métaux
pour l'usage de l'homme, afin qu'il
admire sa bonté infini, & qu'il lui en
rende des actions de grâces en l'honorant
et le bénissant de tout son coeur;
mais nous remarquons avec étonnement,
que ceux qui aspirent â ces trésors
les voudraient acquérir sans aucune
peine & sans courir aucun danger, ni
même les aller chercher dans les endroits,
où Dieu les a mis, et où il veut,
que nous en fassions la découverte, pour
ne les donner ensuite qu'à ceux qui
en seront dignes. Nous avouons,
que ces endroits sont cachés depuis
un fort long temps, et que le chemin,
qui y conduit est très pénible et difficile
à trouver, vous ne devez pas pour
cela vous rebuter, puisque la volonté
de Dieu est, qu'avec le jugement avenir,
ce secret si rare et si désiré de
tout le monde sera révélé en ce dernier
temps de ceux qui l'aiment, &
qui se rendent dignes suivant le passage
de l'écriture sainte, où il est dit, que
rien n'est si caché, qu'il ne doive être
manifesté avec cette réserve néanmoins,
que ce soit par des expressions
figu-

@

( 33 )

figurées sous les quelles on doit cacher
la connaissance de ces mystères,
afin qu'ils soient entièrement obscurcis
à ceux, qui en font indignes; c'est
pourquoi poussez de l'esprit de Dieu
nous avons jugé à propos de publier
en diverses langues que sa volonté est,
qu'en ce temps ici ces secrets soient
communiqués aux gens de bien; Nous
ne doutons point, que la plupart de
personnes ne désapprouvent le dessein
que nous avons de les découvrir, que
même, il n'y en ait plusieurs qui en
fassent de railleries, et qui en parlent
avec mépris, & qu'il n'y en ait d'autres
enfin, les quels sans se mettre en
peine ni en soin de demander le secours
de Dieu croient du jour de ses grâces
par nôtre ministère, et que nous leurs
enseignerons d'abord les moyens de se
procurer des trésors considérables, de vivre
dans le monde avec pompe et
avec fierté de faire la guerre, d'exercer
des vols & des brigandages sur
la terre et sur mer, & passer le temps
aux promenades & festins, aux bals &
aux jeux en souillant leurs âmes par
toutes sortes de crimes et de péchés
contraires à la loi de Dieu. La parabole
de dix vierges de l'Evangile, dont
C le

@

( 34 )

le cinq folles demandent de l'huile
aux cinq sages leurs devrait servir
d'exemple & d'instruction pour veiller
à travailler avec soin & avec peines,
afin de parvenir à la connaissance de
ce sucre, après avoir imploré auparavant
avec ferveur l'assistance divine,
quant à nous, qui avons acquis cette
connaissance tant par les écrits de nos
frères, que par une révélation singulière
du tout puissant, nous allons
fermer nos oreilles et nous cacher
sous une nuée, pour ne point entendre
les plaintes et les lamentations
continuelles de ceux qui connaissent
les richesses, & éviter les diverses calomnies
atroces, dont ils ne manqueront
pas de nous noircir, desquelles
toute fois nous nous mettons fort
peu en peine, puis que Dieu les juge
à son temps. Cependant, comme nous
sommes bien informés tant par la renommée,
que par vos écrits des soins
& de l'application continuelle, que
vous avez à vous instruire à la connaissance
de Dieu par la lecture des
livres sacrez, nous avons jugé à propos
de vous faire réponse au plutôt &
avec la permission de Dieu, & par l'avis
du St. Esprit vous révéler en quelque
que

@

( 35 )

manière les grands & admirables
secrets, dont il parle ci-dessus.

Il y a une montagne située au
milieu de la terre, c'est à dire au centre
du monde, laquelle est grande &
petite, elle est molle, & extrêmement
dure & pierreuse, elle est proche &
éloignée d'un chacun, mais par un décret
singulier de Dieu elle est invisible;
les trésors qu'elle renferme sont si
vastes & si riches que le monde ne les
saurait comprendre, cette montagne
par l'envie du Diable, qui de tout
temps s'est opposé à la gloire & au
bonheur de l'homme a été jusqu'à
présent environnée de toutes parts
de bêtes féroces d'oiseaux de proies
& d'autres objets terribles, en sorte
que l'accès en est très difficile, & que
très peu de personnes ont pu trouver
le chemin qui y conduit, mais aujourd'hui
Dieu suivant son décret éternel
désire gratifier de ses trésors inestimables
les gens de bien, pourvu que de
leur côté ils opèrent les soins et la
peine que mérite un recherche grande
& si utile. Vous saurez donc,
que le voyage que vous avez à entreprendre
vers cette montagne se doit
C 2 faire

@

( 36 )


faire la nuit, la quelle ne pouvant être
que longue & obscure, il est nécessaire
que vous vous prépariez auparavant
par prières ferventes. Souvenez-vous
de tenir bien précisément la route qui
doit vous y conduire, sans vous enquérir
à personne, contentez vous de suivre
exactement votre conducteur, qui
paraîtra devant vous exprès pour vous
servir de guide, quoique vous ne le
connaissiez pas, il vous mènera vers
cette montagne par le droit chemin à
minuit & dans l'obscurité la plus noire,
où tout en calme, observez alors
de vous munir d'un courage intrépide
contre toutes les craintes &
les obstacles qui pourraient arriver &
qui seraient capables sans cette précaution
de vous faire abandonner vôtre
entreprise; vous n'avez besoin ni
d'Epée ni d'aucune autre sorte d'armes
pour vous défendre, il suffit que
vous invoquiez Dieu avec toute la ferveur
& tout le zèle dont vous êtes
capable.

La première chose que vous rencontrerez,
lors que vous serez près de
la montagne sera un vent si fort & si
impétueux, qu'il ébranlera & brisera
les

@

( 37 )

les rochers, vous verrez alors des lions,
des Dragons & d'autres bêtes effroyables,
dont n'ayez aucune crainte, demeurez
ferme dans votre résolution, &
donnez bien de garde de vous en retourner
sur vos pas, car celui, qui
vous conduit ne permettra pas, qu'il
vous arrive aucun mal; cependant le
trésor ne vous sera pas encore découvert,
quoi que vous en serez tout
proche, & au grand vent succédera un
tremblement, qui achèvera de raser &
d'aplanir ce que le vent n'aura pu
faire: souvenez vous toujours exactement
de demeurer ferme dans votre
dessein & de ne vous point effrayer,
car ce tremblement fera sortir un si
grand feu, qu'il consommera toute la
matière terrestre, & à même temps le
trésor se manifestera, sans néanmoins
que vous le puissiez voir, mais vers la
pointe du jour quand l'étoile du matin
s'avance vers notre horizon, & que
l'aurore se montre pendant une douce
tranquillité, vous découvrirez pleinement
ce trésor si désirable, entre autres
richesses qu'il renferme, il contient
une teinture si parfaite & si pénétrante,
qu'elle est capable de l'imprimer
dans le monde entier & de le
C 3 chan-

@

( 38 )

changer en or le plus parfait, si c'était
le bon plaisir de Dieu, & qu'il
fût digne de dons si grands & si extraordinaires,
votre conducteur vous
montrera la manière de vous servir de
cette teinture, la quelle entre un nombre
infini de propriétés excellentes &
miraculeuses a celle de rajeunir les
hommes vieux & caduques, & de les
conserver en une santé parfaite pendant
le cours de leur vie, elle est aussi
d'une utilité singulière à former des
pierres précieuses de toutes sortes de
couleurs en leurs imprimant un éclat,
qui va au de la de l'imagination de
l'homme.

Ne faites rien de votre chef, &
contentés vous de ce que votre conducteur
vous enseignera, rendez de grâces
continuelles à Dieu pour ces dons
inestimables, & en faites un usage
juste & réglé sans vous élever avec
orgueil & vanité, au contraire appliquez-
vous à ce, qui est opposé au monde,
& à ses convoitises, & possèdes votre
richesses en sorte, qu'elles ne vous
possèdent pas: enfin songez à mener
une vie sage réglée & exemplaire, &
à éviter toutes sortes de péchés &
de

@

( 39 )

de dérèglements, si vous ne voulez
pas que votre conducteur vous abandonne,
& vous prive de ces dons si
précieux, n'oubliez pas surtout les menaces,
qui y sont attachées contre
ceux, qui abuseront de cette teinture,
suivant lesquelles ceux dont la vie ne
sera pas reconnue pure & innocente
devant les hommes, seront privés de
ces trésors inestimables sans espérance
de les pouvoir jamais recouvrer.

De cette manière les frères nous
ont fait la description de la montagne
céleste du horel mystique philosophique,
qui ne signifie autre chose que
la partie la plus élevée de la terre,
laquelle est appelée par les philosophes
terre vierge, comme étant la partie
la plus pure de cet Elément, & après
son exaltation en ouvrage divin, c'est
le centre naturel dont les animaux,
les végétaux & les minéraux tirent,
leurs origine, comme de leurs source
par lequel les monarchies animales,
végétatives & minérales sont maintenues
& conservées. Ce Saturne noir
universel & philosophique mortifie &
coagule le mercure invisible des étoiles,
& au contraire le mercure céleste
C 4 ste

@

( 40 )

mortifié ce saturne, & de la corruption
de ces deux, le soleil central &
circonférentiel engendre un nouveau
corps, ce pourquoi les philosophes
faisant la description de leurs pierre
nous assurent, qu'elle est noire, vile &
de mauvais odeur, & il l'appellent
l'origine du monde par rapport au
premier cahos, ainsi qu'il se voit dans
le texte sacré, & tenebrae erant super
faciem abyssi.

