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Page

Réfer. : 1308A .
Auteur : Lagneau, David.
Titre : Harmonie Mystique.
S/titre : ou Accord des Philosophes....

Editeur : Melchior Mondiere. Paris.
Date éd. : 1636 .
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H A R M O N I E
M Y S T I Q V E,

o v
ACCORD DES PHILOSOPHES
Chymiques, avec les Scholies sur les plus difficiles
passages des Autheurs y allegués, desquels
les noms sont és pages suiuantes.

Le tout par LE Sr L A G N E A U d'Aix en Prouence,
Conseiller & Medecin ordinaire du Roi.
Traduit par le Sr VEILLUTIL.

Celuy qui connaist le consentement & accord des Philosophes,
traictant de cette partie, jouïst d'un admirable
contentement, & plusieurs sont plustost menés par
opinion aveugle, que par l'étude de la verité.

Turpe enim difficiles habere nugas,
Et vanus labor est ineptiarum.

pict

A P A R I S ,
Chez MELCHIOR MONDIERE, en la Cour du
Palais près la Chapelle Sainct Michel joignant
le bastiment neuf du Thresor.
--------------------------------------
M. DC. XXXVI.

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@

pict

A M O N S I E U R R. S. D L.
M. C. D. R. A P. D. D, très-
cher & parfait Ami, son très-humble
serviteur L. S. D. V. S. T. H.
lui donne,

pict O N S I E U R,


Je ne m'étais pas proposé
de mettre mon travail entre les mains
d'aucune personne, mais seulement
de la laisser aller à l'aventure, sous
la protection de mon ami, que je
n'entendais être autre que celui qui
aurait la connaissance de la vraie
Philosophie. Vous avouant fort librement,
à ij

@


qu'encore que j'aie fait divers
voyages en Suisse, en Allemagne,
parcouru toute la France, & plusieurs
autres contrées pour trouver quelqu'un
avec lequel je pusse conférer de notre
très excellente science, je n'ai jamais
trouvé personne qui en eut le moindre
rayon de lumière; ne pouvant pas dire
comme Trévisan, d'en avoir vu jusques
à quinze qui en avaient l'entière
connaissance. Mais Dieu qui m'a fait
la grâce de vivre jusques à soixante &
dix ans (lesquels il augmentera de tel
nombre qu'il lui plaira) après m'avoir
comblé de sa miséricorde, m'a encore
fait cette faveur, que de vous susciter,
afin que j'eusse la satisfaction de discourir
de la plus haute science (qui soit après
la sainte Théologie) avec un homme
qui la possédât aussi bien que moi; & savourer
à longs traits le plaisir qu'il y a

@


dans cette sainte cabale, dont nos auteur
font tant d'état. La curiosité a
porté diverses personnes à prendre la
peine de me voir, & m'entretenir de
tout ce qu'ils avaient dans leur arrière
boutique, que e n'ai trouvé remplie que
de fumée inutile, laquelle en a fait mourir
quelques uns ignominieusement nonobstant
la grandeur de leur maison; mis
des autres dans le pendant du même
précipice, & fait voir aux autres que
leurs dépenses ont été très-vaines,
puis qu'ils n'ont eu que du vent. Sans
doute qu'ils auraient évité ces malheurs
& les uns & les autres, s'ils eussent comme
vous feuilleté attentivement les bons
livres, été curieux d'en avoir plusieurs,
afin d'avoir intelligence des uns par les
autres, s'ils eussent considéré leurs paroles,
& non pas les prendre à la lettre:
Mais tout au contraire ils ont méprisé
à iij

@


leurs maîtres & taxé d'ignorance,
laquelle néanmoins n'avait pour fondement
que leur stupidité & aveuglement.
Vous me fîtes bien comprendre
que vous n'étiez pas de ces chercheurs
de recettes, lors qu'étant entré
dans ce discours vous me dites que cette
sorte de gens fuyaient ce qu'ils pourchassaient,
& qu'un de nos auteurs
appelait de fort bonne grâce des trompeurs
toux ceux qui se mêlaient d'en
donner en changent la première lettre
de leur besogne qui est R. en un D. si
bien qu'au lieu de dire recipe on devait
dire plus véritablement decipe. La
suite des conférences que j'ai eu l'honneur
d'avoir avec vous, m'ont confirmé
dans la croyance que j'avais de votre
esprit & de votre intelligence sur le
sujet de notre oeuvre: Et sur tout lors
que croyant de vous découvrir les deux

@


points cachés, d'abord que vous les vîtes
à travers d'une nue vous me fîtes
un discours qui ressentait ce Calaziris
grand Prêtre d'Egypte qui fait là
meilleure partie de la mystérieuse histoire
d'Héliodore. Vous me dites que les
Philosophes Chimiques s'accordent en
une seule matière, un seul vaisseau, un
seul feu, & une seule opération, & que
la diversité des noms ne fait pas que la
chose soit diverse; mais que leur intention
n'ayant pas été de découvrir une
chose si aisée, & si facile à toutes sortes de
personnes; ils ont parlé de la sorte pour
la cacher autant qu'il leur a été possible,
de crainte qu'elle ne tombât entre
les mains des personnes ignorantes &
méchantes, laissant à Dieu seul de révéler
ce grand secret à qui on lui semblerait:
Etant bien assurés pourtant
de n'avoir point parlé si obscurément,
à iiij

@


que les véritables enfants d'Hermès ne
vissent très clairement dans leurs écrits.
Nonobstant ce discours je croyais
vous apprendre quelque chose dans
l'Amphithéâtre de Kunrath, & je vous
y trouve consumé, aussi bien qu'à découvrir
la vérité du songe simulé de Poliphile,
à donner des explications aux
hiéroglyphes qui y sont en divers endroits
beaucoup meilleurs que celles qui leur
ont été données par ceux qui ont traduit
cet auteur: Et à voir clairement
quelles cendres reposent dans les sépulcres
qui se trouvent relevés dans son
livre. C'est grande merveille, qu'en un
si jeune âge que vous êtes, vous soyez
si vieil en une science la plus haute, plus
excellente, plus mystique & cabalistique
qui soit au monde; à l'exclusion
pourtant de la sainte Théologie.
Faut que je vous avoue, Monsieur

@


que cela m'a ravi, & fait changer de
résolution, vous voulant présenter &
donner mon travail, duquel j'avais jugé
incapables tous ceux de ma connaissance
pour n'y pouvoir rien comprendre.
Vous êtes le seul qui pouvez dénouer
les noeuds qui ne sont gordiens qu'en apparence,
je suis fort assuré que vous
n'y trouverez rien qui choque votre
sens, ni qui contrarie les opinions de
tous nos bons auteurs. J'ai été d'autant
plus convié à vous bailler mon ouvrage
que j'ai su que vous connaissiez
Laigneau (auteur de l'Harmonie que
j'ai traduit de Latin en Français, & éclairci
les passages les plus obscurs) avec
lequel vous ferez, s'il vous plaît, ma
paix, si le fortune il est en colère de ce
que j'ai entrepris de faire ce qu'il avait
promis, & qui était demeuré sans effet,

@


jusques à présent. Vous jugerez
facilement, Monsieur, par le travail de
Laigneau et le mien qu'un seul livre
suffit pour la recherche, connaissance, &
jouissance de ce qu'on appelle, pierre des
Philosophes, pourvu qu'il soit lu avec
une attention, méditation & spéculation
telle qu'elle est nécessaire pour une
si haute & relevée besogne, par le moyen
de laquelle on aura en horreur tous
ces bailleurs de recettes comme n'approchant
du tout point la nature ni
dans leur matière, ni dans leur opération,
pour arriver au but auquel ils
dirigent leur ouvrage. Je réputerai
tous-jours pour le plus heureux jour de
ma vie celui qui m'a fait avoir
l'honneur de votre connaissance, &
prierai Dieu du meilleur de mon coeur
qu'il lui plaise vous combler de ses

@


bénédictions, & me faire la grâce
vous témoigner avec effet que je
suis,

M O N S I E U R,



De Paris ce 20. Août
1636.

Votre très-humble & très
obéissant serviteur
VEILLUTIL.

@
@

pict

L E T R A D U C T E U R
Scholiaste à son ami désire
toute prospérité.

pict E ne me mets point sous vos
ailes, & ne vous appelle point
pour prendre l'écu pour la défense
ni l'épée pour l'offense, les corbeaux
& les chiens ont permission de
croasser & d'aboyer, les souffleurs,
charbonniers, abuseurs, charlatans vendeurs
de fumées, de recettes, de blancs
de rouges, tiercelets, cent pour cent, cinquante
pour cent, extracteurs de mercure,
de métaux, forgeurs de divers vaisseaux,
fourneaux, bâtisseurs de potence,
échafauds & semblables lieux infâmes
où ces canailles s'enlacent après s'être
abusés & avoir abusé plusieurs peuvent
débagouler à leur saoul, grande est la
Diane des Ephésiens, ce livre nous décrira,
nous découvrira, & nous ôtera

@


notre gagne-pain, & montrera que nous
n'enfanterons qu'une malotrue souris,
certes si je pouvais, ou je les redresserais
tous & ferais en ce faisant de grandes épargnes,
ou n'en pouvant venir à bout
je les ferais sécher au Soleil le jour, & rafraîchir
à la Lune: Or , Monsieur mon
ami, l'ignorance de plusieurs cause leur
bêtise, & leur mauvaise âme les précipite
dans le labyrinthe, d'icelui dans le désespoir,
de là dans la mer d'angoisse, & enfin
dans l'abîme: votre inclination à
cet étude & désir le plus haut & sublime
qui soit au monde & le plus assuré,
& qui requiert plus la bénédiction de
Dieu après l'Ecriture sainte, pour discerner
le vrai du faux, & le droit du sens
qui lui est contraire, m'a tiré l'oreille &
comme contraint de vous mettre cette
pièce entre les mains pour vous montrer
le vrai & salutaire chemin, vous faire
voir & reconnaître les pas de ces faux sacrificateurs,
qui passant par la porte
cachée, mangeaient les viandes & breuvages
mis au devant de ce grand Bel Babylonien.
Considérez, Monsieur mon
ami, les détours, les dédales & la variété
des chemins bordés & jonchés

@


de bourses vides, de fourneaux, de
vaisseaux de terre, de métaux & de verre.
Relisez la variété & grand nombre
des recettes, variétés d'opérations, variété
& quantité des matières tirées des
animaux, végétaux & minéraux, &
puis jetez les yeux (accompagnés de
l'entendement illuminé du vrai Soleil
d'en haut) sur cette pièce que je vous
présente, comme un don sacré, & vous
verrez qu'elle s'accorde autant avec
tous ces ignorants & leurs ouvrages comme
le ciel avec un crapaud, la vérité est
une sans variation, & ne cherche aucune
cachette, ne demandant ni bravade, ni
fard, elle étant vraie fille du ciel, au
contraire le mensonge mère d'erreur
cherche la bravade, la subtilité, les abus
& en fin les cachettes, d'où aveuglée se
précipite à la mort honteuse: Puis que
vous connaissez toutes ces choses
& en êtes désabusé par une spéciale
grâce d'en haut: essayez de redresser vos
amis par la lecture des bons auteurs
lesquels quoi qu'ils semblent variables
en mots ne le sont pourtant comme
vous voyez à présent & si vous jugez
par la *mûreté de votre jugement être

@


nécessaire de les arracher des pattes de
l'erreur, montre leur l'ordre le plus
convenable, gardant toujours à vous
les deux points; lesquels il n'est permis
déclarer à chacun, & sans lesquels âme vivante
ne peut voir la fin désirée, ce sera
assez si me semble de les ôter hors d'erreur
& les ramener à la prière à Dieu, & méditation
des oeuvres de nature, principalement
de celle par laquelle l'animal
est engendré, nourri dans la matrice,
sorti d'icelle, & alimenté & élevé, par
après chaque chose engendre son semblable,
non prenant ce de quoi cette
chose est engendrée, mais ce qui est produit
d'icelle, vivez contant & sobre en
vos discours, & Dieu vous face la grâce
de voir la fin de votre entreprise, &
après une longue & heureuse vie la joie
& possession de son Royaume céleste
par l'intercession de son Fils notre seul
& unique Rédempteur médiateur & intercesseur,
Amen.

@

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A U L E C T E U R.
pict I tu es autant ami de la vérité,
comme je suis ennemi
du mensonge, tu seras studieux
des bons auteurs
traitants de notre Philosophie,
de laquelle la fin est d'avoir la
pierre qu'on nomme communément
philosophale, & fuiras l'abouchement &
conversation de tous charlatans, coureurs,
souffleurs, compositeurs & vendeurs
de recettes, extracteurs d'argent
vif, congélateurs, fixateurs, teinturiers,
tire-poil, & semblables prometteurs
& faussaires, qui en pipant les trop
crédules, ne traînent après eux qu'une
corde une honte, ou une misérable vie:
Que si tu me crois tu feras bien, autrement
la repentance te suit: Or par les
dix sept chapitres qui sont ci après (par
le moyen desquels je pouvais faire un
gros volume, & que je n'ai voulu pour
ne t'embarrasser) tu apprendras à savoir
par le Premier, que par la diversi- 1
té des noms, la matière n'est diverse,
qu'icelle est donnée, ou pour sa forme
accidentelle ou essentielle. Par le Second
@


2 chap. tu apprendras qu'il n'y a
qu'un seul chemin, & un seul moyen
pour avoir cette pierre ou médecine,
quoi que ces clabaudeurs de souffleurs
ignorants aboient & jargonnent, &
par le troisième tu auras l'ordre & le
3 nombre, les matières & le nom de celles,
desquelles tu as besoin de travailler
pour te produire la matière, sans laquelle
rien en cet ouvrage ne peut être fait;
& comment cet un doit être retiré, te
4 seras appris dans le chapitre Quatrième:
ET d'autant qu'il y a en cette matière retirée
quelque chose superflue, le Cin5
quième chapitre enseigne le moyen
6 d'y remédier: par le Sixième tu apprendras
que toutes les opérations mentionnées
en tous les auteurs peuvent être
réduites à cinq, qui sont composition,
digestion, extraction, nutrition & fixa7
tion. Par le Septième tu apprendras que
ce qui est extrait qu'est poudre noire
ou de couleur quelque fois de brique,
impalpable, onctueuse & aucunement
puante & amère doit être nourrie, & de
8 quoi & comment; le Huitième t'apprendra
quel feu t'est nécessaire. Le
9 Neuvième, quel vaisseau te faut avoir:
@


le Dixième te montrera le temps durant 10
lequel te faut travailler avec patience,
& durant ce travail tu verras par les
couleurs qui surviendront si tu es au
bon chemin déclarées au Onzième cha- 11
pitre: le Douzième t'enseignera le moyen 12
de fixer cette matière volatile: le Troi- 13
sième, comme tu la multiplieras pour
ne te remettre à la recommencer: le
Quatorzième, comme tu éprouveras si 14
elle est bonne, parfaite ou parachevée
le Quinzième t'apprendra le moyen de 15
t'en servir pour purifier les métaux nommés
impurs & imparfaits: Le Seizième 16
te montrera, que l'argent vif & le soufre
des Philosophes ne sont ceux du
commun: mais toute autre chose, & ce
que par iceux il faut entendre: par le
Dix sept tu verras comme il faut enten- 17
dre la contemplation & conjonction
des astres & planètes, & s'il est possible
d'entendre & expliquer tous les énigmes
& façons obscures, desquelles les
anciens se sont servis en écrivant de
cette science, & te jure que ce labeur &
accord est si pénible, qu'il n'y a personne
qui l'ait entrepris qui en soit peu venir
à bout: Jouis en donc à ton contentement,
@


car il n'y a rien de caché, ni à désirer,
vrai est que l'extraction & dissolution
ou nutrition du noir sont deux
opérations, lesquelles demandent la
vue de l'opération, mais si tu lis tout ce
discours attentivement, & le relis avec
méditation, tu y pourras parvenir, étant
ces deux points faciles à faire à qui les
entend: mais très-difficiles, mêmes aux
plus exercés: Que si Dieu te fait la
grâce de les trouver, le reste n'est rien par
manière de dire: Loue le dont & le remercie,
& que ta joie soit intérieure, &
soit en travaillant, soit en jouissant de
ta moisson sois secret, & t'en sers à l'honneur
& louange de celui qui t'aura ouvert
les yeux, & aiguisé l'entendement,
& à la consolation des pauvres membres
de Jésus-Christ, qui nous doit tous juger
en son second avènement, lequel
adviendra, quoi qu'il tarde, au temps
déterminé dès la fondation du monde.
Voila Lecteur ce que je t'ai voulu dire.
AV
@

I

pict

L'H A R M O N I E
C H Y M I Q U E.
D E S N O M S DE LA
PIERRE PHILOSOPHALE.

CHAPITRE PREMIER;

T E X T E.

pict ES Sages ont donné plu- Isaac.
sieurs noms à la Pierre. Car
après avoir tiré hors la matière
de la Pierre, & icelle
rendue subtile & spiritueuse,
ont dit cette matière vile (de peu de valeur)
l'ayant sublimée, l'ont nommée Serpent &
bête venimeuse; l'ayant calcinée l'ont nommée
Sel, & des noms de même effet; l'ayant
dissoute, l'ont nommée Eau, & qu'elle se trouvait
par tout: l'ayant réduite en Huile l'ont
appelée chose visqueuse, & se trouve en tout
A
@

2 HARMONIE CHIMIQUE
lieux à vendre: l'ayant congelée la disent
Terre, laquelle pauvres & riches ont: & l'ayant
blanchie, l'ont nommée Lait virginal, &
du nom de toute blancheur: l'ayant élevée à
la rougeur, a été appelée feu, & du nom de
toute rougeur. Et pour conclusion, cette matière
a changé de nom à mesure qu'elle changeait
de nature, jusqu'à tant qu'ayant acquis
la perfection elle a été fixe. Isaac Holland.
L'intelligence l. I. c. 126 des opérations Minérales.
de cette
science est Scholie ou brève Exposition.
Cabalisti- pict A L I E N remarque que tandis que les
que, il le Sophistes débattent des noms des choses,
xxxxxx qui le temps se perd, & l'ignorance de
xx du sens, ce qu'on cherche demeure, c'est la
voila pour- cause pourquoi il souhaitait que les choses
quoi les au- pussent être communiquées & entendues sans appellation,
teurs disent pour ôter par là l'occasion aux Sophistes
qu'il faut & contentieux (qui ne s'arrêtent qu'à l'écorce des
avoir un ju- mots de tirer incessamment comme ils font, la
jugement pro- vérité en des controverses douteuses, qui ne
fond pour nous produisent en fin autre chose qu'une irrésolution
entendre & incertitude: Car il n'y a rien qui embrouille
leurs écrits & obscurcisse plus une connaissance
qui ont une que ces vaines & inutiles disputes de ces noms,
chose en l'é- qui ont poussé la plus part des gens doctes en desx
corce d'une très-enveloppés labyrinthes d'erreurs. Or plusieurs
autre au écrits ont été faits de telle façon, qu'en
dessous, d'aucuns on y trouve de trois sortes d'intelligences,
voire un autrement sens. Le Premier desquels com-
dans la
nouvelle.
@

CHAPITRE I. 3

me la peau & l'écorce est connu & entendu d'un
chacun, & est nommé Littéral. Le second &
Moral, ou Allégorique, & est comme la chair
couverte de la peau, néanmoins percevable de
celui qui regarde dedans; & le sens Anagogique &
Divin, est comme les os les plus cachés, couverts
de chair & de peau, & pleins de moelle.
Ceste sorte & façon d'écrire a été mise en usage
de toue temps par les plus doctes, & non seulement
l'écriture, mais même la façon de parler
& sans m'arrêter à en chercher des exemples
toute la sainte Ecriture en est pleine, & notre
Seigneur Jésus Christ ayant parlé obscurément
au peuple, dit à ses Disciples, c'est à vous auxquels
appartient d'entendre le mystère du Royaume
des Cieux.
Apres la Sainte Ecriture contenue aux livres
Canoniques du Vieil & Nouveau Testament, il
n'y en a aucune autre sous laquelle pour avoir
le secret, il faille plus bander l'esprit qu'en celle-là
ou la purification des métaux est décrite,
& qu'on appelle communément la Pierre
des Philosophes, témoin le Texte ci devant,
lequel nous commencerons d'éplucher & apprendrons
ce que nous ignorons, ou par autrui
qui nous montre le moyen & le chemin, soit
par parole, soit par signe; ou par nous mêmes
seulement méditant ou ratiocinant sans aucun
maître; & l'une & l'autre sont données par la
Nature & aidées par l'art & la méthode, & ne se
faut étonner si peu de gens profitent en la lecture
des livres, voire mêmes si plusieurs les rejettent,
puis que plusieurs rejettent la lecture de
A ij
@

4 HARMONIE CHIMIQUE
la Sainte Ecriture, pour ce, disent-ils, que plusieurs
en abusent, comme du son des cloches, plusieurs
même d'iceux aimant mieux disputer opiniâtrement,
voire même de ce qui ne tombe point
sous les sens ou raison pour être très simple, que
de se rendre, & donner les mains à la vérité.
Les Sages, ce mot ne s'entend pas de tous ceux
qu'on estime sages, mais de ceux qui par l'étude
& la conférence qu'ils ont eue avec plusieurs
doctes, ont acquis la science & connaissance de
plusieurs choses grandes & admirables, desquels
George Venetus de Harmonia Mundi 1. 4. c. 9.
dit, ceux qui sont nommés Mages ont premièrement
étudié en la Médecine pour apprendre
& savoir que c'est qu'il convient à chasser la
colère, le flegme, la mélancolie, ce qui est
propre à tempérer le coeur, le foie , l'estomac,
& telles autres parties, & à fin de le faire mieux,
ils y ont ajouté l'Astronomie, estimant que
les infirmités & les natures de herbes des racines,
& des autres choses médicinales se pouvaient
seulement juger par les Planètes & Etoiles
à qui elles conviennent. Or ceux que les Perses
nommaient Mages, les Egyptiens les nommaient
Prêtres, les Indiens Gymnosophistes, les
Gaulois Druides, & les Grecs Sophos, que les
Latins disent Sapiens, & les Français Sages, c'est
donc de ces Sages que notre Auteur entend
ici, lesquels écrivant d'une science la plus haute
(après la connaissance de Dieu) qui puisse
être puis que celui qui l'a acquise n'a rien plus
à désirer en ce monde, faisant litière de toutes les
richesses qui y sont, en écrit avec telle retenue
@

CHAPITRE I. 5

qu'il veut allécher les vraiment doctes &
sages à la recherche d'icelle, & r'envoyer les ânes
aux chardons, donc ces Sages ont donné plusieurs
noms à la Pierre.
Notre Auteur se sert de ce mot de Pierre,
pour être celui le plus commun, & reçu de
tous les autres Sages qui appellent Pierre tout
ce qui ne s'en va point au feu: or notre Pierre étant
parachevée, ne peut être en façon du monde
altérée, par quoi que ce soit ni simple ni
composé, mais il semble, & y a quelque apparence,
qu'il n'entend pas ce mot de Pierre par
cette perfection, puis qu'il dit.
Apres avoir tiré la matière de la Pierre, &
icelle rendue subtile & spiritueuse, on dit cette
matière vile. Car si elle est parfaite, il s'ensuit
qu'elle ne souffre plus augmentation ni diminution,
si donc de cette Pierre parfaite on en
tirait la matière laquelle il entend, il s'ensuivrait
qu'elle ne serait parfaite. Venons donc
au but, les Sages font donc une composition de
deux substances crues, & nettes avec leur agent
propre pur & net, au poids convenable, &
desquels il sera parlé ci-après, Dieu aidant, laquelle
devient si dure dans peu d'heure qu'il est
impossible de la rompre sans marteau ou autre
chose dure & solide. Or de cette Masse à laquelle
notre Auteur donne le nom de Pierre à cause
de cette dureté se tire par l'ordre connu aux
seuls Sages & entendus en cette science, une matière
subtile, laquelle est en poudre impalpable
& volatile sur le feu qu'il dit spiritueuse, laquelle
est le fondement de l'Art, & sans laquelle il est
A iij
@

6 HARMONIE CHIMIQUE
impossible trouver rien de bon pour parachever
& amener les métaux nommés imparfaits
au degré de l'argent ou de l'or: cette matière
sera donc sans nom propre en cet Auteur,
mais nous trouverons bien tantôt d'autres qui
lui en donneront, car les uns la nommeront
Soufre, les autres Mercure, les autres Mercure
double, les autres Mercure animé, les autres
Eau permanente, & autres autrement, desquels
noms nous donnerons quelque éclaircissement
en lieu propre. Or cette matière subtile & spiritueuse
nommée vile, c'est à dire de peu de valeur
ou de néant, (il faut noter qu'il ne dit pas simplement
est, mais est nommée vile, façon de parler
considérée de peu de personnes) étant sublimée
l'ont nommée Serpent & bête venimeuse. Cette
sublimation de laquelle cet Auteur parle n'est
la sublimation commune, de laquelle les Chimistes
vulgaires se servent, mais c'est un ordre &
moyen par lequel cette matière subtile & spiritueuse
& nommée vile est rendue plus excellente par
la blancheur ou rougeur qu'on lui acquiert:
mais pourquoi l'a on nommée alors qu'elle est
sublimée Serpent & bête venimeuse ? c'est pour ce
que comme le serpent se glisse insensiblement,
aussi cette matière vile entre & pénètre son extracteur,
& l'ayant pénétré & entré en lui le réduit
à sa propre substance, tellement qu'il lui ôte
son premier être, & l'anéantit tellement, qu'il
n'est plus, & ne sera jamais plus ce qu'il était,
quelque artifice qu'on y apporte, & partant est
nommé bête venimeuse: car le propre de tels animaux
venimeux est de tuer, ce qui ayant vie lui
@

CHAPITRE I. 7

est contraire.
Cette matière subtile, spiritueuse nommée
vile, sublimée & nommée Serpent, doit être
calcinée, c'est à dire rendue blanche, par l'ordre
que nous dirons en son lieu, & alors elle est
nommée sel, non qu'elle soit salée, mais pour ce
qu'elle est stable, ferme & fixe, & qu'elle peut
servir d'ornement aux métaux inférieurs à l'argent,
comme le sel donne grâce, & goût
aux matières, auxquelles il est appliqué.
Cette matière dissoute, c'est à dire étendue au
long & au large, en quantité & qualité est nommée
Eau & trouvée par tout, je sais bien qu'aucuns
entendent par ce trouvée par tout, être dit à
cause des quatre Éléments, à quoi je ne contredis,
mais je dis que cette façon de parler comme
plusieurs autres, est dite pour cacher le secret
aux ignorants, desquels les uns croient que ce
soit eau de rosée, d'urine, de Salpêtre, eau forte,
eau royale, & autres eaux qui mouillent
tout ce sur quoi elles sont mises; qu'on avise
donc pour la seconde fois que notre Auteur ne
dit pas simplement, est Eau, mais est nommée Eau,
& trouvée par tout: cette matière donc après
être calcinée doit être réduite en huile, & alors
elle est dite chose visqueuse, & trouvée en tout
lieux à vendre, il ne faut pas croire que ce soit
huile coulant, gras & brûlant, mais après que
cette matière est blanchie & nommée Eau, elle
est propre pour blanchir, mais elle doit être
réduite propre à demeurer sur la matière sur laquelle
elle sera jetée, comme l'huile s'attache
fermement sur la pièce sur laquelle il est tombé.
A iiij
@

8 HARMONIE CHIMIQUE
Et partant ayant telle propriété est nommé visqueuse
ou gluante, mais plus difficile (voire impossible)
d'être ôtée que les huiles & glus, &
personne ne peut effacer ce qu'il aura causé,
autre que l'Artiste même: or cette matière
ainsi huileuse & visqueuse se trouve aussi bien
par tout à vendre comme fait l'eau ci dessus.
Cette opération de congeler ne va de suite
après l'huile, car elle n'y est plus propre, mais
est comme la première, car on appelle congelé
ce qui étant auparavant fluide comme l'eau &
l'huile, s'épaissit & gèle par le grand froid,
aussi l'agent en cette matière mêlé avec son
patient se rend dur, & ne se ramollit que par le
feu & à lors cette matière qui était coulante,
étant rendue dure est dite terre, si pauvres &
riches l'ont le faut entendre, comme trouvée
par tout.
L'ayant blanchie, c'est même chose que
l'ayant calcinée, je n'ignore pas qu'elle peut
être blanchie & noircie plusieurs fois, mais
cette réitération n'est ici entendue, ces noms,
lait virginal, & de toute blancheur, marquent assez
être cette première blancheur avant l'huile,
d'autant qu'étant blanche elle est calcinée,
puis est rendue propre à teindre en blanc fixe,
tellement que ce blanc ne serait fixe s'il se pouvait
encore blanchir ou déteindre, & par
conséquent ne pourrait être élevée à la rougeur,
comme il ajoute de suite, disant, l'ayant
élevée à la rougeur est appelée feu, & du nom,
de toute rougeur, lises & méditez donc
attentivement; notre matière est tirée de deux
@

CHAPITRE I. 9

corps parfaits, purs & nets, auxquels le feu
pour violent qu'il soit, ni quelque autre chose
simple ou composée ne peut ajouter ou
diminuer aucune chose, par le moyen de celui
duquel ils ont eu leur commencement, les trois
(par le moyen d'un quatrième connu, & mis
en usage d'un chacun,) rendent une matière
subtile, impalpable (mais qui salit les doigts
de celui qui la touche) & est partie volatile, partie
fixe, comme verres, car si on la met dans
un creuset la partie volatile s'exhale & la fixe vernit
ou vitrifie le creuset. Je dirai autres marques
en lieu propre, cette matière subtile & spiritueuse
en partie, & en partie terrestre, est nommée en
plusieurs & diverses façons, & ne tient du naturel
d'aucun de ses composants desquels elle dégénère
si elle n'est régie comme il faut, c'est à dire
elle n'est de nulle estime non plus que la semence
sortie d'un homme sain & fort ne vaudra
rien, si elle n'est jetée & dardée en son lieu propre,
mais si notre matière est régie par bon ordre,
elle surmontera les corps parfaits desquels
elle est sortie, sans toutefois qu'il y ait altération
en ces dits corps, sinon quelque palliatif
durant leur action. Cette matière donc doit
être séparée étant sortie ou née du total, & étant
séparée doit être nourrie de son premier lait,
qu'elle convertit en sa propre substance, rendant
ce lait subtil, & spiritueux comme elle, &
continuera d'en être nourrie jusqu'à ce que son
teint basané soit blanchi, alors ne lui faudra dénier
une plus continuelle nourriture du dit lait,
mais comme elle ne sera plus allaitée, sa colère
@

10 HARMONIE CHIMIQUE
s'échauffera de telle sorte que s'épandant par
tout son corps lui causera, l'ictéritie ou jaunisse,
alors pour l'apaiser lui faudra donner à manger
la portion suffisante d'un des corps desquels il est
sorti, lui donnant à boire de son lait, ce qui
sera nécessaire pour détremper & mêler le tout
ensemble, qui ayant demeuré dans le *poile
propre, montreront ce de quoi ils ont besoin,
qui pourra être peut être un peu de lait pour le
rendre un peu plus agile pour lutter contre ses
ennemis, & après cela lui faudra donner quelque
morceau de la chair excellente pour lui donner
appétit de mieux employer ses dents à dévorer
ceux qui s'opposeront à lui: à lors il aura
beaucoup de forces; mais si on laisse cette matière
en sa colère jaune, elle s'échauffera de telle
sorte, qu'elle passera en colère rouge, à lors la
traitant comme j'ai dit ci devant, toutefois
avec son corps coloré à peu près comme elle, elle
aura de telles forces que chose du monde ne la
pourra vaincre, & pour ce qu'elle change souvent
de forces depuis le commencement jusqu'à sa fin,
elle participe aussi à la forme, essentielle ou accidentelle
de tout ce qui est au monde, & par
conséquent est appelée du nom de toutes choses,
jusques à ce qu'ayant acquis sa perfection elle
soit fixe. Que le rechercheur donc s'apprenne
de ne s'arrêter à tous les noms qu'il rencontrera,
mais qu'il épluche la nature de la chose nommée,
& il aura de quoi se contenter, & qu'il sache
que le moyen de l'extraction de la matière,
est fort caché, comme aussi, la séparation d'icelle,
mais sa nutrition, ou le moyen de la nourrir,
@

CHAPITRE I. 11

& sans laquelle elle est inutile, est la pièce
très cachée, & aucun ne l'a jamais enseigné que
par énigmes: je me suis véritablement essayé de
la décrire nuement, mais il m'a été impossible
aussi bien qu'à plusieurs autres, & sans une particulière
révélation de Dieu ou une profonde
méditation, ou l'enseignement d'un maître
ami il est impossible d'en venir à bout, encore
qu'elle soit si facile qu'elle & faite dans demie
heure pour le plus long terme; que le recherchent
ne se lasse pourtant d'étudier attentivement.

T E X T E.

A Près que les matières sont amalgamées,
& à celle fin que cet amalgame Greverius.
soit caché aux indignes, les Philosophes l'ont
nommé notre airain, notre Or, terre de Magnésie,
tout le composé: Saches, mon fils,
que notre semence est vraie Salamandre, laquelle
est conçue par le feu, nourrit par le
feu, & parfaite par le feu. Greverius p. 21.
& 36.

Scholie.

C' Est donc un amalgame, mais de quelles
matières, & de quel nombre il ne le dit point,
mais ci après il en sera parlé, apprenons que ce
mot Amalgame signifie amollissement, c'est donc
quelque chose dure de la quelle il entend parler,
laquelle pour cacher aux ignorants (parlant seulement
@

12 HARMONIE CHIMIQUE
aux entendus) dit être nommée airain,
car l'airain ne sort tel de terre: mais est composé,
& étant composé ne retient le nom d'aucun
de ses composants, mais un particulier, aussi ceste
matière retient le nom de l'accident, & le
nom d'or lui est donné à cause de son excellence,
celui de terre & de Magnésie, non à cause de sa région
qui est en Macédoine jointe à la Thessalie
nommée Magnésie, ni aussi de la ville dite Magnésie,
en Ionie près du Méandre, distante d'environ
seize mille pas d'Ephèse, ni de cette espèce
de Marcassite nommée par les uns Magnésie,
& des autres Pyrites: mais, comme il y a apparence,
du nom du Magnes, ou aimant, car comme
l'aimant attire à soi le métal le plus crasse,
aussi cette science attire à soi les plus grossiers
d'entre les hommes, qui, quoi que désireux
ignorent, l'être, le commencement, le milieu,
& la fin de tout le composé, qui est la vraie Salamandre,
non que ce soit cet animal ainsi nommé ,
car cet animal (ni aucun autre quoi que quelques
uns disent le contraire) n'est conçu,
nourri, & parfait au feu, mais cet amalgame
mis au feu convenable, y engendre un fils
qui par continuation d'icelui y est nourri & parfait,
non que le feu de soi même face tout cela
sans addition de breuvage & viande solide,
comme quelques cerveaux vides croient, mais
iceux breuvage & viande solides mis en temps
propre sont aidés par le moyen du feu à agir &
pâtir, de même que par la chaleur naturelle es
corps des animaux les viandes & breuvages sont
aides les uns à agir, les autres à pâtir; & ne vois
@

CHAPITRE I. 13

aucun nom pouvoir être donné plus propre à ce
qui sort & est produit de cet amalgame que semence,
car comme d'un peu de semence traitée
méthodiquement provient une multiplication
innombrable de la chose de laquelle la semence
est sortie, de même de cette matière subtile spiritueuse
vraie semence de ses parents se fait une
multiplication si admirable, qu'il n'y a rien de
plus grand à désirer sous la concavité de la Lune,
& soutiens que ce qui est produit & comme engendré
de nouveau par icelle peut être rendu plus
excellent que les matières ou métaux dont cette
semence a été sortie.
T E X T E.

C Este noirceur a pris en son partage mille Alanus.
noms; car elle est nommée feu, âme, nuée,
tête de corbeau, & cette noirceur joint l'âme
au corps. Alanus p. 56.

Scholie.

