@
Réfer. : 0007 .
Auteur : Anonyme (Batsdorff).
Titre : Le Filet d'Ariane.
S/titre : Pour entrer avec seureté dans le Labirinthe...
Editeur : Laurent d'Houry. Paris.
Date éd. : 1695 .
@
L E
F I L E T
D' A R I A D N E,
POUR
ENTRER AVEC
seureté dans le Labirinthe de
la Philosophie Hermetique.
Vir impius non cognoscet: & stultus non intelliget
haec. Ps. 91.
A
P A R I S, Chez Laurent D'HOURY, ruë S. Jacques,
devant la Fontaine Saint Severin,
au Saint Esprit.
-------------------------------
M. DC. XCV.
Avec Privilege du Roy.
@
@
@
@
AVERTISSEMENT.
J'AI longtemps balancé avant que
de me résoudre à mettre la main
à la plume pour composer ce petit
Traité, dissuadé de le faire par les
mêmes raisons, qui ont empêché
tous les Philosophes d'enseigner leur
Science autrement qu'ils nous l'ont
laissée, avouant qu'ils n'ont écrit
que pour les Enfants de l'Art, &
non pour les Ignorants, ni autres
personnes qui en auraient pu abuser;
& qu'ils se sont plutôt étudiés
à la cacher qu'à la vouloir mettre en
évidence: En effet il y en a qui ont
composé plusieurs volumes, chacun
desquels contient bon nombre
de Chapitres, qui sont autant de
voiles qu'ils mettent devant les yeux
de ceux qui s'imaginent pouvoir pénétrer
leurs mystères, où ils se sont
à ij
@
AVERTISSEMENT.
rompus inutilement la tête. Les
Chimistes mêmes se persuadent que
cette Science est de leur compétence
& non de celle d'autrui,
voyant souvent dans leurs Livres les
termes de
Sublimations, Solutions,
Dissolutions, Digestions, Calcinations,
Imbibitions, Coagulations, &
une infinité d'autres termes dont
on se sert dans la Chimie.
Sur quoi travaillant, ils ont fait
cent brouilleries qui n'ont rien produit
que de la confusion dans leurs
esprits & de la dépense inutile dans
leurs Laboratoires, parce qu'ils ont
pris à la lettre les dires des Philosophes
qui doivent s'expliquer tout
autrement: & comme il y a peu de
Personnes, qui puissent, comme il
faut, manifester leurs dires & manières
de parler, j'ai fait exprès un
Dictionnaire qui explique fort nettement
ce qui est le plus difficile
afin de satisfaire en quelque façon
les Curieux, & désabuser ceux qui
@
AVERTISSEMENT.
se ruinent inconsidérément, voulant
travailler sur une Science qu'ils
n'ont jamais apprise, & par conséquent
qu'ils ne peuvent bien savoir,
ni mettre en usage.
Et quoi qu'on voie dans les Livres
des Sages, tant de Chapitres
avec des noms différents; Soyez
averti (cher Lecteur) que ce n'est
que pour mettre de la confusion dans
les esprits, & qu'ils disent ou écrivent
une même chose en cent façons
différentes, & mettent à la fin
de leurs Volumes, ce qui devrait
être au commencement, & la fin
au milieu, & le milieu dès le second
ou le troisième feuillet. Outre
que quelquefois ce qu'ils ont dit en
un endroit, ils le révoquent dans
un autre, disant qu'il ne faut pas s'y
arrêter.
Quelques-uns disent, que lorsqu'ils
semblent parler le plus clairement,
c'est alors qu'ils sont plus
obscurs & le moins intelligibles;
@
AVERTISSEMENT.
c'est ce qui a fait dire à la plupart
des hommes, que comme ces Livres
sont composés autrement que
les autres, qu'ils sont Livres faits à
plaisir, pour amuser les gens d'une
Science imaginaire qui n'a point de
fondement, & qui promet des Trésors
chimériques; C'est pourquoi,
ceux qui n'y peuvent rien comprendre,
& qui n'ont pas l'esprit assez
pénétrant pour développer le sens
des paroles des Sages, ne nomment
point autrement que fols & visionnaires
ceux qui s'y attachent, &
ferment la bouche à ceux qui en
veulent parler.
J'avoue qu'il n'y a rien de si rebutant
que la lecture de ces Livres,
à une personne qui ne les entend
pas, & qui n'en a pas les clefs;
mais aussi il faut demeurer d'accord
que ceux qui les ont & qui les entendent,
sont ravis de voir la subtilité
de l'esprit des Philosophes
pour cacher leur Science, & il n'y
@
AVERTISSEMENT.
a pas une page, où ils ne remarquent
quelque trait nouveau qui
les satisfait pleinement.
Quant à moi, on ne peut pas
parler plus nettement, plus sincèrement,
plus intelligiblement, ni
avec plus d'ordre, sans pourtant dire
trop clairement quelques principes,
qui au lieu de faire du bien,
feraient sans doute beaucoup de
mal, si je les avait déclarés autrement,
parce que ce mien petit Travail
pourrait tomber entre les mains
de plusieurs personnes, qui en pourraient
mésuser au préjudice de leur
salut.
Encore que toute la substance de
ce petit Traité se puisse écrire en
moins de cent paroles, je m'y suis
beaucoup étendu, non pas pour m'ériger
en Philosophe, d'autant que
j'écris trop clairement pour cela, &
avec des termes vulgaires que j'affecte
contre l'usage des mêmes Philosophes;
mais je l'ai fait ainsi exprès,
@
AVERTISSEMENT.
afin que rien n'y manque de
tout ce qu'on peut y désirer, & que
ceux qui le liront n'aient point besoin
d'Interprète pour éclaircir les
difficultés qui pourraient naître dans
leur esprit.
Reste à dire que le travail de la
Pierre n'est pas grand, que la dépense
est très modique, & qu'il n'y
a que le temps qui est long; c'est
pourquoi il faut faire bonne provision
de patience & ne se pas ennuyer,
& devant que de commencer,
se dégager du soin de toutes
affaires temporelles autant qu'on
pourra.
LE
@
1
| L E F I L E T | |
| D ' A R I A D N E. | |
| |
|
| --------------------------- | |
| |
|
| Discours préliminaire sur la Pierre |
|
| des Sages. | |
| |
|
A Science Hermétique est | La Science
|
| si cachée, qu'elle s'appelle | d'Hermès
|
| avec raison, la Science de | Science se-
|
| la Philosophie secrète; Les | crète, &
|
| autres Sciences s'apprennent par la | pourquoi.
|
| lecture des Livres, d'autant qu'ils sont |
|
| composés de termes ordinaires & intelligibles; |
|
| mais celle-ci ne peut être |
|
| comprise par la lecture mille fois réitérée |
|
| de ceux des Philosophes, d'autant | Comment
|
| que leurs termes ne se doivent pas | il faut ex-
|
| prendre à la lettre, mais mystiquement, | pliquer les
|
| similitudinairement, allégoriquement, | Livres des
|
| & énigmatiquement. | Philoso-
|
| Si est-ce pourtant que grand nombre | phes.
|
| A | |
@
2
Le Filet| |
|
| | de personnes s'y attachent, les uns |
| | par curiosité, les autres dans l'espérance |
| | d'y rencontrer de l'utilité; Encore |
| | s'ils ne faisaient tous que lire & |
| | tâcher de pénétrer le sens des Livres |
| | des Sages, cela serait en quelque façon |
| | tolérable; mais la plupart consomment |
| | leurs biens, & ensuite ceux des |
| | autres, à travailler & à chercher ce qu'ils |
| | ne trouveront jamais. |
| Abus des | En bonne foi, ces gens me font pitié
|
| Chimistes, | de s'attacher si opiniâtrement à chercher
|
| souffleurs | avec tant de frais, & de perte de
|
| & Cher- | temps, & à vouloir faire une chose qu'ils
|
| cheurs. | ne savent pas, ni même le moindre
|
| | des principes. Dans tous les Arts il |
| | faut bien savoir les principes & le |
| | moyen d'opérer, & celui-ci qui est |
| | l'Art des arts, ils le veulent entreprendre, |
| | sans en savoir ni le commencement, |
| | ni le progrès, ni les moyens de |
| | conduire leur ouvrage à une due & raisonnable |
| | fin. |
| | Cela est donc contre le bon sens, car |
| | tout homme prudent doit premièrement |
| | apprendre la Science, s'il peut; |
| | c'est-à-dire, les principes & les moyens |
| | d'opérer, sinon en demeurer là, sans |
| | follement employer son temps & son |
@
d'Ariadne. 3
| bien, & en outre celui des autres. Or |
|
| je prie ceux qui liront ce petit Livre, |
|
| d'ajouter foi à mes paroles. Je leur dis |
|
| donc encore une fois, qu'ils n'apprendront |
|
| jamais cette Science sublime par |
|
| le moyen des Livres, & qu'elle ne se | La Science
|
| peut apprendre que par révélation divine; | d'Hermès
|
| c'est pourquoi on l'appelle Art | est nommé
|
| divin, ou bien par le moyen d'un bon | art divin.
|
| & fidèle maître: & comme il y en a | On ne peut
|
| très peu à qui Dieu ait fait cette grâce, | apprendre
|
| il y en a peu aussi qui l'enseignent, | la science
|
| d'autant que Dieu ne veut pas qu'elle | d'Hermès que
|
| soit sue de beaucoup de personnes, & | par révélation
|
| que ceux qui la savent doivent lui répondre | ou par un maître.
|
| de la probité de leurs disciples; | Les Sages
|
| c'est ce qui a mu les Sages à la laisser | ont écrit
|
| à la postérité voilée de divers nuages, | en termes
|
| de divers termes ambigus & mystiques, | ambigus.
|
| de comparaisons, similitudes, |
|
| analogies, de métaphores, de fables, |
|
| & de diverses confusions, dont ils se |
|
| sont adroitement avisés & servis, sans |
|
| jamais rien dire que de véritable. |
|
| Ils ne renseignent donc pas de suite | Vues des
|
| comme sont tous les autres Auteurs, | Philoso-
|
| mais en confusion & sans ordre, mêlant | phes.
|
| toutes les parties les unes avec les |
|
| autres, répétant cent fois une même |
|
| A ij | |
@
4
Le Filet| |
|
| | chose avec des termes différents, imposant |
| | cent noms différents à la même chose, |
| | & nommant d'un même nom diverses |
| Divers | matières & divers sujets. Ils lui
|
| noms de | donnent divers noms suivant les diverses
|
| la Pierre. | couleurs ou changements qui arrivent
|
| | dans le progrès du travail: quand |
| | elle est au noir, ils la nomment leur |
| | airain; quand elle a passé de la noirceur |
| | à la citrinité, leur or; quand elle |
| | est venue à une troisième couleur, la |
| | fleur de l'or; quand elle a encore passé |
| | outre, ils l'appellent ferment: & quand |
| | elle est au rouge parfait, le venin des |
| | Teinturiers. |
| | Ils confondent la vérité avec beaucoup |
| Dessein | de choses inutiles; & le plus souvent
|
| des Philo- | contraires; ils font la même chose
|
| sophes en | en donnant plusieurs régimes & donnant
|
| écrivant | le change de l'un à l'autre, & tout
|
| | cela pour cacher leur Science, & faire |
| | qu'elle ne soit sue que par les personnes |
| | d'élite, par les gens de bien & d'un |
| | bon entendement, & pour en priver |
| | ceux qui pourraient en abuser & s'en |
| | servir à la perte de leurs âmes, & contre |
| | l'intention de Dieu. |
| | Les Sages n'en font pas la petite bouqu'ils |
| | che, ils avouent franchement eux-mêmes, |
@
d'Ariadne. 5
| n'ont écrits que pour les enfants | Les Phi-
|
| de la Science: & que quand ils | losophes
|
| semblent parler le plus clairement, | n'ont écrit
|
| c'est alors qu'ils sont le moins intelligibles | que pour
|
| & le moins croyables; c'est pourtant | les enfants
|
| à quoi s'attachent les Ignorants & | de la Scien-
|
| les Sophistes qui travaillent sur le Soufre, | ce.
|
| le Mercure, & l'Arsenic du vulgaire, |
|
| & ils ne trouvent rien. Ils n'ont |
|
| écrit, disent-ils, que pour donner à |
|
| ceux qui ont, & ôter à ceux qui n'ont |
|
| pas, suivant le dire de l'Ecriture: |
|
| Habenti dabitur; ab eo autem qui |
|
| non habet, etiam quod habet auferetur |
|
| ab eo. |
|
| Ils disent que dans leur Art, on ne | Dans cet
|
| parle pas vulgairement: d'où il s'ensuit | Art on ne
|
| qu'il n'y a rien de si fâcheux & dégoûtant | parle pas
|
| que la lecture de leurs Livres, parce | vulgaire-
|
| qu'on n'y peut rien comprendre | ment.
|
| sans avoir les clefs propres pour ouvrir |
|
| les portes de leurs cabinets, qui sont | Il y a trois
|
| au nombre de trois principales, outre | clefs prin-
|
| quelques autres de moindre importance. | cipales &
|
| Ces principales sont, la vraie | quelques
|
| matière sa préparation, & le régime; | autres de
|
| lesquelles clefs, tous ces Chercheurs | moindre
|
| n'ont jamais trouvées chez les bons | importan-
|
| Artistes, & ne les trouveront point, | ce.
|
| A iij | |
@
6
Le Filet| |
|
| | sans les deux moyens ci-dessus. |
| Il n'y a | Ils ont donc enseigné plusieurs régimes,
|
| qu'un régime | quoi qu'il n'y en ait qu'un; ils
|
| | disent prenez ceci, prenez cela, mettez |
| | ceci & cela, & il ne faut rien prendre |
| | ni ajouter; car la nature contient |
| | en soi tout ce qui lui est nécessaire, & |
| | il ne faut point non plus ouvrir le vaisseau |
| | qui a été une fois scellé & fermé, |
| | jusqu'à ce que l'Artiste ait conduit son |
| Ruses des | ouvrage à la dernière perfection.
|
| Philoso- | Ils confondent aussi souvent la matière
|
| phes pour | avec leur mercure, & parlant de
|
| cacher leur | la sublimation, ils la nomment diversement.
|
| Science. | Ils feignent diverses opérations,
|
| | séparations, & divers poids |
| | qu'ils appellent tantôt d'une manière, |
| | tantôt d'une autre. Ils écrivent beaucoup |
| | de choses qu'ils ne font pas; par |
| | exemple lorsqu'ils parlent de la dissolution, |
| | distillation, descencion, ablution |
| | & calcination de la Pierre, ils |
| | font un Chapitre à part de chacune, |
| | encore que ce ne soit qu'une seule & |
| | même opération, qu'ils ne font pas; |
| | mais bien la Nature seule, avec l'aide |
| | de l'Art. |
| | Quelques-uns n'ont pas parlé du |
| | commencement ni de la fin de l'ouvrage, |
@
d'Ariadne. 7
| & n'ont parlé que du milieu; |
|
| d'autres n'ont parlé que du commencement, |
|
| & d'autres seulement de la |
|
| fin; & s'ils ont dit quelque chose des |
|
| autres parties, c'est si peu, qu'il n'y a |
|
| que les Savants & les yeux de Lynx |
|
| qui s'en puissent apercevoir: d'où on | Pourquoi
|
| doit conclure, que toutes leurs ruses, | les Sages
|
| énigmatiques, ne sont employées que | ont écrit
|
| pour aveugler les Ignorants, rebuter les | comme ils
|
| méchants, & détourner les uns & les | ont fait.
|
| autres du droit chemin de parvenir au |
|
| but tant désiré: Ut videntes non videant, |
|
| & intelligentes non intelligant. |
|
| Pour faire justice aux Sages, disons | |
| qu'outre les raisons ci- dessus; il n'est |
|
| pas raisonnable qu'ils enseignent leur |
|
| Science autrement qu'ils font, d'autant |
|
| qu'elle leur coûte beaucoup de temps, |
|
| de peine & d'étude, & qu'ils prétendent |
|
| en agissant ainsi, que ceux qui |
|
| désirent y parvenir, l'achètent au même |
|
| prix qu'eux, si Dieu veut permettre |
|
| qu'ils arrivent à ce grand bien: c'est |
|
| pourquoi ils ont engagé leurs disciples, |
|
| & ceux qui la savent, à garder |
|
| inviolablement le silence, à être prudents |
|
| & avisés à leur exemple, & ne |
|
| A iiij | |
@
8
Le Filet| |
|
| Pourquoi | s'expliquer que par des termes ambigus
|
| les Philo- | & énigmatiques; quoi faisant, ils
|
| sophes sont | acquerront le glorieux titre de Sages,
|
| appelés | qu'eux-mêmes n'ont mérité que par là.
|
| Sages. | Ils ont même donné divers noms à
|
| Pourquoi | la Pierre, suivant les diverses couleurs
|
| ils ont don- | qui se font voir dans le travail, & même
|
| né divers | à cause qu'elle contient en soi plusieurs
|
| noms à la | choses, & qu'elle est composée
|
| Pierre. | des quatre éléments; & encore parce
|
| | qu'elle a en soi les vertus & propriétés |
| | de toutes choses, soit minérales, végétales |
| | & animales, aussi bien que des |
| | corps célestes. Les envieux ont encore |
| | multiplié le nombre de ses noms, pour |
| | donner le change & faire errer; mais |
| | tous ces envieux & ceux qui ne le sont |
| | pas conviennent d'un nom, qui est de |
| | l'appeler Pierre en son commencement, |
| | en son progrès, & en sa fin. |
| Pourquoi | Et pourtant elle n'est nullement pierre
|
| les Philo- | ni en l'un ni en l'autre état; & pour
|
| sophes ont | dire ingénument la vérité, elle ne
|
| nommé leur | l'est qu'en puissance & en similitude,
|
| art du nom | & non pas en nature: & d'autant plus
|
| de pierre. | qu'elle demeure au feu, dit Arnaud
|
| | de Villeneuve, d'autant plus elle augmente |
| | en bonté, ce que ne font pas |
| | les autres pierres ni les autres corps, car |
@
d'Ariadne. 9
| elles y sont brûlées & consumées; |
|
| mais au contraire, la Pierre des sages |
|
| est fondante au feu & y demeure volontiers, |
|
| d'autant qu'il est sa nourriture & |
|
| qu'il cause sa perfection, pour cet effet |
|
| les Philosophes ont nommé pierre tout |
|
| ce qui persiste au feu. Il faut encore |
|
| dire une autre raison pour laquelle ils |
|
| l'appellent pierre, c'est que sur elle |
|
| comme sur une vraie pierre & solide |
|
| fondement, ils établissent leurs richesses |
|
| & leurs fortunes. |
|
| Tant plus une chose s'éloigne de son | |
| principe, tant plus elle s'éloigne de sa |
|
| perfection naturelle: l'eau d'une fontaine | Différence
|
| est très pure en son commencement | entre tou-
|
| & sortant de sa source, mais elle | tes les cho-
|
| prend & entraîne avec soi du limon & | ses créées &
|
| de la boue, en suivant son penchant & | la Pierre
|
| s'en allant dans une rivière. Il en est | des Sages.
|
| ainsi de toutes choses; il n'y a que |
|
| la pierre qui se perfectionne toujours, |
|
| plus elle s'éloigne de son origine: |
|
| car elle perd toujours de sa perfection |
|
| & de son excellence, à mesure |
|
| qu'elle rétrograde par la projection qui |
|
| s'en fait sur les métaux imparfaits, & |
|
| qu'elle retourne vers son principe. |
|
| Ce qui a fait bien de la confusion | |
@
10
Le Filet| |
|
| Malice des | & du désordre dans la science d'Hermès,
|
| sophistes | c'est que les sophistes ont été la
|
| contre la | cause qu'elle a été fort décriée, ayant
|
| science | composé bon nombre de Livres remplis
|
| d'Hermès. | d'erreurs, qu'ils ont autant malicieusement
|
| | que faussement attribués |
| | aux Philosophes, à cause qu'après avoir |
| | beaucoup travaillé, ils n'ont pu faire |
| Ce qui a | aucune découverte: & pour se venger,
|
| décrié la | se sont avisés de ce moyen infâme pour
|
| Science | ternir la réputation qu'ils s'étaient acquise;
|
| Philoso- | & ceux qui ont lu les Livres de
|
| phes. | ces Sophistes, les ayant voulu mettre en
|
| | pratique, suivant ponctuellement tout |
| | ce qu'ils prescrivaient, & enfin se voyant |
| | abusés, ils ont dit que cette Science n'avait |
| | rien de vrai, ni de solide, & que |
| | ce n'était qu'une Science imaginaire |
| | comme un conte fait à plaisir, afin d'entretenir |
| | les esprits faibles & crédules |
| | dans de grandes espérances; nous |
| | témoignant par là que leur mépris ne |
| | provenait que de leur ignorance & du |
| | manque d'y avoir fait de bonnes & |
| | solides réflexions, ou d'avoir rencontré |
| | un maître qui eût eu la charité de |
| | les mettre dans le bon chemin. |
| | D'autres ont beaucoup lu les vrais |
| | Livres des Philosophes qui ne doutent |
@
d'Ariadne. 11
| nullement de sa possibilité qu'il n'y | Tous les
|
| ait des personnes qui l'aient conduite | croient la
|
| jusqu'à sa dernière perfection, & eux-* | possibilité
|
| mêmes croient la savoir sans avoir encore | de la pier-
|
| mis la main à l'oeuvre, car ils disent | re.
|
| qu'ils expliquent facilement les |
|
| dires & manières de parler des Philosophes; |
|
| mais ils n'en savent pas davantage, |
|
| j'estime qu'ils ne savent |
|
| rien, parce qu'il est du tout impossible |
|
| d'apprendre par les livres la Science |
|
| Hermétique, & que s'ils expliquent |
|
| quantité de choses de ces sortes de |
|
| Livres, ils les expliquent suivant |
|
| leur propre sentiment, & non conformément | Seul moyen
|
| au sens caché des Philosophes, | d'expliquer
|
| qu'il est très difficile de découvrir, | les Livres
|
| sans avoir les trois clefs principales | des Sages.
|
| dont nous avons parlé ci-dessus, |
|
| d'autant que ces livres sont conçus sous |
|
| des termes mystiques & non vulgaires. |
|
| L'ouvrage de la pierre Philosophale | Pourquoi
|
| s'appelle par excellence le grand Oeuvre, | la Pierre
|
| & l'oeuvre divin, d'autant que les | s'appelle le
|
| hommes ne sauraient faire en nature | grand oeu-
|
| aucune chose plus excellente, ni plus | vre & l'oeu-
|
| grande, tant pour conserver leur santé, | vre divin.
|
| que pour s'enrichir; c'est pourquoi |
|
| on peut à bon droit l'appeler un |
|
@
12
Le Filet| |
|
| C'est un | don de Dieu, qu'il donne à qui il lui
|
| don de | plaît, comme il fit à Hermès, & à
|
| Dieu. | quelques autres qui sont en petit nombre,
|
| | & c'est l'ordre de la Providence |
| | de Dieu, que tant plus une chose est |
| | relevée & a d'excellence, tant moins il |
| | y a de personnes qui en sont gratifiées; |
| | il n'y a que quelques âmes d'élite dégagées |
| | des affections aux richesses & |
| | vanités du Siècle, qui possèdent ce |
| | grand bien, & qui en soulagent les |
| | Pauvres. |
| | Pauci quos aequus amavit |
| | Jupiter, aut ardens evexit ad aethera |
| | [virtus. |
| | Ceux de cette élévation sont si rares, |
| | qu'on peut dire qu'il n'y en a presque |
| | point, d'autant qu'ils sont des ouvrages |
| | d'une cause surnaturelle qui les |
| | rend capables d'un si grand bien, & |
| | d'en faire un bon usage pour sa gloire |
| | & le soulagement des Pauvres, car ainsi |
| Les Philo- | ils sont faits les trésoriers de la Providence
|
| sophes sont | divine, auxquels Dieu inspire
|
| les tréso- | ses volontés pour les exécuter, ou leur
|
| riers de la | présente les occasions pour cela; c'est
|
| Providence. | pourquoi les Sages ont dit, aut sanctum
|
| | invenit, aut sanctum facit; D'où |
| | il faut conclure, que ceux qui par quelque |
@
d'Ariadne. 13
| occasion apprennent partie ou le | Quelque-
|
| tout de cette Science, sont empêchés | fois les An-
|
| d'y réussir par les Anges ou par les Démons, | ges ou les
|
| d'autant qu'ils en mésuseraient | Démons empê-
|
| & emploieraient de si grands trésors | chent le succès
|
| contre l'intention de Dieu, & à la perte | du travail
|
| de leurs âmes. | de la pierre.
|
| Il est encore appelé Oeuvre divin, | L'ouvrage
|
| lors de la partie du régime en laquelle | de la pierre
|
| l'âme de la pierre est jointe à son corps, | appelé oeu-
|
| parce que cela est fait en un moment, | vre divin.
|
| & dépend de Dieu seul & de la Nature |
|
| en laquelle Dieu opère, comme nous |
|
| dirons ci-après en son lieu. Il l'est encore, |
|
| d'autant qu'il est la forme & la |
|
| figure des Oeuvres admirables de Dieu |
|
| envers l'homme, & qu'il contient en |
|
| soi toutes les excellentes vertus de tout |
|
| ce qui est au monde, Quam admirabilia |
|
| sunt opera tua Domine, nimis |
|
| profunde factae sunt cogitationes tuae? |
|
| On est donc convaincu, que cette | |
| Science est un don de Dieu, qu'il donne |
|
| à peu de personnes, à cause de son | L'ouvrage
|
| excellence qui surpasse l'entendement | de la pierre
|
| humain va au-delà de sa capacité, | va au-delà
|
| quoique quelques Philosophes l'aient | de la capa-
|
| appelée Jeu d'enfants & ouvrage de | cité de l'homme.
|
| femmes; ce qu'il faut entendre, après |
|
@
14
Le Filet| |
|
| L'ouvrage | que le Mercure Philosophal est fait, &
|
| de la pierre | extrait du corps où il est enfermé, lequel
|
| est un jeu | il ne faut plus que conduire avec
|
| d'enfants & | le Soleil & la Lune d'un régime à l'autre,
|
| un ouvrage | & d'une qualité grossière à une
|
| de femme. | plus subtile & plus spirituelle.
|
| | La manière de le faire, & de cette |
| | extraction, est aussi au-delà de ce que |
| Pourquoi | l'entendement humain eût pu penser;
|
| Dieu a don- | Dieu l'a donné à quelques Philosophes,
|
| né l'Art de | afin qu'ils s'en servissent pour
|
| la pierre | sa gloire, & qu'ils connussent une étincelle
|
| aux anciens | de sa grandeur & de sa puissance,
|
| Philoso- | qui peut faire beaucoup de choses
|
| phes. | au-dessus de la Nature, & qu'il en
|
| | serait en effet, comme qu'une Vierge |
| | enfanterait, que Dieu se ferait homme, |
| | & autres telles merveilles que |
| | nous enseigne la Foi Chrétienne. |
| | Puisque la Pierre des Sages est un |
| | don de Dieu, & son régime aussi, sans |
| | la permission de Dieu la Nature & l'Art |
| L'Art de la | ne peuvent la faire, mais Dieu laisse
|
| pierre passe | agir librement les causes secondes; la
|
| les forces | Nature ne la pouvant faire à elle seule,
|
| de la Na- | parce qu'elle travaille toujours simplement,
|
| ture. | & qu'elle a son pouvoir limité
|
| | qu'elle ne peut outrepasser, l'Art aussi |
| | ne pouvant rien faire de lui-même, ni |
@
d'Ariadne. 15
| donner les poids & proportions aux |
|
| choses, d'autant que cela passe les forces |
|
| & ses connaissances; mais lorsque |
|
| la Nature est jointe à l'Art & qu'ils |
|
| travaillent de concert, elle est élevée à |
|
| une perfection si étendue qu'elle passe |
|
| l'imagination, & elle acquiert une |
|
| puissance presque infinie. | La nature
|
| Et pourtant il faut savoir qu'ils ne | et l'Art peu-
|
| peuvent rien faire sans le Mercure philosophal, | vent l'ouvrage
|
| qui est la base & le fondement | sans le mer-
|
| de tout l'ouvrage, c'est pourquoi les | cure des
|
| Sages se sont particulièrement étudiés | Philoso-
|
| à le cacher; quelques-uns même n'en | phes.
|
| ont point voulu parler dans leurs Livres, |
|
| d'autres en ont dit un mot, en | Pourquoi
|
| passant & si succinctement qu'on ne | les Sages
|
| s'en aperçoit presque pas; il n'y en a | ont tant
|
| qu'un qui en ait fait un livre entier, | caché leur
|
| mais avec tant d'obscurité qu'il n'y a | mercure.
|
| que ceux qui le savent & qui le connaissent |
|
| parfaitement, qui puissent |
|
| comprendre ce qu'il veut dire; nous |
|
| en parlerons ci-dessous plus clairement |
|
| que lui, pour la consolation des Enfants |
|
| de la Science. Allons maintenant plus |
|
| avant & parlons à fond de la Doctrine |
|
| des Philosophes, & disons. |
|
| Que Dieu a premièrement crée la | |
@
16
Le Filet| |
|
| La création | Nature de rien par sa pure libéralité,
|
| du Monde. | bonté & volonté, en une certaine substance
|
| | qui est appelée Quintessence, |
| | dans laquelle toute la Nature est comprise, |
| | & de laquelle substance divisée |
| C'est l'es- | en trois parties, de la meilleure & plus
|
| prit de la | pure d'icelle, le Très-haut a fait les
|
| Quintessen- | Anges, qui est la première; de la seconde
|
| ce, c'est | les Cieux, les Planètes & les
|
| pourquoi | Etoiles; & de la troisième moins pure,
|
| ils sont ap- | il a fait le monde inférieur.
|
| pelés sub- | C'est ce que doit entendre le Fils
|
| stances spi- | de la Science, non comme nous avons
|
| rituelles. | écrit, mais comme tout a été créé ensemble
|
| | par la volonté de Dieu, sans aucune |
| | suite de production, & sans aucune |
| | matière précédente qui regarde |
| Ce que c'est | la succession du genre; car autrement
|
| que créa- | ce ne serait pas une création ni opération
|
| tion. | divine, qui regarde la création de
|
| | l'unité, venant scientifiquement par |
| | création de rien en une véritable entité |
| | substantielle; c'est pourquoi il faut que |
| | vous entendiez véritablement & scientifiquement, |
| | & non pas d'une façon |
| | vulgaire & commune, parce que nous |
| | parlons ainsi au regard de la Nature. |
| | Et quand tout cela fut fait, Dieu forma |
| | le premier homme du limon de la |
| | terre, |
@
d'Ariadne. 17
| terre, & le fit à son image & semblance, |
|
| lui inspira la vie, & ensuite le |
|
| nomma Adam. |
|
| Il est certain que ce premier homme | Adam a eu
|
| a eu toutes les Sciences infuses, & la | toutes les
|
| connaissance de tous les Arts dès le | sciences in-
|
| moment de sa création; il savait donc | fuses dès le
|
| tout ce que les causes secondes pouvaient | moment de
|
| faire dans tous les étages de la | sa création
|
| nature, c'est-à-dire, dans le Ciel, dans | & les a en-
|
| l'air, la mer & la terre, & ainsi il avait | seignées à
|
| la connaissance des minéraux & des | ses enfants.
|
| métaux, de leur origine, de leur progrès, |
|
| & de leur fin ou perfection constitutive. |
|
| Il a enseigné tout cela à ses | Les Païens
|
| enfants. Tubalcaim était forgeron de | l'appelaient
|
| cuivre & de fer, comme témoigne le | Vulcain.
|
| Texte Sacré: il vivait au commencement |
|
| du Monde & était fils de Lamech, | La Nature
|
| qui était la sixième génération | n'avait pas
|
| depuis Adam. D'où il s'ensuit que le | fait les mé-
|
| Soleil & les Eléments; & en un mot la | taux & les
|
| Nature ne les avait pas faits en ce temps- | minéraux
|
| là, comme elle a fait depuis, d'autant | au commen-
|
| qu'elle n'en avait pas encore eu le | cement, &
|
| temps; mais que Dieu les avait créés | pourquoi,
|
| lui-même, en faisant le Monde inférieur. | puis qu'elle
|
| | les a fait du
|
| Dès ce temps-là on cherchait les minéraux | depuis.
|
| B | |
@
18
Le Filet| |
|
| | & les métaux dans la terre; & les |
| | enfants d'Adam se multipliant, ils s'écartèrent |
| | les uns des autres & firent divers |
| | Peuples & diverses Nations, & |
| | n'ayant tous qu'une même Langue, ils |
| | commencèrent d'en avoir & d'en parler |
| | diverses, lorsque leur témérité les |
| | porta à faire la Tour de Babel, de laquelle |
| | ils se désistèrent, quand ils virent |
| | qu'ils ne s'entendaient plus les |
| | uns les autres, étant allés chacun de |
| | son côté; & ayant habité diverses contrées, |
| | ils firent des Villes aux lieux |
| | qu'ils jugèrent les plus propres, où ils |
| | s'exercèrent en toutes sortes d'Arts & |
| | de Sciences. |
| Comme se | Lors le commerce des hommes se
|
| faisait le | faisait de bonne foi, par échange d'une
|
| commerce | chose à l'autre, & a duré ainsi jusqu'à
|
| au commen- | la destruction de Troie, comme nous
|
| cement. | assure Homère; mais quand la mauvaise
|
| | foi commença de se glisser parmi |
| | les hommes, & que les métaux commencèrent |
| | aussi à devenir plus communs, |
| Invention | on s'avisa de faire de la monnaie,
|
| de la mon- | & ce fut Janus qui régnait dans
|
| naie & de | l'Italie & qui associa au Royaume un
|
| l'Art de | nommé Saturnus, qui y était venu
|
| graver. | dans un Navire, & ce fut le premier qui
|
@
d'Ariadne. 19
| enseigna & fit graver de la Monnaie |
|
| de cuivre, qui représentait d'un côté |
|
| l'effigie de sa Tête & celle d'un Navire |
|
| de l'autre, l'an du Monde 2032. |
|
| Cette sorte de monnaie dura, jusqu'en | Quand la
|
| l'an 547, de la Ville de Rome, | monnaie
|
| qu'on fit de la monnaie d'or, qui se | d'or a com-
|
| nommait Ducat, à Romano Ducatu; | mencé & son
|
| & dès lors, à son imitation, on en fit | premier nom.
|
| par tout le Monde & d'or & d'argent, |
|
| & cette monnaie devint commune à |
|
| toutes les Nations; & par ainsi le Négoce | Change-
|
| qui s'était toujours fait par échange | ment du
|
| d'une chose à l'autre, commença | négoce.
|
| de se faire avec ces précieux métaux, |
|
| qui ont été depuis le prix de toutes |
|
| choses, & le souhait, le principe & le |
|
| but de l'avarice des hommes; leur cupidité |
|
| les fit entrer dans les Mines pour |
|
| en tirer: ils y trouvèrent les autres métaux; | Invention
|
| savoir, le plomb, l'étain & le | de plusieurs
|
| mercure, que nous nommons métaux | métaux lors
|
| imparfaits, avec le cuivre & le fer, | inconnus.
|
| dont nous avons ci-devant parlé, comparés |
|
| avec l'or & l'argent. |
|
| Comme chacun a son talent & son | |
| génie particulier, il se trouvait de temps |
|
| en temps des hommes d'esprit, remplis |
|
| de Science & de Doctrine, qui cherchaient |
|
| B ij | |
@
20
Le Filet| |
|
| | les merveilles contenues dans |
| Hermès vi- | tous les êtres. Hermès Trismégiste qui
|
| vait l'an | vivait selon la plus commune opinion
|
| 2072. | du temps de Nimus l'an 2072, pénétra si
|
| | avant dans les profonds secrets de la |
| | Nature, qu'il fut appelé le très grand |
| | Philosophe, & le Père de la Science |
| | Chimique & transmutation-métallique; |
| | & sa science a passé de main en |
| | main jusqu'à nous, & en tous les siècles |
| | il s'est trouvé des personnes qui ont eu |
| | cette sublime Science, & qui nous en |
| | ont laissé des connaissances particulières |
| | dans leurs ouvrages, mais toujours |
| | voilées de quelques énigmes, types & |
| Belle raison | analogies, pour les raisons qu'ils nous
|
| des Philo- | déduisent dans leurs écrits, dont l'une
|
| sophes par | des principales est le désordre que
|
| cacher leur | cela causerait par tout le Monde, si
|
| Science. | cette Science était publique comme les
|
| | autres, & que chacun pût faire de l'or |
| | & de l'argent à sa volonté: d'où il s'ensuivrait, |
| | que les autres Arts cesseraient, |
| | & que les terres mêmes demeureraient |
| | incultes, jusqu'à ce qu'on eût trouvé |
| | un autre moyen pour établir un nou- |
| | veau commerce. |
@
d'Ariadne. 21
| ---------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E P R E M I E R | |
| |
|
| De la Matière. | |
| |
|
| |
|
| P Our cet effet ils se sont particulièrement |
|
| étudiés à cacher la matière |
|
| sur laquelle on doit travailler à |
|
| cet Ouvrage divin, sa préparation & |
|
| le régime du feu; les hommes d'esprit |
|
| de toutes professions l'ont cherchée |
|
| pendant tous les Siècles en différents |
|
| sujets, croyant, comme il est vrai, que | Dans tous
|
| dans tous les mixtes, les trois principes | les mixtes
|
| naturels y sont contenus; savoir, sel, | les trois
|
| soufre & mercure: mais il est vrai aussi, | principes y
|
| qu'ils sont si éloignés, qu'il ne faut pas | sont conte-
|
| s'étonner si ces gens ne font jamais venus | nus.
|
| à bout de leur intention. |
|
| Ils se sont avisés de travailler sur les | Abus &
|
| animaux, sur les urines, & même sur | ignorance
|
| des choses messéantes à nommer, & | des Chimi-
|
| ils n'ont rencontré au bout de leurs diverses | ques & So-
|
| opérations chimériques, que de | phistes.