Voila ce que nous tenons de ces
bons frères & sages philosophes, dont
le silence secret joint à leurs solitude
leurs à fait souffrir de grandes peines,
les philosophes ordinaires n'en font
aucune estime, à cause qu'ils ne ses
manifestent pas, & concluent par la,
que c'est une société inventée & chimérique,
sans se donner aucun peine
d'examiner, pourquoi ils se tiennent si
cachés; mais laissons la les philosophes
extravagants & revenons à notre
type.

La partie inférieure de ce type représente
un cercle obscur dans lequel il
y a diverses & étranges chimères;
qui sont les bêtes métaphysiques, scolastique,
lasti-

@

( 41 )

lors qu'elles nous représentent
le grand nombre des opinions
fausses, qui ont étés établies par succession
des temps, car avant que nous
découvrions la vérité, nous sommes
sujets à mils erreurs que nous avançons
très souvent pour des choses
certaines.

La Région fantastique de ce cercle
est l'origine de toutes les sectes
des faux philosophes & de leur division,
de là sont venu les visionnaires
sceptiques désespérés, les voluptueux
épicuriens, les stoïques hypocrites &
les péripatéticiens Athées, de là aussi
procèdent leurs contestations sur la nature,
savoir, si la première matière est
le feu, si elle est l'air, ou, si elle est
l'Elément de l'eau, on celui de la
terre, ou bien enfin si elle est une vision
d'atomes, toutes les quelles choses
sont des suppositions fabuleuses; si nous
considérons la diversité de Religions,
nous trouverons que les schismes &
les Hérésies, qui subsistent aujourd'hui
ne sont venues, que des opinions erronées
des hommes, en vérité tant que
nous suivrons nos propres pensées, &
que nous bâtirons sans fondement sur
C 5 des

@

( 42 )

des imaginations vides, il faut que
nécessairement nous rampions dans l'obscurité
tout ainsi que des aveugles,
au contraire si nous expliquons la règle
de la raison à nos pensées & les
examinons par expérience nous trouverons
facilement le chemin de la vérité,
qui est la lumière naturelle que
Dieu a donné pour nous conduire: En
vain aurait-il fait la nature, si nous
voulions suivre nos propres opinions
& ne faire aucun usage de ses principes,
ce serait une heureuse nécessité,
si nos pensées ne pouvaient pas s'écarter
du droit chemin, car de nous imaginer,
que nous puissions trouver la
vérité par la seule contemplation sans
le secours de l'expérience, ce serait
une folie aussi grande que celle d'un
homme qui serait aveugle, & qui prétendrait
d'aller de Paris à Rome par
le droit chemin sans lumière & sans
aucun guide.

Il est certain que personne n'entre
dans l'intelligence de la sagesse,
qu'il ne se promène auparavant dans
la région des chimères, car la recherche
que nous faisons de la vérité, avant
que nous l'ayons acquise par expérience,
ce

@

( 43 )

est presque toujours erronée, c'est
pourquoi il est nécessaire, que sur toutes
choses nous usions de beaucoup
de patience, & que nous nous servions
de la droite raison, pour ne pas tomber
dans ces opinions chimériques.
J'approuve fort le discours régulier &
solide de Basile valentin, quand il dit,
que ceux donc qui aiment la dispute,
apprennent avant toutes choses & découvrent
le principe, qui est caché
dans la nature, alors ils pourront raisonner
de choses avec prudence, &
avec intelligence, parce qu'ils auront
bâti sur la pierre, comme sur un
fondement très solide, sans quoi ils
passeront pour des conteurs des chimères,
dont les discours destitués de
toute expérience, tiennent de la nature
des Edifices, qui ne sont fondez
que sur le sable, ainsi celui, qui ne
prétendra pas se servir de raisonnements
inutiles, il ne suffit pas qu'il retranche
les paroles superflues, mais il est nécessaire
qu'il rapporte des faits & des
preuves & de l'expérience; cela est
nécessaire, & c'est sans doute l'instruction
d'un vrai Philosophe, de ceux
dis-je, qui n'étudient pas les noms,
mais la nature des choses, comme
font

@

( 44 )

font la plus part de philosophes de
ce temps, qui ne s'occupent qu'à des
disputes inutiles & sans fruit.

Au milieu de ce cercle ténébreux,
dont est parlé ci-dessus, est placée
une lampe allumée, qui est l'image de
la lumière secrète, c'est le feu secret,
que Dieu a mit au centre des Eléments,
lequel est clair sans être vu,
car il reluit dans un lieu obscur, &
ténébreux, qui ne peut être aperçu
que par les sages; chaque corps naturel
est une espèce de lanterne sourde,
qui enveloppe & tient cachée sa lumière
sans qu'elle paroisse parce qu'elle
est voilée par la maison ténébreuse
de sa matière, & elle ne s'y fait connaître,
que par ses effets, étant leur
agent, leur vie & leur lumière, de même
que le soleil est dans le grand
monde. L'absence ou la présence de
ce feu lumineux fait que toutes choses
y fleurissent ou y demeurent comme
mortes; nous connaissons par expérience,
qu'à l'égard de nos propres
corps, que tant que dure la vie, il y
a une coction continuelle, un certain
bouille(ne)ment au dedans de nous, qui
nous fait suer, & qui nous cause des
trans-

@

( 45 )

transpirations continuelles par les pores,
& si nous mettons nos mains sur
nôtre peau, nous sentons nôtre propre
chaleur, qui procède nécessairement
d'un feu ou d'une lumière, qui est au
dedans de nous.

Tous les végétaux croissent &
s'augmentent, ils poussant au dehors
& leurs fleurs & leurs fruits, ce qui
ne pourrait pas se faire, s'il n'y avait
quelque Agent, qui est ce feu, lequel
anime & altère la matière pour lui
faire produire ses effets; Nous remarquons
de plus que cette lumière se
découvre à l'oeil dans les végétaux
lors qu'on en fait l'analyse, où l'on
trouve certaine matière lumineuse, qui
éclaire comme le feu des étoiles.

A l'égard des minéraux leurs
première matière est coagulée par ce
feu lumineux & changée d'une matière
en une autre à quoi l'homme peut
ajouter cette vérité constante qui est,
que les principes minéraux sont dissous
par artifice, en sorte que cet esprit
de feu puisse être mis, en liberté,
le métal lui-même peut être changé
en végétable, le feu lumineux ne peut
être

@

( 46 )

être tiré d'aucun sujet naturel, quoi
qu'il soit en touts & que sans lui il
ne puisse subsister; il ne se trouve
donc, que dans un seul sujet, que les
arabes nomment haly Caly, qui dérive
de Hale summum & Calop bonum,
mais les Auteurs latins écrivent par
corruption sal Hal Caly, cette substance
est le réceptacle universel des esprits
de feu, elle est bénite & pétrie du
feu & de la lumière d'en haut, à cause
de cela elle est qualifiée par les
sages la maison remplie de lumières
divines.

Mais pour continuer l'explication
de notre type, je vous dirai, qu'assez
près de nôtre lampe vous voyez l'ange
ou le génie de ce lieu, lequel tient
un glaive d'une main pour en écarter
les méchants & les indignes, &
d'autre main un peloton de fil, pour
y conduire les humbles; sous l'autel
se tient l'affreux dragon ou le mercure
des sages, renfermant en soi un
trésor d'or & de perles, ceci n'est ni
songe ni vision, c'est une vérité certaine
& connue par expérience, ce trésor est
révélé à quelques-uns par un don extraordinaire
de la bonté & sagesse divine,
vine,

@

( 47 )

& ne peut être vu ni touché,
quoique le cabinet qui l'enferme soit
tous les jours sous nos pieds; c'est
pourquoi vous voyez placées sur ce
même trésor un jeune enfant avec cette
inscription.

Ce n'est qu'aux petits & aux
innocents.

Il nous donne à entendre par la
les qualités, dont doivent être revêtus
ceux, qui désirent être reçus dans ces
lieux secrets, il est nécessaire, qu'ils
mènent une vie innocente accompagnée
d'humilité, qu'ils ne soient pas
impudents, fière, superbes, ni convoiteux,
qu'ils soient charitables envers le
prochain, & exempt de toute avarice,
aimant la vérité & pour parler sincèrement
il faut, qu'à l'imitation des
enfants & des simples ils disent &
pratiquent la vérité: en un mot, il
faut, qu'ils soient comme notre seigneur
l'a dit lui-même par ces paroles:
Si vous ne devenez comme un de ces
petits enfants vous n'entrerez pas dans
le Royaume des Cieux.
Voila

@

( 48 )

Voila la description de l'emblème
ou type magique que l'aimable Thalia
me montra dans la région minérale
& ténébreuse, je ne vous en saurais
dire davantage pour ce, que l'on ne
m'a pas confié autre chose pour en
faire part au public; je ne laisserai
pas pourtant de vous révéler ce qui
a été caché jusqu'à présent, qui sont
certains mystères, que j'ai appris de
Thalia, & qui sont tels, que peu de gens
ont coutume de s'informer, dont la base
est la quintessence visible & tangible, je
veux dire la première unité créée, de
laquelle dépend la vérité de la physique,
j'en parlerai plus particulièrement
dans l'ordre naturel & harmonique
en évitant les discours & subtilités
inutiles; avant toutes choses je
commencerai par la première matière,
& ce que j'en dirai sera suffisant pour
les amateurs de la science.