C Este matière, ou semence est maintenant
nommée noirceur, à cause de sa couleur, &
encore a elle plusieurs autres noms, comme
feu: car comme icelui dessèches les choses trop
humides, de même cette noirceur dessèche la
trop grande humidité, la quelle est à l'eau philosophique
blanche & coulante, à laquelle pour ce
qu'elle donne vie, est nommée âme, & pour ce
qu'elle couvre ce qu'en fin se produira, se nomme
nuée: & pour ce que cette matière ou semence
noire est le principe de l'Art, est nommé tête
@

14 HARMONIE CHIMIQUE
de corbeau, & joint l'âme au corps, lors qu'étant
parachevée, sa forme ou levain est mêlé par la
force & vertu d'icelle au corps mais pour ce que
ce texte est pressé, je ne me puis pas ici plus facilement
donner à entendre, ce sera, Dieu aidant,
par ci après plus à propos & plus clairement.
T E X T E.
Pontanus. L A Pierre des Philosophes est une, mais
nommée de plusieurs noms: car elle est aqueuse,
aérienne, ignée, terrestre, Phlegmatique
cholérique, mélancolique, sulfureuse, & semblablement
argent vif, ayant plusieurs superfluités,
lesquelles par le Dieu vivant se convertissent
en vraie espère moyennant notre feu; &
celui qui sépare quelque chose du sujet croyant
cela être nécessaire, véritablement ne sait
rien en Philosophie, d'autant que le superflu,
le sale, *l'ord, le bourbeux, à finalement toute
la substance du sujet se parfait en corps spirituel
fixe par le moyen de notre feu, ce que les
sages n'ont jamais révélé, qu'est cause que peu
de gens parviennent à cet art, croyants qu'il y
ait sale & vilain. Pontanus p. 74.
Scholie.
P Ontanus nomme ce que les devant écrivains
ont nommé matière amalgame noirceur
Pierre des Philosophes, & non du vulgaire, mais
c'est à autre sens qu'Isaac, car il dit qu'on tire de
@

CHAPITRE I. 15

la Pierre une matière subtile & spiritueuse, mais
notre auteur tout d'un plain faut dit que la Pierre
des Philosophes est une, non qu'elle soit en ce commencement
Pierre, c'est à dire fixe à toute épreuve,
mais il a égard à sa fin, voila pourquoi décrivant
les degrés par lesquels cette Pierre ou
matière paisse il dit qu'elle est aqueuse, pour ce
qu'elle est humide, voire en faisant l'amalgame
elle est coulante presque comme d'eau, est aussi
aérienne ou subtile comme l'air, & pénétrante
comme lui, ignée à cause qu'elle dessèche l'humidité
superflue des métaux trop mols, & consume
ce qui n'est & ne peut être rendu fixe, Terrestre
à cause de la pesanteur, Phlegmatique pour
son humidité & blancheur, Cholérique pour sa chaleur
& jaunisse, Mélancolique par sa noirceur
première & siccité, Sulfureuse par sa propriété à
séparer le brûlable, du non brûlable, Argent vif
pour ce qu'elle rend son propre sang en sa propre
nature, comme l'argent vif les métaux; de ces
superfluités nous en parlerons ci après au chap.
cinquième, mais cependant faut noter que cet
auteur assure ce qu'il dit être véritable, &
cela se faire par le moyen de notre feu qui ne s'entend
pas du feu commun clair, lucide & échauffant,
mais du notre, dit il, qui n'est autre chose
que ce qu'il appelle Pierre unique, c'est à dire homogénéisée
qui ne peut être séparée en diverses
parties & différences entre elles, que si nous disons
encore que par l'aquosité, & phlegme
ils marquent la couleur blanche, & par l'aérienne
& la cholérique couleur jaune fin de
la blancheur & commencement de la rougeur
@

16 HARMONIE CHIMIQUE
la terrestre & la mélancolique la noirceur qui
paraît en chaque commencement soit de l'amalgame,
de la nutrition, de la fermentation
& de la multiplication en qualité, le tout se
trouvera vrai comme la raison & l'expérience
le démontrent à qui a du jugement & des
yeux.
T E X T E.
Garlandius. N Otre Pierre s'appelle aussi grain de
froment, lequel demeure seul, sans
rien produire s'il ne meurt. Garlandius.
Scholie.
C Et auteur nomme cette matière subtile
spiritueuse sortie des corps pierre & grain de
froment par similitude (non d'identité,) car certes
si cette Pierre n'est gouvernée comme les
Sages ont enseigné, elle demeure inutile, ne
produira aucune chose, & produisait ce sera
en se noircissant encore d'avantage qu'elle
n'était, & cette noirceur est vraie putréfaction,
car elle acquiert une puanteur fâcheuse
& un goût piquant, & en pénétrant
jusque dans les narines émeut l'éternuement,
mais étant ainsi pourrie elle retire à son vrai
élément duquel étant pleine & augmentée,
en fin elle vient à acquérir une couleur blanche
qui est marque assurée de sa résurrection: qui
l'a vue la sait, & qui ne l'a vue la croie, car l'affaire
en va ainsi.
TEXTE.
@

CHAPITRE I. 17

T E X T E.

C Ette composition de trois s'appelle pierre
bénite, minérale, animale, végéta- Arnaud.
le, pour ce qu'elle n'a aucun nom propre; minérale,
pour ce qu'elle est composée de minéraux,
végétale, pour ce qu'elle vit & croît,
animale, pour ce qu'elle a âme, esprit & corps,
comme les animaux, elle est nommée autrement
noir puant, pour ce qu'elle a le ventre
noir, s'appelle aussi Chaos ou origine du
monde, ou masse confuse, mais nous l'appelons
terre. Et aussi notre eau est nommée
du nom de toutes feuilles d'arbres, de verdeurs,
pour décevoir les fols: s'appelle aussi
eau bénite, tempérance des sages; vinaigre
très-fort, corps qui se dissout, gomme des
Philosophes, chose vile, chose chère, corps
dur & noir, mol & clair, exaltation d'eau
angle de l'oeuvre: Et faut noter que le père
& la mère de la pierre sont nommés Soleil
& Lune en la composition de l'élixir, qui
après en l'opération de la pierre sont nommés,
terre ou nourrice. Arnaud sur Hortulan
page 25. & 35.

Scholie.

T Out ce qui a un nom propre par lequel il
est connu, n'en a besoin d'un autre pour
@

18 HARMONIE CHIMIQUE
en donner connaissance; mais ce qui n'en a point,
& qu'on veut donner ou à connaître, ou à entendre
a besoin ou de nom, ou de la description
de son être & de son effet: C'est pourquoi
cet Auteur dit, qu'à cause que cette matière ou
composition de trois n'a point de nom propre,
l'on lui en attribué plusieurs, comme sont cahos
ou masse confuse, d'autant que cette amalgame
n'est ni or, n'argent, ne mercure, mais tous trois,
& origine du monde, pour ce que d'icelle les quatre
éléments, ou quatre couleurs sortent, lui
donnant le nom particulièrement de Terre, comme
appui, fondement, & nourriture, du poulet
des Philosophes. Or ce qu'il a nommé Terre,
maintenant il nomme Eau, laquelle, dit-il,
prend encore le nom de toutes feuilles, arbres, &
verdeur. Et Pourquoi? pour, dit-il tromper les ignorants,
qui peut être adapté à ce que notre Seigneur
Jésus-Christ a dit, qu'il ne faut pas semer
les perles devant les pourceaux, & comme il est
porté en Esdras, l'Ange Uriel lui disant qu'il
publiât une partie des livres qu'il lui dictait au
commun peuple, mais l'autre partie laquelle
était la plus petite aux entendus & sages: toutefois
sans m'arrêter à cette tromperie, je dis
que comme les feuilles couvrent les fruits
étant encore aux arbres ou plantes, de même
sous ces feuilles ou noirceur, laquelle nageant par
dessus la masse ou composition, n'est pas plus
épaisse, qu'une toile d'araignée, la fin & fruit
désiré, recherché, & attendu est caché, dit encore
comme véritable, qu'en la première opération
par le moyen du feu bien régi & administré,
@

CHAPITRE I. 19

au milieu & au dessus de notre mer, s'élèvent
comme arbres & feuilles, desquelles le soufre,
l'argent vif, double, l'eau permanente & la terre
tombe. Mais pourquoi, Eau bénite? c'est
qu'elle chasse l'impureté des métaux; comme on
dit que fait l'eau bénite les diables, mais plus
véritablement l'une que l'autre, & Tempérance
des sages, pour ce qu'il faut observer un poids, un
nombre, qui n'excède trois, & une mesure, ou
vaisseau proportionné & la matière, ce qu'un
ignorant ne peut comprendre ni entendre, aussi
peu que, vinaigre très-fort, duquel (simplement pris)
les ignorants se servent pour dissoudre leur matière,
sans croire & savoir, que tout ce qui se mêle,
donne autant de communication de son être,
comme il en reçoit de ce avec quoi il est mené
& que la vertu séminaire imprime les forme;
essentielles dans le recevant, ainsi que de l'engendrant
naturellement est imprimée la forme
spécifique: Car d'un cheval est engendré un cheval,
& non un singe; & que le dissolvant communique
sa nature à ce qui est dissout. Or notre
vinaigre dissout de dissolution vraie, délie & sépare
l'impureté de la pureté des métaux, dits impurs
& imparfaits: Corps qui se dissout, pour ce
que la matière étant en corps, est dissoute par
icelui vinaigre & gomme des Philosophes, pour
montrer que ce n'est gomme commune, mais
que ce même vinaigre assemble tant avant la
dissolution qu'après icelle, ce qui est homogénéisée
en cette composition, laquelle est corps dur
& noir, rendue telle par le feu propre, & par la
patience étant auparavant molle & claire, & par
B ij
@

20 HARMONIE CHIMIQUE
l'ordre requis faite exaltation d'eau, c'est à dire plus
excellent & de beauté & de bonté & de valeur,
& enfin devenant l'angle de l'oeuvre: Car jamais
nul n'est parvenu, ni ne parviendra à la fin de
cet oeuvre si excellent sans cette composition,
aussi peu qu'il est possible faire aucun ouvrage
sans angle: Mais voici un avis non méprisable,
comme celui d'un Pythie homme savant,
& sage, qui n'a que sentences graves. Note, dit-
il, que ce qui est appelé en la composition de l'élixir
Soleil & Lune, en après en l'opération de la Pierre s'appelle
terre ou nourrice. Il ne faut faire aucun doute
que ce Soleil & Lune ne soient l'or & l'argent,
comme il se verra par ci après par plusieurs témoins:
Mais que veut-il & dire par Elixir, nous le
verrons au chap. 3. avec la distinction familière. Apprenons
cependant par préambule, que cette matière
étant blanche ou rouge est nommée Enfant,
d'autant qu'elle est ou volage volatile, & que les
Philosophes disent qu'elle doit être nourrie de
sa terre, à savoir la blanche de la blanche, qui
est l'argent, & la rouge de la rouge, qui est l'or.
Or écoutons Riplée qui nous épaule, oyons le
donc.
Texte.
Riplée. N Otre matière de laquelle nous avons
besoin pour notre oeuvre, & à laquelle
le Soleil, & la Lune doivent être résolus,
n'est point le hyle ni le cahos, mais la première
matière plus prochaine, laquelle est
@

CHAPITRE I. 21

nommée sperme procédant des animaux,
des végétaux semences, & des minéraux soufre,
& argent vif, c'est à dire ou entendre
des Philosophes. Riplée c. 3. p. 6.
Notre pierre a des noms presque infinis, car
elle est nommée du nom de toute chose noire, &
lorsqu'elle est blanches ou rouge, du nom de toute
chose blanche ou rouge, & à cause qu'elle est
luisante, elle a des noms propres, & toutefois
ce n'est qu'une même chose, le même 47.
L'airain du commencement qu'il se cuit se
& fait eau, s'épaissit toujours en se cuisant,
jusqu'à ce que la pierre soit plus excellente que
tous les métaux, qui est la cause qu'elle s'appelle
pierre des Philosophes. Que si tu l'appelles
eau, tu dis vrai, si tu le nies, tu ne mens
point: prends toi donc garde d'être trompé
par la diversité des noms. Le même p. 139.
Quand on les cuit sagement ils se font un,
& est nommée de plusieurs noms, lors que le
rouge se fait il est nommé fleur d'or, levain &
orpiment, tandis qu'il demeure cru, s'appelle
plomb d'airain, verge & l'âme de métal:
or on appelle l'airain, monnaie, & la
noirceur est appelée plomb des Philosophes,
Le même p. 142.
B iij
@

22 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
R Iplée suit la façon de parler d'Arnaud &
Hortulan, disant notre pierre, mais il ajoute
de laquelle nous avons besoin pour notre
oeuvre; Ce ne sont donc plusieurs matières, mais
une, à savoir celle, en laquelle le Soleil & la Lune
ont été réduits par le moyen du Mercure;
mais que le Lecteur & studieux en cette pénible
recherche se contente pour une fois que notre
Soleil, Lune, & Mercure ne sont pas l'or, l'argent,
ni l'argent vif vulgaires, car ces vulgaires sont
morts: mais les nôtres quoi qu'ils soient sortis
d'eux sont vifs, & de la façon de cette extraction,
j'en parlerai en temps propre. Cependant apprenons
que cette matière ne doit être réduite
au hyle ou invisible & imperceptible aux sens extérieurs,
ni aussi au cahos composé de matières hétérogènes,
mais bien en matière plus prochaine,
laquelle est homogénéisée, à laquelle on approprie
divers noms: (comme a été dit ci-devant, & sera
encore dit ci après, s'il plaît à Dieu) mais
avec addition ordinairement de notre ou des sages,
ou des Philosophes; pour preuve de quoi il dit,
notre matière, notre pierre, & non matière, ou
pierre simplement, se mettant par ce mot notre,
au nombre de ceux qui ont su la composition
de cet oeuvre admirable, de quoi il parle, comme
le Maître au disciple, lequel il avertit avoir
des noms infinis, & auxquels il ne se faut totalement
arrêter, vu que par tous iceux n'est entendu
qu'une même chose. L'airain donc, duquel il
nomme toute la matière ou composition se cuisant
@

CHAPITRE I. 23

se fait eau: or cette eau est entendue en trois
façons, ou lors que tout le composé est liquide,
ou lors qu'il est poudre impalpable & noire, ou
lors qu'elle a acquis la blancheur; en toutes lesquelles
elle est volatile en partie, & en partie
vitrifiante. Je dis & assure volatile & au noir, &
au blanc, & au jaune, & au rouge, ne pouvant
être arrêtée sur le feu; que par sa mère au blanc,
& par son père au rouge, Car le jaune est la fin
du blanc, & commencement du rouge, voila
pourquoi il ajoute que cet airain s'épaissit toujours
en se cuisant, par l'ordre entendu qui l'élèvera
à un degré éminentissime, mais plus excellentissime,
que ces Eminentissimes qui ne peuvent
communiquer leur splendeur à autrui, sans diminuer
la leur; Mais cet airain communiquant
son éminentissime pourpre à ses inférieurs se
rend encore & plus désirable, plus recherchable
& plus admirable en toutes choses; si qu'étant
en si haut degré de perfection duquel il ne
peut jamais déchoir, il acquiert le nom de Pierre
des Philosophes, ou sages; que si alors on le dit
eau on dira vrai (par propriété) si on dit
le contraire, on ne mentira point, (par similitude)
avertissant charitablement de ne s'arrêter
à la diversité des noms, pour s'être trompé.
Or, dit-il quand on les cuits sagement, ils se font un.
Ils sont donc plusieurs, & pour le moins trois,
desquels deux ne s'accorderont jamais pour être
l'un chaud & sec, l'autre froid & humide, que
par le moyen, & l'entremise d'un tiers ami de
l'un & de l'autre, qui les peut unir & lier tellement,
qu'ils seront à jamais inséparablement un,
B iij
@

24 HARMONIE CHIMIQUE
& c'est un est alors (étant rouge) nommé fleur d'or,
mais auparavant étant noir était nommé plomb des
Philosophes, & non le commun, comme plusieurs
ignorants croient, & duquel plomb qu'ils nomment
mal à propos Saturne, ils veulent extraire l'argent
vif, qu'ils nomment aussi, & *ignoramment
Mercure. L'auteur des axiomes, axiome xi. &
xii. p.70 dit: Nous appelons tout le composé, notre
plomb, lequel prend sa splendeur du Soleil
& de la Lune, que si tu ôtes aux dits Soleil & Lune
leur splendeur, ils demeureront une terre de
peu de valeur, qu'on ne pense pas qu'il faille
ôter & tirer la couleur jaune de l'or, & la blancheur
de l'argent, comme plusieurs se figurent, ceci
va & s'entend d'autre façon, comme se pourra
voir ci après.
T E X T E.
Vogelius. L E Soleil, ou or est nommé par excellen-
ce corps métallique, d'autant que les
autres métaux n'ont encore atteint cette perfection,
à laquelle toutefois ils peuvent parvenir.
Vogelius c. I. p 7.
Scholie.
Q Uoi que le Soleil porte de l'or, si est-ce
que notre auteur comprend l'un avec
l'autre pour même chose, laquelle il dit être
appelée par certaine excellence corps métallique, à laquelle
peuvent parvenir, c'est à dire après être dépurés,
fixes & teints les autres: que si on veut
@

CHAPITRE I. 25

considérer ce mot de métal, on trouera que ce
mot métal en Grec vient du verbe metallo ou metallefuo,
qui veut dire fossoyer, ou rechercher,
ou selon quelques uns de para ta meta ta alla esfrisqueste,
qui signifie de difficilement trouve-on
une veine de métal, qu'on n'en trouve une autre
tout proche, la propriété donc que ce Soleil
ou or vrai métal, est que par lui tous les autres
métaux nommés imparfaits, peuvent acquérir
cette perfection, à savoir devenir argent ou or,
pour ce, comme j'ai déjà dit, qu'ils peuvent par icelui
être dépurés, fixes & teints; Ce qui ne peut
être fait par aucune autre façon, quoi que tous
les charlatans, coureurs, faux monnayeurs, extracteurs
de Mercures, & teintures de métaux,
disent.

T E X T E.

L 'Huile n'est autre chose que le limon de Vogelius.
tous les métaux nageant sur la menstrue
par la dissolution d'iceux, & s'assemble sur son
eau, de telle façon, qu'ils ne se mêlent point,
mais le dit huile nage au dessus se congelant
en forme d'une subtile peau de diverses couleurs,
& cette huile s'appelle aussi eau, levain.
Le même Vogelius p. 9. 10. 11.
Huile, teinture, or, âme, onguent des
Philosophes, par lequel tout le magistère se
parfait, souffre, lumière, alun, gomme,
sang, levain, notre terre, esclave, teinture:
@

26 HARMONIE CHIMIQUE
d'autant qu'il colore & teint la terre nettoyée
& pure de toute saleté: huile, pour ce
qu'il demeure après la teinture sur les corps,
de même que l'huile sur le drap: Ame, d'autant
que comme par l'âme tous les animaux
& végétaux vivent, croissent, végètent &
multiplient: de même la pierre physique est parfaite
& lui adjoignant l'âme se fait belle,
resplendissante, se nourrit & croît: levain, d'autant
que comme le levain aigrit la pâte, &
la convertit à sa nature, de même cette huile
rend toute la pierre en sa nature. Or, mais
non vulgaire pour ce qu'il n'est plus solide comme
auparavant, mais atténué & spiritueux,
ce qu'il faut aussi entendre de l'Argent. Onguent,
d'autant que comme les graisses & les
onguents ramollissent & rendent les choses
auxquelles ils sont appliquées lubriques ou
glissantes, semblablement cette huile ramollit
les parties dures de la pierre, adoucit les aspres
& les rend coulantes. Soufre, pour ce qu'il
agit en la matière la congelant & figeant à
forme de soufre. Lumière à comparaison
de l'âme, laquelle illumine le corps. Alun par
la similitude des teinturiers, qui à la teinture
de leurs draps usent de l'alun. Le même
c. I. p. 33.
La matière simple est le corps dissout à la
@

CHAPITRE I. 27

différence du corps dur & solide, les éléments
des Chimiques sont dits composés, d'autant
qu'ils ne cherchent pas les simples (desquels
ils ne faisaient aucune génération) mais les
composés desquels l'un domine toujours sur
les trois qui lui sont joints, comme ils appellent
eau ce en quoi les qualités de l'eau domine,
à savoir froid & humide. Le même
c. 2. p. 21.
Les Philosophes appellent le soufre parfaitement
nettoyé, purifié, & blanc, terre foliée.
Vogelius c. 4. p. 151. Vogelius.

Scholie.

N Otre auteur ayant dit huile, dit que c'est,
pour marquer aux studieux, que ce n'est
huile commun, brûlant, & flambant, & éclairant:
mais la façon comme cette huile, ou limon
est fait, & de quoi il n'en parle point (il dit
seulement qu'étant fait, il ne se mêle point avec
ce de quoi il est fait, mais qu'il s'assemble sur
son eau ou menstrue qui a dissout la matière, laquelle
étant séparée & amassée est dit eau,
donc déjà a été dit, & levain à cause que cette
noirceur ou limon onctueux convertit cinquante
fois autant qu'il pèse du dissolvant, par le
moyen duquel il a été engendré, sans lequel
tout artiste travaillera en vain, pour ce que sans
lui le magistère ne peut être ni commencé, ni
parfait, & lequel soit en son commencement,
@

28 HARMONIE CHIMIQUE
milieu, & fin a une milliasse de noms, expliquant
la raison d'une partie d'iceux, & laissant l'autre
partie à rechercher aux studieux.
Presque tous les rechercheurs en cette étude
alambiquent leur esprit à alambiquer, décomposer
& réduire, disent ils, leurs matières en
quatre éléments simples, desquels ils disent être
composés, & puis de tels éléments simples rejoints
ils doivent faire des miracles: mais ces miracles
sont le contraire de Dieu, qui de rien, c'est
à dire, d'aucune matière visible & palpable, il
fit tout ce qui est & visible & palpable. Mais
ces curieux grossiers, de toutes choses ils font
rien, accomplissant par ce moyen le dire mal entendu
des Philo-chimiques qui commandent de
réduire ce de quoi on tire la matière nécessaire
en son premier être (entendant plus prochain
& non éloigné) qui est la matière simple, laquelle
procède du corps dissout, laquelle dissolution, ou
anéantissement est très mal entendu de ces grossiers
opérateurs; Cette dissolution est la vraie
quadrature du cercle réduite au triangle, en la
ligne & au point indivisible ce point contenant
autant en son indivisibilité, que faisait la ligne,
que le triangle, que le quadrangle, & que le cercle
sans séparation manuelle d'aucune chose,
mais seulement attraction de nouvelle qualité
l'une après l'autre. Ce cercle est une chose parfaite
à laquelle la nature ni l'homme ne peut ajouter
ni diminuer, le seul entendu & docte en
cette science (je dis science, car elle se recherche
& désire par soi même) la sait mener à un
degré dans lequel il montrera plus pleinement
@

CHAPITRE I. 29

sa vertu & de ce degré qui est le quatrième ou
quadrature, il descend au troisième du troisième
au second nommé ligne, & du second ou ligne
au premier ou point qui est indivisible, & de
cet indivisible il se surhausse, montant jusqu'au
septième, d'icelui au plus bas, & du plus bas au
quatrième, dans lequel il s'enflamme de telle
façon, que sa couleur intérieure & extérieure devient
comme un rouge obscur, mais éclatant
& brillant. Les éléments donc des Chimiques sont dits
composez: car s'ils ne l'étaient, ce qui a été dit
n'en pourrait sortir, & la variété des noms de
cette matière simple a été donnée pour deux raisons
principales: la première, c'est à cause des
changements qui adviennent étant tantôt liquide,
tantôt un peu plus ferme, tantôt sèche,
tantôt arbre, tantôt poudre, tantôt graisse &
nageant, tantôt pesante & allant au fond, tantôt
volatile, tantôt congelée, tantôt fixe, tantôt
se nourrissant de son propre lait, tantôt de
son corps blanc ou rouge, tantôt noire, tantôt
blanche, tantôt jaune, tantôt rouge l'autre est
pour arrêter les bêtes aux chardons, qui veut
lent jouir d'un si grand bien sans se peiner: les
Dieux, disent les anciens, vendent leurs biens par
la sueur, & la véritable science ne s'acquiert pas
à dormir.
Non jacet in molli veneranda sciencia lecto.
Ipsa, sed assiduo parta labore venit.
La domination donc de chacune des qualités
susdites est cause de la diversité des noms: car
étant liquide cette matière est nommée du nom
de toutes les choses liquides, étant dure, du
@

30 HARMONIE CHIMIQUE
nom de toutes choses dures, étant frangible, du
nom de toutes choses frangibles, noire, blanche,
jaune, rouge, volatile, fixe, entrante, teignante,
purifiante & fixante, du nom de toutes
les choses qui sont aux sens communs dures,
frangibles, noires, blanches, jaunes, rouges,
volatiles, fixes, entrantes, teignantes, purifiantes
& fixantes. Que le rechercheur avise donc
bien avant que se mettre à travailler, d'entendre
les mots & noms propres de l'art, à celle fin qu'il
ne perde ni son temps ni son argent.
T E X T E.
N Otre eau s'appelle eau de vie, eau sereine,
Arnaud. eau perpétuelle, & a mille autres
noms, d'autant qu'elle donne vie aux corps
morts, & rend claires & nettes les choses sales
& sordides, eau perpétuelle, pour ce qu'elle
fait durer les corps qu'elle touche & même
à perfection. Arnaud. p. 21. & 17.
Tandis que l'ouvrage est cru, il est nommé notre
Desiderable. argent vif, eau permanente, plomb, crachat
de Lune, étant cuit s'appelle argent magnésie,
soufre blanc; étant rouge s'appelle orpiment,
corail, or, levain, pierre, eau luisante de
céleste couleur, trouvé par tout, à cause de la
participation des éléments; nommée du nom
de toutes choses, pour cacher sa nature; très-
vile, à cause de sa putréfaction, & très-cher à
cause de sa vertu, les Philosophes ne se souciant
@

CHAPITRE I. 31

point des noms, mais seulement par iceux
ils donnent à entendre les choses. Desirable
p.21.
Notre pierre est dite naturelle, d'autant
qu'elle est trouvée naturellement, & qu'elle a
les quatre qualités des éléments, elle est froide
& humide, à cause de la Lune & Mercure,
& à cause du Soleil est chaude, & sèche, elle
est dite animale, pour ce qu'elle est rouge
comme sang, & non qu'elle se face de sang:
Herbale, pour ce qu'elle a une âme vitale ou
multipliable, & s'appelle serviteur rouge.
Le même p. 56.

Scholie.

P Ar le premier texte que nous pouvons nommer
corollaire, il se prouve que les Philo-
chimiques se servent ordinairement presque de
ce mot notre, ils distinguent ce de quoi ils parlent
avec ce que par ce nom le vulgaire entend
la raison pour laquelle ces noms sont donnés, est
assez expliquée: Or le suivant dit, Tandis que
l'ouvrage est cru, voici une pierre d'achoppement,
laquelle fait broncher plusieurs lourdauds, qui
pour ce cru vont chercher par les mines des métaux
la matière, disent ils, commencée, mais
encore crue des métaux: mais cette matière a
elle quelque propriété avec l'argent vif, l'eau
permanente & plomb ? ô court voyant & oyant
prenez vos lunettes & cornets à oreilles. Notre
@

32 HARMONIE CHIMIQUE
ouvrage est nommé cru, tandis que les
matières qui le composent sont encore entières,
& qui n'ont encore rendu leur semence, mais
icelle rendue est nomme argent vif, & eau permanente
pour la même raison que cette dite au
premier texte, & plomb pour deux raisons, l'une
à cause de sa couleur, & qu'elle nage par dessus
le Soleil, la Lune & le Mercure, & n'entend
point par ces noms or, argent, ni argent vif communs
qui sont morts, & ne peuvent être employés
utilement en notre ouvrage; Je dis ceci
à celle fin qu'aucun ne se trompe, comme ce
grand Opérateur qui attachait son vaisseau contenant
sa matière au haut d'un pilier à découvert,
pour y recevoir l'humidité, laquelle il
nommait crachat de la Lune, & le jour l'ardeur
du Soleil. Or notre Auteur ne dit pas, c'est le
crachat de la Lune, mais est nommée crachat de Lune,
& ainsi des autres. Or pour ce que plusieurs
après avoir fagoté diverses pièces sans profit,
que de la légèreté de leurs bourses, ils se font enfin
résolus d'attendre patiemment la révélation
d'en haut, croyant que comme l'Ange Uriel vint
éclaircir Esdras des visions qu'il avait vu,
auquel il découvrit aussi cette poudre de laquelle
il dit au chap. 8. du 4. livre, qu'un peu d'icelle
fait beaucoup d'or: de même ce bon Ange
leur dessillera les yeux, leur ouvrira les oreilles
& mènera par la main au chemin désiré: car ils
s'estiment d'aussi bonne maison, & aussi bien
hommes qu'était Esdras, vu que leurs pères
étaient sortis de même tige, & dans l'Arche
de Noël aussi bien que les autres bêtes; & contre
@

CHAPITRE I. 33

ce qui est porté par notre texte, à savoir qu'elle
est trouvée naturellement, ils disent que notre pierre
est dite naturelle, non qu'elle le soit, mais super-naturelle,
pour ce qu'ils ne la peuvent trouver
par leurs ignorances, l'ayant cherché dans les
nombres, dans les figures, dans les mots sacrés,
dans le Cantique des Cantiques, dans l'Apocalypse
tirants toute l'Ecriture S. par les cheveux
(comme on dit) témoin Khunrath Lips. en son Amphitheatre
Sapientiae aeternae, & Guillielmus Mennens en
son Aureum vellus, qui veulent que Moïse, & les
autres Prophètes aient décrit l'oeuvre philosophique
chimique sous les écorces de leurs
écrits, or, disent-ils, Salomon l'a eue, & par icelle
il a eu de quoi bâtir le Temple, & faire cette grande
dépense, de laquelle la Reine de Saba a été
émerveillée, & je leur demande, si Salomon l'a
eue, & si par elle l'on fait des montagnes d'or
pourquoi. Apres que ses navires ont été rompus
qu'il n'a plus été bonne intelligence avec le
Roi de Tyr, & n'a plus envoyé en Ophir, a il été
contraint pour ne déchoir de son grand lustre,
de faire de grandes impositions sur son peuple ?
Certes j'admire comment se peut-il faire que
des personnes s'estimant si sensées ne regardent
de plus près, sans s'amuser de faire tirer aux crocheteurs
trouvés à la grève, rousseaux jeunes &
les plus joviaux & robustes, quantité de sang
qu'ils font distiller & re-distiller, se faisant accroire
que la fève est dedans ce gâteau sans à la fin du
jeu y trouver que l'effet de leur rêverie, si de
chacun sort son semblable, le métal ne peut sortir du
même métal, & d'un imparfait un parfait. Epluchez
@

34 HARMONIE CHIMIQUE
ces mots dorés & véritables, & vous
pourrez vous faire plus intelligents. Dieu vous
en fasse la grâce. Amen.
T E X T E.
A Cause de la diversité des degrés, le
Mercure a divers noms: car lors qu'il
est froid & humide il s'appelle âme, étant
secs s'appelle esprit, étant plus cuit & fixe,
s'appelle corps, il se fixe & fait volatil par
grande décoction, les Philosophes appellent
Soleil frère du Mercure, & la Lune
sa soeur. Le même Desiderable p. 50.
Ma mère, dit la pierre des Philosophes,
est l'argent vif, en suite de ce, le vent la
porte en son ventre, c'est à dire l'argent vif
aérien, qui aussi est nommé vinaigre très-
fort, eau forte, venin teignant, lait virginal,
fontaine de vie, feu brûlant. Le même
p.66.
La pierre est nommée Saturne: d'autant
que comme Saturne est la plus haute planète, de
même notre pierre est la plus haute & précieuse
de toutes. Le même p. 89.
L'eau a quatre principales couleurs, noirceur
de charbon, jaune comme l'Emerillon,
rouge comme le Rubis, blanc comme la fleur
de lys, la couleur jaune est nommée eau, La
@

CHAPITRE I. 35

noirceur air, la blancheur terre, & la rougeur
feu. Le même. p. 100.
En la pierre l'argent vif c'est la matière, &
le soufre la forme. Le même p. 103.
Les Philosophes ont appelé toute la composition
terre blanche, quand elle est blanche,
& terre rouge quand elle rouge. Le même
p. 114.

Scholie.

L E Mercure, dit notre Auteur, a divers noms,
il ne faut pas estimer qu'il entende ceci du
vulgaire qui ne reçoit point étant seul aucun
autre degré que de clair & coulant quelque feu
qui le poursuive, ou dans lequel il soit mis. C'est
donc du philosophal qu'il entend, auquel on
attribue autant de noms qu'il y a de choses au
monde, & notamment âme pour la force qu'il
a d'animer les corps des morts: mais cette âme
ne montrera point sa force, si elle n'est jetée
dans son propre corps, qui est le corps duquel
elle a été extraite, & ce corps est moitié Soleil
& moitié Lune, un chacun fournissant du sien
ce qu'il a de plus subtil & substantiel, que les
uns nomment sperme, les autres mercure, les autres
soufre, & de divers autres noms, & en ce
sperme ils sont faits homogénéisées, c'est à dire un,
& de cet un, duquel tous les Philo-chimiques
parlent & entendent, disant n'avoir besoin que
d'une matière, laquelle il faut tirer de sa minière
pure & nette, laquelle il faut conjoindre avec sa
C ij
@

36 HARMONIE CHIMIQUE
propre eau par le feu d'amitié, & cette matière a pour
mère le soleil & la Lune, qui l'ont engendrée par le
moyen du vent qui l'emporte avec soi, & s'en
couvre comme d'un crêpe ou manteau, empruntant
le nom de vinaigre, & les autres noms
à cause de ses actions, & il faut aussi noter, que
lors qu'il est dit que l'argent vif est la matière, il
faut entendre de ce sperme cuit en blanc ou en
rouge, & qui est encore & sera toujours volatil,
jusques à ce que le soufre, qui est le Soleil,
ou la Lune lui soit ajouté, alors il dit avoir
sa forme, tellement que cette matière a demeuré
un fort long temps sans forme, contre la doctrine
des communs Philosophes qui n'admettent aucune
matière sans forme; Alors donc que cette
composition de la matière, & de la forme est unie,
elle est nommée terre blanche, ou terre rouge selon sa
couleur advenue: cependant qu'aucun ne soit si mal
avisé de joindre & cuire l'argent vif & le soufre
communs ensemble, car ils n'auront de ce
mélange que ce qu'on nomme communément
cinabre. Même j'avertis de ne mêler avec
ce cinabre rompu en pièces l'argent commun
limé les cuisant fermés dedans un
vaisseau de verre cuite, au feu commode par
huit jours, car j'assure que le profit ne sera que
la perte de dix pour cent, comme la coupelle
vérifiera, je le sais pour l'avoir vu faire à
un mien ami & contre mon opinion, laquelle
fut surmontée par les ferments & assurances
d'un qui se disait fort entendu & expert en cette
science, qui ayant fait limer deux cents ducatons,
les mêla avec autant pesant de cinabre, & au
@

CHAPITRE I. 37

bout de huit jours de cuite, le tout étant refroidi
fut versé dedans un vaisseau: véritablement
ledit argent limé fut retrouvé étant pesé
en son même poids, & le cinabre augmente en
poids d'environ vingt onces, tellement que ce
grand entendu me regardant dit, hé bien que dites-vous
? alors sans lui répondre, je dis à l'Orfèvre
s'il voulait acheter cet argent que lui
même avait limé, à quoi il répondit, il est vrai
que je l'ai limé, mais l'ayant limé il était
blanc, & maintenant il est fort noir, nonobstant
je l'achèterai l'ayant fondu, ce qu'ayant
fait sur le champ, & jeté en lingot il trouva
son lingot diminué d'environ vingt-deux onces de
son premier poids, & fort bas à la touche, & ayant
fondu le cinabre qu'on disait être augmenté de
vingt onces en poids, fut trouvé le tout ne peser
qu'environ neuf onces, & si le tout cuit été mis
à la coupelle, la diminution en aurait été
beaucoup plus grande, & voila comme ce grand
Docteur fut confus par la preuve, tellement que
le cinabre, le vaisseau, le charbon furent perdus,
& l'argent diminué, & en prix & en poids, de quoi
Trévisan avait déjà donné avis dans son Opuscule
parlant des clous du cinabre qu'on faisait à
Paris.

T E X T E.

L Es Philosophes ont nommé la terre Trévisan.
corps, & os d'icelle, d'autant qu'icelle
restreint le composé, & empêche les éléments
fluides, de leur crue fluide ayant avec
C iij
@

38 HARMONIE CHIMIQUE
soi le feu symboliquement en siccité. Or ils
ont dit que l'eau, & l'air sont esprits, pour
ce qu'iceux sont éléments humectant & dissolvants
la terre, appelant l'air & le feu
Ame, pour ce qu'ils meurent, digèrent & parachèvent
tout le composé. Note cependant
que celui qui dit Ame parle métaphoriquement,
comme de même est entendu de l'esprit,
non comme étant végétatif, ou le corps
comme forme formante, comme & tel qu'il
se trouve aux hommes & autres sensitifs: partant
les dits Philosophes ne doivent être
entendus selon la lettre, mais selon la possibilité
de la nature. Trévisan à Thomas
de Bologne p. 166. 1667.
Scholie.
S I on met une mesure d'eau dessus une même
mesure de cendres, icelles arrêterons la fluidité
de l'eau par leur siccité, c'est ce que Trévisan
nous dit ici nommant la terre corps & os d'icelle,
laquelle empêche le vif argent, mercure & autres
éléments chimiques de couler non seulement
sur la superficie plaine, mais mêmes aux
preuves ordinaires, c'est à dire, de s'en aller ou
à la simple fonte, ou à la coupelle, pour ce que
cette terre est chaude & sèche symbole du feu,
& partant dessèche l'humidité de la matière; Le
reste est assez clair, & assez éclairci par ci devant.
@

CHAPITRE I. 39

T E X T E,

P Rends l'air très-pur, le feu coloré, & l'eau Un vieux
rayonnante, & mêles les. Notre fu- manuscrit.
mier est argent vif, & est ainsi appelé,
pour ce que son humidité naturelle (à raison
de son onctuosité) est longuement conservée de
la putréfaction par sa chaleur propre. Or les
Philosophes ont attribué plusieurs noms à la
matière, & cause des divers degrés de cuite,
car le Mercure étant froid & humide, est
nommé Ame, lors que le feu a consumé son
humidité, & qu'icelui Mercure est sec, est
nommé esprit, & d'avantage lors que par plus
grande décoction est fixe, est nommé corps,
& ainsi une même chose est nommée de trois
divers noms. D'un vieux manuscrit.

