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Réfer. : 0804 .
Auteur : Gosset.
Titre : Révélations Cabalistiques d'une Médecine Universelle.
S/titre : Tirée du vin, avec une manière d'extraire le sel de...

Editeur : Aux dépends de l'Auteur. A Amiens.
Date éd. : 1735 .
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R E V E L A T I O N S
CABALISTIQUES
D'U N E MEDECINE UNIVERSELLE

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R E V E L A T I O N S
C A B A L I S T I Q U E S
D'U N E
MEDECINE UNIVERSELLE
TIRE'E DU VIN: AVEC UNE MANIERE
d'extraire le Sel de rosée:
ET UNE DISSERTATION
sur les Lampes sepulchrales.
Par le Sieur G o s s e t, Medecin.

pict

A A M I E N S
Aux dépens de l'Auteur.
---------------------------
AVEC PRIVILEGE DV ROY
M. D C C X X X V.

@
@

3

pict

P R E F A C E.

pict A prévention chez
le commun des
Hommes, a tant de
force qu'elle leur tient lieu de
loi inviolable pour aimer ou
haïr ce qu'ils ont imaginé
être bon ou mauvais. Le mépris,
ou plutôt l'horreur que
les Médecins ignorants leur
ont inspiré de la Chimie, est
devenu la cause de la retenue
que les plus habiles Médecins
ont eu de s'en servir, & de
faire part au Public de leurs
découvertes.

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4 P R E F A C E.

Il est vrai que l'on a raison
de se plaindre de certains caractères,
des noms inconnus,
des figures hiéroglyphiques,
des manières de parler embarrassantes
& énigmatiques,
que ceux qui ont traité de cet
Art ont employé dans leurs
Ecrits; mais ce sont les Auteurs,
& non pas l'Art qui a
manqué.
La Chimie ne consistant
qu'à séparer le pur de l'impur
dans tous les mixtes de la nature,
il n'y a point d'occupation
plus nécessaire, & qui
doit être plus recherchée
pour l'usage de la Médecine.
Si l'action d'un mixte dépend
des parties les plus subtiles
qu'il renferme, & tient

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P R E F A C E 5

embarrassées dans sa substance,
n'est-ce pas une conséquence
juste, qu'en retirant
ces parties, & les dégageant de
la matière, elles aient beaucoup
plus de vertu que si elles
demeuraient enveloppées?
N'est-il pas aussi plus à propos
d'employer trois gouttes
d'huile de cannelle, dans un
véhicule convenable, qu'une
dragme de la poudre de cette
écorce, qui ne fera que charger
l'estomac, & ne pourra
se distribuer aux parties si
promptement, ni avec tant
d'utilité?
Sans doute que l'on doit
préférer les essences, les élixirs,
les esprits, les sels fixes
& volatils, à la substance

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6 P R E F A C E.

grossière des choses dont ces
remèdes ont été tirés.
Ne semble-t-il pas que la
Médecine vulgaire prenne
l'estomac délicat d'une Fille
pour celui d'une Autruche,
quand elle lui ordonne de la
poudre d'acier, au lieu des
teintures & des sels qu'on en
peut extraire, par les fins
qu'on se propose?
En un mot, pour autoriser
l'usage de la Chimie, on entretient,
par la magnificence
de nos Rois, à Paris, un Laboratoire
au Jardin Royal,
où il y a un Professeur qui y
enseigne tous les ans cet Art;
où non-seulement les Ecoliers
de Médecine, mais plusieurs
personnes curieuses, se

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P R E F A C E. 7

rendent pour y profiter des
Leçons, & y voir les opérations
qu'on y fait.
D'ailleurs tous nos Médecins
modernes ne parlent
plus que d'acides, d'alcalis,
que des soufres, des sels, &c
pour expliquer les causes différentes
des maladies, pour
la guérison desquelles ils emploient
la plupart des remèdes
chimiques, acides, alcalis,
& des extraits amers, que
l'on prend en bol préférablement
aux plantes, dont la Médecine
vulgaire ordonne des
infusions très désagréables.
On doit donc être convaincu
que cet Art mérite la
préférence pour être mis en
usage, tant pour conserver la

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8 P R E F A C E.

santé, que pour guérir les
maladies, tuto, cito & jucundè.
Les Médecins d'Angleterre,
surtout ceux de Londres, que
nous estimons fort habiles,
mettent journellement en
pratique la Pharmacopée Bateane,
qui est toute chimique.
On a mis dans l'esprit du
vulgaire que les remèdes chimiques
sont chauds & violents;
ce n'est point le sentiment
d'Hypocrate, ni des plus habiles
Médecins de ce temps,
qui ne reconnaissent ni chaud
ni froid pour causes des maladies,
non plus que pour les
effets des remèdes bons ou
mauvais.
Le plus ancien de tous les
Arts est la Chimie: il a fallu

@

P R E F A C E. 9

y avoir recours pour rendre
les métaux flexibles. Sans cet
Art on ne pourrait faire ni
chaux, ni briques, ni tuiles;
& les Cuisiniers sans le secours
de la Chimie naturelle, ne
pourraient apprêter leurs
viandes.
Après tout ce que je viens
de dire, il y a encore une autre
espèce de Chimie; c'est à-
dire, Alchimie, par le moyen
de laquelle on fait une analyse
des trois règnes, minéral,
végétal & animal,
d'une manière si exacte, qu'elle
ne laisse rien dans l'intrinsèque
de leur substance,
qu'elle ne le réduise à l'état
élémentaire.
Quant au règne minéral,

@

10 P R E F A C E.

on demande si on peut faire
une transmutation des métaux?
Tous les Savants n'en
doutent pas; mais ils conviennent
que c'est perdre son
temps à la rechercher, attendu
la difficulté de la trouver. Effectivement
tout ce qu'en ont
dit les Philosophes hermétiques
n'a été que pour prouver
son existence, & en éloigner
la connaissance. Le règne
animal est d'autant plus
propre à fournir des remèdes
convenables, qu'il combine
en tout avec la nature humaine.
Le règne végétal est celui
dont nous avons à traiter
à fond, prenant pour notre
Matière première, ou Sujet
chimique de ce règne, le vin.

@

P R E F A C E. 11

Cette agréable liqueur qui,
après sa première fermentation,
est reconnue pour la
meilleure de toutes les boissons,
laisse un grand préjugé
pour espérer d'en extraire des
remèdes très précieux.
C'est avec raison qu'il est
appelé le roi des végétaux, &
or potable végétal. On en
tire ordinairement un sel volatil,
éthéré, dissous dans du
phlegme, appelé communément
esprit de vin; comme
aussi un vinaigre, un sel de
tartre fixe, une huile & une
terre; mais j'enseignerai à en
tirer huit ou neuf substances
toutes différentes en couleur,
odeur & saveur, comme on
verra par les analyses que je

@

12 P R E F A C E.

distinguerai en autant de
Chapitres. J'entreprends de
donner cet Ouvrage au Public
par un motif de charité:
Je me ferais un scrupule de
tenir caché ce qui peut produire
un bien considérable
pour conserver la santé, &
guérir beaucoup de malades.
Il est à craindre néanmoins,
à cause du long travail & de
l'attention qu'il faut pour
bien opérer, que ce remède
ne se puisse trouver chez les
Apothicaires, ou que ce ne soit
comme de l'antihectique de
Potier, ou de l'esprit volatil
huileux de Sylvins, lesquels
remèdes se débitent tous les
jours sous les noms de ces Auteurs,
quoiqu'ils n'en aient

@

P R E F A C E. 13

laissé la connaissance à personne.
S'il est vrai que l'Art de Médecine
est long, & la vie de
l'homme courte, selon Hypocrate:
Ars longua vita brévis;
c'est sans doute à cause de la
grande difficulté qu'il y a de
reconnaître les différentes
causes & les différents symptômes
des maladies; & en conséquence,
de trouver des remèdes
efficaces.
Entre les Médecins qui en
ont écrit, il s'en est vu quelques-uns,
comme Vanhelmont,
Paracelse, & plusieurs de
leurs Sectateurs, qui se sont
mis à déclamer contre les autres,
de ce qu'ils ne faisaient
de belles cures comme eux.

@

14 P R E F A C E.

Tous les autres Médecins ont
répondu fort à propos, que si
ceux-là avaient parlé le langage
du commun des hommes,
on aurait pu profiter de leurs
leçons; mais qu'ayant voilé
leurs arcanes, & seulement
publié leurs vertus, l'impossibilité
d'imiter ces Auteurs
les a rendu méprisables.
Or je viens aujourd'hui
mettre au jour la plus grande
partie de ce qui était dans les
ténèbres. Je donne à connaître
le chemin qu'il faut tenir
pour mettre en exécution une
Médecine qui est appelée, à
juste titre, universelle, parce
qu'elle guérie toute seule plus
de malades, que cinq cens
remèdes communs & ordinaires

@

P R E F A C E. 15

ne peuvent faire. Il est
vrai que cette seule Médecine
demande un travail considérable:
Dii, laboribus vendunt
Artes. Mais il sera bien récompensé.
Ce travail conduira
l'Artiste à des découvertes de
la Médecine, dans cinq ou six
mois, plus que la vie toute
entière ne pourra faire à celui
qui persistera dans l'étude
continuelle de la Médecine
telle qu'on lui aura enseigné.
La résolution des corps, &
leurs principes, ou leur composition,
après leur résolution,
donne une parfaite connaissance
de la nature, parce
que les principes en sont incorruptibles
& inaltérables;
& d'autant que le corps humain

@

16 P R E F A C E.

ne souffre qu'à cause du
mauvais mélange des éléments
qui le constituent, si on
sait l'art de purifier les médicaments
que l'on donnera aux
malades, on saura celui de
les guérir.
On ne saurait trop déplorer
l'abus qu'il y a dans la pratique
& l'usage commun des
remèdes, & ce qui n'est pas
remède. Je ne sais par quelle
raison il y a nombre d'années,
que l'on se portait, pour ainsi
dire, avec fureur, tous les ans
au matin dans le mois de Mai,
derrière une Vache, comme
à la Fontaine de Jouvence,
pour y recevoir de l'eau de
mille fleurs, & la boire toute
nouvelle; c'était son urine.

@

P R E F A C E. 17

Il me paraît que pour cela
on était prévenu faussement;
que c'était un remède simple
& innocent: aussi faut-il être
simple pour commettre pareilles
extravagances.
Mais pour ne point me détourner
de mon sujet, il faut
avouer que dans les Dispensaires
ordinaires de Médecine,
on n'y verra pas une composition
décrite si longue &
si laborieuse que celle que je
donne au Public.
Je ne prétends pas néanmoins
que le mystère consiste
au travail en tant que travail;
mais je fais connaître
que chaque élaboration sur
un mixte, faite à propos, lui
donne une nouvelle force,

@

18 P R E F A C E.

plus belle couleur & meilleure
odeur: on distingue par les
sens, comme par la raison, que
c'est un chemin qui imite la
nature, qu'il faut suivre pour
réussir, & on apprend par ce
moyen à devenir bon Philosophe
& bon Médecin.
Les Philosophes ont distingué
toutes les substances sublunaires
en trois règnes, minéral,
végétal & animal.
Le sujet de notre oeuvre se tire
du règne végétal, comme
il est dit, ce qui n'exclut
point la possibilité pareillement
d'extraire une Médecine
universelle de chacun
des deux autres règnes
Quant au minéral, je sais
qu'on en peut faire de bons

@

P R E F A C E. 19

remèdes; mais le danger qu'il
y a de travailler sur des matières
qui abondent en soufres
impurs & arsenicaux, m'ont
empêché de mettre la main à
l'oeuvre.
Quant à celle que l'on peut
tirer des animaux, elle me paraît
bien faisable, & digne d'être
entreprise par un curieux.
Je sais qu'un Prince d'Allemagne
s'entretenait dans un
état de jeunesse, quoi qu'il fût
âgé, par l'usage d'une liqueur,
ou élixir tiré d'un Cerf tout
entier. On sait aussi que le
Cerf peut vivre plusieurs siècles,
& que l'on peut par
conséquent en extraire des
principes de vie de plus longue
durée.

@

20 P R E F A C E.

A ce sujet on mit tout le
corps d'un Cerf en pièces;
après en avoir séparé les excréments,
on fracassa les os:
le tout fut mis en digestion,
puis distillé au bain-marie
dans un alambic de proportion
à pouvoir le contenir:
la liqueur étant distillée,
on en sépara le phlegme &
les esprits salins, par des digestions
& cohobations réitérées:
la matière restante
dans l'alambic fut poussée par
plusieurs cornues, elle donna
une huile jaune, & une autre
noire, sur la fin fort puante. La
tête morte qui resta fut calcinée:
on en tira un sel volatil
& un fixe: on en sépara une
terre, qui fut purifiée, & servit

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P R E F A C E. 21

à dépurer les huiles, &
en tirer la puanteur: plusieurs
élaborations furent faites sur
chacune de ces substances,
jusqu'à ce qu'elles fussent réduites
à l'état élémentaire,
sans aucun mélange de matières
excrémenteuses, pour
lors on fit la jonction de
tous les principes, il en résulta
un élixir ou liqueur très
suave, fort pénétrante, &
d'une vertu singulière pour
prolonger la vie.
Voilà la description de la
Médecine universelle du règne
animal en abrégé. Si
quelqu'un veut l'entreprendre
& la mettre en pratique,
l'intelligence du procédé de
notre oeuvre végétable sera

@

22 P R E F A C E.

d'un grand secours pour y
réussir.
Pour ce qui est du règne végétal,
ayant réfléchi que
parmi les substances alimentaires
de ce règne, dont
l'homme faisait usage, on ne
pouvait rien trouver de meilleur
que le vin. J'en fis une
analyse, comme il est dit, de
plusieurs substances, que je
trouvai toutes bonnes; chacune
desquelles, après avoir
été purifiées & séparées de
leurs parties grossières &
superflues, par art, je m'aperçus
qu'étant ainsi élaborées,
elles étaient infiniment meilleures,
& qui, pour servir de
remèdes, avaient beaucoup
plus de vertu que tous les vins

@

P R E F A C E. 23

les plus exquis qu'on aurait
pu trouver.
Ce qui m'occasionne d'en
faire un détail & d'en donner
la connaissance au Public.
Pour y réussir, j'explique toutes
les manipulations à la lettre,
& suivies par ordre, d'une
manière assez intelligible,
mais sans élégance, pour faire
une analyse exacte du vin à ne
pouvoir s'y tromper.
Tout ce que les Auteurs en
ont dit est incomplet, & ne
sont que des rapsodies: d'ailleurs
s'il se rencontre quelque
Critique qui veuille trouver
à redire au grand nombre des
opérations, je lui répondrai
qu'il faut pour rendre un art
parfait, imiter la nature que

@

24 P R E F A C E.

fait le pépin du raisin pour
produire la vigne: il faut qu'il
soit mis en terre, qu'il y reçoive
une digestion qui ouvre
& dilate tous ses pores, &
que par le concours des esprits
il se fasse une union vers la
pointe du grain pour y former
un germe; que ce germe soit
fomenté & entretenu pendant
tout l'hiver, pour paraître
au printemps, & former
alors une petite plante; que
cette plante soit nourrie par
le suc de la terre, humectée
par la pluie & la rosée, aidée
des rayons du soleil, pour à la
fin produire un raisin qui contient
un jus qui d'abord est
âpre, & à mesure qu'il grossit
devient acide; cet acide,

@

P R E F A C E. 25

à l'aide d'une chaleur externe,
se change en une liqueur
douce & agréable.
Tous ces progrès que la nature
fait, paraissent merveilleux
pour former un raisin.
Cela posé, combien doit-on
faire estime d'une analyse par
laquelle on pourra extraire
plusieurs substances, d'un
mixte si parfait, qu'elles aboutiront
dans leur réunion,
après les dépurations & digestions
requises, à un seul
point, où l'on trouvera
une concentration de toutes
les vertus médicinales, capables
de maintenir l'homme
dans une santé parfaite, & de
lui prolonger la vie aussi longtemps
que les plus âgés de notre

@

26 P R E F A C E.

siècle? La preuve d'un
long travail, pour faire quelque
chose de grand, nous est
encore bien démontrée par
d'autres productions de la nature.
Si l'on considère le nombre
des années que l'or & l'argent
requièrent pour se perfectionner
dans les entrailles
de la terre, on conviendra
que cela n'a pu se faire que
par des longues élaborations,
à la différence de fer, de
plomb, & des minéraux; les
uns plus, les autres moins
avancés, qui se trouvent en
abondance par tout, parce
que la nature n'a point été
obligée d'employer beaucoup
de temps à les produire; les
plantes mêmes qui sont plus

@

P R E F A C E. 27

longtemps dans la terre, étant
mieux nourries, deviennent
plus fortes; de sorte que la
nature est un miroir qui représente
comme un tableau,
tout ce que l'art doit imiter. Je
dis plus, que comme depuis
le péché du premier homme,
la nature a dégénéré dans ses
productions, jusqu'à former
des poisons en quantité, le
Seigneur par un principe de
bonté a bien voulu donner
aux Hommes la connaissance
de séparer ces venins des
mixtes qui le contiennent par
le moyen de la Chimie; & si
les substances les plus malfaisantes
peuvent être améliorées
à pouvoir entrer dans le
corps humain sans l'endommager,

@

28 P R E F A C E.

que ne doit-on point
espérer du vin (qui est de lui-
même & sans aucune préparation,
une des plus agréables
liqueurs) quand il sera parvenu
après une dernière élaboration
à une parfaite quintessence?
Ce qu'on appelle
quintessence, c'est la partie
la plus subtile & la plus pure
d'un mixte duquel on a séparé
tout ce qui est impur &
nuisible à la santé. Pour
mieux concevoir encore ce
que c'est, nous en jugeront
par l'exemple d'une bouteille
pleine d'un très bon vin, débouchée
& exposée à l'air;
au bout de huit jours, le vin
aura perdu toute sa qualité
& ne sera plus potable: or

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P R E F A C E. 29

ce qui aura fait la dégradation
de cette liqueur, se sera
tout au plus le poids d'une
dragme des esprits les plus
subtils dissipés.
D'ailleurs pour distinguer
cette quintessence d'avec les
substances grossières des Médicaments
composés, & des
aliments dans l'usage qu'on
en fait, ne faut-il pas que
ceux-ci soient *subigés, filtrés
& dissous par la chaleur
naturelle, avant que leurs parties
les plus subtiles puissent
parvenir aux dernières digestions;
à la différence de la
quintessence, qui se communique
par radiation en pénétrant
tout le corps humain
comme une lumière qui, se


Note du traducteur :
*subigés: latin subigo, réduire.


@

30 P R E F A C E.

joignant aux esprits qui nous
animent, leur donne un renfort
qui les fait agir suivant
leur destination naturelle?
On dira que l'on a des
compositions en quantité,
pour remédier à tous les maux
qui se présentent, c'est peut-
être à mon avis ce qui fait
une confusion dans la Médecine;
car comment concevoir
qu'il faille soixante-
cinq ou six sortes de drogues
pour le Thériaque, tandis
qu'une douzaine bien choisies
pourraient suffire? Je m'étonne
encore de ce que cette
composition étant un mélange
de vomitifs, de purgatifs,
de sudorifiques, des diurétiques
& d'astringents, pourquoi

@

P R E F A C E. 31

vouloir présumer que
la combinaison de toutes ces
drogues d'une vertu opposée,
puisse concourir à faire du
bien? Ne semble-t-il pas
qu'une confusion d'ingrédients
a été inventée en grand
nombre, par le défaut d'avoir
connu leurs vertus, & dans
l'intention que si l'un ne porte
point coup, l'autre puisse
agir?
D'ailleurs si on fait réflexion
que le Seigneur a créé
les médicaments pour l'usage
de l'homme, comme dit l'Ecriture,
il est à présumer qu'il
a donné à chaque plante une
vertu spécifique & particulière
pour un mal; Le Seigneur
n'a pas créé des êtres

@

32 P R E F A C E.

sans nécessité, comme seraient
plusieurs plantes d'une
même vertu, tendant à une
même fin, dont la composition
serait à charge à la nature,
ou du moins inutile.
Mais on dira qu'il est à
propos de mêler des correctifs,
principalement dans les
compositions des médecines
purgatives, qui portent toujours
avec elles des principes
irritants, qu'il faut adoucir par
un mélange de remèdes anodins
& confortatifs. En ce cas,
je demande s'il ne vaudrait
pas mieux retrancher par la
Chimie, ce que les remèdes
purgatifs ont de mauvais, plutôt
que de les associer avec des
bonnes choses, prétendant

@

P R E F A C E. 33

les corriger; car de cette dernière
manière, c'est mêler du
bon avec du mauvais, & ce
n'est point ôter le mauvais:
de sorte que pour pareilles
compositions on entre tous
les jours en dispute, l'un veut
un correctif d'une façon, l'autre
d'une autre, ce qui donne
lieu à des disputes sans fin;
à la différence de notre Médecine
universelle, qui guérit
par la première intention
de la nature; c'est-à-dire, en
calmant toutes ses irritations,
fortifiant la chaleur naturelle,
& arrêtant la dissipation des
esprits; & cette guérison par
la première intention est véritablement
celle que tous les
Médecins doivent essayer de

@

34 P R E F A C E.

procurer à leurs malades, parce
qu'ils sont guéris agréablement
en peu de temps, & sans
mauvaise suite; c'est pour cela
que je crois être obligé de déclarer
mon remède au Public.
Je m'offre aussi, pourvu
que l'on m'exempte du port
des lettres, de répondre aux
difficultés de ceux qui auront
entrepris d'exécuter cet ouvrage,
à condition que véritablement
ils auront mis la
main à l'oeuvre, ce que je reconnaîtrai
bien par le détail
de leurs opérations; & conseille
celui qui voudra travailler,
d'opérer lui-même,
pourvu qu'il soit un peu initié
dans le Spagirique, ou de
faire exécuter ce remède par

@

P R E F A C E. 35

un Artiste fidèle & bien entendu.
Il aura pour toute sa
vie, celle de sa famille & de
ses amis, de quoi à faire des
miracles, & soulager les pauvres.
Et pour encourager les curieux,
je dis que quand les
matières de notre oeuvre seront
un peu avancées dans
leurs préparations, elles surpasseront
en vertu tous les remèdes
vulgaires. Il n'y a donc
qu'à travailler, les pièces en
seront bonnes. On aura facilement
un esprit de vin éthéré
philosophique, qui, pour
tirer la teinture de tous les
végétaux, sera sans comparaison
meilleur que le plus raffiné
qui se tire par le serpentin,

@

36 P R E F A C E.

ou qui se rectifie à la manière
ordinaire, dont les principes
séminaux & balsamiques
sont brûlés, ce qui n'arrivera
point au nôtre.
On aura aussi un sel de tartre
très fondant, & une huile
de tartre, ou de vin, d'une
odeur très suave, au lieu qu'on
ne peut en débiter communément
que de la fétide
& puante.
De tout cela on pourra faire
des remèdes, ou branches
particulières, tirés du corps
de notre Médecine universelle,
qui auront de très
grandes vertus. Je dirai en
passant que l'eau de Mélisse,
communément dite eau des
Carmes, sera encore beaucoup

@

P R E F A C E. 37

inférieure à notre esprit
de vin éthéré philosophique.
On pourra en faire l'expérience
pour toutes les maladies
pour lesquelles l'eau
des Carmes est employée.
Je crois, sans trop présumer,
être le premier qui révèle la
Science Cabalistique, qui démontre
toutes les opérations,
& par ordre, que l'on doit faire
pour obtenir ce grand circulé
de Paracelse, cet arcane
végétable, cette Médecine
universelle, dont les vertus
sont innombrables pour toutes
les maladies du corps humain,
tant internes, qu'externes.
Il n'est donc question que
d'en vouloir profiter. La nécessité

@

38 P R E F A C E.

est plus grande que jamais
de trouver du secours à
nos maux: Plus le monde
vieillit, plus nos infirmités se
multiplient. Il n'y a point de
doute que tout ce qui n'est
point éternel, en s'éloignant
de la création, ne s'altère
de plus en plus, comme
nous le remarquons visiblement
dans toutes les générations
& productions sublunaires.
Et depuis que les deux hommes
envoyés à la découverte
de la Terre promise, ont rapporté
un raisin qui faisait leur
charge, on n'a point oui dire
en aucune contrée du monde,
qu'on ait vu un raisin qu'un
seul homme n'eût bien pu
porter.

