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Réfer. : 0801A .
Auteur : Géron, T. F.
Titre : Clavicule de la Philosophie Hermétique.
S/titre : Ou les Misteres les plus Cachés Des Anciens...

Editeur : Xxxxx. Xxxxx.
Date éd. : 1753 .
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C L A V I C U L E

DE LA

PHILOSOPHIE
HERMETIQUE,

Ou les Mystères les plus Cachés Des Anciens
& Modernes sont Mis au jour en faveurs
des Enfants de L'Art, & à la Gloire
de Dieu par.

T. F. GERON,

Docteur en Médicine.

pict

1 7 5 3.

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@

A Dom Henry De Malese Prieur de L'Illustre
Impériale, Libre & Exempte Abbaye De
Malmendy, Coprésident & Conseiller des
Régence, & Provinciale de Son Altesse
Celsissime

Le Prince de Stavelot, Malmendy &a. &a. &a.

Très Révérend Seigneur.

V Ous vous étonnerez peut-être de voir Paracelse en
ce siècle demander la protection de Votre Révérence
& Seigneurie, contre les ennemis de sa science & de
sa gloire, c'est par la seule lumière de ses écrits; que je
représente le véritable portrait de l'Alchimie, qui fait la
principale partie de la Médecine, & tous les fondements de
la Physique que Paracelse a rétabli par ses veilles, par ses
travaux & par ses voyages, je n'ai qu'à produire son épitaphe
pour faire voir qu'il n'y a point de maladie incurable
qu'elle ne guérisse par ses remèdes particuliers & quasi
miraculeux, je sais que la matière que je traite est si peu
connue, & je crains que votre Seigneurie en ait du dégoût,
c'est pourquoi je la supplie humblement de pardonner
à ma témérité par son juste discernement, que, si ce
Livre n'est pas charmant dans sa lecture, il l'est dans la
connaissance des secrets merveilleux qu'il renferme, &
A 2 qui

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qui sont d'autant plus estimables, que la santé surpasse &
est préférable à tous les trésors & à tous les biens de ce
Monde. Certes, je ne sais en quel endroit j'ai mérité l'estime
& la bienveillance.

Révérend Seigneur dont vous m'avez toujours honoré
depuis le moment que j'ai eu l'honneur & le bien
de vous connaître. J'espère qu'en me la continuant vous
regarderez d'un oeil favorable mon étude, qui sera bien
récompensé, si je puis contribuer à la conservation de votre
Santé, c'est le désir très passionné de celui qui en est

Très Révérend Seigneur

Votre très humble & obéissant
serviteur

T. F. G.

Docteur en Médecine.

Préface

@

pict

Préface.

E n la soixantième année de mon âge étant venu à bout de mon dessein
dans la connaissance la plus occulte de Médecine, de Chimie
& d'Alchimie, & voulant donner la main à ceux qui sont enveloppés
dans un labyrinthe d'erreurs, & qui ont été séduits par les beaux
discours, ou plutôt par les rêveries de quantités de faux alchimistes, voient
& embrassent la lumière que je leur présente, pour se tirer du bourbier
en sûreté, ce sont des expériences réelles que j'ai faites & que je connais,
ce que tout homme expérimenté verra aisément par cet écrit.
C'est pourquoi j'écris uniquement pour le bien du prochain & pour la gloire
de Dieu, je ne laisse à un apprenti studieux aucun doute, car celui
qui désire d'emporter cette toison d'or; qu'il sache que la teinture ou poudre
aurifique, n'est autre chose, que l'or digéré au suprême degré de perfection,
& de fixité subtile, à laquelle la nature & le travail bien conduit
peut l'amener. Le caractère particulier des Ignorants n'est pas seulement
de mépriser, mais encore de blâmer ouvertement les choses qu'ils
ignorent, & le malheur le plus grand est quand des hommes que l'on
croit doctes donnent dans le sens du peuple, sans vouloir seulement prendre
la peine d'examiner les choses de plus près, afin de discerner au moins
le bon du mauvais, & la vérité du mensonge, ce qui devrait être l'unique
occupation des esprits les plus solides. L'Alchimie encore qu'elle soit une
science des plus nobles & des plus utiles, peut servir d'exemple au caprice
& au jugement des hommes, car encore bien que de toutes les sciences
qui sont en usage pour le bien & le service de l'homme, il n'y en a aucune,
qui la surpasse. Cependant chacun la blâme & la regarde comme la
plus grande folie du monde. Et moi au contraire, qui la tiens pour une
science divine, je crois qu'après l'immortalité de l'Ame, c'est l'un des plus
grands bienfaits, que Dieu ait fait aux hommes; car sans cette science, qui
embrasse la Philosophie, il serait impossible de connaître les vertus admirables,
dont Dieu a doué tous les corps sensibles & insensibles de la terre,
Animaux, Végétaux & Minéraux, & en quoi ils peuvent être utiles à l'homme
tant pour la conservation que pour la restauration de sa santé, ni
le lieu, qui enferme ces vertus dans chaque corps, ni les moyens de les en
tirer, pour les avoir dans leurs essences pures & nettes, afin que leurs actions
& opérations ne puissent être empêchées par le flegme & par la terre
entre lesquelles ses vertus sont enfermées, comme dans une prison obscure,
A 3 scure,

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( 6 )

tellement, que celui qui n'a pas une véritable & parfaite connaissance
de l'Alchimie est indigne du nom & du titre de médecin.
Quelques-uns l'appellent art Chimique, & d'autres l'art Spagirique;
les alchimistes le nomment Spagirie, nom inventé par Théophraste Paracelse,
le plus habile spagiriste qui peut-être ait été depuis Hermès Trismégiste,
jusqu'à notre temps, comme ses livres le démontrent assez. Pour
moi je ne ferai pas de difficulté, de la nommer du nom, le plus en usage
savoir Alchimie, & pour faire comprendre ce que c'est que cette science,
je commencerai par sa définition.
L'Alchimie donc est une Science, qui enseigne à séparer les Eléments,
de chaque composé produit par la nature, & de les recueillir adroitement
chacun en son vaisseau: autrement l'Alchimie est une science pratique qui
montre les moyens de séparer le subtil du grossier, le pur de l'impur, &
de tirer de chaque composé naturel son essence pure & nette en laquelle gît
toute la vertu du composé.
On peut la définir en troisième lieu, comme une science, par laquelle
nous apprenons à connaître la matière première de tous les corps du monde,
soit Animaux, Végétaux, Minéraux, & la méthode dont la Nature s'est
servie en les produisant, & les perfectionnant jusqu'à leur dernière matière;
& en dernier lieu la voie que l'alchimiste doit prendre, pour les décomposer,
en rétrogradant l'ordre que la Nature a suivi, s'il veut voir oculairement
leur première Matière, & en procédant de cette sorte, il aura les trois
principes de tout corps, qui sont le Soufre le Sel & le Mercure, visibles & palpables
chacun en son Essence corporelle, après qu'ils sont séparés du composé
par cette science.
Les opérations de cette science sont en grand nombre, & toutes différentes
les uns des autres, & néanmoins toutes ensemble, elles tendent à un
même but & au point de sa définition. Je les réduis pourtant au nombre
de Sept, qui sont la Calcination, la Putréfaction, la Dissolution, la Distillation,
la Coagulation, la Sublimation, & la Fixation.
Le principal instrument de toutes ces opérations, c'est le Feu, qui a
des différences notables dans soi, & divers degrés que je réduis pareillement
à quatre principaux, dont le premier est le feu du fumier ou du bain-
Marie, qui convient aux putréfactions & dissolutions, comme aussi aux distillations
des liqueurs mercurielles: le second degré est le feu des cendres
plus chaud que le premier, il convient aux coagulations & aux distillations
des liqueurs grasses & huileuses, le troisième est le feu de sable plus chaud
que le second, ce dernier convient aux sublimations & fixations, comme
aussi aux distillations des liqueurs les plus tenaces & adhérentes aux autres
parties du composé; comme sont les minéraux spécialement les métalliques:
ques,

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( 7 )

& le quatrième est le feu de flammes, avec du bois ou des
charbons vifs très chauds, sur lequel le vaisseau étant placé, s'opèrent les
réverbérations, calcinations & incinérations de chaque composé.
Il faut savoir aussi que chacun de ces quatre feux, se doit réduire à
d'autres degrés successifs selon l'exigence du composé, & de la chose que
nous en voulons tirer, comme le feu du bain-Marie à trois degrés, le premier
est quand le vaisseau contenant le composé est exposé sur la fumée de
l'eau échauffée, qu'on nomme bain de vapeur le second est, quand le vaisseau
est plongé dans cette eau échauffée sans bouillir, le troisième est quand,
avec grand feu on fait bouillir l'eau dudit bain. Ainsi se peuvent graduer
les autres trois feux de la cendre, du sable & du charbon, tant par les soupiraux
& par les registres des fourneaux bien faits, que par la quantité de
charbons ou du bois, que l'on met dedans à justes mesures, ou par le nombre
des mèches, quand il s'agit du feu de lampe selon l'exigence du composé
que l'on veut traiter.
Celui qui entendra bien tous ces feux, & qui avec cela n'ignorera pas
le feu de la nature, tel qu'il est dans l'intérieur du composé, & de quelle
manière l'un peut exciter l'autre, augmenter sa vigueur & le corriger, méritera
le nom de Philosophe & pourra mener à bonne fin les choses les plus
excellentes du monde.
Or pour entendre plus particulièrement les susdites opérations de l'Alchimie,
je viens d'abord à la première qui est la Calcination, parce qu'il
faut commencer par là, surtout celui qui veut faire une due séparation des
parties dans tous les composés solides & fixes, comme sont les métalliques;
& je dis que la Calcination a été trouvée pour deux causes: La première
est pour priver le composé de son humidité accidentelle, ou flegme superflu,
& le disposer aux autres opérations, même de solution, après laquelle & pas
autrement, se peut faire la séparation des parties du composé, la seconde est
pour ôter & consumer le soufre combustible, impur & corrompant, qui est
audit composé, qui n'est pas encore amené à sa perfection par la Nature.
Ceci pourra sembler étrange à plusieurs, qui n'ont aucune connaissance
de l'Art, quand je dis qu'il faut calciner les corps solides & fixes & en
les calcinant les dépouiller de leur humidité accidentelle, pour les disposer
à solution; car au contraire diront-ils, cette humidité devrait être la cause
& le moyen de la solution, il vaudrait donc mieux de la conserver; mais
pour éclaircir ce doute, je dirai avec nos Maîtres en Philosophie, qu'il y a
deux humidités en chaque corps, l'une est accidentelle que nous rejetons
comme flegme inutile, & l'autre interne & radicale, qui contient en soi
l'esprit de Vie, & qui donne au corps sa forme & son Essence, cette seconde
humidité ne se sépare jamais du corps par la calcination, tant leur union
est

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est forte, mais elle fait ouvrir les pores du corps pour le disposer à recevoir
une autre humidité externe, qui sera propre à faire la dissolution selon l'intelligence
du bon Artiste, il est bien vrai, qu'après cette solution faite, on
peut encore priver ce corps de son humidité radicale par l'ouvrage de la
séparation des Eléments; de telle sorte, que ce corps demeurera en après
comme cendre & terre morte, c'est ce que nous appelons l'ouvrage de
l'Incinération; il faut donc ici bien noter la différence qui est très grande
entre la Calcination & l'Incinération, car à la Calcination le composé ne
perd aucune chose de sa forme comme j'ai dit, car il peut toujours être réduit
en son corps continué, plus pur qu'il n'était auparavant, mais à l'incinération
le composé est entièrement détruit & privé de sa forme, tellement
qu'après l'Incinération il ne pourrait plus être réduit en un corps semblable
à ce qu'il était auparavant.
Plusieurs Artistes ont failli grossièrement, pour n'avoir pas bien compris
cette différence, qui est pour tant bien remarquable, & d'une importance
extrême.
La seconde opération, qui est la Putréfaction, est la principale clé de toute
la science qui nous a été enseignée par la Nature même, car encore que
tout son but ne soit qu'à conserver toutes ses productions par des nouvelles
Générations & Multiplications à l'infini, toutes fois elle ne peut rien faire
sans que la Putréfaction ne précède, ce que Jésus Christ, nous enseigne dans
son testament, lors qu'il dit que le grain de froment, jeté dans la terre
venant à mourir & se pourrir, alors & point autrement il rapporte du fruit
au centuple; c'est à procurer cette Putréfaction que les bons alchimistes
doivent employer tous leurs soins & toute leur industrie sur toutes choses,
avant que d'entreprendre quoi que ce soit, sans quoi ils ne réussiront jamais
à faire une véritable séparation des parties élémentaires de leur composé,
& par conséquent n'en pourront jamais découvrir les vertus & encore
moins le rendre capable de faire une nouvelle génération, ou multiplication,
soit en quantité soit en vertu & en puissance, par quelque autre moyen
qu'ils le puissent traiter.
La troisième opération qui est la dissolution suit la précédente, & se
fait en deux manières diamétralement contraires, l'une au chaud & l'autre
au froid, l'une & l'autre pourtant sont accompagnées d'une humidité externe,
la dissolution par le chaud humide se fait au bain-Marie ou au fumier
de Cheval, comme nous avons dit ci-dessus, & celle qui se fait par
le froid humide, se fait dans les puits ou fontaines & dans les caves & autres
lieux souterrains selon l'exigence du composé.
La quatrième opération qui est la Distillation, se fait pareillement de
deux sortes: quant à celle qui se fait au chaud, nous en avons parlé assez,
quand

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quand nous avons parlé & traité du feu externe & de ses degrés; & quant
à l'autre qui se fait au froid, c'est-à-dire sans feu, la manière de faire l'hypocras
le distillant par une chausse de drap, est connue de tout le monde, mais il y a
une autre méthode plus subtile & meilleure, qui est en mettant des pièces
de drap coupées en forme de langues, par un bout dans le Vaisseau qui contient
la solution, & l'autre bout pendant dans le vaisseau, préparé pour
recevoir la distillation; laquelle est appelée filtration & cette filtration doit
se réitérer, jusqu'à ce qu'on ait sa liqueur pure & nette, de toute- fèces &
ordure, ce qui est la cause principale, que l'on a inventé cette distillation,
quoiqu'il y en ait une autre à l'égard des distillations, qui se font par le feu;
qui plus elles sont réitérées, plus elles ont de force, étant ainsi rectifiées; car
c'est une chose incontestable, que le feu externe n'excite pas seulement le
feu naturel, qui est enfermé dans le composé, de quelque chose que ce
soit; mais encore qu'il le multiplie & l'augmente, après avoir séparé &
écarté tout son flegme superflu & inutile.
La 5me Opération, que l'on appelle Coagulation, se fait par le feu sec,
pas violent, mais fort doux, qui soit augmenté par degrés selon l'exigence
du composé avec conservation de son humide radicale, qui serait en danger
de s'exhaler par un feu trop poussé & administré sans mesure, ce qui brûlerait
& gâterait tout le corps.
La 6me opération, qui est la Sublimation, se doit faire par le feu sec
gradué, de six en six heures, au commencement fort doux, pour évaporer
l'humidité superflue du composé, finalement fort & violent pour en tirer
l'Essence, l'arracher hors de ses fèces, la faire monter en haut séparément
& par-dessus les dites fèces. Cette sublimation doit se répéter tant de fois,
que l'Essence soit pure claire & transparente. Voilà pourquoi l'on a inventé
cette opération de sublimation, qui ne convient proprement qu'aux
corps spirituels, comme l'argent vif, soufre, arsenic, sel Armoniac &
semblables, afin de leur ôter d'une part leurs flegmes superflus, & ensuite
leurs soufres impurs & combustibles, qui s'évaporent & se consument par
cette sublimation, quand elle est bien faite & réitérée plusieurs fois: d'ailleurs
leurs terres féculentes demeurent au bas du vaisseau avec les fèces;
& la moyenne substance qui est sublimée dans le vaisseau est la pure &
vraie Essence du composé.
La septième & dernière opération, qui est la Fixation, en laquelle je
comprends la réverbération requiert le feu du dernier degré, & elle a été inventée
pour faire la vraie consolidation des parties du composé; afin de le
rendre ferme & constant au combat du feu, qui est toute l'épreuve de la
perfection des corps & même des métalliques, comme aussi pour leur donner
le poids & la couleur fixe, premièrement en blancheur vive & finalement
B ment

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en rougeur parfaite, qui est la dernière couleur à laquelle le feu tâche
d'amener toutes choses qui lui résistent & demeurent fixes sans lui;
c'est pourquoi je comprends dans cette opération de fixation, les deux opérations
de déalbation & de rubification, dont plusieurs Philosophes ont fait
des chapitres à part pour venir à la perfection de la Teinture Physicale:
Outre cela ils ont fait un autre chapitre, pour le dernier de leur oeuvre,
qui est appelé l'opération de Cération, ou bien Cibation & Fermentation,
qu'on a inventées pour deux fins principales, l'une est pour donner à leur
Médecine bonne liquation ou fusion, afin qu'elle puisse entrer & pénétrer
dans les corps impurs & malades pour les guérir, nettoyer & dépurer de
leurs ordures, et c'est la vraie transmutation & amélioration, non seulement
des corps métalliques imparfaits, mais aussi des corps humains affectés de
maladies, pour les ramener à la perfection & à la santé, l'autre fin de la
Cération & Cibation est pour multiplier ladite médecine, en quantité & en
vertu. Selon que l'Artiste saura bien disposer & conduire son oeuvre. Je
veux pourtant bien l'avertir, que cette Cération ne peut se faire, sans ajouter
de l'humidité à son composé, après qu'il l'aura bien desséché par l'oeuvre
de Fixation, & que cette humidité se doit prendre de la racine même
du-dit composé & non pas de chose, qui lui soit étrangère. Je sais que
quelques savants, qui pensent être le plus au fait de la science de l'Alchimie,
diront que toutes ces opérations ne sont point nécessaires, à la Teinture
Physicale, ou du moins, qu'elles ne doivent pas être manuelles, parce
disent-ils, qu'il n'y faut qu'une matière un vaisseau un fourneau, & qu'après
avoir placé la matière dans son vaisseau convenable, bien fermé &
l'avoir mis sur son feu propre il n'est plus question d'y toucher; mais il
faut laisser agir la Nature, comme la semence virile enclose dans la matrice
d'une femme, ne demande autre artifice, ni assistance que la chaleur du
ventre féminin, pour la production d'un enfant jusqu'à la naissance, parce
que tous les plus habiles Philosophes assurent que la vraie composition de
cette pierre ou Teinture Physicale, ressemble de tout point à la procréation
de l'homme. Quant à moi qui n'ai encore osé faire d'essai sur une chose
si grande, je veux bien me déporter d'en parler plus avant, sinon qu'il
me semble & que je tiens pour certain, que l'art peut beaucoup aider à la
Nature, tant pour mettre la dernière main à ses intentions en toutes choses,
que pour abréger le temps qu'elle demande, pour les finir lorsqu'elle
travaille seule, ce que plusieurs grands Philosophes anciens & modernes
ont fort bien compris & spécialement Théophraste Paracelse, qui l'enseigne
bien intelligiblement aux Enfants de la Philosophie, en son Apocalypse d'Hermès
& en différents passages de ses autres livres, aussi mon intention
principale n'est que de montrer de quelle utilité & de quelle nécessité est
l'Al-

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l'Alchimie, pour la médecine, qui sert à la conservation & à la restauration,
de la santé humaine; puisque par cette science nous sommes véritablement
instruits, des vrais moyens, qu'il faut employer pour préparer tous
les simples dont nous voulons user, pour les dépurer & dépouiller de leur
flegme superflus & de leurs terres féculentes, qui les empêchent de manifester
la vigueur de leurs vertus, encore bien que plusieurs portants le nom
& le titre de médecins s'imaginent de n'avoir pas besoin de cela, parce qu'ils
n'usent jamais de minéraux, de métaux, ni d'autres composés de pareille
nature, mais ils se servent uniquement des végétaux, & plus encore de
ceux qui nous viennent d'outremer, que de ceux, qui croissent dans nos
régions de par deçà, je leur demanderais volontiers la raison, pourquoi ils
font tant de cas de ces végétaux étrangers, puisqu'on ne saurait nier, que
l'on ne trouve des pareilles vertus spécifiques, & dans un degré éminent
dans plusieurs de nos simples bien choisis; de plus croit-on que se soit peu
de choses, d'avoir ces simples toutes récentes à la main sans aucune sophistication,
au lieu que celles d'outremer ou du moins la plus grande partie, arrivants
de si loin, quand elles viennent jusqu'à nous, elles se trouvent vieux
moisis & pourris, de la marine & du charroi, ou brouillés & sophistiques
par l'avarice des marchands, qui les vendent à nos épiciers & aux apothicaires
ignorants, de quoi se sont plaints les plus savants médecins, qui ont traité
la matière des simples, comme Dioscoride, Pline, Théophraste, Galien,
Oribasius, Ruellus, Mariellus & entre les modernes, Fuchsius, Brassavolus
Manardus & Matthiolus, qui en font des plaintes amères, je sais néanmoins
qu'il est bien difficile d'abolir une vieille coutume, outre que ce serait en
quelque manière choquer le peuple, qui ne fait cas que de ce qui vient de
loin & qui coûte beaucoup d'argent; c'est donc pour ne pas blesser leur
préjugé, que nos médecins pour la plupart se sont tenu à ces simples ultramarins
à peine connus & ont négligés les nôtres, quoique je pourrais
démontrer par des expériences particulières, que leurs vertus ne sont pas
moindres que de ceux-là; Je sais que pour réponse ils m'allégueront les
autorités des anciens médecins & je leur répliquerai, que tous ces médecins
qui étaient presque tous Grecs ou Arabes, ont eu très peu de connaissance
de nos régions, ni des simples, qui y croissent & encore moins des
habitants & de leur complexion, non plus que des maladies régnantes dans
nos régions, & que par une conséquence évidente, leurs règles & canons
leurs médicaments & recettes ne nous conviennent nullement; mais elles
pourraient peut-être encore convenir aux hommes & aux maladies de
leurs régions ultramarines & ne serait ce pas faire un tort énorme à la
bonté divine de croire qu'ayant envoyé à chaque pays ses maladies particulières,
il n'eut pas donné aux simples, Animaux Végétaux & Minéraux,
B 2 qui

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qui y croissent, la vertu d'en guérir les habitants. Je dirai davantage: on ne
saurait disconvenir, que ces anciens médecins, Grecs & Arabes, qui ont
fondé une grande partie de leur médecine sur les simples végétaux de leurs
régions n'en aient considéré les vertus, & les propriétés, selon qu'ils les
ont trouvées en ces simples fraîches & récemment cueillies; mais nous, il nous
est impossible de les avoir, qu'ils ne soient secs, s'ils ne sont pas pourris &
gâtés. Or, qui pourrait nier que les végétaux, en quelque endroit qu'ils
croissent, soit par-deçà soit par-delà la mer, étant secs ne soient considérablement
de moindre vertu, que les récents; J'ose même avancer, que
la plupart de ces végétaux étant secs ont des vertus toutes contraires aux
récents, par exemple si les récents sont laxatifs, les secs seront restrictifs, ce
que n'ignorent pas les bons physiciens qui ont expérimenté leurs propriétés
de l'une & de l'autre manière, & si ces raisons ne suffisent pas à ceux,
qui sont trop attachés aux médicaments d'outre-mer, je voudrais bien leur
demander pourquoi ils laissent mourir, tant & tant de malades dans la
fleur de leur âge, qui se sont mis entre leurs mains? ou bien pourquoi ils
ne peuvent pas guérir les ladreries, les hydropisies, apoplexies, paralysies,
contractions de membres, mal caduc, fièvres quartes, hectiques, podagres
gonagres, chiragres, arthritiques, sciatiques & autres maladies, qu'ils regardent
comme perpétuelles & incurables, ils me répondront peut-être avec
le bon homme Accurse glossateur des lois Romaines: Graecum est ideo non legitur.
Et je dis moi que Dieu par sa bonté a donné aux humains les moyens
& les remèdes sûrs, propres & convenables contre toutes les maladies, qui
peuvent leur survenir en quelque région que ce soit; mais leur ignorance
& leur incrédulité sont cause, qu'ils ne comprennent rien à ces maladies,
ni aux médicaments nécessaires pour les guérir, c'est ce qui découvre manifestement
l'incertitude de leur science, qui n'est fondée que sur la simple
lettre morte, & point sur les lumières de la Nature, qui a ses raisons physiques,
& des démonstrations oculaires par de vraies & certaines expériences:
du moins devraient-ils penser que les maladies rapportées ci-dessus sont
en un degré si exorbitant, que les végétaux d'outremer ne peuvent venir
à bout de les guérir, non plus que les racines, semences, fruits, & gommes,
qui en résultent, ils devraient penser qu'il faudrait donc chercher ailleurs
des médicaments plus excellents & tels qu'ils puissent vaincre l'opiniâtreté
des dits maux, ou du moins égaler le degré de ces Maladies, qui jusqu'ici
sont réputées incurables. Je veux donc bien apprendre à ceux qui ne
le savent pas, comment & pourquoi le corps humain s'appelle le petit monde
ou le Microcosme, contenant les quatre Eléments & que chacun d'eux
fait son office particulier, comme ils font en ce grand monde, car la terre
y produit ses croissants, animaux, végétaux & minéraux, l'eau pure &
claire

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( 13 )

claire de la source par un nombre infini de rivières & de ruisseaux découlant
jusqu'à l'extrémité de chaque membre du corps les arrose, les
nourrit & les fait croître; l'air serein les fortifie & les entretient dans la joie
& le feu, convenable les digère & les mûrit en bonne substance, mais si
la terre n'est pas cultivée comme il faut, si les rivières & les ruisseaux
viennent à se tarir par la sécheresse, ou à se déborder par inondation,
l'air s'épaississant en vapeurs noires & en exhalaisons puantes, & si le feu
vient à se débiliter ou à s'augmenter au-delà des bornes prescrites par la
nature, ces dépravations pouvant arriver par notre faute, alors il
faut nécessairement que tous les croissants de ce petit monde en pâtissent
& se corrompent chacun selon qu'il aura été plus ou moins atteint & infecté
de l'intempérie & de la malice de son élément.
De plus il ne faut pas ignorer, que comme le Ciel a sept planètes principales,
qui dominent sur les autres, la Terre a sept métaux plus solides,
que tous les autres minéraux, de même le Corps humain a sept membres,
qui dominent sur tout le reste du corps, je veux dire le Coeur, qui symbolise
avec le soleil, & l'Or, le Cerveau avec la Lune & l'argent, le foie avec
Mercure & l'argent vif, le poumon avec Jupiter et l'étain, la Rate avec Saturne
& le plomb les Rognons avec Vénus & le cuivre & le Fiel avec Mars
& le fer.
Cette symbolisation ou rapport naturel de ces choses entre elles ne provient
d'autre source, que les dits métaux, tant de l'homme que de la terre
sont engendrés gouvernés & conduits par ces planètes célestes respectivement,
c'est ce qui a fait accorder tous les Philosophes en ce point, que
les astres & l'homme engendre l'homme, & que cette basse terre comme
une mère fertile, conçoit & produit seulement les choses, qu'il plaît au ciel
de produire en elle, comme père commun de toutes choses, & ces choses
étant produites sur la terre ce père a le soin de les nourrir de les entretenir
& de les faire croître & multiplier de sa propre substance.
Il s'ensuit donc que les susdits principaux membres de l'homme se
peuvent appeler proprement métalliques, aussi bien que les maladies, qui
les affectent en général ou chacun d'eux en particulier, du nom spécial de
chaque métal corporel, qui se trouve malade; de là, nous pouvons comprendre,
que le remède le plus prochain & plus convenable se doit chercher
& extraire du métal terrien, qui symbolise avec lui, ce qui ne se
peut faire que par la véritable alchimie; voilà pourquoi j'ai bien voulu marquer
les points principaux des opérations de cette science, comme très nécessaires
à ceux qui veuillent dignement exercer la médecine, tant pour
l'intérieur que pour l'extérieur du corps humain.
Je ne veux pourtant pas nier & je conviens même, que ces grandes
B 3 vertus

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vertus ne sont pas renfermées dans les seuls métaux, mais, que plusieurs
minéraux les approchent de près, s'ils ne les égalent tout à fait, comme sont
les Essences d'Antimoine, des perles, des coraux, des rubis, émeraudes hyacinthes,
saphirs, granites, cristal & autres, qui ont chacune leur vertu & sa
propriété spécifique; non seulement pour secourir les sept principaux membres
intérieurs du corps humain, mais encore tout le reste de ce corps,
plus que je ne puis dire ni écrire: mais me diront plusieurs, ces médicaments,
tirés des essences métalliques & minérales, sont fort violents, à raison
de leurs qualités chaudes; Mais je réponds qu'ils s'abusent extrêmement,
en ne faisant pas distinction des remèdes, qui se prennent par la bouche, &
de ceux qui s'appliquent à l'extérieur, car véritablement il faut à ce dernier
des médicaments gradués selon les degrés des maladies & on ne doit pas
se persuader qu'avec un brin de persil on puisse guérir ces vieux ulcères
malins, fistules, loups, chancres, polypes, noli-me-tangere & autres semblables
accidents, qui désolent le corps humain, mais quant aux remèdes
internes; parce que je n'approuve rien plus que les essences métalliques &
minérales, je veux bien assurer que rien n'est plus véritable, que leurs
quintes Essences, quand elles sont bien extraites, douces & bénignes, qu'elles
ne sont ni chaudes ni froides, mais tempérées, au moyen de cette température
& de leurs vertus naturelles, ces remèdes ramènent insensiblement,
à un juste tempérament, tout ce qu'ils trouvent de déréglé dans les
trois principes matériels de l'homme, qui sont le sel, le soufre & le mercure,
après en avoir séparé & écarté toutes les impuretés & les excréments
venimeux, que l'on appelle matière peccante, il est bien vrai, que le sage
médecin ne doit les administrer, que par doses mesurées & proportionnées
à la complexion du malade, à la qualité & au degré de sa maladie, car
le poids de trois ou quatre grains d'une bonne quinte Essence métallique,
fera plus d'effet que ne pourrait faire une charretée de végétaux, quels
qu'ils puissent être, & cela sans travailler l'estomac, ni faire la moindre violence,
à aucun des membres intérieurs, loin de cela ils les conforteront,
& remettront en pleine vigueur la nature de l'homme, je parle de ce que
je sais, & je rends témoignage de ce que j'ai vu, dans quantité des belles
expériences, & celui qui voudra étudier cette belle science & mettre la
main à l'oeuvre, s'il y est appelé de Dieu, ne pourra manquer d'en trouver
la vérité & même davantage, que je n'ai dit. Pour retourner à l'Alchimie,
je dirai encore, que Dieu nous en a donné la connaissance en
la création de l'univers ainsi que nous lisons dans l'écriture sainte où il est
dit positivement qu'en premier lieu il créa une matière confuse, que l'on
appelle Cahos, qu'il en tira les quatre Eléments, qu'il les sépara les uns des
autres, les plaçant chacun dans son vaisseau par son alchimie divine: le
pre-

@

( 15 )

premier est le ciel, qui contient le Feu au plus haut lieu comme le plus
excellent, ensuite l'Air & puis l'Eau & finalement la Terre, qui fait le
centre des trois autres, qui l'environnent chacun en son ordre; de telle manière
qu'ils ne peuvent plus s'entremêler, ni se remettre dans leur première
masse confuse ou cahos; comme ils étaient auparavant, ils ne peuvent
non plus entreprendre sur la dignité l'un de l'autre, étant contraints de demeurer
séparés chacun dans son propre lieu, voilà donc comme cet excellent
alchimiste, Dieu le Créateur a traité cette grosse masse corporelle, séparant
le subtil du grossier, le pur de l'impur, & mis chaque partie dans
son propre vaisseau:
De plus, saurait-on voir une plus belle séparation alchimique, que celle
de la lumière des ténèbres, & du jour de la nuit? Ne voyons-nous
pas tous les jours ses autres opérations, comme les putréfactions & les dissolutions
de toutes les semences, après qu'elles sont jetées en terre pour faire
une nouvelle génération de leurs espèces? Ne voit-on pas pareillement
les belles distillations par les pluies & les rosées, qui font sortir & croître
ces semences. Les sublimations par attractions des vapeurs fétides & souvent
si abondantes, qu'elles pourraient submerger, ou au moins gâter tout
ce qui croit sur la terre; les décoctions, les coagulations & les fixations,
qui se font par les différents degrés de la chaleur de son feu alchimique,
jusqu'à ce que les fruits de la terre soient parvenus, à une parfaite maturité,
prêts à être recueillis? Alors nous y trouvons aussi la vraie multiplication
de tous ces fruits, suffisante pour notre sustentation. Je dirai davantage
Dieu ne fait-il pas journellement au-dedans de nous-même,
qui sommes son petit monde, quantité d'autres opérations d'alchimie, qui
ne sont pas moins sublimes & admirables, que celles qu'il fait dans ce grand
monde: car en premier lieu sitôt que la semence de l'homme en forme
d'une liqueur blanche est enfermée dans son propre vaisseau, qui est la matrice
de la femme, il commence d'y travailler par l'ouvrage de putréfaction,
dont il suit naturellement la dissolution, qui dispose le composé à la séparation
de ses éléments, & après la séparation faite du flegme inutile, &
des fèces terrestres par l'ouvrage de la distillation, il vient à la coagulation
des parties pures dudit composé, en quoi l'on voit le commencement d'une
transmutation admirable, car ce qui n'était au commencement qu'une
liqueur claire & blanche, se trouve transformée en une masse de chair
solide & rubiconde, que l'on nomme embryon, & alors sur cette masse de
chair, se fait un merveilleux ouvrage d'alchimie, car elle se divise & se
sépare en soi-même en plusieurs parties comme la tête, les bras, les jambes
& avec tout le reste du corps, dans lequel plusieurs autres membres
distincts l'un de l'autre, & placé chacun en son propre lieu, sans aucune
confu-

@

( 16 )

confusion, ayant chacun son office particulier, après cela par la voie de conjonction,
ce grand Opérateur joint l'Ame & l'Esprit avec le corps, & puis il
le passe par l'oeuvre de fixation, afin que l'union de ces trois choses se fasse
plus forte & indissoluble, ensuite la cibation suit naturellement par
laquelle le corps animé & vivifié de l'esprit s'augmente & se multiplie en
quantité & en vertu de jour en jour, jusqu'à ce que le premier composé
étant amené à la fin prétendue par les diverses opérations du grand Alchimiste
notre Dieu, il se tire finalement de son vaisseau maternel en forme
d'un bel enfant vivant & parfait.
On remarque de plus l'excellente transmutation, qu'il fait en convertissant
en chair & en os, en sang & autres liqueurs, le pur lait, dont
l'enfant est nourri pendant un long temps, & il fait la même chose en nous
du pain & de bon vin que nous buvons & mangeons journellement.
Ne voyons-nous pas encore, comment il pratique continuellement
dans nous-mêmes toutes les opérations d'alchimie, commençant toujours
par la putréfaction pour venir aux autres ouvrages de dissolution distillation
& séparation & tout cela dans un même fourneau, & point dans un seul
vaisseau, mais en plusieurs, & par différents degrés de chaleur: car dans
l'estomac se fait la première putréfaction des viandes que nous prenons pour
notre nourriture avec la séparation du grossier du subtil, du pur & de
l'impur, laquelle étant faite le grossier & l'impur qui est l'excrément sulfureux
est renvoyé aux boyaux qui en prennent leur nourriture nécessaire,
& ils rejettent le surplus, & le poussent hors du corps; mais le pur & le subtil
du nutriment universel, qui est un (sui?) que l'on nomme chyle, de l'estomac,
il s'en va au foie, qui en fait une autre digestion, & une autre séparation
pour le mieux raffiner; du plus fin & du plus subtil il fait le sang
pur & net, duquel il se nourrit aussi bien que tous ses autres compagnons
les membres du corps, envoyant à chacun par les veines sa portion congrue,
le reste se renvoie aux rognons, qui en font une nouvelle putréfaction
& une nouvelle séparation, retenant à eux le meilleur & pour le reste
qui est l'urine & l'excrément du sel, il le renvoient par ses canaux propres
à la vessie qui s'en décharge comme d'une chose superflue au corps humain.
Nous voyons aussi comme Dieu a bâti son fourneau, qui est le corps
de l'homme, ce fourneau est d'une structure si belle & si admirable, qu'on
n'y saurait trouver à redire; il a ses soupiraux & ses registres nécessaires,
comme sont la bouche le nez & les oreilles, sans oublier les yeux, afin de
conserver dans ce fourneau la chaleur tempérée & son feu continuel aéré,
clair, & bien réglé, pour y faire toutes ses opérations alchimiques, ensuite
on voit les trois beaux vaisseaux distincts & séparés dans un très bel
ordre, qu'il a placé dans ce fourneau pour achever ses opérations.
Le

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( 17 )

Le second de ces vaisseaux est l'estomac, qui contient le coeur, qui est
le premier & le principal membre du corps, & du coeur procèdent toutes
les artères, qui sont comme des petits tuyaux, qui portent en manière de
distillation les esprits vitaux dans & par toutes les parties du corps. Ce
second vaisseau, contient aussi l'air nécessaire pour l'entretien du feu alchimique
avec ses soufflets qui sont les poumons aux deux cotés du coeur,
pour lui conserver sa chaleur, & pourtant le rafraîchir tout doucement le préservant
de combustion, quand ce feu se trouverait déréglé par quelques excès.
Le premier vaisseau est la tête, qui contient le cerveau & dans celui-
ci tous les sens de l'homme: Du cerveau procèdent aussi tous les nerfs, qui
lient & entretiennent tous les membres du corps, & lui administrent la faculté
de se mouvoir & de sentir.
Le troisième vaisseau est le ventre qui contient le foie, qui fait tout
le sang humain, & de ce foie procèdent les veines, qui sont des autres
tuyaux, par lesquels le sang est distillé & conduit jusqu'aux extrémités de
tous les membres du corps, pour nourrir & sustenter chacun de ces membres
& par là leur fournir les forces naturelles. Et encore bien que dans ces
trois vaisseaux, il se fasse différentes opérations, toutes fois le tout ne tend
qu'à une même fin, qui est d'amener & entretenir ce corps en une parfaite
santé & longue vie avec la vertu & la puissance de multiplier son
espèce infiniment jusqu'à la consommation des siècles.
Aussi voit-on entre ces trois vaisseaux une harmonie & un accord admirable,
en se servant l'un & l'autre des meilleures choses, qu'ils contiennent,
car le foie contenu au ventre, & qui est comme le maître d'hôtel de tout
le corps, envoie par des canaux propres l'aliment qui est nécessaire & convenable
au cerveau; il en fait autant au coeur par la grande veine, qui
porte le sang au côté droit du coeur & le transperce jusqu'au milieu ou ce
sang se raffine davantage & tellement que le plus subtil perçant plus outre,
étant parvenu jusqu'au côté gauche se convertit en esprits vitaux, dont
se remplissent les artères, qui prennent leur source & leur naissance de ce
côté gauche du Coeur, d'où elles se répandent par tout le corps, du côté
droit du coeur il sort une veine artériale, qui porte aux poumons le sang
nécessaire pour sa nourriture, & du côté gauche sort l'artère vénale par laquelle
le coeur reçoit du poumon l'air, qui lui est nécessaire, tant à rafraîchir
sa chaleur, qu'à attirer les vapeurs inutiles, qui naissent avec les esprits
vitaux, afin de les élever & faire sortir du corps par la canne gutturale.
Par cette harmonie des membres corporels, & au moyen du secours,
que l'un donne à l'autre, le corps se conserve sain & parfait doué des quatre
vertus principales, savoir l'attractive, rétentive, immutative & expulsive,
par lesquelles chaque membre attire à soi aliment, qui leur convient;
C vient,

@

( 18 )

l'ayant attiré il le retient; en le retenant il le transmue & convertie
en sa propre substance, & ce qui est superflu il le chasse & le rejette au dehors,
l'on voit de plus comme tout le corps humain contient la forme & la
figure d'un très beau & très propre alambic, pour toutes les opérations de
l'alchimie, car la tête y sert de chapiteau, & le surplus du corps est comme
une cucurbite contenant les matières dont le Souverain Alchimiste
fait ses opérations: entre le chapiteau & la cucurbite est le cou si bien joint
& adapté l'un à l'autre, que rien ne peut s'exhaler du vaisseau pour se perdre,
d'autant que dans le cou, il y a deux passages réellement distincts &
séparés, l'un est la canne du gosier pour le passage des esprits & de l'air
provenant du poumon, & l'autre est l'orifice pour le passage du boire & du
manger, qui descend au ventricule pour le nutriment du corps, tout dans
un ordre admirable.
En somme qui voudrait discourir en détail de toutes les belles opérations
Alchimiques, que Dieu fait dans ce grand & dans ce petit monde, il
s'en pourrait faire un très gros livre, & d'une doctrine très profonde, que
je laisse maintenant à considérer plus profondément aux Amateurs de cette
noble science, me contentant d'en avoir fait cette ouverture comme chemin
faisant pour aller plus outre.
Il est bien vrai que ces belles opérations alchimiques se faisant, comme
nous avons dit, dans le corps humain, il survient quelques fois de grandes
fautes, non par celle du grand Opérateur, qui avait parfaitement bien
disposé toute chose nécessaire à son oeuvre, mais la faute vient quelques fois
du fourneau, mal construit ou mal entretenu, quelques fois aussi des vaisseaux
fêlés ou mal sigillés, & le plus souvent du feu administré sans ordre
& sans mesure, le tout par la négligence du valet, sous la charge duquel
toutes ces choses ont été commises, voila la source de toutes les maladies,
qui nous attaquent journellement.
Et pour conclusion, je répète encore, qu'après la sainte Théologie, il
n'y a science au monde, qui soit si nécessaire, ni si utile aux hommes, que
l'Alchimie, dans laquelle, il n'y a point de teinture, qui soit fixe & permanente,
ni qui soit suffisante à ôter & consumer les impuretés des métaux
sinon celle de la pierre ou de la Teinture Physicale, qui se doit composer
de matière homogène & de la propre semence de Nature sans addition d'autre
chose étrangère, comme le témoignent tous les bons Philosophes, qui
généralement s'accordent tous à cette maxime, que tous les individus de la
basse nature ont chacun sa propre semence pour conserver & multiplier
à l'infini leurs espèces jusqu'à la consommation du monde, tellement que pour
faire de l'Or, il ne faut pas chercher la matière ailleurs, que dans l'Or
même. C'est ce qu'a dit Augurel dans sa Chrysopée en peu de paroles.
»» Dans
@

( 19 )

»» Dans l'Or dit-il, sont les semences de l'Or, & peu après, Cette semence est un esprit enfermé
»» dans une grosse masse de corps, ainsi que dans une prison, qui ne demande
»» que la main du bon Artiste pour le délier & le mettre en liberté,
»» afin de pouvoir montrer ses vertus royales & la force, que la nature lui
»» a données par dessus tous les autres métaux de la terre, qui sont ses frères
»» puînés, auxquels, il ne demande, que de faire du bien, & les avancer
»» aux mêmes honneurs royales, parce qu'ils sont sortis d'une même
»» souche & d'un même lignage.
Au moyen de cette instruction & de cet avertissement les hommes sages,
& bien avisés pourront désormais reconnaître & découvrir tous les abus
des trompeurs, aussi bien que leur erreur & leur ignorance.
En premier lieu, en ce qu'ils ne travaillent pas en une matière convenable,
& ne savent même ce que c'est que la véritable semence, ni la
première Matière dont la nature a composé & compose journellement
chacune de ses espèces pour en faire des nouvelles générations & des nouvelles
multiplications.
En second lieu, parce qu'ils ne suivent pas les vraies opérations de cette
science, telles que nous les avons déclarées ci-dessus avec leur ordre, qui
ne doit être ni perverti ni prostitué en aucune manière, car c'est dans cet
ordre, que gît tout le secret de la nature. Avec cela il se faut toujours constamment
tenir à cette autre maxime, qui dérive de la première, je veux
dire: Que l'Art n'est que la servante de la nature pour abréger le temps
en lui achevant ses désirs, qui tendent toujours à la perfection & à la propagation
de ses composés. A raison de quoi ceux, qui entreprendront à
faire cette Pierre ou Teinture Physicale doivent faire une attention extraordinaire
à ce principe, que j'ai bien voulu révéler, afin que personne ne
se trompe ou ne se laisse désormais tromper, qui est de ne mettre aucune
chose hétérogène ou étrangère de la nature, autrement ils seront certainement
trompés, & m'en croie qui voudra, mais celui, qui en usera
autrement, il n'en essuiera certainement, que chagrin, perte de temps, dépens
& dommages, & peut être la santé, je l'en assure comme très expérimenté,
depuis plus de trente ans, que j'ai premièrement connu de ces circulateurs;
que j'ai bien employé du temps, bien dépensé de l'argent pour expérimenter
leurs recettes, dans lesquels je n'ai jamais trouvé la moindre
vérité, quant à la vraie transmutation métallique, non plus que dans
leurs multiplications, sinon que j'ai quelquefois aperçu; que par leurs tours
& leurs finesses, ils avaient très bien su multiplier leur or, & leur argent
de la substance du mien. Voilà ce qui a fait vilipender la plus noble science
du monde, mais comme il ne faut pas prendre exemple au mal pour
le suivre, pas plus que pour les abus que les méchants en peuvent faire, il ne faut pas
mépriser & condamner ce qui est bon. C 2 Or


@

( 20 )

Or béni soit le Nom du Dieu immortel qui donne la connaissance de
la vérité, non seulement de cette belle science, mais encore de toutes les
autres à ceux qu'il lui plaît.
Fin du premier avertissement.
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C H A P. I.

