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Réfer. : 0019 .
Auteur : Anonyme.
Titre : le Flambeau de la Philosophie Naturelle.
S/titre : et des effects d'icelle sous l'explication...

Editeur : xxxx.
Date éd. : 1652 .
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le
FLAMBEAU
de la
Philosophie Naturelle

et des
effects d'icelle

sous l'explication d'un songe
ou resverie occulte

pict

P.N.R.T.
autrement la chouette ou le hibou
1652

@
@

3

pict

AVANT PROPOS


pict e sais bien que la plupart de
ceux qui verront ce mien petit
livret, que l'on peut pour mieux
parler appeler l'abrégé ou raccourcissement
des plus riches secrets et ouvrages
de la nature ne manqueront à dire que
véritablement il est fait à plaisir, et par
forme de divertissement, vu que plusieurs
se sont vantés d'avoir la connaissance,
et le vrai secret de cette médecine
universelle, mais que jusques à
présent ils n'en ont vu aucuns effets,
ne pouvant ainsi que beaucoup d'autres,
croire ni s'imaginer que cela soit en
la possibilité des hommes, à moins de
leur faire toucher palpablement la vérité
du sujet et de ses opérations, ce qui
serait d'une trop longue attente, s'y en
@

4

trouvant peu qui aient la pensée de
tomber en cette résolution, puisque
cette science ne s'acquiert qu'avec longue
étude, labeur et travail, y ayant
employé quantité d'années auparavant
que d'en avoir la parfaite connaissance,
quoique dès le commencement j'ai eu
en ma possession la vraie et unique
matière, la connaissance de la principale
opération, grande intelligence et
facilité en la lecture des livres des meilleurs
auteurs de cette science. C'est
pourquoi en mon égard, j'aime beau-
En moins de 60 coup mieux les laisser en leurs opinions,
paroles l'ou- puisque ce secret est si noble qu'il peut
vrage de la être exprimé entièrement en moins de
pierre peut être soixante paroles.
exprimé entière- Il me serait facile de faire voir
ment. comme la nature fait et opère en toutes
choses, mettre au jour ses effets, et de
faire un raccourci de ce que les plus
excellents auteurs ont allégué de plus
beau.
Mais connaissant que cela serait prolixe
et inutile, puisqu'ils ont parlé si
doctement et clairement de cette
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5

science que nul n'en peut douter, à
moins d'avoir les yeux sillés, je me
contenterai d'exécuter le dessein qu'ai
entrepris, quoi qu'il soit trop hardi
parmi les ennuis de ce temps, et le
déduire le plus succinctement qu'il me
sera possible, sans l'obscurcir de plusieurs
discours inutiles; qui sont plus à
dessein de voiler cette science, que de la Les ennuis de ce
mettre au jour pour le désir que j'ai temps sont cause
que les esprits curieux en tirent et rem- que les doctes
portent quelque profit. phes se cachent.

Toutefois je dirai en passant, par
forme d'avis, que comme les choses
plus belles et rares sont d'ordinaire très
faciles en leurs opérations, et que bien
souvent ces esprits qui pensent être
subtils, veulent enchérir et apporter
quelque chose de leur invention, cela
fait que bien souvent ils s'écartent du
chemin et sont frustrés de leurs espérances,
ainsi que ceux qui au lieu d'employer
leur étude à la connaissance des
effets des choses solides et permanentes
se contentent de l'occuper à la
recherche de quelques simples, qui du
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jour au lendemain peuvent être privées
de leurs vertus et qualités.
Pour conclusion, je veux en songeant
leur faire voir nuement et à découvert
tout ce qui dépend de l'Art,
sous un discours, assez facile à comprendre
à ceux qui auront la moindre
connaissance d'icelui, après leur avoir
touché quelques mots succincts de la
vraie matière et de son opération; mon
intention n'étant de les détourner du
droit chemin, mais les y conduire au
mieux qu'il me sera possible, afin que
remportant le prix de la toison ils m'en
aient quelque obligation.

