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Réfer. : 0002 .
Auteur : Anonyme.
Titre : La Clavicule de la Science Hermétique.
S/titre : écrite par un habitant du nord,.
Editeur : Pierre Mortier.
Date éd. : 1751 .
@
L A
C L A V I C U L E DE
LA S
C I E N C E HERMETIQUE
ECRITE PAR
UN HABITANT DU NORD,
DANS SES HEURES DE
LOISIR,
L'AN MDCCXXXII
A AMSTERDAM,
Chez PIERRE MORTIER, MDCCLI.
@
@
Lib. Sohar Tit. XVIII. Part. Collect.
§. 42.
Quicquid in supernis est, simile quid
habet inferius: & quicquid inferius
est, simile quid habet in mari &c.
ASCLEPIUS Cap. XIII.
Iterum ad hominem, rationemque redeamus,ex quo divino dono, homo animal
dictum rationale. Minus enim miranda,
et si miranda sunt, quae de homine
dicta sunt: Sed omnium mirabilium vincit
admirationem, quod homo divinam potuit
invenire Naturam, eamque efficere.
EDDA in Voluspa. 60. strophe.
Da munnu epter undursam leger Gullnar toplur i grase firmast Defs i ârdaga attur hofdu.
i. e.
Post haec mirabiles Aureae tabulae in herba reperientur Eorum qui has olim possederunt.
A 2
NA-
@
N
A T U R A E
VIRGINI
IMPOLLUTAE
E T
A
R T I
HANC DUCEM SEQUENTI
Haec mea otia Vespertina humillime dico pulvisculus Paradisi
EGO, HOMO.
@
A
L
A N A T U R E
VIERGE
NON SOUILLEE
ET A
L' A R T,
QUI LA SUIT COMME
SON GUIDE
Je consacre très humblement
mes délassements
du soir,
moi, qui suis un grain de
poussière du Paradis,
UN HOMME.
A 3
@
L
E C T O R I
B E N E V O L O.
Videor mihi vocem tuam prope indignantis
audire ad conspectumhujus codicilli: Mirabere, nondum
oportunum nobis visum, hos rivos
claudere, quos ad nauseam usque antiqua
monumenta nobis propinarunt,
& tot libri chartaeque biberunt: Scilicet
ab aquilone, inquies, in hoc argumento
novi aliquid exspectabimus,
ubi jam pridem Heliconis fontes rigido
inalgescunt gelu? Inde Aegyptiorum
Isidi & obsoletis Sacris, nitor &
cultus velut postliminio restituendus est?
Si auctoris insuper nomina, otia &
negotia perpendis, quid non ab exspectatione
tua alienum & insolens
ju-
@
A
U L E C T E U R
B E N E V O L E.
IL me semble que je vous entends
gronder à l'aspect de cette
brochure; vous êtes étonné
de ce que nous ne sommes pas
d'humeur de laisser tarir encore
une source, qui a fourni de quoi
remplir tant de papier & tant de
livres. Vraiment direz-vous,
c'est bien du Nord, où il y a
longtemps que les sources de l'Hélicon
sont prises par les glaces,
que nous devions attendre quelque
chose de nouveau sur cette
matière? C'est de-là sans doute
que doit venir à la Déesse des Egyptiens
Isis, & à ses anciens
Mystères le rétablissement de leur
premier lustre & de leur splendeur
ancienne. Si vous considérez
encore le nom, les amusements,
& les occupations de l'auteur,
combien ne serez-vous pas
A
4 trom-
@
( 8 )
judicabis? Si tamen & ipse aequus
es, noli de causa nondum tibi satis
perspecta sententiam ferre. Habuit
olim Schythia suos Abarides & Xamolxides.
Si errorem appellas, non
eadem cum fabulosa antiquitate oberrare
chorda. Totum perlege & illud
fortassis Poetae usurpabis:
Felices errore suo, quos despicit
arctos.
Neque enim adducor, ut credam,illud uberrimae Naturae cornu copiae,
adeo ab aliis exhaustum esse, ut quae
ceteris Alma Mater vocitetur, nobis
unis in hac plaga degentibus , nover-
ca
@
( 9 )
trompés dans votre attente, &
combien ne jugerez vous pas cette
entreprise étrange? Si vous-
même êtes équitable, suspendez
votre jugement dans une cause de
laquelle vous n'êtes pas encore
assez instruit. La
Scytie a eu autrefois
ses
Abarides & ses
Xamolxides.
Si vous prétendez que nous
sommes dans l'erreur, parce que
nous ne chantons pas la même
chanson que la fabuleuse antiquité:
lisez tout & vous direz peut-
être avec le Poète:
Felices errore suo, quos despicit arctos.
Car je ne puis me persuader que
la corne d'abondance de la Nature
soit tellement épuisée qu'elle,
que d'autres ont appelé une bonne
Mère, nous soit, à nous qui
habitons ces climats, une Marâtre,
& qu'elle ne voulût pas que
A
5 nous
@
( 10 )
ca sit, a quibus nullo vel beneficio
vel merito agnosci voluerit. Fallor,
an sinus etiam nobis aperit suos, quos
si niveos, si lacteos & tepentes amas,
aude aliquid, infantum, more , studio,
affectu, simplicitate. Perlectis
his paginis, occurrent, opinor, nonnulla,
de quibus siluere alii. Si te
delectant & juvant, compos factus
sum voti mei & ad majora me erigunt.
Si displicent, ignosce candido
animo proximi mei studiosissimo.
A U C T O R.
Ut
@
( 11 )
nous la reconnussions pour Mère
par aucun mérite, ni bienfait de
sa part envers nous. Je me trompe,
ou elle nous ouvre aussi son
sein; si vous l'aimez ce sein, blanc
comme neige, plein de lait, &
respirant une douce chaleur, risquez
quelque chose comme font
les enfants par des manières simples,
flatteuses, & pleines d'affection.
J'espère qu'en lisant ce peu
de pages vous trouverez des choses
dont d'autres n'ont pas parlé;
si elles vous amusent utilement je
croirai mes voeux accomplis; &
cela m'excitera à tenter quelque
chose de plus important: mais si
elles vous déplaisent, pardonnez
au zèle que j'ai d'obliger mon
prochain.
L'A U T E U R.
Le
@
T colophonem operi suoeximio adderet altissimus,
hominem creavit, eumque
dotibus tam variis, tam insignibus
cumulavit, ut ad similitudinem
suam fabricatum esse, ipse fateri
haud dubitaverit. Quot quantisque
eum in posterum, etiam rebellem
& inimicum prosecutus sit
beneficiis, quantisque apud eum fuerint
vita & salus mortalium, ut filio
suo unigenito in hominum gratiam
non pepercerit, abunde testatur scriptura,
sufficienter persuadet Christiana
Veritas. Haec sunt testimonia
omni exceptione majora. Sed cum
multa apprehendat fides, quae non
intelligit ratio, in hoc tamen conveniunt
ambo, quod homo sit omnium
creaturarum creatura nobilissima.
Tantum valuit hujus veritatis
vis & cognitio apud antiquos divina
revelatione orbatos, ut Aegyptiis
scientiarum avidissimis, praecipua fue-
rit
@
E Très-Haut pour mettre lecomble à la création forma
l'homme & le doua de qualités
si différentes & si belles qu'il
n'a pas hésité à avouer qu'il était fait selon
son image. L'Ecriture Sainte témoigne
& la Religion Chrétienne nous persuade
suffisamment de combien de bienfaits
Dieu l'a comblé dans la suite, quoiqu'il
fut rebelle & son ennemi; & qu'il n'a
pas même épargné son fils unique pour le
salut du genre humain. Ces témoignages
sont au-dessus de toute exception. Et quoique
la foi croie bien des choses que la raison
ne comprend pas, elle conviennent cependant
l'une & l'autre en ceci, que
l'homme est de toutes les créatures la plus
noble. Cette vérité est si claire, & a
fait tant d'impression sur les anciens, qui
n'étaient pas éclairés par la Révélation;
que les Egyptiens très avides des sciences
faisaient leur principale étude de l'art de
se connaître soi-même.
Les
@
( 14 )
rit cura, primariumque studium:
Noscere seipsos.
Qui ex Aegypto hauserunt sua
dogmata Graeci, eundem canonem,
tanquam veram basin totius Sapientiae,
in Graeciam secum transtulerunt,
ac celebratissimi sui fani Delphici
foribus, simulque parietibus incidendum
curarunt:
Consule te ipsum, nosce temet Et ambula ab intra.
Longa deinceps rerum experientia
edocti de harmonia hominis cum universo,
eum compendium totius, vel
potius Microcosmum statuerunt. Haec
est clavis sigilli magni illius Hermetis,
cujus emblema, manus Sphaeram
vel parvum mundum tenens, cum
inscriptione:
Quod est superius, est sicut id, quod est inferius.
De Chymaeris alchymistici orbis, egregia
haec verba, in robur suorum
phantasmatum detorquentis & diripientis,
nulla mihi cura est. Suffi-
ciat,
@
( 15 )
Les Grecs, qui ont puisé leurs dogmeschez les Egyptiens, ayant rapporté dans
leur pays cette même règle qu'ils regardaient
comme la base de toute sagesse, ont
fait mettre sur les portes & les murailles
de leur fameux Temple de Delphes, ces
paroles
Consule te ipsum, nosce temet
Et ambula ab intra.
Après qu'une longue expérience eut fait
apercevoir l'harmonie qu'il y a entre
l'homme & l'Univers, on l'a cru l'abrégé
du tout, ou plutôt le petit monde. C'est
là la clef du sceau de ce grand Hermès,
duquel l'emblème est une main, qui tient
une sphère, ou bien un petit monde avec
cette inscription
Ce qui est en haut est le même que
ce qui est en bas.
Je ne m'embarrasse pas des rêveries des
Alchimistes,
qui font violence à ces paroles
pour les faire servir à confirmer
leurs chimères. Il suffit que leur grand
B
chef
@
( 16 )
ciat, maximum illorum principem
ex intimis Naturae penetralibus haec
hausisse. Unde idem in ASCLEPIO:
Propter hoc, o Alclepi, magnum miraculum Est homo, animal adorandum & honorandum.
