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Page

Réfer. : 0800B .
Auteur : Geber.
Titre : La Somme de la perfection. Tome 2.
S/titre : ou l'abrégé du magistère parfait. Second Livre

Editeur : André Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-I.
Date éd. : 1741 .
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PAGE VIERGE.

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250 LA SOMME DE GEBER.

pict

S E C O N D L I V R E
D E L A S O M M E
DE LA PERFECTION D E G E B E R

----------------------------------------

P R E F A C E.

Division de ce second Livre, en trois
parties.

pict Près avoir traité des Principes
du Magistère dans le Livre
précédent, il ne nous reste
plus qu'à faire voir, comme
nous l'avons promis, en quoi consiste
l'accomplissement de notre Art, par un
Discours qui l'explique clairement. Or la
connaissance de la perfection consiste en
trois choses. Car nous devons premièrement
examiner les choses, par le moyen

@

LA SOMME DE GEBER. 251

desquelles nous pouvons découvrir plus
facilement en quoi consiste la perfection
de notre Oeuvre. En second lieu, nous avons
à examiner quelle est la Médecine
qui doit nécessairement donner la perfection,
& rechercher en quoi on la peut
mieux trouver, & d'où on la peut plus
prochainement tirer, afin de parfaire les
Imparfaits de quelque manière que ce soit.
Enfin nous devons considérer les Artifices,
par le moyen desquels nous puissions
connaître si la perfection est véritable
& accomplie. Quand nous aurons
suffisamment traité de ces trois choses,
nous aurons donné une idée & une entière
connaissance de la perfection, autant
qu'il est nécessaire pour notre Art.

pict

@

252 LA SOMME DE GEBER.

pict

P R E M I E R E P A R T I E

DU SECOND LIVRE.

----------------------------------------

C H A P I T R E I.

De la Connaissance des choses, par lesquelles
on peut découvrir la possibilité
de la perfection, & la Manière de la
faire.

O N ne saurait connaître comment
se fait la transmutation des Corps
imparfaits & de l'Argent-vif, si auparavant
l'on n'a une véritable connaissance de leur
Nature, & si l'on ne sait quelles en sont
les Racines & les Principes. Je donnerai
donc premièrement la connaissance des
Principes des Corps ou Métaux, en déclarant
ce qu'ils sont par leurs propres Causes,
& ce qu'ils ont en eux de bon & de
mauvais. Ensuite je ferai voir quelles sont
les Natures & les Essences de tous ces
Corps, avec toutes leurs propriétés, & je
dirai les causes de leur imperfection, &
celles de leur perfection; ce que je prouverai
par des expériences manifestes.

@

LA SOMME DE GEBER. 253


C H A P I T R E II.

De la nature du Soufre & de l'Arsenic.

I L est nécessaire avant toutes choses,
de connaître la nature des Esprits, c'est-
à-dire du Soufre, de l'Arsenic & de l'Argent-vif,
parce que ce sont les Principes
des Corps. J'ai dit ci-devant que le Soufre
& l'Arsenic étaient une graisse de la terre.
Ce qui est si vrai que cela se voit évidemment
par la facilité que le Soufre & l'Arsenic
ont à s'enflammer & à se fondre au feu,
n'y ayant que les huiles & les graisses, &
ce qui est de leur nature, qui s'enflamme
& qui se fonde facilement par la chaleur.
Ce qui nous fait voir que le Soufre, &
l'Arsenic qui lui ressemble, ont en eux-
mêmes deux causes de corruption ou d'imperfection,
qui sont l'une une Substance
inflammable, & l'autre des Fèces, ou impuretés
terrestres. Et par ainsi il n'y a que
leur moyenne Substance, laquelle tient le
milieu entre l'inflammable & l'impur, qui
puisse servir à donner la perfection. Or la
raison pour laquelle la Substance inflammable
& les Fèces impures de ces deux
Esprits, causent la corruption & l'imperfection,
c'est premièrement à l'égard des
Fèces terrestres & grossières, qu'elles empêchent

@

254 LA SOMME DE GEBER.

la fusion & la pénétration. Et
pour ce qui est de la Substance inflammable,
c'est qu'elle ne peut soutenir le feu, ni
par conséquent donner la fixité; & que
c'est elle qui étant jointe avec les Corps,
leur donne la noirceur de quelque espèce
qu'elle soit. Il n'y a donc que la moyenne
Substance de ces deux Esprits, qui puisse
être cause de la perfection, parce qu'elle
n'est pas si terrestre, qu'elle ne puisse entrer
facilement, ce qui vient de ce qu'elle
est bien fondante, & que ses parties subtiles
ne sont pas si volatiles, qu'elles ne demeurent
assez de temps dans le feu pour faire
leur action sur les Corps & les changer.
Cette moyenne Substance ne peut néanmoins
communiquer la perfection aux Métaux
imparfaits ni au Vif-argent, si auparavant
elle n'est rendue fixe. Car n'étant
pas fixe d'elle-même, quoiqu'elle ne s'enfuie
pas d'abord du feu, & qu'elle y demeure
assez pour faire impression sur les
Corps; le changement pourtant qu'elle
fait sur ces Corps, n'est pas stable, ne demeurant
pas toujours, & n'étant pas à toute
épreuve.
Il s'ensuit de ce que nous venons de
dire, que l'Artiste doit nécessairement séparer
la moyenne Substance du Soufre &
de l'Arsenic pour s'en servir en notre Art.
Ce que quelques-uns ont cru impossible,

@

LA SOMME DE GEBER. 255

à cause que cette moyenne Substance est
fortement mêlée & unie d'une union naturelle
avec les autres parties de ces deux
Esprits. Mais ces gens-là disent manifestement
le contraire de ce qu'ils peuvent
faire. Car s'ils calcinent le Soufre, je ne
dis pas fortement, mais jusqu'à ce qu'il ne
se puisse plus fondre ni s'enflammer, il est
certain que cette Calcination ne se pourra
faire, sans qu'il y ait séparation de ses parties.
Parce que le Soufre demeurant dans
sa Composition naturelle, & dans sa simple
Substance; [c'est-à-dire tel qu'il a été
produit par la nature,] il doit nécessairement
s'enflammer & brûler. Et par conséquent
ne brûlant plus, il faut que par la
séparation que l'artifice a fait des différentes
Substances qui sont en lui, sa partie inflammable
ait été détachée & séparée de
celle qui ne l'est pas. C'est pourquoi, s'il se
peut faire qu'en calcinant le Soufre, on
puisse venir jusqu'à lui ôter tout ce qu'il a
d'inflammable, [comme on le peut,] l'expérience
doit convaincre ces gens-là, que
l'on peut absolument séparer les différentes
parties du Soufre les unes des autres.
Mais parce qu'ils n'ont pas eu assez d'adresse
pour faire cette séparation, ils sont persuadés
qu'elle n'est pas possible.
Ce que nous avons dit jusques ici dans
ce Chapitre, fait voir que le Soufre n'est

@

256 LA SOMME DE GEBER.

point la véritable Matière, dont l'on doive
se servir dans notre Art; & qu'il n'y a
en lui, tout au plus, qu'une de ses parties
qui puisse y être utile. Et j'ai enseigné par
quel artifice on peut faire la séparation de
cette partie d'avec les autres.
Pour ce qui est de l'Arsenic, parce que
dans la Racine & le Principe de sa Composition,
il y a eu plusieurs de ses parties
inflammables qui ont été dissipées par l'action
de la Nature, qui en a fait le mélange,
il n'est pas si difficile de faire la séparation
de ses parties, que de celle du Soufre.
Mais l'Arsenic ne peut qu'être Teinture
pour le blanc, comme le Soufre pour
le rouge. C'est pourquoi il faut s'appliquer,
surtout à faire adroitement la séparation
des parties du Soufre, comme devant être
d'une plus grande utilité.

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C H A P I T R E III.

De la Nature du Mercure ou Argent-vif.

L 'Argent-vif a tout de même des superfluités
qu'il faut lui ôter. Car il a deux
causes d'imperfection: l'une est une Substance
terrestre, impure, & l'autre une humidité
ou aquosité superflue & volatile, laquelle
s'évapore au feu, mais sans s'enflammer.
Quelques-uns ont cru pourtant,
que

@

LA SOMME DE GEBER. 257

que l'Argent-vif n'avait point de terrestréité
superflue & impure: Mais ils n'ont
pas raison, l'expérience faisant voir qu'il a
beaucoup de lividité ou de noirceur, &
que sa blancheur n'est pas assez pure, ni
bien nette, [ce qui ne peut provenir que
d'une terre impure.] Outre qu'il ne faut
pas être grand Artiste pour tirer de lui une
terre noire & semblable à de la lie. Car
pour le faire, il n'y a qu'à le laver de la
manière que je dirai ensuite.
Mais comme on peut perfectionner l'Argent-vif
en deux manières, l'une en faisant
une Médecine de lui, & l'autre en lui
donnant la perfection par le moyen d'une
Médecine; il faut aussi le préparer, & le
purifier de deux façons différentes. La première,
qui est celle dont nous parlons, se
fait par la Sublimation, afin d'en faire une
Médecine. L'autre manière dont nous parlerons
ensuite, se fait par la Lotion [c'est-
à-dire en le lavant] & celle-là c'est pour
le coaguler. Ainsi pour du Mercure en
pouvoir faire l'Elixir, ou la Médecine
qui donne la perfection, on doit premièrement
le bien purifier par la Sublimation de
toutes ses fèces & impuretés grossières,
afin que venant à en faire la projection sur
les Corps imparfaits, il ne leur communique
pas une couleur plombée & livide. Et
il faut encore lui ôter son aquosité volatile,
Tome I. Y

@

258 LA SOMME DE GEBER.

de crainte que la Médecine que l'on
en ferait ne s'évaporât & ne s'en allât
toute en fumée dans la projection. De sorte
qu'il ne faut conserver que sa moyenne
Substance, pour en faire la Médecine;
parce qu'il n'y a en lui que cette moyenne
Substance toute seule, qui ait cette
propriété de ne se point brûler ni se consumer
au feu, & qui empêche les Corps
auxquels elle s'unit, d'être ni brûlés ni
consumés: Et qu'outre cela elle demeure
& persévère dans le feu, sans s'évaporer;
& qu'enfin elle donne la fixité à ce qui est
volatil.
J'ai déjà fait voir ailleurs, dans les Discours
que j'en ai fait, que l'Argent-vif était
ce qui donnait la perfection. Et cela
même se vérifie par expérience. Car nous
voyons que l'Argent-vif s'attache plus fortement,
& qu'il s'unit plus parfaitement,
premièrement à d'autre Argent-vif, puis
à l'Or, & après l'Or à l'Argent. Ce qui
fait voir évidemment, que l'Or & l'Argent,
qui sont les deux Métaux parfaits,
participent plus de la nature de l'Argent-
vif, que les autres Corps Métalliques;
que nous jugeons par-là, n'avoir pas tant
de conformité avec lui, & que nous trouvons
véritablement être moins participant
de sa nature D'ailleurs, on voit que tout
ce qui demeure plus longtemps au feu, &

@

LA SOMME DE GEBER. 259

ce qui lui résiste mieux sans se brûler, a le
plus d'Argent-vif. Et par ainsi l'Argent-
vif est ce qui donne la perfection, & ce
qui empêche les Corps Métalliques de
brûler, & de se consumer dans le feu, qui
est le dernier degré, & la plus grande marque
de perfection.
On se sert du second degré ou moyen
de purifier l'Argent-vif, pour lui donner
la Coagulation. Pour le faire, il n'y a seulement
qu'à le laver tout un jour, afin de
lui ôter par ce moyen ce qu'il a de terrestre
& d'impur. Cela se fait ainsi. On prend
un plat de terre, dans lequel on met l'Argent-vif
que l'on veut purifier. On verse
par-dessus de bon vinaigre, ou quelque
autre liqueur semblable, tant que l'Argent-
vif en soit tout couvert. On met ensuite
le plat sur un feu fort doux, où on le tient
sans qu'il bouille. Il faut remuer incessamment
l'Argent-vif avec le doigt, sur le
fond du plat, afin qu'il se mette en fort menues
parties, comme si c'était une Poudre
Blanche très subtile, continuant à remuer
toujours, jusqu'à ce que tout le vinaigre
soit évaporé, & que l'Argent-vif se
réunisse, & reprenne sa première forme.
Après quoi, on le lave avec de l'eau, &
l'on jette tout ce qui en sort de crasse noire,
qui demeure attachée au plat. On réitère
cette Opération, jusqu'à ce que l'on
Y ij

@

260 LA SOMME DE GEBER.

voie que l'Argent-vif ait entièrement perdu
sa couleur livide & noirâtre, que ses
terrestréités lui causent, & qu'il devienne
d'un beau bleu clair, mêlé d'une couleur
azurée, comme est celle des Cieux. Car
lors on peut dire qu'il a été parfaitement
bien lavé. L'Argent-vif étant en cet état,
il faut faire la projection dessus de la Médecine,
qui a la vertu de le coaguler, & il
se coagulera en Poudre, laquelle transmuera
les Corps imparfaits en Soleil & en
Lune, selon que la Médecine qui le coagulera,
& de laquelle nous parlerons ci-
après, aura été préparée.
On doit inférer de ce que je viens de
dire, que l'Argent-vif, prit tel qu'il est au
sortir de la Mine, n'a pas la vertu de perfectionner
les Corps ou Métaux imparfaits:
mais que ce qui peut donner cette perfection,
c'est une chose qui est tirée & faite
de lui par notre artifice. On peut dire la
même chose du Soufre & de l'Arsenic,
qui est semblable au Soufre Il ne faut
donc pas s'imaginer que naturellement
nous puissions faire ce que fait la Nature en
la production de ces choses, mais nous
l'imitons seulement par notre artifice naturel,
par le moyen duquel nous les élevons
à pouvoir donner la perfection aux Corps
imparfaits.

@

LA SOMME DE GEBER. 261

----------------------------------------

C H A P I T R E IV.

De la Nature de la Marcassite, de la Magnésie
& de la Tutie.

I L nous reste à parler encore en particulier
des autres Esprits, c'est-à-dire
de la Marcassite, de la Magnésie & de la
Tutie, qui font une forte impression sur
les Corps. Il faut donc dire quelle est
leur Nature, la considérant par ses Causes,
& par les expériences que l'on en a.
La Marcassite est composée de deux Substances,
dont l'une est un Argent-vif mortifié,
& qui approche de la fixité: Et l'autre
est un Soufre adustible [c'est-à-dire
qui s'enflamme & se brûle.] Et certes l'expérience
fait voir manifestement que la
Marcassite a un Soufre en elle. Car lorsqu'on
vient à la sublimer, il en sort & il
s'en élève visiblement une Substance sulfureuse
qui se brûle. Et sans la sublimer,
on peut encore remarquer par un autre
moyen, que la Marcassite a du Soufre. Car
si on la met au feu pour la faire rougir,
elle ne rougit point qu'auparavant elle ne
se soit enflammée par l'adustion de son
Soufre. D'ailleurs, il paraît manifestement
qu'elle a aussi de l'Argent-vif; parce
qu'elle donne au Cuivre la blancheur

@

262 LA SOMME DE GEBER.

du véritable Argent, comme fait l'Argent-
vif lui-même. Outre que lorsqu'on la sublime,
on voit qu'elle prend la couleur
du bleu céleste; & elle a évidemment une
lueur métallique. Ce qui fait voir à ceux
qui font ces Opérations sur elle, qu'elle
a en soi & en sa Racine les deux Substances
de Soufre & d'Argent-vif.
Il est aisé de prouver par les mêmes
expériences, que la Magnésie est composée
d'un Soufre plus mat & plus trouble,
d'un Argent-vif plus terrestre & plus crasseux;
& que son Soufre est plus fixe &
moins inflammable, que celui de la Marcassite;
& qu'ainsi elle a plus qu'elle de conformité
avec la nature de Mars.
Pour la Tutie, ce n'est qu'une fumée
des Corps blancs. Ce qui se connaît par
une expérience évidente. Car premièrement
si l'on fait projection des deux fumées
qui sortent des Corps de Jupiter &
de Vénus, & qui s'attachent conjointement
aux murailles des fournaises des Fondeurs,
& de ceux qui travaillent sur ces
deux Métaux; le mélange de ces deux fumées
fait la même impression & le même effet
que la Tutie. Secondement, parce que
cette fumée des Métaux, ni la Tutie non
plus, ne se remettent point en Corps, si l'une
& l'autre n'est mêlée avec quelque Métal.
Or, comme la Tutie est la fumée des

@

LA SOMME DE GEBER. 263

Corps blancs, elle ne donne point aux
Corps blancs la Teinture orangée, mais
seulement aux Corps ou Métaux rouges;
parce que l'orangé n'est autre chose qu'un
mélange proportionné du rouge & du
blanc. Au reste la Tutie, subtile comme
elle est, pénètre profondément dans les
Corps, & par ainsi elle les altère & les change
mieux que ne fait le Métal d'où elle est
sortie. Et ce changement souffre mieux l'examen,
pourvu qu'on le fasse avec tant
soit peu d'artifice, de la manière que je l'ai
déjà dit.
Et partant, tous les Corps qui reçoivent
quelque altération, ils la reçoivent
nécessairement par le moyen & par la vertu
de l'Argent-vif, ou du Soufre, ou des choses
semblables, parce qu'il n'y a que cela
seul qui se communique, & qui s'unisse
naturellement aux Corps ou Métaux, à
cause de la grande conformité qui est entre
eux.

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C H A P I T R E V.

De la Nature du Soleil.

I L faut maintenant parler à fond des
Corps Métalliques, & découvrir leur
Essence cachée, en reprenant le Discours
que nous en avons fait dans le Livre précédent,

@

264 LA SOMME DE GEBER.

auquel nous ajouterons beaucoup
de choses nécessaires. Nous parlerons donc
premièrement du Soleil, puis de la Lune,
& ensuite des autres Corps Métalliques,
& nous en dirons tout ce qui sera nécessaire
pour en donner la connaissance. Et en
tout cela nous n'avancerons rien, que
nous ne prouvions par les expériences que
l'on en peut faire.
Le Soleil est formé d'un Argent-vif
très subtil, & de peu de Soufre fort pur,
fixe & clair, qui a une rougeur nette, qui
est altéré & changé en sa nature, & qui
fixe & teint cet Argent-vif. Et comme ce
Soufre n'est pas également coloré, & qu'il
y en a qui est plus teint l'un que l'autre,
de-là vient qu'il y a aussi de l'Or qui est
nécessairement plus jaune, & d'autre qui
l'est moins.
Or il est évident que l'Or est formé de
la plus subtile Substance de l'Argent-vif,
parce que l'Argent-vif, qui ne s'attache
uniquement qu'à ce qui est de sa même
nature, & qui ne reçoit point tout ce qui
n'en est pas, s'attache facilement & s'unit
fortement à l'Or, de sorte qu'il semble
l'embrasser. Il ne faut point d'autre preuve
pour montrer que cette Substance de
l'Argent-vif, de laquelle l'Or est formé,
est claire & nette, que la splendeur & l'éclat
qu'à l'Or, qui brille aussi bien la nuit
qu'en

@

LA SOMME DE GEBER. 265

qu'en plein jour. Ce même Argent-vif
doit aussi nécessairement être fixe, & sans
nul mélange de Soufre impur & combustible;
parce que l'Or ne diminue & ne s'enflamme
point dans le feu, quoiqu'on l'y
fasse rougir & qu'on l'y fonde. Son Soufre
est tingent [C'est-à-dire qu'il teint l'Argent-
vif] parce que le Soufre minéral étant mêlé
avec l'Argent-vif vulgaire, & étant sublimé
avec lui, lui communique une couleur
rouge qui est ce qu'on appelle le Cinabre
artificiel, & que ce même Soufre
étant amalgamé avec les Corps Métalliques,
& sublimé avec eux à fort feu, en
sorte que ce que les Métaux ont de plus
subtil, soit élevé & sublimé avec lui, cette
Sublimation devient très jaune. Ce n'est
donc que la pure Substance du Soufre qui
fait une couleur nette & pure dans les Métaux.
Et c'est par conséquent le Soufre
impur qui leur donne une couleur impure
& imparfaite. Il n'y a qu'à considérer l'Or,
pour être persuadé qu'il est jaune, & celui
qui en douterait serait aveugle.
La Matière de l'Essence de l'Or, n'est
donc autre que la Substance très
subtile & pure de l'Argent-vif, laquelle a
été fixée par le mélange & par l'union de
la Matière très subtile & fixe du Soufre
incombustible, qui a une Teinture rouge
& claire. Mais il y a pourtant plus d'Argent-vif
Tome I. * Z

@

266 LA SOMME DE GEBER.

que de Soufre dans la composition
de l'Or. Ce qui se connaît par la facilité
qu'à l'Argent-vif de s'attacher à l'Or,
ce que ne fait pas le Soufre. Ainsi, si l'on
veut faire quelque altération & quelque
changement dans les Métaux imparfaits,
on doit se proposer l'Or pour modèle de
ce que l'on doit faire, & tâcher de réduire
toujours ces Métaux à la même égalité
qu'est celle de l'Or. Nous en avons ci-devant
enseigné le moyen.
Au reste, parce que les parties, dont
l'Or a été premièrement formé, étaient
subtiles & fixes, elles se sont aussi beaucoup
resserrées & condensées, & c'est ce
qui rend l'Or si pesant. D'ailleurs, comme
la Nature a mis longtemps à le cuire &
à le digérer, par une chaleur fort tempérée,
ses parties [les plus crues & volatiles]
se sont exhalées lentement & peu à
peu; & par ainsi il a été épaissi parfaitement
& comme il le faut, dans le dernier
mélange qui s'est fait de ses Principes: &
c'est ce qui fait qu'il ne se fond qu'après
avoir rougi.
Il se voit, de ce que nous venons de
dire, que la perfection des Métaux dépend
de trois choses. Premièrement, de la
grande quantité de leur Argent-vif. Secondement
de l'uniformité & égalité de leurs
Substances, qui se fait par un mélange

@

LA SOMME DE GEBER. 267

égal & bien proportionné de leurs Principes.
Et en troisième lieu, de ce qu'ils s'endurcissent
& s'épaississent par une longue &
modérée digestion. Et par ainsi l'impureté
& l'imperfection des Métaux, proviendra
du trop de Soufre, de la diversité de Substance,
& d'une digestion précipitée, qui
les endurcit, & les épaissit trop soudainement.
Ainsi, si le Soufre, qui vient à se mêler
avec l'Argent-vif, pèche en quantité & en
qualité, il s'en formera nécessairement divers
Métaux imparfaits, selon la différente
proportion de ce Soufre, & selon qu'il
sera bon ou mauvais. Car le Soufre [qui
entre dans la composition des Métaux] est
ou fixe, & n'est pas tout combustible, ou
il l'est entièrement. Ou ce Soufre est volatil:
& il l'est, ou en tant que Soufre, ou
non pas comme Soufre. Ou bien il est en
partie volatil, & en partie fixe. De plus, ce
Soufre, ou n'est Soufre qu'en partie, ou
en partie il ne l'est pas. Et ce qui est Soufre,
est ou tout pur, ou tout impur. Ou
il y en a seulement la moitié d'impur, ou il
n'y en a que fort peu. Le Soufre est encore
ou en grande quantité, & ainsi il domine
l'Argent-vif. Ou il y en a peu, & l'Argent-vif
a le dessus. Ou ces deux Principes
sont si bien proportionnés, qu'il n'y
en a pas plus de l'un que de l'autre. Enfin,
Z ij

@

268 LA SOMME DE GEBER.

ou ce Soufre est blanc, ou il est rouge,
ou il tient le milieu entre ces deux couleurs.
Et c'est ce différent mélange de ces
deux Principes, qui produit nécessairement
dans la Nature différents Corps Métalliques,
& d'autres semblables Corps,
tels que sont les Métallions. Nous allons
examiner cette différence des Métaux, &
nous en rapporterons les Causes & les propriétés,
que nous prouverons par des expériences
sensibles.

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C H A P I T R E VI.

De la Nature de la Lune.

N Ous avons dit dans le Chapitre précédent
que l'Or se forme lorsqu'un
Soufre pur, fixe, rouge & clair, se mêle
de telle sorte avec un Argent-vif pur &
net, que non seulement le Soufre ne domine
pas, mais que l'Argent-vif y soit en
plus grande quantité. Que si un Soufre
net, fixe, blanc, d'une blancheur pure &
claire, vient à se mêler avec un Argent-
vif pur, fixe & clair, & que le Soufre ne
domine pas, mais qu'il y ait tant soit peu
plus d'Argent-vif, il s'en formera de l'Argent,
qui est un Métal parfait, mais pourtant
moins pur & plus grossier que n'est
l'Or. Car ses parties ne sont pas si serrées

@

LA SOMME DE GEBER. 269

que celles de l'Or; & par conséquent il
n'est pas si pesant que l'Or. L'Argent n'est
pas encore si fixe que l'Or, comme il paraît
en ce qu'il diminue dans le feu: Ce qui
est une marque que son Soufre n'est pas
tout à fait fixe ni incombustible, puisqu'il
s'enflamme un peu, lorsqu'on fait rougir
ce Métal dans le feu. Or quand je dis que
le Soufre de l'Argent n'est pas fixe, cela
se doit entendre par rapport à celui de l'Or,
n'étant pas impossible que le même Soufre
soit fixe, si on le compare avec un autre
qui l'est moins, & qu'il ne soit pas fixe,
si on le considère par rapport à un autre
qui l'est plus. C'est en ce sens, qu'à l'égard
de l'Or le Soufre de la Lune n'est pas
fixe, mais combustible; & qu'en faisant
comparaison de l'Argent avec les Métaux
qui sont imparfaits, son Soufre est fixe &
incombustible.

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C H A P I T R E VII.

De la Nature de Mars, où il est traité des
Effets du Soufre & du Mercure, &
des Causes de la corruption & de la
perfection des Métaux.

S I un Soufre fixe & terrestre, se trouve
mêlé avec un Argent-vif qui soit pareillement
fixe & terrestre, & si tous deux
Z iij

@

270 LA SOMME DE GEBER.

ont une blancheur impure & livide, ou
noirâtre; & si dans la composition il y a
beaucoup plus de ce Soufre fixe que d'Argent-vif,
de ce mélange il s'en fait du fer.
Et parce que l'excès du Soufre fixe dans
la composition des Métaux, en empêche
la fusion, il s'ensuit de-là que le Soufre
fixe ne se fond pas si promptement que
fait l'Argent-vif; au lieu que celui qui n'est
pas fixe se fond plus tôt. Ce qui nous fait
connaître manifestement pourquoi quelques
Métaux se fondent facilement, &
promptement, & d'où vient qu'il y en a
d'autres qui sont fort longs & fort difficiles
à fondre. Car ceux qui ont le plus de Soufre
fixe, se fondent plus lentement: & ceux
qui ont le plus de Soufre adustible, se fondent
plus tôt. Ce qu'il est bien aisé de faire
voir. Car pour preuve que le Soufre fixe
des Métaux, est ce qui fait qu'ils sont plus
difficiles à fondre; c'est que le Soufre lui-
même ne peut jamais devenir fixe, s'il n'est
calciné, & quand il est calciné il n'est plus
fusible. Et par conséquent c'est le Soufre fixe
des Métaux qui en empêche la fusion.
Or je sais par expérience que le Soufre ne
peut être fixe: s'il n'est calciné. Parce
qu'ayant essayé de le fixer sans l'avoir calciné,
j'ai trouvé qu'il était toujours volatil,
& qu'il s'enfuyait, jusqu'à ce qu'il fût changé
en une terre semblable à de la chaux.

