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Réfer. : 0004 .
Auteur : Gaston le Doux dit De Claves.
Titre : De la Triple Preparation de l'Or & de l'Argent.
S/titre : Suivi de : Maniere de preparer la Pierre Philosophique.
Editeur : Laurent d'Houry.
Date éd. : 1695 .
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T R A I T E
PHILOSOPHIQUE
DE LA
TRIPLE
PREPARATION
DE L'OR
ET DE L'ARGENT.
Par GASTON LE DOUX, dit DE CLAVES,
Amateur des Véritez, Hermetiques.
A PARIS,
Chez Laurent D'Houry, ruë Saint
Jacques, devant la Fontaine Saint
Severin, au Saint Esprit.
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M. D. XCV.
Avec Privilege du Roy.
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T R A I T E
PHILOSOPHIQUE
DE LA
TRIPLE PREPARATION
DE L'OR ET DE L'ARGENT.

E but & la fin de l'Argyropée
& Chrysopée, c'està-dire,
l'Art de l'Argent
& de l'Or, est de produire
l'Argent & l'Or; mais il
est nécessaire d'avoir une matière qui soit
la puissance prochaine pour recevoir la
forme d'Argent & d'Or.
1°. Dans nôtre Apologie nous avons
prouvé par des raisons évidentes & par
quelques expériences, que cette matière
est l'Argent-vif, non seulement le vulgaire,
A ij
@
4 De la triple Préparation
mais encore celui qui réside dans
les autres Métaux. Les témoignages des
personnes illustres & d'autres qui ont vu
qu'une petite quantité de la Pierre Philosophique
jetée sur une grande quantité
d'Argent vif, la change en Argent
& en or, font foi de cette vérité.
2°. La forme qui par la cause efficiente
doit être imprimée dans la matière
prochaine, n'est pas substantielle,
mais accidentelle; en quoi il y a une
grande différence: car la substantielle
constitue la principale partie du corps
mixte ou composé; elle est du prédicament
de la substance, & elle donne la
dénomination au corps mixte: elle est
unique en chaque corps, & elle est proprement
appelée forme. Mais la forme
accidentelle ne constitue pas une partie
du corps, ni n'est pas du prédicament de
la substance, mais des autres; ni elle ne
donne pas le nom au corps mixte, mais
il y en a plusieurs ensemble, comme la
quantité, la qualité, &c. Elle ne peut
par elle-même subsister, mais il faut
qu'elle soit dans un sujet dans lequel
elle puisse être ou ne pas être réellement
ou par l'imagination & l'entendement,
sans que la forme substantielle soit corrompue:
@
de l'Or & de l'Argent. 5
Telles sont les premières & secondes
qualités. La forme substantielle
est le premier acte du corps mixte;
l'accidentelle en est l'acte postérieur. Lors
que l'Argent-vif & les autres métaux
sont changés en Argent ou en Or, leur
forme substantielle ne péri pas, mais
l'accidentelle seulement; ni le composé
ne se détruit pas, mais il se perfectionne:
car le composé ou sujet ne se corrompt
jamais sans qu'il s'en engendre quelque
chose, & qu'il naisse une nouvelle forme
substantielle.
Mais parce que je vois bien que plusieurs
sont d'un sentiment contraire, à
cause que deux formes ne peuvent être
dans le même sujet; je leur demande si
la forme substantielle d'un raisin qui n'est
pas mûr, est la même que celle de ce
raisin quand il sera mûr, ou si elle est
différente? Je pense qu'ils répondront
qu'elle est la même forme substantielle;
& ils n'oseront dire qu'elle est seulement
commencée. Or ce raisin n'est pas mûr,
parce qu'il peut être perfectionné par la
maturité *: Donc cette perfection n'est
pas de la forme substantielle, mais d'une
* Popansis en grec, c'est l'action qui donne
la maturité.
A iij
@
6 De la triple Preparation
accidentelle. Mais, diront-ils, cela est
corrompu & détruit qui était auparavant,
& n'est plus à-présent; donc la
première forme qui était dans le composé
est détruite, & à-présent il y en a
une autre. C'est ainsi qu'ils enseignent
que l'Argent-vif qui était auparavant,
est corrompu après qu'il est changé en
Argent ou Or.
Je leur accorde que lorsque l'Argentvif
est changé en Argent ou en Or, il se
fait un changement, ou si vous voulez
une corruption des accidents qui étaient
auparavant; & que la forme accidentelle
antérieure péri, & qu'il se fait une génération
d'autres accidents, & que dans
le sujet il naît une autre forme accidentelle.
Néanmoins la forme substantielle
& le premier acte de l'Argent-vif ne se
perd pas, mais il y demeure; & l'Argentvif
ou le composé qui était imparfait,
est devenu parfait: Mais quand l'Argentvif
vulgaire, ou celui qui était dans les
autres métaux, est changé en Argent ou
en Or, il ne perd pas tous les accidents
qu'il avait auparavant; car ceux qui sont
propres & communs à l'Argent, à l'Or &
à l'Argent-vif demeurent. Or tous les accidents
qui leur sont propres & communs,
@
de l'Or & de l'Argent. 7
principalement à l'Or & à l'Argent-vif,
sont de n'être ni corrompus ni brûlés par
le feu; d'être exempts d'humidité onctueuse
capable d'être brûlée & de brûler; que
leur mixtion qui se fait dans les parties
substantielles soit indissoluble; qu'ils soient
très pesants, & d'autres semblables: Mais
les autres accidents qui n'appartiennent
pas à la propriété de la forme substantielle,
périssent; & il est accidentel à l'Argent.
vif qu'il soit subtil, liquide, volatil, indéfini
& sans arrêt; car quand il est épais,
solide, fixe & cuit, il est borné & devient
parfait.
Il est donc constant que l'Argent-vif
vulgaire, ou qui est dans les métaux imparfaits,
n'est différent de l'Argent &
de l'Or, que par la forme accidentelle,
qui ne peut être connue par les fonctions
des sens, mais par l'entendement
& la raison; & qui étant dépouillée des
formes accidentelles antérieures qui n'appartiennent
pas à la propriété de la
forme substantielle, peut faire toutes les
fonctions de l'Argent & de l'Or; comme
de résister aux feux & en souffrir toutes
les épreuves, selon la nature de l'un & de
l'autre. Cela suffit pour la matière qui
une prochaine puissance à l'Art; &
A iiij
@
8 De la triple Preparation
pour la forme aussi dont elle se revêt
après qu'elle est arrivée à l'acte postérieur;
parce que nous en avons écrit plus
au long dans les Traités que nous avons
déjà donné au Public.
3°¨ J'ai dessein de traiter plus amplement
de la cause efficiente, pour suppléer
& réparer ce que nous avons dit
moins suffisamment & véritablement. La
cause efficiente est celle qui par la destruction
quelle fait de la forme accidentelle
de l'Argent-vif, ou de celui qui
est dans les métaux, lui donne la perfection
de l'Argent & de l'Or. Plusieurs
ont crû que le seul feu & la chaleur externe
était la cause efficiente, parce
qu'en purifiant il sépare & cuit les choses
hétérogènes.
Albert le Grand est
auteur de cette opinion, livre 4. des Minéraux,
chap, 7. Il pense qu'on peut tirer
trois corps non seulement des métaux,
mais encore de tous les corps
mixtes. De ce que dessus, dit-il, il est
constant en quelque manière pour qu'elle
raison plusieurs Alchimistes assurent que
de tout corps élémenté on en peut tirer
trois; savoir l'Huile, le verre & l'Or:
car il est clair de ce qui a été dit souvente-fois,
que dans chaque corps élémenté
@
de l'Or & de l'Argent. 9
il y a une certaine graisse humide
répandue à l'entour des parties; & parce
qu'elle est visqueuse, à même-temps que
l'humidité visqueuse s'évanoui, elle distille
du corps rôti allumé, à cause que
par l'assation * elle est poussée du dedans
où elle était plus constamment défendue
du feu, au dehors.
De plus, dans tous les corps mixtes
il y a une humidité aqueuse mêlée avec
une subtilité terrestre, de manière que
l'une retient l'autre; & ce corps très
fortement rôti, en se sublimant dans les
pores intérieurs dont les orifices extérieurs
sont fermés par la combustion, se
partage en deux: car ce qui est plus grossier
& aqueux nage dans les parties supérieures
du corps; & par le feu très-fort
il se répand avec l'effusion d'un verre
qui par le froid se condense en verre:
Mais le plus pur étant sublimé à cause
de la chaleur, devient jaune & se répand
d'un épanchement d'Or, qui par le froid
se congèle en Or. Quelques-uns ont
peut être expérimenté ceci dans les métaux
imparfaitement mêlés; mais ils ont
perdu leur temps & leur travail. Cela ar10
* Optesis en grec, c'est l'action qui rôtit.
@
De la triple Preparation
rivera moins dans l'Argent vif, quoique
Geber dans son
Livre de la Perfection,
enseigne que par la trop longue
durée du feu il se congèlera & s'épaissira;
mais je pense qu'on n'en viendra pas
à bout dans trois ans. Mais si des métaux
qui sont mixtes imparfaits on en tirait
l'Or, ce changement se ferait par la
génération & la corruption: & on ne le
tire pas de cette matière, mais par la
mixtion, comme nous avons prouvé dans
l'Apologie, & comme nous le confirmerons
ci après par des raisons très-évidentes.
4°. Les autres ont voulu que tous les
genres des Sels, des Aluns, des Encres
& des moindres minéraux aidassent la
chaleur du feu; ensuite de quoi ils ont
inventé plusieurs façons de ciments, &
plusieurs gradations faites avec les eauxfortes
distillées mais toutes ces choses
n'étant pas de la matière des métaux, ne
se mêlent pas davantage que le feu seul,
ni ne rendent rien plus parfait & même
n'aident pas la chaleur, si se n'est pour
corrompre plutôt les métaux imparfaits
& les changer en verre; car elles consument
l'humide & brûlent le terrestre,
Néanmoins je ne veux pas nier que l'Ar-,
@
de l'Or & de l'Argent. 11
gent pur souvent exposé à une cimentation
avec du sel commun, & du verre
qu'on appelle Alcali, & après réduit en
corps, on ne tire de l'Or, que l'eau
forte de séparation fait demeurer au
fond du vaisseau; parce que par la réitération
de l'opération l'Argent se purifie,
son humide se cuit & se fixe: & parce
qu'il est parfaitement mêlé, il ne peut
être arraché ni séparé de la sécheresse terrestre;
& cette même sécheresse qui est
blanche actuellement & rouge en puissance,
devient rouge par cette coction
& teint en couleur citrine sa propre humidité:
Mais toutes ces sauces coûtent
plus que le poisson.
5° Il y en a d'autres qui pensent que
la cause efficiente soit quelques sels tirés
des métaux imparfaits; & pour ce sujet
ils ont essayé de mêler ces sels par les
mêmes cimentations & gradations avec
l'Argent-vif, ou avec les mêmes métaux.
Je leur accorde que cette mixtion
se peut faire, parce que toutes ces choses
ont une matière commune, & des
qualités contraires; mais je ne pense
pas qu'elles aient la vertu de faire l'Argent
ou l'Or. J'avoue aussi qu'avec le
sel tiré du cuivre & du fer, mêlé & enveloppé
@
12 De la triple Preparation
d'un amalgame fait avec l'Or,
l'Argent & l'Argent vif, on peut augmenter
l'Or en quantité par la coction
& réduction, comme j'ai enseigné dans
le Livre
De recta & vera ratione progignendi
Lapidis Philosophici; mais cette
augmentation est d'une si petite quantité,
que la dépense surpasse le profit:
Donc si tous ceux qui emploient inutilement
leurs peines & leur argent en
ces sortes d'opérations prenaient mon
conseil, je leur dirais d'épargner tant de
fatigues & de dépenses, & de commencer
à être sages, s'ils n'ont envie d'être
misérables & gueux après plusieurs années.
6°. Le vrai & naturel sujet de la cause
efficiente de l'Or & de l'Argent n'est
autre chose que l'Or & l'Argent: C'est
en vain qu'on l'espère & qu'on la cherche
dans les autres choses. Le feu est le
principe qui d'un autre corps produit &
augmente le feu; l'Argent & l'Or sont
aussi les principes qui produisent & augmentent
l'Argent & l'Or dans la matière
prochaine: Et comme la nature a
généralement donné à toutes les semences
de toutes les espèces la vertu de se
multiplier, elle en a usé de même à
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de l'Or & de l'Argent. 13
l'égard de l'Argent & de l'Or Pour les
augmenter, quoi que par une espèce de
mutation différente de celle qui se trouve
dans les animaux & dans les végétaux:
car en ceux-ci la cause efficiente corrompt
premièrement les choses sur lesquelles
elle agit, & enfin elle change
& convertit le même sujet; mais l'Argent
& l'Or sont mêlés avec la première
matière. Ils s'altèrent premièrement, &
enfin ils lui donnent la perfection: mais
cette force & vertu ou cette cause efficiente
est une propriété qui n'est pas du
genre des éléments ni de leurs qualités
premières ou secondes, ni elle n'en prend
pas son origine; mais elle est dérivée
de la seule forme du corps mixte. Elle
est aussi hors des sens humains, & on
ne la peut apercevoir ni par la saveur,
ni par l'odeur, ni par l'attouchement,
ni par aucun sens, quand elle naît; mais
seulement par l'observation & l'expérience
qui soient confirmées par un long
usage.
On a donc reconnu par des observations
perpétuelles, que ce n'est ni le feu,
ni les arbres, ni les animaux qui engendrent;
mais que les vertus & facultés
qui sont dans chaque semence sont les
@
14 De la triple Preparation
causes & les ouvriers principaux de la
génération & multiplication. Que si autrefois
nous avons dit que dans les corps
inanimés le feu & la chaleur était la
cause efficiente, il faut entendre cela
d'une cause de secours & non pas de
la principale, qu'il ne faut pas chercher
ailleurs que dans l'Argent & l'or. Néanmoins
il faut avouer que le sujet de la
cause efficiente ne peut ni recevoir ni
donner la perfection, que par le secours
de la chaleur extérieure.
7°. Puis que la vertu de faire l'Argent
& l'Or est dans l'Argent & l'Or & que
nous avons dit que par leur mélange
avec la première matière on achevait
la perfection, on a coutume de demander
pourquoi étant mêlés avec les métaux
ou l'argent vif, ils ne donnent
pas la même perfection: car l'argent vif
mêlé & amalgamé avec l'Or ne perfectionne
pas l'argent vif, mais l'argent vif
se délie en vapeur; & toutefois le froid
le fait retourner en argent vif, mais
l'Or persiste. De même le plomb fondu
avec l'Argent ou l'Or, ne prend pas la
perfection de l'Argent ou de l'Or, comme
on le voit par la preuve de la coupelle;
mais l'Argent & l'Or demeurent
@
de l'Or & de l'Argent. 15
toujours les mêmes.
Cette question non-seulement n'est
pas inutile, mais elle découvre encore
le secret de cet Art; & celui qui n'en
sait pas l'explication, il faut qu'il ne
voie pas clair dans la pratique de l'oeuvre:
en voici donc la décision. La forme
est en chaque corps le premier &
le principal efficient, dans lequel la
force, la faculté & la propriété avec
laquelle il agit est cachée; mais laquelle
toute seule est inefficace pour agir, si
elle n'est fournie des qualités premières
& secondes, comme de ses instruments.
Tout ainsi qu'un artisan peut former en
son âme une statue en idée, mais il ne
peut la former sur une pierre ni la rendre
visible, s'il n'a des instruments pour
cela; de même aussi la forme de l'Argent
& de l'Or a en soi la force & faculté
de produire l'Argent & l'Or par
une propriété occulte; mais qui est inefficace
pour agir si elle n'est armée de la
force des qualités. C'est pourquoi l'Argent
& l'Or qui ne sont pas altérés en
leur nature, n'agissent pas sur les métaux
ni sur l'Argent vif, quand ils sont
mêlés ensemble.
Plusieurs ont été de sentiment que l'épaisseur
@
16 De la triple Préparation
de l'Argent & de l'Or est cause
qu'ils ne peuvent exercer sur l'argent vif
& les métaux leur propriété productive
de l'Argent & de l'Or; mais que s'ils
étaient réduits en esprit & en consistance
subtile, ils pourraient produire
l'Or de l'argent vif & des métaux imparfaits.
Car
Augurel parlant des métaux
l'enseigne de la sorte: Que s'ils ne
produisent pas au dehors leur enfant,
dit-il, la cause en est que l'esprit qui
donne toute la vie étant caché sous beaucoup
de matière, ne déploie qu'avec
peine ses forces, à moins qu'une vertu
vigoureuse tire de cette épaisseur leurs
forces cachées. Et un peu après parlant
de l'esprit de l'Or il ajoute: Enfin cet
esprit retenu dans l'Or demande la main
de l'ouvrier qui délie les liens, & qui le
rende puissant par sa propre vertu. Si
quelqu'un déploie cet esprit, & que par
après il le cuise long temps avec un feu
tiède, il verra aussi tôt que la vie est
donnée à l'Or avec un long usage de
semence, & il ne manquera pas de faire
l'Or de l'Or.
Geber encore en divers endroits enseigne
que la réduction de diverses écorces
en des parties très-petites, est cause de
la mixla
@
de l'Or & de l'Argent. 17
mixtion & de la véritable union; mais
nous soutenons avec Aristote que la ténuité
de la substance des corps n'est pas
la cause principale de la mixtion, non
plus que les secondes qualités, mais
qu'elle aide seulement. L'ordre & la loi
de la vraie mixtion est celle-ci: En premier
lieu, que les corps qui se doivent
mêler se touchent mutuellement par un
attouchement mathématique dans les
parties les plus minces, afin qu'ils agissent
l'un sur l'autre, & qu'ils se reçoivent
mutuellement avec des forces égales
& combattantes.
