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Page

Réfer. : 0817 .
Auteur : Grimaldy.
Titre : Oeuvres Posthumes.
S/titre : Premier Medecin du Roi de Sardaigne.

Editeur : Durant, à Paris.
Date éd. : 1745 .
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O E U V R E S
P O S T H U M E S
D E
M. DE GRIMALDY,


P R E M I E R M E D E C I N
DU ROI DE SARDAIGNE, & Chef
de l'Université de Medecine de
Chambéry.

Où sont contenus ses meilleurs Remedes.
Avec une Dissertation Physique sur les sujets qui entrent dans la composition de ces Remedes. Par M. *** Editeur de ces Oeuvres Posthumes.
x

A P A R I S.

Chez Durand, rue Saint Jacques, au Grifon;
==========================
M. DCC. XLV.
Avec Approbation & Privilège du Roi.
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O E U V R E S
P O S T H U M E S
D E
M. DE GRIMALDY,

+@
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O E U V R E S
P O S T H U M E S
D E
M. DE GRIMALDY,


P R E M I E R M E D E C I N
DU ROI DE SARDAIGNE, & Chef
de l'Université de Medecine de
Chambéry.

Où sont contenus ses meilleurs Remedes.
Avec une Dissertation Physique sur les sujets qui entrent dans la composition de ces Remedes. Par M. *** Editeur de ces Oeuvres Posthumes.
pict

A P A R I S.

Chez Durand, rue Saint Jacques, au Grifon;
==========================
M. DCC. XLV.
Avec Approbation & Privilège du Roi.
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pict

A M O N S E I G N E U R
L E C O M T E
D E
S. FLORENTIN


Ministre & Secrétaire d'Etat.


pict ONSEIGNEUR,

Lorsque je formai le dessein
de rendre publics les
principaux Remèdes de feu
M. de Grimaldy, reconnu
dans toute l'Europe pour un
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iv

des plus grands Médecins
de nos jours, mon projet
fut que tout ce qui aurait
rapport au Livre que j'ai fait
à ce sujet, répondît aux sentiments
purs & désintéressés
de mon coeur, & à la liberté
de mon esprit. Ainsi,
MONSEIGNEUR, dans la
Dédicace que j'ai l'honneur
de vous faire de cet Ouvrage,
je ne cherche ni
l'élévation du Mécène, ni
les avantages que je pourrais
recevoir de sa protection.
Libre dans mon choix
par la loi que je me fuis
faite de rester inconnu dans
mon laboratoire, & de ne
@

v

me proposer que le bien
public, après une mûre réflexion,
j'ai trouvé que ce
choix devait à bien des titres
ne regarder que VOTRE
GRANDEUR, sous quelque
point de vue que je prenne
la liberté de la considérer.
Vous avez un amour éclairé
pour les Sciences, une
connaissance parfaite de ce
qu'elles ont de plus curieux
& de plus utile, vous êtes
le soutien; & l'appui des
Savants. Elevé dés votre
plus grande jeunesse dans
une place éminente, vous
faites le bonheur & l'admi-
@

vj

ration du Public, vous montrant
en tout l'héritier du
génie, & des vertus de vos
illustres Aïeux, qui depuis
plusieurs siècles ont fait la
félicité des peuples que nos
Souverains ont mis sous leur
administration. En effet,
MONSEIGNEUR, y a-t-il
jamais eu un Ministre d'Etat
plus digne de l'être que
VOTRE GRANDEUR. Quelle
application pour les affaires!
Quelle justesse dans ses décisions
! Quelle probité !
Quelle candeur ! Quelle
urbanité anime toutes vos
actions ! Vous réunissez
@

vij

parfaitement en votre personne
toutes les parties du
grand Ministre, de l'honnête
homme, & de l'homme
aimable. Lorsque vous
accordez un bienfait, la
manière de l'accorder en
est un second. Si vous êtes
dans la nécessité de refuser,
on se retire, pour ainsi dire,
content par les grâces dont
le refus est accompagné. Entreprendre,
MONSEIGNEUR.
l'éloge de vos
vertus, ce ne serait que répéter
ce que tout le monde
fait; le Public équitable
y ajouterait toujours;
@

viij

je me borne donc à vous
assurer du zèle le plus vif
& du respect le plus profond
avec lesquels je suis,

MONSEIGNEUR,

De VOTRE GRANDEUR,

Le très-humble & très obéissant serviteur E. J. P.

@

ix

pict

DISSERTATION
P H Y S I Q U E
D E
L ' E D I T E U R

DISCOURS PRELIMINAIRE.

J E ne viens point en imposer
au Public, par une sotte vanité
me parer des plumes du
paon, me faire l'auteur des Remèdes
que je lui présente, dont
l'heureuse découverte est due au
génie, au travail, & à l'expérience
consommée de feu M. de
Grimaldy, premier Médecin du
Duc de Savoie, qui s'est im-
@

x

mortalisé par le succès de ces
mêmes Remèdes, administrés à
un grand nombre de malades
qui en ont été guéris. En un
mot le plus brillant éloge qu'on
puisse faire de leur auteur, est
la confiance que M. Daquin
premier Médecin du feu Roi,
eut en sa capacité, confiance
qui lui fit remettre entre ses
mains son épouse affligée depuis
longtemps d'une maladie qu'on
regardait comme incurable, &
qui cependant fut radicalement
guérie par l'efficacité de ses remèdes.
Ce sont ces mêmes remèdes
dont je fais présent au Public
Je ne ferai point comme certaines
personnes qui distribuent,
non tous les remèdes de ce savant
Médecin, mais un fébrifuge
qu'ils suppose être le même
@

xj

qui a opéré tant de cures miraculeuses.
Ils se contentent d'en
exalter les vertus & la puissance,
& ne disent rien de sa composition:
cette conduite me paraît
non-seulement très suspecte,
& peu satisfaisante pour le Public
judicieux, mais encore exposer
à des suites si funestes que
je n'ai jamais pu concevoir comment
on pourrait la tolérer.
Je ne suivrai donc point une
route que le blâme: je vais
apprendre la composition de
ces remèdes, la manière de les
faire, leurs vertus, leurs usages,
leurs propriétés, & la façon
de s'en servir. Je ferai plus:
je donnerai une idée générale
de en quoi consiste la vie
& la santé, & de la cause des
maladies; & je ferai connaître
en détail les principales matières
qui entrent dans la compo-
@

xij

sition de ces remèdes par une
dissertation sur chacune d'elles,
où je ferai connaître leurs vertus;
par là tout le monde sera à
portée d'agir conséquemment.
L'unique avantage que je me
propose de retirer de cet Ouvrage,
est d'être utile au Public, en
déterrant, pour ainsi dire, ces
rares trésors ensevelis avec leur
auteur, trésors dont la perte
causait un regret sensible aux
personnes sages & charitables,
attendu que ce grand homme
n'avait pas mis au jour ce qui
lui avait acquis si justement une
si grande réputation. Car encore
une fois, tout ce qui a paru
jusqu'ici sous son nom, sont
des lambeaux imparfaits qui ne
peuvent satisfaire un homme
sensé. Il faut en quelque sorte
s'en rapporter à la bonne foi de
ceux qui nous distribuent les remèdes,
@

xiij

ce qui n'est pas raisonnable,
& qui empêche Messieurs
les Médecins de s'en servir pour
leurs malades. Mais il en fera
tout autrement lorsqu'ils seront
sûrs d'employer les véritables
Remèdes de M. de Grimaldy.
Je déclare que je ne veux ni
être connu, ni vendre, ni débiter
ces excellents Remèdes,
comptant avoir rempli mes vues
en donnant au Public les véritables
productions de ce célèbre
Médecin. Car quand il serait
possible qu'on me déterrât
dans le fond de mon cabinet & de
mon laboratoire, où un goût
déterminé pour l'étude de la nature
& de la science spagyrique
me fait passer une partie
de mon temps, je ne donnerai
pas même à mes meilleurs amis
aucun de ces remèdes, sans que
je sois pleinement convaincu
@

xiv

que la personne qui veut s'en
servir, le fait par l'avis & sous
les yeux d'un Médecin. Je ferai
voir dans la suite de ce discours
ce qui me détermine à prendre
ce parti.
Comme l'on ne peut savoir
les qualités que peuvent avoir
les remèdes, & en faire une juste
application, si l'on ne sait
en quoi consistent la vie, la
santé, & les causes des maladies,
je vais commencer par
donner une idée générale de
toutes ces choses.

@

pict

OE U V R E S
P O S T H U M E S


D E

M. DE GRIMALDY,
PREMIER MEDECIN DU ROI
de Sardaigne.


CHAPITRE PREMIER,

Où l'on donne une idée de ce en
quoi consiste la vie, la santé,
& de ce qui cause les maladies.

pict A vie n'est autre chose que l'action
première de l'esprit pur, qui
est composé d'une portion de la
lumière céleste, ou des éléments supérieurs,
& d'une portion de la plus subtile
partie des éléments inférieurs.
@

2 Oeuvres Posthumes

Cet esprit est double; l'un fixe, qui est
arrêté au centre de chaque partie intégrante
du composé, & qui est le principe
du mouvement & de l'action, c'est le
feu central, feu inné, feu de nature; l'autre
est volatil, qui se répand jusqu'aux extrémités
des parties, qui les meut, & les
anime, comme un instrument dont l'esprit
fixe se sert pour communiquer son
action. Cet esprit volatil sert aussi à entretenir,
ou nourrir l'esprit fixe. Ces
deux esprits unis forment ce que nous
appelons humide radical, & sont les
principes & le soutien de la vie & de la
santé. Plus ces esprits sont abondants &
dégagés, plus leur action est forte, & par
conséquent plus la vie est longue & la
santé parfaite.
Comme l'esprit fixe a besoin d'être
entretenu & nourri par l'esprit volatil,
de même l'esprit volatil a besoin d'être
réparé par un autre & semblable esprit,
qui remplace ce qui s'en dissipe continuellement.
Cette dissipation est plus
ou moins grande suivant la qualité & la
quantité des actions du composé. Delà
vient la nécessité indispensable des aliments,
d'où ces nouveaux esprits réparateurs
@

de M. de Grimaldy 3

sont tirés. L'on peut juger par-là de
quelle importance est le choix des aliments,
& de quelle nécessité pour la conservation
de la vie & de la santé il est
que leur préparation (je parle de leur
préparation intérieure) soit parfaite.
Le dépérissement & les maladies n'ont
d'autre cause que les excréments qui se
forment dans nos corps, soit qu'ils viennent
des aliments que nous prenons, soit
de l'air que nous respirons. Les différentes
qualités de ces excréments, leur
quantité, & les différentes parties du
corps où ils se forment, font la différence
de nos maladies, & leurs différents
degrés.
La formation de ces excréments dans
nos corps est inévitable, parce que tous
les aliments dont nous pouvons user en
sont remplis; il ne s'agit que du plus, ou
du moins; & ce n'est que par l'action des
esprits que les excréments sont séparés du
pur, & qu'ils sont expulsés hors du corps.
Cette séparation & cette expulsion se
font par les différentes coctions qui se font
dans différentes parties de notre corps.
Ainsi il y a différents excréments, parce
qu'il y a différentes coctions. Il y a les
@

4 Oeuvres Posthumes

excréments du ventricule, ceux du foie,
du fiel, de la rate, des reins & de la vessie,
du cour & de la poitrine, du poumon,
de la tête & du cerveau, &c.
Tous ces excréments ne sont autre chose
que les portions des aliments qui, par
les différentes coctions, ne peuvent prendre
la nature de notre corps, lui étant
hétérogènes, & qui par cette raison sont
séparées par l'action de l'esprit des parties
homogènes, qui seules sont converties
en notre substance.
Connaissant le principe de la vie & la
source de la santé, ayant montré la cause
des maladies, & ce qui les forme & les
entretient, il n'est pas difficile d'en connaître
les remèdes, & de juger des qualités
qu'ils doivent avoir, des vertus, &
des préparations qui leur sont nécessaires;
ce que nous démontrerons plus particulièrement
dans la suite.
Mais comme les maladies auxquelles
nos corps sont malheureusement soumis
sont presque infinies, en nombre & en
qualité, ce serait un ouvrage d'une étendue
immense, que de vouloir raisonner
en détail sur tous les remèdes particuliers.
Qu'il nous suffise donc de dire quant
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de M. de Grimaldy 5

à présent deux choses; la première, que,
comme tous nos maux ne viennent que
du mélange des parties hétérogènes
avec les parties homogènes, & du défaut
d'équilibre ou de proportion des éléments
requis à chaque composé, l'on pourrait
avoir un remède qui, mettant dans
nos corps cette proportion, & faisant la
séparation requise, suffirait pour tous les
cas. Mais la difficulté d'avoir ce remède
universel est si grande, la dépravation du
genre humain si considérable, que cela
empêche les vrais adeptes de se manifester.
Aussi la plupart ne s'attachent à cette
science toute divine que par des motifs
humains, & des principes de cupidité,
motifs diamétralement contraires à cette
science; ce que nous nous proposons de
faire voir dans un ouvrage que nous donnerons
bientôt au public. Ainsi nous
nous contenterons de donner quelques
remèdes particuliers, & nous avons donné
la préférence à ceux de M. de Grimaldy,
comme les meilleurs que nous
connaissions.
La seconde chose que nous ayons à
dire ici, & qui est de la dernière importance,
est 1°. qu'on ne peut tirer aucun
@

6 Oeuvres Posthumes

bon remède que des substances pures;
ou de ce qui est pur dans les substances;
2°. que le pur est ce qui est homogène
à la nature du composé; 3°. que
c'est principalement la partie spiritueuse
qu'on doit rechercher; 4°. que l'agent
dont on se sert pour extraire cette partie
pure, doit être pur lui-même, autrement
il la corromprait. Il doit être vif,
pénétrant, conservateur; il doit être tout
feu, mais feu vivifiant, agissant, non brûlant,
& destructeur; le remède doit être
l'opposé de ce qui cause nos maladies; il
en doit être le destructeur, mais en même-temps
le conservateur de ce qui fait
notre santé & notre vie.
Ce que nous venons de dire sur ce qui
constitue la vie & la santé, & sur ce qui
engendre les maladies, doit suffire pour
donner une idée générale de toutes ces
causes, & nous aider à faire des méditations
& des réflexions sérieuses sur ces
mêmes causes, pour trouver le moyen
de remédier à celles qui nous sont nuisibles.
Passons présentement à l'examen des
matières qui composent les remèdes de
M. de Grimaldy.
@

de M. de Grimaldy 7

=======================================
C H A P I T R E II.

Concernant les matières qui compo-
sent les remèdes de M. de
Grimaldy.

C Es remèdes consistent en cinq, savoir
pilules aurifiques, son fébrifuge,
son huile de vie, son élixir, enfin son
or potable.
Pour donner quelque ordre à ce discours,
en faciliter l'intelligence, & mettre
les choses à la portée des lecteurs,
disons que de tous temps les Savants sont
convenu qu'on pouvait distinguer toutes
les substances sublunaires en trois règnes,
minéral, végétal, & animal, & que de
chacun de ces trois règnes en particulier
on peut tirer une médecine universelle.
Il est convenu aussi que des minéraux,
& métaux on en tire les plus excellents remèdes;
il faut néanmoins convenir de
bonne foi qu'il y a du danger à employer
ces matières qui abondent en soufres impurs
& arsenicaux. Mais ces craintes &
ces doutes disparaissent dès qu'on a vu &
examiné les préparations que nous en fai-
@

8 Oeuvres Posthumes

sons, & que nous enseignons, parce
qu'elles réduisent le mixte à sa dernière
pureté. Il est vrai que ce travail est pénible
& laborieux; mais on est bien récompensé
par le fruit qu'on en peut retirer. Le
prince de la Médecine Hippocrate nous
dit que l'Art de Médecine est long, & la
vie de l'homme courte; Ars longa,
vita brevis. Il a bien raison; car indépendamment
de la difficulté qu'il y a à reconnaître
les différentes causes & les différents
symptômes des maladies, & en
conséquence de trouver des remèdes efficaces,
cette découverte coûte beaucoup
de peines, de travaux, & de soins;
mais l'on n'en saurait trop prendre pour
composer ses remèdes, & les mettre en
état de bien opérer.
Nous reconnaissons si bien la nécessité
indispensable qu'il y a de purifier le
mixte qu'on emploie, que nous convenons
que c'est en quoi consiste presque
tout le secret. La science spagyrique consiste
uniquement en l'art de séparer le pur
de l'impur, ainsi que porte son nom tiré
du mot grec σχαω. Nous exhortons donc
de tout notre coeur ceux qui entreprendront
de travailler à la composition de ces
@

de M. de Grimaldy 9

remèdes de s'attacher au choix des matières,
& à leur purification.
Car si nous ne recevons pas le secours
que la Médecine nous promet pour la
guérison de nos maladies, pour la conservation
de notre santé, & pour le prolongement
de la vie par les différents remèdes
que la Pharmacie vulgaire nous
prépare, & qui nous sont administrés
par l'ordonnance de Messieurs les Docteurs
en Médecine, ce n'est pas que les
végétaux, les minéraux, & les métaux ne
contiennent pas en eux les vertus que les
grands Maîtres de l'Art leur ont attribuées
pour le rétablissement & la conservation
du corps humain. Chaque mixte, outre
la vertu générale qu'il renferme dans son
centre, qui est la source & le principe
universel de la vie, est doué en particulier
de vertus & de qualités spécifiques à
chacune de nos infirmités; ce qui vient
des différentes proportions qui se trouvent
dans le mélange des principes qui
le composent.
Ces vertus sont plus fortes, ou plus
faibles, suivant les différents degrés de
pureté, & de coction de ces mêmes principes.
@

10 Oeuvres Posthumes

Pour pouvoir donc tirer d'un mixte
les secours que nous en attendons, & que
l'on nous promet, il faut connaître en
quoi consiste sa vertu, & où sont ses qualités;
il faut de plus, & c'est ici (nous le
répétons) l'essentiel, tirer de leur masse
grossière ce qui leur donne cette vertu,
& renferme ces qualités.
Or dans la préparation que l'on fait
ordinairement des mixtes, cherche-t-on
à les purifier, à dégager le pur qu'ils contiennent
des excréments qui l'enveloppent,
& des hétérogénéités qui l'altèrent? A
peine travaille-t-on à le débarrasser de sa
premiers écorce, & de sa terrestréité
grossière; mais quant aux autres excréments,
tant fixes que volatils, qui sont mêlés
dans chaque partie insensible du mixte,
& qui aux yeux vulgaires paraissent
en faire le composé même & l'essentiel,
il n'en est pas question; ainsi on ne peut
faire un vrai & bon remède de ce mixte,
puisqu'il n'y a que ce qu'il contient de
pur qui communique sa vertu, & qui
renferme ses bonnes qualités, que les excréments,
dont on le laisse embarrassé, arrêtent
& altèrent.
C'est la première raison pourquoi la
@

de M. de Grimaldy 11

plupart des remèdes que l'on nous donne
sont si inefficaces, & souvent même si
nuisibles. Les préparations que je demande
exigent un travail pénible, long
& assidu; un artiste adroit & savant dans
la nature; enfin à quoi l'on se refuse, ne
peuvent se faire sans dépense.
Une seconde raison de l'insuffisance des
remèdes qu'on nous prépare, est que
ceux mêmes qui comprennent la nécessité
qu'il y a de purifier le mixte dont on se
sert, & de n'en prendre que le pur, ou ne
savent pas le véritable moyen de purifier
les mixtes, d'en ouvrir toutes les
parties jusqu'au centre, d'en dégager le
baume de vie qui y est renfermé, de
l'extraire & de le séparer de ce qui lui est
hétérogène, & de lui donner enfin un
corps analogue qui le rende sensible,
traitable, & propre à nous être administré;
ou, s'ils savent quel est ce moyen,
ils ignorent le lieu où ils pourront le trouver,
& l'art de le rendre propre aux actions,
auxquelles ils voudront l'appliquer.
L'agent dont nous parlons n'est pas
unique. Il y en a plusieurs; mais qui partent
tous du même principe, & qui ont
tous la même source, la même origine,
@

12 Oeuvres Posthumes

& les mêmes vertus quoiqu'en différents
degrés.
Les uns sont propres à tous les genres,
d'autres à un seul, & d'autres seulement
à quelques espèces particulières. Les uns
sont nécessaires pour ouvrir, pour fouiller
jusqu'au centre, pour décomposer radicalement;
d'autres pour extraire les
parties pures & essentielles qui ont été dégagées
des liens qui les tenaient serrées.
Celui dont se servait M. de Grimaldy,
& que nous mettons en usage pour
composer son or potable, est le plus efficace,
& le plus merveilleux. Nous nous
expliquerons sur cet article autant qu'il
est permis de le faire. Je suis persuadé
qu'il se trouvera des personnes qui me
blâmeront de m'être trop expliqué; mais
je les supplie de me pardonner en faveur
de mes intentions. Je voudrais instruire
mes frères. D'autres personnes, dont le
nombre sera infiniment plus grand, trouveront
que je ne m'explique pas suffisamment;
mais je me rendrais criminel en le
faisant d'avantage. Mais pour revenir à
ce dissolvant, dont je traiterai dans la suite
plus au long, il sert non seulement à extraire
parfaitement toutes les teintures
@

de M. de Grimaldy 13

des trois règnes, leur soufre pur, & leur
partie mercurielle, mais encore il les ouvre
seul, de quelque nature qu'ils soient;
il les ouvre, dis-je, dans leur centre, fait
la séparation requise, & ensuite l'extraction
parfaite des principes purs qui en
composent la quintessence.
Ce qui fait le mérite le plus considérable
de cet esprit dissolvant & extracteur,
qui doit sans contredit lui faire donner
la préférence sur tous ceux que l'on
pourrait avoir pour toute force de sujets,
& entr'autres pour les matières médicinales,
est qu'il est le plus analogue à
notre nature, & que l'on n'en peut craindre
aucune corrosion, aucune mauvaise
impression, aucun danger, aucun mal ;
au contraire on doit en espérer toute sorte
de bien.
La base & le fondement des pilules
& du fébrifuge de M. de Grimaldy est
l'antimoine, le fer, le cuivre, l'étain, &
le nitre. Acquittons-nous présentement
de ce que nous avons promis, & donnons
une dissertation sur ces matières minérales,
& métalliques, pour faire connaître
leurs vertus.
Pour cela nous nous servirons de ce
@

14 Oeuvres Posthumes

qu'en ont dit les meilleurs Auteurs, &
de ce que l'expérience que nous en avons
faite nous a confirmé. Nous commencerons
par l'antimoine.

=======================================

C H A P I T R E III.

Contenant une Dissertation sur
l'Antimoine.

U N célèbre Auteur de notre temps
donne pour maxime que tout est
dit, que nous ne faisons que glaner après
nos anciens & les habiles modernes. Il a
raison; ce que je vais dire au sujet de
l'Antimoine n'est pas nouveau, je l'ai
pris des meilleurs auteurs qui en ont traité;
j'ai choisi entr'eux tous ceux qui l'ont
fait avec le plus de modération, pour ne
rien dire qui paroisse outré.
L'Antimoine est composé d'un souffre
minéral, en partie très-pur, de la nature de
celui de l'or, qui est rouge & fixe. C'est
dans le centre de ce souffre solaire que résident
les merveilleuses qualités de l'Antimoine.
L'autre partie de souffre est impur,
pareil au souffre commun; c'est à
@

de M. de Grimaldy 15

ce dernier souffre qu'on doit attribuer la
violence de ses effets, lorsqu'il n'est pas
bien corrigé, ou bien séparé.
Ce minéral est fait d'un mercure métallique
abondant, indigeste, & fuligineux,
néanmoins plus cuit & plus coagulé
que le vif-argent, participant de la
nature du plomb. Le surplus est une substance
terrestre, qu'il tient de sa matrice,
qui contient fort peu de sel apparent,
quoique le sel l'ait produit le premier;
mais il est changé de nature à cause des
diverses altérations & des divers changements
qui se sont faits par la cuite &
par la digestion de son feu central.
Il est aisé de voir par ce que nous venons
de dire de l'Antimoine & de ses parties
constituantes, qu'il n'est autre chose
que le composé, ou l'assemblage d'un sel
vitriolique, d'un souffre, & d'un mercure
de la nature du plomb.
Ainsi écartons toutes les fausses préventions
que nous pourrions avoir sur cet
admirable minéral, & ne perdons pas de
vu, que lorsque les Anciens ou les Moderne
qui ont traité de l'Antimoine, l'ont
qualifié de poisson, ce ne peut être que
par la comparaison des simples prépara-
@

16 Oeuvres Posthumes

tions de l'Antimoine, qui ne sont pas assez
corrigées, qui purgent & font vomir
avec violence, avec celles qu'ils enseignent,
qui n'ont aucun mauvais effet, au
contraire fortifient la nature, & l'aident à
chasser insensiblement ce qui est nuisible.
Nous pouvons nous en rapporter à ce qui
nous en est dit par le savant M. Zwelfer
dans les remarques qu'il a faites sur la
pharmacopée d'Ausbourg, & aux louanges
qu'il donne à ce minéral, loin d'être
de l'avis de ceux qui s'avisent par un effet
de leur ignorance, de le blâmer sans
restriction. Voici les propres termes que
j'ai traduis.
» Quoique le nom seul de l'Antimoine
» donne si mal parmi certains ignorans
» qui ne s'attachent qu'à décrier les plus
» beaux de tous les arts, ensorte que si
» quelqu'un ose seulement prononcer ce
» nom, aussi-tôt ils le déclarent exclus du
» corps des Médecins, & le mettent au
» rang des empoisonneurs; cependant
» comme ce jugement sur l'Antimoine ne
» peut sortir que d'un cerveau lunatique,
» & que ce ne sont que ceux qui n'ont
» pas la moindre connaissance des cho»
ses qui en pensent si mal, & qui s'at»
@

de M. de Grimaldy 17

tachent à le décrier; nullement détour»
né du droit chemin par les cris des
» chiens qui aboient contre cet astre, je ne
» rougis point d'assurer que l'Antimoine
» est véritablement une des bases, & même
» la principale colonne de la Médecine.
» Car l'on tire de l'Antimoine seul, com»
me d'un prothée, seulement par diffé»
rentes préparations, différents remèdes
» très-salutaires à différentes maladies, &
» qui operent de différentes manieres.
» On en tire des remèdes anti-vénériens,
» des diaphoretiques, des purgatifs, des
» vomitifs doux, des remèdes qui puri»
fient toute la masse du sang, des vul»
néraires, des stomachiques; en un mot
» on en fait une véritable panacée, un
» remède universel. Nous pouvons en»
core assurer qu'il n'y a aucun vomitif
» tiré des végétaux qui soit moins violent,
» & moins dangéreux, que ceux que l'on
» tire de l'Antimoine bien préparé; car
» jamais il ne causera ni tranchées, ni con»
vultions, ni évacuation excessive,
» quand même on boiroit de l'eau froi»
de par dessus.
Le témoignage d'un si savant personnage
doit nous suffire. Passons au choix
@

18 Oeuvres Posthumes

de l'Antimoine, & aux diverses dénominations
que lui ont données ceux qui en
ont voulu cacher la préparation & les
mystères, afin que cela serve pour l'intelligence
de leurs énigmes, & pour l'explication
de leurs hiéroglyphes.
Les Philosophes Chimistes nous dépeignent
ce minéral avec un caractère
qui représente le monde avec la croix audessus,
pour nous signifier que comme
le mystère de la croix purifie & sauve l'âme
de toutes ses souillures spirituelles,
l'Antimoine, & ses remèdes bien & dûment
préparés, purifient & délivrent le
corps de toutes les impuretés qui causent
& entretiennent les maladies qui
l'affligent. Ils le nomment de plusieurs
noms énigmatiques, comme le Loup, à
cause qu'il consomme & dévore tous les
métaux, à l'exception de l'or. D'autres
l'ont nommé Prothée, parce qu'il reçoit
toute sorte de formes, & qu'il se revêt de
toutes les couleurs par le moyen du feu.
D'autres l'appellent la racine des métaux,
tant à cause qu'on en trouve proche leurs
minières, qu'à cause qu'il y en a qui
croient qu'il est la racine & le principe
des métaux. On l'appelle encore Plomb
@

de M. de Grimaldy 19

sacré, Plomb des Philosophes, & Plomb
des Sages, parce qu'il a quelque rapport
à la nature de Saturne qui dévorait ses
enfants comme il dévore les métaux, &
parce qu'il y en a qui le prennent pour le
sujet du grand oeuvre des Philosophes,
& de leur quintessence. Glauber nous
le décrit comme le premier être de l'or.
Tous les Auteurs, & entr'autres Mrs
Le Febvre & Lemery, qui ont fait un
grand-nombre d'expériences sur ce minéral,
demeurent d'accord qu'il faut
choisir l'Antimoine de Hongrie, ou celui
de Transylvanie, parce qu'il est le plus pur,
& qu'il participe davantage de la nature
solaire, & qu'ainsi son souffre interne est
beaucoup plus exalté. Malgré cela ils
conviennent que celui d'Allemagne, &
celui de France sont bons, & qu'on
peut s'en servir efficacement.
Il serait trop long de déduire les
épreuves qu'on peut faire pour le choix
du meilleur Antimoine; mais la plus sure
est celle à laquelle il faut s'arrêter, c'est
de préférer celui qui donnera le plus de
régule, & qui sera le plus net, parce que
le régule n'est rien autre chose qu'un Antimoine
bien purifié; à quoi nous ajou-
@

20 Oeuvres Posthumes

terons une chose très-importante qui sera
la clôture de ce que nous avions à dire
en particulier sur l'Antimoine. Il y a apparence
que Paracelse n'entend par le
mercure d'Antimoine autre chose que son
régule bien préparé sans aucune diminution
de son souffre solaire & central.
Ainsi on doit nous savoir gré si nous
sommes si exacts en cette opération, &
l'on doit nous suivre scrupuleusement
pied à pied dans la manipulation que
nous enseigneront, & se servir d'un nitre
bien purifié, pareil, s'il est possible,
à celui que nous employons, dont nous
devons la préparation à notre travail,
& duquel nous nous servons avec succès
pour la purification de nos matières.
Nous parlerons de ce nitre, bien différent
du nitre ordinaire, après que nous aurons
parlé des métaux tant en général qu'en
particulier.

pict

@

de M. de Grimaldy 21

=======================================

C H A P I T R E IV.

Concernant les Métaux en général.