@

7

pict

ABREGE DE L'OEUVRE
PHILOSOPHALE

pict l convient en premier lieu, et
auparavant que de commencer
aucune chose, raisonner pertinemment
sur ce que l'on cherche et prétend
faire, connaître la matière et prin- La vraie matière
cipe qui s'extraie de racine métallique, s'extraie de ra-
ordonnée pour la génération des mé- cine métallique
taux, car chacune chose tant au végétal ordonnée pour
que minéral, à sa semence qui se peut la génération des
multiplier. métaux.
Les vermisseaux cherchent la terre Les oiseaux l'air, les poissons l'eau, Les abeilles, la fleur qui le doux miel enserre. Et l'art ce que nature a de plus riche et beau,
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8

C'est-à-dire la médecine universelle pour
laquelle acquérir.
Si l'esprit curieux, veut à ce point venir
Il doit le grand chemin de nature tenir.

Préparation de On-prend premièrement un métal
la matière. pur et net, l'esprit duquel vit secrètement
dans les entrailles de la terre, qui
libéré de ses liens par l'industrie de
celui qui le connaît, mis et semé par
l'air, s'efforce de monter au haut de la
montagne, et d'autant que ce métal
Réduction en était dur, il est fait mou par l'Art qui
eau ou solution. imite la nature.
Cet élément mutin de notre mer
C'est l'air. féconde est le porte-flambeau de cette
toison d'or, c'est lui qui a la clef de ce
riche trésor sans laquelle beaucoup
trébucheraient dans l'onde. Un mercure,
se fermente librement, d'un
autre mercure, un soufre d'un autre
soufre, qui extrait par l'alambic, mêlés
par juste poids; et faits coagulés par
chaleur continuelle puis multipliés et
fermentés peuvent produire ce que l'on
cherche. C'est assez dit à ceux qui ont
bonne oreille joint que mon Songe
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déduira assez amplement ce qui est
requis et nécessaire à l'art et principalement
à la première opération de laquelle
peu d'auteurs ont parlé, mais au
contraire, cachée, autant qu'il leur a
été possible, et sans laquelle nul ne
peut parvenir à cet art.

pict

@

10

pict

SONGE DE L'AUTEUR



pict N jour du mois de mai que
j'avais occupé mon esprit à diverses
choses, désirant me divertir
ainsi qu'on fait au printemps, je
fus par des lieux très délicieux et agréables
à la vue, où après avoir longtemps
admiré ce grand ouvrage de nature, me
reposant sur l'herbage, je fus attaqué
d'un profond sommeil suivi d'un
songe.
La minière. Par lequel il me fut avis que j'étais au
haut d'une montagne d'un très difficile
accès, où un bon Père ermite, homme
Le philosophe très docte en toutes Sciences faisait dès
qui enseigne longtemps sa demeure et habitation, et
ayant approché icelle, je vis ce vénérable
vieillard, qui en sortait, lequel à
l'instant qu'il m'eut aperçu; l'ayant
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11

salué, il commença à me demander par
quelle voie j'étais arrivé en ce lieu,
d'autant qu'il était presque inaccessi- C'est-à-dire par
ble, disant qu'il fallait que le Dieu inspiration di-
aidant, m'y eût conduit, vu que de- vine.
puis longues années peu de personnes
l'avaient approché, quoi que beaucoup
s'en fussent entremises, attendu le péril
qu'il y avait.

Et lui ayant réparti, que comme
toutes partaient de la divine bonté, il
avait été très favorable à mon dessein,
et entreprise, et qu'aucun péril n'avait
été capable de m'en divertir, pour le
bon recru qui m'avait été fait de sa
personne et doctrine.
Ce qui l'obligea à me recevoir très
favorablement et à m'exprimer beau- C'est-à-dire
coup de choses en(tre) autres le sujet qui d'apprendre
l'avait mû à prendre cette demeure cette science.
extraordinaire, qui n'avait été autre
que la même curiosité que j'avais eu,
que lui restait seul, ou sept qu'ils étaient
tant en ce lieu qu'autres circonvoisines,
lesquels se moquant des biens
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12