De la première matière.

Quand je considère sérieusement le
système de ce grand monde, je trouve,
que c'est un certain enchaînement
qui est étendu de ce non grada ad
non gradum, d'une chose, qui est incompréhensible
com-

@

( 49 )

à une autre qui ne
l'est pas moins, ce qui est au-delà de
toute compréhension, c'est une certaine
obscurité horrible, inexprimable,
que les anciens appelaient naturellement
des ténèbres actives, dont l'effet
est naturellement de froid, parce que l'obscurité
est le caractère de la froidure,
le tempérament, le corps & la matrice
du froid & de la mort, & la lumière
au contraire est la source, le
principe, la fontaine de la chaleur de
la vie, c'est un feu lumineux inaccessible
qui passe toute intelligence, Domitien
l'appelle une obscurité divine à
cause quelle nous est invisible. Le
juifs disent, que c'est un rien, mais
ils le disent dans un sens relatif
selon l'expression de letho quo ad nos
& en termes clairs, c'est une Divinité
nue sans vêtements.

Les substances moyennes, ou ce
qui tient le milieu entre deux extrémités
est ce que communément on appelle
nature, c'est ici l'échelle du
Grand Caldée qui atteint â Tartaro ad
primum ignem, depuis l'obscurité inférieure
jusqu'au feu sur-céleste; ce qui
tient le milieu entre ces deux natures
D res

@

( 50 )

est sorti d'une certaine eau qui
était le sperme ou la première matière
du grand monde à présent je veux
vous en faire la description que voici.

C'est une terre extrêmement douce
humide, coulante & fluide, en un mot,
c'est une terre de cire qui est capable
de toutes sortes d'impressions, c'est la
fille de la terre & de l'eau, & les
anciens Philosophes la définissent une
masse animée tenante en quelque sorte
de la nature de la Lune, l'union des
esprits masculins & féminins, la quinte-essence
des quatre, le ternaire de
deux & le binaire d'un, telles sont les
générations physiques et métaphysiques.

Cette première matière est elle-même
un monde sans forme, elle n'est
ni un pouvoir ou puissance absolue,
ni un air parfait, mais seulement une
seule substance vierge étant douce
comme Vénus la mère des Amours,
une semence universelle, le mélange &
l'union du ciel & de la terre, de laquelle
union procède cette substance
humide & spermatique, qui est la mère
de toutes les choses qui sont dans
le monde, le feu masculin sulfureux
de la terre étant son père.
Les

@

( 51 )

Les anciens ont donné à la première
matière aussi bien qu'à la deuxième
le nom de mercure, parce qu'ils
l'ont remarqué susceptible de toutes
sortes de formes, & les juifs, qui sont
de très grands philosophes assurent,
que le mercure est la liqueur mercurielle
& le principe tout ensemble froid
& passif, & qui se tient dans des certaines
cavernes minérales, où lorsque le soleil
monte vers L'orient, & que ses
rayons se font sentir par leur chaleur
en nôtre Hémisphère, il meut & fortifie
la chaleur interne de la terre en
telle sorte, que cette chaleur centrale
étant fomentée par celle du soleil
agit sur le mercure & le subtilise en
une vapeur au sommet de sa cellule,
mais vers la nuit, quand le soleil est
descendu du côté du ponant la chaleur
de la terre à cause de l'absence de ce
grand luminaire diminue & s'affaiblit
& la froideur prend de manière que les
vapeurs du mercure, qui auparavant
avait été subtilisée par la chaleur secondement,
alors par le froid se distillent
par gouttes sur le fond de la dite
caverne, mais la nuit étant passée le
Soleil remontant par l'orient recommence
à subtiliser la vapeur du mercure
D 2 com-

@

( 52 )

comme auparavant, cette Elévation &
Condensation de vapeurs sont réitérées
si souvent & si long temps jusqu'à ce
que le mercure attire la partie subtile
& sulfurée de la terre, & s'incorpore
avec elle, alors le soufre coagule
le mercure, le fixe & le convertit enfin
en un métal parfait.

Vous observez donc que notre
mercure ne peut être coagulé sans
notre soufre, car le Dragon ne meurt
point sans son pareil, c'est cette eau
minérale qui dissout & putréfie la terre
sulfureuse, & celle cy épaissit & putréfie
l'eau mercurielle, c'est pourquoi
il est nécessaire d'établir deux principes
pour produire un troisième agent,
conformément à ce précepte obscure
de l'Arabe Haly; qui dit, prend un
chien de carassene & une chienne d'arménie,
mets-les ensemble, & il te feront
des petits de la couleur céleste.
c'est le mercure des anciens philosophes,
qu'ils ont appelé leur Dau céleste
connue de très peu de personnes,
je te donne ici un conseil qui ne saurait
être que profitable: Prend une
substance qui contient deux mercures
vivants, joints les dans le suc de Saturne
turne

@

( 53 )

bien purifié, lave les & les nourrit
de ce sel aqueux & végétable &
alors tu connaîtra, que les philosophes
ont dit la vérité dans leurs écrits,
cette substance aqueuse végétable est
une mère qui enfante une fleure germinale,
qu'elle nourrit du suc aqueux
& visqueux de sa mamelle avec le secours
du père.

Je reviens à la première matière,
en disant, qu'elle n'est aucune sorte
d'eau commune, la mère en première
matière des métaux est une substance
aqueuse, qui n'est ni terre ni eau,
mais un moyen qui tient de la nature
d'eux, qui n'est ni l'un ni l'autre, ce
qui s'accorde avec le sentiment de Basile
Valentin dans son traité & description
exact qu'il fait de cette substance
mercurielle, la matière première
dit il est une substance humide & sèche
tout ensemble & qui ne saurait
être comparée avec quelque matière
que ce soit; un autre philosophe la
définit une eau terrestre & une terre
aqueuse, sur laquelle les corps célestes
influent leurs esprits.
D 3 La

@

( 54 )

La plus part des philosophes donnent
le nom d'eau à cette même substance,
ce qui fait que les ignorants
y sont trompés suivant ce qu'en la
tourbe des Philosophes Agadmon rapporte,
que lorsque le vulgaire entend
parler de ce nom d'eau, il est
persuadé que c'est de l'eau de nuées parce
qu'ils n'entendent pas bien nos écrits,
mais s'ils les entendaient bien, ils
comprendraient que c'est une eau permanente
& fixe, la quelle sans son
source auquel elle est unie ne saurait
être permanente, le savant cosmopolite
nous dit la même chose, notre eau
dit-il est une eau céleste qui ne mouille
point les mains quoique ce même
philosophe la compare avec l'eau de
pluie à cause de sa légèreté, ainsi il
est nécessaire de faire réflexion sur la
différence & la proportion que les
choses ont entre elles si nous voulons
comprendre le sens figuré des philosophes;
s'il est donc vrai, que cette
eau ne mouille pas les mains, c'est un
témoignage incontestable, que cette eau
ne peut pas être de l'eau commune,
c'est un liqueur amère & styptique,
elle est d'une nature minérale, elle a
dit Raymond Lulle, l'apparence du soleil
leil

@

( 55 )

& de la Lune & c'est sous la forme
d'une pareille eau qu'elle nous a
paru, & non pas une eau de fontaine
& de pluie, & en un autre endroit il
en fait encore une autre description encor
plus claire, disant, que c'est une
eau ignée, & non pas une eau des
nues phlegmatiques, c'est plutôt une
eau colérique plus chaude que le feu;
il ajoute qu'elle a l'oeil verdâtre &
la couleur semblable à un Lézard verdâtre,
mais sa couleur naturelle qui
y domine est une couleur azurée, que
l'on a peine à exprimer, & qui a
beaucoup de rapport avec le Ciel dans
un temps serein, sa couleur approche
aussi beaucoup de celle des serpents
particulièrement de l'endroit près du
col où la peau est de couleur bleu
enfoncée, c'est pourquoi les philosophes
l'appellent leurs serpents & leurs
Dragon; la qualité qui y domine le
plus est une certaine terre subtile &
ignée, qui a donné lieu aux philosophes
les plus savants d'appeler tout
le composé de ce nom de terre subtile
& ignée, enfin d'en cacher le
Secret.