Or les corps qu'on doit mêler n'agissent
& ne reçoivent que par le moyen
des premières & secondes qualités, qui
sont le chaud, l'humide, le froid & le
sec: car le chaud agissant contre le froid,
& l'humide contre le sec, se détruisent,
parce que ces qualités premières sont
capables d'agir & de recevoir mutuellement;
ce qui n'arrive pas dans les qualités
secondes, entre lesquelles il faut
compter la ténuité & l'épaisseur: mais
très-certain que la ténuité de la
substance est d'un grand secours aux premières
qualités pour agir.
Mais tout ainsi que la forme agit par
B
@
18 De la triple Préparation
les premières qualités comme par ses
instruments, de même ces qualités premières
agissent par les secondes. C'est
ainsi que par un combat bien proportionné
des premières qualités dans la
matière commune, qui est réduite en des
parties très minces, il résulte un parfait
mélange & la vraie union de divers corps
capables de mixtion. A la vérité l'Argent
& l'Or n'ont pas tant de forces de la
chaleur & de la sécheresse, qu'ils puissent
surmonter le froid & l'humidité de
l'argent vif & des autres métaux, & ils
sont d'une consistance trop épaisse pour
pouvoir entrer dans les parties des autres.
Il appartient donc à l'Art de rendre
plus étendus & plus forts les degrés de
la chaleur, de la sécheresse & de la ténuité
de l'Argent & de l'or, afin qu'avec
ces armes la faculté & la vertu de produire
l'Argent & l'Or, chasse de l'argent
vif & des autres métaux certaine
forme accidentelle, en introduisant une
autre convenable à la forme productive
de l'Argent & de l'Or. C'est ainsi &
non autrement que le vrai Or & Argent
se fait avec le secours de l'Art, de l'argent
vif & des autres métaux; mais l'extension
@
de l'Or & de l'Argent. 19
des qualités dans un sujet est
l'acquisition d'une forme accidentelle
dans toutes les parties, laquelle forme
n'était pas auparavant dans le même sujet
ni dans toutes ses parties, comme lors
qu'une main froide en toutes ou en quelqu'unes
de ses parties devient chaude partout.
A l'égard de l'intention, elle se fait
lors que le degré de la forme accidentelle,
qui était déjà actuellement dans
tout le sujet, acquiert une plus grande
force, le degré de sa première chaleur
demeurant toutefois le même: en sorte
que les forces de l'Argent & de l'Or,
que les substances de la chaleur, sécheresse
& ténuité qui sont existantes dans
le sujet avec l'acte, s'augmenteront; &
plus elles seront vigoureuses, d'autant
plus promptement la forme qui produit
l'Argent & l'Or, agira sur la matière qui
est prochaine en puissance, & donnera
à un plus grand nombre de parties la
perfection d'un très-véritable Argent &
Or.
Mais cette intention en degrés des
qualités dans l'Argent ou l'Or, dépend
de leur différente preparation, qui est
toute & la principale partie de la pratique
B ij
@
20 De la triple Préparation
de l'Argent & de l'Or, en la
quelle tous ceux qui s'adonnent à cet
Art doivent mettre tous leurs soins &
travail: C'est aussi ce qui nous a mû à
mettre pour titre de cette nouvelle Edition:
De la triple Préparation de l'Argent
& de l'Or. Je sais qu'il y en a
beaucoup qui se servent de plusieurs autres
préparations: & si elles augmentent
les degrés des qualités dans l'Argent
& dans l'Or, cela est bien; mais
nous avons intention d'expliquer à présent
celles qui sont appuyées de l'autorité,
de la raison & en partie de l'expérience:
Toutefois nous le ferons en peu
de paroles & encore concises, afin que
nous ne découvrions pas des secrets si
grands & tant de mystères à ceux qui
en sont indignes, aux impies & aux moqueurs.
8°. La première preparation de l'Argent
& de l'Or est leur réduction en
chaux: car toutes choses calcinées de
viennent par cette cuite plus chaudes,
plus sèches & plus menues. La chaux de
la pierre en est une preuve évidente:
Donc l'Argent & l'Or qui avaient une
vertu plus faible devant que d'être calcinés,
& qui manquaient de forces pour
@
de l'Or & de l'Argent. 21
agir, ayant acquis par la calcination
une chaleur, sécheresse & ténuité plus
intense, deviennent plus efficaces pour
agir. Or on les calcine en les amalgamant
avec l'argent vif, & exprimant par
le cuir l'amalgame; de sorte qu'il reste
une petite boule des deux qui n'a pas
passé par le cuir. On mêle avec cette
petite boule quelque chose qui est de
la nature de l'argent vif ( mais la raison
ne donne pas tout au vulgaire.) Le
tout étant bien broyé & mis dans un
vaisseau de verre, on le cuit, jusqu'à
ce que par la force du feu l'argent vif
& ce qui est de sa nature soient expirés
ou passés, la chaux de l'Argent & de
l'Or demeurent au fond du vaisseau.
Il faut réitérer cette calcination jusqu'à
ce que la chaux soit réduite en une
poudre très subtile sans aucune lumière.
Enfin on ajoute à leur chaux du sel armoniac
déjà parfaitement purgé par sublimation,
& on le sublime encore
quatre ou plusieurs fois, afin que la
chaux acquière un plus grand degré de
chaleur, de sécheresse & de ténuité;
mais ce degré d'intention & cette préparation
est plus faible que les autres,
parce que la chaux n'a pas quitté toute
@
22 De la triple Préparation
sa nature métallique, & qu'elle en retient
encore une partie de l'épaisseur; même
elle y retournerait, si elle était fondue
par un feu de fusion. C'est pourquoi tout
argent vif n'avance pas indifféremment
en Argent ou en Or; mais celui là seulement
ou qui étant cuit de sa nature,
est tiré artistement des métaux imparfaits,
ou le vulgaire qui est délivré de
son trop grand froid & humide par une
sublimation souvent réitérée, & qui
comme mort s'attache aux cotés du vaisseau,
& par après de nouveau vif &
coulant.
La façon d'agir est qu'on fasse un amalgame
avec trois parties de l'un ou de
l'autre de ces argents vifs, & une de la
chaux d'Argent & d'Or; & après les
avoir mis dans un vaisseau de verre propre
à cela, on les cuise premièrement
avec un feu faible, & ensuite augmente
peu à peu: Incontinent après vous verrez
votre amalgame prendre des couleurs
différentes, jusqu'à ce qu'enfin le mélange
de la chaux d'Argent avec l'argent
vif ait pris une couleur de cendres ou
blanchâtre, & que le mélange de la
chaux d'or ait acquis une couleur rouge,
& que les deux soient réduits en poudre
@
de l'Or & de l'Argent. 23
très subtile & impalpable.
C'est une merveille que le même argent
vif mêlé avec des chaux différentes
sur la fin de la cuite prenne des couleurs
différentes. C'est encore une plus grande
merveille qu'il prenne des épaisseurs &
pesanteurs différentes; car la chaux d'Or
cuite avec l'argent vif est plus épaisse &
pesante que la chaux blanche en même
quantité. Pour faire cesser cette admiration,
il faut pénétrer que la différence
de la couleur & pesanteur ne vient pas
de éléments de l'Argent ou de l'Or, ni
de leurs qualités; mais en premier lieu
& immédiatement de la forme du même
Argent & Or: Et il faut noter que l'argent
vif artistement tiré de l'Argent étant
mêlé avec la chaux d'Or, reçoit par la
cuite plus soudainement la perfection de
l'Or, parce qu'approchant plus de la
maturité, il résiste moins à la chaux
d'Or.
9°. La seconde preparation est la réduction
qui se fait de la chaux d'Argent
ou d'Or en un sel fusible, & ensuite en
huile; mais le seul Art la fait avec la
même méthode qu'on les fait ordinairement
de tous les corps mixtes calcinés:
car on commence par une lessive purgée
@
24 De la triple Préparation
souvent par le feutre, & après elle s'épaissit
avec une douce chaleur. Ce qui
demeure après avoir épuisé l'humidité
aqueuse, c'est le sel, ou ce qui a la nature
de sel, comme on le reconnaît par
la saveur. Il se dissout dans toute liqueur
froide & humide, parce qu'il a été congelé
par une chaleur sèche; mais comme
les corps mixtes de divers genres &
espèces ont des facultés différentes, demême
aussi les sels qu'on en tire. De-là
vient que ceux qui sont tirés de l'Argent
& de l'Or ont une faculté de produire
l'Argent & l'Or; j'entends cette vertu
de faire l'Argent & l'Or, mais beaucoup
plus excellente & plus efficace que leur
chaux, parce que cette preparation les
nettoie de leur lie impure: car c'est alors
une terre très-pure qui penche à la nature
du feu & devient excellente.
Et plus les sels sont purgés par le
feutre & épaissis, plus aussi leurs forces
deviennent grandes; mais afin de leur
donner plus de ténuité, après plusieurs
solutions & coagulations, ils se réduisent
d'eux-mêmes en huile, si on les
expose dans un lieu froid & humide, &
les huiles s'épaississent de nouveau avec
une douce chaleur sèche; Et cette opération
ration
@
de l'Or & de l'Argent. 25
se réitère jusqu'à ce qu'elles ne
puissent plus se coaguler par la chaleur
sèche; mais qu'étant exposés en lieu
chaud ou froid, de-même que l'huile de
noix ou d'olive, elles ne s'épaississent
pas, mais demeurent coulantes. Ces huiles
mêlées avec l'argent vif vulgaire se
changent en Argent ou Or, selon la nature
de l'une ou de l'autre, commençant
par une cuite douce, & par après plus
forte durant huit jours: On n'en peut
savoir la dose que par expérience.
Mais cette huile aurifique a une autre
vertu: car si on mêle sept onces d'argent
vif parfaitement purgé sept fois par sublimation
avec une once de cette huile,
qu'on renvoie en bas plusieurs fois
ce que la force du feu avait élevé &
épaissi, enfin il s'attachera avec l'huile
& demeurera comme une huile dans le
feu bouillant; & retiré du feu, il se serrera
comme glace. Une once de cette
coagulation jetée sur de l'Argent pur
lui donnera la perfection d'un Or trèsfin;
mais la seule expérience peut enseigner
la quantité & la dose de l'Argent:
car plus la preparation aura été
faite avec soin ou négligence, plus ou
moins d'Argent sera changé. Le signe
C
@
26 De la triple Préparation
de la perfection, tant de l'huile que du
sublimé fixe avec l'huile, sera si un grain
de l'un ou de l'autre jeté sur une lame
embrasée, se fond comme cire sans fumée,
& qu'il entre dans les parties intérieures
de la lame, en lui donnant
une couleur d'Argent ou d'Or, de même
que l'huile pénètre promptement le
papier.
Cette huile est une médecine du second
ordre qui congèle l'argent vif, dont
Geber dans son Livre
de la Perfection,
chap. 26. parle en ces termes. L'argent
vif étant fugitif par une inflammation
facile, a besoin d'une médecine qui s'attache
profondément avec lui devant sa
fuite, & qui le joigne avec ses plus petites
parties & s'épaississe & par sa fixion
se conserve dans le feu jusqu'à ce qu'il
lui arrive de pouvoir souffrir un plus
grand feu qui consumerait son humidité,
& par ce bien-fait le change en
ne vraie cause solifique & lunifique,
c'est-à-dire en Or ou Argent, selon que
la médecine sera préparée. Il dit encore
ailleurs: De ceci il faut inférer que la
médecine, de quelle chose qu'elle soit
faite, doit nécessairement être d'une
substance très-subtile, qui de sa nature
@
de l'Or & de l'Argent. 27
s'attache à lui d'une très-facile & trèssubtile
liquéfaction comme de l'eau, &
fixe dans le combat du feu: car ce combat
le coagulera & le changera en une
nature solaire ou lunaire.
Cette huile assurément a toutes ces
propriétés & qualités: Qu'y a-t-il de
plus subtil & de plus pur que l'huile?
Qu'est-ce qui s'attache plus à l'argent
vif que l'Argent & l'Or, mais principalement
l'Or? Qu'y a-t-il de plus facile
liquéfaction que l'huile qui est coulante?
Qu'y a-t-il de plus subtile consistance
que l'huile: Et qu'y a-t-il de plus
fixe, puis qu'elle est tirée de l'Argent
& de l'Or qui souffrent toute la force
du feu. Les Ecrits de
Raymond Lulle
n'enseignent autre chose que la façon
de faire cette huile de l'Argent & de
l'Or, mais par une autre voie: car par
la distillation de toute sorte de sels, d'aluns,
de vitriols, & des moindres minéraux
& des métaux mêmes, il tire des
eaux qui par leur force très-aiguë dissolvent
l'Argent & l'Or déjà calcinés;
ensuite il les coagule avec un feu lent:
& il dit que la partie de ces eaux qui
est la plus épaisse & plus efficace ( qu'il
nomme esprit de quintessence,) le fixe &
C ij
@
28 De la triple Préparation
s'unit avec l'Argent ou l'Or, & se change
en huile, avec laquelle il mêle sept
fois autant d'argent vif sublimé parfaitement
purgé, qu'il fixe par une sublimation
réitérée.
Mais je crains que les esprits de ces
eaux ne se puissent fixer au noir avec
l'Argent & l'Or, soit parce qu'elles sont
de diverses matières, soit parce qu'elles
sont dépouillées de la proportion de la
nature métallique. C'est pourquoi nous
avons mieux aimé changer l'Argent &
l'Or en huile avec le seul feu: ce qui
sera pénible aux ignorants & à ceux qui
n'ont pas l'expérience, mais très-facile
aux savants & expérimentés.
Mais l'huile préparée de nôtre façon
est sans doute autre chose, & dépouillée
de tout corps étranger & suspect. Elle
est le vrai Or potable qui est un remède
souverain à plusieurs maladies désespérées,
s'il est vrai ce qu'on dit de l'Or
potable, & que je n'ose pas assurer,
parce que cela n'est pas dans les limites
de la Chrysopée, & qu'il s'en faut rapporter
aux jugements des Médecins. Mais
quoi-qu'on veuille ou qu'on ne veuille
pas, il est certain & nous l'avons expérimenté,
que l'Or avec le seul feu peut
@
de l'Or & de l'Argent. 29
être changé en huile, & qu'après cela il
ne retournera plus en Or, si ce n'est
que comme une teinture aurifique il soit
mêlé avec l'argent vif ou le pur Argent,
& qu'il leur donne sa perfection.
10°. La troisième & dernière préparation
de l'Or ( je ne parlerai pas de la
preparation de l'Argent, parce que celle
la a la force de toutes les deux ) surpasse
en forces & facultés beaucoup plus
intenses les précédentes; parce qu'en
cette preparation l'esprit de l'Or est
élevé aux côtés du vaisseau par une chaleur
ignée, de même que la suie sort
du bois. Cet esprit dans la suite par la
coction devient fixe en une pierre premièrement
blanche, puis après en poudre
rouge. Cette poudre est le vrai sel
aurifique & la Pierre Philosophique, ou
teinture aurifique. Sa force & faculté est
de donner par la seule projection, à tous
genre d'argent vif & à tous métaux, la
perfection de l'Or. Il possède tant d'admirables
vertus, qu'il prend par cette
sublimation une nature céleste & ignée;
qu'il se dépouille de toute impureté terrestre;
de laquelle étant délivré comme
de ses liens, il tire des métaux leur argent
vif & le sépare: Il cuit encore, il
C iii
@
30 De la triple Préparation
arrête, il teint, il change en Or dans
un moment l'Argent vif vulgaire; ce que
l'huile d'Or qui n'est pas encore sublimée,
( beaucoup moins la chaux d'Or, )
ne saurait faire; mais l'Argent & l'Or
qui ne sont pas encore altérés en leur
nature ne peuvent rien du tout,
Plusieurs ont écrit beaucoup de choses
de la méthode & manière d'élever ces esprits
d'Or; mais nous dirons la façon la
plus convenable, la plus facile & la plus
raisonnable, selon le sentiment de
Geber
Qu'on mêle parfaitement quatre onces
d'huile aurifique avec autant d'Argentvif,
en les broyant long-temps, afin
qu'ils se mêlent jusques aux moindres
parties. Mettez ce mélange dans une
fiole de verre fermée avec du lut; donnez
lui premièrement un feu faible, puis
après violent & soudain par l'espace de
douze heures: laissez refroidir le vaisseau,
rompez le, & vous trouverez en
la partie supérieure du vaisseau l'Argent
vif sublimé rouge; car l'Argent-vif sublimé,
à cause que toute sa substance est
semblable, tirera avec soi une partie de
l'esprit aurifique, qu'on appelle souphre:
parce que comme le soufre vulgaire
par la concoction & sublimation teint
@
de l'Or & de l'Argent. 31
l'Argent-vif en couleur rouge, & que
des deux il s'en fait du cinabre; de-même
aussi de cet esprit d'Or & l'Argent vif
sublimé, il s'en fait un sublimé rouge.
Si tout l'esprit de l'huile n'a pas monté,
mêlez avec ce qui en reste au fond
du vaisseau, de l'Argent-vif sublimé nouveau;
sublimez encore, & réitérez cette
opération jusqu'à ce que presque toute
l'huile soit élevée en esprit. J'ai dit presque,
parce qu'il y aura des fèces en bas,
qu'il faut jeter là comme inutiles. Ces
esprits d'Or & d'Argent vif sont la vraie
matière prochaine de nôtre Pierre Philosophique.
Cette matière se fixe par la
seule cuite, & se change en sel spirituel
fixe, avec les degrés de chaleur que nous
avons prescrit dans nôtre Traité
De
recta & vera ratione progignendi Lapidis
Philosophici, où je renvoie le Lecteur.
11°. Il reste à traiter brièvement de
l'augmentation de la chaux d'Argent ou
d'Or, & de l'huile argentifique ou aurifique.