Hanc hominis praerogativam convellere
quis forsitan tentaverit, argumento
miserae sortis humanae, multorum
aliorum in tribus Naturae regnis,
tam qua victum & amictum,
quam quoad spirituum vitalium, sensuum
&c. vigorem longe inferioris,
adeo ut ex notitia mei ipsius, nihil
aliud proficiendo ediscere possim,
quam summam meam imperfectionem,
immo omnium in me calamitatum
colluviem. Verum an haec
objectio & consideratio, scopo axiomatis
nostri repugnet, an vero utilitas
ejus in Theologia & Philosophia
Morali potius inde elucescat, nunc
mihi non est fermo. Liceat in proposito
meo huic quaestioni, quaestione
praevia obviam ire. Quis te
docuit te miserrimum creaturarum
esse?
@
( 17 )
chef a puisé ceci dans les Mystères les
plus cachés de la Nature. D'où vient que
le même dit dans Asclépius
C'est pour cela ô Esculape, que
l'homme est un grand
Miracle, un animal qu'on doit honorer
& adorer.
On pourrait s'aviser quelquefois de vouloirdisputer cette prérogative à l'homme,
en alléguant le sort misérable des humains,
inférieur de beaucoup à celui des autres
animaux dans les trois règnes de la Nature,
tant par rapport à la manière de vivre
& au vêtement, qu'à la force ou vigueur
des esprits vitaux, des sens, &c.
de sorte que si je tourne les yeux sur moi-
même, je n'apprends autre chose si ce n'est
à reconnaître mon imperfection extrême,
& que je suis menacé de voir fondre sur
ma tête un déluge de maux; mais je ne
prétends pas décider si cette considération
est opposée au but de notre axiome, ou
bien si son utilité se manifeste davantage
dans la Théologie & dans la Philosophie
morale. Qu'il me soit permis d'aller au
devant de cette question par une autre que
voici: Qui vous a enseignez que vous êtes
B
2 de
@
( 18 )
esse? Nimirum recta tua ratio & vis
nostri Canonis. Si haec tuam miseriam
aperit tibi, conservatio tui, te
contra aerumnas tuas remedia quaerere
jubet. Ergo regula mea commodo
& saluti est. Si recta ratio? dic
mihi penes quam creaturam, praeter
hominem, hanc rectam rationem invenis?
Ergo creatura, recta ratione
praedita, omnium praestantissima est.
Alioquin venerabilis haec antiquitas
de dignitate hominis vix judicavit ex
partibus ejus corporeis, terrestribus
& elementaribus, quas quotidiana
experientia docuit innumeris calamitatibus
esse obnoxias & elementa elementis
reddenda; sed ex admirando
nexu & concursu virtutum superiorum
in homine, tanquam in centro
suo. Reliqua animantia, duabus tantum
partibus, corpore scilicet organico
& spiritu vitali composita videbant.
Tertium quid in homine concernentes,
post fata superstes, modo
animam, modo ignem coelestem,
nunc genium, nunc mentem nominarunt.
De ejus origine & Patria,
divina luce privati, varia somniarunt,
a reliquis tamen creatis toto
coelo
@
( 19 )
de toutes les créatures la plus misérable?
C'est sans doute votre raison & la force
de notre règle. Mais si la force de notre
règle vous dévoile votre misère, la conservation
de vous-même vous ordonne de
chercher des remèdes contre cette même
misère; par conséquent ma règle vous est
utile & salutaire. Mais si c'est la raison,
dites-moi, dans quelle créature excepté
l'homme trouvez-vous la raison?
Par conséquent la créature douée de raison
est la plus excellente de toutes. La
vénérable antiquité ne jugeait pas de l'excellence
de l'homme par les parties corporelles,
terrestres, & élémentaires,
qu'une expérience journalière nous apprend
être sujettes à des calamités sans nombre,
& que ce qui vient des éléments leur doit
être rendu; mais elle en jugeait par la
connexion admirable & le concours des
vertus supérieures & inférieures qui se
trouvent dans l'homme, comme dans leur
centre. Ces grands hommes voyant que
les autres animaux n'étaient composés que
de deux parties: d'un corps organisé &
de l'esprit vital, ont remarqué dans l'homme
une troisième chose, qui subsistait après
la mort, & qu'ils nommait tantôt
âme, tantôt feu céleste, ou bien génie
B
3 ou
@
( 20 )
coelo distare judicabant ex operationibus
ejus, inter quas intellectum,
volendi arbitrium, rectam rationem,
sapientiam, amorem veritatum, utpote
Mathematicarum, quae fallere
nesciunt, ac reliquas notiones quae in
bruta non cadunt, numerabant. Sicque
ex effectu & operatione de existentia
animae certi, de essentia &
migratione post fata incerti, quorundam,
imprimis Heroum ac Magorum,
animas, albo Deorum ac
semi Deorum suorum inscripserunt.
Nos vero pleniori ab ipso auctore
imbuti hujus rei informatione, praeter
rationes has, quae cum gentilibus
nobis communes sunt, quotidie
cernimus novas & indubitatas ejus
operationes per fidem salvisicam,
quam apprehendit anima Christiana
& cujus notitia in bruta cadere non
potest.
Nam si hoc tertium nobis a creatore
directe & per habitum tributum
non fuisset, haud magis aptus esset
homo, ac reliqua viventia terrae, de
DEO
@
( 21 )
ou esprit. Privés de la Révélation ils se
sont formés différentes idées sur la patrie
& l'origine de l'homme, qu'ils ont jugés
différer totalement du reste des Créatures,
par ses opérations; parmi lesquelles ils
comptaient l'intelligence, la volonté, la
saine raison, la sagesse, l'amour pour les
vérités mathématiques, qui ne peuvent
tromper, & par les autres notions, qui
ne se rencontrent pas dans les Brutes. De
cette manière ils se sont assurés de l'existence
de l'âme; mais comme ils étaient incertains
de son essence, & de ce qu'elle
devenait après la ruine du corps, ils ont
placé quelques âmes au nombre des Dieux
& des Demi-Dieux, surtout celles des
Héros & des Sages. Mais nous qui sommes
mieux instruits de ces choses par l'Auteur
même de l'âme, nous connaissons non
seulement les raisons que connaissaient les
Païens, mais nous y découvrons encore
tous les jours par la Foi de nouvelles, &
de plus sûres opérations: Foi que l'âme
Chrétienne conçoit mais que les Brutes
ignorent entièrement.
Si le Créateur ne nous avait pas accordécette Ame directement & habituellement,
l'homme ne serait pas plus propre
que les autres animaux à avoir quelques
B
4 idées
@
( 22 )
DEO quidquam cogitare, vel Evangelium
& Christianas veritates recipere,
etiamsi millies ipsi praedicarentur.
Hoc ipsum indicat in homine
quicquam delitescere, quod per notiones
postea, tanquam e somno, resuscitatur.
Si hoc non esset, injuste
ab aequo judice ad aeternas poenas
damnaretur homo propter neglectum
eorum, quorum notitiae, aeque ac
bos, herba vel faxum incapax fuisset.
Injuste a creditore petitur ratio
ejus rationis, quae nunquam concredita
suit. Si vero semel concreditum
sua in posterum culpa perdit ac
negligit, debitor summo jure hoc
modo amissi poenas luere debet, nisi
intervenerit gratia creditoris. Huic
soli creaturae aeternum quid ab aeterno
opifice collatum est.
Per hoc a caeteris animalibus tantum
differt homo, anima rationali
& immortali praeditus, ut non inter
sed super animalia omnia censeri mereatur.
Per hoc subjectionem & inferioritatem
suam, simul ac dominium
& praecellentiam hominis agnoscunt
& venerantur reliqui elenentorum
Cives. Cui accedit recta
ratio
@
( 23 )
idées de Dieu, ou à recevoir l'Evangile &
les vérités de la Religion Chrétienne,
quand on les lui prêcherait mille fois. Cela
même fait voir qu'il y a dans l'homme
quelque chose de caché, qui se réveille
comme d'un sommeil par les notions qu'on
lui présente. Si cela n'était pas, l'homme
serait condamné injustement par le Juge
équitable à des peines éternelles pour avoir
négligé des vérités qu'il était aussi incapable
de connaître que l'est le boeuf, l'herbe ou
la pierre. Ce serait de même injustement
qu'un Créditeur redemanderait le remboursement
d'une somme qu'il n'aurait pas prêtée.
Mais si un Débiteur perd ou néglige
par sa faute la somme qui lui a été confiée,
c'est à bon droit qu'il en est puni, à moins
que le Créditeur ne lui fasse grâce. C'est
à cette Créature seule que le Créateur éternel
a confié quelque chose d'éternel.
L'homme diffère donc des autres animauxen ce qu'il est doué d'une âme raisonnable
& immortelle; de sorte qu'il mérite
plutôt d'être mis au-dessus d'eux que
d'être compté parmi eux. Par-là les autres
habitants des éléments connaissent, &
la sujétion & l'infériorité de l'homme;
& sa domination & son excellence. A
quoi se joint la saine raison, entends qu'el-
B
5 le
@
( 24 )
ratio tanquam radiusculus deperditae
imaginis divinae. Hunc per lapsum
protoplastorum maxime adumbratum,
& quasi in agone relictum, notitiâ
sapientissimae Naturae reficere &
excolere indefesso studio incumbebant
veteres illi Magi Chaldaei, Aegyptii
ac Hebraei. Noverunt enim hi Adamum
quidem ex Eden pulsum &
ejectum, sed nusquam invenerunt
Eden e terris sublatum & deletum,
quin potius aditum ejus, quamvis
strictissime, ibi custodiri Palatii instar,
cujus portae arctissime clausae, non
tollunt existentiam ipsius aedificii vel
opum ibi reconditarum. Suam igitur
Isidem, Naturam, adiverunt,
eamque tot divitiis, tanta sapientia,
ubertate & benignitate refertam offenderunt,
ut in stuporem quasi versi,
unice se ejus studio & cognitioni
dederint. Cumque castissima haec
virgo haud facile arceat veros suos
procos, dummodo venia Parentis,
constanti animo & fine praevio amore
spurio, Aristotelis nimirum, Logicarum
ac Scholasticarum subtilitatum,
sese ipsi totos voveant, indefessis suis
officiis, adeo ejus gratiam aucupati
sunt,
@
( 25 )
le est un faible rayon de l'image divine
perdue. Les anciens Philosophes Chaldéens,
Egyptiens & Hébreux ont fait tous
leurs efforts pour réparer par la connaissance
de la très sage nature ce rayon que la chute
de nos premiers Pères avaient laissé presque
comme éteint. Ils savaient qu'Adam
avait été chassé d'Eden, mais ils n'ont
trouvé nulle part qu'Eden fut ôté de dessus
la terre, bien au contraire ils savaient
que l'accès en était gardé très soigneusement,
comme d'un Palais dont les portes
sont bien fermées, ce qui ne prouve cependant
pas que l'édifice n'existe plus ou
que les trésors cachés n'y sont plus. Ils
se sont donc adressé à leur Isis, la Nature,
& la trouvant pourvue de tant de
sagesse, de richesses & de générosité, ils
en furent tellement étonnés qu'ils ont fait
leur unique étude de la connaître. Et
comme cette Vierge chaste ne rebute pas
aisément ceux qui l'aiment véritablement,
pourvu qu'ils la recherchent après en avoir
obtenu la permission de son Père, &
qu'ils ne soient pas animés d'un faux &
fol amour pour Aristote & les subtilités
logiques & scolastiques, mais se dévouent
entièrement à elle; ils ont su
gagner tellement ses bonnes grâces, par
des
@
( 26 )
sunt, ut ipsa illis semitam rectam indicaverit
adeundi & visitandi intima
sua arcana: nullam sibi aliam stipulans
mercedem, quam laudes maximi
sui Auctoris, prudentiamque & silentium
amasiorum suorum.