@

LA SOMME DE GEBER. 271

Mais il n'en est pas ainsi de l'Argent-vif,
qui peut être rendu fixe, & en le changeant
en terre, & sans qu'il soit besoin de l'y changer.
On le fixe & on le change bientôt en
terre, si on se hâte de faire sa fixation, en
le sublimant avec précipitation. Et on le
fixe tout de même par une Sublimation
lente & réitérée, sans qu'il soit changé en
terre, puisqu'il se fond alors de même
qu'un Métal. Et cela, je le sais pour l'avoir
fixé de ces deux manières; l'une hâtée
& précipitée, jusqu'à ce que son humidité
fût consumée, & l'autre lente, en le sublimant
plusieurs fois doucement & peu à peu.
Je l'ai vu & je l'ai trouvé, dis-je, par expérience,
comme je le dis.
Or la raison pour laquelle cela se fait ainsi,
c'est que la Substance de l'Argent-vif est
visqueuse & serrée. On voit qu'elle est visqueuse
par la séparation qui s'en fait en
très menues parties, lorsqu'on l'imbibe &
qu'on l'amalgame avec d'autres choses.
Car sa viscosité paraît lors évidemment;
parce [qu'encore qu'il soit séparé en une
infinité de parties fort menues,] il s'attache
néanmoins, & il s'unit fortement à ce
avec quoi on le mêle. Il n'y a personne qui
ne voie tout de même que sa Substance
est solide & fort serrée. Car il ne faut que
le considérer & le soupeser, & l'on trouvera
qu'il est si pesant, lorsqu'il est tout pur,
Z iiij

@

272 LA SOMME DE GEBER.

qu'il pèse plus que l'Or même. D'ailleurs
sa composition est très forte, comme nous
l'avons déjà dit ci-devant, à cause de la
mixtion très exacte de ses deux Principes.
Et partant, l'Argent-vif peut être fixé,
sans que son humidité soit consumée, &
sans qu'il soit changé en terre. Car ses parties
étant bien unies ensemble, & sa composition
étant par conséquent très forte, ses
parties venant à être encore plus resserrées
par l'action du feu, cela fait qu'il résiste au
feu, qui ne saurait plus le détruire en cet
état, & la flamme même; pour grande &
violente qu'elle soit; n'a plus de prise sur
lui, & elle ne saurait ni le pénétrer, ni
le résoudre en fumée; parce qu'il est trop
serré pour pouvoir être raréfié, & que
d'ailleurs il ne peut point être brûlé, n'ayant
point de Soufre inflammable, qui est ce qui
rend les Corps adustibles, ou capables d'être
brûlés & consumés par le feu.
Nous avons découvert par-là deux Secrets
admirables. L'un, pourquoi le feu
détruit les Métaux. Et de cela nous trouvons
trois causes. La première est un Soufre
adustible, qui est renfermé dans le profond
de leur Substance, lequel venant à
se brûler, diminue cette Substance en la résolvant
en fumée; jusqu'à ce qu'il l'ait entièrement
consumée, quelque quantité que
les Métaux aient d'Argent-vif bien fixe &

@

LA SOMME DE GEBER. 273

bien fusible. La seconde cause est extérieure,
& c'est la violence du feu de flamme,
qu'on augmente & qu'on entretient
toujours très forte, & qui touchant continuellement
les Métaux, les fond, les pénètre
& les résout en fumée, quelque fixes
qu'ils soient. La dernière cause, c'est la
Calcination des Métaux, qui les raréfie,
en éloignant leurs parties les unes des autres.
Car cet éloignement fait jour à la
flamme, qui les pénètre par ce moyen, &
qui les réduit en fumée, quelque parfaits
qu'ils puissent être. Que si ces trois causes
de la destruction des Métaux, concourent
& se trouvent ensemble, il est certain qu'ils
seront aisément détruits. Mais s'il en manque
quelqu'une, ils seront plus difficiles à
détruire à proportion que ces causes seront
moindres.
L'autre Secret que nous avons trouvé,
c'est que nous avons connu par là, que la
bonté & la perfection des Métaux, consiste
dans leur Argent-vif. Car rien de tout ce
qui cause la destruction & l'anéantissement
des Métaux, ne pouvant diviser l'Argent-
vif en ses Principes: mais ou toute sa Substance
s'en allant de dessus le feu, ou y
demeurant toute entière, sans que rien s'en
perde; il faut nécessairement que la cause
de la perfection des Métaux, soit dans
l'Argent-vif. Louons donc & bénissons

@

274 LA SOMME DE GEBER.

Dieu qui a créé cet Argent-vif, & qui lui
a donné une Substance & des propriétés,
qui ne se rencontrent en nulle autre chose
de la Nature. De sorte que nous pouvons
trouver en cette Substance d'Argent-vif la
perfection, par un certain artifice, qui se
trouve en lui par une puissance prochaine.
Car c'est l'Argent-vif qui surmonte le feu,
& que le feu ne saurait vaincre: au contraire,
il se repose & il se plaît à demeurer
dans le feu.

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C H A P I T R E VIII.

De la Nature de Vénus ou du Cuivre.

R Eprenons maintenant notre Discours.
Quand le Soufre est impur, grossier,
rouge, livide, que sa plus grande
partie est fixe, & la moindre non fixe, &
qu'il se mêle avec un Argent-vif grossier
& impur; de telle sorte qu'il n'y ait guère
plus ni guère moins de l'un que de
l'autre: de ce mélange il s'en forme du
Cuivre. Et il est aisé de juger que pour
faire ce Métal, ces deux Principes doivent
être mêlés de cette manière, si l'on
considère les effets qu'ils produisent naturellement
en lui. Car lorsqu'on le fait rougir
au feu, on en voit sortir une flamme,
comme est celle que fait le Soufre; ce

@

LA SOMME DE GEBER. 275

qui est une marque qu'il a un Soufre qui
n'est pas fixe. Outre que ce Métal diminue
dans le feu, par l'évaporation qui se
fait de ce mauvais Soufre. On connaît
néanmoins qu'il a beaucoup de Soufre fixe,
parce qu'en le faisant souvent rougir au
feu, & en le brûlant, après cela il ne se
fond pas si facilement, & il en devient plus
dur; ce qui ne peut provenir que de ce
qu'il a beaucoup de Soufre fixe. D'ailleurs,
il paraît par la couleur de ce Métal, que
son Soufre est rouge, livide, impur, &
qu'il est mêlé avec un Argent-vif impur &
plein de crasse. Ainsi on n'a pas besoin
d'autre preuve pour le vérifier.
De là on peut faire une expérience qui
nous découvrira un Secret. Car puisque
tout ce qui est changé en Terre par l'action
de la chaleur se dissout facilement,
& se réduit en Eau, & que cela se fait, à
cause que le Feu rend plus subtiles les parties
sur quoi il agit, il s'ensuit de-là, que
quelque subtile que soit naturellement une
chose, elle le devient encore davantage,
si elle est réduite en cette nature de Terre,
[par la Calcination;] & qu'elle se dissout
mieux. Et partant les choses se dissolvent
mieux, à proportion qu'elles sont plus subtiles
& plus calcinées. Ce qui fait voir
quelle est la cause de la corruption & de
l'impureté de Mars & de Vénus, & qu'elle

@

276 LA SOMME DE GEBER.

ne provient que de la quantité qu'ils
ont de Soufre fixe, & non fixe, ou adustible :
Vénus en ayant plus d'adustible que
Mars, & Mars plus de fixe que Vénus.
Quand donc le Soufre fixe de ces deux
Métaux est devenu encore plus fixe, par
la chaleur du feu, ses parties deviennent
plus subtiles, & ce qui est disposé en lui à
se dissoudre, se dissout; comme il se voit
lorsqu'on expose ces deux Métaux sur la
vapeur du vinaigre. Car cette vapeur fait
sortir sur leur superficie, comme une fleur,
l'aluminosité [c'est-à-dire les parties alumineuses]
de leur Soufre, par le moyen de
la chaleur qui vient de cette vapeur, & qui
subtilise les parties superficielles, & les plus
proches de ces Métaux. Et si vous faites
bouillir ces deux Corps dans quelque Eau
pontique ou salée, vous trouverez qu'il
s'en dissoudra beaucoup par cette ébullition.
Et si l'on va dans les Mines de ces
deux Métaux, on verra distiller & s'attacher
à eux l'aluminosité, qui s'en dissout;
laquelle se change & se résout en eau, à
cause de sa ponticité ou salure, & de la facilité
qu'elle a à se dissoudre. Car il n'y a
rien de pontique ou salé, & qui se dissolve
facilement que l'Alun, & ce qui tient
de sa nature.
Pour ce qui est de ce que ces deux Métaux
noircissent au feu, cela vient d'un

@

LA SOMME DE GEBER. 277

Soufre qui n'est pas fixe, & qui est adustible
qu'ils ont renfermé en eux. Et quoique
Vénus ait beaucoup de ce Soufre, &
que Mars en ait peu; néanmoins, comme
ce qu'il en a est presque fixe, c'est ce qui est
cause qu'on ne peut pas ôter à Mars cette
noirceur.
Nous avons fait voir ci-dessus que le
Soufre qui n'est pas fixe est ce qui fait,
& ce qui facilite la fusion des Métaux; &
qu'au contraire le Soufre fixe n'a nulle fusion,
& qu'il l'empêche. Mais il n'en est pas
ainsi de l'Argent-vif fixe. Car quelque fixité
qu'il ait, il ne s'enfuit pas pour cela,
qu'il ne fasse point de fusion, ni qu'il l'empêche
de se faire. Je puis porter témoignage
de cette vérité. Car par quelque
moyen que j'aie pu imaginer de faire la
fusion, je n'ai jamais pu tenir le Soufre en
fusion après l'avoir fixé. Au lieu qu'ayant
fixé de l'Argent-vif, après l'avoir sublimé
plusieurs fois avec du Soufre fixe; ce Soufre
a été par ce moyen rendu bien fusible.
Ce qui fait voir évidemment que plus
les Corps ou Métaux ont d'Argent-vif,
plus ils sont parfaits; & que ceux qui en
ont le moins, ont aussi moins de perfection.
C'est pourquoi je t'avertis, que [pour
faire le Magistère] tu dois faire en sorte
en toutes tes Opérations, que dans la Composition,
il y ait toujours plus d'Argent-

@

278 LA SOMME DE GEBER.

vif que du Soufre. Et que si tu peux faire
l'Oeuvre de l'Argent-vif tout seul, tu auras
trouvé la perfection qui est la plus précieuse,
& qui surpasse de beaucoup tout
ce que la Nature peut faire de plus parfait.
Car par elle tu pourras purifier les Corps
imparfaits, jusques dans leur profondeur,
& dans leur intérieur, ce que la Nature ne
saurait faire. Or on doit juger que les
Corps qui ont le plus d'Argent-vif, sont
les plus parfaits, parce qu'ils reçoivent
plus facilement l'Argent-vif que les autres,
& qu'ils s'y attachent mieux. Car nous
voyons que les Corps parfaits reçoivent
amiablement l'Argent-vif, comme étant de
leur même nature.
On voit par les choses que nous avons
dites ci-devant, que dans les Corps ou
Métaux, il y a de deux sortes de Soufre.
L'un qui est caché dans la profondeur de
l'Argent-vif, & qui y est dès le commencement
de sa conformation, & l'autre qui
survient à l'Argent-vif, après qu'il est déjà
fait. On ne peut lui ôter ce dernier qu'avec
bien de la peine: mais il est impossible de
lui ôter le premier, par le moyen du feu,
de quelque artifice qu'on se serve, & quelque
opération qu'on fasse pour cela, à cause
que ce Soufre est intimement uni à lui,
& qu'il est né avec lui. L'expérience confirme
ce que nous venons de dire. Car

@

LA SOMME DE GEBER. 279

nous voyons que le feu détruit le Soufre
adustible des Métaux: mais il ne saurait
leur ôter leur Soufre fixe. Ainsi, quand
nous disons qu'on peut purifier les Métaux
en les calcinant, & en leur faisant reprendre
Corps, cela se doit entendre, qu'on
peut les dépouiller de leur Substance terrestre,
laquelle n'est pas unie intimement
à eux, ni dans le profond de leur nature.
Car de prétendre par le moyen du feu,
séparer les choses qui sont intimement unies;
cela ne se peut, si ce n'est par le
moyen de la Médecine de l'Argent-vif,
qui couvrirait & tempérerait cette Terre
ou ce Soufre, ou qui la séparerait du
Composé. Car on sépare en deux manières
la Substance terrestre ou sulfureuse,
qui est intimement unie à la nature du
Corps ou du Métal. Premièrement par la
Sublimation qu'on en fait avec la Tutie &
la Marcassite, lesquelles élèvent la Substance
de l'Argent-vif, & laissent le Soufre en
bas. Ce qu'elles font par la ressemblance
qu'elles ont, tant avec l'Argent-vif qu'avec
le Soufre, n'étant que deux fumées
qui sont composées d'Argent-vif & de Soufre;
mais qui ont beaucoup plus du premier
que du dernier. Et cela se voit par
expérience: parce que si vous les mêlez par
une forte & prompte fusion avec les Corps,
les Esprits qu'elles contiennent, enlèveront

@

280 LA SOMME DE GEBER.

les Corps avec eux, & les réduiront en
fumée. Et par ainsi ces deux Esprits séparent
des Corps cette terre sulfureuse. Secondement,
on peut séparer cette Substance
terrestre, qui est dans le Métal, en le
lavant & l'amalgamant avec l'Argent-vif,
comme nous l'avons dit ci-devant. Et la
raison en est, parce que l'Argent-vif ne
s'attache & ne retient que ce qui est de sa
nature, & laisse tout ce qui n'en est pas.

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C H A P I T R E IX.

De la Nature de Jupiter ou de l'Etain.

R Evenons à la composition des Métaux.
Si le soufre, qui en est l'un des
Principes, a un peu de fixité; s'il a une
blancheur impure, & s'il en a moins que
d'Argent-vif, si l'Argent-vif est impur,
en partie fixe & en partie volatil, & s'il
n'a qu'une blancheur impure & imparfaite;
de ce mélange, il se fera de l'Etain.
Les Opérations que l'on fait sur ce Métal
pour le préparer [c'est-à-dire pour lui
ôter ses impuretés] font voir qu'il est composé
de la sorte. Car en le calcinant, on
sent la mauvaise odeur du Soufre qui en
sort; ce qui marque qu'il a un Soufre non
fixe ou adustible. Que si en s'exhalant,
ce Soufre ne fait pas une flamme bleue,
comme

@

LA SOMME DE GEBER. 281

comme est celle que fait le Soufre vulgaire,
lorsqu'il se brûle, il ne s'ensuit pas
pour cela qu'il soit fixe, parce que cela ne
vient nullement de sa fixité, mais de ce
que dans la composition de ce Métal, il
y a beaucoup plus d'Argent-vif, lequel
par son humidité empêche ce Soufre de
brûler si visiblement, qu'il puisse faire une
flamme.
Au reste, il y a deux sortes de Soufres,
& deux différents Argents-vifs dans l'Etain.
L'un de ces Soufres est combustible,
puisque lorsqu'on le calcine, il rend la
même odeur que le Soufre vulgaire. L'autre
Soufre, qui est plus fixe, & qui pour
cette raison n'a point de mauvaise odeur,
comme le premier, se voit dans la chaux
de ce Métal, laquelle demeure dans le feu,
sans se brûler ni se consumer.
On remarque tout de même deux Argents-vifs,
dans l'Etain: l'un qui n'est
pas fixe, & qui lui donne le cric, & l'autre
fixe, qui ne lui en donne point. L'expérience
nous fait voir le premier. Car
avant que l'Etain soit calciné, il a le cric,
& après avoir été calciné trois fois, il ne
l'a plus. Ce qui vient de ce que son Argent-vif
volatil, qui faisait le cric, s'est
exhalé dans la Calcination. Or il est certain
que c'est l'Argent-vif volatil de l'Etain
qui lui donne le cric. Car si on lave
Tome I. A a

@

282 LA SOMME DE GEBER.

du Plomb avec de l'Argent-vif, & qu'après
l'avoir lavé, on le fasse fondre à un
feu, qui ne soit pas plus fort, qu'il doit
l'être pour fondre le Plomb, il demeurera
une partie d'Argent-vif avec le Plomb,
qui lui donnera le cric, & le changera en
Etain. Cela se voit tout de même dans la
transmutation qui se fait de l'Etain en
Plomb. Car si on calcine plusieurs fois
l'Etain avec le Plomb, & si on lui donne
un feu propre à lui faire reprendre
Corps, il se convertira en Plomb. Et cette
transmutation se fera plus facilement, si
lorsque l'Etain est en fusion on lui ôte les
pellicules, qui se forment au-dessus, &
si on les calcine à fort feu. Mais vous serez
encore assurés que ces différentes Substances
se rencontrent dans l'Etain, si
vous pouvez trouver l'invention de le
conserver dans des vaisseaux propres pour
cela, & de faire la séparation de ces Substances,
par le moyen d'un certain degré
de feu, comme je l'ai fait, après l'avoir
découvert avec beaucoup de peine & de
travail. Ce qui m'a fait connaître que
j'avais eu raison de croire, que ce Métal
était composé de toutes ces différentes
Substances.
Que si vous me demandez ce qu'il reste
de l'Etain, après qu'on l'a dépouillé de
ces deux Substances, qui ne sont pas fixes,

@

LA SOMME DE GEBER. 283

c'est-à-dire après qu'on lui a ôté
son Soufre combustible & son Mercure
volatil, je vais vous le dire, afin de vous
faire connaître parfaitement la composition
de ce Métal. Sachez donc qu'après
cela il reste un Corps livide & pesant
comme le Plomb, mais qui est plus blanc.
Ainsi c'est un Plomb très pur, dans la
composition duquel les deux Principes,
l'Argent-vif, & le Soufre, sont également
fixes, quoi qu'ils ne soient pas tous
deux égaux en quantité; parce qu'il y a plus
d'Argent-vif dans cette composition, comme
on le peut connaître par la facilité qu'a
l'Argent-vif à y entrer, tout tel qu'il est
en sa nature. Ce qui ne se ferait pas si facilement,
si l'Argent-vif n'y était pas en
plus grande quantité. C'est pour cette raison
que l'Argent-vif ne s'attache à Mars,
que par un très grand artifice; ni à Venus
non plus, à cause du peu d'Argent-vif
qu'ont ces deux Métaux dans leur composition.
Néanmoins Vénus, ayant plus
d'Argent-vif que Mars, comme il se voit,
en ce qu'elle est aisée à fondre; au lieu
que Mars ne se fond qu'avec une extrême
difficulté; l'Argent-vif, par conséquent ne
doit s'attacher que très difficilement à
Mars, & plus facilement à Vénus.
Or quand j'ai dit que dans ce Corps,
que j'ai appelé Plomb très pur, les deux
A a ij

@

284 LA SOMME DE GEBER.

Substances qui en font la composition,
étaient fixes, j'ai voulu dire que leur fixation,
s'approchait d'une forte fixation,
& non pas qu'elles demeurassent toujours
fixes à toute épreuve. Et pour preuve de
cela, si l'on calcine ce Plomb très pur,
& qu'on en tienne la Calcination, ou la
chaux, dans un feu violent, ce feu ne
séparera point ces deux Principes l'un d'avec
l'autre; mais la Substance de ce Corps
montera, & se sublimera toute entière,
quoique néanmoins plus purifiée qu'elle
n'était.
Au reste, la Substance du Soufre adustible
est plus aisée à séparer dans l'Etain,
que dans le Plomb: comme il se voit en
ce que Jupiter s'endurcit, qu'il se calcine,
& que son éclat s'augmente facilement.
Ce qui nous a fait connaître que son Soufre
adustible & son Mercure volatil (qui
sont les deux choses qui le corrompent &
qui l'infectent) ne sont pas de sa première
composition, ni exactement unies avec
ses Principes, mais qu'elles surviennent
après qu'il est déjà formé. Et c'est pour
cela qu'on les en peut facilement séparer,
& que les divers changements qu'on donne
à ce Métal, c'est-à-dire sa Mondification,
son Endurcissement & sa Fixation,
se font plus promptement que dans le
Plomb. Et il est aisé de deviner pourquoi

@

LA SOMME DE GEBER. 285

cela se fait, si l'on considère tout ce que
j'ai dit ci-devant, & la remarque particulière
que j'ai faite. Car après l'avoir calciné
& remis en Corps, lui ayant donné un
feu fort & violent, j'ai vu, par les vapeurs
qui s'élèvent dans sa Sublimation, qu'il
devenait orangé, ce qui est une propriété
du Soufre qui est fixe, & qui souffre la
calcination. Tellement que de cette expérience,
laquelle j'ai trouvée fort assurée,
& qui m'a confirmé dans mon opinion,
j'ai jugé que ce Métal avait beaucoup
de Soufre fixe dans sa composition. C'est
pourquoi j'exhorte tous ceux qui auront
envie de connaître la vérité en notre
Science, de travailler soigneusement pour
découvrir, & pour être convaincus de
tout ce que je viens d'avancer; & de ne
cesser leur recherche & leur étude, jusqu'à
ce qu'ils aient acquis la connaissance
des Principes des Corps & des propriétés
des Esprits, & qu'ils en aient une certitude
entière, sans se contenter de simples
conjectures. Je leur en donne la facilité
par la manière dont je l'ai enseignée dans
ce Livre, l'ayant dit suffisamment, & autant
qu'il est nécessaire pour notre Art.

pict

@

286 LA SOMME DE GEBER.

----------------------------------------

C H A P I T R E X.

De la Nature de Saturne, ou du Plomb.

I L ne nous reste plus à faire que la description
de Saturne. Ce Métal n'est
en rien différent de Jupiter, si ce n'est
que sa Substance est plus impure, à cause
qu'il est composé d'un Argent-vif & d'un
Soufre plus grossier, & que son Soufre
combustible est plus fortement attaché à la
Substance de l'Argent-vif, qu'il ne l'est
dans Jupiter. Et enfin qu'il y a plus de
Soufre fixe dans sa composition. Nous en
allons rapporter les causes, & les prouver
par des expériences convaincantes.
Premièrement, il n'y a qu'à considérer
ces deux Métaux pour juger que Saturne
a plus de terrestréité, & de fèces, que
Jupiter. Cela paraît encore en ce que la
première fois Saturne se calcine plus facilement
que Jupiter. Ce qui est une marque
qu'il a beaucoup plus de terrestréité.
Car l'expérience nous fait voir que les
Corps qui ont le plus de terrestréité se calcinent
plus facilement; & que ceux qui
en ont le moins, sont plus difficiles à calciner
parfaitement le Soleil. Enfin, il se
vérifie que Saturne a plus de terrestréité
& de fèces, que Jupiter, en ce que sa

@

LA SOMME DE GEBER. 287

noirceur & son impureté ne se purifient
ni ne s'en vont point en le calcinant, & en
le remettant plusieurs fois en corps: comme
l'on voit que cela se fait dans Jupiter. Ce
qui est une preuve que Saturne a beaucoup
plus d'impureté dans les Principes
de sa composition.
En second lieu, il est aisé de juger
que tout ce que Saturne a de Soufre combustible
est plus fortement uni à la Substance
de son Argent-vif, qu'il ne l'est
dans Jupiter. Parce que par l'évaporation
il ne saurait se séparer si peu de ce mauvais
Soufre, (pourvu que la quantité en
soit un peu considérable) qu'il ne paraisse
d'une couleur orangée & fort teinte: outre
que ce qui demeure même de ce Soufre
au fond du Vaisseau, est de même
couleur. Ainsi il faut nécessairement de
trois choses l'une, ou que Saturne n'ait
point de Soufre qui soit combustible; ou
qu'il en ait bien peu; ou enfin que ce
qu'il en a soit fortement uni avec le Soufre
fixe, dans sa première composition.
Or on ne peut pas douter, que non seulement
il a un mauvais Soufre, & qu'il
n'en a pas peu, mais même qu'il en a beaucoup,
puisqu'il a l'odeur de ce Soufre;
qu'il conserve longtemps cette odeur, &
qu'il est bien difficile de la lui faire perdre.
Ce qui nous a fait connaître évidemment

@

288 LA SOMME DE GEBER.

que son Soufre combustible, est assurément
uni très exactement avec son Soufre
incombustible, lequel approche fort de la
nature du Soufre fixe: en sorte que ces
deux Soufres étant mêlés & unis avec son
Argent-vif, ils ne font tous ensemble qu'une
seule Substance homogène, c'est-à-dire
qui est tout de même nature. Et de là
vient que quand la nature du Soufre combustible
de ce Métal, vient à s'élever,
elle monte nécessairement avec le Soufre
incombustible, n'y ayant que lui qui puisse
faire la couleur orangée.
Nous avons dit en troisième lieu, qu'il
y a plus de Soufre incombustible dans Saturne
que dans Jupiter. Ce qui est si vrai,
que dans la préparation que l'on donne à
la Chaux de ces deux Métaux [en les tenant
l'une & l'autre quelque temps dans le
feu] on voit que celle de Saturne devient
toute orangée; au lieu que celle de Jupiter
ne fait que blanchir. Ce qui nous a
fait connaître la cause pour laquelle Jupiter
s'endurcit plus tôt par la Calcination,
& pourquoi il ne perd pas si aisément la
facilité qu'il a à se fondre, que fait Saturne.
Car cela vient de ce que Saturne a plus de
Soufre & d'Argent-vif fixes, qui est ce
qui fait la dureté des métaux.
Or il y a deux choses qui font, & qui
donnent la fusion: l'Argent-vif & le Soufre
fre

@

LA SOMME DE GEBER. 289

adustible. L'une desquelles, qui est
l'Argent-vif, est suffisante pour donner
une fusion parfaite, à quelque degré de
feu que ce puisse être; soit qu'il faille que
les Métaux rougissent auparavant que de
se fondre; soit qu'ils puissent être fondus
sans cela. C'est pourquoi comme dans
Jupiter il y a beaucoup d'Argent-vif, qui
n'est pas fixe, il a aussi une grande facilité
à se fondre fort promptement, & il
est difficile de la lui ôter.
La mollesse des Métaux vient tout de
même de deux causes, qui sont un Argent-vif,
qui n'est pas fixe, & un Soufre
combustible. Et par ce qu'on ôte plus facilement
le Soufre combustible à Jupiter
qu'à Saturne, l'une des causes qui le rendent
mou, lui étant ôtée par la Calcination,
il faut nécessairement qu'il s'endurcisse;
au lieu que les deux choses qui font
la mollesse, étant fortement unies dans la
composition de Saturne, [& par conséquent,
ni l'une ni l'autre ne lui pouvant
être ôtée qu'avec difficulté,] cela est cause
qu'il ne peut pas s'endurcir si aisément.
Il y a néanmoins cette différence entre la
mollesse qui vient de l'Argent-vif, & celle
que fait le Soufre combustible, que celle-ci
est cassante & ployante; au lieu que
celle que fait l'Argent-vif s'étend & s'allonge
beaucoup. Et cela se voit manifestement
Tome I. * B b

@

290 LA SOMME DE GEBER.

par l'expérience. Car il est certain
que les Corps ou Métaux, qui ont quantité
d'Argent-vif, ont une grande extension;
& qu'au contraire ceux qui ont
peu d'Argent-vif ne peuvent guères être
étendus. C'est ce qui fait que Jupiter s'étend
plus facilement & plus délicatement
que Saturne; Saturne plus que Vénus;
celle-ci plus que Mars; la Lune plus que
Jupiter, & le Soleil beaucoup plus que la
Lune.
C'est donc l'Argent-vif & le Soufre fixes
qui donnent la dureté aux Métaux: Et
ce qui fait leur mollesse, ce sont les deux
causes opposées à celle-là; c'est-à-dire
l'Argent-vif volatil, & le Soufre combustible.
Et c'est le Soufre qui n'est pas
fixe, & l'Argent-vif, quel qu'il soit, fixe
ou volatil, qui leur donnent la fusion.
Mais le Soufre qui n'est pas fixe donne nécessairement
la fusion au Métal sans qu'il
rougisse, comme on le voit par l'Arsenic,
[qui est un Soufre combustible] & qui
étant projeté sur les Métaux difficiles à
fondre, leur donne la fusion, sans qu'il soit
nécessaire qu'ils rougissent auparavant.
L'Argent-vif, qui n'est pas fixe, rend tout
de même les Métaux aisés à fondre. Mais
l'Argent-vif fixe, ne donne la fusion au
Métal qu'après que ce Métal s'est enflammé
& qu'il a rougi. Et partant, c'est le

@

LA SOMME DE GEBER. 291

Soufre fixe qui retarde & qui empêche
la fusion de quelque Métal que ce soit.
Ce qui nous découvre un grand Secret.
Car puisque l'on trouve par l'expérience
que les Métaux qui ont le plus
d'Argent-vif sont les plus parfaits: il
s'ensuit nécessairement que les Métaux imparfaits,
qui ont le plus d'Argent-vif, s'approchent
aussi le plus de la perfection, & de
la nature des parfaits. Et par conséquent plus
les Métaux auront de Soufre, plus ils seront
impurs & imparfaits. D'où l'on doit inférer
qu'entre les imparfaits, Jupiter est
celui qui s'approche le plus des Corps
parfaits, puisqu'il a le plus d'Argent-vif,
qui est ce qui fait la perfection, & que par
cette même raison Saturne en est moins
proche; Vénus moins que Saturne, &
Mars moins que pas un. Cela s'entend,
si l'on considère ces Métaux à l'égard de
ce qui fait la perfection. Car ce serait toute
autre chose, si on les considérait par
rapport à la Médecine, qui les parfait,
qui supplée à ce qui leur manque, qui les
pénétrant jusque dans l'intérieur, raréfie
leur épaisseur, & qui pallie & qui couvre
leur noirceur & leur impureté, par
un éclat & un brillant qu'elle leur communique:
Parce qu'à cet égard Vénus est
plus capable de recevoir la perfection par
le moyen de cette Médecine; Mars la
B b ij

@

292 LA SOMME DE GEBER.

peut moins recevoir qu'elle; Jupiter
moins que Mars; & Saturne a le moins de
tous de disposition à la recevoir.
Cette diversité des Métaux & les Opérations
que l'on a fait sur eux, nous ont
appris que pour leur donner la perfection,
il fallait les préparer différemment, & qu'ils
avaient besoin de différentes Médecines
pour cela. Car on a vu que les Métaux
durs, & qui rougissent au feu, avaient
besoin d'une Médecine qui put les ramollir,
& raréfier leur Substance intérieure
trop serrée, & la rendre uniforme & toute
égale partout: Et qu'au contraire aux
Métaux mous, & qui ne rougissent point
au feu, il fallait une Médecine qui les endurcît,
les resserrât & qui épaissit leur
Substance interne & cachée. Nous allons
voir quelles sont ces Médecines, nous
dirons quels sont leurs effets, & ce qui a
été cause qu'on les a inventées, ce qu'elles
laissent d'imparfait dans les Métaux,
& ce à quoi elles peuvent donner la perfection.

pict

@

LA SOMME DE GEBER. 293

pict

S E C O N D E P A R T I E
DU SECOND LIVRE

D E S M E D E C I N E S
en général, & de la nécessité d'une
Médecine universelle, qui donne la
perfection à tous les Métaux imparfaits,
& d'où elle se peut mieux
prendre, & plus prochainement.