Donc quand la chaux d'Argent &
d'Or aura converti en soi l'Argent-vif
tiré des métaux imparfaits, ou l'Argentvif
déjà parfaitement purgé & sublimé;
il faut le calciner encore de nouveau,
& le mêler avec un nouvel Argent vif
C iiij
@
32 De la triple Préparation
tiré des métaux imparfaits, ou du vulgaire
sublimé; ou le fixer par une cuite
avec les mêmes degrés de chaleur que la
première. Et pour une semblable raison
l'Argent vif sublimé fixé avec l'huile de
l'Argent ou de l'Or, s'augmente en quantité,
si on le calcine & qu'on le réduise
en huile, & si on mêle encore de nouveau
sublimé & qu'on le fixe par la cuite. Il en
faut juger ainsi de l'augmentation de la
Pierre Philosophique en quantité comme
les grains de froment semés s'augmentent
& se multiplient à l'infini.
On ne doit pas s'étonner que nous
ayons dit que la matière de l'augmentation
de la chaux d'Argent & d'Or, est
la même que celle de l'huile & de la
Pierre Philosophique; savoir, l'Argentvif
tiré des corps imparfaits, ou le vulgaire
sublimé: Car plusieurs semences
de diverses espèces jetées en terre, ont
le même aliment, avec lequel elles croissent
& se multiplient; & chaque espèce
de semence attire & change en soi l'aliment.
C'est ainsi que les mêmes aliments
sont convertis aux corps de différentes
espèces d'animaux qui s'en repaissent.
Ainsi l'Argent-vif préparé est comme
l'aliment, tant de la chaux d'Argent
@
de l'Or & de l'Argent. 33
& d'Or, que de l'huile des deux, ou de
la Pierre Philosophique; & il prend la
nature, la substance & la forme de celui
duquel il accroît, quoi que les aliments
des végétables & des animaux ne soient
convertis que par leur corruption & génération,
& le vif-argent par la mixtion.
Mais la grosseur de nôtre Pierre Philosophique
ne s'augmente pas seulement
en quantité; elle croît encore tout ensemble
en vertus & en facultés, si la
Pierre Philosophique déjà mise en lumière
est de nouveau réduite en huile,
laquelle avec de nouveau argent vif sublimé
par un feu violent & précipité,
soit élevée en esprit qui se fixe peu à
peu par le premier degré de chaleur: &
plus souvent on réitérera l'opération, plus
il recevra d'augmentation en grosseur &
en vertu.
Geber dit que dans cet ordre
de solution, sublimation & fixion, on
achève le secret qui est sur tous les secrets
des sciences de tout le monde, &
le trésor qui est incomparable.
12°. Il reste encore à prouver par des
démonstrations très-évidentes, que la
mutation de l'argent vif, tant du vulgaire
que de celui qui est dans les métaux,
@
34 De la triple Préparation
se fait par la seule mixtion, &
non par les autres mutations. Il reste encore
à discourir plus amplement de cette
mixtion que nous n'avons fait dans nos
ouvrages précédents: Car on peut dire
beaucoup de choses contre. 1° Que
toute mutation se fait ou dans la substance,
& c'est la génération & corruption;
ou dans la qualité, & elle est appelée
altération; ou dans le lieu, & c'est
proprement le mouvement, & non pas
mutation: Donc c'est dans une espèce
de ces mutations, du moins des trois
premières, que se fait la mutation de
l'argent vif & des autres métaux en Argent
ou en Or, & non pas par la mixtion.
De plus, puis que nous avons dit
que l'Or réduit en chaux peut retourner
à être Or par la fusion, l'espèce de cette
mutation sera l'altération; mais que cette
chaux croisse par l'ajout de l'argent
vif, ce sera une augmentation. Puis après
quand l'Or est converti en chaux, la
chaux en sel, le sel en huile, l'huile en
esprit, & l'esprit encore en chaux, ces
mutations seront comprises sous l'espèce
de la génération & corruption.
A ces objections & aux autres semblables,
nous répondons par l'autorité
@
de l'Or & de l'Argent. 35
d'
Aristote & de tous les autres Philosophes,
que la mixtion est comprise
sous le genre de la mutation, & qu'elle
est différente des autres espèces. Pour
plus grande intelligence de ceci, il faut
remarquer que les choses qui contiennent
& concourent dans les mixtions,
ne conviennent ni ne concourent pas
toutes dans les autres mutations. 2° Que
les choses qui sont mêlées soient actuellement
& par elles- mêmes séparées &
subsistantes devant que d'être mêlées,
& par conséquent que leur matière soit
commune; puis après qu'en se touchant
& quand elles se mêlent, elles agissent
& reçoivent mutuellement par leurs premières
qualités contraires. Item, que
dans la mixtion il n'y en ait point qui
se corrompe ou qui périsse, ni qui détruise
l'autre, mais que l'une & l'autre
est altérée; les forces de l'agent & du
patient de part & d'autre se diminuent
& se réduisent à un certain tempérament,
afin que la forme de l'Argent &
de l'Or résulte, que le sujet de l'agent
profite, & que celui du patient reçoive;
enfin que des corps mixtes altérés il sorte
un corps d'une seule forme qui participe
de la nature des deux, & qui toutefois
@
36 De la triple Préparation
ne soit pas le premier sujet ni de l'agent,
ni du patient, mais un tiers. C'est
pourquoi
Aristote définissant la mixtion,
dit qu'elle est l'union des choses qui
peuvent être mêlées & qui sont altérées.
Tout cela doit être entendu de la
vraie mixtion: mais encore qu'il semble
qu'
Aristote ait parlé de la mixtion des
corps simples, il ne laisse pas néanmoins
d'avoir lieu principalement dans la mixtion
de nôtre semence argentifique &
aurifique, & de l'argent vif & des métaux
desquels il est constant qu'ils sont
déjà mixtes. Premièrement, ils sont tous
actuellement séparés & subsistent par
eux-mêmes devant que d'être mêlés.
Ils ont aussi une matière commune: car
ils sont tous argent vif, mais l'un plus
parfait que l'autre; & nous avons fait
voir qu'ils ne sont différents que par leurs
formes accidentelles, parce qu'ils se combattent
avec des qualités contraires:
la semence est chaude & sèche, l'argent
vif & les métaux froids & humides, si
non actuellement, du moins en puissance,
ainsi que disent les Médecins en
parlent de leurs médicaments. Donc
quand ils le touchent & qu'ils se mêlent,
ils agissent & reçoivent, mutuellement:
@
de l'Or & de l'Argent. 37
Ils sont aussi contraires en ténuité
& en épaisseur. La semence est subtile,
afin qu'elle puisse pénétrer les parties
de l'argent vif & des métaux; & ceux-ci
sont grossiers & épais, afin qu'ils retiennent
la nature de métal.
De plus, dans la mixtion ni les uns ni
les autres ne sont pas corrompus, ni ne
périssent pas, ni ne se détruisent pas;
mais ils sont tous altérés: car après la
parfaite mixtion, la teinture de la semence
argentifique & aurifique se voit dans
l'argent vif, ou dans les métaux changés;
& la teinture étant changée, l'argent
vif demeure comme devant la mixtion,
mais arrêté, terminé & cuit. Les
métaux aussi convertis en Argent & en
Or demeurent métaux: car ils conservent
en eux le genre de métal; mais on rompt
les vertus & facultés, tant les actives
de la semence ou teinture, que les passives
& résistantes de l'argent vif des
métaux mais les actives en agissant perfectionnent,
& les passives en recevant
sont perfectionnées. Enfin le corps mixte
qui résulte de cette action & passion,
n'est pas la semence ou l'argent vif, ou
le métal tel qu'il était avant la mixtion,
mais un troisième corps; savoir l'Argent
@
38 De la triple Préparation
ou l'Or, qui a une seule forme
substantielle & accidentelle, qui est celle
de l'Argent ou de l'Or; & ce troisième
corps participe de la nature des deux
autres.
Or le bon sens montre que tout cela
ne convient pas aux autres espèces de
mutation: car les choses qui engendrent
& qui corrompent, & celles qui
sont engendrées & corrompues, peuvent
bien subsister actuellement dans ellesmêmes
devant la génération & corruption,
comme le feu & le bois; mais leur
matière n'est pas commune, non plus
que celle des animaux & des aliments
qui se convertissent en eux. Mais lors
qu'elles se touchent, le feu agit sur le
bois & les animaux sur les aliments, &
n'en reçoivent rien; mais le bois & les
aliments seuls reçoivent, & ne résistent
ni n'agissent pas. Que si nous admettons
dans ces agents quelque repassion, elle
ne se ferait que dans le temps de leur action;
mais la repassion finie, ils reprendraient
leur premières forces, comme
la chaleur agissant sur les aliments reçoit
d'eux quelque chose; mais la digestion
finie, elle reprend les forces qu'elle avait
auparavant. Outre cela, ce qui est corrompu
@
de l'Or & de l'Argent. 39
péri entièrement, & d'être qu'il
était, il devient non être; mais ce qui
est engendré n'était pas auparavant, &
de non être il est fait un être: car le
bois qui en brûlant devient feu, se corrompt,
& le feu est engendré; & il se
fait, comme on dit, une résolution de
tous les accidents jusqu'à la matière première,
ni on ne trouve dans le corps
engendré aucun des accidents qui étaient
dans le corrompu devant la corruption:
De là vient que nous ne disons pas que
le bois est mêlé avec le feu. De-même
dans la génération & corruption les forces
& les qualités du générant & du
corrompant, du corrompu & de l'engendré,
ne sont pas rompues de part &
d'autre; mais celles là demeurent &
celles-ci périssent, & l'action du corrompant
& engendrant ne fait pas au
troisième corps participant de la nature
des deux; mais le corrompu est changé
en celui de l'engendrant, comme le bois
en feu & les aliments en la substance de
l'animal; ou si les forces sont égales, ils
sont détruits tous deux, & un troisième
est engendré, lequel est entièrement différent
de leur nature: comme dans les
corps simples, quand ils se résolvent en
@
40 De la triple Préparation
fumée & en cendres par l'eau & le feu,
il se fait un air, & dans les mixtes par
le feu; car ce qui est ainsi résout péri
& pas un de ces premiers accidents ne
reste.
Cette raison montre encore la différence
entre l'espèce de mutation qu'on
appelle augmentation ou accroissement,
& la nutrition dans les animaux & végétables;
& entre l'espèce de mutation
dite mixtion, en-tant qu'on considère
la mutation de celui qui s'augmente &
se nourrit: car il est corrompu, & il se
fait une génération en partie; mais ce
qui est augmenté & nourri ou diminué,
demeure le même corps après l'augmentation,
la nutrition & la diminution:
Mais la différence entre l'altération & la
mixtion, est que les qualités qui altèrent
sont des accidents qui ne peuvent subsister
par eux mêmes; mais ils s'attachent
toujours aux substances. C'est pourquoi
ils ne sont pas mêlés; mais les choses
qui se mêlent sont des substances séparées
qui subsistent à part, comme la
semence argentifique ou aurifique, &
l'argent vif & les métaux imparfaits:
Parce que la vraie mixtion se fait avec
les corps; mais le tempérament est
des
@
de l'Or & de l'Argent. 41
des seules qualités.
Ce que nous avons dit de l'augmentation
de l'Argent & de l'Or, lorsque leur
chaux est mêlée avec l'argent vif tiré des
métaux imparfaits ou le vulgaire un peu
délivré de sa froidure & de son humidité
par le moyen de l'Art, ne se doit pas
entendre d'une vraie augmentation par
laquelle le même corps qui était auparavant
demeure après l'augmentation;
mais parce que cette chaux n'est pas
bien éloignée de la nature de l'Argent &
de l'Or, & qu'elle y retournerait par un
feu de fusion: Ensuite ils seraient en
quelque façon fragiles ou rompants, à
cause que quelque chose de leur humidité
a été épuisée par la calcination; mais
qui se rendraient ductiles aisément, si
on jetait sur eux quand ils sont fondus,
une petite quantité d'argent vif sublimé.
Cependant, quand on admettrait que
cette mutation est une espèce d'augmentation,
elle appartiendrait encore
plus à la mixtion, tant parce que la
chaux par l'altération a une certaine nature
avec des forces & des qualités différentes
de l'Argent & de l'Or qui n'ont
pas été altérés, qu'à cause que l'argent
vif dans la mixtion avec la chaux
D
@
42 De la triple Préparation
n'est pas détruit, mais perfectionné; &
que du mélange des deux il résulte un
troisième corps qui n'est ni chaux ni argent
vif, mais une poudre qui par la fusion
se fond en Argent ou Or.
Cette même poudre devant que d'être
fondue, peut être faite en chaux par une
plus longue & plus véhémente cuite.
Pour les mêmes raisons, ce que nous
avons dit de l'augmentation des deux
chaux & huile en quantité seulement, ou
de la Pierre Philosophique, ou sel aurifique
en quantité & en vertu, appartiennent
plus à la mixtion qu'à l'augmentation;
mais il est plus vrai & évident
que la mutation de l'argent vif &
des autres métaux en Argent ou en Or,
par l'huile d'Or ou par la Pierre Philosophique,
se fait par la mixtion: car
l'huile & la Pierre Philosophique sont
plus éloignées de la nature de l'Argent
& de l'Or, que n'en est pas la chaux.
Que s'il faut tirer une raison de la mutation
des corps mêlés, de ce qu'ils
étaient devant que d'être mêlés; il faut
avouer que la mutation de l'Argent &
de l'Or en chaux, en huile ou en Pierre
Philosophique, est seulement une altération:
Comme si nous comprenions par
@
de l'Or & de l'Argent. 43
la seule pensée la mutation de l'argent
vif & des autres métaux, en Argent ou
en Or séparément sans mixtion, elle serait
seulement une altération; mais après
une mixtion parfaite, elle ne sera plus la
seule altération des deux, mais l'union
de divers corps altérés sous une seule
forme de mixte.
13°. Puisque ceci appartient au Traité
de la mixtion, j'ajouterai les choses
qui ont été dites ailleurs; savoir, que
l'égalité des qualités contraires est le
principe des choses mêlées; je veux dire
de la semence argentifique, aurifique, de
l'argent vif & des métaux imparfaits;
laquelle égalité ne doit pas être mesurée
par la grosseur ou par le poids, mais
par la vertu efficiente de la puissance:
ce qu'il faut déduire plus clairement
par démonstration. Personne ne doute
qu'on ne puisse estimer les corps par
leur pesanteur, & qu'on ne discerne avec
les sens ceux qui pesent plus ou moins:
mais il est impossible de peser avec des
balances les qualités premières, qui sont
le chaud, le froid, l'humide & le sec
qui sont dans ces corps mixtes; on juge
par leur seule puissance & efficacité combien
grandes elles étaient. On peut donc
D ij
@
44 De la triple Préparation
peser à la balance le corps qui est le sujet
de la cause efficiente, savoir l'Argent
ou l'Or, ou ce qui en a été altéré;
& celui du patient, savoir de l'argent
vif & des métaux: mais on ne saurait
peser leurs qualités. Mais quand les
mêmes sujets de la cause efficiente & patiente
sont mêlés, il n'est pas nécessaire
qu'ils soient de même grosseur & pesanteur:
car les substances des quatre corps
simples, ou éléments, ne sont pas d'une
même pesanteur ou grosseur, quand elles
sont mêlées & qu'un mixte en résulte;
car dans l'Or il y a plus de substance de
terre, comme on le connaît par sa pesanteur,
qu'il n'y en a d'eau, & encore
moins d'air, & encore moins de feu que
des autres.
Mais il faut que les qualités contraires
des corps simples, & même des mixtes
qu'on veut mêler ensemble, soient
égales en degrés; afin que les sujets soient
réduits à un tempérament. Par exemple,
si la chaux, l'huile ou la Pierre Philosophique
sont chaudes, sèches & subtiles
en un degré, il faut aussi que l'argent
vif vulgaire ou celui des métaux soit
froid, humide & épais en un degré. Si
ceux-là ont plusieurs degrés de chaleur,
@
de l'Or & de l'Argent. 45
de sécheresse & d'humidité, il est nécessaire
que ceux-ci aient plusieurs degrés
de qualités contraires, pour combattre à
forces égales. Les Médecins appellent ce
tempérament de justice, & non pas de
poids: Toutefois les qualités du sujet patient
plus pesant ou plus léger en grosseur
& en quantité, seront plus grandes
ou moindres en extension, mais non pas
en intention. Par exemple, si une once
d'argent vif a un degré de froid, deux
onces en auront deux, & trois onces
trois, & ainsi du reste: Mais la chose est
autrement dans le sujet de la cause efficiente;
parce que par la preparation différente,
la qualité de chaleur, de sécheresse
& ténuité dans un sujet de même
grosseur & pesanteur, peut avoir plus
ou moins de vertu: c'est pourquoi une
once de Pierre Philosophique a beaucoup
plus & de plus forts degrés des qualités
actives, que n'en a une once d'huile;
& celle-ci plus que n'en a une once de
chaux.
Pour trouver donc la juste proportion
du sujet agent & patient, supposons que
le sujet agent, par exemple la chaux
d'Or, soit une once en poids, mais que
cette once ait trois degrés de chaleur,
@
46 De la triple Préparation
de sécheresse & de ténuité; & que le sujet
patient, pas exemple l'argent vif,
dans une once n'ait qu'un degré de
qualités contraires; il faudra mêler une
once de chaux avec trois onces d'argent
vif, parce que dans une seule
once de sujet agent il y a autant de degrés
de qualités actives, qu'il y en a
de passives dans trois onces du sujet patient.
Que si une once du sujet agent
avait cent mille degrés ( plus ou moins)
de qualités actives, il faudrait mêler
cette quantité avec cent mille onces
( plus ou moins ) d'argent vif; & c'est
ainsi qu'il faut estimer l'égalité des qualités
contraires: Mais on ne peut pas
donner une règle certaine de cette proportion;
la seule expérience & le discernement
des yeux la peut déterminer.