Des excellentes & admirables qualités & vertus de la Teinture Physicale ou poudre aurifique dans
laquelle se trouvent les principaux fondements de la médecine Universelle. Les causes des maladies & quels sont les médicaments les plus propres à leur guérison & à la conservation de la vie.
D ieu Créateur du ciel & de la terre, qui, de sa seule parole créa le ciel,
la terre & les eaux, & tout ce qu'ils contiennent, animaux, végétaux,
& minéraux; et pour son dernier chef d'oeuvre fit l'homme à son image, &
lui donna plein pouvoir sur toutes les autres créatures pour s'en servir à
l'entretien de sa santé & de sa vie jusqu'à son dernier période. Ensuite de
quoi ce premier homme crée, plusieurs de ses successeurs ont vécu sains &
robuste pendant près de mille ans, je dis sans aucun sophisme des ans aussi
longs que les nôtres, comme on le prouve aisément par l'Ecriture.
Ces premiers hommes au moyen de la sapience qu'ils avaient reçue de
Dieu ont connu à fond les vertus & les propriétés de chaque simple, animal
végétal & minéral, lesquelles vertus étant encloses dans la profondeur
de leur masse corporelle, entre l'eau flegmatique & la terre sulfurée, ils
ont fort bien su les tirer & extraire par art chimique, en séparant le grossier
du subtil & le pur de l'impur, & s'en sont servis comme de choses que
Dieu avait mises en leur puissance pour leur conservation: cela nous enseigne
que pour trouver & extraire les vertus de tous les simples du monde, qui
en leur première matière sont composés de trois choses, comme je dirai ci-
après, il les faut premièrement décomposer, corrompre & priver totalement
de la forme que la nature leur a donnée; ensuite en séparer les éléments,
les rectifier & les rejoindre en un corps plus parfait & mieux tempéré qu'ils
n'étaient, & en travaillant de cette manière, considérer avec attention, l'élément
qui prédomine dans le composé, afin de connaître parfaitement la
vertu de la chose que l'on cherche & par conséquent à quel usage il peut servir.
Car l'expérience nous montre clairement, que cette masse grossière
du corps, qui comme j'ai dit cache dans son centre & son épaisseur l'esprit
vigoureux de la chose, lui empêche de montrer en effet sa vertu; ou pour
le moins la lui diminue de telle sorte, qu'il ne peut agir que bien faiblement
à l'égard de ce qu'il pourrait faire, s'il était dégagé de ses liens, & ce
qui est bien pis, c'est que l'estomac de l'homme malade en est extraordinairement
ment

@

( 21 )

travaillé & en le travaillant, elle l'affaiblit de telle manière, qu'il lui
est presque impossible de digérer une telle masse du médicament administré,
sans ladite séparation chimique; le pauvre estomac étant contraint de
suppléer à l'ignorance du médecin & de l'apothicaire, qui n'ont su ou voulu
prendre la peine de faire cette séparation comme l'art le requiert, d'où il
arrive, que de tels remèdes, que l'on donne communément avec leur marc
sans aucune séparation ni purification, non seulement ne profitent, que bien
peu, mais le plus souvent nuisent aux malades, en augmentant leurs maladies,
ou leur en engendrant des nouvelles, après leur avoir diminué la chaleur
de l'estomac de telle sorte qu'il ne saurait plus faire une digestion convenable
de la viande & de la nourriture ordinaire, or si la première digestion
qui se fait dans l'estomac, n'est pas bonne, le foie qui fait la seconde
digestion ne peut trouver de quoi faire un bon sang, pour l'envoyer & le distribuer
par les veines à tous les membres du corps, il s'ensuit de là évidemment,
que les rognons où se fait la 3me digestion n'y trouvant pas la
substance nécessaire pour leur entretien, ils ne la retiendront aucunement,
mais ils laisseront tout écouler par les conduits de l'urine, laquelle sera toute
crue & indigeste; cependant l'on fait très peu d'attention à la vraie cause
de tous ces mauvais accidents, qui est celle que je viens de dire. Or pour
bien faire la séparation & la purification par l'art chimique, il faut en premier
lieu bien entendre l'ordre que la nature a tenu dans la composition de
chaque corps, & de quelle matière ce corps est composé, j'appelle corps en
général toute chose, qui se peut voir & toucher.
La commune opinion est que tout corps est composé de quatre éléments,
la Terre, l'Eau, l'Air & le Feu; mais ce n'est pas assez dit, car qui est celui
qui osera se vanter d'avoir jamais vu ou touché aucun des principes en son
essence? Certainement il ne se voit aucune terre, qui ne contienne le feu,
il n'est aucun feu qui ne contienne de l'air, il n'est aucun air, qui ne
contienne de l'eau & puis de la grossièreté de l'eau s'engendre la terre;
de sorte que l'art de séparation ne saurait ramener par soi chaque élément
dans sa simplicité; mais ils sont & demeurent toujours en une forme corporelle
visible & palpable élément élémentés, & particulièrement participants
l'un de l'autre, encore bien, qu'en chaque simple, soit animal soit végétal
ou minéral, il y ait un élément prédominant qui fait connaître sa vertu
& sa puissance. Il faut donc passer plus avant & montrer quelle est la
matière de chaque corps soit sensible soit insensible, de quoi il est composé,
comment il est conservé en son entier & finalement s'il se peut décomposer &
corrompre en rétrogradant l'ordre de la nature, pour venir à ladite séparation:
de là nous entendons, par quels moyens ladite humidité s'entretient
& en quoi consiste la conservation de la santé, ensuite nous comprendrons
C 3 de

@

( 22 )

de quelle manière on peut la rétablir après les dérangements que causent
les maladies, qui attaquent journellement le corps humain. Je dis donc
pour ma première maxime principale, que généralement tout corps est composé
de trois choses diverses, qui ont des vertus distinctes & séparées; ces
trois choses étant bien unies en une proportion convenable, font un corps
tempéré. Ces trois premières choses sont le soufre, le mercure & le sel.
Le soufre est l'huile ou résine du corps, qui contient en soi le feu de
la nature. Qui est le nourricier & le conservateur de la vie.
Le mercure est une simple & pure liqueur répandue par tout le corps,
qui est la cause efficiente de la continuité dudit corps, & qui contient en
soi l'esprit de vie. Le sel est comme l'âme & le moyen qui joint ensemble
les deux extrêmes, j'entends l'esprit & le corps qui sont le soufre & le mercure.
Le sel a encore les propriétés naturelles de coaguler, purifier mondifier
& par conséquent de conserver le corps en incorruptibilité; ce qui l'a fait
appeler par les vrais physiciens le véritable Baume de la nature.
Ces trois choses le soufre, le sel, & le mercure, sont bien séparables en
tout corps, & après leur séparation ils se peuvent toucher au doigt & voir
à l'oeil, chacun directement en son essence. Exemple grossier: Prenez
tel animal ou végétal que ce puisse être, en les mettant au feu, ils sont
bientôt en flammes ce qui ne pourrait être s'ils ne contenaient un soufre
de pareille qualité ignée; en s'enflammant ainsi le mercure fuit & s'envole
par l'air, à moins qu'on ne le retienne par artifice; la séparation
dudit mercure, le corps demeure détruit en cendres qui est la fèce du soufre,
de cette cendre se tire le sel par lessive filtration, évaporation de l'eau,
jusqu'à parfaite coagulation sur le feu ou au soleil comme se fait le sel commun.
Le semblable se peut faire de tous corps les plus solides comme sont les
métalliques & les minéraux selon l'Art spagirique, bien entendue & dûment
pratiquée, mais il y faut une industrie beaucoup plus grande.
Tenant donc pour constant ce principe, que tous corps sont composés
de sel, de soufre, & de mercure en due proportion & unis en parfaite unité,
il s'en suit clairement, que la santé & la vie humaine se peut conserver
sans aucune dissolution ni altération aussi longtemps que ces trois choses y
peuvent demeurer dans une telle union & température, au contraire si par
quelque mauvais accident l'une d'icelles se débande comme il arrive par la
nourriture des mauvaises viandes & mauvais breuvages, ou par l'excès de
l'un & de l'autre, par fréquenter les femmes, trop travailler le corps ou trop
peu, comme font ceux, qui demeurent oisifs, ou qui mènent une vie sédentaire,
ne travaillant que de l'esprit sans aucun exercice corporel, ou qui
endurent la faim, froid, frayeurs & autres accidents: de tout cela il s'ensuit
une altération de la santé & la génération des maladies, par le dérèglement
de

@

( 23 )

de l'un des trois, de deux ou quelques fois même de tous les trois ensemble,
qui sont le soufre, le sel & le mercure.
Or pour connaître lequel de ces trois principes est altéré & la véritable
cause de la maladie, & même telle qu'elle est dans son anatomie, il
faut présupposer, que le soufre étant par excès enflammé, attaque directement,
& échauffe outre mesure les principaux membres inférieurs à savoir
le coeur, le foie, les reins & le cerveau, dont s'engendrent toutes les maladies
chaudes & aiguës, comme fièvres, pleurésies, pestes, épilepsies, manies,
frénésies, & lesquelles se doivent proprement appeler maladies Sulfurées.
Le sel venant à se dissoudre par quelqu'un des dits accidents engendre toutes
les maladies par les fluxions comme catarrhes, apoplexies, quénancies
hydropisies, flux de ventre, dysenteries, lyenterie diarrhée &c. en se dissolvant,
il s'écoule du corps peu à peu, tant qu'à la fin tout le sang humain
& la chair même se trouvant dénués de ce sel, qui est leur baume naturel
viennent à se corrompre, & de cette source viennent aussi tous les ulcères
malins, tant internes qu'externes, polype, noli-me-tangere, chancre loups,
fistules & toutes les six espèces de lèpre, qui menent tout le corps humain
à pourriture peu à peu & à mesure que le dit sel y vient à diminuer, ce
qui fait que toutes ces maladies doivent être appelées Salines.
Quant au mercure il ne s'altère jamais de lui seul, mais quand le sel
ou le soufre sont altérés & corrompus comme j'ai dit, ils engendrent des
excréments venimeux, que la nature débilitée par excès ne saurait expulser,
& lors ce mercure les reçoit dedans soi, & en est infecté, & ensuite
les portant par tout le corps il s'en décharge dans les parties concaves, où
il fait quelque séjour comme aux jointures, ligaments orteils, veines, artères
& aux os jusqu'aux moelles, dont s'ensuivent de très grandes & douloureuses
maladies, comme la vérole toutes les espèces de calcul, ou pierres,
gravelles, sablons tant dans les rognons que dans la vessie & dans plusieurs
autres parties du corps, & cela au moyen de l'esprit coagulatif du sel: pareillement
toute espèce de gouttes tartreuses, comme podagres chiragres,
sciatiques & artérites, & lorsque ce venin a pris possession de ces parties,
il les prive de leurs esprits vitaux qui se consument peu à peu d'où il
s'ensuit une sécheresse des membres, refroidissement & congélation des nerfs,
avec contraction des membres en diverses parties du corps & toutes ces
maladies se doivent appeler Mercurielles.
Voilà la source & l'origine de toutes les sortes de maladies qui altèrent
la santé des hommes, & qui les empêchent de parvenir au période prescrit
de leur vie, accélérant leur mort par faute de se bien gouverner, ou de se
prémunir des remèdes, que Dieu a mis dans la nature, tant pour la conservation
que pour le rétablissement de la santé. On me demandera peut-
être,

@

( 24 )

être, pourquoi je donne à ces maladies le nom de Sulfurées Salées &
Mercurielles, selon les distinctions que j'ai données plus haut; à quoi je réponds
que c'est non seulement pour les connaître en leur vraie anatomie avec
leur origine & leur cause, mais aussi pour donner à entendre, qu'elle doit
être la nature des médicaments & des remèdes, qui conviennent à leur
guérison, en quoi faisant je dis en premier lieu, que je ne suis nullement de
l'opinion de ceux, qui veuillent que toute maladie se guérisse par son contraire,
c'est-à-dire les maladies chaudes par des médicaments froids, & les
froides par les chauds, soit en tel ou tel degré qu'on voudra, ce qui ne semble
aucunement considérable, mais bien faut-il sur toutes choses faire attention
aux vertus spécifiques de chaque simple contre chaque mal, sans
avoir égard s'il est chaud ou froid, ni en quel degré de chaleur ou froideur,
bien suis je d'avis qu'un bon médecin doit connaître non seulement la qualité,
mais aussi le degré de la maladie, qu'il a à traiter afin d'y ordonner les
médicaments convenables, & qui soient en pareil degré de vertu & de
puissance, pour vaincre ou tout au moins pour égaler la force du mal &
évertuer la nature offensée, qui fera tous ses efforts pour expulser son contraire,
& tâchera toujours de se maintenir en parfaite vigueur, de tels remèdes
si efficaces, qui ne sont ni chauds ni froids, mais tempérés & conformes
& la nature se trouvent dans les quintes Essences adroitement tirées
de chaque simple soit animal, végétal, ou minéral, selon les vertus spécifiques,
que la nature a départies à chacun en particulier.
Davantage, ne voit-on pas chaque jour le succès infortuné de cette
méthode commune, de médicamenter les maladies chaudes par les remèdes
froids, & les froides par les chaudes, étant les uns & les autres contraires
à la nature humaine, de quoi pourtant il ne faut nullement s'étonner,
car par le moyen de la contrariété, qui est entre la maladie & la médecine,
quand elle est prise dans le corps, & que les deux viennent à se combattre,
comme deux forts & puissants ennemis il n'est pas possible que le corps n'en
pâtisse extrêmement, & de telle sorte que le plus souvent il ne peut soutenir
ce dur combat & ne sait auquel se joindre des deux, c'est-à-dire le
remède & la maladie, lui étant également contraires & entièrement ennemis,
ainsi le plus souvent la victoire demeure au mal, & si par hasard le
médicament l'emporte sur la maladie, il laisse le corps si débile, & si exténué
du combat, qu'il a souffert du dedans, que de longtemps il ne peut se
rétablir, ce que nous voyons par l'expérience journalière.
Il parait donc que le plus expédient serait d'administrer les médicaments
à chaque espèce de maladies par son semblable spécifique ou approprié,
comme les soufres aux maladies Sulfurées, les sels aux maladies Salées,
& les mercures aux Mercurielles, j'entends les soufres, sels, & mercures,
res,

@

( 25 )

de nature extraits de leurs corps & bien rectifiés par l'Art Spagirique,
encore que les soufres, sels & mercures vulgaires, dûment préparés y
puissent aussi servir, car de tels médicaments qui sont contraires seulement
aux maladies & amiables aux corps humains par leur température & par la
convenance qu'ils ont avec les choses dont ces corps sont composés, n'ayant
que le seul mal à combattre & secondés de plus du corps leur ami, ils se
pourraient promettre une victoire beaucoup plus heureuse & plus aisée contre
le mal; outre que le mal étant une fois chassé, ces remèdes y demeureront
unis avec leurs semblables, c'est-à-dire avec les sels, soufre & mercures
du corps humain, après les avoir préalablement purgés de tous les
excréments venimeux & avoir rétabli entre eux la bonne harmonie, de laquelle
il s'ensuivra la restauration de leurs premières vertus & de leurs
puissances naturelles.
La question est de trouver ces médicaments, si parfaits qu'ils puissent
faire les opérations, que je viens de rapporter, sur quoi j'affirme par expérience,
qu'ils se peuvent tirer de chaque corps, soit animal, végétal, &
minéral, puisqu'ils en sont tous composés, selon notre première maxime,
qui est véritable, toutes fois ils se tirent plus prochainement des uns que
des autres, ils sont même de plus grande efficacité & de plus prompte opération
les uns que les autres, selon le degré de leur excellence: Car il faut
noter, que tant plus un corps est de nature solide, fixe & difficile à corrompre,
d'autant plus est-il de longue durée, & ainsi il excelle par-dessus
ceux qui sont de moindre durée; la preuve de ceci est notoire à celui
qui connaît la nature & les degrés différents, qui sont entre les choses métalliques,
les animales & les végétales, ces derniers sont beaucoup moindres
en solidité, fixation durée, & conséquemment aussi en vertus & puissances.
Delà on peut aisément comprendre l'excellence du roi des métaux,
qui est l'Or en sa pureté, fils du Soleil composé en sa première matière de
soufre mercure & sel très purs & très nets, si bien uni en ses parties, &
si fixe qu'il ne craint ni le feu ni l'eau ni tout autre ennemi qui se puisse
détruire, ou lui couper le cours de sa durée, tant que ce monde pourra durer,
outre qu'il est d'une telle température, qu'à bon droit on peut l'appeler
le premier chef d'oeuvre de la nature.
L'on ne peut donc faire un meilleur choix que de ce précieux métal,
pour en tirer les médicaments les plus puissants & les plus propres non seulement
à conserver, mais aussi à rétablir les hommes en parfaite santé &
prolonger leurs Vies.
C'est ce qu'ont très bien connu non seulement les sages du premier siècle,
qui ont conservé leurs vies en parfaite santé, pendant plusieurs centaines
d'années, mais encore plusieurs qui ont vécu depuis le déluge, comme
D me

@

( 26 )

Hermès le grand, appelé Trismégiste, c'est-à-dire trois fois sage, parce que
c'est lui seul qui a renouvelé le premier, la vraie connaissance de toute la
nature animale végétale & minérale.
Artéfius qui a vécu plus de mil vingt cinq ans, Pythagore, Socrate,
Aristote, Platon, entre les plus excellents Philosophes de leur temps; Salomon
roi des Juifs, Caly roi des Egyptiens & Geber roi des Arabes, Morien
Romain, Albert le grand & plusieurs autres, anciens sages & entre
les modernes qui ont vécu depuis cent ou cent vingt ans, Raymond Lulle
qui est mort de supplice pour la foi chrétienne à l'âge de 145. ans Majorquin,
Arnaud de Villeneuve Napolitain, St. Thomas d'Aquin, Roger Bacon,
George Ripleus, Bernard Comte de Trévisan, Hulderic Eslinger Allemand,
qui a conservé plus de cent ans la santé à l'empereur Frédéric père de Maximilien
& pour le dernier ce grand philosophe Théophraste Paracelse suisse,
qui mérite d'être placé au premier rang, comme roi de toute philosophie
& médecine, tant en vraie théorie qu'en bonne pratique & expériences
très certaines, ayant guéri de son temps toutes les maladies, que les médecins
estiment encore aujourd'hui incurable, comme ladrerie, mal caduc,
hydropisie, toutes sortes de gouttes & autres maladies déplorables, de quoi
font ample foi Messieurs de Nuremberg, à la réquisition desquels il y guérit
douze ladres, qu'ils lui présentèrent publiquement, lorsque les médecins
de ladite ville, par envie le voulurent faire chasser, & pareillement
Messieurs de Saltzbourg lui firent dresser une épitaphe après sa mort; écrite
& gravée en une pierre, contre le mur de l'Eglise de St Sébastien, qui subsistera
autant que la ville, pour la mémoire de ce grand homme mort
en 1543.
Mais revenant à notre propos touchant les excellentes vertus de l'Or,
je ne veux pas nier que les autres métaux, ne soient aussi doués de vertus
admirables tant pour la conservation que pour le rétablissement de la santé,
je sais fort bien, que chaque métal en particulier a sa vertu spécifique, pour
servir aux sept principaux membres inférieurs du corps humain à savoir
l'Or au coeur, l'Argent au cerveau, le Mercure au foie, l'Etain au poumon,
le Plomb à la rate, le Cuivre aux rognons, & le Fer au fiel, & autres minéraux,
comme toutes sortes de marcassites, sels, vitriols, soufres, n'ont pas
des moindres vertus, plusieurs pierres précieuses comme rubis, saphir &
autres approchent aussi de ces vertus, comme aussi les perles, corail, manne
céleste & plusieurs animaux & végétaux sans oublier le précieux antimoine,
qui encore qu'il soit compris sous le signe des marcassites, mérite
pourtant qu'on en fasse une mention particulière, à cause que la nature lui
a accordé de si admirables vertus, que peu s'en faut qu'il ne soit digne d'être
mis au rang de l'Or à l'égard de la médecine, lorsqu'il est dûment préparé:
paré:

@

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car alors sa pure essence à la puissance & la vertu par sa propriété
naturelle de raffiner l'Or de l'homme, qui est le coeur, en séparant & écartant
toutes les impuretés, ni plus ni moins que nous voyons qu'il raffine
l'Or minéral en séparant de son essence tous les mélanges impurs qu'il tenait
des autres métaux imparfaits.
Toutes fois je dis qu'en l'Or seul est la médecine universelle pour servir
à tout ce que les autres métaux, minéraux, végétaux & animaux sont particulièrement
appropriés & restreints, & cela par sa vertu spécifique.
Les anciens Philosophes, qu'on appelle poètes, ont très bien reconnu
cela, quand ils ont feint qu'Apollon était le Dieu de la médecine, c'est-à-
dire le secours des malades & la médecine même pour guérir les humains de
toutes leurs maladies, ils ont aussi reconnu, Esculape son fils pour le premier
& le plus excellent médecin du monde, ce même Apollon est encore
appelé Phoébus & le clair soleil, qui illumine tout ce grand monde; Or
je demande ce qu'ils nous ont voulu signifier par leurs figures poétiques, sinon
que l'Or contient en soi la médecine universelle pour guérir toutes sortes
de maladies, & illuminer l'intérieur du petit monde, qui est le corps humain
& par l'Esculape son fils, ils nous ont signifié le bon médecin, qui fait
préparer l'Or de telle façon, qu'il puisse se communiquer & incorporer avec
ledit corps humain, afin de l'illuminer par ses rayons & produire en lui ses
effets si efficaces, si salutaires & si secourables comme toutes sortes de maladies.
A ce propos les Philosophes sont encore d'accord, qu'il n'y a rien d'engendré
en la terre, qui n'ait un père ou pour mieux dire son origine au
ciel: car Dieu Créateur de tout, ayant premièrement créé le ciel avec tous
les astres & les planètes qui ont leurs influences sur tous les corps terrestres
ainsi qu'il a plu à sa Majesté Divine d'ordonner, nous disons que l'Or étant
la chose la plus parfaite, qui se trouve entre tous les corps insensibles de la
terre, est le vrai & le légitime fils engendré du soleil céleste, qui
est aussi la plus parfaite créature insensible du ciel; Quant aux corps humains
ils conviennent aussi tous sans contredit, que les astres & l'homme
engendrent l'homme c'est pour cette raison sans doute, que l'homme est sujet
à l'influence des astres bonne ou mauvaise, quand on le considère comme
un corps physique tant seulement, ce que je dis pour cause afin que personne
ne s'excuse de son péché, rejetant la faute sur l'astre qui a dominé à sa
naissance, ou à sa conception, car il est écrit que l'homme sage aura la domination
sur les astres, pour ne pas se rendre sujet à leurs malignes influences,
j'entends par l'homme sage, celui qui est régénéré par l'esprit de Dieu
en nouvelle vie, gardant ses commandements avec parfaite foi, & avec confiance
de parvenir à la vie éternelle sous l'enseigne de Jésus notre Seigneur
& notre capitaine.
D 2 En

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( 28 )

En considérant donc l'homme comme un corps physique engendré en
partie des astres, ce n'est pas sans raison, qu'on l'appelle microcosme ou petit
monde, contenant en soi par similitude tout ce qui est contenu au grand
monde même les sept planètes, qui sont les sept principaux membres intérieurs
du corps, à savoir le Coeur, le Cerveau, le Foie, le Poumon, la Rate,
les Rognons & le Fiel, qui ont la domination sur tout le corps en ce petit
monde, comme les sept planètes ont la domination sur toutes les créatures
du grand monde.
Ces sept planètes ont aussi laissé leur nom comme par héritage aux sept
métaux de la terre, comme à leurs vrais & légitimes enfants, savoir le Soleil
à l'or, la Lune à l'argent, Vénus au cuivre, Jupiter à l'étain, Saturne au
plomb, Mars au fer, & Mercure au vif-argent, & avec leurs noms ils leurs
ont imprimé leurs vertus & leurs puissances.
De ces choses nous apprenons premièrement à connaître les maladies
métalliques, avec leur origine, quand quelqu'un des membres intérieurs de
l'homme est malade, & en second lieu d'où il faut tirer leurs médicaments
spécifiques le plus prochainement, & de plus grande vertu; qui est sans
doute des 7. Métaux susdits & d'un chacun d'iceux approprié à sa maladie;
comme au mal de coeur, la médecine de l'Or, au mal du cerveau la médecine
de l'Argent, au mal de foie celle du Mercure, à celui du poumon celle
de l'Etain, à celui de la rate celle du plomb, à celui des rognons celle du
Cuivre, & finalement à celle du fiel celle du Fer.
Toutes fois attendu que l'Or est le seul parfait métal, qui contient en
soi la vertu de tous les autres, c'est à lui seul auquel on peut surement recourir,
pour trouver plus prompt secours contre toutes les dites maladies, &
c'est à cette fin que Dieu a principalement créé & donné aux hommes ce
noble & précieux métal.
Or le point de la difficulté gît dans la préparation de l'Or pour en tirer
la Médecine universelle; car ceux-là manqueraient grossièrement, qui le font
bouillir dans leurs potages & breuvages avec toute la masse corporelle, parce
qu'ils n'en peuvent tirer aucune substance; le corps de l'Or étant d'une
nature si compacte & si fixe, que le feu même quelque violent qu'il soit
ne le peut diminuer ni lui enlever la moindre chose, de ce qu'il a reçu de
bénéfice de la nature, moins encore le peuvent faire toutes les eaux ni les
autres choses, avec lesquelles on le fait bouillir ou tremper, & quant à ceux
qui le donnent en poudre, en limailles ou en poudre subtile, dans les restaurants,
pilules, sirops, & leur confection d'Alkermès dont ils font tant de
cas, ils manquent doublement, ne songeant pas à ce que la chaleur naturelle
de l'homme est incapable de le digérer; car elle ne saurait corrompre
ce que le feu externe ne saurait jamais détruire: tellement que l'Or ainsi
pris

@

( 29 )

pris en poudre on en feuilles, ne se pouvant communiquer au corps humain,
en est chassé & se retrouve dans la chaise percée tel qu'il a été pris par
la bouche sans la moindre diminution de son poids ni de sa substance, &
par conséquent n'y profitant de rien, mais au contraire si la faculté expulsive
de l'homme se trouve débile, cet Or ainsi avalé demeure amoncelé
dans l'estomac qui en demeure chargé & aggravé, ou bien au cas que la
nature fut si puissante, qu'elle en put faire je ne dis pas une résolution car
elle est impossible, mais seulement quelque subtilisation de ses parties, encore
ne serait pas cette subtilisation suffisante pour se rendre communicable
au coeur & au Sang, ainsi il s'en va toujours avec les excréments & ce qui
est bien pis c'est qu'en passant par les boyaux, il les incruste & il les dore
par-dedans, au moyen de quoi les pores sont bouchées & les fonctions naturelles
tant de l'estomac que des dits boyaux en sont empêchées; d'où naissent
plus de maladies, que n'ont jamais pensé, ceux qui l'administrent, ni ceux
qui le prennent aussi grossièrement.
N B. Il faut donc par nécessité que l'Or soit préparé & subtilisé d'une
autre manière, je veux dire par la réduction en sa première matière, qui
sont le mercure le sel & le soufre de telle sorte, qu'étant pris par la bouche,
il se puisse avec facilité & sans donner aucun travail à l'estomac communiquer
unir & incorporer avec le mercure, soufre & sel de l'homme, qui
leur sont homogènes, & qui sont la vraie matière de sa composition comme
de tous les autres corps sensibles & insensibles.
Toutefois il se faut bien garder, que dans cette préparation il n'entre
le venin de quelque corrosif, lequel avancerait plutôt qu'il ne prolongerait
les jours de l'homme, mais il se faut seulement servir de choses cordiales
amies de la Nature.
+ La véritable plante de Janus est un acide, qui voit devant & derrière
lui, c'est pourquoi Janus est dépeint avec un visage devant & derrière.
Or le vinaigre n'est volatil ni fixe mais un vrai hermaphrodite.
On peut encore entendre par là, la quintessence animale & végétale,
c'est-à-dire de l'homme, du vin de la manne ou du bon miel, ou plutôt
l'esprit-de-vin avec le tartre car le tartre est la plante de Janus.
Ce que j'ai trouvé par une grâce spéciale de Dieu dans les esprits de
certains animaux & végétaux qui sont les plus familiers à la nature de l'homme,
comme sont ceux qu'on peut extraire par art chimique de la plante
de Janus & de la manne des fleurs. Secret admirable de la nature.
Par le moyen de ces excellents esprits; j'ai ramené l'or que l'on croyait
indomptable, à sa première matière de mercure de soufre & de sel distincts,
séparés visibles & palpables.
En faisant cette opération, nous avons aussi trouvé les trois manières
D 3 d'or

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( 30 )

d'or potable, selon ce que Paracelse nous a laissé par écrit en son livre de
la Cure & Guérison des membres, conçue en peu de paroles, mais en très
grands mystères, & qu'il est presque impossible de comprendre sinon par les expériences.
Je dis donc que l'or est appelé l'or potable, quand avec des certains esprits
& avec certaines liqueurs, il est réduit en une substance qui se peut boire
& que sa dose est d'un scrupule chaque fois.
La seconde manière est qu'après ses dissolvants séparés, il est réduit en
forme d'huile dans sa seule substance sans addition de la moindre chose &
de celui-là, la dose ne doit pas excéder 10. grains d'orge pour le plus.
La troisième est appelée Quinte Essence de l'or, quand sa teinture rouge en
est extraite & séparée de son corps, & il dit que dans cette teinture, consiste
la principale vertu de l'or, & sa vigueur active, c'est pourquoi il n'en ordonne
pour une dose que trois grains & pas davantage à la fois.
Il y en a une autre quatrième manière beaucoup plus excellente, que
ces trois méthodes précédentes, de laquelle il ne parle nullement dans le
livre susdit; mais bien en plusieurs de ses autres livres, en celui: De
Tinctura Physisorum, en sa Pyrophilie, au livre de Spiritibus Planetarum,
au deuxième & au troisième livre de Vitâ longâ.
De l'or potable fait par cette dernière méthode un seul petit grain, peut
faire transmutation soudaine non seulement des métaux imparfaits; mais
aussi des corps humains altérés de quelque maladie que ce puisse être, en
purgeant l'un & l'autre de leurs ordures & de toutes leurs impuretés, celui
qui la pourra trouver, pourra bien se tenir assuré de la faveur de la grâce
spéciale de Dieu, qui ne la donne pas en tout temps, ni à tous ceux qui
la cherchent, mais seulement à qui & quand il lui plaît, afin qu'il en use sagement
à sa gloire. Touchant ce que Paracelse, dans son dit Livre des contractures
ordonne de prendre cet or potable selon les doses qu'il nous a prescrites
trois fois par Jour, c'est-à-dire le matin, à midi & au soir, il l'entend pour
ceux, qui sont malades & même pour la guérison des dites contractures, &
non point pour les personnes saines, qui se veuillent seulement conserver en
parfaite santé & se prémunir contre les mauvais accidents à venir; car à
ceux-là il suffira d'en prendre seulement une fois le jour au matin, encore
faudrait-il qu'ils fussent déjà bien avancés en âge, & aux plus jeunes une
seule fois la semaine, & même à ceux, qui ne sont pas en état de faire trop
de dépense une fois le mois pourra leur suffire, bien qu'il ne puisse nuire
aucunement, mais faire un très grand bien à tous ceux, qui voudront en user
tous les jours, & cela sans aucune distinction des temps, ni des personnes,
ni d'age ni de sexe, ni de complexion quelque différence qu'il y puisse avoir
de l'un & l'autre, par les raisons que l'on peut colliger des témoignages approuvés,
prou-

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( 31 )

que je veux bien ici rapporter en déclarant plus ouvertement les
admirables vertus & les propriétés presque surnaturelles de l'or potable.
Entre les plus excellents philosophes anciens, Geber roi d'Arabie, traitant
de l'excellence de l'Or potable a écrit. Que l'Or était une Médecine,
qui chasse la tristesse & conserve le corps humain dans une longue & vigoureuse
jeunesse, la raison en est bien naturelle parce que toute chose se
réjouit de son semblable; Or est-il que l'Or étant le vrai fils du Soleil, qui
éclaire tout ce grand monde, ne reconnaît pour son semblable rien qui lui
soit plus proche que le coeur humain, qui est notre Soleil intérieur, & entre
les 7. principaux membres du Microcosme le plus excellent comme le soleil
entre les sept planètes de ce grand monde, aussi peut-on voir, comme
l'Or par sa propriété naturelle attire le coeur de chacun, qui le voit, de
telle sorte qu'on ne peut s'empêcher de le désirer, jusqu'aux petits-enfants
qui n'ont encore aucune connaissance, ni le moindre usage de la raison;
jusques là que je me souviens fort bien d'en avoir vu, qui entre plusieurs
jetons tous neufs de cuivre, qui reluisaient comme l'or, choisissaient sans
hésiter la pièce qui était de ce métal précieux. On ne doit donc pas s'étonner
de ce que l'Or se retire naturellement au coeur de l'homme, pour
le réjouir comme son semblable & en le réjouissant chasser toute tristesse
& mélancolie, & par conséquent après la tristesse passée & la joie introduite
au coeur il la communique à tous les autres membres inférieurs, comme
le soleil communique sa clarté à toutes les planètes du grand monde. Delà
il s'ensuit que l'intérieur étant ainsi affecté, l'extérieur s'en doit ressentir &
paraître plus jeune & mieux disposé, qu'il ne serait sans cela, & de cette sorte
il empêche, ou pour le moins il retarde par un long temps la venue de
la vieillesse ridée & difforme:
Arnaud de Villeneuve en son livre de Conservanda Juventute & retardanda
senectute, au chap. premier, après avoir prôné au-dessus de toutes
choses de ce monde, l'or bien préparé. ,,Il dit ainsi au second chap. il faut
,,savoir, que la rénovation & confortation de la peau de l'homme se fait
,,promptement par l'usage de l'or potable, car c'est lui qui guérit toute lèpre,
,,transmue le corps humain, le purifie & le renouvelle: Il y a plusieurs
,,choses, qui approchent de cette opération; mais c'est l'or potable qui fait
,,le plus surement ces miracles sans se corrompre, & qui est le plus conve,,nable
à la nature humaine: Car il n'échauffe ni ne refroidit, il n'humecte
ni ne dessèche, mais il est tempéré de tout tempérament, en quoi il
surpasse toute chose. Aussi il donne secours & l'estomac froid, fait hardis
les timides, conforte les cardiaques, chasse la mélancolie, tempère & conforte
la chaleur naturelle, en quoi rien ne l'approche, sa vertu se manifeste
en sa substance, & parce qu'il a en lui la clarté, il clarifie, par rapport à sa
tem-

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( 32 )

température il tempère toute chose; à cause de sa pérennité il conserve le
corps humain, & à raison de sa ressemblance à la complexion humaine, il
s'y incorpore étant dûment préparé, mais en sa préparation gît tout le secret,
qui a été caché des sages de crainte de l'envie, de plus il affermit &
rectifie la substance du coeur & par l'impression de sa pureté en chasse toute
impureté & le garantit de tout ce qui pourrait lui nuire, il éclaircit la
substance des esprits, il émeut le sang jusqu'à la peau, induisant une beauté
de jeunesse & nettoie le corps très doucement. Au troisième chap. du même
livre, on y lit encore; Quant aux autres choses qui échauffent & humectent
par leur tempérament égal, il y a le vin, qui est de complexion tempérée,
la perle pareillement est tempérée & conforte la chaleur naturelle,
elle est utile aux cardiaques & aux timides, & clarifie promptement le sang
du coeur, auquel j'en ai vu plusieurs le liquéfier, & avec elles on a guéri
quantité de maladies, mais ce qui n'a point de pareil c'est le sel de la mine du
Soleil, lequel étant préparé comme il faut, les Sages l'ont comparé à la
chaleur d'une saine adolescence, & à raison de cette similitude, ils l'ont
appelée Pierre Animale: Les autres l'ont appelé chifir minéral; d'autres la
Médecine perpétuelle & l'Eau de la vie, & toute l'industrie de sa préparation
gît en ce qu'il soit réduit en eau très pure & potable, avec ingrédients
qui ne puissent aucunement altérer sa propriété naturelle.
Celui qui voudra plus particulièrement savoir les vertus infinies de
cette précieuse liqueur & substance de l'Or n'a qu'à lire les bons auteurs
anciens & modernes & surtout ceux de Paracelse.

Instruction fidèle amiable fondée en expérience sur la question, savoir si dans la nature, il y
a un secret en particulier capable de nourrir son homme, ou qui puisse augmenter son Capital, sans qu'il provienne hors de la source Universelle.
S i jamais question agitée a trouvé des contradicteurs, c'est certainement
celle que je viens de déduire, puisque la plupart des auteurs soutiennent
la négative, d'autres au contraire l'établissent de toutes leurs forces,
& ils tirent les preuves dont ils appuient leurs sentiments hors de l'auteur
du Petit & du Grand Paysan, les autres au contraire soutiennent, que la matière
dont celui-ci forme son particulier, est celle là même dont doit se faire
la teinture universelle, & qu'ainsi elle provient toujours de la véritable source
universelle, & bien que cet auteur assure, que l'on peut le pratiquer tous
les huit jours, & qu'il rend six lots d'or dans une marc de lune, il n'en manque
pas qui osent s'inscrire en faux, & donnent un démenti public à cet auteur,
disant que la chose est impossible, ou qu'il faut l'entendre que lorsque
la Pierre ou l'Oeuvre universelle est une fois achevée, on peut en prendre
une partie, & en faire le profit, & le reste s'en servir pour la multiplier en
quan-

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( 33 )

quantité & en qualité, & que c'est ainsi qu'il faut entendre ce particulier,
& que sans cela il n'y a rien à espérer, cela n'empêche pas que des curieux
infatigables y travaillent sans relâche, l'on aura beau m'objecter, que
c'est pour cela que l'on en voit si peu de succès, parce que j'ai à répliquer,
que ceux qui travaillent directement à l'oeuvre Universelle, ne sont guères
plus avancés.
Je ne veux pourtant prendre parti ni pour l'un ni pour l'autre dans cette
dispute; mais seulement enseigner grossièrement, ce que Dieu & la nature
m'ont découvert en effet & dans la vérité, & comme je ne m'en rapporterai
qu'à ma propre expérience, sur laquelle seule je puis faire fond, je
laisserai aussi à un chacun la liberté d'en croire ce qu'il trouvera bon! je
passe donc à l'oeuvre même, & je dis.
Que celui, qui veut gagner son pain honnêtement sans faire tort à personne
& se tirer du labyrinthe des sophistications doit avoir trois matières
en vue, & diriger toutes ses pensées sur ces trois matières, qui sont l'or, l'argent
& le mercure; car ces trois choses étant les principales matières, dans
lesquelles avec la bénédiction du ciel il y a quelque chose de bon à faire
in via universali, c'est en elles aussi que sont cachés les trois plus grands
mystères, pour changer l'argent en Or, par la voie particulière, afin qu'il
se fasse une union radicale, & que l'or & l'argent ne puissent plus être séparés
l'un de l'autre, mais qu'ils demeurent ensemble, comme un or parfait,
& qu'ils puissent soutenir toutes les épreuves imaginables. Je donnerai au
lecteur une véritable instruction de faire changer l'argent en or, & en faire
l'inquart, pourvu que le curieux veuille bien observer toutes mes remarques
les bien entendre, & pratiquer au pied de la lettre.
Je proteste cependant d'avance, que ce n'est nullement pour gagner
des millions, comme l'on pourrait peut-être l'espérer par la voie universelle,
mais seulement pour gagner un intérêt plus fort, que par aucun applicat
ni commerce, ou avec un petit capital amasser en peu de temps assez de
bien pour s'entretenir honnêtement avec sa famille.
Pour garder un meilleur ordre, je renfermerai toute l'oeuvre dans certains
points ou questions que je vais faire tout de suite.
Premièrement, je demande pourquoi, l'argent & l'or ne s'unissent pas
radicalement, quand même on les fond ensemble à fort feu, au contraire
on les sépare par l'eau séparatoire dans le même poids, que l'on les avait mêlés
ensemble! un homme qui est parfaitement au fait de ces matières, me
répondra, que l'or étant pur & de propriété chaude, & l'argent étant moins
pur, froid & humide de sa nature, deux choses aussi contraires en qualité
ne peuvent subsister ensemble constamment, à moins que celui qui est moins
pur, ne soit purifié & que le tiers qui a le pouvoir d'unir les choses contraires
ne survienne. E En


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( 34 )

En second lieu, d'où vient que lorsque je fonds de l'or avec du & que
je le passe par le plomb, il se sépare si facilement sur la coupelle sans aucun
effet, ni altération de la couleur, ni aucune augmentation, & que cependant
par l'addition d'une bagatelle, on peut par différentes voies en rehausser
la couleur, telle que celle du corail, & que l'on n'en peut faire autant
de l'argent par les mêmes voies.
Ne me répondrez-vous pas conformément au bon sens que les soufres
étant d'une qualité ignée, ils aiment par cette raison à s'associer à leurs semblables,
comme on a jamais vu, que l'on ait pu unir un soufre ou une huile
avec l'eau radicalement, à cause qu'elle est d'une nature froide & humide,
sans l'addition d'un tiers, mais bien avec ses pareils, c'est-à-dire avec
des huiles sulfurées & humides, parce que l'or est un corps d'une nature
pure, chaude & sulfurée, il prend volontiers dans le ce qu'il y trouve
de sa nature, & qui lui est homogène, & il se charge de cette matière sulfurée
qui est dans & il se l'approprie, ce que ne peut faire la lune, à
cause qu'elle est un corps froid & humide, tout cela est assez connu, & je
dis que si quelqu'un n'en savait pas davantage dans notre art, qu'une bonne
exaltation du soleil, ce qui se peut faire à peu de frais, & dont on voit
différentes manières chez les auteurs, il ne gâtera jamais rien, car les savants
dans l'Art ne doivent pas ignorer que l'or selon les influences célestes
est intérieurement un feu incorruptible, aussitôt donc qu'il est ouvert par
Vulcain, c'est-à-dire, qu'il est fondu, & qu'on lui donne une matière sulfurée
pareille, en sorte qu'il puisse attirer à soi les esprits qui lui sont homogènes,
il les tourne en un moment en sa substance & il se rehausse tellement
en couleur selon la qualité des esprits, ou de la couleur que l'on ne
le prendrait plus pour de l'or; alors seulement il a la puissance de faire part
à la lune purifiée & préparée d'une partie de sa force, ou pour mieux dire
de son superflu & cela radicalement & particulièrement, ce qu'il n'était pas
en état de faire auparavant; communément un or rehaussé de cette manière
embrasse un quart de lune non préparée & l'entraîne avec lui par le
saturne & par toutes les épreuves, gardez cela pour vous.
En troisième lieu, si l'on peut croire que l'on puisse purifier la lune
commune & la digérer de façon quelle se puisse unir en grande partie sinon
entièrement avec le Soleil, & parce qu'un homme Artiste n'ignore pas
qu'il n'y a rien d'impossible à l'Art & à la nature pourvu que l'on en suive
les règles, il me répondra que non, puisqu'il y a bon nombre d'auteurs
graves qui affirment unanimement que l'argent étant un métal pur & fixe se
change facilement en or, pourvu qu'on le rende sourd & compact au poids
de l'or, c'est-à-dire que l'on rétrécisse ses pores & que l'on lui donne la couleur
au moyen d'un or rechaussé en couleur, ou par des soufres aurés qui se
trou-