|
| la corruption; & ce qui les a abusés, |
|
| c'est que les Philosophes ont dit que la |
|
| matière était triviale & commune, & |
|
| que nous la voyions & touchions tous |
|
@
22
Le Filet| |
|
| | les jours, & qu'autant en a le pauvre |
| | que le riche: ils disent tous vrai; car par |
| | ces paroles ils entendent les éléments, |
| Il ne faut | qui sont la matière dont se sert la Nature,
|
| pas expli- | pour faire celle de la Pierre; mais
|
| quer les | ceux qui ne savent pas expliquer les
|
| Philoso- | manières de parler des Philosophes, les
|
| phes sui- | prennent dans le sens littéral, & c'est
|
| vant le sens | en quoi ils se trompent, car il les faut
|
| littéral. | expliquer tout autrement.
|
| |
|
| Il y a deux | Il faut encore savoir qu'il y a deux
|
| matières | matières de la Pierre; savoir la prochaine
|
| de la pier- | qui est l'argent vif; & la matière
|
| re. | éloignée qui est l'eau, d'autant
|
| | qu'elle a été eau auparavant qu'être argent |
| | vif. Que tous ceux donc qui la |
| | cherchent dans des ordures comme les |
| | porcs, que Pontius appelle fils de bêtes, |
| | s'aillent cacher, s'ils ne veulent |
| | s'exposer à être sifflés & rayés du nombre |
| Ce qui | des raisonnables; que ceux qui la
|
| rend l'hom- | cherchent dans les végétaux, minéraux
|
| me Philo- | & animaux, reconnaissent leur erreur,
|
| sophe. | autrement ils ne mériteront pas le nom
|
| | de Philosophes, puisqu'ils ne savent |
| | pas raisonner, ou s'ils le font en quelque |
| | manière, c'est comme les Aveugles |
| | lorsqu'ils parlent des couleurs. |
| | Qu'ils reconnaissent donc leur ignorance; |
@
d'Ariadne. 23
| & pour s'en guérir, qu'ils étudient | Il faut que
|
| la Nature, & ses opérations, ils | celui qui
|
| apprendront en quel lieu & rencontre | désire être
|
| ce qu'ils cherchent, qui n'est pas dans | Philosophe
|
| des vilenies & dans des corruptions; | étudie la
|
| qu'ils sachent qu'il ne faut pas chercher | Nature.
|
| une chose où elle n'est pas. |
|
| Qu'ils ouvrent les yeux de l'entendement | |
| & qu'ils considèrent comme la |
|
| Nature s'est perpétuée, multipliée & |
|
| augmentée depuis le commencement |
|
| du Monde, & s'augmente toujours en |
|
| reproduisant. Qu'ils voient, dis-je, | Chaque
|
| comment cela se fait, ils verront que | chose por-
|
| chaque chose porte sa semence, le végétal | te sa semen-
|
| dans chaque espèce, comme le | ce pour la
|
| blé-froment fait le froment, le blé-* | conservation
|
| seigle le seigle, l'orge l'orge, & ainsi des | de son espèce.
|
| autres végétaux; de même l'homme fait |
|
| l'homme; le chien le chien, & chaque |
|
| animal conserve son espèce en sa semence, |
|
| & par sa semence: De sorte que si | Celui qui
|
| tu veux faire de l'or & de l'argent par le | désire faire
|
| moyen de la Nature aidée de l'art, sème | la pierre,
|
| de l'or & de l'argent dans le Jardin | doit pren-
|
| des Philosophes, & tu en feras par ton | dre la semence
|
| travail, en bien moins de temps que la | de l'or & de
|
| Nature seule ne le fait dans les entrailles | l'argent.
|
| de la terre. Ecoute le Poète Augurel; |
|
@
24
Le Filet| |
|
| | in auro
|
| | Semina sunt auri quamvis abstrusa recedant
|
| | Longius, & nobis multo quaerenda labore.
|
| |
|
| | Prends aussi de la semence de la Lune |
| Le mariage | pour faire le mariage Philosophal, & de
|
| philosophal | l'une & de l'autre naît le mercure Philosophique
|
| d'ou naît | tant désiré & si caché par
|
| le mercure | les Sages, qui est la matière de la Pierre
|
| des Sages. | toute préparée, avec les poids & proportions
|
| Les poids | que la Nature y a mises &
|
| des Philo- | unies ensemble d'elle-même; & c'est
|
| sophes sont | ce que les Sages disent, que l'esprit humain
|
| les propor- | ne peut concevoir, ni ne peut
|
| tions, que | faire, & ce mercure Philosophal est le
|
| l'esprit hu- | Ciel terrestre des Hermétiques; & c'est
|
| main ne | à lui à qui il faut attribuer la plupart
|
| peut faire. | de ce qu'ils disent dans leurs écrits, parce
|
| Si le mer- | que sans lui rien ne se peut faire, &
|
| cure des Sa- | que c'est lui qui faut presque tout l'ouvrage
|
| ges rien ne | avec l'aide de l'art, & la prudence
|
| se peut | de l'Artiste; & cette semence
|
| faire. | n'est pas la semence d'un or fait, mais
|
| La matière | à faire, ni de l'or du vulgaire, mais
|
| de la pier- | d'un or spirituel & Philosophique.
|
| re. | Encore un coup, que ces Chercheurs
|
| | prennent la matière où elle se trouve, |
| | & non dans des vilenies & des corruptions, |
| | & qu'ils se souviennent que |
| | c'est pécher contre le bon sens, que de |
| | prétendre, |
@
d'Ariadne. 25
| prétendre donner la perfection; aux |
|
| métaux imparfaits, par des choses qui |
|
| ont moins de perfection qu'eux, ou par | Erreur des
|
| des choses qui sont d'autre Nature & | chercheurs
|
| d'autre espèce que lesdits métaux, avec | de la pier-
|
| lesquels elles ne peuvent avoir de liaison | re Philoso-
|
| & d'union parfaite. | phale.
|
| D'autres ont travaillé sur les Minéraux, | Les matiè-
|
| comme Marcassites, Aluns, Arsenics, | res sur les-
|
| Tuthies, Vitriols, Antimoines, | quelles les
|
| & semblables; quelques-uns sur des | chercheurs
|
| Champignons, d'autres sur la rosée | ont travail-
|
| des Equinoxes, & autres tels sujets; | lé.
|
| mais tout cela ne leur a produit que |
|
| bien de la peine, la perte de beaucoup |
|
| de temps, & bien de la dépense inutile |
|
| & du déplaisir. D'autres plus raisonnables |
|
| ont travaillé sur les métaux, |
|
| mais ils se sont servis de diverses eaux | Les eaux
|
| fortes & corrosives pour les dissoudre, | fortes sont
|
| sans considérer que toutes ces eaux sont | corrosives
|
| destructives, qu'elles gâtent, infectent | & destru-
|
| & empoisonnent les substances métalliques; | ctives &
|
| & qu'ainsi, pour édifier & faire | gâtent les
|
| un ouvrage, ils emploient des choses | métaux.
|
| contraires, ce qui est aussi contre |
|
| le bon sens; & tout homme qui se servira |
|
| de choses corrompantes & adustibles, |
|
| sera toujours réputé un aveugle |
|
| C | |
@
26
Le Filet| |
|
| Quel dis- | en cette Science; mais il faut se servir
|
| solvant il | d'une substance pure, & qui persiste
|
| faut prendre. | au feu sans combustion.
|
| Qualités | Il est vrai, suivant tous les bons
|
| de la ma- | Auteurs, que la vraie matière de la
|
| tière de la | Pierre des Sages, doit être de Racine
|
| pierre. | métallique: ainsi tous ceux qui travailleront
|
| | sur d'autres matières, & sur des |
| | matières éloignées, ne feront jamais le |
| | grand oeuvre, quoique les trois principes |
| | naturels se trouvent dans tous les |
| | mixtes, parce que cela est trop éloigné, |
| | & que les diverses préparations |
| | qu'on y emploie, détruisent & ne sont |
| | pas conformes à la simplicité avec laquelle |
| | la Nature travaille, & fait ses |
| | opération; ce qui est particulièrement |
| | & expressément ordonné de faire par |
| | les Philosophes, & que la matière la |
| | plus proche, & qui est de la même nature |
| | que ce que nous prétendons faire, |
| | doit plutôt être choisie que toute |
| | autre; outre qu'elle n'a pas besoin de |
| | tant de préparations & d'opérations, |
| | ni de faire un si long & dangereux |
| | voyage. |
| | Pour bien comprendre cela, il faut |
| | savoir que tous les métaux sont faits |
| | & procréés dans la terre par la Nature |
@
d'Ariadne. 27
| seule, & d'un seul & même Mercure, |
|
| qu'elle fait & qu'elle anime d'un seul | Les métaux
|
| & même Soufre; mais les empêchements | sont tous
|
| qu'elle rencontre par les chemins, | de même
|
| qui sont les impuretés des matrices | nature &
|
| ou veines de la terre par où elle | ne diffè-
|
| pousse son mercure & son soufre, spécifient | rent les uns
|
| chaque métal dans la terre par | des autres
|
| une particulière Providence de Dieu, | que par ac-
|
| qui les a jugés nécessaires à divers usages | cident.
|
| pour la commodité & utilité des |
|
| hommes. |
|
| C'est pourquoi ils sont tous appelés |
|
| métaux imparfaits, comme si on disait |
|
| qui ne sont pas faits, ni achevés de |
|
| faire, mais à parfaire, & ainsi ils désirent |
|
| & attendent toujours la perfection, |
|
| étant en chemin pour l'acquérir; ce |
|
| qu'ils ne peuvent que par l'Elixir ou la |
|
| Pierre parfaite au blanc ou au rouge, |
|
| parce qu'ils sont morts dès le moment |
|
| qu'ils sont détachés de la Minière; | L'élixir
|
| mais l'Elixir est vivant, & anime le Mercure | anime le
|
| de tous les métaux, étant leur semence, | mercure
|
| & fait une espèce de résurrection | des mé-
|
| semblable à peu près à celle qui | taux par-
|
| se fait par les diverses semences des | ce qu'il est
|
| végétaux. | leur semence.
|
| La première matière des métaux est | |
| C ij | |
@
28
Le Filet| |
|
| La premiè- | donc argent vif & soufre, qui ne sont
|
| re matière | pas en leur nature, mais altérés; ainsi
|
| des mé- | la première matière des métaux est proprement
|
| taux est ar- | une vapeur onctueuse & humide,
|
| gent vif & | qui contient en soi la nature de
|
| soufre. | l'argent vif & du soufre: d'où il s'ensuit
|
| | que toute chose de laquelle on |
| La matière | peut extraire une telle vapeur onctueuse
|
| de la pier- | semblable à celle dont les métaux
|
| re. | sont procréés dans la terre, peut être
|
| | la matière de laquelle l'Elixir ou la Médecine |
| | qui perfectionne les métaux imparfaits |
| | doit être prise; ce qui pourtant |
| | ne se peut faire, si cette même |
| | chose n'est putréfiée & corrompue, & |
| | après subtilisée par une longue digestion |
| | & décoction, & n'est élevée à une |
| | autre nature. |
| Sujets sur | Les curieux de cette Science ayant
|
| lesquels les | lu les Livres des Philosophes & appris
|
| Curieux | que la Pierre était minérale, végétale
|
| ont tra- | & animale, ont travaillé sur ces divers
|
| vaillé. | sujets, comme nous avons dit ci-devant.
|
| Explication | Il est vrai qu'ils l'appellent végétale,
|
| de la pierre | lorsque la verdeur paraît, &
|
| minérale, | qu'ils l'ont nommée animale lorsque
|
| végétale & | l'âme est jointe à son corps & à son esprit,
|
| animale. | parce qu'ils disent que pour lors
|
| | elle est animée, mais ces Messieurs ne |
@
d'Ariadne. 29
| considéraient pas que ces termes sont |
|
| dits comparativement, car la Pierre |
|
| n'a pas une vie semblable à celle des |
|
| végétaux ni des animaux, mais il faut |
|
| interpréter cela selon le sens susdit des |
|
| Sages; & encore que quand la Pierre |
|
| est parfaite au blanc ou au rouge, elle |
|
| est une Médecine, sur les minéraux, |
|
| les végétaux & les animaux. |
|
| Les Métaux ne croissent point, parce | Les mé-
|
| que précisément ils n'ont point de vie; | taux n'ont
|
| ils ne se nourrissent point aussi, car | point de
|
| n'ayant que le simple être, ils ne peuvent | vie.
|
| produire ni engendrer d'eux-mêmes; | Ce qu'on
|
| & quand on dit que les métaux | veut dire
|
| sont morts, c'est une façon de parler qui | quand on
|
| veut dire qu'ils sont détachés de la | dit que les
|
| Mine où ils avaient une espèce de vie, | métaux sont
|
| ou une vie en similitude par le moyen | morts.
|
| d'un esprit qui s'y attachait & s'y joignait | Ce que
|
| par les exhalaisons que la Nature | c'est que la
|
| leur envoyait du centre de la terre: une | vie des mé-
|
| personne curieuse peut entrer dans les | taux.
|
| Mines, & là contempler avec attention |
|
| ce qui s'y fait, pour bien concevoir |
|
| les secrets de la Nature: Il y verra comment | Ce que
|
| les métaux sont formés: il y apprendra | les
|
| que les maladies des Métaux | maladies
|
| imparfaits, ne sont autre chose qu'une | des métaux.
|
| C iij | |
@
30
Le Filet| |
|
| | humidité superflue adhérente au Mercure, |
| | & un soufre combustible tenant |
| | au soufre naturel & incombustible, |
| | que nous avons dit ci-dessus, être |
| | les impuretés des matrices ou veines de |
| | la terre; disons-en un mot. |
| |
|
| | --------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | Les Minéraux & Métaux. |
| |
|
| | L Es corps Minéraux se distinguent |
| | spécialement en deux parties; savoir |
| Les mé- | en la métallique, c'est-à-dire en
|
| taux sont | métaux, qui sont prochainement faits
|
| nommés | de mercure, & sont nommés grands
|
| grands mi- | minéraux; comme, or, argent Cuivre,
|
| néraux. | étain, plomb, fer & vif-argent:
|
| Différence | Et en la partie minérale qui n'est pas
|
| des mé- | faite de mercure prochain, mais d'un
|
| taux & des | mercure éloigné; comme sont les sels,
|
| minéraux. | les attraments, aluns, vitriols, arsenics,
|
| Pourquoi | orpiments, antimoines, soufres & semblables,
|
| les petits | qui sont appelés petits minéraux,
|
| minéraux ne | & qui à cause de l'éloignement
|
| peuvent être | de leur mercure, ne peuvent servir de
|
| la matière de | matière pour l'ouvrage des Sages.
|
| la pierre. | Les métaux se réduisent en liqueur
|
@
d'Ariadne. 31
| ou en eau, parce que leur matière est |
|
| eau, & une eau mêlée fortement avec |
|
| une substance terrestre qui ne se peuvent |
|
| facilement séparer l'un de l'autre, |
|
| si ce n'est avec un feu fort étendu, & |
|
| selon qu'ils sont plus ou moins mêlés |
|
| & unis, & qu'ils ont plus ou moins de |
|
| soufre combustible, c'est-à-dire de pureté |
|
| ou d'impureté; & pour faire voir |
|
| que leur première matière est argent- |
|
| vif ou mercure, lorsqu'on les veut |
|
| faire fondre, ils se réduisent en forme | Toute cho-
|
| de mercure; or toute chose est de ce | se est de ce
|
| en quoi elle se convertit, comme la glace | en quoi elle
|
| moyennant la chaleur, se réduit en | se convertit.
|
| eau, d'autant qu'elle a été auparavant & |
|
| prochainement eau devant que d'être |
|
| glace. |
|
| Les petits minéraux ne sont pas faits | |
| d'un mercure prochain comme les métaux, |
|
| mais d'un mercure éloigné; & |
|
| lorsqu'ils sont mis au feu, ils ne se réduisent |
|
| pas en mercure, c'est ce qu'ils |
|
| feraient s'ils en étaient prochainement, | Il n'y a que
|
| mais il n'y a que leur sel; c'est pour | le sel des miné-
|
| cela, quoi qu'ils participent en vertu | raux qui se ré-
|
| minérale avec les métaux, qu'ils ne | duit en mercure.
|
| peuvent par quelque artifice que ce |
|
| soit, être réduits en métaux, étant |
|
| C iiij | |
@
32
Le Filet| |
|
| | étant d'une autre nature & espèce, & ne |
| | participant point avec eux en leur même |
| Les petits | matière prochaine. D'où il faut
|
| minéraux ne | conclure que ses petits minéraux ne
|
| peuvent join- | se peuvent parfaitement unir avec les
|
| dre parfai- | métaux, & ne leur peuvent donner
|
| tement les | aucune teinture permanente, d'autant
|
| métaux & | qu'il n'y a que la même nature & la
|
| pourquoi. | même espèce qui se puisse parfaitement
|
| | unir. |
| Toutes tein- | Ils sont bien une espèce d'union apparente,
|
| tures sont | mais fausse, & qui se sépare
|
| fausses | lorsqu'on leur donne l'épreuve ordinaire,
|
| excepté | & par la on reconnaît la vérité
|
| celles du | de l'axiome: Nihil convenit rei, nisi
|
| Soleil & de | quod propinquius est ei. Et quand on
|
| la Lune. | veut unir deux choses de diverses natures
|
| Si les tein- | & espèces, l'une chasse l'autre naturellement,
|
| tures d'une | ou bien la nature ne produit
|
| nature étran- | que des monstres & des faussetés
|
| ge pouvaient | défendues par les Lois: Et si ces corps
|
| teindre un | étranges pouvaient donner une teinture
|
| métal, elles | fixe & permanente, ils donneraient
|
| lui donne- | la leur & non celle du Soleil ou
|
| raient le | de la Lune, parce que chaque chose
|
| leur & non | produit son semblable; c'est pourtant
|
| celle de l'or | ce que prétendent faire contre la raison
|
| & de l'argent | & la vérité, les Sophistes, les Ignorants
|
| qu'elles | & un nombre infini de Souffleurs,
|
| n'ont pas. |
|
@
d'Ariadne. 33
| en quoi ils ressemblent les Aigles bâtards, |
|
| dont les yeux ne peuvent souffrir |
|
| la splendeur du Soleil. |
|
| Je demeure pourtant d'accord que le | Le soufre
|
| soufre des corps imparfaits, peut arrêter | des corps
|
| le mercure en corps imparfait, mais | imparfaits
|
| non pas en parfait; car une chose ne | peut fixer
|
| peut donner ce qu'elle n'a pas, ce que | le mercure
|
| ces Philosophes bâtards prétendent | en corps
|
| opiniâtrement pouvoir faire; mais tout | imparfait.
|
| homme de bon sens, sans être Philosophe, |
|
| leur peut donner hardiment le |
|
| démenti & leur faire connaître leur |
|
| ignorance crasse. |
|
| J'avoue encore que les petits Minéraux | |
| peuvent purger & dissoudre les |
|
| métaux, & leur donner une forme accidentelle |
|
| & superficielle pour abuser les |
|
| hommes; mais ils ne peuvent, comme |
|
| j'ai dit ci-dessus, leur en donner une |
|
| fixe & permanente, ne pouvant s'unir |
|
| parfaitement avec eux à cause qu'ils | Il n'y a
|
| sont de diverses espèces & de diverses | point de
|
| natures. Hermès tranche le mot, disant, | vraie tein-
|
| qu'il n'y a point de vrai teinture | ture que de
|
| que du Soleil & de la Lune, c'est-à-* | Soleil & de
|
| dire du Soleil & de la Lune des Philosophes. | la Lune.
|
|
|
| Ce qui manifeste l'erreur des Souffleurs | |
@
34
Le Filet| |
|
| | & des Sophistes, & qui doit faire |
| | précautionner ceux qui ont de l'esprit |
| | & du jugement contre ces sortes |
| Faussetés | de gens, qui ne leur prêchent autre
|
| des Sophis- | chose que des secrets pour s'enrichir,
|
| tes & com- | que des teintures fixes sur la Lune, &
|
| ment il les | des fixations de mercure dans les deux
|
| faut traiter. | luminaires, afin de tirer l'argent de
|
| | ceux qui sont curieux des belles choses, |
| | & notamment de la Science Hermétique; |
| | mais le seul moyen de fixer |
| | le mercure de leur tête, est de les traiter |
| | de mépris, pour les obliger de s'employer |
| | dans une profession plus honnête |
| | que celle d'affronteurs publics. |
| | Or je soutiens, que puis qu'il n'y a |
| | point de vraie teinture, ni de fixation |
| | parfaite au blanc ou au rouge, que celles |
| | qui se font par le moyen du Soleil |
| Il n'y a au- | & de la Lune des Philosophes; qu'il
|
| cun secrets | n'y a aussi aucun secret pour faire Soleil
|
| vrais pour | ou Lune, c'est-à-dire vrai or ou
|
| faire or ou | argent Philosophique, que la pierre
|
| argent, que | blanche ou rouge des mêmes Philosophes.
|
| | Il y a une grande erreur parmi les |
| | gens qui s'imaginent savoir quelque |
| | chose dans les secrets de la Nature, & |
| | notamment dans la métallique, qui est |
@
d'Ariadne. 35
| qu'ils croient que ce qui est à présent | Erreur des
|
| plomb, dans un grand temps deviendra | ignorants
|
| étain, cuivre, argent, & enfin or parfait; | touchant
|
| & que ce qui est à présent or, a | les métaux.
|
| passé par tous ces degrés: mais s'ils |
|
| avaient bien conçu, comme j'ai dit ci- |
|
| devant, que c'est l'impureté des matrices |
|
| ou veines de la terre qui spécifie |
|
| & distingue les métaux, & que dans la |
|
| suite des temps la nature poussant toujours |
|
| son mercure & son soufre vers la |
|
| superficie de la terre, ne peut faire autre |
|
| chose, que de faire métal de quelque |
|
| espèce que ce soit les terres proches |
|
| ce qu'elle a déjà fait tel & tel |
|
| métal. |
|
| Et s'il se trouve dans les Mines de | D'où vient
|
| plomb ou d'autres métaux, quelque | que dans les
|
| peu d'or ou d'argent; il faut savoir | mines de plomb
|
| que cela se fait, parce que la Nature a | il se trouve
|
| trouvé telle terre plus pure que le reste | quelquefois
|
| de la Minière, & ainsi plus disposée | de l'or & de
|
| par sa perfection à recevoir telle forme | l'argent;
|
| métallique meilleure & plus excellente |
|
| que le reste de la Mine; & ce qui leur |
|
| a pu donner lieu d'avoir une telle pensée, |
|
| doit aujourd'hui les détromper, & |
|
| les faire entrer dans la connaissance & |
|
| dans les sentiments de la vérité que nous |
|
@
36
Le Filet| |
|
| | avons avancée. |
| L'or Philo- | Je ne nie pas que l'or fait par l'art de
|
| sophal a été | la Philosophie secrète, n'ait été argent
|
| argent devant | auparavant qu'il soit devenu or, d'autant
|
| que d'être or | que l'un & l'autre sont sous un même
|
| & pourquoi. | sujet; mais celui qui a été fait par
|
| | Nature n'est pas de même, à cause |
| | des empêchements qui s'y sont rencontrés |
| | qui ont spécifié chaque métal, quoi |
| | qu'ils soient tous provenus d'un même |
| | soufre & d'un même mercure. Il est |
| | vrai qu'après avoir préparé les métaux, |
| | on peut leur donner des teintures qui |
| | les font paraître or ou argent; mais ce |
| | ne sont point, encore un coup, des |
| | teintures fixes ni permanentes, ni pénétrantes |
| | leur intime, mais seulement des |
| | teinture superficielles; c'est pourquoi |
| | lorsqu'on les expose aux épreuves ordinaires, |
| | tout s'en va en fumée: ainsi, |
| | il faut rejeter le faux, & s'attacher |
| | fortement à vérité, en travaillant |
| | toujours conformément à la nature, & |
| | non autrement. |
| Comment l'E- | A présent il est bien aisé de comprendre
|
| lixir conver- | comment l'Elixir ou la pierre
|
| tit les mé- | parfaite au blanc ou au rouge, donne
|
| taux en or | & communique sa perfection aux métaux
|
| en argent. | imparfaits, & leur donne une teinture
|
@
d'Ariadne. 37
| fixe & permanente, & fixe leur |
|
| volatilité, qui résiste ensuite à toutes |
|
| épreuves de quelque nature qu'elles |
|
| puissent être; cela se fait parce que ces |
|
| teintures fixes ont pénétré l'intime & |
|
| l'occulte des métaux imparfaits, non |
|
| seulement par leur perfection, mais par |
|
| leur plus que perfection, car l'Elixir est |
|
| bien élevé au-dessus de la perfection |
|
| ordinaire par sa spiritualisation; & s'il |
|
| n'avait que la perfection ordinaire |
|
| comme l'or du vulgaire, il ne pourrait |
|
| communiquer aux imparfaits que |
|
| la perfection ordinaire, encore ce serait |
|
| avec la perte de la sienne propre; |
|
| comme fait l'or minéral mêlé avec un | D'où vient
|
| métal imparfait, d'autant qu'il n'a qu'une | que l'or com-
|
| simple perfection, que lui a donné | mun & minéral
|
| la Nature, qui ne travaille que simplement | ne peut con-
|
| sans pouvoir jamais s'étendre | vertir les mé-
|
| plus loin. | taux en or.
|
| La grande extension de perfection | |
| de l'Elixir se communique donc aux |
|
| métaux imparfaits, à proportion qu'elle | |
| a d'élévation lorsqu'il est projeté |
|
| sur eux, & qu'ils sont réduits en forme |
|
| mercurielle, c'est-à-dire lorsqu'ils |
|
| sont fondus, si ce sont les métaux mous, |
|
| mais si ce sont les durs, il ne faut que |
|
@
38
Le Filet| |
|
| | les enflammer & faire comme il sera dit |
| | ci-après, lorsque nous traiterons de la |
| | projection. Si les mous sont donc fondus, |
| | l'Elixir projeté sur eux en très |
| L'Elixir fait | petite quantité, sépare ce qu'ils ont
|
| la séparation | d'impureté & se communique à leur
|
| du pur & de | pur, qui est leur mercure & bon soufre,
|
| l'impur des | achève de leur donner la coction
|
| métaux, &c. | parfaite qui leur manque, les teint d'une
|
| | teinture invariable, & les fixe parfaitement: |
| | & si on appelle cela transmutation |
| | de métaux, c'est parler improprement; |
| | mais c'est proprement & |
| | vraiment purgation, fixation, teinture |
| | & perfection de métaux imparfaits. |
| | Il faut maintenant savoir pour la |
| | parfaite intelligence du commencement |
| | de l'ouvrage Philosophique & du |
| Tous métaux | choix de la matière que puisque tous
|
| excepté seu- | les métaux sont de la quintessence & de
|
| ment le mer- | la même nature ou principe du métal
|
| cure peuvent | parfait, duquel ils ne diffèrent que de
|
| servir de | pureté & de coction, que tous les métaux
|
| matière à la | peuvent servir de matière à notre
|
| pierre. | ouvrage, quand ils auront été purgés
|
| | & préparés comme il est nécessaire, |
| | c'est-à-dire qu'ils auront été réduits en |
| | leur principe & première matière, qui |
@
d'Ariadne. 39
| est leur mercure. |
|
| Beaucoup de personnes se sont trompées | |
| en travaillant sur le mercure ordinaire, |
|
| comme étant du nombre des |
|
| métaux, & ce semble une matière plus | Pourquoi le
|
| preste & plus commode que les autres; | mercure ne
|
| Ils se sont, dis-je trompés, parce qu'il | peut être la
|
| est tout volatil & qu'il n'a rien de fixe; | matière de
|
| car il faut que la matière propre & convenable | la pierre.
|
| pour faire le grand oeuvre, soit |
|
| nécessairement en partie fixe & en partie |
|
| volatile: & ainsi, le mercure commun | Le mercure
|
| peut seulement servir pour recevoir | commun peut
|
| la projection de l'Elixir parfait, | servir à la
|
| comme étant de la quintessence, de | projection,
|
| la nature, & du nombre des métaux. | & pourquoi.
|
| Il faut donc tirer le mercure du métal, |
|
| qui est sa quintessence, & par ce moyen |
|
| vous aurez la matière prochaine de | Matière
|
| l'oeuvre des Philosophes, parce qu'il | prochaine de
|
| est fait Mercure philosophal, c'est-à-* | de le pierre.
|
| dire, purgé, préparé & extrait de Racine |
|
| métallique par art de Philosophie |
|
| qui rejette toutes eaux fortes. |
|
| Ou bien vous ferez comme il est dit | Manière
|
| dans le Livre de la Toison d'or. Notre | d'avoir le
|
| corps deviendra premièrement cendre, | mercure des
|
| puis sel, & après par ses diverses opérations | métaux.
|
| devient enfin le Mercure philosophal, |
|
@
40
Le Filet| |
|
| | c'est-à-dire, que le métal doit |
| | être calciné, réduit en sel; & enfin |
| Il n'y a que | travaillé en sorte qu'on en fasse le mercure
|
| les sels mé- | Philosophal; sur quoi il est nécessaire
|
| talliques | de savoir, qu'il n'y a que les sels
|
| qui soient | métalliques qui soient propres à l'ouvrage,
|
| propres pour | & que tous les autres en doivent
|
| faire la | être exclus pour les raisons ci-
|
| pierre. | devant alléguées; & d'autant qu'ils ne
|
| Il n'y a que | peuvent s'unir parfaitement avec l'or,
|
| le sel marin | à la réserve de celui de l'eau de mer,
|
| qui s'unit | ou sel marin.
|
| bien avec | Encore que je vous aie ci-dessus enseigné
|
| l'or. | plusieurs voies certaines pour
|
| | arriver à l'Elixir parfait, néanmoins ce |
| | n'est pas de cette matière & de ce mercure |
| | dont les Philosophes se sont servis |
| | pour faire leur grand oeuvre; leur matière |
| | & leur manière est bien plus facile |
| La matière | & moins embarrassante que les précédentes:
|
| des Philo- | & pourtant, il n'y a qu'une
|
| sophes est | matière & un chemin, car ils sont homogènes,
|
| autre que | quoiqu'ils semblent tous
|
| que les pré- | différents; la matière de laquelle les
|
| cédentes. | Philosophes se sont servis quoi qu'homogène
|
| L'intention de | avec celles ci-dessus, encore
|
| la nature & | un coup n'est pas la même, en quoi
|
| de l'art sont | plusieurs s'abusent grandement, parce
|
| différentes. | que l'intention de la Nature & de l'Art
|
sont
+@
+@
+@
@
d'Ariadne. 41
| sont bien différentes. |
|
| La Nature prétend engendrer les métaux, | |
| comme vraiment elle fait avec |
|
| un fort longtemps, l'Art ne prétend pas |
|
| cela; mais faire chose bien plus excellente |
|
| que la Nature, qui est de faire |
|
| une Médecine, qui convertit en peu |
|
| de temps les corps imparfaits, en vraie |
|
| Lune ou vrai Soleil; c'est pourquoi |
|
| l'Art se sert d'autres voies & manières |
|
| & d'autre matière, quoique pourtant |
|
| il imite la Nature en quelque façon, |
|
| se servant comme elle de semence, | La nature se
|
| savoir, la Nature, des principes naturels | sert d'une
|
| & des quatre éléments, & l'art | matière & l'art
|
| la semence de l'or Philosophal: l'Art | d'une autre.
|
| commence à travailler ou la Nature a |
|
| fini son opération, en commençant à |
|
| lui aider, & faisant ensemble le mercure |
|
| des Sages, qui est la première sublimation, |
|
| exaltation, subtiliation ou |
|
| amélioration de la pierre, dont la matière |
|
| éloignée est un composé qui contient |
|
| les quatre qualités élémentaires, |
|
| comme dans un tempérament d'égalité; |
|
| & la matière prochaine, est le |
|
| mercure & le soufre. |
|
| Et lorsque les Philosophes disent | |
| qu'il naît en l'air, ce n'est pas de la |
|
| D | |
@
42
Le Filet| |
|
| | matière faite par la Nature & de laquelle |
| | elle se sert, dont ils entendent |
| | parler, mais de celle que fait l'Artiste, |
| | qui est le mercure Philosophal, lequel |
| | vraiment naît en l'air, & se fait par |
| | la Nature & l'Art unis ensemble, & |
| | s'appelle encore la matière de la pierre |
| Le mercure | faisant confusion de l'une avec l'autre;
|
| philosophal | ce qui se fait & se doit faire par destruction
|
| comment se | réitérée en résolvant & sublimant,
|
| fait. | & au même temps qu'on fait la
|
| | séparation du pur & de l'impur, & du |
| | subtil d'avec l'épais de la matière, & |
| | aussi du Soleil & de la Lune; ce que |
| | les Sophistes ne peuvent faire, mais il |
| | faut être bon Philosophe, pour extraire |
| | comme il faut les puissances de la |
| | Nature, d'où il résulte une quintessence |
| | merveilleuse qui contient toutes les |
| | perfections de cette Nature. |
| | Et quoique les Philosophes ne parlent |
| | que du mercure & du soufre, qui |
| | sont deux des principes de la Nature, |
| | & qu'ils ne disent rien du sel, qui est |
| | le troisième: il y est sous-entendu, d'autant |
| | que c'est lui qui fait la liaison des |
| | deux autres, & c'est de lui qu'ils entendent |
| | parler, quand ils disent notre terce |
| | re, ou notre corps terrestre; Voyons |
@
d'Ariadne. 43
| qu'en disent les Philosophes anciens | Le sel est le
|
| & Modernes, & commençons | corps terrestre
|
| par le chef & le père des autres; c'est- | dont parlent les
|
| à-dire, par Hermès Trismégiste. | Philosophes.
|
| Il dit que ce qui est dessus est sem- | « |
| blable à ce qui est dessous, & que ce | « |
| qui est dessous est semblable aussi à ce | « |
| qui est dessus; & que comme toutes | « |
| choses ont été faites d'un, ainsi tout le | « |
| magistère de la pierre se fait d'une seu- | « |
| le substance & d'une seule matière. Il | « |
| entend par ces termes cachés du dessus |
|
| & du dessous qui sont semblables l'un à |
|
| l'autre, le fixe & le volatil, le mercure |
|
| & le soufre, qui sont d'une même |
|
| substance, & ne font eux deux qu'un |
|
| composé, qui se nomme Rebis; c'est | Le mercure &
|
| à-dire, une chose qui est faite de deux | & le soufre ne
|
| substances homogènes. Et ce mercure | sont pas ceux
|
| & ce soufre, ne sont pas le mercure & | du vulgaire.
|
| le soufre du vulgaire, mais le mercure |
|
| & le soufre des Philosophes; & ce |
|
| mercure tout seul, ou ce soufre tout |
|
| seul, ne peuvent pas être la matière de |
|
| la pierre, mais bien étant unis ensemble |
|
| par l'opération de la Nature, & non |
|
| par celle de l'Artiste, ni de l'Art & de |
|
| la Nature unis ensemble: & comme il |
|
| y a la pierre blanche & la pierre rouge, |
|
| D ij | |
@
44
Le Filet| |
|
| La pierre | il faut conclure comme le docte Abbé
|
| blanche & la | Sinésius, que l'une & l'autre sont sous
|
| rouge sont | un même sujet, & ne proviennent que
|
| sous un même | d'une même & seule matière.
|
| sujet. | Artéphius commence son Livre par la
|
| | matière de notre ouvrage, disant, l'antimoine |
| | est des parties de Saturne, & |
| | a en toute manière sa nature, & dans |
| | cet antimoine Saturnin, le Soleil & la |
| | Lune s'y submergent, c'est-à-dire s'y |
| | précipitent, s'y joignent & s'y unissent, |
| | & ne paraissent jamais qu'après la fixation |
| | parfaite. Par ces termes énigmatiques, |
| | il dit la même chose qu'Hermès; |
| | ce que je n'explique pas davantage exprès |
| | pour vous donner lieu de pénétrer |
| | dans sa pensée vous-même, & pour |
| | vous y aider: il suffit d'avoir marqué, |
| | qu'il dit la même chose. |
| La matière | Le docte Abbé Sinésius, veut que la
|
| de la pierre | matière de la pierre soit un médium
|
| bien claire- | entre métal & mercure, qui soit en partie
|
| ment décrite. | fixe & en partie volatil: autrement,
|
| | dit-il, il ne tiendrait pas le milieu |
| | entre métal & mercure. Celui-ci |
| | est bien plus clair & plus intelligible, |
| | & dit encore la même chose. |
| La matière | Flamel veut que ce soit deux dragons,
|
| de la pierre | dont l'un a des ailes & l'autre
|
@
d'Ariadne. 45
| n'en a point; il les explique lui-même | suivant
|
| l'un être mâle & l'autre femelle; l'un | Flamel.
|
| le fixe & l'autre le volatil; l'un le soufre |
|
| & l'autre le mercure, qui ne sont | |
| pas le soufre & le mercure du vulgaire, |
|
| mais ceux des Philosophes également | Les hommes
|
| proportionnés par la Nature seule sans | ne peuvent
|
| la participation de l'Art, d'autant que | savoir les
|
| cela surpasse les forces de l'entendement | poids & propor-
|
| humain, en quoi plusieurs s'abusent, | tion du mercure
|
| qui ne peuvent savoir les proportions | & du soufre.
|
| requises, ou qui se servent |
|
d'autre matière que de celle des Philosophes.