----------------------------------------

C H A P I T R E XI.

Qu'il doit nécessairement y avoir deux sortes
de Médecines, tant pour chaque
Corps imparfait que pour l'Argent-vif,
l'une au Blanc, l'autre au Rouge; mais
qu'il n'y en a qu'une seule très parfaite,
qui rend toutes les autres inutiles.

N Ous avons dit ci-devant. Que les
Esprits avaient plus de conformité
avec les Corps, que quoi que ce soit. Et
la raison que nous en avons apportée, c'est
qu'ils s'unissent mieux & plus amiablement
à eux, que nulle autre chose qui soit dans
la Nature. Ce qui m'a donné la première
B b iij

@

294 LA SOMME DE GEBER.

notion que les Esprits devaient être la
véritable Médecine pour altérer & changer
les Corps. Et c'est cela même qui fut
cause que j'employai toute mon industrie
pour trouver l'artifice de transmuer véritablement,
par le moyen des Esprits, chaque
Corps imparfait, en Lune & en Soleil
véritables & parfaits. Je crus donc,
qu'il fallait faire nécessairement différentes
Médecines de ces Esprits, selon la diversité
des choses qui devaient être transmuées.
Car y ayant de deux sortes de
ces choses-là, l'Argent-vit, qui est un
Esprit, & qui doit être coagulé & fixé
parfaitement, & les Corps qui n'ont pas
la perfection, c'est-à-dire les Métaux imparfaits;
& ces Métaux n'étant pas d'ailleurs
tous semblables, puisque les uns sont
durs & rougissent au feu, tels que sont
Mars & Vénus, & les autres sont mous,
qui ne rougissent point, comme sont Jupiter
& Saturne: il faut nécessairement que
la Médecine, qui doit donner la perfection
à tant de choses différentes, soit aussi différente
elle-même. Ainsi il faut une Médecine
particulière pour fixer & parfaire l'Argent-vif,
laquelle soit différente de celle, qui
doit donner la perfection aux Métaux imparfaits.
Et à l'égard de Vénus & de Mars,
qui rougissent au feu, il faut une autre
Médecine particulière pour eux, & qui

@

LA SOMME DE GEBER. 295

soit différente de celle de Jupiter & de
Saturne, qui sont mous, & qui ne rougissent
point; parce que la nature de ces
Métaux étant visiblement différente, il est
certain que pour les rendre parfaits, il
leur faut des Médecines de différentes sortes.
D'ailleurs, quoique Mars & Vénus
aient cela de commun entr'eux, que tous
deux sont durs, ils ont néanmoins chacun
des propriétés particulières, qui les font
différer. Car Mars n'est pas fusible, & Vénus
l'est. Mars est entièrement livide,
plein de crasses & d'impuretés; & Vénus
non. Mars a une blancheur obscure, &
Vénus une rougeur impure & une verdeur.
En quoi l'on voit une grande différence.
De sorte que ces deux Métaux étant différents
en tant de choses, il faut de nécessité
que la Médecine, qui doit leur donner
la perfection, soit pareillement différente.
Il en est de même de Jupiter & de
Saturne. Car quoi que tous deux conviennent
en ce qu'ils sont mous, ils ne le
sont pas nécessairement de la même manière;
& ils diffèrent encore en plusieurs autres
choses. Par exemple, Jupiter est net, &
Saturne ne l'est pas: ainsi la Médecine qui
doit les perfectionner, ne doit pas être la
même. De plus, l'Argent-vif & les Métaux
imparfaits, qui peuvent être changés,
B b iiij

@

296 LA SOMME DE GEBER.

sont transmués en Lune ou en Soleil:
ainsi il faut nécessairement qu'il y ait
une Médecine rouge, qui les transmue en
Soleil, & une blanche qui les change en
Lune. De manière qu'y ayant deux Médecines,
l'une Solaire & l'autre Lunaire,
pour chacun des quatre Métaux imparfaits,
il y aura par conséquent huit sortes
de Médecines pour la transmutation de
ces Métaux. Et parce que l'Argent-vif
peut être changé tout de même en Soleil
& en Lune, il y aura donc encore deux
Médecines particulières pour lui. Et ainsi
ce seront en tout dix Médecines nécessaires
pour donner la perfection, tant à
l'Argent-vif qu'aux Métaux imparfaits; ce
que j'ai trouvé avec beaucoup de peine &
de travail.
Mais après avoir longtemps travaillé,
& après une étude opiniâtre & une longue
& profonde méditation, & de grandes
dépenses, j'ai enfin trouvé une seule Médecine
qui nous exempte de travailler à
toutes celles dont nous venons de parler.
Car elle ramollit le Métal qui est dur, &
endurcit celui qui est mou; elle fixe ce
qu'ils ont de volatil, elle purifie ce qu'ils
ont d'impur & leur donne enfin une
Teinture & un éclat qu'on ne saurait exprimer;
cette Teinture étant plus belle,

@

LA SOMME DE GEBER. 297

& cet éclat plus brillant que ni la Teinture
ni l'éclat que la Nature donne aux deux
Métaux parfaits.
Nous traiterons par ordre & en particulier
de ces Médecines; nous en dirons la
composition & les causes, & nous n'avancerons
rien que nous ne prouvions par expérience.
Pour cet effet, nous parlerons
premièrement des dix Médecines particulières,
& nous dirons en premier lieu
qu'elles sont celles des Métaux imparfaits;
ensuite celle de l'Argent-vif, & nous finirons
par la Médecine Universelle du
Magistère, qui donne généralement la
perfection à tous. Mais parce que les Métaux
imparfaits ont besoin d'être préparés
auparavant que de recevoir la perfection,
pour ne pas donner sujet à personne de se
plaindre, que par envie nous ayons celé
ou retranché quelque chose de notre
Science, nous commencerons par dire la
préparation qu'il faut donner aux Métaux
imparfaits, pour les disposer à recevoir
la perfection, soit au Blanc, soit au Rouge:
après quoi nous traiterons de toutes
les Médecines, & nous en dirons tout ce
qu'il sera nécessaire d'en savoir.

@

298 LA SOMME DE GEBER.

----------------------------------------

C H A P I T R E XII.

Qu'il faut donner une préparation particulière
à chaque Métal imparfait.

I L est aisé de connaître, par les choses
que nous avons dites ci-devant, ce
que c'est que la Nature, en travaillant à
la production des Métaux, laisse de superflu
ou de défectueux en chacun de ceux
qui sont imparfaits. Car nous avons découvert
la plus grande partie de leur nature,
& ce que nous en avons dit suffirait
pour les faire assez connaître. Mais parce
que nous n'avons pas donné une idée de
ces Métaux entière & accomplie, nous
achèverons de mettre ici ce que nous avons
omis, lorsque nous en avons traité
dans le Livre précédent.
Comme il y a donc deux sortes de Corps
imparfaits qui peuvent être changés, deux
mous, Jupiter & Saturne, qui ne rougissent
point au feu, deux autres durs, Mars
& Vénus, qui ne sont point fusibles, ou
qui ne le sont au moins qu'après avoir
rougi, il est certain que la Nature nous
apprend par la différence qu'elle a mise entre
eux, que nous devons aussi les préparer
différemment: Or les deux premiers Corps
imparfaits, que nous avons dit être de

@

LA SOMME DE GEBER. 299

même nature, je veux dire le Plomb noir
que dans notre Art on appelle Saturne,
& le Plomb blanc qui a le cric, & que
nous nommons ordinairement Jupiter sont
néanmoins bien différents, tant dans leur
essence profonde & cachée, que dans leur
apparence & leur extérieur. Car Saturne est
manifestement livide, pesant, noir, sans cric
& sans aucun son: au lieu que Jupiter est
blanc, quoiqu'un peu noirâtre, qu'il a le cric,
& qu'il a un petit son clair, comme nous l'avons
fait voir ci-devant, par les expériences
que nous en avons rapportées, & par
la déclaration de, leurs propres causes: Et
ce sont là autant de différences, par lesquelles
un Artiste judicieux peut considérer
les préparations qu'on leur doit donner,
& dans l'ordre qu'on les leur doit
donner, selon que ces différences sont ou
moindres ou plus grandes.
Nous traiterons de toutes ces préparations
de suite. Nous commencerons par
celle des Métaux mous, & nous dirons
premièrement celles de Saturne; puis nous
viendrons à Jupiter, qui a une autre sorte
de mollesse que Saturne; nous continuerons
par les autres Métaux, & nous finirons
par les préparations que l'on doit donner à
l'Argent-vif pour le coaguler. Mais il faut
remarquer auparavant que dans la préparation
des Corps ou Métaux imparfaits,

@

300 LA SOMME DE GEBER.

il n'y a rien de superflu à leur ôter de leur
intérieur, mais de leur extérieur seulement.

----------------------------------------

C H A P I T R E XIII.

Que la Médecine doit ajouter ce qui est de
défectueux dans les Métaux imparfaits;
& que la préparation, qu'on leur donne,
pour recevoir cette Médecine, doit ôter
ce qu'ils ont de superflu.

O N donne diverses préparations à Saturne,
& à Jupiter aussi, selon qu'ils
sont dans un degré ou plus proche ou
plus éloigné de la perfection. Or il y a
deux choses qui causent leur imperfection.
L'une qui leur est naturelle, étant profondément
enracinée en eux, & unie essentiellement
aux Principes de leur composition;
& c'est la terrestréité de leur Soufre,
& l'impureté de leur Argent-vif. L'autre
survient à cette première mixtion, ou à
ce premier mélange de leurs Principes, &
ce n'est autre chose qu'un Soufre combustible
& impur, & un Argent-vif sale &
plein d'ordure, qui sont des choses du
premier genre, [c'est-à-dire de la nature
des Esprits,] qui corrompent la Substance
de Saturne & de Jupiter. Pour la première,
il est impossible de la leur pouvoir

@

LA SOMME DE GEBER. 301

ôter, par quelque Médecine que ce soit
du premier ordre, c'est-à-dire par nulle
des huit Médecines particulières, quelque
industrie qu'on y apporte; mais on peut
avec peu d'artifice en séparer la dernière.
Et la raison pourquoi l'on ne saurait
ôter à ces deux Métaux les impuretés dont
nous venons de parler, c'est qu'elles sont
si intimement unies avec les Principes naturels
de ces Corps, qu'elles sont de leur
Essence, & ne font qu'une même Essence
avec eux. Et comme il n'est pas possible
de détruire l'Essence d'une chose, & qu'elle
demeure toujours la même, aussi est-il
impossible d'ôter à ces Métaux ces impuretés
essentielles qui les corrompent. C'est
pourquoi quelques Philosophes ont cru
que de cette manière on ne pouvait point
perfectionner ces Métaux par l'Art.
Pour moi, lorsque je cherchais la
Science, j'avoue que je suis demeuré
court en cet endroit, aussi bien qu'eux;
& que par nul moyen ni par nulle préparation
que j'aie pu imaginer, je n'ai jamais
pu donner aux Métaux imparfaits un
éclat véritable & parfait: au contraire,
tout ce que je faisais ne servait qu'à les
gâter & à les noircir entièrement. Ce qui
m'étonna fort, & je désespérai pendant
longtemps de pouvoir y réussir; mais enfin
étant rentré en moi-même, après m'être

@

302 LA SOMME DE GEBER.

bien rompus la tête à rêver là-dessus,
je vins à considérer que les Métaux imparfaits
étaient sales & impurs dans le profond
de leur nature, & que l'on ne pouvait
trouver rien de brillant, ni de resplendissant
en eux, puisqu'il n'y avait rien de
semblable dans leur composition naturelle,
étant impossible de trouver dans une chose
ce qui n'y est pas. Et de là je tirai cette
conséquence: Puisque, dis-je, ces Métaux
n'ont rien de parfait, il faut nécessairement,
que ni dans la séparation, que
l'on en ferait en diverses Substances, ni
dans le profond de leur nature, l'on ne
puisse rien trouver de superflu. Et par ce
moyen je jugeai qu'il devait y avoir en
eux quelque chose de manque, qu'il fallait
suppléer & remplacer par une Matière
ou Médecine, qui lui fût propre &
convenable, & qui put ajouter ce qu'il y
avait de défectueux. Or le défaut de ces
Métaux est d'avoir trop peu d'Argent-vif,
& de ce que le peu qu'ils en ont, n'est pas
si condensé ni si resserré qu'il devrait l'être.
Et par ainsi, pour les parfaire & les achever,
il faut augmenter leur Argent-vif, le
resserrer, & lui donner une fixation stable,
& qui demeure à toute épreuve. Ce qui
se fait par une Médecine faite de l'Argent-
vif lui-même. Car quand elle est parfaite
du seul Argent-vif, alors par sa splendeur,

@

LA SOMME DE GEBER. 303

& par son éclat, elle pallie & couvre leur
noirceur, & elle la change en une splendeur
brillante; parce que l'Argent-vif,
qui est changé en Médecine, étant purifié
par notre Art, & réduit en une Substance
très pure & très éclatante, si on en fait
la projection sur les Corps imparfaits, il
les rendra éclatants, & leur donnera la perfection
qui leur manque, par le moyen de
sa fixation; & par sa pureté il les transmuera
& les perfectionnera entièrement. Nous
dirons dans la suite qu'elle est cette Médecine,
dans un Chapitre que nous ferons
particulièrement pour cela.
Ainsi de ce que nous venons d'établir,
on doit inférer qu'il faut nécessairement
trouver deux sortes de perfections; l'une,
qui se fasse par une Matière, laquelle sépare
du Composé la Substance qui est impure;
& l'autre, par une Médecine, qui
couvre & pallie cette impureté par le brillant
de sa splendeur, & qui lui donne la
perfection, en la rendant belle & éclatante.
Au reste, comme l'on ne peut rien
trouver de superflu, mais seulement quelque
chose de manque dans l'intérieur &
l'essence des Corps imparfaits; s'il y a
quelque chose à leur ôter, c'est de l'extérieur
& de l'apparence de ces Corps,
qu'il faut ôter ce qui leur survient, après
qu'ils sont déjà faits & composés. Et cela

@

304 LA SOMME DE GEBER.

se fait par diverses préparations que nous
allons rapporter. Nous commencerons par
celles de Jupiter & de Saturne, dont nous
parlerons conjointement dans le même
Chapitre; puis nous traiterons de celles
des autres Corps imparfaits selon leur
rang.

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C H A P I T R E XIV.

De la préparation de Saturne & de
Jupiter.

O N donne différentes préparations à
Saturne & à Jupiter, selon qu'ils
ont plus ou moins le besoin de s'approcher
de la perfection. Ces préparations se
réduisent pourtant à deux; l'une qui est
générale, & l'autre particulière. La générale
se peut faire de différentes manières,
par le moyen desquelles, comme par autant
de degrés, les Métaux imparfaits s'approchent
de la perfection. Le premier de
ces degrés consiste à leur donner l'éclat,
& à bien purifier leur Substance. Le second,
à les endurcir, en sorte qu'ils rougissent
au feu avant que de se fondre. Et
le troisième à les fixer, en leur ôtant leur
Substance fugitive ou volatile. Or on les
purifie & on les rend éclatants par trois
moyens:

@

LA SOMME DE GEBER. 305

moyens: ou par des choses qui ont la
vertu de les purifier, ou en les calcinant
& en leur faisant reprendre Corps: ou en
les dissolvant. Les choses qui les purifient
le font, ou lorsqu'ils sont réduits en
chaux, ou étant en Corps. On purifie leur
chaux, ou avec des Sels, ou avec des
Aluns, ou avec du Verre. Ce qui se fait
de cette manière. On calcine le Métal,
après quoi on jette sur sa chaux de l'eau
d'Alun, ou de Sels toute pure, ou dans
laquelle on aura mis du verre en poudre:
& ensuite on fait reprendre corps à cette
chaux; & on réitère cette opération, jusques
à ce que le Métal paraisse être parfaitement
purifié. Ce qui se fait, parce que
les Sels, les Aluns & le Verre ayant toute
une autre fusion, que n'ont les Métaux,
ces choses-là se séparent d'eux, & en se
séparant, elles emportent avec elles leur
Substance terrestre, laissant de cette manière
les Corps tous purs. Saturne & Jupiter,
demeurant en corps & sans être calcinés,
sont encore purifiés de cette même
sorte. Pour cet effet, on les réduit en
limaille très subtile, que l'on mêle tout
de même avec les eaux d'Aluns, ou de
Sels, & la poudre de Verre: Puis on remet
cette limaille en corps [par la fusion,]
& l'on refait cette opération jusqu'à ce que
ces deux Métaux paraissent être bien purifiés.
Tome I. C c

@

306 LA SOMME DE GEBER.

Il y a encore une autre façon de
les purifier, en les lavant avec de l'Argent-vif,
de la manière que nous l'avons
dit ci-devant, dans le Chapitre onzième.
Ces deux Métaux se purifient encore
d'une autre façon, en les calcinant & en leur
faisant reprendre corps avec un degré de
feu proportionné, & propre à faire cette
opération, laquelle l'on réitère jusqu'à
ce qu'ils paraissent plus nets. Car par ce
moyen on ôte à ces deux Corps imparfaits
deux sortes de Substances, qui les
corrompent & les infectent; l'une qui est
inflammable & volatile, & l'autre grossière
& terrestre; à cause que le feu élève &
consume tout ce qui est volatil. Et lorsqu'on
remet ces Métaux en Corps par la
fusion, le feu bien proportionné en sépare
tout de même la terrestréité. On trouvera
la manière de donner cette proportion
au feu dans notre Livre de la Recherche
de la perfection, qui est devant celui-
ci. Car dans ce Livre-là j'ai mis toutes les
recherches que j'ai faites par mes raisonnements,
comme j'ai écrit en celui-ci les
opérations & les expériences que j'ai faites,
& que j'ai vu de mes yeux & touché
de mes mains, sans en avoir rien retranché,
& je l'ai mis dans l'ordre que la Science
le demande.
Il y a encore un autre moyen pour purifier

@

LA SOMME DE GEBER. 307

Saturne & Jupiter, qui est de les
dissoudre, comme nous l'avons déjà dit,
& de faire reprendre corps à ce qui en aura
été dissous. Car de cette manière il se
purifie mieux que par quelque autre voie
que ce soit: Et ainsi elle vaut mieux que
pas une, hormis celle qui se fait par la Sublimation,
qui est la meilleure de toutes.
Nous avons dit que l'un des degrés qui
approchait ces deux Métaux de la perfection,
était l'endurcissement de leurs
Substances molles; tellement qu'ils deviennent
si durs par cette préparation, qu'ils
ne se puissent fondre qu'après avoir rougi
au feu. Pour faire cet endurcissement, il
faut trouver le moyen d'unir intimement à
leur Substance de l'Argent-vif, ou du Soufre,
ou de l'Arsenic qui lui ressemble, &
qu'ils soient fixes: ou bien de mêler avec
eux des choses dures & qui ne soient pas
fusibles, telles que sont la chaux, les
Marcassites, & les Tuties. Car tout cela
s'unit si bien avec eux, qu'ils s'embrassent
mutuellement, parce qu'ils s'entr'aiment:
Et par ce moyen ces Métaux s'endurcissent
de telle sorte, qu'ils ne se fondent
point, qu'auparavant ils n'aient rougis. La
Médecine qui donne la perfection, & dont
je dirai la composition ci-après, fait le
même effet. Une autre sorte de préparation
que l'on donne à ces deux Métaux,
C c ij

@

308 LA SOMME DE GEBER.

& qui est le troisième degré, c'est, comme
nous l'avons dit, de leur ôter leur
Substance volatile. Ce qui se fait en les
tenant dans un feu bien proportionné pour
cela, après leur avoir donne le premier
degré par la Calcination.
Au reste, ces trois degrés, dont nous
venons de parler, se doivent donner par
ordre & de suite. Car premièrement il faut
ôter à ces deux Métaux tout ce qu'ils ont
de volatil & de combustible, qui les corrompt,
après quoi il faut les dépouiller de
leur terrestréité superflue: & enfin, il faut
les dissoudre, & les remettre en Corps. Ou
bien il faut les laver parfaitement, en les
mêlant avec de l'Argent-vif. Pour bien
purifier ces deux Métaux, il faut nécessairement
suivre cet ordre.
Venons maintenant à la préparation particulière
de ces deux Corps. On prépare
Jupiter différemment. Premièrement, par
la Calcination, qui l'endurcit, ce qu'elle
ne fait pas à Saturne. Jupiter s'endurcit
aussi, en le préparant avec l'eau d'Alun,
comme nous l'avons dit ci-devant. Secondement,
en le tenant longtemps dans son
feu de Calcination. Car par ce moyen il
perd le cric, & il ne rend plus cassants les
autres Métaux avec lesquels on le mêle,
comme il faisait auparavant. Ce qui ne se
fait pas de même à Saturne, parce qu'il

@

LA SOMME DE GEBER. 309

n'a point de cric, & il ne rend point les
autres Métaux aigres & cassants comme
fait Jupiter. Celui-ci perd encore son
cric en le calcinant, & en le remettant en
corps par plusieurs fois, comme il fait aussi,
si l'on verse de l'eau de Sels & d'Aluns
sur sa chaux; parce que ces choses lui
ôtent le cric par leur acrimonie.
La préparation particulière de Saturne
se fait pareillement par la Calcination, qui
s'en fait par l'acrimonie des Sels. Car elle
l'endurcit, comme il se blanchit particulièrement
avec le Talc, la Tutie, & la
Marcassite aussi. J'ai parlé plus au long de
toutes ces sortes de préparations dans
mon Livre de la Recherche de la perfection,
où on les peut voir; car je n'ai fait qu'abréger
ici ce que j'en ai dit là plus amplement.

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C H A P I T R E XV.

De la préparation de Vénus.

E N suivant l'ordre que nous nous sommes
proposé, nous avons maintenant
à parler de la préparation de Vénus, & de
celle de Mars qui sont les deux Métaux
durs. Commençons par Vénus. On la
prépare de différentes façons, ou en l'élevant
par la Sublimation; ou sans la sublimer.

@

310 LA SOMME DE GEBER.

On l'élève en unissant adroitement
à elle de la Tutie, avec laquelle elle a plus
de conformité; & en la mettant ensuite à
sublimer dans un Vaisseau sublimatoire,
& par un degré de feu propre à faire
élever sa partie la plus subtile, qui se trouve
être d'un grand éclat & fort brillante.
Ou bien après avoir réduit ce Métal en
très menues parties, c'est-à-dire en limaille,
on le mêle avec du Soufre, & on le
sublime comme nous venons de le dire.
On prépare Vénus d'une autre sorte sans
la sublimer, soit qu'elle soit en chaux,
soit qu'elle soit en corps, par les choses
mondificatives, c'est-à-dire qui ont la
vertu de purifier, telles que sont la Tutie,
les Sels, & les Aluns. Ou bien en la lavant
avec de l'Argent-vif, comme nous l'avons
dit; ou en la calcinant, & lui faisant
reprendre corps, ainsi que les Métaux précédents;
ou en la dissolvant, & en remettant
en corps ce qui en aura été dissous;
ou enfin on la purifie comme les autres
Métaux imparfaits en la lavant avec de
l'Argent-vif.

pict

@

LA SOMME DE GEBER. 311

----------------------------------------

C H A P I T R E XVI.

De la préparation de Mars.

O N prépare aussi Mars de plusieurs
manières: ou en le sublimant ou sans
le sublimer. On le sublime avec l'Arsenic,
& cette Sublimation se fait ainsi. Il faut
trouver le moyen d'unir à lui le plus profondément
que l'on pourra (c'est-à-dire
jusque dans son intérieur) de l'Arsenic,
qui ne soit pas fixe, & de le si bien unir,
qu'il se fonde conjointement avec ce
Métal. Après quoi il le faudra sublimer
dans un Vaisseau propre pour cela. Cette
manière de préparer Mars, est la meilleure
& la plus parfaite de toutes. On le prépare
encore avec de l'Arsenic, en les sublimant
plusieurs fois tous deux ensemble,
jusqu'à ce que Mars retienne une certaine
quantité de cet Arsenic avec lui. Car si
après cela on fait reprendre corps à
ce Métal, il en sortira blanc, fusible, net
& bien préparé. Il y a encore une troisième
manière de le préparer, en le fondant
avec du Plomb & de la Tutie. Car cela le
rend tout de même net & blanc.
Mais parce que j'ai promis d'enseigner
la manière d'amollir les Corps durs, &
d'endurcir les mous par le moyen d'une

@

312 LA SOMME DE GEBER.

Calcination particulière, de peur que l'on
ne croie que je veuille omettre quelque
chose, je vais dire comment cette Opération
se doit faire.
Premièrement donc pour endurcir les
Métaux mous, il faut dissoudre de l'Argent-vif
précipité, & dissoudre pareillement
le Corps que l'on voudra endurcir
après l'avoir entièrement calciné. On mêle
ces deux dissolutions ensemble, & de
ce mélange on en arrose alternativement
le Métal calciné, le broyant, & l'imbibant,
le calcinant, & lui faisant reprendre
corps, jusqu'à ce qu'il devienne si dur,
qu'il ne se puisse fondre qu'il ne rougisse
auparavant. On fait la même chose avec
la chaux des Corps mous & la Tutie, &
la Marcassite, que l'on calcine & que l'on
dissout, dont ensuite l'on fait les mêmes
imbibitions. Et plus ces choses seront pures
& nettes, plus le changement qu'elles
feront [sur les Corps qu'elles endurciront,]
sera parfait.
Les Corps durs seront ramollis par un
artifice tout semblable, que voici: On les
mêle & on les sublime avec de l'Arsenic.
Et après les avoir sublimés, on les brûle
par le degré de feu que j'ai dit, dans
mon Livre des Fourneaux, qu'il se fallait
servir pour cela. Enfin on les remet en
corps avec un feu violent, mais proportionné:
tionné:

@

LA SOMME DE GEBER. 313

& on réitère ces Opérations, jusqu'à
ce que les Corps s'amollissent dans
la fusion, autant qu'ils peuvent l'être à
proportion de leur dureté. Toutes ces altérations
& ces changements sont du premier
ordre, & sans cela la Transmutation
des Métaux ne se peut faire.