Mais de ce que nous avons dit que la
chaux, l'huile & la Pierre Philosophique
abondent en qualités intenses de chaleur,
sécheresse & ténuité; il ne faut pas
inférer qu'elles aient abandonné leur
tempérament: car nous ne l'avons dit
que par comparaison, en les comparant
avec les qualités de l'argent vif & des métaux
imparfaits. Sans cela & parlant absolument,
celles-là sont très-tempérées,
@
de l'Or & de l'Argent. 47
& leurs qualités & vertus sont toutes
égales; & pour cette raison le feu ne les
dissout pas: mais il dissout les argents vifs,
à cause de leur intempérie; si ce n'est
qu'ils soient réduits au tempérament de
l'Or & de l'Argent, & qu'ils soient perfectionnés
par le bénéfice de la mixtion.
14°. On pourrait ici demander si des métaux
imparfaits on peut tirer la chaux, le
sel, l'huile; & si avec l'huile les esprits se
peuvent sublimer ou fixer, comme nous
avons dit de l'Argent & de l'Or; & si ces
choses mêlées avec l'argent vif & les métaux
imparfaits, pourront les réduire à
leur tempérament & les perfectionner. Il
est sûr que par Art on peut tirer toutes
ces choses, comme on le dit de l'Argent
& de l'Or; mais il est impossible de réduire
au tempérament les choses imparfaites
& les perfectionner: La raison est
que dans le seul Argent & Or, la Nature
a mis la force & propriété argentifique
& aurifique qui suit immédiatement de
la seule forme. Je sais que personne, ou
presque personne n'a pris garde à ce que
j'ai dit de la mixtion: toutefois si on
ignore ou qu'on omette cela, il ne sera
pas facile de répondre aux arguments de
@
48
De la triple Prépar. de l'Or, &c.
nos adversaires qui combattent cet Art,
& ceux qui voudront venir à la pratique,
marcheront comme de aveugles: Car les
arguments qu'on fait contre cet Art, se
tirent de la ressemblance des mutations
que l'on reconnaît dans les animaux &
les végétables, qui sont corrompus, engendrés,
alimentés ou altérés: mais
l'argent-vif & les métaux imparfaits ne
sont ni corrompus, ni engendrés, ni
augmentés, mais altérés; & ils sont mêlés
& unis avec le sujet de la cause efficiente
& perficiente, argentifique & aurifique.
Fin du Traité de la triple Préparation
de l'Or & de l'Argent.
DE LA
@
49
DE LA D R O I T E ET V R A I E manière de produire la Pierre
Philosophique, ou le Sel argentifique
& aurifique.
Explication claire & abrégée.
J E crois que nous avons assez disputéde part & d'autre dans nôtre Apologie,
si l'Art de faire l'Argent & l'Or
est un Art véritable, ou non: Nous
avons encore confirmé par des raisons
très-évidentes, que la matière prochaine
de l'Argent & de l'Or, c'est-àdire,
la semence de l'Or, ou ce qui tient
lieu de la semence de l'Argent & de
l'Or, n'est autre chose que l'argent-vif,
soit le vulgaire ou celui qui est dans
les autres corps métalliques, & qui n'a
besoin que de la perfection que lui donne
la cause efficiente & perficiente dans
la façon de l'Argent & de l'Or. Nous
avons dit que cette cause efficiente
principale est l'Argyrogonie * & la
* Sel argentifique.
E
@
50 Manière de produire
Chrysogonie *, & que le feu extérieur est
la cause qui aide; mais nous n'avons
disputé qu'en passant se l'une & de l'autre
cause efficiente.
L'Argyrogonie & Chrysogonie étant
la cause efficiente principale, elle est
plus parfaite & plus noble que la matière
qu'elle informe & perfectionne, & que
la Nature n'a pas achevée, l'ayant laissée
après l'avoir commencée; & elle attend
la main de l'Ouvrier qui l'aide &
lui serve: C'est aussi de celle-là qu'il
nous faut discourir & traiter plus clairement
que je n'ai fait dans mon Apologie,
afin de satisfaire en partie à l'obligation
que je me suis volontairement
imposée dans la même Apologie.
J'entreprends ceci d'autant plus volontiers,
que j'en vois plusieurs qui prennent
une Infinité de peines & font de
grandes dépenses, faisant à chaque pas
des expériences sans raison, dont la plus
grande partie a été laissée par écrit de
ceux qui font profession de cet Art; &
enfin ne recueillent de tout leur travail
que des dettes. Je les prends tous à compassion;
& j'ai crû leur faire service,
en remettant ces fourvoyés dans le bon
* Sel aurifique.
@
la Pierre Philosophique. 51
chemin: je ne leur découvrirai point de
ces ouvrages pénibles, mais je leur en
montrerai de plus faciles & à beaucoup
moins de frais que n'en ont employés &
n'emploieront ceux qui ont cherché de
bonne foi l'Argyrogonie ou Chrysogonie,
que j'appelle à présent la Pierre des
Philosophes, ou le Sel argentifique ou
aurifique. C'est pourquoi comme nous
avons dit dans l'Apologie, ceux qui sont
affectionnés à la Chrysopée *, doivent
donner tout leur travail à la recherche
de ce Sel aurifique, & rejeter tous les
autres.
Mais afin qu'il ne semble pas que
nous travaillons en vain en la manière
de chercher & achever ce Sel, il faut premièrement
savoir pourquoi nous l'appelons
Sel aurifique? Pourquoi aussi
ayant sa vertu aurifique, il donne à l'argent
vif vulgaire, ou à celui qui est dans
les métaux, la perfection d'un très véritable
or. En voici la raison & la cause
Dans tous les corps mixtes, eu égard à
la seule mixtion, on tire par le ministère
de l'Art plusieurs & différentes substances
qui généralement se divisent en deux,
savoir l'humide & la sèche; parce que
* Art qui fait l'Or.
E ij
@
52 Manière de produire
leur matière est principalement composée
d'eau & de terre quoi qu'elle soit aussi
composée des substances du feu & de l'air:
mais la substance humide tout ainsi que
l'eau se raréfie par l'action du feu s'élève
en vapeur & exhalaison, mais la substance
sèche comme la terre subsiste &
elle est fixe. L'une & l'autre de ces substances
est encore divisée en deux; car
entre les humides il y en a une aqueuse,
ayant les qualités de l'eau, savoir le
froid & l'humide; l'autre est aérienne
ou huileuse, ayant les qualités de l'air, savoir
l'humide & la chaleur & les deux
sont distinguées par la ténuité & l'épaisseur:
car celle qui a plus de terre, est
plus épaisse; & celle qui est plus subtile,
a moins de terre: car la substance de l'eau
n'est pas pure, mais elle participe encore
à la substance des autres éléments, savoir
de l'eau & du feu. Mais entre les
sèches, il y a différence de la pure &
subtile, entre l'impure & grossière. La
pure & subtile a le nom & la nature de
Sel, ayant en partie la qualité de la terre,
savoir la sécheresse; & en partie celle
du feu, savoir la chaleur. L'impure &
grossière est comme la lie des autres substances,
qui par une excellente chaleur
@
la Pierre Philosophique. 53
du feu est changée en verre.
Que toutes ces substances soient réellement
différentes, nous le voyons trèsfacilement
dans les corps d'une faible mixtion,
qui ont leurs parties hétérogènes
comme les bois; mais c'est avec peine
que nous le connaissons dans les corps
d'une mixtion uniforme, & composés
de parties similaires; car quand on les
brûle, il en sort une humeur alimentaire
qui est aqueuse & subtile; la flamme
ayant cessé, une substance aqueuse & en
partie huileuse est contenue dans le
charbon, mais toutes les deux plus épaisses.
Ces substances étant séparées, ce qui
reste est la cendre, de laquelle par la lessive
on tire & on fait couler le Sel; car
par la chaleur agissante l'eau de la lessive
s'en va en vapeur; & ce qui demeure de
terrestre au fonds du vaisseau, est reconnu
salé par le goût: mais le Sel étant tiré,
la cendre qui demeure se fond en verre
par l'action de la chaleur ignée. Cette
cendre par métaphore est appelée terremorte
& épaisse, parce qu'elle n'a aucune
vertu: mais les autres substances sont appelées
spiritueuses, d'une essence trèssubtile
& comme vivantes, parce qu'elles
ont ses admirables facultés pour agir:
E iij
@
54 Manière de produire
mais la plus efficace de toutes, c'est la
substance du Sel, soit que nous considérions
sa faculté pour agir; car le Sel est
de nature ignée, principalement à cause
de sa chaleur, comme étant tiré par un
feu long & véhément: soit que nous
considérions sa faculté pour recevoir, car
il est de nature terrestre qui n'est pas vaincue
par la force du feu: soit que nous
ayons égard à la ténuité de la substance
du même Sel, parce qu'il est exempt de
fèces impures & grossières, d'ou vient
qu'il pénètre & entre dans les parties
solides.
Voilà la cause pourquoi nous avons
besoin du seul Sel aurifique, d'autant que
dans sa substance est enracinée une vertu
& faculté ignée qui arrête l'humidité indéfinie
de l'argent vif & la tempère: il
en a encore une terrestre & fixe qui retient
la même humidité, l'épaissit & la
fixe, & donne la perfection de l'or aux
autres métaux qu'il teint enfin en couleur
d'or intérieure fixe: car le Sel est une terré
très-pure; & il est à tous les corps
mixtes la couleur qui vient d'une terre
très-pure mêlée & unie subtilement d'où
vient que cet art est appelé
Alchimie;
car
Als en Grec, c'est le Sel, &
Chimie
@
la Pierre Philosophique. 55
c'est la fusion, comme si la fin de cet art
n'était autre que d'enseigner la voie & la
manière pour faire le Sel aurifique fusible.
Il semble que
Chrysippus Fanianus y
soit arrivé: & tous les Auteurs de l'Art
ont appris par expérience, que le Sel a
une grande vertu. Car l'eau forte, qui
par la distillation selon l'Art, est tirée du
salpêtre & vitriol ( & qui n'est autre
chose que leur subtilité ) cuit l'argent vif,
& par la chaleur agissante s'arrête à une
couleur jaunâtre, ce qu'on appelle précipité;
mais elle ne lui donne pas une fixion
perpétuelle, parce que l'eau n'est
pas fixe: toutefois la poudre ou nôtre Sel
aurifique qui souffre toutes les violences
du feu, & qui ne lui résiste pas moins,
mais plus fortement que l'or, donne à
l'argent vif une fixion perpétuelle, afin
qu'il soit désormais assuré contre la violence
du feu, & qu'il ne soit pas raréfié,
ni qu'il ne s'en aille pas en vapeur. Ce
n'est pas merveille que ce Sel ait tant de
vertus puisqu'il est tant dégagé de sa nature
paresseuse, faible & humide, & encore
de sa grossière, terrestre & impure;
il est élevé à une nature pleine d'esprit,
& ignée: & parce qu'il est sous le domaine
E iiij
@
56 Manière de produire
du feu, il pénètre promptement, & entre
au dedans des parties de l'argent vif;
il produit aussi dans les métaux impurs
les effets du feu, qui sont de purger, de
séparer les parties hétérogènes, de terminer
l'humidité coulante & la réduire à
égalité; enfin pour toutes ces causes, de
changer en Or le reste des métaux. C'est
ce qui a mis ces Sels en usage chez les
Médecins, dont, comme chacun sait,
ils se servent dans la composition des remèdes,
parmi une si grande multitude
de simples différents.
Quoi donc, ceux qui font leur apprentissage
en cet art sacré, ne saventils
pas que la force des Sels tirés du
cuivre & du fer selon l'Art, purge l'Argent,
arrête son humidité indéfinie, &
le convertit en un Or très-véritable?
Car on amalgame l'Or & l'Argent avec
l'argent vif corrigé, & on exprime par
le cuir la partie de l'argent vif qui passe.
La petite boule qui reste est enveloppée
de ces Sels, qui sont une soudure
d'or; on la met dans un vaisseau de
terre cuite, & premièrement on lui donne
une chaleur faible ensuite on l'augmente
peu à peu pour le cuire, & enfin
on le fond avec un feu plus véhément:
@
la Pierre Philosophique. 57
ce qui demeure au fond du vaisseau est
appelé régule, & c'est une masse solide,
laquelle exposée à la preuve royale, savoir
la chaude, est purifiée, & ce qui
reste est tout Or; ainsi l'Argent est converti
en Or parfait. La cause de cette
perfection ne peut être que la qualité
des Sels d'airain & de fer, quoique l'Or
& l'argent vif y aident: mais ces Sels
ne sont rien en comparaison de nôtre
Sel aurifique, de la force & vertu duquel
nous parlerons tantôt.
A présent donc nous commenceront
de traiter de la façon de faire ce Sel aurifique,
ou la Pierre aurifique ou Philosophique;
car la Nature sans le secours
de l'Art ne la donnera jamais. Un Savant
qui l'enseignerait en personne, la montrerait
plus solidement, qu'on ne la peut
confirmer par raison; car cet Art est un
de ceux qui ne donnent point de foi
qu'au témoignage des yeux & des autres
sens, lorsque les effets du Sel aurifique
sont démontrés. Mais comme il y
en a peu qui aient appris la doctrine
de l'Art, encore moins de ceux qui
l'aient enseignée avec vérité & clarté
dans leurs Ecrits, & presque pas un qui
le veuillent déclarer en effet, il faut chercher
@
58 Manière de produire
ailleurs des Maîtres qui enseignent
non seulement la doctrine de l'Art, mais
qui montrent encore clairement comme
il faut faire le discernement, & juger
de tout ce que plusieurs ont dit dans
leurs Ecrits.
Le Maître c'est la Nature: & si nous
nous occupons fortement à contempler
sa vertu & ses oeuvres, nous ne nous écarterons
pas du bon chemin, principalement
dans la recherche & perfection de
notre Sel aurifique mais aussi la Nature
demande le secours de la main de l'ouvrier
qui lui fournisse la matière pour
qu'elle agisse. Nous nous appliquerons
aux ouvrages de la Nature, si en premier
lieu nous contemplons en général les causes,
l'ordre, & la manière de la nature
dans la production de nos corps; si puis
après nous disons en quoi nous pouvons
imiter la Nature, & en quoi non; ensuite
quel est l'emploi de l'Art; enfin si nous
déclarons la manière & méthode d'agir
qu'il faut tenir: Et c'est ce que j'ai dessein
de traiter par ordre.
Je parlerai peu des seules causes naturelles,
de la génération & corruption des
corps naturels, & de leurs autres mutations,
parce qu'il les faut puiser dans les
@
la Pierre Philosophique. 59
sources de la Physique, & que nous en
avons touché quelque chose dans nôtre
Apologie. Je répéterais seulement que la
matière de laquelle on fait quelque chose,
& la cause efficiente qui la fait, sont
principalement nécessaires: celle-là pour
recevoir la forme; celle-ci pour agir &
lui imprimer la forme: de même qu'un
Sculpteur imprime la figure à la pierre,
& le cachet à la cire. Nous ne nous arrêterons
donc pas long-temps dans la
connaissance des causes naturelles, mais
nous considérerons de plus prés l'ordre
& la manière d'agir de la Nature, parce
que ceci est très-utile à nôtre oeuvre.
Si nous pénétrons bien l'ordre que la
Nature garde dans la diversité des choses
qu'elle produit, nous verrons premièrement
que dans les générations univoques
elle corrompt quelque chose & en fait
une semence; & dans les équivoques
qu'il y a un corps qui tient lieu de semence;
& enfin qu'elle donne la perfection
à tous les deux. Cet ordre de la
nature est inviolable, car la plupart des
plantes & les animaux parfaits produisent
premièrement la semence & la perfectionnent
après. Le Ciel & les Astres
corrompent & putréfient quelque corps
@
60 Manière de produire
composé; & de la putréfaction il se fait
un corps humide, qui est comme la semence
dans laquelle il y a une certaine
proportion de la chaleur céleste, par laquelle
il est lui même perfectionné.
Mais la matière prochaine des métaux,
minéraux & de tout ce qui est produit
dans les veines de la terre, est engendrée
de la corruption de quelque
chose précédente, & est après perfectionnée
par la cause efficiente. Néanmoins
il faut prendre garde que les espèces
de générations & corruptions sont
bien différentes de l'espèce de perfection,
& ceci découvre tout le secret de l'oeuvre.
Dans toutes générations accompagnées
& toujours inséparables de la corruption,
le corps dont la semence est
produite, ne se change pas tout en semence,
mais seulement la plus pure portion;
les plantes & les animaux tirent
leurs semences des aliments, car toute semence
est un excrément utile de l'aliment,
en sorte que le corps de la corruption
duquel les animaux sont engendrés,
n'est pas tout changé en semence
d'animaux, mais une certaine portion;
& quand le feu est engendré du bois, toute
la substance du bois n'est pas changée
@
la Pierre Philosophique. 61
en feu, mais seulement la portion aérienne:
car la substance aqueuse se dissipe,
& la terrestre demeure en bas, comme
la cendre.
De plus, il y a une génération de la
substance qui n'était pas auparavant,
& qui passe du non-être à l'être. Dans
la corruption du corps mixte, il se fait
une résolution de substances jusqu'à la
matière première, c'est à dire jusqu'aux
éléments dont le mixte était composé;
& dans la génération il se fait une mixtion
des mêmes éléments séparés. Mais
quand la semence, ou ce qui tient lieu
de semence, est perfectionnée, il ne se
perd rien de la quantité de la semence;
au contraire bien souvent elle augmente.
Quand l'oeuf est éclos, la coque étant
ouverte il ne laisse rien dedans, mais on
le trouve tout changé en poulet; quand
les semences des animaux sont parfaites,
il ne se perd rien de leur substance, mais
elles augmentent plutôt. La substance
de la semence en se perfectionnant, est
la même qu'auparavant; & rien ne passe
du non être à l'être. Dans la perfection
il n'est point de résolution ou séparation
des substances, mais elles demeurent toutes
sans aucun déchet, quoi qu'elles
@
62 Manière de produire
soient changées, comme dans l'oeuf, quand
il s'en forme un poulet: En un mot, la
génération, corruption & perfection tendent
à des fins différentes.