@

P R E F A C E. 39

J'ajouterai ce que S. Paul
rapporte: Mors & morbus intraverunt
in naturam per peccatum.
Cela supposé, attendu que les
hommes sont devenus plus
criminels, c'est une suite nécessaire
qu'ils soient plus infirmes,
& que leur vie soit
devenue plus courte.
Mais comme le Seigneur
veut bien faire reluire sa miséricorde
en même temps qu'il
éclate par sa justice, il permet
que l'on fasse tous les jours
de nouvelles découvertes en
Médecine. On a trouvé le
quinquina pour les fièvres intermittentes;
l'ipécacuana,
pour les cours de ventre & flux
dysentériques. Depuis cinquante
ans, ou environ, ces

@

40 P R E F A C E.

deux spécifiques ont sauvé la
vie à plus d'un million d'hommes:
Et pour dire aussi ce
qui est connu de plusieurs à
mon égard, j'ai trouvé un
spécifique pour la gangrène,
dont le défunt Roi Louis XIV.
d'heureuse mémoire, ayant
été bien informé, m'a fait
l'honneur de me demander
à Versailles, par un exprès,
pour le traiter de ce mal;
mais il était trop tard.
Au reste, la fâcheuse circonstance
de n'avoir pu y être
plutôt, pour soulager Sa Majesté,
ne doit rien diminuer
de la bonté du remède.
Et pour donner des preuves
convaincantes de la possibilité
de guérir la gangrène

@

P R E F A C E. 41

sans incisions ni amputations,
j'ai trouvé à propos d'en faire
ici une Dissertation.
De tous les maux dont le
genre humain peut être attaqué,
il n'y en a pas de plus difficile
à dompter que celui qui
représente sur une partie de
l'homme, ou sur le tout, le
véritable caractère de la mort,
en y étouffant la chaleur naturelle,
& empêchant les esprits
d'y reluire.
Cette mortification effective
& réelle, commence par une
inflammation, dont les différentes
causes, tant internes
qu'externes, la font dégénérer
en gangrène. Toutes les
fois que les parties sulfureuses
du suc nourricier étant

@

42 P R E F A C E.

coagulées par l'acide de la
lymphe, les fibres nerveuses
se trouvent tellement comprimées,
que les esprits n'y
peuvent plus couler; pour
lors ces mêmes fibres ne recevant
plus l'influence ordinaire
de ces esprits, perdent leur
ressort, en même temps s'affaissent
les unes sur les autres; &
les particules salines ne pouvant
plus sortir de leurs pores,
celles-ci les déchirent par le
mouvement qu'elles reçoivent
de la matière subtile;
c'est ce qui fait naître cette
insigne pourriture, dont les
premiers signes sont la chair
molasse, à laquelle succède la
couleur plombée; & à celle-
ci, une noirceur, puanteur &

@

P R E F A C E. 43

insensibilité. Voilà ce qui constitue
la gangrène; laquelle
prend aussi le nom de sphacèle,
sans différence toutefois
que du plus ou du moins.
On admet ordinairement
deux causes de cette affection,
l'une externe, l'autre
interne. Entre les externes,
on raconte les plaies, ulcères,
contusions, le froid, le chaud
excessifs, les longues maladies
& détentions au lit, les
croupissements d'urine, &
d'autres semblables accidents.
Quant aux internes, les
principales sont une nature
défaillante, une altération
considérable dans l'une ou
l'autre des parties nobles; ou
encore, quand la gangrène

@

44 P R E F A C E.

est rentrée dans l'une des trois
capacités, toutes ces causes
sont mortelles.
Mais en supposant que la
masse du sang soit imprégnée
de parties âcres salines, accompagnées
d'un mauvais
soufre, en telle quantité
néanmoins que les esprits
soient d'une force supérieure
à pouvoir les *subiger & éliminer
par une fermentation
vigoureuse qu'ils exciteront
dans cette liqueur, il n'y a
pas de difficulté à croire que
la nature alors instituant une
crise, comme elle fait dans la
peste ou dans la petite vérole,
donnera la chasse à cette matière
étrangère, en l'éloignant
vers l'habitude du corps, où


Note du traducteur :
*subigés: latin subigo, réduire.


@

P R E F A C E. 45

en se réunissant sur un membre,
elle y produira la mortification;
à la différence que
cette matière n'aura pu faire
naître dans la masse du sang,
la gangrène, parce qu'elle y
aura été dispersée & répandue;
que d'ailleurs elle y aura
été aussi combattue par les esprits,
dont la nature douce &
balsamique, corrige les âcretés
des sucs, de même que
l'esprit de vin adoucit l'eau-
forte.
On peut observer une mécanique
à peu près semblable
dans ce qui se passe lors
qu'ayant mis de l'eau & de la
viande dans un pot sur le feu,
sitôt que cette eau vient à
bouillir, on voit paraître une

@

46 P R E F A C E.

crasse ou écume au-dehors,
que les corpuscules de feu,
qui tiennent lieu d'esprits, ont
détaché de la viande à force
de pirouetter & de s'insinuer
dans ses fibres; laquelle écume
aboutissant à la superficie,
requiert qu'on la sépare au
plus tôt, de crainte qu'elle ne
se remette à la masse du bouillon.
On ne peut pas disconvenir
que la gangrène provenant de
cause interne, dans le cas supposé,
étant produite à la manière
de l'écume du pot, ne
puisse être enlevée & guérie
avec un aussi heureux succès
que si la cause en eût été externe,
ce qui doit être alors
considéré comme un dépôt

@

P R E F A C E. 47

critique, & non symptomatique:
Or pour séparer cette
mortification, on ne doit
point se servir de fer; non-
seulement parce que la grande
douleur qu'il cause irrite
les esprits, augmente la fièvre
& l'inflammation, mais aussi
parce que chaque ouverture
ou incision doit être regardée
comme un évent par où les
esprits mis en mouvement
sortent en foule, & causent
une si grande diminution de
force, qu'elle fait souvent
tomber les malades en défaillance.
Quant à l'amputation ou retranchement
d'un ou plusieurs
membres entiers, dont
la fin la moins fâcheuse est de

@

48 P R E F A C E .

réduire le corps humain en
un misérable tronc, on devrait
bien travailler à la recherche
des moyens propres
à pouvoir éviter une si cruelle
opération. J'ajoute que je ne
crois point qu'il y ait jamais
eu une nécessité indispensable
de l'entreprendre sur aucun
sujet (sinon toutes les fois que
le membre s'est trouvé pendant,
& presque tout-à-fait
emporté de quelque coup,
ou de la gangrène.) La raison
de probabilité que j'en apporte
est fondée sur la force ou faiblesse
du malade ou du blessé.
Je dis que s'il est vigoureux,
& capable de résister à l'opération,
il n'y a aucun argument
convainquant qu'il

@

P R E F A C E. 49

n'ait pu être guéri sans l'avoir
entrepris cette opération,
puisque l'on voit tous
les jours des blessés survivre
au refus qu'ils ont fait de s'y
soumettre à la vue du triste
appareil que l'on fait ordinairement
dans ces sortes d'occasions,
& ces personnes ont
été guéries avec des simples
médicaments; que si d'un autre
côté ceux que l'on n'a
point trouvés avoir les forces
suffisantes pour supporter l'opération,
sont morts, on
peut tirer cette conséquence
juste, que la gangrène était
interne, & avait gagné les
parties nobles. J'ai observé
que presque tous ceux qui
ont résisté à l'amputation, je

@

50 P R E F A C E.

veux dire qui l'ont bien supporté
(ayant éprouvé la plus
rude secousse que l'on puisse
donner à l'homme, pour
ébranler les fondements de sa
vie) étaient les plus forts &
les plus robustes: en sorte
qu'il me paraît qu'on peut
conclure que quiconque a
été guéri par le moyen de
l'amputation, il avait fait ce
qu'il fallait pour l'éviter, &
se guérir sans qu'elle fût faite.
Je prétends donc guérir la
gangrène qui provient de
toutes causes externes, pourvu
qu'elle n'ait point gagné
l'une des trois capacités, &
encore celle qui est produite
par une cause interne, comme
je l'ai ci-devant distingué;

@

P R E F A C E. 51

le tout sans incision, par l'application
d'un remède, dont
l'effet est de rappeler les esprits
& la chaleur naturelle sur la
partie, & de conduire l'ulcère
à parfaite guérison, par le
moyen d'une suppuration louable,
arrêtant en peu de temps
le progrès de la gangrène, qui
n'avance plus dans aucune
de ses dimensions.
Voilà trois avantages très
considérables; le premier,
d'éviter les incisions & l'amputation;
le second, d'arrêter
le progrès de ce mal peu après
l'application du remède; le
troisième, est la guérison en
moins de temps, & plus certainement
que par tout autre
moyen.

@

52 P R E F A C E.

Quoique l'envie ait porté
quelques personnes de l'art à
*improuver l'usage de ce remède,
l'honneur que Louis XIV.
d'heureuse mémoire, m'a fait
de me faire appeler pour sa
propre personne, à Versailles,
dans sa dernière maladie, doit
faire présumer que l'efficacité
de mon remède a été suffisamment
connue, dont la
Cour m'a ordonné sept cents
livres pour mon voyage.
Ceux qui ne savent que dire
contre ce remède, ne peuvent
s'empêcher de m'imputer
de ce que je ne déclare
point publiquement ce de
quoi il est composé: Mais
comme il est inouï qu'il se
rencontre quelqu'un qui distribue


Note du traducteur :
*improuver: désaprouver.


@

P R E F A C E. 53

son bien à tous venants;
moi qui estime ce remède
comme mon bien particulier,
je trouve à propos de me le
conserver: d'ailleurs les épreuves
que j'ai faites pour en acquérir
la connaissance, m'ont
assez coûté pour être en droit
de m'en attirer, la récompense,
dont je serais frustré en le
rendant public.
Au reste, sans avoir égard
à cette dernière raison, je ne
suis pas le seul Médecin qui
s'est réservé la connaissance
de quelque spécifique. Hippocrate
en avait un contre la
peste; Sylvius possédait un sel
volatil huileux d'une grande
vertu; Potérius, Médecin
d'Angers, en avait trois ou

@

54 P R E F A C E.

quatre, son Antihectique,
stomachique, &c. Rivière, un
Fébrifuge qu'il a donné au
Public sous le voile d'une
énigme; Vanhelmont, Poleman,
Helvetius, de notre
temps, avaient des spécifiques,
qu'ils auront laissé à quelques-
uns de leurs amis, ou descendants,
ainsi que je prétends
faire dans la suite, pour ne
point frustrer le Public d'un
bien qui lui peut être utile.
Il serait donc à souhaiter
que tous les Médecins voulussent
travailler pour acquérir
des connaissances particulières,
afin que se perfectionnant,
les uns dans une
chose, les autres dans une
autre, ils pussent enfin procurer

@

P R E F A C E. 55

du soulagement dans
plusieurs maladies, où ils ne
font qu'échoir; après s'être
servi seulement des remèdes
généraux, ils discourent toutefois
assez agréablement;
mais il en faut venir au fait.
Le genre humain, comme
il est dit, se trouve accablé
toujours de plus en plus;
parce que le monde vieillissant
& dépérissant, chaque
jour le petit monde, qui est
l'homme, devient sujet à des
maladies plus fréquentes &
plus malignes; de telle manière
que sans un secours
proportionné à la décadence
de la vie humaine (laquelle
décadence paraît aujourd'hui
manifestement, si on la compare

@

56 P R E F A C E.

avec la vie de ceux qui
nous ont précédés) il est à
présumer que la Médecine,
dans les bornes où elle se
trouve renfermée présentement,
ne pourra être à l'avenir
d'un secours suffisant.

pict

@

57

pict

R E V E L A T I O N S
C A B A L I S T I Q U E S
D'U N E MEDECINE UNIVERSELLE
TIRE'E DU VIN: AVEC UNE MANIERE
d'extraire le Sel de rosée:
ET UNE DISSERTATION
sur les Lampes sépulcrales.
--------------------------------

C H A P I T R E P R E M I E R.

DU VIN, ET DE SA PREMIERE
préparation.

pict Uoique le Vin ait fermenté,
& qu'il ait acquis
une vertu déjà exaltée
immédiatement après avoir été
exprimé du raisin, il ne laisse

@

58 Révélations Cabalistiques

pas pour cela d'être un mixte,
c'est-à-dire, une substance capable
d'être disséquée en quantité
de parties différentes, qui seront
autant d'êtres nouveaux que
l'Art mettra au jour, dont les
plus actives, par une vertu magnifique,
se réuniront pour composer
notre Médecine universelle,
après qu'elles auront paru
sous la forme des esprits acides,
des esprits éthérés, des sels, tant
fixes que volatils, à l'exclusion
entière des principes passifs; savoir
la terre & l'eau, les deux
derniers étant des principes de
corruption & de mort: dans tous
les êtres sublunaires, sont aussi
les épines de notre Ouvrage, &
l'art séparatoire n'est employé
qu'à les défricher: Mais après
qu'on les aura séparés des principes
passifs, notre Art nous enseignera
à les dépurer chacun à
part, pour nous en servir à purifier
intrinsèquement les principes

@

d'une Médecine universelle 59

actifs, en les rejoignant avec
eux. C'est ici la clef de la Science
Cabalistique de savoir se servir
à propos du flegme & de la
terre, pour réduire les autres
principes à l'état élémentaire.
Or notre premier travail est
donc de mettre le vin en fermentation,
pour rompre le lien de sa
mixtion vineuse. Pour ce sujet,
prenez, par exemple, vingt-
quatre pintes, mesure de Paris,
ou plus si vous voulez, du meilleur
vin de Bourgogne; pour
chaque pinte, prenez tartre
blanc cru, sel fixe de tartre, de
chacun demi-once en poudre:
esprit de vin commun, aussi
demi-once, et lie de vin nouvelle,
assez épaisse, une once:
mettez tout cela ensemble au
fumier dans plusieurs gros ballons,
un bon tiers du vaisseau
vide, & bouché avec un vaisseau
de rencontre, les jointures bien

@

60 Révélations Cabalistiques

lutées: on les y laissera pendant
deux mois.

Commentaire sur ce que dessus.

Q Ue l'on ne s'étonne pas si je
nomme dans la suite l'esprit
acide, du vinaigre, notre esprit de
vin, c'est qu'il est le plus actif, &
le premier principe de la mixtion.
Il est aussi le dernier dans la résolution:
Quod est primum in compositione
est ultimum in resolutione,
disent les Philosophes; à la différence
de l'esprit de vin vulgaire,
qui est aussi un esprit; mais il
n'est pas si agissant. Les Philosophes
l'ont reconnu de cette manière;
& suivant leur intention,
le tartre cru, qui contient un
puissant acide, fera effort contre
les alcalis contenus dans la
substance du vin; & en les choquant,
les ébranlera si fortement,
que toute la liqueur se dérangera,
& deviendra disproportionnée,

@

d'une Médecine universelle 61

étant aidée de la chaleur
externe. Le combat sera
d'autant plus grand, que le sel
de tartre sec & aride que l'on y
joindra, recevant dans ses pores
les pointes des acides qui sont
rudes, celles-ci exciteront de
nouvelles secousses, tandis que
les parties de l'huile éthérée
tendres & délicates, profitant de
l'agitation, se débarrasseront du
flegme qui les environnera:
partant du centre de la liqueur,
comme plus légère, gagneront le
dessus de la mixtion; c'est pour
cela qu'elles frapperont l'odorat
les premières quand on débouchera
les vaisseaux, ce qui se fait
plus fortement après la fermentation
que devant, parce qu'elles
sont extraverties & poussées par
le bouillonnement vers la circonférence,
cherchant à s'échapper,
comme parties plus volatiles du
mixte.

@

62 Révélations Cabalistiques
--------------------------------

C H A P I T R E II.

DE LA MATIERE ETHERE'E,
communément dite esprit de vin.

D ANS tous les règnes, on
commence à séparer la partie
volatile d'avec la fixe. Il faut
observer que dans le règne végétal,
c'est la partie sulfureuse
qui monte la première; dans le
minéral, c'est l'acide; & dans l'animal,
c'est le sel volatil: cela
s'entend des principes actifs, &
non de flegme, ni de la terre, qui
sont les passifs.
Puis donc que dans le règne
végétal, la forme essentielle,
ou l'âme du mixte, consiste en
humide volatil, onctueux, aérien,
il le faut très bien dépurer &
séparer des autres principes.
Cette huile éthérée est différente
de la grossière, en ce que
celle-là est très volatile, & se tire

@

d'une Médecine universelle 63

des liqueurs fermentées: celle-ci
est plus fixe, & sera élaborée
dans la suite, pour devenir semblable
à la première, à laquelle
elle sera jointe, & ne feront qu'une
seule substance. L'huile, ou
esprit éthéré, ne sort point pure
du commencement par la distillation,
mais un peu mélangée de
flegme: on la distille d'abord
toute seule, sans y rien ajouter,
à fort petite chaleur de bain, que
le doigt pourra supporter, séparant
le flegme d'avec la substance
la plus pesante qui reste au fond
de l'alambic & que l'on met à chaque
distillation de côté, rejetant
ce qui est tout à fait terreux, &
n'a point de goût de sel, gardant
ce qui est salin: or ce sel se tire
avec le flegme du mixte.
Quant au minéral, tout ce qui
est sulfureux évaporable ne vaut
rien; à la différence de notre
règne végétal, aussi bien que
dans le règne animal, l'huile est

@

64 Révélations Cabalistiques

l'âme de notre sujet; qui ne peut se
joindre à son corps, c'est-à-dire,
au sel fixe, qu'avec l'esprit, qui
est la partie moyenne & acide,
comme on verra dans la suite: &
cet acide s'appelle medium conjunctionis.
Les premières rectifications en
général de l'esprit éthéré, sont
au nombre de quatre, auxquelles
on n'ajoute rien au bain-marie:
en sorte que l'on diminue la chaleur
à chaque distillation, &
quand la liqueur distille, insipide,
& que les veines ne paraissent
plus à l'alambic, on ôte le flegme
de la cucurbite, pour le joindre
avec celui que l'on a réservé des
précédentes distillations.
Après ces quatre premières distillations,
il faut ajouter du sel
de tartre fixe, bien dépuré par
la calcination, filtration & évaporation,
& cette dépuration
doit être réitérée après chaque
distillation, avec de l'eau

@

d'une Médecine universelle 65

distillée, ou flegme du mixte.
La dose du sel de tartre est d'une
demi-livre, avec trois livres
d'esprit éthéré: il arrivera alors
que ce sel attirera à soi le flegme
qui embarrasse l'esprit, & ce sel
se gonflera & se chargera de ce
flegme, qui abandonnera l'esprit;
& par ce moyen, cet esprit éthéré
deviendra plus léger, & bien
exalté. Voilà ce qu'on appelle communément
l'esprit de vin tartarisé,
qui n'est point encore dans la
perfection pour notre oeuvre.
On observera entre chacune
rectification, de mettre la matière
éthérée infuser pendant plusieurs
jours, comme je l'expliquerai au
Chapitre des degrés de feu, au
fumier, au poêle, ou dessus le
four d'un Boulanger, à commencer
dès la première, d'autant que
par ce moyen, le flegme se sépare
mieux dans les distillations.
Il est à remarquer que quand on
tire le sel de tartre de la cucurbite

@

66 Révélations Cabalistiques

de même qu'on l'y a mis, sans
être dissous, c'est signe qu'il n'y
a plus de flegme parmi l'esprit
éthéré, & qu'ainsi cet esprit est
suffisamment rectifié.
Mais toutes les fois qu'on a retiré
ce sel de tartre de la cucurbite,
il faut le distiller au bain de
sable, pour en faire sortir la partie
oléagineuse & grossière, que ce
sel a contracté de l'esprit éthéré,
& cette partie grossière sera mise,
avec les huiles grossières qu'on aura
réservé, à part; car c'est l'ordre
de cet ouvrage de joindre, paria
cum paribus, les essences congénères
ensemble, afin de ne rien
perdre des principes du mixte.
Le sel de tartre avant qu'il soit
employé à l'usage que dessus, doit
être tellement purifié, qu'il ne
laisse aucune fèce sur le filtre.
Je dirai aussi qu'il est bien plus
aisé de faire l'arcane des végétaux
& des animaux, que celui des minéraux,
parce que ceux-ci n'abandonnent

@

d'une Médecine universelle 67

pas si aisément leurs
principes dans l'analyse.
L'esprit éthéré bien purifié ne se
voit point distiller en eau, & il
ne tombe point par gouttes dans
le récipient: il ne laisse pas de
l'emplir; c'est ce que j'ai bien
éprouvé: Il est alors véritablement
aérien ou éthéré. De plus,
il pénètre six doubles de papier
au lut sans le mouiller: il faut
alors employer la vessie de porc
avec le papier, pour luter les
vaisseaux.
Si le vin est bon, on doit en retirer
la douzième partie d'esprit
éthéré avant de le rectifier sur le
sel de tartre.
Ensuite de ce que dessus, prenez
une bouteille de verre, & mêlez
dedans ledit esprit, vous scellez
la bouteille hermétiquement; &
après avoir renversé le col en bas,
vous environnez la bouteille de
glace, qui aura été concassée en
morceaux comme le bout du petit

@

68 Révélations Cabalistiques

doigt, dont vous ferez un lit; &
sur ce lit, un autre lit de sel commun,
ensuite un de glace concassée
plus épais que le sel; ainsi, stratum
super stratum, jusqu'à par dessus
le matras, ou vaisseau qui contiendra
la liqueur à glacer, & faire
un petit trou dans la glace au-
dessous du vaisseau, pour laisser
écouler un peu d'eau qui sort de
la glace lors que toutes les parties
se resserrent & s'allient pour former
une substance uniforme, & il
faut que le vaisseau qui contiendra
ladite glace soit cylindrique;
comme de bois, & laisser ainsi reposer
la matière vingt-quatre
heures, ou trois jours, qui est le
temps auquel la glace a fait son
effet.
Helmont dit que, Summum
frigus & summus celor reducunt
corpora ad elementalem naturam.
Peut-être que par ce moyen une
grenouille renfermée dans un
vaisseau à la glace, se réduirait

@

d'une Médecine universelle 69

en substance mucilagineuse transparente,
qui serait le Gluten de
aquatico de Paracelse: Pro cancri
medela: Et Vanhelmont dit que
la grenouille retourne par un
grand froid à sa matière première.
Pour revenir à notre esprit
éthéré, on connaîtra que le nombre
des rectifications sera suffisant:
non-seulement quand le sel
fixe ne s'y dissoudra plus, comme
nous avons dit, mais lors que brûlant
un peu de cet esprit sur de la
poudre à fusil, elle s'enflammera
après la consommation entière de
cette huile, & mettre la poudre
dans une écuelle de faïence ou
de verre vernissée; car en le
prenant dans une cuiller d'argent,
comme j'ai fait; la cuiller
s'échauffant, a consommé le peu
de flegme qui restait mêlé à la
quintessence: la poudre a pris feu,
quoique l'esprit n'ait point été
parfait. On peut encore l'éprouver
trempant un petit linge dans

@

70 Révélations Cabalistiques

la liqueur, puis y mettre le feu:
s'il brûle totalement, l'esprit
sera bon.
J'ajoute que pour avoir de l'esprit
éthéré du vin sans feu, il faut
mettre un chapiteau de verre à
l'embouchure de chaque tonneau,
quand le vin nouveau commence
à fermenter aux vendanges, y
adapter un récipient entre le chapiteau
au tonneau, avec terre
grasse quand on en aura suffisamment,
on le rectifiera à notre
manière.

