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Réfer. : 1308A .
Auteur : Lagneau, David.
Titre : Harmonie Mystique.
S/titre : ou Accord des Philosophes....
Editeur : Melchior Mondiere. Paris.
Date éd. : 1636 .
@
H A R M O N I E
M Y S T I Q V E,
o v
ACCORD DES PHILOSOPHES
Chymiques, avec les Scholies sur les plus difficiles
passages des Autheurs y allegués, desquels
les noms sont és pages suiuantes.
Le tout par LE Sr L A G N E A U d'Aix en Prouence, Conseiller & Medecin ordinaire du Roi. Traduit par le Sr
VEILLUTIL.
Celuy qui connaist le consentement & accord des Philosophes,
traictant de cette partie, jouïst d'un admirable
contentement, & plusieurs sont plustost menés par
opinion aveugle, que par l'étude de la verité.
Turpe enim difficiles habere nugas, Et vanus labor est ineptiarum.
A
P A R I S , Chez MELCHIOR MONDIERE, en la Cour du
Palais près la Chapelle Sainct Michel joignant
le bastiment neuf du Thresor.
--------------------------------------
M. DC. XXXVI.
@
@
A M O N S I E U R R. S. D L.M. C. D. R. A P. D. D, très-
cher & parfait Ami, son très-humble
serviteur L. S. D. V. S. T. H.
lui donne,

O N S I E U R,
Je ne m'étais pas proposéde mettre mon travail entre les mains
d'aucune personne, mais seulement
de la laisser aller à l'aventure, sous
la protection de mon ami, que je
n'entendais être autre que celui qui
aurait la connaissance de la vraie
Philosophie. Vous avouant fort librement,
à ij
@
qu'encore que j'aie fait divers
voyages en Suisse, en Allemagne,
parcouru toute la France, & plusieurs
autres contrées pour trouver quelqu'un
avec lequel je pusse conférer de notre
très excellente science, je n'ai jamais
trouvé personne qui en eut le moindre
rayon de lumière; ne pouvant pas dire
comme Trévisan, d'en avoir vu jusques
à quinze qui en avaient l'entière
connaissance. Mais Dieu qui m'a fait
la grâce de vivre jusques à soixante &
dix ans (lesquels il augmentera de tel
nombre qu'il lui plaira) après m'avoir
comblé de sa miséricorde, m'a encore
fait cette faveur, que de vous susciter,
afin que j'eusse la satisfaction de discourir
de la plus haute science (qui soit après
la sainte Théologie) avec un homme
qui la possédât aussi bien que moi; & savourer
à longs traits le plaisir qu'il y a
@
dans cette sainte cabale, dont nos auteur
font tant d'état. La curiosité a
porté diverses personnes à prendre la
peine de me voir, & m'entretenir de
tout ce qu'ils avaient dans leur arrière
boutique, que e n'ai trouvé remplie que
de fumée inutile, laquelle en a fait mourir
quelques uns ignominieusement nonobstant
la grandeur de leur maison; mis
des autres dans le pendant du même
précipice, & fait voir aux autres que
leurs dépenses ont été très-vaines,
puis qu'ils n'ont eu que du vent. Sans
doute qu'ils auraient évité ces malheurs
& les uns & les autres, s'ils eussent comme
vous feuilleté attentivement les bons
livres, été curieux d'en avoir plusieurs,
afin d'avoir intelligence des uns par les
autres, s'ils eussent considéré leurs paroles,
& non pas les prendre à la lettre:
Mais tout au contraire ils ont méprisé
à iij
@
leurs maîtres & taxé d'ignorance,
laquelle néanmoins n'avait pour fondement
que leur stupidité & aveuglement.
Vous me fîtes bien comprendre
que vous n'étiez pas de ces chercheurs
de recettes, lors qu'étant entré
dans ce discours vous me dites que cette
sorte de gens fuyaient ce qu'ils pourchassaient,
& qu'un de nos auteurs
appelait de fort bonne grâce des trompeurs
toux ceux qui se mêlaient d'en
donner en changent la première lettre
de leur besogne qui est R. en un D. si
bien qu'au lieu de dire recipe
on devait
dire plus véritablement decipe.
La
suite des conférences que j'ai eu l'honneur
d'avoir avec vous, m'ont confirmé
dans la croyance que j'avais de votre
esprit & de votre intelligence sur le
sujet de notre oeuvre: Et sur tout lors
que croyant de vous découvrir les deux
@
points cachés, d'abord que vous les vîtes
à travers d'une nue vous me fîtes
un discours qui ressentait ce Calaziris
grand Prêtre d'Egypte qui fait là
meilleure partie de la mystérieuse histoire
d'Héliodore. Vous me dites que les
Philosophes Chimiques s'accordent en
une seule matière, un seul vaisseau, un
seul feu, & une seule opération, & que
la diversité des noms ne fait pas que la
chose soit diverse; mais que leur intention
n'ayant pas été de découvrir une
chose si aisée, & si facile à toutes sortes de
personnes; ils ont parlé de la sorte pour
la cacher autant qu'il leur a été possible,
de crainte qu'elle ne tombât entre
les mains des personnes ignorantes &
méchantes, laissant à Dieu seul de révéler
ce grand secret à qui on lui semblerait:
Etant bien assurés pourtant
de n'avoir point parlé si obscurément,
à iiij
@
que les véritables enfants d'Hermès ne
vissent très clairement dans leurs écrits.
Nonobstant ce discours je croyais
vous apprendre quelque chose dans
l'Amphithéâtre de Kunrath, & je vous
y trouve consumé, aussi bien qu'à découvrir
la vérité du songe simulé de Poliphile,
à donner des explications aux
hiéroglyphes qui y sont en divers endroits
beaucoup meilleurs que celles qui leur
ont été données par ceux qui ont traduit
cet auteur: Et à voir clairement
quelles cendres reposent dans les sépulcres
qui se trouvent relevés dans son
livre. C'est grande merveille, qu'en un
si jeune âge que vous êtes, vous soyez
si vieil en une science la plus haute, plus
excellente, plus mystique & cabalistique
qui soit au monde; à l'exclusion
pourtant de la sainte Théologie.
Faut que je vous avoue, Monsieur
@
que cela m'a ravi, & fait changer de
résolution, vous voulant présenter &
donner mon travail, duquel j'avais jugé
incapables tous ceux de ma connaissance
pour n'y pouvoir rien comprendre.
Vous êtes le seul qui pouvez dénouer
les noeuds qui ne sont gordiens qu'en apparence,
je suis fort assuré que vous
n'y trouverez rien qui choque votre
sens, ni qui contrarie les opinions de
tous nos bons auteurs. J'ai été d'autant
plus convié à vous bailler mon ouvrage
que j'ai su que vous connaissiez
Laigneau (auteur de l'Harmonie que
j'ai traduit de Latin en Français, & éclairci
les passages les plus obscurs) avec
lequel vous ferez, s'il vous plaît, ma
paix, si le fortune il est en colère de ce
que j'ai entrepris de faire ce qu'il avait
promis, & qui était demeuré sans effet,
@
jusques à présent. Vous jugerez
facilement, Monsieur, par le travail de
Laigneau et le mien qu'un seul livre
suffit pour la recherche, connaissance, &
jouissance de ce qu'on appelle, pierre des
Philosophes, pourvu qu'il soit lu avec
une attention, méditation & spéculation
telle qu'elle est nécessaire pour une
si haute & relevée besogne, par le moyen
de laquelle on aura en horreur tous
ces bailleurs de recettes comme n'approchant
du tout point la nature ni
dans leur matière, ni dans leur opération,
pour arriver au but auquel ils
dirigent leur ouvrage. Je réputerai
tous-jours pour le plus heureux jour de
ma vie celui qui m'a fait avoir
l'honneur de votre connaissance, &
prierai Dieu du meilleur de mon coeur
qu'il lui plaise vous combler de ses
@
bénédictions, & me faire la grâce
vous témoigner avec effet que je
suis,
M O N S I E U R,
De Paris ce 20. Août
1636.
Votre très-humble & très
obéissant serviteur
VEILLUTIL.
@
@
L E
T R A D U C T E U R Scholiaste à son ami désire
toute prospérité.

E ne me mets point sous vos
ailes, & ne vous appelle point
pour prendre l'écu pour la défense
ni l'épée pour l'offense, les corbeaux
& les chiens ont permission de
croasser & d'aboyer, les souffleurs,
charbonniers, abuseurs, charlatans vendeurs
de fumées, de recettes, de blancs
de rouges, tiercelets, cent pour cent, cinquante
pour cent, extracteurs de mercure,
de métaux, forgeurs de divers vaisseaux,
fourneaux, bâtisseurs de potence,
échafauds & semblables lieux infâmes
où ces canailles s'enlacent après s'être
abusés & avoir abusé plusieurs peuvent
débagouler à leur saoul, grande est la
Diane des Ephésiens, ce livre nous décrira,
nous découvrira, & nous ôtera
@
notre gagne-pain, & montrera que nous
n'enfanterons qu'une malotrue souris,
certes si je pouvais, ou je les redresserais
tous & ferais en ce faisant de grandes épargnes,
ou n'en pouvant venir à bout
je les ferais sécher au Soleil le jour, & rafraîchir
à la Lune: Or , Monsieur mon
ami, l'ignorance de plusieurs cause leur
bêtise, & leur mauvaise âme les précipite
dans le labyrinthe, d'icelui dans le désespoir,
de là dans la mer d'angoisse, & enfin
dans l'abîme: votre inclination à
cet étude & désir le plus haut & sublime
qui soit au monde & le plus assuré,
& qui requiert plus la bénédiction de
Dieu après l'Ecriture sainte, pour discerner
le vrai du faux, & le droit du sens
qui lui est contraire, m'a tiré l'oreille &
comme contraint de vous mettre cette
pièce entre les mains pour vous montrer
le vrai & salutaire chemin, vous faire
voir & reconnaître les pas de ces faux sacrificateurs,
qui passant par la porte
cachée, mangeaient les viandes & breuvages
mis au devant de ce grand Bel Babylonien.
Considérez, Monsieur mon
ami, les détours, les dédales & la variété
des chemins bordés & jonchés
@
de bourses vides, de fourneaux, de
vaisseaux de terre, de métaux & de verre.
Relisez la variété & grand nombre
des recettes, variétés d'opérations, variété
& quantité des matières tirées des
animaux, végétaux & minéraux, &
puis jetez les yeux (accompagnés de
l'entendement illuminé du vrai Soleil
d'en haut) sur cette pièce que je vous
présente, comme un don sacré, & vous
verrez qu'elle s'accorde autant avec
tous ces ignorants & leurs ouvrages comme
le ciel avec un crapaud, la vérité est
une sans variation, & ne cherche aucune
cachette, ne demandant ni bravade, ni
fard, elle étant vraie fille du ciel, au
contraire le mensonge mère d'erreur
cherche la bravade, la subtilité, les abus
& en fin les cachettes, d'où aveuglée se
précipite à la mort honteuse: Puis que
vous connaissez toutes ces choses
& en êtes désabusé par une spéciale
grâce d'en haut: essayez de redresser vos
amis par la lecture des bons auteurs
lesquels quoi qu'ils semblent variables
en mots ne le sont pourtant comme
vous voyez à présent & si vous jugez
par la *mûreté de votre jugement être
@
nécessaire de les arracher des pattes de
l'erreur, montre leur l'ordre le plus
convenable, gardant toujours à vous
les deux points; lesquels il n'est permis
déclarer à chacun, & sans lesquels âme vivante
ne peut voir la fin désirée, ce sera
assez si me semble de les ôter hors d'erreur
& les ramener à la prière à Dieu, & méditation
des oeuvres de nature, principalement
de celle par laquelle l'animal
est engendré, nourri dans la matrice,
sorti d'icelle, & alimenté & élevé, par
après chaque chose engendre son semblable,
non prenant ce de quoi cette
chose est engendrée, mais ce qui est produit
d'icelle, vivez contant & sobre en
vos discours, & Dieu vous face la grâce
de voir la fin de votre entreprise, &
après une longue & heureuse vie la joie
& possession de son Royaume céleste
par l'intercession de son Fils notre seul
& unique Rédempteur médiateur & intercesseur,
Amen.
@
| ------------------------------------------------ | |
| A U L E C T E U R. | |
| | |
I tu es autant ami de la vérité, |
|
| comme je suis ennemi |
|
| du mensonge, tu seras studieux |
|
| des bons auteurs |
|
| traitants de notre Philosophie, |
|
| de laquelle la fin est d'avoir la |
|
| pierre qu'on nomme communément |
|
| philosophale, & fuiras l'abouchement & |
|
| conversation de tous charlatans, coureurs, |
|
| souffleurs, compositeurs & vendeurs |
|
| de recettes, extracteurs d'argent |
|
| vif, congélateurs, fixateurs, teinturiers, |
|
| tire-poil, & semblables prometteurs |
|
| & faussaires, qui en pipant les trop |
|
| crédules, ne traînent après eux qu'une |
|
| corde une honte, ou une misérable vie: |
|
| Que si tu me crois tu feras bien, autrement |
|
| la repentance te suit: Or par les |
|
| dix sept chapitres qui sont ci après (par |
|
| le moyen desquels je pouvais faire un |
|
| gros volume, & que je n'ai voulu pour |
|
| ne t'embarrasser) tu apprendras à savoir |
|
| par le Premier, que par la diversi- | 1 |
| té des noms, la matière n'est diverse, |
|
| qu'icelle est donnée, ou pour sa forme |
|
| accidentelle ou essentielle. Par le Second |
|
@
| 2 | chap. tu apprendras qu'il n'y a |
| | qu'un seul chemin, & un seul moyen |
| | pour avoir cette pierre ou médecine, |
| | quoi que ces clabaudeurs de souffleurs |
| | ignorants aboient & jargonnent, & |
| | par le troisième tu auras l'ordre & le |
| 3 | nombre, les matières & le nom de celles, |
| | desquelles tu as besoin de travailler |
| | pour te produire la matière, sans laquelle |
| | rien en cet ouvrage ne peut être fait; |
| | & comment cet un doit être retiré, te |
| 4 | seras appris dans le chapitre Quatrième: |
| | ET d'autant qu'il y a en cette matière retirée |
| | quelque chose superflue, le Cin5 |
| | quième chapitre enseigne le moyen |
| 6 | d'y remédier: par le Sixième tu apprendras |
| | que toutes les opérations mentionnées |
| | en tous les auteurs peuvent être |
| | réduites à cinq, qui sont composition, |
| | digestion, extraction, nutrition & fixa7 |
| | tion. Par le Septième tu apprendras que |
| | ce qui est extrait qu'est poudre noire |
| | ou de couleur quelque fois de brique, |
| | impalpable, onctueuse & aucunement |
| | puante & amère doit être nourrie, & de |
| 8 | quoi & comment; le Huitième t'apprendra |
| | quel feu t'est nécessaire. Le |
| 9 | Neuvième, quel vaisseau te faut avoir: |
@
| le Dixième te montrera le temps durant | 10 |
| lequel te faut travailler avec patience, |
|
| & durant ce travail tu verras par les |
|
| couleurs qui surviendront si tu es au |
|
| bon chemin déclarées au Onzième cha- | 11 |
| pitre: le Douzième t'enseignera le moyen | 12 |
| de fixer cette matière volatile: le Troi- | 13 |
| sième, comme tu la multiplieras pour |
|
| ne te remettre à la recommencer: le |
|
| Quatorzième, comme tu éprouveras si | 14
|
| elle est bonne, parfaite ou parachevée |
|
| le Quinzième t'apprendra le moyen de | 15 |
| t'en servir pour purifier les métaux nommés |
|
| impurs & imparfaits: Le Seizième | 16 |
| te montrera, que l'argent vif & le soufre |
|
| des Philosophes ne sont ceux du |
|
| commun: mais toute autre chose, & ce |
|
| que par iceux il faut entendre: par le |
|
| Dix sept tu verras comme il faut enten- | 17 |
| dre la contemplation & conjonction |
|
| des astres & planètes, & s'il est possible |
|
| d'entendre & expliquer tous les énigmes |
|
| & façons obscures, desquelles les |
|
| anciens se sont servis en écrivant de |
|
| cette science, & te jure que ce labeur & |
|
| accord est si pénible, qu'il n'y a personne |
|
| qui l'ait entrepris qui en soit peu venir |
|
| à bout: Jouis en donc à ton contentement, |
|
@
| | car il n'y a rien de caché, ni à désirer, |
| | vrai est que l'extraction & dissolution |
| | ou nutrition du noir sont deux |
| | opérations, lesquelles demandent la |
| | vue de l'opération, mais si tu lis tout ce |
| | discours attentivement, & le relis avec |
| | méditation, tu y pourras parvenir, étant |
| | ces deux points faciles à faire à qui les |
| | entend: mais très-difficiles, mêmes aux |
| | plus exercés: Que si Dieu te fait la |
| | grâce de les trouver, le reste n'est rien par |
| | manière de dire: Loue le dont & le remercie, |
| | & que ta joie soit intérieure, & |
| | soit en travaillant, soit en jouissant de |
| | ta moisson sois secret, & t'en sers à l'honneur |
| | & louange de celui qui t'aura ouvert |
| | les yeux, & aiguisé l'entendement, |
| | & à la consolation des pauvres membres |
| | de Jésus-Christ, qui nous doit tous juger |
| | en son second avènement, lequel |
| | adviendra, quoi qu'il tarde, au temps |
| | déterminé dès la fondation du monde. |
| | Voila Lecteur ce que je t'ai voulu dire. |
| | AV |
@
I
|
|
| |
|
| L'H A R M O N I E | |
| C H Y M I Q U E. | |
| D E S N O M S DE LA | |
| PIERRE PHILOSOPHALE. | |
| |
|
| CHAPITRE PREMIER; | |
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
ES Sages ont donné plu- | Isaac.
|
| sieurs noms à la Pierre. Car |
|
| après avoir tiré hors la matière |
|
| de la Pierre, & icelle |
|
| rendue subtile & spiritueuse, |
|
| ont dit cette matière vile (de peu de valeur) |
|
| l'ayant sublimée, l'ont nommée Serpent & |
|
| bête venimeuse; l'ayant calcinée l'ont nommée |
|
| Sel, & des noms de même effet; l'ayant |
|
| dissoute, l'ont nommée Eau, & qu'elle se trouvait |
|
| par tout: l'ayant réduite en Huile l'ont |
|
| appelée chose visqueuse, & se trouve en tout |
|
| A | |
@
2
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | lieux à vendre: l'ayant congelée la disent |
| | Terre, laquelle pauvres & riches ont: & l'ayant |
| | blanchie, l'ont nommée Lait virginal, & |
| | du nom de toute blancheur: l'ayant élevée à |
| | la rougeur, a été appelée feu, & du nom de |
| | toute rougeur. Et pour conclusion, cette matière |
| | a changé de nom à mesure qu'elle changeait |
| | de nature, jusqu'à tant qu'ayant acquis |
| | la perfection elle a été fixe. Isaac Holland. |
| L'intelligence | l. I. c. 126 des opérations Minérales.
|
| de cette |
|
| science est | Scholie ou brève Exposition.
|
| Cabalisti- | A L I E N remarque que tandis que les
|
| que, il le | Sophistes débattent des noms des choses,
|
| xxxxxx qui | le temps se perd, & l'ignorance de
|
| xx du sens, | ce qu'on cherche demeure, c'est la
|
| voila pour- | cause pourquoi il souhaitait que les choses
|
| quoi les au- | pussent être communiquées & entendues sans appellation,
|
| teurs disent | pour ôter par là l'occasion aux Sophistes
|
| qu'il faut | & contentieux (qui ne s'arrêtent qu'à l'écorce des
|
| avoir un ju- | mots de tirer incessamment comme ils font, la
|
| jugement pro- | vérité en des controverses douteuses, qui ne
|
| fond pour | nous produisent en fin autre chose qu'une irrésolution
|
| entendre | & incertitude: Car il n'y a rien qui embrouille
|
| leurs écrits | & obscurcisse plus une connaissance
|
| qui ont une | que ces vaines & inutiles disputes de ces noms,
|
| chose en l'é- | qui ont poussé la plus part des gens doctes en desx
|
| corce d'une | très-enveloppés labyrinthes d'erreurs. Or plusieurs
|
| autre au | écrits ont été faits de telle façon, qu'en
|
| dessous, | d'aucuns on y trouve de trois sortes d'intelligences,
|
| voire un | autrement sens. Le Premier desquels com-
|
| dans la |
|
| nouvelle. |
|
@
CHAPITRE I.
3
| me la peau & l'écorce est connu & entendu d'un |
|
| chacun, & est nommé Littéral. Le second & |
|
| Moral, ou Allégorique, & est comme la chair |
|
| couverte de la peau, néanmoins percevable de |
|
| celui qui regarde dedans; & le sens Anagogique & |
|
| Divin, est comme les os les plus cachés, couverts |
|
| de chair & de peau, & pleins de moelle. |
|
| Ceste sorte & façon d'écrire a été mise en usage |
|
| de toue temps par les plus doctes, & non seulement |
|
| l'écriture, mais même la façon de parler |
|
| & sans m'arrêter à en chercher des exemples |
|
| toute la sainte Ecriture en est pleine, & notre |
|
| Seigneur Jésus Christ ayant parlé obscurément |
|
| au peuple, dit à ses Disciples, c'est à vous auxquels |
|
| appartient d'entendre le mystère du Royaume |
|
| des Cieux. |
|
| Apres la Sainte Ecriture contenue aux livres | |
| Canoniques du Vieil & Nouveau Testament, il |
|
| n'y en a aucune autre sous laquelle pour avoir |
|
| le secret, il faille plus bander l'esprit qu'en celle-là |
|
| ou la purification des métaux est décrite, |
|
| & qu'on appelle communément la Pierre |
|
| des Philosophes, témoin le Texte ci devant, |
|
| lequel nous commencerons d'éplucher & apprendrons |
|
| ce que nous ignorons, ou par autrui |
|
| qui nous montre le moyen & le chemin, soit |
|
| par parole, soit par signe; ou par nous mêmes |
|
| seulement méditant ou ratiocinant sans aucun |
|
| maître; & l'une & l'autre sont données par la |
|
| Nature & aidées par l'art & la méthode, & ne se |
|
| faut étonner si peu de gens profitent en la lecture |
|
| des livres, voire mêmes si plusieurs les rejettent, |
|
| puis que plusieurs rejettent la lecture de |
|
| A ij | |
@
4
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la Sainte Ecriture, pour ce, disent-ils, que plusieurs |
| | en abusent, comme du son des cloches, plusieurs |
| | même d'iceux aimant mieux disputer opiniâtrement, |
| | voire même de ce qui ne tombe point |
| | sous les sens ou raison pour être très simple, que |
| | de se rendre, & donner les mains à la vérité. |
| | Les Sages, ce mot ne s'entend pas de tous ceux |
| | qu'on estime sages, mais de ceux qui par l'étude |
| | & la conférence qu'ils ont eue avec plusieurs |
| | doctes, ont acquis la science & connaissance de |
| | plusieurs choses grandes & admirables, desquels |
| | George Venetus de Harmonia Mundi 1. 4. c. 9. |
| | dit, ceux qui sont nommés Mages ont premièrement |
| | étudié en la Médecine pour apprendre |
| | & savoir que c'est qu'il convient à chasser la |
| | colère, le flegme, la mélancolie, ce qui est |
| | propre à tempérer le coeur, le foie , l'estomac, |
| | & telles autres parties, & à fin de le faire mieux, |
| | ils y ont ajouté l'Astronomie, estimant que |
| | les infirmités & les natures de herbes des racines, |
| | & des autres choses médicinales se pouvaient |
| | seulement juger par les Planètes & Etoiles |
| | à qui elles conviennent. Or ceux que les Perses |
| | nommaient Mages, les Egyptiens les nommaient |
| | Prêtres, les Indiens Gymnosophistes, les |
| | Gaulois Druides, & les Grecs Sophos, que les |
| | Latins disent Sapiens, & les Français Sages, c'est |
| | donc de ces Sages que notre Auteur entend |
| | ici, lesquels écrivant d'une science la plus haute |
| | (après la connaissance de Dieu) qui puisse |
| | être puis que celui qui l'a acquise n'a rien plus |
| | à désirer en ce monde, faisant litière de toutes les |
| | richesses qui y sont, en écrit avec telle retenue |
@
CHAPITRE I.
5
| qu'il veut allécher les vraiment doctes & |
|
| sages à la recherche d'icelle, & r'envoyer les ânes |
|
| aux chardons, donc ces Sages ont donné plusieurs |
|
| noms à la Pierre. |
|
| Notre Auteur se sert de ce mot de Pierre, | |
| pour être celui le plus commun, & reçu de |
|
| tous les autres Sages qui appellent Pierre tout |
|
| ce qui ne s'en va point au feu: or notre Pierre étant |
|
| parachevée, ne peut être en façon du monde |
|
| altérée, par quoi que ce soit ni simple ni |
|
| composé, mais il semble, & y a quelque apparence, |
|
| qu'il n'entend pas ce mot de Pierre par |
|
| cette perfection, puis qu'il dit. |
|
| Apres avoir tiré la matière de la Pierre, & | |
| icelle rendue subtile & spiritueuse, on dit cette |
|
| matière vile. Car si elle est parfaite, il s'ensuit |
|
| qu'elle ne souffre plus augmentation ni diminution, |
|
| si donc de cette Pierre parfaite on en |
|
| tirait la matière laquelle il entend, il s'ensuivrait |
|
| qu'elle ne serait parfaite. Venons donc |
|
| au but, les Sages font donc une composition de |
|
| deux substances crues, & nettes avec leur agent |
|
| propre pur & net, au poids convenable, & |
|
| desquels il sera parlé ci-après, Dieu aidant, laquelle |
|
| devient si dure dans peu d'heure qu'il est |
|
| impossible de la rompre sans marteau ou autre |
|
| chose dure & solide. Or de cette Masse à laquelle |
|
| notre Auteur donne le nom de Pierre à cause |
|
| de cette dureté se tire par l'ordre connu aux |
|
| seuls Sages & entendus en cette science, une matière |
|
| subtile, laquelle est en poudre impalpable |
|
| & volatile sur le feu qu'il dit spiritueuse, laquelle |
|
| est le fondement de l'Art, & sans laquelle il est |
|
| A iij | |
@
6
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | impossible trouver rien de bon pour parachever |
| | & amener les métaux nommés imparfaits |
| | au degré de l'argent ou de l'or: cette matière |
| | sera donc sans nom propre en cet Auteur, |
| | mais nous trouverons bien tantôt d'autres qui |
| | lui en donneront, car les uns la nommeront |
| | Soufre, les autres Mercure, les autres Mercure |
| | double, les autres Mercure animé, les autres |
| | Eau permanente, & autres autrement, desquels |
| | noms nous donnerons quelque éclaircissement |
| | en lieu propre. Or cette matière subtile & spiritueuse |
| | nommée vile, c'est à dire de peu de valeur |
| | ou de néant, (il faut noter qu'il ne dit pas simplement |
| | est, mais est nommée vile, façon de parler |
| | considérée de peu de personnes) étant sublimée |
| | l'ont nommée Serpent & bête venimeuse. Cette |
| | sublimation de laquelle cet Auteur parle n'est |
| | la sublimation commune, de laquelle les Chimistes |
| | vulgaires se servent, mais c'est un ordre & |
| | moyen par lequel cette matière subtile & spiritueuse |
| | & nommée vile est rendue plus excellente par |
| | la blancheur ou rougeur qu'on lui acquiert: |
| | mais pourquoi l'a on nommée alors qu'elle est |
| | sublimée Serpent & bête venimeuse ? c'est pour ce |
| | que comme le serpent se glisse insensiblement, |
| | aussi cette matière vile entre & pénètre son extracteur, |
| | & l'ayant pénétré & entré en lui le réduit |
| | à sa propre substance, tellement qu'il lui ôte |
| | son premier être, & l'anéantit tellement, qu'il |
| | n'est plus, & ne sera jamais plus ce qu'il était, |
| | quelque artifice qu'on y apporte, & partant est |
| | nommé bête venimeuse: car le propre de tels animaux |
| | venimeux est de tuer, ce qui ayant vie lui |
@
CHAPITRE I.
7
| est contraire. |
|
| Cette matière subtile, spiritueuse nommée | |
| vile, sublimée & nommée Serpent, doit être |
|
| calcinée, c'est à dire rendue blanche, par l'ordre |
|
| que nous dirons en son lieu, & alors elle est |
|
| nommée sel, non qu'elle soit salée, mais pour ce |
|
| qu'elle est stable, ferme & fixe, & qu'elle peut |
|
| servir d'ornement aux métaux inférieurs à l'argent, |
|
| comme le sel donne grâce, & goût |
|
| aux matières, auxquelles il est appliqué. |
|
| Cette matière dissoute, c'est à dire étendue au | |
| long & au large, en quantité & qualité est nommée |
|
| Eau & trouvée par tout, je sais bien qu'aucuns |
|
| entendent par ce trouvée par tout, être dit à |
|
| cause des quatre Éléments, à quoi je ne contredis, |
|
| mais je dis que cette façon de parler comme |
|
| plusieurs autres, est dite pour cacher le secret |
|
| aux ignorants, desquels les uns croient que ce |
|
| soit eau de rosée, d'urine, de Salpêtre, eau forte, |
|
| eau royale, & autres eaux qui mouillent |
|
| tout ce sur quoi elles sont mises; qu'on avise |
|
| donc pour la seconde fois que notre Auteur ne |
|
| dit pas simplement, est Eau, mais est nommée Eau, |
|
| & trouvée par tout: cette matière donc après |
|
| être calcinée doit être réduite en huile, & alors |
|
| elle est dite chose visqueuse, & trouvée en tout |
|
| lieux à vendre, il ne faut pas croire que ce soit |
|
| huile coulant, gras & brûlant, mais après que |
|
| cette matière est blanchie & nommée Eau, elle |
|
| est propre pour blanchir, mais elle doit être |
|
| réduite propre à demeurer sur la matière sur laquelle |
|
| elle sera jetée, comme l'huile s'attache |
|
| fermement sur la pièce sur laquelle il est tombé. |
|
| A iiij | |
@
8
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Et partant ayant telle propriété est nommé visqueuse |
| | ou gluante, mais plus difficile (voire impossible) |
| | d'être ôtée que les huiles & glus, & |
| | personne ne peut effacer ce qu'il aura causé, |
| | autre que l'Artiste même: or cette matière |
| | ainsi huileuse & visqueuse se trouve aussi bien |
| | par tout à vendre comme fait l'eau ci dessus. |
| | Cette opération de congeler ne va de suite |
| | après l'huile, car elle n'y est plus propre, mais |
| | est comme la première, car on appelle congelé |
| | ce qui étant auparavant fluide comme l'eau & |
| | l'huile, s'épaissit & gèle par le grand froid, |
| | aussi l'agent en cette matière mêlé avec son |
| | patient se rend dur, & ne se ramollit que par le |
| | feu & à lors cette matière qui était coulante, |
| | étant rendue dure est dite terre, si pauvres & |
| | riches l'ont le faut entendre, comme trouvée |
| | par tout. |
| | L'ayant blanchie, c'est même chose que |
| | l'ayant calcinée, je n'ignore pas qu'elle peut |
| | être blanchie & noircie plusieurs fois, mais |
| | cette réitération n'est ici entendue, ces noms, |
| | lait virginal, & de toute blancheur, marquent assez |
| | être cette première blancheur avant l'huile, |
| | d'autant qu'étant blanche elle est calcinée, |
| | puis est rendue propre à teindre en blanc fixe, |
| | tellement que ce blanc ne serait fixe s'il se pouvait |
| | encore blanchir ou déteindre, & par |
| | conséquent ne pourrait être élevée à la rougeur, |
| | comme il ajoute de suite, disant, l'ayant |
| | élevée à la rougeur est appelée feu, & du nom, |
| | de toute rougeur, lises & méditez donc |
| | attentivement; notre matière est tirée de deux |
@
CHAPITRE I.
9
| corps parfaits, purs & nets, auxquels le feu |
|
| pour violent qu'il soit, ni quelque autre chose |
|
| simple ou composée ne peut ajouter ou |
|
| diminuer aucune chose, par le moyen de celui |
|
| duquel ils ont eu leur commencement, les trois |
|
| (par le moyen d'un quatrième connu, & mis |
|
| en usage d'un chacun,) rendent une matière |
|
| subtile, impalpable (mais qui salit les doigts |
|
| de celui qui la touche) & est partie volatile, partie |
|
| fixe, comme verres, car si on la met dans |
|
| un creuset la partie volatile s'exhale & la fixe vernit |
|
| ou vitrifie le creuset. Je dirai autres marques |
|
| en lieu propre, cette matière subtile & spiritueuse |
|
| en partie, & en partie terrestre, est nommée en |
|
| plusieurs & diverses façons, & ne tient du naturel |
|
| d'aucun de ses composants desquels elle dégénère |
|
| si elle n'est régie comme il faut, c'est à dire |
|
| elle n'est de nulle estime non plus que la semence |
|
| sortie d'un homme sain & fort ne vaudra |
|
| rien, si elle n'est jetée & dardée en son lieu propre, |
|
| mais si notre matière est régie par bon ordre, |
|
| elle surmontera les corps parfaits desquels |
|
| elle est sortie, sans toutefois qu'il y ait altération |
|
| en ces dits corps, sinon quelque palliatif |
|
| durant leur action. Cette matière donc doit |
|
| être séparée étant sortie ou née du total, & étant |
|
| séparée doit être nourrie de son premier lait, |
|
| qu'elle convertit en sa propre substance, rendant |
|
| ce lait subtil, & spiritueux comme elle, & |
|
| continuera d'en être nourrie jusqu'à ce que son |
|
| teint basané soit blanchi, alors ne lui faudra dénier |
|
| une plus continuelle nourriture du dit lait, |
|
| mais comme elle ne sera plus allaitée, sa colère |
|
@
10
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | s'échauffera de telle sorte que s'épandant par |
| | tout son corps lui causera, l'ictéritie ou jaunisse, |
| | alors pour l'apaiser lui faudra donner à manger |
| | la portion suffisante d'un des corps desquels il est |
| | sorti, lui donnant à boire de son lait, ce qui |
| | sera nécessaire pour détremper & mêler le tout |
| | ensemble, qui ayant demeuré dans le *poile |
| | propre, montreront ce de quoi ils ont besoin, |
| | qui pourra être peut être un peu de lait pour le |
| | rendre un peu plus agile pour lutter contre ses |
| | ennemis, & après cela lui faudra donner quelque |
| | morceau de la chair excellente pour lui donner |
| | appétit de mieux employer ses dents à dévorer |
| | ceux qui s'opposeront à lui: à lors il aura |
| | beaucoup de forces; mais si on laisse cette matière |
| | en sa colère jaune, elle s'échauffera de telle |
| | sorte, qu'elle passera en colère rouge, à lors la |
| | traitant comme j'ai dit ci devant, toutefois |
| | avec son corps coloré à peu près comme elle, elle |
| | aura de telles forces que chose du monde ne la |
| | pourra vaincre, & pour ce qu'elle change souvent |
| | de forces depuis le commencement jusqu'à sa fin, |
| | elle participe aussi à la forme, essentielle ou accidentelle |
| | de tout ce qui est au monde, & par |
| | conséquent est appelée du nom de toutes choses, |
| | jusques à ce qu'ayant acquis sa perfection elle |
| | soit fixe. Que le rechercheur donc s'apprenne |
| | de ne s'arrêter à tous les noms qu'il rencontrera, |
| | mais qu'il épluche la nature de la chose nommée, |
| | & il aura de quoi se contenter, & qu'il sache |
| | que le moyen de l'extraction de la matière, |
| | est fort caché, comme aussi, la séparation d'icelle, |
| | mais sa nutrition, ou le moyen de la nourrir, |
@
CHAPITRE I.
11
| & sans laquelle elle est inutile, est la pièce |
|
| très cachée, & aucun ne l'a jamais enseigné que |
|
| par énigmes: je me suis véritablement essayé de |
|
| la décrire nuement, mais il m'a été impossible |
|
| aussi bien qu'à plusieurs autres, & sans une particulière |
|
| révélation de Dieu ou une profonde |
|
| méditation, ou l'enseignement d'un maître |
|
| ami il est impossible d'en venir à bout, encore |
|
| qu'elle soit si facile qu'elle & faite dans demie |
|
| heure pour le plus long terme; que le recherchent |
|
ne se lasse pourtant d'étudier attentivement.
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| A Près que les matières sont amalgamées, | |
| & à celle fin que cet amalgame | Greverius.
|
| soit caché aux indignes, les Philosophes l'ont |
|
| nommé notre airain, notre Or, terre de Magnésie, |
|
| tout le composé: Saches, mon fils, |
|
| que notre semence est vraie Salamandre, laquelle |
|
| est conçue par le feu, nourrit par le |
|
| feu, & parfaite par le feu. Greverius p. 21. |
|
| & 36. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C' Est donc un amalgame, mais de quelles |
|
| matières, & de quel nombre il ne le dit point, | |
| mais ci après il en sera parlé, apprenons que ce |
|
| mot Amalgame signifie amollissement, c'est donc |
|
| quelque chose dure de la quelle il entend parler, |
|
| laquelle pour cacher aux ignorants (parlant seulement |
|
@
12
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | aux entendus) dit être nommée airain, |
| | car l'airain ne sort tel de terre: mais est composé, |
| | & étant composé ne retient le nom d'aucun |
| | de ses composants, mais un particulier, aussi ceste |
| | matière retient le nom de l'accident, & le |
| | nom d'or lui est donné à cause de son excellence, |
| | celui de terre & de Magnésie, non à cause de sa région |
| | qui est en Macédoine jointe à la Thessalie |
| | nommée Magnésie, ni aussi de la ville dite Magnésie, |
| | en Ionie près du Méandre, distante d'environ |
| | seize mille pas d'Ephèse, ni de cette espèce |
| | de Marcassite nommée par les uns Magnésie, |
| | & des autres Pyrites: mais, comme il y a apparence, |
| | du nom du Magnes, ou aimant, car comme |
| | l'aimant attire à soi le métal le plus crasse, |
| | aussi cette science attire à soi les plus grossiers |
| | d'entre les hommes, qui, quoi que désireux |
| | ignorent, l'être, le commencement, le milieu, |
| | & la fin de tout le composé, qui est la vraie Salamandre, |
| | non que ce soit cet animal ainsi nommé , |
| | car cet animal (ni aucun autre quoi que quelques |
| | uns disent le contraire) n'est conçu, |
| | nourri, & parfait au feu, mais cet amalgame |
| | mis au feu convenable, y engendre un fils |
| | qui par continuation d'icelui y est nourri & parfait, |
| | non que le feu de soi même face tout cela |
| | sans addition de breuvage & viande solide, |
| | comme quelques cerveaux vides croient, mais |
| | iceux breuvage & viande solides mis en temps |
| | propre sont aidés par le moyen du feu à agir & |
| | pâtir, de même que par la chaleur naturelle es |
| | corps des animaux les viandes & breuvages sont |
| | aides les uns à agir, les autres à pâtir; & ne vois |
@
CHAPITRE I.
13
| aucun nom pouvoir être donné plus propre à ce |
|
| qui sort & est produit de cet amalgame que semence, |
|
| car comme d'un peu de semence traitée |
|
| méthodiquement provient une multiplication |
|
| innombrable de la chose de laquelle la semence |
|
| est sortie, de même de cette matière subtile spiritueuse |
|
| vraie semence de ses parents se fait une |
|
| multiplication si admirable, qu'il n'y a rien de |
|
| plus grand à désirer sous la concavité de la Lune, |
|
| & soutiens que ce qui est produit & comme engendré |
|
| de nouveau par icelle peut être rendu plus |
|
| excellent que les matières ou métaux dont cette |
|
| semence a été sortie. |
|
| | |
| T E X T E. | |
| |
|
| C Este noirceur a pris en son partage mille | Alanus.
|
| noms; car elle est nommée feu, âme, nuée, | |
| tête de corbeau, & cette noirceur joint l'âme |
|
| au corps. Alanus p. 56. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Este matière, ou semence est maintenant | |
| nommée noirceur, à cause de sa couleur, & | |
| encore a elle plusieurs autres noms, comme |
|
| feu: car comme icelui dessèches les choses trop |
|
| humides, de même cette noirceur dessèche la |
|
| trop grande humidité, la quelle est à l'eau philosophique |
|
| blanche & coulante, à laquelle pour ce |
|
| qu'elle donne vie, est nommée âme, & pour ce |
|
| qu'elle couvre ce qu'en fin se produira, se nomme |
|
| nuée: & pour ce que cette matière ou semence |
|
| noire est le principe de l'Art, est nommé tête |
|
@
14
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de corbeau, & joint l'âme au corps, lors qu'étant |
| | parachevée, sa forme ou levain est mêlé par la |
| | force & vertu d'icelle au corps mais pour ce que |
| | ce texte est pressé, je ne me puis pas ici plus facilement |
| | donner à entendre, ce sera, Dieu aidant, |
| | par ci après plus à propos & plus clairement. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Pontanus. | L A Pierre des Philosophes est une, mais
|
| | nommée de plusieurs noms: car elle est aqueuse, |
| | aérienne, ignée, terrestre, Phlegmatique |
| | cholérique, mélancolique, sulfureuse, & semblablement |
| | argent vif, ayant plusieurs superfluités, |
| | lesquelles par le Dieu vivant se convertissent |
| | en vraie espère moyennant notre feu; & |
| | celui qui sépare quelque chose du sujet croyant |
| | cela être nécessaire, véritablement ne sait |
| | rien en Philosophie, d'autant que le superflu, |
| | le sale, *l'ord, le bourbeux, à finalement toute |
| | la substance du sujet se parfait en corps spirituel |
| | fixe par le moyen de notre feu, ce que les |
| | sages n'ont jamais révélé, qu'est cause que peu |
| | de gens parviennent à cet art, croyants qu'il y |
| | ait sale & vilain. Pontanus p. 74. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | P Ontanus nomme ce que les devant écrivains |
| | ont nommé matière amalgame noirceur |
| | Pierre des Philosophes, & non du vulgaire, mais |
| | c'est à autre sens qu'Isaac, car il dit qu'on tire de |
@
CHAPITRE I.
15
| la Pierre une matière subtile & spiritueuse, mais |
|
| notre auteur tout d'un plain faut dit que la Pierre |
|
| des Philosophes est une, non qu'elle soit en ce commencement |
|
| Pierre, c'est à dire fixe à toute épreuve, |
|
| mais il a égard à sa fin, voila pourquoi décrivant |
|
| les degrés par lesquels cette Pierre ou |
|
| matière paisse il dit qu'elle est aqueuse, pour ce |
|
| qu'elle est humide, voire en faisant l'amalgame |
|
| elle est coulante presque comme d'eau, est aussi |
|
| aérienne ou subtile comme l'air, & pénétrante |
|
| comme lui, ignée à cause qu'elle dessèche l'humidité |
|
| superflue des métaux trop mols, & consume |
|
| ce qui n'est & ne peut être rendu fixe, Terrestre |
|
| à cause de la pesanteur, Phlegmatique pour |
|
| son humidité & blancheur, Cholérique pour sa chaleur |
|
| & jaunisse, Mélancolique par sa noirceur |
|
| première & siccité, Sulfureuse par sa propriété à |
|
| séparer le brûlable, du non brûlable, Argent vif |
|
| pour ce qu'elle rend son propre sang en sa propre |
|
| nature, comme l'argent vif les métaux; de ces |
|
| superfluités nous en parlerons ci après au chap. |
|
| cinquième, mais cependant faut noter que cet |
|
| auteur assure ce qu'il dit être véritable, & |
|
| cela se faire par le moyen de notre feu qui ne s'entend |
|
| pas du feu commun clair, lucide & échauffant, |
|
| mais du notre, dit il, qui n'est autre chose |
|
| que ce qu'il appelle Pierre unique, c'est à dire homogénéisée |
|
| qui ne peut être séparée en diverses |
|
| parties & différences entre elles, que si nous disons |
|
| encore que par l'aquosité, & phlegme |
|
| ils marquent la couleur blanche, & par l'aérienne |
|
| & la cholérique couleur jaune fin de |
|
| la blancheur & commencement de la rougeur |
|
@
16
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la terrestre & la mélancolique la noirceur qui |
| | paraît en chaque commencement soit de l'amalgame, |
| | de la nutrition, de la fermentation |
| | & de la multiplication en qualité, le tout se |
| | trouvera vrai comme la raison & l'expérience |
| | le démontrent à qui a du jugement & des |
| | yeux. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Garlandius. | N Otre Pierre s'appelle aussi grain de
|
| | froment, lequel demeure seul, sans |
| | rien produire s'il ne meurt. Garlandius. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C Et auteur nomme cette matière subtile |
| | spiritueuse sortie des corps pierre & grain de |
| | froment par similitude (non d'identité,) car certes |
| | si cette Pierre n'est gouvernée comme les |
| | Sages ont enseigné, elle demeure inutile, ne |
| | produira aucune chose, & produisait ce sera |
| | en se noircissant encore d'avantage qu'elle |
| | n'était, & cette noirceur est vraie putréfaction, |
| | car elle acquiert une puanteur fâcheuse |
| | & un goût piquant, & en pénétrant |
| | jusque dans les narines émeut l'éternuement, |
| | mais étant ainsi pourrie elle retire à son vrai |
| | élément duquel étant pleine & augmentée, |
| | en fin elle vient à acquérir une couleur blanche |
| | qui est marque assurée de sa résurrection: qui |
| | l'a vue la sait, & qui ne l'a vue la croie, car l'affaire |
| | en va ainsi. |
| | TEXTE. |
@
CHAPITRE I.
17
| T E X T E. | |
| |
|
| C Ette composition de trois s'appelle pierre | |
| bénite, minérale, animale, végéta- | Arnaud.
|
| le, pour ce qu'elle n'a aucun nom propre; minérale, |
|
| pour ce qu'elle est composée de minéraux, |
|
| végétale, pour ce qu'elle vit & croît, |
|
| animale, pour ce qu'elle a âme, esprit & corps, |
|
| comme les animaux, elle est nommée autrement |
|
| noir puant, pour ce qu'elle a le ventre |
|
| noir, s'appelle aussi Chaos ou origine du |
|
| monde, ou masse confuse, mais nous l'appelons |
|
| terre. Et aussi notre eau est nommée |
|
| du nom de toutes feuilles d'arbres, de verdeurs, |
|
| pour décevoir les fols: s'appelle aussi |
|
| eau bénite, tempérance des sages; vinaigre |
|
| très-fort, corps qui se dissout, gomme des |
|
| Philosophes, chose vile, chose chère, corps |
|
| dur & noir, mol & clair, exaltation d'eau |
|
| angle de l'oeuvre: Et faut noter que le père |
|
| & la mère de la pierre sont nommés Soleil |
|
| & Lune en la composition de l'élixir, qui |
|
| après en l'opération de la pierre sont nommés, |
|
| terre ou nourrice. Arnaud sur Hortulan |
|
| page 25. & 35. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| T Out ce qui a un nom propre par lequel il | |
| est connu, n'en a besoin d'un autre pour | |
@
18
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | en donner connaissance; mais ce qui n'en a point, |
| | & qu'on veut donner ou à connaître, ou à entendre |
| | a besoin ou de nom, ou de la description |
| | de son être & de son effet: C'est pourquoi |
| | cet Auteur dit, qu'à cause que cette matière ou |
| | composition de trois n'a point de nom propre, |
| | l'on lui en attribué plusieurs, comme sont cahos |
| | ou masse confuse, d'autant que cette amalgame |
| | n'est ni or, n'argent, ne mercure, mais tous trois, |
| | & origine du monde, pour ce que d'icelle les quatre |
| | éléments, ou quatre couleurs sortent, lui |
| | donnant le nom particulièrement de Terre, comme |
| | appui, fondement, & nourriture, du poulet |
| | des Philosophes. Or ce qu'il a nommé Terre, |
| | maintenant il nomme Eau, laquelle, dit-il, |
| | prend encore le nom de toutes feuilles, arbres, & |
| | verdeur. Et Pourquoi? pour, dit-il tromper les ignorants, |
| | qui peut être adapté à ce que notre Seigneur |
| | Jésus-Christ a dit, qu'il ne faut pas semer |
| | les perles devant les pourceaux, & comme il est |
| | porté en Esdras, l'Ange Uriel lui disant qu'il |
| | publiât une partie des livres qu'il lui dictait au |
| | commun peuple, mais l'autre partie laquelle |
| | était la plus petite aux entendus & sages: toutefois |
| | sans m'arrêter à cette tromperie, je dis |
| | que comme les feuilles couvrent les fruits |
| | étant encore aux arbres ou plantes, de même |
| | sous ces feuilles ou noirceur, laquelle nageant par |
| | dessus la masse ou composition, n'est pas plus |
| | épaisse, qu'une toile d'araignée, la fin & fruit |
| | désiré, recherché, & attendu est caché, dit encore |
| | comme véritable, qu'en la première opération |
| | par le moyen du feu bien régi & administré, |
@
CHAPITRE I.
19
| au milieu & au dessus de notre mer, s'élèvent |
|
| comme arbres & feuilles, desquelles le soufre, |
|
| l'argent vif, double, l'eau permanente & la terre |
|
| tombe. Mais pourquoi, Eau bénite? c'est |
|
| qu'elle chasse l'impureté des métaux; comme on |
|
| dit que fait l'eau bénite les diables, mais plus |
|
| véritablement l'une que l'autre, & Tempérance |
|
| des sages, pour ce qu'il faut observer un poids, un |
|
| nombre, qui n'excède trois, & une mesure, ou |
|
| vaisseau proportionné & la matière, ce qu'un |
|
| ignorant ne peut comprendre ni entendre, aussi |
|
| peu que, vinaigre très-fort, duquel (simplement pris) |
|
| les ignorants se servent pour dissoudre leur matière, |
|
| sans croire & savoir, que tout ce qui se mêle, |
|
| donne autant de communication de son être, |
|
| comme il en reçoit de ce avec quoi il est mené |
|
| & que la vertu séminaire imprime les forme; |
|
| essentielles dans le recevant, ainsi que de l'engendrant |
|
| naturellement est imprimée la forme |
|
| spécifique: Car d'un cheval est engendré un cheval, |
|
| & non un singe; & que le dissolvant communique |
|
| sa nature à ce qui est dissout. Or notre |
|
| vinaigre dissout de dissolution vraie, délie & sépare |
|
| l'impureté de la pureté des métaux, dits impurs |
|
| & imparfaits: Corps qui se dissout, pour ce |
|
| que la matière étant en corps, est dissoute par |
|
| icelui vinaigre & gomme des Philosophes, pour |
|
| montrer que ce n'est gomme commune, mais |
|
| que ce même vinaigre assemble tant avant la |
|
| dissolution qu'après icelle, ce qui est homogénéisée |
|
| en cette composition, laquelle est corps dur |
|
| & noir, rendue telle par le feu propre, & par la |
|
| patience étant auparavant molle & claire, & par |
|
| B ij | |
@
20
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | l'ordre requis faite exaltation d'eau, c'est à dire plus |
| | excellent & de beauté & de bonté & de valeur, |
| | & enfin devenant l'angle de l'oeuvre: Car jamais |
| | nul n'est parvenu, ni ne parviendra à la fin de |
| | cet oeuvre si excellent sans cette composition, |
| | aussi peu qu'il est possible faire aucun ouvrage |
| | sans angle: Mais voici un avis non méprisable, |
| | comme celui d'un Pythie homme savant, |
| | & sage, qui n'a que sentences graves. Note, dit- |
| | il, que ce qui est appelé en la composition de l'élixir |
| | Soleil & Lune, en après en l'opération de la Pierre s'appelle |
| | terre ou nourrice. Il ne faut faire aucun doute |
| | que ce Soleil & Lune ne soient l'or & l'argent, |
| | comme il se verra par ci après par plusieurs témoins: |
| | Mais que veut-il & dire par Elixir, nous le |
| | verrons au chap. 3. avec la distinction familière. Apprenons |
| | cependant par préambule, que cette matière |
| | étant blanche ou rouge est nommée Enfant, |
| | d'autant qu'elle est ou volage volatile, & que les |
| | Philosophes disent qu'elle doit être nourrie de |
| | sa terre, à savoir la blanche de la blanche, qui |
| | est l'argent, & la rouge de la rouge, qui est l'or. |
| | Or écoutons Riplée qui nous épaule, oyons le |
| | donc. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Riplée. | N Otre matière de laquelle nous avons
|
| | besoin pour notre oeuvre, & à laquelle |
| | le Soleil, & la Lune doivent être résolus, |
| | n'est point le hyle ni le cahos, mais la première |
| | matière plus prochaine, laquelle est |
@
CHAPITRE I.
21
| nommée sperme procédant des animaux, |
|
| des végétaux semences, & des minéraux soufre, |
|
| & argent vif, c'est à dire ou entendre |
|
| des Philosophes. Riplée c. 3. p. 6. |
|
| Notre pierre a des noms presque infinis, car | |
| elle est nommée du nom de toute chose noire, & |
|
| lorsqu'elle est blanches ou rouge, du nom de toute |
|
| chose blanche ou rouge, & à cause qu'elle est |
|
| luisante, elle a des noms propres, & toutefois |
|
| ce n'est qu'une même chose, le même 47. |
|
| L'airain du commencement qu'il se cuit se | |
| & fait eau, s'épaissit toujours en se cuisant, |
|
| jusqu'à ce que la pierre soit plus excellente que |
|
| tous les métaux, qui est la cause qu'elle s'appelle |
|
| pierre des Philosophes. Que si tu l'appelles |
|
| eau, tu dis vrai, si tu le nies, tu ne mens |
|
| point: prends toi donc garde d'être trompé |
|
| par la diversité des noms. Le même p. 139. |
|
| Quand on les cuit sagement ils se font un, | |
| & est nommée de plusieurs noms, lors que le |
|
| rouge se fait il est nommé fleur d'or, levain & |
|
| orpiment, tandis qu'il demeure cru, s'appelle |
|
| plomb d'airain, verge & l'âme de métal: |
|
| or on appelle l'airain, monnaie, & la |
|
| noirceur est appelée plomb des Philosophes, |
|
| Le même p. 142. |
|
| B iij | |
@
22
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | R Iplée suit la façon de parler d'Arnaud & |
| | Hortulan, disant notre pierre, mais il ajoute |
| | de laquelle nous avons besoin pour notre |
| | oeuvre; Ce ne sont donc plusieurs matières, mais |
| | une, à savoir celle, en laquelle le Soleil & la Lune |
| | ont été réduits par le moyen du Mercure; |
| | mais que le Lecteur & studieux en cette pénible |
| | recherche se contente pour une fois que notre |
| | Soleil, Lune, & Mercure ne sont pas l'or, l'argent, |
| | ni l'argent vif vulgaires, car ces vulgaires sont |
| | morts: mais les nôtres quoi qu'ils soient sortis |
| | d'eux sont vifs, & de la façon de cette extraction, |
| | j'en parlerai en temps propre. Cependant apprenons |
| | que cette matière ne doit être réduite |
| | au hyle ou invisible & imperceptible aux sens extérieurs, |
| | ni aussi au cahos composé de matières hétérogènes, |
| | mais bien en matière plus prochaine, |
| | laquelle est homogénéisée, à laquelle on approprie |
| | divers noms: (comme a été dit ci-devant, & sera |
| | encore dit ci après, s'il plaît à Dieu) mais |
| | avec addition ordinairement de notre ou des sages, |
| | ou des Philosophes; pour preuve de quoi il dit, |
| | notre matière, notre pierre, & non matière, ou |
| | pierre simplement, se mettant par ce mot notre, |
| | au nombre de ceux qui ont su la composition |
| | de cet oeuvre admirable, de quoi il parle, comme |
| | le Maître au disciple, lequel il avertit avoir |
| | des noms infinis, & auxquels il ne se faut totalement |
| | arrêter, vu que par tous iceux n'est entendu |
| | qu'une même chose. L'airain donc, duquel il |
| | nomme toute la matière ou composition se cuisant |
@
CHAPITRE I.
23
| se fait eau: or cette eau est entendue en trois | |
| façons, ou lors que tout le composé est liquide, |
|
| ou lors qu'il est poudre impalpable & noire, ou |
|
| lors qu'elle a acquis la blancheur; en toutes lesquelles |
|
| elle est volatile en partie, & en partie |
|
| vitrifiante. Je dis & assure volatile & au noir, & |
|
| au blanc, & au jaune, & au rouge, ne pouvant |
|
| être arrêtée sur le feu; que par sa mère au blanc, |
|
| & par son père au rouge, Car le jaune est la fin |
|
| du blanc, & commencement du rouge, voila |
|
| pourquoi il ajoute que cet airain s'épaissit toujours |
|
| en se cuisant, par l'ordre entendu qui l'élèvera |
|
| à un degré éminentissime, mais plus excellentissime, |
|
| que ces Eminentissimes qui ne peuvent |
|
| communiquer leur splendeur à autrui, sans diminuer |
|
| la leur; Mais cet airain communiquant |
|
| son éminentissime pourpre à ses inférieurs se |
|
| rend encore & plus désirable, plus recherchable |
|
| & plus admirable en toutes choses; si qu'étant |
|
| en si haut degré de perfection duquel il ne |
|
| peut jamais déchoir, il acquiert le nom de Pierre |
|
| des Philosophes, ou sages; que si alors on le dit |
|
| eau on dira vrai (par propriété) si on dit |
|
| le contraire, on ne mentira point, (par similitude) |
|
| avertissant charitablement de ne s'arrêter |
|
| à la diversité des noms, pour s'être trompé. |
|
| Or, dit-il quand on les cuits sagement, ils se font un. |
|
| Ils sont donc plusieurs, & pour le moins trois, |
|
| desquels deux ne s'accorderont jamais pour être |
|
| l'un chaud & sec, l'autre froid & humide, que |
|
| par le moyen, & l'entremise d'un tiers ami de |
|
| l'un & de l'autre, qui les peut unir & lier tellement, |
|
| qu'ils seront à jamais inséparablement un, |
|
| B iij | |
@
24
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & c'est un est alors (étant rouge) nommé fleur d'or, |
| | mais auparavant étant noir était nommé plomb des |
| | Philosophes, & non le commun, comme plusieurs |
| | ignorants croient, & duquel plomb qu'ils nomment |
| | mal à propos Saturne, ils veulent extraire l'argent |
| | vif, qu'ils nomment aussi, & *ignoramment |
| | Mercure. L'auteur des axiomes, axiome xi. & |
| | xii. p.70 dit: Nous appelons tout le composé, notre |
| | plomb, lequel prend sa splendeur du Soleil |
| | & de la Lune, que si tu ôtes aux dits Soleil & Lune |
| | leur splendeur, ils demeureront une terre de |
| | peu de valeur, qu'on ne pense pas qu'il faille |
| | ôter & tirer la couleur jaune de l'or, & la blancheur |
| | de l'argent, comme plusieurs se figurent, ceci |
| | va & s'entend d'autre façon, comme se pourra |
| | voir ci après. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Vogelius. | L E Soleil, ou or est nommé par excellen-
|
| | ce corps métallique, d'autant que les |
| | autres métaux n'ont encore atteint cette perfection, |
| | à laquelle toutefois ils peuvent parvenir. |
| | Vogelius c. I. p 7. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | Q Uoi que le Soleil porte de l'or, si est-ce |
| | que notre auteur comprend l'un avec |
| | l'autre pour même chose, laquelle il dit être |
| | appelée par certaine excellence corps métallique, à laquelle |
| | peuvent parvenir, c'est à dire après être dépurés, |
| | fixes & teints les autres: que si on veut |
@
CHAPITRE I.
25
| considérer ce mot de métal, on trouera que ce |
|
| mot métal en Grec vient du verbe metallo ou metallefuo, |
|
| qui veut dire fossoyer, ou rechercher, |
|
| ou selon quelques uns de para ta meta ta alla esfrisqueste, |
|
| qui signifie de difficilement trouve-on |
|
| une veine de métal, qu'on n'en trouve une autre |
|
| tout proche, la propriété donc que ce Soleil |
|
| ou or vrai métal, est que par lui tous les autres |
|
| métaux nommés imparfaits, peuvent acquérir |
|
| cette perfection, à savoir devenir argent ou or, |
|
| pour ce, comme j'ai déjà dit, qu'ils peuvent par icelui |
|
| être dépurés, fixes & teints; Ce qui ne peut |
|
| être fait par aucune autre façon, quoi que tous |
|
| les charlatans, coureurs, faux monnayeurs, extracteurs |
|
| de Mercures, & teintures de métaux, |
|
| disent. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| L 'Huile n'est autre chose que le limon de | Vogelius.
|
| tous les métaux nageant sur la menstrue | |
| par la dissolution d'iceux, & s'assemble sur son |
|
| eau, de telle façon, qu'ils ne se mêlent point, |
|
| mais le dit huile nage au dessus se congelant |
|
| en forme d'une subtile peau de diverses couleurs, |
|
| & cette huile s'appelle aussi eau, levain. |
|
| Le même Vogelius p. 9. 10. 11. |
|
| Huile, teinture, or, âme, onguent des | |
| Philosophes, par lequel tout le magistère se |
|
| parfait, souffre, lumière, alun, gomme, |
|
| sang, levain, notre terre, esclave, teinture: |
|
@
26
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | d'autant qu'il colore & teint la terre nettoyée |
| | & pure de toute saleté: huile, pour ce |
| | qu'il demeure après la teinture sur les corps, |
| | de même que l'huile sur le drap: Ame, d'autant |
| | que comme par l'âme tous les animaux |
| | & végétaux vivent, croissent, végètent & |
| | multiplient: de même la pierre physique est parfaite |
| | & lui adjoignant l'âme se fait belle, |
| | resplendissante, se nourrit & croît: levain, d'autant |
| | que comme le levain aigrit la pâte, & |
| | la convertit à sa nature, de même cette huile |
| | rend toute la pierre en sa nature. Or, mais |
| | non vulgaire pour ce qu'il n'est plus solide comme |
| | auparavant, mais atténué & spiritueux, |
| | ce qu'il faut aussi entendre de l'Argent. Onguent, |
| | d'autant que comme les graisses & les |
| | onguents ramollissent & rendent les choses |
| | auxquelles ils sont appliquées lubriques ou |
| | glissantes, semblablement cette huile ramollit |
| | les parties dures de la pierre, adoucit les aspres |
| | & les rend coulantes. Soufre, pour ce qu'il |
| | agit en la matière la congelant & figeant à |
| | forme de soufre. Lumière à comparaison |
| | de l'âme, laquelle illumine le corps. Alun par |
| | la similitude des teinturiers, qui à la teinture |
| | de leurs draps usent de l'alun. Le même |
| | c. I. p. 33. |
| | La matière simple est le corps dissout à la |
@
CHAPITRE I.
27
| différence du corps dur & solide, les éléments |
|
| des Chimiques sont dits composés, d'autant |
|
| qu'ils ne cherchent pas les simples (desquels |
|
| ils ne faisaient aucune génération) mais les |
|
| composés desquels l'un domine toujours sur |
|
| les trois qui lui sont joints, comme ils appellent |
|
| eau ce en quoi les qualités de l'eau domine, |
|
| à savoir froid & humide. Le même |
|
| c. 2. p. 21. |
|
| Les Philosophes appellent le soufre parfaitement | |
| nettoyé, purifié, & blanc, terre foliée. |
|
| Vogelius c. 4. p. 151. | Vogelius.
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Otre auteur ayant dit huile, dit que c'est, | |
| pour marquer aux studieux, que ce n'est | |
| huile commun, brûlant, & flambant, & éclairant: |
|
| mais la façon comme cette huile, ou limon |
|
| est fait, & de quoi il n'en parle point (il dit |
|
| seulement qu'étant fait, il ne se mêle point avec |
|
| ce de quoi il est fait, mais qu'il s'assemble sur |
|
| son eau ou menstrue qui a dissout la matière, laquelle |
|
| étant séparée & amassée est dit eau, |
|
| donc déjà a été dit, & levain à cause que cette |
|
| noirceur ou limon onctueux convertit cinquante |
|
| fois autant qu'il pèse du dissolvant, par le |
|
| moyen duquel il a été engendré, sans lequel |
|
| tout artiste travaillera en vain, pour ce que sans |
|
| lui le magistère ne peut être ni commencé, ni |
|
| parfait, & lequel soit en son commencement, |
|
@
28
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | milieu, & fin a une milliasse de noms, expliquant |
| | la raison d'une partie d'iceux, & laissant l'autre |
| | partie à rechercher aux studieux. |
| | Presque tous les rechercheurs en cette étude |
| | alambiquent leur esprit à alambiquer, décomposer |
| | & réduire, disent ils, leurs matières en |
| | quatre éléments simples, desquels ils disent être |
| | composés, & puis de tels éléments simples rejoints |
| | ils doivent faire des miracles: mais ces miracles |
| | sont le contraire de Dieu, qui de rien, c'est |
| | à dire, d'aucune matière visible & palpable, il |
| | fit tout ce qui est & visible & palpable. Mais |
| | ces curieux grossiers, de toutes choses ils font |
| | rien, accomplissant par ce moyen le dire mal entendu |
| | des Philo-chimiques qui commandent de |
| | réduire ce de quoi on tire la matière nécessaire |
| | en son premier être (entendant plus prochain |
| | & non éloigné) qui est la matière simple, laquelle |
| | procède du corps dissout, laquelle dissolution, ou |
| | anéantissement est très mal entendu de ces grossiers |
| | opérateurs; Cette dissolution est la vraie |
| | quadrature du cercle réduite au triangle, en la |
| | ligne & au point indivisible ce point contenant |
| | autant en son indivisibilité, que faisait la ligne, |
| | que le triangle, que le quadrangle, & que le cercle |
| | sans séparation manuelle d'aucune chose, |
| | mais seulement attraction de nouvelle qualité |
| | l'une après l'autre. Ce cercle est une chose parfaite |
| | à laquelle la nature ni l'homme ne peut ajouter |
| | ni diminuer, le seul entendu & docte en |
| | cette science (je dis science, car elle se recherche |
| | & désire par soi même) la sait mener à un |
| | degré dans lequel il montrera plus pleinement |
@
CHAPITRE I.
29
| sa vertu & de ce degré qui est le quatrième ou |
|
| quadrature, il descend au troisième du troisième |
|
| au second nommé ligne, & du second ou ligne |
|
| au premier ou point qui est indivisible, & de |
|
| cet indivisible il se surhausse, montant jusqu'au |
|
| septième, d'icelui au plus bas, & du plus bas au |
|
| quatrième, dans lequel il s'enflamme de telle |
|
| façon, que sa couleur intérieure & extérieure devient |
|
| comme un rouge obscur, mais éclatant |
|
| & brillant. Les éléments donc des Chimiques sont dits |
|
| composez: car s'ils ne l'étaient, ce qui a été dit |
|
| n'en pourrait sortir, & la variété des noms de |
|
| cette matière simple a été donnée pour deux raisons |
|
| principales: la première, c'est à cause des |
|
| changements qui adviennent étant tantôt liquide, |
|
| tantôt un peu plus ferme, tantôt sèche, |
|
| tantôt arbre, tantôt poudre, tantôt graisse & |
|
| nageant, tantôt pesante & allant au fond, tantôt |
|
| volatile, tantôt congelée, tantôt fixe, tantôt |
|
| se nourrissant de son propre lait, tantôt de |
|
| son corps blanc ou rouge, tantôt noire, tantôt |
|
| blanche, tantôt jaune, tantôt rouge l'autre est |
|
| pour arrêter les bêtes aux chardons, qui veut |
|
| lent jouir d'un si grand bien sans se peiner: les |
|
| Dieux, disent les anciens, vendent leurs biens par |
|
| la sueur, & la véritable science ne s'acquiert pas |
|
| à dormir. |
|
| Non jacet in molli veneranda sciencia lecto. | |
| Ipsa, sed assiduo parta labore venit. | |
| La domination donc de chacune des qualités | |
| susdites est cause de la diversité des noms: car |
|
| étant liquide cette matière est nommée du nom |
|
| de toutes les choses liquides, étant dure, du |
|
@
30
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | nom de toutes choses dures, étant frangible, du |
| | nom de toutes choses frangibles, noire, blanche, |
| | jaune, rouge, volatile, fixe, entrante, teignante, |
| | purifiante & fixante, du nom de toutes |
| | les choses qui sont aux sens communs dures, |
| | frangibles, noires, blanches, jaunes, rouges, |
| | volatiles, fixes, entrantes, teignantes, purifiantes |
| | & fixantes. Que le rechercheur avise donc |
| | bien avant que se mettre à travailler, d'entendre |
| | les mots & noms propres de l'art, à celle fin qu'il |
| | ne perde ni son temps ni son argent. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | N Otre eau s'appelle eau de vie, eau sereine, |
| Arnaud. | eau perpétuelle, & a mille autres
|
| | noms, d'autant qu'elle donne vie aux corps |
| | morts, & rend claires & nettes les choses sales |
| | & sordides, eau perpétuelle, pour ce qu'elle |
| | fait durer les corps qu'elle touche & même |
| | à perfection. Arnaud. p. 21. & 17. |
| | Tandis que l'ouvrage est cru, il est nommé notre |
| Desiderable. | argent vif, eau permanente, plomb, crachat
|
| | de Lune, étant cuit s'appelle argent magnésie, |
| | soufre blanc; étant rouge s'appelle orpiment, |
| | corail, or, levain, pierre, eau luisante de |
| | céleste couleur, trouvé par tout, à cause de la |
| | participation des éléments; nommée du nom |
| | de toutes choses, pour cacher sa nature; très- |
| | vile, à cause de sa putréfaction, & très-cher à |
| | cause de sa vertu, les Philosophes ne se souciant |
@
CHAPITRE I.
31
| point des noms, mais seulement par iceux |
|
| ils donnent à entendre les choses. Desirable |
|
| p.21. |
|
| Notre pierre est dite naturelle, d'autant | |
| qu'elle est trouvée naturellement, & qu'elle a |
|
| les quatre qualités des éléments, elle est froide |
|
| & humide, à cause de la Lune & Mercure, |
|
| & à cause du Soleil est chaude, & sèche, elle |
|
| est dite animale, pour ce qu'elle est rouge |
|
| comme sang, & non qu'elle se face de sang: |
|
| Herbale, pour ce qu'elle a une âme vitale ou |
|
| multipliable, & s'appelle serviteur rouge. |
|
| Le même p. 56. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| P Ar le premier texte que nous pouvons nommer | |
| corollaire, il se prouve que les Philo- | |
| chimiques se servent ordinairement presque de |
|
| ce mot notre, ils distinguent ce de quoi ils parlent |
|
| avec ce que par ce nom le vulgaire entend |
|
| la raison pour laquelle ces noms sont donnés, est |
|
| assez expliquée: Or le suivant dit, Tandis que |
|
| l'ouvrage est cru, voici une pierre d'achoppement, |
|
| laquelle fait broncher plusieurs lourdauds, qui |
|
| pour ce cru vont chercher par les mines des métaux |
|
| la matière, disent ils, commencée, mais |
|
| encore crue des métaux: mais cette matière a |
|
| elle quelque propriété avec l'argent vif, l'eau |
|
| permanente & plomb ? ô court voyant & oyant |
|
| prenez vos lunettes & cornets à oreilles. Notre |
|
@
32
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ouvrage est nommé cru, tandis que les |
| | matières qui le composent sont encore entières, |
| | & qui n'ont encore rendu leur semence, mais |
| | icelle rendue est nomme argent vif, & eau permanente |
| | pour la même raison que cette dite au |
| | premier texte, & plomb pour deux raisons, l'une |
| | à cause de sa couleur, & qu'elle nage par dessus |
| | le Soleil, la Lune & le Mercure, & n'entend |
| | point par ces noms or, argent, ni argent vif communs |
| | qui sont morts, & ne peuvent être employés |
| | utilement en notre ouvrage; Je dis ceci |
| | à celle fin qu'aucun ne se trompe, comme ce |
| | grand Opérateur qui attachait son vaisseau contenant |
| | sa matière au haut d'un pilier à découvert, |
| | pour y recevoir l'humidité, laquelle il |
| | nommait crachat de la Lune, & le jour l'ardeur |
| | du Soleil. Or notre Auteur ne dit pas, c'est le |
| | crachat de la Lune, mais est nommée crachat de Lune, |
| | & ainsi des autres. Or pour ce que plusieurs |
| | après avoir fagoté diverses pièces sans profit, |
| | que de la légèreté de leurs bourses, ils se font enfin |
| | résolus d'attendre patiemment la révélation |
| | d'en haut, croyant que comme l'Ange Uriel vint |
| | éclaircir Esdras des visions qu'il avait vu, |
| | auquel il découvrit aussi cette poudre de laquelle |
| | il dit au chap. 8. du 4. livre, qu'un peu d'icelle |
| | fait beaucoup d'or: de même ce bon Ange |
| | leur dessillera les yeux, leur ouvrira les oreilles |
| | & mènera par la main au chemin désiré: car ils |
| | s'estiment d'aussi bonne maison, & aussi bien |
| | hommes qu'était Esdras, vu que leurs pères |
| | étaient sortis de même tige, & dans l'Arche |
| | de Noël aussi bien que les autres bêtes; & contre |
@
CHAPITRE I.
33
| ce qui est porté par notre texte, à savoir qu'elle |
|
| est trouvée naturellement, ils disent que notre pierre |
|
| est dite naturelle, non qu'elle le soit, mais super-naturelle, |
|
| pour ce qu'ils ne la peuvent trouver |
|
| par leurs ignorances, l'ayant cherché dans les |
|
| nombres, dans les figures, dans les mots sacrés, |
|
| dans le Cantique des Cantiques, dans l'Apocalypse |
|
| tirants toute l'Ecriture S. par les cheveux |
|
| (comme on dit) témoin Khunrath Lips. en son Amphitheatre |
|
| Sapientiae aeternae, & Guillielmus Mennens en |
|
| son Aureum vellus, qui veulent que Moïse, & les |
|
| autres Prophètes aient décrit l'oeuvre philosophique |
|
| chimique sous les écorces de leurs |
|
| écrits, or, disent-ils, Salomon l'a eue, & par icelle |
|
| il a eu de quoi bâtir le Temple, & faire cette grande |
|
| dépense, de laquelle la Reine de Saba a été |
|
| émerveillée, & je leur demande, si Salomon l'a |
|
| eue, & si par elle l'on fait des montagnes d'or |
|
| pourquoi. Apres que ses navires ont été rompus |
|
| qu'il n'a plus été bonne intelligence avec le |
|
| Roi de Tyr, & n'a plus envoyé en Ophir, a il été |
|
| contraint pour ne déchoir de son grand lustre, |
|
| de faire de grandes impositions sur son peuple ? |
|
| Certes j'admire comment se peut-il faire que |
|
| des personnes s'estimant si sensées ne regardent |
|
| de plus près, sans s'amuser de faire tirer aux crocheteurs |
|
| trouvés à la grève, rousseaux jeunes & |
|
| les plus joviaux & robustes, quantité de sang |
|
| qu'ils font distiller & re-distiller, se faisant accroire |
|
| que la fève est dedans ce gâteau sans à la fin du |
|
| jeu y trouver que l'effet de leur rêverie, si de |
|
| chacun sort son semblable, le métal ne peut sortir du |
|
| même métal, & d'un imparfait un parfait. Epluchez |
|
@
34
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ces mots dorés & véritables, & vous |
| | pourrez vous faire plus intelligents. Dieu vous |
| | en fasse la grâce. Amen. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | A Cause de la diversité des degrés, le |
| | Mercure a divers noms: car lors qu'il |
| | est froid & humide il s'appelle âme, étant |
| | secs s'appelle esprit, étant plus cuit & fixe, |
| | s'appelle corps, il se fixe & fait volatil par |
| | grande décoction, les Philosophes appellent |
| | Soleil frère du Mercure, & la Lune |
| | sa soeur. Le même Desiderable p. 50. |
| | Ma mère, dit la pierre des Philosophes, |
| | est l'argent vif, en suite de ce, le vent la |
| | porte en son ventre, c'est à dire l'argent vif |
| | aérien, qui aussi est nommé vinaigre très- |
| | fort, eau forte, venin teignant, lait virginal, |
| | fontaine de vie, feu brûlant. Le même |
| | p.66. |
| | La pierre est nommée Saturne: d'autant |
| | que comme Saturne est la plus haute planète, de |
| | même notre pierre est la plus haute & précieuse |
| | de toutes. Le même p. 89. |
| | L'eau a quatre principales couleurs, noirceur |
| | de charbon, jaune comme l'Emerillon, |
| | rouge comme le Rubis, blanc comme la fleur |
| | de lys, la couleur jaune est nommée eau, La |
@
CHAPITRE I.
35
| noirceur air, la blancheur terre, & la rougeur |
|
| feu. Le même. p. 100. |
|
| En la pierre l'argent vif c'est la matière, & | |
| le soufre la forme. Le même p. 103. |
|
| Les Philosophes ont appelé toute la composition | |
| terre blanche, quand elle est blanche, |
|
| & terre rouge quand elle rouge. Le même |
|
| p. 114. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| L E Mercure, dit notre Auteur, a divers noms, | |
| il ne faut pas estimer qu'il entende ceci du | |
| vulgaire qui ne reçoit point étant seul aucun |
|
| autre degré que de clair & coulant quelque feu |
|
| qui le poursuive, ou dans lequel il soit mis. C'est |
|
| donc du philosophal qu'il entend, auquel on |
|
| attribue autant de noms qu'il y a de choses au |
|
| monde, & notamment âme pour la force qu'il |
|
| a d'animer les corps des morts: mais cette âme |
|
| ne montrera point sa force, si elle n'est jetée |
|
| dans son propre corps, qui est le corps duquel |
|
| elle a été extraite, & ce corps est moitié Soleil |
|
| & moitié Lune, un chacun fournissant du sien |
|
| ce qu'il a de plus subtil & substantiel, que les |
|
| uns nomment sperme, les autres mercure, les autres |
|
| soufre, & de divers autres noms, & en ce |
|
| sperme ils sont faits homogénéisées, c'est à dire un, |
|
| & de cet un, duquel tous les Philo-chimiques |
|
| parlent & entendent, disant n'avoir besoin que |
|
| d'une matière, laquelle il faut tirer de sa minière |
|
| pure & nette, laquelle il faut conjoindre avec sa |
|
| C ij | |
@
36
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | propre eau par le feu d'amitié, & cette matière a pour |
| | mère le soleil & la Lune, qui l'ont engendrée par le |
| | moyen du vent qui l'emporte avec soi, & s'en |
| | couvre comme d'un crêpe ou manteau, empruntant |
| | le nom de vinaigre, & les autres noms |
| | à cause de ses actions, & il faut aussi noter, que |
| | lors qu'il est dit que l'argent vif est la matière, il |
| | faut entendre de ce sperme cuit en blanc ou en |
| | rouge, & qui est encore & sera toujours volatil, |
| | jusques à ce que le soufre, qui est le Soleil, |
| | ou la Lune lui soit ajouté, alors il dit avoir |
| | sa forme, tellement que cette matière a demeuré |
| | un fort long temps sans forme, contre la doctrine |
| | des communs Philosophes qui n'admettent aucune |
| | matière sans forme; Alors donc que cette |
| | composition de la matière, & de la forme est unie, |
| | elle est nommée terre blanche, ou terre rouge selon sa |
| | couleur advenue: cependant qu'aucun ne soit si mal |
| | avisé de joindre & cuire l'argent vif & le soufre |
| | communs ensemble, car ils n'auront de ce |
| | mélange que ce qu'on nomme communément |
| | cinabre. Même j'avertis de ne mêler avec |
| | ce cinabre rompu en pièces l'argent commun |
| | limé les cuisant fermés dedans un |
| | vaisseau de verre cuite, au feu commode par |
| | huit jours, car j'assure que le profit ne sera que |
| | la perte de dix pour cent, comme la coupelle |
| | vérifiera, je le sais pour l'avoir vu faire à |
| | un mien ami & contre mon opinion, laquelle |
| | fut surmontée par les ferments & assurances |
| | d'un qui se disait fort entendu & expert en cette |
| | science, qui ayant fait limer deux cents ducatons, |
| | les mêla avec autant pesant de cinabre, & au |
@
CHAPITRE I.
37
| bout de huit jours de cuite, le tout étant refroidi |
|
| fut versé dedans un vaisseau: véritablement |
|
| ledit argent limé fut retrouvé étant pesé |
|
| en son même poids, & le cinabre augmente en |
|
| poids d'environ vingt onces, tellement que ce |
|
| grand entendu me regardant dit, hé bien que dites-vous |
|
| ? alors sans lui répondre, je dis à l'Orfèvre |
|
| s'il voulait acheter cet argent que lui |
|
| même avait limé, à quoi il répondit, il est vrai |
|
| que je l'ai limé, mais l'ayant limé il était |
|
| blanc, & maintenant il est fort noir, nonobstant |
|
| je l'achèterai l'ayant fondu, ce qu'ayant |
|
| fait sur le champ, & jeté en lingot il trouva |
|
| son lingot diminué d'environ vingt-deux onces de |
|
| son premier poids, & fort bas à la touche, & ayant |
|
| fondu le cinabre qu'on disait être augmenté de |
|
| vingt onces en poids, fut trouvé le tout ne peser |
|
| qu'environ neuf onces, & si le tout cuit été mis |
|
| à la coupelle, la diminution en aurait été |
|
| beaucoup plus grande, & voila comme ce grand |
|
| Docteur fut confus par la preuve, tellement que |
|
| le cinabre, le vaisseau, le charbon furent perdus, |
|
| & l'argent diminué, & en prix & en poids, de quoi |
|
| Trévisan avait déjà donné avis dans son Opuscule |
|
| parlant des clous du cinabre qu'on faisait à |
|
| Paris. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| L Es Philosophes ont nommé la terre | Trévisan.
|
| corps, & os d'icelle, d'autant qu'icelle | |
| restreint le composé, & empêche les éléments |
|
| fluides, de leur crue fluide ayant avec |
|
| C iij | |
@
38
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | soi le feu symboliquement en siccité. Or ils |
| | ont dit que l'eau, & l'air sont esprits, pour |
| | ce qu'iceux sont éléments humectant & dissolvants |
| | la terre, appelant l'air & le feu |
| | Ame, pour ce qu'ils meurent, digèrent & parachèvent |
| | tout le composé. Note cependant |
| | que celui qui dit Ame parle métaphoriquement, |
| | comme de même est entendu de l'esprit, |
| | non comme étant végétatif, ou le corps |
| | comme forme formante, comme & tel qu'il |
| | se trouve aux hommes & autres sensitifs: partant |
| | les dits Philosophes ne doivent être |
| | entendus selon la lettre, mais selon la possibilité |
| | de la nature. Trévisan à Thomas |
| | de Bologne p. 166. 1667. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | S I on met une mesure d'eau dessus une même |
| | mesure de cendres, icelles arrêterons la fluidité |
| | de l'eau par leur siccité, c'est ce que Trévisan |
| | nous dit ici nommant la terre corps & os d'icelle, |
| | laquelle empêche le vif argent, mercure & autres |
| | éléments chimiques de couler non seulement |
| | sur la superficie plaine, mais mêmes aux |
| | preuves ordinaires, c'est à dire, de s'en aller ou |
| | à la simple fonte, ou à la coupelle, pour ce que |
| | cette terre est chaude & sèche symbole du feu, |
| | & partant dessèche l'humidité de la matière; Le |
| | reste est assez clair, & assez éclairci par ci devant. |
@
CHAPITRE I.
39
| T E X T E, | |
| |
|
| P Rends l'air très-pur, le feu coloré, & l'eau | Un vieux
|
| rayonnante, & mêles les. Notre fu- | manuscrit.
|
| mier est argent vif, & est ainsi appelé, |
|
| pour ce que son humidité naturelle (à raison |
|
| de son onctuosité) est longuement conservée de |
|
| la putréfaction par sa chaleur propre. Or les |
|
| Philosophes ont attribué plusieurs noms à la |
|
| matière, & cause des divers degrés de cuite, |
|
| car le Mercure étant froid & humide, est |
|
| nommé Ame, lors que le feu a consumé son |
|
| humidité, & qu'icelui Mercure est sec, est |
|
| nommé esprit, & d'avantage lors que par plus |
|
| grande décoction est fixe, est nommé corps, |
|
| & ainsi une même chose est nommée de trois |
|
| divers noms. D'un vieux manuscrit. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Et Auteur est assez clair, montrant que | |
| la composition qu'on nomme communément | |
| Pierre des Philosophes est faite d'air très- | |
| pur, qui est Mercure, de feu coloré, qui est le |
|
| Soleil, & de l'eau rayonnante, qui est la Lune, |
|
| & par ces trois, comme j'ai dit, ne faut entendre |
|
| l'argent vif, l'or & l'argent vulgaires, mais |
|
| ceux connus & entendus par les philo-chimiques |
|
| communément Philosophes. |
|
| C iiij | |
@
40
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Texte. |
| | |
| | L a dissolution des corps est double, à savoir |
| Correctio | en mercure, & en mercuriale, la
|
| fatuorum. | première est pour les particuliers, la seconde
|
| | pour les universels, la première n'est autre |
| | chose qu'une résolution, la seconde par putréfaction |
| | du corps & de l'esprit en l'humidité. |
| | Or la putréfaction c'est la solution & |
| | séparation de toutes les natures liées l'une |
| | avec l'autre. Correction des fols p. 15. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | V oici un Maître qui en apparence parle |
| | d'une façon dissemblable aux autres, quoi |
| | que non: disant que la dissolution des corps est double, |
| | Nous avons déjà dit que la dissolution est la séparation |
| | des parties ou de la vertu des corps, comme |
| | d'un arbre qu'on sépare en écorce, en tronc, |
| | en feuilles & autres parties, & d'icelles mêmes |
| | on en tire par l'alambic ou feu l'eau, l'huile, le |
| | sel & la terre; la première dissolution nécessaire |
| | pour cet ouvrage, est en mercure, c'est à dire |
| | en noirceur, ou si mieux on aime, en matière liquide |
| | à laquelle sont réduits le Soleil & la Lune |
| | par l'amalgame du mercure premier, qui n'est en |
| | tout qu'une confusion ou mélange commun, |
| | par lequel on vient à ce Mercure second ou Saturne |
| | premier, par l'aide d'un petit feu, & cette solution |
| | est seulement des particuliers, à savoir |
@
CHAPITRE I.
41
| pour le Soleil & pour la Lune qui doivent |
|
| donner ce noir, mais la seconde dissolution, qui |
|
| est en Eau mercuriale, non mouillante, ni fluente |
|
| (comme plusieurs croient, & comme nous |
|
| avons dit ci devant, est matière blanche, ou rouge, |
|
| laquelle est pour les universels, lesquels il dépure |
|
| & rend en blancheur ou rougeur brillante |
|
| & permanente. La première n'est donc autre |
|
| chose qu'une résolution simple des corps du Soleil |
|
| & de la Lune par le moyen du Mercure (& |
|
| aidé d'un feu propre) & leur semence, soufre |
|
| ou teinture, & la seconde est une putréfaction, |
|
| ou mélange parfait de la noirceur tirée des dits Soleil |
|
| & Lune avec le mercure Philosophique, qui donne |
|
| à cette noirceur qui est poudre impalpable, sèche |
|
| & onctueuse, ingrès & entrée dans les métaux |
|
| qu'on veut purifier. Or la putréfaction n'est |
|
| autre chose que la solution ou séparation de toutes |
|
| les choses liées l'une à l'autre, ce qui sera facile |
|
| d'entendre, si; nous prenons garde aux autorités |
|
| ci dessus alléguées, car tous les auteurs disent, |
|
| que par le moyen du feu le corps qui était |
|
| humide & noir, se fait blanc & sec, & en après |
|
| rouge & fixe: l'humidité donc qui était liée |
|
| avec le noir, se dessèche, & le noir qui cachait |
|
| la blancheur se retire & disparaît & le blanc |
|
| qui couvrait le rouge, & qui n'était que desséché |
|
| disparaît au paraître du rouge, tellement que |
|
| dans un même vaisseau très-bien clos, l'humidité |
|
| est desséchée, & la siccité est fixée, le noir est |
|
| blanchi, & le blanc est rouge sans aucune séparation |
|
| ni de parties, ni d'éléments (mais seulement |
|
| addition de son principe ou plus prochaine |
|
@
42
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | matière) comme plusieurs estiment, ce qui |
| | sera traité ci après encore plus clairement |
| | avec l'aide de Dieu. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| | |
| Le son de la | L E laton est un corps composé du Soleil &
|
| trompette. | de la Lune, ou c'est l'airain avec le mercure.
|
| | Livre intitulé le son de la trompette |
| | p. 47. |
| | Le soufre est un corps imparfait avec |
| | lequel il faut joindre le levain, & celle fin qu'il |
| | s'engendre un semblable à soi & soit élixir. |
| | 51. |
| | Le mercure vulgaire est dit esprit, le mercure |
| | des corps est dit âme, & l'esprit ne se |
| | joint point au corps que par le moyen de l'âme, |
| | comme aussi l'âme ne se joint point au |
| | corps que moyennant l'esprit. Le même. |
| | p. 52. |
| | Durant le régime, & premièrement lors |
| | que la pierre est noire, elle est appelée terre |
| | Saturne, & du nom de tous corps noirs & |
| | terrestres, quand elle se blanchit, s'appelle |
| | eau vive, & de nom de toutes eaux, sels, aluns, |
| | & choses ayant blancheur, étant jaune sublimée |
| | & subtilisée, alors on l'appelle air, huile |
| | jaune, & du nom de toutes choses spiritueuses |
| | & volatiles: puis étant rouge s'appelle |
@
CHAPITRE I.
43
| ciel, soufre rouge, or, escarboucle, & du |
|
| nom le toutes choses rouges précieuses & belles |
|
| tant des animaux, pierres, que plantes. |
|
| Le même p. 108. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Otre Auteur nous apprend, que ce que | |
| les Philosophes nomment laton, est rien de | |
| commun, ni de composé, comme plusieurs se |
|
| *fantasient, mais comme le cuivre rouge étant |
|
| fondu avec la calamine ou calamite, il perd sa |
|
| rougeur & devient jaune, de même le laton des |
|
| Philosophes qui est un corps composé de Soleil, & |
|
| Lune, qu'il nomme airain avec le Mercure, perd |
|
| son lustre, voire son nom; n'étant ni or ni argent, |
|
| ni Soleil, ni Lune, mais tout, car le premier à savoir |
|
| le laton, n'est autre chose que l'union des deux |
|
| corps, mais le second qui est d'airain, c'est le |
|
| corps prêt à dissoudre, qu'on n'estime donc |
|
| que ce soit un doute, quand il dit ou, car c'est |
|
| comme s'il disait, le laton est ce que tels ont |
|
| dit & nommé de tel nom, & non d'un tel: |
|
| Mais voici une question avec peu de difficulté, |
|
| à savoir si le soufre, & le laton, sont choses différentes, |
|
| à quoi on peut répondre, que le laton |
|
| est la composition, & comme la minière d'où |
|
| fort le soufre, & le soufre est ici pris non pour |
|
| la noirceur, mais en la blancheur ou rougeur à |
|
| laquelle (pour ce qu'elle est encore volatile) il |
|
| faut joindre le levain, c'est à dire le Soleil ou la |
|
| Lune, comme il se verra ci après en son lieu |
|
@
44
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | propre or pour éclaircir encore mieux les difficultés, |
| | il ajoute, Le mercure vulgaire est dit |
| | esprit, & le mercure des corps qui est la matière propre |
| | si souvent dite qui se blanchit & rougit, |
| | est dit âme, & cet esprit ne se joint au corps, |
| | c'est à dire, l'argent vif joint à cette poudre notre, blanche |
| | & rouge, ne s'attache point à icelle poudre, |
| | que moyennant l'âme qui est la dessiccation & fixation, |
| | & la dessiccation & fixation ne se peut faire |
| | j'entends fixation de la matière blanche ou rouge que |
| | moyennant le Mercure, qui opère au commencement, |
| | au milieu & à la fin noircissant, blanchissant, |
| | jaunissant & rougissant, avec le feu convenable, |
| | le laton. Le reste est facile à entendre. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Jeu des en- | L A Magnésie est toute cette mixtion
|
| fants. | de laquelle notre humidité est extraite,
|
| | laquelle s'appelle argent vif. Livre intitulé |
| | Ludus puerorum p. 133. 137. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | V Oici la preuve de ce que nous avons dit |
| | ci dessus, à savoir que les philosophes ont |
| | nommé toute la composition (première j'entend |
| | du Soleil, Lune & Mercure) Magnésie de laquelle |
| | notre humidité (laquelle n'est autre chose |
| | que notre mercure) est extraite, & laquelle à |
| | cause de son humidité & facile exhalaison, est |
| | appelée argent vif, aussi n'est ce qu'argent vif, |
| | fait par l'argent vif & extrait de l'argent vif, |
@
CHAPITRE I.
45
| nourri de l'argent vif, & arrêtant l'argent vif. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| N E te soucie guères des mots des Philo- | S. Thomas.
|
| sophes modernes ou anciens, parlant | |
| de cette science, d'autant que tout l'art consiste |
|
| en la capacité de l'intellect, & en l'expérience |
|
| démonstrative, car les Philosophes |
|
| voulant cacher les vérités de la science, ont |
|
| malgré toutes choses en parlant par figures. |
|
| S. Thomas à frère Reynaud c. I. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C' Est encore ici un leçon, pour ceux qui | Note tous
|
| s'attachent aux mots & à l'écorce sans vouloir | ceci curieu-
|
| pénétrer plus avant, montrant sommairement, | sement
|
| que tant les jeunes que les vieux se sont |
|
| plu à cacher cette science, laquelle quoi que |
|
| naturelle (comme nous avons déjà dit) doit être |
|
| soigneusement recherchée, poursuivie & appréhendée |
|
| par l'esprit & la raison, laquelle doit juger, |
|
| à savoir mon si un homme s'engendre de la |
|
| semence d'un chien, si un sapin s'élève haut du |
|
| germe d'une mauve, si une chose volatile peut |
|
| engendrer une maniable & fixe, comment se peut |
|
| faire d'une chose toute nouvelle, une autre encore |
|
| plus nouvelle sans destruction de cette première |
|
| nouvelle, mais conservation d'icelle, somme |
|
| il faut nécessairement que l'esprit joue, & |
|
| que la raison qui est la maîtresse de toutes les expériences |
|
| travaille aussi puissamment. |
|
@
46
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Flamel. | L E Dragon est le soufre qui se tire des
|
| | corps par notre magistère. Flamel aux |
| | annotations p. 135. |
| | La Magnésie blanche ne laisse point |
| | rompre les corps, ni aucun crêpe y survenir, |
| | & qu'est-ce que Magnésie autre chose que |
| | toute la composition? Le même p. 108. |
| | Le corps illustré, c'est à dire privé de sa |
| | noirceur, s'appelle âme. Le même p. 189. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | F Lamel ne dit point est nommé, mais simplement |
| | est le soufre, pour ce que la poudre |
| | noire tirée des corps du Soleil & de la Lune, |
| | s'exhale, s'il est en un feu mal administré, & |
| | brûle les matières crasses & impures des métaux |
| | étant icelui conduit à perfection par la voie |
| | fort cachée; mais découverte & connue aux |
| | seuls sages. Or il ajoute que la Magnésie blanche |
| | qui est tout le corps blanchi ou rougi & parachevé, |
| | (& qui n'est à présent en cet auteur |
| | comme il était tantôt au Ludus puerorum) |
| | est ce soufre tiré des corps qui ne permet aux |
| | corps de se rompre, c'est à dire de s'éclater sous |
| | le marteau, ni s'exhaler, ni à la coupelle, |
| | ni au ciment ou eau royale, d'autant qu'il les |
| | a rendus par son mélange doux & bien malléables, |
| | ayant chassé d'iceux, l'impureté qui les |
@
CHAPITRE I.
47
| rendait difficiles à manier, & leur causait ce |
|
| crêpe, ou noirceur, ou moi de Venus, & pour |
|
| montrer qu'il ne se soucie des noms, il dit que |
|
| cette noirceur, laquelle il a appelé Dragon, soufre, |
|
| magnésie étant ou blanche ou rouge s'appelle |
|
| âme de quoi nous avons assez parlé ci dessus. |
|
| Mais approchons nous de ce rosier qui nous |
|
| présente mille belles fleurs, lesquelles toutefois |
|
| il nous faut sagement cueillir parmi les |
|
| épines, de peur de nous égratigner. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| Q Uoi que ces noms soient diversifiés, | Rosier.
|
| toutefois c'est toujours une seule & | |
| même chose, & d'une même chose, car on |
|
| ne met point en nature aucune chose, laquelle |
|
| ne soit de sa nature, par quoi il faut nécessairement |
|
| que l'agent & patient soient en |
|
| genre une même chose, mais en espèce autre |
|
| & diverse, selon le mercure par lequel la femme |
|
| est différente de l'homme: car encore qu'ils |
|
| conviennent en genre, race & lignée, toutefois |
|
| ils ont entr'eux une différence distincte, |
|
| de même sorte que la matière est différente |
|
| de la forme. Rosier p. 170. |
|
| Le suc de lunaire, l'eau de vie, la quinte | |
| essence, le vin brûlant, le mercure végétable, |
|
| ne sont qu'une même chose, le suc de lunaire |
|
| se fait de notre vin qui est connu de |
|
@
48
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | peu de nos enfants, & notre solution se fait |
| | avec lui & notre or potable se fait par lui, |
| | & non autrement. Le même p. 173. |
| | La matière des corps n'est pas le mercure, |
| | vulgaire, mais c'est une vapeur onctueuse & |
| | humide: car la pierre minérale se fait de l'humide, |
| | & le corps métallique de l'onctueux, |
| | & faut que les corps soient convertis en telle |
| | vapeur onctueuse, & en cette conversion |
| | les corps meurent, & le grain du corps meurt |
| | entièrement, & ceci se fait par la voie de |
| | notre eau blanche & rouge, & cette vapeur |
| | s'appelle pierre, connue par nos livres & principe |
| | de la matière de notre opération & soufre |
| | onctueux, duquel auparavant se tire la |
| | quinte essence, & le mercure teignant tout |
| | corps en Soleil ou Lune, selon qu'il sera |
| | préparé en dernier lieu. Le même p. |
| | 180. |
| | Notre pierre est composée de corps d'esprit |
| | & d'âme, car le corps imparfait s'appelle |
| | corps, le levain âme, & l'eau esprit. Le |
| | corps imparfait de soi est pesant, infirme & |
| | mort, l'eau est un esprit purgeant, subtilisant |
| | & blanchissant le corps; le levain est l'âme |
| | qui donne le vie au corps imparfait telle |
| | qu'il n'avait auparavant, & lui donne |
| | meilleure forme, le corps est Venus & semelle, |
| | le |
@
CHAPITRE I.