Je sais que plusieurs s'élèveront contre
cette doctrine; ils nieront que la semence
se perfectionne, & ils soutiendront
qu'elle se corrompt, & que de la
semence corrompue, l'animal est produit:
car quand l'animal s'engendre, il n'était
pas auparavant; & ce qui auparavant
était semence ne l'est plus; conséquemment
il est corrompu. De là vient cette
question fort célèbre: Si dans la semence
du chien son âme qui est la forme y est;
si elle y est actuellement, ou en puissance
seulement: & si la forme de l'animal &
de la semence est la même ou une autre
que celle du chien engendré de la même
semence; ou si dans les deux il n'y a qu'une
même âme ou forme.
Fernel d'Amiens
ce grand Philosophe & Médecin, sous le
nom d'Eudoxe, disputant contre
Brutus
dans le premier Livre
De abditis rerum
causis, prétend prouver par beaucoup de
raisons, que dans la matière il n'y a pas
eu la moindre chose de la forme. Mais
quand on sera arrivé à la dernière perfection,
que dans un moment la forme
@
la Pierre Philosophique. 63
vient du dehors, comme par une nécessite
inévitable.
Scaliger Philosophe très-subtil combat
cette Opinion, comme pleine d'ostentation;
& il semble qu'il prouve par des
raisons très-évidentes, & par l'autorité
d'
Aristote, que l'âme ou forme du chien
est actuellement dans la semence, laquelle
est au chien imparfait; mais que la semence
reçoit sa perfection de l'âme ou
de la forme ( qui est la principale partie
de la substance du chien ) comme de la
cause efficiente: que cette forme ou âme
du chien n'est pas connue par la fonction
des sens, mais par l'entendement & la
raison, ainsi que dans l'oeuf la forme d'oiseau
y est actuellement; mais que l'oeuf
est un oiseau imparfait, & que l'oeuf n'est
pas corrompu quand la poule couve les
oeufs, mais qu'il est achevé en perfection;
de même dans les autres semences.
S'il m'était permis de dire ce que je
pense sur des sentiments si contraires de
ces hommes très-célèbres, je dirais qu'il
faut considérer la forme dans l'acte premier
ou dans le postérieur. Le premier
constitue la forme, car l'acte est la forme
qui n'est pas commencée ou imparfaite,
puisque les substances ne reçoivent
@
64 Manière de produire
pas le plus ou le moins, selon la doctrine
de la Physique: Mais l'acte postérieur
exerce les actions & fonctions de la forme.
Un petit chien n'engendre pas encore,
néanmoins il est actuellement chien;
mais quand il aura un âge plus parfait,
il produira la semence: ainsi il faut dire
que la forme est dans l'acte premier, &
non pas dans le postérieur. Mais enfin
la semence étant parfaite, l'acte postérieur
est ajouté, & pourtant la forme
n'est pas imparfaite, mais la semence ou
le composé.
Quant à ce qu'on objecte, que lors
que le chien est engendré de la semence,
il se fait une génération; car le chien
n'était pas auparavant, & la semence
cesse d'être semence, quoi qu'elle le fût
auparavant: Il faut ainsi répondre; que la
substance du chien n'est pas engendrée,
mais l'accident, ou l'acte postérieur de
la substance du chien: ce qui n'est pas
une vraie génération; car cet acte postérieur
est une propriété & un accident,
qui n'était pas dans la semence avant
que le chien fût: mais on ne peut pas
dire qu'il est substance, à cause qu'il
advient à la substance, & qu'il ne peut
subsister par lui-même. Ainsi quand le
chien
@
la Pierre Philosophique. 65
chien croît, la forme ou la matière du
chien ne croît pas, mais le chien tout
entier.
Cette question est de grande importance,
même dans l'affaire de nôtre Sel
aurifique, comme nous le dirons maintenant:
car encore qu'elle soit du nombre
des générations équivoques, il en
faut toutefois juger comme des univoques.
Tous sont d'accord, que l'âme raisonnable
de l'homme n'était pas actuellement
dans la semence: mais qu'elle est
crée de Dieu, & donnée au fruit, &
qu'elle est immortelle; ce qui est trèsvrai
& hors de doute: C'est pourquoi
Scaliger établit trois ordres de générations;
une univoque, de laquelle les
parents sont les causes efficientes, &
produisent leurs semblables: L'autre
équivoque, l'Auteur de laquelle est le
Ciel & les Astres, qui ne produisent pas
leurs semblables, ni l'âme raisonnable
de l'homme dont Dieu seul est le Créateur:
& lors qu'elle est mise dans le corps,
elle demeure seule; & les autres âmes qui
étaient dans la semence, savoir la végétable
& la sensitive, périssent, selon le
sentiment des Théologiens. De là vient
F
@
66 Manière de produire
qu'on peut définir la perfection, quelle
est la promotion qui donne l'acte postérieur
à ce qui était déjà dans la nature
des choses & dans l'acte premier, comme
quand de la semence du chien, il
se fait un chien.
Mais toute perfection est prise simplement
ou comparativement: ainsi la
semence prise simplement est parfaite;
& comparée elle est imparfaite. De plus,
la perfection, ou elle est comparée d'une
substance à une autre, ou des substances
aux accidents, ou des accidents aux
accidents: comme dans les corps simples
la substance du feu est plus parfaite
que celle de l'air, parce que le feu a
plus d'action: De même l'air est plus
parfait que l'eau, & l'eau que la terre.
Dans les corps mixtes, l'homme est plus
parfait que la brute, la brute que la
plante, la plante que les corps inanimés:
mais aussi toutes les substances
sont plus parfaites que les accidents, &
les accidents sont plus parfaits les uns
que les autres. La chaleur est plus parfaite
que le froid, le froid que l'humide,
l'humide que le sec.
La perfection a deux fins; l'une
d'acquérir une parfaite faculté d'agir
@
la Pierre Philosophique. 67
qu'elle n'avait pas auparavant, comme
l'animal produit la semence quand il
peut: l'autre, de posséder une parfaite
faculté de recevoir; comme un homme
dans l'âge parfait est plus fort pour supporter
le travail qu'un enfant. Mais cette
puissance passive convient plus proprement
aux corps inanimés; car ceuxci
ont plutôt la faculté d'agir que celle
de recevoir, & ceux là ont la fonction
de recevoir plutôt que d'agir.
La perfection a aussi ses degrés; car
l'homme dans un age parfait engendre,
ce que ne fait pas un enfant, ni un décrépite:
toutefois nous n'attribuons pas
ces degrés de perfection à la forme; car
l'âme d'un enfant d'elle même n'agit ni
plus ni moins que celle d'un homme;
mais par l'acte postérieur, qui est une
propriété & accident, il agit ou plus
fortement ou plus lentement. Il faut bien
prendre garde à tout ceci. Mais la semence
déjà produite de la nature, déploie
sa manière de perfection par la
concoction, laquelle selon
Aristote est
une perfection que la chaleur naturelle
tire des choses passives opposées; & les
qualités passives sont la matière assujettie
à chaque chose, comme la semence.
F ij
@
68 Manière de produire
Il y a trois espèces de cette concoction:
Pepansis (a) qui est une cuite que la
chaleur naturelle fait de l'humeur interminée
qui est dans la semence humide:
Epsesis (b) ou Elixation, qui est une cuite
que la chaleur humide fait de l'humeur
interminée qui est dans la semence humide:
Optesis (c) ou Assation, qui est la
cuite que la chaleur sèche fait de la
même humeur non terminée. Toutes ces
cuites se font tant par la Nature que par
l'Art; mais la
Pepansis fait plus par
la Nature, & les autres par l'Art; & parlant
proprement, elles ne sont ainsi appelées
que par métaphore. Celui qui
en désirera davantage, pourra consulter
Aristote, dans le quatrième Livre des
Météores.
Mais cette façon d'agir, de perfectionner
& de cuire les semences des
plantes & des animaux, n'est connue que
de la Nature seule; parce que l'instrument
de la Nature ou de l'âme, c'est la
chaleur naturelle, qui dans la proportion
est conforme à l'élément des étoiles, ce
que l'Art ne peut imiter. Il n'en est pas
a Action qui fait la maturité.
b Action qui fait bouillir.
c Action qui rôtit.
@
la Pierre Philosophique. 69
de même dans les corps inanimés qui
n'ont point d'autre état que celui de la
mixtion, comme dans la semence de nôtre
Sel aurifique & dans les métaux à
perfectionner, selon que nous avons fait
voir dans nôtre Apologie, & que nous
montrerons encore plus clairement ciaprès,
avec l'aide de Dieu.
Cela étant ainsi expliqué dans les oeuvres
que la seule Nature fait d'ellemême
sans le secours de l'Art, il faut
désormais rechercher si tout cela a lieu
dans la production tant de notre Sel aurifique
que de l'Or, laquelle ne se fait
pas de la seule Nature, mais avec le secours
& le service que l'Art lui rend;
de plus en quoi l'Art imite la Nature,
& en quoi non. En ces choses l'Art suit
les traces de la Nature. Comme la Nature
ne fait rien sans matière ou sujet,
de même aussi l'Art: car dans toutes les
oeuvres de la Nature & de l'Art, on cherche
premièrement la matière; mais ou
cette matière est éloignée ou prochaine,
qui est la semence ou tient lieu de semence:
mais il faut réduire ce qui est
éloigné ou prochain; ce qui est autant
que si je disais que la semence doit être
premièrement engendrée selon l'ordre
@
70 Manière de produire
de la Nature: De même l'Art ne cherche
pas la matière éloignée, mais la prochaine
qui est la semence tant du Sel
aurifique ou de la Pierre Philosophique
que de l'Or en sa perfection.
La semence ne suffit pas, mais il faut
une cause efficiente qui imprime la forme
dans la matière, c'est à dire, qui produise
la semence dans laquelle est la forme,
ou qui lui donne la perfection.
Ainsi après avoir cherché la semence
du Sel aurifique l'Art cherche la propre
cause efficiente naturelle qui lui donne
la perfection: la fin de la Nature c'est
la forme ou la perfection de la semence
produite, & c'est aussi la fin de l'Art.
La manière de la Nature pour perfectionner
la semence, c'est
Pepansis, qui
est l'action qui conduit à maturité:
Epsesis, c'est l'action qui fait bouillir
Optesis l'action qui rôtit: mais la manière
de l'Art est une espèce d'
Epsesis
de cuite humide, & d'
Optesis de cuite
sèche.
Mais en ces choses l'Art ne peut imiter
la Nature: car la Nature qui produira
l'Or, produit dans les mines la matière
prochaine, qui est la semence de
l'Or; & cette semence, selon
Aristote,
@
la Pierre Philosophique. 71
est une vapeur mêlée avec une terre subtile.
Cette vapeur, ou si c'est quelque
autre chose ( car on ne contient pas de
la matière) n'est ni ne peut être ou le
sujet ou la semence pour en produire de
l'Or; mais il y a une autre semence tirée
du sein de la Nature: La Nature en
gendre la semence, & ensuite elle lui
donne la perfection; mais l'Art ne peut
ni l'engendrer, ni lui donner la perfection,
mais aider seulement à la perfectionner:
car la Nature est la cause principale
efficiente, & l'Art en est l'aide.
La cause efficiente de la Nature pour
donner la perfection aux métaux, selon
Aristote, c'est le froid & le sec; la cause
efficiente se l'Art, c'est la chaleur. Jamais
la Nature seule n'a produit ni pu
produire le Sel aurifique, parce qu'elle
ne se sert pas d'une chaleur ignée; mais
l'Art aide la Nature, afin que la cause
efficiente naturelle produise le Sel aurifique.
La Nature demeure long-temps
pour produire l'Or dans les mines,
mais cette même Nature, ou ce qui
prend son origine d'une chose naturelle,
savoir le Sel aurifique fusible, donne
en un moment par la projection, la perfection
aux autres métaux & à l'argentvif,
@
72 Manière de produire
qui sont la semence de l'Or, avec
l'aide du feu qui est aussi naturel; mais le
secours de l'Art a été nécessaire pour
faire ce Sel aurifique.
Donc les devoirs de l'Art sont de chercher
la semence propre tant à nôtre Sel
aurifique ou Pierre Philosophique, qu'à
perfectionner l'Or. Mais la libéralité de
la Nature nous a donné les deux & nous
les avons en main: car l'Or & son argent
vif, comme je dirai, sont la semence
du Sel aurifique; & l'argent-vif & les
autres métaux sont la semence de l'Or.
Mais la Nature a laissé imparfaites ces
semences du Sel aurifique & de l'Or, &
elle n'a pas passé plus avant; mais l'Art
aide la même Nature pour les rendre
parfaites. La Nature nous a donné avec
la même libéralité & comme une prodigue,
la cause efficiente, de même
qu'elle a donné les semences; car la
cause efficiente c'est le feu & la chaleur
extérieure, mais avec une certaine
proportion des degrés déterminés de
la chaleur qu'il faut pour le progrès de
l'oeuvre: parce que dans tous les corps
très-menus qui acquièrent leur perfection
par la seule mixtion, le feu est la
cause efficiente générale, & ce feu est
naturel;
@
la Pierre Philosophique. 73
naturel; & on ne le doit pas chercher
plus loin, puis que nous l'avons en
main, comme les semences.
Nous n'avons donc point de sujet de
nous plaindre de la libéralité de la
Nature, qui nous a apporté la semence
& cause efficiente; mais de la faiblesse
de notre imagination, si nous ne
savons pas achever la semence. Toutefois,
comme la perfection ou acte postérieur,
qui est de la seule Nature, dans
la semence déjà produite a des fins différentes;
de même aussi il y a diverses fins
dans la semence de nôtre Sel aurifique,
ou dans la semence de l'Or qui doit se
perfectionner: car la fin de la semence
qu'il faut perfectionner en Sel aurifique,
consiste à lui donner la faculté d'agir.
L'Or qui est une partie de la même
semence, est imparfait, & il n'agit pas
sur l'argent-vif ou les métaux, ni ne les
perfectionne pas, jusqu'à ce qu'il ait la
perfection du Sel aurifique. Mais la fin
de l'argent vif & des autres métaux qui
doivent recevoir la perfection de l'Or,
est qu'ils aient la puissance passive: car
sans le Sel aurifique qui donne la perfection
de l'Or, ils seraient corrompus par
le feu; & une partie s'en irait en fumée,
G
@
74 Manière de produire
& l'autre en ordure & en boue.
Les manières générales de donner la
perfection à ces semences, sont l'
Epsesis
& l'
Optesis, ainsi appelées non pas proprement,
mais par métaphore; car l'humide
interminé de ces semences dans la
cuite vient à manquer, en partie par la
chaleur humide, & en partie par la chaleur
sèche; & elles acquièrent avec l'aide
de l'Art l'acte postérieur: mais il y a
beaucoup plus d'art pour achever la semence
du Sel aurifique, qu'à donner aux
métaux & à l'argent-vif la perfection de
l'Or; car par la seule projection de ce
Sel & le feu agissant, ils reçoivent aussitôt
la perfection d'un Or très-pur. Car
l'argent vif des métaux se purge, & les
impuretés se séparent; & l'humide interminé
de l'argent vif vulgaire se cuit,
& se fixant se change en Or: Mais la
semence de notre Sel aurifique a besoin
d'un plus long travail & de plus de
temps pour être parfait.
Par la grâce de Dieu je dirai plus au
long la manière de la faire, lorsque j'en
montrerai la pratique entière; mais à
présent il faut encore disputer pourquoi
l'Or est la semence de nôtre Sel aurifique,
& qu'il ne l'est qu'en partie; &
@
la Pierre Philosophique. 75
pourquoi il faut mêler de l'argent vif. Il
est nécessaire que l'Or soit la principale
partie de la semence, puisque nous avons
prouvé que la seconde fin de la
Chrysopée est de changer l'Or en Sel;
ce qui est clair par l'autorité de tous ceux
qui sont plus véritablement & sérieusement
versés dans cet Art, & la raison le
confirme. Que le seul Or ne soit pas la
matière de notre semence, la preuve en
est, que l'Or seul ne peut par aucun
Art être corrompu ni devenir plus parfait;
& parce que toute génération commence
par l'humide, & finit par le sec,
comme nous voyons que toutes les semences
des animaux sont premièrement humides,
& par après sèches; ce que l'expérience
fait voir dans les fruits.
Mais parce que l'Or est actuellement
sec, & qu'il ne peut acquérir une plus
grande perfection dans la nature de l'Or,
nos devanciers ont très-bien jugé qu'il
fallait premièrement dissoudre l'Or en
humide, afin qu'il puisse souffrir que l'Argent
lui donne une plus grande perfection.
Car quoi que la matière de l'Or
soit simplement parfaite, toutefois elle
est imparfaite, comparée à la matière
changée en humide; puisque par cette
@
76 Manière de produire
dissolution la subtilité & ténuité de la substance
se dilate, & ses qualités agentes ont
plus de vigueur. C'est pourquoi l'Or dans
sa nature n'est pas encore une partie de
nôtre semence aurifique, mais seulement
après qu'il est changé en une substance
humide; & encore cette substance d'Or
dissoute, n'est pas toute la matière de la
semence, mais une partie seulement; soit
parce qu'il ne peut être changé en humide,
ni étant changé, il ne peut recevoir
plus de perfection, sans le mélange
d'un autre humide; de même que le
grain de froment semé en terre ne peut
produire un germe humide, ni se perfectionner,
ni se multiplier sans le mélange
d'un humide qui l'environne. Donc l'humide
qui dissout en humide la substance
de l'Or, est une partie substantielle de
nôtre semence aurifique; & les deux ensemble
sont la semence qui n'a plus besoin
que de cuite pour avoir la perfection.