--------------------------------

C H A P I T R E III.

DES DEGRES DE CHALEUR
des feux externes & internes.

Q Uand vous voudrez mettre
la première fois votre
matière au bain-marie, comme
elle sera crue & indigeste, accompagnée
de ses principes passifs,
vous chaufferez l'eau plus hardiment;

@

d'une Médecine universelle 71

mais surtout qu'elle ne
bouille pas, pour ne point brûler
le germe de la liqueur. Au reste,
une petite chaleur ne gâtera jamais
rien, & une trop grande détruira
tout. J'estime, pour le
mieux, que l'eau puisse toujours
être supportée du bout du doigt.
La première putréfaction, auparavant
toute chose, sera faite au
fumier de cheval pendant deux
mois; puis après la première distillation,
c'est-à-dire, entre la
première & la seconde distillation,
mettre encore la matière en
digestion un mois; entre la deuxième
& la troisième, pendant
trois semaines; entre la troisième
& la quatrième, pendant quinze
jours; entre la quatrième & cinquième,
pendant huit jours; entre
la cinq & la six, pendant quatre
jours; entre la six & la sept,
pendant deux jours: tout cela fera
cent vingt jours ou environ.
Il faut bien prendre garde que

@

72 Révélations Cabalistiques

la chaleur soit égale, & jamais interrompue;
car il faudrait recommencer
l'ouvrage. Mais il
n'y a pas grand travail.
Voilà sept degrés de putréfaction
qui font mûrir la matière,
& lui donnant une disposition
avantageuse pour devenir toute
céleste.
On voit assez qu'il faut d'abord
une plus longue putréfaction, parce
que la matière est toute grossière;
& pour renouveler la chaleur,
il faut remettre du fumier
chaud & nouveau tous les huit
jours; d'autres font cette putréfaction
au bain-marie: mais le fumier
me semble convenir mieux.
Il faut aussi savoir la différence
qu'il y a entre digérer, ou fermenter
& circuler. Quand on
veut faire fermenter ou digérer,
il faut prendre un alambic aveugle;
& pour circuler, il faut un
pélican ou circulatoire en forme
de calebasse, avec deux anses

@

d'une Médecine universelle 73

creuses: en sorte que par ces deux
tuyaux, la matière rentre dans le
ventre du circulatoire, dont le
trou d'en haut soit fermé avec un
bouchon de verre de proportion:
de plus, il faut que le vaisseau soit
à demi plein, ou les deux tiers tout
au plus; & en le tirant hors du
fumier, ne pas trop fort mouvoir
le vaisseau, de crainte que la matière
en fermentation ne le casse,
& ne le point déboucher qu'il ne
soit refroidi; parce qu'étant encore
chaud, il se dissipe beaucoup
d'esprit.
La différence qu'il y a encore
du circulatoire, c'est que celui-ci
doit avoir la partie supérieure
hors du fumier environ un tiers du
vaisseau à l'air, afin que le froid
condense les vapeurs, & les fasse
retomber sur la liqueur. La circulation
se peut faire aussi au bain-
marie, aux cendres, ou dans le
marc des raisins. Quand la quintessence
sera parfaite, il sortira

@

74 Révélations Cabalistiques

une odeur du circulatoire très
suave, qui remplira en un moment
toute la chambre; & en la
goûtant, on sentira une douceur
enchantée, rien de brûlant ni
d'âcre comme l'esprit de vin
ordinaire.
Or il faut faire circuler ainsi
tant de fois que l'on trouve l'esprit
avoir les qualités susdites.
Raymond Lulle, Liv. I. Chap, 2.
parlant du mercure végétal,
confirme ce que je viens de dire.
Il ajoute au Liv. I. Chap. 3. que
l'on peut tirer la quintessence de
tous les vins gâtés, pourvu qu'ils
ne soient point aigres.
Pour coller les récipients avec
les cucurbites, on y mêle un peu
de sel commun avec de l'argile,
des crottes de cheval, délayées
dans de l'eau: on les laisse pourrir
quelque temps auparavant, avec
laquelle on délaye l'argile rougeâtre.
Je m'attache à expliquer la manipulation,

@

d'une Médecine universelle 75

c'est-à-dire, le travail
de la main, parce que je crois que
des curieux qui ne seront point
entièrement au fait de la Chimie,
qui seront d'ailleurs désintéressés,
ayant bonne volonté, pourront
en venir à la pratique; car le commun
des Médecins qui seront occupés
considérablement, n'en auront
point le temps. Les Apothicaires
trouveront mieux leur compte
à faire des compositions ordinaires,
à débiter du séné, de la
casse & d'autres remèdes communs,
que je ne méprise pas; mais
dont on entretient la santé & les
maladies: c'est donc faute de remèdes
qui guérissent radicalement,
& comme j'ai dit, par la
première intention de la nature,
si on se sert de ceux-là.
Pour ne pas sortir de notre
sujet, qui consiste au régime du
feu, je dirai que ce travail doit
imiter la nature, qui n'est jamais
oisive; car tandis qu'il se fait un

@

76 Révélations Cabalistiques

dégagement des principes actifs
d'avec les passifs, & des matières
hétérogènes contenues dans la liqueur
par le mouvement interne,
excité & entretenu par le feu externe,
s'il survient de l'interruption:
ou surséance à ce mouvement,
les principes actifs se rejoindront
aux passifs, & se réemprisonneront,
pour ainsi dire, comme
auparavant.
A l'égard du trop grand feu, il
n'y aura plus de ressource; parce
que les parties grossières du mixte
ayant été *retorridées, renfermeront
si étroitement les volatils,
que l'on ne pourra plus détacher
de la masse un esprit pur & élémentaire,
& on en enlèvera toujours
des parties âcres, dont les
subtiles seront enveloppées comme
elles se font sentir dans l'esprit de
vin commun tiré par le serpentin.
J'ai dit qu'il faut une chaleur égale,
d'autant que les différents mouvements
produisant différentes modifications


Note du traducteur :
*retorridés: recuites.


@

d'une Médecine universelle 77

dans la liqueur, y apporteront
de l'altération. Il est donc
important que les secousses des
parties internes du mixte ne soient
ni trop violentes, ni trop ralenties.
Si elles sont ralenties, les
principes actifs auront de la peine
à se débourber: s'il se fait de fortes
secousses, il n'y aura point de séparation
des principes actifs, qui
demeureront en confusion avec
les passifs. Cette mécanique démontre
parfaitement ce qui se
passe dans le corps humain, quand
les liqueurs y sont en trouble, &
donne au Médecin Spagirique
une véritable connaissance des
causes internes des maladies, en
même temps qu'elle lui enseigne la
manière d'y remédier.
Outre les feux externes dont
nous venons de parler, les Philosophes
en ont reconnu d'autres
internes; savoir, trois sortes de
feux volatils, comme l'huile, ou
esprit éthéré; une autre huile

@

78 Révélations Cabalistiques

grossière, aussi combustible, & un
esprit acide liquide, ou sel volatil
appelé ammoniac.
Les feux fixes internes sont deux;
savoir, l'acide concentré en l'alcali
du même mixte.
Les trois premiers feux sont humides
& potables: les deux autres
sont secs.
Après que l'esprit éthéré a été
mis à la glace, puis distillé, il le faut
faire circuler dans le pélican, ou
autre vaisseau, pendant trois semaines,
ou pour le plus un mois, ce qui
se fait à feu de lampe, aux cendres:
ensuite on en sépare le reste de
l'insipide ou flegme, par distillation
au bain vaporeux, qui
donnera le pur élément de l'huile
volatile éthérée, qu'on nomme
quintessence supérieure, propre à
recevoir l'union de l'huile grossière
après qu'elle aura été bien rectifiée,
& ensuite du soufre fixe,
par le moyen de l'esprit acide
mercuriel; c'est ainsi après que

@

d'une Médecine universelle 79

par décoction, tout se réduit en un
seul soufre fixe, qui est le feu
de nature dans la terre, qui est
son propre domicile fixe; ainsi
le supérieur se découvre être le
même que l'inférieur, & l'inférieur
de même que le supérieur,
qui étant unis ensemble, font une
médecine d'une seule chose, qui a
la puissance des supérieures & inférieures,
& dont la force est
entière lors qu'elle est convertie
en terre fixe, où tous les éléments
sont concentrés, & ne reste plus
que là quintessence, dont le soleil,
c'est-à-dire, le feu de nature
ou le soufre des Philosophes est
le père, & la lune, c'est-à-dire le
mercuriel, la mère, que le vent,
c'est-à-dire, que l'esprit volatil a
porté en son ventre lors de la sublimation
& solution,
Le second feu est humide, & se
trouve dans les végétaux; c'est leur
huile grossière, qui est aussi inflammable.

@

80 Révélations Cabalistiques

Le troisième feu volatil des végétaux
est leur esprit acide & leur
sel volatil, lesquels font leurs opérations
de la même manière que
l'esprit & le sel ammoniac d'urine.
Ce qui est à remarquer, c'est
que quelques végétaux donnent
plus de sel volatil, & quelques autres
moins, à proportion de la
qualité de la mixtion qu'ils ont reçue
au commencement; car à proprement
parler, le sel volatil n'est
qu'une portion de sel fixe mêlé
avec l'esprit mercuriel acide, des
feux fixes, des végétaux. Le premier
se découvre dans le sel acide,
dont l'Artiste peut tirer par la
cornue un esprit de sel ou de nitre,
qui lui sert s'il veut pour les objets,
ou mercuriels, ou sulfureux.
Et enfin, le dernier feu qui se
découvre dans les végétaux, est le
sel fixe qui reste dans les cendres
lors qu'on les a brûlés, & qui s'en
tire par le moyen du flegme ou de
l'eau commune distillée, & il est

@

d'une Médecine universelle 81

appelé fixe avec raison, d'autant
qu'il dissout, même la Terre fixe,
& la fait parvenir jusqu'à une matière
fixe & résistante au feu comme
le verre.
Les feux volatils bien dépurés
de la terre & du flegme, s'unissent
immédiatement avec ceux de leur
nature; savoir, les sulfureux
avec les sulfureux, & les mercuriels
avec les mercuriels; de
sorte que les trois feux supérieurs
se réduisent à deux liqueurs, l'une
mercurielle saline, l'autre sulfureuse.
La mercurielle dissout le fixe de
sa nature & qualité, & la sulfureuse
dissout aussi la fixe de sa nature;
de sorte que par ce moyen
tout se réduit en deux par décoction;
les deux se coagulent, &
fixent en un, qui est notre quintessence,
dont on fait le grand
circulé, & ensuite l'alkaest de son
règne; & enfin, l'alkaest universel,
pas la conjonction de l'alkaest

@

82 Révélations Cabalistiques

des trois règnes de la nature, &
c'est toujours le feu de nature qui
domine sur tous les autres, & les
unit enfin en un de sa nature;
c'est pourquoi il fait tant de miracles
en cet état de sa proximité,
aux premiers êtres radicaux de
la nature créée.
Remarquez aussi que dans les
dernières rectifications de l'huile
éthérée sur le sel de tartre, elle
pourra bien extraire quelque peu
de son semblable, qui est fixé dans
cet alcali, ce que j'ai reconnu en
brûlant une cuillerée de cet esprit
dans un petit pot de faïence, tout
le dedans du pot est resté comme
enfariné du sel volatil contenu
dans cet esprit, qui s'était exhalé
& attaché aux parois de ce pot,
provenant d'une partie du sel fixe
volatilisé; de sorte que je regardais
cela comme un petit commencement
de la volatilisation
du sel de tartre que Vanhelmont
vante comme un succédant de
l'alkaest.

@

d'une Médecine universelle 83

Après toutes les préparations ci-
dessus, notre huile éthérée étant
réduite à sa pureté élémentaire,
& aussi jointe avec les huiles grossières
qui auront été atténuées par
l'art, & rendues de sa nature, ce
ne sera plus qu'une quintessence
dont on fera la conjonction avec
le sel & le mercure végétable,
qui est l'acide, pour les fixer ensemble
aux feux des sages. Le
pierre végétable étant parfaite,
doit être dissous dans dix fois
autant d'huile éthérée, dont on
aura réservé une partie pour la
multiplication.

--------------------------------

C H A P I T R E IV.

DU FLEGME COMMUN

& élémentaire.

P Our ne point transposer
les opérations, comme nous
avons démontré la manière d'extraire
l'esprit éthéré dans sa dernière

@

84 Révélations Cabalistiques

pureté, & qu'il est resté après
la distillation de cet esprit un flegme
abondant, il faut maintenant
retirer ce flegme, & le séparer des
autres matières qui l'accompagnent;
pour ce sujet, il le faut distiller
au bain-marie fort modéré,
afin que les acides ne montent
point avec lui.
On continuera cette distillation
tant que la liqueur qui distillera
sera insipide; & lors qu'elle commencera
à se faire sentir au goût,
ayant quelque peu d'acide, cessez
de distiller, & mettez tout votre
flegme à part; vous trouverez dans
le fond de l'alambic, une liqueur
acide avec l'huile grossière, le sel
& les autres matières qui restent
du vin.
Or ce flegme que vous avez distillé
& mis à part, doit être rectifié
& dépuré d'une certaine quantité
des parties essentielles du mixte
qu'il a emporté avec lui; car voilà
une difficulté du travail que toutes

@

d'une Médecine universelle 85

les premières opérations ne
sont jamais pures ni sincères, &
pour cela il faut redistiller ce flegme
sans addition, deux ou trois
fois; réitérer tant qu'il ne reste plus
rien dans le fond de l'alambic, diminuant
le feu à chaque distillation;
que la liqueur du fond de
l'alambic soit aussi douce que celle
qui est passée la première par le
bec de l'alambic.
Finalement, il faut avoir une
terre végétable privée de tout sel,
c'est-à-dire, tout à fait *exanimée
de ses principes; & en un mot,
qu'elle soit rendue élémentaire,
c'est-à-dire, poreuse, légère, insipide
& discontinue, de couleur
blanche. Nous enseignerons à la
rendre telle au Chap. de la terre
élémentaire. Cette terre mêlée
avec le flegme, servira à retenir,
tirant à soi comme un aimant, ce
qu'il y aura des autres principes
du sujet resté parmi la liqueur,
soit sel, soit huile, ou quelques autres


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.


@

86 Révélations Cabalistiques

matières hétérogènes, en le
recohobant au bain-marie.
Et après cette distillation, ayant
calciné la terre restante, s'il y a
quelque sel fixe retenu dans cette
terre, on l'en séparera en y mêlant
du flegme, & le sel restera
après la distillation de ce flegme,
& sera réservé, pour le mettre avec
le sel fixe, que l'on retirera du
mixte, qui lui sera homogène & de
même nature: paria cum paribus.
On voit donc par cette mécanique
que la terre ayant détaché du
flegme l'huile & le sel, l'huile se
trouve consommée par la calcination,
& le sel est repris par le
moyen du flegme. La terre redevient
vierge & *exanimée, & l'Artiste
en fait un aimant pour le règne
végétal.
L'eau & la terre sont des principes
passifs, les vases ou *rétinacles
des autres éléments, qu'ils
contiennent fort étroitement, &
desquels on a de la peine à les séparer.


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.
*rétinacles: recipients, matrices.


@

d'une Médecine universelle 87

Il ne faut pas toutefois
beaucoup se mettre en peine des
acidités & oléaginosités qui paraissent
dans la séparation du flegme,
restant avec le sel dans les
rectifications de l'huile éthérée &
du sel. Le flegme abandonne facilement
ces empyreumes dans les
rectifications sur la terre élémentaire.

--------------------------------

C H A P I T R E V.

Du Vinaigre, du Vin ou Principe
mercuriel commun, & du radical.

A Près la séparation de l'esprit
éthéré & du flegme, que
nous avons conduits à leur perfection,
nous séparons par la distillation
au feu de cendres ou de sable,
tout le vinaigre, jusqu'à ce
qu'il ne reste qu'un limon huileux
& épais.
Nous rectifions ce vinaigre au
bain-marie non bouillant; en sorte

@

88 Révélations Cabalistiques

qu'il ne monte que du flegme,
avec lequel il ne laisse pas de s'élever
quelques parties acides &
l'huile éthérée.
Car il faut remarquer que la rectification
du vinaigre est toute
opposée à celle de l'esprit éthéré,
qui monte le premier, & l'esprit
du vinaigre demeure au-dessous
du flegme dans la cucurbite; partant,
c'est le flegme que l'on aura
tiré qu'il faudra mettre à part.
Or ce qui reste après que le vinaigre
a été dépouillé d'une partie
de son flegme, par la première
rectification, nous l'exposons à l'air
quatre ou cinq jours à l'abri du
soleil & de la pluie, jusqu'à ce que
le goût acide lui survienne.
Ensuite nous rectifions encore
sept fois ce vinaigre, en interposant
après chaque distillation quatre
ou cinq jours de circulation
au bain-marie, au fumier, ou bien
in hypocausto, ou sur le four d'un
Boulanger; parce que le flegme

@

d'une Médecine universelle 89

étant plus léger que l'esprit, s'en
sépare par une moindre chaleur.
Mais l'esprit acide, que les Philosophes
appellent Aura Physica,
n'obéira qu'au bain de cendres ou
de sable; cependant après avoir
distillé le flegme, que l'on met à
chaque fois à part avec les autres
semblables, il en faut séparer les
fèces qui restent au fond de la
cucurbite.
Quant aux dernières rectifications
de notre esprit acide, après
les sept premières, on achève de
faire les autres, en le distillant sur
la terre *exanimée, & tout-à-fait
privée de son sel & de ses soufres
par calcinations, lotions & filtrations
réitérées après chaque distillation.
Remarquez bien que cette terre
ainsi préparée, & qui sert à dépurer
notre acide, ne peut servir à
dépurer la matière éthérée, parce
qu'elle n'est point son *rétinacle.
Nous avons déjà dit qu'il faut


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.
*rétinacle: recipient, matrice.


@

90 Révélations Cabalistiques

mettre toujours à part, & ensemble,
les matières congénères, les
salines avec les salines, les huileuses
avec les huileuses, les flegmatiques,
&c.
Dans le végétable, l'acide &
l'huile grossière doivent fermenter
avec le sel fixe, afin que cette
huile devienne atténuée; & convertible
en éthérée.
On peut se servir de l'esprit de
tartre pour suppléer à celui qui
s'est dissipé à travers les douves
du tonneau, & fortifier l'esprit
mercuriel de notre oeuvre.
Notez que les deux vinaigres,
savoir, le radical & le premier,
sont de même nature, & se joignent
ensemble après qu'ils ont
été bien rectifiés par digestions &
distillations, chacun à part.
Nous avons dit qu'il faut calciner
les fèces qui restent après les
rectifications des acides, & remettre
chaque substance avec sa congénère.

@

d'une Médecine universelle 91

Pour juger de l'égalité de l'esprit
acide, & de la quantité convenable
qu'il faut mettre sur le sel fixe
spongieux, il y a une certaine latitude,
comme dans tous les tempéraments
des mixtes: en sorte
que dans celui-ci, on peut proportionner
depuis trois d'esprit acide,
contre une de fixe, & monter même
jusqu'à dix parties d'esprit;
mais à proportion qu'il y a plus
grande quantité d'esprit, plus
longtemps dure la coagulation à
se faire: de là vient que les uns
disent avoir achevé leur pierre en
trois, quatre, six ou huit mois.
Cela provient de la différence action,
vertu & poids des éléments
d'où est sorti le passage de Trévisan:
Potentia terrestris secundum
tempus dilatum est pondus in hac
materia. Ce que je viens de dire
regarde la proportion de l'esprit
acide sur le sel, pour la conjonction,
sans doute, à l'athanor.
Quand on pousse par la cornue

@

92 Révélations Cabalistiques

le sel imprégné des esprits acides,
pour en faire sortir tous les esprits,
il faut mettre de l'eau distillée, de
pluie, dans le récipient, afin qu'ils
s'incorporent dans lad. eau, & ne
retournent point à leur masse: ensuite
on sépare ces esprits de lad.
eau, en la rectifiant par la distillation
au bain-marie.
On dira en passant que le gros
d'une noisette du sel fixe ci-dessus
achevé & parfait, mit dans un
tonneau ou muid de vin gâté, le
rétablit entièrement.
Les Philosophes ont appelé esprit
ce qui a la vertu de retenir le
corps & l'âme, c'est-à-dire, qui les
réunit ensemble; & c'est la fonction
de notre esprit acide, & c'est
de même dans le règne minéral,
ou la partie mercurielle est retenue
par la partie sulfureuse.
Quand le flegme a été séparé
de son vinaigre, je n'ai point
trouvé ce vinaigre fort acide, &
la raison m'en a paru tout à l'instant

@

d'une Médecine universelle 93

fort convaincante, en ce que
par tout où le sel alcali & les acides
se trouvent ensemble, ils s'unissent
si étroitement, qu'on ne saurait
les séparer que par le feu de
réverbère; c'est pourquoi dans le
procédé de la rectification de ces
esprits, il faut les rectifier seuls,
en faisant évaporer le flegme à
chaleur de bain, & distillant le
reste à feu de sable; & enfin,
achever la rectification sur la
terre *exanimée.
Après quoi, cet acide est en état
d'être rejoint au sel fixe dépouillé
de tous ses esprits par forte distillation;
& ces derniers esprits, qui
sortent du sel cristallin à feu véhément,
sont de même nature que
les autres acides sortis & rectifiés
auparavant, avec lesquels on les
rejoint; & ces esprits acides rectifiés
étant combinés avec ledit sel
fixe, s'unissent très étroitement
ensemble, & forment après une
longue digestion à l'athanor, un


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.