Q Uoique nous ayons déjà fait voir
qu'on pouvait tirer les meilleurs
remèdes des Minéraux, & des Métaux,
pourvu qu'on les purifie, cependant pour
ne laisser rien à désirer sur ce sujet, nous
établirons de plus en plus cette vérité en
donnant une idée de leur conformation.
Comme il ne se trouve que trop d'ignorants
parmi ceux dont l'art & la profession
ne doivent être fondées que sur
la connaissance parfaite de la nature &
de ses productions, & que cette ignorance
produit le mépris qu'ils ont pour
les remèdes tirés des Métaux, & des Minéraux
qu'ils décrient, qu'ils annoncent
hautement comme dangereux, & dont ils
impriment la crainte dans l'esprit du public,
ne se fondant que sur les mauvaises
préparations que les Sophistes, les ignorants,
& les paresseux en font, nous sommes
obligés ici de tâcher de détruire une
telle prévention, si contraire au bien &
@

22 Oeuvres Posthumes

au salut du genre humain; ce que nous
ferons en découvrant la nature des Métaux,
& des Minéraux; en faisant voir
qu'ils tirent leur origine de la même source
que les végétaux & les animaux mêmes;
& qu'ils ne sont composés que des
mêmes principes.
Ainsi pour les rendre aussi propres que
les végétaux & les animaux à entretenir
la vie de l'homme, pour en tirer contre
toute sorte de maladies des remèdes plus
puissants & plus salutaires que ne sont
ceux que l'on tire des animaux & des végétaux,
il n'y a qu'à les purifier, rompre
cette tissure roide & forte qu'ils ont
contractée dans les entrailles de la terre,
en séparer ce qu'il peut y avoir d'étranger
& de nuisible, & digérer & cuire ce
qu'ils ont de crû & d'indigeste.
Il est certain & indubitable, que les
Métaux, & les Minéraux quels qu'ils
soient, sont formés par la nature de la
même matière que le sont les végétaux
& les animaux, de sorte que l'on n'y
peut découvrir rien de plus que l'esprit
universel du monde, le ciel, & les éléments,
dont la nature composé toutes choses.
Car elle n'a aucun autre réservoir, ou
@

de M. de Grimaldy 23

magasin particulier, d'où elle puisse tirer
une matière singulière pour employer
dans la composition des Métaux, ou Minéraux.
Ainsi elle est obligée de faire tous
ses ouvrages, & de produire tous les différents
mixtes, de la même matière tirée
du même laboratoire, & dont toute la
différence ne vient que des différents
moyens, des différents vaisseaux, & des
différents instruments, dont elle se sert pour
faire ses ouvrages.
C'est pourquoi voyons & examinons
quelle est la route que la nature tient inviolablement
dans la production des Métaux.
Chaque élément, suivant l'ordre que
le suprême Dispensateur de toutes choses
établi dans la nature, jette de son pur
& parfait de l'un dans l'autre, le supérieur
dans l'inférieur; car l'on doit savoir
que dans les productions les semences
ne montent pas, mais qu'elles descendent.
Ainsi les cieux les plus élevés
répandent leurs influences, qui sont, pour
ainsi dire, leurs semences dans les cieux;
inférieurs, de sorte que ces semences,
ces vertus, ces influences descendent par
ordre des uns aux autres jusqu'au centre
de la terre.
@

24 Oeuvres Posthumes

Là de toutes ces semences il se compose
une certaine vapeur, qui ensuite se
résout en liqueur ou eau, laquelle monte
& descend par une circulation perpétuelle
de la terre aux cieux, & par la se
purifie, se sublime, & enfin se coagule en
terre, qui étant encore continuellement
arrosée de cette même liqueur dont elle
a été formée, est purifiée de plus en plus,
& lavée de toutes ses taches, jusqu'à ce
qu'elle devienne très-blanche, très-pure
& très-nette. C'est ce que les Philosophes
appellent le souffre blanc incombustible.
Cette terre blanche, pure, & parfaitement
lavée par sa propre eau, comme
nous venons de le dire, est enfermée
dans des souterrains parfaitement purs &
nets, où elle ne peut être gâtée ni altérée
par aucun mélange de matière étrangère,
ni en ayant aucune dans ce lieu secret,
où par sa chaleur naturelle & centrale,
& par celle des autres causes qui
Influent, elle se cuit, & se fixe en Métal
parfait, & pur argent.
Que si par une plus longue & plus
forte coction, cette terre de blanche
qu'elle est, devient terre ou souffre rouge,
& qu'elle soit aussi renfermée dans
@

de M. de Grimaldy 25

des matrices pures & nettes, sans aucun
mélange de terres étrangères ou souffres
impurs, elle se cuit & se fixe encore
plus parfaitement que n'a fait le souffre
blanc, & forme le roi des métaux, l'or.
Ainsi l'or & l'argent ne différent que par
les degrés de cuisson & de fixation. Car
pour ce qui est de la pureté & de l'harmonie
des parties, elle est la même dans
les deux.
Il n'en est pas de même dans les métaux,
que l'on appelle imparfaits; leur
harmonie est différente & discordante,
& les impuretés dont leurs parties sont
infectées les altèrent & les dégradent de
différentes manières.
Car quoiqu'ils soient formés de la même
semence métallique que l'or & l'argent,
de cette eau formée de la vapeur
qui s'élève du pur des cieux, & des éléments
descendus au centre de la terre, cependant
comme cette eau qui, pour se
purifier, & pour s'empreindre de plus en
plus des vertus célestes & élémentaires,
circule continuellement de bas en haut,
& de haut eu bas, pour se coaguler enfin
en terre vierge, n'acquiert pas toujours
par ce mécanisme de la nature, la
@

26 Oeuvres Posthumes

pureté où elle tend, & qu'au contraire
elle y contracte souvent des impuretés
par le mélange, & la jonction qu'elle reçoit,
des parties grossières excrémenteuses
des éléments qu'elle rencontre dans
ses différentes ascensions & descentes,
qu'elle se coagule souvent non en terre
pure & nette blanche ou rouge, mais
en terre noire & fétide, qui en cet état
d'imperfection est renfermée dans des
matrices impures où il se trouve déjà des
souffres impurs & grossiers, terrestres, brûlés,
& un sel altéré; que là se cuisant &
se fixant sans se dégager, il se produit un
métal imparfait, dont les qualités, les
vertus, & la forme différent suivant la
vertu de la planète dont l'influence prédomine,
& suivant la qualité des souffres
& des sels qui se sont trouvés dans le souterrain;
comme aussi suivant le degré
d'impureté de l'eau ou mercure qui s'est
coagulé en terre noire; les métaux imparfaits
sont très-différents entr'eux dans
leurs compositions pour leurs degrés
d'imperfection, & pour leurs vertus &
qualités.
Mais on peut par art non seulement
imiter & aider la nature, mais même aller
@

de M. de Grimaldy 27

en quelque sorte plus loin qu'elle. On
peut réveiller & fortifier ce petit feu minéral
suffoqué dans un corps grossier
le dépouiller des impuretés sulfureuses
combustibles, des terrestréités incapables
de coction, en nettoyant & lavant
le corps pur, & lui donnant à boire
une liqueur de sa nature, & à manger une
viande de sa substance; on peut multiplier
cet esprit & ce feu naturel par un
esprit & un feu semblable; enfin on peut
assembler & réunir les principes de la vie
& du règne minéral, & les rendre analogues
à notre nature & à nos principes
vitaux.
Quoique nous soyons vivement pénétrés
de toutes ces choses, quoique nous
en sentions les véritables beautés, quoique
nous eussions un plaisir extrême à
les communiquer, cependant comme ce
n'est point ici un traité de métallique en
forme que nous donnons au Public, nous
croyons avoir suffisamment rempli l'objet
que nous nous étions proposé; c'està-dire,
avoir démontré quelle est l'origine
des métaux en général; que les imparfaits
sortent de la même source, ont la
même semence que les parfaits, & que
@

28 Oeuvres Posthumes

par l'art, en dégageant les imparfaits du
mélange impur qu'ils ont contracté dans
leur formation, & dont la nature n'a pu
seule les dégager, comme elle n'a pu
vaincre les obstacles qui se sont opposés
à sa première intention, on peut donner
à ceux-ci la pureté requise, &
rendre leur vertu & leur efficace pareille
aux autres.
Enfin il nous suffit de dire que les uns
& les autres, les parfaits & les imparfaits,
sont composés de la même matière,
& ont les mêmes principes que les végétaux
& les animaux; qu'ainsi ils sont
du moins aussi propres à nourrir, à guérir,
& conserver, & à prolonger la vie de
l'homme.
Ajoutons à cela succinctement les bonnes
& mauvaises qualités, les propriétés,
les vertus, de chacun de ces métaux en
particulier, pour pouvoir rejeter les
unes, & conserver les autres.
Quoique nous ayons montré suffisamment
quels sont les principes de l'or & de
l'argent, il reste à faire voir quelles sont
leurs vertus médicinales.
L'or parfaitement préparé est le plus
souverain confortatif de la nature, pour
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de M. de Grimaldy 29

toutes les parties essentielles du corps
humain, parce qu'ayant son humide radical
semblable au notre, ces deux humides
s'unissent, & se convertissent sur
le champ en une seule & même substance,
& que ses parties étant plus fortement
fixées, s'attachent par des liens plus
forts. Par là il résiste plus fortement à toutes
les altérations auxquelles notre nature
est exposée, & par conséquent il retarde
beaucoup la vieillesse, ses incommodités
& sa caducité; ainsi il prolonge nos
jours au-delà de ce que nous pouvons espérer,
en augmentant notre humide radical,
le fixant ou le coagulant, & le serrant
par des liens plus forts que ne sont
ceux de notre propre nature.
On peut le donner dans toutes sortes
de maladies. Il convient à toutes, &
n'est contraire à aucune, parce que fortifiant
merveilleusement notre nature, elle
devient par son moyen assez puissante
pour se délivrer elle-même de tous ses
maux.
L'on tire de l'argent un remède souverain
& infaillible contre toute sorte
d'épilepsie, soit récente, soit invétérée,
parce qu'il fortifie tellement le cerveau,
@

30 Oeuvres Posthumes

& en multiplie tellement les esprits, qu'il
en chasse & dissipe toutes les humeurs &
vapeurs, tant celles qui y sont poussées
des parties inférieures, que celles qui s'y
sont amalgamées, & qui y séjournent.
Par la même raison il doit guérir la
manie, la lycanthropie, & toutes les affections
mélancoliques, la frénésie, &
le délire.
Il doit produire le même effet en tout
temps & dans toute sorte de maux de tête
& de cerveau; car l'argent est, pour ainsi
dire, le vrai & l'unique microcosme du
cerveau. Il en d'un très-grand secours
aux hectiques & phtisiques; il rétablit
leurs forces mourantes, il leur rend même
leur première santé, sur-tout si on
y joint quelques gouttes de quintessence
d'or, & qu'on en prenne deux fois la semaine,
le matin à jeun dans un peu d'eau
de cannelle, ou de mélisse; le tout mêlé
dans un bon bouillon.

pict

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de M. de Grimaldy 31

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C H A P I T R E V.

Contenant une Dissertation particu-
lière sur chaque Métal imparfait.

L'Eau minérale empreinte des semences
astrales, & élémentaires,
venant à se coaguler en souffre rouge,
par la force de la chaleur qu'elle a eue
dans ses circulations, & n'ayant pas cependant
encore déposé toutes ses crasses,
& hétérogénéités, est enfermée dans des
souterrains, ou matrices impures, où il
se trouvait déjà beaucoup de souffre
rouge impur, & brûlé. Là l'eau minérale
congelée en terre ou souffre rouge,
se mêle, & s'incorpore, avec celui
qu'elle trouve dans la matrice, ils se cuisent
& se coagulent ensemble; ils ne peuvent
pourtant pas acquérir une fixation
parfaite, parce que les excréments, ou
parties hétérogènes, qui sont mêlées
avec les parties pures, empêchent le
@

32 Oeuvres Posthumes

contact immédiat de celles-ci, & par
conséquent leur union, d'où dépend la fixation.
Ainsi se forme le métal imparfait
appelé Cuivre, que les Chimistes
nomment Venus, parce que c'est la planète
de ce nom qui dans le temps de la
production de ce métal, influe le plus,
& y répand ses esprits, ou rayons, plus
fortement & plus abondamment que les
autres planètes, & qui par là lui communique
ses vertus, & ses qualités particulières.
Le Cuivre est le métal le moins imparfait
des métaux imparfaits, ayant en
soi une assez juste proportion des principes
naturels, & ne pêchant que par la
qualité brûlée d'une partie de son souffre,
& par le mélange de quelque hétérogénéités,
qui empêchent l'union, & la
fixation de ses parties pures.
Vertus du Le Cuivre nous donne des remèdes
Cuivre, ou excellents pour guérir une infinité de maladies
Venus. les plus fâcheuses. Il n'y a aucune
mauvaise affection de cerveau qui ne lui
cède aisément.
Il guérit toute sorte de fièvres continues,
ou intermittentes, parce qu'il purifie
le sang par les voies critiques; qu'il
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de M. de Grimaldy 33

empêche la corruption, & chasse celle
qu'il trouve; qu'il fortifie tous les viscères,
& augmente la chaleur naturelle.
Il guérit toutes les maladies de la
peau, galle, tigne, dartres vives, & invétérées,
même la lèpre; il consolide,
& donne une louable cicatrisation à toutes
blessures, & à tous ulcères, anciens,
récents, & cela par la seule application
extérieure, parce qu'il tempère, & qu'il
adoucit par l'exubérance de la douceur
vitale de son sel; toute l'âcreté mordicante
que la corruption a introduite dans
le sel de notre corps.
Il guérit toutes douleurs, & accidents
de goutte, de sciatique, de rhumatisme.
Toutes les affections des muscles, ou des
nerfs cèdent à sa force, & son efficacité.
Il dissout, & chasse par son sel & son esprit,
les parties tartareuses, & mucilagineuses
qui sont arrêtées dans les articulations.
Il ramollit toutes les tumeurs dures,
& squirreuses, &c. Mais il serait trop
long de rapporter ici toutes les propriétés,
& tous les avantages que la Médecine
peut tirer du Cuivre préparé philosophiquement.
Qu'il nous suffise donc

@

34 Oeuvres Posthumes

de dire en un mot que l'on en tire les
plus grands secours pour toute sorte de
maladies.

Du Fer.

Le Fer est le métal le plus impur, &
le plus imparfait dans sa composition,
quoiqu'il soit le plus utile, & le plus nécessaire,
pour le travail, & pour l'usage
de la société civile. Il a même des vertus,
& des qualités excellentes, pour
servir d'agent, ou d'instrument, dans les
ouvrages de la nature. Ce métal n'est
presque composé que d'un souffre impur,
rouge, brûlé, desséché, & dénué presque
de toute humidité radicale, & d'un mercure
aussi impur; l'un, & l'autre mêlé
avec beaucoup de terre féculente, ou limon
trouvé dans le lieu qui lui a servi de
matrice, & où il a été fixé en métal. Ce
souffre impur brûlé, & ce mercure impur
dont il est composé, sont les crasses
que l'eau minérale, en se purifiant pour
se coaguler en souffre pur, blanc, ou rouge,
a déposées, où par conséquent il
reste très-peu de bon, & de pur. Il y
en a pourtant, & du meilleur; mais il est
très-difficile à extraire , & l'extraction
@

de M. de Grimaldy 35

demande beaucoup de travail, & d'attention,
à cause de sa petite quantité.
Si vous prétendez donc vous servir
de ces souffres grossiers, & terrestres,
rouges, combustibles, & fétides, que
l'on tire du Fer par les opérations vulgaires,
vous n'en ferez rien de bon, &
de vrai; mais si, séparant ces souffres
grossiers, & fétides, vous en tirez une
liqueur d'un beau rouge, clair, & brillant,
& dont vous vous servirez pour
tirer de son centre un sel pur, qui y est
caché, vous en pourrez tirer des usages
merveilleux, & surprenants, tant pour la
perfection de métaux, que pour la guérison
des maladies humaines, comme vous
dit, & vous enseigne Raymond Lulle.
Le défaut de mercure, ou d'humide radical,
& le mélange de limon, ou terre
impure, rend ce métal de très-difficile
fusion.
La planète de Mars, qui influe, &
qui préside à la formation de ce métal,
lui communique ses vertus, & augmente
la qualité chaude dont son souffre est
brûlé, & presque entièrement desséché. Vertu du
Les remèdes qu'on tire du Fer ne sont Fer, ou
ni moins puissants, ni moins étendus que Mars.
@

36 Oeuvres Posthumes

ceux que l'on tire du Cuivre. Son essence
est un baume des plus merveilleux pour
guérir toutes sortes d'ulcères, tant anciens
que récents, & pour consolider toute
sorte de blessure; car il resserre, & coagule
très-puissamment; il dissout les humeurs
corrosives, & change leur nature;
il empêche par son sel fixe, la pourriture
des parties, & y rappelle un sang
pur, & des esprits en abondance.
Il arrête par les mêmes raisons toute
sorte de flux de ventre, & dysenterie, &
particulièrement parce que par sa vertu
astringente, il fortifie le ventricule, &
augmente la chaleur naturelle.
Il arrête aussi le flux hépatique, parce
que lorsqu'il parvient aux orifices relâchés
des veines du mésentère, il les resserre
par la qualité astringente, & les laisse
dans la proportion de la nature.
Il n'est pas moins efficace pour arrêter
par la même raison les pertes, & flux
immodérés des femmes, de quelque nature
qu'ils soient. Il fortifie leurs parties
faibles, il soutient celles qui sont relâchées,
& les empêche de descendre, &
de couler en resserrant l'orifice de l'utérus.
@

de M. de Grimaldy 37

Pour les guérisons des gonorrhées,
quelles qu'elles soient, ou vénériennes,
ou autres, l'on peut dire que c'est un remède
infaillible, par la raison qu'il fortifie
merveilleusement le foie , en multipliant
les esprits, & en dégageant le
sang de toute humeur visqueuse & corrompue.

De L'Etain.

L'Etain, qu'il a plu aux Philosophes
d'appeler Jupiter, parce que cette planète
influe plus fortement qu'aucune autre
dans le temps de la formation de ce
métal, & qu'elle lui communique toutes
ses vertus, & qualités, qui sont des plus
puissantes, & des plus bienfaisantes; L'Etain,
dis-je, se forme d'un souffre blanc,
& d'un mercure blanc, l'un, & l'autre
crû, & indigeste, infectés par quelque
peu d'excréments limoneux & onctueux;
ce qui empêche la digestion, & la coction
de ses principes; en sorte que le mercure,
ou l'humide radical, demeure
encore plus crû, & plus indigeste que
le souffre, parce que les poids de nature
manquant entre les deux principes, celui
du mercure excède celui du souffre.
@

38 Oeuvres Posthumes

C'est du mélange de ces excréments,
& de la crudité, & indigestion du mercure,
que vient ce qu'on appelle cri
dans l'Etain; sa trop légère fixation, &
sa fusion trop prompte au feu, viennent
de la surabondance de ce mercure.
Vertus de L'on tire de l'Etain des remèdes excellents
l'Etain, ou pour la guérison des maladies. On
Jupiter. en tire aussi des secrets merveilleux pour
la perfection de tous les ouvrages de la
nature, que l'on ne saurait guère atteindre
sans le secours de ce métal. Sa préparation
dissout la pierre dans les reins,
& dans la vessie, guérit radicalement
toute sorte de coliques, toutes suffocations
de matrice, toute sorte d'ulcères,
même la gangrene; elle opère jusqu'à la
guérison parfaite de la fièvre hectique,
par son humide radical très-homogène,
& semblable au nôtre, qui le répare parfaitement,
& lui redonne aisément ses
forces, & sa vigueur; Il délivre le sang de
tous les sels acres, mordicants, & caustiques
qui le corrompent, & le consomment.
Il ne faut pas se flatter que l'on puisse
jamais tirer de ce métal ces merveilleux
& divins remèdes par les préparations
@

de M. de Grimaldy 39

vulgaires; il faut, pour les extraire,
purifier parfaitement ses principes,
ce qui ne se peut faire qu'en les décomposant,
& les remettant dans leur simplicité
primordiale, telle qu'ils l'avaient avant
qu'ils fussent mêlés, & infectés par les
excréments qui s'y sont joints, après quoi
il n'y aura qu'à les cuire, & les fixer,
jusqu'au degré de la fixation solaire.
Qu'on travaille donc, & qu'on s'attache
à trouver dans la nature les moyens
de parvenir à cette préparation. On les
trouvera si l'on emploie un travail assidu,
& une étude fondée sur les vrais principes
naturels; alors on verra avec joie que les
maux les plus cruels, & les maladies les
plus opiniâtres, cesseront de se moquer
des remèdes.
Mais si l'on croit faire des préparations
utiles, & salutaires de ce métal,
ainsi que des autres, par d'autres voies
que par celles que nous venons d'indiquer,
l'on se trompe grossièrement, &
les pauvres malades sont abusés.

Du Plomb.

Le Plomb, ou Saturne, est un métal
très-imparfait, quoiqu'il renferme

@

40 Oeuvres Posthumes

dans son centre une certaine quantité de
ce qu'il y a de meilleur, & de plus parfait
dans la nature, je veux dire une portion
de mercure, ou de l'humide pur, &
une portion de souffre blanc, aussi trèspur;
mais ces parties pures sont mélangées
de tant d'impuretés, que la nature les
ayant ainsi renfermées dans des concavités
de rochers bien compactes, & bien
serrés, avant que d'avoir fait la séparation
de ces impuretés, le tout ensemble, circulant
dans ce lieu, se cuit, & se fixe,
quoique très-imparfaitement, en une espèce
de terre grasse, & visqueuse, qui
devient ensuite terre sèche, aride, & pesante.
C'est ce que nous appelons Mine de
Plomb, & dont par l'action du feu extérieur,
l'on tire en grande quantité par
la fusion, le métal nommé Plomb, &
ordinairement en même-temps un peu
d'argent pur.
Il y a des mines de Plomb beaucoup
plus riches les unes que les autres. Il y
en a où l'on voit à l'oeil comme des étincelles
blanches, & brillantes, éparses ça
& là sur la mine, ou sur sa cendre. Si
alors on refermait bien exactement le
@

de M. de Grimaldy 41

trou du rocher par lequel on a fait l'ouverture
de la mine, en sorte qu'aucun
air ne put entrer, ni les esprits métalliques
en sortir, & qu'on laissât ainsi
cette mine sans l'ouvrir pendant un bon
nombre d'années, cent ans ou environ,
l'on trouverait alors au lieu d'une mine
de Plomb, une mine d'argent très-pur,
& parfait, parce que la nature aurait
achevé son ouvrage en séparant les impuretés,
desséchant les aquosités, & cuisant
les crudités, par la vertu de son feu
central, & par l'action, & la circulation
continuelle de son mercure pur.
Cette mine par une très-longue succession
de temps, de mine d'argent, deviendrait
mine d'or.
Quelques Philosophes ont écrit que
le Plomb n'était autre chose qu'un or
lépreux, infecté, & corrompu; ce qui ne
doit point se prendre à la lettre, comme
si le Plomb, dans sa nature de Plomb, contenait
réellement de l'or, ou un souffre
rouge pur, comme il contient un souffre
blanc pur, qui est réellement argent;
mais l'on doit entendre la pensée de ces
Philosophes dans ce sens, que le Plomb
contient en soi une portion très-épurée
@

42 Oeuvres Posthumes

de souffre parfait, qui, de blanc qu'il est
encore, deviendrait rouge par une coction
continuée.
Ces impuretés, dont nous dirons que
le Plomb est rempli, sont humides, froides,
& sèches, terrestres, crues, & indigestes.
La surabondance de cette aquosité
froide, empêche ce métal de pouvoir
se cuire, & se fixer, jusqu'à ce que par
un très-long espace de temps, l'humidité
surabondante soit dissipée par la chaleur
du souffre, & que les excréments terrestres
soient séparés par une longue, & continuelle
circulation, du vrai mercure, ou
eau minérale. Aussi peut-on dire que le
Plomb n'est qu'une semence métallique
impure, simplement coagulée. Delà vient
la facilité de sa fusion au feu.
Vertus du Le Médecin habile peut tirer du Plomb
Plomb, ou les mêmes remèdes que nous avons dit
Saturne. que l'on tire de l'Etain, quoique d'une
vertu un peu moindre, à cause de l'influence
de Saturne, qui est moins favorable
que celle de Jupiter; mais il faut
travailler sur les mêmes principes, & suivre
les mêmes voies que celles que nous
avons indiquées pour l'Etain; autrement
les secours que l'on en tirera seront des
@

de M. de Grimaldy 43

plus faibles, & d'une utilité bien équivoque,
surtout si l'on en veut faire usage
pour l'intérieur.
Du Vif-Argent, ou Mercure
vulgaire.

C'est une erreur très-répandue, mais
des plus grossière, que de croire que le
Vif-argent, ou Mercure vulgaire, est,
ou contient, la semence générale des
métaux; que tous les métaux, avant que
d'être spécifiés, ont commencé par être ce
Mercure, qui ensuite est devenu, tel, ou
tel métal, soit parfait, soit imparfait, suivant
la qualité du lieu, où la nature l'a
renfermé pour le travailler, & le faire,
ou Or, ou Argent, ou Cuivre, ou Fer,
ou Etain, ou Plomb. Non certainement,
le Mercure vulgaire n'est point la semence
des métaux; les métaux n'ont point
été ce qu'est le Mercure vulgaire avant
qu'ils fussent ce qu'ils sont; & ce Mercure,
ou Vif-argent, est lui-même un
vrai métal, métal imparfait, quoique
moins imparfait que les autres.
Sans rapporter en détail les raisons
physiques qui peuvent détruire cette er-
@

44 Oeuvres Posthumes

reur, je me contenterai d'en toucher une
qui en découvre l'absurdité, c'est que
(comme tous les vrais Philosophes en
conviennent) le Mercure vulgaire est
beaucoup plus pur que le plomb, & que
tous les autres métaux imparfaits. Or si
la nature commençait la composition des
métaux par le Vif-argent, elle détériorerait
cette semence par sa coction, au
lieu qu'elle doit la perfectionner. Il est
produit, comme tous les autres, d'une
semence métallique, formée par un autre
Mercure, & spécifié par la qualité,
& les proportions de ces principes.
Ce métal est composé d'une partie
égale de l'humidité métallique pure, qui
est le vrai Mercure, & de la sèche chaude,
qui est le souffre; l'une, & l'autre
presque entièrement dépouillées de tout
excrément élémentaire, & jointes par
très-peu de sel.
C'est cette égalité du souffre, & du
Mercure, ou du sec, ou de l'humide, qui
se lient, & s'unissent l'un à l'autre, en sorte
qu'aucun des deux prédomine, &
qu'ils se tempèrent également, qui fait que
ce métal remue, & roule continuellement,
sans pouvoir s'arrêter, à cause de la
@

de M. de Grimaldy 45

fluidité de la partie mercurielle humide,
& sans pourtant que cette humidité humecte
ce qu'elle touche, à cause de la sécheresse
de la partie égale de souffre. Le
défaut de sel en empêche la liaison.
Les effets, & les remèdes que l'on tire Vertus de
par les préparations vulgaires, de ce métal, Vif-argent,
sont trop connus pour qu'il soit nécessaire ou Mercu-
d'en parler ici; mais si l'on voulait re vulgaire.
en tirer des remèdes plus salutaires,
plus puissants, & moins dangereux, il
faudrait les travailler avec plus d'art, &
plus de connaissance, que l'on n'en n'emploie
communément.
Il faudrait d'abord penser à trouver le
moyen de le dissoudre dans ses principes,
d'en séparer toutes les crudités froides,
& flegmatiques, de séparer aussi quelque
peu de souffre impur, & fétide, qui s'est
mêlé avec son souffre blanc, & pur. Il faudrait
ensuite lui faire prendre la couleur
rouge, qui est la vraie teinture.
Ce n'est que par ce seul moyen que
l'on peut tirer du Mercure vulgaire une
thériaque parfaite contre toutes sortes
d'espèces de venin, & un baume souverain
pour la guérison de toutes sortes
de plaies, & d'ulcères. Car le sel doux
@

46 Oeuvres Posthumes

qui est dans ce baume, adoucit dans l'instant
tous les autres sels contraires à notre
nature, en quelque partie du corps
qu'ils soient contenus, & quelque acres,
& mordicants qu'ils puissent être.
Il y a une observation essentielle à faire
pour la préparation des remèdes, & qui
cependant est ignorée, ou négligée, par
la plupart des Artistes; c'est sur le temps
qu'il faut prendre pour faire, ou du moins
pour commencer ces opérations. Il est
certain en général que le printemps est la
saison de l'année la plus favorable pour
la composition des remèdes, parce que
c'est alors que le soleil par sa chaleur ouvrant
les pores de la terre, les esprits vivifiants
sortent plus abondamment du
centre où ils ont été cuits, & digérés,
& qu'ils se joignent à leur semblable, qui
est le pur du mixte sur lequel on travaille.
Mais il y a encore une observation
plus particulière à faire, & qui a rapport
à la qualité, & à la nature du mixte sur
lequel l'on travaille; c'est l'influence bénigne
de l'astre qui préside, & qui domine
sur ce mixte. Il faut qu'il luise sur l'horizon
avec le soleil, qu'ils soient en aspect
@

de M. de Grimaldy 47

favorable, & dans une de leur maisons,
ou exaltations.
Par exemple, vous ne devez jamais
préparer le Fer, pour en tirer le crocus,
l'huile, la teinture, & le sel, que la planète
de Mars ne soit sur notre horizon
avec le soleil, qu'il ne soit en bon aspect,
& l'un, ou l'autre, ou dans le Bélier, ou
dans le Lion.
Vous travaillerez le Plomb, lorsque
le soleil, & Saturne se trouveront ensemble,
ou dans le Verseau, ou dans le
Capricorne; l'Etain lorsque Jupiter, &
le soleil, tous deux sur l'horizon, seront
amis, ou dans les Poissons, ou dans le
Sagittaire; & ainsi des autres mixtes; car
il n'y en a aucun dans les trois règnes qui
ne soit particulièrement soumis à quelque
planète, ou signe céleste; il faut donc
prendre le temps de sa bonne intelligence
avec le soleil, qui est le grand mobile,
& le père de la nature.
Voilà ce que nous avions à dire sur
les Minéraux & les Métaux, tant en général
qu'en particulier. Je souhaite que
cet abrégé, cette faible esquisse, puisse
être utile au Public. Je désire que ces essais
puissent émouvoir quelque vrai Sa-
@

48 Oeuvres Posthumes

vant pour traiter cette matière plus au
long, & la mettre dans un plus beau jour.
C'est un champ fertile, où l'on peut faire
d'amples moissons. Je me tiendrai avantageusement
récompensé de mon travail,
de mes veilles, & de mes dépenses, si
l'on veut bien par émulation approfondir
une matière si vaste, que je n'ai fait
qu'effleurer, & par conséquent être de
plus en plus utile au Public, but auquel
doivent tendre toutes nos actions.
Dans ce même esprit je vais m'acquitter
de ce que j'ai promis en faisant une
Dissertation sur le Nitre, sujet d'autant
plus important que ce sel sert non seulement
à purifier nos matières, mais qu'il a
par lui-même d'excellentes vertus, &
qualités, lorsqu'il est bien purifié, & préparé;
& qu'on en peut tirer des remèdes
exquis, & très-salutaires. C'est ce que
nous allons faire voir.

pict

@

de M. de Grimaldy 49

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C H A P I T R E VI.

Du Salpêtre, ou Nitre.