Quousque beati ac ter beati illi
veteres hac via olim pervenerint,
pleni sunt omnes libri, plenae Sapientium
voces, plena eruditorum
scripta. Stupenda eorum rudera,
quae adhuc supersunt, testes sunt palpabiles,
neque opes, neque vires,
neque cunctas nostras doctrinas Mathematicas,
Architectonicas, Mechanicas,
Statuarias, Astronomicas,
Physicas, Chymicas, Magicas &c.
Scientiarum illud pristinum culmen
attingere, nedum aequiparare posse.
Dubitans, vel plura de hoc scire desiderans,
adeat Herodotum, Platonem,
Democritum, Josephum, Pancirollum,
Morhossium, Borrichium
& alios.
Ne vero medium hoc inter hominem
& naturam ( quod magnam Catenam
vocaverunt) Divinaeque illae
scientiae, tantis curis & laboribus ab
ipsis quaesitae & comparatae, cum ip-
sis
@
( 27 )
des caresses constantes, qu'elle-même leur
a enseigné le sentier véritable pour visiter
& pénétrer ses secrets les plus cachés,
sans exiger d'autre récompense que des
louanges pour son grand Auteur, & la
prudence & le silence dans ses Amants.
Tous les Livres & les écrits des heureux& trois fois heureux sages & savants
anciens font voir jusques où ils sont parvenus
par cette voie, & les monuments
merveilleux, qui nous restent encore, témoignent
d'une manière palpable que ni
nos richesses, ni nos forces, ni tout notre
savoir dans les Mathématiques, l'Architecture,
les Mécaniques, la Sculpture,
l'Astronomie, la Physique, la Chimie, la
Magie, &c. ne sauraient atteindre au
point de sublimité où était parvenue anciennement
la science, bien moins lui être
comparés. Quiconque en doute ou bien
désire d'en savoir davantage peut consulter
Hérodote, Platon, Démocrite,
Joseph, Pancirolle, Morhoff, Borrichius
& nombre d'autres.
Mais afin que ce milieu qu'il y a entrel'homme & la nature qu'ils ont nommé
la grande chaîne, & cette Science Divine
qu'ils s'étaient acquise par tant de soins
& de peines ne se perdit pas avec eux &
ne
@
( 28 )
sis perirent ac oblivioni traderentur,
columnis, marmoribus, tabulis, lapidibus
& libris (per hieroglyphica
tamen & literas suas sacras, ut profanum
vulgus modeste arcerent, solerti
vero & digno artis filio paterent)
posteris consignare valde soliciti
erant. Sed haud secus ac maxima
regna, integraeque nationes &
urbes, ita sua quoque habuere fata
scientiae, ingravescentibus libidine
regnandi, discordiis & bellis, exulabant
Philosophi, inter Patriae ruinas
sepulta sunt ingeniorum monumenta,
blandaque Natura quasi vidua, sua
se involvebat virtute. Successit ignorantia,
oblivio, barbaries, ferocitas
cum contemtu ac odio optimarum
artium ac scientiarum. De Diocletiano
traditur, eum in Aegypto
omnes Magorum Libros, quos injuriae
temporum adhuc superstites reliquerant,
mandato publico in unum,
sub poena capitis, collectos, comburi
& penitus deleri jussisse, ne ex eorum
supellectili & doctrina, tamquam
ex promptuario inexhausto, gens in
seditiones pronissima, novis semper
muniretur opibus, quibus toties eam
antea
@
( 29 )
ne tombât dans l'oubli, ils ont eu grand
soin de la transmettre à la postérité, sur
des colonnes, sur le marbre, le bois, la
pierre & dans des livres en caractères
hiéroglyphiques & sacrés, afin que les
dignes Fils de l'art en fussent seuls instruits
& le vulgaire exclus. Mais les
sciences ont subi le même sort, que de
grands Royaumes, des Villes & Nations
entières. L'envie de régner a fait naître
la discorde & les querelles; les Philosophes
furent alors exilés, les monuments du
génie ensevelis sous les ruines de la patrie,
& la nature devenue veuve, pour
ainsi dire, se renferma dans sa propre
vertu. A ceci a succédé l'ignorance, l'oubli,
la barbarie, la férocité avec le mépris
& la haine pour les arts & les sciences.
L'Histoire rapporte que l'Empereur
Dioclétien
ordonna, sous peine de la vie,
de recueillir tous les livres des sages d'Egypte,
qui avaient échappé aux injures
du temps & de les détruire & brûler, afin
que ce peuple extrêmement enclin à se
révolter ne puisât pas de nouveau dans
ces livres des richesses, dont les prédécesseurs
de ce Prince l'avaient si souvent dépouillé.
Mais
@
( 30 )
antea exui & spoliari curaverunt autecessores.
Cum vero in hoc communem cum
veritate habeat sortem Sapientia, ut
ad tempus quidem premi, nec tamen
penitus opprimi ac deleri possit,
etiam invito fato, tanta remanserunt
vestigia pristini ejus fastigii, quum
Arabes seculis sequentibus Aegyptum
intrarent, ut horum Reges,
Principes ac Proceres sibi denuo devinctos
reddere coeperit. Interea
nonnullis quidem Grajorum, Latinorumque,
saltem primis illis Christianismi
aevis, haec Eleusinia sacra ex
Aegypto allata, adire contigit, sed
adeo paucis, ut praeter unum aliumve,
& illum quidem egregium Magistrum,
vix nomina ceterorum tristia
horum imperiorum fata nobis reliquerunt.
Arabes vero & Saraceni
harum scientiarum dotibus aucti,
non solum dominiis potentissimorum
regnorum, verum etiam copia maximorum
Philosophorum brevi annorum
spatio inclaruere. In hujus rei
fidem adsunt superba in Murcia &
Granada, alibique a Barbaris Ottomannis
nondum diruta monumenta.
Testes
@
( 31 )
Mais comme la Sagesse
a cela decommun avec la Vérité,
qu'elle peut bien
être persécutée pour un temps, mais non
pas tout-à-fait opprimée ni détruite, il
est resté malgré sa mauvaise fortune,
tant de traces de son ancien lustre que
lorsque les Arabes sont entrés en Egypte
dans les siècles suivants, elle a su
s'attacher leurs Rois & leurs Princes.
Quelques Grecs & Latins, du moins
dans les premiers siècles du Christianisme,
lorsque les Mystères de Cérès
furent
apportés d'Egypte,
eurent en attendant
le bonheur de s'approcher d'elle; mais ils
ont été si peu en nombre, qu'excepté l'un
ou l'autre, & cet excellent maître même,
les noms des autres sont à peine connus.
Les Arabes
& les Sarrasins,
enrichis
de cette science, se sont non seulement
rendus maîtres de grands Royaumes, mais
sont encore devenus illustres en peu de temps
par le grand nombre des Philosophes qu'ils
ont eu: c'est de quoi les monuments superbes,
qui subsistent encore dans les Royaumes
de Grenade
& de Murcie;
&
ailleurs, où la barbarie des Turcs les a
épargnés, font foi: témoins les auteurs les
C
plus
@
( 32 )
Testes quoque sunt optimae notae
Auctores ad nos tandem transmissi.
In horum autem Librorum lectione
maxime dolendum, hanc gentem
adeo indulsisse genio invidiae sibi soli
sapiendi, ut paucissimi simplicis naturae
viam indigitaverint, quin potius
tirones studio in devia abduxerint,
falsa supponendo, quae naturam plus
evertunt, quam adjuvant & emendant.
Cumque notissimum ipsis fuerit,
quantum auri sacra fames mortalia
pectora cogat, ut magis allicerent,
simul ac repellerent inquisitores
a via universali Naturae, mea opinione
vera & unica, ad infinitas particulares
deflectentes, ad regnum Minerale
& Metallicum unice se contulere,
clamantes quod aurum sine auro
nunquam fieri possit, ut ex bove
non nisi bos, ex equo equus &c.
Quod quidem fundamentum verissimum,
nam aurum sine semine auri
conficere, impossibile quoque Naturae
est: hoc vero philosophice solvere,
& in semen redigere sine nostro
medio & accurata trutina Naturae,
maximo quoque philosopho impossibile
erit. Hoc opus, hic labor, in
hoc
@
( 33 )
plus respectables qui le confirment par leurs
témoignages.
Il est déplorable que ce peuple ait étési envieux que de vouloir seul posséder la
Sagesse,
en sorte qu'un petit nombre d'entr'eux,
bien loin d'indiquer dans leurs livres
le chemin simple de la nature, a
supposé, pour en détourner ceux qui la
voulaient connaître, des faussetés qui la
détruisent plutôt qu'elles ne l'aident & ne
la redressent. Et comme ils n'ignoraient
pas que la soif insatiable de l'or possède
l'homme, ils se sont attachés uniquement
dans la vue de l'attirer davantage & de
le faire sortir, en même temps, du chemin
simple de la nature, qui selon moi est
le seul véritable, pour le jeter dans une
infinité d'autres chemins particuliers, ils
se sont, dis-je, attachés uniquement au
règne minéral & métallique, soutenant que
l'or ne pouvait se faire sans or, tout
comme d'une vache provenait une vache,
& d'un cheval un cheval, &c. Les fondements
de cette règle sont très véritables;
car il n'est pas possible à la nature de produire
de l'or sans semence d'or, & il ne
sera de même pas possible au plus grand
Philosophe de le dissoudre philosophiquement,
& de le réduire en semence d'or,
C
2 sans
@
( 34 )
hoc medio adquirendo, quod tibi
introitum monstrabit ad occlusum
Regis Palatium. Hoc summo studio
reticuere Arabes, eorumque discipuli
& asseclae, nostrorum temporum
Philosophi: & licet hinc inde aureas
quasdam nobis sparserint sententias,
unoque ore clament:
Stude Naturae,
hanc tamen tot larvis, tegminibus,
vestibusque induerunt peregrinis, ut
vix ac ne vix quidem ab Hermete
ipso dignosceretur. Cum tantis viris
in arenam prodire, eorumque argumenta
convellere, mihi non est scopus.