Scholie.

C Et Auteur est assez clair, montrant que
la composition qu'on nomme communément
Pierre des Philosophes est faite d'air très-
pur, qui est Mercure, de feu coloré, qui est le
Soleil, & de l'eau rayonnante, qui est la Lune,
& par ces trois, comme j'ai dit, ne faut entendre
l'argent vif, l'or & l'argent vulgaires, mais
ceux connus & entendus par les philo-chimiques
communément Philosophes.
C iiij
@

40 HARMONIE CHIMIQUE
Texte.
L a dissolution des corps est double, à savoir
Correctio en mercure, & en mercuriale, la
fatuorum. première est pour les particuliers, la seconde
pour les universels, la première n'est autre
chose qu'une résolution, la seconde par putréfaction
du corps & de l'esprit en l'humidité.
Or la putréfaction c'est la solution &
séparation de toutes les natures liées l'une
avec l'autre. Correction des fols p. 15.
Scholie.
V oici un Maître qui en apparence parle
d'une façon dissemblable aux autres, quoi
que non: disant que la dissolution des corps est double,
Nous avons déjà dit que la dissolution est la séparation
des parties ou de la vertu des corps, comme
d'un arbre qu'on sépare en écorce, en tronc,
en feuilles & autres parties, & d'icelles mêmes
on en tire par l'alambic ou feu l'eau, l'huile, le
sel & la terre; la première dissolution nécessaire
pour cet ouvrage, est en mercure, c'est à dire
en noirceur, ou si mieux on aime, en matière liquide
à laquelle sont réduits le Soleil & la Lune
par l'amalgame du mercure premier, qui n'est en
tout qu'une confusion ou mélange commun,
par lequel on vient à ce Mercure second ou Saturne
premier, par l'aide d'un petit feu, & cette solution
est seulement des particuliers, à savoir
@

CHAPITRE I. 41

pour le Soleil & pour la Lune qui doivent
donner ce noir, mais la seconde dissolution, qui
est en Eau mercuriale, non mouillante, ni fluente
(comme plusieurs croient, & comme nous
avons dit ci devant, est matière blanche, ou rouge,
laquelle est pour les universels, lesquels il dépure
& rend en blancheur ou rougeur brillante
& permanente. La première n'est donc autre
chose qu'une résolution simple des corps du Soleil
& de la Lune par le moyen du Mercure (&
aidé d'un feu propre) & leur semence, soufre
ou teinture, & la seconde est une putréfaction,
ou mélange parfait de la noirceur tirée des dits Soleil
& Lune avec le mercure Philosophique, qui donne
à cette noirceur qui est poudre impalpable, sèche
& onctueuse, ingrès & entrée dans les métaux
qu'on veut purifier. Or la putréfaction n'est
autre chose que la solution ou séparation de toutes
les choses liées l'une à l'autre, ce qui sera facile
d'entendre, si; nous prenons garde aux autorités
ci dessus alléguées, car tous les auteurs disent,
que par le moyen du feu le corps qui était
humide & noir, se fait blanc & sec, & en après
rouge & fixe: l'humidité donc qui était liée
avec le noir, se dessèche, & le noir qui cachait
la blancheur se retire & disparaît & le blanc
qui couvrait le rouge, & qui n'était que desséché
disparaît au paraître du rouge, tellement que
dans un même vaisseau très-bien clos, l'humidité
est desséchée, & la siccité est fixée, le noir est
blanchi, & le blanc est rouge sans aucune séparation
ni de parties, ni d'éléments (mais seulement
addition de son principe ou plus prochaine
@

42 HARMONIE CHIMIQUE
matière) comme plusieurs estiment, ce qui
sera traité ci après encore plus clairement
avec l'aide de Dieu.
Texte.
Le son de la L E laton est un corps composé du Soleil &
trompette. de la Lune, ou c'est l'airain avec le mercure.
Livre intitulé le son de la trompette
p. 47.
Le soufre est un corps imparfait avec
lequel il faut joindre le levain, & celle fin qu'il
s'engendre un semblable à soi & soit élixir.
51.
Le mercure vulgaire est dit esprit, le mercure
des corps est dit âme, & l'esprit ne se
joint point au corps que par le moyen de l'âme,
comme aussi l'âme ne se joint point au
corps que moyennant l'esprit. Le même.
p. 52.
Durant le régime, & premièrement lors
que la pierre est noire, elle est appelée terre
Saturne, & du nom de tous corps noirs &
terrestres, quand elle se blanchit, s'appelle
eau vive, & de nom de toutes eaux, sels, aluns,
& choses ayant blancheur, étant jaune sublimée
& subtilisée, alors on l'appelle air, huile
jaune, & du nom de toutes choses spiritueuses
& volatiles: puis étant rouge s'appelle
@

CHAPITRE I. 43

ciel, soufre rouge, or, escarboucle, & du
nom le toutes choses rouges précieuses & belles
tant des animaux, pierres, que plantes.
Le même p. 108.

Scholie.

N Otre Auteur nous apprend, que ce que
les Philosophes nomment laton, est rien de
commun, ni de composé, comme plusieurs se
*fantasient, mais comme le cuivre rouge étant
fondu avec la calamine ou calamite, il perd sa
rougeur & devient jaune, de même le laton des
Philosophes qui est un corps composé de Soleil, &
Lune, qu'il nomme airain avec le Mercure, perd
son lustre, voire son nom; n'étant ni or ni argent,
ni Soleil, ni Lune, mais tout, car le premier à savoir
le laton, n'est autre chose que l'union des deux
corps, mais le second qui est d'airain, c'est le
corps prêt à dissoudre, qu'on n'estime donc
que ce soit un doute, quand il dit ou, car c'est
comme s'il disait, le laton est ce que tels ont
dit & nommé de tel nom, & non d'un tel:
Mais voici une question avec peu de difficulté,
à savoir si le soufre, & le laton, sont choses différentes,
à quoi on peut répondre, que le laton
est la composition, & comme la minière d'où
fort le soufre, & le soufre est ici pris non pour
la noirceur, mais en la blancheur ou rougeur à
laquelle (pour ce qu'elle est encore volatile) il
faut joindre le levain, c'est à dire le Soleil ou la
Lune, comme il se verra ci après en son lieu
@

44 HARMONIE CHIMIQUE
propre or pour éclaircir encore mieux les difficultés,
il ajoute, Le mercure vulgaire est dit
esprit, & le mercure des corps qui est la matière propre
si souvent dite qui se blanchit & rougit,
est dit âme, & cet esprit ne se joint au corps,
c'est à dire, l'argent vif joint à cette poudre notre, blanche
& rouge, ne s'attache point à icelle poudre,
que moyennant l'âme qui est la dessiccation & fixation,
& la dessiccation & fixation ne se peut faire
j'entends fixation de la matière blanche ou rouge que
moyennant le Mercure, qui opère au commencement,
au milieu & à la fin noircissant, blanchissant,
jaunissant & rougissant, avec le feu convenable,
le laton. Le reste est facile à entendre.
T E X T E.
Jeu des en- L A Magnésie est toute cette mixtion
fants. de laquelle notre humidité est extraite,
laquelle s'appelle argent vif. Livre intitulé
Ludus puerorum p. 133. 137.
Scholie.
V Oici la preuve de ce que nous avons dit
ci dessus, à savoir que les philosophes ont
nommé toute la composition (première j'entend
du Soleil, Lune & Mercure) Magnésie de laquelle
notre humidité (laquelle n'est autre chose
que notre mercure) est extraite, & laquelle à
cause de son humidité & facile exhalaison, est
appelée argent vif, aussi n'est ce qu'argent vif,
fait par l'argent vif & extrait de l'argent vif,
@

CHAPITRE I. 45

nourri de l'argent vif, & arrêtant l'argent vif.

T E X T E.

N E te soucie guères des mots des Philo- S. Thomas.
sophes modernes ou anciens, parlant
de cette science, d'autant que tout l'art consiste
en la capacité de l'intellect, & en l'expérience
démonstrative, car les Philosophes
voulant cacher les vérités de la science, ont
malgré toutes choses en parlant par figures.
S. Thomas à frère Reynaud c. I.

Scholie.

C' Est encore ici un leçon, pour ceux qui Note tous
s'attachent aux mots & à l'écorce sans vouloir ceci curieu-
pénétrer plus avant, montrant sommairement, sement
que tant les jeunes que les vieux se sont
plu à cacher cette science, laquelle quoi que
naturelle (comme nous avons déjà dit) doit être
soigneusement recherchée, poursuivie & appréhendée
par l'esprit & la raison, laquelle doit juger,
à savoir mon si un homme s'engendre de la
semence d'un chien, si un sapin s'élève haut du
germe d'une mauve, si une chose volatile peut
engendrer une maniable & fixe, comment se peut
faire d'une chose toute nouvelle, une autre encore
plus nouvelle sans destruction de cette première
nouvelle, mais conservation d'icelle, somme
il faut nécessairement que l'esprit joue, &
que la raison qui est la maîtresse de toutes les expériences
travaille aussi puissamment.
@

46 HARMONIE CHIMIQUE
T E X T E.
Flamel. L E Dragon est le soufre qui se tire des
corps par notre magistère. Flamel aux
annotations p. 135.
La Magnésie blanche ne laisse point
rompre les corps, ni aucun crêpe y survenir,
& qu'est-ce que Magnésie autre chose que
toute la composition? Le même p. 108.
Le corps illustré, c'est à dire privé de sa
noirceur, s'appelle âme. Le même p. 189.
Scholie.
F Lamel ne dit point est nommé, mais simplement
est le soufre, pour ce que la poudre
noire tirée des corps du Soleil & de la Lune,
s'exhale, s'il est en un feu mal administré, &
brûle les matières crasses & impures des métaux
étant icelui conduit à perfection par la voie
fort cachée; mais découverte & connue aux
seuls sages. Or il ajoute que la Magnésie blanche
qui est tout le corps blanchi ou rougi & parachevé,
(& qui n'est à présent en cet auteur
comme il était tantôt au Ludus puerorum)
est ce soufre tiré des corps qui ne permet aux
corps de se rompre, c'est à dire de s'éclater sous
le marteau, ni s'exhaler, ni à la coupelle,
ni au ciment ou eau royale, d'autant qu'il les
a rendus par son mélange doux & bien malléables,
ayant chassé d'iceux, l'impureté qui les
@

CHAPITRE I. 47

rendait difficiles à manier, & leur causait ce
crêpe, ou noirceur, ou moi de Venus, & pour
montrer qu'il ne se soucie des noms, il dit que
cette noirceur, laquelle il a appelé Dragon, soufre,
magnésie étant ou blanche ou rouge s'appelle
âme de quoi nous avons assez parlé ci dessus.
Mais approchons nous de ce rosier qui nous
présente mille belles fleurs, lesquelles toutefois
il nous faut sagement cueillir parmi les
épines, de peur de nous égratigner.

T E X T E.

Q Uoi que ces noms soient diversifiés, Rosier.
toutefois c'est toujours une seule &
même chose, & d'une même chose, car on
ne met point en nature aucune chose, laquelle
ne soit de sa nature, par quoi il faut nécessairement
que l'agent & patient soient en
genre une même chose, mais en espèce autre
& diverse, selon le mercure par lequel la femme
est différente de l'homme: car encore qu'ils
conviennent en genre, race & lignée, toutefois
ils ont entr'eux une différence distincte,
de même sorte que la matière est différente
de la forme. Rosier p. 170.
Le suc de lunaire, l'eau de vie, la quinte
essence, le vin brûlant, le mercure végétable,
ne sont qu'une même chose, le suc de lunaire
se fait de notre vin qui est connu de
@

48 HARMONIE CHIMIQUE
peu de nos enfants, & notre solution se fait
avec lui & notre or potable se fait par lui,
& non autrement. Le même p. 173.
La matière des corps n'est pas le mercure,
vulgaire, mais c'est une vapeur onctueuse &
humide: car la pierre minérale se fait de l'humide,
& le corps métallique de l'onctueux,
& faut que les corps soient convertis en telle
vapeur onctueuse, & en cette conversion
les corps meurent, & le grain du corps meurt
entièrement, & ceci se fait par la voie de
notre eau blanche & rouge, & cette vapeur
s'appelle pierre, connue par nos livres & principe
de la matière de notre opération & soufre
onctueux, duquel auparavant se tire la
quinte essence, & le mercure teignant tout
corps en Soleil ou Lune, selon qu'il sera
préparé en dernier lieu. Le même p.
180.
Notre pierre est composée de corps d'esprit
& d'âme, car le corps imparfait s'appelle
corps, le levain âme, & l'eau esprit. Le
corps imparfait de soi est pesant, infirme &
mort, l'eau est un esprit purgeant, subtilisant
& blanchissant le corps; le levain est l'âme
qui donne le vie au corps imparfait telle
qu'il n'avait auparavant, & lui donne
meilleure forme, le corps est Venus & semelle,
le
@

CHAPITRE I. 49

l'esprit est mercure & mâle, l'âme est Soleil
& Lune. Le même p. 187.
Le Dragon est l'argent vif tiré des corps,
ayant en soi corps, âme, & esprit, duquel
Philosophe parlant dit que le Dragon
ne meurt point sans son frère & sa soeur,
c'est à dire, sans le Soleil & la Lune, c'est à
dire sans le soufre extrait ayant en soi la
nature humide & froide à cause de la Lune,
avec iceux le dragon meurt, c'est à dire l'argent
vif tiré du commencement des mêmes
corps, étant l'eau permanente les Philosophes,
laquelle se fait après la putréfaction
& séparation des éléments, & cette eau est
nommée autrement eau puante. Le même
p. 188
Le Soleil est animal, pour ce qu'il reçoit
l'attrition, le blanchissement & rougissement, &
se nomme grand Animal, & le sel armoniac se
fait d'icelui: la Lune est nommée plante & le sel
alcali s'est fait d'elle, le mercure s'appelle
pierre minérale, & le sel commun est fait de
lui. La matière dissoute en cet art s'appelle
sel armoniac, étant pourrie s'appelle
chose vile, trouvée par les fumiers, étant
réduite en eau, on dit que pauvres & riches
l'ont, & quelle se trouve partout & en
tout temps & en toute chose: Quand elle est
D
@

50 HARMONIE CHIMIQUE
blanche s'appelle arsenic, lait virginal, &
du nom de toute blancheur, étant rouge s'appelle
soufre, hyacinthe, sang & du nom de
toute chose rouge. Le même p. 189. 194.
204.
L'eau permanente, ou perpétuelle, ou vin
ardent est nommée eau de corps, c'est à dire
le corps étant réduit en mercure s'appelle
aussi eau de vie, l'eau des Philosophes s'appelle
vaisseau d'hermès, de laquelle les Philosophes
ont écrit ce qui s'ensuit. En notre
eau toutes choses se font, à savoir la sublimation,
distillation, solution, calcination,
& fixation, & en ladite eau se font comme
en un vaisseau artificiel, ce qui est un grand
secret. Le même p, 193.
Tritures les calculs (ou pierres ) ou l'animal
marin, ou l'airain, ou le cerveau avec le
vinaigre très-fort, ou l'urine des enfants, jusques
à ce qu'il soit obscurci. Le même p.
195. 197. 200.
La noirceur est appelée terre, laquelle est
faite par une douce décoction si souvent réitérée
que le noir survienne. Le même p.
204.
La cendre qui est faite de ces trois s'appelle
par les Philosophes corps sale, immonde,
d'autant qu'il le faut cuire & calciner jusques
@

CHAPITRE I. 51

à ce qu'il soit blanchi. Le même p.
204.
Les Philosophes ont donné plusieurs noms
à la pierre, à celle fin qu'étant manifeste aux
sages, les fols ne la connaissent pas, mais comment
qu'elle soit nommée elle est toujours une
& de même matière. Le même p. 256.

Scholie.

N Otre présent Auteur nous dit qu'encore
qu'on donne plusieurs noms à la matière,
elle n'est pourtant plurielle, mais unique & sortie
d'une même chose, c'est ce que les sus allégués
nous onc déjà marqué. Or si notre matière ne
sortait d'une autre pure & fixe, elle ne la pourrait
être: car l'on n'a jamais vu un mauvais arbre
produire un bon fruit, ni un sapin des oranges,
ni une ortie un melon, d'autant qu'on ne
peut introduire en nature, c'est à dire à une chose
vivante ce qui ne lui convient point, mais notre
matière sortant d'une autre pure & fixe,
l'ordre de nature est qu'elle le soit aussi. Il est
vrai que les matières desquelles la notre procède
différent en espèce, comme le mâle & la femelle,
mais elles conviennent en genre. Or
pour montrer que les noms ne font la chose différente,
il ajoute le suc de lunaire, l'eau de vie, la
quinte essence de vin brûlant, & le mercure véritable,
sont une même chose. Je ne me puis assez émerveiller
d'une infinité de rechercheurs de cette
précieuse matière, qui ne prenants garde à ces
D ij
@

52 HARMONIE CHIMIQUE
mots se peinent à chercher l'herbe nommée lunaire,
pour avec icelle fixer le mercure avec
perte d'argent & de temps, comme aussi à rectifier
tellement l'eau de vie qu'on ne trouve quasi
vaisseau propre pour la retenir. Pour la quinte
essence puisque la matière n'en est ici décrite,
chacun s'en figure une: & marquant combien
y a il de charlatans qui avec prix excessifs
d'argent en promettent la recette, & racontant
la fable de Démosthène se jouent de l'ignorance
qui règne au milieu de ceux qui se
croient doctes, desquels ils sont mieux écoutés,
que ceux qui ne parlent que sainement. O
stupides jusques à quand dormirez vous? le suc de
lunaire se tire non de l'herbe dite lunaire, soit
grande, soit petite, mais de notre vin qui n'est
connu que des vrais enfants de la science, c'est
avec ce suc, ou mercure que notre solution ou
noirceur est faite, comme de même est fait
notre or potable, arrière donc tous ces fols, qui
marquent autre or potable, autre solution, ou
autre matière que la notre sans laquelle nous
n'aurons jamais rien de bon en cette recherche:
mais ne vous imaginez point que ce soit argent
vif vulgaire comme le commun des chercheurs
croit, d'autant que c'est une vapeur humide
& onctueuse, laquelle advient par notre artifice
sur notre composition, & cette vapeur est
noire adhérente aux doigts en la maniant, en poudre
noire & très subtile, à laquelle les corps se convertissent,
& meurent à la forme non du grain de blé ou autre
plante, mais de l'animal au temps du cie*, & cette
vapeur étant convertie par l'ordre requis en
@

CHAPITRE I. 53

couleur blanche ou rouge est nommée eau, étant
jetée sur les corps impurs les tue, c'est à dire les
prive totalement & dépouille de leur premier
être, leur en donnant un autre tout nouveau,
& par ainsi nouvelle forme & vie nouvelle d'or
& d'argent, & celle façon est connue dans les
livres, arrière donc encore une fois ennemis de
doctrine, qui défendez la lecture des livres pour
vendre chèrement vos charlataneries, lesquelles
sont découvertes par iceux. Disons donc, notre
pierre est composée de trois, à savoir du corps
imparfait, qui est la noirceur tirée, comme
avons dit des corps parfaits, à savoir l'or & l'argent
des Philosophes, qui sont le levain, & du
mercure qui est l'esprit, qu'ainsi ne soit, il ajoute,
le corps imparfait, à savoir la noirceur, c'est
un corps pesant infirme, car de soi il ne peut rien,
& le noir est hiéroglyphique de la mort, mais le mercure
est un esprit subtilisant & blanchissant doublement,
car l'or mis au dedans d'icelui s'y
blanchit, comme font aussi tous les autres métaux,
s'y rendant en menues parties & blanches,
& notre noir s'en reblanchit en blancheur de
neige, & l'argent ou l'or servant de levain à
cette pâte s'élève en meilleur état qu'elle n'était,
& de volatile qu'elle était se rend fixe, &
lui donne comme une autre vie. Le cinquième
corollaire est assez intelligible, & par lequel ce
que dessus est confirmé, car quoi que les Philosophes
semblent se contredire, néanmoins
qui y prend bien garde n'y trouve aucune répugnance,
comme a été assez suffisamment dit,
nous disons le même des autres.
D iij
@

54 HARMONIE CHIMIQUE
T E X T E.
Dastinus.
de la diversité des régimes, d'autant
que si nous voulons faire le Soleil, nous y mettons
le Soleil, si la Lune la Lune, pour levain
le feu est la terre noire. Dastinus p. 30.
Ce qui monte dessus s'appelle air & huile,
ce qui est en bas est nommé feu pur pour ce que
notre terre se nomme feu, & notre eau se nomme
huile qui ne se brûle par la siccité du feu.
Le même. p. 31.
Scholie.
I L faut observer que notre auteur disant soleil
& Lune ajoute pour levain, à celle fin
que personne ne présume qu'il entende ceci
Il y a ici pour le commencement de l'oeuvre, or de la
quelque dif- poudre noire de laquelle il parle, il s'en fait
ficulté la- deux parties, l'une nageant au dessus, comme
quelle sera ci un crêpe subtil, lequel on ne peut tirer qu'avec
après ôtée. son corps inutile à l'oeuvre, & c'est celui qu'il
appelle air ou huile, ou eau, mais l'autre partie
qui va au fond par un moyen subtil, est celle-là,
laquelle est la plus prisée, & que les Philosophes
nomment leur terre noire, laquelle nourrie
blanche ou rouge, & parachevée convertit les
métaux à sa nature.
@

CHAPITRE I. 55

T E X T E.

L A pierre est nommée air, lequel est mê- Flos florum.
lé avec sa terre, & salamandre, pour ce
qu'elle est nourrie de seul feu. Fleurs des Fleurs
p. 37.

Scholie.

C Elui ci appelle le mercure pierre mêlée
avec sa terre qui est le Soleil & la Lune ,
nourri du seul feu, qui est l'esprit, car depuis
qu'icelui lui donne toute autre forme, & l'augmente
en quantité & qualité, à bon droit est dit
le nourrir, car il le rend fixe, ferme, blanc &
rouge, & tous deux unis font ce que les Philosophes
ont marqué.

Texte.

L Ors que notre matière noire est blanche, Duorum
elle est appelée terre foliée, cendre des verborum.
cendres ferment du ferment, & soufre blanc
endurant le feu, toutefois on n'aura ni Soleil
ni Lune sans levain, mais quelque autre
chose de nulle valeur. Au livre des deux paroles
p. 48.
Notre noirceur est le vinaigre des Philosophes,
& est le signe de la vraie dissolution.
Au livre des trois paroles p. 48.
Autant qu'il y a de couleurs autant y a il de
D iiij
@

56 HARMONIE CHIMIQUE
nom. Le même p. 49.
Scholie.
C E que nous avons éclairci ci dessus suffit
assez pour l'intelligence de ces trois passages
qui ne parlent d'autre langage que tous les
autres.
Texte.
Dominus L A Magnésie est la matière générale
vobiscum. contenant les quatre éléments, le mercure
cuit de telle façon qu'il n'a perdu sa vertu
ignée, est corps parfait sans aucune exhalaison,
& à cause de divers degrés, il est nommé
de divers noms: car tandis qu'il est froid
& humide se nomme âme, lors qu'il est sec se
nomme esprit, étant plus cuit & fixe, corps,
& ne se fixe point que par grande décoction;
& est chose très claire que Je mercure sera
plutôt parfait lui adjoignant les corps, que
demeurant seul, ce que les Philosophes confirment,
disant & appelant le soleil frère
du mercure & de la Lune sa soeur, & qui me
joint avec mon frère ou ma soeur, nourrira
autant de milliers d'hommes tous aussi long
temps qu'il voudra, ce qu'il fera faisant que
le mâle engrosse la femelle. Livre du Dominus
vobiscum p. 50.
@

CHAPITRE I. 57

Du commencement notre pierre est dite eau,
le corps étant dissout tendant à consolidation
s'appelle terre étant parfaite & fixe
s'appelle feu. Le même p. 54.

Scholie.

N ous avons déjà parlé de la Magnésie, laquelle
contient les quatre éléments, à savoir
l'eau, la terre, l'air & le feu, ou le noir, le blanc,
le jaune & le rouge, marquons cependant que
le mercure cuit, duquel est ici parle, & qui n'a
perdu sa force & vertu ignée, est nommé d'une
infinité de noms étant parfait, & que ce n'est
autre chose que la matière extraite, noircie, puis
blanchie, puis rougie, & en fin rendue propre
pour parfaire les métaux imparfaits par l'ordre
qui sera marqué ci après en son lieu.

Texte.

L Argent vif est nommé vent, c'est à dire Incertain.
argent vif aérien, vinaigre fort, eau forte,
venin teignant, lait virginal, fontaine
de vie, feu brûlant. Un Auteur incertain
p. 66
La putréfaction se fait au fond du vais- Saturnin.
seau, & la génération à la tête de l'alambic
& l'argent vif est appelé à la génération des
métaux, père, vraie vie, Lion, Phénix, Pélican,
Tantale, Dédale, Serpent, Fontaine,
@

58 HARMONIE CHIMIQUE
Puis, Forte, Argent vif des Philosophes, Présure
ou coagule de lait, levain, serviteur
fuyant, & de plusieurs autres noms. Saturnin
P. 71.
La pierre est nommée Adrop, c'est à dire
Saturne, d'autant que comme Saturne est le
plus haut des planètes, de même notre pierre
est la plus précieuse de toutes. Le même
p. 89.
Texte.
I L a été vu ci dessus que le mercure est nommé
vaisseau, pour ce qu'il enclôt en soi les
deux corps, desquels la noirceur est extraite,
maintenant celui ci dit que la putréfaction,
c'est à dire le noir se fait au fond du vaisseau, c'est
à dire à l'intérieur du mercure, là où elle se tient,
mais que la génération se fait à la tête de la
l'alambic, qui est le matras très-bien bouché, comme
il se verra au chap. du vaisseau, dans lequel
les petites vapeurs véritablement puantes ne
pouvant sortir sont arrêtées, lesquelles engendrent
par le petit feu notre matière à laquelle le
nom de l'argent vif, & les autres en grand nombre
sont attribués, comme celui de père, d'autant
qu'engendrant nouvelle forme, c'est
donner nouvelle vie, chassant comme un
lion fort les impuretés des métaux nommés
imparfaits, n'y ayant que lui, qui de soi
même s'engendre de même, comme on dit,
faire le Phénix, & qui puisse faire telle purification,
& nourrir ceux de son genre, ou espèce
@

CHAPITRE I. 59

comme fait le Pélican: Mais pourquoi est-il appelé
Tantale, si ce n'est à cause de la difficulté
qu'il a de boire? ce qui advient par sa grande
siccité, & véritablement c'est en ce lieu
où est la plus grande peine, & qui fatiguant les
plus grands esprits, les contraint quitter l'opération
commencée: Il est aussi appelé Dédale,
pour ce que comme Thésée qui y était entré Note la pei-
n'en fut jamais sorti sans l'aide & peloton d'Ariane; ne qu'il y a
de même ceux qui s'embarquent dedans à mourir.
cette mer, & entrent dedans ce labyrinthe s'y
perdent de nécessité sans une particulière assistance
& conduite ou de Dieu, ou d'un fidèle
ami, ou des livres, qui lui montrent la Porte,
qui est la noirceur par laquelle il faut nécessairement
passer, tant pour avoir la présure, ou
coagule, sans lequel sera impossible arrêter le
serviteur fuyant, à cause de sa subtilité qui une fois
disparu, ne pourrait être attrapé, n'y s'unir
avec le levain, duquel a déjà été parlé.

Texte.

N Otre composé est nommé par les Philosophes
terre blanche, lors qu'il est Jean Duns.
blanc, & terre rouge, lors qu'il est rouge.
Jean Duns Ecossais p. 154.
Nous appelons tout le composé notre Ripleus.
plomb, duquel la splendeur vient du Soleil &
de la Lune, ôtez lui ladite splendeur & lors
la terre sera de peu de valeur. Ripleus p. 20.
Dedans une seule disposition toutes les Morien.
@

60 HARMONIE CHIMIQUE
couleurs se changent, & suivant les changements
d'icelles les noms s'y appliquent. Morien
p. 38.
Calid. Nous nommons la boue, lors qu'elle se blanchit
yharit, c'est à dire argent, & lors qu'elle
se rougit la nommons Temeycunchum, c'est à dire
Or, & la blancheur est celle laquelle teint
le cuivre & le fait yharit, & cette rougeur est
celle laquelle teint yhariten Temeyvnchum.
Marguerite Calid. p. 280.
nouvelle. Hermès dit, fils, tire l'ombre de son rayon,
ou le rayon est l'humidité & la femelle,
& l'ombre est la siccité cachée dans l'humidité,
& est mâle, la génération duquel se fait
par nature avant la génération de la femelle;
or le mâle est rouge poursuivant la femelle
fuyante, & la prenant & retenant
dans la vallée, mais la femelle voulant fuir
(mais fort lentement) se laisse prendre au
mâle, à cause de quoi on dit que la femelle
a des ailes, mais le mâle n'en a point. La
pierre est vieille à cause de sa blancheur jeune
à cause de sa rougeur, Egyptienne à cause
de son humidité, Persienne à cause de sa siccité,
qui est cause que les Egyptiens ont besoin
du secours des Perses, c'est à dire que l'humidité
doit être desséchée, par quoi la putréfaction
ne vaut rien ailleurs, qu'en Egypte,
@

CHAPITRE I. 61

mais sa fin ne peut advenir qu'en Perse: la
pierre aussi s'appelle femme enceinte, d'autant
que la blancheur a dedans soi la rougeur laquelle
est tirée à la fin de la décoction. Marguerite
nouvelle p. 123. 124.

Scholie.

S' Il est vrai (comme il est) que toutes les couleurs,
& par conséquent le parachèvement
de tout notre ouvrage adviennent par une seule
disposition, à quoi faire, tant de vaisseaux, tant
de fourneaux, & tant de diverses opérations
proposées par les charlatans qui sont totalement
ignorants de l'intention & intelligence des sages
Philo-chimiques, qui veulent que de leur composition
se produise une boue noire, puante, impalpable,
onctueuse & subtile, laquelle étant lavée
avec son eau propre (qu'elle boit & réduit
comme elle en poudre impalpable) se blanchit
& se rougit, & étant blanchie ou rougie purifie
les métaux dits impurs. Or cette boue laquelle
est tirée des deux corps astralisés & rayonnants
est appelée Ombre ou siccité, cachée dans
les corps du Soleil, & de la Lune rendus humides
par l'amalgame auquel l'artiste les a réduits,
& par lequel amalgame toute la masse est rendue
d'une blancheur rayonnante, & fait comme
une matière, qui est la cause qu'il ne dit
pas qu'il faille tirer l'ombre des rayons, mais de
son rayon montrant qu'il faut que de l'union
des deux, & non séparément cette Ombre ou noirceur
@

62 HARMONIE CHIMIQUE
soit tirée: Cette Ombre, noirceur ou siccité est
nommé mâle ou agent, pour ce qu'elle arrête le
mercure vulgaire, lors qu'ils sont mêlés par ordre
connu de peu, & cherché de plusieurs chercheurs,
& si cette siccité, noirceur ou masculinité
n'était cachée dans l'humidité, l'on ne l'en
tirerait. Or quand il dit que cette humidité est desséchée,
il ne faut pas entendre qu'elle soit attirée
par le Soleil ou air, comme est l'humidité d'un
linge qui après sa dessiccation demeure plus léger,
mais en cette ci l'eau apposée sur cette
boue ou noirceur ou soufre y demeure (si le vaisseau
est bien bouché) & y est réduite en même
forme, qui est ce soufre, à savoir en poudre,
tellement que la quantité de cette boue s'augmente
& la qualité se renforce, d'un côté bien régie,
mais si elle est mal gouvernée la volatilité
L'or tenait emportera le tout au dessus du feu: que si cette
7. ans dans personne qu'on estime si docte en toutes sciences
le feu. à Paris eut bien entendu ce passage, il n'aurait
mis & tenu sa matière qui n'était qu'or
commun par l'espace de sept ans dans le feu &
fourneau de la verrerie, où je l'ai vu dans son
vaisseau, & dans ledit fourneau, la putréfaction,
dit notre Auteur, ne vaut rien qu'en Egypte,
mais icelle étant faite, & humectée de sa
queue, elle doit être transportée en Perse, & c'est
ce qui est déclaré en la vision d'Arislaus.
@

CHAPITRE I. 63

T E X T E.

L A matière est nommée pierre élémentai- Scot.
re, d'autant que d'icelle les quatre éléments
sont tirés, pierre minérale, pour ce
qu'elle est faite des seuls minéraux, pierre
végétale, pour ce qu'elle est nourrie & s'augmente,
qui sont puissances de l'âme végétative,
pierre animale, pour ce qu'elle est refaite
par l'odeur, & corrompue par la puanteur,
pierre raisonnable, d'autant qu'elle
subsiste, consonante à nature, lors qu'elle
a atteint le dernier but. Lescot. p. 199.

Scholie.

I L est dit élémentaire qu'on peut dire autrement
élémentée, car les Philosophes ne cherchent
point, comme déjà a été dit, les choses simples,
ni séparations ou disjonctions des compositions
en éléments simples, qu'en les quatre éléments
qu'il dit être tirés de cette pierre élémentaire,
sont entendus par le noir la terre, par le
blanc l'eau, par le jaune l'air, & par le rouge le
feu, ou le carré du cercle, le triangle du carré,
la ligne du triangle, & Je point de la ligne
pour les noms de pierre minérale, végétale, animale
& raisonnable, la cause en est ici assez éclaircie;
mais je ne puis passer ceci sans horreur
de ce qu'a fait un Gentilhomme par l'induction
d'un Diable en chair, se disant grand & expert
@

64 HARMONIE CHIMIQUE
Malheureuse en cette recherche lui assurant qu'Adam l'avait
& endiablée portée avec soi, que chacun l'avait avec
interpréta- soi qu'elle était minérale, & que l'homme en
tion. était la minière, qu'elle végétait pour ce qu'elle
était nourrie par apposition du boire & du
manger, & qu'elle croissait, pour ce que d'une
goutte de semence jetée dans la matrice un
grand homme en est fait qui est animal & qui est
incommode par les odeurs puantes, & accommodé
& remis par les bonnes, & qu'il est raisonnable,
tellement qu'il concluait de tirer le premier
vivant & dernier mourant du plus bel homme
rousseau & jeune & de la plus belle fille aussi
jeune & robuste qui se pourraient trouver
& de ces deux coeurs tirés les personnes encore
vivants tous entiers avec leurs péricardes
contenant l'eau, qu'il nommait Mercure propre
en tirer par la putréfaction, la pierre tant désirée,
ô malheureux écoliers & plus malheureux
& en diable maître Dieu qui semble sommeiller
pour un temps, versera en temps déterminé
son ire sur vos têtes, & faisant la vengeance
& justice des cris épouvantables de ses
pauvres sujets égorgés vous contraindra à imiter
le mauvais riche, qui étant aux enfers demandait
une goutte d'eau au Lazare: Notre
pierre n'est point partie aucune ni de l'animal
quelque ce soit, quoiqu'elle soit conçue par
l'intellect, duquel Adam était muni en sa sortie
d'Eden, elle n'est point partie visible d'aucune
matière minérale, ni moins d'aucune plante,
c'est vue chose qui est produite par l'assemblage
de deux corps purs, nets, reluisants, durs,
solides
@

CHAPITRE I. 65

solides, fixes, s'allongeant & s'étendant au
marteau, & se rendant plus agréables par la
violence du feu, & d'iceux, dis je assemblés est
produite une matière, qui n'est semblable à eux
ni en solidité, ni en consistance, ni en couleur,
ni en odeur inconnue à un chacun, je dis même
à son opérateur, si elle étant tirée & mise
dedans un vaisseau, en est ôtée & mise dans un
autre à son insu, mais elle en sa forme noire,
impalpable, puante, onctueuse, volatile contient
non seulement tout ce que ceux desquels
il est sorti ont: mais une beaucoup plus grande
force & vertu; potentiellement, pour ce qu'il
peut rendre les paysans & roturiers, Nobles,
Princes & Rois, ce que ses géniteurs ne
peuvent faire: mais pour acquérir ce noble enfant
la crainte & l'amour filiale à Dieu est nécessaire,
& l'amour & bienveillance à notre prochain,
que Dieu fera avoir à ceux qui l'invoqueront
en foi, & leur donnera sa vraie sagesse, laquelle,
dit l'Apôtre, vient d'en haut.