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C H A P I T R E XVII.

De la manière de purifier l'Argent-vif.

P Our achever toutes les préparations,
il nous reste à parler de la mondification
ou purification de l'Argent-vif, qui est
toute la préparation qu'on lui peut donner.
Elle se fait en deux manières. La
première par la Sublimation, que nous
avons enseignée dans le Livre précédent:
Et la dernière par la Lotion ou Ablution,
c'est-à-dire en le lavant. Ce qui se fait ainsi:
On met de l'Argent-vif dans un bassin
de verre, de grès, ou de faïence, &
par-dessus on verse du vinaigre jusqu'à ce
qu'il surnage. Cela fait, on pose le plat
ou bassin sur un feu doux, & on le laisse
échauffer, tant que l'on puisse le remuer
librement avec le doigt. On le remue donc
incessamment, jusqu'à ce qu'il se mette tout
en grains aussi menus que de la poudre,
& que tout le vinaigre qu'on y aura mis,
Tome I. * D d

@

314 LA SOMME DE GEBER.

soit consumé. Après quoi on lave avec
de nouveau vinaigre toutes les crasses terrestres,
& les ordures qu'il aura laissées
dans le plat, & on les rejette. Il faut réitérer
cette Lotion, jusqu'à ce que l'Argent-
vif soit entièrement dépouillé & nettoyé
de sa terrestréité, & qu'il paraisse de couleur
d'un très beau bleu céleste. Ce qui
sera une marque qu'il aura été assez lavé,
& qu'il est bien purifié. Voilà toutes les
sortes de préparation. Passons maintenant
aux Médecines.

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C H A P I T R E XVIII.

Que la Médecine très parfaite donne nécessairement
cinq différentes propriétés
de perfection, qui sont la Netteté, la
Couleur ou Teinture, la Fusion, la
Stabilité, & le Poids: Et que par ces
effets l'on doit juger de quelle chose on
doit prendre cette Médecine.

N Ous parlerons premièrement en général
des Médecines, de leurs Causes
& de leurs Effets, conformément aux
expériences que l'on en peut faire. Mais
avant toutes choses, voici des Maximes
qu'il faut établir, par le moyen desquelles
on connaîtra si la Médecine est véritable,
& si la Transmutation qu'elle aura faite est
parfaite.

@

LA SOMME DE GEBER. 315

Premièrement, les Corps imparfaits ne
sauraient recevoir la perfection, si la préparation
ou la Médecine ne leur ôte tout
ce qu'ils ont de superflu, c'est-à-dire leur
Soufre inutile & combustible, & leur terrestréité
impure; & si dans la fusion ces
deux choses ne sont séparées du Métal,
dans lequel elles sont mêlées, lorsqu'on fait
sur eux la projection de la Médecine, qui
doit le transmuer. Quand on aura trouvé le
moyen de faire cette séparation, on pourra
dire qu'on a l'une des espèces de la perfection.
Secondement, si la Médecine ne donne
de l'éclat au Métal imparfait, & si elle
ne le change en couleur blanche ou rouge,
selon que tu as dessein de le faire:
Et si cette couleur n'est accompagnée d'un
brillant, & d'une lueur agréable, sois sûr
que la Transmutation n'est pas bonne, &
que le Métal imparfait que tu as voulu
transmuer, n'a pas reçu une véritable
ni une entière perfection.
Troisièmement, si la Médecine ne donne
une fusion au Métal imparfait, telle
que l'ont le Soleil & la Lune, & dans le
temps précisément que l'ont ces deux Métaux
imparfaits, c'est une marque infaillible
que la Médecine n'est pas parfaite; & très
assurément elle ne demeurera ni ne persévérera
point dans les épreuves; mais elle
se séparera du Métal sur lequel on l'aura
D d ij

@

316 LA SOMME DE GEBER.

projetée, & elle s'en ira en fumée, comme
je le ferai voir évidemment ci-après,
lorsque je parlerai de la Coupelle.
Quatrièmement, si la Médecine ne demeure,
& si le changement qu'elle fait, & la
Teinture qu'elle donne au Métal imparfait,
n'est stable & permanente à toute épreuve,
cela ne vaut rien, parce que tout s'en va
en fumée.
En cinquième & dernier lieu, si la Médecine
ne donne au Métal imparfait le
véritable poids des Métaux parfaits, la
Transmutation que l'on prétend qu'elle fait,
n'est ni parfaite ni véritable, mais sophistique,
n'ayant qu'une apparence trompeuse.
Parce que le poids [dans le même volume,]
est une des marques essentielles de
la perfection.
Ce sont là les cinq différences de la perfection.
Et parce que la Médecine de notre
Magistère doit nécessairement communiquer
toutes ces propriétés au Métal imparfait
& à l'Argent-vif en les transmuant;
il est aisé de juger de-là de quelle chose il
faut la tirer. Car il est certain que cette
Médecine ne peut être prise que des choses
qui s'unissent le mieux aux Corps Métalliques
qui ont plus de conformité avec
eux, qui les pénètrent jusque dans l'intérieur,
qui s'attachent & s'unissent à eux,
& qui par ce moyen les peuvent changer.

@

LA SOMME DE GEBER. 317

Or quelque recherche & quelque épreuve
que j'aie pu faire dans toutes les autres
choses, je n'ai jamais rien trouvé, qui ait
tant de liaison avec les autres Corps Métalliques,
que l'Argent-vif. De manière
qu'ayant travaillé sur l'Argent-vif, j'ai reconnu,
par l'expérience, qu'il est la véritable
Médecine qui donne la perfection
aux Métaux imparfaits, & qui les change,
& les transmue véritablement avec très
grand profit.

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C H A P I T R E XIX.

Des préparations qu'il faut donner à la
Médecine, afin qu'elle ait toutes les propriétés
qu'elle doit nécessairement avoir.

N Ous n'avons donc plus qu'à déterminer
quelle doit être la Substance
de l'Argent-vif, afin d'être une véritable
Médecine, & quelles propriétés il doit
avoir pour cela. Or comme l'expérience
nous a fait voir que l'Argent-vif ne
fait nul changement dans les Métaux imparfaits,
si lui-même n'est change auparavant
en sa nature: Nous avons reconnu
par-là, que nécessairement il doit être préparé,
pour faire cet effet. Car il ne se
mêle point dans l'intérieur des Métaux imparfaits,
s'il n'a eu sa préparation particulière,
laquelle ne consiste qu'à le rendre
D d iij

@

318 LA SOMME DE GEBER.

tel, qu'il puisse se mêler jusque dans le
profond & dans l'intérieur du Métal, qui
doit être transmué, sans pouvoir jamais
en être séparé. Or l'Argent-vif ne peut
point se mêler de cette manière, s'il n'est
rendu extrêmement subtil, par la préparation
particulière que nous avons déclarée
dans le Chapitre où nous avons traité
de sa Sublimation. Mais quand il pourrait
se mêler de cette sorte, il ne demeurerait
point avec le Métal, & l'impression qu'il
ferait sur lui, ne subsisterait point, s'il
n'est rendu fixe. Il ne donnera point aussi
l'éclat au Métal qu'il doit nécessairement
avoir, s'il est véritablement transmué, &
si sa Substance n'est rendue fort éclatante,
par un artifice particulier, & par une opération
qui se fait par le moyen d'un degré
de feu propre & convenable. Il ne communiquera
pas même aux Imparfaits la fusion
des Métaux parfaits, si on ne le fixe
de telle manière, qu'en cet état il puisse
ramollir les Corps durs, & endurcir les
mous. Car la fixation doit être si bien ménagée,
qu'elle n'empêche pas qu'il ne lui
reste assez d'humidité pour pouvoir donner
la fusion que nous demandons, & qui
est nécessaire.
Il faut donc si bien préparer l'Argent-
vif, que premièrement il s'en fasse une
Substance très brillante & très pure. Puis

@

LA SOMME DE GEBER. 319

on le doit fixer avec cette précaution, que
l'on sache lui donner le feu si à propos & si
juste, que ce feu ne lui laisse d'humidité
que ce qu'il en faut pour faire une fusion
parfaite, & qu'il consume tout le surplus.
Pour cet effet, si l'on en veut faire une
Médecine pour ramollir les Métaux qui
sont durs & longs à fondre, on doit lui
donner au commencement un feu lent,
parce que le feu lent conserve l'humidité
& donne une fusion parfaite. Que si au
contraire on veut, par cette Médecine,
endurcir les Métaux mous, on doit faire
un feu fort & violent, à cause qu'un tel feu
consume l'humidité, & retarde la fusion.
Et ce sont là des règles & des Maximes,
à quoi tout Artiste bien sensé doit soigneusement
prendre garde, & les avoir toujours
présentes, à quelque Médecine que ce
soit qu'il veuille travailler: comme il doit
aussi faire plusieurs autres considérations
sur le changement du poids, qui se fait
dans la Transmutation; & en rechercher la
cause & remarquer l'ordre dans lequel ce
changement se fait.
Or pour ce qui est de la grande pesanteur
des Métaux parfaits, elle ne provient,
que de ce que leur Substance est fort subtile
& uniforme, c'est-à-dire toute de même
nature. Car par ce moyen, n'y ayant
rien entre les parties de ces Métaux, qui
D d iiij

@

320 LA SOMME DE GEBER.

les sépare & les désunisse; c'est cette presse
& ce resserrement de parties, qui leur donne
un si grand poids en si petit volume.

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C H A P I T R E XX.

De la différence des Médecines, & qu'il
y en a du premier, du second, & du
troisième Ordre.

C E n'est donc qu'à rendre plus subtiles
les Matières, sur lesquelles il faut
travailler, que l'Artiste doit s'appliquer
dans toutes ses Opérations; soit qu'il veuille
préparer les Corps imparfaits, soit qu'il
ait dessein de faire la Médecine, qui doit
leur donner la perfection. Car plus les
Corps, qui seront transmués seront pesants,
& plus ils seront trouvés parfaits, par
les règles de l'Art & par l'expérience qu'on
en fera. Mais parce qu'il y a plusieurs sortes
de Médecines, pour en parler utilement, il
est nécessaire de les comprendre toutes, &
d'en rapporter toutes les différences. Je dis
donc qu'il y en a de trois sortes. L'une qui
est du premier Ordre, une autre du second Ordre,
& une autre enfin du troisième Ordre.
J'appelle Médecine du premier Ordre, la
préparation, quelle qu'elle soit, que l'on donne
aux Minéraux, laquelle, après qu'ils sont
ainsi préparés, étant projetée sur les Corps

@

LA SOMME DE GEBER. 321

imparfaits leur imprime un changement
& une altération, qui ne leur donne pas
néanmoins une perfection si grande ni si
forte, qu'ensuite ils ne puissent être corrompus
& changés, c'est-à-dire revenir
en leur première nature, & que la Médecine
& l'impression qu'elle a faite sur eux,
ne se dissipent & ne s'évaporent entièrement,
sans qu'il en reste rien. Telle est
la Sublimation, laquelle, sans avoir reçu
aucune fixation, blanchit Vénus & Mars.
Telle est encore la Teinture, tirée du Soleil
& de la Lune ou de Vénus, que l'on mêle
ensemble, & que l'on met sur un Fourneau
de Ciment, comme du Ziniar, & des
autres choses semblables. Car c'est une
Teinture, qui teint à la vérité, mais qui ne
demeure pas: au contraire, elle se perd dans
les épreuves, en s'exhalant en fumée.
Par la Médecine du second Ordre, j'entends
toutes sortes de préparations, desquelles
faisant projection sur les Corps imparfaits,
elles les changent, & leur donnent
quelque perfection; mais leur laissent
cependant beaucoup d'impuretés, comme
est la calcination des Corps imparfaits,
laquelle leur ôte tout ce qu'ils ont de volatil,
& qui leur laisse leur terrestréité. Comme
est encore la Médecine qui rougit la
Lune, ou qui blanchit Vénus; sans que
ces deux Teintures puissent après cela être

@

322 LA SOMME DE GEBER.

ôtées à ces deux Métaux, qui demeurent
néanmoins au surplus dans leur même nature,
& gardent les autres impuretés qu'ils
avaient auparavant.
Enfin, j'appelle Médecine du troisième
Ordre la préparation, laquelle survenant
aux Corps imparfaits par la projection que
l'on en fait sur eux, les dépouille de toutes
leurs impuretés, & leur donne une
perfection entière & accomplie. Et cette
Médecine est seule & unique en son espèce.
Et quiconque l'a, il n'a que faire de
se mettre en peine de chercher les dix espèces
différentes de Médecines du Second
Ordre.
Au reste, on appelle l'Oeuvre du premier
Ordre, la petite Oeuvre; celle du second
Ordre, l'Oeuvre moyenne, & celle
du troisième Ordre, la grande Oeuvre.
Voilà toutes les sortes de Médecines.

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C H A P I T R E XXI.

Des Médecines du premier Ordre, qui
blanchissent Vénus.

S Uivant l'ordre que nous avons établi,
nous parlerons de toutes ces sortes de
Médecine l'une après l'autre. Pour cet
effet, nous dirons premièrement les Médecines
des Corps ou Métaux, puis nous

@

LA SOMME DE GEBER. 323

passerons à celles de l'Argent-vif, qui
sont différentes de celles des Corps. Et
nous rapporterons toutes ces Médecines de
suite. Ainsi nous commencerons par celles
du premier Ordre; nous poursuivrons par
celles du second, & nous finirons par celles
du troisième.
Les Médecines des Corps du premier Ordre,
sont ou pour les Corps [ou Métaux] durs,
ou pour les Corps mous. De celles qui sont
pour les Corps durs, les unes sont pour Vénus,
les autres pour Mars, & les autres pour
la Lune. A l'égard de Vénus & de Mars, leur
Médecine est pour leur donner une blancheur
pure; & la Médecine de la Lune, pour
la rendre rouge avec un beau brillant. Car
on ne donne point ni à Vénus ni à Mars
une couleur rouge avec un éclat apparent,
par nulle Médecine du premier Ordre: parce
que ces deux Métaux étant tout à fait
impurs, ils ne sont pas en état de recevoir
le brillant de la Teinture du Soleil, si auparavant
on ne leur donne une préparation,
qui leur communique de l'éclat. Parlons
donc premièrement de toutes les Médecines
du premier Ordre pour Vénus, après
quoi nous verrons celles qui sont pour Mars.
Il y a une Médecine qui blanchit Vénus
avec l'Argent-vif, & il y en a une qui la
blanchit avec l'Arsenic.
La première se fait ainsi. On dissout

@

324 LA SOMME DE GEBER.

premièrement de l'Argent-vif précipité,
puis on dissout tout de même de la Chaux
de Vénus; on mêle ces deux Dissolutions,
ensuite on les coagule, & enfin l'on fait
projection de cette Médecine sur Vénus
en corps, c'est-à-dire telle que Vénus est
naturellement sans être calcinée, & sans
qu'elle ait nulle autre préparation; & elle
la rend blanche & nette. Ou bien. On dissout
de l'Argent-vif précipité & de la
Litharge, l'un & l'autre séparément. On
mêle ces deux Dissolutions, après quoi on
dissout de la Chaux de Vénus, que l'on
veut blanchir; & ayant mis cette Dissolution
avec les précédentes, on les coagule,
puis l'on en fait projection sur le Corps,
& elle le blanchit. Autrement. On sublime
avec le Corps de Vénus alternativement
une certaine quantité d'Argent-vif
jusqu'à ce qu'il en demeure une partie
avec elle, sans qu'il s'en sépare, encore
qu'on le fasse rougir au feu. Puis l'ayant
arrosée fort souvent avec du vinaigre distillé,
on la broie, afin que l'Argent-vif
la pénètre mieux. Ensuite on la brûle, &
on la sublime une seconde fois avec l'Argent-vif,
on l'arrose ou imbibe avec du
vinaigre, on la brûle, comme on a fait
la première fois, & l'on réitère ces Opérations,
jusqu'à ce qu'une bonne quantité
d'Argent-vif demeure sans s'évaporer, encore

@

LA SOMME DE GEBER. 325

qu'on le fasse fortement rougir au feu.
Cette Teinture au blanc, pour être du premier
ordre, est fort bonne. En voici d'une
autre manière. On fait sublimer de
l'Argent-vif, tel qu'il vient de la Mine
avec d'autre d'Argent-vif précipité, jusqu'à
ce que celui-là se fixe sur celui-ci, & qu'il
soit fusible: après quoi on en fait projection
sur Vénus en corps, & elle deviendra
d'une blancheur à porter du profit. Autrement
encore. On fait dissoudre de la Lune
& de la Litharge séparément; & ces deux
Dissolutions, étant mêlées ensemble, elles
blanchissent Vénus. Mais elles se blanchissent
mieux, si dans toutes les Médecines,
dont on se servira pour la blanchir, on y
ajoute de l'Argent-vif, & que l'on fasse si
bien, qu'il y demeure toujours sans s'exhaler.
On blanchit encore Vénus avec l'Arsenic
sublimé, & c'est l'autre sorte de Médecine
qui la blanchit. Cela se fait en prenant
de la Chaux de Vénus, & en sublimant
avec elle de l'Arsenic une ou deux fois,
jusqu'à ce qu'ils s'incorporent ensemble,
& que par ce moyen Vénus devienne blanche.
Mais je t'avertis, que si tu n'es bien
adroit à faire les Sublimations, l'Arsenic
ne demeurera point avec Vénus, & ne lui
communiquera point de blancheur qui soit
permanente. Après l'avoir donc sublimé

@

326 LA SOMME DE GEBER.

une fois, il faut que tu le sublimes encore
une seconde, de la manière que je l'ai dite,
quand j'ai parlé de la Sublimation de la
Marcassite. On blanchit encore Vénus d'une
autre manière. On fait projection de
l'Arsenic sublimé sur de la Lune, puis l'on
projette le tout sur du Vénus, & elle blanchit
avec utilité. Ou bien. On mêle premièrement
avec de la Lune, de la Litharge,
ou du Plomb brûlé, qu'on aura dissous
auparavant, puis on jette de l'Arsenic
par-dessus; & enfin on fait projection
du tout sur du Vénus, & elle paraît d'un
fort beau blanc. Et c'est là un blanc du
premier Ordre. Ou, L'on jette seulement
de l'Arsenic sublimé sur de la Litharge dissoute
& remise en Corps, puis on en fait
projection sur du Vénus étant en fusion,
& cette Médecine lui donne une blancheur
agréable. Ou bien. On mêle du Vénus &
de la Lune ensemble, & sur cela on fait
projection de quelque Médecine que ce
soit qui ait la vertu de blanchir. Or la Lune
se plaît mieux avec l'Arsenic qu'avec
nul des Métaux; c'est pourquoi elle l'empêche
d'être aigre & cassant. Après la Lune,
Saturne a plus d'affinité avec l'Arsenic.
Et c'est pour cela qu'on mêle ordinairement
l'Arsenic avec la Lune & Saturne. Autrement.
On fait fondre de l'Arsenic sublimé
jusqu'à ce qu'il se mette par morceaux,

@

LA SOMME DE GEBER. 327

puis on le jette pièce à pièce sur du Vénus.
Je dis qu'il le faut jeter par pièces, & non
pas le mettre en poudre pour en faire projection;
parce qu'étant en poudre, il s'enflamme
bien plus tôt qu'en pièces. Et par
ainsi il s'exhale plus facilement, & ayant
pris feu, il est consumé avant qu'il ne soit
tombé sur le Corps qui est rougi, & qu'il
ne l'ait touché.
On ôte encore la rougeur à Vénus, &
on la blanchit avec de la Tutie. Mais parce
que la Tutie ne la blanchit pas assez
bien, elle ne fait que la jaunir seulement.
Or toute sorte de jaune a beaucoup d'affinité
avec le blanc. Voici comment on se
sert de la Tutie pour cela. On prend quelque
sorte de Tutie que ce soit; on la dissout
& on la calcine; puis on dissout du
Vénus, on mêle ces Dissolutions, & on
en jaunit la Substance de Vénus; & quiconque
travaillera sur Vénus avec la Tutie,
il y trouvera du gain.
Enfin on blanchit Vénus avec de la
Marcassite sublimée, de même qu'avec l'Argent-vif
sublimé, & l'un se fait comme
l'autre.

pict

@

328 LA SOMME DE GEBER.

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C H A P I T R E XXII.

Du blanchissement de Mars.

N Ous devons parler maintenant des
divers blanchissements de Mars, qui
se font par le moyen de ces Médecines
particulières du premier Ordre, suivant
quoi il n'a pas une véritable fusion, c'est-
à-dire qu'il ne se peut fondre de lui-même,
si l'on ne lui ajoute un Fondant. Ainsi il
faut le blanchir avec une Médecine fondante.
Toute Médecine, qui blanchit Vénus,
fait le même effet sur Mars, en le préparant
de la même manière. Néanmoins l'Arsenic,
de quelque sorte qu'il soit, est la
Médecine qui le rend particulièrement fusible.
Mais avec quoi qu'on le blanchisse
& qu'on le fonde, il faut nécessairement
le mêler & le laver avec de l'Argent-vif,
jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'impureté, &
qu'il soit devenu blanc & bien fusible. Ou
bien. Il le faut rougir à fort feu, & jeter
de l'Arsenic par dessus; & quand il sera
fondu, en faire projection sur une quantité
de Lune. Parce qu'étant une fois mêlé
avec de l'Argent, on ne l'en saurait séparer
qu'avec bien de la peine. Ou bien encore.
On calcine le Mars, on lui ôte toute

@

LA SOMME DE GEBER. 329

son aluminosité qui peut être dissoute,
& qui est ce qui le rend impur. Ce qui se
fait en le dissolvant de la manière que je
viens de dire. Ensuite on sublime avec
lui l'Arsenic, lequel on aura purifié auparavant,
par quelque Sublimation qu'on
en aura faite. Et on le resublime plusieurs
fois de cette sorte, jusqu'à ce que quelque
partie de l'Arsenic se fixe avec lui. Après
cela on l'imbibe [ou l'arrose] avec la Dissolution
de la Litharge, les mêlant, les
remuant, & les brûlant alternativement; &
enfin on lui fait reprendre corps par le même
degré de feu avec lequel j'ai dit qu'on
remettait Jupiter en corps, après qu'il a
été calciné. Cela fait, Mars sera blanc,
net, & fusible. Ou bien. On le remettra
en corps, après avoir mêlé sa Chaux seulement
avec de l'Arsenic sublimé, & il paraîtra
blanc, net & fusible.
Mais il faut que l'Artiste agisse ici avec
la même précaution, que nous avons dit
qu'il devait prendre, en refaisant la Sublimation
de Vénus avec l'Arsenic, afin de
faire entrer l'Arsenic, & de le fixer jusques
dans sa profondeur.
Mars se blanchit encore avec la Marcassite
& la Tutie, & cela se fait de la même
manière & par le même artifice, que nous
avons dit ci-devant que l'on blanchissait Vénus.
Néanmoins ces deux Médecines ne le
Tome I. E e

@

330 LA SOMME DE GEBER.

purifient ni ne le blanchissent pas parfaitement.

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C H A P I T R E XXIII.

Les Médecines qui jaunissent la Lune.

P Our parler maintenant avec sincérité
de la Médecine du premier Ordre,
qui donne à la Lune la Teinture du Soleil,
nous dirons que c'est une Médecine, laquelle
s'attache intimement à la Lune, &
la pénètre jusque dans son intérieur, &
qui par ce moyen lui communique cette
Teinture: soit que cette Médecine s'unisse
ainsi à la Lune, & qu'elle la colore d'elle-
même & par sa propre vertu; soit que cela
lui vienne de l'artifice de notre Magistère.
Ce qui fait qu'il y a de deux sortes
de Médecines pour teindre la Lune. Nous
parlerons premièrement de celle qui d'elle-même
s'attache & s'unit naturellement à
elle. Puis nous dirons par quel artifice nous
rendons les autres Médecines (de quelques
espèces qu'elles soient) propres à s'unir,
tant à la Lune qu'aux autres Métaux,
à les pénétrer, & à s'y attacher fortement,
sans pouvoir en être séparées.
On tire la première Médecine, ou du
Soufre, ou de l'Argent-vif, ou de la composition
& du mélange de ces deux Esprits.
Mais la Médecine, qui se prend du

@

LA SOMME DE GEBER. 331

Soufre est bien moins efficace: au lieu
que celle qui se fait de l'Argent-vif, est
beaucoup plus parfaite. On fait encore
cette Médecine de certains Minéraux, qui
ne sont pas de la nature de ces Esprits, tels
que sont le Vitriol, & la Couperose,
qu'on appelle la Gomme du Cuivre, ou
son égout. Nous parlerons premièrement
des Médecines de l'Argent-vif, puis de
celles qui se font du Soufre ou du mélange
de ces deux Esprits. Ensuite nous verrons
quelles sont celles que l'on fait avec la
Gomme du Cuivre, & les autres choses
semblables.
On fait la Médecine avec l'Argent-vif
de cette manière. On prend de l'Argent-
vif qui soit précipité, & que la précipitation
ait mortifié & rendu fixe. On met ce
Précipité dans un Fourneau, qui fasse un
feu fort, comme est celui où l'on met les
Chaux des Métaux pour les maintenir &
les conserver toujours en même état. Et
on laisse ce Précipité dans ce Fourneau jusqu'à
ce qu'il devienne rouge, comme est
le Cinabre, qui se fait du mélange de
l'Argent-vif & du Soufre. Que s'il ne rougit
pas dans ce feu, il faudra prendre une
partie d'Argent-vif, sans être mortifié, &
l'ayant mêlé avec du Soufre, resublimer
ainsi ce Précipité. Mais il faut que le Soufre
& l'Argent-vif, dont on se servira pour
E e ij

@

332 LA SOMME DE GEBER.

faire cette Opération, soient bien purifiés
de toutes leurs impuretés; & après qu'on
aura sublimé ce Soufre vingt fois avec le
Précipité, on le dissoudra dans des Eaux
acres & dissolvantes, puis on le calcinera,
& on le dissoudra plusieurs fois, jusqu'à
ce qu'il le soit assez. Cela fait, dissous une
partie de Lune, mêles-en la Dissolution
avec les précédentes; coagule le tout, &
fais-en projection sur de la Lune fondue,
& tu verras que cela la teindra utilement.
Mais si l'Argent-vif rougit lorsqu'on le
précipitera, afin qu'on en fasse la projection,
& que ce Précipité donne la Teinture
à la Lune; il suffira de le mettre, &
de le tenir dans le Fourneau, comme je
viens de le dire, sans qu'il soit besoin de
le mêler avec quoi que ce soit de tingent.
On teint tout de même la Lune avec le
Soufre; mais c'est un travail difficile & pénible,
plus qu'on ne le saurait croire. On
la teint encore avec la Dissolution de Mars.
Mais il faut nécessairement calciner le Mars
& le fixer auparavant; ce qui n'est pas
une petite affaire. Après cela on le prépare
comme nous avons dit qu'il fallait le faire
pour la Médecine du soufre & de l'Argent-vif,
en le dissolvant & le coagulant
& nous en faisons la projection de la même
manière sur de la Lune fondue. Et
avec tout cela la Teinture, que cette Médecine

@

LA SOMME DE GEBER. 333.

donne à la Lune n'est point brillante,
mais elle est obscure & mate, & d'une
couleur pâle & désagréable.
La Médecine, qui se fait du Vitriol &
de la Couperose, pour teindre la Lune,
se fait ainsi. On prend une certaine quantité
de chacun de ces Minéraux. On en
sublime ce qui peut être sublimé, & on
sublime le reste à fort feu. Il faut sublimer
une seconde fois ce qui aura été sublimé,
& on le fera par un degré de feu, qui soit
propre à cette Opération, afin que par ce
moyen, une partie se fixe après l'autre,
jusqu'à ce que la plus grande partie soit
fixée. Puis on calcinera cette partie avec
un feu qu'on fera de telle manière, qu'on
puisse l'augmenter, afin d'achever & de
parfaire cette Médecine. Ensuite on dissoudra
cette Matière, & il s'en fera une
Eau parfaitement rouge, & qui n'a pas sa
pareille. Après quoi, il faudra trouver
moyen de lui donner ingrés, c'est-à-dire
de la rendre si subtile qu'elle puisse entrer &
pénétrer dans le Corps de la Lune. Je t'en
ai suffisamment enseigné l'artifice par les
choses que j'ai dites dans ce Livre, si tu
es un véritable Inquisiteur de l'Oeuvre
parfaite. Et parce que nous avons vu que
ces choses s'attachaient & s'unissaient
amiablement & intimement à toute la Substance
de la Lune, nous avons inféré de là,

@

334 LA SOMME DE GEBER.

qu'elles étaient faites & composées des
mêmes Principes qu'elle. Ce qui est assurément
très véritable. Car c'est pour cela
même qu'elles ont la vertu de l'altérer
& de la changer.
Voilà toutes les Médecines du premier
Ordre. Ce n'est pas qu'on ne puisse en augmenter
le nombre, en les mêlant diversement,
sans que dans les différentes manières,
avec lesquelles leurs mélanges se peuvent
faire, les choses tingentes ne perdent
rien de leur essence ni de leur vertu. Mais
à dire le vrai, la Médecine pour la Lune
que l'on tire de l'Argent-vif, n'est pas une
Médecine du premier Ordre; parce qu'elle
ne communique pas seulement une des
cinq espèces de la perfection que nous
avons remarquées ci-devant, mais elle donne
la perfection toute entière.
Il y en a qui ont imaginé plusieurs autres
Médecines; mais il arrive nécessairement
de deux choses l'une, ou qu'ils font
leur Médecine des mêmes choses, ou qui
sont du moins de même nature que celle
dont nous avons parlé; ou bien qu'ils la
font d'une chose, laquelle par l'altération &
le changement qu'on lui donne, a la même
vertu que ce qu'elle n'est pas en effet:
c'est-à-dire, qui fait le même effet que les
Médecines dont nous venons de parler,
quoiqu'elle ne soit pas de même nature

@

LA SOMME DE GEBER. 335

qu'elles. Mais cette Médecine ne peut de
rien servir à ce qui est net & pur, ni à ses
parties, jusqu'à ce que le Moteur se soit reposé
dans le plus haut Mobile de la Nature,
sans être nullement corrompu.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXIV.