Quin potius cautionem & calliditatem
eorum in occultandis secretis
Naturae maxime veneror. Salva
tamen eorum venia, licitum sit mihi,
oro, hac vice asseverare, quod quamdiu
horum vestigiis inhaeseris, in libris
eorum tibi patefactis, nunquam
ad optatum scopum pervenire potes.
Non rectam viam tendis quae te non
ad almae Naturae domicilium ducit,
sed potius te inde directe abducit.
Unum tamen tibi subministrabo consilium,
si tantum a te ipso impetrare
potes, ut perlectis nonnullis candidissimis
Auctoribus, firmiter in ani-
mo
@
( 35 )
sans notre moyen, & sans la balance de
la nature. Mais voici l'embarras, c'est
de trouver le moyen de nous procurer l'entrée
de ce Palais royal & fermé. Les
Arabes
ont eu grand soin de nous le cacher,
en n'en disant rien, & leurs disciples
& partisans, les Philosophes de
notre siècle, ont fait de même: car quoi
qu'ils débitent de côté & d'autre des sentences
dorées en disant unanimement, attachez-vous
à la Nature,
ils l'ont
néanmoins tellement déguisée en la masquant
& la revêtant d'habillements étrangers,
qu'à peine Hermès
lui même pourrait-il
la reconnaître. Je n'ai pas dessein
de rompre une lance avec ces grands hommes,
ni de réfuter leurs arguments, au
contraire, je fais beaucoup de cas de leur
adresse & de leur précaution à cacher les
secrets de la nature. Qu'il me soit cependant
permis de dire, cette fois, que
tant que vous suivrez les traces marquées
dans leurs livres, vous n'atteindrez jamais
le but que vous vous êtes proposé.
Quiconque ne vous conduit pas directement
au domicile de la Nature, ne tient pas
le vrai chemin, mais vous en écarte. Je
veux cependant vous donner un conseil,
pourvu que vous pussiez obtenir de vous,
C
3 qu'a-
@
( 36 )
mo tuo deleas omnem appetitum adeundi
& visitandi cruda Metalla,
etiam mineralia cujuscunque sint generis,
eorum vero loco si ad solas
generationes Naturae earumque examina,
etiam tui ipsius te unice applicare
statuas, certo persuasus esse
potes, te regiam ingressum esse viam.
Hic est meus processus. Si quicquam
in eo prosecerim tuum est judicare
ex sequenti mea de hac re opinione,
cujus te sine larva, sed candidissimo
animo, participem nunc reddam. Si
tibi non arridet, tuum erit meliorem
investigare, eademque integritate, si
placet, mihi retribuere. Saltim mea
via te non inducet, Philosophorum
more, in sumtuosos & inanes labores,
cum praeter ordinarium tuum
victum & amictum, vix duorum vel
trium Imperalium impensam excedat.
Materia mea nec est animalis, nec
Mineralis, sed ex omnibus participans,
universalis & plus quam ulla
alia in mundo res, per sympathiam
Microcosmica nominari potest &
me-
@
( 37 )
qu'après que vous aurez lu quelques auteurs,
dont la sincérité est avérée, vous
effaciez sérieusement de votre esprit toute
envie de visiter les métaux crus & les
minéraux de toute espèce; & si vous vous
appliquez au contraire uniquement aux générations
de la Nature, & à en faire
l'examen, vous pourrez être bien persuadé
que vous êtes entrés dans la voie royale.
Voici ce que j'ai trouvé par mes recherches:
vous jugerez vous-même par l'opinion
où je suis sur ce sujet, & que je
vas vous communiquer sans détour, si j'ai
avancé ou non. Si mon opinion ne vous
plaît pas, cherchez-en, je vous prie, une
meilleure & m'en faites part avec la même
franchise. La route que je vous indiquerai
ne vous engagera pas du moins
à faire de grands frais, ni des travaux
inutiles à la manière des Philosophes; vu
qu'outre les dépenses ordinaires, que vous
êtes obligé dé faire pour votre entretien,
il ne vous en coûtera pas plus de deux ou
trois écus.
Ma matière n'est ni animale, ni végétable,ni minérale, mais elle participe
à tous les trois. Elle est universelle &
plus fréquente dans le monde que toute autre
chose quelconque. Elle doit être nom-
C
4 mée
@
( 38 )
meretur, semper & ubique, tam in
ultima Thule, quam in medio curiae
Romanae, tam die quam nocte, tam
aestate quam hyeme, tam levissimo
quam maximo discrimine haberi,
nec illa ullus mortalium carere potest.
Nunquam in quiete, semper
in actu & motu. Nunquam in propatulo,
semper in occulto. Minera
ejus profunda est, & Cimmeriis velata
tenebris: nam latet in angustiis
& visceribus terrae, clausa, unde ab
artifice repente educitur & manifestatur.
Agnoscit originem suam e terra,
e coelo vitam. Unde animata non
mortua. Mercurius hic quidem vulgi,
sed nequaquam vulgaris. Hic est
fluidus frigidus, meus fluidus calidus.
Ille non nisi innumeris ferme rebus
& laboribus sero & aegre depuratur,
meus unico & proprio. Hic meus
non nisi in unico corpore quiescit &
reperitur, licet omnia sub coelis viventia
habeat aemula. Eundem colorem
in fine, ac in principio recipit,
licet per infinitos medios summe
exaltatum: Ex infinitis coalescit, in-
de
@
( 39 )
mée par sympathie microcosmique, & elle
le mérite. On la trouve toujours & partout,
tant au fond des Indes, qu'au milieu
de Rome, tant de jour que de nuit,
en Eté comme en Hiver. On peut l'avoir
avec très peu & beaucoup de danger, &
aucun mortel ne peut s'en passer. Elle
n'est jamais en repos, mais toujours en
action & en mouvement, jamais exposée
mais toujours cachée à la vue. La mine
où elle se trouve est profonde & couverte
d'épaisses ténèbres, car elle est renfermée
dans des lieux étroits & les entrailles de
la Terre, d'où ma matière est tirée &
manifestée subitement par l'artiste.
Son origine est de la Terre & sa viedu Ciel. De-là vient qu'elle est animée
& non pas morte. Ce Mercure est bien
du vulgaire, mais nullement commun. Le
commun est un fluide froid, le mien est
un fluide chaud. Il faut bien des choses
& des travaux pour épurer celui-là, tandis
que le mien n'exige qu'un seul travail
& qui m'est propre. Le mien ne réside &
ne se trouve que dans un seul corps, quoique
tout ce qui vit sous le ciel en soit jaloux.
Il a la même couleur à la fin, qu'il
avait au commencement, quoiqu'il soit infiniment
exalté. Il se forme d'une infi-
C
5 nité
@
( 40 )
de etiam crudus, per analysin, trium
regnorum affinitates indicat. Ejus
vero compositio mihi impossibilis est,
nec de ea sum sollicitus, nam praeparatus
& compositus, quantum proposito
meo opus, mihi a Natura in
manus traditur. Vilissimus ac abjectissimus,
insuper ac pretiosissimus atque
carissimus, etiam ante primam
operationem. Qua nomen omnibus
notissimus, qua virtutes plus quam
ignotus & inexpertus. Multos de
Coelesti ejus origine & praestantia,
magna augurantes, indeque ad ejus
perfectionem omnem moventes lapidem
elusit, nescientes ipsius debitam
& amicam concoctionem. Unde factum
est, ut a summis Philosophis rejectus
& damnatus videatur, & quidem
merito, cum non nisi unico,
vere naturali, congruo, & occulto
& philosophico modo, in se ipso &
per se ipsum solvatur, moriatur, vivificetur
& perficiatur. Omni elementari
igne, etiam levissimo, cujuscunque
sit nominis, vel pellitur
vel necatur, ad minimum inidoneus
redditur ad Philosophicam resurrectionem.
Unde materia sine debita
ejus
@
( 41 )
nité d'autres matières, d'où il indique par
l'analyse, étant cru, les affinités qu'il
a avec les trois règnes. Quoiqu'il ne me
soit pas possible de le composer, je n'en
suis point en peine; car la Nature me le
donne préparé & composé autant qu'il doit
l'être pour mon dessein. Il est très vil &
très abject, mais aussi très précieux &
très chéri, même avant la première opération.
Son nom est très connu de tout le
monde, mais ses vertus sont plus qu'inconnues
& qu'inexpérimentées. Il a trompé
plusieurs personnes, qui se promettaient
de grandes choses de son excellence & de
sa céleste origine; & qui ont fait tous
leurs efforts pour le perfectionner, ignorant
sa vraie & amicale concoction. D'où
il est arrivé que de grands Philosophes
l'ont rejeté & condamné, même avec
raison, puisqu'il ne peut être dissous, ni
mourir, ni être vivifié, ni parfait, qu'en
soi-même & par soi-même, d'une seule
manière vraiment naturelle, convenable,
cachée & philosophique. Tout feu élémentaire,
même le moindre, quelque nom
qu'on lui donne, le chasse ou le tue, du
moins le rend-il incapable d'être ressuscité
philosophiquement. De sorte que la matière
est inutile plus qu'on ne saurait croire sans
une
@
( 42 )
ejus ignis, vasis & athanoris notitia
plane inutilis vixque credibilis.
Ad horum investigationem minus
nihilo conducunt Auctores, nam sua
propria vestigia adeo sollicite extersere,
ut tirones etiam vera suspicantes
in devia deflectant, suos proprios
anteactos errores, nugas & deliramenta
pro oraculis venditent, & in
infinitos labores, sumtus, labyrinthos
ac plerumque omnium bonorum
jacturam, credulos seducant.
Quid mirum igitur, si nobilissima
haecce Scientia & inquisitio summi in
Natura Magisterii, tot hodie habeat
osores & hostes? an praetexta occultandi
necessitas, Philosophis hac in
re veniam excusationis dare valeat,
valde dubito, cum consultius sit silere,
quam fallere & decipere. Ego
Naturam ipsam unicam in hoc opere
ductricem & magistram esse autumo.