Texte.

N Otre pierre est nommée Adrop, c'est à
dire Saturne, & parmi les Troyens Arnaud.
Dragon ou Tapum, c'est à dire venin. Au
Miroir d'Arnaud. p. 36.
Azot chez les Indiens est l'or, chez les Arméniens
est l'argent, chez les Alexandrins;
& Macédoniens est le feu, chez les Grecs c'est
le mercure, chez les Hébreux c'est l'étain,
K
@

66 HARMONIE CHIMIQUE
chez les Tartares c'est l'airain, chez les Arabes
c'est le Saturne, chez les Latins, & principalement
chez les Romains Ogniaidor. Le
même p. 28.
Thibaud. Notre pierre est nommée spirituelle, corporelle,
céleste, Terrestre, Ciel, Eté, Terre, Automne,
Hiver, Printemps, Masculine, féminine,
coeur des bêtes brutes, fiel, suc d'herbes,
homme, cheveux, sang, menstrue, secondine,
arbre, plante, herbe, pierre, arsenic, homme
haut ayant un heaume à la tête, Roi, Reine,
femme, eau, feu, corps, esprit, âme, vieux, jeune,
enfant allaitant, frère, soeur, oncle paternel,
gendre, beau père, frères utérins, associés,
serf rouge, pucelle, homme vêtu de beaux
habillements, Roi couronné d'un diadème
rouge, Kenkel, Lion, griffon, chameau, cheval,
corbeau, chien, veau, coq, poule, aigle,
quelles, escharbot, fiel de poisson, urine de
veau, petit poisson rond n'ayant ni os, ni
cuisses, coeur, foie, estomac , tête, cerveau,
ail, ventre, mamelles, nerf, urines, colère,
sang, pituite, mélancolie, semence, lait, ongle,
fiente, urine, sueur, oeuf, venin, basilic,
dragon, vipère, salamandre, serpent, lézard,
crapaud, thériaque, antidote, médecine, médicament,
arbrisseau, racine, fleur de vigne,
rose blanche, rose rouge, lunaire, mercuriale
@

CHAPITRE I. 67

pourpre marin, chélidoine, guelde, verdeur,
gomme, feuille, écorce, bois, plomb, étain,
fer, airain, laton, argent, or, monnaie, Magnésie,
orpiment, arsenic, soufre, marcassite,
tuthie, terre puante, Antimoine,
terre noire ayant yeux, alun, ancre
eau forte; poix, charbon, corbeau, tête de
corbeau, airain brûlé, ivoire brûlé, talc,
marbre ivoire fleur de sel, os, cristal lumière
cristalline, perle, neige, cendre, gravelle, terre
blanche, pierre blanche, poudre blanche
étoilée, resplendissante, pierre rouge, safran,
cinabre, minium, hématite, sang humain
brûlé, jaune d'oeuf, alun calciné, corail, &
pour dire brièvement, cette pierre et nommée
du nom de toutes les choses qui sont au
monde. Thibaude Hoclande p. 61. 63
64. Scholie.

T Out ce qui a nom, il l'a reçu ou de l'auteur,
ou du lieu, ou de la ressemblance, Cause des
ou du changement, ou de sa propriété, c'est à noms des
cause qu'on a donné tant de différents noms à choses.
cette matière, la raison desquels je pourrai rendre
assez facilement, mais cet éclaircissement
serait plus subtil & laborieux qu'utile au chercheur,
qui étant venu à trouver & jouir de ses
amours connaîtra clairement la vérité de l'imposition
de ces noms, il trouvera que la diversité
d'iceux n'indique pas la diversité des matières,
mais bien la diversité des vertus d'icelle selon la
E ij
@

68 HARMONIE CHIMIQUE
diversité & régimes du feu, & nourrissement
des viandes liquides, ou solides, blanches ou
jaunes, qu'aucun donc ne s'étonne pas tant de
Avertisse- divers noms, mais qu'étudiant avec attention
ment. il médite & s'instruise, ou par quelqu'un (non
ignorant, non charlatan, non vendeur de recettes
de tiercelets, devins, extracteurs de mercure
de quelque matière que ce soit commune,
cireurs d'or, de l'argent & autres bagatelles qui
mènent ou à sa misère, ou à la corde & au repentir)
doctes homme de bien, s'il le trouve &
connaisse, mais sûrement par la lecture assidue
des bons auteurs, principalement de ceux
desquels celle harmonie a été tirée, comme aussi
de plusieurs autres qui s'accordent à ceux ci,
(que je n'ai vus) & lesquels tous unanimement
concluent à une matière non née, mais à naître
par l'aide de l'artiste, nourrie par la même eau
qui l'a faite paraître, sur un petit feu par une
seule opération, dans même vaisseau, c'est à dire
de même forme (car un petit vaisseau de verre
ne se peut dilater, comme font la matrice,
l'estomac ou la vessie.) Et alors ayant trouvé
cette concordance, comme fit Trévisan, il aura
de quoi se contenter. Dieu lui en face la grâce.
Amen.
T E X T E.
Touche des C Orsufle est la tête, mais non pas le commencement
Philosophes. de cet ouvrage, mais après
l'embrassement il est ainsi nommé fort à propos,
@

CHAPITRE I. 69

par quoi Corsufle est tout le composé, lequel
il faut brûler sept fois, & alors il teint
tout le corps, & est nommé monnaie, fleurs d'airain,
ou d'or, ou de fer, comme aussi plomb,
étain, & de mille autres noms, La tourbe
des Philosophes Sentence 33.
Rouilleure est un nom feint & non vrai,
toutefois je vous dis que la rouilleure est la
seconde oeuvre, laquelle se fait de seul or, à
cause de quoi on l'appelle sangsue, pour ce
qu'elle est cachée au soufre d'or, comme la
sangsue dans l'eau, la rouilleure dont est le
rubifiement au second ouvrage, car au premier,
faire la rouilleure, c'est blanchir, auquel
blanchissement les Philosophes ont commandé
de mettre la fleur d'or, & l'or même
également. Le même, Sentence 50.
Cambar, Ethelia, Orpiment, Zendrio,
Ebsemech, Magnésie, Chubul sont les noms
de l'argent vif sublimé du Cambar, lequel
lors qu'il est blanc, est nommé plomb de Ebmech,
Magnésie, Marteck, & airain blanc.
Le même, Sentence p. 54.
Cuisez le cuivre jusques à ce que la noirceur
sorte, laquelle on nomme monnaie, & mêlez
bien les choses de notre art, & vous trouverez
aussi tôt la noirceur qu'est le plomb
des sages, & duquel ils ont dit plusieurs choses
E iij
@

70 HARMONIE CHIMIQUE
en leurs livres. Le même, Sentence 70.
Scholie.
L E commencement de l'ouvrage est l'assemblage
de notre or, argent & mercure, desquels
la noirceur est produite, nommée tête de corbeau,
en cet embrassement par un mutuel amour échauffé
d'un feu d'amitié, ce noir caché apparaît
mais non dans un creuset & feu de fusion, comme
les ignorants croient: or tout ce composé ou masse
engendrante n'est le Corsufle, mais icelui engendré
ou noir est le commencement de l'oeuvre, lequel
il faut séparer de la matière comme il sera montré
ci après en son lieu propre, & étant séparé le faut
arroser qu'il nomme brûler pour tromper les ignorants
sept fois, (nombre fini pour indéfini) c'est à
dire tant de fois qu'il sera nécessaire pour l'amener
à la blancheur, & alors il teindra tout corps
propre à recevoir sa teinture, car d'entendre nuement
tout corps, ce mot général n'exclurait
chose du monde, comme il sera montré au chapitre
de la projection. Il ajoute qu'encore
que la rouilleure soi nom feint, si est-ce que cette
comme rouille est la seconde oeuvre ou opération,
à savoir la noirceur, car la mixtion ou assemblage
est la première opération, & cette
rouille ou noirceur est dite seconde, pour ce
qu'après cette composition elle paraît sur tout
le composé, laquelle il dit être faite du seul
or, a même sens qu'on dit que l'homme fait un
enfant sans nommer la femme, & cette rouilleure
(dit il) était cachée dans le soufre, c'est à dire
@

CHAPITRE I. 71

dans la chaleur, force & corps de l'or; de même
que l'eau cache & contient la sangsue: or cette
noirceur convient à la sangsue, tant à cause de
la diversité d'icelles y en ayant de toutes noires,
de grisâtres, de verdâtres, & de tachetées,
qu'aussi à cause que si elle a trop sucé &
attiré de sang elle s'en dégorge, de même cet
te rouilleure ou noirceur, rendra le superflu du breuvage
qui lui aura été trop baillé; en ce qu'il
dit que la rouille est le rubifiement au second ouvrage,
cela est de la fin de l'oeuvre, & en ce sens il prend
le noir blanchi par la nutrition, pour le premier
ouvrage, auquel blanchissement pour le rendre
fixe, il faut ajouter le mercure qu'il appelle
fleur d'or, & l'argent même qu'il appelle or même,
comme il sera vu ci après au chap. de
la fermentation. Pour la fin il exhorte les chercheurs
à la lecture & étude des bons livres, disant
que les sages en ont dit plusieurs choses dedans
leurs livres, comme nous disons aussi.

T E X T E.

L E mercure est nommé au commencement Exercitio in
de l'oeuvre, eau, puis, la noirceur se mon- turbam.
trant, terre, puis étant sublimé, air, étant
rougi, feu, car l'or doit être cuit de soi même
jusques à la rougeur, puis sublimé avec
quelque corps lumineux ou levain, puis ajouté
seul au tout & à la corruption de la
matière, esprit, & ainsi la terre avec l'eau,
l'air & le feu est un corps, le levain, l'âme
E iiij
@

72 HARMONIE CHIMIQUE
& dernière irroration, c'est l'esprit du seul
mercure. En l'exercice deuxième de la
tombe.
Scholie.
D Isant l'air doit être cuit, &c. c'est à dire que
lors que le noir est blanchi qu il appelle
air, il ne le faut ni nourrir davantage, ni fermenter
pour le mener à la couleur rouge, mais
seulement continuer le feu, & cette couleur
rouge advenue, qu'il nomme sublimation sera
mêlée avec son corps lumineux, qu'est la Lune si
on laisse la matière au blanc, ou avec le Soleil, si
la matière est rouge, & ces deux luminaires sont
nommés, levain ou fermentation, & étant le
tout achevé est nommé esprit, pour ce que par la
subtilité il pénètre les métaux avec lesquels il se
compose, & de deux différents en nature, à savoir
d'un subtil, & d'un crasse se fait un tout autre.
T E X T E.
Rosinus. L A terre feuillée ou des feuilles, c'est à
dire des vêtement: car les feuilles sont la
couverture des arbres, & notre eau est le vêtement
de notre terre aquatique. Rosinus
p. 297.
Comme l'homme est composé des quatre
éléments, de même notre pierre: & ainsi est
il de l'homme, & tu est la minière par l'opération,
& elle tire de toi, à savoir par
@

CHAPITRE I. 73

la division elle demeure en toi inséparablement,
à savoir par la Sapience. Le même
p. 312.
Scholie

C E mot terre feuillée a donné beaucoup de
peine à une milliasse de personnes, les uns
prenants les briques ou tuiles, les autres les métaux,
lamines, les autres les feuilles, & écorces
des arbres, & sans vouloir ouvrir les yeux se sont
jetés dedans les confusions inextricables: or
les Sages ont appelé le petit fourneau duquel il
se servaient terre feuillée, pour ce que comme
les feuilles gardent les fruits de l'injure externe,
de même par & dedans icelui leur matière est
conservée. Trévisan dit à ce propos qu'on
avait mis la fontaine, (qui est toute la matière
dans le matras) dans un creux de chêne, qui est
une boîte de bois: un autre appelle le matras,
terre feuillée, pour la même raison, un autre
appelle le mercure terre feuillée, pour ce qu'il
enveloppe & couvre tous les métaux d'où le
noir sort. Et autres voire la plupart prend la
noirceur nageant au dessus du composé: pour
la terre feuillée, laquelle comme d'un vêtement
ou masque couvre par sa laideur, le plus beau duquel
nous avons besoin, qui est le blanc ou le
rouge, comme cet auteur marque assez clairement,
& sur ce qu'il est dit qu'Adam l'a portée
de Paradis, que l'homme en est la minière, il en
a été parlé en la scholie ci devant sur le texte
de l'Escot.
@

74 HARMONIE CHIMIQUE
Textes.
Tauladan. L Ame, le levain, & la forme qui sont
même chose, se fait lors que le Soleil &
la Lune sont dissout, & cette dissolution
s'appelle ainsi, comme les autres métaux
à savoir Saturne, Jupiter, Mars & Venus,
(sont nommez) pâte. Tauladan p. 388.
Georgius L'or est nommé en Hébreu Or, c'est à dire
Venetius. lumière, & paz & en Latin, obrizon, c'est à
dire fort & très-pur, d'autant qu'il n'est jamais
consumé par le feu, mais il s'y purifie de
plus en plus. George Vénitien en l'harmonie
du monde l. 8. c. I. p. 231.
Libavius. Le mercure (lequel nature a engendré de
soi même en la minière) est nommé ventre
d'Autruche naît en terre, il convient avec
l'eau, laquelle ne mouille point les mains, &
est appelé cru, d'autant qu'il n'a point encore
été rendu mûr & fixe, qui est cause
qu'on l'oppose au mercure coagulé qui n'est
autre chose que l'or. Libavius p. 56.
Tous les métaux préparés selon l'Art,
s'appellent Soleil, Lune, Mercure &c. car
auparavant ils avaient simplement or, argent
argent vif, etc. Le même p. 57.
La matière de la pierre est une & de même
chose, de vil prix, laquelle est trouvée par
@

CHAPITRE I. 75

tout & est une eau visqueuse, nommée mercure,
& pour ce qu'on dit qu'elle est trouvée es
lieux sales, plusieurs hommes brutaux, qui
n'entendent point l'intention des Philosophes,
ont cherché cette pierre dans les matières
fécales. Rupescissa. c 2. Arnaud.
Les Philosophes ont nommée la pierre de
plusieurs noms, afin de rendre la science plus
obscure, car quand notre pierre est mise dans
le vaisseau physique, & tant plus il change de
couleur, tant plus diversement est il nommé,
& après la putréfaction est nommée Magnésie,
& durant la putréfaction est nommée Saturne.
Arnaud en son miroir p. 18
Usisur en Arabe est le cinabre des Philosophes. Geber.
Geber l. 2, c. 6.
Le grain incombustible des métaux est leur
humide radical, & comme une certaine semence
du Soleil & de la Lune que nature a
plantée en eux, afin que l'occasion s'en présentant
il se cuisit au Soleil & à la Lune par
un long temps, ou brièvement par l'art. Le
même p. 22.

Scholie.

T Ous corps tant simple que composé tend à
multiplication, génération, & conservation,
& iceux sont sensibles ou insensibles, les
insensibles produisent leur semence de leur propre
@

76 HARMONIE CHIMIQUE
substance & branche, les sensibles en autrui,
& semblables à eux: Entre ces composés
il y en a comme on croit qui n'ont commencé
par semence, mais véritablement ils croissent &
vivent secrètement, multiplient & naissent
ce qui les empêche (à savoir les métaux de produire
leur semblable, d'engendrer & de pouvoir
convertir en eux même, est que leur esprit vivifiant
est submergé & empêché de trop de manière,
lequel l'art peut extraire, étant certain
que puis que toute âme est incorporée, & que
tous le monde & ses parties ont corps, il faut
qu'il y ait un esprit moyen entre ces deux choses
qui ne peut être dit, ne âme, ne corps,
mais qu'il participe de l'un & de l'autre, & c'est
cet esprit désireux de la multiplication de ce en
quoi il est: or l'or entre tous les métaux est
abondant en cet esprit, lequel notre Auteur
nomme (grain incombustible, humide radical, & semence,
Laquelle se multiplie merveilleusement dans
la minière, & dans chacune selon la propriété
d'icelle plus tôt ou plus tard, Nature y travaillant
incessamment tant de nuit que de jour qu'il
dit ici Soleil & Lune: Mais si le docte Artiste
tire cette semence, appelée de plusieurs soufre,
d'icelui & l'adjoigne avec sa glaire, il aura
en peu de temps ce que nature ne peut faire
toute seule en plusieurs centaines d'années, nous
souvenant toujours que cet oeuvre est naturel,
& que pourtant il y faut procéder doucement,
car nature abhorre la violence.
@

CHAPITRE I. 77

T E X T E.

A Malgame vaut autant à dire que Greverius.
amollissement, d'autant que la semence
dure de l'or ou de l'argent s'attendrit dans
la terre. Greverius p. 20. Incertain.
Azot est la quinte essence ou corps subsistant
de soi même, différent de tous les éléments
& éléments tant en matière qu'en forme,
tant en nature qu'en vertu, n'ayant rien de
corruptible en soi, & est appelé quinte essence,
pour ce qu'il est extrait de tous les éléments,
& n'a aucun mouvement élémental en soi
comme ont les autres corps élémentaux, teignant
& purifiant les corps métalliques de sa propre
couleur, contre gardant & préservant
les autres corps (qui lui sont joint) de corruption.
Un Auteur incertain.

Scholie.

I L a été vu ci dessus les significations du mot
Azot, & ce que par icelui est entendu en diverses
Provinces, à présent cet Auteur dit que
c'est une quinte essence, d'autant qu'il est tiré de
tous les éléments. Premièrement du Soleil & de
la Lune par le moyen du mercure qui sont matières
grossières & connues des enfants de la
science, mais en après de leur semence ou soufre,
qui étant noir devient blanc, puis jaune,
& puis rouge, alors peut il bien être nommé
@

78 HARMONIE CHIMIQUE
quinte essence, mais non corps subsistant de
soi même, jusques à ce qu'ayant acquis son extrême
rougeur & avoir senti le dernier degré ou
effort du feu, il demeure fixe, & sans pouvoir
être aucunement altéré par quoi que ce soit, tellement
qu'en ce point il est différent de tous les
éléments, & élémentés tant en nature, qu'en
vertu, pour ce qu'il est incorruptible & fixe, &
s'il n'était tel il ne contre garderait & purgerait
les autres corps de corruption, & en ce point
cette matière est dite être de la nature du ciel
duquel le mouvement n'est naturel, car il ne
descend ni monte comme font les choses pesantes
ou légères, n'est aussi violent, pour ce que
rien de violent ne subsiste: il s'ensuit donc qu'il
est volontaire, & partant qu'il est animé, c'est
lui aussi qui vivifie, purge & entretient tout ce
qui est sous lui; Ceci ne sera reçu d'un chacun,
mais il me suffit qu'un entre mille entende ce
qui est traité céans.
Texte.
La Tourbe. L A terre blanche, le soufre blanc, la
fumée blanche, l'orpiment, la magnésie
& l'ethel signifient même chose en l'art.
La tourbe manuscrite. p. 68.
Le corps a plusieurs noms, car il est nommé
fer, Mars, carmet, almaga, vitriol, sang,
huile rouge, urine rouge, jouvence, midi, été,
mâle & de plusieurs autres noms qui lui
sont attribués pour diverses raisons & propriétés.
@

CHAPITRE I. 79

Le même p. 71.
Le mercure est Minerve, la Lune est plan- Nicolas des
te, pour ce qu'elle ne reçoit que deux vertus, Comptes.
à savoir la blancheur & la siccité, c'est à dire
le rétrécissement, le Soleil est animal, pour
ce qu'il reçoit trois choses, à savoir la blancheur,
le rétrécissement & la rougeur, &
ainsi a trois vertus, & est nommé grand
animal. Nicolas de Comitibus p. 1.
Les Sages ont dit plusieurs noms, à celle
fin que vous qui n'êtes du nombre de leurs
enfants, n'entendiez point que c'est une chose
jointe, lors qu'elle est faite de diverses choses,
à savoir des quatre élément, ou des quatre
substances. Le même, même page.
Les noms décrits par les Philosophes dedans
leurs livres, ne sont que pour leurs enfants,
qui entendent parfaitement leurs dits,
& qui travaillent en due & convenable matière.
Le même p. 2. 3. 4.
Notre pierre est un corps sans aucun son,
& est mortel avant son opération tuant tout,
plombifie les corps, congèle le mercure par son
odeur, & est médecine après l'opération &
examen, est un chameau, une écumoire, une
épée, un couteau, un triangle en être, un
quadrangle en qualité, & Arop & Asrop
sont même chose. Le même p. 2. 5-6. 10.
@

80 HARMONIE CHIMIQUE
Cette eau est appelée eau de vie, d'autant
qu'elle donne vie aux corps morts, eau clarifiante,
pour ce qu'elle illumine ce qui est sale
& impur, eau perpétuelle, d'autant qu'elle
fait durer & mène à perfection ce qu'elle touche,
or cette eau laquelle a plusieurs noms
s'appelle ainsi après la solution. Le même
p. 6.
Azoch est la pierre des Philosophes, ou la
terre rouge, lavant les saletés du laton, &
le laton & Azoch sont ensemble & ne se séparent
jamais, mais ils demeurent toujours
joints, mais à mesure qu'ils changent de couleur,
de même ils changent de nom, il s'appelle
aussi en Arabe Ernech, c'est à dire orpiment,
& faut savoir que l'orpiment est
la clef de la science, mais il s'entend du philosophique,
& la pierre blanche s'appelle en
Arabe encarich, c'est à dire chaux. Le
même p. 7.
Notre argent vif est eau très-claire, notre
arsenic est argent très-parfait, & notre
soufre est or pur & bon, & toute la
perfection consiste en ces trois, par le Dieu vivant
j'ai dit la vérité, vu donc que ces trois
choses sont parfaites & très pures elles n'ont
besoin d'ordure, & c'est ici la pierre composée
d'argent vif philosophique, d'arsenic notre,
tre
@

CHAPITRE I. 81

& d'or pur, par le Soleil nous entendons
l'or, par la Lune l'argent, & cette
pierre physique s'appelle Azoth, laton, terre
puante, terre rouge, terre blanche, dragon,
renard, loup, chien, serpent, brebis, cheval,
taureau, chair chameau, cheveux, sang, urine,
arbre, herbe, terre, air, & généralement
tous les noms qui sont en ce monde. Le même
21.
L'on donne divers noms à cette matière Dastin.
à cause de la diversité de ses couleurs, car
lorsqu'elle est crue s'appelle notre argent
vif, eau permanente, plomb, crachat de Lune,
airain, étain, lorsqu'elle est cuite est nommé
argent, magnésie & soufre blanc, étant
rouge, son nom est orpiment, corail, or & levain,
& ces noms lui sont donnés à cause de
son excellence: mais quelques noms qu'elle aie,
ce n'est pourtant qu'une seule matière &
seule nature, d'autant que nature ne s'amende
qu'en sa nature, & notre art ne se parachève
point par la multitude de matières.
Dastin. p 28.
Elle est trouvée partout à cause qu'elle participe
des éléments, est nommée du nom de toutes
choses pour cacher la dignité de sa nature
est dite très-vile en sa putréfaction, très-
chère à cause de sa vertu, noire, blanche, jaune
F
@

82 HARMONIE CHIMIQUE
& rouge, suivant qu'elle change de couleurs.
Le même p. 28. 29.
La magnésie est la terre, laquelle se blanchissant
ne permet aucunement, que les esprits
s'enfuient, ni que l'ombre de l'airain
paraisse. Le même p. 37.
Jean le noir ou le soufre est la matière
des Philosophes. Epître d'un Parisien,
Parisien. commençant, Mon Seigneur.
L'argent vif des Philosophes, s'appelle
oeuf, car comme l'oeuf est une chose ronde circulaire
contenant en soi deux natures en une
substance, à savoir le blanc & le jaune, &
de lui sort une autre chose ayant âme, vie &
génération, de même cet argent vif contient
en soi deux choses de même nature, corps &
esprit, & tire de soi âme & vie, à savoir
que tout se rend subtil & spiritueux, dont en
après la génération se fait du vrai élixir.
Le même p. 42.
Scholie.
Q Ue ceux qui s'amusent & s'abusent à calciner
les coques des oeufs, à séparer la pellicule
d'iceux, les jaunes, les blancs, & d'iceux par
distillation en séparer, comme ils disent, les
quatre éléments, apprennent pourquoi la matière,
ou composition, ou argent vif des Philosophes
est nommée oeuf, à savoir par similitude,
aussi bien que Jean le noir; & les autres noms
@

CHAPITRE I. 83

Texte.

L e soufre est appelé père ou agent des
minéraux, & l'argent vif la mère, ou
le patient. Florenius c. 2.
Les Philosophes ont nommé la pierre de- Florent.
dans leurs livres quelquefois élixir, & l'élixir
pierre, ne faisant grande différence
entre l'un & l'autre, afin de tromper ou éblouir
les sots, & cependant ils ont dit vrai,
d'autant que l'élixir est le vrai principe,
principal fondement & racine de la pierre précieuse
des Philosophes. Le même c. 5. 12. l. 2.
La composition que nous faisons de nos
mains propres, n'a aucun nom propre, qu'est
la cause qu'elle est appelée pierre bénite,
quoi qu'elle ne soit ni aie la Nature de pierre,
quelques uns l'ont nommée pierre minérale,
végétable, animale & mentale, pour ce
que les choses desquelles elle est composée sont
moyens minéraux de leur nature, & est
nommée végétable, pour ce qu'elle verdoie
& croît comme les végétable, animale pour
ce qu'elle a corps, âme & esprit, comme les
animaux, quelques uns ont dit qu'elle est
noire & puante, d'autant que son ventre est
noir, & l'odeur puante, lors qu'on la compose,
& d'autres ont dit que c'était un cahos
& origine du monde ou masse confuse, &
F ij
@

84 HARMONIE CHIMIQUE
est nommée de plusieurs autres noms par les
Philosophes, mais nous l'appelons terre
rouge. Le même l. 1. c. 10.
La terre rouge est le Soleil. Le même l.
1. C. 17.
L'homme ayant un heaume sur la tête, est
la cucurbite, & le fond d'icelle est le ventre ou
les pieds, c'est la cause pourquoi on dit que la
matière est la fiente, laquelle les hommes foulent
aux pieds, c'est à dire l'homme ayant
l'heaume, a est jetée aux chemins, c'est à
dire au devant des Philosophes en cette
science, auxquels chemins il semble être jetée,
c'est à dire comme morte jusqu'à ce qu'elle
revive. Le même l. 2. c. 46.
Thelesme signifie secret ou trésor. Le même
c. 17.
Quand les Philosophes parlent de conjoindre
le sel armoniac avec le corps & l'esprit,
ils entendent de l'air tiré du mercure, c'est à
dire de notre eau ou de notre esprit volatil
ou de la queue du dragon. Le même l. 2.
c. 20.
Hibar, signifie médecine tingeante. Le même
c. 22.
Nature ne s'amende qu'en sa nature,
comme tu ne t'amendes qu'en ton fils. Le même.
c. 25.
@

CHAPITRE I. 85

L'or est soufre minéral, de très bonne
odeur à sa femme, c'est à dire à l'argent, auxquels
ne faut ajouter aucune chose d'étrange.
Le même c. 25.

Scholie.

P Lusieurs se sont extrêmement peinés, pour
savoir quel est c'est élixir, les uns croyant
que ce fut quelque chose de simple, ont feuilleté
la plus grande partie des Dictionnaires, &
Interprètes des langues étrangères, & ayant
travaillé sur plusieurs drogues, n'y ont trouvé
chose quelconque pour se contenter: autres ont
cru que c'était quelque composition, & ayant
voulu pratiquer toutes les recettes, de Geber,
de Lulle, d'Archilaus, de Rupescissa, & de
plusieurs autres, n'ont enfin trouvé que du vent,
& abusés en leurs fantastiques recherches, n'ont
voulu en fin rien suivre que leurs imaginations,
pour ce, disent ils, qu'il faudrait être devin pour
apprendre la pierre, & sa matière par la variété
des noms, qui sont dans tous les Auteurs qui ne
s'accordent qu'à tromper les hommes. Laissant
donc ces hiboux & lucifuges, je dis en bonne
conscience ne savoir rien en cette science, que
par la lecture des livres, à laquelle nous avons
point l'expérience, à quoi cet amas, ou harmonie
nous servira de témoin irréprochable.
Or je n'ai encore pu apprendre en pas un auteur
qui premier s'est servi de ce mot Elixir, lequel
peut procéder du verbe Latin elicis qui signifie
tirer hors, pour ce qu'on tire au dehors des
F iij
@

86 HARMONIE CHIMIQUE
matières, desquelles on se sert ce qui était caché
dedans icelles, à savoir la matière noire, ou du
verbe elixo, qui signifie cuire, bouillir, d'autant
que ce qui est tiré des Soleil & Lune est cuit
& comme bouilli, à savoir dedans le mercure,
& par cette cuite ce qui était noir devient blanc,
puis jaune, puis rouge. Que si on aime mieux
que ce soit un nom Arabe, que quelques uns interprètent
quinte essence, je n'empêche; tant
y a que c'est un nom qui ne désigne autre chose
qu'une matière subtile tirée d'une plus grossière,
étant prise & entendue des uns pour la noirceur,
des autres pour la blancheur, des autres pour la
rougeur, car les uns ont dit élixir blanc, les autres
ont dit élixir rouge, mais notre Auteur
par élixir, sans difficulté a entendu la noirceur,
d'autant qu'il dit qu'il est le fondement de la pierre,
& l'oeuvre parachevé est la pierre précieuse
& pierre bénite des Philosophes, laquelle, dit
il, verdoie, & croît à la forme des végétables étant
arrosée de se propre eau, s'augmentant par apposition
en quantité & en qualité: Et ce qu'il
dit qu'il ne faut rien ajouter à l'air & l'argent
qu'il nomme mari & femme, l'on répond que
le mâle & la femelle produisent d'eux mêmes
leur germe, mais quelques fois ce germe
est si étais, que si par la médecine on ne
le rendait coulant, aucune génération ne s'en
pourrait ensuivre, de même si à ces deux corps
le docte Artiste n'adjoignait sa propre humidité;
je dis propre, jamais leur semence ou soufre
ne sortirait d'eux, & partant l'on n'aurait ce
qu'on désire.
@

CHAPITRE I. 87

Textes.

L A pierre des Philosophes est animale, Aristote.
végétale & minérale, & est nommé
dernière fin, ou parachèvement de l'oeuf, c'est
à dire de l'oeuf des Philosophes. Aristote
écrivant à Alexandre c. I.
Les sages ont nommé la pierre de plusieurs Helias.
noms, à celle fin, que ceux qui ne sont du nombre
de Sages n'entendent, qu'elle soit faite
d'une chose, mais de plusieurs: or les noms
sont diversifiés selon la variété des couleurs,
& aussi à celle fin que la science soit plus cachée,
& ont très-sagement fait. Helias c. I.
Les Sages & anciens Philosophes ont don- Armingan-
né plusieurs noms à cette pierre, ce qui a été dus.
bon selon leurs intentions pour deux causes
principales, la première pour garder le secret
de Dieu & de nature, la seconde afin qu'une
infinité de noms ne se fissent: conclu donc,
que tu n'as besoin de ces noms. Armingandus
l. I. p. I.
Puis que la pierre se fait du Soleil & de la
Lune, on demande avec raison, comment est-
ce que les pauvres & les riches l'ont, & comment
est-ce qu'elle est vile & jetée aux rues,
vu que ce sont les choses les plus chères du
monde: cette question est facile à apprendre
F iiij
@

88 HARMONIE CHIMIQUE
& entendre; écoute fils: les riches la peuvent
avoir par puissance & force, mais les
pauvres par subtilité d'esprit, elle est vile
par sa corruption & putréfaction, & jetée
aux chemins, à savoir de l'écriture &
des livres, & cela d'autant que les mêmes
Philosophes l'ont mise & éparse en divers
régimes & chapitres, & celle fin que la science
en fut plus obscure & difficile à entendre
& est très-précieuse à cause de son excellence.
Le même c. I.
Les Philosophes disent que les sels, aluns,
Astanus. & chaux, sont les racines de cette science, &
qu'ils sont en leur pierre, d'autant que les
cendres & la chaux se font ex grossis qui
sont figues sauvages, vertes & non meures,
que j'entend pour choses grossières & terrestres)
qu'est la cause que nous entendons la
pierre avoir corps, & d'autant que les aluns
se font des choses claires, & donnent la clarté
& la splendeur aux choses obscures, l'on
entend que la pierre a âme, d'autant que ce
corps réduit en chaux, ou en cendre, est revivifié
& rendu beau, & pour ce que les sels des
corps sont subtils, par cela on entend que la
pierre a esprit, par le moyen, vertu & nature,
duquel l'âme de la pierre est jointe avec
son corps. Or en quelque lieu que les Philosophes
@

CHAPITRE I. 89

parlent généralement en leurs livres
des sels, ils entendent parler de l'esprit de la
pierre, & lors qu'ils parlent des aluns, ils
entendent de l'âme de la pierre, & parlant
généralement des chaux, ils entendent du
corps de la pierre. Astanus.
Elixir est nom Arabique, qui traduit en Albert.
Latin & interprété signifie levain. Albert
c. qu'est-ce qu'élixir.
Le corps, l'âme & l'esprit font la parfai- Sommaire
te médecine, ou la transmutation, & se nom- fort utile.
me de divers noms, car on nomme le corps
cendre, l'esprit argent vif, l'âme soufre
& la cendre chaux. Sommaire fort utile
qui commence au nom de Dieu c. 1. 2. 3. 9.
Nos anciens pour cacher cet art l'ont dé- Daniel.
crit en divers livres, l'un la nomme gomme,
l'autre mercure, soufre, Jupiter & Mars,
qu'est la cause que plusieurs Opérateurs sont
trompez. Daniel de Justinopoli Section 9.
10.
Telle semence que tu sèmeras, telle tu la Payen.
recueilleras. Le même section 21.
Le Soleil ou l'or est nommé par Geber,
& par plusieurs autres Philosophes, soufre
rouge, & la Lune ou arsenic blanchissant,
& le mercure qui conjoint les deux
splendeur, lumière rayonnante. Payen p.
89.
@

90 HARMONIE CHIMIQUE
Rouillac. Notre or est une substance subtile & invisible
cachée dans l'or, & tirée d'icelui, qui
est cause que les Philosophes disent vrai,
à savoir que leur or n'est l'or vulgaire, de laquelle
substance ou soufre vif, avec la pure
substance de l'argent vif pur & cru notre
pierre est faite, de même sorte que le
bled est fait, car d'un grain que nous voyons
les autres grains ne sont pas faits, mais bien
de la vertu y cachée. Rouillac. commençant
L'ignorance est ennemie de la semence p.
3.
Encore bien que notre or soit nommé soufre
à cause de sa siccité agissante, néanmoins
c'est toute une autre chose, qu'argent
vif cuit & épaissi par nature, en laquelle
épaisseur l'or se fait par le moyen de son
soufre naturel, indivisible & homogénéisée à
soi. Le même p. 4.
Le sel fusible connu de peu, est l'élixir &
Poète an- la pierre parfaite, qui prend son nom de sel
ciens. fusible après l'incération, qu'est la dernière
opération & dernier secret les Philosophes.
Le même p. 33. l. intitulé. Les Poètes anciens.
L'or blanc des Philosophes, ou la Lune
fixe, ou le vrai or potable, & l'huile des
Philosophes, & leur pierre étant menée à la
@

CHAPITRE I. 91

blancheur, est Lune actuellement, & Soleil
potentiellement, à savoir par plus longue
décoction. Le même p. 35.
Le soufre & le mercure sont nommés
par les Philosophes de mille noms, & celle fin
que les ignorants soient trompés, car ils nomment
le soufre Roi, lion, laton, mais le
mercure est nommé dragon. Le même p.
4. 9.
Encore que nous ayons caché cette science, Geber.
il ne faut pas que le fils de doctrine s'émerveille,
car nous ne l'avons point fait à son
occasion, mais c'est à cause des méchants,
d'autant qu'il n'est pas nécessaire qu'ils la
sachent, ô enfants de la science, recherchez
la diligemment, car c'est un don excellent,
lequel Dieu garde pour vous seuls. Geber
l. 3. c. 26. de la grande perfection.
Le Philosophe nomme l'opération, le père
de tout le thelesme, c'est à dire de tout le secret,
ou de tout le trésor de tout le monde,
c'est à dire de toute pierre inventée en ce monde.
Hortulan. c. 6. sur la table d'Hermès.
Les Philosophes ont dit que tout l'ouvra- Guillaume
ge, était eau volatile, à cause seulement que Parisien.
toute la matière se convertit en fumée, & à
cette occasion Socrate dit, que si on ne convertir
toutes choses en eau, l'on ne parviendra
@

