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Réfer. : 0800 .
Auteur : Glauber, Jean Rodolphe.
Titre : La description des nouveaux fourneaux Philosophiques.
S/titre : ou Art distillatoire, par le moyen duquel sont tirés les...
Editeur : Thomas Jolly. Paris.
Date éd. : 1659 .
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L A
D E S C R I P T I O N
D E S
N O V V E A V X
F
O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
O V
A R T
D I S T I L L A T O I R E,Par le moyen duquel sont tirez les Esprits,
Huiles, Fleurs, & autres Medicaments:
Par vne voye aisée & auec grand profit, des
Vegetaux, Animaux, & Mineraux.
Avec leur usage, tant dans la Chymie, que dans
la Medecine. Mis en lumiere en faueur des Amateurs
de la Verité.
Par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et traduit en nostre Langue, Par LE SIEVR DV TEIL.
A
P A R I S,Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
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M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
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@
P
R E' F A C E S U R
L A T R A D U C T I O N
Française des Oeuvres
D E
G L A U B E R.
I je n'étais pas ennemi
des longues Préfaces,
j'aurais ici une belle carrière
à m'étendre sur les louanges
de la Chimie, & sur celles
de Glauber, dont les Oeuvres
sont si universellement recherchées,
qu'elles seront bientôt
traduites d'Allemand en toutes
les principales Langues de l'Europe.
Je pourrais dire avec véa
ij
@
P R E F A C E.
rité que les Hommes ne sauraient
s'adonner à une étude
plus utile ni plus agréable qu'à
celle de la Chimie, puis qu'elle est
fondée sur les démonstrations
sensibles des Principes de la Nature.
C'est une analyse bien plus
certaine que celle d'Aristote, qui
n'apprend qu'à résoudre le sens
& l'interprétation des paroles:
Mais la Chimie apprend à résoudre
les substances; Elle pénètre
dans ce qu'il y a de plus caché;
& quelque soin que la Nature
ait pris de le dérober à notre
connaissance, elle l'expose à
nos yeux & à nos mains. L'usage
des Huiles, des Esprits, des
Sels, & des Essences, est bien plus
efficace & plus salutaire que celui
@
P R E F A C E.
des potions de la Médecine
commune. La Chimie ne charge
point l'estomac de ce qui est impur
& grossier, elle ne donne au
corps humain que ce qui le peut
soulager. Quant à cette Partie
qui enseigne la connaissance des
métaux, & le moyen de les conduire
jusques à la perfection de
l'or, quoi que la Pierre Philosophale
passe pour une Chimère
dans l'esprit du peuple, il faut
néanmoins avouer, qu'il y a des
raisons si pertinentes pour en
montrer la possibilité, & qu'une
si grande quantité d'habiles
gens en ont écrit, qu'il y a de
quoi convaincre les plus opiniâtres.
C'est de quoi les Anciens
tombent d'accord avec les Moa
iij
@
P R E F A C E.
dernes, & depuis le siècle du
grand Hermès jusques au nôtre,
on trouvera que les hommes les
plus savants ont fait une particulière
profession de cet Art. Salomon
n'eut jamais eu une si parfaite
connaissance de toutes les
plantes, depuis l'hysope jusqu'au
Cèdre, s'il ne se fût servi des lumières
que l'on tire de ses opérations.
Pour concevoir l'estime
que l'on en doit faire, il ne faut
que lire ce qu'en ont écrit Geber,
Rasis, Roger Bacon, Arnaud
de Villeneuve, Isaac Hollandais:
l'incomparable Raymond Lulle,
l'Abbé Tritheme, Basile Valentin,
Paracelse, Dornaeus, Alexandre
Suctenius, Severinus
Danus, Sendivogius dit Cosmopolite,
@
P R E F A C E.
Robert Fludd, Quercetanus
ou la Violette, Helmont, &
sur tout il ne faut que savoir l'estime
qu'en fait Monsieur Valot,
très digne premier Médecin
du Roi, & le soin qu'il prend depuis
quelques années du laboratoire
qu'il a confié entre les mains
de Monsieur le Febvre Apothicaire
du Roi, qui s'en va au premier
jour recommencer le Cours
de Chimie qu'il a déjà plusieurs
fois enseigné, avec l'applaudissement
universel de tous ceux qui
ont écouté ses préceptes, & vu
ses démonstrations; & je veux
bien que le Lecteur sache l'obligation
qu'il lui a aussi bien que
moi, de m'avoir donné des lumières
pour le sens de quelques Dia
iiij
@
P R E F A C E.
ctions & Phrases Allemandes,
étant aussi bien versé en cette
Langue qu'en la sienne propre, &
en la Latine.
Voilà pour la recommandationde l'Art, Pour celle de l'Artiste
qui est le fameux Glauber,
je n'ai besoin que de son nom seulement,
& c'est assez qu'on peut
dire de lui ce qu'on a dit autrefois
de Tite-Live, avec cette différence,
qu'on venait de toutes parts
à Rome pour entendre l'Eloquence
de cet Historien, & qu'on
va de toutes parts à Amsterdam,
pour voir & goûter le
savoir & l'expérience de ce grand
Naturaliste, qui a compris dans
ses Oeuvres tous les plus rares
secrets, & les plus salutaires remèdes
@
P R E F A C E.
de la Médecine Spagirique,
si bien qu'il n'y a personne
de quelque âge, condition
& métier qu'il puisse être, qui
n'y trouve chose dont il peut tirer
du plaisir & de l'utilité, vu que
les hommes ne sont sujets à aucune
maladie, dont les Livres de
Glauber n'enseignent quelque remède
pour la guérir entièrement,
ou du moins pour en alléger les
douleurs. Et si jamais on a dû
ajouter foi aux Ecrits d'un
homme consommé dans la Pratique,
je pense que c'est à ceux-ci,
qui sont le résultat d'une expérience
de plus de 60. ans. Et comme
l'amour du prochain a porté
l'Auteur à la composition & à
la publication de ses Oeuvres, je
@
P R E F A C E.
prie le Lecteur de croire que le
Traducteur agit aussi par un
même principe, & n'a pas voulu
que les autres Nations eussent
l'avantage sur nous de l'avoir fait
parler en leur Langue. Je le prie
aussi de considérer qu'il n'est pas
question de s'attacher à la politesse
du langage dans les styles dogmatiques,
& qu'il suffit que
cette Version soit exacte & fidèle,
encore qu'elle ne soit pas élégante,
comme on l'aurait pu faire
dans un autre genre d'écrire.
@
Priuilege du Roy.
L O V I S par la grace de Dieu, Roy de France & de Nauarre: A nos
amez & feaux, les gens tenans nos Cours
de Parlements, Maistres des Requestes
ordinaires de nostre Hostel, Baillifs,
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans,
& à tous autres nos Iusticiers &
Officiers qu'il appartiendra, S A L V T.
Notre tres cher & bien aimé B E R N A R D
D V T E I L, Sieur de Sainct Leonard:nous a fait remonstrer qu'auec beaucoup
de peine & de soin, il a fait vne
Version des
Oeuures Chymiques de Iean
Rudolphe Glauber, de la Langue Latine
en la nostre, laquelle Version Françoise
ledit Exposant desireroit faire
imprimer sous le tiltre,
le Miracle du
Monde, ou l'entiere & parfaite Description
de la Nature & des proprietez du
merueilleux subjet, appellé par les Anciens
Philosophes le Menstruë universel, ou le
Mercure des Philosophes; Mais il craint
@
qu'aussi-tost vn autre Libraire par
enuie ne voulust pareillement le faire
imprimer, si ledit Exposant n'auoit sur
ce nos Lettres necessaires. A C E SC A V S E S, Voulant fauorablement
traitter ledit Exposant, à cause de son
merite, & sçachant que ces precedentes
Versions ont esté bien receuës du
public, & qu'il ne seroit pas iuste qu'il
fust frustré des fruicts de son labeur;
Nous luy auons permis & octroyé, permettons
& octroyons par ces presentes,
de faire imprimer ladire Version des
Oeuures Chimiques dudit Iean Rodolphe
Glauber, sous ledit tiltre,
du Miracle du
Monde, ou l'entiere & parfaite Description
de la Nature & des proprietez du merueilleux
subjet, appellé par les Anciens Philosophes
le Menstruë Vniuersel, ou le Mercure
des Philosophes, icelles exposer en
vente, & distribuer en un ou plusieurs
Volumes, coniointement ou separement,
en tels marges, caracteres, &
par tel Imprimeur ou Libraire que bon
luy semblera, durant le temps & espace
de neuf ans à compter du iour que chaque
piece & Volume sera acheué d'imprimer,
@
à la charge de les faire imprimer
correctement & sur bon papier:
Deffendons à tous Libraires, Imprimeurs,
& autres personnes, de quelque
qualité qu'ils soient, d'imprimer
ou faire imprimer, vendre ny distribuer
pendant ledit temps, d'autres que de
l'impression dudit Exposant, par toutes
les Terres & Seigneuries de nostre
obeïssance, soubs pretexte d'augmentation,
correction, changement de tiltre
ou autrement, en quelque sorte &
maniere que ce soit, sans le consentement
de l'Exposant ou de ceux qui auront
son droict, à peine de confiscation
des exemplaires, six mil liures d'amende,
payables par chacun des contreuenans,
& applicables vn tiers à Nous,
vn tiers à l'Hostel Dieu de Paris, & l'autre
tiers audit Exposant, & de tous dépens
dommages & interests enuers luy,
à la charge d'en mettre deux exemplaires
en nostre Bibliotheque publique,
vn autre en nostre Bibliotheque seruant
à nostre personne en nostre Chasteau
du Louure, appellé le Cabinet de
nos Liures, dont le Sieur de Chaumont
@
a la garde, & vn en celle de nostre tres
cher & feal Cheualier Chancelier de
France le Sieur Seguyer, auant que de
les exposer en vente, à peine de nullité
des presentes: comme aussi de faire registrer
les presentes és Registres de la
Communauté des Libraires de nostre-
dite Ville de Paris. SI V O V S M A N-
D O N S que de tout le contenu en cespresentes vous faciez ioüir pleinement
& paisiblement l'Exposant ou ceux qui
auront droict de luy, sans souffrir qu'il
leur soit donné aucun empeschement:
Voulons aussi qu'en mettant au commencement
ou à la fin de chacun des-
dits Ouurages, vn Extraict des presentes,
elles soient tenuës pour duëment
signifiées. M A N D O N S au premier
nostre Huissier ou Sergent sur ce requis,
de faire pour l'execution des presentes
tous exploicts necessaires sans demander
autre permission, nonobstant
oppositions ou appellations quelconques,
clameur de Haro, Chartre Normande
& Lettres contraires: Car tel est
nostre plaisir. D O N N E' à Paris, le
@
vingt-neufiéme iour de Septembre, l'an
de grace mil six cens cinquante huict.
Et de nostre Reigne le seiziesme,
Par le Roy en son Conseil, Signé,
L O Y S.
Registré sur le Liure de la communautédes Libraires, suiuant l'Arrest de la
Cour, du huictiesme iour d'Auril mil six
cens cinquante trois. Faict à Paris, le
cinquiéme Decembre mil six cens cinquante
huict. Signé, B E C H E T Syndic.
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E T ledit B E R N A R D D V T E I L Sieur de Sainct Leonard, a cedé droict au
present Priuilege à T H O M A S I O L L Y,Libraire Iuré à Paris, pour en ioüir suiuant
l'accord fait entr'eux, le dernier
Ianuier 1659.
**
Acheué d'imprimer pour la premiere fois
le premier Iuin 1659.
@
----------------------------------------------
Fautes survenues dans l'impression.
P Age 5. 6. 7. au lieu de pied, lisez empan. page 11. ligne 20. au lieu de qui
lisez &. p.
32. lig. 23. au lieu d'vneration,
lisez ulcération.
p. 34. lig. 21. au lieu de retirer,
lisez, réitère. p.
48. lig, 20. au lieu de Reims,
lisez Rhin.
@
A
V I S A U
L E C T E U R
TOUCHANT L'ORDRE ET LA
disposition qu'on a observée en l'Impression
de la Traduction Française
des Oeuvres de G L A U B E R.
E vous avertis que cette traduction
Française des oeuvres
de Glauber, ayant été faite
après l'édition Allemande, Latine, &
Anglaise, de la plupart des dites oeuvres,
dont il y a près de trente petits
Traités, sans compter ceux qu'on attend
de l'Auteur, qui est encore vivant,
& qui ne cesse de communiquer au public
les grandes lumières qu'il a reçues
de Dieu dans la Chimie: J'ai trouvé
bon de changer l'ordre & la disposition
a
@
des volumes, à la réserve du premier, contenant
les cinq Fourneaux Philosophiques,
l'Appendix, & les Annotations,
auquel on n'a rien innové, d'autant
qu'il est composé de Traités qui ont du
rapport & de l'affinité ensemble. Ce
rapport & cette affinité qui n'a pas été
suivie dans l'Edition de l'Auteur, lequel
a tantôt donné un Traité au Public,
& puis l'autre, selon qu'il lui a
plu; j'ai trouvé à-propos de l'observer,
faisant imprimer cette traduction Française.
Ainsi donc laissant le premier
Volume en son premier ordre: ils seront
imprimés, & mis ensemble comme
s'ensuit.
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O R D R E E T D I S P O S I T I O N D E S
Volumes des Oeuvres de G L A U B E R.
traduites en Français par le Sieur DU
TEIL.
Le premier Volume comprendra 7. Traités.
L A première Partie des nouveaux Fourneaux Philosophiques.
La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
La cinquième Partie.
L'Appendix de la cinquième Partie.
Les Annotations sur l'Appendix de la
cinquième Partie.
Le second Volume contiendra 6. Traités.La première Partie de l'oeuvre minérale.
La seconde Partie.
La troisième Partie.
La teinture de l'or, ou vrai Or potable.
La Médecine universelle.
La consolation des Navigants.
Le troisième contiendra 5. Traités.Le miracle du monde, ou mercure des
Philosophes.
L'explication du miracle du monde.
a ij
@
La continuation du miracle du monde.
La nature des sels.
La signature des sels.
Le quatrième contiendra 5. Traités.La première Partie de la prospérité
d'Allemagne.
La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
Des fèces du vin.
Le cinquième contiendra 6 Traités.La première Partie de la Pharmacopée
Spagyrique.
La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
La première Partie de l'Apologie.
La seconde partie de l'Apologie.
Les volumes étant ainsi rangés, ils serontpresque d'une égale grosseur, & ne
seront composés que de Parties qui ont quelque
rapport entr'elles. Ce n'est pas qu'on ne
les trouve séparées chez le Libraire si on
veut. Adieu.
@
1
P R E F A C E A U Lecteur.

N F I N j'ai résolu de communiquer
au Public les façons
toutes particulières, que j'ai
inventées depuis peu par mes
travaux continuels, de faire des Fourneaux,
& de distiller, par le moyen desquelles
on peut faire beaucoup d'excellentes
opérations, lesquelles passent pour
impossibles dans l'esprit du Peuple: jusqu'ici
je les avais réservées en moi-même,
comme de très rares secrets; mais je
n'ai pas voulu frustrer mon prochain de
l'utilité qu'il en peut tirer, ni les curieux
Spagyriques d'une connaissance parfaite
& fondamentale, pour réussir plus facilement,
& avec moins de dépense dans
leurs desseins. Je diviserai ce Livre en
cinq parties. Dans la première j'enseignerai
la construction d'un certain fourneau,
dans lequel sont distillées & sublimées
les choses incombustibles; ce qui
ne se peut faire par le moyen des Retortes
& autres vaisseaux. Et aussi je montrerai
A
@
2 Préface
comme sont préparés les esprits
des Minéraux & des Métaux, les Fleurs,
les Huiles, & comment il en faut user.
Dans la seconde Partie, j'enseignerai
la construction d'un autre fourneau, dans
lequel les combustibles, tels que sont
les Végétaux, les Animaux, & les Minéraux,
sont distillés & parfaitement subtilisés:
& par le moyen duquel on peut
préparer plusieurs médicaments pour la
guérison des maladies les plus désespérées.
Dans la troisième j'enseignerai une
nouvelle invention inconnue jusqu'à
présent, de distiller les esprits ardents,
comme du vin, Froment, Fruits, Fleurs,
Herbes & Racines, voire même les eaux
des Végétaux & des Animaux en grande
quantité, en fort peu de temps, & à peu
de frais: Comme aussi la manière de cuire
la Bière, l'Hydromel, le Vin, & autres
choses, qui autrement se font dans de
grands Vaisseaux de cuivre, ou de fer,
par le moyen des Vaisseaux de bois, avec
l'aide seulement d'un certain petit instrument
de cuivre, ou de fer, du poids
de deux ou trois livres, c'est une voie aisée
sans aucun fourneau. Cette nouvelle
invention enseigne aussi plusieurs autres
opérations Chimiques, comme Putréfactions,
Digestions, Circulations,
@
au Lecteur. 3
Extractions, Abstractions, Cohobations,
Fixations, &c. Elle est tout à fait nécessaire,
principalement aux Apprentis,
d'autant que pour la confection des Esprits
ardents, des Eaux Végétables, &
autres médicaments, ils n'ont pas besoin
de tant de fourneaux, ni de tant de vaisseaux
de toutes manières, n'ayant besoin
seulement que d'un petit instrument
de cuivre, ou de fer, dans des
vaisseaux de bois, faisant les opérations,
aussi bien qu'avec les vessies, & autres
grands vaisseaux de cuivre. Par ce moyen
on épargne la dépense, &c.
Dans la quatrième partie sera enseignée
la construction d'un autre certain
fourneau inconnu jusqu'à présent,
dans lequel on peut aisément faire toutes
les opérations Chimiques: qui sera
très utile pour découvrir la nature des
Minéraux, & des Métaux; pour les examiner
aussi, pour les fondre, coupeller,
séparer, en sorte qu'il ne s'en perde rien,
par une voie facile, prompte & fructueuse.
Dans la cinquième Partie sera montrée
la façon de faire, ou de préparer les
instruments de fer, de terre, de verre, &
autres nécessaires aux quatre fourneaux
susdits; on y verra aussi beaucoup d'autres
choses manuelles qui sont fort utiles.
A ij
@
4 Préface au Lecteur.
Même dans la première Partie, après
avoir désigné la fabrique du premier
fourneau, je déclarerai comment par son
moyen sont faits les Esprits, les Huiles, les
Fleurs, & autres médicaments d'importance,
comment il en faut user selon leurs
forces & propriétés, le tout avec fidélité
& sans aucune tromperie. Je ne doute
point que ceux qui entendront mes Propositions,
ne les approuvent, & que ceux
qui ne les entendront pas, ne les méprisent;
c'est le Proverbe. Celui qui bâtit
auprès d'un grand chemin, est contraint
d'entendre beaucoup de choses des Envieux.
Mais il faudrait que ces malheureux
*Thrasons missent au jour quelque
chose de mieux, avant que de censurer
les travaux d'autrui.
Que si par hasard quelqu'un après avoir
construit ce fourneau, & s'en être servi,
n'y trouvait pas son compte d'abord, & ne
réussissait pas comme il avait espéré, qu'il
fasse réflexion que peut-être il a manqué
en quelque chose, d'autant qu'on peut facilement
errer dans une opération nouvelle
& inconnue: qu'il ne murmure
point contre l'Auteur, & qu'il impute sa
faute à sa propre ignorance, qu'il s'exerce
dans le travail, & enfin il réussira, comme
je prie Dieu que tout le monde réussisse.
Note du traducteur :
*Thrasons: ?
+@
Page de gravures manquante.
+@
P. I.
Figure. I.
D
le trou inférieur du Fourneau, E
le premier
pot sublimatoire, mis dans le trou inférieur
du Fourneau, F,
le second pot, G,
le
troisième, H,
le quatrième, & ainsi des autres.
P. I.
2. Figure.
A
le cendrier de la même largeur de Fourneau,
B
le trou par lequel sont jetés les
charbons & les espèces à distiller, C,
le bouchon
de pierre qu'il y faut mettre après l'injection,
D
le trou d'en haut avec un certain
faux fonds qu'il faut remplir de sable,
E
le couvercle du trou d'en haut, lequel
est mis après l'injection, F
le tuyau qui sort
hors du Fourneau, se joignant au premier
pot, G
le premier récipient, H
le second, I
le
troisième, K
le siège sur quoi est appuyé le
premier récipient troué au milieu, afin que le
col du récipient puisse passer, auquel est attachée
l'écuelle, L
l'écuelle par le tuyau de
laquelle descendent les esprits condensés
dans un réceptacle apposé, dans lequel distillent
les esprits ramassés dans l'écuelle, M
le récipient dans lequel les esprits assemblés
dans l'écuelle coulent, N
le siège par le milieu
duquel passe une vis qui se peut lever
comme on veut, par le moyen de laquelle l'écuelle
+@
L
est appliquée au premier récipient,
c'est-à-dire au plus bas, O
le lieu du tuyau
pour la distillation de l'esprit de vitriol &
d'alun, P
la grille consistant en deux grosses
barres de fer qui traversent & qui sont
fermement appliquées au Fourneau, auxquelles
sont appuyées 4. ou 5. autres plus
petites, & qui se peuvent ôter, afin que le
Fourneau puisse être nettoyé des immondices.
P. I.
Figure 3.
F
le tuyau du Fourneau, G
le premier tuyau
courbé & ajusté au tuyau du Fourneau, H
le récipient accommodé à ce tuyau mis dans
la cuve d'eau pour hâter les opérations, lequel
récipient a un couvercle avec 2. trous dans
le K,
dans le premier desquels passe le premier
tuyau courbé, & par l'autre L
l'autre tuyau
double, par un bras seulement, & l'autre allant
hors du récipient H,
dans le second récipient
H H,
étant mis comme le premier
dans une cuve I,
aussi entre l'autre tuyau
courbé doublement M,
par ce moyen les fleurs
sont sublimées, & les esprits distillés en
grande quantité.
@
5
L
A P R E M I E R E P A R T I E,
Des Fourneaux Philosophiques.
----------------------------------------
DE LA STRUCTURE DU PREMIER Fourneau.
O U R ce qui est du premier fourneau,il peut être bâti grand ou petit,
selon votre volonté, ayant égard
à la quantité de la matière que
désirez distiller. Comme aussi le faire
rond, ou carré, avec des briques, ou bien
avec de la terre de Potier. Si le diamètre est d'un
pied au dedans, il faut que la hauteur soit de
quatre, savoir un pied du fond jusques à la
grille, un autre de la grille jusqu'à la porte par
où on met les Charbons dedans, & deux de là
jusques en haut du Canon: lequel doit sortir
hors du fourneau, pour le moins un pied, autrement
les récipients s'échauderaient étant trop
proches du fourneau: le Canon doit avoir la
quatrième partie du diamètre, répondant à la
A iij
@
6 La première Partie.
troisième partie de l'intrinsèque du diamètre du
fourneau. Comme aussi il doit être un peu plus
large en dedans qu'en dehors: que la grille soit
faite de telle façon que les barres se puissent retirer
à votre volonté, pour la nettoyer lors qu'elle
est bouchée par la matière, qui est jetée dessus
lors de la distillation; d'autant qu'elle se
bouche aisément quand on dissipe des sels qui
fondent avec les charbons. Par ce moyen l'air
est empêché de venir au feu, & par conséquent la
distillation empêchée. Ou bien faites mettre
deux grosses barres au travers du fourneau, sur
lesquelles vous en mettrez quatre ou cinq plus
petites, éloignées l'une de l'autre d'un doigt, sortant
un peu hors du fourneau; afin que lors qu'il
sera bouché vous les puissiez tirer hors avec les
pincettes, les reculer & les nettoyer de la matière
brûlée, puis les remettre derechef en leur place.
C'est pourquoi le fourneau doit aussi être
ouvert sous la grille, afin que vous la puissiez
mieux gouverner.
De plus, la grille doit avoir en haut un couvercle
de fer, ou de pierre, avec un trou au milieu
d'une certaine distance qui doit être remplie de
sable, afin que le couvercle puisse plus justement
boucher le trou, pour empêcher que les
esprits ne s'exhalent: par ce moyen les esprits
seront forcés de passer par le Canon, & aller aux
récipients, après que vous aurez jeté dedans les
matières qui sont pour être distillées.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 7
Des Récipients.
Q Ue les récipients soient de verre, ou de terre forte qui puisse retenir les esprits, comme
sont celles de Valdebourg, de Hesse, &c. Mais les
meilleurs sont ceux de verre, si on en peut avoir,
& particulièrement ceux qui sont faits d'un verre
très fort, lequel doit être poli & égalé avec
de l'émeri, afin de les mieux joindre ensemble,
& lors il n'est pas besoin de luter. Or comme
quoi ils doivent être polis avec de l'émeri pour
être bien joints, il sera dit au cinquième Livre,
qui traite des choses manuelles; d'autant que par
cette voie ils sont si bien joints ensemble, que
les esprits n'en sauraient sortir par les jointures,
autrement il faut fermer les jointures avec
du meilleur lut, tel qu'il ne laisse exhaler les esprits.
Ce qui sera montré au Livre qui traite
des choses manuelles. Pour la forme du récipient
tu la vois dans la démonstration du fourneau,
avec la quantité nécessaire, & sache que plus
grands ils sont, tant meilleurs sont-ils, & qu'il
n'en faut pas tant; mais il en faut davantage,
quand ils sont petits. Prends garde que le trou
supérieur soit plus large que l'inférieur, de telle
façon qu'un autre récipient avec son trou inférieur
se puisse joindre à lui, & que le trou inférieur
ait trois doigts de large ou environ, en
diamètre. J'entends en cas que le diamètre de la
Fournaise soit d'un pied, car à une fournaise plus
grande, il y faut de plus grands trous, & de plus
grands orifices des récipients, afin que par ce
A iiij
@
8 La première Partie.
moyen on puisse donner une suffisante & due
proportion d'air au feu: mais si le diamètre est
de plus d'un pied, il faut aussi qu'il ait deux ou
trois Canons (lesquels considérés ensemble,
doivent aussi avoir la largeur correspondante à
la largeur de la tierce partie du fourneau: car il
est nécessaire qu'il y ait autant de largeur, & autant
d'air, si le feu brûle aisément & fait son office)
auxquels il faut appliquer des vaisseaux de
la susdite proportion, afin que le feu ne s'éteigne.
A présent la figure ci-devant te montrera la
conjonction des récipients; comme aussi leur
application sur le fourneau. Car premièrement
le récipient demeure sur un siège à trois pieds
percé au milieu, afin que le premier récipient passe
au travers, auquel est appliquée une écuelle
avec un Canon qui reçoit la distillation des esprits;
au premier on en joint un second, & à celui-là
un troisième, & comme cela ensuivant
(proche d'une muraille, ou échelle) tant qu'il
vous plaira. Laissez le récipient de dessus, & tous
les autres ouverts. Au plus bas, comme a été dit,
il y a une écuelle jointe avec le Canon, ou col,
par lequel l'esprit qui distille coule en bas dans
un autre certain vaisseau aussi appliqué, lequel
étant plein on le retire, & on en met un autre
à sa place, d'autant qu'il est mis dessous sans luter,
c'est pourquoi il peut être aisément changé.
Et s'il te plaît de distiller autre chose, il te
faut ôter cette écuelle, avec le canon ou col, &
le nettoyer, & le rejoindre derechef bien justement
(afin que l'esprit ne s'exhale) au col du
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
récipient d'en bas, & si l'écuelle ne peut être
jointe si exactement, pour empêcher que l'esprit
ne s'exhale, mets-y dedans une cuillerée d'eau,
car cela le retient, & ne gâte point l'esprit, d'autant
qu'il est séparé par la rectification.
Des vaisseaux sublimatoires.
P Our ces vaisseaux, il n'est pas nécessaire qu'ils soient de verre, ni de cette terre qui retienne
les esprits, comme a été dit ci-devant: il
suffit qu'ils soient faits de bonne terre de potier
bien plombée par dedans, de la forme montrée
par la figure.
Néanmoins il faut choisir de la terre qui
souffre le feu, car le pot plus bas souffre une telle
chaleur, qu'il se romprait, s'il n'était de
bonne terre.
Maintenant je te veux montrer en général la
façon de distiller les choses manuelles qui sont
nécessaires en chaque distillation.
La manière de distiller.
P Remièrement il faut mettre dans le fourneau des charbons ardents, & après les couvrir
d'autres, tant que le fourneau soit presque
plein jusques au col du Canon; ce fait ne couvre
point le trou du haut du fourneau de son
couvercle (afin que la chaleur avec la fumée
passent par là, & non au travers du col du canon
aux récipients, lequel serait par ce moyen rouge
du feu, & empêcherait la distillation) jusqu'à
@
10 La première Partie.
ce que le feu soit bien allumé, & la fournaise
bien chaude; alors jette dedans avec une cuillère
de fer de ta matière préparée autant qu'il en
faut pour couvrir les charbons; ce fait ferme
bien le trou de dessus, avec son couvercle en le
pressant sur le sable qui est mis sur la partie basse
du trou, étant un lieu préparé pour cet effet.
Donc que celui qui jette quelque chose dedans
par le trou du milieu, le ferme promptement &
bien juste, avec un bouchon de pierre. Car par
ce moyen toutes les choses qui sont jetées dedans,
seront forcées de passer au travers du col du
canon, & aller aux récipients en forme d'une
nuée épaisse, & se condenser en un esprit acide,
ou huile, & de là distiller au travers du col dans
l'écuelle qui est dessous, par le trou de laquelle
elle coulera dans un autre récipient de verre.
Les charbons étant brûlés, & tous les esprits
étant sortis hors, il faut mettre dedans davantage
de charbon, & aussi de votre matière. Continuant
tant qu'ayez une suffisante quantité
d'esprits. Par cette façon de distiller vous pouvez
commencer & finir à votre volonté, sans
aucun danger.
Quand vous désirerez nettoyer le fourneau, il
ne faut faire autre chose que tirer les petites barres
qui sont sur les deux grosses, afin que la tête
morte tombe en bas, laquelle tirerez hors avec
la poêle à feu, & remettrez derechef les petites
barres sur les deux grosses, comme devant, sur
lesquelles mettrez des charbons ardents, & sur
ceux-là d'autres, tant qu'il y en ait assez, alors
les charbons étant bien allumés, jetez vos matières
dessus.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
Quand tu voudras nettoyer les récipients,
pour distiller autre chose, tu n'as pas besoin de
les ôter du lieu où ils sont: mais seulement verser
de l'eau nette dedans, par le récipient d'en
haut, & en descendant elle nettoiera les autres.
Et par ce moyen non seulement des Végétables,
Volatils, & Minéraux (incombustibles)
mais aussi des métaux fixes, & des pierres, les esprits,
huiles & fleurs en sont tirés en abondance,
& aisément. Ce qui ne saurait être fait par la
distillation vulgaire.
Or dans cette fournaise, sont seulement distillées
les matières, lesquelles en distillant jettent
une humidité incombustible, comme le sel commun,
vitriol, alun, & autres minéraux & métaux,
chacun desquels demande une particulière
opération si on travaille dessus.
Et d'autant que cette fournaise ne sert pas
pour chaque chose indifféremment, à cause que
les matières qui s'y distillent, se jettent sur les
charbons ardents qui sont choses incombustibles;
J'ai résolu d'en donner une autre façon
dans la seconde partie, plus petite que celle-ci,
& néanmoins propre pour distiller toutes choses
combustibles, qui contiennent un esprit volatil,
comme le tartre, corne de cerf, ambre, sel
armoniac, urine, &c. On fait aussi par ce moyen
des esprits subtils, volatils, sulfureux, des sels
& des minéraux. Comme du sel commun, vitriol,
alun, nitre, antimoine, & autres minéraux
& métaux, lesquels ne peuvent être tirés sans
cette fournaise, avec lesquels esprits on fait des
choses incroyables dans la Médecine, & Alchimie.
@
12 La première Partie.
Comme il sera montré plus au long dans la
seconde Partie.
Je te veux à présent montrer une autre voie
pour faire d'autres récipients, servants à la première
fournaise, & à la vérité plus propres pour
certaines opérations. Comme les précédents sont
plus propres pour d'autres, celui qui voudra travailler
choisira de ceux-ci ou des autres comme
bon lui semblera.
Or comme les précédents sont dressés en montant
contre une muraille ou échelle, afin que les
esprits descendent de l'un à l'autre, tant qu'étant
refroidis & condensés, ils dégouttent en bas dans
l'écuelle qui y est annexée: ceux-ci sont placés
tout au contraire, car ils sont joints à un vaisseau
plein d'eau froide pour condenser les esprits, &
par ce moyen tu n'as pas besoin de tant de récipients.
Comme aussi il ne faut pas qu'ils soient
façonnés de même que les autres. Comme d'être
ouverts en haut, & en bas, mais seulement
eu haut, semblables aux pots qui servent à bouillir.
Toutefois prends garde que plus ils sont larges
& profonds, & plus commodes sont-ils.
Il les faut aussi joindre ensemble par le moyen
des canons de terre, avec cet intervalle, que les
esprits étant encore chauds ne puissent pas passer
de l'un dans l'autre, mais qu'étant forcés de
passer au milieu de la séparation du canal, ils aillent
au fonds de chaque récipient, & de là montent
par un autre canal dans un autre récipient
qui ait un double couvercle, semblable au précédent,
là où descendant derechef dans le fond qui
est froid, ils se refroidissent & se condensent. Or
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
c'est assez de trois ou quatre de ceux-ci (& des
autres il en faut treize ou quatorze) ayant égard
à la grandeur.
Tu peux voir la figure de ces récipients; comme
aussi la façon de les joindre ensemble par la
figure ici apposée, & ordinairement un suffit
pour ceux qui distillent peu de chose, principalement
si la matière n'est pas précieuse, & lors on
joint du moins un canon de terre courbé par un
bras avec le canon, qui sort hors du fourneau & par
l'autre avec le récipient. Mais de façon qu'il descende
en bas dans le récipient, jusqu'au milieu, &
lors tu n'as pas besoin de boucher l'orifice des
récipients: car il n'importe pas beaucoup, si quelque
peu s'évapore, la matière qui est à distiller
n'étant pas précieuse; & par cette voie, vous
pouvez faire à toute heure, nouveaux esprits &
nouvelles fleurs, par le moyen d'une fournaise,
& d'un récipient, mais avec cette précaution,
qu'à chaque nouvelle distillation, le récipient soit
bien lavé avec de l'eau, auparavant qu'il soit mis
au canal, auquel étant joint, tu peux jeter tes
espèces dans la fournaise, réitérant ledit procédé
tant que tu aies une suffisante quantité d'esprits.
Et cette manière de distillation sert spécialement
pour éprouver les natures & propriétés de
beaucoup de divers minéraux, comme sont ceux
qui rendent des esprits & fleurs par le feu: car il
serait trop embarrassant de mettre un nouveau &
différent récipient, à chaque nouvelle distillation;
ce qui cause que beaucoup d'étudiants en
l'art Chimique, veulent quitter leur étude, n'étant
pas possible de faire plus d'un essai par la
@
14 La première Partie.
retorte dans un jour, & ne se faut pas étonner si
la longueur du temps, & la dépense, en détournent
beaucoup.
Ici il n'est pas besoin de tant de retortes, ni
de les luter, ni de tant de récipients & autres
choses superflues, ni même il n'est pas nécessaire
d'être toujours présent pour observer les degrés
du feu, lesquels étant négligés, les récipients
& retortes sont en danger d'être cassées, & par
conséquent tout le travail perdu. Ce qu'il ne
faut pas craindre en ce rencontre, d'autant qu'il
ne faut autre chose que jeter la matière sur les
charbons, & couvrir la fournaise; & lors les esprits
& les fleurs sortent incontinent de même
nature que leur minéral. Quand tu en as retiré
une quantité suffisante, il faut tirer hors les barres
de fer, sur lesquelles sont les charbons, afin
qu'ils tombent en bas, & qu'on les puisse retirer;
& pendant que la fournaise est encore chaude,
mettre les barres derechef dedans, sur lesquelles
tu mettras nouveaux charbons, qui s'allumeront
d'eux-mêmes par la chaleur de la fournaise, en
même temps il faut ôter le récipient, & le nettoyer,
puis le remettre derechef, ou bien un autre
fort net pour la nouvelle distillation d'autre
matière.
Par cette voie tu peux en l'espace d'une heure
distiller & sublimer diverses choses, en petite
quantité: mais celui qui veut distiller ou sublimer
en grande quantité, se servira de trois ou
quatre pots, afin que les esprits passent de l'un à
l'autre, & que rien ne soit perdu. Il n'est pas
besoin (comme j'ai dit ci-devant) d'une présence
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
continuelle de l'opérateur. Car il peut commencer,
cesser, ou continuer à son plaisir, d'autant
que le travail est sans aucun danger de rompre
les retortes & récipients.
Celui qui connaît l'usage de cette fournaise
peut faire beaucoup de choses en peu de temps,
& à peu de frais, car qui que ce soit peut plus
faire par cette voie en l'espace d'une heure, que
par la voie commune en vingt-quatre heures.
On épargne aussi beaucoup de charbons, d'autant
que dix livres de charbon sont plus que cent
dans une autre manière. Celui qui sera expérimenté
distillera une livre d'esprit-de-sel dans une
heure, avec 3. 4. ou 5. livres de charbon, & il en
faudrait cinquante ou soixante livres, & pour le
moins vingt ou trente heures de temps par la
commune voie des retortes; ce qui est à la vérité
fort ennuyant.
De plus, on peut faire par cette voie les fleurs
des Minéraux, & des Métaux, en grande quantité,
très aisément, en peu de temps, & à peu de
frais, de telle façon qu'en l'espace d'une heure,
avec trois ou quatre livres de charbon, on peut
faire une livre de fleurs d'antimoine, & ce n'est
pas un petit soulagement aux Médecins & Chimistes.
Cette fournaise aussi étant une fois bâtie, dure
beaucoup d'années, & étant rompue, s'accommode
aisément.
Par cette voie tu n'as besoin que de matière
pour distiller, les retortes & récipients n'étant
en nul danger; ce qui est une grande épargne.
Outre les susdites voies, j'en ai encore une
@
16 La première Partie.
autre, qui est plus courte & aisée pour distiller, &
pour sublimer: par laquelle en fort peu de temps
on peut faire une incroyable quantité d'esprits
des sels, & des fleurs des minéraux, & des métaux,
je la remets à un autre temps, à cause que
j'en ai dit assez pour le présent.
Maintenant je ne doute pas, que les diligents
Chimistes ne suivent mes enseignements, & ne
trouvent des choses qui me sont même inconnues.
Car il est plus aisé d'ajouter aux choses
déjà inventées, que de trouver celles qui sont
inconnues.
La construction de la fournaise étant à mon
opinion clairement montrée, s'ensuit à présent
la façon de distiller & de sublimer.
Que si par hasard contre mon opinion, il s'y
trouve quelque obscurité, néanmoins un procédé
éclaircira l'autre, & l'opérateur diligent à
chercher la nature, obtiendra sans doute par sa
pratique par la manière que j'ai décrite, ce qu'il
désire, comme j'en prie Dieu Tout puissant.
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Comme il faut distiller l'esprit de Sel.
L A raison pourquoi je commence par l'esprit de sel, premier que je dise aucune chose
de l'esprit des Végétaux, est celle-ci,
d'autant que c'est le principal qui peut être fait
en cette fournaise. Car il y en a peu qui excédent
celui-ci en force & vertu, c'est pourquoi je lui
donne le premier rang: même il n'y a point
d'esprits,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 17
d'esprits, auxquels les Chimistes aient plus fait
de recherches qu'en celui-ci, c'est pourquoi
il a été toujours en grande estime, &c. Quelques-uns
ont mêlé le sel avec de la terre de Potier,
& en ont fait des petites boules pour en tirer
l'esprit, le sortant par la retorte à feu très
violent, d'autres l'ont mêlé avec du bol, quelques-uns
avec de la poudre de tuiles, & d'autres
avec alun brûlé.
D'autres se servant d'une voie plus courte,
ont fait fondre le sel dans la retorte qui a un
tuyau ou Canal en haut & un autre en bas, &
par le tuyau d'en haut ils ont jeté quelque peu
d'eau froide, pour élever la pesanteur de l'esprit
du sel, & par le bas ils ont soufflé avec un soufflet,
pour forcer les esprits d'aller dans la retorte, &
cette façon ne doit pas être méprisée: Néanmoins
il y a cet inconvénient, qu'à la longueur
du temps les retortes sont rompues, car elles
ne peuvent pas retenir long temps le sel, & par
ce moyen la distillation est empêchée; quelques
uns ont essayé avec des retortes de fer,
mais par ce moyen les esprits sont amortis, d'autant
qu'ils s'attachent aisément avec le fer, & au
lieu de l'esprit ils n'ont que du flegme. Ils ont
inventé telles & semblables voies pour distiller,
par toutes lesquelles ils ont rarement atteint à
en distiller une livre en 24. ou 30. heures, avec
50. 60. ou 100. livres de Charbon. C'est pourquoi
ils ont fort peu profité pour avoir de bon
esprit, & c'est pour cela que ses vertus ont été
inconnues.
Pour cette raison je l'ai voulu faire connaître,
B
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18 La première Partie.
afin que l'on voie combien cet esprit est
précieux; & comment à peu de frais & facilement,
il peut être fait par ma nouvelle invention
de distiller.
Il a été dit ci-dessus, que par cette voie de
distillation, les matières doivent être jetées
immédiatement sur le feu, néanmoins ceci
doit être sagement entendu; car quoi que
quelques matières doivent être jetées immédiatement
sur le feu sans aucune préparation, il
ne s'ensuit pas que toutes en soient de même:
comme par exemple, si le sel était immédiatement
jeté, non seulement il ne donnerait point
d'esprits, mais il sauterait sur les charbons,
jusqu'à ce qu'il trouvât à descendre au fond du
fourneau. Mais ceci peut être prévenu par diverses
façons: & en premier lieu par celle-ci
dissous le sel dans l'eau: puis éteignez des
charbons ardents dans ladite eau, afin qu'ils
soient imprégnés du sel, puis les mettez dans la
fournaise, mais il faut avoir premièrement jeté
dedans des charbons ardents, sur lesquels,
vous jetterez ceux qui sont imprégnés avec le
sel, tant que la fournaise soit pleine comme a
été dit, & lors que les charbons brûlent, le sel
se résout en esprit.
Or celui qui veut distiller l'esprit de sel de
cette façon, doit avoir des récipients de verre,
d'autant que l'esprit pendant qu'il est chaud, pénètre
à raison de sa très grande subtilité ceux
qui sont de terre, & cet esprit est de très bon
goût si tu manques de récipients de verre, je
te veux montrer une voie par laquelle tu te
@
Des Fourneaux Philosophiques. 19
pourras servir de ceux de terre.
Mêle du sel, & du vitriol, ou alun ensemble,
broie-les bien dans un mortier, (car mieux ils
sont broyés, & plus sort-il d'esprit) alors jette
ce mélange sur le feu, avec une cuillère de fer
autant qu'il suffit pour couvrir les charbons, &
lors avec un grand feu, les esprits sortent, &
vont dans le récipient, & étant coagulés, ils
descendent dans une écuelle, & après dans un
autre récipient, & si tu entends bien ce travail
l'esprit descendra continuellement comme de
l'eau au travers du canal, de la grosseur d'une
paille, & tu pourras aisément tirer toutes les
heures une livre d'esprit; la raison pourquoi tu
peux tirer plus d'esprit par cette voie, que par
l'autre en celle-ci, à cause que le vitriol & l'alun,
qui sont mêlés avec le sel, le font fluer promptement,
par laquelle voie il est empêché de
tomber en bas au travers des charbons au fonds
de la fournaise, mais s'attachant aux charbons,
il se tourne presque tout en esprit: la tête morte
qui est rougeâtre, tombe aisément avec les
cendres au travers de la grille, & ne peut être
plus distillée, rendant par la cuisson un sel fixe
& blanc, lequel sert pour fondre les métaux, &
étant dissous en eau chaude sert aussi pour un
clystère contre les vers, lesquels il tue, & purge
aussi les boyaux.
Tu m'objecteras que l'esprit fait de cette façon,
n'est pas le véritable esprit de sel, à cause
du mélange du vitriol & de l'alun, étant mêlé
& composé. Je réponds, qu'il est impossible
que par cette voie, soit distillé aucun esprit de
B ij
@
20 La première Partie.
vitriol ou d'alun, étant chose que j'ai souvent
expérimentée, jetant du vitriol ou alun dans la
fournaise, desquels je n'ai reçu nul esprit du
tout, la raison de ceci est, que ces esprits sont
beaucoup plus pesants que l'esprit de sel, & ne
peuvent monter si haut de trois pieds, mais ils
sont brûlés, & il n'y a rien que le flegme qui
distille. C'est pourquoi l'esprit de sel qui est
distillé de cette manière, n'est pas mêlé, mais
vrai & pur esprit de sel, du même goût & vertu
que celui qui est fait avec le sel seulement,
d'autant que l'esprit d'alun & de vitriol ne peut
être fait par cette fournaise, excepté qu'il y
ait un canon qui vienne hors de la fournaise, &
qui soit proche de la grille, comme tu peux voir
par la figure de la fournaise, car cela ne se peut
faire autrement: ces esprits se font mieux par
le second fourneau. Et prenez le cas qu'il en
sorte quelque peu avec l'esprit de sel (quoi qu'il
soit impossible) quel dommage je vous prie
vient-il de là, soit dans la solution des métaux,
ou dans la Médecine ? c'est pourquoi on ne doit
rien craindre en cette opération: néanmoins
je veux satisfaire l'incrédule, & lui veux montrer
une autre voie sans addition d'alun ni de
vitriol, pour la distillation de cet esprit mais ce
sera dans la seconde Partie de ce Livre, là où je
t'enseignerai le fourneau, par le moyen duquel
on fait l'esprit de nitre, & parmi les combustibles,
les huiles des végétaux & graisses des
animaux, & autres choses qui ne peuvent être
faites par celui-ci; ainsi je satisferai ceux auxquels
la précédente manière n'agrée pas.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
Au défaut des récipients de verre, on est forcé
de prendre ceux de terre, lesquels ne sauraient
retenir l'esprit de sel, fait de la façon
susdite: auquel cas je pourrais découvrir une
petite chose manuelle, par le moyen de laquelle
les susdits esprits peuvent être reçus en grande
quantité dans des vaisseaux de verre; mais je
la passerai ici sous silence pour certaines raisons,
& je la remettrai jusques à l'addition de
la seconde Partie, qu'il te suffise donc que j'en
fasse mention seulement, & que je me dispose à
te montrer les vertus & les usages de cet esprit,
aussi bien dans la Chimie, que dans la Médecine,
& autres Arts mécaniques.
Il est juste de publier l'usage de l'esprit de sel,
le pouvoir & les vertus de cet excellent esprit;
celles que les autres Auteurs ont dignement
écrites, je les passerai sous silence, & y renverrai
le Lecteur, ne disant seulement que
celles dont ils n'ont rien dit.
Plusieurs tiennent l'esprit de sel pour une excellente
Médecine, de laquelle on se peut doucement
servir aussi bien dedans que dehors, il
éteint la soif contre-nature dans les maladies
chaudes, nettoie & consomme les humeurs
flegmatiques de l'estomac, excite l'appétit,
est bon pour l'Hydropisie, la Pierre, la Goutte
&c. C'est un menstrue qui dissout les métaux
par dessus tout autre, car il dissout tous les métaux
& minéraux (excepté l'argent) & presque
toutes les pierres, (étant exactement préparé)
& les réduit en excellents médicaments, il fait
aussi beaucoup d'excellentes choses dans
B iij
@
22 La première Partie.
tous les Arts Mécaniques.
On ne le doit pas même mépriser pour la
cuisine, car on en assaisonne diverses viandes
agréables & bonnes pour les malades, aussi bien
que pour ceux qui sont en santé, beaucoup
mieux qu'avec le vinaigre & autres choses acides,
& fait beaucoup plus en petite quantité que
ne fait le vinaigre en une grande; mais il sert
particulièrement pour les pays qui n'ont point
de vinaigre, on s'en sert aussi au lieu de verjus, &
de jus de limons: car étant préparé par cette
voie, il est à meilleur marché que le vinaigre ou
jus de limons: il n'est pas corruptible comme
sont les jus faits par expression, mais il devient
meilleur avec le temps étant mêlé avec sucre,
c'est une excellente sauce pour la viande rôtie.
Il préserve aussi diverses sortes de fruits par longues
années, il fait aussi enfler les raisins secs, de
sorte qu'ils reviennent dans leur première maturité,
lesquels sont bons pour rafraîchir les
malades qui ont l'estomac faible en diverses
maladies, & sert à préparer diverses façons de
viandes, tant de chair que de poisson, mais il faut
mêler un peu d'eau avec l'esprit, autrement les
raisins contracteraient trop d'acidité. Cet esprit
sert particulièrement pour rendre les viandes
acides & délicieuses: car quelque chose que l'on
prépare avec cet esprit, comme poulets, pigeons,
veau, &c. ils sont plus agréables au goût que
ceux qui sont préparés avec le vinaigre, le boeuf
étant macéré avec cet esprit, devient en peu de
jours si tendre, que s'il avait été macéré un longtemps
avec du vinaigre; l'esprit de sel peut faire
tout cela & beaucoup d'autres choses.
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Des Fourneaux Philosophiques. 23
Une distillation des Huiles des Végétaux,
par laquelle on en tire une plus grande quantité que par voie commune de la vessie.
J Usques à présent tous les distillateurs ontignoré une meilleure voie que l'ordinaire,
qui est par la vessie pour distiller les épices, bois,
& semences, avec une grande quantité d'eau: &
quoi que cela se puisse aussi faire par la retorte,
il en faut avoir un grand soin, autrement ils
contractent un grand Empyreume; c'est pourquoi
la voie de la vessie a toujours été estimée
pour la meilleure, laquelle n'est pas à la vérité
à mépriser si vous distillez des végétaux de peu
de valeur, & tels qu'ils soient oléagineux; mais
non dans la distillation des épiceries, & autres
choses qui sont de grande valeur, comme sont
la cannelle, le *macer, safran &c. lesquels ne peuvent
être distillés dans la vessie sans beaucoup
de perte, d'autans qu'il y est requis une grande
quantité d'eau, & par conséquent de grands &
amples vaisseaux, auxquels il adhère quelquefois,
c'est pourquoi on en perd presque la moitié.
Ce qui n'est pas de si grande valeur aux végétaux
qui sont oléagineux, comme à l'anis, fenouil,
chanvre &c. Mais la perte qui se fait en
distillant des végétaux précieux, comme la cannelle,
lignum Rodii, & casse, est assez évidente, &
pas conséquent elle ne doit pas être méprisée,
B iiij
Note du traducteur :
*macer: ?
@
24 La première Partie.
il ne se peut pas faire aussi que toutes choses
soient distillées par cette voie; car par la coction
une bonne quantité acquiert une ténacité gommeuse,
laquelle ne saurait descendre avec l'eau,
mais afin de prévenir cela à l'avenir, je veux
montrer une autre voie pour distiller les huiles
des épices & autres choses précieuses; ce qui
se fait avec l'esprit de sel, par lequel toute l'huile
est tirée hors sans en rien perdre, ce qui se fait
ainsi: Emplis une cucurbite de cannelle, ou autre
bois, ou semence, sur quoi tu mettras autant
d'esprit de sel qu'il suffise pour couvrir le bois,
alors place-le avec son alambic sur le sable, &
lui donne feu par degrés, afin que l'esprit de sel
bouille, & toute l'huile distillera avec un peu
de flegme, car l'esprit de sel par son acrimonie
pénètre le bois, & affranchit l'huile, afin qu'elle
distille mieux & plus aisément, & par ce moyen
l'huile n'est pas perdue par cette grande quantité
d'eau dans ces grands & amples vaisseaux:
mais est tirée dans des petits verres avec l'addition
d'un peu d'humidité, la distillation finie, l'esprit
est versé par inclination hors du bois, servant
derechef pour le même usage, & s'il contracte
aucune impureté hors du bois il peut être
rectifié; mais le reste de l'esprit qui demeure
dans le bois peut être recouvré, si on jette ce
bois dans la susdite fournaise sur les charbons
ardents: par laquelle voie il sortira derechef
pur & net, & par ce moyen on ne perd rien de
l'esprit de sel, & on tire les huiles de tous les
végétaux qui sont chers ensemble avec leurs
fruits: ce qui ne peut être fait par la vessie.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
Par cette voie, aussi sont faites les huiles
claires des gommes & des résines.
L'huile claire de mastic & d'encens.
P Rends de l'encens ou mastic en fine poudre,autant qu'il en faut pour remplir la troisième
partie d'une cornue (laquelle doit être lutée)
sur quoi verse une suffisante quantité d'esprit
de sel, prends bien garde que la retorte
ne soit trop pleine, autrement les esprits bouillants
s'enfuiraient, alors mets-la au sable, &
donne lui feu par degrés, il en sortira premier
un peu de flegme, & après une huile claire &
transparente avec l'esprit de sel, laquelle il faut
garder à part, & après une certaine huile jaune,
laquelle il faut aussi garder à part, & à la fin
de tout sort une huile rouge, laquelle ne doit
pas être méprisée, quoi qu'elle ne soit pas semblable
à la première servant pour l'usage du dehors,
étant mêlée avec onguents & emplâtres,
car elle consolide extrêmement, & partant elle
est bonne pour vieilles & nouvelles plaies, le
premier étant bien rectifié n'est pas dissemblable
à l'esprit de vin pour sa subtilité, & pénétrante
qualité, & on s'en peut profitablement servir
dedans & dehors en causes froides, particulièrement
en contraction de nerfs causée par des
humeurs froides, mais pour lors il faut premièrement
frotter la partie contractée avec un linge,
afin qu'elle soit bien chaude, & la frotter
après de l'huile avec la main chaude, car il fait
@
26 La première Partie.
des choses extraordinaires en semblables contractions
de nerfs.
De la même façon on peut tirer les huiles de
toutes les gommes, les rouges, tenaces & puantes
huiles, le tartre, corne de cerf, ambre &c.
distillées par la voie commune de la retorte sont
aussi rectifiées avec l'esprit de sel, de sorte qu'elles
deviennent transparentes, & perdent l'empyreume
qu'elles ont contracté par la distillation.
Or la cause de la noirceur & fétidité de cette
sorte d'huiles, est un certain sel volatil, lequel
se trouve aussi bien aux végétaux, qu'à certains
animaux, & se mêle aisément avec l'huile, &
lors la rend de couleur brune, car tout sel volatil,
soit-il d'urine, tartre, ambre, corne de cerf,
& d'autres végétaux & animaux, est de telle nature
& condition qu'il exalte & altère les couleurs
des choses sulfureuses, soit pour le pis soit
pour le mieux mais pour la plupart, il rend les
huiles épaisses, noires & puantes comme tu
peux voir en l'ambre, corne de cerf & tartre. La
cause donc de cette noirceur & fétidité des huiles
étant connue, nous la pouvons empêcher
plus aisément par la distillation, & l'ayant contractée,
la corriger derechef par le moyen de
l'esprit de sel, car tous les sels volatils ont une
contrariété avec tous esprits acides, & de l'autre
côté chaque esprit acide a une contrariété
avec tous les sels volatils, qui ont la nature du
sel de tartre: car les métaux qui sont dissous
avec des esprits acides, sont aussi bien précipités
avec l'esprit d'urine, ou quelque autre sel volatil,
comme avec la liqueur de sel de tartre; ce
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
qui sera plus amplement déclaré en la seconde
Partie.
C'est pourquoi les esprits acides: comme du
sel, vitriol, alun, vinaigre &c. mortifient le sel
volatil, lequel dépourvu de sa volatilité, ainsi
il doit être fixé, & par ce moyen comme étant
débilité il quitte son compagnon après l'avoir
noirci, il est nécessaire de procéder avec ces
huiles fétides de la même manière comme
s'ensuit.
Prends quelle huile fétide que ce soit, comme
de tartre, d'ambre &c. & en remplis seulement
la quatrième partie d'une cornue de verre,
sur laquelle verse goutte-à-goutte de l'esprit
de sel, & il commencera d'être chaud. Comme
il a accoutumé de faire quand on verse de l'eau
forte sur du sel de tartre; c'est pourquoi il faut
verser l'esprit dessus peu à peu, crainte de rompre
le verre, à présent le signe pour connaître
que le sel volatil est mortifié, est lors qu'il cesse
de faire du bruit, alors il n'en faut plus verser
dessus, mais mettre ta retorte sur le sable, &
donner feu par degrés; comme on a accoutumé
de faire aux choses qui se lèvent aisément, & il
sortira premier une eau puante, après laquelle
sort une huile claire transparente & odorante:
& après cela une certaine huile jaune, claire &
de bonne odeur, mais non pas comme la I.
C'est pourquoi chacune doit être gardée séparément
changeant de récipients. Alors ces huiles
ont plus de pouvoir que les huiles fétides
qui se vendent aux boutiques; car ces huiles
gardent leur clarté & netteté; la cause de leur
@
28 La première Partie.
fétidité & rougeur étant tirée hors par l'esprit
de sel, la noirceur du sel volatil restant au fond
de la retorte avec l'esprit de sel, lequel peut
être sublimé en un sel odorant, ayant le goût
du sel armoniac; cet esprit de sel est aussi privé
de son acidité, & coagulé par le sel volatil, semblable
au tartre vitriolé, servant aux mêmes
usages: comme il sera dit dans la seconde Partie
concernant l'esprit d'urine.
De la même façon sont rectifiées les autres
huiles, lesquelles ont contracté par longueur de
temps une lenteur: comme sont les huiles de
cannelle, macis, girofles, &c. s'ils sont rectifiés par
la retorte, avec l'esprit de sel: car alors elles acquièrent
la même netteté & bonté qu'elles
avaient quand elles étaient nouvellement distillées.
Ici il faut que je fasse connaître une certaine
erreur des Médecins, non seulement des ignorants
Galénistes, mais aussi des spagiriques, laquelle
ils commettent dans la préparation de
quelques Médicaments Chimiques: car beaucoup
se persuadent eux-mêmes, que l'huile de
tartre, de corne de cerf &c. ayant perdu leur
puanteur est une médecine qui guérit radicalement
toutes obstructions; étant prise avec un
grain de sel, quelques-uns ont rectifié ces sortes
d'huiles avec le vitriol calciné, & par ce moyen
leur ont fait perdre quelque chose de leur empyreume:
mais avec toutes leurs vertus. Ce que
d'autres ayant observé ils ont conçu que la fétidité
n'en doit pas être ôtée, à cause que leur
vertu est perdue par là, comme si la vertu consistait
@
Des Fourneaux Philosophiques. 29
dans la fétidité, mais c'est une grande erreur,
d'autant que la fétidité est une grande ennemie
du coeur & de cerveau, n'ayant rien de
bon.
Il est constant que ceux qui tirent hors la fétidité
de ces huiles, mortifient leurs vertus: mais
tu diras. Comme quoi donc procéderons-nous
pour ôter la fétidité sans en perdre les vertus?
Les faut-il rectifier par l'esprit de sel comme tu
nous as maintenant montré? R. Non: car
quoi que j'aie dit que les huiles peuvent être
clarifiées par l'esprit de sel; pour cela il ne s'ensuit
pas que mon intention soit que cette clarification
les amendât, puis que ce n'est seulement
qu'une voie de clarification pour les rendre
plus agréables, & n'est pas à mépriser si on n'en
connaît une meilleure; mais pour savoir comme
quoi elles doivent être rectifiées de leur fétidité
& noirceur sans perte de leurs valeurs, il
n'est pas à propos d'en parler en ce lieu, d'autant
que cela ne peut être fait par ce fourneau: c'est
pourquoi je remets le Lecteur à la seconde Partie,
là où il sera montré comment tels esprits
peuvent être rectifiés sans aucune perte de leurs
vertus, & étant préparés de la sorte ils peuvent
être mis au rang du quatrième pilier de la Médecine.
Ce sont ici les choses que j'avais dessein
de te montrer, ou pour le moins de t'en donner
avis, non à dessein de t'offenser, mais seulement
étant mu de pitié & compassion envers
mon prochain.
@
30 La première Partie.
La quintessence de tous les végétaux.
V Erse sur les épices, semences, bois, racines, fruits, fleurs &c. de l'esprit de vin
bien rectifié, & le mets en digestion pour en faire
extraction, tant que toute l'essence soit extraite
par l'esprit de vin, alors sur cet esprit de vin qui
est imprégné, verse du meilleur esprit de sel, &
étant mêlés ensemble mets les en digestion au
bain, jusqu'à ce que l'huile soit séparée & surnage
sur l'esprit de vin, alors sépare les avec un
verre de séparation, ou distille l'esprit de vin au
bain, & il sortira une huile claire, & si l'esprit
de vin n'en est point extrait, alors cette huile
sera aussi rouge que sang, & c'est la véritable
quinte-essence du végétable, que l'esprit de vin
avait extraite.
La quintessence de tous les métaux & minéraux.
D Issous quel métal que ce soit (excepté l'argent, lequel doit être dissous en eau forte)
dans du plus fort esprit de sel, & en tire le
flegme par le bain, & à ce qui reste mets y du
meilleur esprit de vin, mets le en digestion, tant
que l'huile nage au dessus aussi rouge que
sang, & c'est la teinture & quintessence de ce
métal, qui est un précieux trésor pour la Médecine.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
Une huile rouge & douce des métaux & minéraux.
D Issous un métal ou minéral avec l'esprit de sel, dissous aussi un poids égal de sel, de
vin essencifié, mêle les dissolutions, & les distille
par la retorte à chaleur graduée, & il en
sortira une huile douce aussi rouge que du sang,
mêle avec l'esprit de sel, & quelquefois le col
de la retorte, & le récipient seront de couleur de
queue de paon, de diverses couleurs, & quelquefois
de couleur dorée.
Et d'autant que je veux comprendre tous les
métaux & minéraux dans un procédé sans aucune
différence; que celui qui veut faire l'essence
d'argent prenne l'esprit de nitre, & y procède
de même façon. Comme il a été dit des autres
métaux, & concernant l'usage des essences, il
n'est pas nécessaire d'en parler beaucoup: car
l'usage en sera découvert à ceux qui connaissent
la préparation, & pour ce qui concerne les
huiles corrosives des métaux & minéraux, sachant
qu'elles ne sauraient être décrites par
un seul procédé, il est juste d'écrire ce qui appartient
à chacune en particulier, comme s'ensuit.
@
32 La première Partie.
L'huile ou liqueur d'or.
D Issous la chaux d'or en esprit de sel, (lequel doit être très fort, autrement il ne
la saurait dissoudre) manquant d'esprit très
fort, mêle y un peu de pur salpêtre, mais l'huile
qui est faite avec l'esprit de sel tout seul, est la
meilleure: ce fait tire hors de l'or dissous, la
moitié de la dissolution, & il restera une huile
corrosive, sur laquelle verse du jus de citron, &
la dissolution deviendra verte, & un peu de fèces
tomberont au fonds, lesquelles peuvent être
réduites en corps par la fonte; cela fait, mets
cette liqueur verte au bain, & en tire le flegme,
& ce qui reste tire-le hors, & le mets sur le
marbre en un lieu froid & humide, & il se résoudra
en huile rouge, laquelle peut être prise
par dedans, doucement sans aucun danger, guérissant
ceux qui ont été offensés par le mercure;
mais elle est particulièrement recommandable
pour les vieux ulcères de la bouche, langue,
ou gosier, provenant de la grosse vérole,
lèpre, scorbut &c. là où les huiles d'autres choses
ne peuvent pas servir si doucement, il n'y a
point de meilleure médecine pour l'ulcération
& tumeurs des glandes, pour les ulcères de la
langue & gencives, ni qui les mondifie plutôt
& consolide, mais il ne faut pas négliger les
purgations nécessaires & sudorifiques, crainte
d'une rechute, la cause n'en étant pas ôtée.
Et il n'y a nul danger, quoi que ce remède
soit
@
Des Fourneaux Philosophiques. 33
soit pris au dedans ou par dehors, comme est de
coutume en l'usage des autres médicaments &
gargarismes, car on en peut prendre tous les
jours sans danger, pour le moins trois fois,
avec grande admiration de sa prompte opération.
Huile de Mars.
D Issous des plaques de fer très déliées avec esprit de sel, prends la dissolution
qui est verte & douce au goût, & sent comme
un souffre fétide, sépare-la des fèces par le filtre,
puis en tire l'humidité sur le sable, par l'alambic
de verre, (à feu doux) elle sera aussi insipide
que l'eau commune, la raison en est,
parce que le fer par sa sécheresse a fait attraction
de toute l'acidité vers lui, mais au fonds restera
vne masse aussi rouge que sang, brûlant la langue
de même que le feu, elle mange toute chair
superflue des plaies sans aucun danger, il la faut
garder dans un verre bien bouché, de peur
qu'elle ne fasse attraction de l'air, autrement
elle se résoudrait en huile, laquelle sera de
couleur jaune, mais celui qui la désire avoir en
huile, qu'il la mette sur le marbre dans une cave
humide, & dans un jour elle sera résolue en
huile, laquelle sera de couleur entre jaune &
rouge, c'est un excellent secret en tous les ulcères
corrosifs, fistules, cancer, &c. Etant incomparable
pour consolider & mondifier, &
elle n'est pas sans profit si on la mêle avec eau
C
@
34 La première Partie.
commune pour en laver les vieux, moisis &
fétides ulcères des jambes. Il la faut appliquer
bien chaude, car elle dessèche & guérit promptement,
si avec tout cela on se sert des purgatifs,
elle guérit aussi toute galle & teigne. Cette
masse rouge (avant qu'elle soit dissoute) étant
mise avec l'huile de sable (lequel est en la seconde
Partie) fait croître un arbre en l'espace
d'une ou deux heures, ayant racines, tronc, &
branches, lequel étant tiré hors & séché au
têt, rend de bon or, qu'il avait tiré de la terre
ou des cailloux, tu pourras examiner la chose
plus curieusement.
Huile de Vénus.
L' Esprit de sel ne travaille pas fort facilement sur le cuivre, sinon qu'il soit auparavant
réduit en chaux, qui se fait de cette façon.
Prends des lames de cuivre, & les faits rougir
dans un creuset ouvert, & les éteints en eau
froide, elles s'écailleront en paillettes rouges,
faits rougir derechef les lames & les éteints,
retirer cela tant qu'aies une quantité suffisante
de chaux, & étant séchée & pulvérisée, faits
en l'extraction avec esprit de sel rectifié sur le
sable, tant que l'esprit de sel soit suffisamment
teint d'une couleur verte, que verseras par inclination,
& filtreras, puis en tire hors toute
l'humidité superflue, afin qu'il te reste une huile
verte & épaisse, laquelle est un excellent
remède pour les ulcères, principalement pour
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
ceux qui sont vénériens, étant appliqué au
dehors.
Huile de Jupiter, & de Saturne.
C Es deux métaux ne sauraient non plus être aisément dissous par l'esprit de sel
néanmoins étant limés, ils sont dissous avec
du meilleur esprit de sel rectifié, mais l'opération
se fait mieux avec les fleurs des dits métaux
(la préparation desquels sera montrée
ci-après) c'est pourquoi prend les fleurs, sur
lesquelles dans un alambic de verre, tu verseras
de l'esprit de sel, & tout sur l'heure l'esprit commencera
à travailler, particulièrement s'il est
mis en lieu chaud, filtre la dissolution jaune, &
en tire l'humidité, tant qu'il reste au fond une
huile jaune & pesante, qui est bonne pour les
ulcères putrides.
Huile de Mercure.
C Elui-ci aussi ne se dissous pas aisément avec l'esprit de sel, mais étant sublimé
avec sel & vitriol, il est aisément dissous, & rend
une huile fort corrosive, l'usage de laquelle
doit être avec discrétion; c'est pourquoi il ne
s'en faut pas servir, excepté qu'on n'en peut
pas trouver d'autre, car j'ai vu une femme
qui a été tuée subitement avec cette huile,
étant appliquée par un certain Chirurgien,
C ij
@
36 La première Partie.
mais cette huile ne doit pas être méprisée
pour les ulcères, dartres, &c. lesquels elle mortifie.
Huile d'Antimoine.
L 'Antimoine qui n'a jamais été fondu, est difficilement dissous par l'esprit de sel, &
aussi le régule, mais le régule qui est en fine poudre
est plus aisément dissous, pourvu que l'esprit
soit suffisamment rectifié.
Le verre encore plus aisément, mais les plus
aisées à dissoudre sont les fleurs telles qu'elles
sont faites selon notre précipitation qui sera
montrée un peu après, même le beurre d'antimoine
(qui est fait de Mercure sublimé &
d'Antimoine) n'est autre chose que le régule
d'antimoine dissous avec l'esprit de sel: car le
mercure sublimé étant mêlé avec l'antimoine,
sentant la chaleur du feu, est privé des esprits
corrosifs qui se joignent avec l'antimoine, d'où
vient l'huile épaisse: & pendant ce temps-là
le soufre d'antimoine se joint avec le vif-argent,
& il s'en fait un cinabre, qui s'attache au
col de la retorte, mais le reste du mercure demeure
au fond avec la tête morte, à cause qu'il
y en a fort peu qui distille, que si tu as de l'industrie
tu recouvreras derechef tout le poids du
mercure.
J'ai bien voulu montrer ces choses au Lecteur,
à cause qu'il y en a beaucoup qui croient
que cette huile est celle de mercure, & par là
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
cette poudre blanche qui se fait en y mettant
quantité d'eau, ils l'appellent, mercure de vie,
dans laquelle il n'y a point de mélange du tout
du mercure, car ce n'est autre chose que pur régule
d'antimoine dissous avec l'esprit de sel, lequel
est séparé derechef, quand on verse l'eau
sur le beurre d'antimoine, comme il se voit par
expérience. Car cette poudre étant séchée
& fondue dans un creuset, une partie se réduit
en verre jaune, & l'autre en régule sans aucun
mercure.
Et par là il s'ensuit nécessairement que cette
huile épaisse n'est autre chose qu'antimoine
dissous dans l'esprit de sel; car les fleurs d'antimoine
étant mêlées avec l'esprit de sel, font
une huile semblable en tout à celle qui est faite
avec l'antimoine, & mercure sublimé, laquelle
est aussi après cela précipitée de la même façon
en poudre blanche avec quantité d'eau,
qu'on l'appelle communément
Mercure de vie,
on le tourne aussi par la même voie en bézoard
minéral, en faisant attraction de l'esprit de nitre,
& ce n'est autre chose qu'antimoine diaphorétique.
Car il n'importe pas que ce diaphorétique soit
fait avec l'esprit de nitre, ou avec le nitre même
corporel, pour ce qu'ils ont la même vertu;
quoi que quelques-uns estiment que celui-là
doit être préféré à l'autre: Mais la vérité est
telle, qu'il n'y a point de différence, chacun soit
libre en son jugement. Je n'ai pas écrit ces
choses par ambition, mais pour trouver la
vérité.
C iij
@
38 La première Partie.
Maintenant revenons à notre propos, lequel
est de montrer à faire une huile d'antimoine
avec l'esprit de sel.
Prends une livre de fleurs d'antimoine (dont
sera parlé un peu après) sur lesquelles verseras
deux livres du meilleur esprit de sel rectifié,
mêle-les bien ensemble dans un verre, & les
mets sur le sable un jour & une nuit pour dissoudre,
alors verse la dissolution ensemble
avec les fleurs dans une retorte, qui soit lutée,
laquelle mettra sur le sable & donneras feu
doux, jusqu'à ce que le flegme soit hors, après
en augmentant le feu, sort un esprit faible, car
le plus fort reste au fonds avec l'antimoine;
alors donne grand feu, & il sortira une huile
semblable au beurre d'antimoine fait avec le
mercure sublimé, laquelle servira aux mêmes
usages, comme s'ensuit.
Les fleurs d'antimoine blanches & vomitives.
P Rends de ce beurre autant qu'il te plaira lequel mettras dans une cucurbite de verre
ou autre verre large, sur lequel verseras une
grande quantité d'eau, tant que les fleurs blanches
ne se précipitent plus, alors tire l'eau par
inclination, hors des fleurs, lesquelles édulcoreras
avec eau chaude, & les sèche à chaleur
douce, de tu auras une poudre blanche.
La dose est, 1. 2. 3. 8. 10. grains, lesquels
doivent être macérés l'espace d'une nuit dans
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
du vin: ce remède étant bu le matin, il purgera
par le haut & par le bas, mais il n'en faut
pas donner aux enfants, ni aux vieillards, ni à
ceux qui sont faibles, mais à ceux qui sont forts
robustes, & qui sont accoutumés à vomir.
Lors qu'il ne peut pas opérer, & que par sa
violence il rend le patient fort malade, il faut
qu'il se provoque le vomissement avec le doigt;
autrement il ne réussira pas, & rendra fort malades
ceux qui en auront pris, & les débilitera
presque jusqu'à la mort: il faut aussi dans la
violence de ces fleurs donner à boire au patient
un verre de bière chaude, ou pour le mieux de
l'eau chaude, dans laquelle ait bouilli du cerfeuil
ou persil, & elles travailleront plus médiocrement.
Mais que celui qui est capable de supporter
une telle opération, ne se rebute point
d'en prendre: car il y a grande espérance de recouvrer
sa santé par là, pour ce que ce remède
purge parfaitement bien la colère, & évacue le
flegme de l'estomac, & les humeurs qui ne
veulent pas céder à d'autres cathartiques; il ouvre
les obstructions, provenant de la putréfaction
du sang, qui est le fondement de beaucoup
de maladies, comme sont les fièvres, douleur de
tête, &c. Elles sont bonnes pour ceux qui ont
la lèpre, scorbut, pour les mélancoliques, hypocondriaques,
vérolés, & au commencement
de la peste, enfin elles font de grands effets.
Après qu'on les a prises, il faut garder le lit,
ou pour le moins ne sortir point du logis, crainte
de prendre l'air; autrement on se pourrait
tromper.
C iiij
@
40 La première Partie.
Et d'autant que leur violence les fait appréhender
& fuir, je montrerai dans la quatrième
Partie de ce Livre, pour l'amour des malades,
une préparation qui est entre deux & plus
douce, telle qu'elle fera plutôt son opération
par les selles que par le vomissement, ou les vomissements
seront fort aisés, que tu pourras donner
aux enfants, & aux vieillards sans aucun
danger, néanmoins considérant toujours
l'âge & la maladie.
Les fleurs diaphorétiques d'antimoine.
S I les susdites fleurs sont jetées dans le nitre, & laissées quelque temps en fonte, elles
sont fixées, de façon qu'elles deviennent diaphorétiques,
& perdent leur vertu cathartique.
L'eau acide étant séparée des fleurs, si elle est
évaporée, laisse un très bon esprit de sel qui sert
derechef pour le même usage ou autre semblable.
De l'usage externe de l'huile corrosive d'antimoine.
C Ette huile a été longtemps en usage par les Chirurgiens, car ils l'ont appliquée
avec une plume sur des plaies presque incurables
pour séparer les impuretés, afin que les
autres médicaments étant appliqués fassent
mieux leur opération: mais elle est meilleure
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
étant mêlée avec l'esprit de sel, car
ils se mêlent aisément, l'huile en devient plus
douce, & la trop grande corrosion est corrigée
par là même. Il n'y en a point d'autre avec lequel
cette huile se mêle qu'avec l'esprit de sel,
excepté le très fort esprit de nitre; car l'esprit
faible de l'antimoine précipite le beurre d'antimoine.
Comme tu peux voir en la préparation
du
bézoard minéral, mais l'esprit très fort
du nitre, dissolvant ce beurre, fait une dissolution
rouge qui a de grandes vertus dans les
choses Chimiques, de quoi nous ne traiterons
pas en ce lieu. Et s'il est derechef tiré par
distillation, il laisse derrière la première fois
un antimoine fixe & diaphorétique, lequel
doit être autrement tiré deux ou trois fois, s'il
est faible & incapable de dissoudre le beurre
sans précipitation.
Or ce bézoard est le meilleur, & le diaphorétique
le plus doux, dans toutes les maladies
où la sueur est nécessaire, comme la peste, la
vérole, fièvres, scorbut, lèpre &c. si on en
donne depuis, 6. 8. 10. jusqu'à 20. grains dans
des véhicules propres, il pénètre tout le corps,
& évacue toutes les mauvaises humeurs par la
sueur & par l'urine.
@
42 La première Partie.
De l'huile d'Arsenic, & de l'Orpiment.
D E même que l'esprit de sel n'agit point sur l'Antimoine, à cause de l'abondance
de soufre cru qui est en lui, s'il n'est premier
réduit en fleurs, dans la préparation desquelles
une partie de son soufre se brûle: de même
façon l'arsenic & l'orpiment sont difficilement
dissous par l'esprit de sel, s'ils ne sont premier
réduits en fleurs, & si l'esprit de sel n'est très
fort, afin qu'il soit capable d'agir sur eux. Il
faut qu'ils soient distillés par la cornue, comme
l'Antimoine en une huile pesante & épaisse,
laquelle étant mise en usage pour les chancres
dévorants & ulcères, est beaucoup meilleure
que celle d'antimoine pour mortifier, mondifier
& purger leur malignité. De la même façon
on peut tirer l'huile corrosive de tous les
réalgars, servant seulement pour l'usage externe.
Huile de la Pierre Calamine.
P Renez de la meilleure pierre calamine jaune ou rouge, & la mettez en fine poudre:
autant qu'il vous plaira, & mettez dessus cinq
ou six fois autant du meilleur esprit de sel rectifié,
remuez-les bien ensemble, & ne les laissez
pas longtemps sans remuer; mais de temps en
temps secouez le verre avec les matières, faisant
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
cela souvent: autrement la pierre calamine se
réduirait en pierre, laquelle ne se dissoudrait
plus, à quoi on obvie par cette réitérée secousse:
& lors que l'esprit de sel ne voudra plus se
dissoudre à froid, mettez le verre sur le sable
chaud, tant que l'esprit soit teint d'un jaune
obscur, lequel verserez par inclination, & en
versez de frais dessus, & le mettrez derechef en
digestion pour extraire la teinture, n'oubliant
pas de secouer le verre souvent. La dissolution
étant finie filtrez-la, & jetez le reste de la tête
morte. Après mettez la dissolution sur le sable,
& lui donnez feu, & presque les trois parts de
l'esprit de sel sortiront insipides, ce qui n'est autre
chose que le flegme, pour si bien que l'esprit
eût été rectifié; la raison de cela est la nature
sèche de la calamine, de laquelle l'esprit de sel
est grand ami, & à cause de cela très difficile à
être séparé. Car je n'ai jamais connu aucun
métal ni minéral (excepté le zinc) qui excède
la calamine en sécheresse. A la fin lors qu'il ne
sort plus de flegme, laissez refroidir le tout; ce
fait sortez hors le verre, & vous trouverez une
huile rouge & épaisse, aussi grasse que l'huile
d'olives, & qui n'est pas beaucoup corrosive,
car cet esprit de sel étant presque mortifié avec
la calamine est privé de son acidité. Il faut que
cette huile soit préservée de l'air, autrement en
peu de jours il ferait attraction de l'air qui le
convertirait en eau, & par là deviendrait
faible.
Cette huile a de très grandes vertus, aussi
bien dedans que dehors le corps, & je m'étonne
@
44 La première Partie.
que dans un si long espace de temps il n'y
ait eu personne, qui ait opéré sur la pierre calamine
& décrit sa nature, vu qu'elle a en elle un
soufre doré (desquelles choses est traité au
quatrième Livre) car si la terrestréité était
séparée artificiellement; on verrait du pur or se
manifester dedans: mais la plupart est volatil
& *immûr, & ne saurait être aisément réduit
en corps par la fonte, ce qui a été cause que
cette pierre n'a pas été en estime parmi les
Chimistes, mais elle a été toujours précieuse
aux sages, &c.
L'usage de l'huile de la Pierre Calamine.
S I on la donne depuis 1. 2. 3. gouttes jusques à 10. & 15. dans des véhicules propres, elle
purge l'hydropisie, lèpre, goutte, & autres malignes
humeurs qui sont fixées, & qui ne se veulent
pas rendre aux cathartiques végétables,
de quoi il est traité plus au long en la seconde
Partie traitant de l'esprit d'urine & du sel de
tartre. Elle sert au dehors pour un excellent
baume vulnéraire, duquel on ne saurait presque
trouver le semblable, non seulement en
guérissant les vieilles & corrompues blessures,
mais aussi celles qui sont récentes, car il dessèche
puissamment, mondifie, & consolide.
On s'en sert aussi dans l'économie, car la glu
étant dissoute dedans il s'en fait une certaine
matière tenace qui sert à prendre les oiseaux
Note du traducteur :
*immûr: non mûr.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 45
& les souris, &c. à la maison ou aux champs, vu
qu'elle subsiste aussi bien à la chaleur du Soleil,
qu'à la froideur de l'hiver: c'est pourquoi on
s'en peut servir en toute saison de l'année, toute
sorte de petits animaux s'attachant à cette
matière, quand ils ne feraient seulement qu'y
toucher.
Une ligature en étant jointe & attachée au
tour d'un arbre, empêche que les araignées &
autres sortes d'insectes ne nuisent au fruit, chose
qui mérite bien d'être connue.
Quoi qu'on verse de l'eau sur cette huile,
elle ne se corrompt pas, ni ne se précipite pas
comme fait celle d'antimoine, c'est pourquoi
on s'en peut servir en beaucoup de choses, le
soufre commun étant bouilli dedans à feu
violent, tant qu'il soit dissous, nage par dessus
comme une graisse, étant par ce moyen purifié
& rendu aussi transparent qu'un verre jaune,
& c'est une meilleure médecine que les
fleurs communes de soufre: elle sert aussi à beaucoup
d'autres choses, lesquelles il serait trop
ennuyeux d'écrire ici.
Cette huile étant mêlée avec sable pur, &
distillée par la retorte à feu violent (autrement
l'esprit de sel ne voudra pas quitter la calamine)
rend un esprit grandement igné, la pierre
calamine restant au fond de la retorte.
Cet esprit est si fort qu'il est presque impossible
de le garder; il dissout tous les métaux &
minéraux [excepté l'argent & le soufre] c'est
pourquoi on peut préparer quantité d'excellents
médicaments par son moyen, ce qui ne
@
46 La première Partie.
saurait être fait par l'esprit commun si bien
qu'il puisse être rectifié: car quoi qu'il soit
souvent rectifié, il ne saurait être sans flegme,
lequel ne peut être séparé par la rectification, de
même que par la pierre calamine.
Cet esprit fait beaucoup de choses dans la
Médecine, dans la Chimie & autres Arts, comme
tu peux aisément concevoir: mais je n'ai
pas le temps d'en parler davantage à présent,
néanmoins à la considération des malades, je
dirai une chose à laquelle il y en a fort peu qui
puissent être égalées, te priant ne t'offenser
point de la simplicité & brièveté de son procédé
qui est comme s'ensuit. Mêle cet esprit avec
du meilleur esprit de vin rectifié, digère-les
quelque temps, & l'esprit de sel fera séparation
de l'esprit de vin, & l'huile du vin nagera par
dessus, le sel volatil étant mortifié. Cette huile
est un cordial incomparable, principalement
si on abstrait la teinture des épices avec ledit
esprit de vin auparavant l'avoir mêlé avec l'esprit
de sel, & si aussi avec le susdit esprit de sel
on a dissous auparavant de l'or, car pour lors
dans la digestion de ce mélange, l'huile de vin
étant séparé a attiré l'essence cordiale des épices,
& autres végétaux, étant extraits auparavant
avec l'esprit de vin, comme aussi la teinture
de l'or, & par conséquent est rendue une incomparablement
bonne médecine universelle
pour toutes maladies, fortifiant l'humide radical,
le rendant capable de vaincre ses ennemis,
pour lequel nous avons à rendre grâces à ce
grand Dieu qui nous a révélé un si rare secret.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
L'usage de l'esprit de sel dans la cuisine.
O N s'en peut servir au lieu de vinaigre ou verjus, au lieu de jus de limons, maintenant
il faut que je te montre son usage, en
considération du sain, aussi bien que du malade.
Que celui qui veut préparer des poulets, pigeons,
veau &c. premièrement mette une quantité
suffisante d'épices, de l'eau & du beurre, &
après à son plaisir une grande, ou petite quantité
d'esprit de sel: & parce moyen la chair étant
bouillie est plutôt prête, que par la voie commune,
& la chair qui est dure est rendue aussi
tendre qu'un poulet par l'addition de cet esprit;
mais celui qui s'en voudra servir au lieu
de jus de citrons avec de la chair rôtie, il faut
qu'il mette dedans de l'écorce de limon, d'autant
qu'elle préserve de corruption, on s'en
sert au lieu de verjus étant tout seul, ou mêlé
avec un peu de sucre, s'il est trop acide.
Celui qui voudra macérer du boeuf, & le
rendre aussi tendre qu'un chevreau, il faut qu'il
dissolue plutôt du tartre & un peu de sel dans
ledit esprit, premier qu'il trempe la chair dedans,
& la chair ne sera pas seulement préservée,
mais sera rendue plus tendre; or pour garder
la chair un longtemps il y faut mêler un
peu d'eau, & presser avec des poids la chair,
afin qu'elle soit couverte de la saumure: car par
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48 La première Partie.
ce moyen la chair sera préservée longtemps.
De la même façon on peut préserver tous
les fruits des jardins, comme concombres,
pourpier, fenouil, genet, câpres d'Allemagne
&c. & à la vérité mieux que par le vinaigre.
Comme aussi les fleurs & les herbes peuvent
être longtemps préservées par ce moyen,
de telle façon que tu auras une rose tout le long
de l'hiver.
Il préserve aussi le vin, si on y en mêle un
peu, mêlé avec le lait il précipite le fromage,
lequel s'il est bien fait ne se corrompt jamais,
semblable à ces fromages qu'on appellent parmesans,
le petit-lait qui en provient dissout le
fer, & guérit toute galle si on s'en lave.
Par le moyen de l'esprit de sel, on fait une
très agréable boisson, avec du miel ou sucre,
semblable presque au vin, on fait aussi avec
l'esprit de sel un excellent vinaigre, semblable
à celui de Rhin de certains fruits: telles &
beaucoup d'autres choses, lesquelles je ne veux
pas divulguer à présent, peuvent être faites
avec l'esprit de sel.
Voilà donc à peu près l'usage de l'esprit de
sel, mais ne crois pas que je t'aie découvert
toutes choses: car pour la brièveté & autres
raisons, j'en passe beaucoup sous silence, &
même je n'ai pas une connaissance universelle
de tout: j'ai déclaré ce que je savais, afin
que d'autres eussent par là le moyen de chercher
plus avant.
Pour décrire toutes les vertus qu'il a, il faudrait
composer un gros volume, ce que je n'ai
pas
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Des Fourneaux Philosophiques. 49
pas résolu de faire à présent, mais peut être une
autre fois. Je montrerai aussi dans la seconde
Partie quelques secrets qui doivent être préparés
par cet esprit: comme aussi pour le dulcifier,
pour extraire la teinture de l'or, & d'autres
métaux, laissant le corps blanc, laquelle teinture
est une médecine qui ne doit pas être méprisée:
c'est pourquoi voyant maintenant les
grandes choses que cet esprit peut faire, chacun
en désirera une grande quantité pour son usage,
principalement voyant que de très excellents
esprits peuvent être faits d'une façon plus aisée,
& par une voie plus courte.
Pour distiller un esprit acide, ou vinaigre, de tous les végétaux, comme herbes, bois, racines, semences &c.
P Remièrement, mets dans le fourneau un peu de charbons allumés, puis mets dessus
le bois qui doit être distillé, afin qu'il soit brûlé:
duquel pendant qu'il brûle fort un esprit
acide qui va dans le récipient, & étant condensé
il tombe dans un autre récipient, presque
semblable au vinaigre commun à sa senteur:
c'est pourquoi il est appelé le vinaigre du
bois.
Par cette manière tu peux tirer un esprit acide
de tous les bois, ou végétaux en grande quantité
& sans frais; d'autant que le bois qui est à distiller,
est mis sur une petite quantité de charbons
D
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50 La première Partie.
ardents, & sur celui-là d'autre: car l'un
allume l'autre. Cet esprit ne coûte pas davantage
que le prix du bois qui est à distiller, & de
là il y a une grande différence entre cette façon
de distiller & la commune, car outre les retortes,
il est requis un autre feu, & difficilement se
peut-il distiller hors d'une grande retorte, plus
d'une livre d'esprit, en l'espace de cinq ou six
heures. Mais dans la nôtre en l'espace d'un
jour, sans aucuns frais ni travail on en peut extraire
vingt ou trente livres, à cause que le bois
qui doit être distillé, doit être jeté immédiatement
dans le feu pour être distillé, & non en
pièces mais entier. Or cet esprit (étant rectifié)
peut commodément servir à diverses opérations
Chimiques: car il dissout aisément les
pierres des animaux, comme les yeux de cancres,
la pierre des perches, & carpes, coraux &
perles &c. de même que fait le vinaigre de vin.
Par son moyen aussi on dissout les verres des
métaux, comme l'étain, plomb, antimoine, qui
sont extraits & réduits en huiles douces.
Ce vinaigre étant pris tour seul par le dedans
provoque grandement les sueurs; c'est pourquoi
il est bon en beaucoup de maladies, spécialement
celui qui est fait de chêne, buis, gaïac,
genièvre, & autres bois pesants, car plus le
bois est pesant, plus il rend d'esprit acide.
Par le dehors il mondifie les ulcères, blessures,
consolide, éteint & mitige les inflammations
causées par le feu, guérit la galle, spécialement
la décoction du même bois étant faite avec
ledit vinaigre, étant mêlé avec eau chaude pour
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Des Fourneaux Philosophiques. 51
un bain des parties basses du corps, il guérit les
maladies occultes des femmes, comme aussi
les ulcères malins des jambes.
Pour les raisons susdites, cet esprit mérite
bien d'avoir une place dans les boutiques des
Apothicaires, dont il est injustement rejeté, vu
qu'il est aisé à faire dans la distillation de l'absinthe
& autres végétaux. Il reste au fonds du
fourneau des cendres, lesquelles étant extraites
avec eau chaude, il s'en tire un sel par décoction,
lequel étant derechef dissous par son esprit
ou vinaigre & filtré, le flegme étant évaporé,
& après mis dans un lieu froid, se réduit en
un sel cristallin, qui est de bon goût, ne sentant
pas la lessive, & ne se fondant pas à l'air comme
les autres sels. Ce sel à plus d'efficace (étant
réduit en cristaux par son propre esprit) que celui
qui est fait par le moyen du soufre, ou par
l'eau forte, & l'huile de vitriol, & autres voies
que les Chimiques & Apothicaires ont en
usage.
L'esprit de Papier & de linge.
L Es pièces de linge assemblées de chez les Lingères, & jetées dans le fourneau sur les
charbons ardents, rendent un esprit acide, lequel
teint les ongles, le cuir & le poil d'une couleur
jaune, remet les membres détruits par le froid,
il est bon pour la gangrène & érysipèles, si on
trempe un linge dedans & l'applique dessus &c.
l'esprit de pièces de papier fait le même.
D ij
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52 La première Partie.
Esprit de Soie.
D E la façon susdite on tire un esprit des pièces de soie, lequel n'est pas si rude que celui
du linge & du papier, & même ne teint pas
le cuir, mais il est excellent aux vieilles & nouvelles
plaies, & rend le cuir très beau.
Esprit du poil des hommes & autres animaux, comme aussi des cornes.
O N tire aussi un esprit des cornes & des poils, mais il est très fétide, c'est pourquoi
il n'est pas si bon pour l'usage, quoi qu'autrement
il peut servir à divers Arts: étant rectifié
il devient clair ayant l'odeur de l'esprit d'urine, il
dissout le soufre commun, & rend une eau qui
guérit la galle en fort peu de temps.
A quoi aussi sont propres les morceaux des
draps qui ne sont pas teints, étant jetés en bonne
quantité dans le fourneau, les pièces de draps
trempées dans cet esprit & pendues dans les vignes
& dans les champs, empêchent les cerfs &
les sangliers d'y entrer, d'autant qu'ils craignent
l'odeur de cet esprit.
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Des Fourneaux Philosophiques. 53
L'esprit de Vinaigre, de miel, & de Sucre.
C Elui qui voudra distiller des choses liquides, doit jeter des charbons ardents dedans,
comme par exemple dans le Vinaigre
étant dans le fourneau; ou si c'est du miel, ou
du sucre, faites-les premièrement dissoudre dans
de l'eau, & par ce moyen ils seront bus par les
charbons, & en étant imprégnés, il les faut
après jeter à diverses fois dans le fourneau pour
être brûlés; & lors que les charbons brûlent,
ce qui est incombustible fort dehors, & par ce
moyen on peut distiller les choses liquides en
grande quantité.
Le Vinaigre qui est distillé de cette manière,
est de la même nature que celui qui est distillé
par les vaisseaux clos.
Mais le miel & le sucre qui sont distillés par
cette manière sont un peu altérés & acquièrent
d'autres vertus: mais je montrerai dans la seconde
Partie, comme quoi on les peut distiller
sans perte de leur esprit volatil, & par cette
même voie toutes choses liquides peuvent
être bues par les charbons ardents & être
distillées.
Pour l'usage du vinaigre distillé on en peut
dire beaucoup de choses, mais parce que les livres
des Chimistes en traitent assez abondamment,
il serait inutile de répéter ce qu'ils ont
écrit. Or ceci vaut bien la peine d'en prendre
D iij
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54 La première Partie.
connaissance: c'est que le vinaigre le plus âcre
a une grande affinité avec quelques métaux, lesquels
par son moyen sont extraits, dissous
& réduits en médicaments. Certes beaucoup de
choses peuvent être faites par son moyen, comme
le témoignent tous les Livres des Chimistes.
Mais il y a un autre Vinaigre, duquel il est
souventes fois parlé dans les Livres des Philosophes,
par le moyen duquel on fait quantité
de belles choses dans la solution des métaux,
son nom a été tenu dans le silence par les anciens,
& je n'en traite point en cet endroit, d'autant
qu'il ne saurait être fait par ce fourneau,
mais j'en traiterai ailleurs.
Comment il faut tirer les esprits du sel de tartre, du tartre vitriolé, de l'esprit de sel tartarisé, & d'autres semblables sels fixes.
L Es Chimistes ont presque tous été de cette opinion, qu'il ne se pourrait tirer un esprit
du sel de tartre, & autres sels fixes. Car l'expérience
nous fait voir que par les retortes on
n'en tire que peu ou point du tout, comme j'ai
souvent expérimenté auparavant l'invention de
ce fourneau. La raison de cela est l'addition du
sable, terre, bol, poudre de brique &c. pour
empêcher la fleur du sel de tartre, étant dispersé
par ce moyen; cela a été fait par l'ignorance
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Des Fourneaux Philosophiques. 55
des Auteurs, qui n'ont pas connu les
propriétés du sel de tartre. Car les choses pierreuses,
comme le sable, les pierres, le bol &c.
étant mêlés avec le sel de tartre, sentant la
chaleur du feu, & étant rougis ensemble, ils se
joignent exactement de telle façon, qu'on n'en
saurait tirer l'esprit, qui devient une pierre très
dure. Car le sable, & autres choses qui lui ressemblent,
ont une si grande affinité avec le sel
de tartre, que lors qu'ils sont une fois unis il est
difficile qu'ils puissent être séparés; néanmoins
il se peut faire par l'addition de pur sable ou
pierres: d'autant que toute la substance du sel
de tartre peut être tournée en esprit en l'espace
d'une ou de deux heures, comme il sera dit dans
la seconde Partie. Il excède tous autres médicaments
en vertu pour la cure de la pierre & de la
goutte. Et si par le régime de l'art est laissée une
tête morte dans cette distillation, étant dissoute
à l'air elle a le pouvoir de putréfier les métaux
étant préparés & mêlés avec, en l'espace de
peu d'heures, de telle façon qu'elle les fera devenir
noirs, & croître de même que des arbres
avec leurs racines, troncs, & branche, & plus
longtemps vous les *lairrez comme cela, & meilleurs
en seront-ils.
De la chaux de Saturne subtilisée, & du sel de
tartre, il s'en peut faire un esprit graduatoire qui
a de grandes vertus dans la Médecine & Alchimie,
il s'en fait par *delique de la tête morte une
liqueur verte qui a de grandes vertus: ce qui témoigne
bien que Saturne n'est pas la plus basse
des planètes, c'est assez dit pour les sages.
D iiij
Note du traducteur :
*lairrez: laisserez, abandonnerez.
*delique: déliquescence, liquéfaction.
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56 La première Partie.
Et de même façon est fait le lait virginal, & le sang de dragon Philosophique.
Q Uelquefois il se trouve une certaine terre ou bol, qui a une affinité avec le tartre, lequel
étant mêlé avec le sel de tartre, rend un
esprit en petite quantité, mais dans ce fourneau
toutes les choses fixes peuvent être élevées,
d'autant que les espèces n'y étant pas enfermé
mais dispersées, & jetées sur le feu, sont élevées
au travers de l'air, & étant refroidies dans les
récipients sont derechef condensées, ce qui ne se
peut si bien faire par une retorte fermée.
Celui donc qui voudra faire l'esprit de tartre,
n'a besoin d'autre chose que de jeter le tartre
calciné dans le feu, & il s'en ira tout en esprit:
mais alors il est nécessaire d'avoir des récipients
de verre, d'autant que ceux de terre ne
les sauraient retenir.
C'est ici le moyen par lequel tous les sels fixes
sont distillés en esprit par le premier fourneau,
dans le second il peut être mieux fait &
plus aisément, où nous décrirons la préparation
& l'usage tout ensemble.
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Des Fourneaux Philosophiques. 57
Les Esprits, Fleurs, & Sels, des minéraux & des pierres.
P Ar cette voie les Esprits de tous les minéraux peuvent être élevés, & aussi des pierres,
sans addition d'autre chose: pourvu néanmoins
que les minéraux & pierres, comme pierres
à feu, cristal, talc, pierre calamine, marcassite,
antimoine, étant broyés, soient jetés avec
une cuillère de fer sur les charbons, & ensemble
avec un certain esprit acide, s'élèveront des
fleurs & quelque sel, lesquels il faut par après laver
& ôter du récipient & les filtrer, & les fleurs
resteront dans le papier à filtrer: l'eau, l'esprit &
le sel passeront au travers du filtre, tous lesquels
peuvent être rectifiés & gardés chacun séparément
pour leur propre usage. Mais il te faut
bien choisir des minéraux qui n'aient point senti
le feu, si tu désires en avoir l'esprit.
Le moyen de réduire les métaux minéraux en fleurs, & de leurs vertus.
J Usqu'à présent les fleurs des métaux & des minéraux n'ont pas été en usage, excepté
les fleurs d'antimoine & de soufre, lesquelles
se subliment aisément, car les Chimistes n'ont
pas osé entreprendre la sublimation des autres
minéraux & métaux fixes, étant contents de leur
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58 La première Partie.
dissolution avec eau forte, & eaux corrosives,
les précipitant avec la liqueur de sel de tartre,
après les édulcorant & faisant sécher. Les ayant
préparés comme cela, ils les ont appelés leurs
fleurs: or par mes fleurs j'entends cette matière;
laquelle par le moyen du feu sans addition d'autre
chose, est sublimée & changée en une poudre
subtile, qui ne peut être aperçue par les dents
ni par les yeux, laquelle peut (à mon jugement
passer pour les vraies fleurs; mais les fleurs que
les autres font sont corporelles, & ne sauraient
être si bien édulcorées, retenant quelque goût
salé en elles, comme il se peut voir par l'augmentation
de leurs poids, étant par conséquent
dangereuses aux yeux & autres parties.
Mais nos fleurs étant sublimées toutes seules
par la force du feu, ne sont pas seulement sans
aucun fiel, mais sont si subtiles, qu'étant prises
par dedans elles opèrent incontinent, & font voir
leur vertu selon la volonté du Médecin, & leur
préparation n'est pas si chère.
Comme aussi les métaux & minéraux sont
mûris & amendés dans leur sublimation, afin
qu'on s'en puisse servir avec plus de sûreté, mais
en d'autres préparations ils sont plutôt détruits
& corrompus, comme l'expérience le témoigne:
J'enseignerai présentement la manière
de faire ces fleurs de chaque métal en particulier,
afin que l'artiste n'erre point dans la préparation,
& premièrement.
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Des Fourneaux Philosophiques. 59
De l'Or & de L'Argent.
L Or & l'Argent sont difficilement réduits en fleurs, à cause que beaucoup sont d'opinion
qu'il n'y a rien qui sorte d'eux dans le feu particulièrement
de l'or, quoi qu'il fût laissé là pour
toujours, & quoi que cela soit vrai, que rien
ne sorte de l'or dans le feu, quoi qu'il y demeure
un longtemps, & fort peu hors de l'argent,
excepté qu'il y ait du cuivre ou autre métal mêlé,
lequel s'évapore peu à peu.
Sur quoi je dis que quoi que cela soit, néanmoins
étant rompus, subtilisés & jetés sur les
charbons, & comme cela dispersés, ils peuvent
être sublimés & réduits en fleurs par la force
du feu & l'assistance de l'air.
Mais d'autant que les susdits métaux sont
chers, & de grand prix, & le fourneau & les récipients
devant être grands, je ne désire pas que
personne les y jette, particulièrement l'or, à cause
qu'il ne se recouvrerait pas tout, mais à ceux
qui désireront faire les fleurs, je leur montrerai
une autre voie dans la seconde Partie, par laquelle
ils les pourront faire sans aucune perte du
métal, là où je renvoie le Lecteur, car ce fourneau
ne sert que pour les métaux & minéraux
qui ne sont pas si précieux, desquels quoi qu'on en
perde une partie ce n'est pas grand'chose, ceci
soit dit pour faire voir que l'or & l'argent quoi
que fixes, peuvent être sublimés: Or les autres
métaux sont sublimés plus aisément, mais l'un
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60 La première Partie.
plus facilement que l'autre, & ils n'ont pas besoin
d'autre préparation que de les mettre en
grenaille auparavant que les jeter au feu.
Fleurs de fer & de cuivre.
P Rends limaille de fer ou de cuivre, autant qu'il te plaira, jette-la avec une cuillère de
fer sur les charbons ardents, en la dispersant, &
il se lèvera hors du fer une poudre rouge; mais
hors du cuivre une verte, & se sublimeront dans
les vaisseaux sublimatoires, & lors que le feu se
diminue il le faut renouveler avec des charbons
frais, & continuer de jeter de la limaille tant
que tu aies une quantité suffisante de fleurs,
alors laisse les refroidir: ce fait ôte les vaisseaux
sublimatoires, & en ôte les fleurs & les garde;
car elles sont très bonnes si elles sont mêlées
avec des onguents & emplâtres: & étant prises
par dedans provoquent le vomissement; c'est
pourquoi elles sont meilleures pour la Chirurgie,
il n'y a presque rien qui leur puisse être
égalé. Le cuivre étant dissous en esprit de sel,
précipité avec l'huile de vitriol, édulcoré séché
& sublimé, rend des fleurs, lesquelles étant
dissoutes à l'air en huile verte, sont très excellentes
pour les blessures. Et pour les vieux &
putréfiés ulcères, c'est un précieux trésor.
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Des Fourneaux Philosophiques. 61
Fleurs de Plomb & d'Etain.
T U n'as pas besoin de réduire ces métaux en limaille, il suffit de les jeter une pièce après
l'autre, mais il faut mettre sous la grille un plat
de terre verni, rempli d'eau, pour ramasser ce
qui tombe fondu en bas, lequel tu tireras hors,
& le jetteras derechef sur le feu, & réitéreras cela,
tant que tout soit réduit en fleurs, lesquelles
tu tireras après que le vaisseau sera froid, comme
a été dit des fleurs de Mars & Vénus. Ces fleurs
sont excellentes & étant mêlées avec les emplâtres
& onguents pour vieilles & nouvelles
plaies, car elles ont plus de vertu pour dessécher
que les métaux calcinés, comme l'expérience le
certifie.
Du Mercure.
C Elui-ci est aisément réduit en fleurs, à cause qu'il est grandement volatil, mais non
par la susdite voie, d'autant qu'il saute dans le
feu, & cherche à descendre. Mais si tu désires
d'en avoir les fleurs, mêle-le premièrement
avec du soufre, afin que tu le puisses pulvériser,
& le jette étant mortifié, & si tu jettes dans
un creuset rougi au fourneau un peu de mercure
de temps en temps avec une cuillère, il montera
incontinent en haut, & une partie se résoudra
en eau acide, laquelle doit être préférée aux
@
62 La première Partie.
fleurs selon mon jugement, & le reste du mercure
passe dans le récipient, mais à cette affaire
il est nécessaire d'avoir des vaisseaux de verre,
d'autant que la susdite eau se perd dans la terre,
cette eau sans nul doute fait quelque chose
dans la Chimie: elle est aussi bonne appliquée
par dehors, pour la galle, & ulcères vénériens.
Les fleurs du Zinc.
C 'Est un métal admirable, & qu'on a trouvé par l'anatomie spagirique être un pur
souffre d'or *immûr: étant mis sur les charbons
ardents il s'enfuit soudainement, étant enflammé:
une partie duquel brûle comme soufre,
avec une flamme d'autre couleur d'or pourpré,
& rend de très belles fleurs blanches, &
légères.
Leur usage.
E Tant données depuis 4. 5. 6. jusques à 12. grains, elles provoquent grandement la
sueur, & quelquefois le vomissement, & les selles,
selon la disposition du mal. Les vertus de
ces fleurs étant mises en usage par le dehors
font des effets incroyables; On ne saurait trouver
des fleurs meilleures, car elles ne consolident
pas seulement avec promptitude la chair
des plaies nouvelles: mais aussi des vieilles, telles
que sont celles qui jettent de l'eau, en quoi
Note du traducteur :
*immûr: non mûr.
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Des Fourneaux Philosophiques. 63
elles surpassent tous autres médicaments, ayant
une telle sécheresse jointe avec une vertu consolidante,
de telle sorte qu'elles font toujours
des effets incroyables. On s'en peut servir de diverses
façons, comme de mettre de la poudre
seule par dessus, puis un emplâtre *stictique, ou
en faire un onguent avec miel & le mettre aux
blessures: on les peut faire bouillir avec onguents
à consistance dure pour en faire des suppositoires
à mettre dans les blessures, puis les
couvrir d'un emplâtre, & se garder de l'air,
étant appliquées de cette façon, elles guérissent
fondamentalement, étant aussi mêlées avec
emplâtres elles font des merveilles.
Si elles sont mêlées avec une eau rose, ou
eau de pluie, tant qu'elles soient unies ensemble,
& qu'après on mette quelques gouttes de ce
mélange dans les yeux tous les jours, cette eau
ne cède à autre ophtalmique pour les guérir.
Ces fleurs étant reçues sur un linge, & jetées
sur les endroits ou les enfants ont été échauffés
par leur urine (ce lieu étant premier
lavé avec eau) les guérit promptement. Elles
guérissent aussi promptement toute sorte d'excoriation,
qui a été contrariée pour avoir été
longtemps malade, si on en jette dessus.
Ces fleurs se dissolvent aussi plus facilement
dans les eaux corrosives, que les autres métaux
& minéraux, & jamais leur esprit ne les quitte
au feu, & ne distille qu'une eau insipide, laissant
une huile grasse & épaisse, comme a été
dit ci dessus de la pierre calamine, servant pour
les mêmes usages, mais avec plus d'efficace que
Note du traducteur :
*stictique: Terme de chimie. Acide stictique, acide
amer qui accompagne la cétrarine,mais en est distinct.
@
64 La première Partie.
l'autre, cet esprit étant poussé hors par la violence
du feu, acquiert une telle force, qu'il est
presque impossible de le garder, & non seulement
l'esprit de sel, mais aussi l'eau forte, & l'eau
royale peuvent être exaltées par ce moyen,
de telle façon qu'ils seront capables de faire de
grandes choses dans la séparation des métaux.
Ce n'est pas ici le lieu d'en parler, ce sera dans la
quatrième Partie.
Or tu n'as pas besoin de choisir des fleurs pour
ce travail, d'autant que le zinc cru fait le même,
quoi que les fleurs un peu mieux; d'où il
apparaît qu'un métal contracte un plus haut
degré de sécheresse dans la sublimation.
Fleurs d'Antimoine.
I L n'y a point de difficulté à faire les fleurs d'antimoine, car les Chimistes les ont mises,
en usage il y a longtemps, & à cause que leur
préparation était ennuyeuse, elles n'étaient
pas vendues à un bas prix.
C'est pourquoi personne n'a eu la volonté d'essayer
autre chose en elles, d'autant qu'on ne s'en
servait que pour faire vomir, la dose desquelles
était depuis 1. 2. 3. 4. jusqu'à 8. & 10. grains
pour les maux de l'estomac, & de la tête,
comme aussi aux fièvres, peste, vérole &c. & il
ne se faut pas étonner si les Chimistes n'ont pas
essayé plus avant, car il se trouve des hommes
en ce temps ici qui se persuadent eux-mêmes
qu'il n'y a rien qui n'ait été connu par les anciens
ciens
@
Des Fourneaux Philosophiques. 65
sages, mais à la vérité cette opinion est
grandement erronée, comme si Dieu avait tout
donné aux anciens, & n'eut rien réservé pour
ceux qui sont venus après, & même ils n'entendent
pas la nature dans leurs opérations, laquelle
travaille continuellement, & ne se lasse
jamais, &c. mais quoi qu'il en soit, il est évident
que Dieu a révélé en ce temps des choses
occultes, & il ne cessera de faire le même jusques
à la fin du monde.
Mais pour revenir à notre discours, qui est
de montrer une voie plus aisée pour faire les
fleurs d'antimoine, par laquelle on en pourra
faire quantité, & qui puissent servir à d'autres
usages.
Prends de l'antimoine cru en poudre autant
qu'il te plaira, mais premier faits rougir ton fourneau,
alors jette dedans à une fois une livre ou
environ d'antimoine, la disposant sur les charbons;
& il fluera incontinent, & se mêlera
avec les charbons, & par la force du feu il sublimera
au travers de l'air dans les récipients ou
pots comme une nuée, & se coagulera en fleurs
blanches. Note que lors que les premiers charbons
sont brûlés, il en faut mettre d'autres dedans
pour continuer la sublimation, & il les faut
allumer avant les mettre dedans, autrement la
poudre des charbons montera avec les fleurs, &
leur donnera une couleur grise; mais il n'importe
pas si tu ne désires t'en servir pour provoquer
le vomissement, car il n'y a point de danger
d'autant que cette couleur ne provient que de
la fumée du charbon, sur quoi tu ne dois avoir
E
@
66 La première Partie.
nulle crainte, mais que celui à qui cette couleur
déplaît, allume les charbons avant les mettre
au fourneau, & pour lors il aura des fleurs
blanches. Il ne faut pas aussi fermer le trou du
milieu, par où les charbons & l'antimoine sont
jetés dedans, afin que le feu brûle plus aisément,
autrement les fleurs du pot plus haut seraient
jaunes & rouges, à cause du soufre de
l'antimoine, lequel est sublimé plus haut que le
régule: or vous pouvez par cette voie faire
une livre de fleurs avec 3. 4. ou 5 livres de charbons,
car il s'en va fort peu de l'antimoine, le
soufre combustible se brûle, & tout le reste,
va en fleurs. Il faut avoir soin d'avoir quantité
de pots sublimatoires, car il est requis un grand
espace pour la sublimation de ces fleurs.
Les fleurs préparées par cette manière, ne
sont pas si chères que celles qui sont préparées
de l'autre façon, & aussi elles ne sont pas si
violentes, étant faites à feu de flamme ouvert,
car elles ne provoquent pas le vomissement
avec tant de violence; de plus les fleurs du pot
plus bas proche du feu ne sont pas vomitives,
mais diaphorétiques, comme si elles avaient
été préparées par le nitre: car celles-ci sont
corrigées par le feu, & par ce moyen en une
même préparation, on fait diverses fleurs ayant
diverses opérations; car les fleurs du pot bas
sont diaphorétiques, celles du milieu vomitives,
& celles du dessus violemment vomitives:
car plus elles ont souffert du feu, elles sont d'autant
mieux corrigées; d'où provient la diversité
de leur pouvoir, c'est pourquoi il les faut
@
Des Fourneaux Philosophiques. 67
garder séparément, les plus hautes pour les emplâtres,
ou pour faire du beurre ou huile soit
doux ou corrosifs, celles du milieu pour purger
& vomir, & les basses pour suer, étant plus excellentes
que le
bézoard minéral, ou l'antimoine
diaphorétique, fait avec le nitre. En vérité je ne
pense pas qu'il y ait une voie plus aisée que la
nôtre pour faire des fleurs vomitives & diaphorétiques,
mais pour leur usage, il faut que
tu saches que celles qui sont vomitives doivent
être données à ceux qui sont forts & accoutumés
à vomir: mais aux enfants & vieilles
gens avec discrétion, comme a été dit du beurre
d'antimoine: Pour celles qui sont diaphorétiques,
elles peuvent être données sans danger
aux jeunes & aux vieux, aux sains & aux malades,
en toutes affections qui requièrent la sueur,
comme en la peste, vérole, scorbut, lèpre, fièvres
&c. la dose est depuis, 3. 6. 9. 12. jusques à
24. grains avec de propres véhicules pour suer
dans le lit, car elles détruisent les mauvaises
humeurs, tant par les sueurs que par les urines,
d'autant que celles qui sont vomitives sont en plus
grande quantité que celles qui sont diaphorétiques,
& qui ne sont pas si nécessaires que celles-ci,
il est expédient que je te montre comme
quoi il faut changer les vomitives en
diaphorétiques. Cela se peut faire de trois façons,
les deux premières ayant déjà été montrées
concernant le beurre d'antimoine, fait
des fleurs avec esprit de sel, la troisième est celle-ci.
Mets les fleurs d'antimoine dans un creuset
couvert (sans luter) afin que rien ne tombe
E ij
@
68 La première Partie.
dedans, & ainsi les mets toutes seules à feu médiocre,
de telle façon qu'elles ne fondent point,
mais qu'elles rougissent l'espace de peu d'heures,
après laisse les refroidir, car elles sont fixes
& diaphorétiques, quoi qu'elles aient auparavant
fait attraction de quelque *jauneur ou couleur
de cendres, néanmoins par ce moyen elles
sont rendues blanches & belles, fixes & diaphorétiques.
On se sert aussi de telles fleurs aux
emplâtres *stictiques à cause de la nature sèche,
de laquelle elles sont douées.
Elles sont aussi fondues en verre transparent,
& il n'y a point de meilleure voie ni plus aisée
pour réduire l'antimoine sans addition en verre
transparent:, que lors que l'antimoine est
premièrement sublimé, puis fondu en verre.
Cette sublimation sert en lieu de calcination,
& par ce moyen vingt livres sont plutôt sublimées
que de l'autre façon une livre n'est réduite
en chaux.
Et il n'y a point de danger d'être incommodé
des fumées, d'autant qu'après avoir jeté
l'antimoine dans le feu, vous pouvez vous retirer,
ce qui est une douce & aisée calcination; là
où par la voie commune il faut que l'artiste soit
continuellement présent pour remuer la matière,
ou autrement retirer la matière lors qu'elle
s'est prise ensemble, pour la broyer derechef,
par où il a beaucoup à faire, auparavant que la
matière devienne blanche, mais par notre voie
la matière est suffisamment blanche à la première
fois, & plus que par la commune calcination
& agitation; c'est pourquoi je suppose
Note du traducteur :
*jauneur: couleur jaune.
*stictique: Terme de chimie. Acide stictique, acide
amer qui accompagne la cétrarine, mais en est distinct.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 69
que j'ai montré la plus aisée façon à ceux qui
désireront faire le verre d'antimoine, laquelle
étant apprise, j'espère qu'il n'y a point d'homme
si fou qui veuille aller par une voie si ennuyeuse
que celle des anciens, mais qu'il suivra
mon instruction, par laquelle toute sorte de
Médecins seront capables de préparer eux-
mêmes les fleurs vomitives & diaphorétiques,
& aussi le verre d'antimoine transparent.
De ces fleurs on en peut faire des huiles
douces & corrosives, & autres médicaments,
comme a été dit de l'esprit de sel, & sera encore
ci-après dans la seconde Partie.
Celui qui veut faire les fleurs du régule plus
belles que celles qui ont été faites de l'antimoine
cru, doit le jeter en poudre sur le feu, &
procéder en toutes choses comme dessus, & il
les aura faites &c. car elles sont aisément sublimées:
or comme quoi le régule peut être fait
avec facilité, tu le trouveras dans la quatrième
Partie. Les scories sont aussi sublimées de telle
façon que rien ne se perd: mais celui qui voudra
faire des fleurs qui se dissolvent en liqueur
à l'air, il faut qu'il ait du tartre calciné ou autre
sel fixe végétable, & il aura des fleurs qui se
résoudront en liqueur: mais celui qui voudra
faire des fleurs rouges, aussi bien celles qui sont
diaphorétiques, que celles qui sont purgatives,
y mêlera du fer, & il aura des fleurs semblables
au cinabre, & s'il les désire vertes, qu'il y mêle
du cuivre, & de couleur de pourpre, avec la
pierre calamine.
E iij
@
70 La première Partie.
De même façon on peut faire les fleurs de
tous les minéraux, soit fixes ou volatils: car
étant jetés dans le feu ils sont forcés de fuir
en haut, & peuvent servir diversement dans la
Chirurgie, dans les emplâtres & onguents:
car elles sont grandement astringentes & desséchantes,
particulièrement celles qui sont faites
de la pierre calamine, celles qui sont faites
des marcassites d'or & d'argent ne doivent pas
être méprisées: celles qui sont faites d'arsenic
& orpiment sont des poisons, mais on s'en
sert pour l'usage des peintres. L'arsenic & l'orpiment
étant calcinés avec le nitre, & après
sublimés, donnent des fleurs qui peuvent être
prises doucement par le dedans, chassant toute
sorte de poisons par les selles & les sueurs; car
elles sont corrigées par deux façons, la première
par le nitre, la seconde par le feu en les sublimant;
c'est pourquoi on ne doit pas les
craindre, vu que l'antimoine aussi était un
poison avant la préparation, & plus grand est le
poison auparavant la préparation, plus est-il
aussi par après une excellente médecine.
Il est parlé des fleurs de soufre dans la seconde
Partie, & elles pourraient aussi être faites
par ce fourneau, sa nature & propriétés
étant connues par un artiste expert, autrement
il se brûlerait.
De même les pierres étant préparées sont
réduites en fleurs, & beaucoup d'autres choses,
desquelles il n'est pas nécessaire de parler, mais
que celui qui s'y plaît en fasse l'épreuve.
Or je ne doute point que je ne t'aie montré
@
Des Fourneaux Philosophiques. 71
pleinement & clairement, comme quoi les
distillations se font par notre premier fourneau,
c'est pourquoi je veux finir à présent.
Celui qui connaîtra & entendra la fabrique
de ce fourneau (ce qui peut être entendu par la
description qui en a été faite) avec son usage,
ne déniera pas que je n'aie fait un bon travail,
& ne désapprouvera pas mon labeur.
C'est ici la meilleure manière pour distiller
& sublimer les choses incombustibles. Dans la
seconde partie, tu trouveras un autre fourneau,
dans lequel sont distillées les choses combustibles
& les esprits très subtils. Le premier fourneau
sert aussi à d'autres usages, comme pour
la séparation du pur de l'impur des métaux, &
pour faire le sel central, & l'humide radical de
tous. Mais cela ne peut être fait de la façon
susdite, par laquelle les choses sont jetées sur
le feu, pour en avoir les fleurs & esprits: mais
par une certaine façon secrète & Philosophique
par le pouvoir d'un certain feu secret qui
a été caché par les Philosophes, (lequel je ne
prostitue pas à tout le monde,) il suffit que je
t'aie donné une entrée pour chercher plus
avant, & que j'aie montré le chemin aux autres.
Fin de la première Partie.
@
S E C O N D E
P A R T I E
D E S
N
O V V E A V X
F
O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
D A N S L A Q V E L L E E S T D E S C R I T E L A proprieté du second Fourneau, par le moyen duquel
on peut distiller toutes sortes de volatils, subtils &
combustibles, vegetaux, animaux & mineraux, par
vne voye courte, iusqu'à present inconnuë, par laquelle
il ne se perd rien du tout, retenant iusqu'aux
esprits les plus subtils, ce qui ne se peut faire par les
retortes, & autres vaisseaux.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et mise en François
Par LE SIEVR DV TEIL.
Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
----------------------------------------------
M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@
Page de gravures manquante.
Remplacée par une reproduction extraite d'un autre
ouvrage.
A. Le fourneau auec son instrument de fer et son recipient. B. L'artiste
qui de sa main droicte oste le couuercle, et de la gauche iette la matiere dedans. bo~s
C. La figure exterieure du vaisseau. D. La figure interieure. E. Un autre vaisseau qui est sur les char
@
1
L
A S E C O N D E P A R T I E.
Des Fourneaux Philosophiques.
----------------------------------------------
D E L A C O N S T R U C T I O N
du second Fourneau.