49
| l'esprit est mercure & mâle, l'âme est Soleil |
|
| & Lune. Le même p. 187. |
|
| Le Dragon est l'argent vif tiré des corps, | |
| ayant en soi corps, âme, & esprit, duquel |
|
| Philosophe parlant dit que le Dragon |
|
| ne meurt point sans son frère & sa soeur, |
|
| c'est à dire, sans le Soleil & la Lune, c'est à |
|
| dire sans le soufre extrait ayant en soi la |
|
| nature humide & froide à cause de la Lune, |
|
| avec iceux le dragon meurt, c'est à dire l'argent |
|
| vif tiré du commencement des mêmes |
|
| corps, étant l'eau permanente les Philosophes, |
|
| laquelle se fait après la putréfaction |
|
| & séparation des éléments, & cette eau est |
|
| nommée autrement eau puante. Le même |
|
| p. 188 |
|
| Le Soleil est animal, pour ce qu'il reçoit | |
| l'attrition, le blanchissement & rougissement, & |
|
| se nomme grand Animal, & le sel armoniac se |
|
| fait d'icelui: la Lune est nommée plante & le sel |
|
| alcali s'est fait d'elle, le mercure s'appelle |
|
| pierre minérale, & le sel commun est fait de |
|
| lui. La matière dissoute en cet art s'appelle |
|
| sel armoniac, étant pourrie s'appelle |
|
| chose vile, trouvée par les fumiers, étant |
|
| réduite en eau, on dit que pauvres & riches |
|
| l'ont, & quelle se trouve partout & en |
|
| tout temps & en toute chose: Quand elle est |
|
| D | |
@
50
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | blanche s'appelle arsenic, lait virginal, & |
| | du nom de toute blancheur, étant rouge s'appelle |
| | soufre, hyacinthe, sang & du nom de |
| | toute chose rouge. Le même p. 189. 194. |
| | 204. |
| | L'eau permanente, ou perpétuelle, ou vin |
| | ardent est nommée eau de corps, c'est à dire |
| | le corps étant réduit en mercure s'appelle |
| | aussi eau de vie, l'eau des Philosophes s'appelle |
| | vaisseau d'hermès, de laquelle les Philosophes |
| | ont écrit ce qui s'ensuit. En notre |
| | eau toutes choses se font, à savoir la sublimation, |
| | distillation, solution, calcination, |
| | & fixation, & en ladite eau se font comme |
| | en un vaisseau artificiel, ce qui est un grand |
| | secret. Le même p, 193. |
| | Tritures les calculs (ou pierres ) ou l'animal |
| | marin, ou l'airain, ou le cerveau avec le |
| | vinaigre très-fort, ou l'urine des enfants, jusques |
| | à ce qu'il soit obscurci. Le même p. |
| | 195. 197. 200. |
| | La noirceur est appelée terre, laquelle est |
| | faite par une douce décoction si souvent réitérée |
| | que le noir survienne. Le même p. |
| | 204. |
| | La cendre qui est faite de ces trois s'appelle |
| | par les Philosophes corps sale, immonde, |
| | d'autant qu'il le faut cuire & calciner jusques |
@
CHAPITRE I.
51
| à ce qu'il soit blanchi. Le même p. |
|
| 204. |
|
| Les Philosophes ont donné plusieurs noms | |
| à la pierre, à celle fin qu'étant manifeste aux |
|
| sages, les fols ne la connaissent pas, mais comment |
|
| qu'elle soit nommée elle est toujours une |
|
| & de même matière. Le même p. 256. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Otre présent Auteur nous dit qu'encore | |
| qu'on donne plusieurs noms à la matière, | |
| elle n'est pourtant plurielle, mais unique & sortie |
|
| d'une même chose, c'est ce que les sus allégués |
|
| nous onc déjà marqué. Or si notre matière ne |
|
| sortait d'une autre pure & fixe, elle ne la pourrait |
|
| être: car l'on n'a jamais vu un mauvais arbre |
|
| produire un bon fruit, ni un sapin des oranges, |
|
| ni une ortie un melon, d'autant qu'on ne |
|
| peut introduire en nature, c'est à dire à une chose |
|
| vivante ce qui ne lui convient point, mais notre |
|
| matière sortant d'une autre pure & fixe, |
|
| l'ordre de nature est qu'elle le soit aussi. Il est |
|
| vrai que les matières desquelles la notre procède |
|
| différent en espèce, comme le mâle & la femelle, |
|
| mais elles conviennent en genre. Or |
|
| pour montrer que les noms ne font la chose différente, |
|
| il ajoute le suc de lunaire, l'eau de vie, la |
|
| quinte essence de vin brûlant, & le mercure véritable, |
|
| sont une même chose. Je ne me puis assez émerveiller |
|
| d'une infinité de rechercheurs de cette |
|
| précieuse matière, qui ne prenants garde à ces |
|
| D ij | |
@
52
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | mots se peinent à chercher l'herbe nommée lunaire, |
| | pour avec icelle fixer le mercure avec |
| | perte d'argent & de temps, comme aussi à rectifier |
| | tellement l'eau de vie qu'on ne trouve quasi |
| | vaisseau propre pour la retenir. Pour la quinte |
| | essence puisque la matière n'en est ici décrite, |
| | chacun s'en figure une: & marquant combien |
| | y a il de charlatans qui avec prix excessifs |
| | d'argent en promettent la recette, & racontant |
| | la fable de Démosthène se jouent de l'ignorance |
| | qui règne au milieu de ceux qui se |
| | croient doctes, desquels ils sont mieux écoutés, |
| | que ceux qui ne parlent que sainement. O |
| | stupides jusques à quand dormirez vous? le suc de |
| | lunaire se tire non de l'herbe dite lunaire, soit |
| | grande, soit petite, mais de notre vin qui n'est |
| | connu que des vrais enfants de la science, c'est |
| | avec ce suc, ou mercure que notre solution ou |
| | noirceur est faite, comme de même est fait |
| | notre or potable, arrière donc tous ces fols, qui |
| | marquent autre or potable, autre solution, ou |
| | autre matière que la notre sans laquelle nous |
| | n'aurons jamais rien de bon en cette recherche: |
| | mais ne vous imaginez point que ce soit argent |
| | vif vulgaire comme le commun des chercheurs |
| | croit, d'autant que c'est une vapeur humide |
| | & onctueuse, laquelle advient par notre artifice |
| | sur notre composition, & cette vapeur est |
| | noire adhérente aux doigts en la maniant, en poudre |
| | noire & très subtile, à laquelle les corps se convertissent, |
| | & meurent à la forme non du grain de blé ou autre |
| | plante, mais de l'animal au temps du cie*, & cette |
| | vapeur étant convertie par l'ordre requis en |
@
CHAPITRE I.
53
| couleur blanche ou rouge est nommée eau, étant |
|
| jetée sur les corps impurs les tue, c'est à dire les |
|
| prive totalement & dépouille de leur premier |
|
| être, leur en donnant un autre tout nouveau, |
|
| & par ainsi nouvelle forme & vie nouvelle d'or |
|
| & d'argent, & celle façon est connue dans les |
|
| livres, arrière donc encore une fois ennemis de |
|
| doctrine, qui défendez la lecture des livres pour |
|
| vendre chèrement vos charlataneries, lesquelles |
|
| sont découvertes par iceux. Disons donc, notre |
|
| pierre est composée de trois, à savoir du corps |
|
| imparfait, qui est la noirceur tirée, comme |
|
| avons dit des corps parfaits, à savoir l'or & l'argent |
|
| des Philosophes, qui sont le levain, & du |
|
| mercure qui est l'esprit, qu'ainsi ne soit, il ajoute, |
|
| le corps imparfait, à savoir la noirceur, c'est |
|
| un corps pesant infirme, car de soi il ne peut rien, |
|
| & le noir est hiéroglyphique de la mort, mais le mercure |
|
| est un esprit subtilisant & blanchissant doublement, |
|
| car l'or mis au dedans d'icelui s'y |
|
| blanchit, comme font aussi tous les autres métaux, |
|
| s'y rendant en menues parties & blanches, |
|
| & notre noir s'en reblanchit en blancheur de |
|
| neige, & l'argent ou l'or servant de levain à |
|
| cette pâte s'élève en meilleur état qu'elle n'était, |
|
| & de volatile qu'elle était se rend fixe, & |
|
| lui donne comme une autre vie. Le cinquième |
|
| corollaire est assez intelligible, & par lequel ce |
|
| que dessus est confirmé, car quoi que les Philosophes |
|
| semblent se contredire, néanmoins |
|
| qui y prend bien garde n'y trouve aucune répugnance, |
|
| comme a été assez suffisamment dit, |
|
| nous disons le même des autres. |
|
| D iij | |
@
54
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | Dastinus.
|
| | de la diversité des régimes, d'autant |
| | que si nous voulons faire le Soleil, nous y mettons |
| | le Soleil, si la Lune la Lune, pour levain |
| | le feu est la terre noire. Dastinus p. 30. |
| | Ce qui monte dessus s'appelle air & huile, |
| | ce qui est en bas est nommé feu pur pour ce que |
| | notre terre se nomme feu, & notre eau se nomme |
| | huile qui ne se brûle par la siccité du feu. |
| | Le même. p. 31. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | I L faut observer que notre auteur disant soleil |
| | & Lune ajoute pour levain, à celle fin |
| | que personne ne présume qu'il entende ceci |
| Il y a ici | pour le commencement de l'oeuvre, or de la
|
| quelque dif- | poudre noire de laquelle il parle, il s'en fait
|
| ficulté la- | deux parties, l'une nageant au dessus, comme
|
| quelle sera ci | un crêpe subtil, lequel on ne peut tirer qu'avec
|
| après ôtée. | son corps inutile à l'oeuvre, & c'est celui qu'il
|
| | appelle air ou huile, ou eau, mais l'autre partie |
| | qui va au fond par un moyen subtil, est celle-là, |
| | laquelle est la plus prisée, & que les Philosophes |
| | nomment leur terre noire, laquelle nourrie |
| | blanche ou rouge, & parachevée convertit les |
| | métaux à sa nature. |
@
CHAPITRE I.
55
| T E X T E. | |
| |
|
| L A pierre est nommée air, lequel est mê- | Flos florum.
|
| lé avec sa terre, & salamandre, pour ce | |
| qu'elle est nourrie de seul feu. Fleurs des Fleurs |
|
| p. 37. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Elui ci appelle le mercure pierre mêlée | |
| avec sa terre qui est le Soleil & la Lune , | |
| nourri du seul feu, qui est l'esprit, car depuis |
|
| qu'icelui lui donne toute autre forme, & l'augmente |
|
| en quantité & qualité, à bon droit est dit |
|
| le nourrir, car il le rend fixe, ferme, blanc & |
|
| rouge, & tous deux unis font ce que les Philosophes |
|
| ont marqué. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L Ors que notre matière noire est blanche, | Duorum
|
| elle est appelée terre foliée, cendre des | verborum.
|
| cendres ferment du ferment, & soufre blanc |
|
| endurant le feu, toutefois on n'aura ni Soleil |
|
| ni Lune sans levain, mais quelque autre |
|
| chose de nulle valeur. Au livre des deux paroles |
|
| p. 48. |
|
| Notre noirceur est le vinaigre des Philosophes, | |
| & est le signe de la vraie dissolution. |
|
| Au livre des trois paroles p. 48. |
|
| Autant qu'il y a de couleurs autant y a il de | |
| D iiij | |
@
56
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | nom. Le même p. 49. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C E que nous avons éclairci ci dessus suffit |
| | assez pour l'intelligence de ces trois passages |
| | qui ne parlent d'autre langage que tous les |
| | autres. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Dominus | L A Magnésie est la matière générale
|
| vobiscum. | contenant les quatre éléments, le mercure
|
| | cuit de telle façon qu'il n'a perdu sa vertu |
| | ignée, est corps parfait sans aucune exhalaison, |
| | & à cause de divers degrés, il est nommé |
| | de divers noms: car tandis qu'il est froid |
| | & humide se nomme âme, lors qu'il est sec se |
| | nomme esprit, étant plus cuit & fixe, corps, |
| | & ne se fixe point que par grande décoction; |
| | & est chose très claire que Je mercure sera |
| | plutôt parfait lui adjoignant les corps, que |
| | demeurant seul, ce que les Philosophes confirment, |
| | disant & appelant le soleil frère |
| | du mercure & de la Lune sa soeur, & qui me |
| | joint avec mon frère ou ma soeur, nourrira |
| | autant de milliers d'hommes tous aussi long |
| | temps qu'il voudra, ce qu'il fera faisant que |
| | le mâle engrosse la femelle. Livre du Dominus |
| | vobiscum p. 50. |
@
CHAPITRE I.
57
| Du commencement notre pierre est dite eau, | |
| le corps étant dissout tendant à consolidation |
|
| s'appelle terre étant parfaite & fixe |
|
| s'appelle feu. Le même p. 54. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N ous avons déjà parlé de la Magnésie, laquelle | |
| contient les quatre éléments, à savoir | |
| l'eau, la terre, l'air & le feu, ou le noir, le blanc, |
|
| le jaune & le rouge, marquons cependant que |
|
| le mercure cuit, duquel est ici parle, & qui n'a |
|
| perdu sa force & vertu ignée, est nommé d'une |
|
| infinité de noms étant parfait, & que ce n'est |
|
| autre chose que la matière extraite, noircie, puis |
|
| blanchie, puis rougie, & en fin rendue propre |
|
| pour parfaire les métaux imparfaits par l'ordre |
|
| qui sera marqué ci après en son lieu. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L Argent vif est nommé vent, c'est à dire | Incertain.
|
| argent vif aérien, vinaigre fort, eau forte, | |
| venin teignant, lait virginal, fontaine |
|
| de vie, feu brûlant. Un Auteur incertain |
|
| p. 66 |
|
| La putréfaction se fait au fond du vais- | Saturnin.
|
| seau, & la génération à la tête de l'alambic |
|
| & l'argent vif est appelé à la génération des |
|
| métaux, père, vraie vie, Lion, Phénix, Pélican, |
|
| Tantale, Dédale, Serpent, Fontaine, |
|
@
58
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Puis, Forte, Argent vif des Philosophes, Présure |
| | ou coagule de lait, levain, serviteur |
| | fuyant, & de plusieurs autres noms. Saturnin |
| | P. 71. |
| | La pierre est nommée Adrop, c'est à dire |
| | Saturne, d'autant que comme Saturne est le |
| | plus haut des planètes, de même notre pierre |
| | est la plus précieuse de toutes. Le même |
| | p. 89. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| | I L a été vu ci dessus que le mercure est nommé |
| | vaisseau, pour ce qu'il enclôt en soi les |
| | deux corps, desquels la noirceur est extraite, |
| | maintenant celui ci dit que la putréfaction, |
| | c'est à dire le noir se fait au fond du vaisseau, c'est |
| | à dire à l'intérieur du mercure, là où elle se tient, |
| | mais que la génération se fait à la tête de la |
| | l'alambic, qui est le matras très-bien bouché, comme |
| | il se verra au chap. du vaisseau, dans lequel |
| | les petites vapeurs véritablement puantes ne |
| | pouvant sortir sont arrêtées, lesquelles engendrent |
| | par le petit feu notre matière à laquelle le |
| | nom de l'argent vif, & les autres en grand nombre |
| | sont attribués, comme celui de père, d'autant |
| | qu'engendrant nouvelle forme, c'est |
| | donner nouvelle vie, chassant comme un |
| | lion fort les impuretés des métaux nommés |
| | imparfaits, n'y ayant que lui, qui de soi |
| | même s'engendre de même, comme on dit, |
| | faire le Phénix, & qui puisse faire telle purification, |
| | & nourrir ceux de son genre, ou espèce |
@
CHAPITRE I.
59
| comme fait le Pélican: Mais pourquoi est-il appelé |
|
| Tantale, si ce n'est à cause de la difficulté |
|
| qu'il a de boire? ce qui advient par sa grande |
|
| siccité, & véritablement c'est en ce lieu |
|
| où est la plus grande peine, & qui fatiguant les |
|
| plus grands esprits, les contraint quitter l'opération |
|
| commencée: Il est aussi appelé Dédale, |
|
| pour ce que comme Thésée qui y était entré | Note la pei-
|
| n'en fut jamais sorti sans l'aide & peloton d'Ariane; | ne qu'il y a
|
| de même ceux qui s'embarquent dedans | à mourir.
|
| cette mer, & entrent dedans ce labyrinthe s'y |
|
| perdent de nécessité sans une particulière assistance |
|
| & conduite ou de Dieu, ou d'un fidèle |
|
| ami, ou des livres, qui lui montrent la Porte, |
|
| qui est la noirceur par laquelle il faut nécessairement |
|
| passer, tant pour avoir la présure, ou |
|
| coagule, sans lequel sera impossible arrêter le |
|
| serviteur fuyant, à cause de sa subtilité qui une fois |
|
| disparu, ne pourrait être attrapé, n'y s'unir |
|
| avec le levain, duquel a déjà été parlé. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| N Otre composé est nommé par les Philosophes | |
| terre blanche, lors qu'il est | Jean Duns.
|
| blanc, & terre rouge, lors qu'il est rouge. |
|
| Jean Duns Ecossais p. 154. |
|
| Nous appelons tout le composé notre | Ripleus.
|
| plomb, duquel la splendeur vient du Soleil & |
|
| de la Lune, ôtez lui ladite splendeur & lors |
|
| la terre sera de peu de valeur. Ripleus p. 20. |
|
| Dedans une seule disposition toutes les | Morien.
|
@
60
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | couleurs se changent, & suivant les changements |
| | d'icelles les noms s'y appliquent. Morien |
| | p. 38. |
| Calid. | Nous nommons la boue, lors qu'elle se blanchit
|
| | yharit, c'est à dire argent, & lors qu'elle |
| | se rougit la nommons Temeycunchum, c'est à dire |
| | Or, & la blancheur est celle laquelle teint |
| | le cuivre & le fait yharit, & cette rougeur est |
| | celle laquelle teint yhariten Temeyvnchum. |
| Marguerite | Calid. p. 280.
|
| nouvelle. | Hermès dit, fils, tire l'ombre de son rayon,
|
| | ou le rayon est l'humidité & la femelle, |
| | & l'ombre est la siccité cachée dans l'humidité, |
| | & est mâle, la génération duquel se fait |
| | par nature avant la génération de la femelle; |
| | or le mâle est rouge poursuivant la femelle |
| | fuyante, & la prenant & retenant |
| | dans la vallée, mais la femelle voulant fuir |
| | (mais fort lentement) se laisse prendre au |
| | mâle, à cause de quoi on dit que la femelle |
| | a des ailes, mais le mâle n'en a point. La |
| | pierre est vieille à cause de sa blancheur jeune |
| | à cause de sa rougeur, Egyptienne à cause |
| | de son humidité, Persienne à cause de sa siccité, |
| | qui est cause que les Egyptiens ont besoin |
| | du secours des Perses, c'est à dire que l'humidité |
| | doit être desséchée, par quoi la putréfaction |
| | ne vaut rien ailleurs, qu'en Egypte, |
@
CHAPITRE I.
61
| mais sa fin ne peut advenir qu'en Perse: la |
|
| pierre aussi s'appelle femme enceinte, d'autant |
|
| que la blancheur a dedans soi la rougeur laquelle |
|
| est tirée à la fin de la décoction. Marguerite |
|
| nouvelle p. 123. 124. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| S' Il est vrai (comme il est) que toutes les couleurs, |
|
| & par conséquent le parachèvement | |
| de tout notre ouvrage adviennent par une seule |
|
| disposition, à quoi faire, tant de vaisseaux, tant |
|
| de fourneaux, & tant de diverses opérations |
|
| proposées par les charlatans qui sont totalement |
|
| ignorants de l'intention & intelligence des sages |
|
| Philo-chimiques, qui veulent que de leur composition |
|
| se produise une boue noire, puante, impalpable, |
|
| onctueuse & subtile, laquelle étant lavée |
|
| avec son eau propre (qu'elle boit & réduit |
|
| comme elle en poudre impalpable) se blanchit |
|
| & se rougit, & étant blanchie ou rougie purifie |
|
| les métaux dits impurs. Or cette boue laquelle |
|
| est tirée des deux corps astralisés & rayonnants |
|
| est appelée Ombre ou siccité, cachée dans |
|
| les corps du Soleil, & de la Lune rendus humides |
|
| par l'amalgame auquel l'artiste les a réduits, |
|
| & par lequel amalgame toute la masse est rendue |
|
| d'une blancheur rayonnante, & fait comme |
|
| une matière, qui est la cause qu'il ne dit |
|
| pas qu'il faille tirer l'ombre des rayons, mais de |
|
| son rayon montrant qu'il faut que de l'union |
|
| des deux, & non séparément cette Ombre ou noirceur |
|
@
62
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | soit tirée: Cette Ombre, noirceur ou siccité est |
| | nommé mâle ou agent, pour ce qu'elle arrête le |
| | mercure vulgaire, lors qu'ils sont mêlés par ordre |
| | connu de peu, & cherché de plusieurs chercheurs, |
| | & si cette siccité, noirceur ou masculinité |
| | n'était cachée dans l'humidité, l'on ne l'en |
| | tirerait. Or quand il dit que cette humidité est desséchée, |
| | il ne faut pas entendre qu'elle soit attirée |
| | par le Soleil ou air, comme est l'humidité d'un |
| | linge qui après sa dessiccation demeure plus léger, |
| | mais en cette ci l'eau apposée sur cette |
| | boue ou noirceur ou soufre y demeure (si le vaisseau |
| | est bien bouché) & y est réduite en même |
| | forme, qui est ce soufre, à savoir en poudre, |
| | tellement que la quantité de cette boue s'augmente |
| | & la qualité se renforce, d'un côté bien régie, |
| | mais si elle est mal gouvernée la volatilité |
| L'or tenait | emportera le tout au dessus du feu: que si cette
|
| 7. ans dans | personne qu'on estime si docte en toutes sciences
|
| le feu. | à Paris eut bien entendu ce passage, il n'aurait
|
| | mis & tenu sa matière qui n'était qu'or |
| | commun par l'espace de sept ans dans le feu & |
| | fourneau de la verrerie, où je l'ai vu dans son |
| | vaisseau, & dans ledit fourneau, la putréfaction, |
| | dit notre Auteur, ne vaut rien qu'en Egypte, |
| | mais icelle étant faite, & humectée de sa |
| | queue, elle doit être transportée en Perse, & c'est |
| | ce qui est déclaré en la vision d'Arislaus. |
@
CHAPITRE I.
63
| T E X T E. | |
| |
|
| L A matière est nommée pierre élémentai- | Scot.
|
| re, d'autant que d'icelle les quatre éléments | |
| sont tirés, pierre minérale, pour ce |
|
| qu'elle est faite des seuls minéraux, pierre |
|
| végétale, pour ce qu'elle est nourrie & s'augmente, |
|
| qui sont puissances de l'âme végétative, |
|
| pierre animale, pour ce qu'elle est refaite |
|
| par l'odeur, & corrompue par la puanteur, |
|
| pierre raisonnable, d'autant qu'elle |
|
| subsiste, consonante à nature, lors qu'elle |
|
| a atteint le dernier but. Lescot. p. 199. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| I L est dit élémentaire qu'on peut dire autrement | |
| élémentée, car les Philosophes ne cherchent | |
| point, comme déjà a été dit, les choses simples, |
|
| ni séparations ou disjonctions des compositions |
|
| en éléments simples, qu'en les quatre éléments |
|
| qu'il dit être tirés de cette pierre élémentaire, |
|
| sont entendus par le noir la terre, par le |
|
| blanc l'eau, par le jaune l'air, & par le rouge le |
|
| feu, ou le carré du cercle, le triangle du carré, |
|
| la ligne du triangle, & Je point de la ligne |
|
| pour les noms de pierre minérale, végétale, animale |
|
| & raisonnable, la cause en est ici assez éclaircie; |
|
| mais je ne puis passer ceci sans horreur |
|
| de ce qu'a fait un Gentilhomme par l'induction |
|
| d'un Diable en chair, se disant grand & expert |
|
@
64
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Malheureuse | en cette recherche lui assurant qu'Adam l'avait
|
| & endiablée | portée avec soi, que chacun l'avait avec
|
| interpréta- | soi qu'elle était minérale, & que l'homme en
|
| tion. | était la minière, qu'elle végétait pour ce qu'elle
|
| | était nourrie par apposition du boire & du |
| | manger, & qu'elle croissait, pour ce que d'une |
| | goutte de semence jetée dans la matrice un |
| | grand homme en est fait qui est animal & qui est |
| | incommode par les odeurs puantes, & accommodé |
| | & remis par les bonnes, & qu'il est raisonnable, |
| | tellement qu'il concluait de tirer le premier |
| | vivant & dernier mourant du plus bel homme |
| | rousseau & jeune & de la plus belle fille aussi |
| | jeune & robuste qui se pourraient trouver |
| | & de ces deux coeurs tirés les personnes encore |
| | vivants tous entiers avec leurs péricardes |
| | contenant l'eau, qu'il nommait Mercure propre |
| | en tirer par la putréfaction, la pierre tant désirée, |
| | ô malheureux écoliers & plus malheureux |
| | & en diable maître Dieu qui semble sommeiller |
| | pour un temps, versera en temps déterminé |
| | son ire sur vos têtes, & faisant la vengeance |
| | & justice des cris épouvantables de ses |
| | pauvres sujets égorgés vous contraindra à imiter |
| | le mauvais riche, qui étant aux enfers demandait |
| | une goutte d'eau au Lazare: Notre |
| | pierre n'est point partie aucune ni de l'animal |
| | quelque ce soit, quoiqu'elle soit conçue par |
| | l'intellect, duquel Adam était muni en sa sortie |
| | d'Eden, elle n'est point partie visible d'aucune |
| | matière minérale, ni moins d'aucune plante, |
| | c'est vue chose qui est produite par l'assemblage |
| | de deux corps purs, nets, reluisants, durs, |
| | solides |
@
CHAPITRE I.
65
| solides, fixes, s'allongeant & s'étendant au |
|
| marteau, & se rendant plus agréables par la |
|
| violence du feu, & d'iceux, dis je assemblés est |
|
| produite une matière, qui n'est semblable à eux |
|
| ni en solidité, ni en consistance, ni en couleur, |
|
| ni en odeur inconnue à un chacun, je dis même |
|
| à son opérateur, si elle étant tirée & mise |
|
| dedans un vaisseau, en est ôtée & mise dans un |
|
| autre à son insu, mais elle en sa forme noire, |
|
| impalpable, puante, onctueuse, volatile contient |
|
| non seulement tout ce que ceux desquels |
|
| il est sorti ont: mais une beaucoup plus grande |
|
| force & vertu; potentiellement, pour ce qu'il |
|
| peut rendre les paysans & roturiers, Nobles, |
|
| Princes & Rois, ce que ses géniteurs ne |
|
| peuvent faire: mais pour acquérir ce noble enfant |
|
| la crainte & l'amour filiale à Dieu est nécessaire, |
|
| & l'amour & bienveillance à notre prochain, |
|
| que Dieu fera avoir à ceux qui l'invoqueront |
|
| en foi, & leur donnera sa vraie sagesse, laquelle, |
|
| dit l'Apôtre, vient d'en haut. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| N Otre pierre est nommée Adrop, c'est à | |
| dire Saturne, & parmi les Troyens | Arnaud.
|
| Dragon ou Tapum, c'est à dire venin. Au |
|
| Miroir d'Arnaud. p. 36. |
|
| Azot chez les Indiens est l'or, chez les Arméniens | |
| est l'argent, chez les Alexandrins; |
|
| & Macédoniens est le feu, chez les Grecs c'est |
|
| le mercure, chez les Hébreux c'est l'étain, |
|
| K | |
@
66
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | chez les Tartares c'est l'airain, chez les Arabes |
| | c'est le Saturne, chez les Latins, & principalement |
| | chez les Romains Ogniaidor. Le |
| | même p. 28. |
| Thibaud. | Notre pierre est nommée spirituelle, corporelle,
|
| | céleste, Terrestre, Ciel, Eté, Terre, Automne, |
| | Hiver, Printemps, Masculine, féminine, |
| | coeur des bêtes brutes, fiel, suc d'herbes, |
| | homme, cheveux, sang, menstrue, secondine, |
| | arbre, plante, herbe, pierre, arsenic, homme |
| | haut ayant un heaume à la tête, Roi, Reine, |
| | femme, eau, feu, corps, esprit, âme, vieux, jeune, |
| | enfant allaitant, frère, soeur, oncle paternel, |
| | gendre, beau père, frères utérins, associés, |
| | serf rouge, pucelle, homme vêtu de beaux |
| | habillements, Roi couronné d'un diadème |
| | rouge, Kenkel, Lion, griffon, chameau, cheval, |
| | corbeau, chien, veau, coq, poule, aigle, |
| | quelles, escharbot, fiel de poisson, urine de |
| | veau, petit poisson rond n'ayant ni os, ni |
| | cuisses, coeur, foie, estomac , tête, cerveau, |
| | ail, ventre, mamelles, nerf, urines, colère, |
| | sang, pituite, mélancolie, semence, lait, ongle, |
| | fiente, urine, sueur, oeuf, venin, basilic, |
| | dragon, vipère, salamandre, serpent, lézard, |
| | crapaud, thériaque, antidote, médecine, médicament, |
| | arbrisseau, racine, fleur de vigne, |
| | rose blanche, rose rouge, lunaire, mercuriale |
@
CHAPITRE I.
67
| pourpre marin, chélidoine, guelde, verdeur, |
|
| gomme, feuille, écorce, bois, plomb, étain, |
|
| fer, airain, laton, argent, or, monnaie, Magnésie, |
|
| orpiment, arsenic, soufre, marcassite, |
|
| tuthie, terre puante, Antimoine, |
|
| terre noire ayant yeux, alun, ancre |
|
| eau forte; poix, charbon, corbeau, tête de |
|
| corbeau, airain brûlé, ivoire brûlé, talc, |
|
| marbre ivoire fleur de sel, os, cristal lumière |
|
| cristalline, perle, neige, cendre, gravelle, terre |
|
| blanche, pierre blanche, poudre blanche |
|
| étoilée, resplendissante, pierre rouge, safran, |
|
| cinabre, minium, hématite, sang humain |
|
| brûlé, jaune d'oeuf, alun calciné, corail, & |
|
| pour dire brièvement, cette pierre et nommée |
|
| du nom de toutes les choses qui sont au |
|
| monde. Thibaude Hoclande p. 61. 63 |
|
| 64. Scholie. | |
| |
|
| T Out ce qui a nom, il l'a reçu ou de l'auteur, | |
| ou du lieu, ou de la ressemblance, | Cause des
|
| ou du changement, ou de sa propriété, c'est à | noms des
|
| cause qu'on a donné tant de différents noms à | choses.
|
| cette matière, la raison desquels je pourrai rendre |
|
| assez facilement, mais cet éclaircissement |
|
| serait plus subtil & laborieux qu'utile au chercheur, |
|
| qui étant venu à trouver & jouir de ses |
|
| amours connaîtra clairement la vérité de l'imposition |
|
| de ces noms, il trouvera que la diversité |
|
| d'iceux n'indique pas la diversité des matières, |
|
| mais bien la diversité des vertus d'icelle selon la |
|
| E ij | |
@
68
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | diversité & régimes du feu, & nourrissement |
| | des viandes liquides, ou solides, blanches ou |
| | jaunes, qu'aucun donc ne s'étonne pas tant de |
| Avertisse- | divers noms, mais qu'étudiant avec attention
|
| ment. | il médite & s'instruise, ou par quelqu'un (non
|
| | ignorant, non charlatan, non vendeur de recettes |
| | de tiercelets, devins, extracteurs de mercure |
| | de quelque matière que ce soit commune, |
| | cireurs d'or, de l'argent & autres bagatelles qui |
| | mènent ou à sa misère, ou à la corde & au repentir) |
| | doctes homme de bien, s'il le trouve & |
| | connaisse, mais sûrement par la lecture assidue |
| | des bons auteurs, principalement de ceux |
| | desquels celle harmonie a été tirée, comme aussi |
| | de plusieurs autres qui s'accordent à ceux ci, |
| | (que je n'ai vus) & lesquels tous unanimement |
| | concluent à une matière non née, mais à naître |
| | par l'aide de l'artiste, nourrie par la même eau |
| | qui l'a faite paraître, sur un petit feu par une |
| | seule opération, dans même vaisseau, c'est à dire |
| | de même forme (car un petit vaisseau de verre |
| | ne se peut dilater, comme font la matrice, |
| | l'estomac ou la vessie.) Et alors ayant trouvé |
| | cette concordance, comme fit Trévisan, il aura |
| | de quoi se contenter. Dieu lui en face la grâce. |
| | Amen. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Touche des | C Orsufle est la tête, mais non pas le commencement
|
| Philosophes. | de cet ouvrage, mais après
|
| | l'embrassement il est ainsi nommé fort à propos, |
@
CHAPITRE I.
69
| par quoi Corsufle est tout le composé, lequel |
|
| il faut brûler sept fois, & alors il teint |
|
| tout le corps, & est nommé monnaie, fleurs d'airain, |
|
| ou d'or, ou de fer, comme aussi plomb, |
|
| étain, & de mille autres noms, La tourbe |
|
| des Philosophes Sentence 33. |
|
| Rouilleure est un nom feint & non vrai, | |
| toutefois je vous dis que la rouilleure est la |
|
| seconde oeuvre, laquelle se fait de seul or, à |
|
| cause de quoi on l'appelle sangsue, pour ce |
|
| qu'elle est cachée au soufre d'or, comme la |
|
| sangsue dans l'eau, la rouilleure dont est le |
|
| rubifiement au second ouvrage, car au premier, |
|
| faire la rouilleure, c'est blanchir, auquel |
|
| blanchissement les Philosophes ont commandé |
|
| de mettre la fleur d'or, & l'or même |
|
| également. Le même, Sentence 50. |
|
| Cambar, Ethelia, Orpiment, Zendrio, | |
| Ebsemech, Magnésie, Chubul sont les noms |
|
| de l'argent vif sublimé du Cambar, lequel |
|
| lors qu'il est blanc, est nommé plomb de Ebmech, |
|
| Magnésie, Marteck, & airain blanc. |
|
| Le même, Sentence p. 54. |
|
| Cuisez le cuivre jusques à ce que la noirceur | |
| sorte, laquelle on nomme monnaie, & mêlez |
|
| bien les choses de notre art, & vous trouverez |
|
| aussi tôt la noirceur qu'est le plomb |
|
| des sages, & duquel ils ont dit plusieurs choses |
|
| E iij | |
@
70
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | en leurs livres. Le même, Sentence 70. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L E commencement de l'ouvrage est l'assemblage |
| | de notre or, argent & mercure, desquels |
| | la noirceur est produite, nommée tête de corbeau, |
| | en cet embrassement par un mutuel amour échauffé |
| | d'un feu d'amitié, ce noir caché apparaît |
| | mais non dans un creuset & feu de fusion, comme |
| | les ignorants croient: or tout ce composé ou masse |
| | engendrante n'est le Corsufle, mais icelui engendré |
| | ou noir est le commencement de l'oeuvre, lequel |
| | il faut séparer de la matière comme il sera montré |
| | ci après en son lieu propre, & étant séparé le faut |
| | arroser qu'il nomme brûler pour tromper les ignorants |
| | sept fois, (nombre fini pour indéfini) c'est à |
| | dire tant de fois qu'il sera nécessaire pour l'amener |
| | à la blancheur, & alors il teindra tout corps |
| | propre à recevoir sa teinture, car d'entendre nuement |
| | tout corps, ce mot général n'exclurait |
| | chose du monde, comme il sera montré au chapitre |
| | de la projection. Il ajoute qu'encore |
| | que la rouilleure soi nom feint, si est-ce que cette |
| | comme rouille est la seconde oeuvre ou opération, |
| | à savoir la noirceur, car la mixtion ou assemblage |
| | est la première opération, & cette |
| | rouille ou noirceur est dite seconde, pour ce |
| | qu'après cette composition elle paraît sur tout |
| | le composé, laquelle il dit être faite du seul |
| | or, a même sens qu'on dit que l'homme fait un |
| | enfant sans nommer la femme, & cette rouilleure |
| | (dit il) était cachée dans le soufre, c'est à dire |
@
CHAPITRE I.
71
| dans la chaleur, force & corps de l'or; de même |
|
| que l'eau cache & contient la sangsue: or cette |
|
| noirceur convient à la sangsue, tant à cause de |
|
| la diversité d'icelles y en ayant de toutes noires, |
|
| de grisâtres, de verdâtres, & de tachetées, |
|
| qu'aussi à cause que si elle a trop sucé & |
|
| attiré de sang elle s'en dégorge, de même cet |
|
| te rouilleure ou noirceur, rendra le superflu du breuvage |
|
| qui lui aura été trop baillé; en ce qu'il |
|
| dit que la rouille est le rubifiement au second ouvrage, |
|
| cela est de la fin de l'oeuvre, & en ce sens il prend |
|
| le noir blanchi par la nutrition, pour le premier |
|
| ouvrage, auquel blanchissement pour le rendre |
|
| fixe, il faut ajouter le mercure qu'il appelle |
|
| fleur d'or, & l'argent même qu'il appelle or même, |
|
| comme il sera vu ci après au chap. de |
|
| la fermentation. Pour la fin il exhorte les chercheurs |
|
| à la lecture & étude des bons livres, disant |
|
| que les sages en ont dit plusieurs choses dedans |
|
| leurs livres, comme nous disons aussi. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| L E mercure est nommé au commencement | Exercitio in
|
| de l'oeuvre, eau, puis, la noirceur se mon- | turbam.
|
| trant, terre, puis étant sublimé, air, étant |
|
| rougi, feu, car l'or doit être cuit de soi même |
|
| jusques à la rougeur, puis sublimé avec |
|
| quelque corps lumineux ou levain, puis ajouté |
|
| seul au tout & à la corruption de la |
|
| matière, esprit, & ainsi la terre avec l'eau, |
|
| l'air & le feu est un corps, le levain, l'âme |
|
| E iiij | |
@
72
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & dernière irroration, c'est l'esprit du seul |
| | mercure. En l'exercice deuxième de la |
| | tombe. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | D Isant l'air doit être cuit, &c. c'est à dire que |
| | lors que le noir est blanchi qu il appelle |
| | air, il ne le faut ni nourrir davantage, ni fermenter |
| | pour le mener à la couleur rouge, mais |
| | seulement continuer le feu, & cette couleur |
| | rouge advenue, qu'il nomme sublimation sera |
| | mêlée avec son corps lumineux, qu'est la Lune si |
| | on laisse la matière au blanc, ou avec le Soleil, si |
| | la matière est rouge, & ces deux luminaires sont |
| | nommés, levain ou fermentation, & étant le |
| | tout achevé est nommé esprit, pour ce que par la |
| | subtilité il pénètre les métaux avec lesquels il se |
| | compose, & de deux différents en nature, à savoir |
| | d'un subtil, & d'un crasse se fait un tout autre. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Rosinus. | L A terre feuillée ou des feuilles, c'est à
|
| | dire des vêtement: car les feuilles sont la |
| | couverture des arbres, & notre eau est le vêtement |
| | de notre terre aquatique. Rosinus |
| | p. 297. |
| | Comme l'homme est composé des quatre |
| | éléments, de même notre pierre: & ainsi est |
| | il de l'homme, & tu est la minière par l'opération, |
| | & elle tire de toi, à savoir par |
@
CHAPITRE I.
73
| la division elle demeure en toi inséparablement, |
|
| à savoir par la Sapience. Le même |
|
| p. 312. |
|
| Scholie | |
| |
|
| C E mot terre feuillée a donné beaucoup de | |
| peine à une milliasse de personnes, les uns | |
| prenants les briques ou tuiles, les autres les métaux, |
|
| lamines, les autres les feuilles, & écorces |
|
| des arbres, & sans vouloir ouvrir les yeux se sont |
|
| jetés dedans les confusions inextricables: or |
|
| les Sages ont appelé le petit fourneau duquel il |
|
| se servaient terre feuillée, pour ce que comme |
|
| les feuilles gardent les fruits de l'injure externe, |
|
| de même par & dedans icelui leur matière est |
|
| conservée. Trévisan dit à ce propos qu'on |
|
| avait mis la fontaine, (qui est toute la matière |
|
| dans le matras) dans un creux de chêne, qui est |
|
| une boîte de bois: un autre appelle le matras, |
|
| terre feuillée, pour la même raison, un autre |
|
| appelle le mercure terre feuillée, pour ce qu'il |
|
| enveloppe & couvre tous les métaux d'où le |
|
| noir sort. Et autres voire la plupart prend la |
|
| noirceur nageant au dessus du composé: pour |
|
| la terre feuillée, laquelle comme d'un vêtement |
|
| ou masque couvre par sa laideur, le plus beau duquel |
|
| nous avons besoin, qui est le blanc ou le |
|
| rouge, comme cet auteur marque assez clairement, |
|
| & sur ce qu'il est dit qu'Adam l'a portée |
|
| de Paradis, que l'homme en est la minière, il en |
|
| a été parlé en la scholie ci devant sur le texte |
|
| de l'Escot. |
|
@
74
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Textes. |
| | |
| Tauladan. | L Ame, le levain, & la forme qui sont
|
| | même chose, se fait lors que le Soleil & |
| | la Lune sont dissout, & cette dissolution |
| | s'appelle ainsi, comme les autres métaux |
| | à savoir Saturne, Jupiter, Mars & Venus, |
| | (sont nommez) pâte. Tauladan p. 388. |
| Georgius | L'or est nommé en Hébreu Or, c'est à dire
|
| Venetius. | lumière, & paz & en Latin, obrizon, c'est à
|
| | dire fort & très-pur, d'autant qu'il n'est jamais |
| | consumé par le feu, mais il s'y purifie de |
| | plus en plus. George Vénitien en l'harmonie |
| | du monde l. 8. c. I. p. 231. |
| Libavius. | Le mercure (lequel nature a engendré de
|
| | soi même en la minière) est nommé ventre |
| | d'Autruche naît en terre, il convient avec |
| | l'eau, laquelle ne mouille point les mains, & |
| | est appelé cru, d'autant qu'il n'a point encore |
| | été rendu mûr & fixe, qui est cause |
| | qu'on l'oppose au mercure coagulé qui n'est |
| | autre chose que l'or. Libavius p. 56. |
| | Tous les métaux préparés selon l'Art, |
| | s'appellent Soleil, Lune, Mercure &c. car |
| | auparavant ils avaient simplement or, argent |
| | argent vif, etc. Le même p. 57. |
| | La matière de la pierre est une & de même |
| | chose, de vil prix, laquelle est trouvée par |
@
CHAPITRE I.
75
| tout & est une eau visqueuse, nommée mercure, |
|
| & pour ce qu'on dit qu'elle est trouvée es |
|
| lieux sales, plusieurs hommes brutaux, qui |
|
| n'entendent point l'intention des Philosophes, |
|
| ont cherché cette pierre dans les matières |
|
| fécales. Rupescissa. c 2. | Arnaud.
|
| Les Philosophes ont nommée la pierre de | |
| plusieurs noms, afin de rendre la science plus |
|
| obscure, car quand notre pierre est mise dans |
|
| le vaisseau physique, & tant plus il change de |
|
| couleur, tant plus diversement est il nommé, |
|
| & après la putréfaction est nommée Magnésie, |
|
| & durant la putréfaction est nommée Saturne. |
|
| Arnaud en son miroir p. 18 |
|
| Usisur en Arabe est le cinabre des Philosophes. | Geber.
|
| Geber l. 2, c. 6. |
|
| Le grain incombustible des métaux est leur | |
| humide radical, & comme une certaine semence |
|
| du Soleil & de la Lune que nature a |
|
| plantée en eux, afin que l'occasion s'en présentant |
|
| il se cuisit au Soleil & à la Lune par |
|
| un long temps, ou brièvement par l'art. Le |
|
| même p. 22. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| T Ous corps tant simple que composé tend à | |
| multiplication, génération, & conservation, | |
| & iceux sont sensibles ou insensibles, les |
|
| insensibles produisent leur semence de leur propre |
|
@
76
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | substance & branche, les sensibles en autrui, |
| | & semblables à eux: Entre ces composés |
| | il y en a comme on croit qui n'ont commencé |
| | par semence, mais véritablement ils croissent & |
| | vivent secrètement, multiplient & naissent |
| | ce qui les empêche (à savoir les métaux de produire |
| | leur semblable, d'engendrer & de pouvoir |
| | convertir en eux même, est que leur esprit vivifiant |
| | est submergé & empêché de trop de manière, |
| | lequel l'art peut extraire, étant certain |
| | que puis que toute âme est incorporée, & que |
| | tous le monde & ses parties ont corps, il faut |
| | qu'il y ait un esprit moyen entre ces deux choses |
| | qui ne peut être dit, ne âme, ne corps, |
| | mais qu'il participe de l'un & de l'autre, & c'est |
| | cet esprit désireux de la multiplication de ce en |
| | quoi il est: or l'or entre tous les métaux est |
| | abondant en cet esprit, lequel notre Auteur |
| | nomme (grain incombustible, humide radical, & semence, |
| | Laquelle se multiplie merveilleusement dans |
| | la minière, & dans chacune selon la propriété |
| | d'icelle plus tôt ou plus tard, Nature y travaillant |
| | incessamment tant de nuit que de jour qu'il |
| | dit ici Soleil & Lune: Mais si le docte Artiste |
| | tire cette semence, appelée de plusieurs soufre, |
| | d'icelui & l'adjoigne avec sa glaire, il aura |
| | en peu de temps ce que nature ne peut faire |
| | toute seule en plusieurs centaines d'années, nous |
| | souvenant toujours que cet oeuvre est naturel, |
| | & que pourtant il y faut procéder doucement, |
| | car nature abhorre la violence. |
@
CHAPITRE I.
77
| T E X T E. | |
| |
|
| A Malgame vaut autant à dire que | Greverius.
|
| amollissement, d'autant que la semence | |
| dure de l'or ou de l'argent s'attendrit dans |
|
| la terre. Greverius p. 20. | Incertain.
|
| Azot est la quinte essence ou corps subsistant | |
| de soi même, différent de tous les éléments |
|
| & éléments tant en matière qu'en forme, |
|
| tant en nature qu'en vertu, n'ayant rien de |
|
| corruptible en soi, & est appelé quinte essence, |
|
| pour ce qu'il est extrait de tous les éléments, |
|
| & n'a aucun mouvement élémental en soi |
|
| comme ont les autres corps élémentaux, teignant |
|
| & purifiant les corps métalliques de sa propre |
|
| couleur, contre gardant & préservant |
|
| les autres corps (qui lui sont joint) de corruption. |
|
| Un Auteur incertain. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| I L a été vu ci dessus les significations du mot | |
| Azot, & ce que par icelui est entendu en diverses | |
| Provinces, à présent cet Auteur dit que |
|
| c'est une quinte essence, d'autant qu'il est tiré de |
|
| tous les éléments. Premièrement du Soleil & de |
|
| la Lune par le moyen du mercure qui sont matières |
|
| grossières & connues des enfants de la |
|
| science, mais en après de leur semence ou soufre, |
|
| qui étant noir devient blanc, puis jaune, |
|
| & puis rouge, alors peut il bien être nommé |
|
@
78
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | quinte essence, mais non corps subsistant de |
| | soi même, jusques à ce qu'ayant acquis son extrême |
| | rougeur & avoir senti le dernier degré ou |
| | effort du feu, il demeure fixe, & sans pouvoir |
| | être aucunement altéré par quoi que ce soit, tellement |
| | qu'en ce point il est différent de tous les |
| | éléments, & élémentés tant en nature, qu'en |
| | vertu, pour ce qu'il est incorruptible & fixe, & |
| | s'il n'était tel il ne contre garderait & purgerait |
| | les autres corps de corruption, & en ce point |
| | cette matière est dite être de la nature du ciel |
| | duquel le mouvement n'est naturel, car il ne |
| | descend ni monte comme font les choses pesantes |
| | ou légères, n'est aussi violent, pour ce que |
| | rien de violent ne subsiste: il s'ensuit donc qu'il |
| | est volontaire, & partant qu'il est animé, c'est |
| | lui aussi qui vivifie, purge & entretient tout ce |
| | qui est sous lui; Ceci ne sera reçu d'un chacun, |
| | mais il me suffit qu'un entre mille entende ce |
| | qui est traité céans. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| La Tourbe. | L A terre blanche, le soufre blanc, la
|
| | fumée blanche, l'orpiment, la magnésie |
| | & l'ethel signifient même chose en l'art. |
| | La tourbe manuscrite. p. 68. |
| | Le corps a plusieurs noms, car il est nommé |
| | fer, Mars, carmet, almaga, vitriol, sang, |
| | huile rouge, urine rouge, jouvence, midi, été, |
| | mâle & de plusieurs autres noms qui lui |
| | sont attribués pour diverses raisons & propriétés. |
@
CHAPITRE I.
79
| Le même p. 71. |
|
| Le mercure est Minerve, la Lune est plan- | Nicolas des
|
| te, pour ce qu'elle ne reçoit que deux vertus, | Comptes.
|
| à savoir la blancheur & la siccité, c'est à dire |
|
| le rétrécissement, le Soleil est animal, pour |
|
| ce qu'il reçoit trois choses, à savoir la blancheur, |
|
| le rétrécissement & la rougeur, & |
|
| ainsi a trois vertus, & est nommé grand |
|
| animal. Nicolas de Comitibus p. 1. |
|
| Les Sages ont dit plusieurs noms, à celle | |
| fin que vous qui n'êtes du nombre de leurs |
|
| enfants, n'entendiez point que c'est une chose |
|
| jointe, lors qu'elle est faite de diverses choses, |
|
| à savoir des quatre élément, ou des quatre |
|
| substances. Le même, même page. |
|
| Les noms décrits par les Philosophes dedans | |
| leurs livres, ne sont que pour leurs enfants, |
|
| qui entendent parfaitement leurs dits, |
|
| & qui travaillent en due & convenable matière. |
|
| Le même p. 2. 3. 4. |
|
| Notre pierre est un corps sans aucun son, | |
| & est mortel avant son opération tuant tout, |
|
| plombifie les corps, congèle le mercure par son |
|
| odeur, & est médecine après l'opération & |
|
| examen, est un chameau, une écumoire, une |
|
| épée, un couteau, un triangle en être, un |
|
| quadrangle en qualité, & Arop & Asrop |
|
| sont même chose. Le même p. 2. 5-6. 10. |
|
@
80
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Cette eau est appelée eau de vie, d'autant |
| | qu'elle donne vie aux corps morts, eau clarifiante, |
| | pour ce qu'elle illumine ce qui est sale |
| | & impur, eau perpétuelle, d'autant qu'elle |
| | fait durer & mène à perfection ce qu'elle touche, |
| | or cette eau laquelle a plusieurs noms |
| | s'appelle ainsi après la solution. Le même |
| | p. 6. |
| | Azoch est la pierre des Philosophes, ou la |
| | terre rouge, lavant les saletés du laton, & |
| | le laton & Azoch sont ensemble & ne se séparent |
| | jamais, mais ils demeurent toujours |
| | joints, mais à mesure qu'ils changent de couleur, |
| | de même ils changent de nom, il s'appelle |
| | aussi en Arabe Ernech, c'est à dire orpiment, |
| | & faut savoir que l'orpiment est |
| | la clef de la science, mais il s'entend du philosophique, |
| | & la pierre blanche s'appelle en |
| | Arabe encarich, c'est à dire chaux. Le |
| | même p. 7. |
| | Notre argent vif est eau très-claire, notre |
| | arsenic est argent très-parfait, & notre |
| | soufre est or pur & bon, & toute la |
| | perfection consiste en ces trois, par le Dieu vivant |
| | j'ai dit la vérité, vu donc que ces trois |
| | choses sont parfaites & très pures elles n'ont |
| | besoin d'ordure, & c'est ici la pierre composée |
| | d'argent vif philosophique, d'arsenic notre, |
| | tre |
@
CHAPITRE I.
81
| & d'or pur, par le Soleil nous entendons |
|
| l'or, par la Lune l'argent, & cette |
|
| pierre physique s'appelle Azoth, laton, terre |
|
| puante, terre rouge, terre blanche, dragon, |
|
| renard, loup, chien, serpent, brebis, cheval, |
|
| taureau, chair chameau, cheveux, sang, urine, |
|
| arbre, herbe, terre, air, & généralement |
|
| tous les noms qui sont en ce monde. Le même |
|
| 21. |
|
| L'on donne divers noms à cette matière | Dastin.
|
| à cause de la diversité de ses couleurs, car |
|
| lorsqu'elle est crue s'appelle notre argent |
|
| vif, eau permanente, plomb, crachat de Lune, |
|
| airain, étain, lorsqu'elle est cuite est nommé |
|
| argent, magnésie & soufre blanc, étant |
|
| rouge, son nom est orpiment, corail, or & levain, |
|
| & ces noms lui sont donnés à cause de |
|
| son excellence: mais quelques noms qu'elle aie, |
|
| ce n'est pourtant qu'une seule matière & |
|
| seule nature, d'autant que nature ne s'amende |
|
| qu'en sa nature, & notre art ne se parachève |
|
| point par la multitude de matières. |
|
| Dastin. p 28. |
|
| Elle est trouvée partout à cause qu'elle participe | |
| des éléments, est nommée du nom de toutes |
|
| choses pour cacher la dignité de sa nature |
|
| est dite très-vile en sa putréfaction, très- |
|
| chère à cause de sa vertu, noire, blanche, jaune |
|
| F | |
@
82
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & rouge, suivant qu'elle change de couleurs. |
| | Le même p. 28. 29. |
| | La magnésie est la terre, laquelle se blanchissant |
| | ne permet aucunement, que les esprits |
| | s'enfuient, ni que l'ombre de l'airain |
| | paraisse. Le même p. 37. |
| | Jean le noir ou le soufre est la matière |
| | des Philosophes. Epître d'un Parisien, |
| Parisien. | commençant, Mon Seigneur.
|
| | L'argent vif des Philosophes, s'appelle |
| | oeuf, car comme l'oeuf est une chose ronde circulaire |
| | contenant en soi deux natures en une |
| | substance, à savoir le blanc & le jaune, & |
| | de lui sort une autre chose ayant âme, vie & |
| | génération, de même cet argent vif contient |
| | en soi deux choses de même nature, corps & |
| | esprit, & tire de soi âme & vie, à savoir |
| | que tout se rend subtil & spiritueux, dont en |
| | après la génération se fait du vrai élixir. |
| | Le même p. 42. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | Q Ue ceux qui s'amusent & s'abusent à calciner |
| | les coques des oeufs, à séparer la pellicule |
| | d'iceux, les jaunes, les blancs, & d'iceux par |
| | distillation en séparer, comme ils disent, les |
| | quatre éléments, apprennent pourquoi la matière, |
| | ou composition, ou argent vif des Philosophes |
| | est nommée oeuf, à savoir par similitude, |
| | aussi bien que Jean le noir; & les autres noms |
@
CHAPITRE I.
83
| Texte. | |
| |
|
| L e soufre est appelé père ou agent des | |
| minéraux, & l'argent vif la mère, ou | |
| le patient. Florenius c. 2. |
|
| Les Philosophes ont nommé la pierre de- | Florent.
|
| dans leurs livres quelquefois élixir, & l'élixir |
|
| pierre, ne faisant grande différence |
|
| entre l'un & l'autre, afin de tromper ou éblouir |
|
| les sots, & cependant ils ont dit vrai, |
|
| d'autant que l'élixir est le vrai principe, |
|
| principal fondement & racine de la pierre précieuse |
|
| des Philosophes. Le même c. 5. 12. l. 2. |
|
| La composition que nous faisons de nos | |
| mains propres, n'a aucun nom propre, qu'est |
|
| la cause qu'elle est appelée pierre bénite, |
|
| quoi qu'elle ne soit ni aie la Nature de pierre, |
|
| quelques uns l'ont nommée pierre minérale, |
|
| végétable, animale & mentale, pour ce |
|
| que les choses desquelles elle est composée sont |
|
| moyens minéraux de leur nature, & est |
|
| nommée végétable, pour ce qu'elle verdoie |
|
| & croît comme les végétable, animale pour |
|
| ce qu'elle a corps, âme & esprit, comme les |
|
| animaux, quelques uns ont dit qu'elle est |
|
| noire & puante, d'autant que son ventre est |
|
| noir, & l'odeur puante, lors qu'on la compose, |
|
| & d'autres ont dit que c'était un cahos |
|
| & origine du monde ou masse confuse, & |
|
| F ij | |
@
84
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | est nommée de plusieurs autres noms par les |
| | Philosophes, mais nous l'appelons terre |
| | rouge. Le même l. 1. c. 10. |
| | La terre rouge est le Soleil. Le même l. |
| | 1. C. 17. |
| | L'homme ayant un heaume sur la tête, est |
| | la cucurbite, & le fond d'icelle est le ventre ou |
| | les pieds, c'est la cause pourquoi on dit que la |
| | matière est la fiente, laquelle les hommes foulent |
| | aux pieds, c'est à dire l'homme ayant |
| | l'heaume, a est jetée aux chemins, c'est à |
| | dire au devant des Philosophes en cette |
| | science, auxquels chemins il semble être jetée, |
| | c'est à dire comme morte jusqu'à ce qu'elle |
| | revive. Le même l. 2. c. 46. |
| | Thelesme signifie secret ou trésor. Le même |
| | c. 17. |
| | Quand les Philosophes parlent de conjoindre |
| | le sel armoniac avec le corps & l'esprit, |
| | ils entendent de l'air tiré du mercure, c'est à |
| | dire de notre eau ou de notre esprit volatil |
| | ou de la queue du dragon. Le même l. 2. |
| | c. 20. |
| | Hibar, signifie médecine tingeante. Le même |
| | c. 22. |
| | Nature ne s'amende qu'en sa nature, |
| | comme tu ne t'amendes qu'en ton fils. Le même. |
| | c. 25. |
@
CHAPITRE I.
85
| L'or est soufre minéral, de très bonne | |
| odeur à sa femme, c'est à dire à l'argent, auxquels |
|
| ne faut ajouter aucune chose d'étrange. |
|
| Le même c. 25. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| P Lusieurs se sont extrêmement peinés, pour | |
| savoir quel est c'est élixir, les uns croyant | |
| que ce fut quelque chose de simple, ont feuilleté |
|
| la plus grande partie des Dictionnaires, & |
|
| Interprètes des langues étrangères, & ayant |
|
| travaillé sur plusieurs drogues, n'y ont trouvé |
|
| chose quelconque pour se contenter: autres ont |
|
| cru que c'était quelque composition, & ayant |
|
| voulu pratiquer toutes les recettes, de Geber, |
|
| de Lulle, d'Archilaus, de Rupescissa, & de |
|
| plusieurs autres, n'ont enfin trouvé que du vent, |
|
| & abusés en leurs fantastiques recherches, n'ont |
|
| voulu en fin rien suivre que leurs imaginations, |
|
| pour ce, disent ils, qu'il faudrait être devin pour |
|
| apprendre la pierre, & sa matière par la variété |
|
| des noms, qui sont dans tous les Auteurs qui ne |
|
| s'accordent qu'à tromper les hommes. Laissant |
|
| donc ces hiboux & lucifuges, je dis en bonne |
|
| conscience ne savoir rien en cette science, que |
|
| par la lecture des livres, à laquelle nous avons |
|
| point l'expérience, à quoi cet amas, ou harmonie |
|
| nous servira de témoin irréprochable. |
|
| Or je n'ai encore pu apprendre en pas un auteur |
|
| qui premier s'est servi de ce mot Elixir, lequel |
|
| peut procéder du verbe Latin elicis qui signifie |
|
| tirer hors, pour ce qu'on tire au dehors des |
|
| F iij | |
@
86
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | matières, desquelles on se sert ce qui était caché |
| | dedans icelles, à savoir la matière noire, ou du |
| | verbe elixo, qui signifie cuire, bouillir, d'autant |
| | que ce qui est tiré des Soleil & Lune est cuit |
| | & comme bouilli, à savoir dedans le mercure, |
| | & par cette cuite ce qui était noir devient blanc, |
| | puis jaune, puis rouge. Que si on aime mieux |
| | que ce soit un nom Arabe, que quelques uns interprètent |
| | quinte essence, je n'empêche; tant |
| | y a que c'est un nom qui ne désigne autre chose |
| | qu'une matière subtile tirée d'une plus grossière, |
| | étant prise & entendue des uns pour la noirceur, |
| | des autres pour la blancheur, des autres pour la |
| | rougeur, car les uns ont dit élixir blanc, les autres |
| | ont dit élixir rouge, mais notre Auteur |
| | par élixir, sans difficulté a entendu la noirceur, |
| | d'autant qu'il dit qu'il est le fondement de la pierre, |
| | & l'oeuvre parachevé est la pierre précieuse |
| | & pierre bénite des Philosophes, laquelle, dit |
| | il, verdoie, & croît à la forme des végétables étant |
| | arrosée de se propre eau, s'augmentant par apposition |
| | en quantité & en qualité: Et ce qu'il |
| | dit qu'il ne faut rien ajouter à l'air & l'argent |
| | qu'il nomme mari & femme, l'on répond que |
| | le mâle & la femelle produisent d'eux mêmes |
| | leur germe, mais quelques fois ce germe |
| | est si étais, que si par la médecine on ne |
| | le rendait coulant, aucune génération ne s'en |
| | pourrait ensuivre, de même si à ces deux corps |
| | le docte Artiste n'adjoignait sa propre humidité; |
| | je dis propre, jamais leur semence ou soufre |
| | ne sortirait d'eux, & partant l'on n'aurait ce |
| | qu'on désire. |
@
CHAPITRE I.
87
| Textes. | |
| |
|
| L A pierre des Philosophes est animale, | Aristote.
|
| végétale & minérale, & est nommé | |
| dernière fin, ou parachèvement de l'oeuf, c'est |
|
| à dire de l'oeuf des Philosophes. Aristote |
|
| écrivant à Alexandre c. I. |
|
| Les sages ont nommé la pierre de plusieurs | Helias.
|
| noms, à celle fin, que ceux qui ne sont du nombre |
|
| de Sages n'entendent, qu'elle soit faite |
|
| d'une chose, mais de plusieurs: or les noms |
|
| sont diversifiés selon la variété des couleurs, |
|
| & aussi à celle fin que la science soit plus cachée, |
|
| & ont très-sagement fait. Helias c. I. |
|
| Les Sages & anciens Philosophes ont don- | Armingan-
|
| né plusieurs noms à cette pierre, ce qui a été | dus.
|
| bon selon leurs intentions pour deux causes |
|
| principales, la première pour garder le secret |
|
| de Dieu & de nature, la seconde afin qu'une |
|
| infinité de noms ne se fissent: conclu donc, |
|
| que tu n'as besoin de ces noms. Armingandus |
|
| l. I. p. I. |
|
| Puis que la pierre se fait du Soleil & de la | |
| Lune, on demande avec raison, comment est- |
|
| ce que les pauvres & les riches l'ont, & comment |
|
| est-ce qu'elle est vile & jetée aux rues, |
|
| vu que ce sont les choses les plus chères du |
|
| monde: cette question est facile à apprendre |
|
| F iiij | |
@
88
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & entendre; écoute fils: les riches la peuvent |
| | avoir par puissance & force, mais les |
| | pauvres par subtilité d'esprit, elle est vile |
| | par sa corruption & putréfaction, & jetée |
| | aux chemins, à savoir de l'écriture & |
| | des livres, & cela d'autant que les mêmes |
| | Philosophes l'ont mise & éparse en divers |
| | régimes & chapitres, & celle fin que la science |
| | en fut plus obscure & difficile à entendre |
| | & est très-précieuse à cause de son excellence. |
| | Le même c. I. |
| | Les Philosophes disent que les sels, aluns, |
| Astanus. | & chaux, sont les racines de cette science, &
|
| | qu'ils sont en leur pierre, d'autant que les |
| | cendres & la chaux se font ex grossis qui |
| | sont figues sauvages, vertes & non meures, |
| | que j'entend pour choses grossières & terrestres) |
| | qu'est la cause que nous entendons la |
| | pierre avoir corps, & d'autant que les aluns |
| | se font des choses claires, & donnent la clarté |
| | & la splendeur aux choses obscures, l'on |
| | entend que la pierre a âme, d'autant que ce |
| | corps réduit en chaux, ou en cendre, est revivifié |
| | & rendu beau, & pour ce que les sels des |
| | corps sont subtils, par cela on entend que la |
| | pierre a esprit, par le moyen, vertu & nature, |
| | duquel l'âme de la pierre est jointe avec |
| | son corps. Or en quelque lieu que les Philosophes |
@
CHAPITRE I.
89
| parlent généralement en leurs livres |
|
| des sels, ils entendent parler de l'esprit de la |
|
| pierre, & lors qu'ils parlent des aluns, ils |
|
| entendent de l'âme de la pierre, & parlant |
|
| généralement des chaux, ils entendent du |
|
| corps de la pierre. Astanus. |
|
| Elixir est nom Arabique, qui traduit en | Albert.
|
| Latin & interprété signifie levain. Albert |
|
| c. qu'est-ce qu'élixir. |
|
| Le corps, l'âme & l'esprit font la parfai- | Sommaire
|
| te médecine, ou la transmutation, & se nom- | fort utile.
|
| me de divers noms, car on nomme le corps |
|
| cendre, l'esprit argent vif, l'âme soufre |
|
| & la cendre chaux. Sommaire fort utile |
|
| qui commence au nom de Dieu c. 1. 2. 3. 9. |
|
| Nos anciens pour cacher cet art l'ont dé- | Daniel.
|
| crit en divers livres, l'un la nomme gomme, |
|
| l'autre mercure, soufre, Jupiter & Mars, |
|
| qu'est la cause que plusieurs Opérateurs sont |
|
| trompez. Daniel de Justinopoli Section 9. |
|
| 10. |
|
| Telle semence que tu sèmeras, telle tu la | Payen.
|
| recueilleras. Le même section 21. |
|
| Le Soleil ou l'or est nommé par Geber, | |
| & par plusieurs autres Philosophes, soufre |
|
| rouge, & la Lune ou arsenic blanchissant, |
|
| & le mercure qui conjoint les deux |
|
| splendeur, lumière rayonnante. Payen p. |
|
89.
@
90
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Rouillac. | Notre or est une substance subtile & invisible
|
| | cachée dans l'or, & tirée d'icelui, qui |
| | est cause que les Philosophes disent vrai, |
| | à savoir que leur or n'est l'or vulgaire, de laquelle |
| | substance ou soufre vif, avec la pure |
| | substance de l'argent vif pur & cru notre |
| | pierre est faite, de même sorte que le |
| | bled est fait, car d'un grain que nous voyons |
| | les autres grains ne sont pas faits, mais bien |
| | de la vertu y cachée. Rouillac. commençant |
| | L'ignorance est ennemie de la semence p. |
| | 3. |
| | Encore bien que notre or soit nommé soufre |
| | à cause de sa siccité agissante, néanmoins |
| | c'est toute une autre chose, qu'argent |
| | vif cuit & épaissi par nature, en laquelle |
| | épaisseur l'or se fait par le moyen de son |
| | soufre naturel, indivisible & homogénéisée à |
| | soi. Le même p. 4. |
| | Le sel fusible connu de peu, est l'élixir & |
| Poète an- | la pierre parfaite, qui prend son nom de sel
|
| ciens. | fusible après l'incération, qu'est la dernière
|
| | opération & dernier secret les Philosophes. |
| | Le même p. 33. l. intitulé. Les Poètes anciens. |
| | L'or blanc des Philosophes, ou la Lune |
| | fixe, ou le vrai or potable, & l'huile des |
| | Philosophes, & leur pierre étant menée à la |
@
CHAPITRE I.
91
| blancheur, est Lune actuellement, & Soleil |
|
| potentiellement, à savoir par plus longue |
|
| décoction. Le même p. 35. |
|
| Le soufre & le mercure sont nommés | |
| par les Philosophes de mille noms, & celle fin |
|
| que les ignorants soient trompés, car ils nomment |
|
| le soufre Roi, lion, laton, mais le |
|
| mercure est nommé dragon. Le même p. |
|
| 4. 9. |
|
| Encore que nous ayons caché cette science, | Geber.
|
| il ne faut pas que le fils de doctrine s'émerveille, |
|
| car nous ne l'avons point fait à son |
|
| occasion, mais c'est à cause des méchants, |
|
| d'autant qu'il n'est pas nécessaire qu'ils la |
|
| sachent, ô enfants de la science, recherchez |
|
| la diligemment, car c'est un don excellent, |
|
| lequel Dieu garde pour vous seuls. Geber |
|
| l. 3. c. 26. de la grande perfection. |
|
| Le Philosophe nomme l'opération, le père | |
| de tout le thelesme, c'est à dire de tout le secret, |
|
| ou de tout le trésor de tout le monde, |
|
| c'est à dire de toute pierre inventée en ce monde. |
|
| Hortulan. c. 6. sur la table d'Hermès. |
|
| Les Philosophes ont dit que tout l'ouvra- | Guillaume
|
| ge, était eau volatile, à cause seulement que | Parisien.
|
| toute la matière se convertit en fumée, & à |
|
| cette occasion Socrate dit, que si on ne convertir |
|
| toutes choses en eau, l'on ne parviendra |
|
@
92
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | pas à l'oeuvre. Guillaume Parisien p. 2. |
| | du manuscrit. |
| Bacon. | Autant de couleurs qui adviennent à la
|
| | matière, autant a elle de noms. Bacon en |
| | son miroir d'Alchimie. c. 6. |
| | Tous les auteurs disent, que chaque science |
| Nortonius. | a ses propres termes. Thomas Nortonius
|
| | c. 5. p. 138. de son ordinale Crede mihi. |
| Marguerite | Notre pierre orpheline n'a point de nom propre,
|
| nouvelle. | ni ne peut avoir aucun nom propre que
|
| | pierre des Philosophes, par lequel elle est seulement |
| | connue, & pourtant on lui a donné |
| | plusieurs noms, par la similitude desquels les |
| | Sages la puissent connaître. Marguerite |
| | nouvelle p. 54. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | S I quelqu'un trouve que j'aie trop amené |
| | d'auteurs pour prouver & enseigner qu'il ne |
| | faut avoir égard à tant de noms, qu'ils sache |
| | que je n'ai écrit ce traité pour lui, que si au |
| | contraire ce traité tombe entre les mains d'un |
| | amateur de la vérité, de laquelle il désire voir la |
| | nudité, & possédant une bonne âme il soit désireux |
| | je le prie de croire que j'ai |
| | plus d'auteurs, que je n'en ai ici allégué, qui |
| | crient tous unanimement que la purification des |
| | métaux imparfaits, & ainsi nommés (eu égard |
| | à l'or & à l'argent) se fait par ce qu'on appelle |
| | pierre des Philosophes, laquelle a son |
@
CHAPITRE I.
93
| commencement de l'or & de l'argent vif astralisés, |
|
| desquels deux la semence, ou soufre, ou |
|
| germe, est tiré en forme & couleur noire, volatile |
|
| nourri de son propre lait jusqu'à ce qu'il aie |
|
| acquis la couleur blanche, puis la jaune, & puis |
|
| la rouge & à l'un des deux: allie lui avec son propre |
|
| corps, ou le ferment: ou l'âme par l'intervention |
|
| de son propre esprit, & le tout dans un |
|
| seul vaisseau, c'est à dire en forme, par un seul |
|
| feu, sans se soucier de la diversité & pluralité |
|
| des noms qui lui ont été donnés, ou par similitude, |
|
| ou par propriété, ou pour tromper les |
|
| trop cupides, & qu'il est permis pour bien prouver |
|
| un fait & une vérité, & bafouer & le mensonge |
|
| & les mensonges d'ouïr plusieurs témoins |
|
| irréprochables, car, comme dit un grand |
|
| Docte, Là où est contentement des doctes en la chose |
|
| enquise, là est la vérité, laquelle n'a besoin ni de fard |
|
| ni de parures externes, étant plus belle & plus désirable |
|
| toute nue, que coiffée & masquée: sur quoi un |
|
| bel esprit de notre temps a dit. |
|
| Qui te verrait vérité toute nue, | |
| O qu'ardemment de toi serait esprit, | |
| Vu qu'en tout temps les plus rares esprits | |
| Te font l'amour au travers d'une nue. | |
| Puis que nous avons marqué la raison de tant | |
| de noms; & essayé de dessiller les yeux des aveugles, |
|
| & d'ouvrir les oreilles des sourds, & découvert |
|
| les amusements des charlatans, réduisons |
|
| les dévoyés au droit & unique chemin, montrant |
|
| qu'il n'y en a qu'un par lequel on puisse acquérir |
|
| ce bien tant recherché. |
|
@
94
| | |
| |
|
| | |
| | A S A V O I R S'I L Y A |
| | PLUSIEURS VOIES POUR |
| | acquérir ce qu'on nomme |
| | communément Pierre |
| | des Philosophes. |
| | |
| | C H A P I T R E II. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | Out l'ouvrage est parachevé
|
| | par une seule voie, par une |
| | seule chose par une seule disposition, |
| | & par une seule action. |
| | Au livre intitulé Lilium. |
| | Tu n'as besoin que a'une seule chose, à savoir |
| | d'eau, une décoction, savoir cuire, & |
| | n'y qu'un vaisseau au blanc & au rouge. |
| | Alphidius. |
| | Il n'y a qu'un vaisseau tant pour le blanc |
| | que pour le rouge, & qu'un feu pour l'un & |
| | pour l'autre. Mahomet. |
| | Quoi que les sages aient changé de noms |
@
CHAPITRE II.
95
| & de discours, toutefois ils ont toujours |
|
| entendu une chose, une disposition, un chemin; |
|
| les sages ont connu cette chose, & ont |
|
| éprouvé souvent qu'elle est unique. Morien, |
|
| Notre art ne se poursuit pas par plusieurs | Ce superflu
|
| choses: car il y a une pierre, une médecine en | se verra au
|
| laquelle tout le magistère consiste, à laquelle | c. 5. ci après.
|
| nous n'ajoutons rien d'étrange, ni n'en diminuons |
|
| aussi rien, si ce n'est que nous ôtons |
|
| le superflu en sa préparation. Le même. |
|
| Le blanc & le rouge précèdent d'une même | |
| racine sans intervention d'autre chose, | Rhasis.
|
| car il se dissout & assemble soi même, se |
|
| blanchit & rougit, se fait jaune & noir, il |
|
| se marie soi même, & se conçoit jusques à ce |
|
| qu'il aie atteint la fin de l'oeuvre. Rhasis. |
|
| Aucun n'a qu'un chemin au soufre. | David.
|
| David. |
|
| Frère, sache que cette affaire est une pierre, | |
| en laquelle garip, c'est à dire rien autre | Hali.
|
| n'entre, & les sages travaillent avec elle, & |
|
| d'icelle sort ce qu'ils cherchent, & rien ne se |
|
| mêle avec elle, ni en tout ni en parti, & |
|
| s'appelle origine du monde, & font comme |
|
| les choses lesquelles germent. Hali. |
|
| Sachez, que si vous prenez quelque autre | Tourbe.
|
| chose que notre airain, & qu'encore que |
|
| vous la régissiez avec notre eau, vous ne ferez |
|
@
96
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | rien, au contraire si vous conduisez notre |
| | airain avec notre eau, vous trouverez |
| | tout ce qu"avons dit. Tourbe, sentence |
| | 30. |
| | Quittez toute diversité, car nature se contente |
| | d'une chose, laquelle qui ignore, périra. |
| | Le même, sentence 39. |
| | N'ayez souci d'une infinité de dispositions, |
| | ni de ce que les trompeurs ont écrit |
| | par leurs figures, car il n'y a qu'une vérité |
| | que les Naturalistes ont nommé une, dans |
| | laquelle le caché est, lequel ne se voit point si |
| | ce n'est par le Sage, le Maître donc fait bien |
| | qui commence & finit par un. Le même, |
| | sentence 75. |
| L'aurore. | Il n'y a autre chemin en nature pour purifier
|
| | les corps parfaitement que notre teinture, |
| | qu'est la semence nette ayant plusieurs |
| | bénédictions. L'Aurore c. 21. |
| Arnaud. | Nous avons troué cette seule matière
|
| | parfaite, laquelle étant amenée à la vraie |
| | fusion par notre magistère, parfait véritablement |
| | tout ce qu'elle touche. Arnaud au |
| | miroir p. 8. |
| Nicolas des | Tout le magistère consiste d'une seule chose,
|
| comptes. | car il n'y a qu'une pierre, & qu'une médecine
|
| | en laquelle tout notre magistère consiste, à |
| | quoi nous n'ajoutons rien d'étrange, ni |
| | diminuons |
@
CHAPITRE II.
97
| diminuons, si ce n'est que nous ôtons les choses |
|
| superflues en sa préparation. Nicolas des |
|
| Comtes p. I. |
|
| Je vous dis que la vraie science a accoutumé | |
| d'être faite d'une seule chose sans y ajouter |
|
| ou diminuer, & cette chose s'appelle |
|
| Adrop ou pierre supérieure, & cette chose là |
|
| se fait de notre seul mercure, car il surmonte |
|
| le feu, & n'est point surmonté par lui, mais |
|
| se réjouissant avec icelui il demeure aimablement. |
|
| Le même p. 2. |
|
| Toute la science consiste en une seule chose | |
| laquelle fait toute la perfection, quand elle |
|
| est préparée par notre artifice, & cette préparation |
|
| se fait avec un subtil jugement & |
|
| grande prudence, & toute la perfection dépend |
|
| du régime du feu, & là est tout le secret, |
|
| & notre art ne gît point en la variété & |
|
| multitude des choses, & cela est véritable. |
|
| Le même p. 3. |
|
| L'on a d'une seule matière des métaux bien | |
| dépurée, le soufre blanc & rouge, par |
|
| quoi préparons bien les corps, à savoir l'or |
|
| & l'argent, à celle fin que nous en ayons le |
|
| soufre & l'argent vif, qui a oreille pour, |
|
| l'ouvre. Le même. p. 5. |
|
| Il y a une pierre, une médecine, un vais- | Dastin.
|
| seau, un régime, & une même disposition |
|
| G | |
@
98
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | à quoi nous n'ajoutons aucune chose étrange, |
| | ni diminuons, se ce n'est les choses superflues, |
| | lesquelles nous ôtons à la préparation, |
| | car rien n'y entre qui n'en soit sorti, ou tout |
| | ou en partie, que si on y ajoute quelque chose |
| | d'étrange, aussi tôt il est corrompu, & ce |
| | qu'on cherche de faire ne se fait pas. Dastin. |
| | p. 28. |
| | La Médecine blanche & rouge ne sont |
| | différentes entr'elles, hormis que la médecine |
| | rouge a besoin d'une plus grande sublimation, |
| | d'une plus longue digestion, & d'un |
| | feu plus chaud. Le même p. 29. |
| Guillaume | Quoi que les Philosophes divisent leur
|
| Parisien. | magistère en plusieurs opérations, toutefois
|
| | véritablement il n'y en y a qu'une seule & |
| | seul moyen d'opérer, à savoir l'eau de la terre |
| | & remettre l'eau sur la terre jusqu'à ce que la |
| | terre se pourrisse & se purifie, tellement qu'elle |
| | se dissolue en après & devienne toute spirituelle |
| | avec l'esprit, & cela alors est nommé oeuf |
| | & argent vif des Philosophes, alors tout le |
| | corps est résolu en esprit. Guillaume Parisien, |
| | commençant, Mon Seigneur sous correction |
| | p. 46. |
| | Il faut rougir de même façon & en même |
| | lieu, & en même vaisseau, ou semblable & |
| | même poids d'eau & semblables imbibitions, |
@
CHAPITRE II.
99
| arrosements, proportions & mêmes couleurs, |
|
| & finalement observer tous le régimes |
|
| qu'au blanc. Florent. I. 2. c. 17. |
|
| Il n'y a qu'une seule médecine, & est dite | |
| seule, d'autant qu'elle seule ôte ce qui est imparfait |
|
| & salé & mêlé dans les métaux: Or |
|
| toute autre médecine quelque bonne & fixe |
|
| qu'elle soit n'ôte rien d'imparfait ni de sale |
|
| des métaux, mais tant seulement pâlit & |
|
| couvre, par quoi ils sont dits sophistiques. |
|
| Le même l. 2. c. 2. |
|
| Geber en sa grande perfection du magistère | |
| veut qu'il n'y ait qu'une unique médecine, |
|
| tellement qu'il appert clairement à celui |
|
| qui y regarde de près que sous un grand |
|
| amas d'opérations sophistiques, il dit, cache |
|
| & entend cette là, & de même façon qu'il |
|
| la cache aux fils, il la manifeste aux sages |
|
| qui bien l'entendent, & d'autant que toutes |
|
| les médecines qui sont en son livre de la grande |
|
| perfection sont sophistiques, il les faut laisser |
|
| comme il est dit au même chap sans se soucier |
|
| d'elles, de même que Geber ne s'en est |
|
| soucié en l'opération de la grande Médecine. |
|
| Le même l. 2. c. 25. |
|
| Toute pierre physique est minérale, encore | |
| qu'elle prenne son origine de trois natures, |
|
| & combien que les Philosophes semblent |
|
| G ij | |
@
100
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | être différents en opinions, & en écrits, si ne |
| | le sont ils nullement. Le même l. 3. c. 18. |
| Aristote. | Cet art est fait par une seule disposition
|
| | & d'une seule chose, le Soleil en est père, la |
| | Lune la mère, & le vent la porte par l'air. |
| | Aristote à Alexandre c. I. |
| Elie. | Toute la science a accoutumé d'être faite
|
| | d'une seule chose, comme nous le montrerons |
| | par les dits des Philosophes, & comme nous |
| | avons vu & touché, nous avons trouvé cette |
| | chose seule parfaite avec beaucoup de peine |
| | & beaucoup de subtilité. Elias de Asisio c. I. |
| Armingandus. | Notre art ne s'étend pas en multitude de
|
| | chose, car par l'arrêt de tous les Philosophes |
| | il y a une pierre, une médecine, un régime, |
| | un vaisseau, & l'ouvrage de notre |
| | pierre n'est différent qu'en l'administration |
| | du feu, qui est le maître & seigneur de tout le |
| | trésor. Armingandus l. I. |
| | Il est impossible faire notre pierre laquelle |
| | nous nommons argent vif d'autre chose qui |
| | soit en ce monde, fors de ces deux corps Soleil |
| | & Lune, d'autant que chaque chose engendre |
| | son semblable, & cela est clair, & combien |
| | que ce soient diverses espèces, si sont elles |
| | de même genre, comme l'homme & la semence, |
| | c'est la cause que les Philosophes disent, |
| | qu'il n'y a aucun corps plus pur, & plus excellent |
@
CHAPITRE II.
101
| que le Soleil est son ombre, sans lesquels |
|
| aucun argent vifs teignant ne peut être |
|
| engendré. Le même, c. I. |
|
| La perfection des corps imparfaits se fait | Paganus.
|
| par les esprits tirés du Soleil & de la Lune |
|
| par le mercure, lesquels ne peuvent être tirez |
|
| en aucune façon des autres métaux, pour ce |
|
| qu'ils n'en ont point, & ces esprits sont soufre, |
|
| arsenic & argent vif, qui sont rayons |
|
| teignants & luisant tirés des corps luisants. |
|
| Paganus c. 17. |
|
| Etudiant je regardais curieusement ou les | Trévisan.
|
| livres s'accordaient le mieux, car je savais |
|
| très-bien que la vérité était dans les livres, |
|
| & que là où ils s'accordent, c'est là où nous |
|
| devons tenir, & croyais là être la vérité: d'autant |
|
| qu'on ne peut dire vérité qu'en une seule |
|
| chose: car comme j'ai dit, là où plusieurs |
|
| s'accordent, l'on doit croire que là est la vérité, |
|
| encore qu'un la nomme d'une façon, |
|
| l'autre d'une autre, toutefois la tromperie |
|
| est à la diversité & non en l'accord, & pour |
|
| montrer que ceci est vrai ils ne mettent qu'un |
|
| seul moyen quoi qu'ils l'écrivent en diverses |
|
| façons & figures. Trévisan au l. 2. de son |
|
| opuscule. |
|
| Il n'y a qu'un seul régime pour parache- | Rouillac.
|
| ver notre ouvrage, à savoir que notre maG |
|
| iij | |
@
102
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | tière soit mise dans un vaisseau propre, & |
| | soit cuite par un feu philosophique sans intermission. |
| | Rouillac. p. 5. |
| | Elixir est médecine composée, métallique, |
| | parfaite de soufre & d'argent vif, unis |
| | inséparablement par le feu. Le même p. 9. |
| | Il me semble que j'ai assez montré qu'il n'y |
| | a qu'un seul chemin pour avoir & parfaire |
| | la pierre physique. Le même p. 28. |
| Synésius. | Encore que les Philosophes aient parlé
|
| | diversement selon la lettre, toutefois ils s'accordent |
| | tous, & montrent un même chemin, |
| | qu'est la pierre blanche & rouge, laquelle se |
| | fait de même racine, & par même ordre. |
| | Synésius p. I. |
| | Il est expédient que l'Artiste soit ferme en |
| Geber. | son opération, sans varier tantôt d'un côté,
|
| | tantôt d'un autre, d'autant que notre oeuvre |
| | ne consiste point en pluralité de matières, |
| | car il n'y a qu'une pierre, une médecine, une |
| | décoction, en quoi tout le magistère gît, sans |
| | que nous y ajoutions rien d'étrange, & sans |
| | rien diminuer, hormis en sa préparation |
| | nous en ôtons les superfluités. Geber. l. I. c. 7. |
| | de la grande perfection. |
| | La médecine solaire & lunaire est double, |
| | mais elle est une en essence, & le moyen d'y |
| | travailler est semblablement un, partant aux |
@
CHAPITRE II.
103
| livres que nous lisons des Anciens elle est nommée |
|
| unique, toutefois il y a addition de couleur jaune, |
|
| laquelle se fait par la pure substance du |
|
| soufre fixe, n'y ayant que cette seule différence, |
|
| d'autant que la médecine rouge le contient, |
|
| la blanche, non. Le même l. 2. c. 25. |
|
| Tu n'as pas besoin de beaucoup de choses, | Artéphius.
|
| pour ce qu'il n'y a qu'une pierre, une médecine, |
|
| un vaisseau, un régime, une disposition, |
|
| tant au rouge qu'au blanc, & n'y a qu'un |
|
| agent en tout le monde pour cet art, qui peut |
|
| résoudre & réincruder les corps métalliques, |
|
| les conservant en leur espèce, & ce |
|
| moyen est propre & naturel par lequel nous |
|
| pouvons résoudre les corps parfaits du Soleil |
|
| & de la Lune d'une solution admirable |
|
| sans les détruire & les gâter, sinon leur baillant |
|
| une forme meilleure & plus noble. Artéphius |
|
| p. 11. 28. 29. |
|
| Nous avons trouvé par une longue recher- | Geber.
|
| che, long travail, & longue expérience une |
|
| médecine laquelle amollie les corps durs, & |
|
| endurcit les mols, & fixe les volatils, éclaircit |
|
| les sales, & cette médecine est unique. Geber |
|
| en la grande perfection c. 67. 81. |
|
| La vérité se trouve en l'accord des Au- | Vogelius.
|
| teurs, ce qu'il faut bien observer, & cette |
|
| vérité est unique & simple, que si quelqu'un |
|
| G iiij | |
@
104
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | s'imagine le contraire il se trompe lourdement, |
| | puisque tous les Philosophes sont d'accord |
| | qu'il n'y a qu'une pierre, qu'une médecine, |
| | & qu'un ouvrage. Vogelius en la préface. |
| Bonus. | Cet art est unique, non seulement en matière,
|
| | mais pour l'ouvrage, car tout ce qui est |
| | requis pour icelui est réduit à un homme à son |
| | genre, sans diversité, ce qui est connu, en ce |
| | que tous les philosophes quoi qu'ils écrivent |
| | diversement, s'accordent & s'entendent tous |
| | & semble qu'ils ont tous parlé d'une même |
| | bouche, que s'il y avait diversité de matière |
| | & d'opérations, ils ne pourraient convenir entr'eux |
| | & s'entendre mutuellement. Bonus |
| | Ferrariensis. c. 35. |
| | Nous disons que cet art est le plus assuré |
| | de tous, d'autant que tous les Philosophes |
| | s'accordent tant en la partie spéculative, |
| | qu'en la pratique. Le même. p. 46. 48. |
| Calid. | Celui qui ne trouera notre pierre, n'en
|
| | cherche point d'autre, car la notre est le savon |
| | des corps, leur esprit, & leur âme, lors qu'elle |
| | est mêlée avec eux: elle ressuscite les morts, |
| | conserve les corps, purge les superfluités, ne |
| | s'acquiert pas par prix, ni par vente, ni par |
| Geber. | achat. Calid. c. 14.
|
| | Nous cherchons le moyen de faire une seule |
@
CHAPITRE II.
105
| médecine, mais composée de plusieurs choses, |
|
| laquelle ne se change point au feu, mais |
|
| qu'elle se mêle avec les métaux étant fondus |
|
| sans se brûler, cette médecine ne peut être |
|
| faite en peu de temps, par quoi qui ne voudra |
|
| avoir la patience, ne se mette point à travailler, |
|
| pour ce que croyant s'avancer pour se |
|
| hâter il gâtera toutes choses. Geber à la fin |
|
| du livre du magistère. |
|
| |
|
| Avertissement du Scholiaste. | |
| |
|
| I E ne me suis voulu étendre à donner l'intelligence | |
| plus claire d'aucun des passages | |
| allégués en ce second chapitre, d'autant que |
|
| nous allons entrer à un autre, auquel nous éclaircirons |
|
| prou de choses, il suffit d'avoir montré |
|
| que les Philosophes n'ont jamais entendu |
|
| qu'il y eut diverses voies pour parvenir au but |
|
| désiré, & partant que tous ceux qui disent, que |
|
| comme il y a plusieurs voies pour aller à Paris, |
|
| à Rome, & autres lieux, de même il y en a |
|
| plusieurs pour parvenir à cette science, sachent |
|
| qu'ils se trompent fort lourdement, j'accorde |
|
| que de plusieurs lieux & endroits du monde l'on |
|
| peut venir à Paris, ou à Rome: mais il faut qu'ils |
|
| m'accordent, qu'il n'y a qu'une seule porte pour |
|
| entrer en dedans. De tous les endroits de la terre |
|
| l'on peut aller au ciel, mais il n'y a qu'une seule |
|
| entrée, de laquelle notre seul Sauveur Jésus- | |
| christ dit qu'il es la porte; la vérité, & la vie, |
|
@
106
HARMO. CHYM. CH. II.
| | |
| | & que nul ne peut aller au Père que par lui: l'on |
| | me pourra objecter, que Mirandulanus écrit |
| | qu'il a vu un, qui avait plus de vingt façons de |
| | faire l'or. Ergo il faut conclure gluc. Je répons |
| | que cette conclusion est inepte, car celui |
| | duquel il parle pouvait mêler sa poudre ou pierre |
| | avec d'alun, de soufre, de cire, de suif, de |
| | savon, & de telles autres matières, qui s'en allaient |
| | en fumées mêlées & jetées dessus les métaux |
| | ou fondus ou à fondre, & la seule Médecine |
| | teignante & fixe demeurait avec iceux métaux |
| | lesquels il teignait & fixait, mais si Mirandulanus |
| | disait avoir vu faire une infinité de |
| | matières toutes diverses, desquelles, ou par lesquelles |
| | les métaux étaient transmués, se serait |
| | autre chose, mais il ne le dit pas, & quand cela |
| | serait, son autorité n'aurait aucune force contre |
| | tant de graves Auteurs; Coupons donc |
| | court, & disons avec les Philosophes, qu'il n'y a |
| | qu'un chemin, qu'une matière, qu'un vaisseau, |
| | & qu'un feu, & tous ceux qui en cherchent d'avantage, |
| | & d'autres s'abusent, & trompent ceux |
| | qui les croient, qui comme aveugles tomberont |
| | & le conducteur & le conduit dans le précipice |
| | de repentance, & peut être de la honte, |
| | pour nous, nous contenterons de suivre & montrer |
| | le chemin désiré, qui nous montrera les |
| | matières nécessaires. |
@
107
| D U N O M B R E D E S M A- | |
| TIERES DONT LA PIERRE | |
| des Philosophes est | |
| faite. | |
| |
|
| CHAPITRE III. | |
| |
|
| T E X T E S. | |
| |
|
Est le mercure seul qui parachève | Thomas.
|
| notre ouvrage, & trouvons en icelui |
|
| tout ce de quoi nous avons besoin |
|
| auquel rien d'étrange ne doit être ajouté, |
|
| le Soleil & la Lune ne lui sont point étrangers, |
|
| d'autant qu'au commencement de l'oeuvre |
|
| ils sont réduits en sa première nature, |
|
| c'est à dire en mercure, pour ce qu'ils ont pris |
|
| de lui leur origine. Thomas Aquin c. 3. |
|
| Quelques uns entendent mal les Philosophes, | |
| d'autant qu'ils croient que l'oeuvre se peut |
|
| parfaire du seul mercure sans sa soeur ou son |
|
| compagnon: or je te dis assurément que tu |
|
| travaille avec le mercure & son compagnon, | Chacun en- |
| & que tu n'ajoutes rien d'étrange au mer- | gendre son
|
| cure, & saches que l'or & l'argent ne sont | semblable.
|
| étranges du mercure, car ils participent de |
|
@
108
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | plus près à sa nature qu'autre corps quel que |
| | ce soit, par quoi réduits les en leur première |
| | nature, car ils sont dits soeurs & compagnons |
| | du mercure & de cette fixation & composition |
| | sortira un lait virginal, & si tu travailles |
| | du mercure auquel tu n'aies rien ajouté |
| | d'étrange, tu obtiendras ton désir. Le |
| | même c. 4. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | Lusieurs difficultés m'environnent, & crains |
| | qu'à mesure des Phrygiens qui de mille couleurs |
| | construisent une tapisserie agréable à plusieurs, |
| | & désagréable à un, & après avoir cueilli |
| | comme l'abeille le plus doux de toute espèce de |
| | fleurs; quelque écervelé ne suce une moelle, |
| | laquelle lui serve de cheval Seyant, ou d'or Tholozain. |
| | Plusieurs outrecuidants s'estimant doctes, |
| Agelius l. 3. | ont été congédiés de chez moi, suivant le mérite
|
| c. 9. noct. | de leur folie, tel que fut celui, qui après
|
| attc. § l. 3. | avoir marié le ciel avec la terre, & l'eau avec le
|
| c. 9. | feu, interrogé s'il pourrait bien mêler l'eau avec
|
| | le vin, répondit *ignoramment que c'était l'office |
| | de son laquai, & confessa enfin, vaincu par |
| | la vérité ne le savait faire: en la doctrine de cette |
| Agelius l. 1. | science il faut ensuivre Pytagoras au plus près
|
| c. 9. Noct. | qu'il sera possible, qui avant qu'admettre quelqu'un
|
| Atticarum. | pour son disciple jugeait de son esprit par
|
| | le parler, par la face & par la dextérité, s'il les recevait, |
| | il ne leur était permis de parler, mais |
| | seulement d'écouter durant certain temps, lequel |
@
CHAPITRE III.
