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Page

Réfer. : 0500B .
Auteur : Digby, Chevalier.
Titre : Nouveaux Secrets expérimentez... Tome2.
S/titre : Et pour guérir plusieurs sortes de Maladies.

Editeur : Etienne Foulque. La Haye.
Date éd. : 1700 .
@

NOUVEAUX
SECRETS
Expérimentez, pour conserver

LA BEAUTE

DES DAMES,

Et pour guérir plusieurs sortes
DE MALADIES.

Tirez des Mémoires de M. le Chevalier
Digby, Chancelier de la
Reine d'Angleterre.

Avec son Discours touchant la guérison des playes, par
la Poudre de Sympathie.

TOME II.
Sixiéme Edition, revûe, corrigée & augmentée d'un Volume.

pict

A LA HAYE,

Chez ETIENNE FOULQUE, Marchand
Libraire, dans le Poote.
-------------------------------------------------- . . .
M. D. C. C.

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@

pict

T A B L E

Des Secrets & Remèdes contenus dans le
second Volume.

D Iscours du Chevalier Digby touchant la guéri-
son des Plaies par la Poudre de Sympathie.
Page I & suivantes.
Nouveaux secrets expérimentés tirés des mémoires
de divers Auteurs célèbres. 89
Poudre de Coloradilla pour les Plaies. ibid.
Troisième Recette de la Poudre coloradilla. 90
Plusieurs manières de faire un très-bon Chocolat. ibid.
Autre manière de faire d'excellent Chocolat. ibid.
Autre manière. 91
Huile de Talc. ibid. Autre. ibid.
Teinture de Lune. 92
Autre Mercure de Saturne. ibid.
Autre extraction de Mercure de Saturne. ibid.
Pour blanchir le Cuivre. ibid.
Pour jaunir le Mercure. ibid.
Pour endurcir le fer, en sorte qu'il en coupe un
autre aisément. ibid.
Teinture de Lune. 95
Restriction de Lune. ibid.
Sable. ibid.
Conversion de Saturne en Lune. 96
Extraction du Mercure. ibid.
Fixa-
@

T A B L E.

Fixation de salpêtre. 97
Autre. ibid.
Fixation du Sel Armoniac. ibid.
Sel fusible. ibid.
Pour blanchir le Cuivre. 98
Pour donner l'onde au Fer. ibid.
Pour faire croître la Salade promptement. ibid.
Pour blanchir le Cuivre. ibid.
Pour jaunir le Cuivre. 99
Or potable. ibid.
Teinture de Lune. 100
Eau qui blanchit le Cuivre & lui donne ingrès. ibid.
Autre blanchissage de Cuivre. 101
Poudre pour servir à ce que dessus. ibid.
Teinture de Lune. ibid.
Augmentation de l'or d'Allemagne. 102
Antimoine de M. d'Urfé. ibid.
Teinture de Lune. ibid.
Tiercelet. 103
Minière. ibid. Eau Mercuriale. 105
Huile de Vitriol. 106
Pour adoucir les Métaux. ibid.
Mercure d'Antimoine. 107
Sel le Soufre. ibid.
Préparation du soufre. 108
Préparation de l'Urine. ibid.
Pour contrefaire l'écaille de Tortue sur le Cuivre. 109
Autre sur la Corne. ibid.
Mercure de Saturne. ibid.
Fixation de soufre. ibid.
Dissolvant Universel. 110
Médium. ibid.
Pour fondre le Talc. ibid.
Minière. 111
Pour ôter l'Encre de dessus le Parchemin & papier. 112
Pour la jaunisse. ibid.
Pour
@

D E S M A T I E R E S.

Pour le mal de sein ou de mamelles. 113
Pour un Cheval fourbu. ibid.
Autre pour le même. ibid.
Pour le farcin. 114
Pour la Pousse. ibid.
Pour la colique venteuse. 115
Pour une piqûre d'épine. ibid.
Pour le flux de sang. ibid.
Pour le Flux de sang par le nez, ou celui des Fem-
mes. ibid.
Pour la Goutte. ibid.
Pour le Flux de sang. 116
Pour les Pulmonaires. ibid.
Poudre de Cornachini. ibid.
Or Potable. 119
Pour la Goutte. 120
Pour les Verrues. ibid.
Pour les Ecrouelles. ibid.
Pour faire croître le poil. ibid.
Pour étancher le sang du nez. 121
Pour les Ecrouelles. ibid.
Pour le Flux de sang. ibid.
Autre pour le même. ibid.
Pour la Pleurésie. 122
Pour le même. ibid.
Autre. ibid.
Pour la piqûre de serpent. 123
Pour faire faire des enfants à une femme stérile. ibid.
Pour les maux d'Estomac. ibid.
Pour l'Hernie. ibid.
Pour toutes sortes d'Hémorragies & flux de sang, de
quelque partie que ce soit. 124
Pour la Fièvre quarte. ibid.
Pour guérir les Cancers & les Loups des jambes. ibid.
Pour les Pulmonaires qui ont la Courte haleine. 125
Pour les personnes empoisonnées. ibid.
* 2 Pour
@

T A B L E.

Pour les faiblesse & maux d'Estomac. ibid.
Pour le Boyau qui sort du fondement. 126
Pour les Hémorroïdes externes. ibid.
Pour la Rage. ibid.
Pour faire venir les Menstrues. ibid.
Pour les verrues. ibid.
Pour ne se point lasser en marchant. 127
Pour la Goutte. ibid.
Autre. ibid.
Pour tirer les dents sans douleur. 128
Pour les morsures de serpents. ibid.
Pour la Gravelle. ibid.
Pour relever la Luette. ibid.
Pour les Cataractes & taches des yeux. ibid.
Pour faire accoucher une femme même d'un enfant
mort. 129
Autre pour la même. ibid.
Poudre de M. de Sensy contre toutes sortes de venins.
ibid.
Pour blanchir les dents. 130
Pour la gravelle, obstructions & difficulté d'urine. ibid.
Fard très-excellent. 131
Essence de jasmin. ibid.
Suffocation de matrice. ibid.
Pour la Peste. ibid.
Pour la Colique néphrétique & venteuse. 132
Vinaigre doux. ibid.
Pour teindre les Turquoises. ibid.
Autre pour le même. ibid.
Vernis pour teindre les Pierreries. ibid.
Pour faire un Rubis. 133
Pour faire Emeraudes. ibid.
Pour faire Saphirs. ibid.
Pour faire Diamants. ibid.
Vernis. ibid.
Pour noircir le Chagrin. 134
Pour
@

D E S M A T I E R E S.

Pour la sciatique. ibid.
Pour les Hémorroïdes. 135
Autre pour le même. ibid.
Autre pour le même. ibid.
Pour les Pulmonaires & courte haleine. ibid.
Pour les Loupes. 136
Pour la Colique. ibid.
Pour toutes Fièvres. ibid.
Autre pour le même. ibid.
Pour le Flux de sang. ibid.
Parfum de Rose. 137
Teintures de Roses. ibid.
Pour la Rate. ibid.
Pour le mal de tête & migraine. ibid.
Eau pour toutes sortes de Plaies & ulcères, & pour
les Carnosités, y mettant un peu d'eau commu-
ne, lors qu'on s'en sert pour la Verge. 138
Pour l'Hydropisie. ibid.
Pour la migraine & maux de tête. ibid.
Pour les Verrues. 139
Lait Virginal. ibid.
Pour la Goutte. ibid.
Pour dégraisser parfaitement un Chapeau. ibid.
Pommade. ibid. Baume. 140
Ciment pour les Tonneaux. ibid.
Préservatif contre la peste & Baume. ibid.
Pour le mal de dents. ibid.
Pour les Plaies. 141
Pour étancher la sang d'une plaie. ibid.
Pour les Poudres parfumées. ibid.
Pour que le vin n'enivre pas. ibid.
Tache d'huile. ibid.
Eau Céleste du grand Duc donnée à M. de Vendô-
me. 142
Première Eau. 143
Seconde Eau. ibid. Troisième Eau. ibid.
Pour
@

T A B L E D E S M A T I E R E S.


Pour faire paraître les Ecritures effacées sur les
vieux titres de parchemin. ibid.
Lut pour sceller les Verres. 144
Eau pour les Plaies ouvertes, ulcères invétérés,
gangrène, & autres semblables maux. ibid.
Eau pour toutes plaies, ulcères, os rompus, gravelle
accouchements. 145
Pour toutes sortes de fièvres. ibid.
Pour toutes sortes de Coliques. 146
Pour la Colique. ibid.
Orviétan de Desiderio de Combes. ibid.
Vertus dudit Orviétan. 147
Eau précieuse de la Roque. 148
Vertus de cette Eau. 149
Pour les grandes chutes de lieu fort haut. ibid.
Pour les plaies par fer, comme coupures, &c. 150
Pour mortifier la Volaille. ibid.
Pour les Hémorroïdes. ibid.
Pour la Pierre. ibid.
De l'Essence de Perse & de la Céphalique. 151
Remède pour la fièvre quarte. 152
Remède pour la Gonorrhée. ibid.
Pour la Loupe. 153
Pour mortifier la Volaille. ibid.
Pour les Rossignols. ibid.
Pour la Pleurésie, les Tumeurs des Chutes, & les Gout-
tes. ibid.
Autre pour la Pleurésie. 154
Autre pour la même. ibid.
Pour la Fièvre. ibid.
Pour la Dureté de sein. 155
Remède éprouvé pour la Goutte. ibid.
Autre pour la Goutte sciatique. ibid.
Autre. 156
Remède pour les Hémorroïdes. ibid.
Très-beau Vermillon. ibid.
Fin de la Table du second Volume.
N O U-
@

I

pict

N O U V E A U X

S E C R E T S

POUR CONSERVER

LA BEAUTE'

DES DAMES,

Et pour guérir plusieurs sortes de Maladies.

-----------------------------------------------

D I S C O U R S

Fait en une célèbre Assemblée, par le
Chevalier Digby,

Touchant la guérison des Plaies, par la Poudre
de Sympathie.

pict E crois, M E S S I E U R S, que vous
demeurerez tous d'accord avec moi,
qu'il est nécessaire pour bien pénétrer
& connaître un Sujet, de montrer
en premier lieu, s'il est tel comme
on le suppose ou qu'on se l'imagine: car
Tome II. A ne


@

2 Discours de la Poudre

ne perdrait-on pas inutilement & son temps &
sa peine, de s'occuper à rechercher les causes
de ce qui n'est peut-être qu'une chimère, sans
aucun fondement de vérité?
Il me semble avoir lu en quelqu'endroit de Plutarque,
qu'il propose cette question: Pourquoi les
chevaux qui pendant qu'ils étaient poulains, ont
été poursuivis par le loup, & se sont sauvés à force
de bien courir, sont plus vîtes que les autres. A
quoi il répond, qu'il se peut faire que l'épouvante
& la frayeur que le loup donne à une jeune bête,
lui fait faire toutes sortes d'efforts pour se délivrer
du danger qui la presse, & ainsi la peur lui dénoue
les jointures, lui étend les nerfs, & lui
rend souples les ligaments & autres parties qui
servent à la course; de telle sorte qu'il s'en ressent
tout le reste de sa vie, & en devient bon
coureur. Ou peut être (dit-il) c'est que les
poulains qui sont naturellement vîtes se sauvent
en fuyant: au lieu que les autres qui ne le sont
pas tant, sont attrapés par le loup & deviennent
sa proie. Et ainsi, ce n'est pas que pour avoir
échappé du loup ils en soient plus vîtes: mais
c'est que leur vitesse naturelle les a sauvés du
loup. Il en donne encore d'autres raisons: &
à la fin il conclut, que peut-être aussi la chose
n'est pas véritable. Je ne trouve pas à redire,
Messieurs, à ce procédé en des propos de
table, où le principal dessein de la conversation
est, de le divertir doucement & agréablement,
sans y mêler la sévérité des raisonnements forts,
qui tiennent les esprits bandés & attentifs.
Mais en une Assemblée si célèbre que celle-ci,
où il y a des personnes si judicieuses & si profondément
savantes; & qui en cette rencontre attendent
de moi que je les paye de raisons solides:
des:

@

de Sympathie. 3

Je serais bien marri, qu'après avoir fait
mes derniers efforts pour éclaircir comment la
Poudre qu'on appelle communément de Sympathie,
guérit naturellement & sans magie les
plaies, sans qu'on y touche, & même sans
qu'on voit le blessé; l'on révoquât en doute,
si telle guérison se fait effectivement ou non.
En matière de fait, la détermination de l'existence
& de la vérité dépend du rapport que
nos sens nous en font. Celle-ci est de cette nature:
car ceux qui en ont vu l'effet & l'expérience,
& ont été soigneux d'en examiner toutes
les circonstances requises, & se sont satisfaits
après avoir reconnu qu'il n'y a point de supercherie,
ne doutent point que la chose ne
soit véritable. Mais ceux qui n'ont point vu
de semblable expérience, s'en doivent rapporter
au récit & à l'autorité de ceux qui assurent les
avoir vues. J'en pourrais produire plusieurs
dont je suis témoin oculaire, & même, quorum
pars magna sui. Mais comme un exemple certain
& avéré en l'affirmatif, est convaincant pour
déterminer la possibilité & la vérité de quelque
matière dont on doute, je me contenterai, pour
ne vous pas ennuyer présentement, de vous en
rapporter un seulement sur ce sujet; mais ce
sera l'un des plus illustres, des plus éclatants,
& des plus avérés, qui ait jamais été, ou qui
puisse être; non seulement par les circonstances
remarquables qui s'y trouvent; mais aussi
par le mérite de la personne qui en a été le
Témoin oculaire. Car la guérison d'une fâcheuse
blessure a été faire par cette Poudre
de Sympathie en la personne d'un homme
qui était illustre, tant pour ses belles
lettres que pour son emploi. Toutes les circonstances
A 2 constances

@

4 Discours de la Poudre

ont été examinées & épluchées à
fond, par un des plus grands & des plus savants
Rois de son temps, le Roi Jaques d'Angleterre ;
qui avait un talent particulier & une
industrie merveilleuse à discuter les choses naturelles,
& à pénétrer dans leur fond: Par
son fils le défunt Roi Charles : Par le défunt
Duc de Bouquingan, leur premier Ministre :
Enfin le tout a été enregistré dans les mémoires
du grand Chancelier Bacon, pour être ajouté
en forme d'Appendix à son histoire naturelle.
Et je crois, Messieurs, que quand vous aurez
entendu cette Histoire, vous ne m'accuserez pas
de vanité, pour être l'introducteur de cette nouvelle
manière de guérir les plaies. Voici donc
comment l'affaire se passa.
Monsieur Jacques Howell, Secrétaire du Duc
de Bouquingan (assez connu en France par ses
écrits, & particulièrement par sa Dendrologie,
traduite en François par Mr.Boudouin, ce me
semble) survint un jour comme deux de ses meilleurs
amis se battaient en duel. Il se mit aussitôt
en devoir de les séparer : Il se jette entr'eux
deux, & de sa main gauche saisit la garde
de l'épée de l'un des combattants, pendant que
de sa droite il empoigne la lame de l'autre.
Eux transportés de furie chacun contre son ennemi,
font des efforts pour se débarrasser de leur
ami commun qui les empêchaient de se battre :
Et l'un tirant brusquement son épée,
qui ne pouvait pas être retenu par la lame,
coupe jusques à l'os tous les nerfs, muscles
& tendons du dedans de la main de Monsieur
Howell; & à même temps l'autre dégage
sa garde, & porte un coup d'estramaçon à la tête
de son adversaire, qui va fondre sur celle de
son

@

de Sympathie. 5

son ami, lequel pour parer le coup, hausse la
main déjà blessée, qui par ce moyen fut coupée,
autant par le dehors, comme elle était au
dedans. C'était un terrible sort pour lui de
voir cruellement répandre son sang par les
armes de ses meilleurs amis, qui en leur
sens rassis auraient hasardé tout le leur
pour garantir celui de leur ami. Au moins cette
effusion de sang involontaire, détourna celle
qu'ils s'efforçaient de faire l'un contre l'autre :
Car voyant le visage de Monsieur Howell
tout couvert de sang tombé de sa main élevée,
ils accourent à lui pour l'assister ; & après avoir
visité ses blessures, ils les bandent de l'une de
ses jarretières pour tenir closes les veines qui
étaient toutes coupées & saignaient abondamment.
Ils le ramènent chez lui, cherchant un
Chirurgien, & le premier venu servit pour lui
mettre l'appareil. Pour le second, quand se vint
à ouvrir la plaie le lendemain, le Chirurgien
du Roi fut envoyé par sa Majesté qui affectionnait
beaucoup le Sieur Howell. J'étais logé tout
proche de lui. Et un matin comme je m'habillais,
quatre ou cinq jours après cet accident,
il vint en ma chambre pour me prier de lui donner
quelque remède pour le soulager ; d'autant, dit-il,
qu'il avait appris que j'en avais de très bons
pour de semblables occasions ; & que sa blessure
était en si mauvais état, que les Chirurgiens appréhendaient
que la gangrène ne s'y mît : ce
qu'arrivant, il lui fallait couper la main. En
effet son visage témoignait la douleur qu'il endurait ;
laquelle il disait être insupportable avec
une inflammation extrême. Je lui répondis,
que je le servirais volontiers : mais que quand
il saurait de quelle façon je pensais les blessés,
A3 sans

@

6 Discours de la Poudre

sans avoir besoin de les toucher ou de les voir,
peut-être il ne le voudrait plus, parce qu'il croirait
cette manière de guérir, ou superstitieuse,
ou inefficace. Pour la dernière (dit-il) les grandes
merveilles que plusieurs personnes m'ont raconté
de vôtre médicament, ne me laissent point
douter de son efficace: Et pour la première, tout
ce que j'ai à dire est compris en ce proverbe Espagnol,
haga se el milagro, y hagalo Mahoma. Je
lui demandai donc quelque pièce d'étoffe ou de
linge sur laquelle il y avait du sang de ses plaies. Il
envoya incontinent quérir la jarretière qui lui avait
servi de premier bandage: Et cependant, je demandai
un bassin d'eau, comme si je me voulais laver
les mains, & pris une poignée de poudre de vitriol
que je tenais en un cabinet sur ma table,
& l'y fis promptement dissoudre. Aussi-
tôt que la jarretière me fut apportée, je la mis
dans le basin, remarquant bien ce que faisait
cependant Monsieur Howell: Il parlait à un Gentilhomme
en un coin de ma chambre, sans
prendre garde à ce que je faisais; & tout à
l'heure il tressaillit, & fit une action comme
s'il sentait en lui quelque grande émotion: Je
lui demandai ce qu'il sentait. Je ne sais (dit-il)
ce que j'ai, mais je sais bien que je ne sens plus
ma douleur: Il me semble qu'une fraîcheur agréable
comme si c'était une serviette mouillée &
froide, s'épand sur ma main, ce qui m'a ôté toute
l'inflammation que je sentais. Puis donc, lui répliquai-je,
que vous sentez déjà un si bon effet
de mon médicament, je vous conseille d'ôter
tous vos emplâtres, tenez seulement la plaie
nette & en un état modéré & tempéré de chaud
& de froid. Ceci fut aussi-tôt rapporté à Monsieur
de Bukingan, & peu après au Roi,
qui

@

de Sympathie. 7

qui furent tous deux fort curieux de savoir la
suite de l'affaire: De sorte, qu'après dîner j'ôtai
la jarretière hors de l'eau & la mis sécher à
un grand feu. A peine était-elle bien sèche
(& pour cet effet, il fallait qu'elle eût été premièrement
bien échauffée) que voila le Laquais
de Monsieur Howell qui me vint dire, que son
Maître sentait depuis fort peu de temps autant
de douleur que jamais, & encore plus grande,
avec une chaleur si extrême, comme si sa main
eût été parmi les charbons ardents. Je lui répondis,
que quoi que cela lui fût arrivé à présent,
il ne laisserait pas de se bien porter dans
fort peu de temps; que je savais la cause de ce
nouvel accident, & que j'y donnerais ordre,
& que son Maître serait délivré de sa douleur
& inflammation, avant qu'il put être de retour
chez lui pour l'en assurer. Mais qu'en cas que
cela ne fût pas, qu'il revint m'en avertir, sinon,
qu'il n'avait que faire de retourner. Avec
cela il s'en va; & à l'instant je remets la jarretière
dans l'eau: sur quoi, encore qu'il n'y
eût que deux pas chez son Maître, il le trouva
tout à fait sans douleur; & même avant qu'il
n'arrivât, elle était entièrement cessée. Pour
faire court, il n'eût plus de douleur, & dans
cinq ou six jours sa plaie fût cicatrisée & entièrement
guérie. Le Roi Jaques se faisait
ponctuellement informer de tout ce qui se passait
en cette cure: Et après qu'elle fût achevée
& parfaite, il voulut savoir de moi comme
elle s'était faite, m'ayant premièrement raillé
(ce qu'il faisait toujours de très-bonne grâce)
de Magicien & de Sorcier. Je lui répondis,
que je serais toujours prêt à faire tout ce
que Sa Majesté m'ordonnerait: mais que je la
A 4 sup-

@

8 Discours de la Poudre

suppliais très-humblement de me permettre
avant que de passer outre, de lui dire ce que
l'Auteur de qui j'avais appris le secret, dit
au grand Duc de Toscane en pareille occasion.
C'était un Religieux Carme nouvellement
venu des Indes & de la Perse à Florence,
& même il avait été en la Chine, qui
ayant fait de merveilleuses cures avec la poudre,
depuis son arrivée en Toscane, le Duc lui
témoigna qu'il serait bien aise de l'apprendre de
lui. C'était le Père du Grand Duc qui règne
aujourd'hui. Le Religieux lui répondit, que
c'était un secret qu'il avait appris en Orient,
& qu'il croyait qu'il n'y avoir que lui qui le sût
en Europe, & qu'il méritait qu'il ne fût pas
divulgué. Ce qui ne se pourrait pas faire, si
son Altesse se mêlait de l'exercer, d'autant qu'il
ne le ferait point par ses mains: & que s'il employait
son Chirurgien ou autre Valet, il y aurait
en peu de temps bien d'autres personnes qui
le sauraient aussi bien que lui. Sur quoi son
Altesse ne le voulut plus presser là-dessus. Mais
quelques mois après, j'eus le moyen de faire un
très-important plaisir à ce Religieux; ce qui fut
cause qu'il ne me voulut pas refuser son secret,
& la même année il s'en retourna en Perse. De
sorte que je crois être maintenant le seul de
toute l'Europe qui sache ce secret. Le Roi
me répliqua, que je n'appréhendasse point qu'il
le divulguât, car il ne se fierait à personne en
faisant expérience de cette cure; mais la ferait
toujours de sa main propre, & que je lui donnerais
de ma poudre. Ce que je fis, & l'instruisis
de toutes les circonstances, & Sa Majesté
en fit plusieurs épreuves; dans toutes lesquelles
elle eût une singulière satisfaction. Cependant,
dant,

@

de Sympathie. 9

Monsieur de Mayence son premier Médecin,
veillait pour découvrir ce qu'il pouvait
de ce secret; & à la fin il parvint à savoir
que le Roi se servait de Vitriol. Alors il m'aborde,
& me dit qu'il n'avait osé me demander
mon secret, parce qu'il avait su que j'avais
fait difficulté de le dire au Roi. Mais à
cette heure qu'il avait appris de quelle matière
il se fallait servir, il espérait que je lui communiquerais
toutes les circonstances de ce qu'il
fallait faire. Je lui répondis, que non seulement
à cette heure, mais que s'il me l'eue
demandé dès le commencement, je lui aurais
franchement tout dit. Car entre ses mains il
n'y avait point de danger qu'un tel secret se
prostituât. Et ensuite je lui dis le tout. Peu
après il s'en alla en France pour voir une belle
terre qu'il avait nouvellement achetée proche de
Genève, qui est la Baronnie d'Aubonne. En ce
voyage il alla voir Monsieur le Duc de Mayenne,
qui depuis long-temps avait été son grand
ami & Protecteur; & lui enseigna ce secret.
Le Duc en fit plusieurs expériences, qui en toutes
autres mains, que celles d'un Prince si pieux & si
religieux, auraient passé pour des effets de Magie
& d'enchantement. Après la mort du Duc (qui
fut tué au siège de Montauban) son Chirurgien
qui le servait à faire cette cure, vendit ce secret
à plusieurs personnes de condition, qui lui
en donnèrent des sommes considérables, de sorte
qu'en peu de temps il devint riche par ce moyen.
La chose étant ainsi tombée en plusieurs mains,
ne demeura pas long-temps en termes de secret
mais peu à peu elle s'est tellement divulguée,
qu'à peine y a-t-il aujourd'hui un Barbier de
Village qui ne la sache.
Voila

@

10 Discours de la Poudre

Voilà donc, Messieurs, quelle a été l'orrigine
de la Poudre de Sympathie avec une
histoire notable d'une cure faite par cette Poudre.
Il est temps désormais de venir à la discussion,
qui est de savoir comment cela se fait.
Il faut avouer, que c'est une chose merveilleuse,
que la plaie d'une personne blessée puisse
être guérie, ou son inflammation & douleur
augmentée pour l'application d'un remède appliqué
à un morceau de linge, ou à une épée même
en grande distance. Et il ne faut pas douter
que si après une longue & profonde spéculation
de toute l'économie & enchaînement
des causes naturelles qui peuvent être jugées capables
de produire un tel effet, on tombe à la
fin sur les véritables, il faut qu'elles aient des
ressorts & des moyens d'agir bien subtils & bien
déliés : jusques à cette heure, elles ont été enveloppées
de ténèbres, & jugées tellement inaccessibles,
que ceux qui se sont mêlés d'en parler
ou d'en écrire (au moins ceux que j'ai vu)
se sont contentés d'en dire quelques particularités
ingénieuses, sans traiter la matière bien à fonds,
& plutôt pour montrer la vivacité de leur esprit
& la force de leur éloquence, que pour satisfaire
à leurs Lecteurs ou Auditeurs, en leur enseignant
comment la chose se fait. Ils veulent
que nous prenions pour argent comptant, des termes
que nous n'entendons point, & ne savons
ce qu'ils signifient. Ils nous payent de convenances,
de ressemblances, de Sympathie,
de vertus magnétiques, & de semblables paroles,
sans nous expliquer ce que ces termes veulent
dire. Ils croient avoir bien réussi s'ils persuadent
faiblement à quelqu'un, que la chose
se peut faire par une voie naturelle, & sans
avoir

@

de Sympathie. 11

avoir recours à l'intervention des démons ou
esprits : & ils ne prétendent point avoir
trouvé des raisons convaincantes pour démontrer
comment cela ce fait. Si je n'espérais, Messieurs,
de pouvoir gagner quelqu'autre chose sur
vos esprits ; je veux dire, que si je ne croyais vous
pouvoir persuader, que par des paroles, je ne
l'aurais pas entrepris. je sais trop bien, Quid
ferre recusent, quid valeant humeri. Un tel dessein
demande beaucoup de feu, de la vivacité, & de
la délicatesse dans le langage & dans les expressions,
pour insinuer comme par surprise,
ce qu'on ne saurait emporter de pied ferme, &
par des raisons froides, quoi que solides. Un
discours de cette nature, ne se doit pas attendre
d'un étranger, qui se trouve obligé de dire ses
sentiments en une langue, en laquelle il a peine
d'exprimer ces conceptions ordinaires. Néanmoins,
Messieurs, ces considérations ne m'empêcheront
pas de me charger d'une entreprise
qui pourra sembler à quelques-uns bien plus
difficile que celle que je viens de dire, à savoir,
de bien prouver que cette guérison
qu'on appelle de Sympathie, se peut faire naturellement ;
& de vous montrer à l'oeil, &
faire toucher au doigt, comment elle se fait. Vous
savez Messieurs, que les Persuasions se font par
des arguments ingénieux, qui étant exprimés de
bonne grâce, chatouillent plutôt l'imagination,
qu'ils ne satisfont l'entendement. Mais les demonstrations
sont bâties sur des principes certains
& prouvés ; & quoi qu'elles soient grossièrement
énoncées, néanmoins elles convainquent,
& les conclusions en sont tirées avec nécessité.
Elles agissent comme une vis attachée
contre une porte pour l'abattre, ou sur une lame
me

@

12 Discours de la Poudre

de métal pour y imprimer la marque de la
monnaie: à chaque tour qu'elle fait, elle ne
s'approche que peu, & quasi insensiblement; &~
ne fait guères de bruit, il ne faut pas non plus
une si grande force pour la tourner mais son effort,
quoi que lent est si invisible qu'à la fin elle abat la
porte, & fait une impression profonde dans la plaque
d'or ou d'argent: Au lieu que des coups de
marteau ou de barres (auxquels se peuvent
comparer les discours ingénieux des beaux esprits)
demandent des bras de Géants, font
beaucoup de bruit & au bout du conte, produisent
peu d'effet. Pour entrer donc en
matière: je poserai premièrement (selon la
méthode des démonstrations géométriques) six
ou sept principes pour fondement sur lesquels
je bâtirai mon édifice. Mais aussi, je
les établirai si bien & si fermement, qu'on
ne fera pas difficulté de me les accorder. Ces
principes seront comme les roues de la machine
d'Archimède, par le moyen de laquelle un
enfant était capable d'attirer sur la terre la grosse
caraque du Roi Hizron, que cent paires de
boeufs avec toutes les cordes & câbles de son
arsenal, ne pouvaient pas faire seulement remuer.
Et par le moyen de ces principes, j'espère
de conduire ma conclusion à bon port.
Le premier principe donc sera, que l'orbe ou
sphère de l'air est rempli de lumière. S'il était
besoin de prouver en cet endroit que la lumière
est une substance matérielle & corporelle, &
non une qualité imaginaire & incompréhensible
(comme plusieurs de l'école le prétendent) je
le ferais avec assez d'évidence. Je l'ai fait suffisamment
en quelqu'autre traité qui a été publié
depuis quelques années. Et ce n'est pas une nouvelle
velle

@

de Sympathie. 13

opinion: Car plusieurs Philosophes des plus
estimés parmi les anciens l'ont avancée; & même
le grand Saint Augustin en la troisième Épître à
Volusien témoigne qu'il est de ce sentiment.
Mais pour notre affaire présente, que la lumière
soit l'une, ou l'autre, c'est assez d'expliquer son
cours, & les voyages qu'elle fait, dont nos sens
nous rendent témoignage. Il est évident, que sortant
continuellement de sa source qui est le Soleil,
& s'élançant avec une merveilleuse vitesse
de tous côtés par lignes droites; là, où elle rencontre
quelques obstacles en son chemin par l'opposition
de quelques corps durs & opaques, elle
se réfléchit, elle faute de là, ad angulos aequales,
& reprend un autre cours par une autre ligne
droite, jusques à ce qu'elle ait bricolé vers un
autre côté par le choc d'un autre corps solide;
& ainsi elle continue de faire des nouveaux bonds
çà & là, tant qu'enfin étant chassée de tous côtés
par les corps qui s'opposent à son passage,
elle se lasse & s'éteint. Tout de même donc
que nous voyons une balle en un jeu de paume,
qui étant poussée par un puissant bras contre une
des murailles, faute de là à l'opposite, tant
que souvent elle fait le circuit de tout le jeu de
paume, & achève son mouvement proche du
lieu où elle l'avait commencé. Nos yeux mêmes
sont témoins de ce progrès de la lumière,
quand par réflexion elle illumine quelqu'endroit
obscur où elle ne peut pas parvenir directement:
ou quand sortant immédiatement du
Soleil & frappant sur la Lune ou sur quelqu'autre
des planètes, les rayons qui n'y peuvent pas
entrer rejaillissent jusques à nôtre terre (car sans
cela nous ne les pourrions pas voir) & là elle est
réfléchie, rompue & brisée par autant de corps
comme

@

14 Discours de la Poudre

comme elle en rencontre en ses réflexions diverses.
Le second principe sera, que la lumière frappant
ainsi sur quelque corps, les rayons qui n'y
entrent pas bien avant mais qui rebondissent de
la superficie de ce corps, en détachent & emportent
avec soi quelques petites particules ou
atomes, tout de même que la balle dont nous venons
de parler, et emporterait avec elle quelque
humidité des murailles contre lesquelles elle bricolerait,
si le plâtre qui les enduit, était encore
humide, & comme elle emporte en effet
quelque teinture du noir dont ces murailles sont
collées. La raison de ceci est, que la lumière,
ce feu si subtil & raréfié, venant avec une si merveilleuse
vitesse (car ses dards sont dans nos
yeux, quasi aussi-tôt que sa tête est élevée dessus
nôtre horizon; faisant ainsi tant de milliers de
lieues en une espace imperceptible de temps) &
battant à plomb sur le corps qui lui est opposé,
elle ne peut pas manquer d'y faire quelques petites
incisions, proportionnées à sa rareté & subtilité:
Et ces petits atomes découpés & détachés
de leur trône, étant composés des quatre
Eléments (comme tous les corps du monde le
sont) le chaud de la lumière s'attache & s'incorpore
avec les parties humides, visqueuses & gluantes
des dits atomes, & elle les emporte bien loin
avec soi. L'expérience nous montre cette vérité,
aussi-bien que la raison. Quand on met quelque
linge ou drap humide à sécher devant le feu,
les rayons ignés frappant là dessus, ceux qui n'y
trouvent point d'entrée, mais réfléchissent hors
de là, emportent avec eux des corpuscules
humides, qui forment une espèce de brouillard
entre le linge & le feu: De même, le Soleil illuminant
luminant