@

94 Révélations Cabalistiques

sel volatil, qui n'est rien autre
chose qu'une combinaison du fixe
& du volatil; & c'est à l'athanor
où vous aurez l'alcali volatilisé.
Voilà ce grand secret qui sert à
rendre le sel de tartre volatil: Et
remarquez bien que l'union indissoluble
de l'esprit acide avec ledit
sel, est la vraie matière de perfection
de tous corps, même des
métaux les plus parfaits.
Vous jugez bien de là que votre
esprit acide n'est point perdu, mais
il est enveloppé, une partie dans le
marc épais & noir, & une autre
partie dans l'eau ou flegme. Pour
celui qui est enveloppé dans l'eau,
la séparation en est facile par le
bain; & à l'égard de celui qui est
enveloppé dans le marc ou résidence
noire, & dans le sel fixe, la séparation
s'en doit faire de la manière
que l'on sépare les éléments
du tartre cru imprégné de vin à
grand feu de réverbère.
Mettez dans une retorte de verre

@

d'une Médecine universelle 95

lutée, ou de terre de Beauvais,
avec un grand récipient de verre,
deux ou trois livres de tartre cru,
le vaisseau à demi plein; étant au
fourneau de réverbère, donnez-
lui l'espace d'une heure un feu
doux, avec le registre clos; après
lequel temps, vous l'ouvrirez d'un
travers de doigt une heure durant,
afin que le vaisseau s'échauffe
doucement & également, & ensuite
vous lui donnerez trois doigts
d'ouverture trois heures durant:
enfin, vous l'ouvrirez entièrement
l'espace de cinq heures, & l'opération
sera finie: alors laissez refroidir
les vaisseaux doucement, après
avoir éteint & supprimé le feu.
Dans cette opération, le flegme
sort le premier, si on donne le feu
modéré au commencement; que
si vous le donnez violent, les esprits
sortent conjointement avec le
flegme; ensuite poussant le feu, les
esprits fixes sortent avec partie de
l'huile, ce qui se reconnaît par une

@

96 Révélations Cabalistiques

grande quantité de vapeurs blanches
dans le récipient:
Enfin, l'huile noire & puante,
mêlée de jaune, sort & fait la fin
de l'opération, laquelle finie & les
vaisseaux refroidis, on sépare doucement
le récipient de la retorte,
par l'application de l'eau tiède,
pour détremper le lute, qui est
mêlé de sel commun, & l'on conserve
l'huile grossière qui est au
fond du récipient, au-dessus de
laquelle nagent l'esprit & le flegme,
qui ont dessous eux une huile
jaune & noire. Les huiles se séparent
du reste par l'entonnoir & le
filtre; mais le flegme se sépare de
l'esprit acide par une lente distillation
au bain-marie, où le flegme
sort le premier, & ainsi vous aurez
l'esprit de tartre bien séparé, lequel
sera plus doux après les rectifications,
d'autant que par ce
moyen, le sel cru, qui d'abord lui
donnait une acidité spongieuse,
aura été volatilisé.

@

d'une Médecine universelle 97

Si vous n'avez pas une suffisante
quantité d'esprit acide ou de vinaigre,
vous trouverez facilement
de ces principes dans les vins gâtés,
que vous pouvez prendre &
distiller.
Après en avoir tiré votre vinaigre,
vous transporterez votre vaisseau
au feu de cendres, qui élèvera
l'esprit. Ce qui reste au fond est
appelé extrait de vinaigre; & le
mettant en une retorte, vous en
tirerez à feu fort le vinaigre radical,
qui dissout & tire le vitriol
des métaux. On peut aussi de cet
extrait, séparer un sel essentiel,
après la dissolution, filtration
& médiocre évaporation. Après
quoi, le mettant au froid durant
quelques semaines, on y trouvera
des cristaux salins.
On trouve donc de quoi à avoir
quantité d'esprit acide dans la distillation
du vinaigre, & quantité
de sel dans le tartre, & l'on trouve
de ces choses abondamment par
tout.

@

98 Révélations Cabalistiques

Dans la distillation du tartre, on
peut recevoir la dernière huile
puante & noire à part, en changeant
de récipient.
Or venons à expliquer la raison
pour laquelle on ne sépare point
aisément le flegme du vinaigre
pris chez un vinaigrier; c'est qu'il
se sert de lies de vin gâté, qu'il fait
bouillir sur le feu; & dans cette
ébullition, il s'évapore la plus
grande partie du flegme: l'acide
restant dans le vaisseau qui fait le
vinaigre, joint à quelque levain où
ferment qu'il y ajoute, qui serait
étranger à notre oeuvre.
Mais pour parvenir à une plus
ample dépuration de notre mercure
ou esprit acide, vous le mettrez
sur une bonne quantité de terre
élémentaire, sèche & aride,
privée de tout sel; & s'il vous en
manque, vous pouvez prendre de
la poudre de tuile nouvelle, qui
séparera le flegme de l'esprit dans
les distillations & rectifications; ou

@

d'une Médecine universelle 99

bien, vous pouvez vous servir de
limaille de fer, ou d'autre métal,
qui retenant & se joignant facilement
avec lesdits esprits, les retiendront,
& le flegme qui est mêlé
s'élèvera par une médiocre
chaleur, & ensuite l'esprit se détachera
des limailles, & se distillera
à chaleur plus violente, suivant
la composition plus ou
moins forte de ces corps métalliques,
dont vous vous servirez pour
cet artifice, comme on le voit dans
l'esprit de soufre, lequel ayant
dissout les métaux, & iceux vitriolisés,
on l'en sépare à feu violent,
après que le flegme en a été élevé
par une médiocre chaleur.
Remarquez bien ce secret, & la
cause de cette sympathie des métaux
avec le mercure acide, qui
même fait une espèce de mélange
avec eux, & ne les quitte qu'à
force de feu.
Par cette même raison, la distillation
des esprits acides ne doit

@

100 Révélations Cabalistiques

pas être faite dans des vaisseaux
vernissés ou plombés, attendu
qu'ils s'attachent à tout ce qui est
métallique; & y étant retenus, ce
qui distillerait ne serait que du
flegme, à moins que l'on n'employât
un feu violent, qui n'est pas
nécessaire par tout. Il faut donc
pour ces sortes de séparations, des
vaisseaux de verre ou de grès, qui
ne boivent rien, & ne sont point
*transpirables: Et qu'on ne s'imagine
pas que la vernissure des Potiers
soit une vraie vitrification;
car elle est réductible en métal,
comme je le sais, & ainsi elle a
encore les principes pour servir
d'aimant, & retenir ceux du végétable;
& encore plus, du minéral.
Quand on rectifie la liqueur acide
qui a été concentrée dans la
limaille, tout passe, comme nous
avons dit, à feu de chasse, dans une
seule distillation au récipient, &
rien ne s'élève de métallique, qui
n'est point dissout par cet esprit,


Note du traducteur :
*transpirables: poreux.


@

d'une Médecine universelle 101

mais reste toujours métal, sans
altération, où l'erreur vulgaire
des Sophistes se découvre, & fait
voir que ces menstrues ne sont pas
les radicaux de la métallique trop
fixe & trop unie dans ses parties
élémentaires. La proportion de la
limaille est que la liqueur excède
cinq ou six travers de doigt par
dessus.
Il est pourtant plus aisé de faire
la rectification de l'esprit acide sur
sa propre terre élémentaire, ou à
son défaut sur la poudre de tuile
neuve, & rougie au feu.
L'esprit acide contient une seizième
partie de sel volatil huileux.
Si l'esprit acide n'entre point aisément
dans le sel fixe, pour le volatiliser,
c'est qu'il n'est pas bien
dépuré: partant, il le faut encore
rectifier. Il faut conclure de là que
c'est la pureté des éléments qui
leur donne ingrés. On peut encore
tirer un acide de la crème de
tartre faite fidèlement, qui servira
à notre oeuvre.

@

102 Révélations Cabalistiques

Tout ce que dessus est une manipulation
de l'esprit acide ou
mercuriel du mixte, autant bien
circonstanciée que j'ai pu le faire.
Je sais les imprécations que l'on
fait contre les Auteurs. Comme
j'en connais qui ont donné au public
la manière de composer certains
remèdes, & qu'en suivant
leur méthode on n'a pas pu réussir,
j'atteste que je ne suis point
de ce caractère.

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C H A P I T R E VI.

Des Huiles grossières, jaunes
& noires fétides.

A Près avoir suffisamment détaillé
la manière de tirer
l'huile, subtile ou éthérée, du vin,
dans le second Chapitre, il me
semble que ce sera un ordre bien
établi de parler ici de l'huile grossière
tirée du mixte que nous traitons.

@

d'une Médecine universelle 103

Cette huile noire & grossière,
qui fait l'horreur de tous ceux qui
la sentent, à cause de sa puanteur,
pourrait-t-on croire qu'étant élaborée
par la Chimie, elle devienne
suave, d'une odeur enchantée,
& semblable à la première huile
ou esprit éthéré, avec lequel elle
ne fera plus qu'un corps? comme
je le démontrerai ci-après.
Nous avons dit qu'après avoir
tiré le premier esprit de vin, ensuite
son flegme, puis son vinaigre,
il resterait au fond de la cucurbite
une matière épaisse, noire &
puante.
Or prenez cette matière, & la
mettez dans une retorte: elle contient
encore quelques esprits acides
mêlés de terrestréités; vous
en séparerez le flegme & l'acide,
puis viendra l'huile noire mélangée
de jaune. On observera les
degrés de feu, & les autres
circonstances telles que je les ai
rapportées dans le Chapitre précédent,

@

104 Révélations Cabalistiques

à la distillation du Tartre.
Quand vous aurez votre huile
noire, il faut savoir d'où lui vient
cette noirceur & puanteur, pour
la lui ôter. Je vous dirai que dans
toutes les substances résineuses,
huileuses & inflammables, tirées par
une forte expression de feu, il y
reste toujours une suie ou excrément
fuligineux produit par la *retorridation
des parties grasses &
sulfureuses du mixte, avec quelque
mélange de sel & de terre qui
approche de la suie de cheminée:
c'est pourquoi de même que l'on
fait l'analyse de cette suie, il faut
faire celle de notre huile noire.
Mettez-la donc dans une cornue
de verre, y adaptant un récipient
fort ample, donnez le feu de degré
en degré, comme nous avons
dit pour l'huile de tartre, il sortira
d'abord un flegme, ensuite un esprit
acide, puis une huile inflammable
& jaune, qui sera suivie d'une
huile noire; séparez votre flegme


Note du traducteur :
*retorridation: recuite.


@

d'une Médecine universelle 105

d'avec l'esprit acide par le bain-
marie; & les deux huiles, savoir,
la jaune & la noire, par le feu de
sable, & de votre tête morte vous
retirerez un sel, que vous purifierez.
Il vous restera une terre, que
vous *exanimerez, comme vous
avez fait des autres terres restantes
après les distillations qui ont
précédées.
Et en ceci, il faut remarquer que
les fleurs bois gommes & plantes
les plus odoriférantes, ne sont
point exemptes de cette suie ou
impureté qu'elles démontrent
sur le feu, laquelle répugne à notre
odorat; & c'est cet excrément
qui est la mort du mixte, comme
il est la cause des maladies qui
nous surviennent quand nos esprits
ne sont point assez exaltés
pour le *subiger & digérer: C'est
ce que le Médecin doit savoir,
pour le séparer du médicament,
afin qu'il soit pur, & ne contienne
rien de contraire à notre nature.


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.
*subiger: latin subigo, réduire.


@

106 Révélations Cabalistiques

Pour la rectification des huiles
grossières, qui sont la jaune & la
noire, & pour leur ôter l'empirême,
il est déjà dit que chaque
élément se purifie par celui qui lui
est le plus intrinsèque; & comme
l'intrinsèque du soufre ou huile,
c'est l'arène ou la terre vierge élémentaire,
& privée de son sel, c'est
celle-là dont il faut se servir, en
mettant ces huiles à la cornue séparément,
avec cette terre bien
purifiée, & faire ainsi distiller ces
huiles.
Mais parce que l'empyreume ne
sera point tout à fait effacé, il faudra
encore rectifier ces huiles séparément
sur de l'esprit de sel
commun bien poudreux, dont il
en faut suffisamment, avec lequel
on les mettra en fermentation
chacune à part: on donnera un feu
modéré, ce qui est connu par ceux
qui ont distillé de ces huiles & esprits:
car ceux-ci demandent un
plus fort feu, & ne doivent point


@

d'une Médecine universelle 107

sortir jusqu'à ce que l'huile ait
passé la première entièrement. Il
y en a qui estiment mieux l'esprit
acide du même règne, pour faire
ces rectifications: mais comme
l'huile ne retient rien de l'esprit
de sel, qui au contraire par ses
acides fige les parties grossières de
l'huile, je ne trouve aucune difficulté
à s'en servir, parce qu'il
n'entre dans l'oeuvre qu'auxiliairement.
Cependant pour nettoyer vos esprits
de l'ordure qu'ils ont contractée
dans la rectification qu'ils
ont faite de l'huile, dont ils ont
retenu la suie, il les faut distiller
sur *l'arentre déliée de quelques
têtes mortes, des végétaux dépurés
de leur sel, & encore plus
proprement si vous en avez du
même mixte.
Vous aurez soin de vous procurer
une bonne quantité de résidences
ou fèces noires, dans lesquelles
réside l'âme de l'esprit


Note du traducteur :
*arentre: probablement l'arène: le sable.


@

108 Révélations Cabalistiques

éthéré: car effectivement, l'huile
noire qu'on en retire devient par
les élaborations subséquentes encore
plus précieuse & plus nécessaire
pour *acuer l'esprit éthéré,
avec lequel on la doit joindre.
Il sera aisé d'avoir pour distiller
du vin commun & vulgaire, ou au
bas. On le fera fermenter quelque
temps sur du tartre cru, qui sont
des matières communes.
*Glanbert a tenté d'ôter l'empyreume
avec de l'esprit de sel; mais
il ne savait pas tout, & n'a pu
réussir: d'autres l'ont rectifié avec
l'esprit de vinaigre commun; d'autres
avec la corne de cerf. Rien
de tout cela n'a pu emporter la
fétidité.
Aussi y a-t-il bien du travail;
mais les fruits qu'on en doit attendre
ne sont pas petits: car la fin
de ces dépurations n'est pas d'avoir
des éléments purement & simplement,
pour démontrer quels
ils sont; mais c'est pour parvenir à


Note du traducteur :
*acuer: rendre aigu, rendre incisif, purifier.
*Glanbert: Peut-être Glauber Jean Rodolphe, chimiste allemand.


@

d'une Médecine universelle 109

avoir le feu de nature essentiel
végétable de la quintessence, qui
ne peut venir en acte qu'après la
circulation & conversion de tous
les éléments unis en une seule substance
incorruptible végétale.
Et comme il est suffisamment
expliqué qu'il y a une grande correspondance
entre tous les arcanes
philosophiques & le secret aimant
du feu de nature, dans les
trois règnes, on doit juger ce que
devra opérer le feu essentiel & actuel
végétable sur la nature minérale,
qui lui est inférieure, vu que
le végétable, suivant l'ordre de la
nature, est enté sur le minéral,
& l'animal sur le végétal; &
d'autant que les natures supérieures
sont inclinées à donner secours
aux inférieures, vous devez assez
pressentir ce que pourra la quintessence
quand elle sera rassasiée
& imprégnée de son propre feu
fixe & central mis en acte de végétation.
Les Philosophes appellent

@

110 Révélations Cabalistiques

cette substance le ciel, le
menstrue végétal; parce que
tout ainsi que le Ciel est incorruptible,
& donne le mouvement
aux natures sublunaires & élémentaires,
de même notre quintessence,
qui est supérieure à la
nature minérale, excite & met en
mouvement de végétation le feu
naturel de la nature minérale, son
inférieure. Nam creator altissimus,
creavit tres mineras inter mineralia
est una, silicet solis & lunae inter
vegetabilia est vitis, inter animalia
est apis. Ce sont de ces minières
que nous tirons les vrais
arcanes, qui ont correspondance
entre eux: mais il doit y avoir un
milieu entre le feu végétal & le
minéral. Cela ne regarde point
notre oeuvre.
Tous les esprits se fixent avec la
chaux de leurs espèces.

@

d'une Médecine universelle 111
--------------------------------

C H A P I T R E VII.

DES SELS FIXE ET VOLATIL.


Q Uand on a tiré les huiles
jaune & noire par la cornue,
de la manière que nous l'avons
enseigné dans le Chapitre
précédent, il reste une terre noire
& sèche qu'il faut calciner dans un
creuset, non pas si violemment
qu'il s'en puisse faire une vitrification;
car le sel est le principe de
toute liquation: c'est pourquoi le
creuset sera couvert d'une tuile,
avec un petit trou au milieu seulement,
pour donner de l'air: en
sorte que s'il y a encore quelque
petite portion de sel volatil caché
dans les cendres, il ait lieu de
s'attacher aux côtés du creuset,
d'où on le pourra retirer en le levant
avec du flegme du même
mixte, & qu'il soit ainsi séparé de
sa terre: ensuite on en fera évaporer

@

112 Révélations Cabalistiques

le flegme après l'avoir filtré.
Puis on le joindra avec l'un des
deux principes, avec lequel il deviendra
tout volatil: on essayera
de le sublimer seul à part.
A l'égard du sel fixe, vous prendrez
votre terre noire; étant mise
en poudre, vous la délayerez avec
du flegme du même mixte, & la
laisserez vingt-quatre heures au
bain-marie presque bouillant: ensuite
filtrerez coagulerez jusqu'à
pellicule, faisant évaporer jusqu'à
cristallisation, & en séparerez les
fèces qui resteront sur le filtre,
que vous mettrez de côté, pour
les calciner & recommencer à dissoudre,
filtrer, coaguler le sel encore
avec le flegme du mixte, tant
que tout le sel sera séparé de la terre,
& qu'il ne restera aucune fèce
sur le filtre; & lorsque votre sel
sera dissout dans son flegme sans
résidence, il sera comme de l'eau
claire & pure transparente: finalement,
on le fera évaporer. Il

@

d'une Médecine universelle 113

sera propre à joindre avec les
éléments supérieurs.
Le flegme après cela qui aura servi
à ces dissolutions de sel, doit
être rectifié sur une terre végétable
vierge & *exanimée: ensuite on
distillera ce flegme au bain-marie,
qui redeviendra propre à pareilles
opérations.
Vous remarquerez qu'après avoir
mis votre terre sur une chaleur
de bain, & que vous l'aurez filtrée,
il faut prendre ce qui restera
sur le filtre, & le calciner derechef
comme vous avez fait la première
fois, réitérer cela jusqu'à
ce que vous retiriez votre flegme
insipide de dessus votre terre.
On a dit que le sel fixe bien dépuré
doit être employé à la distillation
de l'esprit éthéré, pour en
retenir le flegme, lequel sans cela
monte toujours avec l'esprit.
Il faut observer que la terre *exanimée
ou dépouillée de son sel,
ne sera point employée pour la


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.


@

114 Révélations Cabalistiques

matière éthérée, d'autant qu'elle
n'est point son *rétinacle, mais
bien le sel fixe fort dépuré.
Il faut donc regarder cette terre
comme un aimant particulier de
son règne: à la différence du général,
qui doit être tiré des trois
règnes.
Le sel fixe chez les Chimistes est
appelé or, parce qu'il est d'une
nature sulfureuse.
Ce sel fixe sert à fermenter avec
l'acide & l'huile, comme il a été
dit aux Chapitres précédents.
Quand le sel de tartre a contracté
quelque oléaginosité après
avoir été avec l'huile éthérée,
pour la lui ôter on met ce sel à la
cornue à feu plus fort au bain de
sable.
Les sels fixes en général deviennent
volatils en les dépouillant
de leurs parties terrestres par
exemple, faites une forte lessive de
sel de tartre bien dépuré, versez
dessus, par partie, de l'esprit de


Note du traducteur :
*rétinacle: recipient, matrice.


@

d'une Médecine universelle 115

sel, au point que la liqueur ne
fermente plus, & soit saoulée de
cet esprit; que si vous y prenez garde,
vous verrez la terre se précipiter
du sel de tartre: alors filtrez la
liqueur qui surnagera, faites la
évaporer & cristalliser, broyez-la
dans un mortier de marbre avec
autant de sel de tartre; il montera
un sel volatil huileux. Cela se
peut faire mieux avec notre esprit
de vinaigre.
Schrodere méprise la calcination
du tartre jusqu'à la chaleur
azurée, tant parce qu'il se fait, à ce
qu'il prétend, une trop grande dissipation
des esprits, que parce
qu'il reste seulement la partie terrestre
du mixte.
A quoi on peut répondre, qu'il
ne reste point de terre au sel bien
dépuré; que s'il y en avait, il s'en
suivrait une vitrification.
D'ailleurs ces corpuscules de feu,
qu'il suppose internes dans la matière,
n'y demeurent pas, mais

@

116 Révélations Cabalistiques

donnent un arrangement aux parties
du sel de tartre, qui deviennent
ignées & élémentaires.
Nous avons dit que les acides
rectifiés étant joints avec le sel
fixe dépuré, s'unissent très étroitement
ensemble, & forment
après une longue digestion à l'athanor,
un sel volatil, qui n'est
rien autre chose qu'une combinaison
du fixe & du volatil.
Le sel fixe avec l'esprit mercuriel
élémentaire, sont deux voisins qui
symbolisent, & de leur union procède
notre sel nitre ou ammoniac,
qui étant un alcali volatilisé par
digestions & sublimations, le poids
du volatil en portant celui du
fixe, donne un milieu de conjonction
qui unit l'âme, c'est-à-dire,
l'huile éthérée ou sulfureuse,
avec le corps, qui est le sel fixe, &
de ces trois, par digestions, se fait
le trin salin sulfureux mercuriel,
qui est la clef de notre oeuvre.
Le sel fixe qui a servi à la dépuration

@

d'une Médecine universelle 117

de l'esprit éthéré, doit être
recalciné & purifié à chaque rectification
de cet esprit.
Le sel principe élémentaire dans
le mixte, est fixe de sa nature,
tout sel qui est ou se trouve volatil,
n'est pas simple ni élémentaire,
mais il n'est volatil qu'à cause
qu'il y a du mercure ou esprit acide
mêlé avec lui: de sorte qu'on
en peut faire la séparation si on retient
ce qui est salin par addition
d'un sel fixe homogène en
quantité suffisante avec le sel volatil,
que le vulgaire appelle sel ammoniac,
d'où on remarquera la
grande affinité du mercure acide,
& du sel principe fixe, dont se fait
une mixtion moyenne en forme de
sel volatil ammoniac, après une
due décoction & fermentation.
Et il n'y a que ce mercure seul,
bien dépuré & rectifié, capable
d'entrer dans le centre du sel fixe,
de le fermenter, atténuer; & par
ce moyen, le séparer & délivrer

@

118 Révélations Cabalistiques

entièrement de la terre principe
de corruption & *hébétation de
l'action du dit sel, qui se sublime
hors de sa terre après cette décoction
& fermentation, & pour lors
elle est capable de reprendre son
âme, qui est dans l'huile éthérée
purifiée.
Dans la première distillation de
la résidence huileuse ou marc du
vinaigre, il montera quelques parties
de sel volatil au col de la cornue,
qu'il faudra séparer, & mettre
avec l'un des deux vinaigres.
Le sel volatil n'est rien autre
chose qu'une portion d'esprit mercuriel,
qui enlève une partie du
sel fixe.
Le sel fixe est le dernier feu, appelé
fixe parce qu'il dissout la terre,
& la rend fixe en la vitrifiant.
Il ne faut pas oublier les fèces
du vin blanc, pour avoir dans la
suite du sel volatil, dont on aura
besoin pour *acuer notre mercure
dans ses premiers *congrès avec le
sel fixe.