E vaisseau pour distiller doit être
fait de fer, ou de bonne terre, telle
qui puisse soutenir la violence
du feu, de quoi il sera parlé dans
la cinquième Partie; tu la peux
faire aussi petite & aussi grande qu'il te plaira
selon la quantité, celle de fer est fort propre
pour s'en servire pour les esprits qui ne sont pas
fort rudes ni corrosifs, autrement ils corroderaient
le vaisseau: Mais on se doit servir de celle
de terre pour telles choses, qui montrent
leur vertu sur le fer, & qui le font fondre comme
le soufre, antimoine & semblables, c'est
a
@
2 La seconde Partie.
pourquoi il faut que tu aies deux semblables
vaisseaux, un de fer, & un de terre, pour servir
à ces deux sortes de matières corrosives & non
corrosives, il faut que tu aies des vaisseaux &
fourneaux pour leurs distillations, qui ne
puissent être gâtés par des choses qui leur
soient contraires.
Le vaisseau est montré par la figure précédente.
La partie plus basse est quelque peu
plus ample que la partie supérieure, & deux
fois aussi haut que large, ayant en haut un orifice
avec certaine distinction de profondeur d'un
travers doigt pour le moins, pour recevoir le
couvercle ayant une oreille, afin qu'avec la
pincette il puisse être ôté & remis à ton gré,
avec aussi une épaule qui réponde à la distinction
de la susdite partie inférieure. Il faut aussi
que la partie inférieure ait trois épaules collatérales,
desquelles elle s'appuie aux murailles
du fourneau, qui doit être des communes distillatoires
avec un couvercle, comme il se voit
par la figure: & si tu ne veux pas avoir de Fourneau,
tu n'auras pas besoin de ces trois épaules,
pourvu que le vaisseau distillatoire soit
plat dans le fond, ou qu'il ait des pieds dont le
tuyau soit long de demi pied, plus étroit en
la partie antérieure qu'en la postérieure, qu'il
sorte d'auprès la susdite distinction, étant destiné
à la distillation des esprits.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 3
La manière de distiller.
Q Uand tu voudras distiller, mets premièrement le feu dans le Fourneau, & faits rougir
le vaisseau distillatoire, mais s'il n'est pas
attaché au fourneau, mets le sur une grille, &
mets des pierres tout au tour, & des charbons
entre deux, & le fais rougir, & mets du plomb
fondu dans l'espace des deux bords, afin que
le couvercle, quand il est mis dessus se ferme
exactement, & que les esprits ne passent pas au
travers: ce fait prends un peu de la matière que
tu désires distiller, & la jette dedans, & tout incontinent
couvre-la de son couvercle, & les esprits
n'auront point d'autre passage qu'au travers
du canon, auquel il faut avoir appliqué un
grand récipient bien luté, & incontinent que
la matière commence à devenir chaude, elle
laisse aller son esprit, lequel sort dans le récipient:
& d'autant qu'on a jeté peu de matière
dedans, elle n'a pas le pouvoir de forcer le
lut, ni de rompre le récipient; mais il faut
qu'elle se condense, ce fait jette encore un peu
de ta matière, couvre-la, & la laisse aller tant
qu'elle soit condensée, continuant ledit procédé
jusqu'à ce que tu aies assez d'esprit; prends
bien garde de ne jeter pas plus à la fois de matière
que le récipient est capable d'en contenir,
autrement il romprait, & si le vaisseau est plein
auparavant que la distillation soit finie, alors
ôte le couvercle, & avec une cuillère de fer
a ij
@
4 La seconde Partie.
tire hors la tête morte, & recommence de jeter
de la matière comme devant, mais peu à la
fois, continuant cela tant qu'il te plaira.
Comme cela tu en distilleras plus en un jour
dans un petit vaisseau, que tu ne saurais faire
de l'autre façon avec une grande retorte, & tu
ne dois pas craindre de perdre la moindre chose
des esprits subtils, ni de rompre le récipient
par l'abondance des esprits. Tu peux aussi laisser
ta distillation, & la commencer derechef
quand il te plaît, n'y ayant point de danger
que le feu ne soit trop violent, de façon qu'il
puisse faire aucun dommage, & par ce moyen
tu peux faire les esprits les plus subtils, ce qu'il
est impossible de faire par aucune retorte. Mais
si tu veux distiller un esprit subtil par la retorte,
comme le tartre, corne de cerf, sel armoniac,
& semblables, tu ne le saurais faire sans perte,
quoi qu'il ni eût que demie livre de matière:
car les esprits subtils sortant hors, s'efforcent de
pénétrer le lut s'il n'est bon, mais s'il est bon &
qu'ils ne puissent passer au travers, alors ils
rompent le récipient, à cause qu'il est impossible
qu'il puisse contenir une si grande quantité
d'esprits subtils à une fois, car lors qu'ils
viennent, ils viennent en si grande abondance, &
avec tant de violence, que le récipient ne les
saurait contenir, & comme cela il faut par nécessité
qu'ils s'enfuient, ou il faut qu'ils passent
au travers du lut, toutes lesquelles choses ne
sont pas à craindre ici, à cause qu'on n'en jette
qu'un peu à la fois, dont il ne saurait venir une
si grande quantité d'esprits, pour pouvoir rompre
@
Des Fourneaux Philosophiques. 5
le récipient, & lors qu'il ne sort plus d'esprits
& qu'ils sont condensés, alors il y faut jeter derechef
de la matière, continuant cela tant que
tu aies assez d'esprits. Après ôte le récipient,
& mets l'esprit dans des verres dont il sera parlé
au cinquième Livre parmi les choses manuelles,
là où il sera gardé avec assurance sans
danger d'être gâté ni évaporé.
De cette manière toutes choses, végétaux,
animaux, ou minéraux, peuvent être distillées
par ce fourneau, & beaucoup mieux que par la
retorte: particulièrement les esprits subtils
(ce qui ne saurait être fait de l'autre façon
de distillation, d'autant qu'ils passeraient au
travers du lut) sont sauvés par cette voie &
sont beaucoup meilleurs que les huiles pesantes,
qui sont communément prises pour esprits,
& ne le sont point, étant seulement des eaux
corrosives. Car la nature & qualité de l'esprit
est d'être volatil, pénétrant & subtil, & ceux-
là qu'on vend chez les Apothicaires ne sont pas
tels, comme sont les esprits de sel, vitriol, alun
& nitre, n'étant que des huiles pesantes, lesquelles
n'exhalent point de chaleur.
Car le véritable esprit propre pour l'usage de
la Médecine, doit venir plutôt que le flegme,
& non après, d'autant que toute chose qui est
plus pesante que le flegme, n'est pas un esprit
volatil, mais un esprit pesant, ou pour le mieux
nommer, une huile pesante & acide: & il se
voit par expérience que l'esprit de vitriol des
Apothicaires ne guérit pas l'épilepsie ou mal caduc,
laquelle vertu est attribuée à cet esprit, &
a iij
@
6 La seconde Partie.
à la vérité très justement: car le vrai esprit de
vitriol achève cette cure; semblablement leur
esprit de tartre comme ils l'appellent, n'est pas
un esprit, mais un flegme puant, ou vinaigre.
Je veux à présent montrer la manière de faire
ces véritables esprits, d'autant que beaucoup
de belles choses peuvent être faites par leur
moyen dans la Médecine. Cette façon de distiller
sert à ceux qui cherchent de bonnes médecines:
mais ceux qui ne se soucient pas si leurs
médecines sont bien préparées ou non, n'ont
pas besoin de prendre tant de peine que de bâtir
un tel fourneau, ni de faire leurs esprits
eux-mêmes, car en tout temps ils peuvent
acheter à bon marché une bonne quantité d'esprits
morts & sans vertu chez les Apothicaires
& autres qui en vendent.
C'est pourquoi il ne se faut pas étonner si
en ce temps on voit faire si peu d'effet aux médicaments
Chimiques, lesquels autrement sont
préférables à tous les Galénistes en bonté &
vertu. Mais les choses en sont venues à présent
à ce point, qu'un véritable Chimique, &
honnête fils d'Hermès est presque forcé de rougir,
lors qu'il entend parler les hommes des médecines
Chimiques, à cause qu'elles ne font pas
les miracles qu'on leur attribue, laquelle infamie
ne procède que de la négligence des Médecins,
quoi qu'ils se servent des Médecines
Chimiques, à cause qu'ils veulent être en réputation
de savoir plus que les autres: néanmoins
ils ont plus de soin de leur cuisine que
de la santé de leurs malades; & comme cela ils
@
Des Fourneaux Philosophiques. 7
achètent des mauvaises médecines mal préparées
par de faux Chimiques, & les mettent en
usage indiscrètement, par là ils font plus de mal
que de bien au malade, & mettent après tout
le blâme sur ce noble Art de la Chimie.
Mais un Médecin industrieux & soigneux,
ne sera pas honteux de faire ou préparer ses
Médecines lui-même, s'il lui est possible, ou
pour le moins prendre garde qu'elles soient préparées
par un bon & expérimenté artiste, avec
lesquelles il mérite plus de louange que ces
ignorants qui ne savent rendre raison de ce
qu'ils donnent aux malades.
Le moyen de faire l'huile acide & l'esprit volatil
de vitriol.
C I-devant j'ai dit comme il faut distiller en général, & tirer ces esprits subtils, il
reste maintenant à décrire les choses manuelles
qui servent pour chaque opération en particulier,
& premièrement,
Du vitriol.
P Our distiller le vitriol il n'est besoin d'autre préparation, mais seulement qu'il soit
bien séparé de ses impuretés, & s'il y a aucune
saleté dedans, il faut qu'elle soit ôtée soigneusement,
autrement l'esprit en sera corrompu.
Mais celui qui voudra travailler plus exactement,
qu'il le dissolve en eau claire, qu'il le
filtre, & évapore l'eau, tant qu'il apparaisse une
pellicule au dessus, puis le mets en un lieu froid,
a iiij
@
8 La seconde Partie.
tant qu'il se cristallise derechef en vitriol, &
pour lors tu es assuré qu'il n'y a point d'impureté
mêlée.
Or ton vaisseau étant rouge, jette dedans à
une fois une ou deux onces de ton vitriol avec
une cuillère de fer, couvre le, & tout incontinent
les esprits mêlés avec le flegme sortiront
dans le récipient semblables à une nuée blanche
ou à un brouillard, & étant passés & condensés,
jette d'avantage de vitriol, continuant comme
cela tant que le vaisseau soit plein: alors ôte
le couvercle, & avec des pincettes ou une cuillère
de fer tire hors la tête morte, & en jette
d'avantage dedans, & continue comme cela
tant qu'il re plaira, ôtant toujours la tête
morte, lors que le vaisseau est plein, & jette
d'avantage de matière dedans, continuant tant
que tu aies assez d'esprits. Alors tire hors le
feu, & laisse refroidir le fourneau: ôte le récipient,
& mets ce qui est dedans dans une retorte,
& mets la retorte sur le sable, & par un
feu doux distille l'esprit volatil hors de l'huile
pesante, ayant auparavant joint un récipient à la
retorte, étant bien luté, afin qu'il soit capable
de retenir des esprits si subtils. La façon duquel
sera montrée dans la cinquième Partie de ce
Livre parmi les choses manuelles.
Tout l'esprit volatil étant sorti, ce que tu
connaîtras lors qu'il tombera des gouttes plus
grosses, alors ôte le récipient, & le bouche bien
avec de la cire, crainte que l'esprit ne s'en aille,
alors applique un autre récipient sans lut, & reçois
le flegme aussi à part, & il restera dans la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
retorte une huile noire, pesante & corrosive,
laquelle tu peux rectifier si bon te semble, en lui
donnant un violent feu, sinon laisse refroidir
le tout, & tire hors la retorte avec l'huile noire,
& verse dessus l'esprit volatil, qui est sorti
le premier en la rectification, mets la retorte
dans le sable, & y applique un récipient, & lui
donne feu doux, & l'esprit volatil sortira tout
seul, laissant le flegme avec l'huile, laquelle le
retient aisément à cause de sa sécheresse: de
cette façon l'esprit étant affranchi de tout son
flegme, il devient aussi ardent que le feu, & n'est
pas corrosif. Si cet esprit n'est point rectifié
par sa propre huile il ne sera pas bon: mais il
se précipite en une poudre rouge lors qu'il a
demeuré quelque espace de temps, & l'esprit
perd toute sa vertu, de telle façon qu'il devient
semblable à l'eau commune, ce qui n'arrive pas
lors que l'esprit est rectifié. La cause de cette
précipitation n'est autre que la faiblesse de l'esprit,
qui est accompagné de trop d'eau, & par
là il n'est pas assez fort pour garder son soufre,
mais il faut qu'il le laisse abattre, lors qu'il
est rectifié avec son propre huile, il peut aisément
retenir son soufre, d'autant qu'il est
délivré de son humidité superflue. Quoi qu'il
en soit la poudre ne doit pas être jetée, mais
doit être gardée soigneusement, d'autant qu'elle
n'a pas moins de vertu que son esprit, & ce
n'est autre chose que le soufre volatil du vitriol,
il a de grandes vertus, dont nous ferons
mention de quelques-unes.
@
10 La seconde Partie.
L'usage & dose du soufre Narcotique du vitriol.
L A dose de ce soufre est depuis 1. 2. 3. 4. grains ou d'avantage, selon la condition
du malade, étant donné à une fois apaise toutes
douleurs, provoque un prompt sommeil:
non comme l'opium ou jusquiame, & autres
semblables médecines, qui causent le sommeil
par étourdissement, mais il fait son opération
fort doucement sans aucun danger du tout, &
de grandes maladies peuvent être guéries par
ce moyen. Paracelse l'a eu en grand estime,
comme tu peux voir, quand il écrit du soufre
*embrionné.
La vertu & l'usage de l'Esprit volatil du vitriol.
C Et esprit sulfureux & volatil de vitriol, est d'une qualité subtile & pénétrante, &
de très grande vertu & opération; car si on en
prend quelques gouttes pour faire suer, il pénètre
tout le corps, ouvre les obstructions, consume
les mauvaises humeurs, comme si c'était
un feu. C'est une excellente médecine pour l'épilepsie,
pour la folie ou rage appelée manie,
pour la suffocation de matrice, pour le scorbut,
& pour cette autre espèce de folie appelée
mélancolie hypocondriaque, & autres maladies
Note du traducteur :
*embrionné: ?.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
qui procèdent des obstructions & corruption
du sang; il est aussi bon contre la peste
& autres fièvres, mêlé avec esprit de vin, en
usant tous les jours, il fait des merveilles en
tous les accidents externes: comme aussi en l'apoplexie,
contraction & autres maladies des
nerfs, les membres affligés en étant frottés, il
pénètre la moelle même dans les os, il échauffe
& rafraîchit les nerfs refroidis & durcis, il
guérit la colique tout incontinent, si outre l'usage
interne, on en met un peu dans un clystère,
extérieurement appliqué il allège la douleur de
la goutte si on en oint la partie affectée, & ôte
toutes tumeurs & inflammations: il guérit la
galle, dartres & érysipèles, par dessus toute autre
médecine, il guérit les plaies nouvelles &
vieilles, comme fistules, cancers, loups &c,
il éteint toutes inflammations, brûlure, la gangrène,
dissipe & consume les nodus & excroissances
qui sont sur la peau. En un mot cet esprit,
que les sages anciens appelaient le soufre
des philosophes, fait effet généralement en toutes
maladies, & ses vertus ne sauraient être
suffisamment prisées ni exprimées; c'est une
chose étrange qu'une si excellente médecine se
trouve aujourd'hui si rarement.
S'il est mêlé avec de l'eau de fontaine, il lui
donne une aigreur agréable, son goût & sa vertu
est semblable.
Comme aussi par cet esprit beaucoup de maladies
peuvent être guéries dans la maison; de
sorte qu'il n'est pas nécessaire d'aller chercher
des bains fort éloignés. Je pourrais ici montrer
@
12 La seconde Partie.
une façon pour faire cet esprit en abondance
pour l'usage des bains, sans le distiller, par le
moyen duquel on peut faire des choses miraculeuses,
mais à cause de l'ingratitude des hommes,
il sera réservé pour un autre lieu.
La vertu & l'usage de l'huile corrosive de vitriol.
C Ette huile n'est pas beaucoup en usage dans la médecine, quoi qu'elle se trouve
presque dans toutes les boutiques d'Apothicaires,
qui s'en servent pour donner un goût acide
à leurs sirops & conserves: on la peut aussi mêler
avec eau de fontaine, & la donner aux maladies
chaudes, elle éteint la soif contre nature,
& rafraîchit les entrailles. Appliquée extérieurement,
elle nettoie les ulcères & plaies immondes,
séparant le pur de l'impur, & fait un
bon fondement pour la cure.
Comme aussi si elle est premièrement rectifiée,
elle dissout quelques métaux, & les réduit en
leurs vitriols, particulièrement Mars & Venus,
mais il y faut joindre de l'eau commune, autrement
elle ne travaillerait sur eux qu'avec difficulté,
la façon de le faire est celle-ci.
Le vitriol de Mars & de Venus.
P Rends de l'huile de vitriol pesante avec son flegme, mais que l'esprit volatil en ait été
tiré auparavant, autant qu'il te plaira, mets le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
dans un verre avec des lames de cuivre ou de
fer, mets le sur le sable chaud, laisse les bouillir
jusqu'à ce que l'huile ne dissolue plus du métal;
alors verse la liqueur, & la filtre par le papier
brun, & la mets dans une cucurbite de verre
qui soit basse, sur le sable, & laisse évaporer le
flegme tant qu'il paraisse dessus une pellicule,
alors laisse éteindre le feu, & quand le vaisseau
sera froid, mets le dedans une cave ou autre lieu
froid, & dans quelques jours tu auras de beaux
cristaux verts du fer, & verdâtres du cuivre, &
quelquefois bleuâtres, tire les hors & les sèche
sur du papier brun, & la liqueur qui reste
qui ne s'est pas tournée en vitriol, il la faut mettre
derechef sur le sable, & évaporer, réitérant
ledit procédé tant que toute la dissolution ou
liqueur filtrée soit tournée en vitriol. Ce vitriol
est meilleur, & plus pur que le commun; car il
rend un meilleur esprit volatil, & à cause de cela
j'ai écrit la façon de le faire, il se fait aussi un
très bon vitriol de ces deux métaux par le moyen
du soufre commun: mais parce que la façon
de le faire est plus ennuyeuse que la précédente,
je crois qu'il serait inutile de décrire sa préparation
en cet endroit.
La façon de faire un vitriol bleu de l'argent.
D Issous la limaille d'argent avec de l'huile de vitriol rectifié, y joignant de l'eau, mais
non pas tant comme au fer & au cuivre: ou
@
14 La seconde Partie.
bien ce qui est meilleur, dissous de la chaux d'argent
qui a été précipitée de l'eau forte, avec du
cuivre ou eau salée, la solution étant finie, verse
la & la filtre, & fais dégoutter dessus de l'esprit
d'urine ou de sel armoniac, si longtemps
qu'il bouillira, & presque tout l'argent se précipitera
derechef hors de l'huile, & tombera en
poudre blanche au fonds, mets l'argent précipité
& la liqueur ensemble dans un matras de
verre, & le fais bouillir sur le sable par vingt-
quatre heures, & la liqueur dissoudra derechef
presque toute la chaux d'argent précipitée, &
deviendra par ce moyen bleue: alors verse la
dissolution ou liqueur, & la filtre par le papier
brun, & en tire l'humidité tant que la pellicule
paraisse au dessus, puis la mets en lieu froid pour
se réduire en cristaux, & de la liqueur qui reste
fais comme tu as fait en la préparation du susdit
vitriol de fer & de cuivre.
Par ce moyen tu auras un excellent vitriol
d'argent, duquel l'usage est depuis 4. 5. 6. jusques
à 10. grains tout seul, & sera un bon purgatif,
particulièrement pour les maladies du
cerveau.
Si tu en as une bonne quantité, que tu en
puisses distiller l'esprit, tu n'auras pas seulement
un esprit acide, mais aussi un esprit volatil, lequel
est très excellent pour les infirmités du
cerveau: ce qui reste de la distillation peut être
derechef réduit en corps, de façon que tu ne
perds tien de l'argent, si ce n'est ce qui s'est tourné
en esprit.
De plus, cette huile acide de vitriol commun,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
précipite tous les métaux & pierres des bêtes
& poissons: comme aussi les perles & coraux,
étant premièrement dissous avec l'esprit de sel
ou de nitre, & en fait une belle & légère poudre,
laquelle est appelée par les Apothicaires
Magistère, & plus belle que celle qui est faite
par la précipitation du sel de tartre, particulièrement
celle de perles & coraux, comme aussi de
la mère des perles, & des coquilles, & leur donne
une aussi belle couleur que si c'était des perles
Orientales: ce qui n'a été connu que de fort
peu, qui l'ont gardé comme un grand secret.
Ces magistères ont été communément précipités
hors du vinaigre distillé par le sel de tartre,
lesquels n'étaient pas à égaler aux nôtres pour
la légèreté, blancheur & autres qualités: mais
si au lieu d'huile de vitriol tu prends de l'huile
de soufre, les poudres susdites seront plus belles
que celles qui sont faites par l'huile de vitriol,
de telle façon qu'elles peuvent servir pour
blanchir le visage ou peau noire.
Ayant fait mention des magistères, je ne saurais
m'empêcher de découvrir le grand abus
& erreur qui se commet en leur préparation.
Paracelse dans ses archidoxes enseigne à faire
des magistères qu'il appelle extrait de magistères:
mais quelques-uns de ses disciples enseignent
à faire des magistères précipités, qui sont
tous différents des autres. Paracelse est ouvertement
d'une autre opinion en la préparation
de ses magistères, que les autres ne sont en la
préparation des leurs: sans doute les magistères
de Paracelse étaient bonnes & cordiales médecines,
@
16 La seconde Partie.
là où les autres ne sont que des carcasses
mortes, & quoi qu'elles soient belles, blanches
& luisantes, néanmoins dans les effets
elles font voir que ce n'est qu'une terre & grosse
substance destituée de toute vertu.
Je ne nie point qu'on ne puisse extraire de bonnes
médecines des perles & des coraux, car
moi même j'en fais la description de quelques-
unes: mais non pas de leur façon, car quelle
bonté ou exaltation peut-on espérer de telles
préparations, où une matière pierreuse est dissoute
par des eaux corrosives, & précipitées derechef
en pierres? Ses vertus peuvent-elles être
augmentées par là? Non certainement, car on
sait fort bien que les esprits corrosifs ne brûlent
pas moins que le feu certaines choses; car
toutes ne sont pas améliorées par le feu ni par
les corrosifs, au contraire la plupart en sont
gâtées. Peut-être quelqu'un dira, que telles
préparations de magistères ne sont à autre fin
que pour les réduire en fine poudre, afin qu'elles
opèrent plus promptement, à quoi je réponds,
que les perles, les coraux, & autres de cette nature,
s'ils sont une fois dissous par les eaux corrosives,
puis précipités & édulcorés, ils ne peuvent
jamais ou bien difficilement être derechef
dissous par des esprits acides. C'est pourquoi il
est évident qu'ils ne sauraient être ouverts &
améliorés par telles préparations, mais au contraire
durcis & rendus plus mauvais, & nous
voyons aussi journellement par expérience, que
ces magistères ne font pas les effets qu'on leur
attribue. Par où il apparaît clairement qu'ils
sont
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Des Fourneaux Philosophiques. 17
sont plus mal reçus par l'Archée de l'estomac
que les perles & coraux crus: desquels l'essence
subtile n'étant pas brûlée par les corrosifs,
produit souventes fois de bons effets. Car nos
ancêtres ont attribué aux perles & aux coraux
le pouvoir de purifier le sang impur & corrompu
dans tout le corps, ils chassent la mélancolie &
tristesse, confortant le coeur de l'homme & le
rendant joyeux, ce qu'ils font efficacement &
non les magistères. C'est pourquoi les perles,
les coraux & autres pierres de poissons qui ne
sont pas préparés font plus d'effet, que ces magistères
brûlés. Car il est manifestement connu,
que les susdites maladies pour la plupart
procèdent des obstructions de la rate, lesquelles
obstructions ne sont autre chose qu'un jus tartareux
ou un flegme aigre, qui a rempli & possédé
les entrailles, se coagulant lui-même dedans;
par lesquelles obstructions est causée la
douleur de tête, le vertige, la palpitation de
coeur, tremblement des membres, une grande
lassitude, vomissements, faim, froid & chaud
contre nature, & beaucoup d'autres symptômes
extraordinaires; comme aussi une grande corruption
dans toute la masse du sang, d'où procède
la lèpre, le scorbut, la galle &c.
La cause de tout cela ne provient (comme
nous avons dit) que d'un tartre cru & acide,
d'où sortent quantité de grandes maladies.
La vérité de cela est aisément prouvée: car il
est notoire que les personnes mélancoliques,
hypocondriaques & autres, jettent souvent une
grande quantité d'humeurs acides, qui sont plus
b
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18 La seconde Partie.
aigres que le vinaigre, & agacent les dents de
même que si on avait mangé des grappes de
verjus.
Mais quel remède? ôte la cause, & la maladie
cessera, si tu pouvais ôter ces humeurs peccantes
par la purgation, cela serait bien; mais
elles demeurent obstinées & n'y veulent pas
obéir: Par le vomissement la maladie peut être
diminuée en quelque façon: mais parce que
chacun n'approuve pas le vomissement, ce n'est
donc pas sagesse de changer le mal en pis. Ce
tartre doit-il donc être tué & détruit par ses
contraires? ce qui se pourrait à la vérité faire
en quelque façon par les végétaux ou animaux,
la vertu desquels consiste en un sel volatil, tels
que sont toutes épices ou sortes de cresson, graine
de moutarde, rave sauvage, coquilles: comme
aussi l'esprit de tartre, de la corne de cerf, de
l'urine & semblables, lesquels à cause de leur
faculté pénétrante passent au travers de tout le
corps, trouvant le tartre, le détruisent, comme
lui étant contraires, & en ce combat deux natures
contraires sont tuées par une grande chaleur
brûlante, par où tout le corps est vraiment
échauffé & porté à la sueur; de telle façon
que la sueur étant causée par ces contraires,
il y a toujours quelque peu le ce mauvais
tartre qui est mortifié. Mais d'autant que cette
humeur acide ne peut être mortifiée & édulcoré
par des esprits volatils contraires qu'un peu
à la fois, il est requis d'en user souvent, pour tuer
& détruire tout le tartre: & d'autant, comme il
a été dit, que toujours cela cause une forte
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Des Fourneaux Philosophiques. 19
sueur par chacune de ses opérations, les esprits
naturels sont affaiblis, de telle façon que le malade
ne le peut pas supporter plus longtemps,
mais en ôtant une mauvaise humeur, il en vient
une plus grande. C'est pourquoi ces choses doivent
être données à ces humeurs acides & faméliques,
par lesquelles la nature corrosive peut
être mortifiée & adoucie, mais toujours avec
cette précaution que ces choses ne soient pas
contraires ni nuisibles à la nature de l'homme,
mais agréables & amies, comme sont les coraux,
perles, & yeux de cancres, &c. Car entre
toutes les pierres il n'y en a pas de plus aisées à
dissoudre que les perles, les coraux, les yeux de
cancres, & autres pierres de poissons.
La vérité est telle, que les corrosifs sont mortifiés
par les perles & par les coraux: or que le
tartre coagulé & acide, puisse par le moyen des
perles & des coraux être réduit en une liqueur
douce & plaisante médecine agréable à la nature
humaine, sans pouvoir jamais plus être coagulé
en aucune façon, il sera ci-après démontré
lors que je traiterai du tartre.
Dans les obstructions & coagulations tartareuses
& internes, qui procèdent d'une abondance
d'humeur acide, il n'y a point de meilleur remède
que de donner au malade tous les matins à
jeun, depuis demi scrupule jusques à une dragme,
plus ou moins selon la condition, du corail
ou des perles en fine poudre, & le faire jeûner
deux ou trois heures, continuant comme cela
tous les jours tant qu'il se porte bien: Par ce
moyen l'humeur maligne & acide est mortifiée
b ij
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20 La seconde Partie.
& adoucie par les coraux & par les perles, de
telle façon qu'elle sera surmontée par la nature,
les obstructions étant ouvertes, & le corps affranchi
de maladie.
Je ne saurais tenir cachée mon opinion concernant
l'abus des magistères, & du bon usage
des coraux, quoi que je connaisse pour certain
qu'elle ne sera reçue que de peu de gens: quoi
qu'il en soit, par hasard il s'en trouvera quelques-uns
qui auront la volonté de chercher la
vérité, & de considérer plus avant, mais celui
qui ne le croit pas, ou qui ne le comprend pas, il
s'en peut tenir à ses magistères.
Que s'il te semble si étrange que les coraux
& les perles en poudre soient digérés & cuits
dans l'estomac, & comme cela fassent voir leur
vertu, qu'est-ce que tu diras donc, si je prouve
que toute la perle, yeux de cancres & coraux,
étant avalés sont entièrement consumés par
l'humeur mélancolique, de telle façon que rien
ne sort dans les excréments? & ce qui est plus,
qu'on peut dire le même de ces métaux rudes,
comme le fer & le zinc: mais ceci doit être seulement
entendu pour ceux qui sont d'une constitution
mélancolique, & non pas des autres qui
sont sanguins, & ceux qui sont d'une constitution
flegmatique, auxquels telles choses sont rarement
prescrites; car j'ai vu souvent, que contre
les obstructions des corps robustes, on a
donné en une fois de la limaille de fer, depuis demi
scrupule jusques à une dragme, à des malades
qui s'en sont fort bien trouvés, & mieux que
par le moyen de ces médecines chères des Apothicaires,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
desquelles ils s'étaient servis de beaucoup
auparavant, mais sans effet, & par là leurs
excréments sortaient noirs, justement comme
font ceux qui usent de ces eaux acides médicinales,
lesquelles passent au travers des mines de
fer, & par là apportent une vertu spirituelle &
minérale.
Que si cette limaille de fer n'eût pas été
consumée dans l'estomac, d'où vient que les
excréments sont noirs? il est donc suffisamment
prouvé, qu'un métal rude sans préparation est
consumé dans l'estomac, car cela est vrai: pourquoi
donc non pas les perles & les coraux qui
sont aisés à dissoudre?
Ce qui se peut aussi voir par l'exemple des
enfants qui sont tourmentés des vers, si on leur
donne depuis 4. 6. 8. jusques à 12. ou 16. grains
de limaille d'acier ou de fer, elle tue tous les
vers, évacue l'estomac & les intestins, étant
bien nettoyés leurs excréments sont noirs. Mais
ceci ne doit être observé aux enfants, que lors que
les vers sont tués, & qu'ils restent dans le repos,
à cause que la limaille de fer étant donnée en
petite quantité, n'a pas la force de les jeter
hors, il leur faut après donner une purgation
pour les faire sortir, car autrement s'ils restaient
dans le corps, ils s'en engendreraient d'autres de
leur substance: Mais à ceux qui sont plus avancés
en âge, il faut augmenter la dose, comme
depuis un scrupule jusques à une dragme, afin
que les vers soient jetés hors, & quoi qu'il arrive
quelquefois des vomissements, ils ne font
point de mal, mais les enfants en sont plus gaillards:
b iij
@
22 La seconde Partie.
Et de cette façon on se peut servir du
fer, non seulement contre les vers, mais aussi
contre les fièvres stomachiques, douleurs de tête,
& obstructions de tout le corps, sans aucun
danger & avec grand succès, comme étant une
médecine agréable à la nature: car elle attire par
un pouvoir magnétique toutes les mauvaises
humeurs du corps, & les entraîne avec elle. De
ces grandes & extraordinaires vertus, il en est
traité plus au long dans mon Traité de la sympathie
& antipathie des choses. Dont quelques
Médecins s'étant aperçus, ils ont crus que par
l'art ils la pourraient rendre meilleure, & ils
l'ont gâtée; en lui ôtant toute sa vertu: car ils
prennent des pièces d'acier, & les font rougir &
pressent contre une pièce de soufre commun,
par où l'acier coule goutte à goutte dans un vaisseau
plein d'eau; alors ils le tirent hors, & le sèchent,
& mettent en poudre, & s'en servent
contre les obstructions, mais il ne fait aucun effet;
car le feu étant altéré par le soufre & réduit
en une substance soluble, ce qui ne doit pas
être, il ne peut faire aucune opération considérable:
mais s'ils avaient rendu l'acier plus soluble
(au lieu qu'ils lui ôtent sa solubilité) qu'il
n'était de lui-même auparavant, alors ils auraient
fait un bon travail; car celui qui connaît
le soufre, sait assez qu'il ne peut être dissous
par aucune eau forte ni eau royale, comme
quoi peut-il donc être consumé par une humeur
animale?
Nous avons donc assez prouvé qu'il y a des
hommes d'une constitution mélancolique
@
Des Fourneaux Philosophiques. 23
qui ont une humeur acide, laquelle peut suffisamment
dissoudre tous les métaux & pierres aisées
à dissoudre: c'est pourquoi il n'est pas nécessaire
de tourmenter & dissoudre les perles,
coraux & semblables avec des eaux corrosives,
autant que les donner au malade: car l'Archée
de l'estomac est assez fort pour consumer ces
choses aisées à dissoudre par le moyen des susdites
humeurs, & prendre ce qui lui est nécessaire,
& jeter le reste.
Or mon opinion n'est pas qu'il faille entendre
ceci pour toute sorte de métaux & de pierres;
car je connais fort bien, que les autres métaux &
les autres pierres, quelques-unes étant exceptées,
avant qu'ils soient dûment préparés, ne
sont pas propres pour la médecine, & qu'il les
faut premièrement préparer avant que les donner
au malade.
Je n'ai fait cette relation que pour faire voir
que quelquefois les choses bonnes sont plutôt
rendues mauvaise par les ignorants, qu'elles ne
sont corrigées.
J'espère que mon admonition ne sera pas prise
en mauvaise part, à cause que je ne le fais pas
par vaine gloire, mais seulement pour le bien de
mon prochain, à présent revenons au vitriol.
L'huile douce de vitriol.
L Es anciens ont fait mention d'une huile douce du vitriol, qui guérit l'épilepsie ou
mal caduc, tue les vers, & outre cela a beaucoup
d'autres bonnes qualités & vertus: & cette
@
24 La seconde Partie.
huile doit être distillée par descension. Pour
venir à la perfection de faire cette huile, les
Médecins modernes ont pris beaucoup de peine,
mais en vain: d'autant qu'ils n'ont pas entendu
l'intention des anciens pour la préparation
de cette huile, voulant la tirer par la force
du feu, & se servant de distillations violentes, ils
n'ont tiré qu'une huile très acide & corrosive,
laquelle n'est pas à comparer à l'autre, en son
goût efficace & vertu.
Ils attribuent les mêmes vertus, quoi que
faussement, à leur huile, que les anciens attribuent
à la leur selon la vérité, mais l'expérience
journalière nous fait voir, que l'huile de vitriol
qui se trouve ordinairement, ne guérit point
le haut mal, & ne tue pas les vers; ce que la susdite
huile fait promptement, d'où on peut voir
que l'huile commune n'est en rien semblable à
cette véritable médecine de l'huile de vitriol.
Je confesse à la vérité, que par la descension &
par la violence du feu, on peut tirer huile verdâtre,
laquelle n'est pas meilleure que l'autre,
d'autant qu'elle est aussi acide au goût, & d'une
qualité aussi corrosive que si elle avait été distillée
par la retorte.
Ceux qui ont inventé cette huile, comme Paracelse
Basile, & quelques autres, l'ont grandement
estimée, & l'ont comptée pour la quatrième
principale colonne de la Médecine, & Paracelse
dit particulièrement dans ses Ecrits que la
verdeur ne lui doit pas être ôtée, ce que bien
peu de chaleur fait par le feu, car dit-il, si elle
est privée de sa verdeur, elle est aussi privée de son
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
efficace & de sa douceur, par où on peut suffisamment
voir, que cette huile douce ne doit pas
être faite par la force ou violence du feu.
Il est même fort vraisemblable que les anciens
qui ont si hautement estimé l'huile de
vitriol, n'ont peut être pas connu cette façon
de distillation dont nous usons aujourd'hui, car
ils n'ont fait que suivre simplement la nature,
n'ayant pas tant de subtiles & curieuses inventions
de distiller que nous avons.
Quoi qu'il en soit, il est certain que cette
huile douce & verte de vitriol ne peut être faite
par la force du feu, mais plutôt par purification,
par une voie particulière: car les anciens ont
souventes fois entendu parler de purification,
en parlant de distillation, comme il est évident
quand ils disent, distille au travers d'un filtre, ou
au travers d'un papier: ce que nous ne comptons
pas au rang des distillations, mais eux ils le faisaient.
Laissant cela à part, il est très véritable & assuré
qu'un grand trésor de santé est caché
dans le vitriol, non pas dans le commun, comme
il se trouve par tout, lequel a déjà souffert la
chaleur du feu: mais dans le naturel comme il se
trouve dans la terre & dans sa mine. Car incontinent
qu'il vient à la clarté du jour, il peut être
privé par la chaleur du soleil de son subtil & pénétrant
Esprit, & par ce moyen n'avoir plus de
vertu, lequel esprit si on le tire par le moyen de
l'art à une senteur plus agréable que l'ambre &
que le musc. Ce qui est admirable de voir que
@
26 La seconde Partie.
dans un si méprisable minéral ou grosse substance,
comme les ignorants la croient, il s'y trouve
une si excellente médecine. Et quoi que la préparation
ne dût pas être mise en cet endroit,
je l'y mettrai pourtant en faveur des malades
abandonnés.
Car si elle est bien préparée, elle guérie parfaitement
l'épilepsie des jeunes & des vieux, elle
tue incontinent tous les vers qui sont dehors &
dedans le corps, comme les anciens l'ont témoigné
avec vérité, elle guérit encore beaucoup de
maladies qu'on juge incurables, comme la peste,
la pleurésie, toute sorte de fièvres, de quelle façon
qu'on les nomme, douleur de tête, colique,
suffocation de matrice, toutes les obstructions
du corps, principalement de la rate & du foie,
d'où naît la mélancolie hypocondriaque, le
scorbut, &c. elle purifie aussi le sang: de la corruption
duquel s'engendre la vérole, la lèpre &
semblables maladies, elle guérit aussi doucement
& avec admiration tous les maux externes, &
ulcères puants qui se sont tournés en fistules par
tout le corps, de quelle cause qu'ils puissent procéder,
non seulement extérieurement, mais encore
par le dedans.
Toutes ces maladies & autres, desquelles il
n'est pas besoin de faire mention ici, peuvent
être parfaitement guéries par cette huile: particulièrement
si on la porte à la rougeur, sans perte
de sa douceur & bonne odeur, car pour lors
elle fera plus que les hommes n'en sauraient
écrire, & on la peut fort bien garder pour une
panacée en toutes maladies.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
La préparation de l'huile douce de vitriol.
C Ommunément dans toutes les terres grasses, boueuses, principalement dans la
blanche, il se trouve de certaines pierres de forme
ronde ou ovale, de la grosseur d'un oeuf de
pigeon ou de poule, & aussi de plus petites,
comme la jointure d'un doigt, noires par dehors,
lesquelles par conséquent ne sont pas
estimées si elles sont nettoyées de la terre, &
coupées en pièces: elles sont au dedans d'un
beau jaune, semblables à une marcassite, ou
riche mine d'or: sans autre goût que d'une
pierre ordinaire, & quoi qu'elles soient mises
en poudre, & bouillies un longtemps dans
l'eau, elles ne s'altèrent point du tout, & l'eau
n'attire aucune couleur ni goût, que celui
qu'elle avait auparavant, quand elle a été versée
sur la pierre. Ces pierres ne sont autre chose,
que la meilleure & plus pure minière de vitriol,
ou semence des métaux, car la nature les a
formées rondes, comme la semence des végétaux,
de laquelle on peut faire une excellente
médecine comme s'ensuit.
Prends cette mine & la mets en pièces, &
par l'espace de quelque temps, l'expose à l'air
froid, & dans vingt ou trente jours, par une
vertu magnétique, elle fera attraction de l'air
d'une certaine humidité salée, qui l'augmentera
en poids, & à la fin se tournera en poudre
@
28 La seconde Partie.
noire, laquelle tu laisseras tant qu'elle devienne
blanchâtre, & que son goût soit doux, comme
celui du vitriol, ensuite tu verseras de l'eau de
pluie de la hauteur d'un ou 2. travers doigts:
remue la souvente fois tous les jours, & dans
peu de jours l'eau sera colorée & verte, laquelle
tu verseras, & remettras d'autre eau de pluie
dessus, & fais comme devant, la remuant souvent
tant qu'elle soit verte, réitère ce travail
tant que l'eau que tu verseras dessus ne se teigne
plus. Alors filtre l'eau teinte par le papier, puis
la fais évaporer dans un vaisseau de verre coupé
bas, tant que la peau paraisse dessus, alors
mets le dans un lieu froid, & il se fera des petites
pierres vertes, qui ne sont autre chose qu'un
pur vitriol: cette évaporation & cristallisation
doit être réitérée tant qu'il ne paraisse plus de
vitriol: mais que dans les lieux chauds & froids
il reste un jus ou liqueur épaisse, verte, plaisante
& douce; ce qui est la véritable huile douce
& verte de vitriol, qui a toutes les vertus susdites.
Or ce n'est pas ici le lieu d'enseigner comment
elle est réduite sans feu après l'apparition
de diverses couleurs en une huile douce, plaisante
& rouge comme sang, laquelle surpasse
autant la verte en douceur & en vertu, qu'un
raisin surpasse une grappe de verjus: ce qui sera
peut être dit en quelque autre lieu, c'est pourquoi
je désire que le Lecteur se contente pour
le présent de l'huile verte, & sans doute il fera
plus d'effet, & acquerra plus de réputation par
son moyen que par l'huile pesante de vitriol.
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Des Fourneaux Philosophiques. 29
L'usage & dose de l'huile douce de vitriol.
O N peut prendre de cette huile verte depuis 1. 2. 4. 8. jusqu'à 10. ou 12. gouttes
à la fois, selon la condition du malade & de la
maladie dans des véhicules propres, le matin à
jeun, dans du vin, où de la bière, comme on a accoutumé
de faire aux autres Médecines: la dose
peut aussi être augmentée & diminuée, & si
souvent réitérée que la maladie le requerra.
Cette huile détruit toutes les mauvaises humeurs,
non seulement par les selles & vomissements,
mais aussi par les urines & sueurs,
selon la rencontre des humeurs superflues:
elle opère fort doucement & sans aucun danger,
dont beaucoup de maladies sont radicalement
& parfaitement guéries.
Que personne ne s'étonne si j'attribue de si
grandes vertus à cette huile, étant tirée d'une
pierre si abjecte & méprisée, & la préparation
de laquelle il ne faut pas grande industrie ni
peine, comme en ces autres procédés trompeurs,
qui remplissent de grands Volumes. Ce
n'est pas merveille que les hommes aiment ces
procédés faux & de grande dépense, car la
plupart ne croient pas qu'il y puisse avoir
quelque chose de bon dans les choses viles: mais
ils font grand état de celles qui sont chères,
portées de loin, auxquelles il faut prendre beaucoup
de peine, & demeurer un long temps à
@
30 La seconde Partie.
leur préparation.
Tels hommes ne croient pas la Parole de
Dieu, qui certifie, que Dieu ne fait point différence
des personnes, mais que tous les hommes
qui l'aiment & le craignent lui sont agréables.
Si cela est vrai, ce que tout bon Chrétien ne
mettra pas en doute, il nous faut aussi croire
que Dieu a créé la Médecine ou la matière de la
Médecine aussi bien pour les pauvres que pour
les riches. Si elle est donc aussi pour les pauvres,
il faut certainement qu'il y ait des choses
de cette condition, afin qu'ils la puissent obtenir,
& aussi aisément préparer pour eux. De
sorte que nous voyons que Dieu Tout-puissant
ne fait pas seulement croître dans les terres des
riches les bons végétaux, les animaux & les minéraux
pour la guérison des infirmités de l'homme,
mais aussi en tous lieux; par où nous connaissons
que la volonté de Dieu est qu'il soit
connu de tous les hommes. Et c'est pour cela
que l'Auteur de toute bonté doit être prisé
& magnifié de tous les hommes.
Je ne doute pas qu'il ne se trouve des gens qui
déclameront, & mépriseront un sujet si peu
considéré, comme si on n'en pouvait tirer rien
de bon, à cause qu'ils ne trouvent rien en eux-
mêmes, mais qu'ils sachent que toutes choses
n'ont pas été découvertes ni à eux ni à moi,
& qu'il y a de grands travaux de la nature qui
nous sont cachés: de plus je ne suis pas le premier
qui a écrit du vitriol & de sa Médecine,
car les anciens ont toujours eu le vitriol en
grande estime, comme les paroles suivantes le
font voir.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
Visitabis interiora terrae Rectificando
Inuenies occultum lapidem veram Medicinam.
C'est-à-dire, tu visiteras l'intérieur de la terre
& en rectifiant tu trouveras la pierre cachée;
qui est la véritable Médecine. Par où ils nous
veulent faire entendre qu'on en peut tiret une
vraie Médecine, & cela a été aussi connu par
les derniers Philosophes; car Basile & Paracelse
l'ont toujours hautement recommandé, comme
il se voit par leurs écrits.
Cela est admirable, que cette mine ou semence
métallique, qui peut justement être appelée
l'or des Médecins, eu égard à l'excellence médecine
qu'on en peut tirer, n'est nullement
changée ni altérée dans la terre, comme les
autres choses qui y croissent, mais conserve toujours
sa forme, jusqu'à ce qu'elle vienne à l'air,
qui est sa terre ou lieu où elle croît & se putréfie:
car premièrement elle s'enfle & croît de
même que la semence des végétaux fait dans la
terre: prenant la nourriture de l'air, de même
que la semence d'une herbe dans la terre, & l'air
n'est pas seulement sa matrice où elle s'engendre,
& croît comme le végétable, mais il est
aussi son Soleil qui la fait mourir, car dans quatre
semaines au plus elle se putréfie & devient
noire, & environ quinze jours après elle devient
blanche & puis verte, comme il a été dit
ci-devant: mais si tu y procèdes plus avant &
philosophiquement, elle viendra à la fin à la
clarté d'un très beau rouge, & d'une très agréable
@
32 La seconde Partie.
Médecine, de quoi Dieu soit loué aux siècles
des siècles. Amen.
De l'esprit acide, sulfureux, & volatil du sel commun & de l'alun.
D E la même façon qu'il a été dit ci devant pour faire l'esprit volatil du vitriol,
il faut procéder pour faire l'esprit volatil du
sel commun & de l'alun.
La façon de les préparer.
L 'Alun doit être jeté dedans comme il est sans aucun mélange, mais le sel doit être
mêlé avec du bol ou autre terre, pour l'empêcher
de fondre: avec l'esprit volatil il sort un
esprit acide, les vertus duquel sont écrites dans
la première Partie, l'huile d'alun a presque
les mêmes vertus que l'huile de vitriol, comme
aussi l'esprit volatil de ces deux sont de même
nature & condition que celui qui est fait de
vitriol: du sel commun, & de l'alun on n'en tire
pas tant comme du vitriol, excepté que le
sel & l'alun soient mêlés ensemble, & comme
cela l'esprit en est distillé.
De
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Des Fourneaux Philosophiques. 33
De l'esprit volatil & sulfureux des métaux & minéraux, & de leur préparation.
O N peut aussi tirer un esprit sulfureux & volatil très pénétrant des métaux &
minéraux, beaucoup meilleur que celui de
vitriol, de sel commun, & d'alun, comme
s'ensuit.
La préparation des esprits volatils des métaux.
D Issous du fer ou du cuivre ou du plomb, ou de l'étain, avec de l'esprit acide de
vitriol, ou de sel commun; tire-en le flegme,
alors tire l'esprit acide hors du métal, & il emportera
avec lui l'esprit volatil du métal, lequel
doit être séparé de l'esprit corrosif par la rectification,
& ces esprits métalliques ont plus de
vertu que ceux qui sont faits des sels.
La préparation des esprits volatils des minéraux.
P Rends de l'antimoine en fine poudre, ou des marcassites d'or, ou autre minéral sulfureux,
tel qu'il te plaira, deux parties, & les
mêle avec une partie de bon salpêtre purifié,
c
@
34 La seconde Partie.
& jette une petite quantité de ce mélange dedans,
& puis une autre, & continue comme cela
selon la manière décrite, & il en sortira un
esprit qui n'est pas inférieur au précédent en
vertu & efficace: mais il le faut aussi rectifier.
Une autre façon.
C Imente tel métal qu'il te plaira, qui soit en lames ou en grenaille, excepté l'or, avec la
moitié de son poids de soufre commun, dans un
creuset ou pot (bien couvert) tel que le soufre
ne passe pas au travers, l'espace de demie-heure,
tant que le soufre ait pénétré & rompu les
lames des métaux: puis les mets en poudre, &
les mêle avec poids égal de sel commun, & les
distille comme dit est, & tu auras un esprit volatil
de très grande vertu. Or chacun de ces
esprits doit particulièrement servir pour les
membres du corps auxquels ils sont ordonnés
ou propres. De façon que l'argent est pour le
cerveau, l'étain, pour les poumons, le plomb
pour la rate, & ainsi des autres.
L'esprit de zinc.
D U zinc on distille un esprit volatil, & un esprit acide, dont celui-là est bon pour le
coeur; soit qu'il soit fait par l'esprit de vitriol
ou de sel commun, ou d'alun, car le zinc est de
la nature de l'or.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
L'esprit volatil des scories du Régule de Mars.
L Es scories noires du Régule de Mars, après qu'elles sont allées en poudre, rendent
aussi un puissant esprit sulfureux & volatil,
qui n'est pas beaucoup différent en vertu au
précédent.
Le même esprit volatil peut aussi être tiré des
autres minéraux, ce que nous omettons à cause
de la brièveté, & aussi eu égard qu'ils sont
presque d'une même vertu.
Pour tirer un esprit blanc & acide, & un esprit rouge & volatil du salpêtre.
P Rends deux parties d'alun, & une partie de salpêtre, mets les toutes deux en poudre,
mêle les bien ensemble, & les jette peu
à peu dans le vaisseau, comme a été dit des autres,
& il sortira un esprit acide ensemble avec
l'esprit volatil: mais il faut mettre dans le récipient
autant de livres d'eau commune, que de
la matière à distiller, afin que l'esprit volatil
puisse mieux être revenu: & quand la distillation
est finie, les deux esprits doivent être séparés
par une douce rectification faite au bain;
mais il te faut prendre garde de retirer l'esprit
volatil qui soit pur, changeant de récipient en
c ij
@
36 La seconde Partie.
un temps propre: de façon que l'esprit rouge
ne se mêle avec le flegme, par où il serait affaibli
& deviendrait blanc. La marque pour connaître
si l'esprit ou le flegme sortent, est celle-
ci: quand l'esprit volatil sort, pour lors le récipient
est tout à fait rouge: & après quand le
flegme vient, le récipient vient derechef blanc,
& sur la fin lors que l'esprit pesant & acide vient
alors le récipient devient encore rouge, mais
non pas tant qu'auparavant, lors que l'esprit
volatil sortait.
Cet esprit peut aussi être distillé d'une autre
façon, en mêlant le nitre avec deux fois autant
de bol ou poudre de briques, & en faisant des
bales pour empêcher qu'il ne fonde: mais il n'y
a pas de meilleure voie que la première, principalement
si tu désires avoir l'esprit volatil.
L'usage de l'esprit volatil rouge.
C Et esprit volatil étant sans aucun flegme, demeure toujours rouge semblable à du
sang. En toutes occasions on s'en peut servir
comme des précédents esprits sulfureux, particulièrement
pour éteindre les inflammations de
la gangrène; c'est un grand trésor pour cela, un
linge étant trempé dedans & appliqué sur la
partie malade, il surpasse aussi presque toutes
les autres médecines pour les érysipèles, & pour
la colique; & s'il y a du sang caillé dans le corps
par quelque chute ou contusion, cet esprit ou
appliqué par dehors avec des eaux propres pour
cela, ou pris par dedans donne du soulagement.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
Etant mêlé avec l'esprit volatil de l'urine
il donne un sel admirable, comme il sera dit
ci-après.
L'usage de l'esprit blanc acide du sel nitre.
L 'Esprit pesant & corrosif du sel nitre, n'est pas beaucoup en usage dans la médecine,
quoi qu'il se trouve presque dans toutes les
boutiques des Apothicaires, & est gardé pour le
même usage, comme a été dit de l'esprit de
vitriol, pour faire leurs conserves & donner un
goût acide à leurs boissons rafraîchissantes.
Quelques-uns s'en servent aussi contre la colique:
mais c'est un trop grand corrosif, & trop
grossière substance pour cet usage: & quoi
qu'on lui puisse un peu abattre sa grande corrosion
en lui ajoutant de l'eau, néanmoins
sa bonté & vertu n'égale pas l'esprit volatil, car
il y a autant de différence que du blanc au noir:
c'est pourquoi l'autre est plus propre pour la
médecine, & celui-ci pour les métaux & minéraux,
pour les réduire en vitriols, chaux, fleurs
ou crocus.
Eau royale.
S I tu dissous du sel commun, qui ait été premièrement décrépité dans cet esprit acide de
nitre, & le rectifies par la retorte de verre, mise
dans le sable, a feu violent, elle sera si forte
c iij
@
38 La seconde Partie.
qu'elle sera capable de dissoudre l'or, & tous
autres métaux & minéraux, excepté l'argent &
le soufre, & quelques métaux peuvent par ce
moyen être mieux séparés que par l'eau Royale
qui a été faite par l'addition de sel armoniac,
mais si tu le rectifies avec la pierre calaminaire,
ou avec du zinc, elle sera beaucoup plus forte,
& sera capable de dissoudre tous les métaux &
minéraux, excepté l'argent & le soufre, par
où dans le maniement on peut faire beaucoup
plus d'effets que par l'esprit du sel commun, de
salpêtre ou soufre, comme sera dit ci-après:
premièrement par la préparation.
La préparation de l'or fulminant.
P Rends de l'or fin en lames ou grenaille, qu'il soit affiné par l'antimoine ou eau forte
autant qu'il te plaira: mets le dans un petit
verre, & verse dessus trois ou quatre fois autant
d'eau royale, bouche le d'un papier & le mets
dans une terrine sur le sable chaud: & dans une
ou deux heures l'eau royale dissoudra l'or en
une eau jaune: si elle ne le dissout pas; c'est
signe qu'il y a trop peu d'eau, ou que l'eau est
trop faible. Alors verse l'eau avec l'or dissous
dans un autre verre, & mets davantage d'eau
royale sur l'or, & le mets derechef sur le sable
ou cendres chaudes pour dissoudre. L'or qui a
resté se dissoudra aussi, & il ne restera plus rien
qu'un peu de chaux blanche, qui n'est autre
chose qu'argent, qui ne peut être dissous par
l'eau royale: car l'eau royale quoi qu'elle soit
faite par la façon commune avec le sel armoniac,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
ou avec le sel commun, ne dissout point
l'argent, de même l'eau forte commune, ni
l'esprit de nitre ne dissolvent pas l'or: mais tous
les autres métaux sont aussi bien dissous par
l'eau forte, comme par l'eau royale: c'est pourquoi
il faut bien prendre garde de prendre de
l'or qui ne soit point mêlé avec du cuivre, autrement
ton travail serait gâté: car s'il y avait
du cuivre mêlé, il serait dissous & précipité
avec l'or, & il empêcherait la fulmination, mais
si tu ne peux avoir de l'or qui soit sans cuivre,
prends des ducats ou nobles à la rose où il n'y
a point d'addition de cuivre, mais un peu d'argent,
il n'y aura nul danger, d'autant qu'il ne peut être
dissous par l'eau royale, il reste au fonds en
une chaux blanche.
Mets ces ducats ou nobles à la rose au feu
à rougir, puis les plie en rouleau, & les mets
dans l'eau royale à dissoudre. Tout l'or étant
dissous & mis dehors, verse dessus goutte à
goutte de pur huile de sel de tartre fait par défaillance,
& l'or se précipitera par cette contraire
liqueur du sel de tartre en une poudre jaune
obscure, & la solution restera claire: mais prends
bien garde de ne verser pas plus d'huile de tartre
dessus qu'il n'est besoin pour la précipitation
de l'or, autrement une partie de l'or précipité
se dissoudrait derechef, & te causerait de
la perte; l'or étant bien précipité, verse l'eau
par inclination, & mets de l'eau chaude sur la
chaux de l'or, les remuant ensemble avec un
ballon bien net, & le mets en lieu chaud tant
que l'or soit rassis, & que l'eau reste claire dessus
c iiij
@
40 La seconde Partie.
derechef; alors verse la, & remets nouvelle
eau dessus, réitère ledit travail tant que l'eau
ait tiré tout le sel, & qu'il sorte insipide & sans
aucun goût de sel, alors mets la chaux d'or à
sécher au soleil ou autre lieu chaud, prenant
bien garde que la chaleur ne soit pas plus grande
que celle du Soleil au mois de Mai ou Juin,
autrement il prendrait feu, principalement s'il
y en a beaucoup, & ferait un tel bruit que tu
serais en hasard de perdre l'ouïe & ceux qui
seraient auprès en seraient beaucoup incommodés:
c'est pourquoi je t'avertis d'y bien
prendre garde, autrement tu es en danger de
perdre ton or, & ta santé par ta négligence.
Il y a aussi une autre façon pour édulcorer
ton or précipité qui se fait ainsi. Prends l'or &
la liqueur salée tout ensemble, & la verse dans
un entonnoir où il y ait un cornet de papier
brun en double, & laisse passer l'eau dans un
vaisseau, verse de nouvelle eau chaude & la laisse
passer; réitère cela tant que l'eau en sorte
aussi insipide que lors que tu l'y as mise, alors
prends le papier avec la chaux d'or édulcorée,
& la mets sur d'autre papier brun en divers
doubles, & le papier qui est sec attirera toute
l'humidité de la chaux de l'or: & comme cela
il sera plutôt sec. Etant sec ôte le de ce papier
& le mets dans un autre qui soit net, & le
garde pour ton usage. L'eau salée qui a passé
par le filtre, doit être évaporée dans un vaisseau
de verre sur le sable, jusqu'à ce qu'elle soit
sèche & coagulée en sel qui soit préservé de
l'air: d'autant qu'il est bon pour l'usage de la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
médecine, ayant retenu quelque vertu de
la nature de l'or, quoi qu'on ne le croie pas, à
cause qu'il est si clair: ce qui se peut néanmoins
connaître si tu le fonds dans un creuset neuf,
& le verses après dans un mortier ou bassin de
cuivre bien net, étant premièrement chauffé,
tu auras un sel de couleur de pourpre, lequel
étant donné depuis, 6. 9. 12. jusqu'à 14. grains,
nettoie & purge l'estomac & les boyaux, &
sert particulièrement pour les fièvres & autres
maladies de l'estomac: mais dans le creuset où
il a été fondu, tu trouveras une substance terrestre
qui s'est séparée elle-même du sel, de
couleur jaune, laquelle étant tirée hors & fondue
dans un petit creuset à feu violent, se change
en un verre jaune qui est empreint de la
teinture de l'or, & laisse un grain d'argent, semblable
en toutes choses à l'argent de coupelle
commun, dans lequel on ne trouve point d'or,
ce qui est digne d'admiration: & cause que tous
les Chimistes sont d'opinion que l'eau royale
ne dissout point l'argent, ce qui est vrai. La
question est donc d'où est venu cet argent dans
le sel, puis que l'eau royale ne dissout point
l'argent? sur quoi quelqu'un pourra répondre
qu'il peut avoir été dans l'huile de tartre, vu
que beaucoup croient que les sels peuvent être
convertis en métaux, ce que je ne nie point, mais
je nie seulement que cela puisse avoir été fait
ici, car si cet argent eût été dans le sel de tartre,
ou dans l'eau royale qui ne le peut souffrir,
il aurait été précipité ensemble avec l'or. Or
ce n'était point argent commun, mais de l'or
@
42 La seconde Partie.
changé en argent après qu'il a été privé de sa
teinture, ce que je prouverai brièvement. Car
cette eau salée, hors de laquelle l'or a été précipité,
est de cette nature, quoi qu'elle soit claire
& blanche, que si tu trempes une plume dedans
elle sera teinte en couleur de pourpre, laquelle
couleur de pourpre vient de l'or & non de l'argent,
vu que l'argent teint en rouge ou noir:
par où il appert que l'eau salée a retenu quelque
chose de l'or.
A présent peut être quelqu'un me demandera
si ladite eau salée a retenu de l'or, comme
quoi se peut-il faire qu'en la fonte il n'en sorte
point d'or, mais seulement de l'argent? sur
quoi je réponds, qu'il y a des sels de cette
nature, qu'ils prennent dans la fonte la
couleur ou âme de l'or: c'est pourquoi si l'or
est véritablement privé de sa couleur, il n'est
plus or ni ne peut être tel: & même il n'est
pas argent, mais il reste seulement un corps noir
& volatil qui n'est bon à rien, & se trouve de
qualité moins fixe que le plomb commun, n'étant
plus capable de souffrir la violence du feu,
encore moins la coupelle: mais est semblable au
mercure ou arsenic s'enfuyant par une petite
chaleur, d'où on peut recueillir que la fixité de
l'or consiste en son âme ou teinture, & non en
son corps: c'est pourquoi il est croyable que
l'or peut être anatomisé, séparant sa meilleure
partie de la grossière & lourde, & par ce moyen
en tirer hors une médecine teignante: mais
que ceci soit la droite voie pour faire la médecine
universelle des anciens Philosophes, par
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
laquelle ils transmuaient tous les métaux en pur
or, je ne le veux pas disputer: néanmoins je
crois que par aventure il y a un autre sujet
doué d'une plus haute teinture que l'or même,
lequel n'a reçu de la nature que ce qui lui est
nécessaire pour lui-même & pour sa fixité,
néanmoins il faut certainement croire, que si
la véritable teinture ou âme de l'or est bien séparée
de son corps noir & impur, il peut être
exalté en couleur, & teindre en vrai or une plus
grande quantité de métal imparfait, que le corps
d'où il est sorti ne contenait: mais après tout
ceci, il est très certain & véritable que si l'or
est privé de sa teinture, le corps qui reste n'est
plus or, comme il est démontré plus au long
dans mon Traité du véritable or potable: J'ai
voulu dire ceci seulement, afin que si quelque
amateur de l'Art, trouve dans son travail un
tel grain, il puisse connaître d'où cela provient.
Je pourrais avoir passé sous silence la préparation
de l'or fulminant, & épargner le temps
& le papier, à cause qu'elle est montrée par
d'autres: mais d'autant que j'ai promis dans
la 1. Partie de montrer à faire les fleurs d'or, &
qu'elles doivent être faites par l'or fulminant,
j'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos d'en
décrire la préparation, afin que les amateurs
de l'Art qui désirent faire les fleurs d'or, ne
soient pas obligés d'avoir recours à d'autres
livres, mais qu'ils puissent trouver dans celui-
ci la parfaite instruction. Et c'est ici la manière
commune des Chimistes pour faire l'or fulminant:
@
44 La seconde Partie.
mais d'autant qu'il est facile de commettre
une erreur, soit en versant trop d'huile
de tartre, principalement si elle n'est pas assez
pure (de façon que tout l'or ne se précipite pas,
mais une partie en reste dans la solution, par où
tu reçois de la perte) ou par la précipitation
d'une chaux trop grossière, laquelle ne fulmine
pas bien, & par conséquent n'est pas propre
pour être sublimée en fleurs.
C'est pourquoi j'en veux décrire une autre
façon, par laquelle tout l'or peut être précipité
entièrement & nettement hors de l'eau
royale sans aucune perte, devient fort jaune &
léger, & fulmine deux fois plus que le précédent,
& il n'y a point d'autre différence, sinon
qu'au lieu de l'huile de tartre il se faut servir de
l'esprit d'urine ou de sel armoniac pour précipiter
l'or dissous, & l'or, comme a été dit, sera
beaucoup mieux précipité que celui qui est précipité
par l'huile de tartre, & étant précipité
il le faut édulcorer & sécher, comme a été dit
dans la première préparation.
L'usage de l'or fulminant.
I L y a fort peu de chose à écrire de l'or fulminant pour l'usage de la médecine, à cause
que c'est seulement une chaux grossière qui n'est
point agréable à la nature humaine. Quoi
qu'elle soit en usage & donnée depuis 6. 8. 12.
grains jusqu'à un scrupule, pour provoquer la
sueur en la peste, & autres fièvres malignes, elle
ne réussira pas selon l'attente. Quelques-uns
@
Des Fourneaux Philosophiques. 45
l'ont mêlée avec un peu de soufre commun,
& l'ont calcinée, par où ils l'ont privée de sa
vertu fulminante, supposant d'avoir par là une
meilleure médecine; mais le tout en vain, car la
chaux d'or n'est pas améliorée par cette grossière
préparation. Or afin qu'on voie évidemment
que l'or n'est pas un corps mort, qu'il est
bon pour la médecine, & qu'il peut être rendu
vivant, & propre pour montrer les vertus
dont il a plu à Dieu de l'enrichir, je m'en vais
le déclarer en peu de mots.
Premièrement il faut avoir un instrument fait
de cuivre semblable à celui par le moyen
duquel sont faits les esprits, un peu plus court,
n'ayant point de couvercle en haut, mais seulement
un col, auquel appliqueras un récipient
sans être luté: il suffit seulement que le col entre
bien avant dans le ventre du récipient, & en
la partie inférieure il faut que le cul soit plat
afin qu'il puisse demeurer ferme, & sur le fond
il faut qu'il y ait un petit trou avec une petite
porte, qui ferme exactement: & il faut qu'il y
ait deux petites plaques d'argent ou de cuivre,
aussi grandes que l'ongle d'un doigt, sur lesquelles
l'or fulminant doit être mis dans l'instrument,
lequel doit être sur un trépied, sous lequel
il faut mettre des charbons ardents pour
chauffer le fond, ayant bien donné ordre que
l'instrument & le récipient soient bien fermés
& assurés; Le fonds étant chauffé, alors il
faut prendre 2. 3. ou 4. grains de l'or fulminant
& avec de petites pincettes le mettre par la petite
porte sur le cul du vaisseau qui est chaud,
@
46 La seconde Partie.
& fermer promptement la petite porte, quand
l'or sent la chaleur, il s'allume & fait un grand
bruit, ce qui cause une séparation des parties
de l'or; car incontinent que le bruit est fait
l'or passe au travers du col dans le récipient en
une fumée de couleur de pourpre, & s'attache
par tout comme une poudre de couleur de
pourpre. Quand la fumée est passée, ce qui est
promptement fait, alors tire la plaque hors de
l'instrument, & y mets l'autre avec de l'or, lequel
fulminera aussi & donnera ses fleurs. La
première étant froide, il la faut remplir à même
temps & la mettre dedans, continuant comme
cela tant que tu aies assez de fleurs: la sublimation
finie, laisse refroidir le vaisseau de
cuivre, & ramasse avec une brosse l'or qui n'est
pas sublimé, laquelle poudre n'est bonne à autre
chose qu'à être fondue avec un peu de borax,
& ce sera derechef bon or, mais un peu plus pâle
qu'il n'était auparavant qu'il fût fait or fulminant.
Or les fleurs ne sont pas aisément retirées hors du
récipient, principalement si elles sont faites avec
addition de nitre (comme il sera montré ci après,
en parlant des fleurs d'argent) d'autant qu'elles
sont un peu humides: c'est pourquoi il y faut
mettre de l'esprit de vin tartarisé & déflegmé,
autant que tu jugeras être nécessaire pour détacher
les fleurs du récipient. Ce fait verse hors
l'esprit de vin ensemble avec le phénix brûlé
dans un matras de verre bien net, étant premièrement
bien luté mets le dans le bain doux,
ou sur les cendres chaudes par quelques jours:
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
& l'esprit de vin se teindra d'une belle couleur
jaune, lequel tu verseras hors, & en remettras
d'autre comme devant en digestion tant qu'il
soit teint, mets après les deux extractions dans
un petit verre, & en tire l'esprit de vin au bain
hors de la teinture, qui sera en petite quantité:
mais d'une couleur rouge très haute & plaisante
au goût. Les fleurs qui restent après l'extraction
de la teinture, doivent être lavées avec
de l'eau hors du verre, & séchées si on les
veut fondre; & tu auras un or un peu pâle,
& la plupart se réduira en verre, duquel par
fortune quelque autre chose de bon en peut
être faite, mais qui m'est inconnu jusqu'à présent.
N. B. Si tu mêles l'or fulminant avec du
nitre, auparavant la fulmination, alors les fleurs
seront plus aisées à dissoudre, de façon que la
teinture en est plutôt extraite & plus aisément
que si elles étaient seules; & s'il te plaît tu y
peux joindre trois fois son poids de nitre, & comme
cela le sublimer en fleurs, de la même façon
qu'il sera dit pour faire les fleurs d'argent.
L'usage de la teinture d'or.
C Et extrait ou teinture est une des principales médecines, qui conforte & réjouit le
coeur de l'homme, restaure, renouvelle, rajeunit,
& nettoie le sang impur de tout le corps,
par où sont guéries quantité d'horribles maladies,
comme la lèpre, la vérole, & autres semblables.
@
48 La seconde Partie.
Mais que cette teinture puisse être avancée
en une substance fixe par le moyen du feu, je
n'en sais rien, car je n'ai pas passé plus avant
que ce dont est fait mention.
Des fleurs d'argent & de leur médecine.
A Yant promis dans la première partie de ce Livre, lors que la préparation des fleurs
des métaux a été décrite, d'enseigner dans la
seconde partie à faire les fleurs d'or & d'argent,
celles de l'or étant montrées, il faut selon
l'ordre passer de celles d'argent & de leur
préparation, ce qui se doit faire comme s'ensuit.
Prends de l'argent très fin en lames déliées ou
en petite grenaille autant qu'il te plaira, & le
mets dans un petit verre de séparation, & verse
dessus deux fois son poids d'esprit de nitre rectifié,
& l'esprit de nitre commencera incontinent
à travailler & dissoudre l'argent: mais lors
qu'il ne voudra plus dissoudre au froid, il le faut
mettre sur le sable ou cendres chaudes, & il
commencera incontinent de travailler derechef,
alors verse la solution dans une cucurbite, &
mets une chape dessus, & en tire la moitié de
l'humidité sur le sable; laisse refroidir le verre;
puis tire hors le verre, & le laisse comme cela
un jour & une nuit, & l'argent se changera en
des cristaux blancs feuillés, hors desquels tu tireras
le reste de la solution qui n'est pas changée
gée en
@
Des Fourneaux Philosophiques. 49
en cristaux, & en tire derechef la moitié de
l'humidité par la distillation, & la laisse en lieu
froid pour se réduire en cristaux, réitérant le
dit travail tant que presque tout l'argent se soit
converti en cristaux; lesquels tu feras sécher
sur du papier à filtrer, & les garde pour l'usage
comme il sera dit ci-après. Pour la solution restante
qui ne s'est point cristallisée tu peux verser
de l'eau dessus, & la précipiter en chaux, puis
l'édulcorer & sécher, & la garder pour autre
usage, où bien la fondre & réduire en corps, ou
la précipiter avec eau salée, & l'édulcorer & sécher,
& tu auras une chaux qui se fond à une
douce chaleur, elle est d'une nature particulière
dans l'esprit d'urine, de sel armoniac, de corne
de cerf, d'ambre; de suie, & de cheveux, dont
peut être préparée une bonne médecine; comme
il sera montré lors que nous traiterons de
l'esprit d'urine: ou bien, si tu ne veux pas précipiter
la solution de l'argent restant, tu en pourras
tirer une excellente teinture avec l'esprit d'urine,
comme il sera dit ci-après.
L'usage des cristaux d'argent.
C Es cristaux peuvent être employés sûrement tous seuls en la médecine, depuis 3.
6. 9. 12. grains étant mêlés avec un peu de
sucre, ou bien en forme de pilules. Ils purgent
doucement sans aucun danger; mais à cause de
leur amertume ils ne sont pas agréables à
prendre, si on ne les met en pilules, ils teignent
les lèvres, la langue & la bouche de couleur
d
@
50 La seconde Partie.
noire. Il n'est pas nécessaire de traiter ici de
la cause de cette noirceur: Nous en parlerons
ci-après. S'ils touchent les métaux, comme l'argent,
le cuivre, & l'étain, ils les rendent noirs
& sales: c'est pourquoi ils ne sont pas beaucoup
en usage. Que si tu mets dans la dissolution
de l'argent, auparavant qu'il soit réduit en
cristaux la moitié autant de vif argent, & comme
cela les dissout ensemble, & après les laisses
cristalliser: il s'en forme de beaux petits cristaux
semblables à l'alun, qui ne se dissolvent
point à l'air, comme sont ceux de l'argent, ils ne
sont pas si amers, purgent mieux & plus promptement
que ceux de l'argent seul.
Le moyen de sublimer les cristaux de l'argent en fleurs, & après faire une bonne médecine des fleurs.
P Rends de ces cristaux d'argent feuillés autant qu'il te plaira, & les broie bien avec
autant de nitre bien purifié & séché sur un marbre
qui soit premièrement chauffé, puis les mets
dans la cornue de fer: au col de laquelle il y ait
un grand récipient bien luté, ayant mis l'épaisseur
de deux doigts de charbon en poudre dedans,
& donne ou allume le feu dessous, & avec
une cuillère jette dedans de tes cristaux d'argent,
environ une dragme, plus ou moins,
selon que tu verras que la grandeur de ton vaisseau
est capable. Ce fait couvre le promptement
de son couvercle, & ledit nitre & cristaux d'argent
@
Des Fourneaux Philosophiques. 51
ensemble seront allumés par les charbons qui
sont au fond de la cornue, & il sortira par le col dans
le récipient une fumée blanche de l'argent, & lors
que les nuées seront passées dans le récipient,
jette en davantage, continuant comme cela tant
que tous les cristaux soient jetés; ce fait laisse-
le refroidir, & ôte le récipient, & mets dedans
de bon esprit de vin alcoolisé, & lave les fleurs
hors du récipient avec ledit esprit de vin, & y
procède de même qu'il a été dit ci-devant au
procédé des fleur d'or, & tu auras une liqueur
verte, laquelle est fort bonne pour le cerveau.
Enfin ôte les charbons de la cornue, mets les
en fine poudre, & les lave avec eau, jusqu'à ce
que la poudre légère des charbons en soit hors,
& tu trouveras beaucoup d'argent, ou beaucoup
de petits grains d'argent que le nitre n'a
su faire passer, lesquels réduiras en corps: car
c'est de bon argent.
On peut aussi faire une bonne médecine des
cristaux d'argent, laquelle sera peu différente de
la précédente, par laquelle les maladies & infirmités
du cerveau peuvent être guéries, elle se
fait comme s'ensuit.
Pour faire une huile verte de l'argent.
M Ets sur les cristaux d'argent, deux ou trois fois autant du plus fort esprit de sel armoniac,
mets les dans un matras bien bouché en
digestion à douce chaleur, l'espace de huit ou
quatorze jours, & l'esprit de sel armoniac sera
teint d'une belle couleur bleue, verse le hors, &
d ij
@
52 La seconde Partie.
le filtre par le papier: puis le mets dans une petite
retorte de verre, & par une douce chaleur
du bain extrais-en presque tout l'esprit de sel
armoniac, lequel peut encore servir, & il restera
au fond une liqueur grasse qui doit être gardée
pour la médecine.
Mais s'il arrivait que tu tirasses trop d'esprit
hors de la teinture d'argent, de façon que la
teinture resta à sec, & ni eut qu'un sel vert,
alors tu peux verser derechef dessus autant d'esprit
de sel armoniac qu'il en faut pour dissoudre
derechef le sel vert en liqueur. Que si tu désires
avoir la teinture plus pure, alors il faut extraire
toute l'humidité tant qu'il soit sec, sur lequel
tu verseras de bon esprit de vin, qui le dissoudra
promptement puis le filtreras, & il restera
des fèces, & la teinture sera plus belle: hors
de laquelle tu extrairas la meilleure partie du vin,
& la teinture en sera plus haute en vertu. Mais
si tu veux tu peux distiller ce sel vert auparavant
qu'il soit extrait avec l'esprit de vin dans une petite
retorte de verre, & tu auras un esprit subtil,
& une huile forte demeurant au fond de la
retorte un argent fusible qui n'a pas pu sortir.
Cela est admirable, que lors qu'on met de
l'esprit de sel armoniac, ou de l'esprit de vin sur
ce sel ou pierre pour le dissoudre, le verre
devient si froid qu'il est presque impossible de le
tenir dans la main, laquelle froideur vient selon
mon opinion de l'argent, lequel est naturellement
froid.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 53
L'usage de cette liqueur verte dans l'Alchimie, & dans les opérations mécaniques.
C Ette liqueur verte ne sert pas seulement pour la médecine, mais aussi pour d'autres
opérations Chimiques, car le cuivre & le verre
en peuvent être argentés fort facilement.
Elle est bonne pour l'usage de ceux qui sont curieux,
& qui aiment de faire montre de beaux
meubles: car si tu as des écuelles, assiettes, plats,
salières, tasses & autres vaisseaux de verre faits
à la façon de ceux d'argent, tu peux fort facilement
& à peu de frais les argenter dedans &
dehors, de telle sorte qu'à la vue on ne les saurait
discerner du véritable argent.
Outre toutes les susdites médecines, il s'en
peut faire une autre très excellente avec les cristaux
d'argent: savoir en les dissolvant & digérant
quelque espace de temps avec l'eau universelle,
qui a été distillée par la nature même:
laquelle est connue de tous, Après sa digestion
d'un peu de temps, ayant changé de diverses
couleurs, il se trouvera une essence fort agréable,
laquelle n'est pas si amère que la susdite liqueur
verte, qui n'est pas encore parvenue à maturité
par le moyen de la chaleur.
N. B. dans ce doux menstrue universel, tous
les autres métaux peuvent aussi par une petite
chaleur de digestion & en peu de temps être
mûris & rendus propres pour la Médecine,
d iij
@
54 La seconde Partie.
ayant premièrement été réduits en leurs vitriols
ou sels, & pour lors ils ne sont plus des corps
morts: mais par cette préparation ils ont recouvré
une nouvelle vie, ce ne sont plus les métaux
des avares, mais peuvent être appelés, les métaux
des Philosophes & des Médecins.
Usage des cristaux de Lune hors la Médecine.
E N dernier lieu on peut faire quantité de jolies choses, outre l'usage de la médecine, par le
moyen des cristaux d'argent, car si tu les dissous
dans de l'eau de pluie, tu peux teindre la barbe,
les cheveux, la peau, & les ongles des hommes
& des bêtes de couleur incarnate rouge, brune
& noire selon que tu auras mis plus ou moins
de cristaux dans ladite eau; ou bien, selon le
plus ou le moins de temps que les cheveux en
auront été mouillés: par ce moyen les hommes
& les bêtes, ce qui ne doit pas être condamné
en certaines occasions, sont tellement
changés qu'on ne les saurait connaître.
Cette façon de colorer ou teindre peut aussi
être faite avec le plomb, ou avec le mercure, de
même qu'avec l'argent: mais ils doivent être
préparés d'autre façon, de quoi il sera traité en
la quatrième Partie.
A présent j'ai montré comme il faut faire
les fleurs & les teintures de l'or & de l'argent
par le moyen de l'esprit acide du nitre. On en
peut aussi faire beaucoup d'autres Médecines, il
n'est pas à propos d'en traiter davantage en ce
lieu, cela sera dit en d'autres lieux, tant de ce second
Livre, que des autres suivants.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 55
De même qu'on peut faire de bonnes Médecines
de l'or & de l'argent par le moyen de
l'esprit de nitre: on en peut aussi faire des métaux
inférieurs; mais d'autant que leur description
est plus propre pour d'autres endroits de
ce Livre, je les passe sous silence ici. Néanmoins
je crois qu'il est bon d'écrire une préparation
de chaque métal. Après l'argent donc
s'ensuit le cuivre.
Une médecine du cuivre pour en user extérieurement.
D Issous des lames de cuivre brûlées dans de l'esprit de sel, & en extraits derechef
l'esprit jusqu'à sécheresse, mais non trop fort, &
il restera au fonds une masse verte, laquelle tu
jetteras peu à peu dans la cornue pour la distiller,
comme a été fait de l'argent. Il en sort un
très fort & puissant esprit & des fleurs, pour l'usage
extérieur dans les plaies putrides, qui fait
un bon fondement pour la guérison.
Une médecine du fer ou acier.
I L faut procéder de même sur le fer ou acier, & il restera au fond un bon crocus qui est grandement
astringent, principalement du fer ou
acier, il peut être mêlé avec onguents & emplâtres
fort utilement.
De l'étain, & du plomb.
S I on dissout là dedans de l'étain ou duplomb, après l'extraction d'une partie de
d iiij
@
56 La seconde Partie.
l'esprit, ils se tourneront en des cristaux clairs &
doux: mais l'étain ne se dissout pas si aisément
que le plomb. On se peut sûrement servir de
tous les deux dans la Médecine, on en peut aussi
tirer un esprit & des fleurs par la distillation de
tous les deux. La répétition de la préparation
n'est pas nécessaire, car celle de tous les autres
métaux se fait de même que celle de l'argent.
L'usage des cristaux de plomb, & d'étain.
L Es cristaux de plomb sont très excellents pour la peste, pour provoquer la sueur
& chasser le venin hors du corps, ils peuvent
aussi être mis en usage avec bon succès contre
le flux de sang pour l'extérieur étant dissous
en eau claire on trempe des linges dedans, lesquels
appliqués rafraîchissent extraordinairement
bien, & éteignent toutes inflammations,
en quelle partie du corps que ce puisse être,
semblablement l'esprit & les fleurs étant mêlés
avec les onguents, font un grand effet.
Les cristaux d'étain ne font pas si promptement
leur opération, quoi qu'ils fassent aussi leur
effet, & ils sont plus agréables que ceux de
plomb, car il se trouve dans l'étain un soufre
d'or, mais dans le plomb un soufre blanc
d'argent, comme il est prouvé dans mon Traité
de la génération & nature des métaux.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 57
Du Mercure.
S I tu dissous le mercure commun avec de l'esprit de nitre rectifié, & en extraits l'esprit
derechef, il restera au fond un beau & transparent
précipité, mais quand l'esprit n'est point
rectifié, il ne sera pas si beau, à cause que les impuretés
de l'esprit demeurent avec le mercure &
le salissent. Ce mercure calciné est appelé par
aucuns mercure précipité, & par d'autres turbith
minéral, duquel les Chirurgiens & quelquefois
les Médecins qui ne sont pas expérimentés
donnent pour la guérison de la vérole, depuis
6. 8. ou 10. grains plus ou moins, selon sa
préparation, & violentent le malade: car si l'esprit
n'en est pas entièrement extrait, il travaille
très puissamment l'esprit qui reste avec le mercure
le rendant prompt & actif, ce qu'il ne ferait
pas autrement.
Les autres métaux aussi, s'ils ne sont pas premièrement
rendus solubles par les sels ou esprits,
ne rendent que peu ou point d'opération
excepté le zinc ou le fer, lesquels étant aisément
dissous, sont capables de travailler
promptement sans aucune autre dissolution,
comme a été montré ci-devant, quand nous
avons traité de l'huile de vitriol: d'autant que
les esprits acides sont cause de l'opération, comme
il se peut voir manifestement; car quoi que
tu prennes demi once de vif argent & l'avales
dans l'estomac, néanmoins il sortira hors par
@
58 La seconde Partie.
le fondement, comme il a été pris. Mais s'il est
préparé avec les esprits ou sels, alors peu de
grains travaillerons puissamment, & plus il est
rendu soluble plus il travaille avec violence,
comme tu peux voir lors qu'il est sublimé avec
sel & vitriol, il devient si puissant par là qu'un
grain travaille plus que 8. ou 10. grains de turbith
minéral, tellement que 3. ou 4. grains tueront
un homme à cause de sa force plus grande
que celle du sublimé qui est dissous par l'esprit
de nitre & cristallisé; Tu n'en saurais mettre
sur la langue sans danger. Ce que quelques-
uns ayant aperçu, ils évaporent l'eau forte à
feu doux, de façon que le mercure demeure jaune,
lequel est plus fort en une petite dose que le
rouge, duquel l'esprit est entièrement évaporé.
On ne s'en sert pas seulement par dehors sur
l'impureté des ulcères & blessures pour corroder
ou manger la chair superflue, (ce qui ne se
fait pas sans un grand tourment du patient ) mais
aussi sans faire distinction de vieux ou de jeune
ils le donnent au dedans pour purger, ce qui est
une des dangereuses purgations dont on puisse
user. Ce mauvais hôte de quelle façon qu'on
le prépare, ne quitte point sa mauvaise qualité,
sinon qu'il soit réduit à une telle substance qu'il
ne puisse jamais plus être réduit en mercure
vif: car pour lors on en peut faire de bonnes
choses dans la médecine sans aucun danger de
préjudicier à la santé de l'homme, de quoi peut-
être il sera parlé plus amplement en un autre
endroit.
Je découvrirai ici un grand abus en faveur
@
Des Fourneaux Philosophiques. 59
des petits enfants, auxquels les Médecins ignorants
donnent du mercure pour tuer les vers. Ils
ne connaissent pas sa mauvaise nature, laquelle
est nuisible aux nerfs: car il y en a qui sont d'opinion,
que s'ils le savaient préparer de telle
façon qu'il put être donné en grande dose,
comme on fait le mercure doux, qu'il serait alors
bien préparé, mais ils errent grandement:
étant beaucoup plus expédient qu'il ne soit pas
si bien préparé, afin qu'il nuise moins à l'homme,
eu égard qu'ils ne l'osent pas donner en si
grande dose. Car si celui qui est préparé avec
l'eau forte ou avec l'esprit de nitre est en usage
pour être donné contre la vérole aux hommes
qui sont avancés en âge, il ne fera pas tant
de mal, d'autant qu'il est donné en petite dose,
& par ce moyen la nature est aidée
pour vaincre & détruire ce grand venin, & abattre
sa malignité par un violent crachat, qui est
une propriété dont nature la pourvu. De sorte
qu'il n'en arrive pas tant de mal que par le
mercure doux, duquel on donne à de petits enfants
depuis dix jusqu'à trente grains à la fois,
non sans beaucoup de danger, s'ils ne sont fort robustes,
vu qu'il leur cause une grande faiblesse
& contraction de membres.
De même ceux-là s'abusent aussi grandement
qui secouent le mercure dans de l'eau ou bière
tant que l'eau soit de couleur grise, & la donnent
à des petits enfants à boire pour tuer les
vers, alléguant qu'ils ne donnent point la substance
ou corps du mercure, mais seulement sa
vertu. Toutefois cette grossière préparation
@
60 La seconde Partie.
n'est pas meilleure que s'ils avaient donné le
mercure même, & je n'ai jamais reconnu que
l'usage du mercure doux, ou l'eau colorée de
gris aient été suivis d'un bon événement pour
tuer les vers. Il est croyable que l'on pourrait
réussir par le précipité jaune ou rouge, eu égard
à son opération violente. Mais qui veut être si
grand ennemi de ses enfants, de les blesser &
torturer avec une médecine si nuisible & mortelle?
principalement; lors qu'on voit qu'il y a
& qu'on peut avoir d'autres médecines qui ne
font point de mal aux enfants, comme il se trouve
dans le fer ou acier, & dans l'huile douce
de vitriol.
Ce que je dis de l'abus du mercure, sera un
bon avertissement à plusieurs, afin qu'ils ne
logent pas si aisément un hôte si tyrannique dans
aucune maison, autrement la ruine entière s'en
ensuivrait, & telle guérison ne mérite point de
louange du tout, lors qu'on guérit un membre
& qu'on en blesse deux ou trois autres, comme
nous voyons en la vérole, que lors qu'un membre
infecté est guéri par le mercure, à demi &
non entièrement, tout le reste du corps est en
danger pour l'avenir: c'est pourquoi il serait
beaucoup meilleur que telle médecine de
chevaux fût ôtée du nombre des bons médicaments,
& qu'on se servit en leur place d'autres,
lesquels sans porter aucun préjudice
aux autres parties accomplissent la cure ou guérison:
dont j'en ai montré diverses sortes
dans ce Livre. Ceux qui ont été gâtés par un
mercure si mal préparé, n'ont point de meilleur
@
Des Fourneaux Philosophiques. 61
remède pour les remettre en bon état, que les
médecines faites des métaux, avec lesquels le
mercure a une grande affinité comme l'or &
l'argent: car lors qu'on en use souvent, ils font
attraction du mercure hors de tous les membres,
& le traînent avec eux hors du corps, &
comme cela le guérissent, mais le mercure
précipité peut être plus doucement mis en
usage extérieurement, qu'intérieurement, en
cas qu'on n'en peut avoir d'autres; savoir pour
corroder ou manger la chair superflue des blessures:
Mais si en sa place on se sert de l'huile
corrosive d'antimoine, de vitriol, alun, ou sel
commun, on fera beaucoup mieux, & la guérison
en sera plutôt faite. Certes il serait plus à
propos qu'au commencement on se servît de
bons médicaments aux blessures nouvelles,
afin de n'être pas obligé d'avoir recours à tels
corrosifs qui donnent tant de tourment. Ce
mercure servira mieux pour les soldats, mendiants
& enfants qui vont à l'école, car si on en poudre
la tête des enfants, qu'on en mette dans
leurs linges ou habits, les poux n'y resteront pas
davantage, auquel cas il ne faut pas que le mercure
soit rendu rouge par sa préparation, mais
seulement jaune, & s'en faut servir diversement,
& ne le jeter pas trop épais, autrement
il corroderait la chair, ce qui causerait de grands
maux.
@
62 La seconde Partie.
De l'eau Forte.
P Rends du sel de nitre & vitriol parties égales, ou si tu ne veux pas l'eau si forte, deux
parties de vitriol & une de sel nitre, & en distille
une eau forte qui est bonne pour dissoudre les
métaux, & pour les séparer l'un te l'autre, comme
l'or de l'argent, & l'argent de l'or, duquel
sera traité ponctuellement dans la quatrième
Partie.
L'eau forte sert aussi pour beaucoup d'autres
opérations mécaniques, pour dissoudre & rendre
les métaux propres, afin qu'ils soient plus
aisément réduits en médicaments: mais d'autant
que l'esprit de nitre & l'eau forte sont presque
de même, & ont une semblable opération: car
si l'eau forte est déflegmée & rectifié, tu en
peux faire la même opération, qu'avec le nitre,
& d'autre côté l'esprit de nitre fera tout ce qui
peut être fait par l'eau forte: je n'en parlerai
pas ici d'avantage, réservant le surplus à la quatrième
Partie.
A présent je connais bien que des Artistes
ignorants, lesquels font toutes choses par coutume,
sans considérer plus avant dans les choses
naturelles, blâmeront mon sentiment, à
cause que j'enseigne que l'eau forte faite de vitriol
& de salpêtre est de la même condition
& nature que l'esprit de nitre, lequel est fait
sans vitriol, disant que l'eau forte contient aussi
de l'esprit de vitriol, d'autant que le vitriol est
aussi en usage dans sa préparation. A quoi je
@
Des Fourneaux Philosophiques. 63
réponds, qu'encore que dans la préparation on
se serve du vitriol, néanmoins pour tout cela
dans la distillation il ne sort point ou bien peu
d'esprit avec l'esprit de nitre: car par une si petite
chaleur il ne peut s'élever si haut comme
fait l'esprit de nitre: & le vitriol n'est mêlé avec
le nitre, que pour empêcher qu'il ne fonde,
& pour mieux faciliter la distillation de l'esprit.
Et pour convaincre l'incrédule de cette vérité,
qu'il ait de l'esprit de nitre & qu'il y joigne un
peu d'huile de vitriol, & qu'il essaye de dissoudre
de l'argent doré avec, & il trouvera que l'esprit
de nitre est rendu incapable de faire cette séparation,
à cause de l'esprit de vitriol, car il travaille
puissamment sur l'or, ce que l'eau forte ne
fait pas.
Esprit de nitre sulfuré.
O N peut aussi faire un esprit de salpêtre avec du soufre: ce qui est en usage par
mi beaucoup de gens; savoir ils prennent une
forte retorte de terre, qui a un tuyau en haut,
& l'attachent au fourneau & ayant mis du sel
nitre dedans, ils le laissent fondre, & lors ils jettent
par le tuyau un morceau de soufre de la
grosseur d'un poids l'un après l'autre lesquels
étant allumés ensemble avec le nitre, donnent
un esprit qui est appelé par quelques-uns
esprit de nitre, & par d'autres huile de soufre:
mais faussement, car il n'est ni l'un ni
@
64 La seconde Partie.
l'autre: d'autant que les métaux n'en sauraient
être dissous, comme ils le sont par d'autre esprit
de nitre ou de soufre, & il ne peut pas
beaucoup servir pour l'usage de la médecine, &
s'il était bon pour aucune opération Chimique,
il serait aisément fait & en grande quantité
par le moyen de mon vaisseau distillatoire.
Que si le salpêtre est mêlé avec le soufre
en due proportion, & jeté sur les charbons ardents
dans le premier fourneau, alors tout sera
brûlé, & en sortira un esprit très fort, les vertus
duquel il n'est pas besoin de décrire ici:
mais il en sera dit davantage en un autre lieu.
Du Clissus.
L Es Médecins modernes ont fait mention d'un autre esprit; lequel ils font de l'antimoine
soufre & salpêtre. ana, ils l'appellent
Clissus, & l'ont en grande estime non sans causes,
d'autant qu'il fait de merveilleux effets s'il est
bien préparé.
Celui qui l'a inventé se sert d'une retorte avec
un tuyau, comme il a été dit de l'esprit de nitre
& soufre, par lequel tuyau il jette son mélange;
c'est une bonne voie, si on n'en connaissait
pas une meilleure: mais si l'Auteur eût
connu mon invention & voie de distiller, je ne
doute point qu'il n'eût quitté sa façon de retorte
avec son tuyau pour se servir de la mienne.
Les matières sont à la vérité bonnes, mais non
le poids & proportion, car pourquoi tant de
soufre, n'étant pas capable de se brûler tout
avec
@
Des Fourneaux Philosophiques. 65
avec une si petite quantité de salpêtre: mais
seulement il est sublimé & bouche le col de la
retorte, & par là la distillation est empêchée,
comme quoi peut-il donc avoir aucune vertu?
C'est pourquoi il ne te faut pas prendre tant
de soufre, mais seulement telle quantité qu'il
faut à allumer le salpêtre: à savoir sur