@

de Sympathie. 15

à son lever la terre, qui est humectée
par la pluie ou par la rosée de la nuit, ses rayons
élèvent un brouillard qui monte peu à peu jusques
aux sommets des collines; & ce brouillard se raréfie
à mesure que le Soleil a plus de force de le
tirer en haut: jusques à ce qu'à la fin nous le
perdons de vue, & il devient partie de l'air,
qui, à cause de sa ténuité, nous est invisible.
Ces atomes donc, sont comme des Cavaliers
montés sur des coursiers ailés qui vont bien loin,
jusques à ce que le Soleil se couchant, retire leurs
Pégases, & les laisse tous sans monture, &t alors
ils se précipitent en foule vers la terre d'où ils
étaient attirés: la plus grande part & les plus
pesants tombent à la première retraite du Soleil,
& c'est ce qu'on appelle le serein, lequel quoi
qu'il soit trop subtil pour être vu, on ne laisse
pas pourtant de sentir, comme une infinité de
petits marteaux qui frappent nos têtes & nos
corps, principalement de ceux qui sont avancés
en l'âge: car les jeunes, à cause du bouillonnement
de leur sang & de la chaleur de leur complexion,
poussent hors d'eux une abondance
d'esprits; lesquels étant plus forts que ceux qui
tombent du serein, les repoussent & les empêchent
d'agir sur les corps d'où ces esprits
sortent; comme ils font sur ceux qui étant
refroidis par l'âge, n'en sont pas garantis par
une si forte émanation d'esprits qui sortent d'eux.
Le vent qui souffle & qui est porté de tous côtés,
n'est autre chose qu'un grand fleuve de
semblables atomes attirés de quelques corps solides
qui sont sur la terre; & puis sont ballottés
çà & là, selon qu'ils rencontrent des causes pour
cet effet. Il me souvient d'avoir une fois vu
oculairement comment le vent s'engendre: Je
passais

@

16 Discours de la Poudre

passais le mont Cenis pour aller en Italie, au
commencement de l'Eté, & j'étais déjà à la
moitié de la montagne comme le Soleil se levait,
beau & lumineux. Mais avant, que de voir
son corps, que les montagnes me dérobaient encore,
je remarquai ses rayons qui doraient le
sommet du mont Viso, qui est une pyramide de
rochers, bien plus haute que le mont Cenis, &
que toutes les montagnes qui l'environnent.
Plusieurs mêmes sont d'opinion que c'est une
des plus hautes montagnes du monde, après le
Pic de Ténériffe dans les Iles Canaries, & elle est
toujours couverte de neige. Je remarquai donc
qu'à l'endroit qui était éclairé des rayons du Soleil,
il se formait un brouillard, qui au commencement
ne paraissait pas de plus grande étendue
qu'une grosse poule: mais qui peu à peu s'augmenta
tant qu'à la fin tout le sommet non seulement
de cette montagne, mais aussi de celles
qui sont autour, fût couvert d'une nuée. J'étais
déjà arrivé au plus haut du mont Cenis,
& me trouvant en la ligne droite qui passait du
Soleil au mont Viso, je m'arrêtai pour le regarder,
pendant que mes gens achevaient de
monter: car ayant plus d'hommes à porter ma
chaise qu'aucun d'eux, j'avais fait plus de diligence
qu'eux. Je n'y fus pas long-temps que le
brouillard sembla s'abaisser doucement vers le lieu
où j'étais, & je commençai à sentir comme
une petite fraîcheur qui me donnait sur le visage,
lors que je le tenais tourné de ce côté-là. Quand
toute ma troupe fût assemblée autour de moi,
nous allâmes descendre de l'autre côte du mont
Cenis vers Suze, & à mesure que nous descendions,
nous sentions très-perceptiblement que
le vent se roidissait à nôtre dos; car le chemin
nous

@

de Sympathie. 17

nous obligeait d'aller vers le côté où le Soleil
était. Nous rencontrâmes des Passagers qui
montaient par où nous descendions; ils nous
dirent que plus bas le vent était très-impétueux
qu'il les avait fort incommodés, leur soufflant
au visage & dans les yeux: mais qu'à mesure
qu'ils montaient, ils le trouvaient moins
fâcheux. Et de notre côté, quand nous arrivâmes
au lieu, où ils nous avaient dit que le
vent était si violent, nous trouvâmes comme
une espèce de tourmente: & il augmentait
toujours en descendant, jusques à ce que le Soleil
s'étant avancé, ne l'attirait plus par cette ligne
là, mais causait le vent en un autre quartier.
Les gens du pays m'assurèrent, que cela
arrivait toujours ainsi, quand quelque accident
extraordinaire & violent ne détournait point
son cours accoutumé, qui est qu'à une certaine
heure du jour le vent le lève à un certain rumb;
& quand le Soleil est parvenu à un autre point
un autre vent se lève; & ainsi de main en main
il change de rumb jusques au Soleil couchant
qui apporte toujours le calme, si le temps est
beau; & que le vent vienne de l'endroit
du mont Viso, opposé au Soleil. Et ils nous
dirent aussi, que le vent journalier est toujours
plus fort vers le bas de la montagne, que vers
le haut, dont la raison est évidente: c'est que
le mouvement naturel de tout corps (de même
que celui des choses pesantes) s'augmente toujours
en vitesse, à mesure qu'il avance vers son
centre, & ce en nombre impair (comme Gallien
l'a ingénieusement démontré; je l'ai aussi
fait en quelqu'autre traité) c'est à dire, si
dans le premier moment il s'avance d'une aulne
dans le second il s'avancera de trois aulnes, dans
Tome II. B le


@

18 Discours de la Poudre

le troisième de cinq, dans le quatrième de sept, &
ainsi toujours il continue à s'augmenter en
la même sorte: ce qui provient de la densité &
de la figure du corps descendant, agissant sur la
cessibilité du médium. Et ces corpuscules qui
causent le vent du mont Viso, sont denses &
terrestres: car la neige étant composée de parties
aquatiques & de parties terrestres unies ensemble
par le froid, lors que la chaleur des rayons
du Soleil les désunit & les sépare, les visqueuses
s'envolent avec eux, pendant que les terrestres
(trop pesantes pour monter bien haut) tombent
incontinent en bas. Ceci me fait souvenir
d'une chose assez remarquable, qui m'arriva
pendant que j'étais avec ma flotte dans le port
de Scanderonne ou Alexandrette, à l'extrémité
de la mer Méditerranée. L'on descend là pour
aller à Alep & à Babylone, j'avais déjà fait ce
que je m'étais proposé de faire en ces mers;
j'étais venu à bout de mon dessein avec un
heureux succès, & il m'importait de revenir en
Angleterre le plutôt qu'il me serait possible; &
d'autant plus, que tous mes navires avaient été
endommagés dans un combat que j'avais eu de
puis peu de jours en ce Port, contre une Puissance
formidable; qui bien que la victoire me
fut enfin demeurée, ne laissa pourtant pas dans
une si furieuse dispute, de mettre ma flotte en
grand désordre, & de remplir mes vaisseaux
d'hommes blessés. Pour prendre avis sur la route
la plus expédiente, pour me retirer au plutôt en
un lieu où je puisse me remettre en état de défense
& être en sûreté, je fis assembler tous les Capitaines,
les Pilotes & les Mariniers expérimentés de ma
flotte: & leur ayant proposé mon dessein, tous unanimement
furent d'avis, que le plus sûr était de
descendre

@

de Sympathie. 19

descendre vers le Midi, & de côtoyer toute la
Syrie, la Judée, l'Egypte & l'Afrique, & par
ce moyen nous rendre à l'embouchure du détroit
de Gibraltar: & qu'allant ainsi proche des cotes
nous aurions règlement toutes les nuits un
petit vent de terre (qu'ils appelaient brise)
lequel nous ferait faire en peu de temps notre
voyage; & que nous ne serions pas en si
grand danger de rencontrer la flotte de France
ni celle d'Espagne: car l'Angleterre était alors
en guerre contre ces deux Couronnes, & nous
avions avis que leur flottes nous attendaient
bien équipées sur les côtes pour le venger de ce
que nous avions fait au préjudice des deux
Nations, pendant seize mois que nous avions
été les maîtres dans ces mers. Ce que nous avions
raison sur tout d'éviter, disaient ils, puis que nous
devions être désormais plutôt en état d'employer
ce qui nous restait de forces à chercher en diligence
quelque bon port, où nous pussions en
sûreté réparer nos dommages, que de nous exposer
de nouveaux combats; car on pouvait bien
dire qu'effectivement nous n'en avions pas besoin.
Mon opinion était toute contraire à
la leur. Je croyais que notre plus court serait de
tirer vers le Septentrion & de cingler le long
de la côte de la Cilicie, de la Pamphylie, de la
Lydie, de l'Anatolie ou l'Asie Mineure, traverser
l'embouchure de l'Archipel, laisser la
mer Adriatique à droite, passer par la Sicile,
l'Italie, la Sardaigne, la Corse, le Golfe de
Lion, & côtoyer toute l'Espagne : leur remontrant,
que ce nous serait une grande honte
de nous détourner de nôtre route, pour
éviter la rencontre de nos ennemis; puis que
nous n'étions venus en ces mers, que pour
B 2 les

@

20 Discours de la Poudre

les chercher par tout où ils seraient: & que la
protection dont Dieu par sa bonté avait béni
nos Armes dans tant de combats en allant,
nous donnait lieu d'espérer avec joie une aussi
bonne issue de ceux qui nous pourraient arriver
à nôtre retour. Qu'il n'y avait point de doute
que la route que je leur proposais, considérée
simplement en soi, ne fût sans comparaison la
meilleure & la plus courte pour sortir de la
mer Méditerranée & gagner l'Océan; d'autant
(leur disais-je) qu'encore que nous ayons des
brises de la terre pendant que nous serons sur
les côtes de Syrie & d'Egypte, nous n'en aurons
point du tout pendant que nous serons sur
la côte de Libye, où sont ces affreux sables
qu'on appelle les Syrtes, qui sont d'une très-
grande étendue: cette côte là n'ayant aucune
humidité, car il n'y croît ni arbres, ni herbages;
& il n'y a que des sables mouvants, qui couvrirent
& enterrèrent autrefois tout à coup la
puissante Armée du grand Roi Cambise. Or
où il n'y a point d'humidité, le Soleil ne peut
rien attirer pour en former le vent. De sorte
que nous ne trouverons jamais là (principalement
en Eté) d'autre vent que le régulier qui
a son cours de l'Occident à l'Orient, selon le
cours du Soleil (le père des vents) si ce n'est
quand il en vient d'extraordinaire, ou des
terres d'Italie, qui sont vers le Nord, ou du fonds
de l'Ethiopie où sont les montagnes de la Lune,
& la source & les cataractes du Nil. Mais
si alors nous étions proches des Syrtes, le vent
d'Italie nous ferait infailliblement faire naufrage.
Je raisonnais ainsi selon les causes naturelles,
pendant que ceux de mon Conseil de guerre
se tenaient fermes sur leur expérience. Ce
qui

@

de Sympathie. 21

qui fut cause que je ne voulus rien faire contre
le sentiment unanime de tous, car encore que
la disposition & la résolution de toutes choses dépendissent
absolument de moi, il me semblait
néanmoins qu'on me pourrait avec justice accuser
de témérité, si je voulais préferer mon avis
particulier à celui de tous les autres. De sorte que
nous prîmes cette route là, & allâmes heureusement
jusques aux Syrtes de Libye. Mais en
cet endroit, nos brises nous manquèrent, & durant
trente-sept jours nous n'eûmes pour tout
vent que quelques Zéphyrs qui venaient de
l'Occident, où nous devions aller. Nous fûmes
contraints de nous tenir à l'Ancre tout ce temps-
là, avec beaucoup d'appréhension qu'il ne nous
vint quelque bourrasque du côté du Nord. Car
cela arrivant, nous étions perdus; d'autant que
nos Ancres n'auraient pu tenir ferme dans ces
sables mouvants, & ainsi nous aurions été infailliblement
jetés sur cette côte & y aurions fait
naufrage. Mais Dieu qui a voulu que j'eusse
l'honneur de vous entretenir aujourd'hui, me
délivra de ce péril. Et au bout de trente-sept
jours nous remarquâmes par le cours des nuées
dans l'air qu'elles venaient du Sud-Est, assez
lentement, mais d'heure en heure, elles se hâtaient
& se pressaient de plus en plus; de sorte
qu'au bout de deux jours le vent qui s'était
formé bien loin de là dans l'Ethiopie,
arriva comme une grande tempête au lieu où
nous étions, & nous mena bien-tôt au lieu
où nous devions aller: car s'il n'avait pas
eu cette impétuosité & cette force, il se serait
dissipé & perdu, avant que d'arriver au
bout d'un si long trajet. De ce discours nous
pouvons conclure, que par tout où il y a du
B 3 vent,

@

22 Discours de la Poudre

vent, il y a aussi des petits corpuscules, ou atomes
qui ont été attirés des corps qui sont aux
lieux d'où vient ce vent par la force du Soleil
& de la lumière : & que ce vent n'est en effet
autre chose que de tels atomes agités & poussés
quelque part avec impétuosité. Et ainsi les vents
se ressentent toujours des lieux d'où ils viennent ;
comme s'ils viennent du Midi, ils sont froids,
si de la terre seule, secs ; si de la mer, humides ;
si des lieux qui produisent des substances
odoriférantes, ils sont odoriférants, sains
& agréables ; comme l'on dit de ceux qui viennent
de l'Arabie heureuse qui produit les épiceries,
les parfums & les gommes aromatiques ;
ou comme celui qui vient de Fontenay &
de Vaugirard à Paris en la saison des Roses, qui
est tout parfumé : au contraire ceux qui viennent
d'endroits puants comme des lieux sulfureux
de Pozzuolo, sentent mauvais, & ceux qui viennent
de lieux infestés, portent la contagion avec eux.
Mon troisième principe sera, que l'air est
plein par tout de ces corpuscules ou atomes :
ou plutôt ce que nous appelons nôtre air, n'est
autre chose qu'un mélange & une confusion de
semblables atomes, où les parties Aériennes dominent.
Il est notoire, qu'il ne se trouve point
actuellement dans la nature aucun Elément pur
& sans mélange des autres : car le feu externe,
& la lumière agissants d'un côté, & le feu interne
de chaque corps poussant aussi de son côté,
font ce merveilleux mélange de toutes choses
en toutes choses. Dans cette grande étendue
où nous plaçons l'air, il y a un espace suffisant
& une liberté assez grande pour faire ce mêlange.
L'expérience aussi-bien que la raison, nous
le confirme. J'ai vu des petits vipéreaux, nouvellement
sortis des oeufs où ils étaient engendrés,
drés

@

de Sympathie. 23

qui n'avaient pas un pouce de longueur,
& qui après les avoir conservés dans une grande
cucurbite couverte d'un papier lié à l'entour,
afin que qu'ils n'en puissent sortir, mais plein
des petits trous, pour que l'air y pût entrer librement,
sont devenus si prodigieusement grands
en six, huit ou dix mois de temps, qu'il n'est pas
croyable ; & plus sensiblement durant la saison des
équinoxes, lors que l'air est plein de ces atomes
aériens & balsamiques qui leur communiquaient
leur vertu rajeunissante, qu'ils attirent puissamment.
De là vient que le Cosmographes ont eu
raison de dire que, Est in aëre occultus vitae ci
bus. Ces petits vipères n'avoient que l'air seul
pour se nourrir, & néanmoins avec cette viande
subtile ils devinrent en moins d'un an longs
de plus d'un pied, gros, & pesants à proportion.
Le Vitriol, le Salpêtre, & quelques autres
substances s'augmentent de même façon,
par l'attraction seule de l'air. Il me souvient
il y a dix-sept ou dix-huit ans, que
j'avais besoin d'une livre où deux de bonne huile
de tartre ; c'était à Paris, où je n'avais point
alors de Laboratoire ni d'Opérateur : je priai
donc Monsieur Ferrier : (homme universellement
connu par tous les curieux) de m'en faire, car
il n'en avait point alors de faite ; mais la devant
faire exprès, & la calcination du tartre se faisant
aussi facilement de vingt livres comme de
deux, & sans presque augmenter la dépense, il
en voulut faire en même temps une plus grande
quantité, afin d'en avoir pour lui-même.
Quand il me l'apporta, elle sentait si fort l'eau
de rose, que je me plaignis de ce qu'il y
avait mêlé de cette eau, vu que je l'avais prié
b 4 de

@

24 Discours de la Poudre

de la faire purement par défaillance, qui est de
l'exposer à l'air humide; car je croyais fermement
qu'il eut dissout le sel de tartre dans l'eau de rose.
Il me jura qu'il n'y avoir mêlé aucune liqueur,
mais qu'il avait laissé le tartre calciné
dans sa cave dissoudre de soi-même: c'était
dans la saison des roses, & il semble que l'air
étant plein des atomes qui se tirent des roses
& se changeant en eau par l'attraction puissante
du sel de tartre, leur odeur se rendait sensible
au lieu où ils s'étaient amassés ensemble, comme
les rayons du Soleil brûlent, quand ils sont
rassemblés par un miroir ardent. Il arriva encore
une autre Merveille touchant cette huile
de tartre, qui pourra servir à prouver une proposition
que nous n'avons pas encore touchée;
c'est que, comme la saison des roses se passait, cette
huile perdait en même temps l'odeur d'eau de roses:
en sorte que dans trois ou quatre mois elle fut
tout à fait passée. Mais nous fumes bien surpris,
quand l'année suivante à la saison des roses, elle
devint aussi forte qu'auparavant: & puis vers
l'hiver elle se perdit encore: & depuis elle a toujours
gardé le même ordre. C'est pourquoi Monsieur
Ferrier la conserve comme une rareté singulière,
& je l'ai moi-même sentie chez lui l'Eté
dernier. Nous avons à Londres une malheureuse
confirmation de cette expérience, car l'air y
est plein de Semblables atomes. La matière dont
on fait le feu en cette grande Ville, est principalement
de charbon de terre, qu'on fait venir
de Neufcastel & d'Ecosse. Ce charbon contient
en soi une grande quantité de sel volatil
très acre, qui étant emporté avec la fumée, se
dissipe dans l'air & l'en rempli. Il en est
tel-

@

de Sympathie. 25

tellement chargé, que quoi qu'on ne le voit
pas, on s'aperçoit de ses effets; il gâte les
lits, les tapisseries, & les autres beaux meubles,
s'ils sont de quelque couleur belle & éclatante:
cet air fuligineux la ternit en peu
de temps: si on ferme une chambre sans y entrer
durant quelques mois, & qu'on veuille ensuite
faire nettoyer tout ce qui y est, on verra
une poudre noire, qui couvre tous ces meubles,
comme on en voit une blanche dans les
moulins & aux boutiques des boulangers; même
elle entre dans les coffres, & parait sur le linge
ou le papier, & sur semblables choses
blanches qui y font enfermées; car les rabats
& les manchettes s'y salissent plus
en un jour, qu'en dix à la campagne hors de
l'étendue de cette fumée; & on voit dans cette
Ville au Printemps, quand les arbres son(t) fleuris,
toutes les fleurs blanches salies par une fumée noire.
Or comme cet air est ce que les poumons de
tous les habitants attirent pour se refraîchir, il
fait que le flegme qu'on crache de la poitrine,
est tout noir & fuligineux, & l'âcreté du sel de
cette suie y fait un effet très-funeste; car il rend
tous les habitants de cette Ville fort sujets aux
inflammations, & ensuite à l'ulcération des
poumons. Il est mordicant & corrosif, que si
on met des jambons, ou du boeuf, on autre
chair, à fumer dans les cheminées, il les dessèche
si-tôt & si fort qu'il les gâte. Ceux donc qui ont
les poumons faibles, s'en ressentent bien-tôt, d'où
vient que la moitié de ceux qui meurent à Londres,
meurent pulmonaires & phtisiques, crachant
le sang continuellement de leurs poumons
ulcérés. Au commencement de cette maladie,
la

@

26 Discours de la Poudre

la guérison en est fort aisée. Il n'y a qu'à les envoyer
en quelque lieu où il y ait un bon air.
La plupart vont à Paris, savoir ceux qui ont
le moyen de faire la dépense du voyage; & ils
recouvrent bien-tôt leur santé parfaite. La même
chose, quoi que plus rarement, arrive
dans la ville de Liège, où de même qu'à Londres,
le commun peuple ne brûle que de ce charbon
de terre, qu'on appelle de la houille. Paris
même, quoi que l'air du pais y soit très-excellent,
n'est pas tout à fait exempt de pareilles
incommodités. Les boues excessives & puantes
de cette vaste Ville, corrompent extrêmement
la pureté de son air, le remplissant
par tout d'atomes infectés qui en sortent,
lesquels pourtant ne sont pas si pernicieux
que ceux de Londres. L'on y remarque, que
la vaisselle d'argent la plus nette & la plus polie,
exposée à l'air, devient en peu de temps livide
& sale: ce qui ne provient d'autre chose
que de ces atomes noirs, (vraie couleur de la
putréfaction) qui s'y attachent: & plus le
métal est poli & luisant, plus ils sont visibles.
Je connais une personne de condition, fort
de mes amies, qui est logée en un endroit,
où d'un côté de sa maison est une petite rue qui
n'est habitée que de pauvres gens, & où il
ne passe que très peu de charrettes & jamais de
carrosses. Les voisins du derrière de sa maison
n'étant guères propres, vident leurs immondices
au milieu de la rue, qui par ce moyen est
toute chargée de monceaux de boue. Long
temps après les tombereaux qui sont ordonnés
pour emporter les boues par tout, viennent aussi
là. Quand ils remuent ces ordures fermentées,
vous ne sauriez vous imaginer quelle puanteur &
quelle

@

de Sympathie. 27

quelle infection règne par tout. A l'instant
les gens de mon ami accourent pour
couvrir l'étoffe spongieuse & frisée, de
laine ou de coton, la vaisselle d'argent &
ses chenets, que ses servantes tiennent fort
propres & luisants: car sans cela, en un
moment le tout deviendrait noir comme de
l'ancre. Rien de cela toutefois ne se voit
dans l'air; mais ces expériences convainquent
évidemment qu'il est plein par tout de semblables
atomes. Je ne puis m'empêcher d'ajouter
encore ici une autre expérience, qui est que
nous voyons par les effets, que les rayons de la
Lune sont froids & humides. Il est certain que
ce qui est lumineux de ces rayons, vient du Soleil,
la Lune n'ayant point de lumière en soi,
comme en fait foi son Eclipse qui se fait lors
que la terre étant opposée entr'elle & le Soleil,
empêche qu'il ne l'éclaire de sa lumière;
& alors elle parait noire & obscure. Les
rayons donc qui viennent de la Lune, sont ceux
du Soleil, qui frappant sur elle sont réfléchis
jusques à nous, & les apportent de cet astre froid
& humide, qui participent de la source d'où ils
viennent. Si on leur expose donc un miroir
concave ou un bassin poli qui les assemble, vous
verrez qu'au lieu que ceux du Soleil brûlent en
semblable occasion, ceux-ci tout au contraire
rafraîchissent & humectent considérablement, &
& même laissent sur le miroir une substance aquatique,
visqueuse & gluante. Il semble que ce
serait une chose vaine de se laver les mains dans
un bassin d'argent bien poli, où l'on ne verrait
point d'eau ni autre chose que la réflexion des
rayons de la Lune: & néanmoins, si on continue;
à faire cela quelqu'espace de temps, on se
trouvera

@

28 Discours de la Poudre

trouvera les mains toutes humides: c'est même
un remède infaillible pour faire tomber les porreaux
des mains, quelque grand nombre qu'il y
en ait, pourvu qu'on le réitère plusieurs fois.
Concluons donc de tout ce discours, & de toutes
ces expériences, que l'air est plein des atomes,
qui s'attirent des corps par le moyen de
la lumière qui en réfléchit, ou qui en sort par
la chaleur naturelle & intérieure de ces mêmes
corps qui les chassent dehors. On dirait qu'il
est impossible qu'il puisse y avoir une si grande
émanation de corpuscules, qui soient tellement
répandus dans l'air, & soient emportés si loin
par un flux continuel, pour le dire ainsi, sans
que le plus souvent le corps d'où ils viennent,
en souffre aucune diminution sensible: car
quelquefois elle est fort visible, comme dans
l'évaporation de l'esprit de vin, du musc, &
de semblables substances volatiles. Mais cette
objection sera nulle, & les deux précédents principes
paraîtront plus vrai-semblables, quand nous en
aurons posé un quatrième, qui sera que tout
corps pour petit qu'il soit est divisible jusqu'à
l'infini. Non pas qu'il ait actuellement des parties
infinies (car le contraire de cela se peut
démontrer) mais qu'il se peut toujours diviser
& subdiviser en nouvelles parties, sans jamais
parvenir à la fin de sa division. Et c'est en ce
sens que nos Maîtres nous enseignent que la
quantité est infiniment divisible. Ceci est évident
à qui considérera profondément l'essence
& la raison formelle de la quantité, qui n'est
autre chose que divisibilité. Mais parce que
cette spéculation est fort subtile & Métaphysique,
je me servirai de quelques démonstrations
Géométriques pour prouver cette vérité, car
elles

@

de Sympathie. 29

elles s'accommodent mieux à l'imagination.
Euclide nous enseigne par la dixième proposition
de son sixième livre, que si on prend une ligne
courte & une autre longue, & que celle ci soit divisée
en plusieurs parties égales entr'elles, la petite
peut être divisée en autant de parties aussi égales
entr'elles, & chacune de ces parties encore en
autant d'autres, & chacune de ces dernières en
autant: & ainsi toujours sans jamais parvenir
à ce qui ne peut plus être divisé. Mais supposons
(qu'il soit impossible) qu'on puisse tant
diviser & subdiviser une ligne, qu'à la fin on
parvienne à des indivisibles, & voyons ce qui
en arrivera. Je dis donc, que puis que la ligne
se résout en indivisibles, elle en doit être composée.
Voyons si cela se vérifie. Pour cet effet
je prends trois indivisibles, lesquels, pour les
distinguer, soient A. B. & C. (car si trois
millions d'indivisibles font une longue ligne,
trois indivisibles en composeront une courte)
Je les mets donc de rang. Premièrement, voila
A. posé, puis je mets B. auprès de lui, en
sorte qu'ils se touchent: je dis qu'il faut nécessairement
que B. occupe la même place que
A. ou qu'il ne l'occupe pas. S'il occupe la
même place, les deux ensemble ne font
point d'extension: & par même raison ni 3. ni
3000. n'en feront point, mais tous ces indivisibles
s'uniront ensemble, & le résultat de tout
ne sera qu'un seul indivisible. Il faut donc que
n'étant pas tous deux en même place, mais
pourtant se touchant l'un l'autre, une partie
de A. & l'autre partie ne se touche pas. J'y
ajoute donc l'indivisible C. dont une partie
touchera la partie de B. qui ne touche point
A. & par ce moyen B. est le médiateur entre
A.

@

30 Discours de la Poudre

A. & C. pour faire cette extension. Pour
ceci, vous voyez qu'il faut admettre des
parties en B. & aussi dans les deux autres,
qui par votre supposition sont toutes indivisibles.
Ce qui étant absurde, la supposition
est impossible. Mais pour rendre la chose encore
plus claire, supposons que ces trois indivisibles
sont une extension & composent une
ligne, la proposition déjà citée d'Euclide démontre
que cette ligne peut être divisée en
trente parties égales, ou en autant qu'il vous
plaira. De sorte qu'il faut accorder que chacun
de ces trois indivisibles peut être divisé en dix
parties; ce qui est contre la nature & la définition
d'un Indivisible. Mais sans les diviser
en tant de parties, Euclide démontre par la dixième
proposition de son premier Elément,
que toute ligne se peut partager en deux parties
égales. Mais celle-ci étant composée d'indivisibles
de nombre impair, il faut que la partageant
en deux, il y air un indivisible, plus
d'un côté que de l'autre; ou que celui du milieu
soit partagé en deux moitiés. De sorte que celui
qui nie que la quantité ne se pût diviser à
l'infini, s'embarrasse en des absurdités & impossibilités
incompréhensibles: & au contraire, celui
qui l'accorde, ne trouvera point d'impossibilité,
ni d'inconvénient que les atomes de
tous les corps qui sont dans l'air, ne puissent
être divisés, étendus & portés à une merveilleuse
distance. Nos sens en font foi en quelque
façon. Il n'y a aucun corps au monde, que
nous sachions, si compacte, si pesant, & si
solide que l'or. Et néanmoins à quelle étrange
étendue & division ne se peut-il point réduire.
Prenons une once de ce métal massif, ce
ne

@

de Sympathie. 31

ne sera qu'un bouton gros comme le bout d'un
de mes doigts. Un batteur d'or fera mille feuilles
ou davantage de cette seule once. La moitié
d'une de ces feuilles suffira à dorer toute la
surface d'un lingot d'argent de trois ou quatre
onces: donnons ce lingot doré à ceux qui préparent
le fil d'or & d'argent pour en faire du
passement, & qu'ils le mettent dans leurs filières
pour le tirer à la plus grande longueur &
subtilité qu'ils peuvent: ils pourront le réduire
à la grosseur d'un cheveu, & ainsi ce filet aura
peut être un demi quart de lieue d'étendue, & encore
davantage. Et en toute cette longueur, il n'y
aura pas l'espace d'un atome dans superficie qui
ne soit couvert d'or. Voila une étrange & merveilleuse
dilatation de cette demie feuille. Faisons
de même de tout le reste de cet or battu.
Il est constant que par ce moyen, ce petit bouton
d'or peut être étendu de telle manière qu'il
arrivera de Montpellier à Paris, & pourra même
passer au delà. En combien de millions de
millions d'atomes ne se pourrait point couper
cette ligne dorée par des ciseaux déliés? Or il
est aisé à comprendre, que cette extension &
divisibilité faite par des instruments grossiers de
marteaux, de filières, & de ciseaux, n'est pas comparable
à celle qui se fait par la lumière & par
les rayons du Soleil. Car il est certain, que si
cet or peut être tiré à une si grande longueur
par des roues & par des filières de fer, quelques-
unes de ses parties pourront aussi être emportées
par les coursiers ailés dont nous avons parlé tantôt:
j'entends par les rayons qui volent en un
moment depuis le Soleil jusques à la terre. Si
je n'appréhendais de vous ennuyer par un long
discours, je vous entretiendrais de l'étrange subtilité
tilité

@

32 Discours de la Poudre

des corpuscules qui sortent d'un corps vivant
par le moyen desquels nos Chiens d'Angleterre
suivront à l'odorat, durant plusieurs lieues la
piste d'un homme ou d'une bête qui aura passé
par là quelques heures auparavant; & ainsi trouveront
l'homme ou la bête qu'on cherche. Et
non seulement cela, mais trouveront dans un
grand monceau de pierres, celle que cette personne
aura touché de sa main. Il faut que dessus
la terre & sur cette pierre il s'attache quelques
parties matérielles du corps qui y a touché, &
néanmoins ce corps ne se diminue point sensiblement,
non plus que l'ambre-gris & les peaux
d'Espagne qui exhalent leur odeur cent ans durant,
sans diminuer ni en quantité, ni en odeur.
En notre pais, on a accoutumé de semer toute
une campagne de même sorte de grains, savoir
une année d'orge, l'année suivante de froment,
la troisième de fèves; & la quatrième on laisse
la terre en friche pour la fumer, & pour la remettre
en bon état par l'attraction qu'elle fait
de l'esprit vital qui est dans l'air; & puis l'on
recommence de nouveau par ce même ordre.
Or l'année qu'elle est couverte de fèves, ceux
qui voyagent pendant qu'elles sont en fleur, les
sentent d'une fort grande distance, si le vent est
favorable. C'est une odeur suave, mais fade,
& à la longue déplaisante & entêtante. Mais
l'odeur du romarin qui vient de la côte d'Espagne,
va bien plus loin. J'ai voyagé par mer
le long de ces côtes trois ou quatre fois, & j'ai
toujours remarqué, que les Mariniers savent
quand ils sont à trente ou quarante lieues de ce
continent, je ne me souviens pas exactement de
la distance, ils ont cette connaissance par l'odeur
vive du romarin qui en vient. Je l'ai senti
moi-