| Philalète étant le dernier qui a écrit, | |
| & aussi le plus intelligible: il dit, qu'il |
|
| y a une chose dans le règne métallique |
|
| si excellente pour faire la Pierre des Sages, |
|
| que celui qui sait la prendre dans |
|
| le temps de sa naissance, n'a que faire de |
|
| se mettre beaucoup en peine, d'autant |
|
| que le Soleil & la Lune des Philosophes |
|
| y sont plus proches que dans le Soleil |
|
| & la Lune du vulgaire: en un mot, |
|
| c'est-à-dire, que c'est là le grand secret |
|
| des Philosophes, qui fait un Elixir bien |
|
| plus parfait que celui que l'on peut faire |
|
| avec autre chose; & quoique les Sages |
|
| semblent se contrarier, ils sont pourtant |
|
@
46
Le Filet| |
|
| Qui entend | d'accord, & disent tous la même
|
| parfaitement | chose sous des termes différents & manières
|
| un Philosophe | de parler qui leur sont particulières,
|
| peut expli- | & qui en entend un parfaitement,
|
| quer les | peut expliquer facilement les
|
| autres. | autres; c'est ce qui m'a fait mettre ici
|
| | leurs dires & manières de parler touchant |
| | leur matière. |
| | Puisque tous les Sages disent la même |
| | chose à l'égard de leur matière, & |
| | que ce que j'ai ci-devant avancé des |
| | métaux & des sels métalliques l'est aussi, |
| | & qu'il n'y a & ne peut y avoir qu'une |
| Toutes les | seule matière sur laquelle l'art emploie
|
| matières ci- | son industrie pour la rendre à la fin un
|
| dessus sont | Elixir ou la Pierre des Philosophes parfaite
|
| homogènes | au blanc ou au rouge; il s'ensuit
|
| avec celles | nécessairement que tout ce que j'ai dit
|
| des Philoso- | ci-dessus, & ce que les Sages disent,
|
| phes, quoi | n'est qu'une matière homogène revêtue
|
| que revêtues | pourtant de diverses formes accidentelles,
|
| de diverses | qui subsiste sous ces formes sans
|
| formes acci- | la destruction de la forme substantielle
|
| dentelle. | & altération de la substance.
|
| L'Art détruit | Il est bien vrai, que l'Art détruit le
|
| entièrement | mercure depuis la tête jusqu'aux pieds,
|
| le mercure & | & l'élève aussi depuis les pieds jusqu'à
|
| le rétablit | la tête, en forme plus subtile d'une substance
|
| meilleur | naturelle qu'elle n'était auparavant;
|
@
d'Ariadne. 47
| mais cela ne se nomme pas proprement | qu'il n'était.
|
destruction, mais bien amélioration.
| La Pierre des Sages est une; sa matière | La matière
|
| unique, quoique de plusieurs | unique de la
|
| choses, & ne peut se trouver en autre | pierre ne se
|
| chose du Monde, & il n'y a rien qui en | peut trouver
|
| approche en tout cet Univers; elle est | ailleurs.
|
| la matière première de tous les métaux; |
|
| elle est un mixte de terre & d'eau |
|
| animé de l'esprit de la quintessence & |
|
| des influences du ciel. Elle est faite |
|
| par la Nature sans que l'Art y ait contribué: |
|
| & comme la Nature agit toujours |
|
| simplement, l'Ar doit l'imiter autant |
|
| qu'il peut, c'est pourquoi; il l'a préparé | La matière
|
| pour la perfectionner par une seule | étant unique
|
| manière, la réduisant en une quintessence | ne se prépare
|
| admirable, qu'à la fin il l'a | aussi que d'une
|
| pousse jusqu'à une perfection si étendue | manière.
|
| qu'elle est faite une Médecine universelle |
|
| sur toute la Nature, c'est-à-dire |
|
| sur le minéral, sur le végétal & sur l'animal, |
|
| & qui voudra la préparer par |
|
| autre manière ne viendra jamais à bout |
|
| de ses désirs. |
|
| Cette matière est un corps terrestre, | Qualités
|
| & est pondéreuse, aérienne, sulfureuse, | de la ma-
|
| mercurielle & aqueuse, qui con- | tière.
|
@
48
Le Filet| |
|
| | tient en soi la nature, la force, la vertu |
| | & la perfection de tous les Métaux, |
| | & de tous les êtres; Enfin, la Racine |
| | est métallique, c'est pourquoi elle s'unit |
| | parfaitement avec tous les métaux; |
| Pourquoi | convertit les imparfaits en parfaits,
|
| l'Elixir s'u- | lorsqu'elle a été élevée à la dernière
|
| nit parfaite- | perfection; ce qu'elle ne pourrait pas
|
| ment avec | faire, si en son caché elle n'en participait.
|
| | De cette matière naissent deux Lions |
| | ou Dragons, dont l'un n'a point de |
| | plumes, & l'autre en a; ils sont toujours |
| | en action, & ne dorment jamais |
| | qu'ils ne meurent à l'heure même, c'est |
| Les dragons | pourquoi ils mangent continuellement
|
| des philoso- | par les soins d'Hercules, qui leur fournit
|
| phes mangent | tout ce qui leur est nécessaire; &
|
| toujours & ne | ces aliments dont ils ne manquent point
|
| dorment ja- | sont cause qu'ils acquièrent toujours
|
| mais qu'ils | plus de vigueur, sans avoir besoin de
|
| ne meurent | repos & de sommeil; & on peut dire
|
| à la même | que ce sont ces deux animaux; qui veillaient
|
| heure. | à la garde de la Toison d'or, que
|
| | Jason endormit par l'industrie que lui |
| | suggéra Médée. Et encore que cette |
| | matière soit de deux natures, elle n'est |
| | pourtant pas hermaphrodite, quoi |
| | qu'on en ait dit, parce que ce n'est |
| | qu'une |
@
d'Ariadne. 49
| qu'une Nature homogène. |
|
| Ecoutez le Comte de la Marche | |
| Trévisane; Notre Pierre, dit-il; se |
|
| fait d'une racine & de deux substances |
|
| mercurielles crues, prises & extraites |
|
| de la Minière, lesquelles étant |
|
| purifiées & mondifiées, sont jointes |
|
| & unies amiablement par le feu, qui |
|
| les cuit assidûment, selon que la Nature |
|
| le désire, jusqu'à ce que de deux |
|
| ils soient fait un; & cet un, fait de |
|
| deux, est semblable à la matière, de |
|
| laquelle la Nature se sert dans la terre |
|
| à la procréation des métaux, nonobstant |
|
| toutes opinions contraires, & |
|
| la diversité des noms qu'on lui impose, |
|
| qui n'empêche pas que ce ne |
|
| soit une seule chose. |
|
| Dans cette matière, dit Zachaire, | |
| tout le magistère est contenu, à laquelle |
|
| nous n'ajoutons rien d'externe, |
|
| ni de laquelle nous ne diminuons |
|
| rien aussi, mais seulement nous éloignons |
|
| en la préparation ce qui est |
|
| superflu. Et il faut se donner de garde |
|
| de prendre aucune matière dont les |
|
| Philosophes se sont servis pour comparaison, |
|
| comme quand ils disent: prenez | Il ne faut pas
|
| de l'Arsenic blanc, du Soufre vif | se servir de ma-
|
| E | |
@
50
Le Filet| |
|
| tière dont | & choses semblables; & si vous ajoutez
|
| les Philoso- | quelque chose d'externe, c'est-à-
|
| phes se sont | dire, qui ne soit pas de la même nature,
|
| servis pour | elle donnera lieu à corrompre
|
| comparaison. | & détruire tout votre ouvrage, &
|
| | vous priver de vos désirs. |
| | Cette matière est vile à ceux qui |
| | savent cet Art, en comparaison des |
| | grands trésors qu'ils possèdent, comme |
| | s'ils ne les possédaient pas, ayant |
| | toujours demeuré dans les propres limites |
| | de leur naissance: & en disant que la |
| | matière est vile, ce n'est pas à dire de |
| | vil prix; car elle prend son origine du |
| | Soleil & de la Lune, qui sont son père |
| | & sa mère, & la terre sa nourrice, |
| La matière | comme dit Hermès. Cette matière est
|
| est vile & | vile & précieuse en même temps; vile,
|
| précieuse en | parce qu'elle a un corps terrestre; &
|
| même temps. | précieuse, parce qu'elle contient tout
|
| | ce qu'il y a d'excellent & de parfait |
| | dans toutes les créatures. |
| | Bonus dit que cette matière est composée |
| | de corps & d'esprit; que l'esprit |
| | est de nature mercurielle & volatile, & |
| | son corps de nature fixe: ainsi, elle est |
| | l'argent vif des Philosophes, & leur |
| | Soleil & leur Lune; l'union donc de |
| | ces deux est nécessaire à cet Art, car |
@
d'Ariadne. 51
| il faut les réduire en leur première matière |
|
| par l'argent-vif des Philosophes, |
|
| c'est-à-dire les convertir en une eau |
|
| visqueuse, ce qui ne se peut mieux faire |
|
| que par l'argent-vif des Sages, qui |
|
| en vient facilement à bout, & il ne |
|
| faut pas entendre cela du Soleil & de |
|
| la Lune, & du mercure du vulgaire, |
|
| dit Rosarius; mais de notre pierre, qui |
|
| contient la nature & les propriétés de |
|
| ces trois choses; & cette réduction en | Ce que c'est
|
| première matière s'appelle la dissolution | que la réduction
|
| de la pierre, d'où il faut conclure | en première
|
| que la pierre est composée de deux | matière.
|
| choses; savoir, de corps & d'esprit: |
|
| l'esprit se sublime de soi & non pas le | La pierre
|
| corps, s'il n'est incorporé avec l'esprit, | est composée
|
| Et cette dissolution en eau, n'est pas | de corps &
|
| proprement dissolution, mais liquéfaction | d'esprit.
|
| comme cire, & comme celle |
|
| du sel, qui est fait lorsqu'il est mis à |
|
| l'air ou à l'humide. |
|
| Cette dissolution se fait pour réduire | Pourquoi
|
| le corps qui est terrestre en sa | on fait la
|
| première matière, & pour que l'esprit | dissolution.
|
| & le corps soient inséparablement unis, |
|
| soient faits un, & prennent une même |
|
| couleur; elle se fait pour réduire le |
|
| corps à la qualité de l'esprit, & ainsi le |
|
| E ij | |
@
52
Le Filet| |
|
| | corps se mêle avec l'esprit sans jamais |
| | s'en séparer non plus que l'eau avec |
| | l'eau; c'est pourquoi le corps s'élève |
| | au commencement avec l'esprit, & à |
| | la fin l'esprit se fixe avec le corps. |
| | Elle se fait donc pour subtiliser les |
| | corps avec les esprits, & les pousser |
| | par après tous deux jusqu'à une si grande |
| | spiritualisation qu'ils soient tout esprit; |
| | c'est pourquoi la dissolution est |
| | absolument nécessaire pour pouvoir |
| | parvenir à la subtilisation, & ainsi la |
| | dissolution est la première sublimation |
| | de la pierre. |
| | Elle se fait enfin pour extraire ou tirer |
| La teinture | l'âme de son corps, laquelle contient
|
| blanche & | la teinture blanche & la rouge
|
| rouge sont | cachée sous la blanche, afin d'unir l'âme
|
| contenues | faite spirituelle avec son esprit &
|
| dans l'âme | qu'elle puisse donner la vie à son corps:
|
| de la pierre. | cette dissolution se fait avec son eau,
|
| | qui est une eau mercurielle, car la pierre |
| | est toute mercure, & un mercure |
| | qui contient en soi naturellement son |
| | soufre propre. |
| | Quoique les Philosophes aient parlé |
| | dans leurs écrits de tout l'ouvrage |
| | de la pierre, chacun en a passé sous siqu'un |
| | lence quelque partie, ou n'en a dit |
@
d'Ariadne. 53
| mot en passant. Bacon s'étend |
|
| plus que les autres sur la matière: le |
|
| Comte de la Marche-Trévisane, est |
|
| le seul qui ait beaucoup parlé de la |
|
| préparation dont il a fait un Livre |
|
| entier. Et Sendivogius s'est plus étendu |
|
| sur le régime du feu, que tout autre |
|
| Philosophe; mais dans ce Livre je |
|
| ne prétends pas faire ainsi, je veux mettre |
|
| toutes les parties de l'ouvrage comme |
|
| elles doivent être, c'est-à-dire sans |
|
| aucune confusion, & dans l'ordre |
|
| qu'on les doit décrire & qu'on le peut |
|
| désirer, sans rien laisser en arrière. |
|
| Je dis donc que tout l'ouvrage de la | Différence
|
| pierre, n'est qu'une perpétuelle sublimation | de la sublima-
|
| Philosophale & non Chimique, | tion philoso-
|
| car la Chimique n'est qu'une élévation | phale & de la
|
| de la matière au sommet du vaisseau; | chimique.
|
| mais la Philosophale est une amélioration |
|
| & élévation à un plus haut degré |
|
| de perfection auquel on porte la |
|
| matière, ce qui se fait toujours jusqu'à |
|
| ce que la pierre ait acquis sa dernière |
|
| perfection, par le moyen de l'art & |
|
| de la nature unis ensemble, qui s'accompagnent |
|
| toujours. |
|
| Or la sublimation présuppose toujours | |
| la dissolution du corps, & tout |
|
| E iij | |
@
54
Le Filet| |
|
| Tout corps | corps est dissous par l'esprit avec lequel
|
| est dissous | il est mêlé, & par lui il est fait
|
| par son es- | spirituel; & lorsque le corps est dissous,
|
| prit. | l'esprit se coagule par la même
|
| Ce qui dissout | opération, qui est divine, surnaturelle
|
| & ce qui est | & incompréhensible: d'où il faut inférer
|
| dissout sont d | que ce qui dissout & ce qui est
|
| même nature. | dissous, sont de même nature, & que
|
| Les eaux for- | s'il y avait quelque nature étrangère, il
|
| tes ne dis- | ne se ferait pas une vraie & physique
|
| solvent pas | dissolution du corps & congélation
|
| radicalement | de l'esprit.
|
| & ne s'unis- | La première opération s'appelle l'extraction
|
| sent pas aux | de la semence de l'or, qui est
|
| matières qu'- | la première sublimation ou préparation
|
| ils dissolvent | du mercure philosophal; l'or en
|
| mais s'en vont | cette semence par le moyen de l'art acquiert
|
| en fumée; mais | la puissance de se multiplier, &
|
| le dissolvant | ainsi est le sujet de la matière que l'Artiste
|
| des Sages est | doit choisir pour faire son ouvrage,
|
| une eau per- | & d'où il peut tirer la forme de
|
| manente qui | la semence de la pierre.
|
| s'unit parce | En faisant cette opération, le récipient
|
| qu'elle est | qui est de verre doit être mis
|
| de la même | dans de l'eau froide, ou bien il le faut
|
| nature, & les | rafraîchir par des linges mouillés,
|
| autres de | crainte que le verre, quoique double,
|
| diverses. | vienne à se casser par la force & viorécipient,
|
| | lence des esprits qui entreront dans ce |
@
d'Ariadne. 55
liqueur blanche, épaisse & pondéreuse.
| Et d'autant que la Nature engendre | |
| toutes choses par le mâle & la femelle, |
|
| & les multiplie aussi par même voie, |
|
| & que l'art doit imiter la nature: cette |
|
| semence de l'or sera l'agent & le mâle, |
|
| & le mercure sera la femelle de même |
|
| espèce & origine; l'un sera le dissolvant, |
|
| & l'autre sera la matière qui sera |
|
| dissoute; l'un est fixe & l'autre volatil, |
|
| & de l'union de ces deux, il naît l'enfant |
|
| du Soleil si merveilleux; & de |
|
| même que l'homme qui a été créé de |
|
| la terre, n'engendre pas son semblable |
|
| de la terre, mais de soi-même, & |
|
| que l'homme se nourrit de la terre, & |
|
| de cette nourriture se fortifie, croît & |
|
| s'augmente: ainsi l'or engendre l'or, |
|
| & doit être nourri de sa première substance |
|
| ou matière très pure, & c'est ce |
|
| que dit Hermès. Sa nourrice est la |
|
| terre. |
|
| Cette première sublimation se nomme | |
| aussi distillation, parce qu'en distillant |
|
| l'eau monte au haut du vaisseau |
|
| Philosophal en espèce ou en forme de |
|
| fumée: c'est pourquoi Hermès dit, |
|
| E iiij | |
@
56
Le Filet| |
|
| Le vent le | le vent le porte en son ventre. Par la
|
| porte en | sublimation parfaite, la destruction,
|
| son ventre | la contrition & la pulvérisation de la
|
| expliqué. | matière s'en ensuit, qui est de mettre
|
| | en chaux par un feu fort, le corps qui |
| | est demeuré au fond du vaisseau: ce qui |
| | se fait, afin que le lien & la consolidation |
| | des parties terrestres & combustibles |
| | soit rompu & les subtiles soient |
| | séparées, & que l'âme subtile qui est |
| | la partie tingeante en soit plus facilement |
| | extraite: le Trévisan la nomme |
| | Elixir, d'autant que ce premier degré |
| | est de faire le mercure Philosophal, |
| | qu'il nomme le mercure végétal net & |
| | pur, que les Philosophes appellent |
| | Soufre blanc non brûlant, qui est un |
| | moyen de conjoindre les soufres avec |
| | le corps & mercure; & les Sages disent |
| | qu'il conjoint les teintures aux |
| | corps, qu'il est de nature fixe & arrête |
| | les esprits. |
| La sublima- | La sublimation des Philosophes contient
|
| tion contient | plusieurs opérations; savoir la
|
| en soi plu- | purification, afin d'avoir une substance
|
| sieurs opé- | pure & nette: la dissolution, pour
|
| rations | réduire toute la masse de la matière en
|
| | une eau; la troisième, la putréfaction |
| | ou corruption, d'autant que rien ne se |
@
d'Ariadne. 57
| fait sans que premièrement la corruption |
|
| précède, suivant l'axiome des |
|
| Philosophes, corruptio unius est generatio |
|
| alterius. L'ablution, le nettoiement, |
|
| blanchissement & savonnement |
|
| suit, parce que toute chose sordide |
|
| doit être nettoyée de toute impureté |
|
| corrompante, cette ablution se nomme | Ce que c'est
|
| aussi incération & mondification. | que incéra-
|
| L'autre est la coagulation, parce qu'il | tion.
|
| faut que cette eau si précieuse de laquelle |
|
| nous avons parlé, soit desséchée |
|
| & retourne en forme de poudre |
|
| dont elle avait été extraite. La calcination |
|
| suit, d'autant que la matière calcinée |
|
| est plus propre & plus disposée |
|
| à la sublimation, & qu'elle est plus |
|
| proche de la fixation, ce que plusieurs | Ce que c'est
|
| Philosophes nomment fusion. Et la | que fusion.
|
| dernière est la fixation, qui est parfaite |
|
| lorsque la couleur ne change |
|
| plus. |
|
| Toutes lesquelles opérations sont en | |
| la sublimation, les parties volatiles |
|
| sont élevées comme une fumée & doivent |
|
| demeurer dans le vaisseau pour |
|
| être fixées avec le corps fixe, & pour |
|
| qu'ils puissent donner la fusion au |
|
| corps ou parties plus grosses, & se défendre |
|
@
58
Le Filet| |
|
| Le travail | de la vitrification: ce qui justifie,
|
| de la pierre | ce que j'ai ci-devant avancé; que
|
| n'est que su- | tout le travail de la pierre n'est qu'une
|
| blimation | que perpétuelle sublimation Philosophique
|
| perpétuelle | & cette sublimation, que sa fixation;
|
| & cette su- | qui est élevée en sa substance, en
|
| blimation que | vertu & en couleur à une plus haute
|
| sa fixation. | perfection.
|
| L'ouvrage de | Cette sublimation contient la dissolution
|
| la pierre | qui a été faite dès le commencement,
|
| n'est qu'une | & à la fin on fait la fixation,
|
| perpétuelle | qui est la coagulation parfaite: & conséquemment,
|
| sublimation | comme l'on dit que l'ouvrage
|
| & cette su- | de la pierre est une perpétuelle
|
| blimation | sublimation, on peut aussi dire qu'il
|
| qu'une perpé- | ne consiste qu'en une perpétuelle dissolution
|
| tuelle disso- | & coagulation.
|
| lution & coa- |
|
| gulation. | ---------------------------------------
|
| |
|
| | C H A P I T R E III.
|
| |
|
| | De la Préparation. |
| |
|
| | A Près avoir parlé si abondamment |
| | & si clairement de la matière, |
| Pourquoi | venons à parler de sa préparation,
|
| les Sages ont | que les Sages se sont tant étudiés
|
| tant caché la | de cacher, quoi qu'elle soit la
|
| préparation. | chose la plus difficile de tout l'Art; Ils
|
@
d'Ariadne. 59
| l'ont fait exprès, d'autant que si par |
|
| hasard, ou par imprudence de quelqu'un; |
|
| un homme venait à la connaissance |
|
| de la vraie matière, ne sachant |
|
| pas comment la préparer, (ce qui est |
|
| absolument nécessaire) ne pût parvenir |
|
| à l'accomplissement de l'oeuvre: & |
|
| comme grand nombre de personnes |
|
| pèchent à l'égard de la matière, il en |
|
| a encore plus qui manquent en la préparation, |
|
| dans laquelle la pierre n'ayant |
|
| point de mouvement de soi, ne peut |
|
| être faite un Elixir parfait, mais doit |
|
| le recevoir de l'art & du travail. |
|
| Ces préparations purgations & | |
| purifications ne sont pas vulgaires, |
|
| mais Philosophiques; & les Artistes | Le bon artiste
|
| ne peuvent les faire par des voies contraires | ne fait point
|
| à celles de la nature, & celui | violence à
|
| qui en emploie, détruit son ouvrage, | la nature.
|
| parce qu'il doit imiter la nature & lui |
|
| aider, puis qu'il doit travailler avec elle; |
|
| mais non pas lui faire violence; c'est | Les eaux
|
| à-dire, ne pas se servir des eaux fortes | fortes éloigne
|
| pour dissoudre en la préparation, d'autant | les corps de
|
| qu'elles sont corrosives & corrompent | l'espèce des
|
| la substance des corps; car plus | métaux.
|
| ces eaux les corrodent & corrompent, |
|
| plus elles les éloignent de l'espèce |
|
@
60
Le Filet| |
|
| | des métaux. |
| | Mais les dissolutions qui se font comme |
| | il faut, se font par l'argent-vif; |
| | c'est-à-dire par l'eau des Philosophes, |
| | qui corrompt seulement la forme extérieure |
| | des corps qui sont dissous, |
| | mais non pas la substance, d'autant |
| | qu'elle a en soi une vertueuse humidité |
| | qui les dissout amiablement & |
| | sans aucun dommage, & qui est plus |
| | forte que le feu, d'autant qu'elle fait |
| | du corps de l'or; un pur esprit; ce que |
| | le feu ne peut pas faire, ainsi que dit |
| | La turbe. |
| | La préparation se fait & se doit faire |
| | par destruction réitérée en résolvant |
| | & sublimant, & en séparant de |
| | la pierre le pur d'avec l'impur, l'épais |
| | d'avec le subtil, comme dit le Philosophe, |
| | dans le même temps qu'on mêle |
| | le soufre & le mercure, le Soleil & la |
| | Lune ensemble, & sans perdre aucun |
| | temps crainte de la dissipation des esprits, |
| | sans lesquels rien ne se peut faire: |
| | c'est ce que la Nature n'a pu faire, |
| | n'ayant point de mains; mais c'est aux |
| | mains de l'Artiste auxquelles cette opération |
| | est dévolue: ce qui étant bien |
| | fait, la matière ne peut plus demeurer |
@
d'Ariadne. 61
| dans son espèce ni dans la forme, |
|
| mais bien dedans le genre & dans la |
|
| sienne, & ainsi la matière est disposée |
|
| à recevoir la forme de tous les métaux, |
|
| & est une opération qui seule la |
|
| dispose à la séparation de toutes les |
|
| parties qui la composent. |
|
| Quand l'animal a pris des aliments, | |
| & qu'ils sont après digérés par la chaleur |
|
| naturelle, la séparation du pur |
|
| & de l'impur des dits aliments se fait par |
|
| la Nature; l'impur & le grossier est |
|
| chassé, & ce qu'il y a de pur & de subtil |
|
| est retenu & converti en chyle, lequel |
|
| est ensuite distribué à toutes les |
|
| parties du corps; il en est à peu près |
|
| de même dans cette opération que |
|
| l'artiste fait, parce que la Nature ne |
|
| l'a pu faire, &c. |
|
| Les principes de la pierre sont soufre | |
| & mercure, non pas dans leur nature, |
|
| mais altérés & ensemble mêlés, |
|
| & dûment proportionnés par la nature: |
|
| en sorte que de leur mélange |
|
| avec les deux luminaires, il en vienne |
|
| une troisième nature, qui n'est nullement |
|
| soufre ni mercure, & qui pourtant |
|
| retient parfaitement les vertus |
|
| & propriétés de l'un & de l'autre: |
|
@
62
Le Filet| |
|
| | sur quoi il faut savoir, que le soufre |
| | & l'argent-vif ont des esprits volatils, |
| | & que l'argent-vif l'est davantage que |
| | le soufre, d'autant qu'il fuit davantage |
| | le feu, comme ayant plus de contrariété |
| | avec lui, mais le soufre a en |
| | lui la vertu de coaguler & fixer; ainsi |
| L'argent-vif | la pierre a principalement de l'argent-
|
| a la propri- | vif la propriété de voler, & du soufre
|
| été de voler, | la puissance de fixer, qui sont les deux
|
| & le soufre | principaux fondements que les Philosophes
|
| de fixer. | veulent unanimement qu'ait la
|
| | pierre ou matière de la pierre, pour |
| | devenir une Pierre parfaite. |
| | Et quand cette opération est faite |
| | par le moyen de l'art & la prudence |
| Ce que le | de l'Artiste, le mercure & le soufre
|
| mercure des | étant unis ensemble & proportionnés
|
| Philosophes | avec le Soleil & la Lune, une troisième
|
| contient. | nature qui en provient est leur mercure,
|
| | auquel les Sages ont donné divers |
| Les divers | noms, car ils l'ont appelé eau de
|
| noms du mer- | mer, parce qu'il y a plus d'eau que de
|
| cure des | terre; & que de la nature ignée il acquiert
|
| Sages. | la subtilité, l'amertume & la
|
| | puanteur. Il est nommé eau de nuée, |
| | mais eau permanente, d'autant que |
| | l'eau de nuée vulgaire n'est pas permaHermès |
| | nente au feu, mais s'enfuit & s'exhale. |
@
d'Ariadne. 63
| lui donne le nom de queue |
|
| de dragon, parce que le dragon qui | Le dragon est
|
| est le corps ou la terre, la dévore & la | la terre, & la
|
| boit toute, & ce dragon est la substance | substance fixe.
|
| fixe. Ils l'appellent leur eau dorée & |
|
| leur eau de talc, parce qu'elle contient |
|
| en puissance la substance des deux luminaires. |
|
| Leur mercure minéral & |
|
| corporel, leur mercure animé, le double |
|
| mercure, le mercure métallique, le |
|
| mercure essentiel sans lequel rien ne |
|
| se peut faire; leur eau-de-vie, eau céleste, |
|
| leur eau douce, eau antimoniale |
|
| & mercuriale, eau bénite, eau |
|
| venimeuse, eau puante, eau des eaux, |
|
| eau pondéreuse, parce qu'étant métallique, |
|
| elle est plus pesante que toutes |
|
| les autres eaux. Ils lui ont donné une | Pourquoi les
|
| infinité d'autres noms, non seulement | Sages ont donné
|
| pour le cacher aux ignorants & aux méchants, | divers noms à
|
| mais aussi à cause de son excellence, | leur mercure.
|
| & il n'y a pas un de ces noms |
|
| qui ne lui convienne parfaitement. |
|
| Il contient les quatre éléments dans | |
| une proportion égale, qui s'altèrent |
|
| dans l'ouvrage les uns & les autres; & |
|
| enfin deviennent, nonobstant leur |
|
| propension mutuelle à la guerre réciproque, |
|
| dans un si parfait tempérament, |
|
@
64
Le Filet| |
|
| | & dans une si grande paix & |
| | amitié, que se faisant plus qu'une même |
| | chose: cette chose est un remède |
| | à tous maux pour le soulagement de |
| | toute la nature. |
| | Mais auparavant qu'il ait été travaillé, |
| | il est une eau qui ne mouille |
| | point, il est un feu qui ne brûle point, |
| | il est une eau qui ne craint point le |
| | feu, il est un feu qui ne s éteint point |
| | dans l'eau, & qui y subsiste sans s'y |
| Le mercure | altérer. Il est un aimable dissolvant de
|
| est un aima- | tous les corps sans excepter les pierres
|
| ble dissol- | les plus dures. Il se dissout, se calcine,
|
| vant de tous | se sublime, se coagule & se perfectionne
|
| les corps. | lui-même. Il est le dissolvant
|
| | & l'eau-forte des Philosophes; il |
| | est un Prothée & un Caméléon, qui |
| Le mercure | se change en toutes couleurs jusqu'à
|
| & le soufre | ce qu'il ait atteint le rouge parfait.
|
| sont les | Et la raison, c'est qu'il contient le
|
| vrais dissol- | mercure & le soufre des Sages, qui
|
| vant de tous | sont les vrais dissolvants de tous les
|
| les métaux; | métaux, & qu'il est de la même nature,
|
| Le mercure | & qu'il ne se trouve point qu'aux métaux.
|
| des philoso- | Ce mercure congèle facilement
|
| phes congèle | le mercure du vulgaire, mais ne le fixe
|
| le mercure | pas; pour y parvenir, il faut qu'il soit
|
| vul- | joint au Soleil & à la Lune, c'est-à-
|
| | dire, |
@
d'Ariadne. 65
| dire, il faut qu'il soit cuit & réduit en | gaire, mais
|
| Elixir parfait au blanc ou au rouge, & | ne le fixe
|
| il n'importe avec lequel il doit être | pas.
|
| joint, c'est-à-dire, fixé. |
|
| Geber dit que ce mercure est une | |
| gomme plus noble que les marguerites |
|
| & les pierres précieuses, & que | L'ouvrage ne se
|
| ceux qui pensent faire l'ouvrage sans | peut faire
|
| lui, sont semblables à ceux qui veulent | sans le mercure
|
| monter au haut d'une Tour sans échelle, | des Philosophes.
|
| & qui tombent sur le pavé en commençant. |
|
| Ce mercure subtilisé est appelé |
|
| eau permanente: & la raison |
|
| étant unie à son corps, sans lequel elle |
|
| ne serait pas permanente: & la raison |
|
| pour laquelle elle est permanente, c'est |
|
| qu'elle est engendrée dans le feu, & |
|
| par le feu; & qu'ainsi qu'on peut dire |
|
| que le feu est son père, quoi qu'il ne |
|
| soit que sa nourriture. |
|
| Elle est cette humidité vivifiante de | |
| la pierre, sa vie & sa résurrection; elle |
|
| dissout & congèle tout, elle est la |
|
| chose qui teint & qui est teinte invariablement, |
|
| parce qu'elle est animée | Pourquoi le
|
| d'une chaleur vivifiante, c'est pourquoi | mercure Philo-
|
| sa teinture est permanente & ne | sophal a une
|
| peut être effacée, les Philosophes ont | teinture per-
|
| celé la manière de faire, parce que | manente.
|
| F | |
@
66
Le Filet| |
|
| | c'est la principale clef de tout l'oeuvre |
| | & de leur magistère: cette eau est l'esprit |
| | des corps convertis en nature de |
| | quintessence donnant vertu à la Pierre. |
| | Devant que la pierre soit travaillée, |
| | elle se divise en corporelle & spirituelle; |
| | l'un sort de l'autre, & l'un rend |
| | l'autre meilleur; l'un est masculin & |
| | l'autre est féminin, l'argent-vif des |
| | Philosophes est l'humidité radicale de |
| | la pierre, la magnésie est tout le compost |
| | dans lequel est l'humidité susdite, |
| | laquelle humidité n'est pas comme les |
| | autres humidités qui fuient le feu, |
| | parce qu'il les consume; mais celle-ci |
| | y courre; dans cette humidité ou pierre |
| | sont le Soleil & la Lune en vertu & |
| | puissance, & aux éléments en nature: |
| Si le Soleil | & s'ils n'étaient pas en ce compost,
|
| & la Lune | rien ne se ferait, & de cela ne se ferait
|
| n'étaient mis | pas Soleil & Lune, qui sont autres
|
| avec le mer- | & meilleurs que ceux du vulgaire, parce
|
| cure, il ne | qu'ils sont vivants, & que ceux du
|
| s'en ferait | vulgaire sont morts.
|
| pas Soleil & | Cette eau contient en soi tout ce
|
| Lune. | qui lui est nécessaire pour son amélioration,
|
| | & sa dernière perfection, |
| | n'ayant besoin que du secours de l'art, |
| | c'est-à-dire d'un feu artificiel & proportionné: |
@
d'Ariadne. 67
| & on ne peut errer qu'en | On ne peut
|
| ce commencement, c'est-à-dire au feu, | errer qu'au
|
| parce qu'il est difficile de trouver sa | commencement
|
| proportion. | du travail.
|
| Rasis dit que quand ce mercure naît, | |
| qu'avec lui dans son ventre naissent le | Le mercure
|
| Soleil & la Lune; Enfin il y a tant de | contient toutes
|
| merveilles en ce mercure, qu'il contient | les perfections
|
| en soi non seulement toute la | des êtres supé-
|
| perfection métallique, mais encore | rieurs & des
|
| toutes les perfections de tous les êtres | inférieur.
|
| tant supérieurs qu'inférieurs; & en un |
|
| mot de toute la nature, & son animation | L'animation
|
| est la transformation de l'or en | du mercure est
|
| sperme, & ce sperme n'est que pur or | la transforma-
|
| spirituel. | tion de l'or en
|
| Ce mercure contient en soi un feu, | sperme.
|
| qui doit être repu & nourri de plus |
|
| grand feu au second régime de la pierre, |
|
| & ce feu du second régime doit |
|
| être enclos par ce second; les Philosophes |
|
| le nomment propre instrument. | Ce que c'est
|
| Ce mercure est de terre & d'eau, & | que le propre
|
| on le met dans l'oeuf tout frais & récent | instrument.
|
| avec tout son sang; c'est-à-dire |
|
| avec tous ses esprits; c'est pourquoi il |
|
| faut le sceller le plus promptement |
|
| qu'on pourra, avec le plus commode |
|
| sceau d'Hermès, dont sera parlé ci- |
|
| F ij | |
@
68
Le Filet| |
|
| | après, afin qu'il y soit sublimé & exalté |
| | à nature d'air & de feu, comme dit |
| | Arnault de Villeneuve. |
| | Que les Chimistes ne cherchent |
| | donc plus de dissolvants autres que celui-ci, |
| | qui est le vrai dissolvant universel, |
| | qui dissout tous corps, quelques |
| | durs qu'ils soient, doucement, |
| | amiablement & sans altération, ni corrosion |
| Dissolvant | aucune. Qu'ils ne distillent plus
|
| ridicule. | des soixante muids d'eau de puits pour
|
| | en faire un, & que les Sophistes laissent |
| | toutes leurs folles imaginations |
| | pour en trouver un propre à leurs desseins, |
| | & que les uns & les autres ne |
| | se rompent plus la tête à en vouloir |
| | faire avec divers sujets & diverses |
| Tous dissol- | drogues.
|
| vants autre | Tous leurs dissolvants ne seront jamais
|
| que l'eau des | dissolvants qui puissent radicalement
|
| Sages, ne | dissoudre les corps sans corrosion
|
| peuvent dis- | & altération. Qu'ils étudient
|
| soudre les | donc, & qu'ils cherchent le moyen de
|
| corps radi- | faire ce divin dissolvant, qui dissout si
|
| calement. | bien tous les corps quelques durs qu'ils
|
| Le mercure | soient, & qui se dissout soi-même, qui
|
| est l'abrégé | est ce merveilleux mercure, qui contient
|
| des merveilles | en soi tout ce qu'il y a de parfait
|
| de Dieu. | au monde, & qui est l'abrégé des merveilles
|
@
d'Ariadne. 69
| de Dieu: il est corporel & spirituel, |
|
| il est esprit & participe des |
|
| natures spirituelles. |
|
| Lorsque par une merveilleuse industrie | |
| on a tiré ce mercure du lieu | Quoique le
|
| auquel il était caché par la Nature, | mercure ait beau-
|
| quoi qu'il ait encore beaucoup de superfluités, | coup de super-
|
| il n'en faut rien séparer; | fluités, il n'en
|
| & ceux qui prétendent qu'il y a du | faut rien séparer.
|
| phlegme ou des impuretés qu'ils disent |
|
| devoir être séparées, ne sont pas |
|
| bien éclairés ni habiles gens en cet |
|
| Art, d'autant que le feu des Philosophes |
|
| convertit tout cela en substance |
|
| spirituelle, pure & fixe: ce qu'aucun |
|
| Philosophe n'a enseigné que Pontanus, |
|
| & ceux qui en séparent quelque chose |
|
| gâtent l'ouvrage, & n'y pourront |
|
| arriver. |
|
| Mireris dit que la pierre est froide | |
| & humide au commencement, & après |
|
| qu'elle est faite, chaude & sèche; que |
|
| néanmoins il n'y a qu'un régime à l'égard |
|
| de l'Artiste, qui tend à rendre la |
|
| pierre en sa perfection; ce qui ne se | La parfaite
|
| peut faire que par une parfaite digestion, | digestion
|
| à laquelle on ne peut arriver que | se fait par
|
| par diverses digestions particulières, | diverses
|
| qui produisent divers effets & plusieurs | digestions
|
@
70
Le Filet| |
|
| particuliè- | couleurs: d'où il s'ensuit, que devant
|
| res. | qu'elle arrive à sa perfection, elle passe
|
| | de nature en nature, & de couleur en |
| | couleur; de sorte qu'à l'égard de l'intention |
| | de venir à la fin, il n'y a qu'un |
| | régime & une opération; & quant à |
| | la diversité des natures, il y a diversité |
| | d'opérations. |
| Comment on | Et quand le Philosophe dit: il monte
|
| explique, | au Ciel, c'est-à-dire au sommet de
|
| qu'il monte | l'oeuf; & qu'après il descend en terre,
|
| au Ciel et | c'est-à-dire au fond du même vaisseau.