, de
nitre demi once de soufre: mais d'autant que
l'antimoine est un des ingrédients lequel a aussi
beaucoup de soufre (car il n'y a point d'antimoine
si pur qu'il ne contienne beaucoup
de soufre combustible, comme il sera prouvé
dans la quatrième Partie de ce Livre:) il n'est
donc pas besoin de mettre tant de soufre avec
l'antimoine pour le faire brûler, à cause qu'il
en a assez lui-même, & partant je veux écrire
ma composition, laquelle je trouve être meilleure
que la première.
Prends une livre d'antimoine, deux livres de
sel nitre, trois onces de soufre, mets le tout en
poudre bien mêlés ensemble, & en jette deux
onces à la fois dans le vaisseau, & il en sortira
un esprit sulfureux & acide de l'antimoine, lequel
se mêlera avec l'eau qui a été mise auparavant
dans le récipient; la distillation finie tire le
hors & le garde dans un vaisseau bien clos pour
ton usage, c'est un bon diaphorétique, ou médecine
provoquant la sueur, principalement
aux fièvres, en la peste, épilepsie & toute autre
maladie, la guérison de laquelle doit être faite
par la sueur. La tète morte peut être sublimée
en fleurs dans le fourneau décrit en la première
Partie.
@
66 La seconde Partie.
Esprit de Nitre Tartarisé.
D E la même façon on peut distiller du nitre & du tartre ana, un très bon esprit qui
provoque la sueur. L'usage duquel est très bien
pour la peste & autres fièvres malignes.
La tête morte est une bonne poudre pour
fondre & réduire les chaux des métaux en
corps, ou bien il la faut dissoudre en lieu humide
en huile de tartre.
Esprit d'antimoine tartarisé.
U N meilleur esprit peut aussi être fait du tartre, nitre & antimoine ana, & mis en
fine poudre bien mêlés ensemble, & quoi qu'il
ne soit pas si agréable à prendre, il ne doit pas
être méprisé: car il ne profite pas seulement en
la peste & fièvres, mais aussi en toutes les obstructions
& corruptions du sang, on s'en peut
servir avec admiration à cause qu'il assiste promptement.
La tête morte peut être tirée hors & fondue
dans un creuset, & elle donnera un régule,
l'usage duquel est décrit dans la quatrième
Partie, des scories on en peut tirer avec l'esprit
de vin une teinture bonne pour beaucoup de
maladies. Mais avant que tu fasses l'extraction
avec l'esprit de vin, tu en peux tirer une lessive
rouge avec de l'eau douce, laquelle lessive est
bonne pour ôter les taches qui sont sur la peau,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 67
& guérit les galles.
Si tu verses sur cette lessive du vinaigre ou
autre esprit acide, il se précipitera une poudre
laquelle étant édulcorée & séchée, peut servir
à la médecine, elle est appelée par quelque
uns or diaphorétique, mais il n'est pas diaphorétique,
mais fait vomir violemment: de sorte
qu'en cas de nécessité, si tu n'as de meilleure
médecine en main, Il peut être donné pour un
vomitif depuis 6. 7. 9. jusqu'à 15. grains.
On peut aussi extraire des scories un beau soufre
avec l'esprit d'urine, qui s'élève par l'alambic,
lequel est très bon pour toutes les maladies
des poumons.
Des charbons de pierres.
S I tu mêles des charbons de pierres avecpoids égal de salpêtre, & les distilles, tu auras
un admirable esprit bon pour l'usage des enfleures
externes, car il nettoie & attire les
blessures ensemble extraordinairement bien.
Il en sortira aussi une vertu métallique en forme
d'une poudre rouge, laquelle doit être séparée
de l'esprit, & gardée pour son usage: mais
si tu jettes dedans les charbons tous seuls, &
les distilles, il en sortira non seulement un esprit
acide, mais aussi une huile chaude & rouge
comme sang, laquelle dessèche puissamment &
guérit tous les ulcères séreux, elle guérit particulièrement
la teigne mieux que toute autre
médecine, elle consume aussi toutes les croissances
humides & spongieuses de la peau, en
e ij
@
68 La seconde Partie.
quelque part qu'elles puissent être: mais si tu
sublimes les charbons de pierres, dans le fourneau
décrit dans la première Partie, il en sort
un esprit acide métallique, avec beaucoup de
fleurs noires & légères, lesquelles étanchent le
sang incontinent, & mises dans les emplâtres,
sont aussi bonnes que les autres fleurs métalliques.
Esprit de nitre ou eau forte sulfurée.
S I tu prends une partie de soufre, deux parties de nitre, & trois parties de vitriol, & les
distilles, tu auras une eau forte graduatoire, laquelle
sent fortement le soufre, le soufre
étant rendu volatil par le salpêtre & le vitriol,
elle est meilleure pour la séparation des métaux,
que l'eau forte commune.
Si l'argent est mis dedans il devient noir, mais
il n'est pas fixe: si tu en verses un peu sur l'argent
dissous, une grande partie se précipitera en
une chaux noire qui ne souffre pas l'examen. Tu
en peux aussi extraire un esprit volatil sulfureux,
lequel a la vertu aussi bien par dedans
que par dehors pour les bains, & peut être mis
en usage de même que l'esprit volatil du vitriol
& de l'alun.
L'esprit nitreux de l'arsenic.
S I tu prends de l'arsenic blanc, & de pur sel nitre ana broyés en fine poudre, & que tu
@
Des Fourneaux Philosophiques. 69
les distilles, tu auras un esprit bleu, lequel est
très fort; mais il ne faut point mettre d'eau dans
le récipient, autrement il deviendrait blanc car
l'arsenic, hors duquel le bleu sert, est précipité
par l'eau. Cet esprit dissout & gradue le cuivre
aussi blanc que l'argent, & le rend malléable,
mais il n'est pas fixe. La tête morte rend
le cuivre blanc, s'il est cimenté avec, mais fort
friable, cassant & non malléable. Or comme
quoi on peut tirer de bon argent de l'arsenic
avec profit, tu le trouveras dans la quatrième
Partie. Dans la médecine l'esprit bleu sert
pour tous ulcères chancreux & rongeants, si on
les en oint, il les mortifiera & rendra capables
de guérison.
Pour tirer l'esprit du soufre, tartre & nitre.
S I tu prends une part de soufre, deux parts de tartre, & quatre parties de nitre, & les
broies ensemble philosophiquement, tu auras
un admirable esprit, qui réussit dans la médecine
& dans l'Alchimie. Je ne conseille personne
de le distiller par la retorte, car si ce mélange
prend sa chaleur par le bas, il fulmine de même
que la poudre à canon: mais s'il est allumé
par le haut il ne fulmine pas, brûlant seulement
comme un éclair, on s'en peut servir à fondre,
& réduire les métaux.
e iij
@
70 La seconde Partie.
Pour tirer un esprit du sel de tartre, du soufre, & du nitre.
P Rends une partie de sel de tartre, une partie & demie de soufre, & trois parties de nitre,
broie-les ensemble, & tu auras une composition,
qui fulmine comme l'or fulminant, &
de même aussi qu'il a été dit de l'or, elle peut
être distillée en fleurs & esprits, lesquels ne sont
pas sans de particulières vertus & opérations:
car la corruption d'une chose est la génération
de l'autre.
Pour faire un esprit de sciure de bois, soufre & nitre.
F Ais un mélange de sciure de bois de *tillet une part, de soufre deux parts, & neuf
parts de nitre, bien purifié & séché, jette les
peu à peu dans un vaisseau distillatoire, & il
sortira un esprit acide, lequel est mis en usage
pour l'extérieur: car il nettoie les blessures
sales si tu mêles cette composition avec des minéraux
ou métaux mis en fine poudre, & les distilles,
il n'en sortira pas seulement un esprit
métallique de grand pouvoir, mais aussi une
bonne quantité de fleurs selon la nature du minéral,
qui n'est pas de petite vertu: car les métaux
& les minéraux sont détruits & réduits en
une meilleure condition par ce feu prompt &
Note du traducteur :
*tillet: Tilleul ?
@
Des Fourneaux Philosophiques. 71
violent, dont on pourrait écrire beaucoup de
choses: mais il n'est pas bon de les révéler.
Considère cette Sentence des Philosophes.
Il
est impossible de détruire le soufre combustible des
chaux sans flamme, ce que fait la fosse de la minière.
Comme aussi les métaux & minéraux fusibles
ne seront pas seulement fondus: mais aussi
coupellés dans un moment sur la table, sur la
main, ou dans une coque d'oeuf, par où l'on
peut faire des preuves particulières des mines
& des métaux beaucoup mieux que sur la coupelle,
de quoi sera parlé dans la quatrième
Partie de ce Livre. Ici la porte nous est ouverte
pour des choses hautes, si l'entrée nous
est permise, nous n'avons pas besoin de Livres
pour chercher les secrets.
Pour faire des esprits métalliques & fleurs par le moyen du nitre & du linge.
D Issous les métaux dans leurs propres menstrues, & dans la dissolution, où une bonne
partie du nitre doit être dissoute, trempe des
linges fins dedans & les sèche, tu auras un métal
préparé, lequel peut être allumé, (comme la
fièvre) le soufre superflu étant consumé, la
substance mercuriale du métal se manifeste. Et
après la distillation finie tu trouveras une chaux
très singulière & bien purifiée, laquelle colore
e iiij
@
72 La seconde Partie.
les métaux comme celle de l'or dore l'argent
celle d'argent, argente le cuivre, & celle de cuivre
rend le fer comme s'il était cuivre &c. laquelle
couleur quoi qu'elle ne porte pas grand
profit, néanmoins j'ai cru n'être pas hors de
propos de montrer la possibilité, & peut être
y a-t-il quelque chose de caché de plus grande
importance, ce que tout le monde ne connaît
pas.
De la poudre à canon.
I L y aurait beaucoup de choses à dire de cette mauvaise composition & abus diabolique
de la poudre à canon: mais d'autant que le monde
ne se plaît qu'à épandre le sang innocent, &
ne peut endurer le blâme de l'injustice, j'ai
cru qu'il valait mieux se taire & laisser répondre
chacun pour lui-même. Le temps viendra
qu'il nous faudra rendre compte de nos actions
devant un Juge juste; & lors on séparera les
bons des mauvais par celui qui épreuve les
coeurs, de même que l'or est affiné des scories,
& lors il sera vu ce que les Chrétiens auront
été. Nous en portons tous le nom, mais nos
actions ne témoignent pas que nous soyons
tels, chacun pense être meilleur que les
autres.
L'un injurie, condamne, & persécute l'autre
jusqu'à la mort. Ce que C H R I S T ne nous a
pas enseigné, au contraire il nous a commandé
exactement de nous aimer l'un l'autre, sans regarder
ni faire différence de celui qui est bon
@
Des Fourneaux Philosophiques. 73
d'avec le mauvais, comme on a accoutumé de
faire par tout en ce temps ici, chacun s'appuyant
sur sa réputation, mais l'honneur de Dieu &
ses Commandements sont oubliés, mis & foulés
sous les pieds, si bien que l'hypocrisie Pharisienne,
l'avarice & l'ambition ont prévalu.
Les Chrétiens n'étant plus reconnaissables par
leurs oeuvres.
Toutes les bonnes coutumes sont tournées
en mauvaises, les femmes se changent en hommes,
& les hommes en femmes dans leurs façons,
ce qui est contraire aux Institutions & Ordonnances
de Dieu & de la nature, enfin le
monde va de travers, si Héraclite & Démocrite
étaient à présent dans le monde, ils trouveraient
plus que jamais matière de rire & de
pleurer.
Il n'est donc pas merveille, que Dieu ait envoyé
un si terrible fléau comme est la poudre à
canon: & il est croyable que s'il ne nous cause
point d'amendement, nous en aurons un plus
épouvantable, savoir tonnerres & éclairs tombant
des cieux, par lesquels le monde sera tourné
sens dessus dessous pour mettre fin à toute
vanité, avarice, ambition, tromperie & arrogance.
Cette préparation qui est le plus dangereux
poison, la terreur de toute chose vivante, n'est
autre chose qu'un foudre terrestre qui nous annonce
la colère & la venue du Seigneur. Car
si CHRIST lors qu'il viendra pour juger le monde
doit venir avec éclairs & tonnerres: peut-
être que ce tonnerre terrestre nous est donné
@
74 La seconde Partie.
pour nous mettre en mémoire, & nous faire
craindre le temps qui est à venir. Néanmoins
non seulement on n'y prend pas garde, mais on
le prépare seulement pour faire du mal, & pour
détruire l'homme par une cruelle & abominable
façon, comme chacun le sait bien.
Car personne ne peut nier qu'il n'y a point
de plus subtil poison que la poudre. Il est écrit
que le basilic tue par sa seule vue les hommes,
ce qu'ils peuvent éviter. Et même il ne s'en
trouve quasi point: mais ce poison se prépare à
présent par tout.
Combien de fois se rencontre-t-il, que le tonnerre
met le feu dans les magasins de poudre,
comme étant son semblable: de sorte que tout
ce qui est dessus est détruit dans un moment &
emporté en l'air? comme aussi dans les sièges,
lors qu'une pièce est déchargée, ou que quelque
mine joue, tout ce qui est dessus est soudainement
tué & misérablement détruit, quel poison
plus subtil peut-on inventer? je crois qu'il
n'y en a point qui ne reconnaisse cette vérité.
Et voyant que les anciens Philosophes &
Chimistes ont toujours été de cette opinion,
que plus le poison est grand, plus il s'en fait une
meilleure médecine, après qu'il est délivré du
poison. Nous qui sommes leur postérité nous
trouvons qu'il est véritable par beaucoup d'expériences,
comme nous voyons de l'antimoine,
arsenic, mercure, & semblables minéraux,lesquels sont de grands poisons, s'ils ne sont
préparés, mais par une dure préparation ils sont
réduits en très excellents médicaments: & quoi
@
Des Fourneaux Philosophiques. 75
que chacun ne le puisse pas comprendre, ni
croire, néanmoins les Chimistes connaissent
que la chose est véritable, & la façon de le faire
ne leur est pas une chose nouvelle, & d'autant
que je traite dans cette seconde Partie des esprits
bons pour la médecine, & d'autres excellents
médicaments, trouvant que celui-ci qui
est fait de la poudre à canon n'est pas des moindres,
je ne veux pas passer sous silence sa préparation,
laquelle se fait ainsi.
Pour faire l'esprit de la poudre à canon.
L E vaisseau distillatoire étant chaud, & un grand récipient attaché sans luter, avec
bien de l'eau dedans, mets deux écuelles avec
de la poudre dedans, 12. ou 15. grains dans
chacune, l'une après l'autre, de la même façon
qu'il a été montré ci-devant avec l'or. Car si
tu en mets trop à la fois, il en naîtra trop de
vent, qui rompra le récipient.
Incontinent que tu l'as mis dans le vaisseau
ferme la porte: la poudre prendra feu, & donnera
un tel coup qu'elle fera trembler le récipient
& une humidité viendra dans le récipient. Incontinent
que la poudre est brûlée, il en faut
jeter d'avantage dedans, avant que l'humidité
soit rassise, autrement il faudrait trop de temps
pour la distillation; continuant comme cela
tant que tu aies assez d'esprit. Alors laisse éteindre
le feu, & refroidir le fourneau, puis ôte le
@
76 La seconde Partie.
récipient & verse hors l'esprit, & l'eau qui a été
mise dedans auparavant (les fleurs étant premièrement
bien lavées) dans une cucurbite de
verre, pour être rectifiée au *M B. par l'alambic,
& il en sortira une eau qui aura l'odeur & le
goût du soufre, laquelle tu garderas, & dans
le verre tu trouveras un sel blanc, lequel tu garderas
aussi dans un verre. Prends la tête morte
qui a resté dans le vaisseau distillatoire, qui est
comme un sel gris, calcine-le dans un creuset
couvert tant qu'il soit blanc, mais sans qu'il se
fonde; & sur ce sel calciné verse ton eau puante,
qui est sortie par l'alambic, & dissout ledit
sel blanc calciné avec, & jette les fèces qui ne
se dissoudront pas, filtre la solution, & la mets
sur le sel blanc, qui a resté dans le verre, duquel
l'esprit sulfureux a été extrait auparavant, mets
le verre avec son alambic luté sur le sable, & en
extraits l'eau sulfureuse, laquelle sera jaunâtre,
sentant plus le soufre qu'elle ne faisait
auparavant, si cette eau est extraite plusieurs
fois sur le sel, elle deviendra blanche presque
semblable au lait, n'ayant plus le goût du soufre,
mais elle sera douce & plaisante, elle est
bonne pour les maladies des poumons, comme
aussi elle dore l'argent: mais non pas d'une
couleur fixe. Par la digestion elle peut être réduite
en une meilleure médecine.
Le sel qui reste dans le verre doit avoir feu
violent, tel qu'il rougisse le sable, afin que le
verre demeure bien rouge, & il se sublimera un
sel blanc dans l'alambic qui a presque le goût du
sel armoniac, mais au milieu du verre, tu en
Note du traducteur :
*M B.: peut être Bain Marie ?
@
Des Fourneaux Philosophiques. 77
trouveras un autre qui est jaunâtre, ayant un
goût minéral, & très chaud sur la langue.
Le sel sublimé aussi bien que celui qui est descendu
dans l'alambic, comme aussi le jaune qui
a resté dans le corps du verre, sont bons pour la
peste, fièvres malignes & autres maladies, ou
la sueur est requise, car ils provoquent grandement
la sueur, ils confortent & nettoient l'estomac,
& quelquefois causent des selles fort
doucement.
Ils sont bons aussi pour l'usage de l'Alchimie,
dont il n'est pas à propos de parler en cet
endroit.
Sur le sel qui a resté & qui n'a pas sublimé
tu verseras de l'eau de pluie, & la dissoudras
dans le verre s'il n'est point rompu: mais s'il est
rompu, tire hors le sel tout sec, & le dissous, filtre
& coagule, & il se séparera beaucoup de fèces.
Ce sel purifié sera jaunâtre: fonds le dans
un creuset couvert, & il deviendra rouge comme
sang, & aussi chaud que le feu sur la langue,
lequel tu dissoudras derechef avec nouvelle
eau, filtreras & coaguleras, par laquelle opération
il sera plus pur & plus net, & la solution
sera entièrement verte auparavant qu'elle soit
coagulée, & aussi chaude & brûlante que le
sel rouge était avant la dissolution.
Cette dissolution verte étant coagulée derechef
en un sel rouge & brûlant, il peut être
derechef fondu dans un creuset neuf & fort, &
il sera plus rouge & plus brûlant.
Cela est admirable que lors qu'on le fond il
s'en fait beaucoup d'étincelles de feu, lesquelles
@
78 La seconde Partie.
ne s'allument point & ne prennent point
feu, comme d'autres étincelles de charbon ou
de bois ont accoutumé de faire, ce sel rouge
bien purifié étant mis en lieu humide, se dissout
en une huile rouge comme sang, laquelle dissous
l'or par la digestion; & laisse l'argent: cette
dissolution peut être coagulée & gardée pour
l'Alchimie.
On en peut aussi extraire une teinture précieuse
avec de l'esprit de vin alcoolisé, laquelle
teinture dore l'argent, mais non fixement.
Et pour l'usage de la médecine, elle doit être
gardée comme un grand trésor: mais si le sel
rouge brûlant est extrait avec l'esprit de vin auparavant
que l'or y soit dissous, il donnera aussi
une belle teinture rouge, mais elle n'est pas si
bonne pour la médecine comme celle ou l'or a
été dissous, & cette teinture peut aussi servir à
l'Alchimie, ce qui n'est pas propre à ce lieu:
d'autant que nous ne traitons que des médicaments.
L'usage de la Médecine par la teinture de la poudre à canon.
C Ette teinture, soit qu'elle soit avec de l'or
ou sans or, étant faite du sel rouge, est une
des principales que je connaisse, si tu travailles
droitement & la prépares bien: car elle purifie
& nettoie le sang extraordinairement, &
provoque grandement les sueurs & les urines,
de sorte qu'elle peut être mise en usage avec
@
Des Fourneaux Philosophiques. 79
bon succès en la peste, fièvres, épilepsie, scorbut,
mélancolie hypocondriaque, goutte,
pierre, & autres semblables comme aussi pour
toutes les obstructions de la rate & du foie, en
toutes les maladies des poumons: c'est une
chose admirable que d'une chose si mauvaise on
en puisse préparer une si bonne Médecine. C'est
pourquoi il serait beaucoup meilleur d'en préparer
de bons médicaments pour remettre les
pauvres malades en santé, que de s'en servir
pour détruire ceux qui sont sains & gaillards.
Je connais un Chimique qui a dépensé
beaucoup, & a été longtemps à chercher ce
vénéneux dragon, croyant d'en faire la médecine
universelle, ou pierre des Philosophes,
principalement lors qu'il voyait tant de divers
changements de couleurs, desquelles les Philosophes
font mention, lors qu'ils écrivent de
leur médecine & de sa préparation, tels que
sont le sang de dragon, lait virginal, lion vert &
rouge, noir plus noir que le noir, blanc plus
blanc que le blanc, & tant d'autres qu'il n'est
pas nécessaire de décrire. Ce qui peut aisément
persuader un homme crédule comme il
l'avait été: mais après il trouva que ce sujet auquel
il se confiait si fort était lépreux, & n'était
pas assez pur, & qu'il était impossible
d'en faire la pierre teingeante, afin d'exalter les
hommes & les métaux, de sorte qu'il fut bien
aise de se contenter d'une bonne médecine particulière,
& de remettre le reste à Dieu.
C'est assez parlé de ce vénéneux dragon, la
poudre à canon; mais je ne veux pas nier qu'il y
@
80 La seconde Partie.
ait un autre dragon & plus pur duquel les Philosophes
parlent si souvent. Car la Nature
est grandement riche, & nous peut révéler
beaucoup de secrets par la permission de Dieu:
mais à cause que nous ne visons qu'à avoir de
grands honneurs & richesses, & que nous négligeons
les pauvres, il est bien raison que telles
choses demeurent cachées aux mauvais &
aux impies.
L'esprit & fleurs du nitre & des charbons.
D Istille le nitre bien purifié de son sel superflu, mêle avec de bons charbons; l'oiseau
solaire Egyptien se brûlera, & hors de lui sortira
une eau singulière, très bonne pour l'usage
des hommes & des métaux. Ces cendres brûlées
sont semblables au tartre calciné, qui n'est
pas à mépriser pour la purgation des métaux.
Pour faire les fleurs & esprits des pierres, cristal ou sable, y ajoutant des charbons & salpêtre ensemble.
P Rends une partie de pierre ou sable, trois parties de charbons de *tillet & six parties
de bon nitre, mêle-les bien ensemble, & les
jette dedans, & le soufre combustible des
pierres
Note du traducteur :
*tillet: Tilleul ?
@
Des Fourneaux Philosophiques. 81
pierres s'allumera par le feu violent du salpêtre,
& fera une séparation, en emportant une
partie avec lui, laquelle se changera en esprit
& en fleurs, qu'il faut séparer par le filtre, l'esprit
a le même goût que s'il avait été fait
avec le sel de tartre & avec des pierres, il a les
mêmes vertus & qualités: la tête morte donne
une huile ou liqueur semblable en tout à
celle qui se fait de sel de tartre & de sable, c'est
pourquoi il n'est pas nécessaire de décrire ici
ses vertus, mais tu le trouveras lors que je traiterai
de l'esprit fait de sel de tartre & pierres.
Pour faire un esprit & huile de talc & salpêtre.
P Rends une partie de talc en fine poudre, trois parties de bois de *tillet, & les mêle avec
cinq ou six parties de bon nitre, jette de ce mélange
une cuillerée après l'autre, & il en sortira
un esprit, & peu de fleurs, lesquels il faut
séparer, comme a été dit concernant les pierres.
Cet esprit n'est pas différent de celui du sable:
la tête morte qui est grisâtre doit être
mise dans un creuset pour la faire fondre, puis
la verser hors, & tu auras une masse blanche &
transparente, de même que celle des pierres ou
de cristal, elle se dissout dans un lieu froid &
humide en une liqueur plus grasse à l'attouchement
que l'huile de pierres, elle est en quelque
façon piquante comme l'huile de tartre, elle
f
Note du traducteur :
*tillet: Tilleul ?
@
82 La seconde Partie.
nettoie la peau, cheveux & ongles, & les rend
blancs; on se peut servir de l'esprit au dedans
pour provoquer la sueur & urine: extérieurement
il nettoie les blessures, & guérit toute
sorte de galle. Je ne sais pas ce qui s'en peut
faire d'avantage, mais il sera dit dans la quatrième
Partie comme quoi le talc, pierres & semblables
choses pierreuses peuvent être menées
à ce point, qu'elles puissent être dissoutes avec
l'esprit de vin, & réduites en bons médicaments.
Pour faire un esprit, fleurs, & huile de l'étain.
M Ele deux parties de limaille d'étain, avec une partie de bon nitre, & les jette dedans,
comme il a été dit aux autres choses, alors le
soufre de l'étain allumera le sel nitre, & fera
une flamme, comme s'il était fait avec du soufre
commun, par où la séparation est faite, de
sorte qu'une partie de l'étain sort en fleurs & en
esprit, & le reste demeure dedans, si tu en tires
la tête morte, & que tu l'exposes en lieu humide,
une partie s'en ira en une liqueur ou huile,
laquelle peut servir extérieurement avec bon
succès pour nettoyer tous les ulcères. Elle a
aussi la vertu, étant dûment appliquée, de
graduer & exalter extraordinairement toutes
les couleurs des végétaux & des animaux, ce
qui est excellent pour l'usage des teintures, l'esprit
provoque grandement la sueur: les fleurs
@
Des Fourneaux Philosophiques. 83
étant édulcorées & mises dans les emplâtres,
dessèchent & guérissent fort promptement.
Pour faire un esprit, fleurs, & huile du Zinc.
T U peux travailler sur le zinc de la même façon qu'il a été dit de l'étain, & il donnera
une bonne quantité de fleurs, comme
aussi un esprit & huile qui ont presque les
mêmes vertus que ceux de l'étain: ces fleurs
corrigées avec le nitre, sont meilleures que
celles dont il est parlé dans la première Partie
de ce Livre.
Pour faire un esprit, fleurs, & huile, de la pierre calamine.
M Ele deux parties de nitre, avec une partie de pierre calamine, & les jette dedans,
& il en sortira un esprit acide, bon pour
la séparation des métaux, & aussi quelque peu
de fleurs jaunes. Le reste demeure dedans en
une masse verte obscure, laquelle est comme
un feu sur la langue, comme le sel de tartre, &
si elle est dissoute avec eau de pluie, elle donne
une solution de couleur verte d'herbe, laquelle
si elle n'est promptement coagulée en
sel, la verdeur se sépare elle-même du sel nitre,
& il tombe en bas une poudre rouge très fine,
laquelle étant édulcorée & séchée, & donnée
f ij
@
84 La seconde Partie.
depuis un grain jusqu'à dix ou douze, fait vomir
& aller à la selle doucement, mieux que l'antimoine
préparé: car la pierre calamine & le
zinc sont de nature d'or, comme il sera prouvé
dans la quatrième Partie: la lessive blanche où
lie, d'où le vert s'est précipité, doit être coagulée
en un sel blanc semblable au sel de tartre;
mais si tu coagules la solution verte, auparavant
que le vert soit séparé du nitre, alors tu auras
un très beau sel vert, haut en couleur &
plus brûlant ou âcre que le sel de tartre, duquel
on peut faire de bonnes choses dans l'Alchimie,
ce qui n'est pas de ce lieu. Et si tu désires
de faire ce sel vert pour l'usage de l'Alchimie,
tu n'as pas besoin de tant de peine, comme
de distiller un esprit hors du mélange, mais
prend trois ou quatre parties de bon nitre, &
le mêle avec une Partie de pierre calamine, &
laisse bouillir ce mélange ensemble dans un
four à vent, tant que le nitre soit coloré en vert
par la pierre calamine, alors verse le hors, & sépare
ce sel vert doré, & t'en sers aux choses
auxquelles tu le jugeras propre.
Mais si tu veux extraire une bonne teinture
& médecine, mets le en poudre, & en fais extraction
avec esprit de vin, & il donnera une
teinture rouge comme sang, bonne pour la médecine
& Alchimie.
De plus, sache que de tous les métaux &
minéraux, que je connais, excepté l'or & l'argent,
il n'y en a point hors desquels il se puisse
extraire une verdeur qui soit à l'épreuve du
feu, que de la seule pierre calamine, ce qui mérite
@
Des Fourneaux Philosophiques. 85
d'être bien considéré.
Pour faire un esprit de nitre, soufre, & sel commun.
P Rends une partie de sel, deux parties de soufre, & quatre parties de nitre, broie
le tout ensemble, & en jette une cuillerée après
l'autre, & il en sortira un esprit acide jaune,
lequel s'il est mêlé avec de l'eau commune,
de sorte que l'eau ne soit pas rendue trop acide
ou aigre, c'est un fort bon bain pour beaucoup
de maladies: il guérit principalement & promptement
toutes galles. La tête morte peut aussi
être dissoute en eau pour les bains, mais l'esprit
est meilleur & opère plus promptement
dans la contraction des membres, & autres défauts
des nerfs, de cette sorte de bains il en sera
parlé plus amplement dans la troisième Partie,
le sel jaune & fixe qui reste, est bon pour l'usage
de l'Alchimie: car il gradue en quelque façon
l'argent par le ciment.
Pour tirer l'esprit, fleurs, & huile du nitre & régule de Mars.
P Rends une partie de régule de Mars étoilé, fait d'une partie de fer ou acier, & trois
parties d'antimoine, la préparation duquel est
dans la quatrième partie, & trois parties de pur
nitre, mêle & broie le tout ensemble, & le
f iij
@
86 La seconde Partie.
jette peu à peu pour distiller, & il sortira ensemble
un esprit & un sublimé blanc, lequel doit
être séparé avec eau, comme il a été montré
ci-devant pour les autres fleurs, & tous les deux,
l'esprit & les fleurs sont bons pour provoquer
la sueur.
La tête morte restante, comme on l'appelle
communément, n'est pas morte, mais est
pleine de vie & de vertu: car elle peut faire de
bonnes choses dans la médecine & Alchimie
comme s'ensuit. La masse restante qui sera
blanche si le régule est pur autrement elle est
jaunâtre, & est âcre & brûlante, elle doit être
dulcifiée avec eau commune, & rendra une lessive
avec l'eau douce semblable au tartre calciné,
mais plus âcre & plus pur, qui peut presque
servir à toutes les opérations au lieu de sel de
tartre (mais il faut que le régule soit premièrement
précipité avec eau) & après on le peut
coaguler en sel, & le garder pour son usage, l'antimoine
précipité & édulcoré par l'eau est une
poudre blanche & subtile très bonne pour la
peste, fièvres, & autres maladies où il est besoin
de sudorifiques, & quoi qu'il excite le vomissement,
lors qu'il est donné en trop grande quantité
il n'est pourtant pas à craindre. Et pour ce
qu'il n'a point de goût; & qu'il est insipide, il
peut être facilement pris. On le donne aux enfants
depuis 3. 4. jusqu'à 12. grains: aux plus
avancés en âge depuis

P/. jusqu'à

P/. il travaille
heureusement en toutes les maladies qui
ont besoin de diaphorétiques. Cet antimoine diaphorétique
peut aussi être fondu & réduit en
@
Des Fourneaux Philosophiques. 87
verre, lequel après peut être extrait & dissous
par l'esprit de sel, & être employé à divers
bons médicaments, si on voulait décrire au
long tout ce qui peut être fait par son moyen, il
faudrait trop de temps. La lessive étant coagulée
est douée de vertus merveilleuses & incroyables;
de façon que si on les voulait décrire,
il serait presque impossible qu'aucune
personne le voulût croire, à cause qu'elle est
faite d'une matière si vile & abjecte, & de si peu
de frais, & à la vérité la vie de l'homme est
trop courte pour pouvoir trouver par expérience
pour ce qui est en elle, & ce serait une
grande folie de le révéler, c'est pourquoi il est
meilleur de garder le secret, Basile Valentin
fait mention de ceci en son chariot de triomphe,
où il parle du signe étoilé, ou régule
étoilé, ce que peu de gens remarquent. Paracelse
aussi par-ci par-là dans ces Livres sous le
voile de quelque autre chose en parle souvent;
les Philosophes n'ont point parlé clairement de
la préparation & usage à cause des ingrats, mais
en faveur des personnes honnêtes, il en sera
ici fait mention.
Auparavant que tu édulcores le régule, fait
par sublimation, tu en peux extraire une bonne
teinture médicinale avec l'esprit de vin, & si tu
le dissous avec l'esprit de sel, il s'en fera un talc
folié semblable au minéral, duquel on peut
faire une liqueur, laquelle colore la peau, & la
rend très blanche; mais si cette chaux d'antimoine
auparavant qu'on en fasse l'extraction
avec l'esprit de vin, ou qu'on la dissolve avec
f iiij
@
88 La seconde Partie.
l'esprit de sel, est mise en fine poudre & exposée
à l'air humide, elle se dissoudra en une liqueur
grasse, laquelle quoi qu'elle soit âcre,
néanmoins n'endommage point le cuir, si on
s'en sert avec discrétion, au contraire elle embellit
& nettoie plus que toute autre chose, &
fait le même aux cheveux & ongles, toutefois
quand on s'en sert il faut tout incontinent après
l'avoir appliquée la laver avec de l'eau, autrement
elle n'emporterait pas seulement le cuir
grossier: mais elle offenserait le cuir tendre &
délicat. C'est pourquoi je t'en avertis, afin
que tu t'en serves discrètement, car il te pourrait
arriver ce que le vieux Proverbe dit, qu'on
se peut faire du mal avec ce qui est bon de soi.
Si tu en mêles un peu avec de l'eau chaude en
forme de bain, tout le cuir de tout le corps se
pèlera: de sorte qu'il semblera que tu sois rajeuni.
Le même bain est aussi très bon pour
beaucoup de maladies, car il ouvre les pores extrêmement,
mondifie, & nettoie le sang par
tout le corps en tirant hors les humeurs vicieuses,
& par conséquent fortifie l'homme & le
rend léger & fort, étant premièrement purgé
avant le bain. Il sert aux mélancoliques, au
scorbut, à la lèpre, particulièrement si l'on use
outre cela de la teinture rouge qui en est extraite
par l'esprit de vin, le même bain profite
à ceux qui ont des cors aux pieds & autres excroissances
& durillons aux ongles qui coupent
la chair, lesquelles choses sont ramollies
par ce bain, comme cire, en sorte que tu les
peux couper, car il n'y a rien sous le Soleil qui
@
Des Fourneaux Philosophiques. 89
puisse mieux ramollir la dureté du cuir, des cheveux,
ongles & autres excroissances, que cette
huile & ceci soit dit en faveur de ceux qui sont
tourmentés te telles excroissances, car j'en connais
qui en sont si incommodés, qu'ils n'osent
mettre leurs pieds dans les souliers, mais si tu
coagules ladite huile en sel, & la fonds dans un
creuset, & la verses dans un vaisseau d'airain qui
soit plat, afin qu'il se dilate & se puisse mettre
en morceaux, c'est un des meilleurs caustiques
pour ouvrir le cuir où il est nécessaire si tu dissous
du tartre cru en icelui & le coagules derechef,
tu auras un sel qui sert à plusieurs opérations
Chimiques, duquel on peut extraire
avec l'esprit de vin une teinture rouge comme
sang, excellente aux obstructions.
Aussi tout soufre combustible se dissout aisément
en icelui, lequel mêlé avec les bains
fait des merveilles, si on cuit en icelui aucunes
huiles des aromates en les faisant bouillir, alors
l'huile se dissoudra, & de tout il s'en fera un
baume qui se mêle avec l'eau & se prend par
dedans pour certains maux: il est interdit aux
femmes grosses, car il les ferait avorter, mais
après l'accouchement il est bon pour mettre
hors l'arrière-faix & autres superfluités, que si tu
fais bouillir & cuire l'huile de bois de roses, ou
cette liqueur avec eau rose aussi long temps
que l'huile s'incorpore avec la liqueur & eau,
l'aquosité étant séparée tu auras un savon
aussi blanc que neige, bon pour blanchir les
mains, qui est de très bonne odeur qui fortifie le
cerveau, mondifie & nettoie la tête & cheveux,
@
90 La seconde Partie.
si on se lave la tête d'icelui, ce savon
peut être distillé, & il en sortira une huile très
pénétrante & très utile pour les nerfs.
Et comme cette liqueur de régule d'antimoine
ramollit parfaitement le cuir, cheveux,
ongles, plumes, & cornes, aussi il a le
même pouvoir de dissoudre non seulement les
métaux, mais encore les plus dures pierres, non
pas comme il est dit ci-dessus du soufre en
bouillant, mais par une autre voie de laquelle
nous ne traiterons point ici. Avec l'esprit de
sel, ou avec le vinaigre distillé on dissout le nitre
fixe igné, & on le sublime en terre foliée pour
l'usage auquel elle est destinée, nous n'en parlerons
point en ce lieu, ce sera peut-être en quelque
autre endroit.
Pour distiller un beurre d'antimoine, sel & vitriol, semblable à celui qui est fait avec l'antimoine & mercure sublimé.
P Rends une part d'antimoine cru, deux parts de sel commun, & quatre parts de vitriol
calciné au blanc, mets le tout en poudre &
le mêle bien, & en jette dedans comme a été
dit des autres matières: & il en sortira une huile
d'antimoine épaisse comme beurre, laquelle
peut être rectifiée comme les autres huiles
qui sont faites par la voie commune avec le
mercure sublimé. Elle a la même vertu & usage,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 91
lequel tu peux voir dans la première Partie.
Le même peut aussi être fait, & beaucoup
mieux & en plus grande quantité dans le premier
Fourneau, & avec moins de charbons, &
de temps, par le moyen d'un feu ouvert, d'autant
qu'il endure une plus grande chaleur que
le second Fourneau.
Pour distiller le beurre d'arsenic, & orpiment.
D E la même façon qu'il a été dit de l'antimoine, il peut être tiré hors de l'arsenic &
orpiment, mêlé avec sel & vitriol, une huile
épaisse par distillation, laquelle n'est pas seulement
bonne pour le dehors, mais aussi peut
être doucement prise par dedans. Elle peut tellement
être corrigée qu'elle n'est nullement
inférieure en vertu au beurre d'antimoine, au
contraire elle est meilleure, ce qui peut être
semblera impossible à plusieurs. Mais celui qui
connaît la nature & qualité des minéraux, ne
s'étonnera pas de mes paroles, lesquelles lui
serviront de flambeau dans un lieu obscur.
Pour faire un rare esprit de vitriol.
D Issous le vitriol commun en eau, & le fais bouillir dedans du zinc en grenaille, tout
le métal & le soufre contenu dans le vitriol se
précipiteront sur le zinc, & la solution deviendra
blanche, La matière précipitée n'est autre
@
92 La seconde Partie.
chose que fer, cuivre, & soufre, contenus dans
le sel du vitriol qui sont attirés: la raison pourquoi
le métal se précipite hors du sel sur le zinc,
appartient à la quatrième Partie, là où tu la
trouveras suffisamment expliquée, la solution
blanche d'où la matière métallique a été précipitée,
doit être coagulée en sel, pour en tirer
par elle-même un esprit, lequel fort aisément,
& dans son goût & vertu n'est pas dissemblable
à l'huile commune de vitriol, mais seulement
il est un peu plus pur.
Ici peut-être quelqu'un me fera cette objection,
que le vitriol est privé de sa verdeur, laquelle
Paracelse veut être conservée. A quoi
je réponds, que je n'enseigne pas ici à faire
l'huile rouge & douce de vitriol, dont Paraselse
a écrit: mais seulement l'huile blanche acide
de vitriol, qui est faite du vitriol commun
impur. A quoi servirait-il de distiller le vitriol
vert, vu que sa verdeur ne peut pas être
extraite par le feu? Et quand elle le serait, en
quoi serait cette huile meilleure que la blanche?
car le vert dans le vitriol commun n'est
autre chose que cuivre & fer, dissous par l'eau
salée passant au travers des minières: incontinent
que ce vitriol vert sent le feu il devient
rouge, n'étant autre chose que du fer & cuivre
calcinés, ce qui te trouve manifeste dans la réduction
ou fonte par un feu violent.
Paracelse ne nous a point enseigné d'extraire
la verdeur par la violence du feu en une
huile douce & rouge: mais il nous a montré
une autre voie, laquelle est connue de peu,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 93
dont il a été fait mention au commencement
de cette seconde Partie.
Cet esprit ou huile acide, qui est distillé du
vitriol purifié a une aigreur fort agréable, & sert
au même usage que celui du vitriol décrit ci-
devant. Et ce procédé n'est écrit à autre fin
que pour faire voir que lors que le vitriol est
purifié, il est plus aisément distillé, & donne un
esprit plus agréable que s'il est cru & impur.
Cette purification de vitriol n'est autre chose
qu'une précipitation de métal, que l'eau, comme
a été dit ci-devant, prend en passant par les
veines ou mines ce qui se prouve ainsi. Dissous
tel métal que tu voudras dans son propre menstrue,
soit par un esprit acide distillé ou par des
sels âcres, lui ajoutant de l'eau commune, ou
bien par le feu dans un creuset, comme il te
plaira, & alors mets dans cette dissolution un
autre métal, tel que le dissolvant puisse promptement
agir dessus, & tu verras par expérience
que le dissolvant quitte le premier, & se joint à
l'autre qui lui est plus ami. De quoi nous
parlerons plus amplement en la quatrième
Partie.
C'est encore ici une chose digne de remarque,
que parmi tous les métaux il n'y en a point
de plus aisée dissolution que le zinc: c'est pourquoi
tous les autres métaux, aussi bien par la
voie sèche que l'humide peuvent être précipités
par là, & réduits en chaux légère, de façon
que la chaux d'or ou d'argent précipitée de
cette manière, si tu y procèdes bien, retient sa
splendeur & clarté, & est semblable à une fine
@
94 La seconde Partie.
poudre propre à écrire avec la plume.
Pour faire un esprit & agréable huile de zinc.
D 'Autant que j'ai fait ici mention du zinc, j'ai trouvé à propos, de n'omettre pas
qu'il s'en peut faire un esprit pénétrant & une
huile profitable par le moyen du vinaigre, ce
qui se fait ainsi. Prends une part des fleurs desquelles
a été parlé en la première partie, & les
mets dans un verre propre pour la digestion, &
verse dessus huit ou dix parts de bon vinaigre
de miel, & à son défaut sers-toi du vinaigre de
vin, & mets le verre, fleurs & vinaigre en un
lieu chaud pour dissoudre, la dissolution étant
faite verse le clair qui est teint en jaune, & après
l'avoir filtré extraits en le flegme, & il te restera
une liqueur ou baume rouge, laquelle tu mêleras
avec du sable bien brûlé, & la distilleras,
& il en sortira premièrement un flegme insipide,
après un esprit subtil, & à la fin une huile jaune
& rouge, laquelle doit être gardée séparément,
comme un grand trésor pour la guérison
prompte des blessures. L'esprit n'est pas
inférieur à l'huile, non seulement pour l'usage
interne, & pour provoquer la sueur, mais aussi
extérieurement pour éteindre toutes inflammations,
& sans doute cet esprit & cette huile ont
d'autres qualités, mais d'autant que mon expérience
n'est pas allée plus avant, je n'en veux
pas écrire, je laisse aux autres à en faire les expériences.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 95
Pour distiller un esprit & huile de Saturne ou Plomb.
D E la même façon qu'il a été dit du zinc, on peut aussi distiller du plomb un esprit
subtil & une huile douce qui se fait ainsi. Verse
du vinaigre très fort sur du minium, ou autre
chaux de plomb, faire sans addition & non
avec soufre, laisse le digérer & dissoudre sur
le sable ou cendres chaudes, tant que le vinaigre
soit teint de couleur jaune par le plomb, &
devenu doux, alors verse la solution & d'autre
vinaigre dessus, & le laisse dissoudre, réitérant
cela tant que le vinaigre ne se teigne plus & ne
devienne plus doux, alors mêle toutes tes dissolutions,
& leur ôte l'humidité, & il te restera
au fond une liqueur jaune & douce comme du
miel, si le vinaigre n'était pas distillé, mais s'il
était distillé & clair, alors il ne restera pas en
liqueur, mais en un sel blanc & doux. Cette liqueur
ou sel peut être distillée de la même façon
qu'il a été dit du zinc, & il en sortira un
esprit subtil & une huile jaune, qui ne sera pas
en quantité, ayant les mêmes vertus & usages
que le susdit esprit & huile de zinc.
Il faut bien observer que pour faire cet esprit
& huile, tu n'as pas besoin de vinaigre distillé,
car ils peuvent être faits aussi aisément avec le
vinaigre commun. Que si tu désires avoir un
sel blanc & clair, alors le vinaigre doit être distillé,
autrement il ne se tourne point en cristaux,
@
96 La seconde Partie.
mais demeure en une liqueur jaune &
épaisse comme miel. Il n'est pas aussi nécessaire
de faire la dissolution dans les verres, & par la
digestion continuer un long temps: car elle se
peut faire dans un pot de terre verni, savoir
en versant le vinaigre sur le minium dans ledit
pot, & le faisant bouillir à feu de charbon: &
tu ne dois point craindre qu'aucune chose du
vinaigre s'évapore, à cause que le plomb garde
tous les esprits, & laisse seulement évaporer
le flegme. Il faut que tu remues continuellement
le plomb avec une spatule de bois, autrement
il se tournerait en une masse dure comme
pierre, & ne se dissoudrait pas: la même chose
aussi peut être faite dans des verres, & par cette
voie la solution peut être faite en trois ou
quatre heures, & puis qu'il n'y a point de différence
entre ces deux sortes de solution, il faut
préférer la plus courte à la plus longue.
Si tu veux avoir cet esprit & huile avec plus
de vertu, il te faut mêler

de tartre cru en
fine poudre avec une livre de plomb dissous &
purifié, & comme cela le distiller de la même
façon que tu le distilles par lui-même, & tu
auras un esprit plus subtil & une meilleure huile
que s'il avait été distillé tout seul.
Pour
@
Des Fourneaux Philosophiques. 97
Pour distiller un esprit subtil & une huile du tartre cru.
P Lusieurs s'imaginent que c'est peu de chose que de distiller un esprit du tartre cru,
supposant que pourvu qu'ils mettent du tartre
dans une retorte, & y joignent un récipient,
& que par un feu violent ils en tirent une eau,
ils ont réussi: sans songer, qu'au lieu d'en tirer
un esprit subtil & agréable, ils n'en tirent qu'un
vinaigre puant, ou un flegme: l'esprit agréable
s'en étant allé, ce que quelques Opérateurs soigneux
ayant aperçu, ont eu soin d'avoir de
grands récipients, croyant retenir l'esprit par ce
moyen: mais la distillation faite, ayant pesé
leurs esprits avec tout le reste, ils ont trouvé
qu'ils avaient beaucoup perdu: c'est pourquoi
ils ont supposé qu'il était impossible d'avoir
tous les esprits sans en perdre, & à la vérité il est
difficile de le faire autrement par la retorte: car
quoi que tu appliques un grand récipient à une
petite retorte, qu'il n'y ait aussi qu'un peu de
tartre dedans, que les jointures soient bien lutées
de sorte que rien ne passe au travers, & que
tu fasses aussi le feu fort petit, espérant d'avoir
l'esprit par cette voie, néanmoins pour tout
cela tu ne saurais empêcher qu'il ne s'en perde,
d'autant qu'à la fin la retorte commençant
à s'échauffer, & l'huile noire sortant, alors les
esprits subtils sortiront, autrement ils passeront
au travers des jointures, ou bien rompront la
g
@
98 La seconde Partie.
retorte & le récipient, à cause qu'ils sortent en
abondance, & avec grand force, & ne se condensent
pas aisément: C'est pourquoi je veux
décrire ma façon pour tirer cet excellent &
très profitable esprit.
La préparation & usage de l'esprit de tartre.
P Rends de bon tartre cru, blanc ou rouge il n'importe, mets le en fine poudre, & lors
que le vaisseau est rouge, jette en dedans avec
une cuillère de fer une demi once à la fois seulement,
& incontinent que les esprits seront
sortis & rassis, jette dedans une autre demi
once, continuant comme cela tant que tu aies
assez d'esprits, alors prends ce qui reste dedans,
& qui est noir, calcine le bien dans un creuset,
& le mets dans une retorte de verre, verse
l'esprit & huile noire qui en sont sortis par dessus,
& les distille au sable à feu doux au commencement;
lors les esprits subtils sortiront
puis le flegme, & sur la fin un vinaigre acide ensemble
avec l'huile, lesquels tu peux avoir chacun
séparément, mais si tu désires d'avoir l'esprit
subtil qui est sorti le premier plus pénétrant,
alors tu prendras la tête morte qui reste
dans la retorte, & la rougiras dans un creuset
pour en extraire l'esprit encore une fois. Le
tartre calciné gardera tout le flegme, & il n'en
sortira que l'esprit subtil d'une qualité très pénétrante,
lequel pris depuis demie dragme jusqu'à
@
Des Fourneaux Philosophiques. 99
une once dans du vin ou autre liqueur
provoque de promptes & fortes sueurs; & c'est
une puissante médecine en toutes obstructions,
très approuvée & souvent expérimentée en la
peste, fièvres malignes, scorbut, mélancolie hypocondriaque,
colique, contraction, épilepsie,
& semblables maladies: & en beaucoup d'autres
procédant d'un sang corrompu, lesquelles
avec l'aide de Dieu en seront heureusement
guéries.
Le flegme ne sert de rien & peut être jeté,
le vinaigre nettoie les blessures: l'huile soulage
les enflures & douleurs, guérit la galle,
les nodus, & autres excroissances qui viennent
sur la peau, si on s'en sert bien à propos.
Si l'huile noire & puante est rectifiée avec la
tête morte calcinée, elle sera claire & subtile,
n'allégeant pas seulement les douleurs de la
goutte, mais aussi résolvant & détruisant la
gravelle coagulée aux reins, si on l'applique comme
un emplâtre ou onguent. De même façon
elle résoudra le tartre coagulé aux mains,
aux genoux, & aux pieds. Dans cette huile est
caché un sel volatil de très grande vertu, mais
si tu en désires voir l'expérience, verse sur cette
huile puante & noire un esprit acide, comme
l'esprit de sel commun, ou de vitriol, ou de
nitre ou seulement du vinaigre distillé, elle deviendra
chaude & fera une ébullition, comme
si on avait versé de l'eau forte sur du sel de tartre,
l'esprit acide sera mortifié par là, & se tournera
en sel. Cette huile bien purifiée dissout &
tire le tartre hors des jointures, s'il n'est parvenu
g ij
@
100 La seconde Partie.
à une substance dure & pierreuse: de même
que le savon nettoie la saleté des draps, ou
pour le mieux comparer, de même que le semblable
attire son semblable, & ils sont aisément
mêlés, au contraire il n'y a rien qui se mêle à
un autre sans avoir de l'affinité avec lui. Comme
si tu veux te servir de l'eau pour ôter la poix
du drap, tu n'en viendras jamais à bout à cause
de sa contraire nature : car l'eau commune
n'a point d'affinité avec la poix ou autres choses
grasses, & ne se mêlera jamais avec elles
sans un médiateur, qui participe des deux natures,
savoir de la nature de la poix, & de la
nature de l'eau, comme sont les sels sulfureux,
& les sels nitreux, soit fixes ou volatils.
Ce que tu peux remarquer en ceux qui font
le savon, lesquels par le moyen des sels sulfureux,
incorporent l'eau avec les choses grasses,
comme les graisses & les huiles. Mais si tu
prends de l'huile chaude ou autre substance
grasse, & la mets sur la poix ou résine, alors
l'huile l'accepte & se joint aisément avec son
semblable, & comme cela la poix est dissoute &
s'en va hors du drap, la graisse restante & l'huile
peuvent être ôtés du drap avec la lie du savon
& eau commune, & comme cela le drap
recouvre sa première beauté & pureté. Ce qui
se fait avec les choses sulfureuses, se fait aussi
avec les choses mercuriales: par exemple, si tu
veux ôter le sel du poisson salé avec une lessive,
tu ne réussiras pas, à cause que les sels nitreux
& acides sont de contraire nature.
Mais si tu verses sur le poisson salé de l'eau
@
Des Fourneaux Philosophiques. 101
mêlée avec un peu de ce sel avec lequel le poisson
a été salé: l'eau salée tirera le sel hors du
poisson, comme étant son semblable, beaucoup
mieux que l'eau douce, dans laquelle il
n'y ait point de sel.
De la même façon toutes les choses dures,
comme les pierres & les métaux, peuvent être
jointes & unies avec l'eau, de quoi il est parlé
plus amplement dans mes autres Livres, & qu'il
n'est pas nécessaire de répéter ici, je ne l'ai dit
que pour faire voir, que toujours le semblabledoit être tiré avec son semblable. Il est vrai
qu'un contraire en mortifie un autre, & en ôte
la corrosivité, par ce moyen les douleurs se passent
pour un temps, mais la cause de la maladie
n'est pas ôtée.
Ici on me peut objecter, que je fais différence
entre les sels sulfureux & mercuriaux, là où
on ne saurait voir auparavant ni soufre ni
mercure. Je réponds que celui qui n'entend
ni ne connait la nature des sels, n'est pas capable
de le concevoir: & je n'ai pas à présent le
temps d'en faire la démonstration, mais cela est
montré au long dans mon Livre de la Nature
des sels, car il y en a qui sont sulfureux & d'autres
mercuriaux. Celui qui en désire une plus
ample instruction, qu'il lise mon Livre de la
Sympathie & Antipathie, où il trouvera que
depuis la création du monde jusqu'à présent, il
y a toujours eu deux contraires natures se battant
l'une contre l'autre, ce combat durera jusqu'à
ce que le médiateur entre Dieu & l'homme,
Notre Sauveur Jésus-Christ mettra fin à
g iij
@
102 La seconde Partie.
cette querelle, lors qu'il viendra pour séparer
le bon du mauvais, par la clarté duquel & la
flamme du feu le soufre superflu sera allumé &
consumé, la pure partie mercurielle étant laissée
dans le centre.
Le moyen de faire un précieux esprit & huile du tartre, joint avec quelques minéraux & métaux.
P Rends tel métal ou minéral que tu voudras, dissous le dans son propre menstrue,
& le mêle avec une due proportion de tartre
cru, de sorte que le tartre cru étant mis en
poudre & mêlé avec la dissolution, il s'en fasse
une bouillie, alors jette en à la fois une cuillerée,
& en distille un esprit & huile, lesquels
doivent être séparés par la rectification, pour
les garder séparément pour leur usage.
L'usage de l'esprit & huile de tartre métallisé.
C Et esprit de tartre métallisé, est d'une telle qualité qu'il fait promptement son opération
selon la force de l'esprit, & la nature du
métal ou minéral avec lequel il est fait. Car
l'esprit & l'huile d'or & de tartre, est bon pour
corroborer le coeur, & le garder de ses ennemis:
l'esprit d'argent & de tartre sert pour le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 103
cerveau: celui de mercure & de tartre pour le
foie: du plomb & de l'étain pour la rate &
pour les poumons: du Fer & du cuivre, pour
les reins & pour les vaisseaux séminaires; celui
d'antimoine & tartre pour tous les accidents &
infirmités de tout le corps. Les esprits métalliques
faits avec le tartre, provoquent extrêmement
la sueur par où beaucoup de mauvaises
humeurs sont chassées du corps, semblablement
l'huile a aussi ses opérations particulières:
quoi qu'il n'est pas bon de se servir de divers
métaux pour l'intérieur, comme du mercure &
du cuivre, d'autant qu'ils provoquent la salivation
& les vomissements violents, mais ils
sont très bons pour l'extérieur pour nettoyer
tous ulcères putrides, & par là asseoir un bon
fondement pour la guérison.
La tête morte qui reste après la distillation
de l'esprit & de l'huile, doit être réduite derechef
en métal dans un creuset, afin que rien ne
se perde.
Et comme il t'a été montré de distiller les
esprits & huiles des métaux dissous & du tartre
cru, de même tu les peux tirer du vitriol
commun & du tartre de cette façon. Prends une
partie de tartre en fine poudre, & deux parties
de pur vitriol, mêle-les ensemble, & en distille
un esprit. Quoi qu'il ne soit pas agréable au
goût, il est excellent en toute sorte d'obstructions
& corruption de sang, principalement
lors qu'il est rectifié avec la tête morte, & par
là affranchi de son flegme, sa meilleure vertu,
g iiij
@
104 La seconde Partie.
laquelle consiste au sel volatil, n'étant pas perdue
en la distillation.
Si tu désires avoir cet esprit plus efficace, alors
il faut joindre le tartre & le vitriol ensemble,
les faire bouillir en eau commune & les cristalliser,
puis les jeter dedans & les distiller, & il
en sortira un esprit plus pur & plus pénétrant,
d'autant que dans leur dissolution & coagulation
il a resté beaucoup de fèces qui se sont séparées:
mais si à une partie de vitriol tu
y joins, dissous, filtres, & coagules, deux
parties de tartre, le tartre & le vitriol ne se
cristalliseront plus, mais demeureront en une liqueur
épaisse comme miel, de laquelle on peut
extraire avec l'esprit de vin une teinture bonne
pour les obstructions. Cette liqueur étant
prise depuis

I. jusqu'à

I. purge fort doucement,
& quelquefois provoque le vomissement,
particulièrement si le vitriol n'était pas
pur & bon, & il en peut aussi être distillé un
esprit qui n'est pas inférieur au précédent en
vertu. En outre la voie susdite, il y en a une autre
pour distiller un esprit de tartre métallisé,
par laquelle divers métaux & minéraux peuvent
être réduits en un esprit & huile agréable,
& de plus de vertu en la manière suivante.
Prends du tartre blanc de Rhin, & le mets
en fine poudre, & verse dessus de l'eau de pluie
ou de rivière, de sorte que sur

. de tartre tu
en mettes 10. ou 12. livr. d'eau, ou tant que le
tartre se dissolue dedans en bouillant, alors fais
@
Des Fourneaux Philosophiques. 105
bien bouillir l'eau & le tartre dans un chaudron
bien étamé, ou pour le mieux dans un
pot plombé, & ce tant que tout le tartre soit
dissous, & dans le même temps en ôte l'écume
avec une écumoire de bois, lors qu'elle
s'élève en bouillant, & lors qu'il n'écume
plus, & que tout le tartre est dissous, alors passe
la solution toute chaude au travers d'un linge
sur un vaisseau vitré, afin que les fèces en soient
séparées. L'eau de tartre étant filtrée, laisse la
reposer par 24. ou 30. heures sans la remuer, &
il s'attachera aux cotés du vaisseau un tartre
cristallisé, lequel tu ôteras après avoir versé
l'eau, le laveras avec eau froide, & sécheras,
garde ce tartre purifié, jusqu'à ce que je t'enseigne
comme il t'en faut servir. Il est assez pur
pour les susdits procédés: savoir pour réduire
les métaux en huile, comme je dirai ci-après:
il est aussi bon pour la Médecine, car il
nettoie & lâche. Mais si tu le désires avoir
plus beau & plus blanc en guise de cristaux, tu
feras ainsi.
Pour réduire tous les sels en grands cristaux,
il faut qui y en ait une grande quantité; car d'une
petite il ne s'en fait que des petits, beaux &
blancs du tartre, les grands ne seront pas meilleurs
que les petits: mais seulement plus agréables
à la vue, alors tu feras comme s'ensuit.
Prends du tartre blanc en fine poudre environ
dix ou trente livres, verse autant d'eau par
dessus qu'il sera nécessaire pour le dissoudre, &
le fais bouillir dans un chaudron étamé à feu
violent, tant que tout le tartre soit dissous, ce
@
106 La seconde Partie.
que tu connaîtras en le remuant avec une cuillère
de bois, écume bien toutes les saletés qui
viennent sur l'eau, & tu dois bien prendre garde
de ni mettre ni trop ni trop peu d'eau; car
si tu en mets trop peu une partie du tartre ne
se dissoudra pas, & comme cela on le jettera
avec les saletés: que si tu y en mets trop, alors
le tartre étant trop dispersé par l'eau, ne se cristallisera
pas bien, & comme cela il s'en perdra
aussi, étant jeté avec l'eau. Car j'en ai vu
beaucoup qui se plaignaient, & disaient qu'ils
n'en pouvaient tirer que peu d'une livre, & par
là supposaient que le tartre n'était pas bon,
quoi que la faute ne provint pas du tartre:
mais de celui qui le travaille, à cause qu'il n'a
pas bien manié son travail, en ayant jeté avec
l'eau une moitié, laquelle ne s'était pas cristallisée,
mais si tu y procèdes bien, alors quatre
livr. de tartre commun te donneront trois l.
de purs cristaux blancs. La dissolution étant
bien faite, de sorte qu'il ne vienne plus d'écume
au dessus: couvre le chaudron, & le laisse
refroidir sans le remuer de sa place chaude où
il est, l'oeuvre sera faite en trois ou quatre jours
si le chaudron est grand. Mais il faut ôter le
feu de dessous le chaudron, & le laisser là le
temps susdit, & dans ce temps le tartre se cristallisera
aux cotés du chaudron: ces cristaux
après que le temps est passé & qu'on a versé
l'eau, doivent être tirés hors, lavez & bouillez
derechef avec nouvelle eau, puis écumez
& cristallisez. Il faut réitérer ce procédé jusqu'à
tant que les cristaux soient assez blancs:
@
Des Fourneaux Philosophiques. 107
alors tire les hors, sèche-les & les garde pour
l'usage. Etant pris en fine poudre depuis

I. jusqu'à

I. dans du vin, bière, bouillon chaud ou
autre liqueur, ils feront faire des selles fort
doucement à ceux qui ne peuvent souffrir de
fortes Médecines. Ce tartre peut être donné
avec *diagrède ou autre drogue purgative, de
sorte qu'il ne t'est pas nécessaire d'en prendre
en grande quantité à la fois, car une petite dose
servira. Si tu ne te soucies pas de grands cristaux,
mais seulement du tartre bien purifié, tu
auras de très beaux & resplendissants petits cristaux,
lesquels n'ont pas besoin d'être mis en
poudre, mais qui par le travail deviendront si
purs & en aussi fine poudre comme s'ils avaient
été broyés sur la pierre, ne ressemblant pas à
une poudre morte, mais ayant un éclat comme
des petits flocons de neige transparents
lors qu'ils tombent en un temps froid, cela ce
fait en la manière suivante. Les cristaux ayant
été assez purifiés par diverses dissolutions &
coagulations, dissous les encore une fois dans
de l'eau pure, & verse la dissolution dans un
vaisseau de bois, cuivre, ou terre vernie: comme
a été dit des cristaux ci-dessus, remue les
continuellement avec une spatule de bois ou
bâton continuant tant que tout soit froid, ce
qui sera fait en demie-heure. Par ce mouvement,
le tartre n'a pas le temps de se cristalliser,
mais il se coagule en fine poudre transparente,
agréable à la vue, semblable à de la neige gelée,
alors verse l'eau dehors, sèche la poudre,
& la garde pour ton usage. L'eau que tu as répandue
Note du traducteur :
*diagrède: ?.
@
108 La seconde Partie.
ne doit pas être jetée, d'autant qu'elle
contient quelque peu de tartre, mais il la faut
évaporer, & tu recouvreras le tartre qu'elle
contenait: Comme cela il ne se perdra rien, &
par cette voie on ne réduira pas seulement le
tartre blanc en cristaux clairs: mais aussi le rouge,
lequel étant dissous & cristallisé par diverses
fois, perd sa rougeur & devient clair &
blanc. Outre la susdite façon, il y a une autre
voie pour réduire le tartre en grands cristaux
blancs en une seule fois par précipitation: mais
celle-ci est assez bonne pour cette affaire, savoir
pour tirer de bonnes médecines, des métaux,
en quoi il n'est pas besoin de perdre davantage
de temps.
Une autre façon de faire l'esprit de tartre métallisé.
P Rends du tartre purifié, dissout, & coagulé seulement une fois autant qu'il te plaira,
verse dessus autant d'eau de pluie ou autre bonne
eau qu'elle le puisse dissoudre, dans laquelle
solution tu feras bouillir les lames des métaux,
tant que le tartre en ait assez dissous, & qu'il
n'en dissolve plus, ce que tu connaîtras lors
que la solution sera chargée de la couleur du
métal, & pendant qu'il bout & que l'eau s'évapore
il en faut verser d'autre dedans, autrement
le tartre se sécherait trop & se brûlerait: cette
dissolution peut être mieux faite dans un
vaisseau métallique, comme lors que tu veux
@
Des Fourneaux Philosophiques. 109
faire la solution du fer, il le faut faire dans un
pot de fer, & pour le cuivre dans un de cuivre,
& ainsi des autres métaux, que le vaisseau soit
de même, mais il faut que tu saches que l'or,
l'argent & le mercure cru ne peuvent pas être
dissous de même que le fer & le cuivre, s'ils
ne sont premièrement préparés; lors qu'ils sont
préparés pour cela, ils se dissolvent aussi: de
même il y a des minéraux qui doivent être
aussi premièrement préparés avant qu'ils puissent
être dissous par l'eau & le tartre. Que si
tu peux avoir de bons verres, ou des vaisseaux
de terre vernis, tu t'en peux servir pour dissoudre
tous les métaux & minéraux là dedans. Or
la dissolution n'est pas seulement bonne toute
seule pour l'usage de la médecine, mais aussi on
la peut distiller, & en tirer un très salutaire esprit
& huile, comme s'ensuit.
Pour distiller un esprit & huile de plomb & d'étain.
P Rends de la limaille de plomb & d'étain, & les faits bouillir dans la dissolution
de tartre, dans un vaisseau plombé ou étamé,
tant que l'eau de tartre ait acquis une douceur,
& qu'elle ne veuille plus dissoudre, ce qui se fera
en vingt-quatre heures; car ces deux métaux
ne se dissolvent que lentement: mais si tu désires
faire la dissolution plus prompte, il faut que
tu réduises premièrement lesdits métaux en
chaux soluble, & pour lors ils seront dissous
@
110 La seconde Partie.
en moins d'une heure. La solution étant faite,
filtre la, & en extraits au bain toute l'humidité
à consistance de miel, & il restera une liqueur
douce & agréable, laquelle peut être mise en
usage sans autre préparation, prise par dedans,
pour toutes les maladies, auxquelles les autres
médicaments faits des dits métaux sont en usage,
principalement la liqueur douce du plomb
& étain font beaucoup de bien en la peste, non
seulement en attirant le poison hors du coeur
par sueurs, mais aussi en rompant & allégeant
la chaleur intolérable: de sorte qu'il en suit
une heureuse guérison, extérieurement la liqueur
du plomb peut être mise en usage avec
bon succès en toutes inflammations, elle guérit
promptement, non seulement les nouvelles
plaies, mais aussi les vieux ulcères en fistules,
car le tartre nettoie, & le plomb consolide.
La liqueur de l'étain est meilleure pour en
user intérieurement qu'extérieurement, son opération
jusqu'à présent n'est pas si bien connue
que celle du plomb. Si tu en veux distiller
un esprit, jette le dedans peu à peu, comme a
été souvent dit ci-devant aux autres opérations,
& il en sortira un subtil esprit de tartre
emportant avec soi la vertu & meilleure essence
des métaux. C'est pourquoi il se trouve par
expérience qu'il est plus salutaire que l'esprit
commun du tartre qui est fait sans addition.
Etant bien rectifié il peut passer pour un grand
trésor en toutes obstructions principalement
de la rate, & il y a peu de médecines qui aillent
au-delà de celles-ci. Outre cela on ne doit pas
@
Des Fourneaux Philosophiques. 111
négliger les bonnes médecines purgatives, si la
nécessité le requiert. Avec l'esprit sort aussi une
huile qui est d'une prompte opération, spécialement
aux plaies & enflures des yeux: là où
les autres onguents & emplâtres ne sont pas si
propres pour cet usage, car elle n'apaise pas
seulement la chaleur & inflammation qui est un
symptôme commun aux plaies des yeux, mais
aussi elle empêche tous autres symptômes, ce
que peu d'autres médicaments sont capables
de faire. Pour le reste, si on le pousse plus avant
par un feu violent: alors il en sortira un sublimé,
lequel se dissout à l'air en une huile, qui a
un grand pouvoir non seulement en la médecine,
mais aussi en l'Alchimie.
Le plomb se fond en un beau régule blanc,
plus blanc, plus pur, & plus beau que le plomb
commun, mais le tartre retient la noirceur, &
s'élève lui-même en haut comme une scorie
fusible empreinte du soufre de plomb, avec
lequel tu peux colorer le poil, les os, plumes
& semblables, & les rendre d'une couleur brune
& noire.
J'ai une fois essayé cette distillation dans un
vaisseau de fer, de sorte que tout le dedans
était tellement blanchi par le plomb purifié,
de façon qu'en lustre il était semblable à l'argent
fin, ce qu'ayant essayé derechef, il n'est pas
devenu si beau qu'à la première fois, de quoi
on n'a pas à s'étonner, car s'il était nécessaire,
je pourrais écrire davantage touchant le
tartre, sachant bien à quoi il peut être employé,
si je ne craignais les railleurs qui méprisent
@
112 La seconde Partie.
tout ce qu'ils n'entendent point. J'oserais
appeler le tartre, le savon des Philosophes,
car pour nettoyer certains métaux, j'ai
trouvé par une longue expérience qu'il avait
d'admirables vertus, quoique je ne veux pas
qu'on entende, que je le conte pour être le véritable
azot universel philosophique, avec lequel
on lave le laton: mais je ne puis dénier
qu'il est d'un usage particulier pour laver &
nettoyer divers métaux: d'autant qu'il est doué
d'admirables vertus pour l'usage des métaux,
de quoi il sera parlé davantage en un autre
lieu ci-après.
Le moyen de faire un esprit & huile de fer ou acier, & de cuivre tartarisé.
S I tu veux préparer une bonne médecine du fer, acier, ou cuivre, joint avec le tartre
alors pour le fer ou l'acier, prends un pot de fer,
& pour le cuivre un pot de cuivre, nettoie-les
bien, & mets dedans de la limaille de fer ou
acier, ou cuivre comme il te plaira, & deux fois
autant de tartre pur en fine poudre, & autant
d'eau qu'elle puisse dissoudre le tartre, en
bouillant: comme cela fais bouillir le métal
avec l'eau de tartre, tant qu'il soit bien teint ou
coloré par le métal, savoir en rouge, par le
fer, & en vert par le cuivre; & comme l'eau
s'évapore en bouillant, il en faut toujours remettre
d'autre dedans, de peur que le tartre ne
se brûle,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 113
se brûle, car il faut qu'il y ait toujours assez
d'eau pour empêcher qu'il ne se fasse point de
pellicule dessus par le tartre: mais il n'y faut
pas aussi mettre trop d'eau: autrement elle serait
trop faible, & ne serait pas capable de dissoudre
le métal. La solution du fer ou acier
étant devenue rouge & douce, & en goût
semblable au vitriol, mais celle du cuivre verte
& amère: Verse la tout chaudement par inclination
dans un autre vaisseau bien net, & la
laisse sur un feu doux de charbons, tant que
presque toute l'eau soit évaporée, & que le tartre
& le métal dissous demeurent au fond en
consistance de miel.
Cette liqueur métallique peut être mise en
usage intérieurement & extérieurement: principalement
celle de fer, elle purge doucement
& ouvre les obstructions du foie & de la rate,
nettoie l'estomac & tue les vers: use extérieurement,
c'est un très bon baume pour les
plaies, ayant beaucoup plus de vertu que tous
ceux qui sont faits des végétaux, c'est un très
grand trésor, non seulement pour la guérison
des nouvelles plaies, mais aussi pour nettoyer
& guérir les vieux, envenimés & corrompus
ulcères, qui se sont changés en fistules. La liqueur
de cuivre n'est pas si douce pour l'usage
intérieur, car elle n'est pas seulement désagréable
au goût, mais elle provoque des vomissements
violents; c'est pourquoi je ne conseille
à personne de s'en servir, excepté que ce
fut un corps robuste pour tuer les vers, en quoi
il surpasse tous les autres médicaments: mais
h
@
114 La seconde Partie.
il n'en faut point donner du tout aux petits enfants,
à cause que son opération est violente.
Que si tu t'en sers pour en donner à des corps
robustes contre les vers & fièvres, en cas que
le malade ne puisse vomir, il doit provoquer
le vomissement afin qu'il ne demeure pas dans
le corps d'autant que s'il y restait, il causerait un
dégoût. C'est pourquoi tu dois prendre garde
de ne t'en pas servir par dedans, & d'autant
que cette liqueur est très amère, tu y peux mêler
du sucre, pour la rendre plus aisée à prendre:
mais celle de fer n'a pas besoin d'un tel
correctif étant assez douce d'elle-même. Pour
cette raison je la préfère à l'autre: mais si tu as
besoin de celle de cuivre à cause de son opération
violente, il faut que le malade se préserve
bien de l'air froid, & qu'il ne charge pas
incontinent son estomac de forte boisson, ni
d'une superfluité de viande, se contentant de
bons bouillons, ou d'un petit verre de vin ou
bière, & le jour suivant il trouvera que son
manger & son boire lui seront plus utiles &
plus agréables.
Pour l'extérieur cette liqueur sert au même
usage que celle de fer & d'acier, étant même
meilleure & plus prompte pour la guérison. Il
serait nécessaire que les Chirurgiens en connussent
la préparation, & qu'ils s'en servissent
au lieu de leurs onguents, qui changent les
nouvelles plaies en horribles ulcères, vu particulièrement
qu'elle se fait avec si peu de peine
& si peu de frais, si tu désires avoir cette liqueur
plus pure, il faut verser dessus de l'esprit
@
Des Fourneaux Philosophiques. 115
de vin, & il en extraira aisément leur teinture,
& laissera beaucoup de fèces lesquelles ne servent
à rien: mais la teinture sera beaucoup plus
pure & de plus d'efficace vu que pour te purger
c'est assez d'une jusqu'à 4. ou 5. gouttes, &
de l'autre il en faut depuis 4. 6. 8. jusqu'à 12. &
16. gouttes. Cette teinture opère beaucoup
mieux extérieurement, & se garde plus longtemps
que le baume ou liqueur, laquelle se
corrompt avec le temps: mais l'extraction ne
se gâte jamais. Si tu veux distiller la liqueur
ou baume, il n'est pas nécessaire d'en faire l'extraction,
il faut le distiller comme il est, après
qu'il a été bouilli, de la même façon qu'il a
été dit du plomb, & il en sortira un esprit jaune
& une huile hors du fer ou acier, & hors du
cuivre un esprit & huile verdâtre.
L'esprit & l'huile de fer peuvent être employés
contre la peste, fièvres, obstructions, &
corruption du sang, depuis

I. jusqu'à

I. ils sont
beaucoup meilleurs pour provoquer la sueur,
que celui qui est fait du tartre cru, sans addition
de métal: celui qui est fait de cuivre fait
le même, & avec plus d'effet, & quelquefois
provoque le vomissement, s'il est donné en
trop grande quantité.
Quoi que les Chimistes préfèrent le cuivre
au fer, comme un métal plus mûr, néanmoins
il se voit par expérience, que le fer à
cause de sa douceur est meilleur pour l'usage
interne que le cuivre, mais pour l'externe le
cuivre, s'il est bien préparé, est la meilleure &
plus propre médecine pour tous ulcères, en
h ij
@
116 La seconde Partie.
tous les endroits du corps, étant bien nettoyé
par dedans par des purgations propres.
Je veux enseigner une purgation pour les
Provinciaux qui sont éloignés des boutiques
des Apothicaires, ou qui n'ont point d'argent
pour acheter des médecines, elle doit être faite
avec le fer ou avec le cuivre, pour nettoyer
leur estomac rempli & gâté par une réplétion
désordonnée, d'où procèdent la douleur de
tête, les vers, fièvres & autres maladies. Les
vieux & jeunes, qui sont d'une nature faible, &
ne peuvent pas supporter une médecine si forte,
n'en doivent pas user. La préparation se
fait ainsi: prends

P/. de pur tartre en fine poudre,
&

P/. ou

I. de sucre ou de miel, &

P/.
ou

I. d'eau de fontaine ou de pluie, mets le
tout dans un poêlon de cuivre bien net, où il
n'y ait point de graisse, & les faits bouillir sur
le feu aussi longtemps qu'il faut pour cuire un
oeuf, & au plus long un demi quart d'heure, ôtant
l'écume en bouillant, laisse les reposer: cette
boisson a presque le même goût que le vin
chauffé & adouci avec sucre, donne-la au malade,
& qu'il ne prenne rien après, en l'espacede demie-heure il commencera à travailler
par haut & par bas: & tu ne dois rien craindre,
mais seulement te tenir chaudement, &
dans une heure l'opération sera faite. Si tu
veux tuer les vers des petits enfants par la purgation,
au lieu d'un vaisseau de cuivre, prends
un vaisseau de fer bien net, mets dedans un
peu de tartre, sucre, & eau, & les fais bouillir
comme a été dit ci-dessus, donne leur en à
@
Des Fourneaux Philosophiques. 117
boire, la purgation ne sera que par le bas, quelquefois
elle provoque un petit vomissement,
qui ne fait point de mal, au contraire il nettoie
mieux l'estomac. Si la boisson est trop faible,
de sorte qu'elle ne travaille point, il en faut
donner derechef le lendemain, mais il y faut
mettre d'avantage d'ingrédients, ou bien les
faire bouillir plus longtemps: car il n'y a
point de danger du tout, si tu y procèdes comme
il faut, ce remède est plus agréable à
prendre, que le semen-contra qui est amer, lequel
ordinairement tourmente les enfants.
La raison pourquoi cette décoction travaille
de cette façon, est celle-ci, c'est que le tartre
& le sucre étant bouillis dans un vaisseau
métallique avec de l'eau, travaillent sur le métal,
& en tirent une vertu qui cause le vomissement
& la purgation.
Pour faire l'esprit tartarisé du mercure.
L E mercure vulgaire ne saurait être dissous comme les susdits métaux avec l'eau
& le tartre, sans une précédente préparation:
mais il le faut sublimer avec le sel & le vitriol,
ou le cristalliser avec l'eau forte, alors il peut
être dissout en bouillant avec le tartre & eau,
& réduit en baume de même que les autres
métaux, mais on ne s'en doit pas servir intérieurement,
excepté qu'il soit digéré un temps
suffisant, de sorte qu'il perde sa malignité. On
h iij
@
118 La seconde Partie.
s'en peut heureusement servir extérieurement
en tous les ulcères désespérés, principalement
vénériens, & c'est une très excellente médecine
pour cela. Mais son principal usage est pour
l'Alchimie, quoi que peu connaissent cet hôte,
d'autant qu'il ne veut pas être vu par un
chacun. L'esprit qui en sort par la distillation,
est une admirable chose, non seulement pour
la Médecine, mais aussi pour l'Alchimie: néanmoins
tu dois prendre garde qu'au lieu d'un
ami tu ne reçoives un grand ennemi: car ses
forces & ses vertus sont très puissantes.
Pour faire un esprit tartarisé de l'or, & de l'argent.
L 'Or & l'argent ne peuvent pas être dissous dans le tartre par la voie humide:
mais par la voie sèche avec de l'assistance ils
se dissoudront aisément, ce qui n'est pas de ce
lieu. Si tu en veux tirer un esprit: l'or & l'argent
doivent être premièrement dissous &
coagulés en les réduisant en cristaux, puis dissous
avec du tartre purifié, & avec de l'eau.
De l'or tu auras une dissolution jaune, & de
l'argent une blanche tirant sur le vert, étant
réduit à consistance de miel. On s'en peut servir
sans rien craindre, la solution d'or lâche
& tient le corps ouvert, fortifie le ventricule,
le foie & les poumons, & autres membres
principaux: & celui d'argent purge puissamment
selon la quantité qu'on en donne, de
@
Des Fourneaux Philosophiques. 119
même qu'une autre purgation sans aucun mal
ni danger, de sorte qu'on s'en peut sûrement
servir en toutes les maladies où la purgation est
nécessaire, depuis

I. jusqu'à

P/. mais celle
de l'or se donne en moindre quantité: & toutes
les deux liqueurs de l'or & de l'argent peuvent
servir extérieurement avec bon succès:
mais d'autant que pour l'usage externe les métaux
inférieurs serviront assez, il n'est pas nécessaire
de se servir de choses si chères.
L'esprit qui en est tiré par la distillation est
doué de très grandes vertus: car la partie volatile
du métal sort dehors jointe avec l'esprit
de tartre, ce qui reste doit être réduit en corps
comme il a été dit des autres métaux. Cet esprit,
principalement celui de l'or, est extraordinairement
bon pour la peste, & autres maladies,
ou la sueur est nécessaire: car il ne chasse
pas seulement par la sueur toutes les malignités
du coeur: mais aussi il fortifie le coeur,
& le préserve de tous symptômes. Semblablement
celui d'argent est très recommandable
principalement s'il est auparavant déflegmé
avec sa tête morte, comme a été montré ci-
dessus en la préparation du simple tartre. Car
tout Médecin expert en la Chimie jugera fort
aisément le pouvoir de l'esprit de tartre bien
rectifié & imprégné des vertus de l'or: C'est
pourquoi il n'est pas nécessaire d'en parler
davantage.
h iiij
@
120 La seconde Partie.
Esprit d'antimoine tartarisé.
L Antimoine cru ne saurait être dissous par la manière susdite: mais s'il a été premièrement
préparé en fleurs ou en verre, il
donne aisément sa vertu en bouillant, & il se
fait ainsi. Prends une partie de fleurs ou de
verre d'antimoine en fine poudre, & trois parties
de pur tartre, & 12. ou 15. parties d'eau,
fais-les bouillir ensemble dans un pot verni
l'espace de trois ou quatre heures, remettant
toujours nouvelle eau à mesure qu'elle s'évapore,
afin que le tartre ne brûle manque
d'eau, le verre doit être remué quelquefois
avec une spatule de bois, de quoi les fleurs
n'ont pas besoin à cause qu'elles sont légères.
Ce fait l'eau de tartre sera teinte d'un rouge de
l'antimoine, laissant le reste de l'antimoine au
fond, duquel tu sépareras la solution, & après
l'avoir filtrée évapore l'eau, & en fais encore
une extraction avec esprit de vin, & tu auras un
extrait rouge comme sang, lequel depuis 1.
2. 3. jusqu'à 10. ou 12. gouttes à la fois, à cause
des vomissements & selles fort bénignes, pouvant
être doucement pris par vieux & par jeunes
en toutes les maladies qui ont besoin de
purgation, & tu n'as que faire de craindre aucun
danger du tout: car je ne connais point de
vomitif qui purge plus doucement que celui-
ci. Si tu veux tu peux faire que son opération
ne soit que par le bas, de sorte qu'il ne causera
point de nausée du tout: & tu n'as besoin d'autre
@
Des Fourneaux Philosophiques. 121
chose que de faire une rôtie de pain bis, &
la tenir toute chaude à ton nez & à ta bouche,
& quand celle-là est presque froide, il en faut
avoir une autre toute prête, & comme cela
l'une après l'autre tant que tu ne sentes point
de nausée, & que la vertu de l'antimoine ait
commencé de travailler ou opérer par le bas:
c'est un bon secret pour ceux qui désirent se
servir de médecines antimoniales, & qui craignent
les nausées, lesquelles ils ne peuvent supporter.
Mais si tu ne désires pas prendre tant
de peine pour faire cette extraction, faits comme
il t'a été montré ci devant avec le cuivre,
& prends dix ou douze grains de l'antimoine
préparé pour une personne âgée, mais
pour les jeunes, 5. ou 6. grains plus ou moins
selon la condition de la personne, &

P/. ou

vj.
de pur tartre, &

iiij. ou

vi. d'eau, & les mets
dans un petit pot, & les fais bouillir un quart
d'heure: alors mets la solution dans un verre,
& dissous dedans un peu de sucre, par où l'acidité
du tartre est en quelque façon amortie,
cette décoction étant bue bien chaude, il
faut de tenir chaudement comme il est requis,
& elle opérera beaucoup mieux, que si elle
avait été infusée toute la nuit dans du vin, ce
qui n'est pas agréable à tous pour le prendre à
jeun; mais cette décoction est plus agréable
à prendre, à cause qu'elle a le goût comme
d'un vin chaud & doux.
Cela est admirable, que l'antimoine bien
préparé n'est jamais pris inutilement: car quoi
qu'il soit donné en petite quantité, de façon
@
122 La seconde Partie.
qu'il ne fasse point vomir ni aller à la selle,
néanmoins il travaille insensiblement, il nettoie
le sang, & détruit beaucoup de mauvaises
& malignes humeurs par la sueur, de sorte
que beaucoup de maladies sont détruites par
là, sans que l'opération en soit grandement
sensible, ce qui m'est souvent arrivé, & m'a
donné occasion de songer plus loin; c'est pourquoi
j'ai cherché le moyen de préparer l'antimoine
de telle façon qu'il pût être pris journellement,
sans qu'il causât aucune nausée ni
selles, ce que j'ai mis en exécution, & trouvé
qu'il était très bon, comme il sera montré
ci-après.
De la solution ci-dessus décrite, savoir des
fleurs d'antimoine & du tartre, faits en une
bonne quantité, & après que l'eau est évaporée
distille en l'esprit, & il en sortira aussi une
huile, laquelle doit être séparée de l'esprit &
rectifiée, étant appliquée extérieurement elle
ne fera pas seulement les grandes opérations
qui sont attribuées ci-devant à la simple huile
de tartre, mais elle va beaucoup au-delà, d'autant
que la meilleure essence de l'antimoine
s'y est jointe dans la distillation, & comme cela
a doublé la vertu de l'huile de tartre: & cette
huile peut être mise en usage avec grand
succès non seulement pour donner soulagement
aux tumeurs de la podagre incontinent,
mais aussi à cause de sa sécheresse elle consume
toutes autres tumeurs par tout le corps,
quoi qu'elles procèdent du vent ou de l'eau:
car le sel volatil à cause de sa subtilité conduit
@
Des Fourneaux Philosophiques. 123
la vertu de l'antimoine dans toutes les parties
du corps d'une merveilleuse & incroyable façon,
avec lequel beaucoup de bonnes choses
peuvent être faites dans la Chirurgie.
Et pour ce qui est de l'esprit, on s'en peut
heureusement servir en la peste, vérole, scorbut,
mélancolie hypocondriaque, fièvres &
autres obstructions, & corruptions du sang:
mais aussi si tu en mets un peu dans du vin
nouveau ou de la bière, & les laisse travailler
ensemble, le vin ou la bière, acquièrent par là
tant de vertu, que si on en boit tous les jours,
il arrête & empêche toutes sortes de maladies
qui procèdent des humeurs superflues & de la
corruption du sang, de telle façon que celui
qui en prend tous les jours ne doit point craindre
que la peste, scorbut, mélancolie hypocondriaque,
& autres maladies de cette nature
prennent aucune racine, & il n'y a point de métal
ni minéral, excepté l'or, qui lui puisse être
comparé: mais si tu n'as pas un lieu propre
pour faire cet esprit, & néanmoins que tu désires
avoir une telle boisson médicinale faite
de l'antimoine, alors ne prends autre chose
que la solution faite avec le tartre, avant qu'elle
soit distillée, & en mets une

. ou une

. &
demie, pour un *quartaut de vin nouveau, ou
bière, & les laisse travailler ensemble, & la
vertu de l'antimoine deviendra plus volatile
& efficace par la fermentation, & si tu ne peux
avoir de vin nouveau, à cause qu'il ne croit pas
par tout, tu peux faire un vin artificiel avec le
miel, sucre, poires, figues, cerises & semblables
Note du traducteur :
*quartaut: Le quart d'un muid (ancienne mesure de capacité).
@
124 La seconde Partie.
fruits; comme il sera dit dans la troisième
Partie suivante, lequel peut servir au lieu de
vin naturel.
Ce vin médicinal est un doux & assuré préservatif,
non seulement pour prévenir beaucoup
de maladies mais aussi si elles possèdent
déjà le corps, effectivement il s'y oppose &
les détruit, comme aussi toutes vieilles plaies,
auxquelles on ne peut donner aucun remède
par les emplâtres & onguents, car non seulement
Basile Valentin, & Theophraste Paracelse,
mais encore beaucoup d'autres devant &
après eux, l'ont très bien connu, & en ont écrit
beaucoup de bonnes choses, lesquelles peu de
gens ont entendues, & à cause que leurs écrits
sont en quelque façon obscurs, ont été méprisées
& tenues pour fausses.
C'est pourquoi mes écrits seront hautement
estimés, à cause que je ne donne point
de procédés longs & de grands frais, mais seulement
selon la vérité & simplicité pour servir
mon prochain, ce qui ne plaît pas aux orgueilleux
qui s'attachent plutôt à des procédés
inutiles qu'à la vérité, & ce n'est pas merveille,
que Dieu laisse dans l'erreur ceux qui recherchent
des choses hautes, & méprisent les basses.
Pourquoi cherchons-nous donc des médecines
en nous troublant le cerveau, par de subtils
& ennuyeux travaux, vu que Dieu nous
montre par la simple nature une autre voie?
pourquoi n'est-il pas meilleur de nous laisser
instruire à la simple nature? Certainement si
nous aimions les choses basses, nous trouverions
@
Des Fourneaux Philosophiques. 125
aussi les grandes. Mais parce que tous
les hommes ne cherchent que les choses hautes
& grandes, les petites leur sont aussi cachées;
c'est pourquoi il serait à propos de tenir
cette maxime, que les choses de quoi on fait
peu d'état peuvent être utiles, comme nous
pouvons voir par le tartre, & ce tant méprisé
antimoine. On n'épargnerait pas seulement
beaucoup de charbons, de verres, matériaux &
choses semblables, mais aussi le précieux temps
ne se perdrait pas en la préparation des médicaments:
car tout ce qui luit n'est pas or, mais
souventes fois il se trouve que sous une méchante
couverture est caché quelque chose de
haut & de précieux.
Quelques-uns me demanderont peut-être
pourquoi j'enseigne de joindre premièrement
l'antimoine avec le tartre par le moyen de
l'eau, avant la fermentation avec le vin, pourquoi
ne serait-il pas aussi bon de le mettre tout
seul dedans en fine poudre, ou le dissoudre
avec l'esprit de sel, ce qui sera plus aisé à faire
qu'avec le tartre, & les laisser travailler comme
cela? Sur quoi je réponds que le vin ne
travaille point, & ne reçoit point de chaux
métalliques ou dissolutions, s'il n'est premièrement
préparé avec le tartre ou esprit de vin;
car si tu dissous l'antimoine, ou autre métal ou
minéral dans l'esprit de sel, ou de vitriol, ou de
sel nitre, ou autre esprit acide, pour le faire fermenter
avec le vin ou autre boisson, tu trouveras
qu'il ne réussit pas: car l'esprit acide empêche
la fermentation, & laisse tomber le métal
@
126 La seconde Partie.
dissout, & gâte le travail: Outre cela, le
tartre peut être en usage parmi toutes les
boissons, & s'accorde mieux avec son goût à
l'estomac, qu'aucun esprit corrosif.
De la même façon qu'a été dit de l'antimoine,
les autres métaux & minéraux peuvent
être appropriés & joints avec le vin ou autre
boisson, & l'usage de ce vin antimonial est celui-ci,
savoir qu'il soit bu aux repas & entre
les repas de même que les autres boissons,
pour éteindre la soif, mais néanmoins il ne
doit pas être bu en plus grande quantité que la
nature n'est capable de pouvoir supporter, car
si tu en veux boire avec excès, il te provoquera
le vomissement, ce qui ne doit pas être, car
il doit travailler insensiblement, & ce faisant, il
ne préserve pas seulement le corps de toutes
les maladies qui procèdent d'un sang impur &
corrompu, comme la peste, lèpre, vérole, scorbut
& semblable, à cause de sa chaleur cachée,
par laquelle il consume & détruit toutes
les mauvaises humeurs salées, mais encore
il le guérit, consumant par sa chaleur les mauvaises
tumeurs, & les évacuant par sueurs &
urines, & comme cela affranchit le sang de toutes
ses humeurs âcres & mauvaises, il ne guérit
pas seulement les susdites maladies, mais aussi
les vieilles plaies, ulcères, fistules, lesquels à
cause des humeurs salées & superflues ne peuvent
être guéris, ce qu'il fait en peu de temps
d'une façon toute extraordinaire, & se sûrement
qu'il n'y a point de hasard.
Cette boisson n'est pas seulement bonne
@
Des Fourneaux Philosophiques. 127
pour ceux qui se portent bien, mais aussi pour
les malades, quoi qu'en plus petite quantité,
à cause qu'elle nettoie extraordinairement tout
le corps, & tu n'as à craindre la moindre incommodité
tant au jeune qu'au vieux, sain ou malade.
Que personne ne s'étonne de ce que
beaucoup d'ignorants déclament contre l'antimoine
& disent que c'est un poison, & en défendent
l'usage: s'ils le connaissaient bien, ils
ne feraient pas cela, mais parce que ces gens
ne savent que ce qu'ils ont lu ou entendu dire,
ils prononcent une fausse Sentence, & il
leur peut être répondu, comme Apelles, fit au
Cordonnier:
Ne sutor ultra crepidam; Non
omnis fert omnia tellus, comme un âne après sa
mort produit des mouches qui peuvent voler,
ce qui était impossible à l'âne dont elles
sont sorties: cela soit dit contre les calomniateurs
du royal antimoine, savoir que leur postérité
ouvrira les yeux, & ne méprisera pas
ce qu'elle aura connu.
Je confesse que si l'antimoine n'est pas bien
préparé, & outre cela bien administré par une
personne entendue, il préjudicierait à la santé
des hommes, ce que les végétaux font aussi,
mais de le rejeter à raison de l'abus, ce serait
une action imprudente, si par hasard un enfant
prenait un couteau en sa main qui fût
bien aiguisé, & qu'il se blessât lui-même, ou
quelque autre, à cause qu'il n'entend point
comme il s'en faut servir, l'usage des couteaux
doit-il être défendu à ceux qui le connaissent?
@
128 La seconde Partie.
Que personne ne s'étonne, de ce que j'attribue
de si grandes vertus à l'antimoine, comme
étant abondamment enrichi du premier être
de l'or, si j'en disais dix fois d'avantage, je ne
mentirais pas, sa louange ne saurait être assez
exprimée par aucune langue: car pour purifier
le sang il n'y a point de minéral semblable,
il nettoie & purifie entièrement l'homme
au plus haut degré, s'il est premièrement bien
préparé, & discrètement administré. C'est le
meilleur & plus proche ami de l'or, lequel il
nettoie & purifie de toute immondice, ayant
beaucoup de sympathie avec icelui, car il se
fait de fort bon or de l'antimoine, comme il
sera dit en la quatrième Partie. Je dis bien
plus, une bonne partie se change en pur or par
une longue digestion. C'est pourquoi il est
évident, qu'il est de la nature & propriété de
l'or, étant meilleur pour l'usage de la Médecine
que l'or même, d'autant que l'or qui est en
lui est volatil, mais en l'autre il est fixe & compact,
& peut être comparé à un jeune enfant
au prix du vieillard. Je te conseille donc de
chercher la véritable Médecine dans l'antimoine.
Que si tu désires avoir les vertus de l'antimoine,
ou quelque autre minéral ou métal
plus concentrées, tu peux faire évaporer l'humidité
sulfureuse au bain, & réduire la solution
faite avec tartre à consistance de miel, &
verser dessus de l'esprit de vin pour en faire
l'extraction, en peu de jours il sera fort rouge,
alors verse le hors & en remets d'autre dessus,
& le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 129
& le laisse aussi extraire: continue ce procédé
avec nouveau esprit de vin, tant que
l'esprit ne se teigne plus, alors mets tous
les esprits de vin teints ensemble dans un
verre à col long, & le digère au bain tiède,
tant que la meilleure essence soit séparée de
l'esprit de vin, & précipitée au fond, semblable
à une huile épaisse & rouge comme sang.
De sorte que l'esprit de vin est derechef
devenu blanc; lequel doit être séparé de cette
belle & agréable huile d'antimoine, qui est faite
sans aucun corrosif, & doit être gardé comme
un grand trésor pour la médecine. L'esprit
de vin retient quelque chose de la vertu de
l'antimoine, & on s'en peut heureusement servir
extérieurement & intérieurement, mais la
teinture est comme une panacée en toutes maladies
avec grande admiration, & comme il a
été dit de l'antimoine, de la même façon par
le moyen du tartre & esprit de vin, on peut tirer
de tous les métaux une huile agréable &
douce, laquelle n'est pas des moindres dans la
Médecine: car le Chimiste qui a connaissance
& qui est expert, me confessera aisément,
que toute huile métallique séparée de la partie
grossière du métal sans corrosif, & réduite en
essence agréable, ne peut être sans une grande
& singulière vertu.
i
@
130 La seconde Partie.
Le moyen de tirer de bons esprits & huiles des coraux, perles, yeux de cancres, & autres pierres solubles des bêtes & des poissons.
P Rends une partie de perles ou coraux (en fine poudre) trois ou quatre parties de pur
tartre, & autant d'eau qu'il en faut pour dissoudre
le tartre en bouillant, mets les coraux, tartre
& eau ensemble dans un vaisseau de verre
sur le sable, & donne un feu violent: de sorte que
l'eau & le tartre bouillent ensemble, & dissolvent
les coraux, cette dissolution peut aussi
être faite dans un pot de terre verni, & à mesure
que l'eau évapore en remettre d'autre,
(comme a été dit ci-devant concernant les
métaux) les coraux étant dissous laisse-les
refroidir, filtre la solution, & en extraits toute
l'humidité au bain, & restera une agréable liqueur
épaisse comme miel, laquelle peut être
mise en usage en la médecine toute seule, ou
bien il faut l'extraire encore une fois avec esprit
de vin purifié, ou bien la distiller comme il
te plaira.
L'extrait ou teinture est meilleure que la liqueur,
& l'esprit est meilleur que l'extrait ou
teinture: & tous les trois peuvent être mis en
usage avec contentement, ils fortifient le coeur
& le cerveau, particulièrement ceux qui sont
faits de perles & coraux, ils poussent l'urine &
@
Des Fourneaux Philosophiques. 131
conservent le corps soluble. Ceux des yeux de
cancres, de perches & autres poissons, ouvrent
& nettoient de toute impureté le passage
de l'urine, & détruisent puissamment la
pierre & la gravelle des reins & de la vessie.
L'esprit distillé des coraux étant bien rectifié
est bon pour l'épilepsie, mélancolie, &
apoplexie, il détruit & chasse tous poisons
par sueurs, à cause qu'il est de la nature & qualité
de l'or, de quoi il sera parlé plus amplement
en un autre lieu.
Pour distiller un esprit de sel, de tartre
& du tartre cru.
P Rends égales portions de sel de tartre, & du tartre cru, & les dissous avec eau
puis évapore l'eau en écumant toujours tant
qu'il ne vienne plus d'écume, & la laisse refroidir,
& il se fera des cristaux blancs, lesquels
étant distillés, comme le tartre commun, ils
donneront un plus pur, subtil & agréable esprit,
que le tartre commun, l'usage duquel est
semblable en toutes choses au simple esprit de
tartre: c'est pourquoi il n'est pas nécessaire
d'en décrire ici l'usage. Avant que tu en distilles
l'esprit, tu t'en peux servir au lieu de tartre
vitriolé pour purger par des selles douces,
ils chassent la pierre & la gravelle, & ne sont
pas de mauvais goût à prendre. La dose est
depuis

I. jusqu'à une dragme en eaux propres
pour cela. Ce sel étant dissous en eau purifie
i ij
@
132 La seconde Partie.
les métaux, si on les fait bouillir dedans, & les
rend plus beaux que ne fait le tartre commun.
Pour avoir un puissant esprit du sel de tartre par le moyen du sable pur, ou des pierres à feu.
D Ans la première Partie de ce Livre, j'ai enseigné à faire un tel esprit, mais d'autant
que les matières qui doivent être distillées
dans ce Fourneau doivent être jetées sur
les charbons ardents, par où le reste est perdu,
& que toutes sortes de personnes n'ont pas le
lieu propre pour le bâtiment de ce fourneau,
à cause qu'il y faut plus de place qu'à celui-ci:
c'est pourquoi je veux montrer le moyen de
le faire avec plus de facilité dans ce second
Fourneau, sans perdre les fèces qui ne sont pas
inférieures à l'esprit même, cela se fait de la
sorte.
Prends un très beau sel du tartre calciné par
dissolution, filtration & coagulation, pulvérise
le sel dans un mortier chauffé, & y mêle la
quatrième partie de cristal en fine poudre, ou
de pierres à feu, ou seulement du sable fin
bien lavé, mêle-les bien & en jette une cuillerée
à la fois dans ton vaisseau rougi qui sera
de terre, & le couvre: le mélange bouillira incontinent
qu'il sentira la chaleur (comme fait
l'alun commun, lors qu'il sent une chaleur
@
Des Fourneaux Philosophiques. 133
violente) & donnera un esprit blanc & pesant;
quand il sera sorti jette une autre cuillerée, &
attends qu'il soit condensé, & puis en jette une
autre, continuant tant que le mélange soit jeté
dedans, & lors qu'il ne sort plus d'esprit,
ôte le couvercle du vaisseau, & retire avec
une cuillère de fer ce qui reste dedans, pendant
le temps qu'il est chaud & liquide, & il
sera semblable à un verre clair, blanc, fusible &
transparent, lequel il faut garder de l'air, car il
se dissoudrait, jusqu'à ce que je te montre ce
que tu en dois faire.
L'esprit qui en est sorti peut être gardé comme
il est, ou bien étant rectifié au sable par la
retorte de verte, on s'en peut servir en la Médecine.
Il est entièrement d'un autre goût que
l'esprit de sel commun & de vitriol, car il n'est
pas acide; il a une senteur de pierre sulfureuse,
le goût de l'urine, il est bon pour
ceux qui sont tourmentés de la goutte, pierre
& phtisie; car il provoque l'urine & la sueur
abondamment, & (d'autant qu'il nettoie &
fortifie l'estomac) donne un bon appétit. Ce
qu'il peut faire d'avantage m'est inconnu jusqu'à
présent, mais il est croyable qu'il est bon
en d'autres maladies, chacun a la liberté d'en
faire l'expérience. Selon mon opinion, puis
que le sel de tartre est bon de lui-même pour
l'usage de la pierre, & qu'ici il est fortifié par
le sable, qui a la signature de la pierre du Microcosme,
il est difficile de trouver une médecine
qui puisse aller au delà: mais je laisse chacun
dans son opinion & expérience. Pour, l'usage
i iij
@
134 La seconde Partie.
extérieur il éteint toutes inflammations, &
rend la peau belle &c. La tête morte que je
t'ai dit de garder & qui est comme un verre
transparent, n'est autre chose que le sel plus fixe
du sel de tartre & des pierres à feu, lesquels
se joignent ensemble, & se changent en verre
soluble, dans lequel est cachée une grande
chaleur, si longtemps qu'il est gardé sec, hors
de l'humidité de l'air, on ne saurait apercevoir,
mais si tu verses de l'eau dessus, alors
sa chaleur secrète se découvre elle-même. Et
si tu le mets en fine poudre dans un mortier
chaud, & le mets après à l'air humide, il se dissoudra
en une huile grasse & épaisse, & laissera
des fèces. Cette huile ou liqueur grasse des
pierres, sable, ou cristal, ne sers pas seulement
pour l'usage intérieur & extérieur par lui-même,
mais aussi il sert pour préparer les métaux
& minéraux en bonne médecines, ou pour les
rendre meilleurs par l'Art Chimique, car il y
a beaucoup de secrets cachés dans ces méprisables
pierres & sable; qu'un homme ignorant
& non expert ne croirait que très difficilement:
car aujourd'hui le monde est tellement
possédé d'avarice diabolique, qu'il ne cherche
que l'or & l'argent, les Arts & les Sciences ne
sont point regardées du tout, c'est pourquoi
Dieu nous ferme les yeux, afin que nous ne
voyions pas ce qui est devant nous, & que nous
tremblions sur nos pieds. Cet excellent homme
Paracelse nous l'a suffisamment donné à
entendre, quand il dit dans son Livre de la Vexation
des Alchimistes, que bien souvent une
@
Des Fourneaux Philosophiques. 135
pierre méprisée, jetée contre une vache, est de
plus grande valeur que la vache, non seulement
à cause qu'on en peut extraire de bon or, mais
aussi pour ce que les métaux inférieurs peuvent
être nettoyés par son moyen, de sorte qu'ils
sont semblables au meilleur or & argent à tous
essais, & quoi que je n'aie pas gagné beaucoup
de chose en le faisant, néanmoins il me
suffit d'en avoir vu souvent la vérité & la
possibilité, dont il sera parlé en son propre
lieu.
Cette liqueur de pierres rend les métaux
parfaitement beaux, non comme les femmes
lors qu'elles curent & nettoient leurs vaisseaux
d'étain, cuivre, fer &c. avec de la lie
ou sable menu, tant que la saleté en soit ôtée,
& qu'ils aient un beau lustre; mais les métaux
sont dissous par l'Art Chimique, & digérés,
l'espace du temps requis, soit par la voie sèche
ou par la voie humide; ce que Paracelse
appelle, retourner dans le ventre de sa mère,
& renaître, si ceci est adroitement fait, alors,
la mère enfantera un pur enfant, tous les métaux
sont engendrés dans le sable ou pierres,
c'est pourquoi ils peuvent avec raison être
appelés la mère des métaux, plus pure est la
mère, plus purs & plus sains seront les enfants.
Parmi toutes les pierres il ne s'en trouve
point de plus pures que les pierres à feu, cristal
ou sable, lesquels sont d'une même nature
(s'ils sont simples sans aucune impression
des métaux) c'est pourquoi les cailloux & sable
sont les bains plus propres pour laver les
i iiij
@
136 La seconde Partie.
métaux. Mais celui-là se tromperait bien qui
prendrait ce bain pour le bain des Philosophes
ou menstrue secret, par où ils exaltent au plus haut
degré de pureté: car leur bain est plus ami de
l'or, à cause de la plus grande affinité qu'il a
avec lui plus qu'avec les autres métaux, mais
celui-ci dissout plus aisément les autres métaux,
que l'or. C'est pourquoi il est évident,
que ce ne peut être la fontaine de Bernard,
mais seulement pour nettoyer particulièrement
les métaux, laissant ceci à une plus ample
pratique de ceux qui ne manquent pas de
temps & de lieu propre pour chercher plus
avant, & voir ce qui en pourra être fait, il
nous faut prendre connaissance de l'usage de
cette liqueur pour la Médecine, ce Livre
n'ayant été écrit qu'à ce dessein, pour montrer
que nous ne devons pas toujours regarder
les choses chères & précieuses: mais aussi
les plus viles & les plus abjectes dans lesquelles
il y a des trésors cachés, tels que sont les
pierres & le sable.
Pour extraire une teinture rouge comme sang de la liqueur des cailloux par l'esprit de vin.
S I tu veux extraire une teinture des cailloux, pour l'usage de la Médecine ou Alchimie,
au lieu de pierres blanches, prends de belles
pierres jaunes, vertes ou bleues, ou pierres
@
Des Fourneaux Philosophiques. 137
à feu, soit qu'elles contiennent de l'or fixe ou
volatil, & en distille premièrement un esprit
avec le sel de tartre; ou bien si tu ne te soucies
point de l'esprit, fonds le mélange dans un
creuset couvert en un verre soluble, fusible
& transparent, & le mets en fine poudre dans
un mortier chaud; mets cette poudre dans un
verre à long col, & verse dessus de l'esprit de
vin rectifié, il n'importe pas qu'il soit déflegmé,
mais qu'il soit seulement pur, il faut souvent
remuer le verre avec les cailloux, afin que
les cailloux soient séparés, & que l'esprit de
vin soit capable d'agir dessus, alors verse l'esprit
de vin teint, & en remets dessus de nouveau,
& le laisse aussi devenir rouge: verse
l'esprit hors & en remets d'autre, réitérant
tant que l'esprit ne se teigne plus. Mets tous
les esprits teints ensemble dans un alambic, &
en extraits le vin par le bain, & la teinture restera
au fond du verre comme un jus rouge, lequel
tu tireras & le garderas pour son usage.
L'usage de la teinture des pierres ou cailloux, en la médecine.
C Ette teinture, si elle est faite avec des cailloux ou sable, contenant de l'or, n'est pas
une des moindres médecines, car elle résiste
puissamment à toutes les solubles tartareuses
coagulations, dans les mains, genoux, pieds,
reins & vessie, & quoi qu'à faute de ceux qui
contiennent de l'or, on fasse l'extraction des
@
138 La seconde Partie.
seuls cailloux blancs, elle opère aussi, mais non
pas entièrement si bien que des autres. Que
personne ne s'émerveille, que le sable ou pierres
rendus potables, aient une si grande vertu;
car toutes choses ne sont pas connues à tous,
& cette teinture a beaucoup plus de pouvoir
& de vertu, si on a dissous de l'or dans la liqueur
des cailloux avant qu'en extraire la teinture:
& que personne aussi ne s'imagine que
cette teinture vient du sel de tartre (lequel on
prend pour préparer l'huile de cailloux ou sable)
à cause que de lui seul, il colore aussi l'esprit
de vin, car il y a grande différence entre
cette teinture & celle-là, qui est extraite du seul
sel de tartre: car si tu distilles celle de sel de tartre
dans un petit alambic ou retorte de verre, il
en sortira premièrement l'esprit de vin qui sera
très clair, après un flegme sans goût, & il restera
au fond un sel semblable en tout au sel de
tartre commun, auquel après qu'il est calciné
il ne reste aucune couleur, & d'autant qu'il
n'en est point sorti on peut demander qu'est-
ce qu'elle est donc devenue?
A quoi je réponds que ce n'était pas une
véritable teinture, mais seulement que le soufre
dans l'esprit de vin était exalté ou gradué
par le sel corporel du tartre, & comme cela
avait pris une couleur rouge, laquelle il
perd incontinent qu'on lui ôte le sel de tartre,
& reprend sa première couleur blanche: comme
il se rencontre aussi, lors que le sel d'urine
ou de corne de cerf, de suie, ou autre semblable
sel urineux est digéré avec l'esprit de vin,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 139
l'esprit en devient rouge, non pas fixement,
mais de même façon qu'il a fait avec le sel de
tartre, car si par rectification il est séparé derechef
de l'esprit de vin, le sel & aussi l'esprit de
vin recouvrent derechef leur première forme
& couleur. Il se voit par là comme il a été dit
que ce n'était pas une vraie teinture que celui
qui ne le voudra croire, dissolve seulement