@

de Sympathie. 33

moi-même, aussi fort que si j'eusse eu une branche
de romarin dans la main, & cela nous est arrivé
deux ou trois jours auparavant que nous pussions
découvrir la terre: il est vrai que le vent
était contraire. Quelques histoires nous marquent,
que des Vautours sont venus de deux ou
trois cens lieues à l'odeur des charognes des
corps morts qui étaient restés sur la terre, après
une sanglante bataille. Et l'on savait que ces
Vautours étaient venus de si loin, parce qu'il
n'y avait point de ce genre d'oiseaux plus près.
Ils ont l'odorat très-vif, & il faut que les atomes
pourris & puants de ces corps, aient été emportés
dans l'air aussi loin que cela: & que ces
oiseaux ayant une fois attrapé cette odeur,
l'aient suivie jusques à sa source, d'autant qu'elle
est plus forte, à mesure qu'elle en est plus proche.
Nous finirons ici ce que nous avions à dire
des corpuscules attirés par la lumière & par
les Rayons du Soleil de touS les corps composés
des quatre Eléments, lesquels remplisse
l'air &.sont emportés à une distance merveilleuse
du lieu & du corps où ils ont leur
source & leur origine. Dont la preuve & l'explication
a été jusques ici le but de tout mon
discours.
Maintenant, Messieurs, il faut, s'il vous plaît,
que je vous fasse voir que ces corpuscules qui
remplissent & composent l'air, sont quelquefois
attirés par une route tout à fait différente
de celle que leurs premières causes universelles
leur devaient faire tenir. Et ce fera notre cinquième
Principe. On peut remarquer dans le
cours & dans l'économie de la nature, plusieurs
sortes d'attractions. Comme celle qui se fait
par Succion, par laquelle j'ai vu une bale de
Tome II. C plomb


@

34 Discours de la Poudre

plomb au fonds d'un long fusil exactement travaille,
suivre l'air, qu'une personne suçait à
l'embouchure du canon, avec une telle impétuosité
& roideur, qu'elle lui cassa les dents.
L'attraction de l'eau ou du vin qui se fait par
un Siphon, est semblable à celle-ci: par son
moyen on fait passer une liqueur d'un vase dans
un autre sans la troubler & sans en faire monter
les fèces. Il y a une autre sorte d'attraction
qui s'appelle magnétique, par laquelle l'Aimant
attire le fer. Une autre Electrique, quand le
Carabé ou le Jayet attire la paille. Une autre de
la flamme, quand la fumée d'une chandelle éteinte
attire la flamme d'une autre qui brûle, & la fait
descendre pour allumer celle qui est éteinte. Une
autre est de Filtration, quand un corps humide
monte par un autre corps sec, ou que le contraire
arrive. Et enfin quand le feu ou quelque
substance chaude attire l'air & ce qui est mêlé
avec lui.
Nous parlerons ici seulement des deux dernières
espèces d'attraction. J'ai assez expliqué les
autres en un autre lieu. La Filtration semblera
à celui qui ne la considère pas assez attentivement,
& qui n'en examine pas toutes les
circonstances, une merveille cachée de la nature;
& une personne d'un raisonnement médiocre,
& limité, l'attribuera à quelque vertu & à quelque
propriété occulte, & se persuadera que dans
le filtre il y a une secrète Sympathie qui fait
monter l'eau contre la nature: mais celui qui
l'examinera comme il faut, observant tout ce
qui s'y passe, sans omettre aucune circonstance,
il verra qu'il n'y a rien de plus naturel, & qu'il
est impossible qu'il arrive autrement. Et il
faut faire le même jugement des plus profonds
mis-

@

de Sympathie. 35

mystères & des secrets les plus impénétrables de la
Nature, si on veut prendre la peine de les découvrir,
& si on veut les examiner comme il faut. Voici
donc comment la filtration se fait; on met
une longue languette de drap ou de coton, ou
quelqu'autre matière spongieuse, dans une terrine
d'eau ou d'autre liqueur, laissant pendre par-
dessus le bord de la terrine une bonne partie de
la languette. Et l'on voit bien-tôt monter l'eau
par le drap, passer par dessus le bord du vaisseau
& dégoutter par le bout d'en-bas de la languette
en terre, ou dans quelque vaisseau. Et
les Jardiniers se servent même de cette méthode,
pour arroser en Eté peu à peu leurs fleurs ou les
jeunes plantes: comme aussi les Apothicaires &
les Chimistes, pour séparer les liqueurs de leurs
fèces. Pour comprendre la raison pourquoi l'eau
monte ainsi, regardons de près & en détail tout
ce qui s'y passe. La partie du drap qui est
dans l'eau se mouille, c'est à dire, reçoit l'eau
parmi ses parties premièrement sèches, &
spongieuses. Ce drap s'enfle en recevant
l'eau; car deux corps joints ensemble, demandent
plus de place que ne ferait un seul. Considérons
cette enflure & extension augmentée
dans le dernier filet de ceux qui touchent l'eau,
savoir en celui qui est en superficie; lequel pour
le distinguer des autres, soit marqué par les
deux bouts, comme une ligne, & soit A. B.
le filet qui suit immédiatement & qui est au dessus
de lui, soir C. D. & le suivant E. F. puis G. H.
& ainsi jusques à l'extrémité de la languette. Je
dis donc que le filet A. B. se dilatant & grossissant
par le moyen de l'eau qui entre dans ses
fibres, s'approche peu à peu du filet C. D. qui
encore sec, parce qu'il ne touche pas l'eau.
C 2 Mais

@

36 Discours de la Poudre

Mais quand A. B. est tellement grossi & enflé
par l'eau qui y entre, qu'il remplit tout le vide
& toute la distance. qui était entre lui &
C. D. à cause de son extension plus grande que
n'était l'espace compris entr'eux deux; alors il
mouille C. D. parce que le filet A. B. étant
pressé, la partie extérieure de l'eau qui était
en lui, venant à être poussée sur C. D. y cherche
place, entre dans ses fibres, & les mouille,
de même qu'au commencement sa partie
extérieure & plus élevée était elle-même
devenue mouillée. C. D. étant ainsi mouillé,
se dilatera comme a fait A. B. & par conséquent
pressant contre E. F. il doit faire le
même effet sur lui, qu'il avait auparavant
reçu en soi par l'enflure & dilatation d'A.
B. & ainsi de main en main chaque fil
mouille sou voisin, jusques au dernier filet de
la languette. Et il ne faut pas craindre que la
continuité de l'eau se rompe, en montant
cette échelle de cordes, ni qu'elle recule en
arrière: car ces échelons si aisés la font grimper,
monter fort facilement; & il semble que
les fibres laineuses de chaque fil l'attirent à eux. Et
ainsi la facilité d'aller à contremont, jointe à la
fluidité de l'eau, & à la nature de la quantité
qui tend toujours à l'unité des substances & des
corps qu'elle revêt, lors qu'il n'y a pas quelque
cause plus puissante pour la rompre & diviser,
fait que cette eau se tient toute d'une pièce, &
passe par dessus le bord de la terrine: après quoi
son voyage est encore plus aisé, car elle va son
penchant naturel en descendant toujours en bas.
Et si le bout de la languette pend plus hors de
la terrine, l'eau dégoutte en terre, ou dans quelque
que

@

de Sympathie. 37

vaisseau: comme nous voyons qu'une corde
pesante étant pendue sur une poulie, le bout
qui est le plus long & le plus pesant, tombe à
terre & enlève l'autre plus court & plus léger
le faisant passer par dessus la poulie. Mais si le
bout extérieur de la languette, & qui est hors
de la terrine, était horizontal avec la superficie
de l'eau, & ne pendait pas plus bas qu'elle,
l'eau se tiendrait immobile; comme deux bassins
d'une balance où il y aurait égal poids en chaque
bassin. Et si l'on vidait de l'eau qui est
dans la terrine, en telle sorte que sa superficie
devint plus basse que la pointe de la languette,
en ce cas là l'eau qui monte étant devenue plus
pesante que celle qui descend de l'autre côté
hors de la terrine, elle rappellerait celle qui était
déjà sortie & prête à tomber, la ferait rebrousser
chemin & tourner en arrière sur les
pas, & rentrer dans la terrine pour se remêler
avec l'eau qui y est. Vous voyez donc tout
ce mystère, qui d'abord était si surprenant,
expliqué & rendu aussi familier & naturel,
que de voir tomber une pierre jetée en l'air.
Il est vrai que pour en faire la démonstration
avec une extrême exactitude, il y faudrait
ajouter encore quelques autres circonstances;
ce que j'ai fait au long en quelqu'autre
discours, où j'ai traité cette matière exprès.
Mais ce que je viens de dire, suffit pour donner
quelqu'idée de la manière dont cette attraction
si célèbre se fait.
L'autre attraction par le feu, lequel attire
l'air qui l'environne avec les corpuscules
qui sont dans l'air, se fait de cette sorte.
Le feu agissant selon sa nature, qui est de
pousser une continuelle exhalaison de ses
C 3 par-

@

38 Discours de la Poudre

parties, dut centre à la circonférence, & hors
de sa source, emporte avec soi l'air qui est
autour de lui; comme l'eau d'une Rivière
entraîne avec elle de la terre du canal par
lequel elle coule. Car l'air étant humide,
& le feu sec, ils ne peuvent s'empêcher de
s'attacher & se coller l'un à l'autre. Or
il faut qu'un nouvel air vienne des lieux circonvoisins,
pour remplir la place de celui qui
est emporté par le feu, car autrement il y aurais
du vide en cet entre-deux, ce que la nature
abhorre. Ce nouvel air ne demeure guères à
la place qu'il viens remplir; car le feu qui est
dans une continuelle rapidité & émanation de
ses parties, l'emporte aussi-tôt avec lui, & attire
de nouvel air: & ainsi il se forme un constant
& continuel concours d'air, tant que l'action
du feu continue. Nous voyons journellement
l'expérience de tout ceci. Car si on fait
bon feu dans une chambre, il attire l'air par la
porte & les fenêtres: lesquelles si l'on ferme,
mais que néanmoins il y ait quelque fente ou
crevasses par où l'air puisse entrer, en s'en approchant,
on entendra un bruit & sifflement
que l'air fait en se pressant pour y rentrer, qui
est la même cause qui produit le son des orgues
& des flageolets; & qui se tiendrait entre ces
fentes & le feu, il sentirait une impétuosité de
ce vent artificiel qui le morfondrait & gèlerait
du côté où il frappe, pendant qu'il se brûlerait
de l'autre côté qui est vers le feu, & une chandelle
de cire tenue de ce côté là se fondrait
se gâterais par sa flamme soufflée contre la cire
est un quart d'heure, laquelle chandelle étant
en lieu calme où sa flamme puisse monter tout
droit, durerait quatre heures en brûlant. Mais
s'il

@

de Sympathie. 39


s'il n'y a point de passage par où l'air puisse entrer
dans la chambre, alors une partie de la vapeur
du bois qui se devait convertir en flamme
& monter par la cheminée, descend contre la
nature pour suppléer au défaut de l'air, dans
cette chambre, la remplir de fumée, & à la
fin le feu s'étouffe & s'éteint faute d'air. De
là vient que les Chimistes ont raison de dire,
que l'air est la vie du feu, aussi-bien que des
animaux. Mais si l'on met un bassin ou sceau
d'eau devant le feu, il n'y aura point de fumée
dans la Chambre encore qu'elle soit si
bien fermée, qu'il n'y puisse point entrer
d'air. Car le feu attire des parties de cette eau,
étant une substance liquide & aisée a émouvoir
lesquelles se raréfient & font par ce moyen la
fonction de l'air. Cela paraît plus clairement si
la chambre est petite: car alors l'air qui y est
compris, est plutôt enlevé & emporté. Et c'est
à cause de cette attraction que l'on fait de grands
feux aux chambres où il y a eu des meubles ou
des gens pestiférés, pour les des-infecter. Car
cette inondation d'air qui y est attiré par le feu,
balaye les murailles, le plancher, & tous
les endroits de la chambre, & détache les
corpuscules pourris, acres, corrosifs & vénéneux
qui les infectaient & les attire dans le feu,
où ils sont en partie brûlés, & en partie emportés
par la cheminée avec les atomes du
même feu & de la fumée qui en sort. C'est
par ce moyen que le grand Hippocrate, qui
pénétrait si avant dans la nature, désinfecta
& guéris de la peste une Province ou Région
entière, y faisant faire par tout de grands
feux.
Or cette manière d'attraction se fait non seulement
C 4 lement

@

40 Discours de la Poudre

par le feu simple, mais aussi par ce qui
en participe; c'est à dire par les substances chaudes.
Et ce qui est la raison & la cause de l'une,
l'est pareillement de l'autre. Car les esprits
ou parties ignées s'évaporant de ces substances
ou corps chauds, emportent avec eux l'air
qui est au tour qui doit nécessairement être nourri
par un autre air, ou par quelque matière qui
tienne lieu de l'air, comme nous avons dit du
bassin ou sceau d'eau mis devant le feu pour empêcher
la fumée. C'est sur ce fondement que
les Médecins ordonnent l'application des pigeons,
des jeunes chiens, ou autres animaux
chauds aux plantes des pieds, aux pouls des mains,
l'estomac, ou au nombril de leurs malades,
pour attirer hors de leurs corps les vents ou mauvaises
vapeurs qui les infectent. Et en temps de peste
auquel l'air est entièrement infecté & corrompu,
on tue les pigeons, les chats, les chiens, & semblables
animaux chauds, qui font continuellement
une grande transpiration & évaporation d'esprits,
parce que l'air, par l'attraction qui se fait, prenant
la place des esprits qui sont sortis en cette
évaporation, les atomes pestiférés & infectés qui
sont épars dans l'air, & qui viennent avec lui,
s'attachent à leurs plumes, leur poil, ou leurs
fourrures. Et par cette même raison, nous
voyons que le pain venant tout chaud du four,
attire à soi la mousse des futailles, qu'il gâte le
vin, si on le met ainsi chaud sur le bondon, de
même les oignons & semblables corps fort chauds
qui exhalent continuellement leurs parties ignées,
ce qui se connaît par la force de leur odeur,
sont corrompus par l'infection de l'air, si on les y
expose: ce qui est un pronostic certain pour connaître
si toute la masse de l'air est universellement
ment

@

de Sympathie. 41

infectée. L'on peut réduire à ce chef,
la grande attraction de l'air qui se fait par les
corps calcinés, & particulièrement par le tartre
rendu tout igné par l'impression violente que
le feu fait sur lui. Car j'ai remarqué qu'il attire
à soi neuf fois plus pesant d'air, que ce qu'il
pèse lui-même. Pour cet effet si vous exposez à
l'air une livre de sel de tartre bien calciné &
brûlé, il vous rendra dix livres de bonne huile
de tartre, attirant & corporifiant ainsi l'air qui
l'environne, & ce qui est mêlé parmi l'air:
comme il arriva à l'huile de tartre de Monsieur
Ferrier, dont j'ai parlé ci-devant. Mais il me
semble que tout ceci est peu de chose, au prix
de l'attraction de l'air qui se faisait par le corps
d'une certaine Religieuse à Rome, dont Petrus
Servius Médecin du Pape Urbain VIII. fait
mention dans un livre qu'il a publié touchant
les prodiges surprenants qu'il a remarqués en son
temps. A moins d'un tel garant, je n'oserais
produire cette histoire, quoi que la Religieuse
me l'ait confirmée elle-même, & qu'un bon
nombre de Docteurs de la Faculté de Médecine
de Rome m'en aient assuré. C'était une Religieuse
qui par des excès de jeûnes, de veilles,
& d'oraisons mentales, s'était tellement échauffée
le corps, qu'il semblait qu'il fut tout en feu,
& ses os tout desséchés & calcinés. Ce feu interne,
attirant donc l'air puissamment; cet air
se corporifiait dans son corps, comme il fait
dans le sel de tartre: & les passages étant ouverts;
il se rendait de tout côtés là où est l'égout
des sérosités du corps, qui est la vessie; &
ensuite en eau par les urines, en une quantité
incroyable: car elle rendit durant quelques semaines
plus de deux cens livres d'eau, toutes
les

@

42 Discours de la Poudre

les vingt-quatre heures. Par cet illustre exemple,
je finirai les expériences que j'ai avancées
pour prouver & expliquer l'attraction qui se fait
de l'air par les corps chauds & ignés qui sont
de la nature du feu.
Mon sixième Principe sera, que quand le feu
ou quelque corps chaud attire l'air, & ce qui est
dans l'air; s'il arrive qu'il se trouve dans cet
air des atomes dispersés qui soient de même nature
qu'est le corps qui les attire; l'attraction
de ses atomes se fait bien plus puissamment que
s'il n'y avait que des corps de différente nature:
& ces atomes s'arrêtent, s'attachent & sans
peine se mêlent avec ce corps: la raison de ceci
est la ressemblance & la liaison qu'ils ont l'un
avec l'autre. Si je n'expliquais pas en quoi consiste,
& ce que veut dire cette ressemblance &
cette liaison, je m'exposerais au blâme dont j'ai
taxé au commencement de mon discours ceux
qui parlent vulgairement & à la légère de la Poudre
de Sympathie, & des autres merveilles de la
Nature. Mais quand j'aurai éclairci ce que je
veux dire, j'espère que vous serez entièrement
satisfaits. Je pourrais vous faire voir qu'il se
trouve plusieurs sortes de ressemblances, qui unissent
les corps: mais je me contenterai de parler
ici seulement de trois qui sont les plus importantes.
La première ressemblance est touchant
les poids, par laquelle les corps d'un même
degré de pesanteur s'unissent ensemble. La
raison de cela est évidente; car si un corps est
plus léger, il occupe une situation plus élevée que
l'autre qui est moins léger, comme au contraire
si un corps est plus pesant, il descend plus bas
qu'un moins pesant. Mais s'ils ont un même
degré de pesanteur, ils se tiennent dans un même
me

@

de Sympathie. 43

équilibre comme on le voit par l'expérience
curieuse que quelques Naturalistes ont faite
pour expliquer la situation & l'arrangement des
quatre Eléments selon leur poids & leur pesanteur.
Ils mettent dans une fiole de l'esprit de
vin teint de couleur rouge, pour représenter le
feu; de l'esprit de térébenthine teint en bleu,
pour l'air: de l'eau commune teinte en vert,
pour représenter l'élément de l'eau: & de l'émail
en poudre, ou de la limaille de quelque
métal solide, pour tenir lieu de la terre. Vous
les voyez l'un sur l'autre sans aucun mélange.
Et si vous les brouillez ensemble par quelque
violente agitation, voila un vrai Chaos une confusion
où l'on ne discerne plus rien. Mais cessez
cette agitation, & vous voyez incontinent
après chacune de ces quatre substances aller en
son lieu naturel, rappelant & réunissant tous
leurs atomes en une masse dans un ordre fort
distinct, & de sorte que l'on n'y voit plus aucun
mélange. La seconde ressemblance des corps
qui s'entre-attirent & s'unissent, est de ceux qui
ont semblables degrés de rareté & de densité.
La nature de la quantité, est de réduire à l'unité
toutes les choses auxquelles elle se trouve,
à moins que quelqu'autre puissance plus forte,
comme de différentes formes substantielles, qui
la multiplient, ne s'y opposent. Et la raison de
cela est évidente: car l'essence de la quantité est
la divisibilité, ou une capacité à être divisée;
d'où il s'ensuit, que d'elle-même elle n'est pas
plusieurs: elle est donc d'elle-même & de sa nature
une extension continue. Puis donc que la
nature de la quantité en général, tend à l'unité
& continuité; il faut que les premières différences
de la quantité, qui sont la rareté & la
densité,

@

44 Discours de la Poudre

densité, produisent un semblable effet d'unité &
de continuité ès corps qui conviennent en même
degré. Pour preuve de cela, nous voyons
que l'eau s'unit & s'incorpore aisément avec l'eau,
l'huile avec l'huile, l'esprit de vin avec l'esprit
de vin, le vif-argent avec le vif-argent, mais
difficilement l'huile & l'eau se peuvent-elles unir,
ni aussi le mercure & l'esprit de vin, & autres
corps de différente densité & ténuité. La troisième
ressemblance des corps qui les unit & les
fait tenir fortement ensemble, est celle de la figure.
Je ne peux pas me servir ici de l'ingénieuse
pensée d'un Auteur célèbre, qui veut que la
continuité des corps résulte de quelques petits
accrochements qui les tiennent ensemble, & qui
sont différents aux corps de différente nature.
Mais pour ne m'étendre pas trop sur chaque particularité,
je dirai seulement comme une chose
qui est évidente, que chaque sorte de corps affecte
une figure particulière. Nous le voyons
clairement parmi les différentes sortes de sel.
Pilez-les séparément, dissolvez, coagulez
changez-les tant qu'il vous plaira, ils reviennent
toujours après chaque dissolution & coagulation
à leur figure naturelle; & chaque atome
du même sel, affecte toujours la même
figure. Le sel commun se forme toujours en
cubes à faces carrées. Le sel nitre en colonnes
à six faces. Le sel armoniac en hexagones
à six pointes, de même que la neige est sexangulaire.
Le sel d'urine en pentagones: à quoi
Monsieur Davisson attribue la figure pentagonale
de chacune des pierres qui se trouvèrent en
la vessie de Monsieur Pelletier, au nombre de
quatre-vingt. Car la même cause efficiente immédiate,
qui est la vessie, avait imprégné son
action

@

de Sympathie. 45

action & dans ces pierres, & dans le sel de l'urine.
Et ainsi de plusieurs autres sels. Les Chimistes
ont remarqué que s'ils reversent sur la tête
morte de quelque distillation, l'eau qui en a été
distillée, elle s'y imbibe, & s'y réunit incontinent;
au lieu que si vous y versez quelqu'autre
eau, elle surnage, & difficilement peut-elle s'y
incorporer. La raison est que cette eau distillée,
qui semble un corps homogène, est pourtant
composé de corpuscules de différentes natures,
& par conséquent de différentes figures
comme les Chimistes le montrent à l'oeil, &
ces atomes étant chassés par l'action du feu hors
de leurs chambres, & des lits qui leur étaient
approprier avec une très-exacte justesse; quand
ils reviennent à leurs anciennes habitations,
c'est à dire, à ces pores qu'ils ont laissé vides
dans les têtes mortes, ils s'y accommodent, en
se rejoignant sans peine. Et le même arrive quand
il pleut après une grande sécheresse; car la terre
boit incontinent cette eau qui en avait été attirée
par le Soleil: au lieu que toute autre liqueur
étrangère n'y entrerait qu'avec difficulté.
Or qu'il y ait des pores de différentes figures
dans des corps qui semblent être homogènes,
Monsieur Gassendi l'affirme, & tâche de le
prouver par la dissolution des sels de différentes
figures dans l'eau commune. Quand, dit-il,
ou à cet effet, vous y aurez dissout du sel commun
autant qu'elle en peut prendre, supposons
par exemple une livre; si vous y en mettez encore
un scrupule seulement, elle le laissera entier
au fond, comme si c'était du sable ou du
plâtre, néanmoins elle dissoudra encore une bonne
quantité de sel nitre. Et quand elle ne touchera
plus à ce sel, elle dissoudra autant de sel
armo-

@

46 Discours de la Poudre

armoniac, & ainsi d'autres sels de différentes figures.
Quoi qu'il en soit nous voyons que par
l'économie de la nature, les corps qui possèdent
semblables figures, se mêlent plus facilement, &
s'unissent plus fortement. Ce qui est la raison
pourquoi ceux qui font de la colle forte pour
rejoindre les vases rompus de porcelaine, ou de
cristal, ou semblables matières, mêlent toujours
parmi leur colle de la poudre de semblable
corps qu'est celui qu'ils veulent réunir. Et
les Orfèvres mêmes quand ils veulent souder ensemble
des pièces d'or ou d'argent, mêlent toujours
semblables métaux dans leur soudure.
Ayant ainsi parcouru les raisons & les causes
pourquoi les corps de semblable nature s'attirent
plus puissamment que les autres, & s'unissent
plus promptement & plus fortement ensemble;
voyons selon notre méthode, comment l'expérience
confirme mon raisonnement: car aux
matières, il faut s'en rapporter en dernier ressort
à l'expérience, & tout discours qui n'est pas
soutenu par là, doit être rejeté. C'est une
chose sûre, que quand un homme s'est brûlé,
par exemple la main, s'il la tient quelque espace
de temps devant le feu, par ce moyen, les
corps ou atomes ignés du feu & de la main se
mêlant & s'attirant les uns les autres, & les
plus forts, qui sont ceux du feu, l'emportant
par dessus les autres, la main se trouve beaucoup
soulagée de l'inflammation qu'elle souffrait. C'est
un remède ordinaire, quoi que fâcheux, mais
pour un mal plus fâcheux que ne fait-on pas?
que ceux qui ont l'haleine mauvaise, s'ils tiennent
la bouche ouverte à l'embouchure d'un privé
le plus qu'ils peuvent, par la réitération de
ce remède, ils se trouvent enfin guéris, parce
que

@

de Sympathie. 47

que la puanteur du privé qui est la plus grande
attire à soi & emporte la moindre, qui est celle
de la bouche. Si ceux qui ont été mordus ou
piqués d'une vipère ou d'un scorpion, tiennent
sur la piqûre un scorpion, ou une tête de vipère
éclatée; le poison qui par une espèce de
filtration s'avançait pour gagner le coeur, retourne
en arrière sur ses pas, & revient à sa
principale source, où il y en a plus grande quantité,
& laisse la partie blessée entièrement délivrée
de ce venin. Si en temps de peste l'on porte
autour de soi de la poudre de crapauds, ou
même un crapaud ou une araignée vive enfermée
en quelque vaisseau commode, ou de l'arsenic,
ou quelqu'autre semblable substance vénéneuse,
laquelle attire à soi l'infection de l'air,
qui autrement pourrait infecter la personne qui
la porte. Et cette même poudre de crapauds attire
aussi à soi tout le poison d'un charbon pestilentiel.
Le farcin est une humeur venimeuse
& contagieuse dans le corps d'un cheval; pendez
lui un crapaud autour du col dans un sachet
& il sera guéri infailliblement; parce que le
crapaud qui est le plus grand venin attire à soi
le venin qui est dans le cheval. Faites évaporer
de l'eau dans une étuve ou une chambre
bien fermée; s'il n'y a rien qui attire cette vapeur,
elle s'attachera par tout aux murailles de
l'étuve, & à mesure qu'elle se refroidit, elle se
recondensera en eau; mais si vous mettez un
bassin ou sceau plein d'eau en quelqu'endroit de
l'étuve, il attirera à soi toute la vapeur qui remplissait
la chambre, en sorte qu'après cela, on
n'y trouvera rien de mouillé. Si vous distillez du
Mercure, qui se résolvant en fumée, passe dans
le récipient, mettez-en un peu dans la rigole
de

@

48 Discours de la Poudre

de la chape, & tout le mercure de l'alambic
s'amassera là, & rien ne passera dans le récipient.
Si vous distillez l'esprit de sel ou de vitriol,
ou le baume de souffre, & laissez le passage
libre entre l'esprit & la tête morte d'où il
est sorti, les esprits retournant à la tête morte,
qui étant fixe & ne pouvant monter, les
attire à soi. En Angleterre, & je crois que c'est
le même ici, l'on fait provision pour toute l'année
de Pâtés de Cerfs & de Daims, en la saison
que leur chair est meilleure & plus savoureuse,
qui est durant le mois de Juillet, & d'Août:
on les cuit dans des pots de terre, ou croûte
dure de seigle, après les avoir bien assaisonnés
d'épices & de sel; & étant froids, on les couvre
six doigts de haut de beurre frais fondu;
pour empêcher que l'air ne les entame. On remarque
pourtant, quelques précautions que l'on
prenne, que quand les bêtes vivantes qui sont
de même nature & de même espèce, sont en Rut,
la chair qui est dans ces pots s'en ressent puissamment,
est grandement altérée, & a le goût
fort à cause de ces esprits bouquains qui sortent
en cette saison des bêtes vivantes, & sont attirés
par la chair morte de leur même espèce. Et
alors on a de la peine d'empêcher que cette
chair ne se gâte. Mais cette saison étant passée,
il n'y a plus de danger pour tout le reste de
l'année. Les Marchands de vin remarquent en
ces Pays ci & par tout où il y a du vin, qu'en
la saison que les vignes sont en fleur, le vin qui
est dans la cave fait une fermentation, & pousse
une petite lie blanche, qu'il me semble qu'on
appelle la mère, sur la superficie du vin; lequel
est en désordre jusques à ce que les fleurs des
vignes soient tombées; & alors cette agitation
ou

@

de Sympathie. 49

ou fermentation s'étant apaisée, tout le vin revient
en l'état où il était auparavant. Et ce
n'est pas d'aujourd'hui seulement qu'on a fait cette
remarque: car, pour ne rien dire de plusieurs
Auteurs qui en parlent, Saint Ephrem le Syrien,
dans son dernier testament, il y a près de 1300.
ans rapporte cette même circonstance du vin qui
souffre une agitation & qui se fermente dans le tonneau
au même temps que les vignes exhalent
leurs esprits à la campagne: il avance aussi
l'exemple des oignons secs qui germent dans
le grenier, quand ceux qui sont semés dans les
jardins commencent à sortir de la terre & à embaumer
l'air de leurs esprits. Voulant faire remarquer
par ces exemples connus dans la nature,
l'étroite union qui est entre les personnes vivantes
& les âmes des morts. C'est que ces esprits
vineux qui émanent des fleurs, remplissant l'air
de tous côtés, comme les esprits du romarin
d'Espagne, dont nous parlions tantôt; ils sont
attirés dans les tonneaux par le vin qui leur
tient lieu de source, & qui a abondance de semblables
esprits. Et ces nouveaux esprits volatils survenant,
excitent les esprits les plus fixes du vin
& y causent une fermentation, comme si on y
versait du vin doux ou du vin nouveau. Car en
toute fermentation il se fait une séparation des
parties terrestres & des parties huileuses, qui le
poussent hors des parties essentielles, & ainsi les
plus légères montent vers la superficie, & les plus
pesantes se changent en lie tartreuse qui tombe
au fond. Mais si dans cette saison on n'a pas
le soin de garder le vin dans un lieu propre &
bien tempéré, de tenir les vaisseaux pleins & bien
bouchés, & de prendre les autres précautions
qui sont ordinaires aux Tonneliers: l'on court
Tome II. D ris-


@

50 Discours de la Poudre

risque de voir le vin s'empirer beaucoup; parce
que ces esprits volatils venant à s'évaporer, ils
emportent avec eux les esprits du vin qu'ils ont
excités & avec lesquels ils se sont mêlés. Tout
de même que l'huile de tartre de Monsieur
Ferrier, attirant les esprits volatils des roses
répandus dans l'air en leur saison, souffrait
une nouvelle fermentation, & faisait tous les
ans une nouvelle attraction de semblables esprits,
à cause de l'affinité que cette huile avait contractée
avec ces esprits dans sa première naissance;
& puis après en était privé, comme la saison
se passait. C'est pour cette même raison
qu'une nappe ou une serviette tachée d'une mûre
on de vin rouge, est aisément nettoyée en la
lavant à la saison que ces plantes fleurissent, au
lieu qu'en tout autre temps ces taches ne cèdent
point à la lessive. Mais ce n'est pas tellement
en France & aux lieux où les vignes sont proches
du vin, que cette fermentation se fait. En
Angleterre, où nous n'avons pas assez de vignes
pour en faire du vin, la même chose s'observe,
& encore quelques particularités de plus.
Quoi qu'on ne fasse point de vin dans ce pays,
nous en avons pourtant en très-grande abondance,
qui s'y apporte de dehors. Il en vient
principalement de trois endroits, des Canaries,
d'Espagne, & de Gascogne. Or ces régions
étant en différents climats & degrés de latitude,
& par conséquent l'une plus chaude que l'autre,
où les mêmes arbres & les plantes fleurissent plutôt
les uns que les autres; il arrive que cette
fermentation de nos différents vins s'avance plus
ou moins, selon que les vignes dont ils proviennent,
fleurissent plus tôt ou plus tard en leur pays;
étant conforme à la saison que chaque vin attire
plus