de la fortune y avaient passé longues
années, voire deux siècles entiers en une
santé très parfaite.
Mais comme j'étais lassé du chemin
que j'avais fait, visitant ce lieu et
attaqué d'une faim et soif extraordinaire,
et qui plus, plus est considérant,
que cet endroit n'avait la façon de
C'est avis qu'il produire aucunes vivres, et qu'en icelui
faut porter des je n'apercevais aucun moyen de faire
vivres quand on quelque retraite favorable en cette extrémité
va là. sans encourir quelque disgrâce,
à de la difficulté du chemin, et du temps
qu'il fallait pour parvenir à un petit
hameau qui était au bas de cette montagne,
Ce sont eux qui habité de quelques personnes et
travaillent aux de condition tellement mercenaire
mines. qu'ils abandonnaient, non seulement
leur santé, mais leurs vies, au travail
qu'ils entreprenaient, en ce lieu.
Je ne savais à quel saint me vouer
pour la crainte que j'avais d'y faire mon
cimetière, et que connaissant ce bon
vieillard, il commença à me dire; Mon
fils, sois hors de toutes craintes puisque
ton bon naturel me porte à t'offrir tout
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13

ce qui est de mon pouvoir, tu trouveras
ici de quoi assouvir ta curiosité qui t'a
porté à une si haute entreprise, et je te
ferai voir choses dignes de grande
admiration; lesquelles paroles me furent
si douces et agréables, que je ne
pensais plus à aucune faim ni soif, si
bien que m'ayant fait entrer en son
appartement je commençai à voir un
lieu fort obscur et déplaisant qui ne Description de
recevait autre jour que celui d'une la mine.
lucarne, qui était observée au milieu de
la voûte, ce qui l'obligeait d'y avoir une
lampe continuellement ardente, à cause
de plusieurs détours qui étaient disposés
pour entrer, auxquels il y avait
quantité d'échelles appropriées pour
cet effet, pour empêcher la disgrâce
qu'on pouvait encourir. Tout son
ameublement était artistement fait de
choses métalliques, qui brillaient à la
vue comme de petites étoiles. Le lieu
où il prenait son repos, était pratiqué
dans la roche et faisait grand état à pict
cause qu'un enfant de Saturne y avait
pris sa naissance.
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14

Toutefois ces choses, n'empêchaient
point le ressouvenir qui me
C'est d'appren- revint d'une si grande faim et soif,
dre. tellement que ce bon Père Ermite le
reconnaissant, il se met à genoux, faisant
sa prière, qui ne fut pas plutôt
finie, que je vis entrer par cette lucarne,
pphal qui est un oiseau excédant en grosseur beaucoup
oiseau d'Her- d'autres, qui ressemblait fort à un
mès. aigle, qui tenait en son bec, ce qui était
nécessaire, non seulement pour sa
nourriture, mais plus qu'il ne fallait
pour nous contenter à sustenter, lequel
oiseau il appelait son proviseur, qui
depuis sa demeure solitaire l'avait toujours
assisté de ce qu'il avait besoin;
Le secret et la Prenant notre réfection, il m'entretenait
science de la de choses grandes, entr'autres des
pierre. effets de nature, où il disait avoir la
plupart du temps employé son étude,
C'est-à-dire qu'il qu'en ce lieu fut la première demeure
travaillait sur d'Hermès Trismégiste, Père des philosophes
cette matière. auquel était la source de ses
plus occultes secrets.
Son discours et son entretien, étaient
si divertissants que le temps ne me durait
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rien, joint le reçu qu'il me faisait de la
gentillesse et raretés des demeures de
ceux que la cruelle Mort lui avait ravi
qu'il regrettait fort, de sorte que ce
repas fini, curieux de voir icelles, je lui
en fis la demande ce qu'il m'octroya, et
de fait à l'instant, il me fit entrer, en la
première demeure, au milieu de laquelle Visite de la
était un pilier de bronze, où on avait mine.
observé une niche où était représenté
en sculpture, une figure de vieillard Saturne conte-
grande comme nature, revêtu d'un nant les 4 élé-
habit noir, tenant en sa main droite une ments.
faux, et de l'autre un tableau à cadre
d'ébène, où était peinte une mer sur
laquelle y avait quantité de vaisseaux
disposés pour prendre terre en un lieu
qui paraissait fort monstrueux, et tout
entouré de cette mer, pour auquel entrer,
il y avait trois grandes arches sous Le fourneau, la
lesquelles, il fallait passer, d'un très cornue et le réci-
difficile abord, fabriquées de diverses pient.
ordres, qu'il était nécessaire de bien
connaître, d'autant que l'une d'icelles
était favorable à la navigation, l'autre
éloignait grandement les voyageurs de
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16