Note du traducteur :
*hébétation: empêchement.
*acuer: rendre aigu, affiner.
*congrès: jonctions, coïts.


@

d'une Médecine universelle 119

Basile Valentin dit: Spiritus vini
volatilia efficit, quia ipse volatilis
est, spiritus verò aceti figit minerales
& vegetabiles medicinas, ut res fixas
aggredi & fixos morbos sanare possint.
Schrodere dit que quelques-uns
mêlent l'esprit de tartre cru avec
son sel fixe; d'où il s'ensuit une
grande effervescence, & par ce
moyen prétendent acquérir un esprit
volatil & pénétrant. Je dis
que c'est un abus d'espérer pouvoir
extraire une chose concentrée,
& l'extravertir des entrailles
de son mixte sans un long travail.
Ce que lui-même Schrodere reconnaît
bien n'être pas possible;
car il dit au même endroit: Digestio
& rectificatio spiritus super sal
fixum, modus optimus videtur resuscitandi
sal volatile ejusdem, quoniam
sic sal tartari fixum attrahit
acidum olei quod ante à concentrabat
acidum in olei forma, quo concentrato
prodit sal volatile.
C'est un les meilleurs moyens,

@

120 Révélations Cabalistiques

dit-il, pour obtenir le sel volatil,
de se servir de la digestion & rectification
de l'esprit sur le sel
fixe, &c.
Je remarque que plusieurs Auteurs
n'ont que des lambeaux &
des pièces mal rapportées, détachées
de notre oeuvre, & ne laissent
pas de les donner au Public
comme des ouvrages achevés.
Le sel volatil huileux de Sylvius
était un sel & une huile rectifiés
des animaux conjoints philosophiquement,
& n'en a rien
laissé au Public.
Poleman a dit que le chemin que
l'on tenait pour faire le sel de tartre
volatilisé, était celui qui conduisait
à l'alkaest. Nous n'avons
pas de peine à le reconnaître ici.
Au reste, le sel fixe de tartre
doit être cristallin, & se résoudre
entièrement en eau élémentaire,
sans laisser aucune terrestréité:
Il est d'un goût très aigu piquant.
Ce sel en cet état n'est pourtant

@

d'une Médecine universelle 121

point encore rectifié entièrement,
pour en pouvoir faire l'union avec
l'esprit acide & l'huile; car nonobstant
toutes ces préparations, il
faut encore le sublimer: finalement,
ce sel doit être mis à l'athanor
au feu de sable tant qu'il devienne
rouge, & soit fixe; & cette
fixation étant faite, vous avez la
pierre végétal inséparable, que
l'on appelle lune quand elle est fixée
en blancheur dans un de vos
vaisseaux, & soleil quand elle est
fixée en rongeur dans un autre.

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C H A P I T R E VIII.

DE LA TERRE MIXTE
& élémentaire.

D Ans le dernier Chapitre,
nous avons traité des sels,
tant fixes que volatils, de notre
sujet, & démontré comment il les
fallait extraire de la terre: il convient
présentement de parler de

@

122 Révélations Cabalistiques

cette terre, en reconnaître la nature
& l'essence, & distinguer ses
propriétés. Il semble qu'il y ait de
la contradiction, de vouloir faire
l'éloge de la terre, & trouver en
elle de l'utilité, après avoir fait
connaître la peine qu'elle donnait
aux Artistes, pour ainsi dire la
labourer. Oui, notre terre est une
terre précieuse, de telle manière
qu'on la prenne: si on la regarde
comme élémentée, nous la trouverons
pleine de richesse; car elle
renfermera en elle ces sels précieux
dont nous avons parlé; comme
aussi ces huiles qui contiennent
des vertus immenses, & un mercure
qui est le sucre de notre oeuvre,
le médiateur de tous nos éléments.
Si cette terre est considérée comme
élément pur & simple, on ne
saurait exprimer combien elle a
de force pour achever de purifier
les principes qui en ont été séparés,
& les dégager entièrement

@

d'une Médecine universelle 123

de leurs crasses & superfluités.
De sorte que si Paracelse l'appelle
morte & vive, quoi qu'il paraisse
implication, il n'y en a aucune; car
elle est vive quand elle contient
tous les principes actifs, avec lesquels
l'auteur de la nature lui a
donné l'être. Elle est morte quand
elle est dépouillée de ces mêmes
principes.
Mais elle renaît encore cette
terre, toute dépouillée qu'elle est:
non-seulement quand on la ranime
de ses principes actifs, mais
aussi lors qu'on l'expose à l'air, duquel
elle reçoit une nouvelle vie,
en s'imprégnant de l'esprit universel;
Et je n'ai pas de peine à me
persuader que la laissant quelque
temps ainsi exposée à l'air, elle ne
rejette & ne puisse pousser, même
des plantes extraordinaires, étant
indéterminée pour le genre ou
pour l'espèce, en supposant cette
terre Vierge, & non ensemencée.
Revenons au lieu où nous la prenons,

@

124 Révélations Cabalistiques

c'est au fond d'un creuset,
d'où nous la tirons pour en obtenir
le sel, par lotions, filtrations &
évaporations, observant de dissoudre
ce sel dans le flegme propre
de son mixte, du moins aux
dernières extractions; car si on
veut se servir de l'eau de pluie distillée,
ce qui se peut au lieu de
flegme, on sera libre de le faire
pour les premières seulement.
Je dirai encore que toute terre
est bonne à notre usage, pourvu
qu'elle provienne d'un végétable,
étant bien dépurée & dépouillée
de ses principes; que néanmoins
celle que l'on tire de notre sujet
sera toujours à préférer.
Or pour la rendre élémentaire,
il ne suffit point de la calciner une
fois: il faut réitérer cette opération
avec du flegme, tant de fois
qu'elle ne manifeste au goût aucune
salure ni empyreume à l'odorat.
Quand on y met du flegme pour
l'imprégner, il faut que ce flegme

@

d'une Médecine universelle 125

surmonte la terre de deux
doigts en travers, puis on la met
en digestion au bain-marie vingt-
quatre heures: d'autres retiennent
cette terre en digestion à l'athanor
pendant vingt-quatre heures,
avant de la mettre avec son
flegme. Ut appetat vehementer
suum humidum. C'est ce que je
conseille de faire, puis le mettre
au bain-marie.
Lorsqu'on réanime cette terre
de son huile grossière ou de son vinaigre,
pour lui faire retenir leurs
crasses, il ne faut pas trop la surcharger,
mais la rendre seulement
en consistance de bouillie claire.
Après qu'on a fait ce mélange
pour réanimer la terre, vous en
laisserez faire l'imprégnation à
l'athanor pendant vingt-quatre
heures, puis vous distillerez votre
matière; savoir, le vinaigre ou
acide mercuriel, au bain-marie, &
l'huile, au bain de sables ou de
cendres, suivant le nombre de fois

@

126 Révélations Cabalistiques

qu'elle aura été rectifiée & attendrie
auparavant; car dans toutes
les rectifications postérieures, il
faut toujours diminuer la chaleur
du feu.
Et non seulement la terre sert à
purifier les principes acides & huileux,
mais elle est fort utile pour
dépurer le flegme; car en le distillant
sur la terre élémentaire acide,
sèche & bien *exanimée, elle
retient l'empyreume & les autres
mauvaises qualités dont ce flegme
est imprégné, & qui restent
dans la terre après la distillation
de ce flegme au bain-marie.
Et chaque fois après que la terre
a retenu les parties excrémenteuses
du flegme, ou des autres principes,
il faut la purifier par nouvelle
calcination, lixiviation, lotion
& dessiccation, & la rendre à
nouvel état élémentaire, & même
il faut faire réverbérer cette terre
aux dernières opérations de notre
ouvrage.


Note du traducteur :
*exanimée: privée de vie, morte.


@

d'une Médecine universelle 127

On peut aussi se servir à propos,
comme nous avons dit ailleurs,
d'une poudre de tuile neuve rougie
au feu; mais il n'est bon de
l'employer qu'aux premières dépurations.
Il faut donc conclure que ce dernier
& cinquième principe du
mixte, étant parvenu à l'état élémentaire,
ou de terre vierge, est
une substance réduite en consistance
friable, discontinue, blanche,
légère, de nulle odeur & saveur,
d'autant que ce principe, que
l'on nomme passif, n'entre point
dans notre oeuvre, non plus que le
flegme, qui n'y servent que d'intermèdes.

pict

Des Conjonctions & Quintessences.

P Our faire notre alkaest particulier,
ou conjonction des trois
principes, sel soufre & mercure,
comme on entend par sel le sel fixe:
par exemple, du tartre, par

@

128 Révélations Cabalistiques

son soufre, son huile éthérée &
grossière; & par son mercure, son
vinaigre ou esprit aigu, lequel se
tire de toutes choses ainsi acides:
en quoi on ne peut se tromper que
la partie acide est toujours l'esprit
mercuriel: desquels trois principes,
l'union ne se peut faire qu'après,
que chacun à part, ils ont été
très bien purifiés & séparés de
leurs chaînes, qui sont le flegme
& la terre; & lors qu'une fois ils
sont conjoints après avoir été ainsi
parfaitement dépurés de leurs
principes passifs, ils demeurent inséparables,
quacumque arte, ils dissolvent
toutes choses, & ne peuvent
être dissous. Ils ont ingrés
par tout, & ne peuvent être mêlés
ni altérées par aucune substance
étrangère.
Remarquez que quand l'empyreume
des huiles grossières est tout
à fait ôtée par la rectification de
l'esprit acide sur icelle, réitérez
trois ou quatre fois, ou bien tant


@

d'une Médecine universelle 129

que l'empyreume se passe: après cela
la matière est prête pour la conjonction
avec l'huile éthérée, qui
peu à peu la sublime, l'enlève, &
n'en fait qu'une: ainsi de cinq substances
on en fait trois, de trois
deux, & de deux une.
Dans la conjonction, il faut prendre
garde de ne point mettre trop
de l'un & trop de l'autre, ni trop
peu de l'un & de l'autre.
Il est bon de savoir que les trois
principes volatils, qui sont le
flegme, l'esprit acide & les huiles,
en leur parfaite dépuration, doivent
être transparents, diaphanes,
& sans couleur: la couleur ne procédant
que du sel, lequel en sa dernière
dépuration est rouge après
sa réverbération, ne laissant plus
aucune fèce terrestre après plusieurs
différentes solutions, calcinations,
filtrations & coagulations
réitérées, ce qui est ennuyeux, cependant
nécessaire avant de venir
à la conjonction du sel avec le


@

130 Révélations Cabalistiques

mercure acide, d'où viennent ensuite
la décoction, les couleurs
noire, grise & blanche, après quoi
suit la rouge par plus ample digestion,
& conjonction de l'âme ou
esprit éthéré.
On ne peut jamais parvenir à
unir le corps avec l'âme sans l'esprit
acide, & par une vraie solution
& sublimation du corps, laquelle
union se fait en la seconde génération,
& ne se forme que des
principes purs.
Le vulgaire des Philosophes, ou
les Chimistes de la basse classe, ont
beau cohober l'huile éthérée sur
son sel, pour le dissoudre & volatiliser,
tout ce que l'huile peut faire
dans ces cohobations & digestions,
n'est que d'attirer quelque
peu de sulfuréités fixes mêlées
dans le sel, & d'y laisser en sa place
quelque peu de flegme, que le sel
retient par sa siccité, pour se liquéfier,
avec lequel flegme il se fait
aussi un dépôt sur ce sel, de quelques

@

d'une Médecine universelle 131

crasses acides, ou autres atomes
impurs qui étaient contenus
dans l'esprit éthéré, & ensuite le
feu externe est employé pour séparer
le flegme par la calcination,
solution, filtration & coagulation,
qui rétablissent le sel dans sa pureté.
C'est un travail important &
bien avancé, que de réduire à
deux toutes les parties supérieures,
qui sont l'oléaginité spirituelle
& la suprême acidité sans flegme;
l'une est à peu près aussi longue &
difficile que l'autre. Cette acidité
*pontique & vitriolique est le plus
pesant de tous les éléments ou principes
du mixte; c'est le vrai mercure
ou vinaigre radical, dont il est
parlé ci-devant comme d'un principe
acide & pesant, que l'esprit
même du vitriol bien rectifié ne
s'acquiert que comme l'esprit de
vinaigre, par la concentration d'icelui
sur le sel de tartre bien dépuré
& séché, lequel attire l'acidité


Note du traducteur :
*pontique: aiguë, forte ???.


@

132 Révélations Cabalistiques

de l'esprit, qu'on digère avec
lui tant qu'il s'en soit entièrement
saoulé, après plusieurs cohobations
& distillations, par lesquelles on
retire le flegme de l'esprit: lequel
esprit se joint avec le sel, & cela se
réitère tant que le sel ne retienne
plus rien de l'acide; & qu'il sorte
en la distillation aussi acide que
quand on l'y a mis.
Cela fait, on met le sel de tartre
ainsi imprégné dans la cornue de
terre de Beauvais non vernissée, &
on passe l'esprit dans le récipient
à feu de réverbère; quelques-uns
mêlent ledit sel imprégné d'acidité
avec de l'argile, afin de mieux
séparer l'esprit; mais cette addition
ne me plaît point; car outre
qu'elle peut retenir beaucoup
d'esprits, c'est qu'elle peut les infecter.
Or cette séparation étant faite
du vrai esprit acide, on le rectifie
une fois ou deux, & pour lors il
dissout radicalement son corps ou

@

d'une Médecine universelle 133

sel fixe, & se joint inséparablement
avec lui, par digestions physiques, à
l'athanor; c'est le fondement de
la dernière opération avec l'huile,
qui se joint aussi inséparablement
avec ces deux à peu près de même
manière.
Balduinus, dans un petit Traité
hermétique, de Auro aurae, qui est
fort curieux, enseigne une manière
de calciner le sel de tartre à un feu
très violent, & le réduire en peu
de temps à l'état élémentaire, lui
faisant prendre la couleur azurée,
puis verte, & finalement rouge,
mais dont la réduction se fait de
deux livres à trois onces, par un
feu violent.
Vanhelmont, Liv. de Duelech,
parlant du sel contenu dans l'esprit
de vin, dit qu'étant rectifié
avec le sel de tartre, ce sel n'en
retient qu'à peine une demi-once
d'une livre. Il faut ici entendre
l'esprit acide du vin qui se concentre
dans le sel, qui est le *rétinacle


Note du traducteur :
*rétinacle: recipient, matrice.


@

134 Révélations Cabalistiques

de l'acide, & duquel se forme
l'esprit moyen, ou le sel ammoniac
des Philosophes.
Pour revenir à Balduinus, il se
déclare entièrement pour le nitre,
dont il forme son alkaest, duquel
il tire aussi un phosphore lumineux,
un Balsancus mundi, & d'autres
fort bons remèdes; mais ce qui est
assez singulier, il dit qu'il entretient
& fait voir à un chacun, tous
les ans pendant le plus fort de l'hiver,
un jardin dans une chambre
rempli de toutes sortes de plantes
verdoyantes, portant fleurs odorantes
comme les plus belles du
printemps. Il fait voir aussi un thermomètre
qu'il a construit de son
sang, réduit en quintessence, dont
tous les changements combinaient
& s'accordaient avec les divers
degrés de santé, & les différentes
dispositions qu'il ressentait en lui-
même, prédisant aussi que lors
qu'il viendrait à mourir, cette essence
périrait. Je fais cette digression

@

d'une Médecine universelle 135

à l'occasion du sel de tartre,
que Balduinus a réduit, aussi bien
que le sel nitre, à l'état élémentaire.

pict

Théorie touchant notre Oeuvre.

Q Uoique je donne des notions,
à ce qui me semble, assez aisées
à comprendre, & des manipulations
faciles à exécuter, je ne
laisserai pas de mettre ici tout ce
qui me viendra en pensée pour
éclaircir plus amplement, & fortifier
les idées que l'on doit se former
avant de commencer cet
ouvrage.
Il faut avouer que la pratique
dans la Chimie, est une partie absolument
nécessaire; mais il faut
aussi que le raisonnement vienne
au secours de l'Artiste, pour conduire
son entreprise à perfection.
C'est pour cela que les Philosophes
disant que Chiron a été le
Maître & Précepteur de Jason &

@

136 Révélations Cabalistiques

que sans les forces d'Hercule, il
ne serait jamais parvenu à Colchos,
& n'aurait point remporté la
toison d'or pour récompense de
ses travaux.
Chiron est la pratique de la résolution
des mixtes; les douze travaux
d'Hercule sont la vraie peinture
des opérations que l'Artiste
doit employer dans la dépuration
des principes essentiels; & enfin
Jason, qui est la théorie & la raison,
ayant trouvé les instruments
de la nature, c'est-à-dire, la matière
première, & la forme de ses règnes,
entre encore plus profondément
dans le labyrinthe.
Or après avoir dompté les taureaux,
qui jetaient feu & flammes,
endormi le serpent par la fixation
de la substance mercurielle,
tué le minotaure de double nature,
il trouve enfin la toison d'or,
qui est le feu de nature fixe au centre
du labyrinthe, qu'il enlève &
remporte pour le prix de sa victoire.

@

d'une Médecine universelle 137

Et alors il a la science plus relevée
que n'avait Médée, qu'il abandonne;
& revenant sur ses pas, conduit
par une lumière supérieure à
la raison, qui n'allait qu'à tâtons
en la voie de l'analyse, marche en
droiture, avec certitude à la composition
avec la toison d'or, qui est
le vrai & unique agent qui redonne
la vie aux morts, & rassemble
toutes les parties du corps mises
en pièces par la solution.
Toutes ces fables mystérieuses
font bien voir la profondeur des
connaissances des Cabalistiques,
& en même temps l'erreur des Sophistes,
qui tirent l'eau insipide &
la terre morte, qui ne sont que les
accidents dans la vraie Philosophie,
qui a d'autres liqueurs secrètes,
& des autres terres que celles des
Sophistes. Cette terre, ou nectar,
a été trouvé par les Adeptes, qui
en ont fait leurs principes spirituels
immortels séparés de tous
accidents corruptibles.

@

138 Révélations Cabalistiques

C'est dans ces antres souterrains
que les anciens Egyptiens ont
trouvés de quoi à composer leurs
lampes perpétuelles, leur alun
plumeux, lequel sert de mèche
au feu immortel du soufre fixe,
où l'huile incombustible & inévaporable
vient circulairement l'arroser
& entretenir ce feu des Vestales,
ce feu vivant & secret, qui
ne brûle pas les mains de ceux qui
le touchent: C'est le feu de notre
soleil philosophique concentré,
qui ne peut être allumé que par
les rayons de notre soleil volatil,
qui vivifie tout, & répare tous les
défauts & maladies de ses enfants.
Mais laissons là ces allégories.
Je suis surpris que Galien ait chancelé
dans son sentiment touchant
la qualité du vinaigre, le disant
tantôt chaud, tantôt froid. Les
Chimistes auraient pu l'instruire
par la résolution qu'ils en font;
c'est-à-dire, que quand le flegme
prédomine dans le vinaigre, &

@

d'une Médecine universelle 139

qu'il n'a point encore été analysé,
il est véritablement froid: mais
lorsqu'il est réduit en sel, en huile
& en esprit, toue cela est chaud,
pour parler le langage de l'ancienne
Médecine. Voilà la solution
de la difficulté de Galien, sans
parcourir le monde, comme il disait
qu'il le ferait volontiers pour
l'apprendre.
Le mercure ou esprit acide qui
représente le coulant, mis sur le
feu, monte ordinairement le premier
en la distillation, quelquefois
en petite quantité, & notamment
lorsque l'esprit a peu d'esprit,
& est compact; mais si le mixte
abonde en esprit, alors le mercure
monte abondamment par un feu
médiocre, comme il se voit en la
distillation du vinaigre, qui étant
fort acide, l'esprit sort aisément
avec le flegme.
Il faut observer qu'aux liqueurs
fort acides, le flegme sort le premier
avec une partie d'esprit acide;

@

140 Révélations Cabalistiques

mais aux liqueurs auxquelles
l'huile ou la quintessence abonde,
nous voyons le contraire, parce
que la quintessence inflammable
s'élève la première, comme l'huile
éthérée: sur quoi vous pouvez inférer
que le mercure s'élevant
avec le flegme le premier, il est le
plus extrinsèque & moins radical
des éléments, excepté le flegme.
Mais à cela, on vous dira que
quelquefois ce qui est le plus radical
dans la composition, sort le
premier dans la résolution: non pas
à cause de sa nature, mais suivant sa
consistance. J'appelle le plus radical
ce qui est employé le premier
par la forme universelle, pour jeter
le premier fondement des éléments,
qui est le premier en ordre,
à cause des autres éléments, comme
étant leur *participé, car sans l'humidité
coulante du mercure, rien
ne germerait ni coulerait, rien ne
se mêlerait en particulier; car tous
les autres éléments coulent par


Note du traducteur :
*participé: sujet.


@

d'une Médecine universelle 141

participation du mercure, qui
est le premier coulant.
Et cette prérogative étant due
au mercure, il sort le premier dans
la résolution, afin d'abandonner
le mixte à la corruption, se retirant
voilé d'un corps éthéré, qui
tient le caractère de tous les autres
éléments; & c'est le schamaïn, qui
en une eau ignée, ou feu aqueux;
car sous ce nom, toutes les facultés
des éléments sont comprises;
savoir, le fixe & le volatil: sous
le fixe il y a le feu, la terre & le
sel; & sous le volatil il y a le
soufre & l'eau.
J'ai dit voilé, parce que les premières
formes, qui sont le mercure,
le feu & l'air, ne se montrent
jamais à nous (étant incorporées)
qu'à travers des corps, & la nature
des corps, à travers lesquels nous
les voyons, nous découvre suffisamment
s'ils sont les *participés ou
participants d'une première forme.
Si *participés, alors cette forme


Note du traducteur :
*participés: sujets.


@

142 Révélations Cabalistiques

se voile du sel, comme d'un sel fixe
& d'eau, comme d'un volatil participant
de sa première forme, de
telle nature est le vinaigre de tous
les esprits acides.
Mais si quelqu'un me demande,
en passant, que je lui montre cette
première forme, ce mercure ou
esprit chimique, je lui demanderai,
par échange, qu'il me montre
le feu & l'air des Philosophes vulgaires.
Si donc des quatre éléments
sensibles & corporels, ils ne me
sauraient montrer que la terre &
l'eau (encore assez malaisément)
pourquoi avec le sel & le soufre
corporels, refusent-ils d'admettre
un troisième incorporel &
chimique, qui est le mercure?
Que si les formes participantes
de cette matière première, comme
est le feu & l'air, se voilent d'un
fixe seulement, comme le feu, qui
se voile de sel & d'arène seulement,
& non pas de sel & de l'huile
ensemble; car le sel & le soufre

@

d'une Médecine universelle 143

ensemble sont incompatibles au
feu, puisque le feu étant fixe, il
chasse le soufre volatil & l'air, &
retient le sel, & l'air, qui est un
germe du feu, le reçoit & joint à
l'eau, comme le feu reçoit le sel &
le joint à l'arène.
Il en est ainsi des huiles fermentées;
car le feu se voile de cette huile
rectifiée, & la fait sortir la première
lors que les mixtes en abondent.
Que si vous blâmez cette multiplication
des éléments, parce qu'elle
vous paraîtra sans nécessité,
je réponds que la nécessité est si
grande, que sans ce nombre septénaire
des éléments, vous ne sauriez
expliquer ni réduire à un ordre
multiforme, la multiplicité de
la nature uniforme, & vous ne
sauriez réduire ni le soufre ni le
sel à aucun des éléments vulgaires;
car ils ne se résolvent qu'en eux-
mêmes, & sont purement corps
simples, aussi bien que leur terre &
leur eau.