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( 35 )

trouvent dans quelques métaux imparfaits, ou par une action philosophique
avec un or essentifié, il y a aussi tels auteurs qui font une ample mention
de la préparation de la lune fixe ou compacte surtout Isaac Hollandais,
& Kondorffer ce dernier disant dans un endroit de ses écrits: Si l'on prépare
six fois la lune avec le soufre blanc & à chaque fois 12. heures entières,
elle devient fixe; il prend deux onces de calamine & quatre onces de sel
commun bien pilés & mêlés ensemble, & il importe peu de quelle manière
on l'ait rendue compacte, pourvu qu'elle supporte tous les examens de
l'or, ce qu'il faut bien remarquer car ce n'est pas en une heure de temps que
la lune se réduit de telle sorte que l'eau forte n'y voudra plus faire d'action
prenez du soufre & du borax ana, faites le fondre dans un creuset en un
presque verre ce qui se fait promptement à un feu léger; fondez avec cette
matière une partie d'argent pendant une heure avec violence, videz-la
dans une lingotière mettez-la en grenailles & puis dans l'eau forte, je vous
réponds que l'eau forte n'y touchera pas quand même vous la feriez bouillir
ensemble, mais je n'en suis pas plus avancé, si je porte cette lune dans 16.
parties de plomb, comme c'est l'ordre, & que de la coupelle je retrouve ma
lune telle qu'elle était auparavant, & l'eau forte la dissoudra comme une
autre lune, l'on peut faire la même chose avec le cinabre & rendre la lune
si fixe & si serré qu'on la laisserait trois mois dans l'eau forte, sans qu'elle
y toucherait, mais si un tiers n'y vient à son aide il en sera de même qu'avec
le précédent, car dans le cinabre il y a aussi un soufre commun, fut-
il même fait avec l'antimoine il n'en serait pas meilleur pour cela, c'est
que tout soufre commun est contraire à l'eau forte & qu'au contraire le
plomb le gobe aisément, mais aussitôt que la calamine survient, où l'on trouve
un soufre demi fixe, & pour peu qu'on le sache fixer davantage, le bon
vieux est contraint de la laisser en paix & bien que je ne fasse ici mention
que de la calamine, il faut savoir que dans les autres minéraux il y a
aussi un soufre pareil, mais je l'abandonne à la recherche d'un chacun, je
veux seulement que l'on fasse attention que l'on prétend que la calamine est
un zinc qui n'est pas fusible, & le zinc un métallique & fusible, mais
il n'est presque pas croyable quelle teinture il y a dans le zinc, car si je tire
seulement deux gros de Mercure hors de zinc & le prépare & que j'amalgame
50. & plus de gros de lune, l'une après l'autre avec ce Mercure,
en distillant toujours le Mercure arrière de la lune, tout l'argent sera de
couleur de Ducat, sans le moindre déchet du côté du mercure, c'est ce que
fait aussi le du vitriol qui se prépare bien plus vite & plus facilement
que l'autre, jusques là qu'en 6 heures de temps j'en puis démontrer la vérité
ce que j'ai bien voulu dire en passant afin que personne ne se trompe
avec le soufre commun, & qu'il sache où en trouver un meilleur, au reste
E 2 il

@

( 36 )

il est toujours véritable que celui qui a une véritable préparation & purification
de la lune, en sorte qu'il la dégage & la délivre de toute humidité
noircissante, qu'il digère davantage son mercure, & qu'il change sa nature
froide en une plus chaude, ce qui rétrécit les pores sans autre mystère & le
corps en devient plus compact & qui outre cela, possède l'exaltation de l'or,
certainement il possède un si beau secret qu'il ne saurait jamais se perdre.
En quatrième lieu que le très pénétrant esprit de mercure n'ait la
puissance de mollifier & d'unir radicalement, & je suis moi-même honteux
que sachant à présent combien cette opération est aisée & de peu de travail
été si longtemps dans les ténèbres, & que je n'y ai pas fait plutôt réflexion
tant elle est facile, en un mot l'or & l'argent après leur préparation &
purification ont tant de disposition à s'unir, qu'aussitôt que le mercure y
survient il se fait une union indissoluble car l'esprit du est comme le
prêtre qui unit tellement l'homme avec sa femme que rien que la mort
n'est capable de les séparer ou désunir, pour l'expliquer encore plus clairement
je dirai.
1°. que l'exaltation du soleil dans sa couleur est dans le cuivre par
l'addition de peu de choses de vil prix.
2°. que la préparation de la lune est comme on fait, dans le sel commun
par le moyen de Vulcain que ces deux arcanes se peuvent pratiquer
de plusieurs manières différentes les unes meilleures que les autres, il ne
faut pas que j'oublie de dire que communément la lune traîne avec elle imperceptiblement
une âme de vénus, qui s'insinue dans les pores de la lune
& empêche que la lune ne puisse prendre d'autres matières salines & sulfureuses,
& devenir compacte diminuer de volume & point de poids, & que
l'essence de l'or ne puisse faire son effet sur la lune, c'est ce qui fait dire à
certain auteur Kunkels, dans ses écrits chimiques qu'il ne croit pas que
personne ait encore vu une lune bien pure en sortant de la coupelle, parce
qu'elle y garde constamment une âme de vénus, qu'elle traîne toujours
avec elle, & comme il enseigne la méthode d'en délivrer entièrement la lune
au moyen du salpêtre & du borax & de séparer cette âme exactement,
je dis moi que le sel armoniac le plus habile maître qui soit pour chasser
cette âme sans qu'il en reste un brin, encore que l'on ne peut venir à bout
de la chasser par aucune autre voie, & celui qui bute à rendre la lune pure
& meilleure par la voie particulière, qu'il se serve de cette méthode dans la
pureté de la lune, sans laquelle il n'y a autrement aucun profit à en attendre.
Je démontre par l'expérience suivante qui paraîtra peut-être peu
de chose à bien de gens, mais qui étant bien comprise & presque incomparable
dans sa puissance & vertus, combien le mercure a de force & ce
que l'art est en état d'effectuer; Prenez de la lune fine dans laquelle vous
soyez

@

( 37 )

soyez bien certain qu'il n'y ait pas un seul grain d'or une partie, & du pur
cuivre de Hongrie dans lequel vous soyez de même assuré qu'il n'y a pas un
brin d'or deux parties, fondez-les ensemble & jetez-les en grenailles selon
l'art, mais celui qui ignore ce point les fera limer grossièrement, mêlez ensuite
avec trois parties de mercure sublimé commun, mettez-les dans une
retorte non lutée, placez-la dans le bain sec afin que vous puissiez toujours
voir l'opération du feu & de la nature, distillez-en le mercure vif dans un récipient
à demi plein d'eau commune & vous y verrez fondre dans la retorte
votre matière en guise de gomme qui se fond comme la cire à la chandelle
& brûle de même, portez cette matière dans le plomb & la coupellez, & vous
aurez un corps de lune pure, qui étant passé par l'inquart laissera tomber
quelque peu d'un or fort réchauffé en couleur, mais la lune en est devenue
à moitié volatile, de cette volatilisation de la lune un lecteur intelligent saura
tirer des instructions utiles, or j'ai déjà dis plus haut que lorsque je fonds
ensemble de la lune & du vénus, elle ne rend pas le moindre brin d'or amélioré
ou exalté ni même d'or commun à moins que le cuivre ne contienne
d'avance quelque peu d'or corporel & que l'on pouvait les séparer exactement
l'un de l'autre comme on les avait mis ensemble, & qu'ils ne s'unissaient
pas davantage que l'huile & l'eau à moins qu'il ne survienne un
tiers qui ait la puissance d'unir l'huile avec l'eau, en sorte qu'ils passent l'un
avec l'autre, ce qui est très possible comme savent fort bien tous les apothicaires,
& cela en partie par le sucre, & en partie par le sel de tartre; qui
est-ce donc qui serait incrédule au point que de ne pas croire que le mercure
sublimé a fait le même effet & qu'il est en état de faire quelque chose
de plus, pourvu qu'on le sache mettre dûment en oeuvre, car aussitôt
que le soufre de vénus est radicalement uni avec la lune par le moyen du
mercure sublimé il y a là de l'or, quoique ni dans l'argent ni dans le cuivre
il n'y en eût pas qui est ce qui pourra avoir le moindre doute, que lorsque
je fais dissoudre une partie de Lune fixe dans une eau mercurielle, & une
autre partie de Soleil exalté dans une eau pareille à part, que je verse les
deux solutions ensemble, que je les fais digérer ou putréfier dans le bain
N B. des vapeurs pendant trois jours & nuits; qu'ensuite j'en distille toute
humidité, que je verse de nouveau mon menstrue sur les matières & les
fais digérer encore pendant 24. heures, que je les distille & réitère cette opération
5. ou 6 fois & la dernière fois que je donne pendant six heures un
feu violent à faire rougir le verre, qu'après cela je porte mes matières dans
l'or en belle fonte, les laissant en fusion pendant une bonne heure ou deux
qui peut douter que je n'aie du bon or, qui soutient l'antimoine en donnant
16. & 32. fois le poids de plomb pour la coupelle il ne perdra rien du tout
de sa fixité ni de sa couleur, non plus que par les eaux séparatoires, je dis
E 3 selon

@

( 38 )

selon l'expérience que j'en aie, que non seulement cela arrive en effet, mais
que bien souvent il est encore si fort en couleur, que l'on peut lui donner
encore davantage d'argent fixe, si même la lune n'était fixée, que par le soufre
commun il donnera pourtant quelque chose.
En pratiquant la méthode que je viens d'enseigner, bien qu'il soit véritable
que le soufre métallique soit constamment le meilleur, & produise un
profit trois fois plus considérable & vous puisse donner un entretien honnête
jusqu'à la fin de vos jours.
Ces principes sont réels, on peut les démontrer chaque jour, en effet &
point seulement en paroles, ainsi je crois d'avoir rempli mes promesses &
donné pleine satisfaction à mes lecteurs: il y a d'ailleurs quantité d'auteurs,
qui donnent assez d'instructions sur cette matière, ainsi il serait inutile d'en
donner une description plus marquée, il doit vous suffire que je vous aie dis
sincèrement en quoi le véritable fondement de la voie particulière consiste,
& comme on peut parvenir par cette voie à quelque chose d'important;
ce que jamais auteur avant moi n'a fait, que je sache, celui qui prendra la
peine d'y réfléchir & qui fera ensuite quelques épreuves, ne manquera pas
au contraire sans beaucoup de frais & sans beaucoup de travaux ennuyeux
il pourra parvenir à son but, & me rendra dans son coeur, mille actions de
grâces pour les bonnes instructions que je lui ai données.
Pourtant afin que l'on ne puisse nullement m'accuser d'infidélité, je
veux par surabondance vous enseigner encore ici trois opérations qui seront
comme le fondement de la manière dont il faut s'y prendre pour dessécher
la Lune, la purger de ses impuretés, & la transporter de ses qualités froides
en une nature chaude, par où elle perd le son d'argent, devient du même
poids que l'or, perd de son volume & le regagne en pesanteur & devient
pour ainsi dire désireuse de saisir le soufre superflu du Soleil exalté & c'est ainsi
que la séparation de l'or se fait avec plus de profit qu'avec la lune commune,
car quand vous porteriez même la lune commune dans l'or par la méthode
prédite, elle se fera plus facilement que par toute autre méthode,
& la lune en prend plus volontiers le soleil; après cela je donnerai quelques
opérations qui montreront comme l'on peut exalter la couleur de l'or, &
le lecteur après les avoir éprouvées, sera dans la liberté de choisir celle
qu'il trouvera la plus convenable, ou même d'en inventer quelques meilleures.

Préparation première réelle de la Lune pour l'oeuvre prédite.
P renez de la chaux vive une livre, sel commun une demi-livre, un quarteron
de tartre cru & prenez autant que vous voudrez de ces matières
observant cette proportion, pilez les tous bien, mêlez-les ensemble, & faites
avec cette poudre & de la lune fine laminée de l'épaisseur du dos d'un
couteau

@

( 39 )

couteau stratum super stratum dans une boëte à cémenter en sorte qu'au
fond de la boëte il y ait l'épaisseur d'un petit doigt de poudre & puis des
lames d'argent & puis de la poudre, & poursuivez de cette manière jusqu'à
ce que la boëte soit pleine, que le dernier lit soit de poudre aussi
épaisse que celui du fond, lorsque tout sera sec & couvert d'une couvercle
ou d'un autre creuset bien luté, placez votre boëte dans un fourneau, &
cémenter entre quatre briques seulement avec des charbons, en sorte que le
feu commence de haut en bas, & que vos creusets ou boëte ne soient pas
plus chauds qu'entre brun & rouge & pas davantage pendant dix ou douze
heures, pendant ce temps vous y jetterez toujours de temps en temps des
charbons nouveaux, afin que le feu ne s'éteigne pas, après cela laissez éteindre
le feu, ouvrez la boëte, tirez en vos lamines, que si l'opération a réussi
comme il faut & que l'argent ait beaucoup d'impuretés seront presque
noires, nettoyez le bien de la poudre du ciment & stratifiez derechef avec la
poudre préparée prédite, lutez & cémentez encore pendant 10. ou 12. heures
& réitérez cette opération en cémentant jusqu'à ce que les lamines d'argent
soient friables qu'on puisse les briser comme du fromage & elles seront
prêtes, toutes les lamines étant friables faites les fondre avec du sel
commun, laminez-les de nouveau stratifiez-les derechef avec la poudre comme
devant jusqu'à ce que vos lamines soient derechef devenues friables,
&c. &c.
Dans tout ce travail il faut faire les remarques suivantes.
1° que plus souvent on cémente, plus la lune en devient pure & dégagée
de l'Ame de Vénus & de toute humidité superflue, & plus elle devint
fixe de sorte que si quelqu'un était assez curieux que de cémenter pendant
un mois tout entier, le sel ne purifierait pas seulement la lune au suprême
degré, mais il en échaufferait tellement le corps froid de ce métal,
qu'enfin l'eau forte ne saurait plus l'attaquer.
2° Que l'on y ajoute la chaux vive afin de tenir toujours la poudre
du ciment poreuse: car autrement le sel commun & la lune se fondent aisément
ensemble, & il serait bien ennuyeux de toujours remettre le corps
de la lune en lamines à chaque nouvelle cémentation.
3° Que la chaux donne assistance aux esprits salins pour mieux pénétrer
le corps des lamines & s'y fixer, parce que l'esprit de sel ne dissous pas
autrement la lune, mais seulement le soleil & lorsque les esprits-de-sel s'y
sont une fois fixés l'eau forte n'y peut alors plus toucher, & ils rendent la
lune plus compacte & plus pesante, lui ôtent le son & lui donnent autant
de fixité qu'à l'or même, à la couleur près, ce travail n'est proprement qu'un
ouvrage de femme, les frais en sont fort petits & l'effet réel; mais je ne
conseillerai jamais à personne d'entreprendre ce travail avec quelques onces,
ces,

@

( 40 )

parce que ce serait toujours assez de peine de l'entreprendre avec dix
livres, d'ailleurs il y faut toujours le même temps soit avec peu ou beaucoup,
la Lune ne perd rien que son humidité souillante car on sait que la Lune
noircit toujours lors qu'elle touche ou lorsqu'elle est portée par un corps en
sueur. Mais ce n'est pas ce que fait l'or, & c'est par rapport à sa pureté incomparable
qu'il est estimé à plus haut prix. Voilà donc la première préparation
de la Lune, qui est presque la meilleure que l'on peut exécuter
par quintaux dans un fourneau à cémenter convenable sans beaucoup de
peine & avec très peu de charbons.

Seconde préparation purification & fixation de la Lune convenable pour l'oeuvre prédite, la Lune
devenant comme l'Or à la couleur près.
P renez de l'antimoine cru, & arsenic ana. une livre ou selon cette proportion
autant qu'il vous plaira, pilez bien vos matières chacune en
particulière, mêlez-les & les mettez ensemble dans une retorte bien luttée,
placez-la dans un fourneau où l'on fait & distille l'eau forte, adaptez-y un
petit récipient donnez-lui le feu par degrés pendant trois heures, & ensuite
pendant sept ou huit heures un feu très violent avec bois & charbons afin
que tout soit rouge, & il passera d'abord un peu d'aquosité & ensuite les
fleurs volatiles monteront dans la gorge de votre retorte, qui ne servent à
rien, & dans la retorte vous trouverez l'antimoine fondu & au-dessus vous
y trouverez l'arsenic rouge comme le corail & entièrement fixe, car il a été
en fusion sur l'antimoine comme une huile & lui a extrait son âme ou son
soufre le plus noble, se l'est approprié & en est devenu fixe, séparez-le de son
antimoine avec le marteau parce qu'aussitôt il se détache, quant aux fleurs
volatiles qui sont dans la gorge de la retorte elles ne sont bonnes à rien, à
moins de les mêler encore une fois avec de la matière nouvelle, alors prenez
une livre de cet arsenic fixe & une livre & demie de salpêtre pilé mêlez
& mettez le tout dans une cucurbite & distillez-en une eau forte comme
on fait d'ordinaire, servez-vous en au lieu d'eau forte pour faire l'inquart, prenez
le résidu mêlez-y derechef autant de Salpêtre nouveau qu'il en a passé
en eau forte, faites chauffer un bon large creuset au feu qu'il soit bien
rouge, jetez-y votre masse cuillère à cuillère, quand toute votre matière
sera dans le creuset, laissez-la fondre bien couverte pendant une demi-heure
en sorte pourtant que rien ne déborde, alors versez-la dans une lingotière,
pilez-la & faites stratum super stratum avec lune fine dans un creuset, lutez
un second sur l'autre & tout étant bien sec, cémentez-les ensemble par
degrés dans un feu de roue qu'à la fin tout soit bien rouge sans fondre, cependant
ouvrez votre creuset nettoyez vos lamines de la poudre de cémentation
avec de l'eau, fondez la Lune, laminez, & cémentez derechef avec
poudre

@

( 41 )

poudre pareille, ce que vous réitérez jusqu'à ce que la Lune soit fixe & que
l'eau forte ne l'attaque plus, je vous dis que bien que ce travail soit pénible
à raison qu'il faut toujours coupeller la Lune à chaque cémentation nouvelle,
il n'y en a pourtant pas un plus avantageux & que la Lune devient
enfin égale à l'or même, dans toutes les épreuves, on n'a rien à craindre
non plus de l'arsenic fixe, car il n'est plus un poison il n'est pas nécessaire
d'en mettre davantage que l'épaisseur du dos d'un couteau entre les lamines
d'argent.
N.B. Voila quelques procédés pour purger, digérer & fixer la Lune,
celui qui en suivra la meilleure & ne cessera pas d'y travailler, certainement
il rendra la Lune meilleure dans sa substance & la transmuera en la nature
& propriété de l'or à la couleur près, c'est pourquoi je les recommande
fort aux lecteurs & ils trouveront par expérience que j'ai dis beaucoup
en peu de mots & que j'ai écrit & découvert la pure vérité avec plus de
sincérité qu'aucun autre.
Il faut que j'ajoute encore à ce que j'ai dit, que si quelqu'un était bien
curieux d'avoir promptement la fixation de la Lune, qu'il la prenne après
qu'elle aura été préparée quelques fois par la méthode de l'un ou l'autre de
ces procédés, & qu'il la cémente seulement une ou deux fois avec le cément
suivant, & il fixera en une seule fois la Lune purifiée dans tous son
poids tellement que l'eau forte n'y pourra plus mordre, & il est certain que
si quelqu'un ne savait d'ailleurs rien du tout dans notre Art, sinon cette cémentation
& l'exaltation de la couleur du Soleil & qu'il sut aussi la confirmation
au moyen du il aurait par là de quoi s'entretenir aussi largement
qu'il pourrait le souhaiter. Prenez de l'urine d'homme de ceux surtout qui
boivent du vin, s'il est possible: laissez la reposer & clarifier pendant quelques
huitaines de jours. Prenez ensuite une demi-livre de litharge d'argent,
pilez-la en très fine poudre, mettez-la dans un pot bien vernis qui puisse
contenir quatre pots de liquide, versez sur votre litharge la moitié autant d'urine
que le pot en peut contenir, mettez votre pot sur le feu & faites-le
bouillir pendant une bonne heure en remuant avec une spatule de bois sans
discontinuer, laissez alors rasseoir votre urine & versez-la doucement par
inclination afin qu'il ne passe rien de trouble, dans un vaisseau bien net &
sur le résidu de la litharge vous verserez de l'urine nouvelle, faites-la derechef
bouillir en remuant comme auparavant, versez-la auprès de la première &
continuez ce manège tant qu'il y aura de la litharge. De cette manière on
peut préparer une bonne quantité d'urine que la litharge rend brune & (paise?)
comme la bière.
N B. J'ai toujours entretenu mon feu avec de bons charbons & j'ai trouvé
qu'il était beaucoup mieux, lorsque je n'avais aucun égard au temps,
E

@

( 42 )

mais faisant, seulement bouillir l'urine jusqu'à la diminution de la moitié:
car de cette manière l'urine a mieux attiré la litharge & j'ai continué si longtemps
à verser de l'urine nouvelle jusqu'à ce que j'aie vu que l'urine ne tirait
plus rien de la litharge; vous prenez alors, antimoine cru six onces, cinabre
commun une once & demi, & vert-de-gris commun une once, broyez ces
trois matières ensemble sur la pierre comme fond les peintres pendant une
heure, mettez-les ensuite dans une cucurbite écourtée, versez là-dessus deux
tiers d'un pot de votre urine préparée. Prenez garde qu'il ne coule du sédiment,
placez votre cucurbite dans le sable, donnez-lui le feu à faire
bouillir, remuez diligemment & ayez soin que rien ne déborde, c'est pourquoi
je serais d'avis de prendre une cucurbite qui ne fut pas fort basse, mais
large, faites cuire pendant huit heures entières sans interruption de sorte
pourtant que l'on verse toujours de l'urine nouvelle en remuant sans discontinuer
avec une spatule de bois, jusqu'à ce qu'on y ait versé deux pots
entiers de cette urine préparée, bien que l'on en versât même d'avantage
& à 20. reprises, cela n'y peut pas nuire, les deux mercures ne s'en disposent
que mieux à la fixation, mais il faut bien prendre garde sur la fin de
remuer diligemment sans quoi tout se coagulerait comme une pierre au fond
& l'on ne pourrait le tirer de la cucurbite sans la briser, après avoir bien
desséché votre poudre; si elle pèse neuf onces, c'est fort bien fait, stratifiez
avec cette poudre la Lune purifiée & compacte & il n'en serait que mieux
si l'on mettait entre les lamines de lune l'épaisseur d'un petit doigt de cette
poudre, lutez bien le creuset dans lequel vous aurez mis votre lune avec un
second, renversé sur l'autre, cémentez au feu de roue pendant huit heures
de telle façon qu'à la fin le feu soit tout proche du creuset, sans pourtant
qu'aucun charbon le touche & encore moins que le creuset devienne rouge,
afin qu'il ne fonde pas, sans quoi la lune & l'antimoine coulerait en régule,
qu'il faudrait ensuite pousser en scories par le moyen du salpêtre ce
qui serait pénible & l'urine avec son huileux fera son effet, & introduira fort
bien tous les soufres mercuriels, tirez vos lamines hors du creuset, raclez la
poudre bien nettement, fondez, grenaillez & mettez-les à l'inquart; je vous
dis en vérité que si vous réussissez dans la première Cémentation, (sinon
réitérez avec poudre nouvelle) vous verrez des merveilles dans la séparation
comme quoi l'eau forte ne veut plus toucher à l'argent, & comme la lune
aura gagné la jaunisse, la chaux copieuse qu'elle laisse tomber dans la séparation
est aussi molle & fusible que le beurre, lorsqu'on veut la faire rougir,
c'est pourquoi on l'enveloppe dans du plomb subtilement battu, & on la porte
sur la coupelle sans l'avoir fait rougir, alors vous verrez qu'elle a non seulement
la couleur de l'or mais qu'elle est effectivement un or qui soutient
toutes les épreuves imaginables. Je dis pourtant pourvu que l'on attrape
le

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( 43 )

le cément, car il arrive quelquefois que l'on manque ou que l'on répète si
souvent que l'on y vienne & l'eau forte ne touchera en rien le corps, mais
étant mis à la coupelle, la plus grande partie de la fixité s'en va, mais si
avant de la coupelle, on la mêle avec l'or exalté & que je les confirme avec
le mercure comme j'ai dit plus haut, alors je peux les coupeller, tant que je
voudrais, les faire passer par l'antimoine & l'inquart et elle est, & demeure
fixe & inaltérable, il y a dans le mercure & sa confirmation une opération si
inouïe & si inconnue qu'il faut tenir cette confirmation cachée comme la
N.B. principale pièce de l'oeuvre. Lors que l'on prend la peine de jeter sur
le cul du creuset supérieur de l'argile froide ou des torchons humides, ce
rafraîchissement fait attacher en haut une poudre subtile, qui étant bien frottée
& lavée donne un coulant qu'on peut presque rougir au feu & qui dore
une cuillère d'argent ni plus ni moins que s'il était amalgamé avec l'or.
Il ne faut pas encore ignorer que c'est la réitération des opérations qui
porte une chose à sa perfection ce que l'on expérimente dans notre Art par
une diligence infatigable.
C'est pourquoi il faut chercher sans se dégoûter jusqu'à ce que l'on vienne
à son but, & dut-on répéter cette cémentation depuis 3. jusqu'à 6.
fois avant d'en venir à bout, & alors seulement coupeller & séparer, je vous
assure que vous toucherez au but & que vous trouverez davantage que vous
ne vous imaginez d'abord, c'est pour cela que je ne fixe ni temps ni heure.
Il faut que j'ajoute encore que c'est un point important ou de coupeller
premièrement la lune & puis la séparer, ou premièrement séparer & puis
porter la chaux dans le plomb & puis coupeller car c'est dans cela que consiste
tout l'Art de la confirmation parce que principalement lorsque la lune
a été cémentée 2. ou 3. fois avec le cément, l'eau forte ne peut plus y
mordre, & qu'ainsi il faudrait la séparer sans coupeller, ce qui doit pourtant
être, en un mot on peut faire en sorte par le cinabre en 24. heures de temps
que la lune se précipitera dans l'eau forte, mais cette qualité se perd à la
coupelle, celui qui fait la confirmation ne laisse pas d'en faire le profit, en
peu de paroles j'ai beaucoup écrit & je ne dis rien de plus, sinon que celui
qui m'entend & me comprend bien est heureux, & que chaque artiste avant
de mettre la main à l'oeuvre doit bien étudier & approfondir, qu'il
est le fondement de cette Philosophie.
Je sais que c'est un travail puant que cette coction d'urine, mais qui
a une force extraordinaire pour introduire quelque chose dans les métaux,
& à la longue elle fixe surement tous les esprits volatils & rend un métal
fusible comme la cire, j'ose même ajouter que dans l'urine de l'homme il
y a une telle fixation qu'on en doit être surpris, car son huileux traîne une
chaleur inexprimable, & parce que c'est son huileux qui domine, les esprits
F 2 qui

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( 44 )

qui s'insinuent dans la lune font un effet merveilleux, ajoutés que l'or & l'argent
au moyen de l'antimoine préparé, ont une grande disposition à s'unir,
mais cet antimoine doit être préparé de sorte que sa vertu ne lui soit pas
ôtée, & dans cela & son ajout est cachée une grande rougeur & coloris,
dont les Artistes devraient certainement se réjouir, car c'est un plomb
pénétrant qui contient en soi une haute purgation & purification des métaux,
mais bien que l'antimoine avec son sang intérieur donne une couleur
fort rouge, il ne donne pourtant aucune couleur perse ou tout seul, aussi
n'exalte-il nullement l'or, mais il purge seulement son soufre: Car le soufre
du soleil a d'avance en soi son coloris & son exaltation, c'est pourquoi
pour donner une couleur ferme & constante aux métaux soit rouges soit
blancs il se faut bien garder de l'employer tout seul, mais avec son ajout
il fait des effets merveilleux dans sa substance, on peut même le porter
jusqu'à ce point que de donner une teinture si forte à l'or, que cet or exalté
teindra en très bon or une lune purgée.

Exaltation de l'or au-delà de sa couleur naturelle pour l'oeuvre prédit.
L e plus parfait de tous les céments, est de fondre l'or avec le double de
son poids de cuivre rouge, puis les réduire en lamines minces comme
du papier, puis le cémentez avec la poudre suivante, prenez quatre parties,
de la farine de briques, bien tamisée, sel armoniac, sel gemme, sel commun
préparé de chacun une partie, mélangez cette poudre, & les arrosez
d'urine, avant d'agencer les lamines d'or, il les faut faire rougir, s'il y était
resté quelque ordure, elle se consomme, & que les ingrédients par leur acrimonie
puissent plus librement pénétrer & imprimer leurs vertus, tout étant
ainsi bien apprêté, on prend une boëte à cimenter, au fond de laquelle
on met environ l'épaisseur d'un doigt de la poudre on étend les lamines
trempées en urine, mais en sorte qu'elles ne se touchent point l'une l'autre,
ni aussi les côtés du vaisseau, de peur quelles ne s'enflamment & que
la chaleur venant à s'augmenter les bords ne se fondent, après sur les lamines
ainsi agencées, on met environ l'épaisseur d'un demi-doigt de poudre
du ciment susdit, puis sur la poudre, d'autres lamines comme dessus, &
ainsi continuer lit sur lit jusques à la cime du vase, qui doit être rempli de
poudre en même épaisseur que le fond, savoir l'épaisseur d'un doigt, finalement
on met sur le vase un couvercle on le lutte, il convient que le couvercle
ait un petit trou puis on donne le feu l'espace de 24. heures, en sorte
que le pot soit toujours rouge, après cela on tire les lamines, desquelles
on sépare la poudre avec un pied de lièvre, puis on les lave en urine &
on les dessèche, car en cet examen tout le cuivre s'évanouit, sa teinture &
soufre incombustible demeurant eu la substance de l'or, vu que selon Geber,
ber

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( 45 )

en son 8me Chap. des fourneaux, on tire du cuivre un soufre très pur,
tingent & fixe, mais ce procédé est un peu pénible.
La même chose peut arriver par le procédé suivant, après avoir fondu
le cuivre avec l'or comme j'ai enseigné plus haut, & qu'ensuite on lamine
aussi subtilement qu'il est possible, mettez ensuite vos lamines dans une
petite cucurbite de séparation, versez huit fois le poids d'eau forte faible sur
les lamines, & l'eau forte tirera le cuivre & le séparera de l'or, auprès duquel
il aura laissé sa couleur & si vous réitérez ce travail par sept ou huit fois,
l'or en sera si exalté qu'aucun homme ne le prendrait plus pour de l'or, mais
les épreuves de L'Empire font foi que c'est de l'or, puisqu'il les soufre toutes
& cependant il ne ressemble plus à l'or, mais ce procédé est encore trop
pénible & coûte trop par rapport à la grande quantité de l'eau forte qui y
est requise.
L'on a aussi des céments graduatoires par lesquels on peut rehausser la
couleur du Soleil au-delà de son degré naturel, mais n'ayant pas d'intention
de faire autre chose que de donner quelque méthode de rehausser la couleur
du Soleil de telle façon qu'il ne souffre pas seulement toutes les épreuves,
mais qu'il change encore en une certaine quantité de purifiée &
rendue compacte & fixe, & l'entraîne ensuite avec lui par toutes les épreuves,
j'espère que j'ai donné satisfaction à mes lecteurs & que j'ai accompli
ma promesse, je finirai en donnant par forme de curiosité & de corollaire
quelques ouvertures touchant l'extraction de l'Ame de l'or.
Quelques-uns font grand cas de cette opération pendant que d'autres
ne l'estiment nullement, & moi-même j'ai été en doute si elle était possible
ou non, jusqu'à ce qu'enfin j'en reconnu la vérité casuellement, dont voici
une expérience.
1° J'avais une dissolution de deux onces de soleil faite en eau royale
qui était dans un verre depuis quelques jours, lorsqu'une personne vint
par mégarde renverser mon verre, j'étais peu éloigné, je pris du papier gris
que j'imbibai de mon eau séparatoire, je fis sécher mon papier à l'air & je
le mis ensuite bien pressé dans un creuset & le laissai se consumer à feu
doux je mêlai la poudre noire & spongieuse avec ana de potasse & de sel
commun: Je fis rougir de couleur un peu brune le creuset pendant une
heure entière, alors je donnai feu de fonte aussi pendant une heure, après
avoir laissé refroidir le creuset je le brisai & je retrouvai mon or à peu près
dans son poids, mais il était aussi blanc que la lune peu s'en fallait, tellement
que sur la pierre de touche à peine s'apercevait-on que ce fut de l'or,
mais le fondant qui était au-dessus était rouge comme sang je le pilai subtilement
& je versai dessus un esprit-de-vin très rectifié qui par la digestion
me donnât un extrait très beau & très coloré, cela m'ayant donné à penser
F 3 je

@

( 46 )

je fis plusieurs fois la même opération en imbibant une solution du Soleil
dans le papier gris, cémentant & fondant avec potasse & du sel commun
& j'ai trouvé à chaque fois le même effet, quant à l'or blanc c'est une chose
aisée de lui restituer sa couleur par le moyen du cuivre & de l'antimoine
en l'y faisant passer quelques fois.
2° J'avais un or fort exalté que je voulais faire passer par des examens
plus rigoureux que ne sont les preuves communes, je fis fondre une demi-
once de cet , dans vingt onces d'antimoine qui fut aussitôt re-soufflé de suite,
mais le creuset perça & une bonne partie de ma matière coulât, ce que
je pus récupérer je le re-soufflai entièrement & je trouvai que bien que mon
eut passé par vint onces d'antimoine, il était pourtant aussi fin & aussi
exalté que lorsque je l'avais fondu avec l'antimoine, mais ce qui était tombé
dans les cendres où il y avait beaucoup de farine de briques, je le mêlai
avec autant d'antimoine, après l'avoir pilé lavé & séché tellement que
sur une partie d' il y en avait au moins trente d'antimoine avant que de
pouvoir le ramener exactement en régule, je fis fondre ce régule dans le
double de salpêtre, je laissai le creuset rouge dans le feu pendant deux heures
entières, sans souffler, & par cette fusion douce il ne s'était pas précipité
un seul grain d'or hors des scories, ce qui me surprit fort, je fis aussitôt
rougir un autre creuset, j'y mettais ces scories & je les fis fondre avec violence
à force de soufflet, après une demi-heure de fusion j'y jetai de la limaille
de fer pour accélérer la précipitation, je continuai à fondre encore
pendant une demie-heure avec la même violence, & puis je laissai refroidir
mes matières, ayant trouvé mon or en régule, mais blanc comme l'argent,
je le coupellai & il sortit du plomb beau & blanc, cependant l'eau forte ne
l'attaqua pas, je le passai à l'inquart & il se précipita brun & l'ayant fait
rougir dans un creuset il parut comme or: Mais l'ayant coupellé une seconde
fois il redevint blanc comme auparavant, à la suite j'ai pris la peine de
réitérer cette opération avec de l'autre Or, mais pas une si grande quantité
d'antimoine & j'ai trouvé que la manipulation consistait en ce qu'il faut
que l'on cémente doucement l'or avec l'antimoine & le nitre ensemble sans
le secours du soufflet & le salpêtre en extrait l'ame, mais point du tout, lorsque
l'on donne d'abord un fort feu de fonte, mais celui qui sait tirer l'ame
du soufre du Soleil selon l'Art & selon notre méthode capitale & qui sait
procéder ultérieurement avec ce soufre, encore qu'il fit passer la plus grande
partie du corps de l'or en fleurs sulfureuses pareilles, ou si l'on veut en
un tel cinabre métallique, il a après la pierre Philosophale la plus haute
Teinture, mais comme il n'est question ici selon les promesses que j'ai faites
au commencement que de traiter de l'extraction du soufre des métaux,
on me pardonnera si je ne passe pas les bornes que je me suis prescrit.
Pour

@

( 47 )

Pour conclusion des métaux & de leur solution en général.
I l faut que je rapporte encore une chose des métaux, dans laquelle il y a
quelque particularité cachée, j'ai enseigné dans les sels, qu'une précipitation
des dits sels est diverse de l'autre & que l'un contient plus de terre que
l'autre, c'est ce qu'il faut que je vous propose aussi dans les métaux, par exemple,
faites un esprit de nitre avec de beau nitre comme j'ai enseigné &
farine de briques, selon l'usage commun, dissolvez-y le mercure au froid,
laissez-le reposer, & il se précipitera des cristaux, versez le reste de l'eau arrière
des dits cristaux & conservez-le à part, cette eau ne précipitera pourtant
plus des cristaux quoi qu'il y ait encore du mercure dedans, dans ces
cristaux il y a la plus grande partie de la terre visqueuse du mercure, c'est
pour cela, qu'ils se précipitent le premier faites la même chose avec l'or,
l'argent, le fer, & le cuivre, faites-en l'épreuve avec les cristaux de mercure,
& de lune & vous pouvez trouver dans le troc des parties mercurielles
du mercure, un surcroît dans l'argent hors du métal & du mercure, car
dans la liqueur, qui ne veut plus rien précipiter, il y a la meilleure partie
du mercure, quoique ce ne soit pas la véritable séparation du sel, & du mercure,
vous pouvez pourtant par cette expérience en tirer assez d'ouverture,
pour ne plus douter de la possibilité de la transmutation du mercure en argent
& en or, selon que vous jugerez à propos. Vous pouvez mettre ensemble
les eaux hors desquelles il se sera fait une précipitation, ou prendre l'eau
de l'un, & les cristaux de l'autre vous pouvez vous en servir comme d'un
jeu de cartes, & il y a là-dedans une spéculation admirable à faire, j'ai
écrit ceci pour vous faire plaisir, & vous en pouvez tirer du profit, je ne
vous l'envie point il ne me convient pas d'en dire davantage ni de m'annoncer
plus clairement, mais je le donne pour vous instruire avec combien d'exactitude
il faut observer tout ce qui se passe dans la chimie, comme aussi,
le but de votre dessein & par là vous pourriez parvenir à quelque chose d'utile.
On me reprochera peut-être, que j'ai dit auparavant, qu'il ne fallait
pas mettre deux corps malades dans un même lit, avant qu'ils ne soient
guéris, & qu'ici j'ordonne au contraire d'en mettre plusieurs, cela est véritable,
car j'ai parlé dans cet endroit-là de la véritable purgation, & j'y ai
montré, que l'on peut en quelque manière séparer une partie de la terre
du mercure & quoique dans le précipité aussi bien que dans l'eau le métal
y soit cependant vous trouverez une diminution dans la séparation, ceci est
fort court, mais d'une importante spéculation dans la Chimie, quelque
simple que cela vous paroisse d'abord.
Et pour mon dernier présent je veux placer encore deux manières pour
faire le mercure de Lune.
Je ne crois pas qu'il y ait personne qui ait cherché la méthode de faire
le

@

( 48 )

le mercure des métaux qui n'en ait pas eu la possibilité dans les mains mais
qu'il ne l'a pas aperçue lui-même. La raison en est que l'on veut avoir à
boisseau ce que l'on ne peut obtenir que par cuillerée, je veux ici rapporter
un exemple qui est fort simple, mais qui est certain pour faire voir la possibilité
de faire le mercure de lune ou de saturne, lequel il vous plaira si
vous dissolvez l'un & l'autre dans l'eau forte & que vous la précipitiez avec
sel commun. Prenez en après que vous l'aurez bien édulcoré & séché, une
once chaux vive & potache purgé, ou bien sel de tartre de chaque une
once, mêlez les tous ensemble, poussez-les par une retorte de verre assez
étroite, mais qu'elle ait le cou long, jusqu'à ce qu'elle soit rouge de feu, il
faut que vous sachiez que pour avoir un bon succès, & que l'on ne manque,
ce succès ne gît pas dans le seul feu, mais aussi dans la précipitation, car il
y a une différence notable, quand je dissous la dans l'eau forte & que
j'y jette d'abord de l'eau salée, ou que j'y verse d'abord une bonne partie
d'eau simple, & puis j'y jette de l'eau salée.
Cherchez en vous-même la différence, je puis jurer dans ma conscience
que je l'ai fait plus de 50. fois, mais je ne l'ai rapporté que pour en montrer
la possibilité.
Je dis que l'on ne peut acquérir le sel de la Lune à moins que le mercure
n'en soit séparé, j'ai aussi enseigné la méthode de faire un mercure
vif de la par le moyen de l'huile de vitriol: Mais comme on peut douter
puisque moi-même je le révoque en doute si ce est un pur de , vu
qu'il y a dans l'huile de vitriol un très noble, qui y est caché, selon la remarque
que j'en ai fait dans l'endroit cité, je veux vous enseigner à en faire
une autre, & voici comme je l'ai fait.
Prenez de la chaux de précipitée avec le sel commun quatre onces,
sel armoniac & sel alcali ana une once, sel de tartre une once & demie, sel
d'urine deux dragmes, esprit-de-vin sans flegme deux onces, mettez tout cela
dans une retorte de verre bien fermée en putréfaction quatre semaines,
alors faites-les passer par degrés & sur la fin poussez-les à force de feu, &
vous aurez un mercure vif, & incomparable, Isaac Hollandais l'a décrit cinq
fois, de Lapide Philosophorum pag. 33 & 128. 163. & 170. Item dans le
3e oeuvre minéral pag. 58. & pour des raisons à lui connues, il y a toujours
changé quelque chose, retranchez de l'un, ajoutez-la à l'autre & vous aurez
la véritable voie, mais je n'oserais me vanter d'en avoir tiré la quantité
qu'il promet par ses écrits, si vous faites attention à ses procédés avec le sel
de tartre & le sel armoniac, ils sont véritables, si vous lisez bien d'un bout
à l'autre & que vous méditiez ses manipulations philosophiques, & aussi que
vous observiez exactement ce que j'ai écrit dans différents endroits & que
vous y prenez l'attention requise, vous reconnaîtrez votre faute, il me faut
sou-

@

( 49 )

souvent rire de quelques curieux amateurs de la chimie en discourant avec
eux, quoique ce soit un passe-temps fort désagréable que de s'entretenir de la
chimie avec ceux qui y ont tant soit peu travaillé chez eux le d'antimoine
& de , est d'abord prêt, rien de plus aisé selon ces Messieurs que de le
faire, mais lorsqu'il s'agit de mettre la main à l'oeuvre, c'est alors seulement
qu'ils voient que cette noix a l'écaille dure & qu'elle n'est pas si aisée à
croquer, qu'on pourrait se l'imaginer, car il y faut une certaine manipulation
que fort peu connaissent, mais il n'est rien de plus facile qu'à ces idiots
qui emploient le car le sel, qui conjointement avec le attaque le
métal, fait couler le je n'ai garde de mettre ici aucun de ces sots procédés.
Pour revenir à notre je vous dirai, qu'il y a deux sortes de séparations
de ce de lune coulante, dont je viens de parler, & il a sa vertu particulière,
l'autre se sépare en forme d'une poudre. Si vous pouvez le séparer
de sa terre & de telle sorte, qu'il ne reste rien d'étranger auprès de la
lune, alors vous savez faire le sel de je vous en ai seulement averti fidèlement
pour votre instruction, autant qu'il est permis, ce que je dis ici
de la Lune, vous devez l'entendre de l'or aussi, mais cherchez le premièrement
dans la Lune, pour vous procurer de l'or, & ensuite se mettre avec
plus de courage à la poursuite de l'autre &c.