leur droit chemin; et l'autre était tellement
dangereuse, que nul ne la pouvait
aborder sans faire naufrage, cette mer
Tête morte. produisait un sable noir.
La cornue de En la deuxième demeure, le jour y
verre. apparaissait fort plaisant et agréable, et
y était représenté un homme vêtu de
couleur rouge, tenant à la main droite
Le feu de mars un glaive et de l'autre un tableau à cadre
est le couteau couleur de cinabre, où était dépeinte
qui sépare le pur une Toison d'Or, que le Bon Père Ermite
de l'impur. disait qu'on ne pouvait acquérir
sans grande peine, labeur et industrie;
l'aire de cette demeure était couverte
C'est de la suie. d'un sable couleur de bistre.
En la troisième demeure était
Venus qui fait représenté une figure de femme en
couleur verte. relief, vêtue d'un habit vert, qui me
semblait être la déesse du printemps,
Le printemps est tenant en sa main un tableau à cadre de
un temps propre couleur d'opale, auquel était dépeint
à commencer à un hermaphrodite; l'aire de cette demeure
travailler. était couverte d'un sable et
couleurs changeantes.
En la quatrième demeure était
représenté un amphithéâtre sur lequel
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17

était assise une figure d'homme, revêtue
d'un long habit de drap d'or doublé Jupiter.
d'hermine, tenant en la main droite un
sceptre au-dessus de sa tête était un
dais rempli de petits soleils, et à l'endroit
le plus éminent de cet amphithéâtre,
il y avait un grand tableau à cadre
d'or bruni où étaient dépeint les plus
belles figures et riches inventions de
Philostrate; l'aire de cette demeure
était couverte d'un sable aucunement
jaunâtre, paraissant brillant comme
paillettes d'or.

En la cinquième demeure, et au
principal endroit d'icelle était repré- pict
senté un trône sur lequel était assis
une jeune fille vêtue d'un habit blanc,
tenant en sa main un croissant, et au
bout de ce trône, il y avait un tableau à
cadre d'argent ou était aussi dépeint
une grande fontaine, qui jetait deux Couleurs de la
liqueurs, l'une blanche et l'autre rouge, pierre conte-
au fond de laquelle paraissait un sable nues en la .
de couleur rouge.

En la sixième demeure était un
lieu grandement extraordinaire qui me
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18

semblait être éclairé de plusieurs flambeaux
alentour desquels voltigeaient
quantités de papillons qui enfin se
brûlaient, au milieu de laquelle il y
avait sur un petit pilastre un jeune
homme vêtu d'un habit de taffetas
Mercure. changeant, tenant en main un caducée,
et tout alentour de cette demeure, étaient
plusieurs tableaux à cadres de
diverses couleurs, où étaient représentées
Sublimations ou quelques processions et autres figures
circulations. ou dévotion, qu'il me semblait
être à l'imitation de celles que j'avais
autrefois vues au cimetière des Saints
Innocents à Paris, ce qui m'obligea de
faire ma prière, d'autant que ce lieu me
paraissait fort dévotieux, mais, comme
elle fut un peu longue et ennuyeuse à ce
bon Père Ermite, il me dit qu'il n'était
pas nécessaire de m'y arrêter d'avantage,
d'autant qu'en la dernière demeure,
il espérait faire voir tout ce que ma
curiosité pouvait espérer, et m'expliquer
clairement ce que j'avais vu.

Tellement que curieux d'apprendre,
quoi que mon esprit ne fût assez pénétrant,
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19

nous fûmes auprès d'une petite
montagne assez proche de ce lieu, pour
entrer en laquelle il y avait une porte
enrichie de quantité de pierres précieuses
et que, peu de personnes autres
que lui, pourraient ouvrir, sans avoir la
vraie clef, au-dessus de laquelle il y
avait un marbre couleur d'ardoise, où
étaient écrits ces mots.

Et ayant fait ouverture d'icelle, nous
entrâmes en une belle et agréable demeure,
en laquelle il y avait plusieurs
tableaux qu'il disait être de l'invention Ce sont les livres
d'Apulée, Cunrath, Cosmopolite, Poli- des phes.
phile et autres, remplis de choses dignes
d'admiration, et me fit un ample discours
de leurs significations.