Des Médecines du second Ordre, & de
leurs propriétés.

V Enons maintenant aux Médecines du
second Ordre, & disons-en tout ce
qu'il sera nécessaire d'en savoir avec les
preuves & les expériences, que par effet
nous avons trouvé être véritables. Or
comme il y a des Médecines pour transmuer
les Corps, & qu'il y en a aussi pour
coaguler parfaitement, c'est-à-dire pour
fixer l'Argent-vif en véritable Soleil, & Lune,
nous commencerons par les premières.
La Médecine du second Ordre, est une
Médecine, laquelle, comme je l'ai déjà
dit, donne seulement une seule sorte de
perfection aux Corps imparfaits. Mais
parce que dans les Corps imparfaits il y a
plusieurs impuretés qui les corrompent,
& qui sont cause de leur imperfection,
comme par exemple dans Saturne, il y a
un Soufre volatil & un Argent-vif aussi volatil,
& outre cela une terrestréité qui

@

336 LA SOMME DE GEBER.

rendent nécessairement imparfait; on fait
une Médecine, laquelle ôte entièrement
l'une & l'autre de ces imperfections, ou
qui la pallie & la cache, en l'embellissant,
sans toucher aux autres imperfections, qui
y demeurent toutes entières. D'ailleurs,
comme dans les Corps, il y a quelque chose
qui ne peut être changé, parce que
c'est une chose qui leur est essentielle;
étant née avec leurs Principes, elle ne
peut point aussi leur être ôtée par aucune
Médecine du second Ordre: Et il n'y a
que la seule Médecine du troisième &
grand Ordre, qui puisse la faire perdre aux
Corps mixtes dans lesquels elle se trouve.
Mais parce que l'expérience a fait voir,
que par la Calcination, on pouvait ôter
les superfluités des Volatils, & que la terrestréité
qui n'était pas essentielle aux
Corps, ni unie à leurs Principes, se perdait
en les calcinant & en les remettant
plusieurs fois en Corps; cette Connaissance
a fait que l'on a inventé la Médecine
du second Ordre, laquelle peut pallier &
couvrir les imperfections essentielles des
Corps, ramollir ce qu'ils ont de dur, & endurcir
ce qu'ils ont de mou, & communiquer
aux Imparfaits, tant durs que mous,
une perfection du second Ordre, qui ne
soit pas Sophistique, mais une véritable
perfection de Soleil & de Lune.
Mais

@

LA SOMME DE GEBER. 337

Mais parce qu'aussi on ne saurait, par
cette Oeuvre du second Ordre, empêcher
que les Corps mous ne se fondent fort
promptement, ni leur ôter l'impureté qui
est enracinée dans leurs Principes, on a été
obligé de rechercher une autre Médecine,
laquelle, dans la projection qu'on en fera
sur eux, puisse épaissir & resserrer leurs
parties trop rares & trop éloignées les unes
des autres, & par ce moyen les endurcir assez
pour ne pas se fondre, avant qu'ils aient
rougis dans le feu. Cette Médecine a été
encore nécessaire pour faire un effet tout
contraire sur les Corps durs imparfaits, en
raréfiant & atténuant leur épaisseur, autant
qu'il est nécessaire pour se fondre plus promptement,
qu'elles ne faisaient sans leur ôter
pourtant la propriété qu'ils ont de rougir avant
que de se fondre. Et afin encore qu'en
palliant la noirceur, qui se trouve dans les uns
& dans les autres de ces Corps imparfaits,
elles les embellissent: & qu'enfin, comme
cette Médecine est ou Blanche ou Rouge,
la blanche les transmue en blanc de Lune,
& la rouge en rouge parfait. Or ces deux
Médecines, la Blanche & la Rouge, ne
diffèrent qu'en ce que l'une n'est pas si bien
préparée ni digérée, & par conséquent si
parfaite que l'autre; le différent effet qu'elles
font de changer en blanc & en rouge, ne
provenant nullement de la différence des
Tome I. * F f

@

338 LA SOMME DE GEBER.

Corps, sur lesquels on fait projection,
ni de ce qu'elles soient composées de choses
différentes en Teinture; mais de la seule
préparation ou cuisson.
Au reste, la Médecine du second Ordre,
qui doit épaissir & resserrer les parties trop
rares des Corps mous, doit être tout autrement
préparée que celle qui doit atténuer
& raréfier le trop d'épaisseur des
Corps durs. Car on doit donner à la première
un feu propre à consumer le trop
d'humidité des Corps mous; au lieu que
la dernière a besoin d'un feu doux, & qui
conserve l'humidité qui fait la fusion.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXV.

De la Médecine Lunaire & Solaire pour
les Corps imparfaits.

P Arlons maintenant de toutes les Médecines
Lunaires & Solaires du second
Ordre, & enseignons la manière de
les faire, en commençant par les Médecines
Lunaires. Il faut néanmoins remarquer
auparavant, que le Soufre, quel qu'il soit,
est ce qui empêche la perfection, comme
nous l'avons fait voir ci-devant, & que
l'Argent-vif est ce qui fait la perfection
dans les Ouvrages de la Nature, par un
régime ou une digestion parfaite. Notre

@

LA SOMME DE GEBER. 339

intention étant donc, non pas de changer
les ordres de la Nature, mais d'en imiter
les Opérations, autant que nous le pouvons
faire; nous nous servons tout de même
de l'Argent-vif dans le Magistère de
cette Oeuvre, pour faire toutes les Médecines
Lunaires & Solaires, soit pour parfaire
les Corps imparfaits, soit pour coaguler
& fixer l'Argent-vif. Car, comme
nous l'avons déjà fait voir, il faut des
Médecines différentes pour faire ces deux
choses, nous allons maintenant traiter des
unes & des autres par ordre & de suite.
La Matière néanmoins de ces deux Médecines
est la même, & il n'y en a qu'une
seule, & nous l'avons assez fait connaître
en tout ce que nous venons de dire. Prends-
la donc & t'en sers pour faire la Médecine
Lunaire du second Ordre, que j'ai promis
de t'enseigner, & pour cet effet exerce-
toi & apprends à la préparer par les Opérations
qui sont nécessaires pour faire ce
Magistère, que tu ne peux ignorer, & qui
ne se terminent toutes qu'à séparer la pure
Substance de cette Matière, à fixer une
partie de cette Substance, & à laisser l'autre,
pour faire l'Incération. Continuant
ainsi à faire le Magistère, jusqu'à ce que tu
aies rendu la Médecine fondante, qui est
ce que tu dois chercher, & que tu reconnaîtras
par expérience. Car si faisant projection
F f ij

@

340 LA SOMME DE GEBER.

de ta Médecine sur les Corps durs,
elle leur donne une prompte fusion; & si
elle fait un effet tout contraire sur les
Corps mous, ce sera une marque assurée
qu'elle est parfaite. De sorte qu'étant projetée
sur quelque Métal imparfait que ce
soit, elle le changera parfaitement en Substance
de Lune, pourvu qu'on lui ait donné
les préparations nécessaires; sinon elle
laisse quelque imperfection au Corps qu'elle
change, & elle ne lui communique tout
au plus qu'une des sortes de perfections,
dont nous avons parlé ci-devant. Parce
qu'elle ne peut rien faire davantage, n'ayant
eu les préparations que pour être Médecine
du second Ordre: au lieu que la
Médecine du troisième Ordre donne la perfection
aux Imparfaits, par la seule projection
que l'on en fait sur eux, sans qu'il soit
besoin de les préparer auparavant.
La Médecine Solaire du second Ordre,
pour chacun des Corps imparfaits, se fait de
la même Matière & par le même Régime. Elle
diffère néanmoins de la Lunaire, en ce que
ses parties sont rendues plus subtiles, par une
manière de digestion toute particulière; &
par le mélange qu'on fait d'un Soufre préparé
par un Régime subtil, avec cette Matière
que nous avons assez déclarée, pour la
faire connaître. Et ce Régime ne tend
qu'à fixer ce même Soufre très pur, & à

@

LA SOMME DE GEBER. 341

le dissoudre ou rendre faible avec modération.
Car c'est ce Soufre qui teint la
Médecine, & c'est par son moyen, qu'étant
projetée sur quelqu'un des Corps imparfaits,
elle lui donne la perfection de
l'Or, autant que la préparation qu'elle a
eue auparavant, comme Médecine du second
Ordre, la rend efficace; & autant
que celle que l'on a donnée au Corps imparfait,
le rend capable de la recevoir. Et
si l'on fait projection de cette même Médecine
sur la Lune, elle lui donnera la
perfection du Soleil avec beaucoup de
profit.

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C H A P I T R E XXVI.

De la Médecine qui coagule & fixe
l'Argent-vif.

P Our achever les Médecines du second
Ordre, il nous reste à parler de celles
qui coagulent ou fixent l'Argent-vif. Je
dis donc que la Matière de cette Médecine
se doit prendre des mêmes choses d'où
se prend celle des autres Médecines, c'est
à savoir de ce que nous avons assez fait
connaître, par tout ce que nous avons
dit dans les Chapitres précédents. Et la raison
en est que l'Argent-vif, qui est volatil,
s'enfuyant aisément, sans même qu'il soit
F f iij

@

342 LA SOMME DE GEBER.

beaucoup échauffé, a besoin d'une Médecine
laquelle, avant qu'il s'exhale, s'attache
d'abord intimement & profondément
à lui, qui s'y unisse par ses moindres parties,
qui l'épaississent, & qui par sa fixation
le retiennent, & le conservent dans le
feu jusqu'à ce qu'il puisse en souffrir un
plus violent, qui consume son humidité
superflue, & qui par ce moyen le convertisse
en un moment, en véritable Soleil ou Lune,
selon que la Médecine aura été préparée
au Rouge ou au Blanc.
Or comme on ne saurait rien trouver
qui convienne mieux à l'Argent-vif, que ce
qui est de même nature que lui, nous avons
jugé de-là qu'il fallait faire cette Médecine
du Vif-Argent lui-même, & nous avons
imaginé le moyen de la changer en
Médecine par notre artifice. Et ce moyen
ne consiste qu'à préparer l'Argent-vif de
la manière que nous avons déjà dit, par
un long, & assidu travail, par lequel sa
Substance subtile & plus pure se change,
celle qui est blanche en Lune, & celle qui
est orangée en Soleil. Or il ne peut point
devenir Orangé, si l'on ne mêle avec lui
quelque chose, qui lui donne cette Teinture,
& qui soit de sa même nature: &
qu'après, de cette Substance très pure de
l'Argent-vif, par le moyen des Opérations,
dont on se sert pour faire le Magistère,

@

LA SOMME DE GEBER. 343

il se fasse une Médecine qui s'attache très
fortement à l'Argent-vif, qui le rende très
facilement fusible, & qui le coagule & le
fixe. Car si on le prépare auparavant, comme
il le doit être, cette Médecine le convertira
en véritable Soleil ou Lune.
On demande d'où se doit principalement
tirer cette Substance d'Argent-vif. Je
réponds, qu'on la doit prendre dans les choses
où elle est, & la tirer de ces mêmes
choses. Or il est certain que naturellement
elle est dans les Corps & dans l'Argent-vif
même; puisque & l'Argent-vif,
& les Corps, sont constamment tous d'une
même nature, ainsi que l'expérience le
fait voir. Néanmoins il est plus difficile de
trouver cette Substance dans les Corps; au
lieu qu'elle est plus aisée à trouver, & plus
proche dans l'Argent-vif, quoi que pourtant
elle n'y soit pas plus parfaite. Mais
dans quelque lieu que l'on trouve, & d'où
l'on prenne cette Médecine, soit dans les
Corps, soit dans la Substance de l'Argent-
vif, on peut dire que c'est la Médecine
de la Pierre précieuse.

pict

@

344 LA SOMME DE GEBER.

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C H A P I T R E XXVII.

Comment par l'Art on peut rendre les
Médecines entrantes, ou leur donner
ingrés.

I L arrive quelquefois que les Médecines,
dont nous venons de parler, se mêlent,
& quelquefois aussi elles ne se mêlent pas
avec les Corps. Ainsi il est nécessaire
d'enseigner par quel moyen on peut les
rendre capables de se mêler, c'est-à-dire
d'entrer profondément dans les Corps, dans
lesquels elles ne sauraient entrer sans cela.
Ce moyen est de dissoudre ce qui est entrant,
& de dissoudre aussi ce qui ne l'est
pas, & de mêler ensuite ces deux Dissolutions.
Car tout ce qui pourra se mêler
par les moindres parties, avec ces Dissolutions,
de quelque nature qu'il soit, deviendra
aussitôt entrant. Or il est certain
que c'est par la Dissolution que cette ingrés
s'acquiert, parce que c'est par la
Dissolution, que la fusion se communique
à ce qui n'est pas fusible. Et par conséquent,
c'est par ce moyen qu'elles deviennent
propres à entrer dans les Corps,
& à les altérer ou changer. Et c'est aussi
pour cela que nous calcinons de certaines
choses, qui ne sont pas de la nature de celles

@

LA SOMME DE GEBER. 345

dont nous parlons, afin qu'elles se puissent
mieux dissoudre. Et on ne les dissout, qu'afin
que les Corps reçoivent mieux leur
impression, & que par ce moyen ils soient
mieux préparés & mieux purifiés.
Il y a encore une autre manière de rendre
entrant ce qui ne l'est pas, à cause de
son épaisseur. Ce qui se fait en le sublimant
plusieurs fois avec des Esprits, qui
ne sont pas inflammables comme sont l'Arsenic
& l'Argent-vif, sans le rendre fixe.
Ou bien en dissolvant plusieurs fois ce qui
de soi n'est pas entrant.
Voici encore un autre bon moyen pour
donner ingrés aux choses qui ne se peuvent
pas mêler avec les Corps ou Métaux. Il
faut dissoudre le Corps dans lequel on
veut faire entrer la Médecine, afin de le
changer & de l'altérer: & il faut de même
dissoudre la Chose, ou la Médecine, que
l'on veut qui entre dans le Corps, & qu'elle
le change. Il ne faut pas néanmoins le
dissoudre tout à la fois, mais une partie
seulement; & de cette Dissolution on en
abreuvera, à plusieurs reprises, ce qui
n'aura pas été dissous. Car par ce moyen,
il faut nécessairement que cette Médecine
entre dans ce Corps-là, & qu'elle le pénètre,
quoiqu'il ne s'ensuive pas pour cela
qu'elle doive entrer aussi aisément dans
les autres Corps. Ce sont là les artifices

@

346 LA SOMME DE GEBER.

par lesquels les choses deviennent entrantes,
par la conformité de leur nature: Et
c'est par ce moyen, que l'on a trouvé de
les mêler facilement avec les Corps, qu'elles
les changent & les altèrent.
Ainsi voilà nos dix Médecines parachevées,
& tout ce que nous avions à
dire là-dessus.

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C H A P I T R E XXVIII.

De la Médecine du troisième Ordre en
général.

N Ous n'avons plus à parler que de la
Médecine du troisième Ordre. Il y en
a de deux sortes: l'une que l'on appelle Lunaire,
& l'autre Solaire. Ce n'est pourtant
qu'une seule Médecine, puisque toutes les
deux n'ont qu'une même Essence, & qu'elles
agissent de même manière. C'est pourquoi
les anciens Philosophes, dans les Livres
que nous avons lus d'eux, assurent
tous qu'il n'y a qu'une Médecine. La seule
différence qui s'y trouve, c'est que pour
faire la Médecine Solaire, on lui ajoute
la Couleur rouge, qui lui donne la Teinture.
Et cette Couleur vient de la Substance
très pure du Soufre fixe, qui n'est que
dans la Médecine Solaire, & qui ne se
trouve point dans l'autre. Or on appelle

@

LA SOMME DE GEBER. 347

cette Médecine du troisième Ordre, la
grande Oeuvre; parce qu'il faut une plus
grande application pour la découvrir, un
plus long travail pour la préparer, & beaucoup
plus de peine pour la parfaire, que
celles du premier & du second Ordre. Cette
Médecine ne diffère pas néanmoins essentiellement
de celle du second Ordre, si ce n'est
qu'elle demande seulement une préparation
plus subtile, par un Régime de feu qui
se doit faire par degré, & un travail plus
long & plus assidu. Je dirai son Régime &
la Manière de le préparer par ses Causes,
& ses Expériences, & j'enseignerai quel
différent degré de feu il faut lui donner
pour être Médecine du troisième Ordre.
Car afin que la Médecine Solaire ait sa
Teinture parfaite, elle a besoin d'un degré
de feu différent de celui qui est nécessaire
pour donner la perfection à la Médecine
Lunaire: parce qu'il faut ajouter un Soufre
tingent à la première, que la dernière
ne doit pas avoir, ce qui ne se fait que par
une plus forte digestion, & par conséquent
par un plus fort degré de feu.

pict

@

348 LA SOMME DE GEBER.

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C H A P I T R E XXIX.

De la Médecine Lunaire du troisième
Ordre.

L A manière de faire cette Médecine,
est de prendre la Pierre, c'est-à-dire
la Matière, qui doit être maintenant assez
connue; séparer sa partie la plus pure &
la mettre à part, puis fixer quelque chose
de cette partie très pure, & en laisser aussi
sans fixer. On prend ce qui est fixé; l'on
en dissout tout ce qui peut se dissoudre;
& ce qui ne s'est pas dissous, on le calcine.
Puis on dissout tout de même une
seconde fois tout ce qui le peut être, continuant
ainsi à calciner & à dissoudre, jusqu'à
ce que l'on en ait dissous une bonne
partie. Après quoi l'on mêle toutes ces
Dissolutions, on les coagule & en les
rôtissant légèrement, on les tient dans un
feu modéré jusqu'à ce qu'on puisse donner
à cette Matière un feu plus fort, selon
qu'elle en a besoin. Recommencez ensuite,
comme à la première fois, à dissoudre
tout ce qui pourra être dissous; coagulez-
le, & le remettez dans un feu modéré,
jusqu'à ce qu'il puisse en souffrir un plus
grand pour lui donner sa perfection. Il faut
réitérer quatre fois ces préparations, & à

@

LA SOMME DE GEBER. 349

la fin on calcinera cette Matière comme elle
le doit être. Ce qui étant fait, la très
précieuse Terre de la Pierre sera bien préparée.
Prenez alors cette partie de votre
Matière, que vous avez gardée sans la
fixer, & la mêlez subitement & adroitement,
avec cette Terre ainsi préparée, par leurs
moindres parties, & tâchez de les sublimer
si bien ensemble, de la manière que je l'ai
dit, que ce qui est fixe s'élève & se sublime
entièrement avec ce qui n'est pas fixe,
c'est-à-dire avec ce qui est volatil. Et si
après cela ce qui est fixe ne s'élevait pas,
il faudra encore lui ajouter autant de la Matière
volatile ou qui n'est pas fixe, qu'il en
faudra pour le faire sublimer. Après quoi,
il faut les resublimer & continuer à le faire,
jusqu'à ce que tout soit devenu fixe. Ensuite
on l'abreuvera une partie après l'autre,
avec la même Matière [que l'on a gardée]
& qui n'a pas été fixée, de la manière
que vous le devez savoir, jusqu'à
ce que tout s'élève & se sublime. Fixer
encore jusqu'à ce qu'il se fonde facilement,
après avoir rougi, & vous aurez une
Médecine qui transmuera tous les Corps
imparfaits & quelque Argent-vif que ce
soit, en très parfaite Lune.

pict

@

350 LA SOMME DE GEBER.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXX.

De la Médecine Solaire du troisième
Ordre.

P Our faire cette Médecine, il faut,
en la préparant, lui ajouter avec grand
artifice un Soufre incombustible, en fixant,
calcinant & dissolvant, & en réitérant ces
Opérations jusqu'à ce que ce Soufre soit
pur & net. Mais avant tout cela, il faut
avoir parfaitement sublimé la Matière de
cette Médecine. La manière d'ajouter ce
Soufre se fait en réitérant la Sublimation
de la partie de la Pierre, c'est-à-dire
de sa Matière qui n'est pas fixe, & en
la joignant industrieusement avec la partie
fixe; tellement que celle-ci s'élève avec
l'autre, & qu'elle lui communique sa fixité
& sa stabilité. Et plus on refait de
suite ces Opérations, qui donnent une
perfection exubérante à cette Médecine,
plus elle acquiert de perfection, plus elle
devient efficace, & plus enfin sa vertu
s'augmente & se multiplie.
Mais pour ne donner sujet à personne
de sa plaindre de moi, je m'en vais dire
en quoi consiste tout l'accomplissement du
Magistère, & cela en peu de mots fort
intelligibles, qui comprendront tout, sans
rien omettre.

@

LA SOMME DE GEBER. 351

Tout le Secret consiste donc à purifier
parfaitement, par la Sublimation, tant la
Pierre, ou sa première Matière, que ce
qu'on lui ajoute, c'est-à-dire son Soufre:
puis à fixer adroitement ce qui est volatil,
& à rendre volatil ce qui est fixe; & enfin
à faire encore le fixe volatil. Fais cela, &
tu posséderas un Secret très précieux, qui
vaut mieux incomparablement que tous
les Secrets de toutes les Sciences du Monde,
& qui est véritablement un Trésor,
qu'on ne saurait assez estimer. Applique-
toi à le chercher avec un travail assidu &
une très profonde méditation. Car par ce
moyen tu pourras l'acquérir, & non autrement.
Au reste, en refaisant, comme je l'ai
dit, les Opérations de cette Médecine,
ce qui s'appelle sa Multiplication, on peut
l'élever à une telle perfection, qu'elle changera
véritablement une infinité d'Argent-
vif en Soleil & en Lune très parfaits. Et cela
ne dépend que de sa seule Multiplication.
Il ne nous reste plus qu'à louer & à bénir
en cet endroit le très haut & très glorieux
Dieu, Créateur de toutes les Natures,
de ce qu'il a daigné nous révéler toutes
les Médecines que nous avons vues &
connues par expérience. Car c'est par sa
sainte inspiration que nous nous sommes
appliqués à les rechercher avec bien de la

@

352 LA SOMME DE GEBER.

peine, & qu'enfin nous les avons faites,
& que nous avons vu de nos yeux & touché
de nos mains le parfait Magistère,
que nous avons tant cherché. Que si nous
avons celé la chose, celui qui sera Fils de
la Science, ne s'en doit pas étonner. Car
ce n'est pas à lui que nous l'avons cachée;
mais au Méchant, l'ayant enseigné de telle
manière que très assurément un Fou
n'y comprendra rien; au lieu que ce que
nous en avons dit encouragera un Homme
sage à s'attacher encore plus fortement à
la rechercher.
Courage donc, Fils de la Science,
cherchez & vous trouverez infailliblement
ce Don très excellent de Dieu, qui est
réservé pour vous seuls. Et vous, Enfants
d'iniquité, qui avez mauvaise intention,
fuyez bien loin de cette Science,
parce qu'elle est votre Ennemie, & qu'elle
est faite pour votre perte & votre ruine,
qu'elle vous causera très assurément. Car
la Providence divine ne permettra jamais
que vous jouissiez de ce Don de Dieu, qui
est caché pour vous, & qui vous est défend.
Après avoir parlé de toutes les sortes
de Médecines, en suivant l'ordre que nous
nous sommes proposé, nous allons traiter
maintenant des différentes Epreuves, par
lesquelles on connaît si le Magistère est
véritablement parfait.
TROISIE'ME

@

LA SOMME DE GEBER. 353

pict

T R O I S I E'M E
E T D E R N I E R E P A R T I E


DU SECOND LIVRE

Des Epreuves de la perfection.

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C H A P I T R E XXXI.

Division des choses contenues en cette
Partie.

N Ous ne nous arrêtons point à parler
ici des Expériences, que tout le
monde sait faire comme d'examiner les
Métaux parfaits par leur poids, leur couleur,
& l'extension qu'ils reçoivent sous
le Marteau; parce qu'il ne faut pas être
fort habile pour cela. Ainsi nous ne traiterons
en cette Partie que des Epreuves ou
Essais que font les Artistes, pour connaître
si la Médecine, dont on aura fait projection
sur les Corps imparfaits, & qui les
aura transmués, leur aura donné une véritable
perfection.
Tome I. G g

@

354 LA SOMME DE GEBER.

Ces Epreuves sont la Coupelle, le Ciment,
le Rougissement du Métal au feu,
la Fusion, l'Exposition que l'on fait sur
la vapeur des choses aiguës ou acides, le
Mélange ou l'Addition du Soufre combustible,
l'Extinction du Métal qui a été rougi,
la Calcination, la Réduction en corps,
& la facilité ou difficulté qu'il aura à recevoir
l'Argent-vif. En suivant cet ordre,
nous commencerons par la Coupelle, puis
nous viendrons aux autres Epreuves, &
nous rapporterons les Causes de chacune
dans leur lieu.

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C H A P I T R E XXXII.

De la Coupelle.