92 HARMONIE CHIMIQUE
pas à l'oeuvre. Guillaume Parisien p. 2.
du manuscrit.
Bacon. Autant de couleurs qui adviennent à la
matière, autant a elle de noms. Bacon en
son miroir d'Alchimie. c. 6.
Tous les auteurs disent, que chaque science
Nortonius. a ses propres termes. Thomas Nortonius
c. 5. p. 138. de son ordinale Crede mihi.
Marguerite Notre pierre orpheline n'a point de nom propre,
nouvelle. ni ne peut avoir aucun nom propre que
pierre des Philosophes, par lequel elle est seulement
connue, & pourtant on lui a donné
plusieurs noms, par la similitude desquels les
Sages la puissent connaître. Marguerite
nouvelle p. 54.
Scholie.
S I quelqu'un trouve que j'aie trop amené
d'auteurs pour prouver & enseigner qu'il ne
faut avoir égard à tant de noms, qu'ils sache
que je n'ai écrit ce traité pour lui, que si au
contraire ce traité tombe entre les mains d'un
amateur de la vérité, de laquelle il désire voir la
nudité, & possédant une bonne âme il soit désireux
je le prie de croire que j'ai
plus d'auteurs, que je n'en ai ici allégué, qui
crient tous unanimement que la purification des
métaux imparfaits, & ainsi nommés (eu égard
à l'or & à l'argent) se fait par ce qu'on appelle
pierre des Philosophes, laquelle a son
@

CHAPITRE I. 93

commencement de l'or & de l'argent vif astralisés,
desquels deux la semence, ou soufre, ou
germe, est tiré en forme & couleur noire, volatile
nourri de son propre lait jusqu'à ce qu'il aie
acquis la couleur blanche, puis la jaune, & puis
la rouge & à l'un des deux: allie lui avec son propre
corps, ou le ferment: ou l'âme par l'intervention
de son propre esprit, & le tout dans un
seul vaisseau, c'est à dire en forme, par un seul
feu, sans se soucier de la diversité & pluralité
des noms qui lui ont été donnés, ou par similitude,
ou par propriété, ou pour tromper les
trop cupides, & qu'il est permis pour bien prouver
un fait & une vérité, & bafouer & le mensonge
& les mensonges d'ouïr plusieurs témoins
irréprochables, car, comme dit un grand
Docte, Là où est contentement des doctes en la chose
enquise, là est la vérité, laquelle n'a besoin ni de fard
ni de parures externes, étant plus belle & plus désirable
toute nue, que coiffée & masquée: sur quoi un
bel esprit de notre temps a dit.
Qui te verrait vérité toute nue,
O qu'ardemment de toi serait esprit,
Vu qu'en tout temps les plus rares esprits
Te font l'amour au travers d'une nue.
Puis que nous avons marqué la raison de tant
de noms; & essayé de dessiller les yeux des aveugles,
& d'ouvrir les oreilles des sourds, & découvert
les amusements des charlatans, réduisons
les dévoyés au droit & unique chemin, montrant
qu'il n'y en a qu'un par lequel on puisse acquérir
ce bien tant recherché.
@

94
pict
A S A V O I R S'I L Y A
PLUSIEURS VOIES POUR
acquérir ce qu'on nomme
communément Pierre
des Philosophes.
C H A P I T R E II.
T E X T E.
pict Out l'ouvrage est parachevé
par une seule voie, par une
seule chose par une seule disposition,
& par une seule action.
Au livre intitulé Lilium.
Tu n'as besoin que a'une seule chose, à savoir
d'eau, une décoction, savoir cuire, &
n'y qu'un vaisseau au blanc & au rouge.
Alphidius.
Il n'y a qu'un vaisseau tant pour le blanc
que pour le rouge, & qu'un feu pour l'un &
pour l'autre. Mahomet.
Quoi que les sages aient changé de noms
@

CHAPITRE II. 95

& de discours, toutefois ils ont toujours
entendu une chose, une disposition, un chemin;
les sages ont connu cette chose, & ont
éprouvé souvent qu'elle est unique. Morien,
Notre art ne se poursuit pas par plusieurs Ce superflu
choses: car il y a une pierre, une médecine en se verra au
laquelle tout le magistère consiste, à laquelle c. 5. ci après.
nous n'ajoutons rien d'étrange, ni n'en diminuons
aussi rien, si ce n'est que nous ôtons
le superflu en sa préparation. Le même.
Le blanc & le rouge précèdent d'une même
racine sans intervention d'autre chose, Rhasis.
car il se dissout & assemble soi même, se
blanchit & rougit, se fait jaune & noir, il
se marie soi même, & se conçoit jusques à ce
qu'il aie atteint la fin de l'oeuvre. Rhasis.
Aucun n'a qu'un chemin au soufre. David.
David.
Frère, sache que cette affaire est une pierre,
en laquelle garip, c'est à dire rien autre Hali.
n'entre, & les sages travaillent avec elle, &
d'icelle sort ce qu'ils cherchent, & rien ne se
mêle avec elle, ni en tout ni en parti, &
s'appelle origine du monde, & font comme
les choses lesquelles germent. Hali.
Sachez, que si vous prenez quelque autre Tourbe.
chose que notre airain, & qu'encore que
vous la régissiez avec notre eau, vous ne ferez
@

96 HARMONIE CHIMIQUE
rien, au contraire si vous conduisez notre
airain avec notre eau, vous trouverez
tout ce qu"avons dit. Tourbe, sentence
30.
Quittez toute diversité, car nature se contente
d'une chose, laquelle qui ignore, périra.
Le même, sentence 39.
N'ayez souci d'une infinité de dispositions,
ni de ce que les trompeurs ont écrit
par leurs figures, car il n'y a qu'une vérité
que les Naturalistes ont nommé une, dans
laquelle le caché est, lequel ne se voit point si
ce n'est par le Sage, le Maître donc fait bien
qui commence & finit par un. Le même,
sentence 75.
L'aurore. Il n'y a autre chemin en nature pour purifier
les corps parfaitement que notre teinture,
qu'est la semence nette ayant plusieurs
bénédictions. L'Aurore c. 21.
Arnaud. Nous avons troué cette seule matière
parfaite, laquelle étant amenée à la vraie
fusion par notre magistère, parfait véritablement
tout ce qu'elle touche. Arnaud au
miroir p. 8.
Nicolas des Tout le magistère consiste d'une seule chose,
comptes. car il n'y a qu'une pierre, & qu'une médecine
en laquelle tout notre magistère consiste, à
quoi nous n'ajoutons rien d'étrange, ni
diminuons
@

CHAPITRE II. 97

diminuons, si ce n'est que nous ôtons les choses
superflues en sa préparation. Nicolas des
Comtes p. I.
Je vous dis que la vraie science a accoutumé
d'être faite d'une seule chose sans y ajouter
ou diminuer, & cette chose s'appelle
Adrop ou pierre supérieure, & cette chose là
se fait de notre seul mercure, car il surmonte
le feu, & n'est point surmonté par lui, mais
se réjouissant avec icelui il demeure aimablement.
Le même p. 2.
Toute la science consiste en une seule chose
laquelle fait toute la perfection, quand elle
est préparée par notre artifice, & cette préparation
se fait avec un subtil jugement &
grande prudence, & toute la perfection dépend
du régime du feu, & là est tout le secret,
& notre art ne gît point en la variété &
multitude des choses, & cela est véritable.
Le même p. 3.
L'on a d'une seule matière des métaux bien
dépurée, le soufre blanc & rouge, par
quoi préparons bien les corps, à savoir l'or
& l'argent, à celle fin que nous en ayons le
soufre & l'argent vif, qui a oreille pour,
l'ouvre. Le même. p. 5.
Il y a une pierre, une médecine, un vais- Dastin.
seau, un régime, & une même disposition
G
@

98 HARMONIE CHIMIQUE
à quoi nous n'ajoutons aucune chose étrange,
ni diminuons, se ce n'est les choses superflues,
lesquelles nous ôtons à la préparation,
car rien n'y entre qui n'en soit sorti, ou tout
ou en partie, que si on y ajoute quelque chose
d'étrange, aussi tôt il est corrompu, & ce
qu'on cherche de faire ne se fait pas. Dastin.
p. 28.
La Médecine blanche & rouge ne sont
différentes entr'elles, hormis que la médecine
rouge a besoin d'une plus grande sublimation,
d'une plus longue digestion, & d'un
feu plus chaud. Le même p. 29.
Guillaume Quoi que les Philosophes divisent leur
Parisien. magistère en plusieurs opérations, toutefois
véritablement il n'y en y a qu'une seule &
seul moyen d'opérer, à savoir l'eau de la terre
& remettre l'eau sur la terre jusqu'à ce que la
terre se pourrisse & se purifie, tellement qu'elle
se dissolue en après & devienne toute spirituelle
avec l'esprit, & cela alors est nommé oeuf
& argent vif des Philosophes, alors tout le
corps est résolu en esprit. Guillaume Parisien,
commençant, Mon Seigneur sous correction
p. 46.
Il faut rougir de même façon & en même
lieu, & en même vaisseau, ou semblable &
même poids d'eau & semblables imbibitions,
@

CHAPITRE II. 99

arrosements, proportions & mêmes couleurs,
& finalement observer tous le régimes
qu'au blanc. Florent. I. 2. c. 17.
Il n'y a qu'une seule médecine, & est dite
seule, d'autant qu'elle seule ôte ce qui est imparfait
& salé & mêlé dans les métaux: Or
toute autre médecine quelque bonne & fixe
qu'elle soit n'ôte rien d'imparfait ni de sale
des métaux, mais tant seulement pâlit &
couvre, par quoi ils sont dits sophistiques.
Le même l. 2. c. 2.
Geber en sa grande perfection du magistère
veut qu'il n'y ait qu'une unique médecine,
tellement qu'il appert clairement à celui
qui y regarde de près que sous un grand
amas d'opérations sophistiques, il dit, cache
& entend cette là, & de même façon qu'il
la cache aux fils, il la manifeste aux sages
qui bien l'entendent, & d'autant que toutes
les médecines qui sont en son livre de la grande
perfection sont sophistiques, il les faut laisser
comme il est dit au même chap sans se soucier
d'elles, de même que Geber ne s'en est
soucié en l'opération de la grande Médecine.
Le même l. 2. c. 25.
Toute pierre physique est minérale, encore
qu'elle prenne son origine de trois natures,
& combien que les Philosophes semblent
G ij
@

100 HARMONIE CHIMIQUE
être différents en opinions, & en écrits, si ne
le sont ils nullement. Le même l. 3. c. 18.
Aristote. Cet art est fait par une seule disposition
& d'une seule chose, le Soleil en est père, la
Lune la mère, & le vent la porte par l'air.
Aristote à Alexandre c. I.
Elie. Toute la science a accoutumé d'être faite
d'une seule chose, comme nous le montrerons
par les dits des Philosophes, & comme nous
avons vu & touché, nous avons trouvé cette
chose seule parfaite avec beaucoup de peine
& beaucoup de subtilité. Elias de Asisio c. I.
Armingandus. Notre art ne s'étend pas en multitude de
chose, car par l'arrêt de tous les Philosophes
il y a une pierre, une médecine, un régime,
un vaisseau, & l'ouvrage de notre
pierre n'est différent qu'en l'administration
du feu, qui est le maître & seigneur de tout le
trésor. Armingandus l. I.
Il est impossible faire notre pierre laquelle
nous nommons argent vif d'autre chose qui
soit en ce monde, fors de ces deux corps Soleil
& Lune, d'autant que chaque chose engendre
son semblable, & cela est clair, & combien
que ce soient diverses espèces, si sont elles
de même genre, comme l'homme & la semence,
c'est la cause que les Philosophes disent,
qu'il n'y a aucun corps plus pur, & plus excellent
@

CHAPITRE II. 101

que le Soleil est son ombre, sans lesquels
aucun argent vifs teignant ne peut être
engendré. Le même, c. I.
La perfection des corps imparfaits se fait Paganus.
par les esprits tirés du Soleil & de la Lune
par le mercure, lesquels ne peuvent être tirez
en aucune façon des autres métaux, pour ce
qu'ils n'en ont point, & ces esprits sont soufre,
arsenic & argent vif, qui sont rayons
teignants & luisant tirés des corps luisants.
Paganus c. 17.
Etudiant je regardais curieusement ou les Trévisan.
livres s'accordaient le mieux, car je savais
très-bien que la vérité était dans les livres,
& que là où ils s'accordent, c'est là où nous
devons tenir, & croyais là être la vérité: d'autant
qu'on ne peut dire vérité qu'en une seule
chose: car comme j'ai dit, là où plusieurs
s'accordent, l'on doit croire que là est la vérité,
encore qu'un la nomme d'une façon,
l'autre d'une autre, toutefois la tromperie
est à la diversité & non en l'accord, & pour
montrer que ceci est vrai ils ne mettent qu'un
seul moyen quoi qu'ils l'écrivent en diverses
façons & figures. Trévisan au l. 2. de son
opuscule.
Il n'y a qu'un seul régime pour parache- Rouillac.
ver notre ouvrage, à savoir que notre maG
iij
@

102 HARMONIE CHIMIQUE
tière soit mise dans un vaisseau propre, &
soit cuite par un feu philosophique sans intermission.
Rouillac. p. 5.
Elixir est médecine composée, métallique,
parfaite de soufre & d'argent vif, unis
inséparablement par le feu. Le même p. 9.
Il me semble que j'ai assez montré qu'il n'y
a qu'un seul chemin pour avoir & parfaire
la pierre physique. Le même p. 28.
Synésius. Encore que les Philosophes aient parlé
diversement selon la lettre, toutefois ils s'accordent
tous, & montrent un même chemin,
qu'est la pierre blanche & rouge, laquelle se
fait de même racine, & par même ordre.
Synésius p. I.
Il est expédient que l'Artiste soit ferme en
Geber. son opération, sans varier tantôt d'un côté,
tantôt d'un autre, d'autant que notre oeuvre
ne consiste point en pluralité de matières,
car il n'y a qu'une pierre, une médecine, une
décoction, en quoi tout le magistère gît, sans
que nous y ajoutions rien d'étrange, & sans
rien diminuer, hormis en sa préparation
nous en ôtons les superfluités. Geber. l. I. c. 7.
de la grande perfection.
La médecine solaire & lunaire est double,
mais elle est une en essence, & le moyen d'y
travailler est semblablement un, partant aux
@

CHAPITRE II. 103

livres que nous lisons des Anciens elle est nommée
unique, toutefois il y a addition de couleur jaune,
laquelle se fait par la pure substance du
soufre fixe, n'y ayant que cette seule différence,
d'autant que la médecine rouge le contient,
la blanche, non. Le même l. 2. c. 25.
Tu n'as pas besoin de beaucoup de choses, Artéphius.
pour ce qu'il n'y a qu'une pierre, une médecine,
un vaisseau, un régime, une disposition,
tant au rouge qu'au blanc, & n'y a qu'un
agent en tout le monde pour cet art, qui peut
résoudre & réincruder les corps métalliques,
les conservant en leur espèce, & ce
moyen est propre & naturel par lequel nous
pouvons résoudre les corps parfaits du Soleil
& de la Lune d'une solution admirable
sans les détruire & les gâter, sinon leur baillant
une forme meilleure & plus noble. Artéphius
p. 11. 28. 29.
Nous avons trouvé par une longue recher- Geber.
che, long travail, & longue expérience une
médecine laquelle amollie les corps durs, &
endurcit les mols, & fixe les volatils, éclaircit
les sales, & cette médecine est unique. Geber
en la grande perfection c. 67. 81.
La vérité se trouve en l'accord des Au- Vogelius.
teurs, ce qu'il faut bien observer, & cette
vérité est unique & simple, que si quelqu'un
G iiij
@

104 HARMONIE CHIMIQUE
s'imagine le contraire il se trompe lourdement,
puisque tous les Philosophes sont d'accord
qu'il n'y a qu'une pierre, qu'une médecine,
& qu'un ouvrage. Vogelius en la préface.
Bonus. Cet art est unique, non seulement en matière,
mais pour l'ouvrage, car tout ce qui est
requis pour icelui est réduit à un homme à son
genre, sans diversité, ce qui est connu, en ce
que tous les philosophes quoi qu'ils écrivent
diversement, s'accordent & s'entendent tous
& semble qu'ils ont tous parlé d'une même
bouche, que s'il y avait diversité de matière
& d'opérations, ils ne pourraient convenir entr'eux
& s'entendre mutuellement. Bonus
Ferrariensis. c. 35.
Nous disons que cet art est le plus assuré
de tous, d'autant que tous les Philosophes
s'accordent tant en la partie spéculative,
qu'en la pratique. Le même. p. 46. 48.
Calid. Celui qui ne trouera notre pierre, n'en
cherche point d'autre, car la notre est le savon
des corps, leur esprit, & leur âme, lors qu'elle
est mêlée avec eux: elle ressuscite les morts,
conserve les corps, purge les superfluités, ne
s'acquiert pas par prix, ni par vente, ni par
Geber. achat. Calid. c. 14.
Nous cherchons le moyen de faire une seule
@

CHAPITRE II. 105

médecine, mais composée de plusieurs choses,
laquelle ne se change point au feu, mais
qu'elle se mêle avec les métaux étant fondus
sans se brûler, cette médecine ne peut être
faite en peu de temps, par quoi qui ne voudra
avoir la patience, ne se mette point à travailler,
pour ce que croyant s'avancer pour se
hâter il gâtera toutes choses. Geber à la fin
du livre du magistère.

Avertissement du Scholiaste.

I E ne me suis voulu étendre à donner l'intelligence
plus claire d'aucun des passages
allégués en ce second chapitre, d'autant que
nous allons entrer à un autre, auquel nous éclaircirons
prou de choses, il suffit d'avoir montré
que les Philosophes n'ont jamais entendu
qu'il y eut diverses voies pour parvenir au but
désiré, & partant que tous ceux qui disent, que
comme il y a plusieurs voies pour aller à Paris,
à Rome, & autres lieux, de même il y en a
plusieurs pour parvenir à cette science, sachent
qu'ils se trompent fort lourdement, j'accorde
que de plusieurs lieux & endroits du monde l'on
peut venir à Paris, ou à Rome: mais il faut qu'ils
m'accordent, qu'il n'y a qu'une seule porte pour
entrer en dedans. De tous les endroits de la terre
l'on peut aller au ciel, mais il n'y a qu'une seule
entrée, de laquelle notre seul Sauveur Jésus-
christ dit qu'il es la porte; la vérité, & la vie,
@

106 HARMO. CHYM. CH. II.

& que nul ne peut aller au Père que par lui: l'on
me pourra objecter, que Mirandulanus écrit
qu'il a vu un, qui avait plus de vingt façons de
faire l'or. Ergo il faut conclure gluc. Je répons
que cette conclusion est inepte, car celui
duquel il parle pouvait mêler sa poudre ou pierre
avec d'alun, de soufre, de cire, de suif, de
savon, & de telles autres matières, qui s'en allaient
en fumées mêlées & jetées dessus les métaux
ou fondus ou à fondre, & la seule Médecine
teignante & fixe demeurait avec iceux métaux
lesquels il teignait & fixait, mais si Mirandulanus
disait avoir vu faire une infinité de
matières toutes diverses, desquelles, ou par lesquelles
les métaux étaient transmués, se serait
autre chose, mais il ne le dit pas, & quand cela
serait, son autorité n'aurait aucune force contre
tant de graves Auteurs; Coupons donc
court, & disons avec les Philosophes, qu'il n'y a
qu'un chemin, qu'une matière, qu'un vaisseau,
& qu'un feu, & tous ceux qui en cherchent d'avantage,
& d'autres s'abusent, & trompent ceux
qui les croient, qui comme aveugles tomberont
& le conducteur & le conduit dans le précipice
de repentance, & peut être de la honte,
pour nous, nous contenterons de suivre & montrer
le chemin désiré, qui nous montrera les
matières nécessaires.
@

107

pict

D U N O M B R E D E S M A-
TIERES DONT LA PIERRE
des Philosophes est
faite.

CHAPITRE III.

T E X T E S.

pict Est le mercure seul qui parachève Thomas.
notre ouvrage, & trouvons en icelui
tout ce de quoi nous avons besoin
auquel rien d'étrange ne doit être ajouté,
le Soleil & la Lune ne lui sont point étrangers,
d'autant qu'au commencement de l'oeuvre
ils sont réduits en sa première nature,
c'est à dire en mercure, pour ce qu'ils ont pris
de lui leur origine. Thomas Aquin c. 3.
Quelques uns entendent mal les Philosophes,
d'autant qu'ils croient que l'oeuvre se peut
parfaire du seul mercure sans sa soeur ou son
compagnon: or je te dis assurément que tu
travaille avec le mercure & son compagnon, Chacun en-
& que tu n'ajoutes rien d'étrange au mer- gendre son
cure, & saches que l'or & l'argent ne sont semblable.
étranges du mercure, car ils participent de
@

108 HARMONIE CHIMIQUE
plus près à sa nature qu'autre corps quel que
ce soit, par quoi réduits les en leur première
nature, car ils sont dits soeurs & compagnons
du mercure & de cette fixation & composition
sortira un lait virginal, & si tu travailles
du mercure auquel tu n'aies rien ajouté
d'étrange, tu obtiendras ton désir. Le
même c. 4.
Scholie.
Lusieurs difficultés m'environnent, & crains
qu'à mesure des Phrygiens qui de mille couleurs
construisent une tapisserie agréable à plusieurs,
& désagréable à un, & après avoir cueilli
comme l'abeille le plus doux de toute espèce de
fleurs; quelque écervelé ne suce une moelle,
laquelle lui serve de cheval Seyant, ou d'or Tholozain.
Plusieurs outrecuidants s'estimant doctes,
Agelius l. 3. ont été congédiés de chez moi, suivant le mérite
c. 9. noct. de leur folie, tel que fut celui, qui après
attc. § l. 3. avoir marié le ciel avec la terre, & l'eau avec le
c. 9. feu, interrogé s'il pourrait bien mêler l'eau avec
le vin, répondit *ignoramment que c'était l'office
de son laquai, & confessa enfin, vaincu par
la vérité ne le savait faire: en la doctrine de cette
Agelius l. 1. science il faut ensuivre Pytagoras au plus près
c. 9. Noct. qu'il sera possible, qui avant qu'admettre quelqu'un
Atticarum. pour son disciple jugeait de son esprit par
le parler, par la face & par la dextérité, s'il les recevait,
il ne leur était permis de parler, mais
seulement d'écouter durant certain temps, lequel
@

CHAPITRE III. 109

passé pouvaient seulement enquérir par autre
certain temps après lequel ils pouvaient disputer.
Je n'ai encore appris comme il appartient,
ni par conséquent pratiqué la doctrine d'Estrato,
qui logeant l'âme rationnelle aux sourcils, disait
que si les poils étaient droits, l'on était
mol, s'ils penchaient sur le nez, bouffon, si vers
les tempes moqueurs, si du tout abattus envieux.
Mais je désirerais très bien que ceux qui se jetteront
dans cette recherche eussent trois conducteurs
au ciel, trois en l'âme, & trois en la terre,
Mercure pour la recherche, Phoebus pour lumière,
Venus pour la grâce, la volonté ardente &
stable, l'esprit subtil, & bonne mémoire, un
prudent père de famille, un précepteur très approuvé,
& un médecin très docte à celle fin que
venant une peste il ne servit de *Pharmaque tenant
d'une main un fromage, un gâteau, & des figues
sauvages, & après avoir été forte sept fois il ne
fut brûlé tout vif, & ses cendres jetées pour le
salut du peuple, mais je ne sais si mon songe sera
théorématique ou allégorique, tant y a que si
durant les jours Alcyoniens nous n'arrivons au
port, peut être quelque vent favorable nous y
poussera, mettons nous donc à la rame, & entamons
ce mercure navigant dedans icelui pour
y découvrir les havres les meilleurs, les écueils
les plus difficiles, les gouffres les plus profonds,
& marquer à ceux qui auront des yeux & des
oreilles le naufrage qu'une milliasse de personnes
ont fait & font journellement, faute de savoir
reconnaître la roche d'aimant contre laquelle
leur nef ferrée se jette imprudemment.
@

110 HARMONIE CHIMIQUE
Si toutes choses sont faites de la matière à laquelle
elles sont réduites, il n'y a aucune difficulté,
que les métaux ne soient faits du mercure
qu'est la cause que Thomas avec les autres Philosophes
nous disent que le mercure seul parachève
notre oeuvre, & c'est pour exclure toute autre
matière corrosive & détruisant les métaux
le mercure donc dissout véritablement le Soleil
ou la Lune, je dis dissoute c'est à dire tire ou attire
au dehors de leurs corps par le moyen &
l'aide de l'Artiste une matière laquelle n'est
ni Soleil ni Lune, & ne le pourra jamais être, &
comme du mâle & de la femelle une matière ou
sperme soit qui n'est ni mâle ni femelle, & ne
peut jamais être cet homme & cette femme, desquels
cette matière est sortie, mais quelque chose
ressemblant à l'un ou à l'autre, de même ce qui
sort de ce Soleil & Lune par le moyen du mercure
aidé d'une convenable chaleur, ne sera jamais
& ne peut être (quelque artifice qu'on y apporte)
Soleil ou Lune, & c'est sans diminution de la
bonté du Soleil, & Lune ne se trouvant diminués
que du poids d'icelle matière, que ceux donc qui
voudront s'exercer en cette admirable oeuvre apprennent
que notre dissolution n'est celle, de laquelle
les compositeurs des recettes entendent, &
qu'ils apprennent encore d'entendre nos mots &
termes sans lesquels ils ne pourront jamais entendre
comme il appartient l'intention des Philosophes
qui ont écrit expressément de cette
science: Or, dit notre Auteur, l'or & l'argent
qui sont appelés domestiques, frère & soeur du
dit mercure doivent être dissous, c'est à dire réduits
@

CHAPITRE III. 111

à sa première nature qu'est volatile, & à
celle fin qu'on ne croie qu'il entende simplement
du mercure, ajoute que ceux qui l'entendent
ainsi se trompent, disant qu'il faut travailler
non seulement d'icelui, mais de l'or & de l'argent
mêlés en icelui, de la composition desquels
on tirera le lait virginal, qui est appelé d'une
infinité de noms, & est cette noirceur, laquelle
a telle force qu'elle étouffe même en son berceau
une quantité incroyable de mercure tout
pur, & crois que nous n'entendrons pas mal de le
prendre pour cet Hercule qui tua, étant encore
au maillot, ce grand & horrible serpent, comme aussi
être cet enfant ingrat qui tue sa mère, car cette
poudre noire impalpable & volatile conduite sagement,
rend à sa nature noire & impalpable le
mercure vulgaire. Or je m'émerveille de tant
de rechercheurs qui comme taupes grossières
suivant leur fantaisie, entendent par le mercure
une infinité d'eaux corrosives, qu'ils appellent
dissolvants, menstrues & semblables niaiseries,
lesquelles ils composent avec beaucoup de peine,
de péril, & de dépense ou s'amusent & s'abusent
à tirer le mercure des métaux, & faute d'entendre
ce de quoi ils se mêlent, se précipitent
dedans une mer d'angoisse de laquelle ils ne sortent
qu'avec perte ou de biens, ou d'honneur, Quatre mer-
& quelques fois de tous deux, qu'ils cherchent cures.
donc attentivement, & apprennent aux dépens
d'autrui. Nous avons quatre mercures outre deux
autres, desquels nous parlerons tantôt, le premier
est le vulgaire qui dissout véritablement
étant nettoyé comme il faut) les deux autres
@

112 HARMONIE CHIMIQUE
fixes, à savoir l'or & l'argent purs, & tiré d'eux
leur semence qu'est le quatrième mercure duquel
le premier est tiré, & desquels unis & homogénéisés
sont fixés par l'addition du Soleil ou
de la Lune en la fermentation, les trois donc se
trouvent faits, & le quatrième sort d'eux par
une voie assez facile, & nous n'avons à faire d'autre
matière, desquelles ceux qui en parlent n'en
sont aucunement d'accord, & leurs raisons sont
amplement déduites ci devant, mais tous conviennent
Isaac. & s'accordent en ce que nous disons.
T E X T E.
M Aintenant sois assuré mon fils que tu
as le corps impur, à savoir le saturne,
& l'âme, c'est à dire la Lune, laquelle tu lui
ajouteras, infuseras on mettras, & la pierre
qu'est esprit contenant l'âme & le corps pour
ne s'en séparer jamais, & qui n'entend ce
moyen, ne profitera jamais en notre art. Isaac
l. I. c. 7.
Mon fils considère prudemment à modérer ton
feu, de telle façon que par sa violence tu ne
sépare l'esprit de l'âme & du corps, fait donc
ton feu si petit qu'ils demeurent joints, & que
que l'âme & le corps puissent être ensemble. Le
même c. 9.
Prends le Soleil, & la Lune également brise
les & les mêle bien avec l'eau commune distillée,
stillée
@

CHAPITRE III. 113

jusques à ce que tu en puisses peindre;
alors sèche les par un petit feu. Le même. c.
58.
La pierre doit être tirée du Soleil & de la
Lune, & faut pour avoir une vraie conjonction
& une vraie mixtion que de tous
deux il y ait l'homme rouge, & la femme
blanche, car l'homme rouge chaud doit
opérer en la femme blanche & froide, si on
veut que quelque fruit ou parfaite température
en sorte & se fasse. Le même c. 61.
Les Philosophes à celle fin d'imiter nature
en sa génération, ont pris le Soleil & la
Lune, afin de tirer d'iceux leur pierre, & l'un
& l'autre par mûre délibération, d'autant
que craignant que le Soleil s'en allât à cause
de sa grande perfection & de sa pureté &
subtilité étant mis en oeuvre, & voyants
d'ailleurs que la Lune a plusieurs parties
crasse & terrestres, & que pas moins ils s'aiment,
comme le mari & la femme, & pour ce
aussi que l'un est chaud, l'autre froid, &
qu'ils se pourraient tempérer en leur subtilité
& terrestréité, & qu'un contient l'autre,
les ont tous deux pris au poids égal. Le même
p. 109.
Tu peux faire la médecine parfaite par le
moyen du Soleil & de la Lune sans séparation
H
@

114 HARMONIE CHIMIQUE
paration d'éléments, & sans peine, crainte
& danger, mais ils ont besoin d'un long
temps, étant le tout très-assuré. Le même
l. 2. c. 5.
Nos prédécesseurs ont travaillé aux amalgames
du Soleil & de la Lune, qui est chose
parfaite, encore qu'il soit long, si est-il
assuré, sans beaucoup de peine ni souci. Le
même. c. 6.
Scholie.
I Saac nomme la matière noire corps impur à
laquelle il faut infuser la blancheur, laquelle
il dit être Lune, & alors la pierre qu'est la
noirceur blanchie contient dedans soi la force
& la vertu qui n'en peut jamais être séparée, &
celui qui ignore ceci ne fera jamais rien de bon
en cette science, d'autant qu'ignorant les racines
, il n'aura le jugement d'administrer le feu
propre à joindre l'esprit, l'âme & le corps, & à
celle fin qu'on ne s'imagine quelques chimères
il dit que le tout se fait du Soleil, Lune & mercure,
qu'il nomme eau commune distillée, c'est
à dire très bien purifiée, les deux y étant nécessaires
pour les raisons qu'il allègue en poids égal,
pour à quoi parvenir il faut de la patience à
cause de la longueur du temps, mais aussi en cette
longueur il n'y a ni peur, ni crainte, ni danger,
étant ce chemin, le seul par lequel les Philosophes
qui ont vu cette vérité ont passé sûrement.
@

CHAPITRE III. 115

Texte.

Le mercure tiré des corps métalliques par Libavius.
le moyen des moyens minéraux, & puis employé
à la dissolution du Soleil & de la lune,
est inutile & sans fruit. Libavius de la pierre
des Philosophes. p. 67.
Notre pierre est la conjonction du Soleil
& de la Lune, jusques à ce que le Soleil aie
tire la substance de la Lune à sa nature, & à Lulle.
sa couleur, ce qui se fait avec le feu de la pierre.
Lulle p. 71. du codicille & p. 132. commence
cum fecibus.
Saches que les parfaits amendent les imparfaits.
Le Soleil est le père de tous les
métaux; & la Lune la mère, encore que la
Lune reçoive clarté du Soleil, de ces deux dépend
tout le magistère, réduisez les donc en
mercure vif, et non vulgaire, c'est à dire non
volatil, mais fixe, car le vulgaire est volatil
& plein de froideur phlegmatique, qu'est
cause qu'il a besoin d'être réduit par l'argent
vif fixe plus chaud & sec en contraires
qualités, que l'argent vif vulgaire. Par
quoi je vous conseille, ô mes amis, que vous
ne travailliez qu'au Soleil & à la Lune, les
réduisant à leur première matière qu'est notre
soufre & argent vif par quoi fils, serH
ii
@

116 HARMONIE CHIMIQUE
vez vous de cette excellente matière, & je vous
jure que si vous ne prenez l'argent vif de ces
deux, vous allez à la pratique comme aveugles
sans yeux & jugement. Le même
en la Clavicule.
Scholie.
L Ulle auquel chacun veut se mouler nous
montre assez clairement de combien de
pièces la pierre est faite, il dit donc que c'est
la conjonction du Soleil & de la Lune, laquelle se
fait avec le feu de la pierre, qui est le Mercure,
comme nous avons déjà montré, laquelle conjonction se
fait en la noirceur: Mais cette pierre n'est parachevée,
si l'argent n'est entièrement rougi d'une
couleur très rouge, & alors cette matière rouge
& parfaite, amande & corrige les métaux
imparfaits en or, sans toutefois qu'il
soit nécessaire réduire aucune chose en mercure
vulgaire, & coulant comme plusieurs croient:
mais bien en matière noire & impalpable procédant
des deux, & en après icelle poudre étant
noire, sèche, & subtile; dessèche, arrête & subtilise
le mercure qui lui est ajouté par l'ordre
connu des sages, tellement que quiconque
cherche un autre chemin, & une autre manière
se trompe lourdement, & en fin se précipitera
dans un gouffre angoissant.
@

CHAPITRE III. 117

Texte.

D E même façon que d'un homme un Greverius.
autre homme s'engendre, d'un âne
un autre âne, d'un oeuf de poule une poule,
& le froment vient du froment, de même
de chaque semblable se fait son semblable,
de l'or vient l'or, & de l'argent l'argent, de
ceci tu peux facilement entendre de quelle
matière tu dois travailler. Greverius p. 8.
Les Philosophes avant que commencer
leur besogne ayant pris l'or & l'argent vulgaires
doivent connaître s'ils sont bons &
sains ou malades, que s'ils sont malades, ils
les doivent guérir par médecine propre, qui est
la propre préparation, cet or ainsi médicamenté,
sain & purifié, est l'or des Philosophes,
le même est de la Lune. Il appert
donc clairement, qu'encore que le Philosophe
prenne l'or & l'argent & le mercure
vulgaires, toutes fois ils ne l'emploient point
à leur besogne, qu'après les avoir élevés au
degré philosophique. Le même p. 10.
Choisi pour ta besogne un or nouveau
lequel n'aie point été mis en beaucoup de besognes
par les orfèvres, mais venant seulement
de la mine, n'ayant enduré beaucoup
H iij
@

118 HARMONIE CHIMIQUE
de feu, qu'il soit de belle couleur environ de
vingt quatre carats; car étant tel, il est bon,
& s'en trouve de semblable & en pièces, en
terre, quoi que mal polies, que si tu en veux
avoir de tel; tu n'as besoin d'autre préparation,
sinon de le réduire en feuilles subtiles
par le marteau, le même soit il dit de
l'argent, que si tu n'en peux avoir, purifie
l'or par l'antimoine, ou par le ciment royal
fondant une once de Soleil avec cinq onces
d'antimoine: Que si tu en trouve chez les
peintres ou apothicaires en assez suffisante
quantité, en feuilles subtiles & de bon or,
tu prendras cet or pour bon, sans autre préparation,
entends de même de l'argent en
feuilles, sinon purifiez en par la coupelle,
mettant pour un once d'argent trois de plomb.
Le même p. 13.
Choisi d'argent vif qui ne soit point sorti
ni fait artificiellement; soit de plomb, ou de
quelqu'autre métal, mais venant tel de sa
propre minière, car dedans tel il faut semer le
Soleil & la Lune. Le même p. 17.
Compose ton oeuf du blanc & du jaune,
couvre les d'une peau & serre les d'une
dure écorce, mets lui dessous de charbons
allumés, & lors qu'ils s'éteindront, mets y
en des nouveaux. Le même p. 35.
@

CHAPITRE III. 119

Scholie.