|
| descend en | Quand là matière est noire, cette noirceur
|
| terre. | le nomme putréfaction; & lorsqu'elle
|
| | a perdu cette couleur, elle est |
| Ablution & | appelée ablution & cération par quelques
|
| cération ce | Philosophes. Enfin tout le travail
|
| que c'est. | de la pierre moyennant la Nature,
|
| | n'est qu'une coction & digestion continuelle |
| | de la même nature, par un |
| | travail très simple & très aisé, pendant |
| | le progrès duquel toutes les Planètes |
| La pierre a | se font voir, c'est pourquoi la pierre
|
| été appelée | été appelée des noms des Planètes &
|
| du nom des | mêmes de ceux des minéraux.
|
| Planètes & | Devant que l'Artiste commence son
|
| des minéraux. | travail, il doit savoir & bien connaître
|
| | la matière propre, & le moyen de |
| | la travailler comme il faut; il doit s'armer |
@
d'Ariadne. 71
| d'une grande patience, être vigilant |
|
| & observer ponctuellement tout |
|
| ce qui se passera dans ses vaisseaux; d'autant |
|
| qu'il se doit régler sur ce qu'il verra; |
|
| il apprendra même par là, les |
|
| merveilles que Dieu a mises & cachées |
|
| dans la Nature, sur lesquelles faisant de |
|
| solides réflexions, il aura souvent des |
|
| lumières, auxquelles il n'aurait pu atteindre, | Ce que doit
|
| ni même avoir la moindre espérance | faire l'artiste
|
| de pouvoir les acquérir. Il | en travaillant.
|
| faut qu'il écrive tout pour sa consolation, |
|
| & afin que rien ne lui échappe: |
|
| & sur tout, que rien ne lui manque |
|
| de ce qui lui est nécessaire devant que |
|
| commencer son travail, dont il trouvera |
|
| un état dans l'article du Fourneau |
|
| ci-après déclaré. |
|
| Or le vrai moyen de conduire l'ouvrage | L'artiste
|
| à une bonne & due fin, c'est d'imiter | doit imiter
|
| la Nature, qui par une continuelle | la nature.
|
| & douce chaleur fait l'argent- |
|
| vif & le soufre dans la terre, sans quoi |
|
| l'Artiste ne ferait jamais rien qui vaille; |
|
| & ceux qui font autrement & à leur |
|
| fantaisie; ou se servent du mercure & |
|
| du soufre du vulgaire, travaillent en |
|
| vain, parce que l'intention de la Nature |
|
| & des Philosophes n'est pas cela; |
|
@
72
Le Filet| |
|
| | mais bien qu'on prenne leur argent-vif |
| | & leur soufre. |
| | Il est constant que la Nature est longtemps |
| | à les faire; mais quand elle est |
| | jointe à l'art, & que l'art commence où |
| | la nature a fini ses opérations, il en |
| | vient à bout en peu de temps; & comme |
| | l'art tout seul ne peut rien faire |
| | sans la nature, la Nature qui a mis les |
| | poids & les proportions dans la matière, |
| | aide encore à l'Artiste à perfectionner |
| | ce qu'elle avait commencé |
| | seule, en travaillant avec lui & lui fournissant |
| | son feu central ou interne: & |
| | l'Artiste le feu externe proportionné, |
| | avec les vaisseaux à peu près pareils à |
| | ceux dont se sert ordinairement la même |
| | nature. |
| | Mais à cause qu'il faut élever la matière |
| | à une perfection fort étendue, |
| | pour en pouvoir perfectionner les métaux |
| | imparfaits; il faut de temps en |
| | temps augmenter le feu externe, qui est |
| | la nourriture de la pierre, à mesure |
| | qu'elle se fortifie, suivant le sentiment |
| | de quelques Philosophes; nous en |
| | parlerons à fond dans l'article du Feu. |
| | Devant que finir ce Chapitre, il faut |
| | que je mette ici une chose rare de |
| | notre |
@
d'Ariadne. 73
| notre mercure Philosophal. Tout le |
|
| monde sait qu'il dissout assez facilement |
|
| les métaux, vous en savez la |
|
| raison qui a été dite ci-dessus, & pourquoi |
|
| il ne les corrode pas comme font |
|
| tous les autres dissolvants; & s'il les |
|
| dissout amiablement quelques durs |
|
| qu'ils soient, à plus forte raison il dissout |
|
| les choses moins compactes. |
|
| Or si on lui donne de l'oripeau à | |
| dissoudre, cet oripeau deviendra en |
|
| un moment en bouillie fort claire, laquelle | Merveille du
|
| étant prise, par un tour de | mercure philo-
|
| l'Art, avec un pinceau de métal, & | sophal sur le
|
| appliquée sur du bois, du fer ou autre | bois, le métal
|
| matière, la dorera d'une dorure | & autre matière
|
| infiniment plus belle que celle dont | qu'il pénètre
|
| on se sert ordinairement, & qui durera | beaucoup.
|
| même beaucoup davantage, puis |
|
| qu'elle fait par pénétration dans les |
|
| matières, selon la dureté de leurs corps, |
|
| ce que la commune ne fait que superficiellement |
|
| & par application. |
|
| Ce secret doit en le méditant faire | |
| bien penser à ceux qui en auront la |
|
| connaissance, à inventer cent beaux |
|
| ouvrages dont on ne s'est jamais avisé, |
|
| & cette grande pénétration en doit |
|
| être comme la base & le fondement. |
|
| G | |
@
74
Le Filet| |
|
| Secret du | Le corps mort est réduit en une terre
|
| corps mort | noire qui n'a plus que peu de sel
|
| du mercure | fixe ni de volatil, & qui pourtant étant
|
| des Sages. | trituré & réduit en poudre, est capable
|
| | par sa grande siccité d'attirer puissamment |
| | l'esprit universel, lequel s'unissant |
| | avec cette poudre lui donne de |
| | nouveaux sels & esprits conformes à sa |
| | première nature: ce qui est un autre |
| | secret qu'aucun Philosophe n'a jamais |
| | enseigné, & que je sais par expérience; |
| | de sorte qu'on peut encore y trouver |
| | une substance, qui n'est pas à mépriser. |
| Secret de | De même en est-il des matières dont
|
| la tête mor- | on fait les eaux fortes communes &
|
| te des ma- | vulgaires, qui étant épuisées par l'Art,
|
| tières dont | de tous leurs esprits, en fournissent
|
| on fait les | encore plus d'une fois qui ne cèdent
|
| eaux fortes. | en rien aux premières, lorsqu'on se
|
| | donne la peine de faire ce que dessus. |
| | Par ces exemples, on peut chercher |
| | quelque chose de nouveau dans la plupart |
| | des fèces & corps morts, des matières |
| | dont se servent la Chimie & la |
| | Médecine ordinaire. Je pourrais encore |
| | ajouter quelqu'autre chose, mais |
| | cela suffira pour aiguillonner les Cudiverses |
| | rieux au travail, & à la recherche de |
@
d'Ariadne. 75
| merveilles qui sont encore |
|
| inconnues aux plus savants & meilleurs |
|
| esprits. |
|
| |
|
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E IV. | |
| |
|
| Du Feu. | |
| |
|
| |
|
| A près avoir simplement traité |
|
| de la matière de la Pierre & du |
|
| choix qu'on en devait faire, & encore |
|
| du mercure des Sages, qui sont deux |
|
| des principales clefs de tout l'ouvrage, |
|
| mêmes réfuté quelques opinions erronées; |
|
| il reste maintenant à parler du |
|
| feu, qui est la troisième & dernière |
|
| principale clef, que les Philosophes |
|
| n'ont point enseignée, que sous des |
|
| termes fort obscurs & énigmatiques; |
|
| disons que comme il ne se fait aucunes | Le feu est
|
| générations en ce monde sans le | le Soleil des
|
| Soleil, de même sans le feu qui est le | Philosophes.
|
| plus pur des éléments, & qui ne souffre |
|
| point de corruption, lequel les Sages | Sans le feu
|
| nomment leur Soleil, rien ne se | rien ne se peut
|
| fait & ne se peut faire en cet Art. Sans | faire en cet art.
|
| le feu la matière demeure inutile dans |
|
| la main de l'Artiste, & le mercure Philosophal |
|
| G ij | |
@
76
Le Filet| |
|
| | n'est qu'une chimère qui n'a |
| | de subsistance que dans son imagination, |
| | & qu'il ne peut réduire en acte. |
| | Tout homme a ce Soleil élémentaire |
| | en sa disposition, duquel il peut |
| | se servir à son plaisir, lui donnant tantôt |
| | plus & tantôt moins de chaleur, |
| | afin d'en régler les degrés selon ses désirs, |
| | & selon qu'il les juge nécessaires |
| | aux opérations qu'il veut faire réussir; |
| | mais de trouver ce degré proportionné |
| | au fourneau & à la matière |
| | qui est dans l'oeuf, c'est ce qui est très |
| | difficile. |
| | Artéphius l'a enseigné fort obscurément, |
| | & Sendivogius en a plus parlé |
| | que des autres parties de l'ouvrage, & |
| | plus dit lui seul que tous les Philosophes |
| | ensemble. Quand donc un homme |
| | ne sait pas donner la proportion |
| | du feu, il travaille toujours inutilement |
| | & sans aucun fruit; & sans cela, |
| | c'est-à-dire, sans cette troisième clef, |
| | il ne peut jamais entrer dans le parterre |
| | des Philosophes, à la porte duquel |
| | elles sont attachées toutes trois, |
| | mais si haut, qu'il n'y a que les grands |
| | hommes qui puissent y atteindre, & si |
| | quelqu'un voulait franchir les murs, |
@
d'Ariadne. 77
| il ne manquerait jamais de se tuer, à |
|
| cause de leur grande hauteur, & de la |
|
| profondeur du terrain. |
|
| Avançons & tâchons d'avoir cette | |
| troisième clef, puisque nous avons déjà |
|
| les deux autres, & que sans elle nous |
|
| ne pouvons rien faire. Et pour prendre |
|
| les choses de loin, afin que rien |
|
| ne manque à notre instruction, disons. |
|
| Que la nature ne peut rien faire que | |
| par un grand temps, quoi qu'elle peut |
|
| détruire une chose en peu. Que dans |
|
| ses oeuvres elle a de certaines bornes |
|
| qu'elle ne peut outrepasser, & qu'elle |
|
| contient aussi en soi tout ce dont elle |
|
| a besoin pour ses opérations & les productions |
|
| ordinaires. Elle engendre |
|
| bien les métaux, mais non pas les teintures, |
|
| quoi qu'elle les contienne, & |
|
| qu'en elle elles soient cachées, mais | Le fils du
|
| le fils du mercure & du soufre en est | mercure & du
|
| tout rempli; & c'est de lui seul qu'on | soufre est tout
|
| en doit espérer de fixes & d'invariables. | rempli de
|
| | teintures.
|
| La Nature a une propension à perfectionner | La Nature ne don-
|
| tous ses ouvrages, mais elle | ne à ses ouvrages
|
| ne peut d'elle-même leur donner | qu'une simple
|
| qu'une simple perfection, d'autant | perfection si
|
| qu'elle agit toujours simplement, si | l'Art ne lui aide.
|
| G iij | |
@
78
Le Filet| |
|
| | l'Art ne lui prête son secours, & n'agit |
| | de concert avec elle. Or le moyen |
| | dont l'Art ou l'Artiste se sert pour lui |
| | aider, n'est autre chose que la chaleur |
| | convenable, qui ne se trouve que |
| | dans le feu. |
| Divers feux | Les Philosophes ont accusé plusieurs
|
| doivent être | feux dans leurs écrits; savoir, ceux
|
| rejetés, & | du fient de cheval, du bain-marie, &
|
| pourquoi. | celui du charbon, pour détourner les
|
| | idiots du droit chemin, lesquels prenant |
| | leurs dires à la lettre, se sont servis |
| | de tous, sans avoir pu rencontrer |
| | quoi que ce soit, & sans considérer que |
| | tous ces grands hommes & ces maîtres |
| | de l'Art, ne parlent jamais que |
| | par énigmes & métaphores & similitudes; |
| | car toutes ces chaleurs & ces |
| | feux ne pouvant longtemps durer dans |
| | un même degré & même tempérament, |
| | doivent être rejetés, d'autant |
| | qu'il faut absolument que le feu propre |
| | à faire la coction du mercure & le |
| Le feu des | changement des éléments ou des qualités
|
| Philosophes | élémentaires, les unes dans les
|
| doit être | autres, soit un feu égal, continuel &
|
| égal & con- | approchant de celui dont la Nature se
|
| tinuel. | sert pour la procréation des métaux:
|
| | Or il n'y a que le feu de lampe qui |
@
d'Ariadne. 79
| puisse faire cela, & avoir les qualités |
|
| nécessaires pour faire un si bel ouvrage, | Le feu de
|
| c'est pourquoi il est nommé le feu | lampe est nom-
|
| Philosophique, le feu secret & de génération; | mée Philosophi-
|
| & en effet; ce feu est un | que secret & de
|
| des plus grands secrets de l'Art. | génération.
|
| Ce feu de lampe ne peut être égal | |
| & continuel, qu'avec un grand soin |
|
| & une grande peine, si on se sert de | |
| la mèche ordinaire; c'est-à-dire, de |
|
| coton, d'autant qu'il faudrait que |
|
| l'Artiste veillât continuellement & sans |
|
| intermission; & que très souvent il |
|
| fût obligé de tirer une lampe & d'en |
|
| remettre à l'heure même: une autre |
|
| dans le fourneau, autrement elle |
|
| pourrait s'éteindre, à cause que cette |
|
| mèche se consumant fait en peu de |
|
| temps des champignons, qui font languir |
|
| au commencement, & ensuite |
|
| étouffent le feu; ce qui serait un travail |
|
| insurmontable & plus qu'Herculéen. |
|
|
|
| Mais pour soulager l'Artiste & lui | |
| donner courage, il se peut exempter | La mèche
|
| de toutes ces peines, se servant de lui | incombus-
|
| mèche incombustible, qui se fait avec | tible.
|
| le Talc de Venise, ou l'alun de plume, |
|
| l'amiante, ou bien le Sel gemme préparés |
|
| G iiij | |
@
80
Le Filet| |
|
| | comme il faut; & pour tout travail, |
| | il ne restera que celui de ne point |
| Qu'elle doit | laisser manquer d'huile à sa lampe: ce
|
| être la lam- | qui est facile à faire, puisque cette
|
| pe de l'ar- | lampe doit être de celles de l'invention
|
| tiste. | de Cardan, qui se fournit d'huile
|
| | elle-même, & qui en contient plus |
| | que le feu n'en peut consumer en |
| | vingt-quatre heures. |
| | Par ce moyen il aura la liberté d'aller |
| | prendre l'air, & vaquer à ses affaires, |
| | s'il lui en est survenu, sans |
| | avoir la moindre inquiétude pour son |
| | travail & son ouvrage. Et si ce feu |
| | n'était pas continuel, c'est-à-dire, s'il |
| Lorsque la | était éteint & que la matière fût refroidie,
|
| matière est | & ainsi eût manqué de sa
|
| refroidie par | nourriture ordinaire, l'Artiste le plus
|
| l'extinction | éclairé: du monde ne pourrait rétablir
|
| du feu on ne | son ouvrage par quelque artifice que
|
| peut passer | ce pût être. La raison en est, que la
|
| plus avant. | pierre est engendrée dans le feu, &
|
| | par le feu, qu'il est sa vie & sa nourriture; |
| | & quand il est éteint, la pierre |
| | meurt au même temps, & ne se peut |
| | plus revivifier; c'est pourquoi il serait |
| | obligé de recommencer à faire d'autre |
| | mercure Philosophal, & aussi le surdevant |
| | plus des opérations qu'il aurait ci- |
@
d'Ariadne. 81
| faites. |
|
| Les Philosophes distinguent prudemment | Feu interne &
|
| deux feux, & disent que la | central de la
|
| matière qui est leur mercure, a son | matière, &
|
| feu interne & central, & que ce feu | l'externe ou
|
| seul ne suffit pas pour sa coction parfaite, | élémentaire.
|
| mais qu'il a besoin de la chaleur |
|
| du feu élémentaire pour mettre en |
|
| mouvement la chaleur de son feu naturel |
|
| assoupi & engourdi, c'est ce que |
|
| doit administrer ou fournir l'Art ou |
|
| l'Artiste, non pas dans une cour ou |
|
| jardin, ou bien tel autre lieu exposé à |
|
| l'air, comme on est obligé de faire en |
|
| quelques opérations Chimiques, parce | En quel lieu
|
| que l'air souffre souvent diverses | il faut faire
|
| altérations par un froid excessif, par | l'ouvrage de
|
| une trop grande abondance d'humidité, | la pierre.
|
| ou telles autres qualités, qui |
|
| sans doute feraient impression sur cette |
|
| matière très délicate, & ainsi détruiraient |
|
| entièrement l'ouvrage: c'est |
|
| pourquoi il faut être à couvert. |
|
| Et le fourneau Philosophal est le | |
| lieu le plus propre pour cela, c'est là |
|
| dedans que la pierre se dissout, se calcine, |
|
| se coagule, se blanchit, se rougit, |
|
| & reçoit commodément sa dernière |
|
| perfection par la seule opération |
|
@
82
Le Filet| |
|
| | du feu, qui fait toute sa coction, & |
| | tout ce qui est nécessaire à ce divin ouvrage. |
| | Il ne faut aussi mettre ce fourneau |
| | dans un lieu obscur, d'autant que |
| | l'Artiste doit voir commodément tout |
| | ce qui se passe au-dedans, par le moyen |
| | de quelques petites fenêtres vitrées |
| | qu'on y a faites exprès. |
| Le feu égal | Ce feu doit être égal, modéré, continuel
|
| modéré & pro- | & proportionné à la quantité
|
| portionné | de la matière, laquelle proportion secrète
|
| est difficile | dépend de la prudence, de l'Artiste,
|
| & artificiel | qu'un Philosophe dit être artificiel
|
| à trouver. | à trouver; & lequel feu, tous les
|
| Le feu doit | Philosophes disent devoir être doux,
|
| être du pre- | lent & du premier degré; Nous enseignerons
|
| mier degré. | ci-après divers moyens infaillibles
|
| | pour le rencontrer; mais il ne |
| | suffit pas d'avancer ces paroles en un |
| | point de si grande importance, sans |
| | l'autoriser par la raison & le témoignage |
| | le plus sincère des Philosophes. |
| | Une des principales raisons est que |
| | l'intention de l'Art est de faire une |
| | Médecine qui contienne en soi les |
| | quatre qualités élémentaires dans un |
| | tempérament d'égalité, & conséquemment |
| | qu'il faut conserver la froice |
| | deur de l'eau, qui doit dominer en |
@
d'Ariadne. 83
| commencement; ce qui ne se peut | Le feu externe
|
| faire que par un feu très lent; par un | doit seulement
|
| feu doux, tempéré & continuel, qui | mettre la natu-
|
| puisse seulement mettre la Nature en | re en mouvement.
|
| mouvement, & insensiblement dessécher |
|
| l'humidité superflue de l'eau; & |
|
| si on faisait un plus grand feu, on | Il faut conserver
|
| consumerait cette froideur si nécessaire | la froideur,
|
| à conserver, & rien ne se dissoudrait, | sans laquelle
|
| ne se calcinerait & ne se coagulerait, | rien ne se
|
| parce que le grand feu est ennemi | dissoudrait, &c.
|
| capital de la froideur; mais ce |
|
| feu doux & modéré du premier degré, |
|
| est le seul propre à conserver cette |
|
| qualité, à dissoudre le compost; & |
|
| enfin à faire réussir ce bel ouvrage. |
|
| La seconde raison, c'est que la pierre | La pierre en
|
| en son commencement est en partie | son commence-
|
| fixe, & en partie volatile, & participe | ment participe
|
| plus du volatil que du fixe, ainsi | plus du vola-
|
| il faut se servir d'un feu doux & lent, | que du fixe.
|
| pour vaincre peu à peu cette volatilité |
|
| surabondante, en cuisant doucement |
|
| la pierre, l'accoutumant insensiblement |
|
| à souffrir le feu, qui de sa |
|
| nature est sec, & par ces qualités des |
|
| séche son humidité superflue sans altérer |
|
| tant soit peu sa froideur, & la |
|
| dispose à ne plus craindre aucun feu; |
|
@
84
Le Filet| |
|
| | d'où on peut conclure, que par un |
| | grand feu on ne conserverait pas la |
| | froideur, on brûlerait les fleurs très |
| | tendres du compost, & le vaisseau se |
| | romprait par la violence des esprits |
| | subtils & trop agités, qui seraient contraints |
| | de se faire passage, & le tout |
| | serait perdu sans aucune ressource. |
| | Tous les Philosophes sont de ce même |
| | sentiment, qu'il faut se servir de ce |
| | feu lent & tempéré, parce qu'il n'y a |
| | que celui-là seul qu'ils ont éprouvé capable |
| | d'extraire les humidités corrompantes |
| | sans aucune lésion des qualités |
| | du compost, recommandant toujours |
| | de ne s'ennuyer pas de la longueur du |
| | travail, & blâmant la précipitation. |
| | Le seul témoignage d'Hermès, outre |
| | ce que dessus, devrait suffire pour notre |
| | conviction, sans rapporter ici ceux |
| | des autres Philosophes; néanmoins je |
| | ne laisserai pas de le faire, afin qu'il |
| | ne reste pas dans l'esprit de ceux qui |
| | liront ce petit ouvrage, le moindre |
| | doute de cette vérité, que je n'ai avancée |
| | qu'après en être pleinement convaincu |
| | moi-même. |
| Explication | Hermès dit: Tu sépareras la terre
|
| de ces mots: | d'avec le feu, c'est-à-dire d'avec l'esprit,
|
@
d'Ariadne. 85
| ce qu'il explique lui-même, | tu sépareras la
|
| ajoutant le subtil de l'épais, doucement | terre d'avec le
|
| & suavement, & avec une grande | feu, le subtil
|
| conduite. Il ne pouvait pas mieux | d'avec l'épais.
|
| exprimer le premier degré du feu, qui |
|
| fait cette séparation dans l'oeuf Philosophal, |
|
| élevant doucement le subtil, |
|
| qui est la substance spirituelle, & laissant |
|
| la terrestre au fond; ce qui n'arriverait |
|
| pas, si on faisait grand feu, car |
|
| l'épais ou le terrestre monterait avec |
|
| l'esprit & le subtil, & tout se perdrait |
|
| dans cette confusion faute de conduite |
|
| & de jugement. |
|
| Au livre de Saturne, il est dit; | |
| Que celui qui gouverne son travail par |
|
| un feu lent peut arriver au secret, d'autant |
|
| que faisant ainsi, les qualités les |
|
| plus délicates de la matière sont conservées |
|
| dans leur entier; & que la matière |
|
| ne se vitrifie pas, mais demeure |
|
| toujours en état d'être dissoute, |
|
| calcinée, &c. Gallicanus Moriennus, |
|
| Geber, Artéphius, & les autres, disent |
|
| la même chose. Mais il ne suffit |
|
| pas que ce feu soit lent & tempéré, il |
|
| faut, comme j'ai dit ci-dessus qu'il | Le feu doit
|
| soit encore égal & continuel, c'est ce | être continuel.
|
| qu'enseigne Morien, disant; prenez |
|
@
86
Le Filet| |
|
| | bien garde d'oublier aucun de ses jours, |
| | & faites que votre feu soit doux & |
| | tempéré, & qu'il brûle toujours également. |
| | Pour trouver ce feu, il faut consulter |
| | la Nature qui fait ses opérations |
| | dans la terre par la continuelle & douce |
| | chaleur du Soleil. On doit aussi |
| | prendre exemple sur la poule qui couve |
| | ses oeufs & les fait éclore, par sa seule |
| | chaleur, (au sentiment d'Arnaud |
| Pourquoi la | de Villeneuve,\) que l'Artiste doit
|
| nature est si | plutôt imiter que la première, d'autant
|
| longtemps à | que la Nature a besoin de plusieurs siècles
|
| faire ses | pour faire les métaux, à cause de
|
| opérations. | la trop grande lenteur de la chaleur
|
| | dont elle se sert, & que l'Elixir est réduit |
| | en peu de temps en sa dernière |
| | perfection, ce qui ne procède que de |
| | la diversité de la chaleur & de la |
| | coction; c'est pourquoi l'Art avance |
| | son travail bien plutôt que la Nature. |
| Plusieurs | Ce feu tempéré & du premier degré,
|
| moyens de | se peut trouver en tenant la main
|
| trouver le | par un long temps dans le fond de l'écuelle,
|
| feu du pre- | sans se brûler & souffrir aucune
|
| mier degré. | lésion, ou bien mettant des oeufs dans
|
| | l'écuelle où seront les cendres préla |
| | parées; & ainsi dans le temps prescrit par |
@
d'Ariadne. 87
| Nature, ils viennent à éclore des |
|
| poussins, cela sera bien, & vous aurez |
|
| le premier degré du feu qui vous est |
|
| nécessaire, suivant le sentiment de ce |
|
| Philosophe: Pullifica concoctione foveri |
|
| non definit donec, &c. Et si ils |
|
| n'éclosent pas dans ledit temps, ou le |
|
| feu est trop faible, ou bien il est trop |
|
| fort, & aura brûlé le germe, & les |
|
| aura cuit; ce que vous connaîtrez |
|
| en les cassant, de sorte qu'il ne sera |
|
| question que de régler ce feu sur l'un |
|
| de ces défauts. |
|
| De même, si la noirceur ne paraît | |
| dans quarante ou quarante-deux jours, |
|
| ou au plus cinquante-deux, c'est signe |
|
| que le feu est trop faible & qu'il le |
|
| faut augmenter, & continuant toujours |
|
| ce même feu, par son retardement |
|
| vous jugez avec certitude de |
|
| l'augmentation qui lui est nécessaire; |
|
| Et quand les Philosophes disent, que | Explication
|
| si le feu est trop faible, que la matière | de ces termes
|
| se morfond: c'est une de leur manière | Quand le feu est
|
| de parler, qui veut dire que le feu | trop faible la
|
| doit être augmenté, ou autrement | matière se
|
| qu'il sera longtemps, comme la Nature, | morfond.
|
| à réduire son ouvrage dans l'état |
|
| qu'on le désire. Ainsi on voit qu'il n'y |
|
@
88
Le Filet| |
|
| | a point de péril à faire le feu faible, |
| | & qu'il y en a à le faire trop fort, & |
| | qu'il est mieux d'éviter ces deux extrémités. |
| Autre moyen | Voici un autre moyen, qui est d'échauffer
|
| de trouver | premièrement le fourneau &
|
| le premier | les cendres de l'écuelle avec le feu de
|
| degré de feu. | quelques charbons; (ce qui se doit toujours
|
| | faire pendant 24. heures,) dans |
| | lesquelles cendres vous aurez mis un |
| | creuset vide que vous couvrirez, dans |
| | le lieu où doit être posé l'oeuf Philosophal, |
| | & de la même manière; & |
| | après les 24. heures, les charbons étant |
| | ôtés, vous introduirez la lampe fournie |
| | d'huile d'olive & allumée du nombre |
| | des fils de mèche que vous aurez |
| | jugés à propos, & en même temps vous |
| | mettrez dans ce creuset, du saturne ou |
| | plomb fondu à petit feu dans un autre |
| | creuset, en sorte qu'il ne soit que |
| | seulement ou simplement fondu, & |
| | qu'en posant un fétu dedans, il ne soit |
| | point brûlé, & couvrant ledit premier |
| | creuset & le fourneau, vous laisserez |
| | cela à ce feu de lampe durant trois |
| | jours sans intermission; & si vous |
| | voyez après ledit temps que le saturne |
| | demeure toujours fondu sans se congeler, |
geler,
@
d'Ariadne. 89
| votre chaleur est bonne. |
|
| Toutefois cela n'est pas encore suffisant | |
| pour être bien assuré, car cette |
|
| chaleur pourrait peut-être excéder la |
|
| juste proportion qui vous est nécessaire. |
|
| C'est pourquoi, pour le savoir au |
|
| vrai, il serait bon de mettre quantité |
|
| de petites lamines de saturne dans un |
|
| creuset que vous poserez dans ladite |
|
| cendre, auprès de l'autre creuset où |
|
| est le plomb fondu, le couvrirez de |
|
| même, & les laisserez là ensemble à ce |
|
| même feu durant trois jours astronomiques, |
|
| lesquels expirés, après avoir |
|
| ouvert vos vaisseaux; si vous voyez que |
|
| vos lamines ne soient aucunement fondues; |
|
| par cette chaleur, & que le plomb |
|
| de l'autre ne soit pas congelé, alors |
|
| vous êtes assuré d'avoir le premier degré |
|
| & régime du feu que vous cherchez |
|
| & qui vous est nécessaire pour votre |
|
| ouvrage, & pour faire dans son |
|
| temps la putréfaction ou corruption de |
|
| la matière, qui prend la couleur noire, |
|
| ainsi que nous dirons peu après. |
|
| Ce feu doux & du premier degré, | Le premier de-
|
| doit durer sans aucun changement jusqu'à | gré du feu doit
|
| la blancheur parfaite, dit Morien, | durer jusqu'à
|
| par ce qu'il est propre & nécessaire | la blan-
|
| H | |
@
90
Le Filet| |
|
| cheur & | fixation qui ne se fait qu'en la blancheur,
|
| pourquoi. | d'autant que depuis le commencement
|
| | de l'ouvrage jusqu'alors, le volatil |
| | règne & surpasse le fixe, & on |
| | peut errer & tout gâter, en donnant |
| | un feu plus fort; mais quand on est |
| | parvenu à cette couleur, on ne peut |
| | plus faillir, d'autant qu'alors le soufre |
| | de la matière ne se peut plus brûler, |
| | & que le fixe a surmonté la nature |
| | du volatil, vu que le volatil même |
| | s'est fixé avec son soufre fixe, sans en |
| | pouvoir jamais être séparé. |
| Comment le | Arnault de Villeneuve dans sa Lettre
|
| feu doit être | écrite au Roi de Naples, veut que
|
| augmenté à | le feu soit augmenté à la blancheur
|
| la blancheur. | mais petit à petit jusqu'à la rougeur,
|
| | & de la rougeur encore peu-à-peu jusqu'à |
| | la rougeur parfaite, conformément |
| | aux termes de son Testament: |
| | Donec colorum varietate lapis denudatus, |
| | in niveo colore laetificet, & extune, |
| | sine metu periculi sustinet poenas |
| | ignis crescentis, donec colore |
| Pourquoi on | tinctus purpureo, egrediatur è monumento
|
| augmente le | cum regia potestate. Et sa raison
|
| feu à la | & celle de quelques autres Philosophes,
|
| blancheur | c'est que pour lors tous les esprits
|
| parfaite. | sont fixés & sont capables de
|
@
d'Ariadne. 91
| souffrir le feu qu'ils fuyaient auparavant: |
|
| & si on l'avait augmenté plutôt, |
|
| la force & violence des esprits aurait |
|
| sans doute rompu l'oeuf pour se |
|
| faire passage: outre que la froideur, |
|
| qui est une des qualités élémentaires |
|
| qu'il est nécessaire de conserver, aurait |
|
| été détruite, d'autant qu'elle n'est |
|
| pas compatible avec un feu fort. |
|
| Il y a néanmoins des Philosophes | |
| qui ne sont pas de ce sentiment; & qui |
|
| disent; Que quand les anciens Sages |
|
| ont écrit d'augmenter le feu après la |
|
| blancheur parfaite, ils n'ont pas entendu | Explication
|
| que cette augmentation fût une | du dire des
|
| extension de chaleur, mais une prolongation | Philosophes
|
| de temps & de travail, d'autant | touchât l'aug-
|
| que ce même feu qui a pût conduire | mentation
|
| l'ouvrage jusqu'à sa perfection | du feu.
|
| & fixation au blanc, par sa continuation, | |
| pourra aussi le pousser jusqu'au | Raisons con-
|
| rouge parfait, à cause que par cette | vaincantes
|
| continuation la pierre se change mieux | touchant cette
|
| & plus amiablement de couleur en | augmentation philo-
|
| couleur, & de nature en nature: outre | sophique & non
|
| que ce feu n'a plus à combattre | Physiques.
|
| aucune humidité, ni froideur comme |
|
| ci-devant, & que la pierre en l'état |
|
| qu'elle est, a en elle un feu plus étendu |
|
| H ij | |
@
92
Le Filet| |
|
| | qu'elle n'avait auparavant, & qu'elle |
| | s'aide d'elle-même à se perfectionner |
| | davantage & à recevoir l'impression |
| | du feu, qu'elle contient déjà en |
| | son caché. |
| | On peut donc expliquer le dire |
| | d'Arnault, selon cette subtile pensée, |
| | & dire que les Sages nous insinuent |
| Il ne faut | ainsi; qu'il n'en faut pas demeurer-là,
|
| pas demeurer | & que ce serait une perte notable, puisqu'on
|
| au blanc, | peut faire l'Elixir rouge, en peu
|
| mais aller | de temps, qui est sans comparaison
|
| au rouge. | beaucoup plus parfait, que le blanc
|
| | parce que le blanc ne contient que |
| | trois éléments; savoir, l'eau, la terre, |
| | & l'air, & que le rouge contient, encore |
| | le feu, qui est le quatrième & le |
| | plus pur de tous, lequel achève la |
| | roue élémentaire & le dernier changement |
| | des éléments ou des qualités élémentaires |
| | les unes dans les autres, réduites |
| | dans un tempérament parfait |
| | d'égalité, contre leur inclination mutuelle |
| | & naturelle de se faire une guerre |
| | perpétuelle: & si; le feu n'entre |
| | point dans l'Elixir blanc, il n'y exerce |
| | pas sa dernière perfection & vertu |
| | comme il ferait, si l'ouvrage était |
| | conduit jusqu'au bout. |
@
d'Ariadne. 93
Quant à moi, je donne les mains
| à cette charmante explication, & tiens | On ne peut
|
| qu'il est plus sûr de continuer la même | errer en con-
|
| chaleur, parce qu'on ne peut errer | tinuant le
|
| en aucune manière; & que s'il y a | même feu.
|
| quelque mal à suivre cette voie, il ne |
|
| consiste que dans le retardement; comme |
|
| nous voyons arriver aux opérations |
|
| de la Nature, qui sont toutes |
|
| longues à cause de la faiblesse & débilité |
|
| de la chaleur qui lui aide à faire |
|
| son travail dans les entrailles de la |
|
| terre. Néanmoins on peut suivre le |
|
| sentiment d'Arnault avec assurance. |
|
| J'ai dit ci-devant, que si une fois | |
| pendant le travail, le feu était éteint |
|
| & la matière refroidie, on ne pourrait |
|
| par quelque artifice que ce fût |
|
| réanimer ou pousser plus loin son ouvrage, |
|
| & qu'il fallait recommencer |
|
| le tout; Je le répète ici exprès pour | L'Elixir blanc
|
| avertir le lecteur, que si l'Elixir blanc | étant refroidi ne
|
| est refroidi, on ne peut plus le | peut plus être
|
| pousser au rouge, sinon en le rétrogradant; | poussé au rouge.
|
| c'est-à-dire, en dissolvant |
|
| dans de nouveau mercure Philosophal, |
|
| & recommençant l'ouvrage comme |
|
| auparavant, car c'est réduire l'Elixir |
|
| en sa première matière; il est vrai aussi |
|
@
94
Le Filet| |
|
| | que le travail ne serait pas si long, à |
| | cause des qualités & élévations que |
| | cet Elixir avait déjà acquises par le |
| | long travail précédent; ce qui est un |
| | très grand secret, que je n'ai jamais |
| | lu en aucun lieu. Il y a encore d'autres |
| | feux dont je ne parle point ici, |
| | parce qu'ils ne sont pas nécessaires à |
| | cet ouvrage, & qu'ils ne feraient |
| Le feu natu- | qu'embarrasser l'esprit; on les peut voir
|
| rel, le non | dans mon Dictionnaire, ils sont le feu
|
| naturel & le | naturel, le non naturel, & celui qu'on
|
| contre nature | nomme contre nature.
|
| |
|
| | ---------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E V.
|
| |
|
| | De la Putréfaction. |
| |
|
| | I L y a des Philosophes qui divisent |
| | le travail de la pierre en la sublimation, |
| | déalbation & rubification; |
| | mais sous chaque partie, il y en a |
| | d'autres considérables qui y sont comprises |
| | & sous-entendues; savoir, sous |
| | la sublimation, l'extraction du mercure |
| | la putréfaction. Sous la déalbation, |
| | le cours de diverses couleurs |
| | qui paraissent devant & après, & la |
@
d'Ariadne. 95
| première fixation des esprits de la matière |
|
| réduite en une couleur blanche, |
|
| qui est la première pierre. Et sous la |
|
| rubification, la dernière perfection de |
|
| la seconde pierre qui se rougissant fait |
|
| paraître plusieurs couleurs & diverses |
|
| sortes de rougeurs, & enfin se rougir |
|
| d'une couleur rouge invariable; & entre |
|
| ces trois parties, toutes les couleurs |
|
| qu'on se peut imaginer se font |
|
| voir diverses fois, jusqu'à ce que la |
|
| couleur de pavot ait pris leur place, |
|
| en laquelle couleur toutes les précédentes |
|
| se sont comme abîmées & sont |
|
| contenues. |
|
| Dans la putréfaction la couleur noire | La couleur noire
|
| règne, qui est la terre, dans la | est le signe de
|
| déalbation, la blanche, qui est l'air, | la putré-
|
| dans la rubification, la couleur | faction.