109
| passé pouvaient seulement enquérir par autre |
|
| certain temps après lequel ils pouvaient disputer. |
|
| Je n'ai encore appris comme il appartient, |
|
| ni par conséquent pratiqué la doctrine d'Estrato, |
|
| qui logeant l'âme rationnelle aux sourcils, disait |
|
| que si les poils étaient droits, l'on était |
|
| mol, s'ils penchaient sur le nez, bouffon, si vers |
|
| les tempes moqueurs, si du tout abattus envieux. |
|
| Mais je désirerais très bien que ceux qui se jetteront |
|
| dans cette recherche eussent trois conducteurs |
|
| au ciel, trois en l'âme, & trois en la terre, |
|
| Mercure pour la recherche, Phoebus pour lumière, |
|
| Venus pour la grâce, la volonté ardente & |
|
| stable, l'esprit subtil, & bonne mémoire, un |
|
| prudent père de famille, un précepteur très approuvé, |
|
| & un médecin très docte à celle fin que |
|
| venant une peste il ne servit de *Pharmaque tenant |
|
| d'une main un fromage, un gâteau, & des figues |
|
| sauvages, & après avoir été forte sept fois il ne |
|
| fut brûlé tout vif, & ses cendres jetées pour le |
|
| salut du peuple, mais je ne sais si mon songe sera |
|
| théorématique ou allégorique, tant y a que si |
|
| durant les jours Alcyoniens nous n'arrivons au |
|
| port, peut être quelque vent favorable nous y |
|
| poussera, mettons nous donc à la rame, & entamons |
|
| ce mercure navigant dedans icelui pour |
|
| y découvrir les havres les meilleurs, les écueils |
|
| les plus difficiles, les gouffres les plus profonds, |
|
| & marquer à ceux qui auront des yeux & des |
|
| oreilles le naufrage qu'une milliasse de personnes |
|
| ont fait & font journellement, faute de savoir |
|
| reconnaître la roche d'aimant contre laquelle |
|
| leur nef ferrée se jette imprudemment. |
|
@
110
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Si toutes choses sont faites de la matière à laquelle |
| | elles sont réduites, il n'y a aucune difficulté, |
| | que les métaux ne soient faits du mercure |
| | qu'est la cause que Thomas avec les autres Philosophes |
| | nous disent que le mercure seul parachève |
| | notre oeuvre, & c'est pour exclure toute autre |
| | matière corrosive & détruisant les métaux |
| | le mercure donc dissout véritablement le Soleil |
| | ou la Lune, je dis dissoute c'est à dire tire ou attire |
| | au dehors de leurs corps par le moyen & |
| | l'aide de l'Artiste une matière laquelle n'est |
| | ni Soleil ni Lune, & ne le pourra jamais être, & |
| | comme du mâle & de la femelle une matière ou |
| | sperme soit qui n'est ni mâle ni femelle, & ne |
| | peut jamais être cet homme & cette femme, desquels |
| | cette matière est sortie, mais quelque chose |
| | ressemblant à l'un ou à l'autre, de même ce qui |
| | sort de ce Soleil & Lune par le moyen du mercure |
| | aidé d'une convenable chaleur, ne sera jamais |
| | & ne peut être (quelque artifice qu'on y apporte) |
| | Soleil ou Lune, & c'est sans diminution de la |
| | bonté du Soleil, & Lune ne se trouvant diminués |
| | que du poids d'icelle matière, que ceux donc qui |
| | voudront s'exercer en cette admirable oeuvre apprennent |
| | que notre dissolution n'est celle, de laquelle |
| | les compositeurs des recettes entendent, & |
| | qu'ils apprennent encore d'entendre nos mots & |
| | termes sans lesquels ils ne pourront jamais entendre |
| | comme il appartient l'intention des Philosophes |
| | qui ont écrit expressément de cette |
| | science: Or, dit notre Auteur, l'or & l'argent |
| | qui sont appelés domestiques, frère & soeur du |
| | dit mercure doivent être dissous, c'est à dire réduits |
@
CHAPITRE III.
111
| à sa première nature qu'est volatile, & à |
|
| celle fin qu'on ne croie qu'il entende simplement |
|
| du mercure, ajoute que ceux qui l'entendent |
|
| ainsi se trompent, disant qu'il faut travailler |
|
| non seulement d'icelui, mais de l'or & de l'argent |
|
| mêlés en icelui, de la composition desquels |
|
| on tirera le lait virginal, qui est appelé d'une |
|
| infinité de noms, & est cette noirceur, laquelle |
|
| a telle force qu'elle étouffe même en son berceau |
|
| une quantité incroyable de mercure tout |
|
| pur, & crois que nous n'entendrons pas mal de le |
|
| prendre pour cet Hercule qui tua, étant encore |
|
| au maillot, ce grand & horrible serpent, comme aussi |
|
| être cet enfant ingrat qui tue sa mère, car cette |
|
| poudre noire impalpable & volatile conduite sagement, |
|
| rend à sa nature noire & impalpable le |
|
| mercure vulgaire. Or je m'émerveille de tant |
|
| de rechercheurs qui comme taupes grossières |
|
| suivant leur fantaisie, entendent par le mercure |
|
| une infinité d'eaux corrosives, qu'ils appellent |
|
| dissolvants, menstrues & semblables niaiseries, |
|
| lesquelles ils composent avec beaucoup de peine, |
|
| de péril, & de dépense ou s'amusent & s'abusent |
|
| à tirer le mercure des métaux, & faute d'entendre |
|
| ce de quoi ils se mêlent, se précipitent |
|
| dedans une mer d'angoisse de laquelle ils ne sortent |
|
| qu'avec perte ou de biens, ou d'honneur, | Quatre mer-
|
| & quelques fois de tous deux, qu'ils cherchent | cures.
|
| donc attentivement, & apprennent aux dépens |
|
| d'autrui. Nous avons quatre mercures outre deux |
|
| autres, desquels nous parlerons tantôt, le premier |
|
| est le vulgaire qui dissout véritablement |
|
| étant nettoyé comme il faut) les deux autres |
|
@
112
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | fixes, à savoir l'or & l'argent purs, & tiré d'eux |
| | leur semence qu'est le quatrième mercure duquel |
| | le premier est tiré, & desquels unis & homogénéisés |
| | sont fixés par l'addition du Soleil ou |
| | de la Lune en la fermentation, les trois donc se |
| | trouvent faits, & le quatrième sort d'eux par |
| | une voie assez facile, & nous n'avons à faire d'autre |
| | matière, desquelles ceux qui en parlent n'en |
| | sont aucunement d'accord, & leurs raisons sont |
| | amplement déduites ci devant, mais tous conviennent |
| Isaac. | & s'accordent en ce que nous disons.
|
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | M Aintenant sois assuré mon fils que tu |
| | as le corps impur, à savoir le saturne, |
| | & l'âme, c'est à dire la Lune, laquelle tu lui |
| | ajouteras, infuseras on mettras, & la pierre |
| | qu'est esprit contenant l'âme & le corps pour |
| | ne s'en séparer jamais, & qui n'entend ce |
| | moyen, ne profitera jamais en notre art. Isaac |
| | l. I. c. 7. |
| | Mon fils considère prudemment à modérer ton |
| | feu, de telle façon que par sa violence tu ne |
| | sépare l'esprit de l'âme & du corps, fait donc |
| | ton feu si petit qu'ils demeurent joints, & que |
| | que l'âme & le corps puissent être ensemble. Le |
| | même c. 9. |
| | Prends le Soleil, & la Lune également brise |
| | les & les mêle bien avec l'eau commune distillée, |
| | stillée |
@
CHAPITRE III.
113
| jusques à ce que tu en puisses peindre; |
|
| alors sèche les par un petit feu. Le même. c. |
|
| 58. |
|
| La pierre doit être tirée du Soleil & de la | |
| Lune, & faut pour avoir une vraie conjonction |
|
| & une vraie mixtion que de tous |
|
| deux il y ait l'homme rouge, & la femme |
|
| blanche, car l'homme rouge chaud doit |
|
| opérer en la femme blanche & froide, si on |
|
| veut que quelque fruit ou parfaite température |
|
| en sorte & se fasse. Le même c. 61. |
|
| Les Philosophes à celle fin d'imiter nature | |
| en sa génération, ont pris le Soleil & la |
|
| Lune, afin de tirer d'iceux leur pierre, & l'un |
|
| & l'autre par mûre délibération, d'autant |
|
| que craignant que le Soleil s'en allât à cause |
|
| de sa grande perfection & de sa pureté & |
|
| subtilité étant mis en oeuvre, & voyants |
|
| d'ailleurs que la Lune a plusieurs parties |
|
| crasse & terrestres, & que pas moins ils s'aiment, |
|
| comme le mari & la femme, & pour ce |
|
| aussi que l'un est chaud, l'autre froid, & |
|
| qu'ils se pourraient tempérer en leur subtilité |
|
| & terrestréité, & qu'un contient l'autre, |
|
| les ont tous deux pris au poids égal. Le même |
|
| p. 109. |
|
| Tu peux faire la médecine parfaite par le | |
| moyen du Soleil & de la Lune sans séparation |
|
| H | |
@
114
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | paration d'éléments, & sans peine, crainte |
| | & danger, mais ils ont besoin d'un long |
| | temps, étant le tout très-assuré. Le même |
| | l. 2. c. 5. |
| | Nos prédécesseurs ont travaillé aux amalgames |
| | du Soleil & de la Lune, qui est chose |
| | parfaite, encore qu'il soit long, si est-il |
| | assuré, sans beaucoup de peine ni souci. Le |
| | même. c. 6. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | I Saac nomme la matière noire corps impur à |
| | laquelle il faut infuser la blancheur, laquelle |
| | il dit être Lune, & alors la pierre qu'est la |
| | noirceur blanchie contient dedans soi la force |
| | & la vertu qui n'en peut jamais être séparée, & |
| | celui qui ignore ceci ne fera jamais rien de bon |
| | en cette science, d'autant qu'ignorant les racines |
| | , il n'aura le jugement d'administrer le feu |
| | propre à joindre l'esprit, l'âme & le corps, & à |
| | celle fin qu'on ne s'imagine quelques chimères |
| | il dit que le tout se fait du Soleil, Lune & mercure, |
| | qu'il nomme eau commune distillée, c'est |
| | à dire très bien purifiée, les deux y étant nécessaires |
| | pour les raisons qu'il allègue en poids égal, |
| | pour à quoi parvenir il faut de la patience à |
| | cause de la longueur du temps, mais aussi en cette |
| | longueur il n'y a ni peur, ni crainte, ni danger, |
| | étant ce chemin, le seul par lequel les Philosophes |
| | qui ont vu cette vérité ont passé sûrement. |
@
CHAPITRE III.
115
Texte.
| Le mercure tiré des corps métalliques par | Libavius.
|
| le moyen des moyens minéraux, & puis employé |
|
| à la dissolution du Soleil & de la lune, |
|
| est inutile & sans fruit. Libavius de la pierre |
|
| des Philosophes. p. 67. |
|
| Notre pierre est la conjonction du Soleil | |
| & de la Lune, jusques à ce que le Soleil aie |
|
| tire la substance de la Lune à sa nature, & à | Lulle.
|
| sa couleur, ce qui se fait avec le feu de la pierre. |
|
| Lulle p. 71. du codicille & p. 132. commence |
|
| cum fecibus. |
|
| Saches que les parfaits amendent les imparfaits. | |
| Le Soleil est le père de tous les |
|
| métaux; & la Lune la mère, encore que la |
|
| Lune reçoive clarté du Soleil, de ces deux dépend |
|
| tout le magistère, réduisez les donc en |
|
| mercure vif, et non vulgaire, c'est à dire non |
|
| volatil, mais fixe, car le vulgaire est volatil |
|
| & plein de froideur phlegmatique, qu'est |
|
| cause qu'il a besoin d'être réduit par l'argent |
|
| vif fixe plus chaud & sec en contraires |
|
| qualités, que l'argent vif vulgaire. Par |
|
| quoi je vous conseille, ô mes amis, que vous |
|
| ne travailliez qu'au Soleil & à la Lune, les |
|
| réduisant à leur première matière qu'est notre |
|
| soufre & argent vif par quoi fils, serH |
|
| ii | |
@
116
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vez vous de cette excellente matière, & je vous |
| | jure que si vous ne prenez l'argent vif de ces |
| | deux, vous allez à la pratique comme aveugles |
| | sans yeux & jugement. Le même |
| | en la Clavicule. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L Ulle auquel chacun veut se mouler nous |
| | montre assez clairement de combien de |
| | pièces la pierre est faite, il dit donc que c'est |
| | la conjonction du Soleil & de la Lune, laquelle se |
| | fait avec le feu de la pierre, qui est le Mercure, |
| | comme nous avons déjà montré, laquelle conjonction se |
| | fait en la noirceur: Mais cette pierre n'est parachevée, |
| | si l'argent n'est entièrement rougi d'une |
| | couleur très rouge, & alors cette matière rouge |
| | & parfaite, amande & corrige les métaux |
| | imparfaits en or, sans toutefois qu'il |
| | soit nécessaire réduire aucune chose en mercure |
| | vulgaire, & coulant comme plusieurs croient: |
| | mais bien en matière noire & impalpable procédant |
| | des deux, & en après icelle poudre étant |
| | noire, sèche, & subtile; dessèche, arrête & subtilise |
| | le mercure qui lui est ajouté par l'ordre |
| | connu des sages, tellement que quiconque |
| | cherche un autre chemin, & une autre manière |
| | se trompe lourdement, & en fin se précipitera |
| | dans un gouffre angoissant. |
@
CHAPITRE III.
117
Texte.
| D E même façon que d'un homme un | Greverius.
|
| autre homme s'engendre, d'un âne | |
| un autre âne, d'un oeuf de poule une poule, |
|
| & le froment vient du froment, de même |
|
| de chaque semblable se fait son semblable, |
|
| de l'or vient l'or, & de l'argent l'argent, de |
|
| ceci tu peux facilement entendre de quelle |
|
| matière tu dois travailler. Greverius p. 8. |
|
| Les Philosophes avant que commencer | |
| leur besogne ayant pris l'or & l'argent vulgaires |
|
| doivent connaître s'ils sont bons & |
|
| sains ou malades, que s'ils sont malades, ils |
|
| les doivent guérir par médecine propre, qui est |
|
| la propre préparation, cet or ainsi médicamenté, |
|
| sain & purifié, est l'or des Philosophes, |
|
| le même est de la Lune. Il appert |
|
| donc clairement, qu'encore que le Philosophe |
|
| prenne l'or & l'argent & le mercure |
|
| vulgaires, toutes fois ils ne l'emploient point |
|
| à leur besogne, qu'après les avoir élevés au |
|
| degré philosophique. Le même p. 10. |
|
| Choisi pour ta besogne un or nouveau | |
| lequel n'aie point été mis en beaucoup de besognes |
|
| par les orfèvres, mais venant seulement |
|
| de la mine, n'ayant enduré beaucoup |
|
| H iij | |
@
118
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de feu, qu'il soit de belle couleur environ de |
| | vingt quatre carats; car étant tel, il est bon, |
| | & s'en trouve de semblable & en pièces, en |
| | terre, quoi que mal polies, que si tu en veux |
| | avoir de tel; tu n'as besoin d'autre préparation, |
| | sinon de le réduire en feuilles subtiles |
| | par le marteau, le même soit il dit de |
| | l'argent, que si tu n'en peux avoir, purifie |
| | l'or par l'antimoine, ou par le ciment royal |
| | fondant une once de Soleil avec cinq onces |
| | d'antimoine: Que si tu en trouve chez les |
| | peintres ou apothicaires en assez suffisante |
| | quantité, en feuilles subtiles & de bon or, |
| | tu prendras cet or pour bon, sans autre préparation, |
| | entends de même de l'argent en |
| | feuilles, sinon purifiez en par la coupelle, |
| | mettant pour un once d'argent trois de plomb. |
| | Le même p. 13. |
| | Choisi d'argent vif qui ne soit point sorti |
| | ni fait artificiellement; soit de plomb, ou de |
| | quelqu'autre métal, mais venant tel de sa |
| | propre minière, car dedans tel il faut semer le |
| | Soleil & la Lune. Le même p. 17. |
| | Compose ton oeuf du blanc & du jaune, |
| | couvre les d'une peau & serre les d'une |
| | dure écorce, mets lui dessous de charbons |
| | allumés, & lors qu'ils s'éteindront, mets y |
| | en des nouveaux. Le même p. 35. |
@
CHAPITRE III.
119
| Scholie. | |
| |
|
| C Hacun engendre son semblable, que si on | |
| tire le mercure du plomb, cet engendré | |
| produira de plomb; cette extraction donc ne |
|
| sera ce que nous recherchons, ni l'oeuf ici entendu |
|
| qui est composé de bonnes matières, à savoir |
|
| d'or & d'argent épurés & bien sains couverts |
|
| du mercure cru, & qui sort tel de la mine, |
|
| mais très net qui servira de peau, le tout mis |
|
| dans un vaisseau de verre, qui sera l'écorce dure, |
|
| sous lequel on mettra un feu propre, ô rechercheurs |
|
| & amateurs de la vérité, je vous conjure |
|
| par la vérité que j'adore fuyez & bannissez |
|
| loin de vous tous ces extracteurs de mercure du |
|
| plomb; car combien que les Philosophes disent |
|
| qu'il faut tirer le mercure du Saturne, que plusieurs |
|
| disent plomb, je vous assure sur le serment |
|
| que j'ai à la vérité même, qu'il ne doit être |
|
| entendu du plomb vulgaire, mais de celui des |
|
| Philosophes, qui ne me croira se trompera, & |
|
| proteste que rien ne me fait mettre ces écrits | Raisons de
|
| au jour que la charité & la compassion que j'ai | l'escholie.
|
| devoir tant de bonnes personnes abusées, par ces |
|
| pendards de coureurs qui promettent à ceux qui |
|
| les écoutent des montagnes d'or, & cependant |
|
| n'ont de quoi se sustenter & habiller eux mêmes, |
|
| ce qui est facile à voir par leurs actions. |
|
| H iiij | |
@
120
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Textes. |
| | |
| Alanus. | N Otre eau est pure & transparente,
|
| | dans laquelle le corps de Soleil & de |
| | la Lune se dissout. Alanus p. 51. |
| Hermès. | Le Soleil est le père, & la Lune la mère, le
|
| | vent la porte dans son ventre. Hermès. |
| Garlandius. | La conjonction de ces deux corps, à savoir
|
| | du Soleil & de la Lune avec le vent est nécessaire |
| | en cet art tant au blanc qu'au rouge. |
| | Garlandius c. 5. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | Q Uoi que Alanus dit eau transparente, il ne |
| | faut pourtant se figurer une eau, au travers |
| | laquelle on puisse voir, car c'est contre l'opinion |
| | de tous les Philosophes, qui ne veulent que matières |
| | symbolisantes ensemble, car quelle proportion |
| | y aurait il entre l'eau mouillante, & l'or |
| | & l'argent: d'ailleurs aucune eau mouillante ne |
| | peut dissoudre l'or & l'argent, vu que la dissolution |
| | philosophique est les réduire à leur principe |
| | qu'est volatil sans qu'ils puissent jamais |
| | être ce qu'ils auraient été, comme nous avons |
| | dit par ci devant: il entend donc par ce mot, |
| | transparent, clair & luisant, le mercure vulgaire |
| | très bien dépuré, dans lequel il veut que |
| | l'or & l'argent soient mis, & cette eau ou mercure |
| | est ce qu'Hermès, Garlandius & autres nomment |
| | vent, je n'ignore pas la vertu de l'eau forte, |
@
CHAPITRE III.
121
| & eau régale, mais je dis que ces eaux rongent |
|
| & corrodent l'or & l'argent, lesquels par après |
|
| sont remis en masse, comme auparavant, tellement |
|
| que cette corrosion, que l'on appelle |
|
| communément & ignoramment dissolution |
|
| n'est point celle de laquelle nos Philosophes |
|
| parlent, je sais aussi que la réduction de l'argent |
|
| vif en matière cristalline, claire & transparente |
|
| & solide, après avoir été comme dissout par |
|
| l'eau forte faite à propos (car toute eau forte ne |
|
| le fait pas est propre à faire quelque chef d'oeuvre, |
|
| mais il ne vaut rien en cette oeuvre, qu'est |
|
| la cause que je n'en veux donner l'ordre, duquel |
|
| quelqu'un pourrait s'abuser. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L E principe de chaque chose résulte de | Egidius.
|
| la finale intention d'icelle, par quoi qui | |
| veut faire de l'or on de l'argent prendra d'iceux |
|
| le principe, d'autant qu'il est impossible |
|
| de faire d'or & d'argent sans or & argent, |
|
| pour ce que chacun produit son semblable. |
|
| Egidius p. 3. |
|
| Joints l'âme avec son corps par le moyen | |
| de son esprit, d'autant que l'âme ne prendra |
|
| aucunement son corps que par le moyen de son |
|
| propre esprit. Le même p. 68. |
|
| Il n'y a rien ici que le frère, & la soeur, | |
| c'est à dire l'agent & le patient; & le soufre, |
|
| & le mercure s'engendrant co-essentiellement. |
|
@
122
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Le même p. 47. |
| | Les anciens ont dit l'oeuvre être de deux, |
| | & aucuns ont nommé ces deux joints le composé, |
| | d'autant que de ces deux sont quatre, & |
| | en iceux y a siccité & humidité, esprit & vapeur. |
| | n. 140. du même. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Otre auteur commence par la réponse |
| | qu'on a accoutumé de faire à une demande |
| | comme peut être cette ci; Que veux tu avoir |
| | dedans ton jardin? réponse, de choux, de laitues, |
| | & semblables: demande, & pourquoi |
| | ne prends tu donc la semence de choux, & des |
| | laitues? Or est-il que la semence ne procède |
| | que de sa plante, donc il la faut tirer d'icelle. |
| | De même qui veut avoir d'or, d'argent, de fer, |
| | de cuivre, d'airain, de plomb, il faut qu'il tire |
| | d'iceux leur semence qu'on nomme communément |
| | mercure ou soufre par similitude de |
| | propriété, & faut être si avisé de n'accoupler |
| | un cheval avec une ânesse, ou un âne avec |
| | une jument pour avoir un cheval: car chaque |
| | espèce s'éjouit avec son espèce. De même si |
| | on joint en cette admirable composition une matière |
| | volatile, combustible avec une incombustible |
| | & fixe, l'on n'aura qu'un bâtard, c'est la |
| | cause pourquoi notre Auteur dit qu'il faut |
| | joindre l'âme à son corps, & non simplement |
| | au corps, mais à son corps, pour exclure la métempsycose |
@
CHAPITRE III.
123
| de Pytagoras qui voulait qu'une âme |
|
| au sortir du corps auquel elle était, entrât au |
|
| premier corps vide qu'elle rencontrait, notre |
|
| auteur ajoute moyennant son esprit, autrement |
|
| rien ne se fait, & cependant à tout ceci n'y a | |
| que la forme & la matière, frère & soeur, agent |
|
| & patient, que les anciens Philosophes ont nommé |
|
| composition, laquelle contient la siccité au |
|
| troisième degré, l'humidité au second, la froideur |
|
| au premier & la chaleur remise, car si elle |
|
| était au commencement du quatrième degré, |
|
| il s'ensuivrait qu'elle brûlerait tout, & |
|
| n'aurions besoin du feu externe, mais d'autant |
|
| qu'elle est esclave il la faut mettre en liberté, |
|
| qui n'entendra ceci qu'il étudie, tant y a qu'ayant |
|
| désengagé cette chaleur lente & remise, |
|
| nous la rendons suprême, mais la siccité la fuit, |
|
| lesquelles unies mettent à leur pli la rebelle, |
|
| mettent à mort la prisonnière, & par conséquent |
|
| la couronne demeure sans controverse à cette |
|
| première esclave, mais si on met la chaleur un |
|
| degré plus bas, la siccité au second degré, l'humidité |
|
| au premier, & la froideur remise elle viendra |
|
| à nous donner du contentement mais beaucoup |
|
| plus si le froid prend le haut bout des deux |
|
| points plus bas, & l'humidité des deux plus |
|
| hauts, le chaud du tiers degré, le sec du second, |
|
| & l'humidité des premiers des deux points, ce |
|
| sera l'oeuvre achevé, mais ceci sera éclairci lors |
|
| que nous parlerons des nombres & des figures. |
|
@
124
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Vogelius. | L E corps du Soleil est tout essentiel au
|
| | respect de l'argent, car l'or n'est autre |
| | chose que substance pure, fixe & incombustible |
| | d'argent vif, tempérée & proportionnée |
| | également avec son soufre interne, tel que |
| | désirent les Philosophes pour la facile fusion |
| | & teinture de leur élixir. Vogelius c. I. p. 12. |
| | Un conjoint, & deux composent la médecine. |
| | Le même p. 41. |
| | Voici le grand accord des Philosophes |
| | commandants de dissoudre le Soleil & la Lune, |
| | & les réduire en leur première matière. |
| | Le même p. 45. |
| | Qui cherche une médecine pour convertir |
| | les métaux, faut qu'il laisse les animaux, végétaux, |
| | minéraux, & ce qui procède d'eux; |
| | qu'il prenne les métaux & cherche en iceux leur |
| | principe, à savoir l'argent vif & le soufre, |
| | d'autant qu'ils sont en iceux, & d'iceux les |
| | métaux sont engendrés: Qu'on se souvienne |
| | cependant que rien ne peut donner la forme |
| | de l'or & de l'argent, que ce qui premièrement |
| | l'ait eue, & partant ni les métaux imparfaits, |
| | ne l'argent vif, ne le soufre, ne |
| | peuvent obtenir la forme & la fixation |
| | nécessaire à l'élixir, s'ils ne sont fixe & formés |
@
CHAPITRE III.
125
| premièrement par l'or & l'argent. Le |
|
| même p. 121. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| P Lusieurs s'amusent & s'abusent à tirer la teinture, | |
| c'est à dire, ce qui est jaune en l'or, & | |
| de ce jaune ils veulent en après teindre l'argent, |
|
| mais, à ce qu'ils disent, ils ne teignent autant |
|
| d'argent qu'ils ont d'éteint d'or, & cela se |
|
| fait comme ils disent, c'est encore avec de la |
|
| perte, notre Auteur dit qu'il est tout essentiel, |
|
| & partant il n'en veut séparer ce que plusieurs |
|
| croient: or il apprend ici tacitement qu'il |
|
| peut tout passer par le chamois, & par conséquent |
|
| qu'il y peut faire passer l'argent, lesquels |
|
| sont joints pour la composition d'un qui est le |
|
| mercure, à quoi tous les Philosophes s'accordent |
|
| plutôt qu'à la recherche des animaux &c. |
|
| Apres donc qu'il a marqué ce qu'il faut prendre |
|
| d'eux, il conclut que la dernière opération c'est |
|
| joindre à l'élixir rouge l'or & l'argent à l'élixir |
|
| blanc, comme nous verrons clairement au chap. |
|
| de la fermentation. |
|
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| N Otre argent vif est eau très-claire | |
| & notre arsenic est argent pur, & Arnaud. | |
| notre soufre est or pur, & toute la perfection |
|
| gît en ces trois, & à celle fin que ceci |
|
| s'entende plus facilement, nous disons que |
|
@
126
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | toute la science philosophique dépend du Soleil, |
| | de la Lune & du mercure, par le Soleil |
| | nous entendons l'or, par la Lune l'argent, & |
| | qui sait teindre le mercure avec le Soleil & |
| | la Lune, il vient au secret qui est appelé |
| | le soufre blanc, lequel se faisant rouge sera |
| | le soufre pour l'or. Arnaud au miroir |
| | d'Alchimie p. 41. 44. 47. |
| | Avec ces corps à savoir le Soleil & la Lune |
| | le mercure se mêle & se fixe avec iceux par |
| | une industrie très grande, ce qui ne peut être |
| | compris par un esprit grossier. Le même |
| | l. 1. c. 5. du Rosaire. |
| | Qui sait teindre l'argent vif avec le Soleil |
| | & la Lune est parvenu à un grand trésor |
| | & secret qui est nommé soufre blanc très |
| | bon pour l'argent, lequel se faisant rouge sera |
| | le soufre très-bon pour l'or, de ces corps |
| | donc notre soufre blanc & rouge est tiré. |
| | Le même c. 7. |
| | Toi qui veux travailler as besoin premièrement |
| | de faire la dissolution & sublimation |
| | des deux luminaires, d'autant que le |
| | premier degré de l'opération est de faire |
| | mercure d'iceux. Le même c. 9. |
| | Le Soleil, & la Lune & l'Azoth sont pierre |
| | mortes sur la terre qui ne sont rien que |
| | par l'industrie de l'homme, l'Azoth est indivisible, |
@
CHAPITRE III.
127
| pour ce qu'il s'en va invisiblement, |
|
| qu'est cause qu'il est appelé serf fugitif, & ne |
|
| se peut brûler. Le même aux secrets de la |
|
| nature. p. 36. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Ous avons dit ci devant que nous avions | |
| besoin de six mercures, & en avons décrit | |
| quatre; à présent nous parlerons des deux autres, |
|
| avec avertissement au Lecteur de considérer |
|
| mûrement ce qui s'ensuit, avant que de rechigner |
|
| & reprendre. Plusieurs lisant ce passage & |
|
| autres de semblable façon de parler, tant ci devant |
|
| écrit, que par ci après; qui est que notre |
|
| mercure est eau très claire; courent après |
|
| une infinité d'eaux qu'ils nomment dissolvantes |
|
| sans savoir la définition de notre dissolution, |
|
| comme a été dit ci dessus, qui est de réduire |
|
| l'or & l'argent en matière volatile, par |
|
| celui même duquel ils ont eu leur principe, ce |
|
| qui ne se peut faire qu'avec un seul qui n'est |
|
| point corrosif, comme sont toutes les autres |
|
| eaux, de quelque matière qu'on les sache faire: |
|
| le mercure donc est une vertu particulière |
|
| cachée dans le mercure vulgaire, & là dedans |
|
| même connue par le seul savant Philosophe |
|
| en cette matière, de même qu'au Mathématicien |
|
| le cercle des cieux, & au Géomètre la ligne |
|
| superficielle, & point indivisible, cette vertu |
|
| ainsi considérée, & non séparée du mercure |
|
@
128
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vulgaire, est nommée eau claire, par laquelle |
| | les semences ou soufres que nous voulons tirer |
| | de l'or & de l'argent sortent plus facilement, |
| | c'est donc le cinquième mercure; pour le |
| | sixième il en sera parlé en son propre lieu, & |
| | pour montrer la vérité de ceci, notre Auteur |
| | dit, que toute la vérité de ceci gît en l'or, l'argent |
| | & mercure, qu'il nomme arsenic, & soufre |
| | dont nous avons parlé au premier chap. Or |
| | nul ne peut savoir le secret s'il ne sait teindre |
| | le mercure vulgaire avec l'argent vulgaire, qui |
| | alors est nommé soufre blanc, & avec l'or |
| | vulgaire qui est le soufre rouge, & pour faire |
| | ceci il n'y a qu'une voie, quoi que les ignorants |
| | la vraie signification de ce mot teindre, errent |
| | après des colorations superficielles, lesquelles |
| | s'évanouissent par le feu, ou l'eau forte plus facilement |
| | qu'elles n'ont été ajoutées. Mais dit |
| | notre Auteur, ceci se fait avec une industrie |
| | non commune; pour montrer que peu de gens |
| | la savent, & c'est ici où presque tous faillant se |
| | retirent & laissent l'ouvrage, auquel ayant failli |
| | ne se peuvent imaginer quelque autre y pouvoir |
| | entrer: c'est véritablement vue très-subtile façon |
| | que cette conjonction, laquelle n'est écrite |
| | par les Philosophes que fort obscurément, & |
| | sans laquelle l'on ne fera jamais rien: je la déclarerai |
| | le plus facilement qu'il me fera possible |
| | en son lieu propre. Ce soufre donc est la matière |
| | dissoute: & jointe avec le mercure est la |
| | matière sublimée, non qu'elle soit élevée en |
| | haut par la violence du feu comme plusieurs |
| | croient, mais rendue plus excellente, tant en |
| | vertu |
@
CHAPITRE III.
129
| vertu; qu'en couleur: mais que veut dire notre |
|
| Auteur par ces mots, le Soleil, la Lune & |
|
| l'Azoth. Sont nos pierres mortes, certes comme | Avertis-
|
| nous appelons un homme & une femme | sements.
|
| morts n'engendrant point d'enfants, de même |
|
| l'or, l'argent & le mercure demeurant |
|
| tels qu'ils sont: Que s'ils sont joints & produisent, |
|
| alors ils seront dits vifs, c'est à dire, ils |
|
| feront preuve de leur force, vu qu'il n'y |
|
| a rien que les choses vives qui engendrent & |
|
| produisent. Je voudrai bien que les rares esprits |
|
| & amateurs de cette science prissent garde à ce |
|
| que cet Auteur dit, à savoir que l'Azoth |
|
| (qu'est le mercure vulgaire) est indivisible, d'autant |
|
| que tout s'en va, ou tout demeure, car nous |
|
| appelons indivisible ce qui peut être séparé en |
|
| diverses parties de diverse nature comme le vin |
|
| qui est divisé en eau de vie, laquelle n'est vin en |
|
| tartre, qui n'est vin, en sel qui n'est vin, & n huile |
|
| qui n'est vin, & cependant tout cela était au vin, & |
|
| ainsi de ce papier s'en tirera diverses parties, lesquelles |
|
| ne seront papier, & ces parties, voire une |
|
| d'icelles séparées, le vin ni le papier ne seront plus |
|
| ne vin ne papier, mais le mercure qu'on en fasse |
|
| tout ce qu'on voudra, & avec quoi on le mettra |
|
| ne le pourra tellement ruiner, qu'enfin par |
|
| industrie il ne retourne mercure, & d'icelui ne |
|
| tire on rien qui ne soit mercure, pour ce qu'il ne |
|
| peut être brûlé. Je confesse bien qu'on le précipite, |
|
| mais tout, & non en partie, ou le congèle, |
|
| mais tout, & non en partie, & s'il ne se |
|
| brûle pourquoi est ce donc qu'on veut que |
|
| la noirceur survenant par son moyen sur l'or & |
|
@
130
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | l'argent procède de lui & non des autres? ô rechercheur |
| | faites en la preuve, & vous trouverez |
| | après cette noirceur tirée le poids de vos corps |
| | diminués, & celui de l'argent vif entier, qui a |
| | oreilles & jugement pour entendre, & juger sainement, |
| | entende & juge. |
| | |
| Desiderable. | Textes.
|
| | |
| | T Out le gain se l'artiste dépend du mercure, |
| | du Soleil & de la Lune, tu recueilleras |
| | ce que tu auras semé. Desiderable p. 21. |
| | Il y a différence entre la médecine solaire |
| | & la lunaire, d'autant que la solaire est contient le |
| | soufre solaire, & la lunaire le lunaire, car la |
| | lunaire a besoin d'un soufre blanc très-pur, & |
| | la solaire d'un soufre rouge très-net. Le |
| | même p. 25. |
| | La préparation du mercure vulgaire se |
| | fait avec le soleil vulgaire, & la Lune vulgaire |
| | dissout de ces trois sans autre chose |
| | qu'elle que ce soit est faite la pierre physique, |
| | & ne peut être faite avec aucune invention physique |
| | avec autre choses. Le même p. 114. |
| | Rebis est la première partie de l'oeuvre, |
| | Elixir la seconde, la teinture est la troisième, |
| | & la médecine est la quatrième: il est donc |
| | tout clair qu'à l'Azoth il y faut, l'élixir, pour |
| | ce qu'en cette opération l'élixir précède l'azoth: |
| | car de l'élixir on tire l'azoth: Or l'azoth |
@
CHAPITRE III.
131
| est ce qui est tiré des corps dissout par le |
|
| mercure même, qui est jugé plus mûr. Le |
|
| même p. 169. 193. |
|
| L'Elixir n'est autre chose que le corps résout | |
| en l'eau mercurielle, après laquelle résolution |
|
| l'azoth est tiré de lui, c'est à dire, l'esprit |
|
| animé. Le même p. 194. |
|
| Un seul métal, à savoir l'or, est totalement | |
| nécessaire pour la composition de la pierre |
|
| des Philosophes: or les corps rouge & blanc |
|
| sont une même chose, quoi que les Philosophes |
|
| disent être deux corps & deux opérations. |
|
| Le même, p. 202. |
|
| Celui qui croit faire la teinture sans ces | |
| deux corps, à savoir le Soleil, & la Lune, il |
|
| pratique en aveugle. Le même. 274. |
|
| Ceux qui teignent le venin, c'est à dire le | |
| mercure avec le Soleil & son ombre ils para- | Richard.
|
| chèvent notre pierre qui est nommée gomme |
|
| grande & parfaite. Le même p. 275. |
|
| Sème l'or & l'argent, desquels tu recueilleras | |
| mille fois d'avantage de fruit par ton |
|
| labeur, & aide de nature, d'autant qu'icelle |
|
| seule a tout ce que tu cherches, & autre chose |
|
| du monde ne le peut de même, vu que toute |
|
| choses sont puantes, & s'évanouissent par la |
|
| force du feu. Correction des fols p. 9. & Richard. |
|
| c. 10. 13. |
|
| I ij | |
@
132
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L E mercure dans lequel l'or & l'argent ont |
| | été dissout, est pris par quelques pour uns le |
| | mercure double, duquel Trévisan parle dans son |
| | Epître à Thomas de Boulogne, par la comparaison |
| | qu'il donne de la chair bouillie dedans |
| | l'eau, laquelle il avoue bien avoir été eau commune, |
| | mais il nie qu'alors elle la soit, aussi le |
| | mercure qui a été cause de la dissolution de l'or, |
| | & de l'argent n'est plus commun, encore que la |
| | graisse ou noirceur nageante en aie été ôtée, car |
| | ce mercure a acquis quelque vertu plus grande |
| | qu'il n'avait pas auparavant: & comme le dissolvant |
| | communique sa vertu à la chose dissoute, |
| | aussi pareillement la chose, laquelle se dissout |
| | communique de sa propriété à son dissolvant, si |
| | que de deux est fait une certaine chose, qui n'est |
| | ni l'un ni l'autre mais tout autre, tenant de la |
| | nature de tous deux. Or l'expérience, laquelle |
| | est la maîtresse d'un chacun, montre comme |
| | déjà a été dit, que tout ce qui est sous la concavité |
| | des cieux est brûlable & volatile, le seul |
| | or & argent réservé quelques uns y ajoutent le |
| | verre, mais ils en ignorent la combustion) si donc |
| | l'artiste travaille pour avoir quelque chose d'incombustible, |
| | perdurable & fixe, pourquoi demande |
| | il cette matière fixe, à ce qui ne l'est pour |
| | soi même? une personne payera-elle dix écus |
| | pour un qu'on veut emprisonner pour ne le pouvoir |
| | payer, puisque il n'a pas cinq sols pour payer celui |
| | auquel il les doit? Tout le gain de l'artiste, |
@
CHAPITRE III.
133
| dit l'Auteur de l'oeuvre intitulé Desiderable desiderum |
|
| dépend du mercure, Soleil, & Lune: |
|
| qu'on ne cherche donc autre chose, pour ce que |
|
| la rechercher sera sans profit & sans aucun contentement, |
|
| comme les opérations des coureurs |
|
| charlatans, & grands prometteurs le montrent |
|
| tous les jours. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L A pierre est une, toutefois cette une, | |
| n'est point une en nombre, mais en genre; | |
| de même que le mâle & la femelle s'assistent |
|
| pour engendrer lignée, sans rien ajouter, |
|
| de même la pierre des Philosophes composée |
|
| de deux suffit pour la médecine, laquelle |
|
| on se propose, à savoir l'esprit & l'âme, |
|
| qui sont le Soleil & la Lune, & quelques uns |
|
| disent qu'en ces deux on doit ajouter un |
|
| troisième, à savoir un corps métallique, |
|
| toutefois le nombre de deux n'est multiplié, ni |
|
| les noms, d'autant que le corps métallique est |
|
| composé de ces deux. L'échelle des Philosophes |
|
| p. 106. |
|
| En notre pierre ou composition le Soleil & | |
| la Lune y sont en vertu & puissance, & le |
|
| mercure en nature, d'autant que s'ils n'étaient |
|
| en notre pierre ou composition, l'on ne serait | Jeu des en-
|
| ni le Soleil ni la Lune. Le jeu des enfants p. | fans.
|
| 137. |
|
@
134
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Aristote. | Prends ton fils très-cher, & le joint également
|
| | à sa soeur blanche, donne lui à boire du |
| | breuvage d'amour, jusques à ce qu'ils soient |
| | enivrés & divisés en parties très menues, |
| | toutefois aie souvenance que toutes choses |
| | nettes conviennent aux nettes, autrement ils |
| | engendrent des enfants qui ne leur ressemblent |
| | pas. Aristote p. 163. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons déjà vu l'autorité de Lulle, sur |
| | semblable sujet, mais d'abondant au traité |
| | qu'il & intitulé Apertorium, il commence ainsi, |
| | Nos sages affirment qu'il n'y qu'une pierre composée des |
| | quatre éléments, n'ayant besoin de chose quelconque qui |
| | ne soit de sa nature, mais c'est un doit être entendu |
| | sainement, & comme nous avons déjà montré, |
| | les deux semences de l'homme & de la femme |
| | unies & inséparables, quoi que de deux corps ne |
| | sont dites deux, car nous avons déjà plusieurs |
| | fois marqué que l'or & l'argent réduits en soufre |
| | ne peuvent plus être séparés ni distingués |
| | l'un de l'autre, & pourtant étant ainsi mêlés |
| | physiquement ce n'est plus qu'une chose. Or en |
| | ce qu'il dit, que quelques uns y mêlent un |
| | corps métallique, ceci ne se fait qu'à la fermentation, |
| | & ce corps est ou l'argent pour le blanc, |
| | ou l'or pour le rouge: Aristote nous marque en |
| | après la forme de la composition, & veut que |
| | l'or & l'argent soient égaux, c'est à dire autant |
| | de l'un & de l'autre qu'il nous sera possible car |
@
CHAPITRE III.
135
| si c'est du poids, n'ayant point de balance, |
|
| nous serions arrêtés, & d'ailleurs vu que c'est |
|
| chose approchante de la génération d'un animal |
|
| comment userons nous de poids, vu que les |
|
| animaux n'en usent point pour engendrer en |
|
| leurs accouplements: je ne réprouve point la |
|
| balance, mais aussi je dis que le jugement y peut |
|
| suffire, mais quel est cet enivrement, qui réduit |
|
| ces corps en très petites parties? c'est du mercure |
|
| duquel on se sert pour les amalgamer, qui |
|
| conduit par le feu connu au sage Philosophe |
|
| dissout tellement ces corps qu'il les fait nager |
|
| dessus lui en forme de toile d'araignée ou de crème, |
|
| d'où étant tirés & remis en un autre vaisseau, |
|
| engendrent ce que l'on désire, & ce à quoi |
|
| ils sont destinés, mais sur tout il faut prendre |
|
| garde que l'or, l'argent & le mercure soient très- | |
| nets & purs, autrement ce serait travailler en |
|
| vain. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| I E suis d'avis que personne ne s'ingère de | Rosaire.
|
| chercher quelque chose en cet art, s'il | |
| ne connaît les principes de la vraie nature & |
|
| ses régimes, ce qu'étant connu il n'a besoin |
|
| de beaucoup de choses, mais seulement d'une, |
|
| laquelle ne demande beaucoup de dépenses, |
|
| d'autant qu'il n'y a qu'une pierre, qu'une |
|
| médecine, qu'un vaisseau, qu'un régime, & |
|
| q'une disposition. Rosaire p. 170. |
|
| Le dragon ne meurt point sans son frère & | |
| I iiij | |
@
136
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | sa soeur. Le même p. 79. |
| | Pour tout l'ouvrage trois espèces suffisent, |
| | à savoir la fumée blanche, l'eau céleste, & le |
| | lion vert, c'est à dire l'airain d'Hermès, & |
| | l'eau puante, laquelle est la mère de tous les |
| | métaux, avec laquelle depuis le commencement |
| | jusques à la fin on prépare l'élixir. Le |
| | même p. 184. |
| | La Philosophie a trois parties, qui sont le |
| | Soleil, la Lune, & le mercure, de la conjonction |
| | d'iceux, le Père Hermès a su faire |
| | sa teinture. Le même, même page. |
| | En ce lieu la conjonction des deux corps se |
| | fait, laquelle est nécessaire en notre ouvrage, |
| | & s'il n'y avait qu'un de ces deux corps en notre |
| | pierre, jamais il n'y aurait teinture. Le |
| | même p. 186. |
| | Conjoints Gabriel avec Beya & ne les prends |
| | sinon purs & nets, crus & entiers, car si tu fais |
| | autrement tu n'en auras aucun profit, & |
| | prends toi bien garde que rien de contraire |
| | ou étrange n'entre en notre pierre, mais mets |
| | la seule. Le même p. 191. |
| | Le secret de l'Art de faire l'or, est au mâle |
| | & à la femelle, pour ce que la femelle s'éjouit |
| | à recevoir la force du mâle, d'autant qu'elle |
| | en est fortifiée. Prends le chien & la chienne |
| | d'Arménie de même age, joins les, & ils engendreront |
@
CHAPITRE III.
137
| un fils chien de couleur de ciel, lequel |
|
| te gardera du commencement en ta maison, |
|
| en ce monde & en l'autre. Le même p. |
|
| 192. |
|
| La matière des Philosophes est l'eau, & | |
| s'entend de l'eau de ces trois, & n'en faut ne |
|
| plus ne moins, le Soleil est le mâle, la Lune la |
|
| femelle, le mercure la semence, mais à celle fin |
|
| que la génération & la conception se fasse, il |
|
| faut que le mâle se joigne à la femelle, & outre |
|
| ce la semence y est requise, & partant avant |
|
| la fermentation, la conception & imprégnation |
|
| doivent être faites, & lors que la matière |
|
| se multiplie, il est dit que l'enfant croît |
|
| au ventre de la mère, lors qu'elle se fermente, |
|
| que l' âme est infusée au corps, & que le Roi |
|
| couronné croît, dissolvez les corps & imbibez |
|
| l'esprit, & on dit les corps au pluriel, |
|
| d'autant qu'il en faut pour le moins deux, |
|
| & disent l'esprit au singulier, pour ce qu'un |
|
| suffit, & n'y & aucune semence sans matière |
|
| de corps autre que le mercure, & lors qu'on |
|
| dit imbiber l'esprit, on entend l'opération, |
|
| laquelle fixe le mercure, & multiplie la pierre, |
|
| multiplier vaut autant que dire réitérer. |
|
| Le même, p. 204. |
|
| |
|
| Mais avons nous point besoin d'autre corps |
|
| que de l'or? Ecoute Hermès, son père c'est |
|
@
138
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | à dire de la première composition, c'est le |
| | Soleil & la Lune est sa mère, le père est chaud |
| | & sec engendrant la teinture, la mère est |
| | froide & humide nourrissant l'engendré, que |
| | s'il n'y avait en notre pierre que l'un d'iceux |
| | jamais la médecine ne coulerait, ni ne teindrait, |
| | & si elle teignait ne teindrait que fort |
| | peu, & le mercure s'en irait en fumée, d'autant |
| | qu'il n'y aurait aucun réceptacle de |
| | teinture, & la fin de notre secret est d'avoir |
| | une médecine, laquelle coule avant la fuite |
| | du mercure, donc la conjonction de ces deux |
| | est nécessaire dans notre oeuvre. Le même |
| | p. 227. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C' Est une folie, disent nos charlatans |
| | de s'amuser à l'étude, il ne faut qu'une |
| | bonne recette pour faire d'or & d'argent; j'accorde |
| | une partie, mais qu'est celui qui la baillera? |
| | Geber, Arnaud, Lulle, & tous les autres |
| | bons auteurs nous exhortent à l'étude, comme |
| | déjà a été dit, notre présent Auteur continue |
| | encore de nous admonester charitablement |
| | de ne nous jeter dedans cet art, que nous n'en |
| | connaissions les principes, confirmant en ce passage |
| | tacitement ce que quelqu'un dit, à savoir |
| | que le Médecin commence où le Physicien finit, c'est |
| | à dire qu'après qu'on a la connaissance du sujet |
| | sur lequel on veut travailler, on peut hardiment |
@
CHAPITRE III.
139
| continuer or il n'est pas dit en ce lieu simplement |
|
| nature, mais vraie nature, non qu'il y |
|
| ait deux natures, car une même nature opère |
|
| sur tous sujets s'accommodant selon la matière, |
|
| mais pour ôter toute excuse aux paresseux car |
|
| celui qui veut travailler sur le marbre, se servira |
|
| d'autres outils que s'il travaillait sur le bois, |
|
| & si sur l'or d'autres que si sur l'argile, & pourtant |
|
| il doit reconnaître la dureté & mollesse |
|
| de sa matière: De même celui qui veut travailler |
|
| en cet art il doit connaître la matière |
|
| des métaux, de leur dissolvant & la différence de |
|
| l'un d'avec l'autre, & sur tout savoir bien |
|
| qu'est-ce qu'il cherche, je dis, de ce qu'il cherche: |
|
| car de mille, il ne s'en trouve quelquefois |
|
| deux qui le sachent, se contentant de dire qu'ils |
|
| veulent faire de l'or, ce qu'homme du monde | Aucun ne
|
| n'a jamais fait ni ne pourra jamais faire, cet | peut faire
|
| ouvrage étant réservé à Dieu seul. Or la connaissance | d'or.
|
| étant acquise de ce que notre Auteur |
|
| nous marque le reste sera assez facile, | |
| car il connaîtra que le Dragon meurt par un |
|
| petit feu en voulant tuer son frère & sa soeur, |
|
| que ces trois espèces suffisent étant conjointes, |
|
| qu'il les faut prendre entières, pures & nettes, |
|
| qu'encore que l'on dit faire l'or, ce n'est le |
|
| faire, mais seulement le faire paraître, ôtant |
|
| les accidents qui le cachent à notre vue, apprendra |
|
| les opinions des vrais Philosophes |
|
| Chimiques convenir en cette matière, qui est |
|
| leur mercure, ou au contraire tous les Philosophes |
|
| se contrarient, car Thales Milesien dit que Thales. |
|
| l'eau simple est le principe de l'Univers, d'autant |
|
@
140
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | que tout se résout en eau la semence est humide, |
| | tous fruits se nourrissent d'humidité, |
| | le Soleil & les astres se nourrissent des vapeurs, |
| Homère. | ce que confirmant Homère en son Iliade l. 14. dit
|
| | que l'Océan est le père de toutes choses, mais en |
| | passant faut apprendre que le principe & l'élément |
| | diffèrent entr'eux en ce que les éléments sont |
| | composés; & les principes non, ni aucune substance |
| | complète, n'y ayant rien précédent dont |
| | ils soient engendrés, autrement ne seraient point |
| | principes, mais ce dont ils seraient engendrés: |
| | or il y a quelques choses précédentes, dont la |
| | terre & l'eau sont composées, c'est à savoir la matière |
| | première sans forme quelconque ni espèce, |
| Entéléchie. | & la fortune qu'on appelle autrement Entéléchie,
|
| Anaximandre. | & puis privation, Anaxymandre Milesien
|
| | dit, que l'Infini est le principe de toutes choses, |
| | pour ce que toutes choses se résolvent en |
| Anaximenes. | lui mais il ne spécifie point cet Infini. Anaximenes
|
| | Milesien, dit que l'air est le principe de |
| | l'Univers, d'autant que tout se résout en lui. |
| | Anaxagoras Clazomenien dit que les principes |
| Anaxagoras. | sont les menues parcelles qu'il appelle homéoméries,
|
| | & que l'entendement est la cause efficiente, |
| | qui a tout ordonné, & commence ainsi. |
| | Toutes choses étaient pèle mêle, mais l'entendement |
| Archilaus. | les sépara & mit par ordre. Archilaus
|
| | fils d'Apollodorus Athénien dit que le principe |
| | de l'Univers est l'air infini, & la raréfaction & |
| | condensation d'icelui dont l'un est le feu, & |
| Pythagoras. | l'autre l'eau. Pythagoras fils de Mnesarchus de
|
| | l'Ile de Samos, le premier qui a donné le nom |
| | à la Philosophie, a tenu que les principes |
@
CHAPITRE III.
141
| étaient les nombres, & les symétries, c'est à |
|
| dire convenances ou proportions, ou harmonie. | Héraclite.
|
| Heraclitus & Hippasus de la ville de Metaponte, | Hippasus.
|
| ont tenu que toutes choses avaient leur |
|
| principe du feu, d'autant que toutes choses se |
|
| commencent & se terminent par le feu; & lors |
|
| qu'il s'éteint, tout l'univers monde en est engendré, |
|
| car la plus grosse partie d'icelui se serrant |
|
| & s'épaississant en soi même se fait terre, |
|
| laquelle venant à être lâchée par le feu se convertit |
|
| en eau, & elle s'évaporant se tourne en |
|
| air, & derechef le monde & tous les corps |
|
| compris en icelui seront un jour consumés par | Epicurus.
|
| le feu Epicurus fils de Nicocles Athénien suivant |
|
| l'opinion de Démocrite, dit, que les principes de |
|
| toutes choses sont les Atomes, c'est à dire corps |
|
| indivisibles & perceptibles seulement par la |
|
| raison, solides sans rien de vide, non engendrés |
|
| immortels éternels incorruptibles qu'on |
|
| ne saurait rompre ni leur donner aucune | Empédocle.
|
| forme ni les altérer. Empédocle fils de Meton |
|
| d'Agrigene dit qu'il y a quatre éléments, le feu |
|
| l'eau l'air & la terre, & deux principes ou facultés | Platon.
|
| & puissances principales accord & discord, | Jupiter.
|
| l'un assemble, l'autre disjoint, Jupiter | Socrate.
|
| est le feu, Junon l'air, Pluton la terre, & Nestis l'eau | Junon.
|
| Socrates fils de Sophoniscus Athénien, & Platon fils |
|
| d'Ariston Athénien mettent trois principes, Dieu |
|
| la matière, & l'idée, Dieu est l'entendement |
|
| universel, la matière le premier sujet supposé à |
|
| la génération & corruption, l'idée une substance |
|
| incorporelle étant la pensée & entendement de |
|
| Dieu; & Dieu l'entendement du monde. Aristote | Aristote.
|
@
142
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | fils de Nichomachus de Stagire met trois principes, |
| | forme, matière & privation, quatre éléments, |
| | & pour le cinquième le corps céleste étant immuable, |
| Zeno. | Zeno fils de Mneseas natif de Citie met
|
| | pour principes Dieu & la matière, dont l'un est |
| | cause active, & l'autre passive, & quatre éléments. |
| Pythagoras. | Pythagoras dit que le monde a été fait
|
| | des cinq figures des corps solides, lesquelles |
| Cule. | s'appellent aussi Mathématiques, du cube qui est
|
| | le corps carré à six faces la terre, de la pyramide, |
| | le feu du corps à huit faces qui est l'octaèdre, l'air, |
| | de l'icosaèdre, qui est le corps à vingt faces l'eau, |
| | & du dodécaèdre qui est le corps à douze faces, la |
| Platon. | suprême sphère de l'univers Platon suit en ce Pythagoras.
|
| | Voila donc une infinité de belles choses |
| | qu'il apprendra en lisant les bons livres, & |
| | apprendra la grande différence qu'il y a des opérations |
| | philo-chimiques d'avec celles des charlatans, |
| | il apprendra que comme l'enfant est engendré |
| | dans la matrice de la femme de la semence |
| | de l'homme & de la femme en sort petite |
| | quantité sans destruction ni de l'un ni de l'autre: |
| | de même notre matière; & comme il est |
| | nourri du sang, duquel la semence est faite |
| | étant dedans le ventre de la mère, en après du |
| | lait qui n'est que sang blanchi; étant sorti de |
| | la matrice, puis des viandes solides étant grand, |
| | desquelles le sang, la semence & le lait sont |
| | faits, d'où deux cents quarante huit os au |
| | corps humain, & trois cens soixante six nerfs, |
| | tendrons & ligaments, & quatre cens cinq muscles. |
| | Il apprendra que depuis le premier jour |
| | jusques au dernier l'enfant n'est nourri d'aucune |
@
CHAPITRE III.
143
| chose étrange, & qu'à cette cause tous les |
|
| Philo-chimiques disent que notre oeuvre n'est |
|
| que la génération de l'enfant, c'est à dire chose |
|
| conforme, il apprendra que le feu est chaud essentiellement, |
|
| & sec accidentellement, l'air |
|
| humide essentiellement, chaud par accident, |
|
| l'eau humide essentiellement, froide par accident |
|
| & la terre sèche essentiellement, mais |
|
| froide accidentellement. Qu'aucun donc ne croie |
|
| pas que cet art soit l'art d'un tel quel; mais |
|
| bien d'une personne consumée à l'étude, & |
|
| l'esprit duquel ne se tourne à tout vent, mais |
|
| qui ayant fait un bon fondement bâtit sur icelui, |
|
| & éprouve tous les esprits qui lui viennent |
|
| souffler à l'oreille, & qui lui promettent |
|
| des montagnes d'or, roulants des chauds nus, |
|
| affamés & pauvres de lieu en lieu. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| A Vec la patience, & un feu très-petit | Pierre de
|
| jusques au blanc, dedans un vaisseau | Valence.
|
| une chaleur continuelle, un poids & une |
|
| mixtion convenable, & une chose en espèce, |
|
| & deux individus consiste, & est parfait |
|
| (l'ouvrage) jusques au blanc premièrement, |
|
| & enfin augmentant le feu jusques au rouge. |
|
| Pierre de Valence p. 4. |
|
@
144
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C Et Auteur dit peu, mais bon, premièrement |
| | il demande la patience, mais on demande |
| | par combien de temps, à quoi il sera répondu |
| | en son lieu & chapitre propre, comme aussi du |
| | feu, & du vaisseau, du poids de la mixtion, |
| | pour le nombre il en a été déjà parlé, qu'on |
| | apprenne en celui ci la conformité en doctrine |
| | avec les autres. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| | L Es minéraux doivent être choisis tels, |
| | qu'ils soient mercure, & soufres vifs, |
| Dastin. | desquels il te faut travailler doucement &
|
| | sans te hâter. Dastin p. 30. |
| | La pierre consiste en un livre, duquel le |
| | dessus est d'argent, mais les feuilles sont d'or. |
| Benoit. | Benedictus. p. 55.
|
| | Au premier régime les éléments doivent |
| Zininus. | être mis, mêler & joints, cru & purs,
|
| | là gouvernez jusqu'à ce qu'ils se dessèchent, |
| | & le noir se face, en cette noirceur la blancheur |
| | est cachée, laquelle est tirée de là, & en |
| | après la rougeur par même décoction, & |
| | lors que le blanc est, la matière est en poudre |
| | impalpable. Zininus p. 68. |
| Jean Duns. | La préparation du mercure vulgaire est
|
| | faite par le moyen du Soleil & de la Lune |
| | vulgaires |
@
CHAPITRE III.
145
| vulgaires, & de ces trois sans autre chose, |
|
| est faite la pierre des Philosophes, laquelle |
|
| ne peut être faite par aucune autre voie, |
|
| ni artifice Philosophique. Jean Duns p. 114. |
|
| La génération des métaux & de la pier- | Saturnin.
|
| re des Philosophes, est de joindre les propres |
|
| principes, à savoir le mâle avec la femelle, |
|
| l'agent avec le patient, le soufre avec |
|
| l'argent vif, à celle fin que d'iceux la génération |
|
| & la corruption se fasse, & l'argent |
|
| vif est la pierre recevant la forme, & l'or |
|
| est la pierre des Philosophes. Saturnin p. |
|
| 71. |
|
| Tout l'oeuvre consiste au Soleil, Lune & | Tersin.
|
| mercure. Tersin p. 103. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C E mercure & soufre ne sont les communs, | |
| qui sont sales pour être mêlés avec | |
| d'autres, & ne peuvent engendrer des semblables |
|
| qu'à eux, mais ceux qui sont dans l'or & |
|
| l'argent, sont vifs, purs & nets, lesquels si on |
|
| régit avec un feu doux, & avec la patience, l'on |
|
| trouvera que ce sera ce livre, le dessus duquel |
|
| est argent, c'est à dire, que l'or & l'argent mêlés |
|
| avec le mercure ne paraîtront que blancs, |
|
| mais au dedans sera la couleur jaune, laquelle |
|
| est dite or, mais ce sera après qu'ils seront mêlés |
|
| & unis homogènement, laquelle homogénéité |
|
| se paraîtra lors que les trois auront |
|
| K | |
@
146
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | demeuré leur terme ordonné sur leur feu, au |
| | bout duquel, ces trois se sécheront & se rendront |
| | noirs secret connu de peu par ce moyen |
| | la préparation du mercure vulgaire est faite, |
| | à savoir sa fixation, laquelle ne peut être faite |
| | en aucune autre manière, alors le mâle ou |
| | l'agent, ou le soufre est joint avec la femelle, |
| | le patient ou argent vif qui ne sont autre chose |
| | que l'or & l'argent, lesquels donnent la forme |
| | à l'argent vif commun, c'est à dire le rendent |
| | solide fixe & subsistant à toute épreuve, |
| | comme ils sont: car l'or est la pierre c'est à dire la |
| | matière seule & fixe des Philosophes, & par |
| | ainsi toue l'oeuvre ne consiste depuis le commencement |
| | jusques à la fin, que du Soleil, |
| | Lune & mercure. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| Ripleus. | A Ucun corps impur, hormis un, qui
|
| | est nommé communément des Philosophes |
| | lion vert, lequel est le moyen de conjoindre |
| | les teintures parfaitement entre le |
| | Soleil & la Lune, n'entre dedans notre magistère, |
| | les deux principes matériaux & formels |
| | doivent être dissout, autrement ce serais |
| | peu de chose. Riplée p. 70. |
| Libavius. | L'or, l'argent & le mercure sont la matière
|
| | de la pierre physique, après toutefois |
| | être bien préparés. Libavius l. I. sur Arnaud |
| | c. 6. p. 461. |
@
CHAPITRE III.
147
| Au mercure philosophique, l'âme le corps | |
| & l'esprit concourent, la pierre animale |
|
| végétale & minérale, toutes choses étant |
|
| parfaites selon soi, la pierre végétale est |
|
| la Lune, l'animale est le Soleil, la minérale |
|
| est l'eau ou l'esprit & argent vif. Le même |
|
| l. Du mercure philosophique p. 56. 63. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| G Eber marque que l'argent vif, qui est ce | |
| lion vert & corps sale, lequel il entend |
|
| ici à des choses superflues, lesquelles il faut |
|
| ôter avant qu'il puisse être propre à notre |
|
| oeuvre, c'est à dire à mêler avec l'or & l'argent, |
|
| lesquels il dissout parfaitement; plusieurs |
|
| décrivent divers moyens de les ôter, |
|
| les uns avec le sel préparé, autre avec le vinaigre, |
|
| autres avec la chaux, & autres? pour moi |
|
| je sais qu'il s'en trouve de si net, qu'il n'a besoin |
|
| d'aucune préparation, comme nous verrons |
|
| en son lieu propre, Dieu aidant. |
|
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
| N Ous sommes nourris & amenés à | Bonus.
|
| compliment par les choses, desquelles | |
| nous sommes engendrés, & non point par |
|
| autres étranges; De même l'or doit être |
|
| engendré, nourri & accompli, mais non |
|
| par choses étranges; vu donc que l'or |
|
| est engendré, nourri, parfait & accompli |
|
| K ij | |
@
148
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | par nature du seul argent vif, cuit par un |
| | soufre externe, & en fin séparé d'icelui, |
| | il s'ensuit que la pierre des Philosophes |
| | doit être engendrée parfaite & accomplie |
| | des mêmes choses, lesquelles parfont l'or, & |
| | non d'autres: car comme la connaissance de |
| | la chose se prend de l'essence & nature de la |
| | chose même, & de ses principes, de même |
| | se collige l'opération d'icelle. Marguerite |
| | nouvelle, ou Bonus Ferrariensis. p. |
| | 128. |
| La Tourbe. | D'un homme un homme est fait, & d'une
|
| | bête brute son semblable, joignez donc |
| | le mâle du serf rouge à sa femme odoriférante, |
| | & étant joints engendreront l'art |
| | sans y introduire rien d'étrange, sois poudre |
| | ou autre chose, que la conception vous |
| | suffise, & le vrai fils vous naîtras. La |
| | Tourbe, sentence 31. |
| | Il nous faut conjoindre deux (laquelle conjonction |
| | les Philosophes ont comparée au mariez) |
| | de l'embrassement desquels l'eau dorée est |
| | faite, mais ceci est du second ouvrage je dirai |
| | quelque chose du premier, pousser à la |
| | guerre, l'airain & l'argent vif jusques à ce |
| | qu'ils meurent & se corrompent, alors l'airain |
| | concevant l'argent vif, le congèle, & |
| | l'argent vif concevant l'airain, le congèle |
@
CHAPITRE III.
149
| en terre, émouvez donc la bataille & ruinez |
|
| le corps de l'airain, jusques à ce qu'il |
|
| soit fait poudre. Le même, sentence 46. |
|
| La première composition, à savoir le | |
| corps de la Magnésie, est fait de plusieurs |
|
| choses, encore que le tout se fasse un, & les |
|
| anciens l'ont nommé un, à savoir albar- |
|
| aeris, quand donc on la conduit il a dix |
|
| noms pris des couleurs de nature apparaissant |
|
| au régime du corps de la Magnésie. |
|
| Il faut donc que le plomb se convertisse en |
|
| noirceur, & alors les deux marques apparaîtront |
|
| au levain de l'or avec le sericon, |
|
| qui est la composition nommé des dix noms. |
|
| Le même, sentence 77. |
|
| De même que le mercure est le principe | |
| de tous les métaux, de même le Soleil est la |
|
| fin, & le dernier d'iceux, & tous les métaux |
|
| purs & impurs sont dedans le Soleil, |
|
| la Lune & le mercure, mais il y a un vrai |
|
| Soleil qui se tire d'iceux. Tout ainsi que le |
|
| mari engendre ses enfants de sa semence, qui |
|
| sont nourris du sang menstrual, de même |
|
| se fait en la génération artificielle des métaux, |
|
| vu que du mercure masculin, & du |
|
| mercure féminin joints ensembles, & mis |
|
| dans le champ de nature, & revivifiés par |
|
| le mercure menstrual, s'engendre un enfant |
|
| K iij | |
@
150
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | semblable aux parents, non point que tout |
| | le corps métallique par quelque artifice se |
| | convertisse en mercure masculin & féminin, |
| | & puis qu'il se conjoigne & soit fermenté, |
| | & en après que le corps solaire ou lunaire |
| | soit procréé, mai il en va autrement, car |
| | du corps métallique masculin le mercure |
| | masculin est tiré, & du corps métallique féminin, |
| | le mercure féminin est tiré, desquels |
| | deux mercures joints par due proportion |
| | avec le mercure menstrual, est mit dans le |
| | champ de nature, alors par la vertu de ces |
| | deux semences, & la vigueur du mercure |
| | menstrual, régi par une chaleur tempérée, |
| | un enfant s'engendre, conforme à la nature |
| | des parents, mâle ou femelle. Exercice |
| | troisième sur la tourbe des Philosophes. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons vu ci dessus que chaque chose retourne |
| | à son principe, & partant que tous les |
| | métaux peuvent être rendus en mercure, nous disons |
| | rendus en mercure, qui diffère de ce qu'on |
| | dit tirer d'eux le mercure: l'argent vif donc |
| | que le vulgaire appelle (mais mal) mercure, |
| | sera leur principe. Nous savons que Gilgil, |
| | Démocrite, & plusieurs autres graves Philosophes |
| | contrarient à cette opinion reçue de |
| | tous les Philo-chimiques, mais après qu'ils se |
@
CHAPITRE III.
151
| seront accordés entr'eux des principes, nous |
|
| leur répondrons. Or dit notre Auteur le |
|
| mercure est leur principe, mais l'or est le but de nature |
|
| métallifiante, à quoi quelques uns répondent |
|
| que si cela était, il s'ensuivrait qu'en une même |
|
| mine l'on trouverait de l'argent vif, de plomb, |
|
| d'étain, de cuivre, de fer, d'argent & d'or, |
|
| à savoir selon la cuite & la chaleur y sentie, & |
|
| reçue, ce qui ne se trouve point, à quoi on |
|
| répond que la semence est le commencement |
|
| & plus prochaine matière de la génération masculine |
|
| & féminine, en icelle la fin & but de nature |
|
| étant l'homme, & cependant nous voyons |
|
| sortir de cette semence non cet homme toujours, |
|
| mais parfois une femelle, ou un monstre, |
|
| ou une mole sans qu'on trouve dans cette |
|
| matrice, laquelle on ouvre assez souvent (la |
|
| mère étant morte) pour tirer l'enfant (y étant |
|
| encore vif) aucune semence ou commencement |
|
| d'homme; On sème dedans une terre un |
|
| même grain, & toutefois on y en cueille de |
|
| différente sorte, sans qu'au lieu d'icelui qu'on |
|
| recueille on trouve quelque autre commencement |
|
| d'autre semblable au cueilli: tout de même |
|
| le mercure est la matière, le soufre est la |
|
| forme & l'agent, que s'ils sont purs, l'or en sortira, |
|
| mais si gâtés & corrompus par les accidents |
|
| qui sont à la mine il n'y a plus moyen de |
|
| les y purifier, car nature n'a d'eaux régales, ni |
|
| ciments, ni coupelles, ni semblables instruments: |
|
| Il s'ensuit donc que telle nourriture |
|
| qu'aura la racine lors de sa production, tels seront |
|
| & le tronc & les rameaux, les feuilles & les |
|
| K iiij | |
@
152
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | fruits, l'impureté donc & les accidents font la |
| | différence des choses qui ont même semence: |
| | Or, dit-il, tous les métaux, tant purs qu'impurs |
| | sont au mercure, argent & or, c'est comme s'il disait, |
| | vu que tous les métaux ont même racine, |
| | il s'ensuit que tous sont en un chacun, mais plus |
| | particulièrement en ces trois, puisque par iceux |
| | par les moyens connus des doctes, on en fera |
| | quel que l'on voudra des autres, comme aussi |
| | par leur moyen on réduira les autres en or, ou |
| | argent. Mais qu'entend il par ce vrai Soleil |
| | qui se tire de ces trois? ce n'est autre chose que la |
| | pierre tant recherchée, laquelle on n'aura jamais, |
| | ni une autre à sa place, si ces trois ne sont |
| | joints & mêlés, & non seulement confondus, |
| | ce à quoi peu d'opérateurs prennent garde, |
| | qu'est cause que pour n'entendre ce mélange |
| | comme il faut, ils se perdent au commencement |
| | même du travail. Il dit aussi que la génération |
| | de cette pierre a quelque convenance |
| | à celle de l'enfant. Hyppocrate au livre de Genitura |
| | dit, qu'en l'émission de la semence ce |
| | qui est le plus fort & robuste en toute l'humidité |
| | sort, & que le mâle & la femelle ont en eux |
| | & rendent de semence & masculine & féminine, |
| | que si la masculine est la plus forte se sera |
| | un mâle, si la féminine est la plus forte, sortira |
| | une femelle, Aristote tient que l'homme donne |
| | la forme, & la femme seulement la matière, |
| | mais de ceci ailleurs au reste, dit-il, plusieurs |
| | hommes avec certaines femmes n'ont que des |
| | mâles, & avec d'autres n'ont que des femelles, |
| | pour ce que celles là ont une semence, qui jointe |
@
CHAPITRE III.
153
| avec celle de l'homme font un mâle, mais s'accouplant |
|
| avec une autre, sa semence féminine |
|
| surmontant en quantité celle du mâle, s'en |
|
| fera une fille. Conférons ceci, deux corps sont |
|
| requis pour faire un enfant, de ces deux corps |
|
| sort une semence, laquelle quoi que tenace & |
|
| viscide, coule facilement par le moyen d'une |
|
| humeur séreuse & liquide qui accompagne ordinairement |
|
| ladite semence, sans laquelle sérosité |
|
| ladite semence ne pourrait être jetée dedans |
|
| la matrice, sortant donc telle, j'entends d'un |
|
| homme robuste & bien sain, & d'une femme |
|
| aussi robuste & saine la semence sera masculine, |
|
| laquelle entrée dans la matrice, pourvu qu'il |
|
| y en ait, s'enflera, & étant nourrie du sang menstrual |
|
| se poussera à ce pourquoi nature l'a faite. |
|
| Or à la génération de l'enfant muet, Philosophique |
|
| (je n'entends point parler de celui de Paracelse) |
|
| deux corps purs, nets, & astralisés y sont |
|
| requis, mais d'autant que leur semence ou soufre |
|
| est extrêmement cachée, tenace & gluante, |
|
| nous y ajoutons le mercure pour par son moyen |
|
| rendre la semence plus facile à sortir, les trois |
|
| composés & mêlés (ce mélange se prend ici |
|
| largement) sont mis dedans un vaisseau propre | |
| sur un feu convenable, sur laquelle s'élèvera |
|
| comme une toile d'araignée, laquelle sera cette |
|
| semence, ou soufre ou matière dissoute, |
|
| à laquelle séparée faut donner nourriture conforme |
|
| à sa nature, laquelle est conforme à celle |
|
| de laquelle ledit enfant est sorti, qui ayant |
|
| acquis un age & force compétente sera alimenté |
|
| des viandes, ou corps mêmes, ou semblables |
|
@
154
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | à ceux desquels il est sorti; Mais pour |
| | ce qu'il nous faudra parler de cette nutrition liquide |
| | & solide aux chap. de la nutrition & fermentation, |
| | nous ne parlerons pas pour maintenant |
| | plus outre. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| L'Aurore. | R Ien ne convient plus à la chose que ce qui
|
| | est plus proche de sa nature, & en icelle |
| | s'engendre semblable matière, c'est à dire, |
| | si tu cherches une médecine guérissant les |
| | métaux, tu la prendras des métaux, vu |
| | que l'espèce est teinte de son genre. L'Aurore |
| | c. 3. |
| Rosinus. | Les choses n'engendrent que de semblables
|
| | à elles, & n'apportent que leurs fruits, |
| | l'eau des Philosophes est le levain des corps, |
| | & les corps sont leur terre, voire après |
| | qu'ils sont noirs par la préparation du feu, |
| | l'on le nomme feu noir, comme à la seconde noirceur, |
| | charbon de montagne, poix antimoine, |
| | alcali, & sel alcali, marcassite, magnésie, |
| | argent vif tiré du combat, & sa |
| | cendre, sa chaux, & verre & eau nette, |
| | laquelle est nettoyée des ténèbres & de la |
| | matière de la noirceur. Rosinus à Eutichius, |
| | à la fin du livre. |
| Tauladan. | Lors que nous voudrons créer l'or & l'argent,
|
| | il est nécessaire prendre les mêmes, |
@
CHAPITRE III.
155
| car d'un homme un homme est engendré, & |
|
| d'un arbre un arbre. Le même p. 580. 606. |
|
| Si l'art n'emprunte sa forme efficiente à | |
| savoir l'or de l'or, & l'argent de l'argent, |
|
| & qu'il l'applique sur les métaux, jamais |
|
| il ne les pourra anoblir, quoi qu'il les lave |
|
| & les cuise. Tauladan. p. 246. |
|
| L'or & la Lune sont les métaux par lesquels | |
| l'élixir d'or & d'argent doivent être |
|
| faits. Le même p. 284. |
|
| L'or seul est le levain de l'élixir rouge, | |
| & l'argent du blanc, & à ces deux seuls nature |
|
| a départi ses rayons de splendeur, par |
|
| lesquels les autres métaux puissent être illustrés |
|
| de beauté d'or & d'argent. Tous les |
|
| autres métaux doivent être pris pour pâte |
|
| ou matière de la pierre, & ne pourront jamais |
|
| être pris pour forme ou levain, si |
|
| premièrement ils ne sont anoblis tant & si |
|
| long temps que la facture de l'or & de l'argent |
|
| seront la fin de la chimie, car si la facture du |
|
| fer était la fin proposée en la Chimie, alors |
|
| la forme ou le levain serait le fer, or comme l'or |
|
| est le levain de l'or, & l'argent de l'argent, |
|
| ainsi le fer serait le levain du fer, l'étain de |
|
| l'étain, le cuivre du cuivre, & le plomb du |
|
| plomb, car tout agent agit selon sa forme. |
|
| Le même p. 296. |
|
@
156
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | L'or & l'argent ne sont point dits métaphoriquement. |
| | Le même p. 301. |
| | Tous les Philosophes assurent que l'élixir |
| | a trois parties, à savoir, l'âme, le corps, & |
| | l'esprit; l'âme n'est autre chose que le levain, |
| | ou la forme de l'élixir, le corps est la pâte, |
| | ou la matière, lesquelles deux parties sont |
| | prises des seuls métaux, à savoir la forme |
| | du Soleil & de la Lune, la matière de Saturne |
| | & de Jupiter, de Venus, & de Mars, |
| | mais la troisième partie de la pierre est l'esprit, |
| | lequel étant le siège & le chariot de |
| | l'âme infuse & transmet l'âme dedans le |
| | corps, & conjoint d'un lien indissoluble ces |
| | deux extrêmes, lequel moyen ôté l'âme ne |
| | se joindra jamais avec le corps, & cet esprit |
| | n'est autre chose que cette liqueur qui subtilise |
| | & rend la forme & la matière de la pierre |
| | en nature spiritueuse, lequel esprit quelquefois |
| | est appelé des Philosophes ciel, mercure |
| | dissolvant, menstrue, azoth, quinte essence, |
| | & d'une infinité d'autres noms. Le |
| | même p. 338. |
| | L'argent vif est l'autre extrême de la pierre, |
| | & celui par lequel le mouvement est |
| | fait. Le même p. 349. |
| | Là où la nature cesse, là l'art commence, |
| | or elle a cessé aux métaux parfaits, & |
@
CHAPITRE III.
157
| principalement au Soleil, pour ce qu'il est le |
|
| plus parfait, & ne peut recevoir un plus |
|
| haut degré de nature, l'art donc commencera |
|
| par le Soleil & la Lune comme moyens |
|
| par la voie de corruption, mais pourquoi |
|
| apporter ici tant de raisons, vu que ceci |
|
| est si clair & manifeste, que quiconque l'ose |
|
| nier doit être réputé aveugle, & tâtonnant |
|
| en plein midi, & avoir aussi peu de jugement |
|
| que ce Philosophe qui niait la neige |
|
| être blanche. Le même 30 9. 54. |
|
| Vu que la nature a dénié la perfection à | |
| quelques métaux, l'on la leur doit donner, |
|
| & la doit on tirer tant seulement des deux, |
|
| à savoir du Soleil & de la Lune, & non |
|
| point des imparfaits qui ne l'ont point. Le |
|
| même p. 226. |
|
| |
|
| Scolie. | |
| |
|
| L 'On n'a accoutumé de tremper le vin avec | |
| l'huile ni de chauffer un chaperon, ni se | |
| couvrir la tête avec un soulier, il faut donner à |
|
| l'âne de chardons, & de sucre au perroquet, ce |
|
| serait une chose ridicule & condamnée de tout |
|
| temps de joindre une bête brute à un homme, |
|
| un cheval à une chèvre, & un pourceau à une |
|
| chienne, chaque espèce adjoint à son espèce, |
|
| chaque genre à son genre, c'est ce que |
|
| notre Auteur nous marque conformément |
|
@
158
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | à tous les autres, car les choses n'engendrent |
| | que de semblables à elles. Or cette eau des Philosophes, |
| | laquelle sert de levain aux corps, |
| | n'est autre chose que leur matière parachevée, |
| | laquelle est nommée eau, à cause qu'elle peut |
| | être facilement mêlée avec les métaux imparfaits, |
| | lesquels sont comme terre qui imbibés |
| | ou teints de cette matière produisent à l'artiste |
| | tout tel contentement, que la bonne terre semée |
| | & arrosée en temps propre. Et ce que |
| | notre Auteur dit ici créer, il entend engendrer: |
| | car Dieu seul crée, & nature engendre, mais |
| | comme un roturier ne peut anoblir un autre, |
| | mais bien un Prince son sujet, de même les |
| | métaux impurs ne peuvent être rendus purs |
| | que par le moyen des purs. Texte. |
| | |
| | L A chose, laquelle est entre les métaux, |
| | & laquelle parfait, est la substance |
| Geber. | de l'argent vif, & du soufre mêlés
|
| | par proportion, & par longue & tempérée |
| | décoction, dedans les entrailles de la |
| | terre nette, épaissis & fixés avec la conservation |
| | de son humidité radicale, non |
| | corrompante, mais produite à une substance |
| | solide & fusible par due ignition, & |
| | propre & étendue au marteau. Geber de |
| | la recherche c. 2. |
| | Teins avec l'or & l'argent, d'autant que |
| Richard. | l'or donne la couleur, & la nature de l'or
|
| | celle de l'or, & l'argent celle de l'argent, |
@
CHAPITRE III.
159
| par quoi méprise toutes les autres choses, |
|
| pour ce qu'en icelles il n'y a aucun fruit, |
|
| mais seulement perte & de temps & de labeur. |
|
| Richard. |
|
| L'élixir doit être fait des choses homo- | Incertain.
|
| gènes, & lesquelles sont de même substance. |
|
| Un auteur incertain. |
|
| Prenez le mâle vif & la femelle vive, | La lumière.
|
| conjoignez ces deux ensemble, à celle fin |
|
| qu'ils s'imaginent entr'eux un sperme pour |
|
| procréer un fruit de leur nature, & qu'âme |
|
| vivante ne présume & croie de pouvoir |
|
| faire la première matière. La lumière |
|
| nouvelle chimique p. 31. |
|
| Notre eau est eau céleste, ne mouillant | |
| point la mains, mais ce n'est celle du vulgaire, |
|
| mais est presque pluviale, l'or est le |
|
| corps qui donne la semence, notre Lune ( qui |
|
| n'est l'argent du vulgaire) reçoit la semence |
|
| de l'or, il est plus régi par notre feu continuel |
|
| durant sept mois, & quelquefois durant |
|
| dix, jusqu'à ce que notre eau en consume |
|
| trois & en laisse un, & ceci au double, |
|
| après il est nourri du lait de la terre, |
|
| ou de la graisse de la terre ou de la graisse |
|
| d'icelle, laquelle naît aux mamelles |
|
| de la terre & est régie ou conservée |
|
| de la pourriture par le sel de nature, |
|
@
160
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & ainsi cet enfant de la seconde génération |
| | est engendré. Le même p. 53. |
| | Donne à notre vieillard à avaler l'or |
| | & l'argent, & qu'il les consume, & à la fin |
| | doivent mourir, qu'il soit brûlé, que ces |
| | cendres soient éparses dans l'eau, cuisez le |
| | tout, jusques à suffisance, & alors tu as |
| | une médecine pour guérir la lèpre. Le même. |
| | p. 64. |
| Grana. | Ceux qui connaissent l'argent vif, & le
|
| | soufre des Philosophes, savent qu'iceux |
| | se font de l'or très-pur, de la Lune très-fine |
| | & de l'argent vif, lesquels on voit journellement, |
| | desquels notre argent vif est tiré. |
| | Bernard de Granap. p. I. |
| Secret des | Nous disons en premier lieu que notre médecine
|
| secrets. | est faite des corps & de l'esprit, les
|
| | corps sont l'or & l'argent, d'autant que si |
| | iceux n'étaient, il ne se ferait, n'or, n'argent, |
| | & l'esprit est le mercure, autrement |
| | l'argent vif, qui par figure est nommé de |
| | mille noms. Secret des secrets p. 88. |
| Des Comtes. | Si tu as besoin des imparfait pour faire
|
| | notre oeuvre, il te les faut en premier lieu |
| | convertir à la similitude des deux corps, ce |
| | que je te dis, afin que tu l'entende bien, & |
| | ne me puisses maudire ni blâmer, d'autant |
| | qu'il ne se fera jamais jusques à ce que le |
| | Soleil |
@
CHAPITRE III.
161
| Soleil & Lune joints en un, soient jetez |
|
| sur les corps diminués il ne faut donc nullement |
|
| travailler que de cette noble matière, |
|
| d'autant que les choses ne se font point |
|
| que suivant la nature de leur corps: Quiconque |
|
| donc cherche en la chose ce qui n'y est |
|
| point, doit être nommé fol, & perdeur de |
|
| temps, fuis l'onguent du mercure, du soufre |
|
| & de l'arsenic, d'autant que ce qui a |
|
| la tête rouge, les pieds blancs, & les yeux |
|
| noirs est la matière. Nicolas des Comtes |
|
| p. 14. |
|
| Ta recherche soit du genre des deux lu- | Dastin.
|
| minaires du monde, & en iceux faut choisir |
|
| ce qui est homogénéisée. Dastin p. 26. |
|
| Voyant le Soleil & la Lune, je sais que le | |
| magistère est vrai, car chaque chose augmente |
|
| son semblable, le Soleil est la teinture |
|
| rouge, & la Lune la blanche: tout le bénéfice |
|
| donc de cet art consiste & dépend du |
|
| mercure, Soleil & Lune, les dissolvant & réduisant |
|
| à leur première nature. Le même |
|
| p. 17. |
|
| Le Soleil & son ombre parachèvent notre | |
| pierre, d'autant qu'ils teignent le venin. Le |
|
| même, p. 28. |
|
| Notre dissolution est que tu maries Gabriel | |
| avec Beya, car aussi tôt qu'ils seront |
|
| L | |
@
162
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | joints ensemble Gabriel mourra, & sera |
| | converti en la nature de Beya, mais plusieurs |
| | jours passés, il montera sur Beya & la |
| | convertira à soi, & encore que Beya soit |
| | femelle, toutefois il l'amende d'autant |
| | qu'il est d'elle, & quoi que Gabriel soit plus |
| | cher que Beya, nous savons que la bonne |
| | génération ne se fait pas que du mâle & |
| | de la femelle: Joignez donc notre serviteur |
| | rouge avec sa soeur odoriférante afin qu'entr'eux |
| | ils engendrent l'art, car si la femme |
| | blanche est jointe avec le mari rouge, tôt |
| | après ils s'embrassent & se dissolvent, & se |
| | parfont tellement, que ce qui était deux |
| | n'est plus qu'un. Le même, p. 30. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | D 'Autant que quelques Philosophes disent |
| | que notre pierre est faite, ou se peut faire |
| | de toutes choses, & par conséquent des métaux |
| | imparfaits, comme étant matières plus |
| | prochaines des métaux parfaits, notre Auteur |
| | n'y contrarie point, pourvu qu'ils soient |
| | dépurés & convertis, non en Soleil & Lune, |
| | mais en pureté égale à iceux, car s'ils n'ont |
| | semblable pureté, ils ne pourront communiquer |
| | la pureté qu'ils n'auront point aux impurs, |
| | ô curieux prenez garde à cette leçon tant |
| | répétée, chaque chose vivante peut engendrer |
| | son semblable, joint à son semblable, d'un ladre |
@
CHAPITRE III.
163
| sort un ladre, prends donc l'or & l'argent, |
|
| rends les Soleil, & Lune, c'est à dire très purs |
|
| & très-rayonnants, & tels sont nommés soufre |
|
| & arsenic joints les par l'aide du mercure, |
|
| & ne crois pas le faire facilement & promptement |
|
| mais avec quelque difficulté, & longueur |
|
| de temps, car ce joindre n'est un simple mélange, |
|
| mais une mixtion physique à laquelle n'advient |
|
| jamais séparation, d'autant que d'hétérogènes |
|
| ils sont rendus homogènes, & lors les |
|
| yeux, c'est à dire ce qui nous démontre le dedans |
|
| car les yeux qui sont les fenêtres de l'âme) |
|
| sont noirs, & cette noirceur passée, les pieds, |
|
| c'est à dire le second degré par où la perfection |
|
| passe, sont blancs, qu'est la blancheur, laquelle |
|
| continuée en chaleur propre, est convertie en |
|
| rougeur, laquelle est la suprême de tout comme |
|
| la tête est la plus haute partie de l'animal, & |
|
| alors à on pris pour principe de l'oeuvre & sans |
|
| lequel on avancera rien non les luminaires du |
|
| monde mais ce qui est homogène en iceux, |
|
| c'est à dire leur semence, car quoi que l'artiste |
|
| fasse il ne pourra joindre le Soleil avec la Lune, |
|
| sinon en leurs semences, qui jointes, l'homme |
|
| ne pourra jamais discerner ni séparer une semence |
|
| de l'autre; cette mixtion d'une des semences |
|
| est la vraie dissolution, semence, & |
|
| vrai mariage, au traitement duquel, & pendant |
|
| les amours, le fiancé se transforme totalement |
|
| aux moeurs de sa fiancée, c'est à dire, l'or |
|
| devient blanc, portant les livrées de Beya, mais |
|
| après cette union Beya rend la pareille à son |
|
| Gabriel se transformant en toutes choses à lui |
|
| L ij | |
@
164
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | prenant sa couleur vermeille sans jamais la |
| | quitter. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| Parisien. | L 'Elixir doit être fait des choses homogènes
|
| | & de même substance, comme |
| | l'argent vif pur, auquel toute la substance |
| | fixe du corps est résolue, & rendue volatile, |
| | sans séparation de l'un, ni de l'autre, |
| | car puis qu'il faut composer la pierre de |
| | deux substances, à savoir de la volatile & |
| Argent vif | de la fixe, il est nécessaire premièrement faire
|
| des Philoso- | un argent vif par l'union d'icelle, avant
|
| phes. | que faire l'élixir complet; & ceci est leur
|
| | argent vif qui est cause de la perfection, & |
| | auquel tout le magistère consiste, & c'est de |
| | celui ci qu'ils ont entendu, lors qu'ils ont dit |
| | que si tu veux faire l'oeuvre avec le seul argent |
| | vif pur, tu aura trouvé le secret de |
| | l'art très-précieux, qui est fait par la dernière |
| | action, laquelle il doit soutenir avec |
| | son corps caché & homogène, & c'est cet |
| | argent vif qu'ils commandent tirer, tant de |
| | l'argent vif, que des corps. Epître d'un |
| | certain Parisien commençant, Mon Seigneur |
| | sous correction. |
@
CHAPITRE III.
165
Scholie.
| L Es Philosophes disent que le mercure est | |
| fait d'une matière terrestre, mais plus subtile | |
| que la cendre ou la chaux, & d'une humidité |
|
| plus tenue que l'eau, qu'Aristote dit être |
|
| vapeur aqueuse & terrestre, & que ses deux |
|
| matières sont tellement subtilisées & exactement |
|
| mêlées, que la plus petite partie de l'une |
|
| entre dedans la plus petite partie de l'autre, & |
|
| par ainsi des deux s'en fait un, cette opinion est |
|
| de Démocrite, de Gilgil, & de Platon. L'élixir |
|
| doit ressembler à cet argent vif, car pour |
|
| composer l'élixir, on prend une substance fixe, |
|
| & une volatile, & faut tellement subtiliser & |
|
| mêler ces deux substances qu'elles n'en fassent |
|
| qu'une, laquelle sera nommée argent vif ou parfait |
|
| secret, c'est à dire la pierre ou matière des Philosophes, |
|
| qu'est le dernier effet du feu, à savoir |
|
| de rendre cette matière rouge, en laquelle |
|
| le mercure ajouté à cette homogénéité (qu'est |
|
| le corps caché) se réduit cette matière parachevée |
|
| est nommée mercure qu'il faut tirer de l'argent |
|
| vif & des corps, c'est à dire de l'or & de l'argent, |
|
| par l'ordre déjà marqué, & qui le sera encore |
|
| au chap. des opérations. |
|
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| L E Soleil est le Père & la Lune la mère, | Florent.
|
| en cette opération l'eau est le mâle, & | |
| la terre est la femelle. Florentius c. 4. l. I. |
|
| Les fols doivent être laissés en leurs erreurs, | |
| d'autant que ceux qui cherchent cette |
|
| L iij | |
@
166
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | haute science en autres espèces, ne la |
| | trouveront pas, & ne l'auront jamais jusques |
| | à ce que le Soleil & la Lune seront réduits |
| | en un corps. Le même c. 7. 22. |
| | En notre élixir & pierre bénite l'eau |
| | est l'âme de la pierre, & notre pierre (laquelle |
| | est appelée blanche & rouge) est |
| | le corps de l'eau bénite. Le même c. 24. |
| | La composition ou l'imprégnation se |
| | fait par le mercure nettoyé premièrement |
| | de certaine terrestréité, laquelle il a en soi, |
| | & par les corps crus, & non calcinés, |
| | comme quelque fols pensent, & ont été |
| | déçus. Le même l, 2. c. 4. |
| | La pierre est engendrée d'un père qu'est |
| | le Soleil, conjoint avec la mère, qu'est la |
| | Lune, & nourri de sa terre, par la vertu |
| | de laquelle, & de nature & d'iceux l'élixir |
| | & été engendré & nourri. Le même |
| | l. 3. c. 5. |
| | La pierre est faite des sucs de trois herbes, |
| | à savoir de mercuriale, de la porchaille |
| | (ou pourpier marin, laquelle fait le |
| | lait blanc) & de la chélidoine, le mercure, |
| | de laquelle ne diffère en rien du mercure |
| | qu'on vend publiquement. Le même l. |
| | 3. c. 10. |
@
CHAPITRE III.
167
Scholie.
| L E sage nous dit qu'il ne faut rien répondre | |
| au fol, à celle fin qu'on ne soit estimé | |
| fol: Florentius nous dit le même, car la plus |
|
| grande partie des rechercheurs s'étant mis |
|
| une opinion qu'elle que ce soit dans leur cervelle |
|
| s'y attachent tellement qu'ils croient qu'aucun |
|
| autre n'a la vraie connaissance de la pierre |
|
| qu'eux, & rien ne les peut divertir que la fin |
|
| laquelle ils trouvent toute contraire à leur but, |
|
| ils n'auront (dit notre auteur) jamais rien s'ils |
|
| ne joignent le Soleil & la Lune pour en faire un |
|
| corps par le moyen de l'eau qu'est le mercure, |
|
| lequel par sa force (qu'il nomme esprit) unit la |
|
| terre blanche & rouge (qu'est l'or, & l'argent) |
|
| avec soi. Or en cette composition survient une |
|
| noirceur que quelques uns croient être une saleté |
|
| procédant ou du mercure, ou des corps y |
|
| plongés; & par conséquent ils l'ôtent par |
|
| soufflement, lavure & re-lavure, mais tant |
|
| plus ils lavent toute la masse, tant plus le tout |
|
| se noircit, tellement que le total se réduit à |
|
| perte, & ainsi ils se trouvent déçus. Que |
|
| donc l'on conduise cette noirceur par le mercure, |
|
| & puis qu'il soit nourri par sa terre, & par |
|
| ces trois (qu'il nomme sucs) la nature & l'artiste |
|
| engendreront, nourriront, & parachèveront |
|
| l'élixir. |
|
| L iiij | |
@
168
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Texte. |
| | |
| Armingan- | L Es deux luminaires, desquels tu as besoin
|
| dus. | sont le Soleil & la Lune, le Soleil
|
| | est fixe, mais la Lune ne l'est pas, pour ce |
| | qu'elle n'endure pas tous les examens, comme |
| | le Soleil, toutefois ces deux corps doivent |
| | être dissout, à celle fin qu'ils puissent |
| | rendre beaux les autres corps. Armingandus |
| | c. 1. |
| | De trois un se fait, & alors c'est une |
| | pierre en essence, & triple en substance, & |
| | ceci sera vrai parmi les sages, mais faux |
| | parmi les fols & ignorants. Le même |
| | c. 4. |
| Ortulan. | Le Soleil engendre le Soleil par multiplication
|
| | de la pierre philosophique, c'est à dire |
| | par l'esprit de la quinte essence, mais il |
| | faut qu'il ait un réceptacle propre pour sa |
| | semence, & sa nature, & icelui est l'argent, |
| | qu'est cause qu'on dit la Lune être la mère, |
| | la conjonction de ces deux corps est nécessaire |
| | en cet art tant pour le blanc que pour |
| | le rouge. Ortulan. |
| | La partie animale, végétale & minérale, |
| | & desquelles Hermès a eu connaissance pour |
| | l'oeuvre solaire sont contenues en une pierre, |
| | à savoir au mercure, & partant cette pierre, |
@
CHAPITRE III.
169
| est dite parfaite, pour ce qu'elle a la nature |
|
| animale, végétale, & minérale. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| L Es Philosophes Chimiques appellent fixe | |
| le métal qui résiste à tous les examens du | |
| feu, comme à la cendrée ou coupelle, au ciment |
|
| royal composé ordinairement de vitriol |
|
| rubéfié, de vert de gris brûlé de sel armoniac, |
|
| de brique, & d'émeri, quelques |
|
| uns le composent autrement à l'eau royale de |
|
| départ ou eau forte faite de deux livres de |
|
| vitriol romain, une livre de salpêtre, & une |
|
| livre d'alun, chacun préparé à propos celle ci |
|
| rend la Lune en eau , & non l'or, mais si à cette |
|
| eau forte on y ajoute le sel armoniac, alors |
|
| s'appelle eau régale, & rend l'or en eau, de ces |
|
| deux corps résolus en eau se tire un secret admirable |
|
| cherche, & recherche, & peu connu, |
|
| c'est une clef sans laquelle peu de personnes entrent |
|
| dans ce contentement, car quoi que cette |
|
| clef ouvre, si n'entre elle pas dans la maison. |
|
| Entre tous les métaux le seul or s'y maintient, |
|
| car l'argent ne soutient que la coupelle, à laquelle |
|
| les autres se consument. Plusieurs se |
|
| rompent la tête à fixer l'argent, pour ce qu'il |
|
| le trouvent écrit dedans les livres, mais |
|
| c'est en vain, car celui duquel les auteurs, |
|
| écrivent est la matière blanche |
|
| que les Philosophes nomment argent fixe; l'argent |
|
| commun très-bien épuré doit être pris |
|
| qui non fixe, ajouté à l'or fixe font une matière |
|
| entre deux, n'étant du commencement si |
|
@
170
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | parfait que l'or, mais qui est aussi quelque |
| | chose plus que l'argent, c'est cet argent, qui sert |
| | comme de matière, & l'or de forme, & le mercure |
| | comme d'un informant, & conjoignant |
| | ces deux, qui finalement ne sont qu'un, ce qui |
| | est connu des habiles, mais inconnu aux ignorants. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Somme utile. | N Otez & considérez bien deux choses,
|
| | en premier lieu, que notre Médecine |
| | soit de la nature du métal, en second lieu, |
| | que le métal duquel tu doit faire la médecine |
| | soit plus noble en puissance & propriété |
| | sur tous les autres métaux. La somme |
| | utile commence au nom de Dieu c. 3. |
| | Des seuls luminaires, à savoir du Soleil |
| | & de la Lune, avec l'eau de rosée de Mai |
| | qu'est eau de vie, ou minérale (laquelle |
| | n'est extraite, ni de Saturne, ni de Jupiter) |
| | laquelle ne laisse aucune crasse en la |
| | distillant, l'opération des Philosophes en |
| | est faite. Vincent aux questions 1. 6. 8. 9. |
| | Le Soleil soit purifié par le cément, la |
| | Lune par la coupelle, notre eau de vie avec |
| | le sel ou le vinaigre, jusqu'à ce qu'elle soit de |
| | couleur céleste. Le même, question 10. |
| | 11. |
| | Qui veut suivre le chemin de nature & sans |
| | se détourner, n'a besoin pour faire la bonne |
@
CHAPITRE III.