Nam Auctoris sui memor, nescit errare
& fallere.
Notâ mihi materiâ, ejus emendatio
& purgatio mihi quoque conside-
randa
@
( 43 )
une exacte connaissance du feu, du vase,
& de l'athanor.
Les auteurs nous aident moins querien à découvrir ces choses, car ils en
ont si soigneusement effacé les traces,
qu'ils font donner à gauche les jeunes
gens mêmes qui se doutent de la vérité.
En vantant comme d'autant d'oracles
leurs erreurs, leurs minuties &
leurs rêveries, ils font perdre à ceux qui
les croient, des peines infinies & beaucoup
d'argent; & les font tomber dans
des labyrinthes dont ils ne sortent souvent
qu'après avoir dissipé tous leurs biens.
Faut-il s'étonner alors si cette noble science,
& ces recherches de la plus parfaite
préparation qui soit dans la Nature, sont
aujourd'hui tant haïes & trouvent un si
grand nombre d'ennemis? Je doute fort
que la nécessité que les Philosophes prétextent
à cacher ces choses puisse justifier
leur conduite, puisqu'il semble qu'il vaut
mieux se taire que de tromper. Pour
moi je soutiens que la nature est le seul
guide & la seule maîtresse dans cet oeuvre;
car se souvenant de son auteur, elle ne
saurait se tromper elle-même, ni les autres.
La matière m'étant ainsi connue il mefaut encore considérer & rechercher com-
ment
@
( 44 )
randa & scrutanda venit: haec nequaquam
sit ullo vel elementari vel artificiali
igne, vase vel furno, sed
igne proprio a summo opisice in principio,
naturae immediate indito, &
haereditario jure ad nos devoluto.
Hunc crassioris ingenii agricola noscit,
sed summus alchymista nescit.
Hujus vires quovis momento sentimus,
sed locum & domicilium post
fugam ignoramus. Invisibilis enim
est, non insensibilis. Lenis, vaporosus,
perpetuus, aequalis, circum
circa nudae materiae incubans. Hoc
ipso fovetur, nutritur, solvitur, moritur,
putrescit, germinat, viret,
florescit, vivificatur, emendatur,
perficitur, augetur & multiplicatur.
Hujus investigatio ipsius materiae indagine
longe difficilior, neque unquam
ex libris expiscanda est. Ideo
hujus notitia illius valde praeferenda,
nam materiae cognitio sola parum
confert ad notitiam ignis, hoc vero
noto alterius latere vix potest.
Vas quoque nec est artificiale vel
manu factum, sed naturale & homo-
ge-
@
( 45 )
ment elle doit être corrigée & épurée.
Ceci ne se fait par aucun feu élémentaire
ni artificiel, dans aucun vase ni fourneau
mais par son propre feu que le Créateur
a donné dès le commencement, immédiatement
à la Nature & que nous héritons.
Le laboureur la connaît malgré la grossièreté
de son génie, & l'Alchimiste le plus
expert l'ignore entièrement. Nous sentons
à tout moment sa vertu, mais nous
ignorons le lieu de sa demeure après qu'il
s'est retiré. Il est invisible mais non pas
insensible, doux, vaporeux, continu, égal,
& repose à l'entour de la matière nue.
Par cela même il est entretenu, nourri
& se dissout, il meurt, se corrompt,
germe, verdit, fleurit, & est vivifié
corrigé, parfait, augmenté & se multiplie.
Sa recherche est bien plus difficile
que celle de la matière même, puis qu'on ne
peut jamais le trouver dans les livres. C'est
pourquoi la connaissance de ce feu doit être
préférée de beaucoup à celle de la matière;
car la connaissance de la matière seule contribue
peu à celle du feu, au lieu que celui-ci
étant une fois connu, la connaissance
de l'autre peut à peine rester cachée.
Le vase aussi est ni artificiel ni faitde main, mais naturel & homogène, ob-
long
@
( 46 )
geneum, oblongum cum collo. Clausum
& apertum, prout res postulat,
opacum & obscurum. In hoc uno &
unico in terris, incipit, coquitur,
perficitur materia. Ubique & quovis
momento haberi potest, nec sumtuosum
ut ignis, cujus nutrimenta
permultis magni constant: Seipsum
hermetico sigillo claudit & aperit;
Nec plus recipit, quam fas est, cetera
recusat: Unde de proportione
vel quantitate nihil timendum, haud
ignorat Natura quantum opus habeat,
dummodo adminicula ipsi debita
subministremus. Unicus quoque
mihi est furnus, ex limo quidem terrae,
tamen naturalis, non extructus,
vel arte factus, spiraculis instructus
duobus, lateribus opacis, tamen adeo
mobilis, ut eum quovis loco facillime
movere, ac mecum, etiam
in longissimo itinere, absque ulla molestia
vel metu proditionis, circumferre
possim. Hoc mirum, cum Athanor
meus fortissimum naturae,
vel, ut loquuntur monnulli, quartum
gradum ignis, in se contineat, ac
ejus virtute subsistat, tamen vel minimo
elementari vel Lampadis igne
rum-
@
( 47 )
long avec un col, fermé & ouvert, selon
que l'exige la nécessité, opaque & obscur.
Dans celui-ci, qui est seul & unique sur
la terre, la matière commence, est cuite
& perfectionnée. On peut l'avoir partout
& à tout moment, & il ne coûte pas tant
que le feu dont la matière coûte beaucoup
à bien des gens. Il se ferme lui-même
hermétiquement & se rouvre. Il ne reçoit
pas plus qu'il ne convient & refuse le superflu;
de sorte qu'on n'a que faire de s'embarrasser
de la proportion ni de la quantité;
la Nature n'ignorant pas de combien elle
a besoin pourvu qu'on lui fournisse les secours
nécessaires. Je n'ai non plus qu'un
seul fourneau, qui est bien de terre mais
naturel, & à la construction duquel l'art
n'a point de part. Il est pourvu de deux
soupiraux, les côtés en sont opaques, cependant
il est si mobile que je puis aisément
le transporter d'un lieu en un autre
& même l'emporter avec moi dans de
longs voyages, sans aucun embarras ni
crainte d'être trahi. Ce qu'il y a d'étonnant,
c'est que mon athanor contient, au
dedans de soi, le feu le plus fort de la nature,
ou comme d'autres s'expriment le
quatrième degré du feu, & que c'est par
sa vertu qu'il subsiste; il se rompt néan-
D
moins
@
( 48 )
rumpitur ac destruitur. Inde tibi argumentum,
quam longe differat a
quovis artificiali.
Difficilia in hoc opere sunt
1.) Cognitio & cura horarum partus,
nam valde in hoc assimilatur generationi
humanae, ut suas habeat
conceptionis & partus horas.
2.) Regimen ignis, in quo incauti
saepe peccant, cum dispendio totius
aedificii, qui tamen scopulus sedula &
attenta opera facile effugi potest.
3.) Secretum artis, quod per reditum
ad primum fontem cito didici.
Reliqua levia, nec ingrata, excepto
odore teterrimo, qui in limine
semper occurrit.
Colores tres, niger, niveus & rubinus,
licet per multos alios intermedios
ex uno in alterum fiat transitus.
Ex antedictis his cujuslibet trado
examinandum judicio, an praestantissimum
hoc opus, tam arduum, tam
difficile, ut plane contemni, rejici,
pro chimera, vel turbato intellectu,
immostultitia censeri mereatur, quin
potius
@
( 49 )
moins & est détruit par le moindre feu
élémentaire ou d'une Lampe. Vous pouvez
vous convaincre par-là combien il diffère
d'un vase artificiel.
Ce qui rend cet oeuvre difficile, c'est1.
La connaissance & le soin des heures
de l'accouchement, car cet oeuvre ressemble
fort à la génération de l'homme en ce
qu'il a ses heures de conception & d'accouchement.
2.
Le gouvernement du feu, enquoi ceux qui n'emploient pas les précautions
requises pêchent souvent & ruinent
par-là tout l'édifice; écueil qu'on peut
aisément éviter lorsqu'on est attentif &
circonspect. 3. Le secret de l'art que j'aiappris promptement en remontant à sa première
source. Le reste est facile & nullement
désagréable, excepté l'odeur puante
qui frappe au commencement. Les couleurs
sont trois en nombre le noir, le blanc qui
égale la neige, & la troisième qui ressemble
au rubis, quoique le mélange de ces
trois en produise encore d'autres.
Je laisse à chacun à examiner, par cequi vient d'être dit, si cet excellent oeuvre
est si pénible & si difficile qu'il doit être
entièrement méprisé & rejeté, ou bien
traité de folie comme la chimère d'un cerveau
troublé. Je crois plutôt qu'il est si
D
2 aisé
@
( 50 )
potius mea sententia, tam leve, tam
facile, ut a quovis rustico meo (cui
primum liceat mihi verba nonnulla
in aures susurrare) chymicarum artium
prorsus ignaro aeque bene ac a
summo Philosopho elaborari & perfici
possit. Sed haec est ipsa & primaria
causa, cur a natura patens hoc
Regale Palatium, tot tantisque Philosophis,
etiam acutissimi ingenii, occlusum
sit. Ab ineunte adolescentia
per Logicas & Metaphysicas suas
conclusiones a simplicis naturae tramite
devii illusionibus Librorum etiam
genuinorum decepti, existimant &
jurant hanc artem quavis Metaphysica
esse profundiorem ac difficiliorem:
cum tamen candida natura in
hac ut in omnibus suis reliquis operationibus,
recto & simplicissimo progrediatur
passu. Unica nobis materia.
Simplex coctio. Materia, vas,
furnus, ignis, res una & eadem.
Quid opus est in longinquis quaerere,
quod domi sufficienter habemus. Sed
abjecta & contemta natura, non cadit
in captum & existimationem summorum
illorum Philosophorum. Etiam
si scirent, indigna haec res videretur
occu-
@
( 51 )
aisé & si facile qu'il peut se faire aussi bien
par un de mes paysans tout à fait ignorant
dans la chimie, ( pourvu que je lui
aie dit auparavant quelque mot à l'oreille)
que par le plus excellent Philosophe. Mais
voici la première & véritable cause pourquoi
la Nature a caché ce Palais ouvert
& royal à tant de Philosophes, même à
ceux d'un esprit très subtil; c'est que s'écartant,
dès leur jeunesse, du chemin simple
de la Nature par des conclusions de
Logique & de Métaphysique, & que trompés
par les illusions des meilleurs livres
mêmes, ils s'imaginent & jurent que cet
art est plus profond & plus difficile qu'aucune
Métaphysique quelconque; quoique la
Nature ingénue marche dans celle-ci comme
dans toutes ses autres opérations, d'un
pas droit & très simple. Nous n'avons
qu'une unique matière, qu'une simple coction.