|
| rouge, qui représente le feu; ces trois |
|
| principales couleurs de la pierre, dans |
|
| lesquelles les autres sont contenues, |
|
| achèvent toute l'opération. La couleur |
|
| noire est le signe de la corruption |
|
| & bonne commixtion de l'humide | |
| avec le sec terrestre; la blancheur, le signe |
|
| de la fin de l'humidité superflue; & |
|
| on continue le feu, la chaleur agissant |
|
| sur le sec, engendre la rougeur. |
|
@
96
Le Filet| |
|
| La putréfac- | La putréfaction est la corruption de
|
| tion est la | la matière, ou du mercure Philosophal,
|
| corruption | qui se fait par le feu lent; car le
|
| de la ma- | fort consume & détruit; le feu lent
|
| tière. | au contraire, est appelé le feu de génération;
|
| | mais devant que la génération |
| | se puisse faire, il faut nécessairement |
| Tant plus le | que la corruption précède; sur
|
| temps de la | quoi pour la bien faire, il faut savoir
|
| putréfaction | que tant plus le temps en est prolongé,
|
| est prolongé, | tant plus elle est excellente, & partant
|
| tant mieux | que ceux qui la précipitent par augmentation
|
| elle vaut. | de feu, ne font rien qui
|
| | vaille, & ne peuvent jamais réussir |
| | c'est pourquoi, un Philosophe disait |
| | Omnis praecipitatio à diabolo. |
| | Quand on a le degré du feu, & que |
| | l'oeuf est bien scellé du sceau d'Hermès, |
| | en sorte que rien ne respire, |
| | c'est-à-dire qu'aucuns esprits de la matière |
| | ne peuvent s'enfuir, à compter |
| | du jour qu'on commence à travailler |
| | cette matière ou ce mercure, lorsqu'il |
| Temps auquel | est dans l'oeuf, au bout de quarante ou
|
| la putréfac- | quarante-deux jours, ou bien cinquante-deux
|
| tion doit | au plus tard, la noirceur
|
| paraître. | commence à paraître, qui est le signe
|
| | certain que la putréfaction se fait, & |
| | que l'Artiste est dans le bon chemin; |
Les
@
d'Ariadne. 97
| Les Philosophes lui ont donné divers | Les divers noms
|
| noms, & l'ont appelée occident, | de la putré-
|
| ténèbres, éclipse, lèpre, tête de | faction.
|
| corbeau, mort, & la mortification |
|
| du mercure, pour par après ressusciter |
|
| plus clair, plus net, plus pur, | Dans la putréfac-
|
| & plus fort qu'auparavant, & par là | tion la matière
|
| reçoit & prend la vertu minérale | prend la vertu mi-
|
| du Soleil & de la Lune, qui s'y unissent | nérale du Soleil
|
| inséparablement, & que les Sages | & de la Lune.
|
| ont nommée le mariage Philosophal, |
|
| & l'anneau du souverain | Le mariage
|
| Lien. | Philosophal.
|
| De cette union de mâle & de femelle | |
| de même nature & de même |
|
| espèce (car à la génération de chaque |
|
| chose il est nécessaire d'avoir son |
|
| semblable,) & suit l'ingrossation, ou |
|
| sublimation ès légers éléments; en |
|
| sorte que cette terre noire, par les |
|
| continuelles circulations qui se font |
|
| dans l'oeuf, qui retombent toujours |
|
| sur ce corps mort, qui est appelé par |
|
| les Sages, le corps, la terre, le fixe, |
|
| & le ferment; & la partie qui s'élève |
|
| qui est la spirituelle & la plus subtile, |
|
| ils l'ont nommée la partie volatile, | Les circulations
|
| qui retombant fait d'elle-même les | font la calci-
|
| imbibitions & calcinations nécessai- | nation, & la
|
I
@
98
Le Filet| |
|
| calcinations | res, & qui tant plus elle continue de
|
| est la pur- | s'élever, tant plus elle se subtilise,
|
| gation de | & plus aussi elle calcine mieux ce
|
| la pierre. | corps, & cette calcination est la purgation
|
| La calcina- | de la Pierre; & le vrai signe de
|
| tion parfaite | la calcination parfaite, est la congélation
|
| est la congé- | du mercure, & la congélation
|
| lation du | est une fixation des esprits; en
|
| mercure, & la | telle sorte qu'après un grand temps,
|
| la congéla- | de noir & immonde qu'il était, il
|
| tion une fi- | semble qu'il ait été nettoyé, purgé,
|
| xation des | purifié & savonné, tant il a de blancheur;
|
| esprits. | c'est pourquoi les Maîtres de
|
| L'Ablution de | l'Art lui ont donné les noms de lavements,
|
| la pierre. | purgations, purifications, savonnements
|
| | & d'ablutions; au commencement |
| | l'eau paraissait, car le |
| | mais quand cette |
| | eau est épaisse & que le noir se fait |
| | voir, c'est pour lors la terre noire qui |
| | se fait voir. |
| Par la putré- | Il appert donc, que par cette putréfaction,
|
| faction on | on fait la séparation du pur
|
| fait la sé- | & de l'impur: ce que la Nature n'a
|
| paration du | pu faire, mais c'est à l'Artiste à qui ce
|
| pur & de | pouvoir est dévolu: ce qui étant bien
|
| l'impur. | fait, la matière ne peut plus demeurer
|
| | dans son espèce, ni dans sa forme, |
| | mais bien dedans le genre & dans le |
@
d'Ariadne. 99
| sienne, & ainsi la matière est disposée |
|
| à recevoir la forme de tous les |
|
| métaux, & est une opération, qui |
|
| seule la dispose à la séparation de toutes |
|
| les parties qui la composent, n'étant |
|
| point permis à l'Artiste, ni même |
|
| aux Anges de détruire le genre, sans |
|
| une particulière permission de Dieu, |
|
| qui l'a ainsi voulu dès le commencement |
|
| & dès la création de tous les |
|
| Etres. |
|
| La nécessité de la putréfaction est | La putréfac-
|
| évidente, puisque sans elle l'ouvrage | tion est néces-
|
| ne se peut faire, d'autant qu'il ne se | saire, & pour-
|
| fait point de génération d'une nouvelle | quoi.
|
| forme si la première n'est corrompue; |
|
| c'est pourquoi cela se doit |
|
| faire en notre mercure, à cause des |
|
| imperfections qui l'accompagnent, |
|
| desquelles il le faut dégager par diverses |
|
| altérations. Or les signes d'une | Tant plus la noir-
|
| vraie & bonne putréfaction, sont | ceur est grande
|
| une noirceur très noire ou très profonde, | tant mieux vaut
|
| une odeur puante, mauvaise | la putréfaction.
|
| & infecte, dite des Philosophes, |
|
| toxicum et venenum, laquelle odeur |
|
| n'est pas sensible à l'odorat, mais seulement |
|
| à l'entendement; & quand |
|
| elle devient comme une huile très |
|
| I ij | |
@
100
Le Filet| |
|
| Le volatil | noire; & tant que cette couleur dure,
|
| dure jusqu'à | c'est la femelle qui domine, c'est-
|
| la blancheur | à-dire le volatil.
|
| parfaite. | La noirceur est la vraie putréfaction
|
| | ou corruption naturelle de la pierre, |
| | & cette corruption est le principe de |
| | nouvelle génération, & d" nouvelle |
| | forme: & par la continuation de la |
| | chaleur, la nouvelle forme s'introduit |
| | & paraît, qui est la couleur blanche |
| | tant désirée, qui en son commencement |
| | n'est qu'un petit cercle blanc, |
| | que Flamel nomme blancheur capillaire, |
| A la blan- | qui s'augmente peu à peu &
|
| cheur la | insensiblement, & enfin vient en une
|
| pierre est | parfaite blancheur très éclatante, qui
|
| privée de | témoigne que la pierre est privée de
|
| toute humidi- | toute humidité superflue: & quand
|
| té superflue. | cette blancheur paraît, c'est signe que
|
| A la blan- | l'oeuvre approche de sa fixation; &
|
| cheur la | quand Hermès dans son Testament
|
| pierre appro- | dit, toute la force est convertie en
|
| che de sa | terre, c'est-à-dire en fixation.
|
| fixation. | Le mariage Philosophal de mâle &
|
| Le vrai ma- | de femelle, ou l'union du corps &
|
| riage Philo- | de l'esprit, se faut premièrement pendant
|
| sophal quand | la noirceur; & quand par l'opération
|
| il se fait. | l'esprit le spiritualise & volati&
|
| | lise son corps, & que le corps corporalise |
@
d'Ariadne. 101
| fixe l'esprit qui de sa nature |
|
| est volatil: pour lors ils sont |
|
| faits un, & ne peuvent jamais être | Le corps de la
|
| séparés & désunis, étant tous deux | pierre devient
|
| spirituels & corporels, mais d'une | esprit.
|
| corporalité spiritualisée. |
|
| |
|
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| |
|
| C H A P I T R E VI. | |
| |
|
| Elixir Blanc. | |
| |
|
| D Ans cette noirceur, la blancheur | Couleur qu'on
|
| est cachée, & entre ces | voit entre la
|
| deux couleurs plusieurs autres se font | noirceur & la
|
| voir; à savoir, quelque rougeur, la | blancheur.
|
| couleur de citron, & une couleur |
|
| verte, laquelle verdeur est le signe du | Quand la pierre
|
| commencement de la végétation de | commence de
|
| la pierre : après cette verdeur, on | végéter.
|
| voit une autre rougeur, & ensuite la | Couleur qui
|
| vraie blancheur, dans laquelle la | se font voir
|
| vraie rougeur est cachée; & entre la | depuis la blan-
|
| vraie blancheur & la vraie rougeur, | cheur jusqu'à la
|
| les couleurs précédentes se font encore | vraie rougeur.
|
| voir, mais elles ne durent pas |
|
| tant, & diverses rougeurs paraissent |
|
| devant la vraie rougeur, qui est de |
|
| couleur de Pavot. |
|
| I iij | |
@
102
Le Filet| |
|
| La mère a man- | Lorsque la mère a mangé son enfant;
|
| gé son enfant | c'est-à-dire, lorsque la terre
|
| ce que c'est | qui est le fixe, a bu toute son eau, qui
|
| c'est. | est le volatil, une simple blancheur
|
| | ne suffit pas pour la perfection de |
| | l'Elixir blanc, d'autant que le milieu |
| Il a la cou- | peut avoir encore de la noirceur; c'est
|
| leur citrine | pourquoi il faut continuer le feu jusqu'à
|
| est le signe | la couleur Citrine, qui dénote
|
| de la parfai- | que tout le composé est parfait au
|
| te blancheur. | blanc: & c'est alors une Nature neuve
|
| | exempte de toute terrestréité & |
| Divers noms | sulfuréité corrompante. Cet Elixir
|
| de la pierre | s'appelle de plusieurs noms; savoir,
|
| blanche. | Soufre de nature, Soufre blanc, &
|
| | Elixir, ou la Pierre au blanc. |
| | Un philosophe dit: Que dans le |
| | même temps de la parfaite déalbation, |
| | toutes les couleurs dont nous avons |
| | parlé ci-dessus, se perdent & s'unissent |
| | en elle: & comme la noirceur est |
| | le principe de l'oeuvre & la première |
| La blancheur | couleur qui paraît à nos yeux, de même
|
| est la cou- | la blancheur est la couleur moyenne
|
| leur moyenne | entre la noirceur & la rougeur;
|
| entre la | par laquelle couleur moyenne, il faut
|
| noirceur & | nécessairement passer pour aller à la
|
| la rougeur. | citrine, qui est la digestion parfaite:
|
| | de même, que la blancheur n'est autre |
@
d'Ariadne. 103
| chose que la purgation ou nettoiement | La blancheur
|
| de la noirceur, ce qui se fait | est la purga-
|
| par la seule continuation du feu. | tion de la
|
| En ce même temps, dis-je, l'âme | noirceur.
|
| entre dans son corps, & la teinture | Quand c'est que
|
| s'y joint aussi: cette union de l'âme | l'âme entre dans
|
| au corps est une oeuvre divine, parce | son corps.
|
| que cela dépend de Dieu seul & de |
|
| la Nature dans laquelle il agit; & ce |
|
| temps est celui auquel Morien dit qu'il |
|
| aura de grandes merveilles, qui est |
|
| celui de la déalbation, auquel l'âme | L'âme fixe le
|
| entrant dans son corps, le fixe & l'élève | corps & le
|
| en une teinture permanente au | teint invaria-
|
| blanc & au rouge; savoir, au blanc | blement.
|
| dans son extérieur, & au rouge dans |
|
| son caché: & cet Elixir blanc en son |
|
| manifeste qui contient l'or en son occulte, |
|
| est l'or blanc des Philosophes; | L'or blanc des
|
| & l'or rouge en prochaine puissance, | Philosophes qui
|
| c'est-à-dire en son caché. Et lorsque | donne le poids de
|
| cet Elixir blanc est projeté, il donne | l'or aux métaux
|
| le poids de l'or aux métaux qui reçoivent | & pourquoi.
|
| cette projection; ce qui n'arriverait |
|
| pas, si l'or n'était compris |
|
| sous cette substance blanche: cette |
|
| âme qui entre dans son corps, est la | Distinction de
|
| vertu de la matière, & l'esprit est la | de l'âme & de
|
| matière volatile. Dans le Livre des | l'esprit.
|
I iiij
@
104
Le Filet| |
|
| L'anneau d'or | sept sceaux, cet Elixir blanc est nommé
|
| couvert d'ar- | Anneau d'or couvert d'argent;
|
| gent. | c'est-à-dire la Pierre des Philosophes,
|
| | qui en son profond est mâle & or, |
| | & en son extérieur est argent & |
| | femelle. |
| Que signifie | On rencontre souvent dans les Livres
|
| tuer & cou- | des Sages les termes de tuer, couper
|
| per la tête. | la tête & semblables, qui ne veulent
|
| | dire autre chose, sinon fixer; |
| | parce qu'en tuant un animal avec une |
| | épée, qui est le feu des Philosophes, |
| | son sang sort de son corps dans lequel |
| | consistent & résident les esprits de sa |
| | vie: de même, lors de la fixation, |
| | toute la volatilité, qui représente le |
| Que signifie | sang & les esprits, ne paraît plus;
|
| la force des | C'est ce que dit Hermès, en ces termes:
|
| choses supé- | Que la pierre a pour lors la
|
| rieures & | force des choses supérieures & des
|
| inférieures. | inférieures, c'est-à-dire des spirituelles
|
| | & corporelles qui sont unies ensemble |
| Incération | dans la fixation. Et si cet Elixir
|
| comment se | blanc n'a pas d'ingrès ou fusion,
|
| fait. | il faut l'incérer peu à peu, ou goutte
|
| | à goutte avec l'huile blanche des Philosophes, |
| | jusqu'à ce qu'elle flue comme |
| | cire, dont la meilleure manière |
| | est celle qui se fait par imbibition |
@
d'Ariadne. 105
| dans la multiplication, dont nous parlerons |
|
| ci-après. Quand on est parvenu |
|
| à cette blancheur parfaite, les |
|
| Philosophes disent qu'ils ont coupé | Ce que c'est
|
| les pieds à mercure, parce que tout | que couper les
|
| est réduit en fixation; & cette fixation | pieds à
|
| coupe aussi les pieds au volatil | mercure.
|
| des métaux imparfaits, ce qui sera |
|
| plus amplement expliqué dans l'Article |
|
| de la Projection. |
|
| | |
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E VII. | |
| |
|
| Elixir Rouge. | |
| |
|
| N Ous avons dit ci-devant, que |
|
| la Nature contient en soi tout |
|
| ce qui lui est nécessaire, & que pour |
|
| se perfectionner, elle n'avait besoin |
|
| que du secours de l'Art, qui lui fournit |
|
| un feu égal, continuel & proportionné, |
|
| avec lequel tout l'ouvrage se |
|
| fait dans un seul vaisseau, sans qu'il |
|
| soit nécessaire de l'ouvrir jusqu'à la |
|
| fin. Par la continuation de ce feu, |
|
| nous avons vu la noirceur ou la putréfaction |
|
| & corruption de la matière |
|
| & par cette même continuation sans |
|
@
106
Le Filet| |
|
| | addition d'aucune chose, nous sommes |
| | venus à la blancheur & fixation |
| | des esprits avec son corps, qui ont |
| | fait l'Elixir blanc parfait: De même |
| | par la prolongation du feu, ce qui |
| | était blanc & argent, devient rouge |
| | & or parfait; c'est-à-dire, que le soufre |
| | blanc de l'argent-vif des Philosophes, |
| | devient leur soufre rouge & |
| | leur Elixir parfait au rouge, que quelques-uns |
| Le crocus | appellent Crocus, qui ne
|
| des Philoso- | change plus de couleur en couleur,
|
| phes. | qui retient celle du feu, qui alors
|
| | prédomine & condense en soi & en |
| | son caché toutes les autres couleurs |
| | précédentes. |
| | Cet Elixir rouge, ou Pierre des |
| | Philosophes au rouge, est celle qui |
| | est la seconde, & qui a acquis sa dernière |
| Le signe du | perfection, lorsque ce rouge ne
|
| rouge par- | change plus & qu'il est venu à la
|
| fait. | couleur du Pavot; & lorsqu'étant mis
|
| | au feu il fond comme de la cire, qu'il |
| | y persiste & ne diminue point, ne faisant |
| | ni fumée, ni aucun bruit ou pétillement, |
| | & qu'il s'attache & s'unit |
| | inséparablement avec toute lamine de |
| | métal embrasée, & la teint de sa tein& |
| | ture, la fixe & lui donne son poids |
@
d'Ariadne. 107
| sa perfection auréique, & par même |
|
| moyen toute sa Nature & son excellente |
|
| incorruptibilité, en laquelle |
|
| tous les éléments y sont fortement mêlés |
|
| les uns dans les autres dans un |
|
| tempérament d'égalité, qui ne peut |
|
plus souffrir d'altération, ni de contrariété.
| Cette rougeur est nommée la Racine | La rougeur est
|
| du ferment du Soleil & de la | dite la Racine
|
| Lune: premièrement de la Lune, | du ferment, du
|
| parce que l'argent-vif dominant dans | Soleil & de la
|
| la première fixation, y donnait sa | Lune.
|
| couleur blanche; & dans la seconde, |
|
| c'est le soufre qui prédomine par la |
|
| vertu & impression du feu, qui est |
|
| attribué au Soleil. |
|
| L'ouvrage des Philosophes si excellent | On achève
|
| & si caché, est donc achevé, | l'ouvrage par
|
| sur lequel il est besoin de faire quelques | où il a été
|
| belles & solides réflexions, & | commencé.
|
| notamment qu'il a été commencé par |
|
| l'élément de la terre, qui a été réduite |
|
| en eau puis l'eau en air, l'air |
|
| en feu, & enfin le feu en fixation, |
|
| c'est-à-dire en terre, & partant qu'on |
|
| achève par où on avait commencé: |
|
| & c'est là ce que les Philosophes |
|
| veulent dire, quand ils parlent de la |
|
@
108
Le Filet| |
|
| Ce qu'enten- | conversion des éléments les uns dans
|
| dent les Phi- | les autres, parce qu'ils symbolisent
|
| losophes par | & conviennent en matière prochaine,
|
| la conversion | laquelle conversion toute Philosophique,
|
| des Eléments. | & bien éloignée de celle
|
| | des Chimistes, qui font cent brouilleries |
| La sépara- | sans raison ni jugement, car
|
| tion des Elé- | ils prétendent séparer les éléments les
|
| ments par les | uns des autres; ce qu'ils ne peuvent
|
| Chimistes. | faire parfaitement, d'autant qu'ils
|
| | sont naturellement inséparables. |
| Erreurs des | Ils prennent ordinairement dans
|
| Chimistes. | toutes leurs opérations le contrepied
|
| | de celles des vrais Philosophes; |
| | ne mettent-ils pas de l'or pour ferment |
| | au rouge, & de l'argent pour |
| | ferment au blanc: ce qui est contraire |
| | au sentiment des Sages, qui veulent |
| | que la pierre rouge & blanche |
| | soient sous un même sujet, & sous |
| | une même matière; Ils laissent même |
| | leur travail à la moitié de l'opération, |
| | pour le reprendre & le continuer |
| | après un long temps, contre le |
| | vrai chemin de parvenir au but, & de |
| | la continuation sans intermission, que |
| | les Sages ordonnent à l'imitation de |
| | la Nature qui agit toujours & sans |
| | aucune interruption de temps. |
@
d'Ariadne. 109
| Cet Elixir ou rouge ou blanc, donne | |
| la vie aux métaux qui sont morts |
|
| dès qu'ils sont détachés de la Minière; |
|
| lesquels animés par la grande | Effets de
|
| perfection ignée qu'il leur communique, | l'Elixir.
|
| sont rendus capables de communiquer |
|
| leur vie, & rendre aussi la |
|
| vie à d'autres métaux qui sont demeurés |
|
| en arrière par leurs impuretés, |
|
| & la privation de la vie qu'ils |
|
| avaient dans les entrailles de la terre. |
|
| Quand on est parvenu à l'Elixir | |
| parfait, il ne le faut point mettre |
|
| entre deux creusets d'Adaptation, sinon | Quand c'est qu'il
|
| quand on a mis de l'or minéral | faut se servir du
|
| purgé dissoudre dans le mercure Philosophal, | creuset d'adapta-
|
| qui est un amalgame, (& | tion.
|
| qui fait une Pierre beaucoup moins |
|
| parfaite que la première où on n'en |
|
| met point) devant que les mettre |
|
| cuire: auquel cas, il faut le mettre |
|
| dans l'un des creusets, dont est parlé |
|
| ci-dessus, & le poser pendant trois |
|
| jours & trois nuits, au feu de Réverbère |
|
| ou de verrier: après lequel temps; |
|
| on l'ouvre, & on trouve au fond une |
|
| terre séparée & sous l'Elixir, laquelle |
|
| terre n'est autre chose, sinon la terrestréité |
|
| & mauvais soufre de l'or qui |
|
@
110
Le Filet| |
|
| | a été dissous dans ladite eau mercurielle: |
| | & si ce soufre n'eût été séparé, |
| Ce qui empê- | il eût empêché l'ingrès de la pierre
|
| che l'ingrès | dans les corps où elle eût été projetée,
|
| de la pierre. | car sa grande siccité empêche
|
| Ce qui empê- | qu'elle n'ait fusion; mais vous lui
|
| che la | donnez l'un & l'autre par les imbibitions
|
| fusion. | & multiplications lorsque vous
|
| | faites votre ouvrage, selon le dessein |
| | des Philosophes. |
| | Et quoique je demeure d'accord |
| | que mettant de l'or pour ferment dissoudre |
| | dans le mercure Philosophal, |
| | on puisse faire la pierre: je ne dis |
| | pourtant rien de contraire à ce que |
| | j'ai avancé ailleurs, lorsque j'ai déclaré |
| | qu'il n'y avait qu'une matière, |
| | & un seul régime ou moyen d'opérer, |
| L'or minéral | parce que cet or minéral est
|
| quelque purgé | homogène avec l'or Philosophique,
|
| qu'il soit, | quoi qu'accompagné de beaucoup de
|
| a en soi | mauvaises qualités & terrestréités; &
|
| des qualités | lorsque j'ai blâmé les Chimistes de
|
| & terrestréi- | mettre de l'or minéral pour ferment,
|
| tés mauvaises | d'autant qu'ils le font dissoudre
|
| | dans des eaux fortes, qui sont de |
| | mauvais dissolvants & qui le gâtent, |
| | & qu'ils n'ont pas la connaissance du |
| | mercure des Sages, ni de sa matière; |
@
d'Ariadne. 111
| sans quoi ils ne peuvent jamais réussir |
|
| quand mêmes ils seraient dans |
|
| le vrai chemin d'opérer. |
|
| |
|
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E VIII. | |
| |
|
| De la Multiplication. | |
| |
|
| Q Uand on est parvenu à cet |
|
| Elixir rouge parfait, il ne se |
|
| faut pas rebuter du long travail passé, |
|
| car on n'a encore fait que la moitié |
|
| de l'ouvrage, d'autant qu'il est en trop |
|
| petite quantité; & que s'en servant | La multiplica-
|
| aux maladies des métaux imparfaits | tion est néces-
|
| des végétaux, & des animaux, il serait | saire, &
|
| bientôt consumé s'il n'était multiplié, | pourquoi.
|
| & il serait fâcheux de recommencer |
|
| encore, comme fit Flamel |
|
| jusqu'à trois fois, un oeuvre si long |
|
| & si ennuyeux; c'est pourquoi il est |
|
| nécessaire d'ajouter ici le moyen de |
|
| le multiplier, sans prendre tant de |
|
| peine, & employer tant de temps qu'on |
|
| peut épargner, afin qu'ayant toujours | L'Elixir est un
|
| ce trésor en abondance, il ne puisse | trésor inépuisa-
|
| jamais nous manquer, d'autant qu'on | ble lorsqu'il
|
| le peut rendre inépuisable, le pous- | est multiplié.
|
@
112
Le Filet| |
|
| | sant presque à l'infini par plusieurs |
| | multiplications, qui l'augmentent notablement |
| | en quantité & qualité; ce |
| | qui sera expliqué ci-après. |
| | Quelques demi-savants ont voulu |
| | que, la multiplication fût impossible; |
| | mais s'ils eussent bien considéré |
| | de quelle manière la Nature se perpétue, |
| Toute chose | ils eussent changé de sentiment,
|
| naissante & | car ils eussent appris que toute
|
| croissante | chose naissante & croissante, est
|
| est multiplié | multipliée & augmentée par sa semence,
|
| par sa se- | comme il est manifeste aux végétaux
|
| mence. | & animaux, & qu'il en est de
|
| Différente | même à peu près des métaux, qui ont
|
| de la multi- | pourtant cela de différence avec les
|
| cation des | autres êtres sublunaires, qu'ils ne se
|
| autres êtres | multiplient pas d'eux-mêmes comme
|
| | eux; mais aussi qu'ils se multiplient |
| | presque à l'infini, lorsque l'Art en a |
| | tiré la semence, qu'il purifie premièrement |
| | de leurs terrestréités & hétérogénéités, |
| | & ensuite pousse cette semence |
| | à un tel degré, qu'elle fait des |
| | générations prodigieuses, & qui surpassent |
| | l'imagination. |
| | L'ouvrage de la multiplication se |
| | fait de deux manières; savoir, selon |
| | l'espèce, & selon le nombre. Elle se |
fait
@
d'Ariadne. 113
| fait selon l'espèce par rétrogradation, | Il y a deux ma-
|
| en mettant du mercure Philosophal | nières de faire
|
| sur la moitié de votre poudre, en sorte | la multiplication.
|
| qu'elle n'en soit pas noyée ou couverte, |
|
| mais seulement à demi pour la |
|
| première fois, & aussi pour la dernière |
|
| ou la septième, ou bien si vous |
|
| en mettez davantage, que ce soit au |
|
| plus aux deux tiers; le mercure dissoudra |
|
| cette poudre ou cet Elixir qui |
|
| sera dans l'oeuf, lequel aura été scellé |
|
| du sceau d'Hermès, comme il a été |
|
| dit ci-devant, puis mis cuire sur les |
|
| cendres dans le fourneau Philosophal, |
|
| par le feu des Sages du premier degré, |
|
| ainsi qu'il a été fait dès le commencement; |
|
| car ce mercure qui est |
|
| cru, & qui n'a pas été cuit, décuit | Ce que c'est
|
| l'Elixir & le réduit en eau comme lui, | que rétrogra-
|
| c'est ce qui s'appelle rétrogradation. | dation.
|
| Et pour le conduire ou réduire au | |
| même état de coction & de perfection |
|
| qu'il était auparavant, il faut cuire |
|
| de nouveau & recommencer l'ouvrage |
|
| comme la première fois; mais aussi |
|
| l'opération ne durera pas si longtemps |
|
| que la première, & ne sera au plus | La première
|
| que de cinq mois, à cause que le feu | multiplication
|
| central de la matière qui avait été por- | ne durera
|
K
@
114
Le Filet| |
|
| au plus que | tée jusqu'à la perfection, & qui se
|
| cinq mois. | trouve dans l'oeuf, est notablement
|
| Toutes les | augmenté, & toutes les couleurs qui
|
| couleurs se | s'étaient fait voir dans la première
|
| font voir | opération, recommenceront à paraître
|
| comme à la | selon leur rang & l'ordre Précédent,
|
| première opé- | mais ils ne dureront pas tant à
|
| ration, mais | beaucoup près.
|
| durent moins. | Et lorsqu'on sera encore parvenu
|
| | au rouge parfait comme la première |
| | fois, on recommencera derechef |
| | comme ci-devant à mettre du mercure |
| | Philosophal dans l'oeuf sur l'Elixir, |
| | & on le mettra cuire de la même |
| A chaque mul- | manière & au même feu; & on
|
| tiplication | réitérera cette opération tant & tant
|
| le temps de | de fois qu'on voudra, moyennant
|
| l'ouvrage di- | qu'on ait toujours de quoi fournir à
|
| minue tou- | faire du mercure: & à chaque multiplication
|
| jours , & | qu'on fera, le temps de l'ouvrage
|
| pourquoi. | diminuera toujours; & enfin
|
| | sera si court, qu'en moins de demi |
| | quart d'heure tout le travail sera achevé, |
| | par la raison susdite, que le feu |
| | central de la matière a toujours plus |
| | d'extension. |
| | Ce n'est pas le tout que le temps |
| | diminue si notablement chaque fois |
| | qu'on recommence, mais l'Elixir augmente |
@
d'Ariadne. 115
| aussi, non seulement en quantité |
|
| de matière parfaite; mais encore | La multipli-
|
| il augmente à chaque fois en qualité, | cation est en
|
| c'est-à-dire, que si au commencement | augmentation de
|
| un poids n'allait que sur dix; à | matière & de qua-
|
| la première multiplication il ira sur | lité, & de force
|
| cent; à la seconde sur mil; à la troisième | ou de vertu.
|
| sur dix mille; à la quatrième |
|
| sur cent mille, & ainsi augmente toujours |
|
| de dix en dix à chaque multiplication; |
|
| & en continuant, il augmente |
|
| presque jusqu'à l'infini. D'où |
|
| on doit conclure, que si on s'était |
|
| contenté, lorsqu'on est parvenu au |
|
| blanc ou au rouge parfait, sans faire |
|
| les multiplications; outre qu'on aurait |
|
| eu peu d'Elixir, on se serait fait |
|
| grand tort, puisque les multiplications |
|
| de l'Elixir s'étendent si fort & |
|
| se font enfin en si peu de temps; & par |
|
| ce moyen, on se fait un fond & un |
|
| trésor inépuisable, qui vaut mieux |
|
| que tous les trésors du Monde unis |
|
| ensemble. |
|
| Il faut pourtant observer: Que | |
| quand j'ai dit ci-dessus qu'on pouvait |
|
| emplir l'oeuf jusqu'à la moitié ou |
|
| aux deux tiers au plus, que cela se |
|
| doit seulement entendre, pour la première |
|
| K ij | |
@
116
Le Filet| |
|
| | opération; car pour les autres, |
| | il y aurait du péril, à cause du feu |
| | central & interne de la matière qui |
| | augmente toujours à chaque multiplication, |
| | & qui pourrait rompre le |
| | verre, pour n'y avoir pas assez d'espace |
| | ou d'air pour les circulations des |
| | esprits; c'est pourquoi l'Artiste prudent |
| L'air qui est | doit régler cet espace, à proportion
|
| le vide du | de l'extension du feu de la
|
| vaisseau est | matière; car l'air est une des clefs de
|
| des petites | l'oeuvre, sans laquelle on ne peut
|
| clef de | réussir, c'est-à-dire un des plus grands
|
| l'oeuvre. | secrets du travail de la Pierre.
|
| Il est bon | Mais quand vous avez retranché
|
| d'avoir plu- | de votre poudre à chaque multiplication,
|
| sieurs four- | si vous aviez d'autres fourneaux,
|
| neaux à la | pour cuire le mercure que
|
| multiplica- | vous lui ajouteriez pour la dissoudre;
|
| tion, afin | vous gagneriez bien du temps, & vous
|
| de gagner du | vous feriez quantité d'Elixir d'une
|
| temps. | élévation prodigieuse: & quand vous
|
| | n'avez pas de fourneaux autant qu'il |
| | vous serait nécessaire, il faut mettre |
| | chaque poudre à part dans des vaisseaux |
| | de terre ou de verre bien bouchés |
| | & mis dans un lieu sec, afin qu'il |
| | n'y entre aucune poussière ou ordure, |
| | ni aucun air humide; & à chaque |
@
d'Ariadne. 117
| vaisseau y mettre un écrit contenant |
|
| le nombre de ses multiplications, afin |
|
| de les mettre toutes d'une même qualité |
|
| & élévation, commençant toujours |
|
| par la plus éloignée, à mesure |
|
| que vous recommencerez. |
|
| Quand vos multiplications ont tant | |
| d'étendue qu'elles se font dans l'espace |
|
| d'un miserere, à cause de leur |
|
| grande subtiliation, vous pouvez diminuer | Diminution des
|
| quelque fil de la mèche, d'autant | fils de la mè-
|
| que pour lors la matière n'a pas | che nécessaire
|
| besoin de tant de feu externe comme | & quand.
|
| par le passé, à cause qu'elle en a toujours |
|
| acquis de plus grand, à mesure |
|
| qu'elle a été multipliée, & il lui suffira |
|
| d'un feu si modeste & si faible, |
|
| qu'il ne fasse qu'exciter tant soit peu |
|
| son feu central. Et si votre matière | Espèce de rétro-
|
| est si subtile, à cause du grand nombre | gradation.
|
| des multiplications, qu'elle pénètre |
|
| les parois du vaisseau, il faudra en |
|
| demeurer là, & ne la pas pousser plus |
|
| haut: ou bien mettre peu de votre |
|
| poudre, & la noyer de votre mercure, |
|
| gardant toujours la proportion |
|
| de laisser vide au moins, les deux |
|
| tiers de votre vaisseau ou oeuf; quoi |
|
| faisant, vous vous satisferez; & augmenterez |
|
@
118
Le Filet| |
|
| | toujours vôtre Elixir en |
| | quantité & qualité par cette autre espèce |
| | de rétrogradation. |
| La sublima- | Nous avons dit ci-devant, ce que
|
| tion Philoso- | c'était que la sublimation Philosophale,
|
| phale. | & qu'elle est une exhalaison à
|
| | un plus haut degré de perfection; de |
| Tout le tra- | sorte que tout le premier travail de
|
| vail de la | la pierre jusqu'au rouge parfait, en
|
| pierre est | ce sens, se doit appeler être sublimé
|
| une perpé- | de première sublimation; & les
|
| tuelle subli- | autres travaux de la pierre, ou les
|
| mation, & | multiplications, sont aussi des sublimations
|
| toutes les | de seconde, troisième, quatrième,
|
| multiplica- | cinquième, sixième & septième
|
| tions sont | sublimation, &c. d'autant que la
|
| aussi des su- | pierre est toujours élevée à une plus
|
| blimations. | haute perfection par chaque multiplication.
|
| | L'autre espèce de multiplication, |
| La multipli- | qui est selon le nombre, se fait par la
|
| cation selon | projection d'un poids sur cent, &
|
| le nombre. | d'un poids de ces cent sur cent autres,
|
| | & encore de même, & c'est toujours |
| | Médecine. Mais cette multiplication |
| | de nombre, n'est dite multiplication |
| | que très improprement, |
| | d'autant que l'état de perfection de |
| | la pierre diminue au lieu d'augmenter, |
@
d'Ariadne. 119
| & diminue toujours à proportion |
|
| qu'elle s'éloigne de sa dernière |
|
| sublimation; & cette décadence, est | Autre espèce de
|
| une rétrogradation simple, & non | de rétrograda-
|
| pas de la nature des précédentes. | tion.
|
| Mais la vraie multiplication Philosophale, |
|
| est une multiplication en |
|
| quantité & qualité de force & de |
|
| vertu, qui arrive à la matière dont |
|
| nous avons parlé ci-dessus. |
|
| Cet Elixir étant venu en sa perfection, | Tant plus l'E-
|
| est très pur & très subtil; | lixir est parfait
|
| & tant plus il est subtilisé par les imbibitions | tant plus il est
|
| & les multiplications, tant | pondéreux, & a moins
|
| plus il est pondéreux, l'or minéral est | de volume, l'or mi-
|
| de même qui augmente son poids à | néral est de même,
|
| mesure qu'il est plus purifié par le | & celui de rivière
|
| moyen de l'Art. Mais l'or de rivière, | a beaucoup de volume
|
| n'a pas une couleur auréique profonde, | & manque de
|
| étant à demi blanc faute de | couleur.
|
| coction, & ne monte que jusqu'à |
|
| quatorze carats, & à cause de cela |
|
| est plus léger, & a aussi plus de |
|
| volume que l'autre |
|
| |
|
|
|
@
120
Le Filet| |
|
| | ---------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E IX.
|
| |
|
| | De la projection. |
| |
|
| | A Près tant de travaux finis, |
| | & tant de difficultés surmontées, |
| | l'Artiste est enfin arrivé à la |
| Le temps des | joie tant désirée, & au temps des moissons,
|
| moissons est | comme disent quelques Philosophes;
|
| la fin du | Il ne tiendra plus qu'à lui de
|
| travail & la | jouir pleinement du fruit de ses labeurs
|
| possession de | & de son bonheur, usant avec
|
| la pierre. | grande prudence des grands biens
|
| L'Artiste | qu'il a en sa possession, c'est-à-dire
|
| doit être | avec une grande modestie & discrétion,
|
| prudent à | pour la gloire de Dieu, le bien
|
| cacher son | de son Eglise, & le soulagement des
|
| trésor & sa | pauvres, Dieu les lui ayant donné à
|
| science & à | ce sujet, & pour en bien user pour
|
| les débiter. | son propre salut, & non pas pour les
|
| | possessions des honneurs & vanités |
| | de ce monde. |
| | Il est donc maintenant question de |
| | savoir, comment on doit se servir |
| | de cette poudre admirable, afin de |
| | purger les métaux imparfaits de leur |
| | lèpre, & les convertir en or parfait, |
ou
@
d'Ariadne. 121
| ou en argent, suivant la qualité de |
|
| la poudre. Cette partie de l'ouvrage |
|
| s'appelle la projection qui se fait en |
|
| deux manières; La première, réduisant | La projection
|
| le métal en forme mercuriale, | se fait en
|
| c'est-à-dire en fondant le métal mou | deux manières.