Au milieu de cette demeure, il y Le rocher est le
avait un rocher duquel sortaient deux four, les serpents
serpents, l'un ayant des ailes et l'autre le fixe et le vola-
non, sur ce rocher était un hermaphro- til mâle et fe-
dite qui portait un globe qui se divisait melle.
en quatre parties, lesquelles représen- La séparation se
taient les quatre éléments, et se rejoi- fait par les de-
gnant ensembles, les rendait confus et grés du feu.
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20

mêlés, qu'on pouvait puis après séparer.
A l'entour de cette demeure étaient
représentées les figures que j'avais
vues aux précédentes, qui étaient en
sculptures et grandes comme nature, lesquelles
avaient mouvement par l'artiste
Le philosophe et industrie de ce bon Père Ermite,
ou artiste. semblaient être disposées pour danser
un ballet, que j'estimais être le ballet
des Dieux; Attenant à ce rocher il y
avait une colonne fort haute, à l'entour
de laquelle étaient gravés en lettres d'or
ces mots - vide et tant, et plus bas en
lettres d'argent ce qui suit sur l'ordre
des personnages du ballet.

Les métaux cor- Saturne le plus viril commencera la
respondent aux danse,
planètes. Jupin viendra après pour imiter ses pas,
Mars, ce grand belliqueux, donnera la
cadence
Le Soleil d'un bon ordre, agira par compar,
Vénus la bien parée, qui de danser n'a
cure,
Ferait bien détester ce drôle de Mercure
@

21

N'était que tôt après la Lune parais-
sant,
Fera que le ballet aura son mouvement.


Et m'étant arrêté à lire et considérer
ces écrits, pour comprendre leurs
sens, je vois à l'instant ces deux serpents
s'approcher de moi, l'un d'iceux jetant
flammes de feu, par la gueule, et l'autre
une liqueur tellement puante, que je fus
contraint d'abandonner ce lieu le plus
promptement qu'il me fut possible,
mais ce bon Père Ermite, me suivant
de près pour me dire l'adieu, pour
marque de sa bienveillance me fit
présent d'un petit livre de sa composition,
duquel j'ai tiré et extrait tout ce
discours et ce qui suit, et qui expliquait
de mot à autre ce qu'il m'avait fait voir,
et d'une boîte en laquelle il disait y
avoir une poudre qui n'avait pas de
prix.
Le voulant remercier d'un tel bienfait,
je me trouvai à l'instant privé de sa
personne, de sorte qu'étant en plus
grande peine que jamais, pour ne sa-
@

22

voir le lieu où j'étais, j'eus recours aux
prières lesquelles étant exaucées, je
trouvai que le lieu était assez proche
de ma demeure ordinaire, dont je fus
grandement réjoui. Mais cette réjouissance
fut de peu de durée, d'autant que
peu de temps après, je me trouvai
investi de plusieurs personnes qui se
disaient grands philosophes qu'on
nomme à présent souffleurs, que je
croyais être disposés à me ravir le
présent qui m'avait été fait, vu qu'ils
devisaient par ensemble de la philosophie
naturelle et des opérations d'icelle,
dont ils argumentaient fort diversement,
qui, me prenant pour être de leur
Cabale dont j'étais grandement éloigné,
ayant toujours eu en horreur leurs
sophistications, me prièrent de dire
mon avis sur leurs propositions, de
quoi m'étant excusé autant qu'il me
fut possible, néanmoins par leurs importunités,
s'imaginant à mon discours
expert en cette science, je fus contraint
d'en dire mon sentiment, ce qui m'obligea
de leur faire ce discours.
@

23

Quoi que les anciens philosophes
aient assez amplement écrit l'admirable
secret de la puissance de l'Art et de la
Nature, et mis au jour cette riche Toison
ou Médecine universelle, et que
beaucoup de personnes se soient entremises
à la recherche d'icelle, si, est-ce
toutefois que la plupart n'en avaient
remporté grand fruit, s'y en trouvant
peu qui puissent dire, avec vérité, bien
entendre leurs intentions, moins leur
sujet et opérations, qui surpassent l'esprit
commun, n'ayant écrit que pour
ceux qui en ont la vraie et parfaite
connaissance, sans l'aide desquels difficilement
pouvait-on parvenir à cet Art.
Toutefois ce que j'en disais n'était
à dessein de les divertir, et leur curiosité
que je chérissais grandement, mais pour
empêcher la perte du temps et du bien
qu'ils y pourraient consumer inutilement,
reconnaissant par leur contrariété
qu'ils étaient fort éloignés du but
de leurs intentions, joint qu'ils entreprenaient
choses grandes et difficiles, sans
en avoir aucuns principes.
@