La matière, le vase, le fourneau
& le feu ne sont qu'une seule & même
chose. Qu'est-il besoin de chercher dans
des pays éloignés, ce que nous avons suffisamment
chez nous? Mais la Nature abjecte
& méprisée n'est pas un objet propre
à s'attirer l'attention & l'estime de ces
grands Philosophes. Et quand même ils
la connaîtraient, elle ne paraîtrait pas
D
3 digne
@
( 52 )
occupationibus & studiis tantorum virorum
qui cognitionem sui ipsius detrectant,
per fastum & avaritiam ad
stellas & planetas assurgunt. Hos sibi
dignos Socios judicant, & mox ad
eorum antesignanum solem sese conferunt,
ipsique luna in sponsam oblata,
vicissim pro mercede liberum sibi
aditum ad ingentes sponsi gazas expostulant.
Sed frustra proles a mortuis expectatur.
Summa haec idola vulgi,
nullo, in opere nostro, prae caeteris
gaudent privilegio. Aqua nostra opus
habent, si modo semen emittent, &
fructu suo solaricolonum beabunt.
Hic vero nequaquam est primarius
finis veri Philosophi. Progeniem
principis illius planetarum, tanquam
parergon & rudimentum scientiarum
suarum censet. Quid illi ingens auri
& argenti vis, qui majores utriusque
Indiae opes, pro lubito conficere &
acquirere scit. Harum possessiones
domino suo quotidie varia suscitant
discrimina, ingentes curas & sollicitudines.
Tandem mundo sunt derelinquendae.
Possessori suo interea plus
commodi vix attulêre, quam quod
cum
@
( 53 )
digne à des gens d'un tel mérite d'en faire
leur occupation & leur étude; gens qui
méprisent la connaissance d'eux-mêmes, &
qui par le faste & l'avarice s'élèvent jusqu'aux
étoiles & aux planètes, & se les
associent comme de dignes amis qui se
tournent d'abord vers leur chef le soleil,
& après lui avoir offert la lune en mariage
ils demandent pour récompense un libre
accès aux trésors immenses de l'Epoux.
Mais en vain attend-on lignée des morts.Les superbes idoles du vulgaire ne jouissent
d'aucun privilège par-dessus les autres,
dans notre oeuvre. Ils ont besoin de notre
eau dès qu'ils sèmeront, & raviront par
leur fruit ceux qui travaillent sur le soleil.
Ce n'est pourtant pas là la fin principale
d'un vrai Philosophe. Il regarde la race
de ce Prince des Planètes comme un amusement,
& comme les premiers rudiments
de ses connaissances. Qu'importe à celui,
qui peut se faire & s'acquérir à son gré
des richesses, qui surpassent celles des
deux Indes, d'avoir un grand amas d'or &
d'argent? La possession de ces biens cause
journellement à ceux qui les possèdent des
soins & des inquiétudes, & les exposent
à divers dangers. Il faut enfin les abandonner,
& à peine apportent-ils d'autre
D
4 avan-
@
( 54 )
cum plerisque mortalibus ipsi commune,
ad exstinguendam samem &
sitim. Pallida mors demum aequo
pulsat pede pauperum tabernas, regumque
turres. Cui vero patet janua
Naturae, nihil deest nisi cognitio omnipotentis
Authoris. Ad hanc acquirendam
se totis viribus devovet, qui
prae oculis videt omnia in ejus laudes
collineare, haud mirum, si omnibus
rebus mundanis spretis & relictis,
unico trahatur amore & desiderio tanti
Artificis ac Domini.
Qui sapore aeternitatis gaudet in
hac vita, eam cum vera & beatissima
illius fruitione, quantocius commutare,
& qui peregrinus & exul a patria
vixit liber & incolumis cum licet,
patriam repetere nullus dubitat.
Hinc habent responsum quaerentes,
cur tam raro comperiatur, Philosophos
compotes alioquin voti ac summae
in Natura medicinae non ultra
ordinarium vitae humanae cursum,
suam protulisse aetatem. Nimirum
non
@
( 55 )
avantage à leurs possesseurs que celui qui
leur est commun avec la plupart des mortels;
je veux dire d'assouvir la faim &
d'éteindre la soif. Enfin la pâle mort
frappe aussi bien à la porte d'un Palais
qu'à celle d'une Cabane. Mais à celui à
qui la porte de la Nature est ouverte, il
ne lui manque autre chose que d'en
connaître le tout-puissant Auteur. C'est à
acquérir cette connaissance, que se dévoue
de toutes ses forces celui qui voit devant
ses yeux que tout tend à sa gloire, & il
n'est pas surprenant que méprisant & abandonnant
toutes les choses de la terre, il se
livre uniquement à l'amour & au désir qui
l'entraîne vers l'Auteur & le Maître de
l'Univers.
Celui qui a pris du goût pour l'éternité souhaiteavec ardeur de quitter cette vie pour en
être mis en possession, & celui qui a vécu dans
l'exil & comme étranger dans des pays éloignés,
quoique libre & en sûreté, n'hésite pas
à retourner dans sa patrie. Ceci fournit une
réponse à ceux qui demandent pourquoi on voit
si rarement que les Philosophes à qui tout réussit
ordinairement, & qui ont des connaissances
si exactes de la Médecine ne vivent pas plus
longtemps que le reste des hommes, c'est qu'il
ne leur reste rien de mortel à désirer. Le Très-
D
5 haut
@
( 56 )
non superest illis mortale quod optant.
Duos diebus nostris constituit
Altissimus terminos, primum accidentalem,
secundum naturalem. Hunc
nemo mortalium, neque Philosophus,
transire potest. lllum, nutu
divino, remotis diverticulis & obstaculis,
ad hunc extendere valet Magorum
scientia. Exempla sunt Protoplastae
ac Patres antediluviani,
exempla quoque sunt plurimi Philolophorum.
Primus ille nunc ordinarius
& communis reliquis omnibus
nostri aevi mortalibus. Clarius hoc
patet exemplo cujusvis lampadis vel
candelae accensae: ardet haec ad extremam
supellectilem materiae, nimirum
ad secundum terminum, nisi
quibusvis mediis aut causis accidentalibus
(primo termino) extinguatur.
Arderet quoque vitae nostrae lumen
vel lampas ad finem suae Materiae &
olei vitalis, nisi progressu aetatis, vel
casu violento, vel debili constitutione,
dietae intemperantia, luxuria,
mollitie (unde morborum ingens agmen)
vel aliis causis accidentalibus
extingueretur. Contra hunc valet,
si placet, Magorum Scientia, nisi
me-
@
( 57 )
haut a mis deux termes à nos jours; l'un
accidentel & l'autre naturel. Aucun mortel
ni même le Philosophe ne saurait passer
celui-ci. Pour l'autre à ce que nous apprend
la science des mages, peut être prolongé,
par la volonté divine & l'éloignement
des obstacles. Nos premiers Pères
& ceux qui ont vécu avant le déluge en
fournissent des exemples, de même que
plusieurs Philosophes. Le premier de ces
deux termes est ordinaire & commun à tous
les mortels de notre siècle; c'est ce qui paraîtra
plus clairement par l'exemple d'une
lampe ou d'une chandelle allumée; qui
brûle autant que la mèche dure c'est-à-
dire jusqu'au second terme, à moins qu'elle
ne soit éteinte par quelque cause accidentelle,
qui fait le premier terme. La chandelle
ou la lampe de notre vie brûlerait aussi
jusqu'à ce que sa matière ou son huile vitale
fut consumée, si elle n'était éteinte par
l'âge, ou par quelque accident violent, par
une complexion faible ou par l'intempérance,
la débauche & la mollesse, d'où proviennent
nombre de maladies, ou par quelque
autre cause accidentelle. La science
des sages peut beaucoup contre ce terme
à moins, qu'ayant de meilleures choses
devant les yeux, ils n'obtiennent du Créa-
teur,
@
( 58 )
meliora prae oculis videntes, precibus
a Creatore obtinuerint, quam
primum resolvi & esse cum eo.
Ut vero ad nostra redeam. De
tribus distinctis operibus, animali scilicet,
vegetabili & minerali, de opere
majori & minori, de opere Saturni,
de via humida & sicca, multa
habentur in libris. Tantorum virorum
authoritati quicquam detrahere
vel resistere, tantaque oracula
oppugnare mihi non est animus. Valde
tamen dubito, annon his omnibus
unam rem significaverint? An
haec non sint diversi gradus in operatione?
An tot nominibus non ad
unam eandemque collineaverint metam
omnes. Ut credam facile inducor,
varios Mercurio vero obtento
varias quaesivisse abbreviationum vias
& compendia, cum paucissimorum
ex hodiernis patientia eo usque se
extenderit, ut praestantissimum simul
ac longissimum hoc opus ad eam ultimam
perfectionem perduxerit, quae
arti & naturae licita est. Mihi tamen
nunquam persuasum habere possum,
ullum Philosophorum, ullo alio Mercurio,
ulla alia praeparatione vel ulla
alia
@
( 59 )
(teur,) par leurs prières, de déloger bientôt pour
être avec lui.
Mais pour revenir à notre sujet, ontrouve beaucoup de choses dans les livres
touchant les trois oeuvres distincts; c'est-
à-dire l'animal, le végétable, & le minéral:
le grand & le petit oeuvre: l'oeuvre
de Saturne: le chemin humide & sec.
Je n'ai pas dessein de diminuer l'autorité
d'aussi excellents personnages ni de lui résister,
& combattre tant d'oracles. Je doute
cependant beaucoup si par tous ces noms,
ils n'ont pas voulu désigner une même chose;
& si ce ne sont pas des différents degrés
dans l'opération; si tous par tant de
noms ne visaient pas au même but. Je n'ai
pas de peine à croire que plusieurs d'entr'eux,
après avoir obtenu le véritable
Mercure, n'aient cherché diverses voies
pour abréger, puisque la patience des modernes
ne s'étend guères jusqu'à porter cet
excellent mais long oeuvre à ce dernier degré
de perfection, qui est permis à l'art &
à la nature. Cependant, je n'ai jamais
pu me persuader qu'aucun des Philosophes
ait pu pousser son oeuvre à une fin désirée
par quelqu'autre Mercure que par la matière,
de laquelle j'ai parlé ci-dessus, &
par
@
( 60 )
alia operatione, opus suum ad optatum
perduxisse finem, quam antedicta
mea Materia & Methodo: in
qua unica Natura aerarii sui claves
abscondidit, in qua denique nullae
sunt superfluitates, sed omnia assidua
coctione in gloriosum vertuntur Elixir.