I L en coûterait trop à la brièveté que
nous nous sommes proposée si nous
nous attachions à rapporter les sentiments
des Physiciens, Chimistes, & Alchimistes,
sur le Nitre; nous nous contenterons
de faire mention de ce qu'ils ont
dit de plus utile.
Le sel Nitre, & le Salpêtre, sont la
même chose, & s'il y a de la différence,
c'est que le Nitre est un Salpêtre plus
fin, & plus pur.
M. Lemery définit ce sel d'une manière
très-simple. Le Nitre, dit-il, est un
sel empreint de quantité d'esprits de l'air
qui le rendent volatil. Ce sel se tire des
pierres, des terres, des plâtras, & des
matériaux des vieux bâtiments qu'on
démolis, comme on le peut voir à l'Arsenal
de Paris, où se fait le meilleur Salpêtre
qui soit dans l'Europe.
Entre tous ceux qui ont parlé de ce
sel admirable, le Chevalier Digby, mé-
@

50 Oeuvres Posthumes

rite, pour ainsi dire, la palme. Le sel
Nitre est un aimant qui attire sans cesse
un semblable sel de l'air qui le rend fécond,
& vivifiant, & c'est delà que le
Cosmopolite prenait occasion de dire
qu'il y a dans l'air une invisible, & secrète
substance de vie. Ce sel doux, & balsamique,
contribue à la vie des animaux,
& des hommes, comme à celle des plantes.
Ce sel est la véritable nourriture des
poumons, & des esprits.
Dans ce sel habitent les vertus séminales
de toutes choses; car ce n'est qu'un
très-pur, & très-simple extrait préparé
de tous les corps sur qui le Soleil darde
fortement ses rayons , en le sublimant à
un tel point de hauteur qu'il acquiert le
dernier degré de pureté.
Cet aimant terrestre, ce lézard, disje,
rampant, attire en bas, & suce, pour
ainsi dire, ce dragon volant, pour l'incorporer,
& ne faire ensemble qu'un tout,
conformément à ce grand aphorisme de
la Table d'Emeraude, le supérieur, &
l'inférieur ne sont qu'une même essence; le
Soleil est son père, la Lune sa mère, la
terre est sa nourrice, & l'air le porte,
& le distribue de tous côtés. Comme
donc cet esprit universel est homogène
@

de M. de Grimaldy 51

à toutes choses, & qu'il est par ses effets
l'esprit de vie, non-seulement pour plantes
mais encore pour animaux, ne serait-il
pas juste, & très important de le
préparer dûment, afin qu'il ne fût pas
moins utile à remédier aux maladies du
corps humain, qu'à rétablir les plantes
dans leur première verdoyante vigueur?
C'est par-là qu'Albert le Grand fut surnommé
Mage, parce que dans les plus
grands froids de l'hiver, par le moyen
de cet esprit, ou de ce sel céleste, &
balsamique, il était assez ingénieux pour
faire germer toutes sortes de plantes, &
leur faire porter des fruits en parfaite maturité.
Si l'on suivait les mêmes règles
que ce grand Maître pour rendre ce sel sympathique,
& convenable au corps humain,
il est indubitable qu'il ferait en nous le
même effet qu'il fait dans les plantes.
L'action du Nitre de l'air qui se rabat
sans cesse autour du bled, & des autres
plantes empreintes du Nitre terrestre
préparé, est le mécanisme de la nature
même. Cette réunion du supérieur &
de l'inférieur, n'est point une imagination;
elle est réelle & effective: c'est de
ce mariage du ciel & de la terre, que
@

52 Oeuvres Posthumes

naissent toutes les productions qui se font
dans la famille des minéraux, végétaux,
& animaux. Ce sel exalté, & mis en mouvement,
par les naissantes chaleurs du printemps,
se mêle dans le suc des plantes,
dans le sang des animaux, & dans le
sein de la terre, sollicite les unes, & les
autres à la reproduction, & à la multiplication
de leur genre, & de leurs espèces.
Delà viennent cette joie, & ce rajeunissement
charmant, que le printemps fait
briller sur toute la face de la nature, & ce
même Nitre bien préparé, comme dit
ce savant Anglais, pour l'usage de
l'homme, réparerait de temps en temps
le dépérissement que causent les années,
& nous procurerait ce précieux rajeunissement
que l'Ecriture Sainte reconnait
dans l'aigle; Renovabitur ut aquila
juventus tua. Ps. 102. v. 5.
Platon, le divin Platon, appelle à juste
titre le sel une chose divine. Il n'hésite
point à dire que le sel est l'objet de la
prédiction de Dieu. En cela il parle
d'après Moïse, qu'il avait étudié avec
succès, puisqu'il en a composé ses plus
beaux écrits.
En convenant que tout ce que les Philosophes
@

de M. de Grimaldy 53

disent de sublime au sujet du
Nitre est vrai, il faut en même-temps
convenir qu'ils entendent parler d'un
Nitre aérien, qui est attiré en sel plus
blanc que la neige, par la force des
rayons du soleil, & de la lune par un
aimant qui attire l'esprit invisible; c'estlà
la magnésie des Philosophes, & l'agent
dont ils composent leur dissolvant,
ou mercure philosophique, qui ouvre
le mixte jusque dans son centre, pour
avoir ce feu pur qui est l'âme, & le principe
de vie, & des actions de toute choses;
qui est en quelque façon la clef qui
ouvre les portes secrètes pour décomposer
le mixte, & le réduire en son premier
principe. Tel est enfin que celui
qui nous sert de dissolvant dans la composition
de l'or potable de M. de Grimaldy.
Nous convenons que ce n'est
point de ce sel admirable dont nous entendons
parler présentement, mais de celui
dont parle M. Lemery, qu'on fait à
l'Arsenal, qui a pourtant en soi de grandes
vertus, puisque ce Nitre terrestre,
étant bien préparé, & parfaitement purifié,
est de la même nature, & contient
les mêmes principes, que le céleste.
@

54 Oeuvres Posthumes

La difficulté ne réside donc que dans la
purification exacte de ce sel, à laquelle
on n'est point parvenu jusqu'aujourd'hui,
parce qu'on n'a pas assez approfondi la
nature de ce mixte, ni connu les parties,
dont il est composé. C'est à quoi nous
avons réussi avec succès.
Les plus difficiles conviendront sans
doute aisément que la purification des
mixtes est nécessaire pour pouvoir en extraire
la vertu, & pour tirer de leurs différentes
qualités tous les secours, & tous
les avantages, que nous en attendons,
puisque les excréments qui les infectent,
& les hétérogénéités qui les altèrent ne
peuvent pas manquer de retarder leur action,
d'embarrasser leur vertu, & de
changer leur qualité. Mais la difficulté de
parvenir à une véritable purification n'est
pas petite. Pour en connaître le moyen,
il faut connaître la nature & la composition
du mixte que l'on veut purifier,
comme aussi celle des agents que l'on emploie
dans cet ouvrage.
De toutes les sortes de purifications,
celles qui tendent à rendre les mixtes simples,
je veux dire à les dégager, & à les
séparer des autres mixtes qui souvent se
@

de M. de Grimaldy 55

trouvent unis à eux dès leur formation,
& qui par là en paraissent inséparables;
sont les plus nécessaires; car si le mixte
se trouve uni à un autre mixte, ce que
vous en retirez, avant la séparation, soit
esprit, soit corps, soit sel, souffre, ou
mercure, sera composé des deux, &
participera des qualités différentes de
chacun de ces mixtes; ainsi vous n'aurez
qu'une vertu altérée, différente de celle
que vous devriez, & que vous croyez
avoir, souvent corrompue, ou du moins
très-affaiblie.
Le Nitre dont les vertus propres sont
si grandes qu'elles peuvent seules opérer
ce qu'il y a de plus merveilleux dans la
nature, & de plus rare dans l'art, est un
de ces mixtes composés, & unis dans la
formation à un autre mixte qui arrête,
& éteint presque sa vertu, & qui change
ses qualités naturelles. C'est le sel
marin, ou le sel gemme, qui s'est uni au
Nitre dans sa formation. Tout le monde
en convient, mais peu de personnes pénètrent
la cause, & le principe de cette
union. L'on sépare bien une partie de sel
étranger par les différentes lotions, &
cuites, que l'on donne au Nitre. Mais
@

56 Oeuvres Posthumes

l'on n'est pas parvenu à en séparer tout le sel
étranger qui lui est uni. Communément
le Nitre de la troisième cuite, ou celui
qui est en cristaux, passe pour le plus
pur, & le plus dégagé que l'on puisse
avoir. C'est pourtant de ce plus pur, &
de ce plus dégagé, que nous séparons encore
une quantité considérable de sel
étranger; ce qui démontre l'utilité, &
même la nécessité de notre découverte,
& de notre procédé.
Le moyen que nous employons pour
faire ce dégagement, & cette séparation
totale, est des plus simple; l'agent dont
nous nous servons est des plus commun;
l'opération est très-courte, & de fort petite
dépense. C'est ainsi qu'opère la nature;
il faut la suivre; il faut l'imiter; il ne
s'agit donc que de l'étudier, & de la
connaître.
Purification Philosophique
du Nitre.

Prenez du Nitre, ou Salpêtre, de la
seconde, ou de la troisième cuite, il
n'importe; cependant avec celui de la
troisième cuite vous opérerez plus facilement,
plus promptement, & vous tirerez
@

de M. de Grimaldy 57

plus de sel. Je conseille donc de
prendre du plus pur Nitre commun qu'on
puisse avoir; faites-le dissoudre dans
deux parties d'eau de pluie, & mettez la
solution sur le feu dans un poêlon, ou une
chaudière de cuivre, & laissez chauffer,
& frémir l'eau pendant un quart d'heure
au plus, observant de mettre d'abord un
peu plus d'eau que nous n'avons marqué
pour suppléer à peu près à ce qui peut
s'exhaler sur le feu en chauffant. Passez votre
solution bien chaude à travers un linge
dans une terrine de grès que vous aurez
eu la précaution de faire chauffer auparavant,
de peur que l'eau chaude ne la
fasse casser. Ayez d'autres terrines de
grès toutes prêtes, & bien nettes; examinez
celles, où vous avez versé l'eau
chaude, & en peu de temps, c'est-à-dire,
avant que l'eau soit refroidie, vous verrez
se former sur la surface de l'eau de petits
cristaux en forme d'aiguilles, qui peu
après, & successivement, se précipiteront
au fond, ou s'attacheront aux parois de
la terrine, faisant le plongeon comme de
petits poissons. Lorsqu'il s'en sera précipité
une certaine quantité, vous transvaserez
l'eau encore chaude dans une au-
@

58 Oeuvres Posthumes

tre terrine, où la même chose arrivera,
& dans une troisième, si votre eau est encore
chaude, d'où après la précipitation
faite, vous retirerez l'eau par inclination
pour la remettre dans le poêlon, & la
faire chauffer comme ci-devant. Vous recommencerez
l'opération ci-dessus décrite,
tant qu'il se formera de petites
aiguilles de Nitre, fines, & transparentes.
Il faut observer que lorsque vous transvasez
vos eaux d'une terrine dans l'autre,
la nouvelle terrine doit être chaude, autrement
le sel étranger que vous voulez
séparer re-coagulerait, & se mêlerait avec
le Nitre pur: c'est ce que vous remarquerez
en vidant vos eaux; car vous trouverez
que le bord de la terrine d'où vous videz
l'eau, est plein de sel non-Nitre, parce
que ce bord a été moins chaud que le
reste. Vous devez donc ramasser avec un
gros pinceau ce sel coagulé pour le mêler
avec celui que vous remettrez sur le
feu pour re-dissoudre. On peut conclure
de notre procédé, que le Nitre est le
seul sel qui se coagule au chaud. Vous
laisserez bien sécher au soleil, ou à l'air,
ou dans une étuve, les terrines d'où vous
avez retiré l'eau, & où sont attachés les
@

de M. de Grimaldy 59

cristaux de Nitre, & vous les ramasserez
ensuite proprement avec quelque instrument
de bois, & non de métal. Que si
vos aiguilles n'étaient pas bien nettes,
bien transparentes, & fines, vous les feriez
re-dissoudre dans de l'eau bien nette,
& vous opéreriez comme ci-devant, séparant
tout le sel étranger qui peut s'être
coagulé, & précipité au fond des terrines.
L'Artiste entendu gui travaillera avec
attention, ne trouvera aucune difficulté à
faire cette purification, & séparation du
Nitre. Car tout le secret consiste dans la
juste proportion de l'eau qui doit dissoudre
le Nitre.
Je laisse aux Savants, vrais scrutateurs
de la nature, le soin d'expliquer le mécanisme
de cette séparation des sels
& de nous apprendre pourquoi les parties
seules du Nitre se cristallisent au chaud,
pendant que celles des autres sels ne se
cristallisent qu'au froid; pourquoi une certaine
proportion d'eau est requise pour faire
la séparation des sels, & la cristallisation
du Nitre; par quelle raison cette proportion
opère ces effets pendant qu'une plus
grande, ou moindre quantité d'eau ne le
peut; pourquoi de deux pains de Nitre
@

60 Oeuvres Posthumes

qui paraissent aussi purs l'un que l'autre,
qui ont été purifiés de la même manière, &
par les mêmes ouvriers, & sont de la même
cuite, l'un rendra plus de Nitre pur,
& vrai, que l'autre; enfin quelle est la
différence du vrai sel Nitre, & du sel
étranger avec lequel il se trouve mêlé, &
confondu.
Il n'y a personne qui ne sente d'abord
l'importance de cette séparation totale,
& la préférence que mérite notre Nitre
pur, & simple, sur le Nitre ordinaire
qu'on vent dans les boutiques.
Nous pouvons assurer avec vérité que
la Médecine peut tirer des avantages infinis
de cette parfaite séparation du sel
étranger, & du Nitre.
Ce que nous venons de dire de notre
Nitre pur paraîtra peut-être hasardé à
ceux qui, ne connaissant pas la nature, ou
ne connaissant que ce qu'il y a d'extérieur,
& de sensible dans ses opérations,
font profession de douter de tout ce qu'ils
ne voient pas de leurs yeux, ou qu'ils ne
touchent pas de leurs mains, & n'établissent
la réputation de Savants qu'ils
usurpent, que sur le pyrrhonisme qu'ils
introduisent dans toutes les matières.
Mais pour les convaincre qu'il y a du
@

de M. de Grimaldy 61

vrai, & du sur, du bon, & de l'excellent,
dans ce qu'ils ne voient pas, & qui ne
leur a pas été encore rendu palpable,
nous ajoutons, & nous assurons par preuves
expérimentales, que de ce mixte seul
l'on peut tirer les plus grands remèdes de
la nature, & des remèdes en quelque
sorte universels.
Car par la quintessence du Nitre tout
notre sang est renouvelé, & si parfaitement
purifié, qu'en peu de jours la personne
qui en aura pris sera, pour ainsi dire,
entièrement renouvelée en toutes ses
parties; tous ses sens, tant internes qu'externes,
seront fortifiés, & séparés; les
incommodités de la vieillesse dissipées;
les forces, & la vigueur de la jeunesse rendues;
ce qui paraîtra visiblement par la
couleur vive, & animé du visage; par
la tension de la peau, qui en effacera les
rides, par le changement des cheveux,
& par la légèreté de la démarche, & la
souplesse de tous les membres; en un mot
ses effets seront presque aussi puissants que
ceux d'une véritable quintessence d'or.
Elle guérit en particulier à coup sur,
& en peu de temps, toutes les maladies de
la peau, tigne, galle, dartres, & lèpres,
@

62 Oeuvres Posthumes

chassant au dehors par son sel doux, &
puissant, tout le sel interne, corrompu,
& corrodant, qui déchire la peau.
Elle guérit & résout par la seule application
extérieure, toutes les tumeurs,
& tophus squirreux, durs, froids, & mélancoliques,
qui sont irrésolubles par
tous les remèdes vulgaires.
Son esprit est si agissant qu'il dissout
toute sorte de pierres. Ainsi par un usage
continué, il dissout la pierre dans la vessie,
& le sable des reins, qu'il chasse, &
fait sortir du corps sans douleur, & sans
accidents.
C'est encore un des plus surs, & des
plus souverains remèdes contre la goutte
qu'il guérit radicalement, & dont il apaise
les douleurs presque dans le moment;
parce que son esprit résout, &
adoucit l'acrimonie des sels qui sont la
cause, & le principe de ce mal, qu'il
chasse dehors des parties indissolubles,
& piquantes, & qu'ensuite il fortifie, &
répare les nerfs & les muscles en augmentant
la chaleur vitale dans toutes les parties
qu'il pénètre.
On le prend le matin à jeun depuis une
jusqu'à deux dragmes dans des véhicules
@

de M. de Grimaldy 63

appropriés à la maladie; comme dans des
sucs, dans des eaux distillées, dans du vin,
dans du bouillon.
Pour s'en servir à l'extérieur, il suffit
d'en étendre un peu sur la partie affligée,
avec une compresse de linge qui en sera
trempée, & humectée, mettant par dessus
un autre linge propre, & sec, pour
tenir le tout en situation.
Mais si nous en restions là, nos sceptiques
ne seraient pas confondus, & leur
doute s'étendrait encore plus sur les
qualités particulières, que sur les générales.
Le Public lui-même, pour qui nous
écrivons, ne serait pas content, si nous
ne lui donnions la manière de composer
cette essence si merveilleuse; la voici
donc en termes clairs, & précis, sans
équivoque, & sans réserve.

Quintessence du Nitre.

Faites un mélange de parties égales
de Nitre pur, & de sel décrépité, parfaitement
purifié par plusieurs solutions réitérées
dans de l'eau de pluie distillée, &
autant de filtrations, & dessiccations. Joi-
@

64 Oeuvres Posthumes

gnez à vos sels un intermède convenable,
c'est-à-dire, qui ne puisse rien donner
du sien, comme par exemple les cailloux
calcinés, ou la terre de pipe bien
desséchée. Mettez tout le mélange dans
une bonne, & forte cornue de verre. Distillez
au sable à un feu très-fort que vous
donnerez avec précaution, & par degrés,
jusqu'au plus haut. Cette distillation
demande un très grand récipient,
& qu'on ait soin d'en boucher exactement,
& fortement les jointures; car
l'esprit de Nitre que vous devez tirer,
est des plus subtils, & se change difficilement
en eau: c'est pourquoi après que
la distillation est entièrement finie, il
faut laisser le récipient luté à la cornue
pendant 24 heures sans feu, pour que
tous les esprits passés dans le récipient,
y prennent un corps, & une forme d'eau.
Il faudra ensuite retirer ces esprits, les
biens déflegmer, & les rectifier sept fois
sur leur marc, ou fèces qu'ils ont laissées
dans la cornue, lors de la première
distillation. Mettez alors ces esprits rectifiés
dans une bouteille de verre trèsfort,
ou de cristal, très-bien bouchée
d'un bouchon de verre, & tournée, de
@

de M. de Grimaldy 65

peur que vos meilleurs esprits ne s'évaporent,
& conservez-les ainsi pour les
joindre avec leurs sels fixes, que vous tirerez
de la tête morte en la manière ordinaire,
& que vous purifierez parfaitement
par les calcinations, solutions, &
filtrations réitérées, jusqu'à ce que votre
sel soit parvenu, & ait acquis une couleur
rouge, belle, & brillante, qu'il soit
très-doux, & qu'il se fonde aisément
comme la cire, à une chaleur douce.
Alors vous ferez l'union de vos esprits
rectifiés, avec le sel fixe; ce qui
doit se faire dans une cornue de verre
bien bouchée, & mise en digestion au
bain marie pendant l'espace d'un mois
Philosophique. Pendant ce temps, par
l'irroration, ou imbibition réitérée des
esprits, & par la putréfaction du corps,
la véritable solution physique se fera, &
les esprits feront l'extraction de la teinture
centrale.
Distillez ensuite, cohobez, & re-distillez,
jusqu'à ce que par ce moyen, votre
sel soit rendu volatil, & parfaitement
uni avec son esprit; rectifiez le tout trois
à quatre fois, & le conservez précieusement
pour en faire usage.
@

66 Oeuvres Posthumes

Notez que tout le secret pour réussir
dans cette opération, réside dans la putréfaction
du sel; car sans la putréfaction
ce qui est caché ne peut être rendu manifeste;
ce qui est renfermé dans le centre
ne peut en sortir. Or les sels ne peuvent
venir à la putréfaction requise s'ils ne
sont dissous par leurs esprits acides, joints,
& unis, avec pareille quantité d'esprit de
vin, parfaitement alcoolisé.
Ainsi ne manquez pas en faisant l'union
des esprits avec le sel fixe, d'y ajouter
poids égal de cet esprit de vin. Sans quoi
point de véritable dissolution, point de
due putréfaction, & par conséquent,
point de séparation du pur, n'y d'extraction
de teinture, ainsi point de bon
remède.
Après avoir traité des Minéraux, des
Métaux, & du Nitre, qui entrent dans
la composition des pilules, & du fébrifuge
de M. de Grimaldy, nous croyons
ne pouvoir nous dispenser de dire notre
sentiment sur les Végétaux, puisqu'ils
sont une partie essentielle de ces mêmes
remèdes, & qu'ils sont le fondement, &
la base des autres.
@

de M. de Grimaldy 67

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C H A P I T R E VII.

Concernant les Végétaux.

L Es végétaux, & même les animaux,
ne sont pas moins propres
à la composition d'excellents remèdes
que le sont les minéraux, & les métaux,
puisque les uns, & les autres coulent de
la même source, & que les différents canaux,
où ils passent, sont les mêmes en
pureté.
L'on peut même dire que les Végétaux
semblent avoir un avantage sur les
minéraux, en ce qu'ils sont destinés naturellement
à servir d'aliment aux animaux,
& que leur tissure étant moins
forte, & moins serrée que celle des minéraux,
leur décomposition doit être
plus aisée. D'ailleurs les esprits des Végétaux
ont plus de rapport à ceux des
animaux, que n'ont ceux des minéraux,
par les éléments dominants dans les uns,
& dans les autres. Aussi voyons-nous
que l'opinion générale, tant ancienne que
moderne, donne la préférence au suc des
@

68 Oeuvres Posthumes

plate, aux extraits des racines, aux
vertus, & qualités des simples, sur tous
autres remèdes. Mais malheureusement
l'expérience ne répond point à cette opinion
favorable, & rien de plus rare que
de trouver pour les grandes maladies un
bon, & vrai remède, tiré d'ailleurs que
du règne minéral. D'où peut donc venir
cette opposition entre la doctrine
constante des plus grands hommes, des
plus savants dans la nature, & l'expérience
journalière que nous faisons de la
faiblesse de ces remèdes, où nous ne trouvons
presque aucune des vertus que les
anciens leur ont attribuées?
Le défaut ne vient certainement pas
du côté du mixte, mais du côté de celui
qui travaille ce mixte, sans le connaître
parfaitement, & sans agir avec lui suivant
les principes de la nature, & la qualité
de son composé.
Mais avant que d'aller plus avant, &
de donner un exemple des remèdes que
l'on peut tirer des végétaux en rapportant
ceux de M. de Grimaldy; il est à
propos, pour donner plus de jour à cette
matière, d'expliquer succinctement en
quoi les trois genres conviennent, & en
quoi il différent.
@

de M. de Grimaldy 69

Tous les mixtes de la nature sont divisés
en trois règnes, animal, végétal,
& minéral; chaque règne en espèce, &
chaque espèce en individus. Tous ces
règnes ont la même origine primordiale,
& coulent tous de la même source, qui
en cette semence universelle formée du
pur esprit des éléments empreints de la
lumière céleste, & des vertus astrales,
qui, descendues, & jetées du supérieur
dans l'inférieur, se rassemblent, & s'unissent
au centre de la terre, où se fait la
première préparation qui doit servir à la,
formation, ou génération, de tous les
mixtes des trois règnes.
Mais chaque portion de cette semence,
qui est une, & universelle dans le
commencement, est divisée, & déterminée
inaltérablement à un genre particulier,
soit végétal, soit minéral; en sorte
que l'un ne peut être changé en l'autre
s'il n'est totalement réduit dans ses premiers
principes simples, à quoi l'art ne
peut jamais parvenir; car tout ce qu'il
peux faire, c'est de réduire le mixte dans
les principes de son propre genre déterminé,
pour perfectionner ses espèces, &
ses individus.
@

70 Oeuvres Posthumes

C'est pourquoi jamais l'art ne fera aucun
minéral d'un végétal, ou d'un animal,
ni un animal d'un minéral, ou d'un
végétal. La raison de ceci est que la portion
du pur élémentaire qui est déterminée
à un règne l'est par l'infusion d'esprits,
tant fixes que volatils, particuliers, &
propres par leur nature, à un règne, &
non à un autre.
Or ces esprits s'étant une fois emparés
d'une portion élémentaire, ne la quittent
plus pour céder la place à des esprits
d'une nature différente; & tout ce qui
arrive dans la décomposition du mixte,
qui se fait par la putréfaction, d'où naît
une nouvelle génération, c'est que les
esprits qui animaient la première composition
du mixte, sont poussées, & chassées
par des esprits de la même nature,
mais plus forts, & plus puissants que les
premiers. Ces premiers esprits restent cependant
en partie, mais affaiblis en force,
& en quantité, jusqu'à ce que dans
ce combat mutuel les seconds esprits gagnent
peu à peu le terrain, s'emparent de
la place, & en chassent entièrement ceux
qui l'occupaient auparavant; d'où naît
un nouveau mixte: du même genre, mais
@

de M. de Grimaldy 71

plus fort, & plus parfait que n'était le
précédent, lorsqu'il a été détruit; ce qui
ne se fait que successivement. Ainsi dans
la putréfaction, ou résolution du mixte,
l'on ne peut jamais venir jusqu'à la matière
première, ou universelle, puisque
les esprits qui l'ont déterminée à un règne,
ne la quittent jamais d'un instant pour
pouvoir donner lieu aux esprits d'une nature
différente de s'en emparer.
Ce qui fait la distinction, & la différence
des trois règnes tant dans leurs esprits
que dans leurs corps, dans leur pur
élémentaire soit fixe, soit volatil, c'est
la différente proportion des éléments qui
les composent. Ainsi dans le règne animal,
c'est l'air & le feu qui prédominent
sur la terre & l'eau; dans le règne
végétal, c'est l'air & l'eau qui prédominent
sur la terre & le feu, dans le règne
minéral, c'est l'eau & la terre qui prédominent
sur l'air & le feu. De cette
différente proportion viennent les différentes
qualités que nous apercevons
dans la résolution des mixtes.
Par exemple dans les minéraux leur
esprit, ou partie volatile, est acre, &
acide, parce que l'air & le feu, qui pro-
@

72 Oeuvres Posthumes

duisent la douceur, y sont en moindre
quantité; & leur partie fixe, ou sel fixe,
est amer, & acerbe. Dans les animaux,
& dans les Végétaux, la partie volatile est
douce, & chatouille agréablement le palais,
& leur sel fixe est seulement piquant
& salé.
De ceci l'on doit conclure 1°. que le
pur minéral demande plus de travail,
plus de purifications, & une plus longue
coction que celui du genre végétal, &
animal; mais que ceux-ci sont plus délicats
à traiter, & plus difficiles à conserver
dans leur purification, à cause de leur
plus grande volatilité; 2°. que l'on peut
tirer des uns, & des autres d'excellents remèdes
si on sait les travailler, & que l'on
suive la nature du mixte sur lequel on travaille;
mais que les remèdes tirés des
minéraux doivent être plus puissants, &
plus efficaces que les autres, pour la guérison
des grandes maladies, & pour la
conservation, ou le prolongement de la
vie, parce que ceux-ci sont naturellement
plus fixes, & qu'ils peuvent souffrir
de plus grandes, & plus parfaites purifications,
& plus de coction que ceux que
l'on tire des Végétaux, dont le pur,
@

de M. de Grimaldy 73

comme nous avons remarqué, échappe
par sa trop grande volatilité.

Conclusion de ce Discours
Préliminaire.

Je suis persuadé que certain genre de
savants s'élèveront contre une partie de
nos opinions, d'autant que nous n'ignorons
point qu'elles ont été combattues par
plusieurs grands personnages, & que
ceux qui ont voulu les imiter, & se ranger
sous leur bannière, n'ont pas trop examiné,
ni approfondi, qu'ils avaient une
parfaite connaissance des choses qu'ils
condamnaient avec tant de chaleur, ou
même d'emportement. Ils ont cru que
ce serait donner dans la puérilité d'admettre
les influences des astres, les sympathies,
& les antipathies.
Un esprit fort ne saurait donner dans
ces petitesses. Visions, chimères, contes
de vieilles que tout cela, disent-ils.
Nous ne prétendons point soutenir
que le succès d'une opération, ou de
tout autre chose, dépende absolument
du jour, de l'heure, du moment, qu'on
la commence; ce serait tomber dans un
@

74 Oeuvres Posthumes

excès condamnable; nous dirons simplement
qu'il n'en est que mieux d'observer,
s'il en possible, les mêmes circonstances
que nous avons indiquées.
La prévention chez le commun des
hommes a tant de force, qu'elle leur
tient lieu de loi inviolable, pour aimer,
ou haïr, ce qu'ils ont imaginé être bon,
ou mauvais.
Il est vrai qu'on a raison de se plaindre
de certains fripons qui cherchent à attraper
le Public (à quoi ils ne réussissent que
trop) par l'appât de promesses éblouissantes,
fondées sur la connaissance parfaite
qu'ils disent avoir de ces sciences,
qu'ils ignorent totalement. Mais ce sont
ces misérables qu'il faut blâmer, qu'on
devrait même punir rigoureusement, &
non pas blâmer ces sciences, pour lesquelles
on devrait avoir non-seulement
des égards, & du respect, mais même de
la vénération.
Je me flatte qu'il serait aisé de démontrer
avec évidence la vérité des choses
que nous avons avancées, à quiconque
serait sans prévention; mais j'avoue ingénument
que je ne suis pas assez habile
pour faire cette démonstration parfaite
@

de M. de Grimaldy 75

dans des bornes aussi resserrées que celles
que je me suis prescrites dans ce Discours.
Il faudrait prendre les choses de
plus haut, c'est-à-dire, dans leur origine;
aller par gradation; & se renfermer uniquement
dans son objet; c'est ce que nous
nous proposons de faire incessamment
dans un ouvrage exprès. Mais quant à
présent nous nous contenterons de ce
que nous avons déjà dit, y ajoutant cette
réflexion.
La prévention, la paresse, & la présomption,
ont donné lieu à cette incrédulité
affectée de certains Auteurs. Ils
croient que leur science est au-dessus de
celle de tous les autres: cependant Dieu
n'a pas renfermé dans l'esprit d'un seul
homme toutes les sciences de la nature,
ni la connaissance de toutes choses sublimes;
au contraire il a voulu pour manifester
davantage sa grandeur, & son immense
bonté, qu'elles fussent communes
à plusieurs, pour être plus connu, & plus
glorifié, se réservant néanmoins de relever
ses plus importants secrets à ses serviteurs
fidèles.
Nouveau motif pour faire plaisanter
nos sceptiques, nos Pyrrhoniens. Ils pré-
@

76 Oeuvres Posthumes

tendront que je veux m'annoncer comme
un homme inspiré du Tout puissant,
à qui ce Souverain Maître par prédilection
a fait confidence de ses secrets.
A Dieu ne plaise que je donne dans
un pareil travers, & que la vanité m'aveugle
à ce point. Je sais, & je le sais
très-bien, que je ne suis qu'un objet vil,
méprisable, enfin un grand pécheur; mais
je sais aussi après un examen exact, impartial,
& après une étude suivie de nos
expériences, que le nombre de ceux de
qui nous suivons le sentiment, est plus
grand; que leur doctrine est plus saine,
plus scientifique, & plus profonde; que leur
opinion est plus probable, & mieux fondée
que le sentiment contraire; outre qu'ils
ont l'avantage de prouver, & de démontrer
physiquement la plus grande partie
de leur système.
A toutes ces choses le parti contraire
n'oppose que des raisonnements sans preuves,
des railleries fades, de petits riens,
&, pour le dire en un mot, tout ce qu'il y
a de certain, c'est qu'ils n'entendent, ni
en entier ni en partie, notre système;
qu'ils outrent tout, & qu'ils se font un
vain fantôme, pour avoir le plaisir de le
@

de M. de Grimaldy 77

combattre.
Je sais enfin que ceux qui voudront
pénétrer ces mystères tout divins, & qui
voudront en être instruits, doivent commencer
par se dépouiller de leur présomption,
& s'adresser au père des lumières,
qui seul peut inspirer ces choses, qu'ils
n'apprendront jamais sans son secours.


pict

@

78 Oeuvres Posthumes

pict

OE U V R E S
P O S T H U M E S
O U R E M E D E S
D E F E U
M. DE GRIMALDY.

On les donne ici tout simplement,
tels qu'ils sont dans le Manuscrit
écrit de la main de ce grand
homme, que l'on a copié mot pour
mot, y corrigeant seulement quelques
négligences de style, qui lui
sont échappées.
=======================================

L I V R E S E C O N D.
C H A P I T R E P R E M I E R,
Concernant les pilules aurifiques
de M. de Grimaldy.
Premier Régule.