171
| pâte que du Soleil, de la Lune & du mercure, |
|
| car s'il y met chose contraire, nature ne |
|
| les unira. Daniel de Justinopoli en ses |
|
| chansons section 1. |
|
| Si tu veux avoir l'oeuvre Philosophique, | Carpinus.
|
| joints les corps, âme esprit, à savoir le |
|
| Soleil, la Lune, & le mercure, car de ces |
|
| tris la pierre des Philosophes est faite, la |
|
| Lune sert de mère, le Soleil de père, & le |
|
| mercure de sperme. Carpinus. |
|
| Les principes ou éléments de l'art, sont le | Payen
|
| Soleil, la Lune, & le mercure, qui doivent |
|
| être résolus par l'ordre écrit par les Philosophes. |
|
| Payen p. 9. |
|
| L'or, l'argent & le mercure ne sont pas | |
| préparés séparément par notre art, mais |
|
| tout ensemble, d'autant que l'or & l'argent |
|
| sont parfaits par le mercure, & icelui par |
|
| iceux, & ceci se fait par le mélange des |
|
| plus petites parties. Le même p. 21. |
|
| Saches, mon fils, que l'or est de difficile so- | Incertain.
|
| lution à cause de son mélange, & étant dissout |
|
| s'envolerait facilement, & cause de sa |
|
| subtilité, s'il n'était retenue par l'argent, la |
|
| couleur de sa dissolution est comme la fleur |
|
| dite, plaisante joie, & est comme celle d'un |
|
| corbeau. D'un Auteur incertain, qui |
|
| commence, Cher fils. |
|
@
172
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Rouillac. | Deux choses de même nature sont requises
|
| | pour parfaire notre pierre, une sèche |
| | incombustible, l'autre humide, volatile, & |
| | incorruptible, icelles étant unies ne peuvent |
| | jamais être séparées. Rouillac p. 6. commence |
| | les Poètes. |
| | La forme & la matière, desquelles la |
| | pierre des Philosophes est composer sont de |
| | même espèce, à savoir du Soleil & de la |
| | Lune, & non d'autres, lesquelles sont réduites |
| | en mercure par le mercure. Le même |
| | p. 17. 27. |
| | Le mercure fixé par la chaux des corps |
| | parfaits, c'est à dire par le Soleil & la Lune, |
| | est la pierre des Philosophes. Le même |
| | p. 86. |
| Synésius. | Nous n'ajouterons rien à notre mercure
|
| | que l'or & l'argent, pour ce qu'ils sont la |
| | teinture blanche & rouge, & ne sont étrangers, |
| | mais ils sont son levain avec lesquels |
| | l'ouvrage est parachevé. Synésius p. 3. |
| Morien. | Aucun ne peut parvenir à la perfection
|
| | de notre oeuvre, jusqu'à ce que le Soleil, & la |
| | Lune soient unis: & tous ceux qui croient |
| | le contraire se trompent. Morien au chapitre |
| | dernier expositif des espèces. |
| Geber. | L'or, est la teinture de la rougeur, pour ce
|
| | qu'il teint & transforme tous corps, les |
@
CHAPITRE III.
173
| esprit se mêlent, s'unissent & se figent par |
|
| icelui avec grand artifice, ce que les ignorants |
|
| ne peuvent croire, mais la Lune est la |
|
| teinture de la blancheur, & est mêlée avec |
|
| l'or, & sont calcinés & dissout avec grand |
|
| travail, & sans aucun profit ni utilité. |
|
| Geber. c. 3. 2. l. I. de la grande perfection. |
|
| L'artiste tire par son industrie, moyen- | Desiderable.
|
| nant le mercure, du Soleil & de la Lune |
|
| trois éléments, & cet extrait est nommé |
|
| des Philosophes mercure animé. Au livre des |
|
| lavements commençant. Desiderable désir. |
|
| L'esprit mercuriel est le lieu de l'âme soli- | Artéphius.
|
| taire, & le corps solaire, & le corps de la |
|
| fixation contenant avec la Lune, l'esprit & |
|
| l'âme: or l'esprit pénètre le corps fixe; l'âme |
|
| conjoint, teint & blanchit, de ces trois joints |
|
| ensemble notre pierre est faite, à savoir du |
|
| Soleil, de la Lune & du mercure. Artéphius |
|
| commençant l'antimoine p. a. |
|
| Si tu veux étendre la vertu intérieure de | Cosmopolite.
|
| quelque métal plus outre que nature, il te |
|
| faut prendre la nature métallique, tant du |
|
| mâle que de la femelle, autrement tu travailleras |
|
| en vain. Cosmopolite c. I. p. 3. |
|
| Prends dix parties de notre airain, & de | |
| l'or vif, & de la Lune vive, de chacun |
|
| une partie, mêle les. Le même p. 22. |
|
@
174
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Bacon. | Aucune chose ne doit être mise aux métaux,
|
| | laquelle ne soit composée d'iceux, ou |
| | d'iceux sortie: or il est assez notoire que les |
| | métaux sont faits de mercure & de soufre, |
| | & pourtant que notre médecine est |
| | faite d'iceux, par icelle les métaux imparfaits |
| | peuvent être parfaits, c'est donc |
| | merveille que plusieurs travaillent (pour |
| | avoir cette médecine) sur les animaux, & |
| | végétaux, qui sont matières fort éloignées, |
| | vu que les minéraux sont plus proches, & |
| | ne faut pas croire que les Philosophes aient |
| | parlé de ces éloignés que par similitude, |
| | car rien ne se peut joindre aux métaux qui |
| | ne soit de leur nature, & partant nous ne |
| | devons prendre que lesdits argent vif, & |
| | soufre, & non point l'argent vif seul, ne |
| | le soufre seul, mais les deux mêlés, desquels |
| | deux divers métaux sont faits, & lesquels |
| | nous devons prendre pour notre pierre, |
| | mais d'autant que nous trouvons des |
| | métaux, auxquels le soufre & l'argent |
| | vif sont disproportionnés, & nous ignorons |
| | cette exacte proportion, nous prenons l'or |
| | qui est un corps masculin, parfait, sans |
| | aucune superfluité, ou diminution, & l'argent |
| | qui est aussi un corps féminin parfait, |
| | que s'ils sont teint au double ou quadruple, |
@
CHAPITRE III.
175
| ou centuple; autant teindront ils, & parferont |
|
| les imparfaits. Bacon c. 3 livre de |
|
| l'Alchimie. |
|
| La pierre est faite du Soleil, de la Lu- | Roman.
|
| ne & du mercure. Roman de la rose. |
|
| En notre composition, le Soleil & la Lu- | Escot.
|
| ne y sont en vertu & en essence, de ces trois |
|
| sens aucune autre chose notre pierre, |
|
| physique est engendrée, & ne le peut |
|
| être d'aucune autre chose, quelque subtilité |
|
| qu'on y apporte, quand on dit, que |
|
| le Soleil physique n'est point le Soleil vulgaire, |
|
| cela est vrai, mais si le Soleil vulgaire, |
|
| n'eut été premièrement vulgaire, il |
|
| n'aurait peu être rendu physique, mais |
|
| après qu'il a été rendu en eau physique, & |
|
| fait spirituel, alors il est très bien préparé, |
|
| & est propre de teindre les métaux imparfaits, |
|
| mettant une partie d'icelui sur mille |
|
| parties d'iceux, & acquiert cette grande |
|
| vertu par l'art, ce que le Soleil commun ne |
|
| peut faire, ne crois pourtant que nous |
|
| prenions d'autres corps du commencement |
|
| que l'or & l'argent commun, car c'est |
|
| en eux que la quinte essence recherchée, est |
|
| cachée, & en iceux, & d'iceux procède la |
|
| teinture, & quiconque teint le mercure |
|
| avec le Soleil & la Lune, il a trouvé le secret |
|
@
176
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | les philosophes, qu'ils nomment le soufre |
| | physique. L'Escot au Roi d'Angleterre |
| | p. 114. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | D Aniel dit, que celui qui veut suivre le |
| | droit chemin, & non les droits chemins, |
| | montrant tacitement qu'il n'y a qu'un |
| | chemin, Payen confond principe & élément, |
| | de quoi nous avons parlé ci dessus, puis il reprend |
| | tacitement ceux qui préparent la médecine |
| | au blanc à part, & au rouge à part, disant |
| | que l'or & l'argent sont parfaits, c'est à dire, |
| | sont menés à une plus grande blancheur ou |
| | rougeur par le moyen du mercure, & ledit mercure |
| | est fixé par iceux, se mêlant par subtiles |
| | parties avec eux, mais dit le suivant, l'or est de |
| | difficile dissolution, à cause de son bon mélange, |
| | à quoi Greverius souscrit, disant qu'il est |
| | plus difficile de détruire l'or, que de le construire, |
| | ce que nul ne sait que ceux qui l'entendent, |
| | car étant réduit en couleur noire, il est volatil, |
| | & s'en peut aller en fumée, mais si la Lune |
| | est mêlée & résolue avec lui, elle l'arrêtera |
| | un peu; au creuset mis sur le feu, mais en fin lui |
| | s'en étant volé, elle se vitrifiera, & ses marquetûres |
| | blanches demeureront au creuset, & |
| | j'ose dire que cette matière volatile est le principe |
| | de tous les métaux. Rouillac appelle l'or |
| | matière sèche & incombustible, & le mercure |
| | matière humide, volatile & incorruptible; ce |
| | qui est véritable. Apres il montre que le mercure |
| | cure |
@
CHAPITRE III.
177
| étant fixé n'est autre chose que l'oeuvre |
|
| parfaite, par laquelle les métaux imparfaits |
|
| sont parfaits & dépurés. Synésius dit qu'il n'ajoute |
|
| rien au mercure (qu'est la matière poussée |
|
| au blanc & au rouge) que l'or & l'argent, |
|
| ce qu'il entend, pour la fermentation, ce que |
|
| Geber confirme de suite, se moquant de ceux |
|
| qui calcinent & dissolvent avec eaux corrosives |
|
| l'or & l'argent, mais, dit le suivant, on tire |
|
| trois éléments, lesquels sont l'eau (entendue par le |
|
| blanc, l'air (par le jaune) & le feu (par le rouge) |
|
| car la noirceur qu'on tire par le mercure, de l'or |
|
| & de l'argent (qu'est la base) est prise pour la |
|
| terre, sur quoi le Cosmopolite dit que si on |
|
| veut que la matière teigne beaucoup plus artificiellement, |
|
| qu'elle ne peut faire naturellement, |
|
| il faut réduire ou amener le tout à une |
|
| teinture & fixation plus grande qu'ils n'ont pas |
|
| étant assemblés, sans se servir des choses étranges |
|
| volatiles, puantes & adustibles, desquelles |
|
| on ne tirera jamais aucune chose de bon |
|
| pour l'oeuvre philosophique, quelque subtilité |
|
| qu'on y apporte, & quelque ferment qu'on fasse |
|
| d'y avoir trouvé du profit. |
|
| M | |
@
178
| | |
| | Q U E C'E S T Q U'I L F A U T |
| | |
| | PRENDRE EN LA PIER- |
| | re Philosophale, & |
| | comment. |
| | |
| | CHAPITRE IIII. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| | L faut prendre l'esprit
|
| | moyen, ou la matière qui |
| | est toujours trouvée au milieu, |
| | & c'est cet esprit que |
| | nous cherchons, qui est entre |
| | le fixe & le volatil. Isaac l. I. |
| | c. 5. |
| | Si tu me crois tu éviteras toute séparation |
| | d'éléments, soit au mercure de l'oeuvre minéral, |
| | ou végétal, ou à la pierre, laquelle |
| | Dieu nous a donnée gratuitement: en |
| | quelque lieu qu'il soit parlé d'icelle, & dit |
| | qu'on sépare les éléments, évite toutes ses opérations |
| | à cause de l'incertitude. Avant |
| | toutes choses travaille à la grande oeuvre, |
| | laquelle n'apporte aucun souci, n'aucune |
| | distillation, ne congélation, ne modification, |
| | n'aucuns corps étranges, ne choses |
| | étranges, ne sales ayant fèces, tu n'y calcines |
@
CHAPITRE IV.
179
| rien, c'est un genre, une chose, un vaisseau, |
|
| un fourneau, & un ouvrage au blanc |
|
| & au rouge, & nul péril peut arriver à |
|
| l'oeuvre, car ce grand ouvrage se dissout |
|
| soi même, & se sublime soi même, se fixe |
|
| soi même, & se liquéfie & parfait. Le |
|
| même l. 2. c. 13. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Et esprit moyen est tel qu'il n'est ni Soleil, | |
| ni Lune, qui sont corps pesants, durs, | |
| solides & fixes, ni mercure qui est un corps |
|
| glissant, fluide & volatil, mais un corps qui |
|
| tient de l'un & de l'autre, & une matière, laquelle |
|
| tient aussi de l'un & de l'autre, en poudre |
|
| noire, nageant par dessus tout le composé en forme de |
|
| toile d'araignée, laquelle il faut recueillir subtilement, |
|
| avec l'aile d'une plume, une heure ou deux |
|
| après que toute cette masse aura été jetée dans |
|
| quantité décuple de la mer, de laquelle on |
|
| continuera la collection de ladite noirceur appelée |
|
| communément décollation du corbeau: & |
|
| cette noirceur mise dans un creuset au feu, s'en |
|
| ira en partie en fumée & l'autre partie se vitrifiera: |
|
| cette épreuve n'est nécessaire à l'art, mais |
|
| seulement à la curiosité, cette noirceur donc est |
|
| cet esprit moyen; cette tête de corbeau, ce merle, ce |
|
| charbon, cet antimoine, ce saturne, ce mercure, |
|
| cette poix tant désirée & tant recherchée, & laquelle |
|
| doit être nourrie de son propre lait sur |
|
| un petit & lent feu, par lequel la tortue devanM |
|
| ij | |
@
180
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | cera l'aigle, & cette lenteur unira & homogénéisera |
| | les deux matières en apparence contraires, |
| | à savoir ce soufre noir & le mercure céleste, |
| | la noirceur étant poudre chaude & sèche, le |
| | mercure froid & humide, la chaleur & siccité |
| | & échauffe la froideur & humidité |
| | de son adjoint, qui par sa froideur & |
| | humidité tempère la chaleur & siccité de son |
| | compagnon, tellement que des deux s'engendre |
| | un tempéré: mais quelqu'un dira que cette |
| | noirceur sort de la saleté & excrément des |
| | matières impures du composé, à quoi nous répondons, |
| | que le Soleil, la Lune & le mercure |
| | ont été rendus tels, que nous les disons astralisés |
| | par dépuration exacte, puis que cela est, |
| | cette noirceur ne procède point de la saleté d'iceux, |
| | puisqu'il n'y en est resté aucune d'ailleurs |
| | si c'était saleté, & excrément, il se consumerait |
| | au feu, & ne se mêlerait point exactement |
| | avec son lait, & ne s'y nourrirait ni |
| | augmenterait, car les fèces & saletés ne reçoivent |
| | point d'aliment, or cette matière noire en |
| | reçoit, elle n'est donc excrément, si on ne |
| | l'entend de même façon que les Médecins disent |
| | être la semence humaine, laquelle ils définissent |
| | être l'excrément de la dernière concoction. |
| | Or nous avons parlé plus clairement |
| | de la décollation de ce corbeau, & de sa |
| | nutrition que plusieurs autres, & par ci après |
| | les autorités que nous alléguerons, nous porteront |
| | d'en parler plus amplement, Dieu aidant. |
@
CHAPITRE IV.
181
Texte.
| C Elui qui ne sait tirer l'âme du So- | Alan.
|
| leil & de la Lune, & icelle remettre | |
| par la projection au corps, qu'il sache qu'il |
|
| se trompe lourdement: or cette âme se tire |
|
| par le moyen de l'esprit du mercure, car notre |
|
| âme physique tirée du Soleil & de la |
|
| Lune dissout les corps. Alanus p. 31. |
|
| L'extraction de l'âme par l'esprit du | |
| mercure, n'est pas faite tout à coup, mais |
|
| à plusieurs fois, c'est à dire & divers temps, |
|
| jours, heures & moments, jusqu'à ce qu'on |
|
| en aie à suffisance. L'âme ne se tire pas |
|
| des corps toute à une fois, mais en plusieurs, |
|
| ni à un vaisseau contenant la dissolution, |
|
| c'est à dire auquel le corps se dissout, la matière |
|
| ne s'y dissout point tout à coup, mais |
|
| de jour à autre, peu à peu, & derechef encore, |
|
| peu à peu suivant le régime de l'ouvrier |
|
| & de la nature; n'estimez donc que la |
|
| solution du corps se fasse en une seule fois, |
|
| mais peu à peu par succession de temps, & |
|
| selon que les Philosophes ont dit, & que |
|
| leurs écrits témoignent. Ne crois point |
|
| que la teinture se tire à une seule fois, mais |
|
| bien assidûment peu à peu, & encore |
|
| peu à peu, c'est à savoir, une noirceur, jour |
|
| M iij | |
@
182
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | par jour, jusques à ce que avec le temps l'ouvrage |
| | soit achevé. Le même p. 54. 55. 56. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | P Lusieurs ignorants notre composition, ignorent |
| | aussi notre dissolution, & par conséquent |
| | ignorent l'extraction de la matière dissoute, |
| | nommée Ame, qui est cette noirceur, de |
| | laquelle nous avons déjà parlé, & laquelle |
| | peut être recueillie de huit en huit jours plus |
| | ou moins, selon l'assiduité & subtilité de l'artiste. |
| | Or pour ce qu'il en faut du moins une once, |
| | & qu'elle sera long temps à être faite si on |
| | prend peu de matière; sera bon d'en prendre |
| | quantité, comme quatre onces de chacun des |
| | deux corps, qui feront huit onces, & de l'eau |
| | marine ou mercure trente deux onces, ces quarante |
| | onces pourront donner dedans environ trois |
| | mois, ou cent jours l'once désirée, & icelle tirée, |
| | on trouvera le mercure en son même poids, |
| | si on a bien pris garde que rien d'icelui n'ait été |
| | perdu, & les deux corps diminués de la quantité |
| | que pèse la noirceur retirée, & lesdits corps, |
| | aussi bons & beaux qu'ils étaient avant qu'ils |
| | fussent mêlés, & lesquels les Orfèvres & Raffineurs |
| | savent séparer l'un de l'autre, ce qu'ils |
| | font par le moyen de l'eau forte; O curieux, |
| | l'homme & la femme après avoir rendu & |
| | mêlé leur semence, & icelle jetée dans la matrice |
| | ne sont point par après moindres. Avez |
| | vous pas encore appris dedans nos livres que |
| | cette pratique, est comme semblable à la génération |
@
CHAPITRE IV.
183
| de l'homme? considérez la, & vous en |
|
| trouverez la vérité. |
|
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| S I tu veux faire la pierre des Philosophes | Garlandius.
|
| du Soleil, de la Lune, & du mercure, | |
| fais ainsi, sépare l'esprit le plus subtilement |
|
| que tu pourras, sans qu'avec icelui y demeure |
|
| que le moins qu'il se pourra faire de la |
|
| substance du vent phlegmatique, (car difficilement |
|
| se peut-il faire autrement) cet esprit |
|
| est nommée eau ardente, & ressemble à |
|
| la poix. Garlandius. |
|
| L'huile des Philosophes est ce qui a été | Ventura.
|
| fait par la conjonction de l'âme & du corps |
|
| duquel corps l'âme a été tirée par ce même |
|
| subtil qui est eau & vapeur aérienne, lequel |
|
| esprit ne se joint plus derechef au corps q; |
|
| moyennant l'âme, & pourtant il faut auparavant |
|
| joindre l'âme tirée avec l'esprit, à |
|
| celle fin de les joindre tous deux ensemble |
|
| avec le corps, lequel en sera vivifié, & la |
|
| nature cachée, manifestée. Ventura c. 21. |
|
| p. 118. |
|
| Il ne faut pas prendre ce de quoi les mé- | Egidius.
|
| taux ont été faits, mais bien ce qui sort |
|
| d'eux: le soufre & l'argent vif, desquels |
|
| les métaux sont engendrés, ne sont point |
|
| M iiij | |
@
184
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ceux desquels la pierre est faite, d'autant |
| | qu'ils sont combustibles, mais bien ce qui |
| | procède d'iceux métaux qui ne se peut brûler. |
| | Egidius p. 16. |
| | Cette pierre est une puissante vapeur de |
| | métal, pour laquelle avoir, te faut être |
| | subtil & avisé. Le même p. 71. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | S I la noirceur étant survenue, l'on remue en |
| | tournant, & comme secouant le vaisseau, cette |
| | noirceur ira au fond de toute la matière, & y |
| | pourra être amassée en forme de poudre impalpable, |
| | avec laquelle n'y aura aucun mercure, |
| | mais si on cueille cette noirceur (sans remuer |
| | le vaisseau) en forme de toile d'araignée, il y aura |
| | toujours quelque peu du dissolvant. Or cette |
| | noirceur, tant à cause de sa propriété de noircir, |
| | que de ce qu'elle nage, est nommée huile, |
| | lequel tel qu'il est chaud & sec, ne peut plus |
| | être joint avec son corps aussi peu que la semence |
| | de quelque animal ou plante que ce puisse |
| | être, ne peut être rejointe avec celui, duquel |
| | elle est sortie, mais si cette noirceur est mise dedans |
| | un vaisseau propre, & la nourrie de son |
| | propre sang avec une commode chaleur, comme |
| | dedans sa matrice, peu à peu elle croîtra |
| | & en vertu & en poids, & de noire elle deviendra |
| | blanche, de blanche jaune, & de jaune |
| | rouge; alors étant blanche ou rouge pourra facilement |
| | être remêlée avec les corps métalliques |
| | blanc ou rouge, qui servira d'âme ou d'informant, |
@
CHAPITRE IV.
185
| ou de vivifiant, & étant ainsi mêlée |
|
| pourra commodément être mêlée avec les |
|
| corps qu'on désire parfaire, & pour ce |
|
| faire ne faut aller dans les minières pour y prendre |
|
| ce de quoi les métaux sont faits, car plusieurs |
|
| minéralogistes, & entre autres Isaac assure |
|
| c. 97 p. 362. qu'aux minières où on trouve l'argent |
|
| vif, on n'y trouve aucun métal, |
|
| & à celle auxquelles en trouve le métal on n'y |
|
| trouve aucun argent vif, que le dit argent vif est |
|
| une matière crue, inutile à notre art, mais |
|
| qu'il est l'instrument & le marteau pour travailler |
|
| en notre dit art, & qu'il est aussi l'instrument |
|
| pour tirer toutes les couleurs de toutes choses |
|
| métalliques, ce que nous disons pour répondre |
|
| à ceux qui se vantent de réduire tous les métaux | Contre les
|
| en mercure, ce que plusieurs ont longuement | extracteurs
|
| essayé, entre lesquels nous pouvons | des mercures
|
| nommer Fallope, qui au c. 37. de son livre des | des métaux.
|
| métaux & fossiles dit que tous ceux qui se |
|
| vantent de tirer l'argent vif, de l'étain, de l'argent |
|
| & de l'or, ont menti, d'autant que c'est |
|
| chose impossible. Il n'y a guères de temps |
|
| qu'un certain brouillon me jurait qu'il tirait |
|
| l'argent vif de tous les métaux facilement & en |
|
| tout temps avec une matière; laquelle on mange |
|
| ordinairement, & qu'il le ferait en ma présence, |
|
| lors que je voudrais, & qu'il me l'apprendrait, |
|
| me dit encore qu'il préparait l'argent |
|
| vif de telle façon, qu'il attirerait |
|
| à soi l'or qu'on mettrait un demi pied proche, |
|
| ou loin de lui, & plus facilement que l'Aimant |
|
| n'attire le fer mais étant allé chez lui il chercha |
|
@
186
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | des excuses & n'eut de quoi prouver son |
| | dire, aussi est ce chose impossible aussi peu que |
| | d'attirer un anévrisme (qui est dilatation d'artère) |
| | du devant de la poitrine au derrière du dos, |
| | & en promettre la guérison, comme il a fait |
| | à un Avocat du privé Conseil sans autre effet |
| | que de la mort, comme je lui en fis le pronostic, |
| | & qui arriva à la honte de ce prometteur. |
| | Quittons donc ces opérations fantastiques sans |
| | raison, sans fondement, & sans fruit, pour |
| | prendre, non ce de quoi les métaux sont faits, |
| | mais ce qui sort d'eux qui est nommé soufre, |
| | argent vif, & autres noms, mais tous philosophiques, |
| | & qui ne sont point combustibles, car |
| | comme nous avons dit ci devant, s'ils prennent |
| | ce de quoi les dits métaux sont faits, quelle |
| | matière prendront ils, sera-ce celle que Démocrite |
| | dit, ou celle de Gilgil, ou celle d'Albert, |
| | ou celle d'Agricola? ô rechercheurs pour |
| | faire un homme, vous ne prenez pas la terre, |
| | de laquelle Dieu forma l'homme; mais |
| | vous prenez la semence, laquelle procède de |
| | l'homme sans que pourtant l'homme soit détruit, |
| | pour à quoi parvenir la lecture des |
| | bons Auteurs, la méditation subtile, & la patience |
| | au travail est nécessaire. |
@
CHAPITRE IV.
187
| Textes. | |
| |
|
| P Rends la chaux, ou la terre préparée & | Vogelius.
|
| lavée de chaque corps imparfait, & | |
| y mets de mercure semblablement purgé, |
|
| jusqu'à ce qu'il surnage de deux ou trois |
|
| doigts en un vaisseau long, ayant le col étroit, |
|
| puis mets y dessous, un feu très-lent, afin |
|
| que le mercure ne monte, & jusques à ce que |
|
| tu vois l'huile s'élever sur le mercure, comme |
|
| une petite peau de diverses couleurs, lequel |
|
| il faut séparer & serrer, & derechef refaire |
|
| comme dessus, jusques à ce que tout l'huile |
|
| sera tirée, & qu'aucune chose ne se verra |
|
| monter, alors sépare ton mercure de la |
|
| chaux, & le mets sur même quantité de |
|
| chaux purgée de quelque corps qu'il te plaira, |
|
| & fais comme auparavant, continuant |
|
| le feu lent jusques à ce que tu auras tiré d'icelle |
|
| tout l'humeur vivifiant. Tu pourras |
|
| réitérer cette opération si souvent que tu voudras, |
|
| c'est à savoir, jusqu'à ce que tu auras |
|
| toute la quantité d'huile que tu désires, |
|
| ajoutant de nouveau mercure, si celui que |
|
| tu avais mis est diminué, enfin mets toute cette |
|
| huile amassé dedans un cucurbite, & sur |
|
| chaque partie d'icelui, mets y six parties |
|
| du mercure qui t'a servi à extraire l'huile, |
|
@
188
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | que si la quantité est trop grande, tu pourras |
| | la diviser en plusieurs cucurbites. Digère |
| | le tout ensemble durant un mois, enfin sépare |
| | le mercure par un feu lent, à celle fin |
| | que l'huile ne monte avec lui, & lors qu'aucune |
| | chose n'évaporera, par ce degré de feu |
| | (ce que tu connaîtras mettant une lame de |
| | cuivre sur la bouche d'un vaisseau) saches |
| | que l'huile précieuse du soufre est au fond, |
| | lequel il faudra subtiliser de soi par douze |
| | ou quinze distillations, à celle fin qu'il tire |
| | toutes les fèces terrestres, si aucunes en a, & |
| | coule facilement comme huile commun chauffé. |
| | Vogelius c. I. p. 14. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C Et Auteur nomme l'or & l'argent communs, |
| | imparfaits , pour ce qu'on a accoutumé |
| | de leur ajouter quelqu'un des autres |
| | métaux, c'est pourquoi il dit terre préparée |
| | & lavée: Pour preuve de cette addition, & |
| | par conséquent impureté & imperfection (laquelle |
| | n'est essentielle, mais accidentelle,) les |
| | Orfèvres font alliage du cuivre avec l'or, combien |
| | qu'il soit plus léger que l'argent, qui le |
| | rend blafard, & pâle, ledit cuivre le rendant |
| | plus vif, & si on fait alliage du cuivre, de l'argent |
| | avec l'or, il est impossible d'en faire le vrai |
| | jugement (si on ne sait le poids de l'un ou de |
| | l'autre) par l'épreuve de la pierre de touche, & |
@
CHAPITRE IV.
189
| pour ce que les orfèvres travaillant en joyaux, |
|
| disent qu'ils ne peuvent travailler en or à vingt |
|
| deux carats, sans y mettre remède ou alliage, |
|
| ou en or fin à un quart de remède, ils ne travaillent |
|
| qu'à vingt, & le plus souvent qu'à dix neuf |
|
| carats, de sorte qu'en vingt quatre marcs, ils |
|
| y mettent cinq marcs ou d'argent, ou de cuivre, |
|
| & voila comme l'or qu'ils mettent en oeuvre |
|
| n'est point pur, & pour excuse ils disent |
|
| qu'il est impossible aux affineurs d'affiner l'or au |
|
| vingt quatrième carats qu'il n'y ait quelque |
|
| peu d'autre métal ajouté, ni l'argent au 12. |
|
| degré qu'il n'y aie quelque alliage, & même |
|
| que l'affinement préfixe suivant l'ordonnance |
|
| n'est qu'à vingt trois carats & 3. carats de carats, |
|
| sur un 8. de remède, & l'argent à onze deniers |
|
| deux grains & trois carats, tel qu'il est aux réaux |
|
| d'Espagne, ou bien onze deniers dix huit |
|
| grains comme il est au poinçon de Paris: ce n'est |
|
| donc de merveille que l'or & l'argent tels soient |
|
| appelés imparfaits impurs & non nôtres, |
|
| mais après avoir été bien purifiés, ils sont appelés |
|
| calcinés, pour ce que cette dépuration de |
|
| l'or se faisant par l'eau du départ, qui ronge & |
|
| réduit en eau pour un temps tout ce qui n'est or, |
|
| ou par l'antimoine qui consume tout autre |
|
| métal que l'or, & l'argent se purifie par la |
|
| coupelle & c'est de cette façon qu'il faut entendre |
|
| la chaux, sans s'imaginer une infinité d'autres |
|
| inutiles opérations décrites & inventées |
|
| par plusieurs, ou par ignorance, ou pour tromper |
|
| les ignorants, & trop outrecuidants. Or s'il |
|
| faut que l'or & l'argent soient très purs, il faut |
|
@
190
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | aussi que l'argent vif le soit de même, la raison |
| | est que plusieurs de ceux qui le vendent y mêlent |
| | du plomb qui le rend crasse & noirâtre, mais |
| | il s'en trouve de si pur qu'il n'a besoin d'aucune |
| | mondification aussi peu que l'or & l'argent venants |
| | purs de leur mine, que s'il y a quelque |
| | peu de saleté & qu'elle demeure après l'avoir |
| | fait passer par le chamois, pourra être ôtée le lavant |
| | avec le sel bien blanc, & le vinaigre bien |
| | clair & fort, & puis lesdits sel & vinaigre sortis |
| | tels qu'ils y auront été mis, sera desséché avec |
| | la mie de pain blanc, laquelle pourra être |
| | changée jusques à ce qu'elle sorte aussi blanche |
| | qu'elle y aura été mise, & puis ledit argent vif |
| | sera passé par le chamois: j'ai toujours |
| | trouvé ce nettoiement bon, mais j'ai trouvé inutile |
| | & mauvais tout nettoiement avec autres |
| | choses, comme est celui du vitriol, chaux & |
| | autres qui le rendent trop sec, & plus impropre |
| | à notre dissolution, à cause qu'une certaine |
| | humidité radicale qui est en lui s'en trouve |
| | altérée, & par conséquent il ne peut si facilement |
| | agir en l'or & l'argent vif. Cet or, argent |
| | & argent vif étant ainsi dépurés sont dits |
| | Soleil, Lune & mercure, & non or, argent & argent |
| | vif, communs, & vifs, & non morts, pour |
| | ce qu'étant très purs, la semence qu'ils rendront |
| | pourra produire cette médecine si excellente, |
| | de laquelle nous parlons & écrivons |
| | conformément aux autres Philosophes. |
| | Plusieurs cherchent un mercure, qui mis dans |
| | un cuillère d'argent & icelui évaporé au feu, y |
| | laisse une marque jaune qu'ils disent être la |
@
CHAPITRE IV.
191
| marque de celui duquel l'or a été ou aurait |
|
| été fait, mais pour moi je n'en ai peu encore |
|
| voir de tel, s'il y en a, il peut bien être, mais |
|
| comme il a été dit, dedans les mines des métaux |
|
| on n'y trouve aucun argent vif. Or notre |
|
| Auteur dit qu'il faut mettre le mercure sur la |
|
| chaux à la hauteur de trois doigts par dessus, ce |
|
| que je trouve fort difficile, pour ce que l'or & |
|
| l'argent, soit qu'ils soient en chaux qu'on appelle, |
|
| ou limes, ou en feuille, s'enflent visiblement, |
|
| & l'or allant au fond l'argent surnage, voire |
|
| le tout bien broyé devient fort dur, & quelques |
|
| fois si solide qu'il le faut rompre par force, |
|
| j'estime donc que mettant quatre parties d'eau |
|
| sur une de terre cela sera mieux, & plus sûrement |
|
| travaillé, & le tout mis dedans un vaisseau |
|
| propre, & très-bien bouché, le mettre sur un |
|
| feu lent & propre, dans un fourneau bien proportionné, |
|
| où la matière peu à peu s'échauffant, |
|
| se dissoudra, & ce qui sera dissout surnagera |
|
| en couleur noire qu'il faudra retirer, comme |
|
| déjà a été dit, jusqu'à ce qu'on aie la quantité |
|
| suffisante, sur laquelle il dit qu'on mette six |
|
| parties, pour dire la sixième partie du mercure, |
|
| duquel il a été séparé, qui mêlé comme il faut |
|
| (c'est ici le secret & la difficulté) se mettra en |
|
| la même forme de cette noirceur tirée, & après |
|
| un mois plus ou moins de digestion, le mercure |
|
| ne sera plus courant ni liquide, alors lui en |
|
| faudra donner d'autre, de quoi nous parlerons |
|
| bien tôt amplement & clairement au chap. de |
|
| la nutrition. |
|
@
192
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | T E X T E. |
| | |
| Arnaud. | T V as besoin de travailler à la dissolution
|
| | de la pierre, & de séparer ses parties |
| | pures des impures, & pesantes, & alors |
| | tu parferas ton ouvrage avec les parties légères, |
| | ayant séparé les parties pesantes, car |
| | ayant premièrement effacé la forme des |
| | corps, un autre se présente, c'est à savoir |
| | la première d'iceux étant corrompue, & cette |
| | forme seconde se parait en couleur noire, |
| | en odeur puante, & au toucher & manière, |
| | subtile & discontinue. Arnaud en son |
| | miroir p. 55. |
| | Amasse à part toute la noirceur survenante, |
| | d'autant qu'elle est l'huile & le vrai |
| | signe de dissolution, car ce qui est dissout |
| | vient au plus haut, par quoi on sépare de ce |
| | qui est en bas ce qui monte en haut, comme |
| | corps d'or garde le donc soigneusement, de |
| | peur qu'il ne s'en aille en fumée. Le même |
| | en son Rosaire l. 2. c. 3. |
| | |
| | Scholie, |
| | |
| | A Rnaud donne le nom de pierre à toute la |
| | composition, les uns croient que c'est à |
| | cause que le tout étant mêlé, se rend en dureté |
| | très-grande, les autres disent que c'est pour ce |
| | que l'oeuvre étant parachevé, il demeure au |
| | feu |
@
CHAPITRE IV.
193
| feu sans s'y diminuer, pour quelque cause que |
|
| ce soit, sans nous en soucier beaucoup, nous |
|
| disons que c'est le nom reçu, tant des doctes, |
|
| qu'indoctes de nommer cette besogne pierre |
|
| des Philosophes. Il faut donc, à ce qu'il dit, |
|
| travailler à la dissolution d'icelle, mais si c'est |
|
| avec un feu violent, ou doux, ou sans liqueur |
|
| ou avec icelle, & quelle, il n'en dit rien, se |
|
| contentant de montrer deux parties en cet |
|
| oeuvre, un pesant, qu'est la masse, & l'autre léger |
|
| qu'est la matière dissoute, laquelle a les |
|
| marques, lesquelles sont ici décrites, & desquelles |
|
| a déjà été assez clairement parlé. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| I L est nécessaire qu'avant que la pierre soit | Le Moyne.
|
| faite élixir elle soit tirée de la nature des | |
| deux corps. Le Moyne p. 15. |
|
| Le feu doit être petit, jusques à ce que | |
| l'esprit soit séparé du corps montant en forme |
|
| de nuées noires sur les corps. Le même |
|
| p. 35. |
|
| L'esprit digéré est extrait du corps dissout | |
| par l'esprit cru. Le même p. 167. |
|
| Si tu ne résous le corps en mercure, par | Richard.
|
| le mercure tu ne pourras point avoir de lui |
|
| sa vertu cachée, à savoir le soufre digest, |
|
| & cuit par l'oeuvre de nature dedans la mine. |
|
| Richard chap. 21. |
|
| N | |
@
194
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | A Rnaud a caché le moyen de la dissolution |
| | des corps: lequel cet Auteur nous déclare; |
| | à savoir que c'est par le moyen du mercure, |
| | que le mercure (à savoir des Philosophes) |
| | est tiré des corps, qui est de couleur noire, |
| | ou esprit, qui est cette même noirceur tiré |
| | par l'esprit cru; ce qui se fait dedans la mine, |
| | savoir dans le vaisseau très-bien bouché, & |
| | chauffé par un petit feu. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| | C Elui qui cherche notre soufre rayonnant, |
| | faut qu'il fasse la paix entre le |
| | Soleil, & sa femme, de telle façon qu'ils ne se |
| L'échelle des | séparent l'un de l'autre, mais qu'ils soient
|
| Philosophes. | mêlés inséparablement, ce qui se fera lors
|
| | que tu auras tiré partie de sa nature, & |
| | partie de la nature de sa femme, cela fait, |
| | tue les, & étant morts ils ressusciteront en |
| | résurrection nouvelle, tellement qu'après |
| | ils seront immortels. L'échelle des Philosophes |
| | p. 100. |
| Libavius | Notre enfant étant né, ou notre putréfaction
|
| Des marques | parachevée, ou la tête du corbeau
|
| de la noir- | doit être noir comme suie, d'où il & pris
|
| ceur des Phi- | son nom de noir plus noir que le noir, si on le
|
| losophes. | manie avec les doigts, il adhère si subtilement,
|
@
CHAPITRE IV.
195
| qu'il ne s'en va que par le lavement, |
|
| si on le jette dans l'eau, il va au fond après |
|
| l'avoir noircie, cette noirceur est nommée du |
|
| commencement vraie teinture, vraie semence, |
|
| cendre qu'on doit priser, terre noire, |
|
| laquelle au commencement demeure sur |
|
| l'eau, lait de vierge, mercure double fait |
|
| du mercure des corps & du cru, soufre, |
|
| avec de l'or. Libavius l. 14. p. 112 de la |
|
| pierre des Philosophes. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| S I la lecture & étude des bons livres est nécessaire | |
| à celui, qui est amateur de cette | |
| science, nous en avons parlé au chap. précédent |
|
| nous disons bons & non tels quels, & attendant |
|
| notre index expurgatorius, nous disons |
|
| par préalable qu'augurer ne vaut rien, & n'a | Augurel
|
| su autre chose que jargonner, Paracelse n'y | Paracelse
|
| a rien entendu, Barnaud, Gaston Claveus ou | Barnaud &
|
| du Cloud, ni Penot son maître n'y ont entendu, | du Cloud,
|
| comme on dit communément, que le | Penot.
|
| haut Allemand, nous en parlons, comme le sachant |
|
| bien pour avoir conféré tout particulièrement |
|
| avec lesdits Barnaud à Crest en Dauphiné, |
|
| & avec ledit Penot à Yverdun en Suisse où |
|
| nous nous sommes acheminés exprès pour y |
|
| ouïr l'un son Epître Patris ad filium, au commencement |
|
| de laquelle y a un grand F & un |
|
| grand I. auquel ayant demandé si s'était un I, |
|
| pour dire fiat, ou vu L, pour dire flat, il eut |
|
| N ij | |
@
196
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la bouche close: & sur l'intelligence du fiat & |
| | flat il n'eut de quoi répondre aussi peu que sur |
| | l'exposition de son quadriga, Penot aussi n'eut |
| | de quoi répondre sur l'intelligence de ces questions |
| | aussi peu |
| | que dessus son apologie l'un & l'autre me répondant |
| | qu'ils avaient tiré ce qu'ils avaient |
| | fait imprimer de quelques vieux brouillards |
| | écrits à la main qu'ils avaient recouverts courants |
| | & rodant parmi le monde. Je dis de |
| | même d'un Salinarius, qui ne recommande |
| Salinarius. | que le sel commun, la préparation duquel il
|
| | recommande sur toutes choses du monde pour |
| | la fabrique de notre pierre, avec laquelle il ne |
| | peut être uni, pour ce qu'il n'y a aucune analogie |
| | de l'un l'autre, & par conséquent ce |
| | ce qui sort de l'or ne peut être nourri de |
| | ce avec quoi il n'a aucune communication, |
| | suivant ce qu'Hypocrate dit au |
| | livre de la médecine des anciens, à savoir que |
| | chaque partie est nourrie de ce de quoi elle est |
| | composée, mais notre pierre n'est point composée |
| | de sel, elle n'en sera pas donc nourrie, ô |
| | curieux la semence de l'homme est procédée |
| | du sang, elle est donc nourrie dans la matrice |
| | de sang. Epluches donc chaque chose par son |
| | principe, comme il est marqué à la page 105. de |
| | Marguerita Novella, saches aussi, que comme |
| | le bois en sa plus grande quantité n'est qu'une |
| | humidité aqueuse, pâtissant par la sécheresse |
| | terrestre, que de même notre élixir parfait |
| | n'est autre chose qu'argent vif pâtissant par un |
| | vêtement chaud & sec complectionnal, & que |
@
CHAPITRE IV.
197
| ce qui est premier en la composition: est le dernier |
|
| en la résolution, & que la matière qui est |
|
| la plus dense endure plus la force, & résiste |
|
| beaucoup plus à son agissant & dissolvant, & |
|
| que tout agent agit selon la force de la matière |
|
| résistante, contre laquelle il doit prévaloir. |
|
| Mais si le Lecteur n'a point d'intelligence des |
|
| écrits des Philosophes, qu'il sache qu'il ne |
|
| peut bien travailler, pour ce qu'il n'est encore |
|
| entré dans la connaissance de leur matière, & |
|
| quiconque rejette la lecture des bons livres, & |
|
| prend une autre voie, s'amusant à entendre |
|
| les coureurs & charlatans, & à prouver diverses |
|
| recettes, qu'il sache qu'il se trompe lourdement. |
|
| Qu'il lise donc (quoi que quelque | La lecture
|
| ami l'apprenne fidèlement) les bons auteurs, | est nécessai-
|
| mais qu'il sache qu'un seul livre n'apprend | re.
|
| pas tout ce qui est nécessaire en cette |
|
| science, mais un livre Interprète ou éclaircit |
|
| ce qui est caché & obscur en un autre, pour |
|
| preuve de quoi Raymond Bacon, Albert, |
|
| Anaxagoras ont enseigné le poids & la proportion, |
|
| toutes fois ça été encore obscurément: |
|
| Bacon en ses Epîtres, Raymond un peu plus |
|
| clairement en son art général, l'intelligence |
|
| desquels plusieurs pensent très bien avoir par |
|
| la lecture d'une fois, de quoi ils se trompent, |
|
| ne sachant ce u'ils sont au commencement, |
|
| & ne saurons ce qui adviendra par la fin, laquelle |
|
| ils trouveront contraire à l'ouvrage de |
|
| Dieu qui de nulle matière (mais seulement de |
|
| sa seule parole soit fait) tout cet univers fut |
|
| fait, mais le contraire arrive à ces acariâtres |
|
| N iij | |
@
198
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | qui de toutes choses font rien. Or si pour |
| | fondre les métaux au feu, & les y laisser longtemps, |
| | si pour faire une eau forte, & une régale, |
| | ou mettre l'or dedans l'esprit du sel, on faisait |
| | la paix (de laquelle notre auteur parle) c'est |
| | à dire l'union du Soleil & de la Lune, les Philosophes |
| | ne se peineraient pas tant de nous exhorter, |
| | & décrire cette pièce, il n'y faudrait |
| | un si long terme, comme il se verra ci après au |
| | chap. 10. Mais cette paix est un chef d'oeuvre, |
| | duquel chacun ne se peut dire maître plusieurs |
| | s'enrôlent sous l'apprentissage, mais mauvais |
| | écoliers, ils fuient la lecture (trop pénible |
| | pour eux) des bons & divers auteurs, & se |
| | contentas d'une science superficielle en discourent |
| | comme perroquets en cage. Or écoutez, |
| | cette paix ne se fait jamais que par une réduction |
| | d'eux en autre forme, & pour faire la paix |
| | il y doit avoir de la contrariété aux deux |
| | guerroyant; & de ces deux jamais la |
| | paix ne se fera, si un tiers ami de l'un & |
| | de l'autre ne s'en entremet, & la génération efficace |
| | n'adviendra point par l'action d'un seul; |
| | car pour icelle il faut de nécessité qu'un mélange |
| | advienne pour le moins de deux contraires, |
| | car un seul, ne se congèlera pas, & son contraire |
| | ne l'accostera pas mais un tiers les pourra |
| | joindre, ce seront donc trois qui engendreront |
| | un quart, qui ne seront ni l'un ni l'autre. |
| | Ceux desquels nous parlons & entendons, est |
| | chaud & sec, l'autre est froid & humide, le |
| | tiers tient & communique de l'un & de l'autre, |
| | voir est la mère de l'un & de l'autre, ils sont |
@
CHAPITRE IV.
199
| tous deux durs, pesants, malléables, fusibles, |
|
| endurants le feu, le ciment, l'antimoine, l'eau |
|
| forte, le plomb, ne se mêlant dedans l'eau, |
|
| ne se rouillant dans la terre, ne se cariants à |
|
| l'air, & ne se diminuant au feu, donne donc |
|
| ordre que sans détruire leur humidité radicale |
|
| ni leur siccité essentielle, vous les rendiez |
|
| mols, légers, impalpables, non fusibles, volatils, |
|
| se mêlant avec le ciment, l'antimoine, |
|
| l'eau forte, le plomb, s'imbibant d'eau, se perdants |
|
| dans la terre, se corrompant à l'air & |
|
| s'enfuyant au feu, ce qui adviendra infailliblement |
|
| suivant l'ordre décrit ci devant, vous les |
|
| tirerez donc après avoir fait leur paix, leur ôtant |
|
| leur lustre & splendeur, lors que vous les fermenterez |
|
| ou au blanc, ou au rouge, comme |
|
| nous verrons au c. 12. de la fermentation. Texte |
|
| |
|
| L E soufre des Philosophes est un feu | La correction
|
| vif, simple, vivifiant les autres corps | des fols.
|
| morts, & les nourrissants, tellement qu'il |
|
| supplée au défaut de nature, d'autant qu'il |
|
| a une maturité superflue, car étant parfait |
|
| de sa nature, par l'artifice il est plus dépuré, |
|
| duquel quelqu'un dit, un tel soufre ne |
|
| se trouve point sur la terre, si ce n'est en ces |
|
| deux corps, dedans lesquels il est à savoir |
|
| Soleil & Lune, & en un autre qui ne se dit |
|
| point à personne, mais seulement Dieu le révèle, |
|
| toutefois il est plus parfait au Soleil, |
|
| d'autant qu'il est plus digéré & cuit. CorreN |
|
| iiij | |
@
200
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ction des fols c. 6. p. 7. |
| | La Médecine est produite de l'eau mercuriale, |
| | dedans laquelle le Soleil & la Lune |
| | ont été premièrement dissout; que si tu ne |
| | résout les corps en mercure par le mercure, |
| | tu ne pourras avoir la vertu cachée, c'est |
| | à savoir le soufre digest & cuit par l'oeuvre |
| | de nature dedans la mine. Le même c. 8. |
| | p. 10. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| Sur ce soufre, | C E soufre des Philosophes est dit feu vif,
|
| s'il est joint | simple, vivifiant les autres corps morts, &
|
| avec le mercure | les nourrissants, pour ce que notre pierre parachevée
|
| en l'or voit la | étant jetée dessus les métaux nommés
|
| réponse de | imparfaits fondus chasse d'iceux l'impureté, &
|
| Trévisan à Thomas | leur donne la couleur & la fixation qu'elle a, non
|
| de Bologne, que | totalement mais en partie, de même que le
|
| je n'ai voulu ici | vin fort couvert, le safran fort rouge départiront
|
| transcrire pour ce | leurs couleurs superflues, c'est à dire, qu'ils
|
| que je désire | ont trop à l'eau laquelle leur sera ajoutée, la
|
| que le curieux y | quelle eau aura de la couleur d'iceux selon le
|
| recouvre son | plus ou le moins de la matière teignante, & de
|
| excellence & | la teinte, & ainsi ces métaux purifiés & teints
|
| éclaircissement | seront dits être vivifié & nourris, car aucun
|
| admirable, con- | vivant ne peut vivre sans nourriture, & chaque
|
| cluant que les | vivant a un foie à sa mode, & à nous invisible,
|
| deux sont | comme nous est aussi invisible la nourriture
|
| conjoints in- | de laquelle il use: Or ce superflu n'est pas pris
|
| séparablement. | ici pour saleté ou excrément, mais pour surabondant,
|
| | exemple, ayant bien faim ou soif d'une |
@
CHAPITRE IV.
201
| grande quantité de viande, & de breuvage, j'en |
|
| mange & bois mon saoul, le reste me sera superflu, |
|
| le chyle qui est fait au ventricule ou estomac |
|
| lui étant agréable s'en nourrit, ce qui |
|
| lui reste de superflu l'envoie aux intestins, tellement |
|
| que ce qui était superflu à l'estomac sert de |
|
| viande & d'aliment au foie, lequel saoulé de ce sang |
|
| envoie le superflu aux grandes veines ainsi ce |
|
| qui était superflu au foie est fait aliment propre |
|
| de chaque partie, & après la nourriture de |
|
| chaque partie tant charnue que solide, le superflu |
|
| demeure dedans les veines d'où il est attiré |
|
| peu à peu par les testicules, d'où enfin la semence |
|
| est faite. Ainsi ce blanc excellent & brillant, |
|
| & ce rouge tirant sur le noir étant plus grand |
|
| qu'il ne faut pour eux seulement communique |
|
| aux autres cette couleur & fixation qui leur est |
|
| surabondante & superflue. Or ce superflu ou |
|
| soufre ne peut être trouvé en aucun lieu, que |
|
| dedans l'or & l'argent, mais quel est celui duquel |
|
| il entend; je présume de l'entendre, mais |
|
| pour ce qu'il dit que seulement Dieu le révèle, |
|
| je le passe sous silence, notre auteur réfute |
|
| aussi facilement les veines rêveries de ceux |
|
| qui veulent prendre la matière, de laquelle les |
|
| métaux s'engendrent dedans la minière, c'est à |
|
| dire, matière seulement commencée, à laquelle |
|
| donnant le feu de leur fantaisie, croient la mener |
|
| en peu de jours au comble de leur désir imaginaire; |
|
| il faut, dit-il, résoudre les corps, à savoir |
|
| du Soleil & de la Lune en mercure, pour en |
|
| avoir la vertu cachée, à savoir le soufre que |
|
| nature a digéré & cuit en iceux dedans la minière; |
|
@
202
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | il ne dit pas seulement commencé, mais digéré |
| | & cuit: Mais posons le cas qu'ils trouvent |
| | cette matière commencée, & peut être diront |
| | ils être celle dont Ovide parle en la première |
| | partie de la générale & naturelle histoire des |
| | Indes l. 6. c. 8. p. 97. laquelle il dit être l'or |
| | qu'on trouve sous la terre en sa mine doux & |
| | mol, comme cire molle & liquide, & aussi aisée |
| | à tordre entre les doigts, mais si tôt que l'air |
| | le frappe, il s'endurcit, soit ceste-là ou une autre |
| | elle ne pourra être amenée à autre chose, que |
| | ce pourquoi elle a été commencée, car nature |
| | n'agit que selon la disposition de la matière, |
| | exemple, de la semence de l'homme nature n'en |
| | fera pas un chenal, de la graine de laitue, un |
| | sapin, & ainsi de la matière de laquelle le métal |
| | se fait, nature n'en fera pas l'élixir, qu'est une |
| | matière tirée seulement par l'art & conduite |
| | par icelui à un degré de perfection plus haut |
| | qu'aucun métal, n'y autre chose que nature ait |
| | produite, & laquelle soit venue à notre connaissance: |
| | Laissons donc pénétrer ces fols & |
| | tracasser tant qu'ils voudront parmi les entrailles |
| | de la terre, voire la percer d'une superficie à |
| | l'autre & ayant les yeux aussi aigus que ceux |
| | de Lincée conter les moindres particules d'icelle, |
| | nous nous contentons en notre simple & |
| | nue intelligence & assurée connaissance qui |
| | nous défend ces curiosités extravagantes & absurdes |
| | qui plongent ses disciples dans un labyrinthe, |
| | au profond & abîme duquel ils tombent |
| | & se précipitent, comme fit ce maître |
| | contemplateur des étoiles, qui marchant & |
@
CHAPITRE IV.
203
| étant les yeux en haut se précipita dedans le |
|
| fossé, auquel il ne prenait garde. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| M Ets les corps purifiés dedans le mercure | |
| mondifié, & alors tu verras apparaître | |
| sur la superficie la noirceur, laquelle |
|
| tu doit recueillir prudemment la mettant |
|
| à part, & saches pour assuré, que ta pierre |
|
| est dissoute en partie. Cette noirceur est le |
|
| commencement de l'Art, la tête du corbeau, |
|
| & que le corps se dissout & réduit en |
|
| sa première matière. Aristote p. 163. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| M Ais parlons nous point aux sourds, ou | |
| nous montrons la voie aux aveugles? | |
| cette noirceur, dit notre Auteur, (mais non l'Estagirire |
|
| fils de Nichomache) est le commencement |
|
| de l'art, que si les rechercheurs fantasques |
|
| ne nous veulent croire, il ne s'en faut émerveiller, |
|
| puis que le Prophète Ezechiel au chap. |
|
| 35. dit que Dieu n'est entendu des impies: Or |
|
| cette noirceur ne s'entend pas de celle, de laquelle |
|
| Fallope c. 9. p. 247. des Bains dit que |
|
| l'or en sa propre veine est de couleur noire & |
|
| argileuse, mais celle qui apparaît sur la superficie |
|
| des corps; peut être la trouverez vous en |
|
| la minière souterraine y préparée & tirée par |
|
| quelque Pygmée ou Farfadet, & la prenant de |
|
@
204
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | leurs mains, vous ne ferez qu'avaler le morceau |
| | à la forme de la femme Doenus, mais je |
| | doute plutôt que vous filerez la corde & qu'un |
| | autre la mangera, c'est à dire que les triacleurs, |
| | coureurs, faux monnayeurs, attrapeurs de deniers |
| | carboniperdes & fumivores vous consumeront |
| | autant d'argent par leurs fausses recettes, que |
| | vous en saurez amasser, étudiez donc & voyez |
| | que dit le suivant. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| Rosaire. | N Otre soufre & des sages ne se trouve
|
| | point sur la terre, s'il n'est tiré de |
| | ce corps (à savoir or & argent) par quoi |
| | il les faut préparer subtilement pour avoir |
| | le soufre sur la terre, car le corps parfait |
| | par notre magistère aide & parfait l'imparfait |
| | sans mélange de chose étrange, |
| | quelle que ce soit. Rosaire p. 18. |
| | La teinture est seulement des deux corps |
| | parfaits, desquels ces soufres se peuvent |
| | tirer. Le même p. 184. |
| | Il est nécessaire que notre pierre soit extraite |
| | de la nature des deux corps avant |
| | qu'elle soit faite élixir parfait, d'autant |
| | qu'il est nécessaire que l'élixir soit plus dépuré |
| | que l'or & l'argent: notre mercure ne |
| | se peut avoir que des corps liquéfiés, mais |
| | non point d'avec liquéfaction vulgaire, mais |
@
CHAPITRE IV.
205
| bien par celle, laquelle dure jusques à ce que |
|
| les mariés soient unis & accouplés par |
|
| vrai mariage, & cela est jusques à la blancheur. |
|
| Le même p. 186. |
|
| Ce qui est fait spirituel monte en haut du | |
| vaisseau, mais ce qui est épais & grossier |
|
| demeure en bas, & si tu ne noircis & détruis |
|
| tellement le corps jusques à ce que l'eau |
|
| ne se veuille plus mêler avec lui, ou être reçue |
|
| de la terre, tu n'avanceras rien, car | Note pour la
|
| lors que la poudre spirituelle se fait elle de- | difficulté de
|
| meure en bas. Par quoi si tu ne le con- | mélange de
|
| vertis en poudre spirituelle, tu ne l'as pas | l'eau à la
|
| encore assez triturée. Le même p. 188. | terre.
|
| Notre pierre est nommée par les Philosophes | |
| Mercure, qui n'est point né, comme |
|
| plusieurs estiment, mais est tiré des corps. |
|
| Le même p. 94. |
|
| Brûle notre airain par un feu lent, | |
| comme de la nourrice des oeufs, jusques à ce |
|
| que le corps soit établi, & que la teinture |
|
| soit extraite, mais ne la tire point toute |
|
| à coup, mais peu à peu par chacun |
|
| jour, jusques à ce que par la longueur du |
|
| temps, tout soit parachevé. Le même p. |
|
| 197. |
|
| Fais un cercle rond du mâle & de la femelle, | |
| & d'icelui tire en un carré, & d'icelui |
|
@
206
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Quadrature | un triangle, fais le cercle rond, & tu
|
| du cercle. | auras la pierre des Philosophes. Le
|
| | même p. 168. |
| | La pierre est vile, noire, puante, non |
| Calid. | achevée par prix, est sèche, non subsistance,
|
| | légère, est nommée origine du monde |
| | d'autant qu'elle sort, comme ce qui germe, |
| | & c'est la manifestation & apparition au |
| | rechercheur. Calid. c. 9. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L Es répétitions sont fâcheuses en plusieurs |
| | matières principalement étant si souvent |
| | réitérées, mais je crois qu'en cette science elles |
| | ne seront inutiles, & partant n'en doivent être |
| | fâcheuses, le soufre des Philosophes ne se pourra |
| | trouver en aucune part, si par art on ne le tire |
| | des corps parfaits sans aide d'aucune chose |
| | étrange, & alors ce sera la teinture & perfection |
| | des corps imparfaits & l'élixir tant recherché, |
| | lequel en son commencement monte en haut |
| | pour ce qu'il est spirituel, & de spirituel est fait |
| | corporel, & de nature de mercure qui teint (ce |
| | avec quoi il adhère) de sa couleur, & cette |
| | brûlure, de laquelle il est parlé ici, c'est à |
| | cause de la noirceur survenante laquelle venant |
| | peu à peu doit aussi être cueillie peu à peu, jusques |
| | à ce qu'on en aie la quantité laquelle on désire, |
| | & laquelle peut suffire d'une ou deux onces, |
| | & laquelle sera alors cercle, c'est à dire |
| | homogène, dans laquelle seront quatre éléments |
@
CHAPITRE IV.
207
| & quatre couleurs, à savoir terre, eau, |
|
| air, feu, noir, blanc, jaune, rouge & carré |
|
| de ce carré la noirceur disparaissant, le triangle |
|
| demeurera, à savoir le blanc, le jaune & le |
|
| rouge le triangle sera réduit à la ligne, jaune, fin |
|
| du blanc & commencement du rouge, & cette |
|
| ligne sera menée au point qu'est la rougeur indivisible. |
|
| En ce qu'il dit faire le cercle rond c'est |
|
| qu'il entend que cette matière homogène soit |
|
| fixe par la fermentation, comme sera dit ci |
|
| après au chap. 12. car depuis qu'elle est sortie & |
|
| habillée de noir, elle est toujours volatile jusques |
|
| au rouge, là où il la faut fixer, cérer c'est |
|
| à dire rendre pénétrante, entrante, & dépurante |
|
| les imparfaits & alors elle aura perdu cette |
|
| vileté, noirceur, puanteur, siccité, légèreté, & |
|
| connaîtra on véritablement qu'elle n'est achetée |
|
| par prix d'argent, mais par étude, contemplation, |
|
| méditation & pratique subtile, non |
|
| somptueuse, pénible & fantastique. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L 'Ame est extraite de son corps par l'es- | Benoit.
|
| prit, & cette âme est dite, la clef de | |
| l'art, & cette matière noire, est nommée tête |
|
| de corbeau. Benoit p. 56. |
|
| Noirci la terre, & sépare son âme, en | |
| après retourne l'eau sur la terre blanchissant |
|
| le tout, & tu aura le magistère pour le |
|
| convertir en rougeur. Le même p. 59. |
|
| Le second régime est qu'on prenne l'oeuvre | |
@
208
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | le mettant à un vaisseau sur des cendre, criblées |
| | par quatre jours, car il se fera certaine |
| | noirceur à la superficie, laquelle il faut |
| | cueillir la gardant diligemment à part, & |
| | ainsi continuant l'ouvrage par un feu égal |
| | jusqu'à ce que tu auras tiré tout le noir, le |
| | milieu demeurant clair, & ceci est le second |
| | ouvrage, ou pierre des Philosophes. En |
| | après le troisième ouvrage est que tu prennes |
| | cette noirceur, & la mettez en un urinal |
| | au feu lent sur les cendres, y ajoutant par |
| | dessus du moyen clair, tant qu'il nage quatre |
| | doigts, continuant ainsi les décoctions, & |
| | sans se hâter, jusques à ce que le tout se fasse |
| | blanc. Gerar de vivariis. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons marqué par ci devant, que |
| | nous n'avons encore rencontré un auteur |
| | qui nous décrive l'ouvrage des Philosophes tout |
| | au long, c'est la cause pour laquelle il nous est |
| | nécessaire d'avoir plusieurs livres, & les lire diligemment, |
| | car tous ne vont pas si franchement |
| | que celui ci, qui ayant laissé la première opération, |
| | qu'est la composition, met icelle sur le |
| | feu lent & petit pour y engendrer & tirée la noirceur, |
| | jusques à ce, que ce qui est au dessous & |
| | dessus des corps, qui est le mercure se trouve au |
| | milieu, à savoir des corps & de la noirceur, |
| | demeure clair; & dessus cette noirceur y faudra |
| | ajouter |
@
CHAPITRE IV.
209
| ajouter par l'ordre qu'à déjà été dit; & sera encore |
|
| au chap. 7. de la nutrition, & non comme |
|
| il dit ici pour rendre l'étudiant plus attentif à |
|
| ce qu'il faut faire, appelant le matras urinal, |
|
| comme nous verrons au chap. 9. ci après parlant |
|
| du vaisseau. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| N Otre oeuvre est tiré de la chaux des | Saturnin.
|
| métaux par putréfaction jusques à ce | |
| que le composé dépouille sa nature, & en |
|
| prenne une autre, & par ces opérations le |
|
| mercure des Philosophes est fait. Jacques |
|
| de saint Saturnin p. 72. |
|
| Mettez l'eau à un vaisseau de verre, & | Le sentier.
|
| le cuisez par un feu lent, jusques à ce |
|
| que vous voyez paraître un sa superficie une |
|
| noirceur, laquelle vous cueillerez & ôterez, |
|
| subtilement chaque jour le mieux que vous |
|
| pourrez, & derechef le cuisant, & ôtant ladite |
|
| noirceur jusques à ce qu'elle ne vienne |
|
| plus, en après faut prendre toute cette terre, |
|
| c'est à dire cette noirceur que tu as recueillie, |
|
| & la mets dedans un vaisseau de verre & |
|
| y mets au dessus d'eau, cuisant le tout par |
|
| un feu lent par dix jours, ajoutes y derechef |
|
| d'eau, laquelle tu cuiras & réitéreras |
|
| jusques à ce que la terre soit blanche & claire. |
|
| Le sentier des sentiers p. 72. |
|
| O | |
@
210
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Tourbe. | Si vous ne brisez, rompez, imbibez &
|
| | gouvernez diligemment le corps jusques à ce |
| | que puissiez tirer sa graisse, & en fassiez un |
| | esprit subtil & impalpable, vous travaillez |
| | en vain, à cette cause les sages ont dits, si |
| | vous ne faites les corps non morts, & les |
| | choses spirituelles corporelles, vous n'avez |
| | point encore trouvé le commencement de cet |
| | oeuvre, or les corps sont faits esprits, lors |
| | que l'Etelie est trituré jusques à ce qu'il |
| | soit fait poudre, & cette poudre ne se fait |
| | point sans forte trituration & décoction |
| | continuée, & se fait avec le feu, & non avec |
| | les moins avec l'imbibition, la putréfaction |
| | & l'Etelie, & lors que les sages ont dit parlant |
| | de cet art, que la nature est vile & de |
| | petit prix, ont fait errer le vulgaire. Les |
| | Philosophes aussi ont dit, que l'esprit humain |
| | est noir n'ayant aucune saleté, & de |
| | même que l'humidité & la siccité sont en |
| | l'homme, ainsi en notre oeuvre n'y a rien |
| | que la vapeur & l'eau. Tourbe, sentence |
| | 37. |
| | Les Philosophes ont dits, sachez que si |
| | vous ne réduisez tout en poudre, vous n'avez |
| | pas encore assez trituré, cuisez donc, |
| | jusqu'à temps que le tout soit trituré & fait |
| | poudre. Le même, sentence 38. |
@
CHAPITRE IV.
211
| L'airain est diligemment trituré l'ors qu'il | |
| est réduit en poudre avec l'eau. Le même, |
|
| sentence 39. |
|
| L'âme cachée ne se peut tirer, que par | |
| l'Etelie, laquelle fait le corps non corps par |
|
| la continuation de cuire; & la sublimation |
|
| de l'Etelie. Le même, sentence 47. |
|
| Prends la pierre suspendue sur la mer, son | Exemple.
|
| nom est Victoire, tue les choses vives par |
|
| lui, & vivifies les tuées, car elle a en sa main |
|
| la mort & la vie. Inconnu commençant, |
|
| l'exemple de science p. 389. |
|
| L'art divin apprend d'ôter du corps le | Incertain.
|
| plus parfait, la semence qui étant mise dedans |
|
| la terre philosophique préparée par art |
|
| & cuite continuellement par une chaleur |
|
| tempérée en poudre blanche ou rouge est estimée |
|
| convertir les corps bas à la nature des |
|
| supérieurs. Un certain, qui commence, |
|
| Droitement de toutes choses. |
|
| Les corps faits noirs comme charbon, sont | Lulle.
|
| le secret de notre vraie dissolution. Lulle |
|
| en la Clavicule c. I. |
|
| Prends ce qui est descendu au fond du vais- | Calid.
|
| seau, qu'est la crasse, lave la avec le feu |
|
| chaud jusques à tant que la noirceur soit ôtée |
|
| & soit subtilisée, & blanchis la d'une |
|
| bonne blancheur, & fais voler l'humidité |
|
| O ij | |
@
212
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ajoutée, & alors sera couverte & adviendra |
| | chaux blanche, en laquelle n'y aura obscurité |
| | ténébreuse, ni saleté, ni rien de contraire. |
| | Calid. c. 9. |
| Novum lu- | L'artiste n'avance rien en cet oeuvre, s'il ne
|
| men. | sait séparer le subtil de l'épais, & de le
|
| | mettre en vaisseau propre. Le nouveau |
| | flambeau chimique p. 38. |
| Arnaud. | Mets toujours à part le noir qui surnage,
|
| | car c'est l'huile & le vrai signe de la dissolution: |
| | il est fort vil, garde soigneusement |
| | qu'il ne s'en aille en fumée. Arnaud |
| | en son testament, qui commence. Moi |
| | Arnaud c. 1. l. 2. |
| Payen. | Le commencement (de l'oeuvre) est une
|
| | moyenne substance tirée artificiellement entre |
| | deux extrémités, du Soleil, de la Lune |
| | & du mercure, lesquels trois sont appelés |
| | de Geber, & autres Philosophes soufre |
| | rubéfiant, arsenic blanchissant & mercure illuminant, |
| | clarifiant & conjoignant. p. 8. |
| Geber. | Prends la pierre connue, & sépare en la
|
| | partie plus pure, & mets la à part. Geber |
| | de la sommaire perfection l. 2. C. 26. |
| | Les corps parfaits, ont besoin d'une telle |
| | préparation, que leurs parties soient mieux |
| | subtilisées & réduites à une spiritualité fixe, |
| | c'est à dire atténuer & subtiliser mieux que |
@
CHAPITRE IV.
213
| n'étaient au commencement, car étant bien |
|
| préparés, ils seront assez propres pour d'iceux |
|
| faire le grand élixir blanc ou rouge. Le |
|
| même recherche du parfait magistère. |
|
| Un chacun d'iceux est de très-forte composition |
|
| & substance uniforme, d'autant que la terre, |
|
| l'au, l'air & le feu sont tellement unis, |
|
| que l'un ne quitte point l'autre, mais bien |
|
| un se dissout avec l'autre, à cause de la forte |
|
| union qu'ils ont eue en leurs moindres |
|
| parties, l'un avec l'autre par sa chaleur |
|
| naturelle, & égale qui les a condensées, multipliées |
|
| & égalisées suivant le du cours |
|
| de nature & nécessité de leur essence dedans |
|
| les mines de la terre, & c'est selon l'opinion |
|
| de quelques vieux Philosophes. Le même |
|
| c. 33. de la sommaire perfection. |
|
| De l'or, & de l'argent par le moyen du | Lavements.
|
| mercure & du feu préparé, il se fait une |
|
| poudre noire, qu'on doit amasser & mettre |
|
| à part. Livre des lavements. |
|
| Tout le secret de ce secret Antimonial, | Artéphius.
|
| est que nous sachons tirer l'argent vif, non |
|
| brûlant du corps de la magnésie, & ceci est |
|
| l'Antimoine & le mercure sublimé, c'est à |
|
| dire, il faut tirer une eau vive, incombustible, |
|
| en après la congeler. Artéphius p. commence |
|
| l'Antimoine est des parties de Saturne. |
|
| O iij | |
@
214
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Tu n'as besoin si ce n'est de la tenue & subtile |
| | nature des corps dissout, laquelle notre |
| | eau te donnera si tu procèdes par un feu |
| | lent séparant les hétérogènes des homogènes. |
| | Le même p. 21. |
| Flamel. | Nos deux spermes se recueillent de la putréfaction
|
| | du Soleil & de la Lune. Flamel |
| | c. 3. du livre commençant. Encore que |
| | moi Nicolas Flamel. |
| Bacon. | Dedans les minières (par la continuelle
|
| | chaleur qui y est (l'épaisseur de l'eau s'y |
| | cuit, & épaississant tant, qu'en fin l'argent |
| | vif s'en fait, & de la graisse de la terre |
| | par la même décoction & chaleur, le |
| | soufre est engendré, desquels tous les métaux |
| | sont engendrez. Bacon c. 4. du miroir |
| | d'Alchimie. |
| La trompette. | Par une chaleur tempérée l'on tire de
|
| | la matière métallique une certaine humidité |
| | onctueuse mêlée d'une terre subtile, |
| | très-bien purgée, qu'on nomme Elixir, |
| | qui transmue les métaux: Le son de la |
| | trompette c. 33. |
| Vois Bonus | L'huile est une crasse ou limosité de tous
|
| en sa nouvel- | les métaux, nageant sur le menstrual
|
| le Margari- | après leur dissolution: or est il nécessaire
|
| ta in m**n | que les corps soient convertis en huile
|
| sions decimus. | autrement ils demeureront durs, & ce que
|
@
CHAPITRE IV.
215
| nous cherchons ne se ferait pas, & par |
|
| conséquent s'enfuirait une privation de |
|
| tous les principes de cet art. Le même |
|
| p. 37. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Oncluons par le consentement, & commune | |
| voix de tous les Philosophes Chimiques | |
| que le Soleil & la Lune, qui sont l'or |
|
| & l'argent très-purs, doivent être dissout par |
|
| le mercure, qui est l'argent vif, très-pur, & |
|
| que ce qui est dissout d'iceux surnage toute la |
|
| composition en forme d'une toile d'araignée, |
|
| de couleur noire, tenace au doigt & comme onctueuse, |
|
| & d'odeur puante, laquelle si on remue |
|
| avec la matière, se rendra en poudre, & tant |
|
| plus ira elle au fond; qu'il la faut retirer soit en |
|
| poudre ou nageant avec subtilité toute seule & |
|
| sans corps, que cette seule matière noire est le |
|
| fondement le principe sans lequel la pierre |
|
| des Philosophes ou élixir ne peut être fait & |
|
| qu'il n'y a autre matière que cette ci pour y parvenir |
|
| aussi peu qu'il y a d'autre principe que la |
|
| semence de l'homme pour faire un homme, & |
|
| que tous ceux qui disent autrement, mentent |
|
| misérablement, & blâment impudemment |
|
| tous les Philosophes, qui assurent cette vérité, |
|
| faute de jugement, d'étude, & de conscience. |
|
| Dieu les amende. Amen. |
|
| O iiij | |
@
216
| | |
| |
|
| | |
| | D'O T E R C E Q U I E S T |
| | SUPERFLU EN LA PIERRE |
| | des Philosophes. |
| | |
| | CHAPITRE V. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Egidius. | Ar la vertu du feu ton Soleil
|
| | est nettoyé, & ce nettoiement |
| | est pris par les Philosophes |
| | pour l'exaltation, & d'autant |
| | que le Soleil commence |
| | de monter à l'auge du mouton, c'est à dire, |
| | à sa hauteur, ne pouvant monter plus haut; |
| | de même ton Soleil est toujours exalté, jusques |
| | à la fin de l'oeuvre. Egidius c. 8. p. 22. |
| Arnaud. | Prends la terre, & la noirceur que tu as
|
| | amassée, & mets la en un vaisseau de verre |
| | y ajoutant de l'eau dite, jusqu'à ce qu'elle |
| | nage par dessus, & les cuits par 4. jours |
| | à un feu lent, remets y encore de l'eau, & |
| | cuits comme dessus, jusques à ce que la terre |
| | soit blanche, & claire, & c'est ce que les Philosophes |
| | ont dit, cette eau se pourrit avec la |
| | terre, & se mondifie, & alors étant mondifiée |
| | par l'aide de Dieu, tout le magistère sera parachevé |
| | par le moyen de l'eau, &c. Arnaud |
| | à la fleur des fleurs. |
@
CHAPITRE V.
217
| Geber & les artistes de ce divin ouvrage, | Greverius.
|
| appellent l'élection & le travail des semences |
|
| & de la terre, préparation, sans laquelle |
|
| ni le Soleil, ni la Lune, ni la terre des Philosophes |
|
| ne se peuvent avoir, n'y ayant aucun |
|
| autre moyen pour pénétrer & entrer au plus |
|
| profond de cet art, car l'or vulgaire est impur, |
|
| sale, malade, moribond, & par même |
|
| moyen stérile, l'argent de même, & la terre |
|
| vulgaire est en friche, mais la terre des |
|
| Philosophes est labourée par taureaux, ne |
|
| jetant que le feu: Combien que le Philosophe |
|
| prenne l'or, & l'argent & le mercure vulgaire, |
|
| toutefois il ne les met point à l'oeuvre |
|
| sans les avoir élevés de la terre commune à |
|
| un degré physique. Aucune chose donc de |
|
| sale, de malade & d'impur, n'entre en notre |
|
| ouvrage, jaçoit que nous nous servions |
|
| & les prenions premièrement sales, malades |
|
| & impurs. Greverius p. 9. |
|
| Notre chose a en soi tout ce que nous cherchons, | |
| à laquelle nous n'ajoutons ou diminuons |
|
| rien, mais en la seule préparation |
|
| nous ôtons le superflu, nous ôtons dis-je |
|
| l'humidité physique, laquelle est propre |
|
| pour l'oeuvre, laquelle sera aussi |
|
| claire que l'arme en laquelle est la |
|
@
218
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | quinte essence métallique, & icelle est le métal |
| | doux, & en icelle est le moyen d'unir les |
| | teintures, d'autant qu'elle a la nature du |
| | soufre & de l'argent vif. Rosaire p. |
| | 208. |
| Geber. | En la préparation des corps, il ne faut
|
| | rien ôter du dedans, comme étant superflu, |
| | mais bien plutôt de l'extérieur. Geber l. |
| | 2. c. 68. du parfait magistère. |
| | Ce qui est diminuée en iceux (métaux imparfaits) |
| | est le peu de mercure, & l'indue |
| | inspissation; l'accomplissement donc en iceux |
| | sera la multiplication de l'argent vif; le |
| | bon épaississement, & la fixation permanente. |
| | Le même c. 69. |
| | Le dépouillement des accidents n'est |
| | pas impossible, la préparation donc des |
| | corps imparfaits & ôter le superflu & |
| | suppléer au défaut, qui ne se peut faire |
| | sans l'aide de l'art, sans les choses purifiantes. |
| | Le même c. 3. de la recherche |
| | de la perfection. |
| | Les principes de cet art, sont les opérations |
| | d'icelui, auxquelles l'artiste s'applique |
| | pour ce magistère, & lesquels sont |
| | divers les uns des autres, & toutes fois un |
| | moyen, à savoir sublimer, descendre, di- |
| | stiller, calciner, dissoudre, coaguler, fixer, |
@
CHAPITRE V.
219
| cérer. Le même c. 38. de la sommaire |
|
| perfection. |
|
| Le retranchement du superflu au mercu- | Note du su-
|
| re, c'est sa mortification, son mariage, sa | perflu, &
|
| décoction, cération, multiplication en quan- | comme en-
|
| tité & qualité, & finalement l'abrège- | tendu.
|
| ment de l'oeuvre, la mortification est faite |
|
| par la purgation, l'animation & l'échauffement, |
|
| & ceci s'entend du mercure vulgaire, |
|
| lequel j'ai choisi pour mon ouvrage venu |
|
| d'Espagne, lequel laisse sur une lame |
|
| d'argent, échauffé le lieu jaune qu'est signe |
|
| qu'il est sorti d'une minière d'or. Rouillac |
|
| p. 39. du livre qui commence, Les Poètes |
|
| anciens. |
|
| De même que le germe d'un noyau est ce | Alan.
|
| qui est bon tant seulement, le reste s'évanouissant |
|
| comme superflu, de même en notre |
|
| oeuvre, la noirceur est l'âme, ou le bon |
|
| que nous recherchons, mais le reste qui ne se |
|
| noircit point est le superflu. Alan p. 59. |
|
| Le superflu est l'excrément péchant en | Auteur in-
|
| quantité seulement, de même que le sang | certain.
|
| menstrual, ou autre sortant d'un homme |
|
| sain, & cela est dit superflu, qui reste après |
|
| l'ouvrage, comme tu as un vaisseau plein |
|
| de vin, duquel tu bois ce qu'il te faut, le |
|
| reste est superflu, mais nous n'appelons pas |
|
@
220
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | le sable ou autre saleté qui se trouvera au |
| | fond du vaisseau superflu. D'un certain |
| | auteur. |
| Lulle. | Il n'y a qu'une seule pierre à savoir le soufre,
|
| | & une seule médecine, savoir la composition |
| | du soufre à laquelle tu ne dois rien |
| | ajouter, mais ôter le superflu, qui est terrestre |
| | & flegmatique, pour ce qu'il les faut |
| | ôter de notre argent vif. Lulle au chap. |
| | 18 p. 37, de la théorie. |
| Geber. | Les corps parfaits n'ont besoin que d'être
|
| | rendus plus subtils pour être rendus plus |
| | parfaits. Geber à la fin de la recherche |
| | du magistère. |
| | La pierre des Philosophes est créée; c'est à |
| | dire, est nourrie par nature, & par le |
| | Dieu très-haut, elle n'a besoin, si ce n'est |
| | qu'on en ôte ce qu'elle a de superflu, prends en |
| | donc ce qui est le plus pur, mais ôte en ce qui |
| | est terrestre. Rosaire des Philosophes p. 11. |
| Certaine | Lors que les Philosophes disent qu'il n'y
|
| Epître. | a rien de superflu en leur oeuf, ils entendent
|
| | qu'il n'en faut rien ôter avec les mains, pour |
| | ce qu'avec la seule décoction, le poulet se fera, |
| | & en icelle ce qui est de plus subtil & vaporeux |
| | s'évanouira, ce qui apparaît & se vérifie |
| | à la cuite d'un oeuf, lequel se durcissant |
| | au feu le plus vaporeux s'en va. D'une certaine |
@
CHAPITRE V.
221
| Epître laquelle commence, Monsieur |
|
| sous correction il me semble. |
|
| Cuit la matière la faisans bouillir doucement | |
| sur le feu, jusques à ce qu'elle soit réduite |
|
| en son principe, qu'est argent vif. Arnaud |
|
| l. 2. c. 4. du Rosaire. (& par cette |
|
| ébullition ce qui est dissout monte au dessus |
|
| du total en forme de graisse, laquelle est recueillie |
|
| aussi en forme de graisse, ou avec une |
|
| cuillère ou de verre, ou de bois, ou de nacre, |
|
| ou de corne, ou avec une plume, & cette |
|
| graisse en la recueillant est d'un blanc d'étain, |
|
| mais étant séparée de son mercure superflu |
|
| est noire ou noirâtre, laquelle mise sur le feu |
|
| propre & dedans son Vaisseau très-bien bouché, |
|
| se met peu à peu en poudre, laquelle étant |
|
| telle il faudra re-bouillir doucement avec suffisante |
|
| quantité du dit mercure, cette opération |
|
| est admirable, fort cachée, & sans laquelle, |
|
| difficilement &c. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Ous avons assez clairement parlé de ce qui | |
| est vraiment superflu, à présent nous dirons | |
| qu'il le faut ici prendre un peu plus au large, |
|
| les uns entendent par ce superflu les corps |
|
| non dissout qu'il faut ôter, nous contentant |
|
| de ce qui est dissout d'eux, les autres entendent |
|
| du mercure, par le moyen duquel la dissolution |
|
| est arrivée, qu'il faut ôter, les autres entendent |
|
| que si en nourrissant cette noirceur on a mis trop |
|
@
222
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de mercure, il le faut ôter, les autres entendent, |
| | que puisque c'est cette humidité laquelle a |
| | causé la noirceur, qu'il la faut dessécher, les autres |
| | entendent, que puis que la noirceur nous est |
| | inutile, tant pour le blanc, que pour le rouge |
| | qu'il la faut ôter, les autres entendent que puis |
| | que la blancheur ne peut servir au rouge qu'il |
| | la faut ôter, les autres entendent que puis |
| | que la volatile est nuisible à la fixation de la |
| | pierre, il la faut ôter, les autres entendent, |
| | que puisque la trop grande siccité empêche |
| | l'ingrès de la poudre ou pierre dedans le corps |
| | des métaux impurs, il la faut ôter, les autres |
| | entendent, que puisque la terrestréité empêche |
| | la multiplication en qualité il la faut ôter, |
| | & par ainsi on voit en combien de manières les |
| | Auteurs entendent ce superflu, toutes lesquelles |
| | intelligences sont véritables à qui les |
| | entend, mais toutes ces intelligences ne peuvent |
| | tomber dans un esprit faible, non pratique, |
| | ni entendu aux termes de cette science desquelles |
| | nous allons voir nombre très grand, & |
| | la plus grande partie pour aiguiser les esprit les |
| | plus subtils, & pour tromper les plus outrecuidants. |
@
223
| D E S O P E R A T I O N S D E |
|
| L'ART DES PHI- | |
| losophes. | |
| |
|
| CHAPITRE VI. | |
| |
|
| Textes. | |
| |
|
Outes les purgations du Libavius. | |
| mercure par sublimations |
|
| & choses sales sont vaines |
|
| & impertinentes, voire |
|
| même nuisibles à parfaire |
|
| notre oeuvre, par quoi ceux la se trompent |
|
| qui veulent sublimer sept fois le |
|
| mercure avec le sel & le vitriol, & |
|
| puis le réduire en eau chaude, ou par le |
|
| tartre, les lourdauds le croient, pour ce |
|
| qu'ils disent que le laton doit être lavé, |
|
| mais ils se trompent. Libavius p. 91. 92. |
|
| 93. de l'Azoth & eau permanente. |
|
| Notre pierre étant à sa première nature, | Thomas.
|
| c'est à savoir en sa première eau, |
|
| ou lait virginal, ou dissoute en queue |
|
| de dragon, se calcine, soi même se sublime, |
|
| se distille, se réduit, se lave, se |
|
@
224
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | congèle, & par la vertu du feu proportionné |
| | se parfait soi même en un unique |
| | vaisseau sans autre opération manuelle. |
| | Thomas Aquin à frère Renaud |
| | c. 3. |
| | L'Amalgame qui est le premier ouvrage, |
| | est fait avec une once de Soleil |
| | & quatre onces de mercure, comme |
| | font les orfèvres, & ce principe de l'oeuvre |
| | est appelé des Philosophes diversement, |
| | comme notre airain, notre Or, |
| | terre de magnésie, tout le composé, & |
| | c'est pour ce qu'ils l'ont voulu cacher |
| | aux indignes. Greverius p. 20. |
| | En la première décoction, c'est à dire |
| | en noircissant une certaine humidité de |
| | l'argent vif, comme nuée, montera de |
| | la terre, & adhérera au dessus de la partie |
| | vide de ton oeuf & aux côtés d'icelui |
| | à laquelle tu ne toucheras point. Le |
| | même p. 25. |
| | Converti ces nuées en pluie, jusqu'à |
| | ce que tu vois que de sa terre n'en sorte |
| | plus, & que celles, lesquelles sont |
| | montées ne s'augmentent plus, icelles |
| | arroseront ton champ, qui portera son |
| | fruit en sa saison. Le même p. 31. |
| | Cette réduction de nuées en pluie est |
| | nommée |
@
CHAPITRE VI.
225
| nommée de quelques uns queue de dragon, |
|
| augmentation, multiplication, |
|
| autres disent qu'il faut ajouter nouveau |
|
| mercure. Le même p. 31. |
|
| La décoction par sa putréfaction, ramollit | Alan.
|
| la semence pousse en haut le germe, |
|
| élève le jeton & le chalumeau, |
|
| épanouit les fleurs, forme les semences |
|
| & les mûrit, & le tout en même |
|
| vaisseau, & une opération de l'artiste laquelle |
|
| consiste à l'administration des |
|
| charbons. Le même p. 35. |
|
| Il ne te faut point imaginer que lors | |
| que nous parlons de la sublimation, ou |
|
| même que nous sublimons, que nous |
|
| séparions la partie du dessus d'avec celle |
|
| qu'est dessous, car en notre sublimation |
|
| les parties fixes ne s'élèvent pas, |
|
| mais seulement les parties volatiles. |
|
| Alan p. 49. |
|
| La décoction, la mixtion, la sublimation, | |
| la trituration, la dessiccation, humectation, |
|
| l'ignition, la déalbation, |
|
| la rubéfaction, & tout ce qu'on peut encore |
|
| dire, n'est rien qu'un régime, qui |
|
| peut être véritablement appelé trituration |
|
| & décoction. Le même p. 55. |
|
| Tandis qu'en notre ouvrage le corps | |
| P | |
@
226
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & l'esprit sont conjoints, ce commencement |
| | est nommé calcination. Le même |
| | p. 56. |
| | Toute chose se détruit par le même |
| | moyen quelle se fait, & n'y a rien |
| | de plus convenable à nature, que de la |
| | délivrer, & résoudre par les mêmes |
| | liens, desquels elle a été liée qu'est une |
| | chose moyenne de laquelle elle a eu son |
| | principe. Le même p. 59. |
| | Quiconque sait le moyen de détruire |
| | l'or & l'argent, tellement qu'il ne puisse jamais |
| | plus être or & argent, celui là est |
| | parvenu au magistère, car il est plus difficile |
| | de détruire les corps, que de les |
| | construire. Le même p. 61. |
| | L'on trouve à vendre de terre blanche |
| | & rouge, nette & affinée. Arnaud |
| | sur le Hortulan p. 51. |
| | Il y a sept dispositions au magistère, la |
| | première est nommée sublimation, la |
| | seconde calcination, la tierce solution, |
| | la quarte ablution & la quinte cération, |
| | la sexte coagulation, la septième fixation. |
| | Le même au miroir p. 26. |
| | Saches que toutes les opérations, |
| | à savoir la putréfaction, solution, coagulation, |
| | ablution, fixation, sont en la |
@
CHAPITRE VI.
227
| seule sublimation, & le font en un vaisseau |
|
| & non en plusieurs, d'autant qu'en la |
|
| seule sublimation y a sept opérations, |
|
| qu'est la cause que nous mettons en notre |
|
| livre sept dispositions, par lesquelles |
|
| le sage & entendu peut venir à la vraie |
|
| perfection. Le même p. 39. 42. |
|
| Dissoudre, calciner, sublimer, teindre, | |
| laver, cuire, refroidir, arroser, |
|
| extraire, congeler, humecter imbiber, |
|
| fixer, triturer, dessécher, distiller est |
|
| une même chose, à savoir extraire l'esprit |
|
| du corps, & marquent l'application |
|
| du printemps, c'est à dire que le feu soit |
|
| doux. Le même p. 65. |
|
| La distillation se fait par les veines du | Lulle.
|
| verre sans séparation des matériaux; |
|
| mais bien par conjonction, dedans notre |
|
| fourneau secret, & ceci est notre |
|
| sublimation. Lulle son codicille p. 69. |
|
| L'on ne peut écrire les paroles, car | Egidius.
|
| l'industrie des opérations manuelles est |
|
| seulement comprise par l'expérience, & |
|
| tant s'en faut qu'elle puisse être écrite, |
|
| que même la parole ne la peut pas |
|
| bien donner à entendre, n'y ayant que la |
|
| seule opération qui l'apprenne; Egidius |
|
| en sa préface. |
|
| P ij | |
@
228
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Les actions des agents sont suivant la |
| | disposition des patients, c'est à dire la |
| | forme agit selon la disposition de la matière. |
| | Le même p. 2. |
| | Considère la nature du corps minéral, |
| | à savoir d'où il a pris son commencement, |
| | & réduit la à sa matière. Le même |
| | p. 5. |
| Réduction à | Lors que l'homme & la femme habitent
|
| la première | ensemble, alors ils sont réduits à
|
| matière. | la première matière, d'autant qu'une
|
| | semence crue est engendrée de leurs |
| | corps, de laquelle (ou semblable) ils |
| | sont sortis premièrement & toutefois |
| | leurs corps ne sont point détruits, comme |
| | il adviendrait s'ils étaient réduits |
| | à la première matière éloignée: Il est |
| | donc besoin que tu fasses de même en |
| | ton ouvrage, à savoir en conservant |
| | l'espèce, & c'est ce que tu dois bien observer, |
| Note avec | remarque bien toutefois qu'il
|
| attention. | ne faut pas prendre ce de quoi les métaux
|
| | sont faits, mais ce qui est fait d'iceux |
| | métaux. Le même p. 6. |
| | Toutes choses doivent être faites en |
| | vu vaisseau de verre bien fermé & semblable |
| | à un oeuf. Le même p. 75. |
| | Saches que les Philosophes ont fait |
@
CHAPITRE VI.
229
| plusieurs chapitres de la pierre, & de |
|
| la sublimation, distillation, séparation, |
|
| putréfaction incération, calcination, |
|
| quoi que ce ne soit qu'une même opération |
|
| & dedans un même vaisseau. Le |
|
| même p. 106. |
|
| Les corps doivent être premièrement | |
| subtilisés par la dissolution, qui est le |
|
| premier degré de l'art: or cette dissolution |
|
| n'est autre, sinon que les corps retournent |
|
| en mercure & soufre, desquels |
|
| ils ont eu leur principe, mais aucun |
|
| corps ne peut être résolu en mercure, |
|
| que le métallique, qui est fait de |
|
| soufre & mercure. Vogelius p. 45. |
|
| Si toutes choses ne sont tournées en | |
| poudre, l'on n'a pas encore trituré, |
|
| par quoi cuisez & triturez, jusques à ce |
|
| que soient faites en nature de poudre. |
|
| Le même p. 62. |
|
| Notre sublimer n'est pas monter ou | |
| élever en haut, mais sublimer physiquement |
|
| est d'une chose vile en faire |
|
| une précieuse, & d'une basse & petite |
|
| en faire une grande, haute & pure. Quand |
|
| donc nous disons les corps sublimés, entendez, |
|
| subtilisés & convertis en une nature |
|
| noble, nette, pure, & excellente. Le |
|
| P iij | |
@
230
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | même p. 103. |
| | La façon d'agir, digérer & informer |
| | de l'air est différent de celui de nature |
| | comme de même, l'organe ou le |
| | lieu & le temps encore qu'ils conviennent |
| | à même fin dernière. Le même p. |
| | 103. |
| | Lors que par le moyen du vent, la |
| | matière monte, c'est à dire par la fumée, |
| | les Philosophes ont dit cela être la sublimation |
| | & quand la matière a été |
| | retournée au fond du vaisseau, & convertie |
| | en eau, ils l'ont appelé solution |
| | ou distillation, lors que la terre a été |
| | épaissie ont dit cela être la corruption, |
| | lors que la matière a commencé de changer |
| | sa couleur noire, ont dit que cela |
| | était l'ablution, le magistère est lors |
| | que l'eau est tirée de la terre, & qu'on |
| | remet l'eau sur la terre, jusques à ce |
| | que la terre se pourrisse & nettoie, & |
| | lors que les Philosophes ont vu que |
| | l'eau se diminuait & la terre s'augmentait, |
| | ont dit que c'était cération, & |
| | quand tout a été fait terre, ont dit |
| | cela être congélation & quand la matière |
| | se fait blanche, ont dit cela, être la |
| | calcination. Le Moyne écrit à la main p. 21. |
@
CHAPITRE VI.
231
| Triture avec le feu, non avec les mains, | Desiderable.
|
| car premièrement l'eau tâche de dissoudre |
|
| la terre, afin qu'elle soit de plus |
|
| subtile nature qu'elle n'est, secondement |
|
| la terre coagule l'eau, à celle fin |
|
| qu'elle soutienne le feu avec elle, & |
|
| cette est la dissolution du corps, & la |
|
| coagulation de l'esprit. Desiderable p. 23. |
|
| La solution du corps est le fondement | |
| de l'Art, & est réduction en eau, |
|
| de la réduction en eau se fait réduction |
|
| en terre, ne mettant rien d'étrange, |
|
| mais seulement ôtant le superflu. Le |
|
| même p. 87. |
|
| L'esprit digéré est tiré des corps par | |
| l'esprit cru. Le même p. 64. |
|
| La dissolution engendre la noirceur, | |
| la réduction la blancheur, la fixation |
|
| la citrinité, l'incération la rougeur, la |
|
| noirceur est la terre, la blancheur est |
|
| l'eau, le jaune, ou citrin l'air, & la rougeur |
|
| le feu. Le même p. 269. |
|
| L'art imite nature, non point qu'il en | Richard.
|
| fasse une nouvelle, mais bien il subtilise |
|
| sa vertu, l'Art donc commence à profiter |
|
| & s'avancer où nature a manqué, |
|
| découvrant & manifestant la subtilisé |
|
| cachée en la chose. Richard. c. I. |
|
| P iiij | |
@
232
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Le mercure cru dissout les corps & |
| | les réduit en leur première matière, ce |
| | que le mercure des corps ne peut faire. |
| | Le même c. I. p. 241. |
| Daustricus. | Les choses lesquelles sont de parties
|
| | dissemblables ont leur semence par laquelle |
| | se multiplient & croissent, comme |
| | on voit en tous les animaux & arbustes, |
| | mais celles qui sont de parties semblables, |
| | ne se multiplient point, s'ils |
| | ne sont réduites à leur première nature. |
| | Daustricus p. 2. |
| | Les Philosophes ont écrit plusieurs |
| | artifices, pour rendre leur art vénérable |
| | & caché, & que rien de sale ou vilain |
| | n'y entre, comme mêler, cuire, |
| | rôtir, sublimer, triturer, coaguler pourrir, |
| | blanchir, rougir, cependant le tout |
| | n'est qu'un régime, à savoir cuire. Le |
| | même p. 12. |
| | Dissoudre n'est autre chose que certaine |
| | composition, complexion, conjonction, |
| | ou liement des premières vertus |
| | à une concorde, à savoir des agissants |
| Dominus vobiscum. | & pâtissants. Dominus vobiscum.
|
| | Jaçoit que les Philosophes aient décrit |
| | plusieurs moyens de travailler, ils |
| | ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit |
@
CHAPITRE VI.