V Oyons donc ce que c'est que la Coupelle;
disons-en les Causes, qui seront
très manifestes, & la manière de la
faire. Mais il faut remarquer premièrement
qu'il n'y a que le Soleil & la Lune qui
puissent souffrir cet examen. En recherchant
donc quelle est la Cause de l'Effet
que produit la Coupelle, & d'où vient que
des Métaux imparfaits, que l'on met à cet
Examen, il y en a qui le souffrent plus
longtemps, & d'autres moins, nous verrons
par même moyen, ce qui fait la véritable

@

LA SOMME DE GEBER. 355

différence des deux Corps parfaits,
d'avec les imparfaits.
Ce n'est pas que ce soit une chose nécessaire
à faire en cet endroit, puisque
nous avons déjà suffisamment examiné &
découvert la Composition essentielle des
deux Métaux parfaits, par leurs Principes,
lorsque nous en avons ci-devant traité expressément.
Car nous avons dit alors que
leur Substance était composée d'une grande
quantité d'Argent-vif, & de sa plus
pure Substance, très subtile d'abord, mais
qui depuis a été épaissie, & rendue en
état de ne se fondre, qu'étant devenue rouge
dans le feu. Et de-là nous tirons cette
conséquence. Que les Métaux imparfaits,
qui ont le plus de terrestréité, souffrent le
moins la Coupelle, & que ceux qui en
ont le moins, la souffrent davantage. Et
la raison en est, parce que les parties de
ces derniers étant plus subtiles, n'étant entremêlées
d'aucune terrestréité grossière,
elles se mêlent mieux, & elles s'unissent
plus fortement ensemble, & ainsi elles sont
beaucoup plus tenantes les unes aux autres.
Et de-là il s'ensuit encore que les Corps,
dont les parties sont plus minces & plus
subtiles, ou au contraire qui sont plus épaisses
& plus grossières que ne sont celles
des Corps parfaits, étant mêlés ensemble,
doivent nécessairement se séparer entièrement
G g ij

@

356 LA SOMME DE GEBER.

les uns des autres, lorsqu'on
les met à cette Epreuve, parce que ces
Corps ne se fondent pas tous de la même
manière, & au même temps, entre ceux-là,
& ceux qui dans leur composition ont le
moins d'Argent-vif, se séparent le plus tôt
des autres.
Ce qui nous fait évidemment connaître
la raison pourquoi de tous les Métaux,
Saturne souffre moins la Coupelle, & pourquoi
il se sépare le premier de ceux qu'on
met à cette Epreuve avec lui. Car c'est
qu'il est composé de beaucoup de terrestréité
& de fort peu d'Argent-vif, & qu'il
se fond facilement & promptement, qui
sont deux choses toutes opposées à cet
Examen. Et parce qu'il s'en va & s'exhale
plus tôt que pas un des autres Corps imparfaits,
c'est pour cela qu'il est plus propre
quel nul autre à faire cette Epreuve, & à
servir d'Examinateur. Car s'exhalant d'abord,
il enlève & entraîne avec lui les autres
Corps imparfaits qu'on y met. Et par cette
même raison, il se consume moins du
Corps parfait dans le feu qu'on fait pour
la Coupelle, quoiqu'il soit très violent;
parce que Saturne, qui est l'Examinateur,
n'y demeure pas si longtemps; au lieu que
le Corps parfait y demeure jusqu'à la fin,
& longtemps après que Saturne est tout
consumé. Et par ainsi, il se brûle moins

@

LA SOMME DE GEBER. 357

du Corps parfait en cet examen, qui se
fait pas l'entremise du Plomb, & même
il s'y purifie davantage.
C'est pourquoi Jupiter, ayant moins de
terrestréité, & plus d'Argent-vif que Saturne,
& ce qu'il en a étant plus pur &
plus subtil, lorsqu'il est mêlé avec les autres
Métaux, il souffre plus longtemps la
Coupelle que ne font Saturne ni Vénus,
parce qu'il s'attache plus intimement à ce
qu'il y a de Métal parfait mêlé avec lui.
Et c'est pour cela même, que lorsqu'il y
a du Jupiter mêlé avec quelqu'un des
Corps parfaits, dans la masse dont on fait
l'Epreuve, le Corps parfait diminue beaucoup,
avant que Jupiter s'en sépare.
Pour ce qui est de Vénus, quoi qu'elle
ne se fonde qu'après avoir rougi, néanmoins,
lorsqu'elle est mêlée avec un Corps
parfait, comme elle ne se fond pas si tôt
que lui, cela est cause qu'elle s'en sépare,
mais non pas pourtant si tôt que Saturne,
parce qu'elle rougit avant que de se fondre.
Mais comme elle a bien moins d'Argent-vif
que Jupiter, qu'elle a plus de
terrestréité que lui, & qu'elle est par conséquent
d'une Substance plus épaisse, elle
se sépare aussi plus tôt que Jupiter de la
masse où elle sera mêlée avec un Métal
parfait; parce que Jupiter s'y attache bien
plus intimement que ne fait Vénus, pour

@

358 LA SOMME DE GEBER.

la raison que je viens de dire.
A l'égard de Mars, n'ayant point de
fusion, à cause qu'il n'a presque point
d'humidité, il ne se mêle avec nul des
Métaux; & s'il arrive que par la violence
du feu, il se mêle avec le Soleil ou la Lune,
n'ayant point d'humidité, il boira celle
de ces deux Métaux parfaits, & s'unira
avec eux fort exactement, & par ses moindres
parties. De sorte qu'encore qu'il ait
beaucoup de terrestréité, & fort peu d'Argent-vif,
& qu'il ne soit pas même fusible,
on a pourtant bien de la peine à le séparer
d'avec les Métaux parfaits, & il faut être
bien expert pour le pouvoir faire.
L'Artiste, qui comprendra bien les raisons
que je viens de dire (pourquoi il y a
des Métaux qui souffrent la Coupelle, &
d'autres qui la souffrent plus ou moins)
connaîtra par-là ce qu'il faut faire pour perfectionner
les Métaux imparfaits, c'est-à-
dire ce qu'on doit leur ajouter & leur ôter.
Mais s'il ne m'entend ou s'il ne me croit
pas, & qu'il ne veuille suivre là-dessus que
son caprice, cela ne lui servira de rien
pour découvrir la vérité.
J'ai dit au commencement de ce Chapitre
que les deux Corps parfaits, c'est-à-
dire le Soleil & la Lune, souffrent l'Examen
de la Coupelle. J'en ai dit la raison,
je l'explique encore & j'ajoute, que c'est

@

LA SOMME DE GEBER. 359

à cause de leur bonne & forte composition,
qui vient de leur parfaite mixtion, & de
leur pure Substance; au lieu que les Métaux
imparfaits ne la peuvent souffrir, à
cause de l'impureté & de la faible union
de leurs Principes.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXXIII.

Comment l'on fait l'Examen des Métaux
par la Coupelle.

P Our faire la Coupelle, il faut prendre
des Cendres criblées, de la Chaux,
ou de la poudre des Os des Bêtes, que
l'on aura brûlés. On mêle tout cela ensemble,
ou une partie seulement; on le
détrempe avec un peu d'eau, & on lui
donne la forme en l'aplatissant avec la
main, afin qu'il ait une assiette ferme &
solide, & on enfonce un peu le milieu plus
que les côtés; & sur ce milieu, qui a la
figure d'une petite Coupe, l'on jette un
peu de poudre de verre, & on la laisse
sécher. On se sert ensuite de cette Coupelle,
comme je vais le dire.
On pose le Métal, ou la masse du Métal
que l'on veut coupeller, dans le milieu
de cette Coupelle, à l'endroit où elle est un
peu creuse; on met des charbons par-dessus

@

360 LA SOMME DE GEBER.

qu'on allume, & on souffle continuellement
avec un soufflet sur la Matière qu'on
y a mise, jusqu'à ce qu'elle soit fondue.
Cela fait, on jette du Plomb pièce à pièce
par-dessus, & on continue à souffler fortement,
afin d'y entretenir continuellement
un feu de flamme. Et quand vous verrez
la Matière se tourner, & se remuer fortement,
soyez assuré qu'elle n'est pas pure.
Il faut attendre pourtant jusqu'à ce que
tout le Plomb soit exhalé. Car si après cela
l'agitation de la Matière continue toujours,
c'est une marque qu'elle n'est pas
assez purifiée, ainsi il faut encore jeter
d'autre Plomb par-dessus, & souffler continuellement
jusqu'à ce qu'il s'en aille. Que
si après y avoir jeté du Plomb la seconde
fois, vous voyez que la Matière ne demeure
pas encore en repos, il faut souffler
par-dessus, jusqu'à ce que son mouvement
s'arrête, & que la surface de la Matière
fondue vous paraisse nette & claire. Alors
ôtez les charbons, défaites le feu, & jetez
de l'eau sur votre Matière, parce que vous
devez la trouver bien coupellée.
Que si en soufflant vous jetez de fois à
autre de la Poudre de verre dans votre
Coupelle, le Métal que vous examinez,
s'en purifiera mieux; parce que le Verre
emporte les ordures en les accrochant. Au
lieu

@

LA SOMME DE GEBER. 361

lieu de Verre, on peut y jeter du Sel,
ou du Borax, ou de l'Alun de quelque
sorte que ce soit. Cette Epreuve se peut
aussi bien faire dans un Creuset de terre,
qu'avec une Coupelle, en soufflant tout autour
par-dessus, afin que le Métal qu'on
mettra dedans à éprouver, soit plus tôt fondu
& purifié.
Parlons maintenant du Ciment, & disons-en
les causes & l'usage.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXXIV.

Du Ciment, & pourquoi il y a des Corps ou
Métaux qui le souffrent mieux, & d'autres
qui le souffrent moins.

N Ous avons dit ci-devant que les
Corps, qui ont le plus de Soufre
combustible, se brûlaient beaucoup plus
par la Calcination; & que ceux qui en ont
le moins, ne se brûlaient pas si facilement.
Le Soleil étant donc celui de tous les
Métaux qui a le moins de Soufre, & ce
qu'il en a étant fixe, il s'ensuit de là qu'il
est le moins combustible de tous, même
par le feu de flamme. La Lune ayant pareillement
moins de Soufre que tous les
autres Métaux, & en ayant pourtant plus
que le Soleil, il est certain qu'elle ne peut
pas souffrir si longtemps le feu de flamme
Tome I. * H h

@

362 LA SOMME DE GEBER.

que le Soleil, non plus que les autres
choses qui brûlent de la même manière.
Vénus le pourra encore moins souffrir, parce
qu'outre elle a plus de Soufre que
ces deux Métaux parfaits, elle a encore
des terrestréités. Jupiter ayant moins de
Soufre & de terrestréité que Vénus, mais
pourtant plus que le Soleil & la Lune, il
se brûlera moins par conséquent au feu de
flamme que ne fera Vénus; mais plus
que le Soleil & la Lune. Pour Saturne,
il a plus de Soufre & de terrestréité dans
sa composition que nul des Corps dont
nous venons de parler; aussi il s'enflamme
beaucoup plus tôt, & se brûle bien plus
vite au feu de flamme. Ce qui vient principalement
de ce que son Soufre est fortement
mêlé dans sa Substance, & que ce
Soufre est plus fixe que celui de Jupiter.
A l'égard de Mars, s'il ne se brûle pas,
c'est par accident que cela se fait, non pas
que cela vienne de lui. Car quand on le
mêle avec des Corps qui ont beaucoup
d'humidité, il la boit, à cause qu'il n'en
a point, & qu'il est extrêmement sec,
n'ayant que très peu de Mercure. Et si on
le mêle avec quelque autre Corps, il ne
s'enflamme ni ne se brûle, à moins que
les Corps avec lesquels il sera mêlé, ne
soient d'eux-mêmes inflammables & combustibles.
Car en ce cas-là il se brûle &

@

LA SOMME DE GEBER. 363

s'enflamme nécessairement, selon que les
Corps auxquels il est mêlé, sont inflammables
& combustibles eux-mêmes.
Cela présupposé, le Ciment étant fait
de choses inflammables, on voit pourquoi
il a été inventé, & quel est son usage, qui
est afin que tout ce qui serait combustible
dans les Métaux se brûlât & fût consumé.
N'y ayant donc qu'un seul Corps, qui
est le Soleil, qui soit incombustible; il
n'y a que lui ou ce qui s'approchera le
plus de sa nature, qui ne sera pas consumé
par le Ciment. Il y a pourtant des
Corps qui lui résistent davantage, & d'autres
qui le souffrent moins. Et il est aisé, par
les choses que nous venons de dire, d'en
faire le discernement. Car par cette raison
la Lune y dure plus après le Soleil, Mars
moins qu'elle, Jupiter moins que Mars,
Vénus moins que Jupiter, & Saturne le
moins de tous.

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C H A P I T R E XXXV.

De quoi est fait le Ciment, & comment on
en fait l'Epreuve.

V Oyons maintenant de quelle manière
on fait le Ciment. Car comme il est
d'un grand usage, pour examiner si les
Métaux sont parfaits, ou non, un Artiste
H h ij

@

364 LA SOMME DE GEBER.

doit nécessairement le savoir faire. Le
Ciment se fait donc avec les Matières minérales,
qui s'enflamment, comme sont
toutes celles qui noircissent, qui s'enfuient
de dessus le feu, qui pénètrent & qui brûlent.
Par exemple, le Vitriol, le Sel ammoniac,
le Verdet, à quoi on ajoute un
peu de poudre de vieille Brique, & tant
soit peu, ou point du tout de Soufre, de
l'Urine d'Homme, avec d'autres choses
semblables, aiguës & pénétrantes. De tout
cela détrempé avec l'Urine, on compose
un Ciment, dont on fait des couches,
sur des lamines de Métal, qu'on veut passer
par le Ciment. On arrange ensuite ces
lamines dans un pot de terre, où il y aura
des grilles de fer, & l'on pose ces lamines
de telle manière qu'elle ne se touchent
pas, & ne soient pas couchées les unes sur
les autres; mais qu'il y ait de l'espace entre
deux, afin que l'ardeur de feu puisse
s'étendre librement, & agir également sur
toutes. Il faut mettre ce Pot; ainsi accommodé,
dans un Fourneau, & l'y tenir durant
trois jours à fort feu, prenant garde
néanmoins de ne pas faire le feu si violent
que les lamines se puissent fondre; mais
qu'il soit tel, que les lamines se tiennent
seulement toujours rouges. Après ce temps-
là, on trouvera les lamines nettes, & purifiées
de toutes sortes d'ordures & d'impuretés;

@

LA SOMME DE GEBER. 365

pourvu que le Métal, dont elles
sont, soit parfait. Car s'il ne l'est pas,
elles seront entièrement détruites & brûlées
par la Calcination qui s'en sera faite.
Il y en a qui, sans Ciment, mettent des
lamines de Métal dans un feu de flamme,
& elles se purifient tout de même, si elles
sont de Métaux parfaits; car autrement
elles se brûlent & se réduisent en cendre.
Mais dans l'Examen, qui se fait de cette
sorte, il faut tenir bien plus longtemps les
lamines dans le feu, que lorsqu'on les accommode
avec du Ciment.
Au reste, comme la Lune n'est pas
beaucoup différente de la nature du Soleil,
pour peu qu'on la prépare, elle demeure
avec lui dans le même Examen, & elle le
souffre tout de même, sans se séparer de
lui. Aussi les Métaux ne se séparent les
uns des autres, tant à la Coupelle qu'au
Ciment, qu'à cause de la différence qui se
trouve dans la composition de leur Substance:
parce que c'est ce qui leur donne
une fusion différente, & ce qui fait qu'ils
ont leurs parties ou plus ou moins serrées.
Et de-là vient qu'ils se séparent les uns des
autres dans ces deux Examens. Car la Substance
des Métaux, qui sont d'une composition
très forte, ne saurait être corrompue
par aucun Corps étranger, à cause
que ces Métaux, & ces Corps étrangers,
H h iij

@

366 LA SOMME DE GEBER.

sont deux différentes Substances,
qui ne peuvent point se mêler & s'unir ensemble
par leurs moindres parties. C'est
pourquoi, quand les Métaux sont mêlés
les uns avec les autres, ils se séparent par
cet artifice, sans que pour cela leur Essence
soit entièrement corrompue ni détruite.
C'est pourquoi l'on connaît si,
dans la Transmutation, les Corps imparfaits
ont reçu une véritable perfection, s'ils se
fondent comme il faut, s'ils rougissent au
feu, & s'ils ont la solidité & la fermeté
qu'ils doivent avoir pour être parfaits.

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C H A P I T R E XXXVI.

Du Rougissement des Métaux au feu.

L Es Métaux parfaits rougissent au feu
dans un temps déterminé avant que de
se fondre. Afin que les imparfaits soient véritablement
transmués, & qu'ils reçoivent
une véritable perfection, il faut nécessairement
qu'ils soient fusibles de la même manière:
je veux dire qu'auparavant de se fondre,
il faut qu'ils rougissent en s'enflammant,
& qu'ils paraissent d'un beau bleu
céleste, comme font les Corps parfaits,
avant que de venir comme aux à cette
blancheur éclatante que l'oeil ne saurait
supporter. Car les Corps parfaits rougissent

@

LA SOMME DE GEBER. 367

parfaitement d'une rougeur très forte,
auparavant que de se fondre, & ils ne
viennent à cette grande blancheur, que
l'on ne saurait regarder, que lorsqu'ils
sont fondus. Ainsi, si les Corps imparfaits,
sur lesquels on fait la projection, se fondent
avant que de rougir; c'est une marque
qu'ils ne sont pas parfaits; & s'ils ne
rougissent qu'avec peine, & par un feu
fort violent, leur Transmutation n'est pas
véritable. Ce qui se doit entendre des
Corps imparfaits, qui sont naturellement
mous; la même chose se doit inférer de
Mars tout seul. Car les Métaux qui ne
rougissent pas naturellement, n'acquièrent
pas facilement cette propriété, par la
préparation qu'on leur donne; ni ceux qui
ne sont pas fusibles d'eux-mêmes, ne reçoivent
pas non plus par-là une fusion
semblable à celle qu'ont naturellement les
Corps parfaits. Et si après avoir fait projection
de la Médecine sur ces Métaux,
ils ne rougissent pas avant leur fusion &
s'ils ne jettent pas une lueur d'un beau
bleu céleste fort agréable, on peut dire
véritablement que leur transmutation n'est
pas parfaite. De plus, s'ils n'ont pas le
même poids des Métaux parfaits, dans le
même volume, s'ils n'ont pas la même
couleur, ni le même éclat, s'ils ne rougissent
pas de la même manière, & enfin
H h iiij

@

368 LA SOMME DE GEBER.

s'il leur manque quelque autre propriété
des Corps parfaits, que l'on peut reconnaître
par les différentes Epreuves que
l'on a imaginées pour cela, on peut dire
que l'Artiste n'a pas bien réussi dans ses
Recherches, ni dans son travail. Ainsi il
doit recommencer à étudier, & à chercher
tout de nouveau, jusqu'à ce qu'il acquière
la véritable connaissance du Magistère,
qu'il ne doit pourtant attendre que
de la bonté de Dieu seul.

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C H A P I T R E XXXVII.

De la Fusion.

N Ous allons parler maintenant de la
Fusion & nous en dirons tout ce qui
sera nécessaire, parce que c'est une Epreuve,
qui nous fait évidemment connaître
les Métaux qui rougissent au feu, & ceux
qui n'y rougissent point. Je dis donc premièrement
que la Fusion des Corps parfaits
ne se fait que d'une seule manière,
qui est qu'ils ne se fondent jamais, qu'ils
n'aient rougi auparavant. Mais comme il
y a d'autres Métaux qui rougissent tout de
même, avant que de fondre, il faut remarquer
que les parfaits rougissent d'une
manière particulière. Car lorsqu'ils rougissent,
ils ne deviennent pas tout à fait

@

LA SOMME DE GEBER. 369

blanc, il ne paraît point de noirceur
dans le feu qui en sort, & ils ne se fondent
pas d'abord qu'ils ont rougi, ni ils ne
deviennent pas tout aussitôt liquides &
coulants.
Quand on verra donc qu'un Métal fondra
à un fort petit feu, ou qu'il fondra
sans rougir, ou qu'en fondant il paraîtra
noirâtre; c'est une marque infaillible, que
c'est ou un Corps imparfait (tel qu'il est
naturellement, ou si l'on a fait projection
de quelque Médecine sur lui) que cette
Médecine est imparfaite. Que si encore
après qu'un Métal aura rougi, on ne le fait
point refroidir en le trempant dans l'Eau,
& que sa rougeur se change tout à coup
en noirceur, & qu'ainsi il perde sa rougeur
auparavant que de s'endurcir; il est
certain que ce Métal, quel qu'il soit,
n'est pas parfait; & c'est assurément un
des Métaux imparfaits, qui sont naturellement
mous. Mais si c'est un Métal, qui
avant que de fondre ne rougisse qu'avec
peine, & même qu'à fort feu, & si étant
rouge il jette un éclat & une lueur fort
resplendissante & toute blanche, c'est un
témoignage que ce Corps-là n'est pas parfait;
mais c'est l'un ou l'autre des deux
Corps durs, c'est-à-dire Vénus ou Mars.
De même, si l'on ôte du feu un Métal
après être fondu, & qu'il s'endurcisse tout

@

370 LA SOMME DE GEBER.

aussitôt, tellement qu'il ne soit plus coulant
ni liquide, demeurant toujours rouge
& éclatant, quel que soit ce Corps-là,
& quelque Médecine qu'on ait projetée
sur lui, il n'a pas la véritable perfection
de Lune ni de Soleil; mais c'est ou Mars,
ou quelque chose de semblable.
De ce que nous venons de dire, il est
évident que les Corps fusibles rougissent
de trois différentes manières, auparavant
que de fondre, comme il se connaît par
expérience. Car il y en a qui étant rouges,
paraissent noirâtres, & c'est là la manière
de rougir des Métaux imparfaits,
qui sont mous. Il y en a d'autres, dont
la rougeur est d'un rouge clair, & ceux-
là ce sont les Métaux parfaits. Et enfin il
y en a d'autres, dont la rougeur est fort
blanche, & qui jettent des rayons brillants,
& ceux-là, ce sont nécessairement
les Corps imparfaits qui sont durs, ainsi
que la raison & l'expérience le font voir.
Mais pour être plus assuré de toutes
les manières dont les Métaux rougissent
au feu l'on n'a qu'à en faire fondre un peu
de chacun, & à considérer premièrement,
à quel degré de feu, chacun d'eux se fond,
& ensuite prendre garde à toutes les différences
de leur fusion. Car de cette manière
on s'instruira pleinement de toutes
choses, & non autrement. Cela dépendant

@

LA SOMME DE GEBER. 371

uniquement de la Pratique & de l'Expérience.
Et c'est là un Avertissement général,
qui doit servir pour toutes les manières
d'Examens tant de ceux dont j'ai
déjà parlé, que de ceux qui nous restent
encore à dire. Voilà pour la Fusion.

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C H A P I T R E XXXVIII.

De l'Exposition qu'on fait des Métaux sur
les vapeurs des choses acides.

N Otre ordre veut que nous parlions
maintenant de la Preuve que l'on
fait, pour connaître si les Corps sont parfaits,
en les mettant sur les vapeurs des
choses âcres & acides. On a imaginé cette
Preuve; parce qu'on a vu par expérience,
que les Corps parfaits étant mis sur la
vapeur des choses aiguës, c'est-à-dire
de celles qui ont un suc aigre, pontique
& acide, s'ils sont purs & sans mélange,
il ne se forme rien au-dessus, principalement
sur le Soleil. Et si ces Corps parfaits
ont quelque alliage, il se fait sur leur superficie
une espèce de petite fleur ou duvet,
de couleur de bleu céleste très agréable;
ce qui se fait encore mieux sur l'Or, qui
est mélangé avec quelque autre Métal,
que sur l'Argent. Ainsi, à l'imitation de
la Nature, nous mettons les Corps, qui

@

372 LA SOMME DE GEBER.

ont été préparés & altérés par nos Médecines,
à la même Epreuve, pour essayer
si la même chose & la même couleur d'un
bleu céleste se formera sur eux. Ce qui
ne provient que d'un Argent-vif net &
pur, comme nous l'avons fait voir suffisamment
ci-devant. C'est pourquoi lorsqu'on
mettra quelque Corps ou Métal
que ce soit, qui aura été altéré par la Médecine,
sur la vapeur des choses acides,
& qu'on verra qu'il ne produira pas cette
belle couleur céleste, on peut dire que ce
Corps-là n'est pas entièrement parfait.
Or voici la différence que par cet Examen,
on remarque entre les Corps ou
Métaux imparfaits. Sur Mars, il se forme
une rougeur brune, ou un jaune brun
entremêlé de verdeur. Sur Vénus un vert
brun mêlé d'un bleu céleste, trouble &
obscur. Sur Saturne un blanc brun & sur
Jupiter un blanc clair. Et d'autant que
l'Or, qui est le Corps ou Métal le plus
parfait, étant mis à cette Epreuve, ne produit
rien de semblable, ou qu'il en produit
bien peu, & qu'il est même fort longtemps
à le faire; & que d'ailleurs Jupiter,
par la vapeur des acides, jette cette fleur
gommeuse, plus tard que ne font les autres
Métaux imparfaits; nous inférons de
là, que Jupiter est celui de tous les Métaux
imparfaits qui a le plus de disposition

@

LA SOMME DE GEBER. 373

à recevoir la perfection, par la grand'Oeuvre.
C'est ainsi que, par le moyen de cet
Examen, tu pourras aisément connaître de
quelle espèce de Métal sera celui que tu
auras voulu changer par la Médecine, si
tu considères bien de suite, ce que je
viens de dire dans ce Chapitre. Que si cela
ne te peut de rien servir dans ce dessein,
tu ne dois t'en prendre qu'à ton ignorance
toute pure.

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C H A P I T R E XXXIX.

De l'Extinction des Métaux rougis au
feu.

O N fait cette Epreuve de diverses manières
pour connaître par-là si le
Métal imparfait, sur lequel on aura fait
projection du Magistère, est parfait ou non.
Car premièrement, ayant éteint dans une
Liqueur ce Métal, après l'avoir rougi au
feu, si l'on a prétendu le changer en Lune,
& qu'il ne devienne pas blanc étant
éteint; ou si ayant reçu la Médecine Solaire,
il ne devient jaune, & qu'il prenne
quelque autre couleur; c'est une marque
évidente que la Médecine, par laquelle on
a voulu transmuer ce Métal, n'est ni véritable,
ni parfaite. Secondement, si après avoir
fait rougir & avoir éteint par plusieurs

@

374 LA SOMME DE GEBER.

fois dans de l'Eau, où l'on aura dissous
des Sels ou de l'Alun, un Métal sur lequel
on aura fait projection de quelque
Médecine que ce soit, on voit se lever
par-dessus une écaille un peu noirâtre: ou
si après l'avoir éteint dans de l'Eau soufrée,
& l'avoir rougi & éteint ensuite
plusieurs fois de la même manière, il s'en
sépare beaucoup de scories ou paillettes:
ou s'il devient d'un vilain noir & désagréable;
ou s'il se casse sous le marteau;
il est certain que la Médecine, dont on se
sera servi pour transmuer ce Métal, est
trompeuse & sophistique. Troisièmement,
si après avoir fait passer un Métal par un
Ciment fait avec du Sel Ammoniac, du
Verdet, & de l'Urine d'Enfant, qui est
celle qui a le plus d'acrimonie, ou de quelque
autre chose semblable: & si après cela,
l'ayant fait rougir & éteint, celui qui
paraissait avoir été changé en Lune ou en
Soleil, étant forgé, n'a pas la couleur ni
d'Argent ni d'Or, ou s'il s'écaille sous
le marteau; il est certain que ce Métal n'a
été changé que par sophistication.
Enfin, voici une maxime constante &
générale pour toutes sortes d'Examens
& d'Epreuves: qui est, que si le Métal,
qui aura été altéré par quelque Médecine
que ce puisse être, du premier, du second,
ou du troisième Ordre, se trouve n'avoir

@

LA SOMME DE GEBER. 375

pas le véritable poids, dans le même volume,
ni la véritable couleur du Métal
parfait, dans lequel on aura prétendu le
transmuer, l'Artiste s'est assurément abusé
dans son Ouvrage, & sa Médecine n'est
qu'une fourberie & une sophistication,
qui non seulement ne profite de rien, mais
qui cause la ruine & l'infamie de ceux qui
s'appliquent à ces sortes d'Ouvrages.

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C H A P I T R E XL.

Du Mélange du Soufre combustible avec
les Métaux.