M Ettez un grand creuset dans un
fourneau sur un culot. Mettez dedans
7 onces de pointes de clous de Maréchal,
@

de M. de Grimaldy 79

3 onces d'étain en grille, 3 de
cuivre de rosette; remplissez le fourneau
de charbon, & mettez-en par dessus d'allumé
, & à mesure qu'ils s'abaisseront,
mettez-en d'autres, & soufflez de temps
en temps pour mettre les métaux en fonte.
Quand ils y seront, vous y mettrez 17
onces d'antimoine de Hongrie en petits
morceaux, après les avoir chauffés pour
ne pas refroidir vos matières. Quand
vous aurez tout mis, couvrez le creuset,
& soufflez bien pendant une heure,
pour mettre la matière en bonne fonte.
Pour savoir si elle y est, vous sonderez
avec une baguette de fer rougie que vous
enfoncerez jusqu'au fond, en remuant
bien. Si la matière est bien liquide, il
faut la vider, ou dans un cornet à Régule,
ou dans un mortier de métal bien
propre, & bien chaud, qu'on mettra sous
la cheminée, de crainte des fumées.
Pendant que la matière se refroidira,
vous nettoierez le fourneau, & mettrez
la braise dans un pot pour l'étouffer, parce
que toutes les fois que vous ferez
quelque fonte, il faudra du charbon neuf.
II faut avoir soin de prendre toujours un
creuset assez grand pour qu'il y en ait
@

80 Oeuvres Posthumes

un quart de vide, afin que les matières
puissent agir aisément. C'est le premier
Régule.
Mettez un nouveau creuset au fourneau
comme dessus. Quand il sera bien
rouge, mettez-y quatre onces de clous,
& quand ils seront bien rouges, mettezy
votre Régule en morceaux chauffés
dans la cuillère. Couvrez le creuset;
mettez du charbon, & quand ce qui est
dans le creuset sera fondu, mettez-y douze
onces d'antimoine en petits morceaux
chauffés dans la cuillère, puis couvrez le
creuset; mettez des charbons jusqu'au
dessus du couvert. Au bout d'une demi
heure sondez avec une baguette de fer
pour bien mêler les matières; recouvrez
le creuset, remplissez le fourneau de
charbons, & laissez la matière une demie
heure en fonte, puis vous la viderez
dans le mortier chaud. C'est le second
Régule.
Prenez un creuset plus grand que les
précédents, dans lequel vous mettrez quatre
onces de pointes de clous. Donnez
bon feu. Quand ils seront bien rouges,
vous y mettrez votre Régule en petits
morceaux chauffés dans la cuillère. Il
@

de M. de Grimaldy 81

faut souffler pour aider à la fusion ,puis
sonder avec la baguette pour voir si tout
est bien fondu. Alors mettez-y huit onces
d'antimoine en petits morceaux chauffés.
Couvrez le creuset; remplissez le fourneau
de charbon; donnez grand feu pendant
une demi-heure; après quoi mêlez
bien vos matières fondues, remplissez le
fourneau de charbon, & laissez en fonte
trois bons quarts d'heure; puis videz la
matière dans le mortier chaud. C'est le
troisième Régule.
Nettoyez le fourneau; prenez un plus
grand creuset dans lequel vous mettrez
votre matière toute seule; mettez du
charbon, & faites bon feu. Quand elle
sera en bonne fonte, mettez quatre onces
de salpêtre pilé grossièrement; couvrez
vite le creuset, & appuyez dessus
pour que l'effervescence ne fasse point
sortir la matière. Quand la fougue sera
passée, faites grand feu pendant un quart
d'heure, puis jetez la matière dans le
mortier. Quand elle sera froide, ôtez les
crasses noires qui sont dessus; c'est le
quatrième Régule.
Prenez un plus grand creuset; mettezle
au fourneau; quand il sera rouge , met-
@

82 Oeuvres Posthumes

tez-y votre Régule en morceaux. Couvrez
le creuset. Quand vos matières seront
fondues, mêlez bien avec la baguette,
puis mettez 4 onces de salpêtre; couvrez
vite, & appuyez dessus. Quand l'effervescence
sera passée, mêlez avec la baguette,
& remettez encore 4 onces de salpêtre.
Appuyez bien dessus, & donnez grand
feu pendant demi-heure, le creuset couvert
de charbon; après quoi tirez le creuset du
fourneau; mettez-le sous la cheminée,
& donnez de petits coups sur le bord
pendant un miserere, pour faire descendre
le Régule. Mais il faut remarquer
qu'il ne faut point mettre la baguette de
fer après les dernières 4 onces de salpêtre,
& que la matière soit liquide comme
de l'eau. Etant ainsi, vous le laisserez
refroidir jusqu'au lendemain, vous casserez
le creuset, & nettoierez le Régule des
crasses noires du salpêtre. C'est le cinquième
Régule.
Mettez de nouveau un creuset au fourneau.
Quand il sera bien rouge, mettezy
quatre onces de pointes de clous, &
lorsqu'ils seront bien rouges, vous y mettrez
votre Régule en petits morceaux
chauffés. Couvrez le creuset; donnez
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de M. de Grimaldy 83

bon feu; & quand tout sera fondu, vous
y mettrez huit onces d'antimoine en morceaux
bien chauds. Couvrez le creuset,
donnez bon feu pendant demi-heure, puis
sondez avec la baguette; & si tout est
bien fondu, vous y mettrez quatre onces
de salpêtre, & couvrirez d'abord le
creuset, en appuyant dessus, & laisserez
en fonte encore une demi-heure. Otez le
creuset du fourneau; battez sur le bord;
quand il sera tout à fait refroidi, vous
le casserez, & prendrez le Régule que
vous nettoierez des crasses. C'est le sixième
Régule.
Vous placerez de nouveau un creuset
au fourneau. Quand il sera bien rouge,
vous y mettrez 4 onces de pointes de
clous. Quand ils seront aussi bien rouges,
vous y mettrez votre Régule en
morceaux. Le tout étant bien fondu,
vous y mettrez quatre onces de salpêtre.
Couvrez le creuset; appuyez dessus, &
quand l'effervescence sera passée, vous
tiendrez encore votre matière en fonte
à grand feu, pendant une demi-heure;
car il faut avoir attention que votre matière
soit toujours en belle fonte dans toutes
les opérations avant que de retirer le
@

84 Oeuvres Posthumes

creuset du feu. Quand vous aurez ôté le
creuset du fourneau, donnez encore de
petits coups sur les bords. Quand il sera
bien froid, cassez-le, & séparez les crasses
du Régule qui sera au fond, & il sera
alors empreint de toutes les qualités
radicales des métaux, & de tous leur
souffres aurifiques, dont le noyau d'antimoine
s'est chargé à mesure qu'il a quitté
ses parties hétérogènes. Car à chaque
opération son souffre aurifique s'est glorifié.
Cassez vos Régules en morceaux, &
mettez-les au fourneau dans un nouveau
creuset. Couvrez-le de son couvercle, &
donnez feu de fusion pendant une demiheure;
sondez pour voir si tout est bien
fondu, & quand la matière sera en bel
oeil, vous y mettrez trois onces de salpêtre.
Couvrez promptement le creuset,
& appuyez. L'effervescence passée, tenez
encore un bon quart d'heure la matière
à bonne fonte, puis retirez le creuset
du fourneau; mettez-le sous la cheminée,
& donnez de petits coups sur le
bord; laissez-le bien refroidir, & séparez
les scories.
Comme on ne saurait trop purifier
@

de M. de Grimaldy 85

ce Régule, vous referez la même opération
avec trois onces de salpêtre chaque
fois, jusqu'à ce qu'il prenne une
teinture jaune, & qu'il ne se charge plus
de crasses. C'est la marque de perfection
de ce digne ouvrage. Cela arrivera
toujours à la troisième opération, si l'on
a été régulier dans les fontes.
Je puis assurer (c'est M. de Grimaldy
qui parle,) que ce Régule est un
chef-d'oeuvre de l'art, dont les qualités
sont infinies pour la purification du sang
après l'avoir réduit en chaux par une parfaite
calcination. Les plus savants dans
l'art l'admirent & je rends grâces au Seigneur
d'en être l'auteur, par les cures
miraculeuses qu'il a faites, joint aux autres
choses qui sont l'entière composition
du remède, lesquelles sont toutes précieuses
en vertus de concordance.
Nous allons présentement donner la
composition de la chaux philosophique;
&, comme c'est le plus difficile de l'opération,
il faut redoubler son attention.

pict
@

86 Oeuvres Posthumes

Manière de faire la Chaux
Philosophique.

Le Régule étant bien purifié, pilezle
dans un mortier de fer, & le passez
dans un tamis fin de soie couvert pour
ne rien perdre, puis vous en peserez une
livre que vous mettrez lit sur lit sur un
grand papier gris, vous servant d'une
cuillère de fer, avec trois livres & demi
de salpêtre du plus fin, & du mieux raffiné
(à défaut de celui de notre composition)
pilé grossièrement, puis vous
mettrez le tout dans un plat de terre
neuf, & vernissé, que vous mettrez sur
un réchaud, à un petit feu, pour bien dessécher,
& échauffer la matière, afin qu'elle
ne refroidisse pas le creuset que vous
aurez placé au fourneau. Quand il sera
bien rouge, vous prendrez une cuillerée
de ce mélange que vous mettrez dedans,
& recouvrirez le creuset. Il faut qu'il y
ait grand feu, afin que la calcination se
fasse parfaitement. De miserere en miserere,
vous mettrez une cuillerée de ce
mélange, que vous mêlerez toujours
pour prendre de la poudre avec le salpêtre,
@

de M. de Grimaldy 87

quand le creuset sera à moitié
plein, vous enfoncerez la matière avec
la cuillère, & la tournerez sans dessus
dessous, & ferez de temps en temps de
même, & frapperez sur le bord du creuset
avec la cuillère pour faire tomber ce
ce qui s'y serait attaché en remuant dans
le creuset, qu'il faut couvrir d'abord de
son couvercle; ce qu'il faut bien observer
toutes les fois que vous mettrez de
la poudre, ou matière qui est dans le
plat, qui doit être entretenue chaude,
mais à petit feu. Vous aurez soin de ranger
toujours des charbons autour du
creuset, afin que la chaleur ne ralentisse
point; &, quand tout sera entré dans le
creuset, vous mettrez encore quatre onces
de salpêtre tout seul par dessus; &
quand l'effervescence sera passée, vous enfoncerez,
& mêlerez la matière du bas
en haut, & recouvrirez le creuset, la
laissant après cela mitonner pendant deux
heures; après quoi, avant qu'elle se refroidisse,
vous la prendrez avec la cuillère,
& la mettrez dans un mortier de
fer, bien clair, net, & un peu chaud.
Vous ferez après cela chauffer de
l'eau que vous mettrez dans une grande
@

88 Oeuvres Posthumes

terrine de grès. Vous y mettrez peu à
peu votre chaux à moitié refroidie, de
peur d'une trop grande effervescence. Il
faut après bien remuer avec une cuillère
de bois, & quand l'eau sera bien chargée
de sel, vous la viderez par inclination
après s'être bien reposée dans la terrine,
& mettrez d'autre eau chaude sur
la chaux: réitérez de même jusqu'à ce que
la matière soit bien dessalée.
Nota. Observez qu'il faut où mettre toutes
les eaux salées ensemble, & les conserver
pour en tirer un sel qui a aussi de
grandes vertus, comme je le dirai dans
la suite.
Vous jetterez à la fin toutes les eaux
quoiqu'elles soient encore un peu salées.
Quand on met de l'eau sur la chaux
il faut toujours qu'elle soit chaude, & la
laisser bien reposer avant de la vider, &
toujours broyer la matière avec le dos de la
cuillère de bois. A mesure qu'elle se dessale,
elle a plus de peine à se précipiter;
si bien qu'il faut plusieurs jours pour achever
cette opération.
Quand l'eau sera insipide, vous la verserez
comme les autres par inclination,
puis vous remettrez la valeur de deux
@

de M. de Grimaldy 89

pintes d'autre eau sur cette noble céruse,
& mêlerez bien avec la cuillère de
bois, & d'abord vous verserez dans une
autre terrine tout le plus fin. Vous broierez
bien ensuite avec la cuillère l'épais
qui est au fond, & remettrez un peu d'eau
en mêlant. Vous la verserez d'abord avec
la première, & recommencerez la même
chose jusqu'à ce que le grossier, & les impuretés
restent seuls au fond de la terrine.
Brouillez bien ensuite ce que vous
avez mis dans la terrine, & le passez par
un linge blanc, sur un pot bien propre,
& à mesure que la chaux passe, frottez du
doigt sur le linge, afin que rien n'y reste
lorsque vous en verserez d'autre. Mêlez
bien avec la cuillère, & continuez ainsi
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. S'il y
avait trop d'épais dans la terrine, vous
y mettriez un peu d'eau. Enfin ce sont
des choses où le bon sens guide. S'il
reste de la céruse sur le linge, il faut mettre
de l'eau par dessus pour faire tout passer,
hors les impuretés qui restent.
Votre matière étant alors dans son entière
pureté, & bien dessalée, vous la
laisserez reposer jusqu'à ce que tout tombe
dans le fond du vase, soit que vous
@

90 Oeuvres Posthumes

la laissiez dans le pot, ou que vous la
mettiez dans une terrine. Elle sera mieux,
& plutôt précipitée dans le pot. Il faut
qu'il soit de grès.
Les dernières eaux restent toujours un
peu blanches, mais il faut remarquer que
cela ne peut être autrement, & que cela
n'y fait rien, dès que l'eau n'est pas chargée
malgré sa blancheur. C'est pourquoi
après deux ou trois jours de repos de la
dernière eau dans le pot, il faut la vider
par inclination, & prendre la céruse métallique
qui tire sur la couleur de saphir.
Vous la mettrez avec une cuillère d'argent,
ou de bois, sur une feuille de papier
gris en double, la rangeant cuillerée à
cuillerée, & mettrez le papier sur une
claie pour que l'humidité s'écoule, & le
lendemain vous la mettrez sur une autre
feuille de papier, & la laisserez sécher
d'elle-même, si c'est l'hiver; sinon vous
la mettrez au soleil, &, quand elle sera
bien sèche vous la broierez dans un mortier
de marbre avec un pilon de verre,
puis vous l'enfermerez dans une boëte
pour l'usage, après l'avoir bien enveloppée.
@

de M. de Grimaldy 91

Manière de préparer la Scammonée
d'Alep, pour les pilules
aurifiques.

Prenez demi-livre de Scammonée.
C'est une résine de couleur fauve, spongieuse,
légère, non massive, & surtout
facile à broyer sous les doigts; faisant le
lait quand on met la langue dessus. Vous
la mettrez dans un cucurbite, que vous
secouerez pour bien mêler la matière avec
de l'esprit de vin que vous aurez mis.
Il faut qu'il surnage de quatre bons travers
de doigt. Laissez le tout en digestion
en lieu tiède jusqu'à ce que la dissolution
soit faite, ayant soin de bien remuer
la matière deux à trois fois le jour.
Pendant la dissolution il faut faire une décoction
d'une poignée de petite centaurée,
d'une poignée de bétoine, & d'une
demi poignée de germandrée, que vous
mettrez dans un coquemar avec 3 pintes
d'eau, & ferez bouillir pendant trois quarts
d'heure doucement, le vaisseau couvert:
tirez alors le coquemar du feu, & laissez
reposer jusqu'au lendemain que vous
verserez la liqueur par inclination sur un
@

92 Oeuvres Posthumes

linge pour la passer bien proprement, &
vous la mettrez dans une petite terrine
de grès. Quant l'infusion de la Scammonée
sera faite, vous la verserez par inclination
sur cette eau dans la terrine, &
prendrez garde de laisser passer les fèces
avec l'esprit de vin. Il faut laisser reposer
le tout jusqu'au lendemain que vous verserez
la liqueur doucement. Vous trouverez
au fond du vase une masse que vous
mettrez avec une cuillère sur du papier
gris en double; & vous la laisserez sécher
en un lieu un peu chaud, puis la serrerez
pour l'usage.

Préparation de la Réglisse
pour les Pilules.

Prenez trois livres de Réglisse d'Espagne,
nettoyez-la bien, & la coupez par
petits morceaux très-minces. Faites-la
bouillir dans une grande marmite de
terre vernissée, avec de l'eau de fontaine,
jusqu'à diminution de moitié, puis versez
par inclination, remettez de nouvelle
eau, & faites bouillir de même, & tirez
toute la substance de cette racine
tant que l'eau en sera chargée. Mettez
@

de M. de Grimaldy 93

dans un vaisseau convenable votre liqueur
après l'avoir passée proprement par
un linge. Faites-la bouillir pour l'évaporer
jusqu'à ce qu'il ne reste que le quart
de la liqueur. Alors vous ferez évaporer
doucement, en remuant souvent, &
de peur que l'extrait ne bouille, vous
mettrez sur la fin le vaisseau sur un feu de
sable, à feu doux, pour le faire dessécher
doucement, de manière qu'il puisse se
brouiller, & se mettre en poudre. Quand
il sera bien sec, vous l'enfermerez dans
une boëte eu lieu sec pour l'usage.

Usage de ces nobles préparations.

Prenez trois onces de la chaux des
métaux ci-dessus décrite.
Trois onces trois quarts de résine
de Scammonée.
Une once de poudre de Réglisse de la
préparation ci-dessus.
Une once trois quarts de la solutive
Cristalline, dont nous donneront la préparation
ci-après.
Une once trois quarts d'écorce noire
de Quinquina.
Deux gros de Bézoard oriental.
@

94 Oeuvres Posthumes

Que le tout soit bien broyé ensemble,
le Quinquina bien pilé dans un mortier
de marbre, & tamisé. Quand vous
aurez bien uni le tout ensemble, vous
imbiberez cette composition d'une cuillerée
à bouche d'élixir; broyez exactement,
puis prenez de la gelée de gomme
adragante à discrétion pour faire une pâte
avec une cuillerée d'élixir. Après
avoir bien malaxé cette pâte avec le pilon
de verre, vous en prendrez de petits
morceaux de 40 grains, pour en faire
des pilules. C'est la dose de cette précieuse
médecine.
Il ne faut pas craindre que le Quinquina
qui entre dans cette composition
fasse le mauvais effet qu'il fait étant donné
selon la méthode ordinaire. Il trouve
dans ce mélange sa parfaite correction,
en sorte qu'il n'agit que par ses qualités
absorbantes, fébrifuges, stomachiques,
& qu'il devient un des meilleurs spécifiques
de la Médecine.
Ce remède possède non-seulement les
qualités (c'est M. de Grimaldy qui parle)
de mon fébrifuge, mais il les possède encore
plus exaltées; de sorte qu'il agit
avec plus de douceur) plus d'efficacité,
@

de M. de Grimaldy 95

& qu'il guérit plus promptement. Outre
cela il attaque les maladies anciennes, &
enracinée, que le fébrifuge ne fait que
soulager.
On prend ce remède comme le fébrifuge,
& on observe précisément le même
régime dans toutes ses circonstances.
C'est ce que j'expliquerai exactement.

Préparation de la Gomme
Adragante.

Faites infuser une once de Gomme
adragante dans autant d'eau de chardon
bénit qu'il en faut pour la rendre comme
une gelée, & ensuite passez-la par un linge
blanc, & pressez avec le doigt pour
la faire passer. Les morceaux blancs, &
les plus transparents sont les meilleurs.

Observation Importante.

Il arrive quelquefois que le remède
purge trop, fatigue le malade, & que,
malgré son excellence, il pourrait s'en
ensuivre des accidents fâcheux. Pour y
obvier surement, il faut faire donner au
@

96 Oeuvres Posthumes

malade un lavement, ou remède d'eau
de tripes avec une demi-once de thériaque
détrempée dans l'eau; ce qui rétablit
parfaitement les choses, & met
à l'abri de tout fâcheux accident. On parle
d'après l'expérience.

pict
@

de M. de Grimaldy 97

=======================================

C H A P I T R E II.

Préparation des matières qui com-
posent le purgatif fébrifuge
de M. de Grimaldy.

Manière de faire le Régule
Philosophique Martial.

P Renez sept onces de pointes de
clous de Maréchal, trois onces
d'étain en grille, & vingt onces d'antimoine
de Hongrie. Mettez un creuset
sur un culot dans le fourneau; couvrezle;
remplissez le fourneau de charbon,
& mettez par dessus des charbons allumés.
Lorsque le creuset sera bien rouge,
vous y mettrez les clous, & l'étain.
Couvrez le creuset, & donnez bon feu,
& quand vous jugerez que la matière
sera bien rouge, vous mettrez l'antimoine
par petits morceaux échauffés dans
une cuiller, pour ne pas refroidir la
matière, faisant toujours grand feu pendant
une demi-heure, jusqu'à ce que la
@

98 Oeuvres Posthumes

matière soit en belle fonte, ce que vous
connaîtrez à l'oeil, & en sondant avec la
baguette de fer, & remuant le tout;
laissez-la encore un quart d'heure, le
creuset toujours couvert, avec un grand
feu; après quoi vous mettrez deux onces
de salpêtre; couvrez vite, & appuyez
dessus jusqu'à ce que l'effervescence soit
passée; puis mettez encore deux onces
de salpêtre, & faites de même une troisième
fois, tenant grand feu. Un quart
d'heure après retirez le creuset, mettez-le
sous la cheminée, & battez sur le
bord pour faire tomber le Régule. Quand
le creuset sera froid, vous le casserez,
vous prendrez le Régule, & séparerez
les scories.
Mettez de nouveau un creuset au fourneau.
& quand il sera rouge, mettez-y
votre Régule en petits morceaux dans
une cuillère, après l'avoir laissé chauffer.
Quand vous aurez tout mis, vous
couvrirez le creuset de charbons, &
quand la matière sera fondue, & en bel
oeil, vous y remettrez trois onces de salpêtre.
Couvrez vite, & appuyez jusqu'à
ce que l'effervescence soit passée. Vous le
laisserez un bon quart d'heure en fonte,
@

de M. de Grimaldy 99

puis vous retirerez le creuset sous la cheminée,
& battrez sur le bord.
Laissez refroidir le vaisseau, prenez le
Régule, ôtez les crasses, remettez-le
dans un nouveau creuset, & faites de
même que dessus. Observez pourtant
qu'à la troisième opération il n'y faut
mettre que deux onces de salpêtre. Mais
si à la troisième opération la surface du
Régule était encore chargée d'impuretés,
vous en feriez encore une; parce
que la perfection du Régule se connaît à
la couleur jaunâtre du salpêtre qui tient le
dessus, & marque que le souffre aurifique
des métaux est ouvert.
Il faut toujours des creusets nouveaux
à chaque opération, & grand feu. Quand
on a un cornet à Régule, on le graisse un
peu avec la cire, le versant diligemment,
& on bat dessus le bord pour faire précipiter
le Régule. Quand donc le Régule
sera bien purifié, vous en ferez la céruse
de même que je l'ai enseigné pour faire
la chaux pour les pilules aurifiques, mettant
trois parties de salpêtre sur une du
présent Régule, après l'avoir bien pilé,
& tamisé dans un tamis de soie couvert.
Il faut que la céruse soit bien dessalée.
@

100 Oeuvres Posthumes

P R E' P A R A T I O N
Du Fondant Philosophique;
suite du secret.

Il faut fixer une partie de bon salpêtre
avec deux parties de tartre blanc de
Montpellier. Ayant pilé, & mêlé ces
deux choses, vous les mettrez dans une
marmite de fer sur un feu de charbon, &
quand la marmite sera chaude, vous mettrez
un charbon allumé qui allumera les
matières. Pendant la détonation il faut
tenir un poids bien pesant sur le couvercle
de la marmite. Dès que la détonation
sera faite, vous prendrez vite la matière
qui y est avec une cuiller de fer que vous
mettrez dans un mortier de fer; &, tandis
qu'elle est encore chaude, vous la
mettrez dans une terrine, avec de l'eau
chaude en quantité suffisante pour dissoudre
les sels, & lorsqu'ils seront bien
dissous, vous mettrez une feuille de papier
gris sur un tamis de crin, vous verserez
doucement la dissolution pour la
filtrer, & quand tout sera filtré, vous
mettrez encore un peu d'eau sur le marc
pour qu'il ne reste point de sel, & filtrerez
comme la première fois.
@

de M. de Grimaldy 101

Cela fait, ayez de l'eau mère, que l'on
prend à l'Arsenal, mettez-en dans une
terrine de grès, environ deux pintes; versez
la dissolution des sels sur ladite eau jusqu'à
ce que tout soit en caillé; vous mêlerez
avec une cuiller de bois, & vous
prendrez le caillé que vous mettrez dans
une autre terrine avec de l'eau bien pure.
Il faut de l'eau de fontaine; celle de la
rivière étant remplie de limon qui se mêle
avec cette poudre; ainsi il ne faut pas
s'en servir dans cette opération, non plus
que pour édulcorer les chaux des métaux.
Si l'on ne peut avoir de l'eau de
fontaine, il faut en avoir de rivière, &
la filtrer deux à trois fois, en changeant
chaque fois de papier.
Quand vous aurez ramassé tout le
caillé, il faut encore remettre de la dissolution
de sels peu à peu, arrosant dessus
le liquide, & retirer le caillé, & continuer
ainsi jusqu'à ce (que) tout soit réduit en
caillé.
Après quoi vous mettrez de l'eau fraîche
dessus remuant bien la matière avec
la cuiller pour qu'elle se dessale: laissezla
reposer, & quand elle sera ramassée au
fonds de la terrine, vous verserez l'eau
@

102 Oeuvres Posthumes

claire, & vous continuerez à en mettre
d'autre jusqu'à ce que la matière soit bien
dessalée, la laissant reposer à chaque fois
jusqu'à ce que la matière soit toute ramassée
au fond de la terrine. Continuez
à mettre de l'eau jusqu'à ce qu'elle sorte
insipide. Après avoir versé la dernière
eau, vous mettrez la matière avec une
cuiller de bois, ou d'argent, sur un papier
gris, & la laisserez sécher au soleil
s'il y en a, ou à l'air dans la chambre,
comme les chaux métalliques.

Préparation de la Solutive
Cristalline.

Ayez un pot de terre neuf vernissé; remplissez-le
d'eau de fontaine à trois doits
près , & quand l'eau bouillira, mettez du
tartre peu à peu avec une cuiller de bois,
environ une livre sur quatre pintes d'eau,
& vous mêlerez souvent avec la cuiller,
& écumerez la crasse qui vient au-dessus
de temps en temps. Quand vous verrez
une pellicule se former sur la surface de
l'eau, ce sera la marque qu'elle s'est chargée
du sel Cristallin.
Vous mettrez une toile claire sur un
@

de M. de Grimaldy 103

pot de grès, & vous verserez votre dissolution
pour la passer, & purifier des
crasses du tartre; après quoi vous remettrez
votre pot avec de nouvelle eau sur la
matière qui reste, & quand il bouillira,
vous remettrez encore d'autre tartre comme
dessus, & ferez de même. En attendant
que cette seconde opération se fasse,
il faut battre sur la superficie de la première
extraction qui est dans le pot de
grès avec la cuiller de bois pour faire
précipiter la solutive, & la laisser reposer.
Dès que l'eau sera froide, versez-la
par inclination dans un autre pot, & vous
passerez celle qui est auprès du feu sur
cette première, & ferez de même tant
qu'il vous plaira d'en préparer. Battez
toujours l'extraction comme dessus, &
après que vous en aurez préparé ce que
vous en souhaiter, s'il reste quelque chose
dans le pot vous le ferez dessécher sur un
papier, & garderez pour le mettre avec
d'autre, à la première opération que vous
ferez dans la suite.
Quand vous aurez laissé reposer votre
solutive, & versé toutes les eaux ensemble,
que vous laisserez aussi reposer environ
deux jours, vous verserez l'eau qui
@

104 Oeuvres Posthumes

sera inutile, vous joindrez ce qui sera
précipité avec l'autre, & vous mettrez
de l'eau fraîche dessus pour bien laver la
solutive. Versez le tout dans une terrine,
& quand elle sera reposée, versez l'eau
par inclination, & tâchez qu'elle entraîne
une crasse brune, remuant la terrine entre
vos mains sur la fin, pour que l'eau
entraîne cette crasse. Remettez encore
un peu d'eau, & remuez avec la cuiller la
matière avec l'eau, & puis laissez reposer,
& faites de même que dessus pour
entraîner les crasses.
Quand vous aurez purifié la matière
autant que vous l'aurez pu, vous mettrez
de l'eau de fontaine dans le pot de
terre, & quand elle sera chaude, vous
mettrez votre solutive dedans. Vous ferez
comme dessus, & réitérerez trois à
quatre fois, tant que vous ne verrez plus
de crasses noires quand vous la laverez.
Quand vous aurez mis la dernière eau,
laissez reposer jusqu'au lendemain. Telle
est la solutive Cristalline qu'on emploie
dans les pilules aurifiques décrites cidessus.
Observez qu'il faut pour le purgatif
fébrifuge faire la dissolution de la scammonée
@

de M. de Grimaldy 105

dans l'esprit de vin de même que
pour les pilules, excepté que vous ne ferez
pas d'infusion de simples, & que vous
vous servirez de l'eau commune, bien claire
pour la précipiter, en versant par dessus
dans une terrine de grès la dissolution
qu'on en a faite dans l'esprit de vin. Et
comme il y a quelque fois de la scammonée,
quoique d'Alep, qui est plus
chargée de terrestréités que d'autre, en
ce cas vous ferez la dissolution une ou
deux fois dans l'esprit de vin après l'avoir
fait sécher la première fois, & l'avoir
broyée.
Il faut toujours verser l'esprit de vin
par inclination, de crainte de mêler les
impuretés qui sont au fond du vase.

Suite des Opérations.

Prenez de la fleur de résine de Hambourg.
La véritable est douce, & impalpable
sous les doits, & d'une odeur aromatique.
Vous en mettrez dans un plat
vernissé, & vous l'imbiberez avec de
l'eau de petite centaurée. Il faut après
avoir mêlé, que l'eau surpasse la résine de
deux doits. Mettez le plat sur un réchaud
@

106 Oeuvres Posthumes

évaporer l'eau insensiblement,
remuant toujours avec une
cuiller d'argent. Quand la résine sera bien
sèche, vous l'enfermerez pour le besoin.

Mélange & composition du purgatif
fébrifuge.

Trois onces de résine de Scammonée
préparée dans l'esprit de vin comme
dessus.
Une once 6 gros de solutive cristalline
de tartre.
Cinq gros du fondant philosophique.
Une once sept gros de céruse martiale.
Six gros de fleurs de résine de Hambourg.
Sur le total vous mettrez demi once
de semence de perles d'Orient. Pour ne
pas y être trompé, il faut les préparer soimême,
les bien laver dans de l'eau chaude
trois à quatre fois, puis les bien sécher
avec un linge blanc, ensuite sur un petit
feu, puis les piler dans un mortier de marbre
avec un pilon de fer. Enfin il faut
y joindre une demi-once de Bézoard
oriental.
@

de M. de Grimaldy 107

Il faut commencer par bien broyer la
céruse martiale dans le mortier avec le
pilon de verre, puis vous mettrez la résine
de scammonée, & la solutive bien
broyées ensemble; puis la résine de
Hambourg, & le fondant philosophique.
Alors vous broierez bien encore,
puis vous ajouterez le bézoard, & les
perles, réduits en poudre subtile.
Le mélange fait, vous broierez exactement,
afin que toutes ces matières
soient bien unies; après quoi vous ôterez
la moitié de ce mélange que vous
mettrez sur une feuille de papier.
Il faut avoir soin en broyant de ramasser
de temps en temps, avec une petite
cuiller de bois tout au tour du mortier
afin que tout soit bien mélangé.
Il faut avoir dans une bouteille un mélange
fait avec trois onces & demie d'essence
blanche de genièvre, & une once
de baume de Copahu, & deux gros de
baume blanc de la Mecque, bien battre
la bouteille pour que tout s'unisse parfaitement,
& de ce mélange vous en mettrez
environ un gros & demi, en arrosant,
sur la poudre qui est dans le mortier,
& vous broierez jusqu'à ce que
@

108 Oeuvres Posthumes

l'essence soit bien insinuée dans la poudre,
puis vous répandrez la moitié que
vous avez mise sur le papier, & vous
mettrez autant de l'essence. Quand vous
aurez fait l'insinuation comme j'ai dit,
vous remettrez le tout peu à peu toujours
en broyant avec votre pilon, &
continuerez de broyer le tout ensemble
encore pendant une bonne demi heure:
alors votre purgatif sera parfait.
Remarquez que quand vous aurez fait
le premier broiement avec les essences,
il faut mettre la poudre sur une feuille de
papier avant de reprendre celle que vous
avez ôté, parce que vous ne pourriez
point faire le mélange des essences comme
il faut.
Enfin quoique le jugement dicte bien
des choses dans les ouvrages quand on
a l'habitude de travailler, je suis néanmoins
bien aise de dire jusqu'aux moindres
circonstances.
La dose de ce purgatif en de quarante
grains. On peut même l'augmenter dans
de certains cas, selon le besoin, comme
je l'expliquerai, lorsque je parlerai de ses
vertus, & propriétés.
@

de M. de Grimaldy 109

=======================================

C H A P I T R E III.