@

de Sympathie. 51

plus aisément les esprits des vignes d'où il
provient que des autres. Je ne saurais m'empêcher
dans cette occasion de faire une petite digression
pour expliquer un autre effet de la nature
que nous voyons assez souvent, & qui n'est
pas moins curieux que le principe que nous traitons.
Il semblera peut-être avoir ses causes & ses
ressorts encore plus obscurs, néanmoins ils dépendent
en plusieurs circonstances de mêmes
principes, quoi qu'en d'autres aussi ils soient
différents. C'est touchant les marques qui arrivent
aux enfants quand leurs mères durant leurs
grossesses ont eu envie de manger de quelque
chose. Pour le traiter dans quelque ordre, j'en
proposerai premièrement quelques exemples.
Une Dame de haute qualité que plusieurs de
cette Assemblée connaissent, au moins par réputation,
a sur son col la figure d'une mûre, aussi
exacte & aussi naturelle qu'un Peintre ou un Sculpteur
la pourraient représenter: car elle n'en a pas
seulement la couleur, mais aussi la grosseur,
avançant par dessus la chair, comme si elle était
en demi relief; La mère de cette Dame étant
grosse d'elle, eut envie de manger des mûres;
& son imagination en étant remplie, la première
fois qu'elle en vit, il lui en tomba une
par accident sur le col; on essuya aussi-tôt &
avec soin le suc de cette mûre, & elle n'en
sentit autre chose pour lors; mais l'enfant étant
né, on aperçut la figure d'une mûre sur son
col, au même endroit où le fruit était tombé
sur le col de la mère: & tous les ans à la saison
des meures, cette impression, ou pour dire
mieux, cette excroissance s'enfle, grossit, démange,
& devient enflammée. Une autre fille
qui avait une semblable marque, mais d'une fraise,
D 2 en

@

52 Discours de la Poudre

en était encore plus incommodée: car en la
saison des fraises, non seulement elle démangeait
& s'enflammait, mais elle se crevait comme
un abcès, & il en découlait une humeur
acre & corrosive: jusques à ce qu'un habile
Chirurgien lui ôta tout, jusques aux racines,
par le moyen d'un cautère, & depuis cela elle
n'a jamais senti aucun changement en cet endroit
qui l'incommodait tant auparavant, n'y
étant resté qu'une simple cicatrice.
Or donc, tâchons de pénétrer, si nous pouvons,
les causes & les raisons de ces merveilleux
effets. Pour commencer, je dis que dans
les actions de tous nos sens, il y a une participation
matérielle & corporelle, c'est à dire que
quelques atomes des corps qui agissent sur les
sens, entrent dans leurs organes, qui leur servent
de tuyaux, pour les conduire & les porter au
cerveau & à l'imagination. Ceci est évident
aux odeurs & au saveurs. Et pour ce qui est de
l'ouïe; l'air extérieur agité, cause un mouvement
dans la membrane ou tympan de l'oreille,
qui donne un semblable branle au marteau qui
y est attaché; lequel battant sur son enclume
cause un réciproque mouvement de l'air enfermé
au dedans de l'oreille: & ce mouvement
de l'air est ce que nous appelons le son. Pour
la vue:, il est évident, que la lumière réfléchie
du corps qui le voit, entre dans les yeux,
& ne peut le faire qu'elle n'amène avec soi quelques
émanations du corps même qui la réfléchit,
selon ce que nous avons établi dans le second
principe. Il reste seulement à montrer, que le
même se fait dans le plus grossier de nos sens
qui est l'attouchement. Car s'il est vrai, comme
nous l'avons prouvé, que tout corps envoie une
con-

@

de Sympathie. 53

continuelle émanation d'atomes hors de soi, il
n'y reste plus de difficulté. Mais pour rendre
cette vérité encore plus manifeste, & ôter tout
lieu d'en douter, je la veux démontrer évidemment,
& chacun en peut faire l'expérience en
un quart-d'heure, s'il a cette curiosité, & encore
en moins de temps. Je crois que vous savez
la grande affinité qui est entre l'or, & le
vif-argent; si l'or le touche, le mercure s'attache
à lui, & le blanchit en sorte qu'il ne semble
plus être or, mais argent seulement. Si
vous jetez cet or blanchi dans le feu, la
chaleur chasse le mercure, & l'or retourne
à sa première couleur; mais si vous répétez
cette expérience plusieurs fois, l'or se calcine,
& alors vous le pouvez broyer & réduire
en poudre. Et il n'y a aucun dissolvant au
monde qui puisse bien calciner & brûler le corps
solide de l'or, que le mercure. Je parle de celui
qui est déjà formé par la nature, sans m'engager
à parler de celui dont il est fait mention
dans les secrets des Philosophes. Prenez donc
du mercure dans quelque tasse de porcelaine ou
autre vase propre, & maniez-le avec les doigts
d'une main; & si vous avez une bague d'or à
l'autre main, elle deviendra blanche & chargée
de mercure, sans que vous l'en approchiez en
aucune façon. De plus, si vous mettez une
lame d'or ou un écu d'or dans vôtre bouche, &
que vous mettiez seulement le doigt d'un de vos
pieds dans du mercure; & l'y teniez un peu,
l'or qui est dans vôtre bouche sera tout blanc &
couvert de mercure: & si vous mettez cet or
au feu pour en faire évaporer tout le mercure,
& que vous réitériez cette expérience assez de
fois, vôtre or sera calciné, comme si vous aviez
D 3 jont

@

54 Discours de la Poudre

joint corporellement le mercure par amalgame.
Et tout cela se fera encore plus vite & plus efficacement:
si au lieu de mercure commun, vous
vous servez de mercure d'antimoine; qui est
bien plus chaud & plus pénétrant: & même en
le chassant par le feu, il emportera avec lui
une bonne quantité de la substance de l'or: de
sorte que répétant souvent cette opération, il ne
vous restera plus d'or pour continuer ces épreuves.
Si donc le mercure froid pénètre ainsi par
tout le corps, on ne doit pas trouver étrange
que les subtils atomes d'un fruit composé de
beaucoup de parties ignées, y aillent plus aisément
& plus vite. Je vous ferai encore voir dans la
suite comment de semblables esprits & émanations
pénètrent aussi soudainement dans l'acier,
quoi qu'il soit si dur & si froid, & qu'ils font là
leur résidence durant plusieurs mois & plusieurs
années. Dans un corps vivant, comme est celui
de l'homme, les esprits internes aident &
donnent beaucoup de facilité aux esprits de dehors,
tels que sont ceux du fruit, pour faire
aisément leur voyage jusques au cerveau. Le
grand Architecte de la nature, en fabriquant le
corps humain, chef-d'oeuvre de la nature corporelle,
y a mis des esprits internes, comme
des sentinelles, pour rapporter leurs découvertes
à leur Général; c'est à dire à l'imagination,
qui est comme la maîtresse de toute cette famille,
afin que l'homme puisse savoir & reconnaître
ce qui se fait hors de son Royaume,
dans le grand monde; & qu'il puisse éviter ce
qui lui pourrait nuire, & chercher ce qui lui
est utile. Car ces sentinelles ou esprits internes,
& tous les habitants des organes sensitifs, n'en
sauraient juger seuls. De sorte que si la pensée
sée

@

de Sympathie. 55

ou l'imagination est fortement distraite sur
quelqu'autre objet, ces esprits internes ne savent
pas seulement si l'homme a bu le vin qu'il
vient d'avaler; s'il a vu quelque personne qui
vient de le saluer, pendant qu'il la regardait
fixement, s'il a ouï l'air qu'on venait de chanter
ou jouer sur les violons auprès de lui. Car
les esprits internes portent toutes leurs acquisitions
à l'imagination; & si elle n'est pas plus
fortement occupée sur quelqu'autre objet, elle
en forme des idées & des images, d'autant que
les atomes de dehors rapportés par ces esprits
internes à nôtre imagination, bâtissent là un
édifice pareil, ou plutôt un modèle en petit;
tout à fait ressemblant aux grands corps d'où ils
sortent. Et si notre imagination n'a plus affaire
de ces atomes significatifs pour le présent, elle
les range en quelque lieu propre dans son magasin,
qui est la mémoire, d'où elle les peut
rappeler & reprendre quand il lui plaît. Et si
c'est quelque objet qui cause à l'imagination quelque
émotion, & qui la touche de plus près que
le commun des objets qui y entrent; elle renvoie
ses satellites, les esprits internes, aux confins
pour lui en rapporter des nouvelles plus particulières:
& de là vient que quand un homme
est surpris par la vue inopinée de quelque
personne, ou d'un objet qui a déjà une place
éminente dans son imagination, soit de désir,
soit d'aversion, alors cet homme change aussitôt
de couleur, & devient rouge, puis pâle,
puis rouge encore, par diverses fois, selon que
ces Ministres qui sont ces esprits internes, vont
vite ou lentement vers l'objet, puis s'en retournent
avec leurs rapports vers l'imagination qui
est leur maîtresse. Mais outre ces passages dont
D 4 nous

@

56 Discours de la Poudre

nous parlons, qui vont du cerveau aux parties
externes du corps par le moyen des nerfs; il y
a encore un grand passage du cerveau au coeur,
par lequel les esprits vitaux montent du coeur au
cerveau pour être faits animaux, & par celui-
ci, l'imagination envoie au coeur une partie
de ces atomes qu'elle a reçu de quelque objet
externe: & ils font là une ébullition parmi
les esprits vitaux, lesquels selon la nature des
atomes survenants, ou causent un évanouissement
& dilatation du coeur; ou bien ils resserrent &
attristent; & ces deux actions différentes & contraires
sont les premiers effets généraux, desquels
proviennent puis après les passions particulières,
qui ne demandent pas que je les
examine en cet endroit, l'ayant fait fort
particulièrement autre part, où j'ai traité cette
matière à fond. Outre ces passages, qui sont
communs à tous les hommes & aux femmes; il
y en a un autre tout particulier aux femmes,
qui est de leur cerveau à la matrice: par lequel
il arrive quelquefois qu'il monte au cerveau
des vapeurs si violentes & en si grand nombre,
qu'elles empêchent les actions du cerveau & de
l'imagination, causent des convulsions, des
folies, & autres funestes accidents; & par le
même canal, les esprits ou atomes passent avec
une grande liberté & une grande vitesse à la matrice,
quand il en est besoin.
Maintenant, considérons comme l'imagination
forte d'une personne, agit merveilleusement sur
celle d'une autre qui l'a plus faible & passive.
Nous voyons à toute heure que si une personne
baille, tous ceux qui la voient bailler, sont excités
à faire de même. Si l'on se rencontre
parmi les personnes qui rient avec excès, on
a

@

de Sympathie. 57

a de la peine de s'empêcher de rire; quoi qu'on
ne sache pas le sujet pourquoi les autres rient.
Si l'on entre dans une maison où tout le monde
est triste, ou devient mélancolique, car
comme on dit, Si vis me flore, dolendum est
primum ipsi tibi. Les femmes & les enfants étant
fort humides & passifs sont les plus susceptibles
de cette contagion désagréable de l'imagination.
J'ai connu une femme qui étant fort mélancolique
& sujette aux maux de mère, se croyait
possédée, & faisait d'étranges actions, qui parmi
les moins avisés passaient pour des effets surnaturels
& d'une possédée. C'était une personne
de condition; & tout cela lui fut causé par
un grand ressentiment qu'elle eut de la mort de
son mari. Elle avait auprès d'elle quatre ou cinq
jeunes Demoiselles, dont quelques-unes étaient
les parentes, d'autres la servaient dans sa chambre.
Toutes celles-ci devinrent possédées comme
elle, & faisaient d'aussi étranges actions. On
sépara ces jeunes filles d'avec elle, & on leur ôta
toute sorte de communication; & comme leur mal
n'avait pas encore contracté de si profondes racines,
elles furent toutes guéries par l'absence seule
de ce qui les infectait: & cette Dame même fût
aussi guérie par le médecin, qui purgea ses humeurs
atrabilaires, & remit sa matrice en bon état. Il
n'y avait point là de fourberie ni de dissimulation.
Je pourrais faire le récit de semblables choses arrivées
aux Religieuses de Loudun: mais l'ayant
autrefois fait eu un discours particulier à mon
retour de leur Pays, où je discutai le tout fort
exactement, je n'en dirai pas davantage, & je
n'ajouterai à cette matière autre chose, sinon
qu'il faut vous souvenir que lors qu'il y a deux
Luts ou deux Harpes proches l'une de l'autre,
accor-

@

58 Discours de la Poudre

accordés sur même ton; si vous touchez une
corde d'une des Harpes, une autre qui lui est
consonante en l'autre Harpe, se remuera en même
temps, quoi que personne la touche. De quoi
Galien a fort ingénieusement rendu raison.
Pour donc appliquer à nôtre matière tout ce
que j'ai rapporté sur ce sujet: je dis, que puis
qu'il est impossible que deux personnes séparées
soient si intimement unies l'une à l'autre comme est
l'enfant à sa mère, lors qu'il est encore dans
la matrice: on peut conclure de là, que toutes
les qualités d'une imagination forte & véhémente,
agissant sur une autre faible, passive &
tendre, doivent être plus efficaces en la mère
agissant sur son enfant, que quand les imaginations
d'autres personnes agissent sur celles qui
ne leur sont rien. Et comme il est impossible
qu'aucun Maître de Musique, pour expert &
exact qu'il soit, puisse jamais accorder en consonance
deux Harpes l'une avec l'autre, si parfaitement
que fait le grand Maître de l'Univers
les deux corps de la Mère & de l'Enfant: aussi
suit-il par conséquent, que la concussion qui se
fait de la principale corde de la mère, qui est
son imagination, doit produire un plus grand
branlement dans la consonance de l'enfant, savoir
aussi son imagination, que ne fait la corde
touchée d'un Lut sur la corde qui lui est
consonante dans l'autre. Et quand la mère
envoie des esprits à quelque partie de son
corps; il faut que d'autres de semblable nature
aillent à semblable partie du corps de son enfant.
Or donc rappelons en nôtre mémoire
comment l'imagination de la mère est
remplie des atomes corporels qui viennent de la
mûre, ou de la fraise qui lui était tombée sur
le

@

de Sympathie. 59

le sein; & son imagination étant alors en grande
émotion par cet accident, il arrive qu'elle
doit envoyer une bonne partie de ces atomes au
cerveau de l'enfant, & aussi à pareille partie
de son corps, comme est celle où elle a reçu le
premier coup; & entre laquelle & son cerveau
passent de si fréquents & si vites messagers, comme
nous l'avons dépeint. L'enfant aussi de son
côté (qui a les parties accordées en consonance
avec celles de sa Mère, ne manque point d'observer
le même mouvement d'esprits entre son
imagination & son col, ou son sein: que fait
sa mère entre les siens; & ses esprits étant accompagnés
des atomes de la mûre que sa mère
a envoyés à son imagination, ils font une
impression profonde & permanente sur sa peau
délicate; pour lequel effet, celle de sa mère est
trop dure. Comme si l'on tire un Pistolet
chargé de poudre seulement contre un marbre,
la poudre ne fait autre chose que le salir un peu,
mais il est incontinent nettoyé en le frottant;
au contraire si on le décharge contre le visage
d'un homme, les grains de poudre pénètrent la
peau, il s'y attachent & y demeure réellement
imprimés durant toute la vie, & se font connaître
& voir par leur propre couleur noire,
ou bleuâtre qu'ils conservent toujours. De même
les petits grains ou atomes du fruit qui ont passé
du col de la mère à son imagination, & de
là à pareil endroit de la peau de l'enfant, se
logent là, & y demeurent continuellement, &
servent d'amorce pour attirer les atomes de pareil
fruit espars dans l'air en leur saison, comme le
vin dans le tonneau, ou une tache sur du
linge, attire à soi les esprits volatils des fleurs
des signes en leur saison, & en les attirant, la
par-

@

60 Discours de la Poudre

partie de la peau où ils résident, se fermente,
s'enfle, démange, s'enflamme, & même quelquefois
se crève. Mais pour rendre encore plus
considérable la merveille de ces marques d'envie,
puisque nous sommes sur ce sujet, je ne
saurais m'empêcher de toucher encore une autre
circonstance, qui semblerait d'abord
porter ce miracle de la nature au delà des causes
que j'en viens de donner: mais cet effet,
après l'avoir bien examinée, nous verrons qu'elle
dépend absolument des mêmes, principes.
C'est que souvent il arrive que l'impression de la
chose désirée se fait sur l'enfant, sans qu'elle
touche, ou tombe sur le corps de la mère: il
suffit que quelqu'autre chose tombe ou batte
à l'imprévu sur quelque partie du corps de la
femme enceinte; pendant que telle envie domine
dans son imagination, & la figure de la
chose ainsi désirée, se verra ensuite imprimée
sur la même partie du corps de l'enfant, que
celle de la mère qui a reçu le coup. La raison
de ceci est: que les atomes de la chose désirée
enlevez par la lumière, vont au cerveau de la
femme grosse par le canal des yeux, aussi-bien
que d'autres atomes plus matériels, provenant
de l'attouchement corporel, iraient là par le
moyen des nerfs. Et de ces corpuscules, la
mère forme en son imagination un modèle complet
du gros & total d'où ils émanent. Que si
la femme n'est attaquée qu'intérieurement, ces
atomes qui sont en son imagination, vont
directement à son coeur, & de là à l'imagination
& au coeur de l'enfant, ainsi ne causent
qu'un renforcement de la passion en tous
deux; laquelle peut être portée à une impétuosité
si violente, que si la mère ne jouit de l'objet
jet

@

de Sympathie. 61

désiré, cette passion peut causer la ruine de
l'un & de l'autre: ou du moins préjudicier notablement
à leur santé; Cependant, si quelque
coup inopiné surprend la mère en quelque partie
de son corps, les esprits qui résident dans
le cerveau, sont incontinent envoyez là par son
imagination, comme il arrive, non seulement
en ces cas d'envie, mais en tous autres semblables
coups de surprise; aussi-bien parmi les
hommes que parmi les femmes, & ces esprits
s'y transportent avec d'autant plus d'impétuosité
que la passion est plus violente: de
même qu'une personne qui aime passionnément
une autre, court promptement à la porte
toutes les fois que quelqu'un y vient heurter,
ou que Hylax in limine latrat, espérant toujours
que c'est celui qui occupe entièrement ses
pensées (car, qui amant ipsi fibi omnia fingunt\)
qui lui vient rendre visite. Et ces esprits émus
par ce coup inopiné, étant alors mêlez avec les
corpuscules ou atomes de la chose désirée qui occupait
si puissamment sa fantaisie, ils les mènent
avec eux à la partie frappée de son corps, &
encore à la même partie du corps de l'enfant,
aussi-bien qu'à son imagination. Et après cela
tout ce qui en arrive est la même chose, aussi-bien
à l'enfant qu'à la mère, comme quand la mûre
ou la fraise tombèrent sur le sein ou sur le col des
Dames dont je vous ai entretenu.
Permettez-moi, Messieurs, de prolonger ma
digression encore d'un mot, pour vous raconter
un accident merveilleux, connu de toute la
Cour d'Angleterre, pour confirmer de l'activité
& l'impression que fait l'imagination de
la mère sur le corps de l'enfant dont elle est
grosse. Une Dame ma parente (c'était ma
Nié-

@

62 Discours de la Poudre

Nièce de Fortefeu, fille du Comte Arondel,
me venait voir quelquefois à Londres. Elle
était fort belle & bien faite: & elle le savait
bien, étant bien aise non seulement de conserver
ses agréments mais encore d'y en ajouter des
nouveaux. Elle se persuadait que les mouches
qu'elle mettait sur son visage lui donnaient beaucoup
de grâce: c'est pourquoi elle était soigneuse
d'en porter des plus galantes. Mais comme
il est bien difficile de tenir une modération
aux choses qui dépendent plutôt de l'opinion
que de la nature, elle en portait avec excès, & s'en
chargeait tout le visage. Quoi que cela ne me
revint guères, que j'eusse pu prendre la liberté
d'en dire mon sentiment, & qu'elle l'aurait
trouvé bon: néanmoins il ne me semblait pas
à propos de lui rien dire qui pût lui causer du
chagrin, pendant qu'avec tant de bonté & de douceur
elle me venait rendre les agréables visites
je m'avisai toutefois un jour de l'en railler de
telle façon, qu'elle n'en fut point mécontente,
me souvenant que ridentem dicere verum, quid vetat\?
Et ainsi je fis tomber nôtre discours sur sa
présente grossesse, lui recommandant d'avoir
soin de sa santé, dont elle était assez négligente,
selon la coutume des jeunes femmes vigoureuses,
qui ne savent encore ce que c'est que
d'être sujettes aux indispositions. Elle me remerciait
de mes soins, me témoignant qu'elle
ne croyait pas qu'elle dût rien faire d'extraordinaire
pour la santé qui était parfaite, quoi
qu'elle fut grosse. Au moins, lui dis-je, vous
devriez donc avoir égard à vôtre enfant. O!
pour cela, dit-elle, il n'y a rien que je ne fasse
de ce qui pourra contribuer à son bien. Mais
cependant, lui répliquai-je, voyez combien de
mou-

@

de Sympathie. 63

mouches vous portez au visage¨ N'avez-vous
pas peur que vôtre enfant ne naisse avec de semblables
marques sur le sien; mais quel danger y
a-t-il, dit-elle, & quelle apparence que mon
enfant naisse avec des taches au visage, parce
que je porte des mouches? Vous n'avez pas
donc ouï dire, repris-je, les impressions
surprenantes que font les imaginations des
mères sur le corps de leurs enfants, pendant
qu'elles sont grosses? Je vais vous en raconter
quelque chose. Et ainsi je lui fis récit
de plusieurs histoires sur ce sujet; comme
de la Reine d'AEthiopie qui accoucha d'un
enfant blanc, qu'on attribuait au portrait de
notre-Dame qu'elle avait à la ruelle de son lit,
& auquel elle avait une grande dévotion: l'autre
d'une femme qui accoucha d'un enfant velu,
par la vue d'un portrait de Saint Jean-
Baptiste au désert, habillé d'une tunique de poil
de Chameau. Je lui racontai aussi l'étrange antipathie
que le défunt Roi Jaques avait pour
une épée nue, dont on attribuait la cause, à
ce que quelques Seigneurs d'Ecosse entrèrent un
jour par trahison dans le cabinet de la Reine sa
mère, durant qu'elle était grosse de lui, & faisait
des dépêches avec son premier Ministre
qui était Italien, lequel ils tuèrent à coups
d'épée & le jetèrent à ses pieds: ils furent si
barbares, que peu s'en fallut qu'ils ne blessassent
aussi la Reine, qui espérait sauver son Ministre
en se jetant à la traverse, au moins la peau lui
fut légèrement effleurée en divers endroits. Bucanan
fait mention dans son Histoire de cette Tragédie.
Tant y a que le Roi Jaques son fils eût
une telle aversion durant toute la vie pour une
épée nue, qu'il ne la pouvait voir sans une extrême
tréme

@

64 Discours de la Poudre

émotion. Et quoi que très-courageux en
toutes autres circonstances, il ne se pût jamais
guérir de ce défaut particulier. Je me souviens
que quand il me donna l'Ordre de Chevalier,
& que ce vint à la Cérémonie de me toucher
l'épaule avec la pointe d'une épée, il ne se pût
contraindre à la regarder, mais tourna la
tête d'un autre côté, de sorte qu'au lieu de me
toucher l'épaule, il faillit à me donner de la
pointe dans les yeux; n'eût été que le Duc de
Bukingan, qui savait bien ce qui en arriverait,
la guida avec sa main, comme elle devait aller.
Je lui alléguai plusieurs semblables histoires;
pour lui faire comprendre que la forte imagination
d'une mère pouvait faire quelque notable impression
sur le corps de son enfant à son grand préjudice.
Et après cela, considérez, lui dis je, comment vous
êtes toujours attentive à vos mouches, vous les
avez continuellement présentes à vôtre imagination:
vous vous êtes regardée plus de six fois
dans vôtre petit miroir depuis que vous êtes dans
cette chambre. N'avez-vous pas sujet d'appréhender
que votre enfant naisse avec le visage
chargé de taches semblables à vos mouches, ou
plutôt que tout le noir qui est partagé en plusieurs
petites portions, ne s'assemble en une,
& lui vienne au milieu du front; au lieu le plus
apparent du visage? Une tache aussi grande
qu'un écu d'or, aurait belle grâce en cet endroit!
Ah mon Dieu! dit-elle, plutôt que cela
m'arrive, je ne porterai plus de mouches durant
ma grossesse. Et de fait à l'heure même elle les
ôta & les jeta toutes dans le feu. Quand ses amis
la voyaient après cela tout à fait sans mouches,
ils lui demandaient: d'où venait qu'elle, qui
était reconnue pour la plus galante de la Cour
en

@

de Sympathie. 65

en matière de mouches, les avait quittées tout
à coup, & qu'elle n'en portait plus? Elle leur
répondait, que son Oncle, en qui elle avait
beaucoup de confiance, lui avait assuré, que si
elle en portait durant sa grossesse, son enfant
viendrait au monde avec une tache noire, au
milieu du front, large comme un écu d'or. Cette
appréhension lui était si vivement gravée dans
l'imagination, qu'elle y rêvait continuellement.
Et, ainsi cette pauvre Dame qui avait si peur que
son enfant n'eût quelque marque au visage, ne
put néanmoins empêcher qu'il ne naquit avec
une tâche noire tout au milieu du front, de la
grandeur & de la façon qu'elle se l'était toujours
figurée dans son imagination. C'était une
fille, au reste fort belle, & il y a peu de mois
que je l'ai vue, portant toujours cette marque
de la force de l'imagination de sa mère. Je ne
veux pas vous entretenir, Messieurs, de la femme
de vôtre voisinage à Carcassonne, qui depuis
peu de mois accoucha d'un prodigieux monstre,
ressemblant exactement à un singe extraordinaire
qu'elle prit plaisir de voir souvent pendant sa
grossesse; car vous devez savoir l'histoire mieux
que moi: ni aussi de celle de S. Maixent, qui
ne pouvant s'empêcher d'aller voir durant sa
grossesse un malheureux enfant d'une pauvre
passagère, qui naquit sans bras, accoucha
au bout de son terme d'un semblable monstre,
qui n'eût pas seulement quelque petite
excroissance sortant des épaules, pour marquer
les endroits d'où les bras devaient être
descendus: & moins, de celle qui voulant
voir l'exécution d'un criminel qui eut le
col coupé, en prit tellement l'épouvante, &
l'impression en demeura si vivement peinte
Tome II. E dans


@

66 Discours de la Poudre

dans son imagination, qu'à l'instant elle tomba
en travail d'enfant, & à peine la pût-on transporter
à son logis, qu'elle accoucha quelques
semaines devant son terme, d'un enfant qui
avait la tête séparée du corps; les deux parties
versant encore du sang, outre celui qui en était
déjà abondamment coulé & répandu dans la
matrice de la mère, comme si le coup du Bourreau
venait tout fraîchement d'être donné
sur ce pauvre petit corps. Ces trois exemples
& plusieurs autres bien avérés, que je vous pourrais
alléguer, parce qu'ils témoignent clairement
l'admirable force de l'imagination, m'engageraient
trop avant, si je voulais tâcher d'en éclaircir
les causes & d'en approfondir les difficultés
qui s'y trouveraient bien plus grandes qu'en aucun
des précédents exemples donc je vous ai entretenu;
d'autant que ces esprits ont eu la force
de causer des changements essentiels & si
épouvantables dans des corps entièrement
achevés de former en toute leur perfection:
qu'il semble qu'en quelqu'un d'eux il y
ait eu transmutation d'une espèce en une autre,
& introduction d'une nouvelle forme informante
dans la matrice sujette, d'une nature
totalement différente de celle qui y avait été la
première: si au moins ce que la plupart des Auteurs
nous disent du temps de l'animation de l'enfant
au ventre de la mère, est bien déterminé
& véritable. Cette digression a été déjà trop
longue. Est modus in rebus, sunt certi denique fines.
Quos ultra citraque nequit consistere rectum.
Pour revenir donc au grand mal & au fil
de nôtre discours: les expériences & les exemples
que je viens de rapporter en confirmation
des raisons que j'avais alléguées, nous montrent
assez

@

de Sympathie. 67

assez que les corps qui tirent les atomes dispersés
dans l'air, attirent plus puissamment ceux
qui sont de leur nature, qu'ils ne font les hétérogènes
ou étrangers; comme fait le vin, les
esprits vineux; l'huile de tartre fermentée d'un
levain de roses, les esprits volatils des roses;
la chair de cerf ou de daim en pâtés, les esprits
de venaison de semblables bêtes; & ainsi des
autres que je viens de vous rapporter. L'Histoire
des Tarentules au Royaume de Naples est
fameuse. Vous savez comment le venin de
cette bête montant par la blessure de ceux qui
en ont été piqués, jusqu'au coeur, excite en
leur imagination un impétueux désir d'entendre
certains airs mélodieux; car ils se plaisent presque
tous à des airs différents. Quand donc ils ont
ouï chanter un air qui leur plaît, ils dansent incessamment,
& par ce moyen ils suent abondamment,
tellement que cette sueur fait évaporer
une bonne partie du venin; outre que le son
de la musique excite un mouvement & cause une
agitation parmi les esprits aériens & vaporeux
qui sont dans le cerveau, dedans & autour du
coeur, & diffus par tout le corps de ceux qui
l'entendent, proportionnés à la nature & à la
cadence de telle musique, comme quand Timothée
emportait Alexandre le Grand avec véhémence
à telles & telles passions qu'il voulait: tout
de même aussi que le son d'un Lut fait trembler
les cordes d'un autre Lut, par les mouvements &
les tremblements qu'il cause dans l'air, sans qu'on
les touche ou qu'on en approche. Nous
voyons aussi souvent, que des sons qui ne font
que des mouvements de l'air, causent semblables
mouvements dans l'eau. Comme quand le son
aigu qui est causé en frottant fort avec le doigt
E 2 sur

@

68 Discours de la Poudre

sur le bord d'un verre plein d'eau, excite un frémissement,
tournoiement & rejaillissement de
quelques gouttes d'eau, comme si elle dansait
à la cadence de ce son. Et le son harmonieux
des cloches, aux Pays où on les fait carillonner
fait le même sur la superficie calme des rivières
voisines, & principalement la nuit, quand il
n'y a point d'autre mouvement qui choque & interrompe
celui ci. Car l'air étant contigu, ou plutôt
continu à l'eau, & l'eau étant fort susceptible
du mouvement, il se fait dans l'eau un
mouvement semblable à celui qui était commencé
dans l'air. Et le même contact qui est
entre l'air agité & l'eau, qui par ce moyen est
semblablement agitée, se fait aussi entre l'air
agité, & les esprits vaporeux qui sont dans le
corps de ceux qui ont été mordus par la Tarentule:
lesquels esprits sont par conséquent émus
par cet air agité, c'est à dire, par ce son; &
ce d'autant plus efficacement, que cette agitation,
ou son, est proportionné à la nature & tempérament
des blessés. Et cette agitation interne
des esprits & des vapeurs, aide à les décharger
du venin vaporeux de la Tarentule qui est
mêlé parmi toutes leurs humeurs, de la même
manière que les eaux croupissantes, & les airs
corrompus & putréfiés par le repos & par le mélange
d'autres mauvaises substances, le raffinent &
se purifient par le mouvement. Mais l'Hiver arrivant
qui engourdit ces bêtes, ils ne sentent
plus ce mal. Mais au retour de la saison en
laquelle ils avaient été piqués leur mal revient
& il faut qu'ils dansent comme ils faisaient
l'année précédente. La raison est que la chaleur
de l'Eté échauffe; aigrit, & rehausse le venin
de la bête, de sorte qu'elle revient malicieuse
&

@

de Sympathie. 69

& furieuse comme auparavant, & ce venin
échauffé, s'évaporant & se répandant dans l'air,
le levain de ce même venin qui reste encore
dans le corps de ceux qui ont été piqués, l'attire
à soi; & il se fait une fomentation, qui
infecte aussi les autres humeurs, dont la fumée
venant à monter au cerveau de ces pauvres Malades,
elle y produit ces étranges effets. Il n'est
pas moins connu aux endroits où il y a de gros
chiens ou dogues, comme en Angleterre, que
si un homme a été mordu d'un de ces chiens,
on tâche de le tuer, encore qu'il ne soit pas
alors enragé, de peur que le devenant, le levain
de cette colère canine qui reste dans le
corps du mordu, n'attire à soi les esprits enragés
du même chien, ensuite de quoi l'homme
le deviendrait aussi. Et ceci se pratique non
seulement en Angleterre, où il y a des dogues
si dangereux; mais aussi en France, selon le
rapport du père Cheron Provincial des Carmes
de ce Pays, en son Examen de la Théologie
Mystique, nouvellement imprimé, & que je
viens de lire. Je ne vous dirai rien des nez artificiels
que l'on fait de la chair de quelqu'autre
homme pour remédier à la difformité de ceux à
qui un froid extrême a fait perdre les leurs propres;
lesquels nouveaux nez se pourrissent aussi-
tôt que les personnes de la substance desquels ils
étaient pris, viennent à mourir: comme si ce
peu de chair entée sur un autre visage, vivait
des esprits qu'elle attire de sa première source
ou racine. Car encore que ceci soit confirmé
par des célèbres Auteurs & par l'expérience je
ne m'y arrêterai pas.
II est rems que je vienne à mon septième &
dernier Principe. C'est le dernier tour de la vis,
E 3 qui