233
| des ignorants, car il n'y a qu'une médecine, |
|
| un vaisseau, un régime, une disposition |
|
| au blanc & au rouge, car il ne |
|
| faut triturer de la main, ni mettre aucune |
|
| chose étrange en la pierre, laquelle |
|
| ressemble en forme & au toucher une |
|
| pierre, mais non en sa nature, & si on |
|
| procède bien, rien de superflu n'y entre, |
|
| une partie étant spirituelle, l'autre |
|
| corporelle, une sort de l'autre, une |
|
| gouverne l'autre, & une améliore l'autre. |
|
| Le même p. 56. |
|
| Note que l'ingression, submersion, | Avicenne
|
| conjonction, complexion, ou embrassement, |
|
| composition & mixtion, signifient |
|
| une même chose en cet art. Avicenne |
|
| c. 3. p. 81. |
|
| L'esprit des métaux est l'autre partie | Lulle.
|
| de notre pierre, laquelle il faut tirer |
|
| des corps des métaux, à savoir des deux |
|
| parfaits par putréfaction, division, d'éléments, |
|
| & fixation d'iceux. Lulle en |
|
| son abrégé p. 95. |
|
| Il y a quatre principaux régimes à | L'Echelle.
|
| notre pierre à savoir dissoudre, laver, |
|
| conjoindre & figer. Dissoudre est diviser |
|
| les corps & faire la matière, laver est |
|
| inhumer, distiller, monter & descendre; |
|
@
234
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | conjoindre est engrosser ou imprégner, |
| | blanchir & rubéfier: figer est fermenter |
| | & marier, la solution convertie |
| | la pierre à sa première nature, c'est à dire |
| | à son eau, le lavement en air, la conjonction |
| | en feu, & la fixation en terre spirituelle |
| | & tingeante. L'échelle des Philosophes |
| | p. 103. |
| Jeu des | Saches pour vrai que les Philosophes
|
| enfants. | n'ont jamais entendu que notre
|
| | pierre fut divisé à part en quatre éléments, |
| | comme les fols Alchimistes |
| | font. Le jeu des enfants p. 142. |
| | Mêler, cuire, sublimer, rôtir, calciner, |
| | blanchir, triturer, humecter, |
| | teindre se sont plusieurs noms, & toutefois |
| | ce n'est qu'un régime qui se fait |
| | en un seul vaisseau par le moyen du feu, |
| | car Alphidius dit que quand nous dissolvons |
| | sans intervalle de temps nous |
| | calcinons, sublimons, séparons, & composons, |
| | & qu'entre la solution & la composition |
| | des corps & de l'esprit, n'y a aucune |
| | espace de temps. c. 19. |
| Rosaire. | La conception & le mariage, se font
|
| | en sa pourriture au fond du vaisseau, |
| | la putréfaction se fait par un feu très- |
| | lent de fumier chaud & humide, tellement |
@
CHAPITRE VI.
235
| que rien ne monte, & non autrement, |
|
| car si quelque chose montait il se |
|
| ferait séparation des choses laquelle ne |
|
| doit être jusques à la conjonction parfaite |
|
| du mâle & de la femelle, un recevant |
|
| l'autre, & le signe est la solution, |
|
| ou noirceur, qui est la teinture laquelle |
|
| on doit garder. Rosaire p. 198. |
|
| Broie dans l'eau, lave dans le feu, tout | |
| l'ouvrage gît en la solution, lors que |
|
| la solution est faite, la pierre est faite, |
|
| & cela est un élément appelé eau, lors |
|
| que le corps est sale, c'est le second élément |
|
| nommé terre, lors que la terre est |
|
| calcinée, s'appelle feu, & ce feu étant |
|
| dissout est appelé air. Le même p. 203. |
|
| Teindre n'est autre chose que transformer | |
| le teint en la nature du teignant |
|
| demeurant avec lui sans aucune transformation, |
|
| enseignant nature par nature |
|
| à combattre le feu, pour ce que la nature |
|
| du tingeant & du teint s'accordent. |
|
| Le même p. 226. |
|
| On demande si l'ouvrage rouge & | |
| blanc sont une même chose. A quoi on |
|
| répond que la pierre lunaire & solaire |
|
| sont de même en essence, d'autant que |
|
| l'une & l'autre se parfont par le seul |
|
@
236
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | mercure, il y a aussi un seul chemin pour |
| | travailler, d'autant que par mêmes |
| | opérations, moyen & ordre, on opère: |
| | il n'y a donc qu'une médecine suivant |
| | tous les Philosophes, n'ayant différence |
| | aucune qu'en la fermentation. Le |
| | même p. 250. |
| | Les opérations de notre pierre, sont |
| | sublimation, 2 descente 3. distillation, |
| | 4. calcination, 5 solution, 6. congélation, |
| | 7. fixation, 8. itération, c'est à dire |
| | sublimation, 9. cération. Le même p. |
| | 256. |
| Dastinius. | La conversion des éléments est, faire
|
| | l'humide sec, le fuyant arrêté fort & |
| | bataillant contre le feu car du chaud |
| | & du froid se fait un mixte tempéré, & |
| | de l'humide avec le sec un autre mixte, |
| | & ainsi mêlés par quarante jours la |
| | conception se fait au fond du vaisseau, |
| | & ceci par un petit feu qui conserve |
| | l'humidité, & parfait la fusion, & le |
| | feu fort consume l'humidité & trouble |
| | la fusion, & la solution ne se fait point |
| | qu'avec la congélation de l'esprit, & la |
| | congélation ne se fait point qu'avec la |
| | dissolution du corps, car lors qu'ils se |
| | joignent, l'un agit en l'autre, & la terre |
@
CHAPITRE VI.
237
| n'est point subtilisée, qu'avec l'eau, |
|
| & l'eau n'est point épaissie qu'avec la |
|
| terre, l'âme fuit le feu, & la terre l'endure. |
|
| Dastinius p. 31. |
|
| La calcination est la privation des humidités, | Tourbe.
|
| la dissolution est le principe de |
|
| l'art, la préparation l'ôtement des superfluités, |
|
| & rétention des choses nécessaires, |
|
| & la sublimation est l'élévation de |
|
| la chose sèche, adhérente au vaisseau par |
|
| le moyen du feu, & d'iceux on fera le |
|
| corps esprit, & au contraire, & le fixe volatil |
|
| & le dur mol,& au contraire, & |
|
| ainsi le corps sera fait non corps, & au |
|
| contraire, car la terre se tourne en eau, |
|
| & l'eau en terre, & l'air en feu, & cela |
|
| ne se fait pas sans chaleur & humidité. |
|
| La Tourbe p. 44. |
|
| La pierre se divise en sept parties, lesquelles | 3. paroles.
|
| sont conjonction, dissolution, putréfaction, |
|
| distillation, congélation, fixation, |
|
| projection. Le livre des trois paroles |
|
| p. 48. |
|
| L'ouvrage est divisé en sept parties, | |
| solution, distillation, coagulation, sublimation, |
|
| calcination, blanchissement, |
|
| & rubifiement, la solution qui est la première |
|
| partie, se fait par la chaleur & |
|
@
238
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | l'humidité à cause de la débilitation, à |
| | celle fin que par icelle se fasse résolution |
| | qu'est dite dissolution, putréfaction, |
| | & digestion, & par ainsi tu tempéreras |
| | fort le feu, à celle fin que l'âme se puisse |
| | extraire de son corps par le moyen de |
| | cette digestion, laquelle est appelée |
| | clef de l'art, & la matière est faite noire |
| | qu'on appelle tête de corbeau & la |
| | terre se mêle avec l'eau, & l'eau avec |
| | la terre par petites parties, jusques à ce |
| | que le tout soit fait un par ce feu tempéré, |
| | & partant à la solution faut un feu |
| | doux à la sublimation médiocre, à la |
| | congélation tempéré, au blanchissement |
| | continuel, à la multiplication fort. Regarde |
| | cependant, qu'encore que les |
| | Philosophes aient mis plusieurs façons |
| | de travailler ils ne l'ont fait que pour |
| | aveugler l'entendement des ignorants, |
| | pour ce qu'il n'y a qu'une médecine, un |
| | vaisseau, un régime, une disposition |
| | successive au blanc ou au rouge, le blanc |
| | se parfait par trois auxquels le feu n'est, |
| | mais le rouge par quatre, par lesquels |
| | la teinture rouge se fait. Benoit 56. |
| L'Escot. | II y a quatre régimes à la pierre, dissou-
|
| | dre, coaguler, consolider & fixer. L'escot, |
@
CHAPITRE VI.
239
| page 61. |
|
| Notre sublimation n'est point la vulgaire, | |
| mais c'est d'une chose basse & |
|
| corruptible en faire une excellente. Le |
|
| même p. 63. |
|
| La calcination, est la purgation de | Ripleus.
|
| notre pierre, la restaurant par sa propre |
|
| chaleur naturelle, donnant en premier |
|
| lieu à notre pierre la dissolution |
|
| nécessaire. Ripleus p. 72. |
|
| Le feu de la solution & de la putréfaction | Saturnin.
|
| doit être si petit qu'aucune |
|
| chose de la nature à sublimer ne monte, |
|
| & ainsi le feu lent & petit profite qui |
|
| donne au mercure entrée dedans le |
|
| corps net, mais le feu fort, perd tout, |
|
| le second feu de la pierre, tempère & |
|
| nourrit doucement. Le tiers feu altère |
|
| la pierre & fait apparaître & sortir les couleurs, |
|
| & est appelé feu de dessiccation |
|
| & de calcination, le quatrième feu |
|
| met fin à l'oeuvre en fixant l'esprit avec |
|
| le corps tellement que tout soit rouge, |
|
| la première couleur est noire, & s'en |
|
| gendre par le premier feu, & après la |
|
| noirceur plusieurs couleurs paraissent, |
|
| se dessèchent souvent, & se liquéfient |
|
| aussi souvent avant la perfection, laquelle |
|
@
240
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | perfection procède du feu, du |
| | mercure & de beaucoup de patience. |
| | Saturnin p. 71. |
| Evalerandus. | L'inhumation, putréfaction, distillation,
|
| | décoction, digestion descente, |
| | sublimation, séparation d'éléments, |
| | dissolution, congélation, cération, fixation, |
| | blanchissement, rougissement, |
| | calcination, mortification, tout ceci |
| | n'est qu'un ouvrage, à savoir cuire la |
| | pierre, & toutes ces opérations sont faites |
| | dedans un seul vaisseau, même feu & |
| | fourneau. Evalerandus. p. 113. |
| Auréole. | Il ne faut pas travailler à rendre le
|
| | mercure transparent, c'est à dire, le |
| | rendre en eau claire, transparente, comme |
| | plusieurs cuisiniers font pour ce que |
| | si le mercure était réduit en cette eau, |
| | il ne pourrait être congelé & serait inrestinctible |
| | en cet oeuvre, & ne se congèlerait |
| | ni fixerait. Auréole septième. |
| | p. 196. |
| Pythagoras. | Quoi que les Philosophes aient dit
|
| | en leurs livres, cuits, brûle, infuse, |
| | descend, réitère &c, ce n'est toutefois |
| | qu'une opération au feu. Pythagoras dans |
| | la Marguerite p. 38. |
| | L'art commence où la nature a laissé, |
| | décou- |
@
CHAPITRE VI.
241
| découvrant & manifestant ce qui est du |
|
| Soleil caché en la matière, c'est la cause |
|
| que les Philosophes disent, que la nature |
|
| engendre les métaux, mais elle ne |
|
| peut engendrer les teintures, quoi |
|
| qu'elle contienne en soi quantité de |
|
| teinture, nature contient en soi ce qui |
|
| lui est nécessaire, mais ne le peut parachever, |
|
| si elle n'est mue par l'art, & |
|
| & par l'opération. Richard c. I. |
|
| Sublimez les corps non d'une sublimation | Belle rive.
|
| vulgaire connue aux ignorants, |
|
| qui croient que sublimer soit faire monter |
|
| les corps en haut, mais seulement |
|
| chez les Philosophes est d'une chose vile |
|
| & corrompue en faire une excellente, |
|
| c'est à dire transmuer la terre noire en |
|
| blanche, & lors les corps sont sublimés, |
|
| c'est à dire subtilisés & convertis en autre |
|
| nature, c'est à dire de noirceur en |
|
| blancheur. Belle rive. |
|
| Notre sublimation n'est autre chose | |
| qu'une subtilisation, d'autant qu'en la |
|
| sublimation de la pierre les superfluités |
|
| sont ôtées, & les parties non fixes sont |
|
| élevées par la *fumiere & le vent des |
|
| parties non fixes, mais nous voulons |
|
| que ces deux choses soient fixes & soient |
|
| Q | |
@
242
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | faciles à fondre. Par quoi celui qui sublime |
| | parfaitement, subtilise & parachève |
| | tout l'ouvrage. Le même. |
| Bacon & | Si le Soleil, & la Lune étaient plus
|
| Jean Meung. | parfaits, ou au double, ou quadruple
|
| | ou centuple, ou plus outre, ils parferaient |
| | les imparfaits. Bacon p. 53. & |
| | Jean de Meung p. 15. |
| Calid. | La solution, & coagulation, sont en une
|
| | même opération, & requièrent même |
| | opération, & ceci devant la composition, |
| | mais après la composition |
| | d'icelles, l'ouvrage sera divers, mais cette |
| | solution & congélation que j'ai dictes |
| | sont la dissolution des corps & congélation |
| | de l'esprit, & sont deux, & ont |
| | une même opération, d'autant que |
| | l'esprit ne se congèle point, que par la |
| | solution du corps, & semblablement, le |
| | corps ne se dissout point sans la congélation |
| | de l'esprit, & le corps & l'âme, |
| | lors qu'ils se joignent ensemble, chacun |
| | d'eux agit en son compagnon pour |
| | le faire semblable à soi. Calid. c. I. |
| | Si tu ne convertis les corps en subtilité, |
| | tellement qu'ils soient subtils & impalpables |
| | au toucher, tu n'auras point |
| | ce que tu cherches, & s'ils ne sont triturés, |
@
CHAPITRE VI.
243
| retourne à l'ouvrage jusques à ce |
|
| qu'ils soient triturés & faits subtils, que |
|
| si tu fais cela, ce que tu désires advienne. |
|
| Le même. |
|
| Apres la solution & la coagulation, on | |
| nomme cela, composition. Le même. |
|
| L'Assation est la vraie putréfaction, | Des Comtes.
|
| & disposition première, laquelle est |
|
| nommée sublimation, or le subtil se sublime |
|
| de l'épais doucement, mais avec |
|
| grand jugement il montera de la terre |
|
| au ciel, & en après descendra du ciel en |
|
| terre, par quoi saches, mon fils, que |
|
| suivant que tu nettoieras notre médecine, |
|
| tu la trouveras sur la fin pure, ou |
|
| impure. Nicolas des Comtes p. 4. |
|
| Les dispositions du magistère sont 1. | |
| première sublimation, 2. calcination, 3. |
|
| solution, 4. ablution, 5. cération, 6. |
|
| coagulation 7. fixation, quelques uns |
|
| en ont mis neuf, à savoir la distillation |
|
| & la descente, mais ces deux sont à l'ablution, |
|
| & ceci a été fait pour obscurcir |
|
| la science. Le même p. 6. |
|
| Geber a mis toute la perfection en la | |
| seule sublimation, mais peu de gens |
|
| l'entendent, car la sublimation n'est |
|
| autre chose selon que les Philosophes |
|
| Q ij | |
@
244
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | veulent que la séparation des choses |
| | subtiles d'avec les grossières, & ceci se |
| | doit faire avec le feu lent, car si tu fais |
| | séparation avec le feu violent, les parties |
| | grosses montent avec les subtiles, |
| | tellement qu'il n'y aurait aucune séparation. |
| | Le même p. 9. |
| | Notre sublimation n'est point la sublimation |
| | vulgaire, pour ce qu'en cette |
| | sublimation toutes les opérations |
| | suivantes sont comprises, I. purification, |
| | 2. solution, 3. putréfaction, 4. |
| | ablution ou incération, 5. coagulation |
| | (en laquelle l'eau se dessèche doucement |
| | par notre Soleil, & s'unissent & |
| | coagulent ensemble, & se tournent en |
| | pierre que si on fait cela, l'opération |
| | sera complète, & non autrement) 6. |
| | calcination, d'où nous disons que qui |
| | sait parfaitement faire la sublimation, |
| | sait tout l'ouvrage, & toutes ces opérations |
| | se font en un vaisseau, & non en |
| | plusieurs, en un fourneau & non en plusieurs. |
| | Le même p. 11. |
| | Les moyens de convertir les éléments |
| | sont dissoudre le gros en simple, laver |
| | l'obscur en suivant, réduire l'humide en |
| | sec, & fixer le volatil sur son corps. |
@
CHAPITRE VI.
245
| Le même p. 15. |
|
| Dissous les corps nets, & également | |
| dedans le mercure cru. Le même p. 15. |
|
| Par le bénéfice de l'eau, notre oeuvre | |
| se blanchit, se rougit, se tue, se vivifie, |
|
| se brûle, dissout, congèle, pourrit |
|
| & germe: cuits donc peu à peu pourrissant, |
|
| jusques à ce qu'il soit changé de |
|
| couleur en couleur parfaite, te gardant |
|
| bien au commencement de brûler |
|
| ses fleurs, ni sa verdeur, & ne veuille |
|
| tôt parachever ton oeuvre, prenant |
|
| garde que ta porte soit bien & sûrement |
|
| fermée, de peur que celui qui est |
|
| dedans ne s'envole, & par l'aide de |
|
| Dieu tu viendras à la perfection. Note |
|
| donc, mon fils très-cher, que dissoudre, |
|
| calciner, sublimer, teindre, laver, refroidir, |
|
| arroser, extraire, coaguler |
|
| humecter, imbiber, cuire, fixer, triturer |
|
| & dessécher sont même chose. Le |
|
| même p. 20. |
|
| Il a plusieurs noms qui ne sont qu'une | |
| même chose, & même régime, d'autant |
|
| que ce n'est autre chose que cuire |
|
| & triturer, jusques à ce que la poudre |
|
| soit faite, cuisez donc le vif argent & le |
|
| soufre, jusques à ce qu'ils soient faits |
|
| Q iij | |
@
246
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | un dans le vaisseau bien clos. Le même |
| | p. 23. |
| Dastin. | Le régime de notre pierre est un,
|
| | icelui est cuire continuellement & incessamment |
| | en son vaisseau, sans intermission, |
| | jusques à ce qu'on aie la fin désirée. |
| | Dastin p. 29. |
| | Prends garde qu'en mondifiant tu ne |
| | perdes sa vertu, que la force actrice ne |
| | soit suffoquée, par quoi ne prend point |
| | cette matière que pure, nette crue, lisse, |
| | terrestre, sincère & droite, car si tu fais |
| | autrement rien de bon ne sortira. Le même |
| | p. 30. |
| | Brûle notre airain avec un petit feu, |
| | semblable à celui de la nourriture des |
| | oeufs, jusques à ce que le corps soit abattu, |
| | & la teinture soit extraite laquelle |
| | ne s'extrait pas tout à la fois, mais fort |
| | peu à peu, & de jour à autre, jusques à ce |
| | que par un long temps soit achevé, ce |
| | qui se dissout monte toujours en haut, |
| | encore que le plus demeure en bas. Le |
| | même, même p. |
| Parisien. | Le principe qui est le dernier en la
|
| | résolution est le principe en la composition. |
| | Un Parisien commence, Mon |
| | Seigneur sous correction. |
@
CHAPITRE VI.
247
| La sublimation n'est autre chose que | Helie.
|
| l'élévation des parties très-subtiles des |
|
| choses grossières, laquelle se fait par |
|
| un feu lent. Helie c. 5. |
|
| Toutes les opérations, à savoir sept | |
| distillations, sept imbibitions, sept incérations, |
|
| sept putréfactions, sept descentes, |
|
| sept congélations, se font en un |
|
| même vaisseau, & non en plusieurs. Le |
|
| même à la fin du livre. |
|
| Conclus que tu n'as pas besoin de ces | Armingan-
|
| opérations mises pour aveugler les | dus.
|
| ignorants, à savoir sublimer, dissoudre, | L'étude re-
|
| humecter, arroser, imbiber, distiller, | commande.
|
| monter, descendre, pourrir, monder, |
|
| nourrir, chauffer, cuire, dessécher, |
|
| blanchir, teindre, cérer, congeler, calciner |
|
| & fixer, par quoi sois assidu à |
|
| l'étude, & persiste à l'opération. Armingandus |
|
| au commencement du livre I. |
|
| Tu sépareras, c'est à dire dissoudras, | Ortulan.
|
| car la dissolution est la séparation de la |
|
| terre d'avec le feu, & du subtil du grossier |
|
| & épais. Ortulan. |
|
| Prends la pierre récente, sans faire autre | Daniel.
|
| division, mets la dedans un vaisseau |
|
| bien scellé, & puis mets la dedans son |
|
| lit mollet, la cuisant jusques à tant |
|
| Q iiij | |
@
248
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | qu'elle soit parfaite, mais remarque |
| | bien que tout l'effet consiste au feu, |
| | & tout l'art se fait en un vaisseau, avec |
| | un feu lent, & un seul fourneau, où se |
| | sublime, calcine, distille, lave, descend, |
| | incère, putréfie & fixe, & se tue & vivifie |
| | soi même. Daniel de Justinopoli. |
| Payen. | Il y a quatre régimes, à savoir la solution,
|
| | laquelle n'est autre chose que la |
| | conversion de tous les éléments en eau, |
| | 2. ablution qu'est réduction de tous les |
| | éléments en air & alors tous sont sublimés, |
| | 3. réduction, qu'est la conversion |
| | de tous les éléments en terre, & imbibition |
| | de l'eau sur la terre, 4. fixation, |
| | dernière opération qui se fait convertissant |
| | tous les éléments en feu. Payen |
| | p. I. |
| | L'imbibition, la décoction, contrition, |
| | solution congélation, sublimation, |
| | calcination se font en un même vaisseau. |
| | Le même p. 8. |
| | Le feu se coagule en air, l'air se coagule |
| Incertain. | & tourne en eau, l'eau se coagule & retourne
|
| | en terre. Incertain, commençant, |
| | Cher fils. |
| Rouillac. | La séparation des éléments se fait,
|
| | lors que la terre passe en eau, l'eau en |
@
CHAPITRE VI.
249
| air, l'air en feu, & ces opérations ne |
|
| sont autres que dissoudre. Rouillac p. 6. |
|
| Il faut quatre parties d'eau métallique | |
| pour une de soufre. Le même p. 7. |
|
| Végéter, aiguiser, animer le suc de | |
| la lunaire ou le minéral, sont même |
|
| chose, & cet ouvrage se fait peu à peu |
|
| avec un petit de notre soufre. Le même |
|
| p. 44. |
|
| Prends une once d'or, & quatre onces | |
| d'argent vif ne plus ne moins. Le même |
|
| p. 52. |
|
| La séparation des éléments n'est point | |
| séparer l'un d'avec l'autre parmi les |
|
| Philosophes chimiques, mais c'est convertir |
|
| l'eau en feu, & la terre en air, |
|
| comme un homme bilieux par succession |
|
| de temps se rend mélancolique, pour |
|
| ce qu'il se dessèche. Le même p. 56. |
|
| Note, mon fis, que dissoudre, calciner, | Synésius.
|
| teindre, blanchir, refroidir, humecter, |
|
| laver coaguler, imbiber, cuire, |
|
| fixer, triturer, dessécher, distiller |
|
| n'est qu'une opération, à savoir cuire la |
|
| matière jusques à la perfection, dedans |
|
| un vaisseau bien clos, jusques à ce que la |
|
| matière (par un feu seul) soit blanchie, |
|
| & le feu augmenté, rougie. Synésius p. |
|
@
250
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | 2. le livre commence, Combien que les Philosophes |
| | anciens. |
| Geber. | Nous ne pouvons point imiter nature
|
| | en toutes les différences des propriétés, |
| | à savoir en la proportion des éléments |
| | mêlables, ni au moyen de les |
| | mêler ensemble, ni en chaleur, par laquelle |
| | nature épaissit les métaux. Geber |
| | l. I. c. 10. de la sommaire perfection. |
| | Les opérations auxquelles l'artiste se |
| | doit appliquer pour cet ouvrage, sont |
| | la sublimation, la descente, la distillation, |
| | calcination, solution, coagulation, |
| | fixation & la cération. Le même p. |
| | 39. |
| | Le Soleil, & la Lune, d'autant qu'ils sont |
| | corps parfaits n'ont besoin d'autre préparation, |
| | sinon que leurs parties soient |
| | subtilisées, & réduites de la corporalité |
| | à la spiritualité fixe, & après être préparés |
| | suffisamment seront propres pour |
| | faire l'élixir magistral blanc ou rouge. |
| | Le même. c. I. de la recherche du magistère. |
| Artéphius. | En tout le monde n'y a qu'un seul
|
| | agent pour cet art qui puisse résoudre, |
| | & réincruder les corps métalliques sous |
| | la conservation de leur espèce: Il y a |
@
CHAPITRE VI.
251
| donc un seul moyen propre & naturel, |
|
| par lequel nous devons résoudre les |
|
| corps parfaits du Soleil & de la Lune |
|
| d'une admirable & authentique solution, |
|
| sous la conservation de leur espèce, |
|
| sans aucune destruction si ce n'est à une |
|
| nouvelle, plus noble & meilleure forme |
|
| ou génération, à savoir en pierre |
|
| parfaite des Philosophes, qui est leur |
|
| secret & trésor admirable. Or cette |
|
| eau est certaine substance moyenne, |
|
| claire comme argent pur, laquelle doit |
|
| recevoir les teintures du Soleil & de la |
|
| Lune, à celle fin qu'elle soit congelée & |
|
| convertie en terre blanche vive; Or ceste |
|
| eau a besoin des corps parfaits, à |
|
| celle fin qu'elle soit congelée, fixée & |
|
| coagulée en terre blanche après la dissolution, |
|
| & cette eau, est un feu végétable, |
|
| animal & minéral, conservant l'esprit |
|
| fixe du Soleil & de la Lune, & la transmutation |
|
| des métaux imparfaits ne |
|
| se peut faire par les corps parfaits |
|
| secs, si premièrement ils ne sont remis |
|
| en leur première matière molle & coulante. |
|
| Artéphius, p. 12. commence, l'antimoine. |
|
|
|
| La dernière fois, dis je, cuits en notre | |
@
252
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | eau blanche, c'est à dire au mercure |
| | jusques à ce qu'il soit dissout en noirceur, |
| | en après la noirceur se perdra par |
| | la décoction naturelle. Le même p. 43. |
| | L'esprit qui plus garde la nature de |
| | l'esprit, tant mieux défend il de la |
| | vitrification: or l'esprit qui est seulement |
| | purifié le garde mieux, que celui qui est |
| | purifié, fixé, calciné & dissout, par |
| | quoi il est nécessaire de mener un tel |
| | avec lui. Le même, même chap. & un |
| | peu après il écrit. |
| | De quelque matière que ce soit qu'on |
| | tire la médecine du mercure, faut qu'icelle |
| | matière soit d'une substance très- |
| | subtile & très pure, adhérente à icelui |
| | naturellement, fondante facilement, & |
| | subtile comme eau, & tellement fixe |
| | qu'elle résiste au feu. |
| Dominus | Encore bien que les Philosophes
|
| vobiscum. | aient mis plusieurs ordres de travailler,
|
| | ils ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit |
| | des ignorants, car il n'y a qu'une |
| | médecine, un vaisseau, un régime, une |
| | disposition au blanc & au rouge, & n'est |
| | besoin de triturer avec la main, ni |
| | mettre rien d'étrange, ni rien de superflu, |
| | une partie étant spirituelle, l'autre |
@
CHAPITRE VI.
253
| corporelle, l'une améliorant l'autre. |
|
| Dominus vobiscum p. 56. |
|
| Cuisez le tout jusqu'à ce qu'il se fasse | Ventura.
|
| une graisse épaisse, mettez la sur un feu |
|
| lent, jusqu'à ce qu'il se fasse une pierre |
|
| blanche, cuisez la encore jusques à ce |
|
| qu'elle soit desséchée & réduite en |
|
| poudre sèche. Ventura c. 24. p. 134. |
|
| Cuisez avec l'eau de mer (car l'eau est | |
| plus grande que la terre) jusques à ce |
|
| que les tablettes se rompent, c'est à dire |
|
| se dissolvent, & soit fait eau, ou comme |
|
| un bouillon gras. Le même c. 25. |
|
| p. 145. |
|
| La matière est dissoute par putréfaction | Valentin.
|
| & unie dedans le bain, & produit ses |
|
| fleurs sur les cendres & en son humidité |
|
| superflue est desséchée sur le sable, |
|
| mais la flamme vive fait le parfait |
|
| mûrissement, n'étant pourtant à dire |
|
| qu'il soit besoin, ni de bain marie, ni |
|
| de fiente de cheval, ni de cendre, ni de |
|
| sable, mais que le feu soit bien proportionné |
|
| selon que la matière le demande. |
|
| Basile, Valentin p. 45 clef. 10. |
|
| En décrivant l'augmentation, nous | Greverius.
|
| n'entendons pas la multiplication, d'autant |
|
| que la multiplication du germe n'est |
|
@
254
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | point faite qu'après avoir semé de nouveau |
| | la semence: or l'augmentation du |
| | germe est faite avant la multiplication |
| | de la semence. Greverius p. 27. |
| Lulle. | Prends ton corps noir & le calcine en
|
| | même vaisseau par trois jours, & puis |
| | le laisse refroidir, & ayant ouvert le |
| | vaisseau, tu trouveras ta terre spongieuse |
| | & morte, laquelle tu garderas jusques |
| | à ce qu'il faille joindre le corps avec l'âme. |
| | Raymond Lulle en sa Clavicule c. 8. |
| 3. paroles. | Toutes les distillations, subtilisations,
|
| | calcinations, rubifications, fusions, |
| | résolutions, congélations, & mortifications |
| | du mercure se font dedans le feu, |
| | p 57. c. 99. l. 3. du livre des trois parole de |
| | Geber. |
| Tritemius. | Saches que les Philosophes ont fait
|
| | plusieurs chapitres pour sublimer, distiller, |
| | séparer, pourrir, laver, incérer, |
| | calciner, toutes lesquelles ne sont qu'une |
| | opération, lesquelles sont faites en un |
| | vaisseau, Tritemius au dernier axiome Philosophique. |
| | p. 106. |
@
CHAPITRE VI.
255
Scholie.
| T Outes les opérations, lesquelles sont décrites | |
| par les Philosophes chimiques, comme | |
| nécessaires à ce divin oeuvre, peuvent être |
|
| mises en cinq classes ou ordres, au premier | Cinq opéra-
|
| nous mettons la commixtion, complexion, | tions.
|
| *circondation, composition, & amalgamation, |
|
| & dirons véritablement que toutes ces cinq ne | 1. |
| font qu'une, à savoir l'amalgame, lequel il |
|
| faut cuire, mortifier, comburer, calciner, tri- | 2. |
| turer, corrompre, digérer, dissoudre, rôtir, |
|
| noircir, & toutes ces dix ne sont aussi qu'une |
|
| opération, laquelle est noirceur, laquelle il |
|
| faut 3. séparer, distiller, extraire, diviser la partie |
|
| dissoute de l'entière, & ces quatre ne sont | 3. |
| aussi qu'une à savoir séparer & cueillir la noirceur, |
|
| qui est la partie dissoute de la matière |
|
| non dissoute, laquelle faut 4. revivifier, fondre, |
|
| ajouter, paître, nourrir, submerger, don- | 4. |
| ner ingrès, refroidir, incérer, réduire, conjoindre, |
|
| imprégner, laver, inhumer, mondifier, |
|
| congeler, coaguler, augmenter, multiplier |
|
| pour la première fois, blanchir pour la première |
|
| fois, rubifier pour la première fois, |
|
| dessécher, arroser, humecter, imbiber, |
|
| & toutes ces vingt cinq ne font qu'une, à savoir |
|
| arroser & dessécher, Cette dessiccation faite, |
|
| & le blanc ou le rouge obtenu, 5. faut fixer, ma- | 5.
|
| rier, fermenter, descendre, monter, blanchir, |
|
| pour la seconde fois rougir pour la seconde |
|
| fois, le rendre de nature de feu & très rouge |
|
| pour la première fois & la sublimer pour |
|
@
256
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la troisième fois. Ceci fait si la matière |
| | n'est assez coulante, c'est à dire promptement |
| | fondante eu feu, l'on vient à la cération. Or |
| | tous ces mots d'opération sont dits & marqués |
| | par leurs auteurs, mais mal entendus par les |
| | chercheurs qui s'abusent, les uns s'imaginant |
| | vue opération particulière, les autres plusieurs, |
| | & par conséquent plusieurs vaisseau: fourneaux, |
| | feux & diversités de drogues, que si ces |
| | gens avaient un bon jugement, ils éplucheraient |
| | l'intelligence de ces mots; pour exemple, |
| | en la commixtion il y a plus d'une matière, |
| | si plus d'une matière, les ingrédients de cette |
| | composition se doivent embrasser qu'est entendu |
| | par complexion, cet embrassement est environné |
| | de quelque chose qui est dit *circondation, |
| | en cette *circondation la composition se |
| | forme, & pour cette composition l'amalgamation |
| | se fait nécessairement, qui est la *mollification |
| | des matières dures, lesquelles se ramollissants |
| | & rendant en se dissolvent |
| | & jettent leur semence ou soufre en matière |
| | noire, & telle qu'a été décrite ci dessus, laquelle |
| | étant cueillie, la faut cuire, en cette |
| | cuite elle prend la couleur noire, qui est dite |
| | morte ou mortifiée, cette mortification est dicte |
| | combustion, en cette combustion la matière |
| | est dite calcinée, pour ce que la chaux est |
| | matière subtile, cette subtilité est dite triturée, |
| | cette trituration se fait par corruption (car aucune |
| | nouvelle forme ne peut advenir à une matière |
| | sans perte & corruption, de la première |
| | forme) cette corruption ne se peut faire sans digestion, |
| | gestion |
@
CHAPITRE VI.
257
| & cuite, cette digestion ne se peut faire |
|
| sans la dissolution de la première forme, en |
|
| cette dissolution, la matière se rôtit & la *rôtissure |
|
| engendre peu à peu un noircissement. |
|
| Cette noirceur achevée d'être cueillie en la |
|
| quantité désirée, est séparé du superflu, qui |
|
| est la trop grande quantité ou de l'eau minérale, |
|
| ou du corps d'où elle est sortie: ce qui est donc |
|
| séparé l'est de ses fèces: or en la distillation, |
|
| le subtil est séparé & extrait, ou tiré de l'épais, |
|
| de la vapeur qui est la matière dissoute de celle |
|
| qui ne l'est pas, est divisée d'icelle, cette matière |
|
| donc noire & pure étant séparée de l'entière, |
|
| doit être revivifiée, pour ce qu'elle était morte, |
|
| rendue fusible, pour ce qu'elle était sèche |
|
| en y ajoutant la viande, nommée cibation, & |
|
| la nutrition qu'est le mercure qu'on y épand |
|
| par dessus, & qui se cache parmi cette noirceur |
|
| qu'on nomme submersion ou submerger, qui |
|
| pour ce qu'il pénètre facilement s'appelle ingression, |
|
| pour ce que le mercure ou l'eau humecte |
|
| cette matière chaude & sèche, est dite |
|
| réfrigération, & pour ce que par cette réfrigération |
|
| la matière se rend liquide & se peut étendre |
|
| sur la main comme de cire, est dite incération, |
|
| & cette incération est dite réduction, |
|
| à savoir de chaud & sec, en froid & humide, |
|
| & en cette réduction se fait conjonction de |
|
| l'eau avec la poudre noire, & pour ce qu'en cette |
|
| conjonction la poudre croît, est appelé conception, |
|
| & pour ce que la matière noire commence |
|
| à changer de couleur, elle est dite se laver, |
|
| & pour ce que le mercure ne se voit plus, |
|
| R | |
@
258
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | on le dit inhumer, & en s'inhumant il enferme |
| | avec soi ou chasse la noirceur, il est dit |
| | mondifier, & pour ce que ce mercure ne coule |
| | pas, il est dit être congelé, coagulé, augmenté |
| | multiplié pour la première fois, car l'on ne cesse |
| | d'ajouter un nouveau mercure à celui qui est |
| | desséché & réduit en poudre, jusques à ce que le |
| | tout soit blanc de la première blancheur, laquelle |
| | par continuation de feu se rougit de la |
| | première rougeur, laquelle se dessèche encore |
| | & s'humecte encore par l'imbibition, & l'irroration |
| | pour la joindre avec son levain, qui est |
| | l'argent pour le blanc, ou l'or pour le jaune, |
| | qui est appelé fixation, mariage, fermentation, |
| | descente, pour ce que cette matière qui |
| | était blanche ou rouge redevient noire, |
| | puis reprenant sa couleur blanche ou rouge est |
| | dite monter, & alors cette blancheur ou rougeur |
| | est dite seconde, & la rougeur éclatante, |
| | & qui s'obscurcit en rouge brun comme |
| | sang vermeil brûlé, est dite ignition première, |
| | & pour ce que cette rougeur est parue par |
| | trois fois, une sans levain, la seconde avec levain, |
| | & cette troisième par le levain donné |
| | plusieurs fois, est dite sublimation troisième, |
| | c'est à dire rendue excellente pour la troisième |
| | fois, c'est ainsi donc qu'il faut entendre les |
| | bons auteurs, & non s'imaginer des fantaisies |
| | qui ne furent & ne seront jamais, mais comment |
| | s'accorderont ils à Arnaud & autres qui ne |
| | veulent pas que l'on emploie en cette fabrique |
| | plus haut de cinquante écus, Oyons Monstrelet |
| | en ses Chroniques & aux additions, disant |
@
CHAPITRE VI.
259
| que sous Louis XI, année 1465. l'écu |
|
| d'or valait 26. s. 6. d. pièce, & f 85. Apres la |
|
| mort du Connétable de saint Paul, les écus, |
|
| qui avaient cours pour 24. s. 6. d. Parisis auraient |
|
| cours pour 35. *unzains & 8. d. Parisis, & |
|
| qu'on ferait des autres écus d'or qui auraient |
|
| un croissant au lieu de la couronne qui était |
|
| aux autres écus qui vaudraient 36. *unzains du |
|
| pris de 26. f. 6. d Parisis, & des *unzains neufs |
|
| de 12. tournois pièce, & su premier volume f. |
|
| 320. 310. chap. 238. 251. l'écu d'or ne valait |
|
| que 88. s. Parisis, & aux antiquités de Paris |
|
| est marqué qu'à la chasse de sainte Geneviève |
|
| il y a neuf vingt treize marcs & demi |
|
| d'argent à 45. f. Parisis le marc, & cinq marcs |
|
| & demi d'or à seize livres le marc, c'était |
|
| l'an 1242. le 10. de Novembre qu'elle fut faite. |
|
| Puis donc que l'or & l'argent ne valaient pas |
|
| tant le marc, qu'à présent l'once ( car l'once de |
|
| l'or à présent vaut quarante livres, & l'once de |
|
| l'argent trois livres, qu'est le marc de l'or |
|
| trois cents vingt livres, & le marc d'argent |
|
| vingt quatre livres) qu'on ne trouve pas étrange, |
|
| si à présent la dépense en cette recherche |
|
| & travail va à beaucoup d'avantage, vu que |
|
| les ouvriers & les ouvrages, & toutes choses |
|
| sont extrêmement augmentées, pour preuve |
|
| qu'on voie si un homme pourrait vivre pour |
|
| huit deniers de pain, un demi setier de vin, |
|
| & quatre deniers de viande: car on lit au livre |
|
| intitulé le grand Aumônier p. 75 & 186. que |
|
| Philippe le Hardy l'an 1271. ordonne à ses prêtres |
|
| huit deniers de pain par jour, un setier |
|
| R ij | |
@
260
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vin, quatre deniers pour la cuisine à perpétuité, |
| | & l'écu d'à présent n'était qu'un, sol alors: |
| | entrons à présent à dénouer les noeuds les plus |
| | entortillés, & sans les couper, comme fit le |
| | grand Alexandre, commençons à découvrir |
| | au mieux qu'il nous peut être permis depuis le |
| | commencement jusques à la fin toute cette besogne, |
| | pour laquelle faire bien comprendre, il |
| | nous est nécessaire redire ici plusieurs choses |
| | déjà dites, que si le Lecteur fâcheux ne le |
| | trouve bon, qu'il sache que ce n'est pour lui |
| | que ceci est écrit, & que nous avons eu plus |
| | de peine d'écrire que lui de dire, & que par |
| | dessus toutes les sciences, celle-ci requiert les |
| | redites. |
| | Nous pourrions décrire ici mille opérations |
| | & une milliasse de recettes, que les charlatans |
| | exposent & vendent, pour tirer la teinture des |
| | métaux, pour déteindre & tirer la teinture de |
| | l'or, pour faire des tiercelets, des médions, des |
| | cinquante pour cent, & en fin, pour dire |
| | tout on un mot faire la fausse monnaie: passant |
| | donc sous silence toutes ces bagatelles, à la |
| | vente desquelles les vendeurs sont plus avisés |
| | que les acheteurs, car ils vendent, disent- ils, |
| | un secret admirable, duquel ils ne se peuvent enrichir |
| | qu'au moyen de cette vente, & ceux qui |
| | l'achètent, croient en faire des montagnes |
| | d'or, dont le premier n'est pas trompé, car il en |
| | a l'argent, mais le second se trouve abusé, car il |
| | a allégé & vidé sa bourse, & chargé & appesanti |
| | son esprit de souci à chercher le moyen |
| | de remplacer ce qu'il a baillé, mais laissons ce |
@
CHAPITRE VI.
261
| charlatan, vendeur aux corbeaux; & l'acheteur |
|
| au repentir. Nous disons & assurons qu'âme | Aucun n'a
|
| vivante n'a jamais fait ni or ni argent, ni ne pourra | jamais fait
|
| faire, cette fabrique étant oeuvre de la seule | aucun mé-
|
| nature, impossible aux vivants de l'imiter aussi peu | tal.
|
| de ce fait qu'en plusieurs autres, mais ce que l'art |
|
| fait, est de purifier les métaux qu'on appelle |
|
| impurs, chassant ce qu'y a été mêlé d'hétérogène |
|
| ou étrange, & par conséquent les diminuant |
|
| de poids, achevant la coction & fixation |
|
| du grain d'icelui, & lui donnant la couleur |
|
| requise; & par ce moyen, le prix en est plus |
|
| grand. Or pour parvenir à cette dépuration & fixation |
|
| il n'y a qu'un moyen, nous disons un moyen seul |
|
| & unique qui a déjà été proposé par les doctes, |
|
| mais méprisé par les ignorants: de quoi les sages |
|
| se moquent ne le trouvant étrange, car si |
|
| la semonce que fait notre seul Sauveur Jésus |
|
| Christ aux hommes n'est écoutée ni suivie, |
|
| disant, je suis la porte, la vérité, & la vie, nul |
|
| ne peut aller au père que par moi, venez à moi |
|
| & je vous soulagerai, prenez mon joug, car |
|
| il est léger: & saint Paul qui dit & assure que |
|
| nous allions au trône de grâce où nous |
|
| avons un Avocat qui perpétuellement intercède |
|
| pour nous, & qu'icelui seul (qui est |
|
| Jésus Christ) nous est donné pour satisfaction |
|
| envers Dieu, & qu'à contre poil les hommes |
|
| vains & fous se cherchent d'autres avocats & |
|
| d'autres satisfactions, pourquoi n'en fera on de |
|
| même en cette recherche? O mortels pécheurs, |
|
| & vous curieux chercheurs, aimez & craignez |
|
| Dieu filialement, & lui ajoutez foi à |
|
| R iij | |
@
262
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Exhortation | cause qu'il est bon, & non pour crainte de sa
|
| à l'étude. | colère, Oderunt peccare mals formidine paena,
|
| | oderunt peccare boni virtutis amore, & vous curieux |
| | trop tardifs à l'étude, & trop hâtifs à écouter |
| | les charlatans, méchants & ignorants, écoutez |
| | les doctes, qui assurent la science être vraie, |
| | dans laquelle il n'est montré qu'une matière, |
| | laquelle l'art ne fait point, aussi peu que la semence |
| | de l'homme, mais la tire de l'or & de |
| | l'argent par le moyen du mercure dedans un |
| | simple vaisseau de verre sur un petit & lent feu, |
| | notant en passant & y méditant, que lors que |
| | notre cahos est sur le feu propre, & dans son |
| | vaisseau convenable, l'eau y ramollit les corps, |
| | mais lors que les corps y ont rendu leur feu |
| | ou soufre, alors ce soufre qui est poudre |
| | noire ou de couleur de brique impalpable, rend |
| | l'eau en sa couleur & subtilité, mais l'eau en fin |
| | rend ce soufre en sa couleur, elle demeurant |
| | toujours sèche, poudre, & très subtile, jusqu'à |
| | ce que par la continuation de la chaleur mesurée |
| | & l'un & l'autre passent à la sphère du feu: |
| | or étant sortie hors des corps doit être recueillie, |
| | étant recueillie, doit être nourrie peu à peu, |
| | & mise en pâte par le même mercure, qui |
| | étant desséché & devenu poudre, doit être derechef |
| | nourri & séché, & ainsi continuer de |
| | nourrir & dessécher, jusques à ce que la blancheur |
| | se montre, laquelle blancheur paraissant |
| | on pourra fermenter commençant à se |
| | jaunir ou bien la laisser sur le feu pour prendre |
| | sa rougeur & icelle fermenter: à tout ceci |
| | n'y a qu'un ordre, mais à cause que le temps est |
@
CHAPITRE VI.
263
| un peu long, &c duquel nous parlerons au chap. |
|
| dixième, & suivants. L'impatience des chercheurs |
|
| les fait égarer après des vanités, qui |
|
| promettent une grande brièveté pour aller à la |
|
| misère en poste, & à un repentir trop tardif |
|
| j'en appelle à témoin l'expérience journalière. |
|
| |
|
|
|
| | |
| D E L A N U T R I T I O N D E | |
| LA PIERRE DES | |
| Philosophes. | |
| |
|
| CHAPITRE VII. | |
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
Umectez ce bas monde de Isaac. | |
| la rosée de Mai, jusqu'à |
|
| ce qu'il porte des fleurs |
|
| blanches, jaunes & rouges, |
|
| ou nourri le Roi de |
|
| son propre lait, jusques à ce qu'il soit |
|
| grand; ou mouille la terre de l'eau claire |
|
| & nette de Paradis, & cette eau remontera |
|
| derechef au ciel, & descendant |
|
| sur la terre, l'arrosera, & la rendra |
|
| fertile. Isaac l. I. c. 38. |
|
| R iiij | |
@
264
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons expressément tu une infinité |
| | de discours que nous pouvions faire sur le |
| | chap. précédent, pour ce que la diversité des |
| | matières, sur lesquelles nous pouvions & pouvons |
| | faire des gros volumes, aurait, été capable |
| | de faire broncher plusieurs chercheurs, |
| | notamment celles lesquelles nous avons éprouvées, |
| | & avons vu éprouver à plusieurs opérateurs, |
| | tant en cette ville de Paris, qu'à plusieurs |
| | autres, auxquelles notre curiosité nous a porté |
| | pour y voir & conférer avec ceux qui avaient |
| | quelque bruit de science, car ce n'est notre intention |
| | d'embrouiller les esprits encore faibles, |
| | & comme perdus dans le labyrinthe du Dédale, |
| | mais en leur ouvrant les yeux, leur bailler le peloton |
| | d'Ariane; Quittez donc ces erreurs, sophistiques, |
| | & amusement, nous vous en |
| | conjurons par cette vérité, fille aînée du Ciel, |
| | par le seul moyen de laquelle nous savons ce |
| | que nous savons, & laquelle nous supplions |
| | vous vouloir dessiller les paupières, &, sommes |
| | assuré qu'elle le fera, si votre coeur est droit |
| | & pur envers elle, comme elle se maintient sans |
| | parure mondaine. |
| | Arnaud, Hali, Calid, & plusieurs autres usé |
| | usé de ce mot de Monde, nous marquant fort |
| | clairement, qu'il n'est que cette matière noire, |
| | laquelle au chap. précédent a été cueillie de |
| | l'Electre, & maintenant nous est enseigné le |
| | moyen de l'élever à notre désir, ce qui se fera |
@
CHAPITRE VII.
265
| en l'imbibant du mercure d'une façon subtile, |
|
| c'est à savoir en forme de rosée qu'il dit de Mai. |
|
| Or pour ce que c'est un des plus grands secrets |
|
| de l'art, je n'ai encore rencontré aucun auteur |
|
| qui en aie exprimé ni la façon, ni la |
|
| quantité de l'eau que cette terre noire demande, |
|
| ni la longueur du temps; notre auteur se |
|
| contentant de dire que ce sera jusqu'à tant que |
|
| la blancheur paraisse, & alors ce sera |
|
| assez imbibé, arrosée, & nourri: car une partie |
|
| de cette terre ou poudre, ou soufre, ou charbon, |
|
| ou tête de corbeau, ou mercure double |
|
| ou comme on le voudra appeler, aura bu pour |
|
| le moins cinquante parties de son eau: continuant |
|
| donc le feu, cette blancheur nommée |
|
| eau deviendra jaune, dite air, fin du blanc & |
|
| commencement du rouge, puis rouge, nommé |
|
| feu, duquel quelqu'un dit, qu'il n'y a que trois |
|
| éléments au blanc, à savoir terre pour noir, |
|
| eau pour blanc, & air pour jaune, mais qu'au |
|
| rouge le feu y est de plus, à savoir le rouge, |
|
| lequel ne changera jamais plus, sinon en rougeur |
|
| plus obscure, laquelle tant plus sera noire, |
|
| d'autant plus teindra elle les corps blancs. Ce |
|
| Roi donc & cette terre est ce même monde, |
|
| & ce lait n'est que le mercure, c'est à dire l'argent |
|
| vif très pur nommé de Paradis à cause de |
|
| sa pureté, lequel montera au ciel, faisant allusion |
|
| à ce que plusieurs tiennent qu'il est aérien, |
|
| mais il veut dire qu'en ce mercure jeté sur cette |
|
| noirceur, ou cette noirceur imbibée dedans la |
|
| mer bouillante & écumante, après être descendu |
|
| & comme perdu par sa pesanteur dedans |
|
@
266
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | les cavernes de la terre, remonte derechef au |
| | Ciel, non qu'il quitte la terre & s'en sépare, |
| | mais bien devienne subtil & excellent, plusieurs |
| | se sont par trop amusés & abusés à cette montée |
| | & descente, laquelle ils ont trouvée être |
| | un jouet baillé aux enfants pour les trompant |
| | cacher le secret, ou bien pour déclarer obscurément |
| | la dernière opération, de laquelle nous |
| | parlerons en temps propre. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Lulle. | L Es corps ne sont point nourris
|
| | mais seulement leurs germes en eux |
| | mêmes avec la cuite du feu diversement |
| | régie, car mêmes leurs corps ne sont |
| | que la viande de leur semence, & cela |
| | est vrai que les corps sont changés, altérés |
| | & réduits à la nature du germe |
| | spermatique, & ce germe s'augmente |
| | en se coagulant, & se nourrit en se dilatant, |
| | comme l'enfant au lait de la mère, |
| | de même les corps se résolvent comme |
| | la viande, & sont convertis en icelle, |
| | de même la dissolution des corps |
| | se fait alors que les corps se dissolvent, |
| | la coagulation d'une nature ne se fait |
| | point sans la dissolution de l'autre, ni |
| | au contraire, & la forme à advenir, ne |
| | peut être sans la corruption de la forme |
@
CHAPITRE VII.
267
| première, & la forme des corps à |
|
| cause de la forme venant des esprits, |
|
| & toute la substance des corps s'en va |
|
| en aliment & forme substantielle, & par |
|
| ainsi toute solution est mortification, |
|
| comme toute congélation est vinification |
|
| & cause de vie très-proche. Lulle |
|
| au codicille p. 69. |
|
| Lors que le noir s'imbibe avec l'eau, | |
| après la séparation par le filtre, ladite |
|
| matière noire se blanchit sur le porphyre, |
|
| mais aussi tôt qu'on triture la matière, |
|
| la blancheur se cache en la matière, |
|
| tellement que toujours le même |
|
| advient, jusques à ce que la vertu de |
|
| l'eau surmonte la force de la terre, toutefois |
|
| avant qu'on vienne à ce vrai terme |
|
| & couleur de terre, plusieurs & infinies |
|
| couleurs apparaîtront, desquelles |
|
| personne ne saurait donner raison, car |
|
| la terre durant la coction fait plusieurs |
|
| *glandulosités ou bossettes, semblables |
|
| à des vessies, auxquelles toutes les |
|
| couleurs du monde fort resplendissantes |
|
| apparaissent, ce qu'on ne croira |
|
| qu'après l'avoir vu. Le même en la sommaire |
|
| conclusion de son testament p. 66. |
|
| Notre argent vif entre, & se mêle | |
@
268
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | actuellement à l'autre vulgaire, desséchant |
| | son humidité phlegmatique, & |
| | ôtant la froideur du corps, & le noircissant |
| | comme charbon, lequel en après |
| | se convertit en poudre. Le même en la |
| | Clavicule I. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C' Est une erreur de croire que les corps de |
| | l'or & de l'argent, ou tels qu'ils sont ou |
| | fondus, ou réduits en eau, comme on croit, ou |
| | par l'eau régale, ou par l'eau forte, ou limés, |
| | ou passés, comme on dit par le bec de l'alambic, |
| | puissent être nourris, augmentés, ou |
| | multipliés, ou en quantité, ou en qualité, ni |
| | mêmes en couleur permanente par aucun tire |
| | poil, pour ce que tels qu'ils sont, ils sont morts, |
| | non qu'ils n'aient en eux leur semence, ou |
| | soufre, ou esprit, mais tellement accablés |
| | de quantité de terrestréité, que s'il n'en est |
| | développé les corps demeurant sans produire, |
| | seront toujours dits être morts, mais si ce |
| | germe est extrait, comme il a été dit ci devant, |
| | il pourra être nourri & élevé à un degré très- |
| | haut, & alors ne se voulant contenter du lait |
| | (à savoir du simple & purifié mercure, à celle |
| | fin de le rendre plus fort, fixe & robuste) il |
| | lui faudra bailler & manger le propre corps (ou |
| | semblable) du quel il est sorti, & c'est ce que |
| | notre Auteur dit que les corps sont la viande |
| | de leur semence, c'est à savoir l'argent de la |
| | semence ou germe blanchi, & l'or du germe |
| | rougi. Or ce corps étant uni avec son propre |
@
CHAPITRE VII.
269
| germe, augmenté, coagulé, nourri & dilaté, |
|
| perd sa nature & se dissout de telle façon, qu'il |
|
| ne peut jamais être plus or, ou argent, comme |
|
| la viande mangée ne peut jamais plus être viande, |
|
| mais quelque autre chose qui n'est plus viande |
|
| de l'estomac, mais est nourriture de toutes les |
|
| autres parties du corps, car cette viande perd |
|
| souvent la nature qu'elle prend en tous les |
|
| lieux, & de son séjour, & de son passage, d'autant |
|
| qu'une nouvelle forme ne peut advenir |
|
| que la précédente ne se perde, mais il faut entendre |
|
| & remarquer soigneusement que ce | Note.
|
| germe blanchi ou rougi ne mange point son |
|
| propre corps, c'est à dire ne doit être joint |
|
| à l'or ou à l'argent en corps qu'en la fermentation, |
|
| de laquelle il sera parlé en son propre lieu. |
|
| Mais voici un avertissement considérable | Note.
|
| c'est qu'à toutes les fois que ce noir est imbibé |
|
| sur le porphyre (entendent par ce porphyre le |
|
| vaisseau de verre) ou par arrosement, ou par |
|
| l'eau bouillante & écumante, la matière noire |
|
| se blanchit principalement recueillie en forme |
|
| d'écume ou graisse, mais dedans peu de temps |
|
| cette blancheur est engloutie ou cachée par la |
|
| noirceur, mais finalement l'eau surmontant de |
|
| beaucoup, comme de la cinquantième partie |
|
| plus ou moins la terre; elle commence à démontrer |
|
| sa force, & donne premièrement, diversité |
|
| de fleurs ou couleurs très belles à voir, lesquelles |
|
| ne durent pas beaucoup, la fin desquelles | Note.
|
| est la blancheur: faut aussi noter que |
|
| ce mercure ainsi tiré & noir est appelé fils ingrat, |
|
| pour ce qu'il ne se contente pas de se nourrir du |
|
@
270
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | lait ou mercure, mais il faut qu'il mange & |
| | dévore sa mère ou son père, desquels il à été |
| | engendré, que si c'est son père, il veut encore |
| | dévorer sa mère, & l'ayant mangée il la |
| | transmue en sa propre substance & couleur, si |
| | que par après ni le fils qui a mangé son père & |
| | sa mère, & le père & la mère qui ont été mangés, |
| | sont tellement unis & faits une autre chose |
| | qu'ils n'étaient auparavant, qu'il est impossible |
| | de les séparer, ni anéantir par aucun |
| | moyen ou cogité ou à cogiter. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Ripleus. | L A cibation est nommée nutrition
|
| | de notre matière sèche, donnant |
| | du lait & de viande modérément jusques |
| | à ce qu'elle soit réduite au troisième |
| | ordre. Ripleus p. 82. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons vu quelques uns, qui ayant, |
| | de cette matière noire, ou par eux, ou par |
| | autrui n'ont jamais peu trouver le moyen de |
| | lui faire joindre & unir le mercure, & pour y |
| | parvenir ont cherché une infinité de moyens |
| | mais sans aucun fruit, lui donnant tantôt à |
| | manger de viande froide, tantôt de liquide, |
| | & lors qu'ils voient que la liquide disparaissait, |
| | ils croient avoir trouvé la fève au gâteau, |
| | mais le corps être gorgé du breuvage quatre |
| | fois sa pesanteur, se mettait & montrait en |
@
CHAPITRE VII.
271
| corps disjoint de la matière ou poudre noire, & |
|
| se dépitant quittaient tout leur ouvrage: ô curieux |
|
| jusques à quand serez vous négligents à |
|
| chercher dans les livres (s'il ne vous est inspiré |
|
| d'en haut ou montré de quelque ami, ce grand secret, |
|
| où consiste l'union de l'eau froide, humide |
|
| & pesante avec cette matière noire, chaude, |
|
| sèche, & légère, laquelle par sa grande, puissante |
|
| & agissante chaleur & siccité, échauffera |
|
| & desséchera ladite humidité & froideur de |
|
| l'eau marine, & alors que cette noirceur aura |
|
| acquis sa perfection blanche ou rouge, alors, |
|
| dis je, l'on lui donnera de viande, & non du |
|
| lait, c'est à dire, l'on la fermentera avec l'or |
|
| ou l'argent, & non plus avec du mercure. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| F Ais la nourriture au feu de même | Desiderable.
|
| que l'enfant est nourri au ventre | |
| de la mère, d'autant que les quatre éléments |
|
| sont là, à savoir deux secs, le |
|
| feu & la terre, & deux mous, l'air & |
|
| l'eau, tellement qu'à celle fin qu'ils s'entretiennent |
|
| doucement dans le feu, il |
|
| faut précéder doucement, l'eau du |
|
| mercure ainsi cuite est appelée huile, |
|
| c'est à dire onguent, par lequel notre |
|
| magistère est parachevé parfaitement, |
|
| & lors que le blanchissement se fait, |
|
| on l'appelle eau, & lors qu'elle teint |
|
@
272
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | huile & l'eau est appelée esprit, & |
| | l'âme est dite la teinture qu'est en |
| | l'esprit, & partant l'âme est semée dedans |
| | la terre foliée qui la retient, & la |
| | poudre noire retient son eau. Desiderable |
| | p. 25. |
| | La pierre est nourrie du seul feu, le feu |
| | est le mercure parmi tous les Philosophes. |
| | Le même p. 37. |
| | Prends une once de notre soufre, |
| | mets le avec quatre onces de mercure, |
| | purge avec le sel & vinaigre dans un vaisseau |
| | de verre fermé hermétiquement, |
| | & le colloque dedans un fourneau secret, |
| | y mettant le feu, & le cuisant continuellement, |
| | patiemment, & sans se |
| | hâter, jusques à ce que le tout se fasse |
| | cendre, car l'un se coagule avec l'autre, |
| | à savoir la terre avec l'eau, & garde |
| | toi bien que les esprits ne s'enfuient |
| | par la force du feu: Par quoi tout ce |
| | magistère n'est autre chose que dissoudre |
| | parfaitement la pierre, & puis la |
| | coaguler, fuit donc en ceci toute hâte, |
| | faisant le tout par une accoutumance |
| | de son feu. Le même p. 68. |
| | L'eau & le feu suffisent pour blanchir. |
| | Le même p. 69. |
| | La |
@
CHAPITRE VII.
273
| La noirceur se blanchit par le moyen | |
| du blanc fuyant, qui se coagule avec le |
|
| non fuyant, & se fait une même chose |
|
| en buvant sept fois son eau. Le même p. |
|
| 74. |
|
| L'arrosement de la terre à celle fin | |
| qu'elle ne demeure sache, consiste totalement |
|
| en l'eau, prends la pierre & la triture |
|
| avec le lait, & sera blanche, se |
|
| multiplie, c'est à dire, se nourrit, si on |
|
| met une partie de la rosée de Mai avec |
|
| elle en la nutrition dans le vaisseau. Le |
|
| même p. 78. |
|
| Notre eau lave les saletés de notre | |
| terre. Le même. p. 93. |
|
| Notre pierre ne végète point, ni n'est | |
| point nourrie végétablement, mais |
|
| plutôt la multiplication arrive par apposition |
|
| de nature semblable à elle, car |
|
| chaque semblable arrête son semblable |
|
| lui étant apposé, & tant plus il en |
|
| prend & se multiplie, d'autant est il plus |
|
| pesant & actif en qualité & plus parfait. |
|
| Le même p. 158. |
|
| De même qu'en la première composition | |
| de cet oeuvre, aucune chose |
|
| étrange de sa nature n'y entre, de même |
|
| rien ne le multiplie, qui ne soit de la |
|
| S | |
@
274
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | première disposition, cette pierre se |
| | nourrit de beaucoup de semence féminine, |
| | c'est à savoir du mercure, l'unissant |
| | sensiblement & le composant |
| | moyennant toutefois la digestion, |
| | car un semblable retient à soi son |
| | semblable par entremêlement, & |
| | non par multiplication végétable, car il |
| | n'y a rien qui nourrisse & multiplie la |
| | pierre sous la génération de la forme, |
| | que la semence qui la nourrit par son |
| | mélange. Le même p. 59. en son Auréole |
| | p. 193. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L 'Eau du mercure, (laquelle n'est autre chose |
| | que l'humidité d'icelui) étant consumée |
| | par me moyen de la siccité de la terre noire |
| | avec laquelle elle est mêlée sur un feu lent, est |
| | appelée huile ou onguent. Il faut noter qu'elle |
| | n'acquiert pas ce nom d'huile tandis qu'elle se |
| | blanchit, mais bien après, car durant son action |
| | elle est encore en état d'être séparée, mais après |
| | elle ne le peut plus être par aucun artifice. Or, |
| | dit il l'eau est nommée esprit, & l'âme est appelée |
| | la teinture qu'est en l'esprit, & partant |
| | l'âme est semée dedans la terre foliée qui la |
| | retient, c'est autant que s'il disait, lors que la |
| | matière nommée sera blanche ou rouge, jette la dedans |
| | l'or ou l'argent qui sont appelés terre foliée, |
| | ou en feuilles pour être battue en feuilles |
@
CHAPITRE VII.
275
| subtiles ou en monnaie combien que comme |
|
| les feuilles couvrent les fruits en l'arbre, ainsi |
|
| ces corps couvrent la force & la vertu de cette |
|
| âme. Je ne puis passer ceci sans avoir été extrêmement |
|
| étonné d'un artiste Parisien qui |
|
| ayant mis une certaine matière sur son feu, |
|
| croyait pour la voir élever tous les jours |
|
| durant un couple de mois qu'elle s'y nourrissait |
|
| fonde, disait-il sur l'autorité de notre |
|
| Maître, qui dit que la pierre est nourrie du |
|
| seul feu, mais il ne prenait pas garde que sa |
|
| matière s'élevait en forme d'éponge, & n'augmentait |
|
| en poids, comme la fin lui fit connaître, |
|
| qu'aussi par ce feu le mercure est entendu |
|
| par tous les Philosophes desquels il est souvent |
|
| appelé feu de géhenne, duquel les corps sont |
|
| tourmentés: certes nous n'avons encore appris |
|
| qu'aucune chose soit nourrie du feu, soit élément |
|
| ou élémenté, pas mêmes ces mouches |
|
| nommés *Pyrausses, desquelles on marque la |
|
| naissance & demeurance parmi les flammes |
|
| des fournaises les plus ardentes, mais laissons |
|
| ces disputes à autres, & retournons à notre discours, |
|
| lequel sera d'ajouter à une once de |
|
| soufre quatre onces de mercure purifié, plusieurs |
|
| lui en donnent à chaque fois tant qu'il |
|
| en peut prendre, mais autres ne lui en donnent |
|
| que son quart. Ceux qui ont essayé l'un & l'autre |
|
| ont trouvé la dernière imbibition la plus |
|
| sûre & plus facile, & plus brève, quoi que |
|
| plus pénible, à cause de la fréquente sortie de |
|
| matière du dedans de son vaisseau pour la |
|
| nourrir, mais pour ôter toute difficulté à ceux |
|
| S ij | |
@
276
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | qui veulent entendre ce passage nuement, & disent |
| | que la pierre se parfait elle même, & |
| | d'elle même sans y rien toucher, notre Auteur |
| | marque que notre pierre n'est point comme |
| | une plante, pour attirer insensiblement l'aliment |
| | des lieux plus prochains, mais que si |
| | nous voulons qu'elle se nourrisse, & s'augmente, |
| | il faut de nécessité que nous lui ajoutions de |
| | nouvelle matière laquelle ne sera d'autre nature |
| | que de la sienne, mais de celle même, par laquelle |
| | elle a eu son commencement qu'est le mercure |
| | qu'il nomme semence féminine, qui seul |
| | la peut nourrir & multiplier, toute autre chose |
| | n'y pouvant être propre, quoi que plusieurs |
| | ignorants crient & croient autrement. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Rosaire. | C' Est une grande industrie de faire
|
| | les corps esprit, & au contraire, |
| | mais c'est chose véritable que si la quantité |
| | volatile surmonte la quantité fixe, |
| | finalement elle sera convertie en corps |
| | spirituel, blanc ou rouge. Le petit Rosaire |
| | p. 8. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons par ci devant assez clairement |
| | montré la manière de rendre les corps |
| | esprit, à présent notre texte nous apprend que |
| | pour faire quelque chose de bon, il nous faut |
@
CHAPITRE VII.
277
| ajouter grande quantité de mercure, sur un |
|
| peu de matière qu'il nomme fixe, quoi qu'elle |
|
| ne le soit actuellement, mais par puissance, ou |
|
| la comparant à la volatile du dit mercure, entendant |
|
| aussi la noirceur pour cette matière fixe, le |
|
| tout sera converti en un corps subtil, non pour |
|
| s'exhaler, mais propre à pénétrer, teindre & |
|
| parachever ce que nature a commencé dedans |
|
| les mines, & y laisse son commencement, comme |
|
| imparfait (suivant la commune opinion) |
|
| par les accidents qui s'y sont rencontrés, & ce parachèvement |
|
| sera l'étain le cuivre & le mercure, |
|
| en argent, & les uns & les autres en or vrai, nous |
|
| disons or vrai, d'autant que la fin de cet art n'est |
|
| de faire une teinture superficielle & séparable, |
|
| mais une fixe, & inséparable, ce qu'est impossible |
|
| à homme du Monde de faire que par cette |
|
| seule & unique voie, quoique les brouillons, |
|
| charlatans & trompeurs assurent au contraire. |
|
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| T Ournez & remettez l'eau sur sa | Daustricus.
|
| terre, jusques à ce qu'elle soit congelée, | |
| alors elle est plutôt convertie en |
|
| même nature par nature, prenant |
|
| nouvelle nature à chaque degré d'opération, |
|
| rendant à la cendre selon le ternaire |
|
| de son eau, & triture, & |
|
| cuits & réitère ceci souvent sans te fâcher, |
|
| car la terre ne germera point, sans |
|
| S iij | |
@
278
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | un fréquent arrosement, & ne prendra |
| | point l'arrosement sans dessiccation |
| | précédente, par quoi chaque fois que |
| | tu auras desséché, verses y d'eau ni |
| | peu ni trop, mais tempérément, car si on |
| | y met trop d'eau, on fera une mer d'angoisse, |
| | que si aussi il y eu y a trop peu, |
| | tout se brûlera: cuits donc autant que |
| | tu as ajouté pour dissoudre, & en |
| | imbibant dissout autant que la chaleur |
| | en a desséché, gardant toujours |
| | que l'âpreté & violence du feu ne brûle, |
| | ne cessant point aussi la chaleur jusqu'à |
| | ce que le tout ait pris au fond du |
| | vaisseau forme de pierre. Par quoi si tu |
| | mesures bien la chaleur, l'eau & le feu te |
| | suffisent, d'autant qu'ils lavent, nettoient, |
| | nourrissent, & ôtent l'obscurité |
| | du corps. Daustricus p. 25. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | C Et auteur nous admoneste d'user d'une |
| | très grande discrétion à l'arrosement, imbibition, |
| | ou nutrition de notre terre, & véritablement |
| | c'est en cet endroit, où la plus |
| | grande partie des artistes & chercheurs faillent |
| | les uns par impatience, les autres par imprudence, |
| | & ignorance, les uns mettant trop |
| | d'eau à la fois nient tout, sans toutefois que |
@
CHAPITRE VII.
279
| rien se mêle, les autres manquant au trop peu, |
|
| perdent aussi tout, certes cette union de la terre | Histoire re-
|
| noire avec l'eau blanche est toute la difficulté de | marquable.
|
| l'art, & assure avoir vu un personnage fort |
|
| docte & fort entendu en toutes les opérations |
|
| communes, qui par l'espace de vingt deux ans n'a |
|
| jamais su le trouver le moyen de joindre l'eau |
|
| avec la terre, tellement que je lui ai entendu |
|
| dire que cette terre noire n'était que la saleté |
|
| du mercure, & non la matière des Philosophes; |
|
| & caput corvi tant désiré, disant que si ce fut |
|
| été ce mercure & dissolution des corps, elle se |
|
| serait nourrie s'unissant avec son argent vif, |
|
| mais n'en étant que l'excrément, il ne se pouvait |
|
| ni unir, ni nourrir, ni augmenter, étant |
|
| chose vraie que l'excrément ne se peut ni nourrir, |
|
| ni augmenter, mais son ignorance le faisant |
|
| conclure, que puis qu'il ne savait faire |
|
| joindre l'une avec l'autre, & par conséquent |
|
| que ce noir ou tête de corbeau, tirée des deux |
|
| corps par le moyen d'un esprit très-dépurés au |
|
| jugement des plus pratiques, était leur excrément |
|
| & saleté, cela était mal conclu, tellement |
|
| qu'il quitta tout la pour chercher d'autres |
|
| chemins & opérations pour dissoudre l'or & |
|
| l'argent, & l'argent vif en leurs principes, lesquels |
|
| il croit être vrai soufre de vraie eau |
|
| transparente, & ayant quitté l'étude des bons |
|
| auteurs ne recherche que les recettes qu'il |
|
| achète ou à grand prix d'argent, ou de présent. Or |
|
| il faut joindre l'un avec l'autre par une subtilité |
|
| particulière, laquelle sera découverte en temps |
|
| & saison propre au chercheur, si son intéS |
|
| iiij | |
@
280
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | rieur est tel que la matière qu'il cherche & désire |
| | avoir, est, ô mer que tu travailles de personnes! |
| | ô graisse! ô écume nageante! ô eau bouillante |
| | vue de plusieurs, & connue de peu, que |
| | tu bourrelles de stupides! humectez, desséchez, |
| | que votre tête de corbeau boive tout son soul |
| | de son eau pure dedans la mer abondante, laquelle |
| | bouillante unira & jettera hors de son |
| | ventre une matière, comme graisse ou écume, |
| | laquelle vous recueillerez au dessus de l'eau, ou |
| | avec une cuillère percée, comme on fait l'écume |
| | du pot, ou avec une plume, cette graisse ou |
| | écume mise dedans sa matrice sur un feu propre |
| | à couver un oeuf se desséchera, se mettra en |
| | poudre, mais toujours noire, jusques à ce que |
| | s'étant souvent plongée dedans la mer ondoyante |
| | & desséchée par après sur le feu propre elle |
| | devienne blanche, & demeure lavée, nourrie, |
| | nettoyée, & reluisante au fond du vaisseau, |
| | Dieu vous en fasse la grâce. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| La correction | L E mercure est mortifié par la vapeur
|
| des fous. | du soufre sublimé & préparé
|
| | & est coagulé en dureté & forme |
| | métallique, La Correction des fous c. 18. |
| | p. 19. |
@
CHAPITRE VII.
281
Scholie.
| N Ous avons dit ci devant que notre soufre | |
| est ainsi appelé, à cause de sa chaleur, | |
| siccité & facilité à pénétrer, c'est ce que notre |
|
| Auteur touche en peu de mots, car ce soufre |
|
| a été élevé ou sublimé à la superficie de l'Electre, |
|
| & se sentant agité dans la pleine & abondante |
|
| mer, il s'attache à ce qui le trouble & agite, |
|
| combattant & abatant, mais étant sorti de |
|
| ce combat tout trempé & tout mouillé n'a besoin |
|
| que d'être desséché, mais aussi tôt il rentre |
|
| au même lieu & & combat, d'où il sort encore |
|
| victorieux, mais toujours trempé & |
|
| mouillé, mais en fin comme il avait donné ses |
|
| couleurs à son combattant, finalement il les |
|
| contraindra non de céder, mais de prendre la |
|
| couleur de son dit combattant, & tous deux |
|
| demeurent coagulés & en dureté & en forme |
|
| métallique. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L A terre est nommée mère des élé- | Trompette.
|
| ments, d'autant qu'elle porte son | |
| fils dedans son ventre, c'est à dire, qu'il |
|
| le faut nourrir de sa première & pure |
|
| substance, & le fils est appelé corps, ou |
|
| terre foliée, c'est à dire esprit & corps |
|
| mort. Le son de la trompette p. 36. |
|
| Prends la terre noire triturée, & l'imbibe | |
@
282
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de mercure, & la mets sur les cendres |
| | chaudes pour le sécher, & fait ceci |
| | deux, trois & quatre fois, imbibant |
| | & desséchant jusques à ce que la terre |
| | soit assez blanche & d'une blancheur fixe. |
| | Le même p. 45. & tout de suite dit, |
| | L'azoth, c'est à dire l'eau mercuriale, |
| | & le feu lavent & nettoient le laton, |
| | c'est à dire la terre noire, & lui ôtent |
| | son obscurité: or la préparation de la |
| | terre se fait toujours avec l'eau, par |
| | quoi telle pureté qu'il y aura en l'eau, |
| | telle pureté se trouvera en la terre, & |
| | ceci se fait au blanchissement & lavement |
| | de la terre. |
| | Lors qu'on a imbibé de mercure la terre |
| | noire, il se faut prendre garde de ne |
| | rompre pas le verre, & ceci se fait sur |
| Vingt ou tren- | les cendres chaudes, & le temps de la
|
| te jours | dessiccation de chacune imbibition est
|
| par chaque | de vingt ou trente jour naturels. Le
|
| imbibition. | même p.46.
|
| | A la terre desséchée il faut mettre de |
| | mercure sa sixième ou septième partie |
| | dans un verre scellé, puis la mettre sécher |
| | sur les cendres ou feu lent, continuant |
| | cette congélation & dessiccation |
| | pour le moins quatre fois, car tant plus |
@
CHAPITRE VII.
283
| cette terre sera dissoute & congelée, |
|
| tant plus sera elle subtile & pénétrante |
|
| en la nature. Le même p. 48. |
|
| L'eau est un esprit purgeant, subtilisant | |
| & blanchissant le corps. Le même |
|
| p. 51. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| L A terre est prise par les Auteurs en deux | |
| façons, ou lors de la première composition, | |
| car elle a son fils qu'est le soufre dans elle |
|
| même, & par conséquent les quatre éléments |
|
| qui sont le noir pour la terre, le blanc pour |
|
| l'eau, le jaune pour l'air, & le rouge pour le |
|
| feu; la seconde façon, cette terre est simplement |
|
| la noirceur, le soufre ou la semence, |
|
| comme on voudra dans laquelle noirceur le |
|
| blanc, le jaune & le rouge sont cachés, mais |
|
| en ce texte la première façon est entendue, & |
|
| ce fils qu'est la noirceur sera nourri du mercure |
|
| qui est sa première substance, l'imbibant, |
|
| & le desséchant sur un feu lent, non quatre |
|
| fois seulement, mais jusqu'à ce que la matière |
|
| devienne & demeure blanche, & pour les vingt |
|
| ou trente jours ne s'y faut amuser, car selon la |
|
| force de l'enfant, le sang se consume, & est |
|
| chose véritable que quelquefois la dessiccation |
|
| demeure beaucoup plus de temps à se faire, |
|
| laquelle si on n'attend patiemment & jusques |
|
| à ce que le tout soit fait poudre impalpable, |
|
| l'on est en danger de tout perdre: le reste |
|
@
284
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de cet auteur est assez clair & facile. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| | J Etez donc l'eau sur la terre, & mêlez |
| Avicenne. | triturant & imbibant peu à peu de
|
| | semaine en semaine, cuisant & calcinant |
| | en après doucement, jusqu'à ce |
| | que la terre ait bu cinquante parties |
| | de son eau, & saches qu'il faut nourrir |
| | la terre de son eau, premièrement peu à |
| | peu, puis un peu davantage, comme il |
| | est facile de comprendre par l'élèvement |
| | des enfants. Par quoi triture |
| | souvent la terre, & l'imbibe peu à peu, |
| | de huit en 3. jours, la cuisant & calcinant |
| | médiocrement au feu, & ne t'ennuie |
| | point de réitérer souvent cet ouvrage, |
| | car la terre n'apporte aucun |
| | fruit sans fréquent arrosement: donc |
| | étant séchée, & ayant beaucoup de soif |
| | elle boit son humidité & son eau, & la |
| | trituration n'est point bonne jusqu'à ce |
| | que la terre & l'eau soient une même |
| | chose, & même corps, ne te laisse donc |
| | point de triturer & rôtir, jusqu'à ce que |
| | la terre soit sèche & blanche, car cette |
| | blancheur s'engendre de cette fréquente |
| | & sèche trituration & dessiccation: |
| | Toutefois prends toi garde d'imbiber |
@
CHAPITRE VII.
285
| la terre que peu à peu, & avec longue |
|
| trituration après la dessiccation de |
|
| la terre, cuits autant en rôtissant que la |
|
| dissolution requière en imbibant. Avicenne |
|
| c. 5. p. 83. |
|
| Chasse la mort du corps par fréquent | |
| arrosement, mais autant que tu auras |
|
| dissout en humidité, autant dessécheras |
|
| tu en rôtissant. L'école des Philosophes |
|
| p. 125. Scholie. | |
| |
|
| L A matière noire est dite morte pour deux | |
| raisons, l'une à cause que demeurant toujours | |
| noire elle ne peut rendre aux métaux la |
|
| splendeur & la fixation que nous recherchons, |
|
| & pour ce regard elle est dite morte, l'autre est |
|
| à cause de la couleur noire hiéroglyphique de |
|
| la mort, car les corps morts en fin se rendent |
|
| noirs: Il faut donc chasser la mort du corps, c'est |
|
| à dire la noirceur, par le moyen de la réitérée, |
|
| & fréquente imbibition & dessiccation du mercure, |
|
| duquel on l'humectera, non de huit en |
|
| huit jours, comme déjà a été dit, mais au |
|
| temps que la matière sera totalement desséchée, |
|
| voire quelques jours après, car elle peut demeurer |
|
| quelques jours sans nourriture, & alors |
|
| ayant grand soif elle en boira & plus facilement |
|
| & en plus grande quantité. Texte. | |
| |
|
| L 'Eau est le purgatif, & cause la clarté | |
| à tout le corps, & à la médecine, | Le jeu des
|
| faisant deux choses à la terre, car il la- | enfants.
|
@
286
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ve & teint, entend qui la lave s'appelle |
| | eau, & en la teignant s'appelle air. Le |
| | jeu des enfants p. 141. |
| | Notre putréfaction n'est point sordide |
| | ni impure, mais est un mélange |
| | d'eau avec la terre, & de terre avec l'eau |
| | par menues parties, jusques à tant que le |
| | tout soit fait un, car si l'eau ne le desséchait |
| | avec la terre les couleurs ne paraîtraient |
| | point. Le même p. 143. |
| Aristote. | La réduction est le troisième degré
|
| | de notre pierre & ouvrage, qui se fait |
| | par la trituration de la terre, & l'incération |
| | de l'eau sur icelle, or l'incération |
| | de l'eau est réduire en humidité la terre |
| | privée d'icelle humidité par la calcination, |
| | & la faire en forme de terre, car |
| | le corps sec & net est propre à boire: |
| | d'autant que tout ce qui est sec désire |
| Lier les | son humidité: liez donc les mains à la
|
| mains de la | femme allaitant, à son dos, à celle fin
|
| femme allai- | qu'elle ne puisse offenser son fils, & mets
|
| tant cra- | sur son sain un crapaud qui la tète jusques
|
| paud. | à ce qu'elle soit morte, & la femme
|
| | morte sera au feu, & le crapaud sera gros |
| | du lait, mets donc la terre que dessus, |
| | calcinée dedans un vaisseau, & mets y |
| | dessus d'eau rectifiée, cuits ceci par un |
@
CHAPITRE VII.
287
| lent feu durant une semaine, & puis |
|
| calcine doucement cette matière cuite, |
|
| à laquelle il faut ajouter d'autre |
|
| eau comme auparavant, cuisant lentement |
|
| par une semaine, calcinant |
|
| bellement, & derechef remettant nouvelle |
|
| eau pour cuire, & ainsi faisant |
|
| continuellement jusqu'à ce que la terre |
|
| aura bu six fois autant qu'elle pèse |
|
| de son eau, car la terre ne porte fruit |
|
| sans l'arrosement réitéré. Arroser, |
|
| dessécher, inhumer souvent est |
|
| l'effet souverain en cette affaire, il |
|
| faut donc nourrir premièrement la terre |
|
| d'un peu de lait en après de davantage, |
|
| & pourtant lave la terre, & la triture, |
|
| & la cuits jusques à tant qu'elle |
|
| ait bu de son eau tout autant qu'elle |
|
| en pourra boire, ou jusques à ce que la |
|
| terre sera comme pâte adhérente avec |
|
| l'eau, & pour faire cela le feu & l'azoth |
|
| te suffisent: cuits le sec de la terre noire |
|
| avec l'humidité de son eau, jusques à |
|
| ce que le sec ait l'humide, & tu auras |
|
| tout le magistère, d'autant que l'eau |
|
| étant épaisse & coagulée, la terre sera |
|
| toujours imprégnée d'un foetus & |
|
| prompte à accoucher. Aristote p. 165. 166. |
|
@
288
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Aquin.. | Prends le corps de notre premier ouvrage,
|
| | avec la queue du dragon, |
| | c'est à dire le lait virginal, y ajoutant |
| | de nouveau mercure sept parties sur la |
| | matière restante suivant le poids des |
| | poudres. D'Aquin c. 7. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | R Edisons, quoique fort souvent, que le |
| | premier degré de nos opérations est la dissolution |
| | des corps, le second est la décollation |
| | du corbeau ou collection de la matière dissoute |
| | ou matière noire; le troisième en le lavement |
| | ou nutrition de cette matière dissoute avec |
| | l'eau qu'Aristote appelle incération, d'autant |
| | qu'en cette opération la matière se rend facile à |
| | être fondue comme cire: or pour montrer |
| | qu'il n'y a point de poids à l'eau, il dit qu'il faut |
| | continuer cette opération jusques à ce que la |
| | terre n'en veuille plus, c'est à dire qu'elle soit |
| | blanche, car ce que l'un dit cinquante fois, |
| | l'autre dix, l'autre plus, l'autre moins, ce sont |
| | des nombres finis pour des non finis: Par ci devant |
| | nous avons parlé du crapaud, & de l'abus |
| | que plusieurs y trouvent, lors qu'ils prennent |
| | le crapaud animal, & lui ayant rempli (étant |
| | encore en vie) le ventre d'argent vif, le mettent |
| | dedans un vaisseau fermé au mieux qu'ils |
| | peuvent, & puis dedans ou dessus un feu par |
| | quelque temps, lequel passé, & le vaisseau refroidi, |
| | & ouvert, trouvent le crapaud en cendre |
| | dre |
@
CHAPITRE VII.
289
| si le feu a rougi le pot & le mercure, courant |
|
| comme il était auparavant, si le vaisseau |
|
| a été bien fermé, sinon exhalé, le crapaud est |
|
| la poudre noire, laquelle s'enfle & s'engrosse |
|
| par l'apposition du mercure qu'on lui ajoute, |
|
| & qui en fin se crevant pour avoir trop mangé, |
|
| son venin se répand, c'est à dire la noirceur |
|
| s'effaçant, le blanc, le jaune, & le rouge se |
|
| paraissent, qui sont le venin qui tue le mauvais |
|
| grain des métaux qu'on appelle imparfaits |
|
| & conserve en iceux ce qui y est de bon. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L E composé étant arrosé par l'eau | Flamel.
|
| divine, ne laisse point rompre les | |
| corps, mais bien plutôt leur ôte la |
|
| noirceur, que l'écume de l'argent de la |
|
| magnésie lui a mêlée, & blanchit les |
|
| corps, & les autres choses de même |
|
| genre. Flamel p. 108. |
|
| L'art est nourri de même des eaux | |
| qu'est l'enfant du lait, voyez comme |
|
| vous arroserez vos terres, & comme |
|
| vous nourrirez vos semences, à celle fin |
|
| que vous en recueilliez un fruit mûr. |
|
| Le même p. 186. |
|
| T | |
@
290
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L E composé est le noir, fait & tiré en forme |
| | de semence, du Soleil & de la Lune dissout, |
| | & en cette eau divine est le mercure, mais |
| | pourquoi, dit il qu'il ne laisse point rompre |
| | les corps, vu que toute composition de métaux |
| | à laquelle le mercure abonde le plus, comme |
| | en cette ci, est frangible? serait-ce point |
| | pour montrer la perfection de cet oeuvre, par |
| | dessus toutes les autres, & pour aller au devant |
| | du double qu'on en pourrait faire, principalement |
| | ceux qui se sont servis des congélations |
| | mercuriales, nous en pourrions apporter d'autres |
| | raisons, mais nous nous contentons pour |
| | maintenant de celles ci; Or ce qu'il a appelé |
| | composé, maintenant il l'appelle Art, puis terre, |
| | puis semence, & exhorte l'artiste & la prudence, |
| | pour ne lui donner par trop à la fois |
| | d'eau à cause des inconvénients déjà décrits, car |
| | l'enfant sortant du ventre de sa mère, n'a l'estomac, |
| | ni la force de contenir, retenir & cuire |
| | tout le lait qu'il tète & suce, ce qu'il pourra |
| | faire quelque temps après qu'il sera accoutumé |
| | à telle nourriture, & partant il faudra bien |
| | prendre garde à cette opération à laquelle consiste |
| | le noeud & secret de toute l'affaire, d'autant |
| | qu'il y a plus d'artifice à blanchir, qu'à |
| | noircir, jaunir & & rougir, cette opération demandant |
| | l'industrie & la patience. |
@
CHAPITRE VII.
291
| Textes. | |
| |
|
| N Otre pierre n'est point amendée | Rosaire.
|
| par matières de diverses natures, | |
| & rien n'y entre qui n'en soit sorti, pour |
|
| ce qu'elle se corrompt tout aussi tôt |
|
| qu'on lui met quelque chose d'étrange, |
|
| & ne peut on faire d'elle ce qu'on cherche, |
|
| le magistère n'est autre chose que |
|
| cuire le mercure & le soufre, jusques |
|
| à ce que des deux soit fait un argent vif; |
|
| qui défende le soufre d'être brûlé, |
|
| ce qui se fera si le vaisseau est bien clos, |
|
| tellement que le mercure ne s'en puisse |
|
| sortir, ni le soufre brûler. Le Rosaire |
|
| p. 173. |
|
| L'eau est la chose qui blanchit & | |
| fait rougir, l'eau tue & vivifie, l'eau dissout |
|
| & congèle, l'eau pourrit & fait |
|
| germer nouvelles & diverses choses: |
|
| Que donc toute ta pensée soit à cuire |
|
| l'eau, & ne t'en ennuie point si tu ne veux |
|
| avoir du fruit, & ne te soucie des autres |
|
| choses de néant, mais seulement |
|
| de la seule eau, laquelle tu dois cuire |
|
| la pourrissant peu à peu, jusques à tant |
|
| qu'elle soit changée de couleur en couleur |
|
| parfaite, car nature fait ses opéraT |
|
| ij | |
@
292
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | tions peu à peu, & toi fait de même. |
| | Le même p. 174. |
| | Lors que l'eau se putréfie, ou purifie, |
| | de sa noirceur, elle se rend blanche en |
| | se lavant, & puis se fait rouge. Le même |
| | p. 177. |
| | La terre noire se dissout en eau en |
| | couleur d'huile, alors elle est appelée |
| | huile des Philosophes; le dragon |
| | est né en la noirceur, & se paît de son |
| | mercure, & se tue soi même, & se submerge |
| | en icelui, & s'y blanchit un peu, |
| | & c'est alors l'élixir, l'eau se nettoie |
| | tout à fait de sa noirceur & demeure en |
| | couleur de lait, & durant la noirceur |
| | plusieurs couleurs paraissent. Le même |
| | p. 182. |
| | Cette pierre se putréfiée & mondifie |
| | avec son eau, laquelle étant nettoyée |
| | par l'aide de Dieu, tout l'ouvrage sera |
| | parachevé. Le même p. 195. |
| | L'eau mêlée avec l'airain se blanchit |
| | au dedans, & ce blanchissement est appelé |
| | de quelques uns imprégnation, |
| | d'autant que la terre se blanchit, car |
| | tant que l'eau domine, la terre croît & |
| | se multiplie, & nouvelle génération |
| | s'engendre de là. Prends ce qui descend |
@
CHAPITRE VII.
293
| au fond du vaisseau, & le lave avec le feu |
|
| chaud, jusques à ce que sa noirceur soit |
|
| ôtée, & son épaisseur soit retirée, & |
|
| fait envoler les humidités ajoutées, |
|
| jusques à tant que la chaux soit fort |
|
| blanche n'ayant aucune tache; alors |
|
| la terre est propre & disposée à recevoir |
|
| l'âme. Joignez le sec à l'humide, |
|
| c'est à dire la terre noire avec son eau |
|
| & les cuisez jusques à ce qu'ils blanchissent, |
|
| & ce blanc est appelé air. Le même |
|
| p. 207. |
|
| La terre sèche ne fait pas beaucoup | |
| de fruit, si elle n'est humectée souvent |
|
| de l'eau de pluie, & sans l'eau à peine |
|
| ou jamais &c. Le même p. 209. |
|
| Mets l'eau premièrement la triturant | |
| par intervalle, & puis la calcinant peu |
|
| à peu, jusques à ce que la terre en ait |
|
| bu sa cinquantième partie sachant | Cinquante
|
| qu'il faut nourrir la terre de peu d'eau, | pars d'eau
|
| & puis de davantage, de même qu'un | contre une
|
| petit enfant, par quoi triture la terre, | la terre l. 2.
|
| l'imbibant peu à peu de huit en huit | c. 15. du Ro-
|
| jours de son eau, car elle fait la terre | saire colon-
|
| blanche, toutefois prends toi bien garde | ne 2015 c.
|
| d'imbiber la terre, que peu à peu, | 16. col. 2014.
|
| avec longue trituration, qui sera après |
|
| T iij | |
@
294
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la dessiccation de la terre: outre plus le |
| | poids est à observer, de peur que la trop |
| | grande siccité & humidité n'engendrent |
| | corruption: cuits donc autant en desséchant, |
| | qu'il y a été ajouté par l'imbibition, |
| | & en l'imbibant tu dissous autant |
| | que la dessiccation a diminué de |
| | l'humidité: Par quoi à chaque fois que |
| | tu auras calciné, verse de l'eau tempérément, |
| | ni peu ne trop, car s'il y en a |
| | trop en feras une mer d'angoisse, & si |
| | peu, eu brûleras; cuits donc lentement |
| | & non en hâte, arrosant la terre de |
| | huit en huit jours, la cuisant au fumier |
| | & la calcinant jusqu'à ce qu'elle aura |
| | bu la cinquantième partie d'eau. |
| | Remarquant qu'après l'imbibition, elle |
| | doit être inhumée par sept jours. Réitère |
| | donc cet ouvrage plusieurs fois, |
| | encore qu'il soit long, car tu ne verras |
| | la teinture, ni auras aucun profit jusqu'à |
| | la fin de l'oeuvre. Que si la terre |
| | n'est blanche, triture la avec l'eau, puis |
| | la calcine, car l'azoth & le feu lavent le |
| | laton, & lui ôtent son obscurité, d'autant |
| | que la préparation se fait toujours |
| | avec l'eau, par quoi telle netteté |
| | qu'aura l'eau telle, netteté |
@
CHAPITRE VII.
295
| aura la terre, & tant plus la terre sera |
|
| lavée, tant plus sera elle blanche. Le |
|
| même p. 238. |
|
| Le feu & l'eau lavent le laton, & le | |
| nettoient de sa noirceur. Le même p. 248. |
|
| La terre se mêle avec son eau, & l'eau | |
| se diminue peu à peu, à cause de la décoction |
|
| tempérée, & la terre croît, & |
|
| alors cette opération s'appelle cération |
|
| parfaite, car l'eau s'incère, s'imbibe, |
|
| & par la décoction tempérée du Soleil, |
|
| c'est à dire de la chaleur, se dessèche, & |
|
| toute sa nature se tourne en terre. Le |
|
| même p. 257. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| D E prime entrée cet auteur nous avertit | |
| de n'ajouter rien d'étrange à la pierre, | |
| voulant que ce qui lui a donné son principe |
|
| la parachève, mais en cette opération il faut |
|
| prendre garde que par la trop grande quantité |
|
| d'eau, par la trop grande violence du feu, & |
|
| par l'ouverture du vaisseau toute la composition |
|
| soit perdue. Or il dit que l'eau se pourrit étant |
|
| mêlée avec la terre, c'est à dire se noircit, comme |
|
| a été vu par ci devant, mais peu à peu |
|
| l'eau surmontant la force de la terre, le tout se |
|
| blanchit, & alors l'âme y peut être mêlée, |
|
| que quelques uns entendent par la rougeur, |
|
| mais ce mélange de l'âme n'est autre chose que |
|
| T iiij | |
@
296
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la fermentation, vu qu'étant fermentée elle |
| | peut vivifier les autres corps, & non auparavant, |
| | ce qu'il réitère ici si souvent une même |
| | chose, est pour rendre le studieux artiste plus |
| | prudent & patient au travail. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| Calid. | S I tu ne subtilises le corps jusqu'à ce
|
| | qu'il soit fait tout eau, ne se rouillera |
| | point, ni ne se pourrira, & ne pourra |
| | congeler les âmes fuyardes, lors que |
| | le feu les attaquera, d'autant que c'est |
| | le feu qui les congèle, de même les |
| | Philosophes ont commandé de dissoudre |
| | les corps, & nous les dissolvons, à |
| | celle fin que la chaleur adhère au fond |
| | d'iceux: Outre plus nous retournons |
| | dissoudre les mêmes corps, & les congelons |
| | après leur dissolution avec la |
| | chose qui lui a été la plus proche, jusques |
| | à ce que nous ayons conjoint toutes |
| | choses d'un bon & propre mélange, |
| | qu'est une quantité tempérée. Calid. |
| | c. 5. |
| | Prends le chien mâle de Corascène, |
| | & la chienne d'Arménie, & joints les |
| | ensemble, lesquels joint, t'engendreront |
| | un chien de couleur de ciel, abreuve |
| | le en sa soif de l'eau de la mer, & il gardera |
@
CHAPITRE VII.