De la quintessence du miel.
C eci m'a été donné par un excellent homme, qui en a vu les expériences

& confirmé par un certain manuscrit, qui m'est tombé entre les
mains, c'est pourquoi je ne vous le donne pas comme une chose qui vient
de moi, & que j'ai faite, bien que j'y aie fait quelque chose, mais comme un
arcane, dont je fais une singulière estime, que je réserve de faire à la fin
de mes travaux à cause du temps que requiert cet ouvrage.
2° En voici le procédé. Mettez le meilleur miel qu'on pourra trouver,
corrompre au fumier, ou au bain-Marie durant quarante jours, après quoi
distillez dans un alambic à la vapeur du bain, tout le phlegme qui voudra
monter, mettez votre matière aux cendres & en tirez l'esprit, qui est l'élément
de l'air, versez le phlegme sur la matière restée réduite en poudre &
en tirez la teinture, tant qu'elle n'en voudra plus donner.
3° Evaporez toutes vos teintures au bain, tirant le phlegme par distillation,
il vous restera votre soufre au fond, qui est l'élément du feu, reste
maintenant à séparer le sel de la terre, qu'il faut réverbérer & la dissoudre
dedans le phlegme la filtrer & cristalliser en un sel admirable, qui est l'élément
de la terre.
4° Vous avez de cette façon tiré l'élément de l'eau, l'élément de l'air,
& celui du feu par l'eau, & séparé l'élément de la terre de ses impuretés,
G Distil-

@

( 50 )

Distillez derechef l'esprit pour le rectifier, car comme vous avez séparé les
substances par le phlegme, il faut les rejoindre par l'esprit. Dissolvez derechef
l'esprit au soufre, savoir une partie de soufre sur trois d'esprits, un mois
durant, ou tant de temps que tout soit dissous, à laquelle on ajoute son sel.
On peut avec cette admirable essence dissoudre l'or, si on dissout l'esprit
avec le Sel, il dissout l'argent dans une liqueur potable, qui surpasse
tout autre arcane, puisqu'il fait pour ainsi dire rajeunir l'homme, en lui
renouvelant le poil, la barbe, les dents, les ongles &c. en la manière que
les araignées & les insectes se renouvellent tous les ans.
5° Cette Quintessence où est dissous l'or, & les perles, guérit la paralysie,
la faiblesse des membres, & est un excellent remède pour les hectiques
& tabides la dose est de deux ou trois gouttes, dans la quatrième partie
d'une cuillerée de vin.
Le miel est enfin composé du soufre de la rosée, c'est pourquoi nous
le disons non pas la résine de la terre mais du ciel, qui tombe sur les plantes,
que le Soleil cuit dans une admirable douceur, & que les abeilles cueillent
& achèvent de digérer, & séparer de son soufre combustible qui passe
en cire par une admirable providence de la nature.
6° Ainsi la cire est le soufre de l'air, le miel, la partie mercurielle
douce, & le sel du même; qui en est séparée comme la crème est séparée
du lait.
La différence du miel ne se prend pas seulement de ses substances,
mais de la diversité des abeilles qui l'élaborent, ou de la différence & diversité
des plantes, ou de leurs parties, comme de leurs feuilles, de leurs
fleurs, ou de leurs fruits.
Il y en a entre les abeilles, qui ne tirent cette manne ou cette douceur
que des fleurs, d'autres qui ne le sucent que des feuilles, & les troisièmes
que des fruits, les premières qui ne sucent que les fleurs font un miel
très excellent & doux comme le sucre, les secondes qui les tirent des fruits,
le font meilleur encore que celui que les troisièmes tirent des feuilles, qui
est un miel âpre, amer, ingrat, parce qu'elles le tirent avec le vert. Les
principales substances dont est composé le miel, sont la manne l'orche & le
trône, lequel miel n'est pas à la vérité dans les fleurs, feuilles & locustes
des arbres, tel que nous l'avons, mais qui ne reçoit sa dernière perfection
que dedans l'estomac des abeilles, enfin le miel est aussi différent qu'il y a
de contrées différentes, & des plantes différentes, car autre est le miel de
Narbonne, autre celui de la Pouille & autre est enfin celui qui vient des
roses, des lis, de la vigne, autre celui des arbres comme le pommier, cognassier,
pêcher &c. qui ont un sel ou plus acre, doux, ou amer, purgatif,
astringent, de bonne ou de mauvaise odeur &c.
Ge

@

( 51 )

Ce gui fait encore le miel différent, c'est non seulement la différence
des abeilles, que nous disons nobles, parce qu'elles ne tirent que le bon
miel des fleurs champêtres, les ignobles ou citoyennes, qui comme elles
sont faméliques tirent le vert avec le doux, les rustiques & les champêtres
sont celles qui le tirent des feuilles & locustes des arbres, comme j'ai dit.
Bref comme il se fait entre les unes & les autres un mariage, savoir de celles
des bois & des champs avec celles des villes, il s'en fait encore un miel
dissemblable par la longueur ou brièveté de l'hiver qui est plus ou moins
chaud, serein & salubre & différent suivant les diverses impressions de l'air,
des astres, imprimées aux surgeons, & boutons tendres des arbres, comme
sont les Bruines, brouillards, ....elles, qui altèrent, infectent & gâtent
les fruits.
La première préparation qu'on en fait, c'est de séparer le miel de sa
cire au soleil ou au feu, lequel est beaucoup plus doux au soleil, parce
qu'on n'y met pas d'eau, laquelle le rend fort ingrat, ce qui se fait en l'exposant
sur un tamis simplement au soleil, & une grande terrine par-dessous,
mais d'autant que ce travail est mécanique, & connu de toutes sortes
de personnes, il faut en faire & en préparer quelque chose de plus grand
par l'Art, qui exalte & porte ses ouvrages plus loin que la nature, & que
Paracelse, Basile Valentin, Raimond Lulle &c. établissent pour une des 4.
parties de la médecine, pour la conservation de la santé & guérison des maladies.
Fin.

La division des sels en acides, urineux, alcalis, est double.
Q ue les urineux excitent la froideur & qu'au contraire les acides excitent

la chaleur, 2° que les urineux étant purgés de leurs huiles
& autres impuretés sont tous d'une même sorte, 3° que je n'ai expérimenté
ni trouvé aucun acide pur, que l'huile du vitriol. 4° Que dans l'esprit-
de-vin il y a l'acide le plus subtil, quoiqu'il soit un esprit double, 5° que
l'on peut changer les alcalis en acides, & ceux-ci en alcalis. 6° j'ai expérimenté
que le bois pourri donne plus de sel alcali, que les cendres du bois
sec, 7° que dans une de nitre il y a à peine un quarteron, qui passe comme
un esprit, que le reste devient un alcali. Voilà ce que je reconnais
être mes sentiments.
Je ne crois pas qu'il y ait personne qui soit le moins du monde expérimenté,
qui puisse nier, que quand on jette dans une eau tiède un sel urineux,
qu'il soit de cerf, ou autres, s'il est bien purgé, il ne la refroidisse
aussitôt, ainsi il excite incontestablement un froid, quoique dans lui-même
il ne se sente ni froid ni chaud, car il est formé du principe du froid, aussi
un homme qui est au fait, doit savoir qu'il fait toujours ces effets d'une même
sorte dans différentes précipitations, des métaux es autre solution mais
G 2 lors-

@

( 52 )

lorsque l'on mêle cet urineux avec les huiles des aromates, pourvu qu'il
soit lui-même préalablement purgé de son huile combustible, alors par le
moyen de l'esprit-de-vin, il en attire toute la force, ce que j'estime un excellent
remède. Car en premier lieu il est subtil, & il peut pénétrer dans
tous les membres du corps de l'homme, ce que l'on peut remarquer à l'urine,
& à la sueur de celui qui en aura usé en second lieu toute la force
de l'herbe ou de l'aromate est dans l'huile pressée comme de jusquiame
de pavot &c. qui excitent le sommeil, selon leur coutume, & quel est l'homme
un peu expérimenté qui ignore que quand on verse ensemble les
esprits rectifiés de vin & d'urine, qu'il se fait un caillé comme une glace, &
hors de laquelle selon moi on pourrait faire des remèdes excellents, j'ai fait
mention plus haut de la coagulation de l'esprit-de-vin & d'urine, ce pourquoi
il y en a qui pour avoir le sel de corne de cerf plus beau & plus blanc
y versent l'esprit-de-vin & le subliment, mais il faut savoir, que ce sel n'est
alors plus un sel volatil pur, mais un sel double parce qu'il s'est lié avec l'acide
de l'esprit-de-vin & son onctuosité, il est vrai qu'il n'est pas tout à fait
à rejeter mais qu'il soit en tout semblable au sel froid pur, cela n'est pas
vrai & un chacun les peut éprouver l'un contre l'autre avec ce sel double
on peut sublimer l'or, quand il est préparé subtilement, quoi que cela requiert
une précaution particulière, je dis seulement que cela ne se peut faire
avec le pur sel froid. C'est ce qui cause tant d'erreurs & qui fait faire
tant de fautes, par exemple l'un veut faire une expérience selon sa concentration
& selon sa composition, il achète les ingrédients qu'il croit y convenir,
s'il vient à réussir, ou à ne pas réussir, ou il réussit une fois & l'autre fois
pas alors l'on se plaint, l'on se lamente, & c'est toujours la faute de celui
qui l'a communiqué comme s'il ne l'avait pas fait sincèrement.
Quoique cela puisse arriver de la moindre circonstance, telle que celle
que je viens de décrire, celui-ci a eu un sel volatil double, celui-ci un pur
sel volatil, ainsi il faut que la couleur & l'effet soient différents dans l'opération,
voilà pourquoi je conseille toujours à celui qui travaille, de faire toujours
ses ingrédients qu'il emploie lui-même, ou bien qu'il les prenne chez
un savant & habile droguiste alors il en pourra porter un jugement sur
& trouver la faute, je n'en ai que trop souvent fait l'expérience ayant fait
quelques fois des choses qui me réussissaient fort bien, & une autre fois c'était
tout le contraire. Or Dieu ne change pas la nature, & ce qui réussit
une fois doit réussir toujours, lorsque vous employez les mêmes matériaux
& que vous y portez la même attention, mais comme je viens de dire, c'est
souvent une petite circonstance de laquelle mille personnes ne se défieraient
du tout.
Des

@

( 53 )

Des sels alcalis en général & de leurs solutions
T ous ceux que l'on fait par le feu de toutes les herbes & du bois, & que
l'on extrait par lessive, comme la potasse, soude, le sel tiré des cendres
des saules, alun, salpêtre, & sel commun, sel gemme, sel armoniac
fixe &c. car il n'y a véritablement aucun acide pur, que le sel de Vitriol ou
son huile, tous les autres sont des sels doubles qui contiennent encore un
froid, & les Alcalis comme le sel de tartre, potasse, & ceux qui se tirent
des herbes sont tout d'une même sorte, & l'un n'a pas plus de froid que l'autre,
car quand l'on purifie l'un de ces sels & que l'on me met distiller selon
l'Art, la première chose qui monte est un flegme, alors il s'attache dans la
gorge de la retorte, un peu de sel volatil d'abord que vous voyez cela, ôtez
votre retorte, & quand elle sera refroidie, faites en rompre la gorge, aussi
avant que vous voyez du sel, ramassez ce sel ensemble, qui est un peu aigre,
car il ne peut être si exact que ce sel froid, qui était dans l'alcali,
n'emporte pas avec soi un peu de l'acide, lors donc que vous avez seulement
une once de ce sel mettez le dans de la chaux vive, & vous trouverez
d'abord l'esprit urineux, l'acide reste dans la chaux, & par le moyen de la
terre de ladite chaux, il devient un alcali.

Du salpêtre.
I l n'est rien de plus commun que la manière d'en distiller l'esprit, ainsi il
est inutile d'en faire mention ici, il faut pourtant qu'en faveur de ceux qui
commencent à travailler en chimie je leur donne cette instruction, que
quand on veut distiller un esprit de nitre pur & net, il faut prendre les premiers
& les plus beaux cristaux, car la seconde précipitation lorsque l'on
fait bouillir plus outre l'eau de nitre jusqu'à une certaine diminution, elle
tient déjà un peu de sel commun, & naturellement elle en entraîne un peu
avec elle, aussi pour procéder avec exactitude, il faut vivement laver ces
cristaux avec de l'eau froide, afin qu'il n'y demeure rien attaché de la lessive,
& puis les bien sécher. Ces cristaux donnent un esprit charmant,
qui ne participe que peu ou point du tout du sel commun, la seconde, &
troisième précipitation sont fort bons pour faire l'esprit-de-sel, à savoir quand
on en distille une eau forte que l'on jette ensuite sur le sel commun, & que
l'on distille derechef.
Pour éprouver les esprits de nitre & les eaux fortes, il y faut dissoudre
un peu de par exemple une demi-dragme ou une dragme dans une once
d'eau, & l'on peut voir laquelle laisse tomber davantage le plus de sel, &
celle qui n'en laisse tomber que très peu, c'est la meilleure pour beaucoup
de choses, un homme qui veut dans ses opérations réussir une fois comme
l'autre, doit faire beaucoup d'attention à cela, & même autant qu'il en doit
avoir à la solution & coagulation des sels, c'est toute la même chose avec
G 3 le

@

( 54 )

le sel commun, car l'un diffère de l'autre au regard de son urineux ou froid,
& l'on le connaît de la manière qui suit, je prends par exemple une ou plusieurs
livres de sel & je les mêle avec 3 1/4. Pf. de tuiles pilées ou du sable
lavé & bien brûlé, & je les distille fortement, lors donc que cet esprit-de-sel
est bien séparé de son flegme & que l'on jette dedans de la chaux ou bien
des feuilles d'or, il ne les dissoudra jamais, à moins qu'il ne participe un
peu du froid, mais d'abord que l'on y laisse tomber une goutte d'esprit de
nitre ou d'urine, particulièrement lors qu'il est mis dans un endroit chaud,
vous diriez qu'il attire l'or comme un aimant & il le dissout d'abord. De
là on peut voir qu'il lui manque un froid, sans lequel à mon avis il est impossible
de dissoudre l'or, si donc le sel en est naturellement doué, il le dissout
de lui-même sans qu'on ait besoin de lui ajouter ni esprit de nitre ni
d'urine, mais si l'on mêle cet esprit-de-sel, qui ne peut dissoudre l'or avec des
vieilles ardoises, & qu'on le distille alors il dissout l'or, parce que dans ces
pierres il y a un froid avec lequel l'esprit-de-sel s'unit & passe, il en va de
même avec l'esprit-de-sel, qui est fait avec l'eau forte, comme j'ai dit plus
haut, or comme souvent l'eau forte est différente par rapport à son propre
sel & que le sel est souvent différent dans lui-même, que d'ailleurs l'on pousse
l'eau forte plus violemment une fois que l'autre, il faut certainement que
les esprits en soient différents aussi, car il y en a qui faute de froid ne font
qu'extraire, au lieu que les autres dissolvent. Voilà la source des plaintes
que l'on entend souvent. J'ai fait ceci & cela une fois deux fois, dit-on ensuite
je l'ai encore éprouvé trois ou quatre fois, & il n'a plus réussi, or je dis
encore que Dieu ne change la nature à la volonté d'aucun homme, & ce
qui se fait une fois doit toujours infailliblement se faire, j'ai été bien souvent
dans le cas moi-même, & cela m'arrive encore quelquefois lorsque
je ne fais pas bien attention à toutes les circonstances d'où il arrive un nombre
infini de fautes, j'ai remarqué combien les choses sont inégales dans la
proportion de l'acide & du froid, & ce qu'il y faut observer, mais peut-être
que quelqu'un m'objectera que j'ai établi que tous les sels, excepté l'huile
de vitriol & son sel étaient des sels doubles, mais parce que l'esprit-de-sel
pur ne dissout point , non plus que le vitriol, il faut donc qu'il soit un
pur acide aussi bien que l'autre, à cela je réponds, que véritablement le sel
commun qui approche le plus du vitriol, & dont la génération est la plus
prochaine du vitriol ne dissout point l'or, mais il ne laisse pas pourtant d'être
un sel & un esprit double pour cela, quoi qu'il ait un peu trop peu de
froid, c'est ce qui fait qu'il ne peut dissoudre l'or mais lorsque l'acide un
peu par l'addition de ce qui lui manque, alors ils s'assistent l'un & l'autre,
car pourquoi l'huile de vitriol ne veut-elle pas dissoudre avec un aussi peu d'assistance
que l'esprit-de-sel, mais il faut qu'elle soit même mélangée avec
le

@

( 55 )

le sel armoniac, ou un esprit urineux, ou l'alcali tel que le sel de tartre,
avant qu'elle ne dissolve l'or, il ne faut pas croire ici que ma pensée soit
que je conte les alcalis comme le sel de tartre entre les urineux, mais parce
que le fort acide saisit la terre qui est dans l'alcali, ainsi leur urineux est
dégagé, & il s'en forme un esprit double, qui dissout .
J'ai montré aussi combien les solutions & les extractions sont différentes,
selon qu'elles sont distillées, vu que l'une ne fait qu'extraire pendant
que l'autre dissout & j'en rapporterai un exemple avec l'esprit-de-sel, &
avec l'eau forte & le sel. Prenez du verre d'antimoine & le broyez bien subtilement
& le jetez doucement dans l'un & l'autre de ses esprits, remarquez
que je dis doucement & peu à peu, car si on le jette tout d'un coup.
& qu'on ne le remue pas, il tombera au fond dur comme une pierre, de
sorte qu'on ne peut l'avoir hors du verre sans le briser. Ces deux extractions
(car ce ne sont pas des solutions, vu qu'il en tire un jaune & qu'il laisse
une poudre blanche) il faut les regarder l'un contre l'autre & les abstraire,
& vous y trouverez une différence remarquable, il ne convient pas ici
de dire ce que l'on peut faire avec cette poudre blanche, & l'huile que l'on
en a distillée, de même lorsque l'on jette ce verre pulvérisé dans l'eau royale,
elle le dissout entièrement plus l'esprit-de-sel participe de l'urineux plus
il dissout de ce verre & moins il laisse de poudre blanche dans l'abstraction,
si vous avez un procédé où il faudrait vous en servir, vous pouvez nous régler
là-dessus, je pourrais encore rapporter quantité d'exemples touchant les solutions
coagulation & extractions, mais parce qu'il s'en rencontrera souvent
dans les métaux, il vaut mieux d'en demeurer là & me tourner vers le sel
admirable de la nature, c'est-à-dire le vitriol, en faire les remarques la-
dessus autant qu'il est permis, dans l'espoir que le lecteur le tournera à son
profit.

Du vitriol.
I l n'y a aucun homme mortel capable de décrire cette production divine
selon sa dignité par rapport à l'utilité que l'homme en peut retirer, car
en premier lieu c'est une chose admirable, que l'huile de vitriol, traîne avec
elle un véritable & courant, j'en ai été instruit il n'y a pas beaucoup d'années
de la manière suivante, je raisonnais dans moi-même que puisque
dans les métaux le était lié par un acide dans une terre visqueuse, & que
cet acide les dissolvait tous, il fallait que le vitriol, fut la clé & la serrure
de tous les métaux, d'où il devait s'en suivre lorsque j'y dissolvais un métal,
que l'acide avec lequel la nature l'avait lié ensemble, devait s'unir une
bonne partie avec lui qu'aussi si je lui ajoutais une terre morte, il n'était
pas possible que les acides qui ont une analogie entre eux se pourraient tellement
séparer qu'ils n'attaquassent ensemble cette terre, & dégageassent
le

@

( 56 )

le . Cette spéculation n'était pas tout & fait inutile, car je fis dissoudre
une once de . dans l'huile de vitriol, & en quatre heures de temps j'y trouvais
un véritable vivant, je croyais qu'infailliblement que ce provenait
de la Lune seule, & quoi qu'il y en eut fort peu d'une once, j'en trouvai pourtant
de beau grain, je l'éprouvai deux ou trois fois de suite, & il me réussit toujours
de la même sorte, tandis que j'avais la même huile de vitriol mais
lorsque je l'eus rectifié six fois selon ma coutume, elle ne donnât plus aucun
, ni même aucune apparence, cela me donna beaucoup à penser, parce
que c'était le même vitriol & ainsi la même huile, sur ce qui pouvait
être la cause d'un changement si inopiné, enfin il me vient en tête que cette
huile rectifiée rendait le plus ferme au feu, que celle qui n'était pas si
rectifiée, je conclus donc que cet acide pur la rectification fixait tellement
son propre , ou du moins que par la rectification réitérée il le laissait derrière
dans la retorte en forme de poudre blanche, & qu'ainsi il retenait celui
de la d'autant plus fortement dans son corps, qu'ainsi il ne voulait ou
ne pouvait le laisser partir, effectivement je ne me trompais pas, pour approfondir
cette affaire je mis ensemble de toutes sortes de vitriols, & je
trouvai que plus ils tenaient du mieux en réussissait mon expérience car
il est vrai que celui d'Angleterre fait quelque effet, mais parce qu'il est fort
martial, il n'est pas si convenable, sur tout lorsqu'il n'est séparé qu'une fois
ou deux de son flegme par la retorte & rectifié, ainsi lorsque l'huile n'est pas
chassée par un très fort feu à la longueur du temps, il passe bien un acide
comme partie volatile, mais le qui est lié avec la terre, ne peut pas se
dégager si promptement, mais enfin il passe, ce que j'expérimentai par cet
essai, je fis une quantité notable de vitriols de vénus avec le soufre que
je mis dans des vases plats de terre ouvert dans mon fourneau de réverbère
à savoir si le soufre n'ouvrirait pas le corps, ou si son sel acide ne resterait
pas auprès du corps, je remarquai que quand je l'eus calciné un couple
de jours & que j'eus extrait le sel de vitriol, en ôtant le vase, il en sortait
une nuée blanche, je le jetai donc tout chaud le plus vite que je pus
dans un vaisseau verni plein d'eau froide, afin que par ce mouvement le
sel passât plus vite dans l'eau que si j'eusse laissé refroidir le vase, mais je
n'avais garde de songer au je vis plusieurs milliers de petits grains de
ce qui me surprit beaucoup, mais je commençai à douter si le vase était
bien net, ou si on l'avait peut être frotté dans un mortier dans lequel il y
aurait eu du mais cela ne pouvait être à cause qu'il avait été si longtemps
dans le feu, néanmoins je l'éprouvai encore une fois, & il arriva la
même chose, ce pourquoi je mis ce qui restait de poudre dans une retorte
je la poussai à feu violent dans la pensée d'avoir quelque once de mercure,
mais je me trouvai trompé dans mon attente, car il ne poussa au commencement
men-

@

( 57 )

que quelques grains de dans la gorge de la retorte, ainsi je
conclus que l'acide ou le sel des métaux qui l'environnait dans le métal calciné
devait l'avoir saisit & congelé ou fixé, & cela est véritable, car dans le
peu d'esprit acide qui passe avec par une retorte de pierre dans une forte
distillation la preuve se voit selon la raison que j'en ai donnée auparavant,
à savoir qu'il y a un dans l'huile de vitriol. Mais si l'on est curieux de
l'avoir ce n'est pas par la distillation qu'il faut chercher, mais il faut prendre
une chaux de lune, ou si la bourse le permet une chaux & la broyer
ensemble dans un mortier de verre, le s'amalgame avec le métal, &
puis le pousser par la retorte, & ensuite en nettoyer la chaux avec l'eau
froide, & vous la récupérerez tout entière, il se forme ici naturellement une
question: Puisque vous doutiez vous-même dira-t-on, que le que vous
aviez fait de la avec l'huile de vitriol n'était pas un véritable de ,
mais un mercure de lune & de vitriol ensemble, il ne faut donc dira-t-on
faire aucun fond là-dessus, à cela je réponds en premier lieu qu'à ce que
je puis savoir on ne saurait mettre en forme coulante le de l'huile de vitriol,
si non par ce moyen ou par une addition de saturne, en second lieu
je réponds que mon esprit ne s'étend pas encore si loin que de pouvoir encore
assurer si ce provient de l'un de deux, ou de tous les deux ensemble,
mais fondés sur une expérience à moi connue, je veux bien affirmer
sur mon honneur que ce fait hors de la , ou avec la est d'une qualité
aussi noble & aussi excellente que celui qui est tiré de la par d'autres
sels, or je vous demande si vous savez tirer le des métaux, joignez donc
les expériences que vous savez avec le commun à celles-ci, & vous trouverez
la différence, & vous n'aurez pas besoin de consulter d'autres gens,
car vous aurez un témoignage clair & certain que ces gens ne l'ont jamais
fait & ne l'ont jamais entendu. Que quelqu'un prenne la peine, d'examiner
le nitre & tous les autres sels l'un après l'autre, & qu'il démontre clairement
que l'on puisse mieux les faire cadrer à tout ce que les Philosophes
on ont écrit, & qu'ils aient nommé plus expressément que celui-ci,
sur tout lors qu'ils écrivent de leur menstrue car il ne faut pas les inculper
d'avoir été envieux à nommer leur matière mais dans le poids du ferment
& dans l'assemblage de leurs principes purifiés ils ont été très cachés, de
mon côté je veux laisser considérer à tous amateurs de la vérité qui a encore
de la raison.
1° S'il pourrait proposer une matière dans le monde qui se trouve environ,
& auprès de tous les métaux, sinon celle-ci, 2° si l'on peut préparer
par soi d'une chose un menstrue qui puisse dissoudre tous les métaux &
réduire chaque en particulier en un vitriol naturel, sinon celle-ci. 3°.
Si l'on peut trouver une chose qui coagule si promptement le . & le rendre
H dre

@

( 58 )

constant dans le feu que celle-ci. 4°. Si lorsque l'on a dissout deux matières
dans un menstrue, & que l'on les verse ensemble toutes les deux, ou
l'une après l'autre, l'on peut trouver une chose qui ne le précipite pas mais
les lie plus fortement ensemble sinon celle-ci seule. 5° Si l'on a un menstrue
dans lequel tous les métaux puissent être réduits en huile, sinon dans
celui-ci, peut-être que quelqu'un m'objectera que par un certain menstrue
réel on peut faire passer tous les métaux en huile, & même y dissoudre
la plupart je le sais bien & Dieu merci ce menstrue ne m'est pas inconnu,
mais je sais bien aussi que cela ne saurait être ou se faire sans vitriol,
outre que ces menstrues sont des composés & qu'ils font leurs effets par
une grande violence & par des manipulations artificielles, au lieu que celui-
ci est un sujet simple tel que le décrivent les Philosophes, & tel que la nature
le demande 6°. Si l'on peut trouver une chose qui dans soi même
sans addition d'aucune chose étrangère puisse passer par toutes les couleurs,
comme bleue, verte, jaune, blanche comme neige, rouge comme sang &
non celui-ci 7°. S'il y a une matière rouge comme du sang en laissant son
sel blanc en arrière, sinon celle-ci. Remarquez pourtant quand je parle
ainsi, que j'entends seulement la véritable huile de vitriol & point celle que
l'on pousse avec grande violence par la retorte, car celle-ci n'est jamais rouge
de soi-même, mais claire & sans couleur, cependant comme il est difficile
d'y prendre si bien garde qu'elle ne touche au lut, ou qu'il n'en tombe
quelque peu dedans, alors elle devient rouge, mais lorsque le flegme en est
séparé & que l'on la met à la chaleur, elle devient claire, & même par la
rectification elle devient aussi claire que les larmes qui sortent des yeux,
il est vrai tout entier dans Gunckel que celle-ci est le dissolvant de tous les
métaux, mais elle est bien éloignée de l'huile de vitriol que je veux dire.
Cette dernière est agréable, l'autre est aigre & mordante, & cependant elles
sortent toutes les deux d'un même corps, mais dans ce travail il faut
beaucoup de patience & prendre un soin particulier du feu, en récompense
il ne coûte presque que le feu, à cause que la matière est à bon prix,
& que le pauvre en peut avoir aussi bien que le riche, & même dans quelques
lieux on peut l'avoir pour rien, je prie Dieu tous les jours de ne me
laisser mourir sans qu'on puisse trouver de cette huile de vitriol dans ma maison
sans quoi je serais dans un misérable état, 8°. si personne est capable d'avancer
une matière hors de laquelle & avec laquelle on puisse faire des médicaments
aussi excellents, qu'avec celle-ci, je crois que ce seul sujet peut
suffire pour l'entretien de la santé de l'homme.
Je veux dire encore une chose à mon prochain pour l'amour que je lui
porte, que dans le vitriol il y a le véritable sel des métaux, non pas qu'il le soit
lui-même comme la coque d'une noisette, n'est pas le noyau, quoi que la coque
que

@

( 59 )

& le noyau composent une noisette, aussi le noyau n'en est pas toute la
douceur, mais elle y est enfermée dans beaucoup de matières grossières, faites
la séparation comme il faut, & vous serez au comble de vos désirs. Sapienti
Sat:
C'est une chose assez difficile à trouver à ceux qui l'ignorent, mais fort
facile à faire à ceux qui la savent, chaque semence demande une eau pour
sa croissance, si l'on veut qu'elle se multiplie dans son espèce, or il n'y a
qu'une seule eau qui convient aux végétaux & aux animaux & à leur multiplication,
ainsi il n'y en a qu'une qui convienne & qui soit véritablement
utile à celle des métaux, si vous savez bien planter & bien arroser, vous en
pourrez bien tirer des fruits. Si ensuite l'on veut teindre quelque chose
ce n'est pas tout le corps qui se teint mais seulement son essence intérieure;
& si donc cette essence est concentrée, une seule demi-once fera plus d'effet
que cent onces de tout le Corps.
Pour conclusion j'ai remarqué dans le Chap. du vitriol, que l'huile de
vitriol retenait tellement le . que quand on la retire quelquefois arrière
du . on pouvait le fondre dans un creuset à feu ouvert & qu'il paraissait
comme du sang, si vous le videz hors du creuset il sera comme un sel blanc,
si vous l'édulcorez bien il sera jaune pourquoi ne se fait-il pas métal, sur cela
il y a bien des choses à dire, si je vivais encore quelque temps, je me flatte
que je viendrais bien à bout de l'unir avec les métaux quoique j'aurais de la
peine à y réussir que par la & le ou par leur assistance &c.

Récapitulation sur le vitriol,
L e vitriol renferme tout le mystère de la médecine, & de la métallique.
Il faut savoir ce qu'il tient du ciel, & des éléments, il tient ce qu'il a
de corporel de l'alun, c'est-à-dire ce qu'il a de terrestre & d'aqueux. Voilà
ce qu'il tient des éléments, de l'eau & de la terre.
Il a semblablement un double esprit, savoir un esprit blanc, & un
esprit rouge qui est plus aigre & brûlant que le premier, le premier tient
son corps de l'élément de l'air, & le second de l'élément du feu? L'esprit
blanc est aigre & acide, l'esprit rouge est plus aigre & plus caustique, il a
la pesanteur de l'or, & on ne le peut avoir que par une forte expression du
feu durant trente quatre heures.
Outre que ce sel est le seul sel dans la nature qui donne ces trois substances,
savoir l'esprit, l'huile & le sel, il est semblablement le seul & unique
sel teignant, ou est renfermé toute la teinture, tout le soufre & par
conséquent toute la forme des métaux, c'est pourquoi il est doué d'un double
esprit très noble, & outre cela d'un soufre, d'une teinture ou Ame qui
renferme toute la santé & toutes les richesses, par la conjonction de laquelle
H 2 le

@

( 60 )

avec les deux susdits esprits se forment les deux plus nobles natures du
monde, savoir l'or & l'argent.
Disons donc qu'on trouve renfermé dans ce minéral une matière en
laquelle toute la nature minérale, végétable & métallique est renfermée:
C'est pourquoi nous la nommons une matière universelle? L'esprit universel
n'est donc autre chose que l'esprit du mercure qui vient du ciel ou des
métaux, incorruptible bien qu'altérable & susceptible de toutes les actions
des agents? Que Raymond Lulle, Rupecissa, &c ont nommé quintessence
sous forme de l'esprit universel bien au-dessus des éléments, qui fait toutes
leurs actions & principe de végétabilité & d'animalité. Lequel a été jusqu'à
présent confondu avec le soufre & l'Ame du monde, qui n'est autre
chose que le feu ou la chaleur des rayons du soleil? Et que l'on ne peut séparer
de l'or, de mars, de vénus, de la Lune, & des autres métaux que par
l'esprit universel du mercure, donc j'ai parlé, à cause de leur rapport & de
leur convenance.
Rien ne peut (dit Raymond Lulle) tirer ce soufre & cette teinture de
ses extrêmes, c'est-à-dire de ses aquosités & de ses terrestréités, que l'esprit
de notre mercure.
Voilà pourquoi on peut faire du soufre blanc, & de l'esprit mercuriel
blanc, une lune potable; & du soufre rouge & de l'esprit mercuriel rouge
(autant qu'il en faut pour dissoudre le soufre de l'or); un véritable or potable,
pour la guérison d'une infinité de maladies, lequel il faut dissoudre
en excellent esprit-de-vin pour l'avoir plus exalté.
On joint en cette opération toutes les quintessences, savoir celle du
mercure qui est minérale, celle du soufre, qui est métallique, & celle de
l'esprit-de-vin, qui est végétable; Ainsi comme rien de mortel n'entre en ce
mélange, ce digne composé est au-dessus de l'action de tous les éléments?
De manière que celui qui ne sait séparer de ce mélange tout ce qu'il
a des éléments, & principalement toute l'aquosité & toute la terrestréité,
soit de l'esprit du vin, soit de l'esprit de l'urine, soit de l'esprit ou de l'huile
de vitriol, & de sel &c n'aura jamais l'esprit mercuriel, qui est le vrai
dissolvant du soufre, de l'or, de l'argent & des autres métaux.
De même celui qui ne sait pas séparer le soufre des corps par l'esprit
mercuriel ne parviendra jamais au secret de la transmutation ni à la guérison
certaine des maladies, parce qu'en ce soufre ou Ame du Monde réside
la vertu & la vie de toute chose.
Il faut ici observer un grand secret qui est que pour avoir cette quintessence
parfaite, il faut séparer non seulement toute la terrestréité & toute
l'aquosité (car jamais la forme du mercure ne s'y introduit tant qu'il y en a
une goutte) mais encore tous les sels armoniacs sans quoi ils ne peuvent être
réduit

@

( 61 )

réduit sous la définition d'esprit mercuriel ou de quintessence, parce qu'elle
ne doit en aucune manière rien tenir des qualités des éléments; ou elle
ne serait pas quelque chose au-dessus des éléments & de leur portée; ni ne
pourrait être amenée à une douceur pénétrante, d'une saveur amiable &
d'une suave odeur, ce qui se fait par une concordance admirable de son
soufre doux & combustible, dont est produit le fixe & l'incombustible.
Autant que l'esprit mercuriel participe de corrosion, il participe des
qualités des éléments, & a ce qu'il y a de corruptible dans les éléments, ce
qui fait qu'il ne peut pas entrer dans la définition des quintessences.
Il reste maintenant à dire comme on tire l'une & l'autre? on sépare le
soufre & l'esprit du vitriol par double voie, savoir sèche & humide, & sous
double forme savoir blanche ou rouge, & le sel du golgotar par solution &
sublimation dont se fait la plus digne chose qui fût au monde.
Mais auparavant il faut savoir détruire vénus, & à ce sujet on sait quelle
passe en minéral, de ce minéral on en tire une huile, & cette huile passe
derechef par mars en un nouveau minéral, pour être séparée de toutes
ses aquosités superflues? Dont on sépare puis après l'esprit ou l'air qui est le
mercure du vitriol lunaire, & l'huile rouge qui est l'esprit solaire ou le feu.
On tire de Vénus préparée son soufre ou sa vertu opiacée & somnifère
par sublimation avec l'esprit d'urine, ou avec l'esprit-de-vin le digérant
trois jours à douce chaleur puis le distiller, & cohober deux ou trois fois.
D'autant que ce soufre est un pur feu, il n'y a rien qu'il ne pénètre,
qu'il ne cuise, ne mature, & comme il est combustible, qu'il ne consomme;
c'est pourquoi on le peut dire un souverain remède pour l'épilepsie, & beaucoup
d'autres maladies &c. Le tout gît de conserver cette bénite verdeur,
& de la tirer du cuivre sans aucun corrosif, parce qu'elle est la marque de
sa présence, on le calcine avec la fleur de soufre, puis on en fait un vitriol
&c.
Il faut donc savoir que ce souffre consiste en l'extraction de cette bénite
verdeur par un bon esprit de vinaigre distillé, dont le propre est de la
séparer de ses sels alumineux, & de ses esprits arsenicaux, & pour l'avoir
doux il ne faut pas dissoudre le cuivre avec aucun corrosif.
Cette verdeur est double, & se doit ici concevoir sous double sens, savoir
est de la prendre pour l'esprit vert qui nous est marqué par la saveur
acide, aigre ou pontique? ou pour le soufre vert, tel qu'il se retrouve au
vitriol & au cuivre, qui se manifeste à la vue.
Et comme la vie de la plante nous est marquée par sa verdeur, la vie
des métaux ne nous est sensible que par là même? & le mercure qui est la
cause de l'augmentation, nutrition, & végétation signifiée par la même
verdeur, ne doit la vie qu'au même soufre vert.
H 3 Car

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( 62 )

Car tout ainsi que la vie est conservée par les mêmes choses, qui fait
son être? la guérison se fait des mêmes causes, qui non seulement la produisent
mais qui la conservent.
Plus la vie est dans son principe nous la devons dire plus en sa vigueur,
de là nous concluons le remède d'autant plus excellent & énergique, qu'il se
tire de cette verdeur, qui nous manifeste les premières marques de la vie,
nous avons la preuve de ce raisonnement au soufre vert, doux, & marcotique
du vitriol, qui a non seulement la vertu d'apaiser toute la férocité
des accidents dans les maladies, mais de rétablir & refournir la chaleur naturelle,
comme l'esprit-de-vin, qu'on nomme à ce sujet eau de Vie.
Dont non seulement les artères mais les nerfs & les veines sont si altérées
& avides, qu'elles le sucent & le tirent de l'estomac même auparavant
la digestion? ce qui fait l'ivresse, parce qu'il n'enivre pas, quand il
passe par la digestion dans la fermentation des aliments.
Et ce qui donne le nom de Médecine Universelle à ce digne soufre, est
la grande pénétration, par laquelle perce il & va jusqu'au centre du mal,
auparavant de recevoir aucune altération dans la digestion; ce qui fait qu'il
porte ses vertus tout entières au mal comme ce soufre est tiré du même
feu qui se trouve dans les rayons du soleil, il multiplie la vie en augmentant
l'esprit de la vie & la rend maîtresse de son action.
Quant à la disproportion qu'on remarque entre le minéral & l'animal, il
faut savoir que le soufre ou est la vie & la Médecine Universelle, n'est pas
différent ni du soufre de l'animal ni de celui de la plante? à qui sais
l'Art de l'extraire des métaux, en la manière que j'ai dite.
Comme l'Ame est séparée du corps sans que la forme du cadavre au
corps soit détruite? de même on peut séparer de l'or, de l'argent, du
cuivre, même des pierres précieuses &c. ce digne & bénit soufre sans détruire
la forme du cadavre de l'or, de l'argent, & de manière que
l'or demeure sous la forme d'un or blanc que l'on peut dire une Lune
compacte & restreinte, l'argent sous forme d'un corps exanimé, le cuivre
sous forme d'un métal blanc, neutre ou anonyme? Les pierres
précieuses sous la forme de cristal.
Or comme on ne peut pas dire l'animal être mort sans la séparation
de l'Ame d'avec le corps; on ne peut pas dire le métal &c. détruit, sans
la séparation de ce soufre de son corps qui en est estimé l'Ame, parce que
la présence de l'Ame l'empêche & le préserve de pourriture.
Et dont l'absence fait tout aussitôt qu'il passe savoir dans l'animal
facilement en pourriture qui est sa dernière résolution? plus ou moins difficilement
dans la plante, & encore plus dans la pierre & le métal?
Mais

@

( 63 )

Mais d'autant que la solution des métaux qui se fait de toutes leurs parties
est inutile parce qu'ils sont réductibles sous leur première forme, à
cause que le soufre, qui fait leur vie & ce retour, n'est pas séparé des parties
mercurielles.
Il est nécessaire de commencer la destruction des corps, par la séparation
du soufre, pour avoir comme j'ai dit, ce soufre céleste en conservant
cette bénite verdeur.
Après quoi le reste est d'autant plus facile que le corps passe facilement
en sa résolution, & qu'il n'y a plus que le mercure à détruire, ce qui se fait
facilement par son propre sel? & même toute sorte de dissolvant le peut
faire.
Disons pour retourner à notre discours, que l'art désirant pousser ses
principes plus avant que la nature, tâche en multipliant cette verdeur, qui
marque la force, la vigueur & l'action des esprits, de la préparer comme
s'ensuit.
On met le vitriol bien purifié à une chaleur fort modérée, où rien
ne peut monter que le phlegme, & ce tant qu'il demeure sel comme la
pierre d'éponge, on lui redonne son phlegme, on le distille, & ce par
trois fois? à la seconde il prend la couleur d'une belle émeraude, & à la
troisième il devient blanc comme du beurre.
On corrompt cette matière au fumier de cheval quarante jours, puis
on en distille l'esprit doux, qui vient par veinules comme l'esprit-de-vin,
puis l'esprit acide qui distille sous forme de fumée blanche, & enfin l'huile
rouge par une forte expression de feu? sans laquelle elle ne monte
pas.
On met l'esprit végétable avec ses deux esprits, que l'on circule
pour l'avoir plus subtil & plus pénétrant, autrement il ne peut aller
au cerveau, & être propre pour la guérison des épilepsies & autres
maladies.
La préparation de l'huile verte de vitriol, consiste à séparer le
vitriol premièrement de ses terrestréités, en la mettant par distillation
en huile & séparez ensuite l'huile de son aqueux par la digestion
au fumier, & par distillation au bain vaporeux? enfin à mortifier son
acrimonie en la distillant plusieurs fois avec l'esprit-de-vin, tant qu'elle
soit douce & séparée de son sel armoniac? &c. Lisez L'essence de
Vitriol bénite qu'Isaac Hollandais a mis en son Oeuvre minérale. J'y
renvoie les curieux.

Du Mercure Sublimé.
L es livres sont remplis de la manière dont le mercure se sublime par le sel
& vitriol, voilà pourquoi je ne veux point donner d'instruction particulière
touchant cette matière. La

@

( 64 )

La manière qui me parait la meilleure dans toute la chimie est celle-
ci, quand je prends une huile de vitriol bien dégagée & purgée de tout son
flegme & du vif ana, ou si l'huile n'est pas bien rectifiée une & demi-partie
d'huile avec une partie de , retirez-en l'huile par la retorte jusqu'à ce
que tout le soit coagulé, mêlez ce précipité blanc avec du beau sel commun
ana, & vous aurez un parfaitement beau sublimé corrosif, sublimez le
encore une fois ou deux par soi-même, ou par le sel & il sera très pur & bon,
& vous ferez fort bien si vous le sublimez une troisième fois par soi-même,
car en le prenant hors du vase il se mêle parfois quelque chose du
sel dont cette sublimation le dégage & le sépare, quand vous revivifiez
ce avec le sel de tartre, il est deux fois meilleur qu'un autre que
vous auriez sublimé six fois d'une autre manière; versez sur ce sublimé
pulvérisé la hauteur de trois doigts d'huile de sel, mettez-la huit jours
à une chaleur douce & il se dissoudra, alors distillez l'huile arrière:
D'abord que les gouttes cessent de tomber il commence à se fondre,
continuez le feu dans le même degré, & il se sublimera entièrement
cristallin & transparent, laissez refroidir la cucurbite, broyez ensemble
ce qui est en haut & au milieu, ôtez ce qui est au fond, versez dessus
de la nouvelle huile de sel, fait comme devant & réitérez, une 3° fois
vous aurez un parfait sublimé, gardez le pour l'usage.
Du mercure sublimé rouge, Theophras & Croillius & quantité d'autres
décrivent ce , l'un l'appelle l'arcane corallin, l'autre laudanum
métallique, mais qu'on l'appelle comme on voudra, je le nomme l'arcane
du mercure, il y a une différence dans la sublimation des uns &
des autres. Le meilleur que j'ai jamais fait est celui qui suit, je dissous
le dans l'eau forte je le précipite avec le sel commun autant
qu'il en veut précipiter, je le revivifie avec limaille de fer.
On peut prendre aussi avec celui qui a été sublimé avec l'huile
de vitriol & le sel commun, & qu'on a revivifié, j'en pris une Pt.
puis, je pris quatre livres de vitriol de Hongrie, je les fis fondre &
évaporer avec trois livres de nitre, jusqu'à ce que je visse les esprits
prêts à monter, alors je mêlai ces deux esprits avec le susdit mercure,
& je les distillai comme une eau forte & je les sublimai & gardai ce
sublimé. J'avais préparé 21. Pf de matière évaporée à savoir de nitre
& vitriol, je séparai le sublimé rouge de cette sublimation & le gardai
en particulier, car il monte de trois couleurs, rouge, jaune & un
peu de blanc, je remis l'autre avec encore autant de matière qu'auparavant,
& je lui ajoutai autant de mercure qu'il s'en était diminué afin
que le poids fût toujours entier, je fis de ce sublimé rouge près de deux
Pf, ensuite j'ajoute de nouveau à huit onces de ce sublimé 4 Pf. de
la

@

( 65 )

la matière évaporée & je le distillai comme auparavant, & le re-sublimai
en séparant toujours ce qui n'était pas bien rouge, que je gardais pour la
première sublimation à faire, & je rejoignais toujours autant de sublimé
rouge que le poids de huit onces fut toujours entier, & à la septième
sublimation le sublimé ressemblait à un rubis transparent j'en faisais
un cas extrême & qui peut faire des effets admirables tant en médecine
qu'en chimie, j'avoue qu'il y a beaucoup d'ouvrage dans cette préparation,
mais je suis bien assuré qu'avec ce mercure sublimé rouge on peut faire
quelque chose de grand, on ne saurait nier que le ne contienne une terrestréité
grossière, qui lui est attachée avec ténacité selon sa première substance,
on peut pourtant la séparer, car par la sublimation on l'en dégage
entièrement, & on le rend si pur & si net, que si vous mettiez dans la main
des feuilles d'or ou d'argent & que vous versiez de ce mercure là-dessus, il s'en
fait une chaleur notable, ce qu'il ne faisait pas auparavant, cette terrestréité
qu'on en a séparé autant qu'il a été possible était comme superflue dans
le mercure, mais toutes les parties qui contiennent un sel avec une terre
qui sont toujours ensemble dans le composé ne s'en laissent pas entièrement
séparer, or quand on l'a privé & dépouillé de ce superflu il devient seulement
alors un véritable mercure.