@

144 Révélations Cabalistiques

C'est pourquoi, comme ces êtres
ne se peuvent expliquer dans la
simplicité, il faut mieux les réduire
à une multitude conforme à
leur nature, plutôt que d'abandonner
leurs essences, comme vides
& inexplicables dans la nature.
L'huile & l'eau élémentaires s'évaporent
peu à peu par la chaleur
& activité de l'air, qui enlève leurs
parties humides, & les réduisent à
sécheresse; mais il n'en est pas de
même de notre esprit acide, qui
étant exposé à l'air, au lieu de se volatiliser,
a la vertu d'attirer de
l'air quantité de parties humides,
qui viennent se corporifier avec
lui, & augmenter son volume, en se
joignant à sa propre substance: par
exemple, que l'on emplisse une
fiole de notre esprit acide épuré,
que l'on mette cette fiole dans un
plat de terre, on trouvera au
bout de quelque temps presque autant
de liqueur dedans le plat que
dans la fiole découverte & débouchée,

@

d'une Médecine universelle 145

qui sera néanmoins toute
pleine. Il est vrai que cet acide ne
sera plus si pur, à cause du mélange
de ses parties avec celles qui
sont vaporeuses & humides de
l'air; & pour expliquer ce phénomène,
ne pourrait-on pas dire que
les esprits acides & élémentaires
contenus dans la fiole, ayant été
privés, par l'art, d'une humidité
abondante, qui les accompagnait
naturellement, cherchent à la reprendre?
Et d'autant que ces esprits
acides sont plus pesants que les
parties vaporeuses & humides de
l'air, il me paraît que c'est la raison
pour laquelle celles-ci se condensent,
& sont retenues avec le vinaigre
dépuré, duquel ensuite on
peut les séparer au bain-marie à
petite chaleur: en sorte que ces
vapeurs aqueuses ayant été distillées,
il restera au fond de l'alambic
pareille quantité d'esprits qu'il
y en avait auparavant dans la fiole,
avant qu'elle ait été exposée à

@

146 Révélations Cabalistiques

l'air, ce qui prouve que l'acide,
comme plus pesant, attire l'humidité
de l'air, dont il est avide, &
cette même avidité qui se rencontre
dans l'esprit éthéré, fait que
celui-ci va chercher son humidité
dans l'air en s'évaporant.
L'huile est un principe inflammable,
& se brûle entièrement sans
résidence.
L'esprit est tout acide, la plus
pénétrante substance de tout le
corps dont elle est extraite: on
l'appelle esprit par excellence; &
les Philosophes, aura, qui est une
substance fort tenue & subtile,
qui meut toute chose.
Sans lui aucune fermentation ne
se peut faire, vu que c'est lui qui,
agissant sur le sel du mixte, ou autre
ajouté, fait une ébullition qui
atténue les parties différentes du
mixte: de sorte qu'après cela, elles
se séparent aisément, ce qui ne
pourrait se faire sans fermentation.
Nous voyons de plus, qu'après

@

d'une Médecine universelle 147

l'exacte dépuration des dits éléments,
la séparation des uns d'avec
les autres, étant rendus élémentaires,
cet esprit acide se mêle
avec tous en particulier, ce que ne
peut pas faire l'huile éthérée, laquelle
ne peut se joindre avec le
sel sans l'aide de l'esprit, ni avec
la terre, que grossièrement; mais
ledit esprit la fermente en un moment
avec ébullition.
Pour prouver plus amplement
sa pénétration & vivacité, non,
seulement il s'insinue dans les
principes de son règne, mais il pénètre
encore dans les animaux,
fossiles & métaux, même dans l'or,
qui ne se peut ouvrir & corroder
par choses hétérogènes, que par
cet esprit. Les sels élémentaires
ne se peuvent promptement élever
que par son moyen.
Il ne faut pas s'étonner si après
la fermentation, les matières
changent de disposition: en sorte
que le sel & la terre, de fixes qu'ils

@

148 Révélations Cabalistiques

sont deviennent volatils, non
point par la violence du feu, qui
serait plus capable de les fixer encore
davantage; mais par l'intervention
& le moyen de l'esprit
acide fermentatif, il les divise
en petites parties, & se joint avec
eux si essentiellement, qu'il y est
comme collé; & d'autant qu'il est
volatil de sa nature, après avoir
enchaîné ces éléments fixes, il les
enlève, & les rend pareillement
volatils, après avoir contracté
avec eux une forte union.
Et lorsque l'Artiste, ou le vrai
Physicien, veut entreprendre de
les fixer encore une fois ensemble,
après qu'ils ont été sublimés ensemble,
il emploie les moyens incontestables
de la Philosophie
hermétique, qui nous enseignent
que si le volatil, c'est à savoir
cet esprit acide, surmonte le fixe en
quantité, ce qui ne se peut faire
que par la fermentation, il l'élève
& l'emporte avec soi; mais si ledit

@

d'une Médecine universelle 149

esprit est trop faible, ou en trop
petite quantité, en comparaison
du corps fixe, il est retenu, moyennant
une due fermentation.
A l'occasion de cette maxime
philosophique, que le volatil emporte
le fixe, & que le fixe après
cela se rend maître du volatil, &
l'emprisonne, ou le fixe à son tour,
c'est une chose déplorable de voir
des Charlatans qui prennent abusivement
du vif-argent; qu'ils appellent
esprit, & de l'or, qu'ils appellent
corps: Ils s'imaginent de les
pouvoir fermenter ensemble, tan-
dis qu'il n'y survient action ni réaction
de part ni d'autre; & lors qu'ils
ont volatilisé ledit or, par le
moyen de ce vif-argent, ils le fixent
derechef, & ainsi ledit argent vif
se convertit en or, à leur compte,
ou argent, suivant la matière métallique
qu'ils ont mêlée avec lui.
C'est une imposture digne du supplice.
Notre esprit acide a encore la

@

150 Révélations Cabalistiques

vertu de pénétrer les pierres, & de
les délivrer de leurs compactions,
pourvu qu'elles aient été ouvertes
auparavant par la calcination.
Il a aussi la force de les sublimer
en consistance sèche, ou de les
élever en vapeurs.
Il a aussi le pouvoir de sublimer
les métaux; que si l'on objecte que
ce sont les sels volatils qui élèvent
les métaux, je réponds que
ces sels sont composés d'esprit
acide & de sel fixe, & que la volatilisation
des métaux procède de
l'esprit, puisque les sels principes
des dits métaux sont fixes de
leur nature, & ne se font volatils
que par la conjonction de l'esprit,
qui fait que la volatilisation, tant
des sels que des métaux, procède
de lui.
Cependant j'avoue qu'il ne dissout
point les soufres crus & visqueux
des métaux, si par due fermentation
ils ne sont dépurés ou
atténués par légitime calcination,

@

d'une Médecine universelle 151

en quoi consiste l'un des plus
grands secrets de la métallique.
Il est vrai qu'il aime tous les
corps mercuriels, tant crus que
cuits, purs ou impurs, & dissout les
purs avec leur soufre, ou plutôt
avec leur sel fixe, les impurs avec
leur soufre *aduste; & voulant
dissoudre les mercures coagulés
par les soufres visqueux des métaux
non mûrs, il ne le peut proprement,
s'ils ne sont calcinés par
art auparavant: autrement la
quantité de leur soufre cru empêche
la dissolution de leur mercure,
ce qui fait qu'il ne peut les
dissoudre comme les autres, mais
bien les calciner promptement.
Je passe outre, & dit plus, que
l'esprit est un milieu entre l'huile
& le sel, comme un lien, pour les
enchaîner tous deux, & les joindre
quasi inséparablement; car il élève
le sel, qui auparavant la sublimation,
ne se peut joindre à l'huile
élémentaire; mais après que l'esprit


Note du traducteur :
*aduste: brûlé.


@

152 Révélations Cabalistiques

a élevé le corps, qui est le sel,
il reprend aisément son âme, qui
est l'huile, & par ce moyen se fait
un corps quasi homogène fixe &
inséparable de ces trois, lesquels
ne se pouvaient unir inséparablement
avant la sublimation du
corps, à cause de la terre, second
principe de corruption, qui y était
mêlée, & qui empêchait l'union
indissoluble de l'âme & du corps,
qui est procurée par l'intervention
de cet esprit, lequel se mêle
promptement avec tous les principes.
Et parce que cet esprit est fort
pondéreux, nous devons savoir
que les corps les plus pesants &
compacts, ont plus d'esprit & de
sel. Que si on objecte pourquoi
donc Saturne est plus pesant que
la Lune, je réponds que le mercure
de Saturne, quoi qu'il soit plus
aqueux que celui de la Lune, néanmoins
sa plus grande pesanteur
provient de son fort mélange avec

@

d'une Médecine universelle 153

son soufre visqueux, abondant en
sel & en esprit; au lieu que celui
de la Lune n'est si bien uni, parce
qu'outre son sel blanc & interne
fixe, elle a quantité de soufre externe,
plus terrestre que celui de
Saturne, quoique plus abondant,
& par conséquent qui a moins uni
& mélangé ses parties mercurielles.

pict

Observations sur les Huiles.

L Huile grossière & fétide dont
nous avons tant parlé, demande
que l'on change de vaisseaux
toutes les fois qu'on la rectifie, parce
que ces vaisseaux retiennent
une impression de mauvaise odeur;
& après avoir calciné la masse
restante en blancheur, on en fait
une lessive avec du flegme chauffé,
remuant le tout avec un bâton,
jusqu'à ce que l'eau paraisse salée
au goût, ce qui arrive ordinairement
en cinq ou six heures.

@

154 Révélations Cabalistiques

L'huile inflammable des mixtes se
distingue d'avec les huiles, par défaillance,
en ce que celle-là est
vraiment inflammable, & celle-ci
n'est rien qu'un sel résout à l'humide:
car, Salia dissoluuntur aquis &
humido.
Quant aux huiles inflammables,
on demande pourquoi les unes
flottent sur l'eau, les autres se mêlent
& s'incorporent, jusqu'aux
moindres atomes, avec l'eau?
Je répondrai que les huiles &
choses inflammables, flottent sur
l'eau à cause des parties hétérogènes
qui les composent, ayant une
substance visqueuse, ou suie, en
elles qui les soutient sur l'eau, les
empêche de s'incorporer, & n'a
nulle ressemblance avec l'eau, ce
qui ne se trouverait pas si les sucs
dont ces huiles se tirent avaient
été fermentés.
Les huiles qui se mêlent jusqu'aux
moindres atomes avec l'eau, sont,
par exemple, les huiles éthérées

@

d'une Médecine universelle 155

bien rectifiées de leur suie; celles
qui flottent sur l'eau, sont les huiles
grossières, qui sont entre mêlées
avec leur suie & autres hétérogénéités,
comme l'huile d'olive,
comme celle de navette, de colza,
les résines, les bitumes, & autres
par expression, de même que celles
qu'on extrait par distillations
fortes, par la retorte des choses
combustibles, lesquelles avant
leur rectification flottent sur l'eau.
Il faut donc dire que la fermentation
étant une opération par laquelle
les choses crasses & visqueuses
sont rendues ténues par
la séparation qui se fait de cette
viscosité dans la digestion,
il s'ensuit que les huiles qui se
tirent des choses ci-dessus, flottent
toujours sur l'eau.
Mais il en arrive autrement
quand on ne procède à la distillation
qu'après la fermentation,
c'est-à-dire, après la solution de
ces mixtes en leur propre menstrue:

@

156 Révélations Cabalistiques

en sorte que par la digestion,
cette suie, ou viscosité, se sépare
dans la substance inflammable;
après quoi étant en sa pureté, elle
incorpore avec l'eau, n'ayant aucune
hétérogénéité de substance.
Pour preuve que les huiles procédant
d'expression ou séparation,
sans fermentation préalable, sont
remplies de cette suie fuligineuse,
vous n'avez qu'à prendre de ces
sortes d'huiles, & les faire brûler
au-dessous de quelque couvert
creux, qui en reçoive la fumée ou
vapeur immédiatement sortant
de la flamme, & vous vous apercevrez
bientôt par la suie qui adhérera
à ce couvert, combien il y
a de cette substance fuligineuse
dans ces sortes d'huiles, ce que ne
font pas les huiles éthérées après
la fermentation.
De plus, cette suie se voit assez
dans la contemplation de la flamme
d'un tison, d'une chandelle ou
d'une lampe, où on observe deux

@

d'une Médecine universelle 157

choses: savoir, la flamme qui *arde
brûle actuellement son sujet inflammable
& la matière qui doit recevoir
une nouvelle flamme, Les
matières inflammables sont ordinairement
les huiles grossières, poix,
suif, &c. & la matière qui reçoit la
flamme n'en est pas différente.
Mais on demandera l'origine de
cette flamme, je répondrai que la
flamme où il y a chaleur brûlante &
luisante, est élémentaire, & prend
son origine d'une flamme éthérée,
luisante & vivifiante. Cette flamme
éthérée prend son origine de la
surcéleste luisante, attendu que
les corps célestes sont des lumières
conglobées qui n'ont besoin
d'entretien; mais comme flammes
permanentes, épanchent leurs lumières
& influences en un même
instant jusqu'au centre de l'univers,
comme une vertu séminale
& rayonnante, pour fournir la vie
& propagation aux espèces des végétaux,
animaux & minéraux; aussi


Note du traducteur :
*arde: ardente, brûlante.


@

158 Révélations Cabalistiques

au contraire, l'élémentaire ne
peut subsister sans nouvelle matière;
& est toujours attaché à
cette matière; à savoir, à la graisse
des animaux, qui en ont plus
que les végétaux, & ceux-ci plus
que les minéraux, & les minéraux
ou marcassites, en ont plus que
les métaux: J'entends de ces soufres
inflammables.
Les pierres ont leurs soufres
tout à fait fixes & célestes, comme
le diamant, le rubis, le saphir,
escarboucle, qui luisent perpétuellement,
quoique nous ne nous en
apercevions que dans l'obscurité.
Mais sans m'arrêter davantage à
l'origine de sa nature, il faut dire
quelque chose de l'origine de sa
naissance: en premier lieu, les fictions
poétiques portent que Prométhé
l'alla dérober dans le Ciel,
pour en accommoder les mortels,
de quoi il fut grièvement puni par
les Dieux: aussi est-il vrai que la
flamme tend toujours vers le haut,

@

d'une Médecine universelle 159

aspirant de retourner vers son
origine.
Il est certain qu'il y a continuité
de lumière entre nous & l'éther,
quoique sa ténuité ne nous permette
pas de l'y apercevoir.
Homère, en l'Hymne de Vulcain,
dit que lui, étant assisté de
Minerve, enseigna aux hommes
leurs artifices & beaux ouvrages,
inférant par Minerve, Déesse des
Arts & des Sciences, l'entendement
& l'industrie; & par Vulcain,
le feu, qui les met à exécution, lequel,
selon Diodore, fut un homme
qui ayant vu un arbre embrasé
frappé d'un coup de foudre, révéla
le premier aux Egyptiens sa
commodité & son usage.
Revenant à la contemplation de
la flamme d'une chandelle allumée,
nous y distinguerons trois sortes
de couleurs, ou lumières différentes;
une qui s'arrête au fond de
cette flamme plus proche de la mèche,
& est bleuâtre, comme le

@

160 Révélations Cabalistiques

soufre commun enflammé, comme
aussi tout autre soufre des minéraux
ou marcassites & métaux.
La raison de cette couleur bleue,
est parce que le feu qui est enveloppé
dans le soufre ou graisses,
dissolvant le mixte, les esprits les
plus fixes d'icelui, montent avec
le soufre ou graisse, & changent
sa couleur, la faisant participer de
la couleur de ces esprits, qui ordinairement
sont vitrioliques, quoi
qu'ils soient dans les bois, charbons,
graisses, soufres & bitumes.
Car il est certain que les esprits
des animaux sont nourris des végétaux
& par conséquent participent
d'eux. Les végétaux semblablement
tirent leurs aliments des
esprits minéraux, mais ces esprits
sont très fixes dans les métaux;
moins dans les végétaux, mais
très volatils dans les animaux.
Les esprits minéraux, quand ils
sont dépurés & séquestrés des autres
parties de leur mixte, sont

@

d'une Médecine universelle 161

appelés leurs vitriols, & ce vitriol
n'est autre chose que le suc d'un
métal dépuré.
Aussi voyez-vous paraître une
flamme bleue, lorsque ceux qui manient
le cuivre, le font rougir par
la force des soufflets, & même ce
qui se sublime des esprits métalliques,
adhérant au poil de ces
gens-là, les teint en bleu; & pour
faire démonstration de ceci, c'est
que ce bleu est le *bleu de verdet,
qui est la rouille de cuivre: vous
verrez le même à l'entour de la
flamme, dans laquelle le vitriol se
calcine, ou le sel commun: ou, si
vous mettez à l'obscurité l'antimoine
en calcination, vous verrez
cette même flamme bleue paraître
tout près de la matière, comme un
soufre commun, lequel est plein
de vitriol, témoin cette acidité
qu'on en tire pareille à l'esprit de
vitriol; car tout vitriol a un soufre
inflammable en soi, & tout soufre
a beaucoup d'esprit de vitriol, aussi
en soi.


Note du traducteur :
*bleu de verdet: vert de gris, acétate de cuivre.


@

162 Révélations Cabalistiques

L'autre couleur de la flamme de
la chandelle, un peu plus élevée,
est blanche, parce que les esprits
vitrioliques ne montent pas si haut
pour teindre sa blancheur. La troisième
est rouge en haut, parce que
la bleue & la blanche chassent la
suie noire qui se coule le long de la
mèche, laquelle monte en pyramide:
de sorte que dans l'étendue large
de cette flamme blanche, la noire
ne peut assez teindre cette blancheur,
dont la substance est plus
raréfiée; mais vers la pointe, où la
blancheur est resserrée, la noire
teint profondément de blanc en
rouge; ainsi vous voyez dans les
différences de la flamme, les différences
des matières combustibles.
Mais encore une plus grande
difficulté à expliquer dans la résolution
du mixte, est de savoir
d'où vient une si grande activité
de la flamme; on répond, naturellement
que c'est une libre & facile
communication d'une flamme à

@

d'une Médecine universelle 163

une autre matière inflammable;
mais qu'une étincelle puisse enflammer
un monde entier, s'il était
plein de poudre à canon, ou autre
matière combustible, comment
peut-il faire? On répond encore,
que la promptitude à recevoir la
flamme dépend, non seulement de
la sécheresse de la matière combustible,
mais aussi d'une quantité
d'esprit nitreux dont elle est remplie;
& ces esprits ayant une disposition
prochaine à concevoir en
mouvement expansif au moindre
attachement des corpuscules nitreux,
qui sont déjà enflammés, il
s'ensuit nécessairement l'éruption
d'une flamme, qui a une étendue
proportionnée à la quantité de la
matière qui la produit.
Ce sont donc ces esprits de nitre
qui sont les plus proches enveloppes
de l'âme du monde; & cette
âme étant universelle, fait son office
dans l'instant même, comme
fait l'âme sensitive dans son propre

@

164 Révélations Cabalistiques

corps, jusqu'à la dernière
extrémité de sa sphère: Rata proportione
partium; le tout étant en
chacune partie.
C'est pourquoi la richesse inépuisable
de cette flamme dépend
de cet esprit, qui remplit tous les
espaces jusqu'au centre de l'univers;
& si notre vue corporelle
pouvait pénétrer & distinguer la
subtilité & ténuité de cet esprit
universel, certainement nous
verrions aussi bien de nuit que
de jour; car cet esprit n'est que
lumière & influence; mais n'ayant
pas ses enveloppes appropriées pour
assez *incrasser & corporifier ses
rayons, il ne se montre à nous que
par des corps sensibles & sulfurés;
& ainsi nous fait croire qu'il
n'y a rien de certain que ce que
nous voyons, lorsque tout au contraire
il n'y a rien de plus certain
que l'incertitude de la connaissance,
même des choses corporelles,
étant examinées par la raison.


Note du traducteur :
*incrasser: épaissir.