C Hacun engendre son semblable, que si on
tire le mercure du plomb, cet engendré
produira de plomb; cette extraction donc ne
sera ce que nous recherchons, ni l'oeuf ici entendu
qui est composé de bonnes matières, à savoir
d'or & d'argent épurés & bien sains couverts
du mercure cru, & qui sort tel de la mine,
mais très net qui servira de peau, le tout mis
dans un vaisseau de verre, qui sera l'écorce dure,
sous lequel on mettra un feu propre, ô rechercheurs
& amateurs de la vérité, je vous conjure
par la vérité que j'adore fuyez & bannissez
loin de vous tous ces extracteurs de mercure du
plomb; car combien que les Philosophes disent
qu'il faut tirer le mercure du Saturne, que plusieurs
disent plomb, je vous assure sur le serment
que j'ai à la vérité même, qu'il ne doit être
entendu du plomb vulgaire, mais de celui des
Philosophes, qui ne me croira se trompera, &
proteste que rien ne me fait mettre ces écrits Raisons de
au jour que la charité & la compassion que j'ai l'escholie.
devoir tant de bonnes personnes abusées, par ces
pendards de coureurs qui promettent à ceux qui
les écoutent des montagnes d'or, & cependant
n'ont de quoi se sustenter & habiller eux mêmes,
ce qui est facile à voir par leurs actions.
H iiij
@

120 HARMONIE CHIMIQUE
Textes.
Alanus. N Otre eau est pure & transparente,
dans laquelle le corps de Soleil & de
la Lune se dissout. Alanus p. 51.
Hermès. Le Soleil est le père, & la Lune la mère, le
vent la porte dans son ventre. Hermès.
Garlandius. La conjonction de ces deux corps, à savoir
du Soleil & de la Lune avec le vent est nécessaire
en cet art tant au blanc qu'au rouge.
Garlandius c. 5.
Scholie.
Q Uoi que Alanus dit eau transparente, il ne
faut pourtant se figurer une eau, au travers
laquelle on puisse voir, car c'est contre l'opinion
de tous les Philosophes, qui ne veulent que matières
symbolisantes ensemble, car quelle proportion
y aurait il entre l'eau mouillante, & l'or
& l'argent: d'ailleurs aucune eau mouillante ne
peut dissoudre l'or & l'argent, vu que la dissolution
philosophique est les réduire à leur principe
qu'est volatil sans qu'ils puissent jamais
être ce qu'ils auraient été, comme nous avons
dit par ci devant: il entend donc par ce mot,
transparent, clair & luisant, le mercure vulgaire
très bien dépuré, dans lequel il veut que
l'or & l'argent soient mis, & cette eau ou mercure
est ce qu'Hermès, Garlandius & autres nomment
vent, je n'ignore pas la vertu de l'eau forte,
@

CHAPITRE III. 121

& eau régale, mais je dis que ces eaux rongent
& corrodent l'or & l'argent, lesquels par après
sont remis en masse, comme auparavant, tellement
que cette corrosion, que l'on appelle
communément & ignoramment dissolution
n'est point celle de laquelle nos Philosophes
parlent, je sais aussi que la réduction de l'argent
vif en matière cristalline, claire & transparente
& solide, après avoir été comme dissout par
l'eau forte faite à propos (car toute eau forte ne
le fait pas est propre à faire quelque chef d'oeuvre,
mais il ne vaut rien en cette oeuvre, qu'est
la cause que je n'en veux donner l'ordre, duquel
quelqu'un pourrait s'abuser.

Texte.

L E principe de chaque chose résulte de Egidius.
la finale intention d'icelle, par quoi qui
veut faire de l'or on de l'argent prendra d'iceux
le principe, d'autant qu'il est impossible
de faire d'or & d'argent sans or & argent,
pour ce que chacun produit son semblable.
Egidius p. 3.
Joints l'âme avec son corps par le moyen
de son esprit, d'autant que l'âme ne prendra
aucunement son corps que par le moyen de son
propre esprit. Le même p. 68.
Il n'y a rien ici que le frère, & la soeur,
c'est à dire l'agent & le patient; & le soufre,
& le mercure s'engendrant co-essentiellement.
@

122 HARMONIE CHIMIQUE
Le même p. 47.
Les anciens ont dit l'oeuvre être de deux,
& aucuns ont nommé ces deux joints le composé,
d'autant que de ces deux sont quatre, &
en iceux y a siccité & humidité, esprit & vapeur.
n. 140. du même.
Scholie.
N Otre auteur commence par la réponse
qu'on a accoutumé de faire à une demande
comme peut être cette ci; Que veux tu avoir
dedans ton jardin? réponse, de choux, de laitues,
& semblables: demande, & pourquoi
ne prends tu donc la semence de choux, & des
laitues? Or est-il que la semence ne procède
que de sa plante, donc il la faut tirer d'icelle.
De même qui veut avoir d'or, d'argent, de fer,
de cuivre, d'airain, de plomb, il faut qu'il tire
d'iceux leur semence qu'on nomme communément
mercure ou soufre par similitude de
propriété, & faut être si avisé de n'accoupler
un cheval avec une ânesse, ou un âne avec
une jument pour avoir un cheval: car chaque
espèce s'éjouit avec son espèce. De même si
on joint en cette admirable composition une matière
volatile, combustible avec une incombustible
& fixe, l'on n'aura qu'un bâtard, c'est la
cause pourquoi notre Auteur dit qu'il faut
joindre l'âme à son corps, & non simplement
au corps, mais à son corps, pour exclure la métempsycose
@

CHAPITRE III. 123

de Pytagoras qui voulait qu'une âme
au sortir du corps auquel elle était, entrât au
premier corps vide qu'elle rencontrait, notre
auteur ajoute moyennant son esprit, autrement
rien ne se fait, & cependant à tout ceci n'y a
que la forme & la matière, frère & soeur, agent
& patient, que les anciens Philosophes ont nommé
composition, laquelle contient la siccité au
troisième degré, l'humidité au second, la froideur
au premier & la chaleur remise, car si elle
était au commencement du quatrième degré,
il s'ensuivrait qu'elle brûlerait tout, &
n'aurions besoin du feu externe, mais d'autant
qu'elle est esclave il la faut mettre en liberté,
qui n'entendra ceci qu'il étudie, tant y a qu'ayant
désengagé cette chaleur lente & remise,
nous la rendons suprême, mais la siccité la fuit,
lesquelles unies mettent à leur pli la rebelle,
mettent à mort la prisonnière, & par conséquent
la couronne demeure sans controverse à cette
première esclave, mais si on met la chaleur un
degré plus bas, la siccité au second degré, l'humidité
au premier, & la froideur remise elle viendra
à nous donner du contentement mais beaucoup
plus si le froid prend le haut bout des deux
points plus bas, & l'humidité des deux plus
hauts, le chaud du tiers degré, le sec du second,
& l'humidité des premiers des deux points, ce
sera l'oeuvre achevé, mais ceci sera éclairci lors
que nous parlerons des nombres & des figures.
@

124 HARMONIE CHIMIQUE
T E X T E.
Vogelius. L E corps du Soleil est tout essentiel au
respect de l'argent, car l'or n'est autre
chose que substance pure, fixe & incombustible
d'argent vif, tempérée & proportionnée
également avec son soufre interne, tel que
désirent les Philosophes pour la facile fusion
& teinture de leur élixir. Vogelius c. I. p. 12.
Un conjoint, & deux composent la médecine.
Le même p. 41.
Voici le grand accord des Philosophes
commandants de dissoudre le Soleil & la Lune,
& les réduire en leur première matière.
Le même p. 45.
Qui cherche une médecine pour convertir
les métaux, faut qu'il laisse les animaux, végétaux,
minéraux, & ce qui procède d'eux;
qu'il prenne les métaux & cherche en iceux leur
principe, à savoir l'argent vif & le soufre,
d'autant qu'ils sont en iceux, & d'iceux les
métaux sont engendrés: Qu'on se souvienne
cependant que rien ne peut donner la forme
de l'or & de l'argent, que ce qui premièrement
l'ait eue, & partant ni les métaux imparfaits,
ne l'argent vif, ne le soufre, ne
peuvent obtenir la forme & la fixation
nécessaire à l'élixir, s'ils ne sont fixe & formés
@

CHAPITRE III. 125

premièrement par l'or & l'argent. Le
même p. 121.

Scholie.

P Lusieurs s'amusent & s'abusent à tirer la teinture,
c'est à dire, ce qui est jaune en l'or, &
de ce jaune ils veulent en après teindre l'argent,
mais, à ce qu'ils disent, ils ne teignent autant
d'argent qu'ils ont d'éteint d'or, & cela se
fait comme ils disent, c'est encore avec de la
perte, notre Auteur dit qu'il est tout essentiel,
& partant il n'en veut séparer ce que plusieurs
croient: or il apprend ici tacitement qu'il
peut tout passer par le chamois, & par conséquent
qu'il y peut faire passer l'argent, lesquels
sont joints pour la composition d'un qui est le
mercure, à quoi tous les Philosophes s'accordent
plutôt qu'à la recherche des animaux &c.
Apres donc qu'il a marqué ce qu'il faut prendre
d'eux, il conclut que la dernière opération c'est
joindre à l'élixir rouge l'or & l'argent à l'élixir
blanc, comme nous verrons clairement au chap.
de la fermentation.

Textes.

N Otre argent vif est eau très-claire
& notre arsenic est argent pur, & Arnaud.
notre soufre est or pur, & toute la perfection
gît en ces trois, & à celle fin que ceci
s'entende plus facilement, nous disons que
@

126 HARMONIE CHIMIQUE
toute la science philosophique dépend du Soleil,
de la Lune & du mercure, par le Soleil
nous entendons l'or, par la Lune l'argent, &
qui sait teindre le mercure avec le Soleil &
la Lune, il vient au secret qui est appelé
le soufre blanc, lequel se faisant rouge sera
le soufre pour l'or. Arnaud au miroir
d'Alchimie p. 41. 44. 47.
Avec ces corps à savoir le Soleil & la Lune
le mercure se mêle & se fixe avec iceux par
une industrie très grande, ce qui ne peut être
compris par un esprit grossier. Le même
l. 1. c. 5. du Rosaire.
Qui sait teindre l'argent vif avec le Soleil
& la Lune est parvenu à un grand trésor
& secret qui est nommé soufre blanc très
bon pour l'argent, lequel se faisant rouge sera
le soufre très-bon pour l'or, de ces corps
donc notre soufre blanc & rouge est tiré.
Le même c. 7.
Toi qui veux travailler as besoin premièrement
de faire la dissolution & sublimation
des deux luminaires, d'autant que le
premier degré de l'opération est de faire
mercure d'iceux. Le même c. 9.
Le Soleil, & la Lune & l'Azoth sont pierre
mortes sur la terre qui ne sont rien que
par l'industrie de l'homme, l'Azoth est indivisible,
@

CHAPITRE III. 127

pour ce qu'il s'en va invisiblement,
qu'est cause qu'il est appelé serf fugitif, & ne
se peut brûler. Le même aux secrets de la
nature. p. 36.

Scholie.

N Ous avons dit ci devant que nous avions
besoin de six mercures, & en avons décrit
quatre; à présent nous parlerons des deux autres,
avec avertissement au Lecteur de considérer
mûrement ce qui s'ensuit, avant que de rechigner
& reprendre. Plusieurs lisant ce passage &
autres de semblable façon de parler, tant ci devant
écrit, que par ci après; qui est que notre
mercure est eau très claire; courent après
une infinité d'eaux qu'ils nomment dissolvantes
sans savoir la définition de notre dissolution,
comme a été dit ci dessus, qui est de réduire
l'or & l'argent en matière volatile, par
celui même duquel ils ont eu leur principe, ce
qui ne se peut faire qu'avec un seul qui n'est
point corrosif, comme sont toutes les autres
eaux, de quelque matière qu'on les sache faire:
le mercure donc est une vertu particulière
cachée dans le mercure vulgaire, & là dedans
même connue par le seul savant Philosophe
en cette matière, de même qu'au Mathématicien
le cercle des cieux, & au Géomètre la ligne
superficielle, & point indivisible, cette vertu
ainsi considérée, & non séparée du mercure
@

128 HARMONIE CHIMIQUE
vulgaire, est nommée eau claire, par laquelle
les semences ou soufres que nous voulons tirer
de l'or & de l'argent sortent plus facilement,
c'est donc le cinquième mercure; pour le
sixième il en sera parlé en son propre lieu, &
pour montrer la vérité de ceci, notre Auteur
dit, que toute la vérité de ceci gît en l'or, l'argent
& mercure, qu'il nomme arsenic, & soufre
dont nous avons parlé au premier chap. Or
nul ne peut savoir le secret s'il ne sait teindre
le mercure vulgaire avec l'argent vulgaire, qui
alors est nommé soufre blanc, & avec l'or
vulgaire qui est le soufre rouge, & pour faire
ceci il n'y a qu'une voie, quoi que les ignorants
la vraie signification de ce mot teindre, errent
après des colorations superficielles, lesquelles
s'évanouissent par le feu, ou l'eau forte plus facilement
qu'elles n'ont été ajoutées. Mais dit
notre Auteur, ceci se fait avec une industrie
non commune; pour montrer que peu de gens
la savent, & c'est ici où presque tous faillant se
retirent & laissent l'ouvrage, auquel ayant failli
ne se peuvent imaginer quelque autre y pouvoir
entrer: c'est véritablement vue très-subtile façon
que cette conjonction, laquelle n'est écrite
par les Philosophes que fort obscurément, &
sans laquelle l'on ne fera jamais rien: je la déclarerai
le plus facilement qu'il me fera possible
en son lieu propre. Ce soufre donc est la matière
dissoute: & jointe avec le mercure est la
matière sublimée, non qu'elle soit élevée en
haut par la violence du feu comme plusieurs
croient, mais rendue plus excellente, tant en
vertu
@

CHAPITRE III. 129

vertu; qu'en couleur: mais que veut dire notre
Auteur par ces mots, le Soleil, la Lune &
l'Azoth. Sont nos pierres mortes, certes comme Avertis-
nous appelons un homme & une femme sements.
morts n'engendrant point d'enfants, de même
l'or, l'argent & le mercure demeurant
tels qu'ils sont: Que s'ils sont joints & produisent,
alors ils seront dits vifs, c'est à dire, ils
feront preuve de leur force, vu qu'il n'y
a rien que les choses vives qui engendrent &
produisent. Je voudrai bien que les rares esprits
& amateurs de cette science prissent garde à ce
que cet Auteur dit, à savoir que l'Azoth
(qu'est le mercure vulgaire) est indivisible, d'autant
que tout s'en va, ou tout demeure, car nous
appelons indivisible ce qui peut être séparé en
diverses parties de diverse nature comme le vin
qui est divisé en eau de vie, laquelle n'est vin en
tartre, qui n'est vin, en sel qui n'est vin, & n huile
qui n'est vin, & cependant tout cela était au vin, &
ainsi de ce papier s'en tirera diverses parties, lesquelles
ne seront papier, & ces parties, voire une
d'icelles séparées, le vin ni le papier ne seront plus
ne vin ne papier, mais le mercure qu'on en fasse
tout ce qu'on voudra, & avec quoi on le mettra
ne le pourra tellement ruiner, qu'enfin par
industrie il ne retourne mercure, & d'icelui ne
tire on rien qui ne soit mercure, pour ce qu'il ne
peut être brûlé. Je confesse bien qu'on le précipite,
mais tout, & non en partie, ou le congèle,
mais tout, & non en partie, & s'il ne se
brûle pourquoi est ce donc qu'on veut que
la noirceur survenant par son moyen sur l'or &
@

130 HARMONIE CHIMIQUE
l'argent procède de lui & non des autres? ô rechercheur
faites en la preuve, & vous trouverez
après cette noirceur tirée le poids de vos corps
diminués, & celui de l'argent vif entier, qui a
oreilles & jugement pour entendre, & juger sainement,
entende & juge.
Desiderable. Textes.
T Out le gain se l'artiste dépend du mercure,
du Soleil & de la Lune, tu recueilleras
ce que tu auras semé. Desiderable p. 21.
Il y a différence entre la médecine solaire
& la lunaire, d'autant que la solaire est contient le
soufre solaire, & la lunaire le lunaire, car la
lunaire a besoin d'un soufre blanc très-pur, &
la solaire d'un soufre rouge très-net. Le
même p. 25.
La préparation du mercure vulgaire se
fait avec le soleil vulgaire, & la Lune vulgaire
dissout de ces trois sans autre chose
qu'elle que ce soit est faite la pierre physique,
& ne peut être faite avec aucune invention physique
avec autre choses. Le même p. 114.
Rebis est la première partie de l'oeuvre,
Elixir la seconde, la teinture est la troisième,
& la médecine est la quatrième: il est donc
tout clair qu'à l'Azoth il y faut, l'élixir, pour
ce qu'en cette opération l'élixir précède l'azoth:
car de l'élixir on tire l'azoth: Or l'azoth
@

CHAPITRE III. 131

est ce qui est tiré des corps dissout par le
mercure même, qui est jugé plus mûr. Le
même p. 169. 193.
L'Elixir n'est autre chose que le corps résout
en l'eau mercurielle, après laquelle résolution
l'azoth est tiré de lui, c'est à dire, l'esprit
animé. Le même p. 194.
Un seul métal, à savoir l'or, est totalement
nécessaire pour la composition de la pierre
des Philosophes: or les corps rouge & blanc
sont une même chose, quoi que les Philosophes
disent être deux corps & deux opérations.
Le même, p. 202.
Celui qui croit faire la teinture sans ces
deux corps, à savoir le Soleil, & la Lune, il
pratique en aveugle. Le même. 274.
Ceux qui teignent le venin, c'est à dire le
mercure avec le Soleil & son ombre ils para- Richard.
chèvent notre pierre qui est nommée gomme
grande & parfaite. Le même p. 275.
Sème l'or & l'argent, desquels tu recueilleras
mille fois d'avantage de fruit par ton
labeur, & aide de nature, d'autant qu'icelle
seule a tout ce que tu cherches, & autre chose
du monde ne le peut de même, vu que toute
choses sont puantes, & s'évanouissent par la
force du feu. Correction des fols p. 9. & Richard.
c. 10. 13.
I ij
@

132 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
L E mercure dans lequel l'or & l'argent ont
été dissout, est pris par quelques pour uns le
mercure double, duquel Trévisan parle dans son
Epître à Thomas de Boulogne, par la comparaison
qu'il donne de la chair bouillie dedans
l'eau, laquelle il avoue bien avoir été eau commune,
mais il nie qu'alors elle la soit, aussi le
mercure qui a été cause de la dissolution de l'or,
& de l'argent n'est plus commun, encore que la
graisse ou noirceur nageante en aie été ôtée, car
ce mercure a acquis quelque vertu plus grande
qu'il n'avait pas auparavant: & comme le dissolvant
communique sa vertu à la chose dissoute,
aussi pareillement la chose, laquelle se dissout
communique de sa propriété à son dissolvant, si
que de deux est fait une certaine chose, qui n'est
ni l'un ni l'autre mais tout autre, tenant de la
nature de tous deux. Or l'expérience, laquelle
est la maîtresse d'un chacun, montre comme
déjà a été dit, que tout ce qui est sous la concavité
des cieux est brûlable & volatile, le seul
or & argent réservé quelques uns y ajoutent le
verre, mais ils en ignorent la combustion) si donc
l'artiste travaille pour avoir quelque chose d'incombustible,
perdurable & fixe, pourquoi demande
il cette matière fixe, à ce qui ne l'est pour
soi même? une personne payera-elle dix écus
pour un qu'on veut emprisonner pour ne le pouvoir
payer, puisque il n'a pas cinq sols pour payer celui
auquel il les doit? Tout le gain de l'artiste,
@

CHAPITRE III. 133

dit l'Auteur de l'oeuvre intitulé Desiderable desiderum
dépend du mercure, Soleil, & Lune:
qu'on ne cherche donc autre chose, pour ce que
la rechercher sera sans profit & sans aucun contentement,
comme les opérations des coureurs
charlatans, & grands prometteurs le montrent
tous les jours.

Texte.

L A pierre est une, toutefois cette une,
n'est point une en nombre, mais en genre;
de même que le mâle & la femelle s'assistent
pour engendrer lignée, sans rien ajouter,
de même la pierre des Philosophes composée
de deux suffit pour la médecine, laquelle
on se propose, à savoir l'esprit & l'âme,
qui sont le Soleil & la Lune, & quelques uns
disent qu'en ces deux on doit ajouter un
troisième, à savoir un corps métallique,
toutefois le nombre de deux n'est multiplié, ni
les noms, d'autant que le corps métallique est
composé de ces deux. L'échelle des Philosophes
p. 106.
En notre pierre ou composition le Soleil &
la Lune y sont en vertu & puissance, & le
mercure en nature, d'autant que s'ils n'étaient
en notre pierre ou composition, l'on ne serait Jeu des en-
ni le Soleil ni la Lune. Le jeu des enfants p. fans.
137.
@

134 HARMONIE CHIMIQUE
Aristote. Prends ton fils très-cher, & le joint également
à sa soeur blanche, donne lui à boire du
breuvage d'amour, jusques à ce qu'ils soient
enivrés & divisés en parties très menues,
toutefois aie souvenance que toutes choses
nettes conviennent aux nettes, autrement ils
engendrent des enfants qui ne leur ressemblent
pas. Aristote p. 163.
Scholie.
N Ous avons déjà vu l'autorité de Lulle, sur
semblable sujet, mais d'abondant au traité
qu'il & intitulé Apertorium, il commence ainsi,
Nos sages affirment qu'il n'y qu'une pierre composée des
quatre éléments, n'ayant besoin de chose quelconque qui
ne soit de sa nature, mais c'est un doit être entendu
sainement, & comme nous avons déjà montré,
les deux semences de l'homme & de la femme
unies & inséparables, quoi que de deux corps ne
sont dites deux, car nous avons déjà plusieurs
fois marqué que l'or & l'argent réduits en soufre
ne peuvent plus être séparés ni distingués
l'un de l'autre, & pourtant étant ainsi mêlés
physiquement ce n'est plus qu'une chose. Or en
ce qu'il dit, que quelques uns y mêlent un
corps métallique, ceci ne se fait qu'à la fermentation,
& ce corps est ou l'argent pour le blanc,
ou l'or pour le rouge: Aristote nous marque en
après la forme de la composition, & veut que
l'or & l'argent soient égaux, c'est à dire autant
de l'un & de l'autre qu'il nous sera possible car
@

CHAPITRE III. 135

si c'est du poids, n'ayant point de balance,
nous serions arrêtés, & d'ailleurs vu que c'est
chose approchante de la génération d'un animal
comment userons nous de poids, vu que les
animaux n'en usent point pour engendrer en
leurs accouplements: je ne réprouve point la
balance, mais aussi je dis que le jugement y peut
suffire, mais quel est cet enivrement, qui réduit
ces corps en très petites parties? c'est du mercure
duquel on se sert pour les amalgamer, qui
conduit par le feu connu au sage Philosophe
dissout tellement ces corps qu'il les fait nager
dessus lui en forme de toile d'araignée ou de crème,
d'où étant tirés & remis en un autre vaisseau,
engendrent ce que l'on désire, & ce à quoi
ils sont destinés, mais sur tout il faut prendre
garde que l'or, l'argent & le mercure soient très-
nets & purs, autrement ce serait travailler en
vain.

Texte.

I E suis d'avis que personne ne s'ingère de Rosaire.
chercher quelque chose en cet art, s'il
ne connaît les principes de la vraie nature &
ses régimes, ce qu'étant connu il n'a besoin
de beaucoup de choses, mais seulement d'une,
laquelle ne demande beaucoup de dépenses,
d'autant qu'il n'y a qu'une pierre, qu'une
médecine, qu'un vaisseau, qu'un régime, &
q'une disposition. Rosaire p. 170.
Le dragon ne meurt point sans son frère &
I iiij
@

136 HARMONIE CHIMIQUE
sa soeur. Le même p. 79.
Pour tout l'ouvrage trois espèces suffisent,
à savoir la fumée blanche, l'eau céleste, & le
lion vert, c'est à dire l'airain d'Hermès, &
l'eau puante, laquelle est la mère de tous les
métaux, avec laquelle depuis le commencement
jusques à la fin on prépare l'élixir. Le
même p. 184.
La Philosophie a trois parties, qui sont le
Soleil, la Lune, & le mercure, de la conjonction
d'iceux, le Père Hermès a su faire
sa teinture. Le même, même page.
En ce lieu la conjonction des deux corps se
fait, laquelle est nécessaire en notre ouvrage,
& s'il n'y avait qu'un de ces deux corps en notre
pierre, jamais il n'y aurait teinture. Le
même p. 186.
Conjoints Gabriel avec Beya & ne les prends
sinon purs & nets, crus & entiers, car si tu fais
autrement tu n'en auras aucun profit, &
prends toi bien garde que rien de contraire
ou étrange n'entre en notre pierre, mais mets
la seule. Le même p. 191.
Le secret de l'Art de faire l'or, est au mâle
& à la femelle, pour ce que la femelle s'éjouit
à recevoir la force du mâle, d'autant qu'elle
en est fortifiée. Prends le chien & la chienne
d'Arménie de même age, joins les, & ils engendreront
@

CHAPITRE III. 137

un fils chien de couleur de ciel, lequel
te gardera du commencement en ta maison,
en ce monde & en l'autre. Le même p.
192.
La matière des Philosophes est l'eau, &
s'entend de l'eau de ces trois, & n'en faut ne
plus ne moins, le Soleil est le mâle, la Lune la
femelle, le mercure la semence, mais à celle fin
que la génération & la conception se fasse, il
faut que le mâle se joigne à la femelle, & outre
ce la semence y est requise, & partant avant
la fermentation, la conception & imprégnation
doivent être faites, & lors que la matière
se multiplie, il est dit que l'enfant croît
au ventre de la mère, lors qu'elle se fermente,
que l' âme est infusée au corps, & que le Roi
couronné croît, dissolvez les corps & imbibez
l'esprit, & on dit les corps au pluriel,
d'autant qu'il en faut pour le moins deux,
& disent l'esprit au singulier, pour ce qu'un
suffit, & n'y & aucune semence sans matière
de corps autre que le mercure, & lors qu'on
dit imbiber l'esprit, on entend l'opération,
laquelle fixe le mercure, & multiplie la pierre,
multiplier vaut autant que dire réitérer.
Le même, p. 204.

Mais avons nous point besoin d'autre corps
que de l'or? Ecoute Hermès, son père c'est
@

138 HARMONIE CHIMIQUE
à dire de la première composition, c'est le
Soleil & la Lune est sa mère, le père est chaud
& sec engendrant la teinture, la mère est
froide & humide nourrissant l'engendré, que
s'il n'y avait en notre pierre que l'un d'iceux
jamais la médecine ne coulerait, ni ne teindrait,
& si elle teignait ne teindrait que fort
peu, & le mercure s'en irait en fumée, d'autant
qu'il n'y aurait aucun réceptacle de
teinture, & la fin de notre secret est d'avoir
une médecine, laquelle coule avant la fuite
du mercure, donc la conjonction de ces deux
est nécessaire dans notre oeuvre. Le même
p. 227.
Scholie.
C' Est une folie, disent nos charlatans
de s'amuser à l'étude, il ne faut qu'une
bonne recette pour faire d'or & d'argent; j'accorde
une partie, mais qu'est celui qui la baillera?
Geber, Arnaud, Lulle, & tous les autres
bons auteurs nous exhortent à l'étude, comme
déjà a été dit, notre présent Auteur continue
encore de nous admonester charitablement
de ne nous jeter dedans cet art, que nous n'en
connaissions les principes, confirmant en ce passage
tacitement ce que quelqu'un dit, à savoir
que le Médecin commence où le Physicien finit, c'est
à dire qu'après qu'on a la connaissance du sujet
sur lequel on veut travailler, on peut hardiment
@

CHAPITRE III. 139

continuer or il n'est pas dit en ce lieu simplement
nature, mais vraie nature, non qu'il y
ait deux natures, car une même nature opère
sur tous sujets s'accommodant selon la matière,
mais pour ôter toute excuse aux paresseux car
celui qui veut travailler sur le marbre, se servira
d'autres outils que s'il travaillait sur le bois,
& si sur l'or d'autres que si sur l'argile, & pourtant
il doit reconnaître la dureté & mollesse
de sa matière: De même celui qui veut travailler
en cet art il doit connaître la matière
des métaux, de leur dissolvant & la différence de
l'un d'avec l'autre, & sur tout savoir bien
qu'est-ce qu'il cherche, je dis, de ce qu'il cherche:
car de mille, il ne s'en trouve quelquefois
deux qui le sachent, se contentant de dire qu'ils
veulent faire de l'or, ce qu'homme du monde Aucun ne
n'a jamais fait ni ne pourra jamais faire, cet peut faire
ouvrage étant réservé à Dieu seul. Or la connaissance d'or.
étant acquise de ce que notre Auteur
nous marque le reste sera assez facile,
car il connaîtra que le Dragon meurt par un
petit feu en voulant tuer son frère & sa soeur,
que ces trois espèces suffisent étant conjointes,
qu'il les faut prendre entières, pures & nettes,
qu'encore que l'on dit faire l'or, ce n'est le
faire, mais seulement le faire paraître, ôtant
les accidents qui le cachent à notre vue, apprendra
les opinions des vrais Philosophes
Chimiques convenir en cette matière, qui est
leur mercure, ou au contraire tous les Philosophes
se contrarient, car Thales Milesien dit que Thales.
l'eau simple est le principe de l'Univers, d'autant
@

140 HARMONIE CHIMIQUE
que tout se résout en eau la semence est humide,
tous fruits se nourrissent d'humidité,
le Soleil & les astres se nourrissent des vapeurs,
Homère. ce que confirmant Homère en son Iliade l. 14. dit
que l'Océan est le père de toutes choses, mais en
passant faut apprendre que le principe & l'élément
diffèrent entr'eux en ce que les éléments sont
composés; & les principes non, ni aucune substance
complète, n'y ayant rien précédent dont
ils soient engendrés, autrement ne seraient point
principes, mais ce dont ils seraient engendrés:
or il y a quelques choses précédentes, dont la
terre & l'eau sont composées, c'est à savoir la matière
première sans forme quelconque ni espèce,
Entéléchie. & la fortune qu'on appelle autrement Entéléchie,
Anaximandre. & puis privation, Anaxymandre Milesien
dit, que l'Infini est le principe de toutes choses,
pour ce que toutes choses se résolvent en
Anaximenes. lui mais il ne spécifie point cet Infini. Anaximenes
Milesien, dit que l'air est le principe de
l'Univers, d'autant que tout se résout en lui.
Anaxagoras Clazomenien dit que les principes
Anaxagoras. sont les menues parcelles qu'il appelle homéoméries,
& que l'entendement est la cause efficiente,
qui a tout ordonné, & commence ainsi.
Toutes choses étaient pèle mêle, mais l'entendement
Archilaus. les sépara & mit par ordre. Archilaus
fils d'Apollodorus Athénien dit que le principe
de l'Univers est l'air infini, & la raréfaction &
condensation d'icelui dont l'un est le feu, &
Pythagoras. l'autre l'eau. Pythagoras fils de Mnesarchus de
l'Ile de Samos, le premier qui a donné le nom
à la Philosophie, a tenu que les principes
@

CHAPITRE III. 141

étaient les nombres, & les symétries, c'est à
dire convenances ou proportions, ou harmonie. Héraclite.
Heraclitus & Hippasus de la ville de Metaponte, Hippasus.
ont tenu que toutes choses avaient leur
principe du feu, d'autant que toutes choses se
commencent & se terminent par le feu; & lors
qu'il s'éteint, tout l'univers monde en est engendré,
car la plus grosse partie d'icelui se serrant
& s'épaississant en soi même se fait terre,
laquelle venant à être lâchée par le feu se convertit
en eau, & elle s'évaporant se tourne en
air, & derechef le monde & tous les corps
compris en icelui seront un jour consumés par Epicurus.
le feu Epicurus fils de Nicocles Athénien suivant
l'opinion de Démocrite, dit, que les principes de
toutes choses sont les Atomes, c'est à dire corps
indivisibles & perceptibles seulement par la
raison, solides sans rien de vide, non engendrés
immortels éternels incorruptibles qu'on
ne saurait rompre ni leur donner aucune Empédocle.
forme ni les altérer. Empédocle fils de Meton
d'Agrigene dit qu'il y a quatre éléments, le feu
l'eau l'air & la terre, & deux principes ou facultés Platon.
& puissances principales accord & discord, Jupiter.
l'un assemble, l'autre disjoint, Jupiter Socrate.
est le feu, Junon l'air, Pluton la terre, & Nestis l'eau Junon.
Socrates fils de Sophoniscus Athénien, & Platon fils
d'Ariston Athénien mettent trois principes, Dieu
la matière, & l'idée, Dieu est l'entendement
universel, la matière le premier sujet supposé à
la génération & corruption, l'idée une substance
incorporelle étant la pensée & entendement de
Dieu; & Dieu l'entendement du monde. Aristote Aristote.
@

142 HARMONIE CHIMIQUE
fils de Nichomachus de Stagire met trois principes,
forme, matière & privation, quatre éléments,
& pour le cinquième le corps céleste étant immuable,
Zeno. Zeno fils de Mneseas natif de Citie met
pour principes Dieu & la matière, dont l'un est
cause active, & l'autre passive, & quatre éléments.
Pythagoras. Pythagoras dit que le monde a été fait
des cinq figures des corps solides, lesquelles
Cule. s'appellent aussi Mathématiques, du cube qui est
le corps carré à six faces la terre, de la pyramide,
le feu du corps à huit faces qui est l'octaèdre, l'air,
de l'icosaèdre, qui est le corps à vingt faces l'eau,
& du dodécaèdre qui est le corps à douze faces, la
Platon. suprême sphère de l'univers Platon suit en ce Pythagoras.
Voila donc une infinité de belles choses
qu'il apprendra en lisant les bons livres, &
apprendra la grande différence qu'il y a des opérations
philo-chimiques d'avec celles des charlatans,
il apprendra que comme l'enfant est engendré
dans la matrice de la femme de la semence
de l'homme & de la femme en sort petite
quantité sans destruction ni de l'un ni de l'autre:
de même notre matière; & comme il est
nourri du sang, duquel la semence est faite
étant dedans le ventre de la mère, en après du
lait qui n'est que sang blanchi; étant sorti de
la matrice, puis des viandes solides étant grand,
desquelles le sang, la semence & le lait sont
faits, d'où deux cents quarante huit os au
corps humain, & trois cens soixante six nerfs,
tendrons & ligaments, & quatre cens cinq muscles.
Il apprendra que depuis le premier jour
jusques au dernier l'enfant n'est nourri d'aucune
@

CHAPITRE III. 143

chose étrange, & qu'à cette cause tous les
Philo-chimiques disent que notre oeuvre n'est
que la génération de l'enfant, c'est à dire chose
conforme, il apprendra que le feu est chaud essentiellement,
& sec accidentellement, l'air
humide essentiellement, chaud par accident,
l'eau humide essentiellement, froide par accident
& la terre sèche essentiellement, mais
froide accidentellement. Qu'aucun donc ne croie
pas que cet art soit l'art d'un tel quel; mais
bien d'une personne consumée à l'étude, &
l'esprit duquel ne se tourne à tout vent, mais
qui ayant fait un bon fondement bâtit sur icelui,
& éprouve tous les esprits qui lui viennent
souffler à l'oreille, & qui lui promettent
des montagnes d'or, roulants des chauds nus,
affamés & pauvres de lieu en lieu.

Texte.

A Vec la patience, & un feu très-petit Pierre de
jusques au blanc, dedans un vaisseau Valence.
une chaleur continuelle, un poids & une
mixtion convenable, & une chose en espèce,
& deux individus consiste, & est parfait
(l'ouvrage) jusques au blanc premièrement,
& enfin augmentant le feu jusques au rouge.
Pierre de Valence p. 4.
@

144 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
C Et Auteur dit peu, mais bon, premièrement
il demande la patience, mais on demande
par combien de temps, à quoi il sera répondu
en son lieu & chapitre propre, comme aussi du
feu, & du vaisseau, du poids de la mixtion,
pour le nombre il en a été déjà parlé, qu'on
apprenne en celui ci la conformité en doctrine
avec les autres.
Textes.
L Es minéraux doivent être choisis tels,
qu'ils soient mercure, & soufres vifs,
Dastin. desquels il te faut travailler doucement &
sans te hâter. Dastin p. 30.
La pierre consiste en un livre, duquel le
dessus est d'argent, mais les feuilles sont d'or.
Benoit. Benedictus. p. 55.
Au premier régime les éléments doivent
Zininus. être mis, mêler & joints, cru & purs,
là gouvernez jusqu'à ce qu'ils se dessèchent,
& le noir se face, en cette noirceur la blancheur
est cachée, laquelle est tirée de là, & en
après la rougeur par même décoction, &
lors que le blanc est, la matière est en poudre
impalpable. Zininus p. 68.
Jean Duns. La préparation du mercure vulgaire est
faite par le moyen du Soleil & de la Lune
vulgaires
@

CHAPITRE III. 145

vulgaires, & de ces trois sans autre chose,
est faite la pierre des Philosophes, laquelle
ne peut être faite par aucune autre voie,
ni artifice Philosophique. Jean Duns p. 114.
La génération des métaux & de la pier- Saturnin.
re des Philosophes, est de joindre les propres
principes, à savoir le mâle avec la femelle,
l'agent avec le patient, le soufre avec
l'argent vif, à celle fin que d'iceux la génération
& la corruption se fasse, & l'argent
vif est la pierre recevant la forme, & l'or
est la pierre des Philosophes. Saturnin p.
71.
Tout l'oeuvre consiste au Soleil, Lune & Tersin.
mercure. Tersin p. 103.

Scholie.