Préparation du sel alembrot ou de Sapience.
P renez un beau sel armoniac qui soit bien purifié, sublimez-le avec un
vitriol bien déflegmé de son aquosité quatre parties de vitriol, & une
partie de sel armoniac, réitérez la sublimation, jusqu'à trois fois avec nouvelles
matières. Prenez ce sel armoniac sublimé avec partie égale de
cristallin que j'ai écrit plus haut, faites le liquéfier ensemble dans un verre,
& quand il est refroidi il le faut broyer dans un mortier, de verre, & le
mettre dans un lieu froid ou à la cave & le laisser dissoudre en huile. Théophraste
a fait un grand cas de cette eau ou huile, & moi-même je n'ai
rien trouvé que cela qui fut capable de faire la séparation des parties de
l'or & le tirer de son essence; Isaac Hollandais dit dans plusieurs endroits
de ses écrits, parlant de l'Eau sèche des PPhes, à savoir du sel armoniac
que l'on ne saurait unir les principes sans ce sel, il dit, encore ailleurs que
le mercure est le prêtre qui marie le corps avec l'esprit, c'est-à-dire qu'il
unit le & le dans l'opération &c.

C H A P P R E M I E R.

S'il y a plus d'une matière hors de laquelle on puisse préparer une Teinture.

J e ne parle ici, que selon l'expérience & je veux nullement m'arrêter aux
opinions des auteurs, qui ont écrit pour & contre, quoique je sois en
I état

@

( 66 )

état d'en citer un bon nombre, qui non seulement soutiennent, qu'il y a
plus d'une matière, par laquelle se peut préparer le secret universel
de différente manière, mais qui avouent même clairement qu'ils savent
plus de vingt manières différentes de faire le , comme Apollinaire, Basile
Valentin &c. lors qu'il dit: qu'avant qu'il n'eut appris à connaître la véritable
matière que le Dieu Saturne avait eu la bonté de lui mettre en main,
après l'avoir consulté, il avait fait la teinture avec le soleil commun, ce
que bien d'autres confirment comme Philalèthe, Declavés, Ripleus, &
quantité d'autres en disant, cette teinture est le plus grand chef d'oeuvre
de notre Art, & la plus excellente de toutes celles qui sont sur la terre, il y
en a donc de plusieurs sortes; un autre écrit cet oeuvre se peut faire de plusieurs
matières, & il est très certain, que l'on peut le préparer hors des trois
règnes, du règne animal, du végétable & minéral, car tel secret est un
don de Dieu, dont il fait présent à qui il juge à propos, oui la providence
se fait voir si perceptiblement, dans cet oeuvre, quoi que quelqu'un connaisse
la véritable matière, & qu'il ait même le véritable procédé à la
main, Le très haut lui lie tellement les mains, qu'il ne peut parvenir au
but, qu'il se propose, il envoie pour cela une infinité d'empêchements, je
connais moi-même une personne qui ayant une fois réussi à faire la teinture
échoua plusieurs fois de suite voulant réitérer son opération;
J'écris seulement ce que mes yeux ont vu, ce que j'ai fait de mes
propres mains, & ce que je suis en état de faire encore, & je préfère la
réalité d'une chose à tous les principes, & à toutes les règles, fussent-elles
les plus belles du monde, je dis donc & j'établis une fois pour toutes, qu'à
certains égards, & prenant ma pensée comme il faut, qu'il y a plus d'une
matière dans le monde, hors de laquelle on peut préparer une teinture,
soit pour les métaux, soit pour le corps humain, quoique je ne veuille
pas entrer en discussion, touchant le règne animal ou végétable, car
quand je regarde l'or pour un autre métal que le fer, le plomb, le cuivre,
ou l'étain, quand j'estime le soufre & l'antimoine être autre chose
que le vitriol, je ne crois pas que personne me puisse contester, mais lors
que je considère tous les métaux & minéraux selon leurs principes & selon
leur véritable essence, & tout ce que l'on peut en tirer pour en faire une
teinture, être une seule & même chose, & que je n'en établis la différence
que dans le plus ou le moins de fixité ou de coction, il me semble que j'ai
raison; aussi je ne trouverai pas étrange, que quelqu'un me contredise,
parce que je fais la distinction, qu'il en faut donner, j'en ai déjà dit quelque
chose, & j'en dirai encore davantage à la suite. Tournons-nous
plutôt du côté de l'oeuvre, par lequel on peut réellement & véritablement
tirer une teinture hors des métaux, cet oeuvre n'est pas un rêve d'un esprit
démon-

@

( 67 )

démonté, & ne consiste pas dans des imaginations trompeuses, & l'ai éprouvé
moi-même avec les métaux & je l'ai trouvé réel, & j'ose assurer en
conscience, que celui qui l'entreprendra avec l'aide de Dieu, & qui saura
faire les opérations, comme il faut, & qui n'y fera aucune faute, en viendra
au bout, car en ce cas, je ne réponds de rien, je commencerai donc pour
raison à moi connue par la préparation de la teinture véritable au moyen
de la Lune.

C H A P I T R E S E C O N D.

De la méthode de préparer la teinture hors de l'argent de coupelle pour faire projection
sur la lune même.
C e n'est pas sans des raisons très fortes que j'introduis la lune, la première
sur notre Théâtre Chimique, mais ce qui étonnera d'avantage
quelqu'un, c'est que j'ajoute que cette teinture doit changer la lune fine
en , cependant je m'attache à l'expérience que j'en ai, je renvoie les incrédules
à l'exécution du procédé, & ce qui est admirable, c'est que l'on
ait pris la lune qui est un corps mort par sa fusion (car les Philosophes
conviennent tous que la fusion est la mort des métaux) que l'on ait pris la
lune, xxx pour en tirer le mercure des Philosophes, qui n'est point un
mercure coulant commun. Car celui-ci est mort aussi, & il est compté entre
les sept métaux, & pour en faire un esprit vivant par une méthode particulière,
mais celui qui connaît avec Théophraste la destruction & la revivification
des métaux, ne le trouvera pas étrange, bien loin de là, il prendra
occasion d'y penser mûrement, & d'approfondir la matière: quoiqu'on ne
puisse nier que chaque Philosophe n'ait en une méthode particulière de
procéder, qui sort cependant du même fond, & qui à la fin parvient au même
but, c'est-à-dire à la teinture.
Car de même que dans un château on peut ouvrir toutes les salles,
chambres & cabinets avec un passe-partout, il en est ainsi de l'étude de
l'Alchimie ou Art Hermetique véritable, si quelqu'un est assez heureux,
que de trouver un bon fondement de la vérité duquel il soit bien assuré
dans la pratique, il n'a ensuite aucune peine d'entendre & d'expliquer les
écrits des Philosophes selon lesquels il peut se régler dans d'autres choses, c'est
ce que pourra expérimenter celui qui observera & retiendra ce qui suit,
Procédé fait tout entier dans le traité intitulé Alchemia denudata. Dissolvez
une demi-livre de très fine lune dans une livre de pur esprit de nitre,
retirez votre esprit par distillation jusqu'à ce que la lune se fonde, quand
cela est fait, versez dessus une livre & demie d'un bon esprit d'urine avec
son sel, mettez-le ensuite à une douce chaleur modérée vingt-quatre heures
& vous aurez une masse gluante couleur de sang qu'on peut tourner à
I 2 l'entour

@

( 68 )

l'entour des doigts, l'on peut faire par Art & à l'aide du temps de cette matière
le plus beau sublimé du monde si bien qu'il est égal à l'or, Oui je
puis assurer dans ma conscience que par cette manière & autres je l'ai amené
par la sublimation au point qu'il tombait une petite partie de ce sublimé
sur l'argent qui était dans le fond, & qui était fondu comme une lune
cornue, il devenait or pur, à savoir autant qu'il en avait touché, il y
faut de la patience & du travail, mais il faut qu'un apprenti se garde de
vouloir l'entreprendre, si vous précipitez l'argent avec un beau sel blanc,
& que vous le sublimiez avec la moitié de beau sel armoniac vous verrez, &
vous expérimenterez ce qui est caché dans la lune, si les verres ne cassaient
pas, il y a quantité de personnes qui croient des choses très utiles, mais
quant à moi je me sers à tels usages de vase de pierre de Chatelet ou de
Walbourg, l'on peut faire une teinture rouge de ce sublimé au moyen
d'un bon esprit-de-vin rectifié qui certainement fait des effets admirables
dans la médecine, j'en puis rendre témoignage, que dans le sel, nu de
l'argent, comme on appelle. Hélas; les cristaux de lune dissous dans
l'esprit-de-vin, ou dans le vinaigre de vin distillé, j'en sais un pour ma part,
dont le poids d'un grain fait un tel effet, que j'en suis surpris & je peux
touchant ce point ajouter foi à Agricola, à Angelo Sala & autres surtout
au premier.
Je veux vous donner encore une autre expérience. Prenez une demi-
livre de fine lune, faites-la dissoudre dans un net esprit de nitre, versez
ensuite dans cette solution de l'eau Royales, jusqu'à ce qu'il ne se précipite
plus de chaux de lune, édulcorez ensuite cette chaux avec de l'eau tiède &
la séchez, puis la broyez subtilement dans un mortier de verre, mettez-la
dans un baril de terre bien fermé en digestion à un feu médiocre pendant
25 à 26 jours & nuits, & pourvu que vous attrapiez le degré du feu, cette
chaux subtile ou lune cornue s'enflera comme une pâte, ou comme une
écume légère en sorte qu'il semblera qu'il y en a une fois davantage, & cela
ne réussit pas toujours.
Vous mettrez ensuite cette enflée avec la moitié autant de beau sel
armoniac, & la mettrez dans un vase qui ait un chapiteau que vous placerez
dans le sable, vous lui donnerez d'abord un feu de digestion pendant
24. heures & ensuite un feu de sublimation, jusqu'à ce qu'il ne monte plus
rien, & le soufre ou âme de la lune montera quelquefois jaune, & souvent
tout blanc, de telle sorte que si vous n'éprouvez pas le sel armoniac en
le faisant fondre dans l'eau, vous ne vous apercevrez pas seulement que
rien ait accompagné le sel armoniac, cependant tandis que dure la sublimation
si on venait à toucher le vase un peu rudement en sorte qu'il retombât
un peu de ce sublimé sur la cornue qui est en fusion dans le vase,
car

@

( 69 )

(car il faut savoir que pendant cette opération elle est dans une fusion
continuelle comme de l'eau) ce sublimé là teint de la plus belle couleur
d'or qui se puisse imaginer & cela en un moment, de manière que l'on voit
à l'oeil les parties de la qu'a touchées le sublimé, & dans la réduction de
cette lune on sépare autant de fin que ce soufre teignant de , quoi
qu'encore cru, a touché des parties, gardez ensuite le sublimé jusqu'à ce
que vous en ayez une assez bonne quantité (...texte en double rayé...)
car une sublimation n'en donne que fort peu, c'est pourquoi il faut en
amasser par cohobations réitérées, ou en employant d'autre versez
alors de l'eau forte commune là-dessus qui deviendra une eau royale
à raison du sel armoniac, on ne peut positivement dire combien il faut
d'eau forte, parce qu'il faut la proportion suffisante pour une juste solution
& pas d'avantage après quoi vous distillerez douze à quinze fois l'eau royale
arrière de la solution, il faut pourtant prendre garde de ne jamais faire
passer entièrement par l'alambic: mais chaque fois la distiller jusqu'à consistance
d'huile, de cette manière le sel armoniac passera avec l'eau forte,
& l'âme de la lune restera au fond du vase comme une véritable huile d'or
tant pour la vertu que pour la couleur, encore que cette âme fut montée
blanche avec le sel armoniac dans la sublimation gardez cette huile pour
l'usage ultérieur, si votre opération a réussi comme il faut, la lune cornue
ne sera plus en masse compacte au fond du vase, mais elle sera légère à
peu près comme la pierre ponce, on la réverbère ensuite fort doucement
& puis on verse dessus du bon vinaigre de vin distillé & l'on en extrait le
sel mercurial de la qui à présent est un sel ou un mercure vif, & il faut
faire cette opération si souvent avec du nouveau vinaigre distillé jusqu'à ce
qu'elle ne donne plus de sel, mais qu'il ne reste plus que les fèces, que
s'il arrive que le vinaigre ne puisse pas l'attaquer comme il faut: il faut réverbérer
le corps mort de la lune fort légèrement, & le vinaigre en viendra
plus aisément à bout, & après cela vous verserez ensemble toutes vos
extractions & en distillerez le vinaigre jusqu'au tiers placez le reste dans un
endroit froid, & le laissez cristalliser, & ce qui ne sera pas cristallisé, on en distille
encore l'humidité jusqu'à consistance d'huile, & on le laisse encore cristalliser,
ce que l'on réitère jusqu'à ce qu'il ne se dépose plus des cristaux,
on dissout ensuite tous les cristaux une ou deux fois, & même d'avantage
dans du pur esprit de vin jusqu'à ce qu'il ne se dépose plus des fèces, alors,
vos cristaux seront purs subtils, & assez préparés: après cela vous ferez
fondre vos cristaux sur un feu doux dans une petite cucurbite basse bien lutée,
versez-y goutte-à-goutte votre huile de soufre de la laissez-en doucement
évaporer l'humidité ensuite après avoir bien remué cette masse avec
un bâton; faites la passer par les degrés de feu, & le premier jour au premier
I 3 mier

@

( 70 )

degré de feu se montrera la queue-de-paon, le jour après se montrera
la blancheur & la plus grande blancheur, le troisième jour au troisième degré
de feu la couleur jaune rougeâtre paraîtra, & même la couleur très
rouge, & la teinture sera prête, & on peut même la faire dans un creuset
& sans qu'il soit besoin d'user de verre, & voila la voie la plus courte des
Sages, parce qu'il n'y a rien ici d'extraordinairement volatil, aussi l'huile
seule perce sans addition de son sel, & sans la moindre fixation étant versé
sur de la cornue commune, si on la fait fondre dans une petite retorte
pendant une demi-heure on une heure entière cette se trouvera
teinte en grande partie & proportion de la vertu & force intérieure de
l'huile, ce qui serait incroyable si la réduction n'en montrait incontestablement
la réalité: mais ce qui est encore plus incroyable & plus admirable
c'est que la teinture préparée & dûment réunie avec son sel fixe ne change
pas seulement un peu de cuivre, de plomb, d'étain, ou mercure, mais
elle change l'argent commun, le cuivre, le plomb l'étain, & le , en ,
qui souffre toutes les preuves de l'Empire & cela douze parties pour la première
fois, mais lorsque vous mêlez cette teinture avec de la nouvelle matière,
c'est-à-dire trois parties de fixe & deux parties de matière non préparée
& que vous la faites de nouveau passer par les couleurs & qu'enfin
vous la faites dissoudre plusieurs fois passer dans un bain de vapeurs, ou
dans le ventre de cheval, en coagulant toujours, elle augmente tellement
en force & en vertu qu'elle fait projection sur mille & au-delà encore. Voici
le procédé entier que j'ai fait de mes mains, & dont je puis affirmer la
vérité dans ma conscience, il faut pourtant que je vous avertisse l'inconvénient
qu'on a à craindre de ne pas trouver aisément des verres qui puissent
soutenir la cornue dans la sublimation: car elle les perce fort souvent,
sans quoi il n'y aurait pas dans l'univers une teinture plus certaine, plus
courte, & plus facile que celle-ci puisque, comme j'ai dit plus haut, que le
seul soufre de la lune étant dégagé de son corps mercuriel sans aucune fixation
préalable teint déjà la lune cornue en quoique pas en fort grande
quantité, j'en parlerai encore ou je vous avertirai d'une chose.
Il faut pourtant remarquer ici que le soufre de la lune qui est monté
dans la sublimation, qui auparavant n'était autre chose que la lune même
qui étant toujours auprès de son corps, ne pouvait se dissoudre que dans l'eau
forte, ne se dissout plus à présent dans l'eau forte, mais seulement par l'eau
royale qui est le menstrue de l'or, que quelqu'un donc ait la bonté de m'expliquer
les raisons de ce phénomène, savoir si le soufre a été mûri dans la
cornification par le sel qui était resté auprès de lui au moyen de la digestion,
ou si cela provient peut-être du sel armoniac qui a entraîné ce soufre
avec lui dans la sublimation, ou si c'est seulement parce que le dedans de la
lune

@

( 71 )

lune est tourné en dehors, & qu'elle est spiritualisée, car je n'ai pas besoin
de décrire, combien la lune cornue est volatile parce qu'il n'y a pas de chimiste
qui ne la sache, & surtout ceux qui ne sont pas bien au fait de la méthode
de la remettre en corps en peuvent parler savamment, lorsqu'ils veulent
la refondre dans le feu ouvert sans talc, ou potasse ou de la graisse,
ce qui n'arrive pourtant pas dans un vase fermé telle qu'une retorte, mais
d'abord qu'elle vient en fonte elle perce plutôt les verres que de monter en
fleurs, ou elle passe comme du beurre, quoique par une certaine manipulation
on puisse en venir à bout & que celui qui la fait soit assuré de gagner du
pain pour toute sa vie & d'augmenter considérablement son capital, parce
que cette spirituelle ou sublimée jointe avec l'or exalté & rendu très fusible
& volatil produit en très peu de temps, une riche augmentation, dont
il n'est pourtant pas question ici, je vous prie seulement de remarquer que
cette lune spirituelle ne monte point dans des vaisseaux fermés, le des
Philosophes ne veut nullement se sublimer aussi, lorsque tout est fermé &
luté fortement comme je dirai plus bas, pour voir si on apprendra à se payer
des raisons, c'est quelque chose de remarquable aussi que dans la commune
le soufre monte le premier, & que le corps mercuriel reste en arrière,
au lieu que dans la mine d'argent c'est le mercure qui monte, & la
partie sulfureuse reste arrière, de là il arrive que l'Artiste trouve une grande
différence en travaillant sur la mine, & sur un métal fondu, & si cet
homme n'en pénètre pas la véritable raison, & qu'il veuille traiter ces matières
indifféremment par la même méthode de procéder, je suis bien certain
qu'il n'en retirera que de la confusion.
Dans le deuxième procédé de la lune il faut remarquer premièrement
la raison pourquoi on digère la lune cornue pendant 25 à 26. jours
& nuits, dans une cruche ou baril de terre, à un feu médiocre, c'est pour
lui ôter sa trop grande fusibilité, ce qui ne manque pas d'arriver lorsque
l'on est assez habile pour attraper le degré de feu convenable, & qu'elle
s'enfle comme une pâte ou comme l'amidon, secondement il est connu
& notoire en chimie que lorsqu'on fond un sel commun ou autre par
le feu, ils n'ont plus aucun esprit, de même la lune cornue ne donne
plus aucun sublimé; C'est pourquoi c'est par des cohobations réitérées
ou par une quantité de marcs d'argent qu'il faut parvenir à avoir
une quantité, un peu remarquable de ce sublimé, ce qui est non seulement
ennuyeux mais bien dispendieux. Troisièmement ce qui nuit beaucoup
dans cet oeuvre, c'est, que la lune ne donne pas un véritable sel comme
quand le résidu est enflé & léger comme la pierre ponce.
4° Comme c'est un coup de partie pour celui qui sait donner un tel
degré de feu. N.B. Que la lune cornue ne soit pas en fusion car 5° elle
ne

@

( 72 )

ne ronge alors plus les verres ni les vases, de même, 6°. C'est un avantage
considérable de mêler la cornue avec poids égal de talc & son demi-poids
de sel armoniac bien purifié, vous obtiendrez par ce moyen un
beau & copieux sublimé, le sel se trouve par le moyen du vinaigre de vin
distillé, comme j'ai dit plus haut & par ce moyen vous viendrez au but &
au souhait de vos désirs.
Il est à remarquer, que cette partie de lune est appelée par quelques-
uns soufre de Lune, j'ai néanmoins trouvé à propos de l'appeler ainsi selon l'opinion
commune, à raison de sa couleur, quoiqu'il en soit cette partie volatile
n'est réellement rien autre chose que toute la partie de l'argent avec
ses trois principes en forme très subtile de même que le résidu que j'appelle
Sel est toute la partie de la , dans une forme plus grossière, celui qui
parle, écrit, ou enseigne autrement, n'est pas un pphe.
Au reste que l'on appelle cette partie volatile comme on voudra, pourvu
qu'on l'amène au point qu'elle doit être, & qu'on obtienne avec moi les
effets que l'on peut espérer, & qui trouvera infailliblement quiconque travaillera
comme il faut.
Après cela j'ose assurer que le sel de dont j'ai parlé plus haut, fait
réellement & infailliblement ses effets dans la coagulation du mercure, car
par l'expérience suivante on peut voir ce que la lune encore crue & seulement
en quelque manière détruite, peut opérer.
Faites dissoudre de la dans l'esprit de nitre retirez l'esprit de nitre
par distillation à une chaleur douce, jusqu'à consistance de sel, dissolvez-la
encore différentes fois avec un bon esprit de vinaigre de vin distillé, que vous
retirerez toujours, procédez ensuite de même avec l'esprit-de-vin, mais la
dernière fois vous laisserez le sel de la avec l'esprit-de-vin sans l'abstraire,
versez de cet esprit-de-vin goutte à goutte sans violence sur du mercure vif
& il le fixe au (la~uble?/préalable) dans un moment en argent fin, & qu'on ne dise pas
qu'on ne trouve pas davantage de lune qu'il n'y en avait dans l'esprit-de-
vin, car lorsqu'on en fait l'épreuve & que l'on observe bien ses poids, on trouve
certainement une augmentation qui convaincrait les plus incrédules, &
l'on ne saurait attribuer la cause de cette transmutation qu'à la force pénétrante
de la lune.
Il en arrive autant avec l'or lequel étant dissous dans l'eau royale, si
vous ajoutez du ana & en retirez l'eau à consistance de sel, que l'on
dissolve cette matière, avec vinaigre distillé, filtrez & coagulez de nouveau
à la même consistance, qui devient dis-je fusible comme la cire, & qui entre
dans la lune de l'épaisseur d'un écu & la change en , pourvu qu'on
rougisse la lune sans fondre, car c'est une belle curiosité, surtout lorsqu'on
met cette matière dans le fond d'un creuset & au-dessus une pièce de monnaie
naie

@

( 73 )

d'argent, pourvu qu'elle soit un bon doigt élevée au-dessus de la matière
qu'elle ne doit pas toucher, mais seulement couvrir, que l'on met un creuset
renversé sur l'autre & bien luter le tout, afin qu'il ne puisse s'y fourrer
ni cendres ni charbons, & qu'ensuite on met ce creuset dans un feu de
roue en approchant toujours le feu peu à peu jusqu'à ce que le creuset rougisse,
la pièce de monnaie sera tellement pénétrée de l'or volatil qui montera
en fumée qu'elle sera teinte en or sans le moindre changement dans
son coin ni dans sa figure extérieure & cela aussi bien du côté que de l'autre
& même intérieurement pour la plus grande partie? Certainement si
celui qui veut gagner de quoi vivre entendait à fond cette opération, il
pourrait le faire sans beaucoup de frais; le profit qu'il y a à faire se voit dans
le Gluckshafen de Becker.
Premièrement il faut que je commence à vous montrer comme se
fait véritablement la destruction de toutes choses & principalement des minéraux
& métaux, qui sont composés de trois choses ou principes, savoir
de sel, soufre & de mercure, selon la proportion avec laquelle la nature
les assemble ils présentent un corps plus ou moins parfait, & enfin ils se
résolvent tous dans ces trois principes, lorsque l'artifice de l'Artiste ou même
l'action de la matière universelle peut faire entrer dans le mixte un
poids plus ou moins fort de l'un ou de l'autre de ces principes, au contraire
un corps demeure d'autant plus longtemps dans son essence ou façon d'être,
& l'esprit universel de l'air le conserve d'autant plus que ce corps retient
la proportion du premier assemblage de ses parties, hors donc que
l'on dissout le corps de la lune dans l'eau forte, on ne saurait nier que
toutes les parties de la lune ne soient ouvertes, mais cela ne nuit nullement
à la lune ni à aucune de ses parties, car si vous en retirez l'eau forte
ou que vous précipitiez la lune par l'eau & le cuivre vous pouvez la remettre
en corps comme elle était auparavant sans autre mystère que de la
fondre, mais lorsque dans la solution de la lune dans l'eau forte je jette
de l'eau royale ou de l'eau salée, ou ce qui est le meilleur, une certaine
quantité d'huile de vitriol, l'esprit sulfureux du vitriol, comme parent de
toutes choses métalliques, s'insinue dans les parties ouvertes de la Lune, &
s'unit avec la partie sulfureuse de la lune comme à son semblable, d'où il
arrive que la proportion intérieure des principes étant changée il faut qu'il
en résulte une altération, dans l'essence de la lune, quand même j'y
ajouterais un mercure coulant il ne saurait pénétrer dans l'intérieur de la
lune, comme l'huile de vitriol, l'eau royale ou l'eau de sel, parce qu'il
n'est pas un esprit, mais il est trop coulant, lorsque dans la distillation qui
s'ensuit, il peut emporter en se sublimant une petite partie du soufre de la
lune exaltée & augmentée en poids par le soufre vitriolique, & délivrer
K ainsi

@

( 74 )

ainsi la partie réelle dans la d'une totale destruction, Basile décrit cette
opération fort subtilement lorsqu'il dit que de cette matière un escrimeur
chasse l'autre de son fort, & bien que ces paroles paraissent peu de chose,
c'est pourtant le fondement de tout l'Art hermetique si ce n'est pas l'Art
tout entier & c'est là le grand serment qu'ont fait tous les Adeptes de ne
révéler ce secret à personne d'indigne quoique ce ne soit pas proprement
ce que j'enseigne ici, il suffit quand je dis que dans la solution de l'or philosophal
il faut pratiquer ces paroles sans détour, sans omission avec toute la
diligence possible & avec toute l'expérience & l'adresse dont on est capable,
car ce n'est pas sur des lectures & des ouïs dire que j'avance ce que je
dis, c'est sur mon propre savoir. Dieu veuille illuminer ceux qui en sont
dignes afin que par une profonde méditation ils puissent approfondir le
son caché de ces paroles, comme donc ce menstrue fait infailliblement
son effet au moyen de l'huile de vitriol qui rend tous les métaux cornus &
peut même faire infiniment davantage par une autre méthode plus cachée;
de même un véritable esprit de mercure fait le sien en emportant le
& à la place d'une terre un sel de tartre spiritualisé, préparé sans addition
d'aucun autre volatil, fait d'autres merveilles encore dans les métaux
& minéraux, mais il n'est pas permis d'en parler ici, je dirai seulement
que bien que cet oeuvre se fasse au moyen des corrosifs, il n'est pourtant pas
contraire à la nature, au contraire il lui est entièrement conforme, car de
même que l'esprit universel coule par tout le monde, nourrit & entretien
toutes les créatures, de même il ravage & détruit toutes choses lorsque la
proportion de l'esprit universel du sel vient à s'altérer, soit par des causes
extérieures, soit par des mouvements intérieurs, l'esprit universel de l'air
résout l'esprit du sel du corps ni plus ni moins que l'eau fond le sel naturel,
alors un corps tombe en pièces, & en lambeaux & il est sans force & sans
vertu à l'exception que ces trois principes étant ainsi séparés & ensuite
rejoints par l'Art de l'Artiste, ils peuvent devenir une chose incomparablement
plus noble & plus parfaite qu'ils n'étaient possible avant cette
destruction.
En second lieu je démontre, que ce ne sont point ici des sels concentrés
qui montent qui colorent le mercure, comme un très savant homme s'est
imaginé, car prenez de la lune, ou dissolvez-les en eau forte, faites
abstraction du menstrue tant de fois qu'il plaira, afin que les sels se
fixent & se concentrent mieux jetez-y alors du vif, distillez & sublimez
ensuite, je vous garantis que vous n'aurez qu'un mercure sublimé commun
au lieu que par ma manière par une solution simple & nue au
moyen du menstrue cornifiant que j'y verse, & par une seule abstraction
ce que j'ai dit arrivera, sans digestion préalable ni concentration des sels.
D'où

@

( 75 )

D'où l'on voit en 3°. lieu, que tout l'Art consiste simplement dans la
disjonction des principes métalliques, & dans la spiritualisation du métal
ce qui se fait pour ainsi dire en un moment, & point du tout dans la concentration
des sels.
En 4°. lieu, si c'était effectivement les sels, qui fussent la cause de cet
effet, le sublimé rouge ne manquerait pas d'en avoir le goût, ce qui n'est
pas étant sans goût de même qu'un cinabre de soufre commun.
En 5°. lieu, le sublimé serait friable à raison des sels quelques concentrés,
qu'ils fussent, cela se voit dans le sublimé commun, celui-ci au
contraire est si ferme & solide que bien souvent on le peut couper comme
le plomb, & que l'on a bien de la peine à le détacher du verre sans
perte.
En 6°. lieu, si ce sublimé consistait en sels concentrés ou non, il se
dissoudrait dans l'eau comme le sublimé commun, ce qui n'arrive pas.
En 7°. lieu, l'on s'aperçoit enfin que le métal diminue en poids & en
volume.
En 8°. lieu, l'on trouve avec le temps que le métal est tellement détruit
que l'on ne saurait plus le réduire en corps métallique, quoique cependant
un métal se détruise plus promptement qu'un autre.
En 9°. lieu, ce soufre que l'on sépare du mercure par une certaine méthode,
en sorte que l'on récupère le dans tout son poids, & ce qui reste demeure
soufre quoi qu'il ne brûle pas, comme le soufre commun, il a cependant
cela de commun avec lui, qu'il ne se dissout en l'eau non plus que
lui, si c'était du sel concentré il s'y dissoudrait infailliblement.
En 10°. lieu, quoique j'en sépare nettement le mercure, il devient si
auré par l'usage réitéré qu'en le faisant évaporer dans une cuillère d'argent
il la dore superbement, & d'une dorure si belle qu'il n'y a pas de méthode
ni plus prompte ni meilleure, sur tout si j'ai pris pour matière, je laisse à
juger si les sels concentrés en font autant.
En 11° lieu, ce soufre teint sur le champ l'argent en quoique
cru & encore corporel il n'en puisse pas teindre d'avantage que son poids
aussi étant porté dans l'or par le il l'exalte en couleur, & en poids, &
donne encore plus de profit, & enfin étant réduit en huile, que ni chaleur
ni froidure ne congèle il teindra plusieurs parties en fin.
En 12. lieu, si quelqu'un voulait m'objecter que les sels à l'aide du
mercure emportent quelque chose du métal dans la sublimation ce qui est
plutôt, dira-t-on un métal spiritualisé, qu'un soufre métallique ce qui est
d'autant plus croyable que la couleur du métal le trahit, par exemple si
l'on traite par la elle fera voir du vert dans un lieu humide, &
bien, soit qu'il sépare ce corps du & qu'il le réduit en corps métallique
K 1 tallique

@

( 76 )

car s'il l'est véritablement, qu'il soit si subtil qu'on voudra on doit
pouvoir le remettre en corps, mais si dans la réduction il ne trouve comme
moi qu'une âme, qu'un soufre, ou qu'un ou métal retourné, ou la teinture
d'un métal, j'espère qu'il voudra rendre justice à la vérité.
En 13°. lieu, il n'y a personne qui ne sache que si l'amalgame du mercure
avec la il n'est rien plus facile & aisé que d'en séparer le mercure mais
que quelqu'un au lieu de la lune entreprenne cette opération avec le plomb
& qu'il tâche d'en séparer alors le mercure, je vous assure que l'âme du saturne
lie tellement le mercure qu'il n'est presque pas de moyen de l'en séparer,
oui, plus fortement qu'aucun soufre métallique il n'y a pas longtemps
que je brisai jusqu'à trois verres avant de pouvoir lui arracher un peu de
mercure, or je demande si les sels concentrés ou le métal spiritualisé est
retourné ou le corps cru, ou si c'est l'ame du métal qui fait un pareil effet,
c'est pourquoi je prie que l'on veuille répondre catégoriquement selon l'expérience,
pour moi je tiens que ce mercure imprégné de l'ame de saturne
est très facile à fixer en argent ou en or, oui plus facile que par le procédé
avec le mercure précipité, car j'ai pour cela des raisons convaincantes.
En 14. lieu, un ami me proposa un jour ce doute savoir que je ne tirais
de la teinture de la lune qu'autant qu'elle contenait d'or corporel, il
croyait même qu'outre cela il y avait quelque chose de demi-spirituel que
l'on ne pouvait séparer par la méthode commune, enfin que s'était l'une ou
l'autre de ces deux choses, & quelle que ce fut des deux, que mon Art serait
bientôt à bout. Pour moi j'ai trouvé cette objection d'autant plus simple
que j'ai toujours recommandé de prendre de la lune pure, qui ne contient
aucun or, outre que l'on sait que l'or corporel monte très difficilement, &
si ce n'est que le soufre, il faut que l'on avoue, qu'il sera en bien petite
quantité, & si ce n'était que ce peu d'or spirituel qu'on dit être dans la lune,
d'où vient donc qu'après l'extraction entière le corps de la lune se trouve
tellement désanimé ou détruit, que l'on ne peut plus le remettre en corps,
celui qui a lu qu'un métal ne peut pas donner davantage qu'il ne contient,
ce qui à certains égards est véritable, lira aussi s'il lui plaît que les Philosophes
ont écrit que le meilleur de tous les soufres est le soufre métallique.
Item que tous les métaux sont intérieurement or, & qu'on peut le produire
au dehors en tournant le dedans du métal au dehors, & que la nature
l'aurait décuit elle-même si son action n'avait été empêchée par des causes
étrangères, et les pphes ne disent pas qu'il y a un peu d'or volatil, mais
ils disent que les métaux sont or dans leur intérieur, celui qui ne veut pas
le croire qu'il prenne.
En 15°. lieu, tel métal qu'il voudra, qu'il le dissolve dans son menstrue
convenable, & lors qu'il sera bien dissous, qu'il jette dans la dissolution le
demi

@

( 77 )

demi-poids du métal dissout, d'huile de vitriol, qu'il distille ensuite sans addition
du mercure toute l'humidité, qu'il donne alors feu de sublimation
jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien ni aucune fleur, & lorsque tout le corrosif
sera monté il verra monter des belles gouttes métalliques fort pesantes
avant que les fleurs ne montent, & s'il ôte le verre & qu'il laisse les fleurs
un peu de temps à l'air il apercevra qu'elles l'attirent & qu'elles se résolvent
en liqueur, faites-y attention & tâchez de trouver la raison de ce phénomène,
remarquez aussi avec diligence la couleur qu'aura la liqueur dans laquelle
ces fleurs ont été résoutes, en un mot, comme en cent, je vous dis & je
vous déclare que celui qui approfondit bien ce travail & les sels fixe ou
admirables de Glauber & qui pénètre la raison pourquoi il arrive que lorsque
je dissous une livre de sel commun dans l'eau commune & que j'y verse une
livre d'huile de vitriol, d'où vient dis-je lorsque je le distille par une retorte
de verre bien lutée qu'il n'en sorte point un esprit, ou une huile de vitriol,
mais seulement un bon esprit-de-sel, ou si je dissous du nitre au lieu de
sel commun d'où vient qu'il en sorte un esprit de nitre, si d'ailleurs il examine
à fond ce qui reste auprès de la terre du sel dans la retorte, & comme
tout cela se fait, non seulement il trouvera les véritables raisons & fondements
de mes oeuvres, mais la véritable préparation du philosophique
& la véritable destruction de sa matière ne lui sera pas cachée: moyennant
la grâce du Tout puissant, car par ce moyen il trouvera comme une chose
se sépare en soufre & en mercure, & comme ce soufre & ce Mercure peuvent
être réunis, comme tout se rectifie & devient une chose plus que parfaite
cela avec toutes ses raisons & circonstances, je me flatte donc d'avoir suffisamment
résout ces doutes, & j'ai mieux aimé de le faire par écrit que par
paroles, afin que ces Messieurs puissent examiner mes raisonnements à fond
& les retenir, car la voix passe & l'écriture reste, d'ailleurs la démonstration
oculaire & le travail doivent convaincre tous les incrédules, mais pour ceux
qui m'ont objecté que les soufres que je tire des moindres métaux, quelques
bien purifiés qu'ils puissent être donnent véritablement une teinture à la
lune, mais pour cela ils ne la changent point en or, capables de souffrir
les épreuves, je ne les regarde pas comme dignes de réponse, car leur propre
objection ne fait que trop voir que ce sont des gens qui n'ont jamais travaillé,
& qui n'y entendent rien du tout, quant à moi je reste attaché à mon
expérience jusqu'à ce qu'un plus habile homme que moi me fasse voir que
je m'abuse, non point par des discours théoriques, mais fondés en pratique,
car mépriser & blâmer les productions d'autrui, il n'est rien de plus aisé,
mais démontrer une chose par les effets & dans la vérité, hoc opus hic labor
est, par mes expériences je ne cherche pas une vaine gloire, je ne cherche
pas du profit non plus, sans quoi je ne l'aurais pas donné gratis au public
K 3 je

@

( 78 )

je n'ai d'autre vue que d'être utile à mon prochain comme Dieu l'ordonne
dans ses Lois; je n'ai aussi aucune intention de précipiter mon prochain dans
des grandes & inutiles dépenses, si vous voulez même n'y employer par la
lune, vous pouvez y réussir également avec saturne & vous convaincre de
la vérité en peu de temps, je me flatte donc qu'on me rendra justice de croire
que ce n'est pas en vue d'escroquer mon prochain & en tirer du profit
que j'ai pris le dessein de donner mes expériences au public, mais plutôt
que sous ce masque il y a quelque chose de plus important que l'on ne saurait
s'imaginer & plus que je ne sais encore moi-même, mais j'espère d'en
venir à bout si Dieu me prête la vie.
Je veux vous enseigner ce que Dieu & la nature m'ont découvert en
effet & dans la vérité, de la mine d'argent, & du bismuth, je ne m'en rapporterai
qu'à ma propre expérience, sur laquelle seule je puis faire fond, que
ceux qui tâchent d'établir la négative me regardent là-dessus d'un bon ou
d'un mauvais oeil, cela m'est très indifférent, je laisse à chacun la liberté de
penser ou d'écrire ce qu'il pense, j'espère qu'on voudra bien avoir la même
politesse à mon égard, je passe donc à l'oeuvre même & je dis que tant la
mine d'argent, que l'on appelle en allemand Rothgulden Ertz, c'est une
matière où quantité de personnes ont travaillé, les uns avec profit, les autres
avec grande perte, mais sans vouloir relever ce dernier article, je dirai
pourtant que c'est une matière dans laquelle on peut trouver la vérité, car
comme la bénédiction de Dieu & la longue expérience dans les manipulations
font le parfait Philosophe, ainsi lorsqu'un homme ignorant qui peut-être
a dans le coeur des vues criminelles, que Dieu scrutateur des coeurs ne voit
que trop & qui sans sa bénédiction qui est cependant le point essentiel, met
la main à l'oeuvre, lors dis-je qu'un tel homme ne vient pas au but qu'il
s'était proposé, cela ne doit nullement nuire à l'Art, ni le rendre suspect,
la Rothgulden Ertz est estimée pour la meilleure mine d'argent avec une autre
que l'on nomme glatz Ertz, c'est pourquoi par rapport qu'il se trouve dans
cette mine par-ci par-là de l'argent natif pur, & que sans cela le primum ens
de la lune s'y trouve & peut en être fort bien tiré, qu'autant qu'il y a de
ce primum ens ou premier être de la lune dans la mine, autant il en monte
par la sublimation philosophique, & le reste de ce premier être qui est
déjà venu à maturité, & est demeuré argent pur, autrement c'est une matière
que cette mine de laquelle on peut dire que l'on peut certainement en
extraire la teinture, il y en a même qui poussent la chose si avant que de
prétendre avec Basile que c'est la matière la plus universelle de la Pierre
des sages & qu'il en a déguisé le nom lorsqu'il dit dans un endroit, Prenez
au nom de Dieu la mine rouge de mercure & la meilleure mine d'or &c,
ils prétendent qu'il dit assez clairement que c'est le Rothgulden Ertz, cependant
dant

@

( 79 )

ce ne l'est pas, quoiqu'il soit véritable que du Rothgulden Ertz, on peut
tirer par une douce digestion & sublimation un véritable mercure philosophique,
mais il y a plusieurs manipulations qui y sont requises & sur tout il
ne réussit nullement dans des vases bien lutés mais seulement, lorsque le
bec du chapiteau entre dans le récipient sans être luté, c'est alors qu'il commence
à se faire voir, & une livre de cette mine en donne vraiment plus de
six dragme ou une once tout au plus, & quelque fois même seulement une
demi-once de ce mercure, n'importe, bien que cette mine soit assez précieuse
on peut pourtant en avoir une grande quantité en payant, & l'on en
peut faire un profit ultérieur, par exemple, lorsque par cette méthode on
en a sublimé le mercure philosophique & qu'ensuite on en a extrait l'ame
ou le soufre avec le vinaigre de vin distillé, on brûle le résidu, & on le réduit
en corps selon l'Art & l'on en tire deux ou trois dragme d'argent fin
davantage que par la fonte ordinaire, c'est ce que doit opérer la digestion
en réincrudant cet esprit volatil dans la réduction, la raison en saute aux
yeux, la livre de Rothgulden Ertz contient 20. à 22. demi-onces d'argent
fin, & l'on peut avoir cette mine en payant exactement ce qu'elle rend d'argent
fin ainsi l'on ne perd rien, supposé que l'on ne voulût pas se servir
de l'argent à moins que l'on ne voulût augmenter le pphiques en quantité
mais que l'on y cherchât seulement la partie volatile mercurielle & la
partie fixe (sulfureuse?), quand on a deux ou trois livres de cette mine on en
a autant qu'il en faut pour l'oeuvre, car aussitôt que l'on a deux ou trois
onces de ce mercure, l'on en peut sublimer un quintal de lune entière, &
la rendre en mercure philosophique, ou multiplier par là le mercure pphique
à l'infini ce qui est surprenant & même incroyable à un homme qui n'est
pas au fait de ces opérations, c'est cependant la pure vérité, & j'en raisonne
par ma propre expérience, ce mercure monte premièrement comme
un arsenic brouillé, mais lorsque vous la mettez dans une boîte d'argent
fin qui ferme exactement, que vous placez cette boëte bien fermée dans
une cucurbite avec un chapiteau & que vous donnez un feu de sublimation,
il perce au travers des pores de la lune, & il se sublime dans le chapiteau
clair & transparent comme un cristal, & laisse la plus grande partie
de l'argent de la boëte irréductible, & c'est là la différence de ce mercure
avec l'arsenic commun, pour lequel on le prendrait en entendant ce discours,
de plus lorsque vous mêlez deux onces de ce mercure avec une once
de lune fine en limaille & que vous le digérez trois jours, non seulement
ils se réduisent en putréfaction en 24. heures & deviennent noirs comme
charbons, mais ils se subliment ensemble aussi à quelques fèces près,
& à la deuxième sublimation la lune n'est pas moins irréductible que
le mercure même que vous lui avez ajouté, si vous prenez alors
ces

@

( 80 )

ces trois onces, & les mêlez avec trois lots nouveaux de lune fine
en limaille, digérez-les & les sublimez comme auparavant & vous aurez
9. lots de . Philosophique avec lesquelles vous pouvez procéder jusqu'à
ce que vous ayez de ce mercure autant que vous voudrez, c'est ce que
ne fait pas aussi l'arsenic commun, & il faut bien prendre garde que l'on
ne confonde pas celui qui est bon avec le commun, & qu'on vient ainsi à
le gâter, à cause que dans le Rothgulden Ertz il y a aussi un peu d'arsenic commun,
si quelqu'un était assez industrieux pour tirer un tel arsenic ou mercure
Philosophique hors de la mine de bismuth, ou de la mine pure de kobolt
qui est plutôt une mine d'arsenic que de bismuth qu'il put faire les
mêmes effets, il pourrait parvenir à son but avec une matière qui est à
bon prix & aurait un oeuvre si aisé si précieux & pourtant qui coûterait si
peu qu'il n'est pas croyable, car la mine de kobolt ne se vend qu'une bagatelle,
mais tout l'arsenic qui en sort n'est pas convenable mais cette boëte
d'argent dont j'ai parlé plus haut fait la séparation du bon & du mauvais,
c'est-à-dire de celui qui est déjà trop digéré & fixé par la nature, & elle contient
plus de celui-ci que de celui qui est convenable & qui fait les effets susmentionnés,
mon cher lecteur je m'ouvre d'avantage que je n'entrevoyais de
faire d'abord, & bien que le soufre convenable pour en imprégner, ensuite
le mercure ne se trouve plus dans cette mine cependant on le peut tirer
assez aisément de la mine de saturne, qui n'est pas plus précieux & que
tout le monde connaît & en fait usage & profit avec ce mercure, je nommerai
aussi cette mine, car il n'est point dans la mine de bismuth comme
dans la Rothgulden Ertz quoique le véritable mercure ou plutôt le premier
être ou la fleur de tous les métaux y soit en abondance, je dis plus,
j'ose assurer que cette mine de bismuth surpasse en ce point toutes les autres
mines métalliques & de même que l'arsenic commun empêche le nôtre
dans son opération, de même celui-ci ne saurait vous conduire au but
tant désiré sans le soufre pur qui est son apanage & qui est dans le Rothgulden
Ertz aussi, il est pourtant vrai que lorsque l'on a un peu de ce mercure
on peut l'augmenter à l'infini avec le mercure commun au défaut d'autre
mine de cobolt, mais sans le soufre susdit il n'est pas possible de l'amener
à une teinture constante, & profitable. Au reste si l'on ne peut pas récupérer
de cette mine, je ne crois pas que celui qui aura lu & observé avec attention
tout ce que j'ai dit antérieurement songera à l'emprunter des métaux,
je répète, que je fais des ouvertures, que des autres ne feraient pas pour
un millier d'écus, & pour donner des preuves encore plus fortes de mon
amour pour le prochain, je veux faire ce que personne n'a jamais fait, &
que peut être aucun ne fera après moi, c'est de vous montrer que j'ai mûri
la mine de kobolt, de la même manière que j'ai dit plus haut du saturne
avec

@

( 81 )

avec une lessive très forte des cendres du bois de hêtre, & chaux vive,
& sur la fin le sublimer &c. de plus je veux montrer par une comparaison
ou exemple sensible comme on peut imprégner le mercure philosophique
avec son propre soufre & d'en faire d'abord un sublimé rouge couleur de cinabre,
mais obscure & opaque, & enfin de couleur de rubis diaphane &
transparent, sans cela il n'y a rien à faire dans la chimie, car de même
que par le mercure philosophique avant d'être imprégné de son soufre
convenable, la lune est transmuée en un mercure semblable? de même
sans ce soufre, & ce mercure la Lune ne saurait être changée en teinture effective
& permanente pour changer tous les moindres métaux en argent
& c'est cette teinture que l'on appelle un argent plus que parfait, & voila
dans quoi tout l'Art consiste, & bien que je sois en état de l'expliquer avec
bien d'autres circonstances & manipulations, je dois pourtant faire en sorte
que je ne jette pas les perles devant les pourceaux, par ce que dans les
mines métalliques il y a infiniment de plus grands mystères que dans les
métaux même, & que par une description trop exacte de leur préparation
entière, la matière principale se donnerait à connaître avec toute sa préparation,
ce qui serait passer toutes les bornes de la discrétion, il doit suffire
de voir que de toutes les matières l'on peut tirer la même chose, c'est-
à-dire le mercure & le soufre & que presque toutes les matières requièrent
à peu près la même préparation, il doit suffire aussi de savoir que ce
procédé de la mine d'argent ou Rothgulden Ertz est dans les mains de quantité
de gens, & que j'ai donné les assurances les plus fortes que la vérité
était dans cette matière, il s'agit de prier Dieu qu'il veuille ouvrir les yeux
de votre entendement & répandre sa bénédiction sur vos travaux, & vous
ne tomberez pas dans l'erreur, je viens donc à l'exemple que j'ai promis pour
donner une idée de la méthode dont il faut se servir pour imprégner le mercure
philosophique de son propre soufre.