Mais comme les Savants de cet Art
conviennent unanimement, que la substance
de l'or dissoute en l'humide, est
une partie de la semence; de même ils
sont fort différents pour l'autre partie de
@
la Pierre Philosophique. 77
la semence, savoir qu'est-ce qui a la faculté
de dissoudre l'Or. Quelques uns
ont enseigné que c'était des eaux distillées
des minéraux; les autres, que c'était
des eaux tirées des animaux; d'autres,
que c'était des eaux tirées des végétables;
d'autres, que c'était des eaux
de toutes ces eaux mêlées. Et il semble
à chaque moment que plusieurs Ecrits de
Raymond Lulle ne disent autre chose,
si toutefois
Lulle en est l'Auteur, ou plutôt
qu'on lui attribue. Mais je ne puis
condescendre à ceux qui sont de ce sentiment:
car l'humide dissolvant de l'Or,
ne doit ni être corrompu ni changé de
la nature de l'argent vif fluide, ni il ne
mouille pas, ni il ne s'attache pas à un
autre corps, ni ne se mêle, ni ne s'unit,
ni enfin ne se fixe par une vraie union
ou fixion, qu'avec l'Or; mais avec l'Or
il prend la perfection du Sel aurifique.
Or ces eaux fortes distillées se sont
dépouillées de la nature de l'argent vif
fluide; elles mouillent ce qu'elles touchent,
de même que l'eau & l'huile; elles
ne s'attachent & ne se mêlent pas
par une vraie mixtion, ni ne se fixent
pas avec l'Or, ni ne prennent pas avec
l'Or la perfection du Sel aurifique: au
G iij
@
78 Manière de produire
contraire dans la preuve on les sépare,
on les brûle, & elles s'en vont en fumée.
Ceux-là sont donc d'un sentiment
plus juste, qui enseignent que l'argent
vif fluide fait l'autre partie de la semence
Philosophique, parce qu'il dissout effectivement
l'or en argent vif: il s'unit
avec lui; & les deux ensemble reçoivent
la perfection du Sel aurifique, à
cause qu'ils sont d'une même nature
puisque l'or fondu semble être un argent
vif fluide, & celui-ci retiré du feu ressemble
à un or fondu.
Toutefois ceux qui croient que l'argent
vif soit l'autre partie de la semence, &
qu'il ait la vertu de se dissoudre & s'unir
avec lui, ne conviennent pas quel
est cet argent vif; si c'est le vulgaire,
ou celui qu'on a tiré des métaux selon
l'Art, & duquel principalement, du
plomb ou de l'étain, ou du bismuth
( qui est l'étain de glace ) ou de l'antimoine,
ou de quelque autre. Car ceux
qui nient que l'argent vif vulgaire soit
une partie de nôtre semence, disent qu'il
a une qualité trop froide à raison de
laquelle il n'a pas la vertu de dissoudre
l'or; & que son humidité est trop fluide,
volatile & spirituelle, à cause de laquelle
@
la Pierre Philosophique. 79
il ne peut être fixé avec l'or: mais que
l'argent vif tiré des autres métaux, a
sa nature une plus grande digestion.
Mais ceux qui assurent qu'entre toutes
les liqueurs il n'y en a point de plus
efficace pour dissoudre l'or que l'argent
vif, allèguent pour raison, qu'il faut que
l'or soit dissout par l'
Epsesis ou élixation,
de même que la chair est bouillie
avec l'eau; & que l'argent vif est
comparé à l'eau, parce qu'il a beaucoup
de cette humeur, qui est la cause
efficiente de la dissolution; & pour cette
raison les minéraux secs ne se doivent
pas altérer par sublimation. C'est le sentiment
de
Bernard Trévisan dans sa Lettre
à
Thomas de Bologne Médecin du
Roi Charles VIII. & les autres aussi ne
manquent pas d'autorité des Philosophes
très-savants: mais il n'est pas à propos
de s'entretenir plus long temps à examiner
des opinions si contraires. Toutes
ces choses sont de même genre & espèces,
& ne sont différentes qu'en accidents.
Mais pour prouver certainement quelle
liqueur est plus efficace pour dissoudre
l'or il faut examiner les causes qui rendent
l'or fixe & épais; car les contraires
G iiij
@
80 Manière de produire
seront cause de sa dissolution. Or selon la
doctrine d'
Aristote, la cause de l'épaisseur
& fixion de l'or, est en partie une sécheresse
terrestre qui est dans l'humidité de
l'or, & qui le resserre; en partie le froid
& le sec étranger qui épaississent parmi
les pierres, & poussent dedans les vapeurs,
qui sont la matière prochaine des
métaux: donc l'humide intérieur, l'humide
& le chaud extérieur sont les causes
efficientes de la dissolution de l'or en une
substance humide: mais il faut que cet
humide extérieur soit de même nature
avec l'humide de l'or, comme l'est l'humide
de l'argent vif afin que les deux
humides étant en plus grande quantité,
puissent dissoudre le sec de l'or. Mais
d'autant moins froid sera l'humide de
l'argent vif d'autant plus promptement
dissoudra-t-il l'or.
C'est pourquoi je ne condamnerai pas
le sentiment de ceux qui tirent du plomb
de l'étain, du bismuth, ou de l'antimoine
l'argent vif, qui est moins froid que
l'argent vif vulgaire, mieux digéré & plus
terminé: & j'apprends que plusieurs s'en
sont servis pour la dissolution de l'Or; &
que du mélange des deux, comme de la
vraie semence, ils ont réussi dans l'oeuvre.
@
la Pierre Philosophique. 81
Mais je ne dois pas être condamné aussi
si je dis que l'argent vif vulgaire est l'autre
partie de la semence, pourvu qu'on
y mêle auparavant, & qu'on unisse avec
lui une petite portion d'Or; & alors
nous l'appelons par métaphore argent
vif animé; non pas qu'il ait une âme,
car il est inanimé; mais parce que comme
l'âme rend chaud l'animal, tandis
qu'elle est dans le corps: de même l'Or
chasse le froid de l'argent vif & le tempère,
tandis qu'il sera vraiment uni avec
lui; parce que la moindre portion de la
Pierre Philosophique ou du Sel aurifique,
qui n'est autre que l'Or, beaucoup
plus cuit que l'Or naturel, tempère &
chasse la trop grande humidité d'une infinité
de parties de l'argent vif.
Il faut le tenir à cet argent vif animé,
plutôt qu'a celui qui est tiré des métaux,
parce qu'on ne le tire qu'avec
une grande industrie de l'Art, un long
travail, & beaucoup de dépense: mais
nous avons une grande quantité d'argent
vif vulgaire; & il peut être facilement
purgé, mêlé & uni avec l'Or,
comme je le dirai bien tôt. Donc pour
mettre fin à cette question, l'argent vif
tiré du plomb, ou de l'étain ou de l'antimoine,
@
82 Manière de produire
ou le vulgaire préparé & animé
(c'est ainsi que je me servirai des termes
de l'Art, pour tout expliquer plus
intelligiblement) est l'autre partie de la
semence de nôtre Sel aurifique; & les
deux mêlés en sont la vraie semence,
mais imparfaite. Il reste à expliquer clairement
& brièvement la méthode ou la
pratique de perfectionner les deux semences
imparfaites, selon que cet Art
le demande, & que le titre de cette
Lettre le montre.
Mais il faut préparer séparément l'une
& l'autre de ces semences, puis les mêler
devant que de les exposer à la chaleur
externe, qui est la cause qui donne
la perfection. Cette preparation est une
disposition & habilité à recevoir les degrés
de perfection, ou la destruction
des deux formes; afin de séparer les parties
hétérogènes, & purger les deux semences,
tout ainsi que les savants Laboureurs
purgent & choisissent les semences,
devant que de les jeter en terre.
Mais nos devanciers savants en cet
Art, ont appelé ces semences du nom
barbare de
Rebis comme j'ai dit dans
l'Apologie; ils ont appelé l'Or semence
masculine, comme étant plus chaud &
@
la Pierre Philosophique. 83
plus sec, & l'argent vif la semence féminine,
comme étant plus froide & humide;
l'Or du nom de souffre, & l'argent
vif de son propre nom, de l'embrassement
desquels la Pierre Philosophique
ou nôtre Sel aurifique reçoit sa perfection.
Je traiterai en premier lieu de la
preparation & animation de la semence
féminine; & je ne craindrai pas dans
cette matière si sérieuse, de m'écarter un
peu de l'usage de la langue Latine, afin
que toutes choses soient entendues avec
plus de facilité & de netteté.
La Pratique d'opérer.
P urgez l'argent vif vulgaire, en le
broyant dans un mortier avec du sel
& du vinaigre distillé, jusqu'à ce qu'il
soit divisé en très-petites parties: après
lavez-le, retirez la purgation & lavement,
jusqu'à ce qu'il soit de couleur bleue ou
céleste, qui est le signe d'une parfaite
purgation. Voici la manière d'animer
l'argent vif. Faites un amalgame d'un Or
très-pur, coupé en des fragments trèssubtils,
& de l'argent vif purgé comme
les Doreurs ont coutume de faire, savoir
d'une once d'Or & de douze d'argent
@
84 Manière de produire
vif. Pilez long-temps cet amalgame
dans un mortier, ayant versé dessus une
petite quantité de vinaigre distillé; lavez
& réitérez jusqu'à ce que l'amalgame
ait une couleur bleue ou céleste. Après
enveloppez l'amalgame dans un linge grossier
& épais, & l'exprimez afin qu'elle
passe tout. S'il reste quelque chose qui
ne soit pas passé, ajoutez-y six fois autant
d'argent vif purgé: Pilez de nouveau
& lavez & exprimez, & réitérés jusqu'à
ce qu'il ait tout passé par le linge;
& cela se fait, afin que l'or soit partagé
en des parties très-menues. Cependant
il n'est pas encore divisé en des parties
assez petites pour passer tout par le cuir
de chevrotin comme fait l'argent vif,
parce que les trous sont plus étroits: &
toutefois il est nécessaire qu'enfin tout
l'amalgame, par l'expression, passe au travers
du cuir & que l'Or soit vraiment
mêlé & uni avec l'argent vif.
Quand donc tout l'amalgame composé
de douze onces ou plus d'argent vif, &
d'une once d'Or, aura passé par le cuir,
enfermez le dans un vaisseau de verre qui
ait la figure d'un oeuf, & dont l'amalgame
n'occupe que la troisième partie, les autres
ensuite avec une chaleur languissante,
@
la Pierre Philosophique. 85
faible & égale; cuisez-le, & le dissolvez
dans une fournaise propre à cela durant
quarante jours, dans lequel temps vous
trouverez une noirceur qui paraîtra par
dessus la superficie; ce qui est un signe
de la parfaite dissolution de l'Or en argent
vif. Ouvrez le vaisseau, & exprimez
l'amalgame enveloppé dans un cuir: &
s'il passe tout cela est bien; mais s'il ne
passe pas tout; pesez ce qui n'a pas passé:
& s'il pese une once, ajoutez neuf onces
de nouveau argent vif préparé.
Broyez, lavez, & enfermez encore dans
un vaisseau de verre que vous fermerez
avec du verre; cuisez comme auparavant
jusqu'à ce que vous voyez la noirceur au
dessus de la superficie; ce qui arrivera en
beaucoup moins de temps: Ouvrez le petit
vaisseau, & faites passer par le cuir
l'amalgame, & répétez si souvent cette
opération jusqu'à ce que tout l'amalgame
exprimé passe par les trous du cuir;
ainsi l'Or sera réduit en des parties trèspetites:
néanmoins les deux ne seront pas
encore véritablement mêlés & unis: mais
il faut souvent broyer l'amalgame cou ,le laver, & passer par le cuir afin qu'il
s'élève tout en vapeur avec facilité: distillez
le dans une cornue de verre bien
@
86 Manière de produire
lutée jusqu'à la moitié; premièrement à
chaleur lente, après à chaleur augmentée,
& enfin à chaleur très-violente &
ardente, afin que l'Or s'en aille en esprit
avec l'argent vif, & qu'il tombe
dans le récipient en argent vif coulant;
car alors les deux, savoir l'Or & l'argent
vif, auront une très-grande ressemblance
en matière & en forme: & quand
l'or sera raréfié en des parties très-petites
comme l'argent vif, il est nécessaire
que l'on ne puisse être séparé de l'autre,
& que par la force du feu agissant les
deux ensemble soient élevés en vapeur.
Que s'il restait quelque chose au fond
du vaisseau; il faudrait réitérer la même
opération que dessus, ajoutant de nouveau
argent vif tant de fois jusqu'à ce que
tout soit distillé; si ce n'est peut-être que
quelques ordures soient demeurées au
fond qui sont inutiles, & il les faut jeter
là & les laisser. Ceci est la vraie semence
féminine & animée qui est le dissolvant
de l'Or: Et l'autre partie de la
semence de nôtre Sel aurifique, c'est
l'argent vif que nous avons appelé
Sion
dans nôtre Apologie, parce que l'or par
l'argent vif vulgaire a été véritablement
changé en argent vif. Cet argent vif de
@
la Pierre Philosophique. 87
l'Or est l'huile & la vraie teinture cachée
c'est lui que les Anciens ont appelé
Azot, savoir l'argent vif extrait
du corps de l'Or; mais il est extrait de
la même façon que la chair en bouillant
est dissoute & changée en bouillon:
Enfin il est celui en faveur duquel nous
avons dit que l'argent vif vulgaire se
conjoint plus librement avec la chaux
d'or, que l'eau ne se mêle avec l'eau.
Ce même argent vif animé s'augmente
à l'infini, si on le mêle encore avec de
l'Or & de l'argent vif nouveau de la même
manière; de même on l'appelle encore
menstrue ou vinaigre très-aigre,
parce qu'il fait que l'Or devient pur esprit.
Mais la semence masculine, ou l'autre
partie de la semence de nôtre Sel aurifique,
est l'Or réduit en une chaux trèsmenue,
& on l'apprête en cette manière.
Faites un amalgame d'une once d'Or &
de douze d'argent vif préparé comme il
été dit, & avec la même exactitude; faites-le
passer par un linge épais, jusqu'à
ce qu'il soit tout passé, exprimez par le
cuir: & ce qui n'a pas passé c'est l'Or
avec l'argent vif, dont la figure est une
petite boule; Car rien de l'Or ne passera
par les trous du Cuir, mais il sera tout
@
88 Manière de produire
dans la boule: mettez cette boule dans
un vaisseau de verre, distillez à feu lent
l'argent vif jusqu'à ce qu'il soit entièrement
distille. Rompez le vaisseau; broyez
très-subtilement l'Or demeuré au fond
avec l'argent vif distillé: distillez de nouveau;
broyez & réitérez les distillations
jusqu'à ce que l'Or soit réduit en des parties
très-menues; broyez-les encore, &
faites-les passer par un crible tissu de
soie avec des trous très-étroits; & ce qui
n'aura pas passé, vous le broierez de nouveau
& le criblerez, & réitérez jusqu'à
ce que le tout soit réduit à une poudre
très-menue, que vous mettrez dans un
vaisseau de verre bien luté; & avec un
feu modéré vous le calcinerez durant
trois jours: tirez-le du vaisseau; & si
vous voyez que cette poudre soit subtile
comme fleur de farine, il est bien; mais s'il
n'est pas ainsi, réitérez l'opération jusqu'à
ce que vous trouviez le signe: après jetez
sur cette poudre de l'eau de-vie qui
brûle tout, distillez à feu lent, jetez de
nouveau l'eau distillée, & distillez encore;
ce que vous répéterez sept fois, & vous
aurez la véritable chaux d'Or pour mêler
avec cet argent vif animé. Cette calcination
& réduction en poudre très-menue
nue
@
la Pierre Philosophique. 89
est nécessaire, afin qu'elle boive
plus facilement l'argent vif, & encore
afin que par la même cuite elle soit plus
promptement réduite en poudre impalpable:
car comme la fin de notre Art est de
changer l'Or en nature de Sel, il faut
toute nôtre industrie pour le raréfier &
atténuer: Car toutes choses, dit
Geber;
vraiment calcinées approchent de la nature
du Sel; & d'autant plus qu'il sera
subtil devant la conjonction avec la semence
féminine, d'autant plus facilement
& promptement le dissoudra-t-il en
argent vif, & plus aisément & promptement
sera-t-il réduit en poudre.
Il faut premièrement mêler mathématiquement
& par leurs parties contiguës
les semences préparées; ensuite après la
preparation achevée, les unir naturellement,
& par leurs parties continuées
d'une véritable union. Car c'est la loi
& l'ordre de toutes les choses qui enfin
sont véritablement mêlées, que leurs parties
se touchent, les premières formes demeurant
entières dans la mixtion, & après
qu'elles soient altérées, & enfin qu'elles
soient unies. Cette conjonction première
& mathématique se fait ainsi. Jetez la
chaux d'Or dans un vaisseau de terre dont
H
@
90 Manière de produire
les Orfèvres se servent pour fondre l'Or;
couvrez le d'un autre petit vaisseau, afin
que les charbons ne tombent pas dedans,
ou quelque autre chose; & l'ensevelissez
de charbons allumés, jusqu'à ce que le
vaisseau soit tout ardent, mais que la
chaux d'or ne se fonde pas.
Jetez dans un autre vaisseau de terre
huit onces d'argent vif animé, & que le
vaisseau soit environné de charbons; faites
cuire jusqu'à ce que l'argent vif commence
à s'exhaler, & aussi-tôt jetez la
chaux d'Or ardente dans l'argent vif
animé; agitez & remuez avec un bâton
jusqu'à ce que par l'attouchement vous
connaissiez qu'ils sont amalgamés & mêlés
par leurs plus petites parties: après
jetez cet amalgame dans une écuelle de
bois pleine d'eau, broyez l'amalgame &
le lavez & le desséchez, afin qu'il n'y
reste point d'humidité; enveloppez-le
dans le cuir & l'exprimez: la petite boule
qui reste, est la semence de nôtre Sel
aurifique futur mêlé de la masculine &
féminine dans une juste proportion, de
laquelle quelques uns ont douté, & les
sentiments sont différents; mais jamais on
ne manque quand on a la Nature pour
guide: Car la chaux d'Or retient autant
@
la Pierre Philosophique. 91
de semence animée qu'il en faut, & ce
qui est superflu passe par les trous du
cuir. Cette boule pesera quatre onces,
plus ou moins; il y a donc une once de
chaux d'Or, trois ou environ d'argent
vif animé: si néanmoins il s'en mêlait
plus de trois onces d'argent vif animé,
jusqu'à cinq, il n'y aurait point de
danger, car la semence se dissoudrait
plus vite, mais elle s'épaissirait & coagulerait
plus lentement. Devant que d'exposer
à la cause efficiente ces semences
préparées & mêlées dans la juste proportion
de nature, il faut les renfermer
dans leur propre lieu, car le lieu est nécessaire
pour aider la perfection: Les semences
des animaux ne sont perfectionnées
que dans la matrice, les oeufs dans
leurs coques, les fruits engendrés dans
la terre; hors de leur lieu ils sont corrompus.