Manière de composer l'Huile de vie.

C Ette Huile est un baume essentiel,
& un grand cordial, composé
de plusieurs essences aromatiques, diurétiques,
stomachiques, céphaliques, &
surodifiques. Le tout fait un vrai vulnéraire.
RX. Six onces d'huile de cade, qui vient
de Montpellier.
Deux onces d'essence de carabé.
Deux onces d'essence éthérée de té-
rébenthine.
Une once d'essence de cire jaune.
Deux onces d'essence blanche de ge-
nièvre.
Demi-once d'essence de cannelle.
Lorsqu'on peut avoir de la pure essence
de lavande & de romarin, on peut en
mettre une demi-once de chacune. Elles
viennent aussi de Montpellier.

pict
@

110 Oeuvres Posthumes

Composition de l'Essence
de Cire jaune.

RX. Une livre de cire bien jaune, odorante
& pure, & deux livres d'os de pied
de mouton calcinés; faites fondre la cire
doucement, puis mêlez-la avec les os,
que vous aurez pilés & tamisés; faites de
petites boules que vous mettrez dans une
cornue, & distillerez à feu bien gradué,
très-doux dans le commencement, en
augmentant peu à peu, & plus fort à la
fin. Comme il se distille une eau avec
l'huile, il faut verser ce qui sera distillé
dans une bouteille, après que les vaisseaux
seront refroidis, & laisser la bouteille
en repos jusqu'à ce que la séparation de
l'huile & de l'eau se fasse. Puis vous la
séparerez par l'entonnoir de verre. Quelque
fois elle est si confuse qu'on ne peut
la séparer; mais elle se sépare par la rectification
qui se fait ainsi.
Comme elle sent l'empyreume, il faut
faire fondre deux parties de belle cire jaune,
la plus récente, & odorante qu'on puisse
avoir, & quand elle sera fondue à feu
lent, vous y mettrez une partie de votre
@

de M. de Grimaldy 111

huile que vus mêlerez bien. Vous mettrez
ce mélange dans une nouvelle cornue
à laquelle vous adapterez un récipient
que vous luterez à l'ordinaire, &
vous distillerez bien lentement à feu doux
sur un bain de cendres au lieu de sable, &
votre essence sera rectifiée, de couleur,
& d'odeur très douce.
Vous en séparerez le flegme par le bain
marie dans une petite cucurbite.

Manière de tirer l'Essence
Ethérée de Térébenthine.

RX. Une douzaine de belles oranges
dont l'écorce soit des plus rouges; je ne
dis point de celles de Portugal; & une
douzaine & demi de citrons: coupez-en
une douzaine par tranches minces, & ne
mettez que l'écorce de la demi douzaine,
coupée en petits morceaux. Vous en ferez
de même des oranges, dont il ne faut
employer que l'écorce.
Mettez dans un réfrigérant, où l'on
distille l'eau de vie, cinq livres de Térébenthine
de Venise la plus claire & la
plus odorante, qui ne cède guères à celle
de Chio, dont on ne peut plus trouver,
@

112 Oeuvres Posthumes

& versez dessus sept pintes d'eau de fleurs
d'orange, trois onces de storax en larmes,
& quatre onces de benjoin bien
pulvérisé. Mettez encore sur vos citrons
& oranges, & le reste six pintes de
bon vin blanc. Brouillez bien le tout
avec un bâton, puis couvrez votre alambic,
& faites un petit feu, clair, & trèsdoux
avec du menu fagot. L'huile éthérée
sortira d'abord, avec un esprit. Continuez
la distillation tant que vous verrez
sortir de l'huile; après quoi vous la séparerez
avec l'entonnoir de verre. Il faut
achever de distiller toute la liqueur,
la mêler avec celle que vous aurez séparée
de l'huile pour la garder pour une autre
préparation, où vous n'aurez pas besoin
de mettre de nouvelle eau de fleurs
d'oranges, mais seulement deux pintes
de vin blanc, en employant la même dose
de térébenthine.
Cette essence toute seule a des qualités
infinies pour les coliques, les maux
de reins; pour purifier les vaisseaux & la
vessie. Elle pénètre jusqu'au fond, résout
les glaires, chasse le sable par les
urines. Elle est bonne aux maux de poumons
& d'estomac, du foie, & de la
rate.
@

de M. de Grimaldy 113

On en prend depuis six gouttes jusqu'à
quinze dans son propre esprit, ou dans
de bon vin blanc, un peu chaud.
Elle est également bonne aux femmes
& aux hommes pour les maux de galanterie;
mais étant jointe aux remèdes
qui composent cette huile de vie, il se fait
une concordance qui produit des effets
surprenants, dans les chutes & contrecoups,
pour chasser le sang extravasé,
dans les accouchements difficiles, & pour
apaiser les suffocations, & coliques de
matrice après l'accouchement. C'est un
baume contre tout venin, elle fortifie &
nettoie toutes les voies qui sont attaquées
de venin vérolique. Elle est bonne
pour les fleurs blanches, dans les fièvres
malignes, pour aider à faire sortir le pourpre,
la petite vérole, & la rougeole, en
en prenant tous les matins vingt gouttes
dans une bonne cuillerée de vinaigre
chaud, & une autre cuillère par dessus
avec un peu de sucre; il fait suer, couvrant
raisonnablement le malade.
Dans les pleurésies, squimancies, dans
les retentions d'urine, les ulcères dans
la vessie, on en prend la même dose tous
@

114 Oeuvres Posthumes

les jours dans du vin blanc. Pour les maux
d'estomac, & autres incommodités, l'on
en prend 6. 8. 10. & 12. gouttes, suivant
la grandeur de la maladie.
Elle est merveilleuse dans les paralysies,
rhumatismes, jaunisses, hydropisies,
les jours d'intervalles du purgatif.
Je l'ai toujours trouvé bonne universellement,
sans qu'elle puise faire aucun
mal.

pict
@

de M. de Grimaldy 115

=======================================

C H A P I T R E IV.

Manière de préparer un véritable
menstrue avec l'esprit de Roi des
végétaux, homogène avec l'es-
prit universel, pour tirer le souf-
fre radical des mixtes qui compo-
sent le plus parfait Elixir qu'on
puisse avoir.

RX. D Ouze livres de miel bien pur;
le plus nouveau est le meilleur;
n'importe qu'il soit blanc, pourvu qu'il
soit naturel, à moins que ce ne fut du
miel Roi de Narbonne, venu directement
du lieu dans la saison.
Sur ces douze livres de miel mettez
vingt-quatre livres d'eau de rivière, bien
claire, & reposée, que vous aurez fait
tiédir. Pour bien faire, ayez deux grands
vaisseaux pour mettre six livres de miel,
& douze livres d'eau dans l'un & dans
l'autre: il faut que la moitié du vase reste
vide.
@

116 Oeuvres Posthumes

Quand vous aurez bien fait dissoudre
le miel avec l'eau, en le mêlant avec une
cuiller de bois, vous le mettrez dans vos
matras que vous boucherez bien avec un
bouchon de liège, & plusieurs doubles
de vessie mouillée par dessus, puis
vous les mettrez dans une étuve douce,
afin que la fermentation se fasse à loisir,
comme il faut. Vous visiterez tous les
jours vos matras. Tant que vous verrez
élever des globules, & agir la matière,
c'est signe que la fermentation n'est pas
finie.
Dès que vous verrez éclaircir la surface,
& qu'il ne se fait plus d'écume ni
de mouvement, c'est signe que la fermentation
est finie.
C'en à quoi il faut bien prendre garde;
car si vous la laissiez plus de vingt-quatre
heures après que les esprits sont tranquilles,
votre matière aigrirait & ne servirait
à rien qu'à faire de bon vinaigre,
pourvu que vous la laissassiez achever
d'aigrir.
Après que vous aurez remarqué qu'il
ne se fait plus de mouvement, il y a encore
une marque de la perfection de la
fermentation qui est qu'après avoir débouché
@

de M. de Grimaldy 117

les vases, vous sentiez une odeur
spiritueuse & vineuse.
Les choses en cet état, mettez trois
pintes de bon esprit de vin dans chaque
matras avec la liqueur fermentée, &
brouillez le tout ensemble, & laissez le
matras dans l'étuve encore vingt-quatre
heures; puis vous distillerez par l'alambic
au réfrigérant, à très petit feu de quelques
petits charbons, & un petit morceau
de cotret, & dès que l'eau du réfrigérant
sera plus que tiède, vous l'ôterez
pour en mettre de la fraîche. Vous retirerez
quatre pintes & près de chopine
d'un esprit fort homogène à notre nature.
Vous pouvez pourtant distiller tant
qu'il sortira de l'esprit, quoique plus faible;
mais cessez dès qu'il ne sortira plus
que du flegme.
Quand vous aurez retiré les quatre
pintes & demie, il faut les mettre à part;
& se garder de les mêler avec ce que
vous distillerez dans la suite, pour n'être
point obligé d'en venir à la rectification.
Vous garderez aussi ce que vous aurez
distillé qui n'est pas si fort pour mettre
dans l'alambic dans une autre distillation
pour le repasser. Le succès dépend de me-
@

118 Oeuvres Posthumes

ner la distillation très-doucement, pour
qu'il ne monte point de flegme avec
l'esprit dans la première distillation.
Vous aurez, si vous avez bien fait votre
opération, près de six pintes de bon esprit,
doué de vertus infinies pour la santé,
& un extracteur très-philosophique des
vrais souffres radicaux des mixtes. Conservez-le
précieusement pour l'usage.

Voici les choses qui entrent dans la composition
de cet Elixir incomparable.

Rx. Demi livre de cannelle bien succulente,
& spiritueuse.
Deux onces & demi de clous de girofle.
Trois onces de macis.
Une once de muscade.
Pilez bien le tout, & de peur que ces
drogues ne perdent leurs vertus, mettezles
vite dans une bouteille de verre, &
mettez dessus deux pintes & demi de
votre esprit universel; bouchez bien la
bouteille d'un bouchon de liège, & de
deux ou trois doubles de vessie mouillée
par dessus, pour que rien ne transpire,
& mettez la bouteille dans une étuve
@

de M. de Grimaldy 119

douce, vous la remuerez tous les jours,
& au bout de quinze, il faut la retirer de
l'étuve pour la mettre dans votre cabinet.

Préparation des Racines,
Ecorces; & Graines du Levant.

Rx. Deux onces d'acorus.
Une once & demie de grand carda-
momum.
Deux onces de graine de paradis.
Une once & demie de bois d'aloès.
Deux onces de santal citrin.
Une once & demie de spica-nardi.
Deux onces & demie de aedoaria.
Une once & demie de rhapontique.
Deux onces de racines de contraierva.
Une once & demie de costus.
Une once & demie de cubèbes.
Mettez sur ces ingrédients une suffisante
quantité de l'esprit universel, & tirez
la teinture, comme on vient de le dire.

Préparation des Confections.

Prenez cinq onces de thériaque de Ve-
nise, de Rome, ou de Montpellier.
Deux onces d'orviétan du Pont-Neuf.
@

120 Oeuvres Posthumes

Deux onces de bon mithridate.
Trois onces de confection alkermès.
Quatre onces de confection d'hyacinthe.
Mêlez le tout ensemble avec un peu
de votre menstrue, dans une grande bouteille,
& versez par dessus deux pintes
de votre menstrue, ou esprit universel;
bouchez -le bien comme les autres, &
mettez la dans l'étuve pendant quinze
jours, la mêlant tous les jours, puis mettez-la
au cabinet comme les autres.

Préparation du Safran
Oriental.

Prenez trois onces de safran que vous
couperez bien menu avec des ciseaux, &
mettrez dans une bouteille de verre avec
une pinte & trois demi setiers de votre
menstrue, bouchez-la bien, mettez-la
quelques jours à l'étuve, en la mêlant de
temps en temps.
Il faut observer que les bouteilles &
les cruches doivent toujours avoir un
tiers de vide pour que les esprits en circulant
ne les fasse pas rompre, & que
l'étuve n'ait qu'une simple tiédeur.
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de M. de Grimaldy 121

Préparation des écorces de citrons,
& d'oranges.

Prenez trois douzaines de grosses oranges
aigres, qui aient l'écorce bien rouge,
& quatre douzaines de citrons bien
frais; levez adroitement l'écorce, pour
pouvoir en conserver l'essence, puis coupez
ladite écorce en petits morceaux
dans un plat de faïence bien net, & mettez-les
dans une cruche de grès, & par
dessus autant qu'il faut de votre esprit
universel pour qu'il surnage de quatre
doigts; il faut choisir les cruches proportionnées
aux choses qu'on y veut
mettre; mais il faut remarquer qu'aux citrons,
aux herbes, aux fleurs, aux racines,
il n'est pas nécessaire de laisser un
tiers de vide, & qu'il suffit que les cruches
ne soient pas tout à fait pleines,
que l'esprit surnage de quatre bons doigts.
Après avoir exactement bouché les vaisseaux,
on les mettra à l'étuve pendant
quinze jours, puis au cabinet.

pict
@

122 Oeuvres Posthumes

Préparation de la Mélisse, Bétoine,
fleurs, & autres simples alexiteres,
qui entrent dans l'Elixir.

Prenez la mélisse dans le temps qu'elle
est en fleurs, qui est le temps que les simples
aromatiques sont remplis de leurs
vertus balsamiques. Cette observation
servira d'instruction pour toutes les autres.
Epluchez-la bien proprement, ôtant
toutes les feuilles fanées, sèches, & terreuses,
puis étendez-la sur un grand linge
dans une chambre à l'ombre pour la
faire sécher pendant deux jours, remuant
soir & matin, de peur qu'elle ne s'échauffe.
Il faut aussi avoir soin de faire amasser
tous vos simples dans le croissant de la
lune, & non dans la lune vieille, ou elles
ont moins de vertus. Vous en pouvez
mettre infuser pour deux ans si vous
voulez; observant de faire ces provisions
dans le temps, & les saisons, où la chaleur
domine; car l'été pluvieux ne donne
rien de bon.
Si vous n'avez pas beaucoup de votre
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de M. de Grimaldy 123

esprit universel pour faire infuser quantité
de vos simples tout fraîchement séchés,
vous les enfermerez dans des sacs
de papier gris pour les faire infuser quand
il vous plaira.
Faites provision de bétoine, dont on
emploie la fleur & les feuilles séchées de
même.
Vous pouvez mettre deux, trois,
quatre livres de mélisse, aussi bien que
de bétoine, dans des cruches différentes,
après les avoir bien broyées dans vos
mains, & par dessus du menstrue qui surnage
de quatre doigts; ce qui doit s'entendre
également de toutes les préparations
suivantes.
Deux livres de fleurs de petite sauge
avec ses feuilles. Celle de Provence, ou
du bas Languedoc, est la meilleure. Il
faut aussi la faire un peu sécher à l'ombre.
Si elle est de Provence, ou du Languedoc,
on l'apporte sèche.
Trois à quatre livres de fleurs de lavande,
& non point la feuille. Ces fleurs
ne veulent point être séchées, non
plus que celles de romarin, mais seulement
épluchées; c'est pourquoi il faut
faire infuser une bonne quantité de ces
@

124 Oeuvres Posthumes

deux espèces de fleurs, pour en avoir
toute l'année, & les mettre dans différentes
cruches; ce qui est nécessaire parce
qu'elles ne viennent point dans le même
temps, ni dans la même saison.
Remarquez qu'il n'y a point de doses
à observer pour les fleurs, & les herbes,
ni d'autre règle que ce que j'ai observé
sur la quantité du menstrue dont on se
sert pour tirer la teinture. On peut en
faire infuser pour plusieurs années; ce
qui n'en est que mieux, parce que l'infusion
se fortifie sur le marc, se confermentant
avec lui, pourvu cependant que
les cruches soient bien bouchées avec
du linge, & de la cire fondue par dessus.
L'essentiel est d'avoir beaucoup d'esprit
universel pour faire quantité d'infusions
à la fois. On fait après ses mélanges
comme on veut.
Comme les herbes & les fleurs s'enflent
les premiers huit jours de l'étuve,
quoiqu'on y ait mit de l'esprit universel
de manière qu'il surnage de quatre travers
de doigts, il faut déboucher les cruches,
& tourner les herbes sans dessus
dessous, & remettre autant qu'il faut
du dit esprit pour qu'il surnage de quatre
@

de M. de Grimaldy 125

doigts, & bien boucher les cruches, &
au bout de quinze jours les mettre dans
le cabinet avec les autres.
Vous mettrez la fleur de millepertuis
avec celle de petite centaurée. L'on
épluche fleurs & feuilles. Vous mettrez
deux parties de millepertuis contre une
de petite centaurée. Il n'est pas nécessaire
qu'elles soient tout à fait sèches;
parce que les fleurs n'ont point tant de
flegmes que les herbes.
Vous prendrez l'hysope, le thym, &
la marjolaine, en fleurs, & après les avoir
épluchées, vous mettrez feuilles &
fleurs ensemble dans une cruche par
égales parties, & assez d'esprit universel
pour qu'il surnage de quatre doigts.
Dans une autre cruche vous mettrez
deux à trois livres de fleurs de coquelicot,
après l'avoir laissé un peu flétrir à
l'ombre pendant trois à quatre jours, les
démêlant deux fois par jours à fin qu'elles
ne s'échauffent pas. Vous les mettrez
dans la cruche avec quatre à cinq pintes
d'esprit universel, parce que ces fleurs
abondent beaucoup en teinture; puis à
l'étuve.
Vous ferez de même des fleurs de
@

126 Oeuvres Posthumes

muguet qui se ramassent au mois de
Mai, mettant de la liqueur par dessus à
l'éminence de quatre doigts, & les mettrez
à l'étuve.
Vous mettrez pareillement dans une
cruche des fleurs rouges de pivoine.
Il faut aussi avoir quantité d'oeillets
rouges les plus veloutés; il ne faut pas
les couper comme on fait; c'est leur ôter
une partie de leurs vertus; mais tirer la
fleur de la bourse, pendant qu'ils sont
frais. C'en la seule fleur qui perde son
souffre en se séchant. J'y ai été trompé;
ainsi il faut les mettre tout de suite dans
la cruche avec de l'esprit universel à l'ordinaire,
puis à l'étuve.

Composition de l'Elixir.

Prenez parties égales de chaque infusion,
ou teinture ci-dessus décrite; mêlez-les,
& les filtrez, puis mettez le
mélange dans une cucurbite, observant
d'en laisser les deux tiers vides; & après
l'avoir bouchée d'un chapiteau aveugle
bien luté, vous ferez circuler la liqueur
à feu convenable pendant six jours, après
lesquels vous la verserez dans un bon &
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de M. de Grimaldy 127

fort matras à long col que vous boucherez
hermétiquement, & mettrez au
bain de cendres à un feu doux, égal, &
continuel, à l'athanor, pour s'y digérer
pendant l'espace d'un mois philosophique,
& votre Elixir sera fait. Au reste
quand vous laisseriez la liqueur plus longtemps
à l'athanor, il n'y aurait point de
mal, pourvu que le degré de feu fut toujours
le même.

pict
@

128 Oeuvres Posthumes

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C H A P I T R E V.

Concernant la composition ou l'or
potable de M. de Grimaldy.

P R E'P A R A T I O N

De la Terre Vitriolique,
ou de l'aimant astral. (a)

A Yez de bon vitriol d'Angleterre,
participant du fer, que vous mettrez
dans un grand vaisseau de chêne.
Versez six parties d'eau de pluie distillée
contre une de vitriol; laissez dissoudre
le vitriol, &, la dissolution faite, ajoutez-y
des cailloux calcinés réduits en
poudre fine, en poids égal à celui de votre
vitriol; laissez digérer cette dissolution
à une chaleur douce comme en une
étuve, pendant l'espace de quarante jours.

(a) Dans le temps que la première partie de cet ouvrage a été imprimée, l'éditeur n'était point déterminé à donner la préparation de l'aimant astral; ce qui l'a engagé de s'expliquer comme il fait pag. 12. Mais il a cédé aux remontrances qui lui ont été faites, & a mieux aimé se rendre utile au Public, que de se donner le ridicule d'un homme à secrets.
@

de M. de Grimaldy 129

Pendant cette digestion, deux sortes de
fèces se sépareront de la matière, les unes
pesantes, & les autres légères & sulfureuses
surnageront en forme d'écume. Il
faut ôter cette écume, ou crasse, avec
une écumoire de bois à mesure qu'elle se
forme, &, après les quarante jours de digestion,
verser tout doucement la dissolution
à clair dans des terrines de grès, &
rejeter comme inutile tout ce qui s'est
amassé au fond du vaisseau.
Filtrez bien votre dissolution, & faites-là
évaporer très-doucement jusqu'à
siccité; calcinés à une chaleur très-douce
votre matière jusqu'à blancheur; ajoutez-y
alors poids égal de bon régule
d'antimoine martial, réduit en poudre
impalpable, & autant de nitre très-pur
bien sec, fixé par le souffre ou par le
charbon, & purifié par la dissolution &
la filtration; mélangez exactement ces
trois matières, ou poudres, en les filtrant
ensemble; & les ayant mises dans une
bonne & forte cornue, donnez-y le feu
par degrés de manière à faire rougir à
blancheur la cornue, que vous entretiendrez
ainsi pendant quatre heures. On
peut conserver l'eau forte qui passe dans
@

130 Oeuvres Posthumes

le récipient, ou ballon, pour tout autre
usage, par exemple, pour réduire votre
or en chaux, comme on le dira ci-après.
Au reste elle est inutile dans la présente
opération. Laissez refroidir la cornue;
prenez la matière, & l'exposez pendant
cinq jours & cinq nuits en un lieu couvert
& perméable à l'air, & point au
soleil ; faites-la dissoudre dans de l'eau
de pluie distillée; filtrez, évaporez, desséchez,
& calcinez comme ci-devant,
après avoir ajouté avant la calcination à
la matière desséchée, la moitié du poids
du même nitre que vous avez employé
dans l'opération précédente; réitérez encore
le tout cinq fois de la même manière,
exposant la matière à l'air après
chaque calcination, en sorte qu'en tout
il y ait sept calcinations précédées de dissolution,
filtration, dessiccation, & addition
de nitre. Il faut observer qu'à chaque
calcination, l'on diminue le poids
du nitre: par exemple, si à la première
calcination l'on a mis dix livres de nitre,
& à la seconde cinq, il ne faudra en mettre
que quatre livres à la troisième & trois
à la quatrième, deux à la cinquième,
une à la sixième, & point du tout à la
septième.
@

de M. de Grimaldy 131

ces sept calcinations étant faites, &
votre matière réduite en poudre fine,
vous aurez votre terre vitriolique dûment
préparée, & aimantée.
Votre aimant ainsi préparé, il faut
avoir un instrument de fer blanc comme
un entonnoir qu'il faut mettre à moitié
plein de votre aimant, & exposer à l'air
de la manière qui suit.
Il faut placer & accommoder votre entonnoir
de façon qu'il soit à l'abri des injures
du temps, & par conséquent de la
pluie, dans le temps des équinoxes, le
mettant, par exemple, à une fenêtre, le
col, ou tuyau, en dedans de la chambre.
Vous y adapterez un récipient que vous
luterez aux jointures; au bout d'un certain
temps on aura plus de deux pintes
d'esprit universel. Il faut distiller cet esprit
sept fois ayant soin à chaque distillation
d'en séparer l'eau insipide. Chaque
fois; il restera au fond du vaisseau une
terre inanimée qu'il faut calciner avec attention;
pour en extraire un sel plus
blanc que la neige, aussi transparent qu'un
cristal. L'ayant fait circuler dans un pélican
pendant un mois avec son propre
esprit, le dissolvant sera parfait. Vous le
@

132 Oeuvres Posthumes

garderez dans une bouteille de verre
bien bouchée pour vous en servir au besoin.
C'est avec ce dissolvant qu'on fait
l'or potable.
Prenez une once d'or en chaux; mettez-le
dans une cucurbite; faites trois
différentes lotions avec l'eau ou esprit
ci-dessus, laissant pendant vingt-quatre
heures chaque lotion pour emporter l'acrimonie
qu'il pourrait y avoir dans l'or,
à cause de sa réduction en chaux; ensuite
versez ces lotions par inclination & les
rejetez comme inutiles; distillez la quatrième
lotion au bain de sable, de cendre,
ou au bain marie, à un feu réglé,
& méthodique, il passera dans le récipient
une liqueur citrine qu'il faut conserver
précieusement dans une bouteille
de cristal. C'est un excellent remède,
qu'on peut appeler à juste titre Médecine
universel, nom que lui avait donné
M. de Grimaldy.

pict
@

de M. de Grimaldy 133

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C H A P I T R E VI.

Contenant les Vertus de tous les
remèdes ci-dessus décrits, leur
usage, & la manière de s'en
servir.

Vertus du Purgatif.

S Es vertus & principaux effets consistent
à fortifier souverainement la
nature. Il guérit aussi promptement
qu'on peut raisonnablement le souhaiter,
pour peu qu'il y ait de ressources
& de possibilité, & la guérison qu'il
procure est solide & assurée, particulièrement
pour toutes les maladies aiguës
avec complications, ou inflammations,
comme celles où il y a du venin, comme
fièvres malignes, pestilentielles, dépôts
internes, & bubons internes; les fluxions
de poitrine, les rhumes violents
avec fièvre & oppression, la petite vérole,
& la rougeole. Il est infaillible pour
les pleurésies, péri-pneumonies, squinanties,
érysipèles & fièvres intermittentes,
@

134 Oeuvres Posthumes

& quotidiennes. Il est immanquable pour
les dysenterie, flux de sang, dévoiement,
tenesme. Il arrête les hémorragies,
consolide & cicatrise les veines rompues
C'est un spécifique assuré pour la léthargie,
de l'apoplexie. Il guérit la colique
de quelque nature qu'elle soit, savoir
colique d'estomac, dangereuses indigestions,
coliques venteuses, bilieuses,
& néphrétiques, le choléra morbus, &
le miséréré. Il guérit le calcul, & la
rétention d'urine. Il est très-excellent
pour l'hydropisie & même celle de matrice.
Il guérit les pertes de sang causées
par sa trop grande coagulation, &, en
lui rendant sa fluidité, il rétablit les règles,
corrige leurs irrégularités, lesquelles
ne sont point un empêchement de le
prendre, quand quelque besoin le requiert.
Il guérit de même les fleurs blanches
des femmes , & fortifie les vaisseaux
spermatiques. On le donne hardiment
aux femmes enceintes dans le temps de
leur grossesse, devant & après l'accouchement.
Il facilite beaucoup, & prévient
tous les accidents dangereux qui
l'accompagnent, & le suivent. Il remédie
à la stérilité de l'un & de l'autre sexe,
@

de M. de Grimaldy 135

quand elle n'est causée que par accident.
Il fortifie les vaisseaux, il fait déclarer
les maladies secrètes, lorsque par certaines
dispositions du tempérament.
elles se conservent, & demeurent cachées
pendant plusieurs années; ce qui
est dangereux; car plus les symptômes
sont tardifs, plus les maladies deviennent
opiniâtres, & souvent incurables.
Il avance, & assure leur guérison, quand
il est joint aux spécifiques que donnent
ceux qui traitent ces maladies. Il soulage
les asthmatiques, & les phtisiques, &
en guérit beaucoup. Les pulmoniques
en reçoivent un grand soulagement, &
en sont même guéris par le secours de
l'huile de vie, si on y remédie assez-tôt.
Les maladies de l'estomac, les aigreurs,
la jaunisse, les pâles couleurs; les oppilations
du foie, n'y ont jamais résisté, &
les personnes de tout sexe sujettes aux
vapeurs en seront satisfaites. Il ouvre les
abcès internes sans nul accident, & les
fait vider par la voie la plus douce, & la
plus naturelle, selon les parties où ils
sont, c'est-à-dire, du poumon, du foie,
des reins, & même de la matrice. C'est
aussi un puissant vermifuge, qui, après
@

136 Oeuvres Posthumes

avoir tué les vers, même le solitaire, les
évacue par la voie la plus convenable à la
nature. Il résiste puissamment au venin,
& sert de contrepoison aux morsures des
animaux enragés, & venimeux, à la Ciguë,
au Napel, & à tous les poisons
coagulants. Il guérit les rhumatismes vagues,
& douleurs errantes, la plupart des
migraines, la fièvre lente, si elle ne procède
de la perte de quelque partie noble.
Il soulage les goutteux, & guérit même
la goutte naissante. Les paralytiques en reçoivent
beaucoup de secours. Si la paralysie
est nouvelle, on peut être sur de la guérison.
Le scorbut, les dartres, les clous
& toutes les maladies de la peau qui procèdent
d'un vice du sang; céderont à ce
remède, n'y en ayant point qui purifie
le sang aussi parfaitement que lui, en
ôtant toutes les aigreurs, & cela par les
qualités éminentes qu'il possède de fondre,
évacuer, calmer, & corriger.
Comme ce remède n'a rien de violent,
& que c'est la nature qui le détermine,
on ne doit pas se faire de scrupule, ni
sur le temps qu'on le prendrait de suite,
ni sur la dose plus ou moins forte. Enfin
il rend la nature maîtresse de tout ce
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de M. de Grimaldy 137

qui l'opprime, pourvu (comme on a dit)
qu'il y ait de la possibilité, c'est-à-dire,
que l'humide radical ne soit pas épuisé
par les débauches, les fréquentes saignées,
& les remèdes violents.
Il est nécessaire de remarquer qu'il
agit encore avec plus d'efficace, lorsqu'il
est secondé par l'Elixir, & l'huile de
vie, comme il sera dit ci-après en découvrant
leurs vertus.

Dose du Purgatif.

Pour les enfants depuis l'age de trois
mois jusqu'à un an, l'on donnera le
quart de la prise; depuis un an jusqu'à
trois le tiers; depuis six mois jusqu'à neuf
les deux tiers, & depuis neuf jusqu'à
l'âge décrépit, on donnera la dose entière,
qu'on peut donner aux tempéraments
les plus délicats. On ne prescrit ces
doses que pour se régler en général, &
à l'ordinaire; car il se trouve quelques
fois des personnes si difficiles à émouvoir,
qu'il leur en faut donner une prise
& demie, & même deux; mais il n'en
faut venir là que par degrés, & après
avoir éprouvé que la dose qui est de
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138 Oeuvres Posthumes

quarante grains, n'a pas fait l'effet qu'on
en attendait, laissant le tout à la prudence
du Médecin.

Manière de s'en servir, & régime
qu'il faut garder.