O N connaît tout de même, par le
mélange que l'on fait du Soufre avec
les Métaux, si la Médecine qu'on aura
projetée dessus, est véritable & parfaite.
Car nous voyons par expérience, que le
Soufre étant mêlé avec les Corps ou Métaux,
en brûle les uns plus que les autres,
& qu'il y en a qui après cela reprennent
corps, & d'autres qui ne le reprennent
point. Et ainsi l'on peut connaître par-
là la différence d'entre les Métaux imparfaits,
qui auront été changés par le
moyen des Médecines sophistiques, d'avec
ceux qui auront été véritablement
transmués par l'Elixir. De sorte que comme
de tous les Corps ou Métaux, tant

@

376 LA SOMME DE GEBER.

parfaits qu'imparfaits, nous voyons que
le Soleil est celui que le Soufre brûle le
moins, & après lui Jupiter, puis la Lune,
& enfin Saturne: & que Vénus se brûle
plus facilement que nul de ceux-là, & Mars
encore plus tôt & plus facilement qu'elle,
& que tous les autres. On peut juger de-
là, qui sont les Métaux les plus proches
de la perfection, & qui sont ceux qui en
sont les plus éloignés.
On juge pareillement par la diversité
des couleurs qu'ont les Corps, après avoir
été brûlés par le Soufre, de quelle espèce
ils sont, & quelle est leur véritable nature.
Car au sortir de cette Epreuve, le
Soleil paraît fortement orangé ou rouge
clair. La Lune est noire, entremêlée d'un
bleu céleste. Jupiter est noir avec un tant
soit peu de rouge mêlé. Saturne est noir,
brun, avec un peu de rouge & de lividité.
Pour ce qui est de Vénus, si elle a été
fort brûlée par le Soufre, elle paraît après
cela noire & fort livide : mais si elle n'a
été que légèrement brûlée, elle a une couleur
fort nette d'un beau violet, qui lui
vient du mélange du Soufre. Mais à l'égard
de Mars, bien qu'il soit beaucoup ou peu
brûlé, il revient toujours de cette Epreuve
fort noir & fort obscur.
On remarque pareillement la différence
qui est entre les Métaux, en les remettant
tant

@

LA SOMME DE GEBER. 377

en Corps, après qu'ils ont été brûlés
par le Soufre. Car il y en a qui reprennent
Corps, & d'autres qui, après l'avoir repris,
étant mis dans un feu violent, s'en
vont entièrement, ou en partie en fumée
avec le Soufre. De plus, quelques-uns de
ceux qui reprennent corps, reviennent en
leur même nature; & il y en a d'autres,
qui après avoir été ainsi brûlés, reviennent
& se changent en tout un autre Corps,
que celui qu'ils avaient auparavant. Ceux
qui après cette Epreuve reprennent leur
même Corps, ce sont le Soleil & la Lune.
Mais Jupiter & Saturne s'évaporent; Jupiter
ou entièrement ou presque tout; Saturne
ne s'évapore pas tout à fait, mais
quelquefois plus & quelquefois moins. Au
reste, cette différence vient de la diversité
des choses & des Corps, & de la différente
manière de les préparer ou de les
essayer par cette Epreuve. Car si au sortir
de cet Examen, on remet Jupiter en Corps,
& qu'on lui veuille donner tout à coup
un feu fort violent, il s'évapore & se
perd: au lieu que si l'on donne le feu peu
à peu & par degrés, Saturne & Jupiter se
conservent & se maintiennent en leur nature.
Il est vrai que les Corps que ces deux
Métaux reprennent après cela, ne semblent
pas être leur véritable Corps, mais un autre
tout différent. L'expérience nous ayant
Tome I. I i

@

378 LA SOMME DE GEBER.

fait voir qu'après cette Epreuve, Jupiter
se change comme en un Régule d'Antimoine
clair, & Saturne en un Régule d'Antimoine
brun & obscur. Que Vénus se diminue,
si on lui fait reprendre corps par
un feu fort, & Mars encore plus. Mais
Vénus, se remettant en Corps, devient
plus pesante qu'elle n'était, & d'une couleur
jaune obscure, qui tient un peu de la
noirceur, & elle s'amollit en augmentant
de poids. Ainsi l'on pourra juger par ces
Expériences, de la nature des Corps, qui
auront été altérés par les Médecines.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLI.

De la Calcination & de la Réduction.

N Ous aurions encore une fois à parler
ici de l'Examen qui se fait en
calcinant les Corps ou Métaux, en leur
faisant ensuite reprendre Corps. Mais, parce
que nous avons déjà traité fort amplement
de ces deux choses dans le Livre
précédent, nous nous contenterons de dire,
que nous avons prouvé par expérience,
qu'encore que l'on calcine les Corps
parfaits, & qu'on les remette en Corps, tant
que l'on voudra, ils ne perdront rien
pour cela de leur perfection & de leur
bonté: c'est-à-dire qu'ils ne perdront

@

LA SOMME DE GEBER. 379

rien, ni de leur couleur, ni de leur poids,
ni de leur volume, ni de leur éclat, au
moins qui soit considérable. D'où il faut
tirer cette conséquence, que si en calcinant
& en remettant plusieurs fois en corps
les Métaux imparfaits, quels qu'ils soient,
qui auront été altérés & changés par quelque
Médecine, s'ils déchoient de la bonté
qu'ils semblaient avoir acquise par la projection,
il est certain que les Médecines,
qui auront fait ce changement, ne sont
que de pures Sophistications. Ainsi l'on
doit travailler à faire des expériences, afin
de n'y être pas trompé.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLII.

De la facilité qu'ont les Métaux à recevoir
l'Argent-vif.

J 'Ai ci-devant fait voir clairement, que
les Corps ou Métaux, qui avaient
beaucoup d'Argent-vif, étaient les plus
parfaits, & que c'était la raison pour laquelle
ils s'attachaient beaucoup mieux à
l'Argent-vif, que ne font les autres. Et
il est certain, par conséquent, que les
Corps qui reçoivent & boivent plus avidement
l'Argent-vif, s'approchent le plus
de la perfection; ainsi que nous le témoigne
la grande facilité que le Soleil & la
I i ij

@

380 LA SOMME DE GEBER.

Lune, qui sont les deux Corps parfaits,
ont à le recevoir & à s'attacher à lui. D'où
il s'ensuit que tout Métal imparfait, qui
aura été transmué par quelque Médecine,
& qui ne recevra pas facilement l'Argent-
vif en sa Substance, doit être fort éloigné
de la perfection.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLIII.

Récapitulation de tout l'Art.

A Près avoir parlé suffisamment des
Expériences qu'on peut faire pour
examiner la perfection du Magistère, &
avoir par conséquent satisfait à ce que
nous avions promis au commencement de
ce Livre, il ne nous reste plus autre chose
à faire, pour achever notre Ouvrage,
qu'à mettre dans un seul Chapitre tout
l'accomplissement de cette divine Oeuvre,
& réduire en peu de mots le Procédé du
Magistère que nous avons abrégé en cette
Somme, & dispersé en tous les Chapitres
qu'elle contient. Je déclare donc que
toute l'Oeuvre ne consiste qu'à prendre la
Pierre, (c'est-à-dire la Matière de la Pierre)
que l'on doit assez connaître, par
toutes les choses que nous en avons dites
dans les Chapitres de ce Traité; & par
un travail assidu & continuel, lui donner

@

LA SOMME DE GEBER. 381

le premier degré de Sublimation, afin de
lui ôter toute l'impureté qui la corrompt.
La perfection que la Sublimation doit
donner à cette Matière, ne consistant qu'à
la faire devenir si subtile, qu'elle soit élevée
à la dernière pureté & subtilité; qu'elle
devienne enfin toute spirituelle & volatile.
Après quoi, il faut la rendre tellement
fixe par les manières de Fixations, que j'ai
décrites, qu'elle puisse résister au feu, quelque
violent qu'il soit, & demeurer sans s'enfuir
ni s'évaporer: Et c'est là la fin du second
degré de la préparation qu'il faut donner
à cette Matière. Par le troisième degré
on achève de la préparer tout à fait. Ce qui
se fait en sublimant cette Pierre (ou cette
Matière), & par ce moyen de fixe qu'elle
est, la rendant volatile, puis de volatile
la faisant fixe une seconde fois, la dissolvant
après l'avoir fixée, & étant dissoute la
rendant encore volatile, & la refixant tout
de même, tant qu'elle soit fusible, &
qu'elle transmue les Imparfaits, & leur
donne la véritable perfection de Soleil &
de Lune à toute épreuve. Ainsi, en refaisant
les Opérations de ce troisième degré,
on augmente la perfection de la Pierre,
& on multiplie la vertu qu'elle a de transmuer
les Corps imparfaits. De sorte que
ce n'est qu'en refaisant continuellement les
mêmes Opérations de l'Oeuvre, qu'on

@

382 LA SOMME DE GEBER.

donne la Multiplication à la Pierre, par
laquelle on la rend si parfaite, qu'une de
ses parties pourra convertir en véritable
Soleil & en véritable Lune, cent parties
de Métal imparfait, puis mille, & ainsi
de suite en augmentant toujours jusqu'à
l'infini. Après on n'a plus qu'à faire
passer par les Epreuves, le Métal qui aura
été transmué, pour connaître si le
Magistère, qui en aura fait la Transmutation,
est véritable & parfait.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLIV.

De quelle manière l'Auteur a enseigné
l'Art en cette Somme de perfection.

M Ais pour ôter toute sorte de prétexte
aux Calomniateurs de nous accuser
de mauvaise foi, & de n'avoir pas agi
sincèrement en ce Traité: Je déclare ici
premièrement qu'en cette Somme, je n'ai
pas enseigné notre Science de suite, mais
je l'ai dispersée ça & là en divers Chapitres.
Et je l'ai fait ainsi à dessein, parce
que si je l'avais mise par ordre & de suite,
les Méchants, qui en feraient un mauvais
usage, l'auraient apprise aussi facilement
que les Gens de bien. Ce qui serait une
chose tout à fait indigne & injuste. Je déclare
en second lieu, que partout où il

@

LA SOMME DE GEBER. 383

semble que j'aie parlé le plus clairement
& le plus ouvertement de notre Science,
c'est là, où j'en ai parlé le plus obscurément,
& où je l'ai le plus cachée. Je n'en
ai pourtant jamais parlé par Allégories ni
par Enigmes; mais je l'ai traitée, & je
l'ai enseignée en paroles claires & intelligibles,
l'ayant écrite sincèrement, & de la
manière que je l'ai sue, & que je l'ai apprise
par l'inspiration de Dieu, très haut,
très glorieux & infiniment louable, qui
a daigné me la révéler, n'y ayant que lui
seul qui la donne à qui il lui plaît, & qui
l'ôte quand il lui plaît.
Courage donc, Enfants de la Science,
ne désespérez pas de pouvoir apprendre
une Science si merveilleuse. Car je vous
assure que vous la découvrirez indubitablement,
si vous la cherchez, non pas
par le raisonnement d'aucune autre Science
que vous ayez apprise, mais par un
mouvement, & une impétuosité d'esprit.
Et celui qui la cherchera par l'intelligence
& la lumière naturelle de son esprit, la
trouvera. Mais celui qui prétendra l'apprendre
par les Livres, ne doit pas espérer
de la savoir, qu'après avoir étudié
pendant un long temps. Car je déclare encore
que ni les Philosophes qui m'ont précédé,
ni moi, n'avons écrit notre Science
que pour nous, & pour les Philosophes

@

384 LA SOMME DE GEBER.

nos Successeurs, & nullement pour
les autres; quoi que d'ailleurs cette Science
soit très véritable & très assurée. Pour
moi, quoique je n'aie écrit tout de même
que pour moi la manière & de la rechercher
& de l'apprendre: Je puis dire
néanmoins que ce que j'en ai dit, je ne l'ai
pas dit seulement pour exciter les Personnes
sages & intelligentes à s'appliquer à
l'étude de cette Science; mais même que
j'en ai assez dit, pour leur donner le
moyen de la rechercher par l'unique & la
véritable voie. Et je puis assurer que quiconque
aura bon esprit, & qui s'appliquera
soigneusement à bien comprendre ce
que j'ai dit en ce Livre, aura assurément
la satisfaction de Découvrir un Don excellent
de Dieu très haut & très puissant.
Voilà tout ce que j'avais à dire, touchant
la recherche d'un Art ou d'une Science
si relevée & excellente.

Fin du second Livre, & de toute la
Somme de perfection de Geber.

@

pict

T A B L E
D E S C H A P I T R E S
DE LA SOMME DE GEBER
& des principales choses qui y
sont contenues.

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L I V R E P R E M I E R

Avant-Propos et Chap. I. page 85.

D E la manière d'enseigner l'Art de
Chimie & de ceux qui sont capables
de l'apprendre.
1. Il a réduit en Abrégé dans cette Somme
ce qu'il avait ramassé en ses autres
Ecrits, des Livres des Anciens, & tout
le Procédé de L'Art s'y trouve suffisamment
expliqué.
2. Celui qui veut s'appliquer à cette Science
doit connaître les Principes dont
la Nature se sert à former les Minéraux.
3. Il ne peut pourtant pas imiter la Nature
en toutes ses Opérations.
Chapitre II. page 88.

Division de ce Livre en quatre Parties.
Tome I. K k *

@

T A B L E.

1. Des obstacles & empêchements que
l'Artiste peut avoir, & quelles qualités
il doit avoir.
2. Raisons des Sophistes, qui nient l'Art
& leur Réfutation.
3. Explication des Principes dont la Nature
se sert à former les Métaux.
4. Des Principes artificiels, c'est-à-dire
des Opérations dont l'Artiste se doit
servir pour l'Oeuvre.

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P R E M I E R E P A R T I E
DU PREMIER LIVRE

Des Empêchements de cet Art.

Chapitre III. page 90.


Division des Empêchements.
Ils viennent 1. de l'impuissance naturelle
de l'Artiste considérée, ou de la part
du Corps, ou de la part de l'Esprit;
2. de sa pauvreté; 3. de ses occupations.
Chapitre IV. page 91.

Des Empêchements à l'Oeuvre, qui peuvent
venir de la mauvaise disposition du Corps
de l'Artiste.
L'Artiste devant être le Ministre de la
Nature, ne saurait faire les travaux

@

T A B L E.

nécessaires s'il est aveugle, estropié,
malade, ou dans la décrépitude.
Chapitre V. page 92.

Des Empêchements qui viennent de l'Esprit.
1. Un Homme stupide & qui ne peut rien
concevoir, ne pouvant faire aucune recherche,
est incapable de cette Science.
2. Et quoique l'on ait bon esprit, si
l'on est trop heurté à son sens, & trop
opiniâtre en ses résolutions, on n'y fera
rien non plus. 3. Il en sera de même
si l'on a l'esprit faible & changeant à
tout moment. 4. Si l'on est prévenu
contre la Science. 5. Et si l'on est esclave
de son argent, & que l'on ne
veuille pas faire la dépense nécessaire.
Chapitre VI. page 94.

Des Empêchements extérieurs.
Ils se prennent, ou de l'indigence de
l'Artiste, qui ne peut faire les dépenses
nécessaires, ou de ses occupations,
& de ses soins qui l'embarrassent, & qui
l'empêchent de vaquer à l'étude & au
travail.
Chapitre VII. page 95.

Quel doit être l'Artiste.
1. Il doit savoir la Philosophie naturelle,
& surtout avoir la connaissance des
Minéraux & des Métaux. 2. Avoir un
esprit vif & pénétrant pour découvrir.
3. Etre ferme & résolu en ce qu'il sait,
K k ij

@

T A B L E.

sans varier: l'Art ne consistant point
dans la pluralité des choses, puisqu'il
n'y a qu'une Pierre, qu'une Médecine
& qu'un seul Régime. 4. Etre modéré
& sans aucune passion violente. 5. Il
doit épargner son argent, & ne le pas
consumer mal à propos en de folles dépenses;
parce qu'il n'en faut presque
point faire pour l'Oeuvre. 6. Et ne
point s'amuser aux impostures & aux
Sophistications, de peur d'attirer la malédiction
de Dieu, qui le punirait infailliblement
des tromperies qu'il ferait aux
autres.

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S E C O N D E P A R T I E
DU PREMIER LIVRE

Où sont rapportées & réfutées les raisons de
ceux qui nient l'Art de Chimie.

Chapitre VIII. page 101.
Division de ce qui sera contenu en cette seconde
Partie.
1. Il apportera les raisons qu'allèguent
ceux qui nient la possibilité de l'Art.
2. Il les réfutera, & il parle auparavant
des Principes des Métaux.
Chapitre IX. page 102.
Raisons de ceux qui nient simplement l'Art.
Ils en rapportent dix différentes, qui sont

@

T A B L E.

clairement expliquées & aisées à comprendre.
Il faut seulement remarquer ici une Maxime,
qui est: Il n'y a que la chaleur douce
& modérée qui puisse épaissir l'Humidité
Mercurielle, & la réduire en
Corps, & la chaleur trop violente la
dissipe & la détruit.
Chapitre X. page 109.
L'Art ne doit & ne peut pas imiter exactement
la Nature en toute l'étendue de ses
différentes actions; où il est parlé des
Principes des Métaux.
Une Matière humide ne peut s'épaissir,
que ses parties les plus subtiles ne s'évaporent,
& que les plus grossières ou
les plus gluantes ne demeurent. Ce qui
se fait lentement & dans l'espace de plusieurs
années.
Le véritable & l'exact mélange du Sec &
de l'Humide, consiste en ce que le Sec
tempère l'Humide, & l'Humide tempère
le Sec, & que des deux il ne s'en
fasse qu'une seule & même Substance,
dont les parties soient toutes homogènes;
c'est-à-dire toutes semblables &
de même nature.
On ne peut imiter la Nature dans l'épaississement
qu'elle fait des Métaux, ni dans
le mélange & la proportion des Eléments,
ni dans le degré de chaleur
K k iij

@

T A B L E.

dont elle se sert pour cela.
Chapitre XI. page 113.
Réfutation des raisons de ceux qui nient
l'Art absolument.
Dieu a diversifié les perfections de ses Créatures
en donnant à celles, de qui la
composition est faible, une plus noble &
plus grande perfection par le moyen de
l'âme qu'elles ont. Et à celles, dont la
composition est plus forte, comme sont
les Pierres & les Métaux, il leur a donné
une perfection beaucoup moindre
& moins noble, puisqu'elle ne consiste
que dans la seule manière de leur mixtion,
qui est plus resserrée.
Les Espèces se changent les unes en les
autres lorsqu'un Individu d'une Espèce
se change en l'Individu d'une autre, comme
lorsque d'un Ver, il s'en forme une
Mouche.
Les Philosophes ne sont que les Ministres
de la Nature. Ainsi ils ne transmuent
pas les Métaux; c'est la Nature, à laquelle,
par leur artifice, ils préparent &
disposent la Matière.
Chapitre XII. page 123.
Divers sentiments de ceux qui supposent
l'Art véritable.
Les opinions fausses des Sophistes, sont
capables de détourner du bon chemin
ceux qui étudient la Science.

@

T A B L E.

On ne doit pas traiter de la Science, en
des termes qui soient tout à fait obscurs,
& l'on ne doit pas aussi l'expliquer
si clairement qu'elle soit intelligible
à tous.
Chapitre XIII. page 126.
Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Soufre.
Chapitre XIV. page 127.
Réfutation de ce qu'on vient de dire dans
le Chapitre précédent.
Le Soufre adustible, ou brûlant & volatil,
gâte & corrompt les Corps ou Métaux.
Chapitre XV. page 128.
Raisons de ceux qui nient que l'Arsenic soit
la Matière de l'Art & leur Réfutation.
Chapitre XVI. page 129.
Raisons de ceux qui nient que la Matière de
l'Art soit dans le Soufre, l'Argent-vif,
la Tutie, la Magnésie, la Marcassite,
le Sel Ammoniac, & leur Réfutation.
La dernière perfection de la Médecine, est
d'être entrante & pénétrante.
L'Argent-vif & la Tutie n'ont point de
Soufre adustible ou inflammable.
Tous les Esprits ont de la volatilité; mais
les uns plus que les autres. Les voici
par ordre, en commençant par ceux
qui sont les plus volatils, & finissant par
ceux qui le sont moins, l'Argent-vif &
K k iiij

@

T A B L E.

le Sel Ammoniac, le Soufre, l'Arsenic,
la Marcassite, la Magnésie, la
Tutie.
La volatilité des Esprits, est ce qui a
trompé tous ceux qui ont travaillé sur
eux.
Chapitre XVII page 131.
Raisons de ceux qui nient que la Matière
de l'Art soit dans les Esprits, conjointement
avec les Corps qu'ils doivent fixer.
La transmutation des Corps ne se peut
faire que par les Esprits.
Chapitre XVIII. page 134.
De ceux qui nient que la Matière de l'Art
se trouve dans les Corps, & premièrement
dans le Plomb blanc, ou l'Etain,
qu'on appelle Jupiter, & leur Réfutation.
Moyen d'ôter le cric à ce Métal, & de
l'endurcir.
Chapitre XIX. page 137
Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Plomb.
Chapitre XX. page 138.
Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est pas le mélange des Corps durs
avec les durs, & des mous avec les mous.
Pour mêler du Cuivre avec de l'Or ou de
l'Argent, il ne devient pas Or ni Argent.

@

T A B L E.

Chapitre XXI. page 139.
Pourquoi ceux qui ont mêlé les Corps durs
avec les mous, & les parfaits avec les
imparfaits, ont nié la Science.
Chapitre XXII. page 141.
Que l'Art ne se trouve ni dans l'extraction
de l'Ame ou Teinture, ni dans le Régime
du feu.
Chapitre XXIII. page 141.
Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est ni dans le Verre, ni dans les Pierreries.
Ce qui n'entre point dans les Corps ou
Métaux, ni ne les pénètre, ne peut y
faire aucun changement. Ainsi ce qui
n'est pas véritablement fusible, ne pouvant
entrer dans les Métaux, ne les peut
altérer ni changer.
Il ne faut pas s'étonner si ceux qui ne
travaillent pas sur la véritable Matière,
ne font rien qui vaille.
Chapitre XXIV. page 143.
Motifs de ceux qui nient que l'Art soit dans
les moyens Minéraux, dans les végétables,
& dans le mélange de quelque chose
que ce soit.

pict

@

T A B L E.

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T R O I S I E M E P A R T I E
DU PREMIER LIVRE

Des Principes naturels & de leurs
effets.

Chapitre XXV. page 146.
Principes naturels des Corps Métalliques,
selon l'opinion des Anciens.
La composition des Principes (qui sont,
selon les Anciens, l'Esprit fétide, ou le
Soufre, & l'Esprit fugitif, ou l'Argent-
vif) est très forte, & leur Substance
est uniforme ou homogène, c'est-à-dire
de même nature; parce que chaque
partie de ces Principes, est faite du concours
& de l'union très exacte des quatre
Eléments, qui ne peuvent être détachés
ni séparés les uns des autres.
Chapitre XXVI. page 148.
Des Principes naturels des Métaux, selon
l'opinion des Modernes.
Chapitre XXVII. page 150.
Division de ce qu'il y a à dire des trois
Principes.
Il y a trois Principes: le Soufre, l'Arsenic,
& l'Argent-vif.
Chapitre XXVIII. page 151.
Du Soufre.

@

T A B L E.

Le Soufre est une graisse de la Terre, épaissie
dans les Mines par une digestion modérée,
dont la Composition est très
forte, & la Substance homogène en
toutes ses parties.
On ne saurait calciner le Soufre sans perdre
beaucoup de sa Substance.
Il gâte & noircit les Corps avec qui on le
mêle.
Il augmente le poids des Métaux que l'on
calcine avec lui.
Etant sublimé avec l'Argent-vif, il s'en
fait du Cinabre.
On calcine aisément les Métaux avec le
Soufre, à la réserve de l'Etain & de
l'Or. Et ceux qui ont le moins d'Argent-vif
se calcinent plus facilement.
On ne peut point avec le Soufre coaguler
l'Argent-vif en Soleil ni en Lune.
C'est le Soufre qui illumine, qui donne
l'éclat, & qui perfectionne tous les
Métaux, parce qu'il est Lumière &
Teinture.
Le Soufre ne se dissout qu'avec peine,
parce qu'il n'a point de parties de la nature
du Sel, mais seulement d'oléagineuses.
Il se sublime, parce que c'est un Esprit.
Le Soufre ne peut lui-même servir à
l'Oeuvre des Philosophes.

@

T A B L E.

Chapitre XXIX. page 155.
De l'Arsenic.
L'Arsenic est fait d'une Matière subtile,
& de même nature que le Soufre. La différence
qu'il y a entre eux, c'est que
l'Arsenic donne facilement la Teinture
blanche, & le Soufre la rouge. Cela s'entend
dans la Médecine du premier Ordre,
qui n'est qu'une Sophistication.
L'Arsenic ni le Soufre n'étant parfaits,
ne sont pas la Matière qui donne la perfection
à l'Oeuvre.
Chapitre XXX. page 156.
De l'Argent-vif ou Mercure.
C'est une Eau visqueuse, faite d'une Terre
blanche sulfureuse très subtile, & d'une
Eau très claire, digérées dans les entrailles
de la Terre, & unies exactement
par leurs moindres parties, jusqu'à
ce que l'Humide soit tempéré par
le Sec, & le Sec par l'Humide.
Il s'unit aisément aux Métaux, étant de
même nature qu'eux, & il sert de
moyen pour joindre les Teintures.
Il n'y a que l'Or qui se submerge en lui,
& sans lui on ne saurait dorer aucun
Métal.
Il n'est pas la Matière de l'Oeuvre, ni
l'Oeuvre, à le prendre, tel qu'il est naturellement.

@

T A B L E.

Chapitre XXXI. page 157.
Des effets des Principes naturels, qui sont
les Corps métalliques.
Il y a six Corps métalliques: l'Or, l'Argent,
le Plomb, l'Etain, le Cuivre &
le Fer.
Le Métal est un Corps minéral fusible &
malléable, dont la composition est forte.
Les Métaux parfaits ne communiquent
point la perfection aux imparfaits, pour
être mêlés avec eux, si ce n'est qu'ils
aient été changés en Magistère.
Chapitre XXXII. page 159.
Du Soleil ou de l'Or.
L'Or est un Métal jaune, pesant, qui n'a
point de son, qui est fort brillant, & qui
souffre la Coupelle & le Ciment.
L'Or est le plus précieux des Métaux, &
c'est lui qui donne la Teinture rouge.
Jupiter & la Lune approchent le plus de la
nature de l'Or. Saturne lui ressemble
au poids, & en ce qu'il n'a point de son
& qu'il ne se pourrit point. Vénus lui est
semblable en couleur. Mars a le moins
de tous d'affinité avec l'Or.
Chapitre XXXIII. page 161.
De la Lune ou de l'Argent.
L'Argent est un Corps métallique blanc
d'une blancheur pure, net, dur sonnant,
& qui souffre la Coupelle.
La Lune est la Teinture de la blancheur.

@

T A B L E.

Etant exposée sur le suc des choses aigres,
il s'en fait un beau bleu céleste.
L'Argent a sa Mine à part. Il s'en trouve
pourtant dans les Mines des autres Métaux,
mais il n'est pas si bon.
Chapitre XXXIV. page 162.
De Saturne ou du Plomb.
Le Plomb est un Corps Métallique noirâtre,
terrestre, pesant, qui n'a point
de son & fort peu de blancheur, mais
beaucoup de lividité, qui ne souffre ni
la Coupelle ni le Ciment, qui est mou,
qui s'étend aisément sous le marteau,
qui se fond promptement sans rougir.
Il convient avec l'Or en ce qu'il est fort
pesant, qu'il n'a point de son, & qu'il
ne pourrit point.
Du Plomb brûlé, il s'en fait du Minium,
& de la Céruse, en l'exposant sur la vapeur
du vinaigre.
Le Plomb sert d'Examinateur à la Coupelle.
Chapitre XXXV. page 164.
De Jupiter ou de l'Etain.
L'Etain est un Corps métallique qui a une
blancheur impure; est livide, un peu
sonnant & terrestre, qui a le cric, est
mou, se fond soudainement sans rougir,
& ne souffre ni la Coupelle ni le
Ciment.
L'Etain s'approche le plus des Métaux

@

T A B L E.

parfaits. Il blanchit les Métaux qui ne
sont pas blancs. Il rend aigres & cassants
ceux à qui on le mêle, hormis le
Plomb & l'Or. Il s'attache fort au Soleil
& à la Lune.
Chapitre XXXVI. page 165.
De Vénus ou du Cuivre.
Vénus est un Corps métallique qui a une
rougeur obscure, qui rougit au feu,
est fusible, résonne fortement, & ne
souffre ni la Coupelle, ni le Ciment.
Elle a grande affinité avec la Tutie, qui lui
donne la couleur d'Or.
Chapitre XXXVII. page 166.
De Mars ou du Fer.
Mars est un Corps métallique fort livide,
qui a peu de rougeur, qui participe d'une
blancheur impure, est dur & inflammable,
qui ne se fond pas directement,
& à beaucoup de son.
Chapitre XXXVIII. page 167.
De la différence des Métaux imparfaits à
l'égard de la perfection.
Moins les Corps imparfaits ont de disposition
à être promptement fondus, plus
ils sont difficiles à être transmués; &
ceux qui se fondent plus aisément, reçoivent
facilement la transmutation.
Les Métaux imparfaits qui sont transmués
par la Grand'Oeuvre, reçoivent tous la
même perfection, quoi qu'il y ait plus

@

T A B L E.

de déchet dans les uns, & moins dans
les autres.