Haec est via humida & sicca, hoc
est opus animale, vegetabile & minerale
simul. Nam quotidiana experientia
commonstrat, Naturam ex
hac materia aeque bene animal ac
plantam, Minerale & Metallum, ad
beneplacitum & materiae dispositionem
producere. Regimina quoque &
colores in progressu ipsius operis vera
semina omnium planetarum nobis ante
oculos ponunt. Ex hoc opere maximo,
tanquam rivuli a fonte profluunt
innumera particularia, quibus,
quamvis brevioribus, supersedeo,
cum longe distent a perfectione hujus
Universalis, difficillima insuper sunt,
incerta, ac levissimo errore irrepto,
irrita. Mihi quoque forsan via
Aquarii
Sapientum cognita est, sed cujus
elaborationem nunquam suscepi, ob
infinitos quasi & taediosissimos labores
&
@
( 61 )
par ma méthode, dans laquelle seule la
Nature a caché les clefs de son trésor; &
dans laquelle enfin il n'y a rien de superflu,
mais ou le tout se transforme par une
coction assidue en un glorieux Elixir.
C'est là le chemin humide & sec, c'estlà, l'oeuvre animal, végétable & minéral
en même temps. Car l'expérience
journalière nous apprend que la Nature
peut, selon son bon plaisir, & la disposition
de la matière, produire aussi bien un
animal qu'une plante, un minéral & un
métal. Les régimes & les couleurs nous
mettent devant les yeux, dans le cours de
l'oeuvre même, les vraies semences de toutes
les planètes. De ce grand oeuvre proviennent,
comme les ruisseaux d'une source,
plusieurs choses particulières que je ne
raconte pas, quoiqu'elles soient très courtes,
parce qu'elles sont fort éloignées de
la perfection de cette universelle, & qu'elles
sont d'ailleurs très difficiles, incertaines
& vaines s'il s'y glisse la moindre erreur.
Le chemin du Verseau des sages
m'est peut-être aussi connu; mais je n'ai
jamais entrepris d'y travailler, à cause
que
@
( 62 )
& accuratissimas manipulationes,
quae Magistrum in ergastulo Vulcani
probe versatum requirunt. Meo in
opere cum jusculum meum bene
clausum suo igni & furno semel commiserim,
alio magistro & manuductore
opus mihi non est, quam ipsa
Natura. Haec ipsa nunquam otiosa,
quovis momento incumbit, & pergit
de gradu in gradum ad novam resurrectionem
& summam perfectionem.
Si una vel altera vice, per
incuriam artificis erratur, error tamen
ab ipsa corrigitur. Unicum dolendum,
longissimum nimirum tempus,
cum vix intra biennium ad rotationem
aliquam utilem & fructuosam
perduci ossit. Attentum insuper,
ac omnibus aliis curis vacuum,
requirit opificem, ne hujus incuria,
vel aliarum rerum avocamento, plurimorum
mensium fructus, uno momento
perdatur. Haec mihi causa,
cur ter opus frustra aggressus sum,
cur, quod apud Magistrum meum
toties vidi, audivi, manibusque tractavi,
propriis manibus elaborare, huc
usque publicis negotiis distracto, non
licuit. Si tibi plus patientiae, atten-
tionis,
@
( 63 )
que l'ouvrage est infini & très désagréable,
& qu'il demande la manoeuvre exacte
d'un homme accoutumé à souffler du charbon.
Lorsque dans mon oeuvre j'ai une
fois confié mon bouillon, bien renfermé, à
son feu & à son four, je n'ai plus besoin
d'autre maître ni d'autre guide que la Nature
même. Celle-ci n'est jamais oisive,
elle travaille toujours & tend de degré en
degré à une nouvelle résurrection, & à la
plus haute perfection. Quand même l'artiste
se tromperait quelque fois elle redresse
aussitôt son erreur. Une seule chose à regretter
c'est qu'elle exige tant de temps,
car à peine saurait-elle, dans l'espace de
deux ans, être conduite à une rotation utile
& fructueuse. Elle requiert encore un
artiste attentif & libre de tous autres soins,
de peur que par sa négligence ou l'empêchement
d'autres affaires, le fruit de plusieurs
mois de travail ne soit perdu dans un
moment. Mes distractions, causées par
des affaires publiques, ont été cause, par
exemple, qu'à trois différentes reprises j'ai
recommencé sans succès cet oeuvre & que
je n'ai pu achever ce que j'ai vu chez mon
maître, ce que j'y ai ouï & manié de mes
mains. Si vous avez plus de patience,
d'attention & de loisir, soyez content &
E
d'une
@
( 64 )
tionis temporisque a summo Numine
concessum, hilari & constanti animo,
precibusque indefessis perge ad finem,
& certus esse potes de summo,
post DEUM, in terris bono. Nam
tuam sanitatem, juventutem, ingenium,
opes &c. restaurat, & ad extremum
vitae halitum, in optata mentis
requie conservat.
Hoc est aureum vellus Graecorum,
Lux & Justitia Hebraeorum, Stella
lucida Magorum, quae hos duxit ad
quaerendam cognitionem Domini Naturae,
Verbique increati.
Coronidis igitur loco, sit tibi commendatum,
ut ante omnia ipsius Naturae
Auctoris tibi gratiam concilies,
nec eo invito, haec sacra adeas, qui
& aufert & dat cui vult: cum quo
possumus omnia & fine quo nihil.
Hunc ex intimo corde roga, ut tibi
revelare dignetur, quomodo coeli universusque
coelorum exercitus enarrent
gloriam ejus.
Cui soli honor & Laus in aeternum!
C A B-
@
( 65 )
d'une humeur gaie, priez sans relâche
jusqu'à la fin, vous pourrez être sûr
d'avoir trouvé sur la terre le souverain bien
après Dieu. C'est là ce qui restaure la
santé, fortifie la jeunesse, augmente les
biens &c., & conserve jusqu'au dernier
soupir la tranquillité désirable de l'esprit.
C'est la Toison d'or des Grecs, la Lumière& la Justice des Hébreux, l'étoile
resplendissante des Mages, qui les a conduits
dans la recherche de la connaissance
du Seigneur de la Nature & du Verbe
incréé.
Je finis en vous recommandant qu'avanttoutes choses vous ayez soin de vous concilier
la grâce de l'Auteur de la Nature, &
de ne pas vous approcher de ces mystères
contre sa volonté, parce qu'il les ôte & les
donne à qui il veut: avec lui nous pouvons
tout, & sans lui nous ne pouvons rien.
Priez-le de tout votre coeur qu'il vous fasse
connaître comment les cieux & leurs armées
racontent sa gloire.
A lui soit honneur & gloire à jamais!
E
2 CABA-
@
( 66 )
CABBALA TABULAE PY-
THAGORICAE.
. vel I
Chaos, seu hyle, Numerus Imus
& circulus O, ex quo
I I
Anima Mundi O vel Sol per

Lunam
Matricem agens

efficit
I I I
Spiritum, animam & corpus
Quae tria Naturae principia cum adhuc
sint intellectualia, compositum,
addito primo numero, dant perfectum
ex quatuor Elementis
I I I I
hoc est + vel terra
nostra
Hinc Divinus ille imperscrutabilis
Ternarius Magicus, superato Binario,
auxilio quaternarii, cum gloria
per-
@
( 67 )
CABALE DE LA TABLE DE PYTHAGORE.
.
ou I
Le Chaos ou la Matière, le nombre Ir.
& le cercle O par lequel l'Ame
I I
du Monde O ou le Soleil par
la Lune
sa Matrice
fait
I I I
L'Esprit, l'âme & le corps
Ces trois principes de la Nature étantencore intellectuels donnent après y avoir
ajouté le premier nombre, un composé parfait
des quatre Eléments.
I I I I
c'est-à-dire + ou bien notre Terre
De-là ce nombre divin imperscrutableTernaire magique, après avoir vaincu le
deux par le secours du quatre, s'avance
E
3 avec
@
( 68 )
pergit ad Primum, unde perfectus
efficitur
Hinc ineffabile illud
י
ו ה
י ה ו
י ה ו ה
Tetragrammatum Graecorum &
Schemhammephorasch Hebraeorum
Cujus quaevis Linea, nomen exprimit
Domini, & sicut hoc ex puris
constat vocalibus, nec ullum in
mundo verbum sine Vocali effari
potest, unde Aegyptii
omnia Jovis
plena.
Idem
Pythagoras, tabulâ suâ divinâ, ab
Aegyp-
@
( 69 )
avec gloire vers le premier, d'où il devient
parfait
De-là cet ineffable
י
ו ה
י ה ו
י ה ו ה
Le Tétragramme des Grecs & le Schemhammephorasch des Hébreux.
Dont chaque ligne exprime le nom duSeigneur, & comme il est composé de voyelles
pures, & qu'aucun mot au monde ne
peut être prononcé sans voyelle, de même
aucune chose dans le monde ne peut exister
ni subsister sans Dieu; d'où vient ce mot
des Egyptiens: Jupiter remplit tout.
Le
Même Pythagore a voulu signifier la E
4 même
@
( 70 )
Aegypto vel Palaestina secum allatâ,
significare voluit.
I
I I
I I I
I I I I
Quae invicem addita, dant perfectum
Denarium X, qui anatomice
dissectus in medio, levoque cornu
perpendiculariter erecto, dat lit. L,
ambo vero cornua simul lit. V, integer
demum lit. X, unde LVX,
quae unica vox D E O placuit ad
Ideam quandam homini de se relinquendam.
COROL-
@
( 71 )
même chose par sa table divine qu'il avait
apportée d'Egypte ou de la Palestine.
I
I I
I I I
I I I I
Ces unités ensemble donnent le nombreX. parfait, qui disséqué anatomiquement
par le milieu, la corne gauche étant érigée
perpendiculairement, donne la lettre
L, mais les deux cornes ensemble la lettre
V, & en entier la lettre X, d'où
vient LVX, qui fait un seul mot par
lequel il a plu à Dieu de laisser quelque
idée de lui à l'homme.
E
5 COROL-
@
( 72 )
C O R O L L A R I A
Hinc discant,
Geometra quadraturam circuli & perpetuum
mobile, nimirum
ex circulatione 4. Elementorum
Arithmeticus Numeri sensibilis productionem
a puris intellectualibus
Gramaticus Originem Literarum.