297
| ton ami, saches que ceci est une |
|
| pierre à laquelle Garip, c'est à dire, autre |
|
| chose n'entre point. Le même p. 8. |
|
| Prends la pierre honorée, & la mets | |
| dedans la cucurbite & la couvre de l'alambic, |
|
| & la ferme bien avec le lut de sagesse |
|
| & la laisse sécher, ce que tu réitéreras |
|
| toutes les fois que tu opéreras, en après |
|
| la mettras au fumier très-chaud, jusqu'à |
|
| ce que l'humidité soit desséchée, & |
|
| que la siccité aie puissance sur elle. Le |
|
| même p. 15. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| E Ntre tous les Philosophes traitant de la | |
| pierre, Calid s'est rendu des plus obscurs, | |
| embarrassant, & pèle mêlant les opérations, il |
|
| veut donc qu'on subtilise les corps déjà redis si |
|
| souvent, à savoir l'or & l'argent, & qu'on les |
|
| rende comme eau, c'est à dire impalpables, & |
|
| alors la rouillure qu'est la noirceur surviendra |
|
| laquelle congèlera & arrêtera les âmes fuyardes, |
|
| qu'est le mercure qu'on lui ajoutera, & |
|
| que l'on mettra au feu, mais à quoi faire appeler |
|
| ce chien engendré de couleur de ciel, |
|
| vu que le ciel n'en a point, & qu'étant transparent |
|
| permet à notre vue pénétrer jusques au |
|
| firmament, serait-ce point qu'il ait égard à la |
|
| fin en laquelle la couleur recrée autant la vue |
|
| que fait celle du ciel en temps pur & serein? |
|
@
298
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | usant de cette phrase & façon de parler obscure |
| | pour cacher la science aux ignorants se croyants |
| | entendus, mais assez claire aux doctes & doci- |
| | les? |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Moyne. | F Ais un petit feu jusques à ce que la
|
| | paix soit faite entre l'eau & le feu, |
| | & que l'esprit & le corps soient faits une |
| | même chose. Le Moyne p. 14. |
| | Le Dragon naît en sa noirceur, se |
| | paît de son mercure, & est submergé |
| | en icelui, & est blanchi quelque peu |
| | par lui. Le même p. 15. |
| | Continue le petit feu, à celle fin que |
| | le corps dissout en poudre noire entre |
| | dedans son eau. Le même p. 17. |
| Arnaud. | Prends la pierre & la triture avec le lait
|
| | blanc, & sera blanche ou mêle le vil |
| | avec le cher & il sera blanchi. Arnaud |
| | des secrets de la nature p. 36. |
| Dastinus. | Le feu est la terre noire au fond de la
|
| | cucurbite, lequel feu ayant dévoré son |
| | eau brûlante, demeure noirci quarante |
| | nuits. Dastinus p. 30. |
| Dominus. | Le feu & l'azoth, azoth & mercure
|
| | est même chose, & le feu est instrument |
| | qui cuit le mercure, qui entre par les |
| | cavernes de la terre dans le soufre, |
@
CHAPITRE VII.
299
| lequel soufre cuit le mercure. Dominus |
|
| vobiscum p. 50. |
|
| Le mélange se fait de l'eau avec la | Benoist.
|
| terre, & au contraire, par petites parties, |
|
| jusques à ce qu'ils soient faits un par |
|
| le feu tempéré. Benoist p. 56. |
|
| Prends toi garde qu'en la coagulation | Saturnin.
|
| la chaleur ne peut être trop douce, & |
|
| te conseille que tu aies toujours un petit |
|
| feu, & qu'il soit continuel, quoi que |
|
| la perfection soit tardive. Saturnin p. |
|
| 73 |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N ous avons dit par ci devant que notre | |
| noir est nommé de plusieurs feu, celui- | |
| ci l'entend ainsi disant, fait la paix de l'eau avec |
|
| le feu, il s'ensuit donc que le petit feu n'est |
|
| point le feu commun, ou que ce feu, lequel on |
|
| doit pacifier avec l'eau est quelque autre chose, |
|
| mais l'esprit, le mercure, l'eau, le lait, le vil, |
|
| l'eau brûlante & l'azoth sont même chose, & |
|
| le feu, le corps, le dragon, la pierre, le soufre, |
|
| le cher, la terre sont même chose, à savoir |
|
| le noir, & ces deux doivent être unis tellement |
|
| que la séparation en diverses parties de |
|
| propriétés en soit impossible. |
|
@
300
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Texte. |
| | |
| Trévisan. | D E même qu'en la première composition
|
| | de cet ouvrage aucune |
| | chose étrange à sa nature n'y entre, de |
| | même rien ne la multiplie qui ne soit de |
| | sa première disposition, & cet ouvrage |
| | ne mange point, pour ce qu'il n'est |
| | pas un végétal, & encore qu'en cette |
| | pierre des Philosophes il y ait corps, |
| | âme, & esprit, il n'est véritablement |
| | animé comme sont les arbres & les plantes, |
| | & n'est nourri végétablement, mais |
| | plutôt lui faut multiplication par apposition |
| | de nature semblable à soi, & |
| | non par végétation car un semblable prend |
| | un autre semblable à lui *appositivement, |
| | & tant plus il prend & se multiplie, |
| | tant plus il devient pesant en quantité, |
| | & actif & parfait en qualité. Par |
| | quoi la flamme du feu ne multiplie |
| | point notre pierre, pour ce que ce n'est |
| | son élément propre, d'autant qu'il n'est |
| | de sa première composition, mais un |
| | accident extérieur pour les chauffer. |
| | Quiconque donc nourrira la pierre de |
| | cette façon, & la multipliera, n'errera |
| | point, car ce qui multiplie est converti |
@
CHAPITRE VII.
301
| en même espèce. Trévisan à Thomas |
|
| p. 157. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| N Ous avons déjà vu par ci devant, que | |
| cet ouvrage n'est point augmenté ni nourri | |
| à la façon des plantes communes, je dis |
|
| communes, pour en séparer le *Baromets, ou |
|
| agneau végétable de Scythie, si ce qu'on en |
|
| écrit est véritable, mais qu'il est nourri par |
|
| apposition de nouvelle matière, nous avons |
|
| aussi vu, que cette pierre ne se nourrit, ni |
|
| augmente par le feu élément ou élémenté, & la |
|
| raison pourquoi, & c'est ce que notre présent |
|
| auteur nous confirme. |
|
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L Ors que tu as faim, & vois la viande | Egidius.
|
| tu ignores la quantité, laquelle t'est | |
| nécessaire, mais en mangeant tu sens |
|
| par la force de ton estomac combien |
|
| il t'en faut, fait donc le même en ton |
|
| ouvrage. Egidius p. 27. |
|
| Crois moi; si la terre n'est revivifiée | |
| d'eau, tu ne verras jamais la vraie congélation. |
|
| Le même p. 81. |
|
@
302
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous avons dit ci devant qu'aucun ne peut |
| | marquer précisément la quantité du lait |
| | nécessaire à l'enfant pour le renforcer jusques |
| | au marcher, ni aussi celle, laquelle nous est nécessaire |
| | pour nous saouler à un repas, nous entendons |
| | au poids ou à mesure certaine, de même |
| | nul ne peut dire la quantité absolue de l'eau |
| | nécessaire pour blanchir notre more: imbibe |
| | le donc & nourri continuellement jusques à la |
| | blancheur, alors ce sera assez, & la terre sera |
| | revivifiée par l'eau & la vraie congélation sera |
| | faite. |
| | |
| | Textes. |
| | |
| Libavius. | T Oi qui es curieux de cet art observe
|
| | cette maxime qu'il faut premièrement |
| | conjoindre l'argent vif au |
| | mercure, ces choses étant bien cuites |
| | sont la matière laquelle dissout l'or, lequel |
| | ne s'amalgame pas simplement |
| | avec elle, comme les orfèvres savent, |
| | car cet amalgame profite peu à l'art, |
| | en second lieu il faut joindre l'or ou l'argent, |
| | & les cuire par même art. Libavius |
| | en la défense de l'Alchimie p. 508. |
| | La nourriture n'est autre chose que |
@
CHAPITRE VII.
303
| l'argent vif des Philosophes merveilleusement |
|
| purifié, car cette masse mercuriale |
|
| composée du mercure des corps, & du |
|
| mercure de nature, doit être nourrie, & |
|
| ainsi en mercure double, d'autant qu'on ne |
|
| nourrit pas une matière ou humeur simple |
|
| & pur, mais vue matière qui a une |
|
| substance fixe. Le même l. 2. Epître 77. |
|
| p. 461. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| C Et Auteur parle ici de deux opérations, | |
| la première est la nutrition, lors qu'il dit | |
| qu'il faut joindre l'argent vif au mercure, la seconde |
|
| est la fermentation disant joindre l'or ou |
|
| l'argent. Il a usé du mot de *confectarium (qui |
|
| est un argument serré, auquel la conclusion suit |
|
| nécessairement l'antécédent) qu'avons retourné |
|
| par ce mot maxime, n'ayant trouvé un qui |
|
fut plus propre, ni plus significatif pour l'exprimer.
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| L 'Eau coopère à blanchir, laquelle est | Ventura.
|
| imbibée continuellement avec la | |
| terre, & exhalée par la chaleur, mais |
|
| bien plutôt incorporée & desséchée |
|
| avec la terre, par quoi triture la souvent |
|
| avec son eau, & calcine la derechef, |
|
@
304
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | jusques à ce que la noirceur ou |
| | obscurité s'en aille totalement par le |
| | lavement de l'eau & du feu. Ventura p. |
| | 153. |
| | De même que l'eau ne monte point |
| | tout à coup de la terre, mais bien peu à |
| | peu tirant avec soi l'âme, de même elle |
| | est remise peu à peu sur la terre, d'autant |
| | qu'elle n'est point coagulée & desséchée |
| | tout à coup avec la terre, mais |
| | peu à peu, tellement que la quantité de |
| | l'eau se diminue de temps en temps peu |
| | à peu, jusques à ce qu'elle soit toute desséchée |
| | & réduite en poudre, & ceci se |
| | fait par un feu lent. Le même p. 157. |
| | Réduis l'eau sur la terre, la cuisant |
| | peu à peu, jusques à ce que la terre soit |
| | blanche. Le même p. 159. |
| | L'ouvrage des Philosophes n'a besoin |
| | d'aucun mélange étrange, mais |
| | seulement de la propre semence métallique, |
| | préparée de la terre philosophique, |
| | d'où en produite une pierre |
| | multipliable & infinie, pourvu |
| | qu'elle soit nourrie de son propre menstrue |
| | & humeur naturel, & par la |
| | chaleur du Soleil des Philosophes sa |
| | puissance est réduite en acte. Thibaud |
| | Je |
@
CHAPITRE VII.
305
| Je commande qu'on ne verse tout à | Tourbe.
|
| coup l'eau, de peur que l'ysir ne soit submergé, |
|
| mais verses la peu à peu, tritures |
|
| la, dessèches la, & faites le souvent |
|
| jusques à ce qu'il soit fait eau. La tourbe |
|
| Sentence 42. |
|
| L'intention invariable des Philosophes, | |
| & d'une même bouche est que la |
|
| force totale consiste à l'humectation |
|
| sans intervalle, & pulvérisation subséquente, |
|
| & ainsi l'on aura la fin. Le même |
|
| énigme 7. |
|
| Nourris le corps, anime de son lait, | |
| c'est à dire de son eau, de laquelle l'ouvrage |
|
| a été fait ou commencé du premier |
|
| coup. Exercice 6 sur la tourbe. |
|
| Les Philosophes veulent nourrir le | Aurore.
|
| grain de l'humeur *connaturel, jusques à |
|
| ce qu'il soit végétable, & apporte fruit |
|
| tel qu'il a à son intérieur, & veulent vivifier |
|
| ce qui est mort de la forme métallique, |
|
| jusqu'à tant qu'il donne parfaite |
|
| fusion métallique, laquelle vivification |
|
| ou nutrition les Philosophes ont |
|
| nommée ingrès. L'Aurore c. 20. p. 231. |
|
| Le lavement du corps, est la réduction | Rosinus.
|
| de l'eau dessus lui, jusqu'à ce qu'aucune |
|
| chose de l'âme qui est la teinture ne |
|
@
306
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | demeure en lui, qui ne monte avec l'esprit. |
| | Rosinus des divines interprétations |
| | p. 292. |
| Bellerive. | Prends la terre noire, mets la sur une lame
|
| | de verre, & y verse dessus un peu d'eau |
| | de vie, tellement qu'elle soit en forme |
| | de pâte, mettez la en un vaisseau de verre |
| | sur un fourneau, & sur les cendres, lui |
| | donnant par un jour & une nuit le feu |
| | sans bouillir, & lors qu'elle sera sèche, |
| | arrosez ladite terre de l'eau mercuriale |
| | susdite, & desséchez encore & réitérez |
| | jusqu'à ce que la terre soit blanche |
| | imprégnée. Bellerive. |
| Arislaus. | Apres que tu as séparé l'esprit & l'âme
|
| | de son corps (c'est à dire, & entendez |
| | les essences aériennes) alors rendez |
| | à sa racine la forme quantitative par |
| | moyen d'union, & certes aussi tôt le |
| | corps prend son âme, de même que la |
| | nature sa nature. Alors procède à son régime, |
| | jusqu'à ce que la terre coule, comme |
| | quasi une quinte essence, & soit imbibée |
| | de son eau en son temps, jusqu'à |
| | tant qu'elle boive son eau, & commande |
| | que la terre soit imprégnée. Arislaus. |
| Calid. | Prends sa quantité & saches son poids
|
| | & lui ajoute de son humidité autant |
@
CHAPITRE VII.
307
| qu'il en pourra boire, de laquelle humidité |
|
| nous n'avons en cet ouvrage |
|
| aucun poids déterminé. Calid c. I. |
|
| Je ne te commande rien, mon fils, si | Nicolas.
|
| ce n'est de cuire notre eau, & notre |
|
| cuivre, jusques à ce qu'ils soient tirez, |
|
| se brûlants peu à peu, & que l'étain ait |
|
| changé de couleur, & soit nettoyé de |
|
| sa noirceur, cuis les jusqu'à ce que l'esprit |
|
| & le corps soient joints ensemble |
|
| & faits un, car l'esprit ne se pouvant |
|
| exhaler, il faut qu'il soit fixé & uni |
|
| avec son corps, & alors nature s'éjouit. |
|
| Nicolas des comtes p. 21. |
|
| Notre pierre ne végète pas, & n'est | Trévisan à
|
| pas nourrie comme les végétaux, mais | Thomas de
|
| elle est nourrie par apposition de nourriture | Bologne.
|
| semblable à sa nature. Trévisan à |
|
| Thomas de Bologne. |
|
| Il faut modérer le feu, jusques à ce | Dastinius.
|
| qu'il boive son humidité & soit fait sec |
|
| & fort blanc, alors il faut fortifier le |
|
| feu, jusques à ce qu'il soit jaune & fort |
|
| rouge. Dastin p. 29. |
|
| Remettez l'eau sur la terre, donnant | |
| un feu tempéré, jusqu'à tant qu'il ait |
|
| fait racine propre à sa nature, or il la |
|
| faut nourrir premièrement d'un peu de |
|
| V ij | |
@
308
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | lait, comme on fait un petit enfant |
| | auquel du commencement on donne |
| | un peu de lait, & tant plus il croît, |
| | tant plus a il besoin de viande & de chaleur, |
| | jusques à ce qu'il aura bu son humidité, |
| | car l'humeur premièrement est |
| | froid, qui est la cause qu'il se faut garder |
| | du trop grand feu, comme étant |
| | ennemi du froid, mais si le corps est mis |
| | sur le feu sans vinaigre, il se brûlera, & |
| | n'aurons de lui ce que nous désirons, |
| | mais le vinaigre lui étant ajouté, le |
| | gardera de brûler se desséchant avec le |
| | corps, & gardera qu'il ne soit offensé, |
| | & tant plus il demeure sur le feu, tant |
| | plus le corps demeure aussi sur le feu, & |
| | tant plus il se cache au centre de l'eau |
| | pour n'être brûler de la chaleur du feu. |
| | Toutefois je commande qu'on ne mette |
| | point l'eau tout à coup, à celle fin |
| | que l'élixir ne soit submergé mais bien |
| | verse l'eau peu à peu, à celle fin que le |
| | corps se cuise avec trois parties de son |
| | eau, car s'il est gouverné comme il |
| | faut sur le feu, il est pacifié avec son |
| | eau, la patience donc & le temps sont |
| | nécessaires, à celle fin que par la longueur |
| | de cuire, l'eau vainque le combat |
@
CHAPITRE VII.
309
| du feu, car par la légère cuite, l'eau est |
|
| congelée, & l'humidité corrompant des |
|
| humeurs est tirée, le feu donc soit doux, |
|
| jusqu'à ce qu'elle soit congelée en pierre, |
|
| car alors tu verras l'eau se congeler, |
|
| & cela te montrera assurément que la |
|
| science est véritable, d'autant que le |
|
| corps coagule son humeur en siccité, |
|
| cuits donc le corps avec l'eau, & les |
|
| coagule au feu, jusqu'à ce qu'il soit |
|
| épais & sec, car étant sec il boit promptement |
|
| le résidu de son humidité, alors |
|
| mets y d'autre eau que tu cuiras lentement, |
|
| & ferme le vaisseau diligemment |
|
| ne te hâtant point, & sans te désister |
|
| de travailler. Le même p. 33. |
|
| Notre eau bénite vient à égaler sa | |
| terre, nettoyer sa noirceur, & ôter |
|
| toute sa mauvaise odeur, d'autant qu'entre'eux |
|
| y a un amour, comme du mari à |
|
| la femme, garde toi donc que l'eau ne |
|
| sorte du vaisseau & périsse, mais la réduisant |
|
| sur la terre, coagule la par un |
|
| feu tempéré, comme la semence se coagule |
|
| dans la matrice, remets donc l'eau |
|
| sur sa terre, jusqu'à ce qu'elle soit coagulée |
|
| en bas, car alors elle est plus |
|
| promptement convertie de sa nature en |
|
| V iij | |
@
310
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | autre nature. Le même p. 34. |
| | Ne méprise point les cendres, mais |
| | rends leur derechef leur sueur, laquelle |
| | ils ont rejetée, jusqu'à tant que le tout |
| | soit retourné en bas, toutes fois autant |
| | de fois que la cendre est imbibée autant |
| | de fois elle doit être desséchée jusqu'à |
| | ce que tout soit tourné en blancheur, |
| | il faut donc que l'airain soit trituré & |
| | imbibé souvent avec l'eau de vie, & à |
| | chaque fois desséché jusqu'à ce qu'il |
| | aura bu son humidité. Les Philosophes |
| | commandent de congeler l'eau vive, la |
| | mener avec son corps, & la cuire jusques |
| | à tant qu'elle soit desséchée, alors |
| | tu trouveras toute l'eau vive coagulée |
| | par soi même & convertie en terre, |
| | & alors l'esprit est joint au corps, |
| | l'eau à la cendre, & la femelle au mari; |
| | pour ce que le cuivre étant bien gouverné |
| | avec l'eau, la paix intervient, & |
| | est blanchi: & la blancheur ne se fait |
| | point que par la cuite & coagulation |
| | de l'eau, & tant plus l'airain est blanchi, |
| | ou lavé, tant plus la blancheur se rend |
| | grande, convertis donc & cuits, |
| | réitère & ne te fâche point de réitérer |
| | avec son airain, cuits la nuée, lave la |
@
CHAPITRE VII.
311
| noirceur avec l'eau de vie, rôtissant le |
|
| laton, jusques à ce qu'il soit desséché & |
|
| soit fait corps nouveau, car l'eau de |
|
| vie bien gouvernée blanchit tout le |
|
| corps le convertissant entièrement en sa |
|
| couleur, mêle donc cette fumée à sa |
|
| fèce, cuits & triture souventes fois jusqu'à |
|
| ce qu'il soit congelé, & dénué de |
|
| la noirceur, car l'eau de la rosée de Mai |
|
| le blanchit & nettoie, & en descendant |
|
| du ciel en temps de pluie pénètre & |
|
| blanchit. Le même p. 35. |
|
| Quelques Philosophes mettent sur la | Florent.
|
| terre de son eau ou de l'esprit non fixé |
|
| sans poids ne mesure, l'imbibant d'icelle |
|
| tant qu'elle en peut boire, & que |
|
| la vertu de cette eau ou esprit non fixe, |
|
| au argent vif, ou queue de dragon ou |
|
| sperme survenant ait entièrement dissout |
|
| cette terre en eau, & soit faite |
|
| volatile, & derechef spirituelle, c'est à |
|
| dire de nature d'eau ou esprit déjà |
|
| dit, montant au ciel, c'est à dire en la |
|
| même eau, ou la sublimant, comme a |
|
| été du commencement en la première |
|
| opération, comme déjà est dit. Prends toi |
|
| garde que l'élixir ne soit submergé, ce |
|
| qui advient lors que la trop grande |
|
| V iij | |
@
312
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | quantité du volatil surmonte le fixe, |
| | Florent l. 2. c. 10. |
| | Quelques Philosophes disent que |
| | le dragon doit être extrait de son vaisseau |
| | & trituré sur le marbre, mais pour |
| | le marbre il faut entendre le fond du |
| | vaisseau, car cela est dit par similitude, |
| | & en ce fond sans extraction aucune, |
| | mais moyennant l'industrie de l'artiste, |
| | la solution, & la congélation se font. Le |
| | même l. 2. c. 12. |
| Armingandus. | Pour te parler clairement, je dis que
|
| | notre solution se fait avec notre feu, |
| | (&) sans icelui tu ne parviendras point |
| | à ton désir, car par sa force il rompt, |
| | brise, dessèche rôtit, & triture, & |
| | sans corruption de la combustion améliore. |
| | Notre ouvrage n'est fait de main, |
| | mais par nature, & en vérité de Dieu, |
| | je trouve que le feu de nature agit en |
| | ces corps, d'autant que l'argent vif agit |
| | en ces corps car il les réduit en leur première |
| | matière, à savoir en argent vif, en |
| | second lieu il sépare & rejette tout ce |
| | qu'il y trouve de superflu, en troisième |
| | lieu il conjoint inséparablement l'âme |
| | avec son corps & parfait l'imparfait. |
| | Armingandus c. 2. |
@
CHAPITRE VII.
313
| Notre fille vierge se sentant grosse, | |
| gît au lit, & semble être morte, d'autant |
|
| que ses forces sur célestes la délaissent, |
|
| & pourtant elle se dessèche, se noircit |
|
| étant dénuée de tous mouvements |
|
| & influences, laisse la donc reposer, |
|
| jusqu'à ce qu'elle respire & enfante son |
|
| fils premier né, & qu'icelui soit nourri, |
|
| car étant fort il convertira son père |
|
| & sa mère de même que lui. Le |
|
| même p. 4. |
|
| Le lavement n'est point fait par la | |
| force du feu, mais bien avec l'eau du |
|
| soufre, & avec la chaleur tempérée | |
| du Soleil. Le même c. 5. |
|
| Prends ce qui est demeuré au fond du | Nicolas du
|
| vaisseau, à savoir la lie laquelle est appelée | Tauro.
|
| par les sages verre ou corps, & la |
|
| lave avec le feu très chaud, jusqu'à ce |
|
| que la noirceur s'en aille, & la blanchi |
|
| d'un bon blanchissement & deviendra |
|
| chaux blanche, en après rends la à ses |
|
| natures premières qui montent d'elles, |
|
| à savoir eau, air & feu. Nicolas de Tauro |
|
| c. 1. |
|
| Mets d'eau dessus la terre, & puis la | |
| dessèche, les jointures étant bien fermées, |
|
| & derechef ajoute d'eau, & la |
|
@
314
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | dessèche, & encore imbibe jusqu'à tant |
| | qu'elle soit blanche. Vincent question |
| | 20. |
| Payen. | Triture la chaux & l'imbibe de mercure
|
| | la cuisant jusqu'à ce qu'ils soient |
| | unis & un corps, & ne t'ennuie point de |
| | réitérer souvent ceci, car si le corps n'est |
| | incorporé avec le mercure, il ne sera |
| | jamais sublimé. Payen p. 7. |
| | Lors que tu voudras congeler l'eau & |
| | l'air, mets la sur les terres unies, une |
| | fois après l'autre, jusqu'à ce que par la |
| | vertu de ces terres, l'eau soit congelée |
| | & épaissie, mais que ceci soit fait |
| | peu à peu & par semaines cuisant chaque |
| | fois, jusqu'à ce que la terre en aura |
| | bu cinquante fois autant qu'elle pesait. |
| | Le même p. 15. |
| Incertain. | Mets ta matière noire avec sa quarte
|
| | partie d'eau non imprégnée dans un |
| | vaisseau de verre rond, qui ait le col long, |
| | étroit & bien fermé, sur le bain marie |
| | ou fumier de cheval, jusqu'à ce qu'il |
| | soit desséché, alors ajoute y d'autre |
| | eau & ainsi réitère la solution & extraction |
| | des éléments sans sortir la matière |
| | du vaisseau, jusques à ce que la noir- |
| | ceur soit blanche comme neige. Auteur |
@
CHAPITRE VII.
315
| incertain commence, Mon fils très-cher &c. |
|
| La terre à cause de sa sécheresse avalera | Rouillac.
|
| l'eau, l'épaissira & la coagulera |
|
| non tout à coup, mais peu à peu, & |
|
| partant il est besoin de grande patience, |
|
| & le vaisseau doit être bien |
|
| bouché, de peur que les esprits s'enfuient. |
|
| Rouillac. p. 6. |
|
| L'inspissation de quelque humidité | Geber.
|
| ne se fait point si premièrement l'exaltation |
|
| de ses parties subtiles ne se fait |
|
| avec la conservation des parties plus |
|
| grosses, & il faut que l'humide surmonte |
|
| le sec au mélange, & d'autant que |
|
| la vraie mixtion du sec & de l'humide |
|
| est en la température de l'humide & du |
|
| sec, & du sec & de l'humide, il faut que |
|
| d'iceux soit faite une substance homogène |
|
| pure & tempérée en ses parties, |
|
| ayant le milieu entre dur & mol, & s'étendant |
|
| en battant. Geber c. 10. l. I. de |
|
| la sommaire perfection. |
|
| De la multipliée réitération de l'imbibition | |
| avec la contrition & légère assation |
|
| l'humidité grande du mercure est |
|
| ôtée, & alors tu verras ce blanc plus |
|
| excellent que la neige & demeurer aux |
|
| côtés de l'aludel &c. Le même livre c. 45. |
|
@
316
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | La partie non fixe que tu auras gardée |
| | sera jointe peu à peu, & subtilement |
| | sur cette partie de terre administrée, & |
| | sera lavée par voie de sublimation, jusqu'à |
| | ce que le fixe soit lavé totalement |
| | avec le non fixe, que si cela n'advient |
| | point, ajoute y parfois quelque quantité |
| | de non fixe tant qu'il suffise au lavement, |
| | en après fige le jusques à ce qu'il |
| | donne une fusion facile avec son ignition. |
| | Le même l. 2. c. 25. |
| Lavements | Arrose ta poudre sèche & noire
|
| par une peau. | lentement avec ton eau l'arrosant par
|
| | une peau, jusqu'à ce qu'elle soit blanche. |
| | Du livre des lavements. |
| | Il faut que tu divises ce qui a été coagulé, |
| Flamel. | pour en donner puis après une
|
| | nourriture qu'est lait de vie au petit |
| | enfant naissant qui est doué par le Dieu |
| | vivant d'une âme végétative, ce qui |
| | est un secret très admirable, & très caché, |
| | qui a fait affoler (faute de le comprendre) |
| | tous ceux qui l'ont cherché |
| | sans le trouver, ce qui a rendu sage toute |
| | personne qui l'a contemplé des yeux, |
| | soit du corps, soit de l'esprit, il te faut |
| | donc faire deux parts & portions de ce |
| | corps coagulé, l'une desquelles servira |
@
CHAPITRE VII.
317
| d'azoth pour laver & mondifier l'autre |
|
| qui s'appelle laton qu'il faut blanchir. |
|
| Celui qui est lavé est le serpent |
|
| Python, qui ayant pris son être de la corruption |
|
| du limon de la terre assemblé |
|
| par les eaux du déluge, quand toutes les |
|
| confections étaient eau, doit être occis |
|
| & vaincu par les flèches du Dieu |
|
| Apollon, par le blond soleil, c'est à dire |
|
| par notre feu égal à celui du Soleil. |
|
| Celui qui lave ou plutôt les lavements |
|
| qu'il faut continuer avec l'autre moitié, |
|
| ce sont les dents de ce serpent que le sage |
|
| opérateur, le vaillant Thésée sèmera |
|
| en la même terre, dont naîtront des |
|
| gendarmes qui se déconfiront en fin eux |
|
| mêmes. Flamel p. 75. du livre des hiéroglyphiques. |
|
|
|
| Je ne veux pas oublier en passant de t'avertir | |
| que le lait de la Lune n'est pas |
|
| comme le lait virginal du Soleil, pense |
|
| donc que les imbibitions de la blancheur |
|
| requièrent vu lait plus blanc, |
|
| que celles de la rougeur & *auréité, car |
|
| en ce pas j'ai *cuidé faillir. Le même p.82. |
|
| Voulant passer de la pierre blanche à | |
| la rouge, il faut imbiber d'un peu de |
|
| lait virginal solaire. Souviens toi donc |
|
@
318
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de commencer la rubification par l'apposition |
| | du mercure citrin rouge, mais |
| | il n'en faut pas verser beaucoup, & seulement |
| | une ou deux fois selon que tu |
| | verras, car cette opération se doit parfaire |
| | par le feu sec, par la sublimation |
| | calcination sèche. Le même p. 86. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | F Ermons ce chapitre redisant que des corps |
| | du Soleil & de la Lune, par le moyen du |
| | mercure aiguisé par un feu convenable, & |
| | iceux dedans un vaisseau rond & col long d'un |
| | pied ou environ, & duquel nous parlerons en |
| | son propre chapitre: d'iceux on peut recueillir |
| | une matière noire ou apparaissant telle par un |
| | temps commode dessus toute ladite matière, ou |
| | icelle tombée des arbres & feuilles qui ont été |
| | élevées au milieu de la mer, que quelques uns |
| | appellent vers naissants, mourants, renaissants & |
| | re-mourants, & l'une & l'autre séparée des corps, |
| | ou par la plume, ou par le tamis, sur cette matière |
| | sera apposé & distillé par le chamois le breuvage |
| | convenable de son eau désirée, ou bien ladite |
| | matière noire rouge ou grisâtre, sera jetée |
| | dedans la mer, laquelle mise sur un feu propre |
| | & convenable s'élèvera peu à peu, & excitant la |
| | tempête, cette noirceur se mêlera de telle façon |
| | avec l'eau d'icelle mer, que combattant |
| | l'un pour dissoudre, l'autre pour congeler, en |
| | fin de tous deux las, s'engendrera une forme |
@
CHAPITRE VII.
319
| d'écume ou graisse, laquelle (toute la mer |
|
| étant calme) sera retirée on avec une cuillère, |
|
| non d'aucun métal, mais ou de verre, ou de |
|
| bois, ou de nacre ou une plume. Cette écume |
|
| dès la première fois se trouvera mêlée avec |
|
| même poids (qu'elle pesait étant poudre) de |
|
| l'eau marine, & par conséquent comme pâte, |
|
| laquelle sera mise dedans son vaisseau bien |
|
| bouché sur le feu lent, où cette pâte se desséchera |
|
| peu à peu, & se retournera en poudre |
|
| noire & impalpable, laquelle il faudra remettre |
|
| comme auparavant, & continuer jusqu'à temps que par |
|
| les réitérés imbibitions la blancheur paraisse. |
|
| Or s'il a fallu du temps & de la patience à la dissolution |
|
| des corps, il n'en faut pas moins à cette |
|
| nutrition, à laquelle peu de chercheurs peuvent |
|
| parvenir faute d'étude, de patience, & |
|
| de profonde cogitation ou méditation, ne comprenant |
|
| qu'est-ce que nutrition, à savoir que |
|
| la chose nourrissante est convertie en la propre |
|
| substance & nature de la chose nourrie, & partant |
|
| qu'il faut que ce dont cette semence, tête |
|
| de corbeau, soufre ou mercure double est |
|
| nourrie soit converti en même nature & substance. |
|
| Ce qui étant ignoré, tout l'est aussi, |
|
| principalement que chaque chose naît avec |
|
| son destructeur qui la suit sans cesse, voire jusqu'à |
|
| l'exterminer, sans en excepter l'or que |
|
| quelques uns croient prendre accroissement |
|
| parmi les choses qui semblent détruire les autres |
|
| métaux & matières, mais ce destructeur, |
|
| principalement de l'or est connu au docte artiste. |
|
@
320
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Mais comment nourriront-ils l'enfant puis qu'ils |
| | ne le savent extraire, & comment extraire, |
| | s'ils ne le savent former, & comment former |
| | s'ils ne savent assembler & accoupler les parents, |
| | & comment accoupler les parents s'ils ne |
| | les connaissent, & s'ils ne les connaissent, comment |
| | connaîtront ils leurs maladies ou santé, & |
| | s'ils ne connaissent leurs maladies, comment |
| | les guériront ils, & par quels remèdes, puisque |
| | leur nature leur est inconnue? O curieux |
| | chercheurs jetez vous dans l'étude de notre |
| Exhortation | admirable connaissance, les livres vous dessilleront
|
| à l'étude. | les paupières, vous dénoueront les difficultés;
|
| | & vous montreront que de deux par le moyen |
| | d'un tiers un s'engendre, & font quatre, à ce |
| | quatrième un survient qui font cinq, & ne sont |
| | qu'un, à ces cinq quatre surviennent, dont le |
| | premier paraît longuement, le second moyennement, |
| | le tiers passa tôt, mais le quart qui |
| | fait neuf s'arrête, mais il n'a aucune vertu active |
| | sans le dixième qui venant à son aide le fait |
| | honorer, rechercher, aimer, désirer & craindre |
| | par tout, ils vous apprendront aussi cette |
| | valeur des nombres tant chantée & louée par |
| | Pythagore, & y verrez la vraie quadrature du |
| | cercle, laquelle n'est autre chose que rendre le |
| | parfait qu'est le cercle, imparfait, qu'est le |
| | carré sans détruire le cercle, puis ce carré sera |
| | réduit en triangle, ce triangle en ligne, & |
| Quadrature | cette ligne en point, lequel point quoi qu'indivisible,
|
| du cercle. | contiendra tout autant que faisaient la
|
| | ligne, le triangle, le quadrangle & le cercle, je |
| | des |
@
CHAPITRE VII.
321
| dis autant sans plus ne moins, outre ceci vous y |
|
| apprendrez une infinité de beaux secrets, à la connaissance |
|
| desquels vous aurez en quelque |
|
| lieu que soyez un grandissime contentement. |
|
| Que si nous n'avons assez de persuasion pour |
|
| vous faire prendre la volonté de lire les bons livres, |
|
| traitant de cette admirable matière, que |
|
| pour le moins le peu de rencontre heureux qu'avez |
|
| fait en vos opérations fâcheuses, pénibles |
|
| & de grand coût sans fruit honorable, & selon |
|
| Dieu, vous fassent faire retraite, de laquelle |
|
| Trévisan vous a montré le chemin: Que si aussi |
|
| nous n'avons éclairci ce que dessus, & n'éclaircissons |
|
| ce qui s'enfuit à votre contentement, & |
|
| selon notre désir, que notre peu de loisir |
|
| nous serve d'Avocat, peut être quelqu'un |
|
| nous suivra qui retirant la lumière du dessous |
|
| du boisseau la mettant sur la table, mettra en |
|
| profit le talent à lui commis, & s'essaiera (peut |
|
| être, tant par l'expérience visible, que par l'écriture) |
|
| de retirer les studieux du chemin tortu |
|
| pour le mettre au droit, plain & uni. |
|
| X | |
@
322
| | |
| | ------------------------------------------------ |
| | |
| | D U F E U P R O P R E A L A |
| | pierre des Philosophes, |
| | |
| | CHAPITRE VIII. |
| | |
| | T E X T E. |
| | |
| | Ors que notre pierre se fixera,
|
| | soit avec le levain, |
| | ou autre corps, le feu doit |
| | être si petit qu'aucune |
| | chose ne monte en haut, autrement |
| Isaac. | ce qui se sublimera, ne se fixera
|
| | point ni avec le levain, ni avec le |
| | corps. Isaac l. I. c. 5. |
| | Faudra ajouter sous la matière le |
| | feu fort petit, mais un peu plus chaud |
| | que n'est le Soleil au milieu de l'Eté. Le |
| | même c. 6. |
| | Quoi que tu fasses, n'augmente jamais |
| | le feu que tu n'aies ôté quelque |
| | chose du poids, & l'ayant mise sur une |
| | lame d'argent, comme déjà a été dit, |
| | juges quelle chaleur peut porter avant, |
| | & de cette sorte tu ne pourras faillir au |
| | feu, ceci est le plus grand secret de |
| | tout l'art. Quoique tu fasses use plutôt |
| | d'un petit feu que d'un grand, & de |
| | cette façon tu ne pourras faillir, & combien |
| | qu'il te faille un temps plus long |
@
CHAPITRE VIII.
323
| pour la fixation, toutefois ce petit feu | Note qu'il
|
| est plus assuré. Plusieurs ouvrages se | n'est pas dit
|
| perdent par la négligence du feu, d'autant | simplement
|
| que souvent dans la longueur & espace | cet ouvrage
|
| de l'oraison dominicale le feu étant | mais plu-
|
| négligé il faut recommencer l'oeuvre. | sieurs.
|
| Le même c. 9. |
|
| Toutes les fois que la pierre changera | |
| de couleur, tu augmenteras un peu ton |
|
| feu, jusques à ce que tout demeure en |
|
| bas & tout soit fixe, toutefois prends toi |
|
| garde de ne faire un grand feu, jusqu'à |
|
| ce que tout soit fixe & parvenu à la couleur |
|
| blanche. Le même c. 35. |
|
| Tu fixeras & sublimeras toujours la | |
| matière avec un petit feu, encore que ce |
|
| temps soit long, car travaillant avec un |
|
| petit feu la matière retient mieux son |
|
| humidité. Le même c. 43. |
|
| Tu dois sublimer avec un feu fort petit, | |
| à celle fin que l'esprit subtil & volatil |
|
| puisse premièrement voler des fèces |
|
| jusques à la supérieure partie du vaisseau, |
|
| autant que l'esprit moyen commence |
|
| à sortir des fèces. Le même c. 113. |
|
| Ferme le vaisseau d'un luth fort, étant | |
| desséché mets le au fourneau de fixation |
|
| y ajoutant un feu fort tiède & semblaX |
|
| ij | |
@
324
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ble au Soleil luisant du mois de Mars, & |
| | le tiens en cette chaleur nuit & jour |
| | tant que tu voies ta matière se noircir |
| | comme poix, & encore d'avantage, alors |
| | augmente ton feu d'un petit degré, & |
| | alors ce sera beaucoup sentant cette |
| | chaleur un peu plus forte qu'auparavant. |
| | Retiens ce feu en cette chaleur, jusqu'à |
| | ce que tu voies une autre couleur |
| | qu'est grise, rousse quasi comme cendre: |
| | alors augmente un peu ton feu, mais |
| | non guères, mais comme le Soleil chauffe |
| | en Avril, retiens donc ton feu en ce degré, |
| | jusques à ce que tu voies la couleur |
| | verdâtre, telle qu'est la couleur de la |
| | plume d'un perroquet alors augmente |
| | ton feu d'un petit, jusques à ce que tu |
| | voies la couleur semblable à celle de la |
| | queue de Pan, qui a une infinité de couleurs, |
| | alors augmente ton feu comme la |
| | chaleur du soleil en Juin, & non plus |
| | grande, alors tu n'augmenteras ce feu |
| | que tu ne voies la parfaite blancheur & |
| | la pierre blanche être parfaite, alors |
| | augmente le feu, jusques à tant que tu |
| | voies la matière prendre couleur cendrée, |
| | alors augmente un peu ton feu, |
| | tant seulement d'un petit degré, |
@
CHAPITRE VIII.
325
| jusques à ce que tu voies une couleur |
|
| blanche rousse, comme si c'était le caillé |
|
| duquel les Mégissiers préparent leurs |
|
| peaux, alors augmente ton feu d'un degré, |
|
| & le garde ainsi tant que voies la |
|
| couleur semblable à brique battue entre |
|
| rouge & roux, alors augmente ton |
|
| feu d'un petit degré, jusques à ce que tu |
|
| voies la couleur cendrée comme vert |
|
| blanc, alors augmente ton feu d'un petit |
|
| degré. Or la couleur cendrée est la |
|
| dernière de toutes les couleurs, alors tu |
|
| n'augmenteras plus le feu que premièrement |
|
| la pierre ne soit parfaite. La I. |
|
| couleur laquelle tu verras après cette ci |
|
| sera rouge comme rose, & peu à peu la |
|
| couleur se fera plus haute, & peu à peu |
|
| & de plus en plus rougira, tellement que |
|
| la matière deviendra si haute en couleur |
|
| que jamais l'oeil humain n'en a vu de |
|
| semblable, alors réjouis toi avec les |
|
| Philosophes, car la pierre est parachevée. |
|
| Le même p. 131. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| V Oici l'une des pièces la plus difficile, & | |
| presque le noeud de tout l'art, & où est | |
| extrêmement nécessaire de diviser les temps |
|
| X iij | |
@
326
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | pour accorder les écritures. Notre Auteur |
| | ne nous marque point ici la composition en son |
| | commencement de la pierre, mais seulement la |
| | fixation d'icelle, c'est à dire la rendre telle qu'elle |
| | ne puisse être gâtée par aucune voie ou manière |
| | que ce soit, mais par quel ordre de venir |
| | & cette si haute pièce, puis qu'il ne nous en dit |
| | rien si nous n'avons passe par le chemin épineux? |
| | Il faut donc sans nous effrayer marcher parmi |
| | ces sentiers pleins d'hydres, de buissons, & de |
| | labyrinthes, lesquels ont été franchis par plusieurs |
| | rares esprits, & pavés par la perte des |
| | ignorants & outrecuidants. Entamons donc notre |
| | premier feu, qui est celui de la solution des |
| | corps solides, entiers, nets & crus. |
| | Le feu tend toujours en haut, mais parvenant |
| | au ciel, pour ce qu'il ne peut croupir tend |
| | aux autres choses, cherchant de s'amplifier & |
| | dilater par tout, & d'autant qu'il ne peut être |
| | tiré en bas, pour ce que sa nature y répugne d'une |
| | très facile conduite & traite naturelle, il est |
| | conduit de l'âme jusques à la vie, afin que par |
| | la communion, qu'avec les choses plus hautes |
| | il s'est acquise par la vie unique il passe aux suprêmes, |
| | tâchant de convertir au suprême |
| | non seulement lui, mais aussi tout ce qu'il peut |
| | embrasser, car la nature du feu, autrement de chaleur |
| | & siccité s'est tempérée avec la nature de chaleur |
| | & humidité, & est provenu de ce tempérament |
| | égal, l'élément du feu s'est tempéré |
| | avec la nature d'humidité, d'où l'air & l'élément |
| | de l'air est tempéré avec la nature de froideur |
@
CHAPITRE VIII.
327
| & humidité, d'où l'eau & l'élément de l'eau |
|
| s'est tempéré avec la nature de froideur & siccité |
|
| d'où la terre est. J'entends quelqu'un qui dit |
|
| que la fumée d'une chandelle éteinte & mise |
|
| plus bas que la chandelle allumée attire à soi |
|
| la lumière d'icelle. A quoi est répondu que |
|
| cette fumée, laquelle est grasse s'enflamme |
|
| facilement, & que cette flamme suit ce qui est |
|
| gras & onctueux, de quoi sera parlé en son lieu |
|
| propre. |
|
| Ceux qui veulent tirer la substance d'un chapon, | |
| perdrix, mouton & semblables, ne s'amusent |
|
| point à la hacher menu, ni à user d'un |
|
| petit feu, encore que ce soient pièces faciles à |
|
| cuire, mais après qu'elles sont en gelée, alors ou |
|
| pour la foudre ou pour lui ordonner un peu plus de |
|
| cuite, l'on use d'un feu lent: l'exemple se peut prendre |
|
| encore d'un confiseur, qui du commencement |
|
| se sert d'un feu fort, mais sur la fin d'un |
|
| feu tempéré selon la matière qu'il traite. Disons |
|
| de même, nous avons à dissoudre des |
|
| corps fort solides, & pour les ôter de leur nature, |
|
| & les réduire à une autre, nous devons |
|
| suivre un ordre qui soit propre à la matière que |
|
| nous traitons, & de laquelle nous voulons tirer |
|
| cette matière, laquelle du commencement |
|
| est volatile, & laquelle vous faut fixer si nous |
|
| voulons en recevoir du contentement. Nous |
|
| avions proposé discourir en ce lieu d'une infinité |
|
| de questions qui s'émeuvent touchant ce feu, |
|
| mais pour ce qu'il en est parlé sur notre oeuvre |
|
| du Sabbat, nous nous contenterons de dire |
|
| X iiij | |
@
328
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | que nous ne reconnaissons en tout ce qui est |
| | dessous la Lune qu'un feu, icelui visible, attache |
| | & léchant les matières onctueuses, grasses, |
| | huileuses, bitumineuses, & invisibles, pour |
| | être icelui caché dans la terre, cailloux, & |
| | autres matières dures. Or ce feu visible agit & |
| | montre ses forces selon la puissance du résistant, |
| | c'est à dire selon la matière à laquelle il est attaché, |
| | ou à laquelle, ou contre laquelle il veut |
| | agir, c'est donc ici le lieu où nous devons remarquer |
| | la matière, la quantité d'icelle, le lieu |
| | où elle est contenue, & ce contre quoi ce feu agit |
| | non pour soi ou sa nourriture ou entretien mais |
| | contre qui il exerce sa domination, & veut démontrer |
| | sa puissance. |
| | La matière laquelle sert pour entretenir le feu |
| | est diverse, car les uns y emploient le fumier, |
| | les charbons, l'écorce des arbres, desquelles |
| | les tanneurs se sont servis, l'huile, l'eau de vie, |
| | & autres choses: la quantité de ces matières est |
| | ou par poids, ou par mesure. Ce lieu est ou serré |
| | & non visible à tous, ou non si serré & vu |
| | de tous, mais la matière contre laquelle ce feu |
| | agit est celle, laquelle donne la balance. Or cette |
| | matière est ou cahos, grossière matérielle, |
| | indistincte & comme principe (je dis comme |
| | principe) oui élément élémentant, ou élément |
| | élémenté ou point, c'est à dire matière indivisible |
| | & par conséquent finie. |
| | Le cahos est fait du milieu des sept a, & du |
| | dernier d'en bas par le moyen du pénultième, |
| | qu'il faut réduire au supérieur. Or pour |
@
CHAPITRE VIII.
329
| cet effet quelques uns se contentent d'un feu |
|
| de trois charbons blancs alimentés par la liqueur |
|
| de la paix, cette chaleur est douce & lente, |
|
| laquelle petit toujours durer vingt quatre |
|
| heures sans y toucher, pourvu que la maison & |
|
| caverne soient proportionnées au total, mais tout |
|
| bon artiste trouvera ce feu fort faible, & qui sera |
|
| un fort long temps à faire sortir le renard de |
|
| sa tanière, & la taupe de dessous de la terre, ce |
|
| milieu & dernier étant réduits au supérieur, |
|
| cette noirceur basanée sera séparée par le crible, |
|
| & jetée dans la mer pénultième, alors ce |
|
| premier feu sera changé ou augmenté en un |
|
| propre à faire bouillir la marmite & élever les |
|
| ondes de la mer: donne donc au feu des mores |
|
| en quantité suffisante pour faire séparer la graisse |
|
| & écume du pot, Merveille que notre fer |
|
| ne veuille & puisse prendre nourriture par arrosements |
|
| & autres opérations douces, mais |
|
| seulement par la violence, dedans laquelle elle |
|
| s'augmente en même poids. A cette graisse est |
|
| nécessaire le feu premier, mais un peu plus faible |
|
| & doux de peur d'une séparation, & jusques à ce |
|
| que toute la matière doit desséchée, à laquelle |
|
| dessiccation nous n'avons point trouvé un terme |
|
| préfix, les uns disent icelle être faite le huitième |
|
| jour, les autres le quinzième, le vingtième, |
|
| le trentième & quarantième: mais, |
|
| comme avons dit, nous n'y avons trouvé aucun |
|
| terme assuré. La dessiccation advenue cette |
|
| matière desséchée & en poudre impalpable |
|
| & noire, sera encore jetée dans la mer, ou elle |
|
@
330
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | prendra & endurera le bouleversement d'icelle, |
| | & d'où derechef la graisse ou écume sera ôtée, |
| | & remise sécher, & faudra continuer cette opération, |
| | jusques à ce que Saturne soit fait Mars, |
| | puis Jupiter, puis Lune, puis Venus déteinte |
| | & jaune, puis Soleil couchant *caniculièrement, |
| | alors ou Lune ou Soleil & mangeant son propre |
| | corps, un feu plus grand sera nécessaire. O |
| | chercheurs, considérez le feu nécessaire à cuire |
| | une alouette, une perdrix, un mouton, & un |
| | boeuf: Certes si vous êtes enfants d'Hermès, |
| | vous comprendrez nos discours véritables, qui |
| | ne se peuvent & doivent mettre au jour, de |
| | peur que les bêtes ne les foulent aux pieds, cette |
| | crainte a poussé tous les Philosophes à écrire |
| | obscurément & diversement, qu'aucun |
| | donc ne s'ébahisse si nous faisons le même, encore |
| | que nous assurons les curieux de cette |
| | science que nous avons écrit plus intelligiblement |
| | qu'aucun autre que nous ayons vu & |
| | lu: & en ce qui est dit que plusieurs ouvrages se |
| | perdent, & qu'il les faut recommencer par la négligence |
| | qu'on a eue au feu, ceci ne s'entend |
| | pas simplement de notre travail, mais de |
| | plusieurs autres qui se perdent le feu manquant, |
| | l'ouvrage n'étant achevé comme à la verrerie, |
| | émaillerie, orfèvrerie, poterie confiturerie, |
| | & autres qui étant sur le feu y doivent tout de |
| | suite être achevés, mais en celui, comme a |
| | été dit, non tout de suite continuellement, |
| | mais comme contiguëment, ce qu'Augurel & |
| | plusieurs ses semblables n'ont pas entendu. |
@
CHAPITRE VIII.
331
Texte.
| L A matière doit être éparse au fond | Libavius.
|
| du vaisseau, & le feu augmenté jusqu | |
| à ce qu'une partie d'icelle soit plus |
|
| blanche que la neige adhérente aux côtés |
|
| du vaisseau & y soit comme morte. |
|
| Libavius p. 92. de l'Azoth. |
|
| Crois moi que tout notre magistère | Thomas.
|
| dépend du seul régime du feu régi par |
|
| l'industrieuse capacité de l'artiste, car |
|
| nous ne travaillons pas, mais c'est le feu |
|
| bien conduit avec peu de peine & de |
|
| dépense qui opère par sa propre vertu, |
|
| & lors que notre pierre est en sa première |
|
| nature, à savoir en eau ou lait |
|
| virginal, ou queue de dragon (une fois |
|
| dissoute) alors cette même pierre |
|
| se calcine soi même, se sublime, |
|
| se distille se réduit, se lave, se congèle, |
|
| & par la vertu du feu proportionné se |
|
| parfait soi même dans un unique vaisseau |
|
| sans l'aide manuelle d'autrui. Thomas |
|
| Aquin à frère Reynaud. c. 3. |
|
@
332
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L Ibavius confesse en quelques endroits de |
| | ses oeuvres qu'il n'est parvenu jusques à |
| | la fin & parachèvement de la pierre des Philosophes, |
| | mais que par le commencement qu'il |
| | a vu, il a jugé de la suite, c'est ce que nous |
| | avons dit par ci devant, à savoir, que ceux qui |
| | savent le commencement d'icelle en savent |
| | aussi la fin: Nous entendons de ceux qui savent |
| | les deux points cachés, qui sont l'extraction de |
| Deux points | la rouillure ou noirceur, & l'imbibition d'icelle,
|
| cachés, & | savent tout le reste, pourvu qu'ils le sachent
|
| quels. | ou par inspiration Divine, ou par l'étude, car
|
| | quelqu'un pourra bien dire ces deux opérations |
| | très-fâcheuses, très difficiles, & très-cachées, |
| | mais il ne les entendra point, n'entendant pas |
| | toutes les autres opérations. Or, dit notre Auteur, |
| | notre matière doit être éparse au fond |
| | du vaisseau, sur quoi on demande si cette opération |
| Demie. | s'entend au temps qu'il faut rouiller, ou
|
| | au temps qu'il faut dessécher cette rouille imbibée |
| | de son vinaigre, à quoi on répond que cet |
| | éparpillement s'entend & pour l'une, & pour |
| Solution. | l'autre opération, mais plus particulièrement
|
| | à la seconde, car en icelle les trois parties du |
| | vaisseau doivent être vides, il faut regarder |
| | par l'expérience qu'un linge mouillé & étendu |
| | est plutôt sec qu'un amoncelé & qu'une |
| | quantité de pâte étendue est plutôt cuite |
| | qu'une entassée: il est donc nécessaire d'avoir un |
@
CHAPITRE VIII.
333
| vaisseau façonné à proportion de la matière, auquel |
|
| il faut bailler un feu un peu plus lent que |
|
| celui du rouillement (ladite rouillure tombant |
|
| des branches élevées au milieu de la mer) |
|
| qui continuera jusqu'à la blancheur de ladite |
|
| rouille, blancheur laquelle contente l'oeil: & |
|
| Thomas nous dit que le feu est tout le secret de |
|
| l'art, dépendant de l'industrie de l'artiste, ce |
|
| qu'il dit pour nous faire aviser, & pour montrer |
|
| qu'il n'y a point de règle, ne de degré limité, |
|
| comme plusieurs estiment, toutes fois ce |
|
| feu n'est de grande dépense, comme est celui |
|
| duquel parle Zacharie, & qu'est celui de la |
|
| plus grande partie des opérateurs de ce temps; |
|
| Sur ce feu on demande, si c'est celui qui opère |
|
| par sa propre vertu, visiblement contenu |
|
| dans les charbons, ou nourri par l'huile ou |
|
| l'eau de vie; ou l'invisible caché dans notre |
|
| pierre? à quoi on répond être ici parlé du visible |
|
| qui émouvant l'invisible est cause de toutes |
|
| ses opérations diverses: Or notre pierre est dite |
|
| être en sa première nature, ou lait virginal, |
|
| ou queue de dragon, lors qu'elle est poudre noire |
|
| ou noirâtre, impalpable volatile & plus facile |
|
| d'être vitrifiée que d'être réduite en pâte ou |
|
| écume ou graisse, alors elle même ayant ce qui |
|
| lui est nécessaire, comme l'oeuf qu'on met |
|
| couver, se calcine, ou blanchit, & pour dire |
|
| en un mot se parfait, de quoi l'oeuf du poulet, |
|
| l'enfant dans la matrice, & la plante dans la terre |
|
| est exemple familier, qui se parfont en, & |
|
| dans même lieu, différant seulement, en ce |
|
@
334
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | que le poulet consumant sa nourriture dedans |
| | l'oeuf, & vidant la plus grande partie d'icelui |
| | se met plus au large, la matrice s'étend, la terre |
| | s'élargit & cède à sa nourriture, mais notre |
| | vaisseau pour être de verre ne peut ni l'un, ni |
| | l'autre il est donc nécessaire de changer de vaisseau, |
| | toutefois de mêmes matière & forme, |
| | lors que la matière s'augmente en quantité. |
| | |
| | Texte. |
| | |
| Greverius. | T Out autant qu'il sera nécessaire
|
| | refroidi, échauffé, humecte & |
| | dessèche ta terre, sans crainte d'erreur, |
| | voire même quand le feu serait éteint |
| | & non continuel par quelques jours & |
| | semaines, prenant garde seulement |
| | qu'étant une fois éteint il ne demeure |
| | toujours éteint, car un vaisseau se rompant, |
| | ne faut-il pas remettre la matière |
| | dedans un autre vaisseau semblable au |
| | premier & le remettre en son feu? |
| | Greverius p. 39 |
| | Mon fils je t'ouvre un secret, qui est |
| | que pour venir à la maturation après |
| | l'augmentation, ton feu doit rougir le |
| | fond de l'écuelle, qui contient le sable; |
| | mais non pas continuellement. Le même |
| | p. 37. |
@
CHAPITRE VIII.
335
| L'on trouve deux feux tant seulement | Alanus.
|
| es livres des Philosophes, un sec, |
|
| l'autre humide. Le sec est l'élémentaire |
|
| l'humide est le mercure, duquel il est |
|
| parlé à la tourbe disant: Notre argent |
|
| vif est feu qui a plus de force de brûler |
|
| & tuer les corps que quelque feu que |
|
| ce soit, même plus que le feu élémentel, |
|
| le mercure est aussi nommé fumier |
|
| de cheval. Alanus p. 58. |
|
| Notre feu est minéral, égal, continuel, | Pontanus.
|
| non vaporeux s'il n'est trop excité |
|
| & participe du soufre, il est pris |
|
| d'ailleurs que de la matière, rompt toute |
|
| chose, dissout, congèle, & calcine, |
|
| & ce feu avec un petit feu parfait |
|
| tout l'ouvrage & fait toutes les sublimations |
|
| nécessaires. Pontanus p. 73. |
|
| Le feu contre nature doit tourmenter | Ripleus.
|
| les corps, & icelui est le dragon brûlant |
|
| les corps avec violence comme le |
|
| feu d'enfer. Ripleus p. 78. |
|
| A la solution le feu sera toujours | Daustricus.
|
| doux; à la sublimation médiocre, à la |
|
| coagulation tempéré; au blanchissement |
|
| continuel; & au rougissement |
|
| fort. Daustricus p. 12. |
|
| Le feu doit toujours être lent jusques | |
@
336
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | au blanchissement. Le même p. 26. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | P Lusieurs croient, comme dit Augurel, que |
| | l'oeuvre philosophique ne doit jamais être |
| | refroidi sur peine de perdre tout le passé, mais |
| | Greverius montre bien qu'ils se trompent, & |
| | véritablement, après quelque temps de nutrition |
| | ayant été distrait par quelque année, & |
| | par conséquent, le vaisseau & matière ôtée du |
| | feu a repris très-bien nouvelle nourriture, & |
| | très facilement, n'ayant rien perdu que le temps, |
| | la force n'en étant aucunement diminuée, |
| | pour ce que le vaisseau était très bien bouché, |
| | si que rien n'y pouvait entrer ni en sortir, & |
| | de fait, s'il faillait un feu égal & continuel |
| | comment se pourrait il faire, lors que pour |
| | dissoudre, congeler, fixer, il faut changer & |
| | de vaisseau & de feu, car il y a une opération |
| | à laquelle le feu doit être à tel degré, qu'il |
| | rougisse le fond du vaisseau contenant celui |
| | où est ma matière, & ce degré ne dure pas plus |
| | d'une ou de deux heures, nous entendons à |
| | l'opération première, car sur la fin il dure plus |
| | long temps; Pour les deux feux, desquels Alanus |
| | parle il les montre assez clairement, mais |
| | en ce qu'il dit que le minéral n'est pris de la |
| | matière, il entend de la matière que les Philosophes |
| | ont tirée des deux substances, ni même |
| | n'est tirée de la même mine, d'où l'or & l'argent |
| | sont tirés, car le mercure a une mine particulière. |
| | culière |
@
CHAPITRE VIII.
337
| Or ce mercure ou feu étant excité |
|
| par le feu commun pourrit, noircit, blanchit, |
|
| rougit, & donne ingrès à notre feu, & sans lequel |
|
jamais la pierre ne pourra être parachevée.
| |
|
| Texte. | |
| |
|
| L E feu du premier degré ou régime | |
| doit être semblable à celui d'une | |
| poule, laquelle couve ses oeufs, ou comme |
|
| la chaleur naturelle digérant la |
|
| viande, & nourrissante le corps, ou comme |
|
| la chaleur du fumier, ou comme |
|
| celle du Soleil étant au Bélier, ce qui |
|
| a fait dire à quelques uns, qu'il fallait |
|
| commencer le Soleil étant au Bélier, |
|
| & la Lune au Taureau, & ce degré durera |
|
| jusques à la blancheur, qui sera augmenté, |
|
| icelle apparaissant jusqu'à dessiccation |
|
| parfaite de la pierre, & cette |
|
| chaleur est semblable à la chaleur du |
|
| Soleil allant aux Gémeaux. Or la pierre |
|
| étant desséchée & réduite en cendre, le |
|
| feu sera encore fortifié, jusques à ce |
|
| que la pierre soit rouge parfaitement, |
|
| & vêtue par le feu d'une robe royale, |
|
| & cette chaleur est semblable à celle du |
|
| Soleil étant au Lion. L'échelle des |
|
| Y | |
@
338
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Philosophes p. 107. |
| Ventura. | Le feu soit doux & égal sans aucun
|
| | changement. Ventura p. 20. |
| Rosaire. | Le mercure est un feu, dont le Philosophe
|
| | dit, saches que le mercure est un |
| | feu, qui brûle mieux les corps que le |
| | feu. Rosaire p. 172. |
| | J'ordonne que tous les chercheurs |
| | de cet art fassent un petit feu au commencement, |
| | jusqu'à ce que l'accord |
| | soit fait entre l'eau & le feu, & lors que |
| | tu verras l'eau fixe sans aucune montée, |
| | n'ayez souci quelque soit le feu, toutes |
| | fois il est bon d'aller patiemment, jusqu'à |
| | ce que l'esprit & le corps soient |
| | unis, tellement que les corps soient esprits, |
| | & les esprits soient corps. Le même |
| | p. 174 |
| | Le feu est appelé tout ce qui fuit le |
| | feu & qui ne se diminue point ni ne se |
| | consume. Le même p. 179. |
| | La seule chaleur tempérée épaissit |
| | l'humidité, & si elle n'excède point parfera |
| | la mixtion, car les générations & |
| | procréations des choses naturelles se |
| | font seulement par la chaleur très-tempérée |
| | & égale, comme est celle du fu- |
| | mier de cheval qui est chaud & humide. |
@
CHAPITRE VIII.
339
| Le même p. 181. |
|
| En la solution le feu sera toujours. | |
| doux, en la sublimation médiocre, en la |
|
| coagulation tempéré, au blanchissement |
|
| continuel, en la rubification fort, que si |
|
| tu es ignorant & erres, le plus souvent |
|
| tu perdras ta peine. Le même p. 186. |
|
| La mesure de ta chaleur soit celle du | |
| Soleil au mois de Juillet, jusques à ce |
|
| que par la cuite l'eau soit épaissie, & la |
|
| terre noircie. Le même p. 201. |
|
| Sois long temps & continuellement | Desiderable.
|
| à l'ouvrage, pour ce que la génération |
|
| & corruption ne se fait, que par |
|
| mouvement continuel, par l'air enfermé, |
|
| & la chaleur tempérée, de même que |
|
| la nourriture de l'oeuf, jusqu'à ce qu'il |
|
| soit blanc, & rompt avec le feu, & non |
|
| avec les mains. Desiderable p. 23. |
|
| Le feu soit continué en chaleur de | Dominus
|
| fièvre, d'autant que si au commencement | vobiscum.
|
| on donnait un grand feu au mercure, il |
|
| s'enfuirait à cause de sa grande froideur, |
|
| par quoi il faut cuire le mercure en fort |
|
| petite chaleur, jusques à ce que la froideur |
|
| soit amoindrie, & selon qu'elle se |
|
| débilite il faut augmenter le feu. Dominus |
|
| vobiscum dans l'Escot. p. 51. |
|
| Y ij | |
@
340
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Benoist. | En tout temps le feu sera petit, jusqu'à
|
| | ce que l'eau soit congelée. Benoist |
| | p. 57. |
| Lescot. | Par le feu tempéré une petite quantité
|
| | sèche, dessèche l'humidité, & ceci se |
| | fait peu à peu, & non subitement, & |
| | tant plus la pierre est lavée, tant plus elle |
| | se blanchit. Lescot p. 62. |
| Saturnin. | Le feu du premier degré, c'est à dire
|
| | de la solution & putréfaction doit être |
| | petit, tellement que rien ne monte de |
| | ce qui peut monter, & ainsi ce feu |
| | faible profite, qui fait entrer le mercure |
| | dans le corps net, car par le feu fort |
| | tout se perd. Saturnin p. 71. vois tout |
| | ce chapitre. |
| Vincent. | En ce lieu le feu fort est dit, celui qui
|
| | comme un chariot à quatre chevaux |
| | court continuellement, ce que le feu de |
| | flamme ne peut faire, mais bien celui |
| | d'un four échauffé & fermé, sans que |
| | les charbons s'y éteignent, & ce feu est |
| | continuel sans brûler, & c'est celui duquel |
| | nous avons besoin. Vincent p. 37. |
| Laurens. | Les Platoniciens constituent trois
|
| | feus, luisant, & brûlant, luisant & |
| | non brûlant, brûlant & non luisant. |
| | Laurens en son anatomie. l. 21. questions 3. |
@
CHAPITRE VIII.
341
| La chaleur laquelle blanchit, ne | Libavius.
|
| doit point être forte, autrement il y a |
|
| faute, notant qu'en ce passage il est parlé |
|
| du premier blanc, qui est fait par la |
|
| nutrition. Libavius p. 117. |
|
| L'argent vif est comme feu brûlant | Tourbe.
|
| tout corps, mieux que le feu & mortifie |
|
| tous les corps, & quand le corps lui |
|
| est mêlé, il se triture & meurt. Tourbe, |
|
| sentence 47. |
|
| Encore que nous parlions toujours | Bacon.
|
| du feu lent, si est ce véritablement que |
|
| nous sommes d'accord que peu à peu & |
|
| par intervalles il doit être augmenté |
|
| jusqu'à la fin. Bacon c. 14. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| T Out Philosophe sait la mixtion & différence | |
| qu'il y a de la chaleur de la poule | |
| d'avec celle de l'estomac, de celle laquelle digère |
|
| la viande d'avec celle qui nourrit, de celle |
|
| du fumier de cheval, & du pigeon, & de celle |
|
| du Soleil au Bélier au mois de Mars, & nous |
|
| contenterons de dire, que tous Ces auteurs |
|
| n'entendent & ordonnent qu'un feu tempéré |
|
| pour cuire la matière produisante, & celle laquelle |
|
| sera produite, & en près humectée |
|
| par son propre sang, & asséchée & faite avec |
|
| lui un, jusques à ce que cette noirceur produiY |
|
| iij | |
@
342
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | te soit blanchie, après laquelle la raison & le |
| | jugement requièrent l'augmentation du feu, |
| | jusqu'au rougissement, lequel advenu, le feu |
| | fort ne peut nuire, d'autant qu'en cet achèvement |
| | il doit subsister au feu de fusion, pour s'incorporer |
| | avec la matière à laquelle on veut ôter |
| | la saleté pour la rendre toute belle. Or ce feu |
| | duquel il est parlé ici, c'est le vu & senti |
| | d'un chacun, mais celui duquel est parlé en |
| | après par le rosaire, c'est le mercure, que si on |
| | entend le vulgaire, l'on ne se trompera point, si |
| | celui des Philosophes sera encore mieux le |
| | vulgaire cru défait, blanchit & rend les métaux |
| | blancs & coulants; mais celui des Philosophes |
| | les rend d'un blanc, ou d'un rouge perdurable, |
| | tel qu'il est. Or avant qu'arriver à ce |
| | degré il faut passer cette opération difficile & cachée, |
| | qui est d'unir l'eau avec le feu, opération |
| Opération | si extrêmement difficile, comme nous avons
|
| très difficile | déjà dit, que presque tous les chercheurs s'y
|
| & facile. | perdent, quoique l'union soit fort facile, &
|
| | prompte à celui qui l'entend, car dans moins |
| | d'un quart d'heure elle est faite, & dirons |
| | franchement n'avoir pu encore trouver paroles |
| | assez significatives pour la déclarer ni par |
| | écrit, ni autrement que par l'action & opération: |
| | en cette conjonction & union l'eau acquiert |
| | la nature du feu, & le feu celle de l'eau |
| | en égale quantité, cet un n'est du tout fixe, ni |
| | du tout volatil, mais par continuation du feu |
| | acquière la nature de fixe, étant auparavant, |
| | c'est à dire aussi tôt être unie, volatile, mais |
@
CHAPITRE VIII.
343
| non brûlable, comme les autre matières, car |
|
| tout demeure ou tout s'en va, pour ce que cette |
|
| matière est homogène demeurant donc sur le |
|
| feu tempéré il s'y épaissit, & la génération dite |
|
| se fait, non à l'instant, mais par la longueur |
|
| du temps nécessaire car comme la poule n'a couvé |
|
| & éclos ses oeufs & poulets tout aussi tôt, |
|
| & un arbre ne rend dès la première année ses |
|
| fruits, mais au temps ordonné par nature, de |
|
| même est en cet oeuvre. Par ci devant nous |
|
| avons déjà vu que par l'air le mercure est entendu |
|
| & non autre chose. Par ces trois feux on |
|
| peut entendre le feu de flamme, qui luit & |
|
| brûle, l'éclat du rubis ou escarboucle, les écailles |
|
| des poissons, un certain bois pourri, |
|
| qui luisent & ne brûlent point, & celui des |
|
| cautères actuels, qui brûlent sans luire. |
|
| |
|
| Textes. | |
| |
|
| P Rends le laton bien criblé, mets-le | Nicolas des
|
| dans le vaisseau physique, au feu | Comtes.
|
| physique, cuits le, le rôtissant doucement, |
|
| jusqu'à tant que toute la matière |
|
| soit fixe, & garde toi de faire le |
|
| feu violent, mais qu'il soit doux comme |
|
| il faut, car le feu fort détruit & dissipe, |
|
| & le doux cause la santé & fait bonne |
|
| substance, saches donc que tout le |
|
| régime est au feu & au vaisseau. Nicolas |
|
| Y iiij | |
@
| | HARMONIE CHIMIQUE |
| | |
| | des Comtes p. 6. |
| | L'ablution se fait au Soleil de Juin, |
| | mettant Ernec au Lion vert, jusqu'à ce |
| | qu'il soit réduit en pierre très-rouge, le |
| | rôtissant en icelui doucement, alors il |
| | est nommé en Arabe Kibrit, c'est à dire |
| | soufre, lequel soufre n'est le vulgaire, |
| | mais philosophique qui n'est point |
| | seul, mais avec sa soeur. Le même. p. 8. |
| | Lors que notre matière est dissoute, |
| | & qu'il la faut coaguler, alors il est besoin |
| | de diminuer la chaleur du Soleil, à |
| | celle fin qu'en réitérant ladite solution |
| | soit plus aisée; & saches qu'en ceci |
| | plusieurs se trompent, d'autant qu'ayant |
| | dissout ils veulent coaguler avec un |
| | feu fort, ou chaleur forte du Soleil, & |
| | ainsi continuent en toute cuite, & par |
| | ce moyen ils endurcissent la matière, laquelle |
| | finalement lors qu'il est nécessaire |
| | ne peut être dissoute qu'avec un grand |
| | labeur, qui ne profite rien, d'autant |
| | que par ce moyen, la matière se vitrifie |
| | & convertit en substance ou matière |
| | vitrée, ou de verre suivant leur travail, |
| | ce que je dis c'est à celle fin que si quelqu'un |
| | me maudit que ce soit injustement, |
| | car toute l'opération (sans menterie) |
@
CHAPITRE VIII.
345
| gît & consiste au régime du feu, |
|
| & celui qui sait régir le feu vient à la |
|
| perfection, & celui qui gouverne la |
|
| matière avec un feu lent, peut parvenir |
|
| à la perfection sans doute, d'autant |
|
| qu'il ne faut craindre que la matière se |
|
| vitrifie, ni que l'esprit qui est très-subtil |
|
| s'en aille. O opérateurs ignorants, |
|
| pourquoi êtes vous tant froids que |
|
| fassiez un si grand feu, vu que le feu |
|
| violent détruit & vitrifie notre matière? |
|
| n'avez vous point ouï tous |
|
| les Philosophes, qui disent que par un |
|
| feu lent vous fassiez toutes vos décoctions, |
|
| & que vous trouverez la science, |
|
| mais que si vous faites autrement vous |
|
| n'aurez aucun plaisir de votre travail. |
|
| Le même p. 9. |
|
| Le feu soit petit à la solution, médiocre | Daustricus.
|
| à la sublimation, tempéré à la |
|
| coagulation, continuel au blanchissement, |
|
| fort au rougissement, que si par |
|
| ignorance, tu fais autrement tu perdras |
|
| tout ton labeur. Daustricus p. 29. 33. |
|
| Il se faut donner de garde que l'eau | |
| ne s'en aille par un trop grand feu à cette |
|
| fin l'eau est le combat du feu par la |
|
| longue cuite, car par la chaleur du |
|
@
346
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Soleil l'eau combat contre le feu. Que |
| | la chaleur soit petite jusqu'à la blancheur, |
| | car si la chaleur est forte du commencement |
| | le noir & le blanc s'en iront, |
| | que si la vapeur s'enfuit, le composé se |
| | fera rouge qui ne servira de rien. Le même |
| | p. 35. |
| Florens. | Le feu soit tellement tempéré que tu
|
| | puisses tenir la main sans te blesser au |
| | fond du vaisseau, & le feu soit continuel, |
| | travaille donc avec un grand |
| | soin & industrie. Florens. l. I. c. xi. |
| | Lors que tu voudras tirer l'animal |
| | & mettre la pierre en poudre, ferme |
| | très fort le vaisseau qu'il ne puisse plus |
| | prendre l'air, & le mets sur les cendres |
| | chaudes, & fais au dessous du vaisseau |
| | un feu tempéré, & il mourra aussi tôt, |
| | alors tout promptement dessèche le |
| | & cuits le subtilement, afin qu'il se réduise |
| | en poudre, en après ôte le du dit |
| | vaisseau pour en faire poudre que tu |
| | garderas soigneusement. Le même l. 3. |
| | c. 14. |
| Elie. | Tout le secret est au feu, garde toi
|
| | donc que tu ne fasses ton opération violente, |
| | pour ce que tout ton ouvrage se |
| | perdrait, use donc d'un feu lent. Elie c. 4. |
@
CHAPITRE VIII.
347
| Le feu soit comme la chaleur d'une | Vincent.
|
| poule qui couve les oeufs. Vincent question |
|
| 24. |
|
| Le feu soit continuel & lent, Caprinus, | Caprinus.
|
| C'est la vérité que toutes les opérations | Incertain.
|
| se doivent faire dans le feu qui |
|
| soit lent, c'est la cause que tous les Philosophes |
|
| disent qu'au feu consiste tout |
|
| le fondement de l'art. Très cher |
|
| fils. |
|
| La seule chaleur tempérée épaissit | Geber.
|
| l'humidité, & parfait la mixtion, & non |
|
| point le feu violent. Geber l. I. c. 9. de la |
|
| grande perfection. |
|
| Rôtis doucement par un feu tempéré. | |
| Le même l. 2. c. 25. |
|
| Le feu élémentel brûle, le céleste vivifie, | Venetius.
|
| le supercéleste brûle plus que |
|
| l'amour. George Vénitien en son harmonie |
|
| du monde p. 833. |
|
| Le feu extrinsèque sert de nourriture | Traité du
|
| au feu intrinsèque qui croît & se multiplie | soufre.
|
| comme le feu élémentaire par le |
|
| bois, & ce feu extrinsèque doit être nutritif |
|
| & multiplicatif, & non pas dévorant, |
|
| car ainsi les choses viennent à leur |
|
| perfection, la décoction donc est celle |
|
| qui amène toutes choses à perfection. |
|
@
348
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Traité du soufre. p. 46. |
| Atalante. | Il y a quatre feux qui ont vertu de
|
| | brûler, le naturel coagule, le non naturel |
| | dissout, le contre nature corrompt, |
| | & l'élémentel donne la première |
| | chaleur, & premier mouvement, & |
| | d'iceux se voit un ordre entre-suivi, car |
| | le second feu est ému par le premier |
| | & le tiers par le second, & le quart par |
| | le troisième & par le premier, tellement |
| | que l'un est agent, l'autre patient, de |
| | façon que l'un est agent de l'autre patient |
| | en diverses façons. Atalante fuyante |
| | p. 78. |
| Basile. | Observe tellement le degré de chaleur
|
| | que tu puisses distinguer entre froid |
| | & chaud, que si tu l'as, tu as achevé |
| | l'oeuvre. Notre feu est le feu commun, |
| | & notre fourneau est un fourneau |
| | commun. Basile, Valentin p. 74. |
| Northonius. | Cette chaleur, par laquelle les pourceaux
|
| | ou les oies sont plumés, est propre |
| | pour cette décoction, la chaleur qui |
| | dessèche les linges de lits, sert aux trente |
| | opérations de notre air. Northonius |
| | Anglais c. 7. p. 179. |
| Hippocrate. | Le feu a mutuellement l'humidité de
|
| | l'eau, car l'eau est naturellement humide, |
@
CHAPITRE VIII.
349
| & l'eau a mutuellement la siccité du |
|
| feu, car le feu a la siccité naturellement. |
|
| Hippocrate l. I. §. 5. de la diète. |
|
| Artéphius veut que le feu dit minéral, | Artéphius.
|
| égal, continuel non vaporeux |
|
| s'il n'est par trop excité participant du |
|
| soufre, pris d'autre part que de la |
|
| matière & ruinant tout, dissolvant, congelant, |
|
| calcinant artificiellement trouve, |
|
| abrège sans beaucoup de dépense, |
|
| l'humide vaporeux, digérant, altérant, |
|
| pénétrant, subtil, aérien, non violent, |
|
| non brûlant environnant, contenant, |
|
| unique, & pour corollaire chaud, sec, |
|
| humide & froid soit entendu par 3 feux, |
|
| à savoir le feu de lampe qui est luisant |
|
| & brûlant, le feu des cendres, sur lesquelles |
|
| on met le vaisseau, le troisième |
|
| est notre eau qui est aussi appelée |
|
| contre nature conjoints donc ces trois |
|
| feux & infailliblement tu feras l'oeuvre |
|
| des Philosophes, puisque tu entends |
|
| leur feu. |
|
@
350
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | P Rends le laton, dit notre auteur, c'est à |
| | dire, la rouille ou la tête du corbeau, ou |
| | les plumes d'icelui, crible la bien, c'est à dire, |
| | sépare la si industrieusement soit avec le crible, |
| | soit avec l'aile d'une plume, qu'aucune partie |
| | soit de la chair, soit des os, ou autre partie du |
| | corps, n'y demeure, autrement ce qui y demeurera |
| | de terrestre & grossier empêchera le |
| | subtil & spirituel de venir à l'effet désiré. Or |
| | cette matière ainsi nettoyée qui sera d'un roux |
| | noir, ou d'un gris noir, sera mise dans un vaisseau |
| | propre avec de notre au de vie très-bien |
| | rectifiée à la quantité décuple, sur un feu commode |
| | à cuire, alors ces deux choses s'unissant |
| | s'élèveront, bouillonneront, & produiront |
| | comme une graisse, ou écume gluante, laquelle |
| | étant refroidie faudra séparer proprement |
| | de son superflu, qui sera réservé pour |
| Bave de cer- | servir encore plusieurs fois, cette écume
|
| bère. | est proprement la bave de Cerbère (chien
|
| | à 3 têtes, gardien des portes d'enfer de laquelle |
| | le venin tue ce sur quoi elle est tombée, |
| | jette la donc dans une fosse, & ferme la bien |
| | sûrement, te contre gardant de sa fumée, |
| | ni d'en laisser la moindre partie parmi notre |
| | eau de vie. Ceci fait notre laton étant colloqué |
| | comme il faut se desséchera, & réduira |
| | premièrement en matière discontinue, & comme |
| | pâte, étant desséchée, & en poudre impalpable, |
@
CHAPITRE VIII.
351
| sera encore remise en pâte, puis re-desséchée, |
|
| & derechef faite pâte, & encore séchée, |
|
| & pour dire sommairement tant de fois |
|
| empâtée & desséchée que la noirceur disparaissant |
|
| la blancheur paraisse; alors cette pucelle |
|
| sera confinée dedans la prison très bien fermée |
|
| avec une chaleur convenable à chasser d'elle la |
|
| froideur, ou étant la colère la saisira si violemment |
|
| que s'épandant par tout son corps elle deviendra |
|
| ictérique, c'est à dire jaune, & cette |
|
| colère jaune se cuisant d'avantage (par la continuation |
|
| de son dépit se voyant emprisonnée |
|
| si étroitement, & sans lui donner de confort, |
|
| assistance, consolation, ni à manger, ni à boire) |
|
| deviendra si rouge, que l'écarlate ou autre |
|
| couleur agréable ne s'y peut parangonner: Que |
|
| si alors l'on l'interroge, & qu'on l'appelle Ernech, |
|
| elle ne répondra rien, mais si on l'appelle |
|
| par son propre nom, qui est Chybric ou soufre, |
|
| elle répondra, car l'ayant enclose cette |
|
| pucelle était telle en apparence, mais la regardant |
|
| sous sa chemise, elle était androgyne, hermaphrodite, |
|
| puis véritablement Ernech ou femelle, |
|
| puis Chybric: ou mâle, mais d'aller plus |
|
| outre ce n'est un Prothée, car il lui faut de nécessité |
|
| demeurer là. Or notre Auteur donne |
|
| un bel enseignement, car lors que la matière, |
|
| c'est à dire, le corbeau est dissout & détaché |
|
| de son corps & que l'ayant joint avec l'eau de |
|
| vie philosophique, l'on lui donne un feu trop |
|
| violent, je dis même ayant acquis le sceptre |
|
| de Jupiter, l'eau & la terre se sépareront infailliblement, |
|
@
352
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | la terre reprenant sa couleur noire |
| | sèche, & l'eau comme auparavant sans se vouloir |
| | réunir que par l'ordre philosophique connu |
| | au fripier & teinturier, que si tu n'es savant |
| | en ces deux métiers, recommence ton oeuvre, |
| | & t'en va confesser à quelque bon prêtre si tu |
| | le trouves, qui te donnera une bonne pénitence |
| | sans absolution. Et en ce que Florent dit, |
| | que l'animal meurt aussi tôt, ne l'entends pas |
| | à la lettre, mais à proportion du temps que les |
| Contre les | souffleurs emploient à cette mort qui est d'une
|
| souffleurs. | milliasse de lunaisons, car les pauvres ignorants
|
| | qu'ils sont ils croient que l'ayant congelé |
| | avec leurs odeurs il soit mort, mais lors qu'il est |
| | mis dans un feu un peu fort il s'envole à leur |
| | honte & confusion, pourvu qu'il trouve tant |
| | soit peu d'ouverture, ce qui n'arrive à celui |
| | que les Philosophes ont tué. Concluons donc |
| | avec tous les Philosophes, gouverner toujours |
| | le feu avec bon jugement, subtilité, industrie, |
| | & grande patience, l'augmentant lors qu'il |
| | faut plumer l'oie & en tirer la graisse, & lors |
| | qu'il faudra pulvériser cette graisse, faudra diminuer |
| | le feu sans s'arrêter à ce nombre de |
| | trente jours, car l'artiste en remarquera non |
| | trente, mais cent, & non seulement cent, mais |
| | mille, voire plus ou moins comme il lui plaira, |
| | car l'un dit qu'il n'y en a qu'une qu'est coction, |
| | l'autre coction & brûlement, l'autre y ajoute |
| | la calcination, l'autre solution & congélation, |
| | somme autant d'artistes, autant d'opérations, |
| | & toutes fois tous sont d'accord sans autre |
| | tre |
@
CHAPITRE VIII.
353
| contrariété que des noms & mots, vu que |
|
| ce qu'un nomme chapeau, l'autre l'appelle soulier, |
|
| l'autre gan, l'autre couvercle, & cependant |
|
| la variété des noms ne fait la variété d'opérations, |
|
| comme a été remarqué ci devant, |
|
| voyons à présent le lieu où notre ouvrage doit |
|
| être parfait. |
|
| |
|
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| D U V A I S S E A U D A N S |
|
| LEQUEL LES PHILO- | |
| sophes font leur | |
| pierre. | |
| |
|
| CHAPITRE IX. | |
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
Ets diligemment ton Greverius. | |
| amalgame en un vaisseau |
|
| de verre, de telle grandeur |
|
| que ton champ semé & |
|
| hersé, occupe seulement |
|
| la troisième partie d'icelui, |
|
| les autres deux parties demeurant |
|
| vides fermant en après l'orifice de ta |
|
| *boce avec le luth de sapience, alors |
|
| tu auras l'oeuf philosophique, qui n'est |
|
Z
@
354
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | qu'un vaisseau, une pierre, & une cuite, |
| | seule. Greverius p. 21. |
| | C'est chose rare qu'un vaisseau dure |
| | depuis le commencement jusques à la |
| | fin de l'oeuvre, mais pourtant n'estime |
| | pas que les Philosophes aient menti |
| | lors qu'ils disent que le magistère se parfait |
| | dans un seul vaisseau, car lisant ceci, |
| | entends que c'est de l'espèce, & non |
| | de l'individu, & ainsi tu auras la vérité. |
| | Le même p. 39. |
| Alan. | Le vaisseau soit enseveli, jusqu'à la
|
| | moitié dans les cendres, & l'autre moitié |
| | dehors, à celle fin que de jour à autre |
| | tu y puisse voir. Alan p. 56. |
| Vogelius. | Les vaisseaux soient de verre, larges
|
| | au fond, allants par haut en pointe, comme |
| | une figure appelée coin, ou courbe, |
| | ayant tête & sans bec, comme un alambic |
| | borgne, à celle fin que les esprits |
| | qui montent se puissent attacher aux |
| | cotés d'icelui, & l'écuelle qui le contiendra |
| | soit de terre, colloquée proprement |
| | dans le fourneau. Vogelius p. 89. |
| Libavius. | Les vaisseaux de verre doivent être
|
| | de diverses grandeurs, pour ce que du |
| | commencement la quantité de la matière |
| | est petite & puis croît, & toutes |
@
CHAPITRE IX.
355
| fois si tu considères la vérité de la chose, |
|
| tu trouveras que le tout s'achève en une |
|
| même forme de vaisseau, les uns ont les |
|
| instruments comme une Lune, les autres |
|
| comme un oeuf, les autres les trouvent |
|
| plus propres à façon d'aludel, qui ait le |
|
| col petit, & coupé de telle façon qu'il |
|
| puisse entrer dans un autre vaisseau lui |
|
| fermant comme de couvercle, comme si |
|
| c'étaient deux demi globes, se joignant |
|
| l'un l'autre, & ce verre me semble |
|
| plus propre à cause qu'il est facile |
|
| pour ouvrir & ferrer, car il se serre au |
|
| milieu du col avec un peu de pâte, mais |
|
| de quelque vaisseau que tu te serves, mais |
|
| qu'il soit toujours fermé fort soigneusement. |
|
| Libavius de la pierre des Philosophes. |
|
| p. 10. |
|
| Le vaisseau de la pierre est un, dans | Desiderable.
|
| lequel tout le magistère est fait, il faut |
|
| qu'il soit assez épais, long de demi coudée, |
|
| rond dessus & dessous, bien uni, & |
|
| assez grand, mais le fond soit un peu |
|
| courbe, & le haut ample, à celle fin que |
|
| la matière monte plus facilement, qu'il |
|
| soit de verre, de peur que les vapeurs ne |
|
| sortent, & par conséquent bien fermé, |
|
| de peur que notre mercure sorte du |
|
| Z ij | |
@
356
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vaisseau. Desiderable p. 22. |
| 3. paroles. | Le vaisseau de verre doit être rond,
|
| | son col long & bien fermé, mis dans un |
| | autre vaisseau, de peur que la chaleur ne |
| | touche sans moyen la matière, & ainsi |
| | elle sera cuite en triple vaisseau. Livre |
| | des trois paroles p. 49. |
| Jeu des en- | Hermès dit, le vaisseau des Philosophes
|
| fans. | est leur eau. Le jeu des enfants p. 139.
|
| Flamel | Nous n'avons besoin que d'un vaisseau,
|
| | que d'un fourneau, que d'une disposition |
| | qu'il faut entendre après la préparation |
| | de la première pierre. Flamel p. |
| | 150. |
| Ventura. | Le vaisseau soit de verre, bien fermé,
|
| | le ventre rond, le col long & étroit, |
| | long d'environ demi pied, & un vaisseau |
| | suffit, le vaisseau s'appelle oeuf, sublimatoire, |
| | crible, sphère, sépulcre, prison, |
| | vieux lion, lion vert, urinal, cucurbite, |
| | *boce & de plusieurs autres noms. |
| | Ventura c. 15. |
| Rosaire. | Nous n'avons besoin pour tout notre
|
| | ouvrage, après la préparation de la |
| | première pierre que d'un vaisseau, d'un |
| | fourneau, & d'une disposition. Rosaire |
| | p. 211. |
| | Il faut noter qu'après que la pierre |
@
CHAPITRE IX.
357
| sera purifiée & parfaitement nettoyée |
|
| de toute chose corrompante, & puis |
|
| fermentée, ne faut plus changer de vaisseau, |
|
| n'y l'ouvrir, mais seulement prier |
|
| Dieu que le vaisseau ne se casse, qu'est |
|
| cause que les Philosophes ont dit que |
|
| tout le magistère se parachève en un |
|
| seul vaisseau. Le même p. 252. |
|
| Le vaisseau soit de verre rond, & le | Dominus
|
| col long, étroit, & la matière n'occupera | vobiscum.
|
| que la troisième partie d'icelui. |
|
| Dominus vobiscum p. 51. |
|
| Mets ta matière en un vaisseau rond, | Scot.
|
| de verre fort qui ait l'orifice étroit & |
|
| sigillé. Scot p. 60. |
|
| Prends la pierre triturée que tu sais, | Grèce.
|
| mets la à l'alambic, qui n'a qu'un trou |
|
| au haut, que tu fermeras bien, & le mettra, |
|
| en un bain très-doux. Les femmes |
|
| de Grèce p. 92. |
|
| Les vaisseaux ou aludels propres à ce | Calid.
|
| magistère sont nommés par les sages, |
|
| cimetières ou cribles, d'autant qu'en |
|
| iceux les parties sont divisées & nettoyées, |
|
| parfaites, accomplies, & dépurées |
|
| des matières du magistère. Calid |
|
| c. 2. p. 208. |
|
| Le vaisseau doit être rond avec un | Bacon.
|
| Z iij | |
@
358
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | petit col de verre ou de terre, semblable |
| | en fermeté au verre, duquel la bouche |
| | soit très-bien fermée. Bacon c. 5. |
| Nicolas. | Prenez le corps que je vous ai déjà
|
| | montré, & le mettez en tablettes menues, |
| | puis le mettez en notre vaisseau |
| | physique, & fermez bien l'entrée du vaisseau, |
| | afin que rien n'en sorte, & le rôtissez |
| | par un feu lent, jusqu'à ce qu'il se |
| | serre. Nicolas des Comtes p. 4. |
| | Si la bouche du vaisseau n'est bien |
| | fermée, & que les fumées subtiles sortent, |
| | tout le magistère se perd. Le même |
| | p. 6. |
| | Prends l'azoth des Philosophes, mets le dans |
| | notre lion bien fermé & cuits le à notre |
| | soleil au mois de Mai, & que tout s'y |
| | dissolue, & étant dissout laisse le ainsi au |
| | Soleil dit, jusqu'à ce que tout soit coagulé |
| | en pierre ou en poudre rouge laisse |
| | le encore au susdit soleil, jusqu'à ce |
| | que toute la matière soit fixe, & que rien |
| | ne monte, alors elle est nommée Ernech |
| | par les Arabes, & orpiment par les |
| | Latins. Le même p. 7. |
| Dastinius. | Dedans un seul vaisseau tout notre
|
| | magistère est parfait, & icelui est une |
| | courge borgne n'ayant qu'une ouverture, |
@
CHAPITRE IX.
359
| où est un seul vaisseau de verre épais, |
|
| bien cuit, fermé de tous cotés, long |
|
| de demie coudée, rond en bas, le |
|
| fond un peu courbé, les cotés unis, |
|
| ne vaut rien d'autre matière que de verre, |
|
| ferme le bien que la matière n'en |
|
| sorte aucunement. Dastinius p. 79. |
|
| Le ventre & le fond du vaisseau soit | Florens.
|
| rond comme la Lune, & le col long |
|
| d'un demi pied ou plus, & le col étroit |
|
| pour y mettre le pouce, & bien fermé, |
|
| sur le feu fait de trois bois, ou bûchettes |
|
| sèches. Florens l. 2. c. 3. |
|
| Ungo, Gazel, Animal, Elbuses, | |
| homme haut, Elhamach, c'est à dire |
|
| esprit, bain, ventre, jointure, soldan, |
|
| pisan, colatoire, fille pleurante, Elmiroch, |
|
| subscension, Elnarach Elhaye, |
|
| c'est à dire fuseau, Elphilas, c'est à dire |
|
| firmament, Heunede c'est à dire rosée, |
|
| Elbamazal, c'est à dire du zile, Elmagan |
|
| c'est à dire canal, Elmagal, c'est |
|
| à dire torrent, Eladii, c'est à dire morte, |
|
| pleurante, latera, sapha, elnible, barbatus, |
|
| descensorium & plusieurs autres |
|
| noms sont donnés au vaisseau des Philosophes, |
|
| qui est fait en pyramide. Le |
|
| même l. 3. c. 42. |
|
| Z iiij | |
@
360
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Le vaisseau des Philosophes doit être |
| | de verre très pur sans aucun trou, ayant |
| | le ventre rond comme une courge, & |
| | l'orifice rond, & étroit d'une coudée de |
| | longueur. Elie c. 3. |
| | Prends la pierre connue dedans le lion |
| | vert très-bien fermé & scellé. Le même |
| | c. 5. |
| Geber. | Le vaisseau soit de verre le fond rond
|
| | & de petite concavité, ne valant rien |
| | s'il est d'autre matière. Geber de la grande |
| | perfection l. I. c. 44. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | N Ous ne pouvons que nous émerveiller de |
| | l'aveuglement de la plus grande partie des |
| | chercheurs de notre pierre qui comme aveuglés |
| | sans bâton se précipitent en tous lieux |
| | dangereux, & comme personnes qui se noient |
| | se prennent à tout ce qui leur vient au devant, & |
| | de fait qu'on visite leurs laboratoires qu'on |
| | trouera remplis de tant de vaisseaux différents, |
| | & en matière & en forme que l'on en sera étonné, |
| | ce qui advient par la faute de lire, d'entendre |
| | & d'étudier sérieusement, & de croire |
| | les bons auteurs, qui unanimement disent, |
| | notre vaisseau est de verre, clair, transparent, |
| | duquel le ventre est rond, le col long d'un demi |
| | pied, & étroit, qu'on nomme ordinairement |
@
CHAPITRE IX.
361
| matras, considère attentivement ce que |
|
| nous te disons, si ton orpiment, ton arsenic, |
|
| ton eau dévorante, pèsent dix onces, ton vaisseau |
|
| en pourra & devra contenir trente, dans |
|
| lequel tu pétrifieras, dissoudras, rouilleras & |
|
| sépareras la semence, ou soufre, ou noirceur |
|
| de son corps propre: cette noirceur est |
|
| quelquefois rousse, quelque fois grisâtre, & |
|
| quelque fois noirâtre, mais ne te soucie de |
|
| quelle couleur qu'elle soit, car peu à peu elle |
|
| se noircit assez: Prends le cas que tu aies une |
|
| once de cette noirceur, tu la mêleras avec une |
|
| douzaine d'onces de son eau dévorante dedans |
|
| un matras contenant environ trente six onces, |
|
| sur un feu d'ébullition (mais prends garde à ce |
|
| passage car il est facile à y glisser) par icelui le |
|
| sec & l'humide se combattront, & des deux se |
|
| fera vue pâte, & comme graisse ou écume elle |
|
| nagera, laquelle étant séparée pourra peser |
|
| deux onces, lesquelles faudra mettre dedans un |
|
| matras contenant environ six onces, très-bien |
|
| fermé sur le feu propre qui peu à peu réduira |
|
| cette pâte en poudre. Cette matière bien subtile |
|
| sera remise avec son eau bouillante, comme |
|
| auparavant, laquelle gouvernes dûment se |
|
| remettra en pâte, & retirée sera mise dedans |
|
| un autre vaisseau un peu plus grand; pour ce |
|
| qu'elle pèsera davantage, & étant desséchée |
|
| sera remise en pâte, & pour dire en un mot ceci |
|
| sera re-pâté & pulvérisé jusqu'à ce que la matière |
|
| soit blanche, alors tu n'y toucheras plus |
|
| jusqu'à tant que tu verra, la matière rougie |
|
@
362
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Fermenta- | d'une rougeur excellente, alors faudra ouvrir
|
| tions | le vaisseau pour venir à la fermentation, & d'icelle
|
| Cération, | à la cération, puis à l'ingression & communication
|
| Ingression, | des métaux avec lesquels on veut faire
|
| Communi- | la jonction pour la dépuration & faction qu'on
|
| cation. | dit (mais faussement), de l'or ou de l'argent.
|
| | |
| | ------------------------------------------ |
| | |
| | D U T E M P S N E C E S S A I- |
| | RE A PARACHEVER |
| | l'oeuvre des Philosophes |
| | nommé pierre Phi- |
| | losophale. |
| | |
| | CHAPITRE X. |
| | |
| | T E X T E S. |
| | |
| | Otre matière se parfait Aquin.
|
| | soi même, se tournant en |
| | poudre très-subtile qui est |
| | dite terre morte, ou homme |
| | mort au sépulcre, |
| | ou magnésie altérée, & |
| | ayant soif, pour ce que l'esprit est caché |
| | avec lui dans le sépulcre, & l'âme |
| | est comme retirée, laisse le donc demeurer |
| | de cette façon dès le commencement |
@
CHAPITRE X.