@

70 Discours de la Poudre

qui comme j'espère lèvera entièrement les obstacles,
qui nous défendaient l'entrée à la connaissance
de ce merveilleux mystère. Ce principe
est que la source de ces esprits, ou le corps qui
les attire à soi, entraîne aussi avec eux ce qui
les accompagne, & ce qui est attaché, collé &
uni à eux. Cette conclusion ne demande guères
de preuve; étant évidente de soi-même. S'il
y a des clous, des épingles & des rubans attachés
au bout d'une longue corde ou d'une chaîne,
ou s'il y a du goudron ou de la cire, de la gomme
ou de la glu, & que je prenne cette chaîne par
un bout, & l'attire vers moi jusques à ce que
le bout éloigné vienne entre mes mains; il ne le
peut faire que je n'aie aussi en même temps les
clous, les épingles, les rubans, le goudron, &
tout ce qui y est attaché. Je m'en vais donc vous
rapporter seulement quelques expériences avérées
en conséquence de ce principe, qui confirmeront
encore très-puissamment les précédentes. La
grande fertilité & les richesses de l'Angleterre
consistent en pâturages, pour la nourriture du
bétail. Nous en avons les plus beaux du monde,
& aussi abondance d'animaux, & principalement
de boeufs & de vaches. Il n'y a point
de pauvre ménage, qui n'ait quelque vache pour
lui fournir du lait. C'est la principale nourriture
des pauvres gens, aussi-bien qu'en suisse.
C'est pourquoi ils sont fort soigneux de leurs vaches.
S'il arrive qu'en faisant bouillir du lait
il se gonfle & qu'il se répande dans le feu; la
bonne femme ou la servante abandonne à l'instant
tout ce qu'elle faisait, & accourt au pot
qu'elle retire du feu, & en même temps prend
une poignée de sel, qu'on tient toujours au coin
de la cheminée, pour le garder sec, & le jette
dessus

@

de Sympathie. 71

dessus cette braise où le lait s'était répandu.
Demandez-lui pourquoi elle fait cela, & elle
vous dira, que c'est pour empêcher que la vache
qui a rendu ce lait, n'ait mal au pis: car
sans cela elle l'aurait dur & ulcéré, pisserait du
sang, & enfin elle serait en danger de mort. Non
pas que telle extrémité lui arrivât à la première
fois, mais néanmoins elle en souffrirait du mal;
& si cela arrivait souvent, la vache ne manquerait
pas d'en mourir à la fin. Il semble qu'il y a
quelque superstition ou de la folie en ceci. L'infaillibilité
de l'effet garantit de la dernière, &
pour la première, plusieurs croient que la maladie
de la vache est surnaturelle & un effet de
quelques sortilèges, & ainsi que le remède que
je viens de dire est superstitieux: mais il est aisé
de les désabuser de cette prévention, en leur
déclarant comme la chose va selon les principes
que j'ai posés. Le lait tombant sur les charbons
ardents, est converti en vapeur, qui se disperse
& se filtre par tout dans l'air; & là elle fait
rencontre de la lumière & des rayons du Soleil
qui l'emportent encore plus loin, augmentent
& étendent sa sphère d'activité. Cette vapeur
de lait, n'est pas simple ni seule; mais elle
est composée d'atomes de feu qui accompagnent
la fumée ou vapeur de ce lait, se mêlent &
s'unissent avec lui. Or la sphère de cette vapeur
s'étendant jusqu'au lieu où se trouve la vache
qui a donné le lait, son pis qui est la source
d'où ce lait est sorti, attire à soi cette vapeur,
elle s'y arrête & s'y attache, & avec elle
les atomes ignés qui l'accompagnent. Le pis
est une partie glanduleuse, & fort tendre, &
par conséquent fort sujette à l'inflammation; ce
feu donc l'échauffe, l'enflamme & la fait enfler,
E 4 &

@

72 Discours de la Poudre

& par conséquent la fait devenir dure, & à la
fin ulcérée. Le pis enflammé & ulcéré est proche
de la vessie, laquelle par conséquent il enflamme
aussi; & cela fait ouvrir les anastomoses
des veines qui aboutissent là; & ainsi elles regorgent
& jettent leur sang dans la vessie, donc
elle se décharge par l'urine. Or aux vaches, pisser
le sang est un mal funeste & incurable. Mais
d'où vient que le sel remédie à tout cela? C'est
qu'il est d'une nature très contraire au feu; celui-ci
étant chaud & volatil, l'autre froid &
fixe; de sorte que là où ils se rencontrent ensemble,
le sel abat le feu, il le précipite, &
tue son action. Ce que l'on peut remarquer dans
un accident assez ordinaire. Les cheminées qui
sont chargées de suie, prennent feu aisément.
Le remède qu'on y apporte sur le champ est,
de tirer un coup de fusil dans la cheminée: &
cela fait détacher & tomber la suie brûlante,
& le désordre cesse: mais si l'on n'a point de
fusil, on jette quantité de sel sur le feu d'en-
bas, & cela matte & empêche les atomes du
feu, qui autrement monteraient incessamment &
se joindraient à ceux d'en-haut; lesquels par ce
moyen manquant de nourriture, se consument
& viennent à rien. La même chose arrive aux
atomes qui sont en train d'accompagner la vapeur
du lait. Le sel les précipite & les étouffe
sur la place. Et si quelques-uns se sauvent
s'échappent par le grand effort qu'ils font &
s'en vont avec cette vapeur, ils sont pourtant
accompagnés des atomes & esprits du sel qui
s'attachent à eux, qui comme bons lutteurs ne
quittent jamais leur prise, qu'ils n'aient le dessus
de leur adversaire. Et vous remarquerez en
passant, qu'il n'y a point de plus excellent baume
me

@

de Sympathie. 73

pour la brûlure que l'esprit de sel en quantité
modérée. Il est donc constant qu'il est impossible
d'employer aucun moyen plus efficace
pour empêcher le mauvais effet du feu au pis de
la vache, que de jeter sur son lait répandu parmi
les charbons une quantité suffisante de sel.
Cette expérience touchant la conservation du pis
de la vache par le sel, me fait souvenir de ce
que plusieurs personnes m'ont dit avoir vu en
France & en Angleterre. Quand les Médecins
examinent le lait d'une nourrice pour l'enfant de
quelque personne de condition, ils l'éprouvent
par divers moyens avant que de juger définitivement
de sa bonté: comme par le goût, par
l'odorat, par sa couleur & par sa consistance, &c.
Et quelques-uns le font bouillir même jusques à
l'évaporation, pour découvrir les accidents &
les circonstances qui se reconnaissent & se discernent
mieux par ce moyen. Mais celles, au lait
desquelles on a fait cette dernière épreuve, se
sont senties fort tourmentées à la mamelle & au
tétin, & particulièrement pendant qu'on faisait
bouillir leur lait: & pourtant après avoir une
fois enduré ce mal, elles ne voulaient plus consentir
qu'on emportât de leur lait hors de leur
présence; quoi qu'elles se soumissent volontiers
à tout autre épreuve que celle du feu. Pour confirmer
cette expérience de l'attraction que le pis
de la vache fait du feu avec la vapeur du lait
brûlé, je m'en vais vous en dire une autre de
semblable nature, dont j'ai moi même été le témoin
oculaire plus d'une fois, & que vous
pouvez expérimenter facilement. Prenez les
ordures d'un chien toutes les fois qu'il en fera,
& jetez-les toujours dans le feu; au commencement
vous le verrez seulement un peu échauffé
&

@

74 Discours de la Poudre

& ému, mais dans peu de temps vous le verrez
comme s'il était tout en feu & tirant la langue,
comme s'il venait de courir long-temps. Or ce
mal lui arrive à cause que ses intestins attirant
la vapeur de son excrément brûlé, & avec cette
vapeur, les atomes de feu qui les accompagnent;
ils s'altèrent & s'enflamment, de sorte
que le chien ayant toujours la fièvre, & ne pouvant
plus prendre de nourriture, ses flancs se resserrent
& se rétrécissent; & à la fin il en meurt.
Il ne serait pas à propos de divulguer cette expérience
parmi quelques personnes, ou des Nations
sujettes à s'en servir en mal. Car la même
chose qui arrive aux bêtes arriverait aux
hommes, si on faisait le même de leurs excréments.
Il arriva une chose remarquable sur
ce propos à une personne de mes amies pendant
mon dernier jour en Angleterre. Il avait un
fort bel enfant & fort délicat, & afin d'y pouvoir
avoir toujours l'oeil, il fit venir la nourrice
chez lui, je le voyais souvent, car c'était un
homme fort intriguant dans les affaires, & j'avais
alors besoin de lui. Un jour je le trouvai
fort triste, & sa femme toute éplorée: demandant
la raison, ils me dirent que leur petit se
portait fort mal; qu'il avait la fièvre, & le
corps tout enflammé, ce qui se voyait par la rougeur
de son visage: qu'à tout moment il faisait
des efforts pour aller à la selle, & pourtant il ne
faisait guères de matière, qui était toute chargée
de sang; & qu'enfin il se rebutait de téter.
Ce qui les mettait plus en peine, était qu'ils
ne savaient à quoi attribuer tout ce désordre,
car sa nourrice se portait très-bien, avait son
lait tel qu'on le pouvait souhaiter, & en toutes
choses on avait eu le soin qu'il fallait. Je
leur

@

de Sympathie. 75

leur dis sur le champ que la dernière fois que j'avais
été chez eux, j'avais remarqué une particularité
dont j'avais alors dessein de les avertir
mais que sur l'heure quelqu'autre chose m'en
avoir détourné, & que puis après je ne me souvins
plus de la leur dire. C'était que l'enfant
ayant fait signe de vouloir être mis à terre, aussi-tôt
qu'il y fut laissa tomber ses ordures &
la nourrice prit incontinent une pelleté de cendres
& de braise, dont elle les couvrit, & puis
jeta le tout dans le feu. La mère me fit des
excuses de ce qu'on avait été si négligent à corriger
cette mauvaise habitude de l'enfant disant
que comme il avançait en âge, il s'en corrigerait
de lui-même. Je lui répliquai, que ce
n'était pas pour cette raison là que je lui
tenais ce discours, mais pour trouver la cause
du mal de leur enfant, & ensuite le remède. Et
là dessus je leur fis récit d'un semblable accident
qu'était survenu deux ou trois ans auparavant
à un enfant d'un des plus illustres Magistrats du
Parlement de Paris, qui était élevé en la maison
d'un Médecin de grande réputation en cette
même Ville. Je leur dis aussi ce que je viens
de vous rapporter, Messieurs, touchant les excréments
des chiens. Et je leur fis faire réflexion
sur ce qu'ils avaient ouï dire diverses fois,
& qui se pratique assez souvent dans nôtre Pays.
C'est que dans les Villages où il fait toujours
bien crotté durant l'hiver, s'il arrive qu'il y ait
quelque fermier qui soit plus propre que les autres,
& qui tienne plus nettes les avenues de sa
maison que ses voisins, les goujats sont bien aises
d'y venir la nuit, ou quand il fait obscur,
pour y lâcher leur ventre, d'autant qu'en tels
Villages il n'y a guères de commodité: outre
qu'en

@

76 Discours de la Poudre

qu'en ces lieux ainsi propres, ces goujats sont
hors de danger de s'enfoncer dans la boue,
mais les bonnes ménagères en ouvrant le
matin la porte du logis, y trouvent un présent
dont l'odeur désagréable les transporte de
colère. Celles qui ont été instruites à ce jeu,
vont incontinent rougir une broche ou une pelle
dans leur feu, puis l'enfoncent ainsi chaude dans
l'excrément, & quand le feu en est éteint, ils
la réchauffent de nouveau; & répètent souventefois
la même chose. Cependant le fripon qui
a fait cette saleté, sent une douleur & une colique
aux boyaux, une inflammation au fondement,
une envie continuelle d'aller à la selle, &
à peine en est-il quitte qu'il souffre une fâcheuse
fièvre durant tout ce jour là, ce qui est cause
qu'il n'a garde d'y retourner une autrefois.
Et ces femmes pour s'être ainsi garanties de semblable
affronts, passent par ignorance, pour sorcières,
& pour avoir fait pacte avec le Diable,
puis qu'elles tourmentent de la sorte les gens, sans
les voir ni les toucher. Ce Gentilhomme ne
rejeta pas ce que je lui venais de dire, & y fut
encore davantage confirmé quand je lui dis qu'il
regardât au fondement de son enfant, que sans
doute il le trouverait rouge & enflammé; &
le visitant, on vit aussi tôt qu'il était tout chargé
de pustules, & comme excorié. Il ne se passa
guère de temps que ce pauvre petit mignon
languissant ne fit avec des grandes douleurs &
des cris, quelque peu de matière, laquelle au
lieu de permettre qu'elle fût jetée dans le feu,
ou couverte de braise, je la fis mettre dans un
bassin d'eau froide que je fis porter en un lieu frais.
Ce qu'on continua de faire à chaque fois que
l'en-

@

de Sympathie. 77

l'enfant leur en donnait sujet; & il commença
de guérir à l'heure même, & dans deux ou trois
jours il se porta très-bien. Mais craignant de
vous trop ennuyer, je ne vous entretiendrai plus
que d'une expérience qui est assez familière chez
nous, & après je ferai une récapitulation de
tout ce que j'ai avancé, pour vous faire sentir
la force de tout ce discours. Nous avons donc
comme je vous ai déjà dit d'excellents pâturages
en Angleterre, lesquels sont si nourrissants, qu'il
arrive souvent que les boeufs en deviennent si
gras, que leur graisse dégénère en apostèmes qui
leur tombent sur les jambes & même sous la
plante des pieds d'où sort beaucoup de pus &
de matière corrompue, ce qui les empêche de
marcher. Les Propriétaires sont bien fâchés de
cela, car quoi que leur chair n'en soit pas moins
bonne à manger, ils n'y trouvent cependant pas
trop bien leur compte, parce que ne pouvant
pas les mener à Londres, où se fait le grand
débit des boeufs gras pour toute l'Angleterre,
comme à Paris pour l'Auvergne, la Normandie
& autres endroits de France, d'où on les mène
dans cette capitale. Ils sont obligés de les
tuer sur les lieux, où leur chair perd la moitié
du prix de ce qu'elle se vendrait à Londres.
Voici donc le remède à ce mal. Il faut prendre
garde où le boeuf, la vache & où la génisse posent
en terre le pied malade, à la première démarche
qu'ils font après s'être levés le matin, &
en ce même endroit il faut couper une motte ou
gazon de toute la terre comprise sous l'étendue du
dit pied, & mettre cette motte sur un arbre, ou
dans une have exposée au vent de bise. Et si ce vent
vient à souffler sur cette motte de terre, le boeuf
sera guéri parfaitement dans trois ou quatre jours:
mais

@

78 Discours de la Poudre

mais si on l'expose au midi, & que le vent de
Sud-ouest règne, qu'à Toulouse on appelle d'Autant,
à Montpellier, le Marin , & en l'Italie le
Sirocco, son mal augmentera. Ces circonstances
ne vous sembleront pas superstitieuses,
quand vous aurez considéré que par le repos de
la nuit, la matière où le pus s'amasse en quantité
sous le pied malade du boeuf lequel venant
ensuite à faire sa première démarche le matin,
il presse d'abord son pied ulcéré contre terre,
sur laquelle cette matière ou pus s'imprime &
s'arrache en abondance. Cette terre ou gazon
étant mise & exposée en lieu propre pour recevoir
le vent sec & froid de la bise, les atomes
froids & secs de ce vent se mêlent avec le pus:
lequel répandant ses esprits par tout dans l'air,
le pied ulcéré, qui en est la source, les attire,
& avec eux, il attire aussi ces atomes froids &
secs, lesquels le guérissent: d'autant que ce mal
ne demande autre chose que d'être desséché &
rafraîchi. Mais si l'on expose le gazon à un vent
chaud & humide, il doit faire un effet tout contraire.
Voila, Messieurs, toutes mes roues formées.
J'avoue, qu'elles sont mal limées & peu polies,
mais voyons pourtant si en les assemblant, elles
seront remuer la machine: que si ces roues bien
assemblées produisent leur effet, nous devons
être convaincus de la certitude des principes
que nous venons d'établir. Appliquons donc ce que
nous avons dit, à ce qui se pratique quand on
pense une personne blessée, avec la Poudre de
Sympathie. Considérons Monsieur Howel blessé
à la main, & cette grande inflammation survenue
à sa blessure. L'on prend sa jarretière couverte
ver-

@

de Sympathie. 79

du sang sorti de la plaie, on la trempe
dans un bassin d'eau où l'on a dissout du Vitriol:
& l'on tient le bassin le jour dans un cabinet
à la chaleur modérée du Soleil du Printemps,
& la nuit au coin de la cheminée; de
sorte que le sang qui est à la jarretière, soit toujours
dans un tempérament naturel, ni plus
chaud, ni plus froid que le degré nécessaire à
un corps sain. Que faut-il donc, selon le système
que nous venons d'établir, qu'il arrive de
tout ceci? Premièrement, le Soleil & la lumière
attireront d'une grande distance & étendue,
les esprits du sang qui sont sur la jarretière.
Et la chaleur modérée du foyer qui agit
doucement sur la composition, qui revient à la
même chose comme si l'on portait le tout sec
dans sa poche, pour lui faire sentir la chaleur
tempérée du corps, fait pousser au dehors ces
atomes, comme l'eau qui s'amasse en rond en
la filtration, & pousse ce qui monte, pour le
faire aller plus vite & plus aisément, & les fait
dilater & filtrer, & ainsi marcher eux-mêmes
bien loin dans l'air, pour aider ainsi à l'attraction
du Soleil & de la lumière. Secondement,
les esprits du Vitriol incorporé avec le sang,
ne peuvent s'empêcher de faire le même voyage
avec les atomes de ce sang. En troisième
lieu, la main blessée exhale continuellement une
grande abondance d'esprits chauds & ignés,
qui sortent avec rapidité de la blessure enflammée;
ce qui ne se peut faire que la plaie n'attire par
conséquent l'air qui lui est le plus proche. En
quatrième lieu, cet air attire d'autre air; &
celui-ci encore d'autre: & ainsi se fait un concours
d'air attiré tout autour de la blessure. En
cin-

@

80 Discours de la Poudre

cinquième lieu, les atomes & les esprits du
sang & du Vitriol viennent enfin avec cet air,
lesquels étaient diffus & répandus bien loin
par l'attraction qu'en avait faite la lumière
ou le Soleil. Et même peut-être que dès le
commencement l'orbe ou sphère de ces atomes
& esprits s'étendait dans cette grande distance
sans avoir besoin de l'attraction de l'air ou de
la lumière pour les y faire venir. En sixième
lieu, ces atomes de sang, trouvant leur propre
source & la racine originaire d'où ils venaient,
s'arrêtent & s'attachent là, & rentrent ainsi
dans leurs lits naturels: au lieu que l'autre air
n'étant que passager s'évapore aussi-tôt qu'il vient;
comme quand il est emporté par la cheminée,
aussi-tôt qu'il est attiré dans la chambre par la
porte. En septième lieu, les atomes du sang
s'étant joints inséparablement avec les esprits vitrioliques,
tant ceux là que ceux-ci s'imbibent
ensemble dans tous les recoins, fibres & orifices
des veines qui se trouvent découvertes dans
la plaie du malade, soulagent la plaie, & enfin
la guérissent imperceptiblement. Or pour
savoir pourquoi un tel effet arrive si heureusement,
il faut examiner la nature du Vitriol.
Il est composé de deux parties, l'une fixe, l'autre
volatile. La fixe qui est son sel, est acre,
mordicante & en quelque degré caustique. La
volatile, est anodine, douce, balsamique, &
astringente: & c'est pour cela qu'on se sert du
vitriol, comme d'un souverain remède dans les
collyres pour les inflammations des yeux; &
quand ils sont corrodés ou écorchés par une
humeur ou défluxion acre & brûlante: il en
est de même dans les injections, où il guérit
aussi-tôt les excoriations, & dans les meilleurs
em-

@

de Sympathie. 81

emplâtres il étanche le sang & incarne les plaies.
Mais ceux qui savent tirer l'huile douce du
Vitriol; qui est sa pure partie volatile, n'ignorent
pas qu'il n'y a point, dans la nature, de baume
qui soit pareil à cette huile. Car ce Baume
ou huile douce guérit en très-peu de temps toutes
sortes de blessures qui ne sont pas mortelles: il
guérit & consolide les veines rompues de la
poitrine & même les ulcères des poumons, maladie
incurable sans ce baume. Or c'est cette
partie volatile du Vitriol qui est emportée seule
par le Soleil, le grand distillateur de la nature,
qui par son moyen se dilate dans l'air,
& que la blessure ou la partie lésée l'attire &
l'incorpore avec son sang avec ses humeurs,
& avec ses esprits: cela étant on ne peut douter
que ce Vitriol volatil, ne ferme les veines,
qu'il n'arrête le sang, & qu'en peu de temps il
ne guérisse la plaie.
La méthode & la manière de se servir autrefois
de ce remède Sympathetique, était de
prendre seulement du Vitriol, même le plus
commun, comme il venait des Droguistes sans
aucune préparation ou mixtion & de le faire
dissoudre dans de l'eau de fontaine ou plutôt de
pluie, en telle quantité qu'y trempant du fer
poli & par exemple un couteau, il en sortait
tout chargé de couleur, comme s'il avait été
changé en cuivre. Et dans cette eau on mettait
tremper quelque linge taché du sang de la
blessure qu'on voulait guérir, si le linge était
sec; mais s'il était encore frais & humide du
sang, il ne fallait que le saupoudrer avec de la
poudre déliée de semblable Vitriol, en sorte que
cette poudre s'incorporât & s'imbibât dedans le
sang encore humide; & on gardait l'un ou l'autre
Tome II. F tre


@

82 Discours de la Poudre

en lieu tempéré, savoir la poudre en une
boëte dans la poche, & l'eau, qui n'admet point
cette commodité, dans quelque chambre où la
chaleur fut modérée. Et à chaque fois que l'on
mettait de la nouvelle eau vitriolique ou nouvelle
poudre sur un nouveau linge ou étoffe ensanglantée,
la personne sentait un nouveau soulagement:
comme si alors sa plaie avoir été effectivement
pensée par quelque souverain remède.
Et pour ce sujet l'on réitérait cette façon
de penser le soir & le matin, Mais maintenant la
plupart de ceux qui se servent de ce remède Sympathetique
tâchent d'avoir du vitriol Romarin
ou de Chypre, puis ils le calcinent au Soleil. Et
outre cela, quelques-uns y ajoutent de la gomme
Tragagante, facile est inventis addere. Pour
moi j'ai vu d'aussi grands & aussi merveilleux effets
du seul vitriol de dix huit deniers la livre,
comme de la poudre qu'on prépare aujourd'hui
qui est plus chère. Toutefois je ne blâme point
la pratique d'aujourd'hui, au contraire je la
loue; car la raison l'appuie. Premièrement, il
semble que le plus pur & le meilleur vitriol doit
faire les meilleurs effets. 2. Il semble que la calcination
modérée, comme est celle du Soleil,
ôte l'humidité superflue du vitriol, laquelle ne
fait que l'affaiblir, & même cette calcination ne
touche aucunement à ce qui en est bon: comme
qui ferait cuire un bouillon clair, jusques à
ce qu'il devienne gelée ou consommé, il le rendrait
plus nourrissant. 3. Il semble que l'exposition
qu'on fait du Vitriol au Soleil, pour l'y
calciner, rend ses esprits plus disposés à être
emportés dans l'air par le Soleil, quand il en
est besoin. Car on ne peut pas douter que quelque
partie de ce feu éthéré des rayons du Soleil,
leil

@

de Sympathie. 83

ne s'incorpore avec le Vitriol, comme on
le voit à l'oeil, en calcinant l'Antimoine par
un miroir ardent, car il augmente son poids
presque de la moitié. Et en ce cas, la partie de
cette substance lumineuse qui demeure dans le
Vitriol ainsi calciné, sera fort disposée à être
enlevé en l'air par une semblable lumière &
rayons du Soleil: comme nous voyons que pour
faire qu'une pompe attire mieux l'eau d'un puits,
on y jette premièrement un peu d'eau par en
haut: or la lumière enlevant facilement cette
substance qui lui est naturelle, elle enlève quand
& quand plus aisément ce qui est incorporé avec
elle. 4. Ces rayons Solaires incorporés avec le
vitriol, lui peuvent communiquer encore quelque
vertu plus excellente qu'elle n'avait: comme
nous voyons que l'Antimoine calciné au Soleil,
devient, de poison qu'il était auparavant,
un très-souverain & balsamique médicament,
& un très-excellent corroboratif de la nature.
5. La gomme Tragagante, ayant une faculté
glutineuse; & étant au reste très-innocente,
peut aider à consolider plutôt la plaie.
Je pourrais, Messieurs, ajouter à ce que je
viens de vous dire, plusieurs remarques importantes
touchant la forme & l'essence du vitriol;
dont la substance est si noble & l'origine si admirable,
qu'on peut avec raison dire que c'est
un des plus excellents corps que la nature ait produit.
Les Chimistes nous assurent, que ce n'est
autre chose qu'une substance formée de l'esprit
universel qui anime & perfectionne tout ce qui
existe dans ce monde sublunaire, lequel est abondamment
attiré par un Aimant approprié; par
le moyen duquel j'ai moi-même, en peu de temps,
par sa seule exposition à l'air, fait attraction de
F 2 plus

@

84 Discours de la Poudre

plus de dix fois son poids d'un vitriol céleste,
merveilleux en pureté & vertu : privilège,
qui n'a été donné qu'a lui & au pur Salpêtre
vierge. Mais pour analyser comme il faudrait
la nature de ce transcendant individu, qu'on peut
néanmoins dire en quelque façon universel &
fondamental à tous les corps, il faudrait un discours
beaucoup plus long que celui que je vous
ai fait : ainsi comme je vous ai déjà entretenu
si long-temps, je n'abuserais pas de votre attention.
C'est pourquoi, remettant cela à une
autre fois, quand il vous plaira me l'ordonner,
je reviens pour le présent à l'examen général de
cette Cure. J'achèverai ce discours, après vous
avoir encore dit deux on trois mots qui ne sont
pas de peu d'importance, pour confirmation
de tout ce que j'ai ci-devant avancé. Je vous
ai rapporté les causes merveilleuses des effets surprenants
de cette Poudre Sympathique, dés leurs
première racine. Ces causes fondamentales sont
tellement enchaînées l'une à l'autre, qu'il
semble qu'il n'y ait entre elles aucune interruption :
mais nous serons encore confirmés dans
la pensée que ce sont elles qui produisent véritablement
l'effet de tant de belles cures, si nous
considérons, que lors qu'on apporte quelque changement
en l'une de ces causes ou en toutes ensemble,
nous apercevons incontinent un effet tout
différent du premier. Si je n'avais jamais vu
une Horloge, ne serais-je pas surpris, de voir une
aiguille marquer régulièrement les heures sur la
platine du Quadrant, & qu'elle se tourne & fait
son tour entier toutes les douze heures, sans
que je voie rien qui pousse cette aiguille. Mais
si je regarde de l'autre codé, je vois de roues,
des ressorts, et des contrepoids qui sont en continuel
tinuel

@

de Sympathie. 85

mouvement : ce qu'ayant considéré, je
soupçonne d'abord que ces roues sont la cause du
mouvement de l'aiguille ; quoi que je ne puisse
pas discerner ni reconnaître comment ces roues
font mouvoir l'aiguille du Quadrant ; à cause de
la platine qui est entre deux. je raisonne donc
ainsi en moi-même, disant que tout cet effet doit nécessairement
avoir une cause ; & que tout corps,
doit aussi recevoir par nécessité son mouvement
de quelqu'autre corps qui le touche. Or je ne
vois point d'autres corps qui fassent mouvoir &
tourner l'aiguille du Quadrant, que les roues :
partant je suis fortement persuadé que ce sont
elles qui font tourner l'aiguille. Mais après que
j'aurai arrêté le mouvement de quelqu'une de
ces roues, ou ôté le contrepoids, & que d'abord
je vois que l'aiguille s'arrête tout court,
& qu'en remettant le contrepoids, ou laissant
en liberté la roue arrêtée, l'aiguille retourne immédiatement
à son train ordinaire ; & que fai-
sant aller plus vide quelque roue avec mon doigt,
ou que chargeant le contrepoids, l'aiguille se
haste & s'avance à proportion plus qu'elle ne
faisait: alors je suis convaincu & entièrement
satisfait, & je conclus absolument ; que ces
roues ou contrepoids sont la véritable cause du
mouvement de l'aiguille. De même, si empêchant
l'action de quelqu'une des causes que j'aiguille
établies pour le véritable fondement de la Poudre
de Sympathie, j'altère, retarde, ou empêche
la guérison de la plaie : je puis conclure
hardiment, que les causes susdites sont les légitimes
& véritables, & qu'il n'en faut point chercher
d'autres. Examinons donc la chose par ce
biais-là. J'ai dit que la lumière emportant ces
atomes de Vitriol & de sang, & les dilatant
f 3 dans

@

86 Discours de la Poudre

dans l'air, la plaie les attire & est d'abord soulagée,
& puis ensuite guérie par les esprits du
Vitriol qui est balsamique. Mais si vous mettez
le bassin où est la poudre avec le linge tâché du
sang, dans une armoire enchâssée dans une muraille
en quelque coin d'une chambre froide,
ou dans une cave où la lumière ne donne jamais
& d'où l'air ne sort point, alors la poudre venant
à se corrompre, la plaie ne sentira aucun
effet de cette poudre: & le même arrivera; si
ayant mis en quelque coin le bassin où est la
poudre, vous le couvrez avec plusieurs couvertures
épaisses, étouffantes & spongieuses, qui
imbibent les atomes qui en pourraient sortir, &
qui retiennent la lumière & les rayons qui y entrent,
qui s'y arrêtent & s'y perdent. Aussi,
si vous laissez congeler en glace l'eau vitriolée
où le linge est trempé, le blessé sentira au commencement
un grand froid à sa plaie: mais
quand le tout est glacé, il ne sentira ni bien ni
mal, d'autant que ce froid ferme & congèle les
pores de l'eau laquelle ne laisse point alors transpirer
ou sortir les esprits. Si on lave le linge
tâche dans du vinaigre ou lessive qui par leur
acrimonie pénétrante emportent tous les esprits
du sang devant que de lui appliquer le vitriol,
il ne fera aucun effet; mais si l'on ne le lave
que d'eau simple, il ne laissera pas de faire
quelque chose, parce qu'elle n'en emporte pas
tant, néanmoins l'effet n'en sera pas si grand,
que si le linge n'avait point été lavé du tout;
car alors il est plein de tous les esprits du sang.
La même opération se fait appliquant le remède
à l'épée qui a blessé la personne, si ce n'est
que l'épée ait été chauffé au feu, car il ferait
évaporer tous les esprits du sang; ce qui la rendrait
drait

@

de Sympathie. 87

incapable de produire cet effet. Et voici
la raison pourquoi l'on peut penser l'épée: c'est
que les esprits subtils du sang, pénètrent dans
la substance de la lame de l'épée, jusques à l'étendue
que la lame a été portée dans le corps
du blessé; & ils font là leur résidence, sans que
rien les en puisse chasser, excepté, comme j'ai
dit le feu; pour preuve de cela, tenez-la sur
un réchaud de feu modéré, & vous verrez sortir
du côté de la lame opposé au feu, une petite
humidité qui ressemblera à la tache que l'haleine
fait sur un miroir ou sur la même lame.
polie: & si vous la regardez à travers quelque
verre qui grossit beaucoup les objets, vous verrez
que cette rosée d'esprits consiste en de petites
bulles ou vessies enflées. Et quand une fois
elles seront évaporées entièrement, vous n'en
verrez plus sur cette épée, si elle n'était poussée
de nouveau dans quelque corps vivant. Ni
même dès le commencement vous ne les verrez
autre part, mais précisément sur la partie de la
lame qui est entrée dans la plaie. Cette subtile pénétration
de ces esprits dans le dur acier, sert
à persuader l'entrée de semblables esprits dans la
peau d'une femme grosse; comme le vous avait
promis, en traitant le sixième principe, de vous
le faire remarquer en son lieu. Or donc
pendant que ces esprits sont dans l'épée,
elle servira à guérir le blessé; mais d'abord que
le feu les a une fois chassés, le remède appliqué
sur cette épée, ne fera rien du tout: de
plus, si quelque chaleur violente accompagne
ces atomes; elle enflamme la blessure; mais le
sel commun y peut remédier, l'humidité de l'eau
humecte la plaie, & le froid cause le frisson à
la personne blessée. Pour confirmer toutes ces
F 4 parti-

@

88 Discours de la Poudre

particularités, je pourrais vous rapporter plusieurs
histoires. Mais j'ai déjà trop exercé vôtre patience
par ce long discours; & je m'offre d'en
entretenir en particulier ceux de cette illustre
assemblée, qui auront la curiosité de les entendre.