Paracelse la décrit seulement en
un endroit par la partie visqueuse de
D 4 la

@

( 56 )

la terre. R. L. dit ailleurs, que la
substance de nôtre pierre est toute
grasse & pétrie de feu, ce qui fait
que ce même auteur soutient en un
autre endroit, que c'est de la terre, &
non de l'eau, ajoutant ces mots, il
faut que vous preniez de nôtre terre
pétrie du Soleil, parce qu'elle est la
pierre honorée qui se trouve dans les
autels ou maisons désertes, laquelle
renferme un grand secret & un trésor
enchanté, & derechef en un autre
lieu il s'explique de cette sorte, la
première matière mon fils est une terre
subtile, sulfurée, & cette terre noble
est appelée le sujet mercuriel,
sache donc pour certain, que cette
substance visqueuse ou terre humide
doit être dissoute dans une certaine
eau pour être l'eau des philosophes;
voila le grand mystère, que les philosophes
ont tenu si caché, quoique
R. L. semble nous le découvrir avec
assez d'ingénuité en disant, notre Argent
vif n'est pas l'argent vif vulgaire,
au contraire notre argent vif est une
eau d'une autre nature, qui ne se
trouve point sur la terre, parce que la
nature ne le saurait produire sans le
secours de l'artiste & sans l'opération
manuelle. Il

@

( 57 )

Il ne faut donc pas selon cet Auteur
la rechercher dans la nature
telle que nous la demandons parce
qu'elle est un effet au-delà de ses
opérations, il est nécessaire que nous
l'aidions par l'art, en un mot il
faut que vous fassiez cette eau vous-
même avant que vous la puissiez trouver,
cependant vous trouverez bon,
s'il vous plaît, que les Philosophes
nomment leurs sujet ou leurs cahos
une eau, parce qu'il ne se trouve
point d'autre nom plus propre pour
elle, par Exemple, si vous me demandés
de quel nom vous exprimerez le
sperme d'un poulet, vous ne manquerez
pas de dire, que c'est un oeuf la
coque ne servant que de vase; affin
que les esprits animaux ne s'exhalent,
ce qui empêcherait la génération du
poulet.

Il est très certain est très à propos,
que nous remarquions les qualités
& la nature du sperme en général,
qui est une humidité visqueuse &
fluide, mais au contraire, si nous considérons
quelque production parfaite,
elle nous paraîtra un corps solide &
bien figuré pour marquer la différence
D 5 ce

@

( 58 )

qu'il y a entre les individus &
la matière dont ils sont faits, il faut
sans doute, que ce soit ainsi quoique
nous estimions leurs sperme de la
même substance que le corps & par
conséquent la génération est une altération
de figure, ce qui nous fait voir
qu'il n'y a rien de plus positive que
cette humidité visqueuse; voyons à
présent quel degré de Chaleur agit
en toutes les générations, par ce que
par le degré de la chaleur de l'agent
nous découvrons la nature du patient.

Personne n'ignore que le soleil ne
soit éloigné de nous, ce qui fait que
le degré de sa chaleur est médiocre
en telle sorte, qu'elle n'est pas capable
d'altérer aucun autre sujet dans
la nature si ce n'est l'humidité naturelle,
car tous les corps durs comme
sont les sels, les pierres & le métaux
conservent leurs dureté dans le feu le
plus violent & le plus corrosif, comment
pourrons nous donc assurer,
qu'ils seront altérés par une chaleur
douce & insensible, il est clair & évident
parce que nous venons de dire,
qu'il n'y a rien que l'humidité, qui est
de la proportion avec le degré de
cha-

@

( 59 )

chaleur de l'agent naturel, qui en peut
recevoir son action lors de la création
du monde, selon le rapport de Moise,
Dieu fit le ciel & la terre, mais si
l'original est fidèlement traduit, nous
trouverons, que Dieu au commencement
mêla le subtil avec l'épais,
car le Ciel & la terre dans le texte
signifie le mercure vierge & le souffre
vierge, ainsi que je veux le prouver
par ce même texte de la version
vulgate, où il est dit, au commencement
Dieu créa le ciel & la terre,
& la terre était vide & sans forme,
& les ténèbres étaient sur la face de
l'abîme, & l'esprit de Dieu se mouvait
sur les eaux, il parait dans la première
partie de ce texte, que Moise
fait mention de deux principes créés
& non pas du monde parfait, comme
il se fait voir ci-après en termes généraux
de ciel & de terre, dans la
dernière partie il décrit chacun de
ses principes en des termes plus particuliers
en commençant par la terre,
& la terre dit-il était sans forme &
vide, doit inférer, que la terre, dont
il parle était un pur rudiment ou
principe de cette terre, que je vois
maintenant, car cette terre qui est devant
vant

@

( 60 )

mes yeux n'est ni sans forme
ni vide, d'où je conclut que la terre
dont Moise fait la description était le
soufre vierge, qui est une terre sans
forme, parce qu'elle n'a point de figure
déterminée de terre, c'est une
substance lâche, variable & non composée
de matière & de forme vide,
c'est poreuse comme de l'éponge, ou
comme une huile essaissé, en un mot,
je l'ai vu il ne me serait pas possible
d'en faire une description plus exacte;
après ceci Moise passe au second
principe, qui est le ciel, en disant
qu'il y avait des ténèbres sur la face
de l'abîme, & que l'esprit de Dieu
se mouvait sur les eaux, en cet endroit
il appelle les eaux un abîme,
au lieu qu'auparavant il les avait
nommé le ciel, c'était vraisemblablement
la vapeur céleste du Cahos pour
être séparée & destinée à être le lieu
des étoiles, cela est clair dans l'original
Hébreu, car Hamaim & Hashamaim
sont des termes qui signifient la
même chose comme aqua, c'est abiaqua,
c'est à dire une substance fluide
dans laquelle la qualité sèche était
cachée, pour conclusion il faut se souvenir,
que nôtre sujet n'est pas de
l'eau

@

( 61 )

l'eau commune, mais une terre épaisse
& visqueuse, la quelle doit être dissoute
dans une certaine eau, celle-ci
coagulée dans la terre, ce qui se fait
par un certain agent naturel que les
Philosophes nomment leurs feu secret;
je vous avoue, que c'est un mystère
plein d'obscurité, mais nous le développerons
& le rendrons le plus intelligible
que faire se pourra.

Du feu secret des Philosophes.

Le feu de la nature est unique,
il n'y a que les lieux où il se trouve,
qui lui font produire divers effets, il
est comme endormis dans la plus propre
& plus pure des choses, savoir dans
les pierres où il est caché invisible
& sans mouvement, c'est une espèce
d'enfant perdu, il se tient clos comme
une araignée dans sa cachette pour
surprendre ceux qui entrent dans ses
toiles & il ne se fait voir qu'avec la
proie dans ses griffes, ou quand il
rencontre quelque chose de combustible,
pour parler précisément, il n'est
pas engendré, mais seulement manifesté;
quelques auteurs sont d'opinion,
qu'il dévore tout & ne produit rien,
&

@

( 62 )

& à cause de cela ils l'appellent un
feu, qui en quelque façon ne produit
rien, ceci est une expression fantastique
puisque nous savons par expérience,
qu'il n'y a rien d'engendré
dans le monde sans le feu; ce qui
fait voir l'opinion ridicule d'Aristote,
quand il veut nous persuader, que
cet agent n'est capable d'engendrer que
son piransta; c'est une certaine mouche,
qu'il trouva dans la lumière de
sa chandelle, mais ce qu'il ne peut
jamais revoir après; il est incontestable
que la chaleur excessive brûle &
détruit & par opposition la trop grande
quantité d'eau submerge & noie,
c'est pourquoi il faut garder un milieu
entre ces deux extrêmes, afin que
la nature puisse faire régulièrement
ses opérations.

Revenons à nôtre feu, que nous
pouvons dire être au centre de toutes
les choses tant visibles qu'invisibles;
il est dans l'eau, dans la terre
dans l'air, il est dans les minéraux
dans les végétaux, & dans les animaux,
il est dans les étoiles & dans
les anges, mais originairement la source
est en Dieu; parce qu'il est la fontaine
taine

@

( 63 )

de la chaleur à toutes les créatures,
ainsi que nous l'apprenons par
les écrits des anciens philosophes,
qui entre autres nous donnent deux
notions pour en avoir une plus claire
intelligence, il est, disent-ils humide
& invisible, c'est pourquoi ils l'appellent
venther & qui est simus Equinus,
car il y a dans le feu du cheval
une chaleur humide sans qu'il y
paroisse aucun feu visible; il y a une
très grande différence entre le feu
visible ordinaire & le feu philosophique,
celui-ci est d'une qualité humide
& à la vérité le feu commun l'est de
même, puisque nous remarquons que
les flammes se retirent, & s'étendent
d'elles mêmes, qu'elles se raccourcissent
& s'élèvent, afin de conserver
le flux & la continuité de leurs parties,
ce qu'elles ne pourraient faire
sans humidité, je dis donc que le feu
commun est excessivement chaud &
son humidité dans un degré beaucoup
plus inférieur, ce qui le rend destructif,
& au contraire la chaleur & l'humidité
de l'agent naturel philosophique
sont en lui en égale portion en
telle sorte, que l'on pourrait le comparer
en quelque manière à une chaleur
leur

@

( 64 )

de sang, ce qui fait la plus grande
différence à l'égard de l'effet, que
nous désirons, à quoi il faut ajouter
que le feu des philosophes est invisible
& celui de la cuisine est manifeste,
ainsi qu'Almadis nous rapporte en
ces termes, que les seuls rayons de
notre feu invisible suffisent, & derechef
il dit notre feu est un feu corrosifère,
qui fait monter au haut de nôtre
vase des nuages dans lesquels sont
cachés les rayons de nôtre feu; en
un mot les philosophes appellent cet
agent leurs bain, à cause qu'il est humide,
comme sont les bains: mais en
bonne vérité ce n'est autre sorte de
bain marie ni thoris; mais un feu &
une humidité très subtile & purement
naturelle; il est vrai que son excitation
est artificielle, cette excitation &
préparation est une chose très commune,
vile & facile, & qui paraît très
peu de chose, quoique tous les secrets
de la corruption & de la génération
y soient renfermés & en dépendent
absolument; divers auteurs
ont écrit plusieurs choses de ce feu,
& ont usé d'une expression si obscure,
que l'on n'y saurait rien comprendre,
pour mon particulier j'ai taché de
vous

@

( 65 )

vous en donner un éclaircissement le
plus net qu'il m'a été possible, & je
n'ai rien caché de ce dont tous les
sages sont convenus, entre lesquels
sont Alphidius, Almadis, Belen, Greberin,
Haly, Salmanazar & Ladick
avec les trois fameux juifs Abraham,
Artefius & Coled.