La veille on soupe légèrement, ne
mangeant rien de crû, ni d'indigeste.
Une heure & demie après on prend les
deux tiers d'Elixir, avec la moitié de
sirop de capillaire, le tout bien mêlé plein
une cuillerée à café, & on se couche
quelque temps après.
Le lendemain on prend du matin dans
le lit cette médecine démêlée avec une
cuillerée de sirop de capillaire, ou dans
trois cuillerées de bouillon, de thé, de
café, ou en bol, qu'on fait avec du sirop,
ou avec de la pomme cuite qu'on
enveloppe ensuite dans du pain à chanter,
ayant soin de ne rien perdre de la
dose. Mais de quelque façon qu'on le
prenne, il faut d'abord avaler un petit
bouillon par dessus, & à son défaut une
tasse de thé, de café, ou d'eau chaude,
avec un peu de sucre. Trois heures après
il faut prendre un bouillon. Si l'on est
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de M. de Grimaldy 139

sans fièvre, on peut se lever à midi. S'il
fait chaud, dîner le plus légèrement que
l'on pourra, & souper de même. Si l'on
est altéré pendant la journée, qu'il y ait
de la fièvre ou non, il ne faut pour toute
boisson que du vin, avec les deux tiers
d'eau ou environ. Il faut garder la chambre
tout le jour, & tenir chaudement,
& mettre une serviette chaude sur son
estomac, & sur le ventre; dès qu'on
aura avalé ce remède. Il faut prendre ce
purgatif de deux jours l'un jusqu'à guérison,
tant dans les maladies les plus sérieuses,
que dans les moindres. On doit
exclure toute nourriture solide, & ne
pas quitter le lit, pour peu qu'il y ait de
fièvre, ou de disposition à suer, particulièrement
l'hiver. Comme il arrive
souvent que ce remède fait encore son
effet le lendemain qu'on l'a pris, il sera à
propos de garder le lit. Les bouillons les
plus convenables aux malades qui prendront
ce purgatif, se feront avec le boeuf,
le mouton, & la volaille, sans veau ni
légumes, le veau étant une viande indigeste
qui coagule le sang, & l'empêche
de circuler. Si on est assoupi après avoir
pris la médecine, on peut dormir, sans
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140 Oeuvres Posthumes

craindre de troubler ses effets; au contraire
on doit suivre les mouvements de
la nature que ce remède règle parfaitement,
en remplissant toutes ses indications:
il s'agit seulement d'avoir attention
aux crises, surtout à la transpiration
sensible que le froid peut arrêter. Il ne
faut rien manger de tout ce qui peut
charger l'estomac, & aigrir le sang. Sur
la fin de la convalescence on peut manger
de la soupe, du bouilli, & du rôti,
& pour le dessert des compotes en petite
quantité, observant toujours de souper
légèrement, de ne pas trop boire de
vin, & d'y mettre les deux tiers d'eau,
ou au moins la moitié, de n'écouter aucune
passion, de ne point faire d'exercice
violent, ni aucun excès. Il faut se tenir
chaudement l'hiver, & l'été éviter le
serein; car ce remède, après ses opérations
sensibles, continuant d'agir pendant
quelque temps, par la transpiration
insensible, il y aurait à craindre que le
froid resserrant les pores, n'empêchât son
effet; ce qui pourrait causer une rechute,
ou quelque fâcheux accident dans la suite,
comme rhumatisme, &c.
Il faut bien remarquer qu'entre les différentes
@

de M. de Grimaldy 141

maladies, il s'en trouve qui sont
absolument incurables; mais pour peu
qu'il y ait de ressource, & que la nature
soit assez forte pour être rétablie par le
secours d'un bon remède, celui-ci agissant
peu à peu, & d'intelligence avec
elle, la fortifiera, & la remettra dans
son premier état, mais dans un tel cas,
il faut agir courageusement, & ne pas
oublier l'Elixir pour concourir à la fin
qu'on se propose; & il ne faudra pas se
borner à cinq ou six prises du purgatif,
il faut pour peu que l'on voie d'amendement,
continuer jusqu'à la guérison.
On a avertit qu'il y a des cas si extraordinaires
que les premières prises de ce remède
faisant toujours déclarer le mal, &
trouvant certaines dispositions dans un
malade, le rendent en apparence plus
mal qu'il n'était auparavant; mais on n'a
qu'à continuer le même remède, & on
verra infailliblement le malade soulagé,
& enfin guéri. Cela arrive lorsque les humeurs
acrimonieuses qui s'étaient amassées
en quantité, & qui étaient restées
dans l'inaction par le défaut de la faculté
expulsatrice, étant émues par ce remède,
& mises dans le mouvement convena-
@

142 Oeuvres Posthumes

ble pour être évacuées, se font sentir
avec plus de violence, pendant la fonte
que ce remède en fait, & alors la nature
par le secours qu'elle en reçoit, redouble
ses efforts pour se débarrasser au plutôt
d'une cause très-dangereuse, & souvent
mortelle. Un Médecin expérimenté,
& non prévenu, sent la valeur du remède
dans le cas que je viens d'expliquer,
mieux que dans toute autre occasion,
& même sans être Médecin, le bon
sens, & la raison, font juger que pour
évacuer les humeurs il faut nécessairement
les mettre en mouvement, & que
des humeurs d'une si mauvaise nature &
qualité, ne peuvent s'émouvoir sans se
faire sentir, n'étant pas absolument possible
à aucun remède de les corriger tout
à fait, à cause de leur quantité, & du
peu de temps que la nature donne lors de
l'évacuation; il doit donc suffire au malade
d'être assuré de la guérison, ayant
prévenu un accident mortel.
On fera encore attention à quelques
circonstances particulières de ce régime,
concernant la petite vérole. Au premier
avant-coureur de cette maladie, on donnera
dès le matin, pendant trois jours
@

de M. de Grimaldy 143

de suite, une prise de purgatif, & dans
la journée deux ou trois prises d'Elixir,
plus ou moins, selon le besoin, & les
défaillances que le malade pourrait avoir.
Le lendemain des trois prises on donnera
de bon matin dix gouttes de l'huile de
vie, deux heures après un bouillon, le
soir, vers les dix heures, encore une prise
ou deux d'Elixir dans la journée. On
continuera ainsi pendant neuf jours, &
enfin étant convalescent, on prendra encore
deux ou trois prises de purgatif, à
un jour d'intervalle, selon la proportion
de l'âge. On remarquera enfin que les
malades qui auront rendu quelque abcès,
ceux qui auront été guéris de la
gravelle, & de la rétention d'urine, seront
obligés de prendre encore pendant
cinq à six mois, de quinze en quinze
jours, une ou deux prises de purgatif.
Par ce moyen on pourra s'assurer d'avoir
détruit entièrement la cause de ces
maladies, d'avoir corrigé les défauts du
tempérament, & d'avoir rétabli parfaitement
les digestions.

pict
@

144 Oeuvres Posthumes

Effet du Purgatif.

Ce remède agit différemment, selon
les différents états du malade, & selon
l'exigence de la nature; quelquefois,
mais rarement, par la voie supérieure,
mais presque toujours par en bas, plus
ou moins, selon la quantité, ou la qualité
des humeurs; souvent par les urines,
les sueurs, les crachements, & par l'insensible
transpiration. Ses effets sont ordinairement
prompts, quoique trèsdoux;
ainsi il procure infailliblement la
guérison, à moins que le malade ne soit
inguérissable, car l'âge trop avancé, par
la grande faiblesse de la complexion, ou
par le défaut des principaux viscères.
Alors il n'y a point de remède, quelque
souverain qu'il puisse être, capable de rétablir
la nature absolument détruite; car
enfin, on le répète encore, il faut de la
possibilité. Il faut user du purgatif au
lieu d'autre médecine, en prenant des
eaux minérales; il n'y en a point au
monde qui convienne mieux pour les faire
passer, & il concourt efficacement à la
guérison de ceux qui les prennent.
@

de M. de Grimaldy 145

E L I X I R.

Ses Vertus, & son usage.

C'est un puissant corroboratif, & le
plus souverain de tous les cordiaux. Il
est très-agréable au goût, & à l'odorat;
il recrée les esprits, fortifie le cerveau
& le coeur, & les préserve des vapeurs
contagieuses; il aide la nature dans toutes
ses évacuations; il fait des progrès
dans tous les accidents les plus sérieux,
comme dans les attaques d'apoplexie,
paralysie. léthargie, évanouissement, &c.
Mais dans ces occasions il faudra recourir
au purgatif, d'abord qu'on aura repris
connaissance; il est propre aux estomacs
paresseux, & aux indigestions;
on continue d'en donner jusqu'à ce que
le malade soit un peu rétabli, proportionnant
toujours l'intervalle d'une prise
à l'autre, selon les cas & les besoins où
il se trouve; il seconde merveilleusement
le purgatif, surtout quand il y a du venin,
qu'il faut exciter des sueurs, & des crises;
& lorsque des mauvaises humeurs, agi-
@

146 Oeuvres Posthumes

tées, & disposées à s'évacuer, causent
les défaillances aux malades, & quelquefois
même des mouvements convulsifs;
c'est dans ce temps-là principalement qu'il
faut le donner, mêlé seulement avec le
tiers ou le quart de sirop de capillaires;
& si la défaillance continue, ou si elle
revient, il faut toujours avoir recours
à l'Elixir, jusqu'à ce que le malade soit
remis; mais pour l'ordinaire on doit le
donner le jour & le lendemain de la prise
du purgatif, à deux heures de distance
entre les bouillons; on en prendra deux
prises par jour, ou davantage, s'il est
à propos, c'est-à-dire, une cuillerée à
café chaque fois.
Il est bon d'avoir une petite bouteille
où il y ait parties égales d'Elixir, & de
bon sirop de capillaires qu'on aura soin
d'agiter assez pour le bien mêler. On
prend plein une cuiller à café de ce
mélange à chaque fois; mais il faut remarquer
que dans les attaques d'apoplexie,
léthargie, & évanouissements, il
faut d'abord donner l'Elixir tout pur, &
sans sirop, & aller jusqu'à trois ou quatre
prises, ou petites cuillerées dans une
@

de M. de Grimaldy 147

heure, s'il était nécessaire; c'est pourquoi
il est bon d'en avoir toujours de
deux façons.

Huile de Vie.

Ses vertus, & ses usages.

Cette Huile de vie, comme l'Elixir;
seconde le purgatif, principalement dans
les fièvres malignes, petite vérole, rougeole,
& généralement dans toutes les
maladies où il faut exciter les sueurs &
les urines. Elle est un grand spécifique
pour les pleurésies, & squinancies, en
mettant jusqu'à vingt gouttes de cette
huile sur le purgatif, dans la cuiller,
après l'avoir démêlée avec le sirop de
capillaires; ou bien si on aime mieux,
on fera une pâte du purgatif avec les
vingt gouttes d'huile de vie que l'on enveloppera
dans du pain à chanter, & un
bouillon par dessus. L'on frottera la gorge
bien chaudement de ladite huile dans
les squinancies, & le côté dans les pleurésies,
mettant un mouchoir bien chaud
autour de la gorge, & une serviette bien
@

148 Oeuvres Posthumes

chaude dans les pleurésies, & sur le ventre
dans les coliques, & on continuera
d'en donner quinze goutte soir & matin
les jours d'intervalle.
Elle est cordiale, pectorale, & céphalique.
Elle en très-propre aux léthargies,
& paralysies, au scorbut, aux vertiges,
& à la manie; elle excite les règles,
les modère quand elles sont trop
abondantes, & apaise les vapeurs hystériques.
Elle est efficace & souveraine aux
accouchements difficiles, & aux accidents
les plus sérieux des nouvelles accouchées,
comme certaines suppressions, coliques
violentes, vapeurs, & mouvements
convulsifs. Elle nettoie parfaitement
les reins & la vessie des glaires &
des graviers qui s'y forment par les impuretés
du sang, & fortifie les vaisseaux.
Elle est très-vulnéraire, & guérit tous
les accidents des chutes & des coups, des
contre-coups, résout & évacue tout le
sang extravasé. Elle est bonne aux maladies
vénériennes, très-bonne aux épileptiques
en la prenant au commencement
du paroxysme, & à tous les déclins
des lunes. C'est aussi un vermifuge
@

de M. de Grimaldy 149

très-assuré. La dose est depuis douze
gouttes jusqu'à vingt pour les grandes
personnes, & pour les enfants depuis trois
jusqu'à six. On fait chauffer trois cuillerées
de bon vinaigre, dans lequel on fait
fondre du sucre de la grandeur d'une petite
noix, on met dans une cuillerée de
ce vinaigre chaud & sucré, la dose prescrite
d'huile qu'on prend d'abord, & par
dessus le reste du vinaigre chaud & sucré,
on en prend pour l'ordinaire une
ou deux fois par jour, soir & matin.
Il faut bien remarquer de ne point donner
de cette huile aux femmes grosses
excepté dans le temps de leur accouchement
dans lequel elle est d'un grand secours,
leur en donnant vingt ou vingtcinq
gouttes dans du vin chaud, & sucré,
au lieu de vinaigre, dès que les
grandes tranchées leur prennent. Elle
aide aussi à celles dont les douleurs sont
trop lentes. Elle est aussi très-bonne
après l'accouchement, quand les suites
ont de la peine à s'évacuer.
Il ne faut pas la donner dans du vinaigre
à toutes les femmes sujettes aux vapeurs,
& aux maux de mère, parce que
@

150 Oeuvres Posthumes

les acides leur sont contraires, mais on
la leur donnera dans du vin chaud & sucré,
de même qu'avec le vinaigre. Il ne
faut point faire bouillir le vinaigre, ni
le vin avec ladite huile.
Cette huile de vie agit dans les maladies
contagieuses que nous avons désignées,
lorsqu'on s'en sert extérieurement.
Pour cet effet il faut en faire chauffer
un peu toute pure, dans une cuiller,
& en frotter la région du coeur, le nombril,
& les poignets. L'on en imbibe un
peu de coton, qu'on introduit dans le
nez, & dans les pleurésies on en frotte
souvent le côté.

Or Potable.

Ses vertus, & ses usages.

L'Or potable est un merveilleux mélange
des parties de certains corps les
plus balsamiques, chargées du soufre
de l'or, dissous radicalement du moins
autant qu'il peut l'être par l'art, sans le
mélange d'aucune chose corrosive. Ce
dernier remède sert à soutenir, & à relever
@

de M. de Grimaldy 151

souverainement les malades languissants,
surtout lorsqu'ils sont épuisés par
la longueur ou la rigueur des maladies. Il
avance, & assure davantage le succès
du purgatif, & en fortifiant l'évacuation,
il réveille en même-temps toutes les
forces du malade, & lui en procure de
nouvelles; on mêle la petite bouteille
avec six fois autant de sirop de capillaires.
La dose de ce mélange est plein
une petite cuiller à café. On le prend
dans le même cas que l'Elixir, & avant
que d'en prendre il faut toujours bien agiter
la bouteille.
Ces cinq remèdes renferment les propriétés
nécessaires pour remplir parfaitement
les vues de la nature, qui, par le
secours qu'elle en reçoit, combat & surmonte
les maladies les plus rebelles. Ils
sont inaltérables, & ne perdent jamais
rien de leurs vertus en quelque lieu qu'on
les porte, & quelque temps qu'on les
garde. Ils conviennent à tous les âges,
& à tous les tempéraments; on les peut
prendre à toute heure, & dans l'instant
même de la première attaque du
mal.
@

152 Oeuvres Posthumes

Il faut bien remarquer que ces remèdes
doivent être employés seuls, qu'ils
ne souffrent point le mélange d'aucun
autres remèdes, & que ce n'est qu'à cette
condition qu'on doit s'assurer de leurs
bons effets.

F I N.

pict
@

153

pict

D I S C O U R S

HERMETIQUE

SUR LA MATIERE
& sur le Dissolvant.

L'Auteur du Spectacle de la
Nature dans son Discours sur la
matière première, & de son Histoire
de la physique systématique, après
avoir rapporté succinctement les sentiments
d'Epicure, de Démocrite, d'Aristote,
de Gassendi, de Descartes, de
Newton & autres, très-embarrassé luimême
de prendre un parti, convient
néanmoins de plusieurs faits qui démontrent
d'autant plus la certitude de notre
système.
Nous ne devons les aveux qui lui sont
échappés malgré lui qu'à la force de
@

154 Discours hermétique.

vérité car il ne cesse de se déchaîner contre
l'Alchimie, il lance des traits satyriques
contre cette science qu'il n'entend
point.
Il a d'ailleurs un si grand nombre de
belles connaissances qu'il se doit croire
dédommagé de ce qu'il ignore & méprise.
L'on pourrait facilement le relever de
plusieurs négligences où il est tombé:
car lorsqu'il parle des minéraux, des métaux,
des eaux fortes, de la dissolution
de l'argent, de la décomposition de l'or,
il n'y entend rien. Ce qu'il y a de plus
surprenant, c'est qu'en certains endroits
de son discours, il dit vrai, sans le savoir:
il dit que » les Alchymistes sont
» admirables de chercher l'analyse de
» l'or, & de le réduire en ses principes
» pour le pousser jusqu'à la matière pre»
miere. » N'est-il pas admirable lui-même
de faire cette belle réflexion? » Il
» vaudroit autant, dit-il, analyser des
» fleurs au fourneau des Chymistes dans
» l'espérance de trouver en derniere dé»
composition, une fleur en général, au
» fond du récipient. Spect. nat. Ent. VIII
pag. 550. T. IV.
Il n'est pas possible de voir sans regret
@

Discours hermétique. 155

dans l'erreur un si grand homme:
l'Auteur du Spectacle de la Nature sait
tout, & ne sait point les effets surprenants,
& presque miraculeux de la palingénésie.

On a pour cet Auteur une estime si
grande qu'on craindrait de lui faire de la
peine, si lui montrait en détail les
bévues où il est tombé: au contraire on
est tout prêt à l'excuser.
En effet est-il possible que tous les
arts, & les sciences soient renfermées
dans une seule tête? Non, dans le grand
ouvrage que cet auteur a entrepris avec
tant de succès, il a fallu en quelque sorte
se servir du bien d'autrui, (ce qui rarement
prospère) il a fallu, dis-je, s'en
rapporter à certaines décisions, & à des
expériences imaginées, & supposées
avoir été faites; il a été trompé. Qu'il
lui suffise donc d'avoir mieux fait que
ceux qui l'ont précédé, ils ont échoué
parce qu'ils ont trop embrassé.
Voyons donc avant d'entrer en matière
& de lui exposer nos raisons de quelle
façon il conclut son raisonnement. Pour
le faire d'une manière qui ne puisse pas
être suspecte, nous allons nous servir de
ses propres termes.
@

156 Discours hermétique.

» Les Alchymistes pour se mettre en
» état de faire de l'or, & de préparer le
» restaurant qui empêche de mourir, ou
» du moins qui doit beaucoup allonger
» la vie, ont été obligés d'étudier le fond
» de la nature: ils ont cru trouver que le
» sel, le soufre, & le mercure, avec
» quelques autres ingrédiens sur lesquels
» ils ne sont pas encore d'accord, étaient
» & la vérité, les élémens immédiats des
» métaux, & de tous les corps, mais
» qu'il y avait réellement une matière
» première qui prenoit toute sorte de
» formes, comme tous les sages d'E»
gypte, & de Grece, & tous les Philo»
sophes de tous les âges l'assuroient;
» qu'ainsi il ne s'agissoit que de travail»
ler sur cette matière première, que de
» lui présenter différens moules, que de
» lui donner un certain tour pour avoir
» de l'or des pierreries, & l'Elixir vivi»
fiant. Ibid. pag. 544.
Continuons de l'entendre parler à son
élève. » Jusques ici, Monsieur, vous
» voyez un consentement parfait parmi
» toutes ces sectes de Philosophes sur le
» principal point. Ils en reviennent tous,
» quoique sous différens termes, à un
@

Discours hermétique. 157

» cahos de matières premières, & des
» parcelles innombrables qui ne sont ni
» or, ni argent, ni sel, ni germe, ni
» fruit, ni quoique ce soi de déterminé,
» mais qui serviront à tout composer par
» leur mélange, & en quoi tout se peut
» résoudre en dernier lieu. La seule dif»
férence que je trouve entre eux à cet
» égard, c'est que les Alchymistes sont
» beaucoup plus sensés que tous les au»
tres, & font un bien meilleur usage de
» la sagesse. Les Aristotéliciens, & les
» Corpusculistes, sont toujours prêts à
» s'égorger sur le plein, ou sur le vuide,
» sur la matière, & sur la forme, sur les
» principes des corps, & sur le dernier
» terme des décompositions, & tout
» cela sans fruit. Ibid.
Un tel raisonnement, de pareils aveux
ont-ils besoin de glose & de commentaire,
& ne sommes-nous pas en droit de
dire que c'est s'abuser gratuitement, à
tout le moins, dès que l'on est parvenu
jusques-là, que de convenir que toutes
les différentes sectes des Philosophes sont
en discorde, en fureur les uns contre les
autres, que les seuls Alchimistes sont
tranquilles, & d'accord entre eux, que
@

158 Discours hermétique.

la paix cette fidèle compagne de la vérité
y règne? Ne vaudrait-il pas autant
dire que ce sont les seuls qui ont raison,
& par conséquent les seuls vrais Philosophes.
Si cela est; pourquoi lancer contre
eux avec tant de colère, & de véhémence,
des traits de satyre & d'ironie,
& ne pas reconnaître au contraire que
la science hermétique est vraie; que si l'on
n'a pu parvenir à la savoir, ce n'est pas la
faute de la science, mais la nôtre, que
nous n'avons ni assez médité, ni assez travaillé,
en un mot que nous n'avons pas
assez fait pour en être dignes? Et surement
c'est s'égarer du droit chemin, que
de se déchaîner à tort & à travers contre
cette divine science.
En voila sans doute suffisamment pour
servir de réponse préliminaire à l'excellent
Auteur du Spectacle de la Nature:
tâchons présentement de lui exposer des
choses qui puissent le faire convenir que
c'est avec raison que nous sommes d'une
opinion contraire à lui à ce sujet, quelques
égards que nous ayons d'ailleurs pour lui.
Pour savoir de quelle matière les Philosophes
anciens se sont servis pour la
confection de leur pierre, il est nécessaire
@

Discours hermétique. 159

de connaître la nature en général & en
particulier, & de savoir comme elle travaille:
sans cela on ne peut arriver au
but qu'on se propose.
Mais pour bien entendre ce que c'est
que la nature générale & particulière,
il faut 1°. remarquer que rien n'agit au
monde que par elle, 2°. que c'est un esprit
invisible, caché dans tous les corps,
soit dans la matière universelle, soit en
chaque matière de tous les trois règnes;
3°. que les éléments sont la matière première
de laquelle toutes les choses du
monde sont faites, & que c'est cet esprit
qui fait mouvoir tous les corps, si bien
qu'il est universel dans l'universalité, spécifié
dans chaque chose déterminée; c'est
la semence, c'est l'âme du monde à laquelle
les quatre éléments, ou la matière
déterminée servent de vaisseau, c'est cette
précieuse matière, à laquelle les Philosophes
ont donné tant de noms; les
uns l'appellent leur mercure, les autres
l'esprit, ou la quintessence, les autres
l'agent universel, unique nature, feu naturel,
nature céleste, esprit de vie, lumière,
vertu intrinsèque, grand trésor,
influence des cieux.
@

160 Discours hermétique.

Il sera donc facile de comprendre par
ceci, ce que c'est que la matière & la forme;
que, par exemple, dans l'animal,
ce que l'on voit, n'est pas le véritable
animal, quand à ses actions génératives.
Elle nous montre comme elle travaille,
elle commence par la putréfaction pour
la conservation de l'espèce, & ensuite
tout son soin est de cuire, & digérer la
matière jusqu'à la perfection, laquelle
Dieu a limitée à la maturité de la semence
multiplicative & parfaite, & où la
nature a achevé son ouvrage, comme au
règne minéral dans l'or; car les autres
métaux ont trop tôt fini leur circulation,
& n'ont pas achevé le chemin qu'ils
avaient à faire, selon l'intention de la
nature; au règne végétal dans le grain
de bled mur, & à l'animal dans l'homme
à l'âge viril.
Mais il faut observer que toutes les
choses du monde sont engendrées par le
mâle, & la femelle; que les minéraux
n'étant point semés, ils sont faits d'un
mercure, ou eau minérale en puissance,
contenant corps, âme, & esprit, c'està-dire,
les trois principes qui sont un milieu,
entre les éléments, & la puissance
@

Discours hermétique. 161

métallique: & où l'humidité, & la froideur
de l'eau dominent, c'est la femelle;
où au contraire la chaleur, & sécheresse
du feu, ou soufre dominent, c'est le
mâle. Cette matière étant hermaphrodite,
se détermine par des coctions, & devient
sperme, qui est le principe: alors
ce qui est à la superficie vient au centre,
& ce qui est au centre, vient à la
superficie, & ainsi se forme le métal qui
est la fin.
Cette première humidité radicale est
l'arbre; l'espérance est la fleur, & le métal
le fruit. Toute la différence qu'il y a
du commencement à la fin, n'est autre
chose que crudité, détermination, &
maturité; c'est-à-dire, que la puissance
par décoction, se détermine, devient en
acte, & n'est qu'une même nature &
une même chose; aux végétaux, le
grain de blé est le mâle, & l'eau lui
sert de femelle; & aux animaux l'expérience
nous fait assez connaître quels
ils sont.
On pourrait objecter qu'il y a des
animaux qui sont engendrés dans les maisons,
& autres lieux, sans mâle ni femelle.
A cela il est aisé de répondre que
@

162 Discours hermétique.

l'air qui contient toutes choses en puissance,
se condensant, & se mêlant à
quelque matière qui lui sert de ferment
ou de levain, pourrit avec la chaleur
cette matière humide; & de-là s'engendrent
plusieurs sortes de vermines, &
insectes, la matière sert de femelle, &
l'air chaud de mâle.
Je dirai aussi que les minéraux, & les
végétaux ont également deux façons
d'agir dans leur génération; & que les
animaux en ont trois.
Le premier règne, & le second n'ont
que la circulation, & la végétation:
c'est pourquoi ils ont l'essence, & la
croissance; & les animaux en ont trois,
la circulation, la végétation, & la sensitive.
La circulation est pour la coction,
la végétation est pour la nourriture, &
la sensitive est pour les animaux, lesquels
ont le feu plus dégagé de la matière, &
qui donne plus qu'aux deux autres règnes.
Dans les minéraux la qualité de la
terre, surpasse les autres; dans les végétaux
c'est l'eau; & dans les animaux c'est
l'air aux plus grossiers, & le feu aux supérieurs
qui sont les hommes. Il y a lieu
de croire qu'après avoir ainsi parlé de
@

Discours hermétique. 163

la nature sans détours, ni énigmes, il est
de la connaître, & que l'on concevra
facilement ce discours.
On doit être aussi persuadé que les
quatre éléments sont un vaste océan d'où
sortent plusieurs ruisseaux, & rivières,
desquelles toutes les choses du monde
sont faites, ainsi qu'il a été dit.
» Toutes choses tirent leur origine de
» cette source, & rien ne naît en ce
» monde que de cette source universelle.
Cosmopolite.
Les minéraux en sont formés immédiatement
par l'intervention des trois
principes, & par l'action que les éléments
ont les uns sur les autres, & voici comme
ils s'engendrent.
Cet esprit universel étant excité par la
chaleur qui lui est interne, fait mouvoir
l'élément du feu qui de sa nature agit sur
l'air; de-là s'engendre le soufre; l'air
agissant sur l'eau, engendre le mercure;
& l'eau agissant sur la terre, engendre
le sel, qui sont les trois principes,
qui par après engendrent le sperme,
ou matière première des métaux: car
les métaux, & tous les autres règnes,
ont pour matière première, les quatre
éléments; & les trois principes. Les
@

164 Discours hermétique.

quatre éléments sont la matière éloignée,
& les trois principes sont la matière
prochaine. Mais il faut concevoir
qu'ils sont seulement première matière,
des premières matières; l'eau simple qui
contient les quatre éléments, & les trois
principes, sel, souffre, & mercure, sont
le mercure des mercures.
Il faut aussi savoir que d'abord que les
quatre qualités élémentaires sont altérées,
& qu'elles ont fait une démarche
hors de l'état de leur simple commixtion,
dès-lors ce sont les trois principes
universels; & par conséquent elles
ne sont plus appelées éléments, mais
bien substances élémentées, ou principes
généraux, formés par la nature pour
entrer dans les trois règnes. Plus l'eau
est raréfiée, plus elle est dégagée des
corps qui ne sont point de sa nature,
plus elle est simple, plus elle approche
de l'état de sa création, & lorsqu'elle se
convertit en air, elle commence à rentrer
dans l'abîme du néant dont elle est
sortie.
En cette raréfaction de l'eau, les quatre
éléments, ou pour mieux expliquer ce
système, les quatre premières qualités
qu'elle contient se trouvent confondues,
@

Discours hermétique. 165

& dans le repos, ainsi qu'au commencement
après leur création, dans l'humidité
qui doit être appelée humide radical,
puisqu'il est la racine de toutes les
humidités, & le mercure des mercures
dans lequel la nature commence à se
mouvoir, & à se loger.
C'est de cet humide radical que toutes
les parties essentielles de tous les mercures,
& de toutes les choses qui sont au
monde sont faites, & cette matière fait
croître, & nourrir tout ce qui a croissance,
& nourriture.
Touchant cette première partie générale,
je dis hardiment, que je ne fais
aucune différence entre toutes les eaux
que nous voyons dans la nature pour ce
qui est de la matière; toutes les eaux des
puits, des rivières, des fontaines, des
étangs, de la pluie & de la rosée sont
une même matière, & afin qu'on l'entende
mieux, il les faut considérer toutes
comme un corps homogène, & comme
la menstrue que la nature tient en différents
réservoirs pour s'en servir au besoin.
Cependant la rosée est préférable à
toute autre dans le travail par sa simplicité,
par sa pureté, & parce qu'elle est
@

166 Discours hermétique.

empreinte plus particulièrement, & comme
engrossée des vertus astrales, & des
influences célestes.
S'il se trouve dans ces eaux, ou trois
principes, quelques esprits acides, ou inflammables
ou quelqu'autre substance,
cela n'est plus simplement de l'eau, ou
trois principes de la nature des Philosophes,
mais bien une matière déterminée
qui s'engendre de cette double matière
par l'action des quatre premières qu'elle
contient, ou bien ce n'est qu'une eau
damnée qui n'est qu'excrément: donc tout
ce qui se trouve différent de l'eau simple
ou des trois principes est une chose spécifiée
qui n'est plus dans l'universalité indéterminée,
que les Philosophes considèrent,
car ils repassent, & remontent
jusqu'à la nature générale qui se plaît
au changement, & qui se délecte aussibien
à détruire qu'à composer; car après
avoir contribué à la génération, & à l'entretien
se tous les individus, elle travaille
elle-même à leur corruption pour
les ramener dans son sein, quoique chaque
forme particulière résiste à la corruption
de son composé, & se soutienne autant
qu'il lui est possible. Mais tous les
@

Discours hermétique. 167

corps élémentés étant sujets à cette vicissitude,
ils sont comme un ruisseau qui
retourne dans ce vaste océan, excepté
l'or, qui est le seul incorruptible par la
voie naturelle sans l'aide de l'art.
Ainsi avec le temps toutes les choses
élémentées, après la corruption, & destruction
de leur forme, se convertissent
en vapeurs ou en air, qui après se condense
en eau, pour derechef entrer en
une nouvelle génération.
Il faut faire grande attention à ceci:
hors de ces principes il n'y a plus de raisonnement
solide. Voici pour me faire
mieux entendre comme s'explique Gebert.
» Celui qui ignore les principes na»
turels de la Philosophie est bien éloi»
gne de la connoissance de notre art,
» n'ayant pas la vraie source sur quoi
» fonder son jugement, & appuyer ses
» sentimens. Gebert.
Toute la Philosophie consiste donc
dans la parfaite connaissance de cette
double racine, ou source des éléments:
dans ce miroir l'on voit toute la nature
à découvert.
» L'eau me paroît visiblement un mi-
@

168 Discours hermétique.

» roir dans lequel je considere toute la
» nature à découvert. Cosmopolite.
Il me semble que cela doit suffire
pour faire connaître que l'eau simple a
les trois principes de toutes choses,
qu'elle est une matière homogène, c'està-dire,
qu'elle n'a pas des parties dissemblables
à son tout.
Qu'elle contient les trois autres éléments
inséparablement; qu'elle ne doit
avoir d'autres qualités actuelles que d'être
froide & humide, qui sont proprement
celles du centre; & que les trois
principes en sont la quintessence.
Maintenant il n'y a autre chose à considérer
que la matière de l'eau qui est
bien véritablement le sperme du monde,
mais qui nous serait inutile s'il ne contenait
une semence générale, & universelle.
» Un esprit subtil & pénétrant, pour»
roit découvrir plusieurs miracles de la
» nature dans l'élément de l'eau, comme
» dans la semence mais il faudroit con»
sidérer cette semence dans le sujet ima»
giné, comme une semence qui reçoit
» ses forces par l'influence des astres.
» Cosmopolite.
@