I. de sel de tartre commun bien blanc, dans

j. d'esprit de vin, & l'esprit deviendra aussi
rouge, comme s'il avait demeuré un longtemps
sur diverses livres de sel de tartre calciné
bleu ou vert; si je n'en avais pas fait moi-
même l'expérience diverses fois, j'aurais aussi
été de cette opinion: mais à cause que j'ai
trouvé que cela n'était pas, j'en veux dire mon
opinion: quoi que j'en doive recevoir peu de
remerciement de quelques-uns, particulièrement
de ceux qui aiment mieux errer avec le
grand nombre, que reconnaître & confesser
la vérité avec le petit nombre: néanmoins je
ne dis pas que cette teinture supposée de sel
de tartre soit sans vertu, & qu'on n'en doive
user; car je connais assez qu'elle est très efficace
en beaucoup de maladies, d'autant que la
partie la plus pure du sel de tartre a été dissoute
par l'esprit de vin, par où il est coloré; c'est
pourquoi le dit esprit de vin teint peut être
heureusement mis en usage: mais la teinture
qui est extraite des cailloux préparés est assurément
d'une autre qualité: car si tu en extrais
l'esprit de vin, quoi qu'aussi il en sorte blanc,
néanmoins il reste un sel teint en rouge, laquelle
@
140 La seconde Partie.
couleur subsiste au plus violent feu, c'est
pourquoi on la peut tenir pour une vraie teinture.
Comme on peut extraire la teinture rouge de l'or par le moyen de cette liqueur, de sorte que ce qui restera sera blanc.
C Ette huile ou liqueur de cailloux est d'une telle qualité, qu'elle précipite tous les
métaux qui sont dissous par des corrosifs, mais
non de la manière que fait le sel de tartre, car
les chaux des métaux précipitées par cette liqueur,
(à cause que les cailloux se mêlent ensemble
dedans) deviennent plus pesantes, par
là, que si elles avaient été précipitées avec le
sel de tartre.
Pour exemple, dissous autant d'or qu'il te
plaira en eau royale, & verse dessus de cette
liqueur, tant que tout l'or soit tombé en bas
en une poudre jaune, & que la solution revienne
blanche & claire, laquelle tu verseras
hors, & édulcoreras l'or précipité avec eau
douce, puis le sèche (comme il t'a été montré
en l'or fulminant) & tu n'as que faire de craindre
qu'il s'allume ou fulmine en le séchant,
comme il a accoutumé de faire lors qu'il est
précipité avec le sel de tartre ou esprit d'urine;
mais tu le peux hardiment sécher par le feu,
il sera semblable à une terre jaune, & pèsera
@
Des Fourneaux Philosophiques. 141
une fois autant que l'or pesait avant la dissolution:
la cause de ce poids provient des
cailloux, qui se sont précipités eux-mêmes
tous ensemble avec l'or. Car l'eau royale a
mortifié le sel de tartre par son acidité, & l'a
dépouillé de ses forces: de sorte qu'il a été
contraint de quitter les cailloux &c. & aussi
mutuellement le sel de tartre qui était dans la
liqueur des cailloux, a mortifié l'acidité de l'eau
royale, de sorte qu'elle ne saurait garder ou
retenir plus longtemps l'or, par où tous les
deux, l'or & les cailloux sont délivrés de leurs
dissolvants.
Cette poudre jaune étant édulcorée & séchée,
mets la dans un creuset, entre les charbons ardents,
tant qu'il commence à rougir, mais non
pas longtemps, & cette poudre jaune se changera
en une très belle couleur de pourpre, laquelle
est très agréable à voir: mais si tu la
laisses trop longtemps, alors la couleur de
pourpre s'en ira, & se tournera en couleur
brune comme brique: c'est pourquoi si tu désires
avoir un bel or de couleur de pourpre, il
faut que tu le tires hors du feu incontinent
qu'il sera venu à cette couleur, & ne lui laisse
pas plus long temps, autrement il perd cette
couleur derechef.
Cette belle poudre d'or peut servir pour les
riches, depuis

I. jusqu'à

P/. dans des véhicules
propres en toutes les maladies où la
sueur est nécessaire: car outre qu'elle provoque
la sueur, elle ne conforte pas seulement le
coeur, mais aussi par la vertu des cailloux elle
@
142 La seconde Partie.
fait sortir la pierre des reins & de la vessie, si
elle n'est pas venue à l'extrême dureté, comme
du sable avec l'urine, de sorte qu'on s'en
peut aussi bien servir pour prévenir, que pour
guérir la peste, goutte, & pierre.
Et pour passer plus outre avec cet or de couleur
de pourpre, & en faire un rubis soluble
pour l'usage de la médecine: le procédé sera
montré en la quatrième Partie, à cause qu'il
doit être fait par un feu violent dans un
creuset.
Si tu désires extraire la couleur de cet or
précipité, verse dessus avant qu'il soit mis au
feu pour le calciner, du plus fort esprit de sel,
& à chaleur douce l'esprit dissoudra une partie
de l'or; lequel sera plus beau & plus enfoncé
en couleur, que s'il avait été fait par l'eau
royale; & sur la dissolution verse y cinq ou
six fois autant de bon esprit de vin déflegmé,
& les digère tous deux ensemble le temps nécessaire,
& par une longue digestion une partie
de l'or se précipitera hors de la solution au
fonds du vaisseau en poudre blanche, laquelle
peut être réduite avec du borax, ou sel nitre &
tartre: elle est blanche comme l'argent & aussi
pesante que d'autre or, & peut aisément recouvrer
sa couleur derechef par le moyen de
l'antimoine, le reste dont l'or blanc s'est précipité,
savoir l'esprit de sel mêlé avec l'esprit
de vin, doit être extrait hors de la teinture, &
il restera une liqueur plaisante & aigrette colorée
par l'or au fond du verre, laquelle a
presque les mêmes vertus qui sont attribuées
@
Des Fourneaux Philosophiques. 143
ci-devant aux autres teintures d'or, principalement
cette liqueur d'or fortifie le coeur, le
cerveau & l'estomac.
Quelquefois il sort dehors avec l'esprit de
vin, un peu d'huile rouge, laquelle le plus fort
esprit de sel a séparée de l'esprit de vin, étant
empreint de la teinture de l'or. C'est un excellent
cordial, il y en a peu qui lui soient semblables
pour les vieillards faibles & abattus
par la maladie ou par l'âge, en prenant tous les
jours quelques gouttes, sans quoi ils seraient
contraints de perdre la vie manque d'humeur
radicale.
Ici quelqu'un peut demander si cette teinture
peut être tenue pour une véritable teinture
d'or, ou si on en peut trouver une meilleure?
A quoi je réponds que beaucoup l'estiment
telle, & que moi-même je l'appelle ainsi en
cet endroit, néanmoins après une due examination
il se trouvera qu'elle n'est pas telle: car
quoi que quelques vertus soient tirées de l'or
par cette voie, néanmoins il est toujours lui-
même, quoi qu'il soit devenu pâle & faible,
vu qu'il recouvre si aisément sa première couleur
par un vil minéral: car si sa véritable teinture
ou âme de l'or étaient séparés de lui, certainement
un minéral inférieur ne lui saurait
redonner la vie; mais la nécessité pour pouvoir
faire cela est requise en une chose, laquelle
n'est pas seulement ce qui lui est nécessaire
pour elle-même, mais il faut qu'elle ait un
pouvoir si transcendant pour donner la vie
aux choses mortes, comme nous voyons dans
@
144 La seconde Partie.
l'homme & dans la bête: s'ils ont perdu leur
vigueur, néanmoins par médecines préparées
ils peuvent être secourus & remis en leur première
santé, de sorte que la précédente maladie
ne paraît plus en eux, mais si leur âme est
une fois partie, le corps mort ne saurait être
remis en vie derechef, & demeure mort jusqu'à
ce que celui qui a le pouvoir de donner
& prendre la vie ait pitié de lui: de la même
façon le faut-il entendre de l'or, quand sa couleur
lui est ôtée, néanmoins il est en vie, &
recouvre la couleur par le moyen de l'antimoine
qui est sa médecine. Comme aussi par le
moyen du fer & du cuivre il est remis de telle
façon, qu'il recouvre sa première couleur &
beauté, de sorte qu'on ne reconnaît plus son
défaut, mais si la vie est séparée de son corps, il
est impossible à aucun métal ou minéral ordinaire
de la lui redonner; cela ne se peut que
par une chose plus excellente que l'or même:
car comme un homme vivant ne saurait donner
la vie à un homme mort, & qu'il faut que
Dieu le fasse, lequel a créé l'homme; de même
l'or ne saurait donner la vie à l'or auquel
elle a été ôtée. Comment donc cela se pourrait-il
par un minéral qui n'est point fixé? cela
n'appartient qu'à un vrai Philosophe qui ait
bonne connaissance de l'or & de sa composition.
A présent que nous avons entendu que le
semblable ne peut aider son semblable, mais
que celui qui assiste doit être plus que celui
qui demande d'être assisté, de là il est évident
que
@
Des Fourneaux Philosophiques. 145
que la teinture dont le corps (duquel elle est
extraite) est toujours or, ne peut être une vraie
teinture; car la vraie teinture consiste en ces
trois principes, & comment y peut elle consister,
vu que le corps d'où elle vient est encore
en vie, & procède indivisiblement de ces trois
principes? comme quoi peut-on ôter l'âme
de l'homme, & faire que le corps soit toujours
vivant? quelques-uns diront que nonobstant
cela elle peut passer pour une vraie teinture,
quoi que le corps soit toujours or, & qu'il soit
en vie: de même qu'un homme peut tirer un
peu de sang hors de son corps, quoi qu'il le
rende un peu plus pâle, néanmoins il vit toujours,
& le sang perdu peut être recouvré par
une bonne nourriture. Mais quelles objections
hors de jugement sont celles-ci? y a-t-il quelqu'un
qui soit si simple d'avoir dans sa pensée
qu'une plaine main de sang puisse être comparée
à la vie de l'homme? Je crois qu'il n'y a
point d'homme sage qui veuille avoir cette
pensée, car quoi que la vie sorte ou s'en aille
avec le sang, néanmoins le sang seul n'est pas
la vie: autrement les morts pourraient être
ressuscités par là, en mettant un verre de sang
dans le corps mort: mais cela a-t-il jamais été
vu ni ouï dire? comme sont ses fantasques
opinions qui présument de censurer la vérité
qui a été mise dans mon
Traittè du véritable
or potable, disant,
Geber, &
Lulle, étaient aussi
d'opinion qu'on peut extraire une véritable
teinture hors de l'or, & que néanmoins il demeure
ou reste bon or: mais on peut demander,
k
@
146 La seconde Partie.
qu'est-ce donc qu'il a perdu pour avoir
donné une véritable teinture, puis qu'il est
toujours bon or? Ici je me doute fort qu'il
n'y aura personne au logis pour me répondre,
qu'est ce que les Ecrits de Geber où Lulle me
sont à moi? Je ne méprise pas ce qu'ils ont
écrit, c'étaient des grands, fort éclairés & expérimentés
Philosophes, & ils défendraient
suffisamment leurs Ecrits, s'ils étaient en vie:
& ce que j'écris, je suis capable de le soutenir.
Ces hommes pensent-ils, que les Ecrits de
Geber & Lulle doivent être entendus au pied
de la lettre? Fais-moi voir une teinture d'or
qui ait été faite par les Ecrits de Geber ou de
Lulle? S'il était ainsi, chaque idiot, ou novice,
qui ne saurait seulement que lire le Latin,
ne serait pas seulement capable de faire par
ces Ecrits une teinture d'or, mais aussi la pierre
des Philosophes, de quoi ils ont écrit au
long, ce qui n'est pas de ce lieu, car on voit par
expérience journalière, que les plus doctes &
savants ont passé beaucoup d'années avec
grands frais, & pris grand peine nuit & jour à
étudier en leurs Livres, & n'y ont pas trouvé
la moindre chose.
Mais si ces Philosophes devaient être entendus
littéralement, sans doute il n'y aurait point
tant de pauvres & misérables Alchimistes. C'est
pourquoi les Ecrits de ces grands hommes ne
doivent pas être entendus au pied de la lettre,
mais par un sens mystique.
Mais d'autant que la vérité est éclipsée en
@
Des Fourneaux Philosophiques. 147
leurs Livres, par tant de procédés sophistiques,
il est grandement difficile qu'aucun homme
la puisse tirer parmi tant de tromperies,
s'il n'est premièrement éclairé de Dieu, afin
qu'il connaisse comme il faut séparer les paroles
paraboliques de celles qui sont véritables
dans la lettre même: ou si un religieux Chimique
avec la grâce de Dieu le fait par ses travaux
sur un bon fondement, & néanmoins
doute, s'il est dans le vrai chemin ou non, alors
en lisant les bons & véritables Livres des philosophes,
il en apprendra à la fin la ferme &
constante vérité: autrement il est difficile de
réussir, au contraire après la perte du temps
qui est précieux, la dépense & l'altération de
la santé, l'homme sera forcé de mendier.
De la même façon, si la véritable teinture
de cuivre en est tirée, le reste n'est plus métal,
& ne saurait être réduit derechef en substance
métallique par aucun Art, ni violence
de feu.
Mais si tu lui laisses quelque teinture en
lui, il peut être réduit en un corps gris & friable,
semblable au fer mais plus cassant.
k ij
@
148 La seconde Partie.
Une autre voie pour extraire une bonne teinture de l'or par le moyen de la liqueur des pierres ou sable.
P Rends une partie de cette chaux d'or quia été précipitée avec l'huile de sable, trois
ou quatre parties de la liqueur de cristaux ou
sable, mêle la chaux d'or dans un bon creuset
avec la liqueur, & mets ce mélange en chaleur
douce afin que l'humidité s'évapore hors
de l'huile de sable, ce qui se fait fort difficilement,
car les cailloux ou sable à cause de leur
sécheresse gardent & retiennent l'humidité, &
ne la veulent pas laisser partir facilement, s'élevant
dans le pot ou creuset, comme le borax,
ou alun, quand on les calcine: c'est pourquoi
il ne faut remplir le creuset qu'à moitié,
afin que la liqueur & l'or ensemble aient assez
de place, & ne s'en aillent par dessus: & lors
que la matière ne s'élève plus, augmente le
feu tant que le pot soit très rouge, mets un couvercle
dessus qui joigne très bien, afin qu'il ne
tombe dedans des charbons, cendres, ou autres
impuretés: & lui donne feu violent dans
un four à vent tant que la liqueur & la chaux
d'or soient en fonte comme de l'eau, laisse les
comme cela en fonte tant que la liqueur & l'or
ensemble soient semblables à un transparent
rubis, ce qui sera fait en l'espace d'une heure
@
Des Fourneaux Philosophiques. 149
ou environ, alors verse le dans un mortier de
cuivre bien net, laisse le refroidir, puis le mets
en poudre, sur laquelle verseras de l'esprit de
vin, pour en extraire la teinture, laquelle sera
comme du sang net & clair, meilleure pour l'usage
que la précédente.
Ce qui reste après l'extraction de la teinture
doit être brûlé avec du plomb, précipité &
tiré hors, de même qu'on tire les mines, & tu
trouveras l'or restant lequel n'est pas allé avec
l'esprit de vin: mais il est fort pâle, semblable
en couleur à l'argent, lequel s'il est fondu avec
l'antimoine, recouvre sa première couleur sans
aucune perte considérable de son poids. Le
moyen de fondre dans un creuset l'or restant,
sera montré plus ponctuellement en la quatrième
Partie. Je sais beaucoup d'autres beaux
procédés pour extraire aisément la couleur de
l'or, mais d'autant qu'il faut que l'or soit premièrement
préparé pour cela en le fondant au
creuset, il ne serait pas à propos de parler de
cette opération dans cette seconde Partie.
C'est pourquoi cela sera réservé pour la quatrième
Partie, là où tu seras instruit au long
non seulement comment il faut préparer l'or,
l'antimoine & autres minéraux, & les rendre
propres à être extraits, mais aussi comment il
les faut réduire en un verre soluble, & transparent
comme un rubis à l'épreuve du feu, ce qui
n'est pas une des moindres médecines: tu peux
procéder, de même avec les autres métaux &
minéraux pour en extraire leurs couleurs, comme
il a été dit de l'or. C'est pourquoi il n'est
k iij
@
150 La seconde Partie.
pas nécessaire de décrire la teinture de chaque
métal en particulier, car tous les procédés ensemble
seront décrits en un, savoir en celui
de l'or, autrement le Livre serait trop grand si
je voulais décrire chaque procédé séparément,
ce que je crois être inutile. Que ceci
suffise pour cette seconde Partie, où il a été
traité du moyen d'extraire la couleur de l'or
par une façon commune, qui est à la vérité une
bonne médecine, mais inutile pour la Chimie,
selon ce que j'en puis connaître. Celui qui
désire avoir une véritable teinture d'or, doit
chercher premièrement le moyen de détruire
l'or par le mercure universel tournant le dedans
en dehors, & le dehors en dedans & procéder
après selon l'Art. Alors l'âme de l'or se
joindra aisément avec l'esprit de vin, & deviendra
une bonne médecine, de quoi il est
plus amplement traité en mon or potable. Celui
qui possède le *chalibs de Sendivogius, peut
promptement & avec peu de peine avoir une
bonne médecine: mais parce que nous sommes
toujours des enfants ingrats envers Dieu,
ce n'est pas merveille s'il retire sa main de
dessous nous, & s'il nous laisse dans l'erreur.
Ce qui peut être fait de plus par la liqueur des cailloux.
B Eaucoup d'autres choses profitables peuvent être faites par l'huile de sable, aussi
bien dans l'Alchimie que dans la médecine:
Note du traducteur :
*chalibs: ?.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 151
comme par exemple, de belles couleurs pour
les Peintres peuvent être faites des métaux,
comme aussi du cristal, toute sorte de pierres
transparentes, lesquelles sont semblables en
beauté aux naturelles, & quelquefois plus
belles: comme aussi de belles *amauses & autres
choses profitables: mais cela n'appartient
pas à cette seconde Partie, étant réservé pour
la quatrième, où il sera traité exactement
de toutes ces choses avec les circonstances requises.
Le moyen de faire croître un arbre des métaux par le moyen de cette liqueur.
Q Uoi que ce procédé ne soit pas de grand usage en la médecine, néanmoins il donne
une bonne connaissance au Médecin Chimique
des choses naturelles, & de leur changement,
ce que j'ai jugé être à propos te décrire
ici.
Prends de la susdite huile faite de cristal, sable,
ou cailloux, autant qu'il te plaira, mêle-y
une petite quantité de lessive de tartre, remue-
les bien ensemble, de sorte que la liqueur ne se
puisse apercevoir dans la lessive, mais qu'ils
soient bien incorporés, les deux s'étant changés
en une solution claire, pour lors ton eau
sera préparée, pour faire croître les métaux,
qui doivent premièrement être dissous dans
k iiij
Note du traducteur :
*amauses: Emaux.
@
152 La seconde Partie.
leur propre menstrue, lequel soit après entièrement
extrait, mais non trop fort, de sorte que
la chaux du métal ne rougisse, autrement la
vertu de croître leur serait ôtée, alors tire les
hors du petit verre, & les romps en pièces de
la grosseur du pouce, & les mets dans la liqueur
susdite dans un verre clair & net, afin qu'on
puisse bien discerner au travers comme le métal
croît, & incontinent que les métaux préparés
seront ôtés hors du verre, il les faut préserver
de l'air, autrement ils perdent leur vertu
végétative: c'est pourquoi étant secs il les
faut couper par pièces, & les mettre au fond
du verre, où la liqueur est un doigt d'espace
entre l'un & l'autre, & non tous ensemble: il
faut que le verre demeure toujours en une
place, & le métal s'enflera incontinent, & jettera
des rameaux si agréablement que cela sera
digne d'admiration. Ne pense pas que ceci
serve seulement pour la récréation de la vue,
il y a beaucoup de choses cachées au dedans,
car tout sable ou cailloux, quoi qu'ils soient
blancs, cachent une teinture invisible ou soufre
d'or, ce que personne ne croira sans expérience,
car si tu digères de la limaille de
plomb, il s'y attachera de l'or aux côtés (lequel
or doit être lavé en eau) & le plomb paraîtra
comme s'il était doré. Cet or ne provient
que du sable ou cailloux, quoi qu'ils
fussent blancs & clairs, il montre encore
mieux sa vertu améliorante, lors que les métaux
croissent dedans, & qu'ils y sont digérés
par un certain espace de temps. Cela peut être
@
Des Fourneaux Philosophiques. 153
vu apparemment, que les métaux dans leur
végétation, s'augmentent dans cette liqueur,
& font extraction de ce qui leur est nécessaire:
quand on n'en mettrait que la grosseur d'un
pois pour végéter, il deviendra deux ou trois
fois plus grand, ce qui mérite d'être considéré.
Aussi le sable & cailloux sont la matrice
naturelle les métaux, & l'on voit une grande
sympathie entre eux, principalement avec les
imparfaits ou *immeurs, comme si la nature
voulait dire à ses métaux imparfaits & *immeurs,
retourne dans le ventre de ta mère, &
demeure là un temps convenable & requis,
ou tant que tu sois mûr, car tu as été tiré de là
trop tôt contre ma volonté. De plus on peut
faire avec cette liqueur un très bon borax pour
réduire & incorporer les métaux. On peut
aussi faire par cette liqueur de très belles &
fermes couleurs sur les vaisseaux de terre semblables
à la porcelaine de la Chine, comme en
la faisant bouillir avec eau, il se précipite une
terre blanche comme neige, tendre, & impalpable,
avec laquelle on peut faire des vaisseaux
semblables à la porcelaine.
Beaucoup d'autres bonnes choses peuvent
être faites pour l'usage des choses mécaniques,
qu'il n'est pas nécessaire de décrire
ici.
Les minéraux *immeurs volatils peuvent
être aussi fixés & mûris par ce moyen, non
seulement pour les rendre propres à l'usage
de la médecine, mais aussi pour tirer l'or &
l'argent volatils qu'ils peuvent contenir, de
Note du traducteur :
*immeurs: non mûrs.
@
154 La seconde Partie.
quoi il sera parlé davantage en la quatrième
Partie.
C'est ici que se rapporte le procédé de l'esprit
de plomb, lait virginal, & sang de dragon.
De l'esprit d'urine, & de l'esprit volatil du sel armoniac.
D E l'urine & sel armoniac, on peut faire un esprit très puissant & pénétrant en diverses
façons, lequel n'est pas seulement bon
pour l'usage de la médecine en plusieurs maladies,
mais il se trouve aussi fort bon pour les
opérations mécaniques, comme s'ensuit.
Prends de l'urine d'un homme sain qui vive
chastement, assemblée en une bonne quantité
dans un vaisseau de bois, laisse la en putréfaction,
& en distille un esprit, lequel tu rectifieras
après sur du tartre calciné dans une grande
retorte de verre fort large de col, séparant
& gardant à part celui qui sort le premier, faisant
comme cela la seconde & troisième fois,
le plus fort & plus puissant peut servir pour
préparer les médecines métalliques, & le faible
pour la médecine tout seul, ou mêlé avec
des véhicules propres: le sel qui est sorti avec
l'esprit le plus fort en la rectification, peut être
mis avec l'esprit faible, pour le rendre plus
fort, ou bien être gardé tout seul dans un
verre net.
Mais d'autant que l'esprit d'urine est difficile
à faire, je veux montrer à le faire plus facilement
@
Des Fourneaux Philosophiques. 155
avec le sel armoniac, la préparation
se fait ainsi.
Prends du sel armoniac, & pierre calamine
ana, mets-les séparément en poudre & les mêle
ensemble, & les jette dans ton vaisseau tout
rouge,

P/. ou

I. à la fois & non plus, ayant
appliqué au vaisseau un grand récipient: car
cet esprit va avec tant de force & de violence,
qu'il est impossible de le distiller dans une retorte
sans danger & sans perte, j'ai rompu plus
d'un récipient avant que j'eusse inventé cet instrument.
Les esprits étant bien rassis dans le
récipient, jette dedans davantage de ton mélange,
continue comme cela tant que toute ta
matière soit distillée, alors ôte le récipient, &
mets l'esprit dans un fort verre, lequel soit
bien bouché en haut: non avec de la cire & de
la vessie, d'autant qu'il amollit la cire, & pénètre
la vessie: mais bouche le premièrement
avec du papier, puis fonds de la laque ou soufre
& le mets dessus, de sorte qu'il soit bien
bouché, & pour lors il ne se pourra exhaler, ou
bien prends un verre fait comme il sera montré
en la cinquième Partie, afin d'y garder les esprits
subtils pour plus d'assurance, & si on n'a
point mis d'eau dans le récipient, cet esprit
n'a pas besoin d'être rectifié, mais celui qui le
voudra avoir plus fort le peut rectifier par la
retorte de verre, & le garder pour l'usage.
C'est ici la meilleure voie pour faire un esprit
du sel armoniac fort & puissant: on peut
aussi faire le même avec du zinc limé, au lieu
de la pierre calamine; comme aussi avec le sel
@
156 La seconde Partie.
de tartre, sel fait avec les lies de cendres de
bois, chaux vive, & semblables: mais l'esprit
n'approche pas de la force de l'autre (quoi
qu'il puisse être fait avec toutes ces choses
qui sont faites avec le précédent) comme celui
qui est fait avec la pierre calamine ou
le zinc.
La façon de le faire est celle-ci.
P Rends
I. de sel armoniac en fine poudre, & autant de sel de tartre, mêle les deux
ensemble par le moyen de la lie faite de tartre,
ou seulement avec eau commune, de sorte que
le tout vienne comme une pâte, ou bouillie, &
en jette une cuillerée à la fois dans le vaisseau
distillatoire, puis en jette davantage tant que
tu aies assez d'esprit.
Le sel de tartre peut aussi être mêlé sec avec
le sel armoniac sans aucune lie ni eau, & distiller
comme cela: mais il n'est pas si bon, comme
lorsqu'il est mêlé & tempéré avec de la
lie ou de l'eau, car s'il est jeté dedans à sec,
l'esprit sortira en forme d'un sel volatil: mais si
le mélange a été humecté, alors la plus grande
partie sortira semblable à un esprit brûlant:
de même le mélange de la chaux vive & sel
armoniac doit être tempéré par l'humidité,
& donneras plus d'esprit que s'ils avaient été
distillés à sec.
On peut demander pourquoi la pierre calamine,
le zinc, la chaux vive, le tartre calciné,
le sel de cendre de bois, le nitre fixe & semblables
@
Des Fourneaux Philosophiques. 157
choses préparées par le feu, doivent être
mêlées avec le sel armoniac? pourquoi ne serait-il
pas aussi bon d'y mettre du bol ou autre
terre (comme on fait communément avec
les autres sels) & comme cela en distiller un
esprit? A quoi je réponds, qu'il y a deux sortes
de sels dans le sel armoniac, savoir un sel
acide commun, & un sel volatil d'urine, lesquels
ne peuvent être séparés si on ne mortifie
l'un des deux: car incontinent qu'ils sentent
la chaleur, le sel volatil de l'urine emmène le
sel acide avec lui, & se subliment tous deux
ensemble, de la même nature & essence que le
sel commun lequel n'est pas sublimé. Le sel armoniac
est plus pur que le commun, & il n'en
sortira point d'esprit s'il est mêlé avec du bol,
brique, sable, ou autre terre astringente, &
comme cela distillé; mais le sel entier comme
il est en lui-même, laissant sa substance terrestre.
Il n'en est pas de même de la pierre calamine,
laquelle est aussi semblable à une terre,
de sorte qu'étant mêlée avec le sel armoniac,
elle fait la séparation des sels dans la distillation
de l'esprit, comme fait le zinc, à cause qu'ils
ont une grande affinité avec tous les esprits
acides, s'aimant mutuellement (de quoi a été
fait mention en la première Partie) de sorte
que les sels acides s'attachent à lui en la chaleur
& s'unissent ensemble, & le sel volatil est
délivré, & distillé en un esprit subtil; ce qui
n'aurait pas été fait, si le sel acide n'avait été
retenu par la pierre calamine ou le zinc. Or
qu'un esprit puisse être distillé par l'addition
@
158 La seconde Partie.
des sels fixes, la raison en est à cause que les
sels fixes sont contraires aux sels acides, lesquels
les mortifient, & leur ôtent leur force, par
où les choses qui y sont mêlées sont délivrées:
le même arrive aussi au sel armoniac, car par
l'addition des sels fixes végétaux l'esprit acide
du sel armoniac est mortifié. Le sel de l'urine,
qu'était premièrement lié avec lui, recouvre
sa première franchise & vertu, & se sublimant
se change en esprit; ce qui ne saurait avoir été
fait, si le sel commun avait été mêlé avec le
sel armoniac, au lieu de sel de tartre: car le sel
d'urine est par ce moyen mortifié comme étant
un plus grand ennemi, de sorte qu'il ne saurait
donner un esprit. J'ai cru être nécessaire
d'en donner la connaissance aux ignorants,
non à ceux qui le savent, afin qu'ils aient plus
de lumières par d'autres travaux: car j'ai souventes
fois vu, & vois toujours par expérience,
que la plupart des Chimistes vulgaires,
ayant su par lecture ou par ouï-dire ne
sont capables de donner aucune raison solide,
pour dire comme quoi ceci ou cela se fait
d'une telle ou d'une autre façon, ne travaillant
point pour trouver la nature & qualité des sels,
minéraux & autres matériaux, se contentant
seulement des recettes, disant un tel ou un tel
Auteur a écrit telle chose, & partant il faut
que cela soit ainsi. Le plus souvent tels Livres
sont tirés de divers Auteurs, & ceux qui s'y
attachent tombent d'un labyrinthe en un autre,
perdant misérablement leur temps & leurs
soins: mais s'ils considéraient seulement la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 159
nature des choses, ils acquéraient plutôt la connaissance
de la vérité: J'espère que celui qui a
été en erreur me saura bon gré, & ne grondera
pas que j'instruise l'ignorant.
Ce qui reste après la distillation, est aussi bon
pour l'usage, si l'addition a été avec le sel de
tartre: c'est une bonne poudre pour faire fondre
& réduire les métaux. La pierre calamine
& le zinc, donnent par *défaillance une huile
âcre, blanche, & pesante: car la partie acre
du sel armoniac, qui ne s'est point changée en
esprit a dissous la pierre calamine, & a presque
les mêmes vertus pour l'usage externe de la
Chirurgie, que celle dont a été parlé en la première
Partie, laquelle est faite avec la pierre
calamine & l'esprit de sel, excepté seulement
que celle-ci ne donne pas un si fort esprit en
la distillation comme l'autre, mais seulement
un sublimé âcre.
La vertu & usage de l'esprit de sel armoniac.
C Et esprit est une essence acide & pénétrante, & d'une nature chaude, aérée &
humide; c'est pourquoi il peut être mis en
usage heureusement en beaucoup de maladies
depuis 8. 10. 12. gouttes dans des propres véhicules,
pénètre tout incontinent au travers de
tout le corps, causant une prompte sueur, ouvrant
les obstructions de la rate, dispersant &
détruisant beaucoup de malignités par les
Note du traducteur :
*défaillance: méthode de distillation.
@
160 La seconde Partie.
sueurs & urines, il guérit la fièvre quarte, la
colique, la suffocation de matrice, & beaucoup
d'autres maladies.
Enfin cet esprit est une douce, assurée &
prompte médecine pour chasser & détruire
les grosses & vénéneuses humeurs. Il opère
aussi extérieurement, éteignant toutes inflammations,
guérir l'érésipèle, & la gangrène, allège
les douleurs de la goutte, si on trempe dedans
des linges pour les appliquer dessus: &
quoi qu'il fasse des pustules, il n'importe pas;
appliqué sur le *poux, il est bon aux fièvres ardentes,
allège les enflures & douleurs, dissipe
le sang congelé, est bon pour les foulures,
& pour les nerfs: son odeur guérit la migraine
antres maladies chroniques de la tête: car
il dissout l'humeur peccante & l'évacue par les
narines, remet l'ouïe perdue, étant appliqué
extérieurement avec un petit instrument fait
pour cela, est propre aussi aux obstructions des
fleurs des femmes étant appliqué avec un
instrument par une voie spirituelle, ouvre &
nettoie incontinent la matrice & rend les
femmes propres à concevoir &c. mêlé avec
de l'eau commune, & tenu dans la bouche allège
la douleur des dents, laquelle procède
d'une humeur âcre. Un peu d'icelui mis dans
un clystère, tue les vers dedans le corps, & apaise
la colique.
On se peut servir de cet esprit pour l'usage de
beaucoup d'autres choses, principalement on
en peut préparer beaucoup de précieux médicaments
avec les métaux & minéraux, des-
quels
Note du traducteur :
*poux: pouce?.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 161
quels nous décrirons quelques-uns aux chapitres
suivants.
Il faut observer qu'il y a une autre matière,
laquelle se trouve par tout & en tout temps,
que tout le monde peut avoir sans frais, ni
distillation, qui est aussi bonne pour les susdites
maladies que l'esprit distillé, si tous les
hommes la connaissaient, il ne se trouverait
pas partout tant de maladies, ni tant de Médecins
& d'Apothicaires.
Pour distiller une huile de vitriol rouge comme du sang par le moyen de l'esprit d'urine.
D Issous le vitriol d'Hongrie, ou autre bon vitriol, en eau commune, & le filtres
par le papier, verse dessus du dit esprit, tant que
toute la verdeur en soit ôtée, & que l'eau
demeure claire, & tu auras en bas un soufre
jaune: alors verse l'eau claire, & le reste qui
est épais; mets-les ensemble dans le filtre, afin
que toute l'humidité passe au travers, & que la
terre du vitriol demeure dans le filtre de papier,
lequel tu sécheras, & en distilleras une
huile rouge comme sang, laquelle ouvre les
obstructions de tout le corps, & guérit parfaitement
l'épilepsie. L'eau claire doit être évaporée
à siccité & restera un sel, lequel étant
distillé donne un puissant esprit. Avant qu'il soit
distillé, c'est un purgatif spécifique pris depuis
l
@
162 La seconde Partie.
8. 10. 12, jusqu'à 24. grains, & peut sûrement
servir pour toutes maladies.
La teinture des végétaux.
L Es épices, semences, ou fleurs, étant extraites avec ledit esprit, digérées, & distillées,
l'essence en sortira en forme d'une huile
rouge.
Vitriol de cuivre.
S I tu en verses sur la chaux de cuivre, faite en la rougissant & éteignant derechef, il
extraira dans une heure de temps une belle
couleur bleue, & en ayant dissous là-dedans
autant qu'il faut, verse-la, & la laisse réduire
en cristaux en un lieu froid, & tu auras un très
beau vitriol, duquel une petite quantité provoque
de violents vomissements, le reste du
vitriol demeure en une huile bleue, bonne
pour la guérison des ulcères.
La teinture du tartre cru.
P Rends du tartre cru, & verse dessus de cet esprit, & le mets en digestion, l'esprit
en extraira une teinture rouge comme sang, &
si l'esprit en est extrait, il restera une huile rouge
& agréable, qui n'a pas peu de pouvoir &
de vertu.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 163
Pour faire l'huile ou liqueur des sels.
C Et esprit dissout aussi les cristaux & autres pierres, s'ils sont premièrement dissous,
précipités & réduits en poudre impalpable,
il les réduit en huiles & liqueurs, bonnes
pour l'Alchimie & médecine.
Pour précipiter tous les métaux avec le susdit esprit.
Q Uel métal que ce soit, étant dissous par un esprit acide, peut être mieux précipité
& plus purement, qu'avec la liqueur de sel de
tartre; car l'or fulminant qui est précipité par
son moyen, fulmine avec plus de force que celui
qui est fait par l'huile de tartre.
Un peu de jus de citron avec la solution de
l'or avant qu'il ait été précipité, fait que tout
l'or ne se précipitera pas, mais il en restera
quelque peu dans la solution, & avec le temps
se formeront de petites pierres vertes semblables
au vitriol commun, lesquelles données en
petite dose purgeront toutes les mauvaises
humeurs.
l ij
@
164 La seconde Partie.
L'huile & vitriol d'argent.
D Issous de l'argent en eau forte, & verse dessus autant de cet esprit jusqu'à ce qu'il
cesse de bouillir, une partie de l'argent se précipitera
en forme d'une poudre noire, le reste
de l'argent demeure dans la liqueur: le flegme
en étant extrait au bain, jusqu'à la pellicule, &
après mis en lieu froid, il s'y formera des cristaux
blancs, lesquels étant tirés hors & séchés,
sont un bon purgatif contre la folie, hydropisie,
fièvres & autres maladies, on s'en
peut servir sans aucun danger tant aux jeunes
qu'aux vieux. Le reste de la liqueur qui ne
s'est point cristallisée peut être extraite avec
esprit de vin, les fèces étant jetées, l'extraction
en sera agréable, l'esprit de vin en étant
extrait, il restera une médecine, laquelle n'est
pas de peu de valeur en toutes les maladies du
cerveau.
Pour extraire une teinture rouge de l'antimoine ou du soufre commun.
F Ais bouillir le soufre ou l'antimoine en poudre, dans de la lie de sel de tartre, tant
que la lie devienne rouge, & verse de cet esprit
dessus, & le distille doucement au bain, & il
en sortira une belle teinture avec l'esprit volatil,
l'argent qui en est oint sera doré, mais non
@
Des Fourneaux Philosophiques. 165
fixement, il sert pour toutes les maladies.
Le moyen de mûrir l'antimoine & soufre commun, de sorte qu'ils donnent une odeur pareille à celle des végétaux.
D Issous l'antimoine ou le soufre dans la liqueur des cailloux ou sable, coagule la
solution en une masse rouge: verse de l'esprit
d'urine sur cette masse, & le laisse extraire à
chaleur douce. L'esprit étant teint en rouge
verse le hors, & en remets d'autre dessus, &
laisse aussi extraire, réitère cela tant que l'esprit
ne se teigne plus, alors mêle tous les extraits
ensemble, & en extraits l'esprit d'urine
au bain par l'alambic, & il restera une liqueur
rouge comme sang, & si tu verses dessus de
l'esprit de vin, il extraira une teinture plus belle
que n'était la précédente, laissant les fèces
en arrière, cette teinture sent comme l'ail: & si
elle est digérée trois ou quatre semaines à chaleur
lente, elle acquerra une odeur agréable,
semblable à celle des prunes jaunes ou pâles:
& si elle demeure plus longtemps en digestion
elle acquerra une odeur qui n'est pas inférieure
au musc & ambre; cette teinture n'est
pas seulement puissamment augmentée par le
feu en odeur & goût plaisant & agréable: mais
aussi en vertu: une si grande variété de douces
& agréables senteurs ne procèdent seulement
l iij
@
166 La seconde Partie.
que de l'esprit d'urine qui les mûrit, car
il y a un feu caché en lui, lequel ne détruit
point, mais préserve & gradue toutes les couleurs,
de quoi nous parlerons plus amplement
en un autre lieu.
Entre l'esprit d'urine & vénus, tant animale
que minérale, il y a une grande sympathie,
car il n'aime pas seulement le cuivre par dessus
tous les autres métaux, se mêlant aisément
avec lui, & le rendant extraordinairement
beau or bon pour l'usage de la médecine, mais
il le prépare aussi pour une telle médecine qu'il
guérit toutes les affections vénéneuses, soit
extérieurement ou intérieurement, sans se servir
d'aucuns autres médicaments. Il rend les
femmes stériles, & fécondes selon qu'il est administré,
il nettoie la matrice, empêche la
suffocation, & provoque miraculeusement
les fleurs aux femmes par dessus tous les autres
médicaments.
Si cet esprit est mêlé avec l'esprit volatil de
vitriol, ou du sel commun, il en sortira un sel
qui n'est inférieur à aucun autre pour la fusibilité,
& très bon pour l'usage de l'Alchimie &
de la Médecine.
La liqueur de sel de tartre, & l'esprit de vin
ne se mêle point sans eau, étant le médium
procédant des deux natures, & si tu y joins de
l'esprit d'urine, ils ne se mêleront pas, mais chacun
gardera sa place tellement que ces trois
sortes de liqueurs étant mises dans un même
verre, de quelque façon qu'on les sache remuer,
elles ne s'incorporeront pas pour tout
@
Des Fourneaux Philosophiques. 167
cela; la liqueur de sel de tartre gardant le bas,
l'esprit d'urine dessus, & par dessus tout l'esprit
de vin: & si tu y mets une huile distillée,
elle ira par dessus tout, de manière que tu garderas
quatre sortes de liqueurs dans un verre,
sans qu'elles se mêlent l'une avec l'autre.
Quoi que ceci ne soit pas de grand profit,
néanmoins il sert pour apprendre la différence
des esprits.
De l'esprit & huile de la corne de cerf.
P Rends de la corne de cerf, coupe-la en pièces de la grosseur d'un doigt, & en jette
dedans une à la fois dans le susdit vaisseau distillatoire,
& lors que les esprits sont assis, jette
en une autre, continuant tant que tu aies assez
d'esprits & d'huile. Que si le vaisseau
s'emplit il faut en retirer les morceaux calcinés
avec des *mollets, puis continuer comme
auparavant tant qu'on en ait assez. Après la
distillation achevée, ôte le récipient & verse
dedans de l'esprit de vin déflegmé qui prendra
à soi le sel volatil, en sorte qu'on pourra tout
verser ensemble dans un entonnoir de papier
à filtrer qu'il faut avoir mouillé auparavant, &
ainsi l'esprit de vin & celui de corne de cerf
avec le sel volatil se filtreront à travers le papier,
& l'huile rouge noire demeurera dans le
papier la dernière, mais il faut prendre garde
de l'ôter bien vite, autrement elle passerait
l iiij
Note du traducteur :
*mollets: ?.
@
168 La seconde Partie.
aussi à la fin, ainsi ce serait à recommencer.Il faut rectifier le sel volatil dans une retorte:
le meilleur esprit & le sel volatil montent
également ensemble avec l'esprit de vin: &
quand on aperçoit que le flegme commence
à venir, il faut ôter le récipient où est l'esprit,
afin que le flegme qui est inutile & puant ne se
mêle point avec, & faut bien conserver cet
esprit, car il est très volatil. On peut rectifier
l'huile dans une retorte de verre avec addition
de sel de tartre, elle devient claire. Si on
la veut avoir plus belle, il la faut rectifier avec
l'esprit de sel: mais celle qui est rectifiée avec
le sel de tartre a plus d'efficace que l'autre, elle
guérit la fièvre quarte, provoque fortement la
sueur, guérit toutes plaies intérieures & les
douleurs, qui proviennent de chute ou batture,
ou de quelqu'autre accident semblable:
en donnant d'icelle depuis 6. 8. 10. jusqu'à20. gouttes dans du vin, puis mettant au lit &
faisant couvrir le malade pour suer. L'esprit
est très bon pour ouvrir les obstructions de
tout le corps, donné depuis

P/. jusqu'à

j.
dans quelque menstrue convenable, il provoque
l'urine, & les purgations lunaires retenues
avec très heureux succès, rectifie & nettoie le
sang, & fait suer copieusement, c'est pourquoi
il est très propre en la peste, la vérole, la lèpre,
scorbut, mélancolie, hypocondriaque &
dans les fièvres malignes, qui sont maladies où
la sueur est nécessaire.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 169
Pour faire un remède précieux avec l'esprit de cheveux humains.
O N peut aussi de cette même façon tirer l'esprit & l'huile de toutes les cornes,
des poils des animaux & de toutes autres choses
semblables, mais nous n'en parlerons pas
davantage, parce qu'on haït leur usage en médecine,
à cause de leur odeur désagréable, quoi
qu'ils fassent pourtant des effets *émerveillables
dans des maladies importantes & difficiles,
comme en la suffocation de matrice, & en
l'épilepsie. Néanmoins il faut remarquer que
celui qui est fait des cheveux humains, n'est
pas à rejeter dans la métallique, car il dissout
le soufre commun & le réduit en lait, qui
puis après peut être cuit, digéré & mûri en
sang, ce que pas un autre esprit ne peut faire
également à celui-là. Combien qu'on le
puisse figer, ainsi de soi-même en rubis, sans
addition, mais celui qui est fait avec le soufre
est encore meilleur, & lors qu'il est venu si
avant que de lui faire perdre sa mauvaise odeur
par le moyen du feu, & qu'il est devenu fixe,
alors il peut plus que suffisamment payer la
peine & le charbon qu'on a employé pour le
mettre en cet état.
On doit rapporter & mettre ici le procédé
de distiller la solution des métaux jetée sur la
râpure de corne de cerf.
Note du traducteur :
*émerveillables: merveilleux.
@
170 La seconde Partie.
Huile de succin.
L E succin, ambre, ou carabe donne une huile très efficace & très agréable, principalement
le blanc: le jaune n'est pas si bon, &
le noir encore moindre: c'est pourquoi on
s'en sert fort peu intérieurement à cause de son
impureté, il monte aussi en la distillation avec
l'huile & une eau acide, & un sel volatil; pour
l'eau elle a peu de vertu, à ce que j'ai pu connaître.
Mais le sel est un bon diurétique en
la gravelle & pour la goutte, après l'avoir rectifié
avec le sel de tartre il est bon pris intérieurement.
L'huile rectifiée est très salutaire,
& peut être dite une médecine précieuse, principalement
la première qui monte en la rectification,
car elle fait des miracles, si on en donne
depuis 6. 8. 10. jusqu'à 20. gouttes dans les
véhicules propres, en la peste, épilepsie, suffocation
de matrice & contre la migraine, elle
fait aussi merveilles pour ces maladies & autres
incommodités appliquée extérieurement,
savoir la sentant seulement, ou s'en
frottant les narines, ou les autres parties affectées:
Et faut observer que quand elle a été
rectifiée avec l'esprit de sel, elle est beaucoup
plus belle & plus claire que si elle avait été
rectifiée sans addition: mais quand on la rectifie
sur du sel de tartre, elle a plus d'efficace &
de vertu que si on la rectifie avec l'esprit de sel,
quoi qu'elle ne soit pas si belle & si claire.
Que si on rectifie encore une fois celle qui
@
Des Fourneaux Philosophiques. 171
aura été rectifiée sur de l'esprit de sel, avec de
l'eau royale très forte, elle devient si subtile
qu'elle dissout même, Mars, & Venus, &
que ces métaux peuvent par ce moyen être
réduits en de très bons médicaments: notez
aussi qu'en cette seconde rectification toute
l'huile ne monte pas, mais qu'une partie d'icelle
se fixe par la force corrosive de l'eau, &
devient épaisse, pareille à de beau mastic, qui
s'amollit à la chaleur comme la cire, & peut
être maniée avec les doigts: mais au froid elle
est si dure qu'on la peut rompre & mettre
en poudre, cette masse est belle & luisante, &
jaune comme l'or.
Huile de Suie.
O N peut tirer de la suie qui s'attache aux cheminées où l'on ne brûle que du bois,
un sel volatil acre, & une huile chaude, le sel
n'est pas dissemblable en vertus & propriétés
à celui qui se tire du succin & de la corne de
cerf, il apaise & éteint la brûlure puissamment,
de quelque nature que la brûlure puisse
être: on se peut servir de l'huile ainsi qu'elle
est sans être rectifiée, extérieurement, en
toute sorte de vilaine galle & dartres, comme
aussi en la mauvaise teigne de la tête, car cette
huile-là guérit radicalement mieux que tout
autre remède. Mais si elle est rectifiée comme
il a été dit de l'huile de succin, de tartre & de
corne de cerf, on s'en peut servir sûrement
dans le corps en toutes les maladies auxquelles
@
172 La seconde Partie.
nous avons dit que les huiles ci-dessus étaient
propres, car elle est non seulement aussi bonne
que les précédentes, mais elle est aussi plus efficace
en quelques accidents.
Comment on pourra faire une bonne huile de suie sans distillation.
I L faut faire bouillir la suie dans de l'eau commune jusqu'à ce que l'eau soit devenue
rouge comme sang (l'urine vaut mieux que
l'eau) puis mets cette solution dans un grand
pot de terre, & l'expose durant l'hiver à la plus
forte gelée, si longtemps que le tout soit congelé,
en un seul morceau tout blanc; après
quoi il faut casser le pot & la glace, & tu trouveras
au milieu d'icelle l'huile de suie, belle,
coulante & rouge comme sang, qui ne cède
point en vertu à celle qui est distillée, néanmoins
on la peut aussi rectifier, & l'exalter en
vertu par ce moyen: & faut observer que cette
séparation ne se fait, & ne se peut faire que
pendant une très forte gelée, autrement cela
ne peut arriver de la sorte.
Esprit & huile de miel.
O N peut tirer du miel un esprit subtil & un vinaigre, à savoir en mêlant avec
le miel deux fois autant pesant de sable bien
net & rougi au feu, puis les distiller: mais il
est encore meilleur de mêler des fleurs d'antimoine,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 173
comme nous avons montré à les faire
en la première Partie, par ce que l'esprit en
est augmenté en vertu, & que les fleurs empêchent
que le miel ne monte, & ne fuie,
étant distillé de cette façon, il en sort un esprit
agréable, & un vinaigre âcre, avec un peu
d'huile rouge, qu'il faut séparer les uns des
autres. Quand l'esprit a été rectifié, il est profitable
à toutes les maladies du poumon, il
nettoie la poitrine & la dégage, fortifie le
coeur, ôte toutes les obstructions du foie &
de la rate, dissout & chasse le calcul, résiste à
la pourriture du sang, préserve de la peste & la
guérit, comme aussi toutes les fièvres, l'hydropisie,
& beaucoup d'autres maladies, s'en servant
tous les jours depuis

. j. jusqu'à

. j.
mêlé dans des eaux des plantes propres aux
maladies susdites, il ne manquera pas d'y faire
des merveilles: Le vinaigre âcre, colore les
cheveux & les ongles de couleur jaune doré,
chasse & ôte la démangeaison & la grattelle de
la peau, il guérit aussi les plaies vieilles &
récentes les en lavant, & les étuvant avec.
L'huile rouge est trop forte pour s'en servir
ainsi toute seule, c'est pourquoi il la faut mêler
avec l'esprit qui est monté le premier, &
ainsi s'en servir, elle augmente les vertus de
l'esprit.
@
174 La seconde Partie.
Huile & esprit de sucre.
I L se tire du sucre un esprit & une huile comme il a été dit du miel, à savoir le
mêlant seulement avec du sable bien net, ou
bien (ce qui est encore meilleur) avec les fleurs
d'antimoine & en mettant toujours une cuillerée
à la fois dans le vaisseau, selon l'Art, il
en sort un esprit jaune, & un peu d'huile rouge,
qu'il faut digérer au bain ensemble, jusqu'à
ce que l'huile se soit jointe à l'esprit, & qu'il en
soit devenu tout rouge, il n'est pas besoin de le
rectifier, mais peut être donné, comme il est,
dans des menstrues convenables, il est égal en
vertu à celui qui a été tiré du miel, encore est-
il plus agréable que l'autre, il restaure & renouvelle
le sang en l'homme, car il a tiré beaucoup
de vertus des fleurs diaphorétiques de
l'antimoine. On se peut servir très utilement
de cet esprit en toutes les maladies sans aucune
appréhension, il ne peut faire aucun mal,
ni dans les maladies chaudes ni dans les froides:
car il est très ami de la nature, & produit
des effets qu'on ne se serait pas avisé de chercher
en lui, & qui sont presque incroyables.
Ceux qui s'en serviront tous les jours, & quelque
temps durant depuis

. j. jusqu'à

. j.
éprouveront si je lui donne ces louanges à
faux ou à juste titre. On peut se servir de ce
qui reste dans le vaisseau, pour mêler avec de
l'autre miel, ou de l'autre sucre, car il est tout
noir, ou bien le garder ainsi, sinon le jeter
@
Des Fourneaux Philosophiques. 175
dans le Fourneau du premier Livre, & le resublimer
en fleurs, ou bien le mettre dans un
creuset au fourneau du quatrième Livre avec
du mars & du tartre, & en tirer le régule, afin
qu'il n'y ait rien de perdu.
Pour tirer un esprit efficace du corail & du sucre, & une teinture rouge comme sang.
Q Uand on distille le corail rouge en poudre avec le sucre mêlés ensemble, il monte
avec l'esprit une teinture rouge comme sang
en forme d'une huile pesante, qu'il faut joindre
avec l'esprit par la digestion, elle est aussi
efficace que celle qui a été faite avec addition
de fleurs diaphorétiques d'antimoine. Cette
liqueur guérit l'épilepsie radicalement, tant
aux jeunes qu'aux vieux sans plus revenir, elle
nettoie aussi le sang de toutes impuretés, en
sorte qu'on peut guérir avec, la plus effroyable
des maladies, à savoir la lèpre & toutes ses
dépendances, l'usage en est pareil à celui de
l'esprit de sucre antimonialisé.
De l'esprit du moût.
I L faut premièrement faire évaporer le moût ou le suc des raisins mûrs, jusqu'à
consistance d'un sirop épais: puis il faut mêler
ce sirop avec de la poudre de corail, du sable
@
176 La seconde Partie.
bien net, ou pour le mieux avec des fleurs
diaphorétiques d'antimoine, il s'en tire par la
distillation un esprit qui est pareil à celui qui
se tire du sucre ou du miel, étant néanmoins
un peu plus aigre que celui du miel, car on
peut dissoudre quelques métaux avec le sucre,
le miel ou le sirop de raisins les faisant bouillir
ensemble, & les réduire ainsi en plusieurs
bons remèdes, soit en les distillant ou ne les
distillant pas, s'en servant seulement en sirops,
de la même façon que nous l'avons dit du
tartre: car le sucre, miel, ou sirop de raisins,
ne sont rien autre chose qu'un sel doux, qui
peut être changé en tartre acide, par la fermentation,
en y ajoutant quelque chose d'aigre,
& qui sera pareil en tout à celui qui s'assemble
dans les tonneaux. On peut aussi de
même en tirer des cerises, poires, pommes, figues
& autres fruits qui ont un suc doux, commeaussi de toute sorte de grains, comme froment,
blé, avoine, orge, & autres semblables,
de quoi nous traiterons plus amplement en
la troisième Partie.
Car on peut changer en tartre acide tout
suc doux des Végétaux par la fermentation, &
il est très faux (comme pensent quelques-uns)
que le vin seul ait en soi un tartre, qui s'amasse
dans nos membres, par l'usage continuel de
la nourriture, & qui s'y coagule en guise de
pierre: car si cela était vrai, il n'y aurait point
de graveleux ni de goutteux, dans les pays
froids où l'on ne boit point de vin, & où il n'y
en croît point; commue l'expérience journalière
lière
@
Des Fourneaux Philosophiques. 177
nous apprend être faux; qu'il faut que je
confesse qu'il n'y a aucun végétable qui donne
plus de tartre que la vigne, & la cause en est
telle, à savoir qu'il faut du temps pour changer
la douceur en aigreur & en tartre, & que
tant plus un vin est doux, & tant moins il donne
de tartre, & plus il est aigre, plus il en donne.
Un Chimiste diligent & savant comprendra
assez de tout ce que dessus, l'origine, la nature
& la façon comment se fait le tartre, &
ainsi pourra en faire chercher & préparer d'autres
mixtes, lors qu'il viendra à manquer de
celui de vin, & les saura & pourra tirer du
miel, & du sucre, ou de la résine, & en pourra
tirer par distillation des esprits pour la solution
des métaux, qui ne sont pas à rejeter, ni en
la Médecine, ni en l'Alchimie.
De l'Huile d'Olives.
O N peut tirer de toutes huiles tirées par expression une huile fort pénétrante &
subtile, de laquelle on ne se peut pas servir seulement
extérieurement; mais aussi intérieurement,
soit de l'huile d'olive, de lin, de noix, de
chanvre. Ce qui se fait ainsi. Fais des boulettes
de terre de potier, où il n'y ait point de sable
mêlé, de la grosseur d'un oeuf de pigeon ou
de poule, puis les fais rougir au feu, mais non
pas les cuire si fort qu'elles soient devenues
pierres, & qu'elles ne puissent plus attirer
l'huile, & quand elles sont aucunement éteintes,
& qu'elles sont pourtant encore chaudes
2. part.
m
@
178 La seconde Partie.
suffisamment, il les faut jeter dans de l'huile
d'olives (qui est la meilleure de toutes) & les
y laisser si longtemps, que les boules se soient
imbibées de l'huile; & ne faut pas faire comme
les autres ont de coutume, qui les y mettent
toutes rouges, dont l'huile s'enflamme, &
ainsi la partie la plus volatile s'en évapore.
Après quoi il faut retirer ces morceaux dehors,
& en mettre un ou deux à la fois dans le
vaisseau bien rouge, puis laisser aller, & un
peu après en remettre, & ainsi continuer tant
qu'on ait assez d'huile; que si le vaisseau s'emplit,
il ne faut que le vider avec la cuillère
de fer, puis continuer comme devant, & ne
faut pas craindre que le récipient, ni la retorte,
rompent en distillant de cette façon, ou que
l'huile s'enflamme, ou se brûle, ou que quelque
antre danger arrive, il n'y a rien de semblable
à appréhender. Après la distillation, il faut
ôter le récipient, puis verser l'huile distillée
dans une retorte de verre, & la rectifier sur de
l'alun brûlé, ou sur du vitriol calciné, & l'alun
ou vitriol calcinés, retiendront à eux la
noirceur & la puanteur de l'huile distillée, &
l'huile monte belle & claire; que si on la veut
avoir encore plus belle, il la faut rectifier jusqu'à
une & deux fois, & toujours conserver
la première pour l'intérieur: parce que l'autre
est aucunement jaune, selon qu'on désire qu'elle
soit pénétrante. La seconde, ne peut servir
qu'extérieurement pour tirer la teinture de
quelques végétaux, comme herbes, fleurs, &
semences vulnéraires, pour en faire des baumes
@
Des Fourneaux Philosophiques. 179
précieux, pour les plaies froides & baveuses:
on peut aussi dissoudre avec cette huile
le succin, le mastic, l'encens, & autres semblables
matières attractives & maturatives, &
en former un emplâtre avec la cire & la colophane,
qui est un emplâtre très bon, contre
les plaies envenimées, pour en tirer le poison
dehors, & les rendre capables de guérison
en peu de temps: Si on dissout du soufre
commun en poudre dans cette huile, il s'en
fait un baume rouge comme le sang, qui chasse
bientôt toute sorte de galle, & autres semblables
impuretés du cuir, principalement si
on y ajoute un peu de ver de gris bien épuré,
& pour les affections chaudes, un peu de sucre
de Saturne qui se mêle facilement avec, par
l'agitation dans le mortier, & qui s'y dissout
aussi à une chaleur lente, & n'est pas besoin
que cela se fasse en des vaisseaux de verre, parce
que ceux de terre vernissés suffiront.
L'usage de l'huile bénite.
L A première huile qui est montée par la rectification, est d'une nature & propriété
très pénétrante; car donnant d'icelle quelques
gouttes dans de l'esprit de vin, elle apaise aussitôt
la colique venteuse, comme aussi le
soulèvement de matrice, si on en met quelques
gouttes sur le nombril. C'est un bon remède,
pour les fluxions froides tombées sur les parties
nerveuses, qui les avaient engourdies &
estropiées, il ne faut que prendre de cette huile,
m ij
@
180 La seconde Partie.
& en abreuver la partie malade, la frottant
d'icelle avec la main chaude, elle ne manquera
pas de les remettre en bon état, & c'est
la raison pour laquelle cette huile mérite justement
le nom d'huile sainte, qui lui a toujours
été donné. Que si on extrait & dissous
avec cette huile les lamines de Mars, ou de
Venus, elle se charge de couleur verte, ou rouge,
selon le métal, & lors elle est miraculeuse,
pour consumer l'humidité superflue des plaies,
tant pour échauffer & guérir les ulcères froides,
que pour rafraîchir les chauds: car elle
guérit non seulement les mauvaises teignes de
la tête, & leurs dépendances, mais elle consume
& dissipe aussi toutes excroissances, & autres
vices de la peau, & résout toute l'humidité
de quelque ulcère que ce soit. On peut aussi
dissoudre l'euphorbe, & autres gommes chaudes
dans cette huile, & se servir de ces solutions
contre toutes les affections froides, de
quelque espèce qu'elles puissent être; & ne
faut pas craindre aucune maladie froide en une
partie qui en aura été frustrée, quelque mauvaise
qu'elle puisse être. On peut aussi redistiller
encore par la retorte les baumes & teintures
qu'on aura tirées avec cette huile, & ainsi
elles seront beaucoup meilleures en plusieurs
accidents, que celles qui n'auront pas été distillées.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 181
De l'Huile de Cire.
O N peut aussi faire l'huile de cire de la même façon, elle est de même propriété
que la précédente, & principalement pour
les maux invétérés des jointures & tendons,
où elle a quelque faculté plus particulière que
l'autre.
Esprit contre le calcul.
O N tire des *anes, qui sont les grains contenus dans le raisin, un esprit acide, qui est
un spécifique assuré contre la pierre des reins
& de la vessie, comme aussi en toutes les douleurs
de la goutte. En s'en servant non seulement
intérieurement tous les jours, mais aussi
en trompant des linges dedans, & les appliquant
sur la partie douloureuse, il ne manque
pas d'apaiser & d'ôter de la douleur.
De l'esprit, ou huile acide du soufre.
J Usques ici on a cherché le moyen de faire passer le soufre en un esprit acide, mais
peut l'ont trouvé; car la plupart des Artistes
l'ont toujours fait avec des cloches de verre,
& n'en ont guères tiré par ce moyen, d'autant
que les cloches s'échauffent trop tôt, & ainsi
ne peuvent retenir l'huile qui s'évapore en
forme de fumée: autres ont tenté de la faire
par distillation, & d'autres par dissolution, mais
Note du traducteur :
*anes: voir le texte.
@
182 La seconde Partie.
ils n'ont bien réussi ni les uns ni les autres, ce
qui fait qu'il ne s'en trouve point, ou fort peu
de vraie; car celle qui se trouve communément
chez les droguistes, & dans les boutiques
des Apothicaires, n'est que l'huile de vitriol,
qui néanmoins n'est pas comparable à l'autre
en vertu & efficace: car son acidité n'est pas
seulement plus agréable, mais elle est aussi
beaucoup plus puissante en son essence; or à
cause que son usage est fort ordinaire, tant en
Médecine qu'en Alchimie, soit pour rendre le
breuvage des malades plus agréable par son
acidité, & ainsi étancher l'ardeur de leur soif,
fortifier l'estomac, & rafraîchir le poumon &
le foie, & soit aussi pour l'appliquer extérieurement
pour ôter l'inflammation des brûlures,
& les guérir; & de plus aussi qu'elle sert
à réduire les métaux en leurs vitriols, & les
cristalliser, & que ces vitriols sont très utiles,
tant en Médecine qu'en Alchimie. C'est cette
raison qui m'a obligé d'en mettre ici la préparation,
quoi qu'elle ne se fasse pas dans le
fourneau à distiller, qui est décrit en cette seconde
Partie, mais seulement en brûlant & allumant
le soufre, comme s'ensuit. Il faut faire
un petit fourneau avec une grille, au dessus
de laquelle il faut emmurer un fort creuset,
qu'il faut appuyer sur deux barres de fer, &
faut que le creuset soit accommodé en sorte
que la flamme & la fumée du feu ne communique
pas à côté d'icelui avec celle du soufre,
mais il faut que le feu prenne air par le côté du
fourneau, par quelque canal approprié à cela,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 183
& faut emplir le creuset de soufre, & le faire
brûler avec un feu de charbon sans flamme, &
le tenir toujours en cet état, & faut mettre au
dessus du creuset un vaisseau de bonne terre
de Beauvais, fait en forme d'un *réfrigère qu'il
faut emplir d'eau froide par dessus la tête du
vaisseau & l'entretenir toujours froide, & faut
que la flamme du soufre donne toujours
dans la tête du vaisseau: car pendant qu'il brûle,
sa graisse se consume, & ainsi son sel acide
est libéré & délié du corps du soufre, & se
sublime dans le vaisseau froid, où il se résout en
une huile très acide, puis coule par le canal
dans le récipient; quand le soufre est consumé
il y en faut remettre de l'autre, & faire
que le soufre brûle continuellement dans le
creuset, & que la flamme frappe toujours dans
le chapiteau contenu dans l'eau froide, & ainsi
on aura en peu de jours beaucoup plus d'huile
de soufre qu'on n'en peut faire de l'autre façon
en plusieurs semaines. On peut aussi faire
une huile acide par distillation en sublimant les
fleurs, savoir en jetant un morceau de soufre
de la grosseur d'un oeuf de poule, l'un
après l'autre dans le vaisseau rougi du feu, il
monte avec les fleurs dans le récipient une huile
aigre, qu'il faut séparer des fleurs avec de
l'eau de pluie distillée, puis en retirer l'eau au
sable dans une cucurbite, au fonds de laquelle
demeurera l'huile acide, qui a les mêmes vertus
que l'autre, mais on n'en aura pas tant à
beaucoup près, que de l'autre façon: que si on
ne cherche pas l'huile, il ne faut que la laisser
Note du traducteur :
*réfrigère: instrument rempli ou parcouru par de l'eau froide,
destiné à provoquer la condensation.
@
184 La seconde Partie.
avec les fleurs, qui en seront plus efficaces &
plus agréables, à cause de cette petite acidité
qui est en elles.
Fin de la seconde Partie.
----------------------------------------------
A M I
L E C T E U R.
J 'Aurais pu mettre encore beaucoup d'autres préparations en cette seconde Partie,
mais je crois avoir assez mis de procédés
pour faire que ceux qui y travailleront en
puissent chercher sur le Patron de ceux que
j'y ai mis; c'est pourquoi je conclus cette seconde
Partie. On trouvera dans les suivantes
ce qui peut appartenir à celle-ci, comme
aussi les autres choses qui auront été ou oubliées,
ou laissées exprès.
@
L A
T R O I S I E S M E P A R T I E
D E S
N
O V V E A V X F
O V R N E A V X PHILOSOPHIQUES.
DANS LAQVELLE EST DESCRITE LA nature du troisiesme Fourneau.
Par le moyen duquel sans alambic, chauderons, ny
autres instrumens de cuiure, fer, plomb, & estain, on
peut tirer des vegetaux, diuers esprits, extraits, huiles,
sels, &c. Par le moyen d'vn certain petit instrument
de cuiure, & vaisseaux de bois propres pour
l'vsage de la Chymie & Medecine.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et mise en François Par LE SIEVR DV TEIL.
Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
----------------------------------------------
M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@
@
@
@
L A
T R O I S I E M E P A R T I E.
Des nouveaux fourneaux
Philosophiques.
----------------------------------------------
La manière de faire l'instrument de fer ou de cuivre, & celle du Fourneau.

L faut faire l'instrument avec de
la platine de fer ou de cuivre qui
soit bien forte en la forme suivante.
Il faut premièrement faire
deux demi-globes de platine
de fer ou de cuivre rouge, ou de laiton, environ
de la grosseur de la tête d'un homme, il
faut souder ces deux demies-boules ensemble
avec de la très bonne soudure, & non pas
avec du plomb ou de l'étain; & faut qu'une
des moitiés ait un canal, fait comme les robins
a
@
2 La troisième Partie.
que l'on met aux tonneaux, à savoir plus
large du côté de la boule qu'à l'autre bout, &
que ce canal ait pour le moins un empan de
long, & faut que ce canal soit proportionné à
la grosseur du globe, savoir plus large ou plus
étroit selon que la boule sera plus ou moins
grosse, & faut que ce canal soit aussi très bien
soudé au globe, & qu'il soit exactement rond,
afin qu'il emplisse également le trou rond
qu'on fera au vaisseau de bois, dans lequel il
faut qu'il entre; il faut que l'entrée de ce canal
ait deux travers de doigt de diamètre, & qu'il
soit bien exactement accommodé, afin qu'il
ne puisse ruisseler ni sortir aucune humidité.
Il faut ensuite faire faire un petit Fourneau
de platine de fer ou de cuivre, qu'il faut garnir
de briques en dedans, ou de très bonne terre,
afin de pouvoir mettre la boule dedans comme
on a accoutumé d'y mettre une retorte, à
savoir environ un empan au-dessus de la grille
du Fourneau, & faut qu'il y ait deux barres de fer
au Fourneau pour soutenir cet instrument, &
que le canal sorte pour le moins un empan de
longueur hors du Fourneau, & que le Fourneau
ait un cendrier, avec sa porte, & un couvercle
par-dessus avec un registre en haut pour
gouverner le feu; il faut aussi que ce Fourneau
ait trois pieds par dessous & deux *manuelles
aux côtés pour le porter où l'on voudra: Ce
qui est très nécessaire par ce que ce fourneau
ne sert pas seulement à la distillation des
esprits ardents par le moyen des Vaisseaux de
bois, au lieu de vaisseaux de cuivre: mais peut
Note du traducteur :
*manuelles: poignées.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 3
aussi servir pour distiller avec des cucurbites
de terre, de verre & autres matières, & à digérer
dans des matras, fioles, & autres Vaisseaux
circulatoires, qui se mettent au bain marie,
comme aussi pour cuire & faire bouillir dans
des cuves de bois la bière, l'hydromel & autres
boissons artificielles. Dont on pourra voir
la figure & la forme dans le dessein qui est à
l'entrée de ce livre.
Des instruments & Vaisseaux de bois desquels on se servira en la place de ceux de cuivre &.
E T premièrement de ces Vaisseaux desquels on se servira en la place des vessies & *réfrigères
de cuivre, dans lesquels on pourra distiller
toutes sortes d'esprits ardents, comme
de Vin, bière, lie, bras, de grain, de la farine,
des racines, herbes, fleurs, semences, & autres
choses Végétables, comme aussi pour en
distiller & faire des huiles.
Il faut faire faire un tonneau de bon bois
de chêne, pareil à un autre tonneau à Vin
ou à bière, de grosseur convenable, à ce que
le petit instrument puisse faire bouillir ce qui
sera dedans; car il faut que le tonneau & l'instrument
de fer ou de cuivre soient proportionnés
l'un à l'autre; car si le tonneau était
trop grand pour la boule on demeurerait trop
longtemps devant que de pouvoir faire bouillir
la matière enclose dedans, ce qui ennuierait.
b ij
Note du traducteur :
*réfrigères: condensateur.
@
4 La troisième Partie.
On se peut bien servir d'une grosse boule à
un petit tonneau, mais non pas d'un grand
tonneau avec une petite boule: Car tant plus
le tonneau est petit & la boule grosse, tant plutôt
aussi se fera l'ouvrage entrepris.
Or à cause que cette invention sert à épargner
les vaisseaux qui coûtent beaucoup &
beaucoup d'autres frais qui les suivent, il ne
serait pas à propos de faire la boule trop grosse,
car il y faudrait aussi un grand fourneau, &
ne se pourrait pas transporter facilement d'un
lieu en un autre comme quand elle sera proportionnée
au vaisseau en sorte qu'elle suffise
pour les faire bouillir & échauffer selon le besoin.
C'est pourquoi ami Lecteur je veux apprendre
la grosseur proportionnée de la boule
& du tonneau qui doivent être ensemble, afin que
chacun puise bien distiller & se servir adroitement
de ces instruments; il faut l'entendre &
le pratiquer comme nous dirons ci-dessous.
Une boule de la grosseur ordinaire de la tête
d'un homme, qui tiendra environ trois ou
quatre quartes, à raison de quatre livres pesant
pour la quarte, peut très bien servir à un tonneau
de 30. 40. 50. 60. voire jusques à un tonneau
de 100. quartes, pour le faire bouillir, mais plus il
approche de 30. quartes, & tant plutôt bouillira-
t-il, & plus il s'en éloignera tant plus de temps
& de feu faudra-t'il pour le faire bouillir. C'est
pourquoi je ne suis pas d'avis qu'on se serve
d'une petite boule pour un si grand vaisseau,
parce que cela consumerait trop de temps,
& serait trop ennuyeux. Et n'est pas besoin
@
Des Fourneaux Philosophiques. 5
prendre garde de si près, il suffit qu'on puisse
faire autant avec un petit instrument de
peu de frais qu'avec tant d'autres instruments
& vaisseaux de cuivre & d'autres
métaux différents, qui sont nécessaire dans
un laboratoire, & qu'un artiste aura en tous
lieux plus facilement un tonneau de bois &
à moins de frais qu'une vessie de cuivre un
bain marie, ou quelque grande chaudière, qui
sont vaisseaux qui coûtent beaucoup, & qui ne
se trouvent pas par tout: car cette invention
n'épargne pas seulement les dépens, mais elle
épargnent aussi la place du laboratoire, parce
qu'il n'est pas nécessaire d'y bâtir tant de fourneaux:
car quand on s'est servi du tonneau,
ou du Bain marie ou de quelqu'autre vaisseau
de bois, on peut le mettre hors du laboratoire
jusqu'à la première nécessité, ce qui ne se peut
faire des autres vaisseaux métalliques emmurés
dans des Fourneaux stables & fixes. Cette
invention sert aussi es lieux où on ne trouve pas
d'ouvriers qui puissent faire des vaisseaux de
métal, & y a très peu d'endroits où l'on ne
trouve quelqu'un qui puisse faire un tonneau
ou autre vaisseau de bois: elle est aussi utile à
ceux qui veulent travailler quelque chose de
secret: car on peut mettre le fourneau avec la
boule dans une chambre à part, & le tonneau ou
bain marie, ou la cuve à brasser dans une autre,
soit pour digérer, distiller, ou faire quelque autre
opération: & de cette façon celui qui gouverne
le feu ne voit pas seulement ce qu'on fait:
en sorte qu'on peut faire gouverner le Feu par
b iij
@
6 La troisième Partie.
un garçon ou par une servante, sans crainte
qu'ils puissent rompre pas un vaisseau, où il y
aurait quelque matière précieuse, & qu'aussi on
ne craindrait pas qu'elle fût dérobée; C'est
pourquoi un tel petit instrument & les vaisseaux
de bois sont plus propres que les vaisseaux
de cuivre. Il y a pourtant ceci à dire encore,
savoir que cette façon de distiller est
plus longue que celle qui se fait avec les vaisseaux
de cuivre accoutumés, & par conséquent
demande aussi plus de Feu. Je conseille
donc à ceux qui auront des moyens suffisants
pour fournir aux frais, & qui auront assez de
place en leur laboratoire pour contenir les fourneaux,
je leur conseille dis-je de travailler avec
les vaisseaux de métal, pour raccourcir le travail
& épargner le Feu: mais que ceux qui n'auront
pas le moyen de faire les frais, ou qui
sont en lieu où les ouvriers leur manquent ceux
là se pourront servir de cet instrument & de ces
vaisseaux de bois: car ils trouveront que s'il
coûte un peu plus de Feu, ils auront aussi
beaucoup épargné pour la fabrique des vaisseaux
métalliques, & de leurs fourneaux, si bien
que qui pèserait les deux façons, en une balance,
on trouverait qu'il n'y a pas beaucoup
de différence de l'un à l'autre. Que ceux néanmoins
qui ne pourront pas comprendre ceci,
se tiennent à la façon de distiller ordinaire,
cela leur sera libre: Je ne doute pas pourtant
qu'ils n'y en ait beaucoup de ceux qui
savent & connaissent la différence du travail
chimique, qui se serviront de mon invention
@
Des Fourneaux Philosophiques. 7
& la préféreront à l'autre commune
façon de faire, j'ai plutôt inventé ceci
pour les pauvres artistes, distillateurs d'eau de
vie & pour les Pères de famille lesquels pour
la plupart opéreraient volontiers en Chimie,
distilleraient ou feraient autres choses, qu'ils
ne peuvent faire, manque de pouvoir avoir
les vaisseaux nécessaires à cause de leur cherté
y en ayant beaucoup qui auront plutôt le
moyen d'acheter trois ou quatre livres de cuivre,
que d'avoir des vaisseaux qui en pèsent
soixante, quatre-vingt, ou cent livres, & qui
feront plutôt faire un tonneau ou autre vaisseau
de bois, qu'ils ne bâtiront un Fourneau,
y en ayant d'autres qui n'ont point de lieu
pour les placer, quoi qu'ils aient le moyen de
faire les autres frais: c'est pourquoi chacun
pourra choisir la méthode qui lui sera la plus
commode, car j'ai écrit & enseigné ceci plutôt
en faveur des pauvres que des riches, néanmoins
qu'un riche artiste n'ait pas de honte
de se servir de cette façon de faire, encore qu'il
ait le moyen de faire les frais, & du lieu suffisant
pour placer les Fourneaux, car il est libre à
chacun de faire ce qui lui plaît & qu'il trouve
commode pour parvenir à la fin qu'il s'est proposé.
S'il y en a pourtant qui aiment mieux la
parade, que la simplicité, que ceux-là ne cherchent
pas ici dedans d'aide ni de quoi contenter
leur humeur altière. Pour ce qui est de
moi, je me contente de ceci d'autant que je
l'ai déclaré pour le bien de mon prochain, soit
qu'on le trouve bon ou mauvais, si est-ce que
@
8 La troisième Partie.
je l'ai fait de bon coeur; étant assuré qu'il s'en
peut tirer plus de bien que de mal: d'autant
que celui qui fera bien faire l'instrument de fer
ou de cuivre & les vaisseaux de bois & qui s'en
saura bien servir, trouvera que cette invention
est très bonne.
S'ensuit le reste de ce qui est affaire pour le Vaisseau à distiller.
Q Uand le tonneau est achevé, il le faut poser sur un pied fait exprès pour cela,
puis forer un trou en bas juste au-dessus du
fond de grosseur convenable pour y bien accommoder
le canal de la boule dont a été
dit ci-dessus, qui doit être enveloppé de quelque
linge afin qu'il bouche mieux le trou &
que rien n'en puisse sortir. Vis à vis de l'autre côté
du tonneau il faut forer un autre trou pour
y mettre un robin de cuivre, ou de bois, afin
de pouvoir vider ce qui reste après la distillation.
Et faut faire un autre trou au fond
de dessus le tonneau qui ait environ un bon
empan de diamètre, par lequel on puisse verser
ce qui est à distiller; & juste au-dessous de
ce fonds de dessus, il faut encore percer un
autre trou, d'environ trois ou quatre travers
de doigt de diamètre, auquel il faut clouer un
canal de cuivre de la longueur d'un pied de
Roi ou environ, au bout duquel il faut approprier
un tonneau dans lequel il y ait un serpent
pareil en tout aux autres ordinaires, avec quoi
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
on distille l'eau de vie afin que le canal du serpent
qui sort de ce second tonneau reçoive
juste le canal qui sort du premier, & faut que
ce second tonneau soit plain d'eau pour rafraîchir
& condenser les vapeurs. Voilà sommairement
la forme du tonneau à distiller avec
son instrument & son fourneau, duquel
on se peut servir en la place des vaisseaux de
cuivre pour distiller les esprits ardents & les
huiles.
On pourrait ici m'objecter & dire qu'un tonneau
de cette sorte, retiendra dans la distillation
beaucoup d'esprits & d'huile, & qu'il
s'en évaporera beaucoup à cause de la porosité
du bois, ce que ne fait pas le métal qui est plus
compact. A quoi je réponds qu'un esprit ne
cherche pas à s'en aller à travers le bois, pendant
qu'il trouve quelqu'autre passage. Or parce qu'ici
les esprits ont du lieu & de l'espace assez
pour passer par le canal, il ne faut s'en mettre en
peine si l'esprit trouvera ce passage, ni croire
qu'ayant à passer par ailleurs, il passe au travers
d'un bois bon, & bien ferré: il ne demeure
aussi aucune partie de l'huile: car puis que la
chaleur de l'eau bouillante peut séparer des
Semences, aromates, & autres choses la même
chaleur aura aussi la force de la faire passer dans
le canal, & étant refroidi & condensé, il se trouvera
dans le récipient. Ainsi rien ne se perd non
plus que si la distillation avait été faite dans un
Vaisseau de cuivre. On peut aussi rectifier, dans ce
Vaisseau de bois, les esprits après leur première
distillation, tout de même que dans le métal.
@
10 La troisième Partie.
Comment on pourra accommoder un Vaisseau de bois, pour s'en servir de Bain aqueux en lieu des Vaisseaux de plomb ou cuivre, tant pour y mettre des Vaisseaux de verre à digérer que pour distiller.
I L faut faire faire un cuveau de bois de la hauteur de deux ou trois empans, qui soit
quelque peu plus étroit en haut qu'en bas avec
un rebord, sur lequel il faut faire couper
des trous, selon la grosseur ou petitesse des cucurbites
qu'on y veut mettre à distiller, ou selon
la grosseur des matras qu'on y veut mettre
à digérer, comme on a accoutumé de faire
au Bain marie ordinaire; ce Vaisseau peut être
grand ou petit selon le besoin qu'on en a,
la figure en est au commencement du Livre. Il
faut placer le cuveau sur un pied de hauteur
convenable & propre pour ceux qui s'en veulent
servir, & suffisamment afin de placer à
côté le Fourneau avec le petit instrument de
cuivre pour en faire entrer le canal dedans le
cuveau par un trou qu'on y aura percé en bas
comme il a été dit de l`autre tonneau. Que
si néanmoins on avait trop hâte, & qu'on
ne voulut pas frayer ce qu'un Vaisseau neuf
pourrait coûter, (quoi qu'il ne soit pas
cher) il ne faudra que faire couper en deux
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
un tonneau vide de vin ou de bière, puis y
percer un trou au bas, & l'accommoder comme
nous avons dit, & appliquer dessus un
couvercle de bois, ainsi on n'aura un Bain à peu
de frais, & en peu de temps, enfin chacun en
pourra faire accommoder à sa fantaisie, cela
dépend de la pensée & de l'intention de
chacun.
La façon de faire un vaisseau de bois, dans lequel on pourra faire brasser & cuire de la bière, de l'Hydromel, du Vinaigre & d'autre boisson, aussi bien ou mieux que dans Ile Vaisseaux & Chaudières de Cuivre, de Fer, de Plomb ou d'Etain.
I L Faut faire faire une cuve de bois, qui soit un peu plus haute que large, & aussi un
peu plus étroite en haut qu'en bas, & de la
grandeur, qu'on croira en avoir besoin. On
peut aussi se servir d'un poinçon coupé en
deux, y faire un trou en bas pour y approprier
le col de l'instrument de cuivre, & faut que
cette cuve soit posée sur un soubassement de
hauteur proportionnée au Fourneau qui contient
la boule, la cuve doit seulement être
couverte avec des planches proches les unes
@
12 La troisième Partie.
des autres: on peut en cette façon faire toutes
ébullitions & évaporations là-dedans proprement,
comme dans les Vaisseaux de métal.
La façon de faire & accommoder un bain d'une chaleur continuelle & égale, si longtemps qu'on voudra, soit que lesdits bains se fassent d'eau commune, ou d'eaux minéralisées, très propres à se baigner dedans pour la santé.
I L faut faire faire une cuve de bois longuette, afin qu'une personne étant assise dedans
s'y puisse bien étendre, & mettre sur un soubassement
de hauteur, pour le Fourneau, ainsi
qu'il a été dit ci-devant, & faut qu'il y ait
un couvercle dessus, & qu'il soit troué pour
passer la tête du malade dehors, comme le
tout se peut voir dans la figure qui est au commencement
de ce livre, ou bien mettre seulement
si on veut, des bâtons en travers pour
appuyer des couvertures & linceuls, pour conserver
la chaleur, principalement lors que le
bain n'est fait que d'eaux douces & communes,
où l'on peut encore y faire accommoder
un couvercle convexe qui soit bien juste pour
y tenir la tête dedans ou dehors, lors qu'on
s'en voudra servir d'étuve sèche ou vaporeuse
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
pour y faire suer les malades, comme le fait
voir la figure.
Comment on se servira des Vaisseaux susdits soit pour distiller, cuire ou baigner. Et premièrement l'usage du Vaisseau à distiller.
Q Uand on veut distiller dans le Vaisseau marqué, I. Les esprits ardents des choses
Végétables, comme du Vin, Hydromel,
Bière, ou Lie des bras, du Grain, de la Farine
& des Fruits, comme des Pommes, Poires,
Cerises, Figues, Prunes, &c. des Fleurs, Semences,
Herbes, Racines, &c. Il faut au préalable
préparer & rendre ces choses propres
pour être distillées, afin qu'elles puissent donner
leurs esprits en la distillation. C'est pourquoi
je dirai quelque chose de la préparation
de chaque sorte, afin qu'on puisse y procéder
comme il faut, car si on ne savait pas la façon
d'accommoder toutes ces sortes de choses
chacun en son particulier selon sa classe, on
retirerait peu de profit & de satisfaction de
sa peine & de son travail, & premièrement.
@
14 La troisième Partie.
La préparation de toutes sortes de Lies, soit de Vin, Bière, Hydromel, ou autres sortes de breuvages.
L A lie ou le sédiment du Vin ou de la Bière, de l'Hydromel, ou de quelqu'autre
boisson n'a point besoin d'autre préparation
avant que de la distiller: mais on la peut distiller
ainsi qu'elle se trouve dans le tonneau;
si ce n'était qu'elle fût privée de toute humidité
& qu'elle fut trop épaisse, alors il y
faudrait ajouter de l'eau commune, & les
bien agiter ensemble, afin d'en mieux désunir
les parties, & qu'elle ne s'attache pas au
fond du Vaisseau faute d'humidité suffisante,
& ainsi elle se brûlerait & ferait avoir
mauvaise odeur à l'esprit qui en sortirait: mais
les fleurs, les herbes, les racines, semences,
& toutes les sortes de fruits, ne peuvent être
distillés sans une préparation précédente, si on
en veut tirer les esprits ardents; mais il les
faut rendre propres à cet effet, ce qui se
pratique ainsi.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
Comment il faut préparer toutes sortes de grains, comme seigle, orge, avoine, blé, &c. afin d'en pouvoir tirer l'esprit ardent par la distillation.
I L faut premièrement réduire le grain en bras (qui est l'humecter le faire germer &
sécher) comme quand on veut faire de la
bière, or à cause que cette façon de faire le
bras, ou grain germé, est presque connue à
tous, il n'est pas nécessaire d'en écrire beaucoup:
Car c'est une chose commune en
tous les pays froids où il ne croit point de vin,
que la plus grande partie des bourgeois, &
paysans ont une Brasserie chez eux, & font
de la bière pour leur provision, si-bien que
ce n'est pas un secret de faire des bras; néanmoins
il faut observer qu'il y a une grande
différence entre les faiseurs de bras ignorants
& savants, car tous ceux qui boivent
bien le Vin, ne savent pas labourer la Vigne;
& la plupart du monde s'imagine, qu'il suffit
de faire comme on a vu faire aux autres
& qu'ils ne peuvent que bien faire, pourvu
qu'ils suivent leurs anciens prédécesseurs, sans
vouloir rien apprendre de mieux. C'est pourquoi
il est nécessaire d'apprendre la différence
qu'il y a à faire les bras. Il faut que je confesse
@
16 La troisième Partie.
que je n'ai jamais été faiseur de bras,
brasseur de bière, ni distillateur d'eau de
vie, que je ne le suis point encore, si est-ce
que s'il y avait une bonne gageure à gagner,
que je ne craindrais point d'être surmonté
du meilleur Brasseur, ni du plus adroit faiseur
d'eau de vie. Car je me suis étonné plusieurs
fois, & m'en étonne encore présentement
de voir la bassesse & stupidité des hommes
dans leurs besognes, & particulièrement
de ce qu'ils ne méditent & ne pensent aucunement
à ce qui leur passe journellement
par les mains, & quoi qu'ils vécussent cent
ans, si est-ce qu'ils ne chercheraient pas les
moyens de perfectionner leur besogne, ni
quelque secret pour améliorer & faire plus adroitement
leur métier, au contraire, ils se
contentent simplement de ce qu'ils ont su
d'abord en leur jeunesse, ou de ce qu'ils ont
vu faire à leurs prédécesseurs. O quelle sorte
de bassesse règne à présent! car personne
ne sait bien, ni ne tend à inventer quelque
chose de mieux, & encore moins à perfectionner
ce qui est déjà trouvé & inventé.
Mais pour ce qui est de faire mal & de tromper
il n'y a personne qui n'y pense jour & nuit, &
qui ne veuille devenir Maître, personne ne
songe plus qu'à se faire riche, soit par moyens
légitimes ou illégitimes, avec honneur, ou
sans honneur, il n'est que d'en avoir, n'importe
de quel côté il vienne; & ces gens-là
ne songent, & ne méditent pas que les biens
mal acquis ne prennent pas racine, & que la
troisième
@
Des Fourneaux Philosophiques. 17
troisième génération n'en sortira pas, quoi
qu'elle vienne à l'hériter, & encore ce qui
est de pis, qu'après tout cela il y a encore la
damnation éternelle, qui les attend pour dernière
récompense: & je vous prie considérez
ce que nous ferions à présent, si nos Ancêtres
& anciens Maîtres en avaient ainsi usé,
& qu'ils n'eussent pas pris la peine de nous
laisser par écrit leurs belles & savantes inventions,
que saurions-nous? ou que pourrions-nous
faire? puis qu'à présent on en est
venu là que toutes les bonnes choses s'avilissent,
& que les mauvaises s'augmentent journellement.
De la différence de faire les Bras.
I L n'y a que la diverse préparation des bras, qui cause qu'on en puisse faire une bonne
bière, ou de bon goût, ou de la mauvaise,
comme aussi une bonne, ou mauvaise eau de
vie; car si on les fait simplement à la façon
commune, ils gardent encore leur goût, &
ainsi il est impossible, qu'on en puisse tirer un
esprit bien agréable, ni aussi une bonne bière,
& néanmoins voilà où peu de gens prennent
garde. Car tel goût qu'aura le grain après sa
préparation, tel l'aura l'esprit tout pareil après
la distillation: & la seule cause pourquoi on
n'en tire pas un esprit agréable, vient de la
faute, ou du brasseur, ou du faiseur d'eau de
vie, & non pas du grain: parce que si on y
procède comme il faut, & selon l'art, soit à les
3 Part.
b
@
18 La troisième Partie.
bien fermenter, distiller & rectifier, le grain
ne manquera pas de donner un esprit très
agréable, qui ne cédera que fort peu, ou point
du tout en force; vertu, odeur, & goût, à celui
qui se tire de la lie du Vin; & ne faut pas
croire ni conclure que cela ne se puisse faire,
parce que tous n'en ont pas la connaissance
ni l'adresse & la pratique. Et ne dis pas que
ce soit par le moyen commun que j'enseigne
ici qu'on le puisse rendre tel qu'il soit semblable
en goût, odeur, subtilité & vertu à l'esprit
de Vin, car il y faut procéder encore beaucoup
plus subtilement, & plus ingénieusement.
Or il faut savoir qu'on peut tirer un esprit
ardent de toutes choses végétables: mais il
y a pourtant une certaine différence d'odeur,
& de goût, qui ne procède pas de la faute de
l'esprit, mais qui vient de l'herbe, de la semence,
du grain, ou d'autres choses, desquelles on
peut tirer cet esprit ardent, qui a partagé avec
le corps dont il a été tiré, son goût, odeur,
& sa vertu, en sorte qu'il a deux natures en
soi: mais s'il est bien rectifié & privé de tout
flegme, il sera pareil en vertu & efficace à l'esprit
de vin: de quelque simple qu'on le puisse
avoir tiré, encore que cela soit connu de
très peu de personnes, & encore moins cru.
Je ne nie pas pourtant qu'un simple ne puisse
donner un esprit plus ou moins agréable, que
l'autre, quand il est fait selon la méthode commune,
car tant plus un vin est agréable à l'odeur
& au goût, tant plus aussi est excellent
@
Des Fourneaux Philosophiques. 19
l'esprit qui s'en tire, mêmes il se tire un meilleur
esprit & plus agréable du vin clair, que de
sa propre lie, quoi que tous deux soient dans
un même tonneau; la cause de cette différence
n'est autre, sinon que le vin clair n'a aucune
hétérogénéité en soi, ce qui fait qu'il donne
un esprit plus délicat: mais au contraire, la
lie a grande quantité d'impuretés & de corps
étranges mêlés parmi, qui y demeurent, en
cueillant les raisins, & en pressant le vin
qui font que l'esprit acquiert quelque odeur
& goût étrange, quoi que de soi-même il
soit toujours bon & égal. Si bien qu'on peut
toujours raisonnablement faire plus de cas
d'un esprit tiré d'un vin pur & clair, parce
qu'il est simple, que de celui qui est tiré de la
lie, de laquelle il est avili accidentellement. Il
en faut entendre de même des esprits ardents
de tous les autres Végétaux: j'ai voulu y mettre
ceci en passant, parce que plusieurs se persuadent
ne pouvoir aussi bien faire leurs opérations
avec l'esprit de grain, qu'avec l'esprit
de vin: & néanmoins j'ai toujours fait toutes
mes opérations, soit en l'extraction & digestion
des métaux, minéraux, ou végétaux,
sans y avoir trouvé aucune différence. Voilà
ce qui est de ma pensée, & de mon expérience,
que ceux qui ne le voudront pas croire, ou qui
ne le pourront comprendre, s'arrêtent à la
leur. Ce n'est pas mon dessein de disputer davantage
de cela avec eux. Si je ne faisais tort à
personne; & qu'il fût bien nécessaire, je pourrais
ici enseigner en peu de mots, le moyen de
b ij
@
20 La troisième Partie.
tirer un esprit ardent de toutes sortes de
grains, aussi bon & aussi agréable que celui
qui se tire de la lie de vin, sans en faire de bras,
ni les moudre, & sans aucune autre préparation
précédente, & sans frais, avec grand profit
& utilité, mais je n'en dirai rien à présent,
& le laisserai pour une autre fois. Car ce Livre
n'est que pour montrer une façon particulière
de distiller, & non pas pour manifester
tous les secrets de l'art. Ceci néanmoins est
digne d'être su, à savoir que lors qu'on
veut tirer un esprit ardent agréable du grain
ou du miel, qui soit égal à l'esprit de vin, qu'il
faut premièrement faire les bras du grain, d'une
façon particulière, & aussi ôter le goût
désagréable du miel, auparavant que de les
avoir rendus propres à être distillés par la
fermentation. Que si cela n'a pas été fait, il
est impossible d'en pouvoir tirer un esprit pareil
à celui du vin, mais on en tire seulement
un esprit désagréable, comme on le tire ordinairement
des bras communs, c'est pourquoi
il est très constant qu'on peut améliorer les
choses par une bonne façon d'agir, au lieu
qu'on les rend pires par un moyen contraire,
& par l'inhabilité; ceci n'ayant été dit que
pour y faire mieux penser.
La façon de mettre les bras en fermentation.
I L faut prendre autant de bras moulus grossièrement, que vous avez dessein d'en distiller,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
& mettre cela dans un tonneau assis sur
un fond, & ouvert par le haut, puis il faut
verser dessus autant d'eau froide qu'il est nécessaire
pour bien mêler, & délayer la farine
en bouillie, sans qu'il en reste aucun grumeau,
alors il y faut mêler autant d'eau chaude,
que le tout devienne tiède, & soit bien
clair, après quoi il faut y ajouter une quantité
suffisante de jets de bière nouvelle, ou de
levain, & couvrir le tonneau ensuite avec
quelque couverture, & le laisser ainsi chaudement,
& on verra que cela s'élèvera en peu
de temps, & montera; c'est pourquoi il ne
faut pas que le tonneau soit tout plein: & le
faut laisser agir, jusqu'à ce que cela s'abaisse
de soi-même, & ne monte plus du tout, &
lors il sera prêt & propre pour être distillé.
Ce qui arrive ordinairement environ le troisième
jour.
La façon de mettre le miel en fermentation.
I L ne faut point d'adresse particulière pour mettre le miel en fermentation, il ne faut
que le mêler avec 6. 7. 8. ou 10. fois autant
d'eau chaude, puis y ajouter les jets, ou levain,
pour le faire fermenter, & quand il est
abaissé & qu'il ne s'élève plus, il est propre
à distiller pour en tirer l'esprit N. B. Mais il
faut remarquer que si la liqueur du miel est
trop épaisse & grasse, qu'il est bien deux, & trois
semaines, voire jusqu'à un mois, avant qu'être
b iij
@
22 La troisième Partie.
propre à être distillé; c'est pourquoi il faut
observer d'y mettre beaucoup d'eau, afin que
la fermentation s'achève plutôt, & quoi
qu'il donne beaucoup d'esprit, je ne conseille
pas néanmoins à ceux qui n'ont pas le secret
d'ôter le goût désagréable du miel, de s'y
amuser, parce qu'ils n'en profiteraient pas
beaucoup.
De la préparation des fruits, semences, fleurs, herbes, racines, & autres choses végétables pour en tirer l'esprit ardent.
I L faut *écacher dans un tonneau les fruits & baies, avec un pilon de bois, puis y mêler
de l'eau chaude suffisamment, & y ajouter
des jets, ou du levain, comme il a été dit
ci-dessus des autres choses: puis les laisser
chaudement en fermentation, jusqu'à ce qu'ils
soient bien rassis, & lors ils sont propres à distiller.
Les fruits & baies sont les pommes,
poires, figues, cerises, prunes, mûres, mûres
sauvages, framboises, baies de genévrier, grains
de sureau, & d'hièble, & autres fruits semblables.
Pour les semences il les faut moudre, les
herbes, fleurs, & racines, il les faut découper
bien menu, puis procéder comme il a été dit
ci-dessus.
Note du traducteur :
*écacher: Ecraser en applatissant.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 23
Avertissement.
I L est nécessaire de bien prendre garde, que quand on a préparé quelque chose des susdites,
pour les distiller, si la chose qui a été
mise en fermentation, s'est bien élevée, & si
l'opération a été bien faite; car il peut arriver
qu'on y aura manqué, ou par négligence,
ou par ignorance. Comme si on y avait mis
l'eau trop chaude ou trop froide, ou bien qu'on
n'eût pas bien couvert le tonneau, & que
l'air froid y fût entré, qui ait empêché la fermentation,
laquelle néanmoins est le seul
moyen pour délier l'esprit ardent des corps
des Végétaux, & sans laquelle on n'en peut
rien tirer. Il y a aussi quelquefois d'autres
empêchements, comme si on commence à distiller
trop tôt, ou trop tard. Car si on veut
distiller avant que la fermentation soit achevée,
on tirera peu d'esprit, & ainsi on donne le
meilleur aux pourceaux, auxquels on la fait
manger, lors que c'est du grain qu'on tire l'esprit;
néanmoins on ne perd pas tout, puis
que les pourceaux s'en engraissent: mais c'est
manque de connaissance & d'exercice aux distillateurs;
car si c'est autre chose que du grain,
on le jette, & ainsi le meilleur est perdu. De
même aussi si on laisse là trop longtemps ce
qu'on aura fermenté, & qu'il s'aigrisse (ce qui
arrive fort souvent) comme quand on laisse
la fermentation des herbes, fleurs, semences,
ou Fruits, trois semaines, ou un mois sans la
distiller, qui est une grande ignorance, la plupart
b iiij
@
24 La troisième Partie.
de l'esprit se change, & devient aigre quoi
que tout ne serait pas perdu, si ces artistes inexperts,
savaient le moyen de clarifier le reste
& de l'achever d'aigrir, puis que le vinaigre
des plantes & autres choses semblables n'est
pas à rejeter. Et par ce manquement on jette
pour l'ordinaire la meilleure partie, ou on la
laisse perdre par négligence: Ce qui est encore
plus à regretter, lors que cela arrive en la
distillation des choses chères, comme les semences
de grand prix, & les aromates, comme
cannelle, girofles, & aussi les plantes rares. C'est
pourquoi j'ai voulu donner cet avertissement,
afin qu'on y pense plus exactement, &
que si on ne s'y veut pas peiner qu'on aille
seulement à l'école chez les simples Paysans,
& on y apprendra comme il faut distiller les
esprits, car ces bonnes gens n'attendent pas
que leurs fermentations de grain, ou d'autre
chose, soient aigres ou moisies pour les distiller;
mais ils les prennent en leur vrai temps,
qui est pour l'ordinaire le troisième ou quatrième
jour, à savoir aussi tôt qu'elles s'abaissent
& n'agissent plus. Mais on pourrait
m'objecter & dire, que mêlant des jets de
bière, ou de levain pour faciliter & avancer
la fermentation des plantes, & d'autres choses,
que l'esprit de ces matières se mêlera parmi
l'autre, & qu'ainsi on n'aura pas le vrai &
pur esprit des plantes &c. Mais que ces gens
sachent qu'on ne met pas tant de jets ou de
levain que cela puisse nuire à l'esprit, car on ne
mêle ordinairement que quelques cuillerées
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
de ferment ou de jets parmi un tonneau de
liqueur fermentable; or cette petite quantité
ne peut avoir en soi que quelques gouttes
d'esprit, qui assurément ne peuvent être perceptibles
parmi plusieurs pintes d'esprit qui se
tirent du tout qui a été fermenté, ce qui n'y
peut nuire. J'en ai vu qui pensant savoir
plus que les autres, & ne voulant pas mêler
du levain ou des jets pour faire leurs Esprits, y
mêlaient du sucre ou du miel, prétendant
par là avoir un esprit plus pur: mais ils se sont
bien trompés: car une cuillerée de sucre ou
de miel a plus d'esprit en soi étant fermenté,
que quinze ou vingt cuillerées de levain ou
de jets; ce que l'expérience leur a fais voir,
d'autant que leurs matières sont demeurées
trois ou quatre semaines entières sans action,
ni élévation, & ainsi ou elles se sont aigries,
moisies ou du tout corrompues & empuanties;
ces gens-là devaient savoir, que le sucre ni
le miel ne se fermentent pas d'eux-mêmes,
comment donc feraient-ils fermenter les autres
corps? qu'ils prennent un levain propre
& convenable, & ils ne manqueront plus.
Il faut néanmoins que je confesse, que quelques
fruits portent leur propre ferment naturel,
& n'ont pas besoin de l'artificiel, comme
les raisins, pommes, poires, figues, cerises, fraises,
& tous autres qui ont un suc doux, gras, &
visqueux: mais il en est tout autrement des
choses maigres, comme semences, herbes,
fleurs, ainsi que l'expérience le fera voir. C'est
pourquoi il n'est pas seulement bon, mais aussi
@
26 La troisième Partie.
très nécessaire, d'aider à la fermentation des
herbes, fleurs, & racines, par le moyen du levain,
ou des jets de bière, afin de les ouvrir,
& les faire plutôt lever, & que leur esprit ne
se perde point par la longueur du temps, ou
qu'elles ne se corrompent. J'ai voulu mettre
tout ceci en faveur de ceux qui aiment & cherchent
les bons remèdes, je crois qu'ils le recevront
de bon coeur, d'autant que ces sortes
d'esprits ardents ne sont pas seulement bons &
utiles appliqués extérieurement, & pris intérieurement
en plusieurs maladies froides,
comme leur usage le fera connaître, principalement
ceux qui se tirent des plantes cordiales,
& qui ont la vertu céphalique: Mais ils sont
aussi excellents en plusieurs grandes & importantes
maladies, pris ainsi tous seuls, ou bien
mêlant & conjoignant leurs propres huiles
distillées avec, assurant que ceux qui s'en serviront
en verront des effets très particuliers,
avec profit pour les malades & grand honneur
pour eux.
Voilà ce que j'ai cru devoir dire pour la
préparation des choses végétables, desquelles
on peut tirer un esprit ardent. Il faut faire suivre
la façon de distiller.
La façon de distiller en général.
Q Uand on veut distiller, il faut auparavant bien remuer la matière fermentée, afin
que ce qui est épais en bas, se mêle avec le
clair qui est au dessus, puis en puiser avec un
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
seau, & emplir le tonneau dans lequel on distillera,
auquel il faut avoir joint l'instrument
de cuivre, approprié dans son petit fourneau,
& faut aussi bien joindre le canal qui sort du
tonneau avec l'autre qui est au tonneau qui
sert de *réfrigératoire, & faut luter les jointures,
avec de la vessie mouillée, ou seulement avec
du papier & de la colle, afin que les esprits ne
puissent s'évaporer: & faut mettre un petit panier
au devant du trou de l'instrument de cuivre,
afin qu'il n'y puisse rien entrer de grossier,
mais que le plus clair se coule à travers du
panier, & ainsi entre tout clair dans ledit instrument;
faut aussi bien refermer le trou d'en
haut du tonneau avec son morceau de bois approprié
à cet effet, entortillé de linge mouillé.
Après donc que tout cela est bien exactement
observé, il faut mettre le feu dans le petit
fourneau sous la boule de cuivre, & le continuer
tant qu'il fasse bouillir ce qui est dans le
tonneau par la communication de la chaleur;
lors les esprits s'élèvent & passent par le canal,
puis ils se refroidissent dans le canal de l'autre
tonneau qui sert de *réfrigère, & étant condensés
couleront dans le récipient, qui est apposé
pour le recevoir: & faut continuer ainsi, jusqu'à
ce que ce qui distillera n'ait plus de goût
de l'eau de vie, ce qu'on pourra connaître à
goûter à diverses fois ce qui en sort. Et quand
on a reconnu qu'il n'en sort plus rien de spiritueux,
il faut laisser éteindre le feu du petit
fourneau, & ensuite vider le tonneau des herbes,
ou de l'autre matière qui y sera restée, par
Note du traducteur :
*réfrigératoire, réfrigère: condensateur.
@
28 La troisième Partie.
le trou destiné à cela; pour s'en servir aux
usages à quoi elles peuvent être appropriées,
ou bien la donner au bétail à manger, si on ne
sait pas s'en servir à de meilleurs & plus profitables
emplois. On peut rectifier l'esprit qui
sera monté dans le même vaisseau, parce qu'il
est faible, & l'exalter à tel degré de perfection
qu'on voudra, & faut remarquer qu'il reste
pour l'ordinaire une huile légère & subtile au
dessus du flegme insipide, qui n'est point montée
avec l'esprit, comme la première fois, à
cause que la chaleur de la rectification est plus
modérée. Cette huile a aussi des vertus très
particulières, & principalement si on la clarifie
& rectifie avec l'esprit de sel au Bain Marie.
On tire ordinairement de toutes plantes,
fleurs, semences, ou fruits, une telle huile,
des uns plus, des autres moins, selon que ces
simples sont de nature plus ou moins chaude.
Et particulièrement la lie du vin donne une
assez bonne quantité de cette huile, qui n'est
point à rejeter en médecine car c'est une
vraie huile de vin; mais elle n'a point son
goût agréable, qu'après la rectification, c'est
un très bon & précieux cordial, qui n'a point
encore été remarqué jusques ici, ou de fort
peu de personnes. Voilà donc comment il faut
distiller généralement toutes sortes d'esprits
ardents dans nos vaisseaux de bois, suit maintenant.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 29
Comment il faut faire les huiles, ou essences distillées, des aromates, semences, fleurs, herbes, racines, bois, & autres choses semblables.
I L faut premièrement moudre les semences, hacher & couper menu les fleurs, herbes ou
racines, râper ou tourner les bois, puis les
mettre dans une quantité suffisante d'eau, en
sorte que la matière nage dedans, & s'y puisse
bien macérer: afin aussi qu'il y demeure encore
de l'humidité suffisamment. Après la distillation
achevée, & que manque d'eau elle ne se
brûle, & qu'ainsi on ne tire une huile mauvaise
& empyreumatique, au lieu d'une huile
agréable, & bien odorante; il ne faut pas aussi
y mettre trop d'eau: mais il faut seulement
qu'il y en ait assez pour les empêcher de brûler.
On peut distiller les herbes, fleurs, semences,
fruits & racines récentes & vertes, sans macération
précédente: mais il faut les macérer
quelques jours quand elles sont sèches & faut
que l'eau que l'on met sur les espèces sèches,
soit bien salée, afin qu'elles s'amollissent mieux
& que l'eau les pénètre mieux. Elles donnent
aussi mieux & plus facilement leur huile en la
distillation. Pour les espèces vertes & récentes,
il n'est pas nécessaire d'y en mettre, quoi
que néanmoins elle n'y nuirait point, au contraire,
l'eau s'en échaufferait mieux, & ainsi
@
30 La troisième Partie.
l'huile s'en tirerait plus facilement, si on y
mêle du tartre ou de l'alun, cela fait aussi
fort bien, & avancer beaucoup quand on s'en
sait bien servir. Après que les espèces sèches
sont suffisamment imbues, macérées & pénétrées
de cette eau salée, il faut les mettre avec
un entonnoir dans le tonneau & distiller, &
mettre du feu sous le globe de cuivre, & en
tirer l'huile, comme il a été dit ci-dessus en
parlant des esprits ardents, l'huile monte avec
l'eau, & bien qu'il en monte beaucoup davantage
avec le sel, qu'autrement avec l'eau simple,
si est-ce qu'il y en demeure encore beaucoup,
qui n'a pu être déliée de son corps par
cette façon, quoi que toujours jusques ici l'on
ait fait les huiles des aromates de cette manière;
c'est pourquoi le meilleur moyen de faire
ces huiles des choses chères, c'est celui que
j'ai enseigné dans la première Partie, à savoir
avec l'esprit de sel, néanmoins chacun pourra
choisir la méthode qui lui agréera le plus, &
travailler comme bon lui semblera. Or quand
la distillation est achevée, & qu'il ne monte
plus d'huile (ce qui se remarque en changeant
de récipient) il faut laisser éteindre le feu,
puis tirer hors du vaisseau la matière, soit bois,
herbe, fleur, ou semence, & étant encore chaude
la mettre en fermentation avec du levain,
ou des jets, mais elle ne donnera pas tant d'esprit
à beaucoup près, que si on n'en avait pas
tiré l'huile, car chaque esprit ardent a beaucoup
d'huile avec soi, de la nature & essence
de laquelle nous traiterons plus amplement
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
une autre fois. Il faut savoir que lors qu'on
veut tiret l'esprit d'un végétable, après en
avoir tiré l'huile, il ne faut pas qu'il y ait eu
du sel mêlé avec, parce qu'il empêche la fermentation,
sans laquelle on ne peut faire aucun
esprit ardent. Il faut mettre le récipient où
est l'eau & l'huile en un lieu un peu chaud, &
l'y laisser reposer, jusqu'à ce que toute l'huile
soit montée en haut ou rassise au fond (car il
y a quelques huiles qui vont en bas) puis les
séparer par le verre séparatoire, de la forme
que nous l'enseignerons en la cinquième Partie,
puis les garder à leurs usages: on trouvera
aussi en la cinquième Partie le moyen de garder
ces huiles longtemps sans s'épaissir, claires
& belles; & dans la première Partie le moyen
de les remettre en leur premier état par la
rectification. C'est pourquoi je n'en dirai pas
davantage.
Le moyen de coaguler les huiles distillées
en baumes.
C 'Est une chose connue il y a longtemps, que de mettre les huiles en baumes, &
même est passée en coutume, de sorte que
chacun a tâché d'y mieux réussir que son
compagnon: mais on n'a encore rien fait qui
vaille jusqu'ici, car ce qu'on a fait n'est qu'une
vraie onguenterie & vilenie: d'autant que
ces baumes n'ont pu servir dans le corps humain,
& n'ont été propres qu'à l'odorat pour
@
32 La troisième Partie.
fortifier le coeur ou le cerveau. Il y a diverses
sortes de ces huiles épaisses & endurcies, que
l'on porte sur soi dans des petites boëttes
tournées d'étain, d'argent, ou ivoire, car quelques-uns
ont seulement fondu ces huiles avec
de la graisse d'agneau, & de cela en ont fait
un onguent, qu'ils ont coloré de diverses couleurs,
comme le baume des herbes vertes, de
marjolaine, lavande, rue, romarin, sauge, &
autres semblables; ils l'ont coloré avec du
vert-de-gris, qui est un vrai poison au coeur, &
& au cerveau, en sorte que le bien qui se pouvait
tirer de l'huile était ôté par le vert-de-gris.
Les baumes de bois de roses, & de cannelle, reçoivent
leur couleur du cinabre, qui est un mercure
venimeux. D'autres qui y ont mieux pensé,
ont coloré leurs baumes avec des couleurs
extraites des plantes, ces baumes de vrai ont
été meilleurs, & de meilleur usage: néanmoins
ils ne se conservaient pas longtemps,
mais devenaient gluants & rances. Ce qui a
fait que d'autres ont pris la cire blanche pour
faire le corps de leurs baumes, ce qui les a conservés
plus longtemps, & ne devenant pas
si tôt rances, néanmoins ils se gâtaient aussi
avec le temps, & quand on les voulait mettre
sur la main, ils ne pénétraient plus, mais se grumelaient
à cause de la cire; à la fin ils ont cru
avoir mieux rencontré, & ont fait le corps de
leurs baumes avec de l'huile de noix, muscade
pressée, privée de son odeur & de sa couleur,
avec de l'esprit de vin, & ont appelé ce corps
blanc, la mère des baumes. Les Apothicaires
ont
@
Des Fourneaux Philosophiques. 33
ont tenu cette façon de faire secrète très
longtemps, à la fin elle est devenue commune,
& les baumes se trouvent à présent faits
de cette façon presqu'en toutes les boutiques:
ce dernier est de vrai le meilleur de tous, si est-
ce qu'il n'est pas encore perdurable, parce qu'il
n'y a point de sel, & ainsi il est devenu à la fin
de mauvaise & désagréable odeur. Je ne les
méprise pas pourtant, car s'ils avaient su
mieux faire, ils l'auraient fait, nul ne peut donner
plus qu'il ne possède, ni faire plus qu'il ne
peut, cela est défendu à tous les hommes. C'est
pourquoi je ne condamne ni ceux qui les ont
faits avec la graisse d'agneau, ou avec la cire,
ni ceux qui ont employé le corps de l'huile
muscade. Au contraire, je les loue, puis qu'ils
ont donné ce qu'ils avaient, mais à cause que
ces sortes de baumes sont inutiles dans le
corps humain, & qu'ils deviennent gras &
rances pour l'application extérieure, il faut
faire autrement, & après avoir bien mûrement
pensé, j'ai trouvé qu'il fallait coaguler
les huiles, avec leurs propres sels fixes, & ainsi
non seulement ils ne deviendront pas rances,
ni gras & gluants; mais on pourra aussi les dissoudre,
& mêler avec le vin, la bière, l'eau, &
autres liqueurs, pour être pris dans le corps,
mais ils sont aussi excellents pour l'usage extérieur,
soit pour l'odorat, ou autrement; car
ces baumes ne font pas seulement sentir bon,
quand on en a frotté la peau, mais la nettoient
aussi, & la rendent belle, vive & blanche, à
cause que les sels fixes qui y sont mêlés, tien3.
Part.
c
@
34 La troisième Partie.
nent de la nature du sel de tartre. C'est pourquoi
on peut mêler ce baume dans de l'eau
chaude bien nette, & en laver les cheveux, la
tête, & le visage, il ne les nettoiera pas seulement,
mais fortifiera aussi le cerveau par son
odeur, ce qu'on ne peut faire avec un baume
huileux. Cela fait voir, que cette façon de les
faire est la meilleure de toutes les autres, &
qu'elle les surpasse de beaucoup. Je laisse
pourtant à choisir la manière qui agréera le
plus, d'autant que je sais bien que toutes les
choses nouvelles ne sont pas si facilement reçues,
principalement quand elles semblent
un peu étranges, & qu'elles ne peuvent être
si tôt comprises, je ne doute pourtant pas que
le temps, qui change tout, ne confirme ce que
j'en ai dit.
La façon de faire les Baumes.
I L faut prendre le reste de la distillation qui est demeuré dans le tonneau, après la distillation
de l'esprit ardent, & le presser dans un
sec de toile de chanvre, pour en ôter toute
l'eau, laquelle peut être réduite en très bon
vinaigre, si on sait lui donner l'acide, principalement
quand on a distillé les roses, il s'en
peut faire un bon & agréable vinaigre, duquel
on se peut très bien servir en la cuisine & en
la médecine. Otez ce qui sera resté dans le
sac, & le mettez dans un pot de terre non
vernissé qu'il faut mettre calciner jusques à
la blancheur dans un four à potier: puis versez
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
dessus le flegme qu'on a séparé de l'esprit
ardent en le rectifiant, puis filtrez & évaporez
jusqu'à pellicule dans un pot de terre vernissée,
& continuez ainsi, jusques à ce qu'on en
ait séparé tout le sel: Ensuite il faut faire rougir
ce sel tout doucement dans un creuset, &
sur tout empêcher qu'il ne se fonde point, ainsi
il deviendra tout blanc, & aura le goût de
sel de tartre sur la langue, & faut verser sur ce
sel son propre esprit ardent, & le retirer au
bain, puis à toutes les fois il faut faire rougir
le sel au creuset, sans fusion; de cette sorte
l'esprit ardent deviendra si fort par le moyen
de son propre sel fixe, que si on le verse sur sa
propre huile, il se mêle aussi tôt avec, inséparablement,
sans qu'on y puisse connaître
aucune différence, & demeure clair comme
auparavant, quand cela est fait, il faut faire
rougir encore une fois le sel fixe dans le creuset,
& verser avec autant de son propre flegme,
qu'il en faut pour le dissoudre & pour le
coaguler avec son huile, il faut mettre ce mélange
de sel de flegme, d'esprit ardent & d'huile,
dans un matras à long col, qu'il faut boucher
bien exactement, & le mettre digérer au
bain, puis augmenter le feu, & les faire bouillir
ensemble, prenant sur tout garde que le
vaisseau soit bien bouché, afin que l'esprit ardent
ne s'évapore pas, dans peu d'heures
toutes les matières se mêleront & s'uniront
ensemble, & deviendront une substance blanche
comme lait. Quand cela est ainsi, il faut
quitter le feu, & laisser refroidir le vaisseau,
c ij
@
36 La troisième Partie.
car lors l'esprit, le sel & l'huile sont joints ensemble,
en sorte qu'on n'en peut reconnaître
aucun de séparé, il faut verser ce baume dans
une fiole d'embouchure large, qui est toujours
comme un onguent blanc comme neige,
qui se dissout dans les eaux, & autres ligueurs,
& qui s'étend en oignant comme un onguent,
qui sent très bon, & duquel on se peut servir
dans le corps fort convenablement, comme
aussi en frotter les parties extérieures, tant
pour les faire sentir bon, que pour blanchir
& adoucir la peau, ce qui est un baume très
précieux pour les Dames & pour les grands
Seigneurs; ainsi les trois principes du végétable
sont joints ensemble, après avoir été auparavant
séparés d'un seul & même corps,
bien purifiés, & remis ensemble par l'adresse
de l'art, pour composer ce baume parfait.
N. B. Que si on veut donner une couleur au
baume, on n'aura qu'à extraire la couleur
qu'on lui veut donner, avec l'esprit ardent
de quelque végétable, & ensuite les faire
coaguler ensemble. De cette façon on peut
faire les baumes odorants & solubles de toutes
les fleurs, herbes, semences, & autres végétables
semblables, qui ont en eux l'esprit ardent,
l'huile & le sel, sans y ajouter rien d'hétérogène,
lesquels, comme je me le persuade,
ne sont pas à rejeter. Mais à cause que nous
avons ici enseigné de faire un excellent baume
& bien odorant des roses, & que néanmoins
les roses donnent très peu d'huile,
sans laquelle pourtant on ne peut faire le baume;
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
il faut savoir que de vrai les feuilles de
roses donnent très peu ou point du tout d'huile;
mais que pour avoir cette huile en plus
grande quantité, il ne faut pas seulement employer
les feuilles, il faut aussi y laisser le bouton
où les feuilles sont attachées; car ce qu'il
y a de jaune en ce bouton contient l'huile, &
non pas les feuilles, c'est pourquoi il ne les
faut pas jeter, quand on veut en tirer l'huile,
ceci soit dit de ma préparation des baumes
desquels je fais grand cas, pourvu qu'ils
soient bien préparés, & ne méprise pourtant
pas les autres, parce qu'il n'y a point de sel.
Que si quelqu'autre a quelque chose de meilleur,
qu'il le produise, & ne murmure point,
avant qu'il ait acquis la connaissance du travail,
& des mystères de la Nature.
Il suffit d'avoir enseigné par un seul exemple
la méthode de faire tous les baumes des végétaux,
par le mélange de leur esprit ardent, tiré
par le moyen des vaisseaux de bois, comme
aussi leur huile, en y ajoutant leur propre
sel. J'aurais bien pu dire quelque chose des
vertus & propriétés tant de l'esprit ardent,
que des huiles distillées qui sentent bon; mais
parce qu'il y en a beaucoup d'autres qui en ont
traité fort amplement, j'ai cru inutile de m'étendre
là dessus, & me suis seulement contenté
d'un exemple de chacun, pour dresser
l'artiste curieux en la préparation de tous les
autres. C'est pourquoi on y aura recours,
quand on en aura besoin.
c iij
@
38 La troisième Partie.
L'usage du second vaisseau de bois, duquel on se peut servir au lieu de ceux de cuivre, d'étain, ou de plomb, tant pour y mettre des cucurbites, & distiller, que pour digérer, extraire, & fixer.
Q Uand donc le vaisseau est préparé & accommodé, comme nous l'avons dit ci-devant,
il n'y a plus rien à faire, sinon d'y approprier
le petit fourneau avec l'instrument, & échauffer
l'eau avec icelui, autant qu'on le jugera
nécessaire à son opération, régissant le
feu par degrés; Ainsi on pourra faire en ce
vaisseau tout ce qui se peut faire dans tout autre
bain marie, & n'y a point d'autre différence,
sinon qu'il est de bois, & les autres de métal,
c'est pourquoi il n'est pas nécessaire d'enseigner
plus au long ce qu'on y peut faire, puis
qu'il n y a rien de plus commun que la façon
de distiller par le bain aqueux, nous finirons
donc ici l'usage du petit instrument, de son
fourneau, & des vaisseaux de bois. J'ai cru
pourtant qu'il était nécessaire d'apprendre le
moyen de faire dans ce vaisseau quelques extraits
inconnus & très utiles en Médecine,
qui produiront de très bons & salubres effets
en plusieurs maladies, pourvu qu'ils soient
bien préparés. Et premièrement,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
Un extrait vomitif.
P Rends deux onces de tartre purifié, une once de fleurs d'antimoine, six onces de sucre
candi blanc, & deux livres d'eau de pluie
bien pure & claire, mets tout cela dans un matras
bien fort, & le mets digérer au bain, & l'y
laisse bouillir quelque temps comme 10. ou 12.
heures, puis laisse refroidir le bain, & en retire
le matras, puis verse ce qui est dedans dans
un entonnoir garni d'un papier à filtrer, & fais
couler la liqueur, qui sera un peu rougeâtre,
& n'aura point d'autre goût que comme une
eau sucrée, mêlée d'un peu d'acidité, il faut
jeter ce qui reste dedans le papier, comme
inutile, puis verser la liqueur dans une petite
cucurbite de verre, fais évaporer l'humidité à
la lente chaleur du bain, il te restera au fonds
du vaisseau un sirop épais comme miel &
brun, mets-le dans un matras à long col, &
verse dessus une livre du meilleur esprit de vin,
mets le matras au bain, & l'y tiens à extraire
12. ou 15. heures durant, à une chaleur moyenne,
il se fait derechef une séparation; Car l'esprit
de vin se charge du meilleur de l'extrait,
& il tombe au fonds encore beaucoup de fèces,
qu'il faut séparer par une filtration à travers
un double papier gris, après que le tout
aura été auparavant refroidi; ce qui en sort
est une teinture belle, claire, & rouge, qu'il
faut verser dans une petite cucurbite de verre,
& en retirer presque tout l'esprit à très lente
c iiij
@
40 La troisième Partie.
chaleur du bain. Et on trouvera au fonds du
vaisseau un sirop agréable, doux & délicieux, il
faut le mettre dans un pot de verre, & le garder
comme le plus excellent vomitif qui se
trouve, qui est un trésor précieux dans les
grandes maladies, où tous les autres remèdes
purgatifs ne peuvent rien produire. Car ce remède
opère doucement, jusque-là qu'on le
peut donner très sûrement aux enfants d'un
an & demi, sans danger ni appréhension, &
aussi aux personnes les plus âgées, il tire toutes
les sérosités malignes du sang & des jointures,
outre les obstructions du foie & de la
rate, du poumon & des reins, & ainsi guérit
plusieurs maladies très dangereuses & difficiles
à guérir. Bref, je ne connais aucun remède égal
à celui-ci entre les vomitifs, d'autant
qu'il produit ses effets sans aucun dommage,
ni aucun risque, agréablement, vite, & très
sûrement. La dose est depuis 1. 2. 3. 4. jusqu'à
20. ou 30. gouttes dans du vin, ou de la bière,
ou bien tout seul, plus ou moins selon l'âge
de la personne & la maladie. Il commence son
opération dans un quart-d'heure, & a achevé en
une heure ou deux, quelquefois il ne fait point
vomir du tout, mais purge seulement par bas,
à quoi on peut aussi aider si on veut, donnant
au malade un lavement d'eau salée, dedans lequel
il y ait deux ou trois cuillerées d'huile
d'olive, puis aussitôt après lui faisant prendre
le remède; ainsi le clystère ouvre le chemin
par bas au remède, qui n'opère jamais que
très peu par haut. Quand on y procède en
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
cette façon; on peut aussi faire tenir au malade
une croûte de pain rôtie toute chaude devant
le nez & la bouche. Cela empêche aussi
le vomissement. Ce serait pourtant le meilleur
de la laisser faire le cours de la Nature, dans
la liberté de faire agir le remède par où il lui
plaira; parce que le vomissement fait quelquefois
mieux que les selles. Néanmoins ces
observations sont bonnes pour ceux qui ne
peuvent souffrir les efforts des vomitifs, quand
on se veut purger avec l'essence d'antimoine,
que je tiens pour le plus agréable, le plus sûr,
& le meilleur purgatif, que j'aie jamais connu,
parce qu'il recherche toutes les choses qui
nuisent au corps, mieux que pas un autre purgatif,
le nettoie, & le délivre de beaucoup
de maladies cachées, ce qui est impossible à
tout autre remède purgatif de la famille des
végétaux: Car l'antimoine a cette prérogative
par dessus tous les autres purgatifs, qu'encore
qu'on n'en ait pris qu'en très petite dose, il ne
laisse aucune mauvaise qualité au corps; car
quoi qu'il ne fasse ni vomir, ni aller à la selle,
si est-ce qu'il fait toujours son effet, soit par
les urines, ou par les sueurs, de sorte que l'usage
d'un antimoine bien préparé, ne va jamais
sans profit. Au contraire des autres purgatifs
végétables, qui impriment toujours & laissent
au corps quelque mauvais levain, qui ne manque
pas sa mauvaise action avec le temps; mais
l'antimoine au lieu de faire du mal change le
mal en bien, & le pis en mieux, d'où on peut
reconnaître la différence d'un remède minéral
@
42 La troisième Partie.
bien préparé, & celui d'un végétable purgatif:
car on peut donner ceux-là aux malades
en très petite dose & sans dégoût ni aversion,
au lieu qu'on ne peut donner ceux-ci, que
par chopines & avec mauvais goût & grand
désagrément: étant assuré, que les peines
que ces grands gobelets pleins de médecines
amères & de mauvaise odeur, causent à l'estomac,
nuisent beaucoup plus au malade qu'ils
ne lui peuvent apporter de soulagement, et il
serait à souhaiter, que le temps approchât,
voire fût déjà venu, qu'on bannisse du commerce
de la médecine, toute cette vilaine cuisine
d'herbages & d'électuaires, & qu'on mit
en leur place, les extraits agréables des végétaux,
& les bonnes essences des animaux.
Un extrait purgatif.
P Rends une livre de racines d'ellébore noir, cueillies en leur vraie saison & séchées à l'air,
jalap, & méchoacan de chacun