Le lieu de nôtre semence, c'est
un oeuf de verre, ou un petit vaisseau
avec la figure d'oeuf: il faut mettre dedans
la boule, avec cette proportion
qu'elle n'occupe que la troisième partie
du vaisseau, & que les deux autres soient
vides, afin qu'elle contienne les vapeurs
de l'argent vif qui monteront, & que
le petit vaisseau ne se casse pas. Mais
H ij
@
92 Manière de produire
il faut fermer avec du verre l'orifice du
vaisseau, de même que les fruits des animaux
sont dans la matrice, le blanc & le
jaune de l'oeuf dans la coque, afin que
rien ne transpire; car dans la semence de
l'argent vif animé il y a une vapeur
& un esprit si subtil, que s'il venait à
transpirer, on ne le verrait pas; & qu'il
est avec la chaleur extérieure cause de la
perfection: mais s'il s'envolait, c'est fait
de l'oeuvre; de même que le poulet périt
s'il y a un trou dans la coque de l'oeuf:
& on ne peut arrêter sa fuite & évaporation
avec un lut de fer, quoi qu'épais,
bien serré & solide, mais avec le verre
seul qui est très-épais, & qui n'a point
de trous.
Plusieurs ont cru que nôtre semence
devait recevoir la perfection de Sel aurifique,
par la même voie & méthode
qu'on tire les sels de tous les corps mixtes,
avec une chaleur de feu, & un feu
qui partage ces corps en plusieurs substances
comme nous avons dit du bois
réduit en cendre, ou du Sel tiré par la
lessive. C'est pourquoi ils tirent de plusieurs
corps des eaux fortes, avec lesquelles
ils dissolvent l'Or en une liqueur
qu'ils distillent, & la versent de nouveau
@
la Pierre Philosophique. 93
sur le dissout; puis ils l'épaississent avec
une chaleur lente; & de ce qui reste, ils
croient que c'est nôtre Sel aurifique. Ils
se servent aussi d'une infinité d'autres
corps, lesquels sont tous inutiles & sophistiques,
& ont plus d'opinion que de vérité.
La Nature ayant produit la semence,
ne la sépare plus en diverses substances;
mais elle la perfectionne: elle n'ôte rien
de la semence, mais elle l'achève toute
entière; ce qui est plus évident dans l'oeuf,
qui est la semence du poulet, & même
le poulet imparfait. Ainsi pour imiter la
Nature, aussi-tôt que nous sommes certains
de la semence de notre Sel aurifique,
qui est-ce, & quelle elle est, il ne
la faut pas diviser en plusieurs substances,
mais la perfectionner par la seule cuite,
& la changer toute en nature de Sel fusible.
C'est ici tout le but de l'Art, en
produisant la cause efficiente qui donne
la perfection de l'Or à l'argent vif & aux
métaux imparfaits, avec le secours de la
chaleur du feu.
Pour perfectionner nôtre Sel aurifique,
il y a six degrés; la dissolution, la
coagulation ou incrassation, la fixion première,
la seconde fixion, la calcination
& l'incération. Je dis qu'il y a plusieurs
@
94 Manière de produire
degrés, car puisque j'ai établi que la perfection
de la semence déjà existante consiste
à l'avancer jusqu'à l'acte postérieur
de la forme, cette perfection n'est pas si
tôt achevée; l'acte premier ou la forme
étant la principale partie de la substance,
ne reçoit point de degrés; mais l'acte
postérieur reçoit des degrés tout ainsi
que les qualités. Les fruits nés de l'arbre,
avant que d'arriver à maturité, reçoivent
des degrés de perfection; car au
milieu du temps ils sont plus parfaits qu'auparavant,
& ainsi dans la suite jusqu'à ce
qu'ils soient arrivés à une entière maturité:
Il en faut juger de même pour perfectionner
nôtre Sel aurifique. Mais puisque
la chaleur extérieure est cause efficiente
de la perfection, & qu'elle a six
degrés, les cinq premiers sont leur progrès
avec cinq degrés de chaleur; & le
dernier n'est qu'une réitération des cinq
degrés: mais durant ce procédé, il ne
faut pas bouger la semence, ni en ôter
quoi que ce soit, comme on fait dans les
ouvrages sophistiques; mais il la faut laisser
aux cinq degrés de chaleur.
@
la Pierre Philosophique. 95
LES DEGREZ
des Opérations.
Dissolution.
L A dissolution qui est le premier degréde perfection, c'est une réduction
de la chaux d'Or, qui est une partie
de la semence, en argent vif, qui se fait
par la chaleur du premier degré, & par la
force de l'esprit & vapeur qui est dans
l'argent vif, comme il se fait dans les
semences des animaux, dans les oeufs &
dans les grains de froment. Car par ce
degré de chaleur la boule d'amalgame qui
est un peu dure, devient molle & se résout:
& la solution faite dans le vaisseau de
verre, on voit tout l'argent vif épais &
comme pourri. Le signe de la dissolution
achevé, est une noirceur au dessus de la
superficie; car la chaleur qui agit sur
l'humide fait la noirceur. Cette dissolution
s'achève presque dans quarante jours:
& cette même dissolution est une espèce
d'
Epsesis ou élixation; car comme la
chair bouillie dans l'eau se résout en
bouillon par la chaleur qui est dans une
humidité aqueuse, de même l'Or est dissout
@
96 Manière de produire
par la chaleur qui agit dans l'humide,
lequel est l'argent vif.
Coagulation.
L A coagulation ou incrassation est l'épaississementl'endurcissement & le
dessèchement de la semence dissoute en
argent vif coulant, & elle se fait par la
vertu du deuxième degré, comme de la
cause efficiente, & par la force du terrestre
qui est dans la chaux d'or, qui a la
propriété de dessécher & épaissir: car
comme auparavant l'argent vif humide
surpassait en quantité le sec de la chaux
d'or, il fut nécessaire que le sec cédât, &
qu'il fût dissout dans une consistance grossière
& pourrie d'argent vif; mais la
chaleur étant augmentée, la vapeur trèssubtile
de l'argent vif se disperse en l'air
par les parties vides du vaisseau, &
l'humide s'épaissit nécessairement, comme
l'huile s'épaissit par une longue chaleur
qui fait sortir l'esprit subtil: Mais le sec
de la chaux d'Or buvant l'humide de
l'argent vif, aide beaucoup à épaissir.
Pour les mêmes causes, avec l'humeur
visqueuse les Pierres sont perfectionnées
dans les corps des animaux par un
sec
@
la Pierre Philosophique. 97
sec terrestre qui est dans l'humeur comme
matière, & par la chaleur externe
comme cause efficiente: de même aussi
nous voyons que peu à peu la semence
dissoute s'épaissit & se grossit, & qu'elle se
resserre au dedans en une pierre solide; ce
qui arrive ordinairement dans l'espace de
quarante jours, pendant lesquels la semence
conservera la couleur noire & deviendra
plus noire. Cette cuite est une
espèce d'Optesis ou assation, comme les
suivantes.
Fixion première.
P Uisque l'humide de notre semencen'est pas encore arrêté ni uni par cette
cuite, mais volatil, il le faut arrêter &
fixer par une chaleur du troisième degré;
Ainsi la fixion succède. Or la fixion, selon
Geber, est l'adaptation convenable,
par laquelle une chose qui s'enfuyait du
feu est faite capable de le souffrir; &
elle a pour intention, dit-il, que toute
altération & teinture soit continuée dans
le corps altéré, & ne change pas. On
la peut définir qu'elle est une limitation
ou arrêt surmontant l'humide interminé
qui est dans la semence, & cela par la
I
@
98 Manière de produire
force de la chaleur du troisième degré,
& par la sécheresse agissante du terrestre
qui est dans la semence. Cette fixion est
aussi achevée dans quarante jours. En
cette cuite on voit diverses couleurs,
qui enfin se terminent toutes à une blancheur
de neige & cette blancheur est le
vrai signe de fixion: Dans cette couleur,
dit-on, le corps l'esprit & l'âme s'unissent
véritablement & se fixent; & ce
n'est autre chose qu'une égale proportion,
union & perfection fixe de tous les
éléments de la semence. Cette semence
parfaite est appelée argentifique parce
que jetée dans l'argent-vif elle l'arrête,
& lui donne la perfection d'un Argent
très-véritable: Mais on l'appelle fixion
première, parce qu'encore qu'étant prise
simplement & absolument, elle soit parfaite;
néanmoins comparée à la fixion
de nôtre Sel aurifique, elle est interminée
& imparfaite, & ne mérite pas le
nom de Sel ou de Pierre.
Fixion postérieure ou seconde.
L A première fixion achevée, suit selonl'ordre la fixion postérieure,
qui est une cuite parfaite & absolue de
@
la Pierre Philosophique. 99
l'humidité interminée qui réside dans
l'humeur de la semence, & faite par la
force de la chaleur du quatrième degré.
Par cette chaleur la semence ne prend
pas diverses couleurs, mais premièrement
la blancheur se change en citrin en jaune,
& peu à peu en rouge: car selon les
différentes cuites de l'humeur, il résulte
diverses couleurs; mais après qu'elle a
été cuite, la blancheur paraît, qui par
la force du feu est changée en jaune, &
de jaune en rouge; ce qui est facile à
remarquer lorsqu'on cuit la sandaraca &
l'ocre: car le terrestre subtil très-pur qui
est cuit dans la semence & qui n'est pas
brûlé, est actuellement blanc, mais rouge
en puissance; & il devient tel par une
cuite plus forte & il teint de rouge tout
son propre humide. Cette semence blanche
demeure fort long temps en une
masse solide, qui à la fin, par une longue
cuite, se détache peu à peu, & se
change en couleur rouge. Ce quatrième
degré de cuite s'achève en deux cent*
quarante jours; & il n'y a rien à craindre
pour le degré de chaleur, parce qu'après
la blancheur la semence est fixe; mais devant
la parfaite blancheur il y aurait du
danger à ne pas observer les degrés de
I ij
@
100 Manière de produire
chaleur, parce que les deux semences
n'étaient pas encore fixées & unies.
Calcination.
Q Uoique l'humeur de cette semencesont surmontée par ces quatre degrés
de chaleur elle ne l'est pourtant pas entièrement,
ni tellement qu'elle ait tout-àfait
la nature de Sel: car la nature du
Sel est très-sèche & exempte de toute humeur,
puisque le Sel est une terre pure.
C'est aussi la nature du Sel qu'il soit
dissout par un humide aqueux, à cause
qu'il s'est épaissi par le chaud: Donc si
l'humeur n'est pas entièrement vaincue,
elle n'aura pas la nature du Sel, ni ne
se dissoudra pas dans l'humide aqueux,
ce qui toutefois est nécessaire; car nôtre
Sel aurifique étant un souverain médicament
aux corps humains, peut se dissoudre
dans toutes liqueurs, puisqu'on le
donne à avaler aux malades. De plus,
la poudre du quatrième degré cuite, a je
ne sais quoi d'impur & de terrestre mêlé,
qui n'est ni de la nature ni de la proportion
du Sel qu'il faut tirer de la poudre
rouge. Cette parfaite & absolue cuite
de la poudre rouge, & son exemption de
@
la Pierre Philosophique. 101
terrestréité, se fait par la calcination
avec la chaleur du cinquième & dernier
degré: Car la calcination, selon Geber, est
la pulvérisation d'une chose sèche par le
feu, & par la privation de l'humide qui
consolide les parties: Il semble qu'on dirait
mieux, par la cuite absolue de l'humeur
interminée.
J'ajoute que la cause de la calcination
est afin que la poudre se fixe mieux &
plus parfaitement, & qu'elle se dissolve
en eau plus facilement: car l'expérience
enseigne que tout genre de calciné
est plus fixe & d'une solution plus facile,
que ce qui n'est pas calciné, parce
qu'un corps réduit en parties très-subtiles
& très-petites se mêle plus facilement
avec l'eau. Puisque donc cela a
été fait par la chaleur extérieure, la dissolution
en eau sera plus facile: par cette
calcination la poudre s'enfle comme du
levain, à cause de la longue chaleur
ignée par la force de laquelle elle a été
réduite en parties très-menues; & une
certaine terre impure demeure au fond
du vaisseau, qui est séparée de la poudre
rouge. Il faut jeter là cette impureté,
car elle n'est pas de la nature du Sel; mais
on l'appelle terre vile, damnée & vitupérée,
I iij
@
102 Manière de produire
étant comme la lie inutile des
autres substances efficaces; & elle est du
genre de la terre, qui par une chaleur
excellente se change & se fond en verre.
Il faut faire cette calcination dans un
vaisseau de terre, pendant huit jours,
& vous aurez le très-véritable Sel aurifique,
dont la couleur sera comme d'un
sang brûlé, & il se dissoudra en toutes liqueurs;
car toutes les choses, comme
nous avons dit, qui approchent de la nature
du Sel, l'accompagnent aussi en leurs
propriétés: Or il est de la nature du
Sel qu'il se dissolve par une liqueur
aqueuse.
Cération.
E Ncore que les choses soient ainsi,nôtre Sel toutefois n'a pas acquis
toute la perfection absolue & achevée,
qui consiste à être facilement & promptement
fondu par le feu comme la cire,
& qu'il soit d'une consistance très-subtile
dans la fusion, comme l'eau; autrement
il n'aura pas la vertu de pénétrer
& entrer dans les parties les plus épaisses
de l'argent-vif, ou des métaux; &
étant jeté sur eux, il ne leur donnerait
@
la Pierre Philosophique. 103
pas la perfection: mais notre Sel aurifique
ayant été épaissi & altéré par une si longue
cuite, n'a pas cette prompte propriété
il lui faut pourtant rendre. Il ne doit
donc pas paraître étrange que nous ayons
dit que nôtre Sel aurifique se dissout en
toutes liqueurs, & qu'il se fond avec
chaque chaleur; ce qui semble être contre
les règles d'
Aristote, les choses, ditil,
qui s'épaississent par le chaud sec, se
dissolvent par l'humide froid, comme les
Sels; & celles qui se cuisent par le froid
se dissolvent par le chaud, comme les
métaux: Mais l'expérience enseigne que
le Sel commun ne se dissout pas seulement
dans une liqueur d'eau, mais encore
dans le feu. Car si le Sel est fondu
comme l'argent dans un vaisseau de
terre, vous le verrez dissout comme l'eau
pure, & jeté dans un petit canal, il s'épaissira
par le froid, comme le métal: &
il en est de même des autres Sels, qui
étant plusieurs fois purgés de l'eau par
solution, filtration & coagulation, enfin
se fondent comme cire, avec une
chaleur légère.
Il faut par la même manière donner à
nôtre poudre aurifique une prompte fusion;
& il est nécessaire que nôtre Sel
I iiij
@
104 Manière de produire
qui n'a point de fusion, soit dissout dans
l'humide, mais non pas dans la liqueur
de l'eau: car nôtre Sel n'a pas seulement
besoin d'une fusion facile, pour être entièrement
parfait; mais d'un humide qui
s'unisse avec lui dans le centre, & se
fixe avec lui pour le défendre de la vitrification:
mais la liqueur d'eau ne peut
faire cela, car elle ne se fixerait jamais
avec nôtre Sel; c'est pourquoi il le faut
dissoudre & incérer, car l'incération est
le dernier degré de perfection; &
Geber
la définit qu'elle est la mollification &
liquéfaction d'une chose dure non fusible:
& la cause de cette invention est,
dit-il, afin que ce qui par la privation
de son humidité n'avait point de liquéfaction
sur le corps pour l'altérer, s'amollisse
pour couler; & que ceux là se
trompent lourdement, qui pensent faire
l'incération avec des huiles & des eaux
liquides; mais qu'il la faut faire avec des
esprits. Ils appellent esprit l'argent vif;
& certainement la mixtion de l'argent
vif animé donne à nôtre Poudre & Sel
cette dissolution & incération. En voici
la méthode.
Mêlez un denier ou vingt-quatre
grains de la Poudre avec quatre deniers
@
la Pierre Philosophique. 105
d'argent vif animé; faites un amalgame
que vous mettrez dans un vaisseau de
verre que vous fermerez: cuisez-le par
les quatre premiers degrés de feu, dans
le même ordre que la Poudre a été faite;
& dans l'espace de trente jours vous découvrirez
toutes les couleurs qui s'étaient
fait voir dans l'espace de neuf
mois: réitérez l'opération, ajoutant à
la Poudre quatre parties d'argent-vif animé.
L'opération étant réitérée, il faudra
moins de temps que la première fois;
car ce qui à présent est sel, se dissout
plus promptement que quand il n'était
pas encore sel & qu'il le pouvait être:
ainsi vous aurez le Sel aurifique trèsparfait,
ou la Pierre des Philosophes
très-fixe, fusible comme la cire, subtile
comme l'eau, pénétrante, tingente, transmuante,
& donnant à tout argent-vif, tant
vulgaire que tiré des corps métalliques,
la perfection d'un Or très-véritable.