|
| dans un creuset par le moyen d'un feu |
|
| convenable, ou bien les métaux durs, |
|
| comme le fer & le cuivre réduits en |
|
| lamines, & en forme de feu, c'est- |
|
| à-dire, enflammées ou ignifiées. |
|
| La projection qui se fait sur les métaux | La projection
|
| mous, comme le plomb & l'étain | sur les métaux
|
| est la plus excellente manière, la | mous.
|
| plus prompte & la plus commode, & |
|
| se fait comme il s'ensuit. On prend |
|
| cent poids de l'un ou de l'autre de ces |
|
| métaux, on les met fondre dans un |
|
| creuset; étant en cet état, vous |
|
| mettrez un poids de la poudre dans un |
|
| petit morceau de papier, & le jetez |
|
| dans ledit creuset, dans ce moment |
|
| l'Elixir se fond & pénètre le métal |
|
| fondu jusques dans son intime, d'où |
|
| il s'élève un grand feu, dans lequel |
|
| diverses couleurs paraissent; lesquelles |
|
| passées & le feu apaisé, après un |
|
| miserere, vous laisserez refroidir le |
|
| creuset, puis ôterez la matière, & |
|
| L | |
@
122
Le Filet| |
|
| Dans la pro- | vous verrez la séparation que l'Elixir
|
| jection l'E- | a faite des impuretés corrompantes
|
| lixir fait la | du métal; lesquelles rejetées,
|
| la séparation | vous conserverez le surplus, qui est
|
| des impure- | autre Médecine sur d'autre métal; c'est
|
| tés du | pourquoi, vous prenez un poids de
|
| métal. | ces cent convertis en Médecine, &
|
| | faites comme devant, & tout est encore |
| | Médecine, laquelle est frangible |
| | comme du verre, & vous réitérerez |
| | toujours cette même opération, jusqu'à |
| | ce que votre matière devienne |
| | de la même couleur que l'or le plus |
| | pur. |
| Pourquoi il | Il serait bien-aisé de rencontrer à
|
| ne faut pas | point nommé le nombre des poids,
|
| projeter sur | & la juste proportion que l'Elixir en
|
| autant de | convertirait tout d'un coup, sans tant
|
| métal que | de fois réitérer la même opération,
|
| l'Elixir en | mais je n'en parlerai point; car il ne
|
| peut conver- | faut pas se servir de cette voie, d'autant
|
| tir tout | qu'il y aurait trop de perte, par
|
| d'un coup. | la réaction qui se ferait: Et en la faisant
|
| | comme ci-dessus, la poudre en |
| | convertira bien davantage, c'est pourquoi |
| | il est mieux d'opérer par degrés. |
| | De même quand on veut s'en servir |
| | en Médecine, pour l'animal ou pour |
| | le corps humain, il faut dissoudre un |
@
d'Ariadne. 123
| grain d'Elixir dans un esprit convenable | Comment il
|
| à la nature de la maladie, comme | faut se servir
|
| dans de l'esprit de vin, de miel, | de l'Elixir en
|
| ou d'autre: même dans de l'eau, s'il | Médecine.
|
| est expédient, en petite quantité, |
|
| c'est-à-dire environ une verrée, puis |
|
| prendre peu de cette verrée, & le |
|
| mettre encore sur une autre verrée, |
|
| & continuer ainsi jusqu'à ce que vous |
|
| voyez que la couleur ou teinture soit |
|
| devenue faible, & de cette manière |
|
| l'Elixir sera bien proportionné pour |
|
| être pris par la bouche en petite quantité |
|
| dans une verrée de liqueur propre |
|
| à la maladie, ou dans un bouillon, |
|
| ou bien appliqué sur une maladie |
|
| externe, comme nous dirons ci- |
|
| après. |
|
| La première raison en est, que si | Première
|
| on en mettait une si grande quantité | Raison.
|
| tout d'un coup, l'Elixir serait noyé, |
|
| & sa vertu ne s'étendrait pas si loin, |
|
| que si vous n'y en mettiez qu'une petite |
|
| portion. |
|
| La seconde raison, c'est que la | Seconde
|
| pierre n'a pas acquis sa grande extension | Raison.
|
| & élévation, que successivement |
|
| & de degré en degré, & qu'il faut se |
|
| servir des mêmes voies pour la faire |
|
| L ij | |
@
124
Le Filet| |
|
| | rétrograder sans lui causer de violence, |
| | & la bien réduire à la proportion requise |
| | pour s'en servir avec sûreté par la |
| | bouche ou par application extérieure. |
| Autre maniè- | Ou bien, on met en projection,
|
| re de pro- | un poids sur mil du corps plus prochain
|
| jection. | fondu, & on met le vaisseau
|
| | au four à quatre registres, & il est |
| | laissé là pendant trois jours astronomiques |
| | pour se bien mêler, lui donnant |
| | petit feu au commencement, & |
| | l'augmentant de temps en temps & de |
| | degré en degré selon l'Art; lequel |
| | temps passé, on laisse doucement refroidir |
| | le vaisseau, ayant ôté la plupart |
| | du feu, & laissant mourir le reste |
| | de lui-même faute de nourriture: Et |
| | quand le tout sera froid, prendre encore |
| | mille poids, les faire fondre, & |
| | prendre un poids de ces mille qui ont |
| | été convertis; cela est fait en un jour, |
| | & réitérer encore la même opération, |
| | & cela se fait en un instant, qui est |
| L'Elixir s'é- | un grand secret.
|
| tend davanta- | Or le métal le plus prochain est celui
|
| ge sur le mé- | qui symbolise davantage avec l'Elixir,
|
| tal le plus | parce qu'il est plus facilement
|
| proche de | plus promptement & plus parfaitement
|
| sa nature | converti, que ceux qui en sont
|
@
d'Ariadne. 125
| plus éloignés, & conséquemment qui | ou espèce &
|
| ont moins de convenance avec lui, | pourquoi.
|
| quoi qu'il les perfectionne tous, mais |
|
| avec moins d'étendue les uns que les |
|
| autres; d'autant que la Nature qui est |
|
| projetée sur sa même nature, s'y |
|
| unit plus promptement & plus facilement |
|
| que dans un autre corps qui lui |
|
| est étranger. |
|
| Quand on fait la projection sur la | La projection
|
| Lune, l'Elixir a bien de l'étendue, | sur la Lune, a
|
| parce qu'elle approche de la perfection, | bien de l'éten-
|
| & qu'elle ne manque que | due, & pourquoi.
|
| d'un peu de coction, de fixité & de |
|
| couleur, il répare tous ces défauts, |
|
| lui donnant le poids de l'or; mais il |
|
| fait la séparation de ce que cette Lune |
|
| avait d'impur & de mélange d'autres |
|
| métaux imparfaits, dont les soufres |
|
| étaient combustibles; mais quand la | Comment il faut
|
| projection se fait sur le mercure commun | faire la pro-
|
| ou du vulgaire, bien purgé par | jection sur le
|
| le sel & le vinaigre & passé par le | mercure du vul-
|
| chamois, ou bien mis dans un mortier | gaire.
|
| de pierre ou de verre, avec du |
|
| saindoux de porc, & pareille quantité |
|
| de térébenthine, & là bien battu |
|
| & mêlé, puis versé par inclination, |
|
| il est excellemment purgé en |
|
| L iij | |
@
126
Le Filet| |
|
| | peu de temps de toute terrestréité, & |
| La meilleure | c'est à mon avis la meilleure & la plus
|
| manière de | prompte manière de le préparer; car
|
| purger le | tout ce qu'il a d'impur demeure dans
|
| mercure com- | cette graisse, & il sort de ce mortier
|
| mun. | aussi beau que de l'argent.
|
| | Quand on veut faire la projection |
| | sur ce mercure purgé de l'une de ces |
| | manières, il la faut faire comme il |
| La projection | suit. On met le mercure dans un creuset
|
| sur le mer- | sur peu de charbons ardents afin de
|
| cure commun | l'échauffer, & lorsqu'il frémit ou
|
| purgé ne sé- | commence à bouillir & à vouloir fuir;
|
| pare rien | c'est alors qu'il faut projeter peu de
|
| n'y ayant | votre poudre dessus, laquelle sentant
|
| plus d'impu- | la chaleur, se fond à l'heure même,
|
| reté. | pénètre ledit mercure, & l'environnant
|
| | de toutes parts, l'empêche de |
| | s'exhaler; & quand ils ont été ainsi, |
| | un petit quart-d'heure, & que toutes |
| | les couleurs ont cessé, ôtant le |
| | feu, vous laissez doucement refroidir; |
| | pour lors la conversion est faite, & |
| | les pieds & les ailes du mercure ont |
| | été coupés, puisqu'il est fixe, & |
| | qu'il a perdu toute sa volatilité; mais |
| | dans ce mercure l'Elixir n'a rien séparé, |
| | d'autant qu'il n'y a point trouvé |
| | d'impureté & de terrestréité corrompante, |
@
d'Ariadne. 127
| & qu'il est tout de sa nature. |
|
| Il y a deux belles raisons pour lesquelles | Pour quelles
|
| l'Elixir sépare le pur de l'impur | raisons, l'E-
|
| des métaux imparfaits. La première, | lixir sépare
|
| c'est que la pierre étant très | le pur de
|
| pure & parfaite, est aussi tout feu, & | l'impur.
|
| le feu ne peut souffrir aucune impureté |
|
| & corruption, non pas mêmes |
|
| celles autres éléments avec lesquels |
|
| il sympathise. La seconde, c'est que |
|
| ces impuretés sont des corps étranges |
|
| à la pure nature métallique, avec |
|
| lesquels les métaux parfaits ne se peuvent |
|
| parfaitement unir. Cette seule | Les teintures
|
| raison bien appuyée de l'expérience | des corps étranges
|
| devait convaincre d'erreur tous ceux | à la nature métal-
|
| qui prétendent donner aux métaux | lique ne peuvent
|
| imparfaits, des teintures tirées des | s'y unir parfai-
|
| corps étranges, & qui ne conviennent | tement, & pour-
|
| point en nature & espèce avec | quoi.
|
| eux. |
|
| Les métaux ont leur mercure qui | |
| est pur, mais ils ont deux soufres; |
|
| l'un pur, & l'autre impur, mauvais |
|
| & combustible. Quand donc on fait |
|
| la projection sur un métal, l'Elixir |
|
| s'attache toujours fortement à ce qui |
|
| est pur comme lui, qui est le mercure |
|
| & le soufre pur, & chasse ce qui |
|
| L iiij | |
@
128
Le Filet| |
|
| | ne l'est pas, par les raisons précédentes, |
| La projection | Et ceux qui font la projection sur
|
| sur le mercu- | le mercure des métaux, ne font pas
|
| re des métaux | mal, mais ils se donnent bien de la
|
| imparfaits. | peine, emploient beaucoup de temps
|
| | & de dépenses inutiles, puisque l'Elixir |
| | de lui-même purge les métaux |
| | de leurs hétérogénéités, & s'attache |
| | fortement à leur mercure & leur bon |
| | soufre, qui de sa nature est très fixe |
| | & très pur; duquel soufre pur, & |
| | séparé du soufre brûlant & impur, si |
| | l'Artiste faisait projection sur quelque |
| Le mercure & | métal, comme sur la Lune, il ne lui
|
| le soufre pur | donnerait pas la couleur auréique, le
|
| des impar- | poids, le volume & le son de l'or,
|
| faits ne peut | d'autant que le soufre seul, ni le mercure
|
| donner d'au- | seul ne peuvent produire une
|
| tre teinture | teinture auréique, mais bien lorsqu'ils
|
| que celle du | sont joints & unis ensemble, &
|
| métal auquel | qu'ils sont réduits en leur principe,
|
| il a été tiré | digérés selon l'Art & poussés jusqu'à
|
| car il ne | la perfection auréique: or ce soufre
|
| peut donner | n'ayant pas ces qualités ne peut donner
|
| que celles | une telle teinture, mais seulement
|
| qu'il a. | au plus, celle du métal duquel
|
| | il a été tiré. |
| | Quand la projection est faite une |
| | ou deux fois, comme nous avons dit |
@
d'Ariadne. 129
| ci-devant, elle est Médecine, mais | Moyen d'ôter la
|
| elle est frangible; & lorsqu'elle vient | frangibilité.
|
| en un état qu'elle n'est plus Médecine, |
|
| & qu'elle est encore frangible, |
|
| le secret de lui ôter cette frangibilité, |
|
| est de la passer à la coupelle, sans y |
|
| ajouter du plomb, d'autant qu'elle se |
|
| purifiera bien d'elle-même dans l'espace |
|
| de trois heures, & vous l'aurez |
|
| exempte de ce défaut. |
|
| A l'égard des métaux durs, lorsqu'ils | La projection
|
| sont réduits en plaques ou lamines, | sur les métaux
|
| il est nécessaire de les mettre | durs.
|
| dans un feu; qui leur communique |
|
| fortement son impression ignée, en |
|
| sorte qu'elles ne paraissent que feu; |
|
| pour lors un peu de votre Elixir mis |
|
| dessus, les convertit parfaitement en |
|
| or ou argent, suivant la qualité de |
|
| l'Elixir, d'autant que par le moyen de |
|
| cette forte ignition, l'Elixir se fond |
|
| & pénètre ces métaux, jusques dans |
|
| leur intime, à cause que leurs pores |
|
| sont ouverts. |
|
| Cette pénétration & conversion se | Autre manière
|
| fait encore mieux, lorsqu'on dissout | de projection sur
|
| un grain de l'Elixir dans un esprit, | les métaux durs.
|
| comme est l'esprit de vin, d'eau de |
|
| pluie ou de rosée cinq ou six fois |
|
@
130
Le Filet| |
|
| | rectifiées, dont on emplit un verre |
| | & qu'on prend une plume dont on |
| | imbibe le petit bout de la peluche de |
| | ladite liqueur, de laquelle peluche |
| | on touche légèrement en divers endroits |
| | les lamines enflammées; C'est |
| | une merveille surprenante, de voir |
| | qu'en un moment la pénétration la |
| | conversion, la teinture & la fixation |
| | sont faites; & ces métaux bien plus |
| | légers que l'or, reçoivent aussi en |
| | même temps le poids & le volume de |
| | l'or si l'Elixir est au rouge, & toutes |
| | les qualités de l'argent si l'Elixir est |
| | au blanc. |
| Objection. | On m'objectera ici, que l'Elixir
|
| | projeté en cette manière sur les métaux |
| | durs & enflammés, ne peut les |
| | convertir entièrement comme ils font, |
| | en or & en argent parfait, suivant la |
| | qualité de l'Elixir; d'autant que j'ai |
| | dit ci-devant, que quand la projection |
| | se fait sur les métaux mous l'Elixir |
| | fait la séparation du pur & de |
| | l'impur des dits métaux réduits en forme |
| | mercurielle, & ne s'attache qu'à |
| | leur pur; or les métaux durs ont quelquefois |
| | plus d'impuretés que les |
| | mous, lesquelles l'Elixir ne sépare pas |
@
d'Ariadne. 131
| du corps des dites lamines, & par conséquent |
|
| ne les convertit pas entièrement, |
|
| puisque les impuretés y demeurent, |
|
| qui sont des corps étrangers |
|
| avec lesquels l'Elixir ne se peut |
|
| parfaitement unir. Je réponds qu'il |
|
| est vrai qu'il n'en fait pas alors la séparation, |
|
| à cause de leur forte union |
|
| avec le corps terrestre qu'il ne peut |
|
| détruire; mais s'ils viennent à être |
|
| travaillés & fondus ou mis aux |
|
| épreuves ordinaires, c'est alors que |
|
| ladite séparation se fait & que le pur |
|
| se détache de l'impur avec lequel il |
|
| ne peut avoir de parfaite union. |
|
| Et quoique je n'aie parlé dans la | |
| projection que de l'Elixir rouge, la |
|
| même chose se fait par l'Elixir blanc, |
|
| sur les métaux imparfaits, qu'il congèle |
|
| & teint & fixe en argent, qui reçoit |
|
| le poids de l'or, d'autant que cet |
|
| Elixir blanc est l'or blanc, auquel il |
|
| ne manque que la couleur, ou un |
|
| peu de coction, parce qu'il n'est composé |
|
| que de trois éléments, & que le |
|
| feu qui est: le quatrième ne lui a pas | Erreurs des chi-
|
| donné sa dernière perfection. Les | mistes & des
|
| ignorants croient que la congélation, | ignorants.
|
| teinture & fixation Philosophiques, |
|
@
132
Le Filet| |
|
| | sont des opérations diverses & différentes; |
| La congéla- | mais les Sages ne reconnaissent
|
| tion, tein- | ces trois choses, que pour une
|
| ture & fi- | seule & même opération Philosophique,
|
| xation ne | quoi que s'en soient plusieurs
|
| sont qu'une | dans l'entendement.
|
| même opéra- | Il y a des Plantes qui congèlent le
|
| tion. | mercure; mais à la coupelle, tout
|
| La congéla- | s'en va en fumée, à cause que la congélation
|
| tion impar- | est imparfaite, de même que
|
| faite s'en va | celle qui se fait à la fraîcheur de la
|
| en fumée lors | cave, & qui fait des rubis.
|
| des épreuves. | Il y a bien des gens qui manquent
|
| | de jugement, quand ils prétendent |
| | perfectionner les métaux imparfaits |
| | par des choses corrompantes, & |
| | par celles qui sont de diverses natures, |
| | & même moins parfaites qu'eux. |
| Erreur des | Qu'ils apprennent aujourd'hui que
|
| Chimistes & | les métaux, mêmes les imparfaits,
|
| des ignorants | ne teignent point & ne fixent point
|
| à l'égard | mais qu'ils sont teints & fixés, d'autant
|
| des métaux. | que leur soufre manque de coction
|
| | & est impur; c'est pourquoi il |
| | n'y a que le soufre de l'or & de l'argent |
| | des Philosophes qui soit capable |
| | de les congeler, teindre & fixer |
| | parfaitement & en même temps, à cauQuand |
| | se de leur coction & digestion parfaite. |
@
d'Ariadne. 133
| je dis qu'il n'y a que le |
|
| soufre du Soleil & de la Lune, je dis |
|
| vrai; parce que l'argent-vif de soi n'a |
|
| point de vraie teinture métallique, |
|
| ni blanche ni rouge, mais bien le |
|
| soufre, qui a même la vertu de digérer, |
|
congeler & coaguler le mercure.
| Or si les métaux imparfaits ne peuvent | Les métaux im-
|
| teindre, à plus forte raison les | parfaits ne peuvent
|
| petits minéraux qui ne conviennent | teindre, à plus
|
| point avec la Nature métallique, & | forte raison les
|
| conséquemment sont des corps étranges. | petits minéraux
|
| On a souvent éprouvé la fixation | qui sont d'une
|
| du mercure par l'esprit de la Lune | autre nature &
|
| métallique, mais cette Lune diminue | espèce.
|
| toujours de poids aussi bien que d'esprit | La fixation du
|
| qu'elle communique au mercure; | mercure par
|
| or si cette Lune métallique qui approche | l'esprit de la
|
| de la perfection, ne peut fixer | Lune.
|
| le mercure qu'en se détruisant elle- |
|
| même, que pourront donc faire tous |
|
| les minéraux ensemble qui sont éloignés, |
|
| & qui n'ont point de convenance |
|
| avec les métaux. Et quand les | Lorsque les Phi-
|
| Philosophes ont parlé des Herbes | losophes ont
|
| pour la fixation, il paraît qu'ils n'ont | parlé des Herbes
|
| dit cela que métaphoriquement ou | pour la fixation
|
| comparativement, & que leur Lunai- | du mercure
|
@
134
Le Filet| |
|
| comme ils | re n'est autre chose que la plus pure
|
| ont entendus | substance de leur Lune pour le blanc;
|
| cela. | & de leur or, ou Elixir rouge, pour
|
| | le rouge, & cette plus pure substance |
| | est l'esprit métallique, qui ne peut |
| | être plus pur que dans l'Elixir. |
| Ce que c'est | Voyons maintenant ce que c'est que
|
| que teindre | teindre, suivant les Philosophes, c'est
|
| suivant les | donner sa nature & sa perfection à la
|
| Philosophes. | chose qui est teinte; or si vous donnez
|
| | une autre teinture que celle de |
| Le noeud gor- | l'or ou de l'argent des Sages, vous
|
| dien des | ne teindrez pas en or ou en argent,
|
| teintures | mais en la nature de la teinture, qui
|
| coupé & dé- | n'est ni or ni argent, & qui n'étant
|
| truit. | pas de la nature des métaux, ne peut
|
| | pas s'unir parfaitement avec eux, car |
| | toute chose produit & engendre son |
| | semblable: or n'étant pas de la nature |
| | métallique, elle n'engendrerait |
| | pas du métal, mais une chose semblable |
| | à soi, ou à sa nature, ou au |
| | plus quelque chose qui semblerait |
| | être métal & ne le serait pas en effet; |
| | c'est pourquoi telles teintures s'en |
| | vont au feu, & ceux qui les font, au |
| | grand chemin du gibet. |
@
d'Ariadne. 135
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E X. | |
| |
|
| Des merveilles & vertus de la | |
| Pierre blanche sur l'Animal | |
| le Végétal & le Minéral. | |
| |
|
| N Ous avons enseigné dans le |
|
| Chapitre précédent, le moyen |
|
| de se servir de la Pierre pour la Médecine |
|
| des métaux & en celui-ci, il |
|
| nous faut traiter des petits Minéraux, |
|
| des Végétaux & des Animaux, où |
|
| nous verrons encore l'élévation ou |
|
| exaltation éminente de la pierre sur |
|
| divers beaux sujets, qui doivent être |
|
| aussi secrets & aussi cachés que la |
|
| pierre même, qui fait tant de prodiges, |
|
| aussi bien que l'étonnement |
|
| des esprits les plus éclairés. |
|
| Un homme qui a une fois fait cet | |
| Ouvrage avec les multiplications susdites, |
|
| n'a plus rien à désirer en ce |
|
| Monde, sinon d'avoir la liberté d'en |
|
| user sans crainte, envers les sujets |
|
| dont nous avons parlé ci-dessus; car | Le vrai Philo-
|
| hors de la il ne doit avoir que du mépris | sophe ne doit
|
| pour tout ce qu'il y a d'éclatant | avoir que
|
@
136
Le Filet| |
|
| du mépris | en l'Univers, puis qu'il a en ses mains
|
| pour tout ce | la Médecine universelle qui purge à
|
| qui est du | fond les corps humains & métalliques,
|
| monde. | à la connaissance de laquelle
|
| | peu de personnes sont parvenues. |
| La Médecine | Cette Médecine guérit parfaitement
|
| universelle | toutes les maladies de quelques natures
|
| est l'Elixir | qu'elles soient, aux trois règnes
|
| parfait. | de la Nature; elle fortifie & rétablit
|
| | l'homme, quelque proche de la mort |
| | qu'il soit; & enfin le rajeunit par son |
| | extrême subtilité & pureté qui éloignent |
| | toute corruption. |
| | L'Elixir blanc fait merveilles aux |
| | maladies de tous les animaux, & particulièrement |
| Les femmes | à celles des femmes,
|
| ont plus de | avec lequel elles ont plus de sympathie,
|
| sympathie | ainsi que dit un savant Philosophe,
|
| avec cet Eli- | qu'avec l'Elixir rouge, le prenant
|
| xir qu'avec | dissous dans une potion convenable
|
| le rouge. | au mal; & lorsqu'on se veut
|
| | précautionner contre le mauvais air, |
| | on en prend à jeun de dissous dans de |
| | l'esprit de vin, comme nous avons enseigné |
| | ci-devant, & il donne une force |
| | & vigueur nonpareille pour résister |
| | à tout air corrompu, & à la |
| | Peste même, préserve de plusieurs |
| | maladies qui ne font que commencer; |
| | car |
@
d'Ariadne. 137
| car c'est la vraie Lune potable des | L'Elixir blanc
|
| Anciens, de laquelle ils ont écrit une | est la vraie
|
| infinité de choses surprenantes. | Lune Potable des
|
| Entr'autres choses, que si une femme | Anciens.
|
| voulait se renouveler, & rendre | Moyen de se
|
| son corps aussi vigoureux qu'il était | renouveler.
|
| en sa jeunesse, s'étant mise par trois |
|
| fois dans un bain d'herbes odoriférantes, |
|
| avec lesquelles elle aurait nettoyé |
|
| son corps, & s'être essuyée; elle |
|
| se mettrait dans un autre Bain sans |
|
| herbes, dans lequel on aurait mis |
|
| trois grains d'Elixir blanc dissous dans |
|
| une chopine d'esprit de vin six fois |
|
| rectifié, & ayant seulement demeuré |
|
| un quart-d'heure dans ce Bain, en |
|
| sortirait sans s'essuyer, mais irait à |
|
| l'heure même devant un grand feu, |
|
| dont la chaleur ferait sécher cette eau |
|
| précieuse sur son corps, & ferait tel |
|
| effet, qu'outre la vigueur qu'elle donnerait, |
|
| elle rendrait tout le corps |
|
| d'une beauté & blancheur extraordinaire. |
|
| Hermès même en demeure |
|
| d'accord, mais il veut qu'on en ait |
|
| pris à jeun sept jours de suite dissout |
|
| en quelque liqueur; & que si la même |
|
| personne fait cela tous les ans, |
|
| qu'elle vivra exempte de plusieurs |
|
| M | |
@
138
Le Filet| |
|
| | maladies, & prolongera sa vie de |
| | plusieurs années sans aucunes incommodités. |
| | Cet Elixir mis en dissolution |
| | dans une chopine d'esprit de vin, |
| | cinq ou six fois rectifié, tant qu'il en |
| Vraie huile | pourra dissoudre, est la vraie huile
|
| de Talc des | de Talc des Anciens, qu'ils ont toujours
|
| Anciens. | cachée, quoi qu'ils en aient dit
|
| | tant de belles choses, & notamment |
| | pour la décoration du visage, y en |
| | mettant dessus une ou deux gouttes, |
| | lesquelles s'étendent d'elles-mêmes |
| | par toute la face, & lui donnent une |
| | blancheur si grande qu'elle surprend. |
| | De nos jours, une petite Paysanne |
| | toute brûlée des ardeurs du Soleil |
| | auquel sa naissance l'obligeait d'être |
| | exposée, après s'être bien lavée & décrassée |
| | le visage; deux Dames de condition |
| | pour faire l'épreuve d'une liqueur |
| | qu'on leur avait vendue pour |
| | la vraie huile de Talc, & qui l'était |
| | en effet, lui en mirent deux gouttes |
| | sur le visage & continuèrent trois |
| | jours de suite, après lesquels cette |
| | petite fille parut si changée & si blanche |
| | qu'on avait peine à la reconnaître. |
@
d'Ariadne. 139
| Voici encore une autre chose bien | |
| particulière. Une Dame de ma connaissance, |
|
| à laquelle on avait fait |
|
| présent de quelques gouttes de cette |
|
| huile, s'en étant servie, comme il est |
|
| dit ci-dessus, entretint son visage si |
|
| beau, & si frais pendant toute sa vie, |
|
| qui fut assez longue, qu'après sa mort |
|
| elle ne parut que très peu changée, |
|
| & cette eau ou huile avait non seulement |
|
| pénétré sa peau, mais avait |
|
| passé jusqu'à son crane, qui après |
|
| avoir été treize ans en terre, fut vu |
|
| aussi beau & aussi blanc que de l'argent. |
|
| Ce Secret sans doute détruirait |
|
| le Proverbe, qui dit: Que laver |
|
| un Ethiopien est peine perdue, |
|
| car puis qu'il passe jusqu'au crane, il |
|
| le blanchirait & ferait pour cet effet |
|
| tomber plus d'une peau, ou en ferait |
|
| le changement entier sans cela. |
|
| Les Philosophes, pour cacher cet | Les Philosophes
|
| Elixir & son usage, lui ont donné le | ont nommé cet
|
| nom d'huile de Talc: ce qui a obligé | Elixir dissout
|
| bien des gens à travailler sur la | huile de Talc
|
| Pierre portant ce nom, qui véritablement | pour le cacher.
|
| fait quelque petite chose, |
|
| mais ce n'est rien en comparaison de |
|
| nôtre Elixir, préparé comme nous |
|
| M ij | |
@
140
Le Filet| |
|
| | avons dit. |
| Usage de | L'eau préparée comme celle du
|
| l'eau du bain | Bain, dont nous avons parlé; mise
|
| susdit pour | au pied des arbres languissant & moribonds,
|
| les arbres | les ravive & rétablit en peu
|
| & plantes | de temps, & leur fait porter abondance
|
| moribondes. | de fleurs & de fruits. Les Plantes
|
| | délicates & qui ont de la peine à |
| | venir dans les climats d'un tempérament |
| | contraire à celui qui leur est |
| | naturel, en étant arrosées, deviennent |
| | aussi vigoureuses que si elles |
| | étaient dans leur terroir & solage |
| | propre, & ordonne de la Nature. |
| Divers beaux | On peut avec cet Elixir faire des
|
| effets sur | métamorphoses & changements prodigieux
|
| tous corps. | sur tous sujets, comme sur
|
| | l'émeri, l'acier, le corail, le jaspe, |
| | le porphyre, le marbre, & quantité |
| | d'autres choses, quoi qu'on n'y conçoive |
| | aucune proportion ou homogénéité, |
| Fait des | sinon très éloignée; car qui
|
| pierres pré- | croirait qu'il fut capable de changer
|
| cieuses. | les pierres, soit naturelles, soit artificielles,
|
| | en pierres précieuses, d'ôter |
| Ote les ta- | toutes les taches de celles qui en ont,
|
| ches de | ce qu'il fait pourtant, en les plongeant
|
| celles qui | seulement dans la liqueur, puis
|
| en ont. | les suspendant pour les faire sécher à
|
@
d'Ariadne. 141
| l'air & au Soleil, & continuant cela |
|
| deux ou trois fois; & si c'était une |
|
| pierre fine ou diamant qui eût des |
|
| taches, le chauffant premièrement à |
|
| cause de sa dureté difficile à pénétrer, |
|
| il les efface & le rend d'un état admirable, |
|
& plus beau cent fois qu'auparavant.
| En voici un exemple surprenant, | |
| Le Sieur Casteleon qui demeurait |
|
| dans la ville d'Aix; acheta un Diamant | D'un diamant
|
| d'Alençon qu'il mit au feu, puis | d'Alençon en
|
| dans une fiole où il y avait de l'Esprit | faire un fin.
|
| de vin cinq ou six fois rectifié, |
|
| dans lequel il avait mis de l'Elixir |
|
| blanc autant que cet esprit en avait |
|
| pu dissoudre, le retira de là lorsqu'il |
|
| jugea qu'il n'avait plus de chaleur; il |
|
| le remit au feu, & fit de même le mettant |
|
| dans une autre fiole pareille à la |
|
| première, réitéra une troisième fois |
|
| à le remettre au feu, puis le remit |
|
| dans la première fiole; il le mit encore |
|
| au feu une quatrième fois, & |
|
| après le plongea dans cette seconde |
|
| fiole: d'où l'ayant retiré, il s'en alla |
|
| le vendre comme un véritable Diamant |
|
| fin, dont il eut une somme |
|
| considérable. |
|
@
142
Le Filet| |
|
| Change le | L'Elixir réduit le cristal en diamant
|
| cristal en | en, agissant sur lui si puissamment,
|
| diamant fin. | qu'il lui donne non seulement
|
| | l'éclat, le poids & la dureté du diamant, |
| | mais le rend diamant en effet, |
| | en le plongeant plusieurs fois dedans |
| | de l'Esprit de vin qui aurait dissous |
| | de l'Elixir comme ci-dessus; mais il |
| | faut observer, de ne guère chauffer le |
| | cristal pour la première fois, de crainte |
| | qu'il ne se calcine; mais on le peut |
| | davantage à la seconde, à cause que |
| | la liqueur qui l'a pénétré, le préserve |
| | de cet accident; & la troisième fois, |
| | il faut le rougir bien fort, afin qu'il |
| | soit mieux pénétré. |
| | Cet Elixir ôte les taches des Perles |
| | & les blanchit d'un blanc plus éclatant |
| | que leur naturel, ôte la couleur |
| | à celles qui sont jaunes, leur en imprimant |
| | une naturelle. Il dissout sur |
| | un feu doux les semences des Perles, |
| | & même les plus grosses, en sorte |
| | qu'étant réduites en une pâte, un |
| Fait des per- | Artiste en peut former de telle grosseur
|
| les fins plus | & figure qu'il lui plaira, qui seront
|
| fine que les | non seulement fines, mais encore
|
| naturelles. | auront plus de poids, & une
|
| | plus belle eau qu'elle n'avaient |
@
d'Ariadne. 143
auparavant.
| L'Elixir rend le verre malléable, | Rend le verre
|
| susceptible de toutes couleurs, & capable | malléable.
|
| d'extension comme le métal, |
|
| lui ôtant sa frangibilité: ce qui le |
|
| rend plus précieux sans comparaison |
|
| que l'or même, qui n'est pas diaphane |
|
| comme le verre. Secret qui a été |
|
| perdu du temps de l'Empereur Tibère, |
|
| par la mort de celui qui lui présenta |
|
| un vaisseau de cette espèce de verre, |
|
| dont il fit l'épreuve en sa présence |
|
| avec son marteau & une petite Enclume |
|
| qu'il avait portés exprès. Secret |
|
| que les Sages ont tenu caché du |
|
| depuis, pour les raisons qu'on peut |
|
| penser. |
|
| Enfin cet Elixir fait tant de merveilles | |
| que je n'aurais jamais fait, si |
|
| je voulais mettre ici tout ce qu'on en |
|
| a dit & écrit; je me contenterai d'en | Rend le linge
|
| dire encore une seule particularité, | ou étoffe in-
|
| qu'on aurait peine à croire, si un | combustible.
|
| homme digne de foi n'en avait rendu |
|
| un témoignage authentique, qui est, |
|
| qu'un linge ou autre chose pénétrable |
|
| & de matière combustible qui aura |
|
| été trempé dans ladite eau, le feu |
|
| ne le pourra consumer, ni même lui |
|
@
144
Le Filet| |
|
| | donner la moindre atteinte: Je laisse |
| | à penser à ceux qui liront ceci, d'où |
| | peut lui venir tant de propriétés, & |
| | tant d'effets admirables. |
| | Le même Elixir guérit aussi toutes |
| | les maladies externes du corps, comme |
| | sont les ulcères, cancers, écrouelles, |
| | loups, paralysies, blessures, & |
| | telles autres maladies, étant dissous |
| | dans une liqueur convenable, & appliqué |
| | sur le mal par le moyen d'un |
| | linge imbibé de la liqueur, ou bien |
| | appliqué en forme d'emplâtre, comme |
| | il sera dit dans l'Article qui suit, |
| | qui est l'Elixir rouge. |
| | Les hommes s'en peuvent aussi servir |
| | fort utilement, aussi bien que les |
| | femmes en toutes les maladies qui |
| | leur arrivent, de quelque nature |
| | qu'elles soient, ou extérieures ou |
| | intérieures, & toutes celles dont les |
| | animaux sont affligés. |
| |
|
| |
|
| | Des |
@
d'Ariadne. 145
| ------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E XI. | |
| |
|
| Des merveilles de la Pierre rouge, | |
| plus abondantes que celles de la | |
| Pierre Blanche. | |
| |
|
| A Près avoir amplement déduit |
|
| plusieurs effets merveilleux |
|
| de la Pierre blanche, qui pourtant |
|
| ne contient que trois éléments, |
|
| & qui n'a pas encore acquis la dernière |
|
| perfection de la Nature & de |
|
| l'Art, d'autant qu'il lui manque l'élément |
|
| du feu, qui la rendrait parfaite |
|
| en toutes manières, par le tempérament |
|
| de cet élément avec les |
|
| trois autres, qui vivent après ensemble |
|
| dans une concorde & amitié fraternelle, |
|
| nonobstant leur contrariété |
|
| naturelle; c'est pourquoi l'Elixir rouge | L'Elixir rouge
|
| est bien autre chose que le blanc, | est toute autre
|
| envers toutes les maladies des animaux, | chose que le
|
| végétaux & minéraux, ayant | blanc.
|
| bien plus de force, de perfection & |
|
| d'extension: aussi en faut-il bien |
|
| moins pour leur parfaite guérison, |
|
| N | |
@
146
Le Filet| |
|
| | ce qu'il est aisé de concevoir; |
| | Car comme tout ce qui est épars |
| | dans la circonférence d'un cercle, est |
| | amassé dans son centre en pouvoir, |
| | à savoir en un seul Soleil; de même |
| | toutes les vertus Médicinales |
| Pourquoi l'E- | partagées aux plantes, poissons, oiseaux,
|
| lixir guérit | animaux terrestres, minéraux
|
| toutes mala- | & pierres précieuses, sont ramassées
|
| dies chau- | en notre Soleil ou Elixir, qui les contient
|
| des, froides, | toutes, ayant en soi toutes les
|
| chaudes & | qualités élémentaires dans un parfait
|
| humides. | tempérament, & dans une perfection
|
| | éminente & digestion complète; c'est |
| | pourquoi il peut seul guérir toutes |
| | maladies, froides ou chaudes, humides |
| | & sèches; ce que les autres choses |
| | ne peuvent pas faire, d'autant |
| | qu'elles n'ont chacune qu'une petite |
| | participation très faible de vertu pour |
| | une maladie particulière. |
| | Je ne répète point ici ce que j'ai |
| Tout ce que | dit de l'Elixir blanc, pour en faire
|
| fait l'Elixir | comparaison avec le rouge; mais je
|
| blanc, le | dirai seulement, que tout ce que fait
|
| rouge le fait | le blanc, le rouge le fait encore
|
| encore mieux | mieux, & en moins de temps, pour
|
| & pourquoi. | les raisons précédentes, & je n'excepte
|
@
d'Ariadne. 147
| rien sinon la couleur aux choses |
|
| qui doivent être blanches, parce |
|
| qu'elle leur est naturelle. Et s'il me |
|
| faut encore ajouter quelque raison, |
|
| c'est que, quoique le blanc contienne |
|
| virtuellement en soi la qualité du |
|
| feu, il ne le contient pas si parfaitement |
|
| que le rouge, d'autant que le |
|
| feu n'a pas encore surmonté en lui |
|
| les qualités élémentaires, comme il |
|
| a fait dans le rouge. |
|
| Quand donc l'Elixir rouge est accompli | Le vrai or
|
| il est le vrai or potable des | potable des
|
| Anciens Philosophes, mille fois plus | Anciens.