iiij. cannelle, semence
d'anis & de fenouil de chacun

. j. safran,

. j. mets toutes ces choses en poudre, &
les mets dans une cucurbite de verre bien haute,
verse dessus de l'esprit de vin bien déflegmé,
& la couvre d'un alambic aveugle, puis la
mets digérer à la lente chaleur du bain, jusqu'à
ce que l'esprit se soit chargé d'une belle couleur
rouge, retire ton esprit, & en remets de
l'autre qu'il faut digérer jusqu'à extraction de
couleur, puis l'ôter & en remettre, & continuer
ainsi, jusqu'à ce que l'esprit ne se colore
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
plus du tout. Ce qui arrive ordinairement en
la troisième ou quatrième digestion. Il faut
après cela filtrer toutes les teintures, & en retirer
l'esprit à la très lente chaleur du bain, jusqu'à
la consistance d'un trop mielleux, épais,
noir, brun, qu'il faut tirer tout chaud de la cucurbite,
le verser dans un pot de verre, & le
garder & ses usages, l'esprit de vin qui en a été
retiré peut servir encore à de pareilles extractions.
On peut donner de cet extrait & depuis
3. 6. 9. 12. grains jusqu'à 31. selon l'âge de la
personne & l'exigence de la maladie; on le
peut donner dans des confitures, il n'a aucun
dégoût, purge très doucement, & n'y a aucun
danger à craindre, pourvu que la dose
ne soit pas trop grande. Que si on veut avoir
cet extrait en forme de pilules, il faut y mêler
chaudement

. j. d'aloès transparent, &

. j.
de scammonée bien choisie, & réduire le tout
en une masse, qui purgera très bien toutes les
sérosités superflues du corps; néanmoins il
n'approche que de bien loin de la vertu de l'extrait
tiré de l'antimoine. J'ai voulu mettre ceci
en faveur de ceux qui appréhendent les vomissements,
ne connaissant point de meilleur
extrait, qui se puisse tirer des végétaux purgatifs.
Un extrait sudorifique.
P Rends bois de sassafras, salsepareille de chacun 
. vj. gingembre, galanga, zédoaire, de
chacun

. iij. poivre long, cardamome, cubèbes,
@
44 La troisième Partie.
de chacun

. j. cannelle, fleurs de muscade,
de

. j. safran, noix muscade, & girofles de
chacun

. j. Il faut râper le bois, & mettre les
aromates en poudre, & procéder ensuite, mettant
de l'esprit de vin déflegmé dessus, comme
nous avons dit ci-devant en la façon de faire
l'extrait purgatif; réduisant ainsi le tout en un
sirop mielleux, épais, en retirant l'esprit de vin
de dessus. Il faut bien conserver cet extrait à
ses usages, car il est excellent en la peste, dans
les fièvres, scorbut, lèpre, vérole, & autres maladies
provenant de l'impureté du sang, auxquelles
la sueur est nécessaire. La dose est depuis

. i. jusques à

. j. dans des véhicules convenables.
Il provoque puissamment la sueur,
chasse du coeur les vapeurs venimeuses & corrompues,
rectifie & purifie le sang à merveille.
Ce sudorifique végétable produit suffisamment
ses effets, encore n'est-il pas comparable
aux esprits subtils des minéraux, desquels
nous avons traité dans la seconde Partie. Les
sudorifiques des animaux sont aussi semblablement
beaucoup de bien d'une façon toute particulière,
comme la chair des vipères, le sel fixe
des araignées, & celui des crapauds; mais chacun
de ces remèdes veut être employé à part,
& seul, voulant être maître, & ne pouvant
souffrir de compagnon. Les remèdes sudorifiques
minéraux, ne s'accordent pas bien aussi
avec les végétaux, ni avec les animaux, comme
le bézoard minéral, l'antimoine diaphorétique,
l'or & le mercure diaphorétique: mais
chacun veut & doit être employé en particulier,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 45
pour ne point confondre l'opération intérieure
de l'archée.
Un extrait diurétique.
P Rends des semences de saxifrage, carvi, fenouil, persil, d'ortie, de chacun

. iij. racines
de réglisse, de bardane, de chacune

. j.
poudre de cloportes

.P/. il faut mettre en poudre
les semences & racines, & mettre le tout
dans une cucurbite haute, mais au lieu d'esprit
de vin, il y faut verser de l'esprit ardent des
baies de genièvre, & achever l'extrait selon
l'art, puis l'extrait étant achevé, il y faut ajouter
ce qui suit, savoir des sels de succin, de
suie de cheminée, & d'urine de chacun

. j. du
nitre dépuré

. j. il faut pulvériser les sels, puis
les bien mêler avec l'extrait, & le garder au
besoin. La dose est depuis

. j. jusqu'à

. ij.
dans de l'eau de fenouil, de persil, ou quelque
autre eau semblable. Cet extrait chasse l'urine,
ouvre les uretères, mondifie & nettoie les
reins & la vessie de toute mucosité & glaires,
desquels le tartre nuisible & douloureux est
coagulé & engendré, mais il s'en faut servir en
temps convenable & propre; sinon on se peut
aussi servir d'esprit de sel, dans lequel on aura
dissous des cailloux ou du cristal, qui n'est pas
un mauvais remède. Les sels essentiels des
plantes néphrétiques y sont aussi très convenables,
savoir ceux qui se tirent du suc des dites
plantes par expression, dépuration & cristallisation,
& non pas par calcination. La préparation
@
46 La troisième Partie.
de ces sels ne doit point être mise en
cet endroit, mais nous l'enseignerons ci-après
en son lieu.
Un extrait somnifère.
P Rends de l'opium bien choisi
. iiij. esprit de sel

ij du tartre purifié

. j. mets ces
trois ingrédients digérer dans un matras à la
lente chaleur du bain, jour & nuit, afin que
l'esprit de sel & le tartre pénètrent bien l'opium,
qui par ce moyen est très bien ouvert,
& rendu propre à être extrait, après cela il
faut verser dessus demie-livre du plus excellent
esprit de vin, & le mettre extraire à très petite
chaleur au bain, puis séparer cet esprit teint,
& y en verser de l'autre, & continuer ainsi d'ôter
& remettre jusqu'à ce que l'esprit de vin
ne se colore plus, puis il faut joindre toutes ces
teintures ensemble après les avoir filtrées, & y
ajouter

. ij. de très bon safran, &

. j. d'huile
de girofle, puis retirer l'esprit au bain dans
une cucurbite de verre, jusqu'à la consistance
d'extrait, & ainsi on trouvera au fonds du
vaisseau un extrait noir & épais, qu'il faut mettre
dans un pot de verre, & le garder à ses usages.
La dose est depuis 1. grain jusques à 5. ou
6. grains aux personnes âgées: mais aux enfants
il ne leur en faut donner que la sixième
ou la huitième partie d'un grain; on le peut
donner très sûrement dans toutes les maladies
chaudes, sans aucune appréhension. Il
cause un sommeil doux & agréable; il apaise
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
les douleurs intérieures & extérieures, & fait
aussi suer puissamment. Ce remède est particulièrement
excellent aux maladies des enfants
nouveaux-nés qui ont quelque espèce d'épilepsie,
comme quand on leur voit des convulsions;
car aussitôt qu'on leur remarque cela,
il ne faut que leur en donner la huitième
partie d'un grain dissous dans du vin, ou dans
du lait de la mère, aussitôt ils commencent
à dormir & reposer doucement, & suent quant
& quant: ce qui purge leurs corps de beaucoup
de malignité, & par ce moyen ils se remettent
& fortifient, pour ensuite pouvoir
boire & manger, & de là en avant on ne leur
voit plus arriver ces accidents. Que si néanmoins
le même mal leur revenait quelque
temps après, il leur faut répéter la même dose,
ainsi on fortifiera leur faiblesse, & on les remettra
en train de les élever sans peine & sans
maladie, autrement ils seraient morts. C'est un
remède souvent expérimenté, & duquel je me
suis servi (avec la grâce de Dieu) & en ai
sauvé plusieurs. Les esprits volatils de vitriol,
d'alun, d'antimoine & des autres minéraux,
sont aussi de très bons remèdes somnifères;
auxquels il faut joindre le soufre narcotique
du vitriol qui s'est précipité de l'esprit volatil.
Je ne connais point de remèdes narcotiques
ou somnifères qui selon mon jugement & mon
expérience, puissent aller du pair avec les précédents.
Nous avons traité de ces derniers
dans la seconde Partie.
@
48 La troisième Partie.
Un extrait cordial.
P Rends fleurs de roses rouges
. iiij. du muguet 
. ij. fleurs de bourrache, romarin, &
de sauge, de chacun

. j. de la cannelle choisie,
du bois d'aloès, de chacun

. ii. girofles, fleurs
de muscade, noix muscade, galanga, cardamome
en gousses de chacun

. i. râpure d'ivoire,
& de corne de cerf de chacun

. i. safran

. i.
noix vomique

. i. corne de cerf une drachme
& demie. Il faut pulvériser toutes ces choses,
puis en tirer la teinture avec l'esprit de vin,
lequel il faut retirer après la filtration, & réduire
le tout en consistance d'extrait selon l'art &
la façon des extraits précédents; il faut garder
cet extrait pour le besoin. On s'en peut servir
utilement dans toutes les défaillances, & faiblesses
du corps, pourvu qu'il n'y ait point
de chaleur, la dose est depuis 3. grains jusqu'à
6. 9. même jusqu'à

. i. dans des liqueurs appropriées.
Etant donné souvent, il restaure &
rétablit les esprits, fortifie le coeur, le cerveau,
& les autres membres du corps. Il faut néanmoins
que je confesse que si on y avait mêlé
& joint les essences métalliques, & principalement
celle de l'or, on y apercevrait beaucoup
plus de vertu, comme on le trouvera ci-dessus,
quand j'ai parlé de l'huile douce de l'or,
dans la première Partie.
Un
@
Des Fourneaux Philosophiques. 49
Un extrait odoriférant.
I L n'est pas nécessaire de beaucoup écrire pour apprendre de tirer des végétaux un extrait
odorant & agréable; parce que nous avons
enseigné ci-dessus le moyen de tirer & distiller
les huiles des herbes, fleurs, & semences odoriférantes,
qui est la vraie essence du végétable,
& que l'odeur des dites huiles distillées fortifie
le coeur & le cerveau; on peut aussi porter
facilement & proprement ces huiles sur
soi quand elles ont été réduites en baumes.
C'est pourquoi je pense qu'il ne se peut faire
d'extraits de plantes, qui sentent meilleur que
les huiles; si ce n'est qu'on mêlât & joignît
la teinture tirée des plantes & des aromates par
l'esprit de vin, avec les solutions métalliques
par une longue digestion, lors il se séparera de
l'extrait une huile qui sentira très bon, qui ne
cède nullement à celle qui a été tirée par distillation,
au contraire, on la trouvera plus efficace
& plus agréable, parce que la vertu spirituelle
du métal s'est communiquée à cette
huile, soit des plantes odorantes, ou des aromates,
principalement si c'était une solution
d'or ou d'argent qu'on aura digérée. On peut
encore outre cela exalter l'odeur & la vertu
des huiles par le moyen de l'esprit d'urine ou
de sel armoniac, & non seulement les huiles
qui avaient déjà de l'odeur, mais celles aussi
qui n'en avaient que peu ou point du tout;
pourvu qu'on les digère avec l'un des dits es3.
Part.
d
@
50 La troisième Partie.
prits, elles acquièrent une odeur très agréable,
& de plus, on peut réduire les soufres
métalliques & minéraux, en des essences bien
agréables, si on les digère longtemps dans ces
esprits, qui ouvrent & font apercevoir l'odeur
qui était cachée dans leur intérieur: on
exalte les soufres en odeur & couleur par
les esprits urineux, & par les esprits acides on
les purifie; mais on leur change aussi leur couleur
& odeur. Le musc & la civette acquièrent
leur forte & agréable senteur par le plus subtil
esprit de l'urine des chats, lequel digère une liqueur
grasse toute particulière, dont résulte
cette matière qui sent si bon.
Ceci soit dit des extraits. Je me serais bien
passé de les mettre ici, parce qu'il y a des Livres
innombrables en toutes langues, remplis
de ces descriptions: mais je ne l'ai fait qu'afin
qu'on trouvât aussi quelques remèdes dans
cette troisième Partie, comme on y trouve
l'ouverture des façons de distiller inconnues
jusques ici.
Des Bains.
N Ous avons parlé au commencement de ce traité d'une cuve dans laquelle on se
puisse baigner, ou tout le corps avec la tête,
ou ayant aussi la tête dehors, dans l'eau commune,
ou dans des eaux médicinales & minérales:
nous avons aussi parlé d'un autre bain
sans eau, savoir par la vapeur de l'eau douce,
ou de l'eau médicinale. Quiconque aura besoin
@
Des Fourneaux Philosophiques. 51
de ces bains les pourra faire préparer en sa
maison, & par ce moyen guérir de beaucoup
de maladies, aussi bien, ou mieux que par les
bains des fontaines minérales qui font chaudes
naturellement. Si bien qu'au lieu de conduire
les malades si loin, avec grande incommodité
& grands frais, ils se peuvent faire accommoder
& traiter chez eux par leurs parents
& amis, sans s'éloigner de leurs femmes,
ni de leurs enfants: car il y en a plusieurs qui
ont besoin de ces bains, & qui les négligent, à
cause, ou de leurs occupations & charges, ou
des grands frais, ou parce qu'il faut qu'ils quittent
& abandonnent leurs affaires & leurs familles.
Or parce qu'il est vrai qu'on guérit par
le moyen des bains minéraux plusieurs maladies
dangereuses & importantes qui avaient
été auparavant abandonnées des Médecins,
& que cela arrive souvent avec heureux succès.
J'ai voulu pour le bien & soulagement de
mon prochain, enseigner comment on fera les
eaux médicinales & minérales, & comment
on se pourra servir de l'instrument pour graduer
la chaleur des bains; étant certain que
beaucoup en seront soulagés. Je veux donc
enseigner ingénument & le plus brièvement
que je pourrai, le moyen de faire & de se servir
des eaux minérales, aussi celui de l'eau
commune, comment il les faut apprêter, &
préparer pour s'en servir dans ces cuves &
buffets propres à se baigner, ou dans l'eau, ou
à la vapeur, & premièrement,
d ij
@
52 La troisième Partie.
Du Bain fait avec l'eau commune.
P Our ce qui concerne les bains communs, on les peut très facilement pratiquer, parce
que cela ne requière pas grand art; car il ne
faut qu'emplir la cuve à baigner autant qu'on
voudra, ou qu'il sera nécessaire, à l'eau de rivière,
ou de pluie, puis mettre le feu sous la boule,
qui échauffera l'eau, autant qu'on le voudra,
ou qu'on le pourra endurer; il y faut ensuite
faire entrer le malade, puis couvrir le
bain de son couvercle propre, & ajusté, afin
que la vapeur chaude ne sorte pas, & qu'aussi
le corps ne soit frappé de l'air froid, il faut envelopper
la gorge du malade d'un linge chaud,
afin de mieux retenir la vapeur, il faut que le
malade y demeure 1. 2. ou 3. heures, selon que
la maladie le requerra, ou que les forces du
malade le pourront permettre; & pendant ce
temps il faut entretenir la chaleur égale du
bain, par le moyen de la boule. Que si le patient
avait soif pendant le bain, on lui pourra
donner un trait de boisson distillée, propre &
spécifique pour son mal; je ne parlerai point
ici de ces eaux parce que je réserve cela pour
un traité particulier que je ferai des bains, me
contentant ici de donner le moyen de se servir
de l'instrument de cuivre, pour échauffer
convenablement les bains, & les tenir en chaleur
proportionnée & nécessaire. Je ne laisserai
pas néanmoins de dite quelque chose en
passant des différents effets de quelques bains,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 53
quoi que je n'en traite pas au fond, ni parfaitement
dans ce petit traité.
De la nature & des propriétés des bains chauds.
I L est nécessaire de savoir que la plupart des eaux médicales qui se trouvent en Allemagne,
ou autres pays, soit chaudes, ou froides,
charrient avec elles une acidité spirituelle
sulfurée, que les unes sont plus acides, plus
spirituelles & plus sulfurées que les autres:
Et que c'est proprement dans cette acidité spirituelle
sulfurée que réside la vertu & les
propriétés de ces eaux; car si on leur ôte leur
odeur & leur goût par l'évaporation de ces
esprits subtils, elles sont aussi tôt dépouillées
de leurs vertus. Il y a pourtant aussi d'autres
eaux qui ne possèdent pas seulement un soufre
spirituel, mais aussi corporel, & qui sont
mêlées d'alun & de vitriol, empreintes de
quelque minéral, ou de quelque métal, dont
la vertu ne dépend pas seulement de l'esprit,
mais aussi du corps. Cette impression ne provient
que de ce que l'eau commune passe au
travers des conduits & des canaux, des mines
de ces minéraux, & de ces métaux. Il se trouve
aussi des bains pour la santé, qui ne tirent
point leur vertu, ni d'un soufre spirituel, ni
corporel, ni d'aucun métal, ni de sel corporel,
mais ils la tirent d'un sel spirituel mêlé d'une
terrestréité subtile, & fixe. Ces eaux ne passent
d iij
@
54 La troisième Partie.
pas comme les autres par les canaux des
mines, mais elles passent à travers les montagnes
où il y a des pierres calcinées par le feu
central, desquelles elles tirent leur acidité
subtile, & leur chaleur avec cette terrestréité insipide.
Tous ceux qui connaissent la volatilité,
& la fixité des sels, des minéraux & des métaux,
ne dénieront jamais la vérité de ce que
j'ai dit, & que je pourrais soutenir & appuyer
de plusieurs raisons palpables & évidentes,
que je laisse pour le traité que j'en ai promis,
puis que ce n'est pas le temps ni la commodité
d'en traiter ici. Je me contenterai de
montrer comment on pourra faire des bains
artificiels avec les sels, les minéraux, & les
métaux connus, qui seront non seulement égaux
en vertu aux naturels, mais qui les surpasseront
en efficace pour la guérison de plusieurs
maladies, & pour le recouvrement de
la santé parfaite. Quoi que j'eusse remis à traiter
de l'origine & de la source des bains chauds
dans le Livre que j'en ai promis, je ne laisserai
pourtant d'en dire quelque chose de fondamental,
que j'ai tiré de l'étude de la Nature
& de l'expérience, & principalement à cause
de la diversité des opinions de tant de personnes
doctes qui ont écrit sur ce sujet.
Il faut remarquer que l'acidité volatile ou
corporelle, aussi bien que la chaleur, & la vertu
des eaux minérales, ne procèdent pas d'une
même source, autrement elles seraient toutes
douées d'une même vertu, ce qui n'est pas,
puis que l'expérience journalière nous l'enseigne
@
Des Fourneaux Philosophiques. 55
tout autrement. Car on sait assez, qu'il y
a des bains qui seront propres à beaucoup de
maladies & qu'au contraire, ils nuiront à d'autres,
ce qui est causé par la différente vertu &
propriété de l'eau, selon qu'elle est engrossée
des vertus des minéraux. Et pour en parler succinctement,
les eaux douces tirent leur chaleur,
leur vertu & leur propriété dans les montagnes,
qui sont farcies de minéraux & de métaux,
dont il s'en trouve de plusieurs sortes
dans la terre, qui ont en eux un esprit de sel
très âcre, comme sont les diverses espèces de
marcassites, & de cailloux sulfureux, qui tiennent
la plupart du fer & du cuivre, & quelquefois
aussi de l'or, & de l'argent, ou d'autres
métaux. Et même toutes ces autres sortes
de mines vitrioliques ou alumineuses, que les
anciens mineurs ont appelées mysii rarij,
chalciris, *melanteria, pyrites, dont les unes se
trouvent par veines & canaux, comme les métaux:
les autres se trouvent parmi la terre grasse
& argile en morceaux ronds, plus gros, ou
plus petits. Et quand l'eau douce prend son
cours à travers une mine de cette sorte, qui
tient du soufre & du sel, & qu'elle l'humecte;
alors l'esprit de sel ayant un véhicule, &
une aide pour agir dessus la mine & la dissoudre;
l'eau s'échauffe, par cette dissolution, de
même que si elle était dessus de la chaux non
éteinte, ou de même que si on jetait de l'esprit
de sel ou de vitriol dessus du fer, ou sur un
autre métal, & ainsi cette eau dissout & ronge
tous les jours quelque chose de la mine, & la
d iiij
Note du traducteur :
*melanteria: Mélanthérite: schiste noir dont on se set pour dessiner?
@
56 La troisième Partie.
produit au jour; & l'eau est empreinte de la nature
& des propriétés de la mine, selon qu'elle
était contenue en icelle, & c'est de là que provient
la diversité des vertus des bains & des
eaux minérales, à cause de la diversité des mines,
par le moyen desquelles l'eau s'échauffe.
Quiconque ne voudra pas croire cela, qu'il
prenne un morceau de ces sortes de mines, &
qu'il l'enveloppe dans un linge un peu mouillé,
& il trouvera que cette pierre s'échauffera de
telle façon, comme si elle avait été mise au
feu, & que même à peine la pourra-t-il souffrir
en sa main, jusque-là que l'eau pourrait
bouillir dessus, & continuant ainsi, la pierre
se consumera par l'eau, & se résoudra ni plus
ni moins que fait la chaux vive commune.
J'ai voulu mettre ici brièvement ma pensée,
touchant la chaleur des bains naturels:
m'étant proposé d'en traiter plus clairement
& plus amplement, si Dieu le permet. Encore
qu'il n'importe pas au malade d'où les eaux tirent
leur vertu & leur origine, il suffit qu'il sache
comment il faut qu'il s'en serve pour sa
guérison. Quant au reste, c'est à faire aux Philosophes
& aux Naturalistes d'en disputer:
Toutefois il n'y a personne qui en puisse mieux
traiter, ni plus fondamentalement que le Chimiste
bien expérimenté, lequel par une longue
suite de travail a connu suffisamment la nature
des mines, des métaux & des sels. Et premièrement,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 57
Des Bains & des eaux sulfurées qui sont mêlées d'une acidité subtile.
J 'Ai enseigné ci-devant dans le second Traité des Fourneaux Philosophiques, la façon
de distiller les esprits sulfurés, volatils, subtils
& pénétrant du sel commun, du vitriol, de
l'alun, du nitre, du soufre, & de l'antimoine,
comme aussi de toute autre sorte de sels,
de minéraux & de métaux, & ce en plusieurs
manières, avec la description de leurs vertus,
pour les prendre intérieurement. Maintenant
je veux donner le moyen de se servir de ces esprits
en l'usage des bains artificiels. On sait
assez que la vertu de quelques bains ne provient
pas de l'eau commune sans goût & sans
vertu; mais de la volatilité des sels subtils, &
de l'esprit de soufre, & que néanmoins on
ne peut pas se servir de ces esprits minéraux
qui sont d'une nature chaude & pénétrante
pour la santé des hommes, sans les mêler avec
l'eau commune, parce qu'autrement ils seraient
plus nuisibles que profitables. Pour cette cause
Dieu a révélé aux hommes, quoi qu'indignes
& ingrats, par sa providence & par son
amour, par la nature, le moyen de s'en servir &
leur utilité, afin qu'ils le puissent supporter, &
par leur aide chasser les diverses infirmités &
faiblesses auxquelles ils sont naturellement assujettis:
cette sage nature fait cela, comme la
servante du Très-Haut, auquel elle obéit absolument,
@
58 La troisième Partie.
& duquel elle accomplit incessamment
la volonté, comme nous le voyons tous
les jours par les enseignements qu'elle nous
donne, par diverses distillations, transmutations,
& générations. C'est de ce maître qu'il
faut apprendre tous les arts & toutes les sciences,
si nous en voulons avoir une démonstration
fondamentale & infaillible, puis que la
Nature est comme un Livre écrit du doigt de
Dieu, & qui est rempli de beaucoup de différentes
& d'inépuisables merveilles. Cette manière
d'apprendre est bien plus sûre & plus
réelle, que celle de ces Philosophes ergotistes,
superbes & vains, qui n'ont qu'un babil inutile
& importun. Penses-tu qu'on puisse acheter
la vraie Philosophie pour des écus? comment
est-ce qu'un homme de cette nature pourrait discourir
des choses cachées en terre, & qui sont
invisible, lui qui ne connaît pas même celles
que le Soleil lui découvre, qui de plus ne
le veut pas connaître, & qui aurait honte d'apprendre
comment il les faut connaître? tout
irait bien, si la science était semblable à son
nom. Comment est-ce que celui qui ne connaît
pas le feu, pourra savoir ce qui s'ouvre
avec le feu, & ce qui se fait avec le feu? Le feu
nous découvre beaucoup de choses, par le
moyen desquelles nous sommes conduits à la
connaissance des choses plus cachées, comme
par un miroir. La vertu du feu nous montre
évidemment, comme toutes les eaux, les sels,
les minéraux, les métaux, & beaucoup d'autres
choses innombrables sont engendrées dans
@
Des Fourneaux Philosophiques. 59
les entrailles de la Terre par la réflection du
feu central & astral. Toute la Nature demeure
obscure & voilée, sans la connaissance du feu.
Car le feu, dont tous les vrais Philosophes
ont fait grand cas, est la clef de tous les plus
importants secrets; enfin, en un mot, qui ne
connaît pas le feu, ne connaît pas la Nature,
ni ses fruits, mais qui ne sait que ce qu'il a
lu, ou ce qu'il a ouï-dire, quoi que le commun
proverbe dise, que l'ouïr dire est grandement
sujet au mensonge: car qui ne sait autre chose
est obligé de croire un chacun, soit qu'il dise
vrai, ou faux, parce qu'il n'en reconnaît point
la différence. Que sais-tu, toi qui crois de léger,
si ton maître a écrit sa doctrine, ou conduit
de l'expérience, ou pour l'avoir trouvé
ainsi écrite ailleurs? ou que sais-tu si ses écrits
n'ont pas été tronqués, changés, & sophistiqués
par les mains de ceux qui les ont
lus & maniés? voire comprends-tu bien le
sens de ce qu'il a voulu dire? il vaut donc beaucoup
mieux savoir, que douter & penser. Il y
en a beaucoup de dévoyés par l'opinion, &
beaucoup de trompés, pour croire, & ne savoir
pas connaître ce qu'ils croient.
Il y en a beaucoup qui voudraient savoir,
& pouvoir faire les belles choses, s'il ne coûtait
rien, & s'ils n'appréhendaient pas la noirceur
du charbon, & la rouille des pincettes &
des mollets, ces Messieurs aiment mieux manier
le cistre ou la mandore, que de se noircir
les mains, & se rendre savants par le travail.
Ces gens peuvent être comparés à ce jeune
@
60 La troisième Partie.
homme dont il est fait mention en l'Evangile
selon S. Mathieu au chap. 19. qui eût volontiers
appris la vérité de JESUS CHRIST: mais
il n'eût pas voulu le suivre en pauvreté & misère,
il aima mieux se donner au bon temps &
demeurer en ténèbres. Les superbes paons, &
les perroquets remplis de babil, ne jettent que
des cris ennuyeux & désagréables: & au contraire,
un petit oiseau vil & méprisable réjouit
les assistants de la mélodie & de la douceur
de sa voix. Certes la perversité du monde
est à plaindre, puis qu'on s'attache plus opiniâtrement
à la vanité & à la superbe, qu'à la
vertu & aux arts, quoi qu'il n'y ait rien de
plus utile ni de plus honnête, après la parole
de Dieu qui nous révèle sa volonté pour nous
obliger à la charité envers notre prochain.
J'ai mis tout ceci en faveur de la jeunesse,
afin qu'ils ne consument pas inutilement le
temps en choses vaines & superflues, mais
qu'ils l'emploient utilement à chercher avec
le feu & dans le feu, sans lequel on ne peut
avoir une vraie connaissance des choses naturelles,
il ne faut pas avoir honte d'apprendre
ni s'ennuyer; il ne faut pas aussi douter qu'il
ne soit difficile en la jeunesse: mais lors qu'on
est parvenu en un âge mûr, & que l'entendement
s'est fortifié par les expériences, on ne
manquera jamais de percevoir les fruits de
ses travaux.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 61
Suit la préparation ou le mélange des esprits salins & subtils des minéraux & des métaux avec l'eau douce commune.
P Our ce qui concerne le poids & la quantité qu'il faut mêler de ces esprits sulfureux
& subtils parmi l'eau commune, pour
leur communiquer la même vertu des bains
minéraux & naturels, cela se doit entendre de
cette façon: Il faut avoir égard à la bonté &
subtilité des esprits, qui sont différents en ces
deux qualités, comme nous l'avons enseigné
dans notre seconde Partie, & selon cette bonté,
& les forces du patient & la nature de la
maladie y en mettre plus ou moins. Mais
pour le donner à entendre plus clairement, on
pourra mettre deux livres d'esprit dans une
cuve pleine d'eau, & y faire entrer le malade,
& diminuer ou augmenter cette quantité, selon
que le malade l'aura pu supporter: ce
que j'enseignerai plus nettement & plus amplement
dans le traité que je ferai des bains.
Mais il y a ceci de notable, & qu'il faut observer,
qu'il faut commencer par peu, puis aller
toujours en augmentant, afin que le malade
s'y puisse accoutumer peu à peu, autrement
cela l'affaiblirait trop, il faut donc agir en cela
avec jugement & circonspection. Le Lecteur
curieux se contentera de ceci, lui recommandant
@
62 La troisième Partie.
mon traité des Bains, dans lequel
il trouvera tout ce qui sera nécessaire
pour bien & utilement se servir du bain: n'ayant
voulu mettre ici que l'usage de l'instrument
de cuivre pour échauffer les bains, afin
que les malades s'en contentent, en attendant
que le reste suive pour sa plus grande instruction.
Maintenant s'ensuit l'usage.
Des Bains sulfureux, chers & précieux.
I L faut appliquer la boule de cuivre à la cuve à baigner, & mettre le petit fourneau
dessous, puis mettre dedans la cuve la quantité
d'eau requise, qu'il faudra échauffer avec
la boule jusqu'à la chaleur nécessaire pour y
pouvoir demeurer, alors que cela est ainsi, que
le malade y entre, puis y verse la quantité proportionnée
de l'esprit sulfureux, ferme ensuite
exactement les ouvertures & les jointures
du couvercle de bain & le trou par où passe
la tête, afin que ces esprits volatils ne se
perdent, & ne s'envolent, après quoi il ne
faut plus qu'entretenir la chaleur égale durant
le temps que le malade sera dedans. Il faut
changer l'eau à toutes les fois, & y ajouter
du nouvel esprit. Voilà le véritable usage du
bain échauffé par le moyen de la boule de cuivre,
soit que ces bains soient faits d'eau simple,
ou de quelque décoction d'herbes, ou
qu'ils soient naturels ou artificiels par le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 63
moyen des esprits sulfureux. L'expérience
journalière fait voir que plusieurs maladies
déplorables & invétérées ont été guéries par
ce moyen avec grand heur & avec grande facilité.
Ceci soit assez dit touchant l'usage de
la boule de cuivre pour échauffer les bains
aqueux, s'ensuit.
Comment il se faudra servir de ce Globe de cuivre pour les bains secs, qui valent beaucoup mieux que les humides en plusieurs maladies.
J 'Aurais pu remettre cette matière jusqu'à ce que je traitasse cela plus au long dans le
Livre des bains que j'ai promis ci devant:
mais craignant que quelque empêchement
inopiné me prive de cette étude, j'ai trouvé
à propos de dire ici quelque chose des bains
secs qui servent à plusieurs maladies, afin que
je fasse voir comment on se pourra servir non
seulement des esprits subtils, sulfureux &
secs: mais aussi des esprits médicinaux & pénétrants,
tant des animaux que des végétaux,
parce que ces derniers sont plus propres &
plus convenables pour la guérison de plusieurs
différentes maladies que les autres. Or si on
veut faire suer quelqu'un avec ces esprits subtils,
il faudra avoir un buffet fait exprès pour
cet effet, proportionné en sorte que le malade
puisse être assis dedans, il faut aussi qu'il y
@
64 La troisième Partie.
ait un marche-pied & des accoudoirs, qu'il
ait un trou en haut pour passer la tête qui
referme avec des planches coulisses, & que
par en bas il y ait de chaque côté une petite
porte, pour y pouvoir mettre une lampe avec
de l'esprit de vin, ou un réchaud de terre, avec
du feu allumé, pour échauffer le buffet, & entretenir
la chaleur du malade, il faut que la
grande porte par où on entre, joigne bien juste,
& que la planche sur laquelle on s'assoit,
se puisse hausser & baisser, pour s'accommoder
à la nature des malades: le tout étant en
cet état, & le malade dedans, il faut boucher
bien exactement toutes les jointures, puis approcher
le petit instrument de cuivre, avec son
fourneau dessous, & ayant mis dedans la quantité
requise de l'esprit que tu veux employer,
le faut ajuster à son trou, & l'échauffer doucement,
pour le faire évaporer dans le buffet,
& qu'ainsi étant porté en vapeur subtile
pénétrante, il produise son effet, & pénètre
mieux le corps du malade: & afin que le malade
ne se refroidisse, il faut retenir la chaleur
ou avec la lampe avec l'esprit de vin, qui ait un
lumignon de fil d'or très délié, qui sera par
ce moyen incombustible: ou avec une écuelle
de terre garnie de charbons ardents de bois de
genièvre, ou de sarments de vigne, & ce qui serait
encore meilleur, de la racine de vigne,
pour ce que ces charbons durent plus longtemps,
& ne s'éteignent pas si facilement que
toutes les autres espèces de charbon. Nous
traiterons amplement de tout cela dans le
traité
@
Des Fourneaux Philosophiques. 65
traité de l'art de faire les bains, pour provoquer
la sueur. La vapeur de ces esprits étant
ainsi doucement dans le buffet, échauffe, &
pénètre tous les membres du malade, & produit
en quelques maladies un meilleur effet
que s'il était mêlé avec l'eau. Après que le
malade a été le temps requis là-dedans, il le
faut faire entrer dans un lit bien chaud pour
achever la sueur tout doucement. On peut aussi
donner une prise de ces esprits volatils, dans
quelque liqueur appropriée au malade, avant
que de le faire entrer, afin qu'ainsi l'intérieur
aide à l'extérieur, & que l'opération s'en ensuive,
& plutôt & mieux. Ainsi on pourra se
servir non seulement des esprits sulfureux, &
volatils, des sels, des minéraux & des métaux;
mais aussi de ceux de plusieurs végétaux, comme
de ceux de la semence de moutarde, de
cresson, alénois, de tartre, &c. comme pareillement
des esprits des animaux, comme de corne
de cerf, d'urine, de sel armoniac, & d'autres
de cette nature: on peut être assuré qu'on
en verra des effets incroyables pour la guérison
de plusieurs différentes maladies invétérées,
& crues incurables & désespérées à cause
de leur opération subite & très subtile: à cause
que la vertu des esprits sulfureux volatils
consiste en une essence ignée & sulfureuse, &
celle des végétaux & des animaux en une essence
mercurielle & aérienne, il ne faut pas confondre
l'usage de ces esprits; mais il se faut
servir de ces genres d'esprits de chacun en particulier,
parce qu'on trouve une différente
3. Part.
c
@
66 La troisième Partie.
vertu dans ces esprits; ceux des sels, des minéraux
& des métaux, étant d'une toute autre
nature que ceux des végétaux & des animaux.
Car les esprits minéraux & sulfureux pourront
être employés en quelques maladies,
auxquelles ceux des végétaux & des animaux
seraient contraires: & au contraire, ces derniers
seront plus utiles que les premiers en
d'autres rencontres, & cette contrariété doit
être très soigneusement considérée, c'est pourquoi
il faut avoir une connaissance exacte &
parfaite de la maladie & de la nature des bains,
afin qu'on ne se serve pas des choses de nature
contraire, & qu'ainsi on fasse plus de mal que
de bien. Car la plupart des bains médicinaux,
comme aussi tous les esprits volatils des sels,
des minéraux & des métaux tiennent d'un esprit
de sel sulfureux, qui pénètre, qui échauffe
& qui dessèche; & ceux des végétaux & des
animaux tiennent d'un esprit volatil urineux
& nitreux, qui est subtil, qui pénètre, qui échauffe,
qui ouvre, qui subtilise, & qui atténue;
ce qui est tout à fait contraire aux autres, ce
qui se voit quand on mêle un esprit volatil
sulfureux, soit celui de vitriol, de sel commun,
d'alun, ou quelqu'autre fait de minéral
ou de métal, avec celui d'urine ou de sel armoniac,
qui soit bien rectifié; car aussitôt l'un
tuera l'autre, & lui ôtera sa vertu volatil &
pénétrante, & ainsi de deux esprits très subtils
& très pénétrants, qui sont de différente nature,
il s'en fait un sel auquel on ne trouve plus
d'odeur ni de vertu apparente. Ce qui prouve
@
Des Fourneaux Philosophiques. 67
que tous les esprits subtils ne sont pas de pareille
nature, ni d'une même essence, &
qu'ainsi ils ne peuvent pas être employés
pour les mêmes maladies: C'est pourquoi il
faut que ceux qui veulent se servir des esprits,
prennent bien garde à ce qu'ils font, à cause
qu'il y a de grandes vertus & de puissantes
actions cachées là-dessous, afin qu'ils ne donnent
pas l'ennemi pour l'ami, & le poison pour la
Médecine, & faut qu'ils sachent & qu'ils expérimentent
auparavant que de s'en servir en
Médecine, la nature de ces esprits, leur vertu
& leur essence. Mais quelqu'un pourrait demander;
qu'est donc devenue la grande vertu
de ces deux esprits en un instant? s'est-elle évanouie
& évaporée dans le combat qui s'est
fait entr'eux en les versant l'un avec l'autre.
Nullement, leur vertu ne s'est point évanouie
ou envolée; mais elle est changée de spirituelle
en corporelle, & ainsi du soufre minéral le
plus pur de tous, & d'un mercure animal le
plus volatil, & le plus pénétrant de tous, il
s'en fait un sel *émerveillable corporel, qu'on
pourrait très bien appeler l'aigle Philosophique:
parce qu'il monte comme un sel à la chaleur
lente, dans lequel il y a plusieurs secrets
cachés, parce qu'on peut avec ce sel anatomiser
les métaux d'une façon merveilleuse, &
particulièrement l'or: & qu'il peut aussi être
exalté & mûri en une Médecine très excellente,
tout seul, sans mélange de métal, de
quoi il n'est pas besoin d'écrire davantage ici:
que j'en aie dit, n'est qu'afin qu'on médite
e ij
Note du traducteur :
*émerveillable: merveilleux.
@
68 La troisième Partie.
sérieusement sur la nature des esprits, & qu'on
apprenne diligemment à les connaître; afin
qu'on puisse bien savoir, que quand ils se revêtent
d'un autre corps, cela ne se doit pas
prendre pour leur mort; mais au contraire
pour leur amélioration.
Cela soit dit touchant l'usage des esprits pour
faire suer dans l'étuve sèche, sans eau, pour
chasser plusieurs maladies; le Lecteur curieux
trouvera dans un traité particulier dont nous
avons fait tant de fois mention, si Dieu le permet,
à quelle maladie chaque esprit est destiné
pour y apporter le remède. Sache néanmoins
généralement que tous les esprits sulfureux,
soit des sels, des minéraux ou des métaux,
sont très efficaces contre toutes les obstructions
des parties internes, comme sont
celles du poumon, de la rate, du foie, & sur
tout pour les parties nerveuses refroidies parce
qu'ils échauffent puissamment, ils amollissent,
atténuent, chassent & nettoient: c'est aussi
à cause de ce que dessus, que ces esprits sont
un médicament précieux & rare contre la contraction
des membres, la paralysie, le scorbut,
l'épilepsie, la mélancolie hypocondriaque, la
vérole, la galle, ou contre toutes sortes d'ulcères
chancreux, fistuleux, & rongeants.
Les esprits qui sont de l'autre sorte, qui se tirent
du tartre, de la corne de cerf, du sel armoniac,
de l'urine, & ceux des autres choses de
même nature, sont aussi d'une nature aucunement
chaude, mais ils ne sont pas si desséchants,
ayant avec leur chaleur une propriété pénétrante,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 69
amollissante, atténuante, déchargeante,
& chassante, ce qui fait qu'ils sont aussi très
bons pour ôter toutes les obstructions des
parties contenues, & celles des parties contenantes,
dans lesquelles ils font des opérations
merveilleuses. Ces esprits ouvrent & amollissent
les pores plus que toute autre chose, ils
provoquent la sueur puissamment, ils amollissent
& ouvrent aussi les hémorroïdes, ils provoquent
les purgations lunaires retenues aux
vieilles & aux jeunes femmes, ils nettoient &
échauffent la matrice, causent la fertilité en
elles; ils réchauffent, nettoient & déchargent
les cerveaux refroidis & chargés, & causent
enfin une bonne mémoire & un bon entendement.
Mais il faut que les femmes enceintes
en évitent l'usage, avec ceux qui ont
les pores ouverts, & qui sont toujours en
sueur: on pourrait encore attribuer avec vérité
à ces esprits beaucoup d'autres bonnes
vertus, mais je m'en tairai à cause de la brièveté.
Ces deux sortes de bains ne sont pas les
moyens les plus faibles, ni les chemins les
plus longs pour restaurer la santé perdue, parce
que par eux on peut faire des choses incroyables;
à savoir, premièrement le bain humide
qui se fait dans l'eau empreinte de ces
esprits subtils. Et secondement le bain sec ou
vaporeux, par la vapeur de ces esprits, qui entrent
dedans le buffet, duquel nous avons fait
la description ci-dessus, avec l'aide de la boule
de cuivre, & de la chaleur de son fourneau, qui
est le moyen le meilleur pour faire que ces esprits
e iij
@
70 La troisième Partie.
pénètrent le corps, & ainsi cela fait qu'ils
accomplissent leur opération beaucoup mieux
& plus vite.
Mais à cause que les esprits desquels j'ai parlé
ci-dessus, ne se trouvent pas dans les boutiques
ordinaires des Apothicaires, & que tout
le monde ne peut pas, & n'a pas le moyen de
les préparer selon que je l'ai enseigné dedans
mon second Traité; Je veux découvrir qu'il
se trouve encore une autre matière minérale,
qui n'a pas besoin d'être distillée: qu'on n'a
qu'à mettre dans l'instrument de cuivre, de laquelle
il sortira par sa propre vertu & puissance,
sans feu, un esprit sulfureux & pénétrant
en quantité, qui entrera dans le buffet,
où on fait suer le malade, & que cette vapeur
possède les mêmes vertus, & a la même nature
de ces esprits, que nous avons dit, qu'on tire
des sels des minéraux & des métaux, & qui
opère en tout aussi bien qu'eux, en sorte qu'il
y a de quoi s'émerveiller de cela.
La Nature nous a aussi pareillement préparé
une autre matière qui se trouve par tout, &
qui se peut mettre de même dans l'instrument
de cuivre, qui donne sans feu, volontairement
& librement de soi-même & par sa propre
vertu, un esprit semblable en propriété, en vertu
& en opération à celui qui se tire du tartre
de la corne de Cerf, du sel armoniac, de la suie
de cheminée, de l'urine & d'autres choses
semblables, comme nous avons enseigné de
faire en notre second traité, assurant que
cet esprit produit les mêmes effets, que ces
@
Des Fourneaux Philosophiques. 71
autres qui sont tirés par le moyen de la distillation
avec beaucoup de frais & de travail.
Ces deux matières différentes suffisent pour ce
qui est des bains, & pour faire suer, en la place
des esprits sulfureux minéraux, & des esprits
mercuriels végétaux & animaux. Tout le monde
saurait volontiers quelles sont ces deux
matières qu'on peut ainsi avoir facilement &
sans frais, & avec lesquelles on peut faire tant
de merveilles dans les maladies: Je les enseignerais
de bon coeur aux bons: mais parce
que la plus grande bande est ingrate, & par
conséquent indigne de ce grand remède, je les
tairai, craignant de semer les perles devant les
pourceaux, mais les bons, auxquels Dieu le
permettra, les trouveront facilement par la
lecture de mes autres écrits.
Suit maintenant le moyen comment on se pourra servir d'une cuve de bois en la place d'une chaudière de cuivre ou d'airain, pour cuire & faire bouillir toutes sortes de choses, comme bière, hydromel, vinaigre, & autres choses semblables.
N Ous aurions beaucoup de choses à dire sur cette matière, à cause qu'il y a beaucoup
de personnes qui font germer le grain, &
en font des bras, pour ensuite en faire de la
e iiij
@
72 La troisième Partie.
bière, ou du vinaigre, & quoi que cela se fasse
communément, & qu'il semble que tout le
monde le sache, il y aurait néanmoins beaucoup
de choses à enseigner, à reprendre & à
améliorer: mais comme ce n'est pas maintenant
mon intention de le montrer, on n'aura
qu'à se servir de la boule de cuivre, & l'approprier
à la cuve de bois, pour ceux qui n'auront
point de chaudières, & ainsi cette invention
lui servira, & on n'aura qu'à suivre la
manière que nous avons enseignée ci-dessus
en parlant des autres opérations, & ainsi faire
la bière, & les autres choses à sa manière accoutumée.
Je pourrais aussi en outre apprendre en peu
de mots plusieurs secrets profitables; comment
on pourrait ôter au miel son mauvais goût &
sa mauvaise odeur par le moyen de la précipitation;
& puis après d'en tirer un esprit agréable,
semblable en tout à celui qui se tire du
vin, pareillement aussi le moyen d'en faire un
vin de très bon goût, plus agréable, plus clair
& plus durable que la meilleure malvoisie. De
plus, je pourrais aussi enseigner le moyen de le
cristalliser après sa purification, & de le rendre
aussi agréable, & aussi bon au goût que le
sucre, & encore la façon de changer sa douceur
en acide, & ainsi en faire du tartre, égal
en tout à celui qui s'amasse & qui se cristallise
dans les tonneaux de vin.
Je pourrais aussi encore montrer comment
on pourrait faire du vin aussi bon que celui
qui se fait des raisins, & qui même sera plus
@
Des Fourneaux Philosophiques. 73
durable, & qui subsistera durant plus d'années,
& aura aussi bon goût que le naturel, du suc
des fruits des arbres, comme des cerises, des
poires, des pommes, & d'autres fruits semblables,
qui ne pourra être distingué des autres
vins, par son goût, par sa couleur, ni par sa
vertu. Je pourrais encore enseigner la façon
de faire de bon vin, avec des raisins non mûrs,
ou à cause de la froidure du climat du pays, ou
à cause de celle de la saison, & que ce vin ne
serait pas moindre que celui du Rhin, à savoir
avec le secret de changer leur acidité en
douceur. De plus, comment on pourrait faire
du tartre avec l'oseille, & autres végétables
pareils, pareil en tout, soit en goût, en couleur,
& en vertu à celui du Rhin à toutes épreuves,
& en grande quantité avec peu de
frais. Comment aussi on pourrait faire avec
le grain une bonne eau de vie, & faire du très
bon vinaigre, & aussi clair que celui du vin
de Rhin, sans faire moudre le grain, & sans
le faire germer. Et finalement le moyen de tirer
un très bon esprit, du grain réduit en farine;
sans altérer la farine, mais la laisser propre
pour en faire du pain, bon, nourrissant &
sain.
Je pourrais enseigner encore ici beaucoup
d'autres beaux secrets semblables, qui seraient
très utiles, pour le changement & l'amélioration
des végétables. Mais il n'est pas nécessaire
de rendre toutes les belles choses communes,
en même temps, & toutes à la fois, ce
Livre se grossirait trop contre ma volonté, si
@
74 La troisième Partie.
j'enseignais ces secrets & plusieurs autres belles
possibilités de la Nature. C'est pourquoi
je le finirai, croyant néanmoins qu'il est assez
gros, & qu'il ne sera pas inutile à plusieurs curieux,
pour l'accomplissement de leurs intentions,
après quoi je les recommande à Dieu.
Fin de la troisième Partie.
@
Q V A T R I E S M E
P A R T I E
DES
N
O V V E A V X
F
O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
D A N S L A Q V E L L E S E R A D E S C R I T E L A proprieté du quatriesme Fourneau, auec lequel on
pourra esprouuer les mines, les mineraux, & les metaux,
par vne façon de faire plus briesue & meilleure
que celle qui a esté sceuë iusques à present: Pareillement
aussi le moyen de pouuoir separer les metaux les
vns des autres par la fusion; & finalement comment
on pourra faire beaucoup de choses industrieuses par
la fonte.
Oeuure qui sera utile & tres-agreable à lire à tous les Chymistes,
aux Afineurs, & à tous ceux qui trauaillent
aux mines.
Par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
A
P A R I S, Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
----------------------------------------------
M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
P. 4.
A. le cendrier auec sa porte. B. le registredestiné pour gouuer ner le feu. C. le trouauec sa porte pour les creusets, et charbo~ D.le trou auec sa porte de la premiere cha~bre. E. un tuyau de fer long au sommetdu fourneau.
@
3
Q U A T R I E M E
P A R T I E
DES
F
O U R N E A U X
PHILOSOPHIQUES.
----------------------------------------------
De la préparation & du bâtiment du Fourneau.

N peut bâtir ce fourneau plus
grand, ou plus petit, selon sa volonté,
& selon la quantité grande
ou petite qu'on voudra fondre dedans
pour parfaire le travail qu'on voudra
entreprendre. Si le fourneau a en dedans un
pied de diamètre, on pourra mettre dedans
un creuset de quatre, cinq, ou six marcs; que
si on voulait se servir d'un plus grand creuset,
il faudrait aussi élargir le fourneau à proportion.
Il faut bâtir ce fourneau en forme carrée
de terre & de briques qui soient perma4.
Part.
A ij
@
4 La quatrième Partie.
nentes au feu, il le faut élever de la hauteur
d'un pied ou de deux pieds, depuis la terre jusqu'à
la grille, que la grille soit faite en telle sorte
qu'on puisse la nettoyer, lors qu'il arrive que
les creusets se renversent, ou le fendent, & que
la matière mêlée avec les charbons emplit la
grille, ou bien il la faut faire semblable à celle
dont j'ai donné la façon dans le premier Livre,
à savoir de mettre premièrement deux
grosses barres de fer de travers, qu'il faut bien
emmurer dans le fourneau, que ces barres
soient limées en créneaux, en sorte qu'on y
puisse mettre six ou sept autres moindres barres,
qui entrent dans les créneaux, & qu'on les
puisse ôter, en cas qu'elles fussent remplies
de quelque matière vitrifiée, ou autre chose de
cette nature: Il faut faire la porte du cendrier
de la hauteur & de la largeur d'un empan, ou
environ, il faut qu'il y ait une porte de fer,
ou de cuivre pour le fermer bien juste, & l'ouvrir
quand on voudra: Et il faut faire une autre
ouverture à côté du fourneau, juste au
dessous de la grille, de la même dimension, qui
ait une porte coulisse de fer ou de cuivre pour
gouverner le feu, & lui fournir l'air nécessaire.
Il faut ensuite faire la porte du foyer au-dessus
de la grille, qui servira à mettre le charbon &
les creusets, & à les retirer: il faut que cette
porte soit proportionnée à la grandeur du
fourneau & des creusets: comme si le fourneau
a un pied de diamètre, il faut que la porte
du foyer ait demi pied de large, & près d'un
pied de haut, afin de pouvoir mettre plus
aisément
@
Des Fourneaux Philosophiques. 5
aisément les creusets, & les retirer, & de pouvoir
aussi y jeter le charbon avec une pelle
de fer, pour cette porte, il faut avoir une porte
de pierre qui résiste au feu, ou une porte de
fer qui soit lutée d'un bon lut, qu'on puisse
fermer & ouvrir facilement, & qui néanmoins
doit fermer bien juste, afin que le feu
ne puisse attirer de l'air froid de ce côté-là,
quand le creuset sera dans l'extrémité du feu:
mais qu'il soit contraint de tirer l'air de la
porte de dessous la grille, qui sert de registre;
Il faut que le fourneau soit encore exaucé de
la hauteur d'un empan par dessus la porte du
foyer, & là-dessus bâtir une voûte qui ait un
trou rond au milieu du diamètre de la troisième
partie du diamètre intérieur du fourneau,
afin que la fumée & la flamme puissent sortir
& se jouer par ce trou. Et lors qu'on voudra
fondre quelque chose à violence de feu, on
pourra ajuster sur le trou de la voûte un canal
de fer battu, dont la taule soit environ
de la hauteur de 5. de 6. de 8. ou de 12. pieds de
haut, car tant plus tu voudras avoir le feu
violent, d'autant plus faut-il aussi que le canal
soit haut. On pourra, si on veut, bâtir
une, deux, ou trois chambres, avec leurs portes
par dessus cette voûte: Que chaque chambre
ait un trou rond de la grandeur du premier,
par lequel elles recevront la flamme, &
qu'ainsi elle ne se perde pas inutilement, & par
ce moyen on aura la commodité pour beaucoup
de différentes opérations, à cause que
ces chambres ont divers degrés de chaleur:
4. Part.
B
@
6 La quatrième Partie.
car celle d'en bas devient si chaude, qu'on y
pourra tenir en flux de fonte les métaux qui
se fondent facilement, comme aussi les minéraux
& les sels: On y pourra aussi cimenter,
calciner, & réverbérer; de plus, on y cuira, &
vernira les creusets & les autres instruments
de terre dont on a besoin pour le travail, selon
que nous enseignerons la manière de les
faire en nôtre cinquième Partie, & finalement
on pourra aussi, si la nécessité pressait,
coupeller, souffler & griller les mines dans
cette première chambre. Dedans la seconde
qui sera un peu moins chaude que la première,
on pourra aussi y griller & rôtir les mines
& les marcassites, & y préparer les chaux des
métaux desquelles on aura besoin, comme
sont celles de Saturne, de Jupiter, de Mars, de
Venus, &c. On y pourra aussi calciner le tartre,
& autres choses végétables, dont on voudra
tirer le sel, qui sert à beaucoup d'opérations
Chimiques: on peut aussi calciner dans
cette seconde chambre, & préparer les cornes,
les os, & les cendres gluantes & visqueuses
pour s'en servir après à faire les coupelles.
Dans la troisième qui est beaucoup moins
chaude que la seconde, on fera sécher les
creusets, les pots à cimenter, & les couvercles
qu'on aura faits de bonne terre, afin de les cuire
& réverbérer ensuite dans la première
chambre. On pourra aussi faire dans ces trois
chambres beaucoup d'autres choses nécessaires,
desquelles on a toujours besoin dans un
laboratoire Chimique, sans être obligé pour
@
Des Fourneaux Philosophiques. 7
cela d'allumer d'autre feu, & ainsi on épargnera
beaucoup de charbon. Si de plus on
veut que ce fourneau produise un feu de fusion,
& de chasse au plus haut degré, il faut
accommoder un long canal de fer au trou de
dessous la grille qui sert de registre, afin que
le feu soit contraint de tirer l'air de plus loin.
Car d'autant plus loin que le feu attire l'air,
d'autant plus haut aussi a-t-il à jouer & à agir,
auparavant que cet air ait retrouvé sa sortie, &
ainsi le feu donne une chaleur bien plus véhémente
pour la fonte: c'est pourquoi on a
besoin de ce canal en bas & en haut. Mais si
on avait une chambre commode laquelle eut
une cheminée qui eut un autre tuyau de cheminée
joint, qui vint d'en bas, on pourrait
bâtir le fourneau en la chambre haute dessous
la cheminée, & percer un trou en la muraille
du tuyau qui vient du bas, & touche à
l'autre, & accommoder un registre à ce trou,
par lequel il faudra que le feu tire l'air du profond
de la cheminée du bas: & par ce moyen
on n'aura pas besoin du canal de dessous la
grille pour attirer l'air de plus loin; parce
qu'il ne faudra qu'ouvrir une fenêtre en bas,
afin que l'air s'engouffre dans la cheminée;
alors le feu l'attire si puissamment à soi de ladite
cheminée, qu'il y a de quoi s'en émerveiller,
n'y ayant point de soufflet qui puisse
produire un pareil effet, jusques là qu'il est
capable de fondre le fourneau, s'il n'est pas
bâti avec de la terre fixe & permanente au
feu; ce qui arrive même aux meilleurs creusets,
B ij
@
8 La quatrième Partie.
quand ils demeurent longtemps dans
cette grande chaleur, car il est impossible
qu'ils y résistent, mais il ne se fait qu'une masse
confuse du tout, c'est pourquoi le registre
est nécessaire, pour graduer le feu, & ainsi en
donner plus ou moins, selon qu'il en sera besoin
& qu'on en voudra donner.
Quoi que ce fourneau semble d'abord méprisable,
néanmoins par la grâce de Dieu, ce
fourneau est l'unique moyen par lequel je suis
parvenu à la connaissance de tout ce que je
sais de plus secret & de meilleur. Car auparavant
j'avais été contraint dès ma jeunesse
de travailler chez les autres, & du depuis encore
pour moi-même avec les fourneaux à
vent communs, & avec les soufflets. Ce qui a
beaucoup endommagé ma santé, parce qu'avec
ces sortes de travaux on ne peut pas éviter
les mauvaises vapeurs & les suies venimeuses;
mais avec ce fourneau on n'appréhende
pas les vapeurs puantes & venimeuses,
la fumée ni la poudre. On évite aussi la chaleur
insupportable: car ce fourneau ne jette
aucune fumée, que par le haut de son canal; il
attire aussi si violemment à soi, quand on ouvre
la porte du foyer, pour mettre ou pour
ôter les creusets, ou pour y jeter du charbon,
que s'il y avait même une autre fumée à
une demie aulne de distance, il l'attire par sa
propre force à soi; & à cause que le feu tire
si puissamment à soi, il conserve sa propre
chaleur, & la retient en sorte qu'on ne se peut
pas brûler auprès de ce fourneau. Il est néanmoins
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
besoin de couvrir la main de laquelle
on tient les mollets ou les pincettes avec un
gant de toile triple, qui soit mouillé, & en
l'autre main un para-feu de bois troué pour
mieux voir dans le fourneau, & empêcher
que la grande vivacité & la splendeur du feu
ne frappent le visage & n'éblouissent la vue,
n'y ayant rien autre chose à craindre, non pas
même la maligne vapeur des charbons, quand
on fond; ce qui n'est pas un petit avantage
pour les artistes. Je confesse ingénument que
si je n'avais trouvé & inventé ce fourneau,
que je n'ai que depuis environ quatre ans,
j'aurais abandonné l'Alchimie, avec tous ces
travaux importuns, ennuyeux & nuisibles; car
j'avais passé plusieurs années de ma vie, en
une grande misère, en chagrins importuns, &
en veilles laborieuses, & parmi des puanteurs
& des vapeurs nuisibles à la santé. Jusque-là
que je ne pouvais entrer dans mon laboratoire
sans chagrin & sans nausée, quand je
voyais tant d'espèces de choses & de drogues
différentes dans des papiers & dans des boîtes;
comme aussi de toutes sortes d'instruments
de verre, de terre, de fer, & de cuivre,
entiers, ou rompus, mêlés confusément les
uns avec les autres, le tout me faisait dresser
les cheveux à la tête, & je me réputais malheureux
de m'être adonné à un tel esclavage,
& principalement à cause que je considérais,
que de cent du nombre desquels j'étais,
qui se mêlent de l'Alchimie à peine y en a-t-il
un qui réussisse au point d'en pouvoir vivre
B iij
@
10 La quatrième Partie.
& s'en défrayer. Toutes ces raisons jointes
ensemble, m'avaient fait résoudre d'abandonner
& de dire adieu à l'Alchimie, & à toutes
mes vaines recherches, pour me donner tout
entier à la Médecine & à la Chirurgie, dans
lesquelles j'avais toujours réussi heureusement,
& tâcher par ce moyen de subsister
avec moins d'incommodité. Mais comme
j'étais prêt d'exécuter ma dernière résolution,
& que je voulais jeter tous ces différents
fatras de vaisseaux & de matières, je
trouvai des morceaux de creusets; dans lesquels
j'avais autrefois fondu de l'or & de
l'argent, où il y avait encore quelques grains
de ces métaux, je voulus les fondre avec quelques
autres restes que j'avais gardés pour en
retirer encore quelque petite chose. Mais
comme j'avais déjà vendu mes soufflets, &
qu'ainsi il m'était impossible sans cette aide
de fondre ces matières, qui étaient déjà de
soi très malaisées à fondre; Je méditai plus
sérieusement là-dessus, & ainsi j'inventai ce
fourneau, & le bâtis aussitôt, je l'éprouvai,
& le trouvai si merveilleux & si bon, que je
recommençai d'espérer. Et ainsi je changeai
de résolution: Car comme je remarquai combien
je pouvais brièvement & facilement
fondre toutes choses, je recommençai à chercher
de nouveau & à fondre, & ainsi je trouvai
de jour en jour les plus nouveaux & les
plus réservés secrets de la nature; ce qui ne
me réjouie pas peu; Je poursuivis donc,
& je cherchai si longtemps, qu'à la fin Dieu
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
m'ayant ouvert les yeux, j'ai trouvé & remarqué
ce qu'il y avait si longtemps que je
cherchais, avec tant de peine & si vainement.
A quoi je ne fusse jamais parvenu sans ce
fourneau, quoi que j'eusse su dès auparavant
beaucoup davantage: ainsi Dieu merci
j'ai trouvé de jour en jour de quoi m'émerveiller
de plus en plus, de quoi ce bon Dieu
Tout-puissant soit loué & bénit tout le temps
de ma vie, comme j'y suis obligé; Cela a fait
aussi que j'ai cru de mon devoir, de communiquer
l'invention de ce fourneau à mes
prochains, consciencieusement & fidèlement.
Je fais juge maintenant tout homme qui se
mêle du feu, si ce fourneau n'est pas meilleur
que les fourneaux à vent communs, & la pratique
des soufflets. Car si on veut fondre quelque
métal dur à fondre, combien faut-il consumer
de temps & de charbons avant qu'on
l'ait mis en flux? que si on se sert du soufflet, il
faut nécessairement avoir quelqu'un pour
souffler, il faut aussi avoir continuellement
soin, que le creuset ne soit dégarni de charbons,
de peur que l'air froid venant à le frapper
ne le casse, & qu'ainsi tout ne se perde dans
le feu; ou bien on renverse le creuset en soufflant,
ou le couvercle tombe, & ainsi il entre
des impuretés dans le creuset. Il n'importe
pas néanmoins quand on fond des métaux,
qu'il y tombe des charbons: mais si on fond
des sels & des minéraux, sans lesquels les métaux
ne peuvent être perfectionnés par la
fonte, ils ne souffrent pas les charbons, au
B iiij
@
12 La quatrième Partie.
contraire, ils s'enfuient par dessus, ce qui apporte
un grand empêchement: or on ne peut
appréhender rien de pareil, avec ce fourneau,
parce que le vent ou l'air vient circulairement
par le bas, tout à l'entour du creuset. On peut
aussi y regarder quand on veut; parce que les
creusets ne sont pas ensevelis si avant dans les
charbons, comme ils le sont dans les fourneaux
à vent, & qu'il faut aussi qu'ils le soient,
lorsqu'on se sert des soufflets: Mais dans celui-ci
on peut fondre les matières, quoi que
le creuset ne soit qu'à demi dans le feu, &
ainsi le couvercle demeure libre, sans être
couvert de charbons; ainsi on n'a besoin de
personne pour se faire aider à souffler; puis
qu'on peut gouverner le feu par le registre, &
lui donner tel degré qu'on juge à propos,
comme si on avait l'air ou le vent en un sac,
& qu'on en prît ce qu'on voudrait.
Je recommande hautement ce fourneau à
ceux qui cherchent leur fortune par le moyen
du feu, afin qu'ils le bâtissent comme il faut,
& qu'ils prennent garde de bien approprier
le registre, pour bien gouverner le feu: Je les
assure, si cela est ainsi, qu'ils pourront faire
quelque chose de bon, & que ce fourneau les
aidera à se remettre sur pied.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
Comment on doit faire l'épreuve des mines & des marcassites, pour savoir de quoi & combien elles tiennent.
L 'Epreuve & l'affinement des mines & des marcassites est à présent suffisamment
connu; c'est pourquoi il n'est pas nécessaire
de s'étendre beaucoup là-dessus, principalement
à cause qu'il y a devant nous plusieurs
affineurs & mineurs très renommés qui ont
traité de cette matière proprement & amplement,
comme
George Agricola, & Lazare Ercker,
& plusieurs autres auxquels je renvoie le Lecteur
curieux.
Lazare Ercker qui est très renommé,
a mis au jour un Livre, dans lequel
il traite de la différence des bonnes & des
mauvaises mines, & du moyen de les éprouver,
en sorte qu'il n'y a rien à ajouter. Néanmoins
l'expérience nous fait voir, ou que lui
ni ses prédécesseurs n'ont pas tout su, ou
qu'ils ne l'ont pas voulu rendre commun.
Quoi qu'il en soit, les effets nous font voir
que les meilleures choses n'ont pas encore
été écrites, & qu'elles pourront bien ne l'être
pas encore si tôt à cause de l'ingratitude
du monde; si est-ce que les plus véritables &
les plus excellents Philosophes, nous assurent
tous d'un commun consentement, que les
métaux imparfaits, comme le plomb, l'étain,
@
14 La quatrième Partie.
le fer, le cuivre, & le vif-argent, sont en leur
intérieur bon or & bon argent, quoi que très
peu de personnes l'aient cru de cette sorte
jusques ici, & que la vérité n'ait pas été encore
découverte, à cause de la négligence &
l'inhabilité. On s'est simplement contenté de
ce qu'on avait vu, ou ouï de ses prédécesseurs;
comme pour exemple, on a tenu pour
constant, que tout ce qui ne laissait rien sur la
coupelle, après l'examen du plomb, n'avait
rien de bon en soi; quoi que l'épreuve faite
par la coupelle ne soit pas la vraie épreuve
des Philosophes, encore qu'elle ait été
estimée l'être par la plus grande partie; mais
elle n'est que l'épreuve des mineurs & des affineurs
communs, de quoi plusieurs Philosophes
me rendront témoignage, comme Isaac
Hollandais, & principalement Paracelse en
plusieurs lieux, où il parle des métaux, & particulièrement
dans son petit Livre, qu'il appelle
le Livre des vexations des Alchimistes,
où il décrit évidemment toute la propriété
fondamentale des métaux, & leur amélioration.
Et quoi qu'un chacun ne se puisse pas
entendre, n'importe, il n'est pas nécessaire que
cela devienne si commun. Quoi que l'art soit,
ou semble être en soi si vil & si facile, néanmoins
il nous avertit, que les métaux communs
étant dépouillés de leurs impuretés,
contiennent beaucoup de bon or, & de bon
argent. Mais il ne dit pas comment on doit
dépouiller & nettoyés les métaux communs;
de leurs ordures: il loue seulement & prise
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
fort le plomb, comme le maître qui peut faire
cela; C'est de là que les Alchimistes sans
expérience ont cru que ce n'était que le
plomb commun; & ainsi ils n'ont point connu
son eau, par laquelle il ne lave pas seulement
les autres métaux, mais il se lave & se
nettoie aussi soi-même: ils se sont imaginé
qu'il ne fallait que mettre de l'étain, du fer,
ou cuivre sur une coupelle avec du plomb,
puis les chasser, pensant que c'était leur vrai
lavement, ne remarquant pas que le plomb
n'a point de communication dans le grand
feu, avec l'étain, ni avec le fer: mais qu'il
les laisse & les chasse arrière de soi aussi noirs
& aussi sales qu'auparavant, sans aucune amélioration,
comme il est connu de tous. Or voici
ce que peut faire le plomb commun, lors
qu'on a uni & mêlé avec icelui quelque mine
ou autre chose semblable, qui tienne d'or
ou d'argent, & qu'ils sont ensemble sur la coupelle;
le plomb entre dedans la coupelle
avec les scories & les impuretés de ces minéraux,
& ainsi l'or ou l'argent demeurent seuls
sur la coupelle; c'est ce que les mineurs appellent
affiner. Voici comme cela se fait. Cela
arrive à cause que l'or & l'argent sont naturellement
lavés, dépouillés & nettoyés de
leur soufre superflu: c'est pourquoi ils ne
se mêlent plus radicalement avec les métaux
imparfaits, qui sont remplis d'un soufre
grossier, impur, & non mûr: Il est vrai
néanmoins qu'ils se mêlent volontiers avec
eux par le moyen de la fonte, mais aussitôt
@
16 La quatrième Partie.
que ce mélange est dans le feu, le soufre
combustible du métal commun, travaille sur
son propre mercure, & le réduit en scorie, &
cette matière impure entre dans la coupelle
par la violence du feu, si elle est bien faite, par
ce qu'elle est poreuse, & ainsi elle se sépare du
métal pur: ce qui n'arrive pas, si le mélange
est mis sur un têt qui soit fait de bonne terre
compacte, bien cuite, & permanente au feu;
car quoi que cette matière impure se sépare
du pur métal, si est-ce qu'elle n'entre point
dans le têt, mais elle demeure dessus en scorie
vitrée, cassante & vilaine; ce qui ne se fait pas
dans les coupelles, parce qu'elles sont poreuses,
étant faites des cendres des bois légers &
poreux & des os calcinés. Et ainsi le feu convertissant
peu à peu le plomb qui était avec
l'or ou avec l'argent, en scorie ou en litharge,
avec les matières des métaux imparfaits
qui étaient avec, le tout s'insinue & pénètre
dedans le corps de la coupelle, & ainsi le fin or
ou le fin argent demeure tout seul au-dessus.
Car la nature du plomb est telle, que s'il est
mis sur un vaisseau plat qui reçoive la chaleur
d'en haut, & qu'il soit froid par le bas, qu'il
se change tout en litharge: mais s'il est mis
sur un bon têt de terre fixe, compacte & permanente
au feu, il se change finalement en une
terre jaune transparent, s'il n'y a point d'autre
métal mêlé, après avoir été litharge: que
s'il est mêlé de quelqu'autre métal, comme
cuivre, fer, ou étain, le verre se colore, vert,
rouge, noir ou blanc, selon le plus ou le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 17
moins, du métal qui était mêlé avec le
plomb: mais si cela se fait sur une coupelle
faite de cendres légères, la litharge ou la scorie
trouvant des pores, elle se fourre dedans,
jusqu'à ce que tout le plomb soit entré, ce
qu'il n'aurait pas fait, s'il n'était pas devenu
litharge, mais il serait demeuré au-dessus. Ainsi
l'affinage n'est autre chose que la conversion
& le changement du plomb, & de l'addition
du métal ou de la mine imparfaite, en scorie
qui entre dans la coupelle, & l'or ou l'argent,
qui sont de leur nature fixes & purs, & qui ne
peuvent passer en scorie; demeurent derrière
en leur perfection.
Mais peut-être que ce discours te semblera
superflu, d'autant que cet examen métallique
se voit par tout le monde. A quoi je réponds,
qu'il n'est pas superflu, d'autant que beaucoup
d'examinateurs errent dans l'opinion
qu'ils ont, que le plomb corporel entre dans
la coupelle avec les imparfaits, sans être converti
en litharge, pour ce qu'il en est derechef
tiré étant corporel: Ce discours n'est pas en
leur faveur, vu qu'ils ne travaillent que par
coutume, sans nulle discrétion, mais bien en
faveur de ceux qui recherchent incessamment
les secrets de la Nature, & cet examen Philosophique.
Or ce n'est pas ici qu'il faut découvrir ce
que c'est que l'examen philosophique, par le
moyen duquel on tire plus d'or & d'argent
que par cette voie ordinaire: car il suffit d'en
avoir montré la possibilité, & il n'est pas à
@
18 La quatrième Partie.
propos que tout le monde en ait la connaissance.
Sache pourtant, que si tu entends
bien la préparation du plomb, étain, cuivre &
fer, les rendant propres à cette union radicale
qui se fait par le moyen de la susdite eau de
Saturne, en sorte qu'ils puissent ensemble
supporter la force du feu, tu sépareras & attireras
l'or & l'argent des métaux imparfaits,
& le laisseras dans la coupelle avec profit, autrement
tu n'en auras que peu ou point. Car
ce n'est rien faire, que de les examiner avec le
plomb par la voie commune, & de les réduire
en scories, d'autant que l'étain & le fer qui
abondent en or & argent, ne durent pas avec
le plomb dans la violence du feu, mais sont
élevés en forme de peau ou scories, à cause
de leur soufre superflu, ou comme une
graisse qui nage sur l'eau, sans aucune séparation,
sinon que ce soit de l'étain & du fer
qui aient acquis l'or ou l'argent, dans la première
fonte qui en a été faire. Par ce moyen
il arrive quelquefois à un ignorant de faire
une bonne épreuve, mais n'en sachant pas
la cause, il ne la peut faire une seconde fois.
Si les Chimistes & Examinateurs pesaient
bien la chose, & considéraient comment le
plomb examiné, privé de son argent, & tiré
de la coupelle, contient néanmoins encore
de l'argent, ils établiraient un bon fondement,
sans lequel tout le travail qui se fait sur
les métaux imparfaits, est inutile. Voilà touchant
cet examen Philosophique connu de
peu de gens. L'autre commun est trop connu
@
Des Fourneaux Philosophiques. 19
pour en parler.
Lazarus Ercker en a traité à
fond. Il y aussi une autre sorte d'examen des
minéraux, laquelle se fait sans plomb, avec
du verre de Venise, ou autre bon fusible, dans
lequel on mêle un grain ou deux de minerai
pulvérisé, avec demie-once de verre pulvérisé,
on les mêle dans un creuset, on les fond,
puis on les verse: & par ce moyen le verre
attirera & dissoudra le minéral, lequel en sera
coloré, ce qui marquera le métal qui est contenu
dans la minière, & donnera lieu à un examen
plus fort par le moyen de Saturne, le premier
n'ayant été que pour reconnaître. Et
c'est la bonne épreuve des minéraux les plus
durs, & presque invincibles, comme sont la
pierre hématite, le *mery, & grenat, le talc
noir & rouge, abondant souvente fois en or &
en argent, ne se pouvant jamais mêler avec
le plomb, à raison de quoi ils sont méprisés,
& souvent jetés, quelque abondance d'or &
d'argent qui soit en eux, d'autant qu'ils ne
peuvent pas être éprouvés: ce qu'ils feront
par la susdite voie, tellement qu'ayant découvert
les trésors qui étaient cachés en eux, tu
les pourras traiter avec plus d'assurance, &
les perfectionner. Or voici comment les couleurs
marquent ce qu'ils contiennent.
Le verre représentant un vert de mer, signifie
le pur cuivre: mais un vert de couleur
d'herbe, signifie que le cuivre & le fer y sont
mêlés: le verre de couleur obscure signifie le
fer: tirant sur le jaune, l'étain: jaune doré, ou
couleur de rubis, signifie l'argent: la couleur
Note du traducteur :
*mery: béryl?.
@
20 La quatrième Partie.
bleue ou de saphir, signifie l'or tout pur: la
couleur d'émeraude signifie l'or & l'argent
mêlés, la couleur d'améthyste signifie l'or,
l'argent, le cuivre & le fer mêlés. Le verre
rend aussi quelquefois d'autres couleurs, selon
la diversité du poids des métaux qui sont
mêlés ensemble, ce qui se connaîtra par l'usage,
& pas l'épreuve qu'il faut faire avec le
Saturne.
Il se fait aussi une autre épreuve avec salpêtre,
avant que d'en venir à la dernière, &
dans cette épreuve principalement l'étain, le
fer & le cuivre donnent largement leurs trésors,
lesquels ils ne veulent pas donner dans
l'examen fait avec le plomb: ce qui n'est pas
une marque de disette, mais que Saturne n'est
pas le véritable juge des métaux: car s'il l'était,
il en attirerait également les trésors,
tant en grande qu'en petite quantité. Ensuite
est l'épreuve par le nitre.
Mêle une partie de soufre: 2. de tartre
pur, & 4. de nitre purifié. Puis prends une
once de ce mélange, une drachme du métal
ou du minéral brisé. Mêle-les; & les mets
dans un creuset, leur appliquant un fer chaud
ou un charbon ardent: ce mélange s'enflammera,
& donnera un feu très véhément, lequel
réduira ce minéral en scorie: tout ce qui
ne sera pas réduit en scorie, il le faut mêler
derechef avec le mélange susdit, & le brûler
tant que le tout soit consumé par le feu. En
après fait couler dans un fort creuset ces scories,
ou sel contenant en soi le métal qui a
été
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
été dévoré, tant qu'il se change en verre, lequel
étant versé, on trouve un petit grain d'or
ou d'argent provenant du minéral ou métal
éprouvé. Ce travail étant dûment exécuté
te donnera du plaisir, mais non pas du profit
d'autant qu'il ne se peut faire en grande quantité.
C'est pourquoi cette sorte d'épreuve n'a
été mise ici que pour faire voir que presque
tout étain, fer, & cuivre, contiennent de l'or
& de l'argent, quoi qu'ils ne le donnent pas
dans la coupelle.
Or il ne faut pas croire que ce soit une transmutation,
vu que ce n'est qu'une séparation,
c'est pourquoi tu dois penser à leur différence.
Prends garde de n'allumer pas ce mélange par
le bas, mais par le haut, de peur de la fulmination.
Les métaux qui sont aisément fusibles, sont
aussi éprouvés par le mélange suivant. Prends
une partie de raclure de bois de *tillet sec, deux
parties de soufre, huit ou neuf parties de
nitre pur, fait
stratum super stratum dans le
creuset, & prends pour 11. ou 12. parties de ce
mélange, une partie du minéral brisé très
subtilement, & l'allume, lors la mine fondue
donnera un grain, lequel sera de l'or pur, ou
de l'argent.
Si la mine n'est pas trop impure, l'impureté
étant consumée par le feu véhément, & si cette
épreuve n'est pas pour ton profit, elle est
néanmoins rationnelle, & peut être pour ton
instruction.
4. Part.
C
Note du traducteur :
*tillet: Tilleul?.
@
22 La quatrième Partie.
De la fonte des mines & métaux.
L A fonte de ceux-ci en grande quantité n'est pas pour cet endroit, d'autant que
cela ne peut être fait par ce fourneau; mais il
en est parlé assez amplement dans les écrits
des autres, concernant les minéraux.
De la séparation des métaux.
C 'Est ici un art très ancien & profitable, par lequel un métal peut être séparé de
l'autre: & il se fait pour la plupart de quatre
façons, savoir par l'eau forte, par le cément,
par le flux avec le soufre, & plomb, & enfin
par l'antimoine: lesquelles façons ont été clairement
& distinctement décrites par ce fameux
Lazarus Ercker, à la description duquel
il n'y a rien à redire, quoi qu'on y pourrait
joindre quelque chose, mais n'étant pas de
peu d'importance, il serait superflu d'en parler
en ce lieu.
Et cette séparation consiste en trois principaux
métaux, qui sont or, argent, & cuivre: il
ne fait nulle mention des autres métaux, &
deux des quatre susdites façons sont en usage,
comme étant aisées, savoir par l'eau forte, &
par ciment: les autres deux sont communément
négligée, qui sont par le bénéfice de la
fonte avec le soufre, & le plomb, & aussi
par l'antimoine: ce qui est admirable, d'autant
que les métaux sont plus aisément séparés
par ces deux voies que par l'eau forte, & par le
@
Des Fourneaux Philosophiques. 23
ciment, supposant une grande perte, laquelle
ne provient pas du soufre & de l'antimoine;
Mais l'ignorance de l'artisan, qui ne connaît
pas la nature du soufre, & de l'antimoine,
doit plutôt être blâmée à cause qu'il ne connaît
pas comme il s'en faut servir. Et comme
cela il laisse la plus aisée voie de séparation;
mais il faut que je confesse, que je ne voudrais
pas faire la séparation avec eux sans ce fourneau,
d'autant que par cette façon commune
de fourneaux & soufflets, la puanteur du soufre,
& de l'antimoine, offense le foie, les
poumons, le cerveau, & le coeur; il est reçu
par le nez au dommage de la santé: à cause de
quoi je ne m'étonne pas si ces deux façons
qui requièrent une diligence plus grande que
les deux précédentes par l'eau forte, & par le
ciment sont rejetées: mais ce fourneau étant
connu, avec lequel on peut fondre sans danger,
je ne doute pas que les 2. façons dernières
ne prévalent, comme plus profitables; Car
celui qui connaît l'antimoine, non seulement
séparera l'or de toute addition, plus aisément,
à peu de frais, sans en rien perdre, lequel sera
plus promptement affiné, mais encore il séparera
plus aisément l'argent doré, que par le
soufre, plomb & en grande quantité, sans
perte de l'or ni de l'argent.
C'est ici la meilleure & la plus aisée séparation
de l'or & de l'argent, laquelle se fait par
le bénéfice de la fonte, ne requérant autre dépense
que les charbons; car l'antimoine a autant
d'or en lui qu'il peut valoir, ce qui sera le
C ij
@
24 La quatrième Partie.
profit du séparateur; je veux que tu saches
ceci, que l'antimoine peut être séparé derechef
de l'or, & de l'argent, non par la façon
commune des soufflets, mais d'une façon particulière
par laquelle l'antimoine est préservé,
de telle façon qu'il pourra servir derechef au
même usage, de quoi je veux traiter en un autre
endroit. Outre les susdites quatre façons,
il y en a une autre qui est la meilleure de toutes,
qui se fait par l'esprit nitreux du sel, nommément
de cette manière.