C E mercure & soufre ne sont les communs,
qui sont sales pour être mêlés avec
d'autres, & ne peuvent engendrer des semblables
qu'à eux, mais ceux qui sont dans l'or &
l'argent, sont vifs, purs & nets, lesquels si on
régit avec un feu doux, & avec la patience, l'on
trouvera que ce sera ce livre, le dessus duquel
est argent, c'est à dire, que l'or & l'argent mêlés
avec le mercure ne paraîtront que blancs,
mais au dedans sera la couleur jaune, laquelle
est dite or, mais ce sera après qu'ils seront mêlés
& unis homogènement, laquelle homogénéité
se paraîtra lors que les trois auront
K
@

146 HARMONIE CHIMIQUE
demeuré leur terme ordonné sur leur feu, au
bout duquel, ces trois se sécheront & se rendront
noirs secret connu de peu par ce moyen
la préparation du mercure vulgaire est faite,
à savoir sa fixation, laquelle ne peut être faite
en aucune autre manière, alors le mâle ou
l'agent, ou le soufre est joint avec la femelle,
le patient ou argent vif qui ne sont autre chose
que l'or & l'argent, lesquels donnent la forme
à l'argent vif commun, c'est à dire le rendent
solide fixe & subsistant à toute épreuve,
comme ils sont: car l'or est la pierre c'est à dire la
matière seule & fixe des Philosophes, & par
ainsi toue l'oeuvre ne consiste depuis le commencement
jusques à la fin, que du Soleil,
Lune & mercure.
Textes.
Ripleus. A Ucun corps impur, hormis un, qui
est nommé communément des Philosophes
lion vert, lequel est le moyen de conjoindre
les teintures parfaitement entre le
Soleil & la Lune, n'entre dedans notre magistère,
les deux principes matériaux & formels
doivent être dissout, autrement ce serais
peu de chose. Riplée p. 70.
Libavius. L'or, l'argent & le mercure sont la matière
de la pierre physique, après toutefois
être bien préparés. Libavius l. I. sur Arnaud
c. 6. p. 461.
@

CHAPITRE III. 147

Au mercure philosophique, l'âme le corps
& l'esprit concourent, la pierre animale
végétale & minérale, toutes choses étant
parfaites selon soi, la pierre végétale est
la Lune, l'animale est le Soleil, la minérale
est l'eau ou l'esprit & argent vif. Le même
l. Du mercure philosophique p. 56. 63.

Scholie.

G Eber marque que l'argent vif, qui est ce
lion vert & corps sale, lequel il entend
ici à des choses superflues, lesquelles il faut
ôter avant qu'il puisse être propre à notre
oeuvre, c'est à dire à mêler avec l'or & l'argent,
lesquels il dissout parfaitement; plusieurs
décrivent divers moyens de les ôter,
les uns avec le sel préparé, autre avec le vinaigre,
autres avec la chaux, & autres? pour moi
je sais qu'il s'en trouve de si net, qu'il n'a besoin
d'aucune préparation, comme nous verrons
en son lieu propre, Dieu aidant.

T E X T E.

N Ous sommes nourris & amenés à Bonus.
compliment par les choses, desquelles
nous sommes engendrés, & non point par
autres étranges; De même l'or doit être
engendré, nourri & accompli, mais non
par choses étranges; vu donc que l'or
est engendré, nourri, parfait & accompli
K ij
@

148 HARMONIE CHIMIQUE
par nature du seul argent vif, cuit par un
soufre externe, & en fin séparé d'icelui,
il s'ensuit que la pierre des Philosophes
doit être engendrée parfaite & accomplie
des mêmes choses, lesquelles parfont l'or, &
non d'autres: car comme la connaissance de
la chose se prend de l'essence & nature de la
chose même, & de ses principes, de même
se collige l'opération d'icelle. Marguerite
nouvelle, ou Bonus Ferrariensis. p.
128.
La Tourbe. D'un homme un homme est fait, & d'une
bête brute son semblable, joignez donc
le mâle du serf rouge à sa femme odoriférante,
& étant joints engendreront l'art
sans y introduire rien d'étrange, sois poudre
ou autre chose, que la conception vous
suffise, & le vrai fils vous naîtras. La
Tourbe, sentence 31.
Il nous faut conjoindre deux (laquelle conjonction
les Philosophes ont comparée au mariez)
de l'embrassement desquels l'eau dorée est
faite, mais ceci est du second ouvrage je dirai
quelque chose du premier, pousser à la
guerre, l'airain & l'argent vif jusques à ce
qu'ils meurent & se corrompent, alors l'airain
concevant l'argent vif, le congèle, &
l'argent vif concevant l'airain, le congèle
@

CHAPITRE III. 149

en terre, émouvez donc la bataille & ruinez
le corps de l'airain, jusques à ce qu'il
soit fait poudre. Le même, sentence 46.
La première composition, à savoir le
corps de la Magnésie, est fait de plusieurs
choses, encore que le tout se fasse un, & les
anciens l'ont nommé un, à savoir albar-
aeris, quand donc on la conduit il a dix
noms pris des couleurs de nature apparaissant
au régime du corps de la Magnésie.
Il faut donc que le plomb se convertisse en
noirceur, & alors les deux marques apparaîtront
au levain de l'or avec le sericon,
qui est la composition nommé des dix noms.
Le même, sentence 77.
De même que le mercure est le principe
de tous les métaux, de même le Soleil est la
fin, & le dernier d'iceux, & tous les métaux
purs & impurs sont dedans le Soleil,
la Lune & le mercure, mais il y a un vrai
Soleil qui se tire d'iceux. Tout ainsi que le
mari engendre ses enfants de sa semence, qui
sont nourris du sang menstrual, de même
se fait en la génération artificielle des métaux,
vu que du mercure masculin, & du
mercure féminin joints ensembles, & mis
dans le champ de nature, & revivifiés par
le mercure menstrual, s'engendre un enfant
K iij
@

150 HARMONIE CHIMIQUE
semblable aux parents, non point que tout
le corps métallique par quelque artifice se
convertisse en mercure masculin & féminin,
& puis qu'il se conjoigne & soit fermenté,
& en après que le corps solaire ou lunaire
soit procréé, mai il en va autrement, car
du corps métallique masculin le mercure
masculin est tiré, & du corps métallique féminin,
le mercure féminin est tiré, desquels
deux mercures joints par due proportion
avec le mercure menstrual, est mit dans le
champ de nature, alors par la vertu de ces
deux semences, & la vigueur du mercure
menstrual, régi par une chaleur tempérée,
un enfant s'engendre, conforme à la nature
des parents, mâle ou femelle. Exercice
troisième sur la tourbe des Philosophes.
Scholie.
N Ous avons vu ci dessus que chaque chose retourne
à son principe, & partant que tous les
métaux peuvent être rendus en mercure, nous disons
rendus en mercure, qui diffère de ce qu'on
dit tirer d'eux le mercure: l'argent vif donc
que le vulgaire appelle (mais mal) mercure,
sera leur principe. Nous savons que Gilgil,
Démocrite, & plusieurs autres graves Philosophes
contrarient à cette opinion reçue de
tous les Philo-chimiques, mais après qu'ils se
@

CHAPITRE III. 151

seront accordés entr'eux des principes, nous
leur répondrons. Or dit notre Auteur le
mercure est leur principe, mais l'or est le but de nature
métallifiante, à quoi quelques uns répondent
que si cela était, il s'ensuivrait qu'en une même
mine l'on trouverait de l'argent vif, de plomb,
d'étain, de cuivre, de fer, d'argent & d'or,
à savoir selon la cuite & la chaleur y sentie, &
reçue, ce qui ne se trouve point, à quoi on
répond que la semence est le commencement
& plus prochaine matière de la génération masculine
& féminine, en icelle la fin & but de nature
étant l'homme, & cependant nous voyons
sortir de cette semence non cet homme toujours,
mais parfois une femelle, ou un monstre,
ou une mole sans qu'on trouve dans cette
matrice, laquelle on ouvre assez souvent (la
mère étant morte) pour tirer l'enfant (y étant
encore vif) aucune semence ou commencement
d'homme; On sème dedans une terre un
même grain, & toutefois on y en cueille de
différente sorte, sans qu'au lieu d'icelui qu'on
recueille on trouve quelque autre commencement
d'autre semblable au cueilli: tout de même
le mercure est la matière, le soufre est la
forme & l'agent, que s'ils sont purs, l'or en sortira,
mais si gâtés & corrompus par les accidents
qui sont à la mine il n'y a plus moyen de
les y purifier, car nature n'a d'eaux régales, ni
ciments, ni coupelles, ni semblables instruments:
Il s'ensuit donc que telle nourriture
qu'aura la racine lors de sa production, tels seront
& le tronc & les rameaux, les feuilles & les
K iiij
@

152 HARMONIE CHIMIQUE
fruits, l'impureté donc & les accidents font la
différence des choses qui ont même semence:
Or, dit-il, tous les métaux, tant purs qu'impurs
sont au mercure, argent & or, c'est comme s'il disait,
vu que tous les métaux ont même racine,
il s'ensuit que tous sont en un chacun, mais plus
particulièrement en ces trois, puisque par iceux
par les moyens connus des doctes, on en fera
quel que l'on voudra des autres, comme aussi
par leur moyen on réduira les autres en or, ou
argent. Mais qu'entend il par ce vrai Soleil
qui se tire de ces trois? ce n'est autre chose que la
pierre tant recherchée, laquelle on n'aura jamais,
ni une autre à sa place, si ces trois ne sont
joints & mêlés, & non seulement confondus,
ce à quoi peu d'opérateurs prennent garde,
qu'est cause que pour n'entendre ce mélange
comme il faut, ils se perdent au commencement
même du travail. Il dit aussi que la génération
de cette pierre a quelque convenance
à celle de l'enfant. Hyppocrate au livre de Genitura
dit, qu'en l'émission de la semence ce
qui est le plus fort & robuste en toute l'humidité
sort, & que le mâle & la femelle ont en eux
& rendent de semence & masculine & féminine,
que si la masculine est la plus forte se sera
un mâle, si la féminine est la plus forte, sortira
une femelle, Aristote tient que l'homme donne
la forme, & la femme seulement la matière,
mais de ceci ailleurs au reste, dit-il, plusieurs
hommes avec certaines femmes n'ont que des
mâles, & avec d'autres n'ont que des femelles,
pour ce que celles là ont une semence, qui jointe
@

CHAPITRE III. 153

avec celle de l'homme font un mâle, mais s'accouplant
avec une autre, sa semence féminine
surmontant en quantité celle du mâle, s'en
fera une fille. Conférons ceci, deux corps sont
requis pour faire un enfant, de ces deux corps
sort une semence, laquelle quoi que tenace &
viscide, coule facilement par le moyen d'une
humeur séreuse & liquide qui accompagne ordinairement
ladite semence, sans laquelle sérosité
ladite semence ne pourrait être jetée dedans
la matrice, sortant donc telle, j'entends d'un
homme robuste & bien sain, & d'une femme
aussi robuste & saine la semence sera masculine,
laquelle entrée dans la matrice, pourvu qu'il
y en ait, s'enflera, & étant nourrie du sang menstrual
se poussera à ce pourquoi nature l'a faite.
Or à la génération de l'enfant muet, Philosophique
(je n'entends point parler de celui de Paracelse)
deux corps purs, nets, & astralisés y sont
requis, mais d'autant que leur semence ou soufre
est extrêmement cachée, tenace & gluante,
nous y ajoutons le mercure pour par son moyen
rendre la semence plus facile à sortir, les trois
composés & mêlés (ce mélange se prend ici
largement) sont mis dedans un vaisseau propre
sur un feu convenable, sur laquelle s'élèvera
comme une toile d'araignée, laquelle sera cette
semence, ou soufre ou matière dissoute,
à laquelle séparée faut donner nourriture conforme
à sa nature, laquelle est conforme à celle
de laquelle ledit enfant est sorti, qui ayant
acquis un age & force compétente sera alimenté
des viandes, ou corps mêmes, ou semblables
@

154 HARMONIE CHIMIQUE
à ceux desquels il est sorti; Mais pour
ce qu'il nous faudra parler de cette nutrition liquide
& solide aux chap. de la nutrition & fermentation,
nous ne parlerons pas pour maintenant
plus outre.
Texte.
L'Aurore. R Ien ne convient plus à la chose que ce qui
est plus proche de sa nature, & en icelle
s'engendre semblable matière, c'est à dire,
si tu cherches une médecine guérissant les
métaux, tu la prendras des métaux, vu
que l'espèce est teinte de son genre. L'Aurore
c. 3.
Rosinus. Les choses n'engendrent que de semblables
à elles, & n'apportent que leurs fruits,
l'eau des Philosophes est le levain des corps,
& les corps sont leur terre, voire après
qu'ils sont noirs par la préparation du feu,
l'on le nomme feu noir, comme à la seconde noirceur,
charbon de montagne, poix antimoine,
alcali, & sel alcali, marcassite, magnésie,
argent vif tiré du combat, & sa
cendre, sa chaux, & verre & eau nette,
laquelle est nettoyée des ténèbres & de la
matière de la noirceur. Rosinus à Eutichius,
à la fin du livre.
Tauladan. Lors que nous voudrons créer l'or & l'argent,
il est nécessaire prendre les mêmes,
@

CHAPITRE III. 155

car d'un homme un homme est engendré, &
d'un arbre un arbre. Le même p. 580. 606.
Si l'art n'emprunte sa forme efficiente à
savoir l'or de l'or, & l'argent de l'argent,
& qu'il l'applique sur les métaux, jamais
il ne les pourra anoblir, quoi qu'il les lave
& les cuise. Tauladan. p. 246.
L'or & la Lune sont les métaux par lesquels
l'élixir d'or & d'argent doivent être
faits. Le même p. 284.
L'or seul est le levain de l'élixir rouge,
& l'argent du blanc, & à ces deux seuls nature
a départi ses rayons de splendeur, par
lesquels les autres métaux puissent être illustrés
de beauté d'or & d'argent. Tous les
autres métaux doivent être pris pour pâte
ou matière de la pierre, & ne pourront jamais
être pris pour forme ou levain, si
premièrement ils ne sont anoblis tant & si
long temps que la facture de l'or & de l'argent
seront la fin de la chimie, car si la facture du
fer était la fin proposée en la Chimie, alors
la forme ou le levain serait le fer, or comme l'or
est le levain de l'or, & l'argent de l'argent,
ainsi le fer serait le levain du fer, l'étain de
l'étain, le cuivre du cuivre, & le plomb du
plomb, car tout agent agit selon sa forme.
Le même p. 296.
@

156 HARMONIE CHIMIQUE
L'or & l'argent ne sont point dits métaphoriquement.
Le même p. 301.
Tous les Philosophes assurent que l'élixir
a trois parties, à savoir, l'âme, le corps, &
l'esprit; l'âme n'est autre chose que le levain,
ou la forme de l'élixir, le corps est la pâte,
ou la matière, lesquelles deux parties sont
prises des seuls métaux, à savoir la forme
du Soleil & de la Lune, la matière de Saturne
& de Jupiter, de Venus, & de Mars,
mais la troisième partie de la pierre est l'esprit,
lequel étant le siège & le chariot de
l'âme infuse & transmet l'âme dedans le
corps, & conjoint d'un lien indissoluble ces
deux extrêmes, lequel moyen ôté l'âme ne
se joindra jamais avec le corps, & cet esprit
n'est autre chose que cette liqueur qui subtilise
& rend la forme & la matière de la pierre
en nature spiritueuse, lequel esprit quelquefois
est appelé des Philosophes ciel, mercure
dissolvant, menstrue, azoth, quinte essence,
& d'une infinité d'autres noms. Le
même p. 338.
L'argent vif est l'autre extrême de la pierre,
& celui par lequel le mouvement est
fait. Le même p. 349.
Là où la nature cesse, là l'art commence,
or elle a cessé aux métaux parfaits, &
@

CHAPITRE III. 157

principalement au Soleil, pour ce qu'il est le
plus parfait, & ne peut recevoir un plus
haut degré de nature, l'art donc commencera
par le Soleil & la Lune comme moyens
par la voie de corruption, mais pourquoi
apporter ici tant de raisons, vu que ceci
est si clair & manifeste, que quiconque l'ose
nier doit être réputé aveugle, & tâtonnant
en plein midi, & avoir aussi peu de jugement
que ce Philosophe qui niait la neige
être blanche. Le même 30 9. 54.
Vu que la nature a dénié la perfection à
quelques métaux, l'on la leur doit donner,
& la doit on tirer tant seulement des deux,
à savoir du Soleil & de la Lune, & non
point des imparfaits qui ne l'ont point. Le
même p. 226.

Scolie.

L 'On n'a accoutumé de tremper le vin avec
l'huile ni de chauffer un chaperon, ni se
couvrir la tête avec un soulier, il faut donner à
l'âne de chardons, & de sucre au perroquet, ce
serait une chose ridicule & condamnée de tout
temps de joindre une bête brute à un homme,
un cheval à une chèvre, & un pourceau à une
chienne, chaque espèce adjoint à son espèce,
chaque genre à son genre, c'est ce que
notre Auteur nous marque conformément
@

158 HARMONIE CHIMIQUE
à tous les autres, car les choses n'engendrent
que de semblables à elles. Or cette eau des Philosophes,
laquelle sert de levain aux corps,
n'est autre chose que leur matière parachevée,
laquelle est nommée eau, à cause qu'elle peut
être facilement mêlée avec les métaux imparfaits,
lesquels sont comme terre qui imbibés
ou teints de cette matière produisent à l'artiste
tout tel contentement, que la bonne terre semée
& arrosée en temps propre. Et ce que
notre Auteur dit ici créer, il entend engendrer:
car Dieu seul crée, & nature engendre, mais
comme un roturier ne peut anoblir un autre,
mais bien un Prince son sujet, de même les
métaux impurs ne peuvent être rendus purs
que par le moyen des purs. Texte.
L A chose, laquelle est entre les métaux,
& laquelle parfait, est la substance
Geber. de l'argent vif, & du soufre mêlés
par proportion, & par longue & tempérée
décoction, dedans les entrailles de la
terre nette, épaissis & fixés avec la conservation
de son humidité radicale, non
corrompante, mais produite à une substance
solide & fusible par due ignition, &
propre & étendue au marteau. Geber de
la recherche c. 2.
Teins avec l'or & l'argent, d'autant que
Richard. l'or donne la couleur, & la nature de l'or
celle de l'or, & l'argent celle de l'argent,
@

CHAPITRE III. 159

par quoi méprise toutes les autres choses,
pour ce qu'en icelles il n'y a aucun fruit,
mais seulement perte & de temps & de labeur.
Richard.
L'élixir doit être fait des choses homo- Incertain.
gènes, & lesquelles sont de même substance.
Un auteur incertain.
Prenez le mâle vif & la femelle vive, La lumière.
conjoignez ces deux ensemble, à celle fin
qu'ils s'imaginent entr'eux un sperme pour
procréer un fruit de leur nature, & qu'âme
vivante ne présume & croie de pouvoir
faire la première matière. La lumière
nouvelle chimique p. 31.
Notre eau est eau céleste, ne mouillant
point la mains, mais ce n'est celle du vulgaire,
mais est presque pluviale, l'or est le
corps qui donne la semence, notre Lune ( qui
n'est l'argent du vulgaire) reçoit la semence
de l'or, il est plus régi par notre feu continuel
durant sept mois, & quelquefois durant
dix, jusqu'à ce que notre eau en consume
trois & en laisse un, & ceci au double,
après il est nourri du lait de la terre,
ou de la graisse de la terre ou de la graisse
d'icelle, laquelle naît aux mamelles
de la terre & est régie ou conservée
de la pourriture par le sel de nature,
@

160 HARMONIE CHIMIQUE
& ainsi cet enfant de la seconde génération
est engendré. Le même p. 53.
Donne à notre vieillard à avaler l'or
& l'argent, & qu'il les consume, & à la fin
doivent mourir, qu'il soit brûlé, que ces
cendres soient éparses dans l'eau, cuisez le
tout, jusques à suffisance, & alors tu as
une médecine pour guérir la lèpre. Le même.
p. 64.
Grana. Ceux qui connaissent l'argent vif, & le
soufre des Philosophes, savent qu'iceux
se font de l'or très-pur, de la Lune très-fine
& de l'argent vif, lesquels on voit journellement,
desquels notre argent vif est tiré.
Bernard de Granap. p. I.
Secret des Nous disons en premier lieu que notre médecine
secrets. est faite des corps & de l'esprit, les
corps sont l'or & l'argent, d'autant que si
iceux n'étaient, il ne se ferait, n'or, n'argent,
& l'esprit est le mercure, autrement
l'argent vif, qui par figure est nommé de
mille noms. Secret des secrets p. 88.
Des Comtes. Si tu as besoin des imparfait pour faire
notre oeuvre, il te les faut en premier lieu
convertir à la similitude des deux corps, ce
que je te dis, afin que tu l'entende bien, &
ne me puisses maudire ni blâmer, d'autant
qu'il ne se fera jamais jusques à ce que le
Soleil
@

CHAPITRE III. 161

Soleil & Lune joints en un, soient jetez
sur les corps diminués il ne faut donc nullement
travailler que de cette noble matière,
d'autant que les choses ne se font point
que suivant la nature de leur corps: Quiconque
donc cherche en la chose ce qui n'y est
point, doit être nommé fol, & perdeur de
temps, fuis l'onguent du mercure, du soufre
& de l'arsenic, d'autant que ce qui a
la tête rouge, les pieds blancs, & les yeux
noirs est la matière. Nicolas des Comtes
p. 14.
Ta recherche soit du genre des deux lu- Dastin.
minaires du monde, & en iceux faut choisir
ce qui est homogénéisée. Dastin p. 26.
Voyant le Soleil & la Lune, je sais que le
magistère est vrai, car chaque chose augmente
son semblable, le Soleil est la teinture
rouge, & la Lune la blanche: tout le bénéfice
donc de cet art consiste & dépend du
mercure, Soleil & Lune, les dissolvant & réduisant
à leur première nature. Le même
p. 17.
Le Soleil & son ombre parachèvent notre
pierre, d'autant qu'ils teignent le venin. Le
même, p. 28.
Notre dissolution est que tu maries Gabriel
avec Beya, car aussi tôt qu'ils seront
L
@

162 HARMONIE CHIMIQUE
joints ensemble Gabriel mourra, & sera
converti en la nature de Beya, mais plusieurs
jours passés, il montera sur Beya & la
convertira à soi, & encore que Beya soit
femelle, toutefois il l'amende d'autant
qu'il est d'elle, & quoi que Gabriel soit plus
cher que Beya, nous savons que la bonne
génération ne se fait pas que du mâle &
de la femelle: Joignez donc notre serviteur
rouge avec sa soeur odoriférante afin qu'entr'eux
ils engendrent l'art, car si la femme
blanche est jointe avec le mari rouge, tôt
après ils s'embrassent & se dissolvent, & se
parfont tellement, que ce qui était deux
n'est plus qu'un. Le même, p. 30.
Scholie.
D 'Autant que quelques Philosophes disent
que notre pierre est faite, ou se peut faire
de toutes choses, & par conséquent des métaux
imparfaits, comme étant matières plus
prochaines des métaux parfaits, notre Auteur
n'y contrarie point, pourvu qu'ils soient
dépurés & convertis, non en Soleil & Lune,
mais en pureté égale à iceux, car s'ils n'ont
semblable pureté, ils ne pourront communiquer
la pureté qu'ils n'auront point aux impurs,
ô curieux prenez garde à cette leçon tant
répétée, chaque chose vivante peut engendrer
son semblable, joint à son semblable, d'un ladre
@

CHAPITRE III. 163

sort un ladre, prends donc l'or & l'argent,
rends les Soleil, & Lune, c'est à dire très purs
& très-rayonnants, & tels sont nommés soufre
& arsenic joints les par l'aide du mercure,
& ne crois pas le faire facilement & promptement
mais avec quelque difficulté, & longueur
de temps, car ce joindre n'est un simple mélange,
mais une mixtion physique à laquelle n'advient
jamais séparation, d'autant que d'hétérogènes
ils sont rendus homogènes, & lors les
yeux, c'est à dire ce qui nous démontre le dedans
car les yeux qui sont les fenêtres de l'âme)
sont noirs, & cette noirceur passée, les pieds,
c'est à dire le second degré par où la perfection
passe, sont blancs, qu'est la blancheur, laquelle
continuée en chaleur propre, est convertie en
rougeur, laquelle est la suprême de tout comme
la tête est la plus haute partie de l'animal, &
alors à on pris pour principe de l'oeuvre & sans
lequel on avancera rien non les luminaires du
monde mais ce qui est homogène en iceux,
c'est à dire leur semence, car quoi que l'artiste
fasse il ne pourra joindre le Soleil avec la Lune,
sinon en leurs semences, qui jointes, l'homme
ne pourra jamais discerner ni séparer une semence
de l'autre; cette mixtion d'une des semences
est la vraie dissolution, semence, &
vrai mariage, au traitement duquel, & pendant
les amours, le fiancé se transforme totalement
aux moeurs de sa fiancée, c'est à dire, l'or
devient blanc, portant les livrées de Beya, mais
après cette union Beya rend la pareille à son
Gabriel se transformant en toutes choses à lui
L ij
@

164 HARMONIE CHIMIQUE
prenant sa couleur vermeille sans jamais la
quitter.
Textes.
Parisien. L 'Elixir doit être fait des choses homogènes
& de même substance, comme
l'argent vif pur, auquel toute la substance
fixe du corps est résolue, & rendue volatile,
sans séparation de l'un, ni de l'autre,
car puis qu'il faut composer la pierre de
deux substances, à savoir de la volatile &
Argent vif de la fixe, il est nécessaire premièrement faire
des Philoso- un argent vif par l'union d'icelle, avant
phes. que faire l'élixir complet; & ceci est leur
argent vif qui est cause de la perfection, &
auquel tout le magistère consiste, & c'est de
celui ci qu'ils ont entendu, lors qu'ils ont dit
que si tu veux faire l'oeuvre avec le seul argent
vif pur, tu aura trouvé le secret de
l'art très-précieux, qui est fait par la dernière
action, laquelle il doit soutenir avec
son corps caché & homogène, & c'est cet
argent vif qu'ils commandent tirer, tant de
l'argent vif, que des corps. Epître d'un
certain Parisien commençant, Mon Seigneur
sous correction.
@

CHAPITRE III. 165

Scholie.

L Es Philosophes disent que le mercure est
fait d'une matière terrestre, mais plus subtile
que la cendre ou la chaux, & d'une humidité
plus tenue que l'eau, qu'Aristote dit être
vapeur aqueuse & terrestre, & que ses deux
matières sont tellement subtilisées & exactement
mêlées, que la plus petite partie de l'une
entre dedans la plus petite partie de l'autre, &
par ainsi des deux s'en fait un, cette opinion est
de Démocrite, de Gilgil, & de Platon. L'élixir
doit ressembler à cet argent vif, car pour
composer l'élixir, on prend une substance fixe,
& une volatile, & faut tellement subtiliser &
mêler ces deux substances qu'elles n'en fassent
qu'une, laquelle sera nommée argent vif ou parfait
secret, c'est à dire la pierre ou matière des Philosophes,
qu'est le dernier effet du feu, à savoir
de rendre cette matière rouge, en laquelle
le mercure ajouté à cette homogénéité (qu'est
le corps caché) se réduit cette matière parachevée
est nommée mercure qu'il faut tirer de l'argent
vif & des corps, c'est à dire de l'or & de l'argent,
par l'ordre déjà marqué, & qui le sera encore
au chap. des opérations.

Textes.

L E Soleil est le Père & la Lune la mère, Florent.
en cette opération l'eau est le mâle, &
la terre est la femelle. Florentius c. 4. l. I.
Les fols doivent être laissés en leurs erreurs,
d'autant que ceux qui cherchent cette
L iij
@

166 HARMONIE CHIMIQUE
haute science en autres espèces, ne la
trouveront pas, & ne l'auront jamais jusques
à ce que le Soleil & la Lune seront réduits
en un corps. Le même c. 7. 22.
En notre élixir & pierre bénite l'eau
est l'âme de la pierre, & notre pierre (laquelle
est appelée blanche & rouge) est
le corps de l'eau bénite. Le même c. 24.
La composition ou l'imprégnation se
fait par le mercure nettoyé premièrement
de certaine terrestréité, laquelle il a en soi,
& par les corps crus, & non calcinés,
comme quelque fols pensent, & ont été
déçus. Le même l, 2. c. 4.
La pierre est engendrée d'un père qu'est
le Soleil, conjoint avec la mère, qu'est la
Lune, & nourri de sa terre, par la vertu
de laquelle, & de nature & d'iceux l'élixir
& été engendré & nourri. Le même
l. 3. c. 5.
La pierre est faite des sucs de trois herbes,
à savoir de mercuriale, de la porchaille
(ou pourpier marin, laquelle fait le
lait blanc) & de la chélidoine, le mercure,
de laquelle ne diffère en rien du mercure
qu'on vend publiquement. Le même l.
3. c. 10.
@

CHAPITRE III. 167

Scholie.

L E sage nous dit qu'il ne faut rien répondre
au fol, à celle fin qu'on ne soit estimé
fol: Florentius nous dit le même, car la plus
grande partie des rechercheurs s'étant mis
une opinion qu'elle que ce soit dans leur cervelle
s'y attachent tellement qu'ils croient qu'aucun
autre n'a la vraie connaissance de la pierre
qu'eux, & rien ne les peut divertir que la fin
laquelle ils trouvent toute contraire à leur but,
ils n'auront (dit notre auteur) jamais rien s'ils
ne joignent le Soleil & la Lune pour en faire un
corps par le moyen de l'eau qu'est le mercure,
lequel par sa force (qu'il nomme esprit) unit la
terre blanche & rouge (qu'est l'or, & l'argent)
avec soi. Or en cette composition survient une
noirceur que quelques uns croient être une saleté
procédant ou du mercure, ou des corps y
plongés; & par conséquent ils l'ôtent par
soufflement, lavure & re-lavure, mais tant
plus ils lavent toute la masse, tant plus le tout
se noircit, tellement que le total se réduit à
perte, & ainsi ils se trouvent déçus. Que
donc l'on conduise cette noirceur par le mercure,
& puis qu'il soit nourri par sa terre, & par
ces trois (qu'il nomme sucs) la nature & l'artiste
engendreront, nourriront, & parachèveront
l'élixir.
L iiij
@

168 HARMONIE CHIMIQUE
Texte.
Armingan- L Es deux luminaires, desquels tu as besoin
dus. sont le Soleil & la Lune, le Soleil
est fixe, mais la Lune ne l'est pas, pour ce
qu'elle n'endure pas tous les examens, comme
le Soleil, toutefois ces deux corps doivent
être dissout, à celle fin qu'ils puissent
rendre beaux les autres corps. Armingandus
c. 1.
De trois un se fait, & alors c'est une
pierre en essence, & triple en substance, &
ceci sera vrai parmi les sages, mais faux
parmi les fols & ignorants. Le même
c. 4.
Ortulan. Le Soleil engendre le Soleil par multiplication
de la pierre philosophique, c'est à dire
par l'esprit de la quinte essence, mais il
faut qu'il ait un réceptacle propre pour sa
semence, & sa nature, & icelui est l'argent,
qu'est cause qu'on dit la Lune être la mère,
la conjonction de ces deux corps est nécessaire
en cet art tant pour le blanc que pour
le rouge. Ortulan.
La partie animale, végétale & minérale,
& desquelles Hermès a eu connaissance pour
l'oeuvre solaire sont contenues en une pierre,
à savoir au mercure, & partant cette pierre,
@

CHAPITRE III. 169

est dite parfaite, pour ce qu'elle a la nature
animale, végétale, & minérale.

Scholie.