Il me reste à vous dire quelque
chose de la pratique, prenez nos
deux spermes que vous trouverez partout
sur la face de la terre, qui sont
un mâle & une femelle en vie, liez-
les tous deux ensemble d'un lien ou
noeud d'amour indissoluble, enfermés
les dans le caraha arabesque, c'est à
dire dans un vase de verre, c'est ici
le 1er ouvrage, ce qui suit est bien
plus difficile; il faut que vous vous
campiez tout auprès avec le feu de
la nature le faisant passer par le cercle
de sept planètes ou le septénaire
pythagorique, & ne manqués pas à
bien boucher votre vase, enfin que
rien n'y puisse entrer ni sortir, continuez
ce siège patiemment, jusqu'à ce
que vous voyez ces serpents changés
en un crapaud noir & hideux, gluant
& venimeux, qui se transforme enfin
E en

@

( 66 )

en un dragon sans ailes horrible &
dévorant, rampant & se lançant sur le
fond de sa caverne, gardez vous bien
de le toucher de vos mains en aucune
manière, parce qu'il n'y a pas
dans le monde un venin si violent, ni
si pénétrant, continuez de même que
vous avez commencé, & vous verrés
le dragon se transformer en un Cygne
plus blanc que la neige, après quoi
vous pourrez fortifier votre feu, jusqu'à
ce, que vous voyez paraître le
phénix, c'est un oiseau de couleur
rouge enfoncée avec une huppe sur la
tête paraissant tout en feu, nourrissez
cet oiseau du feu de son père & de
l'éther de sa mère, dont le premier
est la viande & l'autre la boisson, &
sans le dernier il ne parvient jamais
à sa plus grande gloire; ayez soin de
bien comprendre ce secret, car le feu
ne nourrit pas bien à moins qu'il ne
soit nourri le premier; il est de soi
même sec & colérique, mais une nature
céleste le conduit à son exaltation
désirée, repaissez votre oiseau de
la manière que je viens de vous dire,
& il se mouvera dans son nid & sera
luisant comme une étoile, faites ainsi
& vous aurez placé la nature dans
l'ho-

@

( 67 )

l'horizon de l'éternité & exécuté le
commandement des philosophes, qui
disent la fin dans le commencement,
tout ainsi que la flamme est jointe à
la braise, parce que le Seigneur est
au suprême degré & ne soufre point
de second.

Faites donc une réflexion bien sérieuse
sur ce que vous voulez savoir,
vous cherchez une union indissoluble
immuable & un agent universel,
qui ait la vertu de perfectionner les
choses qui en ont besoin, comme de
donner la santé aux animaux, rétrograder
la vieillesse aux hommes jusqu'au
temps déterminé de Dieu, cette
substance parfaite est la première
unité, de laquelle un Philosophe a
dit aër & changer intérieurement
une chose en une autre sans violence,
c'est l'ouvrage propre & singulier de
la 1re puissance de la première sagesse
& du premier amour, sans ce lien
d'amour les Eléments ne pourraient
s'accorder, ils ne survivraient jamais
intérieurement & essentiellement, qui
est la fin & la perfection de la sagesse;
souvenez vous donc de bien
concevoir & mettre en pratique les
E 2 instruc-

@

( 68 )

instructions que je viens de vous donner,
& quand vous les aurez effectués,
vous aurez le témoignage &
l'approbation de Mekkubalim, en un
mot, vous aurez été intelligible dans
la sapience & vous serez avancé en
intelligence, vous avez établi la chose
sur ces puretés & aurez élevé le
Créateur sur son trône.

Pour conclusion je dis, qu'il est
impossible au patient de produire aucune
génération sans un agent vivant,
cet agent, est le feu philosophique,
une certaine chaleur humide invisible
& céleste sur quoi il faut écouter
ce que dit R. L. quand nous disons
que la pierre est engendrée par le feu,
les ignorants n'en voient & ne croient
point d'autre que celui qui est
commun ni autre soufre ni autre mercure
que celui, qui est vulgaire; c'est
pourquoi ils sont trompés en leurs
opinions erronées, & ils infèrent de
là, que nous sommes la cause de
leurs égarement, en leur faisant entendre
une chose pour l'autre, ce qui
n'est pas vrai sauf leur respect, ainsi
que nous l'avons prouvé par les choses
que les philosophes ont rapporté
dans

@

( 69 )

dans leurs écrits, car nous appelons
le Soleil le feu & nous donnons le
nom de chaleur naturelle au vicaire du
soleil, car ce que la chaleur du Soleil
opère en mil années dans les mines
métalliques la chaleur naturelle le fait
sur la terre en un heure, quant à
nous & même plusieurs autres, nous
appelons le feu naturel le fils du soleil,
parce qu'au commencement il a
été engendré de la nature par l'influence
du soleil sans l'aide d'aucun art
ni d'aucune science.

Je ne saurais m'empêcher de vous
avertir encore d'une chose fort essentielle,
c'est qu'il faut que vous trouviez
le degré du feu dans sa jointe
proportion, parce que nous savons
par expérience, que le soleil, lorsque
la chaleur est excessive sans humidité,
sèche, calcine les végétaux en telle
sorte qu'il ne se fait point de génération,
ce que le savant Raym. L. nous
explique fort pertinemment par ces
mots; si en travaillant vous vous servez
d'un feu trop grand & excessif la
vertu de notre esprit ignée, qui tient
le milieu entre la vie & la mort se
séparera incontinent, & son âme se retirera
E 3 tirera

@

( 70 )

vers la région de la sphère;
c'est pourquoi vous devez profiter de
ce bon & court avis, du même Auteur
quand il dit: faites donc en sorte
mon fils, que dans le lieu de la
génération & conversion il se rencontre
une qualité en puissance céleste
telle qu'elle puisse changer l'humidité
de la nature terrestre en une forme
transparente & parfaite.

Voyez maintenant la solution de la
terre visqueuse & grasse changée en
un mercure transparent & glorieux,
ce mercure est l'eau dont il a été
parlé ci-dessus & non de l'eau commune
comme le croient les ignorants;
il ne reste présentement autre chose à
faire, que de savoir ce que les Philosophes
appellent le secret de l'art,
sans lequel on ne peut rien faire,
quand bien même on aurait une entière
connaissance du feu de la nature.
Nicolaus Flamel connaissait assez
bien la matière, le feu & le fourneau,
qu'il avait trouvé clairement dépeint
dans le livre d'Abraham, juif & néanmoins
il fut encore trois ans avant
de parvenir à la connaissance de ce
Secret.
Henry

@

( 71 )

Henry Madatham très savant
Philosophe s'y est trompé pareillement
pendant cinq années consécutivement
sans avoir pût arriver à la vraie méthode
mais enfin après la sixième année
la clef de la puissance de l'art
m'a été confié dit-il par une secrète
révélation de la bonté de Dieu.

Paracelse a fait aussi mention dans
ses écrits de ce troisième secret, mais
si obscurément, qu'il eût autant fallut
qu'il n'en eût rien dit; pour mon particulier
je crois en avoir assez dit
pour la découverte, & la description
& la déposition de ce degré du feu
& autant ou plus qu'aucun autre philosophe,
qui m'aie précédé; ne vous
rebutez donc pas à la recherche de
ce feu; car je puis vous assurer avec
la pure vérité, que celui qui le
trouvera parviendra à la véritable température
& à son vrai degré, en
quoi consiste tout le Mystère de cet
art, & alors il sera digne de porter
le glorieux titre du grand philosophe,
& pour user de l'expression de R. L.
il méritera une place à la table de
douze Pères.
E 4 De

@

( 72 )

De la Rivière des Perles.

C'est une substance d'une douceur
agréable au goût, fort pesante & humide,
qui ne mouille pas les mains,
elle paraît après minuit comme un étoile
est capable d'éclairer en un lieu
obscur, elle est pleine de petits yeux
brillants comme de perles ou comme
des yeux de poissons, c'est le demagorgeon
tout entier, mais à présent
il est actuellement animé par la manifestation
de la lumière centrale, son
père est une certaine masse indissoluble,
parce que ses parties sont si bien
jointes ensemble par la nature, qu'elle
ne peut être divisée substantiellement
en quelque manière que ce soit; cette
masse est la matière véritable de la
pierre des Philosophes, sur laquelle
le feu commun ne peut avoir aucun
action, elle est environnée de ténèbres
comme quelqu'un le dit fort ingénieusement
en ces termes, parce qu'elle
est environnée de ténèbres, de brouillards
& d'obscurités de toutes parts,
qu'elle se trouve au centre de la terre,
ou aussitôt qu'elle est produite,
elle se montre sous une couleur verte,
& elle est arrosée de quelque humidité,
midité,

@

( 73 )

elle n'est point engendrée de
quelqu'un, au contraire elles est éternelle
& la mère de toutes choses.