. Esprit de sel (préparé par notre premier
ou second fourneau) & y jette du nitre
qui se dissolue dedans, auquel mettras des
grains d'or & d'argent mêlés & du cuivre;
mets cela dans une cucurbite sur le sable chaud
à dissoudre, & l'or & le cuivre se dissoudront
ensemble, & l'argent sera laissé en bas du verre;
verse la dissolution par inclination, sur laquelle
mets quelque chose pour précipiter
l'or, & les fais bouillir ensemble; & le pur or
se séparera & se précipitera comme de très fine
farine, servant pour les écrivains & pour
les peintres, le cuivre étant laissé dans l'eau; lequel
précipiteras s'il te plaît hors de l'eau, mais
il est meilleur de tirer l'eau dehors, laquelle
servira derechef pour le même usage, si l'or
précipité est lavé & séché, il donnera dans la
fonte (par où rien n'est perdu) le meilleur &
pur or qui se puisse, car l'or fin ne saurait être
fait par l'eau forte, ni par l'antimoine.
C'est pourquoi c'est ici la meilleure façon
de toutes non seulement pour le peu de frais,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
mais pour la facilité & pour avoir le meilleur
or de tous.
Ensuite prends l'argent calciné qui est dans le
verre & le sèche, ce fait, fais fondre un peu de
sel de tartre dans un creuset, & mets ton argent
affiné peu à peu dedans avec une cuillère,
& il se réduira incontinent en corps sans
aucune perte. Tu peux aussi faire bouillir cette
chaux avant la faire sécher, quand tu la
tires hors du verre avec de la lie de sel de tartre,
tant que toute l'humidité soit évaporée:
& fondre ce qui reste: par où aussi rien ne se
perd. Sans ce médium l'argent calciné (par
l'eau régale) n'est point fusible de lui-même,
se tournant en une matière cassante, comme
une corne, étant blanche, ou d'une couleur
mêlée entre blanc & jaune: c'est pourquoi
les Chimistes l'appellent la corne de Lune, ou
Lune cornue: laquelle beaucoup ce sont essayés
de réduire en corps, de laquelle réduction
nous avons déjà parlé. Si tu n'as point
d'esprit de sel, prends de l'eau régale faite d'eau
forte & de sel armoniac, laquelle fait les mêmes
effets, mais est plus chère. Cette manière
est aussi préférable à toutes les autres, parce
qu'elle est propre à la séparation de quelque
or que ce soit, pourvu qu'il surpasse en poids
la Lune; ce qui est absolument nécessaire dans
la solution qui se fait par l'eau régale.
Mais afin que tu voies la prérogative de cette
séparation; remarque un peu quand tu sépares
par l'eau de départ, ou eau forte, il faut
justement que tu mettes deux ou trois parts de
G iij
@
26 La quatrième Partie.
fin argent, contre une de ton or bas: là où
il faut la peine & les frais pour affiner l'argent
pour le fondre & grenailler avec l'or: après
une grande quantité d'eau forte pour dissoudre,
précipiter, édulcorer, sécher, & fondre
une grande quantité d'argent. Considère, je te
prie le travail & les frais de ma séparation,
avec la vulgaire. Quand tu sépares par ciment,
il est besoin d'avoir des boëtes, & un feu continuel
d'un degré, lequel travail est ennuyeux,
à cause du temps & de la dépense pour les
charbons, & doit être fait deux ou trois fois,
eu égard au mélange des scories. Or considère
derechef la peine & les charges de ces deux
séparations. Quand tu sépares par le soufre
& par l'antimoine qui est la meilleure façon,
sans beaucoup de frais, si tu connais comme
quoi il faut séparer l'or de l'antimoine sans
souffler; mais aussi ennuyeuse, à cause de la peine
trois fois plus grande que celle de la nôtre,
& à cause de la difficile séparation de l'or & de
l'argent des scories de l'antimoine. C'est pourquoi
pense bien de quelle façon de séparation
tu désires te servir, certainement tu choisiras la
mienne.
Cette façon de séparation a aussi cet avantage,
qu'elle n'a pas besoin d'argent affiné, par
la brûlure, mais seulement de le mettre en grenaille,
le dissoudre, ou séparer par le moyen de
l'eau forte, & quoi que le cuivre mêlé avec
l'argent emporte beaucoup, néanmoins par le
moyen de ce sel il est plutôt précipité: par ce
moyen l'argent doré est plutôt séparé; l'or
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
étant dissous par l'esprit nitreux, & précipité
avec la susdite matière précipitante. Pour la
séparation de l'argent doré, elle se fait par le
moyen de la fonte. Il n'y en a point de plus aisée
à faire que celle qui se fait par le soufre
& par l'antimoine. Car les choses manuelles
étant connues, une grande quantité est séparée
en peu de temps; mais ne connaissant pas
comme il se faut servir de l'antimoine, & du
soufre (pour laquelle chose notre fourneau
est propre) laisse le, & te sert de la façon commune,
c'est pourquoi ne jette pas ta faute sur
mes écrits, que je n'ai mis au jour que pour
ton profit.
La séparation des métaux imparfaits.
L A façon de séparer l'étain du plomb, & le cuivre du fer, sans perte d'aucun des
deux métaux, n'a pas encore été connue, &
me semble impossible, à cause de la combustibilité
des deux métaux, & superflue pour le
peu de profit qui ne regarde pas la dépense.
On a cherché longtemps inutilement la façon
de séparer l'or & l'argent de l'étain sans
perte. Mais si on examine bien la chose, on
trouvera la possibilité. Et bien que je n'en aie
jamais fait l'épreuve en grande quantité; m'étant
contenté de la précipitation en petite
quantité, je crois pourtant que cela pourrait
réussir en grande quantité, & même avec
beaucoup de fruit, par le moyen d'un fourneau
particulier, dans lequel l'or & l'argent
C iiij
@
28 La quatrième Partie.
étant précipités avec le plomb ou
halb Kopf,
par un feu très véhément, l'étain est séparé,
jusques à la dixième partie, & ce résidu doit
être particulièrement réservé. Après quoi il
faut précipiter de nouvel étain dans le susdit
fourneau, & le séparer jusques au résidu du
Régule, lequel doit être ajouté au premier
qui avait été reserué. Et il faut réitérer ce
travail tant qu'on ait une suffisante quantité
de régules qui remplisse le fourneau, laquelle
quantité il faut derechef précipiter;
d'autant que par ce moyen l'or & l'argent sont
réduits à l'étroit, tellement qu'ils sont par
après facilement séparés de l'étain superflu. Je
crois que cette séparation sera fructueuse, lors
qu'il y a peu de déchet du poids, qui s'en va
en cendres & fumée, & l'addition du plomb
ou
halb Kopf n'est pas nuisible, pour ce que
l'on a accoutumé d'ajouter l'étain au plomb
halb Kopf, & est derechef séparé. C'est pourquoi
il est bon de séparer la vieille vaisselle, à
cause du mélange du plomb &
halb Kopf, &
d'en précipiter l'or & l'argent avec l'addition
du sel, & lors on peut ou vendre ou travailler
derechef le résidu qui n'a été nullement altéré
par le
halb Kopf, ce qui à mon avis n'est
pas un petit avantage.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 29
De la perfection des métaux.
C Ette question n'est pas aisée à décider, vu la diversité des opinions de tant de
Siècles, de sorte que la plupart des hommes
ne veulent pas croire la vérité qui a
été publiée par les Philosophes. La principale
raison est, que de cent, à peine s'en trouve-t-il
un qui ne soit réduit à la pauvreté par ce travail.
C'est pourquoi on ne saurait blâmer
les incrédules, là où il n'y a pas apparence de
vérité.
L'expérience néanmoins prouve la possibilité
par le moyen de l'art & de la Nature, quoi
que les exemples soient fort rares. Mais quelle
absurdité serait-ce de nier le Ciel & l'Enfer
pour ne les avoir jamais vus? Mais tu me diras
qu'il le faut croire, pour ce que les Prophètes
& les Apôtres nous l'ont révélé; & qu'il
n'en est pas de même de la tradition des Philosophes.
A quoi je réponds, que tous les
Philosophes n'ont pas été Païens, & que
beaucoup de Chrétiens ont écrit touchant
cet art, outre que parmi les Païens il y en
eut de fort gens de bien, qui eussent cru à
l'Evangile, s'il leur eût été annoncé, & qui
ne sont pas si blâmables que nous, qui faisant
profession du Christianisme par nos paroles, le
nions par nos oeuvres. Pourquoi eussent-ils
voulu nous abuser par des mensonges & par
des sottises, dont ils ne pouvaient espérer aucun
profit? vu que même la plupart ont été
@
30 La quatrième Partie.
des Princes fort puissants. Parmi les Chrétiens
il y en a plusieurs qui ont assuré la
vérité de cet art fort religieusement, tels qu'ont
été de grands Prélats, comme Saint Thomas
d'Aquin, Albert le Grand, Lulle, Arnaud, Roger
Bacon, Basile, &c. Comment se peut-il faire
que des hommes pieux eussent voulu abuser
& jeter dans l'erreur la postérité? quand
même les écrits de ces illustres personnages
ne seraient pas en lumière, il y aurait des témoignages
vivants pour la confirmation de cette
vérité. Et je ne doute point qu'il n'y ait des
gens qui possèdent la connaissance de l'art, sans
le publier. Car qui serait l'insensé qui se voudrait
découvrir au monde, pour n'en avoir autre
récompense que de l'envie? quelqu'un me
demandera peut-être pourquoi je prends le
parti de l'art avec tant de chaleur, comme si
j'avais vu ou fait quelque chose? Il est vrai
que je n'en sois jamais venu à la projection, &
que je n'ai point vu de transmutation; toutefois
je suis certain de la vérité, d'autant que
par le moyen du feu j'ai souvent tiré de l'or &
de l'argent des métaux, avec ceux qui ne laissent
aucun or, ni argent dans la coupelle. Ce
n'est pas que par là je veuille entendre qu'un
métal perfectionne l'autre, ou le change en
or & argent. Mais voici mon sentiment:
Comme dans le règne des végétaux l'eau
mondifie l'eau, ou le suc par la cuisson, ce qui
arrive dans la purification du miel & du sucre,
ou autre suc végétable, avec de l'eau commune,
& des blancs d'oeufs: il faut avoir la même
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
opinion des sucs minéraux, ou des métaux,
desquels si nous connaissons l'eau & le blanc
d'oeuf propres & convenables à les purger,
nous pourrons sans doute ôter leur impureté,
& réduire de puissance en acte leur or & leur
argent qui est caché en eux comme dans des
cosses noires. Ce qui ne serait pas une transmutation
de métaux, mais seulement une extraction
d'or & d'argent de parmi les ordures.
Tu me demanderas comment l'or & l'argent
se peuvent tirer du cuivre, fer, étain, & plomb
par le moyen de ce lavement, vu qu'il ne s'y
en trouve point par l'épreuve des coupelles?
Nous avons ci-dessus répondu, que l'épreuve
des coupelles n'est pas suffisante pour toutes
sortes de métaux; c'est pourquoi je renvoie
le Lecteur au Livre de Paracelse de la
vexation des Alchimistes, où il trouvera un
autre lavement & purification des métaux, laquelle
n'a pas été comme des anciens mineurs.
Pour exemple: Le mineur trouvant une mine
de cuivre se sert de la méthode qu'il tient des
anciens, & suivant icelle, il la purifie & réduit
en métal: il la brise premièrement en morceaux,
& la brûle pour en ôter le soufre superflu,
puis par la force de la fonte il la réduit
en pierre, laquelle il met derechef au feu, &
par l'addition du plomb, la prive de son or &
argent; ce qui étant fait, il la noircit, puis enfin
la rougit & réduit en cuivre, & par son
dernier travail le rend malléable & propre au
débit. Ensuite le Chimiste tente une autre
séparation, par le moyen de laquelle il en tire
@
32 La quatrième Partie.
l'or & l'argent. Ce que peu de gens savent
pratiquer. Le même Paracelse dit au même
endroit, que Dieu a donné à certaines personnes
une voie plus facile & plus prompte de
séparer l'or & l'argent des métaux imparfaits,
sans la culture des mines, par le moyen de l'art,
laquelle il n'enseigne pas ouvertement, mais il
assure qu'il l'a suffisamment montrée dans
les 7. règles du Livre, auquel il traite de la nature
& propriété des métaux, où tu la peux aussi
trouver.
Cette purification des métaux imparfaits
me semble la plus aisée, laquelle j'ai souvent
éprouvée en petite quantité. Et je ne doute
point que Dieu n'en ait encore montré d'autres
voies à d'autres Artistes par le moyen de
la Nature. Pour exemple. Si quelqu'un purgeait
quelque fruit de la terre de ses fèces par
la distillation, de sorte qu'étant dépouillé de
ses impuretés il parut au jour avec un corps
nouveau, & transparent: comme si quelqu'un
distillait par la retorte l'ambre noir & impur,
il se ferait par le feu une séparation de l'eau, de
l'huile, de l'empyreume du sage, du sel volatil,
la tête morte restant au fond de la retorte. Et
par ce moyen en peu de temps, sans beaucoup
de frais, l'ambre serait notablement altéré &
corrigé, quoi que l'huile soit impure & fétide:
que si on la distille derechef avec quelque eau
mondifiante, comme l'esprit de sel dans une
retorte de verre neuve & bien nette, il se fera
une nouvelle séparation, & l'huile en sortira
beaucoup plus claire, les fèces demeurant au
@
Des Fourneaux Philosophiques. 33
fond de la retorte avec la puanteur, & l'on
peut derechef par deux ou trois fois la rectifier
avec de nouvel esprit de sel, tant qu'elle parvienne
à la clarté de l'eau, & a une odeur agréable
pareille à celle du musc & de l'ambre.
Cette transmutation d'une chose dure en fait
une molle liquide, & oléagineuse, laquelle
toutefois peut derechef être coagulée, & reprendre
sa première forme, en la manière suivante.
Prends de l'huile susdite parfaitement
purifiée, ajoutes y de nouvel esprit de sel,
mets-là en digestion, & elle attire assez de sel
pour sa coagulation & pour acquérir la dureté
de l'ambre d'une couleur excellente &
diaphane, dont demie once sera plus précieuse
que des livres entières de l'ambre noir; dont
à peine dans la purification a-t-il resté la huitième
ou dixième partie, les impuretés superflues
en étant ôtées.
C'est ainsi qu'il faut procéder à la purification
& correction des métaux, pourvu qu'on
eût connaissance de la manière de les purifier
par la distillation, sublimation, & re-coagulation.
Mais tu me diras que les métaux ne
peuvent pas être purifiés par la distillation de
même que les végétaux. A quoi je ne veux
qu'opposer notre premier fourneau, qui n'a
pas été inventé pour les rustiques, mais bien
pour les Chimistes qui travaillent à la purification
des métaux. Et comme le moyen de les
perfectionner a été prouvé par deux exemples,
ainsi montre qu'on les peut aussi perfectionner
par la fermentation. Car comme le ferment
@
34 La quatrième Partie.
nouveau peut fermenter les sucs végétables,
lesquels sont purgés de leurs fèces, comme
il se voit dans le vin, bière & autres liqueurs,
dont la perfection ne se fait que par la
fermentation, sans laquelle ils ne pourraient
pas durer longtemps, comme ils font par
après durant quelques années; pareillement si
nous savions les fermentations propres des
métaux: certes nous pourrions les purger &
perfectionner, de sorte qu'ils ne seraient plus
sujets à la rouille, & résisteraient au feu, & à
l'eau, étant nourris & élevés dans le feu, &
dans l'eau. Aussi le monde qui périt autrefois
par l'eau, doit périr par le feu, & il faut que
nos corps se pourrissent, & soient clarifiés par
le feu, avant que de venir devant Dieu. Voilà
pour la fermentation des métaux, lesquels sont
aussi purifiés & corrigés à la façon du lait exposé
à la chaleur, dont la meilleure partie, qui
est la crème dont se fait le beurre, est séparée
en haut de la sérosité du fromage: & plus le
lieu est chaud, plus est hâtée la séparation. Il
en est de même de celle des métaux: lesquels
étant mis en un lieu de chaleur convenable
(je suppose qu'ils aient été auparavant réduits
en substance de lait) sont séparés d'eux-
mêmes sans addition d'aucune chose étrangère
par succession de temps, les parties les plus
nobles se séparant des moins nobles, & découvrant
un grand trésor. Et comme en Hiver
faute de chaleur le lait ne se sépare qu'avec
difficulté, il en est de même des métaux, s'ils
ne sont pas aidés par le feu. Cela se voit dans
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
le fer, lequel à la longue se convertit en or
sous la terre sans l'assistance de l'art. Car on
trouve souvent des mines de fer remplies de
petites veines d'or très agréables à la vue, lesquelles
ont été séparées d'un soufre grossier
terrestre, & *immeur, par la force de la chaleur
centrale. Et dans ces mines ordinairement
il ne se trouve point de vitriol du tout, qui soit
séparé de son contraire, & perfectionné. Or
il faut un longtemps pour faire cette séparation
souterraine, laquelle l'art peut faire en
peu de temps, comme nous faisons le beurre
durant l'Hiver, exposant le lait à la chaleur
pour en séparer la crème en peu de temps; ce
que nous avançons par la précipitation faite
avec des acides mortifiant le sel urineux du
lait; & par ce moyen tous les principes sont
séparés chacun à part, savoir le beurre, le fromage,
& la sérosité. Ainsi en peu d'heures se
peut faire la séparation, laquelle autrement
sans les acides ne se ferait qu'en l'espace de plusieurs
semaines. Si cela est possible dans les
végétaux & dans les animaux, pourquoi ne le
fera-t-il pas dans les minéraux? pourquoi dans
le fer, dans le plomb, dans le cuivre, & dans l'étain,
ne se trouvera-t-il pas de l'or & de l'argent,
quoi qu'ils ne paraissent pas? Pourquoi
veut-on ôter toute sorte de bonté aux métaux
imparfaits, puisqu'on l'accorde aux végétaux,
& aux animaux qui ne les égalent pas en
durée? La Nature cherche toujours la perfection
de ses ouvrages; or les bas métaux sont
imparfaits, pourquoi donc l'art n'aidera-t-il
Note du traducteur :
*immeur: Non mûr.
@
36 La quatrième Partie.
pas la Nature pour les perfectionner? Mais il
faut particulièrement remarquer le lien des
parties métalliques, lequel étant rompu, les
parties sont séparées. Le sel urineux est le lien
des parties qui composent le lait, lequel doit
être mortifié par l'acide, qui est son contraire,
pour la séparation. Or les parties du fer
sont liées par le sel vitriolé, lequel doit être
mortifié par son contraire, qui est le sel urineux
ou nitreux, pour la séparation. Celui donc qui
saura ôter le sel superflu du fer, soit par la
voie humide, ou par la sèche, il aura sans doute
un fer qui ne sera pas aisément sujet à la
rouille. Le feu aussi a une puissance incroyable
dans la transmutation des métaux. L'acier ne
se fait-il pas du fer par le moyen du feu, & le
fer de l'acier par un procédé différent? L'expérience
journalière nous apprend les diverses
transmutations & corrections par le moyen du
feu. Pourquoi le Chimiste expérimenté n'en
fera-t-il pas autant? qui aurait jamais cru qu'il
y eut un oiseau vivant caché dans un oeuf, &
dans le grain une herbe qui dût avoir des
feuilles, des fleurs, & de l'odeur? Pourquoi
donc les métaux *embryonnés qui n'ont pas
encore atteint leur perfection, ne pourront-ils
pas l'atteindre par l'assistance de l'art? Une
pomme verte & non encore mûre, n'est-elle
pas mûrie par la chaleur du Soleil? C'est à
quoi des esprits curieux ayant pris garde, ils
ont imité la Nature, & trouvé que certains métaux
qui n'étaient pas encore détruits par la
violence du feu, sont devenus plus riches &
plus
Note du traducteur :
*embryonnés: Métaux embryonnaires (voir Livre 4. Page 56. Ligne 6.)..
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
plus précieux par une douce chaleur; de sorte
qu'étant fondus après la digestion, ils ont
donné le poids double d'or & d'argent. Moi-
même j'ai vu une mine de plomb commune
mise en digestion par la manière susdite, laquelle
n'en devint pas seulement plus riche en
argent; mais encore il se trouva qu'elle contenait
de l'or, qu'auparavant on ne luit avait
point trouvé dans l'examen ordinaire. Et ce
travail peut être fait même en grande quantité,
ce qui apporterait indubitablement beaucoup
de profit à ceux qui possèdent des mines
de plomb. Or sache que toute mine de plomb
ne devient pas riche d'or par ce moyen, mais
que l'expérience nous fait voir, qu'elle est
toujours riche d'argent.
Il y a mille autres secrets qui paraissent incroyables
aux ignorants. Que si nous étions
plus curieux à feuilleter le Livre de la Nature
que Dieu même a écrit de sa main propre
dans les pages des 4. Eléments, nous découvririons
beaucoup d'autres merveilles: mais les
arts & les richesses ne s'acquièrent pas par l'oisiveté:
au contraire, par le travail & par l'industrie.
C'est pourquoi prie & travaille. Les
métaux se perfectionnent aussi par le moyen
de la graduation semblable au germe. Car il
est évident qu'un greffon d'un bon arbre mis
sur un sauvageon, fait qu'il porte ensuite des
fruits non sauvages, mais excellents, convenables
à l'espèce de l'arbre dont le greffon a été
pris. Comme l'on voit dans le fer qui a été
dissous dans un esprit acide, fermenté par
4. Part.
D
@
38 La quatrième Partie.
Vénus, & transmué en cuivre: Et par ce moyen
le cuivre serait transmuable en argent, l'argent
en or, si l'on connaissait bien la manière d'approprier
la fermentation; de même que la
chaleur naturelle change dans l'estomac la
nourriture par la digestion, faisant dans celui
d'un cheval ou d'un boeuf de la chair, de l'herbe
qu'ils ont mangée.
Les meilleures parties peuvent aussi être séparées
des plus viles par la vertu attractive des
semblables, comme il se voit dans un métal
abondant en soufre, auquel si on ajoute
du fer dans la fonte, le soufre quitte son métal,
qui est rendu plus pur par ce moyen, & s'associe
avec le fer, avec lequel il a une plus grande
affinité, & familiarité qu'avec son propre
métal. Pour exemple, si on ajoute du fer dans
le flux d'une mine de plomb abondant en soufre,
le métal fondu est rendu malléable, lequel
autrement fût sorti de la mine, noir &
friable. Et si nous avions encore connaissance
de quelqu'autre chose pour ajouter à la fonte
des métaux malléables, pour en ôter le soufre
superflu, *immeur & combustible, sans
doute on les rendrait encore plus. Faute de
cette connaissance les métaux demeurent dans
leur impureté naturelle. Et certes Dieu a bien
fait de nous la cacher, comme il a toujours
bien fait dans le reste de ses oeuvres. Car si les
avares en savaient le secret, ils achèteraient
tout le plomb, étain, cuivre & fer pour en séparer
l'or & l'argent, tellement que les pauvres
gens rustiques à peine trouveraient-ils des
Note du traducteur :
*immeur: Non mûr.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
instruments métalliques qui leur sont nécessaires.
Ainsi Dieu n'a pas voulu que tous les métaux
fussent changés en or.
Après avoir donné la similitude d'ôter le
soufre superflu de certains métaux dans la
fonte, pour conserver les parties les plus pures;
aussi on donne une autre manière de séparer les
parties pures d'avec les impures, par la force
attractive des semblables, les parties impures
hétérogènes étant rejetées. Ce qui peut
être démontré, tant par la voie humide, que
par la voie sèche. Exemple de la voie humide.
Si on ajoute du mercure vif à de l'or ou à de
l'argent impur dissousadans son propre menstrue,
ce mercure attire à soi l'or & l'argent
invisible mêlé dans l'impureté, & s'associe celui
qui est le plus pur. Cette séparation se fait
fort promptement. Le mercure en fait de même
dans la voie sèche: lors qu'une terre contenant
de l'or ou de l'argent est humectée par
une eau acide, & sont broyés ensemble, tant
que le mercure ait attiré la meilleure partie.
Ce qui étant fait, il faut laver avec eau commune
la terre morte qui reste, & après avoir
séché le mercure le séparer de l'or & de l'argent
qu'il avait attirés en le passant au travers
d'un cuir. Or le mercure n'attire de la terre
pour une fois qu'un métal, voire le meilleur,
lequel étant séparé, il en attire un autre la seconde
fois. Pour exemple. S'il y avait dans
une terre de l'or, de l'argent, du cuivre, & de
fer cachés; le Mercure attirerait l'or, la première
D ij
@
40 La quatrième Partie.
fois; la seconde, l'argent, le cuivre & le
fer difficilement, à cause des impuretés; l'étain
& le plomb facilement. Mais l'or plus
facilement que tous les autres, à cause que
l'or par sa pureté, est très semblable au mercure.
Autre démonstration par la voie sèche.
M Ets une coupelle sous la tuile avec du plomb, auquel ajoute un grain de très
pur or, pesé exactement, fait fulminer l'or dans
la coupelle & le plomb entrera dans la coupelle,
laissant l'or pâle dans la coupelle, la cause
de cette couleur pâle n'étant autre que le
mélange de l'argent attiré du plomb par l'or.
Mais tu me diras, que tu sais bien que l'or
fulminé avec le plomb, est rendu plus pâle &
plus pesant, à cause de l'argent qui était dans
le plomb & qui a été laissé avec l'or dans l'examen,
augmentant son poids, & le faisant
pâlir. Mais je réponds, qu'encore que le
plomb laisse quelque peu d'argent dans l'examen
à la coupelle, se mêlant avec l'or qui lui
a été ajouté, augmentant le poids de l'or, &
altérant sa couleur, il se prouve toutefois par
le poids, que le plomb mêlé avec l'or en laisse
plus que sans l'or. Par là on voit donc que
l'on attire des autres métaux son semblable,
qui augmente son poids. L'or fait aussi ce même
effet dans la voie humide: car s'il est
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
dissous dans un menstrue convenable, avec le
cuivre, & mis en digestion, il attire l'or séparé
du cuivre. Lequel travail, quoi qu'il ne se fasse
pas avec profit, néanmoins marque la possibilité.
Mais si on connaissait un menstrue
qui augmentât la force attractive de l'or, &
diminuât la rétentrice du cuivre, sans doute
on en pourrait attendre quelque profit; &
certes davantage, si l'or & le cuivre étaient
fondus ensemble avec un menstrue minéral
sec; par laquelle manière le poids de l'or serait
augmenté selon Paracelse disant, que les
métaux étant fondus ensemble à feu violent
continué quelque temps, les imparfaits s'évanouissent,
& les parfaits demeurent en leur
place.
Ce travail étant dûment fait n'est pas sans
profit. Car j'avoue ingénument, que j'ai
quelquefois essayé de vouloir rendre la Lune
compacte par le moyen de Mars, & dans cette
rencontre l'or m'a donné par le moyen de
Mars un accroissement considérable de bon
or, au lieu de la Lune fixe que je cherchais.
De cette manière il arrive souvent aux Artistes
quelque chose d'inopiné, lors qu'il n'examinera
pas bien la chose. C'est pourquoi travaillant
sur les métaux, prends bien garde quand
tu trouveras quelque augmentation, pour en
rechercher l'origine. Car plusieurs s'imaginent
travaillant longtemps sur la Lune,
& sur Mars avec la pierre sanguine, l'aimant,
l'émeri, la pierre calamine, le talc rouge,
les grenats, l'antimoine, l'orpiment, le
D iij
@
42 La quatrième Partie.
soufre, les pierres à feu, & qui contiennent
de l'or mûr, & *immeur, volatil, & fixe, trouvant
de bon or dans l'examen, que cet or a été fait
par le moyen de la Lune & des minéraux susdits.
Ce qui est faux. Car la Lune a attiré de
ces minéraux l'or volatil qui y était caché. Je
ne veux pas néanmoins nier la possibilité de
la transmutation de la Lune, comme étant
intrinsèquement très semblable à l'or; mais
non pas par le moyen du ciment avec les minéraux
susdits, d'autant que cet or ne provient
point de la Lune, mais des minéraux,
desquels il est attiré par la Lune, Ce travail
est comparé à la semence jetée dans une bonne
terre, dans laquelle pourrissant, elle attire
son semblable par sa propre force, dont il multiplie
au centuple. Or dans cette opération, il
faut humecter la terre métallique d'eaux métalliques
appropriées, ce qui s'appelle incération.
Autrement la terre serait stérile. Il faut
que ces eaux soient amies de la terre, afin
qu'étant unies, elles composent une certaine
graisse. Comme il se voit dans une terre sèche,
& sablonneuse, étant arrosée de la pluie, laquelle
ne peut pas produire des fruits convenables
à la semence, d'autant que la chaleur du
Soleil consume le peu d'humeur qu'elle a, &
brûle la semence: mais si on y mêle du fumier,
elle retient l'humidité, en telle sorte
qu'elle n'est pas si aisément consumée par la
chaleur du Soleil. Par la même raison, il faut
aussi que ta terre & ton eau soient unies, de
peur que ta semence soit brûlée. Si ce travail
Note du traducteur :
*immeur: Non mûr.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
est bien exécuté il ne sera pas inutile, ayant besoin
d'une extrême diligence pour entretenir
la terre de la chaleur, & de l'humeur nécessaire.
Car par la trop grande humidité la terre
est submergée, & si elle en manque, l'augmentation
est empêchée. Cette opération est une
des meilleures par lesquelles je tire l'or & l'argent
des métaux les plus vils, étant nécessaire
d'avoir des vaisseaux qui retiennent la semence
avec la terre & l'eau dans une chaleur convenable.
Je ne doute point que ce travail ne se
puisse faire en grande quantité, croyant fermement
que les métaux imparfaits, & particulièrement
le Saturne, peuvent être mûris en or,
& en argent, & même en une bonne Médecine.
Le Chimiste doit se servir prudemment de
ce don de Dieu qui lui est un grand soulagement.
Dieu ne veut pas que tous ses dons soient
communs: car il m'est arrivé qu'ayant inventé
quelque chose de rare, & le voulant communiquer
à un de mes amis, non seulement
je ne lui pus jamais enseigne, mais encore,
je ne l'ai pu depuis exécuter, pour moi-même.
C'est pourquoi ce n'est pas sans raison
que les autres sont si circonspects à écrire des
choses hautes, d'autant qu'il y en a plusieurs
qui tâchent d'attraper les secrets par toutes
sortes de voies. Il est donc plus sûr de se taire,
& d'obliger le monde à chercher & expérimenter
les peines & les frais qui sont nécessaires
pour les choses hautes & difficiles. Cela
est cause que je prie tous les hommes de quelque
condition qu'ils soient, de ne me plus accabler
d iiij
@
44 La quatrième Partie.
de demandes, comme si j'étais possesseur
de montagnes d'or. Je n'ai jamais fait
d'essai en grande quantité, & j'ai seulement
voulu chercher la vérité & montrer la possibilité.
Un autre pourra faire l'essai en grande
quantité en ayant l'occasion favorable. Pour
moi qui ne l'ai pas, j'attends le secours divin
pour recueillir le fruit de mes travaux.
Les métaux sont aussi altérés par une autre
voie, à savoir par le moyen d'un esprit teignant
& métallique, comme il se voit en l'or
fulminant étant par diverses fois allumé sur
une lame de métal nette & polie, lui imprimant
sans l'endommager une teinture d'or
très profondément, en sorte qu'une aiguille
en peut faire l'épreuve. Il en arrive le même
dans la voie humide, lors que les métaux en
lames étant mis sur un esprit graduatoire fait
de nitre, & de certains minéraux, & étant pénétrés
par ledit esprit, acquièrent une autre
espèce qui lui est convenable. Que si quelqu'un
doute de la graduation métallique faite
avec l'or fulminant, il en sera assuré en allumant
souvent l'or fulminant récent sur une
même lame, car il verra, que ce n'est pas une
apparence de métal doré extérieurement, mais
teint & perfectionné profondément. D'où on
voit clairement l'action & la passion mutuelle
des métaux subtilisés; car la puissance des esprits
est grande & incroyable à celui qui n'est
pas expérimenté. Cette graduation des métaux
inférieurs n'est pas seulement confirmée
par les Philosophes anciens & modernes, mais
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Des Fourneaux Philosophiques. 45
encore par les mineurs qui savent par expérience,
que les vapeurs minérales transforment
les métaux vils & imparfaits en meilleurs,
témoin Lazare Ercker, qui assure
que dans les eaux vertes salées le fer se change
en cuivre naturel & bon; & qu'il a vu une fosse,
dans laquelle les clous de fer, & autres
choses qu'on y jetait, se convertissaient en
bon cuivre par la pénétration de l'esprit de
cuivre. Je confesse que les solutions métalliques
précipitées sur les lames de certains métaux
s'attachent à elles, & leur donnent la
teinture de l'or & de l'argent, ou du cuivre.
Car il est manifeste que le fer jeté dans de
l'eau vitriolaire, ne se change pas en cuivre,
mais attire le cuivre de l'eau; de quoi nous ne
traitons pas ici, assurant la possibilité de la
transmutation métallique par l'esprit teignant
& pénétrant. Et partant j'assure derechef,
que les esprits métalliques ont une grande
vertu. N'est-il pas vrai que les Provinces entières
soient quelquefois détruites par l'inondation
qui emporte les Villes entières? L'air ne
peut-il pas aussi faire d'étranges ravages, lors
qu'étant enclos dans la terre, il excite des tremblements
à quelques milles à l'entour, emportant
les Villes & les montagnes avec la ruine
d'une infinité d'hommes, ce qui se fait naturellement.
Le vent qui est artificiellement excité
par le nitre fait bien d'autres effets. Quoi
que les éléments corporels aient une si grande
puissance, ils ne sauraient toutefois pénétrer
les métaux sans lésion, non plus que les pierres,
@
46 La quatrième Partie.
& le verre qui sont facilement pénétrés par
le feu, dont la force est ouverte & non cachée.
Pourquoi donc aussi les métaux compacts ne
seront-ils pas pénétrés par un esprit métallique
par le secours du feu, & transformés en
une autre espèce comme il a été dit de l'or
fulminant, de l'eau graduatoire? C'est pourquoi
il ne faut pas douter de la vertu de l'esprit
teignant & transmuant les métaux imparfaits
en plus nobles & plus précieux.
Les métaux peuvent aussi être purifiés par
le même moyen que le tartre, le vitriol, & les
autres sels, savoir par le moyen d'une eau copieuse.
Car il est constant que le vitriol est
purgé par le mélange du fer & du cuivre, après
qu'il a été dissous dans une grande quantité
d'eau, & après coagulé, tellement qu'il devient
blanc comme l'alun: laquelle purification n'est
que la séparation du métal d'avec le sel, faite
par la quantité d'eau qui débilite le sel, tellement
qu'il ne peut plus retenir le métal mêlé,
lequel est précipité comme une chose limoneuse,
laquelle n'est pas inutile, étant la
principale partie du vitriol, d'où vient la Verdeur,
le cuivre, le fer & le soufre. Et comme
par la séparation les métaux qui sont plus
parfaits que les sels, sont tirés des sels du vitriol,
il en faut dire autant des métaux, lors
que la partie plus noble est séparée par la précipitation.
Quant au tartre, il est vrai qu'il
est purifié par l'addition de quantité d'eau, mais
sa principale partie n'est pas précipitée comme
dans le vitriol, au contraire, c'est la partie la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
plus vile par sa noirceur & par ses fèces. Remarque
cet exemple. Le tartre commun est
rendu très pur, & très blanc par une fréquente
solution faite avec suffisante quantité d'eau,
& par la coagulation, d'autant qu'en chaque
solution faite avec eau claire & nette, il devient
toujours plus pur: & par ce moyen non
seulement le tartre blanc, mais le rouge & féculent
est réduit en cristaux transparents, &
même fort promptement par le moyen de
certaine précipitation, sa limosité n'étant qu'une
chose insipide, morte, inefficace, mêlée
avec le tartre dans la coagulation faite dans les
tonneaux; puis séparée derechef par la force
de la solution.
Ces exemples des deux sels, du vitriol & du
tartre ne sont pas ici rapportés sans cause,
pour ce qu'ils montrent la différence de la précipitation:
car en certains métaux la partie la
plus vile est séparée par la précipitation; en
d'autres la partie la plus noble, selon la prédominance
de l'une ou de l'autre partie.
Dans le vitriol sa partie la plus noble (le
cuivre & le fer) est sa plus petite portion, laquelle
est précipitée & séparée par sa partie la
plus vile & la plus copieuse, qui est le sel. Dans
le tartre sa partie la plus vile & la plus petite est
précipitée & séparée par la partie la plus grande
& la plus noble étant clarifiée. Il en arrive
de même dans les métaux. Et partant chacun
doit bien considérer en faisant sa séparation,
laquelle partie du métal, la plus noble ou la
plus vile doit être précipitée. Sans quoi personne
@
48 La quatrième Partie.
ne se doit mêler de ce travail: que l'artiste
aussi qui attend quelque utilité se donne
bien garde des eaux corrosives, comme eau
forte, eau régale, esprit de sel de vitriol, d'alun,
de vinaigre, &c. dans la solution, d'autant
que les choses susdites gâtent & détruisent
tout: ajoutant foi à ces paroles. Des métaux,
par les métaux, & avec les métaux, les
métaux sont perfectionnés. Ils le sont aussi
par le nitre qui brûle le soufre superflu
combustible.
Toutes les susdites perfections des métaux
sont particulières, car toute Médecine tant humaine
que métallique, purge, sépare & perfectionne
en ôtant le superflu. Mais la Médecine
universelle opère ses perfections & améliorations
par la fortification & multiplication de
l'humide radical, tant animal que métallique,
lequel chasse après son ennemi par sa force
naturelle. Mais tu me diras, tu nous proposes
de beaux exemples, & non la manière d'opérer.
Je réponds, que je t'ai enseigné plus que
tu ne penses. Car je suis assuré qu'après ma
mort mes Livres seront plus estimés, par lesquels
on verra que je n'ai point cherché une
vaine gloire: mais l'utilité de mon prochain
autant que j'ai peu. Mais ne t'imagines pas
d'abuser de ma facilité, & que je veuille m'attirer
de la peine & de l'importunité. Car je ne
peux pas satisfaire aux demandes, ni répondre
aux lettres de chacun, ni enrichir tout le
monde. Car quoi que j'aie acquis beaucoup
de connaissance, par la grâce de Dieu, & que
@
Des Fourneaux Philosophiques. 49
j'aie expérimenté la vérité dans une petite
quantité, je n'en suis pas venu à l'essai dans
une grande pour acquérir des richesses, m'étant
contenté de la bénédiction divine.
Cela suffira touchant les particulières améliorations
des métaux, selon mon expérience.
Quant à cette Médecine universelle dont on
a tant parlé, je n'en puis juger comme d'une
chose connue, mais j'en soutiens seulement la
possibilité à raison de ces particulières transmutations
des métaux. Il se faut contenter de
la science que Dieu nous donne & quelquefois
il vaut mieux savoir peu, que d'être orgueilleux,
& ressembler au Diable qui est l'auteur
de la superbe.
De la pierre Philosophale.
L A Médecine universelle portant les hommes & les métaux en un haut degré de
perfection, & sa possibilité n'a pas seulement
été crue depuis beaucoup de Siècles par plusieurs
fameux, mais aussi elle a été prouvée,
par beaucoup de personnages, Juifs, Païens, &
Chrétiens, sur quoi on a écrit un grand nombre
de Livres en divers langages faux & véritables;
& il n'est pas besoin d'y rien ajouter
du mien; vu que je suis tout à fait ignorant,
quoi que j'aie ouï dire quelquefois qu'en divers
endroits les métaux vils & abjects ont été
changés en pur or, particulièrement le plomb,
ayant été préparé par une Médecine artificielle:
néanmoins j'ai laissé cette sorte de discours
@
50 La quatrième Partie.
en sa valeur, résolu de n'entreprendre jamais
un tel travail, étant instruit par l'exemple
des autres hommes, tant de haute que de
basse qualité, doctes & ignorants, perdant leur
temps & leurs biens en cet art; mais je suis
plutôt persuadé, qu'une telle Médecine universelle
ne peut être trouvée dans le Monde.
Quoi que j'aie vu beaucoup de choses en
mes travaux qui m'y oblige, néanmoins je
n'ai jamais osé entreprendre ce travail, manquant
d'opportunité & de lieu; jusqu'à ce qu'à
la fin une croyance de la possibilité soit venue
entre mes mains, cherchant quelque autre
chose de petite valeur. Car j'ai beaucoup dépensé
& travaillé par plusieurs années pour
extraire la teinture du sel de l'or, pour en faire
une Médecine, ce que j'ai à la fin obtenu, là
où j'ai observé, que ce qui reste de l'or, après
que l'âme ou meilleure partie est extraite, n'est
plus or, & ne résiste plus au feu. De quoi je
conjecture, que si une telle extraction était
derechef fixée, elle perfectionnerait les métaux
imparfaits, & les changerait en pur or.
Mais je n'ai pas aussi pu faire l'essai de la vérité
des opinions que j'avais conçues, demeurant
à présent dans un pays étranger;
c'est pourquoi contre ma volonté, quelque
avide que je fusse de nouveauté, j'ai été forcé
de m'abstenir du travail. Et dans le même
temps considérant les opinions des Philosophes
concernant leur or, non le vulgaire, pour
préparer avec icelui la Médecine universelle.
J'ai derechef versé un certain vinaigre philosophal
@
Des Fourneaux Philosophiques. 51
sur le cuivre pour en extraire la teinture;
où presque tout le cuivre est devenu une
terre blanchâtre séparée de sa teinture en digestion,
laquelle terre il m'a été impossible de
réduire derechef en corps métallique par aucune
voie.
Cette expérience m'a derechef confirmé la
possibilité de cette Médecine. Et quoi que je
n'aie jamais suivi ce travail, néanmoins je
ne doute point que ce ne soit une véritable
Médecine humaine, quoi que non métallique,
qui peut être faite par un diligent Artiste. L'âme
donc avec tous les attributs métalliques
consiste en une si petite quantité, qu'elle est
à peine la centième partie du poids, laquelle
étant extraite & séparée le corps qui reste
n'est plus métal, mais une terre morte; il n'y a
point de doute qu'étant fixée derechef, elle
peut perfectionner d'autres corps métalliques.
C'est pourquoi je suis absolument persuadé
par les raisons susdites, que cette Médecine
peut être faite avec des choses minérales &
métalliques dans la fonte, changeant les métaux
imparfaits en parfaits. Mais ne pense pas que
j'écrive ces choses pour faire croire que l'or
ou le cuivre soient la matière de cette Médecine,
ce que je ne dis pas, connaissant bien qu'il
y a d'autres sujets aisés à trouver qui abondent
en teintures.
Quoi que cette Médecine soit rare & difficile
à obtenir, néanmoins l'art & la Nature
n'en doive pas être blâmés: mais au contraire,
nous qui sommes convoiteux, orgueilleux
@
52 La quatrième Partie.
& impies: car l'homme méchant n'est
pas digne de cet art, ni ceux qui méprisent
Dieu & sa parole, ni les envieux du bien de
leur prochain. Tu dis, ceci est le travail de la
Nature & de l'art, c'est pourquoi nous ne le
devons pas attribuer à notre vie, ayant été
donné aux Païens, lesquels n'étaient pas à
comparer à nous pour la piété comme n'ayant
pas la véritable connaissance de Dieu. C'est
pourquoi ma vie (quoi qu'impie) ne me peut
empêcher: d'autant que cet art consiste en la
connaissance des choses naturelles. Je réponds,
ô petit compagnon! tu es entièrement trompé;
penses-tu que les Philosophes Païens ne
connussent point le vrai Dieu, ils avaient
plus de connaissance de Dieu que tu n'as; car
quoi que Christ ne leur fut pas prêché, néanmoins
ils l'ont connu par la Nature; & selon
l'ordre de cette connaissance, ils ont gouverné
leurs vies, obtenant ce don de Dieu, afin qu'ils
ne l'employassent pas à un mauvais usage, mais
au profit de leur prochain. Et toi qui te persuades
de surpasser ton prochain en science,
voyant le fétu qu'il a dans l'oeil, & non la poutre
qui est dans le tien qui employant ta vie
en prodigalité, superbe, envie, médisance, &
autres plaisirs nuisibles & mauvais, penses-tu
en toi-même d'être caché à l'oeil de Dieu, de
sorte qu'il ne puisse t'attraper? Certes une si
grande chose n'est pas donnée de Dieu aux
envieux, superbes, & faux Chrétiens. C'est
pourquoi chacun se doit particulièrement
examiner soi-même auparavant que d'entreprendre
prendre
@
Des Fourneaux Philosophiques. 53
un tel travail, & voir s'il vient avec
les mains nettes ou sales: car il est très certain
& véritable, que jamais un homme de mauvaise
conscience n'obtiendra ce don, lequel est
de Dieu seul, & non de l'homme.
Ainsi tu as entendu mon opinion de la Médecine
universelle, avec mes expériences sur
l'or, cuivre, & autres métaux & minéraux, ce
que je ne prêche pas pour Evangile, d'autant
que c'est une chose humaine d'errer.
C'est pourquoi il n'y peut avoir aucune assurance,
auparavant la fin, accomplissement
& perfection: éprouver même une ou deux
fois pour une assurance certaine. Car il est
bon d'éprouver souvent une excellente voie
qui a déjà été trouvée, ce qui est sans doute
arrivé aussi bien à d'autres qu'à moi. Il ne faut
pas donc triompher avant la victoire, vu les
empêchements qui rendent notre espérance
vaine: mais au contraire, Dieu doit être invoqué
en nos labeurs, afin qu'il lui plaise de les
bénir, afin que nous usions bien de ses dons en
cette vie, comme bons ménagers, pour après
recevoir la récompense de nos travaux, veilles
& soins, principalement le salut éternel par sa
pure miséricorde.
4. Part.
E
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54 La quatrième Partie.
Savoir si les minéraux, comme l'antimoine, Arsenic, Orpiment, Cobalt, Zinc, Soufre, &c. peuvent être transmués en métaux, & en quels.
I L y a déjà longtemps qu'on dispute parmi les Chimistes, savoir si les susdits minéraux
procèdent des mêmes principes que les métaux,
& s'ils doivent être comptés pour métaux:
dans laquelle controverse ils ne se sont
pas accordés encore jusqu'à ce jourd'hui, car
lors que l'un approuve ceci, un autre le dénie,
de sorte qu'une personne qui étudie en la
Chimie, ne sait de quel côté se tourner.
Or cette connaissance n'étant pas de petite
importance, concernant la purification des
métaux. Je veux aussi mettre mon opinion
fondée sur l'expérience, pour la satisfaction de
ceux qui doutent. La simplicité de ces gens-là
est grande, lesquels ne veulent pas que le commencement
des métaux & des minéraux soit une
même chose, disant que si les minéraux sont
changés en métaux par la Nature, certainement
il y a longtemps que cela serait fait: mais jamais
cela n'a été, comme l'expérience le témoigne:
car les minéraux durables & permanents
ne sont jamais changés en métaux. Je
réponds, que les métaux croissent d'une façon,
& les végétaux d'une autre, étant promptement
nés, & derechef promptement morts.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 55
Il n'est pas le même des métaux, car toutes
choses qui durent longtemps ont une longue
digestion, selon le dire. Ce qui est promptement
fait, est promptement fini. Ceci doit
être entendu non seulement des végétaux &
des minéraux, mais aussi des animaux, comme
il appert par la naissance de certains végétaux,
qui viennent en l'espace de six mois en leur perfection,
& périssent aussi promptement: là où
ceux qui requièrent un plus longtemps de
digestion & perfection sont de plus longue durée.
Un champignon qui croît en l'espace
d'une ou deux nuits, d'un bois pourri, finit aussi
promptement. Mais non pas les chênes, les
boeufs, & chevaux qui viennent en l'espace de
deux ou trois ans à leur perfection, vivent rarement
plus de vingt ou vingt-quatre ans.
Mais à l'homme il est requis vingt-quatre ans
pour sa perfection, il vit soixante, quatre-vingts
ou cent ans. De sorte que nous devons concevoir
le même des métaux auxquels est requis
beaucoup d'âges: comme aussi un longtemps
pour leur digestion & perfection. C'est
pourquoi comme les métaux doivent avoir un
fort longtemps pour leur digestion & pour
leur perfection: il n'est pas octroyé à l'homme
de pouvoir voir leur commencement &
leur fin, la transplantation des minéraux en
métaux par la Nature ne peut être niée, particulièrement
à cause que dans la mine des métaux,
principalement des imparfaits, on y
trouve aussi les minéraux: c'est pourquoi quand
les mineurs des minéraux en trouvent, ils ont
E ij
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56 La quatrième Partie.
bonne espérance de trouver des métaux, lesquels
ils appellent couvertures, car rarement
trouve-t-on des métaux sans minéraux,
ou des minéraux sans métaux: & même on
ne trouve jamais de minéraux sans or, ou argent;
c'est pourquoi les minéraux sont proprement
appelés embryons des métaux, à cause
que par le moyen de l'art & du feu, on en tire
une bonne partie d'or & d'argent par la fusion.
Que s'ils ne sortaient pas d'une même
racine métallique, d'où viendrait cet or, & cet
argent? car d'un boeuf il n'en provient pas un
enfant, ni d'un homme un veau, & toujours
le semblable produit son semblable.
Les minéraux donc ne sont comptés que
pour des fruits verts & non mûrs, eu égard
aux métaux, n'ayant obtenu leur maturité &
perfection, ni la séparation de leur terre sulfureuse:
car comme quoi par le moyen de la
chaleur pourrait sortir un oiseau d'un oeuf, s'il
n'était prédestiné pour la génération de l'oiseau:
nous devons entendre de même des minéraux,
lesquels s'ils étaient privés de la Nature
métallique, comment les métaux en seraient-ils
produits par le moyen du feu? Mais
tu dis que tu n'as jamais vu que les métaux
parfaits aient été produits des imparfaits,
c'est pourquoi il n'est pas vraisemblable, &
tu n'en crois rien. A quoi je réponds, qu'il y
a encore beaucoup de choses cachées à plusieurs
qui les nient, déniant malicieusement
& follement. Car l'expérience journalière
nous témoigne, que les métaux & minéraux
@
Des Fourneaux Philosophiques. 57
vils & abjects, en leur ôtant leur soufre superflu
(de quelle façon que cela se fasse) obtiennent
un plus grand degré de perfection:
pourquoi donc ton coeur ne croît-il pas, & ta
langue ne dit-elle pas ce que tu vois de tes
yeux? Car l'expérience nous montre qu'on
peut tirer de bon or & de bon argent par le
moyen de l'art, presque de tous les métaux &
minéraux, néanmoins plus des uns que des
autres, & plus facilement: d'autant qu'il n'y a
point de nuit si obscure qui soit entièrement
privée de clarté, qui ne puisse être manifesté
par un miroir concave, & il n'y a point d'élément
(pour si pur qu'il puisse être) qui ne
soit mêlé avec les autres éléments, ni aucune
malignité qu'il n'y ait quelque chose de bon,
& ainsi au contraire. Et comme il est possible
d'assembler les rayons du Soleil qui sont en
l'air, de même les rayons parfaits métalliques
qui sont dispersés dans les imparfaits & dans
les minéraux, peuvent être assemblés par le
feu, & par un bon artiste: s'ils sont une fois
placés au feu avec leurs propres dissolvants
par où les parties homogènes sont assemblées,
& les hétérogènes séparées. De sorte qu'il n'est
pas nécessaire d'aller aux Indes pour chercher
de l'or & de l'argent dans ces nouvelles Iles,
le pouvant trouver en abondance ici, en Allemagne,
s'il plaît à Dieu de détourner ces
cruelles plaies, & les tirer hors des vieux métaux,
plomb, feu, étain, & cuivre, laissez-là par
ceux qui travaillent en minéraux, sans cultiver
les métaux. Que personne donc ne s'estime
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58 La quatrième Partie.
lui-même pauvre, à cause que celui-là seul
est en disette & pauvreté (quoi qu'autrement
fort riche & abondant en biens, qu'en un moment
il est forcé de quitter) lequel est ingrat,
& ne reconnaît point Dieu en son travail.
Je te prie, qu'est ce qui est en moindre estime
dans le monde que le vieux fer, & plomb,
desquels les Sages ont voulu se servir à laver
le cuivre, & l'étain avec le minéral blanc.
Mais comment il est difficile de savoir de quoi
ils doivent être lavés, celui qui n'est point expérimenté
au feu, ne le comprend pas, & il sera
montré par similitude; Tu vois l'Antimoine
nouvellement tiré de la terre qui est fort
noir & impur; lequel par la fonte se sépare des
superfluités (quoi que la Nature ne les lui
ait pas données en vain, mais comme une assistance
pour sa purification, selon qu'il est dit:
Dieu & la Nature ne font rien en vain) est
rendu plus pur & doué d'un corps plus proche
des métaux, que son minéral, lequel étant
après jeté avec le sel de tartre: le soufre
cru & combustible est mortifié par là, & réduit
en scorie, & séparé de la pure partie mercuriale,
de sorte qu'il s'en fait par là une nouvelle
séparation, la partie blanche & cassante
tombe au fond, & l'autre plus légère, avec le
soufre combustible, est au dessus avec le sel
de tartre; lesquels étant versés dans le cornet,
& refroidis peuvent être séparés avec le marteau;
la partie inférieure est appelée par les
Chimistes, Régule, lequel est plus pur que
l'antimoine qui a été premièrement tiré de sa
@
Des Fourneaux Philosophiques. 59
mine, & c'est ici la façon ordinaire des Chimistes
pour le purger, auquel (Régule) si après
on y mettait quelqu'autre chose, pour une
troisième purification, sans doute il ne serait
pas seulement rendu plus pur, mais plus fixe
& plus malléable; Car si le régule blanc, peut
être séparé de l'antimoine noir, pourquoi non
aussi un métal malléable du régule.
Une autre voie pour séparer le soufre superflu antimonial.
. A Ntimoine en poudre une partie, salpêtre la moitié autant, mêle-les ensemble,
& allume le mélange avec un charbon
ardent, & ce soufre antimonial se brûlera
avec le nitre: laissant une masse obscure de
couleur brune, laquelle tu fondras l'espace
d'une heure dans un fort creuset à feu violent,
& tu auras un antimoine semblable à celui
qui a été fait avec le sel de tartre, mais en
plus petite quantité. De même aussi les parties
des animaux sont séparées; si on mêle
l'antimoine, le tartre & le nitre, par égal poids,
& étant mêlés, on les allume & les fond. Il
se fait aussi une autre séparation des parties antimoniales.
Quand on met une partie de pointes
de clous dans un fort creuset, dans un four
à vent, sur lequel étant bien rouge, jette deux
parties d'antimoine en poudre, pour les fondre,
& le soufre combustible superflu oubliera
l'antimoine, & se joindra au fer en un métal
E iiij
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60 La quatrième Partie.
qui lui est plus amiable que les sulfureux,
avec lequel étant mêlé, il oublie son propre
pur mercure & soufre ou régule, qui est
presque la moitié de l'antimoine.
Ces quatre voies par lesquelles le soufre
superflu & combustible est séparé de l'antimoine,
sont très communes, & je ne les ai pas
mises ici comme des secrets: mais par démonstration,
afin qu'il paraisse comme quoi les
minéraux sulfureux peuvent être perfectionnés
& purifiés; quoi que la correction soit
petite, néanmoins elle montre une meilleure
voie, non seulement pour l'antimoine, mais
aussi pour l'arsenic, & l'orpiment, quoi que
ces deux ne peuvent être faites comme cela
avec le fer, salpêtre, & tartre, à cause de leur
volatilité, mais avec huile ou autre chose grasse
dans un creuset bien clos, ils donnent un
Régule semblable à celui de l'antimoine, &
ces régules rendent l'étain dur & sonnant, &
ils seront compacts, si tu en mets une once
sur une livre, lors qu'il est en fonte, pour faire
de belle vaisselle, & à l'épreuve ils donnent
de bon or.
Et comme il a été dit de purger l'antimoine, tu
dois entendre le même du reste, comme bismuth,
zinc, pierre calamine, plomb, étain,
fer & cuivre, pour être purgés de leurs soufres
superflus. Si tu en veux extraire des
métaux plus parfaits, or & argent avec profit.
Et comme cela je mets fin aux lavements métalliques,
recommandant aux Chimistes le
nitre, tartre, cailloux & plomb, car ceux qui
@
Des Fourneaux Philosophiques. 61
savent comme il s'en faut servir, ne perdront
pas leur labeur en la Chimie: mais cela est
étonnant, qu'on ne trouve pas partout de
bonne terre & fixe au feu, qui puisse retenir le
plomb & les sels: car sans notre vieux Saturne
peu de chose, ou point du tout, peut être fait
en l'affinage des métaux; c'est pourquoi celui
qui veut essayer quelque chose en cet art, qu'il
cherche de la meilleure terre qui retienne en
fonte le plomb l'espace de vingt-quatre heures:
après qu'il consulte avec l'étain, & ce que
Vulcan a à faire avec le fer, lequel lui dira ce
qu'il faut souffrir, auparavant que d'obtenir
la couronne.
De la teinture de l'or & de l'antimoine.
Q Uelquefois il arrive une altération au corps de l'homme par l'attraction des vapeurs
minérales (ce qui ne peut arriver par
mon fourneau) dans les essais. C'est pourquoi
je veux ici décrire une certaine Médecine à
la considération des Artistes, servant aussi bien
pour préservatif, que pour guérir, principalement
un rubis clair, fixe, & soluble de l'or &
de l'antimoine. Prends demie-once de pur or,
& le dissous en eau royale, précipite la solution
avec la liqueur des cailloux, comme a été
dit en la seconde Partie, édulcore & sèche la
chaux, & elle sera préparée. Prends du régule
de Mars (duquel est parlé un peu devant) mets
@
62 La quatrième Partie.
le en poudre, avec lequel tu mêleras trois parties
de pur nitre: mets le mélange dans un
fort creuset entre les charbons ardents, & donnant
le feu par degrés: ce fait, donne grand feu
de fonte, car alors la masse sera de couleur de
pourpre, laquelle laisseras refroidir, en le tirant
hors, puis la mettras en fine poudre, de
laquelle en prendras trois ou quatre parties, &
les mêleras avec une partie de la susdite chaux
d'or, mets-les dans un fort creuset bien couvert
dans le susdit four à vent, & fais que la
masse fonde ensemble comme un métal, & ce
nitre antimonial prendra dans la fonte, & dissoudra
l'or ou la chaux d'or, & s'en fera une
masse de couleur d'améthyste, laquelle laisseras
dans le feu si longtemps, qu'elle devienne de
la clarté d'un rubis, lequel tu peux essayer avec
un fil de fer bien net que tu mettras dedans.
Mais si dans ce même temps la masse était
privée de sa fusibilité, & devenait épaisse, il est
nécessaire d'y jeter du tartre & du nitre pour
avancer la fusion, & faire cela si souvent qu'il
sera nécessaire. Sur la fin lors que la masse sera
à cette grande rougeur de rubis, verses-la toute
chaude dans un mortier de cuivre bien net, &
la laisse-là tant qu'elle soit froide, & elle sera
en couleur semblable à un rubis oriental; alors
broie-la en poudre toute chaude, autrement si
elle prenait l'air, elle se dissoudrait: puis en
extraits la teinture par l'infusion de l'esprit de
vin dans une bouteille, & l'or & l'antimoine
ensemble resteront fort blancs, semblables à
un beau talc, lesquels laveras avec eau nette
@
Des Fourneaux Philosophiques. 63
dans un verre, édulcoreras, sécheras, & fondras
à feu violent, & ils donneront un verre
vert, dans lequel l'or ne se montre & n'apparaît
point, néanmoins il peut être séparé par
la précipitation avec la limaille de mars & de
cuivre, par le moyen desquels il recouvre son
ancienne couleur, mais sans profit, l'esprit teint
doit être extrait hors de la teinture, laquelle est
un souverain remède, ou médecine en beaucoup
de graves maladies.
Et quoi que tu puisses douter que ceci n'est
pas la simple teinture de l'or, mais du nitre &
du tartre mêlés, sois assuré que la quantité
du nitre ne doit pas excéder; & supposé que ce
soit la teinture du tartre & du nitre, je te prie,
quel danger y a-t-il, vu que c'est une si bonne
médecine d'elle-même? Je suis persuadé,
que cette teinture d'or est meilleure que celles
qui sont écrites dans la seconde Partie. On se
peut servir de ce rubis pour l'usage par lui-
même dans de propres véhicules, voyant que
c'est une souveraine médecine d'elle-même;
ou bien exposée à l'air, & dissoute en une liqueur:
car la médecine n'est pas moindre que
la teinture, d'autant que l'or lui-même & la
plus pure partie de l'antimoine sont faits potables
sans aucun corrosif. Grand est le pouvoir
des sels pour détruire les métaux, les
changer & perfectionner dans la fusion: Car
il m'est arrivé qu'une fois en faisant ce rubis, &
plaçant aussi deux autres creusets avec des métaux,
proche de celui-ci qui contenait l'or
avec le régule préparé de l'antimoine (car deux
@
64 La quatrième Partie.
ou trois creusets, ou plus, se placent fort aisément
dans ce fourneau, étant gouvernés avec
un feu, ce qui ne peut être fait par un fourneau
commun) & voulant mettre un certain sel
dans le creuset, qui était proche de celui où
était l'or, que par mégarde je le jetai dans
le creuset de l'or seul, de sorte qu'il se fît une
telle ébullition, qu'il y eut danger que tout
ne fût perdu: c'est pourquoi je fus contraint
de le tirer promptement hors du fourneau,
avec les pincettes, supposant que le rubis
était perdu par la faute que j'avais faite d'y
jeter ce sel; & partant je voulais seulement
garder l'or. Et je trouvai cette masse étant
versée rouge comme sang, plus pure qu'un rubis,
mais point d'or, seulement des grains
blancs comme du plomb séparés d'un côté &
d'autre par ci, par là dans les sels, n'étant
séparables pour leur petitesse, que par la solution
des sels, lesquels séparés par la solution
de l'eau, avec une teinture rouge comme sang,
restèrent au fond du verre, puis après cela
étant assemblés, je les mis dans un creuset
neuf dans le fourneau, mais ayant volonté
d'essayer la fusion, je trouvai le creuset vide,
& l'or s'en étant envolé, excepté un peu qui
s'était attaché au haut du creuset & du couvercle,
ce que je ramassai, & le fondis pour
l'essayer dans un nouveau creuset couvert,
mais incontinent qu'il sentit la chaleur, il prit la
fuite sans laisser aucune marque, de même que
l'arsenic; & par ce moyen je fus privé de
mon or.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 65
A la fin je pris cette solution rouge, & tirai
l'eau hors des sels, & je trouvai un sel rouge
comme sang, lequel je mis dans un creuset
neuf dans le fourneau pour essayer si j'en pourrais
extraire quelque corps métallique: mais
je trouvai la masse du sel privée de toute teinture
& rougeur, ce qui me sembla étrange
jusqu'à ce jourd'hui, que par le moyen de ce
sel, toute la substance de l'or, la teinture avec
tout le reste, s'en soient fuis, ayant une si grande
volatilité.
Je voulus ensuite réitérer ce travail, mais il
il ne m'arriva pas de même qu'à la première
fois. Il y avait à la vérité quelque altération à
l'or, mais sa volatilité n'était pas si grande, la
cause de cela, selon mon sentiment, a été de
ce que j'ignorais le poids des dits sels, que je
jetai dedans la première fois contre ma volonté.
Il y a deux raisons particulières qui m'obligent
à écrire cette Histoire, premièrement
afin qu'il apparaisse comme quoi on se peut
aisément tromper en une petite chose, qui
vous fait perdre tout le procédé. Secondement,
afin que la vérité des Philosophes soit
conçue, qui écrivent que l'or par le moyen
de l'art peut être réduit en un plus bas degré,
qui sera égal au plomb (ce qui m'est arrivé en
ce travail) & qu'il est plus difficile de détruire
l'or, & le rendre semblable à un métal imparfait,
que de transmuer un métal imparfait en
or. C'est pourquoi je suis joyeux en mon
coeur d'avoir vu une telle expérience, desquelles
@
66 La quatrième Partie.
choses nos Philosophes fantasques ne veulent
rien entendre, écrivant de grands volumes
contre la vérité, soutenant & affirmant,
que l'or est incorruptible, ce qui est une grande
menterie; car je puis montrer le contraire (s'il
en était besoin) par beaucoup de voies, je
m'étonne à la vérité de ce qui meut telles personnes
à mépriser les choses qu'ils ne connaissent
pas. Je n'ai pas de coutume de juger des
choses qui me sont inconnues.
Pourquoi osent-ils dénier la transmutation
des métaux, ne connaissant pas comme il
se faut servir des pincettes & des charbons?
Certes, je confesse que ces ignorants charlatans
ne rendent pas peu méprisable la vérité
de la Chimie, en surprenant les hommes par
leurs fraudes; ils sont ordinairement gueux,
sinon que par aventure ils trouvent quelque
homme riche & crédule qui leur donne le vivre
& le vêtement sur l'espérance de faire du
gain. Comme aussi nous en voyons quelques-
uns de ces imposteurs, lesquels étant assistés de
ces avares, vont habillés en couleur de perroquets;
mais la noble Chimie ne doit pas pour
cela être méprisée. Quelques avares persuadés
par la folie donnent leur argent sur l'espoir
d'un gain incertain, & après les choses ne réussissant
pas, sont contraints de vivre en pauvreté:
ce qui ne doit pas être plain ni regretté.
Quelques-uns cherchent du bien, non par avarice,
mais plutôt pour avoir de quoi vivre;
connaître les secrets de la Nature: ceux-là
sont excusables, s'ils sont trompés par des
@
Des Fourneaux Philosophiques. 67
fourbes. Mais ils ne doivent pas être loués s'ils
dépensent au delà de leur pouvoir.
Une autre teinture & médecine d'or.
D Issous de l'or en eau royale, puis le précipite avec la liqueur de sel de pierres à
feu; l'or étant tout précipité, verses-y une autre
portion de la liqueur susdite: mets l'or précipité
ensemble avec la liqueur des pierres à
feu sur le sable, pour cuire l'espace de quelques
heures, & cette liqueur de pierres à feu tirera
la teinture de l'or, & aura une couleur de pourpre:
verses-y de l'eau de pluie, & la fais cuire
ensemble avec la susdite liqueur pourprée, &
les pierres à feu seront précipitées, laissant la
teinture de la couleur plus excellente avec le
sel de tartre: de laquelle il faut ôter l'eau jusqu'à
la sécheresse, & il demeurera au fond du
verre un très beau sel de couleur de pourpre,
duquel est tirée par le moyen de l'esprit de vin
une teinture rouge comme sang, laquelle ne
cède guères en force à l'or potable. Or dans
ce sel pourpré sont cachées beaucoup de choses
dont il y aurait à faire un plus long discours,
si l'occasion était propre: c'est pourquoi
il suffit d'avoir montré la voie destructive
de l'or: car ce sel doré peut en moins d'une
heure être parfait avec peu de travail, &
changé en un miracle de nature, confondant
les calomniateurs du très noble art de la Chimie.
C'est un don de Dieu auquel nous devons
rendre grâces immortelles.
@
68 La quatrième Partie.
Des Miroirs.
J 'Ai fait mention dans le traité de l'or potable, non seulement de la chaleur matérielle
du feu, mais aussi de changer les rayons du Soleil
en une substance matérielle & corporelle
par le moyen d'un certain instrument qui les
assemble. J'ai aussi fait mention de la préparation
du miroir concave: j'en veux donner la
description, n'étant connue de tout le monde,
la meilleure que je connaisse est celle qui suit.
Premièrement, il faut faire des moules, particulièrement
de poil & d'argile, de quoi est parlé
en la cinquième Partie, propres pour le verre
en forme & figure circulaire ronde, autrement
ils ne sauraient assembler les rayons du
Soleil ensemble, & derechef les réverbérer:
dont la faute ne doit être attribuée à autre
chose qu'au moule, car la fonte & polissage
n'est pas un art excellent, tel que celui
des fondeurs de cloches; mais de fondre de la
meilleure matière, & de bien polir, c'est là où
consiste l'art. Et premièrement pour couper les
moules bien ronds, par un instrument de fer
cela ne saurait être brièvement démontré:
c'est pourquoi je renvoie le Lecteur aux Auteurs
qui sont prolixes en ces choses comme
Archimède & Jean Baptiste Porta, & autres,
& manquant de ces Auteurs, ou ne les entendant
pas, tâche d'avoir un globe exactement
tourné pour faire les moules, comme s'ensuit;
premièrement fais un mélange de farine &
de cendres tamisées, que tu épandras également
ment
@
Des Fourneaux Philosophiques. 69
entre deux planches comme on fait pour
faire la pâte faite de farine & de beurre pour
les pâtés & tartes, répondant à l'épaisseur
du miroir que l'on veut fondre, puis mets le
compas comme il te plaira, & coupe la mesure
avec un couteau; & la mets sur un globe
& jette dessus de la chaux vive à travers un tamis,
& mets de l'argile bien préparée avec du
poil de l'épaisseur de deux doigts: & quoi que
ce soit une grande pièce, il te faut mettre des
fils de fer au travers, pour soutenir le moule,
autrement il se faussera ou rompra. Après qu'un
côté sera séché au Soleil ou au feu, tire tout
cela hors du rond, & le mets en quelque lieu
cave, où il soit bien appuyé de tous côtés, &
aussi jette de la chaux vive, ou cendres de charbons
sur l'autre côté, & mets sur celui ci
l'autre partie du moule, & le mets derechef
à sécher par degrés au Soleil ou au feu, autrement
il se fendrait. Après ôte les extrémités
qui font ces parties du moule, de ce qui est intrinsèque,
ou au milieu, & les oppose entr'elles
par le dedans pour le moins de la distance
d'un empan, et mets entre deux sur le haut un
peu de charbons ardents pour endurcir le moule
par tout, auquel tu mettras d'autres charbons
dessus, puis d'autres, & ainsi par degrés, jusques
en haut, afin qu'ils soient bien allumés
du côté le plus poli. Que si les moules étaient
fort grands, & fort épais, un feu ne suffira pas,
& il sera nécessaire d'ajouter davantage de
charbons, jusqu'à ce qu'ils soient bien allumés
au dedans. Après laisse allumer le feu par
4. Part.
F
@
70 La quatrième Partie.
degrés, afin que le moule commence à refroidir,
non entièrement, mais de sorte que tu le
puisses toucher: & incontinent frotte le avec
un pinceau d'une cendre très subtilement criblée
& mêlée avec de l'eau, pour boucher les
fentes qui ont été causées par la brûlure du
poil, & pour polir les moules. Enfin assemble
& ajuste les deux parties (après y avoir fait un
trou pour verser dedans) prenant garde qu'elles
soient bien nettes, & les attache proprement
avec des fils de fer ou de cuivre, & lute
bien la jointure avec de l'argile préparée avec
du poil, mets-y un entonnoir de terre, & le
moule sur du sable sec jusques au haut. Or pendant
que tu brûles & prépares ton moule, il
faut fondre le mélange métallique, afin qu'il
soit jeté dans le moule, étant encore tout
chaud; lors que le métal sera bien fondu, jette
par dessus un linge ciré, lequel étant allumé,
verse le métal fondu dans le moule encore tout
chaud, prenant bien garde que ni charbon, ni
autre chose ne tombe dans le creuset, & qu'il
ne gâte le miroir en se mêlant dans le moule
avec le métal; puis laisse refroidir le miroir de
soi-même dans le moule, si la matière ne se diminue
pas dans le refroidissement: que si elle
se diminuait, il faut soudain ôter du moule le
miroir fondu, & le couvrir d'un vaisseau chaud
de terre ou de fer, afin qu'il refroidisse sous icelui,
car autrement s'il le refroidissait étant enfermé
dans le moule, il se briserait en parcelles.
Un peu après tu sauras quels sont ces métaux
qui se refroidissent sans se briser.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 71
Et c'est ici la façon commune, & la meilleure
de fondre, si tu y es expert. Il y en a aussi
d'autres, premièrement quand les moules sont
faits de bois ou de plomb s'accordant au miroir
pour être imprimés sur le sable, ou sur la
plus fine poudre de tuiles, ou autre terre, comme
est la coutume des fondeurs de cuivre, &
cette voie sert seulement pour de petits miroirs.
La troisième façon & la meilleure de toutes,
mais la plus difficile à ceux qui ne sont pas
experts, est comme s'ensuit. Fais un moule de
cire pour être placé avec un cylindre entre
deux planches, comme il a été dit ci-dessus
en la première façon, lequel mettras sur un
globe pour lui donner la forme, & le laisse
durcir au froid: alors ôte-le, & jette dessus
avec un pinceau le mélange suivant, lequel tu
dois sécher à l'ombre, alors applique l'argile
préparée avec le poil de l'épaisseur d'un ou
deux doigts: puis ôte derechef la cire du moule
de terre; fais dans le moule avec un couteau
un trou rond qui aille jusques à la cire, ce fait
mets auprès un feu de charbon, le moule, le
trou en bas, & la cire fondue passera par le
trou, dans lequel étant chaud, mais non brûlé,
verse le métal, &c. Il faut que ce liniment
dont la cire est frottée, soit bien préparé, de
peur que la cire se fondant, il ne tombe & s'écoule
avec la cire, & que la cire ne perce le
moule de terre, & le gâte. Voici la façon du
liniment. Brûle de l'argile bien lavée dans un
F ij
@
72 La quatrième Partie.
fourneau de terre, jusqu'à parfaite rougeur:
après broie-la, & sépare la partie la plus fine
en la lavant avec eau, de sorte que tu prennes
la terre la plus fine, laquelle sécheras & brûleras
derechef à feu violent, après broie la terre
avec eau de pluie, & sel armoniac sublimé
sur la pierre comme les peintres ont accoutumé
de faire leurs couleurs, porte le à une juste
consistance de peinture, & le mélange est
fait. Le sel armoniac préserve cette fine poudre,
autrement elle se fondrait, & s'en irait
avec la cire: mais la terre préparée fait une fusion
plus belle & plus délicate.
Le mélange métallique pour la matière des miroirs.
I L y a diverses façons de ces mélanges, desquels il y en a toujours une meilleure que
l'autre. Plus le mélange est dur, & meilleur
aussi est le miroir; & plus dur est le métal tant
plus aisément est-il poli. Or la dureté du mélange
ne suffit pas, mais la blancheur est encore
requise: car le rouge qui provient de trop
de cuivre, le noir de trop de fer, l'obscur de
trop d'étain, ne font pas une véritable représentation
des choses, mais changent les espèces
& les couleurs. Par exemple, trop de cuivre
rend les espèces trop rouges, & ainsi du
reste. Fais donc que le mélange métallique
soit très blanc mais si tu ne veux faire que des
miroirs ardents, il n'importe pas de quelle couleur
@
Des Fourneaux Philosophiques. 73
ils soient, pourvu que le mélange soit
dur, j'en veux décrire un des meilleurs.

. Du
cuivre en lames déliées & coupées en pièces
une partie, arsenic blanc un quart, oints premièrement
les lames avec la liqueur de sel de
tartre, & mets lit sur lit avec les lames & arsenic
en poudre, en jetant dessus tant que le
creuset soit plein, sur lequel verseras de l'huile
de tin autant qu'il suffise pour couvrir le cuivre
& l'arsenic: ce fait mets le couvercle avec
du meilleur lut, & place le creuset (le lut étant
sec) au sable, de telle façon que seulement la
partie supérieure du couvercle sorte hors: puis
donne feu par degrés, au commencement petit,
secondement un peu plus fort, jusqu'à ce
qu'à la fin il soit chaud, & que toute l'huile
se puisse évaporer; & dans ce même temps
l'huile préparera le cuivre, & retiendra l'arsenic
& le fera entrer dans les lames comme
l'huile qui perce le cuir. Ou bien mets le creuset
sur une grille, & lui donne feu par degrés,
jusqu'à ce que l'huile soit évaporée en bouillant.
En dernier lieu, lors que tout sera refroidi,
rompt le creuset, & tu trouveras le cuivre
de diverses couleurs, principalement si tu
prends de l'orpiment au lieu d'arsenic, augmentant
deux ou trois fois en grosseur & frangibilité.

. De ce cuivre une partie & du laiton deux
parties, fonds-les à un feu violent, premièrement
le laiton, puis y mêle le cuivre friable,
verse-hors le mélange fondu, & tu auras un
métal résistant à la lime, non si friable, mais
F iij
@
74 La quatrième Partie.
semblable à l'acier, duquel on peut faire diverses
choses qui servent au lieu d'instruments de
fer & d'acier, prends de ce métal durci 3. parties
du meilleur étain qui soit sans plomb, une
partie, fonds-la, & la verse, & la matière des
miroirs sera faite. Ce mélange est un métal
blanc & dur pour faire les meilleurs miroirs.
Que si ce travail te semble ennuyeux, prends
trois parties de cuivre, une partie d'étain, &
demie partie d'arsenic blanc, pour la matière
des miroirs, lesquels seront beaux, mais cassants
aussi bien dans la fonte, comme en les polissant;
c'est pourquoi prends-y bien garde. Il faut que
j'écrive ici une chose digne d'être observée,
& qui est connue de peu: l'opinion de beaucoup
est fausse, particulièrement de ceux qui
s'attribuent la connaissance des propriétés
des métaux. Dans la seconde Partie, où il est
traité des esprits subtils, il a été fait mention
des pores des métaux: car l'expérience témoigne,
que ces esprits subtils, comme la corne
de cerf, tartre, suie, & quelquefois ces esprits
sulfureux des sels & des métaux s'évaporent
au travers des vaisseaux d'étain; Ce
qu'un chacun ne peut pas concevoir à la première
fois, à cause de quoi j'ai fait ce discours.
Fais deux balles de cuivre, & deux de pur
étain, qui soit sans aucun mélange de plomb,
de la même forme & quantité, observant exactement
le poids des dites balles, ce fait fonds
derechef lesdites balles en une, premièrement
le cuivre, lequel étant fondu, mets y l'étain,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 75
autrement beaucoup d'étain s'évaporerait
dans la fonte; verse incontinent le mélange
fondu dans le moule des premières balles, &
tu n'en trouveras pas quatre, mais difficilement
trois, qui auront le même poids des
quatre; si les métaux ne sont pas poreux, je te
prie d'où procède donc cette grande altération
de quantité? C'est pourquoi connais que
les métaux sont poreux plus ou moins. L'or a
les pores plus déliés, l'argent en a plus, mercure
plus que celui-là, le plomb plus que le
mercure, le cuivre plus que le plomb, & le fer
plus que le cuivre, mais l'étain plus que
tous.
Si nous pouvions détruire les métaux, & derechef
les réduire du pouvoir en acte, certainement
ils ne seraient pas si poreux, & comme
un enfant qui n'a point de correction n'est
propre à rien de bon, mais étant corrigé, il
est doué de toute vertu & science, de même
nous faut-il entendre des métaux, lesquels
étant laissés en leur état naturel, particulièrement
étant tirés hors de la terre sans correction
ni amendement restent volatils, mais
étant corrompus & régénérés, ils sont rendus
plus nobles, de même que nos corps étant
détruits & corrompus, à la fin ressusciteront
& se clarifieront avant qu'ils viennent devant
Dieu. Paracelse dit bien, que si dans une heure
les métaux étaient détruits cent fois, néanmoins
ils ne seraient pas sans un corps, reprenant
une nouvelle espèce, & à la vérité meilleure.
Car il est dit bien à propos, que la corruption
F iiij
@
76 La quatrième Partie.
de l'un est la génération de l'autre.
Car la mortification d'un corps sulfureux superflu,
est la régénération de l'âme mercuriale,
& si on ne détruit les métaux, ils ne peuvent
être perfectionnés: c'est pourquoi ils
doivent être détruits & rendus informes, afin
qu'après le soufre terrestre, superflu & combustible
soit séparé, & la pure espèce mercuriale
puisse pulluler. De quoi nous parlerons
plus amplement en traitant des *amauses.
Pour polir les Miroirs.
U N miroir quoi qu'il soit exactement fondu & proportionné, néanmoins il ne vaut
rien s'il n'est bien poli & bruni, car en le polissant,
il peut être aisément endommagé &
gâté: c'est pourquoi il est nécessaire de lui
ôter premièrement le plus grossier par la roue
comme les étameurs & les chaudronniers ont
de coutume de faire avec une pierre sablonneuse,
après lui appliquer une *queux avec
de l'eau, jusques à ce qu'ils soient suffisamment
polis par l'attrition. Ce fait, il faut derechef
ôter le miroir hors de la roue, & le mettre
à la roue de bois couvert de cuir, frottant
dessus avec de l'émeri préparé pour polir, jusqu'à
ce que les fentes qui se sont faites en
tournant n'apparaissent plus, ayant pris une
ligne oblique; après cela une autre roue couverte
de cuir, laquelle doit être frottée de la
pierre sanguine préparée, & lavée avec des
Note du traducteur :
*amauses: Emaux.
*queux: Sorte de pierre à éguiser.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 77
cendres d'étain, & il faut semblablement par
la susdite voie & selon la même ligne, frotter
les miroirs si longtemps, qu'ils acquièrent
une suffisante finesse & éclat. Tu dois garder
le miroir de l'air humide & de l'haleine, & s'ils
en sont infectés les frotter, non avec aucun
drap de laine, ni linge, mais avec une peau
de chèvre ou de cerf, & non en autre endroit
que dans la ligne oblique, par où les miroirs
sont polis. Ils peuvent aussi être polis avec
du plomb artificiellement fondu avec de l'émeri
& de l'eau, premièrement en broyant:
secondement avec un émeri très pur, & avec
du plomb; en dernier lieu, avec la pierre sanguine,
& cendres d'étain; semblablement
aussi avec d'autres pierres, en mettant une autre
plus nette à chaque fois, à la fin il reçoit
son éclat par les cendres d'étain.
Comme aussi le dehors du miroir convexe
peut être poli, lequel représente les espèces
petites, & jette des rayons dispersés: mais le
dedans concave assemble, multiplie & représente
les espèces.
Ceci suffise pour la fonte, & pour le polissage
requis des miroirs propres à unir les
rayons Solaires, & quoi que du susdit mélange
on en puisse faire d'autres espèces de miroirs
représentant d'étranges choses, diverses
& merveilleuses, comme les cylindriques, pyramidaux,
&c. je les passe sous silence, comme
n'étant pas de ce lieu, je pourrais toutefois
montrer une façon de les faire, n'ayant peu
dépensé & travaillé en cherchant leur préparation
@
78 La quatrième Partie.
& usages. Mais de tous les miroirs
celui-là est le plus en usage, la préparation
duquel nous avons montrée, dont le diamètre
est pour le moins de deux ou trois empans,
si tu veux faire quelque chose de rare, & quoi
qu'il n'ait qu'un ou deux empans, néanmoins
il amasse abondance de rayons, de sorte que
tu en peux fondre l'étain & le plomb, s'il est
bien formé: toutefois les plus larges sont les
meilleurs, & ils ne doivent pas être trop profonds,
afin qu'ils puissent mieux jeter leurs
rayons, & les envoyer plus loin, laisse leur
avoir la vingtième ou trentième partie de la
sphère, la section étant exactement observée,
ce qui est le fondement de l'art.
Des verres métalliques.
P Our ce qui est des verres métalliques, lesquels conduisent fort à la perfection des
métaux, & qui ont été estimés par les anciens
Philosophes, je ne les veux pas omettre en
ce lieu, à cause qu'ils sont aisément faits par ce
fourneau.
Et à la vérité les anciens ont trouvé ces verres
par hasard, en réduisant les corps calcinés
en verre à feu très violent: car beaucoup de
secrets qu'on ne cherchait pas, ont par ce
moyen été trouvés. Il arrive souvente fois dans
nos travaux que passant au delà nous trouvons
quelque chose de meilleur, ou de plus mauvais
que la chose que nous cherchions, & je
crois que cela est arrivé en ces verres. Mais
@
Des Fourneaux Philosophiques. 79
quoi qu'il en soit je suis assuré que ces verres
ont été en grande estime car Isaac Hollandais
dit pleinement, que les métaux vitrifiés,
& remis en métaux par la réduction, donnent
de meilleurs & plus nobles métaux qu'à la première
vitrification, qu'à la vérité l'or donne
une teinture; l'argent l'or; & le cuivre l'argent,
& comme cela en suivant les verres des
autres métaux donnent de meilleurs métaux
en la réduction. Ce que l'expérience nous fait
voir, & quoi que je n'aie pas fait beaucoup
d'essais en ce travail, néanmoins je connais que
les métaux qui sont réduits en cendres, & changés
en verre transparent, ne peuvent être derechef
réduits en métaux sans un grand profit,
toutefois un métal est plus aisé que l'autre.
Or nos verres ne sont pas les *amauses des
Orfèvres, qu'ils font pour le seul ornement,
par l'addition du verre fait d'un sable fusible;
mais les nôtres sont faits des sucs des
métaux. Je ne dénie pas la vertu du verre de
Venise, mondifiant les métaux, particulièrement
du cuivre & de l'étain, laquelle n'est pas
comparable aux sucs métalliques. Je confesse
ingénument que j'ai expérimenté vingt fois
ces choses, & je n'ai jamais été trompé: mais
je ne sais pas s'il arriverait le même en grande
quantité, d'autant que je ne l'ai jamais expérimenté,
craignant que mes vaisseaux ne fussent
pas capables de tenir un temps requis le
verre en fonte; car j'ai beaucoup travaillé pour
trouver de tels vaisseaux, mais le tout en vain.
Car il y a espérance d'un grand profit, si tu as
Note du traducteur :
*amauses: Emaux.
@
80 La quatrième Partie.
de forts creusets. Cette perfection n'est pas
sans raison, car lors que le métal est brûlé en
cendres, beaucoup de soufre superflu combustible
est brûlé (comme tu peux voir au
plomb, étain & cuivre, à savoir de leurs
bluettes apparaissant en leur calcination pendant
qu'on les remue & sépare) lequel étant
derechef réduit & calciné (sa meilleure partie)
par le bénéfice de la fonte, & le plus pesant
tombe, & le plus mauvais nage par dessus, & est
changé en scorie ou verre, & la séparation du
métal est faite par le moyen de la fonte seule,
ce qui est incroyable aux ignorants & non experts:
mais considère comme quoi l'argent
doré est séparé par la fonte, il est de même
que s'il était corrompu par le soufre commun,
& les espèces métalliques étant tournées
en scories noires, auparavant que dans la
fonte il délaisse l'or: par laquelle voie l'argent
est séparé du cuivre, & celui-ci du fer. Observe
aussi que le noir & cru antimoine, qui est
réduit en cendres par la calcination, & fondu,
est séparé à feu violent, la partie pure descendant
en bas blanche comme argent, mais la partie
impure montant se change en verre ou en
scorie laquelle séparation ne se serait jamais
faite sans incinération, quoi que l'antimoine
restât longtemps en fonte.
Tu vois donc le pouvoir du feu tout seul en
la fonte des métaux, c'est pourquoi crois que
ton travail ne sera pas en vain, si tu entends
comme quoi il faut aider le feu: c'est pourquoi
exerce-toi en cela, car tu es suffisamment
@
Des Fourneaux Philosophiques. 81
instruit, & ce fourneau t'assistera, sans lequel il
est impossible de se mêler de telles choses, comme
l'expérience certifie en confirmant mes paroles.
Ayant fait mention des verres métalliques,
lesquels dépendent de la perfection des métaux,
je suis forcé de dire aussi quelque chose
des autres *amauses, ou verres colorés, lesquels
sont appelés gemmes, & passent pour ornements.
Quoi que ce travail ne soit pas profitable,
néanmoins il est agréable à voir. Cette
connaissance a été longtemps cherchée, aussi
bien par le noble, que par le roturier, non pour
le profit, mais pour la récréation, errant du
vrai chemin (quoi que décrit prolixement
en beaucoup de langues) & ignorant l'art de
rendre le cristal ou les cailloux fusibles, & de
les colorer, se contentant du verre du plomb
fait d'une partie de cristal ou cailloux, & de
trois ou quatre parties de minium ou céruse,
qui sont verres de nulle valeur, étant non seulement
doux, & nullement propres à polir,
mais aussi plus pesants qu'il est nécessaire, à
cause du plomb, ayant une couleur jaune ou
verte; car tout verre de cristal, de cailloux, de
minium ou de céruse par eux-mêmes, sans addition
d'autres couleurs, acquiert une couleur
jaune du plomb, empêchant & altérant les
autres couleurs mêlées: c'est pourquoi une
bonne pierre n'est pas faite par cette voie du
plomb & de cailloux, mais ces verres Saturniens,
y joignant verre de Venise, cendres de
Jupiter, & des couleurs avec, peuvent être
Note du traducteur :
*amauses: Emaux.
@
82 La quatrième Partie.
diversement mis en usage par les Orfèvres,
principalement pour colorer l'or, autrement
de nulle valeur.
C'est pourquoi je veux donner une autre
préparation, particulièrement des cailloux ou
cristaux, sans minium ni céruse, avec des couleurs
métalliques, naturelles en couleur &
beauté des plus excellentes pierres; mais non
pas plus dures que le verre: car quoi que le
cristal soit plus dur que le verre, néanmoins
il est privé de sa dureté en quelque façon, & est
fait semblable au verre, & toutefois il réserve
assez de dureté, pour écrire sur un autre verre.
Ces verres sont aisément polis, étant en toutes
choses semblables, excepté la dureté, avec
pierres naturelles, avec lesquels on peut non
seulement faire diverses sortes de pierres & autres
d'or, d'argent, ouvrages de bois, ou peintures
embellies; mais aussi divers meubles,
comme salières, manières de coupes, &c. images
& antiquités peuvent être (par la fusion)
avec l'or, l'argent & pierres gravées, semblables
à celles qui sont gravées ou taillées sur les
gemmes par la main d'un ingénieux & diligent
maître.
Ils sont faits de cette façon: Premièrement,
tu auras des pierres à feu, & cristaux qui ne
soient point colorés, mais fort blancs, pris du
sable & des ruisseaux, lesquels tu rougiras dans
un creuset couvert, puis les éteindras tous
rouges en eau froide, afin qu'ils se rompent &
puissent mettre en poudre, autrement ils sont
si durs, que lors qu'on les met en poudre, ils
@
Des Fourneaux Philosophiques. 83
prennent une partie du mortier, & ainsi ils se
salissent. C'est pourquoi il faut prendre la
peine de les bien préparer. Après =C1. Des cailloux
préparés, & de très pur sel de tartre, égales
parties, mêle-les ensemble, & les garde
pour ton usage.
Mais si tu veux réduire cette masse en pierre
précieuse, il faut premièrement mêler
quelque couleur agréable, puis dans un creuset
net & couvert, remplir jusqu'à moitié, & le
laisser dans un très grand feu, tant que tout le
sel de tartre s'évapore, & que la pierre avec la
couleur ait passé à une certaine substance fusible,
ressemblant à du verre, il faut aussi ensuite
mettre dedans un fil de fer bien net, & tirer
un peu de cette masse fondue, pour en faire
l'essai, & pour savoir si elle a assez demeuré
dans le feu; s'il y paraît des pustules, & petits
sablons, ou bien si étant exactement fondue
elle est descendue au fond. Cela étant fait, il
faut ôter le creuset, & le mettre sous un vaisseau
de fer ou de terre tout rouge de feu, afin
qu'il se refroidisse avec la pierre fondue: car
autrement la masse se briserait dans le creuset
en très petites parcelles, par conséquent ne
serait pas propre à en faire de grands ouvrages.
Il ne faut pas aussi verser la masse étant
fondue, de peur de l'attraction de l'air, & qu'il
n'y vienne des pustules. Or celui qui de cette
masse voudra former des médailles, & des
images, par le moyen de la fonte, & non de la
taille, n'a pas besoin de laisser refroidir la masse
dans le creuset: mais étant toute chaude, la
@
84 La quatrième Partie.
verser dans un mortier de cuivre, & par ce
moyen il ne s'attachera rien au creuset, & il
ne se perdra rien de la masse. Tu la pourras
réduire en poudre, ou briser en petites parcelles.
Etant refroidie dans le creuset, il le faut
rompre pour l'en ôter, & en faire des pierres
grandes & petites en les taillant. Quant à ce
qui est de fondre des médailles ou images, il
faut mettre la médaille ou image que l'on veut
imiter dans un anneau de fer en la partie femelle,
qui soit plus large que la médaille d'un travers
doigt, sur une pierre, ou bois uni, & jeter
un peu de *tripoly, ou sable fin sur l'image,
autant qu'il en faut pour couvrir le moule, &
par dessus en mettre d'autre humectée, comme
des cendres de coupelle, & l'imprimer fortement
sur le moule, avec précaution toutefois
que le moule ne se remue. Ce fait, tourne
l'anneau, & lève un peu le moule, avec un
couteau, puis l'ôte avec les mains ou pincettes,
l'image restant dans le sable pour la faire
sécher au Soleil ou au feu. Celui qui voudra
fondre après l'image, qu'il mette l'anneau
avec l'image imprimée sous la tuile, & qu'il lui
donne un feu violent, afin que l'anneau avec
le sable & l'image imprimée sur le sable soient
entièrement rougis au feu. Après qu'il ôte
l'anneau & qu'il voie, si l'image n'a point été
gâtée; que si elle ne l'a point été, il faut mettre
par dessus autant du susdit verre mis en
poudre grossière, qu'il en faut dans la fonte
pour remplir l'image imprimée sur le sable:
après cela il faut derechef mettre l'anneau
sous
Note du traducteur :
*tripoly ou tripoli: Matière composée de silice pulvérulente.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 85
sous la tuile, & lui donner feu de fonte, jusqu'à
tant que le verre se fonde dans l'anneau;
auquel il faut mettre un fer plat qui ait un
manche poli, rougi au feu, ayant ôté premièrement
l'anneau avec la pincette, imprimer
fortement le verre sur le moule; puis le
mettre sous un vaisseau de terre, ou de fer rougi
au feu, pour le laisser refroidir. Etant froid,
ôte l'image du moule, laquelle lui sera tout à
fait correspondante, si tu y as bien procédé, de
même qu'il se voit dans la gravure, ou cachet
imprimé sur une pierre, c'est un art très propre
à représenter les antiquités & les raretés.
S'ensuit la coloration de la susdite masse par le moyen de laquelle elle est rendue semblable aux pierres précieuses.
I L faut que les couleurs soient prises des métaux & des minéraux, savoir est du cuivre,
du fer, de l'or, & de l'argent, du bismuth, de
la magnésie, des grenats. Pour les couleurs des
autres, je n'en sais rien de certain. Le cuivre
commun donne une couleur verte de mer; le
cuivre de fer, une couleur verte d'herbe; les
grenats une couleur d'émeraude: le fer une
couleur jaune, ou de jacinthe: l'or une très belle
couleur bleue très bonne: le bismuth une
couleur-bleue commune: la magnésie une couleur
d'améthyste. Ces métaux & minéraux étant
4. Part.
G
@
86 La quatrième Partie.
mêlés ensemble donnent d'autres couleurs.
Par exemple, l'or & l'argent mêlés donnent
une couleur d'améthyste le fer & le cuivre une
couleur verdâtre ou pâle; le bismuth & la
magnésie une couleur pourprine: argent &
magnésie des couleurs diverses semblables à
une opale.
On fait aussi des images de diverses couleurs,
si la masse de diverses couleurs est rompue en
petites parcelles, puis mêlée & mise sur le
moule. Que si tu désires une masse verte, rouge,
opaque, &c. ajoutes-y un peu de chaux
d'étain obscur, sur lequel les couleurs sont
comme sur une base. Pour exemple. Si tu veux
faire une turquoise, ou une pierre, mêle à la
couleur bleue faite de la marcassite d'argent,
ou saphir (pour colorer la masse) de la chaux
d'étain, afin qu'ils fondent ensemble, & avant
que l'impression soit faite, mets sur le moule
un peu d'or préparé, sur celui-ci la susdite
poudre de verre: & la fusion & impression
étant faite, il s'en formera une pierre ayant de
petites veines d'or comme la pierre, mais il
faut qu'il y ait de la chaux d'or, qui ne perd pas
son éclat par le feu, telle qu'elle est faite par
le mercure, ou celle qui est meilleure étant
précipitée de l'eau royale, dont il a été parlé
ci-devant.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 87
De la préparation des couleurs pour colorer la masse des pierres à feu, ou cristaux.
L Es lames de cuivre doivent être souvent rougies au feu, & éteintes en eau froide,
dont il sera traité plus amplement en la cinquième
Partie. On en mêle depuis trois, quatre,
cinq, ou six grains à

. j. de la masse, pour
une couleur vert de mer. Le fer est réduit en
crocus par le réverbère, duquel on mêle depuis
quatre jusqu'à dix grains, à

. j. de la masse
pour une couleur jaune ou de jacinthe. L'argent
est dissous en eau forte, & précipité avec
la liqueur des cailloux, après qu'il est édulcoré
& séché, depuis un jusqu'à six grains mêlé à

. j. de la masse, fait des couleurs diverses.
L'or est dissous en eau royale précipité avec
la liqueur des cailloux, édulcoré & séchée, duquel
depuis 4. 5. 6. 7. grains jusqu'à

.P/. mêlé
à

. j. de la masse, fait un très beau saphir.
Et si depuis trois jusqu'à six grains de ce rubis
soluble fait d'or, & de régule de Mars, on en
mêle à

. j. de la masse, ils font un très beau
rubis. La magnésie étant pulvérisée, dont depuis
six jusqu'à quatorze grains mêlé à

. j. de
la masse, se fait une améthyste.
La marcassite dissoute en eau royale se précipite
avec la liqueur de cailloux, est édulcorée
& séchée, dont depuis un jusqu'à cinq
grains mêlé à

. j. de la masse, se fait un saphir,
G ij
@
88 La quatrième Partie.
mais il n'est pas si beau que celui qui est fait
avec l'or.
Que si tu ne veux pas calciner la marcassite,
prends de la *zafore, & depuis cinq jusqu'à
dix grains mêle à

. j. de la masse.
Les grenats de Bohême, ou Orientaux sont
mis en poudre; & depuis six grains jusqu'à

. j.
mêlés avec

. j. de la masse, pour faire de
petites pierres semblables à de naturelles émeraudes:
les autres choses qui concernent le
mélange de ces couleurs, doivent être apprises
par l'expérience.
Et pour ce qui est de l'usage à quoi les cailloux
& cristaux teints peuvent servir, il
n'est pas à propos d'en parler ici, si ce n'est
pour remédier aux yeux qui se sont affaiblis
par les veilles, par la chaleur du feu, & par la
fumée, fournis-toi d'un moule de cire exactement
rond, de la grandeur d'une assiette, ou
d'un plat, auquel tu appliqueras de la meilleure
argile mêlée avec le poil: oins le moule
avec de l'huile, & applique exactement de la
meilleure terre de creuset bien préparée, & qui
résiste au feu, de l'épaisseur d'un doigt, lequel
étant sec, perce le en quelque endroit, afin
que lors que la cire se fondra par le feu, elle
coule; après brûle le moule dans un fourneau
de terre, étant brûlé remplis le de verre préparé,
& le place dans un fourneau à vent, tant
que le verre fonde, lequel à la fin étant refroidi,
ôte le moule, & tu auras un cristal semblable
au moule, lequel tu formeras après, & poliras
comme on fait des lunettes dans un plat de
Note du traducteur :
*zafore: ?.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 89
fer de tous les deux côtés, & l'ayant polie tu y
mettras un fil de fer, & tu auras un rond optique
à peu de frais, autrement à peine s'en fait-il de
cristal d'une telle grandeur. Et si tu veux tu
lui peux donner une couleur verte agréable à
la vue & lui attacher un pied pour ta commodité.
Ce verre ne sert pas seulement pour
la multiplication de la clarté en temps de nuit,
afin que tu voies les choses de loin dans une
chambre, mais aussi pour fixer & calciner les
minéraux par les rayons du Soleil, & fondre les
métaux, & multiplier les images de même
qu'un miroir concave, & il n'y a point d'autre
différence qu'en la seule réflexion.
Cet instrument de verre est aussi fait d'une
autre façon, avec moins de peine & de frais, si
avec un diamant on coupe deux grands ronds
d'un miroir poli, & si étant ramollis dans un
fourneau approprié sur une pierre exactement
ronde, jusqu'à ce qu'ils s'attachent comme de
la cire, bien serrés contre la pierre; ce fait laisse-
les refroidir derechef, après étant tirés hors
ils représenteront la forme du miroir concave,
du côté de la partie convexe, on leur peut
accommoder une feuille.
Or ces verres sont le même que le miroir
concave métallique, excepté la réflexion, qui
n'est pas si forte.
Et quoi que les verres soient plutôt rompus,
néanmoins ils sont fort propres pour faire
l'instrument suivant.
Et ils sont fortement attachés ensemble
avec un fort fil de fer, appliqué en croix dans
G iij
@
90 La quatrième Partie.
la partie concave, & un trou est coupé sur le
bord avec un diamant d'un côté de la grandeur
d'un pois, auquel est mise une vis d'étain
puis les jointures sont exactement fermées partout
avec du meilleur lut, de fait il y faut attacher
une bande d'argent ou de cuivre, serrant
ces verres étroitement, de sorte que l'instrument
soit propre au pied. Tout cela étant
bien fait, ces gros fils sont séparés ou coupés,
avec lesquels ces verres étaient liés au commencement,
principalement proche la bande
de cuivre, après cela on verse de pure eau de
vie par un entonnoir, autant qu'il en est requis
pour le remplir, l'instrument étant plein, le
trou est bouché, & cela doit être mis à part
pour l'usage. Or cet instrument fait le même
effet que le miroir concave, principalement
s'il a en son diamètre un pied de largeur, &
peut être appliqué à des peintures de perspective,
car il les représente ou multiplie parfaitement.
Au derrière duquel si tu mets une chandelle
de nuit, il donne tant de clarté dans une
chambre, qu'il te semblera qu'elle vient du
Soleil. Il fait aussi beaucoup d'autres choses,
lesquelles j'omets ici comme étant superflues.
Et tu peux la nuit assembler la clarté
dispersée dans l'air avec ce verre, de telle sorte
que tu pourras lire l'écriture la plus menue.
Telles & autres semblables choses peuvent
être faites par ce fourneau, lesquelles grossiraient
trop ce Livre, si on les voulait écrire.
Le reste de l'examen & purification des
@
Des Fourneaux Philosophiques. 91
métaux par la fonte, sera dit en autre lieu.
Lecteur, prends ceci que je te donne en
bonne part. Une autrefois tu auras quelque
chose de meilleur; ne blâme pas mes écrits,
comme si je n'approuvais pas les examens
des métaux par la fusion & séparation
des anciens, ne voulant seulement que communiquer
mon opinion, & donner mon assistance
pour aller plus avant; car je sais bien
que les examinateurs des métaux donnent
trop de crédit à leurs petites épreuves, lors
qu'ils ne trouvent rien, condamnent les mines
comme stériles, lesquelles abondent en or &
en argent: quoi que M. Jean Mathese dise
expressément en sa Sarepte, que souvent les
mines examinées en petite quantité ne donnent
point d'or ni d'argent, & en grande
quantité en donnent beaucoup. C'est pourquoi
on ne doit pas toujours ajouter foi à
telles preuves, qui trompent souvent, comme
l'expérience le certifie.
Cela n'arrive pas seulement en ces minéraux
qui sont tirés hors des cavernes de la
terre, mais aussi en ces argileux & sablonneux
minéraux, abondants en flammes d'or & d'argent
desquels ni par les petites, ni par les
ablutions, ni par le mercure, on ne peut tirer
avec profit l'or dispersé en flammes, ce qui
peut être fait par de certaines eaux, sans aucun
feu avec facilité; car je sais que telles
mines sont trouvées proche beaucoup de rivières
en Allemagne, & en beaucoup d'autres
endroits de l'Europe, desquelles on peut tirer
G iiij
@
92 La quatrième Partie.
un honnête profit, à peu de travail, & à peu
de frais. Ce ne sont pas des songes, ce que j'ai
dit par parabole de la perfection des métaux:
car on peut avec l'art assister la nature pour
les perfectionner. C'est pourquoi il n'est besoin
d'autre chose que de connaissance, & la
nature des métaux étant connue avec leurs
propriétés, ils sont aisément séparés, purgés,
& perfectionnés.
Quant à ce que j'ai écrit de la Médecine
universelle, je l'ai fait pour les susdites causes,
non comme professeur de l'art. Les autres
choses des verres colorés de rouge, & des miroirs,
je les ai ajoutées, à cause qu'ils sont
aisément préparés par ce fourneau, comme
étant quelquefois nécessaires en quelques
travaux. Le reste concernant le maniement des
métaux n'est pas omis ici sans cause. On en
parlera peut-être en quelqu'autre lieu, c'est
pourquoi nous finissons.
Fin de la quatrième Partie.
@
L A
C I N Q V I E S M E P A R T I E
D E S
N
O V V E A V X
F
O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
Où il est traité de la nature admirable du cinquiesme
Fourneau: Comme aussi d'vne preparation facile des
instrumens & des materiaux appartenans aux quatre
Fourneaux, dont nous auons parlé cy deuant.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R.
Et mise en François
Par LE SIEVR DV TEIL.
A
P A R I S,Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
----------------------------------------------
M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@
3
L A
C I N Q U I E M E P A R T I E
D E S
F O U R N E A U X
PHILOSOPHIQUES.
----------------------------------------------
De la préparation du Fourneau.