Le signe de la perfection de ce Sel
sera, si un grain jeté sur une lame ardente
se fond aussi-tôt, & pénètre les
parties intérieures de l'Argent, & qu'il
s'épanche de toutes parts comme l'huile,
& qu'il teigne de couleur d'Or le dedans
& la surface, sans faire vapeur ou
@
106 Manière de produire
fumée: mais ce qui restera après les
vingt-quatre grains ôtés, se perfectionnera
par la même voie & manière comme
ci-dessus. En premier lieu, on ôte
seulement vingt quatre grains; parce que
par chaque réitération de l'oeuvre la
quantité est augmentée, à cause de l'ajout
& mélange de l'argent vif nouveau
& si on en ôtait beaucoup plus
de vingt-quatre grains, sur la fin de la
septième réitération la grosseur serait
plus grande qu'il n'en faut pour la
cuire.
Multiplication.
Q Uoique les substances ne reçoiventaucune intention ou diminution,
elles agissent toutefois par les qualités
comme par leurs instruments; & comme
les qualités peuvent croître ou diminuer
en vigueur, nôtre Sel fusible agit plus
fortement ou plus faiblement: c'est pourquoi
nos devanciers ont trouvé un art
admirable pour augmenter notre Sel aurifique,
ou pierre Philosophique fusible,
& en quantité & en vertu ou faculté d'agir.
Il y a deux manières ou méthodes
de cet accroissement; la première, que
@
la Pierre Philosophique. 107
vous preniez une once du même Sel déjà
parfait, avec lequel vous mêlerez douze
onces d'argent vif animé; dissolvez le
tout & distillez; après cela mêlez quatre
onces de cet argent-vif animé avec une
once de nôtre Sel parfait, & cuisez-le
par les quatre degrés de chaleur.
L'autre méthode plus courte, est que
vous preniez une petite portion de nôtre
Sel parfait, & que vous la jetiez dans
l'argent-vif vulgaire; prenez une once de
cet Or que nous appelons Philosophique,
tiré avec beaucoup d'art de
l'argent-vif, que vous mêlerez avec
une once de notre Sel parfait, & le cuirez
avec les quatre degrés de chaleur: &
en peu de temps vous verrez toutes les
couleurs que vous avez vues faisant nôtre
Sel aurifique; car l'accroissement
n'est autre que le degré de la qualité
plus enracinée dans la même partie du
sujet; car par cette réitération tout le
Sel est rendu ignée & d'une consistance
très-menue & très-subtile.
Or le feu & les choses ignées ont plus
d'action; & plus elles sont subtiles, plus
promptement pénètrent-elles & entrent
dans les parties intérieures: Donc plus
vous réitérerez, plus vôtre Poudre postérieure
@
108 Manière de produire
recevra d'accroissement tant en
quantité qu'en vertu & faculté. Cette
manière d'augmentation est exprimée par
» ces mots: » Si vous dissolvez le fixe, &
» que vous fassiez voler ce qui est dissou;
» si vous fixez l'oiseau je vous
» ferai vivre en sûreté: déjoignez les
» choses conjointes, plus rejoignez les
» choses disjointes: fondez ce qui est
» durci, endurcissez ce qui est fondu; je
» vous dirai heureux. Dites que l'arsenic
sera l'âme; mais l'esprit est l'argent-vif
& la chaux est dite être corps.
Par le fixe on entend l'Or. La dissolution
est une réduction de l'Or en argent-vif,
Par l'argent-vif vulgaire ou tiré de quelque
métal. Le dissout vole, quand l'Or par la
force du feu est distillé en argent vif &
qu'il tombe dans le vaisseau récipient.
Le volatil se fixe quand les quatre parties
sont mêlées avec une partie de la
chaux d'or, & ils se fixent par la cuite.
Les choses conjointes sont disjointes
quand les parties solides de l'Or se dissolvent;
& elles se joignent de nouveau,
quand les parties dissoutes sont fixées.
L'arsenic est l'âme, c'est-à-dire, l'Or
tiré par l'Art est argent-vif, ou du vulgaire
ou des autres métaux. La chaux,
@
la Pierre Philosophique. 109
c'est l'Or réduit en chaux.
Ceux-là ne sont pas bien différents,
qui disent qu'Azot & le feu subsiste pour
l'oeuvre; car l'Azot c'est l'Or dissout en
argent vif un peu épais, lequel cuit &
fixé par une chaleur de feu tempéré,
est nôtre Pierre ou plutôt le Sel aurifique
fusible & fixe chacun pourra facilement
entendre de ce que nous avons
dit, tout ce que les Anciens ont écrit
énigmatiquement. Enfin,
Geber au Livre
de la souveraine Perfection, chap. 30.
& 43. a dit en peu de paroles toute la
méthode précédente. La somme de l'intention
de tout l'oeuvre, dit-il est qu'on
prenne la Pierre connue dans les chapitres,
& son ajout; c'est-à-dire
l'Or converti en huile ou argent-vif
qu'on les subtilise, jusqu'à ce qu'ils
soient parvenus à la dernière pureté de
subtilité; & enfin, que les deux soient
faits volatils fixes: & dans cet ordre on
achève le très-précieux Secret, qui est
au dessus de tous les Secrets des Sciences
de ce Monde, & un trésor incomparable.
Mais la seule expérience peut enseigner
combien grandes sont les vertus &
facultés de nôtre Sel aurifique: car l'argent
@
110 Manière de produire
vif corrigé & repurgé sur lequel
on aura jeté un grain de poudre, se
convertit non pas en métal premièrement,
mais en poudre, dont la force diminue:
on jette encore cette dernière
partie de poudre sur de l'autre argentvif;
& on fait toujours projection de la
dernière poudre, jusqu'à ce qu'il ne se
fasse plus de poudre, mais du métal:
Car dans la mixtion les qualités ignées,
chaudes & sèches de nôtre Poudre combattent
avec les qualités froides & humides
de l'argent-vif, lequel, soit vulgaire
ou celui des métaux, ne peut être
tempéré ni changé en Or, qu'avec une
certaine proportion des qualités actives
& passives.
Peut- être que quelques-uns douteront,
entendant que nous enseignons que l'argent
vif vulgaire, quoi qu'animé, est
l'autre partie de la semence; tant parce
que l'Or avec lui ne s'élève qu'avec
beaucoup de difficulté, ni ne s'unit &
n'est animé qu'a cause qu'il a une humidité
extrêmement interminée: Enfin,
s'il constitue l'autre partie de la semence,
la perfection des deux semences tirera
trop à la longue; en sorte qu'il
faut de l'argent-vif tiré ou de l'étain,
@
la Pierre Philosophique. 111
ou du plomb, ou du régule d'antimoine.
Car on appelle ainsi ce qui demeure en
bas, & qui sera plus excellent & plus
court.
Je ne serai pas bien opposé à leur
sentiment & j'y souscrirai, principalement
si on tire du régule d'antimoine
l'argent vif; car il a une grande ressemblance
de toute sa substance avec l'Or;
mais il faudra prendre garde qu'il faut
augmenter ou diminuer les degrés de la
première chaleur, selon le différent tempérament
de l'argent vif: Car le but est
d'unir l'humide avec le sec, & de fixer les
deux d'une fixion ferme & solide. C'est
pourquoi dans l'observation de chaque
degré extérieur, la loi est qu'il y ait
une chaleur égale & tempérée, qui puisse
altérer les deux semences mêlées, & ne
les pas raréfier en vapeur.
Si donc l'argent vif vulgaire animé est
mêlé avec l'Or, il faudra un plus faible
degré de chaleur au commencement de
l'Oeuvre, parce qu'il est plus interminé
& volatil; & si on mêle avec l'Or l'argent
vif tiré des autres métaux, il faudra
un degré de chaleur tant soit peu
plus fort. Car cet argent vif étant un
peu plus épais & plus cuit par la Nature,
@
112 Manière de produire
il souffre une plus grande force du feu,
& ne s'envole pas si facilement en fumée
par la chaleur du feu, comme le
vulgaire: cet argent vif est tiré de l'étain,
du plomb, & du régule d'antimoine,
par la même voie & méthode que
Geber
enseigne de la sublimation de la marcassite;
car par la force d'un feu excellent;
il s'élève une vapeur sèche qui s'épaissit
par le froid, & se condense dans les
côtés du vaisseau, étant tirée dehors
& adoucie avec l'huile de tartre lavée
& broyée dans l'argent vif fluide, comme
délivré & purgé des ordures de la terre.
Les anciens Professeurs de l'Art, avaient
prudemment passé sous silence
cette méthode de tirer l'argent vif, &
n'en avaient rien écrit, parce qu'il est
tout le secret de l'Art, & l'entrée aux
dernières opérations, qu'ils ont bien découvertes,
mais il est certain qu'ils ont
caché les premières. C'est donc ici la
claire, la droite, la véritable & la compendieuse
manière de faire nôtre Sel aurifique
ou Pierre Philosophique, dont
la vertu & la faculté est de donner la
perfection d'un Or très-véritable à l'argent
vif, & aux autres métaux. C'est
encore le vrai Or potable qui se dissout
sout
@
la Pierre Philosophique. 113
en toutes liqueurs, & comme on
dit un très-excellent & très-convenable
remède contre toutes les maladies désespérées;
j'ai toujours crû qu'il était
plus assuré de se tenir principalement à
ce Sel aurifique. Mais plusieurs diront
qu'ils savent par expérience, qu'ils ont
dans un temps plus court dissout l'Or sans
argent vif, & qu'ils ont fait quelque chose
sans ce Sel aurifique ou Pierre Philosophique.
Pour leur répondre, je ne nierai pas
que quelques Sels ne puissent avec l'Art
être changés en eau & en une consistance
liquide, & cela plus promptement que
l'Or n'est dissout par l'argent vif, & que
par la force de ces eaux & leurs facultés
très-fortes, il semble en apparence
que l'Or soit dissout; mais il ne l'est pas
dans la vérité, ni n'est pas dépouillé de
sa nature métallique; car il ne paraît
être dissout que pendant qu'il retient cette
liqueur salée, qui n'est pas véritablement
mêlée ni unie avec l'Or, puisque
les choses de nature dissemblable ne
se mêlent pas véritablement. Donc cette
liqueur salée chassée par le feu violent,
se raréfie en vapeur & s'élève; mais l'Or
demeure au fond comme une poudre jaune
K
@
114 Manière de produire
& fixe, laquelle se fond si on y ajoute
de la soudure d'Or, & elle retourne en
Or sans déchet; mais l'argent vif que
nous avons dit être l'autre partie de la
semence, dissout l'Or véritablement, s'unit
& se fixe avec lui pour toujours; car ils
sont de même forme, mais non pas de
même tempérament, ou plutôt de même
perfection.
La dissolution & fixion des deux étant
finie, la poudre ou nôtre Sel aurifique ne
peut plus retourner en Or, à moins qu'il
ne soit jeté avec une certaine proportion
dans les autres métaux ou argent vif: Car
ce Sel est une vraie teinture & une huile
très fixe, & d'une essence très-subtile.
Je ne nie pas aussi que l'Or dissout dans
cette liqueur aqueuse par la force des
eaux-fortes, puisse donner la perfection
d'Or très pur à l'argent vif & à l'Argent:
c'est de quoi ils n'ont point donné de raison,
marque de leur ignorance; car ils
font ce qu'ils ne savent pas, & ne peuvent
corriger leur erreur: mais nous le
ferons, quoi qu'il semble que nous passions
au delà de notre dessein. Mais comme
une pile fortement ébranlée ne peut
plus retourner, de même la plume est
penchée à l'endroit d'où il n'est pas facile
@
la Pierre Philosophique. 115
de la détourner, jusqu'à ce qu'elle ait touché
tout ce qui appartient à cette matière.
Peut être que ceux qui liront ceci,
se souviendront de nous devant ou après
notre trépas. Voici donc la raison: L'argent
vif n'a besoin que de cuite pour être
parfait; & comme nous avons dit, il est
un Or imparfait, non encore mûr: la
seule chaleur extérieure ne peut faire cette
cuite, car le feu ne se mêle pas avec l'argent
vif, ni ne s'attache pas à lui ; néanmoins
il faut que quelque chose s'attache
à lui: & que durant la cuite il se retienne,
afin que la force du feu ne le fasse pas
fuir. De plus, l'Or quoi qu'il s'attache à
lui, ne le peut pas retenir, à cause qu'il
est d'une consistance plus dure qu'il ne
faudrait pour pénétrer ses parties intérieures;
& parce qu'il n'est pas retenu par
la liquéfaction de l'Or, comme étant
plus tardif; mais par la violence du feu il
s'évanouit.
Toutefois quoi que l'argent vif ne fût
pas retenu par l'Or, il n'en serait pas cuit.
Car la cause de la cuite c'est la chaleur &
qualité ignée; & les qualités ignées ne
sont pas dans l'Or pour donner l'humide
interminé de l'argent vif, ni le terminer &
le surmonter; mais lorsqu'on croit que
K ij
@
116 Manière de produire
ces liqueurs salées l'ont dissout en liqueur,
quoi qu'il ne soit pas véritablement dissout
ni mêlé, il peut toutefois faire ces
choses, non pas comme nôtre Sel aurifique
ou Pierre Philosophique, qui seul de
soi, sans le secours d'autre chose, si ce n'est
que peut être aidé par la chaleur du feu,
donne la perfection. Mais il faut aider l'Or,
quoi qu'il retienne sa nature métallique,
avec ces liqueurs fortes, par lesquelles
étant dissout, il prend une consistance
très-subtile, & une liquéfaction facile
comme la cire, tandis qu'elles seront
mêlées avec lui. Car toutes ces liqueurs
ne s'envolent pas aussi-tôt, si ce n'est
par une très véhémente chaleur du feu.
Encore que quelques uns aient crû,
comme
Lulle, qu'elles sont fixées perpétuellement
avec l'Or; ce que je n'ai jamais
pu comprendre, puisque leur fixion
est suffisante pour retenir l'argent
vif sans le combat du feu, lorsqu'il parviendra
à la nature du corps; de plus,
ces liqueurs, qui ne sont autre chose que
des Sels, & qui ont la nature de Sel, cuisent
séparément par leurs propres qualités
ignées, l'humide de l'argent vif;
elles le terminent, & enfin le surmontent
entièrement, L'Argent aussi n'a besoin
@
la Pierre Philosophique. 117
que de purgation & de cuite pour recevoir
la perfection; mais ces liqueurs
salées font les deux, car la force des Sels
est admirable dans toute l'oeuvre: toutefois
l'Argent étant plus aride, a besoin
d'être mêlé & uni avec l'argent vif, qui
est comme une colle qui le fait souffrir toutes
les preuves de l'Or: car l'humide de
l'Or étant pur, visqueux & parfaitement
cuit de la Nature, ne peut être séparé
de son sec par aucune industrie.
Il y a plusieurs manières de changer
l'Or en liqueur, & vous en trouverez
chez les Auteurs quelques unes qu'ils
ont prescrites & divulguées; mais celleci
entre toutes les autres est la plus facile:
Réduisez l'Or en chaux par la même
voie & méthode que nous avons déjà dite
en la preparation. Dissolvez cette chaux
avec l'eau royale, c'est à dire avec l'eau
forte distillée de salpêtre & de vitriol;
ajoutez y après du Sel armoniac parfaitement
épuré par sublimation, & dans un
lieu tiède il le dissoudra dans la même
eau: Ensuite distillez la plus subtile liqueur
aqueuse par l'eau chaude, qu'on
appelle Bain marie, ou de Mer; répétez
sept fois cette distillation, jusqu'à ce que
vous voyez au fond du vaisseau une huile
@
118 Manière de produire
rouge: Cette huile se dissout avec une
chaleur légère; & étant retirée du feu,
elle s'épaissit dans un lieu froid, & se condense
comme de la gomme. Mêlez avec
cette gomme quatre parties de Sel armoniac
subtilisé, repurgé & dissout en eau
par une sublimation souvent réitérée;
après cuisez-la avec un feu languissant
& faible, afin qu'elle ait une consistance
épaisse; après dissolvez-la dans un
lieu humide, séchez-la de nouveau, &
réitérez cette oeuvre en coagulant & dissolvant,
jusqu'à ce qu'enfin elle ne s'épaississe
pas avec une chaleur sèche &
languissante, mais qu'elle demeure constamment
comme une huile épaisse dans
la même chaleur.
Prenez une once de cette huile que
vous mêlerez avec quatre onces d'argent
vif d'épuré de la meilleure manière que
vous pourrez; & l'ayant mis dans un
vaisseau te terre propre, cuisez durant
huit jours, augmentant peu à peu le degré
de chaleur, jusqu'à ce que vous lui
ayez donné la grande chaleur du quatrième
& dernier degré, & que vous
ayez une poudre rouge ou au moins
jaunâtre: & vous fondrez en vrai Or
cette poudre tirée du vaisseau, lui donnant
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la Pierre Philosophique. 119
un feu de fusion, & ajoutant de la
soudure d'Or. Mais ceci se fera encore
plus promptement, si vous frottez d'une
petite portion de cette huile la boule
faite d'Or & d'argent vif, comme nous
avons enseigné ci-devant, & que vous
les broyiez, & que vous les cuisiez de la
manière que nous avons dite.
Enfin, vous ferez cet ouvrage plus
heureusement & sûrement si vous composez
la boule d'Or, d'Argent, & d'argent
vif, & que vous l'exprimiez; &
qu'avec cette boule vous mêliez une
petite portion d'huile d'Or que vous
broierez ensemble; & que, comme il a
été souvent dit, vous cuisiez le tout avec
les degrés de chaleur augmentée peu
à peu: Mais les huiles d'Or préparées
avec les eaux-fortes, quoi qu'il semble
qu'elles soient de grande importance, si
toutefois on les compare avec nôtre Sel
aurifique ou Pierre Philosophique, ne
doivent pas être estimées.
A Dieu seul, source de tous biens, soit
honneur, louange & gloire éternellement. Amen.
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Achevé d'imprimer
sur les presses de l'Imprimerie Union à Paris,
le 30 avril 1979,
pour le compte de Gutenberg Reprint.
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