363
| 26. semaines, & alors le gros |
|
| est fait subtil, le léger pesant, l'aspre |
|
| mol, le doux amer, par la conversion |
|
| des natures & vertu du feu parfait secrètement. |
|
| Thomas d'Aquin c. 5. |
|
| Notre art ne peut être parachevé en | Greverius.
|
| peu de temps, il faut donc que l'Artiste |
|
| soit patient. Greverius p. 34. |
|
| Le moindre temps qui nous est nécessaire | Ventura.
|
| à notre préparation, est la révolution |
|
| du grand luminaire: La pierre |
|
| doit être tenue au feu, jusques à ce |
|
| qu'elle ne change plus, ni de nature, |
|
| ni de couleur, demeurant rouge |
|
| comme sang, coulant au feu comme |
|
| cire, mais tellement fixe qu'elle |
|
| ne s'envole jamais. Ventura c. 22 p. 121. |
|
| 173. |
|
| Du noir au blanc vrai, il y a un long | |
| temps, & plusieurs couleurs se passent |
|
| avant que la propre & dernière digestion |
|
| advienne. Le même c. 27. p. 168. |
|
| L'homme ne peut connaître le temps | |
| déterminé de la conjonction, d'autant |
|
| que l'âme entre fort subitement au corps. |
|
| Le même c. 27. p. 168. |
|
| L'ouvrier soit assidu & long à l'ouvrage | |
| qu'il ne se hâte point, mais sans se |
|
@
364
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | dépiter ni courroucer ni douter, attende |
| | patiemment le temps propre à |
| | recueillir ses fruits, de même que fait |
| | le laboureur. Le même ch. 28. |
| Ripleus. | Il nous faut être un an pour notre attente,
|
| | car en moindre espace de temps |
| | notre chaux ne peut être achevée. Ripleus |
| | p. 73. |
| | Voyants la couleur noire, obscure & |
| | mauvaise s'en aller après long temps, |
| | & venir une couleur blanchâtre, grise |
| | comme cendres, a été nommée incération |
| | ou déalbation. Le même c. 112. |
| Libavius. | Le temps auquel tout l'ouvrage est
|
| | achevé, n'est point défini certainement |
| | par tous, car les uns prennent |
| | neuf ou dix mois, auxquels l'enfant est |
| | parachevé dans la matrice, combien que |
| | cela soit inégal, antres 3. mois, autres |
| | moins, mais y a plusieurs cases de la diversité |
| | du temps, par quoi sans s'arrêter |
| | à un temps préfix commandent que l'artiste |
| | persévère jusques à la fin, marquant |
| | toutefois chaque opération par les signes, |
| | à celle fin qu'il sache quand & |
| | comment il faut opérer. Libavius p. 108. |
| | La diversité du temps vient à cause |
| | de la quantité de la matière, & de l'industrie |
@
CHAPITRE X.
365
| de l'artiste. Le Moyne p. 17. |
|
| Le temps de la purification ne peut | |
| être déterminé, mais l'oeuvre rouge se |
|
| fait dedans nonante jours. Le même p. |
|
| 20. |
|
| Aux cinquante premiers jours se fait | |
| la tête du corbeau, & en cent cinquante |
|
| la colombe, & en autres cent cinquante |
|
| le rouge, le feu jusques au blanc |
|
| soit petit. Le même. Saturnin | |
| dit le même. Et un autre vieux Auteur |
|
| dit, le feu soit contenu huit cens jours, |
|
| ou un peu plus d'avantage. |
|
| La Médecine n'est point faite dans | Manuscrit. |
| peu de jours ou mois, ni brièvement, | |
| car il la faut long temps nourrir, & accoutumer |
|
| au feu. D'un certain manuscrit. |
|
|
|
| Les Philosophes ont marqué plusieurs | |
| termes en la décoction de cet art, aucuns |
|
| un an autres un mois, autres un |
|
| jour, autres trois, mais comme nous |
|
| disons un jour l'espace du coucher & lever |
|
| du Soleil, ainsi ils disent le | |
| temps du commencement de l'ouvrage jusqu'à |
|
| la fin un jour. Ceux qui disent un | |
| mois, c'est pour ce que le Soleil va durant |
|
| un mois par chaque signe du ciel. |
|
@
366
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Ceux qui disent trois jours, c'est à cause |
| | du commencement, milieu & fin, |
| | ceux qui disent un an, c'est à cause des |
| | quatre couleurs. Le même. |
| L'échelle. | Quand il aura demeuré en l'Eclipse
|
| | cinq mois, l'obscurité s'en allant & la |
| | lumière venant, alors augmente sa chaleur. |
| | L'Echelle des Philosophes p. 117. |
| Lulle. | Tout le cours de nature est de deux
|
| | années, à savoir la pierre est de quinze |
| | mois, car selon qu'elle se corrompt, |
| | elle s'engendre. Lulle au vade mecum p. |
| | 160. |
| Rosaire. | Il faut pour le moins un an pour parachever
|
| | l'élixir. Rosaire p. 178. |
| | Saches que le chemin est très long, |
| | par quoi il est besoin d'attente & de |
| | patience en notre magistère. Le même |
| | 183. 210. |
| | Je vous dis que vous ayez patience, |
| | car par aventure il s'arrête, & la hâte |
| | vient de la part du Diable: or qui |
| | n'aura patience, n'y mette la main, car |
| | la hâte gâte tout. Le même p. 247. |
| | En quarante jours & autant de nuits |
| | (après la purification de la pierre) se |
| | fait l'oeuvre blanc, n'y ayant aucun |
| | terme limité en la purification, sinon |
@
CHAPITRE X.
367
| que suivant l'opération de l'artiste, & |
|
| en nonante jours & autant de nuits le |
|
| rouge, & ces termes sont les vrais termes |
|
| pour la perfection entière, mais |
|
| il faut entendre ceci de la coagulation |
|
| qui se fait après la purification, laquelle |
|
| purification ne se peut faire qu'en la |
|
| putréfaction & corruption des corps en |
|
| vrai esprit, & quand tu l'auras, loue |
|
| Dieu. Le même p. 252. |
|
| Sois long à extraire la teinture, pour | Desiderable.
|
| ce que par la hâte on brûle tout. |
|
| Desiderable p. 25. |
|
| La patience & le retardement sont nécessaires, | Benoist.
|
| à celle fin que par la longueur |
|
| de cuire, l'eau vainque par légère décoction |
|
| la bataille du feu. Benoist p. 57. |
|
| L'oeuvre se peut parachever dans un an, | Lescot.
|
| à savoir d'épais, ce qui est épais le faire |
|
| subtil, le fixe volatil, & mettre ce qui |
|
| est dessous au dessus. Lescot p. 61. |
|
| Continue toujours le feu sans changer, | Phénix.
|
| jusques à ce que l'argent vif soit sec, |
|
| ce qui sera dedans deux ans, mais l'argent |
|
| vif ne doit surpasser deux livres. |
|
| Phénix p. 75. |
|
| Ta première décoction n'a aucun terme | |
| limité & est ennuyeuse & longue |
|
@
368
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | laquelle toutes fois il faut attendre avec |
| | joie, plusieurs sont périt par trop se hâter, |
| | & étant ennuyés de la longueur |
| | ont quitté l'oeuvre. Le même p. 176. |
| Nicolas. | Sois long & patient, & non prompt à
|
| | faire la teinture, autrement tu brûleras |
| | tout, & enverras l'ouvrage à une région |
| | lointaine, aie donc patience à cuire |
| | & triturer, & ne t'ennuie de réitérer |
| | souvent cette opération, car ce qui est |
| | imbibé par l'eau est amolli & tant plus |
| | tu tritures, tant plus tu *mollifies, & tant |
| | plus tu subtilises, jusques à ce que tout |
| | soit dompté & divisé l'un de l'autre, car |
| | l'esprit s'unit & se rend pâte avec le |
| | corps, & tout ce qui s'empâte se dissout |
| | totalement, car toute impastation |
| | se fait avec trituration, incération & |
| | assation: car par la contrition ou assation |
| | qu'est même chose, & les parties |
| | unies au feu par la viscosité de l'eau qui |
| | est au corps sont déliées. Or les corps |
| | dissout & réduits en forme d'esprits |
| | sont inséparables, comme est l'eau de |
| | l'eau. Nicolas des Comtes p. 16. |
| Domine mi. | Quelques Princes principalement en
|
| | leur vieillesse, quoi qu'en petit nombre, |
| | ont eu cette science. Or Geber dit vieux |
| | & |
@
CHAPITRE X.
369
| & non jeunes, d'autant que les jeunes |
|
| impatients sont aveuglés par la brièveté |
|
| du temps, qui ne peut donner ce que |
|
| la longueur donne aux vieux patients, |
|
| à cette cause tous les Philosophes exhortent |
|
| d'avoir patience en la longueur, |
|
| qui donc n'aura patience ne travaille |
|
| point, car toute action n'a son |
|
| mouvement & temps préfix: Or la médecine |
|
| n'est pas faite en peu de jours |
|
| ou de mois ni brièvement, vu qu'il la |
|
| faut long temps dompter & nourrir au |
|
| feu, ce qui ne se fait pas que par un long |
|
| temps & grande dextérité. D'une épître, |
|
| commençant, Domine mi. p. 47. |
|
| Cuits & triture & ne t'ennuie de réitérer, | Armingandus.
|
| car tant plus tu tritures tant plus |
|
| tu subtilises les parties grosses, car par |
|
| la grande assation, trituration & longue |
|
| décoction nos corps sont dissout, |
|
| aie donc patience, pour ce |
|
| qu'ils sont de forte & dure résolution, |
|
| car si tu savais pleinement leurs natures, |
|
| tu attendrais patiemment, & avec |
|
| joie, qui n'aime donc la patience n'entreprenne |
|
| point notre oeuvre, de peur |
|
| qu'il ne se ruine. Armingandus c. 3. |
|
| Celui qui travaille en cette science | |
@
370
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | aie de quoi vivre par deux ans au |
| | moins sans s'occuper à autre besogne, |
| | que la longueur de l'ouvrage ne le réduise |
| | à la pauvreté. Albert c. 3. 4. |
| | Comme la goutte cave la pierre, non |
| | par force, mais peu à peu ainsi, l'humidité |
| | de notre pierre se dessèche peu à |
| | peu par un feu lent, ne t'ennuie donc |
| | point de cuire longuement. Rouillac p. |
| | 6. commence les Poètes antiques. |
| | Notre oeuvre peut être commencée |
| | & achevée en tout temps & lieu dans un |
| | petit vaisseau & feu, toutefois avec |
| | grande patience & longueur, sans aucune |
| | intermission ou colère, d'autant |
| | qu'en une heure tout l'ouvrage serait |
| | détruit. Le même p. 27. |
| Geber. | Notre médecine ne peut être faite
|
| | en peu de jours on heures, car notre |
| | médecine est faite par un long temps, |
| | par quoi je vous exhorte d'avoir patience, |
| | sans penser abréger le temps, qui |
| | donc n'aura patience ne travaille |
| | point car la croyance de la hâte |
| | gâte tout & icelle vient du diable, car |
| | toute action naturelle a son mouvement |
| | & temps déterminé. Geber en la recherche |
| | c. 12. |
@
CHAPITRE X.
371
| Les corps du Soleil & de la Lune | |
| mis dans le mercure vulgaire ont besoin |
|
| d'un long temps pour se dissoudre & réduire |
|
| en leur première matière, à savoir |
|
| soufre & argent vif des Philosophes. |
|
| Désir désiré attribué à Lulle, & à Flamel. |
|
| L'an lunaire ou court est un mois, l'an | Viginaire.
|
| grand, selon Cicéron, est le retour des |
|
| corps célestes au propre lieu d'où ils |
|
| sont partis, qui est selon les uns en 1500. |
|
| ans, selon Hortense en 12954. selon Platon |
|
| en 3600. selon Josèphe en 600. ans. |
|
| En Egypte l'an est de quatre mois, en |
|
| Arcadie de trois mois, en Arcananense |
|
| de six mois, en l'Anuvie de treize mois. |
|
| Viginaire sur Tite-Live. col. 1067. |
|
| La hâte n'est propre à cet art, car | Valentin.
|
| qui se hâte trop rarement fait-il quelque |
|
| chose de bon en ce magistère, car |
|
| en se hâtant on gâte plus que l'on ne |
|
| parfait, donc que le chercheur ne |
|
| se laisse tromper au trop hâté désir d'avoir. |
|
| Basile, Valentin p. 59. 10. |
|
| Si ce grand oeuvre peut être fait dans | Northonius.
|
| trois ans, ce fera une grande fortune. |
|
| Northonius en son crede mihi c. 4. p. 125. |
|
| Quelques novices sont autant prompts | |
| que le feu, car ils ne désirent que demi |
|
| Aa ij | |
@
372
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | année, les autres en moins d'une semaine |
| | changent de volonté, les autres |
| | dans un jour, & les autres croient dans un |
| | mois ou au second mois, autrement ils |
| | nient l'art: certes il vaudrait mieux |
| | pour eux qu'ils quittassent du tout cet |
| | art que de rechercher, que telles |
| | mouches volent à leur plaisir. Le même |
| | c. 6. p. 170. |
| | La médecine solaire & la lunaire est |
| | une même en science, & n'a qu'un même |
| | ordre, c'est la cause pour laquelle |
| | on la dit une seule médecine, ainsi dite |
| | par nos anciens comme nous lisons dans |
| | leurs livres, mais il y a addition de cou |
| | leur jaune laquelle est faite par la substance |
| | du soufre très-pur & fixe, le |
| | quel seulement est pour le jaune, mais |
| | non pour le blanc, & cette addition est |
| | appelée troisième en ordre, d'autant |
| | qu'il est fait par grande industrie pour |
| | la perfection de l'oeuvre, mais il est besoin |
| | d'un grand labeur & longue assiduité. |
| | Geber L. 3. c. 78 p. 49. de la médecine de |
| | l'ordre troisième. |
@
CHAPITRE X.
373
Scholie.
| E Ntre toutes les difficultés qu'on rencontre | |
| en cette admirable recherche, n'y en a |
|
| pas une qui détourne tant les chercheurs que |
|
| la longueur nécessaire à parachever l'oeuvre, |
|
| c'est ce qui leur fait chercher quelques branches |
|
| (disent ils) de cet arbre en quelque *ânichon |
|
| pour porter la charge attendant qu'ils |
|
| aient de quoi mettre la main à la grand oeuvre |
|
| (qu'ils appellent) ils courent donc pour y être |
|
| plus tôt, à des congélations, fixations, blanchissements, |
|
| rougissements, médions tiercelets |
|
| dix pour cent, trente, quarante, qui plus, qui |
|
| moins pour cent, les uns veulent rendre la Lune |
|
| fixe (qui serait mal pour la terre si elle n'avait |
|
| ses quartiers & son croître & décroître) |
|
| les autres déteindre le Soleil (auquel si on ôtait |
|
| la couleur, l'on ôterait la lumière, & le monde | Moquerie de
|
| serait enténébrés) & de cette teinture en teindra | cette fixation
|
| pareille quantité de Lune (si on la trouve) | de Lune &
|
| car la Lune est beaucoup plus petite que le Soleil, | déteindre le
|
| les autres cherchent le mercure de Saturne | Soleil &
|
| au plomb, les uns courent après une recette, | mercure de
|
| autres après une autre, tel n'a qu'un fourneau, un | Saturne.
|
| autre en aura jusqu'à cent & d'avantage tous différents |
|
| l'un de l'autre. Certes il n'y a point de |
|
| branches, ni de médions pour chasser le soufre |
|
| des métaux imparfaits & pour en cuire & |
|
| teindre le mercure: Il n'y a que la seule matière |
|
| des sages qui soit vraie & parfaite, tout le reAa |
|
| iij | |
@
374
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ste s'en va en fumée, ce n'est qu'un amuse & |
| Contre les | abuse lourdaud, piperie endiablée digne d'une
|
| charlatans | corde, chemin à la misère, à l'hôpital & désespoir.
|
| & faussai- | Arrière de notre étude race maudite, qui
|
| res. | sangsues cruelles ne cessez d'attirer la substance
|
| | des trop crédules, qui se fiant trop facilement |
| L'étude re- | dessus vos discours endiablés, consument plus
|
| commande. | d'années à suivre vos opérations maudites
|
| | qu'ils ne feraient des Mois à l'ouvrage des vrais |
| | Philosophes qui conseillent tous unanimement |
| | l'assidue lecture des bons livres, lesquels vous |
| | leur défendez, par lesquels ils apprendraient |
| | à vous fuir & détester, & laisser nus, déchaux, |
| | affamés & misérables, comme vous errez, & |
| | vagabondez la plus part promettant des montagnes |
| | d'or, & votre misère cependant croît |
| | d'heure à autre. Tous les bons auteurs ne marquent |
| | qu'une matière tirée de deux substances |
| | par leur propre racine, un petit vaisseau, un petit |
| | fourneau, un petit feu, une petite dépense |
| | aisée à supporter (vu qu'elle ne surpasse pas |
| | par jour en cette ville de Paris deux sols) & une |
| | seule opération, laquelle n'empêche l'artiste |
| | de vaquer à ses autres négoces, qu'on considère |
| | vos ouvrages, vos promesses, vos menteries, |
| | vos subterfuges & vos dépenses, où l'on trouvera |
| | autant de différence que de la nuit au jour |
| | & autant d'éloignement que du ciel à la terre |
| | & de la vérité au mensonge: Mais en fin s'il reste |
| | quelque chose de bon en vous, revenez à |
| | vous mêmes, & oyez les bons auteurs qui |
| | vous apprendront qu'il n'y a aucun terme limité |
@
CHAPITRE X.
375
| pour faire l'extraction du dissout d'avec le |
|
| corps: Jean André au titre du crime de Faux |
|
| dit, qu'Arnaud de Villeneuve faisait des lingots |
|
| d'or & d'argent à Rome, & permettait |
|
| qu'ils fussent éprouvés publiquement, ceux |
|
| qui font bien ne craignent la censure & punition, |
|
| comme vous autres faussaires qui ne |
|
| pouvez débiter vos *happelourdes que sous la |
|
| marque fausse de quelque Prince, que Dieu |
|
| vous extermine si vous ne vous changez en |
|
| mieux, venons aux opérations de nos doctes |
|
| maîtres, & peu à peu au temps nécessaire à nos |
|
| ouvrages. Ayant pris les deux corps très-épurés |
|
| en poids égal & en la quantité qu'on voudra, |
|
| il les faut réduire en poudre ou feuilles déliées, y |
|
| ajoutant de son eau propre au quadruple, ceci |
|
| se fait pâte qui sera mise dedans un matras |
|
| proportionné sur un feu lent, là où dedans quelque |
|
| temps elle prendra une couleur noire ou |
|
| noirâtre, laquelle noirceur sera retirée comme |
|
| déjà par ci devant a été dit, jusqu'à ce qu'on en |
|
| ait la quantité désirée qui pourra être d'environ |
|
| deux onces. En cette opération n'y peut |
|
| avoir aucun terme limité, car l'assiduité de l'artiste |
|
| y préside, & lequel étant poursuivi s'étend |
|
| presque de six mois jusques à neuf, voire à un |
|
| an, c'est celui-ci qui est le plus long, le plus |
|
| fâcheux & ennuyeux; La seconde est l'imbibition |
|
| de cette matière dissoute noire ou noirâtre, |
|
| & très sèche avec son eau propre, avec laquelle |
|
| la faut unir par un feu lent, jusques à ce que |
|
| cette noirceur soit tournée en blancheur, & à |
|
| Aa iiij | |
@
376
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | cette opération aucun terme ne peut être donné |
| | préfix, le blanc sera continué sur le feu jusques |
| | à ce qu'il soit devenu rouge, cette opération |
| | n'a aussi aucun terme limité, pour la fermentation, |
| | & la cération, il en sera parlé en son |
| | propre lieu, voila comme le temps du parachèvement |
| | de tout l'ouvrage ne peut être limité. |
| | Je sais que quelques uns s'arrêtent dessus |
| | les années, mois & jours, pour ce qu'il en est parlé |
| | par plusieurs auteurs, mais outre ce que nous |
| | avons amené de Viginaire ci devant en ce chap. |
| | nous disons que l'année parmi toutes les nations |
| | n'a pas été de pareil nombre de mois, |
| | mais de pareil nombre de lunaisons, à savoir de |
| | douze que les Nations qui n'avaient ou ne comptaient |
| | que trois mois, mettaient à chacun quatre |
| | lunaisons, & ainsi des autres, & pour savoir |
| | comme nos auteurs ont entendu leurs |
| | jours, leurs semaines, leurs mois, & leurs |
| | ans, qui est une façon de compter & d'entendre |
| | particulière à eux; outre ce qui en a déjà été |
| | dit, le curieux lisant leurs livres s'y pourra instruire. |
@
377
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| D E S C O U L E U R S A P- |
|
| PARAISSANT A LA FA- | |
| ction de la pierre des | |
| Philosophes. | |
| |
|
| CHAPITRE XI. | |
| |
|
| T E X T E S. | |
| |
|
Edans peu de temps tu | Isaac.
|
| verras toute la matière |
|
| noire, alors saches que |
|
| la vraie conjonction est |
|
| arrivée, & que la blancheur |
|
| est sous la noirceur, saches aussi |
|
| que si la noirceur, n'apparaît à l'ouvrage, |
|
| aucune mixtion ni conjonction |
|
| ne se ferait, ni jamais l'un ne se pourrait |
|
| fixer avec l'autre, & que là où aucune |
|
| noirceur n'apparaît, là aucune fixation |
|
| entre l'âme, l'esprit & le corps ne |
|
| se peut faire. Isaac l. I. c. 64. |
|
| Voyant la noirceur, sois assuré que | |
| la conjonction est faite. Le même c. 67. |
|
| Avant que la couleur claire & splendide | |
@
378
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vienne, toutes les couleurs du monde |
| | apparaîtront & s'évanouiront, |
| | après lesquelles tu verras une grande |
| | blancheur, tellement qu'il te sera avis |
| | que ce sera la vraie blancheur, mais non |
| | car avant qu'icelle paraisse, tu verras |
| | à l'entour & cotés du vaisseau à la matière |
| | de la pierre comme des perles resplendissantes, |
| | ou yeux de poissons, |
| | alors soit assuré qu'en peu de jours tu |
| | auras la parfaite blancheur, & voyant |
| | cette matière aussi blanche que neige, |
| | resplendissante comme perles d'Orient, |
| | réjouis toi, car la pierre est parfaitement |
| | blanche, alors laisse la refroidir |
| | de soi même. Le même chap. 131. |
| | Mêlez exactement l'eau avec l'eau, & |
| | l'humide avec le sec, afin de voir la |
| | noirceur de la mer, c'est à dire une couleur |
| | noire, qui se verra en la putréfaction |
| | qui se fait en vingt neuf jours, en |
| | un petit feu, qui est signe de parfaite |
| | conjonction. Le même c. 6. 33. |
| | La noirceur est le secret de notre |
| | vraie dissolution, laquelle est comme |
| | charbon venant lors que le Soleil & |
| | la Lune se joignent entr'eux, sans le séparer |
| | jamais, & sont faits une poudre |
@
CHAPITRE XI.
379
| très-blanche, qui sont mâles & femelles |
|
| engendrés du vrai lien d'amour. |
|
| Lulle c. I. |
|
| Les jours marqués, passés, considère | |
| si la première couleur de la blancheur | Greverius.
|
| (c'est à dire pour venir à la blancheur) |
|
| est changée en cendre obscur, ou noir |
|
| détrempé de quelque blancheur, que |
|
| si tu la vois, réjouis toi, car tu as baillé |
|
| la chaleur convenable, & déjà tes semences |
|
| germent. Greverius p. 24. |
|
| Le premier signe apparaissant sur la | |
| matière est la couleur obscure, rouge |
|
| comme noircissant, comme brique |
|
| qui n'est ni rouge ni noire, ni brune, |
|
| mais comme mêlée de toutes, cette |
|
| noirceur est la poudre tombée des branches, |
|
| ce qu'il faut noter, l'autre est la |
|
| siccité de la terre qui se démontre par |
|
| les exhalations desquelles ne s'augmente |
|
| pas plus qu'auparavant, & les signes de |
|
| la *meureté parfaite sont couleur rouge |
|
| avec quelque jauneur intérieure aucunement |
|
| resplendissante, & défaut |
|
| d'exhalaisons. Le même p. 36. |
|
| Le plus souvent dans quarante jours | |
| une noirceur semblable à la poix paraît |
|
| qui n'est autre chose qu'un signe de la |
|
@
380
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | solution des corps, car tout ce qui est |
| | fait spirituel monte en haut, & toute |
| | chose terrestre demeure au fond, & toute |
| | chose légère demeure en haut, & toute |
| | chose pesante tend en bas. Or quand le |
| | corps est dissout par son eau en noirceur |
| | & réduit en essence incompréhensible, |
| | alors la teinture est dissoute en |
| | noirceur, ainsi les quatre éléments s'assemblent |
| | en un. Tout ce qui est dissout |
| | avec le mercure se retourne élever |
| | combien que la plus grande partie demeure |
| | toujours au fond. Le même p. 56. |
| Alan. | Quand la matière aura demeuré sur
|
| | une petite chaleur quarante jours, tu |
| | verras paraître au dessus une noirceur |
| | comme poix qui est la tête du corbeau |
| | des Philosophes. Alan p. 63. |
| Garlandius. | Cette pierre est triple, & une avant
|
| | quatre natures, & trois couleurs, noir, |
| | blanc & rouge. Garlandius c. 13. |
| Ripleus. | Toutes couleurs paraîtront avant le
|
| | parfait blanc, & puis le jaune, & faux |
| | jaune, puis le sanguin rouge immuable, |
| | alors tu as la médecine du troisième |
| | ordre, qui peut être multipliée en son |
| | genre. Ripleus p. 9. |
| Nicolas. | La forme des corps étant premièrement
|
@
CHAPITRE XI.
381
| résolue en notre mercure, une autre |
|
| forme est immédiatement introduite |
|
| par la corruption de leur forme, laquelle |
|
| forme est couleur noire, odeur |
|
| puante, subtile & discontinue au toucher, |
|
| & Arnaud en son miroir p. 55. de |
|
| laquelle Ventura c. 26. p 150. dit que |
|
| cela se comprend par l'intellect, & non |
|
| autrement, vois ce miroir, car il est bon) |
|
| Nicolas des Comtes p. 16. |
|
| La chaleur agissante en l'humidité | |
| engendre premièrement la noirceur, |
|
| puis la blancheur, puis jaune, en après |
|
| rouge. Le même p. 5. 22. |
|
| Merveilleuses choses paraissent à | Arnaud.
|
| l'heure de la conjonction, car toutes |
|
| les couleurs qu'on peut imaginer au |
|
| monde apparaissent en travaillant, & |
|
| le corps imparfait se teint d'une couleur |
|
| ferme moyennant le levain. Arnaud |
|
| à la fleur. |
|
| La matière ne peut tellement être | |
| détruite, qu'elle ne demeure sous |
|
| quelque forme, par quoi la première |
|
| forme des corps ruinée dans le mercure, |
|
| une autre y est introduite, laquelle est |
|
| sa couleur noire & son odeur puante, |
|
| au toucher subtile & discontinue, & |
|
@
382
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ceci est le signe de la parfaite dissolution |
| | des corps, pour ce que la chaleur |
| | agissant en l'humidité engendre premièrement |
| | la noirceur qui est la tête du corbeau |
| | & commencement de l'oeuvre. Le |
| | même au rosaire c. 4. |
| Le Moyne. | Lors que tu travailleras, aie premièrement
|
| | la couleur noire qui est la clef de |
| | l'art, alors sois assuré que tu travailles |
| | dûment. Le Moyne p. 16. |
| Daustricus. | La noirceur de l'oeuvre est la clef de
|
| | l'art pour ce qu'il ne peut être sans noirceur, |
| | car c'est la teinture que nous |
| | cherchons. Daustricus p. 16. |
| | Le blanchissement ne se fait que par |
| | la cuite & congélation de l'eau, & tant |
| | plus se lave, tant plus se blanchit au |
| | dedans. Le même p. 47. |
| Jeu des en- | La femelle domine tout autant que
|
| fans. | la noirceur, & icelle est la I. force de
|
| | la pierre, pour ce que si elle n'est noire, |
| | elle ne se fera ni blanche ne rouge, d'autant |
| | que le rouge est composé du noir |
| | & du blanc. Le même p. 28. & le jeu des |
| | enfants p. 144. |
| | Tant plus notre airain se cuit & tant |
| | plus il se dissout, & noircit & se fait |
| | eau plus subtile & spirituelle, secondement |
@
CHAPITRE XI.
383
| tant plus se cuit, tant plus s'épaissit |
|
| & dessèche & se fait blanc. Le jeu |
|
| d'enfants p. 144. |
|
| Lors que la terre sera blanche, broie la | |
| avec son eau, & calcine la derechef, |
|
| pour ce que l'azoth & le feu lavent le laton |
|
| & lui ôtent son obscurité, car la |
|
| préparation se fait toujours avec l'eau, |
|
| & telle que sera la clarté de l'eau, |
|
| telle sera celle de la terre, & tant plus |
|
| on lavera, tant plus la terre sera blanche. |
|
| Avicenne c. 5. p. 83. |
|
| Ayant bu son eau brûlante, se noircit | |
| & demeure en l'ombre du purgatoire |
|
| cent cinquante six jours avec les |
|
| nuits. l'échelle p. 129. |
|
| Les couleurs des éléments en l'oeuvre | |
| sont depuis les pieds jusques aux genoux |
|
| terre, élément noir, des genoux |
|
| jusques au nombril aqueux, blanc & |
|
| & splendide, du nombril au coeur aérien, |
|
| roux jaune, & du coeur jusques au |
|
| col ignée brûlant, & rouge. Démocrite |
|
| dans Flamel p. 176. |
|
| Cette couleur noire demeure sur | |
| l'eau du commencement, & peu à peu |
|
| s'enfonce au fond du vaisseau. Rosaire |
|
| p. 182., Ventura dit le même c. 23. p. 130. |
|
@
384
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | L'ordre est de noircir & pourrir, le |
| | même p. 195. |
| | Voyant la matière noircir, réjouis toi, |
| | car c'est le commencement de l'oeuvre, |
| | brûle donc notre airain par un feu |
| | doux, comme la poule fait ses oeufs, jusques |
| | à ce que le corps soit fait la teinture |
| | tirée. Le même p. 197. 200. |
| | Quelques uns ont dit que toutes les |
| | couleurs du monde apparaissent dans |
| | l'oeuvre, mais c'est un sophisme des Philosophes, |
| | vu qu'il n'y en y a que quatre |
| | principales, desquelles toutes les autres |
| | se font, partant ne te soucie si elles ne |
| | t'apparaissent pas, pourvu que tu |
| | puisses séparer les éléments, car la couleur |
| | jaune signifie la colère brûlée & |
| | ignée, la rouge, le sang & air, la blanche, |
| | le phlegme & eau, la noire la mélancolie |
| | & terre qui a les quatre couleurs |
| | & éléments. Le même p. 201. & |
| | Nicolas des Comtes p. 18. |
| Dastinius. | Le feu est la terre noire au fond du
|
| | vaisseau, lequel ayant bu son eau brûlante |
| | demeure noirci & en obscurité |
| | quarante nuits, & ainsi il conçoit dans |
| | l'eau & enfante en l'air. Dastinius p. 30. |
| | L'apparition de la teinture noire est |
| | le |
@
CHAPITRE XI.
385
| le signe de la solution & entière putréfaction: |
|
| car le noir est le commencement |
|
| de la médecine. Le même p. 31. |
|
| La noirceur est signe de solution, & se | Trois paro-
|
| nomme vinaigre des Philosophes, & de | les.
|
| là vient à la blancheur, mais passant par |
|
| plusieurs couleurs, & après la blancheur |
|
| suit la rougeur. Au livre des trois paroles |
|
| p. 48. |
|
| Ce qui est liquéfié est notre corps | Exemple.
|
| étant noir & épais. L'exemple de la science, |
|
| p. 93. |
|
| Les couleurs sont seulement noir, | Vobiscum.
|
| blanc, rouge, & celles qui viennent entre |
|
| deux qui se changent, & lors qu'il |
|
| n'y a aucun changement de couleur & ne |
|
| fume point, là est la perfection. Dominus |
|
| vobiscum. |
|
| L'eau coopère à blanchir si elle est | Ventura.
|
| imbibée continuellement & exhalée par |
|
| chaleur, mais plutôt incorporée & desséchée |
|
| avec la terre, triture la donc |
|
| souvent avec son eau, & re-calcine la |
|
| jusqu'à ce que par le lavement se l'eau |
|
| & du feu, la noirceur & obscurité s'en |
|
| aille. Ventura p. 53. |
|
| Le blanc qui se fait par nutrition est | Libavius.
|
| comparé à la blancheur de l'étain, par |
|
| Bb | |
@
386
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | quoi il ne faut croire que ce soit celle |
| | tant désirée, & cette ci est attribuée à |
| | Jupiter qui n'a pas une blancheur fixe, |
| | pour ce qu'elle a encore un peu de lividité, |
| | que donc la chaleur blanchissante |
| | soit douce, autrement il y aura faute. |
| | Libavius p. 117. |
| Lulle. | L'on demande si la tête du corbeau
|
| | est du corps dissout ou du mercure |
| | brûlé, certes ceux qui pensent être d'impureté, |
| | se trompent malheureusement. Le |
| | même sur la Clavicule de Lulle p. 281. |
| | Ne crois point que l'eau qui demeure |
| | blanche s'épaississe, mais elle paraît |
| | noire par l'esprit noir nageant au dessus, |
| | ou soufre noir qui étant séparé la |
| | blancheur retourne paraître à l'eau, laquelle |
| | est cause avec le feu que la terre |
| | se blanchit. Le même au traité de l'azoth, |
| | p. 89. |
| Tourbe. | L'eau se blanchissant (nommée Ethelia)
|
| | blanchit & teint. Tourbe, sentence |
| | 56. |
| | Qu'est-ce qui cause la noirceur? certes, |
| | c'est l'humidité aiguë & adustible, |
| | c'est la fumée aiguë, de laquelle il est |
| | dit que l'humidité aiguë & adustive |
| | corrompt l'ouvrage & le teint en noirceur, |
@
CHAPITRE XI.
387
| qui est nommée par les sages |
|
| en cet art Saturne, ou plomb, ou airain: |
|
| à cause de sa noirceur & saleté, de laquelle |
|
| il le faut nettoyer. D'une tourbe |
|
| écrite à la main p. 95. |
|
| Lors que la froideur & humidité commencent | |
| à s'altérer, le corps se fait noir |
|
| comme charbon. Le même p. 70. |
|
| Noircissez la terre & séparez son âme | Rosinus.
|
| son eau, puis blanchissez la, & vous |
|
| trouverez ce que vous cherchez. Rosinus |
|
| à Eutichie. |
|
| Le second ouvrage se fait ainsi, ayant | |
| marqué la première qu'est l'amalgame, |
|
| mais cette eau en un vaisseau, sur un feu |
|
| lent; jusque à ce que tu voies par dessus |
|
| la noirceur apparente, laquelle il faut |
|
| ôter subtilement, toutes les fois qu'elle |
|
| paraîtra, alors tu as l'eau & la terre, |
|
| sur cette terre ou noirceur mise dans un |
|
| vaisseau de verre, verse l'eau bénite jusqu'à |
|
| ce que l'eau soit faite blanche & |
|
| claire. Le même Rosinus à Saratantan p. |
|
| 282. |
|
| Autant de couleurs autant de noms, | Bacon.
|
| la première opération de notre pierre |
|
| est nommée putréfaction, & notre pierre |
|
| est faite noire, par quoi quand tu la |
|
| Bb ij | |
@
388
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | trouveras noire, sache que la blancheur |
| | est cachée là dessous, alors il la faut sortir |
| | & tirer subtilement. Bacon c. 6. |
| Marguerite | La couleur noire est la première de
|
| nouvelle. | toutes & la plus difficile à venir, &
|
| | montre que le ciel & la forme se sont |
| | accomplis & qu'il sont conçu, & que |
| | sans faute le venin parfait, désiré, & |
| | (in)formant, (par)faitement composé de |
| | l'égalité des éléments, viendra. L'autre |
| | blanche montre que la forme s'en va à la |
| | perfection, & au venin parfait. La tierce |
| | safranée, par laquelle apparaît que |
| | toutes choses ont commencé d'être un |
| | manque que la semence est passée subtilement |
| | déjà par tout le ciel. La quatrième |
| | rouge, qui est le parfait venin, |
| | montre manifestement les choses sorties. |
| | Marguerite nouvelle. |
| | La noirceur paraissant sur l'ouvrage, |
| | t'assure avoir trouvé le droit chemin |
| | de travailler, par quoi réjouis toi pour |
| | ce que Dieu t'a donné un grand don. |
| | Phénix p. 75. |
| Nicolas. | N'ajoute ou diminue aucune chose
|
| | en notre pierre, mais mets la avec toute |
| | sa substance dans son vaisseau fermé |
| | philosophiquement, que rien ne s'exhale, |
@
CHAPITRE XI.
389
| mets le dans le four & feu |
|
| physique, jusqu'à ce que la plus |
|
| grande partie soit convertie en poudre |
|
| noire, alors toutes les opérations marquées |
|
| au chapitre des opérations sont |
|
| faites. Nicolas des Comtes p. 12. |
|
| Si du commencement après la noirceur | |
| la rougeur vient ne crains point, fais seulement |
|
| que le vaisseau soit bien fermé, pour |
|
| ce qu'il faut nécessairement qu'il vienne |
|
| à sa nature. Le même p. 21. |
|
| La noirceur est signe de solution, & la | Dastin.
|
| clef de l'oeuvre, pour ce qu'il ne peut |
|
| être fait sans noircir, car c'est ce que |
|
| nous cherchons. Dastin p. 31. |
|
| L'esprit & l'âme ne se joignent avec le | |
| corps qu'en la blancheur, car tandis que |
|
| la noirceur paraît, la femme obscure |
|
| domine. Le même p. 35. |
|
| Note que la blancheur est cachée | Florent.
|
| dans la noirceur de la terre, & partant |
|
| elle est noire à la vue mais blanche inférieurement, |
|
| donc ce qui est caché doit |
|
| être manifesté, & ce qui est en vue, |
|
| doit être caché. Florent l. 2. c. 8. |
|
| Toute perfection gît à ce que la pierre | |
| demeure tant en notre feu dans son |
|
| vaisseau qu'elle soit convertie en noirBb |
|
| iij | |
@
390
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ceur, après diversités de couleurs paraîtront, |
| | en fin la blancheur parfaite |
| | s'offrira. Elie c. 5. |
| Armingandus. | La chaleur agissant au corps humide,
|
| | convertit tout le composé en pure & |
| | vraie noirceur qui est le commencement |
| | de notre oeuvre, & si une autre couleur |
| | paraît, c'est signe d'erreur, par quoi |
| | aussi tôt corrige ta faute par vraie inhumation, |
| | d'autant que par elle tout |
| | brûlement est ôté & rétabli au degré |
| | de perfection. Armingandus c. 4. |
| | Il faut laisser le vaisseau de verre sur le |
| Vincent. | feu d'une lumière appelée feu de fièvre,
|
| | jusqu'à tant que la noirceur de la |
| | pierre soit toute ôtée & retirée peu à |
| | peu, laquelle il faudra conserver soigneusement |
| | dans un vaisseau bien net |
| | de verre, car cette noirceur est signe de |
| | la putréfaction & solution de la pierre. |
| | Vincent aux question 16. 17. |
| Daniel. | Entre toutes les couleurs des fleurs
|
| | comme d'un pré la noire te plaise, & |
| | après icelle la blanche, & après celle de |
| | l'or. Daniel de Justinopoli section 7. |
| Rosaire | Notre argent vif se congèle & épaissit
|
| Anglais. | par la force du blanc & du rouge, &
|
| | la noirceur est signe parfait de perfection |
@
CHAPITRE XI.
391
| puis le rouge, puis le vert, puis toutes |
|
| couleurs, & alors le mariage se fait du |
|
| corps, de l'âme & de l'esprit, alors la |
|
| blancheur utile vient, & en cinquième |
|
| lieu, le rouge clair resplendissant. Rosaire |
|
| Anglais c. 2. |
|
| Infinies couleurs paraîtront en ton | Carpinus.
|
| ouvrage, desquelles tu ne dois faire |
|
| état, mais seulement de trois, comme |
|
| de noirceur, vraie blancheur, parfaite |
|
| rougeur. Tous les Philosophes disent |
|
| bien que travaillant aux couleurs, |
|
| l'on voit des merveilles mais que particulièrement, |
|
| ces trois couleurs montrent |
|
| la perfection de l'ouvrage, car |
|
| premièrement la noirceur montre la |
|
| bonté de la matière, le bon régime de |
|
| la cuite, la vraie conjonction, la mortification |
|
| & la dissolution, & sache que |
|
| la blancheur est cachée dans le noir, continue |
|
| donc le feu lent jusqu'à ce que tu |
|
| aies cette parfaite blancheur, en après |
|
| triture, & la cuits pour avoir la parfaite |
|
| rougeur, alors tu as la lame flamboyante |
|
| argentée, mets un peu d'icelle avec |
|
| la matière. Carpinus. |
|
| La première couleur de la pierre qui | Rouillac.
|
| vient en la cuite, est la noirceur, puis la |
|
| Bb iiij | |
@
392
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | blancheur, puis la rougeur. Rouillac |
| | p. 6. |
| | Les matières (tandis qu'elles se pourrissent |
| | & se convertissent en fange noire) |
| | s'animent. Le même p. 57. |
| Synésius. | Cuits la matière, jusques à ce qu'elle
|
| | soit réduite en couleur ou terre noire, |
| | qui est nommée robe noire tête de corbeau, |
| | élément terrestre ou sec. Synésius p. 4. |
| | La noirceur est signe de la vraie putréfaction |
| | & principe de dissolution. Le |
| | même p. 6. |
| Flamel. | La noirceur doit être tirée des corps
|
| | métalliques parfaits, qui durera cinq |
| | mois, après laquelle viendra la blancheur |
| | désirée. Flamel c. 3. |
| | Faut noter que la diversité des couleurs |
| | ne paraît point sinon en la conjonction |
| | de l'âme avec le corps, comme |
| | dit Morien, en une fois seulement, le |
| | feu renouvelle en lui diverses couleurs. |
| | Flamel au désir désiré paroles 6 p. 131-141. |
| Arnaud. | Prends le corps que je t'ai montré
|
| | ci devant, à savoir l'airain, tourne le |
| | en plomb, puis en airain, comme il |
| | était, pour ce qu'ainsi le faut faire, car |
| | les essences ne se changent pas mais |
| | bien l'individu d'icelles, remets |
@
CHAPITRE XI.
393
| les donc en leurs premières natures ou |
|
| première couleur, tirant l'argent vif, & |
|
| ce qui sera demeuré au fond du vaisseau |
|
| tourne le en fer, puis par continuelle |
|
| cuite en étain, puis en argent, & alors |
|
| auras la pierre blanche; Continue à cuire, |
|
| jusques à ce qu'il soit tourné en Soleil, |
|
| alors auras le parachèvement. Arnaud |
|
| au miroir p. 55. disposition 8. |
|
| Si avec la putréfaction tu dissout ta | |
| Matière tu la verras noire, puis verte, |
|
| en après safranée, rouge & de |
|
| diverses couleurs, & le tout se fait par |
|
| la vraie décoction. Le même p. 61. |
|
| Il faut remarquer que durant la noirceur | Arnaud.
|
| plusieurs autres couleurs paraissent |
|
| desquelles les Philosophes n'ont |
|
| point écrit, car la matière devient parfois |
|
| toute verte, quelque fois plombine, |
|
| quelque fois violette, quelquefois |
|
| aussi en un coté du vaisseau on voit du |
|
| vert, le dedans étant livide, & le dehors |
|
| vert, mais toutes ces couleurs sont |
|
| comprises sous la noire, pour ce qu'en |
|
| icelle, n'y a aucune perfection essentielle, |
|
| les Philosophes ne se souciant que |
|
| de la noire, blanche & rouge, qui sont |
|
| de la vertu de l'âme. Armingandus. |
|
@
394
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | T Out ce qui est arrivé ou doit advenir donne |
| | des marques, ou de son arrivée présente, |
| | ou de son arrivée advenu, ou de sa demeure, |
| | ou de son départ ou prompt ou tardif, mais |
| | pourtant la cause & sujet ne nous en est pas |
| | toujours connu, comme les fleurs nous marquent |
| | le fruit, l'imprégnation des femelles les |
| | animaux à venir, ainsi la couleur noire survenant |
| | en notre matière, nous marque icelle être |
| | bonne & bien régie & gouvernée: Nous n'ignorons |
| | point que plusieurs opérateurs n'aient |
| | vu cette noirceur, mais ne la sachant mener & |
| | conduire, comme il faut, l'ont comme jetée chose |
| | inutile & excrémenteuse, voyant & disant |
| | icelle être la saleté du mercure, mais leur disant |
| | qu'ils le purifiassent en telle façon qu'ils |
| | voudraient, & qu'ainsi purifié ils le mêlassent |
| | avec l'or & l'argent, réduits l'un à vingt |
| | quatre carats, & l'autre à douze deniers, car |
| | alors l'un sortira du feu jaune & bruni & l'autre |
| | blanc & bruni, ils ont mieux aimé demeurer |
| | en leur opiniâtreté & ignorance demandant |
| | à quoi bonne cette noirceur, si ce n'est à noircir |
| | les souliers, ô, ignorants, cette noirceur est |
| | signe, ou vraie matière dissoute sans laquelle |
| | les philosophes n'ont jamais rien fait de bon, |
| | ni aucune fera jamais en cet art, c'est cette noirceur, |
| | laquelle est le principe, élément & fondement |
| | du total, & de laquelle on a tant donné des |
@
CHAPITRE XI.
395
| noms différents, les uns des autres, non par envie, |
|
| mais pour inciter les rechercheurs à l'étude |
|
| & méditation, & ne croyez point qu'ils soient |
|
| différents entr'eux qu'en mots, ni du commencement, |
|
| ni du milieu, ni de la fin, ni de l'opération, |
|
| comme nous avons montré & vérifié ci |
|
| devant, ils ont marqué assez clairement aux entendus |
|
| les matières, leur dépuration, leur poids, |
|
| leur assemblage, leur dissolution, le signe d'icelle, |
|
| son extraction, collection, & séparation, |
|
| son imbibition, sa dessiccation, sa ré-humectation, |
|
| sa re-dessiccation, & la continuation d'icelles |
|
| jusques au blanc, ses fermentations, cération |
|
| & finale action, sans y rien omettre. |
|
| Mais de croire qu'ils aient écrit le tout si clairement |
|
| qu'on le puisse entendre du premier |
|
| coup, cela n'est pas, car il ne faut pas donner |
|
| les perles aux pourceaux, ni les choses saintes |
|
| aux chiens. Priez donc Dieu qu'il ouvre vos entendements, |
|
| & dessille vos paupières à bien entendre |
|
| ce que les Philosophes vous proposent, ou |
|
| qu'il vous envoie quelque parfait ami qui |
|
| vous montre de faire la dissolution, l'extraction |
|
| d'icelle, & la nutrition ou union de ce corps sec |
|
| avec son eau propre, puisque ce sont les opérateurs |
|
| les plus cachés en tout l'oeuvre, & |
|
| alors proposez vous (voire avant qu'obtenir |
|
| ce grand bien) de vouloir employer le fruit |
|
| qui en arrivera à l'honneur de Dieu, utilité de |
|
| vos prochains & soulagement des pauvres membres |
|
| de notre Seigneur Jésus Christ, qui vous |
|
| bénira selon vos souhaits vous montrant le |
|
@
396
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | commencement de l'oeuvre, sans lequel vous ne |
| | pouvez venir à la fin. |
| | |
| | ------------------------------------------------ |
| | |
| | D E L A F E R M E N T A T I O N |
| | DE LA PIERRE DES |
| | Philosophes. |
| | |
| | CHAPITRE XII. |
| | |
| | T E X T E S. |
| | |
| Isaac. | Rends quatre parties de levain,
|
| | & deux parties de ton |
| | esprit préparé, triture les |
| | subtilement comme pour |
| | peindre avec un pinceau, |
| | sèches les, étant secs & fixés, prends |
| | pour quatre parties de matière une partie |
| | d'esprit, qui feront cinq parties, mêle |
| | les, comme auparavant, étant séchés, |
| | prends encore la cinquième partie |
| | d'esprit, comme auparavant, pour |
| | quatre parties de matière, remets les |
| | en son verre, comme par ci devant, & |
| | fais ceci si souvent que ta matière se fonde |
| | comme cire. Isaac l. I. c. 9. |
| | Le levain avec l'esprit & le corps (ou |
@
CHAPITRE XII.
397
| terre) doit mourir, autrement tu perds |
|
| ta peine, & en montant se fait subtil, |
|
| de grande vertu, & s'unit avec son corps, |
|
| par quoi les sages ont appelé le levain |
|
| âme, quand ils disent l'esprit tire l'âme |
|
| en haut, & derechef descend en bas. Le |
|
| même, même livre c. 35. |
|
| Alors prends huit onces de levain, c'est | |
| à dire si tu as huit onces de levain, aies |
|
| une once de son esprit sublimé, & les |
|
| mets dans un petit verre y mettant par |
|
| dessus d'eau distillée, comme aussi verse |
|
| d'eau distillée sur le levain. Le même |
|
| c. 64. |
|
| Je t'apprends que tu prennes huit parties | |
| de levain & une d'esprit, pour ce que |
|
| tu fixeras souvent l'oeuvre, & souvent tu |
|
| la calcineras & congèleras, & l'oeuvre |
|
| se rendra si subtil, qu'il viendra à la plus |
|
| haute perfection. Le même c. 69. |
|
| La fermentation se fait après la | |
| sortie de l'enfant, or le ferment n'est autre | Lulle.
|
| chose que viande pour manger, convertible |
|
| en l'essence de l'enfant, afin |
|
| que tout soit fait une nature, cette fermentation |
|
| mangeable doit être de sa |
|
| propre nature, & doit s'assembler & |
|
| unir ensemble, pour ce que s'il ne s'assimilait |
|
@
398
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | à lui, jamais il ne prendrait sa |
| | nature, ni convertirait en nature de |
| | soufre. Lulle au Codicille p. 70. |
| Ripleus. | La fermentation est l'incorporation
|
| | de l'âme avec le corps, lui restaurant |
| | son odeur naturelle, son goût & sa |
| | couleur, par la naturelle inspissation |
| | des choses séparées. Ripleus p. 85. |
| Vogelius. | Le levain ne sera que du Soleil & ou
|
| | de la Lune, car nous ne demandons sinon |
| | que la pierre se convertisse en son |
| | semblable, pour ce que tout son tempérament |
| | est d'iceux, & le levain n'est point |
| | avant que les corps soient convertis en |
| | leur première matière. Vogelius c. p. 10. |
| Desiderable. | En la fermentation, il ne faut pas que
|
| | le volatil surmonte le fixe, autrement |
| | le lien du mariage du corps s'enfuirait, |
| | mais si on jette un peu de soufre sur |
| | une quantité de corps, tellement qu'il fait |
| | puissance sur lui, il le convertit bien |
| | tôt en poudre de la même couleur du |
| | corps, une once de poudre, & quatre |
| | onces de corps. Desiderable p. 26. |
| Arnaud. | Sache qu'il n'y a autre levain que le
|
| | Soleil & la Lune, c'est à dire l'or & l'argent. |
| La trompet- | Arnaud à la Fleur des fleurs.
|
| te. | La fermentation est l'animation de la
|
@
CHAPITRE XII.
399
| pierre. Son de la trompette p. 46. |
|
| Le ferment blanc se fait ainsi, Nourris | |
| une partie de Lune très-pure, subtilement |
|
| limée, ou en feuilles avec son |
|
| double de mercure blanc bien purifié, |
|
| mêle les dans un mortier de pierre, jusques |
|
| à ce que le mercure ait bu sa toute |
|
| limaille, après lave la avec du vinaigre |
|
| & du sel, puis avec d'eau, après sèches |
|
| le, ajoutes y du soufre blanc une |
|
| partie, mêle le tout, & en fais comme |
|
| un corps, en après jette le avec une partie |
|
| d'eau & le fais sublimer, le ferment |
|
| rouge se fait de même avec le Soleil |
|
| pur. Le même p. 50. |
|
| Si tu ne mêles le levain avec l'élixir, | |
| le corps ne se teint pas comme il faut, |
|
| d'autant que le Soleil ni la Lune ne paraîtront |
|
| point sans levain, mais quelque |
|
| autre chose, laquelle ne durera |
|
| point en nature de teinture métallique |
|
| si tu ne le prépares, c'est à savoir un |
|
| corps imparfait. Le même p. 51. 58. |
|
| Le corps imparfait est teint d'une | |
| couleur ferme par le moyen du levain & |
|
| ce levain est l'âme du corps imparfait, |
|
| & l'esprit moyennant l'âme est joint & |
|
| lié avec le corps, & est converti avec |
|
@
400
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | elle en la couleur du ferment, & est |
| | fait un avec eux. Rosaire p. 91. 221. |
| | Fils tire l'ombre de sa racine, prends donc |
| | la quatrième partie, c'est à dire, une |
| | partie de levain, & trois parties du corps |
| | imparfait, dissous le levain en égale |
| | quantité d'eau mercuriale, cuits les ensemble |
| | en un feu lent, & coagule le levain, |
| | qu'il soit fait un corps imparfait, |
| | le vaisseau bien bouché, & faisant comme |
| | il a été dit, l'ouvrage sera préparé. |
| | Le même p. 228. |
| Dastinus. | Si nous voulons faire de Soleil, nous
|
| | mettons le Soleil, si de Lune de Lune |
| | pour levain, que si tu ne mets le levain, |
| | il ne se collera point, & si tu ne prépares |
| | le corps, il n'endurera point le feu si tu |
| | mets peu de levain, tu auras peu de teinture. |
| | Dastinus p. 30. |
| Dominus | Prends quatre parties de levain (qui
|
| vobiscum. | n'est autre chose que le mercure cuit, &
|
| | se cuit par breuvage & viande, pour ce |
| | que le sec boit l'humide) & une de mercure |
| | lavé, & l'amalgame ainsi, chauffe |
| | le levain seul, & chauffe le mercure en |
| | autre vaisseau, & lors que le mercure |
| | commencera à bouillir, & le levain à |
| | être rouge, jette le mercure sur levain |
&
@
CHAPITRE XII.
401
| remue le avec un bâton que rien |
|
| n'apparaisse de mercure, cela fait, |
|
| chauffe autant de mercure, comme auparavant |
|
| mais ne rougis plus le levain, |
|
| pour ce que le mercure s'en irait, suffit |
|
| qu'il soit un peu chaud; jette le mercure |
|
| bouillant sur ledit levain, le remuant |
|
| comme auparavant, & le tout étant |
|
| imbibé sera matière sèche, échauffe encore |
|
| de mercure, & fais le même, tellement |
|
| qu'il y ait autant de mercure que |
|
| de levain, & alors mets le tout dans un vaisseau |
|
| comme du commencement sur un |
|
| feu lent par deux jours, augmentant par |
|
| autres deux jours le feu un peu & ainsi |
|
| de deux en deux jours jusqu'à douze |
|
| jours, & ainsi toute la matière sera levain, |
|
| que si tu le veux augmenter davantage, |
|
| fais comme ci devant. Dominus |
|
| vobiscum p. 55. |
|
| Le levain est pris doublement, ou | Marguerite
|
| pour la poudre noire, lors qu'elle réduit | nouvelle.
|
| à soi le mercure, ou pour le Soleil |
|
| a la Lune, & est appelé d'un mot Latin |
|
| ferment qui signifie bouillir, pour ce |
|
| qu'il fait bouillir & élever la pâte à |
|
| une substance par tout semblable, & |
|
| une vertu victorieuse & dominante ocCc |
|
| | |
@
402
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | cultement & convertissant la pâte en |
| | sa ressemblance, car en la rectifiant il la réduit |
| | en plus digne & meilleur état. |
| | Marguerite nouvelle p. 10. |
| | Lors que l'artiste verra l'âme blanche, |
| | qu'aussi tôt il la joigne avec son corps, |
| | car l'âme ne peut demeurer sans son |
| | corps, mais telle union ne se peut faire |
| | sans l'esprit, pour ce que l'âme ne peut |
| | avoir vie, ni demeurer dans son corps |
| | que par l'esprit & telle union & conjonction |
| | est la fin de l'oeuvre, il faut que |
| | l'âme soit conjointe avec son premier |
| | corps, duquel elle a été, & non avec un |
| | autre, que si tu ne fais cela tu t'abuses, |
| | comme font une infinité qui ne savent |
| | ce secret, de même que la matière n'a |
| | son être sans forme, mais tout son être |
| | & dépendance vient de sa forme, |
| | ainsi l'âme par l'esprit ne peut être en la |
| | pierre que par les corps, pour ce que |
| | leur être & perfection dépend du corps, |
| | semblablement est apparent que le corps |
| | soit la forme, d'autant que ce qui dispose |
| | la chose en dernière disposition, & |
| | qui la parachève, est la forme spécifique. |
| | Or le corps est tel, donc &c semblablement |
| | vu que tout composé l'est de matière |
@
CHAPITRE XII.
403
| & de forme, & que le même esprit |
|
| soit ma matière, donc le corps sera la |
|
| forme, le levain blanchit la confection |
|
| empêche la brûlure, conserve la |
|
| teinture, garde que les corps ne s'en aillent, |
|
| les adoucit & les fait entrer l'un |
|
| dans l'autre, qui est la fin de l'oeuvre, |
|
| ainsi le levain de la pâte est pâte. Le |
|
| même p. 112. |
|
| Lors que la pierre est liquéfiée par décoction | |
| elle doit être coagulée, or la |
|
| coagulation est faite avec le levain, ou |
|
| avec son corps, qu'est même chose, |
|
| & ceci est proprement & instrumentalement |
|
| l'Alchimie. Le même p. 116. |
|
| En cette conjonction de résurrection, | |
| tout le corps est fait spirituel, comme |
|
| l'âme même, & sont faits un comme |
|
| l'eau mêlée avec l'eau, & sont inséparables, |
|
| vu qu'il n'y a aucune diversité en |
|
| eux, mais bien unité & identité de tous |
|
| trois, à savoir de l'esprit, de l'âme & du |
|
| corps sans se séparer jamais. Le même c. |
|
| 120. |
|
| Prends de quelque levain que ce soit | Semita.
|
| la quatre partie, comme si c'est une livre |
|
| de corps imparfait, prends du levain, |
|
| c'est à dire Soleil ou Lune trois livres, & |
|
| Cc ij | |
@
404
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & le levain soit dissout & fait terre comme |
| | le corps imparfait, & étant préparé |
| | de même façon soit joint & imbibé |
| | avec l'eau bénite, & cuit par trois |
| | jours ou plus, alors retourne l'imbiber |
| | avec son eau, & cuire, réitère ceci |
| | jusques à ce que les deux corps soient |
| | faits un, ce qui se connaîtra lors que la |
| | couleur ne changera plus, en après mets |
| | y d'eau peu à peu, & qu'il en boive tant |
| | qu'il pourra, lui donnant toujours |
| | nouvelle eau. Semita, ou le sentier des sentiers |
| | p. 72. |
| Rosaire. | Si tu as une livre de corps imparfait,
|
| | prends un quarteron de levain qui est ou |
| | Soleil ou Lune, & n'y a aucun autre levain, |
| | & ce levain soit dissout &c fait terre, |
| | comme le corps imparfait, & préparé |
| | de même façon, joins-les & les imbibe. |
| | Rosaire p. 283. |
| Rachaidibid. | La poudre parachevée du premier parachèvement
|
| | est nommée premier levain |
| | élémenté, donne lui donc le 2. levain |
| | levé par égalité de tout élément |
| | élémenté, qui est l'or, donne lui en la |
| | quatrième partie, pourvu qu'il soit |
| | calciné auparavant, & dissout dans l'eau |
| | c'est ici l'eau élémentée également de |
@
CHAPITRE XII.
405
| tous les éléments donne lui le second |
|
| levain, & disant le second, j'assure que |
|
| c'est un arrêt second, & en icelui est la |
|
| teinture du soufre, & se nomme huile |
|
| des retenues, donne lui l'eau safranique, |
|
| donne lui l'eau sèche & chaude |
|
| l'imbibant subtilement, à savoir |
|
| goutte à goutte, que si tu donnes |
|
| moins des ses boissons, tout se confondra. |
|
| Rachaidibid p. 599. |
|
| Les esprits sont fugitifs, jusques à ce | Calid.
|
| que les corps y soient mêlés, & essayent |
|
| de combattre avec le feu & sa flamme, |
|
| & toutes fois ces parties conviennent |
|
| fort peu, si ce n'est par une bonne opération |
|
| & continuel & long labeur, pour |
|
| ce que l'âme de sa nature tend en |
|
| haut où est le centre de l'âme, & qui est |
|
| celui des artistes qui puisse conjoindre |
|
| deux divers & contraires, desquels les |
|
| centres sont différents, qu'après la conversion |
|
| de leurs natures & changement |
|
| de leurs substances, laquelle chose est |
|
| difficile à trouver. Donc celui |
|
| qui peut changer l'âme en corps, & le |
|
| corps en âme, & mêlera avec lui les esprits, |
|
| celui la teindra tout corps. Cal c. 6. |
|
| L'or est le levain de l'élixir, sans lequel | Dastin.
|
| Cc iij | |
@
406
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | rien ne se fait. Dastin p. 27. |
| | L'ouvrage rouge a besoin de levain |
| | rouge & le blanc de blanc. Le même p. 29, |
| | Il faut mettre un peu du corps sur beaucoup |
| | de médecine qui aie la puissance |
| | de la convertir en médecine, autrement |
| | tout sera réduit en esprit semblable à |
| | soi. Le même p. 39. |
| | Sur la médecine parfaite au blanc |
| Elie. | faut mettre la quatrième partie de levain
|
| | premièrement, & derechef le réduire |
| | sur le premier oeuvre, que si tu |
| | veux passer plus outre au rouge, fais le |
| | même que tu as fait au blanc. Elie c. 6. |
| Astanus. | Lors que tu auras blanchi les corps
|
| | & les auras sublimés mets y de leur levain, |
| | à savoir d'or, & les triture avec |
| | l'eau des élixirs tant qu'ils soient fermentés, |
| | & soient faits une pâte levée. Astanus. |
| | c. I. |
| | Pour le Soleil, prends quatre parties de |
| Vincent. | la terre du corps imparfait, de terre du
|
| | Soleil qui se nomme levain solifique une |
| | partie, d'eau ce qu'il faut, mettez les dedans |
| | un vaisseau rond de verre à petit col |
| | sur un feu où ils se dessécheront. Vincent |
| | question 25. |
| Rouillac. | Les esprits fugitifs des corps métalliques
|
@
CHAPITRE XII.
407
| ne se fixeront point sans levain. Rouillac |
|
| p. 23 commence les vieux Poètes. |
|
| Amalgamez trois onces de Lune pure | Lavements.
|
| & calcinée avec six onces de mercure |
|
| pur, puis ajoutez y une once de soufre |
|
| blanc, cuisez les que si le soufre |
|
| est rouge, mettez de Soleil & de mercure |
|
| comme dessus, cuisez les, augmentant |
|
| le feu jusqu'à l'achèvement, faite la |
|
| cération distillant goutte à goutte de |
|
| mercure dans le creuset tant qu'il fonde |
|
| comme cire, à celle fin qu'il adhère |
|
| plus facilement aux métaux. Au livre |
|
| des lavements. |
|
| Notre blanc est fugitif s'il n'est retenu | Traité du
|
| par le soufre blanc. Ventura p. 162. c. 27. | soufre.
|
| Notre airain n'est point teignant s'il | |
| n'est fait fugitif, & cet or est le soufre |
|
| des Philosophes qui est caché dans |
|
| leur argent vif, & cet or est le levain |
|
| de l'une & de l'autre teinture, à savoir |
|
| blanche & rouge. Le même p. 167. |
|
| Prends au nom de Dieu la quatrième | |
| partie du dit ferment du Soleil, à savoir |
|
| une partie du dit ferment, & trois parties |
|
| du corps imparfait, savoir est de |
|
| la Lune, & dissous le ferment, jusqu'à |
|
| ce qu'il soit fait comme corps imparCe |
|
| iiij | |
@
408
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | fait, & que le vaisseau soit bien bouché. |
| | Traité du soufre. p. 125. |
| D'un vieux | Prends de la matière rouge & d'or parties
|
| manuscrit à | égales à savoir une once de chacune
|
| la main. | de mercure au double, mettez les
|
| | dans un vaisseau de verre bien fermé, |
| | cuisez les par un feu de lampe par quatre |
| | jours dans lesquels toutes les couleurs |
| | paraîtront. |
| | A cette matière ajoutez une once |
| | d'or & trois de mercure, cuisez les comme |
| | dessus. |
| | Ajoutez encore deux onces d'or |
| | & huit de mercure, cuisez les. |
| | Ajoutez encore quatre onces |
| | d'or, seize de mercure, & cuisez |
| | les. |
| | Ajoutez huit onces d'or, deux liures |
| | de mercure, cuisez les. |
| | Ajoutez seize onces d'or, & quatre |
| | livres de mercure, cuisez les. |
| | Réitérez les seize onces d'or & les |
| | quatre livres de mercure, cuisez les. |
| | Ajoutez huit onces d'or, & deux |
| | livres de mercure, cuisez les. |
| | Réitérez ces huit onces d'or, & |
| | deux livres de mercure, cuisez les. |
| | 10 Ajoutez dix onces d'or, & cinquante |
@
CHAPITRE XII.
409
| de mercure, cuisez les: alors |
|
| la matière est fondante comme cire, & |
|
| se jette sur tous les métaux, & ne la |
|
| faut pas fermenter d'avantage. D'un |
|
| vieux parchemin écrit à la main. Tellement |
|
| que suivant cet auteur, une once |
|
| se peut augmenter, jusques à quatre |
|
| cent vingt onces. |
|
| Prends une once de cette médecine & | Valentin.
|
| pierre des Philosophes, & trois onces |
|
| d'or très-pur, & les conjoints dans le |
|
| creuset & leur donne un feu modéré par |
|
| douze heures, puis fond les, & les tiens en |
|
| ce feu par trois jours naturels, & la pierre |
|
| sera changée en vraie médecine, puis |
|
| prends une once de cette masse, & la jette |
|
| sur mille de métal fondu, & le tout sera |
|
| réduit en or pur. Basile, Valentin chap. 12, |
|
| clef 12. p. 128. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| E ncore que notre matière soit tirée de deux | |
| substances permanentes au feu & eau graduelle, | |
| si n'est elle pourtant aussi forte que sont |
|
| ses parents, témoin le petit enfant sortant du |
|
| ventre de sa mère qui n'est & ne peut parvenir |
|
| à leur être que premièrement il n'ait passé par |
|
| la voie & ordre commun, par lequel ses père |
|
@
410
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & mère ont passé pour parvenir à la force |
| | d'engendrer. Or notre dite matière étant |
| | sortie & recueillie, est en partie comme fixe & |
| | en partie volatile, cette ci s'en allant en fumée |
| | sur un feu fort, & dans un creuset, & l'autre |
| | s'y attachant en forme de vernis tacheté de |
| | points blancs, luisants, & comme petit clous |
| | d'argent, & le tout sans fruit autre que trouver |
| | cette chose véritable, & de laquelle plusieurs |
| | Philosophes ont écrit pour l'avoir éprouvé, |
| | & nous avec eux, & de quoi ils disent, |
| | garde toi de la vitrification, mais si tout au |
| | contraire de ce feu soit, on nourri cette matière |
| | peu à peu avec son propre lait, elle s'augmentera |
| | infiniment, comme a été dit ci devant, |
| | & quelque augmentation, couleur noire, |
| | blanche, jaune ou rouge qu'elle ait, elle pourra |
| | toujours être envoyée en fumée, pour ce |
| | qu'elle est toujours volatile comme nourrie |
| | d'une matière volatile, mais lors qu'elle |
| | aura pris la couleur blanche ou rouge, on l'allie |
| | avec l'argent ou l'or, sans doute elle sera rendue |
| | fixe & permanente à tout feu, & autre épreuve: |
| | par ceci nous éclaircissons encore le |
| | passage de celui qui dit que la pierre au blanc |
| | est faite avec le mercure blanc & l'argent, & |
| | la pierre au rouge avec le mercure rouge & avec |
| | l'or, car le noir étant parvenu au blanc (nommé |
| | mercure blanc) sera fermenté avec l'argent, |
| | mais étant rouge (qui se fait par continuation |
| | de feu) sera fermenté avec l'or, & cette est |
| | la vérité sans s'imaginer autre fantaisie. Pour le |
@
CHAPITRE XII.
411
| levain ou ferment plusieurs l'entendent & le |
|
| prennent diversement, car les uns prennent la |
|
| poudre noire, blanche ou rouge, pour le levain |
|
| les autres pour l'argent ou l'or, mais cette |
|
| difficulté ne doit pas arrêter l'artiste, car |
|
| qu'importe si on appelle le levain, duquel on |
|
| fait lever la pâte du pain, pâte ou si on dit que |
|
| la farine qu'on mettra avec l'eau est le levain, |
|
| soit qu'on dise & spécifie ce mot par puissance |
|
| ou qu'on le taise, il suffit de savoir que comme |
|
| le levain qui est biens aigre, rend aigre la farine, |
|
| & l'eau réduite en pâte, & mêlée avec ledit |
|
| levain, de même cette poudre rend noir, subtil, |
|
| & impalpable le mercure qu'on lui ajoute |
|
| peu à peu & de temps en temps en très grande |
|
| quantité n'importe aussi de prendre l'argent |
|
| ou l'or pour le levain ou ferment, suffit |
|
| seulement de savoir que l'intention des Philosophes, |
|
| & leur doctrine est, qu'on doit nourrir |
|
| cette poudre noire, avec quantité de mercure, |
|
| jusqu'à ce que cette noirceur ait disparu, & |
|
| la blancheur survenue, & après icelle la rougeur, |
|
| cette matière noire, blanche ou rouge |
|
| est nommée par plusieurs terre, corps sale, *ord |
|
| & immonde, & volatile qu'il faut joindre avec |
|
| l'or que quelques uns appellent levain ferment, |
|
| corps, âme & autres noms, par le moyen du |
|
| mercure, nommé par plusieurs gomme, colle, |
|
| moyen, esprit conjoignant l'âme avec le corps |
|
| (car aussi sans icelui qui a nourri le noir & qui |
|
| tient de la nature, & d'icelui, & de l'argent, & |
|
| de l'or, l'union ne peut être faite seulement, |
|
@
412
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | mais on demande, qu'est-ce que cette poudre |
| | noire, blanche & rouge? on répond (en cette |
| | science) que c'est un corps ou accident sans forme, |
| | puis qu'il est encore volatile, car après |
| | qu'on lui aura donné sa fixation par la jonction |
| | de la Lune au blanc, & de Soleil au rouge, & lors |
| | elle aura sa forme & âme, vu que cette matière |
| | subsistera & soutiendra toute sorte d'épreuve, |
| | & ce avec raison, puisque c'est la forme, non |
| | visible & accidentelle, mais l'essentielle qui |
| | fait que les choses ont être, les Philosophes |
| | disant que, forma dat esse rei. Or si cette matière |
| | nourrie, fermentée, & en un mot achevée, |
| | à la force, de dépurer si grande quantité |
| | de métaux impurs, jetez sur iceux en fort petit |
| | poids comme un grain sur mille, voire plus de |
| | grains, quelque autre plus hardi en pourra |
| | parler, nous assurons bien qu'une once de cette |
| | tête de corbeau a réduit en noirceur, comme |
| | elle une cinquantaine d'onces de mercure avant |
| | que la blancheur soit partie, car après elle n'a plus |
| | besoin d'être nourrie, & est croyable, qu'elle |
| | peut beaucoup en peu de poids sur plusieurs |
| | poids, mais si le rechercheur désire d'en savoir |
| | la fin son patient & assidue travail l'en éclaircira. |
| | Contentons nous de savoir ce que nous savons, & |
| | d'avoir vu par une bénédiction particulière de |
| | Dieu ce qu'il nous a permis de voir, jurant devant |
| | celui qui nous permet encore de vivre |
| | que nous avons parlé & écrit autant clairement |
| | tous les moyens d'obtenir cet admirable trésor, |
| | qu'aucun que nous ayons vu par ci devant, |
@
CHAPITRE XII.
413
| que si nos Lecteurs ne le peuvent comprendre à |
|
| la première lecture qu'ils relisent encore ce |
|
| traité, & Dieu leur pourra ouvrir l'entendement. |
|
| |
|
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| L E M O Y E N D E |
|
| MULTIPLIER LA | |
| pierre des Philo- | |
| sophes. | |
| |
|
| CHAPITRE XIII. | |
| |
|
| T E X T E. | |
| |
|
A couleur rouge céleste Isaac. | |
| apparaissant, laisse refroidir |
|
| de soi même la matière, |
|
| & en prends ce qu'il te plaira, |
|
| que tu garderas soigneusement, |
|
| de ceci tu en prendras une dragme, |
|
| & vingt dragmes d'or pur passé par |
|
| le ciment trois ou quatre fois, tellement |
|
| qu'il soit très-pur, fais fondre ces vingt |
|
| dragmes d'or dans un creuset, & mets |
|
| ta dragme de poudre sur l'or fondu qui |
|
| se mêleront aussi tôt & se feront un |
|
| corps, laisse les refroidir, alors aie un |
|
@
414
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | creuset de terre qui endure bien le feu, |
| | & un autre creuset de verre bien approprié |
| | à celui de terre, mets les dans un |
| | four à vent, les affineurs le nomment |
| | une moufle, tiens le dans ce feu avec |
| | tout ce que dessus durant trois jours |
| | trois nuits, laisse les au bout d'iceux refroidir, |
| | alors fond dans un creuset mille |
| | parties d'argent pur, & une partie de cette |
| | matière du four à vent, mêle les & |
| | qu'ils demeurent fondus durant environ |
| | demie heure, laisse les refroidir & tu |
| | auras d'or pur à toute épreuve, peut |
| | être sera il fragile, que si cela est tourne |
| | fondre ces mille parties d'argent & y ajoute |
| | davantage d'argent, voire tant |
| | qu'il soit mol, & malléable, par aventure |
| | une partie de cette dite matière convertira |
| | deux ou trois parties d'argent en or, |
| | & étant mol une partie a achevé son |
| | oeuvre, l'expérience l'enseignera. Isaac |
| | l. I. c. 132. 134. |
| Lescot. | Il y a une multiplication en vertu, laquelle
|
| | se fait par altération, dissolvant |
| | & congelant, l'autre est en quantité, laquelle |
| | se fait par apposition de nouvelle |
| | matière. Lescot p. 63. |
| Incertain. | La multiplication en quantité n'est
|
@
CHAPITRE XIII.
415
| autre chose qu'augmentation d'un poids |
|
| à infinis, tellement qu'on ne recommence |
|
| jamais l'oeuvre, & toutefois sans diminution |
|
| de ses forces. Prends donc |
|
| du mercure dit deux onces, fais les |
|
| bouillir dans un creuset, jettes-y |
|
| dessus quatre onces de ta médecine rouge, |
|
| qu'ils continuent à bouillir, jusqu'à |
|
| ce que le mercure demeure congelé & |
|
| en poudre, ce qui se fait bien tôt, mets |
|
| cette poudre dans un matras (fermé hermétiquement) |
|
| sur un feu tempéré par |
|
| quatre jours que tu augmenteras jusqu'à |
|
| huit jours, au bout desquels mets ta |
|
| matière dans deux creusets bien lutés, |
|
| donne leur le feu fort par vingt quatre |
|
| heures, au bout desquelles couvre |
|
| les de charbon, le tout étant froid, réitère |
|
| le si tu veux & auras merveilles, |
|
| pour la Lune prends de mercure & de médecine |
|
| blanche, parties égales, & fais comme |
|
| dessus. D'un incertain écrit à la main. |
|
| L'amendement de toutes choses est | Richard.
|
| augmentation de la chose dont elle est, |
|
| par quoi par plusieurs dits des Philosophes, |
|
| se trouve que nature est amendé |
|
| par l'art, outre le mouvement qu'elle a |
|
| en sa première forme. Richard c. I. p. 534. |
|
@
416
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Il est impossible de multiplier le sel central |
| Lumière. | sans or: or les seuls enfants de doctrine
|
| | connaissent la semence des métaux. |
| | Nouvelle lumière chimique. p. 41. |
| Trompette. | Qui voudra savoir davantage de la
|
| | multiplication lise le son de la trompette |
| | au chap de la multiplication. |
| Artéphius. | Si tu veux multiplier il faut derechef
|
| | résoudre ce rouge en nouvelle eau résolutive, |
| | & derechef cuire, blanchir & |
| | rougir par les degrés du feu réitérant le |
| | premier régime, dissous, congèle ,réitère, |
| | fermant, ouvrant, & multipliant |
| | en quantité & qualité à ton plaisir, d'autant |
| | que par nouvelle corruption & génération |
| | on introduit nouveau mouvement, |
| | & jamais nous n'aurions la fin |
| | si toujours nous voulions travailler à |
| | dissoudre & congeler moyennant notre |
| | eau dissolutive, comme nous avons déjà |
| | dit, & ainsi est faite l'augmentation |
| | en quantité & qualité, tellement que si |
| | en premier lieu l'oeuvre reçoit cent, au |
| | second recevra mille, au troisième dix |
| | mille, & ainsi poursuivant la projection |
| | viendra à l'infini teignant vraiment |
| | & parfaitement. Artéphius p. 38. Commence |
| | l'antimoine. |
| | Il |
@
CHAPITRE XIII.
417
| Il faut mêler une partie avec mille Rosier. | |
| parties du corps le plus prochain, mettant |
|
| le tout dans un vaisseau propre très- | |
| bien fermé, & le mettre en feu de fixation, |
|
| premièrement le feu sera lent, |
|
| l'augmentant peu à peu par trois jours, |
|
| dans lesquels le tout sera conjoint & cet |
|
| ouvrage est nommé de trois jours, & |
|
| derechef joindre une partie de ceci avec |
|
| mille parties du corps le plus prochain, |
|
| & le mettre encore au feu, & cette opération |
|
| est nommée oeuvre d'un jour, |
|
| ou d'une heure ou d'un moment. Rosier |
|
| Bacon en son miroir c. 7. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| L A facilité de ce chapitre ne requiert de nous | |
| un éclaircissement plus ample. | |
| Dd | |
@
418
| | |
| | ------------------------------------------ |
| | |
| | D E L A C E R A T I O N E T |
| | PERFECTION DE LA |
| | pierre des Philo- |
| | sophes. |
| | |
| | CHAPITRE XIIII. |
| | |
| | T E X T E S. |
| | |
| | Rends l'airain, nettoie, racle Isaac .
|
| | le & le poli, & y mets un |
| | peu de ta matière & la |
| | mets sur les charbons allumés, |
| | si la matière se liquéfie |
| | & s'épand par toute la lame (de cuivre) |
| | rougie, & que le lieu où est la matière |
| | demeure blanc, la médecine du second |
| | ordre est parfaite, rends en grâces |
| | à Dieu. Isaac l. I. c. 9 . |
| | Prends un grain ou plus de ta semence |
| | rouge, un peu resplendissante, mets la |
| | sur un morceau de quelque pot de terre, |
| | ou sur une lame de fer ou de cuivre, & |
| | brûle le à un feu fort jusqu'à ce qu'il |
| | rougisse, que s'il n'y fume point, & ne |
@
CHAPITRE XIV.
419
| perd point son poids, ou fort peu, il est |
|
| assez mûr, mais s'il fume, la fixation |
|
| n'est point complète. Greverius p. 36. |
|
| La médecine doit être plutôt fondue | L'escot.
|
| que le mercure bouillant, & que le |
|
| feu ne le consume, ni détruit, & alors |
|
| est nommé sel fusible, huile incombustible |
|
| & savon des sages. Rosaire p. 180. |
|
| A la fin (de l'oeuvre) le Roi couronné | |
| sortira, resplendissant & clair comme |
|
| le soleil, ou escarboucle, coulant comme |
|
| cire, demeurant au feu, pénétrant |
|
| & retenant l'argent vif. Par la seule décoction |
|
| & continuation d'icelle, la blancheur |
|
| se fait rouge. Notre airain blanc |
|
| s'il est diligemment cuit, se rougit fort |
|
| bien, cuisez le donc en un feu sec, & |
|
| calcination sèche, jusques à ce qu'il |
|
| soit rouge comme cinabre, duquel ne |
|
| faut plus rien mettre, ni eau, ni autre |
|
| chose jusques à ce qu'il soit cuit entièrement. |
|
| Le même. |
|
| Les signes de l'Elixir parfait, sont la | Rosaire.
|
| subtilité plus grande que l'air, plus blanc |
|
| que le lait pur, & si c'est au rouge plus |
|
| brillant que le rubis; & la pierre blanche, |
|
| ne diffère de la rouge, que de l'addition |
|
| de la couleur jaune, qui est aussi |
|
| Dd ij | |
@
420
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | reçue du seul mercure, qu'il soit donc |
| | plus liquide que l'élément plus enflé & |
| | plein de vessies, que l'écume maigre, |
| | plus spiritueux que le vent, plus liquide |
| | que l'eau vive, plus épais au combat |
| | du feu & incoagulable au grand froid |
| | & au grand chaud même pour petit |
| | qu'il soit. L'escot p. 200. |
| Arnaud. | Lors que la matière est blanche elle
|
| | n'est pas pourtant parfaite ni parachevée |
| | de la vraie perfection, toutefois |
| | elle amène tout ce qu'elle touche en |
| | vraie Lune, mais pour ce que la Lune |
| | n'est pas du tout parfaite à toute preuve, |
| | nous disons que la médecine préparée |
| | au blanc n'est pas parfaite en vrai |
| | compliment, mais lors qu'elle est préparée |
| | au rouge, nous la disons parfaite |
| | à toute épreuve. Arnaud en son miroir |
| | p. 8. |
| Carpinus. | Prends ta matière & en mets un peu
|
| | sur une lame d'argent rougie, si ta matière |
| | est fusible, il va bien, sinon cuits |
| | la davantage y ajoutant un peu du |
| | mercure restant de ton amalgame au |
| | commencement de ton oeuvre, l'imbibant |
| | peu à peu sur un porphyre, remets |
| | la donc comme auparavant au feu |
@
CHAPITRE XIV.
421
| dedans un vaisseau par quatre jours, |
|
| puis éprouve le, que s'il coule comme |
|
| cire sans fumer, le tout va bien. Carpinus. |
|
|
|
| Prends ta matière, mêle la dans un | |
| Vaisseau rond de verre en un feu de réverbère |
|
| par quatre jours, les deux premiers |
|
| jours le feu sera lent, le troisième |
|
| fort, & le quatrième encore plus |
|
| fort par vingt quatre heures, laisse le refroidir, |
|
| ouvre ton vaisseau, tu y trouveras |
|
| ta matière en une masse, triture la |
|
| subtilement, mets la dans un vaisseau |
|
| pour la dissoudre & congeler sur les |
|
| cendres chaudes sans le plus broyer, |
|
| mais seulement la dissoudre & congeler |
|
| dans le même vaisseau fais cela vingt |
|
| quatre fois: alors prends en une partie & |
|
| jette la dessus d'or très-pur, & se fera |
|
| poudre très rouge, de laquelle mets une |
|
| partie sur cent de mercure vif bien net, |
|
| & laisse la fiole de verre es cendres |
|
| chaudes par vingt quatre heures, & deviendra |
|
| huile, jette en une partie sur |
|
| cent de Lune raffinée, & sera Soleil très- | |
| fin. Le même. |
|
| Lors que le mercure par plusieurs imbibitions | |
| sera aussi blanc que neige, | Geber.
|
| Dd iij | |
@
422
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | mets en un peu sur le feu, s'il se fond |
| | facilement va bien, sinon ajoutes y |
| | d'argent vif sublimé non fixe quelque |
| | partie, & réitère la sublimation jusqu'à |
| | ce qu'il soit fusible, & s'il est lucide |
| | blanc, & a une couleur vive, alors il est |
| | parfaitement sublimé & mondifié, si |
| | autrement, non; Ne sois donc point paresseux |
| | au nettoiement qui se fait par la sublimation, |
| | d'autant que telle que sera |
| | la mondification telle sera la perfection, |
| | à celle fin que la projection se fasse sur |
| | les corps imparfaits. Geber l. I. c. 45 de |
| | la grande perfection. |
| | Prends ce qu'il te plaira de la lame cristalline |
| | que tu trouveras fixé au fond du |
| | vaisseau, mets la dans un creuset sur un |
| | feu propre, y jetant dessus goutte à |
| | goutte de son air blanc fort prudemment, |
| | regardant soigneusement si elle |
| | se fond comme cire & sans fumer, si cela |
| | est, le fait va bien, toutes fois après |
| | être refroidi mets en un peu sur une lame |
| | de fer ou de cuivre rougie au feu, si |
| | cette matière s'y fond comme cire & |
| | sans fumer, elle est propre pour faire |
| | projection, si elle ne coule pas facilement, |
| | remets la au creuset, & y ajoute |
@
CHAPITRE XIV.
423
| goutte à goutte de son air comme |
|
| dessus, jusqu'à ce qu'elle se fonde comme |
|
| cire & sans fumer. Lulle au Codicille |
|
| c. 69. |
|
| |
|
| Scholie. | |
| |
|
| L E Sage dit, écoutez tout, mais éprouvés | |
| aussi tout, si tous ceux qui recherchent cet | |
| admirable oeuvre, avaient bien appris, & pratiquaient |
|
| bien cette leçon, la multitude des |
|
| coureurs, charlatans, faussaires & vendeurs de |
|
| recettes ne serait si grande, pour ce que ne trouvant |
|
| personne qui les écoutant seraient contraints |
|
| de se pendre & étrangler comme Judas, |
|
| ou d'apprendre quelque métier pour gagner |
|
| leur vie. Certes c'est une chose déplorable |
|
| en ce siècle que la faim d'avoir d'or est si |
|
| grande quelle ne donne aucun relâche, voire |
|
| aux plus grands d'en amasser, ne considérant |
|
| pas que la mort les talonne, & nonobstant ils |
|
| croient, au premier abuseur qui leur promet |
|
| de leur faire d'or, éprouvez, dit le Sage, tous les |
|
| esprits, éprouvez, disent les Philosophes, la |
|
| matière qu'on vous présente pour teindre les |
|
| métaux en or ou en argent, notre teinture, disent |
|
| ils, est fixe, semblable à celle que nature donne |
|
| dans la mine & endure toutes les forces & preuves |
|
| du feu, ce que l'oeuvre des souffleurs ne fera |
|
| pas, comme a été dit, aussi cherchent ils ordinairement |
|
| des cachettes pour débiter leurs fausseDd |
|
| iiij | |
@
424
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | tés, lesquelles ne se permettent de mettre à |
| | l'essai, ou après que notre matière aura acquis |
| | les conditions susdites, l'on s'en pourra |
| | servir, comme sera dit au chapitre suivant. |
| | |
| | ------------------------------------------ |
| | |
| | L E M O Y E N D E F A I R E L A |
| | |
| | PROJECTION DE LA |
| | pierre des Philosophes |
| | sur les métaux nommés |
| | imparfaits. |
| | |
| | CHAPITRE XV. |
| | |
| | T E X T E S. |
| | |
| Isaac. | I tu veux faire la projection
|
| | sur l'étain tu le feras |
| | fondre, & sur une |
| | livre d'icelui tu mettras |
| | une once d'argent fin, & |
| | étant tout fondu, tu y |
| | mettras de ta terre blanche, & le tout |
| | sera argent fin, selon la subtilité de ta |
| | pierre: que si tu veux faire projection de |
| | ta pierre rouge, ce sera sur l'argent le |
| | fondant & y jetant de la pierre rouge, |
@
CHAPITRE XV.
425
| & tu auras vrai or. Isaac l. I. c. 8. p. 117. |
|
| 124. 164. |
|
| Aucune projection de la pierre rouge | |
| ne se peut faire que sur la Lune. Le |
|
| même c. 81. |
|
| Regarde que tu jettes ta médecine sur | Riplée.
|
| ton levain, alors il sera frangible comme |
|
| le verre, jette cette frangibilité |
|
| sur les corps purs, alors tu auras un |
|
| métal à toute épreuve. Riplée p. 89. |
|
| N'ignores point ce secret, c'est que | |
| notre mâle rouge, ni sa femme ne teignent |
|
| point s'ils ne sont teints. Le même |
|
| p. 90. |
|
| Si les poudres convertissent plus ou | Vogelius.
|
| moins, cela n'advint pas de la diversité |
|
| de la médecine, mais de la moindre |
|
| ou grande subtilité d'icelle, ou que leurs |
|
| vertus ont été diminuées ou épaissies |
|
| par plusieurs projections. Vogelius en son |
|
| préface. |
|
| Quelqu'un veut il changer par le | |
| moyen de la pierre physique le plomb |
|
| en or ou en argent, qu'il mêle premièrement |
|
| du plomb avec elle, à celle fin |
|
| que ce soit une même chose, semblablement |
|
| de l'étain, du cuivre & de |
|
| l'argent. Le même p. 123. |
|
@
426
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Manuscrit. | Prends ta pierre & la divise en trois parties,
|
| | enveloppant chacune en cire blanche, |
| | après prends une partie de Soleil pur, fond |
| | le en un creuset net, jettes y une pilule, |
| | remue le tout avec un bâton, peu à peu, |
| | jette y l'autre, & après l'autre remuant |
| | toujours, de ceci en faut jeter une partie |
| | sur dix parties de métal imparfait, |
| | & une d'icelles sur autres dix, tant que |
| | la couleur te plaise. D'un vieux manuscrit |
| | p. 70. |
| | Si tu convertis quarante livres de mercure |
| Lescot. | blanc ou rouge en eau, & que tu le
|
| | laisses un peu fumer au feu, & jettes dessus |
| | une once de l'élixir, le tout sera converti |
| | & fermenté en nature fixe. Lescot |
| | p. 201. |
| | Fais projection de la médecine rouge |
| Rouillac. | sur l'argent, pour ce qu'il est le plus pur
|
| | fait des autres métaux, un poids sur cent, |
| | que si tu le jette sur les métaux imparfaits, |
| | ce sera seulement un poids sur |
| | dix, pour ce qu'ils sont crus, froids, décolorés |
| | & salés, & qui ne peuvent être |
| | teints, chauffes, cuits & digérés par si |
| | peu de poudre, mais la médecine blanche |
| | va sur l'étain. Rouillac. p. 71. |
| Ventura. | Il est impossible d'arrêter le mercure
|
@
CHAPITRE XV.
427
| sur le feu, que par la pierre des Philosophes, |
|
| & partant tous les autres moyens |
|
| sont inutiles & sophistiques. Ventura c. |
|
| 31. p. 189. |
|
| Les métaux demeurent imparfaits par | Geber.
|
| le peu de mercure, & par sa faible inspissation, |
|
| à quoi on remédiera par la projection |
|
| de la médecine faite d'icelui. |
|
| Geber l. 2. c. 14. de la perfection. |
|
| Quoique tous les métaux imparfaits | Bacon.
|
| puissent être réduits à la perfection par |
|
| l'élixir, si est-ce que ceux qui sont les |
|
| plus approchants d'icelle y sont plus facilement |
|
| amenés que les plus éloignés | Cette redi-
|
| à cette cause il faut mêler une partie de | te n'est sans
|
| l'élixir sur mille parties du corps le plus | cause de trois
|
| prochain, les enfermer dans un vaisseau | jours &c.
|
| propre, & bien fermé, & le mettre dans | ci devant.
|
| un feu de fixation, qui soit lent du commencement |
|
| l'augmentant peu à peu par |
|
| l'espace de trois jours, dans lesquels le |
|
| tout sera joint inséparablement & celui |
|
| ci est nommé ouvrage de trois |
|
| jours, & derechef faudra ajouter une |
|
| partie de cette matière dessus autres mile |
|
| parties de semblable corps plus prochain, |
|
| & faire comme auparavant, & |
|
| cet ouvrage est appelé d'un jour, d'une |
|
@
428
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | heure, voire d'un moment. Bacon c. 7. de |
| | son miroir. |
| | |
| | Scholie. |
| | |
| | O N dit ordinairement que l'erreur commun |
| | fait la loi, mais je dis que l'erreur |
| | des ignorants ne donne pas la loi aux savants, |
| | les ignorants veulent que la médecine des Philosophes |
| | purifie tous les métaux, & comme ils |
| | disent les réduisent en or, si elle est rouge, ou en |
| | argent, si elle est blanche, ce qui ne peut être, |
| | j'entends de leur médecine commune, & préparation. |
| | Car aucun agent naturel, agissant selon |
| | nature, n'agit plus outre que son propre degré, |
| | s'il n'agit sur un sujet qui n'aie quelque qualité |
| | semblable à soi, qui le rende susceptible de |
| | telle action, & par cette propriété du sujet & |
| | pâtissant, l'agent lui imprime & départ tout ce |
| | qu'il peut: Exemple, la chandelle allumée dans |
| | une chambre, éclairera l'air d'alentour, mais |
| | l'air ne recevra pas plus d'air qu'il y a à la flamme |
| | de la chandelle, autrement la flamme agirait |
| | outre son degré, mais si on approche à cette flamme |
| | un cristal, on verra en icelui une plus grande |
| | lumière que celle qui est en la flamme de la |
| | chandelle, ce qui advient de cette propriété ou |
| | susceptibilité que le cristal a de recevoir cette |
| | lumière, & non autrement; de même est en |
| | notre médecine de laquelle tous les métaux |
| | imparfaits ou sales, ne peuvent recevoir la pureté |
@
CHAPITRE XV.
429
| qu'on se propose, si on ignore l'ordre & façon |
|
| de la préparation & de l'agent & du patient avant |
|
| la projection. Ci dessus la préparation de la médecine |
|
| a été écrite soit amplement pour ceux |
|
| qui ont l'entendement capable, qu'est la cause |
|
| que nous dirons seulement que la médecine |
|
| rouge doit être jetée sur l'argent fin, qui n'a |
|
| besoin que de fixation & de teinture, & la |
|
| blanche va sur l'étain qui n'a besoin que de fixation, |
|
| pour les autres il se peut, mais avec de |
|
| la difficulté assez grande, notant que tout ce qui |
|
| est transmué en un autre, n'est plus ce qu'il était |
|
| auparavant, & par cette perte de ce qu'il |
|
| avait le corrompt entièrement de toute sorte de |
|
| corruption pour devenir nourriture d'un autre, |
|
| comme remarque Solon au banquet des |
|
| sept Sages, aux Opuscules de Plutarque: Et |
|
| toute transmutation suit la nature du transmuant, |
|
| & non le transmuant celle du transmué, si donc |
|
| le transmuant est volatile & combustible, ce qui |
|
| sera transmué sera de même. Picus Mirandulanus |
|
| & autres marquent avoir vu faire la projection |
|
| en plusieurs façons, ce qui ne marque |
|
| pourtant diverses médecines, mais une seule |
|
| qui peut être mêlée avec diverses matières, |
|
| comme avec cire, savon, suif, vitriol & semblables |
|
| qui s'en vont au feu, & la seule médecine |
|
| s'attache & unit avec le métal fondu, duquel |
|
| il sépare l'impureté & parfait le reste, & par |
|
| cette projection différente, les plus doctes aux |
|
| autres sciences sont abusés par la créance qu'ils |
|
| prennent, qu'il y ait diversités de façons, moyens |
|
@
430
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & ordre de purifier & parfaire les métaux imparfaits |
| | & sales. Or la pureté & impureté des |
| | métaux se connaît par le poids, d'autant que le |
| | plus pesant est le plus excellent, preuve, qu'on tire |
| | par un même trou de la filière de tous les métaux |
| | séparément, & qu'on les coupe de même |
| | longueur, on trouvera que si on pèse une dragme |
| | qu'est septante deux grains, l'argent ne |
| | pèsera que trente six grains, & le plomb autant, |
| | le cuivre trente, le fer vingt six, l'acier vingt sept, |
| | l'étain vingt cinq, donc la cause vient du parfait |
| | mélange des composant, & de la pureté |
| | ou impureté d'iceux, & de la privation de |
| | l'air, cuite parfaite & évaporation de l'humidité, |
| | comme a observé Libavius p. 495. en sa différence |
| | de l'Alchimie. |
@
CHAPITRE XV.