E n'ai point fait mention de ce
Fourneau dans la Préface, & j'ai
réservé d'en traiter en ce lieu, comme
le plus à propos, pour en découvrir
les merveilles, en faveur de ceux qui
s'étudient au laboratoire. Et quoi que je sache
bien que les ignorants se choqueront plus
en cet endroit que dans tous les autres de mes
ouvrages; je ne laisserai pas néanmoins d'exécuter
mon dessein, pour ce que je suis assuré
de faire une chose très agréable à ceux qui
recherchent avec soin les secrets de la Nature.
Car je proteste avec vérité que celui-ci est
5. Part.
A ij
@
4 La cinquième Partie,
le plus rare & le plus curieux dans lequel, par
la grâce de Dieu, j'ai découvert des choses
tout à fait prodigieuses.
Quant à la construction de ce fourneau, il
n'est pas nécessaire d'en dire beaucoup de choses,
d'autant qu'il n'en est pas de même que
des autres, vu qu'il se trouve partout bâti
des mains propres de la Nature, n'étant destiné
qu'aux opérations naturelles, pour la confection
de quelque menstrue, lequel dissout
sans aucun bruit l'or, l'argent, tous les autres
métaux, les pierres tant communes, que précieuses,
& même le verre, l'origine du fourneau
étant l'origine du menstrue. Il est aisé de
conjecturer, que ce fourneau produisant ce
menstrue royal, dont il a tiré son origine, n'est
pas de ces communs fourneaux, par le moyen
desquels les autres choses sont distillées, vu
qu'il donne ce menstrue non corrosif, & qui a
des vertus toutes particulières, lesquelles ont
plus d'efficace que toutes les eaux corrosives
en général & en particulier. Car toutes les
eaux corrosives telles qu'elles puissent être,
comme l'eau forte, l'eau royale, l'esprit de vitriol,
de sel, d'alun, & de nitre, ne sont pas capables
de dissoudre en une fois, l'or & l'argent,
& les autres sujets durs, & indissolubles par les
eaux les plus caustiques.
Sans mentir cela est étonnant & prodigieux,
qu'une chose qui se trouve partout très vile,
& abjecte puisse faire de si merveilleux effets,
Je ne sais quelle raison m'a poussé à écrire sur
ce sujet, dont les savants me blâmeront, pour
@
Des Fourneaux Philosophiques. 5
en avoir écrit trop ouvertement, & les ignorants
m'accuseront de mensonge. Sans doute
ces considérations m'en auraient détourné, si
je n'eusse été certain, que je ferais une bonne
oeuvre, & que je retirerais plusieurs personnes
de l'erreur. Car il y a une infinité d'ignorants
qui s'imaginent qu'il n'y a point d'autre menstrue
dissolvant, que les susdits esprits corrosifs,
quoi que tous les Philosophes crient d'une
commune voix que ces esprits corrosifs &
détruisants, ne sont capables que de faire une
stérile solution des métaux. L'expérience témoigne
assez que toutes les solutions faites
par le moyen de l'eau forte, de l'eau royale, &
autres esprits colorent les mains, ce qui n'arrive
pas dans cette vraie solution Philosophique,
& que par conséquent toutes les solutions
qui colorent les mains sont fausses & malignes.
Que personne donc ne se persuade que ce menstrue
soit à mépriser, à cause qu'il est vil & facile
à trouver, moi-même j'y ai été trompé,
& ne l'ai pu croire jusqu'à ce que j'ai découvert
la vérité. Il arrive en ce rencontre, ce qui
arrive ordinairement, que les choses grandes
& splendides sont méprisées, & que les petites
& communes sont négligées. Ce qui est contraire
au cours de la Nature, laquelle fait tous
ses ouvrages avec simplicité. La pauvreté de
JESUS-CHRIST choquait les Juifs, & quoi qu'ils
vissent ses miracles, toutefois ils ne les croyaient
pas, à cause de la simplicité dont il agissait,
& de la forme humaine sans laquelle il ne
pouvait pas être notre Médiateur envers
A iij
@
6 La cinquième Partie,
Dieu. Car par la faute d'Adam nous étions
tellement séparés de Dieu, & endurcis dans
nos péchés, que nous étions devenus esclaves
de la Mort & de l'Enfer, ayant perdu le Saint
Esprit. Or par cette rosée & manne céleste
nos coeurs ont été arrosés, & par sa parole, &
par son Sang nous avons recouvert ce Saint
Esprit, sans lequel nous ne l'aurions jamais
trouvé. Ainsi comme jadis les Pharisiens & les
Prêtres ne reconnaissaient pas JESUS-CHRIST
à cause de sa pauvreté, de même on méprise
ce menstrue universel, parce qu'il est partout,
& qu'il se trouve même dans les ordures. Ne
me blâmez pas d'avoir fait cette comparaison,
car elle tourne plutôt à la gloire de Notre
Seigneur, lequel a pu délivrer le genre humain
de la puissance du Diable, de même que
le mercure ressuscite glorieusement pour le salut
du genre métallique.
J'eusse pu ajouter beaucoup d'autres choses
touchant l'origine de ce menstrue universel
si vil & si abject, & amplifier ses vertus qui
dissolvent radicalement les métaux, les minéraux
& les pierres sans bruit, unissant & fixant,
dont la solution ne colore point les mains,
dont la conjonction est inséparable, & la fixation
incombustible, n'étaient les incommodités
que je me procurerais, la haine, & l'envie
des autres. D'autant qu'il s'en trouve peu qui
se contentent de la découverte qu'on leur fait
de la possibilité, désirant qu'on leur révèle
entièrement tout le mystère, autrement ils nous
persécutent par la haine & par l'envie. S'ils
@
Des Fourneaux Philosophiques. 7
avaient quelque connaissance de notre travail,
ils en feraient sans doute un meilleur jugement.
Contente toi donc, ami Lecteur, de
ce discours qui t'enseigne la possibilité de l'art
& de la Nature. Cherche-la bien avec la crainte
de Dieu, & tu profiteras infailliblement.
De la construction des Fourneaux.
P Our ce qui est des fourneaux du premier & second Livre, ils doivent être bâtis
avec terre de potier, & avec des pierres, de
quoi je n'ai pas grande chose à dire, d'autant
qu'il y a beaucoup de Livres qui en traitent
suffisamment. Néanmoins il y a une chose digne
de remarque, c'est que les fourneaux auxquels
on ne doit pas donner un feu violent,
n'ont pas besoin de murailles si fortes, que
ceux où on distille, sublime & fond avec feu
violent. Et pour ce qui est des fourneaux pour
sublimer & distiller, tu les peux bâtir avec
des briques communes qui sont faites de bonne
terre grasse, & bien cuite, avec des murailles
fortes, afin qu'elles puissent garder plus
longtemps la chaleur: autrement tu auras
toujours quelque chose à refaire, & à refermer
les fentes, qui empêchent la conduite du
feu. C'est pourquoi il les faut entourer avec
des anneaux de fer, afin qu'elles soient plus
durables. Mais quant aux fourneaux de fonte,
les susdites briques ne servent de rien pour les
construire, d'autant qu'elles ne sauraient durer
au feu, & qu'elles se fondraient. Il faut donc
@
8 La cinquième Partie,
faire d'autres briques avec de très bonne terre,
qui soit fixe au feu, comme la terre des
creusets, dont il sera parlé ci-après, dans un
moule de bois ou de cuivre, il n'importe pas
qu'ils soient ronds ou carrés, ayant égard au
fourneau, afin que six ou huit puissent faire
un tour du fourneau, il n'est pas aussi nécessaire
de bâtir tout le fourneau de ces pierres, il
suffit seulement que le lieu où les charbons
demeurent soit des dites pierres, & le reste de
brique commune.
Lut pour bâtir les Fourneaux.
L E lut se peut faire de diverses façons pour cet effet cela dépend de la volonté d'un
chacun. Quelques-uns mêlent avec la terre
de potier tamisée, le poil des boeufs, vaches, &
cerfs bien battus, de la paille d'orge, du lin,
fiente de cheval: & chose semblable, qui joignent
bien la terre, & empêchent qu'elle ne
se fende ou crevasse, avec lesquels ils mêlent
quelquefois du sable tamisé, si l'argile est trop
grasse, battant le mélange avec eau, tant qu'il
est à une consistance: & c'est là un bon mélange,
d'autant qu'il n'est pas sujet à crever.
Toutefois il est faible, d'autant que par longueur
de temps le poil & la paille sont brûlés,
ce qui cause que le fourneau devient mince &
faible. Il en a beaucoup qui laissent les choses
combustibles, & mêlent la terre grasse &
sable ensemble, & le tempèrent avec saumure,
pour bâtir leurs fourneaux, & c'est le meilleur
mélange,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
mélange, d'autant qu'il n'est pas combustible
comme les autres, même il n'est pas sujet
à crever, à cause du sel, & pour cet effet
la saumure du poisson, ou de la chair salée y
est très propre, d'autant que le sang aide à
leur union; mais si la teste morte du vitriol, ou
de l'eau forte, ramollie avec de l'eau, est mêlée
avec la terre grasse, & le sable, ce sera encore
mieux pour ton travail; car ce lut n'est nullement
sujet à crever, étant fixe & permanent
au feu. Avec ce lut les cornues & cucurbites
sont bien lutées: Comme aussi les jointures des
retortes & récipients bouchés. Ce lut humecté
avec un linge mouillé se sépare aisément,
comme aussi celui avec lequel le sel est mêlé:
mais les luts où il n'y a point de sel ne se séparent
point. Ce qui cause que bien souvent les
verres sont cassés, c'est pourquoi si tu n'as
point de la tête du vitriol, tempère l'argile &
le sable avec saumure. Il y en a beaucoup qui
y mêlent la limaille de fer, le verre en poudre,
les cailloux, &c. Mais tu n'as pas besoin de cela
pour le bâtiment des fourneaux, mais seulement
pour lutter certains verres qui servent
pour la séparation & distillation, d'autant que
la limaille de fer étant mêlée avec le sel, lie
& joint très étroitement.
5. Part.
B
@
10 La cinquième Partie,
Pour boucher les jointures qui empêchent l'évaporation des esprits.
L E susdit lut est suffisant pour boucher les jointures du premier fourneau, où les esprits
ont assez d'air, mais non pour les vaisseaux
du second fourneau, où il faut distiller
les esprits très subtils, qu'il ne pourrait retenir,
à cause de leur pénétration avec la perte de
la meilleure partie. C'est pourquoi il t'en faut
choisir un autre, sinon qu'après qu'il est bien
sec, tu l'oignes avec un pinceau d'un mélange
fait de chaux vive en fine poudre, avec huile
de lin, alors l'argile en fera attraction par ses
pores, se fortifiera, & sera capable de retenir
les esprits les plus subtils. Or ce lut ne peut
être après séparé que fort difficilement, d'autant
que résistant à l'eau, il ne peut être ramolli.
C'est pourquoi la terre ne doit être tempérée
autrement qu'avec des blancs d'oeufs,
appliqués avec des linges. Mais il te faut prendre
garde que le linge ne se brûle par la grande
chaleur du col du récipient, en y mettant
entre deux un col de fer ou de verre très fort,
c'est à dire entre le récipient & la retorte: les
jointures peuvent aussi être bouchées avec
vessie de boeuf trempée en blanc d'oeuf. Comme
aussi avec amidon ou empois tempéré avec
eau, & appliqué sur du papier par diverses fois,
& par ce moyen ces esprits subtils sont aisément
retenus, mais non les corrosifs, auxquels
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
la tête morte de l'eau forte est plus propre, &
après qu'il est sec, il doit être touché avec le
mélange de chaux vive, & huile de vin.
La diversité de ces luts a été destinée à
divers usages.
Autre lut pour les verres cassés.
I L arrive quelquefois que les vaisseaux de verre, comme récipients & retortes ont des
fentes, sans lesquelles ils seraient encore bons:
les fentes sont plus grandes en ces verres qui
souffrent derechef la chaleur du feu, lesquels
se rompent à la fin; que si tu désires prévenir
cela, il te faut faire un lut délié avec chaux vive,
minium, & huile de lin, l'étendre sur du
linge & l'appliquer sur la fente, & étant sec,
en mettre un autre: mais si la fente est grande,
tu y peux appliquer trois ou quatre linges
pour plus grande assurance: tu y peux aussi
appliquer des blancs d'oeufs battus, avec un
linge, & jeter dessus de la chaux vive en fine
poudre, & la presser bien fort avec la main, ce
fait, il te faut appliquer dessus un autre linge
trempé en blanc d'oeuf, & jeter de la chaux
vive dessus; ce lut étant sec, retient les esprits,
mais il est plus sujet à la corrosion des esprits
corrosifs, que le précédent.
Remarque bien que la chaux vive ne doit
pas être mêlée avec le blanc d'oeuf, ni mise
sur le linge, comme quelques-uns font, à cause
que le blanc d'oeuf reçoit une dureté de la
chaux vive, auparavant qu'ils soient unis, &
B ij
@
12 La cinquième Partie,
par ce moyen il ne se peut attacher: mais il
faut que le linge soit mouillé auparavant que
la chaux vive soit mise dessus, de telle façon
qu'il ne faut pas que la chaux vive touche immédiatement
le verre, mais qu'elle soit appliquée
entre deux linges.
Comment on peut empêcher l'évaporation des esprits subtils, après qu'on les a préparés.
C Es verres dans lesquels les esprits sont gardés, sont ordinairement bouchés
avec du linge ou de la cire, sur lesquels
on met après des vessies, lesquelles choses
sont bonnes pour certains esprits, qui ne
rongent point le linge, ni la cire: car tous
les esprits corrosifs, comme ceux de vitriol,
d'alun, de sel commun, de nitre, &c. rongent
le liège, & les esprits de corne de cerf, de tartre,
de sel armoniac, d'urine, de vin, &c. fondent
la cire & la pénètrent.
Et quoi qu'on les puisse boucher par
autre voie, qui empêcherait que les deux
sortes d'esprits ne s'évaporent, ce néanmoins
ce serait une grande peine de les ouvrir si souvent,
& les boucher derechef, c'est pourquoi
j'ai inventé une façon de verre propre pour
cela, dont les orifices étant distingués,
sont propres pour recevoir leurs couvercles,
comme il appert par la figure, A signifie
+@
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
le couvercle, B le verre qui contient l'esprit,
C l'attractoire, par le moyen duquel les esprits
sont tirés hors du verre. Quand il est nécessaire
sur le bord de l'orifice du verre qui contient
l'esprit, on y met du vif-argent, & sur
cela on met le couvercle: cela fait le vif-
argent courant sur le bord, bouche exactement
l'ouverture des deux verres. De
sorte que rien du tout n'en peut être évaporé.
Car les esprits ne pénètrent pas le mercure, si
ce n'est qu'ils soient grandement corrosifs (ce
qui est remarquable) lesquels par succession
de temps réduisent le mercure en eau. Ce qui
arrive rarement, & lors le mercure doit être
renouvelé; mais il n'est pas besoin de faire
tant d'honneur aux esprits corrosifs, car ils ne
sont pas à égaler à ces esprits volatils, lesquels
étant tirés hors des corrosifs, n'agissent point
sur le mercure; encore moins le font les esprits
urineux, & c'est principalement pour eux
qu'a été inventée cette sorte de verres, par
le moyen duquel les esprits les plus subtils
sont préservés sans aucun danger, de la perte
de leurs vertus, aussi longtemps qu'on le désire:
& d'autant qu'en cas de nécessité les esprits
ne peuvent pas être versés à cause du
mercure qui est sur le bord, il faut que tu te
fournisses d'un attractoire semblable à celui
par le moyen duquel on tire le vin hors des tonneaux,
mais plus petit, ayant un ventre avec
un petit orifice fait bien proprement, l'ayant
mis dans le verre, vous en pouvez tirer autant
qu'il vous plaît, ou qu'il vous est nécessaire,
B iij
@
14 La cinquième Partie,
le trou de dessus étant bouché avec le doigt,
rien n'en sortira, ce que vous avez tiré étant
mis dans un autre petit verre, pour vous en
servir à votre usage, alors il faut couvrir derechef
le reste de l'esprit qui est dans le verre, &
en tirer comme cela avec cet instrument, autant
qu'il vous est besoin pour votre usage,
c'est ici la voie la plus sûre pour garder les
esprits subtils, comme aussi ils sont fort bien
gardés dans les verres, dont les bouchons sont
de verre poli par l'attrition; mais cette voie
de garder les esprits est plus chère que l'autre,
& se fait comme s'ensuit.
La manière de polir les bouchons de verre pour retenir les esprits dans les vaisseaux de verre.
P Remièrement, il te faut avoir des bouteilles de verre de diverses façons, de grandes
& petites, qui aient le col très fort & la bouche
aussi avec les bouchons de verre, lesquels
étant polis, bouchent bien l'orifice de la bouteille.
On les polit en cette manière. Mets le
bouchon dans un tour bien fermé dans du
bois, & le fait tourner, puis étant mouillé avec
émeri & eau, mêlés ensemble, mets-le à la
bouche de la bouteille, afin de le tourner tout
rond dans la bouche de la bouteille, laquelle
tu retireras souvent hors du bouchon, qui sera
bien attaché autour, pour l'humecter plus
+@
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
souvent avec ce mélange d'eau & d'émeri, par
le moyen d'un pinceau ou d'une plume, ce
qu'il faut faire si souvent, jusqu'à ce que le
bouchon ferme la bouche de la bouteille très
exactement. Ce fait il faut nettoyer le bouchon
& l'orifice de la bouteille, avec un linge
pour ôter l'émeri. Alors frotte le bouchon, &
la bouche de la bouteille, avec liniment fait
de fine terre lavée, & mêlée avec eau, ou bien
avec huile, & le tourne derechef dans la bouche
de la bouteille, & l'oins si souvent avec ce
nouveau mélange, tant que le bouchon soit
exactement poli. Après il le faut attacher à sa
propre bouteille. La même chose se doit entendre
de tout le reste, afin qu'un ne soit pas
pris pour l'autre, &c. & afin qu'il ne soit pas
nécessaire d'en ôter beaucoup des bouchons
& des bouteilles, sers-toi des moules de cuivre,
qui soient faits pour les bouchons, pendant
qu'ils sont encore chauds, mous & nouvellement
tirés hors de la fournaise: afin
qu'ils soient faits d'une juste rondeur. Comme
aussi d'autres moules de cuivre qui doivent
être mis aux orifices des bouteilles, pendant
qu'ils sont chauds & mous, afin de les faire
plus ronds, & que le bouchon soit plus promptement
& aisément rendu propre à fermer
exactement la bouche de la bouteille (par
exemple, A est le bouchon, B la bouteille) si
tu sais exactement comme il y faut procéder,
ils seront promptement & aisément rendus
propres l'un pour l'autre.
Et si tu n'as point de tour, tu y procéderas
B iiij
@
16 La cinquième Partie,
en la manière suivante, laquelle est à la vérité
plus longue, mais aussi elle est plus sûre, d'autant
qu'au tour souvente fois les verres étant
chauds, sont rompus, à cause de trop de précipitation.
Cela se fait ainsi. Il faut avoir un vaisseau
de fer, ou de bois propre pour recevoir
la bouteille, laquelle étant couverte avec du
linge & mise dedans, il te faut joindre les deux
parties avec adresse, par le moyen d'une vis,
afin que la bouteille ne se rompe; & d'autant
que cet instrument ou réceptacle de la bouteille
étant attaché à un banc par le moyen
d'une vis ne peut être changé de lieu: il te faut
avoir un autre instrument de bois pour le
bouchon. ( Exemple, A le bouchon avec son
réceptacle, B la bouteille avec son réceptacle)
lequel puisse être séparé au milieu, & derechef
réuni avec une vis, après y avoir mis le
bouchon, & l'ayant mouillé avec le susdit mélange
d'émeri, & d'eau; prends l'instrument
avec les deux mains, & mets le bouchon dans
l'orifice de la bouteille, & frotte en tournant
l'un sur l'autre. Comme font ceux qui polissent
les bondes des tonneaux à vin ou à bière,
faisant cela tant que le bouchon soit propre
pour la bouteille, alors réitère ledit travail
avec du *tripoly tant qu'il soit prêt, & il bouchera
aussi bien qu'un bouchon fait au tour.
De la même façon tu peux préparer ces
grands récipients de verre de la première fournaise,
afin qu'ils puissent être bien bouchés
sans lutation. Les bouchons des matras pour les
fixations peuvent aussi être bouchés de cette
+@
+@
@
Des Fourneaux Philosophiques. 17
façon, lesquels au lieu d'être lutés peuvent être
mis dans la bouche du matras, sur lesquels on
met de petits couvercles de plomb, afin qu'en cas
de nécessité, ils puissent être un peu soulevés,
lors que par un mauvais régime du feu, les esprits
sont trop excités & raréfiés, à cause du
danger que les verres ne cassent, & afin que
les bouchons de verre puissent être derechef
appliqués aux orifices des matras, lesquels en
cette manière seront bouchés très exactement.
Cette manière de boucher est meilleure,
que celle qui se fait avec liège, cire, soufre,
& autres choses: afin que s'il arrivait
que le régime du feu ne fût bien administré, &
que par conséquent tu eusses failli, tu puisses
préserver ton verre, en soulevant les bouchons,
quand les esprits sont trop excités.
Quoi que cette manière de boucher soit meilleure
que la commune, néanmoins celle qui
ensuit est encore meilleure que les autres, par
le moyen de laquelle les esprits sont plus aisément
retenus, le verre étant préservé sans aucun
danger de se rompre, voici comment.
Fais faire un canon de verre qui soit crochu
comme la figure le montre, dans le ventre duquel
il faut mettre demie-once ou une once de
mercure, ou environ; que ce canon qui a un
ventre, entre dans le matras contenant la matière
qui doit être fixée; Par exemple A est le
canon avec le ventre B est le matras, & derechef
A signifie ce petit couvercle de plomb
avec le matras B, les jointures desquels doivent
@
18 La cinquième Partie,
après être lutées, & le matras ne sera jamais
en danger de se rompre.
Les susdites manières de boucher sont les
meilleures, par le moyen desquelles on ne casse
point de verres, je parle pour ceux qui sont
dans l'erreur concernant la fixation des esprits,
des sels, minéraux & métaux, desquels
quoi qu'ils soient fixés avec grands frais &
labeur, néanmoins on n'en tire pas ce qu'on
s'en était promis: d'autant que toutes ces sortes
de fixations sont violentes & forcées, & par
conséquent contraires à la nature, mais il n'en
est pas de même en cette fixation des esprits
qui est profitable, par laquelle il nous faut
suivre la nature, & ne mettre pas notre travail
entre les mains de la fortune. Car il n'y a que
les fous qui cassent leurs verres avec leur teinture
supposée: mais les philosophes ne font
pas de même. Car toute chose qui est violente
est ennemie de la Nature & toutes les opérations
de la Nature sont aisées. Ceux-là donc
qui feront des fixations violentes ne parviendront
jamais à la fin qu'ils se sont proposée.
Je ne saurais être persuadé que les corps
morts, ou à demi morts puissent être mêlés,
pour pouvoir multiplier: mais je croirai fort
aisément que la conjonction d'un mâle & d'une
femelle d'une même espèce, sains & bien
nourris, avec bonnes & saines viandes est naturelle,
& qu'elle fera la multiplication en son
espèce, ce sont ceux qui endurent dans la bonne
& mauvaise fortune, dans la vie & dans la
mort: mais la conjonction des choses mortes,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 19
est morte & enterrée. Considère seulement
combien de diverses sortes d'instruments, comme
d'or d'argent, de cuivre, de fer, d'étain, &
de plomb, de terre, de verre, de pierres, & autres
vaisseaux d'autres matières ont été déjà
inventés pour fixer le mercure tout seul avec
l'or & l'argent, mais en vain, à cause qu'ils n'ont
aucune affinité. Car quoi que le mercure se
mêle avec les métaux, ou les métaux avec
lui, ce n'est pas par la raison qu'ils aient aucune
affinité pour la multiplication, ou perfection:
on voit par expérience que le mercure
s'enfuit dans le feu, & laisse l'or, l'argent, &
autres métaux. C'est pourquoi il est évident
qu'ils n'ont point cette mutuelle affinité requise
à la multiplication des métaux, & il n'est pas
même possible, car ceux qui ont une mutuelle
affinité s'embrassent l'un l'autre, & demeurent
ensemble pour jamais, quoi que volatils,
néanmoins ils ne se quittent point l'un l'autre,
comme font l'or & le mercure, lors qu'ils
sont mis ensemble avec le plus fort lien; de
sorte qu'ils ne puissent être jamais séparés dans
le feu le plus violent. Il faut donc avoir grand
soin dans la fixation des choses qui se joignent
ensemble, & se retiennent l'une l'autre, sans
l'assistance d'aucun verre curieux. Que si tu n'as
pas l'intelligence de ces choses, ne t'en mêle
point, d'autant que cela te serait plus nuisible
que profitable, comme l'expérience journalière
que d'autres & moi en avons faite, le témoigne.
Mais afin que tu puisses mieux entendre
quelles choses ont une mutuelle affinité
@
20 La cinquième Partie,
l'une avec l'autre. Entends un peu ce que
je te dis.
Ne se moquerait-on pas de ceux qui voudraient
mettre de l'eau de pluie, ou de l'eau
commune sur l'or, l'argent, & autres métaux
pour les fixer? c'est pourquoi prends garde à
la folie de plusieurs avares Alchimistes, lesquels
en une affaire si difficile, ont perdu leur
temps, recueillant selon qu'ils ont semé, à la
fin ils ont laissé le travail qu'ils avaient entrepris,
après avoir dépensé beaucoup inutilement.
J'en ai vu souvente fois qui ont choisi
pour leur dissolvant la rosée de Mai, la neige,
la pluie de Mars, ou l'eau distillée des excréments
des étoiles, des végétaux & animaux, en
quoi ils ont perdu leur peine.
Car la radicale union des dites choses avec
les métaux étant impossible, il ne peut jamais
être produit rien de bon, à cause de leur différence.
Et ceux-là peuvent avec raison être
comparés à ceux qui désirent monter à une
échelle fort haute, qui a beaucoup de degrés,
& qui veulent incontinent voler du bas de
l'échelle en haut, ce qui est impossible, de
même il ne se peut faire aucune conjonction
des choses qui sont tout à fait différentes. Mais
comme chacun peut aisément monter au plus
haut de l'échelle par les degrés, de même chacun
peut joindre les choses les plus éloignées,
ajoutant premièrement une chose qui soit la
plus proche de celle qui est la plus éloignée,
& après celle-là une autre la plus proche, &
ainsi de suite.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
C'est un travail qui a besoin de beaucoup de
temps, & qui est sans profit. Car si les choses
qui ont le plus d'affinité sont jointes ensemble,
l'une se délectera dans l'autre, & l'une embrassera
l'autre. Par exemple, il y a un certain sel,
qui convertit l'eau commune en un corps semblable
à soi-même: lequel peut être fixé en
peu de temps avec un certain minéral, grandement
volatil. Les minéraux peuvent aussi être
fixés par les métaux, & les métaux (ce que je
n'ai pourtant jamais éprouvé) avec une certaine
chose qui est plus excellente que les métaux.
Mais pour cela il n'est pas besoin dans
la fixation des minéraux, de commencer par la
coagulation de l'eau, laquelle se convertit en
sel, & après en un minéral, ce qui serait trop
ennuyeux; mais il suffit de commencer par des
choses plus proches, auxquelles la nature a
commencé son opération, & l'a laissée imparfaite,
lors il y a espérance de profit, si on n'y
joint aucune chose contraire, autrement il n'y
en a point. Considère comme la Nature est
prête à donner son secours, alors qu'elle le
peut. Par exemple, tire le sel du tartre calciné
par dissolution & congélation (mais ne
prends pas celui-ci pour celui duquel j'ai
fait mention un peu devant, lequel est beaucoup
meilleur que le sel de tartre) après que
tu l'auras calciné, observe bien le poids, sur
lequel puis après tu verseras la moitié de son
poids de pure eau de pluie, que tu distilleras
pour éviter tout soupçon d'impureté, puis retire
l'eau par le bain doux ou par le sable, laquelle
@
22 La cinquième Partie,
tu cohoberas sur le sel de tartre, & distilleras
derechef, réitérant cela tant qu'il sera
nécessaire, jusqu'à ce que toute l'eau soit consommée,
ce fait tire hors le sel, & le fais rougir
au feu, puis le pèse, & tu trouveras qu'il a
augmenté en poids, cette augmentation ne
vient que de l'eau, & non d'ailleurs.
Remarque bien que la cohobation de l'eau
doit être réitérée souvent sur le sel de tartre;
par ce moyen l'eau se peut convertir en sel, &c.
Que si tu ne crois la conversion des choses matérielles
& corporelles, comme quoi croiras-
tu la conversion des choses qui ne sont pas
matérielles, comme du Soleil, & du feu en
une substance matérielle & fixe? de quoi nous
dirons quelque chose dans notre traité de
l'Or potable, & plus au long ci-après dans
un traité de la génération des métaux, si Dieu
me le permet. Car il faut savoir la circulation
des Eléments & choses élémentées, comme
l'une est convertie en l'autre. Par exemple, la
terre donne l'eau, l'eau donne l'air, l'air le feu, &
le feu derechef la terre, & s'il est pur; il donne
une terre pure. Mais afin que tu entendes parfaitement
comme quoi chaque chose qui doit
être fixée, peut être retenue par une autre, à
raison de son affinité, observe l'exemple suivant.
Le laboureur jetant la semence en terre
pour la multiplier, ne choisit pas toute sorte
de terre, mais seulement celle qui lui est propre
pour la multiplication, à savoir une terre
qui n'est ni trop sèche, ni trop humide, car
la semence jetée sur le sable ne croît point, &
@
Des Fourneaux Philosophiques. 23
se perd, de même ce qui est jeté dans l'eau se
gâte & se pourrit: toute chose qui doit être
conservée, le doit être par un tempérament
égal, lequel plus il est égal ou semblable, produit
une substance plus parfaite. C'est pourquoi
l'humidité est nécessairement requise
pour faire croître les végétables, sans laquelle
ils ne sauraient croître ni multiplier. Or
la semence étant jetée sur le sable humide, &
les rayons du Soleil venant à donner dessus, il
en consomme soudainement l'humidité, d'où
s'ensuit, que la semence est brûlée dans le sable
qui est sec, à cause qu'entre l'eau & le sable
il n'y avait point d'affinité, sans laquelle l'eau
ne saurait être retenue par le sable, & par
conséquent la semence est privée de sa nourriture.
Il s'ensuit donc nécessairement, qu'il y
doit avoir un milieu, ou un lien qui joigne
l'eau & le sable: ce lien n'est autre que le sel,
par le moyen duquel l'eau de pluie est arrêtée
par le sable, de sorte qu'elle n'est pas si aisément
consumée par la chaleur du Soleil.
Le sable donc retient le sel, & le sel l'eau de
pluie pour la nourriture du germe. Mais toutes
sortes de sels ne sont pas propres à cela,
car quoi que Notre Seigneur dise au chapitre
14. de Saint Luc verset dernier, que la terre
qui est sans sel ne produit point, néanmoins il
ne faut pas entendre par là toute sorte de sel,
car quelques sels, comme le sel commun, sel
de vitriol, alun, &c. non seulement ils ne profitent
pas, mais ils gâtent les végétables, les
empêchant de croître & de germer, à raison
@
24 La cinquième Partie,
de leur sécheresse, & les sels urineux les avancent;
ce que les paysans entendent mieux que
nos Sophistes; car ils connaissent comme il
faut aider leur terre stérile avec les excréments
des animaux, qui ne sont autre chose qu'un sel
urineux mêlé avec le soufre, faisant la terre
grasse & fertile, & par ce moyen un véhicule
(ou plutôt un lien) est administré à l'eau
de pluie, afin qu'elle ne soit pas si tôt consommée
par la chaleur du Soleil. De plus, toute
semence (consistant en un sel urineux, & en
soufre) aime son semblable, d'où ils tirent
leur nourriture, ce qui n'est observé que
par peu de savants, non par les ignorants:
les laboureurs peuvent être excusés de leur
ignorance, d'autant qu'ils travaillent seulement
par coutume, mais non pas ceux qui
portent le titre de savants, auxquels il appartient
de tendre raison de l'accroissement, ils devraient
avoir honte de leur ignorance, ayant
moins de connaissance que les paysans. Il est
évident que le *fient rend la terre fertile, mais
comment & par quelle raison, ils n'en savent
rien, que s'il manquait de sel nitreux, il ne la
rendrait pas fertile, ni n'avancerait pas le germe.
Car il n'est pas inconnu que le nitre est
fait des excréments des animaux: donc la bonté
du *fient consiste seulement au sel urineux
qu'il contient, & non dans la paille.
Mais tu me demanderas peut-être, pourquoi
chacun des autres sels ne sert-il
point à rendre la terre fertile, pourquoi est
le sel du *fient plus nécessaire à la production
qu'un
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
qu'un autre? Nous avons déjà répondu, que
chaque chose est aidée par son semblable, &
les contraires sont détruits par leurs contraires,
car l'expérience nous certifie, que chaque
semence consiste en sel urineux & en soufre,
& non dans aucun sel acide, c'est pourquoi il
désire & embrasse son semblable: que celui qui
ne le veut pas croire, fasse cet essai, savoir
qu'il distille la graine de quelque végétable, &
qu'il en fasse sortir une livre par la retorte, &
il verra par expérience qu'il n'en sortira pas
seulement un esprit acide, mais tout ensemble
un flegme, avec quantité d'huile, & un sel volatil
qui blanchira tout le récipient, ce qu'aucune
racine ni tige ne peut faire, car la principale
vertu, odeur & goût des végétables, animaux,
& minéraux, se trouve dans la semence,
auxquelles choses la Nature a pourvu, &
fait fort sagement, donnant les principales facultés
de la semence, laquelle est plus sujette à
divers accidents, que le reste, lequel est aussi
conservé, nourri & chéri par son semblable.
Maintenant ce discours, lequel pourrait autrement
avoir été omis, a été institué, afin
que la cause de la génération ou production
des végétables, fût montrée plus clairement,
& que ce qui a été dit de l'attraction, & fixation
de toutes choses, puisse être mieux entendu;
c'est pourquoi il faut que la génération &
multiplication des minéraux, végétaux & animaux
soit d'elle même, & non forcée, comme
est celle des faux Alchimistes stérile & infructueux,
5. Part.
C
@
26 La cinquième Partie,
comme étant contraire à la Nature:
c'est pourquoi quand tu fixes quelque
chose, sois prévoyant d'avoir quelque chose
qui la retienne, sans laquelle elle ne peut être
fixée; à la vérité le feu fait toujours son office;
mais il ne sait pas assister ce qui est contraire
à la Nature, lequel il détruit entièrement,
& rien ne peut prévaloir contre lui s'il
n'est bien gouverné selon l'ordre de la Nature.
Ceci soit dit pour ton instruction, si tu prétends
fixer quelque chose, autrement tu perdras
ta peine.
Pour faire les meilleurs creusets.
L Es meilleurs creusets qui sont requis pour la quatrième fournaise, ne se trouvent pas
par tout, c'est pourquoi j'estime qu'il vaut
bien la peine d'en écrire la façon de les faire,
car je n'ignore pas que beaucoup sont contraints
ne trouvant pas de ceux-là, de prendre
de ceux qu'on use communément, & par là
avec grande perte de métal, quand les creusets
se rompent dans le feu, & par conséquent avec
grand trouble pour les en retirer.
Les Chimiques ont été un longtemps en
grand erreur, & non seulement eux, mais encore
les Orfèvres, & ceux qui séparent les métaux.
Comme aussi d'autres qui ont besoin de
se servir de creusets, s'étant persuadés en eux-
mêmes, qu'il ne se peut trouver de bonne terre
en autre part qu'en Hesse, ce qui a été cause
qu'il a fallu transporter des creusets de ce
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
pays la en celui-ci avec grands frais, ne considérant
pas qu'en tous les endroits d'Allemagne,
il s'en trouve de semblables. Ce qui est à
la vérité une grande folie des hommes, ne provenant
que de ne savoir pas connaître la
bonne terre, laquelle se trouve presque partout.
Je ne nie pas que la terre de Hesse ne
soit très bonne pour les creusets, tuiles, retortes,
& autres vaisseaux, qui doivent souffrir un
grand feu, à cause de quoi on recommande la
terre des creusets de Gipse & Valbourg.
Il y a peu d'années que quelques-uns ont
fait leurs creusets & autres vaisseaux qui endurent
bien le feu, avec de la terre qu'on porte
d'Angleterre & de France en Hollande, lesquels
ont fort bien retenu les métaux dans le
feu, mais non les sels, d'autant qu'ils sont trop
poreux, & ne sont pas si compacts que ceux
de Hesse, c'est pourquoi ceux de Hesse sont
toujours préférés à tous autres, d'autant qu'ils
retiennent mieux les métaux & les sels, mais
quoi que cette terre soit transportée de là en
autres places, néanmoins cette sorte de forts
creusets n'en saurait être faite: la cause de
cela ne provient pas de la constitution de l'air,
ni du lieu, quoi que faussement, quelques-uns
lui aient voulu imputer, mais elle vient de
l'erreur en les faisant cuire, car en Hesse il y a
grande abondance de bois, lequel ils n'épargnent
point en cuisant les creusets, car ils les
cuisent jusqu'à la dureté de pierre. Ce qui ne
se peut faire avec un petit feu de tourbe.
La même erreur se commet en faisant d'autres
C ij
@
28 La cinquième Partie,
pots & vaisseaux, lesquels sont faits à Frechein,
Sibourg, & autres lieux proches de Cologne,
lesquels sont transportés presque par toute
l'Europe, la bonté desquels est attribuée à
la seule terre, & non à la manière de les faire.
Mais à présent l'expérience nous a fait voir,
que toute bonne terre devient pierre dans un
feu violent, sans considérer le lieu où elle est
prise: c'est pourquoi il est probable, vu la possibilité,
que tels vaisseaux sont faits partout ailleurs,
car toute terre qui est cuite retenant une
couleur blanche à un feu médiocre, rend les
pots & creusets poreux, mais à feu violent &
long, elle les rend compactes comme verre,
principalement si on jette dessus du sel commun
en abondance, après qu'ils ont été cuits à
feu très violent, lequel leur ajoute par dehors
une politesse pareille à celle du verre, & par ce
moyen ils seront plus capables de retenir les esprits
dans le feu, c'est pourquoi que personne
ne doute que tels vaisseaux ne se puissent faire
de toute terre qui devient blanche en la cuisant
à un feu violent: car plus elle devient blanche
en la cuisant, tant plus excellents en seront
les pots, qui en seront faits, voyant qu'il y
a grande différence en la façon de faire les
creusets qui doivent souffrir le feu, & les pots
de pierre qui retiennent les choses liquides. Je
montrerai la façon de faire les deux; les pots
qui servent pour la première & seconde fournaise,
& les creusets pour la quatrième, en la
manière suivante.
Celui qui veut faire l'essai de la bonne &
@
Des Fourneaux Philosophiques. 29
pure terre blanche. Pour voir si elle se rend en
pierre dans le feu, qu'il jette une pièce de pure
terre de la grosseur d'un oeuf dans un feu
violent, observant si elle se crèvera en pièces
promptement ou lentement: si elle ne crève
& ne se réduit en poudre, quoi qu'elle ait
quelques fentes, c'est de bonne terre propre
pour être cuite, si le mélange est bien fait, en
quoi consiste tout l'art.
La terre qui doit servir pour les pots, récipients,
& bouteilles, n'a pas besoin d'autre
préparation que celle qui sert pour la brique,
laquelle pour la plupart est trop grasse, avec
laquelle tu mêleras du fin fable bien tamisé
& fusible, pétris-la avec les pieds, & la manie
bien avec les mains avant qu'en faire les vaisseaux,
lesquels étant faits, il les faut sécher
au Soleil, ou en autre lieu chaud, étant secs, il
les faut cuire à feu violent l'espace de vingt-
quatre ou trente heures, sur lesquels tu jetteras
du sel en même temps autant qu'il te plaira,
lesquels étant bien cuits comme cela, sont
semblables au verre, retenant aisément toutes
choses liquides. Mais que celui qui fait
des creusets, tuiles, briques & autres vaisseaux
destinés pour souffrir un feu violent, use
de plus de précaution pour les faire. Premièrement,
il faut qu'il pile la terre bien séchée
au Soleil, ou ailleurs, en menue poudre avec
un marteau de bois, & étant en poudre, la passer
par un gros tamis; & pour une part de ladite
terre, y joindre deux, trois ou quatre parts
(ayant égard à la graisse de la terre) de la terre
C iij
@
30 La cinquième Partie,
cuite dans la fournaise d'un potier de terre,
& mise en poudre, lesquelles étant mêlées
avec une suffisante quantité d'eau, il les faut
piler avec les pieds, & après les pétrir avec
les mains, & la terre sera préparée pour en former
des vaisseaux. Quand il fait des creusets
& coupelles qu'il se pourvoie de moules de
bois grands & petits faits au tour, d'autant que
lesdits vaisseaux ne sauraient être formés
par la voie ordinaire des potiers, à cause que
leur matière doit être fort maigre pour souffrir
un grand feu, c'est pourquoi on les fait
communément avec des moules, selon la façon
ci-dessous écrite.
Mettez une pièce de votre terre préparée
dans le moule, lequel il faut tenir d'une main,
& appliquer la terre par dessus avec l'autre, ou
le tenir avec les pieds, ou entre les cuisses, afin
que la terre soit appliquée avec les deux mains.
Comme aussi il te faut premièrement bien
frotter le moule, avec du sable bien tamisé &
net; Car autrement la terre s'attachera au
moule de bois, de telle façon qu'il fera presque
impossible d'en détacher le creuset sans un
grand danger: ce fait, il est besoin de l'appliquer
encore plus avant en frappant dessus, avec
quelque instrument de bois bien poli, afin que
le creuset soit parfaitement mis dans le moule.
Par ce moyen les creusets deviennent extrêmement
forts. Ce fait tire le creuset hors, &
le mets sur une planche pour le sécher, premièrement
à l'air, puis par la chaleur du feu, ou
du Soleil, & après le cuis dans la première
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
chambre de notre quatrième fournaise, ou
dans une fournaise de potier. Mais si ton dessein
n'est autre que de fondre des métaux, tu
n'as pas besoin de les brûler, ou cuire à un feu
si violent, s'ils sont bien & exactement faits.
Or il faut user de cette précaution, en fondant
avec ces creusets, qui ne sont pas brûlés,
c'est qu'il te faut commencer le feu peu à peu
par le haut, crainte que les creusets ne rompent
pour avoir pris le feu subitement.
De plus, afin qu'ils soient faits égaux en
force, poids, & épaisseur, il te faut peser exactement
un creuset fait avec le moule mis dans
la balance, & une pièce de la terre préparée,
laquelle sera mise dans l'autre balance, & s'ils
sont égaux en poids tire hors cette pièce, &
en mets une autre, faisant cela si souvent tant
que tu aies le nombre des creusets que tu désires
faire, par ce moyen ils font faits égaux,
& tu n'as pas besoin de couper la terre superflue
lors qu'elle est bien appropriée au moule,
d'autant qu'ils sont faits égaux, par le moyen
de l'égalité du poids de la matière de la terre,
& le travail est plutôt fait que par aucune
autre voie.
A la vérité cette voie est la meilleure, mais
ennuyeuse & de grand travail, ce qu'ayant considéré
un peu plus exactement, j'ai trouvé à
la fin que la façon suivante est beaucoup meilleure
que la précédente, par laquelle les creusets
ne se font pas seulement plus forts, mais
aussi il s'en fait plus dans une heure, que par
la précédente en trois ou quatre. C'est pourquoi
C iiii
@
32 La cinquième Partie,
le moule est fait de laiton (dans lequel
je t'avise d'appliquer la terre) signifié par la
lettre A, qui est le meilleur qui soit fait par la
voie de la fusion, alors le contre-moule répond
à celui-ci, signifié par la lettre B, de telle
façon qu'il n'entre pas trop avant dans celui-
ci, afin qu'il ne touche au fonds, & qu'il y ait
pour le moins l'épaisseur d'un doigt, mais à
des creusets plus grands, qu'il y ait plus grande
épaisseur au fonds, comme la pratique te
fera voir.
C'est pourquoi celui qui veut faire des creusets
doit appliquer la terre au moule, comme
a été dit en la première façon; ce fait retirer
derechef le creuset qui est formé ou jeté, & le
mettre à l'air pour sécher, alors ayant fait une
suffisante quantité de creusets, il faut nettoyer
le moule de la terre, ou sable, & l'oindre de
graisse ou huile d'olives avec une éponge.
Comme aussi le contre-moule, dans lequel il
faut mettre le creuset demi fait & séché, &
dans celui-ci le moule, lequel il faut frapper
deux ou trois fois avec un marteau de bois,
afin que la terre soit exactement appliquée au
moule; ce fait tirer hors le moule, & tourner
le creuset & le contre-moule ensemble, &
frapper un peu sur le banc (où se font les creusets)
& recevoir à la main le creuset qui en tombera,
lequel il faut après sécher & brûler,
comme a été dit ci-dessus dans la première
façon, & en cette manière sont faits les meilleurs
& mieux proportionnés, fixes & unis,
non seulement pour la fonte des métaux; mais
+@
+@
@
Des Fourneaux Philosophiques. 33
aussi pour les minéraux, & pour les sels, dont je
n'en ai jamais vu de semblables qui sont
sans aucun danger, s'ils sont exactement faits
de la meilleure terre, égaux en poids & en
force, étant pesés, comme dit a été. Ce travail
est plus aisé & plus plaisant, par lequel ils sont
faits avec les mains seules, aussi bien grands
que petits, à votre volonté.
De la même façon sont faits les têts, par le
moyen de semblables moules; il ne faut pas
qu'ils soient longs, mais plats, comme les têts
ordinaires, ainsi que nous voyons par la figure
suivante A & B, non seulement les têts, mais
aussi les coupelles sont faites par le moyen de
ces moules.
Les têts sont faits plus aisément par cette
voie que les creusets, à cause que la terre se
pèse seulement, & étant maniée avec les mains
est mise dans le contre-moule, laquelle terre, il
te faut presser bien ferme par la partie supérieure,
afin qu'elle soit faite conformément au
moule plat, & non pas long, ce qui peut être
aisément fait, & à cause de cela ces creusets
sont aisément tirés hors, si le moule est tourné
ou que le contre-moule soit un peu frappé
contre le côté du banc; & si la terre était battue
si fort qu'elle sortît par les côtés, tu la couperas
avec un couteau, autrement le creuset ou
têt est difficilement tiré hors, s'attachant au
bord: ce que la pratique t'apprendra, car toutes
choses ne sauraient être montrées si exactement
par la plume.
Et prends ceci pour précaution, que tu ne
@
34 La cinquième Partie,
fasses pas tes creusets & têts, de terre qui soit
trop molle, mais de celle qui est à demi sèche,
autrement ils sont difficilement tirés hors du
moule, car celle-là est plus aisément appliquée
au moule, & si tu y procèdes justement
comme il t'est prescrit, difficilement se perdra-
t-il un creuset entre cent.
Ceci doit aussi être observé, que la terre superflue
qui est coupé, ne doit pas être mêlée
derechef avec la masse pour les creusets, à cause
qu'elle est gâtée avec la graisse ou huile,
dont on a oint les moules, c'est pourquoi elle
ne saurait être si bien mêlée derechef, &
étant brûlée, elle se crève, ce qui est cause
qu'on fait de mauvais creusets. Elle doit donc
être gardée à part, pour raccommoder les fournaises
qui sont gâtées par une trop grande
violence de feu, ou bien pour couvrir les creusets.
Ce qui se fait seulement avec les mains, ou
bien avec des moules, desquels nous ne manquerons
pas, si nous voulons travailler toutes
choses exactement.
Pour les tuiles & autres vaisseaux qui servent
à la distillation & à la fonte, ils sont faits
par le moyen des moules de bois de la façon
suivante. Que les moules soient exactement
faits semblables aux tuiles, & autres vaisseaux,
qu'ensuite il soit coupé de la terre étant très
bien préparée des feuilles avec un fil de cuivre
sur deux tables de bois unies: lors une pièce
de la terre doit être mise avec un couteau sur
le moule, afin qu'elle acquière là une dureté.
Après il faut l'ôter de là, la bien sécher & brûler,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
& s'il y faut faire quelqu'autre chose, soit
en retranchant ou en ajoutant, il le faut faire
avec de la terre amortie, sèche, & un peu dure.
Par ce moyen qui que ce soit peut avoir les
vaisseaux qui lui sont nécessaires pour lui-
même sans beaucoup de frais, & sans beaucoup
de peine pour son assurance; car ceux
qu'on vend sont faits négligemment, & bien
souvent ils se crèvent en les séchant, à cause de
quoi ils ne durent pas au feu, mais se rompent,
non quelquefois sans grande perte de
métal; lequel il faut après chercher dans les
cendres par un lavement incommode. C'est
pourquoi il vaut mieux travailler ces vaisseaux
avec ses propres mains pour plus grande
assurance. Car tous les creusets ne peuvent
pas toujours être faits égaux, ni de semblable
durée au feu, quoi qu'ils soient faits avec
grand soin. Il faut donc considérer leur bonté
pour leurs divers usages; car les meilleurs doivent
servir à fondre les meilleurs métaux. Or
que personne ne se persuade que tous soient
indifféremment bons pour le feu, quoi qu'ils
soient les meilleurs de tous. Car je n'ai jamais
vu aucune terre qui soutienne la litharge, & le
sel de tartre, d'autant que la meilleure que j'aie
jamais vue, ne peut résister à leur pénétration,
ce qui est grandement incommode pour certaines
opérations profitables, lesquelles nous passons
sous silence.
Que ce qui a été dit suffise concernant la
façon des creusets. Or pour ce qui concerne la
façon de faire les têts & les coupelles, & les
@
36 La cinquième Partie,
appliquer aux dits moules, je n'ai pas cru que
ce fût ici le lieu de le montrer: d'autant
qu'il y a longtemps qu'il l'a été par d'autres,
particulièrement par cet ingénieux personnage
Lazarus Erker, aux écrits duquel
touchant la façon de faire les têts & les
coupelles, je n'ai rien à redire, & j'y renvoie
le Lecteur, d'autant qu'il trouvera là
une suffisante instruction pour les faire, il y a
d'autres têts desquels je ne dirai rien en cet
endroit, mais peut être en quelque autre lieu,
par le moyen desquels le plomb est rendu meilleur
dans l'essai, si on le fond derechef quelquefois.
De la vitrification des vaisseaux de terre, pour la première & seconde fournaise.
F Aute de vaisseaux de verre pour notre première fournaise, il en faut faire de semblables
avec de la meilleure terre, lesquels étant
bien vitrifiés une ou deux fois, sont quelquefois
meilleurs que les verres mêmes, principalement
ceux qui sont faits avec de la terre qui
ne boit pas les esprits, laquelle se trouve presque
partout, se durcissant en pierre lors qu'elle
est bien brûlée. Jusqu'à présent l'art de brûler
n'a pas encore été bien connu, dont il a
déjà été dit quelque chose, où la terre étant
brûlée à un feu très violent, elle devient si
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
compacte qu'elle s'acquiert une solidité &
dureté de pierre. La fournaise des Potiers étant
trop faible pour un feu si violent, il est nécessaire
d'avoir une fournaise particulière pour ce
travail, dans laquelle on puisse donner un feu
très violent. Mais d'autant qu'on ne peut
bâtir une telle fournaise pour une petite quantité
de vaisseaux, ne méritant pas d'y faire une
telle dépense, ni de prendre tant de peine.
Voici une autre façon pour vitrifier quelle
sorte de terre que ce soit (excepté seulement
la terre rouge) laquelle n'est pas à mépriser, si
elle est bien faite, & spécialement si la matière à
vitrifier est froide, après que le brûlage est
fini, sans être crevée ou fendue, ni gâtée par
des esprits corrosifs: comme le verre fait avec
le plomb, retenant les esprits, aussi bien les
subtils que les corrosifs, telle qu'est cette vitrification
blanche des Italiens & Hollandais:
c'est pourquoi au défaut d'une fournaise propre
à brûler les vaisseaux en consistance de
pierre, fais-les de la meilleure terre, & les vitrifie
ou glace avec le meilleur verre fait d'étain,
mais non de plomb; & d'autant plus,
qu'il entre de chaux d'étain, dans le mélange
de la vitrification, d'autant mieux est-il fait.
Car l'étain étant réduit en chaux avec le
plomb, il n'a plus d'affinité avec les esprits corrosifs,
tellement qu'il est plus propre pour la
vitrification. Mais celui qui ne voudra pas faire
de si grands frais, qu'il les vitrifie avec du
verre de Venise en poudre, laquelle vitrification
n'est pas aussi à mépriser, elle demande
@
38 La cinquième Partie,
un grand feu, à cause que le flux ne se fait qu'avec
grande difficulté dans les fournaises communes
des Potiers. C'est pourquoi il faut mêler
un peu de borax avec le verre, afin qu'il flue
plus aisément dans la fournaise du Potier, autrement
tu verseras sur les vaisseaux de terre,
bien brûlés, de l'eau mêlée avec du verre, de
telle façon que le verre s'attache par tout exactement,
après quoi étant bien séchés, il les
faut bien industrieusement assembler, afin
qu'ils n'occupent pas trop d'espace, de même
que les plats de terre, qui doivent être brûlés,
& après il les faut entourer fort bien en tous
les endroits avec des briques brûlées, laissant
un trou en haut pour y jeter les charbons
dedans, de sorte néanmoins que les briques
soient distantes des vaisseaux la largeur de la
main, afin que les charbons étant jetés par
haut, puissent aller tout autour, & tomber plus
aisément en bas, lequel espace étant rempli
avec des charbons secs, tu mettras par dessus
ceux-là d'autres charbons, afin que le feu
commençant par haut, puisse brûler peu à peu
jusques en bas, & perfectionner le travail, &
faisant comme cela les vaisseaux seront sans aucun
danger, s'ils ont été bien séchés.
Le feu étant allumé & brûlant, tu couvriras
le trou avec des pierres, & le laisseras éteindre
de lui-même, les charbons étant consumés,
& les vaisseaux étant froids.
N. B. S'il y a grande quantité de vaisseaux,
il faut lors que les premiers charbons sont
brûlés en remettre de nouveaux, autrement
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
les vaisseaux étant placés au milieu, ils ne sauraient
être suffisamment brûlés, ni le verre
être suffisamment fluant, c'est pourquoi il
faut être soigneux à gouverner le feu en cette
affaire, & par cette voie, si tu fais toutes choses
adroitement, les vaisseaux sont mieux &
plus parfaitement cuits & vitrifiés, que par la
voie commune des fournaises des Potiers,
néanmoins en plus grand danger que dans les
fournaises de Potier, environnées de murailles.
Celui qui veut cuire des creusets & autres
petits vaisseaux, il les doit cuire dans notre
fournaise de fonte, ou dans celle de la distillation,
étant couverts avec des charbons,
& commencer le feu par haut. Car j'ai été
obligé moi-même de cuire & vitrifier tous
mes creusets & autres vaisseaux pour distiller
de la même façon, & cette voie est la meilleure
pour cuire & vitrifier, lors qu'on manque
d'autres fournaises, par laquelle les vaisseaux
sont exactement cuits & vitrifiés en l'espace
de trois ou quatre heures. Or la terre qui
doit être cuite promptement, doit être la
meilleure & plus durable au feu, de crainte de
rompre quelques vaisseaux: c'est pourquoi
pour ta plus grande assurance sers-toi de la
quatrième fournaise, qui est bâtie avec ses
chambres: dans la première desquelles tu peux
cuire & vitrifier sans danger; mais la susdite
façon de cuire & vitrifier ne doit pas être méprisée.
Partant, je t'admoneste de gouverner
soigneusement ton feu, afin que tu n'en donnes
trop ni trop peu, de ce qu'il faut, & qu'après
@
40 La cinquième Partie,
tu ne m'imputes la faute de ton erreur, si
les vaisseaux venaient à rompre, comme si je
n'avais pas écrit la vérité, mais que tu t'accuses
toi-même, & qu'à l'avenir tu uses de
plus grande précaution & diligence dans ton
travail.
Je sais d'autres vitrifications & de diverses
couleurs qui ne sont pas connues, & à la vérité
très secrètes, lesquelles ne doivent pas
être communiquées indifféremment à tout le
monde, mais celui qui connaît la voie de réduire
les métaux en pur verre, réservant la
couleur du métal, est à la vérité l'inventeur
d'un très grand secret, s'il le considère plus
profondément, & s'exerce en l'opération, il a
une porte ouverte à de plus grandes lumières,
par la grâce de Dieu.
Il y a aussi d'autres vitrifications desquelles
la terre étant couverte, il semble qu'elle soit
couverte de pierreries: mais d'autant que ce
n'est pas à présent notre dessein de traiter de
telles choses, je mettrai fin aux vitrifications,
une exceptée, laquelle je veux communiquer
pour le bien des malades & des Médecins,
elle se fait ainsi.
Fait de petites coupes de terre bien polies &
blanches de la meilleure terre & bien cuite.
Alors fait fluer ou fondre le verre suivant dans
un creuset très fort, dans lequel tu tremperas
une coupe après l'autre, la tenant avec des pincettes,
& les fais premièrement rougir dans
une petite fournaise, les laissant là quelque
temps bien couvertes, afin que la terre fasse
meilleure
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
meilleure attraction du verre, cela fait, tire
les hors, & les mets derechef dans la susdite
fournaise close, là où elles ont été rougies
auparavant, après en avoir tiré une, trempes-
en une autre à la place de celle-là dans le verre
fondu, lequel doit être mis comme le premier
dans la susdite fournaise, & ceci doit
être réitéré si souvent, où tant que les coupes
soient glacées partout avec ledit verre. Ce
fait, la fournaise doit être bouchée bien exactement
partout, afin que le vent n'entre dedans,
& comme cela elle doit être laissée tant
qu'elle soit refroidie d'elle-même, & le verre
qui est sur les coupes restera entier, ce qui ne
se pourrait faire, si les coupes étaient mises
en lieu froid. Quant au verre il se fait comme
s'ensuit.
Prends deux parties d'antimoine cru, & une
part de bon nitre, broie-les bien ensemble,
mets le mélange dans un creuset, &
y mets le feu avec un fer rouge, & le soufre
de l'antimoine se brûlera ensemble avec le
nitre, laissant une masse de couleur brune, laquelle
tireras hors pendant qu'elle est chaude
avec une spatule, afin qu'elle refroidisse, laquelle
étant après fondue dans un fort creuset
par l'espace de demie-heure, ou d'une heure,
il s'en fait le verre, par lequel lesdites coupes
sont glacées par dessus avec leurs couvercles.
D
@
42 La cinquième Partie,
L'usage des susdites coupes.
P Ersonne ne peut dénier que l'antimoine ne soit le plus excellent de tous les vomitifs.
C'est pourquoi les Médecins ont inventé
tant de diverses opérations pour en tirer
hors la malignité, dont j'en ai montré quelques-unes,
avec leurs usages dans la première
& seconde partie du présent Livre, desquelles
l'une est toujours meilleure que l'autre, ce
néanmoins il est évident que l'antimoine réduit
en verre, est suffisant pour purger l'estomac
& les boyaux de toute humeur corrompue,
& ce sans aucun danger (étant droitement
administré) aussi bien par vomissement
que par les selles, par le moyen desquels
beaucoup de graves & dangereuses maladies
ne sont pas seulement prévenues, mais aussi
sont incontinent guéries.
Mais tu diras que ceci n'est que de l'antimoine
cru, & partant une préparation imparfaite,
& par conséquent qu'elle n'est pas si
sûre; Sur quoi je réponds, que l'antimoine
qui purge, n'a pas besoin d'une si grande préparation,
d'autant que si toute la crudité en
était ôtée par la fixation, il ne ferait pas davantage
vomir ni aller à la selle, c'est pourquoi
le susdit verre d'antimoine n'est pas à
appréhender, d'autant qu'il n'est pas dangereux,
& se peut même donner facilement aux
enfants âgés d'un, ou deux ans, non en poudre,
mais en infusion, ou extraction faite avec
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
miel, ou sucre, & vin, doux ou aigret, & étant
donné de cette façon, il attire hors des boyaux
toutes les humeurs visqueuses, & les évacue
aussi bien par haut que par bas sans aucun danger.
De quoi nous parlerons plus amplement
ailleurs. Que celui donc qui se voudra servir
des dites coupes, y infuse une ou deux onces
de vin, & le mette l'espace d'une nuit en
quelque lieu chaud, & en extraira hors du
verre autant de vin qu'il sera nécessaire, lequel
étant après bu le matin, fera la même
opération, que l'infusion de la poudre du *stibium;
& cette voie est plus délicate que l'autre,
d'autant qu'une coupe est envoyée au malade,
afin qu'il infuse dedans deux ou trois
cuillerées de vin l'espace d'une nuit en quelque
lieu chaud, pour le boire le lendemain
matin avec une bonne conduite. Selon mon
jugement cette manière est plus délicate, étant
faite par sa propre main, avec son propre
vin, que ne font ces autres voies ennuyeuses,
de ces portions grandes, amères & malignes.
D'ailleurs, on se peut servir souvente
fois de ladite coupe, & si avec le temps le vin
ne faisait assez d'attraction, il faut mettre la
coupe & le vin avec de l'eau chaude par un
peu de temps, afin que le vin fasse mieux l'attraction,
& qu'il opère plus efficacement, lors
qu'il en sera besoin. Celui qui donne cette
sorte de coupes aux autres, doit les instruire
comme il s'en faut servir. Car une coupe est
suffisante à une famille pour tout le temps de
leur vie. Il ne faut pas pourtant que toutes
D ij
@
44 La cinquième Partie,
sortes de personnes s'en servent, ni indifféremment
en toutes maladies, mais seulement
ceux qui sont jeunes & robustes, auxquels les
principales parties ne sont pas offensées. Il
se peut aussi faire des coupes par une autre
voie qui seront vitrifiées sans antimoine,
comme s'ensuit.
Sublime l'orpiment dans un vaisseau de verte
ou de terre, & prends ses belles fleurs dorées,
lesquelles étant fondues par une voie
particulière se réduisent en un très beau verre,
aussi rouge qu'un rubis oriental; c'est pourquoi
étant rompu en pièces, il peut servir
d'ornement: mais celui-ci est plus doux, &
plus fragile que le verre d'antimoine. Ce
verre, ou ces fleurs d'orpiment qui ne sont
pas encore réduites en verre, vitrifient parfaitement
bien les susdites coupes d'une couleur
rouge très agréable.
C'est pourquoi celui qui voudra vitrifier
les susdites coupes, il faut qu'il les fasse premièrement
rougir entre les charbons ardents,
& étant rouges de feu, les tremper dans les
susdites fleurs fondues. Puis les ayant tirées
hors, les faut mettre dessus un pot de terre
ou fer, & les laisser refroidir. Elles font le
même effet, que celles d'antimoine, dont
nous avons parlé ci-dessus.
Ces coupes ne sont pas dangereuses: car
comme l'antimoine est corrigé par la calcination:
l'orpiment l'est de même par la sublimation:
hors desquels si on tire toute la
malignité par la voie du feu, ou du nitre, la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 45
vertu vomitive en est ôtée, comme il sera
montré plus amplement dans ces cinq parties,
dans une seconde édition augmentée du
traité touchant les purgatifs, & comme ils
montrent leurs vertus, si on prend garde à
leur malignité.
Il y a aussi d'autres voies pour vitrifier,
& à la vérité très belles, que tout le monde
désirerait avoir, si elles étaient communiquées,
mais d'autant que ce n'est pas à présent
mon dessein de traiter ici des choses mécaniques,
mais seulement de quelques vitrifications
particulières qui servent à nos fourneaux.
J'ai résolu de n'en rien dire pour cette
fois, & mettre fin à ces Livres, ayant résolu,
Dieu aidant, de les mettre en lumière
plus corrects, & d'une façon plus ample, dans
lesquels beaucoup d'excellentes choses seront
publiées, lesquelles j'omets à présent pour
certaines raisons.
Je finirai donc ce cinquième Livre, &
quoi que j'y pourrais avoir mis quelques
choses très singulières concernant des fournaises
artificielles, ce néanmoins le temps ne
me le permet pas à présent, ce qui sera différé
à un autre, où nous traiterons plus amplement
des essais, examens & séparations
des métaux, où sera montrée la meilleure
voie pour fondre les métaux en grande quantité,
ce qui n'a pas encore été connu, & quoi
que ceux qui travaillent en minéraux se persuadent
eux-mêmes d'être parfaits dans leur
art, ce néanmoins je puis montrer une voie
D iij
@
46 Appendix de la cinquième Partie,
plus facile & aisée pour la fonte des métaux,
& en moins de temps, en plus grande quantité
& avec moins de frais & peine, dont il sera
plus amplement parlé en quelqu'autre lieu.
C'est pourquoi (Ami Lecteur) contente-toi
de ceci, que si je connais qu'il te soit agréable,
je veux à ta considération & pour ton
profit, te montrer ci-après de très grands secrets,
lesquels le monde ne voudra pas croire.
#*
F I N.
A P P E N D I X.
I L y a deux ans que j'ai commencé de publier ma nouvelle invention de fournaises,
où il était fait mention de quelques
secrets, & quoi que j'eusse fait résolution de
ne les jamais divulguer, néanmoins j'en ai
souffert beaucoup d'importunités, c'est pourquoi
je prie un chacun, qu'ils ne me veuillent
plus troubler, ni se troubler eux-mêmes par
leurs supplications ou écrits, d'autant que
pour l'avenir je ne communiquerai autre
chose que ce qui s'ensuit. C'est pourquoi attends
patiemment le temps d'une addition,
lors que ces cinq Parties seront mises au jour
plus amples & corrigées, où beaucoup d'autres
secrets choisis seront communiqués, lesquels
ont été omis pour certaines raisons
dans la première addition.
Je communiquerai maintenant avec l'aide
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
de Dieu, les choses qui suivent, néanmoins
avec cette condition, à cause qu'il y en a
beaucoup par le moyen desquelles tu peux en
bonne conscience, sans faire tort à ton prochain,
gagner de grandes richesses, avec la
bénédiction de Dieu. Qu'il te souvienne des
pauvres, que tu sois bon économe des richesses
gagnées honnêtement, & que tu en uses
à la gloire de Dieu, & au salut éternel de ton
âme.
La préparation des blés, comme orge, froment,
avoine, &c. des pommes, poires, cerises,
&c. desquels après la fermentation faite,
il s'en tire par le moyen de la distillation un
esprit semblable à l'esprit de vin, à peu de
frais, & de ce qui reste, si la matière est de blé,
il s'en peut faire de bonne bière, ou vinaigre:
mais si la matière est de quelque fruit, comme
pommes, poires, une bonne boisson semblable
au vin, & par ce moyen tu trouveras
double profit, sur quoi tu n'auras pas seulement
pour vivre honnêtement, mais aussi
pour en laisser à tes héritiers.
Une excellente & saine boisson de fruits &
blés, qui est durable, & qui est semblable
au vin d'Espagne, de France, ou du Rhin.
Une distillation d'eau de vie, d'une certaine
chose très vulgaire, sans beaucoup de frais,
semblable à l'eau de vie du vin de France &
du Rhin.
Une préparation de sucre, semblable à celui
des Indes, & un tartre semblable au naturel
de vin de Rhin, tiré du miel sans beaucoup
D iiij
@
48 Appendix de la cinquième Partie,
de frais, la livre de sucre ne revenant au plus
haut qu'à huit ou dix sols, & la livre de tartre
au prix de deux sols.
Une particulière préparation du tartre sans
perte, & le réduire en grands cristaux, la livre
desquels ne revient qu'à six sols.
Pour tirer hors du miel son mauvais goût
& odeur, de telle façon qu'après cela il s'en
peut faire une bonne eau de vie, n'ayant plus
l'odeur ni goût du miel, comme aussi un très
bon breuvage semblable au très bon vin, laquelle
chose se peut faire comme avec le
meilleur vin.
Une préparation d'hydromel avec des raisins,
grands & petits, très semblable en toutes
choses au vin d'Espagne, duquel est aussi
fait un très bon vinaigre à peu de frais.
Une préparation de vin & bon vinaigre, des
grappes sauvages.
Des potions durables & saines de mûres,
fraises & autres semblables.
Pour amender ou améliorer les vins troubles,
aigres & moisis, &c.
La préparation d'un bon vinaigre tiré d'un
certain végétable qui se trouve partout, qui
est aussi bon que celui qu'on porte de France,
& en grande quantité, desquels deux petits
tonneaux, qui sont trente-six pintes, ne montent
pas plus haut qu'un demi écu.
Pour avancer la maturité des vins des pays
froids de l'Europe (excepté ceux qui sont extrêmement
froids) afin qu'ils produisent de
fort bons vins, & qui dureront longtemps,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 49
de même que ceux qui sont produits dans
les pays chauds, lesquels ne pourraient autrement
venir à maturité.
Un certain secret pour transporter les vins
hors des montagnes, où les charrettes, vaisseaux
& autres commodités manquent, où
le transport de dix tonneaux, ne coûte pas
davantage que le prix d'un tonneau par la
voie ordinaire, de telle façon que les vins
des pays étrangers peuvent être transportés
avec grand profit.
Une très bonne & aisée préparation de
vert-de-gris, faite du cuivre, qui ne coûtera
pas au plus haut de six sols la livre.
Une nouvelle & aisée distillation de vinaigre,
duquel soixante & dix pintes n'excéderont
pas le prix de trente sols, avec quoi
on peut faire beaucoup de choses, particulièrement
la cristallisation du vert-de-gris, duquel
une livre préparée de cette façon, ne
coûtera pas plus de trente sols.
Une aisée & excellente distillation d'un
très fort esprit d'urine, & ce sans aucuns
frais, ni travail, de telle façon que vingt
ou trente pintes ne payeront pas le prix de
trois livres, étant très excellent en Médecine,
Alchimie, & affaires mécaniques,
avec lequel on peut faire un très beau vitriol
bleu hors du cuivre, étant très profitable
dans la Chimie & Médecine, réduisant
l'argent si fusible, que par ce moyen les
vaisseaux, comme bassins, plats, & chandeliers,
&c. seront si argentés, qu'on les prendra
pour de l'argent.
@
50 Appendix de la cinquième Partie,
Une voie pour distiller l'esprit de sel en
grande quantité, & à peu de frais, de telle
façon que difficilement une livre coûtera
six sols, étant excellent dans la Chimie,
Médecine, & autres arts, particulièrement
pour faire les choses suivantes. La séparation
de l'or hors de l'argent; sans gâter les
vaisseaux; comme aussi la dissolution & séparation
de l'or mêlé avec le cuivre & argent,
par la force de la précipitation, lequel
menstrue se garde pour s'en servir derechef
au même usage, qui est la plus aisée de toutes
les séparations humides, par laquelle
voie l'or est mis à son plus haut degré.
La séparation de l'or volatil flambe hors
du sable, &c. très profitable, sans laquelle
on ne le saurait jamais séparer, ni par lavement,
ni par le mercure, ni par la force
de la fonte.
Un secret artificiel qui est aussi inconnu
pour éprouver les minéraux rebelles. Ce
qui ne peut être fait par autre voie, car bien
souvent il se trouve des mines d'or, lesquelles
sont rebelles, dans lesquelles on ne trouve
rien par la voie commune; & par ce
moyen on les laisse là sans y travailler, &
quelquefois en autres lieux, où on ne trouve
point de mines de métaux, il s'y trouve
d'autres choses, comme du talc blanc &
rouge, qui ne donne rien par l'essai commun,
ou bien fort peu, tous lesquels abondent
en or, & argent, lequel peut être séparé
par cette voie.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 51
Une nouvelle façon non encore ouïe pour
fondre les mines en grande quantité, où en
l'espace d'un jour, par la chaleur d'une certaine
fournaise de séparation, il s'en fondra
plus que par la voie commune en huit jours,
& on n'épargne pas seulement les frais, mais
il y a aussi espérance d'un plus grand profit.
Une autre façon pour mieux éprouver les
choses fondues, & une nouvelle façon pour
séparer l'argent d'avec le plomb.
Une façon fort prompte pour fondre les
minéraux, par laquelle ils sont fondus en
grande quantité par le moyen du charbon de
terre, & à son défaut d'autres charbons.
La fixation des minéraux, sulfureux, arsenicaux,
antimoniaux, & autres qui sont volatils,
lesquels ne sauraient être retenus en
fonte par la force du feu, par le moyen d'une
certaine particulière fournaise avec une grille,
de telle façon qu'après ils peuvent par la
fusion donner de l'or, & de l'argent.
Pour fondre l'or & l'argent, flambants & raréfiés
hors du sable, terre grasse, & pierres, &c.
par la voie de la fonte.
La séparation de l'or qui est dans les bas
métaux & minéraux, très profitable. Ce qui
ne peut être fait par la voie commune.
Une prompte, artificielle & aisée séparation
de l'or & l'argent fondus ensemble par la seule
fusion, de telle façon qu'en l'espace d'un
jour par le moyen d'une fournaise, des centaines
de marcs peuvent être séparés à moins
de frais & de peine, que par la voie commune
@
52 Appendix de la cinquième Partie,
du ciment & eau forte.
La réduction de l'or travaillé en chaînes &
autres ornements au plus haut degré: Comme
aussi la séparation de l'or qui a servi à dorer
l'argent par la seule fusion, par laquelle
voie la séparation de cent marcs sera plutôt
faite, que vingt par la voie commune.
Une certaine voie par laquelle on sépare
plus d'argent du plomb, que par les coupelles.
Une séparation de bon or de tout vieux fer,
& quoi que ce ne soit pas un travail de grand
profit. Néanmoins il suffit pour ceux qui se
contentent de peu de chose.
Une séparation d'or & d'argent hors de l'étain
& du cuivre, tantôt plus, tantôt moins.
La façon de mûrir les mines, afin qu'après
elles soient capables de donner plus d'or &
d'argent que par la voie commune. Comme
aussi la séparation de l'or & argent hors de
l'antimoine, arsenic & orpiment.
La séparation du soufre externe de Vénus,
afin que le fils Cupidon puisse naître.
La séparation de l'argent hors des coupelles,
dans lesquelles il entre, l'essai est sans fondre,
& sans aucun autre travail, ni dépense.
La préparation de divers vaisseaux de terre
qui peuvent être faits par tous les endroits
du monde, semblables à la porcelaine, qui soutiennent
le feu, & retiennent les esprits.
Un certain alun exaltant & fixant toutes
couleurs, principalement celles qui sont re-
+@
@
Des Fourneaux Philosophiques. 53
quises pour l'écarlate, & autres couleurs
précieuses, avec un certain chaudron perpétuel
qui n'altère point les couleurs, & n'est
pas de grand coût.
La façon de faire des couleurs pour les
peintres, comme la laine pourprée, l'outremer
qui ne coûtent guères, & spécialement
ce très beau blanc qu'on n'a jamais vu auparavant,
semblable aux perles. Comme aussi
une particulière couleur d'or & d'argent.
F I N
@
@
A
N N O T A T I O N S S V R
L'A P P E N D I XD E L A C I N Q V I E S M E P A R T I E D E S
F O V R N E A V X PHILOSOPHIQVES,
Où il est traitté de plusieurs Secrets
inconnus, & vtiles.
Mises en lumiere, en faueur des incredules &
ignorans, par IEAN
RVDOLPHE GLAVBER.
Et traduite en François par le Sr DV TEIL.
A
P A R I S,Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande.
----------------------------------------------
M.
D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@
P
R E F A C E A U L E C T E U R.