@
( 73 )
C O R O L L A I R E S.
Que
Le Géomètre
apprenne de-là la quadrature
du Cercle, & le mouvement perpétuel, savoir par la circulation des quatre éléments.
L'Arithméticien
la production du nombre
sensible par des choses purement intellectuelles.
Le Grammairien
l'origine des Lettres.
@
C A T A L O G U S
L
I B R O R U M
Venalium in officina
P E T R I
M O R T I E R
Bibliopolae Amstelaedamensis.
ADolphi (D. Christ. Mich) Trias Dissertat.
Physico Medicar. de quibusdam affectibus
singularibus 1. de Affectu Mirachiali, 2. de
Porcello Cassoviensi, 3. de Eructatione
Flammante 4. Lips.
Acta Physico-Medica Academiae Caesareae
Leopoldino-Franciscanae Naturae Curiosorum
exhibentia Ephemerides; Volumen Octavum.
4. Norimb. 1748. cum fig.
Allen (J.) Synopsis Universae Medicinae practicae,
sive Doctissimorum Viror. de Morbis
eorumque causis ac remediis judicia. 8. Edit.
Nova, Francof. 1749.
Androphili Asclepiadei Liber, in quo pauca
explicantur, quorum scitu Sanitas conservari
& vita hominis ab ignorantia Medicorum
poterit esse secura, 8. Franc. & Lips. 1747.
BErgen (Caroli Aug. de) Flora Francofurtana
Methodo facili elaborata. 8. Frft. 1750.
Blancardi (Stephani) Lexicon Medicum, Viri
Celeb. J. H. Schulzii opera insigniter auctum
& emendatum, nunc denuo recognitum
variisque access. locupl. curante Mich.
Gott. Agnethlero. 8. Halae 1748.
Burckhard, (Jo. Henr.) Epistola ad Gothorf.
Leibnitium qua characterem plantarum naturalium
nec a radicibus, nec ab aliis plantarum
partibus minus essentialibus &c. peti
posse ostendit, acced. Laur. Heisteri Praef,
de Origine methodi plantarum hucusque inventoribus
&c. cum fig. aen. 8. Helmst.
Con-
@
C A T A L O G U S
COnradi (Andreae) Dissertatio Medica de
Depositionibus Criticis 4. Gottingae 1748.
Coschwitz (Ge. Dan.) Organismus & Mechanismus
in homine vivo obvius destructus
& labefactus seu hominis vivi consideratio
Pathologica, 4. Lips. 1745.
--------------------------- Organismus & Mechanismus
in homine vivo obvius & stabilitus
seu hominis vivi consideratio Physiologica.
4. ibid. 1745.
GOrteri (Joannis de) Medicinae Compendium
in usum excercitations Domesticae digestum.
2. vol. 4. Lips. 1749.
HAlleri (Albert.) de Respiratione Experimenta
Anatomica quibus aëris inter Pulmonem
& Pleuram absentia demonstratur &
Musculorum intercostalium internorum officium
adferitur. 4. Gottingae.
Halleri (Alb.) Collectio Disputationum Anatomicarum
selectarum. Vol. 1. ad Chylificationem,
4. Gotting. 1746. cum fig. aeneis.
-------------- Volum. II. ad, Cor arterias,
glandulas, cerebrum. ibid. 1747. cum Tab.
aeneis.
-------------------- Volum. III. ad Lienem,
Hepar, Renes, Cutem, Musculos, 4. ibid.
Halleri (Alberti) Flora Jenensis Henrici Bernhard
Ruppii Observationibus aucta & emendata.
8. Jenae 1745.
-------- ej. de Alli Genere Naturali Libellus
cum fig. Aeneis. 4. Gottingae 1745.
------------ ej. Iconum Anatomicarum quibus
praecipue partes Corporis Humani exquisita
cura delineatae continentur Fasciculus I.II.
& III. Fol. Gottingae 1743--1745.
Halleri (Alberti) primae Lineae Phisiologiae,
in usum Praelectionum Academicarum. 8. Gottingae
1747.
------ Ej. Opuscula sua Botanica prius edita
recensuit, retractavit, auxit, conjuncta edidit.
8. ibid. 1749. fig.
Hau-
@
L I B R O R U M.
Hausenii (Chr. Aug.) novi Profectus in Historia
Electricitatis: acced. V. C. Henr. de
Sanden, Dissertatio de Succino electricorum
Principe quam edidit & de Vita B. Hausenii
praefatus est J. Chr. Gottsched. 8. Quedl
Heisteri (Laurentii) Compendium institutionum
sive Fundamentorum Medicinae adjecta
est Methodus de Studio Medico Optime
instituendo & absolvendo 4. Helmstadii
1745. Editio Nova auctior & emendatior.
Heisteri (Laur.) Systema Plantarum Generale
ex Fructificatione, cui annectuntur Regulae
ejusdem de Nominibus Plantarum a Celeb.
Linnaeo longe diversae 8. Helmst. 1748.
Hofmanni (Frider.) Operum omnium Physico-
Medicorum Supplementum Folio Genevae
1749.
Hofmanni (Fridr.) Praxeos Medicae seu Therapiae
Specialis methodum singulis morbis Prudenter
& Feliciter medendi ex Medicina
Rationali Systematica in Usum Docentium
& Discentium depromta. 8. Halae 1748.
Hofmanni (Frid.) Fundamenta Physiologiae
sive positiones statum corporis humani vivi
& sani delineantes ex Medicina rationali
Systematica depromtae. 8. Halae.
Hofmanni (Frid.) Fundamenta Pathologiae generalis
seu positiones Statum corporis humani
morbosi delineantes, ex Medicina rationali
Systematica depromtae. 8. ibid.
Hofmanni, Fundamenta Pathologiae Specialis
seu positiones Statum Corporis humani morbosi
& imprimis singulorum morborum diversimode
illud adfligentium Historiam,
Symptomata & genuinas Causas delineantes
& exponentes 8. Halae.
Hofmanni (Frid.) Fundamenta Therapiae generalis
seu positiones viam ad veram & universalem
medendi Methodum pandentes
remediaque selectissima, cum eorundem physico
@
C A T A L O G U S
sico Mechanico operandi & dextre adplicandi
modo demonstrantes ex Medicina rationali
Systematica depromtae variisque necessariis
& utilibus regulis hinc inde auctae.
8. Halae.
Hückerii (Bartholdi Ludovici) Observationes
Medicinales Selectae. 8. Francofurti 1745.
KEsleri (Carol. Gottl.) Exercitato de Motu
Materiae Electricae, 8. Wratisl. 1747.
LInnaei (Caroli) Materia Medica. 8. Holmiae
1749.
Lieutaud (Josephi) Elementa Physiologiae, juxta
Solertiora Novissimaque Physicorum Experimenta
& Accuratiores Anatomicorum Observationes
concinnata. 8. Amst. 1749.
MAgati (Caesaris) de rara Medicatione Vulnerum
Libri II. 4. Francof. 1744.
Manningham (Richard) Artis Obstetricariae
Compendium tam Theoriam quam Praxin
Spectans &c. in usum Medicinae Tyronum
& rursus editum & novis quibusdam additamentis
auctum, & Tabulis aeneis ornatum
a D. Phil. Adolpho Boehmero. 4. Halae.
Mead (Rich.) Medica Sacra. Sive de Morbis
qui in Bibliis memorantur commentarius.
8. Amstel. 1750.
Mead (Rich.) Opera Medica, continens I.
de Imperio Solis & Lunae; II. de Variolis
& Morbillis; III. Rhazis de Variolis &
Morbillis; lV. Oratio Anniversaria Harvelana;
V. de Nummis quibusdam a Smyrnaeis in
Medicorum honorum percussis, 8. Gottingae.
NIcolai (Ernst. Ant.) Methodus praescribendi
Formulas Medicamentorum exemplis ad
Medici quondam illustris Fr. Hofmanni mentem
accommodatis illustrata. 8. Hallae
PLatneri (D. Jo. Zach.) Institutiones Chirurgiae
rationalis, tum medicae tum manualis in
usus discentium, adjectae sunt icones nonnullorum
serramentorum aliarumque rerum
quae
@
L I B R O R U M.
quae ad Chirurgi officinam pertinent. 8.
Lips. 1745.
Platneri (Jo. Zach.) Orationes Academicae, accessit
Elogium ejusdem. 4. Lipsiae 1747.
SChurigii (D. Martini) Haematologia Historico-
Medica, hoc est Sanguinis consideratio
Physico-Medico Curiosa, 4. Dresdae 1744.
------ ej. Lithologia Historico-Medica, hoc
est Calculi Humani consideratio Physico-
Medico-Curiosa, 4. ibid. 1744.
Selecta Medica Francofurtensia tomi IV. 8.
Francofurti 1745.
Schurigii (D. Mart.) Spermatologia Historica
Medica. h. e. Seminis Humani consideratio
Physico Medico-Legalis, 4. Francof. ad
Moenum 1720.
Sydenhami (Thomae) Opera Medica in tomos
duos divisa 4. Genevae 1749.
Siccus (Joh. Ant.) de optimo medico, ad Victorem
Trincavellium medicum optimum.
Liber aureus. 8. Harlemi 1748.
Stahlii (D. Georg. Ern.) Fundamenta Chymiae
dogmaticae & experimentalis, & quidem tum
communioris physicae, mechanicae, pharmaceuticae
ac Medicae tum sublimioris sic dictae
hermeticae atque alchymicae; annexus est Isaci
Hollandi de Salibus & Oleis metallorum editio
2. auctior. 2 vol. 4. Nurnb.
VAteri (Abrah.) Museum Anatomicum proprium,
in quo omnis generis nitidissima praeparata
anatomica ab Autore confecta, ex omnibus
partibus totius corporis humani, balsamo
condita, atque asservata sunt ad modum
Ruysschii, cum tabulis aeneis XII. 4. Helmst.
WAchendorf (Ever. Jac. van) Horti Ultrajectini
Index. 8. Traj. ad Rh. 1747.
F I N I S.
Signes de Chimie.
1
-
Antimoine. 2
-
Huile. 3
-
Tartre. 4
-
Sel. 5
-
Amalgame. 6
-
Nitre. 7
-
Pierre. 8
-
Prenez. 9
-
Soufre. 10
-
Poudre. 11
-
Vinaigre. 12
-
Eau forte. 13
-
Alambic. 14
-
Creuset. 15
-
Eau-de-vie. 16
-
Eau régale.