Voici l'expérience.
P renez de l'arsenic commun une livre, antimoine cru ana pilez bien
les matières chacune à part & les mêlez, vous les mettrez dans une retorte
qui ait la gorge large & dégagée, placez-la dans le sable donnez-lui le
feu par degrés & il montera d'abord une matière volatile qui ne vaut rien
dans la gorge de la retorte, mais la plus grande partie de l'arsenic se place
au-dessus de l'antimoine, qui dans le fond de la retorte est fondu par la
violence du feu, à cause qu'à la fin il faut donner pendant six ou huit
heures un des plus fort feu, cet arsenic sera comme un corail rouge, parce
qu'il a abandonné tout son corrosif & à la place il s'est rempli du soufre de
l'antimoine, d'où l'arsenic qui autrement est volatil en est devenu si fixe
L que

@

( 82 )

que la plus grande violence du feu ne peut le pousser plus haut qu'à la superficie
de l'antimoine, sur le quelle il nage comme l'huile nage sur l'eau,
c'est pourquoi après que vous avez laissé refroidir vos matières vous pouvez
aisément les séparer de l'antimoine, quoique l'on aurait cru d'abord qu'ils devaient
s'unir & faire une masse à cause que l'on peut faire un régule martial
avec l'arsenic aussi bien qu'avec l'antimoine quelque triviale que soit
cette expérience, elle est pourtant d'une telle importance dans la chimie,
que celui qui est prudent & qui cherche quelque chose d'utile ne doit pas
se lasser de la méditer profondément, puisque l'on y peut voir comme dans
un miroir l'union du soufre philosophique avec le mercure philosophique,
j'ajoute encore, que l'on y peut voir que notre mercure devient par cette
union d'un effet bien plus considérable, que l'on ne peut apercevoir dans
l'arsenic commun car il est notoire qu'avec l'arsenic commun il n'y a rien
ou très peu de chose à faire, mais prenez cet arsenic rouge, sublimez le
encore un couple de fois par soi-même pour le purifier d'avantage, fixez
le ensuite avec deux fois autant de salpêtre bien purifié, que l'on peut faire
commodément dans une cucurbite afin d'en récupérer l'esprit de nitre, qui
sans cela s'en irait perdu, détruisez avec le résidu du cuivre commun rouge,
car il détruit tellement le cuivre par une seule cémentation de seize heures
qu'il n'est plus possible de le réduire en corps, il faut pourtant après la
cémentation les fondre ensemble, & les tenir en fusion pendant une heure
entière, cémentez ensuite une lune commune mais fine, seulement pendant
sept ou huit heures, enfin fondez, couplez, & mettez à l'inquart &
vous trouverez toujours du véritable or, ce que ni l'arsenic ni l'antimoine
ne pouvaient faire chacun en particulier, j'ose même dire que si quelqu'un
entend bien ce travail, il n'est pas besoin de chercher un autre secret particulier,
pourvu qu'il rendre seulement la lune un peu poreuse il y trouvera
encore quelque chose de plus, c'est un beau particulier que celui-là,
puisque tout l'argent en demeure fixe, si l'embarras de coupeller & laminer
la lune ne rendait ce travail ennuyeux.
J'ai dit que le primum ens ou mercure philosophique ne monte pas dans
des vaisseaux clos, j'entends le primum ens, de cette mine, cela est fondé
en raisons physiques, je toucherai seulement en passant comme quoi tous
les corps métalliques sont plus pressés de l'air à raison de leurs corps compacts
que ceux qui sont plus poreux que les sels, car je sais fort bien qu'un
métal est plus compact que l'autre, & plus poreux c'est pour cette raison
qu'il faut plus de violence pour en faire monter les fleurs que pour les sels,
comme on peut voir par l'antimoine & le plomb à coupelle, d'autres au
contraire ne montent point du tout à moins, que l'on ne leur ajoute quelque
chose, qui les volatilise, & les entraîne avec elle tel que le sel d'urine,
le

@

( 83 )

le sel armoniac & ingrédients de pareille nature, or lorsque ces corps viennent
dans un air entièrement clos, qui ne peut ni les presser ni les élever,
ils demeurent dans la même situation, ainsi fait aussi ce mercure, qui est
déjà en partie métallique, & il ne veut pas se séparer de ses parties déjà fixes,
dans un air clos, mais aussitôt que l'on a bien luté le chapiteau, de la cucurbite
& que l'on laisse le récipient sans luter, alors il se laisse entraîner
comme un corps à demi spirituel, ces esprits cherchant toujours l'air, & le
haut comme fait le feu & l'air, qui sont les deux éléments spirituels, au
contraire les éléments corporels tels que la terre, & l'eau sont accoutumés de
prendre le bas, selon la Langue sainte les cieux sont appelés eaux, mais
il ne faut nullement douter, que ces eaux ne soient d'une autre nature que
l'eau de la mer, autrement il n'aurait pas été besoin de séparer les eaux,
des eaux, il est vrai que l'on pourrait bien expliquer que telle était la volonté
de Dieu, mais ici je raisonne à la portée de l'esprit humain, par rapport
que les Philosophes par une espèce de similitude appellent, leur mercure le
Ciel des Philosophes Eau Céleste &c. à cause de la plus grande partie de
son aquosité aérienne & ignée, mais je ne veux nullement m'aller enfourner
dans cette Philosophie, il faut encore savoir que lorsque l'on a sublimé
le philosophique du Rothgulden Ertz & que l'on verse sur le résidu un
bon vinaigre de vin distillé & qu'on les met ensemble en digestion ce vinaigre
en extrait un soufre rouge avec lequel nous mêlons notre prétendu
mercure philosophique & le sublimons tant de fois par le soufre, qu'enfin
il s'unit avec lui & devient rouge & transparent comme un grenat & cependant
cette teinture telle qu'elle est ne change qu'en argent le mercure,
le , le , & le . mais en voilà bien assez.

C H A P I T R E S E C O N D O.

Comme se peut tirer une véritable teinture hors du Saturne & ce qu'il y faut observer.
I l est connu qu'on peut mûrir le , car je pris une fois pendant l'hiver
des lamines de plomb bien minces, sur lesquelles je versai une forte
lessive de chaux vive & des cendres de bois de hêtre, je les mis sur le fourneau
dans mon poêle, je les laissai un temps considérable dans cet état, & à
proportion que la lessive s'évaporait, je versais toujours de la nouvelle, enfin
lorsque je vis qu'il voulait se faire un dépôt du sel, je le laissai évaporer
tout à fait, après cela j'y versai de l'eau chaude, & il commença à jeter une
puanteur, comme si l'on avait précipité du soufre hors de la lessive, & il
se déposa un peu de chaux noire, je versai en bas le tout au clair, & laissai
les lamines & la chaux dans le vaisseau, je répétai & réitérai cette opération
L 2 ration

@

( 84 )

presque pendant tout l'hiver jusqu'à ce que les lamines se brisassent
& se disjoignissent d'elles-mêmes, j'édulcorai la chaux le mieux que je pus
& je mis à part la plus subtile, & la plus grossière, & je la traitai avec le sel
de tartre & la limaille de fer, & j'eus un vif d'une beauté merveilleuse,
or dans cet oeuvre une bonne partie du , c'est séparée, & vous ne sauriez
réduire la moindre chose, de ce qui reste en métal, mais le temps doit apprendre
ce que l'on peut faire avec ce . Au reste le procédé pour parvenir
à une teinture parfaite est exactement, le même que celui de la . Ainsi
pour éviter la prolixité je ne veux pas le répéter ici.
Pour conclusion de mon discours, sur la planète de saturne, je vous
prie de vous souvenir de l'expérience que j'ai donnée en traitant de la lune
où j'ai dit de mêler la lune cornue, avec son demi-poids de talc & sel
armoniac & les sublimer ensemble, & de vous souvenir aussi de l'effet,
qui en a été produit par l'expérience suivante, vous allez voir que la même
chose arrive avec le saturne.
Dissolvez en eau forte faible une quantité de saturne, & versez-y de
l'eau commune lorsqu'il sera bien dissous, retirez-en l'aquosité par distillation
jusqu'aux esprits, versez alors dans la dissolution successivement de
l'esprit-de-sel, ou de l'eau de sel commun, jusqu'à ce qu'il ne se précipite
plus de saturne, versez alors tout le corrosif par inclination arrière de la
chaux blanche de saturne, & édulcorez cette chaux le mieux qu'il vous sera
possible jusqu'à ce qu'elle n'ait plus aucun goût de sel puis séchez-la bien
mêlez-la avec son demi-poids de pur sel armoniac, qui soit bien dépuré, il
se sublimera bien mieux si vous y mêlez poids égal de talc, mêlez bien
cette mixture, mettez tout ensemble dans un vase sublimatoire, lutez-y un
récipient distillez d'abord à feu doux, & enfin à fort feu & violent, il montera
un sublimé aussi beau qui si c'était pur or, & encore beaucoup mieux
si vous avez mûri le saturne comme j'ai enseigné plus haut, & derechef
fondu, & mis en fine lamine, lorsqu'il ne montera plus rien laissez
éteindre le feu, ramassez subtilement ce sublimé, si vous le mettez dans
un lieu comme à la cave il se résoudra en huile, mais gardez-le pour le
fixer avec esprit de nitre, le distiller au bain-marie jusqu'à oléosité cohobant
deux jusqu'à trois fois même, à la troisième fois il vous restera une
huile précieuse, qu'il faut rejoindre à son sel fixe.
Continuez votre opération, car vous n'aurez pas beaucoup de peine à
tirer l'autre partie du saturne, je veux dire son sel fixe d'autant que le
talc est incombustible dans le feu, & non fusible, & qui reste spongieux
& que le vinaigre n'attaque pas, versez donc dis-je du vinaigre de vin distillé
sur le résidu, & le mettez au bain-marie à doux feu l'espace de 24.
heures, versez le vinaigre arrière & prenez garde qu'il ne passe des fèces,
continuez

@

( 85 )

continuez d'en remettre autant de fois qu'il n'y ait plus de sel, cela étant
fait distillez le vinaigre par le bain, & le sel fixe reste, que vous purifierez
derechef avec l'esprit-de-vin pour en ôter toutes les fèces, il faut joindre ce
sel fixe à son huile tout comme j'ai dit plus haut de la lune, & vous en
trouverez les mêmes effets.
Il vous faut savoir aussi que le sel des métaux comme celui de la , &
de n'est pas d'abord aussi fusible que quelqu'un se l'imagine, au contraire
ce sel est dur & peu fusible, à moins que l'artiste n'y remédie par un trait
de l'Art qui consiste purement dans le sel armoniac, avec lequel il faut qu'il
soit amené par sublimation au point de se résoudre en liqueur, lorsqu'on
l'expose à l'air, quoique dans les sublimations il ne montre rien du tout de
ce sel, avec le sel armoniac après quoi étant parfaitement dégagé du sel
armoniac, il devient si fusible qu'il entre dans son huile comme la partie
volatile, & je vous garantis qu'avec la lune & saturne vous serez très heureux,
mais je dis une fois pour tout que celui qui ne croit pas que dans les
moindres métaux & minéraux il y a un soufre solaire aussi bien que dans les
plus nobles, il n'entend encore rien du tout dans le fond de la chimie,
pour confirmer ce que je viens de dire je ne rapporterai que quelques sentiments
des véritables Philosophes, ne disent-ils pas unanimement que le
soufre est le Père de tous les métaux, & que le mercure en est la Mère, &
ne crient-ils pas tous qu'ils préparent leur mercure philosophique ou leur
dissolvant de soufre & de mercure dans lesquels est caché le troisième principe
qui est le Sel, comme aussi ces deux premiers ne sont engendrés hors
d'un sel vitriolique, si cela est véritable, comme il l'est effectivement, parce
qu'un bon chimiste le peut faire voir à l'oeil, pourquoi ne voudrais-je pas
croire puisque les Philosophes disent unanimement que tous les métaux proviennent
d'une même source, origine, fondement, racine & ils ont tous
un soufre solaire, mais je ne veux pas nier que celui qui est dans plomb
ne soit moins pur, moins cuit, & moins mûr, que celui qui est dans l'or
& dans l'argent, mais lorsque vous l'aurez tiré du saturne purifiez-le &
fixez-le selon l'Art, & dites-moi alors ce que vous aurez trouvé, mais avant
cela ne présumez pas de vous flatter que vous entendiez quelque chose en
Alchimie: Gevous veux.

C H A P I T R E 4.

M ontrer à préparer hors de vénus & du bismuth une véritable teinture
du soleil, c'est-à-dire que ces deux minéraux proviennent de la même
source que l'or & l'argent; & qu'il ne leur manque rien pour être véritablement
l'un ou l'autre que la pureté dans leur production & la fixité, la
raison qui m'oblige à placer le cuivre & le bismuth dans un même chapitre
est que leur préparation est uniforme, je veux dire qu'il faut dissoudre l'un
L 3 &

@

( 86 )

& l'autre dans une grande quantité d'eau forte faible, comme huit, ou dix
de parties d'eau forte sur une de cuivre ou de bismuth & cependant ni l'un
ni l'autre ne se précipite ni avec l'esprit-de-sel, ni avec l'eau royale ni avec
l'eau salée, ce n'est pas là la méthode de les rendre cornus & de les désanimer.

Mais voici le procédé.
P renez du cuivre qui n'a pas été étamé, qu'il soit vieux ou nouveau il n'importe,
prenez en dis-je 4 onces, que vous ferez dissoudre en eau forte
faible, il vous en faudra à peu près deux livres, retirez-en à peu près la
moitié, & ayez soin d'employer une cucurbite haute d'autant que le cuivre
est sujet à se déborder vous pouvez même en retirer un peu plus de la moitié,
ouvrez la cucurbite avant qu'elle ne soit tout à fait froide à cause que
le cuivre se précipite aisément en cristaux versez dans le résidu encore chaud
deux onces d'huile de vitriol & secouez-les bien, versez-le ensuite dans une
cucurbite plus petite & convenable ajoutez-y 6. onces de vif, brouillez-les
& secouez derechef, adaptez-y un chapiteau placez-le dans le sable & retirez-
en toute l'humidité jusqu'à la siccité, ensuite donnez-lui un feu de sublimation
& vous aurez un sublimé d'une admirable belle couleur, mais qui
ne s'attache pas si fortement au verre que celui de la lune ou de saturne,
comme ces métaux, ramassez ce sublimé nettement à part, & la masse qui
reste au fond aussi à part, versez dessus l'eau forte que vous avez déjà fait
passer, & dissolvez-la comme auparavant, & si elle ne suffisait pas, ajoutez-
y de la nouvelle autant qu'il en faudra pour une parfaite dissolution, étant
bien dissout jetez-y comme devant six onces de mercure vif mais n'y versez
plus de l'huile de vitriol nouvelle, parce que la première à raison de sa proximité
avec le cuivre s'est tellement insinuée dans ses parties qu'on ne peut
pas l'en séparer aussi facilement que de la lune, c'est pourquoi l'on a pas besoin
d'y employer de nouvelle huile de vitriol dans 2e 3e 4e & même sixième
sublimation de votre masse restante, sublimez comme devant, & réitérez
ce travail aussi longtemps qu'il vous donnera du sublimé rouge avec
lequel ensuite vous procéderez de la même manière que j'ai enseigné dans
la lune, à l'exception que le sel de vénus & de bismuth étant réduit avec
son âme ne teint pas si promptement & en si grande quantité de lune en
soleil, car il y a constamment dans tous les moindres métaux la même chose
qui les empêche d'être or ou argent, je veux dire qu'ils n'ont point un
mercure fixe & décuit comme ceux-ci, & par conséquent le sel qui est préparé
de ce mercure ne peut pas opérer les mêmes effets que ce sel pur, fixe,
bien cuit, & mercuriel du soleil & de la lune, mais il leur faut plus de
temps pour leur préparation & fixation, mais l'on m'objectera peut-être que
puisque le mercure du du & du bismuth n'est pas aussi fixe que celui
de

@

( 87 )

de l'argent & de l'or, & que j'enseigne d'employer plus de temps pour le préparer
& en tirer du profit on ne comprend pas comment j'ose si fort vanter
leur soufre & promettre un profit certain à ceux qui en feront usage dans
le temps que je ne dois pas ignorer que le soufre & le sont comme le mari
& la femme & que l'un n'est pas d'une plus grande noblesse que l'autre;
à cela je réponds que je n'ai jamais promis que l'on tirait à l'instant du profit
de ce soufre au moyen de son propre sel, mais je l'ai promis prompt au
moyen du sel de la lune, & je l'ai promis avec le temps au moyen de son
propre sel, c'est-à-dire après une préparation suffisante & convenable, car
de même que le sel de la lune par sa spiritualisation & purification ne perd
rien de sa fixité mais il la récupère à la moindre digestion c'est ce qui fortifie
aussi les soufres des moindres métaux qui leur donne un corps fixe, &
qui les met en état d'être employé à profit, je n'ai jamais enseigné non plus
que dans la voie particulière il faut porter le soufre de vénus avec le mercure
sublimé sur du ou sur . & le réduire en corps, & que par cette voie
on tirerait du bon mais j'ai marqué qu'il y avait du profit à faire par
l'argent & par l'or, & parce que c'est dans cela que consiste tout le fondement
de la science hermétique, je veux bien ici remettre en raccourci ce que
j'ai avancé aux yeux du lecteur lorsque les Philosophes nous disent que leur
mercure provient de l'or & de l'argent ou qu'il consiste en or ou en argent
& qu'il en est préparé, ils parlent non seulement des parties essentielles de
leur mercure mais aussi de tous les métaux, & ils placent entre les parties
solaires leur soufre qui est d'une propriété sèche & ignée, & entre les parties
lunaires le qui est froid & humide en tout, & lorsqu'ils disent que les
sept métaux tirent leur origine de la même source, c'est en vue d'établir
que les prédits métaux consistent en mercure & en soufre, & bien qu'ils ne
parlent pas du troisième principe qui est le sel, les savants savent fort bien
qu'il est aussi bien dans le soufre que dans le n'étant l'un & l'autre dès l'instant
de leur origine qu'une matière saline, ainsi le mercure a deux éléments
l'eau & l'air, & le soufre a ses deux autres; c'est-à-dire la terre & le
feu, car le soufre est la matière qui devient enfin une terre métallique &
qui coagule & lie le mercure, ce qui fait dire à Basile Valentin qu'il n'y a
qu'une seule chose hors laquelle provient notre mercure, où il parle de la
matière dans laquelle non seulement le soufre & le mercure sont engendrés
mais aussi de laquelle ils peuvent être extraits & si l'on ne les en extrait
pas de bonne heure, mais qu'ils viennent à demeurer renfermés dans le
sein de la terre, il s'en forme des métaux plus ou moins purs, selon
la plus ou moins grande pureté de la matrice où cette matière première
s'assemble & selon la congruité de la chaleur qui le durcit, ce n'est
pas que Basile Valentin pour avoir désigné la matière unique, veuille par


@

( 88 )

là taxer de fausseté l'opinion de ceux qui assurent, que l'on peut encore
préparer une teinture hors des métaux, qui ont à la suite été produits de
cette matière, puisqu'il avoue lui-même qu'il l'a faite de l'or commun, &
cependant elle provient de la matière unique, car l'or n'est rien autre que
soufre & mercure, & sort de la même matière dont le mercure des Philosophes
provient, quoique l'or soit dans un plus haut degré de purification &
de fixation il est donc constamment vrai que la pierre des Sages, & toutes les
teintures particulières proviennent d'une même source, que c'est dans cette
chose unique qu'il faut les puiser, & cette matière unique est le sel de
la terre, qui est toujours incliné à engendrer un soufre & un mercure, réels
& effectifs: ce n'est donc point le salpêtre commun, dans lequel on y trouvera
jamais cette vertu, en second lieu Basile dit plus outre, il consiste
aussi en deux choses savoir en soufre, & en mercure qui originairement avant
que la matière ne le su amener à ce point, n'étaient qu'une seule chose,
c'est-à-dire du sel comme on a déjà dit. Oui il est même formé de trois principes
ne faisant rien que lui, & tous les Philosophes ne nomment que ces
deux, savoir le & par leurs noms, car ils étaient tous deux sels & la nature
saline reste toujours, bien qu'à présent il soit soufre & mercure, & elle
y demeure cachée, c'est pour cela qu'ils sont trois, il ajoute qu'il est fait
de quatre choses, c'est à dire de quatre éléments, la vertu de quatre éléments
étant cachée dans ces deux matières, qui bien que deux seulement en
nombre ont pourtant les propriétés de tous les éléments, savoir de l'eau, du
feu, de l'air, & de la terre, derechef notre , dit-il provient de cinq
choses en ajoutant la quintessence des éléments, qui originairement consistait
en un sel, ensuite en soufre & en mercure, & enfin ramenée en un, où
le & le radicalement réunis, peut être avec toutes sortes de raisons appelé
une quintessence de tous les éléments, principié tous les métaux &
minéraux, celui qui n'entend pas cela ne réussira jamais &c.
Plus le soufre est pur, & plus il devient une terre subtile métallique,
de là il prend la force de produire au dehors la couleur qu'il tient
cachée au-dedans & de coaguler en or, par le moyen de la chaleur naturelle
cachée dans la terre, le mercure pur qu'il rencontre, mais si le ,
que rencontre le soufre est fort froid & humide sale & impur, malgré que le
soufre soit bien purifié, il n'en proviendra que du saturne, c'est pour cela
que saturne donne un soufre si beau & si net, si mercure est (le?) un peu
plus beau & plus pur, il en proviendra de l'étain, & ces deux métaux contiennent
plus de mercure que de aussi les appelle-t-on métaux imparfaits,
tant par rapport à l'intégrale proportion de leur mixtion, que par rapport au
défaut de la chaleur naturelle de la terre, & de leur génération précoce,
cependant il ne serait pas impossible, que s'ils étaient demeurés dans le sein
de

@

( 89 )

de la terre autant de temps qu'il aurait fallu pour les mûrir, & qu'ils eussent
eu une chaleur naturelle convenable, qui eût desséché l'humidité superflue
de leur , & qui eût décuit la partie sulfureuse de ces métaux,
il ne serait pas impossible dis-je, que ces deux métaux ne fussent devenus
or, ou argent, j'entends après la séparation de leur impureté & consomption
de leurs superfluités, s'engendre-t-il dans le sein de la terre hors du sel
d'icelle & par la chaleur, qui par le moyen de l'air renfermé à la puissance
de condenser en mucilage les humidités salées qui pénètrent la terre, &
en former avec le temps un métal coulant, & survient il un soufre vitriolique
superflu, fort impur, & très salé, il en sortira du fer, qui à la vérité,
a un beau & pur mercure, mais en forte petite quantité en récompense il
a un soufre superflu & même encore corrosif, c'est cette matière vitriolique &
saline qui fait que le fer se rouille aisément, aussitôt que la moindre humidité
s'y attache la dissout, & lui donne la force de corroder son propre
corps, le mercure est-il également pur, & survient-il en abondance du
soufre plus pur qu'au fer il en résulte du cuivre, c'est pour cela que le mercure
de ce métal à raison qu'il a un soufre plus pur qui n'est pas si mêlé de
terrestréités, que dans le fer, présente aux yeux un corps fort rouge & se
fond plus aisément que le fer néanmoins son soufre étant aussi fort vitriolique,
aussitôt que l'humidité s'y attache, le corps du cuivre en souffre
avec le temps il se résout en vert-de-gris, comme le fer se résout en un
crocus rouge: mais la raison pourquoi il n'en arrive pas de même avec le
plomb & l'étain, c'est que leur soufre n'est pas si vitriolique ou salin, &
qu'il est enveloppé dans une plus grande quantité de mercure ainsi les parties
les plus fortes l'emportant sur les faibles, le soufre n'est plus en état d'être
saisi par l'humidité, si donc la teinture au rouge est non seulement dans
le cuivre & dans le fer selon l'opinion commune, mais aussi dans le plomb,
dans l'étain, elle est pourtant d'autant plus dans le fer & dans le cuivre,
que ces deux métaux contiennent plus de soufre, qui proprement est la teinture
au rouge comme le mercure l'est au blanc, & ce soufre leur étant
ôté bien purifié & spiritualisé, afin qu'il puisse avoir ingrès, & étant porté
dans un métal fixe en fonte s'il entre comme il faut, & s'il se mêle radicalement
avec lui, il demeure éternellement avec lui, parce que le
corps fixe le garde & le conserve, & il présentera aux yeux l'argent changé
en or, car de même que le corps fixe de la lune s'unit le soufre de
vénus radicalement & le défend, sur la coupelle contre la violence de saturne,
ainsi ce soufre la préserve ensuite contre la violence de l'eau forte,
du cément royal, & de l'antimoine à raison, de la nature sulfureuse &
grasse mais lorsque je n'ai pas encore parfaitement spiritualisé mon soufre,
il ne s'unira jamais radicalement avec la lune, & il ne la teindra jamais
M en

@

( 90 )

en or, quand même je l'aurai tiré le plus nettement qu'il est possible du
cuivre, du fer, du plomb, ou de l'étain mais si je veux, qu'il ait réellement
l'ingrès & qu'il fasse le même effet, il faut que cela se fasse par le
moyen d'un autre esprit qui soit en état de l'introduire, tel que le mercure
sublimé, alors il peut réussir mais si je porte ce soufre bien purifié sur
du plomb, ou de l'étain en fonte, soit par soi-même, soit avec un mercure,
je n'obtiendrai pourtant pas de l'or, parce qu'il rencontre un corps imparfait,
& que deux malades ou faibles ne peuvent s'assister l'un l'autre,
& se défendre de leurs ennemis, de même deux choses corporelles ne peuvent
pas se pénétrer radicalement l'une l'autre, autrement il y a dans le
plomb, & dans l'étain un soufre également convenable, & la teinture au
blanc & au rouge aussi bien que dans le cuivre, & dans le fer, mais en
moindre poids, & dans une moindre purification & maturation, ce qui fait
que véritablement ce soufre de & de bien purifié & spiritualisé étant
porté sur la lune en belle fonte, la change en or, mais pas en si grande
quantité que celui de ou de aussi faut-il que le soufre de , ou de
soit fixé plus long temps que celui de la lune, du cuivre & du fer, & ces
trois derniers demandent aussi plus de temps pour leur fixation, que celui
qui se tire du corps de l'or même, car celui-ci n'a besoin ni de purification
ni de fixation mais seulement d'être spiritualisé, si quelqu'un me demande
où la teinture au blanc restera, si je tire de cette manière la teinture au rouge
hors de tous les métaux indifféremment, à cela je réponds qu'elle est
dans le soufre blanc de ces métaux, à savoir dans le mercure des métaux,
car lorsque de la lune commune je fais un véritable sel, qui n'est rien autre
que sa partie mercurielle, & que je ne lui donne pas d'huile de son soufre, il
n'a d'autre vertu que de fixer le mercure commun en argent de coupelle.
Oui, le sel de l'or même, lorsque sa partie sulfureuse en est séparée ne fera
pas plus d'effet que celui de la lune, mais il n'en est pas de même du sel
de , de , de , de , bien loin de là, ils seraient plutôt capables de
rétrograder l'or commun, la lune & le mercure en cuivre, fer, plomb, &
étain, mais je n'en veux par dire d'avantage ici, parce que je ne crois pas,
que l'on soit assez simple pour s'amuser à des curiosités, qui ne donnent
aucun profit, au contraire un dommage notable, je dirais plus que si quelqu'un
est encore si incrédule, que de révoquer en doute la vérité des effets
du soufre tiré des métaux communs, peut être s'il était bien curieux
de voir les effets des métaux retournés, c'est-à-dire dont on a tourné le dedans
en dehors, & le dehors en dedans, il pourra contenter sa curiosité & convaincre
son incrédulité, par l'expérience suivante.
Expérience

@

( 91 )

Expérience.
P renez 4. onces de cuivre pur que vous ferez dissoudre dans autant qu'il
faut d'eau forte pour le dissoudre nettement, ensuite retirez par distillation
la moitié de l'eau forte, & tandis que la solution est encore assez
chaude, versez-y 2. onces de bonne huile de vitriol, brouillez-les bien, &
les secouez fortement, & puis distillez par la violence du feu toute l'humidité
jusqu'à siccité & vous verrez sans addition d'aucun mercure monter
un peu de fleurs métalliques, qui aussitôt que le verre sera ouvert, c'est-à-
dire le chapiteau & qu'elles pourront humer l'air se résoudront en liqueur,
versez derechef l'eau forte sur votre matière & replongez-y les fleurs, retirez
la derechef comme auparavant à feu violent, réitérez ce travail jusqu'à
trois fois, & vous ne verrez plus montrer aucune fleur, mais la partie sulfureuse
de l'huile de vitriol se sera fortement attachée aux parties sulfureuses
de cuivre, au moyen de l'eau forte, fixez-le ensuite par le salpêtre,
soit dans la voie humide, soit sèche, broyez subtilement la matière restante
& mettez-la à l'air dans un vaisseau de pierre, & en très peu de temps elle
résoudra en très beau vert-de-gris. Prenez cette matière quelque poids
que lui donne l'ajout des sels, mettez-y deux onces de chaux de lune,
précipitez par le cuivre, & qu'elle soit bien pure, & quatre onces de pur sel
armoniac, mettez tout cela dans une cucurbite, sublimez trois fois, le sel
armoniac en lui rendant toujours le même sel armoniac, qui en a été sublimé,
& ajoutant du nouveau à concurrence du poids de son déchet, après
la troisième fois il ne sera plus question du sel armoniac, vous en empâterez
seulement votre matière bien broyée dans de la cire fondue en sorte
que ce soit seulement une masse grossière, mettez cette masse dans un creuset,
& pressez-la fortement au fond dudit creuset, faites fondre la cire, &
laissez-la brûler, vous mêlerez la poudre noire, qui vous restera avec deux
onces de borax, & au-dessus vous mettrez une demi-once d'or en lamines,
& donnez-lui alors un fort feu de fonte pendant environ une heure, afin
que la , & la ne fassent qu'un seul corps, coupellez & séparez-le &
vous verrez si les métaux retournés & leurs réductions ont quelques effets,
& s'ils donnent quelqu'un augmentation au ou point, mais si vous prenez
votre masse après qu'elle a été brûlée avec la cire ou à son défaut
seulement avec du suif, réverbérez-la encore un peu, & mêlez-la avec
poids égal de distillez en le , par une petite retorte de verre en sorte
que la matière se fonde dans la retorte comme la cire, réduisez-la en
corps, coupez & séparez & vous trouverez encore quelque chose de mieux,
que quelqu'un fasse la même épreuve avec les métaux tous nus & qu'on
les fonde ensemble tant qu'on voudra sans mercure sublimé, & qu'il voit
M 2 alors

@

( 92 )

alors s'il peut reconnaître la force & la vertus de leur soufre, je n'en dirai
pas davantage si j'avais l'envie de faire de longs discours sur quelque métal,
ce serait certainement sur le cuivre, il faut pourtant pour finir ce chapitre
que je vous donne encore une autre expérience:

Expérience.
P renez du cuivre rouge finement battu une livre, du soufre une livre,
comme aussi une livre d'antimoine cru faites S. S. S. dans un creuset
ou pot de terre, & cémentez pendant huit heures, augmentant le feu de
deux heures en deux heures, lors donc qu'il est rouge de feu, fera une masse,
pillez cette masse en poudre, & calcinez-la comme si vous vouliez faire
du verre d'antimoine elle deviendra une poudre rouge, alors mêlez en six
onces avec une demi-once de borax cru, & faites-le fondre. Prenez-y garde,
car il pénètre aisément au travers du creuset, surtout si vous y mettez
un peu plus de borax qu'il ne faut. Prenez garde aussi qu'il n'y tombe du
charbon, lors donc qu'il sera bien fondu, versez-le dans une lingotière, &
vous aurez une masse comme un cinabre obscur, broyez cette masse subtilement,
versez sur cette poudre de l'huile de sel, ou esprit-de-sel qui en
extraira une rougeur brune foncée quand elle aura resté quelque temps à une
douce chaleur, & alors que l'huile n'en extrait plus rien, versez-en la solution
arrière de la matière, puis versez-y de la nouvelle huile de sel, & vous
réitérez cela tant de fois, que l'huile n'en tire plus de teinture, mettez alors
en digestion huit jours à une douce chaleur, retirez par distillation votre
huile de sel jusqu'à siccité alors versez-y de la nouvelle huile dessus, & le
laissez encore digérer comme devant & séparez en les fèces, vous pourrez
répéter ce travail jusqu'à trois fois savoir à proportion que les fèces se précipitent,
en dernier lieu, quand vous aurez retiré votre huile par distillation
jusqu'à siccité, versez dessus le menstrue, qu'on appelle ordinairement l'huile
2 B. C des pphes ou de c'est celle qui provient de la précipitation du
beurre d'antimoine, on laisse évaporer l'eau jusqu'à ce qu'il devienne en huile
par-dessus & il s'extraira un beau vert comme une émeraude, versez les
solutions à part dans une cucurbite, afin qu'il ne passe aucune fèces avec
elle, mettez-les encore en digestion pendant trois jours & nuits, retirez-en
encore l'huile, cohobez l'huile par dessus & la mettez derechef en digestion
& enfin retirez-la par distillation, jusqu'à consistance d'huile, c'est une excellente
huile vous ne pouvez démontrer que l'on peut tirer de l'or de la
lune, & faire voir clairement la transmutation soit peu ou beaucoup, certainement
vous ne le ferez avec aucun autre, oh léa (sic), voila l'huile préparée,
de quel air vous y prendrez-vous pour tirer par son moyen l'or de la lune,
la verserez-vous dans une solution de : elle la précipitera en lune cornue,
la jetterez-vous sur de la chaux de lune, ou sur la limaille après légère digestion
gestion

@

( 93 )

vous y verrez bien quelque apparence d'or, mais elle s'envolera avant
que l'argent ne soit fondu, voici l'embarras. Lisez bien ce que j'ai dit par-ci
par-là & vous en trouverez la possibilité assez aisée.
J'ai seulement écrit ceci pour faire voir que quand les métaux sont réduits
en esprit, ils peuvent faire effet dans la lune & le & leur sel, car
quand le & sont unis spirituellement, ils peuvent souffrir le saturne
dans leur compagnie & prendre prisonnier, il n'est pas permis d'en dire
davantage, vous pouvez faire la même huile hors du crocus -tis de cette
manière sans antimoine &c.

D E L'O R.

Si l'on peut le détruire ou pas.
J' écrirai ce que j'en pense, je veux seulement rendre réponse à ceux qui
se donnent pour Philosophes, & qui nient la possibilité de cette destruction,
je dis donc que si le proverbe des véritables Philosophes est vrai à savoir,
que le sel des métaux est la pierre des Philosophes, la destruction de
l'or est vraie aussi, voulez-vous alléguer que les pphes n'ont pas entendu
de cette manière le sel des métaux, comme s'il fallait le tirer ou séparer
des métaux, mais ils ont appelé sel ce qui assiste à engendrer les métaux, &
qui est avant les métaux comme leur première matière, à quoi je réponds:
N'avez-vous pas lu, que celui qui ne sait faire des cendres ne sait aussi faire
du sel; je demande ensuite si le sel est avant le corps ou pas, il serait difficile
de se procurer un tel sel qui subsisterait avant le corps, vous demanderez
s'il est possible de réduire l'or en cendres? & d'en séparer le sel? je réponds
que oui, il n'est aucun métal quelque noble & fixe qu'il soit que l'on
ne puisse tirer de son essence à la longueur du temps par le feu, ou par douceur
ou par violence, car ce que l'on ne peut faire par l'un, il le faut exécuter
par l'autre, quoique la séparation des sels ne se fasse pas dans tous d'une
même manière pour autant qu'il m'est connu, le sel de l'or n'a pas de
force davantage que de fixer le mercure en argent, mais en bien plus grande
quantité que le sel des autres corps, mais aussi la préparation en est bien
plus difficile & ennuyeuse, ne croyez pourtant pas que je parle du sel de
l'or, que ce soit un tel que quand on fait dissoudre du dans une eau royale
& qu'on en fait un espèce de cristaux, non je ne suis pas si simple que
cela, car ce prétendu sel ne fait aucun effet, à moins qu'on appelle à son
assistance, que Bachus l'ait abreuvé, & que Vulcain l'ait nourrit de sa force,
en ce cas-là, il pourrait faire quelque chose de plus que l'autre & le surpasserait
de beaucoup en valeur, donc on peut faire un sel de en quoi vous
pouvez ajouter foi au plus sincère de tous les pphes qui est Isaac Hollandais,
il faut de nécessité, qu'il se fasse une destruction de car lors qu'on prend
M 3 hors

@

( 94 )

hors d'un corps une partie essentielle, le reste ne peut demeurer ce qu'il
était auparavant, puis donc que le contient un sel, & qu'on l'en peut séparer
il faut qu'on le puis détruire, & ce qui restera ne sera que son , &
le rendra coulant, cela est véritable quand on peut faire une telle séparation
dans un corps, que d'en tirer un mercure coulant, & un sel, il est impossible
que ce même corps reste & demeure un métal tel qu'il était auparavant,
donc il est possible de diviser le en ses principes.
Si vous voulez dissoudre le & chercher par différentes réitérations
à le tirer de son essence, (ce) qui est très possible faites l'eau royale suivante.
Rx Trois Pt. de vitriol, calciné deux Pt. de nitre pur, une Pt. d'alun
calciné, on ajoute sur une Pt. d'eau forte un quarteron de sel bien dépuré
& préparer par l'huile de comme ci-après, selon que l'eau forte aura été
distillée avec violence, lors donc que le sel armoniac aura été dissous dans
l'eau forte au froid (Cette eau sera jaunâtre & même exaltera l'or dans sa
couleur) l'on distille cette eau royale avec circonspection dans un grand récipient
& sur tout il faut prendre garde d'y procéder avec beaucoup de douceur,
surtout au commencement à cause de ses esprits volatils, pour la bien
faire, voici la méthode que j'ai inventé & qui est très bonne: avant tout
je dissous le sel armoniac dans de l'eau commune distillée, je verse cette dissolution
dans l'eau forte, je les distille, alors il n'y a pas à craindre que les
esprits volatils s'envolent, seulement il en faut un peu davantage pour dissoudre
l'or que de l'autre, toutefois l'eau commune n'y nuit point du tout, car
quand on fait la distillation réitérer 3. à 4 fois en cohobant, elle s'évapore, & la
force reste après la en l' R distillation Rx. après cette solution & abstraction, si
vous ajoutez un bon esprit-de-vin, vous pouvez rendre l' si volatil qu'il se
sublimera tout à fait blanc, mais il faut prendre garde que les jointures du
vase ou chapiteau soient exactement fermés & que le verre ne vienne à sauter
car autant qu'il est excellent après une préparation convenable dans la
médecine, autant est-il dans cet art venin dangereux lorsqu'il est comme
dans son premier être, mais ce dragon tue d'abord son propre venin, & devient
une médecine aussi bien pour les corps humains, que pour ses pauvres
frères métalliques malades.
L'on peut voir par ce qui suit que la manipulation prescrite est très
bonne, faire dissoudre d'abord le sel armoniac dans l'eau commune distillée,
versez dessus autant d'huile de vitriol bien rectifiée, ensuite distillez le fleg(me)
% B. C. & chassez l'huile par la retorte, & vous aurez pour lors un beau
sublimé très clair & très net, que j'appelle ordinairement mon jeu chimique,
car on peut s'en servir dans beaucoup de choses dans la chimie.
Il faut bien souvent que l'on ait la patience d'entendre surtout des
novices dans l'art, comme quoi on fait passer l'or par le bec de cornue, qui
cro-

@

( 95 )

croient qu'ils sont les plus habiles gens du monde, lorsqu'ils ont fait ce
grand miracle, si vous croyez que cela vous soit utile, je veux bien
vous en dire différentes manières de la faire passer: en premier lieu, vous
pouvez le faire avec l'eau royale seule, car si vous en versez en quantité plus
qu'il n'en a besoin pour la solution, & que vous le distillez fortement il en passera
la plus grande partie avec l'eau, car les métaux passent facilement avec les
menstrues ou le sel armoniac, & le mercure dominant, item, faites dissoudre
de l'or dans de l'eau royale, retirez en l'humidité, versez-y deux
parties d'huile de vitriol, une partie de l'or passe en forme de gouttes, &
l'autre partie se sublime comme un duvet, aussitôt que ce duvet vient à
l'air, il se liquéfie, & deviens une solution, jaune & il demeure or par derrière
& par-devant, en haut & en bas, & rien de plus sinon que son corps
doit suivre ces sels, mais lorsque l'on dissout l'or en esprit-de-sel, & que
l'on y verse de l'huile de vitriol, alors l'acide repousse & chasse dans la distillation
le froid subtil, & il se précipite en corps, excepté que dans la
gorge de la retorte, il se passent quelques fleurs rouges, mais l'or reste pur
dans le verre, d'où l'on voit que s'il y avait beaucoup de sel armoniac dedans,
l'or monterait facilement.
Voici encore la méthode que je regarde pour la meilleure pour sublimer
l'or rouge comme sang.
4. B. C. Prenez une demi-livre de sel de tartre, quatre livres d'huile
de vitriol laissez les reposer.
Jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus aucun cristal dans le froid, & il sera
prêt, alors prenez une très pure chaux d'or la plus subtile qu'il sera possible
& versez de l'huile susdite par-dessus, & en peu de jours elle se fondra
là-dedans comme du beurre, retirez la par distillation jusqu'à l'oléosité,
mêlez-y trois fois autant de paillettes de fer & sublimez fortement, & l'or
montera beau.
Notez, quand l'or se dissout dans l'huile, mettez le dix ou douze jours
en digestion dans le bain marie, le résidu vous pouvez le bouillir dans le
plomb fondu, & le coupeller & vous expérimenterez si tout votre or est
passé en fleurs sublimées, on me dira peut-être que dans les paillettes de fer
il y a aussi une teinture, fort bien, mais n'y mettez pas de l'or, & faites
votre opération avec les paillettes de fer seules, & peut-être que vous découvriez
la vérité, supposé que la chose fût ainsi ce qui n'est pas pourtant,
cela ne vous nuirait point ni en médecine, ni en chimie, car dis dans la
véritable teinture de mars, il y a plus de vertu cachée, que dans l'or même.