Abord dès le commencement
de l'Appendix que
j'ai ajouté aux cinq Parties
de mes Fourneaux
Philosophiques, on peut
voir le sujet qui m'y a
obligé. Il serait superflu de le répéter
ici. Outre cela mon but a été de montrer
au monde combien de secrets importants
Dieu avait réservés à ce siècle
pour l'entretien de notre vie, ne faisant
point de difficulté que les plus opiniâtres
& les plus ingrats n'en aient
quelque reconnaissance: mais il est arrivé
au contraire, que la plupart se sont
moqués de mon Appendix à leur accoutumée,
& ont dit qu'elle contenait
des choses tout à fait impossibles & fausses:
jusques à tenir ce discours. C'est
merveille que Glauber ne nous enseigne
A ij
@
Préface au Lecteur.
à faire du pain des pierres, vu qu'il a
enseigné à faire du vin de l'eau, afin que
les Laboureurs fussent désormais exempts
de peine. Voilà les sottes railleries de
ces impertinents qui ont bonne opinion
d'eux-mêmes, & qui ne sont que des
idiots orgueilleux, dont l'ignorance
m'étonne autant que mes écrits les ont
étonnés. Et je vois bien à présent pourquoi
beaucoup de personnes auxquelles
Dieu avait donné une très singulière
connaissance des choses naturelles, se
sont tenus dans le silence, & n'ont rien
laissé à la Postérité. Mais il n'importe,
il est impossible de plaire à tout le monde;
cela a toujours été, & sera de même.
Toutefois on ne doit pas trouver
étrange qu'un homme soit fâché de
ne recevoir que de l'ingratitude & de la
moquerie pour la récompense de ses
travaux, & d'entendre des gens malins
qui disent: Si Glauber a connaissance
de tant de choses dont il a fait mention
dans son Appendix, pourquoi ne se
fait-il pas riche le premier? Ces paroles
ne sont donc que des rêveries. Voilà
un beau jugement pareil à celui d'un
aveugle touchant les couleurs: Je ne
suis pas obligé de rendre raison à personne.
@
Préface au Lecteur.
Toutefois je leur veux dire, que
pour chercher sa vie dans les métaux, il
faut être dans les lieux où ils se trouvent.
Que si j'ai passé quelques années
ici dans l'incommodité, c'a été que
j'ai mieux aimé vivre en paix, & avoir
moins de bien, que d'en posséder beaucoup
dans les appréhensions de la guerre.
J'ai toutefois résolu, soit que la Paix
se fasse ou non en Allemagne, de m'en
aller habiter en des lieux où je puisse
manier le charbon & les mines; cela
étant, que ces moqueurs s'informent
si je vis dans l'oisiveté: mais non pas en
ce lieu, où je n'ai pu faire aucun essai
pour m'enrichir; car j'ai eu assez de
peine ici, où toutes choses sont extrêmement
chères, de subsister honnêtement,
& de rechercher les secrets de la
Nature pour ton profit, & de faire des
épreuves en petite quantité. Et voilà
la raison de l'explication de l'Appendix,
où je n'ai pas prétendu donner une connaissance
générale, mais une démonstration
de la vérité, afin que les incrédules
& les ignorants ne prennent pas
pour des bagatelles des secrets très importants,
dont j'ose bien avec vérité dire
que je suis l'inventeur. C'est pourquoi
A iij
@
Préface au Lecteur.
je parcourrai brièvement toutes les
matières depuis le commencement jusques
à la fin: pour la réfutation des Zoïles.
@
7
A
N N O T A T I O N S S U R
L'A P P E N D I X de la cinquième Partie des
Fourneaux Philosophiques.
Paragraphe Premier.
A préparation des Blés, Froment,
Orge, Avoine, &c. Des Poires, des
Pommes, cerises, & autres fruits,
se doit faire par une certaine fermentation,
&c.
Cette invention a paru fort étrange, vu
qu'aucun encore n'en avait fait mention. Quelques-uns
ayant connaissance de l'art distillatoire
vulgaire, pensaient que la chose à distiller
étant mise dans la vessie, & douée d'un esprit
ardent, donnait dans le feu tout ce qu'elle avait,
sans que rien demeurât dans le reste. Cela doit
être pardonné à leur ignorance, ne travaillant
que par coutume, sans considérer qu'il y a une
meilleure voie pour distiller les esprits, & en
avoir plus grande quantité que par la voie vulgaire;
ou du moins que l'esprit étant extrait de
A iiij
@
8 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
la matière restante, il se fait quelque chose d'équivalent
à la matière distillée, tellement que par
cette manière l'esprit ardent ne coûte presque
rien: ce qui se fait de la sorte. On ne peut pas
nier que tous les végétaux, comme les blés &
les fruits, voire l'herbe même, étant préparés
& fermentés, ne donnent un esprit ardent plus
ou moins en quantité & qualité, eu égard à la
maturité & immaturité, à la graisse, & à l'aridité;
car les espèces les plus grasses, & les plus
douces, donnent plus d'esprits, que celles qui
sont *immeures, aigres, & sèches; & plus les
sujets sont secs & moins mûrs, moins donnent-
ils d'esprits, & même ne les donnent-ils qu'après
la fermentation, réduisant la graisse & la
douceur à donner dans la distillation leur esprit
ardent, qu'ils ne peuvent pas donner sans fermentation.
Il s'ensuit donc nécessairement que
la fermentation est cette cause unique de l'esprit
ardent, & par conséquent le seul médium par
lequel on peut avoir abondance d'esprits, savoir,
si les espèces sont dûment fermentées.
Mais la vulgaire fermentation n'étant pas suffisante
pour la totale élévation de l'esprit ardent,
il arrive que la meilleure part demeure
dans la vessie, de quoi on ne s'est servi jusqu'à
présent que pour engraisser les pourceaux, à
cause de l'ignorance, ce qui est mal fait; car la
matière qui est restée devait être privée de sa
graisse, soit par la distillation de beaucoup d'esprits,
soit par la confection de la bière ou du
vinaigre, avant que d'en jeter le reste aux pourceaux,
dont il arrive double profit à l'ouvrier;
@
Des Fourneaux Philosophiques. 9
En outre il faut prendre garde de ne se pas servir
d'une chaudière commune, dans laquelle les
fruits peuvent contracter un empyreume, c'est
à dire une odeur & saveur désagréables, mais
d'un autre certain instrument, lequel empêche
l'adustion de la matière qui doit être distillée,
quelque épaisse qu'elle puisse être; & par ce
moyen on tire un esprit très suave & très abondant,
par le moyen de la secrète fermentation.
C'est par ces deux choses que vous voyez que
les esprits sont & plus agréables & plus abondants,
à savoir par un certain vaisseau, & par
une certaine fermentation.
Paragraphe 2.
L A façon d'un Vin qui n'est pas dissemblable à celui de Rhin, de France, ou d'Espagne, durablel'espace de plusieurs années, fait de blés & de
fruits.
En ce Paragraphe les choses s'y font tout autrement
qu'au précédent: car au précédent il
est démontré comme sont tirés des esprits meilleurs,
& en plus grande quantité des blés & des
fruits, que par la voie vulgaire, mais en celui-
ci il est déclaré comment il s'en fait de la boisson
semblable au vin naturel de Rhin, de France, ou
d'Espagne; servant aux mêmes usages, en sorte
qu'il ne s'y remarque aucune différence. Ce qui
est une invention excellente & très utile, d'autant
que le vin clair est justement préféré à de la
bière trouble. Mais tu me diras que cette boisson
n'est pas du vin, quoi qu'elle lui ressemble
@
10
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
en couleur & saveur, vu qu'elle n'est pas faite
de raisins, & qu'étant faite de blé, c'est plutôt
de la bière claire de bon goût. A quoi je réponds,
que je ne suis pas le premier qui ait donné
le nom de vin aux boissons qui ressemblent au
vin en couleur, odeur, & saveur: car ce suc tiré
des pommes & des poires, est communément
appelé moût, ou vin de pommes ou de poires;
& non sans raison, vu que les choses ayant les
mêmes qualités & propriétés, doivent avoir
le même nom. Cet esprit ardent qui est tiré des
blés, n'est-il pas appelé vin de blé par toute
la terre, & s'il était parfaitement bien fait, il
serait entièrement semblable à l'esprit de vin;
ce que personne n'a encore exécuté que moi.
C'est pourquoi il ne faut croire la chose impossible,
mais l'examiner plus exactement, & s'enquérir
à ceux qui ont la connaissance de ce secret.
Un homme qui dans les pays froids, où il
ne croît point de vin, pourrait faire une boisson
claire, salubre, sapide, & durable comme du vin,
ne ferait-il pas une chose agréable à tout le
monde? Certes quand on préférerait la bière
trouble comme une boisson accoutumée, celle-
ci serait toujours plus agréable aux vieillards
& aux personnes débiles: joint que de cette sorte
de vin il se fait du vinaigre meilleur que celui
qui se fait de la bière. Tu me diras que véritablement
ces breuvages faits de pommes & de poires
sont très communs, & qu'ils ne valent pas le
vin, n'étant pas de durée au delà de six mois ou
un an, & que le vinaigre qui s'en fait n'est pas de
durée aussi, qu'il rougit, se moisit, & devient
@
Des Fourneaux Philosophiques. 11
gras. A quoi je réponds, que si on sait bien la
composition du vin qui se fait avec les fruits des
arbres, on en peut faire qui soit comparable à
celui qui se fait avec les raisins; tel qu'est celui
que je bois à mon ordinaire, lequel a souvent
été pris par ceux qui en ont bu, pour du vin de
Rhin, meilleur que le vin Français soufré &
sophistiqué. Tellement que l'invention est très
utile non seulement aux pays qui n'ont pas de
vin, mais en ceux qui en abondent; car en toutes
les régions, même les plus froides, il y a du blé
& des fruits d'arbres, dont on peut faire du vin
qui servira au lieu du vin de raisins qui coule
beaucoup, étant apporté de fort loin, ou fait
avec plus de dépense, vu que les vignes coûtent
plus que les autres arbres, qui donnent leur fruit
sans beaucoup de soin; les raisins au contraire ne
croissent point sans une grande culture, & une
chaleur convenable du Soleil. J'ai été élevé
dans la Franconie, région très fertile en vin où
la plupart des Vignerons ne boivent que de
l'eau, & vendent le vin pour acheter les choses
nécessaires; d'autant que les vignes requièrent
une très grande diligence durant tout l'Eté, lequel
étant chaud, le vin en est meilleur, & par
conséquent plus cher: on l'emporte dans les pays
qui ne recueillent pas de vin, & les Vignerons ne
s'en réservent que fort peu pour se réjouir quelquefois.
Que s'il arrive que la gelée du mois de
Mai, ou la trop grande chaleur de Juin, ou que
la grêle, & autres accidents, leur ôtent leur espérance,
ils sont contraints de vendre un morceau
de vigne pour avoir de quoi cultiver l'autre, & se
@
12
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
sustenter, ou emprunter de l'argent à gros intérêt.
Or notre invention est bien propre en
cette occasion, & même dans les lieux qui abondent
en vin: ce que je prouve de la sorte. La
plupart de ces lieux n'ont point de bière, c'est
pourquoi les riches boivent le vin, & les pauvres
l'eau, ou un méchant breuvage fait d'eau & de
raisins pressés. Que s'ils avaient l'industrie de
faire une boisson des pommes & des poires qui
sont en abondance & à très bon marché, ils s'en
pourraient sustenter tout le long de l'année,
& vendre leur vin pour avoir leurs nécessités.
Peut-être tu me demanderas, s'il n'y a point de
blé pour faire de la bière. Je te réponds, qu'il y
en a quantité; mais que les habitants aiment
mieux boire de l'eau claire, que de la bière, qui
est trouble comme pissat de chevaux; & certes
ils ont raison, selon le proverbe d'Allemagne:
Mange choses cuites, bois des choses claires &
nettes, & dis la vérité, si tu veux bien vivre.
Paragraphe 3.
L A façon de faire à peu de frais, & des choses les plus viles, un esprit ardent semblable à celuide Rhin & de France.
Ce Paragraphe n'a pas besoin d'autre explication
que de ce qui a été dit ci-devant.
Paragraphe 4.
L A façon de faire un sucre semblable à celui des Indes occidentales, & un Tartre semblable àcelui de Rhin.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 13
Celui qui considérera la nature & les propriétés
du miel, verra aisément la possibilité de ceci;
car il y a une grande affinité entre le sucre & le
miel, comme il se voit par la séparation des principes
de l'un & de l'autre, de quoi nous ne voulons
pas traiter maintenant, mais seulement enseigner
la possibilité. Le sucre est un certain suc
doux qui se trouve dans une canne ou roseau,
comme une moelle: étant mûri par la chaleur
du Soleil, on le coupe, on le brise avec la
meule, & on l'étreint, ayant une couleur brune
semblable à celle du miel, on le purifie & clarifie,
puis on le porte en Europe. Ainsi le miel est
un suc doux végétable, attiré par les Abeilles des
fleurs des arbres & autres végétaux qui naissent
dans les prairies & dans les champs, & qu'elles
amassent avec grand soin pour se sustenter: il
ressemble presque au sucre cru & grossier qui
n'est pas encore préparé, & même est plus cru
& plus impur. La chose étant donc ainsi, pourquoi
le miel ne peut-il pas être si bien purgé par
le moyen de l'art, qu'il en devint semblable au
sucre? Dans les boutiques des Apothicaires, ne
se sert-on pas souvent de miel au lieu de sucre,
& de sucre au lieu de miel, à savoir dans la préparation
des sirops, & des conserves? C'est qu'il
n'y a point d'autre différence entr'eux, sinon que
le sucre est naturellement plus pur & plus agréable
au goût, que le miel, auquel ôtant son mauvais
goût, on le peut rendre égal au sucre. Et
sans doute un jour, avec le secours de mes Livres,
le monde aura l'invention de faire du sucre de
miel? afin d'épargner tant de dépense.
@
14
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
Quant à faire le tartre du miel, il ne faut pas
douter de sa possibilité, non plus que de faire le
sucre aussi du miel: ce qui est encore plus vraisemblable
d'autant que l'un & l'autre sont doux,
savoir le sucre & le miel, mais non le tartre qui
est dur & aride: c'est pourquoi j'en démontrerai
la possibilité par certains exemples, commençant
par celui du moût qui est doux avant
sa fermentation: par la cuisson il est épaissi, &
devient semblable en saveur au sucre & au miel.
Etant gardé dans des vaisseaux de terre ou de
verre bien nets, il donne par succession de temps
un sel propre essentiel, s'attachant au bord de la
grandeur des oeufs en guise du sucre candi rouge;
les fèces restant avec le résidu du sucre, lequel n'a
pu produire des cristaux à cause de la trop grande
limosité, ne cédant en rien en douceur au sucre
des Indes qui est né dans les cannes, & cette douceur
étant altérée par la fermentation, se convertit
en tartre aride. Par cet exemple nous pouvons
mieux considérer la possibilité de l'art, vu
que le sucre se fait du moût en lui ôtant sa limosité
& aquosité superflues. Cela même se voit
dans les raisins cuits au Soleil, dans lesquels, si
on les laisse l'espace d'une année, on trouve du
sucre en grain semblable à celui qui vient dans le
moût épaissi: c'est pourquoi dans les pays fertiles
en vin, les bons ménagers ont accoutumé
d'épaissir le moût jusqu'à consistance de
miel, duquel ils se servent le long de l'année dans
leur boire & dans leur manger. Cela se fait aussi
avec des cerises & poires douces, étant pilées,
exprimées, & épaissies en miel, lesquelles dans
@
Des Fourneaux Philosophiques. 15
l'espace de quelques années donnent un sucre
comme le moût; la partie la plus pure pénètre
souvent les pores des vaisseaux de terre débiles,
c'est le sel essentiel attaché au vaisseau de terre,
congelé & cristallisé, très beau, & très blanc,
comme du sucre très pur, les fèces restantes dans
le fond. On voit donc par là que tout végétable
doux donne un sel doux comme sucre, & que
cette douceur se change en tartre: comment
peux-tu donc douter du miel qui est plus pur que
ces sucs exprimés? Diras-tu que le changement
du miel en sucre est vraisemblable, d'autant
qu'il en arrive le même aux autres sucs qui ressemblent
au sucre en douceur, lors qu'ils ont été
exprimés; mais qu'il n'y a pas d'apparence qu'il
se change en tartre, d'autant que le tartre est un
sel aride, & le sucre un sel doux: donc ils ne peuvent
venir d'une même racine? Je réponds, que
l'incrédulité provient de la stupidité du cerveau:
que s'il avait assez de pores comme les pots de
terre dont les femmes se servent pour convertir
le moût en sucre, la créance de la possibilité y
trouverait entrée, & les ignorants ne contrediraient
pas à la vérité.
Maintenant je dirai comment le tartre qui est
aride, se fait des choses douces, non pas en faveur
des orgueilleux qui n'estiment rien qu'eux-mêmes,
mais en faveur de ceux qui n'ont point
honte d'apprendre. Considère le sel doux qui
provient du moût par le moyen de la condensation,
évaporant l'aquosité, laquelle n'étant pas
séparée par la fermentation, il se fait du tartre en
abondance; la cause de la séparation, c'est la
@
16
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
fermentation, assemblant les parties les plus pures,
& divisant les plus grossières. Tu me demandes
si la fermentation seule est cause que les choses
douces produisent du tartre; pourquoi dans
l'hydromel ne se trouve-t-il jamais de tartre? De
là tu infères que ce n'est pas une fermentation
commune, par laquelle il en doit être tiré. Et
certes avec raison, celui qui ne sait pas tirer le
tartre du miel, n'en sait pas tirer aussi le vin.
Mais il ne faut pas ici révéler ce secret, qu'il faut
garder pour les Amis, jusques au temps de la révélation;
cependant contente-toi de la démonstration
de la possibilité. Certes, si quelqu'un
m'eût donné autrefois autant de lumières, je serais
plutôt parvenu à la connaissance de l'art; &
n'ayant jamais rien appris d'autrui, tu peux juger
quel travail, & quelle dépense il m'a fallu
faire pour cela.
Paragraphe 5.
U Ne particulière purification du tartre commun impur sans aucune perte, &c. Cette invention consiste uniquement en une
précipitation convenable, par laquelle toute la limosité
est séparée du tartre dissous, d'où vient
qu'il ne s'en perd que peu ou point du tout; &
partant le tartre est facilement converti en
grands cristaux.
Paragraphe 6.
L A manière d'ôter l'odeur & le goût désagréable du miel, laquelle étant ôtée, on tire un esprit ardenttrès bon, qui ne sent pas le miel.
Ce
@
Des Fourneaux Philosophiques. 17
Ce secret aussi consiste en la précipitation de la
limosité superflue, & de l'odeur désagréable, le
miel acquérant une bonne odeur & saveur: tellement
qu'il s'en fait de bon vin, & de bon vinaigre.
Paragraphe 7.
L A confection d'un excellent hydromel très clair des raisins secs grands & petits, ayant le goût d'unbon vin d'Espagne, dont il se fait aussi de très bon &
très clair vinaigre.
Les raisins des pays chauds après avoir été séchés,
sont envoyés en Allemagne & autres régions.
Ce n'est autre chose qu'un suc épaissi dans
la gousse des raisins, car l'aquosité en étant desséchée
y a laissé un suc doux comme sucre, ou
essence des raisins. L'humidité que la chaleur du
Soleil leur a ôtée peut être remise par une
autre eau, de sorte qu'il s'en peut faire du vin;
ce qui a été éprouvé par plusieurs qui ont versé
de l'eau chaude sur les raisins entiers ou coupés
pour la fermentation dans le vaisseau, pour en
tirer du vin d'Espagne par ce moyen: Mais la
chose n'a pas réussi selon leur désir, car au lieu de
vin ils n'en ont tiré qu'une liqueur douce, d'autant
que les raisins en se séchant avaient acquis
une autre nature, & ne pouvaient donner du vin
comme font les raisins frais. C'est pourquoi on
n'a point encore connu la manière de faire le vin
d'Espagne des raisins secs, tel qu'est celui des raisins
frais, laquelle est maintenant inventée.
Plusieurs croient que les raisins secs recouvrent
en jetant de l'eau dessus ce qu'elles avaient perdu
B
@
18
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
en se desséchant, & que par conséquent on en peut
faire du vin pareil à celui des raisins frais mais
cela ne se fait pas par cette voie commune, mais
par une autre, qui est une précipitation laquelle
ôte le goût des raisins secs par la fermentation,
& séparation des parties hétérogènes. Car ce n'est
pas un art particulier, de faire des raisins secs par
l'addition de l'eau, en la manière connue un breuvage
doux qui est éprouvé comme un véritable
vin qui se peut garder, lequel n'étant pas encore
clarifié après la fermentation, s'aigrit peu à
peu; ce que ne fait pas le vin d'Espagne, vu qu'il
dure quelques années, s'il est bien conservé.
C'est pourquoi comme ces vins qui sont faits des
raisins secs par la voie commune ne sont pas de
durée (ce qui se voit par expérience) on a négligé
d'en faire, ayant crû qu'il était impossible.
Or la faute ne doit pas être attribuée aux raisins
secs, mais à l'ouvrier; car si en les faisant sécher,
il ne s'évapore qu'une humidité insipide, & que
tout ce qu'il y avait de bon, y demeure, pourquoi
ne s'en pourrait-il pas faire du vin semblable
au naturel par le moyen de l'eau qu'on y remettrait?
Mais tu me diras que le goût étrange
que les raisins ont acquis en se desséchant, empêche
cette opération; mais si on sait leur ôter
le goût, non seulement il en fera du vin d'Espagne,
mais encore de celui de Rhin. Mais tu me
demanderas, comment se peut-il faire du vin de
Rhin des raisins secs d'Espagne, vu que les frais
ne donnent qu'un vin doux? La réponse est dans
les Paragraphes précédents, ou se voit la possibilité
de faire des vins différents de quelque matière
@
Des Fourneaux Philosophiques. 19
douce que ce puisse être.
Je puis assurer avec vérité que de ces raisins
secs communs, & du miel, j'ai souvent fait des
vins doux, qui ont été bus pour des vins d'Espagne.
Je ne parlerai donc plus de ceci, qui sera
confirmé par l'expérience.
Or je te dirai pour conclusion, que si tu sais
ôter au miel son goût & son odeur qui sont désagréables,
tu pourras en tous les lieux du monde, où il
se trouve du miel, ou des fruits doux, faire du vin
d'Espagne, ou autre, comme de la malvoisie, & celui
qui a tiré son nom du mont S. Pierre, sans y
employer des raisins secs; parce qu'il est plus aisé
de recouvrer partout les autres matières. Des
vins de cette sorte il se fait du vinaigre blanc, clair
& fort meilleur que celui de France & de Rhin:
outre cela telle sorte de vins se peut faire en toutes
les saisons de l'année, ce qui n'attache personne
& peut servir à ceux qui perdent tous les
ans beaucoup de vin.
Paragraphe 8.
C Omment il faut faire de bons vins, & de bons vinaigres aux lieux ou les raisins sont aigres; Ce secret est aussi très utile. On peut planter
de la vigne dans les pays froids; mais les raisins
ne venant pas à maturité, il ne s'en peut pas faire
de bon vin, témoin l'Allemagne, où souvent
l'Eté s'étant trouvé froid, les raisins n'étant pas
bien mûrs donnent un petit vin vert, d'où souvent
les Vignerons reçoivent un grand dommage,
ne pouvant vendre leurs vins, lesquels ils sont
contraints de boire eux-mêmes, ou de les garder
B ij
@
20
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
pour le mêler avec d'autre vin plus fort: Car si
l'année suivante est encore stérile, ou médiocrement
bonne, ces vins ne peuvent pas être perfectionnés
par d'autres qui ne sont guères meilleurs.
Il arrive aussi souvent que les Vignerons en
une mauvaise vendange choisissent les meilleurs
raisins, & laissent les autres; que s'ils savaient
la manière d'en ôter la verdeur, ils ne les mépriseraient
pas de la sorte.
D'autant que le vin vert peut être facilement
corrigé, vu que des raisins verts & durs que j'ai
pilés avec un marteau, j'en ai fait du vin semblable
à celui de Rhin. Je laisse à juger de l'excellence
de ce secret, qui est utile non seulement dans
les pays froids où les raisins ne mûrissent jamais
parfaitement, mais encore dans les pays chauds
où il arrive une température d'air contraire, qui
les empêche de mûrir. Les raisins mêmes qui
naissent dans les champs incultes peuvent être
corrigés par cette invention, en sorte qu'il s'en
peut tirer d'excellent vin. Ce secret est donc très
utile, mais il ne le faut communiquer qu'avec
discrétion.
Paragraphe 9.
L A préparation de Boissons salutaires qui se font de *Ribes Meur. Ce Paragraphe se rapporte au 2. & 8. car la
même invention qui sert à mûrir les raisins
verts, sert aussi à faire ce procédé, sans autre différence,
que de corriger cette odeur sauvage de ces
fruits, laquelle ne se rencontre pas dans les
@
Des Fourneaux Philosophiques. 21
raisins, & c'est en quoi les raisins leur sont préférables;
& les fruits susdits sont préférables aux
raisins, en ce qu'ils croissent en tous lieux en abondance,
& plus facilement. Car si une branche de
la longueur d'un empan ou deux est mise en terre
au Printemps, elle peut porter fruit cette année
même, dans les lieux les plus froids & incultes,
& par conséquent la terre la plus grasse
produit de meilleurs & de plus grands fruits.
Paragraphe 10.
L A manière de corriger les vins troubles, gras, rouges, moisis, Aigres. Quoi qu'il semble que ce Paragraphe ne soit
de nulle importance, toutefois ce secret est nécessaire
pour faire les vins; car il arrive souvent
que les pleins tonneaux de vin se gâtent, deviennent
gras, rouges, moisis & puants. Faut-il les
jeter pour cela? nullement. Car ce serait grand
dommage. Il vaut bien mieux y remédier comme
l'on fait en secourant les hommes malades.
Si vous avez donc de tel vin, il en faut précipiter
tout le vice, & dans peu de jours il recouvrera sa
première bonté & douceur, & clarté. Le vin même
qui devient aigre, pourvu qu'il ne soit pas
tout à fait changé en vinaigre, peut être remis en
sa première bonté par des moyens convenables:
celui qui est trop aigre doit être converti en vinaigre.
B iij
@
22
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
Paragraphe 11.
L A manière de faire un vinaigre très bon très clair & durable en grande quantité, de certainsvégétaux qui se trouvent partout &c.
Ce secret est excellent pour ces Villes maritimes
qui sont fort marchandes, d'où le vinaigre
peut être transporté avec grand lucre en d'autres
régions.
Paragraphe 12.
L A production des vins dans les pays froids, lesquels ne céderont en rien en bonté, durée & clarté, à ceuxqui proviennent en Allemagne, France, Italie, Espagne.
Ce secret est presque le même que celui du
Paragraphe 8. & 9. Mais en celui-ci il est principalement
requis d'appliquer à la racine de la
vigne une Médecine nutritive, & confortative,
qui la rende féconde, & qui la préserve du froid
pour produire des raisins, lesquels quoi qu'ils ne
parviennent pas à la maturité, peuvent néanmoins
être tellement perfectionnés dans &
après la fermentation, qu'il s'en peut tirer un
très bon vin.
Paragraphe 13.
U N secret pour transporter aisément les vins des lieux montueux éloignés des rivières, & autrescommodités de la voiture, en sorte que la voiture soit
six fois à meilleur marché.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 23
Ce Paragraphe a choqué beaucoup de gens
tant doctes qu'ignorants des secrets, lesquels jugeaient
que c'étaient des chimères & des rêveries.
Cela étant venu à mes oreilles, je me repentis
d'avoir écrit, pour ce que je m'étais attiré
l'envie & la malveillance de plusieurs: mais je
me consolai, ayant considéré que c'était la coutume
de ce monde pervers & grossier, de blâmer
les honnêtes gens, & de reprendre leur doctrine.
Plusieurs disaient que la chose était impossible,
vu qu'on n'avait pas des chariots ailés, & se
confirmaient dans leur incrédulité. Mais je te
prie, pourquoi imites-tu les Zoïles envieux qui
ne cherchent que leur honneur propre, comme s'ils
en savaient plus que les autres, & s'ils n'étaient
pas contraints de faire les Parasites & les Charlatans,
qui ne songent qu'à éviter la peine, & qui
ont honte de manier les charbons. Mais revenons
à notre proposition pour montrer la vérité.
Le moût nouveau avant sa fermentation ne
perd rien de sa force, qu'une humidité insipide,
comme il se voit par expérience; quoi qu'après
la fermentation par la chaleur il soit privé de son
esprit ardent, qui est sa partie la plus noble, les
parties insipides & inutiles étant laissées, comme
il se voit dans la distillation du vin. Il s'ensuit
donc que le vin nouveau avant sa fermentation,
doit être cuit jusqu'à consistance de miel,
mais non dans un Chaudron qui lui donnerait
une saveur désagréable: l'humidité étant évaporée,
il reste la huitième ou dixième partie qui
ressemble au miel, dans laquelle est cachée toute
la force. Ce suc étant épaissi & mis dans le
B iiij
@
24
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
tonneau, peut être transporté plus facilement
que les 10. parties n'étant pas épaissies, dont le
transport n'est pas seulement plus cher, mais encore
suspect de falsification & sophistiquerie qui
peut être faite par les Voituriers, qui mêlent
de l'eau dans le vin.
Ce suc étant transporté ailleurs épaissi se convertit
en vin, pourvu qu'on le dissolve en une
suffisante quantité d'eau, à savoir autant qu'il
en avait perdu dans la cuisson & condensation,
ou en plus petite quantité, si tu désires que le vin
en soit meilleur & plus fort. Etant dissous, on le
met dans les tonneaux pour la fermentation,
Du moût épaissi il s'en peut faire des vins
non seulement d'une espèce, mais de différentes,
selon la diverse quantité d'eau qu'on y veut mêler,
& non sans beaucoup de profit, de sorte
qu'on n'a pas besoin des vins doux étrangers de
France, d'Espagne & d'Italie, dont le transport est
de grande dépense.
N. B. Le moût ne doit pas être épaissi dans
un Chaudron, à cause de la mauvaise odeur, saveur,
& adustion qu'il en contracte: joint qu'il y
faut une particulière précipitation, par le moyen
de laquelle est séparée la *jauneur & la saveur qui
est attirée par la cuisson pour le clarifier. Sans
quoi savoir la cuisson & la précipitation ou clarification
dans le temps de la fermentation, on ne
saurait faire de bon vin. Celui donc qui entendra
ce secret se pourra enrichir en peu d'années en
faisant des vins différents: mais celui qui ne l'entendra
pas, s'en doit abstenir.
Tu pourras en faire l'essai dans un petit vaisseau,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 25
& tu verras que le moût ne perd rien de sa
force en s'épaississant, & y mêler une suffisante
quantité d'eau pour le dissoudre, & tu auras un
moût avec sa première douceur, à la réserve de
la saveur qu'il attirera du chaudron: mais si tu
entends bien le secret, sans doute tu feras du moût
des vins très excellents.
Paragraphe 14.
L A préparation d'un airain vert du vieux cuivre, dont la livre n'excède pas le prix de six sols. C'est ici un très rare secret, par lequel par une
voie facile & de peu de dépense, se fait le cuivre
vert en grande quantité, lequel est très utile aux
Peintres, & à ceux qui donnent des couleurs,
dont chacun peut honnêtement sustenter sa famille.
Paragraphe 15.
N Ouvelle & inouïe distillation du vinaigre en grande quantité, &c. Cette manière a été inconnue jusqu'à présent, &
par conséquent elle mérite bien que j'en fasse mention
ici, d'autant que dans la Chimie personne
ne se peut passer de vinaigre distillé, d'autant que
par son moyen les couleurs sont purgées & clarifiées,
en sorte qu'elles sont vendues à plus haut
prix, dont un chacun peut honnêtement entretenir
sa famille: Ce qui ne se peut pas faire dans
la distillation du vinaigre dans des vaisseaux de
verre, étant ennuyeuse & de grande dépense.
@
26
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
Paragraphe 16.
L A distillation très facile de l'esprit d'urine le plus fort, dont on peut faire 20. ou 30. livres &c. Dans le 2. traité des Fourn. Philos. j'ai fait ample
mention de la distillation de cet esprit, & j'en
ai donné diverses façons: Mais je n'ai fait nulle
mention de celle-ci, d'autant qu'elle n'a aucune
affinité avec les autres qui se font par le moyen
des instruments de terre, de verre & de métal,
mais seulement avec ceux de bois sans aucun feu:
de sorte que 100. livres n'en demandent pas une
de charbons: & non seulement, 20. 30. mais 100.
livr. peuvent être faites pour une richedale: cette
distillation est certainement fort artificielle. N.
B. La distillation du vinaigre se fait presque de la
même sorte. Or dans mon Appendix je n'ai parlé
que de 20. ou 30. liv. à faire pour une richedale,
pour ce qu'il y avait plus de vraisemblance que
si j'eusse dit 100. Et pour ce que le prix de 20. ou
30. l. ne paraît pas vraisemblable aux ignorants,
je dis maintenant hautement que le prix de 100.
liv. n'excède pas une richedale. Le croit qui
voudra, cela m'est indifférent, & la chose indubitable.
Quoique cet esprit soit excellent pour
la Chimie, je l'ai pourtant voulu communiquer
pour la Médecine particulièrement. Car si on la
peut faire en grande quantité avec peu de frais &
peu de travail, on en peut user libéralement dans
la Médecine, surtout dans les bains secs, & humides,
par lequel moyen sont souvent heureusement
guéris des maux que l'on croyait incurables.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 27
Cet esprit fait des merveilles, & cause de
l'honneur & des richesses. Il ne faut pas donc
mépriser ce Paragraphe, à la façon des Zoïles
envieux.
Paragraphe 17.
U Ne distillation facile à peu de frais, de l'esprit de sel, &c. Dans la première partie de mes Fourn. Philos.
j'ai donné une manière très facile de distiller
l'esprit de Sel en quantité. Mais dans ce Paragraphe
est traité d'une autre particulière distillation,
que je n'ai pas voulu divulguer. Or l'esprit
de Sel étant nécessaire à beaucoup de belles
opérations inconnues au peuple, j'ai cru qu'il fallait
publier ses louanges. Je mettrai donc à présent
ici quelquefois de ses usages chimiques en
peu de paroles, réservant les autres pour une autre
saison.
Paragraphe 18.
L A séparation de l'or d'avec l'argent, sans toucher aux ornements, &c. Les Chimistes savent la séparation de l'or
d'avec l'argent par l'eau royale, & la solution &
séparation de l'or contenant du cuivre & de l'argent:
Mais on ne l'exerce guères pour les raisons
suivantes, d'autant qu'elle ne répare pas les frais
& la peine qu'il faut prendre à faire l'eau royale.
Or l'esprit de Sel se fait sans beaucoup de dépense.
Secondement, quoi que l'or se dissolue dans
l'eau royale, il ne peut être derechef séparé
@
28
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
que difficilement. Quelques-uns après avoir dissous
l'or dans l'eau royale, l'ont précipité avec la
lessive du sel de tartre; l'ayant précipité, l'ont
édulcoré, puis réduit avec le borax: & d'autant
que cette chaux venant à sentir le feu, s'allume
avec un grand tonnerre, ils l'ont mêlée
avec soufre commun, & ont calciné ce mélange
pour ôter l'embrasement & le tonnerre, avant
que de le réduire avec le borax.
Ce travail requiert une grande diligence, &
beaucoup de frais, si on ne veut faire quelque
perte de l'or, & c'est pourquoi ce n'est pas la
meilleure manière. D'autres par le moyen de la
distillation ont séparé l'eau royale de l'or dissous;
mais outre la peine, la puanteur, & le danger des
verres, ils ont souffert la perte de l'or par l'eau
royale. C'est pourquoi cette façon de séparer
n'est pas bonne. Quelques-uns ont précipité l'or
dissous par l'eau royale, avec solution de vitriol
& d'alun en poudre noire, lequel ils ont trouvé
dans la fusion mêlé avec le fer & le cuivre attirés
du vitriol: & partant cette façon de séparer
est inutile. Or dans notre séparation tels obstacles
ne se rencontrent pas; car l'or étant dissous
dans l'esprit de sel, soudain on y ajoute quelque
chose précipitante, & la solution dans un vaisseau
de cuivre (où il n'y a nul danger de fraction)
est mise sur le feu pour cuire, & pendant que cela
se fait l'or est séparé & précipité en perfection,
le cuivre demeurant dans l'esprit de sel, lequel il
faut édulcorer, puis sécher & réserver à ses usages.
Et par ce moyen tout se fait aisément sans
perte & sans dépense. Cette séparation est la
@
Des Fourneaux Philosophiques. 29
meilleure de toutes les séparations humides de
l'or contenant du cuivre & de l'argent. De quoi
a été traité plus amplement dans la seconde partie
des Fourneaux.
Paragraphe 19.
L A séparation de l'or d'avec l'argile, sable, pierres à feu, & autres minéraux. Ce Paragraphe traite d'un certain travail qui
doit être fait avec l'esprit de sel; par le moyen
duquel chacun peut honnêtement s'entretenir
de vivres, & de vêtements en tous lieux où il y a
des montagnes, des rochers, de l'argile & sable,
Car partout il se trouve de l'argile, du sable, & des
cailloux qui contiennent un or subtil, invisible
dans l'argile & dans le sable, mais paraissant
quelquefois dans les pierres & cailloux quand on
les rompt, lesquels s'ils sont trop durs, il faut
après les avoir bien fait chauffer, éteindre dans
de l'eau froide, afin qu'ils se fendent, & qu'étant
brisés ils s'en aillent en poudre: & par ce moyen
l'or qui est en eux se manifeste davantage. Il se
trouve quelquefois des montagnes entières pleines
de ces pierres douces d'un tel or spirituel &
subtil à un point, qu'il ne paye pas les frais de la
fusion, mais par le moyen de l'esprit de sel il est
facilement tiré avec honnête profit. Or il faut
connaître cette sorte de pierre, les rougir au feu,
puis les éteindre comme a été dit. Ces pierres
contiennent aussi du fer, lequel ne nuit point à
cette opération, d'autant que le seul or est précipité
@
30
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
par l'esprit de sel, le fer restant dans l'eau.
Ce travail est beau & facile, & peut même être
fait en grande quantité avec très grand lucre, de
sorte que plusieurs personnes s'en peuvent sustenter,
& habiller, sans dommage de leur prochain.
Le secret consiste en deux choses, dans une copieuse
& facile préparation de l'esprit de sel, &
dans une due précipitation.
Paragraphe 20.
U Ne nouvelle & inouïe épreuve des minéraux sauvages, & rebelles, &c. Cette épreuve est bien différente de la vulgaire
par les tuiles & coupelles, elle est particulièrement
destinée à ces minéraux sauvages & rebelles,
qui ne se mêlent point avec le plomb; & ne
se mêlant point avec le plomb, comment peut-on
savoir ce qu'ils tiennent: Ce secret est donc très
utile & très excellent, surtout pour ceux qui cherchent
leur fortune dans les montagnes, dans la terre,
dans les mines, & pierres. Car par ce moyen on
connaît aisément ce qu'ils tiennent, & par conséquent
le gain ou la perte qui s'y peut faire. Or ce
secret consiste principalement en la conjonction
du Saturne, car sans lui il est impossible de connaître
ce que tiennent les minéraux, dont il y en
a beaucoup abondants en or, lesquels pour n'avoir
aucune affinité avec le plomb, sont rejetés
comme pierres inutiles.
Mais si par le moyen d'un milieu ils sont dûment
unis avec le plomb, ils montrent aussi bien
ce qu'ils tiennent que les autres minéraux plus
@
Des Fourneaux Philosophiques. 31
doux, & non sans utilité. C'est pourquoi il faut
tenir ce secret pour un fondement de l'Alchimie.
Paragraphe 21.
U Ne nouvelle & courte voie, par laquelle les minéraux sont promptement fondus en grandequantité avec beaucoup de lucre, &c.
Cette voie de fusion n'a pas encore été connue,
par laquelle les métaux font fondus en grande
quantité; mais indubitablement elle sera un jour
publiée, étant beaucoup préférable à l'autre voie
commune. Or ce secret consiste en ce qu'il se
fait sans soufflets par de certains & particuliers
éventails qui allument les charbons aussi fortement
que les soufflets. Ceux qui travaillent aux
minéraux savent combien il leur coûte tous les
ans en soufflets & meules qui les élèvent. Au reste
il faut souvent transporter les minéraux & les
charbons dans des valons à cause des eaux sans
lesquelles on ne peut pas gouverner les soufflets,
& c'est une peine bien ennuyeuse & de grand
coût. Outre cela il y a cette commodité dans
cette façon de fondre, qu'on peut bâtir des Fourneaux
de la grandeur qu'on les veut; ce qui n'est
pas permis ailleurs, parce que les plus grands Fourneaux
demandent de plus grands soufflets, plus
grande quantité d'eau, & par conséquent de plus
grandes meules; ce qui ne se peut pas faire commodément
partout. Or dans notre nouvelle façon
de fondre nous n'avons besoin de soufflets ni
de meules, quelques grands que soient les Fourneaux;
car plus les Fourneaux sont grands, tant
@
32
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
plus y peut-on fondre une grande quantité. Or je
ne sais pas si toutes sortes de minéraux se peuvent
fondre en ce Fourneau, du moins j'en ai fait l'essai
en la mine de plomb, & non aux autres, faute
de minières & de lieu suffisant pour la construction
du Fourneau. Mais j'espère qu'en peu de
temps j'habiterai dans un lieu plus commode,
où les charbons & les mines ne me manqueront
pas pour faire mes essais.
Paragraphe 22.
U Ne meilleure façon de séparer les choses fondues, une meilleure séparation de l'argent d'avec leplomb.
Ce secret n'est autre chose qu'une particulière
séparation du plomb d'avec l'argent contenu dans
le plomb. Car comme dans les boutiques le plomb
contenant de l'argent est séparé au feu en soufflant,
& converti en litharge: notre séparation se fait
presque en la même manière, le plomb étant réduit
en litharge, non pas à force de souffler, mais
par le moyen d'un certain Fourneau; c'est pourquoi
cette manière vaut mieux que la vulgaire.
Ceci se doit entendre de la séparation qui se fait
en grande quantité; mais il y a une autre séparation
des métaux de moindre poids, comme de
cent livres, laquelle ne se fait pas par les coupelles
communes faites de cendres; mais par les
creusets, dont on met six ou huit en un petit Fourneau
entre les charbons, immédiatement, & non
sous la tuile, & par ce moyen il se fait beaucoup
plus de preuves dans un jour, que sous la tuile
@
Des Fourneaux Philosophiques. 33
par le moyen des coupelles en huit jours; d'autant
que par cette voie la séparation se fait en une fois
en un vaisseau, & par la voie commune si les minéraux
sont rebelles, il les faut plutôt mettre au
feu, puis les cuire dans un creuset avec certaine
addition en un four à vent, ou avec les soufflets;
puis les ayant cuits sous la tuile les convertir en
scories, puis coupeller les scories. Et ces 4. travaux,
brûlure, décoction, scoriation, & coupellation
à peine se peuvent-ils faire en 3. ou 4. heures
de temps: & dans cette séparation les minéraux,
soient doux ou rebelles, ne sont brûlés ni
cuits, mais tous ensemble sont préparés dans un
creuset en moins d'une heure.
Cette preuve est très excellente & très utile,
sans laquelle à peine aurais-je acquis une si grande
connaissance des métaux. Car on peut aisément
conjecturer combien de peine & de temps, sans
conter les charbons, il est requis, si pour chaque
preuve il faut allumer un feu en son propre fourneau
pour diverses séparations, lesquelles se font
toutes par un même feu & dans un même fourneau
dans notre nouvelle invention. Elle est propre
à ceux qui recherchent avec étude les secrets
de la Nature, & qui à cause de leurs occupations
ne peuvent pas pratiquer la voie commune; elle est
bonne aussi pour les Mineurs, & pour les Chimistes
qui travaillent en or & en argent, & qui veulent
en éprouver la bonté. Elle se peut faire en
grande quantité: car 10. ou 20. livres peuvent
être éprouvées par cette voie avec autant de facilité
qu'une ou deux onces: mais d'autant qu'en une
plus grande quantité il y faut plus de plomb, les
@
34
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
creusets doivent être plus grands. Or dans cette
nouvelle séparation il n'est pas besoin de tant de
plomb, qu'en la voie commune. Car il suffit du
double ou du triple du plomb pour une partie du
minéral, fût-ce même du cuivre, (lequel dans
l'autre voie demanderait 16. ou 18. parties du
plomb) outre cela il ne s'y perd rien ni du plomb
ni du cuivre, & il ne faut point le fondre derechef
& le tirer de la coupelle, dans laquelle comme
étant poreuse il a coutume d'entrer; d'autant qu'ici
le plomb est derechef aisément séparé du cuivre
par un petit feu.
Ce n'est donc pas un petit secret qui ouvre la
porte à beaucoup d'autres. Tu me diras, que je
promets beaucoup, & que je fais peu; que je fais
mention de beaucoup de secrets, mais que je n'enseigne
rien. Qui pourra jamais trouver ces choses
par la subtilité de son esprit?
A cela je réponds, que mon dessein n'est pas de
présenter les morceaux tous mâchés; c'est pourquoi
cherche & travaille incessamment, comme
j'ai fait, & les autres, si tu es avide de nouveauté.
Personne ne m'a jamais rien montré, & je n'ai appris
que de l'exercice, de l'usage, & de la fortune,
selon le proverbe.
L'usage fait l'artiste, & en forgeant,
on devient Forgeron. Si j'eusse eu autant de lumières
que je t'en donne, sans doute je fusse parvenu à
de plus grandes choses avec moins de peine & de
dépense. L'Amérique ayant été découverte par
Christophe Colomb avec beaucoup de travail,
les autres ont eu bien de l'avantage d'en transporter
les trésors avec moins de danger, & de peine.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 35
N'est-il pas digne de louange d'avoir découvert
un pays si riche, quoi qu'il ne l'ait pas montré
au doigt à un chacun? Les autres ne l'ont-ils
pas suivi comme leur guide, & traversant l'Océan
n'en ont-ils pas emporté des richesses immenses?
Pourquoi donc ne prendras-tu pas la peine de
chercher ce secret par le moyen duquel on peut
avoir de l'or & de l'argent sans courir les hasards
de la navigation? Mais tu raisonnes comme le
Renard, disant que les traces des autres t'étonnent,
que tu en as vu plusieurs qui se sont ruinés
dans l'Alchimie; je l'avoue, mais ce n'est pas la
faute de l'art, c'est celle de l'Artiste.
Pour moi je ne doute point que mes écrits ne
donnent beaucoup de lumière à toute l'Alchimie,
& ne retire plusieurs de l'erreur. Au reste sache
qu'il y a un autre Saturne que le vulgaire, par
lequel sont faites des choses merveilleuses; à savoir
celui que Paracelse vante si fort dans son ciel
Philosophique. Or dans cette séparation on use
du plomb connu de tout le monde, qui n'est pas
inférieur à celui des Philosophes son frère, lequel
étant lavé & spiritualisé ose entrer dans le
conclave royal pour y recevoir sa noblesse.
Paragraphe 23.
C Omment il faut fondre les minéraux avec des charbons fossiles au devant des charbons de bois,par une voie très facile, & très aisée.
Ce travail ne se fait pas par le moyen des soufflets,
mais par la flamme des charbons ou de bois
ou fossiles, travaillant sur les minéraux, comme
C ij
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36
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
s'ils étaient environnés d'un creuset. Or cette
manière est du moins pour les métaux mous & faciles
à fondre, où il ne se fait pas une si grande
perte des minéraux comme ici.
Paragraphe 24.
L A fixation des minéraux sulfurés, Arsenicaux, Antimoniaux, de Cobalt, & autres volatilsvénéneux, &c.
Les Mineurs savent bien qu'il se trouve quelquefois
des minéraux *immeurs qui n'ont ni or ni
argent, lesquels étant un peu exposés à l'air, puis
éprouvés, donnent leur or & leur argent dans la
grande & dans la petite preuve; tels que sont le
Bismuth, le Cobalt, l'Orpiment, & le reste des antimoniaux
& arsenicaux. Puis donc que l'air cause
cette maturation, en incitant le sel actif & maturatif
des minéraux, Pourquoi tels minéraux
ne seraient-ils pas mûris & perfectionnés par le
moyen de l'art? Certes cela se peut faire par le
moyen de l'art & de la nature, quoi qu'il ne soit
pas compris par un entendement grossier. Quelle
résolution faut-il prendre? Faut-il révéler ce
secret à des incrédules ignorants? Point du tout;
qu'ils cherchent comme les autres, s'ils ont été
prédestinés de Dieu pour le trouver, ils le trouveront
sinon ils ne réussiraient pas, quoi qu'on les
instruisit. Or il faut que tu saches que l'or &
l'argent, lesquels par une maturation artificielle
ont été tirés de ces minéraux *immeurs, n'étaient
pas cachés en iceux corporellement (autrement
ils eussent pu être séparés par cette séparation
@
Des Fourneaux Philosophiques. 37
artificielle) mais spirituellement comme un enfant
enveloppé dans la matrice. Aussi Paracelse
appelle ces minéraux, Soufres *embrionnés,
qui ne manquent de rien que de la maturation, de
laquelle ils sont privés étant trop tôt ôtés des
mines. Or ce n'est pas ici le lieu d'enseigner la
manière de les fixer: mais je puis bien assurer
qu'il n'y a point de Soufre volatil *immeur qui
ait aucune affinité avec l'or fixe corporel, & par
conséquent qu'à peine se peut-il mêler avec lui,
comme il se voit par la séparation des métaux par
le moyen de la fonte, où il y a quelques métaux
fondus ensemble, fixes, ou non fixes, avec l'addition
du Soufre commun, lequel étant mêlé
avec les fixes qui ne lui sont pas proches, les convertit
en scories. Quant aux fixes, l'or, & l'argent,
& surtout l'or, ils ne veulent pas se mêler
avec lui, & le rejettent, se séparant naturellement
de ce mélange, allant au fond, & se convertissant
en régule, principalement l'or; lequel étant nettoyé
de toute sorte d'ordure, n'en veut plus être
taché derechef à cause de l'antipathie qui est entre
le Soufre fixe, & non fixe.
N.B. Or le Soufre commun étant fixé est
plus facilement mêlé avec l'or qu'avec les autres
métaux imparfaits, ce que les ignorants admirent
comme un très rare secret. Les minéraux, Arsenicaux
& Cobalts se fixent aussi, de sorte que par
après ils demeurent unis avec l'argent. Quant à
l'Orpiment & à l'Antimoine, ils participent des
deux natures, de l'or & de l'argent, & en partie
ils peuvent être fixés. Sans mentir je confesse que
c'est un travail bien dangereux, c'est pourquoi
C iij
@
38
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
il ne le faut traiter qu'avec précaution, & par le
moyen de notre quatrième Fourneau. Pour
moi je proteste que les Fourneaux arsenicaux ne
m'ont jamais fait de mal, ne m'étant jamais servi
d'autre préservatif, sinon que de n'avoir jamais
commencé aucun travail à jeun. C'est pourquoi
celui qui voudra faire cette opération, prenne un
morceau de pain avec du beurre, boive untrait de vin d'Absinthe, & qu'il se garde de la fumée.
Paragraphe 25.
U Ne séparation fructueuse de l'or & de l'argent flammée, spongieux, & rare, d'avec le sable,l'Argile, & les cailloux.
Nous avons parlé ci-dessus dans le Paragraphe
19. d'un pareil or, lequel ne peut être séparé
au Sable ni par la force de l'ablution, ni de l'amalgamation,
d'autant qu'étant plus léger que le
sable il ne peut pas être rétréci séparément, & il
peut être séparé avec profit par la force de la lessive
avec l'esprit de Sel. Or ici il est dit qu'il peut
aussi être séparé par le moyen de la fonte, ce qui
semblera incroyable à plusieurs, à cause de la petite
quantité d'or mêlée à une grande quantité
de Sable: auxquels je réponds, que par le moyen
de la fonte ou addition de quelque autre chose, la
séparation ne s'en peut pas faire avec profit, d'autant
que l'or fondu ne peut pas compenser les
frais; il faut donc que cela se fasse d'une autre sorte.
Il y a certains métaux vils & impurs, lesquels
pour être détruits & perfectionnés par le moyen
@
Des Fourneaux Philosophiques. 39
de l'art demandent l'addition du Sable ou de
pierre à feu, sans quoi leur destruction & perfection
ne se peuvent exécuter; que si on y ajoutedu sable & des pierres à feu, leur or qu'on
n'en peut extraire d'autre façon se manifeste avec
celui que donnent les métaux détruits & améliorés,
& ce avec beaucoup plus de fruit.
Paragraphe 26.
U Ne certaine extraction très fructueuse & très secrète de l'or qui est invisiblement contenu dansles métaux les plus vils & dans les minéraux; ce qui
ne peut être fait par cette autre voie commune.
Ce Paragraphe traite de la même affaire que le
précédent. Et ce travail n'est autre chose que la
destruction des métaux les plus vils, comme Saturne,
Jupiter, Mars, & Vénus, & la réduction
d'iceux en un certain être terrestre semblable au
verre ou à la scorie; Par laquelle destruction &
réduction les métaux sont mûris par la force du
feu, & purgés en partie par le moyen de l'addition,
en sorte qu'ils peuvent ensuite donner leur
or & leur argent dans la séparation; ce qu'ils
n'auraient pu faire autrement.
Paragraphe 27.
U Ne très prompte séparation à peu de frais de l' or & de l'argent extraits par la fonte, &c. Ce travail est parfaitement beau, très prompt
très utile, (d'autant qu'il se fait sans eau royale.)
Il n'y a personne qui ne sache les difficultés,
C iiij
@
40
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
qu'il y a à faire la séparation par l'eau royale,
laquelle se fait aisément en la manière suivante.
Il faut rompre l'argent en petites parcelles, dont
on remplit le creuset, y ajoutant le flux séparatoire;
l'argent étant fondu, l'or est précipité dans
l'argent avec certaine chose qui précipite en régule,
après quoi on verse le tout ensemble dans
un cornet; étant refroidi, on frappe avec un
marteau, & on sépare du reste de la masse le régule,
lequel n'est pas tout à fait privé d'argent,
contenant pour une livre d'or, deux ou trois liures
d'argent, lesquelles il faut séparer par la coupelle
& par l'eau forte. Et par ce moyen l'or qui
est contenu dans 100. Marcs, ou 50. livres d'argent,
est réduit en 2. ou 3. lesquelles sont par
après séparés par l'eau forte. Il n'est pas besoin
de purger par le feu ces 100. marcs, de les mettre
en grenaille, & de les séparer chacun par l'eau
forte; on n'a besoin d'eau forte que pour peu de
marcs; & l'on épargne beaucoup de frais nécessaires
pour acheter de l'eau forte en quantité,
des verres qui sont sujets à se rompre, & une grande
peine. Secondement par cette voie on peut
séparer une grande quantité d'argent en un jour
avec peu de travail & de dépense, ce qui ne se
peut faire par l'eau forte. Ne t'imagines pas que
cette voie soit celle que décrit Lazare Erker,
d'autant qu'il y a grande différence: Car quoi que
la voie que Lazare a enseignée ne soit pas à mépriser,
elle est pourtant en quelque façon ennuyeuse
& de beaucoup de dépense; ce que n'est pas
la nôtre.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 41
Paragraphe 28.
L A réduction de l'or mis en oeuvre, comme chaînes, anneaux, &c. Ici est fait mention d'une autre certaine séparation
qui n'a nulle affinité avec la précédente,
pour séparer aisément l'or de l'argent du cuivre,
& pour le réduire au souverain degré. Ce travail
est aussi très facile & très utile, d'autant qu'il ne
se fait pas par le départ, par le ciment & antimoine,
mais par un flux particulier qu'il faut
ajouter au métal qui doit être fondu, lequel
étant fondu, ce flux assemble l'argent, le cuivre,
& autres, & les convertit en scories, ce qui est
après séparé, ôtant l'or tout pur séparé de l'addition:
L'addition du flux est aussi par après séparée
de l'addition de l'or par la précipitation.
En sorte que premièrement si on veut l'argent est
précipité du flux, & ensuite le cuivre, ou l'argent
seulement est séparé, le cuivre demeurant
dans le flux. Par cette voie, l'or, l'argent & le
cuivre sont séparés en l'espace d'une heure, &
même chacun à part, & par les autres voies à
peine cela se ferait-il en un jour. Certes c'est un
rare secret pour la séparation.
Paragraphe 29.
U Ne séparation de l'argent d'avec toute sorte de plomb en plus grande quantité que par la preuve des coupelles. Sans doute à la lecture de ces paroles, il se sera
@
42
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
mu une dispute entre les Chimistes & les séparateurs
touchant la possibilité de ceci: auxquels
il a été répondu en la 4. partie de nos Fourneaux,
où il est traité de la preuve des métaux,
& où il est démontré que la preuve des coupelles
n'est pas suffisante pour une entière séparation de
l'argent d'avec le plomb, où je renvoie le lecteur.
Or qu'en toute sorte de plomb il y ait
beaucoup d'argent, je puis en rendre témoignage,
ayant souvent fait essai de cette séparation,
& je proteste avec candeur que Saturne n'est autre
chose qu'un argent impur & *immeur; celui
donc qui le saura purger & mûrir, aura sans
doute quelque chose d'excellent. Pour moi ayant
connu la possibilité, j'ai fait beaucoup de tentatives,
mais je n'ai pas pu parvenir à la fin désirée,
d'autant que jusqu'ici je n'ai pas pu avoir des
vaisseaux convenables pour retenir le Saturne
avec son savon, durant le temps destiné à ce travail.
Je le pourrais bien faire avec de petits creusets,
mettant l'un dans l'autre, de sorte que si la
matière en pénètre l'un, elle sera retenue par le
second ou par le troisième, mais non pas commodément.
Il faut donc attendre le temps des
miséricordes jusqu'à ce que Dieu nous enseigne
la matière dont se font les vaisseaux, lesquels peuvent
accourcir ou couper une jambe au Saturne
pour l'empêcher de s'échapper, afin que malgré
lui il attende le temps de sa maturation & purification.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 43
Paragraphe 30.
L 'Extraction de l'or de quelque vieux fer que ce soit laquelle quoi qu'elle ne se fasse pas avec grand lucre,elle suffit néanmoins à ceux qui se contentent de
peu.
Non seulement les Philosophes, mais aussi les
mineurs, assurent que le fer est participant de la
nature de l'or. Je ne dis pas que toute sorte de fer
soit également bon, vu qu'il y en a de plus pur
& contenant plus d'or l'un que l'autre. Il s'en trouve
de si riche en or, que souvente fois la mine étant
creusée (avant que le fer soit tiré) il se trouve de
petits grains, des veines, ou petites pierres d'or pur
au rapport de Matthesius en sa Sarepte avec les
Philosophes, assurant qu'en diverses pierres tirées
des mines de fer de la montagne appelée Fichtelberg
& des mines de Syrie, il avait souvent
vu de l'or pur en guise de petites veines. Paracelse
aussi vante extrêmement les mines de fer de la
Stirie & Carinthie, & leurs richesses, non pas à
cause du fer & de l'acier, mais de l'or abondant
qui est caché dans icelles, & qui est inconnu aux
Mineurs: au contraire l'or (fer?) de Suède, & celui
d'Allemagne, se trouve parfois dépourvu d'or,
ce que j'ai souvent éprouvé. C'est pourquoi tu
dois être prudent & avisé à choisir le fer.
Or cette séparation se fait avec l'Antimoine,
lequel aussi ordinairement contient de l'or, l'un
plus, l'autre moins: Celui de Hongrie & de Transylvanie
sont les meilleurs, les autres n'en contiennent
guères. L'or, quelque modique qu'il soit,
@
44
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
dans le fer & dans l'Antimoine en peut être séparé,
mais non pas avec si grand lucre, que s'il y en
avait abondamment. Mais me diras-tu, si cela
est ainsi, pourquoi les mineurs n'en font-ils la séparation?
A cela je réponds que les mineurs ignorant
cette séparation, ne travaillent que par coutume
comme des Mercenaires, sans autre considération.
Cet excellent esprit Lazare Ercker avoue
aussi que les mines de fer possèdent quelquefois
beaucoup d'argent, lequel est mis sous le
marteau par l'ignorance des mineurs; il enseigne
aussi la séparation de l'argent d'avec le fer, mais il
ne fait aucune mention de celle de l'or, l'ayant
peut-être ignorée. Car personne ne peut savoir
toutes choses. Or quand même les mineurs
sauraient qu'il y a de l'or dans les susdites mines,
on demande s'ils auraient bien la commodité
d'en faire la séparation dans ces lieux avec profit.
Certes je crois que s'ils savaient la séparation
de l'or par l'Antimoine, ils le feraient bien
plutôt que de laisser l'or dans l'Antimoine pour
le vendre à vil prix. Ils n'ignorent pas qu'il y a de
l'or caché dans l'Antimoine, ils en savent la séparation,
mais avec dommage: c'est pourquoi
ils vendent plutôt l'or avec l'Antimoine, qu'ils ne
les séparent: or ils ne savent pas cette séparation
antimoniale par laquelle l'or n'est pas seulement
conservé, mais encore l'antimoine. S'ils ne faisaient
la séparation avec une copieuse addition de plomb
par le moyen de la coupelle, ils perdraient & le
plomb & l'antimoine. Or notre séparation ne
se fait pas de cette manière, mais l'or est séparé
du fer & de l'antimoine, étant liquéfiés sans addition
@
Des Fourneaux Philosophiques. 45
d'aucune chose étrange, en corrompant le
fer ou l'antimoine; de sorte que la séparation de
l'or étant faite, le fer & l'antimoine peuvent derechef
être mis en usage, rien ne se perdant que ce qui
s'évapore dans la séparation, ou qui est jeté sans y
penser: C'est par cette voie & non par autre que l'or
est séparé d'avec le fer & d'avec l'antimoine avec
profit. Or cette séparation ne regarde pas seulement
le fer & l'antimoine qui contiennent de l'or, mais
encore d'autres choses, comme les Marcassites,
la pierre calamine, & autres sauvages & rebelles
minéraux, dans lesquels est caché un or fort rare
& spirituel, & qui par conséquent n'en peut être
séparé avec profit par la voie ordinaire, comme
il le fait lors: ces minéraux sont liquéfiés avec
l'antimoine (quoi qu'il n'ait point d'or) & l'or
en est précipité par le fer en régule du poids d'une
livre venant de 100. de la mine & de l'antimoine,
& contenant en soi tout l'or de la mine de fer
& d'antimoine. Ce régule ensuite est facilement
élaboré pour toute séparation d'or sans beaucoup
de frais; dans laquelle est aussi conservé
l'antimoine qui peut derechef servir à d'autres
usages. C'est donc un secret très important que
cette séparation, quoi qu'il ne se trouvât jamais
de fer ni d'Antimoine qui eussent de l'or, pour séparer
l'or de ces minéraux rebelles; l'or étant jeté
à l'étroit ou en régule sans aucune perte. Là il
n'est pas besoin de cuire & de perdre tout l'antimoine
liquéfié avec plomb, & ce plutôt avec perte
que gain, vu qu'en notre opération non seulement
on tire l'or, mais on conserve l'antimoine.
Cette séparation est si assurée, que je la soumettrai
@
46
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
à la censure de tous les Chimistes & experts
Séparateurs, ne doutant pas de l'approbation
de tous ceux qui ne contrediront pas la vérité.
Outre cela il y a encore une autre séparation de
l'or d'avec le fer & antimoine, qui ne se fait pas
dans les creusets: lors on les fixe tous ensemble,
puis on les réduit immédiatement par un très
grand feu de charbons, pour savoir ce que tiennent
le fer, & l'antimoine.
Paragraphe 31.
P Lus une séparation de l'or & de l'argent d'avec quelque étain & cuivre que ce soit, selon le plusou le moins.
Cette séparation se fait d'une autre sorte, non
avec l'antimoine, mais avec le plomb, avec lequel
l'étain & le cuivre ont été mêlés auparavant
d'une mixtion spirituelle, sans laquelle la
mixtion corporelle des métaux ne vaut rien. Car
tout homme qui connaît les métaux sait bien
que l'étain étant fondu avec le plomb, par la
voie commune, ne se mêle point avec lui radicalement,
sans laquelle union radicale les métaux ne
peuvent être perfectionnés & améliorés. Ceux-
là donc se trompent qui s'imaginent de pouvoir
séparer l'or & l'argent de l'étain, cuivre, &
autres métaux imparfaits par la voie de la liquéfaction
vulgaire; puisqu'ils ignorent
cette union Philosophique, ils doivent s'abstenir
de tels travaux vains & inutiles. Je leur donne cet
avis en ami: ayant expérimenté la vérité de la
chose avec perte de temps & de frais. Or quelle
@
Des Fourneaux Philosophiques. 47
est cette mixtion spirituelle qui se fait par le
moyen des eaux tant humides que sèches? ce
grand Philosophe chimiste Theophraste Paracelse
te l'enseignera, il la vante beaucoup, & en a
écrit bien amplement.
Ici j'ai voulu avertir d'une chose surtout
que pour cette radicale mixtion des métaux imparfaits,
il y faut aussi de l'or, par le moyen duquel
est faite la séparation du pur d'avec l'impur
dans les métaux imparfaits. Et cette séparation
peut être comparée à celle que Christ fera des
bons d'avec les méchants, attirant les bons, &
rejetant les autres, après la corruption des corps.
Ce qui arrive aux métaux dont les corps impurs
doivent être premièrement interrompus, puis
clarifiés, car alors l'or s'associe radicalement avec
eux, & fait la séparation, attirant à soi son semblable,
& rejetant son dissemblable. Car ainsi
que tout homme a une âme qui est une étincelle
divine, & salie par le péché par le soufre
infernal, par la fraude de Satan; de même
les métaux possèdent dans leur centre quelque
chose d'incorruptible: mais qui est tellement environné
de soufre impur terrestre, qu'ils ne
sauraient être corrigés, s'ils ne sont corrompus
& réduits au néant, dont par après l'or attire cette
bonne étincelle, & la convertit en bonne substance;
ce qui ne se peut faire avant que l'impureté
accidentelle du soufre noir lui soit ôtée.
De même aussi qui nous ne pouvons pas être
unis à Dieu que nos coeurs n'aient été purifiés
de ce vieux levain qui nous a été laissé par Adam,
& que nous ne soyons revêtus de Christ, & devenions
@
48
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
semblable aux petits enfants. Ces paroles
difficiles qui nous persuadent la foi, & qui conviennent
avec la nature, ne sont observées que de
fort peu de gens. Et ce que nous avons dit de l'or
doit aussi être entendu de l'argent, lequel étant
mêlé avec les métaux imparfaits, attire à soi son
semblable comme la nourriture: comme font les
diverses semences en terre, chacune attirant son
semblable, & laissant le superflu. Pour exemple,
si on jetait en terre de la semence de fenouil, de
cumin, d'oignons, &c. la semence de fenouil attirerait
de la terre ce qui lui serait propre à la production
du fenouil, avec sa tige, feuilles & graines,
&c. Le même se trouve dans le règne minéral,
lors que les parfaits sont semés sur les imparfaits,
dans lesquels ils se corrompent & attirent
leur semblable pour croître. Je n'entends
pas néanmoins dire par cette similitude, que l'or
& l'argent soient la semence universelle des métaux,
car l'or n'est que l'habitacle de cette semence
métallique, n'étant pas semée en toute sa substance.
Et cette similitude n'a été apportée que
pour faire voir comment les semblables étant spiritualisés,
s'embrassent mutuellement & se retiennent.
Ne t'imagine pas néanmoins qu'il faille dissoudre
les métaux dans des eaux corrosives, & les distiller
par l'alambic; ce travail des Chimistes vulgaires
est nuisible & stérile, trompeur & sophistique; par
lequel beaucoup de gens doctes ont été trompés,
ayant cru pouvoir faire par ce moyen une teinture
contre le cours naturel; c'est pourquoi jamais on
n'en a pu tirer rien de bon; jamais Artiste n'a eu
sujet de rien espérer de cette voie inepte, qu'il
doit
@
Des Fourneaux Philosophiques. 49
doit quitter pour une meilleure, & sortir de l'aveuglement.
Il faut donc que les métaux soient spiritualisés
Chimiquement sans eaux corrosives, & sans
divers instruments artificiels, par le moyen d'un
humide radical propre, sans beaucoup de travail
& de dépense. Car toute cette affaire (savoir
la purification, vivification, & spiritualisation
des métaux qui se fait par la solution, putréfaction,
distillation, & circulation Philosophique)
peut être exécutée par un savant Spagirique
sans verres en l'espace d'une heure: tellement
qu'il n'est pas nécessaire de les vexer & macérer
l'espace de tant de mois par les eaux corrosives
qui détruisent l'humide radical. Et cela se doit
entendre de la voie humide Philosophique d'une
séparation particulière. Que si on savait
plonger l'or, ou autre sujet doré, dans une substance
très pure, très pénétrante, fixe, & fusible, qui
pût entrer dans les autres métaux fondus, & qui
se mêlât radicalement avec les parties les plus
pures, sans doute on viendrait à une transmutation
particulière très prompte, ou à une séparation
du pur d'avec l'impur, avec une véritable
conduite à l'oeuvre universelle, dont tant de personnes
ont été jusqu'à présent inutilement embarrassées.
Paragraphe 32.
L A maturation des mines afin qu'elles puissent donner plus d'or & d'argent dans la fusion. C'est un de mes meilleurs secrets touchant la
D
@
50
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
correction des métaux, que cette maturation
car ayant souvent tâché de fixer les métaux &
les minéraux par une certaine voie secrète, j'ai
trouvé qu'ils peuvent être mûris en quelque partie,
en sorte qu'ils laissaient dans la coupelle l'or &
l'argent qu'ils n'y pouvaient pas laisser auparavant
qu'ils fussent mûris. Or je n'ai jamais éprouvé
cette vérité en grande quantité, & j'en ai dit la
cause au commencement de ces Annotations.
Il faut encore dire que cette fixation est de dépense;
& partant elle ne se peut pas faire en tout
lieux avec profit, quoi que cela se puisse faire en
grande quantité. Car cette fixation se fait par le
moyen de certaine eau, dont la nature se sert dans
la terre, pourvu qu'elle soit bonne: & par cette
fixation le profit qu'on en doit attendre, c'est que
les minéraux donnent de l'or & de l'argent en
abondance: autrement c'est en vain que nous travaillons.
J'ai souvent fait des épreuves du poids
de cent livres des minéraux *immeurs, ou des demi
métaux, & je trouvai un marc & un tiers d'argent
pur, & dans le Bismuth 2. 3. 5. onces d'or.
La pierre calamine, & le Zinc aussi, donnèrent
leur or assez copieusement. Mais le plus souvent
ayant fait la computation du prix minéral qui était
à fixer, & de la matière fixante, & ayant fait
la déduction de ce prix d'avec celui de l'or & de
l'argent qui en provenaient, j'ai trouvé que le gain
était petit, & quelquefois qu'il n'y en avait point
du tout, de sorte que j'ai laissé l'ouvrage, jusqu'à
tant que j'ai pu acheter l'eau fixante à moindre
prix, ou mûrir les minéraux en plus de temps,
pour en tirer plus d'or & d'argent: ce que l'expérience
@
Des Fourneaux Philosophiques. 51
montrera: quoi que je ne sois jamais parvenu
à une perfection de cette maturité fructueuse,
je ne veux pas néanmoins la mépriser, comme
étant très utile en d'autres travaux chimiques;
ce qui me confirme dans l'opinion que
j'ai conçue de la perfection des métaux & des
minéraux imparfaits, tant par la nature que par
l'art, dans les entrailles de la terre, pour être convertis
en or. De quoi nous avons traité plus amplement
dans le livre de la Génération des métaux.
Paragraphe 33.
L A séparation de l'or & de l'argent d'avec l'Arsenic, l'Orpiment, & l'Antimoine. Ces minéraux volatils ont communément de l'or
& de l'argent volatils, provenant principalement
des mines d'or & d'argent, ne laissant toutefois
rien dans la coupelle: que si l'on sait la manière
de les fixer un peu, & de leur ajouter un métal,
dans lequel ils se puissent cacher, on verra assurément
la possibilité d'extraire de bon or & argent
de ces minéraux volatils & abjects: non toutefois
de toute sorte d'Antimoine, Arsenic, & Orpiment.
Paragraphe 34.
L A séparation du soufre étranger pour la production du cuivre. L'expérience témoigne que le cuivre & le fer
ont une grande affinité avec l'or.
Il est donc vraisemblable qu'il peut être purgé,
D ij
@
52
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
si nous en connaissions la manière, dont Paracelse
a parlé dans son livre des Vexations, en sorte
néanmoins qu'il laissât l'or & l'argent dans
la coupelle, ce qui ne se peut faire à cause de l'ignorance.
Mon secret regarde particulièrement la
mine de Vénus trouvée auprès de celle de l'or, &
non pas toute sorte de mine de Vénus, de laquelle
si on en sépare le Soufre superflu combustible,
on trouve l'or tout pur; mais ce travail ne peut
pas être exécuté en grande quantité, démontrant
la possibilité de l'art, mais ne promettant pas de
richesses; on en pourrait peut-être tirer quelque
commodité, s'il était bien fait avec la véritable
Vénus. Ce qui n'est pas de ce lieu, ailleurs il sera
montré plus au long. Or je veux que tu saches,
que le Soufre superflu de Vénus ne doit pas
être ôté en le brûlant par le feu vulgaire, comme
il se pratique ordinairement par ceux qui manient
les minéraux, mais il doit être spiritualisé
par un certain feu secret par le moyen duquel il
puisse exalter & corriger son corps, afin qu'il
soit rendu participant de la nature de l'or.
Car telles mines de cuivre fondues & purgées
par la voie ordinaire, ne donnent point d'or,
mais seulement de l'argent; par où il se voit qu'elles
n'acquièrent la perfection que par ce feu secret
de lavement & de graduation. Car les Chimistes
expérimentés ont un autre feu que le vulgaire,
par lequel les métaux sont fondus & examinés,
sans lequel les métaux ne sauraient être
bien maniés. Pour ex. Dans la fonte & brûlure
des mines par le feu vulgaire, la partie volatile du
métal, laquelle est l'esprit & vie végétable d'icelui,
@
Des Fourneaux Philosophiques. 53
est chassée par la force de ce feu, & la partie
plus fixe & plus grossière demeure: Mais si les
parties les plus impures sont séparées par un feu
particulier, laissant l'esprit graduatoire avec le
corps, il se trouve un corps plus noble que celui
qui est séparé par ce feu commun & violent.
Dans le feu sont cachés plusieurs rares secrets
dont ces Chimistes vulgaires n'ont aucune connaissance.
Dans les scories qui restent après
avoir souffert la violence du feu, il y a quelque
chose de parfait caché, qui en est extrait, si elles
sont de nouveau fondues par une manière particulière;
Cette correction n'est faite que par le
feu commun de foyer. Mais la correction du
cuivre ne se fait qu'avec un feu lavant, purifiant, &
exaltant. J'ai souvent fait l'épreuve de la mine
du cuivre par les deux sortes de feu, mais j'ai
toujours vu que par la voie ordinaire il ne donnait
que de l'argent tant devant qu'après la fixation,
mais qu'il ne donnait de l'or sans argent
que par la voie du feu secret. L'Etain aussi examiné
par la voie vulgaire, ne donne que de l'argent;
mais étant réduit en cendres ou scories, il
ne donne que de l'or, comme ayant souffert une
plus grande force du feu. Il faut attribuer cela au
feu qui opère diversement selon la diversité du
régime. Il faut donc connaître la différence des
feux; car l'un détruit les métaux, l'autre les digère
& les mûrit; l'autre les lave & les mondifie:
un autre enfin les pénètre, les exalte, & les transmue
en une meilleure espèce. De sorte qu'il est
bien vrai de dire que toutes choses consistent
dans le Soleil & dans le sel.
D iij
@
54
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
Outre les feux susdits chauds & secs, il s'en
trouve de froids & humides, qui n'ont aucune
affinité avec les autres, par le moyen desquels la
Nature détruit & régénère les métaux dans les
entrailles de la terre, & l'Artiste hors de la terre.
De quoi j'en pourrais dire davantage, s'il était
besoin: mais quoi! on s'attire de l'envie en faisant
mention des secrets inconnus. Je ne veux pas faire
un habit neuf d'un vieux drap, comme font
plusieurs. C'est pourquoi j'ai mieux aimé donner
occasion aux autres de chercher les secrets,
que de les publier indifféremment à tous. De tout
cela j'en traiterai plus au long dans le livre de
l'Origine des métaux, où je n'oublierai pas ce
qui manque ici.
Paragraphe 35.
L A séparation de l'argent d'avec les pots de terre, dans lesquels il a pénétré en faisant l'épreuve, sansliquéfaction, sans travail & dépense.
Cette invention est pour ceux qui n'ont pas la
commodité de liquéfier leurs pots, pour en séparer
l'argent lequel est entré dans iceux avec le
plomb durant l'examen; & c'est un secret très
facile.
Paragraphe 36.
U Ne préparation ou confection de vaisseaux de terre très beaux, semblables aux porcelaines. A peine se peut-on passer de tels vaisseaux tant
dans le ménage que dans le laboratoire, & boutiques
@
Des Fourneaux Philosophiques. 55
des apothicaires. Pour le ménage, on
peut faire des plats, des assiettes, des coupes, &c.
Pour le laboratoire, des alambics, cucurbites, retortes,
écuelles, & autres choses nécessaires.
Pour les boutiques des Apothicaires, de grands
pots, & de petits pour les sirops, conserves, électuaires,
& pour les eaux des herbes, au défaut
des vaisseaux de verre. Et c'est avec raison que
tels vaisseaux sont préférés à ceux de verre, n'étant
pas si aisés à rompre, & retenant toutes les humidités
les plus subtiles. On les préfère aussi à
bon droit aux plats & assiettes d'étain, d'autant
que l'Hiver & l'Eté elles gardent leur politesse,
& sont plus aisément nettoyées avec l'eau.
Paragraphe 37.
L A manière de faire un alun fixant & exaltant toute sorte de couleurs, &c. Cet alun ne se vend pas, parce qu'il se fait par
l'art de certains minéraux; il a cette vertu de fixer
& exalter les couleurs, de quelque sorte qu'elles
soient, tellement qu'elles ne sont pas altérées par
le soleil, l'air, & l'eau, à quoi est nécessaire un
chaudron tout particulier.
Car les Teinturiers de l'écarlate savent bien
que les graines de cochenille, dont la couleur est
la plus belle & la plus précieuse du monde, sont
altérées dans des vaisseaux de cuivre; c'est pourquoi
on a coutume de les étamer, ou de les faire
de pur étain. Notre alun donc & notre
chaudron, sont préférables aux autres ordinaires,
& partant cette invention n'est pas à mépriser,
D iiij
@
56
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
étant capable de donner beaucoup de lucre à son
maître.
Paragraphe 38.
U Ne certaine préparation le peu de dépense pour les couleurs à peindre, comme de l'outremer, cinabre,&c.
Les susdites couleurs n'ont pu être faites jusqu'à
présent en grande quantité avec profit; c'est
donc une science utile que d'enseigner à les faire,
vu la nécessité de la peinture qui représente à
notre mémoire les histoires tant sacrées que profanes,
dont on peut retirer beaucoup de profit.
C O N C L U S I O N.
Q Ue personne ne doute de la vérité de ce qui est contenu en ces Annotations. La Nature
& l'Art sont extrêmement puissants, & notre science
est petite dans les végétaux, & presque nulle
dans les métaux; C'est pourquoi les choses qui
n'ont jamais été vues ni ouïes, paraissent incroyables
aux ignorants. La Nature est riche, &
la terre grosse de trésors cachés, ce que peu de
personnes croient, & ce n'est pas seulement au
dedans, mais au dehors, dans sa circonférence,
qu'on peut trouver des trésors, quoi que nous
ne sachions pas comment il les faut chercher. Je
ne dirai rien maintenant de l'argile, sable, & pierres,
ni des minéraux les plus vils, dont l'or &
l'argent peuvent être séparés. Outre cela en tous
les lieux où autrefois on a épuré les métaux, & où
@
Des Fourneaux Philosophiques. 57
encore à présent on les épure, il y a de grandes
montagnes de scories, desquelles l'or & l'argent
qui y sont restés peuvent être tirés selon l'art. Comme
si Dieu nous avait voulu réserver quelque
chose pour notre utilité, encore qu'il ait châtié
notre désobéissance par la guerre, n'ayant pas
voulu que nos ennemis s'en soient prévalus,
comme nous ne laissons pas de travailler pour
nos enfants, quoi que débauchés & désobéissants,
qui dissipent les biens acquis, & leur donnons
de quoi les empêcher de se perdre, & de nous
faire affront par leur mauvaise vie, espérant qu'ils
s'amenderont.
Pourquoi Dieu, qui est tout sage & tout miséricordieux,
s'il voit notre repentance, ne voudra-t-il
pas nous inciter à la gratitude par les trésors qu'il
nous a réservés, Dieu ne fait rien en vain, il fait
ce qu'il nous faut, & voyant notre obéissance filiale,
il nous donnera sa bénédiction temporelle
& éternelle.
Or que personne ne s'étonne que j'aie dit
qu'il y a quelque chose de bon caché dans les scories
qu'on a jetées, alléguant que si cela était,
nos ancêtres l'en auraient déjà tiré: Je réponds,
qu'encore qu'autrefois il ne s'en pût rien tirer
il ne s'ensuit pas qu'il en soit de même à présent.
Car premièrement les Fondeurs tant anciens que
modernes, savent que souvent les scories qu'on
a jetées ayant demeuré quelques années à l'air,
ont été derechef empreintes par la vertu magnétique,
& ont donné plus de métal qu'auparavant,
sur quoi les ignorants doivent voir les liures
qui traitent des fossiles. Or pour cette séparation
@
58
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
on ne se sert pas d'une invention singulière,
mais de celle qui est usitée en tous lieux.
Secondement, des scories de certains métaux
empreints des éléments, ou non, il se peut tirer,
par une secrète voie, de l'or & de l'argent, quoi
qu'il n'y en eût pas auparavant. Mais tu me diras,
comment se peut-il faire que dans la première
fusion il ne se produise que des choses imparfaites;
& que dans la seconde, à savoir des scories,
il se produise de l'or & de l'argent? A quoi
je réponds. Tous les métaux imparfaits contiennent
en soi quelque chose de parfait, qui ne peut
pas être tiré par la preuve des coupelles, s'ils ne
sont détruits & convertis en scories, de quoi
nous avons parlé ailleurs: Car les métaux imparfaits
ont beaucoup de soufre combustible qui
empêche la suffisante purification d'iceux dans
l'examen des coupelles, mais qui brûle aussi ce
qu'il y a de bon, & le convertit en litharge, entrant
dans la substance des coupelles. Or le reste
du métal qui n'a pu être séparé par le feu véhément
de la première fusion étant converti en scories,
a soutenu une plus grande violence de feu
que celui qui a été séparé la première fois: c'est
pourquoi il est plus purifié & plus proche de l'or
& de l'argent que le métal avec lequel il a été
séparé. Celui donc qui saura fondre de nouveau
ces scories, principalement celles d'étain, avec
addition convenable, sans doute: il trouvera des
métaux meilleurs que ceux qui ont été fondus
premièrement par les Mineurs. Or je ne voudrais
pas assurer que le feu de foyer eut une si grande
vertu de purifier & perfectionner les métaux.
@
Des Fourneaux Philosophiques. 59
La puissance du feu est grande pour la purification
& perfection des métaux; mais il est trop
violent pour les volatils: sans doute il y a d'autres
choses qui peuvent aider au feu, par la connaissance
desquelles nous pouvons faire de grands
effets. Et d'autant qu'il a été dit ci-dessus que
certains métaux ne pouvaient pas donner l'or &
l'argent qui étaient cachés en eux, s'ils n'étaient
plutôt détruits & réduits en scories; il n'est pas
nécessaire de détruire les métaux qui sont destinés
à leurs usages, pour en tirer de l'or, vu qu'il s'en
trouve quantité de détruits & convertis en scories,
desquelles on peut tirer assez d'or & d'argent
pour le soutien de la vie humaine. Entre
autres on fait état de certaines scories d'étain à
cause de la quantité d'or: car quoi que tout étain
soit de nature d'or, celui toutefois que les Allemands
appellent Saissen Zinn, à cause du savon,
est doublement plein d'or; premièrement à cause
de l'or qui lui a été donné de la nature; secondement
à cause de celui qu'il a reçu accidentellement,
où communément on trouve de petits
grains d'or, lesquels ne pouvant pas être séparés
par l'ablution, se mêlent avec l'étain dans la fonte,
de quoi les Mineurs s'aperçoivent quelquefois,
mais ils ignorent la manière de les séparer.
Il se trouve souvent de l'étain qui se vend 20. ou
24. richedales la livre, & qui contient en soi de
l'or qui vaut davantage. Mais que faire, s'il ne
se peut séparer qu'avec dommage? car par le
moyen du Saturne, selon la voie vulgaire, on ne
le saurait séparer entièrement, d'autant que la
plus grande partie s'en va en scories: & quand
@
60
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
même il ne s'en irait pas en scories, les frais
excéderaient le prix de l'or qu'on voudrait séparer
par le Saturne. Cet avis donné, j'espère
qu'un jour quelques-uns trouveront le secret, &
je les assisterai de tout mon pouvoir.
Ce qui a été dit des scories d'étain doit être
entendu de celles de tous les autres métaux imparfaits,
mais non pas qu'elles soient égales à
posséder beaucoup d'or. Les scories de Mars qui
ont soutenu une grande violence du feu étant
converties en verre vert ou bleu, (dont quelques-uns
ont extrait de l'or avec l'eau royale
mais sans profit) sont préférables aux autres qui
n'ont pas tant souffert de feu. Au reste il y en a
qui assurent que de telles scories se peut faire la
vraie teinture, transmuant les métaux en or: à
quoi je ne dis rien, n'en ayant pas fait l'essai,
comme j'ai fait du trésor caché dans le fer; donc
il n'est pas aisé de le tirer par la séparation de
l'antimoine susdite, ni par autres voies, étant
nécessaire d'un victorieux qui le dépouille. Ce
vieillard de Saturne, quoi que méprisable à
voir, est souverain dans le ciel, & plus beaucoup
dans les métaux: sans lui on ne peut rien faire
qui vaille. Or cette séparation ne doit pas seulement
être en usage touchant les scories, mais
aussi touchant les métaux mêmes, si on les peut
avoir à bon marché comme à présent, à cause de
la guerre, vu que par l'espace de trente ans on
a apporté tant de

& de

dans les grandes villes
à si bon marché, qu'il les a fallu transporter
ailleurs dans des vaisseaux. Que si alors quelqu'un
eût su cette séparation, n'eut-il pas pu s'enrichir
@
Des Fourneaux Philosophiques. 61
extrêmement, en réservant encore les métaux
après la séparation faite, pour des cloches &
pour des Canons? & par ce moyen une grande
partie pouvait demeurer dans le pays, dont on
les a emportés chez les étrangers avec dommage,
faute d'entendre les choses métalliques. Mais
il n'est pas de merveille si on réussit si peu dans la
Chimie, vu le peu de connaissance laquelle ne se
trouve pas dans les Académies, consistant en une
profonde spéculation, & continuel exercice. Les
Arts étaient autrefois plus honorés chez les Chaldéens,
Perses, Arabes, Egyptiens, qu'ils ne sont
à présent parmi les Chrétiens; ceux-là choisissaient
des sages pour être Rois & Magistrats. La
Chimie était surtout en estime parmi les Egyptiens,
& ils s'en servaient avec tant d'avantage,
& étaient si riches, que l'Empereur Dioclétien
ne les pût jamais subjuguer, qu'il n'eût brûlé
tous leurs livres. L'estime qu'on faisait anciennement
des Arts parait assez par la pension qu'Alexandre
donnait tous les ans à Aristote, & par les
3000. compagnons qu'il lui donna pour travailler
à la recherche des secrets de la Nature. Maintenant
les fous & les charlatans sont en estime,
d'où procèdent tant de misères. L'orgueil en est
la principale cause, beaucoup se persuadant
qu'ils seraient déshonorés, si leurs enfants
étaient élevés dans les Arts honnêtes, se contentant
de leur patrimoine, lequel étant dissipé ou
perdu par accident, ils tombent dans la pauvreté;
sans avoir de quoi se sustenter, dont il arrive
qu'il se commet infinies méchancetés: ce qui
ne serait pas, si chacun voulait travailler & gagner
@
62
Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
sa vie à la sueur de son front. Comme j'ai
tâché de t'en montrer les moyens, quoi que
Dieu n'ait pas voulu que j'aie profité de tant de
secrets, je suis pourtant satisfait de mes connaissances.
Cependant j'espère de revoir ma patrie
bien aimée, dans laquelle je pourrai travailler
en paix & m'entretenir honnêtement. Lors je
pourrai faire des productions plus hardies: Car
j'ai résolu de composer un livre tel qu'il ne s'en
soit jamais vu de pareil, très utile pour le soutien
de la vie humaine. Car comme une femme grosse
ne souhaite rien avec tant de passion que de se
délivrer; de même je souhaite de donner le talent
qui m'a été confié pour le bien de mon prochain:
Or rien ne me manque tant que le temps;
car pour le travail & pour la dépense, il est aisé de
s'imaginer combien ils sont grands, vu que tout
est ici si cher. Je le dirai avec sincérité, que je
me consume pour le service d'autrui. Si j'eusse
été avare, j'eusse pu, par le moyen d'un
secret, acquérir des richesses immenses. Mon génie
n'a pu consentir que j'aie usé de mes inventions,
comme d'un métier mécanique, & que
j'aie imité l'Ane qui porte des sacs de tous côtés:
Mais j'ai voulu monter par degrés, & après
un secret, en découvrir d'autres; ce que j'ai
toujours fait sans considérer ni la peine ni la dépense,
pour la commodité de mon prochain,
& je ne cesserai point jusqu'à ce que je sois
parvenu au but désiré, espérant que les gens
de bien m'en sauront bon gré, & méprisant
les moqueries des ignorants, & des Zoïles, qui
n'éviteront pas la punition qui leur est due.
F I N.
@
@
@
| T A B L E D E S T I T R E S |
|
| |
|
| contenus en ce Livre. | |
| |
|
| LIVRE PREMIER. | |
| |
|
| D E la structure du premier Fourneau. | 5
|
| Des Récipients. | 7 |
| Des Vaisseaux sublimatoires. | 9 |
| La manière de distiller. | 9 |
| Comme il faut distiller l'esprit de sel. | 16 |
| Une distillation des huiles des Végétaux, |
|
| par laquelle on en tire une plus grande | |
| quantité que par la voie commune de la | |
| vessie. | 23 |
| L'huile claire de mastic & d'encens. | 25 |
| La quintessence de tous les Végétaux. | 30 |
| La quintessence de tous les métaux & mi- |
|
| néraux. | 30 |
| Une huile rouge & douce des métaux & mi- |
|
| néraux. | 31 |
| L'huile ou liqueur d'or. | 32 |
| Huile de Mars. | 33 |
| Huile de Vénus. | 34 |
| Huile de Jupiter & de Saturne. | 35 |
| Huile de Mercure. | 35 |
| à iij | |
@
T A B L E
| Huile d'antimoine. | 36 |
| Fleurs d'antimoine blanches & vomitives. |
|
| 38 | |
| Les fleurs diaphorétiques d'antimoine. | 40 |
| De l'usage externe de l'huile corrosive d'an- |
|
| timoine. | 40 |
| De l'huile d'arsenic & de l'orpiment. | 42 |
| Huile de la pierre calamine. | 42 |
| L'usage de l'huile de la pierre calamine. | 44 |
| L'usage de l'esprit de sel dans la cuisine. | 47
|
| Pour distiller un esprit acide, ou vinaigre, de |
|
| tous les végétaux, comme herbes, bois, ra- | |
| cines, semences, &c. | 49 |
| L'esprit de papier & de linge. | 51 |
| Esprit de soie. | 52 |
| Esprit du poil des hommes & autres ani- |
|
| maux, comme aussi des cornes. | 52 |
| L'esprit de vinaigre, de miel, & de sucre. | 53 |
| Comment il faut tirer les esprits du sel de |
|
| tartre, du tartre vitriolé, de l'esprit de sel | |
| tartarisé, & autres semblables sels fixes. | 54 |
| Et de même façon est fait le lait virginal, |
|
| & le sang de dragon Philosophique. | 56 |
| Les esprits, fleurs, & sels des minéraux & |
|
| des pierres. | 57 |
| Le moyen de réduire les métaux & miné- |
|
| raux en fleurs, & de leurs vertus. | 57 |
| De l'or & de l'argent. | 59 |
@
D E S
T I T R E S.
| Fleurs de fer & de cuivre. | 60 |
| Fleurs de plomb & d'étain. | 61 |
| Du Mercure. | 61 |
| Des fleurs du Zinc. | 62 |
| Leur usage. | 62 |
| Fleurs d'antimoine. | 64 |
| |
|
| L I V R E S E C O N D. | |
| |
|
| D E la construction de second Fourneau. | 1
|
| La manière de distiller. | 3 |
| Le moyen de faire l'huile acide & l'esprit |
|
| volatil du vitriol. | 7 |
| Du vitriol. | 7 |
| L'usage & dose du soufre narcotique de |
|
| vitriol. | 10 |
| La vertu & l'usage de l'esprit volatil du vi- |
|
| triol. | 10 |
| La vertu & l'usage de l'huile corrosive de |
|
| vitriol. | 12 |
| Le vitriol de Mars & de Vénus. | 12 |
| La façon de faire un vitriol bleu de l'ar- |
|
| gent. | 13 |
| L'huile douce de vitriol. | 23 |
| La préparation de l'huile douce de vitriol. | 27
|
| L'usage & dose de l'huile douce de vitriol. |
|
| 29 | |
| De l'esprit acide, sulfureux & volatil du |
|
| sel commun & de l'alun. | 32 |
| La façon de le préparer. | 32 |
| à iiij | |
@
T A B L E
| De l'esprit volatil & sulfureux des métaux |
|
| & minéraux, & de leur préparation. | 33 |
| La préparation des esprits volatils des mé- |
|
| taux. | 33 |
| La préparation des esprits volatils des mi- |
|
| néraux. | 33 |
| Une autre façon. | 34 |
| L'esprit de Zinc. | 34 |
| L'esprit volatil des scories du régule de |
|
| Mars. | 35 |
| Pour tirer un esprit blanc & acide, & un |
|
| esprit rouge & volatil du salpêtre. | 35 |
| L'usage de l'esprit volatil rouge. | 36 |
| L'usage de l'esprit blanc acide du sel nitre. | 37
|
| Eau Royale. | 37 |
| La préparation de l'or fulminant. | 38 |
| L'usage de l'or fulminant. | 44 |
| L'usage de la teinture d'or. | 47 |
| Des fleurs d'argent, & de leur médecine. | 48 |
| L'usage des cristaux d'argent. | 49 |
| Le moyen de sublimer les cristaux de l'ar- |
|
| gent en fleurs, & après faire une bonne | |
| médecine des fleurs. | 50 |
| Pour faire une huile verte de l'argent. | 51 |
| L'usage de cette liqueur verte dans l'Alchi- |
|
| mie, & dans les opérations mécaniques. | 53 |
| Usage des cristaux de Lune hors la médeci- |
|
| ne. | 54 |
@
D E S
T I T R E S.
| Une médecine de cuivre pour en user exté- |
|
| rieurement. | 55 |
| Une médecine de fer, ou acier. | 55 |
| De l'étain & du plomb. | 55 |
| L'usage des cristaux d'étain & de plomb. | 56 |
| Du Mercure. | 57 |
| De l'eau forte. | 62 |
| Esprit de nitre sulfuré. | 63 |
| Du Clissus. | 64 |
| Esprit de nitre tartarisé. | 66 |
| Esprit d'antimoine tartarisé. | 66 |
| Des charbons de pierres. | 67 |
| Esprit de nitre, ou eau-forte sulfurée. | 68 |
| L'esprit nitreux de l'arsenic. | 68 |
| Pour tirer l'esprit du soufre, tartre, & ni- |
|
| tre. | 69 |
| Pour tirer un esprit du sel de tartre, du sou- |
|
| fre, & du nitre. | 70 |
| Pour faire vu esprit de sciure de bois, sou- |
|
| fre, & nitre. | 70 |
| Pour faire des esprits métalliques & fleurs, |
|
| par le moyen du nitre & du linge. | 71 |
| De la poudre à canon. | 72 |
| Pour faire l'esprit de la poudre à canon. | 75 |
| L'usage de la médecine par la teinture de la |
|
| poudre à canon. | 78 |
| L'esprit fleurs de nitre & des charbons. | 80 |
| Pour faire les fleurs & esprits des pierres, |
|
@
T A B L E
| cristal, ou sable, y ajoutant des charbons | |
| & salpêtre ensemble. | 80 |
| Pour faire un esprit & huile de talc & sal- |
|
| pêtre. | 81 |
| Pour faire un esprit, fleurs, & huile de l'é- |
|
| tain. | 82 |
| Pour faire un esprit, fleurs, & huile du Zinc. |
|
| 83 | |
| Pour faire un esprit, fleurs, & huile, de la |
|
| pierre calamine. | 83 |
| Pour faire un esprit de nitre, soufre, & |
|
| sel commun. | 85 |
| Pour tirer l'esprit, fleurs, & huile du nitre |
|
| & régule de Mars. | 85 |
| Pour distiller un beurre d'antimoine, sel & |
|
| vitriol, semblable à celui qui est fait avec | |
| l'antimoine & mercure sublimé. | 90 |
| Pour distiller le beurre d'arsenic & orpi- |
|
| ment. | 91 |
| Pour faire un esprit & agréable huile de |
|
| Zinc. | 94 |
| Pour distiller un esprit & huile de Saturne |
|
| ou plomb. | 95 |
| Pour distiller un esprit subtil, & une huile |
|
| du tartre cru. | 97 |
| La préparation & usage de l'esprit de tartre. |
|
| | 98 |
| Le moyen de faire un précieux esprit & huile |
|
@
D E S
T I T R E S.
| de tartre, joint avec quelques minéraux & | |
| métaux. | 102 |
| L'usage de l'esprit & huile de tartre métalli- |
|
| sé. | 102 |
| Une autre façon de faire l'esprit de tartre |
|
| métallisé. | 108 |
| Pour distiller un esprit & huile de plomb & |
|
| d'étain. | 109 |
| Le moyen de faire un esprit & huile de fer |
|
| ou acier, & de cuivre tartarisé. | 112 |
| Pour faire l'esprit tartarisé du mercure. | 117 |
| Pour faire un esprit tartarisé de l'or & de |
|
| l'argent. | 118 |
| Esprit d'antimoine tartarisé. | 120 |
| Le moyen de tirer de bons esprits & huiles |
|
| des coraux, perles, yeux de cancres, & au- | |
| tres pierres solubles des bêtes & des pois- | |
| sons. | 130 |
| Pour distiller un esprit de sel de tartre, & |
|
| du tartre cru. | 131 |
| Pour avoir un puissant esprit du sel de tar- |
|
| tre, par le moyen du sable pur, ou des | |
| pierres à feu. | 132 |
| Pour extraire une teinture rouge comme |
|
| sang de la liqueur des cailloux par l'es- | |
| prit de vin. | 136 |
| L'usage de la teinture des pierres ou cailloux |
|
| en la médecine. | 137 |
@
T A B L E
| Comme on peut extraire la teinture rouge de |
|
| l'or, par le moyen de cette liqueur, de sor- | |
| te que ce qui restera sera blanc. | 140 |
| Une autre voie pour extraire une bonne |
|
| teinture de l'or par le moyen de la liqueur | |
| des pierres ou sable. | 148 |
| Ce qui peut être fait de plus par la liqueur |
|
| des cailloux. | 150 |
| Le moyen de faire croître un arbre des mé- |
|
| taux par le moyen de cette liqueur. | 151 |
| De l'esprit d'urine, & de l'esprit volatil du |
|
| sel armoniac. | 154 |
| La façon de le faire est celle-ci. | 156 |
| La vertu & usage de l'esprit de sel armo- |
|
| niac. | 159 |
| Pour distiller une huile de vitriol rouge |
|
| comme du sang par le moyen de l'esprit | |
| d'urine. | 161 |
| La teinture des végétaux. | 162 |
| Vitriol de cuivre. | 162 |
| La teinture du tartre cru. | 162 |
| Pour faire l'huile, ou liqueur des sels. | 163 |
| Pour précipiter tous les métaux avec le sus- |
|
| dit esprit. | 163 |
| L'huile & vitriol d'argent. | 164 |
| Pour extraire une teinture rouge de l'anti- |
|
| moine, ou du soufre commun. | 164 |
| Le moyen de mûrir l'antimoine & soufre |
|
@
D E S
T I T R E S.
| commun, de sorte qu'ils donnent une | |
| odeur pareille à celle des végétaux. | 165 |
| De l'esprit & huile de la corne de cerf. | 167 |
| Pour faire un remède précieux avec l'esprit |
|
| de cheveux humains. | 169 |
| Huile de succin. | 170 |
| Huile de suie. | 171 |
| Comment on pourra faire une bonne huile de |
|
| suie sans distillation. | 172 |
| Esprit & huile de miel. | 172 |
| Huile & esprit de sucre. | 174 |
| Pour tirer un esprit efficace du corail & du |
|
| sucre, & une teinture rouge comme sang. | |
| 175 | |
| De l'esprit de moût. | 175 |
| De l'huile d'olives. | 177 |
| L'usage de l'huile bénite. | 179 |
| De l'huile de cire. | 181 |
| Esprit contre le calcul. | 181 |
| De l'esprit ou huile acide de soufre. | 181 |
| |
|
| L I V R E III. | |
| |
|
| L A manière de faire l'instrument de fer |
|
| ou de cuivre, & celle du Fourneau. | 1 |
| Des instruments & vaisseaux de bois des- |
|
| quels on se servira en la place de ceux de | |
| cuivre. | 3 |
@
T A B L E
| S'ensuit le reste de ce qui est à faire pour |
|
| le vaisseau à distiller. | 8 |
| Comment on pourra accommoder un vais- |
|
| seau de bois, pour s'en servir de bain | |
| aqueux au lieu des vaisseaux de plomb | |
| ou cuivre, tant pour y mettre des vaisseaux | |
| de verre à digérer, que pour distiller, | |
| 10 | |
| La façon de faire un vaisseau de bois, dans |
|
| lequel on pourra faire brasser & cuire de | |
| la bière, de l'hydromel, du vinaigre, & | |
| d'autres boissons, aussi bien ou mieux | |
| que dans les vaisseaux & chaudières de | |
| cuivre, de fer, de plomb, ou d'étain. | 11 |
| La façon de faire & accommoder un bain |
|
| d'une chaleur continuelle & égale, si | |
| longtemps qu'on voudra, soit que les- | |
| dits bains se fassent d'eau commune, ou | |
| d'eaux minérales, très propres à se | |
| baigner dedans pour la santé. | 12 |
| Comment on se servira des vaisseaux sus- |
|
| dits, fait pour distiller, cuire ou baigner, | |
| & premièrement l'usage du vaisseau à | |
| distiller. | 13 |
| La préparation de toutes sortes de lies, soit |
|
| de vin, bière, hydromel, ou autres sortes | |
| de breuvages. | 14 |
| Comment il faut réparer toutes sortes de |
|
@
D E S
T I T R E S.
| grains, comme seigle, orge, avoine, blé, | |
| &c. Afin d'en pouvoir tirer l'esprit ar- | |
| dent pour la distillation. | 15 |
| De la différence de faire le bras. | 17 |
| La façon de mettre le bras en fermentation. |
|
| 20 | |
| La façon de mettre le miel en fermentation. |
|
| 21 | |
| De la préparation des fruits, semences, fleurs, |
|
| herbes, racines, & autres choses végéta- | |
| bles pour en tirer l'esprit ardent. | 22 |
| Avertissement. | 23 |
| La façon de distiller en général. | 26 |
| Comment il faut faire les huile, ou es- |
|
| sences distillées, des aromates, semences, | |
| fleurs, herbes, racines, bois, & autres cho- | |
| ses semblables. | 29 |
| Le moyen de coaguler les huiles distillées en |
|
| baumes. | 31 |
| La façon de faire les baumes. | 34 |
| L'usage du second vaisseau de bois, duquel |
|
| on se peut servir au lieu de ceux de cui- | |
| vre, d'étain, ou de plomb, tant pour y | |
| mettre des cucurbites, & distiller, que | |
| pour digérer, extraire, & fixer. | 38 |
| Un extrait vomitif. | 39 |
| Un extrait purgatif. | 42 |
| Un extrait sudorifique. | 43 |
@
T A B L E
| Un extrait diurétique. | 45 |
| Un extrait somnifère. | 46 |
| Un extrait cordial. | 48 |
| Un extrait odoriférant. | 49 |
| Des bains. | 50 |
| Du bain fait avec eau commune. | 52 |
| De la nature & propriété des bains chauds. |
|
| 53 | |
| Des bains & des eaux sulfurées qui sont |
|
| mêlées d'une acidité subtile. | 57 |
| Suit la préparation ou le mélange des es- |
|
| prits salins & subtils des minéraux & | |
| des métaux avec l'eau douce commune. | |
| 61 | |
| Des bains sulfureux, chers & précieux. |
|
| 62 | |
| Comment il se faudra servir de ce globe de |
|
| cuivre pour les bains secs, qui valent | |
| beaucoup mieux que les humides en plu- | |
| sieurs maladies. | 63 |
| Suit maintenant le moyen comment on se |
|
| pourra servir d'une cuve de bois en la | |
| place d'une chaudière de cuivre ou d'ai- | |
| rain, pour cuire & faire bouillir toutes | |
| sortes de choses, comme bière, hydromel, | |
| vinaigre, & autres choses semblables. | 71 |
| LIVRE | |
@
D E S
T I T R E S.
| L I V R E IV. | |
| |
|
| D E la préparation & du bâtiment du | |
| Fourneau. | 3 |
| Comment on doit faire l'épreuve des mi- |
|
| nes & des marcassites, pour savoir de | |
| quoi & combien elles tiennent. | 13 |
| De la fonte des mines & métaux. | 22 |
| De la séparation des métaux. | 22 |
| De la séparation des métaux imparfaits. |
|
| 27 | |
| De la perfection des métaux. | 29 |
| Autre démonstration par la voie sèche. | 40 |
| De la pierre Philosophale. | 49 |
| Savoir si les minéraux, comme Antimoine, |
|
| Arsenic, Orpiment, Cobalt, Zinc, Sou- | |
| fre, &c. peuvent être transmués en | |
| métaux, & en quels. | 54 |
| Une autre voie pour séparer le soufre su- |
|
| perflu Antimonial. | 59 |
| De la teinture de l'or&i de l'antimoine. |
|
| 61 | |
| Une autre teinture & médecine d'or. | 67 |
| Des miroirs. | 68 |
| Le mélange métallique pour la matière des |
|
| miroirs. | 72 |
| Pour polir les miroirs. | 76 |
| c | |
@
T A B L E
| Des verres métalliques. | 78 |
| S'ensuit la coloration de la susdite masse par |
|
| le moyen de laquelle elle est rendue sem- | |
| blable aux pierres précieuses. | 85 |
| De la préparation des couleurs pour colorer |
|
| la masse des pierres à feu, ou cristaux. | |
| 87 | |
| |
|
| L I V R E V. | |
| |
|
| D E la préparation du Fourneau. | 3
|
| De la construction des Fourneaux. | 7 |
| Lut pour bâtir les Fourneaux. | 8 |
| Pour boucher les jointures qui empêchent |
|
| l'évaporation des esprits. | 10 |
| Autre lut pour les verres cassés, comment |
|
| on peut empêcher l'évaporation des es- | |
| prits subtils, après qu'on les a préparés. | |
| 12 | |
| La manière de polir les bouchons de verre |
|
| pour retenir les esprits dans les vais- | |
| seaux de verre. | 14 |
| Pour faire les meilleurs creusets. | 26 |
| De la vitrification des vaisseaux de terre |
|
| pour la première & seconde fournaise. | 36 |
| L'usage des susdites coupes. | 42 |
| Appendix. | 46 |
@
--------------------------------------
Fautes survenues à l'Impression.
Livre 4. page 86. marcassites d'argent ou saphir,
lisez zafore: à la même page comme pierre,
lisez pierre
d'azur.
Livre 5. p. 9. ligne 19.
lisez tête morte. p. 11. ligne 3.
vin,
lisez lin.
@
NOTE DU TRADUCTEUR.
-------------------
Ce livre comporte un grand nombre de notes manuscrites
que nous reproduisons ci-après. Deux propriétaires au moins
semblent y avoir porté des notes. La veuve Poulain semble
le plus ancien possesseur identifié (peu de notes), et
Fonteneau le jeune? qui a vécu dans la seconde moitié du
XVIIIe siècle (référence à l'année 1783 en quatrième partie
page 61), y a porté le plus grand nombre de notes.
@
NB: Cahier ajouté en tête du livre par un des
possesseurs. Page 1.
Page 13 la 4e partie, pour savoir tirer
de l'or et argent par la coupelle des autres
métaux et de connaître les couleurs de
ce qu'elle contient. Pour faire
l'esprit de sel, la 1re partie p, 16.
de ses vertus p. 47.
NB: Crayon.
Les Fourneaux de Glauber est
un livre d'alchimie des plus
importants. Très rare, **rtant
complet de toutes ses parties.
----------------
@
NB: Page 2.
cqe
1625
@
NB: Page 11 (écrit en travers).
Les Secrets et Merveilles de nature Recueillies de
divers Auteurs, & divisés en 17 livres. Par Jean Jacques
(Y?)ecker de Basle, Médecin de Colmar.
A Rouen. 1614. et d'autres pareilles en 1680.
Le 1er p. 756. le 2e p. 894.
@
NB: Page 12.
150
@
NB: Début du livre proprement dit. Sur la page de titre
en face de OV (5e ligne), un papier collé imprimé :
Fonteneau le jeune.
@
NB: Page verso du titre
Belle vertu de l'esprit de sel p. 47.
Annotation 5 partie p. 28. et p. 24
de la 4e partie. à faire
l'esprit de sel, la 1re partie p. 16.
NB: Autre écriture.
veuve poulain
@
NB: Première partie page 19 ligne 27 (clistere + contre les vers).
Contre
les vers
@
NB: Page 20 ligne 28.
+p. (rayé: 55. et
85. ***)
32.
@
NB: Page 22 ligne 17.
+
et les
pruneaux
NB: Ligne 20.
+voir
aussi à la
sur la fin?
(rayé: 5e partie)
p. 17, &c.
pour en
faire
du vin.
@
NB: Page 34 ligne 8 (conde Partie+) fait).
+p. 151.
NB: ligne 10 (branches+,).
+
@
NB: Page 48 ligne 11.
de chèvre
noire sans corne
de nouvelle
à lait, et
mangé après
des haies,
Voir avec
le trésor
particulier.
@
NB: Page 49 ligne 5 (l'or,+).
+ la 4e
partie
p. 24.
@
NB: Page 51 ligne 1 (guarit les+).
+ la suie
à savoir
@
NB: Seconde partie page 21 ligne 30.
un
dragme
c'est un
gros
@
NB: Page 27 entre ligne 2 et 3.
C'est - ici
@
NB: Page 32 ligne 15 (Partie+,).
+ 16,4 &&
@
NB: Page 34 au dessus du titre page
(correspond à une correction typographique
le titre étant par erreur: La première Partie).
2e partie
@
NB: Page 38 ligne 19 (royalle+,).
+ p. 37
@
NB: Page 53 ligne 10.
l'on
peut
teindre
les verres.
@
NB: Page 67 dernière ligne (peau+,).
+
contre la
loupe
@
NB: Page 69 ligne 17 (après: nitre.).
(1)
NB: Bas de page.
(1) c'est de les brûler dans une
poêle, le feu par dessus.
@
NB: Page 80 ligne 14.
Ce nitre
il le nomma
Alkahest
dit Nicolas
lefevre du
2e vol.
p. 1081.
@
NB: Page 149 ligne 24.
+ p. 61.
@
NB: Page 153 ligne 3 (necessaire:+).
il le dit
à la 1re
partie
p. 33 et 34
@
NB: Page 161 ligne 5.
c'est
***********
la même
dose de la
p. 159.
@
NB: Troisième partie les quatre gravures marquée P. 3.
(sur chaque gravure, écrit à la plume).
folio 1.
@
NB: Quatrième partie sur la gravure marquée P.4.
folio 3.
NB: En face de la gravure.
des portes
de fer de bons
cuirassés.
Ancelin. J. B.
@
NB: Page 4 ligne de titre (en travers, marge de gauche.
La grille est faite en créneaux et les
vives arêtes soient en dehors.
NB: (comporte un dessin).
NB: Ligne 18 (d'un+empan,)
+
un empan
c'est 7 pouces
1/2 environs.
Un empan
c'est depuis le
bout du pouce
jusqu'au bout
du petit doigt
la main alongée,
avec
les doigts, qui
est la distance
du bout du pouce
et au bout du
petit doigt, que
dit des
dictionnaires.
@
NB: Page 5 ligne 4.
Le fourneau
doit
être fait
en rétrécissant
pour
que le feu
soit plus fort
en montant
NB: Ligne 20.
+ du bon
fer de
cuirasses.
NB: Ligne 23.
le canal
c'est le
tuyau
NB: Ligne 29.
chambre
(rayé: c'est un
foyer)
@
NB: Page 7 ligne 4.
d'avoir une
ou 2 ventouses
qui ailles
par des
tuyaux au
trou - B. de
dessous la
grille qui sert
à gouverner
le feu dit de
registre.
@
NB: Page 9 ligne 2.
+ De la toile
d'amiante
mouillée.
@
NB: Page 19 ligne 2.
ici
fusible
NB: Ligne 6.
+
pour les
cailloux
aussi.
@
NB: Page 24 collé en haut de page
p. 24 la 4e partie Voir aussi Annotations p. 28 *****
répond à cette p. ici + Voir l'autre Vol. la 1re partie p. 52.
pour répondre de l'antimoine qui dit ici dessous.
Voir le Dict. le 1er Vol. p. 317. et le Dict. 2e Vol. p. 319
et 323 à faire l'or, l'autre pour le précipité.
+ Voir p. 42 la 4e partie que les (grains?) non trop humides.....
NB: Sous la collure supérieure
faire de même les cailloux en pou(dre?)
d'ici dessu*** du mercure ave(c?)
le cuiv(re?) &c.
NB: Ecrit en marge gauche de la page (en travers)
(de mettre du mercure avec?)
le (nitre?) fixé
** (dessus?) avec
(l'esprit de?) sel.
Voir aussi le secret des Arts
et Métiers p. 35. pour y répondre
d'ici
(NB: Dans le sens de la page)
avoir
pour
le plomb
la 1re
partie
p. 35.
+ la 1re
partie
p. 47 à 49
-----------
Voir +
p. 42.
-----------
à la 2e partie
p. 94. en lames
ou en grenailles
+ c'est de
l'esprit de (rayé: nitre)
(rayé: de sel) nitre
+ si c'est du
plomb, ou
du nitre
ou de l'esprit
de sel, ou
du Borax.
il ne le dit
pas ce que
c'est. lavé
c'est avec du
plomb.....
Le sable
cailloux
l'on en peut
tirer de l'or
NB: -------> sous la collure inférieure.
(avec?) l'esprit de sel et nitre, comme un
*** l'a fait qui m'a dit, il m'a gardé le secret.
(qu'on?) y répondra de même à la p. 50 et 51.
Appendix de la 5e partie.
il veut dire du nitre fixe et liquide et esp(rit?)
de sel précipité le Dict. chimie p. 319. 2(me?)
vol
NB: Collé en bas de page
le dict. **e Vol. p. 319
voir aussi Annotation la 5e partie p. 28. à séparer Or et
argent étant précipité (Voir le dict de Chimie 2e Vol. p. 319 le
précipité). Annotation la 5e partie p. 51. pour tirer l'or du
cuivre la 4e partie p. 24, c'est de donner un feu de lampe
un feu de digestion comme l'a dit le livre Secret concernant
les Arts et métiers p. 35 pour le plomb. de même comme ici dessus
voir si sera de même avec du nitre fixé et liquide et l'esprit de sel
en place du nitre non fixé. (crainte?) de prendre le feu.
@
NB: Page 25 collé en marge de gauche (en travers).
à la p. 24 à commencé de la - 24 et finir à la p. 25 dont il dit
rien ne se perd. + de la p. 24 à précipité l'or Voir le Dict. chimie 2e vol
p. 319. il le dit, aussi dissoudre comme cela se fait....
NB: Page 25 marge de droite.
il dit de
(rayé: faire (sécher?))
l'argent
(rayé: avec ou la
faire
bouillir
avant que
de la faire
(sécher?) dans
du verre
avec de
la lie (ou?)
sel de
tartre et
qu'il n'y)
(reste?) pas
(d'?)humidité
soit, évaporée:
et ensuite
de fondre
l'argent
avec le
même
tartre
et charbon
Voir aussi
comme à
l'étain
remis en
corps.
@
NB: Page 26 marge du bas.
En grenailles de jeter la fonte dans un
tuyau et un balai dedans à le faire tourner
et la grenaille a tombé dans l'eau chaude
ou eau seconde chaude.
@
NB: Page 28 ligne 16.
il faut du plomb
et après du
nitre.
(rayé: halb Kopf
veux dire du
nitre
ou bien
c'est de
l'esprit
de sel.)
NB: Marge du bas.
le halb Kopf c'est de la corne de cerf.
(rayé: il veut peut être
dire du sel de tartre.)
voir p. 24. et 60.
NB: Collé sur la marge du bas.
halb Kopf, c'est de la corne de cerf.
Les cendres de corne de cerf, elles attirent
à elles le plomb, et pour lier les cendres
d'os de mouton et de sarments, du vol.
Secrets concernant les Arts et Métiers p. 77
du vol. d'ici voir p. 24 et 60.
@
NB: Page 37 ligne 27.
avec de
l'or et
argent
qui veut
dire....
@
NB: Page 41 ligne 9.
non
de l'antimoine.
c'est le
plomb
l'or cuivre
NB: Marge du bas.
il veut dire la lune avec Mars des pointes de clous
du régule d'antimoine avec de l'or, et vénus, et du
flux blanc mis sur la fin de la fonte, d'après (avec?)
du plomb, je dois voir cela Ancelin. Mais quand
l'or est purgé l'antimoine avec des pointes de clous **
** mettre de la lune.
@
NB: Page 42 ligne 18 (d'eaux+me-).
+
eau, (rayé: c'est
le plomb
qui veut
dire,) c'est
du nitre
et esprit
de sel a
fermenté
le
métal.
NB: Marge du bas.
(rayé: le fumier c'est le nitre fixe et
liquide)
@
NB: Page 43 marge de droite (en travers).
Saturne peut être mûrit en or et même en bonne Médecine, il veut dire
pour en faire le précipité, vu qui faut de l'or fin, dit aussi le 2e Vol. du
Dict. de chymie, p. 319.
NB: Marge du bas.
ici il dit à entendre de (rayé: l'esprit de sel et) nitre (p. 24) qui
ne faut pas trop en mettre avec l'or, l'argent, le cuivre
de la hauteur du métal, et d'avoir soin toujours de même
à surveiller par une baguette courbée ou non, l'entrée
dans la cour** et bien après la reboucher vite. Ou voir
au travers du verre. A la p. 48 il dit le nitre (fixé) suffit
seul et non avec l'esprit de sel pour tirer l'or du métal
faire donc attention à la p. 48 et p. 45 et 29 &c...
@
NB: Page 48 ligne 5 (solution+,).
+
la solution
veut dire
pour finir
la fonte, qui
ne faut pas
eau forte,
eau régale,
esprit de sel de
vitriol, &c.
la solution
veut dire
une chaleur
douce pour
séparer
l'âme du
corps.
@
NB: Page 58 marge du bas.
Je crois de purger l'antimoine 2 fois avec des pointes
de cloux de fer à cheval, et la troisième fois avec du
(rayé: du nitre) nitre que peu à peu à la fois. Du nitre fixé
et liquide, et de l'antimoine, pointe de clous, du
Mercure, du plomb en feuille, argent en
feuille ou limaille, let***s ensemble et bien purgé
avant, et avec du cuivre et de l'Etain, avec un degré
de chaleur naturelle, point de tartre.
@
NB: Page 59 ligne 16 (brune+).
+
NB: Ligne 20 (quantité.+).
+
il fait 2
séparations
ligne 22 (poids,+).
+3.
(rayé: + et veut
dire de
l'huile ou
de la graisse
avec.)
avec nitre
61.
NB: Collé sur marge de droite.
Pour connaître si l'antimoine est bon, voir Nicolas lefevre le 2e vol. à la
p. 967; l'antimoine doit être purgé pour purger l'or, je pense de
purger 2 ou 3 fois l'antimoine avec le nitre, D'après suivre ce que dit
ici ce savant Auteur. Comme est l'antimoine sortant de la mine, ici p. 58.
il ne faut point de tartre il détruit dit Nicolas lefevre. De purger le cuivre
l'étain, le plomb, avec du nitre et du plomb, et pour fer aussi: et de la
poudre de charbon avec.
NB: Marge du bas.
les parties des animaux sont séparées, cela veut
dire que l'antimoine se purgera; Si on mêle
l'antimoine, (rayé: le tartre), &c.
@
NB: Page 60 haut de page marge de gauche.
de mettre
ensemble
Argent,
Cuivre,
et du fer
à fonte dit
Valentin.
Azoth.
NB: Ligne 9.
que
l'arsenic
nage dans
l'huile.
NB: Ligne 15.
De l'huile
d'olive pure
*********
que
NB: Ligne 18 (se,+).
+ De la
cire
NB: Ligne 21 (once(1)).
(1) de mettre
une once
d'antimoine
purgé
comme il
l'indique.
NB: Ligne 33 (plomb+:).
(+) de même
pour
le plomb.
l'Antimoine
et esprit
de sel.
NB: Marge du bas.
*** (ajouter?) à l'étain
** plomb et argent l'augmentera l'argent ***
(vo?)ir à la fin du livre ce que j'ai écrit.
NB: Collé sur la marge du bas.
Le dict. 2e vol. p. 383 dit le régule d'arsenic (il doit être
blanc) qu'il est volatil, c'est en en mettant avec
l'étain de la bien couvrir et lutter, y avoir mis argent
avec. Voir à la fin de ce livre-ci ce que j'ai écrit
d'y mettre du plomb, pour le mettre à l'épreuve, et du
régule d'Antimoine.
@
NB: Page 61 ligne 14 (couronne.(1.)).
(1) ne veut-il
pas dire en
place de creuset
d'avoir une
cornue en
verre, comme
je l'ai vu
rue de la
Pelterie
en 1783, a
fonte de
l'argent
NB: Ligne 28 (Partie,+).
il veut dire
le lion des
Philosophes.
+ p. 132.
@
NB: Cinquième partie page 10 ligne 12.
Voir
p. 34
@
NB: Page 11 ligne 3 (rayé: vin).
du lin.
NB: Ligne 14.
minium
c'est une
chaux de
plomb.
@
NB: Page 17 marge du bas.
pour faire un bouchon, c'est de faire un cornet
de parchemin et de le mettre dans la bouteille, et
de fondre la cire pour y emplir ce cornet, et refroidi
de l'ôter de la bouteille, d'en faire un moule pour
y jeter du verre fondu, qui sera de la forme pour
boucher la bouteille, de polir le bouchon avec (utour?)
A. lin. (NB: probablement
Ancelin voir page 39.)
@
NB: Page 28 ligne 13.
à savoir
un bon
creuset.
@
NB: Page 30 ligne 21.
ici -
@
NB: Page 32 ligne 1 (latton+(dans).
+ laiton
c'est
cuivre
jaune.
@
NB: Sur les gravures marquées P. 5. sur la première:
folio 32.
NB: Sur la seconde.
folio 33.
le moule
de
la
coupelle
Dit-il
le têt.
@
NB: Page 34 ligne 10.
ici
voir p. 10
@
NB: Page 37 ligne 11.
la terre
rouge
@
NB: Page 39 collé sur marge de droite.
à la page. 39 ici pour vitrifier *********ense deme***************
De sel marin avec de bon verre pillé en poudre, bien mêler avec de l'eau, et de mettre sur les
creusets, étant après bien sec, de mettre au feu les creusets, Ancelin. Car j'ai vu une cornue
de verre au feu à fonte (rayé: de) la limaille d'argent mêlée d'ordure, étant apprenti,
c'est pourquoi que du verre mêlé aux creusets doivent être meilleurs.
@
NB: Page 40 ligne 7.
ici - -
@
NB: Page 50 marge du bas, pour la dernière ligne (voye.(1)).
(1) qui est par l'esprit de sel et de nitre
mis sur du sable chaud dict p. 24 et 25 de
la 4e partie.
@
NB: Page 51 ligne 10.
---il veut peut-
être dire
avec le nitre
et l'esprit
de sel, oui.
NB: Ligne 25.
---il veut peut-
être dire de
même comme
il est dit par
écrit ci-dessus.
et de même
en suivant...
oui.
@
NB: Page 52 marge du bas, pour la ligne 31 (esprits.+).
+ il veut peut être dire de la terre de creuset
même pilée et pétrie et réunie avec du sel
et porcelaine.
@
NB: Annotations sur l'Appendix page 17 ligne 10.
voir aussi
à la 1ere
partie
p. 22
pour le
raisin.
@
NB: Page 20 ligne 25.
c'est des
groseilles
rouges
NB: Marge du bas.
avoir des vignes sans les cultiver
en faire d'excellent vin.
@
NB: Page 21 collé sur la marge de droite.
De la p. 20 et 21. à bien y faire attention et des réflexions il y a de grands
profits, surtout sachant les années d'avance bonne et mauvaise, à moi
connues. Le Mûrier des haies &c. qui produit si vite, et de plus avec leurs
menstruaux, à moi connus, Ribes c'est des groseilles rouges.
@
NB: Page 22 marge du bas.
le Menstrue du marc de raisins vaut le mieux
NB: pour la ligne 22 (vin.(1)).
(1) de mettre de l'eau versée dans un pot
dans la terre, et y mettre la racine de la vigne
dedans et bien couvrir le pot, ou du vin et sucre
en place l'eau de vie ou mêlé ensemble, avec un
peu d'esprit de sel et de nitre, du tartre de la lie.
@
NB: Page 26 ligne 6 (façons+:).
(rayé: p. 154)
* 154
NB: Ligne 15.
vinaigre
@
NB: Page 28 ligne 24.
ici -
NB: Marge du bas.
Et voir la 4e p. 24
NB: Collé sur marge du bas.
Avoir aussi à la 4e partie p. 24, qui répond ici.
édulcorer, Voir le Dict. Mithoh. p. 127. Pour la séparation
des Métaux, voir et aisés à faire le 1er vol. du
Dict. p. 317. et le 2e vol. du Dict. pour le
précipité à la p. 319. et 323. Solution c'est dire
un feu de nature
Dissoudre dans un vaisseau de cuivre sur un feu doux
@
NB: Page 29 collé sur marge du bas.
A voir aussi l'autre livre de Glauber de la
(rayé: 5e partie des fourneaux) de la 1re partie
p. 15. pour aussi des cailloux. Et à la 1re
partie des fourneaux, p. 34. du cuivre.
@
NB: Page 32 collé sur marge de droite, pour la ligne 14
(+Ce secret).
+ ici répond à ce secret de tirer l'argent du cuivre par le
plomb, avoir à l'autre livre p. 44 à 52. la 3e partie de
l'oeuvre Minérale. ici aussi de se passer de coupelle. Pour
séparer l'argent du plomb, il veut dire comme un autre Auteur
de 105 livre de plomb on tires 5 marcs d'argent, le dict. chimie
en parle aussi et Glauber aussi ailleurs.
NB: Marge du bas.
c'est pour répondre ici à la 4e partie
p. 24. à cette besogne-là, fait qu'on
se servira de creusets et non de coupelles
d'autre besogne fait en commun il faut
des coupelles, voilà ce qui veut dire en
secret.
@
NB: Page 33 marge du bas, pour la ligne 5 (certaine(1)).
(1) avec certaine addition, il veut dire l'Alcaest
en poudre et du plomb, d'une livre de cuivre
il y faut 4 livres de plomb dans un creuset à petit
feu, le plomb et le cuivre doivent être purgés
avant et y ajouter de l'or et de l'argent avec.
@
NB: Page 35 collé sur marge du bas, pour la ligne 17
vulgaire par-(1)).
(1) qu'il y a un autre Saturne que le vulgaire
il veut dire l'Alcaest, D'après on prend
(rayé: saturne) Saturne à la fin, voir ici p. 32 au bas
de la p.
@
NB: Page 38 ligne 7 .
ici
@
NB: Page 40 collé sur marge de gauche, pour la ligne 6
qui precipite+en).
+ c'est d'avoir du précipité comme il est dit à la 1re page de mon petit livre
que j'ai écrit.
@
NB: Page 41 ligne 24.
C'est de la 4e partie
p. 24.
@
NB: Page 60 en bas de page.
(NB: Signe du cuivre) du cuivre (NB: Signe du cuivre)
@
NB: Page (79) après "Fautes suruenuës à l'Impression."
pour faire des fourneaux à la
4me partie p. 3. &c. et dans la 1re
partie du livre.
@
NB: Page (80) page blanche (annotée manuscrite).
la 4me partie p. 60.
d'étain on tire de l'or.
pour avoir le meilleur or de tous, la 4me partie p. 24.
Pour faire des fourneaux de la 5me partie p. 9.
Le commencement de la 4me partie des fourneaux aux
p. 3. qui est pour le fourneau à vent, et la planche
et (a) la p. 32 et 33. pour purger l'huile.
et p. 59 et 60. pour faire de belle vaisselle, pour
connaître les minéraux des mines p. 19 et 20. la 4me
partie & 25, pour purger l'argent.
Pour détruire les vers des boyaux
la 1re partie des fourneaux p. 19. et à la seconde
partie p. 21. e*****. 113.
Remède des loupes à la 2me partie p. 64.
Vertus de l'esprit de sel 1re partie p. 16 *&c.
pour faire du vin avec le raisin sec
à la 1re partie p. 22, et à la 5e partie p. 17, &c
Pour faire de bon étain, de plomb, de fer
de cuivre, et de bon or, la 4me partie p. 59
et 60. (NB: autre écriture: Pour fixer le nitre p. 80
de la 2e partie.)
@
NB: Cahier ajouté par un possesseur du livre à la fin du volume.Première feuille recto.
Pour tirer de l'or et de l'argent des métaux
la 4me partie, p. 60 et 61. 24 et 25 à 28. De donner
une douce chaleur aux métaux qui fait la digestion
la fermentation étant en mouvement, d'après les fontes
que dit la p. 36 et 37. ils donnent le poids double d'or et d'argent.
La fermentation dite digestion doit durer 10 jours pour
faire fermenter c'est avec du plomb purgé, et pour fonte c'est
avec du nitre. Pour faire l'or le plus fin, p. 24. 4e
\partie
p. 41. 43. 42. 48. 47. à voir p. 59 et 60. Ne pas se
servir des eaux corrosive de drogues comme eau forte, eau
régale, esprit de sel, &c. &c. dans les métaux, d'autant
qu'ils détruisent et gâtent tout: ajoutant foi à ces paroles.
p. 48. il recommandent le nitre, tartre, cailloux, plomb,
pour purger les métaux, p. 60.
Pour prendre des oiseaux, corbeaux, perdrix
canards, oies sauvages, &c. et souris, araignées
fourmis, &c. la 1re partie p. 44 et 45.
Pour faire croître un Arbre en l'espace d'une
ou de 2 heures, ayant racines, tronc, et branches,
et à rendre de bonne or des cailloux, guérir
les vieux moisis ulcères des jambes, la 1re partie
de la p. 33 et 34. Pour avaler de la limaille de
fer (rayé: ou d'acier), pour détruire les vers, la seconde
partie p. 20 et 21. La liqueur des Cailloux et du
sable fin, la seconde partie p. 132 à 154.
L'autre livre de Glauber la 3e partie p. 26 + pour
bien purger l'étain pour en avoir son or, et son argent
Nicolas lefevre du 2e volume p. 891 il dit pour purger
le Plomb, (l'étain doit être de même quoi qu'il ne le dit pas),
de le faire fondre dans un pot de fer, étant bien fondu
il faut jeter au dessus de temps en temps des petits morceaux
de cire, qui se consumera peu à peu, et lorsque l'on verra
que le plomb a un bel (rayé: oeil) oeil et bien clair au dessous
de la pellicule superficielle qui est la crasse qui faut
ôter, d'après il jettera le plomb dans de l'eau nette
Glauber il dit à la 4e partie p. 59 et 60. pour purger le
Plomb, l'étain &c. de les avoir (en limaille moi qui dit)
**** mettre avec la moitié de nitre bien mêlés, et d'y
jeter un charbon de feu, et le plomb &c. car à purgé
Ainsi en y faisant ces 2 purgations le plomb, &c. il
sera bien purgé, de Nicolas Lefevre, et de Glauber,
la dernière purgation sera de celle de Nicolas Lefevre
com
NB: En travers, marge de gauche.
pour ôté la dorure la 4e partie p. 26, &cc.
@
NB: Première feuille verso.
Pour faire les meilleurs creusets, la 5e partie p. 26.
A savoir avec profit de l'or et argent 4e partie p. 18. p. 24.
Remarque des métaux s'il y a de l'or argent, étain
cuivre, &cc. p. 19. de la 4e partie. Avant que
de mettre les métaux avec le plomb à la coupelle; il
faut les purger avec le nitre avant p. 20.
Pour avoir de l'or p. 24, la 4e partie.
Pour faire de l'or fin, et de l'argent fin, de
la 4me partie, p. 24 et 25. (1) Pour connaître le bon
creuset p. 28, 5me partie. (1) voir de même de
la p. 50. Appendix de la 5e Partie.
De grandes précautions à prendre à fonte du
mercure arsenic, soufre, Antimoine, &cc.
p. 38 Annotation sur l'appendix de la 5e partie.
La préparation du Nitre et du charbon
qui soit bon p. 80 la 2e partie.
Contre la loupe la 2e partie p. 67.
idem, à fonte les métaux 69. idem pour
teinter en argent les verres et vitres des
Eglises p. 53.
Pour faire des fourneaux la 4me
partie p. 3 &cc; et de la bonne terre
à la 5me partie p. 8 &cc. Pour
rendre les creusets bon d'y mettre dedans
du bon verre et blancs d'oeufs après que
le verre est fondu, d'y mettre un creuset
dedans pour que le verre se répande
partout après le creuset, mais il faut y mettre
un peu de terre d'un creuset, sous le creuset pour
qu'il y ait du verre dans le fond du creuset,
Voir p. 40. la 5me partie. le verre de cornue
qui supporte le feu est bon pour les creusets.
Pour avoir le meilleur or de tous la 4me partie
p. 24. comme le Mercure attire l'or
la 4me partie p. 39 et 40.
NB: En travers, marge de gauche.
et les arbres aussi pour faire d'excellent vin du Paragraphe 8. de faire
à produire en abondance produire la vigne en abondance du paragraphe 12.
@
NB: Seconde feuille recto.
De la 4me partie p. 24. pour tirer l'or et
l'argent du cuivre et la p. 59 et 60.
Pour la fonte des Métaux, la 4me partie p. 22.
et 23. Pour avoir de bons creusets la 5me partie
p. 28, &cc. Remède contre les vers dedans
le corps la seconde partie p. 160. Je comprends
très bien ce qui dit p. 161. il faut observer qu'il
y a une autre matière, &cc. j'ai fait ce remède là
il m'a guérit des écorchures que le sang en sorte et
une blessure et enselure? de nerf et à l'os de la
cheville du pied &cc. il guérit migraine gangrène
blessures de bêtes enragées, et de serpent &cc. &cc.
Pour faire de l'or, la 4me partie p. 44.
A l'autre Vol. de Glauber, la 3e partie p. 51 et 52 et
5* bien dit pour tirer de l'or du cuivre, &cc. avec du plomb
n'en mettre que peu à la fois, et d'une chaleur modéré, et
du temps, à faire cette besogne.
pour avoir la semence des métaux, à la 2e partie
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
des fourneaux p. 27.
- - - - - - - - - - - - - -
il faut une partie d'or et 3 parties d'argent
avec le Cuivre pour fonte à en tirer de
l'or voir la 4e partie p. 24 et 25, &cc.
pour purger l'Antimoine pour s'en servir
la 4e partie p. 59. Pour connaître
l'Antimoine s'il est bon du 2e Vol. de
Nicolas lefévre p. 967, &cc.
La Planche du fourneaux, des
pages 2 et 3, de la 4me partie des
fourneaux. Contre les vers p. 21 la 2e
partie, la 4e partie p. 19, de connaître
par les couleurs à la fonte s'il y a de l'or
ou argent, des métaux. A faire du meilleu*
or p. 24. de la 4e partie, il me faut aussi voir le Dict.
de chimie le 2e Vol. p. 319. au mot précipiter l'or.
Je pense de savoir, pour séparer l'or de vaisselles d'or
avec de l'antimoine sel de tartre. Vertus du nitre
de même p. 159 à (rayé: 161) 161. la 2e partie.
NB: En travers, marge de gauche.
faire les meilleurs
creusets la 5e partie p. 26
@
NB: Seconde feuille verso.
Pour la fonte des cailloux, la seconde partie p. 148.
153 et 132. et à la 4e partie p. 61. La cendre ou poussière
des cailloux l'on en fait de la porcelaine Voir
p. 153, la 2e partie, De là il dit de faire croître un
arbre de métaux, si en le secoue il retombe en
cendre comme une fleur, ou bête, qui revient
comme de son naturel, d'un autre livre de la curiosité
de la végétation, &cc. que j'ai. Pour purger
l'antimoine p. 58, &cc. la 4e partie, il dit de
purger l'antimoine de plus à la p. 61 avec le nitre, le
nitre (au feu) le fera en aller de l'or volatil, et
du nitre fixé ne fera pas ôté de cet or.
des cailloux pour en tirer de l'or, la 5e partie
--------
p. 29. La 4e partie p. 22 pour séparer l'or et
l'argent du cuivre, à savoir si les cailloux
sont bons, à la 5e partie Annotation, p. 30.
La séparation de l'or et de l'argent p. 27 idem
et p. 28. et 23. de la 4e partie. La 4 partie p. 24
pour séparer l'or et l'argent du cuivre.
et pour en faire de meilleur or et argent,
à la p. 24. de la 4e partie, d'y ajouter du Mercure
avec, comme le dit le Dict. du 1er Vol. p. 317, pour avoir
de plus d'argent avec le cuivre, &cc.
ici du danger à voir le 2e Vol. du dict, p. 122 &cc;
à savoir de donner une digestion de feu de lampe
aux cuivre, plomb, Mercure, esprit de sel,
&cc. pour en tirer de l'or et de l'argent, avant
que de découvrir ces matières il faut
qu'elles soient bien refroidies, pour ne pas
en sentir ce dangereux air.
L'appendix de la 5e partie p. 32, &cc.
à séparer l'argent d'avec le plomb, &cc.
et le cuivre aussi, de se passer aussi de coupelle
p. 32, &cc. La séparation de l'or, de l'argent
et du cuivre, Annotation p. 28. aussi
à la p. en bas écrit, et pour le précipité.
Pour tirer or et argent par le nitre et l'esprit de
sel par la fermentation des métaux, d'après les
fontes, Voir la 4e partie p. 37, &cc.... p. 43, &cc.
pour arroser le métal. Je dois faire ce qui est dit à la
4e partie p. 41. idem p. 43, de tirer de l'or du plomb
A réduire une lame de métal presque en or la 4e
partie p. 44. Voir l'or fulminant la 2e partie
p. 38
NB: En travers, marge de gauche.
Pour luter les vaisseaux * la 5e partie p. 8, &cc. Résiste à l'eau p. 10de terre et verre. et au feu p. 10.
@
NB: Troisième feuille recto.
Pour tirer de l'or et Argent du plomb,
la 4me partie p. 40 à 43, et ailleurs, Voir aussi
le tome 1er Secret concernant les Arts et Métiers
p. 35. C'est du nitre fixé et liquide qui faut pa(s?)
de plus ni de moins, le plomb bien purgé et mine **
et de l'argent aussi mince, Voir mis dans une
grande bonne terrine bien lutée avec une
autre terrine et mis sur le sable, y mettre
aussi avec du Mercure purgé.
Mais pour savoir que cela soit bien toujours
humecté, il y doit avoir un trou à la terrine
qui couvre l'autre, et à ce trou y passer une
baguette creuse faite en verre et lutée et bouch(é?)
d'un bouchon de verre. En place de la terrine
qui couvre l'autre, y mettre en place une
terrine de verre l'on y verra au travers s'il
faut y remettre du liquide tiédi
Ainsi la terrine bonne et forte de terre
et un mastic après, elle supportera 120
livres pesant bien soutenue en dessous
de fort cercles de fer et des côtés.
J'ai deviné le secret de la p. 40 la 5e
partie de fourneaux Philosophiques
-------------------
Pour savoir gouverner d'avoir de bonne o(r?)
argent tirés du cuivre purgé et du plomb
et du Mercure, par le nitre liquide fixé, à
+ 24
voir la 4e partie p+. 40 à 49. L'Appendix de
-----------------------
la 5e partie p. 32, &cc. il fait entendre que l'on se
passe de coupelle pour l'essai, provenant de la
4e partie p. 40 à 49. et 24 à 27, y mettre de
l'esprit de sel et y jeté du nitre qui se dissous
dedans. La 4e partie p. 40 et 41. de fonte
De l'or et avec du cuivre et avec de l'antimoine
faute d'or, y mettre de l'argent il doit y avoir profit.
Pour s'exempter de mauvaises drogues, de l'(or?)
Annotation de la 5e partie p. 38, et a la
p. 39 et 40 pour séparer l'or et l'argent. la 5e
partie p. 40 des fourneaux le très grand secret qui dit
je le devine, c'est fonte du plomb dans un creuset
ensuite de le laisser refroidir dans du sable ou terre
à faire creuset, fait d'après que le verre de plomb
ne passera pas au travers du creuset, à revoir p. 40
41
@
NB: Troisième feuille verso.
La 5e partie p. 17 pour faire des bouchons
de verre que j'ai écrit. Pour ne pas se
brûler au fourneau, la 4e partie p. 9.
Le meilleur Antimoine provient de Hongrie
et de Transylvanie. L'Appendix 5e partie
p. 41, pour séparer l'or l'argent du cuivre,
Voir aussi à la 4e partie p. 24, qui est dit,
aussi de séparer la dorure qui dit à la p. 26,
de la p. dite 24. Comme il faut faire à
(en marge: ici -) gouverner le métal avec l'Alcahest
en Eau, de la 4e partie p. 42 et 43.
L'Appendix de la 5e partie, p. 32, &cc.
pour séparer l'argent du plomb et du
cuivre. Pour faire de bonne Eau de vie
provenant du vin fait avec du blé.-----
Appendix de la 5e partie p. (rayé: 47) 52. il dit
en faisant divers vaisseaux de---------
porcelaine qui soutiennent le feu
& retiennent les Esprits. Je vois
d'en faire faire des cornets, creusets
coupelles, cucurbites, &cc.
L'Appendix p. 20 et 21. il y a grand profit à faire
et à la p. 26, &cc. il y a aussi du profit.
A l'appendix de la 5e partie p. 28, à le faire
comme il le dit qui répond mieux à la 4me
partie p. 24. idem, p. 32 à 34. et de suite
et toute la suite correspond à la 4e partie p. 24.
Pour éprouver les cailloux s'il y a de l'or
de la 4e partie p. 19. et de l'autre livre
la 1re partie p. 15. Ce doit être de même pour
le cuivre s'il y a de l'or aussi, &cc.
Annotation p. 34. ce qui faut de plomb pour
la couplés? l'or l'argent dans un creuset p. 33.
Annotation p. 28, il dit dedans un vaisseau
de cuivre pour qui résiste plus que le verre.
idem p. 32 voir ce que j'ai écrit.
NB: En travers, marge de gauche.
Contre les vers la 2e
partie p. 21.
@
NB: Quatrième feuille verso.
Pour réduire les chaux des métaux
en corps p. 66 la 2e partie. Voir p. 59, 60
la 4e partie pour purger les métaux
avec profit.
@
Signes de Chimie.
1
-
Antimoine. 2
-
Huile. 3
-
Tartre. 4
-
Sel. 5
-
Amalgame. 6
-
Nitre. 7
-
Pierre. 8
-
Prenez. 9
-
Soufre. 10
-
Poudre. 11
-
Vinaigre. 12
-
Eau forte. 13
-
Alambic. 14
-
Creuset. 15
-
Eau-de-vie. 16
-
Eau régale.