24

Ce discours fini, aucuns d'eux reçurent
de bonne part cet avis, et m'en
remercièrent; quelques autres me maudissaient
disant que je les mettais hors
de toute espérance, regrettant les
grandes impenses qu'ils y avaient faites,
et entr'autres d'un vieux Saturnien, qui
se disait grand philosophe et médecin à
triple étage, qui non content des malédictions
qu'il m'avait données m'appelant
rêveur à grand ressorts fit un
souhait qui était de pouvoir tomber en
une rêverie qui me fut autant ou plus
ennuyeuse que leur avait été mon
discours, lequel souhait ne fut pas
plutôt proféré qu'il fut accompli, car
au même temps commençant à rêver.
Je me trouvai derechef en un pays
hors de ma connaissance, où il y avait
quelques montagnes, non si hautes que
les précédentes, et qui étant fortuitement
entré en l'une d'icelles, il me
semblait voir fouir ses entrailles, non
toutefois sans grande appréhension,
considérant ce lieu profond et obscur et
rempli de divers chemins ruisselants
@

25

fort ennuyeux et difficiles à tenir, n'eût
été que par bonheur, j'eus à rencontrer
un homme qui s'offrit à me servir de
guide, et muni d'une bonne lampe et de
ce qui était nécessaire pour entrer en
tels lieux, qu'il me dépeignit fort dangereux,
la compagnie duquel me fût
très favorable, vu qu'il disait y fréquenter
ordinairement, ou il me fit voir
avec peu de contentement, avant entendu
le péril qu'il y avait, quelques
personnes qui aux grands coups de
marteau bien acérés semblaient vouloir
abattre petit à petit cette montagne, et
en faisaient tomber plusieurs éclats,
qui étaient après transportés par un
trou qui me semblait être disposé à cet
effet au milieu de la sommité d'icelle.

Et ayant descendu en icelle et supplié
ce guide de me faire voir le restant
de ce lieu, me fit réponse que ma
curiosité devait être assouvie, vu
qu'alors nous étions à une profondeur
épouvantable et incroyable à beaucoup
de personnes, et que son intention n'était
de passer outre: de quoi nous
@

26

fûmes tôt après empêchés par le
moyen d'une vapeur ou exhalaison, qui
venant malheureusement à pousser
nous rendit du tout interdit et sans
mouvement, toutefois revenant peu de
temps après à reprendre nos sens.
J'entendis ce guide qui se plaignait
et faisait de grandes clameurs de ce que
sa lampe en tombant s'était éteinte, et
lui hors d'espérance de la pouvoir
recouvrer ni rallumer, disant que ma
trop grande curiosité serait cause de
notre perte qui était indubitable, et le
voulant aucunement consoler, quoi
que ma peur fût plus grande que la
sienne, je lui dis qu'il fallait avoir
recours à ce dieu aidant, qui était notre
vrai guide, lequel ayant supplié de nous
secourir et tirer hors de cette extrémité.
Nous commençâmes à entendre une
voix qui proférait ces mots:
« Je suis celui duquel vous attendez le
secours »
et à l'instant parut une clarté fort lumineuse
@

27

que je pensais être la foudre que
Jupiter dardait pour me punir de ma
trop grande curiosité, par le moyen de
laquelle ce guide ayant recouvré sa
lampe et ce dont il avait besoin qui
tombant s'était fortuitement glissé en
une veine de cette montagne assez
proche de nous, qui était fort brillante,
il commence à battre son fusil et à la
rallumer, et rendre grâce à Dieu, de tels
biens faits: nous fîmes le plus prompt
retour qu'il nous fut possible, si bien
qu'étant hors de ce lieu et arrivés à bon
port, je fis protestation de n'y plus
retourner, mais fatigués du long chemin
et de la peine endurée, nous nous reposâmes
auprès d'une fontaine qui était
assez proche, fort admirable en sa
beauté, environnée de toutes parts La cornue fai-
d'une pierre claire comme cristal, au sant la distilla-
fond de laquelle paraissait un gravier tion dans un ré-
fort délicat, de couleur brune, et sem- cipient.
blait que quelques vapeurs chaudes,
poussées de la terre, ou que quelque feu
souterrain la faisait distiller très délicatement,
et non de l'ordre des autres
@