Je finis donc, Messieurs, en vous représentant
que tout ces merveilles secrètes se gouverne
par des circonstances purement naturelles, quoi
que par des esprits & ressorts très subtils.; &
il me semble que je vous ai assez évidemment
démontré que dans cette opération, il n'est pas
besoin d'admettre une action par un Agent qui soit
distant du patient. Je vous ai fait voir qu'il y
a une communication réelle de l'un à l'autre, à
savoir d'une substance balsamique qui se mêle
corporellement avec la plaie ; & c'est une bassesse,
et l'effet d'une profonde ignorance de
vouloir prétendre que la magie ou le charme y
ont quelque part, & de vouloir par là limiter
les prodiges de la nature parce que nos esprits,
qui sont bornés ne peuvent pénétrer les causes
& les principes qui les produisent, sur lesquels
il est à propos de fonder nôtre jugement. II
n'est pas besoin d'avoir recours à un Démon ou
à un Ange pour vider cette difficulté : Nec
Deus intersit, nisi diguus vindice nodus inciderit.

F I N.

NOU-

@

89

pict

NOUVEAUX
SECRETS
EXPÉRIMENTES,
TIRES
DES MEMOIRES
DE DIVERS
AUTEURS CELEBRES.

-------------------------------------------------

Poudre de Coloradilla pour les Plaies.

pict Oici les trois manières dont les Chirurgiens
d'Espagne composent, & se
servent ordinairement de la Poudre
de Coloradilla.
Prenez de la Myrrhe, de l'Encens
du mâle, Mastic, du sang de Dragon, du Bol d'Arménie
bien préparé, de la Sanguinaire, du Santal
rouge, de la Sarcocolle, de chacune de ces
drogue parties égales, pour en faire une poudre
selon que l'art le requiert.
En voici une autre moins composée, qui est de
prendre du Mastic & du Sandarac de chacun demie
mie

@

90 Secrets & Remèdes

once, du sang de Dragon & du Kermès,
de chacun une once, dont on fera une poudre
très-subtile.

Troisième Recette de la Coloradilla.

P Renez de bonne Myrrhe deux dragmes, Encens
trois gros, Aloès une dragme, sang de
Dragon deux dragmes, Santal rouge, Sarcocolle,
Bol d'Arménie, Pierre hématite, de chacun
deux-dragmes; toutes ces drogues mises en poudre
& mêlées ensemble font la Coloradilla: on
l'applique avec un plumasseau sur la plaie sans
autre mystère, sans se servir de tentes ni d'autres
remède.

Plusieurs manières de faire du très-bon chocolat.

P Renez vingt livres de Cacao, qui est une espèce
de Fève qui vient des Indes, qu'il faut
faire brûler comme le Café, dix livres de Sucre,
quatre onces de Cannelle, cinquante Banilles.
Il y en a qui ajoutent à cela demie once
de Poivre d'Inde, qui est le Poivre rouge, &
une dragme de Musc.

Autre manière de faire d'excellent chocolat.

S Ur vingt livres de Cacao, il faut vingt liv.
de Sucre, à chaque livre de Cacao une Banille
& demie. Pour vingt-cinq livres de Chocolat,
on peut mettre jusqu'à quatre gros de
poivre rouge, pour le rendre plus piquant, demie
livre de Cannelle, ou quatre onces & un gros de
Musc.
Autre

@

Expérimentés. 91

Autre manière.

P Renez dix livres de Cacao & cinquante Banilles,
six onces de Cannelle, deux gros de poivre
rouge, douze livres de Sucre, de Musc &
Ambre-gris de chacun vingt grains, celui ci
m'a paru le plus agréable; car j'en ai fait faire
de toutes les manières à plusieurs personnes.
Le Senor Molina frère de la Senora Molina qui
était à Paris auprès de la Reine m'en chargea
pour Sa Majesté. Il y a des Gens qui ne font
autre chose, & j'en ai vu depuis mon retour à
Paris, qui en allaient faire chez les particuliers
& qui le faisaient fort bon.

Huile de Talc.

E Ligatur optimum talcum (scilicet unctuosum) &
in limaturam redigatur (avec de la peau de
chagrin) & cum optimo vini spiritu in vase, quod
nihil respiret, circuletur ad 24. horas, eximatur,
& post evaporationem teratur. Iterumque dissolvatur
dicto spiritu, & evaporetur, & teratur usque ad quartam
vicem; in eum modum dissolutum ponatur in aceto
distillato radicaliter alcalizato 94. parte salis tartari
distillatur, in vase capaci vitreo optime clauso
asservetur super cineres tepidos usque ad tres dies, saepé
movendo; inde acetum evacua per calorem balneis;
ita ut solum dicti talci calx remaneat, quam in retortâ
optimè lutatâ impones; & igne priùs lento,
postea validiori, aquam priùs, oleum post urgebis.

A U T R E.

L E Talc pulvérisé soit mis en retorte avec
autant pesant de lames d'argent de coupelle
mis

@

92 Secrets & Remèdes

mis pendant six jours au feu de chasse; l'huile
viendra.

Teinture de Lune.

F Aites bouillir en une petite casse de fer une
livre de vitriol dans l'eau commune avec
une livre de Venus jusques à consommation de
l'eau, ou y ajoutez si elle manque avant la congélation,
passez dans du linge ou chamois, &
prenez ce qui n'a pu passer, & le rubéfiez en
creuset, & de cette matière projetez une partie
sur cinq de Lune fixe.

A U T R E.

F Ondez trois parties de rosette avec une de
Lune fixe, puis coupellez.

Autre Mercure de Saturne.

Rx S Cobis Saturni libr. unam, salis armoniaci onc.
4. farinae laterum libr. 3. distillentur per retortam
ad ignem graduum aptate magno recipiente,
aquâ semipleno, continuando ignem ultimi gradus saltem
per 12. horas.

Autre extraction de Mercure de Saturne.

Rx C Inerum clavellatorum libr, I. cenerum sarmentorum
vitis libr. 4. calcis vivae libr. I silicum
ustorum libr. 2. cum aceto distillato, fac lixivium
satis forte, in quo solve Saturni limati libr. 2.
& quando lixivium lactescet, injice boracis onc 10.
ut solvatur, deinde distilla gradatim, & extillabis
tandem in receptaculum Mercurius currens ad onc. 10.
saltem si rectè processeris.
Restriction

@

Expérimentés. 93

Restriction de Lune.

Rx A Na de la limaille de Mercure & de

Mars, mettant celle de Mercure dessous
dans un creuset; faites les rougir au feu, & alors
jetez y dedans de la poudre faite d'antimoine &
de sel nitre ana, jusques à la fusion des limures,
que vous laisserez bouillir jusques à ce qu'il
n'y ait plus de fumée du tout: lors laissez refroidir,
& vous trouverez votre masse noire
dessus & dedans étant cassée, blanche comme
régule d'antimoine, de laquelle vous ferez fondre
une partie avec autant de Lune, puis la coupellerez,
& la coupellant la saupoudrerez avec
sublimé & sel ordinaire ana.

Pour blanchir le Cuivre.

Rx D Emie once argent de coupelle en feuilles
dissout dans une once d'eau forte, puis
mettez en poudre très-subtile une once & demie
de sel bien lavées, & vous en ferez une pâte
avec du vinaigre bien fort, & comme elle commence
à s'épaissir mêlez la avec l'argent dissout
ci dessus; & de cette pâte vous en couvrirez vôtre
laiton, qu'il faut faire chauffer devant le feu,
& de temps en temps y mettre eau fraîche par
dessus, jusques à ce qu'il soit bien blanc.

A U T R E.

Rx A Rsenic cristallin & salpêtre ana une livre

dans un pot de terre bien luté avec un
autre pot par dessus, où il y ait un petit trou
au haut, mettez-le au feu de roue pendant deux
heures,

@

94 Secrets & Remèdes

heures, il sortira une petite fumée, & lors qu'il
ne fumera plus approchez le feu contre le pot
deux autres heures, après quoi vous l'ouvrirez
tout chaudement, & trouverez vos matières que
vous pulvériserez: prenez cette même poudre
avec une livre salpêtre raffiné, une livre sel décrépité
& une livre tartre blanc, le tout étant
en poudre mêlez-le ensemble, & mettez-le dans
un autre vase de terre au feu de roue; deux heures,
& ayant laissé refroidir vos matières, vous
aurez une poudre blanche, dont vous ferez projection
sur le cuivre autant de l'un que de l'autre.

Pour jaunir le Mercure.

Rx C Uivre, que vous nettoierez dedans le

feu, & quand il sera rouge éteignez - le
sept ou huit fois dans l'urine, ou fort vinaigre,
puis mettez-le en petites pièces, & ayez une
once & demie terra merita, une once verdet,
deux onces tutie; pulvérisez le tout, & faites
SSS avec vos lames, mettant au fond une couche
de figues ouvertes, lutez & mettez en feu
de fusion, puis jetez vos lingots.

Pour endurcir le fer, en forte qu'il en coupe
un autre aisément.

Rx R Adice di rasano silvestre, lumbrici terrestri,

& poi li fa lambicare, & in quella aqua estingue
il ferro per tre volte, e per nove volte il saturno
sara duro & bianco, & il jove perdera il suo
stridore.
Tein-

@

Expérimentés. 95

Teinture de Lune.

F Aites projection sur la Lune fondue de quantité
de poudre à votre discrétion faite ana de
zinc & calamine jaune adhérente à la langue, dont
en Allemagne on teint le cuivre en laiton.

Restriction de Lune.

F Aites au fonds d'un creuset un lit d'alun, ou
de tous les quatre aluns, & par dessus un autre
lit de chaux vive, & sur le tout jetez vôtre
Lune fondue.

S A B L E.

Rx G Ypse de Montmartre, calcinez-le jusqu'à

parfaite blancheur, ce que vous connaîtrez
lors qu'il ne pétillera plus, étant froid
vous le froisserez entre les mains jusqu'à ce qu'il
soit réduit en farine; laquelle vous mettrez en
une grande terrine pleine d'eau nette, puis mêlerez
avec la main, ou un bâton, jusques à ce
que l'eau devienne blanche comme lait, laquelle
vous verserez tout aussi-tôt, doucement dans une
autre terrine, pour faire séparer le plus fin d'avec
le plus gros, puis faites rasseoir l'eau, &
ôtez la par inclination, & faites bouillir la
masse qui reste sur le feu lent jusqu'à siccité,
remuant toujours avec un bâton, lors mettez-le
en poudre, & faites dissoudre deux onces de sel
armoniac dans de l'eau pour une livre de la poudre
ci-dessus, & quand l'armoniac sera dissout
filtrez l'eau, laquelle vous verserez sur vôtre livre
de poudre de gypse, & la remuerez-bien d'une
terrine

@

96 Secrets & Remèdes

terrine en l'autre, pendant presque un quart
d'heure, puis faites évaporer l'eau jusqu'à siccité,
& réduisez ce qui reste en poudre, dont vous
remplirez un anneau de roue de charrette, pressant
& battant dans icelui fortement la poudre,
puis mettez du charbon froid dessus & dessous
ledit anneau rempli, & tout autour mettez y
du charbon allumé, qui allumant les autres fera
cuire le plâtre lentement, & quand il sera refroidi
concassez-le, & mettez-le à l'air où il
s'humecte, & devient propre & prêt à s'en servir.

Conversion de Saturne en Lune.

Rx S Aturne fin, calcinez-le avec sel commun,

ou bien avec le sel tiré des fèces ou terre
morte du salpêtre & vitriol étant calciné, imbibez
le tout chaudement d'huile de vitriol excellente
jusqu'à consistance de pâte onctueuse, laquelle
vous mettrez dans un pot ou creuset bien
luté & dans une terrine pleine de sable, en sorte
qu'il soit tout couvert de sable; & du feu dessous,
afin que le sable soir chaud; ce qu'on appelle
feu de digestion; laissez-le ainsi dix jours,
au bout desquels tirez votre matière, coupellez-
la, & de cent cinq livres de Saturne vous en
tirerez cinq marcs de lune de coupelle.

Extraction du Mercure.

R Ecipe régule d'antimoine une once, sel armoniac
une once, sublimé deux onces, niger
hapelius sel armoniac deux onces & demie, sublimé
deux onces & demie, sel armoniac deux
onces, sublimé une once; pulvérisez les deux
derniers ensemble, puis mettez premièrement
vôtre

@

Expérimentés. 97

vôtre régule aussi pulvérisé dans le fond d'un
matras, & par dessus versez y les sels armoniac,
& sublimez, pilez ensemble, donnez feu de
roue par degré durant une heure, & vous trouverez
votre Mercure tout coulant dans le fond
du matras que vous aurez bouché d'un peu de
papier; cassez le matras lors qu'il est froid. Il
se fait de Mercure & de Lune de même.

Fixation du Salpêtre.

F Aites fondre du Saturne dans un creuset, &
puis faites projection dessus de vert de gris
pulvérisé, réitérant les projections à mesure que
chacune est fondue entièrement.

A U T R E.

F Aites fondre dans un creuset vert de gris,
puis jetez y un quart de fleurs de soufre,
puis versez dans un vaisseau de cuivre, & vous
aurez du sel, prenez, le qui est vert de gris fixe.

Fixation du Sel Armoniac.

E Nveloppez vôtre Soleil dans un linge noué que
vous ensevelissez dans de chaux vive, puis
arrosez-la, & quand elle se fusera elle fixera le
Soleil.

Sel fusible.

R Ecipe sel décrépité, & faites le extrêmement
rougir dans un creuset, & pour lors
jetez sur le feu où il rougit du soufre en poudre,
& l'odeur dudit soufre fera fondre le sel,
lequel après se dissoudra à la moindre chaleur;
Tome II. G Pour


@

98 Secrets & Remèdes

Pour blanchir le Cuivre.

R Ecipe cinq parties de Venus, & faites les
fondre dans un creuset, & lors jetez y une
partie de zinc, autrement speulter, & sitôt que
vous avez jeté ledit zinc, retirez le creuset du
feu, & remuez un peu la matière avec une verge
de fer, & jetez en lingotière.

Pour donner l'onde au Fer.

F Aites distiller sur vos lames cinq ou six fois
de l'eau, dans laquelle il y a de la couperose
avec la terre laquelle se trouve en Damas,
qui, comme j'ai dit, n'est presque que terre,
& la couperose des Pays Septentrionaux, &
Occidentaux, ni la bonne de Chypre ne pourrait
rien faire: & il n'y a aussi que le bon acier
de Perse ou des Indes qui puisse bien prendre
cette onde damasquinée.

Pour faire croître de la Salade promptement.

F Aites tremper durant dix heures la graine
dans l'eau-de-vie; puis semez-la dans de
bonne terre, & couvrez l'en légèrement, arrosez-la
avec de l'esprit de nitre.

Pour blanchir le Cuivre.

R Ecipe salpêtre, Sel armoniac, sublimé, alun
de roche ana; faites eau forte: dans icelle
dissolvez Lune en lames ou limaille, la dissolution
faite desséchez la sur les cendres avec tartre
mis en poudre, prenez de cette pâte la grosseur
seur

@

Expérimentés. 99

d'une noisette, détrempez-la en bouilloire
fait de sel commun & tartre en poudre ana:
après faites rougir les lames de Venus jaunes
& ardentes, éteignez-les dans cette bouilloire,
bouillant toujours à grosses ondes, &
les y laissez un quart-d'heure; puis versez le
bouillon dans un pot vernissé, & avec une cuiller
de bois sortez en les lames, que vous ferez
rougir dans un creuset par trois fois, & les éteindrez
chaque fois dans ledit bouillon, & des fèces
restantes les en bien frotter, & il ne faut pas
qu'elles bouillent plus que la première fois.

Pour jaunir le Cuivre.

R Ecipe une livre cuivre fondu: puis une once
tutie d'Alexandrie en poudre, & deux onces
farine de fèves, qu'il faut jeter l'un après
l'autre dans ton cuivre fondu, & le remuer un
petit espace; puis le remettre dans un fourneau
de réverbère neuf jours, donnant feu par degrés,
sortant de là mets le en limailles fort subtiles,
puis refonds & mêle autant de poudre que dessus,
& remue; puis lingotez, & vous aurez or
parfait.

Or potable.

R Ecipe or de ducat ou à bon titre, en papillotes
bien tenues, dissolvez en eau royale,
puis évaporez l'eau sur feu de sable, au sortir
lavez-le avec eau-de-vie deux ou trois fois, &
essuyez le bien, puis mettez-le dessus une coquille
à la cave: expérimenté.
G Tein-

@

100 Secrets & Remèdes

Teinture de Lune.

F Ais eau régale d'une partie de sel nitre, autre
de vitriol romain & de la moitié moins
de sel armoniac, méprisant selon l'art, la première
& seconde eau, & gardant la dernière,
faites amalgame d'une partie de Sol & trois parties
de Mercure de Sol, mêlez le tout dans une
fiole, & versez y eau régale, faites en suite
exhaler l'eau sur les cendres, il restera une poudre
de couleur de minium, laquelle par augmentation
de chaleur, il faut brûler ou réverbérer;
étant froide la broyer, & remettre dans le verre,
& y verser de nouvelle eau qui surnage deux
doigts, mettez la après dans la digestion sur le
sable jusques à ce que la poudre sèche, répétez
cela trois fois, à la fin avec un feu violent, fixez
vôtre matière, de là mettez-la en fumier
huit jours, afin qu'elle se dissolve, coagulez-la
en poudre rouge, de laquelle une partie projetée
tiendra dix de Lune, si elle est jetée dans
icelle fondue: la projection faite il fait grand
bruit, & quand il cessera augmentez le feu,
afin qu'il soit bien fondu, après jetez en lingot,
& sera bon or à toute épreuve.

Eau qui blanchit le Cuivre, & lui donne ingrès.

Rx C Haux vive en pierre, dissolvez-la en eau
commune, filtrez, & puis dans cette
eau ajoutez sel armoniac & tartre cru pilez ensemble,
Lune en limaille, & Jupiter en limaille
& quand tout sera dissout, ce sera un bain où
vous jetterez vôtre cuivre préparé, & l'y laisserez
vingt-quatre heures; mais si vous le séchez
d'une

@

Expérimentés. 101

d'une chaleur lente, douze heures suffiront; pour
ingrès il faut préparer le cuivre le faisant rougir
cinq fois, & l'éteignant chaque fois en vinaigre.

Autre blanchissage de Cuivre.

P Urge le cuivre comme ci devant, puis stratifie
avec soufre, & faits le brûler jusqu'à
la consomption dudit soufre, puis pulvérise-le
& mets le en un autre creuset à feu fort, tant
que l'impureté soit brûlée, puis étant refroidi
tamise-le, & tu auras poudre violette, sur laquelle
il faudra mettre un poids sur quatre de
la poudre suivante, mêle tout ensemble, &
avant que de le mettre à fusion, mêlez y un
peu de sel de tartre, & qu'il soit trois quarts
d'heure en fusion, puis grenaille en bon vin par
deux ou trois fois, changeant toujours de creuset.

Poudre pour servir à ce que dessus.

Rx S Alpêtre deux onces, tartre une once, arsenic

une once & demie, pulvérisez séparément,
puis mettez-les dans un pot sur son
flanc, couvert dessus & dessous de feu, tant que
les poudres soient réduites en huile, tirez-les,
& laissez les refroidir, & vous aurez votre huile
mise en glace, que vous pulvériserez pour vous
en servir comme est dit.

Teinture de Lune.

L A Lune étant en fusion, mettez y par trois
fois de l'aes ustum pilé dans du papier, & remuez
un peu, puis couvrez d'un charbon, &
G 3 reïte-

@

102 Secrets & Remèdes

réitérez trois fois la même chose, donnant grand
feu, & sur la fin jetez y un peu d'orpiment en
poudre, jusqu'à ce qu'il ne bouille plus.

Augmentation de l'Or d'Allemagne.

Rx V Ert de gris une once, salpêtre raffiné deux
onces, vitriol de Hongrie quatre onces,
or deux onces, sel armoniac deux onces, pilez,
& mêlez, puis réduisez en eau, ou bouillon,
à feu lent, remuant avec un bâton jusqu'à ce
qu'il se remette en corps, lors pilez , puis SSS
avec or d'Allemagne en lames en creuset pendant
six heures, puis couvrez de charbons , & lais-
sez jusqu'au lendemain, faites bouillir en urine,
puis fondez & lingotez.

Antimoine de Monsieur d'Urfé.

Rx A Ntimoine & sublimé ana, une livre &
demie pilés & mis en cornue, à la-
quelle sois adapté son récipient demi plein d'eau,
bien luté avec la cornue, & à feu lent tirez-en
une livre de beurre distillé, ou poudre, chan-
gez l'eau cinq ou six fois, puis videz par inclination,
& prenez vôtre poudre blanchâtre : la
plus grande dose est de huit grains, & l'ordi-
naire de deux ou trois incorporés avec sucre.

Teinture de Lune.

F Aites eau de chaux vive, filtrez-la, & sur
quatre livres d'icelle jetez y trois onces sel
de tartre, puis prenez environ une livre du meilleur
antimoine que vous pourrez, broyez-le subtilement,
& versez y dessus votre eau, l'ayant
mis

@

Expérimentés. 103

mis dans un pot vernissé, faites le bouillir environ
une heure, laissez refroidir, & amassez
l'écume qui viendra dessus, faites rebouillir &
ramassez, & réitérez jusqu'à-ce que vous ne
puissiez plus tirer de l'écume, laquelle doit être
spongieuse & rouge, mettez toutes ces écumes
en cornue au bain-marie durant trois jours, puis
distillez, & vous aurez une belle huile ; faites
digérer après Lune de coupelle en limailles en son
double poids de cette huile à petit feu durant
vingt-quatre heures ; puis départez & incartez,
quand l'eau de chaux diminue il faut ajouter le
gras.

T l E R S E L E T.

R ecipe une once Lune, dissolvez-la dans trois
onces d'eau forte, puis jetez-y demie-once
émeri commun rubifié, & autant d'aes ustum
de-soufré, puis encore deux onces de sublimé
faites bouillir le tout en matras jusques à siccité,
projetez une once de cette matière, sur une
once de Sol de vingt - quatre Carats, & vous
aurez onze gros d'or d'Italie : la projection se fait
en plusieurs boules de cire.

M I N I E R E.

R ecipe vitriol Romain, ou de Chypre, ou
d'Hongrie, rubéfié quatre livres, sel nitre
raffiné cinq livres, alun de plomb une livre ,
alun de roche déflegmé une livre, fais eau forte,
& bouche bien pour conserver les esprits, &
pour mieux faire divise l'opération en cinq cornues ;
car l'eau en sera meilleure que si tu la
fait en une seule tout à la fois.
Recipe Mercure minéral grossièrement concassé,
carreau ou brique, vert de gris, cinabre ana, une
G 4 once ;

@

104 Secrets & Remèdes

once; orpiment deux onces, pile & incorpore
le tout, & le sépare en deux cornues mettant
égal poids en chacune; divise de même en deux
parties l'eau forte ci-dessus écrite, & verses en
une partie dans une de tes cornues, & l'autre
dans l'autre, ajoutant à chacune une livre &
demie de salpêtre raffiné; puis fais distiller, &
quand il ne distillera plus donne violent feu de
flamme durant quatre heures, & tu auras eau
forte graduée, que tu purgeras encore de cette
sorte.
Sur chaque once d'eau mets y un carats de
Lune, laquelle tombera en chaux, verse ton eau
par inclination, & elle sera purgée, & déflegmée;
retire ta Lune précipitée, & fonds la
pour t'en servir au besoin.
Après mets dans cette eau graduée & purgée
autant de Lune fine qu'elle en peut dissoudre,
la jetant peu à peu: chaque livre d'eau dissout
une livre trois quarts de Lune, id est, sur trois
livres d'eau mets une livre de Lune, mais d'autant
que cette eau pour être trop chargée de sels
dissoudrait avec peine, il faut pour y remédier
prendre une livre Lune de coupelle & la dissoudre
en eau de départ ordinaire, puiS évaporer
les deux tiers de l'eau avec l'alambic à chaque
pour conserver les esprits: puis l'ôter du feu
la laisser refroidir deux heures, & lors la Lune
tombera en paillettes: lors mettez-la sur vôtre
eau graduée qui se mettra à travailler.
Enfin quand la Lune sera dissoute fais cuire le
tout en ventouses ou matras scellé à feu de lampe,
avec une mèche de cinq fils durant trente
jours, au bout desquels une quatrième partie de
votre Lune en paillettes fixes & teintes à vingt-
quatre heures, tirez-les, & ajoutez autant pesant
sant

@

Expérimentés. 105

de Lune dissoute en eau graduée qu'il est
tombé de paillettes; refermez, & lutez bien vos
vaisseaux, & réitérez vos coctions, & ainsi continuant
in infinitum vous aurez tous les mois d'une
livre de Lune, trois ou quatre onces de Soleil.
Le feu de lampe doit être immédiatement sous
le cul du vaisseau qui reposera sur un trépied de
terre, & le tout enfermé dans un fourneau ou
deux pots de terre, où il y ait des trous pour
faire respirer.
Pour tirer davantage de profit, avant que de
rubéfier le vitriol fais le distiller & cohober tant
qu'il ne distille plus, & devienne blanc; lors
pousse le feu & il rubéfiera, fais ton eau forte
avec icelui, & l'alun de roche qu'il faut déflegmer,
de plus tire le sel des fèces de ton eau
forte, & cimentes en deux ou trois fois ta Lure
durant vingt-quatre heures chaque fois, elle
sera adoucie comme du plomb, & sera dissoute
par l'eau graduée.

Eau Mercuriale.

R Ecipe sublimé & amalgamez-le avec glaire
d'oeuf, sur une livre de sublimé , il faut un
quarteron de glaires, faites-le digérer au bain marie
dans un urinal avec son vaisseau de rencontre
l'espace de deux heures, & qu'il bouille pendant la
dernière heure; puis exprimez le tout dans un linge,
& vous aurez l'eau pour vous en servir à
blanchir les perles, les trempant dedans plusieurs
fois, puis les frottant avec la farine de fèves &
du chamois.
Item, elle ôte la tache des eaux fortes, & régales
en s'en frottant, puis se lavant avec eau
fraîche commune, & s'essuyant avec étoffe de laine.
Elle

@

106 Secrets & Remèdes

Elle guérit les gales, firons, Erésipèles & autres
ulcères.
On connaît qu'elle est bonne en ce qu'elle
teint en jaune la touche de l'argent, si vous mettez
le marc qui vous est resté dans une cornue,
vous en ferez distiller une huile qui rompt les
barreaux de fer qui en sont frottez.

Huile de Vitriol.

R Ecipe six livres de vitriol calciné doucement
jusques à citrinité, prenez trois livres de ce
vitriol calciné & trois livres de gros sable lavé
& desséché, & mettez-les en cornue, après les
avoir bien pulvérisés ensemble adoptez un récipient
bien luté, & donnez vingt ou trente heures
feu par degrés jusques à la fin de la distillation,
qui se connaîtra, quand en donnant le feu
très violent le récipient s'éclaircit: alors laissez
refroidir, puis mettez dans un alambic ce qui
sera dans le récipient & distillez, le flegme viendra
le premier, puis l'esprit, & il vous restera
au fond une huile rouge qui est celle du Vitriol.

Pour adoucir les Métaux.

R Ecipe salpêtre & camphre ana, faites dissoudre
en lessive faite de deux parties de cendres de
chêne & une de chaux, filtrez par le papier,
puis évaporez à feu lent en vaisseau de verre, il
reste un borax qui jeté sur les métaux fondus les
adoucit parfaitement.
Mercure

@

Expérimentés. 107

Mercure d'Antimoine.

F Aites fortes lessive de cendres de ferment,
filtrez & dissolvez dans deux livres d'icelle
une livre sel de tartre, filtrez, & mettez en matras
y ayant les trois quarts de vide, mettez
dedans une partie Mercure bien pulvérisé, mettez
sur les cendres durant quatre heures ou plus,
laissez refroidir, & vous trouverez une lessive
fort rouge & puante, que vous viderez par inclination,
& laverez le Mercure, qui sera demeuré
au fond, en eau chaude par plusieurs fois:
puis desséchez à feu lent, & imbibez avec huile
de tartre, puis desséchez à chaleur tempérée,
puis pulvérisez & imbibez derechef avec nouvelle
huile de tartre, desséchant comme dessus,
& réitérant le procédé, tant qu'il ait bu son
double poids de ladite huile, desséchez enfin,
pulvérisez & faites le putréfier en fiente de cheval
durant six jours, & vous trouverez vôtre
Mercure coulant & vif.

Sel de Soufre.

R Ecipe Salpêtre deux onces, soufre
préparé une once, urine distillée trois
onces, & mettez le tout dans une cornue,
& joignez-y un grand récipient, lutant les
deux ensemble, hors un petit trou que vous
y laisserez à passer un poinçon, donnez feu de
distillation ordinaire & modéré & sur la fin le
feu se mettra dans la cornue, & l'esprit de soufre
passera les vaisseaux, étant refroidis, il faut
bien mouvoir le récipient, puis passer tout ce
qui est dedans, dans un linge, l'exprimant fortement,
tement,

@

108 Secrets & Remèdes

& vous aurez une eau que vous garderez
pour faire comme s'ensuit.
Recipe les fèces qui sont restées dans la cornue,
qui est le salpêtre fixe & insipide; pilez le, puis
mettez-le dans un petit pot d'alambic, & versez
sur icelui l'esprit susdit, distillez à feu fort
jusques à ce qu'il monte des esprits rouges au
chapeau de l'alambic: pour lors cessez le feu,
& laissez refroidir, & le sel sera fait; & si vous
voulez le subtiliser davantage, prenez l'esprit
d'une autre cornue, tiré comme ci-dessus, &
le cohobez sur ledit sel, & faites comme dessus.

Préparation du Soufre.

R Ecipe cire neuve une partie, & soufre
commun deux parties, fondez le tout dans
un plat de terre, & laissez-le en infusion jusques
à ce que prenant le soufre au fond du plat
avec le bout d'un bâton il paraisse rouge &
gluant: pour lors jetez dessus bonne quantité
d'eau commune, la cire surnagera, & emportera
toute la mauvaise odeur du soufre, & il
vous restera au fond séparé d'avec la cire.

Préparation de l'Urine.

R Ecipe urine d'homme sain de celle qui vient
depuis minuit jusques à midi, mettez-la digérer
à vaisseau ouvert au bain marie l'espace de
deux jours, & au troisième distillez au même
bain jusques à la dernière goutte, & vous en
servez comme est dit.
La dose de ce sel est de quinze à vingt ou vingt
cinq grains pour toutes sortes de fièvres, & sur
tout pour la continue & la chaude; car sa vertu
tu

@

Expérimentés. 109

gît à purifier & rafraîchir le sang: il faut
prendre dans du bouillon ou dans du jus de limons:
ses effets sont de faire uriner ou suer selon
que la nature sera disposée; l'on en peut
prendre en tout temps, à tout heure, & sans
régime.

Pour contrefaire l'écaille de Tortue sur le Cuivre.

O Ignez des lames de cuivre ou d'oripeau avec
huile de noix, & faites les sécher sur un
petit feu, les soutenant de verges de fer aux extrémités,
comme si vous les mettiez sur un gril.

Autre sur la Corne.

F Aites dissoudre à froid de l'orpiment dans de
l'eau de chaux filtrée, puis appliquez en sur le
peigne de corne ou autre chose avec un pinceau,
réitérant s'il n'a pas assez pénétré, & faites la
même chose des deux côtés.

Mercure de Saturne.

R Ecipe Saturne limé, tartre & sel alcali pulvérisez
ana une livre, incorporez bien le tout
ensemble, & l'ayant enfermé & sigillé dans un
matras, mettez-le au fumier pendant trente ou
quarante jours, en suite l'en retirant lavez vos
matières, puis les passez par le cuir.

Fixation du Soufre.

R Ecipe soufre vif & chaux vive ana deux livres,
pilez-les bien ensemble, & empâtez
les avec savon mol; puis faites distiller sur l'alambic,
lambic,

@

110 Secrets & Remèdes

& vous aurez l'huile de soufre qui fixe
le Venus, comme est dit ci-devant.

Dissolvant universel.

R Ecipe antimoine deux livres, Venus deux livre,
pulvérisez le tout subtilement & le distillez en
cornue; Recipe les fèces, broyez les avec une livre
de nouvel antimoine, cohobe ta distillation
dessus & redistille, pile encore les fèces, cohobe
& redistille, & toute ta matière passera en
huile blanche, qui est le dissolvant promis: ce
qui monte au cou de la cornue à la deuxième &
troisième distillation est le cinabre antimoine.