Cette description est très forte &
est appliquée fort à propos, mais elle
est un peu énigmatiques, celui qui
recherche cette matière naturelle fasse
attention sur cette couleur verdâtre
ou plutôt grisâtre, c'est la substance
que Gieberin & Benheem, on bien selon
ce qu'en dit L'arabe Geber, Lapis
in capitulis notus; il se sert de cette
expression très subtile laquelle étant
bien examinée, on trouvera, que c'est
la Clef de tout son livre & des écrits
de tous les grand philosophes.

Revenons à notre rivière des Perles
& faisons quelque réflexion sur
la description qu'en fait un fameux
Adepte, & c'est dans le vrai ceti
veneis; avant que paraître la pleine
Lune, voici ce qui m'a été montré
une fois dit-il par un seul exechediste,
c'était des grands fourneaux avec nombre
de différentes sortes de vases
de verres, qui étaient disposés dans
leurs rayons, chacun des quels avoient
ses sédiments, & sa détermination secrète
E 5 crète

@

( 74 )

à quelque ouvrage singulier,
mais pourquoi cèlerais-je ici davantage
une chose si divine, il y avait
encore de plus une masse mouvante,
qui était l'image ou véritable monde,
car on y voyait la terre au milieu de
tout environnée d'eau très limpide s'élevant
en valons, & rochers, & rapportant
des fruits de toutes sortes, après
avoir été arrosée de l'eau de pluie que
l'air avait attiré, elle produisait aussi
du vin, de l'huile, & du lait, même
des pierres précieuses & de métaux
en abondance: l'on y remarquait les
Eaux fumantes sur la superficie mêlées
d'un sel fluide, transparent & blanc,
quelque fois rougeâtre & jaune, teintes
de rouge & d'autres sortes de
couleurs, tout cela étant mu d'un certain
éther imperceptible, mais ce qui
me ravit davantage en admiration c'était
de voir une seule chose en produire
une si grande quantité d'autres
toutes différentes par un moyen si
petit & si faible & que toutes ces
mêmes choses devaient par un moyen
plus fort & plus puissant retourner
ensemble à l'unité; ainsi qu'il
assurait en confidence, c'est ici où
j'ai remarqué que cette espèce de sel
fusible

@

( 75 )

fusible n'est rien on comparaison de
la phiodité, & que l'argent vif, à qui
les auteurs anciens de cette science
ont donné le nom de Mercure nous
représentant le véritable lunaria de R.
L. qui monte contre le torrent de
l'eau, qui reluit dans l'obscurité, &
qui au jour a la faculté de s'attacher
ainsi qu'une espèce de gomme ou de
colle.

Voila le laboratoire physique avec
toutes ses parties, qui sont le fourneau,
le feu & la matière avec ses
générations mystérieuses, quant à l'analogie
du sel physique, on ne la
saurait bien concevoir que par la lumière
de l'expérience, nous trouvons
que c'est poreux, cru, semblable à de
l'écume spongieuse, sa consistance
tient beaucoup de la pierre ponce,
n'étant ni dure ni apacte, il est gluant
comme de la glu & oléagineux,
quelque fois il est semblable à des roses
rouges, d'autres fois il est d'un
bleu violet, quelque fois verdâtre,
tout ainsi que l'herbe de prés; on l'a
même vu paraître comme de l'or ou
de l'argent bruni: la rivière des perles
tire son nom & son origine de ce
sel

@

( 76 )

sel précieux, parce qu'il y demeure
comme le sperme des grenouilles sur
une eau dormante, quelque fois cette
grosse mince & déliée veut nager
vers la superficie de son bain, en
guise de feuilles aussi déliées, que
celles des ortiers émaillés de diverses
couleurs, qui surprennent la vue
de ceux, qui sont assez heureux pour
les garder.

De l'Ether ou de l'air de
Philosophes.

Jusqu'à présent j'ai discouru de la
première matière & du feu naturel,
termes certainement assez connus, mais
dont les significations sont rarement
entendues, reste à parler des principes
qui sont plus singuliers, plus profonds
& plus obscures choses, dont les mystères
sont telles & les subtilités si
grandes pour les pénétrer, que très
peu de gens y peuvent parvenir.

L'Ether du petit monde est de la
même nature & la même substance
que l'Ether du grand monde; Les anciens
Philosophes font dériver le mot
d'Ether d'ardes, particulièrement Anaxagoras,
xagoras,

@

( 77 )

ainsi qu'il se voit dans ses
prédictions admirables: L'opinion qu'il
avait de ce lieu, qu'il appelait sa patrie,
où il faisait état de retourner
après sa mort, approche fort de ce
mot ardes, parce que c'est un esprit
lumineux, qui éclaire toutes choses,
quoi que certainement de sa nature
ne brûle point, son effet n'est pas de vivifier,
ce qui fait que l'on a peine â
comprendre la dernière définition que
la précédente, & qu'il y a plus de
raison de dire, que c'est un feu naturel
lumineux, comme étant une substance
qui échauffe par ses rayons, lequel
feu & très subtil & liquide, dont
la région est au dessus des étoiles, &
la circonférence de sa lumière divine
c'est le véritable & incomparable empirée,
qui reçoit la chaleur lumineuse
immédiatement de Dieu, & l'influe
aux cieux visibles & ceux-ci à toutes
les créatures inférieures.

C'est une essence pure, qui n'est
souillée d'aucune contagion matérielle,
parce qu'elle est ennemie de toutes
corruptions, dans ce sens Pythagore
l'appelle libre parce que dit Ruclin
étant séparée de la vertu & puissance
de

@

( 78 )

de la matière, & maintenue en sa liberté,
il reçoit sa chaleur de celle de
Dieu, & ensuite par un mouvement
imperceptible il échauffe les choses
d'ici bas; En un mot, à cause de sa
pureté & de sa perfection il est placé
tout près du feu divin, ce qui est
cause, que les juifs l'appellent le vêtement
de la lumière, qui est le monde
surnaturel, duquel les influences
émanent & tirent leur origine comme
de leurs source pour être communiqués
au monde céleste, & celui-
ci les envoie au monde élémentaire,
ce qui confirme suffisamment l'étymologie
dont il est parlé ci-dessus: au
commencement il fût réfléchi de la
première unité sur le cube céleste,
par ce que les émanations brillantes
de Dieu brillaient comme un flux
dans les choses passives * * * &
dans cette analogie le style de samiaxhim
* * *

Fontem perpetuae Naturae.

Il faut que vous sachiez que l'Ether
est une substance unique, & qui
ne laisse pas d'y avoir en lui de la
diversité, dont je vous dirai la raison
ci

@

( 79 )

ci après; je ne dis pas que ce soit
une diversité de substance, mais bien
un enchaînement de toutes les choses
de la nature; il s'y trouve diverses
humidités, qui sont le sang artériel
du monde universel, lesquels sont passives
& les sujets du feu divin masculins,
ce sont les fontaines des Chaldéens,
que le style des Oracles nomme
les hauteurs de fontaines, la source
invisible & inépuisable de toutes les
choses de la nature, cet l'Ether est le
premier, qui nous a porté des nouvelles
de l'autre monde, nous disant,
que nous sommes dans un lieu corrompu;
Sendivogius nomme cette substance
éthérienne, l'urine de Saturne; disons
qu'il avait accoutumé d'en imbiber
& arroser les plantes solaires &
lunaires; de manière & de monceau,
dit un juif, sortant des brouillards, qui
contiennent des eaux bénites, dont ils
arrosent la terre, & y font croître
des herbes & de fleurs, en un mot,
cette humidité est animée d'un feu végétable
de la bénédiction divine, qui
me donne lieu d'en faire la description
que voici:
Il est composé de la nature & de
quelque chose de divin, il est divin,
parce-

@

( 80 )

parce qu'étant joint à la Divinité il rend
les substances en quelque manière divines,
c'est à dire immortelles; enfin
l'Ether peut être trouvé dans les choses
de ce monde inférieur, particulièrement
dans cette substance, que les
Arabes appellent la fleur de sel blanc
parce qu'il en est la matrice; les Philosophes
nous indiquent un moyen de
le découvrir, en disant, qu'il est l'arbre
minéral, parce qu'il a la vertu de
croître comme les végétaux produisant
des feuilles de fleurs & des
fruits dans le même moment qu'il
est manifesté.

De la Lune céleste.

C'est une substance lunaire, qui se
trouve dans une certaine minière elles
a des qualités extraordinaires & surprenantes,
elle est simple & ne laisse
pas de contenir plusieurs choses en
elle, qu'elle met des puissance en acte,
elle renferme une terre subtile &
blanche, ce qui la rend plus épaisse
que l'Ether, elle paraît sous la forme
d'une huile excessivement blanche
& rouge, elle a l'apparence d'un certain
sel végétal & doux, & coulant
dans le feu comme la cire.
De

@

( 81 )

De l'âme des Etoiles.