@

d'une Médecine universelle 165

L'esprit universel est de sa nature
très subtil & invisible, & jamais
il ne peut paraître à nos yeux, qu'il
ne s'enveloppe de quelque matière
visible plus grossière; & cette matière
plus prochaine, capable de
lui servir d'écorce, sont les corps
subtils, aqueux, salin, sulfureux.
A propos de cet esprit universel,
je me souviens d'avoir entrepris
une opération rare & singulière,
touchant la rosée: c'est après
avoir lu un passage de Vanhelmont,
qui dit: Arte dedici rorem
saccharo esse divitem & multis morbis
opitulantem. Ayant assez d'estime
pour cet Auteur, j'ai mis vingt
ou vingt-cinq pots de rosée en
putréfaction, quarante jours, au
fumier, après l'avoir filtré.
Ensuite je l'ai distillé au bain-
marie non bouillant; après la première
distillation, j'ai trouvé un
sédiment au fond de la cucurbite,
insipide & limoneux, que j'ai jeté,

@

166 Révélations Cabalistiques

comme inutile, espérant que le sel
viendrait dans la suite. J'ai donc
réitéré la distillation huit ou neuf
fois: à la quatrième ou cinquième,
j'ai trouvé les chapiteaux de mes
alambics; car j'en avais plusieurs
tout tapissés comme des toiles d'araignée,
qui n'étaient rien autre
chose que le sel volatil de la rosée,
qui commençait à se manifester
sous l'apparence de cette matière:
j'ai confondu cela avec la
liqueur; & enfin, aux dernières
distillations, j'ai trouvé un sel au
fond des cucurbites, salin, crasseux,
que j'ai filtré, l'ayant délayé
dans une partie de la rosée: puis
j'ai remis ce sel avec la liqueur,
qui s'est chargée d'un nouveau sel
& nouvelle crasse, & répété cet
ouvrage tant qu'il n'est plus rien
venu. J'ai donc retiré de tout cela
deux onces de sel cristallin très
pur & très beau, comme le plus
fin salpêtre, fondant à la bouche,
& fulminant de même sur le charbon

@

d'une Médecine universelle 167

ardent; mais il faut que la substance
de ce sel soit beaucoup plus
précieuse que celle du salpêtre;
car ayant mis mes deux onces dans
une petite cornue sur un feu de sable,
avec un récipient, j'y vis entrer
une fumée blanche, ensuite
rouge; mais ayant poussé le feu un
peu trop, la cornue a crevé, & j'ai
retiré le sel à peu près de la quantité
que je l'y avais mis. On me dira
peut-être qu'en tout cela, il ne paraît
rien qu'on ne voit arriver à la
distillation du salpêtre ordinaire.
Mais le salpêtre commun vous
donne par la distillation, une eau
corrosive & puante, & ce sel de
rosée m'a donné une liqueur, quoi
qu'en petite quantité & d'un goût
très subtil, agréable & salin, accompagné
d'une odeur de fleurs
de vigne, la plus suave qu'on peut
imaginer.
On remarquera que j'ai diminué
& retranché à chaque distillation
un tiers de la liqueur,

@

168 Révélations Cabalistiques

pour ne travailler que sur l'esprit.
Si Vanhelmont, qui se contente
de dire au Public qu'il a appris par
art à extraire un sel de rosée, en
eût donné la manipulation, comme
je le fais, on lui en aurait plus
d'obligation. Ce remède doit être
administré comme une panacée
universelle, pour aider à la respiration,
en débouchant les conduits
des poumons, calmant les esprits
irrités, rafraîchissant la masse du
sang: en un mot, lui procurant
une circulation libre, ce qui dépend
d'un esprit salin volatil &
bien exalté, tel que celui de notre
rosée; la dose est d'un scrupule,
ou environ; & quoique je n'en aie
tiré que deux onces de vingt ou
vingt-cinq pots de rosée, je ne
doute pas qu'un autre n'en obtienne
davantage, parce que j'ai eu
quelques vaisseaux cassés, qui auront
causé de la diminution à ce
produit; & Vanhelmont, Auteur
de ce remède, dit qu'il est abondant

@

d'une Médecine universelle 169

en sel, saccharo divitem; ce
sucre doit être pris & entendu
pour sel.
Après tout, je ne sache aucun
Auteur qui en ait donné une analyse
aussi exacte que celle ci-dessus.
Mr. Lemery n'en fait pas plus de
cas que de l'eau de pluie, dont il
se sert pour faire le safran de Mars,
& passe sous silence toutes les préparations
que l'on en peut faire
d'ailleurs.
Or je rapporte cette expérience
pour prouver que ce sel de rosée
ayant pris corps, était auparavant
contenu dans son eau, sous une
forme invisible, & comme un pur
élément, attendu que je l'ai distillé
plusieurs fois, & qu'il a passé de
bout, sans laisser aucune résidence.
D'où je conclus que l'esprit universel,
ou âme du monde, comme
on voudra l'appeler, n'est ni visible,
ni facile à attraper, à moins qu'il
ne soit enveloppé dans quelque matière
prochaine, comme nous

@

170 Révélations Cabalistiques

avons dit, & il me paraît que l'humidité
de l'air lui pourrait servir
de réceptacle, puisque cet esprit
réside dans l'air d'une nature vague
& indéterminée.
Et d'autant que cette basse région
que l'on nomme atmosphère,
est toute remplie des esprits en
question, on ne peut choisir un
temps plus propre pour en faire la
pèche, que le mois de Mai au de
juin: il se fait alors une éruption
continuelle des esprits sortant de
terre, qui s'élèvent dans l'air, &
réciproquement toutes les nuits
il se fait une précipitation ou cohobation
de ces mêmes esprits
qui sont resserrés dans leurs petites
enveloppes d'eau, & tombant
ainsi la nuit sur les végétaux, leur
procurent la fécondité, aussi bien
qu'aux minéraux, auxquels ils vont
donner la nourriture & accroissement,
chacun dans leur espèce.
La rosée contient donc un principe
de fécondité, qui consiste

@

d'une Médecine universelle 171

dans un esprit volatil salin & sulfureux,
que nous faisons sortir
de sa prison, n'étant qu'emprisonné,
& nous le réunissons, par
art, en substance visible, telle
que nous l'avons dit.
Car à bien considérer la nature
des choses, tout ce qui est corporel
& visible n'est point le vrai être,
ni l'essence de la chose, mais c'est
le lieu, in quo, ou l'enveloppe des
principes actifs, dont la force est
d'autant plus affaiblie, qu'il est
composé & couvert d'enveloppes
corporelles, & est d'autant moins:
unum, bonum verum (qui sont les
propriétés de l'être) qu'il y a de
soustraction à faire de tout ce qui
est inutile & accidentel à son essence
primitive; car les vrais êtres ne
doivent être dans aucun autre sujet
que dans eux-mêmes: Et puisque
la matière postérieure aux
formes, & le composé aux accidents,
est cause que ni l'un ni l'autre
ne sont pas des vrais êtres, ne

@

172 Révélations Cabalistiques

faut-il pas aussi avouer que là où
il n'y a ni matière ni composé, là
doivent être les vrais êtres? Car
toutes formes n'ont besoin d'autres
matières qu'elles-mêmes,
ayant la forme comme l'idée seulement
se la matière: Et si vous
demandez d'où vient ce premier
être & essence? C'est, sans doute,
de la première unité, qui est son
créateur; Et comme dit l'Apôtre,
parlant du Fils de Dieu: Toutes
choses ont été faites par lui, & en
lui, & il est devant toutes choses:
elles sont faites en lui, tant visibles
qu'invisibles, au Ciel & en la Terre.
Je dis donc que cette lumière ne
se montre que quand ses enveloppes
sont appropriées à son dessein;
car cet esprit nitreux, à travers duquel
l'âme, ou esprit universel, se
montre, fait les actions sur les choses
humides, aussi bien que sur les
sèches, mais diversement; car
dans l'humide, c'est sans flamme, ou
lumière, mais avec chaleur, & cette

@

d'une Médecine universelle 173

chaleur est dans le sel; & sur
les choses sèches, c'est avec flamme,
lumière & chaleur dépendantes
du soufre.
Ces doutes ainsi éclaircis, expliquent
maintenant les raisons des
couleurs qui se trouvent sur le sel
de tartre par la continuation du
feu. Le vert, qui se voit le premier,
est un avancement au bleu: le tout
dépend des esprits métalliques
contenus dans le tartre, dont celui
de Vénus, ou cuivre, prédomine.
Mais le rouge, c'est pour montrer
que les choses qui se voient dans
les volatils, comme dans l'huile
fermentée du vin, improprement
appelée esprit de vin, étaient premièrement
dans le fixe; savoir,
premièrement au sel, puis au soufre;
c'est pourquoi le soufre est la
plus prochaine cause matérielle
des couleurs: le sel en est néanmoins
cause, mais la plus éloignée.
Pour ce qui est de la séparation

@

174 Révélations Cabalistiques

qui se voit dans le flegme, cela
procède de la fermentation; car
comme la fermentation faisait séparer
la suie (qui séparait & soutenait
le soufre ou huile) d'avec
le sel, aussi ladite fermentation retire
non-seulement une nouvelle
viscosité de l'intérieur de ce sel,
pour le joindre à son soufre dépuré;
mais aussi lui donne un soufre
incomparablement plus relevé
& excellent qu'il n'était auparavant,
en odeur, couleur &
propriétés, pour le faire un élixir
ou remède universel; non-seulement
pour restaurer les forces,
mais aussi pour les augmenter &
prolonger la vie considérablement.
La Philosophie moderne nous
apprend que les couleurs dépendent
des différentes réfractions
que la lumière fait sur les corps, à
raison de la différente configuration
des parties qui forment leurs
superficies, sur lesquelles tombent
les rayons du soleil.

@

d'une Médecine universelle 175

Mais il me semble que si les corps
ne contenaient point de matières
lumineuses, avec lesquelles ses
rayons pussent se communiquer,
il serait difficile de bien expliquer
la différence des couleurs, par la
seule différence des réfractions.
Car examinant bien notre sel de
tartre, qui paraît d'abord blanc,
puis vert, ensuite bleu, & enfin
rouge, si nous n'admettons point
des esprits lumineux préexistants
dans la matière, dont il se fait un
développement par les corpuscules
du feu externe, qui les extravertit,
je ne crois point que la seule
raison des différentes réfractions
sur la superficie des corps, puisse
suffire pour donner une juste notion
de la manière dont se font
les couleurs.
Il est donc vraisemblable de dire
que le tartre paraît vert après
que les esprits sulfureux, qui
étaient auparavant enveloppés
d'une viscosité blanche, ont été

@

176 Révélations Cabalistiques

débarrassés par la fonte de cette
viscosité; & qu'ensuite ces esprits
s'étant alliés avec la lumière, ont
fait paraître à nos yeux une couleur
verte: comme aussi par la continuation
du feu externe, ces mêmes
esprits ayant acquis quelque
degré de coction & de pureté, par
la séparation d'une nouvelle crasse,
se sont manifestés en couleur
bleue: finalement, après être parvenus
au plus haut degré de pureté
élémentaire, n'ayant plus rien de
ténébreux qui les enveloppe, on y
remarque la couleur rouge: laquelle
couleur est le terme de la
perfection des sels, quand par la
voie philosophique, ils ont été
conduits & réduit à cet état.
Je dis quand la matière a été
traitée philosophiquement; car
que l'on mette du sel de tartre au
feu, sans avoir été auparavant
bien préparé, qu'il y soit entretenu
& poussé au degré qui y est requis
pour le faire rougir, comme il est

@

d'une Médecine universelle 177

arrivé à certains Chimistes, ils
ont trouvé par ce moyen leur matière
vitrifiée.
Il faut donc conclure de ce que
dessus, que non-seulement les couleurs
sont essentiellement dans
tous les mixtes, mais aussi la lumière;
& que quand ni l'un ni l'autre
ne paraissent point, c'est qu'ils
sont voilés & enveloppés des parties
grossières, ou principes passifs
qui les environnent.
Il n'y a point de doute que la lumière
ne soit le commencement &
la fin de toutes choses, & n'accompagne
toutes choses; car quoique
le soleil & les étoiles paraissent
être les seuls foyers de la lumière,
on ne peut pas pour cela croire
que tous les autres êtres, jusqu'au
centre de la terre, n'en soient
participants, la lumière étant une
propriété radicale de tous les
êtres. Pour le prouver, il n'y a qu'à
considérer l'éclat d'un diamant,
la lueur d'une escarboucle, les couleurs

@

178 Révélations Cabalistiques

vives & brillantes des plumages
des oiseaux, des écailles de
poissons, & le feu actuel qui sort
des yeux des animaux quand ils
sont en colère: en un mot, ces
foudres & ces éclairs, dont la lumière
éblouie les yeux, qui sont
néanmoins les productions d'un
nuage noir & épais, qui obscurcit
l'air avant de l'éclaircir.
Il est constant que toutes les
matières sublunaires ont un feu &
une lumière intrinsèque, par lequel
elles vivent & s'entretiennent
dans ce qui constitue leur être,
jusqu à ce qu'il s'en fasse une dissolution,
qui donne lieu à la dissipation
de ce feu interne & lumineux.
Avant la désobéissance du premier
Homme, on peut raisonnablement
conjecturer que tout reluisait
en beauté dans le Paradis
terrestre. Sans doute que les végétaux,
minéraux & animaux,
étaient alors dans leur perfection
naturelle; je veux dire que chaque

@

d'une Médecine universelle 179

chose faisait éclater ce principe
de lumière qu'il renfermait
en soi. Les arbres avaient leurs
écorces unies & polies, les feuilles
bien verdoyantes, & leurs fruits
d'une belle couleur & de bonne
odeur. Les plantes, à proportion,
n'avaient besoin d'aucune culture
pour porter fleurs & semences.
Les minéraux & métaux étaient
sans rouille dans les entrailles de
la terre. Ce que Dieu avait créé
ne devait ressentir les approches de
la mort, qui sont la crasse, la
puanteur, & la privation d'un
certain lustre, qui accompagnait
tous les mixtes, selon leurs genres
& espèces. Quant aux animaux, il
n'y en avait aucun malfaisant: il
n'y en avait point de venimeux;
tous beaux & bien faits, étaient
l'ornement de la nature. Ce feu secret
que Dieu leur avait insinué,
les faisait paraître avec éclat: Et
comme il est dit dans la Genèse:
Le Seigneur a trouvé bon tout ce

@

180 Révélations Cabalistiques

qu'il a fait. Mais attendu que toutes
ces choses avaient été créées
pour l'usage de l'Homme fidèle
dans le Paradis terrestre, sitôt
qu'il est devenu prévaricateur,
elles ont dégénéré de leur premier
état.
Que pourrait-on dire du cours
des saisons? Je crois que c'eût été
un printemps perpétuel, & les hommes
n'auraient jamais entendu les
tonnerres gronder sur leurs têtes.
Pour autoriser cette opinion, on
peut présumer que Dieu irrité contre
les hommes, a refusé aux éléments
la continuation de ces agréables
influences qu'il leur avait
communiquées d'abord; & les
ayant pour ainsi dire, abandonnés,
leurs esprits farouches & impétueux,
se sont entrechoqués avec
telle violence, qu'ils ont fait trembler
la terre, & retentir l'air de
leurs bruits menaçants; les bâtiments,
de ruines; & les hommes,
de mort. Au milieu de tout cela,

@

d'une Médecine universelle 181

il est très évident que nous remarquons
toujours, & en toutes choses,
un feu secret & une lumière
invisible: en quoi consiste la vertu
cachée de tous les êtres.
Après avoir suffisamment fait
connaître que tous les mixtes renferment
un esprit lumineux, il faut
enseigner à l'en retirer pour le
mettre au jour, & s'en servir avantageusement
à l'usage de la Médecine,
le rendre capable de pénétrer
jusqu'aux dernières digestions,
comme dit Vanhelmont:
Per modum irradiationis.
Car c'est le propre des médicaments
spiritueux & volatils, d'agir
comme la lumière; c'est pourquoi
les principes élémentaires des
mixtes sont appelés par les Philosophes,
feu ou lumière; à la différence
des remèdes communs,
grossiers & féculents, qui causent
de nausées, pèsent sur l'estomac,
irritent les parties par où ils passent,
& accélèrent bien souvent

@

182 Révélations Cabalistiques

cette heureuse journée tant attendue
par des héritiers affamés,
comme dit Despreaux.
Mais on objectera peut-être que
les remèdes les plus subtils ne
peuvent agir par irradiation dans
le corps humain, attendu la quantité
d'humeurs grossières, l'épaisseur
des chairs & l'obliquité des
conduits; & que pour agir comme
une lumière dont le mouvement
est momentané, il faudrait que le
corps fût diaphane comme l'air,
qui tout à coup est illuminé du
soleil, dont les rayons en un instant
parviennent de l'horizon jusqu'à
nous, sans obstacle lors qu'il
est serein.
Il est facile de répondre à cette
objection, suivant Hypocrate:
Totum corpus est conspirabile &
perspirabile. Il est vrai que le corps
humain reçoit des impressions par
la voie de la circulation; mais les
esprits animaux, qui sont les directeurs
des fonctions les plus sublimes,

@

d'une Médecine universelle 183

ont partout une correspondance
si soudaine, qu'il faut
convenir que leur mouvement se
fait par radiations. Il est constant
que le napel, qui est un poison,
seulement goûté du bout de la
langue, porte sa vertu maligne en
fort peu de temps au cerveau; comme
aussi un air infecté suffoque en
un moment: Pourquoi ne voudrait-on
pas de même qu'il y ait
des médicaments qui agissent par
irradiations, & communiquassent
leurs vertus en un instant aux esprits
animaux, avec lesquels ils
fassent une soudaine liaison, pour
en augmenter la force & la vertu,
jusqu'à pouvoir en très peu de
temps, renouveler toute la masse
du sang & des humeurs. Le prodigieux
effet de la pierre de
Buthler, dont parle Helmont,
revient ici fort à propos. Buthler
ne faisait que toucher le bout de la
langue avec sa pierre insipide, & il
guérissait des maladies considérables.

@

184 Révélations Cabalistiques

pict

O U V R A G E P A R T I C U L I E R
ou branche de notre arcane, qui
est le petit Circulé de Paracelse.

TRAITE' DE PERSICAIRE.


P Renez trois livres de tartre calciné
en blancheur à feu de réverbère,
dissolvez-le en esprit de
vin, par putréfaction durant sept
jours: ensuite mettez cette solution
dans une cornue de terre de
Beauvais & adaptez-y un grand récipient
de verre, & procédez à la
distillation selon la manière ordinaire
des distillations d'eau-forte,
commençant d'abord à petite chaleur,
puis augmentant peu à peu
jusqu'au feu très violent.
Premièrement, distillera l'esprit
de vin, ensuite viendra une liqueur
huileuse noire, & il restera
une tête morte de tartre.
Vous séparerez le récipient de la
cornue; puis mettant la liqueur

@

d'une Médecine universelle 185

dans un alambic de verre, vous
séparerez par distillation, l'esprit
de l'huile noire par le bain marie:
ladite huile restera au fond, dont
on n'a pas besoin dans cet arcane.
Revenant à la tête morte, vous
la mettez dans un creuset au feu
de réverbère durant vingt-quatre
heures continuelles; après quoi,
délayez lesdites fèces avec une
égale quantité de vin ardent; &
les ayant mis dans une retorte de
verre, ou de terre, vous distillerez,
comme devant, tout l'esprit
qui pourra monter par tous les
degrés de feu, comme l'eau-forte.
Vous remettez ensuite calciner
les fèces restantes vingt-quatre
heures au feu de réverbère: vous
imbiberez cette chaux avec une
égale pesanteur, ou quantité d'esprit
de vin, vous distillerez, comme
devant, tous les esprits, & réitérerez
ce procédé tant qu'il ne
reste au fond aucune chose de sel
de tartre, qui par ce moyen sera

@

186 Révélations Cabalistiques

entièrement volatilisé, & joint
avec son esprit de vin.
Vous mettez ensemble tous les
esprits de vin imprégnés du tartre
volatilisé; & après l'avoir parfaitement
bien rectifié de toutes impuretés,
tant flegmatiques que
fuligineuses, vous les mettrez dans
une bouteille de verre scellée hermétiquement,
& procéderez à la
coction & digestion de cette liqueur,
par les degrés de chaleur,
selon l'art, à l'athanor, tant qu'elle
soit convertie en siccité.
Après cela, vous mettrez cette
poudre dans une cornue de verre,
& vous en extrairez par distillation,
l'esprit de la même manière
que vous avez fait auparavant du
tartre calciné.
La pesanteur d'un grain d'orge
de cet esprit, mêlé avec demi-
dragme de mithridat, dans une
demi-once d'eau de chicorée, ou
de plantain, & administré, selon la
disposition des personnes, par

@

d'une Médecine universelle 187

quelques reprises différentes,
ôtera toutes les racines des
ulcères.
Plusieurs pourraient ici par ce
peu de paroles, être instruits, &
parvenir au plus profond fondement
de la Chirurgie, & à la vraie
transmutation Vulcanique, de
même qu'a la connaissance de la
teinture solaire, des pierres précieuses,
& autres.
Mais, s'écrie Paracelse, c'est
grande pitié que l'avarice & la
paresse sont la cause qu'on ne veut
travailler à l'entière perfection de
cet arcane, par le secret du feu ou
de l'eau philosophique.
Paracelse découvre ici son grand
secret du circulé sulfureux, &
de son eau ignée, qu'il appelle feu
caché philosophique, dont il ne
fait pas ici mention, tant pour
guérir les ulcères radicalement,
que pour la métallique & les pierres
précieuses; & voilà le commencement
de l'alkaest, qu'il cache

@

188 Révélations Cabalistiques

en tant d'endroits avec beaucoup
d'adresse, qui est ici découvert
en peu de mots.
On remarquera cependant qu'il
faut bien observer de ne pas employer
tout le sel dernier circulé
& digéré, & ne le pas convertir
totalement en esprit; mais il en
faut faire digérer une partie jusqu'à
rougeur fixe, & ensuite on le
fera résoudre par putréfaction,
dans du nouvel esprit de vin bien
déflegmé; & après en avoir séparé
itérativement le flegme, vous
mettrez digérer le reste en l'oeuf
philosophique, tant que vous soyez
encore parvenu à la siccité blanche,
dont on pourra encore tirer
l'esprit par forte distillation; c'est
cet esprit qu'il appelle circulatum
minus.
Mais l'ayant laissé digérer jusqu'à
rougeur fixe, pour lors c'est
un vrai soufre philosophique;
c'est la lampe perpétuelle des Philosophes,
& la minière de leur feu,

@

d'une Médecine universelle 189

qui se multiplie, comme vous
voyez, par nouvelle solution, en
première matière.
Que si après avoir dissout une
quantité de ce soufre rouge dans
de l'esprit ou quintessence de vin,
vous distillez ensuite cet esprit,
tant que tout le soufre soit uni
avec l'esprit de vin, & passé par
le bec de la cornue; & ensuite
dissolvant encore dans icelui du
nouveau soufre rouge, vous redistillez
& calcinez le tout, & recommencez
le procédé tant que
l'esprit de vin ainsi imprégné, ne
veuille plus recevoir aucun soufre:
alors vous aurez une huile
entièrement rassasiée & rendue
complète, qu'on appelle véritablement
alkaest incorruptible &
immuable, avec laquelle Paracelse
& Vanhelmont ont fait de
surprenantes opérations.

@

190 Révélations Cabalistiques

Autre procédé particulier du Sel
de tartre.

P Renez le sel de tartre, dissolvez
dans le flegme du vin, filtrez &
répétez cela trois fois, ou tant
qu'il ne laisse rien sur le filtre, puis
calcinez jusqu'à parfaite blancheur:
prenez de ce sel calciné en
blancheur une livre & mettez au
bain-marie avec quatre livres d'esprit
rectifié, mêlez & distillez
deux parties, qui seront sans goût,
répétez ce procédé avec de l'esprit
philosophique, jusqu'à ce que vous
le retiriez comme vous l'avez mis:
ensuite faites dessécher votre sel
parfaitement, réimbibez de nouvel
esprit; il en retiendra encore
quelque peu: mettez ensuite ce sel
au sublimatoire de verre, il se sublimera
une matière blanche comme
du camphre: gardez précieusement
ce sublimé; car ce sel étant
mêlé avec l'esprit éthéré, philosophiquement
préparé, & avec lui

@

d'une Médecine universelle 191

volatilisé, il dissout le soleil calciné;
puis étant mis en putréfaction
avec lui, il en tire la teinture,
laquelle teinture finalement se
dissout & résout en eau visqueuse:
laquelle étant desséchée, se mêle
avec le mercure sublimé & très
bien purifié.

Pour faire des Pierres précieuses
avec leurs fragments.

L Ibavius dit qu'il faut prendre
des fragments de pierres précieuses,
les dissoudre dans du vinaigre
radical, dans lequel soit dissous
son propre sel; l'un & l'autre
bien purifiés; que l'on mette la
solution dans des moules, de telle
figure que l'on veut, & ces pierres
ainsi moulées, se mettent suspendues
sur la vapeur de l'eau de
blanc d'oeuf, où elles se fixent. Si
on veut les rendre plus hautes en
couleur, on y peut instiller quelques
gouttes de la solution de
quelque chaux métallique.

@

192 Révélations Cabalistiques

pict

D I S S E R T A T I O N
sur les Lampes sépulcrales.