431
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| D E L'A R G E N T V I F E T | |
| |
|
| DU SOUFRE DES | |
| Philosophes. | |
| |
|
| CHAPITRE XVI. | |
| |
|
| T E X T E S. | |
| |
|
Es anciens Philosophes Tauladan. | |
| ont nommé l'argent vif, eau |
|
| sèche. Tauladan p. 171. |
|
| Il est assez clair quel est | |
| cet argent vif que Geber |
|
| en sa somme veut être choisi, savoir la |
|
| pure substance du mercure enfermée |
|
| dans le Soleil & la Lune. Le même p. 193. | Richard.
|
| Le soufre provient de la graisse de | |
| la terre, épaissi dans la mine par une |
|
| décoction tempérée, jusqu'à ce qu'elle |
|
| soit dure & sèche, & alors est nommé |
|
| soufre, mais l'argent vif en sa racine |
|
| est composé de terre blanche, subtile, |
|
| trop sulfurée, fort mêlée avec d'eau |
|
| claire par une subtile union, jusqu'à ce |
|
@
432
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | que l'humide soit tempéré par le sec, & |
| | le sec par l'humide, tant que le tout |
| | soit une substance, n'arrêtant pas en une |
| | pleine superficie, ni adhérente à ce qu'il |
| | touche à cause de la siccité qui a altéré |
| | son aquosité, car il est homogène en |
| | nature, d'autant que tout s'en va au feu, |
| | ou tout demeure fixe, ou tout s'en va en |
| | fumée, car il est incombustible & aérien, |
| | & ceci est signe de perfection. Richard |
| | c. 7. p. 541. |
| | Le mercure cru dissout les corps, & |
| | les réduit en leur première matière, |
| | mais le mercure des corps ne peut faire |
| | cela. Le même c. 15. |
| Libavius. | Le mercure des Philosophes est composé
|
| | du mercure cru & du mercure des |
| | corps d'union intérieure & inséparable, |
| | comme l'eau simple mêlée avec l'eau |
| | simple qui ne peut être séparée. Libavius |
| | p. 62. |
| Nicolas fu- | L'argent vif vulgaire n'est ni l'argent
|
| gitif pour- | vif des Philosophes, ni leur pierre, mais
|
| xxx | il est une partie d'iceux, car il illustre,
|
| | & défend de brûler, & à cause de cela |
| | plusieurs sont trompés: Or nous autres |
| | ne le nommons pas argent vif, mais fugitif, |
| | d'autant qu'il fuit toujours le feu |
| | si |
@
CHAPITRE XVI.
433
| si ce n'est lors qu'il est lié avec notre argent |
|
| vif, car s'unissant à lui il se repose |
|
| au feu doucement, & s'éjouit avec nature, |
|
| & non avec choses étranges. Nicolas |
|
| des Comptes p. 2. |
|
| L'argent vif, est eau nette & vraie | Dastinus.
|
| teinture qui ôte l'ambre du cuivre. |
|
| Dastinus p. 36. |
|
| L'argent vif, duquel parle Geber, & | Astanus.
|
| veut que la substance soit prise, est l'argent |
|
| vif des Philosophes & non du commun, |
|
| mais il y égale, & partant est dit |
|
| physique, car il est composé par les Philosophes |
|
| Chimistes de trois substances |
|
| ou natures, desquelles une est nommée |
|
| mercure, c'est à dire argent vif, & ces |
|
| trois substances sont mises en un vaisseau |
|
| de verre, dans un fumier, où ils sont laissés |
|
| le temps marqué dans les livres des |
|
| Philosophes, là ils se pourrissent, & se |
|
| mêlent exactement, tellement que de |
|
| ces trois se fait une nature & substance |
|
| homogène, alors cette homogénéité |
|
| est dite argent vif physique, & toutes |
|
| fois ces trois substances, faites une, |
|
| n'ont été du commencement, à savoir |
|
| avant la perfection, qu'une partie d'argent |
|
| vif, & ainsi l'argent vif a été une |
|
| Ee | |
@
434
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | partie d'icelui, à savoir du commencement |
| | avant la putréfaction, & |
| | c'est ainsi que l'ont entendu les Philosophes |
| | & rechercheurs de cet art. Astanus. |
| Albert. | Les métaux diffèrent seulement de
|
| | forme accidentelle, & non de l'essentielle, |
| | car le dépouillement en est facile, |
| | étant engendrés par continuelle coction |
| | de soufre, & de l'argent vif. Albert, |
| | c. I. |
| Rosaire, An- | Nous cherchons seulement l'argent
|
| glais. | vif, pour ce que tout ce que nous cherchons
|
| | est en lui, car il contient sa teinture, |
| | & a son corps qui demeure, son |
| | âme qui vivifie, & son esprit qui teint, |
| | ces choses sont au seul mercure, congelé |
| | de l'épaisseur de l'eau & du soufre |
| | non brûlant. Or notre mercure est |
| | notre pierre, & rien autre ne la peut |
| | être, lequel nous nommons eau sèche, |
| | d'autant qu'il est épaissi par la force du |
| | soufre blanc & rouge également. Rosaire |
| | Anglais c. 2. |
| Payen. | L'argent vif, par lequel le corps est
|
| | fait volatil, est nommé par Geber eau |
| | forte & piquante, & vinaigre sept fois |
| | distillé. Payen p. 8. |
| Rouillac. | Par le mercure vulgaire le mercure
|
@
CHAPITRE XVI.
435
| des corps est extrait. Rouillac. p. 8. |
|
| Notre moyen pour conjoindre les | Synésius.
|
| teintures est trouvé sans beaucoup de |
|
| dépense, & est aérien de sa nature, contenant |
|
| le genre masculin & féminin. Synésius |
|
| p. I. |
|
| L'argent vif est nommé mercure, est | Geber.
|
| ami & faisant la paix entre les métaux, |
|
| & est le moyen de conjoindre les teintures, |
|
| toutefois sa matière & sa nature |
|
| n'est pas notre médecine, quoi qu'elle |
|
| aide en quelque sorte. Geber de la perfection |
|
| l. I. c. 30. |
|
| L'eau de l'antimoine saturnin est faite | |
| du Soleil & de la Lune, & en ce faisant |
|
| elle s'enfle, s'élève & croît prenant la |
|
| substance & nature animée des végétables, |
|
| & le Soleil & la Lune dissout par |
|
| notre eau sont dits argent vif qui n'est |
|
| point sans soufre, & le soufre sans |
|
| la nature des luminaires. Le même p. 15. |
|
| 33. |
|
| L'argent vif ou mercure des Philosophes | |
| est une eau visqueuse. Le même p. |
|
| 30. |
|
| La substance de l'argent vif est uniforme | |
| & le Soleil & la Lune se font nécessairement |
|
| de la pureté de l'argent vif |
|
| Ee ij | |
@
436
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Le même c. 53. |
| | Le mercure pèse plus que l'or, sa substance |
| | est visqueuse & dense, sa composition |
| | est forte, il peut être figé sans consumer |
| | son humidité, & sans le convertir |
| | en terre, ne peut être divisé en parties, |
| | car ou il s'en va totalement du feu, |
| | ou il y demeure du tout. Le même c. 63. |
| | C'est chose notoire que tant plus les |
| | corps ont de perfection tant plus ont |
| | ils d'argent vif, étudie toi donc en toutes |
| | oeuvres que l'argent vif surmonte au |
| | mélange. Le même c. 64. |
| Richard An- | Le soufre des Philosophes est un
|
| glais. | feu vif, simple, vivifiant les autres corps
|
| | morts & les mûrissant, & supplée à ce |
| | que leur défaut par nature, vu |
| | qu'en lui y a plus de *meureté qu'il n'a |
| | besoin, icelle venant par l'opération de |
| | l'artiste qui l'a fort dépuré: Or tel soufre |
| | ne se trouve qu'aux corps du Soleil |
| | & de la Lune, desquels il est tiré par solution |
| | & résolution d'iceux en leurs premières |
| | matières, & ceci se fait sans y |
| | mêler rien d'étrange. Richard Anglais |
| | c. 11. p. 233. |
| Traité du | Saches qu'autre chose est le germe,
|
| soufre. | & autre chose est la semence, la terre est le
|
@
CHAPITRE XVI.
437
| réceptacle du germe, & l'eau est la matrice | Aristote l. I.
|
| de la semence. Traité du soufre. | de la généra-
|
| p. 6. | tion des ani-
|
| Le feu agissant contre l'air produit lei | maux c. 2.
|
| soufre, l'air agissant contre l'eau produit | distingue la
|
| le sel, l'eau agissant contre la terre | géniture ou
|
| produit le mercure, mais la terre ne | germe d'avec
|
| trouvant plus d'autre élément, contre | la semence.
|
| qui elle puisse agir ne peut aussi rien produire, |
|
| mais retient en son centre ce que |
|
| les autres trois ont produit, de sorte |
|
| qu'il n'y a que trois principes desquels |
|
| la terre demeure & matrice & nourrice. |
|
| Le même p. 40. |
|
| Le corps est la terre, l'esprit est l'eau, | |
| l'âme est le feu, ou le soufre de l'or, |
|
| l'esprit n'augmente que la quantité du |
|
| corps, mais l'âme, ou le soufre, ou le |
|
| feu augmente la vertu, mais d'autant |
|
| qu'au poids il y a plus d'esprit, c'est à dire |
|
| d'eau que de feu, l'esprit s'exalte & |
|
| opprime le feu, & l'attire à soi, de manière |
|
| qu'un chacun de ces deux s'augmente |
|
| en vertu, & la terre qui est le |
|
| moyen ou milieu d'iceux croît en poids. |
|
| Le même p. 43. |
|
| Ee iij | |
@
438
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | L Es médecins & les peintres sont obligés |
| | aux rechercheurs de cette science, lesquels |
| | pour n'entendre & ne connaître le mercure & |
| | le soufre des Philosophes ont mêlé l'argent |
| | vif commun avec le soufre commun, & avec |
| | une industrieuse peine en ont fait ce qu'on appelle |
| | cinabre, duquel nom les Philosophes ont |
| | appelé leur matière, lors qu'elle est montée en |
| | arbrisseaux, & quelle s'y rougit, les autres entendant |
| | & lisant, que nous tirons notre mercure |
| | du Saturne, s'amusent & abusent, comme |
| | nous avons dit ci devant, à tirer le mercure du |
| | plomb. Or le mercure, duquel nous nous servons |
| | pour parfaire les imparfaits, n'est point |
| | aux yeux, mais il le faut extraire des corps |
| | parfaits, & icelui porte son soufre, & ne peut |
| | être sans lui, & même souvent lui même est |
| | nommé soufre, & ce soufre est la vertu ignée |
| | y cachée, qui rend ce mercure sec, & en poudre, |
| | qui étant arrosé de sa propre eau, est rendu |
| | comme écume blanche & nageant dessus l'eau, |
| | mais il faut noter que le mercure est pris pour |
| | deux choses, ou en deux façons par les Philosophes, |
| | à savoir pour matière volatile au feu, |
| | & pour matière fixe & qui y demeure, que se le |
| | diligent studieux considère attentivement les |
| | passages des bons auteurs, il reconnaîtra facilement |
| | la raison de la variété de tant de noms, |
| | contentons nous pour le présent d'apprendre |
@
CHAPITRE XVI.
439
| que l'argent vif commun n'est point celui des |
|
| Philosophes aussi peu que le soufre commun, |
|
| nous confessons bien que le notre ne peut paraître |
|
| que par l'aide du commun, mais nous disons |
|
| aussi que le commun abandonne le notre |
|
| aussi tôt qu'il est sorti de ses deux corps, avec |
|
| lequel par après faut qu'il se joigne, mais si c'est |
|
| avec industrie, Dieu & ceux qui l'ont fait le |
|
| savent, pour le soufre commun il n'a aucun |
|
| accès ni entrée en notre matière, le notre |
|
| n'étant que la vertu chaude, sèche & desséchante, |
|
| sortie également des composants avec |
|
| notre mercure, de quoi par ci devant nous avons |
|
| discouru fort amplement: A présent il nous reste |
|
| de savoir s'il faut avoir égard aux astres & |
|
| faisons avant que commencer cet oeuvre, & s'il |
|
| est facile de dénouer & d'entendre tous les |
|
| énigmes dressés sur ce sujet. |
|
| Ee iiij | |
@
440
| | |
| | ------------------------------------------ |
| | |
| | D E L A C O N T E M P L A- |
| | |
| | TION ET OBSERVATION |
| | des astres & saisons pour com- |
| | mencer l'oeuvre ou pierre des |
| | Philosophes, & si tous les |
| | énigmes sur cette matière peu- |
| | vent être entendus. |
| | |
| | CHAPITRE XVII. |
| | |
| | T E X T E S. |
| | |
| Marguerite. | Et oeuvre n'est causée par
|
| | le mouvement des supérieurs, |
| | pour ce qu'en tout |
| | temps il peut être fait. |
| | Marguerite nouvelle p. 18. |
| | Commence ton oeuvre en Trois paroles.
|
| | tout temps. Livre des trois paroles p. 48. |
| | Le regard des cieux n'est nécessaire. |
| | Libavius du mercure des philosophes p. 65. |
| Libavius. | Les astres sont changés à toute heure,
|
| | & leur force n'est totalement reconnue |
| | par aucun homme, & ne peuvent empêcher |
@
CHAPITRE XVII.
441
| de rompre un verre, ni moins |
|
| d'autre nuisance, d'ailleurs leur calcul |
|
| est incertain, & plusieurs Astronomes |
|
| suivant les marques des papiers des |
|
| anciens, se trompent entièrement, pour |
|
| ce qu'ils y entendent aussi peu que moi |
|
| à l'Océan Atlantique. Le même p. 66. |
|
| Il n'est point nécessaire d'observer la | Geber.
|
| situation des étoiles pour notre oeuvre. |
|
| Geber. l I c. xi. |
|
| Il ne faut point observer nécessairement | Ventura.
|
| la sortie, la course ni l'aspect, ni |
|
| des signes, ni des planètes, ni les saisons |
|
| de l'année, ni les jours, ni les |
|
| heures, pour ce que la génération de notre |
|
| pierre est entièrement naturelle, |
|
| comme est celle des autres choses que nature |
|
| produit. Ventura c. 13. |
|
| Celui qui voudra dénouer toutes les | Libavius.
|
| énigmes perdra plutôt l'art qu'il ne |
|
| l'acquerra, car il est impossible d'expliquer |
|
| au vrai toutes les allégories, d'autant |
|
| que les auteurs ont eu tantôt un |
|
| projet, tantôt un autre, & par ainsi |
|
| l'application en est ambiguë. Libavius p. |
|
| 65. |
|
| C'est une folie de donner des laitues | Vieux Au-
|
| aux ânes, vu que les chardons leur | teur.
|
@
442
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | suffisent, celui qui divulgue les mystères, |
| | en diminue l'excellence, tout ce qui |
| | peut nuire étant divulgué doit être caché |
| | mystiquement. D'un vieux Auteur. |
| Egidius. | Notre science est une partie de la cabale,
|
| | qui est chose reçue par devis, |
| | car les Philosophes traitant d'icelle, |
| | l'ont enveloppée de tant d'énigmes, figures |
| | & problèmes, qu'autant en enseigne |
| | Pythagoras en se taisant que les |
| | Philosophes en leurs écrits. Egidius c. |
| | 10. p. 28. |
| Morien. | Au commencement & à la fin de cet
|
| | oeuvre il faut bien étudier, d'autant |
| | que par l'étude & bénédiction de Dieu |
| | l'on aura plutôt ce que l'on cherche & |
| | désire. Morien p. 22. au second volume du |
| | théâtre. |
| | Les Prophéties, les choses naturelles, |
| | *l'espagyrie, les secrets poétiques & plusieurs |
| | autres choses sont toutes cachées. |
| | Le même p. 102. |
| Vogelius. | Il faut considérer mûrement ce en
|
| | quoi principalement conviennent les |
| | auteurs, car la est cachée la vérité laquelle |
| | est une & simple. Vogelius en sa |
| | préface p. 10. |
| Marguerite. | Les livres écrits de cette science
|
@
CHAPITRE XVII.
443
| sont sous figure, desquels la plus grande |
|
| partie est tellement obscure, & les sentences |
|
| tellement embrouillées, qu'il n'y |
|
| a que les seuls auteurs qui les puissent |
|
| entendre. Marguerite nouvelle p. 45. |
|
| Il faut colliger des écrits des Philosophes | Armingand.
|
| les fleurs comme on les cueille aux |
|
| champs parmi les épines. Armingandus |
|
| au commencement du l. I. |
|
| L'anneau d'esprit d'or & couvert d'argent | Arnaud.
|
| est la pierre des Philosophes, qui en |
|
| son profond est d'or & mâle, & en l'extérieur |
|
| est argent & femelle, les sept |
|
| chaînes liants le livre, sont les sept opérations |
|
| qui environnent & parachèvent |
|
| le magistère de la pierre, l'écriture de |
|
| l'anneau signifie l'esprit du mercure qui |
|
| entrant subtilement le dispose intérieurement, |
|
| & tire de lui l'âme, & l'élève, |
|
| l'emportant avec soi en l'air. Arnaud à |
|
| la fleur des fleurs c. I. |
|
| Où faut il chercher la clef des Philosophes? | Atalante.
|
| l'Oracle répond, au lieu où |
|
| sont les os d'Orestes, c'est à dire, où le |
|
| vent battant & battu & le malheur des |
|
| hommes est trouvé, c'est à dire, comme |
|
| Lichas interprète, en la forge d'un |
|
| maréchal, car par les vents les |
|
@
444
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | soufflets sont entendus, par le battant |
| | ou frappant le marteau, par le battu |
| | l'enclume, par le malheur des hommes |
| | le fer est entendu. Atalante fuyante discours. |
| | 27. p. 118. |
| 3. paroles. | L'oeuvre admirable des trois paroles,
|
| | c'est celui qui est fait de trois, quelques |
| | uns l'entendent autrement, mais |
| | tous en ce fait sont d'accord, car cet |
| | ouvrage se cherche en trois. Geber l. 3. c. |
| | 94 p. 56 des trois paroles. |
| Subtilité re- | De ces trois mots il nous faut tirer
|
| quise au re- | & composer par grande subtilité deux,
|
| chercheur. | car par cette façon de parler deux & sept
|
| | sont entendus, c'est la cause pourquoi |
| | tous ceux qui recherchent cet art doivent |
| | être subtils pour ouvrir ce trésor |
| | des trois, dans lesquels toute la vertu & |
| | préparation de la pierre est cachée, je dis |
| | l'huile sec & vif, chaud & humide, & la |
| | teinture vive, & c'est l'exposition des |
| | trois paroles. Le même c. 97. p. 57. |
| Geber. | Cet art n'est point acquis que par
|
| | étude, par veilles & par tempérance. |
| | D'une Epître à Alexandre au titre 13. p. |
| | 58. de Geber. |
| | Nous n'avons pas décrit notre art |
| | tout au long, mais par pièces mises en |
@
CHAPITRE XVII.
445
| divers chapitres, & l'avons ainsi fait, |
|
| pour ce qu'autrement elle aurait été |
|
| connue aussi bien des méchants que |
|
| des bons, & cette science nous l'avons |
|
| trouvée de nous mêmes, laquelle est |
|
| très-vrai & très-assurée. Geber l. 3. c. 91. |
|
| L'Alchimie n'use point de démonstrations, | Bonus.
|
| pour ce qu'elle ne prouve, ni |
|
| n'est prouvée, comme sont les autres |
|
| choses, ni n'exprime point ce qu'elle a |
|
| comme les autres, d'autant qu'elle s'étudie |
|
| à parler obscurément, étant comme |
|
| impossible montrer cet art par raisons. |
|
| Bonus à la marguerite nouvelle p. 18. |
|
| Avicenne ni aucun autre Philosophe | |
| naturel n'ont jamais peu confirmer |
|
| les raisons naturelles les principes de |
|
| l'Alchimie, car ce qui est fixe, détruit |
|
| la forme spécifique, c'est à dire, ce qui |
|
| est fixe détruit la forme spécifique du |
|
| volatil, l'empêchant de fuir. Le même |
|
| p. 20. |
|
@
446
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | Scholie. |
| | |
| | Il est vrai dira le rechercheur curieux & |
| | non subtil, qu'il ne faille avoir égard ni |
| | aux astres, ni au temps, ni aux heures, pourquoi |
| | est-ce que les philosophes nous disent de |
| | commencer de travailler au mois de Mars, pour |
| | quoi d'attendre la conjonction de Mercure avec |
| | Saturne, pourquoi celle du dit Mercure avec |
| | Mars, puis avec Jupiter, puis avec la Lune, |
| | puis avec le Soleil, sans quoi l'on ne fera rien, |
| | Certes comme la saison au mois de Mars est |
| | tempérée, & que l'art n'y est ni trop chaud, ni |
| | trop froid, ni trop sec, ni trop humide, aussi |
| | veut on qu'au commencement la chaleur par |
| | laquelle la cuite, pourriture ou rouillure de notre |
| | cahos ou mélange, doit être faite, soit |
| | douce, à celle fin que par cette douceur le total |
| | s'embrasse & s'unisse mieux & plus facilement, |
| | car si la chaleur était par trop grande, le lien, |
| | glu, colle, & gomme, qui doit unir le mâle avec |
| | la femelle s'évanouirait, & les deux corps demeureraient |
| | à sec sans aucune production, ni |
| | de noirceur, ni de branchages, ni d'autre |
| | couleur, & même c'est chose véritable que |
| | notre eau marine de laquelle le coeur ne peut |
| | supporter la chaleur trop violente, sans tomber |
| | en fièvre, mourrait, & par sa mort tout notre |
| | ouvrage serait ruiné. Que la chaleur donc de |
| | la saison en ce mois nous serve de modèle pour |
| | la conduite de notre oeuvre, & ainsi nous servirons |
@
CHAPITRE XVII.
447
| de la conduite & similitude des autres mois |
|
| & saisons de l'année. Quand en des conjonctions |
|
| des planètes celle de Mercure avec |
|
| Saturne, c'est lors que la noirceur paraît |
|
| sur la matière à cause de l'humeur mélancolique, |
|
| celle de Mars, est la couleur grise, autres |
|
| disent que c'est la citrine rougeâtre, à cause de |
|
| la colère jaune un peu cuite, celle de Jupiter |
|
| la première blancheur, celle de la Lune la grande |
|
| blancheur à cause de la pituite, & celle du |
|
| Soleil à cause de la grande rougeur & du feu ou |
|
| sang: celle de Venus est lors que l'amour ou échauffement |
|
| se fait des deux substances, & |
|
| c'est de cette façon qu'il nous faut entendre les |
|
| dits des Philosophes tant anciens, que modernes, |
|
| & cette vérité fait, que nous ne nous |
|
| étendons pas au discours de ces sciences célestes, |
|
| puis qu'elles ne nous sont nécessaires en |
|
| ce fait, aussi peu que l'intelligence de tous les |
|
| énigmes, pour lesquels dénouer l'on aurait |
|
| plutôt fait de faire revivre les auteurs qui les |
|
| ont proposées que de les exposer & interpréter. |
|
| Car qui est le Géomètre qui puisse équarrir |
|
| le cercle, réduire ce carré en un triangle, ce |
|
| triangle en une ligne, & cette ligne en un point |
|
| (qui est indivisible) lequel contienne autant en |
|
| soi que faisait étant ligne étant triangle, le |
|
| triangle étant quadrangle, le quadrangle étant |
|
| rond ou cercle dira on pas cela être du tout |
|
| impossible? & toutefois le Philosophe chimique |
|
| le fait par l'accomplissement de cet art, |
|
| & sans cela il n'y entend rien, & homme du |
|
@
448
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | monde n'a jamais fait la pierre des Philosophes |
| | ni ne la pourra faire sans cette réduction du cercle |
| | au quadrangle, triangle, ligne & point: un |
| | est engendré de deux par un, par un dedans |
| | deux, son poids est un, il mange & dévore sans |
| | dents & bouche cinquante, qu'il transmue en |
| | sa propre nature, voire quatre cents & vingt, |
| | alors il pèse en premier & second lieu cinquante |
| | un, ce fait il tue, mange & dévore sa mère, |
| | & la met dans son ventre, sa mère en ressuscitant |
| | le tue & lui donne son Royaume, duquel |
| | il jouit paisiblement & impérieusement, durant |
| | ce règne il tue, mange & dévore son père, |
| | & le met dans son ventre, mais en fin par sa |
| | grande vertu cachée il ressuscite, tue, mange & |
| | dévore son fils, qui tué, dévoré & mange, ravit |
| | à son père la couronne, & ne se contentant du |
| | Royaume se saisit de l'Empire & Monarchie du |
| | monde, laquelle il gouverne tout seul sans autre |
| | aide ou assistance que d'un vieux serpent |
| | qui l'a accompagné de puis l'heure de sa naissance, |
| | jusques à l'heure de sa grande force, mais |
| | du depuis ne fait que le regarder sans autre |
| | chose: Or qui est celui qui n'entendant notre |
| | Philosophie, & ignorant ces façons de parler, |
| | ne trouvera tout ceci ridicule impossible, & |
| | contradictoire, & ne dis que c'est un conte |
| | de vieille: O que cette connaissance |
| | mystérieuse est éloignée de toutes les communes, |
| | qui élèvent en public leurs disciples, & |
| | cette ci les humilie vivants contant en eux même, |
| | & faisans leurs aumônes, prières & grand |
| | merci |
@
CHAPITRE XVII.
449
| ci au plus grand silence qu'ils peuvent, |
|
| étant si joyeux qu'ils voient le contenu plus |
|
| grand que le contenant, qu'ils rient en eux mêmes |
|
| de voir que les ignorants se moquent |
|
| d'eux, croyants qu'il est impossible que le contenu |
|
| soit plus grand que le contenant, & qu'un |
|
| contienne cinquante en poids, nombre, quantité |
|
| & qualité. Concluons donc ce traité par |
|
| quelques comparaisons, & songes qui nous ont |
|
| été communiqués par un de nos amis entendu |
|
| en cette science, & par cette sentence notable |
|
| que la vérité n'est qu'une, ce qui se témoigne |
|
| par le consentement de tous les Philosophes allégués |
|
| en ce traité, qui assurent que pour acquérir |
|
| la perfection désirée en cet art, il n'y a qu'une |
|
| seule matière tirée de deux par un dans un seul |
|
| vaisseau en figure, mais en quelques autres |
|
| à cause de plus grande capacité, la matière croissant |
|
| par apposition, un seul feu, & une seule |
|
| opération, & ne trouvons étrange si les auteurs |
|
| ont discouru si diversement & obscurément |
|
| de cette science, vu que l'ordinaire des |
|
| hommes est de méprise & faire état comme |
|
| de néant, des plus excellentes choses du monde, |
|
| quand elles leur semblent faciles, & de |
|
| louer magnifiquement, & avoir en admiration |
|
| ce qui ne se peut acquérir qu'avec beaucoup de |
|
| peine, de travail & de sueur, & celui qui s'empêche |
|
| de tomber en ce vice avec le commun |
|
| peuple, n'est pas homme de peu de jugement: |
|
| Et remarque en passant que les Astrologues disent |
|
| que selon que le Saturne est colloqué, telle |
|
| Ff | |
@
450
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | est la quantité & bonté du plomb à la recherche |
| | duquel l'homme gagne ou perd, de même |
| | de l'or par le Soleil, de l'argent par la Lune, |
| | qui a mu les Chimistes de nommer le plomb |
| | Saturne, l'or Soleil, l'argent Lune, mais ils différent |
| | des dits Astrologues, qui baillent à Jupiter |
| | le cuivre, & eux lui donnent l'étain; à Venus |
| | l'étain, & les Chimistes le cuivre, & tous |
| | deux donnent à Mars le fer & le soufre, & l'argent |
| | vif à Mercure. Que si la connaissance de |
| | ce qu'on nomme communément la pierre des |
| | Philosophes se pouvait acquérir par la dispute, |
| | elle serait aucunement facile d'avoir, mais ceux |
| | qui l'ont eue par le bon bout, ne se sont souciés |
| | d'en écrire que pour montrer qu'elle est véritable, |
| | & donner le moyen aux curieux rechercheurs |
| | d'en avoir même connaissance, la décrivant |
| | ou par énigmes, ou par similitude ou exemples, |
| | mais plusieurs autres, pour ostentation |
| | après avoir consumé leurs moyens & ceux |
| | d'autrui en rêveries, fourneaux, vaisseaux, |
| | feus, drogues minérales, animales, & *plantales, |
| | s'amusants sans entendre le sens des auteurs |
| | à tirer leur principe de matières volatiles |
| | & brûlables, ne croyants pas que chacun |
| | produit son semblable, ce qui se voit évidemment |
| | par l'Ecrivain du Fasciculus Chymicus |
| | imprimé à Paris chez Nicolas de la Vigne |
| | 1631 sous le nom d'Arthus Dee premier médecin |
| | de l'Empereur de Russie, duquel les allégations |
| | en chaque chapitre sont si mal jointes, & les |
| | corollaires si mal ajustant & concluants, qu'il est |
| | impossible de plus mal: mais vu que son principe |
@
CHAPITRE XVII.
451
| est tiré d'une chose brûlable, son produit |
|
| ne peut être stable; dans l'indice expurgatoire |
|
| qui sera bien tôt au jour, Dieu aidant, les bons |
|
| auteurs y seront distingués des brouillons, j'entends |
|
| de ceux, desquels on aura eu connaissance, |
|
| car il est très difficile d'avoir vu ni su tous |
|
| les livres qui en ont traité jusques à présent, & |
|
| ne faut aussi croire que tous les livres qui portent |
|
| le titre de quelque auteur ait été composé |
|
| par lui. Or j'assure qu'aucun ne peut entendre |
|
| à fond, ni distinguer un bon auteur d'un |
|
| mauvais, s'il n'a vu & ne sait très bien extraire |
|
| son feu, sans en détruire la matière, & icelui |
|
| nourrir, car ces deux points ignorés, tout le |
|
| reste l'est, l'intelligence de ces deux articles a |
|
| peu être plus facile à quelques autres esprits plus |
|
| épurés qu'à David Laigneau qui a employé 22. |
|
| ans en cette recherche, avant qu'être médecin |
|
| du Roi, & qui n'a composé & mis par ordre |
|
| son Harmonie sur le modèle de ce dit fagot broussailleux, |
|
| & épineux, qui avec son auteur que |
|
| je ne crois être celui duquel il porte le titre ne |
|
| mérite que le feu. Ne nous laissons donc emporter |
|
| aux souffleurs & trompeurs, tenons |
|
| nous fermes à la vérité, de laquelle Dieu nous |
|
| montrera la voie, & nous donnera la possession, |
|
| non tant seulement de ce trésor s'il connaît |
|
| nous être nécessaire, mais du céleste par |
|
| l'intercession de notre Seigneur Jésus Christ |
|
| notre seul Sauveur & Rédempteur, auquel |
|
| avec le Père & le Saint Esprit soit louange, |
|
| honneur & bénédiction au siècles des siècles. Amen |
|
| Ff ij | |
@
452
| | |
| | ------------------------------------------ |
| | |
| | L'I M P R I M E V R A V
|
| | Lecteur. |
| | |
| | A Yant recouvert quelques |
| | papiers déjà vieillis, & les visitant |
| | avec quelques miens amis, |
| | entendus en cette science mystique, |
| | ils ont trouvé à propos de |
| | donner au curieux studieux les |
| | pièces suivantes, choisies parmi |
| | iceux, n'étant en rien contraires |
| | au traité ci devant: jouis en donc |
| | à contentement. |
@
453
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| D I V E R S E S P I E C E S | |
| TIREES DE DIVERS | |
| auteurs, & traduites | |
| en Français. | |
| |
|
e vous dirai donc ce qui |
|
| m'a détenu jusqu'à si haute |
|
| heure dans mon lit y étant |
|
| enseveli ou arrêté par un |
|
| profond sommeil (contre |
|
| mon ordinaire, comme vous savez) |
|
| dans lequel j'ai ouï & vu des choses |
|
| étranges, & qui se sont présentées à |
|
| plusieurs & diverses fois y ayant certaines |
|
| intervalles d'une action à l'autre, |
|
| desquelles vous aurez le tout au long. |
|
| Après quelque abouchement des | I Action.
|
| deux enfants de Latone, j'ai vu le |
|
| mâle sans tache ni macule être précipité |
|
| dans la mer bouillante, où étant |
|
| mis en pièces très-menues, & comme |
|
| imperceptibles, en a été retiré en pâte |
|
| coulant cette mer par un linge assez délié |
|
| mais cette pâte dans quelques heuFf |
|
| iij | |
@
454
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | res est devenue dure, & comme matière |
| | moyenne entre dure & molle, quelques |
| | uns nomment cette consistance |
| | amalgame. |
| | Sa soeur se trouvant seule, & se fâchant |
| | en cette solitude, & étant bien |
| | épurée, & s'être trouvée telle par |
| | l'essai du feu, a été précipitée dans |
| | même mer y pensant retrouver son frère, |
| | mais y ayant été réduite de même |
| | que son dit frère, le même lui est advenu, |
| | & lors tous deux à part croyants |
| | leur mort proche, pour ce que tous deux |
| | étaient devenus enflés, grossis, pâles, |
| | & plus mols qu'ils n'étaient auparavant |
| | se sont résolus de se joindre ensemble |
| | pour engendrer de leur propre |
| | substance, une fille & un fils propres à |
| | leur succéder & tenir le sceptre de l'Empire. |
| 2. Action. | Ils se couchent donc tous deux
|
| | ayant auparavant mêlé leurs corps & |
| | membres pèle mêle dans un lit cristallin |
| | en forme de bécasse quatre fois |
| | plus grand qu'ils ne contenaient, & |
| | pour ce que leurs corps depuis la sortie |
| | de la mer s'était endurci, ils se sont encore |
| | un peu arroser de ladite eau, si que |
@
CHAPITRE XVII.
455
| celle qu'ils avaient emportée de ladite |
|
| mer, & celle qu'on leur avait ajoutée |
|
| les surmontaient de trois parts, mais se |
|
| voyants en tel point, craignant qu'icelle |
|
| humidité les refroidissant par trop ils |
|
| fussent empêchés d'engendrer, ils |
|
| moyennèrent d'avoir sous leur lit un |
|
| feu propre à dessécher peu à peu, ou séparer |
|
| cette humidité ajoutée, ce qui |
|
| leur succéda heureusement, comme il |
|
| s'ensuit. |
|
| Etant ainsi brisés dans la mer bouillante, | 3. Action.
|
| retirez par un linge, essuyez au |
|
| possible chacun à part, endurcis, très- | |
| bien broyez & mêlez ensemble, puis |
|
| re-durcis, rompus grossièrement, arrosés |
|
| de leur eau, mis dans leur lit se cristal, |
|
| fermé commodément & au dessous |
|
| du lit un feu propre, je vois dessus |
|
| ces deux corps s'élever comme de petits |
|
| bourgeons, qui peu à peu s'élèvent |
|
| se font branches, arbres, arbrisseaux; & |
|
| s'élèvent à telle hauteur & couleur resplendissante, |
|
| blanche, entremêlée de |
|
| quelques points rouges, qu'enfin tout |
|
| le lieu en fut rempli, si qu'il fallut rompre |
|
| la dite place & lieu, & voir ce que |
|
| c'était. |
|
| Ff iiij | |
@
456
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| 4. Action. | Rompu que fut le lit, tout le dedans
|
| | fut trouvé hérissé d'arbres, & de buissons, |
| | lesquels on ôta subtilement de |
| | dessus les corps, & les remit on à part |
| | dedans un autre lieu très-bien bouché, |
| | de peur que ce produit ne prit trop |
| | d'air & ne perdit sa vertu. |
| 5. Action. | Ces corps sont encore *re-menuisés, &
|
| | un peu arrosés de leur eau propre, & |
| | remis dans un autre lit semblable au |
| | premier, avec même feu ou nouvelle |
| | matière d'arbres, branches & buissons |
| | renaissent qui tournent remplir derechef |
| | le lieu qui rompu, & ôtés sont remis |
| | avec les premiers, & pour dire en |
| | peu de paroles, cette action fut tant réitérée |
| | que les corps furent presque tous |
| | réduits en semblable matière. |
| Hors propos. | Sur cette matière j'entendis quelqu'un
|
| | qui demande si elle procédait ou des |
| | corps, ou de l'eau, d'autant, dit il, que |
| | si c'est des corps, leur crasse épais, dur |
| | & indomptable s'est fait léger, rare & |
| | souple, mais si c'est l'eau, elle s'est rendue |
| | sèche, arrêtée, maniable & traitable, |
| | à quoi quelqu'un répondit d'attendre |
| | la fin, pour en connaître la vérité, |
| 6. Action. | Cette matière produite ou de ces
|
@
CHAPITRE XVII.
457
| corps, & dessus ces corps, & blanche |
|
| est mise, comme déjà a été dit, dans un |
|
| lieu cristallin fait en tête de bécasse, |
|
| le bec d'un demi pied de long, le corps |
|
| rond, lequel avait de deux à trois parties |
|
| vides, fermé de très bonne serrure, |
|
| si qu'on ne pouvait rien voir ni |
|
| sentir sortir, & au dessous fut allumé |
|
| un feu composé de trois charbons |
|
| blancs, entretenus par la liqueur de la |
|
| paix, & fut encore colloqué (ce lit |
|
| cristallin) dans une tour de forte muraille, |
|
| de peur que quelque bête ne le |
|
| cassât. Par cet ordre ces broussailles |
|
| vinrent à changer de couleur, se noircir, |
|
| & acquérir une puanteur si grande |
|
| avec telle amertume, comme l'on aperçut |
|
| à l'ouverture du vaisseau, qu'elles |
|
| étaient presque insupportables au |
|
| nez & à la langue. |
|
| Cette matière broussailleuse ayant acquis | 7. Action.
|
| par cinq ou six mois au lieu susdit |
|
| cette couleur, odeur & goût, l'on |
|
| reconnut (l'ayant un peu retournée |
|
| par le contournement du vaisseau qu'il |
|
| s'était fait d'icelle une poudre noire |
|
| impalpable, de laquelle y avait quantité. |
|
| Ce qui occasionne d'ouvrir le vaisseau, |
|
@
458
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & verser le tout dedans un autre large |
| | (fait comme une écuelle blanche |
| | polie, non toutes fois d'aucun métal) & |
| | voyant cette poudre en assez bonne |
| | quantité on la sépara par un crible propre, |
| | & d'autant qu'on voulait voir si |
| | toute ladite matière se pulvériserait de |
| | soi même comme les prophéties anciennes |
| | ont dit, on renferma ladite |
| | matière broussailleuse dans son même |
| | vaisseau en même ordre qu'auparavant, |
| | & y fut laissé jusqu'à ce qu'une semblable |
| | poudre fut aperçue, qui fut retirée |
| | de même que la première, & cette |
| | opération fut réitérée tant de fois |
| | qu'enfin l'on eut de quoi contenter |
| | la curiosité. |
| Action. | Cette poudre retirée & très-bien fermée
|
| | & fort sèche, est mise à divers essais, |
| | & tellement divers les uns des autres |
| | que je serais fort longtemps à les décrire, |
| | qui fut cause qu'elle a acquis une |
| | infinité de noms, les uns à cause de sa |
| | couleur, les autres à cause de son odeur, |
| | les autres à cause de son goût, les autres |
| | par sa subtilité, & nature, les autres |
| | à cause de ses effets, (en) somme elle a |
| | autant de noms qu'il y a de choses au |
@
CHAPITRE XVII.
459
| monde: voila pourquoi il semble que |
|
| tous les grands personnages qui en ont |
|
| parlé par prophéties ou autrement, |
|
soient contraires les uns aux autres.
| Cette poudre extrêmement sèche, | |
| nous produira de terribles combats, & |
|
| merveilleux, agréables & fructueux: si |
|
| nous avons patience d'entendre l'ordre |
|
| que je la vis traiter. Premièrement tous |
|
| ceux presque qui l'avaient traitée, l'avaient |
|
| trouvée inhabile à se mêler avec |
|
| aucune chose, mais principalement |
|
| avec l'eau de la mer, par le moyen de laquelle |
|
| elle avait reçu son être, & comme |
|
| on parlait de la rejeter comme matière |
|
| *orde, sale, puante, & inutile, on |
|
| ouït une voix qui cria, qu'on la remit |
|
| dessus quantité suffisante, comme de |
|
| dix à un d'eau de sa mer dans un lit cristallin |
|
| grand à suffisance, & qu'on allumât |
|
| un feu d'ébullition par dessous, ce |
|
| qu'étant fait l'on s'essaya à froid d'en |
|
| voire quelque mélange, mais en vain, le |
|
| feu fut donc allumé, mais merveille des |
|
| merveilles cette poudre fut convertie |
|
| en serpent sans ailes, & cette eau marine |
|
| en serpent ailé, l'ailé veut dévorer |
|
@
460
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | le sans ailes, mais le dé-ailé l'engloutit, |
| | & lui ôte & brûle ses ailes, l'ailé |
| | s'efforce de recouvrer sa perte, mais |
| | en vain: En fin voyant la victoire du côté |
| | du dé-ailé, le feu s'amortit, & se |
| | refroidit le serpent ailé demeure au |
| | fond, & son victorieux se brave & promène |
| | dessus, mais un peu las & hydropique, |
| | pour ce qu'il avait mis dans son |
| | ventre, de son ennemi environ sa pesanteur, |
| | si que son ennemi & lui faisaient |
| | égal poids. |
| 10. Action. | Ce serpent glorieux qui a abattu les
|
| | ailes de son ennemi, & qui l'a rendu |
| | semblable à lui & à sa propre substance, |
| | & l'avait dévoré & consumé totalement, |
| | est ôté avec un séparatoire propre |
| | du dessus le corps de son ennemi; & |
| | pour ce qu'il ne pouvait de long temps |
| | digérer tout ce qu'il en avait dévoré on |
| | lui fait rendre par inclination ce qu'il |
| | ne pouvait qu'avec peine retenir, & |
| | après on le colloque dedans une autre tête |
| | de bécasse, de laquelle les deux ou |
| | trois parties étaient vides, & l'entrée |
| | close sûrement, fut colloqué en lieu |
| | propre avec une chaleur lente faite |
| | comme dessus, si qu'on pouvait supporter |
@
CHAPITRE XVII.
461
| fort facilement dans le creux de la |
|
| main le vaisseau en sa chaleur: Là notre |
|
| serpent victorieux ayant séjourné quelque |
|
| temps, & consumé & réduit en |
|
| poudre, comme il était au commencement |
|
| de ce combat, & serpent ailé; il |
|
| se résout (étant renforcé) de rentrer au |
|
| même combat qu'auparavant, ce qu'il |
|
| fait si heureusement, sans s'associer avec |
|
| quoi que ce fut, qu'il le dompte & |
|
| remporte encore la victoire, après | Second com-
|
| laquelle il est traité de même qu'auparavant, | bat.
|
| & pour conclure, ce combat est |
|
| si souvent réitéré, qu'en fin l'humidité |
|
| glissante du serpent ailé dévoré par le |
|
| dé-ailé, saisit tout son corps, & le |
|
| change totalement en sa couleur blanche, |
|
| & en sa propriété de volatilité, le |
|
| dépouillant de sa couleur noire; Ce qui |
|
| irrite tellement le serpent dé-ailé, qu'il |
|
| cherche toutes les astuces imaginables |
|
| pour s'en venger, se tenant donc quoi |
|
| dans son lit échauffé, mais d'une augmentation |
|
| convenable de chaleur, & |
|
| sans plus entrer au combat, on ne s'avise |
|
| que sa colère l'avait porté à une |
|
| icterité ou jaunisse qui s'augmenta de |
|
| telle sorte, qu'elle surpassa toute autre, |
|
@
462
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | vue par les médecins venant en jaunisse |
| | de colère, ou bile nommée par eux |
| | rouge. |
| 11. Action. | Cette couleur, colère encore plus
|
| Fermentation. | notre victorieux, qui de dépit consulte
|
| | sa mère, qui lui dit qu'elle n'a aucune |
| | force pour l'aider que de conseil qui |
| | était d'aller trouver son père, lequel |
| | il surpassait en excellence de couleur, |
| | ce qu'il fait, étant donc ensemble, |
| | & en s'entre-regardant comme |
| | par dépit, & s'estimant aussi |
| | grands l'un que l'autre, ils s'embrassent |
| | & embarrassent si fort que |
| | chancelants ils tombent dedans la |
| | mer susdite, de laquelle ayant bu |
| | quantité suffisante, comme de quatre |
| | à une, & mis sur une étuve commode, |
| | leur couleur devint noire, |
| | puis d'une milliasse de couleurs, |
| | puis blanche, puis jaune, puis de couleur |
| | de pavot rouge champêtre, puis |
| | de couleur de sang comme brûlé, |
| | mais ce combat fut réitéré plusieurs |
| | fois, si qu'en fin ce fils se sentit si |
| | fort qu'il entreprit de combattre |
| | toutes les puissances qui sont sous |
| | la Lune, pour lesquelles abattre, |
@
CHAPITRE XVII.
463
| l'entrée lui manquait, pour à quoi | 1 Action.
|
| remédier il fut conseillé de se mettre | Cération.
|
| dans l'étuve, où étant on lui |
|
| versa de l'eau de la mer, goutte |
|
| à goutte, jusqu'à ce qu'en ayant |
|
| bu à suffisance il se fondit lui même |
|
| sur le feu, qui ayant étonné ses |
|
| familiers le sortent promptement du dit |
|
| feu; & l'ayant mis en l'air froid, il |
|
| reprend son visage & ses forces, mais |
|
| son corps séparé en diverses & très- | |
| menues parties aussi fortes les unes |
|
| que les autres, mais ce qui était admirable, |
|
| c'est sa grande courtoisie & débonnaireté, | Projection.
|
| car s'attachant au combat |
|
| avec quelqu'un de ses inférieurs (car il |
|
| n'y a eu qu'un Hercules au monde) après |
|
| les avoir dépossédés de tous leurs héritages, |
|
| Empires, Royaumes & Principautés, |
|
| il leur donnait plus qu'il ne leur |
|
| avait ôté, & les rendait plus grands seigneurs |
|
| qu'ils n'étaient, & leur durée |
|
| était, est & sera jusques à la consommation |
|
| des siècles, à Dieu la gloire & l'honneur, |
|
| la louange, & la bénédiction au |
|
| siècle des siècles, par son seul Fils |
|
| notre Seigneur & Rédempteur, qui |
|
| vit & règne avec lui, & son S. Esprit |
|
@
464
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | éternellement. Amen. |
| | Tout l'affaire en cette admirable recherche |
| | est compris en ce peu de paroles. |
| | Tirer le soufre noir puant, amer en |
| | poudre impalpable, de notre cahos |
| | ou masse confuse lequel soufre jeté |
| | dans l'eau suffisante la noircit, & si on |
| | en frotte une lame de cuivre, elle se blanchit, |
| | & si ladite lame y est plongée rougie |
| | du feu, la blancheur pénétrera davantage, |
| | mais non jusques au centre. |
| | Rendez en pâte cette poudre avec |
| | sa propre eau, &c. |
| | Réduisez en poudre cette pâte. |
| | Refaites cette réduction en pâte, |
| | cette pâte en poudre jusqu'à ce que la |
| | blancheur survienne, & puis le jaune, & |
| | puis le rouge. |
| | Mettez l'âme à cette matière morte & |
| | étant revivifiée elle vous contentera. |
| | Car alors trouverez vous qu'elle est minérale, |
| | puisque elle est tirée des minéraux: |
| | végétable, puis qu'elle s'augmente, |
| | & animale, lors qu'elle a reçu l'âme, |
| | sans laquelle elle est infructueuse: si vous |
| | avez failli, corrigez votre faute en la |
| | même matière, d'autant que plus facilement |
| | lement |
@
CHAPITRE XVII.
465
| vous y adviendrez, que si vous |
|
| en prenez une nouvelle, ce que l'expérience |
|
| confirme, & Arnaud écrit l. 2. |
|
| c. 13. de son Rosaire. |
|
| Sache que cette science est traitée | |
| par les uns suivant les Talmudistes |
|
| qui déclarent & exposent les écritures |
|
| en tant qu'elles appartiennent à |
|
| ce bas monde sensible, & à la vie active. |
|
| Les autres délaissant aux Talmudistes | |
| le souci des choses mondaines, |
|
| les jugements & tout usage politique |
|
| tant de la chose publique que privée, & |
|
| s'adonnant du tout à la contemplation |
|
| & à la plus haute vie, ont rapporté le |
|
| sens de toute l'écriture & l'Archétype, |
|
| & y ont interprété toutes choses par les |
|
| nombres ou par raison symbolisée, ou |
|
| par sens analogique, & correspondant. |
|
| Cabale signifie recueil de bouche. George |
|
| Vénitien c.7. . 2 p. 60. |
|
| Je sais qu'Hippocrate a fait un livre | |
| & exposition des songes, mais si |
|
| vous le considérez attentivement, vous |
|
| trouverez qu'il en tire son pronostic |
|
| pour l'humeur dominant à celui qui |
|
| songe, je sais aussi que quelques songes |
|
| pronostiquent les choses à venir, |
|
| Gg | |
@
466
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| Jamblicus | mais non tous; car qui voudrait le contraire,
|
| dit que les | démentirait les songes de Joseph,
|
| songes arri- | de Pharaon, de Nabuchodonosor, &
|
| vent le plus | autres, j'entends parmi ces songes les visions,
|
| souvent par | telles que celles de Daniel, d'Esdras,
|
| les soucis, & | d'Isaie, de saint Jean, & autres
|
| que par fois | Prophètes, auxquels Dieu a voulu de sa
|
| ils advien- | grâce communiquer de ses secrets, mais
|
| nent, & par | à cause de quelques songes particuliers
|
| fois trompent. | conclure des généraux, cela ne peut être
|
| | fait valablement: Job nous en montre |
| | la preuve en son chap. 7 vers. 13. & 14. |
| | disant; Quand je dis, mon lit me soulagera, |
| | ma couche emportera quelque chose de |
| | ma complainte. Alors tu m'étonnes par |
| | songes & me trouble par visions. Et Synésius |
| | parlant des songes dit, Plusieurs ont |
| | composé des livres pour l'exposition des songes, |
| | de quoi je me moque, pour ce que ce n'est |
| | à propos, d'autant que l'on ne peut prescrire |
| | une loi assurée à chacun pour lui déclarer |
| | la signification de sen songe, car de plusieurs |
| | qui feront un même songe, à l'un signifiera |
| | une chose, à l'autre une autre, voire |
| | divers songes de diverses personnes leur |
| | signifieront même chose, tellement qu'un |
| | chacun qui songe doit peu à peu s'instruire, |
| | & se rendre savant de l'événement des |
@
CHAPITRE XVII.
467
| songes qu'il fait communément sans ajouter |
|
| pleine foi à ceux qui se sont travaillés à en |
|
| donner des explications & tirer jugement assuré |
|
| par iceux de ce qui est à arriver. Je sais |
|
| bien que je fait des songes, lesquels me |
|
| me marquent sans faillir ce qu'il me doit arriver |
|
| le lendemain, ou d'en peu de jours |
|
| mais je sais aussi qu'à d'autres qui me |
|
| sont proches les mêmes songes leur présagent |
|
| le contraire, tellement qu'il y a |
|
| fort long temps que je ne m'arrête |
|
| point à tous les songes qui se promènent |
|
| par ma tête, mais puis que vous êtes si |
|
| désireux d'avoir au long celui duquel je |
|
| vous ai marqué (en riant) quelque chose. |
|
| Je vous veux contenter, mais de vous |
|
| assurer si c'est songe ou vision, je ne le |
|
| puis, aussi peu que si c'était en dormant, |
|
| ou veillant, ou en extase; mais une chose |
|
| sais je bien, que tel qu'il a été, il s'est |
|
| tellement imprimé dans ma mémoire, |
|
| que je crois que rien que la mort ne l'en |
|
| pourra effacer & même après icelle si |
|
| l'on ouvre ma tête, j'ai quelque opinion |
|
| qu'on y en pourra encore lire quelque |
|
| chose, mais je ne conseille pas qu'on |
|
| le fasse, car on me pourrait faire mal: |
|
| venons donc au songe, lequel a été réi- | Il se rit.
|
| Gg ij | |
@
468
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | téré en moi souvent & non tout à la |
| | fois, car me couchant tard, & me levant |
| | matin, le directeur des songes n'a |
| | pu m'exposer toute cette fabrique en si |
| | peu d'espace de temps, ç'a donc été |
| | le commencement le premier jour de la |
| | Lune, & faut noter que je n'avais mangé |
| | à mon souper aucune chose propre & |
| | recherché pour telles actions. Le quatrième |
| | la fin du premier songe revient |
| | & se continue le 6 jour, la fin du 2. retourne |
| | & sur la fin m'exhorte de ne dire |
| | rien, jusques à ce que j'eusse tout vu, le |
| En ces jours | septième 8 9 xi 12. 13 15 16. 18 19 22 26.
|
| les songes ont | 29. 30, cette continuation, (& si forte
|
| quelque si- | impression en ma mémoire) me fait espérer
|
| gnification. | quelque chose, mais d'assurer
|
| | quoi je ne l'ose. |
| | Apres avoir soupé entre six ou sept |
| | heure, d'une seule viande à mon accoutumée |
| | qu'était mouton, & bu deux |
| | fois de vin très bien trempé & ayant laissé |
| | femme & enfants qui sont près de moi |
| | à table achevant de prendre leur réfection, |
| | je monte à mon étude à ma lecture |
| | ordinaire, & sur les dix à onze heures |
| | me mets dans mon lit où dormant à |
| | mon avis, il me semble que je suis en |
@
CHAPITRE XVII.
469
| un lieu grand; & je ne sais comment |
|
| bâti, plein de toutes sortes de personnes |
|
| de tous sexes, ages, conditions, |
|
| vacations, qui criaient, tempêtaient, |
|
| disputaient, cherchaient, fouillaient |
|
| feuilletaient, se dépitaient, maugréaient, |
|
| promettaient, prenaient, venaient, |
|
| s'en allaient, & en fin j'apercevais |
|
| parmi cette tourbe turbulente |
|
| toutes sortes d'actions & grimaces hormis |
|
| de celle de contentement, & au dessus |
|
| d'eux en l'air quelqu'un, je ne sais |
|
| si c'était avec des ailes, ou sans ailes, |
|
| mais admirable en toute perfection, |
|
| qui déplorant la folie de tous ces insensés, |
|
| qui s'écrie ô fols jusques à quand |
|
| serez vous avisés & sans vous arrêter |
|
| à la vérité courrez après le mensonge; |
|
| lors se retirant & disparaissant un coq, |
|
| une poule, & un grand serpent tombent |
|
| au beau milieu de tout ce peuple, qui |
|
| aussi tôt se met en cercle, laissant ces |
|
| trois animaux au milieu de la place. | Description
|
| Le coq était grand, fort hardi, sa | du coq qui
|
| démarche superbe & glorieuse, & ne | ne peut être
|
| permettait aucun autre volatil se parangonner | abattu par
|
| à lui, sa chair (& je crois toutes | qui que ce
|
| ses entrailles) était d'une couleur jau- | soit.
|
| Gg iij | |
@
470
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ne dorée, admirée & désirée d'un chacun, |
| | & ses plumes regardées attentivement |
| | au Soleil étaient de toutes les |
| | plus belles & agréables couleurs que |
| | l'entendement humain puisse cogiter, |
| | il était si fort & puissant, qu'il ne |
| | craignait aucune force qu'elle que ce |
| | soit, & entrant en plusieurs combats |
| | (comme je vis) il en sortait toujours |
| | victorieux, & de même qu'il y était |
| | entré; mais avec la honte de tous ceux |
| | qui avaient été l'attaquer. |
| | Et j'appris qu'il était tel de sa naissance, |
| | qu'il se maintenait toujours tel, mais |
| | à cause que plusieurs poulaillers le revêtaient |
| | d'autres plumages, & étrangers, |
| | pris d'autres oiseaux inférieurs à |
| feu. | lui, il n'apparaissait toujours en sa naïveté,
|
| | mais recourant à son père, par son |
| | aide il était déchargé, & ne s'était |
| | jamais voulu joindre & femelle du monde |
| | pour engendrer semblable à lui, qu'alors |
| | que son père eut engendré en sa |
| | mère la poule, qu'était là venue avec |
| | lui. |
| Description | Cette poule est belle, grande, haute,
|
| de la poule. | son démarcher est grave, approchant
|
| | de toutes les conditions, presque du |
@
CHAPITRE XVII.
471
| coq endurant presque tous les assauts, |
|
| combats & travaux que fait le coq, |
|
| la chair (& je crois ses entrailles) & ses |
|
| plumes est d'une blancheur d'argent |
|
| très fin & épuré, sortant de toutes épreuves |
|
| & combats sans aucune tache, |
|
| ni diminution de force. |
|
| Ce serpent était long de plus de cent | Description
|
| coudées, clair comme la glace bien polie | du serpent.
|
| & nette du miroir de cristal, tantôt |
|
| il était entier, tantôt divisé en plusieurs |
|
| parties, sans odeur ni saveur, comme il |
|
| paraissait, & tantôt il se remettait en son |
|
| entier, il entrait au combat avec mille |
|
| & mille animaux, mais d'entre tous il se |
|
| développait glorieusement sans y rien |
|
| perdre du sien, bien est vrai qu'il paraissait |
|
| quelquefois mort mais s'il pouvait |
|
| rencontrer quelque chaleur convenable, |
|
| il témoignait que cette sorte de |
|
| mortification n'était qu'en apparence, |
|
| pour ce qu'échappant des mains de ceux |
|
| qui l'avaient ainsi accoutré, il s'en retourne |
|
| au lieu d'où il est venu. |
|
| Ces trois animaux beaux en toute perfection, | Ce qu'il ar- |
| se mirant en eux mêmes, & | rive à ces
|
| ne prisant en ce monde qu'eux mêmes | trois ani-
|
| se moquaient de toute cette grande | maux.
|
| Gg iiij | |
@
472
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | assemblée qui se contentaient de les admirer |
| | sans passer plus outre, sinon |
| | à les brouiller, vrai est que quelques |
| | marauds & ennemis de vérité, & lumière |
| | contraignirent le serpent de manger |
| | & avaler quelques animaux volatils, & |
| | jetèrent contre le coq & la poule de la |
| | boue qui les salit quelque peu, mais |
| | par la chaleur du Soleil par l'humidité |
| | de la Lune, & par l'artifice de Vulcain, ils |
| | en furent dépêtrés. |
| Union de | Parmi tous les contentements de ces
|
| deux dans le | trois, tout à coup Venus aiguillonne
|
| troisième. | le coq, à s'assembler avec la poule, &
|
| | l'ayant caressée cherchent (au contraire des |
| | autres, un lieu à l'écart & à couvert |
| | pour jouir de leurs amours, ils voient la |
| | gueule grande & spacieuse du serpent, |
| | dans laquelle sans difficulté entrent, |
| | mais hélas, ils ne savaient pas ce qu'il |
| | leur devait advenir. |
| | Ce serpent, duquel la nature est froide |
| | & à tout le moins à toucher) avait |
| | sous soi un petit feu qui les chauffait, & |
| | faisait que le venin qu'il avait pénétrait |
| | plus facilement, aussi tôt donc que les |
| | deux oiseaux furent entrés dans lui, il |
| | referma sa gueule, & les arrêta entièrement |
@
CHAPITRE XVII.
473
| dans son ventre, ce qu'ils devinrent |
|
| là dedans, je n'en vis rien, mais |
|
| voici ce que je vis quelque temps |
|
| après. |
|
| Ce serpent ayant dans son ventre ces | |
| deux oiseaux, se glissa & ferma dedans |
|
| une pierre blanche, creuse, claire comme |
|
| cristal, faite en forme d'un instrument |
|
| nommée matras ou tête de bécasse, |
|
| duquel ce serpent ne remplissait que |
|
| la troisième partie, & avant ordonna |
|
| que la porte ou entrée de ladite pierre |
|
| fut très-bien fermée, & qu'on continuât |
|
| la chaleur, de laquelle il avait besoin |
|
| continuellement, jusqu'à ce qu'il en ordonnât |
|
| autrement. |
|
| Ces deux animaux dans quelque temps | |
| produisent je ne sais quoi de différent à |
|
| eux mêlés, & ce produit était comme une |
|
| rouille de couleur d'écorce de grenade, |
|
| en poudre presque impalpable, laquelle |
|
| tachait les doigts la maniant un peu |
|
| âprement, mais ce qui était considérable, |
|
| c'est de ce que Venus en devint |
|
| belle & blanche s'en étant frottée, quoi |
|
| que cette dite poudre ne fut blanche. |
|
| Je vis quelqu'un qui admirant ce | |
| produit le voulait entièrement séparer |
|
@
474
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | des produisant, mais une voix sortit je |
| | ne sais d'où, qui cria, arrête jusqu'au |
| | temps défini, c'est à dire, jusqu'à ce |
| | qu'il y en aie quantité suffisante. |
| | Ce terme venu, on sépare de toute |
| | cette masse confuse qui n'était ni coq, |
| | ni poule, ni serpent, mais tout ce produit |
| | qui était poudre, rouille ou moisissure |
| | comme on voudra, laquelle la |
| | voix que dessus cria, qu'il fallait abreuver |
| | & humecter de sa première eau, mais |
| | de l'ordre, & comment ni mot plusieurs |
| | s'essayent donc à cette nourriture, mais |
| | ce fut en vain, quoi qu'essayée par plusieurs |
| | fois & par divers moyens qui seraient |
| | trop long à décrire, en fin un Génie |
| | ou Démon de la légion de l'intelligence |
| | prend ce produit, & l'ayant |
| | mené avec la queue du serpent, dedans |
| | laquelle, ni les chairs, ni la substance |
| | du coq & poule n'étaient entiers, met |
| | le tout dans un vaisseau semblable à celui |
| | dans lequel le serpent était retiré, |
| | & le chauffant en feu propre, le serpent |
| | monte, descend, pleure, rit, ébranle |
| | son habitation, mange, boit, re-vomit |
| | ce produit, qui en fin ou s'évanouissant, |
| | ou prenant autre forme, paraît |
@
CHAPITRE XVII.
475
| comme une écume blanche & nageant |
|
| dessus cette queue de serpent, d'où elle |
|
| fut séparée avec un vaisseau & instrument |
|
| propre, & trouva on que ce produit |
|
| s'était augmenté en humidité, |
|
| d'autant que ce qu'il pesait étant poudre, |
|
| & qu'alors étant comme beurre s'étendait |
|
| sur la main comme onguent. |
|
| |
|
| R E S P O N S E A V N E |
|
| question. | |
| |
|
| S Ur la question proposée du mercure | |
| des Philosophes qui adhère aux | |
| métaux, à savoir si c'est du mercure |
|
| vulgaire qu'il le faut entendre? Je dis |
|
| que ceci se doit démontrer plus clairement |
|
| qu'il n'a été fait par aucun que |
|
| j'aie vu jusqu'à présent par un exemple |
|
| familier & connu d'un chacun. |
|
| Pour nourrir & sortir d'une maladie une |
|
| personne, laquelle ne peut rien manger |
|
| ni avaler de solide, que fera on pour |
|
| augmenter ses forces, & ajouter nouvelle |
|
| chair à sa chair? n'a on accoutumé |
|
| de mettre dedans l'eau commune, de |
|
| la chair de mouton, veau, volaille, herbes, |
|
| & autres choses, pour en bouillant |
|
| joindre la vertu & baume intérieur |
|
@
476
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | de ces matières & les implanter dedans |
| | cette eau comme auparavant, & |
| | maintenant étant ainsi imprégnée, |
| | est elle encore eau commune? au commencement |
| | elle était sans nourriture, sans |
| | odeur & saveur, maintenant elle a nourriture |
| | & saveur, non d'elle même, mais |
| | en elle, qu'elle a tiré d'autrui, & de ce |
| | qu'elle a tiré, elle qui est un milieu, ou |
| | mitoyen, le porte & communique aux |
| | parties qui demandant nourriture propre, |
| | & à elles convenable: Ainsi va du |
| | vulgaire, lequel ne peut nourrir, ni |
| | adhérer aux métaux, car quoi qu'iceux |
| | soient teints ou joints avec lui en sont |
| | séparés facilement par le feu, mais si ce |
| | (UO+) vulgaire est bouilli philosophiquement |
| | avec les métaux parfaits en forme |
| | & façon convenable, ce vulgaire |
| | tire d'iceux ce qui est le plus propre, |
| | & l'incorpore si unanimement avec |
| | lui, qu'il est impossible en faire la séparation, |
| | aussi peu que de l'eau bouillie |
| | avec les chairs ci dessus, cette union du |
| | vulgaire avec les métaux parfaits |
| | est de telle nature, qu'étant circulée |
| | par l'ordre décrit par les Philosophes |
| | est réduite à un baume tel, & de si |
@
CHAPITRE XVII.
477
| grande efficace, qu'appropriée aux métaux |
|
| imparfaits elle s'unit avec ce qui est de |
|
| bon en iceux, le cuit & purifie en chassant |
|
| toute l'impureté qui le rendait laid, |
|
| difforme, malade comme le serpent, qui |
|
| en temps convenable laisse, quitte, & se |
|
| dépouille de sa peau. Or comme l'eau |
|
| commune n'est plus eau commune imprégnée |
|
| du meilleur de ce qui a bouilli |
|
| en icelle, de même le (UO+) vulgaire n'est |
|
| plus dit (UO+) vulgaire, ayant attiré à soi le |
|
| meilleur des métaux parfaits avec lesquels |
|
| il a bouilli philosophiquement ou |
|
| sagement, & alors il adhère tellement |
|
| aux métaux dépouillés de leur ordure |
|
| qu'ils sont inséparables & dis encore, |
|
| que comme il est impossible que ce qui |
|
| a été tiré des matières qui ont bouilli |
|
| avec l'eau, puissent jamais être ce qu'ils |
|
| étaient auparavant, de même ce qui a |
|
| été tiré des métaux parfaits par le mercure |
|
| vulgaire ne peut jamais être remis |
|
| tel qu'il était, comme on fera de |
|
| l'or ou argent, qui auront été dissout |
|
| (comme on dit très-mal) par l'eau forte, |
|
| ou eau royale, ou esprit de sel & autres, |
|
| comme l'expérience montre: ce |
|
| qui se faisant par eux n'étant que corrosion, |
|
@
478
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | & non dissolution philosophique, |
| | ou réduction en première matière, |
| | qui est partie volatile, partie fixe, car |
| | ce mercure vulgaire imprégné des |
| | corps parfaits, qui paraît en ressemblance |
| | de poudre noire, impalpable, teignant |
| | les doigts en noir, qui s'en va par lavement |
| | d'eau claire, & qui blanchit le |
| | cuivre, qui ne s'en va que par le feu, mis |
| | sur le feu propre dans un creuset, une |
| | partie s'évapore, & l'autre partie se vitrifie |
| | & s'attache aux parois du dit creuset, |
| | & si on le met & évapore dans un |
| | matras, j'assure qu'il teint le bout du |
| | col du dit matras par où il passe de tant |
| | de couleurs, & si fort, qu'icelui bout |
| | ainsi teint refondu ne perdant aucunement |
| | lesdites couleurs, ressemble la |
| | plus belle opale qu'on puisse trouver, |
| | chose qui donne quelque contentement |
| | à l'artiste. |
@
479
| ------------------------------------------ | |
| |
|
| Athenagoras Philosophe Athé- | |
| nien L. 9. f. 346. du parfait | |
| amour, & nomme | |
| ceci fable. | |
| |
|
Pollon se présenta en place beau |
|
| ayant sa tresse blonde un peu |
|
| après je vis un Démon se montrant |
|
| sous un voile blanc, palpable ce |
|
| semblait, mais toutefois ne se pouvait il |
|
| arrêter: En moins de rien ce Démon |
|
| s'approchant d'Apollon, je ne sais quelle |
|
| illusion brouille mes yeux, car je perdis |
|
| de vue ce Dieu, & le Démon sembla |
|
| demeurer seul: Puis vint Vulcain |
|
| voulant, ce m'était avis, venger Apollon, |
|
| usant de grande violence contre |
|
| ce Démon, lequel ne pouvant supporter |
|
| cet effort, je fus étonné que je ne le |
|
| vis plus, & Apollon apparut comme |
|
| devant: je regardais fort attentivement |
|
| & observais de l'oeil autant qu'il m'était |
|
| possible, & néanmoins il m'était |
|
| impossible d'y remarquer aucune subtilité, |
|
@
480
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | ou tour de main, encore que cela |
| | se fit cinq ou six fois, car aussi tôt que |
| | Vulcain s'était retiré pensant avoir bien |
| | vengé Apollon, & l'avoir remis & rendu |
| | en première forme, ce Démon ne |
| | faillait à revenir, & se saisissant promptement |
| | de ce Dieu le rendait évanoui |
| | comme devant. Vulcain revenait derechef |
| | faisant pareils effets que la première |
| | fois; mon esprit était en grande |
| | peine voyant des actes si étranges. Or à |
| | la sixième fois & Vulcain & le Démon |
| | s'étant absentés, Apollon paru fort débile, |
| | encore que son teint ne fut diminué, |
| | & se plaignait fort d'avoir été corrompu |
| | par ce Démon. Le Démon non |
| | content de l'avoir tant tourmenté revint |
| | encore un coup amenant avec soi |
| | un sien compagnon, représenté avec un |
| | vêtement blanc, qui le couvrait entièrement: |
| | Ces deux envahirent ensemble |
| | Apollon, & le réduisirent à telle extrémité |
| | qu'il ne paraissait plus, & ce dernier |
| | Démon plus fort que l'autre, semblait |
| | paraître seul, Vulcain ne faillit à |
| | venir secourir le Dieu, & se montrant |
| | plus robuste contraignit ces deux Démons |
| | de gagner le haut, Apollon se montra |
| | tra |
@
CHAPITRE XVII.
481
| encore plus corrompu, qu'il n'avait |
|
| été, & ne pouvait plus se soutenir |
|
| demeurant toujours couché. Le médecin |
|
| le vint visiter, qui lui ordonna un |
|
| bain composé de certaines drogues nettoyées |
|
| de leurs immondices sablonneuses | Nutrition
|
| de bain devant un feu, fut oint Apollon | & dessiccation.
|
| par plusieurs fois, le séchant autant de |
|
| fois qu'on le frottait, puis fut remis en |
|
| bain fait des excréments de Bacchus |
|
| durant quelque espace de temps. Apollon |
|
| diminuait & se fondait en ce bain, |
|
| comme la neige au Soleil, & toute l'eau |
|
| du bain semblait que sa substance était |
|
| dissipée. Esculape fait écouler l'eau du |
|
| bain, laquelle il mettait à part, & lui |
|
| en re-baillait de pareille, le baignant ainsi |
|
| souventes fois, & quasi autant comme |
|
| il l'avait frotté, lavé, & séché de |
|
| l'autre. Apres pour le réchauffer, apposa |
|
| à ses eaux qu'il avait tirées du bain |
|
| un petit feu, au devant duquel l'humidité | laut**. |
| qui rendait Apollon tout mouillé s'évapora, |
|
| & étant sec il semblait encore |
|
| avoir été rendu plus débile par tous ces |
|
| bains, onctions, & lavements: je croyais |
|
| que tout était perdu, mais ce médecin |
|
| invoquant le fils de l'air, de la Lune que |
|
| Hh | |
@
482
HARMONIE CHIMIQUE| | |
| | je vis se présenter devant lui, icelui donna |
| | à Esculape du plus beau & plus précieux |
| | qui fut en lui, qu'il bailla soudain |
| | à avaler à Apollon, qui après cette prise |
| | sembla être ressuscité, reprenant un teint |
| | vif & beau à merveilles avec une telle |
| Projection. | plénitude de vie, que le communiquant
|
| | en tel état aux malades & décrépites, il |
| | les remet en meilleure disposition qu'ils |
| | n'avaient été. |
@
Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs, est en une des
vitres de la salle ou Ecole en Théologie des Cordeliers de Paris
aux pieds de Saint Thomas d'Aquin, il se trouve aussi à une des
murailles du cloître des Jacobins, & en une des vitres de la Chapelle
du lit S. Thomas, laquelle est en même Eglise audit Paris:
Il se voit encore dans l'Eglise des Carmes en la chapelle S. Michel
en quatre endroits de ladite chapelle, savoir sur la porte & sur
l'Autel, gravé de relief, & peint contre la muraille & sur la vitre
avec mêmes couleurs que les précédents, contenant & démontrant
tout ce qui est nécessaire à l'opération de ce qu'on nomme
Pierre Philosophale.
Cet Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs
est contre la muraille de la cinquième arche du
Cimetière saint Innocent, y entrant par la porte du
coté de la friperie allant vers celle des halles, il démontre
tout ce que Flamel a démontré & signifié
par toutes ses figures mises dans le même Cimetière
pour l'opération de ce qu'on nomme Pierre-Philosophale.
Ces figures se mettent à la fin du livre devant la Table.
@
T A B L E
D E S M A T I E R E S
C O N T E N V S
E N ce Traité.
A
Dam a appor- | que c'est 415
|
| | Ame de la pierre 166. com- |
| té la ma- | me est extraite de son corps
|
| tière de la | 207. 211. logée aux sourcils,
|
| pierre du | & la signification 109. l'âme,
|
| Paradis ter- | le levain & la forme est
|
| restre 37 | même chose 74 |
| l'Agent agit selon la forme | Ame du Soleil & de la Lune |
| du résistant. 197 | ne se tirent que peu à peu |
| Agent des minéraux. 38 | 181. |
| Agent & patient 145 | Ame & esprit comme se
|
| Airain d'Hermès 136.211. | joignent & en quel temps |
| Albar aeris 149 | 388 401. |
| Alchimie que c'est 403. | Amphithéâtre de Conrath
|
| Alliages à l'or & à l'argent | Lips, & l'Aureum Vellus
|
| par les orfèvres ou mo- | de Guillaume Mennens
|
| nayeurs 189 | improuvés, & pourquoi |
| Aludel 315 | 33. |
| Amalgame que c'est 77 | Animal grand que c'est 40. |
| 224. ou mis 151. 153. aman- | Années comme entendues |
| dement de toutes choses, | Hh ij
|
@
Table des Matières.
| 371. | diverses langues 65.80,129.
|
| Antimoine des Philosophes, | 282. 198. 317.
|
| quel. 213 |
|
| Argent & son prix ancienne- | B
|
| ment & maintenant 259 | Bain Marie & fumier de
|
| l'Argent & l'argent vif com- | cheval même chose. 314. |
| muns sont morts 217 | Baromets ou agneau vé-
|
| l'Argent vif a plusieurs & | gétable de Scythie. 301 |
| divers noms, & quels 69. | Beia & Gabriel. 136 |
| 80, 98 160. que c'est 185. | la Blancheur comme ad- |
| s'il est sale comme doit | vient. 311
|
| être épuré & nettoyé | Blancheur de Jupiter n'est |
| 190. des Philosophes de | la tant désirée. 306
|
| quoi fait 164. 165. comme | Brûler la matière comme |
| il agit 312. tiré des métaux | entendue, & pourquoi 70. |
| est inutile en cet art. 118. | 206. 235.
|
| Arsenic que c'est. 80 | C |
| notre Art n'a besoin de | Calcination que c'est. 226
|
| multitude de matière 81. | Crapaud au sein de la femme
|
| ne fait point la matière de | 286. 288
|
| la pierre 262. commence où | Centres différents en l'oeu- |
| nature laisse 240. purifie | vre. 405 |
| les métaux nommés im- | Cération. 295
|
| purs 161. imite natu- | Cerbère & sa bave. 350 |
| re & comment. 231 | Chaleur tempérée, & son
|
| Assation que c'est. 243 | opération. 338 |
| Assemblée ou mixtion est la | Charbon de montagne. 154
|
| première opération de l'ar- | Chacun engendre son sem- |
| tiste 70 | blable 119. 161. 168 |
| Aucun n'a jamais fait métal. | Chaux des métaux comme |
| 261. | entendue. 189. 314 |
| Autruche née en terre. 74. | Chélidoine, pourchaille, &
|
| Azoth & sa signification en | mercuriale matières de la
|
@
Table des Matières.
| pierre. 166 | servation. 75 |
| Chien & chienne 296. d' Ar- | la Couleur jaune est la fin |
| ménie. 136 | de la blanche & com- |
| Chybric que c'est. 344. | mencement de la rouge. |
| le Ciel est animé & son mou- | 25. 23. 34.
|
| vement est volontaire. 78 | le Cuivre doit être cuit jus- |
| Cimetière ou crible. 357 | ques à la noirceur & ses |
| Clef de l'art qu'est-ce 307. | noms. 69 |
| 238 | D
|
| la Coagulation comme fai- | premier Degré de l'oeuvre, |
| te. 299. 314. | second, troisième, &c. |
| faut Commencer la besogne | 228
|
| le Soleil étant au Bélier | Destructeur accompagne |
| comme entendue. 337 | chaque chose née. 319 |
| Comparaison de la matière | Destructeur de l'or co- |
| des Philosophes avec la se- | nnu du seul vrai artiste. |
| mence des animaux. 9 | 319. |
| le Composé que c'est. 290 | Dieu a tout fait de rien
|
| Composition quand nom- | (que de sa seule parole)
|
| mée. 243. | & les charlatans de tout |
| la Congélation & la solution | font rien. 28 |
| se font en même temps du | Dieu doit être invoqué |
| corps & de l'esprit.236.242 | par ceux qui cherchent &
|
| Corps sale & immonde que | désirent la pierre des Phi-
|
| c'est. 50 | losophes. 65 |
| les Corps doivent être ré- | Dieu seul crée l'or & l'ar- |
| solus en mercure par le | gent, & toutes autres cho-
|
| mercure. 193 |
|
| les Corps purifiés doivent | Dispositions du magistère |
| être mis dans le mercure | & les nombres. 226. 243 |
| mondifié. 203 | le Dissolvant communi-
|
| tout Corps tend à multipli- | que de sa propriété à la
|
| cation, génération & con- | chose dissoute. 132 |
| | Hh iij |
@
Table des Matières.
| Dissolution pourquoi ain- | mains. 74. brûle. 275. 24
|
| si appelée. 74.117 | Eau puante 136 |
| la Dissolution est le princi- | l'Eau dessèche avec la ter- |
| pe de l'art. 237. 247. | re. 383 |
| Divisible & indivisible que | Eau volatile pourquoi. 91.
|
| c'est. 119 | 314 |
| Dragon brûlant est le feu | Egypte & Perse nécessaires |
| contre nature. 335 | au parachèvement de la |
| Dragon dont extrait 312 | pierre comme entendu. 60 |
| queue de Dragon que c'est. | Electre. 281
|
| 288. 292. 298. 333 | Eléments comme entendus. |
| le Dragon ne meurt qu'a- | 283. comme convertis l'un
|
| vec son frère & sa soeur 135 | en l'autre. 244 |
| E | les Eléments des Chimi- |
| Eau bénite. 166. 309 | ques sont composés. 29. |
| Eau céleste ne mouillant | 140. 143
|
| point les mains 159 | Elixir se prend en diverses
|
| Eau du mercure. 274. 306 | façons. 83. 85. 130. 164 165. |
| l'Eau des Philosophes lave | 166. 202. 193. 311
|
| les saletés de la terre. 273. | Enfant naissant. 316.ingrat. |
| 278 | 111
|
| Eau de pluie. 293 | Erneth, que c'est. 80. 344 |
| Eau de vie & pourquoi 80. | 358 |
| 366 | l'Ecriture sainte où conte- |
| Eau dorée de quoi faite. | nue. 3 |
| 108 | l'Ecriture a trois sens ou |
| l'Eau & son opération. 2 I | intelligences, littéral, mo- |
| l'Eau est nommée air. 286 | ral ou allégorique, & ana- |
| l'Eau est un esprit purgeant, | gogique. 2.3 |
| & blanchissant les corps. | Ecume ou graisse de la ma- |
| 283 | tière. 319 |
| Eau marine. 319 | Esprit moyen, que c'est 379,
|
| Eau ne mouillant point les | & comme tiré. 231. |
@
Table des Matières.
| Ethelie. 210. 386 | le Feu peut être dit continue |
| l'Etude est fort recomman- | 334.
|
| dée en cette recherche. 68. | Feu seul sous la Lune quoi |
| 71. 101. 138. 208. 262. 320. | que visible est invisible
|
| 374 | & noms. 328 |
| Exaltation du Soleil. 216. | le Fils doit être nourri de
|
| Excrément ne se nourrit | sa propre & pure substance
|
| point. 180 | 281 Fils ingrat. 269 |
| Extraction de l'esprit du | Le fixe des Philosophes que |
| corps, que c'est. 227.233 | c'est. 11 |
| l'Extraction, la séparation, | Fleur d'or que c'est. 11
|
| & la nutrition de la matière | Fols comme doivent être |
| des Philosophes, sont ca- | traités. 65. 68 |
| chées, & le moyen de l'ap- | Forme des Philosophes, |
| prendre & découvrir. 10. | que c'est.36.74.155.228.306 |
| 11. 14 | Forme spécifique, que |
| F | c'est. 402 |
| lier les mains à la Femme | Fumier de cheval, & bain |
| à son dos. 286 | marie. 314 |
| Fermentation, que c'est.397 | G
|
| Feu d'amitié. 70. 145. 299. | Gabriel & Beya. 136 |
| noir, 154. vif.200.sec & hu- | 95. 297.
|
| mide. 135 | Génération de l'enfant 143 |
| Feux divers. 333. 337. pour | Génération & corruption, |
| l'oeuvre. 340 | 145. comme se fait. 338 |
| le Feu est nommé tout ce | en la Chasse de Sainte Ge- |
| qui fuit le feu. 338 | neviève de Paris, com- |
| Feu & soufre, même | bien il y a de l'or & de l'ar-
|
| chose. 262 | gent. 259 |
| le Feu lave.235.nourrie272. | Germe & son augmenta- |
| 293. 313 | tion. 154 |
| Feu lent & violent, leurs | Grain incombustible, que
|
| actions. 244. 248 | c'est. 57 |
| | Hh iiij |
@
Table des Matières.
| Graisse de la terre.159.210. | vérité, & la vie. 261 |
| 214.221.253.269.280. 319 | Jeunesse impatiente. 369
|
| 350. 368 | Ignorance de la composition, |
| la Graisse en combien de | dissolution & extraction.182
|
| temps est desséchée, & | 279
|
| comment ré-humectée. 329 | Imbibition de la noirceur,
|
| 333 H | comme faite. 284 |
| Hercule. 111 | Imprégnation & composi-
|
| Histoire d'un mélange | tion comme & de quoi
|
| d'argent limé avec le cina- | faite. 166. 292 |
| bre. 36 | Incération que c'est. 305 |
| Histoire d'un Parisien 275. | Ingrès, que c'est. 315 |
| autre histoire. 279 | Inspissation de quelque hu-
|
| Histoire d'un qui se vantait | midité, comme faite.315
|
| de réduire les métaux en | Intention invariable des |
| mercure, & attirer au dos | Philosophes, quelle. 305 |
| les anévrismes de la poi- | Isir ou Ysic. 305
|
| trine. 185 | L |
| Histoire mal-heureux. 63 |
|
| Homogénéité. 15. 35. 315 | Lait de la Lune, & lait du
|
| l'Homme est la minière de | Soleil différence avec aver-
|
| la pierre & comment. 72. | tissement. 317 |
| 73 | Lait virginal. 108. 111.283 |
| Humidité Physique propre | 313
|
| pour l'oeuvre. 217 | le Laton comme lavé & net-
|
| Huile des Philosophes. 90. | toyé. 282. 294. 317 |
| 183. 184.185.212.214. 271 | le Lavement des corps que |
| 274. 292 | c'est. 305. 313 |
| Huile des retenues, que | la Lecture recommandée. |
| c'est. 405 | 195. 197 |
| Huile incombustible & sa- | Levain du mercure para- |
| von des sages. 419 | chevant l'oeuvre. 172 |
| I | la Lie nommée terre ou |
| Jésus Christ est la porte, la | corps 313 |
@
Table des Matières.
| Limosité des métaux, quel- | Matière noire comme trai- |
| le. 214 214 | tée. 314 |
| Lion vert. 146. 358 | Matière qu'il faut prendre
|
| Liquéfaction vulgaire n'est | des métaux. 185 |
| la philosophique. 197 | la Matière tirée pour la
|
| un Livre éclaircit un autre | pierre a des marques, s'exha-
|
| obscur. 197 | le & se vitrifie mal condui- |
| un seul Livre n'apprend pas | te. 9 |
| tout ce qui est nécessaire | Matière subtile tirée de la |
| pour l'oeuvre philosophique. | masse & sa forme, fonde-
|
| 197 | ment de l'art. 5. 9. 15 |
| M | Médecine des Philosophes |
| tout le magistère de la pier- | qu'est-ce.130. de quoi fai-
|
| re en quoi consiste. 272. | te 160. de quoi produite. |
| 291 | 220
|
| Magnésie faite de plusieurs | Médecine du second ordre. |
| choses. 149. 189 | 418 |
| Marbre comme entendu. | une seule Médecine 90. 233
|
| 312 | 236
|
| Mariage de Gabriel, & de | Mercure animé, que c'est. |
| Beya. 161 | 173 |
| Masse & femelle, père & | le Mercure a divers noms. |
| mère, quels. 165 | 11. 74. 132 |
| la Matière des Philosophes | fix Mercures. 330
|
| n'est tirée des mines métal- | le Mercure cru dissout les |
| liques. 165 | corps. 177 |
| la Matière de la pierre est | Mercure double. 330
|
| une & de même chose, de | le Mercure est un feu brû- |
| vil prix. 74 | lant mieux les corps que le |
| la Matière des Philosophes | feu. 338 |
| de quoi & comme nourrie, | le Mercure fixe est l'oeuvre |
| & jusques à quand. 9. 137. | parfaite. 177 |
| 354 | le Mercure ne doit être |
@
Table des Matières.
| réduit en eau transparente, | taux, mais non les teintu- |
| & pourquoi. 240 | res comme entendu. 241 |
| le Mercure ne peut être | Nature s'amende en sa natu- |
| brûlé.129. & est mine par- | re. 81. 84. 156 |
| ticulière. 336 | Nettoiement de l'argent vif
|
| Mercure pourchaille, & ché- | 190
|
| lidoine matières de la pier- | 287.
|
| re. 166 | 314 |
| Métaux de quoi engendrés. | le Noir n'est point la saleté, |
| 214 | des corps desquels il est ti-
|
| Métaux malades comme | ré. 180 |
| guéris. 177 | Le noir se cueille dessus &
|
| Métaux préparés, & leurs | dessous la matière, & com-
|
| noms. 74 | ment. 184 |
| le Métaux pour être puri- | la Noirceur de la pierre, les |
| fiés requièrent plus que | signes & cause 13.16.17.52
|
| tout autre un esprit subtil | 65.69.70. 81.111.114. 191.
|
| & vif. 3. 4 | 194. 203. 215. 235 |
| Minéraux & leur abjection. | la Noirceur comme se blan- |
| 144 | chit. 273. pourquoi nom-
|
| aux Minières de l'argent vif | mée feu. 299 |
| ne se trouve aucun métal. | la Noirceur survenant à la |
| 285 | pierre est un très-bon si-
|
| la Mort comme chassée | gne. 377 |
| des corps. 285 | les Noms comme & pour-
|
| Mortification comme fai- | quoi donnés aux choses.
|
| te. 219 | 67. 73 |
| Mortification du mercure | Nourriture que c'est. 302.
|
| comme faite. 280 | 307. 319 |
| les Mots des Philosophes | O
|
| doivent être entendus.110 | Oeuf des Philosophes. 89.
|
| N | 98. 356
|
| Nature engendre les me- | Opérations diverses en la |
@
Table des Matières.
| pierre inutiles & nuisibles | & troisième. 208. 212. de
|
| & comme entendues 223. | trois jours. 417 |
| 2 9 237. 247 | P
|
| toutes les Opérations peu- | la Paix des matières Philo- |
| vent être mises en cinq | sophales, c'est à dire, com-
|
| classes. 155 | posantes l'oeuvre comme |
| l'Opération seule apprend | faite 198 |
| l'art. 227 | Parties semblables & dissem-
|
| Opinions diverses des Phi- | blables comment se multi-
|
| losophes sur le principe des | plient, ce qui est à noter.
|
| choses. 139 | 232 |
| Or, argent, & argent vif, | la Pâte des Philosophes |
| quand sont dits être vifs ou | doit être desséchée, & com-
|
| Soleil, Lune & mercure.190 | ment. 319 |
| Or, argent & mercure sont | la Patience est requise en |
| le commencement de l'oeu- | cet oeuvre. 143.308.318.369
|
| vre. 70 | Père & mère de la pierre,
|
| l'Or des Philosophes, quel | quels. 166 |
| 117. 174 | les Philosophes ont décrit |
| Ordre troisième en notre | diversement, & pourquoi. |
| ouvrage. 372 | 232. 238 |
| Or & ses noms. 74. 81. 90. | les Philosophes parlent
|
| 145. & sa valeur. 259 | par figures. 38. 48. 100 |
| l'Or & l'argent & leur de- | Pierre bénite. 166
|
| struction. 226 | la Pierre des Philosophes |
| l'Orpiment est la clef de la | de quoi composée. 14.17.22.
|
| science. 80 | 23. 35. 48. 53 |
| Or potable. 58. 90 | la Pierre des Philosophes
|
| l'Or vulgaire est impur, | a plusieurs noms, voire
|
| sale, moribond, stérile.217 | nommée du nom de toutes
|
| l'Ouvrage des Philosophes | les choses du monde, &
|
| comme parachevé. 94. 183. | pourquoi.1 5.14.15.16.21.25 |
| 208. 312 | 29.34.39.55. il n'y a donc
|
| Ouvrage premier & second, | aucun nom comme vin
|
@
Table des Matières.
| aigre très-fort.17.19. 36. | de la pierre que c'est. 216
|
| 57.66. soufre, animale, | aux Prêtres anciennement |
| végétable, minérale, gom- | combien ordonné pour
|
| me, mercure, nuée, trouvée | leurs vivres.
|
| par tout, pauvres & ri- | Préparation des corps, quel- |
| ches l'ont, qu'on ne le | le. 212. 276 |
| trouve dans ce traité. | Principes & éléments com- |
| une seule Pierre des Philo- | me diffèrent 140. 145 |
| sophes. 220 | Principes ou éléments de
|
| la Pierre des Philosophes | l'Art, quels.171 278. 221
|
| se parfait d'elle même, & | Prix de l'or & de l'argent en |
| comment. 224. 230 | l'année. 1242. 1465. & à |
| la Pierre en sa Composition | présent. 259 |
| a besoin de deux substances | Purification du Soleil, Lune |
| crues, 5. 8. 9. 130 | & eau de vie. 170 |
| la Pierre est nourrie du seul | la Putréfaction des Philo- |
| feu. 272. 273 | sophes n'est point sale, & |
| la Pierre est super-naturelle | que c'est. 386 |
| & comme. 33. 76 | Pyraustes, mouches s'engen-
|
| Pierres mortes. 129 | drant & nourrissant au feu |
| Pierre première. 356 | 275 |
| la Pierre que c'est. 79 | Q |
| Plaisante joie que c'est.171 | la Quadrature du cercle |
| Plomb des sages. 69. 387 | 28. 63. 205. 320 |
| Poudre des Philosophes. | Quantité de l'eau sur les |
| 270 | corps pour les dissoudre.191
|
| la Poudre sèche & noire | Queue de Dragon. 125. 333
|
| comment arrosée, & jus- | Quintessence que c'est. 77
|
| que à quand. 3 6 | R |
| Pourchaille, mercuriale, & | R Ebis que c'est. 130 |
| chélidoine, matières de la | Rechercheurs impa-
|
| pierre. 166 | tians à l'étude. 319 |
| Pourriture & mondification | Réduction à la première ma- |
@
Table des Matières.
| tière comme entendue. 228 | des impures, pesantes & lé-
|
| un seul Régime. 233 | gères. 192 |
| Réitération de mêmes cho- | Séparation des éléments inu- |
| ses pourquoi. 296 | tiles.178. comme entendue. |
| Rosée de Mai que c'est. 170. | 248
|
| 273 | Séparation que c'est. 149
|
| Rouillure est nom feint. 69 | Serpent horrible tué par |
| S | Hercule. 111 |
| les S Ages ont divers noms | Serpent Python tué par A-
|
| selon les diverses ré- | pollon. 317 |
| gions, comme Mages, Prê- | Soleil exalté. 215
|
| tres, Gymnosophistes, | le Soleil, la Lune & le mer- |
| Druides. 4 | cure des Philosophes ne sont |
| si Salomon a eu la pierre.33 | les communs. 22.49.81. 90
|
| Sangsue Philosophique que | Solution du corps se fait |
| c'est, & pourquoi. 70. 71 | peu à peu. 181. 231. 312 |
| la Science comme acquise 3. | Sophismes des Philosophes.
|
| pourquoi cachée. 91 | 384. |
| chaque Science a ses noms | les Sophistes s'amusent aux |
| propres. 92 | noms & non à la matière.2 |
| Secret de l'Art en quoi gît. | Soufre des Philosophes de |
| 136.146.191.211. 213. 316. | quoi fait. 160. 176. 200. |
| Sel alcali. 154 | 206. 299 |
| Sel de nature. 159 | Soufre & feu même cho-
|
| Sel fusible. 3. 419 | se. 262 |
| le Sel n'a rien de commun a- | Soufre rayonnant. 194
|
| vec la pierre. 196 | Sperme des Philosophes quel
|
| Semence animale ou de l'ho- | 214.
|
| me que c'est. 180. 196. | Sublimation que c'est. 225. |
| Semence conçue, nourrie, | 227. 229. 239. 241. 244
|
| & parfaite par le feu.11.13 | Superfluités en la pierre |
| Semence féminine. 274 | q'est ce. 14. 95. 200.217 |
| Séparation des parties pures | 219. 221.
|
@
Table des Matières.
| T | Toute chose qui est sous les |
| T Aureaux ne jetant que | Cieux est brûlable & vola- |
| feu. 117 | tile hormis l'or & l'argent. |
| Teinture que c'est, 130.204. | 132
|
| 232. 270. 277 | Toute chose se détruit par |
| Temps divers comme en- | le même moyen qu'elle se
|
| tendus. 365 | fait. 226 |
| Temps du parachèvement de | la Trituration comme faite. |
| l'oeuvre. 163 | 231 |
| Terre blanche & terre rouge | V
|
| 35. 36 | V N seul vaisseau, 213. |
| Terre comme préparée. | comme entendu. 154 |
| 282. 285 | un Vaisseau, un fourneau, & |
| Terre foliée pourquoi.72.73 | une disposition comme &
|
| 272. 284 | en quel temps s'entendent.
|
| Terre morte. 362 | 356 |
| la Terre ne germe point sans | Vapeur & eau seuls en no- |
| assidue arrosement 278 | tre oeuvre. 210 |
| la Terre noire jusques à quand | 131
|
| imbibée. 310 | Victoire nom de la pierre.
|
| la Terre prise en deux fa- | 211
|
| çons. 283 | Vieillard avale l'or & l'argent
|
| Tête de corbeau. 70. n'est | 160 |
| d'impureté. 386 | Vinaigre. 308 |
| Thelesme que c'est. 91 | Vinification de la matière.
|
| Thésée sème les dents du | 179. 344
|
| serpent. 317 | tout Vivant a une foi à sa
|
| Toile d'araignée nageant | mode. 20
|
| dessus la matière.155.153 | Usifur que c'est. 75
|
@
Privilège du Roi.
L Ouys par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre, A nos amez & feaux Conseillers
les Gens tenans nos Cours de Parlemens, Maistres
des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans, & autres
nos Iusticiers & Officiers qu'il appartiendra,
Salut: Nostre cher & bien amé Melchior Mondiere
Marchand Libraire & Imprimeur de nostre
Ville de Paris. Nous a fait dire & remonstrer qu'il
a recouuert vn Liure intitulé
Harmonie Mystique
ou accord des Philosophes Chymiques auec les Scholies,
sur les plus difficiles passages des Autheurs y alleguez,
&c. composé par DAVID LAIGNEAV Nostre Medecin
ordinaire, lequel il desireroit imprimer ou faire
imprimer, vendre & distribuer, pour cet effext
nous a faict supplier, luy vouloir accorder nos lettres
requises & necessaires, desirant le fauorablement
traiter: A CES CAVSES luy auons permis &
permetrons par ces presentes d'imprimer ou faire
imprimer, vendre ou faire vendre durant le temps
de douze ans ledit Liure, à compter du iour qu'il
sera acheué d'imprimer pour la premiere fois, en
telle forme, volume & caracteres que bon luy s'emblera,
pendant lequel temps faifons tres-expresses
inhibitions & deffences à toutes personnes de l'imprimer,
faire imprimer, vendre & distribuer sous
@
Privilège du Roi.
quelque deguisement ny pretexte que ce soit sans
le consentement dudit exposant, à peine de trois
mil liures d'amande, moitié à nous, l'autre moitié
enuers la partie, de confiscation desdits liures, &
tous despens, dommages & interests, à la charge
que ledit exposant sera tenu en mettre trois
emplaires; sçauoir deux en nostre Bibliotheque
& le troisiesme de nostre tres-cher & féal le sieur
Seguier Cheualier Chancellier de France, auant que
l'exposer en vente, à peine d'estre décheu du Priuilege.
SI VOVS MANDONS que du contenu en ces
presentes vous ayez à faire iouyr & vser le dit exposant,
& ceux qui auront charge de luy, sans souffrir
qu'il y soit troublé: & qu'en mettant au commencement
ou à la fin dudit Liure ces presentes
ou vn bref extrait d'icelles, voulons qu'elles soient
tenuës pour verifiées. Car tel est nostre plaisir.
Donné à Paris le I. iour de Septembre l'an de
grace 1636. & de nostre regne le vingt septiesme.
Par le Roy en son Conseil.
Signé R E N O V A R D.
Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 12.
Septembre 1636.
@
Signes de Chimie.
1
-
Antimoine. 2
-
Huile. 3
-
Tartre. 4
-
Sel. 5
-
Amalgame. 6
-
Nitre. 7
-
Pierre. 8
-
Prenez. 9
-
Soufre. 10
-
Poudre. 11
-
Vinaigre. 12
-
Eau forte. 13
-
Alambic. 14
-
Creuset. 15
-
Eau-de-vie. 16
-
Eau régale.