C'est le véritable astre solaire & le
Soleil minéral spirituel, il est composé
de l'Ether & d'une terre sanguine &
ignée, remplie d'une infinité d'esprit,
il paraît sous une consistance gommeuse,
d'une nature subtile, chaude
& coulante sa propre substance & un
certain sel divin animé & d'une couleur
pourprée & pour parler plus
juste, c'est l'âme métallique dans sa
dernière perfection, que Raymond Lulle
appelle filium solis.

Du Prêster de Zoroaster.

On ne saurait assez admirer comme
la terre, qui est une masse si pesante
se puisse soutenir d'elle même,
étant une substance se mouvante sur
les eaux, au travers de laquelle passent
les choses légères & minces,
telles que sont l'eau & l'air, je ne
crois pas, qu'il se trouve des gens si
peu intelligents pour s'imaginer, que
la terre se pusse soutenir par quelque
artifice géométrique en quoi
certainement il y aurait d' l'impossibilité,
parce que les ouvrages de la
main de Dieu étant vivants & naturels
F rels

@

( 82 )

ne peuvent être maintenus que par
lui-même, si l'on supposait, que le
monde fût maintenant de lui-même,
il en suivrait nécessairement sa chute
& sa précipitation à cause de sa pesanteur
excessive, & il est certain, que
s'il n'était animé par son principe, il
ne pourrait jamais se soutenir; cet
esprit d'intelligence est le prester suivant
la pensée du grand Zoroaster expliqué
par Julien le Chaldéen; le mot
de Préster vient du terme grec πρεσ
τεν, c'est-à-dire Uro & signifie clarté
ou un certain tourbillon ou vent brûlant:
mais selon le sens de nôtre Caldéen,
c'est un esprit de feu & de vie,
c'est une influence de la Divinité, qui
vient de la terre des vivants, savoir
de la seconde personne, que les Cabalistes
appellent le levant ou l'être surnaturel,
parce que comme la lumière
naturelle du Soleil fut créée au commencement
du monde du côté de l'orient,
aussi la lumière surnaturelle a
été manifestée en la seconde personne,
parce qu'il est le principe de la création,
le commencement des Voies de
Dieu, & la première manifestation de
la lumière du Père dans la génération
surnaturelle de cette terre des Vivants,
vants,

@

( 83 )

dont il est parlé ci-dessus, de
laquelle vient & dérive la vie & l'esprit,
suivant le sentiment de Mekkubalim
que voici: toute bonne âme
est une âme nouvelle venant de l'orient;
c'est à dire Cocmach ou le second
sephiroth, qui est le fils de Dieu;
pour plus grande intelligence de cette
descente d'âme est nécessaire de nous
rapporter à un autre sentiment des Cabalistes
que voici. Les âmes descendent
de la troisième lumière vers le
quatrième jour de là vers le cinquième
elles en sortent ensuite pour entrer
dans le corps ténébreux & obscur.

Pour avoir connaissance de ce Mystère,
il faut que vous sachiez auparavant
qu'il y a trois lumières suprêmes
sephirots, que les Cabalistes appellent
le siège où est assis Sanctus, Sanctus,
Sanctus Domimus Sabaoth: la troisième
de ces lumières, d'où descendent
les âmes c'est binach le dernier des
trois sephirots, qui est le Saint Esprit
enfin donc que vous connaissiez de
quelle manière cette descente procède
du St Esprit, je m'étendrai un peu
sur ce sujet parce que les Cabalistes
me paraissent très obscurs en cette matière:
F 2 tière:

@

( 84 )

spirare disaient les juifs, c'est
souffler, qui est le propre du St. Esprit,
& nous lisons dans la genèse,
que Dieu souffla dans Adam le souffle
de la vie, dont il devint une âme
vivante, vous remarquerez, que la
troisième personne est la dernière des
trois, ce n'est pas pour marquer quelque
inégalité en elles, mais seulement
pour signifier l'ordre de l'opération,
& à cause de cela il agit le dernier;
le St. Esprit ne pouvait pas inspirer
une Ame dans Adam sans auparavant
l'avoir reçue ou l'avoir de lui-même,
or il est certain, qu'il l'a reçoit
& ce qu'il reçoit, il le souffle dans la
nature, ce qui est cause, que les Cabalistes
disent, que le St. Esprit est
un fleuve sortant du Paradis, parce
qu'il en découle comme le courant
d'une rivière découle de sa source;
ils le nomment aussi la mère des fils,
à cause, que par ce souffle il semble
qu'il soit délivré de toutes ces âmes
qu'il reçoit continuellement de la seconde
personne, pour faire voir que
le St. Esprit reçoit de la seconde personne;
Jésus Christus Lui-même le
confirme en ces mots, quand l'esprit
de vérité sera venu, il vous instruira
en

@

( 85 )

en toute vérité, il ne parlera pas de
lui-même, & il ne vous dira que ce
qu'il aura entendu, en vous découvrant
les choses à venir, il me glorifiera &
vous révélera tout ce qu'il aura reçu
de moi, parce que toutes les choses,
qu'a mon père, sont à moi, c'est pourquoi
je vous dis, qu'il prendra du
mien pour vous l'annoncer; par tout
ceci nous voyons clairement, qu'il y
a une certaine subordination ou ordre
régulier dans les opérations de la St.
Trinité, puisque Jésus-Christ nous dit,
qu'il reçoit de son père, & que le St.
Esprit reçoit de Lui. Le Père est le
principe, qui conçoit toutes choses, &
le fils est le principe par lequel elles
sont créées, ainsi qu'il se voit dans la
St. Ecriture par ces mots, c'est par
Lui que le monde à été fait, & néanmoins
le monde ne l'a point connu,
il est venu dans le monde, & le
monde ne l'a point reçu; il est donc
évident, que Terra viventium ou la
terre éternelle du feu lumineux pousse
& bourgeonne des fleurs spirituelles
& ignées, qui sont appelées les âmes,
de même que la terre naturelle d'ici
bas produit des animaux, des végétaux
& des minéraux.
F 2 Dans

@

( 86 )

Dans ce sens Mystérieux le prester
est défini par les oracles, la fleur du
feu minée & déliée, mais enfin que
l'on puisse parvenir à une connaissance
plus claire, il est à propos de vous
alléguer cet exemple, vous savez
qu'aucun architecte ne peut bâtir une
maison sans auparavant poser un fondement,
sans lequel son bâtiment ne
pourrait se soutenir, ainsi lorsque
Dieu créa le monde il n'y avait aucun
fondement sur lequel il le posa, donc
la question est de savoir, sur quoi il
fonda ce vaste & grand édifice, certainement
il le fonda en lui & sur
lui-même comme un base & un centre
sur lequel cet univers est soutenu.

Dieu donc par son esprit éternel
est le fondement & le vrai centre du
ciel & de la terre, & tout ainsi que
nos corps sont soutenus par nos esprits
qui en sont les centres & les fondements,
aussi Dieu selon l'écriture ou
l'Apôtre dit, qu'il soutient toutes
choses par la puissance de sa parole,
& tient ce globe terrestre en équilibre
sans qu'il puisse ébranler, qu'à la fin
des siècles; par où je conclus, que cet
esprit divin & le feu sont les colonnes,
nes,

@

( 87 )

& les piliers, sur lesquels tout
l'édifice universel est posé, & sans lesquels
il ne pourrait se maintenir ni
subsister un seul moment.

Ce même feu ou prestre est le
trône de la lumière de la divine sagesse,
& l'esprit de vie émané de Dieu
parce qu'il est la base & le acte universel
de toutes choses, sans lequel
les créations ne pourraient subsister,
on voit tous les jours des effets si extraordinaires
soit de sympathie soit d'antipathie,
qui sont causez par la nature
attractive & répulsive du prester selon
le plus ou le moins de proportion
que les choses ont entre elles, que
l'on a de la peine à se l'imaginer,
c'est pourquoi il n'est pas aisé de parvenir
à la connaissance claire & distincte
de ce prestre ou esprit de feu;
toute fois il est à propos de voir, si
par l'analyse des corps naturels on
pourrait en quelque manière le pénétrer.