|
| excellent que celui qui se fait avec |
|
| l'or minéral, quelque épuré & raffiné |
|
| qu'il soit, notamment s'il est multiplié |
|
| sept fois, comme nous avons |
|
| dit en son lieu, faisant toutes sortes | Guérit toutes
|
| de guérisons en bien moins de temps, | maladies plus
|
| & en beaucoup moindre quantité, | promptement
|
| étant dissous dans une liqueur convenable | que le blanc.
|
| à la maladie, & préparé comme |
|
| nous avons dit de l'Elixir blanc. |
|
| Quelques Médecins défendent de | Objection des
|
| donner de l'Elixir blanc ou rouge | Médecins.
|
| pour les maladies internes du corps |
|
| humain, lorsque l'un ou l'autre ont |
|
| N ij | |
@
148
Le Filet| |
|
| | été multipliés; d'autant, disent-ils, |
| | que la Nature ne demandant qu'à |
| | être aidée, son feu intérieur & potentiel |
| | pourrait bien surmonter & |
| | détruire l'archée ou le feu central de |
| | la Nature, qui ne demande seulement |
| | que du secours, par similitude |
| Solution de | de vertu & de substance. Mais ils ne
|
| l'objection. | considèrent pas, qu'ayant été multipliés
|
| | l'un & l'autre, on ne les donne |
| | pas au Malade, ni en quantité, ni avec |
| | toute sa qualité, puis qu'on les doit |
| | faire rétrograder par la dissolution |
| | qu'on en fait dans un esprit, ou bien |
| | dans une liqueur qui doit être plus |
| | abondante en l'un qu'en l'autre, & |
| | à proportion de son élévation; & |
| | quand même ils ne seraient pas multipliés, |
| | il faudrait les dissoudre & |
| | proportionner à la force du sujet & |
| Il ne faut | à la qualité de la maladie: mais ils auraient
|
| pas prendre | la meilleure raison de dire, qu'on
|
| de l'Elixir | s'abstient d'en user seulement lorsqu'on
|
| après qu'il a | s'en est servi en projection,
|
| été projeté | quand même ce ne serait qu'une fois,
|
| sur un métal | ce qui est vrai & très remarquable.
|
| imparfait, | Je veux pourtant mettre ici un
|
| mais devant. | moyen commode & extraordinaire
|
@
d'Ariadne. 149
| pour s'en servir, sans qu'ils puissent | Moyen commode
|
| y trouver à redire, & pour satisfaire | pour s'en
|
| pleinement ces Messieurs, qui font | servir sûre-
|
| tant les scrupuleux, lorsque les meilleurs | ment en toute
|
| Remèdes viennent par un autre | maladie.
|
| canal que le leur, & qui ne voudraient |
|
| pas se donner la peine qu'il |
|
| faut prendre, comme je l'ai enseigné |
|
| ci-devant; c'est d'en prendre le poids |
|
| d'un grain de blé, & le faire avaler |
|
| dans une liqueur, à un animal: par |
|
| exemple à un Veau, ou à un Mouton, |
|
| ou bien le quart d'un grain à une volaille, |
|
| & 4. ou 5. heures après faire tuer |
|
| cet animal, qui aurait souffert l'effort |
|
| du feu de la pierre, si la proportion |
|
| n'était pas juste, & le Malade |
|
| après que telles viandes sont cuites, |
|
| pourrait s'en servir en assurance, ou |
|
| en bouillon, ou bien autrement; c'est |
|
| ce que je conseillerais volontiers à |
|
| ceux qui voudraient seulement s'en |
|
| servir par précaution, & même quelquefois |
|
| à ceux qui sont malades. |
|
| Encore faut-il aussi prescrire un | |
| moyen de s'en servir pour les maladies |
|
| du dehors. Quand on a dissous | Son usage pour
|
| de cet Elixir, ou de l'autre dans un | les maladies
|
| N iij | |
@
150
Le Filet| |
|
| extérieures, | esprit ou liqueur, on en peut mettre
|
| même pour | un peu dans les huiles, essences
|
| les végétaux. | quintessences, esprits, ou toutes autres
|
| | drogues, médicaments, & toute autre |
| | sorte de Médecine extérieure, |
| | même dans de la cire, ou des onguents |
| | pour en faire des emplâtres |
| | qui procureraient en bref une parfaite |
| | guérison, non seulement aux |
| | animaux, mais encore aux végétaux |
| | & minéraux atteints de leurs maladies |
| | ordinaires. |
| Convertit en | L'Elixir rouge convertit en un
|
| un instant | instant les métaux en or parfait, &
|
| tous métaux | fait la séparation de tout ce qui est
|
| en or parfait | superflu, impur & d'une autre nature
|
| | & espèce que de la métallique; |
| | les rend fixes en un moment, les |
| | teint d'une couleur invariable, leur |
| | donne le poids, le volume, & le |
| | son de l'or; & d'autant qu'il n'en faut |
| | que fort peu pour convertir beaucoup |
| Les Sages | de métal en sa propre nature, les Sages
|
| l'ont appelé | lui ont donné le nom de ferment
|
| ferment & | c'est-à-dire levain, par comparaison
|
| pourquoi. | d'un peu de levain, qui fermente
|
| | beaucoup de farine réduite en pâte. |
| | Cet élixir étant dissous dans quelque liqueur, |
@
d'Ariadne. 151
| comme nous avons dit en traitant |
|
| de l'Elixir blanc, peut convertir |
|
| en or parfait, tous métaux durs réduits |
|
| en lamines rougies & embrassées |
|
| par le feu, se servant de la plume, |
|
| ainsi qu'il est amplement dit en |
|
| l'Article de la Projection fol. 120. |
|
| Il y a des Philosophes qui disent | La quintessence
|
| que la quintessence du Sol est l'huile | du Soleil est
|
| incombustible, de laquelle on a tant | l'huile in-
|
| fait de bruit autrefois; & que toute | combustible.
|
| graisse, huile ou cire, où il y aura de |
|
| cette liqueur dans laquelle on aura | Toute graisse
|
| dissous de l'Elixir, s'enflammeront & | ou huile où
|
| brûleront toujours, sans se consumer, | il y aura de
|
| y ayant une fois mis le feu: | cette liqueur,
|
| de même en est-il d'un linge, d'une | s'enflammera
|
| étoffe, ou autre matière combustible, | sans se con-
|
| qui aura une fois été imbibée de cette | sumer.
|
| liqueur. |
|
| L'Elixir rouge multiplié, ou non, | |
| (mais le multiplié fait mieux) préparé |
|
| & employé comme il est ci-dessus, |
|
| dit, convertit le verre & le cristal en | Convertir le
|
| rubis fins, en escarboucles, en émeraudes, | verre & le
|
| turquoises, opales, saphirs, | cristal en
|
| topazes, & généralement en toutes | pierres
|
| sortes de pierres précieuses, c'est ce | précieuses.
|
| N iiij | |
@
152
Le Filet| |
|
| Rend le verre | qu'enseigne Raymond Lulle, & même
|
| & le cris- | qu'il rend le verre & le cristal
|
| tal malléa- | malléables, leur donnant la dureté
|
| ble. | & l'extension du métal, ce qu'on ne
|
| | peut assez estimer: même, pour des |
| | ouvrages exquis dans les Mathématiques. |
| | Toutes ces belles & merveilleuses |
| | productions de l'une & de l'autre |
| C'est ici la | Pierre, sans parler d'une infinité d'autres,
|
| vraie curio- | devraient exciter aux personnes
|
| sité que les | qui sont hors du commun; c'est-à-
|
| gens d'esprit | dire, aux personnes curieuses & de
|
| devraient tâ- | jugement, un ardent désir d'apprendre
|
| cher d'ap- | le moyen de faire cet ouvrage des
|
| prendre, & | ouvrages, & ce secret des Philosophes,
|
| non les sot- | afin de contenter leur curiosité,
|
| tises & so- | par les Expériences que nous avons
|
| phistications | enseignées, & pour la conservation
|
| des Chimistes | de leur santé, plutôt que pour le désir
|
| ignorants. | d'acquérir des richesses, que tout
|
| | homme d'esprit & de vertu doit mépriser. |
| | Et pour leur donner Lieu d'avoir |
| | ces pensées, je leur dirai pour |
| | conclusion de ce petit travail. |
| | Que quelques Philosophes vont |
| | bien au delà de tout ce qui est dit |
| | ci-dessus; car ils assurent que cette |
@
d'Ariadne. 153
| science contient encore en soi, un |
|
| effet plus admirable & plus souhaitable, |
|
| que tous les précédents; puisque | Autre effet
|
| ceux qui sont assez heureux de la | plus admirable
|
| posséder, quelques méchants qu'ils | & souhaitable
|
| fussent auparavant, sont dans un | que tous les
|
| instant & tout d'un coup changés en | précédent.
|
| leurs moeurs, & deviennent gens de |
|
| bien, ne se mettant pas en peine de |
|
| tout ce qui est en ce monde, qu'ils |
|
| méprisent, avec toutes les satisfactions |
|
| des gens, les ambitions, les |
|
| vanités & les richesses, ne souhaitant |
|
| plus que de s'unir à Dieu, qui |
|
| est la vraie richesse, & le souverain |
|
| contentement de l'homme, auquel |
|
| soit honneur & gloire pendant toute |
|
| l'éternité. Ainsi soit-il. |
|
| |
|
| F I N. | |
@
154
Le Filet| |
|
| | Le Fourneau Philosophal. |
| |
|
| | V Ous voila pleinement instruits |
| | des trois principales clefs, il est |
| | maintenant question de travailler & |
| | de mettre la main à l'oeuvre, ce que |
| | vous ne pouvez faire sans avoir la matière |
| | prête, un Fourneau pour la préparer, |
| | qui est celui de Pigré, de calcination, |
| | ou à quatre registres, un |
| | oeuf Philosophique d'une hauteur & |
| | grosseur convenable, & proportionné |
| | à l'écuelle où seront les cendres, |
| | & l'écuelle aussi au Fourneau Philosophal. |
| | Or comme la première proportion |
| | est celle du Fourneau, & que |
| | toutes les autres en dépendent, afin |
| | de parler justement de toutes en particulier; |
| | il est expédient de commencer |
| | par le Fourneau, & d'en faire la |
| | juste description, & même déclarer |
| | de quelle matière il doit être composé, |
| | & de quelle forme. |
| | Prenez tant de terre grasse que vous |
| | en ayez suffisamment pour faire votre |
| | Fourneau, nettoyez la de toutes |
| | pierres & la pétrissez avec une masse; |
| | devant que de la pétrir pesez la premièrement, |
@
d'Ariadne. 155
| & en écrivez le poids sur |
|
| un papier, crainte de vous tromper: |
|
| Mettez deux onces de limailles de fer |
|
| sur chaque livre de terre, fiente de |
|
| cheval, & bourre bien écharpée à discrétion; |
|
| mêlez bien le tout ensemble, |
|
| l'humectant d'urine pour la bien lier; |
|
| & quand la terre sera ainsi préparée, |
|
| vous commencerez la fabrique de votre |
|
| Fourneau, ainsi qu'il ensuit. |
|
| Sur une planche, ou un ais rond | |
| d'un pouce d'épais & de dix pouces de |
|
| diamètre; il faut élever ledit Fourneau, |
|
| & lui donner deux pouces d'épaisseur |
|
| & douze pouces de hauteur, |
|
| à prendre du fond en dedans, lequel |
|
| dedans sera de sept pouces de diamètre. |
|
| A quatre pouces & demi, il |
|
| y aura des deux côtés un verre en forme |
|
| ronde, ou un oeil, d'un pouce de |
|
| diamètre chacun, se répondants l'un à |
|
| l'autre en droite ligne. La porte pour |
|
| y introduire la Lampe sera de deux |
|
| pouces trois lignes de hauteur, & de |
|
| largeur d'un pouce huit lignes, qui |
|
| commencera dès le bas du Four, c'est |
|
| à dire dès la planche. |
|
| A neuf pouces de hauteur, seront | |
@
156
Le Filet| |
|
| | fichés d'égale distance en triangle |
| | trois lames de fer, dans la parois dudit |
| | Fourneau, chacune de la largeur |
| | d'environ un pouce, & qui le seront |
| | d'autant au-dedans, pour soutenir le |
| | vaisseau contenant les cendres; au |
| | bout de chaque lame de fer, il y aura |
| | un trou afin d'arrêter ledit vaisseau |
| | percé de trois trous à son bord, d'égale |
| | distance aux trous des dites lames. |
| | Sur ce Four, s'adaptera un chapiteau |
| | de même épaisseur, uniment, |
| | de la hauteur de cinq pouces |
| | & demi au-dedans; au milieu duquel |
| | il y aura un trou au haut d'environ huit |
| | lignes de diamètre, pour donner issue |
| | à la fumée, & sera ce chapiteau en |
| | figure de poire comme s'il y avait |
| | une poignée de la hauteur de quatre |
| | doigts, pour le poser & ôter facilement. |
| | Ce chapiteau sera en dehors |
| | d'environ neuf à dix pouces de hauteur, |
| | & ce trou ne se doit jamais boucher, |
| | pour laisser toujours libre |
| | sortie de la fumée. |
| | Le Fourneau ainsi fait, doit être mis |
| | en lieu propre pour bien sécher; c'est |
| | à savoir, en un lieu chaud, ou à l'air |
@
d'Ariadne. 157
| pendant l'Eté, en un endroit ou le |
|
| Soleil ne donne pas durant la grande |
|
| chaleur, d'autant qu'il sécherait trop |
|
| tôt; & ainsi, il pourrait s'ouvrir en |
|
| quelques endroits & devenir presque |
|
| inutile, ou du moins il faudrait réparer |
|
| ce défaut, mais il est mieux de |
|
| le laisser sécher doucement & à l'aise. |
|
| |
|
| Figure du Fourneau. | |
| |
|
| |
|
|
|
@
158
Le Filet| |
|
| | Parties du Fourneau, par |
| | pièces séparées. |
| |
|
| |
|
| |
|
@
d'Ariadne. 159
| De l'Ecuelle. | |
| |
|
| L E bord dudit vaisseau ou écuelle |
|
| que quelques-uns appellent le |
|
| Cendrier, laissera tout à l'entour demi |
|
| pouce de vide, sans toucher aux |
|
| parois dudit Fourneau, afin de laisser |
|
| cet espace libre & la fumée de la Lampe. |
|
| Le dit vase ou vaisseau qui sera de |
|
| cuivre en forme d'écuelle n'aura que |
|
| cinq pouces de profondeur, six d'entrée, |
|
| & demi-pouce de bord; & il |
|
| sera toujours meilleur de cuivre que |
|
| de toute autre matière, d'autant que |
|
| la chaleur du feu de la Lampe, échauffera |
|
| mieux les cendres, & que le feu |
|
| ou la chaleur s'y proportionnera mieux |
|
| & plus commodément; outre qu'étant |
|
| de cette matière, elle ne sera pas |
|
| sujette à se rompre comme si elle était |
|
| de terre, & ne dépensera pas tant |
|
| d'huile, pour les raisons qu'on peut |
|
| penser. |
|
@
160
Le Filet| |
|
| | Figure de l'Ecuelle ou |
| | Cendrier. |
| |
|
| |
|
| |
|
| | Les Cendres. |
| |
|
| | L Es Cendres doivent être de bois |
| | de chêne, si faire se peut, bien |
| | salées ou tamisées; puis passées plusieurs |
| | fois par l'eau bouillante afin |
| | qu'il n'y reste aucun sel; car s'il y en |
| | restait, quand il serait échauffé par |
| | la chaleur du feu de la Lampe, il ne |
| | manquerait de rompre l'oeuf, & de |
| | faire répandre dans les cendres votre |
| | matière qui est très précieuse, & qu'il |
| | faut conserver avec un grand soin. Il |
| | est |
@
d'Ariadne. 161
| est bien mieux de se servir des cendres |
|
| de bois de chêne, que de tout autre |
|
| bois, parce qu'elles sont plus douces; |
|
| c'est pourquoi les Philosophes le prescrivent |
|
| ainsi, disant; Que Cadmus, |
|
| c'est-à-dire l'Artiste, tua le Serpent |
|
| avec sa lance contre un creux de chêne, |
|
| cette manière de parler des Sages, |
|
| est bien facile à expliquer; car un |
|
| chêne ne peut pas être plus creux, |
|
| que quand il est réduit en une cendre |
|
| privée de son sel. |
|
| |
|
| De l'Oeuf Philosophal. | |
| |
|
| L E vaisseau qui doit contenir la |
|
| matière des Sages, lorsqu'elle |
|
| est préparée pour être mise en oeuvre, |
|
| est nommé de plusieurs noms. Premièrement, | Vaisseau
|
| vaisseau Philosophal, d'autant | Philosophal.
|
| qu'il a été inventé par les Philosophes. |
|
| Il a été dit oeuf, d'autant qu'il |
|
| est fait en figure d'un oeuf. Puis sublimatoire, | Sublimation.
|
| parce que la Pierre y est sublimée |
|
| & élevée à une plus haute perfection; |
|
| puis Crible, d'autant que la | Crible.
|
| matière étant élevée par la chaleur au |
|
| sommet du vaisseau, & ne pouvant |
|
| monter plus haut, redescend goutte à |
|
| O | |
@
162
Le Filet| |
|
| | goutte, comme fait de l'eau qui passe |
| Sphère. | par un crible; il est appelé Sphère,
|
| | à cause qu'il est fait en forme ronde & |
| Le lion vert. | Sphérique. Le Lion vert, le vieil
|
| Le vieil | Lion; & enfin, Sépulcre, à cause que
|
| lion. | la Pierre y est ensevelie & mortifiée:
|
| Sépulcre. | Et tout l'ouvrage de la Pierre se fait
|
| | en ce seul vaisseau. |
| | Cet oeuf doit être enseveli dans les |
| | cendres de l'écuelle, préparées comme |
| | nous avons dit, & bien séchées, |
| | devant qu'être mises dans ce vaisseau, |
| | deux doigts d'épais tout autour de |
| | l'oeuf, & pressées un peu avec les |
| | mains, en sorte qu'elles n'excèdent |
| | pas la hauteur de la matière qui sera |
| | dans ledit oeuf, lequel oeuf ne sera |
| | rempli qu'au tiers, ou au plus qu'à la |
| | moitié de sa capacité, lorsqu'on se |
| | servira du premier ou du troisième |
| | moyen de le sceller hermétiquement, |
| | afin que les circulations aient plus d'étendue |
| | & se fassent mieux, de crainte |
| | que les esprits de la matière étant subtils, |
| | ne rompissent le vaisseau. |
| | Ce vaisseau doit être de verre bien |
| | fort, ou double, & capable d'endurer |
| | le feu, comme fait le verre de Lorraimatière |
| | ne, d'autant qu'un oeuf de toute autre |
@
d'Ariadne. 163
| ne serait pas si propre, à cause |
|
| qu'étant de verre, qui est un corps |
|
| transparent, l'Artiste peu voir à travers, |
|
| par les petites fenêtres mises exprès |
|
| au Fourneau, les couleurs qui paraîtront, |
|
| & les changements qui s'y |
|
| feront; ce qui lui est absolument nécessaire |
|
| pour son instruction, & afin |
|
| qu'il se gouverne suivant qu'il le jugera |
|
| expédient. Le col dudit oeuf doit être |
|
| d'environ demi-pied, avec une ouverture |
|
| à y pouvoir mettre le doigt; |
|
| & s'il est plus long, il faudra retrancher |
|
| le superflu, comme il sera dit ci- |
|
| après; lequel oeuf sera premièrement |
|
| scellé du Sceau d'Hermès, dont voici |
|
| la figure & les différentes manières |
|
| de le faire. |
|
| |
|
| |
|
|
|
| |
|
| O ij | |
@
164
Le Filet| |
|
| | Des Sceaux d'Hermès. |
| |
|
| | L E premier Sceau se fait, en faisant |
| | fondre le col de l'oeuf, qui |
| | est de verre, pour lequel il faut donner |
| | le feu de fusion peu à peu, mettant |
| | entre le feu & l'oeuf une tuile |
| | percée; & lorsqu'on voit que le col |
| | du vaisseau commence à s'incliner par |
| | la chaleur du feu qui le fond; il faut |
| | avoir des ciseaux qui soient forts, & |
| | couper le col de ce vaisseau par l'endroit |
| | où le verre est comme coulant; |
| | cela fait une compression qui unit les |
| | bords du verre inséparablement, ou |
| | bien on peut le serrer en pointe en |
| | tortillant le col du vaisseau peu à peu, |
| | mais après il faut mettre le petit bout à |
| | la flamme de la chandelle, ou de la |
| | lampe, afin qu'il se forme un petit |
| | bouton, qui bouche bien exactement |
| | un petit trou qui demeure ordinairement |
| | au bout du tortillis, & qui |
| | est presque imperceptible. |
| | Or comme ces sortes de vaisseaux |
| | ont communément le col plus long |
| | qu'il ne faut, & qu'il est nécessaire |
| | d'en retrancher une partie qui pourrait |
@
d'Ariadne. 165
| incommoder, j'ai jugé à propos |
|
| de mettre ici la manière de faire ce |
|
| retranchement, sans appréhender la |
|
| rupture du vaisseau. Il y a trois manières |
|
| de faire cette opération; c'est- |
|
| à-dire, de rompre & casser le verre |
|
| également en travers. |
|
| La première, en appliquant un fer | |
| rouge pour commencer la fente ou la |
|
| fissure. |
|
| La seconde, en faisant trois tours | |
| d'un fil soufré, à l'entour du col du |
|
| vaisseau, s'il est gros & épais. |
|
| Et la troisième, en échauffant le | |
| col du vaisseau en le tournant à la |
|
| flamme de la lampe ou de la chandelle, |
|
| s'il est petit & mince; & lorsque |
|
| le verre est bien échauffé par l'un |
|
| des dits moyens, il le faut essuyer, & |
|
| jeter dessus quelques gouttes d'eau |
|
| froide, qui feront une fente, qu'il |
|
| faudra continuer & conduire jusqu'au |
|
| bout, avec de la mèche d'arquebuse |
|
| allumée, en échauffant le verre & |
|
| soufflant sur le charbon de la mèche. |
|
Et ainsi on ne risque jamais les vaisseaux.
| Le second Sceau d'Hermès, est en | |
| mettant deux oeufs l'un sur l'autre, & |
|
@
166
Le Filet| |
|
| | les lutant ou fermant bien ensemble, |
| | avec du verre fondu, & comme font |
| | les Verriers, ainsi que démontre la |
| | seconde figure. Par ce moyen, il y a |
| | bien de l'espace & de l'air pour les |
| | circulations; c'est pourquoi on pourrait |
| | mettre davantage de matière dans |
| | l'oeuf inférieur, ou bien dans celui |
| | qui est dessous. Cette manière me |
| | plaît bien plus que la première, parce |
| | que les vaisseaux sont bientôt bouchés, |
| | & ainsi les esprits de la matière |
| | retenus, qui par la longueur du temps |
| | du Sceau se dissipent, & l'ouvrage ne |
| | peut réussir faute de les avoir conservés |
| | & retenus par la diligence requise, |
| | qui pour cette raison est la condition |
| | principale & la plus essentielle. |
| | Le troisième moyen me plaît encore |
| | davantage, & je le conseille plutôt |
| | que les deux autres, d'autant que |
| | le Sceau est fait presque en un moment, |
| | qui est avec un bouchon de |
| | verre, qu'on scelle avec l'oeuf, par le |
| | moyen du verre fondu, qui est tout |
| | prêt, ou autre bon lut convenable. |
| | Je ne dis pas qu'il faut que l'oeuf ait |
| | été échauffé à l'endroit par lequel il |
| | doit être scellé, & le bouchon aussi |
@
d'Ariadne. 167
| car cela est trop trivial, & ceux qui |
|
| savent travailler n'y manquent jamais, |
|
| parce qu'autrement ils ne réussiraient |
|
| pas. |
|
| Le fourneau, l'écuelle & l'oeuf Philosophal, | |
| sont les trois vaisseaux absolument |
|
| nécessaires à l'opération du |
|
| grand oeuvre, accusés & recommandés |
|
| par tous les Philosophes, & sans |
|
| lesquels ou l'un d'eux, on ne peut |
|
| jamais réussir. Ces vaisseaux sont très |
|
| bien décrits dans Flamel, mais quelquefois |
|
| il ne leur donne qu'un nom, |
|
| qui est celui de triple Vaisseau, quoi |
|
| qu'il parle de chacun en particulier. |
|
| |
|
| De la Lampe. | |
| |
|
| L A lampe dont on se doit servir, |
|
| est celle qui est de l'intention de |
|
| Cardan, qui se fournit d'huile pendant |
|
| un grand temps, & donne loisir |
|
| à l'Artiste de se reposer lorsqu'il en a |
|
| besoin, sans crainte que le feu s'éteigne |
|
| faute de nourriture, & il ne se |
|
| faut pas contenter d'une seule lampe, |
|
| mais il faut toujours en avoir une |
|
| supernuméraire au nombre des Fourneaux |
|
| que vous ferez travailler, afin |
|
@
168
Le Filet| |
|
| | que tirant une lampe d'un Fourneau, |
| | vous y en puissiez introduire une autre |
| | toute prête allumée & fournie |
| | d'huile, dans le même moment. |
| | Par ce moyen la chaleur de votre feu |
| | sera toujours continuée dans l'égalité |
| | requise, pourvu que le nombre |
| | des fils de la mèche ne soient point |
| | augmentés ni diminués. |
| |
|
| | Figure de la Lampe. |
| |
|
| |
|
| |
|
| | Le |
@
d'Ariadne. 169
| Le Crochet. | |
| |
|
| I L sera nécessaire d'avoir encore |
|
| un instrument un peu longuet, |
|
| fait par le bout en forme de crochet, |
|
| pour abattre la suie que la fumée |
|
| de la Lampe aura fait monter, |
|
| & qui se sera attachée au fond de |
|
| l'écuelle, laquelle pourrait ralentir |
|
| le degré du feu, ou l'augmenter, |
|
| en sorte qu'il empêcherait entièrement |
|
| son action & le mouvement de |
|
| la matière. |
|
| |
|
| Figure du Crochet. | |
| |
|
| |
|
|
|
| |
|
| Les Balances. | |
| |
|
| P Uis qu'il faut que toutes choses |
|
| soient proportionnées, & que |
|
| l'Artiste conduise son ouvrage avec |
|
| une grande prudence, il doit avoir |
|
| deux paires de Balances accompagnées |
|
| P | |
@
170
Le Filet| |
|
| | ou assorties de leurs poids convenables; |
| | savoir une à peser jusqu'à |
| | sept livres, qui servira à peser la matière |
| | Philosophale de laquelle on fait |
| | le dissolvant; & l'autre, qui pourra |
| | peser depuis sept ou huit onces jusqu'à |
| | un grain, pour savoir au vrai |
| | combien on fera de dissolvant, à chaque |
| | fois qu'on en aura besoin, combien |
| | on en mettra dans l'oeuf, & enfin |
| | quand l'ouvrage sera terminé & |
| | parfait, le poids de la poudre qui en |
| | sera issue, car à moins de cela, ce serait |
| | travailler sans ordre, sans connaissance |
| | de cause, sans plaisir, & |
| | sans instruction, & même comme |
| | des aveugles; c'est-à-dire, que ce serait |
| | agir à l'Artiste en étourdi & en |
| | bête, & non pas en bon & vrai Philosophe, |
| | qui se doit rendre raison de |
| | tout, & en parler pertinemment aux |
| | autres lorsqu'il est expédient. |
| | L'Artiste ayant prêt tout ce qui lui |
| | est nécessaire pour travailler; c'est-à- |
| | dire, la matière, tous les vaisseaux |
| | propres & ustensiles ci-dessus, & sa |
| | fourniture d'huile d'olive, qui est la |
| | plus propre, la plus pure, & celle |
| | qui fait moins de fumée; doit avant |
@
d'Ariadne. 171
| que de commencer son travail, avoir |
|
| fait à son fourneau quinze jours devant, |
|
| un feu de quelques charbons, |
|
| afin d'ôter doucement toute son humidité, |
|
| & augmenter ce feu de temps |
|
| en temps pour achever de le bien faire |
|
| sécher; mais s'il est parfaitement sec, |
|
| & qu'il ait déjà servi à quelques opérations, |
|
| le feu de huit jours suffira |
|
| & même celui que vous serez obligé |
|
| de faire, pour découvrir au vrai le |
|
| premier degré du feu, par lequel vous |
|
| êtes obligé de commencer. |
|
| Il ne sera pas hors de raison, d'enseigner | |
| encore une autre matière propre |
|
| à faire fourneaux de toutes sortes, |
|
| & dont on se sert en diverses |
|
| opérations; & même cette matière |
|
| est commode à faire des creusets, |
|
| d'autant que l'Artiste les doit savoir |
|
| faire & en avoir toujours, à cause |
|
| qu'il pourrait se rencontrer en des |
|
| lieux où il lui serait impossible d'en |
|
| pouvoir recouvrer, s'il en avait besoin; |
|
| Je pourrais pourtant m'abstenir |
|
| de mettre cela dans ce Livre, d'autant |
|
| qu'il est trouvé dans tous ceux |
|
| des Chimistes; mais pour ne donner |
|
| pas la peine de les chercher chez |
|
| P ij | |
@
172
Le Filet| |
|
| | les Libraires, & d'y avoir recours, |
| | j'ai jugé à propos de l'insérer ici, |
| | & ensuite expliquer les figures & caractères |
| | Chimiques dans une Table |
| | gravée, mise à la fin de ce petit |
| | ouvrage. |
| |
|
| | Des Luts. |
| |
|
| | C Ette matière se nomme ordinairement |
| | Lut, d'autant qu'on |
| | s'en sert à lutter les vaisseaux qu'on |
| | expose au feu violent, & pour faire |
| | divers fourneaux & toutes sortes de |
| | lutations. Elle est composée de terre |
| | argileuse, qui ne soit pas trop grasse |
| | de peur qu'elle fasse des fentes, & |
| | qui ne soit pas aussi trop maigre, ni |
| | sableuse, crainte qu'elle n'ait pas assez |
| | de liaison. |
| | Cette terre doit être détrempée |
| | avec de l'eau, dans laquelle on aura |
| | délayé de la crotte de cheval en grande |
| | quantité, & aussi de la suie de |
| | cheminée, afin que l'un & l'autre |
| | communiquent à l'eau, un sel qui donne |
| | la liaison & la résistance au feu. |
| | Que si on se veut servir de ce mêvaisseaux |
| | me Lut pour enduire & lutter les |
@
d'Ariadne. 173
| de verre & de terre: qu'on |
|
| expose au feu ouvert, & principalement |
|
| pour les retortes; il y faudra |
|
| ajouter un sel commun, c'est-à-dire |
|
| marin, ou de la tête morte d'eau |
|
| forte, du verre pilé, & des paillettes |
|
| de fer, qui tombent en bas de l'enclume |
|
| des Forgerons, & vous aurez |
|
| un Lut qui fera si bonne résistance au |
|
| feu, qu'il sera impénétrable aux vapeurs, |
|
| jusque-là qu'il sert de retorte, |
|
| lorsque celles de verre sont fondues, |
|
| par la longueur & par la grande |
|
| violence du feu de flammes, qu'on |
|
| donne sur la fin des opérations qui se |
|
| font sur les minéraux. |
|
| Quand il faut joindre des vaisseaux | |
| ensemble, & qu'ils ne sont pas exposés |
|
| au feu ouvert; il y a trois |
|
| sortes de Luts. |
|
| Le premier, est celui qui se fait | |
| avec les blancs d'oeufs battus & réduits |
|
| en eau par une longue agitation, |
|
| dans lesquels il faut tremper |
|
| des bandelettes de linge, sur lesquelles |
|
| il faut mettre de la poudre de |
|
| chaux vive rendue fort subtile, puis |
|
| poser une autre bande de linge mouillé, |
|
| & encore recommencer par trois |
|
| P iij | |
@
174
Le Filet| |
|
| | fois à poudrer, & mettre autres bandes |
| | de linge. Mais il faut prendre |
| | garde de ne jamais mêler la poudre |
| | de la chaux vive avec l'eau des blancs |
| | d'oeufs, d'autant que le feu occulte de |
| | cette chaux les brûlerait & les endurcirait, |
| | qui est une faute ordinaire de |
| | beaucoup d'Artistes. |
| | On peut aussi tremper de la vessie |
| | de porc, & de celle de boeuf, dans |
| | l'eau des blancs d'oeufs sans se servir |
| | de la chaux, & principalement dans |
| | la rectification & dans l'alcoolisation |
| | des esprits ardents, qui se tirent des |
| | choses fermentées. |
| | Le second Lut est celui qui se fait |
| | avec de l'amidon ou de la farine cuite |
| | & réduite en bouillie avec de l'eau |
| | commune, cela lui suffit pour lutter les |
| | vaisseaux qui ne contiennent pas des |
| | matières si subtiles. |
| | Le troisième n'est rien autre chose |
| | que du papier coupé par bandes, plié |
| | & trempé dans l'eau, qu'on met à |
| | l'entour du haut des cucurbites, tant |
| | pour empêcher que le chapiteau ne |
| | rompe la cucurbite, que pour empêcher |
| | les vapeurs de s'exhaler. Cette |
| | lutation n'a point de lieu, que lorsqu'on |
@
d'Ariadne. 175
| évapore & qu'on retire quelque |
|
| menstrue qui ne peut être utile à quelqu'autre |
|
| opération. |
|
| On fait encore un bon Lut, pour | |
| les fissures des vaisseaux, & pour les |
|
| joindre ensemble, lorsqu'ils doivent |
|
| souffrir une grande violence de feu; |
|
| Il y en a de deux sortes. |
|
| Le premier, c'est celui qui se fait | Lut propre
|
| avec du verre réduit en poudre très | pour lutter
|
| subtile, du Karabé ou du succin & du | les Sceaux
|
| borax qu'il faut détremper avec du | d'Hermès.
|
| mucilage de gomme Arabique, qu'on |
|
| appliquera aux jointures des vaisseaux, |
|
| ou à leurs cassures; & après |
|
| que cela sera bien séché, il faudra |
|
| passer un fer rouge par dessus, qui |
|
| leur donnera une liaison & une union |
|
| presque parfaite avec les vaisseaux. |
|
| Que si vous adaptez le col de la | |
| cornue au Récipient pour les distillations |
|
| des eaux fortes, & des esprits |
|
| des sels; il faut prendre simplement |
|
| du Lut commun, & de la tête-morte |
|
| de vitriol, ou d'eau-forte, avec une |
|
| bonne poignée de sel marin, qu'il |
|
| faut bien pétrir ensemble, avec de |
|
| l'eau dans laquelle on aura dissous le |
|
| P iiij | |
@
176
Le Filet| |
|
| | sel, & boucher avec ce Lut, l'espace |
| | qui joint le Récipient & la cornue |
| | ensemble, & le faire sécher à une |
| | chaleur lente, afin qu'il ne fasse point |
| | de fentes; que s'il arrivait qu'il se |
| | fendît, il faut avoir soin d'en refermer |
| | les fentes à mesure qu'elles se |
| | font, parce que cela est de grande |
| | conséquence, pour empêcher l'exhalaison |
| | des esprits volatils. |
| |
|
| | F I N. |
@
| T A B L E | |
| |
|
| DES MATIERES | |
| contenues en ce Livre. | |
| |
|
| A | |
| |
|
| A Blution, ce que c'est. pag. | 70.98
|
Abus des Chimistes, Souffleurs &
| Chercheurs de pierre. | 10,21,25 |
| L'air est au vide du vaisseau qui est une |
|
| des petites clefs de l'oeuvre. | 116 |
| Quand c'est que l'âme entre dans son |
|
| corps. | 103 |
| Distinction de l'âme & de l'esprit. là même. |
|
| L'animation du mercure, est la transformation |
|
| de l'or en sperme. | 67 |
| Anneau d'or couvert d'argent. | 104 |
| L'argent-vif a la propriété de voler, & le |
|
| soufre de fixer. | 62 |
Dans cet Art on ne parle pas vulgairement.