L A manière d'extraire une
matière, ou huile incombustible
& lumineuse perpétuelle,
pareille à celle que l'on dit avoir
été découverte dans plusieurs anciens
tombeaux, & notamment
dans celui de Tullia, fille de Cicéron,
après quinze cens ans,
nous paraît fort approchant du
procédé que nous tenons dans notre
Oeuvre végétable ci-dessus
décrite.
Et quoique je ne doute nullement
que l'on ne puisse tirer cette
huile de toutes les substances sublunaires,
je crois néanmoins que
celles qui sont contenues dans les
minéraux, ou métaux, ont plus
de disposition pour cet effet, à

@

d'une Médecine universelle 193

cause de l'activité, rigidité & petitesse
des parties qui les composent,
telles que celles qui produisent
des éclairs, qui accompagnent
les tonnerres, dont la matière
ne peut être autre chose que
des particules sulfureuses minérales
très subtiles, répercutée au
centre d'une nuée, à travers de
laquelle il se fait une soudaine
éruption, avec éclat, par la force
élastique des parties ignées réduites
à l'état élémentaire, qui produisent
une lumière la plus éclatante
qu'il y ait dans la nature
après celle du soleil. Voilà un
principe tout à fait lumineux,
contenu dans des matières minérales,
& des plus évidents.
Cela supposé, je commence à
établir ce que j'avance sur l'existence
des phosphores, ou corps lumineux
naturels, qui se trouvent
en quantité dans les trois règnes;
savoir, entre les minéraux, les
diamants, la pierre de Bologne, &c.

@

194 Révélations Cabalistiques

Entre les végétaux, plusieurs bois
luisants, & qui font feu, &c. Et
parmi les animaux, les yeux
des chats irrités, les vers luisants,
quantité d'écailles de poissons,
&c.
Mr. Ozenam, qui a prétendu
réfuter la possibilité des lampes sépulcrales,
a dit que toutes ces
lampes ont été découvertes au hasard,
par des Ouvriers crédules,
à qui on avait persuadé que c'étaient
des lampes allumées, au
lieu que ce ne pouvait être que
des lumières produites par des exhalaisons
grasses & huileuses, qui
venant à faire irruption hors des
catacombes des tombeaux, où
elles étaient renfermées depuis
longtemps, ne manquaient point
de s'enflammer à l'abord d'un air
nouveau, à la manière des feux
follets, & s'éteignaient en peu
de temps. Néanmoins, comme les
Ouvriers s'apercevaient qu'ils
avaient cassé une lampe qui produisait

@

d'une Médecine universelle 195

de la lumière, ils persévérèrent
à dire qu'ils avaient vu
une lampe qui éclairait.
Mais tout cela ne peut effacer
la réalité des lampes perpétuelles,
d'autant moins que lui-même
avoue par hypothèse, que s'il s'en
pouvait faire, ce serait avec un
phosphore: de quoi je ne disconviens
point. J'ajoute même que
quand on n'aurait jamais découvert
de lampes sépulcrales
perpétuelles, cela n'exclurait
point la possibilité d'en faire, comme
l'on voit tous les jours des matières
perfectionnées par les Arts,
entre les mains des Artistes, à
qui la nature ne les a fournis qu'en
embryon.
C'est le style ordinaire des Savants
de douter de tout, comme
celui des ignorants d'être trop crédules;
mais pour juger sainement
il faut suspendre son sentiment sur
ce que l'on ne connaît point parfaitement.
Les difficultés qui se

@

196 Révélations Cabalistiques

présentent pour ne point ajouter
foi à quelque chose, ne méritent
pas toujours qu'on la révoque
en doute.
Il suffit de dire, que comme l'on
sait que dans beaucoup d'occasions,
l'art perfectionne la nature,
il me semble qu'en celles-ci on
peut fort bien y réussir. Il faut
pour ce sujet convenir que les parties
lumineuses qui émanent des
phosphores, sont les plus subtiles
& les plus digérées de la matière,
qui sortent de la substance de ces
mixtes, comme les esprits qui sortent
des yeux de chats en fureur,
des vers luisants, &c. & nous mettrons
ces esprits au rang des principes
les plus actifs des sujets qui
les produisent: & en conséquence,
je crois avoir raison d'attribuer
un caractère lumineux aux
trois principes actifs, qui sont l'esprit,
le sel & l'huile, lorsqu'ils
sont séparés des principes passifs,
qui sont la terre & l'eau: ceux-là

@

d'une Médecine universelle 197

principes de lumière, & ceux-ci
principes de ténèbres, qui empêchent
que tous les mixtes ne
soient lumineux.
Pour mettre cette lumière d'autant
plus en évidence, considérons
ce que c'est qu'une flamme. Les
Philosophes modernes conviennent
que c'est un amas de corpuscules
ignées, séparés de la matière
combustible, adhérant les uns aux
autres, qui ont trois qualités; la
première, d'être très ronds; la
seconde, très petits; la troisième,
d'un mouvement très rapide.
Quant à la configuration, je ne
sache personne qui en ait vu,
pour pouvoir décider de la rondeur;
car un atome ne peut être
visible tout seul: il faut que les
principes de tous les mixtes se manifestent
par molécules. Au reste,
la flamme plus ou moins luisante, est
accompagnée plus ou moins de
parties terrestres ou aqueuses;
que si on la considère à la sortie

@

198 Révélations Cabalistiques

de la matière qui la produit, chacun
voit bien qu'elle cherche à se
dissiper à proportion qu'elle s'en
éloigne.
Mais si on peut trouver le moyen
de réunir & concentrer toutes ces
molécules lumineuses, & les fixer,
sans doute qu'il en doit résulter
une lumière beaucoup plus éclatante,
qui, étant fixe, ne pourra
point se dissiper; par conséquent
sera perpétuelle.
Car, comme j'ai rapporté dans
les Observations que j'ai données
au Public, touchant les lampes sépulcrales,
au Journal de Verdun
du mois de Mai 1717. page 319.
après avoir expliqué les différentes
sortes de feux & de flammes, j'ai
établi pour principe de lumière,
des esprits très actifs, très dépurés
& dégagés de la terre & de l'eau.
Or, suivant cette idée, je juge
que l'existence perpétuelle de la
lumière dans la lampe sépulcrale,
est très possible, & qu'elle dépend

@

d'une Médecine universelle 199

de la dépuration de la matière,
qui sert de base à cet ouvrage. En
quoi les Philosophes hermétiques
prétendent avoir réussi, comme
Penot, au rapport de Faber, dans
son Palladium Spargiricum. Cet
Auteur admet pour cela plusieurs
élaborations, par lesquelles on
parvient à extraire une matière
qui consiste en molécules lumineuses
réduites à l'état élémentaire,
approchant de la nature des rayons
du soleil, qui, partant du foyer
de ces lampes, se manifestent au
travers du cristal qui les contient.
Que si l'on vient à objecter, que
sitôt que ces lampes sont ouvertes
elles s'éteignent, ce que j'ai de la
peine à croire; mais supposé que
cela soit arrivé en ouvrant ou
cassant une lampe, on peut l'attribuer
à une précipitation des parties
grossières, d'un air onctueux
& épais, d'un souterrain qui lui fait
perdre sa lucidité, à peu près comme
un miroir, qui, à l'approche

@

200 Révélations Cabalistiques

d'une haleine vaporeuse, s'obscurcit,
& se cache quelquefois pour
toujours, & plus la glace est fine,
plus tôt elle reçoit l'impression
d'une vapeur épaisse.
Ajoutez que toutes les matières
élaborées, magistralement réduites
en quintessence élémentaire,
sont toujours avides de se réunir
à quelques corps grossiers qu'elles
rencontrent, pour leur tenir lieu
des principes passifs, qu'elles ont
perdus. Exemple: Que l'on jette
en l'air une cuillerée d'esprit de
vin réduit en quintessence, il ne
tombera point à terre; parce qu'étant
avide de flegme, dont il a été
dépouillé par art, le retrouvant
dans l'air, il s'y attache, & se mêle
à sa substance.
Et quoique la matière lumineuse
de la lampe paraisse éteinte
dans le cas supposé, j'estime toutefois
qu'elle n'est que voilée, & que
si on la mettait entre les mains
d'un bon Artiste, il n'aurait point

@

d'une Médecine universelle 201

de peine à lui faire reprendre son
ancienne splendeur; car tout ce
qui, essentiellement & radicalement,
contient du feu, peut aisément
manifester sa lumière, comme
une pierre à fusil, comme une
fumée noire & obscure, qui tout à
coup produit une flamme; ce qui a
fait dire à quelques Philosophes:
Flamma est sumus accensus.
Voilà ce que j'avance pour prouver
la possibilité de l'existence
d'une lumière qui est répandue
dans tous les êtres: il n'est question
que de la fixer; & en conséquence,
elle luira toujours, attendu
que ses parties jointes ensemble
à ne pouvoir se séparer, ne
pourront aussi se dissiper.
Voyons comme on peut parvenir
à la fixation des principes lumineux
dont est question.
Je viens de citer Faber, Médecin
de Montpellier, qui enseigne
à séparer les principes actifs de sa
matière, d'avec les passifs, puis les

@

202 Révélations Cabalistiques

purifier; & après les avoir rendu
volatils, les fixer, puis les volatiliser
encore une fois, & finalement
les fixer, qui est le terme de
la dernière perfection: en sorte
que tous ces principes volatils,
s'ils n'ont été auparavant bien dépurés
& rendus lumineux, n'ayant
aucune partie terrestre, ou aquatique,
dans leur mélange, ils ne
pourront pas se joindre pour le
fixer.
Mais supposons qu'ayant bien
procédé, on aura réussi à faire la
matière lumineuse perpétuelle, il
la faudra renfermer dans un globe
de verre, ou de cristal, bouché
hermétiquement; car ces sortes
de lampes sépulcrales n'ont pas
besoin d'évent ni d'ouverture; à la
différence des autres lumières,
qui ne peuvent subsister sans air.
La raison de cette différence est
encore en ce que l'huile ou la
matière des lampes perpétuelles
étant fixe, elle est par conséquent

@

d'une Médecine universelle 203

très pure, & exempte de cette
*effumation volatile & grossière,
qui est un gaz qui accompagne
les huiles communes, & qui fait
crever les vaisseaux qui les contiennent;
c'est aussi la raison pour
laquelle les feux & flammes ordinaires
s'éteignent étant privées
d'air, lequel air sert à ventiler &
écarter leurs soufres grossiers,
dans le centre desquels les particules
ignées sont cachées.
Effectivement, pour concevoir
une lumière qui se perpétue, il répugne
à la raison & à l'expérience,
que ce puisse être une matière vaporeuse
qui la produise; car la
matière lumineuse sera contenue,
ou dans un vaisseau bien fermé,
ou elle sera dans un air libre, comme
d'un caveau; que si dans un
vaisseau fermé, comment s'imaginer
qu'un feu ou une flamme renfermée
dans un vaisseau, aura pu
durer un seul moment sans s'étouffer
par sa propre vapeur; si dans


Note du traducteur :
*effumation: fumée.


@

204 Révélations Cabalistiques

un caveau, où l'air est libre, la
flamme en s'exhalant continuellement,
le remplira de ses *effumations;
& attendu que c'est un lieu
fermé & environné de terre, ou
de murailles, faute d'évent, le retour
de l'exhalaison, en circulant,
retombera toujours avec plus d'épaisseur
sur son foyer: comment
se pourra-t-il aussi faire que ce
mouvement puisse durer longtemps,
sans que le foyer ne s'étouffe,
ou qu'il ne se dessèche; Et comme
dit Licetus: Quomodo lucerna
vulgaris, sine spiraculo, non extincta
brevi foret, vel à sumo suo anté
supulchri apertionem suffocata.
Voilà, à mon avis, des obstacles
invincibles à la flamme ou à la lumière
permanente, dans la supposition
d'une matière vaporeuse. Il
faut donc conclure, comme je l'ai
ci-devant prouvé, que la matière
lumineuse dont nous entendons
parler, doit être d'une nature toute
différente; qu'elle subsiste par


Note du traducteur :
*effumation: fumée.


@

d'une Médecine universelle 205

elle-même, étant fixe, très pure
& éclatante.
En sorte, que comme on ne peut
pas nier qu'un fin diamant ne fasse
apercevoir son feu & sa lumière
perpétuellement à travers un vaisseau
de verre qui le contiendra,
sans autre élaboration que d'être
poli, on ne peut non plus disconvenir
que si ce diamant, ou autre
matière approchante, est dûment
préparée, on n'en puisse tirer une
matière fixe, & pareillement lumineuse,
beaucoup plus éclatante,
attendu que ses principes ténébreux
en auront été séparés.
Entre tous les mixtes, comme
nous avons dit, les phosphores, ou
matières luisantes, semblent être
destinées de la nature, préférablement
aux autres substances, pour
servir de sujet à une lumière perpétuelle,
attendu qu'ils en portent
la signature. Pour entrer dans ce
détail, examinons comment la nature
agit dans les entrailles de la

@

206 Révélations Cabalistiques

terre, pour produire les pierres
précieuses, qui sont brillantes.
Les Philosophes conviennent que
le principe matériel des pierres
précieuses est une eau accompagnée
plus ou moins de terre, à
laquelle se joint un sel qui a la vertu
de coaguler cette eau en pierre,
ce qui se manifeste mieux au cristal
de roche, qui ressemble naturellement
à de l'eau glacée; que
s'il lui survient aussi un esprit, ou
teinture métallique, elle lui communique
son feu, sa couleur & sa
lumière: en sorte que l'Artiste
voulant imiter la nature, il n'aura
qu'à dépouiller une pierre précieuse
de sa terre & de son soufre
grossier, il en formera une lumière
inextinguible. La Chimie enseigne
cela parfaitement par ses calcinations,
digestions, distillations,
sublimations & circulations.
Et quoique je regarde les pierres
précieuses comme matière
prochaine à pouvoir être élaborées,

@

d'une Médecine universelle 207

pour en extraire une substance
lumineuse perpétuelle; attendu
néanmoins qu'elles empruntent
leur feu & leur éclat de
la teinture des métaux, je ne
doute nullement que de ces mêmes
métaux, on ne puisse extraire
également des esprits lumineux,
principalement de ceux
que nous appelons parfaits, tels
que l'or & l'argent, comme on
verra ci-après.
Licetus, qui a traité, Ex professo
de reconditis antiquorum lucernis,
fait mention de plusieurs lampes
sépulcrales, que les anciens
Romains & Egyptiens ordonnaient,
après leurs décès, que l'on
mit dans leurs tombeaux, pour y
être entretenues ardentes par le
moyen des huiles communes, que
l'on avait soin de fournir à ces
lampes, aussi longtemps que leurs
facultés leur permettaient de
pouvoir y survenir, & ces sortes
de lampes finissaient & cessaient

@

208 Révélations Cabalistiques

de luire, les unes plus tôt, les autres
plus tard; de sorte qu'à la
seconde génération, on négligeait
ordinairement d'exécuter les volontés
des défunts sur cet article.
Mais à l'égard de celles dont est
question, qui ont duré ardentes
mille ans, & plus, sans que personne
y ait mis les mains, & sans
qu'on se soit aperçu qu'il y eût
aucun réservoir d'huile commune,
pour les produire un si long
temps, on demande la raison pourquoi
celles-ci ont pu ainsi persister,
& de quelles matières elles
pouvaient avoir été composées?
Ce même Auteur, qui s'attache
à décrire celles de Tullla, fille
de Cicéron, d'Olibrius, de Pallas,
& d'autres, qui ont continué d'éclairer
l'espace de quinze cens
ans; dans l'explication qu'il en
fait, il donne toujours à connaître
que ce qui entretenait la lumière
de ces lampes, étaient des matières
élaborées magistralement, en

@

d'une Médecine universelle 209

leur attribuant le nom de magistère,
qui veut dire quintessence.
Quant à la lampe d'Olibrius, qui
a duré quinze cens ans, & qui s'est
trouvée encore pleine à l'heure
qu'elle fut découverte à Pavie, on
y lut cette Inscription sur une
bouteille d'or:

PLUTONI SACRUM. MUNUS.

NE ATTINGITE FURES. IGNO-

TUM EST VOBIS. HOC QUOD
IN ORBE LATET NAMQUI
ELEMENTA. GRAVI. CLAU-

SIT DIGESTA LABORE VASI
SUB HOC. MODICO MAXI-
MUS OLIBRIUS ADSIT. IQ
CUNDO CUSTOS SIBI COPIA
CORNU, NE TANTI PRETIUM
DEPEREAT LATICIS.

Ces Vers signifient: Que ceux
qui viendront pour enlever ce qui
est contenu dans ce vaisseau, se gardent
bien d'y toucher, étant une
chose sacrée dont on fait o *****
Pluton, qui d'ailleurs est un don.

@

210 Révélations Cabalistiques

Elle a coûté beaucoup de peines au
grand Olibrius, qui a réduit à l'état
élémentaire la matière de son travail,
après l'avoir fait bien digérer
avant de la renfermer dans ce globe.
Il finit en implorant le secours
de quelqu'un, qui veuille bien se
rendre le gardien de cette précieuse
liqueur.
On voit aussi par cette Inscription,
que la matière dont parle
Olibrius, n'était point commune,
& il dit ce qu'il faut, dans ses Vers,
pour convaincre de l'existence de
la lampe perpétuelle, joint à ce
qu'on l'a trouvée ardente passé
quinze cens ans; mais il n'en dit
point assez pour enseigner la composition.
C'est de quoi il ne faut point
s'étonner; car on a toujours remarqué
que les Philosophes hermétiques,
pour donner des preuves
de leur capacité, ont dit & fait
des opérations surprenantes, mais
jaloux de leur savoir, n'ont jamais

@

d'une Médecine universelle 211

voulu donner à connaître
que sous des énigmes, ou figures
hiéroglyphiques, les moyens dont
ils se sont servis pour les exécuter;
le tout pour se faire admirer, &
afin que personne ne pût les
imiter.
Au surplus, Adolphus Balduinus,
un des savants & curieux de nos
jours, qui faisait végéter des fleurs
en plein hiver, dans son cabinet,
enseigne aussi à faire un phosphore
lumineux, dans son Livre de Auro
aurae, avec du nitre, & raconte
qu'il a lu dans Fridericus Gallus,
que celui-ci a vu entre les mains
d'un Ermite, qui était d'une
naissance illustre, une teinture de
couleur de grenat, luisante comme
une lampe allumée; sur quoi
il exhorte le Collège des Savants,
dont il était un membre,
à la recherche de la cause de cet
effet. Il ne fait point de doute
que la matière de la lampe ardente

@

212 Révélations Cabalistiques

qui fut trouvée dans le tombeau
de la Reine Serviramis, n'eût
été l'eau de vie de Nuisement,
le sanguis Alberti connu des
Adeptes, &c.
Un certain Franciscus Cetesius,
au rapport de Licetus, disait que
la matière en question était une
huile extraite des métaux; &
Volfangus Lazius, homme savant,
estimait que c'était une
huile d'or.
En effet, pour autoriser le
sentiment de ce dernier, je dirai
que l'on voie les minéraux &
métaux se consumer au feu, &
que l'or seul résiste, sans rien
perdre de sa substance: pourquoi
donc à l'imitation de la nature,
qui a fait l'or *inconsomptible, &
cependant susceptible d'ignition,
l'Artiste n'en pourrait-il point
tirer une liqueur qui ne se consommerait
point, & deviendrait
le sujet d'une lumière perpétuelle?


Note du traducteur :
*inconsomptible: qui ne peut être consummée, incorruptible.


@

d'une Médecine universelle 213

comme Isaac, Hollandais,
qu'on tient au nombre
des Adeptes, enseigne dans ses
Oeuvres minérales, à faire une
eau rouge, qui éclaire de nuit
& de jour; Et finit en disant:
Habes aquam rubram diù noctuque
lucentem.

F I N.

@
@

pict

T A B L E D E S M A T I E R E S
contenues en ce Livre.

E N quoi consiste la chimie, page 3
Le vin sujet de cet Ouvrage, 10
On tire du vin huit ou neuf substances, 11
Pourquoi appelée Médecine universelle, 21
Comment cette Médecine opère, 33
Les branches de cet Ouvrage ont des ver-
tus admirables, 35
L'Auteur possède un spécifique pour la gué-
rison de la gangrène, 40
Dissertation sur la gangrène, 41
Première préparation du vin, 57
Fermentation du vin au fumier, 60
Première distillation du vin, 61
Distillation de l'esprit éthéré, différente
de l'ordinaire, 62
On ne voit point cet esprit distiller en li-
queur, étant plusieurs fois rectifié, 67
Rectification de cet esprit à la glace, 68
L'effet préjudiciable d'un trop grand feu, 76
Trois sortes de feux volatils, 77
Perfection de l'esprit éthéré du vin, 83
Elaboration du flegme, ibid.
Conditions d'une terre exanimée, 85
Vinaigre du vin principe mercuriel, 87
Ses rectifications, 88
Proportion de l'esprit acide sur le sel, 91
Séparation de l'acide d'avec son sel al-
kali, 93
@

T A B L E.

Comment se fait le sel de tartre volatil, 94
Distillation de l'huile noire & puante, 96
Vinaigre radical qui dissout les métaux, 97
Le sel fixe est appelé chez les Chimistes leur
or, 114
Comment le sel fixe devient volatil, ibid
Sel volatil, comment se fait, 118
Plusieurs Auteurs n'ont donné que des lam-
beaux & des notions imparfaites de cet
Ouvrage, 120
De la terre mixte & élémentaire, 121
Plusieurs belles qualités de cette terre, 123
Comment on la rend élémentaire, 124
Cette terre ôte l'empirême des huiles, & les
rend éthérées, 128
Des fleurs en hiver comme au printemps, dans
une chambre, en couleur & odeur, 134
Théorie touchant cette Oeuvre, 136
Sans l'esprit acide aucune fermentation ne
se peut faire, 146
Cet esprit bien dépuré peut être dans les ani-
maux, végétaux, & même dans l'or, 147
C'est ce médiateur qui conjoint les matières,
ce que ne peut faire le feu, 148
Cet esprit est fort pondéreux, 152
Observations sur les huiles, 153
Pourquoi les huiles flottent sur l'eau, 154
Pourquoi d'autres vont au fond, ibid.
Origine de la flamme de la chandelle, 157
Lucidité des pierres précieuses, d'où elle
provient, 158
@

T A B L E.

Explication des couleurs de la flamme, 161
L'âme du monde, comme elle agit univer-
sellement, 163
Manière d'extraire le sel de la rosée, 165
Sel volatil de rosée en toile d'araignées,166
Ce sel a donné par la retorte une liqueur
rouge, douce & d'odeur agréable, 167
Dose & vertus de ce remède, 168
Le vrai être des mixtes, comment doit être
entendu, 171
Les raisons des couleurs sur le sel de tar-
tre, 173
Après avoir été traité philosophique-
ment, 174
La lumière est une propriété radicale de
tous les êtres, 177
Conjecture de l'état du Paradis terrestre
avant la désobéissance, 178
Cet esprit lumineux des mixtes en doit être
retiré pour l'utilité des hommes, 181
Différence de ces esprits pour l'usage de la
Médecine d'avec les médicaments vul-
gaires, 181
Prodigieux effets de la pierre de Butler,
qui guérit toutes sortes de maladies, 183
Description du petit Circulé de Para-
celse, 184
Pour faire des pierres précieuses avec leurs
fragments, 191
Dissertation sur les lampes sépulcrales, 192

Fin de la Table.
@


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