Autre expérience.
F aites un menstrue d'une Pr. de sel gemme trois Pt. de bol, deux onces
de salpêtre, distillez-les comme de coutume, prenez une Pt. de
cette

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( 96 )

cette eau, & une demi-livre de sel armoniac, distillez-les ensemble avec
précaution, comme je vous ai enseigné plus haut, dissolvez-y de la chaux
d'or, laissez les trois semaines dans cet état, puis en distillez le flegme, dissolvez-y
quatre onces de sel de tartre (j'entends s'il y a une demi-once de
chaux d'or) versez-le dans la solution distillez-le fortement à la fin, & l'or
se sublimera parfaitement beau, s'il n'est pas tout monté, versez dessus du
nouveau menstrue, dans lequel vous n'aurez pas encore dissous de l'or, &
le distillez comme devant, & il montera entièrement.

Une autre expérience.
F aites une très subtile chaux d'or, avec le soufre mercure, ou cinabre,
ou par quelque autre moyen, distillez un vinaigre aussi fort que vous
pourrez, dans une Pt; de ce vinaigre mettez six onces de sel armoniac, qui
aura été premièrement sublimé par le sel gemme, & puis par l'alun de
plumes, dissolvez votre or dans ce menstrue, il se montera couleur de sang,
mettez-le huit jours en digestion & puis retirez-en l'eau, & versez de l'huile
de sel par-dessus & faites le dissoudre là-dedans, alors prenez pour chaque
demi-once d'or une & demi-once de mercure sublimé, tel que l'ai
écrit, (j'entends celui qui est fait avec l'esprit de sel) demi-once de sel volatil
S. B C. d'urine, & dissolvez chacun en particulier en huile de sel & le versez
dans la solution N B. Que vous devez bien prendre vos précautions,
quand vous le faites sans quoi il fulminera, digérez-le pendant trois ou quatre
jours, alors distillez & sublimez votre or, & il sera comme un rubis, mettez-le
dans la cave avec le , & il se résoudra en une huile rouge que vous
garderez.
Vous savez à présent par quel artifice on fait passer l'or par le chapiteau,
& malgré tout cela il n'est pas détruit, choisissez de tout cela ce qui
vous agrée le mieux, tant pour la médecine que pour le métallique, on
ne saurait nier que cet or sublimé ne soit beaucoup plus subtil que s'il avait
été dissous par quantité de sel, mais on peut encore le récupérer en quantité
& en qualité; pour ce qui est de la médecine je l'abandonne aux observations
d'un chacun, selon qu'il le jugera bon, mais de soi-même il ne fait
aucun effet sur les métaux, à moins que vous ne le mêliez avec les métaux
qui auront été spiritualisés de la même manière, si l'on peut véritablement
appeler cela spiritualiser les métaux, quoique les métaux se tirent plus aisément
de leurs essences, lorsque cet or subtilisé les aide, qu'il s'unit avec
eux, & ainsi leur communique plus aisément sa propre teinture, il y a
pourtant dans tout cela fort peu de chose à faire, sans le & .
Comme l'on peut tirer l'or de son essence, on me reprochera peut-être
que j'ai bien dit, comme l'on peut subtiliser l'or, mais que je n'ai pas montré,
la

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( 97 )

la méthode de le détruire, après donc que je ne puis croire que l'on puisse
faire la pierre des Philosophes ou la moindre teinture, par laquelle on puisse
changer les métaux en or, sans la destruction de l'or ou des métaux, &
comme cette destruction, a lieu dans les moindres métaux, car dans leur
intérieur ils sont tous une même chose, je veux donc mettre ici une manière
de séparer les parties de l'or, de telle sorte qu'il sera impossible de le
réduire jamais en or, & par ce moyen, en faire une teinture, dont une
partie en teindra mille, mais je ne serais pas d'avis qu'un novice se hasardât
d'y mettre la main.
Prenez donc de l'alun de roche salpêtre de chaque trois L. & six L.
de vitriol calciné, distillez-en une eau forte, il faut que vous en ayez du moins
18. ou 20. L. alors prenez cinq L. de cette eau ajoutez lui deux L. de
salpêtre une L. de vitriol calciné au jaune, & 25. onces de sel armoniac,
distillez-la selon l'art, il faut s'y exercer pour la distiller comme il faut, faites
cela jusqu'à ce que vous ayez distillé les 20. L. susdites, à la dernière
distillation il faut les pousser avec violence, afin que les esprits en sortent entièrement,
en autant d'eau qu'il en sera nécessaire, faites-y dissoudre deux
L. d'or fin, retirez-en l'eau, & faites par cette eau que l'or soit & demeure
comme une huile de couleur de sang foncé, que vous garderez alors, prenez
quatre L. de mercure sublimé, & 25, onces de sel armoniac, fondez-
le dans un verre au feu de sable, jusqu'à ce qu'il soit liquide comme une
huile, laissez la refroidir, pilez-la bien menue & ajoutez une L. & demie
d'alun calciné & autant de salpêtre, mêlez-les bien, & les mettez dans
une cucurbite de verre bien luté; distillez-le par degrés à feu ouvert jusqu'à
ce que le flegme & l'esprit soient passés, alors poussez en l'huile, tant que
rien ne veuille plus monter, gardez bien le , qui sera monté car il est
toujours bon & surtout de cette manière: à ce joignez autant de celui
qui aura été fondu avec le sel armoniac, qu'ils fassent ensemble 4. L.
mêlez-y derechef autant d'alun, & de salpêtre, faites cela si souvent que
vous ayez 6. L. d'huile, enfermez-la dans un verre bien fort & solide: ensuite
prenez 4. L. de cette huile une L. de , qui a été fondu avec le sel
armoniac, mettez-le dans une forte cornue, distillez-le dans le sable, & au
dernier, à feu très fort, jusqu'à ce que plus rien ne passe, quand tout est
passé mettez-le dans une cucurbite de verre dans le bain-marie, & retirez-
en le flegme jusqu'à l'oléosité, laissez-le refroidir & vous trouverez une huile
de , fort claire tirant sur le jaune gris, qui est fort pesante & très pénétrante,
gardez-vous qu'elle ne vous touche pas les mains. Il faut qu'il y ait
deux L. de cette huile, alors prenez un vaisseau de très fin verre, qui n'a
pas le moindre défaut, versez là-dedans votre huile d'or que vous avez fait
auparavant, & puis les 2 L. d'huile de , en question lutez-y un chapiteau
N aveugle

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( 98 )

aveugle, & mettez le quarante jours & nuits en putréfaction de telle sorte
qu'une douce rosée de chaleur ne lui manque pas, alors distillez-la par la
retorte, en commençant par un feu très doux, & le flegme passera le premier
ensuite vient l'huile avec l'or jaune & rouge, & lorsqu'il vient une
couleur blanche de lait, mettez-lui un autre récipient de verre, & poussez
jusqu'à ce que tout soit passé, gardez-le pour quand il sera temps de s'en
servir, or la matière est tout à fait spiritualisée, & le pur est séparé de l'impur,
il est question à présent d'en séparer les corrosives. Prenez à cet effet
une tasse de verre, qui contienne environ deux ou trois pots d'eau de fontaine
& la remplissez de cette eau froide, & versez dedans ce qui est de couleur
d'or il se précipitera une matière blanche, & l'eau deviendra jaune,
versez cette eau dans une cucurbite de verre bien nette, de telle manière
que rien de blanc, qui est au fond ne tombe dans la cucurbite, gardez cette
masse blanche elle ne sert de rien dans cet oeuvre, mais elle guérit
toutes plaies ouvertes qu'elles qu'elles puissent être, distillez ensuite l'eau
jaune & versez-en de la nouvelle par-dessus ce qui restera au fond du vase,
ce qu'il faut réitérer trois ou quatre fois, alors mettez dans une nette cucurbite
de verre haute d'un empan, sublimez la par soi-même & vous
aurez une couleur, qui vous ravira en admiration, car il n'y a rien au
monde de plus charmant, je l'ai vue de mes propres yeux, & je l'ai assistée
à faire de mes propres mains. Quant au blanc, que je vous ai recommandé
de garder, versez-le aussi dans l'eau, & faites la même chose qu'avec
le rouge, sinon qu'à la fin vous la mêlerez avec un sel marin bien
blanc & le sublimerez avec force, & elle montera comme une poudre bien
blanche, dissolvez le sel en arrière dans de l'eau chaude, & vous trouverez
davantage de terre du . qu'à la première fois, mêlez-la avec celle
qui guérit les plaies elle est comme la craie mêlée.
Jusques ici je vous ai déclaré la manière de séparer, afin que vous
voyez comme on peut détruire le corps de , parce qu'une partie en étant
séparée, c'est-à-dire la terre; le sel & le ne peuvent plus faire le corps de
l'or, mais il faut qu'il le retrouve dans les imparfaits & même dans le ;
cru, si le travail est long & pénible, il est du moins certain, & quand
vous les remettrez ensemble tous les trois, je veux dire la terre, le sel, & le
, ce que les anciens ont appelé le sel, le soufre, & le , il sera & reviendra
, tout comme auparavant, mais s'il y a une seule de ces parties
séparée, jamais il ne reviendra , comme il était auparavant, on peut
entreprendre ce procédé avec quatre onces, si on le trouve à propos, celui
de qui je l'ai vu faire, l'appelait la Pierre Philosophale, & ceci vous paraîtra
bien peu de chose, par ce que les Philosophes ne se sont pas donné
tant de peines comme dit le Théophraste de sa teinture physicale; Prenez
dit

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( 99 )

dit-il le Sang rouge du lion & le blanc de l'aigle & nommez la notre dualité
(ce qui pourtant selon eux se doit entendre tout d'une autre matière)
parce que Bernard Trévisan, & quantité d'autres rapportent des dictons tous
différents par lesquels ils expliquent, la chose avec bien plus de simplicité,
ainsi ce ne saurait être cette opération, on aurait bien à faire si on voulait
entreprendre de vous désabuser, c'est pourquoi que chacun cherche selon
sa fantaisie, pour moi j'adhère à la sentence du même Théophraste lorsqu'il
dit hors des métaux, avec les métaux, par les métaux, se font les métaux,
je m'accorde aussi entièrement avec Isaac Hollandais, car celui-ci a donné
plus d'une voie par lesquelles on peut améliorer les métaux, car on ne saurait
trouver un auteur plus sincère que lui. Le docteur Becker en parlant
de lui, dit: N'entendez pas un autre Elie Artiste qu'Isaac Hollandais, c'est
pourquoi je n'ai rien voulu celer & je me fais un plaisir d'en instruire mon
prochain, si vous l'entendez mieux faites-la, à la bonne heure, je me flatte
d'en venir à bout aussi, car j'en fais l'abréviation, aussi ai-je appris à faire
l'huile & l'eau royale, je n'aurai prescrit cela si je ne l'avais fait en faveur
de la vérité & pour montrer, quels sont les principes qui composent l'or,
qui contient une terre, mais me demandera-t-on, n'y a-t-il point d'autres
méthodes de détruire le que celui-ci, je réponds que si fait vraiment il
y en a même quantité, mais il n'y en a pas de si exacte que celle-ci.
Je veux bien vous en donner une en raccourci. Premièrement si l'on
veut entreprendre quelque chose d'utile avec , il faut avoir soin de se
servir d'un , très pur & exalté comme j'ai donné plus haut avec les paillettes
de fer, ou autrement.
Secondement, il faut entreprendre cette opération avec deux onces au
moins, car à moins d'avoir Dieu contraire on ne saurait manquer de
réussir.
3 ment. Il faut tâcher de trouver une méthode particulière, pour rendre
l'or aussi fusible que la cire avant de chercher sa destruction, & cela n'est
pas difficile, si l'on se serve du , que j'ai donné plus haut avec l'esprit-
de-sel qui bien qu'il soit un des plus grand poison, ne nuit pourtant point à
parce que de ce venin il en résulte enfin la plus grande des médecines,
ainsi le , sera la première pièce de notre oeuvre, & l' sera la seconde,
& il faut que ce dernier soit vaincu par le premier, cela arrive en quatorze
ou quinze jours, pendant tout ce temps, ils combattent l'un contre
l'autre, an 16me jour ils commencent à s'aimer l'un l'autre & à s'unir amicalement
& à montrer leurs effets;
4ment. Il prendra garde de distiller hors de bon vin le vinaigre qu'il
lui faudra pour l'oeuvre N.B. qu'il soit bien & plusieurs fois rectifié.
N 2 5ment.

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( 100 )

5°. Il prendra soin d'empêcher que le vinaigre ne se dessèche pas tout
à fait dans le travail c'est pourquoi je suis d'avis que les digestions se font
infiniment mieux dans les bain-marie que tout ailleurs, il en sera meilleur &
il deviendra comme une huile, l'attention & la diligence est le véritable
Art & la meilleure manipulation.
6°. On aura un soin extrême d'empêcher depuis le commencement jusqu'à
la fin qu'il ne tombe rien du tout d'impur ou du lut dans la matière,
cela est d'importance, en voici le procédé avec une demi-once de cette teinture
on teint en très fin 8 onces de très fine.

Procédé.
Rx. P renez deux onces que vous ferez dissoudre dans l'eau royale que j'ai
donné la première, autant qu'il en faut ce qui ne va qu'à dix onces,
dans l'autre eau royale vous ferez dissoudre six onces de préparé comme
il est dit, versez-les deux solutions ensemble, retirez-les par distillation 14 à
15. fois différentes arrière de vos matières jusqu'à siccité, mais à chaque
fois il faut y ajouter quatre onces de nouvelle eau royale, notez bien aussi
qu'il faut éviter qu'il ne se sublime rien du cependant s'il s'en était sublimé
quelque peu il faut le mêler, & le jeter dans la première solution,
par là le & le s'uniront & le deviendra aussi fusible que la cire, &
aussi volatil que le commun, ce qu'on peut éprouver en jetant une petite
partie de ce composé sur un charbon ardent, & l'on verra qu'il s'envolera
entièrement, après cela séparez-en le par une sublimation douce, en
sorte que seul reste sur le fond de la cucurbite sans être en fusion alors
vous dissoudrez cet or dans l'esprit-de-sel que j'ai donné plus haut & versez
dans la solution, une once d'une bonne huile de vitriol très rectifiée, battez*les
bien ensemble, faites aussi dissoudre dans l'eau royale le que vous aurez
sublimé arrière de , versez derechef les deux solutions ensemble, &
faites encore l'abstraction de l'humide par six fois comme auparavant, alors
le & le seront constamment unis, vous retirerez donc la 6e fois l'eau
royale autant qu'il vous sera possible la matière résiduelle, vous la mettrez
dans une autre cucurbite, & vous verserez là-dessus du très bon vinaigre
de vin distillé en concurrence de six fois le poids de vos matières, placez-les
huit jours & nuits en digestion à une douce chaleur, & & le , s'y dissoudront,
si la dissolution se fait si nettement qu'il ne reste rien du au
fond, vous avez certainement trouvé la meilleure manipulation & vous
avez le signe le meilleur que vous pourriez souhaiter pour un heureux succès,
retirez ensuite le vinaigre par distillation, & versez lui en derechef du
nouveau, digérez-le encore pendant huit jours & nuits réitérez jusqu'à la
troisième fois & le & le en seront d'autant plus spiritualisés & plus
unis, & la matière sera prête pour la pierre particulière, mais non pour la
pierre

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( 101 )

pierre universelle, car bien que les deux matières qui la composent fussent
contraires au commencement il faut bon gré mal gré qu'elles s'accoutument
ensemble & qu'elles deviennent & demeurent inséparables, voici la troisième
chose qui les rend enfin inséparables, & qui les lie éternellement & si
étroitement, qu'il n'y a rien que la mort qui puisse les séparer, elle les exalte
même tellement en force & en vertu, qu'en très peu de temps ils peuvent
devenir une médecine plus que parfaite, car elle tire tout à soi, & non
seulement elle les augmente en quantité & en qualité, mais encore elle abrège
le temps de la fixation. Prenez donc le sel alembrot ou son huile dont
j'ai donné la composition au traité des sels. Prenez en dis-je trois onces, &
en faites mélange, retirez-en le flegme au B. M. Lorsque vous voulez la mettre
en fixation, il faut la mettre dans une fiole qui soit assez grande pour
que la matière n'en occupe que la quatrième ou 6me partie, fermez votre
vase d'un bouchon de verre qui cadre bien, vous la placez alors dans les cendres
au moins la profondeur de deux pouces pendant 15. jour & nuits à
telle chaleur que l'on y puisse aisément souffrir la main ces 15. jours écoulés
vous placez votre verre dans le sable & l'y laissez pendant douze jours, au
second degré de feu, il faut cependant que le verre soit un peu plus enfoncé
dans le sable, que je n'ai dit des cendres & il ne faut pas manquer ici
non plus, que dans les cendres de couvrir votre verre d'une cloche de verre
renversée, afin que la chaleur ne se dissipe pas, & qu'elle soit en haut
comme en bas, les douze jours étant écoulés, on lui donne dans ce même
sable & fourneau, le troisième degré de feu en ouvrant un ou deux registres
& cela pendant huit jours & nuits, de sorte qu'à la fin le verre s'échauffe
à devenir brun rouge, s'il ne se sublime plus rien la fixation est achevée,
je dis plus si l'on a bien opéré dans les degrés du feu il suffira de huit jours
pour le premier degré, de quatre jours pour le second, & de deux jours pour
le troisième, en sorte qu'en peu de jours la fixation entière sera achevée la
projection se fait, en serrant la teinture dans de la Cire & la jetant sur la
en belle fonde, & la laissant une heure entière en fusion.

De L'Or Philosophal.
P renez, 4 onces de mars fin en petites lamines, mettez-les dans un creuset
dans un fourneau à vent, quand votre mars sera mol, mettez-y 8. onces
d'. en poudre, donnez fort feu, que la matière soit coulante, alors jetez
peu à peu une poignée de bon salpêtre dessus avec une cuillère de fer, laissez
travailler vos matières ensemble, jusqu'à ce que tout repose, alors jetez
votre régule dans une lingotière, étant refroidi, séparez le régule de ses fèces.
2°. Faites fondre votre régule, étant en belle fonte jetez dessus 1 1/2 onces
d' en poudre & cela étant encore fondu, jetez du salpêtre comme la
N 8 pre-

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( 102 )

première fois, & ensuite jetez votre régule dans la lingotière, séparez les
fèces qui ne servent à rien, 3°. faites fondre une troisième fois votre régule,
& y jetez encore du salpêtre comme ci-dessus, & quand vous verrez que le
salpêtre nagera sur la superficie comme une huile, continuez un feu très
fort, autrement le salpêtre se coagulerait & se durcirait, videz votre creuset
comme devant. 4°. faites fondre votre régule dans un creuset neuf & bien
net, & quand il sera en fonte comme argent, jetez-y du salpêtre, laissez-le
bien travailler, après videz votre régule le plus promptement possible,
si les fèces sont couleur d'or cela est bien, le régule sera blanc comme argent,
& il aura une belle étoile sur la superficie, c'est la Stella lignata des
pphes si vous avez bien travaillé, votre régule pesera 4 onces, & vous pouvez
faire cet ouvrage en deux heures.
Ainsi se fait la préparation de l' en quoi il y a une chose à remarquer,
à savoir ce que c'est qui sépare l'antimoine de ces fèces, il ne faut pas s'imaginer
que c'est le salpêtre, mais sachez que l'antimoine tire l'âme du , qui est
son meilleur soufre, & le réduit en , ce est un pur feu, & a les effets du
feu, qui digère dans l' son indigeste, & sépare la mine de ce métal, sachez
aussi que le de est caché dans cet purgé sous la blancheur du
-nial, car la blancheur argentée du régule, ne vient pas de son propre
soufre, mais de l'argent vif, sous lequel est caché le de , qui n'est autre
chose qu' ce de , n'est dans le prédit d', que comme un esprit
qui demeure vivant dans l'argent vif d' jusqu'à ce qu'il redevienne un corps
qui est or, & se sépare alors du d'antimoine à cette heure si vous savez
quel est le feu qui purge ainsi l'antimoine vulgaire, vous entendrez aussi,
quel est le feu qui purge & digère l'antimoine magique, c'est-à-dire, ce que
c'est que l'or des pphes que nous appelons or potable, qui à la fin se sépare
du mercure des pphes aussi bien que l'or se séparé du vif d'antimoine,
c'est pourquoi il est très nécessaire que vous fassiez beaucoup d'attention à la
manière d'agir de la nature, & vous trouverez ce que c'est que la nature,
non seulement dans les métaux vulgaires, mais aussi dans toutes choses, &
surtout dans les métaux des pphes.
Puis donc que vous avez séparé de l'antimoine ses excréments métalliques,
vous ne devez pas ignorer, qu'il reste encore un excrément, qui est
son soufre brûlant, quand ce soufre est séparé, l'antimoine est réduit à son
premier être, ou matière première, qui n'est qu'un feu, & ce feu n'est autre
chose qu'argent-vif, & cet argent vif est créé du plus grand mystère de
la nature, pour séparer ce soufre de l'antimoine purgé, l'opération est facile,
mais il y a là-dedans un grand mystère, je n'en dirai point davantage,
qu'il n'en faut pour cet ouvrage, une chose qui doit ressusciter & revivifier
un corps mort & séparer de la vie, ce qui est cause de la mort doit avoir
deux

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( 103 )

deux qualités, l'une de vivifier, & l'autre de séparer, & ces deux qualités
doivent être une en vertus & deux en nombre, or l'argent vif est à présent
mort dans l'antimoine, doit-il revivre, il faut qu'il ressuscite par la même
chose, qu'il a été auparavant, avant qu'il ait été tué, dans laquelle chose
la vie abonde & est inséparable, tout ce qui est mort, ne peut être revivifié
que par sa seule & propre âme, & tout ce qui a été mort & qui est revivifié
devient un ferment de la chose vivante, par laquelle il est revivifié,
& cette chose est son augmentation ou multiplication magique, de là il s'ensuit,
que dans les choses vivantes il y a certaine substance transmuable
dans la substance de la chose qui est revivifié, car la volonté de Dieu qui
veut que tout meurt, est le spécifique des créatures, qui après la mort s'augmente
à l'infini, il s'ensuit de plus qu'il ne se peut faire aucune transmutation
sans régénération &c.
C'est pourquoi ce qui est vivant doit être de la nature de l'eau, comme
vous voyez qu'un grain jeté dans la terre est animé par l'eau, c'est-à-
dire, dans le grain, il y a une eau morte, qui par l'eau extérieure est revivifiée,
& cette eau morte est un ferment de l'eau, c'est-à-dire donne à l'eau
sa nature spécifique, ainsi d'un seul grain croissent des graines infinies.
Ainsi comprenez que dans ce procédé, que l'argent vif d' de de
&c. est mort ne pouvant être réanimé que par l'argent vif vulgaire, de cette
manière arrive à corruption, régénération & multiplication de la forme
des métaux.
Vous me demanderez peut-être parce que l'eau multiplie le grain dans
la terre & est changée elle-même en grains, si de la même manière l'argent
vif des métaux multiplié avec le vulgaire redevient métal? je réponds que
cela est impossible dans les métaux vulgaires, mais non pas dans les métaux
phphiques & cela même est très facile, car notre mercure quitte son spécifique
& le reprend par l'Art, c'est-à-dire, devient or, & argent qu'il avait
été auparavant, la raison pourquoi cela n'arrive pas dans les métaux vulgaires,
je le réserve pour un autre lieu.
Cependant nous voyons que le régule d'antimoine ne se mêle pas avec
le vulgaire à cause du soufre qui est dans le régule, & ce soufre étant métallique
n'a rien de commun avec le vulgaire & empêche la mixtion, que
si le d'antimoine doit devenir argent vif par le & que cela ne se puisse
faire sans mixtion, il faut de nécessité qu'il y ait un milieu entre l'argent
vif vulgaire, & le d'antimoine & dans ce milieu doit être la force séparative,
qui n'est pas dans le vulgaire, car dans le vulgaire il n'y a point
de force séparative, qui est un spécifique réelle qui se trouve dans le feu
de . procédez donc de la manière suivante.
Prenez une once de régule susdit, deux onces de marcassite d'argent
bien

@

( 104 )

blanche, faites fondre ces deux ensemble dans un creuset, tout se fondra
d'abord, videz votre creuset dans une lingotière, pilez cette masse en fine
poudre impalpable dans un mortier de fer, puis prenez douze onces d'argent
vif, coagulez par l'huile de vitriol, & revivifiez avec limailles de fer, prenez
en dis-je douze onces, que vous amalgamerez dans un mortier de verre,
mettez ledit amalgame dans une petite cornue de verre, qu'ensevelissez
dans le sable, donnant feu entre le second & troisième degré, l'espace de
cinq jours & nuits alors distillez à feu léger de suppression appliquant un récipient
plus qu'à demi plein d'eau, lavez bien le mercure & continuez de
laver en le triturant dans un mortier de verre, étant bien net & sec, il
faut réitérer la même opération avec nouvelle matière jusqu'à trois fois, &
votre , sera parfaitement bien aiguisé cela fait, prenez deux onces de très
pure lune, une once régule susdit, faites les fondre dans un creuset, étant
fondue versez là dans une lingotière, puis le pulvérisez en poudre impalpable
dans un mortier de fer, puis prenez vos douze onces de mercure déjà
trois fois distillé, que vous mettrez dans une fiole de verre, puis versez
votre poudre dessus, fermez votre fiole, & la mettez pendant trois
jours & nuits au bain marie, & la poudre entrera dans le mercure, remuez
bien le tout, & quand la poudre sera bien entrée ôtez votre fiole,
& triturez bien l'amalgame dans un mortier de verre, le lavant & le triturant
diligemment jusqu'à ce qu'elle soit bien nettoyée, de toute noirceur,
faites sécher votre amalgame, mettez-la dans une petite cornue, qu'il faut
ensevelir dans le sable, & lui souministrer un feu pendant trois jours, &
nuits entre le second & troisième degré de chaleur ayant adapté un récipient,
avec de l'eau le troisième jour écoulé, il le faut distiller à feu de suppression,
cela fait, il faut continuer à laver le mercure & le sécher, si la
lotion a été parfaite vous trouverez votre lune au fond de la cornue parfaitement
pure & blanche, mais si la . a encore la moindre couleur de
plomb, c'est une marque qu'il y a encore de l'antimoine mêlé, c'est pourquoi
il faut qu'elle soit bien lavée, tant qu'elle ne donne plus la moindre
noirceur, le récipient doit être rempli d'eau, avant de distiller le mercure,
alors vous trouverez un très bel argent vif, qui sera de trois sortes, d',
& , de mars & vulgaire, après quoi vous ne devez pas ignorer que le
, de ne change point les deux autres dans sa nature.
Or le prédit distillé arrière de la . pénètre tous les métaux, & sépare
les éléments des métaux, c'est-à-dire, sépare le & le soufre, l'un
de l'autre, ce que ne fait pas le vulgaire, à moins qu'il ne soit animé du
d'antimoine & converti en sa nature.
Il ne faut pas ignorer, que chaque métal a sa manipulation particulière,
& la résolution de l'un ne se fait pas comme celle de l'autre, en une
heure

@

( 105 )

heure de temps on peut tirer le de & à peine le peut-on faire de
en deux mois.

Des Adulteris & .
I l faut que je démontre ici ce qui arrive avec le , de , & sa pratique
afin que vous trouviez l'or qui sort du , & qui est caché dedans ce , de
, dont j'ai fait mention, cet n'est rien qu'un esprit mercuriel, qui est
dans , comme l'ame est dans l'homme, mais comme cet or n'est plus
corps, comme il était auparavant dans , mais qu'il est devenu esprit par
l'esprit mercuriel d', il ne peut plus être réduit en corps que par l'esprit-
de-sel de vénus, cet esprit n'est point le , de , ni son soufre non plus
mais un milieu entre les deux, quand ce milieu vient, les parties du composé
tombent l'un arrière de l'autre, c'est-à-dire, le & le soufre, le de
vénus demeure dans le d'antimoine, on lave le soufre arrière du
mercure, & ce soufre est une terre soufreuse grise comme la cendre.
Rx Faites résoudre dans de l'eau commune deux livres, du meilleur vitriol
de Hongrie, mettez-le sur le feu dans un fort vaisseau, jetez une demi-
poignée de fines lamines de fer, faites bouillir un quart heure, alors ajoutez
le , que vous avez distillé deux ou trois fois arrière de la lune avec nouvelle
matière, comme je vous ai enseigné plus haut, le mercure que le
mars aura résout du vitriol s'amalgamera avec ledit argent vif, lavez
bien cet amalgame afin que toutes les lamines de fer s'en séparent, séchez
l'amalgame doucement, quand il est bien net, ensuite mettez le pendant
huit jours dans une fiole au bain-Marie, il deviendra gris noir, videz
votre fiole, & lavez bien votre amalgame en le triturant dans un mortier
de verre comme ci devant, mettez à part la poudre qui tombera au fond de
l'eau, réitérez cet ouvrage deux ou trois fois, & il le faut même faire d'avantage
si vous voulez réduire toute la vénus en mercure, ce qui se fait
fort lentement; Quand votre amalgame a passé trois fois par le bain-Marie
& par les lotions, distillez l'argent vif arrière de vénus, comme vous avez
fait ci devant arrière de la lune, on appelle ce , de vénus, car ce n'est
plus ni vulgaire ni d'antimoine, mais il est changé & fermenté en de
vénus par le de , ce , de vénus est un admirable, comme on l'éprouvera
dans les ouvrages chimiques, dans ce de est caché de ,
il lui manque la froideur de lune par laquelle il sera coagulé perpetua, &
fixa coagulatione auri. &c.
Au reste je vous avertis, que d'autant plus vous réitérez les amalgamations:
avec la lune, & les distillations, & digestion, le en sera plus
subtil.
Mais je veux vous donner une expérience, pour avoir le mercure du
régule d'-tial, pour mélanger à l'autre de bonne heure.
O 4 Rx. Pre-

@

( 106 )

Rx. Prenez du régule ci-dessus mentionné une demi-livre, pulvérisez le
autant qu'il est possible, & calcinez-le dans une (bêle?) de pierre, comme
l'on calcine ordinairement l'antimoine lorsqu'on en veut faire le verre, &
malgré la fumée blanche, qui s'en va de vos quatre ou huit onces, vous
aurez au moins votre poids, & souvent même vous aurez une demi-once
au-delà du poids, & ce sera une cendre grise blanchâtre, si vous mettez
cette poudre dans un creuset & que vous lui donniez un feu de fonte, tout
s'en ira en fumée avec le temps, excepté une légère scorie noirâtre, ou verte,
mais très peu, l'autre partie du régule est montée en partie avec son sel.
2ment. Tâchez de prendre cela avec un vaisseau de terre convenable, &
vous ferez un degré plus proche du mercure, avec ce qui est monté, procédez
comme la première fois, en rattrapant toujours ce qui monte & il
vous restera encore une écume, enfin il n'y aura plus de peine à faire le
mercure vivant, si vous le frottez dans un mortier de verre, avec un peu
de votre mercure animé & l'huile de tartre par défaillance.
3ment. Mais parce que cette calcination est un travail ennuyeux & malsain,
je ne conseillerai à personne de s'en servir, je n'ai mis cette expérience,
que pour montrer & faire voir la terre morte, aussi bien que dans l'antimoine
diaphorétique, car le sel qui y adhère fortement le rend encore fusible
& la partie pure mercurielle s'en dégage, & l'on peut aisément le voir,
puisqu'une seule de ses fleurs, fait plus d'effet que dix grains de régule,
quelque subtilement qu'il soit préparé pour la médecine.
4ment. Or on y a fait aucune addition de rien, & pourtant le , s'est
délivré en partie de sa terrestréité, & de son sel acide dans le régule, mais
si je mêle ce régule calciné avec de la graisse, & que je le mets en fonte,
les 4. onces de régule ne me rendront que 2 1:2. onces de verre ou d'écume, qui
ne ressemble pas au fer d'antimoine, & qui n'est pas même si pesant, où
donc est allé l'autre once & demie, il faut certainement que vous m'avouiez,
qu'elles sont envolées comme un , & de cette manière on peut fort
bien volatiliser le régule & le tirer hors de son essence.
5ment. Je veux montrer en peu d'heures, que la plus grande partie de
ce qui s'envole est un vif, sur tout dans ce régule, si je lui ajoute quelque
chose qui amortisse l'acide, comme chaux vive, ou chose pareille, or
autant qu'il y a d'acide mortifié, autant laisse-t-il partir de mercure, & quoi
qu'il en donne peu à la fois, la démonstration n'en est pas moins claire, ce
qui les retient ensemble, c'est un acide avec un peu de froid. Car si ces
deux-là ne se tiennent pas compagnie, il serait impossible de retenir la terre
près du . Car aussi longtemps qu'ils sont ensemble, l'acide avec le froid
est encore dans la terre un alcali, par le moyen de la terre même, mais
lorsque l'urineux est séparé, ce qui se fait aisément alors il est pur acide.
6ment.

@

( 107 )

6ment. Les Philosophes Théorétiques font une chose si difficile, & font
la nature si artificieuse, qu'ils ne savent eux-mêmes par où sortir, quoique
la nature soit toute simple & qu'elle agisse d'elle-même.
La nature a un froid & un chaud, un air, un sperme & une matrice
par laquelle elle fait tout, & qui dans tout le corps est fine dans le dernier
degré, ou bien elle parait séparable.
8ment. J'ai enseigné plus haut qu'il faut calciner le régule & l'oindre
avec de la graisse, & le fondre promptement, & qu'il tombe en régule que
l'on calcine de nouveau, jusqu'à ce que toute sa terre soit tournée en scories,
alors son mercure est sublimé en forme d'une poudre, & qui devient
bientôt un courant, si vous travaillez bien, vous en pouvez éprouver la
vérité avec le régule cru, à savoir si vous le mettez avec un alcali & que
vous le poussiez à ma manière par une retorte de verre, jusqu'à ce que le
régule coule ensemble, de là on peut voir qu'il s'envole quelques fois en
forme coulante, & quelque fois en forme d'une poudre.

Hors du régule calciné.
V ous ne verrez jamais aucune apparence de vivant, car la terre est
liée dans l'alcali, ainsi l'acide ne le peut dégager du mercure, il a assez
d'occupation de lui-même lorsque la terre du régule se dépêtre dans l'alcali,
le régule retient sa part convenable de l'acide, faites-le donc de la manière
que je viens de vous donner, j'ai séparé la terre grossière, séparez-en
vous la terre subtile si vous êtes curieux d'en avoir le .
9ment. Par ce mercure revivifié avec le animé, ou avec l'huile de
tartre produit des effets merveilleux, car à raison de son mercure il s'empare
& dévore tous les métaux dans la fonte, ce qu'il ne pourrait pas faire s'il
ne contenait pas une grande abondance de terre, or tout homme qui travaillera
dans les métaux trouvera qu'un ne peut se dégager, à moins que l'on
ne lui ajoute quelque chose pour donner & dévorer au sel qui s'amortit
par là, & laisse partir le mercure, par exemple: Prenez du mercure précipité
avec de l'eau forte ou avec l'huile de vitriol, si vous lui ajoutez du sel
de tartre, ou limailles de fer, ou même quelque autre métal, auquel le
sel se puisse attacher & se mortifier, le se revivifiera. Mes chers confrères
je vous dis ceci d'une amour toute fraternelle, faites & inventez tels
procédés qu'il vous plaira, les corps n'opèrent point dans les corps, & il n'y
a qu'un seul chemin véritable, hors duquel on puisse tirer du profit, & qui vient
de la source des Philosophes, l'on peut chercher ce secret par différente voie,
celui qui en a 5 peut recevoir dix, celui qui en a dix en peut obtenir cent; &
ainsi de suite de vos six patients, il n'y a aucun qui soit si pauvre, qui ne
O 2 puisse

@

( 108 )

puisse vous payer les peines que vous vous êtes donné à le guérir, mais il ne
faut jamais mettre deux en un lit, aussi longtemps qu'ils seront malades,
mais lorsque l'on a guéri leurs maladies, ils peuvent guérir les autres,
Ne vous entêtez jamais de l'autorité d'un homme, n'abhorrez point la vérité
de qui qu'elle vous vient, ne croyez pas les vanteries de celui-ci, & de
celui-là, mais méditez & retenez ce qui est de meilleur, & vous pourrez
parvenir à la connaissance de beaucoup de belles choses.
1. Répétition. Du mélange du avec le régule -tial d'antimoine
qui s'appelle cahos, à raison de la confusion des choses diverses, que le mercure
pénètre & parcoure, or il faut savoir qu'il y a deux sortes d'eaux dans
cette opération, la première est le mercure même qui paraît & que l'on
voit, l'autre eau, ou l'autre est dans le régule, qui ne se montre pas, jusqu'à
ce que le régule soit en quelque manière ressuscité par l'air caché dans
le . & ce sont ces dernières eaux, qui ne paraissent pas jusqu'à ce qu'il
plaise à L'Artiste, il faut savoir de plus, que notre régule a des fèces arsenicales,
dont on ne saurait le dégager, que par une eau de son genre, c'est-
à-dire par le qui saisit tout ce qui est de sa nature, & rejette les fèces
arsenicales, du reste encore bien que le ou cette eau métallique soit en
quelque manière l'épouse du régule, on ne saurait pourtant jamais les accoupler,
les fèces arsenicales leur empêchant l'ingrès, c'est pourquoi les deux
colombes de Diane remédièrent à cet inconvénient & par leur moyen (c'est-
à-dire par le double de marcassite d'argent) le régule s'unira aisément au
qui dans l'amalgame rejettera tout le soufre arsenical, qu'il faut laver de
toute manière avec les eaux, jusqu'à ce que l'amalgame devienne bien
blanc, & séparée par distillation par sept fois & vous aurez le des philosophes
animé.
2°. Les ignorants se figurent, que c'est une affaire agréable sans peine
& sans travail, mais laissons-les dans leurs idées, quel profit leur en reviendra-t-il.
Nous savons qu'après la bénédiction divine le travail, l'industrie &
l'assiduité ont la première place, & certainement jamais le travail aisé, qui
n'est qu'un divertissement ne nous produira ce que nous cherchons avec tant
d'ardeur, aussi Hermès assure qu'il ne faut épargner ni le corps ni l'esprit,
sans quoi la prédiction du Sage ne se vérifierait pas lorsqu'il dit, que le désir
du paresseux se tuera, il ne faut donc pas s'étonner, si la plus grande part
de ceux qui se mêlent de l'Alchimie, se ruinent. La raison en est qu'ils fuient
le travail, ou n'en peuvent pas supporter les frais, pour nous qui connaissons
le secret de l'Art & en sommes venus à bout, nous avons trouvé
qu'il n'est rien de plus ennuyeux que notre première préparation, c'est pourquoi
Morinus écrit au Roi, que la plupart des Sages se sont plaints de l'ennui
de ce travail, & il ne faut pas entendre ceci figurément, car je ne mets
pas

@

( 109 )

pas ici en considération les choses, comme elles paraissent dans le commencement
de l'oeuvre surnaturel, mais comme nous les avons véritablement
trouvées, toute la peine & tout le travail gît, à donner à la masse le degré
de capacité requis, c'est pourquoi l'auteur du Secret hermétique appelle ce
travail, un travail d'hercule, car dans nos principes il y a plusieurs superfluités
hétérogènes, qu'on ne peut réduire à la pureté requise à notre oeuvre,
il faut donc les purger comme il faut, ce qui est impossible sans savoir
la théorie de notre secret, qui enseigne par quel moyen se tire le Diadème
Royal du menstrue de notre putain, ce qui étant connu, il y faut encore
un si grand travail, que plusieurs ont abandonné l'ouvrage de dépit, je
ne veux pourtant pas nier qu'une femme n'en puisse venir à bout, pourvu
qu'elle le croie un véritable travail & pas un jeu, mais le mercure étant une
fois préparé, alors on peut dire que c'est un repos qui est plus agréable que
quoi que ce soit.
3°. Notre mercure est le serpent qui a dévoré tous les compagnons de
Cadmus, & il ne faut pas s'étonner, parce qu'il avait dévoré Cadmus, lui-
même qui était plus fort que tous, enfin Cadmus percera le serpent, lorsqu'il
l'aura coagulé par son soufre, sachez donc que notre domine sur tous
les corps métalliques, & qu'il les résout dans leur matière très prochaine
mercurielle en séparant leurs soufres. Sachez aussi que le d'une deux, ou
trois aigles à savoir distillation commande à & à la Lune, il commande
depuis trois jusqu'à sept, & au soleil depuis sept jusqu'à dix, je vous
avertis de plus, que ce est plus voisin du premier être des métaux que tout
mercure, ce qui fait qu'il pénètre & entre dans tous les corps métalliques
& découvre toutes leurs profondeurs cachées.
4°. Avant tout il faut savoir que dans notre il y a non seulement un
soufre actuel, mais encore un soufre actif, & cependant il retient toutes les
proportions & la forme du . c'est pourquoi il est de nécessité que notre secret
y ait introduit cette forme, qui est un soufre métallique, & ce soufre est un
feu qui putréfie l'or composé, ce feu sulfureux est la semence spirituelle qu'a
reçu notre vierge non corrompue, car la virginité inviolée peut recevoir
une amour spirituelle, selon l'auteur du Secret hermétique & l'expérience
& la raison de ce soufre, il est hermaphrodite, parce que ce enferme en
soi dans le même temps le principe passif & le principe actif par le même
degré de digestion, étant joint au il le modifie le liquéfie & le dissout,
par une e tempéré; selon l'exigence du composé par le même feu il
se coagule soi-même, & dans sa coagulation il donne le & tel soleil que
le demande l'opération, cela vous paraîtra peut-être incroyable, mais il est
pourtant véritable, que le mercure homogène pur & net, imprégné d'un
soufre interne par notre artifice, par une chaleur convenable appliquée extérieurement,
O 3 téri-