Médium.

F ais dissoudre en quatre divers matras, de cuivre
dans l'un, du Mars dans l'autre, du verre d'antimoine
dans l'autre, & de l'émeri dans le quatrième,
ana; puis dissolvez en eau régale la moitié
du poids d'un de ces quatre précédents, de
l'or, joignez toutes ces dissolutions, distillez &
cohobez trois fois, puis desséchez à chaleur lente,
& faites projection sur un médium de Soleil
& de Lune d'égal poids en poudre, & puis grenaillez,
& mettez au ciment.

Pour fondre le Talc.

S Tratifier des lames de cuivre avec de la poudre
fine de sel de tartre, arsenic & talc ana,
du volume & non du poids, en creuset luté grossièrement,
& mis au feu durant deux heures à
petit feu au commencement: vous trouverez à
la fin un culot d'antimoine au fond du creuset,
&

@

Expérimentés. 111

& dessus vos poudres calcinées, prenez-les &
pilez-les, y ajoutant le tiers de nouveau talc,
id est, une once de talc sur deux des poudres,
mettez-les ensemble dans un creuset à feu de
fusion, & le tout se fondra, & reprenez cette
matière, & ajoutez-y encore le tiers d'autre talc,
& sic infinitum.

M I N I E R E.

R Ecipe Venus d'Espagne, purifiez-le en quelque
façon avec sel & vinaigre, pour lui
lever sa noirceur, desséchez-le; puis Recipe une
livre de ce Venus, autant de sel commun décrépité,
& autant de vitriol déflegmé, humectez le
tout avec un peu de vinaigre, le broyant petit
à petit, jusqu'à-ce qu'il n'apparaisse aucun Mercure,
lequel pour plus de facilité vous ferez
tomber sur les poudres en le passant par le chamois:
le tout ainsi bien pilé & mêlé, mettez-le
dans une cornue; lutée, faites-le sublimer au sable,
& réitérez neuf fois ladite sublimation,
ajoutant chaque fois nouveau sel & nouveau vitriol,
à la neuvième fois vous y pouvez mettre
deux livres de sel, puis ravivez vôtre sublimé
avec son pesant d'huile de tartre, ou avec le double
d'écaille de fer, étant mis en cornue, &
poussé selon l'art dans un récipient, où il y ait
de l'eau dans laquelle le Venus tombe; étant
ainsi vivifié, vous l'animerez avec l'or comme
s'ensuit, si vous voulez travailler au jaune; ou
avec l'argent, si vous ne voulez travailler qu'au
blanc.
Pour calciner le sol, faites dissoudre dans huit
onces d'eau régale, une once de sol, puis jetez
sur cette dissolution, cinq ou six fois autant
d'eau

@

112 Secrets & Remèdes

d'eau commune, & quatre onces de Mercure
commun, & laissez le en digestion lente vingt-
quatre heures, & lors il se réduira en forme d'éponge,
versez l'eau par inclination, & lavez
plusieurs fois vôtre chaux d'or, pour ôter l'acrimonie
de l'eau forte, avec de l'eau tiède.
Pour faire eau régale, mettez sur seize parties
d'eau forte quatre parties de sel armoniac.

Pour ôter l'encre de dessus le Parchemin & Papier.

R Ecipe, une livre vitriol romain, trois livres sel
de nitre, quatre onces cinabre, cinq livres alun
de Rome, pilez le tout ensemble, & mettez le
dans un alambic; faites distiller à feu lent du
commencement, sur la fin plus fort, tant qu'il
ne distille rien, gardez cette eau dans des bouteilles
de verre, & servez vous en ainsi: faites
chauffer de cette eau, & lavez en bien l'endroit
que vous voulez effacer, & aussi tôt lavez bien
le même endroit avec de l'eau fraîche commune,
& à l'instant l'écriture disparaîtra; faites
étendre le papier en lieu sec sur une corde, étant
presque sec, mettez le papier sous la presse pour
lui ôter les frictions & étant bien sec écrivez,
& il sera beau comme auparavant: servez vous
d'une éponge ou d'un pinceau pour effacer sur
le parchemin.

Pour la Jaunisse.

P Renez du frêne coupé tout d'un coup à l'Equinoxe
du Printemps, faites le brûler, & des
cendres faites en un godet que vous ferez cuire;
puis dans ce godet mettez l'urine du malade, &
lait

@

Expérimentés. 113

laissez-le à l'air, & à mesure que l'urine se consumera,
la Jaunisse guérira.

Pour le mal de Sein ou de Mamelles.

R Ecipe deux livres d'huile d'olive, & mettez
y dedans une livre & demie de minium, faites
les bouillir dans un chaudrons, jusqu'à-ce
qu'en les jetant dans de l'eau froide ils aillent
au fond, alors mettez y dedans une livre & demie
de cire jaune très-délicatement coupée, remuant
le tout fort pour l'incorporer, laissez encore
le tout sur le feu jusqu'à-ce que cette composition
paraisse bien incorporée & liée ensemble;
alors jetez le tout dans un seau d'eau fraîche,
& pétrissez-le dedans fort bien, & faites
en des rouleaux pour vous en servir d'emplâtres
au besoin: il guérit les duretés du sein, & empêche
que le lait ne vienne après l'accouchement.

Pour un Cheval fourbu.

D Emi-verre de jus d'oignons pilez, & demi-
verre d'eau-de-vie, donnez le à boire à un
cheval fourbu, l'ayant bien couvert, le fait suer
& le guérit.
Autre pour le même.

U N pot de vin blanc, dans lequel on a bien
lavé la chemise d'une femme qui a ses
mois, c'est à dire, la chemise teinte de ces mois,
donné à boire à un cheval fourbu, le guérit.
Tome II. H Pour


@

114 Secrets & Remèdes

Pour le Farcin.

R Ecipe de la racine d'hièble, & de mauve,
faites en de petits filets, gros comme des
ferrets d'aiguillettes, & ayez en six de chacun,
fendez le front du cheval en croix, & mettez
dedans un filet d'hièble tout droit, un autre de
mauve en croix, & continuez jusqu'à douze filets,
six d'un & six d'autre; après prenez de la
poix de Bourgogne, faites la fondre, & étendez-la
sur du cuir que vous arrondirez de la largeur
du front du cheval, & appliquez-la toute
chaude, & mettez le cheval dans l'écurie, en
lieu où il ne puisse voir de trois jours, & ne
lui donnez pendant ce temps que des ballottes de
son mouillé, & frottées de miel: après travaillez-le
à l'ordinaire; si l'emplâtre tombe, & que
le front soit tout à fait guéri, & non le farcin,
& qu'il n'y eût pas de l'amendement, vous referez
la même chose, jusqu'à la troisième fois;
mais cette troisième opération se fera sur la croupe
au milieu, & à un pied d'icelle; & il guérira
infailliblement.

Pour la Pousse.

M Ettez dans un pot de terre, un lit de limaille
d'aiguille, & dessus un lit de soufre
pilé, & continuez cette stratification tant que
le pot soit presque plein; puis fichez-y au milieu
un fer tout rouge, qui y mettra le feu qui y durera
environ trois heures: après quoi prenez la
matière qui y restera, pilez la & tamisez-la; &
quand vous en voudrez user, mettez en une cuillerée
dans un pot de chambre plein d'urine l'espace
pace

@

Expérimentés. 115

d'une nuit, & le lendemain faites manger
cette poudre au cheval dans son avoine.

Pour la Colique venteuse.

R Ecipe Gutta gommi, autrement Gutta gamba,
la grosseur d'une fève, & faites la délayer
dans un verre de bon vin blanc, & buvez-le
incontinent, sans observer aucune circonstance,
à jeun ou après le repas, le matin ou le soir.

Pour une piqûre d'épine.

R Ecipe Racine d'aube-pine ou églantine, &
appliquez la sur la plaie. La dépouille du
serpent appliquée fait sortir l'épine de l'autre
part.

Pour le Flux de Sang.

M Ettez sous les pieds contre la chair de l'herbe
appelée en latin centinodia, & renouée
en Français.

Pour le Flux de Sang par le nez, ou celui des femmes.

R Ecipe petites pièces de bois d'un jeune chêne
coupé en ruelles, & appliquez - les sur
la nuque, si l'hémorragie est du nez, ou appliquez-les
au dedans de la cuisse pour une femme
qui perd.

Pour la Goutte.

R Ecipe deux pintes de jus d'hièble, & une pinte
d'huile d'olive, & mettez-les dans un pot
H 2 de

@

116 Secrets & Remèdes

de terre plombé avec son couvercle luté dans le
four: quand le gros pain y est, & laissez l'y
jusqu'à ce que le four soit froid, & dans le besoin
frottez vous de cet onguent devant le
feu.

Pour le Flux de Sang.

P Renez une pomme que vous creuserez, &
dans le creux mettez-y de la cire neuve de
la grosseur d'une fève, puis laissez cuire la pomme,
& faites la manger au malade.

Pour les Pulmonaires.

R Ecipe du poumon de Renard, faites le dessécher
& pulvériser, & usez de cette poudre.

Poudre de Cornachini.

R Ecipe de la scammonée la mieux choisie
la quantité que vous désirez, broyez-
la grossièrement & étendez-la sur du papier
gris; puis ayant mis du soufre sur des charbons
ardents, passez le papier où est la scammonée
par dessus la vapeur chaude du soufre,
jusqu'à ce que ladite scammonée commence à
se fondre & s'attacher au papier; pour lors retirez
incontinent le papier de crainte que demeurant
davantage, la scammonée ne perdît
toute sa vertu; ce médicament ainsi préparé est
rendu sans odeur ni saveur, très-efficace pour
purger agréablement, doucement, & sans échauffer;
pour purger, dis-je, la bile & toutes les
autres humeurs chaudes & subtiles.
Re-

@

Expérimentés. 117

Recipe du meilleur antimoine une partie, v.g.
une once, & du salpêtre au double, v. g. deux
onces, les broyer grossièrement ensemble: puis
les ayant mis dans un pot de terre, il les faut
faire brûler sur les charbons ardents, ce qu'autrement
on dit calciner; mais il faut bien prendre
garde que cette calcination ne se fasse en
feu trop violent; & quand elle sera parachevée
il la faut réitérer avec encore autres deux onces
de salpêtre; & cette seconde calcination faite,
il en faut faire encore une troisième avec deux
autres onces de salpêtre, si l'on veut la première
calcination se peut faire avec une once seulement
de salpêtre, la seconde avec deux onces,
& la troisième avec trois onces; & parce que
la seconde & dernière calcination se fait plus
difficilement, d'autant qu'il n'y a plus de soufre
dans l'antimoine; il faut bien mêler vos
poudres avec un fer rouge ou un Charbon ardent
jeté dedans, & ainsi le faire passer par tous
les endroits de ladite poudre, afin que la force
du feu puisse bien passer & pénétrer par tout,
& calciner toute la poudre; ce qui se connaîtra
par la couleur qui sera ou blanchâtre ou jaunâtre,
& encore en les mettant sur les charbons
ardents, parce qu'elles ne fumeront plus, ni ne
pétilleront point; & finalement il ne restera que
le même poids d'antimoine que vous aurez mis
au commencement ou fort peu davantage,
quand étant ainsi préparé il est changé en substance,
& n'acquiert aucune chaleur.
Recipe cinq livres de tartre blanc grossièrement
concassé, repurgé & lavé en tant d'eau qu'il
soit rendu clair, mettez-les dans une terrine
vernissée, & jetez au dessus de l'eau claire de
fontaine, laquelle surnage trois doigts par dessus,
H 3 sus,

@

118 Secrets & Remèdes

& faites les bouillir durant deux heures;
après quoi mettant la terrine dans un lieu froid
il se formera une crème cristalline à la superficie,
laquelle vous lèverez avec une écumoire,
& retirant souvent l'ébullition, il s'y formera
toujours de nouveaux cristaux; c'est un véhicule
apéritif, qui débouche les obstructions, &
dissipe les catarrhes & les humeurs crasses.
La dose pour s'en servir est de douze à seize
grains de scammonée, & de dix huit jusqu'à
vingt pour ceux qui sont difficilement purgez:
& quant à l'antimoine depuis quatre grains jusques
à douze, ou quatorze jusques à seize pour
ceux qui sont difficiles à être purgés.
Lors que l'humeur chaude & subtile abonde
avec la froide & l'épaisse, on peut donner égale
dose de scammonée & d'antimoine, savoir huit
ou dix grains de chacun; mais si l'une des deux
humeurs abonde, il faut augmenter à proportion,
v. g. si la bile surmonte la mélancolie, ou la
pituite, il faut donner douze grains de scammonée
& quatre ou cinq d'antimoine.
La dose du tartre est depuis deux grains jusques
à six, on a expérimenté qu'on peut donner
sans danger jusques à vingt grains d'antimoine
& vingt-deux de scammonée, & qu'aux enfants
de trois mois malades de fièvres aiguës on en
peut donner trois grains de scammonée & deux
d'antimoine: & à ceux qui ont un an quatre
grains de scammonée & trois d'antimoine &
deux de tartre: aux bilieux & petits enfants, il
faut peu de scammonée.
L'on peut réitérer ce remède jusqu'à cinq fois,
en diminuant pourtant la dose à chaque fois, si
ce n'est au cas qu'il n'eût que peu ou point opéré
la première; car alors l'on peut augmenter
la

@

Expérimentés. 119

la dose la seconde fois: pris en vin blanc il fait
vomir: pris dans le jus d'orange il n'est pas
besoin de tartre, mais on le peut mettre après
dans le bouillon.

Or Potable.

R Ecipe Fiel commun à discrétion, faites-le
dissoudre dans de l'eau de fontaine, puis
filtrez la le plus purement qu'il sera possible;
puis faites évaporer, & ensuite sécher; ce qu'étant
fait mettez-le dans un pot, & faites le calciner
dans le fourneau jusqu'à inflammation &
rougeur; ce qu'étant fait, comme il est encore
tout rouge, jetez le dans un bassin plein d'eau
de fontaine, & faites tout ainsi qu'est dit ci-
dessus sept fois de suite; mais si vous ne prenez
garde la sixième & septième fois vôtre matière
se fondra; c'est pourquoi afin de l'empêcher
retirez la du feu, lors que vous voyez qu'elle
diminue sensiblement: après la dernière filtration
& évaporation, elle sera douce & fusible
comme cire, cela fait mettez vôtre sel dans
le blanc d'un oeuf dur, dont vous aurez ôté le
jaune, & mettez le dissoudre en lieu humide,
en sorte que l'oeuf soit incliné; & que l'huile
ou l'humeur tombe dans un vaisseau que vous
aurez mis dessous pour la recevoir puis dans
l'huile avec du charbon pilé bien sec vous en
formerez une masse, que vous ferez distiller en
cornue dans un récipient bien luté, conservez
l'eau qui en sortira dans une fiole très-bien close
ou scellée.
H 4 Pour

@

120 Secrets & Remèdes

Pour la Goutte.

R Ecipe beurre frais, sucre fin, eau-de-vie, &
huile d'olive ana: faites bouillir le tout
dans un pot de terre vernissé jusqu'à diminution
de la moitié, & de cette huile ou onguent, qui
se garde tant qu'on veut, oignez en l'endroit
douloureux, l'ayant fait chauffer sur une assiette
tout autant chaud que le malade peut l'endurer.

Pour les Verrues.

R Ecipe du lait de figuier, & mettez-le sur les
Verrues, & elles guériront.

Pour les Ecrouelles.

R Ecipe du jus de limon, & frottez en les
écrouelles au matin, & puis mettez la tête
en sorte que le Soleil donne sur le mal, &
fasse sécher ledit jus, mettant quelque chose
sur la vue & sur la tête, de crainte qu'il ne vous
nuise, & continuer jusqu'à guérison, pendant
cinq ou six jours.

Pour faire croître le poil.

R Ecipe deux livres d'oignons blancs, une livre
de miel, une livre de fiente, & demie
livre de graisse d'ours, & du tout en tirer de
l'eau par le bain marie, de laquelle il se faut
frotter durant dix huit jours, lors qu'on se va
coucher, l'endroit où l'on veut faire venir du
poil.
Pour

@

Expérimentés. 121

Pour étancher le sang du nez.

I L faut verser lentement du vinaigre dans l'oreille,
mettre une paille par derrière ou autour
de l'oreille, & la faire bien joindre.

Pour les Ecrouelles.

R Ecipe des lézards verts, & mettez-les consumer
dans un pot bien luté avec de l'huile
dedans autant qu'il en faut pour couvrir lesdits
lézards; & cela pendant quatre heures; après
quoi vous tirerez le pot du feu, & le découvrirez,
vous en tenant éloigné, de crainte de la
mauvaise odeur, que vous laisserez évaporer pendant
quelques heures; puis prenez la poudre
que vous y trouverez, & après avoir bien bassiné
la plaie avec de la lessive de sarment, vous
la saupoudrerez de vôtre poudre, & la couvrirez
d'une compresse de linge, & quand vous la
retirerez le lendemain, la racine sortira avec;
& réitérez cette opération deux ou trois fois, &
le malade sera guéri; que si les Ecrouelles n'étaient
pas ouvertes; il les faut ouvrir par un
simple cataplasme avant qu'y mettre les poudres.

Pour le Flux de Sang.

E Teindre un tison de chêne dans une pinte
de vin, & en boire.

Autre pour le même.

B Oire pendant trois matins eau rose en huile
de noix tirée sans feu ana deux onces, joignant
gnant

@

122 Secrets & Remèdes

si l'on veut le remède précédent du tison
de chêne.

Pour la Pleurésie.

R Ecipe le blanc qui est au bout de la fiente
des poules, en quantité d'une bonne pincée,
ou le poids d'un écu, & buvez-le dans du
bouillon.

Pour la même.

R Ecipe quatre ou cinq fientes de cheval tout
frais faites, & faites les infuser dans du
vin blanc l'espace de vingt-quatre heures ou
douze seulement, si le malade était pressé; &
faites lui en boire un grand verre, cela le fait
fort suer, & le guérir ainsi infailliblement,
quand il serait à l'extrémité; & pour avoir de
ladite fiente fraîche, il ne faut qu'en frotter de
la sèche entre vos doigts, & la présenter à sentir
à un cheval, & il fientera incontinent.

Pour la même.

R Ecipe un gros de poix résine, & deux gros
de farine de seigle, comme elle sort du
moulin sans être panée, faire infuser une nuit
dans quelle boisson que ce soit, le vin blanc est
le meilleur, la valeur d'un demi setier, & le
faire boire au matin au malade, qu'il faut bien
couvrir, afin qu'il sue beaucoup, puis l'essuyer;
& lui donner à déjeuner.
Pour

@

Expérimentés. 123

Pour la piqûre de Serpent.

R Ecipe une branche de genêt sauvage, & liez
en fortement le membre piqué, un peu au
dessus de la plaie, & le venin ne passera point
plus outre; mais après avoir lié, il faut bien
scarifier la plaie avec un rasoir tout au tour.

Pour faire faire des enfants à une Femme stérile.

R Ecipe de la sauge, fais la distiller, & en
tire l'eau, & fais en boire pendant quatre
ou cinq jours la valeur d'un petit verre, avec
tant soit peu de sel commun; mais il faut observer
de commencer ce remède incontinent après
que les mois de la femme sont passés, & que
pendant tout ce temps son mari n'habite point
avec elle, mais bien après qu'elle aura achevé
ses boissons.

Pour les maux d'Estomac.

R Ecipe un gros oignon, creusez-le, & mettez-y
dedans du beurre & de l'huile, &
ainsi faites le cuire dans les cendres, & faites en
après un emplâtre, que vous appliquerez sur
l'Estomac.

Pour l'Hernie.

R Ecipe graines de genièvre, de lin, de chanvre,
& des fèves ana, faites bouillir le tout
pendant trois heures dans du vin blanc, avec
de la graisse de mouton; puis prendre cela, le
bien piler & le remettre cuire sur les cendres
chaudes

@

124 Secrets & Remèdes

chaudes sans y rien ajouter de nouveau, jusqu'à-
ce qu'il soit fait en consistance d'onguent, dont
vous ferez un emplâtre sur du cuir, que vous
appliquerez le plus chaudement que vous pourrez
sur le mal.

Pour toute sortes d'Hémorragies & Flux de sang,
de quelque partie que ce soi.

R Ecipe des feuilles de vigne, lors que les raisins
sont en parfaite maturité, savoir au
mois d'Octobre, faites les sécher à l'ombre &
pulvérisez-les; mettez en sur la plaie si c'est une
blessure, car quand l'artère même serait coupée
cela arrêtera le sang. Si l'on saigne du nez il
en faut mettre dedans en forme de tabac; si
c'est une dysenterie, ou une perte de sang d'une
femme, il en faut prendre jusqu'à guérison cinq
ou six fois le jour dans du bouillon, la quantité
d'une pincée chaque fois.

Pour la Fièvre Quarte.

R Ecipe un serpent, ouvrez-le, & tirez la graisse
qu'il a à l'épine du dos, de laquelle vous
ferez distiller une goutte seulement dans un bouillon;
pour la faire distiller, il y faut approcher
contre un charbon, faites prendre ce bouillon
au malade, qui videra par le haut & par le
bas.

Pour guérir les Cancers & les Loups des Jambes.

F Aites infuser de la chaux vive dans de l'eau
claire, puis prenez de cette eau, & battez-
la avec de l'huile, & vous servez de cet onguent
aux maux susdits. Pour

@

Expérimentés. 125

Pour les Pulmonaires qui ont la courte haleine.

R Ecipe trois rates de mouton franc, id est,
mâle, avec un gros oignon blanc ou deux
petits, & mettez les bouillir dans un pot vernissé,
avec une pinte de vin blanc jusqu'à la
consomption du tiers du vin, que vous coulerez
alors dans un linge blanc, & en prendrez deux
cuillerées le matin, & deux au soir devant le repas.

Pour les personnes empoisonnées.

R Ecipe un oignon, coupez-le en deux, & appliquez
chacune de ces moitiés à la plante
des pieds du malade.

Pour les faiblesses & maux d'Estomac.

R Ecipe storax, aloès, myrrhe, & encens mâle
ana; & mettez le tout dans de l'eau rose à
suffisance pour couvrir le tout & ajoutez-y du
miel au double de l'eau rose, puis faites cuire
le tout jusqu'à ce qu'il soit un peu plus obscur que
de couleur tannée, & qu'il ne se prenne point
aux doigts; lors l'onguent est parfait, & il le
faut appliquer sur du chevrotin, & en faire un
emplâtre, qui puisse couvrir depuis le commencement
de l'estomac jusqu'au nombril, avant
que l'appliquer il faut frotter l'endroit où vous
le voulez mettre avec de l'huile d'amandes douces
tirée sans feu, cet emplâtre se peut garder
éternellement, & sert à plusieurs fois, & à diverses
personnes.
Pour

@

126 Secrets & Remèdes

Pour le boyau qui sort du fondement.

R Ecipe de la poudre de corne de cerf, avec
autant de Sarron de bois, le tout bien délié,
mêlé avec un peu de pâte de seigle, appliquez
le tout bien chaud sur la partie.

Pour les Hémorroïdes externes.

R Ecipe les raclures de la corne du pied d'un
âne, lors qu'on le ferre, & la faisant brûler,
faites en recevoir la fumée au malade par
le fondement, étant assis sur une chaise percée.

Pour la Rage.

R Ecipe une poignée de sauge menue, autant
de feuilles de marguerites champêtres, autant
de rue, & autant de gros sel, & un gousse
d'ail; pilez le tout, passez-le en linge blanc, &
faites en boire dans un demi-verre de vin; faites
saigner la plaie, mettez-y de ce jus dessus,
puis le marc par dessus, & réitérez, si la première
fois le malade ne guérit.

Pour faire venir les Menstrues.

R Ecipe poudre d'écorce d'orange, & faites
en boire dans du vin blanc.

Pour les Verrues.

R Ecipe un limaçon rouge, & liez le tout vif
sur la Verrue.
Pour

@

Expérimentés. 127

Pour ne se point lasser en marchant.

D Etrempez rue en huile d'olive, & frottez
vous en les pieds avant que de cheminer.

Pour la Goutte.

F Aites cuire pendant deux heures, demie livre
d'huile d'olive, jusqu'à-ce qu'elle noircisse,
remuant toujours avec un bâton; puis
ajoutez-y deux onces de cire neuve, qui cuise un
quart d'heure avec l'huile; mêlez-y après deux
onces résine en poudre, qui cuise un autre quart-
d'heure; puis deux onces litharge d'or qui cuise
autant, avec quatre onces de céruse en poudre;
remuant le tout & le faisant cuire à petit feu,
puis trois onces de térébenthine, & en même
temps deux onces d'eau-de-vie un peu hors du feu,
incluant le tout ensemble: l'onguent sera cuit,
lors qu'en en laissant tomber une goutte dans un
plat d'eau elle ira au fond en forme de boule;
ce qui sera dans l'espace de six à sept heures,
appliquez-le sur le cuir, & chauffez-le pour le
mettre sur le mal, & changez de dieux en deux
jours, raclant l'onguent pour rafraîchir l'emplâtre.

Autre pour la même.

B Assinez la partie douloureuse avec de l'urine
récente & chauffée, & puis l'ayant séchée,
couvrez-la de linge bien chaud.
Pour

@

128 Secrets & Remèdes

Pour tirer les dents sans douleur.

R Ecipe des grenouilles vertes de pré, lesquelles
vont sur les arbres, faites les bouillir
dans de l'eau jusqu'à ce qu'elles soient entièrement
dissoutes, puis laissez refroidir l'eau, &
sur icelle vous y trouverez une graisse, laquelle
vous prendrez, & en frotterez la gencive de la
dent que vous désirez faire tomber ou arracher.

Pour les morsures de Serpents.

I L faut incontinent qu'on est piqué faire brûler
un morceau de racine d'Aristolochie ronde,
& toute brûlante l'appliquer sur la plaie, où il
se fait une vessie par où tout le venin sort.

Pour la Gravelle.

R Ecipe des écrevisses, & pilez les toutes vives
avec du vin blanc, & l'ayant passé dans un
linge buvez en à l'instant.

Pour relever la Luette.

R Ecipe jus de feuilles de choux rouges ou
d'autres, broyez-les & appliquez les sur la
tête.

Pour les cataractes & taches des yeux.

R Ecipe de l'eau de fleur de souci distillée dans
l'alambic, mêlez-la avec un peu de savon
marbré, & bien battu ensemble, & mettez de
cette eau ainsi préparée dans l'oeil deux ou trois
fois par jour.
Pour

@

Expérimentés. 129

Pour faire accoucher une femme même d'un enfant mort.

R Ecipe de la myrrhe & du galbanum ana une
once, mêlez-les ensemble en trochisques,
que vous laisserez sécher à l'air, & de cette poudre
faites en boire deux dragmes dans quatre
doigts de vin blanc.

Autre pour la même.

R Ecipe eusorbe, baccarum lauri ana demie dragme,
& vingt grains de coriandre; le tout
pilé & dissout en quatre onces vin blanc & le
boire, mais il est trop violent.

Poudre de Monsieur de Sensy contre toutes
sortes de venins.

R Ecipe vipères, & après les avoir bien fouettées
dans un bassin, coupez leur la tête &
la queue, puis écorchez les corps qui restent,
& séparez-en les entrailles, le coeur, & le foie
coupez lesdits corps par morceaux, & faites
les infuser dans de forte eau-de-vie, & faites infuser
de même, mais séparément, les coeurs,
foies, & entrailles; laissez, le tout infuser durant
vingt-quatre heures en lieu humide, après
quoi jetez l'eau, & remettez-en d'autre, &
qu'elle demeure autre vingt-quatre heures: après
mettez cette chair dans un pot vernissé neuf &
bien bouché, lequel vous mettrez au four, après
que le pain est tiré jusques à siccité, ce que vous
réitérerez tant qu'il sera de besoin, prenant bien
garde qu'elle ne se brûle; quant aux entrailles,
coeur, & foie, mettez-les sur une pelle auprès
Tome II. I du


@

130 Secrets & Remèdes

du feu pour les sécher à loisir, puis faites poudres
du tout, que vous mêlerez ensemble, &
sur chaque once d'icelles ajoutez y deux dragmes
de bézoard, & trois dragmes de perles préparées:
la dose en est une dragme dissoute dans
quatre ou cinq onces de vin blanc & l'ayant prise
il se faut promener, & on sue une sueur fort
puante: si l'on en donne à un pestiféré, c'est
dans cinq onces d'eau de noix.

Pour blanchir les dents.

Rx U Ne livre d'alun, une livre sel décrépité,
& une once clous de girofle,
mettre le tout en retorte au feu de cendres, &
en tirer l'eau, qu'il faut mettre en petites fioles,
lesquelles ne doivent pas être toutes remplies,
de crainte qu'elles ne cessent, & il faut
prendre garde qu'en se frottant de cette eau les
dents, après les avoir bien raclées & nettoyées,
que ladite eau ne touche point les lèvres.

Pour la gravelle, obstructions, & difficulté d'urine.

L Es trois derniers jours de la Lune, excepté
de celle de Juin, Juillet & Août, prenez
à chacun de ces trois jours, le soir après
soupé sur le point de dormir, une cuillerée de
bonne eau-de-vie, dans laquelle vous couperez
trois gouttes d'ail bien menu, & bien nettoyées
auparavant, ôtant le germe, si par hasard elles
commençaient à germer: & après avoir bu ladite
cuillerée avec les gousses d'ail coupées
bien menues, buvez une seconde cuillerée de la
bonne eau-de-vie, sans y rien mêler dedans,
mais toute pure.
Fard

@

Expérimentés. 131

Fard très-excellent.

Rx B Aume blanc & talc calciné ana quatre
onces, vinaigre distillé une livre, eau
distillée deux livres; tirer l'huile de tout, dont
on se frotte le visage avec une goutte ou deux.
Le talc se calcine dans un creuset, avec égal
poids de salpêtre, mis pendant sept heures au feu
de réverbère; puis vous en séparez le salpêtre,
précipitant les poudres dans de l'eau chaude, au
fond de laquelle va le talc.

Essence de Jasmin.

I L faut enfiler dans un fil plusieurs fleurs de
jasmin, auxquelles on coupe le pied, & on
n'y laisse que les feuilles: puis on les met ainsi
dans une fiole de verre, en sorte qu'elles ne
touchent point le verre, & ayant bien bouché
la fiole on la laisse au Soleil jusqu'à-ce que
les fleurs commencent à jaunir, alors vous les
tirerez, & remettrez d'autres, desquelles comme
des premières le Soleil fait distiller dans la
fiole l'essence claire comme de l'eau.

Suffocation de Matrice.

Rx Q Uatre gouttes d'essence d'ambre jaune,
& fait les boire dans de l'eau d'armoise
ou de matricaire.

Pour la Peste.

Rx D Ans de l'eau cordiale quatre gouttes d'essence
d'ambre jaune.
I 4 Pour

@

132 Secrets & Remèdes

Pour la colique néphrétique & venteuse.

Rx M Eme quantité susdite d'essence d'ambre
jaune, dans du vin ou dans du
bouillon.

Vinaigre doux.

Rx L E moût avant qu'il soit au pressoir, faites
le bouillir & écumez-le bien, puis
laissez le refroidir; & lors jetez-le sur la mère
du vinaigre bien fort: sur une pinte de moût,
il faut environ une écuelle de vinaigre, selon
qu'on le veut aigre on diminue ou augmente
le vinaigre.

Pour teindre les Turquoises.

T Irez la teinture du cuivre en jetant de ce
métal dans l'eau forte, dans laquelle après
vous faites tremper vos Turquoises.

Autre pour le même.

M Ettez tremper les turquoises dans de l'huile
d'amandes douces, tirée sans feu.

Vernis pour teindre les Pierreries.

R Ecipe sandaraque, huile d'aspic; vernis dessicatif,
id est, huile de pétrole, de chacun
deux onces, mettez le sandaraque & l'huile d'aspic
dans une bouteille bien bouchée, la présentant
au feu peu à peu, afin de fondre le sandaraque,
lequel étant fondu, vous y ajouterez le
vernis

@

Expérimentés. 133

vernis dessicatif; & cette opération est finie.

Pour faire un Rubis.

D Elayez un peu de laque fine avec susdite
matière, & avec un pinceau net, teignez
votre pierre, faites la sécher à loisir.

Pour faire Emeraudes.

P Renez un peu de vert de gris distillé, autrement
affiné avec un peu de carcome, & mêlez
avec la susdite matière, puis teignez,
faites sécher comme ci-dessus.

Pour faire saphir.

P Renez de l'inde, & du blanc d'Espagne, &
faites comme dessus.

Pour faire Diamants.

P Renez de l'ivoire brûlé, ou des noyaux de
pêche, & faites ainsi qu'a été dit des autres.

V E R N I S.