Par exemple, si quelqu'un séparait
toutes les parties d'un édifice pour
en découvrir le fondement, il parviendrait
enfin à la base, sur laquelle il
serait posé, de même faisant la séparation
F 4 ration

@

( 88 )

distincte de quelque cause naturelle,
on y découvrirait enfin la base,
qui est cette lumière secrète & invisible,
appelée le prestre, & qui est le
feu incompréhensible de la manifestation
de Dieu, on y verrait aussi cette
intelligence, qui y était cachée, laquelle
est le soutient, le fondement,
la base, le centre, l'agent & le moteur
de tout ce qui a l'être, ce qui
donne la forme extérieure aux corps:
je ne dois pas omettre, que celui
qui a une fois passé la quaster, qu'on
appelle vulgairement le ciel cristallin:
(& que le Prophète Roi définit par ce
mots, aquae quae super caelos sunt,
laudent nomen Domini:) entrera dans
le ciel de feu, qui est appelé le ciel
intelligible, connaîtra visiblement caché
ou vulgaire, il découvrira le concert
merveilleux qui est entre le préstre
ou monde, de feu & le soleil,
qui est le feu céleste visible, il connaîtra
aussi l'amour secret, qui est
entre le ciel & la terre, il aura une
parfaite Intelligence du profond cabalisme,
& il vérifiera le dire d'un ancien
en ces mots, il n'y a point de
plante ici bas, qui n'ait une étoile
ou firmament laquelle s'adresse à elle,
&

@

( 89 )

& la vertu de croître, il remarquera
que cet Esprit de feu a la source en
la terre spirituelle de feu, & en reçoit
une secrète influence, dont il se
nourrit comme les plantes sont nourries
du lait, qu'elles reçoivent de leurs racines
dans cette terre commune, il
apercevra ce feu du prêstre descendre
du ciel en terre contre sa nature
qui est léger & subtil & dont le penchant
naturel est de monter plutôt
que descendre, mais comme le feu
d'ici bas est de la même nature que
ce qui est en bas, & ce qui est en
bas est de même nature que ce qui est
en haut pour produire les merveilles
d'une même & seule chose, il verra,
comme ce même feu ayant agit sur
quelques corps inférieur, remonte derechef
vers le ciel, enfin de le subtiliser
& glorifier ensuite.

Pour conclusion il faut remarquer,
que le grand & le suprême mystère
de la sagesse est de multiplier le prêstre
& de le placer dans l'Ether le
plus serein que Dieu a créé exprès
pour rendre ce feu plus lumineux,
cet Esprit doit être disposé de telle
sorte, qu'il ait la puissance de résoudre
F 5 dre

@

( 90 )

en un moment à leur principe les
corps les plus anatiques qui soient
dans la nature, pour cet effet, il faut
mettre ce prêstre dans l'Ether ou son
cahos, de la même manière que Dieu
a placé les étoiles dans leurs ciel, car
ce lieu là est son repos, il lui est
vital, & échauffera sans brûler, il faut
avouer que c'est un mystère qui est
difficile aux hommes de bien comprendre,
il faut que ce feu ou prêstre
demeure comme une lumière dans
un lieu obscur.

Du sel vert.

C'est une teinture de la mine saphirique
& pour le définir plus nettement,
c'est l'air de nôtre petit monde
du feu invisible; il produit quatre
effets admirables, qui sont: santé,
Jeunesse, Richesse & grandeur, en quelque
part qu'il se découvre, c'est un
signe infaillible de vie; ainsi, qu'on
le peut remarquer au printemps, où
toutes choses reverdissent, dont la vue
& l'apparence sont si aimables, qu'elles
réjouissent l'esprit de l'homme le saphir
spermatique est excentré de la
terre céleste, lequel introduit peu à
peû

@

( 91 )

peu dans l'Ether sa teinture ainsi que
nous le voyons clairement, il contient
en soi toutes les qualités, &
il renferme trois diverses essences,
qui se peuvent voir réellement & sensiblement,
ce qui a fait résoudre
Polodorus ce problème de Mathématique
qui est, que Pythagore devait
faire un sacrifice de cent boeufs, lorsqu'il
aurait découvert, que la soustendante
d'un triangle était équivalente
aux autres parties qui les contiennent.

Du Diapason ou parfum
Magique.

Il est composé de la terre saphirique
& de l'Ether, quand il est exalté
à la plus haute perfection, il paraît
comme un étoile brillante, de laquelle
sorte un air frais presque semblable
à celui qui vient de l'orient en la
plus belle saison de l'année, il y a
une faculté attractive tout à fait extraordinaire
parce qu'étant exposé à
l'air il attirera toutes sortes d'oiseaux.
De

@

( 92 )

De la Régénération & Glorification
de l'agent naturel.

On a suffisamment découvert les
principes de notre Cahos, il ne reste
que de montrer, quel est l'usage que
l'on en doit faire, il est nécessaire de
faire revenir cet agent naturel avec une
nouvelle vie, & il sera régénéré par
l'eau & l'esprit; ces deux agents se
trouvant en toutes les choses, parce
que Dieu les y a mis, ce qui a du rapport
avec les paroles de Trimégiste,
qui dit, que chacune chose contient
en soi la semence de la régénération,
l'ouvrage s'achève ensuite par
un ouvrier invisible, car il y a une
secrète meubation de l'esprit de Dieu
sur la nature: Il faut seulement observer
que la chaleur externe se trouve
dans un degré proportionné au feu intérieur
naturel, cet ouvrage ayant du
rapport avec la génération de l'homme,
la nature se sert de l'eau pour laver
& purger les corps, & l'esprit le
rend ensuite un corps céleste & immortel:
Il faut se souvenir de l'excellent
passage de l'écriture sainte, qui
dit, Verbum caro factum est, qui signifie
l'union du créateur avec la créature,
ature,

@

( 93 )

le temps avec l'éternité, le ternaire
avec le quaternaire, qui font un
nombre parfait & composent le septénaire,
qui est le véritable Sabaoth, le
repos de Dieu, dans lequel les créatures
doivent entrer & se reposer,
c'est l'effet de l'opération surnaturelle
de l'archétype, qu'il serait nécessaire
de savoir pour bien comprendre &
mettre en exécution le Mystère ou
type, qui est l'image de l'Archétype.

De la descente ou métempsycose de
l'âme du monde.

Il y a deux espèces de fermentations
l'une Spirituelle & l'autre corporelle,
la spirituelle est celle qui se
fait par la multiplication des teintures
qui sont les ferments spirituels, qui
ne sont ni or ni argent vulgaire, parce
qu'ils sont morts, & n'ont aucune
vie en eux, mais l'or & l'argent de
Philosophes sont vivants spirituels &
principes des corps, la fermentation
corporelle, qui est la descente, dont il
sera parle ci-après, après qu'on a
développé les principes vivants, qui sont
dans une consistance coulante dans le
feu, & qui le coagule au frais & qui
est

@

( 94 )

est luisant comme le Soleil; qui conque
prétendrait faire la projection de
cette seule substance solaire ou lunaire
il se tromperait infailliblement, parce
que difficilement il rencontrerait la
juste proportion, c'est pourquoi les
Philosophes ont pris une partie de
leurs substance solaire ou lunaire à la
quelle ils ont ajouté dix parties du
soleil ou de la lune vulgaire selon la
qualité du ferment, après quoi un
seul grain de cette composition ou
mixtion convertit comme poudre rouge
ou blanche, & au contraire le corps
solide de l'or ou de l'argent vulgaire
affaibli la force spirituelle du grain de
l'argent, parce que sa force & vertu
qui est spirituelle descend comme il a
été dit ci-dessus.
Cette descente ou incorporation a
été appelée par quelques Philosophes
la fermentation corporelle, mais à l'égard
des principes, qu'on appelle les
ferments spirituels, les Philosophes ne
se sont servi d'aucun métal pour leur
production, quoique quelques modernes
aient taché à l'insinuer par leurs
écrits; les anciens sages ne s'en sont
servis que pour imprimer une qualité
métallique dans les agents afin de leur
don-

@

( 95 )

donner ingrès dans les espèces métalliques
pour leurs transmutations d'imparfait
en parfait; Les anciens Philosophes
ont appelé cette composition
leurs élixir, qui se peut porter facilement
sur soi, mais non pas les agents
ci-dessus, parce qu'ils sont un feu si
subtil & si humide qu'il n'y a que le
verre qui le puisse contenir.
Quant à la métempsycose elle a
donné lieu à d'autres erreurs pour avoir
été mal entendue de la plupart
des gens, Pythagore l'a uniquement
appliqué aux secrètes opérations de la
sagesse, elle doit être entendue selon
lui de la composition qui fait l'élixir
ou la médecine préparée, de laquelle il
faut prendre une partie, & la mettre
sur mil autres d'argent vif commun &
il se changera en or & en argent très
pur, qui souffrira la coupelle, le ciment
royal & l'essai du feu le plus violent
sans aucune perte ni diminution de
substance métallique.
Il reste à donner un secret rare &
inconnu jusqu'à présent c'est ce cahos,
qui dans la première analyse est une
substance ternaire, le saphir de ce cahos
qui est son centre est pareillement
ternaire, qui sont deux triangles, qui
sont

@

( 96 )

sont le septénaire pythagorique ou
nombre conjugal.

Ces ternaires conjoints produisent l'unité
métaphysique qui est la septénaire
ou Sabaoth, dans lequel enfin avec l'assistance
de Dieu cet ouvrage doit reposer
derechef, chacune de ces six parties ou
portions est le binaire, & ces duplicités
sont différentes & contraires, dont vous
avez ici le dodécaèdre, qui fait douze,
savoir six contre six dans division ou différence
de laquelle résulte la paix & l'union,
& par cette union se découvre l'infinité
& la trinité, les Cabalistes disent,
que dans les sept parties se rencontrent
deux ternaires, & qu'il y en a un au milieu,
Douze sont en guerre, trois sont
amis, & trois sont ennemis, trois vivifient
& trois donnent la mort; Dieu est le
Roi fidèle, qui de l'autel de sa sainteté
donne sur tout, un sur trois, & trois sur
sept, & sept sur douze, tous lesquels sont
armés l'un contre l'autre, après quoi
résulte l'unité.

F I N I S.


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