28

fontaines, ce qui m'étonnait grandement
au-dessus de laquelle il y avait
une forme de dôme qui recevait quelques
vapeurs, qui se convertissaient en
eau très claire qui était portée par un
petit canal en un autre lieu très proche.
Laquelle fontaine, ce guide me disait
être de très grande vertu et propre
à beaucoup de choses, et m'étant informé
de lui, si cette eau demeurait
continuellement au lieu où le canal la
portait, il me fit réponse que non, mais
qu'elle était alors prise et rejetée au
lieu d'où elle était sortie ce qui se
réitérait par plusieurs et diverses fois, et
qu'enfin cette fontaine avait la faculté
C'est le corps de produire et mettre au jour une semence
terrestre hors de prix, liée de merveilleux
liens, qui s'accumulait tout alentour de
ce dôme; et disaient les habitants du
lieu que cela procédait des forges de
du feu. Vulcain qu'ils croyaient être construites
sous cette fontaine, dont sortait un feu
continuel qui s'administrait en un
Feu de gradua- temps avec une chaleur modérée à
tion. l'imitation de nature, et en un autre
@

29

avec une chaleur véhémente qui continuait
longuement et semblait vouloir
convertir toute cette fontaine en feu,
qui lors avait la faculté de se changer en
forme et fournaise, en laquelle paraissait
plusieurs trous où étaient colloqués
quelques pots de verre, qui endu- Des cornues.
raient facilement la rigueur du feu ès
quels y avait quelques confections à
moi inconnues.

Et voulant voir ce qui était dedans,
je commençai à sentir une odeur très
forte, et y appliquant la langue à savourer
une humeur amère que le guide
disait procéder d'une continuelle chaleur
et d'un labeur herculéen ce qui me Il faut être à
fit juger que le Dieu forgeron avait deux pour se
besoin d'une compagnie fidèle et de soulager de la
long labeur pour prendre partie du faix longueur du tra-
de ce grand labeur. vail.
De plus, je vis une semence qui La solution de la
auparavant était fort dure et solide, se pierre en phi-
rendre humide, qu'on pouvait libre- losophique.
ment disposer également au fond d'un
pot bien étroit, afin que la chaleur C'est l'oeuf phi-
venant à pénétrer fût portée par tout, à losophique.
@

30

laquelle on ajoutait une partie d'eau
de cette fontaine qui était soigneusement
Le fourneau l'é- gardée, d'autant qu'elle ne distillait
cuelle. pas souvent si bien que bouchant ce
Les cendres. pot d'un autre pot, les mettant dessus
un creux de chêne en une fournaise
Le trou qui est acheminée, dessous laquelle on faisait
au haut du un feu continuel, cela faisait paraître
dôme. quantité de couleurs qui après 40 jours
La noire appa- passés, se changeraient en couleur noire
raît après 40 et obscure, suivie d'une couleur
jours. blanche, puis de celle d'iris ou arc-en-
ciel, chose qui était agréable à voir, à
cause de la diversité de ces couleurs. Je
fus averti par ce guide qu'on ne laissait
cesser la chaleur occulte quand cette
semence était dans ce pot, mais, au
contraire, qu'avec grand labeur on l'assistait
de ce feu continuel, et qu'alors on
voyait diminuer ces couleurs de jour à
autre, peu à peu, et se disposer à reprendre
cette couleur blanche, par le moyen
Chaleur d'une d'une chaleur semblable à celle avec
poule qui laquelle la poule fait éclore ses pous-
couve. sins.
Et quoi que ces choses fussent fort
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plaisantes et agréables à la vue, si est-ce
toutefois qu'elles commençaient à
m'être ennuyeuses, à cause du long
temps que j'avais employé à les considérer
qui était approchant d'un an,
n'eût été qu'ayant aperçu cette blancheur
commencer à apparaître, je fus
curieux de voir la fin, laquelle venue,
me fit au jour une poudre d'une blancheur
extraordinaire: et cassant ce pot
pour voir si ce n'était point une couleur
feinte, je reconnus que non, la
vérité de ce que ce bon Père Ermite
m'avait dit, laquelle ayant prise soigneusement,
je fis présent d'une petite
partie d'icelle au dieu Mercure qui la La projection
reçoit volontairement, qui, ravi de son sur le .
odeur agréable, commençant à la goûter
après avoir fait sortir quelques vapeurs
de son corps (chose étrange) de
gaillard et dispos qu'il était devint
d'une nature tellement pesante et solide La fixation.
qu'il ne pouvait plus agir, comme il
faisait auparavant, de quoi il fut grandement
indigné protestant de se venger
contre moi de la disgrâce qu'il avait
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pict
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reçue de ce présent qui lui avait été si
funeste.