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QUATRIEME ET DERNIERE

PARTIE DU PREMIER LIVRE

Qui traite des Principes artificiels de l'Art.

CHAPITRE XXXIX. page 170.
Division des choses contenues en cette Partie,
où il est parlé en passant de la perfection,
de laquelle il sera traité dans le second
Livre.
Il parle en cette dernière Partie, des Principes
artificiels du Magistère, & de la
perfection qu'il ne fait que toucher en
gros; parce qu'il en doit traiter plus particulièrement
dans le second Livre.
Les Principes artificiels sont: la Sublimation,
la Descension, la Distillation, etc.
La perfection consiste à connaître: Premièrement
les choses par le moyen
desquelles on peut parfaire l'Oeuvre.
Secondement celles qui contribuent à
la perfection. Troisièmement, celle qui
donne la perfection. Et enfin celles par
le moyen desquelles on connaît si le
Magistère a toute la perfection qu'il
doit avoir.
1. Les choses par le moyen desquelles on
accomplit

@

T A B L E.

accomplit l'Oeuvre sont une Substance
réelle & corporelle, des couleurs
évidentes, les poids des Métaux, & la
connaissance des Métaux, tels qu'ils
sont naturellement, & tels qu'ils peuvent
être par artifice, tant intérieurement,
qu'extérieurement, afin de connaître
ce qu'ils ont en eux de superflu, & ce
qui les éloigne ou les approche de la
perfection.
2. Les choses qui contribuent à la perfection
sont de trois sortes. 1. Celles
qui d'elles-mêmes & sans artifice, s'attachent
aux Corps, & qui les changent
en quelque façon: comme sont la Marcassite,
la Tutie, &c. 2. Celles qui purifient
les Corps sans s'unir à eux, comme
sont les Sels, les Aluns, etc. 3. Le
Verre, qui purifie par la ressemblance
de Nature.
3. La chose qui donne la perfection, est la
pure & moyenne Substance de l'Argent-
vif, ou une Matière qui a pris son origine
de la Matière de l'Argent-vif.
4. Les choses par le moyen desquelles
on connaît si le Magistère est véritablement
parfait, ce sont les Epreuves ou
Examens qui se font par la Coupelle,
par le Ciment, &c. par le moyen desquelles
on examine les Métaux qui ont
été transmués.
Tome I. L l

@

T A B L E.

Chapitre XL. page 174.
De la Sublimation en général, & pourquoi
on l'a inventée.
Rien de peut s'unir aux Corps que les
Esprits, ou que ce qui a tout ensemble
la nature du Corps & de l'Esprit.
Si les Esprits ne sont purifiés par quelque
préparation, ou ils ne donnent point de
couleur parfaite aux Corps imparfaits,
sur lesquels on en fait projection, ou
ils les corrompent & les noircissent.
Le Soufre, l'Arsenic & la Marcassite brûlent
& noircissent les Corps, si on ne
leur ôte leur onctuosité, qui s'enflamme
& qui noircit.
Les Tuties & l'Argent-vif sont volatils,
& ne donnent aux Corps que des couleurs
imparfaites, si on ne leur ôte leur
terrestréité.
Ce qui se fait par la Sublimation, parce
que le feu élève les parties les plus subtiles
des Esprits, & les plus grossières
demeurent en bas.
Cela se reconnaît encore en ce que les
Esprits sont plus lucides & transparents,
après avoir été sublimés.
La Sublimation ôte tout de même l'adustion
aux Esprits, parce que l'Arsenic
& le Soufre étant sublimés, ne s'enflamment
plus, comme ils faisaient auparavant.

@

T A B L E.

Chapitre XLI. page 177.
Ce que c'est que la Sublimation, comment
se fait celle du Soufre & de l'Arsenic,
& des trois degrés du feu qu'il y faut
observer.
La Sublimation est l'élévation qui se fait
par le feu d'une chose sèche, & qui
s'attache au Vaisseau.
Chapitre XLII. page 180.
Des Fèces des Corps métalliques, qu'il faut
ajouter aux Esprits pour les sublimer, &
quelles doivent être leur quantité & leur
qualité.
Les écailles ou paillettes de Fer [ou bien
la Limaille] & le Cuivre brûlé, sont
les meilleures fèces qu'on puisse employer
dans la Sublimation du Soufre
& de l'Arsenic; parce qu'ayant moins
d'humidité, elles les boivent plus aisément.
Chapitre XLIII. page 186.
Des fautes qu'on peut faire, & qu'il faut
éviter, à l'égard de la quantité des fèces,
& de la disposition du Fourneau en sublimant
le Soufre & l'Arsenic. De la
manière de faire les Fourneaux & de
quel bois on se doit servir.
Chapitre XLIV. page 191.
De quelle Matière, & de quelle figure l'Aludel
doit être.
La Sublimation du Soufre & de l'Arsenic
L l ij

@

T A B L E.

sera bien faite, si ces deux Matières
étant sublimées, sont claires & luisantes,
& qu'elles ne s'enflamment point.
Chapitre XLV. page 194.
De la Sublimation du Mercure.
La Sublimation de l'Argent-vif consiste à
le dépouiller de sa terrestréité, & à lui
ôter son humidité superflue.
Chapitre XLVI. page 198.
De la Sublimation de la Marcassite.
Chapitre XLVII. page 200.
Du Vaisseau propre à bien sublimer la
Marcassite.
Le Verre a cette propriété, que lorsqu'il
est en fusion, il n'y a rien qu'il ne détruise,
qu'il ne fasse fondre, & qu'il ne
vitrifie.
Chapitre XLVIII. page 205.
De la Sublimation de la Magnésie,
De la Tutie, & des Corps imparfaits.
Chapitre XLIX. page 207.
De la Descension & du moyen de purifier
les Corps par les Pastilles.
Chapitre L. page 211.
De la Distillation, de ses causes & des
trois manières de la faire par l'Alambic,
par le Descensoire, & par le Filtre.
La Distillation est une élévation qui se fait
des vapeurs aqueuses, de quelque Matière,
dans un Vaisseau propre pour cela.
Elle se fait avec le feu, par l'Alambic &

@

T A B L E.

par le bain, ou par le Descensoire;
ou sans feu par le Filtre.
Chapitre LI. page 219.
De la Calcination, tant des Corps que des
Esprits, de ses causes, & de la manière
de la faire.
La Calcination est la Réduction qui se fait
d'une chose en poudre, par la privation
de l'humidité qui lie & unit ses parties
ensemble.
On calcine les Corps ou Métaux, pour
leur ôter, par la violence du feu, le
Soufre qui les corrompt & les noircit,
& pour les purifier de leur terrestréité;
& afin aussi d'endurcir les Métaux mous.
On calcine les Esprits pour les disposer à
devenir fixes & à se résoudre en eau.
Tout ce qui est calciné, est plus fixe & se
dissout plus aisément que ce qui ne l'est
pas; parce que les parties en étant plus
subtiles, elles se mêlent plus facilement
à l'Eau, & se dissolvent.
On calcine encore les choses étrangères,
qui ne sont ni Corps ou Métaux, ni
Esprits, pour servir à préparer les Corps
& les Esprits.
Tout ce qui a perdu son humidité naturelle
ne se peut fondre que pour se vitrifier.
Saturne a une humidité plus fixe, & plus
de terrestréité que Jupiter.

@

T A B L E.

Chapitre LII. page 228.
De la Dissolution.
La Dissolution, c'est la Réduction qui se
fait d'une chose solide & sèche en eau
ou en liqueur.
Tout ce qui se dissout est nécessairement
ou Sel ou Alun, ou de semblable nature.
Les Sels & les Aluns rendent fusibles les
choses (à qui on les ajoute) avant
qu'elles se vitrifient.
Les Esprits ne se vitrifient jamais, & ils
empêchent la vitrification des choses
avec qui on les mêle, tandis qu'ils demeurent
avec elles.
Chapitre LIII. page 232.
De la Coagulation, de ses causes & de divers
moyens de coaguler le Mercure, &
les Médecines dissoutes.
La Coagulation, est une Opération par
laquelle on réduit une chose liquide en
une Substance solide, en lui ôtant son
humidité.
Tout Soufre métallique, qui n'est pas fixe,
forme un Corps livide ou noirâtre.
Chapitre LIV. page 243.
De la Fixation, de ses causes, & de la
manière différente de fixer les Corps &
les Esprits.
La Fixation est une Opération par laquelle
une chose qui s'enfuit du feu, est
rendue en état de le pouvoir souffrir.

@

T A B L E.

Chapitre LV. page 246.
De l'Incération.
L'Incération est le Ramollissement qui se
fait d'une chose dure & sèche, & qui
n'est pas fusible, pour la rendre
liquide & coulante.
L'humidité que la Nature a mise dans les
Corps métalliques par la nécessité qu'ils
avaient d'être fondus & ramollis, est
une humidité permanente, & qui dure
& subsiste autant que les Métaux; autrement,
quand les Métaux auraient été
une fois rougis au feu, ou fondus, ils
n'auraient plus du tout d'humidité; &
ainsi ils ne pourraient plus être forgés
ni fondus. Ce qui est contre l'expérience.

pict

@

pict

S E C O N D L I V R E
D E L A S O M M E
DE PERFECTION DE GEBER

P R E F A C E

Division de ce second Livre en trois
Parties.

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P R E M I E R E P A R T I E
DU SECOND LIVRE


Chapitre I. page 252.

D E la connaissance des choses, par lesquelles
on peur découvrir la possibilité
de la perfection, & la manière de la
faire.
Chapitre II. page 253.
De la Nature du Soufre & de l'Arsenic.
Le Soufre & l'Arsenic sont une graisse de
la Terre, n'y ayant que les huiles & les
graisses, & ce qui est de leur nature, qui
s'enflamme & se fonde facilement par la
chaleur, comme font ces deux Esprits.
Le

@

T A B L E.

Le Soufre & l'Arsenic ont deux causes
d'imperfection, une Substance inflammable,
qui ne peut soutenir le feu, ni
donner la fixité, & qui de plus noircit
les Corps, & des Fèces ou impuretés
terrestres, qui empêchent la fusion &
la pénétration.
Ainsi il n'y a que leur moyenne Substance,
qui puisse être cause de la perfection, si
elle est rendue fixe.
Ce n'est pourtant pas la véritable Matière
de l'Oeuvre; & quand cela serait, le
Soufre ne pourrait être que Teinture
pour le rouge, & l'Arsenic pour le
blanc.
Chapitre III. page 256.
De la Nature du Mercure ou Argent-
vif.
L'Argent-vif a tout de même deux causes
d'imperfections qu'il lui faut ôter; l'une
est une Substance terrestre & impure, &
l'autre une humidité ou aquosité superflue
& volatile, qui s'évapore sans s'enflammer.
Il n'y a que la moyenne Substance de
l'Argent-vif qu'il faille conserver pour
en faire la Médecine universelle; parce
qu'elle ne se brûle ni ne se consume
point au feu, & qu'elle empêche les
Corps, à qui elle s'unit, d'être brûlés
ni consumés, demeurant dans le feu
Tome I. M m

@

T A B L E.

sans s'évaporer, & fixant ce qui est volatil.
L'Argent-vif est le Principe qui donne la
perfection aux Métaux, parce qu'il s'attache
plus fortement, premièrement à
d'autre Argent-vif, puis à l'Or & à
l'Argent. Ce qui fait voir que les deux
Métaux parfaits ont plus d'Argent-vif
que n'ont les Métaux imparfaits. C'est
aussi l'Argent qui fait que les Métaux
résistent au feu; parce que les Métaux
parfaits qui en ont le plus, y résistent
sans se consumer.
L'Argent-vif, tel qu'il est naturellement,
ne peut donner la perfection; mais une
chose tirée & faite de lui par artifice,
en imitant la Nature.
Chapitre IV. page 261.
De la Nature de la Marcassite, de la Magnésie
& de la Tutie.
Tous les Corps qui reçoivent quelque altération
ou changement, le reçoivent
nécessairement par la vertu de l'Argent-
vif ou du Soufre; parce qu'il n'y a que
ces deux choses qui s'unissent aux Métaux
par la conformité de Nature; &
que d'ailleurs rien ne peut faire d'impression
ni de changement, s'il s'unit
intimement à la chose qu'il doit changer.

@

T A B L E.

Chapitre V. page 263.
De la Nature du Soleil.
L'Or ou Soleil est formé de beaucoup
d'Argent-vif très subtil, & de peu de
Soufre fort pur, fixe & clair, qui a
une rougeur nette, & qui teint & fixe
l'Argent-vif.
Celui qui voudra faire quelque altération
ou changement dans les Métaux imparfaits,
doit se proposer l'Or pour modèle,
& faire en sorte qu'il y ait plus
d'Argent-vif que de Soufre en sa composition,
comme il y en a plus en celle
de l'Or.
La pesanteur de l'Or, vient de ce que ses
Parties sont fort subtiles & resserrées.
La perfection des Métaux, dépend de trois
choses: 1. De l'abondance de l'Argent-
vif. 2. De l'uniformité & égalité de
leurs Substances qui se fait par un mélange
égal & proportionné. 3. Et de
ce qu'ils s'endurcissent & s'épaississent
par une digestion longue & modérée.
Ainsi l'imperfection des Métaux vient: 1.
Du trop de Soufre. 2. De la diversité
de leur Substance. 3. Et d'une digestion
trop hâtée, qui sont les trois causes
opposées.
La diversité des Métaux ne provient que
du divers mélange du Soufre & de l'Argent-vif,
qui en sont les Principes, &
M m ij *

@

T A B L E.

de leurs différentes qualités.
Chapitre VI. page 268.
De la Nature de la Lune.
La Lune est formée d'un Soufre net, fixe,
blanc, d'une blancheur pure & claire,
mêlé avec plus d'Argent-vif pur, fixe
& clair. Et comme ses parties ne sont
pas si serrées que celles de l'Or, elle
n'est pas si pesante, ni si fixe que l'Or.
Chapitre VII. page 269.
De la Nature de Mars, où il est traité des
effets du Soufre & du Mercure, & des
Causes de la corruption & de la perfection
des Métaux.
Le Fer est fait du mélange d'un Soufre fixe
& terrestre avec moins d'Argent-
vif, pareillement fixe & terrestre, qui
ont l'un & l'autre une blancheur impure
& livide, ou noirâtre.
Le Soufre fixe ne fond pas si promptement
que l'Argent-vif, au lieu que le
Soufre adustible, & qui n'est pas fixe,
fond plus tôt. De-là vient que les Métaux
qui ont plus de Soufre fixe que
d'Argent-vif, sont fort difficiles à fondre.
L'Argent-vif qui est pur, est si pesant qu'il
pèse plus que l'Or.
Le feu détruit les Métaux pour trois raisons:
La 1. à cause du Soufre adustible
qu'ils ont, qui venant à se brûler,

@

T A B L E.

diminue leur Substance. 2. Le feu de
flamme continuel. 3. La Calcination
des Métaux.
La cause de la perfection des Métaux,
c'est l'Argent-vif qui surmonte le feu,
& que le feu ne saurait vaincre.
Chapitre VIII. page 274.
De la Nature de Vénus ou du Cuivre.
Le Cuivre est fait du mélange d'un Soufre
impur, grossier, rouge, livide, dont
la plus grande partie est fixe, & la moindre
adustible, avec un Argent-vif grossier
& impur: de sorte qu'il n'y ait guère
plus ni guère moins de l'un que de
l'autre.
Les choses se dissolvent mieux à proportion
qu'elles sont plus subtiles & plus
calcinées.
Vénus & Mars noircissent au feu, à cause
de leur Soufre adustible.
Qui peut faire l'Oeuvre de l'Argent-vif
seul, a trouvé la voie la plus parfaite.
Il y a deux sortes de Soufre dans les Métaux;
l'un qui est caché dans l'Argent-
vif, & qui est dès le commencement de
sa conformation; & l'autre qui survient
à l'Argent-vif après qu'il est déjà fait.
On ne peut lui ôter le dernier qu'avec
peine; mais il est impossible de lui ôter
le premier, par quelque régime de feu
que ce soit.
M m iij

@

T A B L E.

Chapitre IX. page 280.
De la Nature de Jupiter ou de l'Etain.
L'Etain est fait de peu de Soufre moins
fixe que volatil, qui a une blancheur
impure; & de plus d'Argent-vif impur,
en partie fixe & en partie volatil, qui est
ce qui lui donne le cric, & qui n'a
qu'une blancheur impure & imparfaite.
L'Argent-vif ne s'attache à Vénus & à
Mars que par artifice, & non pas de lui-
même, & moins à Mars qu'à Vénus,
à cause du peu d'Argent-vif qu'ont ces
deux Métaux.
Chapitre X. page 286.
De la Nature de Saturne ou du Plomb.
Saturne n'est différent de Jupiter, si ce
n'est que sa Substance est plus impure,
à cause qu'il est fait d'un Argent-vif &
d'un Soufre plus grossier; & que son
Soufre combustible est plus fortement
attaché à la Substance de l'Argent-vif,
qu'il ne l'est dans Jupiter, & qu'il a plus
de Soufre fixe.
Jupiter s'endurcit plus tôt que Saturne par
la Calcination, & il ne perd pas si aisément
que lui la facilité qu'il a à se fondre.
L'Argent-vif & le Soufre adustible, donnent
& font la fusion.
L'Argent-vif volatil & le Soufre combustible,
sont ce qui fait la mollesse des

@

T A B L E.

Métaux; celle que fait ce Soufre est
ployante & cassante; & celle qui vient
de l'Argent-vif s'étend & s'allonge.
L'Argent-vif fixe & le Soufre fixe donnent
la dureté aux Métaux.
Le Soufre adustible, donne la fusion au
Métal avant qu'il rougisse.
L'Argent-vif volatil, rend aussi les Métaux
faciles à fondre.
L'Argent-vif fixe, ne donne la fusion au
Métal, qu'après avoir rougi.
Le Soufre fixe retarde & empêche la fusion
dans les Métaux.
Les Métaux qui ont le plus d'Argent-vif,
étant les plus parfaits, les Métaux imparfaits
qui ont le plus d'Argent-vif,
doivent s'approcher le plus de la perfection.
Et par conséquent plus les Métaux auront
de Soufre plus ils seront impurs & imparfaits.

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S E C O N D E P A R T I E
DU SECOND LIVRE


Des Médecines en général, & de la nécessité
d'une Médecine Universelle, qui donne
la perfection à tous les Métaux imparfaits,
& d'où elle se peut mieux prendre,
& plus prochainement.
M m iiij

@

T A B L E.

Chapitre XI. page 293.
Qu'il doit nécessairement y avoir deux sortes
de Médecines, tant pour chaque Corps
imparfait que pour l'Argent-vif l'une
au blanc, l'autre au rouge; mais qu'il
n'y en a qu'une seule très parfaite qui
rend toutes les autres inutiles.
Il y a dix sortes de Médecines particulières,
huit pour les quatre Métaux
imparfaits, & deux pour l'Argent-vif,
dont il y en a cinq pour le blanc, & cinq
pour le rouge.
Il y a néanmoins une seule Médecine, qui
est Universelle, pour tous les Métaux
imparfaits & pour l'Argent-vif, tant
pour le blanc que pour le rouge, qui fixe
ce qu'ils ont de volatil, qui purifie ce
qu'ils ont d'impur & qui leur donne
une Teinture & un éclat plus beau que
celui que la Nature a donné aux Corps
parfaits.
Chapitre XII. page 298.
Qu'il faut donner une préparation particulière
à chaque Métal imparfait.
Chapitre XIII. page 300.
Que la Médecine doit ajouter ce qui est de
défectueux dans les Métaux imparfaits,
& que la préparation qu'on leur donne,
pour recevoir cette Médecine, doit ôter
ce qu'ils ont de superflu.
Il n'est pas possible de détruire l'Essence

@

T A B L E.

d'une chose, & qu'elle demeure toujours
la même.
Il est impossible de trouver dans une chose
ce qui n'y est pas.
Chapitre XIV. page 304.
De la préparation de Saturne & de Jupiter.
Diverses manières d'ôter le cric à Jupiter.
Chapitre XV. page 309.
De la préparation de Vénus.
Chapitre XVI. page 311.
De la Préparation de Mars.
Manière d'amollir les Corps ou Métaux
durs, & d'endurcir les mous.
Chapitre XVII. page 313.
De la manière de purifier l'Argent-vif.
Chapitre XVIII. page 314.
Que la Médecine très parfaite donne nécessairement
cinq différentes propriétés
de perfection, qui sont la Netteté, la
Couleur ou Teinture, la Fusion, la Stabilité,
& le Poids: Et que par ces effets
l'on doit juger de quelle chose on doit
prendre cette Médecine.
La Médecine ne se peut prendre que de ce
qui s'unit le mieux aux Métaux, qui a
le plus de conformité avec eux, qui les
pénètre jusques dans l'intérieur, qui s'attache
& s'unisse à eux, & qui les change.
Or l'Argent-vif a toutes ces propriétés.
Donc la Médecine doit être
prise de l'Argent-vif.

@

T A B L E.

Chapitre XIX. page 317.
Des préparations qu'il faut donner à la
Médecine, afin qu'elle ait toutes les propriétés
qu'elle doit nécessairement avoir.
L'Argent-vif ne peut faire aucun changement
dans les Métaux imparfaits, si lui-
même n'est changé auparavant; c'est-à-
dire s'il n'est rendu extrêmement subtil,
fixe & éclatant.
La pesanteur des Métaux parfaits, provient
de ce que leur Substance est fort
subtile & uniforme.
Chapitre XX. page 320.
De la différence des Médecines, & qu'il y
en a du premier, du second, & du troisième
Ordre.
Chapitre XXI. page 322.
Des Médecines du premier Ordre, qui blanchissent
Vénus.
Chapitre XXII. page 328.
Blanchissement de Mars.
Chapitre XXIII. page 330.
Des Médecines qui jaunissent la Lune.
Chapitre XXIV. page 335.
Des Médecines du second Ordre, & de
leurs propriétés.
Chapitre XXV. page 338.
De la Médecine Lunaire & Solaire pour
les Corps imparfaits.
Chapitre XXVI. page 341.
De la Médecine qui coagule & fixe L'Argent-vif.

@

T A B L E.

Rien ne peut convenir à l'Argent-
vif que ce qui est de sa même nature,
par conséquent que l'Argent-vif lui-même.
Et ainsi cette Médecine se doit
prendre de l'Argent-vif.
Chapitre XXVII. page 334.
Comment par l'Art on peut rendre les Médecines
entrantes, ou leur donner ingrés.
Chapitre XXVIII. page 346.
De la Médecine du troisième ordre en général.
La Médecine du troisième Ordre s'appelle
la grand'Oeuvre, parce qu'il faut une
plus grande application pour la découvrir,
un plus long travail pour la préparer,
& beaucoup plus de peine pour la
parfaire, que celles du premier & du
second Ordre.
Chapitre XXIX. page 348.
De la Médecine Lunaire du troisième Ordre.
Chapitre XXX. page 350.
De la Médecine Solaire du troisième Ordre.
Tout le secret consiste à sublimer parfaitement
par la Sublimation tant la Matière
principale de la Pierre, que ce
qu'on lui ajoute; puis à fixer ce qui est
volatil, & à rendre volatil ce qui est
fixe.

@

T A B L E.

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T R O I S I E M E
E T D E R N I E R E P A R T I E

DU SECOND LIVRE


Des Epreuves de la perfection.

Chapitre XXXI. page 353.
Division de ce qui est contenu en cette Partie.
Chapitre XXXII. page 354.
De la Coupelle.
Les Métaux parfaits souffrent la Coupelle
à cause de leur bonne & forte Composition
qui vient de leur mixtion parfaite,
& de leur pure Substance; & les Métaux
imparfaits ne la peuvent souffrir à
cause de leur impureté & de la faible
union de leurs Principes qui ne sont pas
fixes.
Chapitre XXXIII. page 359.
Comment l'on fait examen des Métaux par
la Coupelle.
Chapitre XXXIV. page 361.
Du Ciment, & pourquoi il y a des Corps ou
Métaux qui le souffrent mieux, d'autres
qui les souffrent moins.
Chapitre XXXV. page 363.
De quoi est fait le Ciment, & comment on
en fait l'Epreuve.

@

T A B L E.

Chapitre XXXVI. page 366.
Du Rougissement des Métaux au feu.
Chapitre XXXVII. page 368.
De la Fusion.
Les Corps fusibles rougissent au feu de
trois différentes manières.
Chapitre XXXVIII. page 371.
De l'Exposition qu'on fait des Métaux sur
les vapeurs des choses acides.
On juge par cette épreuve que de tous les
Métaux imparfaits, Jupiter est celui qui
a le plus de disposition à recevoir la perfection
par la grand'Oeuvre.
Chapitre XXXIX. page 373.
Des l'Extinction des Métaux rougis au feu.
Tout Métal imparfait qui aura été transmué
par quelque Médecine que ce puisse
être, du premier, du second, ou du
troisième Ordre, qui n'aura pas le même
poids dans le même volume, ni la
même couleur du Métal parfait, dans
lequel on a prétendu le transmuer, n'est
pas véritablement transmué, & ce n'est
qu'une Sophistication, qui non seulement
n'apporte aucun profit, mais qui
cause la ruine & l'infamie de ceux qui
s'appliquent à ces sortes d'Ouvrages.
Chapitre XL. page 375.
Du Mélange du Soufre combustible avec
les Métaux.
Le Soleil est celui des Métaux, que le

@

T A B L E.

Soufre brûle le moins, & après lui Jupiter,
puis la Lune, & enfin Saturne.
Vénus se brûlant plus facilement, &
Mars encore plus; d'où l'on peut juger
qui sont les Métaux les plus proches de
la perfection, & ceux qui en sont les
plus éloignés.
Chapitre XLI. page 378.
De la Calcination & de la Réduction.
Les Corps ou Métaux parfaits ne perdent
rien de leur perfection, quoiqu'on les
calcine tant que l'on voudra, & qu'ensuite
on leur fasse reprendre corps.
Chapitre XLII. page 379.
De la facilité qu'ont les Métaux à recevoir
l'Argent-vif.
La facilité qu'ont le Soleil & la Lune de
s'attacher à l'Argent-vif, fait voir que
les Métaux qui s'attachent, & qui s'unissent
mieux à l'Argent-vif, s'approchent
le plus de la perfection.
Chapitre XLIII. page 380.
Récapitulation de tout l'Art.
La perfection & l'accomplissement de
l'Oeuvre ne consiste qu'à rendre la volatil
fixe, & le fixe volatil.
Chapitre XLIV. page 382.
De quelle manière l'Auteur a enseigné l'Art
en cette Somme.
L'Auteur n'a pas enseigné la Science de
suite ni par ordre; mais il l'a dispersée

@

T A B L E.

en tout son Livre: & il a le plus caché
la Science, où il semble en avoir parlé
le plus ouvertement.
On peut apprendre la Science par la lumière
naturelle & par une impétuosité
d'esprit, & non par le raisonnement
d'aucune Science que l'on ait apprise.
On ne l'apprend pas même par les Livres
des Philosophes, parce qu'ils ne l'ont
écrite que pour eux & pour leurs successeurs.
L'Auteur assure néanmoins que ce qu'il en
a dit suffit, non seulement pour exciter
les personnes intelligentes à s'appliquer
à l'entendre, mais encore pour leur donner
le moyen de la rechercher par la
seule & unique voie qu'il y a pour l'apprendre.

F I N.

@

pict

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Ses Principes de la Nature, suivant les
opinions des anciens Philosophes, &c.
in-12. 2. vol.
-- de la Génération des Végétaux, Animaux
& Minéraux, &c. in-12.
Histoire de la dernière Révolution arrivée
dans l'Empire Ottoman, 28e. Septembre
1730. in-12. 1740.
La Découverte des Longitudes. Avec la
méthode facile aux Navigateurs pour en
faire usage actuellement, par M. de L'Isle,
in-12. 1740.
Annales de Tacite par M. Amelot, in-12.
4. vol.
Suite des Annales de Tacite, in-12. 6. vol.
La Religion Protestante, convaincue de
faux dans ses règles de foi particulières,
&c. in-12. 2. vol. 1740.
Collectio judiciorum de novis Erroribus,
qui ab initio duodecimi seculi post Incarnationem
Verbi, usque ad anum
1735. &c. in-fol. 3. vol. 1737.


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