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( 110 )

se coagule soi même en guise de fleurs de lait, comme si
une terre subtile surnageait sur les eaux, mais étant joint au soleil, non
seulement, il ne se coagule point, mais il deviendra tous les jours plus
mol, jusqu'à ce que le corps étant bien dissout, les esprits ayant commencé
à se coaguler dans une couleur très noire & une puanteur extrême, de là
il parait clairement, que ce soufre spirituel métallique est véritablement
le premier moteur, qui fait tourner l'essieu en rond, ce soufre est véritablement
un or volatil, non assez digéré, mais assez pur, qui par la seule
digestion se convertit en or, mais si vous le joignez avec l'or déjà parfait, il
ne se coagule plus, mais il dissout l'or, & l'ayant dissous, il reste avec lui
dans une même forme, encore avant une parfaite union faut-il que la mort
précède, afin qu'ils soient unis après la mort, non pas dans une perfection
simplement parfaite, mais mille fois plus que parfaite.
5°. Tous les Sages du temps passé, ont premièrement cherché de faire
le parfait de l'imparfait, c'est-à-dire, comme ils pourraient faire le ou la
du . ensuite ils ont cherché de faire du parfait le plus que parfait, par
divers procédés, comme par les eaux corrosives & les sels, mais inutilement;
à cause que l'imperfection du , vient du défaut d'un bon soufre, ou
de son intérieur, mais les sels, les eaux n'agissent qu'extérieurement ou
superficiellement, donc ils n'ont pu corriger ce défaut, quelques-uns ont
trouvé le premier être des sels, qui végète tout, qui se trouve par tout,
s'entend le sel nitre, qui peut coaguler le , mais seulement extérieurement,
& après la coagulation du . On la nomme coagulé mais non pas
fixe, parce que la fixation, strictement parlant, procède d'un agent intérieur,
ensuite ils se sont appliqués à purger le , mais cela ne suffit pas, parce qu'il
faut introduire une chaleur ou un agent qui agisse sur ses parties intérieures,
cette vie ou soufre agent consiste dans un soufre métallique spirituel,
ils la cherchèrent dans & dans saturne, mais en vain, parce que leur
est coagulé par un soufre arsenical, ce soufre se trouve donc dans la maison
du Bélier, ou habite . que l'aimant attire, cette matière est celée
du sceau royal de l'étoile, cependant il n'a aucun ingrès dans le que par
la marcassite, par là le est animé, qui passent en minière donnera dans sa
coagulation le & la , si vous semez l'or dans ce champ, après le premier
& second tour de la roue, il donnera la teinture par la longue voie.
6°. Du magistère parfait.
Je rends grâces à Dieu de m'avoir montré ce grand secret, qu'il a caché
à tant d'autres, sachez donc que le plus grand secret de notre opération c'est
la cohobation des natures l'une sur l'autre, jusqu'à ce que la vertu la plus
N.B. digérée soit tirée hors du corps digéré par le cru.
A cela il est premièrement requis d'avoir à la main les choses qui entrent
trent

@

( 111 )

dans l'oeuvre, & les préparer exactement, & les amener au point de
capacité requise. Secondement, d'avoir la bonne disposition des choses externes,
3°. les ayant préparés comme il faut, par un bon régime, 4°. il
faut avant tout connaître les couleurs, qui paraissent dans l'oeuvre, afin de
ne pas procéder à l'aveugle, 5°. la patience, pour ne point hâter l'oeuvre
ou le régir avec précipitation, de tout ceci j'en parlerai par ordre comme
frère à frère.
7°. J'ai parlé de la nécessité du , je vous en ai découvert plusieurs secrets.
Les livres chimiques sont farcis d'énigmes obscures, d'opérations sophistiques
& d'un amas de termes incompréhensibles, pour moi j'en agis d'une
autre manière, me résignant à la volonté de Dieu, qui paraît vouloir
révéler ces trésors au monde dans ces derniers temps, je ne crains donc pas
que l'Art tombe, car véritablement la sagesse se maintient d'elle-même en
honneur, je dis donc que j'ai ci devant enseigné la nécessité du dans l'oeuvre
de même manière, j'avertis que le soufre est l'autre partie nécessaire au
dit oeuvre, sans lequel soufre, le ne recevra jamais dans l'oeuvre surnaturelle
une congélation profitable, ce soufre fait dans l'oeuvre l'office du mâle,
& sans lui, quiconque entreprend l'art transmutatoire, travaille en vain, puisque
tous les Philosophes assurent, que sans leur laton il ne se peut faire aucune
teinture, & ce laton sans feinte ni ambiguïté est l'or, par l'or j'entends l'or des Philosophes
dans lequel la teinture de l'or est cachée, quoiqu'il soit un corps très digeste,
redevient pourtant cru dans notre seul: Duquel il reçoit la multiplication
de sa semence non pas tant en poids qu'en vertus; & quoique plusieurs
pphes, semblent n'en pas convenir, j'ai pourtant dit la vérité, remarquez
qu'ils disent tous, que l'or vulgaire est mort, & que leur or est vivant,
j'en conviens: Aussi par la même raison, un grain de froment est mort, cela
veut dire que l'activité qui devrait produire le germe est comme supprimée,
& il demeurerait toujours au même état, tandis qu'il serait environné
d'un air sec: Mais jetez-le en terre d'abord il prend une vie fermentable,
il s'enfle, il devient mort, & produit le germe, de là même manière arrive-
t-il dans notre or, il est mort, c'est-à-dire que sa vie vivifiante est scellée
sous une écorce corporelle, tout comme le grain, mais différemment par
rapport à la grande disproportion qu'il y a entre un grain végétable & l'Or
métallique, mais comme un grain demeurait toujours sans changement
dans l'air seul, de même notre or, quoique le feu le détruise, & que notre
eau seule le résolve, alors notre grain est vivant, tout de même que le
froment semé dans un champ, change de nom & s'appelle semence du
laboureur, ce qu'il n'aurait pas fait s'il était resté au grenier, & serait demeuré
froment indifférent à devenir semence ou pain. Ainsi notre or tandis
dis

@

( 112 )

qu'il est en figure de vase, ou d'une pièce de monnaie, cet or vulgaire
de la manière intérieure on l'appelle mort, parce qu'il demeurerait tel jusqu'à
la fin du monde, mais de la manière postérieure il est vivant, parce
qu'il est tel en puissance, qui en peu de jours peut être réduit en acte, alors
l'or se sera plus or, mais le chaos des Sages, les Philosophes ont donc
fort bien dit, que l'or des Philosophes diffère de l'or vulgaire, & cette
différence consiste, dans la composition, comme on dit, qu'un homme est
mort, quand il a reçu la sentence de mort, ainsi l'on dit que l'or est vivant,
lorsqu'il est mêlé avec telle composition, & mis sous un tel feu, qu'en peu
de temps il en recevra une vie germinative & qu'en peu de jours il donnera
des preuves d'une vie commencée, c'est pourquoi les mêmes Philosophes,
disant que leur or est vivant, commande à l'investigateur de l'Art de revivifier
la mort, si vous comprenez bien cela & que vous ayez bien préparé
votre agent, & que vous ayez bien mêlé votre or, en peu de temps il sera
vivant, dans cette vivification votre menstrue vivant mourra, c'est pour cela
que les Sages vous commandent de vivifier ce qui est mort, & de faire
mourir ce qui est vivant, & pourtant du premier abord, ils appellent leur
eau, vive, & disent que la mort d'un principe est la vie d'un autre, ont
un même période, cela fait voir, qu'il faut prendre leur or qui est mort &
une eau vive, & les bien mêler ensemble, par une courte décoction, l'or
qui est mort est vivifié, & le vivant est tué, c'est-à-dire, le corps étant
dissous l'esprit se coagule, & ils pourrissent tout deux ensemble en forme
de fange ou de boue, jusqu'à ce que tous les membres du composé soient
disjoints en atomes ou parties très menues, c'est dans cela donc que gît la
nature de notre magistère, tout le mystère, est, de bien préparer le ,
amalgame dans ce l'or pur, purgé au suprême degré de perfection en
fines feuilles, le mieux qu'il vous sera possible, l'or se dissout par la vertu de
notre eau, & retourne dans sa matière la plus prochaine, dans laquelle la
vie de l'or enfermée devient libre, & prend la vie du dissolvant, qui est
à l'égard du grain de froment, donc dans ce , l'or se putréfie il faut nécessairement
que cela soit de nécessité un nouveau corps de la même essence
que le premier, & d'une plus noble substance laquelle prend les degrés
de vertu proportionnément à la différence, entre les qualités des quatre
éléments. Voici le fondement de notre Art, voilà toute notre philosophie,
je dis donc qu'il n'y a rien de secret dans notre Art, sinon le seul , donc
c'est de le savoir préparer comme il faut, & le savoir marier avec l'or en
juste proportion, & puis lui donner le régime du feu selon l'exigence du .
Car l'or pour soi même ne craint pas le feu, il ne s'agit donc que d'accommoder
le régime du feu que le puisse souffrir, mais si vous n'avez pas bien
préparé votre , vous aurez beau le joindre à l'or, il restera or vulgaire
N.B. com-

@

( 113 )

N.B. comme auparavant, souvenez-vous chers Lecteurs du tiré du régule
que j'ai donné plus haut, & de le joindre de bonne heure assez au commun;
A présent je veux vous enseigner à préparer l'or, pour l'ouvre prédit
Rx. Faites dissoudre une once d'or, de ducat, ou de départ dans l'eau
royale que j'ai donnée plus haut au Na Chap. de l'Or. versez par inclination
fort doucement ce qui sera dissous: pour préparer une terre blanche,
qui demeure au fond du vase ou matras indissoluble, vous mettrez l'or dissout
dans un matras capable à col court, avec cinq fois autant d'eau commune
pas dessus, que vous ferez chauffer au bain de sable, jusqu'à ce
quelle commence à bouillir, versez dessus deux onces de commun, que
vous aurez fait chauffer préalablement, & si deux heure après l'eau royale
en laquelle l'or est dissous n'est pas suffisante pour dissoudre tout le ,
vous y verserez de l'eau forte commune en suffisante quantité, puis ajoutez-
y encore deux onces de mercure commun, que vous ferez semblablement
dissoudre, jusqu'à ce que vous voyiez, que tout votre or est en masse spongieux
au fond du matras, & le mercure tout dissout en eau claire &
transparente, laquelle il faut verser chaudement par inclination, & bien laver
la chaux d'or par différente reprise avec eau tiède, jusqu'à ce qu'il soit
exempt de toute acrimonie, qui sera bien mieux purifié & avec moins de
peine & de dépense, que de les passer par les céments ou antimoine, j'ai
autrefois passé l'or de départ trois fois par l'antimoine, lequel était extrêmement
beau & resplendissant, après avoir fait dissoudre derechef dans l'eau
royale, j'en ai encore séparé quelque peu de terre blanche, pour montrer
de combien cet examen surpasse ceux du ciment, & de l', & voilà la
philosophique préparation de l'or pour les opérations physiques.
Je sais que plusieurs critiqueront cette doctrine & diront, cet homme
nous assure que l'or vulgaire & le mercure coulant est le sujet matériel de
la Pierre, & cependant nous savons le contraire, je dis que l'or seul & notre
mercure sont nos matériaux.

Des circonstances requises à l'oeuvre.
J' ai dégagé l'art chimique de toutes les erreurs vulgaires, des faux discours,
des sophistiques & de leurs rêveries, j'ai enseigné que l'oeuvre se fait
de l'or, & du j'ai déclaré sans ambiguïté que le était l'argent vif, j'ai
ajouté des raisons si claires & évidentes, qu'à moins de vouloir s'aveugler,
on devrait le comprendre, je proteste derechef que ce que j'écris ne vient
que de ma propre expérience, je vous ai annoncé la préparation du philosophique,
& la préparation de l'or, je vous en ai dit plus que personne avant
moi & j'aurais de la peine à en dire davantage, à moins que de vous
tenir par les mains, il ne reste plus que d'en montrer l'usage & la pratique,
P ainsi

@

( 114 )

ainsi quand vous aurez préparé votre animé & votre or, il reste trois choses
à faire, la purgation accidentelle du , le mélange ou mariage avec l'or,
& enfin le régime du feu, j'ai donné la purification de l'or, il ne reste plus
qu'à vous enseigner la purgation du animé.
Prenez donc votre que vous avez préparé par le nombre d'aigle convenable,
& le distillez trois fois arrière du sel décrépité & des paillettes de
fer, le triturant dans un mortier de verre, avec du vinaigre distillé, & un
peu de sel armoniac, jusqu'à ce que le disparaisse, alors séchez-le & le distillez
par la retorte de verre bien lutée à feu augmenté par degrés, jusqu'à
ce que tout le , soit distillé, réitérez cette opération trois fois après cela faites
bouillir le pendant une heure dans l'esprit de vinaigre de vin, dans
une cucurbite ou verre à fond large & à col étroit, en le secouant & l'agitant
souvent, retirez votre vinaigre par décantation, & versez-y souvent
de l'eau tiède & claire de fontaine pour enlever toute l'aigreur, séchez le
& vous serez surpris de son éclat, tout cela n'est que pour en écarter l'immondice
externe qui n'adhère pas au centre & qui pourtant est fort opiniâtre
sur la superficie, vous pourrez voir si elle est séparée comme il faut, si
vous amalgamez votre avec l'or sur du papier fin bien net & vous verrez
s'il noircit le papier, alors vous y pourrez remédier par la distillation l'ébullition
& l'agitation prédites cette préparation avance & accélère extrêmement
l'oeuvre.

Manière d'amalgamer le avec le , & du poids convenable de l'un, & de l'autre.
P renez une partie d'or préparé comme j'ai enseigné plus haut, trois parties
de , que vous mettrez dans un mortier de verre chauffé sur du sable
(de laquelle le mortier retiré retienne, un temps sa chaleur) broyez bien
votre amalgame avec un pilon d'ivoire, ou de verre fortement, & diligemment,
comme les peintres font leurs couleurs, alors regardez-en la température,
s'il est maniable comme du beurre, qui n'est ni chaud ni froid, de
manière pourtant, que l'amalgame étant penché ne laisse pas écouler le
en guise d'une eau hydropique d'entre cuir & chair, alors la consistance sera
bonne sinon ajoutez-y du autant, qu'il est besoin pour faire cette consistance,
& qu'on puisse former des petites boules rondes, comme avec le
beurre, observez bien l'exemple que j'apporte comme le plus exact qu'on
puisse donner, parce que le beurre étant penché ne laisse couler aucune
humidité plus liquide que sa propre masse. Souvenez-vous toujours qu'il
puisse être formé en boules rondes, que ces boules séparées doivent demeurer
en tel état, & que le ne paroisse pas plus vif en bas qu'en haut.
Cela étant fait, prenez de l'esprit de vinaigre de vin, dans lequel vous
dissou-

@

( 115 )

dissoudrez une troisième partie de sel armoniac purifié, mettez votre amalgame
du & du dans cette liqueur en un verre à long col, & faites le
bouillir fortement pendant une demi-heure, retirez votre mixture du verre,
séparez-en la liqueur, échauffez votre mortier comme dessus, & broyez votre
amalgame fortement pendant un long temps, & puis lavez-le avec de l'eau
tiède de toute noirceur, il faut réitérer la même opération autant de
fois qu'on n'aperçoive plus aucune noirceur, alors votre amalgame sera d'une
blancheur étonnante, & ce travail est pénible, vous en trouverez récompense
par les signes que vous verrez paraître dans l'oeuvre.

Du Vase & de sa clôture.
A yez un verre ovale & rond qui ait la figure d'un oeuf, & donc l'amalgame
n'occupe que la troisième partie que ce verre ait le col de la hauteur
d'une paume, qu'il soit bien clair & épais, pourvu que vous puissiez
distinguer les actions du dans sa concavité, enfermez dans cet oeuf philosophique
votre amalgame, sellez diligemment votre vase par en haut avec
un bouchon de verre qui cadre avec telle précaution, qu'il n'ait ni fente
ni ouverture aucune, sans quoi l'oeuvre est perdu, mettez votre vase sur l'athanor
ou sur un tel fourneau que vous puissiez souministrer un feu très
doux l'espace de 40. jours & nuits, & pour éviter que le verre ne se brise
qu'il subsiste au feu, faites chauffer le verre avant que d'y mettre l'amalgame,
& par ce moyen vous éviterez ces fâcheux accidents, notez aussi qu'il
faut que le verre soit enfoncé un pouce & demi dans les cendres, si vous
avez employé une once d'or, vous voyez par là que l'oeuvre dans ses principes
matériels, n'excède pas le prix de cinq pistoles & même les frais de la fabrique
du mercure ne passe pas trois couronnes, j'avoue qu'il faut des outils
& du charbons, mais tout cela n'est pas bien cher, il y a pourtant quantité
de rêveurs qui se figurent, qu'il ne faut que la dépense d'un écu pour tous
les frais de l'oeuvre, auxquels je puis répondre, que c'est une preuve évidente,
qu'ils n'ont jamais fait l'oeuvre qu'en spéculation, car il y a bien des
choses nécessaires que l'on n'a pas sans argent, car sans le corps parfait qui
est notre laton, c'est-à-dire, l'or, il n'y a aucune teinture à attendre, il n'y
a ici autre chose à observer qu'un bon régime de feu, à savoir que le feu soit
doux & continuel, parce que la matière mise en digestion, serait aisément
gâtée par un feu violent, & passerait en une figure de poudre rouge, ce serait
faire la coagulation avant la solution, ce qu'il faut éviter, car on doit
avant tout résoudre le corps de l'or dans le & l'or étant résout, le se
coagule ensuite.

Du progrès de l'Oeuvre.
P endant les premiers quarante jours, vous verrez toute la matière convertie
en ombre, c'est à dire en atomes, sans aucun moteur ni mouvements
visible

@

( 116 )

visible, sinon une chaleur commencée, couvrez votre verre d'une cloche
de verre bien épaisse, afin que la chaleur soit en haut comme en bas.

De la noirceur qui arrive.
F aites attention si vous voyez votre matière enflée comme une pâte bouillante,
ou plutôt comme une poix liquide, car notre soleil & notre mercure
ont une première forme, ou figure emblématique & symbolique dans
l'oeuvre, vous verrez diverses couleurs, mais sur la fin de la 4e semaine ou
environ si la chaleur a été continuelle.
Vous verrez une verdure charmante, qui durera pendant dix jours sans
disparaître, réjouissez-vous alors car certainement tout deviendra noir, comme
charbons en très peu de temps, & toutes les parties de votre composé
seront réduites en atomes ou en parties très menues, car cette opération
n'est rien autre que la résolution du fixe, dans le non fixe, afin qu'étant
joins tous deux, ils ne fassent plus qu'une matière spirituelle, & partie corporelle.
O Sainte nature qui faites seule, ce qui est entièrement impossible
à tout homme, quand donc vous aurez vu dans votre verre que les natures,
se sont mêlés en guise d'un sang caillé & brûlé, assurez-vous que la
femelle a souffert l'accouplement du mâle, de sorte que depuis la première
dessiccation, en vint jours, attendez que les natures soient converties en un
confus mélange gras, ces natures s'entortilleront l'une à l'autre en forme
d'une nuée épaisse, ou de l'écume de mer, dont la couleur sera fort obscure,
comme j'ai dit plus haut, alors tenez pour certain que l'enfant Royal est né,
car de là vous verrez au côté du vaisseau des vapeurs vertes, jaunes & noires
& bleues, ces vapeurs, sont les vents qui sont fort fréquents, quand notre
embryon se forme, il faut les retenir avec bien de la précaution & craindre
qu'ils ne sortent & que l'oeuvre ne soit détruit. Prenez aussi garde à l'odeur
de peur qu'elle ne s'échappe par quelque fente, parce que la force de la pierre
en recevrait un notable dommage. C'est pour cela que les Philosophes
ordonnent de prendre bien soin du vaisseau & de sa ligature, & soyez avertis
une fois pour toute, qu'il se faut garder de remuer le moins du monde le vaisseau,
ou l'ouvrir, ou d'interrompre en aucun temps l'oeuvre ou sa décoction,
mais poursuivez votre cuite, jusqu'à ce que vous voyiez que l'humidité vienne
à faillir, ce qu'il se fera en trente jours ou environ, alors réjouissez-
vous, car vous aurez trouvé le bon chemin, veillez sur votre oeuvre parce
que peut être avant 15. jours, vous verrez toute la terre sèche & fort noire
alors la mort du composé est arrivée, les vents cessent, & tout se repose.
C'est la grande éclipse du soleil & de la lune tout ensemble pendant
laquelle il n'y a aucun luminaire, qui éclaire la terre, & la lumière disparaît,
alors notre Cahos est fait, hors duquel avec l'aide de Dieu, tous les
miracles du monde sortiront selon leur ordre.
Une

@

( 117 )

Une grande faute, & qui se fait aisément, c'est la combustion des fleurs,
avant que l'on ait tiré les natures encore tendres de leur profondeur, il faut
principalement tâcher d'éviter, cette après la troisième semaine, car dans
le commencement il y a telle abondance d'humidité, que si vous gouvernez
l'oeuvre, par un feu plus fort qu'il ne faut & qu'il ne doit être, votre vaisseau
ne supportera pas l'excès des vents, sans être mis en pièces, à moins que
votre vaisseau ne soit trop grand, & même alors l'humidité ne se dispersera
plus dans son corps, du moins pas autant qu'il en faut pour rétablir ses
forces, mais lors que la terre aura commencé à retenir une partie de son
eau, alors les vapeurs venant à manquer, on peut augmenter la chaleur
autant qu'on voudra sans craindre aucun accident, pour le vaisseau, mais
par là même l'oeuvre sera gâté, & deviendra d'une couleur de pavot sauvage,
inutilement, devenu rouge par ce signe vous jugerez bien que le
feu a été plus fort, qu'il ne devait être. Sachez que notre oeuvre requiert
un véritable changement des natures, ce qui ne se peut faire à moins qu'il
ne se fasse la dernière union des deux natures.
Or on ne saurait unir les corps mais seulement les confondre, & même
il ne peut avoir union d'un corps avec un esprit par ses plus petites parties,
mais on peut fort bien unir les esprits. Ainsi il faut une eau métallique
homogène à laquelle on ouvre le chemin, par une précédente calcination,
ce dessèchement, donc, n'est pas, un véritable dessèchement, mais une réduction
de l'eau avec la terre par le crible de la nature en atomes plus subtils,
que ne porte l'exigence de l'eau, ce qui empêche que la terre ne reçoive
le ferment transmutatif de l'eau.
Mais par un feu trop véhément cette nature spirituelle comme frappée
du coup de la mort, d'active deviens passive, de spirituelle corporelle, c'est-
à-dire un précipité rouge, inutile parce qu'avec la chaleur qui lui convient,
la couleur devient comme celle d'un corbeau, quoique noire, est pourtant
la couleur la plus à souhaiter, cependant au commencement de l'oeuvre la couleur
est assez forte & belle, & elle concourt avec la qualité convenable de
l'humidité, & montre que le Ciel, s'est accouplé avec la terre, & qu'il a
conçu le feu de la nature, ainsi toute la concavité du verre sera teinte d'une
couleur d'or, mais cette couleur ne durera pas elle sera d'abord suivie
d'une couleur verte, & en peu de temps celle-ci sera suivie de la noire, si vous
avez de la patience, vous venez à votre souhait accompli, du moins continuez
lentement votre feu & comme un sage pilote, dirigez votre navire,
si vous voulez gagner toutes les richesses de deux Indes, de temps en temps
vous verrez dans les eaux & aux cotés comme de petites îles, des épis, des
petites ombres de différentes couleurs, qui d'abord se dissolvent, & il s'en
élève d'autres, car la terre est si avide de productions, qu'elle fait toujours
quelque chose &c. P 3 De


@

( 118 )

De la multiplication de la Pierre.
P our la multiplication il ne s'agit d'aucun autre travail, sinon de prendre
de la Pierre parfaite une partie, & la joindre avec trois parties de du
premier oeuvre & le gouverner avec un feu convenable pendant huit jours,
dans un vaisseau fermé, vous y verrez passer tous les régimes, avec le plus
grand plaisir du monde, & sera augmentée en vertu à l'égard de ce qu'elle
avait avant la multiplication, si vous réitérez l'opération, vous parcourrez
tous les régimes en quatre jours de temps, & la médecine sera tellement exaltée
en force de teindre, qu'elle en aura mille fois plus que devant, si vous
voulez le répéter, tout se fera en un jour, naturel, à la quatrième fois il se
fera en une heure, & à la fin, vous ne sauriez jamais trouver, jusqu'où s'étend
la force de cette pierre, elle sera si grande qu'elle surpasse la capacité
de l'esprit, si vous poursuivez & persévérez dans l'oeuvre.

Manière de faire la projection.
P renez quatre parties , bien purifiés, faites les fondre, dans un creuset
neuf, & y ajoutez une partie de votre pierre, & étant bien mêlez jetez-les
dans un cône où vous aurez une masse pulvérisable. Prenez une partie
de cette mixture & six parties de commun bien purgé, chauffez le
mercure jusqu'à ce qu'il commence à faire bruit, alors jetez-y votre mixture,
qui pénétrera le en un clin d'oeil, fondez-le en augmentant le feu, &
toute la masse sera une médecine de l'ordre intérieur.
Prenez une partie, de celle-ci & projetez-la sur quelque métal que ce
soit, bien purgée & fondue, autant que votre pierre en pourra teindre &
vous aurez d' si pur, que la nature n'en donne point du plus pur, il
vaut pourtant mieux de projeter par degrés jusqu'à ce qu'il teint suffisamment,
car de cette manière la teinture s'étendra davantage, parce que
quand on projette la Pierre tout d'un coup, il se fait une perte notable de
la médecine, à moins que la projection ne se fasse sur le , par rapport aux
scories qui adhèrent aux métaux imparfaits, c'est pour cela que tant plus
sont purgés les métaux, tant mieux réussi la transmutation dans le feu.

L'usage de cet Art.
C elui qui a le bonheur d'avoir réussi dans cet Art, & par la grâce de Dieu
la portée à sa perfection, je ne sais ce qu'il peut souhaiter dans ce
monde sinon de servir Dieu fidèlement à couvert de fourberies & de mauvaises
fraudes, mais c'est une vanité de vouloir s'acquérir l'estime & l'amitié
des hommes par un vain luxe, aussi c'est ce que cherchent le moins
ceux qui sont possesseurs du secret, bien loin de là, ils les méprisent.
Voici donc le champ du plaisir ouvert à celui, à qui Dieu a donné un
tel talent. Premièrement, s'il vivait mille ans, & qui fut obligé de nourrir
un

@

( 119 )

un million d'hommes chaque jour, il n'aurait pourtant jamais besoin de
rien, parce qu'il peut multiplier sa pierre, quand il veut, tant en vertus
qu'en poids, jusques là qu'il pourrait s'il voulait changer tous les métaux
imparfaits, qui sont dans le monde en véritable , & . secondement il
peut faire des pierres précieuses si belles, que la nature n'en produit point
de pareilles, sans le secours de cet Art. Troisièmement, il a la médecine universelle
pour toutes sortes de maladies, tellement qu'un seul Adepte pourrait
guérir tous les malades, qui peuvent être guérit de l'univers.
Priez donc le tout-puissant qu'il vous fasse la grâce de vous accorder un
tel Don, j'avertis enfin quiconque possède ce grand talent, qu'il ne s'en serve
que pour l'honneur & la gloire de Dieu, & pour l'utilité du prochain,
afin qu'il ne soit pas trouvé ingrat envers sa Majesté divine, qui lui a fait
une si grande grâce, & qui étant trouvé coupable à la fin de ses jours, il ne
fasse une perte éternelle de son âme, qui est ce qu'on a de plus précieux
au monde &c. &c.

Du Fer & la manière de le traiter.
L' on met aussi le fer au rang des métaux imparfaits, il consiste en un sel
constant au feu, beaucoup, de soufre terrestre, & fort peu de mercure
fixe, il s'associe volontiers avec tous les métaux; & il les rend pourtant brisants
& non malléables, excepté l'or & l'argent, c'est pourquoi l'on tient aussi
son soufre comme étant solaire & je ne crois pas que personne, qui se mêle
tant soit peu de la chimie, n'ait essayé avant tout de changer ce métal
en & ensuite avec cette ex marto teindre ou graduer la fixe, mais
comme il se pratique bien des sottises dans cette transmutation de en
vénus, je veux laisser chacun dans ses sentiments, mais je ne peux comprendre
comme on s'attache avec tant d'ardeur à changer le fer en cuivre avant
d'en chercher le profit au lieu de spiritualiser & purifier son soufre & tâcher
de lui donner l'ingrès, car le cuivre est en lui-même un corps grossier &
cru, qui étant fondu avec la ne lui donne aucun changement, mais
tout cela étant étranger au but je me suis proposé, nous passerons tout cela
sous silence, nous contentant d'enseigner quelque chose qui puis être utile
& qui ait un rapport à la matière dont voici ma préparation. J'ai pris six
jusqu'à huit L, d'eaux forte, & bien que l'eau forte toute nue dissolve le ,
j'ajoutai pourtant dans chaque livre deux onces de beau sel armoniac, lors
que ma dissolution fut faite, je versai ce qui était clair arrière des fèces
qui provenait du sel armoniac, je la mis dans une large cucurbite que je
plaçais dans le sable chaud, je commençais par y jeter peu à peu de à la
fois, jusqu'à ce que j'y eusse dissous une livre de entière, car si l'on en portait
beaucoup à la fois, il se ferait une ébullition si forte que l'eau déborderait
le vase, & il se ferait une perte des meilleurs esprits, il faut remuer de
temps

@

( 120 )

temps en temps le fer qui s'attache au fond, avec une spatule de bois il faut
au moins 24. heures pour dissoudre une livre de . je mets mon eau forte
dans 4. cucurbites différentes, & dans chacune un quarteron de , pour
achever plus promptement, je n'emploie pas la limaille de fer, parce qu'elle
s'attache trop au fond du vase, d'ailleurs on frotte ordinairement la lime
avec de l'huile en limant, ce qui rend la limaille plus difficile à dissoudre,
je me sers de platines à blanchir, que je n'ai pas besoin de les faire
mettre en lamines subtiles, & que le fer en est meilleur, tout étant dissous
je jetai ensemble toutes les solutions arrière des fèces, je les mis dans une
retorte convenable, j'y voisai (joignais?) une demi-livre de bonne huile de vitriol, &
ensuite une livre & demie de coulant, après cela je mis ma retorte dans
le sable & à feu doux, j'en retirai tout le corrosif, il faut prendre garde,
dans ce travail de ne point donner trop de feu, de peur que l'ébullition ne
fasse déborder la liqueur par le bec de la cornue, enfin l'on donne feu de
sublimation jusqu'à ce que tout le mercure soit passé, l'on verra monter un
beau mercure assez coloré, de même qu'aux autres métaux, l'on re-sublime
encore une fois ce sublimé par la matière restante, il y gagnera en couleur
& en beauté, si l'on réitère la troisième fois, le mercure sera si pénétré dans
toutes ses parties dans la matière solaire qu'étant revivifié parait un véritable
or, l'on sépare ce soufre du de la même manière que je l'ai enseigné
dans les autres métaux, procédez-y plus outre tant particulièrement qu'universellement,
comme je vous ai montré plus haut, & bien qu'il y ait fort
peu de choses à espérer du crocus martis, à raison de son soufre trop terrestre,
l'on peut pourtant compter sur celui-ci, parce que le mercure ne tire
& n'emporte rien hors du , que ce qui est pur & net, & qui est véritablement
solaire, le reste étant intraitable autrement celui qui voudra prendre
la tête morte, ou plutôt la matière restante du qui la broierait subtilement,
& qui sans addition d'aucun , verserait l'eau royale qui a déjà passé
sur le résidu, & l'en retirerait encore un couple de fois de la même
manière, réverbérant ensuite le , jusqu'à ce que tout le corrosif en fut ôté
en pesant quatre onces, y mêler partie égale de broyé subtilement, &
deux onces de sel armoniac, mettez le tout dans une retorte de verre, placez
la retorte dans un bain sec, afin que l'on puisse voir travailler les matières,
donnez d'abord un feu très doux, jusqu'à ce que la retorte soit échauffée
& puis subtilement donner un feu violent jusqu'à ce que tout ce qui
est dans la retorte soit en fusion puis laissez refroidir, alors le mars
sera bien dissous par le & le sel armoniac, on peut brûler la retorte,
broyez bien subtilement la matière, la mettez dans une petite cucurbite
base, versez dessus du bon esprit-de-vin deux pouces au-dessus des matières,
fermez le vase, placez ce verre, dans le sable à une douce chaleur
&

@

( 121 )

& l'esprit-de-vin en tirera l'âme en une seule fois, l'on peut cependant pour
plus grande sûreté verser une seconde fois du nouvel esprit-de-vin sur la
matière, après que l'on aura mis à part le premier extrait, sachez que par
cette méthode on peut ouvrir le soufre ou l'âme du soufre du , de la ,
du , & de tous les métaux, & minéraux & l'extraire pour s'en servir à
telles opérations que l'on trouvera convenir, au lieu que par toute autre
voie, il vous faut un temps & un travail infini pour en venir à bout, la
raison, parce que le pénètre le corps métallique subitement & l'ouvre
davantage que ne le ferait la réverbération quelle qu'elle puisse être, on
extraira un si beau soufre que l'on en sera surprit, cependant il faut avouer
de bonne fois que c'est plutôt un soufre bien pur de l'huile de
qu'un soufre de mars, car mars a dans soi un esprit caché qui étant d'une
force extrême, attire à soi par son amour naturelle la partie sulfureuse de
l'huile de vitriol, & se cuit avec elle, de telle sorte que leurs esprits s'embrassent
& s'unissent si étroitement, que l'esprit volatil de vitriol devient
un esprit corporel avec celui de mars, qui est très corporel aussi, c'est à
quoi l'abstraction de l'eau forte sert beaucoup, parce que la plus grande
partie de l'eau forte, c'est le salpêtre qui fixe dans la voie sèche & humide.
Je ne veux pas faire un long discours sur l'excellence de ce soufre, parce
que c'est la vénus céleste nouvellement née qui est mariée à mars & qui
dans toutes ses parties est un pur, il faut encore moins parler de cette
oeuvre aux indignes, à cause que nous n'avons pas, ou que du moins nous
ne pouvons pas faire voir le sel spirituel des Sages ou leur mercure, à moins
que l'on ne présente à l'or fluide des Sages, c'est-à-dire, à l'huile de vitriol
un aimant igné tel que le , dans lequel il s'insinue, lorsque cet aimant
plein de vie & de force & sans âcreté, il parait ensuite devant l'Artiste
dans une forme universelle sans qu'il ait cependant pris aucune autre forme
particulière. Je ferais encore moins mention de l'erreur de ceux, qui au lieu
de l'acier des Philosophes prennent le fer, au lieu de leur aimant entendent
l'antimoine, mais je dirai seulement que je pris un jour deux onces de
en lamines subtiles, & deux onces de & une once de sel armoniac que
je mis stratum super stratum, & j'y procédai de la même manière que j'ai
décris dans la masse de fer, & la matière devient toute verte comme un
vert-de-gris, je la broyai fort subtilement, je versai du bon vinaigre distillé
dessus, qui en tira toute la verdeur, j'en ôtai le vinaigre coloré par
inclination, & je le distillai jusqu'à consistance d'une huile épaisse, ensuite
je fis dissoudre une once de lune fine dans de l'eau forte, & je versai dans
cette solution mon huile verte, j'en retirai l'humidité jusqu'à siccité & le
résidu je le mêlai avec un fondant fait de salpêtre, & de tartre cru poids
égal, je mis ces matières dans un creuset, & je répandis là-dessus une
Q assez

@

( 122 )

assez bonne quantité de verre de saturne, & je lui donnai le feu de haut
en bas, je la laissai une bonne heure en fonte, je coupellai le régule, & je
fis l'inquart, & après avoir exactement pesé le tout je trouvai une possibilité
qui me charmât, je ne veux pas dire ce que c'était, mais celui qui traitera
& préparera le cuivre avec l'huile de vitriol comme le fer trouvera encore
quelque chose de mieux, O mon cher Mars, quoique tu aies la tête
opiniâtre & guerrière, j'aurais cependant bien de bonnes choses à dire de
toi, surtout si l'on osait dire, comment par le moyen d'un mercure préparé
par ton assistance, on peut extraire la propre âme de ce , mais c'est
assez pour cette fois. Bien que l'on mette le fer au rang des métaux imparfaits,
il faut pourtant convenir qu'il est le moins imparfait de tous, &
qu'il le faut placer immédiatement après les métaux parfaits, c'est-à-dire
après l' & l'argent, outre qu'il a en lui la nature de la dernière fixation
ce qui fait que sa partie, la plus pure soutient même l'antimoine comme on
peut voir par le régule étoilé. &c.

Expérience.
L ors que je vous ai enseigné de mêler quatre onces de limailles de fer
avec autant de , & deux onces de sel armoniac, de les faire fondre
ensemble & de les extraire avec l'esprit-de-vin au lieu de prendre 4 onces
de limailles d'acier fin ou de fer, prenez un bon crocus -tis fait avec le
vinaigre, 4. onces de mercure sublimé & deux onces de sel armoniac mêlés
ensemble, distillez-les par la retorte si souvent que le beurre qui d'abord est
blanc, mais qu'enfin passe rouge comme sang & se fixe à la fin avec la tête
morte, portez ensuite cette matière sur la lune en fonte, laissez-la en
fusion pendant une heure entière, coupellez cette lune & mettez-la à l'inquart,
(xxx) même si vous prenez le fer que vous avez dissous dans l'eau royale
que vous avez rendu cornue par l'huile de vitriol, & dont vous avez sublimé
l'âme par le sublimé si vous faites dissoudre derechef ce fer avec
l'eau royale nouvelle, si vous le rendez cornu avec de nouvelle huile de vitriol,
& le sublimé de nouveau avec autre sublimé, & que dans chaque
nouvelle solution, vous preniez la peine de ramasser les fèces qui seront
au fond; de les édulcorer, sécher, rôtir avec le plomb, & puis les coupeller,
car la matière solaire spirituelle de tous les métaux, bien qu'ils ne
contiennent rien de corporel, lie ainsi le & le fixe en or, & montre ainsi
sa force & vertu transmutative, quoique l'un soit beaucoup mieux partagé
que l'autre.
Le

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( 123 )

Le Verre de Saturne se fait.
S i vous Prenez 12. onces de minium mêlés avec 4. onces de fin sable, faisant
fondre ces matières à feu violent dans un creuset, jusqu'à ce qu'elles
ne bouillonnent plus & soient devenues un verre de couleur de paille.
Autre expérience. Je veux sur le pour vous instruire davantage & vous laisser ma mémoire
vous révéler une manière très courte, & sans aucun embarras pour
faire la pierre des Philosophes dont je me suis servi, par la coagulation
dissolution. Prenez du , du meilleur, possible, faite le rougir & battre
par un forgeron à l'ordinaire ramassez-en les scories ou écailles bleuâtre,
que le coup de marteau en fait séparer, mettez les en poudre fine, & les
faites réverbérer 24. heures mettez les scories ainsi préparées dans une cucurbite,
versez dessus de bon vinaigre distillé, dans lequel vous aurez fait dissoudre,
une 4eme partie de sel armoniac sublimé, & le posé au bain
M. que vous chaufferez par degrés jusqu'à le faire bouillir ayant soin d'agiter
la matière, avec un bâton jusqu'à ce que le vinaigre soit tout évaporé,
ensuite imbibez derechef la matière restante avec du même vinaigre
que dessus ce que vous réitérerez jusqu'à ce que la matière soit réduite en
poudre impalpable rouge & comme un rubis, que vous laverez avec eaux
de fontaine pour en séparer, le sel armoniac, mettez cette chaux de dans
une cucurbite de verre, versez dessus de bon vinaigre distillé, placez la cucurbite
au bain de cendre donnez le feu du 3me degré & vous verrez, que
le vinaigre se colorera rouge comme sang, décantez ce vinaigre proprement,
versez sur le marc restant de nouveau vinaigre, & opérez de la même
manière, que dessus ce que vous réitérerez jusqu'à ce que le vinaigre
ne se colore plus, distillez ensemble tout ces vinaigres, teint au bain-Marie,
par l'alambic jusqu'à siccité il vous restera une substance rouge, & brillante,
que vous pillerez & dissoudrez de nouveau dans le vinaigre, qui en est sortie,
à feu doux comme auparavant, vous fixerez cette dissolution & la distillerez,
& le restera au fond de la cucurbite reluisant & moins rouge,
réduisez-le en poudre fine, & le dissolvez dans de l'eau de pluie distillée filtrez,
& distillez à douce chaleur de bain réitérez cette opération, avec eau
de pluie distillez jusqu'à ce que le sel de soit comme du miel blanc ce qui
arrive à la 3me fois.
Prenez donc ce sel & le mettez avec la 3me partie très pure calcinée
& dissoute dans & réduit comme en sel, & les mettez bien ensemble
dans une fiole de verre, à long col bien bouché, & la mettez dans le fumier
chaud qu'il faut renouveler tous les huit jours pendant six semaines & le tout
se réduira en huile que vous mettrez au soleil laquelle se coagulera en deux
jours il la faut piler, & la mettre comme devant au fumier durant 30.
Q 2 jours

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jours, elle sera réduite en huile de couleur d'or que vous congèlerez au
soleil ou sur un feu lent de cendres; Vous la pillerez, & la referez dissoudre
au fumier pendant 20. jours, que vous coagulerez derechef, &
pour la 4me fois vous le dissoudrez en 10. jours, & le coagulerez & à la
5me fois en 8. jours, à la 6me fois en 6. jours, & à la 7me fois en 1. jour;
Alors il ne pourra plus se coaguler ni au soleil ni à la chaleur du feu,
c'est pourquoi pour le coaguler vous le mettrez dans un vaisseau de verre
bien scellé vous le placerez, sur le fourneau au bain de sable & lui donnerez
feu de charbon pendant 8 heures pour qu'il s'insère bien, sur la fin
augmentez le feu pendant une heure laissez refroidir, délutez votre vaisseau
& mettez cette huile dans un lieu tempéré & elle se coagulera
dans peu de jours, & elle est dans cet état la pierre des Philosophes, d'une
manière ocurtatoire, quoiqu'elle n'ait pas les propriétés du grand élixir,
elle en a pourtant qui ne sont point d'un ordre inférieur.
1°. Prenez en telle quantité qu'il vous plaira de l'huile ci-dessus que
vous mettrez dans un vaisseau de verre versez dedans du coulant purifiez,
que l'huile surnage d'un travers de doigt placez-le sur un feu tempéré
qui ne fassent pas envoler le , il sera au bout de 8. jours converti en ,
très pur.
2°. Si on prend une once de cette huile, & que l'on la jette sur 20.
onces, de lune très pure fondue dans un creuset, elle est convertie en
pure .
3°. Si on prend du 7. fois, avec le sel commun & le & qu'il
soit mêlé avec partie égale de cette huile, & que l'on les fassent cuire
pendant 10. jours le fixera en une médecine pénétrante, & tingente
dont une partie tombe sur 60. de . que si on réitère la coction en y
ajoutant de nouveau , à chaque fois elle sera multipliée de 10. en
vertu.
4°. Une partie de cette huile jetée sur 10. de . fondu, le converti
en .

Pour le corps humain.
4. Gouttes de cette huile données le matin à jeun à un hydropique pendant
x2. jours dans un bon électuaire il sera guéri.
5. Grains de cette huile donnée à un pulmonaire, ou un phtisique ou cacochyme
pendant 20 jours dans un véhicule convenable à la maladie ils seront guéris.
Un Grain de cette huile donnée jusqu'à sept fois de trois en trois heures,
guéri de toute fièvre désespérée.
Finalement cette huile est souveraine pour toutes maladie, que ce soit en
observant la dose, & que ce soit avant d'y avoir joint le .

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Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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