Et commençant à m'éveiller du
grand bruit qu'il faisait, afin de fuir,
ensuite sa colère, j'en fus empêché par
ce guide, me disant que je ne devais
avoir aucune crainte de lui puisqu'il
était si bien arrêté qu'il ne pouvait
plus courir comme il faisait auparavant,
et que j'avais un tort extrême,
d'avoir ôté sitôt cette poudre, vu
qu'il désirait me faire voir une chose
beaucoup plus excellente, et qu'il était
nécessaire de la laisser au lieu d'où elle
était sortie, par le moyen du feu, la C'est-à-dire
conduire à une couleur parfaite rouge, à pousser jusqu'au
prendre garde à conserver la chaleur rouge.
qui y était contenue, sans la diminuer;
au contraire qu'elle devait s'augmenter Il faut conserver
continuellement avec discrétion et en la chaleur du
telle sorte que la main la puisse souffrir blanc pour pas-
facilement, et qu'alors je verrais cette ser au rouge.
blancheur commencer à prendre une
couleur de safran qui se changerait en
diverses autres couleurs et se termineraient
en une couleur rouge en forme de
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hyacinthe, et finalement en forme de
rubis purpurin permanente, qui lors
s'appelait Elixir, et servait à diverses
choses, qu'il ne me voulut dire ni exprimer,
sinon qu'il conservait les personnes
en une parfaite santé par longues
années, en prenant la pesanteur
d'un grain avec un peu de vin ou autre
liqueur de temps à autre.
De plus qu'il me fallait souvenir,
Multiplication que tout ainsi que j'avais vu les entrailles
par le philo- de la terre être humectées d'une
sophal. eau qui ruisselait parmi cette montagne,
de même cette semence voulait
être humectée de l'eau de cette fontaine
lorsqu'on connaissait qu'elle en
avait besoin, et comme, je me plaignais
que le temps que j'avais employé à cet
ouvrage, ne m'avait produit que petite
On tire peu de quantité de cet Elixir, ce guide me dit
poudre. qu'il se pouvait facilement augmenter à
volonté, par le moyen de la première
eau de cette fontaine, et d'un ordre très
aisé n'y ayant qu'à la rafraîchir diverses
fois, que le feu était conducteur de cet
ouvrage qui s'achevait en peu de temps.
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Et finissant son discours, me disant
A Dieu, d'une voix éclatante, je commençai
à sortir de cette rêverie et du
profond sommeil auquel j'étais, tellement
que souriant en moi-même d'une
si plaisante rêverie et ouvrant les yeux,
il me semblait être en un nouveau
monde, et que le lieu de ma demeure
fût peint et enrichi d'or et d'argent, et
lors grandement satisfait de ce que je
me remémorais avoir vu par songe
rêverie, je pris résolution de voir mes
amis et compagnie ordinaire pour passer
le reste de mes jours avec eux,
auxquels ayant fait récit de ce qui s'était
passé, m'obligèrent à en faire ce
petit discours pour en faire part à de
mêmes songeurs et rêveurs que moi, et
pouvoir contenter l'esprit de ceux qui
voudront s'employer à l'explication
d'un si gentil songe et en tirer les fruits
que leur souhaite
leur très humble
serviteur.

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Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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