Discours hermétique. 169

C'est-à-dire, une semence des astres
d'une certaine force, & vertu.
J'ai dit que toutes les eaux qui sont
ici bas comme dans divers réservoirs, &
celles qui viennent du ciel, sont bien une
même matière, & le menstrue du monde:
cependant il y a une différence, nonseulement
en ce que celles-ci sont plus
subtiles, & plus dégagées des substances
particulières spécifiées que les autres,
mais encore en ce qu'elles ont reçu dans
leur raréfaction les influences célestes selon
le plus, ou le moins; & cette vertu
astrale qui donne la vie à toutes choses,
fait principalement la différence des eaux,
car la plupart de celles qui demeurent ici
bas sont des eaux mortes, au respect de
celles qui sont élevées, & raréfiées par
la nature descendant du ciel.
» Le ciel, & les étoiles influent une
» vertu formative, parce que le ciel est
» le principe mouvant qui fait agir toute
» la nature: quand la pluie tombe du
» ciel, elle reçoit de l'air cette force de
» vie pour la communiquer. Raimond L.
Les eaux qui viennent du ciel, ayant
contracté quelque vertu, il faut considérer
les plus excellentes pour en pro-
fiter.
@

170 Discours hermétique.

Les pluies sont engendrées des vapeurs
grossières: mais l'eau céleste vient d'une
vapeur subtile, élevée dans un temps serein,
sans violence par les rayons du
soleil dans une saison tempérée, pour
être réduite & convertie en air, par la
prévoyance de la nature, afin qu'étant
dégagée de toutes les qualités étrangères
qu'elle pouvait avoir contractées ici
bas, elle soit capable de concevoir sans
contrariété dans cette raréfaction, toutes
les vertus astrales, principalement
celles du soleil, source de vie, qui lui
verse dans son plus profond, ses divines
influences; puis la nuit, mollement condensée
par la froideur de la lune, elle
s'abaisse insensiblement comme elle est
montée; enfin se ramassant en soi-même,
elle se présente à nos yeux imprégnée de
cette vertu astrale, invisible, qui est l'âme
du monde, & de l'esprit universel dont
le soleil est le père, & la lune la mère, &
l'air l'a portée dans son ventre.
Disons donc que l'eau est la matière,
cet esprit invisible, la forme.
» O nature, puissance créatrice de tou»
tes les natures, laquelle engendrée
» dans une nuée obscure, & née par la
» lumiere est la mere de tout! Trismég.
@

Discours hermétique. 171

Il sert aussi à remarquer qu'il n'appartient
qu'à Dieu, ou à la nature de créer.
» Quia Deus in natura, & natura
» in Déo est, parce que Dieu est dans la
» nature & la nature en Dieu; » & au
Philosophe de produire. C'est pourquoi
il ne peut pas des éléments, ou de leur
quintessence créer un homme, ou un
arbre, mais de multiplier la semence des
métaux lui est facile. Quant aux deux
premiers, l'expérience le prouve; quant
au minéral, il le peut, quand il connaît
parfaitement sa nature, c'est-à-dire, ce
qu'il peut faire, par son propre sel, soufre,
& mercure.
Il faut aussi croire que Dieu a créé les
animaux, végétaux, & minéraux de cette
première matière universelle qui a les
quatre éléments, & qu'il a formé, donné,
& mis en chaque chose spécifiée,
une semence particulière, afin que toutes
choses pussent produire leur semblable,
multiplier & étendre leur espèce
chacune dans la sienne.
Que cette divine puissance a fait toutes
choses différentes dans leur forme, car il
s'ensuivrait, si cela n'était pas, que d'une
chose on en pourrait faire une autre, &
@

172 Discours hermétique.

Dieu l'a fait afin que chaque chose engendre
son semblable.
Et si l'intention du Philosophe est de
faire de l'or, il faut chercher le règne
minéral, & prendre dans icelui pour base,
l'or même, puisque chaque chose engendre
son semblable, & qu'il est le
seul des métaux qui soit parfait, & en
cette qualité, rempli de semence multiplicative
qui est l'or vif, soufre, âme,
ou forme métallique: autrement il ne serait
pas parfait, ce qui ne lui peut être
dénié, puisqu'il est la plus noble créature
qui soit au monde, sans le mettre pourtant
en comparaison avec l'âme raisonnable,
qui vient de plus haut.
Il s'agit présentement de connaître
quelle est sa semence, & son dissolvant,
afin de les unir ensemble inséparablement,
d'un amour de mère, & de fils,
c'est-à-dire, par une dissolution naturelle,
& radicale, & réveiller cette âme, ou
cette semence qui est assoupie dans ce
corps sec & compact, où elle ne peut
mouvoir sans humidité étant comme
hébétée dans son corps, ce qui s'appelle
réincruder, par les Philosophes, ramener
le corps à la première matière, afin de
@

Discours hermétique. 173

pouvoir régénérer ce corps sec, par une
nouvelle addition de sa partie humide,
de laquelle humidité, & sécheresse qui
séparément sont deux choses étant unies
ensemble par la putréfaction, il s'engendrera
une matière plus digne que celle
que la nature avait formée en premier
lieu, laquelle n'avait à travailler que sur
une matière crue. C'est pourquoi elle
n'a pu faire que de l'or, lequel est plus
de six cens années à se former, & perfectionner
dans les entrailles de la terre:
étant remis & réuni par l'artiste avec
cette même matière, il s'en fait en imitant
la nature un or bien plus puissant,
& plus digne que la première.
» Il faut dissoudre pour purifier, &
» lorsque la corruption se fait, il en pa»
roît de l'amendement, & l'un & l'au»
tre est une marque & un effet de l'art.
» Trismegiste dit encore ailleurs; lors»
que la forme est changée, il commence
» d'êtrr ce qu'il n'étoit pas, & cesse
» d'être ce qu'il étoit auparavant.
Cependant il sera le même qu'il était
devant, & encore quand il parle de
la jonction des matières, il s'explique
ainsi.
@

174 Discours hermétique.

» O benite eau Pontique qui pouvez
» dissoudre les élémens, il faut donc qu'a»
vec cette eau nous possédions une for»
me pour la mêler avec notre matiere,
» afin d'en faire un dissolvant par la ver»
tu de cette eau, qui par la dissolution
» du composé, est la clé d'une restau»
ration, &c pour lors la mort, & la
» noirceur se retirent, & il en naît une
» matiere qui démontre la sagesse de l'art.
Ces paroles sont grandes, & sublimes,
cependant très-faciles à entendre
pour les enfants de cette sainte science,
& pour convaincre les prétendus savants,
les esprits forts, ou pour mieux
dire, leur enseigner cette première matière
qui est le dissolvant de l'Or, & qui
fait partie du grand secret. Qu'ils lisent
donc le grand Trismégiste, & qu'ils se
départent de cette présomption qui les
aveugle.
C'est toujours le grand Trismégiste
dont je vais employer les maximes:
» Considérez attentivement, & voyez
» si le levain, ou ferment de chaque
» chose n'est pas fait de la même, & de
» sa propre nature: remarquez que sa
» destruction fait son levain.
@

Discours hermétique. 175

Trévisan sur le même sujet. » Afin que
» vous puissiez comprendre ma pensée,
» écoutez avec toute votre attention:
» notre ouvrage se fait d'une seule raci»
ne, & des deux substances mercurielles
» crues, & prises du minéral pur & net,
» & jointes amiablement ensemble par
» le feu, & cuites à propos, ainsi que le
» requiert la matiere, jusqu'à ce que de
» deux, il ne s'en fasse qu'une, & que
» dans cette unité il ait par le mélange
» un corps, & un esprit qui ne fasse qu'un
» même corps.
Il est aisé de voir par là que le dissolvant,
& le dissoluble ne font qu'une même
chose en leur nature, mais différents
seulement en qualité de puissance &
acte, les métaux étant faits d'une seule
matière, & distants seulement du principe
à la fin.
Donc la réduction de l'or en sa première
matière, c'est-à-dire, en mercure,
de quoi il est fait immédiatement, est
nécessaire, & n'est qu'une résolution,
dénouement, & rétrogradation de sec
en humide, ou séparation de sa matière
congelée & unie en sa composition; par
laquelle séparation, les portes & les pri-
@

176 Discours hermétique.

sons sont ouvertes par l'entrée d'une nature
dans une autre.
» Nihil tam naturale est unum quodque
» eo genere dissolvi, quo ligatum est.
» Il est naturel que chaque chose sois
» dissoute par ce qui la tient liée & ren»
fermée.
C'est pourquoi les Philosophes ont dit
que l'or n'était autre chose qu'un mercure
mûr: mais dans le mercure crû,
c'est-à-dire, la terre, & l'eau qui sont
passifs, & les éléments actifs qui sont le
feu, & l'air, y sont seulement en puissance,
& ainsi par coction, & par une
due digestion, ils deviennent en acte,
& alors, le sperme se forme, duquel
l'or se fait, qui possède les quatre éléments
dans une égale proportion, au
fond duquel est le soufre mûr, & bien
digéré.
C'est pourquoi un artiste éclairé aide
la nature en administrant l'or mûr, &
bien digéré au mercure crû, qui par son
humidité, dissous l'or qui est sec.
Il est constant que tout corps sec cherche
son humide. L'or étant dissout &
ouvert, la semence, (c'est-à-dire son
soufre,) se glisse dans le ventre physique
@

Discours hermétique. 177

du mercure qui le cuit, & le digère;
de sorte que ces deux natures s'aident
l'une à l'autre, se dissolvant, & se congelant;
& l'eau les aidant tous deux, l'or
n'ayant plus d'âme, il meurt, la matière
cuisant l'humide, se dessèche; le soufre
rentre dans son corps, il ressuscite, devient
glorieux, & la composition, c'està-dire,
l'élixir se fait des mercures cuits
& crûs par une convenable chaleur, se
fait la putréfaction, qui n'est autre chose
que la corruption des deux matières, &
d'abord que la forme est détruite, dans
l'instant la nature en introduit une autre
plus noble & plus digne, plus subtile &
meilleure que celle que la nature avait
introduite en premier lieu; & réitérant
par nouvelle union chaque fois qu'on dissout,
pourrit & congèle, elle se multiplie,
& s'avance en vertu, & acquiert
toujours une plus haute qualité qui peut
aller à l'infini, & à la putréfaction, &
faction de la matière pourrie, car par la
putréfaction toutes choses se purifient,
& se congèlent, & il se fait fraction entre
le puant & le monde, du corps même
du pourri, la coction se fait immédiatement,
& se multiplie en son semblable,
@

178 Discours hermétique.

comme il paraît au grain de blé qui
après qu'il a demeuré quelques jours dans
la terre sous la chaleur & l'humide, s'enfle,
& puant s'évanouit, & vient à
néant; & du monde, il en vient une multiplication
par quantité de grains. Il est
donc nécessaire que nous pourrissions dans
notre oeuvre, pour du monde en faire une
multiplication de qualité, exaltation,
subtilisation & vertu, par les nouveaux
recouvrements, & nouvelles émissions
de semence, nouvelles additions d'humide,
& nouvelles actions que nous faisons
faire à la nature par jonction, administration,
& aide. Ainsi par la coction
imitant la nature qui d'une seule
chose en fait deux, l'article de deux
n'en doit faire qu'une qui sera meilleure
que la première, puisque la nature n'a
travaillé que sur une simple matière toute
crue, & que l'artiste l'aide d'une autre
qui est elle-même, mais cuite, & bien
digérée, par conséquent plus forte.
Mais pour faire taire ceux qui veulent
prendre un autre dissolvant que celui qui
se trouve dans l'universalité, on est en
droit de leur demander si ce n'est pas
l'or qui est le levain, & la base de cet
@

Discours hermétique. 179

ouvrage divin, s'il n'est pas hermaphrodite,
s'il n'en engendre d'une seule matière
homogène, s'il ne faut pas les réduire
en sa première matière, ne pouvant
le multiplier sans rétrograder, parce qu'il
n'a aucune partie dissemblable qui puisse
être séparée de son tout, & pour cet
effet, s'il ne faut pas le dissoudre radicalement,
c'est-à-dire par sa racine, ils
sont obligés de demeurer d'accord de
tous ces principes. L'or donc ne se peut
réduire que par lui-même, pour les raisons
susdites, il faut donc joindre le commencement
& la fin, c'est-à-dire, l'humide
avec le sec, la mère avec le fils;
car par la coction dans les entrailles de la
terre, cette mère humide sans addition,
en devenue elle-même son enfant sec,
parce qu'elle est cause, & non principe,
eu égard à son sperme, quoique c'en soit
un, eu égard à la fin, qui est l'or, &
l'enfant avant cette coction était sa mère.
» Ma mère m'a engendré, mais je
» suis plus vieux que ma mère, je suis le
» même que j'ai été, mais mes âges
» sont différents, de mon commencement,
» j'ai été adolescent, & je commence à
» être vieux, mais je suis toujours le
@

180 Discours hermétique.

» même que j'ai été. Cosmopolite.
C'est cette jonction très-étroite des
matières qui s'embrassent très-tendrement,
qui fait & forme un amour inséparable
dans notre dissolution unique,
puisque ce n'est qu'une même chose, seulement
différente en qualité, mais de même
nature en action & passion.
Et pour faire une très-prochaine comparaison
sur la Sainte Trinité, Dieu le
Père a engendré son fils, il est certain
que le Fils alius est quam Pater, sed
non aliud, c'est-à-dire, autre personne
distincte que son Père, mais non pas autre
nature: ainsi l'or sicum, c'est-à-dire,
l'or est aliud quam or humidum qui id
genuit, sed non est aliud, c'est-à-dire, l'or
est autre chose que le mercure qui est son
principe qui l'a engendré, mais n'est pas
d'une autre nature; & tout ainsi que le
Saint Esprit procède du Père & du Fils,
de même en est de l'amour qui procède
du mercure & de l'or: ainsi ces trois choses
ne sont qu'une même essence, & si
l'on voit que dans le grand arcane, l'or
vaut mieux que l'eau minérale en puissance,
& que la pierre est plus précieuse
que l'or, par conséquent on peut admettre
@

Discours hermétique. 181

cette comparaison, quoiqu'éloignée, &
non semblable, je l'avoue, la chose que
nous mettrons en comparaison étant une
chose créée, & Dieu un esprit incréé,
mais on peut en quelque sorte raisonner
de l'un comme de l'autre, à cause de
cette unité trine, puisque dans l'oeuvre
il se trouve trinité, principe, génération,
& procession.
» D'une chose il s'en fait deux, & de
» deux il s'en fait une troisième. L'u»
nité engendre une unité, & se repliant
» dans elle-même, elle engendre l'amour.
Cosmopolite.
Et comme Dieu a envoyé son Fils
pour le salut des hommes, qui a pris chair
humaine dans les entrailles de la Sainte
Vierge, & par son moyen le péché originel,
& tous autres sont effacés; qu'il
est mort, & ressuscité, & qu'il a envoyé
son Esprit procédant de lui; de même
par la pure libéralité de Dieu pour la
santé des hommes, il a ordonné au soleil,
source de vie, d'envoyer son Fils
unique, qui est l'or, qui a pris matière
dans les entrailles de la terre, puis dans
notre oeuvre il meurt par la putréfaction,
il ressuscite par la génération, & de deux,
c'est-à-dire, du principe & de la fin, il
@

182 Discours hermétique.

en résulte ce corps spirituel & glorieux,
plein de vie, d'amour, & de feu, qui est
la pierre, laquelle chasse & expulse toutes
les impuretés des corps, & les tient
dans un équilibre si égal par une analytique
proportion des qualités, qu'il en impossible
même de mourir naturellement,
si la volonté du Seigneur tout-puissant
n'y était contraire.
C'est le levain universel qui égalise &
rectifie toutes choses; par sa composition
tempérée.
Il y avait une si parfaite connexion,
& concordance dans le corps de notre
Seigneur Jésus Christ des éléments, tant
à cause qu'il était impeccable, qu'à cause
de l'admirable union de l'essence divine
à la nature humaine, qu'il ne serait
jamais mort de sa mort naturelle s'il
n'eût désiré la subir pour le salut des
hommes: de même il y a une telle harmonie,
& égalité des éléments dans le
corps de l'or, à cause de la grande union
que les principes ont entre eux par la
subtilité, & rareté des parties, & par
l'égalité de la chaleur naturelle qui l'a
cuite, & digérée dans les entrailles de
la terre selon l'existence de sa nature, &
autant que la matière l'a requis, qu'il
@

Discours hermétique. 183

rien d'impur dans lui, ayant cette
prérogative sur toutes les autres choses.
C'est le Roi, & le premier des astres
qui ne peut être corrompu par la terre,
ni endommagé par le feu, ni souffrir altération
par l'eau, ni diminution par
l'air, parce qu'il est d'une complexion
tempérée, & que sa nature est tellement
proportionnée du chaud, & du froid,
du sec & de l'humide, qu'il n'y a en
lui ni de plus, ni de moins.
Revenons à notre dissolvant, & disons
que si l'or se trouve dans la mine,
étant la fin de la nature minérale, il faut
que son commencement y soit, puisque
c'est sur ce principe que la nature commence,
& finit tout ensemble, il ne faut
pas croire qu'il agisse, & prenne matière
ailleurs que dans la mine; Or avouons
qu'elle commence là, où elle finit, il
faut donc croire que le dissolvant, & le
dissoluble sont au même endroit, sont
une même chose, une même matière,
& par conséquent c'est dans la mine où
sont l'un & l'autre.
Mais les Philosophes aveuglés ne
voient pas que les Sages leur parlent des
quatre éléments, parce que toutes choses
@

184 Discours hermétique.

en sont faites, & que si les pauvres en
ont autant que les riches, il est encore
vrai que cette première matière se trouve
dans les mines & dans l'air, & sur la
terre, & se donne aux uns comme aux
autres, mais il la faut connaître.
Après avoir parlé suffisamment de la
matière première, & du dissolvant qui
sont les choses de la plus grande conséquence,
nous allons donner une idée de
l'ouvrage. Il faut unir les deux matières,
les cuire, les congeler à l'imitation de
cette très- puissante mère, qui fournira
pour lors le fruit qui est la pierre si désirée:
car l'ouvrage de sa nature est un
ouvrage d'intelligence qui ne peut le
tromper.
Cette première est la racine, le sperme,
la fleur, en un mot le principe déterminé,
ou matière première de l'or, &
matière seconde, eu égard aux éléments,
ou leur quintessence qui les précède, qui
est la matière première du monde, dont
cette fleur est un médium entre la matière
universelle, & les métaux.
La source, & l'origine de l'or c'est le
mercure, & l'eau en est la maison du mercure,
dit le Cosmopolite.
@

Discours hermétique. 185

Et comme notre eau pontique est la
femelle, étant froide, humide, & crue,
& que l'or qui est mâle, est terre, chaud,
sec, & cuit, il se fait un médium par la
jonction naturelle qui devient chaud,
froid, sec, & humide, les uns ne dominant
plus sur les autres: car le froid &
humide dominant en l'eau dans laquelle
le chaud & le sec sont cachés potentiellement;
& dans l'or, le chaud & sec
dominant, malgré le froid, & l'humide
qui en sont les contraires actuellement,
& tellement que l'eau physique, & sa terre
minérale qui est le corps de l'or, étant
joints ensemble par une dissolution, &
liaison radicale, se sont prêté l'un à l'autre
leurs qualités, si bien qu'en cet état, cette
matière métallique double s'appelle matière
prochaine de la P. Car dans cette
dissolution, l'eau dissout la terre dans
laquelle le feu habite, & la terre coagule
l'eau, dans laquelle l'air est logé; de sorte
que le feu, & la terre qui sont en puissance
dans l'eau, deviennent en acte par le
moyen des deux mêmes qualités qui sont
dans la terre, & par ce moyen toutes les
qualités tant en acte qu'en puissance qui
sont en ces deux matières unies, ne sont
@

186 Discours hermétique.

qu'une même chose, étant même nature
par même opération, car la dissolution
ne se peut faire que la coagulation ne
se fasse, & en imitant la nature qui au
commencement n'avait qu'une simple
matière crue, aussi n'a-t-elle pu faire que
de l'or, il faut donc cuire la matière indiquée
qui est double, & de même nature,
en ajoutant à cette eau céleste crue
sa terre vierge, & eau congelée, afin que
le mûr aide le cru, & que par ce nouveau
mouvement la vertu s'augmente,
aussi fait-on un or glorieux, qui surpasse
le premier en qualité par son exubérante
teinture, laquelle est le véritable or potable,
l'élixir des philosophes, & la pierre
tant vantée par les Sages, qui s'appelle
l'or vif, fils unique & légitime du soleil,
première cause efficiente de toutes
les générations, concourant avec tous
les agents particuliers, c'est-à-dire, avec
tous les mâles, qui cuit toutes les semences,
& agit avec tous les ferments
pour la production de leurs semblables,
ainsi toutes les choses engendrées ont
deux pères.
Sol & homo generant hominem. Le
soleil & l'homme engendrent l'homme;
@

Discours hermétique. 187

mais l'or le plus parfait de tous les composés,
ne reconnaît point d'autre père
que le soleil, c'est lui qui l'a engendré;
il coopère bien avec toutes les puissances
du monde, qui produisent leur semblable,
mais ici de sa seule puissance infinie,
il produit un autre soi-même,
aussi est-ce dans l'or seul que son image
est empreinte, l'or est donc le fils unique
du soleil, & en porte le nom à juste titre,
puisque son corps quoique très-solide,
n'a eu pour principe & matière, que l'air,
puisque sa forme vient immédiatement de
ce Monarque de l'univers, Roi des astres.
» Son père est le soleil, & l'air l'a porté
» dans son ventre.
Il est vrai que l'esprit universel est
enclos dans toutes les choses du monde:
mais aussi dès qu'il a pris le caractère des
différentes espèces qui sont dans la nature,
& qu'il s'est revêtu de leur livrée par
la vertu des semences, ou ferments particuliers,
il est obligé de suivre leurs inclinations
bonnes, ou mauvaises, & partout
ailleurs que dans l'eau simple trois
principes, première matière minérale, or,
& pierre, il est déchu de son droit de
souveraineté, & restreint dans une servi-
@

188 Discours hermétique.

tude de vassal qui n'a qu'un pouvoir limité,
& de peu d'efficace, quoique l'art y
puisse apporter du sien.
Mais quand cette âme du monde se
détermine par son propre mouvement,
quand cette lumière de vie s'épaissit de
soi-même, quand cet esprit universel
se spécifie par sa vertu singulière, ainsi
qu'il fait dans le corps de l'or, ou pierre,
il ne perd pas pour cela la qualité de grand
Maître de l'univers, & retient toujours
le caractère, & le pouvoir de son père,
imprimé sur le front. L'or doit prendre
la place du soleil, ayant & portant toute
la puissance de son père dans la terre;
or le père a donné tout son pouvoir à
son fils, & le fils est notre soleil dans lequel
est notre âme, & non dans autre
chose.
C'est pourquoi Raymond Lulle dit
de prendre de la terre fécondée du soleil
qui est la matière où l'or est caché. Respectez
donc sa nature, ayant connaissance
de sa vertu après l'avoir trouvée, où
cette pierre si précieuse est cachée, considérez-la
comme un très-grand secret,
& comme un trésor enchanté.
Cette âme qui est cachée, & trèsétroitement
@

Discours hermétique. 189

enfermé dans l'or vulgaire,
est la pierre tant vantée des Philosophes,
laquelle ne peut se trouver nulle part, &
quoique les métaux, les minéraux, &
les pierres précieuses, & la plupart des
mixtes soient engendrés dans la terre,
par la même vertu astrale qui a formé
l'or, ce ne sont néanmoins que des avortons,
& des monstres, qui n'approchent
en aucune manière de la perfection, d'autant
que dans l'or, il y a un pur écoulement
de cette source de lumière, & un
assemblage, & un comble sincère de toutes
les vertus astrales; & pour multiplier
cette vertu, il faut continuer par nouvelles
réitérations, & nouveaux mouvements,
qui par conséquent augmentent
cette digne qualité, & ainsi continuer à
ouvrir, & fermer, dissoudre, & resserrer.
Je ne parlerai point dans ce discours
de la terre damnée, ou condamnée qui
ne vaut rien, qui se trouve inhérente
dans toutes choses, excepté dans l'or,
& qui empêche la dissolution; je ne
parlerai point non plus du poids de nature,
du feu ni du fourneau, parce que
ce sont des choses qui ne se disent jamais
par écrit, à moins que ce ne soit de bou-
@

190 Discours hermétique.

che à un véritable ami, dont on connaisse
la pureté de ses moeurs, & qu'on sache
capable de garder le silence.
Pour ne rien dire que de vrai dans ce
discours, j'ai suivi exactement les sentiments
des Philosophes hermétiques, j'ai
rapporté même scrupuleusement leurs
propres termes; par conséquent j'ai été
assujetti de me servir de leurs expressions,
& façons de parler particulières, ce qui
pourrait servir de sujet à quelque critique
de mauvaise humeur de se plaindre:
je veux bien lui expliquer plus clairement
autant qu'il me sera possible, les
endroits qui peuvent paraître obscurs.
Voici donc comme je crois que la nature
travaille en général, & en particulier.
Par la nature, j'entends un esprit
universel qui anime la matière selon qu'il
la trouve disposée, & par la matière,
j'entends un composé des quatre éléments
dont tous les corps sont faits.
Cet esprit universel a eu autant de
noms qu'il y a d'Auteurs qui en ont
écrit: mais il suffit que l'on convienne
qu'on ne peut trop louer cette âme du
monde, cette source de vie, ce feu invisible
qui meut toutes les choses visibles.
@

Discours hermétique. 191

Les quatre éléments considérés comme
ne faisant qu'un corps, c'est ce qu'on
appelle la matière universelle non déterminée:
mais du moment que la moindre
partie de l'un se joint aux autres,
l'esprit universel spécifie cette partie des
éléments, suivant qu'il l'a trouvée disposée;
& cette partie, ainsi déterminée,
l'esprit universel l'amene par degrés à sa
perfection. Que si cette matière est d'une
spécification qui ne puisse subsister longtemps
dans la perfection & maturité, le
même esprit universel le ramene par les
mêmes voies jusqu'à ce qu'elle soit toute
décomposée: elle rentre dans la masse
indéterminée des éléments, & l'esprit qui
était déterminé à cette spécification particulière
après en être dégagé, est comme
auparavant esprit universel.
De tous les corps que l'esprit universel
tâche de conserver dans l'état de perfection
où il les met, on peut dire qu'il
ne réussit qu'à l'or: car tout ce qui est
(excepté l'or,) a sa décadence, comme
son accroissement. Puis donc que l'or est
le plus parfait, & celui qui résiste le
mieux à l'empire des temps, aussi c'est
de lui seul dont je veux parler.
@

192 Discours hermétique.

Entre les corps simples des quatre éléments,
& le métal parfait, je m'imagine
un milieu qui consiste en une humidité
& une subtile fraîcheur, qui est comme
une femelle, à qui le feu tient lieu de
mâle, & comme dans le commencement
les natures sont confuses, & peu distinctes,
il y en a qui ont dit que cette matière
était hermaphrodite. Pour moi je
considère cette légère humidité imprégnée
de l'esprit minéral comme une fleur
qui produit son fruit dans son temps, ou
comme une chose crue qui se mûrit, &
se perfectionne.
Je sais que dans la génération des végétaux,
des animaux, il faut qu'il y ait
beaucoup plus de choses qui concourent,
que dans la génération des minéraux:
du moment que l'esprit universel
s'est déterminé dans cette humidité métallique,
il n'use plus de circulation pour
l'amener à la maturité.
Si l'on me demande ce que c'est que
cette première humidité métallique, je dirai
que c'est un composé d'une terre trèssubtile,
& d'une eau fort raréfiée, & d'un
air très-épuré, rempli d'influences, animé
par un feu invisible, qui tient lieu à
@

Discours hermétique. 193

ce composé d'humide radical, qui donne
vie à ce sel, à ce soufre, & à ce mercure,
Pour me faire mieux entendre, je dirai
comme je crois, que la première action
des éléments se fait dans l'eau, &
que tous les corps se réduisent en eau
pour rentrer dans l'abîme de la matière
universelle dont ils sont sortis, si bien
que tout consiste dans le flux, & reflux,
dans la vicissitude de la génération &
de la corruption, & que ce sont des miroirs,
où l'on voit la victoire à découvert.
J'ai dit qu'un feu invisible se joint à
cette eau: voici comme cela se fait. Lorsque
les éléments sont dégagés d'un corps
où ils avaient été spécifiés, & que la
plus subtile partie s'élève en vapeurs
dans un temps serein, cette vapeur se raréfie
à mesure qu'elle s'élève en l'air, &
acquiert à l'aide des rayons du soleil un si
grand degré de continuité, & de pureté,
que les influences célestes qui l'environnent
s'y joignent intimement. Mais de
la même manière que le soleil en raréfiant
cette vapeur, l'a rendue susceptible
des influences du ciel, la nuit qui survient
commence à condenser les vapeurs
par sa fraîcheur; &, comme cette
@

194 Discours hermétique.

condensation leur donne plus de poids,
ce poids les porte en bas, & plus elles
entrent dans un air grossier & impur,
plus cet esprit & ce corps épuré
se resserrent en eux-mêmes, ce qui a fait
dire à quelques Philosophes, que cet embryon
avait le soleil pour père, & la lune
pour mère, & que le vent l'avait porté
dans son ventre.
Or il ne faut pas s'imaginer que les
vapeurs ainsi imprégnées, se spécifient
toutes sur la même superficie de la terre:
une partie s'enfonce jusques dans la
terre, & produit là des choses plus riantes,
plus précieuses & plus durables
que ce qui s'engendre sur la terre.
Comme l'esprit de l'homme n'a point
de bornes, après avoir acquis cette connaissance,
il a cru pouvoir aider la nature,
& lui ôter les obstacles qui lui empêchent
d'amener les métaux à leur perfection,
si toutefois on peut nommer
obstacles ce qui est un grand avantage
dans le monde; car sans ces obstacles;
nous n'aurions ni fer, ni cuivre, ni étain,
ni plomb, ni argent, ni mercure, au
lieu que ce ruisseau métallique étant arrêté
en plusieurs & divers endroits dans
@

Discours hermétique. 195

en cours, nous fournit mille commodités
préférables à l'or.
Pour qu'un Philosophe aide à la nature,
il faut qu'il soit persuadé qu'elle
renferme dans toutes les choses spécifiées
une semence spécifique, pour produire,
& perpétuer son espèce, afin que par cet
abrégé toutes choses aillent plus promptement
de leur commencement à leur
perfection.
Or les Philosophes pour seconder l'intention
de la nature, qui est d'approcher
le commencement de la fin, & perfection,
ont fait leur essai sur les métaux,
qui de toutes les productions de la nature
est la plus simple; ils ont pour cet
effet étudié la nature de l'or, afin de
porter le métal parfait à produire son
semblable; & comme ils ont reconnu
que ce n'est pas un phénix qui se peut
perpétuer de soi même, ils lui ont cherché
une femme qui lui convînt, qui le
réveillât, qui le mût, & qui l'engageât
à coopérer à la multiplication de son espèce.
Après avoir long-temps cherché, ils
n'ont point trouvé de femme qui convînt
mieux à l'or que sa mère: elle seule a le
pouvoir de le faire rétrograder, & le ra-
@

196 Discours hermétique.

mener dans son sein,& dans l'état de sa
plus tendre jeunesse, & de convertir sa
sécheresse en humidité; car il se fond
dans les entrailles, & dans les embrassements
de sa mère, qui est composée
d'une humidité unie & permanente, capable
d'amollir son coeur, c'est-à-dire,
sa sécheresse, & sa dureté.
Or quoique le sec, & l'humide soient
fort opposées dans ce mariage, néanmoins
l'alliance n'en est pas moins étroite, &
indissoluble, la terre quoique renfermant
le feu, est dissoute par l'eau, & quoique
l'eau contienne l'air, il est congelé
par la terre; car la dissolution ne peut
se faire, que la coagulation ne se fasse,
Ainsi de cet or humide, on en fait un or
glorieux, qui vaut dix fois mieux que
son père, & si vous voulez qu'il vaille
cent fois, & dix mille fois mieux encore,
continuez de donner la mère à
l'enfant, & à force d'ouvrir, & de fermer,
de coaguler, & de dissoudre, vous
multiplierez son mérite à l'infini.
Souvenez-vous que pour avoir les
surprenants effets de ce dissolvant, & de
ce dissoluble pour bien joindre le commencement,
& la fin; souvenez-vous,
@

Discours hermétique. 197

dis-je, qu'où la nature commence ces
sortes d'ouvrages, elle les y achève, &
qu'ainsi le dissolvant, & le dissoluble
sont au même endroit, puisque ce n'est
qu'une même chose, & par conséquent
ce n'est que dans les mines qu'ils se trouvent
tous, ce qui en général, & commun
à tous les mortels; bien entendu
que ceci en dit des éléments, ou de cette
première matière qui est dans les mines.

pict
@

198

pict

R E P O N S E

A LA LETTRE DE M. D.
Ami de l'auteur.