@
T A B L E
| L'art de la pierre passe les forces de la |
|
| nature. | 14 |
| L'art détruit entièrement le mercure, & le |
|
| rétablit meilleur qu'il n'était. | 46 |
| Pourquoi Dieu a donné aux anciens Philosophes |
|
| l'art de la pierre. | 14 |
| L'Artiste doit imiter la nature. | 71 |
| Le bon Artiste ne fait point de violence à |
|
| la nature. | 59 |
| Ce que doit faire l'Artiste en travaillant. | 71
|
| L'Artiste doit être secret & prudent à cacher |
|
| son trésor & sa science, & à les | |
| débiter. | 120 |
| |
|
| B | |
| |
|
| L Es Balances. pag. | 169
|
| Il ne faut pas demeurer au blanc, mais |
|
| pousser jusqu'au rouge parfait; & pourquoi. | |
| | 92 |
| A la blancheur, la pierre approche de sa |
|
| fixation. | 100 |
| La blancheur est la privation de la noirceur. |
|
| | 103 |
| A la blancheur le corps de la pierre devient |
|
| esprit, & l'esprit se corporalise. | 101 |
| La blancheur n'est point parfaite, sinon |
|
| lorsque la citrinité paraît. | 102 |
| A la blancheur la pierre est privée de toute |
|
@
D E S
M A T I E R E S
| humidité superflue. | 100 |
| La blancheur est sa couleur moyenne, entre |
|
| la noirceur & la rougeur. | 102 |
| |
|
| C | |
| |
|
| L A calcination parfaite est la congélation |
|
| du mercure, & la congélation | |
| une fixation des esprits. pag. | 98
|
| Les cendres. | 160 |
| Figure du cendrier. là même. | |
| Ce que c'est que cération. | 70 |
| Les circulations font la calcination & la |
|
| purgation de la pierre. | 97 |
| Il y a trois clefs principales en cet Art, |
|
| quelques, autres de moindre importance. | |
| | 5 |
| Comment se faisait le commerce au commencement |
|
| du Monde. | 18 |
| Changement du commerce, quand; & |
|
| pourquoi. | 19 |
| Le mercure des Philosophes congèle le |
|
| mercure vulgaire, mais ne le fixe pas. | 64 |
| La congélation, teinture & fixation, ne |
|
| sont qu'une même opération. | 132 |
| La congélation imparfaite s'en va en fumée |
|
| lors des épreuves. là même. | |
| Ce qu'entendent les Philosophes par la |
|
| conversion & séparation des éléments; & | |
@
T A B L E
| leur séparation inepte par les Chimistes. | |
| | 128 |
| Comment la pierre convertit les métaux |
|
| en or ou en argent. | 36 |
| D'ou vient que l'or commun & minéral ne |
|
| peut convertir & teindre les autres métaux | |
| en or. | 37 |
| Toute chose est de ce en quoi elle se convertit. |
|
| | 31 |
| La couleur noire est le signe de la putréfaction |
|
| de la matière. | 95 |
| Couleurs qui se font voir entre la noirceur |
|
| & la blancheur. | 101 |
| La couleur blanche est la purgation de la |
|
| noirceur. | 103 |
| La couleur blanche est la moyenne entre |
|
| la noire & la rouge. là même. | |
| La couleur citrine est le signe de la parfaite |
|
| blancheur. là même. | |
| Couleurs qui se font voir depuis, la blancheur |
|
| parfaite, jusqu'à la rougeur parfaite. | |
| | 101 |
| Couper les pieds à mercure, ce que c'est. |
|
| | 105 |
| Le couteau ou épée des Philosophes. | 104 |
| La création du Monde. | 16 |
| Ce que c'est que création. là même. | |
| Quand il faut se servir du creuset d'adaptation. |
|
| | 109 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| Crible. | 161 |
| Crochet & sa figure. | 169 |
| Le Crocus des Philosophes. | 106 |
| |
|
| D | |
| |
|
| L A digestion parfaite se fait par diverses |
|
| digestions particulières. pag. | 69 |
| La diminution des fils de la mèche est nécessaire, |
|
| & quand. | 117 |
| Le mercure est un aimable dissolvant de |
|
| tous les corps. | 64 |
| Le mercure & le soufre sont les vrais dissolvants |
|
| de tous les métaux. là même. | |
| Tous dissolvants autres que l'eau des Sages |
|
| ne peuvent dissoudre les corps radicalement. | |
| | 68 |
| Dissolvant ridicule d'un Chimiste. là | |
| même. |
|
| Tout corps est dissous par son esprit. | 54 |
| Ce qui dissout, & ce qui est dissous, doivent |
|
| être de même nature. là même. | |
| Les Eaux fortes ne dissolvent pas radicalement, |
|
| & ne s'unissent pas aux matières | |
| qu'ils séparent en menues parties, & | |
| s'en vont en fumée; mais le dissolvant | |
| des Sages est une eau permanente qui | |
| s'unit d'autant qu'elle est de la même | |
| nature. là même. | |
@
T A B L E
| Pourquoi on fait la dissolution, & sa nécessité. |
|
| | 51.52 |
| Quel dissolvant il faut prendre. | 26 |
| Les Dragons des Philosophes mangent |
|
| toujours, & ne dorment jamais qu'ils | |
| ne meurent à l'heure même. | 48 |
| Le Dragon est, la terre & la substance |
|
| fixe. | 63 |
| |
|
| E | |
| |
|
| P Ourquoi les Eaux fortes ne dissolvent |
|
| pas radicalement les métaux, mais | |
| les gâtent & corrompent. pag. | 25.54
|
| Les eaux fortes éloignent les corps de l'espèce |
|
| des métaux. | 55 |
| Elixir blanc, ou la pierre au blanc. | 101 |
| Comment il convertit les métaux en argent. |
|
| | 36 |
| Il fait la séparation du pur & de l'impur |
|
| des métaux imparfaits; & pourquoi. | |
| | 38.127 |
| Il s'unit parfaitement avec les métaux; & |
|
| pourquoi. | 48 |
| Il anime le mercure des métaux, d'autant |
|
| qu'il est sa semence. | 27 |
| Il est la Médecine universelle. | 136 |
| Il est la vraie Lune potable des Anciens. |
|
| | 137 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| Les Philosophes l'ont caché sous le nom |
|
| d'huile de Talc. | 139 |
| Divers beaux effets de l'élixir blanc sur |
|
| tous corps. | 109.140 |
| Fait des pierres précieuses, & ôte les taches |
|
| de celles qui en ont. là même. | |
| D'un diamant d'Alençon en fait un fin. | 141 |
| Change le cristal en diamant fin. | 142 |
| Ote les taches des perles, & fait des perles |
|
| fines. là même. | |
| Rend le verre & le cristal malléable. | 143 |
| Guérit toutes maladies extérieures des animaux, |
|
| & son usage. | 144 |
| Moyen commode, pour s'en servir sûrement |
|
| par la bouche en toute maladie, & | |
| même par précaution. | 123.149 |
| Il n'en faut pas prendre par la bouche, après |
|
| qu'il a été projeté sur un métal imparfait, | |
| mais devant. | 148 |
| Les femmes ont plus de sympathie avec |
|
| l'élixir blanc, qu'avec le rouge. | 136 |
| Son usage pour les maladies des arbres, & |
|
| de tous végétaux. | 140.149 & 150 |
| L'élixir s'étend davantage sur le métal le |
|
| plus proche de sa nature ou espèce; & | |
| pourquoi. | 124 & 125 |
| Tant plus l'élixir est parfait, tant plus il est |
|
| pondéreux, & a moins de volume; l'or | |
| minéral est de même, & celui de rivière | |
@
T A B L E
| a beaucoup de volume, & manque de | |
| couleur & de coction. | 119 |
| L'Elixir blanc étant refroidi, ne peut plus |
|
| être poussé au rouge; & pourquoi. | 93 |
| L'Elixir est un trésor inépuisable, lorsqu'il |
|
| a été multiplié jusqu'à sept fois. | 111 |
| Elixir rouge, ou la pierre parfaite au |
|
| rouge. | 105 |
| Comment l'élixir convertit les métaux en |
|
| or. | 36 |
| L'Elixir rouge est toute autre chose que |
|
| le blanc. | 145 |
| L'Elixir rouge fait tout ce que fait le |
|
| blanc, & encore mieux & en moins de | |
| temps; & pourquoi. | 146 |
| L'Elixir rouge est le vrai or potable des |
|
| Anciens. | 147 |
| Pourquoi l'élixir rouge guérit toutes maladies, |
|
| chaudes, froides, sèches & humides. | |
| | 146 |
| La Médecine universelle est l'élixir parfait. |
|
| | 136 |
| L'Elixir rouge convertit le verre & le |
|
| cristal en pierres précieuses & les rend | |
| malléables. | 151 |
| Toute graisse, cire ou huile où il y aura |
|
| de cette liqueur, s'enflammera sans se | |
| consumer. là même. | |
| Rend un linge, & autres étoffes spongieuses |
|
| | |
@
D E S
M A T I E R E S.
| gieuses incombustibles. | 143 |
| Autre effet plus admirable & souhaitable, |
|
| que tous les précédents. | 153 |
| C'est à cet élixir que les Curieux devraient |
|
| aspirer, & non aux sophistications des | |
| Ignorants. | 152 |
| On ne peut errer qu'au commencement du |
|
| travail. | 67 |
| Erreur des Chercheurs de la pierre. | 25 |
| Erreur des Ignorants touchant les métaux. |
|
| | 35 |
| Erreur des Chimistes & Ignorants. | 108.131 |
| Figure de l'Ecuelle ou Cendrier. | 160 |
| Pourquoi les Sages ont écrit comme ils |
|
| ont fait. | 7.15 |
| Les Philosophes n'ont écrit que pour les |
|
| Enfants de la Science. | 5 |
| L'épée & le couteau des Philosophes. | 104 |
| Le moyen d'expliquer les Livres des Sages. |
|
| | 1.11.22 |
| Qui explique parfaitement un Philosophe |
|
| peut expliquer facilement les autres. | 46 |
| Explication de la pierre, minérale, végétale |
|
| & animale. | 28 |
| Explication de ces mots. Le vent le porte |
|
| en son ventre. | 56 |
| Explication de ceux-ci. Il monte au Ciel & |
|
| descend encore en terre. | 70 |
| Explication de ces termes. Tu sépareras la |
|
@
T A B L E
| Terre d'avec le feu, le subtil d'avec | |
| l'épais. | 85 |
| Explication de ce dire. La Mère a mangé |
|
| son enfant. | 101 |
| Explication de celui-ci. Couper la tête, |
|
| tuer. | 104 |
| Explication de ces termes. La force des |
|
| choses supérieures & inférieures. | 67.104 |
| Explication de ces mots. Quand le feu |
|
| est trop faible, la matière se morfond. | 87 |
| Explication subtile du dire des Philosophes, |
|
| touchant l'augmentation du feu. | 91 |
| |
|
| F | |
| |
|
| F Aussetés des Sophistes, & comment |
|
| il faut les traiter. pag. | 34
|
| Ferment; les Sages ont donné ce nom à |
|
| l'élixir parfait; & pourquoi. | 150 |
| Le Feu. | 75 |
| Le Feu est le Soleil des Philosophes. là | |
| même. | |
| Sans le feu rien ne se peut faire en cet |
|
| Art. là-même. | |
| Divers feux doivent être rejetés; & pourquoi. |
|
| | 78 |
| Le feu des Philosophes doit être doux |
|
| égal & continuel. là même & | 85 |
| Le feu de Lampe est nommé le feu Philosophique, |
|
@
D E S
M A T I E R E S.
| secret & de génération. | 79 |
| Le feu interne & central de la matière, & |
|
| l'externe ou l'élémentaire. | 81 |
| Le feu égal, modéré & proportionné, est |
|
| artificiel & difficile à trouver. | 82 |
| Plusieurs moyens de trouver premier degré |
|
| du feu. | 86 |
| Le premier degré du feu doit durer au |
|
| moins jusqu'à la blancheur parfaite; & | |
| pourquoi. | 89 |
| On ne peut errer en continuant le même |
|
| degré du feu. | 93 |
| Si on veut augmenter le feu à la blancheur, |
|
| de quelle manière on le doit faire. | 90 |
| Quand le feu est trop faible, la matière |
|
| se morfond; que veut dire cette manière | |
| de parler. | 87 |
| Sur l'augmentation du feu externe, subtile |
|
| explication. | 91 |
| Raisons convaincantes touchant cette augmentation |
|
| Philosophique, & non réelle | |
| & physique. là même. | |
| Le feu naturel, le non naturel, & le feu |
|
| contre nature. | 94 |
| Figure du Fourneau Philosophal. | 157 |
| Parties séparées du Fourneau. | 158 |
Le fils du mercure & du soufre est tout
| rempli de teintures. | 77 |
| La fixation du mercure par l'esprit de la |
|
| Q ij | |
@
T A B L E
| Lune. | 133 |
| Lorsque les Philosophes ont parlé des herbes |
|
| pour la fixation du mercure, comment | |
| ils ont entendu cela. là même. | |
| & 134. | |
| La force des choses supérieures & inférieures, |
|
| ce que c'est. | 104 |
| Moyen d'ôter la frangibilité. | 129 |
| Ce que c'est que la fusion. | 57 |
| Ce que c'est qui empêche la fusion. | 110 |
| |
|
| H | |
| |
|
| H Ermès Trismégiste le Père des Philosophes, |
|
| vivait l'an du Monde, | |
| 2072. pag. | 20
|
| La vraie huile de Talc des Anciens. | 138 |
| La quintessence du soleil est l'huile incombustible. |
|
| | 151 |
| |
|
| I | |
| |
|
| I Ncération, ce que c'est. pag. | 57
|
| Comment se fait l'incération. | 104 |
| Ce qui empêche l'ingrès de la pierre. | 110 |
| Ce que c'est que le propre Instrument. | 67 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| L | |
| |
|
| DE la lampe. pag. | 167
|
| Quelle doit être la Lampe de l'Artiste. |
|
| | 80 |
| Figure de la Lampe. | 168 |
| Le Lion vert & le vieux Lion. | 162 |
| Comment il faut expliquer les Livres des |
|
| Sages. | 1.11.22 |
| Des Luts & lutations. | 172 |
| Lut pour les Sceaux d'Hermès. | 175 |
| |
|
| M | |
| |
|
| M Alice des Sophistes contre la Science |
|
| Hermétique. pag. | 10 |
| Le mariage Philosophal. | 24.97.100 |
| La matière de la pierre. | 21.24.18 |
| Les diverses matières sur lesquelles les |
|
| Chercheurs ont travaillé. | 25.28 |
| Pourquoi le mercure du commun & vulgaire, |
|
| ne peut être la matière de la | |
| pierre. | 39 |
| Pourquoi les petits minéraux ne peuvent |
|
| être la matière de la pierre. | 30 |
| Il y a deux matières de la pierre. | 22 |
| Qualités de la matière de la pierre. | 26.47 |
| La matière de la pierre est la semence de |
|
@
T A B L E
| l'or & de l'argent, qu'on doit prendre. | |
| | 23 |
| Matière prochaine de la pierre. | 39 |
| La matière de la pierre bien clairement |
|
| désignée. | 44 |
| La matière de la pierre suivant Flamel. | 45
|
| Tous métaux, excepté seulement le mercure |
|
| commun, peuvent servir de matière | |
| à la pierre. | 38 |
| La matière unique de la pierre ne se peut |
|
| pas trouver ailleurs. | 47 |
| La matière étant unique, ne se prépare |
|
| aussi que d'une manière. là même. | |
| La Nature se sert d'une matière, & l'Art |
|
| d'une autre. | 41 |
| Toutes les matières ci-dessus sont homogènes |
|
| avec celles des Philosophes, quoi | |
| que revêtues de diverses formes accidentelles. | |
| | 49 |
| La matière est vile & précieuse en même |
|
| temps. | 50 |
| Il ne faut pas se servir de matière, dont les |
|
| Philosophes se sont servis pour comparaison. | |
| | 49.50 |
| Ce que c'est que la réduction en première |
|
| matière. | 51 |
| Lorsque la matière est refroidie par l'extinction |
|
| du feu, on ne peut la pousser | |
| plus avant. | 80 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| La mèche incombustible. | 79 |
| La pierre parfaite est la Médecine Universelle. |
|
| | 136 |
| La Nature & l'Art ne peuvent faire la pierre, |
|
| sans le mercure des Philosophes. | |
| | 15.24.65 |
| D'où vient que les Sages ont tant caché |
|
| leur mercure. | 15 |
| Ce que le mercure des Philosophes contient |
|
| en soi. | 62 |
| Comment se fait le mercure Philosophal. |
|
| | 42 |
| Divers noms du mercure des Sages; & |
|
| pourquoi. | 63 |
| Le moyen d'avoir le mercure des métaux. |
|
| | 39 |
| Le mercure & le soufre dont se servent les |
|
| Philosophes, ne sont pas ceux du vulgaire. | |
| | 43 |
| Le mercure d'Hermès est un aimable dissolvant |
|
| de tous les corps. | 64 |
| Le mercure & le soufre sont les vrais dissolvants |
|
| des métaux. là même. | |
| Le mercure des Philosophes congèle le |
|
| mercure du vulgaire, mais ne le fixe | |
| pas. là même. | |
| Pourquoi le mercure Philosophal a une |
|
| teinture permanente. | 65 |
| Le mercure des Sages contient toutes les |
|
@
T A B L E
| perfections des Etres supérieurs & des | |
| inférieurs. | 67 |
| Si le Soleil & la Lune n'étaient mis avec le |
|
| mercure; il ne s'en ferait pas Soleil & | |
| Lune. | 66 |
| Le mercure d'Hermès est l'abrégé des merveilles |
|
| de Dieu dans la Nature. | 68 |
| Quoique le mercure Philosophal ait beaucoup |
|
| de superfluités, il n'en faut rien | |
| séparer. | 69 |
| Merveilles du mercure Philosophal sur le |
|
| bois, le métal & autres matières qu'il | |
| pénètre beaucoup. | 73 |
| L'Art détruit entièrement le mercure & le |
|
| rétablit meilleur qu'il n'était. | 46 |
| Le mercure commun peut servir à la projection; |
|
| & pourquoi. | 39 |
| Il n'y a que le Sel des minéraux qui se réduit |
|
| en mercure. | 31 |
| Les merveilles & vertus de la pierre blanche. |
|
| | 135 |
| Les merveilles & vertus de la pierre rouge, |
|
| plus abondantes que celles de la | |
| pierre blanche. | 145 |
| La différence qu'il y a entre métaux & les |
|
| minéraux. | 30 |
| Les métaux sont nommés grands minéraux, |
|
| & les autres petits minéraux. là même. | |
| Les métaux sont de même nature, & ne |
|
| diffèrent | |
@
D E S
M A T I E R E S.
| diffèrent entr'eux que par accident. | 27 |
| La Nature n'avait pas fait les métaux & les |
|
| minéraux au commencement; & pourquoi, | |
| puisqu'elle les a fait du depuis. | |
| | 17 |
| Invention de plusieurs métaux. | 19 |
| La première matière des métaux, est eau |
|
| ou mercure. | 31 |
| La première matière des métaux est argent- |
|
| vif & soufre. | 28 |
| Ce que c'est que les maladies des métaux. |
|
| | 39 |
| Les métaux n'ont point précisément de |
|
| vie. là même. | |
| Ce que c'est que la vie des métaux. là | |
| même. | |
| Que prétend-on dire, quand on dit que |
|
| les métaux sont morts. là même. | |
| Les minéraux ne peuvent teindre parfaitement |
|
| les métaux; & pourquoi. | 32 |
| D`où vient que dans les Mines de plomb, |
|
| il se trouve quelquefois de l'or & de | |
| l'argent. | 35 |
| Dans tous les mixtes, les trois principes |
|
| naturels y sont contenus ; savoir, sel, | |
| soufre & mercure. | 21 |
| Invention de la monnaie & de l'art de |
|
| graver, & de quelle matière était faite | |
| la première. | 18 |
| R | |
@
T A B L E
| Quand la monnaie d'or a commencé, |
|
| & son premier nom. | 19 |
| Le temps des moissons est la fin du travail |
|
| & la possession de la pierre. | 120 |
| La pierre est un trésor inépuisable quand |
|
| elle est multipliée. | 111 |
| La multiplication est nécessaire; pourquoi. | |
| là même. | |
| Toute chose naissante & croissante, est |
|
| multipliée par sa semence. | 112 |
| Différence de la multiplication des métaux, |
|
| & de celles des autres êtres. là | |
| même. | |
| Il y a deux manières de faire la multiplication; |
|
| savoir, selon l'espèce & selon | |
| le nombre. | 113 |
| La première multiplication ne dure au plus |
|
| que cinq mois; & pourquoi. là | |
| même. | |
| A chaque multiplication le temps diminue |
|
| toujours de beaucoup. | 114 |
| La multiplication est une augmentation de |
|
| matière, de qualité, force & vertu. | 115 |
| Quand on fait la multiplication, toutes les |
|
| couleurs se font voir comme à la première | |
| opération, mais le temps en diminue | |
| toujours à mesure qu'on en fait. | |
| | 114 |
| Quand il faut diminuer quelque fil de la |
|
| mèche, en faisant la multiplication. | 117 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| Toutes les multiplications sont des sublimations. |
|
| | 118 |
| La multiplication selon le nombre. là | |
| même. | |
| Il est bon d'avoir plusieurs fourneaux garnis |
|
| de tout ce qui leur est nécessaire, | |
| lors de la multiplication, afin de gagner | |
| le temps en les faisant travailler. | 116 |
| |
|
| N | |
| |
|
| L A Nature contient tout ce qui lui est |
|
| nécessaire. pag. | 8
|
| La Nature n'avait pas fait les métaux & les |
|
| minéraux au commencement du Monde; | |
| & pourquoi. | 17 |
| Dans l'Ouvrage de la pierre l'intention de |
|
| l'Art & de la Nature sont différentes. | 40 |
| La Nature ne donne à ses Ouvrages qu'une |
|
| simple perfection, si l'Art ne lui aide. | 86 |
| Pourquoi la Nature est si longtemps à faire |
|
| ses opérations. | 95 |
| Négoce. Voyez Commerce. |
|
| La noirceur est le signe certain de la putréfaction. |
|
| | 4.8 |
| Les divers noms de la pierre des Philosophes. |
|
| | 62 |
| Divers noms du mercure des Sages. | 70 |
| La pierre a été appelée des noms des |
|
| R ij | |
@
T A B L E
| Planètes & des Minéraux. | 70 |
| |
|
| O | |
| |
|
| O Euf Philosophal. pag. | 161
|
| Plusieurs figures de l'oeuf Philoso- |
|
| phal. | 162 |
| L'or Philosophal a été argent devant qu'être |
|
| or; & pourquoi. | 36 |
| Or blanc des Philosophes qui donne le |
|
| poids de l'or aux métaux imparfaits; & | |
| pourquoi. | 103 |
| L'or minéral, quelque purgé qu'il soit, a en |
|
| soi des qualités & terrestréités mauvaises | |
| étant comparé avec l'élixir. | 110 |
| D'où vient que l'or commun & minéral, |
|
| ne peut convertir les autres métaux en or | |
| ainsi que fait l'or philosophal. | 37 |
| Le vrai or Potable des Anciens. | 147 |
| Pourquoi la pierre s'appelle le grand Oeuvre, |
|
| & l'oeuvre Divin. | 11 |
| L'Ouvrage de la pierre va au-delà de la |
|
| capacité de l'homme. | 13 |
| L'Ouvrage de la pierre ne se peut faire sans |
|
| le mercure Philosophal. | 65 |
| L'Ouvrage de la pierre est un Jeu d'enfant, |
|
| & un Ouvrage de femme. | 14 |
| L'Ouvrage s'achève par où il a été commencé. |
|
| | 107 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| En quel lieu il faut faire l'Ouvrage de la |
|
| pierre. | 81 |
| |
|
| P | |
| |
|
| E N cet Art on ne parle pas vulgairement |
|
| pag. | 5 |
| La Nature ne donne qu'une simple perfection |
|
| à ses Ouvrages, si l'Art ne lui | |
| aide. | 77 |
| Ce qui rend l'homme Philosophe. | 22 |
| Il faut que celui qui veut être Philosophe, |
|
| étudie la Nature. | 13 |
| Pourquoi les Philosophes sont appelés |
|
| Sages. | 8 |
| Pourquoi les Philosophes ont nommé leur |
|
| Art du nom de pierre; là même. | |
| Les Philosophes sont les trésoriers de la |
|
| providence Divine. | 12 |
| Pourquoi Dieu a donné l'Art de la pierre |
|
| aux anciens Philosophes. | 14 |
| Le vrai Philosophe ne doit avoir que du |
|
| mépris pour tout ce qui est au Monde. | |
| | 135 & 136 |
| La pierre a divers noms. | 4 |
| La pierre a été appelée du nom des Planètes |
|
| & des minéraux. | 70 |
| Il n'y a que les Ignorants qui nient la possibilité |
|
| de la pierre, mais tous les Savants | |
| R iij | |
@
T A B L E
| la croient. | 11 |
| Différence d'entre toutes les choses créées, |
|
| & la pierre des Sages. | 9 |
| La pierre est un don de Dieu. | 12 |
| Pourquoi la pierre s'appelle le grand oeuvre, |
|
| & l'oeuvre Divine. | 11 |
| L'Ouvrage de la pierre va au-delà de la |
|
| capacité des hommes. | 13 |
| L'Art de la pierre passe les forces de la |
|
| Nature. | 14 |
| Quelquefois les Anges & les Démons empêchent |
|
| le succès du travail de la pierre. | |
| | 13 |
| La Nature & l'Art ne peuvent faire la pierre |
|
| sans le mercure des Sages. | 15 |
| Qualités de la matière de la pierre. | 26 |
| Celui qui veut faire la pierre, doit prendre |
|
| la semence de l'or & de l'argent. | 23 |
| Comment on doit entendre que la pierre |
|
| est minérale, végétale & animale. | 28 |
| Le travail de la pierre est un Jeu d'enfant |
|
| & un Ouvrage de femme. | 14 |
| Le travail de la pierre n'est qu'une sublimation |
|
| perpétuelle, & cette sublimation | |
| que sa fixation. | 58 |
| La pierre demeure volontiers au feu; & |
|
| pourquoi. | 9 |
| La pierre est composée de corps & d'esprit. |
|
| | 51 |
@
D E S
M A T I E R E S.
| La pierre blanche & la pierre rouge sont |
|
| sous un même sujet. | 44 |
| Les poids des Philosophes que l'esprit humain |
|
| ne peut savoir. | 24.45 |
| La préparation de la pierre. | 58 |
| Pourquoi les Sages ont tant caché la préparation. |
|
| là même. | |
| Dans tous les mixtes les trois principes |
|
| naturels y sont contenus; savoir, sel, | |
| soufre & mercure. | 21 |
| La projection. | 120 |
| La projection se fait en deux manières. | 121
|
| Dans la projection l'élixir fait la séparation |
|
| des impuretés du métal. | 122 |
| La projection sur les métaux mols. | 121 |
| Autre manière de projection. | 124 |
| La projection sur la Lune a bien de l'étendue; |
|
| & pourquoi. | 125 |
| La projection sur le mercure des métaux |
|
| Imparfaits. | 128 |
| La projection sur le mercure commun. | 125 |
| La projection sur le mercure du vulgaire |
|
| purgé, ne sépare rien n'y ayant plus | |
| d'impuretés. | 126 |
| Il ne faut pas projeter sur autant de métal |
|
| que l'élixir en peut convertir tout d'un | |
| coup; & pourquoi. | 122 |
| La projection sur les métaux durs. | 129 |
| Autre manière de projection sur les méR |
|
| iiij | |
@
T A B L E
| taux durs. là même. | |
| La meilleure manière de purger le mercure |
|
| commun. | 126 |
| La putréfaction. | 94 |
| Les divers noms de la putréfaction. | 97 |
| La putréfaction est la corruption de la |
|
| matière. | 96 |
| La putréfaction est nécessaire; & pourquoi. |
|
| | 99 |
| Tant plus la noirceur est grande, tant |
|
| mieux vaut la putréfaction. là même. | |
| Tant plus le temps de la putréfaction est |
|
| prolongé, tant meilleure elle est. | 96 |
| Temps auquel la putréfaction doit paraître. |
|
| là même. | |
| Par la putréfaction on fait la séparation du |
|
| pur & de l'impur. | 98 |
| Dans la putréfaction la matière prend la |
|
| vertu minérale du Soleil & de la Lune. | |
| | 97 |
| |
|
| Q | |
| |
|
| L A quintessence du Soleil est l'huile |
|
| incombustible. pag. | 151
|
| |
|
| R | |
| |
|
| C E que c'est que réduction en première |
|
| matière. pag. | 51
|
@
D E S
M A T I E R E S.
| Il n'y a qu'un régime comme il n'y a |
|
| qu'une matière. | 6 |
| Moyen de se renouveler. | 137 |
| Toute chose est de ce en quoi elle se résout. |
|
| | 22 |
| Ce que c'est que rétrogradation. | 113 |
| Espèce de rétrogradation. | 117 |
| Autre espèce de rétrogradation. | 119 |
| Rouge parfait. | 106 |
| La rougeur est nommée la racine du ferment |
|
| du Soleil & de la Lune. | 107 |
| Ruses des Philosophes | 4. 6 |
| |
|
| S | |
| |
|
| L Es Philosophes ont été appelés Sages; |
|
| & pourquoi. pag. | 3
|
| Les Sceaux d'Hermès. | 164 |
| La Science d'Hermès s'appelle la Science |
|
| secrète & Art divin; & pourquoi. | 3 |
| Ce qui a décrié la Science des Philosophes. |
|
| | 10 |
| Malice des Sophistes Ignorants contre la |
|
| Science des Philosophes. là même. | |
| On ne peut apprendre la Science d'Hermès, |
|
que par révélation Divine ou par
| un Maître. | 3 |
| Belle raison des Philosophes pour cacher |
|
| leur Science. | 20 |
@
T A B L E
| Adam a eu toutes les Sciences infuses dans |
|
| le moment de sa création, & les a enseignées | |
| à ses Enfants. | 17 |
| Secret du corps mort des matières du mercure |
|
| des Sages. | 74 |
| Secret du corps mort des matières dont on |
|
| fait les Eaux fortes. là même. | |
| Il n'y a aucun vrais secrets pour faire or |
|
| ou argent, que celui de la pierre. | 34 |
| Il n'y a que le sel des minéraux qui se réduit |
|
| en mercure. | 31 |
| Il n'y a que les sels métalliques qui soient |
|
| propres pour faire la pierre. | 40 |
| Il n'y a que le sel marin qui soit bien |
|
| avec l'or. là même. | |
| Le sel est le corps terrestre dont parlent les |
|
| Philosophes. | 43 |
| Chaque chose porte sa semence pour la |
|
| conservation de son espèce. | 23 |
| Celui qui désire faire la pierre, doit prendre |
|
| la semence de l'or & de l'argent, autrement | |
| ne fera rien. là même. | |
| Pour quelle raison l'élixir sépare le pur |
|
| avec l'impur des métaux imparfaits. | |
| | 127 |
| La conversion des Eléments par les Philosophes. |
|
| | 108 |
| La séparation ridicule des Eléments par les |
|
| Chimistes & les Ignorants. là même. | |
@
D E S
M A T I E R E S.
| Le signe de la couleur rouge parfaite. | 106 |
| Faussetés des Sophistes, & comment il |
|
| faut les traiter. | 34 |
| Le soufre pur des corps imparfaits peut |
|
| fixer le mercure en corps imparfait. | 33 |
| Le soufre a la propriété de fixer, & l'argent-vif |
|
| celle de voler. | 62 |
| Sphère. | 162 |
| La sublimation contient en soi plusieurs |
|
| opérations. | 56 |
| |
|
| T | |
| |
|
| L E travail de la pierre n'est qu'une perpétuelle |
|
| sublimation, & toutes les | |
| multiplications sont aussi des sublimations. | |
| pag. | 118 |
| Le travail de la pierre n'est qu'une sublimation |
|
| perpétuelle, & cette sublimation | |
| que sa fixation. | 58 |
| Différence de la sublimation Philosophale |
|
| & Chimique. | 53.118 |
| Sublimatoire. | 161 |
| Les petits minéraux ne peuvent teindre |
|
| parfaitement les métaux; & pourquoi. | |
| | 32 |
| Si les teintures d'une nature étrange pouvaient |
|
| teindre un métal, elles leur donneraient | |
| les leurs & non celles de l'or | |
@
T A B L E
| & de l'argent qu'elles n'ont pas. là | |
| même. | |
| Les teintures des corps étranges à la nature |
|
métallique, ne peuvent s'y unir parfaitement;
| & pourquoi. | 127 |
| Le mercure & le soufre des imparfaits ne |
|
| peut donner d'autre teinture que celle | |
| du métal, duquel il a été tire ou extrait; | |
| car il ne peut donner que celle qu'il a. | |
| | 128 |
| Si les métaux imparfaits ne peuvent teindre, |
|
| à plus forte raison les petits minéraux | |
| qui sont d'une autre nature & d'une | |
| autre espèce. | 133 |
| Le fils du mercure & du soufre, est tout |
|
| rempli de teinture. | 77 |
| Les teintures blanche & rouge sont contenues |
|
| dans l'âme de la pierre. | 52 |
| Erreur des Chimistes & des Ignorants, à |
|
| l'égard des teintures. | 132 |
| Ce que c'est que teindre suivant les Philosophes. |
|
| | 134 |
| Toutes teintures sont fausses, excepté celles |
|
| du Soleil & de la Lune. | 32 |
| Le noeud Gordien des teintures coupé & |
|
| détruit. | 134 |
| Tuer, couper la tête, qu'est-ce à dire. |
|
| | 104 |
| Têtes mortes des matières du mercure des |
|
@
D E S
M A T I E R E S.
| Sages, & de celles dont on fait les Eaux |
|
| fortes. | 74 |
| Les Philosophes sont les Trésoriers de la |
|
| providence Divine. | 12 |
| |
|
| V | |
| |
|
| L E Vaisseau Philosophal. pag. | 161 |
| Le triple Vaisseau. | 167 |
| Quand la pierre commence de végéter. | 101 |
| Le Vent le porte en son ventre, que signifie |
|
| cela. | 56 |
| Vertus & propriétés de la pierre blanche. |
|
| | 135 |
| Vertus & propriétés de la pierre rouge. |
|
| | 145 |
| Les métaux n'ont pas une vie semblable |
|
| à celles des végétaux. | 29 |
| Ce que c'est que la vie des métaux. là | |
| même. | |
| Le volatil ou la femelle, règne & dure |
|
| jusqu'à la blancheur parfaite, & pour | |
| lors le fixe ou le mâle commence. | 100 |
| |
|
| Fin de la Table des Matières. | |
@
|
|
| |
|
| Extrait du Privilege du Roy. | |
| |
|
| P Ar Grace & Privilege du Roy, donné |
|
| à S. Germain le 2e jour de Decembre |
|
| 1671. Signé D'Alence; il est permis au |
|
| Sr Charles Angot, d'imprimer les |
|
| Livres d'Hermés, de Geber, d'Artephius, |
|
| de Trevisan, de Basile, d'Arnaud de Villeneuve |
|
| & autres Traitez Chymiques, pendant |
|
| le temps de neuf années; avec défenses |
|
| à tous Libraires & autres d'imprimer |
|
| lesdits Livres, sous les peines portées par |
|
| l'original du present Extrait. |
|
| |
|
| Ledit sieur Angot a cedé son droit | |
| de Privilege à Laurent D'Houry |
|
| aussi Libraire à Paris. |
|
| |
|
| Registré sur le Livre de la Communauté | |
| des Imprimeurs & marchands Libraires de |
|
| Paris. Signé D. THIERRY, Syndic. |
|
| |
|
| Achevé d'imprimer pour la premiere fois | |
| le sixiéme d'Octobre 1694. |
|
@
| MEMOIRE DE LIVRES. | |
| Chymiques. | |
| |
|
| Artephius, Flamel, Synesius & le Traité |
|
| du Mercure de Riplée. | in 4. |
| Traité du Feu & du Sel, par Vigenere. |
|
| in 4. | |
| Triomphe de l'Archée ou la Medecine universelle, |
|
| par Aubry. | in 4. |
| Chymie de Barlet. | in 4. |
| Fourneaux Philosophiques de Glauber. 8x. |
|
| ----- Son Oeuvre Minerale. | in 8. |
| Oeuvres Chymiques du P. Castaigne. | in 8.
|
| Rudimens de Chymie de Locques. | in 8. |
| Elemens de Chymie par Davisson. | in 8. |
| Harmonie Chymique de Lagneau. | in 8. |
| Secrets de la Medecine Métallique, par |
|
| Du Chesne, Sieur de la Violette. | in 8. |
| Prototype parfait de l'Art Chymique. | in 8. |
| Chymie de Thibaut, dit le Lorrain. | in 8.
|
| ----- de Crollius. | in 8.
|
| ----- de Beguin. | in 8.
|
| ----- de le Faivre. en 2 Vol. | in 12.
|
| ----- facile & charitable en faveur des | |
| Dames, augmentée. | in 12. |
| Bibliotheque des Philosophes Chymiques, |
|
@
| Tome second, contenant cinq Traitez, | |
| dont la Somme de Geber. | in 12. |
| Triomphe Hermetique. | in 12. |
| Lettre d'un Philosophe sur Aristée. | in 12. |
| Oeuvres du Cosmopolite, avec ses Lettres |
|
| nouvellement imprimées. | in 12. |
| Pilote de l'Onde vive, 2e Edition augmentée. |
|
| | in 12. |
| La lumiere sortant des Tenebres. | in 12. |
| Avantures du Philosophe Inconnu. | in 12. |
| Discours de la liqueur d'Alkaëst. | in 12. |
| Turbe des Philosophes, avec la parole |
|
| delaissée de Trevisan. | in 12. |
| Lettre Philosophique de Du Val. | in 12. |
| Tombeau de la pauvreté. | in 12. |
| -- De Semiramis ouvert aux Sages. | in 12. |
| CLIII. Aphorismes Chymiques. | in 12. |
| Segerus de Secretis Adeptorum. | in 4. |
| Chimica Vanus. | in 4. |
| Lullij Testamentum. | in 8. |
| Jo. Fabri Panchymicum 3. Vol. | in 8. |
| ----- Myrothecium Spagiricum. | in 8.
|
| ----- Palladium Spagiricum. | in 8.
|
| Rhenani Opera Chymiatria; | in 8. |
| |
|
| Et plusieurs autres Anciens, Latins, | |
| ou Français. | |
@
@