R Ecipe huile de lin deux parties, sandaraque bien
net & séché au Soleil une partie; puis ayez
deux pots de terre vernissés, dans l'un mettez
l'huile & le sandaraque dans l'autre mis en même
temps sur le feu de charbon fort modéré, & également
échauffé, & remuez continuellement avec
un bâton tant que le sandaraque soit dissout, &
l'huile chaude, qui l'est lors qu'un bâton de bois
vert mis dedans elle fait comme une traînée de
I 3 poudre

@

134 Secrets & Remèdes

poudre qui brûle & pétille, & si le sandaraque est
cuit il filera entre les doigts comme du sirop,
alors versez l'huile dans le sandaraque, & remuez
tant que tirant le bâton il fasse un filet, & étant
ainsi cuit passez-le dans une toile forte, & conservez-le
dans des vases de terre ou de verre bien
couverts: & lors que vous vous en voulez servir
il y faut ajouter de l'oleum petroleum.

Pour noircir le chagrin.

P Renez de la couperose, dite en Arabe jar,
qui semble à de la terre blanche, faites la
tremper en eau fraîche: & lavez-en deux ou
trois fois avec un linge votre peau de chagrin,
à mesure que l'une est sèche, & puis quand le
tout est bien sec, ayez de la poudre de gale bien
subtile, & donnez-en quelque couche au chagrin
avec le même linge remouillé de ladite eau, &
lors que le tout sera sec, frotter-le avec une brosse
assez rude pour lui donner l'éclat.

Pour la Sciatique.

R Ecipe la racine de brionia, coupez en une
petite portion, & creusez après le reste de
la racine, en sorte que vous y puissiez mettre
dedans de la colophane pulvérisée; puis recouvrez
le trou avec la pièce que vous en aviez ôtée
auparavant, & pendez le tout au Soleil avec une
corde, & mettez-y dessous un vaisseau; de quelle
matière que vous voudrez, excepté d'airain,
pour recevoir la liqueur qui distillera, laquelle
vous conserverez pour le besoin, & quand vous
vous en servirez, oignez-en chaudement la partie
malade, & le mal cessera dans une heure au
plus tard. Pour

@

Expérimentés. 135

Pour les Hémorroïdes.

P Renez de la seconde écorce qui est verte, du
bois de nerprun une poignée ou deux, faites
la cuire dans trois pintes de vin blanc jusqu'à-ce
qu'il soit réduit à la moitié, & vous en étuvez
le plus chaud que vous pouvez souffrir, vous
baissant sur le bassin autant que vous pourrez.

Autre pour le même.

F Aites des boutons de cette susdite raclure ou
écorce, mais sans l'avoir bouillie, & frottez
chaque bouton de ladite raclure, puis enveloppez
les boutons de raclure dans un coin de
chemise, & laissez-les sécher jusqu'à-ce que le
mal soit sec.

Autre pour le même.

L A tige des mauves blanches coupez quatre
doigts dessus le noeud, & quatre doigts
dessous, & pends la au cou, & les hémorroïdes
iront séchant à mesure que ladite tige séchera,
& si tu veux qu'elles fluent, met de la feuille
desdites mauves sous tes pieds.

Pour les pulmonaires & courte haleine.

Rx T Rois ou quatre feuilles de ceterac, mettez
- les dans un verre de vin blanc
avec de l'eau suivant votre boisson ordinaire un
verre en vous levant, un autre verre à l'entrée
du dîner, un autre au commencement du souper,
& un autre en vous couchant; & continuer
jusqu'à guérison qui sera dans peu de jours.
I 4 Pour

@

136 Secrets & Remèdes

Pour les Loupes.

I L faut les lier avec le poil de la queue d'une
mule, & elles tomberont infailliblement.

Pour la Colique.

Rx T Rois ou quatre noyaux de noisettes rouges
sèches, broyez-les en poudre déliée,
détrempez-les dans demi-verre de vin ou bouillon,
& prenez-les durant le mal. Les os desdites
noisettes font le même.

Pour toutes Fièvres.

Rx U Ne pierre vitriol de Chypre, mets la
dans un grand verre d'eau, l'espace que
tu conteras deux cens puis l'en tire & fais boire
l'eau, lors que l'accès veut venir, dans deux
ou trois fois l'on guérira, & la première on vomira
la cause du mal.

Autre pour le même.

F Aites bouillir eau de fontaine, puis la laisses
un peu refroidir, & prends en un grand verre
si chaud que tu le pourras souffrir, un peu avant
l'accès, ne prenant plus chose quelconque jusques
après l'accès, qui sera plus grand qu'à l'ordinaire,
mais on guérira.

Pour le Flux de Sang.

Rx L A peau qui est dans les noisettes cassées,
de dix ou douze noisettes pulvérisées, &
bûë

@

Expérimentés. 137

bue dans du bouillon, réitéré deux ou trois fois
guérit assurément.

Parfum de Rose.

Rx Q Uatre livres de roses, & deux de sel commun
dans un matras, & laissez les ainsi
quarante jours à la cave en terre dans
du sable: puis faites distiller, & l'eau est un
excellent parfum d'Angleterre.

Teintures de Roses.

Rx U Ne once roses de Provins, une demie
dragme esprit de sel, & demie dragme
esprit de vitriol, avec une pinte d'eau; faites
un peu digérer le tout sur cendres chaudes, &
prenez cinq ou six gouttes de cette eau, dans un
verre d'eau ou dans du bouillon, & si vous voulez
ajoutez-y du sucre pour en faire du sirop & le
dulcifiez.

Pour la Rate.

F Aites infuser durant quarante-huit heures trois
onces d'iris de Florence concassé, & enveloppé
dans un linge noué, dedans trois pots de
vin blanc, & buvez de ce vin un verre à jeun
durant neuf matins.

Pour le mal de tête & migraine.

P Ortez une bague d'acier au doigt annulaire
gauche.
Eau

@

138 Secrets & Remèdes

Eau pour toutes sortes de plaies & ulcères, & pour
les carnosités, y mettant un peu d'eau commune,
lors qu'on s'en sert pour la verge.

R Ecipe six onces de très-bon esprit de vin, rectifié
par trois ou quatre fois, & mettez-y
dedans une once d'alun & une once de camphre,
faites le dissoudre, & la dissolution faite, gardez
vôtre eau pour les occasions.

Pour l'hydropisie.

F Aites infuser durant douze heures, ou vingt-
quatre, demie dragme de jalap, & demie
dragme d'iris de Florence, bien pulvérisez
dans un verre de vin blanc; puis faites boire
le vin, & toutes les poudres au malade, &
réitérez de trois jours en trois jours: pendant ce
temps nourrissez bien le malade de bons restaurants,
& faites lui user de confortatif; comme
confections d'Alkermès & Hyacinthe, & vous
vous pouvez user du seul iris de temps en temps
pour adoucir la violence du remède.

Pour la migraine & maux de tête.

R Ecipe une ou deux feuilles de Sureau, autrement
dit souyé, mettez-les sur le front, puis
frottez-en votre bonnet par dessus, & vous tenez
le front appuyé sur le chevet l'espace d'une
demi-heure & vous serez guéri.
Pour

@

Expérimentés. 139

Pour les verrues.

P Illez oignons blancs, & sel commun ensemble,
& mettez en sur les Verrues.

Lait virginal.

Rx S Torax deux onces, benjoin une once, eau-
de-vie une pinte, baume demie once;
laissez infuser le tout un peu de temps sur les cendres
chaudes, puis filtrez, & mettez-en trois ou
quatre gouttes dans un verre d'eau.

Pour la Goutte.

B Assinez la partie affligée avec de l'urine récente
& chauffée, & couvrez-la avec des linges
chauds, l'ayant séchée.

Pour dégraisser parfaitement un chapeau.

Rx P Syllium une demie once, brésil une demie
once, écorces d'oranges sèches à discrétion,
faites bouillir le tout dans de l'eau jusqu'à-ce
qu'elle soit rouge, laissez-la refroidir,
& du mucilage qui se fait au dessus, frottez-en
le chapeau jusqu'à-ce qu'il en soit fort imbu.

Pommade.

F Aites bouillir crème & fraises ensemble, &
sur la fin tirez le beurre qui se fait dans les
fraises, & gardez le pour vôtre usage.
Eau

@

140 Secrets & remèdes

B E A U M E.

F Aites faire du beurre du troisième jour après
que la vache a été mise aux herbes : mettez
ce beurre dans des coquilles d'oeufs, couvertes
d'autres coquilles les unes sur les autres.

Ciment pour les tonneaux.

F Aites bouillir des feuilles d'ormes, & du suif
de mouton crû, & mettez-en aux fentes des
tonneaux.

Préservatif contre la peste, & Baume.

M Ettez de la sauge crue enveloppée dans un
linge fin sur vôtre nombril, & elle tirera
tout le mauvais air que vous humerez, & elle
noircira ; ce qu'elle fera aussi mise sur un corps
mort de peste.
Bouillie avec huile & vin rouge, c'est un excellent
baume pour les nerfs refroidis ou retirés,
si l'on en frotte la partie paralytique avec
cette décoction, & qu'on y ajoute le marc par
dessus.
Boire tous les matins deux doigts de vin ou
d'urine, où l'on aura éteint deux ou trois zets
de noix brûlée à la chandelle.

Pour le mal des Dents.

F Aites bouillir de l'alun sur une pèle, & pre-
nez les premières ébullitions, détrempez-les
avec eau-de-vie, & appliquez-les sur la dent.
Pour

@

Expérimentés. 141

Pour les plaies.

M ettez sur le plaie du borax pulvérisé, &
puis arrosez-le d'urine ; & la plaie guérira
en douze heures.

Pour étancher le sang d'une plaie.

A Ppliquez un morceau de vitriol contre la
plaie, & il cautérisera la veine, & étanchera
le sang.

Pour les poudres parfumées.

R Aclez de la craie de Briançon, & sur une
livre d'icelle mettez un gros de musc ou autre
odeur, les ayant bien mêlés & retournés
plusieurs fois, durant quarante-huit heures ; puis
mêlez les avec quelques sortes de poudres que
vous voudrez parfumer peu ou beaucoup, selon
que vous la voudrez forte.

Pour que le vin n'enivre pas.

U N gros de sel de choux, fait par calcination
de l'herbe, mis dans un pot de vin le
fait bouillir, & l'ébullition étant cessée, ledit
vin n'est plus capable d'enivrer, & n'en est pas
moins bon.

Tache d'huile.

P our empêcher que les taches d'huile n'augmentent,
il faut coudre avec du filet un espèce
d'arrière-point tout au tour de la tache,
&

@

142 Secrets & Remèdes

& l'huile ne passe pas outre, ni au delà du filet.

Eau céleste du grand Duc donnée à M. de Vendôme.

R Ecipe Turbith blanc & gommeux deux onces,
mastic en larmes, girofle, galange, muscade,
cannelle, cubèbes ana une demie once, bois
d'aloès une once, ou au défaut deux onces de
sandal citrin, pulvérisez le tout ensemble & mettez
le en une fiole de verre, & ajoutez y deux
onces de térébenthine de Chio ou de Venise, miel
blanc une demie livre, esprit de vin bien rectifié
quatre livres, bouchez bien le vaisseau, & laissez
le en digestion environ deux jours; puis faites
distiller le tout à petit feu, & puis après augmentez-le
jusqu'à-ce que le bain marie ne puisse
plus faire distiller; alors ôtez le vaisseau, &
mettez-le sur cendres ou sable, & augmente le
feu pour en faire sortir une liqueur blanche, laquelle
il faut séparer de la première; & alors
qu'il ne distillera plus il faut encore augmenter
le feu pour en faire sortir encore la troisième de
couleur rougeâtre & oléagineuse, qu'il faut encore
mettre à part, puis retirer le vaisseau
du feu.
Il est très-bon pour remédier à la colique graveleuse,
& à la pierre, d'ajouter sur la susdite
quantité, au temps de la distillation, & mêler
demie livre de casse récente, & une demie once
de spica nardi & faire infuser, & fondre
après la distillation du sel de corail & de perles
de chacune demie once, & une once de cristal
de tartre.
Première

@

Expérimentés. 143

Première Eau.

E Lle purifie le sang, fortifie l'estomac, dissipe
les vents, remédie aux opilations du foie
& de la rate, guérit la colique néphrétique, &
de la pierre, abat les fumées de la matrice, &
apaise les fluxions du cerveau, obvie à la goutte,
sur tout lors qu'elle naît de pituite, sert à
l'asthme, & à la phtisie.

Seconde Eau.

E Lle se peut mêler avec la première, & elle
en est plus forte contre la pierre, elle guérie
les plaies, il la faut réitérer deux ou trois fois
le jour, les loups & noli me tangere.

Troisième Eau.

E Lle est propre aussi pour les plaies, elle apaise
promptement la douleur des hémorroïdes,
en les lavant avec un linge trempé dans
ladite eau, elle est salutaire contre la goutte froide,
en frottant la partie.
Il faut prendre de la première & de la
seconde, avec eau de buglosse ou eau commune,
ou quelque eau appropriée au mal:
il faut mêler ensemble une demie cuillerée de
chacune.

Pour faire paraître les écritures effacées sur les
vieux titres de parchemin.

F Ais dissoudre trois onces de noix de gales
pulvérisées, dans une pinte de vin blanc, &
laisse

@

144 Secrets & Remèdes

laisse les en digestion froide, jusqu'à-ce que les
gales soient pulvérisées & dissoutes, puis lave
de cette eau les endroits effacés: la dissolution
se fait en quinze jours, puis distille ladite
dissolution, afin que cette eau ne noircisse pas
le parchemin.

Lut pour sceller les verres.

R Ecipe farine folle, bol fin, & chaux vive,
mêlez & pulvérisez très-subtilement; puis
détrempez avec glaire d'oeuf bien battue, trempez
des linges dedans & les appliquez promptement.

Eau pour les plaies ouvertes, ulcères invétérés, gangrène,
& autres semblables maux.

R Ecipe eau de chaux filtrée trois pintes ou quarante
huit onces, & la mettez dans un grand
matras, puis mettez une dragme & demie de Venus
précipité, subtilement broyé dans une petite
fiole, avec de l'eau commune, & remuez-le
si fort qu'il se brouille & se mêle parfaitement
avec l'eau, puis étant ainsi bien délayé, versez-
tout d'un coup dans le grand matras où est l'eau de
chaux, & laissant ledit matras tant incliné qu'il
le pourra être, sans que rien en sorte; laissez reposer
le tout jusqu'à-ce que l'eau soit éclaircie,
& le Venus précipité au fonds; puis retirez cette
eau par inclination industrieusement ou filtration,
pour n'y mêler aucune poudre, qui la rendrait
trop corrosive: gardez cette eau, & pour vous
en servir faites la chauffer tiède en vaisseau de
terre non vernissé, car rien de métallique ne
la doit toucher, ni aucun métal, car elle le
corro-

@

Expérimentés. 145

corroderait, & humectez en deux ou trois linges, lesquels
vous appliquerez sur le mal, d'abord
il soulagera, apaisera la douleur & l'inflammation;
& puis portera jusqu'à guérison: si le mal est
grand vous pouvez laisser une compresse en beaucoup
de doubles trempée dans cette eau sur l'ulcère,
mais quand le mal est net il ne faut que le
bassiner quand on le pense, puis y mettre tel emplâtre
que le mal requiert: elle nettoie les
plaies, garantit de la gangrène; quand le mal
est en bon état, il ne s'en faut servir que légèrement,
parce qu'elle abstergerait trop.

Eau pour toutes plaies, ulcères, os rompus,
gravelle, accouchements.

R Ecipe une once oculi cancrorum pulvérisez parfaitement,
& mettez dessus cette poudre du
vinaigre très-fort, il se fera une ébullition très-
haute, remuez avec une spatule durant une heure,
l'ayant laissé reposer quatre heures passez par
un linge, donnez de ce vinaigre, qui sera fade
deux cuillerées à jeun, deux autres à quatre heures
après midi, & deux en s'allant coucher: elle
se peut garder éternellement.

Pour toutes sortes de fièvres.

R Ecipe coquilles de limaçons, calcinées naturellement
dans les vignes, pulvérisez-les ou
dissolvez-les dans du vinaigre distillé, évaporez
le vinaigre: puis imbibez ce sel d'eau-de-vie, &
faites le évaporer, & réitérez, deux fois l'imbibition
de l'eau de-vie, puis donnez de ce sel huit
grains dans de l'eau, pour toutes sortes de fièvres.
Tome II. K Pour


@

146 Secrets & Remèdes

Pour toutes sortes de Coliques.

R Ecipe racines de consolida, & de sigillum Salomonis,
faites les sécher au Soleil, puis pulvérisez
les & prenez de chacune de ces poudres,
la pesanteur de demie dragme dans du vin rouge,
& vous guérirez.

Pour la Colique.

R Ecipe de l'ardoise nette, & qui ne soit pas
pourrie, faites la rougir au feu, puis retirez
la & pilez-la en un mortier très subtilement, &
donnez une dragme de cette poudre au malade,
dans un demi verre de vin clairet, il guérira sur
l'heure.

Orviétan de Desiderio de Combes.

R Ecipe angélique deux onces, escorsonaire deux
onces, graine de genièvre quatre onces, rue
une once & demie, bon iris une once, clous de
girofle demie once, verre d'antimoine quatre
dragmes, poudre de vipère quatre dragmes, à
son défaut fine thériaque une once, confection
d'Hyacinthe & Alkermès ana demie once, corne
de cerf de la première tête demie once, enula
campana demie once, aristolochie ronde une once,
gentiane six onces, anthora deux onces,
miel bon quatre livres; faites premièrement
bouillir le miel, avec un verre de bon vin &
écumez le bien jusqu'à-ce que le vin soit consumé
& le miel cuit, puis détrempez les poudres
susdites dedans avec un pilon.
Vertus

@

Expérimentés. 147

Vertus dudit Orviétan.

L Opération ordinaire des poisons & venins
communs, est de causer de la douleur à l'estomac,
à la tête, aux côtés, perte de parole,
tremblement, fièvre horitique ou planétaire,
étranglements, altérations, inquiétudes, & autres
accidents selon le poison, donné exprès au
corps par mégarde, ou celui qui se fait dans nos
corps par croupissement des humeurs corrompues:
en ce dernier cas il en faut prendre pour couper
le mal, le poids d'une dragme au matin détrempé
avec eau de scabieuse, ou chardon bénit, ou
buglosse, dans du vin, ou dans du bouillon, ou
seul, comme l'on voudra, selon les maladies deux
ou trois fois la semaine; il est bon aux maladies
contagieuses causées de l'infection de l'air, il le
faut avaler avec eau sudorifique comme dessus,
& suer tant qu'on pourra, & si les forces suffisent,
en prendre deux fois le jour, & changer
chaque fois de linge: bon pour les mélancoliques,
flatueux, hypocondriaques, en prenant soir
& matin avec eau de buglosse: pour les pleurétiques
tout de même, il fait cracher, & garde
que la matière n'est portée par métaphyse aux
poumons; observant régime de vivre: excellent
contre la vermine, la rougeole, petite vérole,
pourpre, & toute colique venteuse & causée de
pituite vitrée: dissipe les vapeurs malignes de la
matrice, la dessèche, si elle est trop humide, & la
rend propre à concevoir: réhabilite les imbécillités
aux vases spermatiques, de homme ou de
la femme; l'épilepsie, vertige, paralysie, stupeur,
céphalalgie, & migraine: en prenant aux
K 2 commen-

@

148 Secrets & Remèdes

commencements des Lunes les matins, au poids
susdit, arrête les vomissements causés de faiblesse
d'estomac & dégoût des viandes: les dysenteries,
tous poisons minéraux, végétaux, animaux,
au poids susdit, avec vin fait sortir le poison par
le haut ou par le bas, réitéré si besoin est: la
morsure des serpents, vipères, scorpions, chiens
enragés & autres animaux venimeux: si c'est
morsure ou piqûre, il sera bon de presser bien
le lieu piqué ou mordu pour en faire sortir le
sang corrompu, & après laver ladite partie avec
de l'urine, & appliquer dessus du beurre frais &
dudit antidote, s'il y avait quelques jours que
le venin fut invétéré, buvez dudit antidote,
détrempé avec environ deux ou trois onces d'urine,
réitérant deux ou trois fois, si besoin est:
souverain contre la peste au poids d'un écu, avec
demie once eau de chardon-bénit, & couvrir le
malade jusqu'à-ce qu'il sue, puis changer de linge
& réitérer deux ou trois fois: préserve de
peste, au poids de la grosseur d'un poix le matin,
préserve le coeur, fortifie l'estomac, empêche
le mauvais air: il faut continuer.

Eau précieuse de la Roque.

R Ecipe fleurs de ligustre, autrement troène,
distillez-les, ayant préalablement saupoudré
avec de l'alun, & gardez cette eau.
Distillez aussi en poudre l'herbe nommée chancrée,
autrement géranium, ou l'herbe au charpentier,
comme dessus.
Distillez de même façon les fleurs du caprisolium,
& gardez ces eaux à part, desquelles vous
prendrez égales portions, les mêlerez, & les
gardez.
Distillez

@

Expérimentés. 149

Distillez fleurs de coin, roses blanches, &
des sommités de framboisiers chacune à part,
puis le mêlerez par égale portion, & les gardez.
Prenez des eaux premières, trois feuillettes,
des dernières une feuillette, mêlez-les, dans lesquelles
vous dissoudrez une dragme & demie de
camphre, dissout dans l'eau-de-vie, préalablement
bouchez parfaitement la fiole, & tenez-la exposée
au soleil jusques à la fin d'Octobre, & la
gardez.

Vertus de cette Eau.

E Lle guérit les ulcères aux reins, si on en prend
deux ou trois doigts à jeun, & l'on continue
jusqu'à guérison, elle guérit gonorrhée, &
chaude-pisse, en en prenant trois doigts chaque
matin, & qu'on continue neuf jours; elle guérit
tous ulcères, & chancres, en les lavant avec
cette eau tiède; est propre pour la gangrène,
elle guérit les taches des yeux, & les cataractes,
si on s'en sert deux ou trois fois par jour en forme
de collier, & ôte l'inflammation des yeux,
& la démangeaison des paupières: elle est aussi
fort bonne pour les fièvres.

Pour les grandes chutes de lieu fort haut.

I L faut prendre un coq & lui couper avec des
ciseaux une pièce de la crête, & recevoir le
sang qui en sort, & le faire boire tout chaud au
malade, qui reprendra un peu de sentiment, s'il
n'est tout à fait mort; après quoi recoupez une
autre pièce de ladite crête; & faites lui reboire
ce qui viendra encore de sang, & réitérez tant
qu'il n'y ait plus de crête, laquelle étant d'un
K 3 gros

@

150 Secrets & Remèdes

gros coq fournira bien trois ou quatre cuillerées
de sang, qui donnera tant de vigueur & de for-
ce au malade qu'il sera en état de s'aller faire
penser.

Pour les plaies par fer, comme coupures, &c.

R ecipe un charbon tout allumé, & pilez-le
fort en cet état avec du sel suffisamment ;
puis versez sur cela de l'huile d'olive, & ap-
pliquez cette composition sur la plaie qui sera
parfaitement guérie dans quatre ou cinq jours.

Pour mortifier la Volaille.

F aites avaler une cuillerée de vinaigre au pou-
let que vous voulez tuer, & lui ayant tenu
un peu de temps le bec fermé tuez-le, & il sera
très tendre.

Pour les Hémorroïdes.

F Aites rougir une pèle de fer, puis mettez-y
dessus une feuille de choux rouge, & laissezlà
un peu chauffer des deux côtés, puis appli-
quez-là ainsi toute chaude, mais non grillée,
sur le fondement, & réitérez pendant sept ou
huit jours, une fois le matin.

Pour la Pierre.

F Aites infuser dans un demi setier de vin blanc,
un gros oignon coupé en tranches, l'espace
d'une nuit, & buvez le vin le lendemain matin.
De

@

Expérimentés. 151

De l'Essence de Perse & de la Céphalique.

C Eux qui souhaiteront d'avoir de ces Essences, dont
les propriétés sont admirables les trouveront à Paris
toutes préparées très fidèlement chez M. Ruviere
Apothicaire du Roi proche S. Roch.

L 'Essence de Perse est ainsi appelée, parce
que c'est un secret venu des Pais Orientaux,
& particulièrement du Royaume de Perse où il
est fort en usage ; c'est un préservatif souverain
contre l'Epilepsie, & l'Apoplexie, si on en prend
une ou deux fois par semaine, sur tout en hiver
une cuillerée à jeun seule, ou mêlée avec deux
cuillerées d'eau de bétoine. Si les Epileptiques
en prennent une ou deux cuillerées au temps de
leurs accès, elle les fait passer aussitôt. Elle produit
souvent le même effet aux personnes surprises
d'apoplexie prise en même quantité, &
s'il en est besoin on peut réitérer la dose plusieurs
fois en un même jour, en toute sûreté.
Elle est excellente pour guérir les vapeurs des
femmes, en leur en donnant une cuillerée seule
ou mêlée avec deux cuillerées d'eau de fleur d'orange,
selon que la vapeur est plus ou moins violente.
Elle excite les mois prise à jeun pendant
quelque temps. Elle facilite l'accouchement,
en donnant trois cuillerées seule au temps
des plus grandes douleurs. Elle guérit les fié-
vies intermittentes, si au commencement du
frisson, on en prend une ou deux cuillerées seu-
les, ou mêlées avec quatre cuillerées de bon vin.
I1 faut continuer pendant trois ou quatre accès.
Appliquée extérieurement, elle guérit les contusions,
les plaies récentes, nettoie les ulcères.
K 4 C'est

@

152 Secrets & Remèdes

C'est encore un souverain remède contre la brûlure
appliquée sur la partie brûlée.
L'essence Céphalique est un Remède encore
plus souverain que l'Essence de Perse contre l'Apoplexie.
Il ne se donne qu'en temps de nécessité,
& la dose est une petite demie cuillerée
chaque fois, que l'on peut réitérer sans rien appréhender,
s'il en est besoin. Si on en donne
en même quantité aux Epileptiques & aux femmes
sujettes aux vapeurs; Ce remède arrête incontinent
le mal; il est aussi excellent coutre les
coliques. Il guérit pareillement la douleur de
dents, si l'on en met sur la dent qui fait mal
avec un peu de coton qui en soit imbibé. Cette
Essence apaise aussi la douleur des gouttes, si
on en frotte la partie malade, & résout toutes
les tumeurs froides: Il n'y a presque point de
dartres quelle ne guérisse, si l'on les en frotte
légèrement pendant quelques jours, une ou deux
fois par jour.

Remède pour la fièvre quarte.

Q Ue si l'on urine avant que la fièvre quarte
prenne, & qu'on pétrisse après un pain avec
cette urine, faisant manger tout le pain à un
chien mâle, il prend la fièvre, & le malade guérit.

Remède pour la Gonorrhée.

I L faut faire dissoudre dans trois pintes d'eau,
trois dragmes de Vitriol, puis filtrer cette eau,
& en boire trois verres le matin, & le promener.
Si l'on vomissait par hasard, il faudrait
y ajouter de l'eau fraîche, & continuer huit
ou dix jours; puis se seringuer avec ladite eau,
&

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Expérimentés. 153

& se purger de trois en trois jours avec de la
casse.

Pour la Loupe.

L A tige & les feuilles de l'angélique sauvage
broyées simplement dans la main, & appliquées
sur une loupe, avec un linge qui les tienne
dessus durant quelques heures, & continuant
quelques jours; la loupe guérira entièrement
sans incommodité dans quinze ou vingt jours.

Pour mortifier la Volaille.

L A volaille ou la viande pendues mortes à
un figuier se mortifient promptement.

Pour les Rossignols.

L Es branches de figuier guérissent les taies des
yeux des Rossignols: Et lors qu'ils sont hydropiques
donnez leur à manger des Cloportes, &
ils en guériront.

Pour la Pleurésie, les Tumeurs des Chutes,
& les Gouttes.

T Etrahit, vel herba Judaïca, ou la troisième espèce
de sideritis, croissante à l'Ile de Ré,
fraîche ou sèche, cuite en bonne quantité dans de
l'eau, fait une décoction rousse, tirant sur le rouge;
frottant de cette décoction fort chaude l'endroit
douloureux d'une Pleurésie, la guérit infailliblement,
dans deux ou trois fois; & la marque est
que l'eau se brouille & trouble: il faut continuer
jusques à ce qu'elle ne le teigne plus: la
mê-

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154 Secrets & Remèdes

même décoction est singulière pour les Tumeurs
des Chutes, & quelquefois sert pour les Gouttes.

Autre pour la Pleurésie.

P Renez des étoupes étendues en gâteau,
mettez les dans la poêle, & dessus ces étoupes
mettez y trois ou quatre poireaux, le vert, le
blanc, & la barbe, pilez les grossièrement,
faites en une omelette; la retournant plusieurs
fois de côté & d'autre, & sur la fin arrosant les
deux côtés avec du vinaigre, & ainsi appliquée
chaudement sur la Pleurésie, la guérit dans deux
ou trois fois, si elle ne guérit la première.

Autre pour la même.

L E poids d'un écu de sang de bouc, tué en
lui coupant la verge & les testicules, bu dans
du vin, dans un oeuf, ou autre chose, guérit
de la Pleurésie.

Pour la Fièvre.

S Ur l'annulaire gauche, une pincée de sel,
une amorce de poudre à canon, autant de poivre,
& en aussi grande quantité que sont ces
trois, de bonne & forte suie de cheminée,
trois gousses d'ail, & pour dix-huit deniers de
safran, piler le tout avant que d'y mettre le safran,
& appliquer le tout immédiatement sur la
chair, couvert après d'un linge bien lié, une
heure avant l'accès: l'y laisser continuer, & le
tremper tous les matins dans de l'eau-de-vie,
& le garder neuf jours.
Pour

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Expérimentés. 155

Pour la Dureté de sein.

P Renez deux livres d'huile d'olive, & mettez
y dedans une livre & demie de minium, puis
faites les bouillir dans un chaudron, jusques à
ce qu'en les jetant dans de l'eau froide ils aillent
au fond, alors mettez y dedans une livre & demie
de cire jaune très-délicatement coupée, & remuant
le tout fort, pour l'incorporer, laissez
le tout encore sur le feu, jusques à ce que cette
composition paraisse bien incorporée toute ensemble,
& bien liée, alors jetez le tout dans
un seau d'eau fraîche, & le pétrissez dedans fort
bien, & en faites des rouleaux pour vous en servir
d'emplâtre au besoin: il guérit les Duretés
de sein, & empêche que le lait ne vienne après
l'accouchement.

Remède éprouvé pour la Goutte.

Rx B Eurre frais, sucre fin, eau-de-vie, huile
d'olive, ana, faites bouillir le tout dans
un pot de terre vernissé, jusques à diminution
de la moitié; & de cette huile ou onguent,
qui se garde tant qu'on veut, oignez en l'endroit
douloureux, l'ayant fait chauffer sur une
assiette, tout autant chaud que le malade le peut
souffrir.

Autre pour la Goutte sciatique.

P ortez dans vôtre poche, ou contre la cuisse,
entre les chausses & la chemise du côté malade
deux pattes d'un lièvre tué, entre les deux Nôtre-Dames
d'Août & de Septembre, avec cette
obser-

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156 Secrets & Remèdes

observation, qu'il faut la patte de derrière du même
côté malade, & la patte de devant de l'autre
côté: ainsi à un malade du côté droit, il lui faut
appliquer la patte droite de derrière: & la patte
gauche de devant: & pour ceux qui ont mal au
côté gauche, il leur faut appliquer la patte gauche
de derrière, & la patte droite de devant:
& à l'instant le mal cessera.

A U T R E.

P Renez la racine de brionia; couper en une petite
portion, & creusez après le reste de la
racine, en sorte que vous y puissiez mettre de
la colophane pulvérisée dedans, comme dans un
étui ou boëte, puis recouvrez cela avec le morceau
que vous avez coupé au commencement,
& pendez le tout au Soleil avec une corde, mettez
dessous un récipient de ce que vous voudrez,
excepté d'airain; & de la liqueur qui en distillera;
que vous conserverez pour l'occasion l'ayant
bien chauffée, quand vous vous en voudrez servir,
vous oindrez la partie malade, & le mal
cessera dans une heure, au plus tard.

Remède pour les Hémorroïdes.
U Ne dragme de sel de plomb, dans une pinte
d'eau de mauve, est un excellent remède
pour faire rentrer les Hémorroïdes,
en les bassinant avec ladite eau froide.

Très-beau Vermillon.
L A poudre de cochenille mêlée avec de l'alun
brûlé, & puis étouffé chaud dans l'eau de
plantain, ou de rose, est le meilleur Vermillon
qu'on puisse trouver.
F I N.

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pict
Notes manuscrites

4991
37
1355

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pict
Notes manuscrites

29 48 63 82 88

78 88

Meus est in templo
et Deus non


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