MONSIEUR,

I L faut que vous soyez autant de mes
amis que vous l'êtes, & que vous ayez
un génie bien supérieur au mien pour
m'engager à faire ce que vous me demander.
Inconnu comme je suis, a
comme je veux l'être, tout ce que vous
ne marquez que l'Auteur du Spectacle
de la nature critique ouvertement dans
mon écrit qui est entre les mains de
l'imprimeur, & ce que l'on reprend
dans mon système dans les points que
je suppose, ou que j'établis, ne peuvent
me toucher que très-faiblement: si j'y
@

Réponse. 199

suis sensible, ce n'est que parce que d'un
côté, on parle contre la vérité qui nous
doit toujours être chère & respectable,
& que de l'autre celui qui est ainsi prévenu
est un Auteur d'ailleurs si estimable,
que je le regarde presque comme
un autre Salomon, qui connaît depuis
le Cèdre du Liban jusqu'à l'hysope;
& qu'on ne saurait assez le louer d'avoir
répandu à pleines mains dans son
ouvrage tant de sublimes connaissances,
& de véritables beautés, soutenues par
un style noble, & une morale pure; ouvrage
qui fait honneur à notre siècle, &
que surement on ne cessera jamais de
lire avec plaisir & utilité.
Cet auteur cependant tel que je viens
de le dépeindre, n'a pas jugé à propos
de mettre à profit ses grandes lumières:
il s'est laissé entraîner par le torrent,
par conséquent il chancelle, s'égare, en
ce qu'il fronde & se déchaîne mal à propos
contre la chimie & ses sectateurs.
Qu'il m permette de lui répondre,
& de me servir de ses propres termes
contre lui-même, dans les leçons qu'il
nous a données: il dit fort élégamment
qu'on ne risque jamais à faire des expé-
@

200 Réponse.

riences, mais que ce n'est pas la méthode
ordinaire, qu'on commence à condamner
tout ce qu'on n'a point coutume de
pratiquer, & nous supposons presque
toujours que ce que nous faisons, est la
règle de ce qu'on doit faire. Spect. nat.
Ent. 12. pag. 298.
J'applique cette maxime au commun
des hommes. Pour faire les beaux esprits,
ils montrent une parfaite ignorance,
n'argumentent que par sophismes,
en supposant ce dont il n'est pas question,
veulent se donner pour Philosophes, &
ils font voir que bien loin se savoir la
vraie physique, ils n'en ont pas seulement
les premiers principes, & qu'ils ne
savent pas même ce que c'est que la doctrine
des Philosophes, ni de quoi il s'agit
entre eux.
L'on croit être bien habile, & l'on
acquiert la réputation de savants dans le
monde, parce qu'on fait imprimer un
ouvrage en plusieurs volumes; que ce livre
a de la vogue: on y annonce la découverte
générale & particulière de la
nature, on y raisonne sur tout ce que
l'on fait qu'elle renferme, le public le
croit de bonne foi, & malheureusement
l'on n'y découvre que les traits faibles
@

Réponse. 201

& légers qui sont répandus sur l'écorce
des productions de cette mère nature.
L'on croit avoir découvert sa face, &
l'on ne lui a pas ôté son voile. D'où vient
cela? C'est que l'on ne la connaît pas,
parce que l'on ne l'a jamais bien étudiée,
& que l'on a toujours ignoré ou négligé
la route qu'il fallait prendre d'abord &
suivre constamment pour arriver dans
son palais, où adorée & servie par les
Philosophes & par leurs rares disciples,
elle leur étale toute la magnificence de
ses merveilles, & après avoir orné leur
esprit de son éclatante lumière, elle leur
distribue tous les autres dons pour en faire
part à ceux qu'ils en jugeront dignes.
Ainsi, Monsieur, la critique que vous
m'annoncez, ne doit me faire d'autre
impression que celle de voir qu'un génie
si lumineux & si digne d'estime, ait
pris le mauvais parti.
Je ne vous en dirai pas davantage ici,
parce que tout ce que vous me marquez
que l'on m'objecte, suppose ou que ceux
qui s'attachent à combattre ma doctrine
ne la comprennent pas, & se battent en
l'air, ou que s'ils font quelques observations
qui viennent au fait, elles sont si
@

202 Réponse.

triviales qu'elles ne peuvent toucher que
les sophistes, & les chercheurs & les donneurs
de recettes, en un mot les chimiastres,
dont la maudite essence pullule
de toutes parts: mais vous avez un tel
pouvoir sur mon esprit & sur mon coeur
que je ne puis vous refuser ce que vous
me demandez avec tant d'insistance, j'espère
que ceux qui liront ces essais, déjà
séduits, ou éblouis par l'éloquence & la
façon d'écrire de l'Auteur du Spectacle
de la Nature, cesseront de parler contre
un art qu'ils ne connaissait pas, lorsqu'ils
le combattaient, & qu'il conviendront
qu'il y a dans le monde des personnes
qui connaissent véritablement la
nature, & dans elle-même, & dans ses
productions, & dans les moyens qu'elle
emploie pour parvenir à ses fins; ils conviendront
aussi qu'ils manquent eux-mêmes
de cette vraie & unique science, ils
en conviendront, parce que la vérité se
fait sentir, & que sa force est si grande,
qu'elle oblige les plus rebelles à se soumettre.
Ils en conviendrons d'autant plus aisément
que notre auteur dans l'endroit
où il s'efforce de prouver que le grand
@

Réponse. 203

oeuvre, ou l'art, comme il l'entend, de
faire de l'or, est vain, faux, & impossible;
que cet Auteur donne lui même le
seul moyen de parvenir à la réussite de
ce grand oeuvre, en prétendant le décrier,
& le détruire. On va voir ce qu'il
dit après avoir fait quelques railleries, &
avoir rapporté des contes & des histoires
qui ne signifient rien, car on lui abandonne
sans regret son homme sec, & le
Chandelier de Laiton; en fait d'histoires
vraies ou apocryphes, nous pourrions, si
nous voulions nous en prévaloir, le faire
souvenir de celle rapportée avec tant
d'authenticité par l'homme le moins crédule
de notre temps, M. de Voltaire,
dans la vie de Charles XII. Roi de Suede:
mais il vaut mieux s'en rapporter à
ce que dit le Spectacle de la Nature lui
même: voici donc ses propres termes.
» Que nous ne pouvons produire ar»
tificiellement un métal tel que l'or,
» tant que nous ne connaîtrons pas la na»
ture des principes simples qui le com»
posent, & quand nous les connaîtrions
» aussi-bien que nous les connaissons
» peu, l'union de ces principes est encore
» une opération qui passe notre portée.
Pag. II. Tom. III. pag. 462.
@

204 Réponse.

Donc selon cet Auteur, si l'on connaît
les principes simples qui composent l'or,
l'on en sait faire l'union, l'on peut
faire véritablement de l'or par art; donc
ce grand oeuvre n'est ni vain, ni faux;
donc il n'est question que de savoir &
de connaître la nature intimement; donc
de ce que cet art lui est impossible, aussibien
qu'à cette multitude d'articles, de
compositeurs, ou d'exécuteurs de recettes,
il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait dans
le monde de véritables Savants, des Philosophes
qui peuvent faire & qui font
non-seulement de l'or, de l'argent, & des
pierreries, mais qui peuvent encore opérer
sur les métaux, les rendre plus parfaits,
prévenir les saisons, abréger les
temps, faciliter la production & la maturation
des fruits, & en augmenter le
produit.
Ils peuvent travailler très-utilement
en faveur des animaux, soit pour les
guérir de toutes sortes d'infirmités, soit
pour leur conserver une santé & une vigueur
parfaite, soit pour la prorogation
de leur vie au delà du terme ordinaire.
Nous convenons avec l'Auteur, &
c'est ce que nous entendons établir, que
@

Réponse. 205

pour parvenir à produire ces grandes &
surprenantes merveilles, il faut connaître
la nature à fond, qu'il faut connaître
les principes simples, dont elle fait ses
composés, & qu'il faut savoir le moyen
de faire l'union de ces principes; mais
de ce qu'il ne connaît personne qui sache
ces choses, il ne s'ensuit pas que
personne ne les fait, que la science est
vaine, & que l'art est impossible.
Cet Auteur a encore raison, lorsqu'il
dit que si cet art était divulgué, les liens
qui unissent les hommes entre eux, seraient
rompus, toute la terre serait couverte
de Philosophes solitaires & concentrés
en eux-mêmes, qui trouvant
tout sous leurs mains, se rendraient totalement
indépendants, & ne voudraient ni
servir les autres, ni en rien recevoir.
Parmi des hommes uniquement occupés
d'eux-mêmes, ou absorbés dans l'étude
de la nature, par la facilité de tout comprendre
il n'y aurait plus de secours ni de
besoins mutuels; en un mot une plus
grande étendue de lumière serait suivie
de l'anéantissement des vertus, qui avec
les besoins, sont l'âme & le mobile de
la société.
@

206 Réponse.

Aussi pour prévenir ce dépérissement,
& empêcher de si grands maux, le Dieu
souverain Créateur & dispositeur de
l'univers, qui a établi l'ordre & la correspondance
dans les créatures, & qui
a formé les différentes sociétés parmi les
êtres doués d'intelligence, ce Dieu qui
est la vraie lumière, & qui en distribue
les rayons à qui il lui plaît dans la proportion,
& de la manière qu'il le juge
à propos, n'a-il pas voulu éclairer de
ce vif & brillant éclat un grand nombre
de personnes, il a choisi par miséricorde
ceux qu'il voulait éclairer, leur imprimant
en même-temps un coeur droit, simple,
& soumis à ses ordres, il a choisi
ce petit nombre pour que la vérité ne
fût pas entièrement bannie du monde,
& il n'a pas donné la connaissance
de ces hautes vérités au commun & au
grand nombre, pour en éviter l'abus &
la profanation.
Concluons donc que de ce que tant
de milliers de personnes travaillent inutilement
à faire de l'or, & que de tous
ceux qui ont suivi les différentes recettes
qu'ils ont trouvées écrites dans les livres
des Philosophes, personne n'a réussi; il
@

Réponse. 207

ne suit pas que l'art soit faux, la science
vaine; qu'au contraire elle est véritable
en soi; mais qu'il faut qu'elle nous
soit donnée, qu'en cherchant par nousmêmes,
nous n'y parviendrons jamais
qu'il faut être enseigné par un homme
qui sache véritablement, & que ce serait
un crime que de divulguer ou d'enseigner
sans de grandes & longues épreuves
les profonds mystères de cette divine
science, suite & image de l'opération
du Créateur.
Que l'on ne s'attende point à trouver
ici les points essentiels, entièrement dévoilés,
ni même un traité complet de la
chimie, ou une suite des principes & des
règles de l'art spagyrique, ni même une
méthode pour opérer, je me borne à ce
que vous me demandez Monsieur, par
votre lettre: c'est assez de vous donner
un discours sur la première matière. Plût
à Dieu que ce faible essai puisse servir
non seulement de réponse à celui de
l'Auteur du Spectacle de la Nature,
mais le toucher assez pour le faire changer
de sentiment, & qu'il daignât ensuite
nous donner un traité sur ce sujet: c'est
alors qu'on verrait les choses dans leur
@

208 Réponse.

plus beau jour, la vérité, cette divine
fille du ciel serait dans son plus beau lustre
mise en oeuvre par un si beau génie.
Nous pourrons, Monsieur, en dire davantage
tête à tête dans nos entretiens
particuliers, soit sur ce qui dérive de
cette première matière, ce que je ferai le
plus clairement qu'il m'est permis, de
façon que vos vues & les miennes soient
remplies: contentez vous quant à présent
du discours qui suit cette lettre. Je
suis très sincèrement,

M O N S I E U R,


Votre très-humble & très-
obéissant serviteur,
E. J. D. P.
@

209

pict

S T O M A C H I Q U E

D E

P O T E R I U S.

L A plupart des grands hommes qui
se sont adonnés à la science de la
médecine, se sont attachés à quelques
remèdes particuliers de leur composition,
& soit amour propre, ou quelqu'autre
motif, ils en ont caché soigneusement
le secret au public. Hippocrate
avait un spécifique contre la peste,
Silvie possédait un sel d'une grande vertu,
Rivière un fébrifuge qu'il a donné
sous le voile d'une énigme, Van-Helmont,
Poleman, Helvetius de notre temps
avaient aussi des spécifiques merveilleux;
entre autres, Poterius, célèbre Médecin
d'Angers, en avait trois ou quatre; son
Antihectique Stomachique est celui qui
a fait plus d'éclat, & qui a été plus salutaire
au public; mais cet Auteur en a été
@

210 Stomachique de Poterius.

toujours si jaloux, qu'il n'en a jamais
écrit toutes les préparations, il a même
affecté d'en exprimer la matière en termes
obscurs & par des paroles couvertes,
qui jusqu'à cette heure ont donné
beaucoup de peine à tous ceux qui se
sont appliqués à la recherche de ce remède,
car cette façon de parler mystérieuse
a été cause que l'on se l'est imaginé
dans une infinité de sujets étrangers, &
si quelqu'un a réussi à découvrir la véritable
matière, il n'en a pas su découvrir
la véritable préparation, qui suivant les
termes de l'Auteur, parait entièrement
impossible.
On aurait pu néanmoins y parvenir si
l'on avait suivi la route que j'ai pratiquée,
qui a été de faire la exactement la
concordance de quelques endroits de ses
livres. Il est dit de ne point parler
souvent de ce qu'on aime, de ne le pas
dire même avec complaisance: & à force
d'en parler, on en découvre malgré soi;
il est ensuite aisé d'achever de tirer le voile
ce que j'ai fait en suivant pied à pied
notre Auteur.
Il ne faisait cet admirable remède que
du sel nitre très-pur (& tel que nous en
@

Stomachique de Poterius. 211

avons donné composition;) car dans
l'appendice de la pharmacopée traitant
de ce sel stomachique, il dit expressément
que la matière s'en trouve par-tout,
en un endroit toutefois plus abondamment
que dans un autre, qu'il engraisse
la terre, & la rend fertile, qu'il fait végéter
les plantes, & fructifier les arbres,
ce qui ne peut être légitimement attribué
qu'au nitre, qui est le seul sel dans
la nature qui ait cette vertu: il dit encore
au même endroit touchant la préparation
de cette matière, qu'après qu'on
l'a purifié des ordures de la terre dont on
le tire, il ne lui reste plus que la seule
coction pour le perfectionner, & en faire
un spécifique pour l'estomac.
Dans le second livre de sa pharmacopée
au chapitre du nitre, il fait pareillement
consister la principale préparation
de ce sel dans la même cuite, par le
moyen de laquelle il acquiert une vertu
admirable, qui fait qu'il embrasse, &
qu'il ouvre les corps auxquels on le
joint, dont il attire, & exalte les forces,
ce qu'il dit presque en mêmes termes,
dans l'appendice en faveur de son
Stomachique qu'il rend universel ou par-
@

212 Stomachique de Poterius.

ticulier, pour la résolution ou réunion
de tous les corps de l'astronomie souterraine,
& ainsi il est facile à connaître
que la matière du Stomachique & le
Nitre ne sont tous deux qu'une seule &
même chose que Poterius appelle tantôt
corps sec, & dissoluble, tantôt sel sulfureux,
eau sèche, & bain-marie, &
tantôt sel balsamique, sel hermaphrodite,
pour le mieux déguiser, suivant les endroits
où il s'en sert, & les différents
usages & mélanges qu'il en fait.
Voici donc suivant les termes de l'Auteur,
la raison & l'expérience de la façon
qu'il faut préparer ce remède.
Prenez du Nitre bien purifié de la
terre, & séparé de tous autres sels étrangers
& superflus, conformément à ce
que vous dit notre Auteur dans le dernier
article de son appendice.
Mettez-en telle quantité qu'il vous
plaît dans un bon creuset, faites-le
fondre, & lorsqu'il sera fondu, jetez-y
un peu de charbon pilé que vous verrez
aussi-tôt s'allumer avec le Nitre, & se
mouvoir sur la superficie de ce sel, jusqu'à
ce qu'il soit entièrement consumé;
remettez-en d'autres, continuez jusqu'à
@

Stomachique de Poterius. 213

ce qu'il ne se fasse plus d'action entre le
charbon & le sel, vous casserez alors votre
creuset, & ferez une lessive de toute
votre matière; filtrez-la, & évaporez,
& vous aurez un Nitre fixe par l'union
du soufre du charbon que vous lui avez
donné dans cette calcination. Réitérez
sur ce sel cette même opération jusqu'à
trois ou quatre fois, ainsi que l'Auteur
le prescrit dans le second livre de sa pharmacopée.
Après l'avoir chaque fois disposée
à cette calcination, par l'inversion
de ses principes, & suivant la méthode
dont use Glauber, pour son miracle du
monde: vous aurez pour lors un sel doux
& agréable, & un aimant qui a la puissance
d'extraire & d'exalter la vertu des
choses auxquelles on le joint. Mettez ce
sel ainsi préparé dans une cucurbite, avec
autant de bonne eau de vie, la quantité
suffisante pour le dissoudre, fermez &
lutez bien ce vaisseau avec un autre de
rencontre, mettez-le en digestion, soit
dans le fumier chaud de cheval, ou au
bain-marie, pendant l'espace de huit
jours, puis après l'avoir retiré, placezle
à la cave, ou autre lieu froid, & votre
sel se congèlera en cristaux doux &
@

214 Stomachique de Poterius.

agréables. Que si vous le désirez d'une
plus grande douceur, dissolvez-le dans
une nouvelle eau de vie, & faites derechef
cristalliser, & vous aurez enfin ce
que vous avez souhaité.
C'est ce que Poterius enseigne dans le
deuxième livre de sa pharmacopée, où
après avoir montré que les cristaux doux
& balsamiques du sel commun, doivent
se tirer par l'eau de vie, il fait de cette
extraction le modèle de celle qu'il prescrit
de faire du Nitre fixe, lequel après
cette préparation, faisait le fondement
de ce qu'il avait de plus précieux, &
de plus excellent pour la médecine.
Si ce remède est appelé stomachique
parce qu'il est spécialement destiné pour
le secours de l'estomac, ce qui toutefois
ne doit pas être entendu seulement
du ventricule où se fait la première digestion
des viandes, mais encore de tous les
autres endroits, ou parties du corps où
le suc alimentaire est distribué, & particulièrement
digéré & converti en la
substance de chaque membre. C'est pourquoi
il guérit non seulement les indispositions
du ventre, que vulgairement
on appelle estomac, comme font les
@

Stomachique de Poterius. 215

froideurs, crudités, inappétences, dégoûts,
pesanteur, faiblesses, douleurs,
inflammations, puanteurs, &c. mais encore
toutes espèces de cacochymes &
dépravation d'humeur dans toutes les
autres parties, éteignant ce qu'il y a
d'acre & styptique, ou de contagieux,
procurant à chaque membre une digestion
& assimilation parfaite du suc alimentaire
que la nature lui envoie. Il est
excellent contre ce qui cause l'extravasion,
& la maigreur du corps, contre
l'atrophie, les fièvres lentes, les douleurs
fixes, vagues, & toutes sortes d'affluences
d'humeur chaudes, froides , &
mordicantes.
Ce médicament est d'une saveur trèsagréable,
on le donne au poids de 10,
15, 20, 25, jusqu'à 30 grains, selon
la constitution & l'age de la personne à
qui l'on l'administre, & la prudence du
médecin, dans un peu de conserve de
rose, ou de violette. L'on en peut prendre
presque dans toutes sortes de maladies,
le joignant avec les autres remèdes,
desquels il augmente la vertu, en
fortifiant l'estomac qui est le principal
organe dont la nature se sert pour met-
@

216 Stomachique de Poterius.

tre tous les remèdes de puissance en acte.
Il opère en nous sans aucune altération
manifeste: on le peut prendre si longtemps
qu'on veut sans appréhender qu'il
arrive aucun mauvais effets de son usage,
parce que la plus grande partie de
nos maux procède ordinairement du défaut
de nos digestions; ainsi il n'y a point
de remèdes qu'on doive rechercher avec
plus de soin à cause qu'il règle par tout le
corps, l'action des ferments, dont la nature
se sert pour entretenir toutes les parties,
& aider à détruire ce qui peut faire
obstacle aux fonctions de la vie.
Quelque nombre de digestions qu'on
admette, il est certain que Dieu par un
effet de sa bonté, & de sa sagesse infinie,
les a tellement sous-ordonnées l'une à
l'autre, & les a engagées chacune à des
fonctions si indispensablement nécessaires,
que si la première qui se fait dans
l'estomac ne communique pas aux aliments
le caractère requis pour être admis
dans la seconde, cette matière ainsi privée
des dispositions nécessaires pour la
vie, ne peut causer que du désordre en
quelque lieu que la porte son mouvement,
les digestions ne peuvent point
@

Stomachique de Poterius. 217

entre elles suppléer au défaut les unes des
autres, celle qui suit dépend absolument
de celle qui précède, & chacune a son effet
limité, suivant le rang qu'elle occupe.
Ainsi la nourriture acquiert par degrés sa
perfection, & la rupture, & transgression
de cet ordre cause en nous des défauts
que la nature a peine à réparer, si elle
n'est secondée par quelque excellent stomachique,
qui adoucissant les humeurs,
& pacifiant les esprits, remette toutes
les puissances vitales en leur devoir &
harmonie. Ainsi de tous les stomachiques
qu'il a plu aux Savants de donner au public,
il est certain qu'il n'y en a pas de
comparable à celui de Poterius dont nous
faisons présent à ce même public, pour
lequel avec plaisir nous sacrifions nos
veilles, nos travaux & nos recherches, &
nos expériences.
@

218 Oeuvres Posthumes

Préparation de la terre vitriolique,
ou de l'aimant astral.

A Yez du bon vitriol d'Angleterre
que vous mettrez dans un grand vaisseau
de bois de chêne, & vous y verserez
par dessus six parties d'eau de pluie
distillée contre une de vitriol; laissez
dissoudre le vitriol, & la dissolution
faite ajoutez-y des cailloux calcinés
réduits en poudre fine, autant pesant
que pese votre vitriol; laissez toute
cette dissolution digérer à une chaleur
très-douce comme à une étuve pendant
l'espace de quarante jours. Durant cette
digestion deux sortes de fèces se séparerons
de la matière, les unes pesantes &
terrestres, qui se déposeront au fond des
vaisseaux, les autres légères & sulfureuses
qui surnageront en forme d'écume:
il faut ôter cette écume ou crasse avec
une écumoire de bois à mesure qu'elle
se forme, & après les quarante jours de
digestion, versez tout doucement la dissolution
à clair dans des terrines de grès,
& rejetez comme inutile tout ce qui
s'est amassé au fond du vaisseau. Filtrez
@

de M. de Grimaldy 219

bien votre dissolution, & faites évaporer
très-doucement jusqu'à sec, faites
sécher à une très-douce chaleur votre matière
jusqu'à blancheur; ajoutez-y alors
poids égal de bon régule d'antimoine
martial réduit en poudre impalpable, &
autant pesant de nitre très-pur, fixé par
le soufre ou par le charbon, & purifié
par la dissolution, filtration & dessiccation,
mélangez par une bonne trituration
ces trois matières ou poudres, & les
ayant mises dans une bonne & forte cornue,
donnez-y le feu par degrés pour
faire rougir à blancheur la cornue que
vous entretiendrez ainsi pendant quatre
heures; l'eau forte qui en sortira vous
pouvez la garder pour toute autre chose,
étant inutile pour notre opération. Retirez
& laissez refroidir la cornue, prenez
la matière, & l'exposez en un lieu couvert,
perméable à l'air & point au soleil
pendant cinq jours & cinq nuits, faitesla
ensuite dissoudre dans de l'eau de
pluie: distillée, filtrez & évaporez, desséchez
& calcinez comme ci-avant, ayant
ajouté à la matière desséchée & avant
la calcination un demi-poids du même
nitre que ci-dessus. Réitérez encore le
@

220 Oeuvres Posthumes

tout cinq fois de la même manière, exposant
à l'air après chaque calcination,
en sorte qu'en tout il y ait sept calcinations
précédées de dissolution, filtration
& dessiccation.
Ces sept calcinations étant faites, &
votre matière réduite en poudre fine,
vous aurez votre terre vitriolique dûment
préparée & aimantée.
Votre terre vitriolique ainsi préparée,
il faut avoir un instrument de fer blanc
comme un entonnoir qu'il faut mettre à
moitié plein de l'aimant ci-dessus, l'exposant
à l'air de la manière qui suit. Il faut
placer & accommoder votre entonnoir
de façon qu'il soit à l'abri des injures du
temps, & par conséquent de la pluie
dans le temps des équinoxes, en mettant
votre entonnoir à la fenêtre du côté
du levant, le cou ou tuyau en dedans de
la fenêtre, auquel vous adapterez prudemment
un récipient que vous luterez
aux jointures. Au bout d'un certain temps,
on aura plus de deux pintes d'esprit universel.
Il faut distiller cet esprit sept fois,
très-méthodiquement, & à chaque distillation
il restera une terre inanimée qu'il
faut calciner aussi méthodiquement, &
@

de M. de Grimaldy 221

en extraire un sel plus blanc que la neige,
aussi transparent qu'un cristal, & avec le
même dissolvant l'ayant fait circuler dans
un pélican pendant un mois: alors il sera
parfait. Vous le garderez dans une bouteille
de cristal bien bouchée pour vous
en servir selon l'occurrence: avec le dissolvant
on fait l'or potable.
Prenez une once d'or en chaux, mettez-le
dans une cucurbite de verre, faites
trois différentes lotions avec l'eau,
ou esprit ci-dessus, y laisser pendant 24
heures chaque lotion, ensuite la verser
par inclination, & la rejeter, parce qu'elle
emporte avec elle toute l'acrimonie
que l'or peut avoir à l'occasion de sa réduction
en chaux, distillez la quatrième
lotion au bain marie, ou de sable à un
feu réglé, il en sortira une liqueur citrine
qu'il faut conserver précieusement.
C'est un excellent remède qu'on peut appeler
à juste titre, Médecine universelle,
nom que lui avait donné feu M. de
Grimaldy.
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222

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A P P R O B A T I O N.

J'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier
un Manuscrit intitulé Oeuvres posthumes
de Grimaldy, &c. & je n'y ai rien
trouvé qui puisse en empécher l'impression.
A Paris ce 31 Mai 1774. CASAMAYOR

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P R I V I L E G E D U R O I.


L Ouis par la grace de dieu, Roi
de France & de Navarre: A nos
amis & feaux Conseillers les Gens tenans nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaire de notre Hotel, Grand Conseil,
Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs
Lieutenans Civils & autres nos Justiciers qu'il
appartiendra, Salut. Notre bien aimé Laurent
Durand, Libraire à Paris, nous a fait
exposer qu'il désireroit faire imprimer & donner
au Public un Ouvrage qui a pour Titre,
Oeuvres posthumes de M. de Grimaldy, premier
Medecin du Roi de Sardaigne, s'il nous
plaisoit de lui accorder nos Lettres de Privilége
pour ce nécessaires. A ces causes voulant
favorablement traiter l'Exposant; Nous
lui avons permis & permettons par ces présentes
de faire imprimer le-dit Ouvrage cidessus
en un ou plusieurs Volumes & autant
de fois que bon lui semblera, & de les vendre,
faire vendre & débiter par tout notre
Royaume pendant le tems de neuf années
consécutives, à compter du jour de la date
desdites présentes: Faisons défenses à toutes
personnes de quelque qualité & condition

@

223

qu'elles soient, d'en introduire d'impression
étrangere dans aucun lieu de notre obéissance,
comme aussi à tous Libraires, Imprimeurs
& autres, d'imprimer, faire imprimer, vendre,
faire vendre, débiter ni contrefaire led.
Ouvrage, ni d'en faire aucun Extrait sous
quelque prétexte que ce soit, d'augmentation,
correction, changement ou autres,
sans la permission expresse; par écrit dudit
Exposant ou de ceux qui auront droit de lui,
à peine de confiscation des exemplaires contrefaits,
& de trois mille livres d'amende
contre chacun des contrevenants, dont un
tiers à Nous, un tiers à l'Hotel-Dieu de
Paris, & l'autre tiers au dit Exposant, ou
à celui qui aura droit de lui, & de tous dépens,
dommages intérêts; à la charge que
ces présentes seront enregistrées tout au long
sur le Registre de la Communauté des Libraires
& Imprimeurs de Paris dans trois
mois de la date d'icelle: que l'impression
dudit Ouvrage sera faite dans notre royaume
& non ailleurs, en bon papier & beaux
caracteres, conformément à la feuille imprimée,
attachée pour modele sous le contrescel
desdites presentes: que l'impétrant se
conformera en tout aux Reglemens de la Librairie,
& notamment à celui du 10 Avril
1725. Qu'avant que de les exposer en vente,
le manuscrit qui aura servi de copie à
l'impression dudit Ouvrage, sera remis dans
le même état où l'Approbation y aura été
donnée, ès mains de notre très-cher & féal
Chevalier le Sieur D A G U E S S E A U, Chancelier
de France, Commandeur de nos

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224

Ordres, & qu'il en sera ensuite remis deux
exemplaires dans notre Bibliotheque publique,
un dans celle de notre Château du
Louvre, & un dans celle de notre dit trèscher
& féal Chevalier le Sieur DAGUESSEAU,
Chancelier de France; le tout à peine de
nullité des présentes: du contenu desquelles
nous mandons & enjoignons de faire jouir
ledit Exposant ou ses ayans causes, pleinement
& paisiblement, sans souffrir qu'il leur
soit fait aucun trouble ou empêchement:
Voulons que la copie desdites présentes qui
sera imprimée tout au long au commencement
ou à la fin dudit Ouvrage, soit tenue
pour dûment signifiée, & qu'aux copies collationnées
par l'un de nos amés & féaux Conseillers
& Secrétaires, foi soit ajoutée comme
à l'Original. Commandons au premier
notre huissier ou Sergent sur ce requis, de
faire pour l'exécution d'icelles tous Actes
requis & nécessaires, sans demander autre
permission, & nonobstant clameur de Haro,
Charte Normande, & Lettres à ce contraires:
Car tel est notre plaisir. Donné à Paris
le vingt-sixiéme jour du mois de Juin, l'an de
grace mil sept cent quarante quatre, & de
notre regne le vingt-neuviéme. Par le Roi en
son Conseil, SAINSON.
Registré sur le Registre II. de la Chambre
Royale & Syndicale des libraires & Imprimeurs
de Paris N°. 347. Fol. 293. conformément
aux anciens Reglemens confirmés par celui
du 28. Fevrier 1723. A Paris le 8. Août 1744.
SAUGRAIN, Syndic.


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