L Es Philosophes Chimiques appellent fixe
le métal qui résiste à tous les examens du
feu, comme à la cendrée ou coupelle, au ciment
royal composé ordinairement de vitriol
rubéfié, de vert de gris brûlé de sel armoniac,
de brique, & d'émeri, quelques
uns le composent autrement à l'eau royale de
départ ou eau forte faite de deux livres de
vitriol romain, une livre de salpêtre, & une
livre d'alun, chacun préparé à propos celle ci
rend la Lune en eau , & non l'or, mais si à cette
eau forte on y ajoute le sel armoniac, alors
s'appelle eau régale, & rend l'or en eau, de ces
deux corps résolus en eau se tire un secret admirable
cherche, & recherche, & peu connu,
c'est une clef sans laquelle peu de personnes entrent
dans ce contentement, car quoi que cette
clef ouvre, si n'entre elle pas dans la maison.
Entre tous les métaux le seul or s'y maintient,
car l'argent ne soutient que la coupelle, à laquelle
les autres se consument. Plusieurs se
rompent la tête à fixer l'argent, pour ce qu'il
le trouvent écrit dedans les livres, mais
c'est en vain, car celui duquel les auteurs,
écrivent est la matière blanche
que les Philosophes nomment argent fixe; l'argent
commun très-bien épuré doit être pris
qui non fixe, ajouté à l'or fixe font une matière
entre deux, n'étant du commencement si
@

170 HARMONIE CHIMIQUE
parfait que l'or, mais qui est aussi quelque
chose plus que l'argent, c'est cet argent, qui sert
comme de matière, & l'or de forme, & le mercure
comme d'un informant, & conjoignant
ces deux, qui finalement ne sont qu'un, ce qui
est connu des habiles, mais inconnu aux ignorants.
T E X T E.
Somme utile. N Otez & considérez bien deux choses,
en premier lieu, que notre Médecine
soit de la nature du métal, en second lieu,
que le métal duquel tu doit faire la médecine
soit plus noble en puissance & propriété
sur tous les autres métaux. La somme
utile commence au nom de Dieu c. 3.
Des seuls luminaires, à savoir du Soleil
& de la Lune, avec l'eau de rosée de Mai
qu'est eau de vie, ou minérale (laquelle
n'est extraite, ni de Saturne, ni de Jupiter)
laquelle ne laisse aucune crasse en la
distillant, l'opération des Philosophes en
est faite. Vincent aux questions 1. 6. 8. 9.
Le Soleil soit purifié par le cément, la
Lune par la coupelle, notre eau de vie avec
le sel ou le vinaigre, jusqu'à ce qu'elle soit de
couleur céleste. Le même, question 10.
11.
Qui veut suivre le chemin de nature & sans
se détourner, n'a besoin pour faire la bonne
@

CHAPITRE III. 171

pâte que du Soleil, de la Lune & du mercure,
car s'il y met chose contraire, nature ne
les unira. Daniel de Justinopoli en ses
chansons section 1.
Si tu veux avoir l'oeuvre Philosophique, Carpinus.
joints les corps, âme esprit, à savoir le
Soleil, la Lune, & le mercure, car de ces
tris la pierre des Philosophes est faite, la
Lune sert de mère, le Soleil de père, & le
mercure de sperme. Carpinus.
Les principes ou éléments de l'art, sont le Payen
Soleil, la Lune, & le mercure, qui doivent
être résolus par l'ordre écrit par les Philosophes.
Payen p. 9.
L'or, l'argent & le mercure ne sont pas
préparés séparément par notre art, mais
tout ensemble, d'autant que l'or & l'argent
sont parfaits par le mercure, & icelui par
iceux, & ceci se fait par le mélange des
plus petites parties. Le même p. 21.
Saches, mon fils, que l'or est de difficile so- Incertain.
lution à cause de son mélange, & étant dissout
s'envolerait facilement, & cause de sa
subtilité, s'il n'était retenue par l'argent, la
couleur de sa dissolution est comme la fleur
dite, plaisante joie, & est comme celle d'un
corbeau. D'un Auteur incertain, qui
commence, Cher fils.
@

172 HARMONIE CHIMIQUE
Rouillac. Deux choses de même nature sont requises
pour parfaire notre pierre, une sèche
incombustible, l'autre humide, volatile, &
incorruptible, icelles étant unies ne peuvent
jamais être séparées. Rouillac p. 6. commence
les Poètes.
La forme & la matière, desquelles la
pierre des Philosophes est composer sont de
même espèce, à savoir du Soleil & de la
Lune, & non d'autres, lesquelles sont réduites
en mercure par le mercure. Le même
p. 17. 27.
Le mercure fixé par la chaux des corps
parfaits, c'est à dire par le Soleil & la Lune,
est la pierre des Philosophes. Le même
p. 86.
Synésius. Nous n'ajouterons rien à notre mercure
que l'or & l'argent, pour ce qu'ils sont la
teinture blanche & rouge, & ne sont étrangers,
mais ils sont son levain avec lesquels
l'ouvrage est parachevé. Synésius p. 3.
Morien. Aucun ne peut parvenir à la perfection
de notre oeuvre, jusqu'à ce que le Soleil, & la
Lune soient unis: & tous ceux qui croient
le contraire se trompent. Morien au chapitre
dernier expositif des espèces.
Geber. L'or, est la teinture de la rougeur, pour ce
qu'il teint & transforme tous corps, les
@

CHAPITRE III. 173

esprit se mêlent, s'unissent & se figent par
icelui avec grand artifice, ce que les ignorants
ne peuvent croire, mais la Lune est la
teinture de la blancheur, & est mêlée avec
l'or, & sont calcinés & dissout avec grand
travail, & sans aucun profit ni utilité.
Geber. c. 3. 2. l. I. de la grande perfection.
L'artiste tire par son industrie, moyen- Desiderable.
nant le mercure, du Soleil & de la Lune
trois éléments, & cet extrait est nommé
des Philosophes mercure animé. Au livre des
lavements commençant. Desiderable désir.
L'esprit mercuriel est le lieu de l'âme soli- Artéphius.
taire, & le corps solaire, & le corps de la
fixation contenant avec la Lune, l'esprit &
l'âme: or l'esprit pénètre le corps fixe; l'âme
conjoint, teint & blanchit, de ces trois joints
ensemble notre pierre est faite, à savoir du
Soleil, de la Lune & du mercure. Artéphius
commençant l'antimoine p. a.
Si tu veux étendre la vertu intérieure de Cosmopolite.
quelque métal plus outre que nature, il te
faut prendre la nature métallique, tant du
mâle que de la femelle, autrement tu travailleras
en vain. Cosmopolite c. I. p. 3.
Prends dix parties de notre airain, & de
l'or vif, & de la Lune vive, de chacun
une partie, mêle les. Le même p. 22.
@

174 HARMONIE CHIMIQUE
Bacon. Aucune chose ne doit être mise aux métaux,
laquelle ne soit composée d'iceux, ou
d'iceux sortie: or il est assez notoire que les
métaux sont faits de mercure & de soufre,
& pourtant que notre médecine est
faite d'iceux, par icelle les métaux imparfaits
peuvent être parfaits, c'est donc
merveille que plusieurs travaillent (pour
avoir cette médecine) sur les animaux, &
végétaux, qui sont matières fort éloignées,
vu que les minéraux sont plus proches, &
ne faut pas croire que les Philosophes aient
parlé de ces éloignés que par similitude,
car rien ne se peut joindre aux métaux qui
ne soit de leur nature, & partant nous ne
devons prendre que lesdits argent vif, &
soufre, & non point l'argent vif seul, ne
le soufre seul, mais les deux mêlés, desquels
deux divers métaux sont faits, & lesquels
nous devons prendre pour notre pierre,
mais d'autant que nous trouvons des
métaux, auxquels le soufre & l'argent
vif sont disproportionnés, & nous ignorons
cette exacte proportion, nous prenons l'or
qui est un corps masculin, parfait, sans
aucune superfluité, ou diminution, & l'argent
qui est aussi un corps féminin parfait,
que s'ils sont teint au double ou quadruple,
@

CHAPITRE III. 175

ou centuple; autant teindront ils, & parferont
les imparfaits. Bacon c. 3 livre de
l'Alchimie.
La pierre est faite du Soleil, de la Lu- Roman.
ne & du mercure. Roman de la rose.
En notre composition, le Soleil & la Lu- Escot.
ne y sont en vertu & en essence, de ces trois
sens aucune autre chose notre pierre,
physique est engendrée, & ne le peut
être d'aucune autre chose, quelque subtilité
qu'on y apporte, quand on dit, que
le Soleil physique n'est point le Soleil vulgaire,
cela est vrai, mais si le Soleil vulgaire,
n'eut été premièrement vulgaire, il
n'aurait peu être rendu physique, mais
après qu'il a été rendu en eau physique, &
fait spirituel, alors il est très bien préparé,
& est propre de teindre les métaux imparfaits,
mettant une partie d'icelui sur mille
parties d'iceux, & acquiert cette grande
vertu par l'art, ce que le Soleil commun ne
peut faire, ne crois pourtant que nous
prenions d'autres corps du commencement
que l'or & l'argent commun, car c'est
en eux que la quinte essence recherchée, est
cachée, & en iceux, & d'iceux procède la
teinture, & quiconque teint le mercure
avec le Soleil & la Lune, il a trouvé le secret
@

176 HARMONIE CHIMIQUE
les philosophes, qu'ils nomment le soufre
physique. L'Escot au Roi d'Angleterre
p. 114.
Scholie.
D Aniel dit, que celui qui veut suivre le
droit chemin, & non les droits chemins,
montrant tacitement qu'il n'y a qu'un
chemin, Payen confond principe & élément,
de quoi nous avons parlé ci dessus, puis il reprend
tacitement ceux qui préparent la médecine
au blanc à part, & au rouge à part, disant
que l'or & l'argent sont parfaits, c'est à dire,
sont menés à une plus grande blancheur ou
rougeur par le moyen du mercure, & ledit mercure
est fixé par iceux, se mêlant par subtiles
parties avec eux, mais dit le suivant, l'or est de
difficile dissolution, à cause de son bon mélange,
à quoi Greverius souscrit, disant qu'il est
plus difficile de détruire l'or, que de le construire,
ce que nul ne sait que ceux qui l'entendent,
car étant réduit en couleur noire, il est volatil,
& s'en peut aller en fumée, mais si la Lune
est mêlée & résolue avec lui, elle l'arrêtera
un peu; au creuset mis sur le feu, mais en fin lui
s'en étant volé, elle se vitrifiera, & ses marquetûres
blanches demeureront au creuset, &
j'ose dire que cette matière volatile est le principe
de tous les métaux. Rouillac appelle l'or
matière sèche & incombustible, & le mercure
matière humide, volatile & incorruptible; ce
qui est véritable. Apres il montre que le mercure
cure
@

CHAPITRE III. 177

étant fixé n'est autre chose que l'oeuvre
parfaite, par laquelle les métaux imparfaits
sont parfaits & dépurés. Synésius dit qu'il n'ajoute
rien au mercure (qu'est la matière poussée
au blanc & au rouge) que l'or & l'argent,
ce qu'il entend, pour la fermentation, ce que
Geber confirme de suite, se moquant de ceux
qui calcinent & dissolvent avec eaux corrosives
l'or & l'argent, mais, dit le suivant, on tire
trois éléments, lesquels sont l'eau (entendue par le
blanc, l'air (par le jaune) & le feu (par le rouge)
car la noirceur qu'on tire par le mercure, de l'or
& de l'argent (qu'est la base) est prise pour la
terre, sur quoi le Cosmopolite dit que si on
veut que la matière teigne beaucoup plus artificiellement,
qu'elle ne peut faire naturellement,
il faut réduire ou amener le tout à une
teinture & fixation plus grande qu'ils n'ont pas
étant assemblés, sans se servir des choses étranges
volatiles, puantes & adustibles, desquelles
on ne tirera jamais aucune chose de bon
pour l'oeuvre philosophique, quelque subtilité
qu'on y apporte, & quelque ferment qu'on fasse
d'y avoir trouvé du profit.
M
@

178
Q U E C'E S T Q U'I L F A U T
PRENDRE EN LA PIER-
re Philosophale, &
comment.
CHAPITRE IIII.
Texte.
pict L faut prendre l'esprit
moyen, ou la matière qui
est toujours trouvée au milieu,
& c'est cet esprit que
nous cherchons, qui est entre
le fixe & le volatil. Isaac l. I.
c. 5.
Si tu me crois tu éviteras toute séparation
d'éléments, soit au mercure de l'oeuvre minéral,
ou végétal, ou à la pierre, laquelle
Dieu nous a donnée gratuitement: en
quelque lieu qu'il soit parlé d'icelle, & dit
qu'on sépare les éléments, évite toutes ses opérations
à cause de l'incertitude. Avant
toutes choses travaille à la grande oeuvre,
laquelle n'apporte aucun souci, n'aucune
distillation, ne congélation, ne modification,
n'aucuns corps étranges, ne choses
étranges, ne sales ayant fèces, tu n'y calcines
@

CHAPITRE IV. 179

rien, c'est un genre, une chose, un vaisseau,
un fourneau, & un ouvrage au blanc
& au rouge, & nul péril peut arriver à
l'oeuvre, car ce grand ouvrage se dissout
soi même, & se sublime soi même, se fixe
soi même, & se liquéfie & parfait. Le
même l. 2. c. 13.

Scholie.

C Et esprit moyen est tel qu'il n'est ni Soleil,
ni Lune, qui sont corps pesants, durs,
solides & fixes, ni mercure qui est un corps
glissant, fluide & volatil, mais un corps qui
tient de l'un & de l'autre, & une matière, laquelle
tient aussi de l'un & de l'autre, en poudre
noire, nageant par dessus tout le composé en forme de
toile d'araignée, laquelle il faut recueillir subtilement,
avec l'aile d'une plume, une heure ou deux
après que toute cette masse aura été jetée dans
quantité décuple de la mer, de laquelle on
continuera la collection de ladite noirceur appelée
communément décollation du corbeau: &
cette noirceur mise dans un creuset au feu, s'en
ira en partie en fumée & l'autre partie se vitrifiera:
cette épreuve n'est nécessaire à l'art, mais
seulement à la curiosité, cette noirceur donc est
cet esprit moyen; cette tête de corbeau, ce merle, ce
charbon, cet antimoine, ce saturne, ce mercure,
cette poix tant désirée & tant recherchée, & laquelle
doit être nourrie de son propre lait sur
un petit & lent feu, par lequel la tortue devanM
ij
@

180 HARMONIE CHIMIQUE
cera l'aigle, & cette lenteur unira & homogénéisera
les deux matières en apparence contraires,
à savoir ce soufre noir & le mercure céleste,
la noirceur étant poudre chaude & sèche, le
mercure froid & humide, la chaleur & siccité
& échauffe la froideur & humidité
de son adjoint, qui par sa froideur &
humidité tempère la chaleur & siccité de son
compagnon, tellement que des deux s'engendre
un tempéré: mais quelqu'un dira que cette
noirceur sort de la saleté & excrément des
matières impures du composé, à quoi nous répondons,
que le Soleil, la Lune & le mercure
ont été rendus tels, que nous les disons astralisés
par dépuration exacte, puis que cela est,
cette noirceur ne procède point de la saleté d'iceux,
puisqu'il n'y en est resté aucune d'ailleurs
si c'était saleté, & excrément, il se consumerait
au feu, & ne se mêlerait point exactement
avec son lait, & ne s'y nourrirait ni
augmenterait, car les fèces & saletés ne reçoivent
point d'aliment, or cette matière noire en
reçoit, elle n'est donc excrément, si on ne
l'entend de même façon que les Médecins disent
être la semence humaine, laquelle ils définissent
être l'excrément de la dernière concoction.
Or nous avons parlé plus clairement
de la décollation de ce corbeau, & de sa
nutrition que plusieurs autres, & par ci après
les autorités que nous alléguerons, nous porteront
d'en parler plus amplement, Dieu aidant.
@

CHAPITRE IV. 181


Texte.

C Elui qui ne sait tirer l'âme du So- Alan.
leil & de la Lune, & icelle remettre
par la projection au corps, qu'il sache qu'il
se trompe lourdement: or cette âme se tire
par le moyen de l'esprit du mercure, car notre
âme physique tirée du Soleil & de la
Lune dissout les corps. Alanus p. 31.
L'extraction de l'âme par l'esprit du
mercure, n'est pas faite tout à coup, mais
à plusieurs fois, c'est à dire & divers temps,
jours, heures & moments, jusqu'à ce qu'on
en aie à suffisance. L'âme ne se tire pas
des corps toute à une fois, mais en plusieurs,
ni à un vaisseau contenant la dissolution,
c'est à dire auquel le corps se dissout, la matière
ne s'y dissout point tout à coup, mais
de jour à autre, peu à peu, & derechef encore,
peu à peu suivant le régime de l'ouvrier
& de la nature; n'estimez donc que la
solution du corps se fasse en une seule fois,
mais peu à peu par succession de temps, &
selon que les Philosophes ont dit, & que
leurs écrits témoignent. Ne crois point
que la teinture se tire à une seule fois, mais
bien assidûment peu à peu, & encore
peu à peu, c'est à savoir, une noirceur, jour
M iij
@

182 HARMONIE CHIMIQUE
par jour, jusques à ce que avec le temps l'ouvrage
soit achevé. Le même p. 54. 55. 56.
Scholie.
P Lusieurs ignorants notre composition, ignorent
aussi notre dissolution, & par conséquent
ignorent l'extraction de la matière dissoute,
nommée Ame, qui est cette noirceur, de
laquelle nous avons déjà parlé, & laquelle
peut être recueillie de huit en huit jours plus
ou moins, selon l'assiduité & subtilité de l'artiste.
Or pour ce qu'il en faut du moins une once,
& qu'elle sera long temps à être faite si on
prend peu de matière; sera bon d'en prendre
quantité, comme quatre onces de chacun des
deux corps, qui feront huit onces, & de l'eau
marine ou mercure trente deux onces, ces quarante
onces pourront donner dedans environ trois
mois, ou cent jours l'once désirée, & icelle tirée,
on trouvera le mercure en son même poids,
si on a bien pris garde que rien d'icelui n'ait été
perdu, & les deux corps diminués de la quantité
que pèse la noirceur retirée, & lesdits corps,
aussi bons & beaux qu'ils étaient avant qu'ils
fussent mêlés, & lesquels les Orfèvres & Raffineurs
savent séparer l'un de l'autre, ce qu'ils
font par le moyen de l'eau forte; O curieux,
l'homme & la femme après avoir rendu &
mêlé leur semence, & icelle jetée dans la matrice
ne sont point par après moindres. Avez
vous pas encore appris dedans nos livres que
cette pratique, est comme semblable à la génération
@

CHAPITRE IV. 183

de l'homme? considérez la, & vous en
trouverez la vérité.

Textes.

S I tu veux faire la pierre des Philosophes Garlandius.
du Soleil, de la Lune, & du mercure,
fais ainsi, sépare l'esprit le plus subtilement
que tu pourras, sans qu'avec icelui y demeure
que le moins qu'il se pourra faire de la
substance du vent phlegmatique, (car difficilement
se peut-il faire autrement) cet esprit
est nommée eau ardente, & ressemble à
la poix. Garlandius.
L'huile des Philosophes est ce qui a été Ventura.
fait par la conjonction de l'âme & du corps
duquel corps l'âme a été tirée par ce même
subtil qui est eau & vapeur aérienne, lequel
esprit ne se joint plus derechef au corps q;
moyennant l'âme, & pourtant il faut auparavant
joindre l'âme tirée avec l'esprit, à
celle fin de les joindre tous deux ensemble
avec le corps, lequel en sera vivifié, & la
nature cachée, manifestée. Ventura c. 21.
p. 118.
Il ne faut pas prendre ce de quoi les mé- Egidius.
taux ont été faits, mais bien ce qui sort
d'eux: le soufre & l'argent vif, desquels
les métaux sont engendrés, ne sont point
M iiij
@

184 HARMONIE CHIMIQUE
ceux desquels la pierre est faite, d'autant
qu'ils sont combustibles, mais bien ce qui
procède d'iceux métaux qui ne se peut brûler.
Egidius p. 16.
Cette pierre est une puissante vapeur de
métal, pour laquelle avoir, te faut être
subtil & avisé. Le même p. 71.
Scholie.
S I la noirceur étant survenue, l'on remue en
tournant, & comme secouant le vaisseau, cette
noirceur ira au fond de toute la matière, & y
pourra être amassée en forme de poudre impalpable,
avec laquelle n'y aura aucun mercure,
mais si on cueille cette noirceur (sans remuer
le vaisseau) en forme de toile d'araignée, il y aura
toujours quelque peu du dissolvant. Or cette
noirceur, tant à cause de sa propriété de noircir,
que de ce qu'elle nage, est nommée huile,
lequel tel qu'il est chaud & sec, ne peut plus
être joint avec son corps aussi peu que la semence
de quelque animal ou plante que ce puisse
être, ne peut être rejointe avec celui, duquel
elle est sortie, mais si cette noirceur est mise dedans
un vaisseau propre, & la nourrie de son
propre sang avec une commode chaleur, comme
dedans sa matrice, peu à peu elle croîtra
& en vertu & en poids, & de noire elle deviendra
blanche, de blanche jaune, & de jaune
rouge; alors étant blanche ou rouge pourra facilement
être remêlée avec les corps métalliques
blanc ou rouge, qui servira d'âme ou d'informant,
@

CHAPITRE IV. 185

ou de vivifiant, & étant ainsi mêlée
pourra commodément être mêlée avec les
corps qu'on désire parfaire, & pour ce
faire ne faut aller dans les minières pour y prendre
ce de quoi les métaux sont faits, car plusieurs
minéralogistes, & entre autres Isaac assure
c. 97 p. 362. qu'aux minières où on trouve l'argent
vif, on n'y trouve aucun métal,
& à celle auxquelles en trouve le métal on n'y
trouve aucun argent vif, que le dit argent vif est
une matière crue, inutile à notre art, mais
qu'il est l'instrument & le marteau pour travailler
en notre dit art, & qu'il est aussi l'instrument
pour tirer toutes les couleurs de toutes choses
métalliques, ce que nous disons pour répondre
à ceux qui se vantent de réduire tous les métaux Contre les
en mercure, ce que plusieurs ont longuement extracteurs
essayé, entre lesquels nous pouvons des mercures
nommer Fallope, qui au c. 37. de son livre des des métaux.
métaux & fossiles dit que tous ceux qui se
vantent de tirer l'argent vif, de l'étain, de l'argent
& de l'or, ont menti, d'autant que c'est
chose impossible. Il n'y a guères de temps
qu'un certain brouillon me jurait qu'il tirait
l'argent vif de tous les métaux facilement & en
tout temps avec une matière; laquelle on mange
ordinairement, & qu'il le ferait en ma présence,
lors que je voudrais, & qu'il me l'apprendrait,
me dit encore qu'il préparait l'argent
vif de telle façon, qu'il attirerait
à soi l'or qu'on mettrait un demi pied proche,
ou loin de lui, & plus facilement que l'Aimant
n'attire le fer mais étant allé chez lui il chercha
@

186 HARMONIE CHIMIQUE
des excuses & n'eut de quoi prouver son
dire, aussi est ce chose impossible aussi peu que
d'attirer un anévrisme (qui est dilatation d'artère)
du devant de la poitrine au derrière du dos,
& en promettre la guérison, comme il a fait
à un Avocat du privé Conseil sans autre effet
que de la mort, comme je lui en fis le pronostic,
& qui arriva à la honte de ce prometteur.
Quittons donc ces opérations fantastiques sans
raison, sans fondement, & sans fruit, pour
prendre, non ce de quoi les métaux sont faits,
mais ce qui sort d'eux qui est nommé soufre,
argent vif, & autres noms, mais tous philosophiques,
& qui ne sont point combustibles, car
comme nous avons dit ci devant, s'ils prennent
ce de quoi les dits métaux sont faits, quelle
matière prendront ils, sera-ce celle que Démocrite
dit, ou celle de Gilgil, ou celle d'Albert,
ou celle d'Agricola? ô rechercheurs pour
faire un homme, vous ne prenez pas la terre,
de laquelle Dieu forma l'homme; mais
vous prenez la semence, laquelle procède de
l'homme sans que pourtant l'homme soit détruit,
pour à quoi parvenir la lecture des
bons Auteurs, la méditation subtile, & la patience
au travail est nécessaire.
@

CHAPITRE IV. 187

Textes.

P Rends la chaux, ou la terre préparée & Vogelius.
lavée de chaque corps imparfait, &
y mets de mercure semblablement purgé,
jusqu'à ce qu'il surnage de deux ou trois
doigts en un vaisseau long, ayant le col étroit,
puis mets y dessous, un feu très-lent, afin
que le mercure ne monte, & jusques à ce que
tu vois l'huile s'élever sur le mercure, comme
une petite peau de diverses couleurs, lequel
il faut séparer & serrer, & derechef refaire
comme dessus, jusques à ce que tout l'huile
sera tirée, & qu'aucune chose ne se verra
monter, alors sépare ton mercure de la
chaux, & le mets sur même quantité de
chaux purgée de quelque corps qu'il te plaira,
& fais comme auparavant, continuant
le feu lent jusques à ce que tu auras tiré d'icelle
tout l'humeur vivifiant. Tu pourras
réitérer cette opération si souvent que tu voudras,
c'est à savoir, jusqu'à ce que tu auras
toute la quantité d'huile que tu désires,
ajoutant de nouveau mercure, si celui que
tu avais mis est diminué, enfin mets toute cette
huile amassé dedans un cucurbite, & sur
chaque partie d'icelui, mets y six parties
du mercure qui t'a servi à extraire l'huile,
@

188 HARMONIE CHIMIQUE
que si la quantité est trop grande, tu pourras
la diviser en plusieurs cucurbites. Digère
le tout ensemble durant un mois, enfin sépare
le mercure par un feu lent, à celle fin
que l'huile ne monte avec lui, & lors qu'aucune
chose n'évaporera, par ce degré de feu
(ce que tu connaîtras mettant une lame de
cuivre sur la bouche d'un vaisseau) saches
que l'huile précieuse du soufre est au fond,
lequel il faudra subtiliser de soi par douze
ou quinze distillations, à celle fin qu'il tire
toutes les fèces terrestres, si aucunes en a, &
coule facilement comme huile commun chauffé.
Vogelius c. I. p. 14.
Scholie.
C Et Auteur nomme l'or & l'argent communs,
imparfaits , pour ce qu'on a accoutumé
de leur ajouter quelqu'un des autres
métaux, c'est pourquoi il dit terre préparée
& lavée: Pour preuve de cette addition, &
par conséquent impureté & imperfection (laquelle
n'est essentielle, mais accidentelle,) les
Orfèvres font alliage du cuivre avec l'or, combien
qu'il soit plus léger que l'argent, qui le
rend blafard, & pâle, ledit cuivre le rendant
plus vif, & si on fait alliage du cuivre, de l'argent
avec l'or, il est impossible d'en faire le vrai
jugement (si on ne sait le poids de l'un ou de
l'autre) par l'épreuve de la pierre de touche, &
@

CHAPITRE IV. 189

pour ce que les orfèvres travaillant en joyaux,
disent qu'ils ne peuvent travailler en or à vingt
deux carats, sans y mettre remède ou alliage,
ou en or fin à un quart de remède, ils ne travaillent
qu'à vingt, & le plus souvent qu'à dix neuf
carats, de sorte qu'en vingt quatre marcs, ils
y mettent cinq marcs ou d'argent, ou de cuivre,
& voila comme l'or qu'ils mettent en oeuvre
n'est point pur, & pour excuse ils disent
qu'il est impossible aux affineurs d'affiner l'or au
vingt quatrième carats qu'il n'y ait quelque
peu d'autre métal ajouté, ni l'argent au 12.
degré qu'il n'y aie quelque alliage, & même
que l'affinement préfixe suivant l'ordonnance
n'est qu'à vingt trois carats & 3. carats de carats,
sur un 8. de remède, & l'argent à onze deniers
deux grains & trois carats, tel qu'il est aux réaux
d'Espagne, ou bien onze deniers dix huit
grains comme il est au poinçon de Paris: ce n'est
donc de merveille que l'or & l'argent tels soient
appelés imparfaits impurs & non nôtres,
mais après avoir été bien purifiés, ils sont appelés
calcinés, pour ce que cette dépuration de
l'or se faisant par l'eau du départ, qui ronge &
réduit en eau pour un temps tout ce qui n'est or,
ou par l'antimoine qui consume tout autre
métal que l'or, & l'argent se purifie par la
coupelle & c'est de cette façon qu'il faut entendre
la chaux, sans s'imaginer une infinité d'autres
inutiles opérations décrites & inventées
par plusieurs, ou par ignorance, ou pour tromper
les ignorants, & trop outrecuidants. Or s'il
faut que l'or & l'argent soient très purs, il faut
@

190 HARMONIE CHIMIQUE
aussi que l'argent vif le soit de même, la raison
est que plusieurs de ceux qui le vendent y mêlent
du plomb qui le rend crasse & noirâtre, mais
il s'en trouve de si pur qu'il n'a besoin d'aucune
mondification aussi peu que l'or & l'argent venants
purs de leur mine, que s'il y a quelque
peu de saleté & qu'elle demeure après l'avoir
fait passer par le chamois, pourra être ôtée le lavant
avec le sel bien blanc, & le vinaigre bien
clair & fort, & puis lesdits sel & vinaigre sortis
tels qu'ils y auront été mis, sera desséché avec
la mie de pain blanc, laquelle pourra être
changée jusques à ce qu'elle sorte aussi blanche
qu'elle y aura été mise, & puis ledit argent vif
sera passé par le chamois: j'ai toujours
trouvé ce nettoiement bon, mais j'ai trouvé inutile
& mauvais tout nettoiement avec autres
choses, comme est celui du vitriol, chaux &
autres qui le rendent trop sec, & plus impropre
à notre dissolution, à cause qu'une certaine
humidité radicale qui est en lui s'en trouve
altérée, & par conséquent il ne peut si facilement
agir en l'or & l'argent vif. Cet or, argent
& argent vif étant ainsi dépurés sont dits
Soleil, Lune & mercure, & non or, argent & argent
vif, communs, & vifs, & non morts, pour
ce qu'étant très purs, la semence qu'ils rendront
pourra produire cette médecine si excellente,
de laquelle nous parlons & écrivons
conformément aux autres Philosophes.
Plusieurs cherchent un mercure, qui mis dans
un cuillère d'argent & icelui évaporé au feu, y
laisse une marque jaune qu'ils disent être la
@

CHAPITRE IV. 191

marque de celui duquel l'or a été ou aurait
été fait, mais pour moi je n'en ai peu encore
voir de tel, s'il y en a, il peut bien être, mais
comme il a été dit, dedans les mines des métaux
on n'y trouve aucun argent vif. Or notre
Auteur dit qu'il faut mettre le mercure sur la
chaux à la hauteur de trois doigts par dessus, ce
que je trouve fort difficile, pour ce que l'or &
l'argent, soit qu'ils soient en chaux qu'on appelle,
ou limes, ou en feuille, s'enflent visiblement,
& l'or allant au fond l'argent surnage, voire
le tout bien broyé devient fort dur, & quelques
fois si solide qu'il le faut rompre par force,
j'estime donc que mettant quatre parties d'eau
sur une de terre cela sera mieux, & plus sûrement
travaillé, & le tout mis dedans un vaisseau
propre, & très-bien bouché, le mettre sur un
feu lent & propre, dans un fourneau bien proportionné,
où la matière peu à peu s'échauffant,
se dissoudra, & ce qui sera dissout surnagera
en couleur noire qu'il faudra retirer, comme
déjà a été dit, jusqu'à ce qu'on aie la quantité
suffisante, sur laquelle il dit qu'on mette six
parties, pour dire la sixième partie du mercure,
duquel il a été séparé, qui mêlé comme il faut
(c'est ici le secret & la difficulté) se mettra en
la même forme de cette noirceur tirée, & après
un mois plus ou moins de digestion, le mercure
ne sera plus courant ni liquide, alors lui en
faudra donner d'autre, de quoi nous parlerons
bien tôt amplement & clairement au chap. de
la nutrition.
@

192 HARMONIE CHIMIQUE
T E X T E.
Arnaud. T V as besoin de travailler à la dissolution
de la pierre, & de séparer ses parties
pures des impures, & pesantes, & alors
tu parferas ton ouvrage avec les parties légères,
ayant séparé les parties pesantes, car
ayant premièrement effacé la forme des
corps, un autre se présente, c'est à savoir
la première d'iceux étant corrompue, & cette
forme seconde se parait en couleur noire,
en odeur puante, & au toucher & manière,
subtile & discontinue. Arnaud en son
miroir p. 55.
Amasse à part toute la noirceur survenante,
d'autant qu'elle est l'huile & le vrai
signe de dissolution, car ce qui est dissout
vient au plus haut, par quoi on sépare de ce
qui est en bas ce qui monte en haut, comme
corps d'or garde le donc soigneusement, de
peur qu'il ne s'en aille en fumée. Le même
en son Rosaire l. 2. c. 3.
Scholie,
A Rnaud donne le nom de pierre à toute la
composition, les uns croient que c'est à
cause que le tout étant mêlé, se rend en dureté
très-grande, les autres disent que c'est pour ce
que l'oeuvre étant parachevé, il demeure au
feu
@

CHAPITRE IV. 193

feu sans s'y diminuer, pour quelque cause que
ce soit, sans nous en soucier beaucoup, nous
disons que c'est le nom reçu, tant des doctes,
qu'indoctes de nommer cette besogne pierre
des Philosophes. Il faut donc, à ce qu'il dit,
travailler à la dissolution d'icelle, mais si c'est
avec un feu violent, ou doux, ou sans liqueur
ou avec icelle, & quelle, il n'en dit rien, se
contentant de montrer deux parties en cet
oeuvre, un pesant, qu'est la masse, & l'autre léger
qu'est la matière dissoute, laquelle a les
marques, lesquelles sont ici décrites, & desquelles
a déjà été assez clairement parlé.

Texte.

I L est nécessaire qu'avant que la pierre soit Le Moyne.
faite élixir elle soit tirée de la nature des
deux corps. Le Moyne p. 15.
Le feu doit être petit, jusques à ce que
l'esprit soit séparé du corps montant en forme
de nuées noires sur les corps. Le même
p. 35.
L'esprit digéré est extrait du corps dissout
par l'esprit cru. Le même p. 167.
Si tu ne résous le corps en mercure, par Richard.
le mercure tu ne pourras point avoir de lui
sa vertu cachée, à savoir le soufre digest,
& cuit par l'oeuvre de nature dedans la mine.
Richard chap. 21.
N
@

194 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
A Rnaud a caché le moyen de la dissolution
des corps: lequel cet Auteur nous déclare;
à savoir que c'est par le moyen du mercure,
que le mercure (à savoir des Philosophes)
est tiré des corps, qui est de couleur noire,
ou esprit, qui est cette même noirceur tiré
par l'esprit cru; ce qui se fait dedans la mine,
savoir dans le vaisseau très-bien bouché, &
chauffé par un petit feu.
Texte.
C Elui qui cherche notre soufre rayonnant,
faut qu'il fasse la paix entre le
Soleil, & sa femme, de telle façon qu'ils ne se
L'échelle des séparent l'un de l'autre, mais qu'ils soient
Philosophes. mêlés inséparablement, ce qui se fera lors
que tu auras tiré partie de sa nature, &
partie de la nature de sa femme, cela fait,
tue les, & étant morts ils ressusciteront en
résurrection nouvelle, tellement qu'après
ils seront immortels. L'échelle des Philosophes
p. 100.
Libavius Notre enfant étant né, ou notre putréfaction
Des marques parachevée, ou la tête du corbeau
de la noir- doit être noir comme suie, d'où il & pris
ceur des Phi- son nom de noir plus noir que le noir, si on le
losophes. manie avec les doigts, il adhère si subtilement,
@

CHAPITRE IV. 195

qu'il ne s'en va que par le lavement,
si on le jette dans l'eau, il va au fond après
l'avoir noircie, cette noirceur est nommée du
commencement vraie teinture, vraie semence,
cendre qu'on doit priser, terre noire,
laquelle au commencement demeure sur
l'eau, lait de vierge, mercure double fait
du mercure des corps & du cru, soufre,
avec de l'or. Libavius l. 14. p. 112 de la
pierre des Philosophes.

Scholie.

S I la lecture & étude des bons livres est nécessaire
à celui, qui est amateur de cette
science, nous en avons parlé au chap. précédent
nous disons bons & non tels quels, & attendant
notre index expurgatorius, nous disons
par préalable qu'augurer ne vaut rien, & n'a Augurel
su autre chose que jargonner, Paracelse n'y Paracelse
a rien entendu, Barnaud, Gaston Claveus ou Barnaud &
du Cloud, ni Penot son maître n'y ont entendu, du Cloud,
comme on dit communément, que le Penot.
haut Allemand, nous en parlons, comme le sachant
bien pour avoir conféré tout particulièrement
avec lesdits Barnaud à Crest en Dauphiné,
& avec ledit Penot à Yverdun en Suisse où
nous nous sommes acheminés exprès pour y
ouïr l'un son Epître Patris ad filium, au commencement
de laquelle y a un grand F & un
grand I. auquel ayant demandé si s'était un I,
pour dire fiat, ou vu L, pour dire flat, il eut
N ij
@

196 HARMONIE CHIMIQUE
la bouche close: & sur l'intelligence du fiat &
flat il n'eut de quoi répondre aussi peu que sur
l'exposition de son quadriga, Penot aussi n'eut
de quoi répondre sur l'intelligence de ces questions
aussi peu
que dessus son apologie l'un & l'autre me répondant
qu'ils avaient tiré ce qu'ils avaient
fait imprimer de quelques vieux brouillards
écrits à la main qu'ils avaient recouverts courants
& rodant parmi le monde. Je dis de
même d'un Salinarius, qui ne recommande
Salinarius. que le sel commun, la préparation duquel il
recommande sur toutes choses du monde pour
la fabrique de notre pierre, avec laquelle il ne
peut être uni, pour ce qu'il n'y a aucune analogie
de l'un l'autre, & par conséquent ce
ce qui sort de l'or ne peut être nourri de
ce avec quoi il n'a aucune communication,
suivant ce qu'Hypocrate dit au
livre de la médecine des anciens, à savoir que
chaque partie est nourrie de ce de quoi elle est
composée, mais notre pierre n'est point composée
de sel, elle n'en sera pas donc nourrie, ô
curieux la semence de l'homme est procédée
du sang, elle est donc nourrie dans la matrice
de sang. Epluches donc chaque chose par son
principe, comme il est marqué à la page 105. de
Marguerita Novella, saches aussi, que comme
le bois en sa plus grande quantité n'est qu'une
humidité aqueuse, pâtissant par la sécheresse
terrestre, que de même notre élixir parfait
n'est autre chose qu'argent vif pâtissant par un
vêtement chaud & sec complectionnal, & que
@

CHAPITRE IV. 197

ce qui est premier en la composition: est le dernier
en la résolution, & que la matière qui est
la plus dense endure plus la force, & résiste
beaucoup plus à son agissant & dissolvant, &
que tout agent agit selon la force de la matière
résistante, contre laquelle il doit prévaloir.
Mais si le Lecteur n'a point d'intelligence des
écrits des Philosophes, qu'il sache qu'il ne
peut bien travailler, pour ce qu'il n'est encore
entré dans la connaissance de leur matière, &
quiconque rejette la lecture des bons livres, &
prend une autre voie, s'amusant à entendre
les coureurs & charlatans, & à prouver diverses
recettes, qu'il sache qu'il se trompe lourdement.
Qu'il lise donc (quoi que quelque La lecture
ami l'apprenne fidèlement) les bons auteurs, est nécessai-
mais qu'il sache qu'un seul livre n'apprend re.
pas tout ce qui est nécessaire en cette
science, mais un livre Interprète ou éclaircit
ce qui est caché & obscur en un autre, pour
preuve de quoi Raymond Bacon, Albert,
Anaxagoras ont enseigné le poids & la proportion,
toutes fois ça été encore obscurément:
Bacon en ses Epîtres, Raymond un peu plus
clairement en son art général, l'intelligence
desquels plusieurs pensent très bien avoir par
la lecture d'une fois, de quoi ils se trompent,
ne sachant ce u'ils sont au commencement,
& ne saurons ce qui adviendra par la fin, laquelle
ils trouveront contraire à l'ouvrage de
Dieu qui de nulle matière (mais seulement de
sa seule parole soit fait) tout cet univers fut
fait, mais le contraire arrive à ces acariâtres
N iij
@

198 HARMONIE CHIMIQUE
qui de toutes choses font rien. Or si pour
fondre les métaux au feu, & les y laisser longtemps,
si pour faire une eau forte, & une régale,
ou mettre l'or dedans l'esprit du sel, on faisait
la paix (de laquelle notre auteur parle) c'est
à dire l'union du Soleil & de la Lune, les Philosophes
ne se peineraient pas tant de nous exhorter,
& décrire cette pièce, il n'y faudrait
un si long terme, comme il se verra ci après au
chap. 10. Mais cette paix est un chef d'oeuvre,
duquel chacun ne se peut dire maître plusieurs
s'enrôlent sous l'apprentissage, mais mauvais
écoliers, ils fuient la lecture (trop pénible
pour eux) des bons & divers auteurs, & se
contentas d'une science superficielle en discourent
comme perroquets en cage. Or écoutez,
cette paix ne se fait jamais que par une réduction
d'eux en autre forme, & pour faire la paix
il y doit avoir de la contrariété aux deux
guerroyant; & de ces deux jamais la
paix ne se fera, si un tiers ami de l'un &
de l'autre ne s'en entremet, & la génération efficace
n'adviendra point par l'action d'un seul;
car pour icelle il faut de nécessité qu'un mélange
advienne pour le moins de deux contraires,
car un seul, ne se congèlera pas, & son contraire
ne l'accostera pas mais un tiers les pourra
joindre, ce seront donc trois qui engendreront
un quart, qui ne seront ni l'un ni l'autre.
Ceux desquels nous parlons & entendons, est
chaud & sec, l'autre est froid & humide, le
tiers tient & communique de l'un & de l'autre,
voir est la mère de l'un & de l'autre, ils sont
@

CHAPITRE IV. 199

tous deux durs, pesants, malléables, fusibles,
endurants le feu, le ciment, l'antimoine, l'eau
forte, le plomb, ne se mêlant dedans l'eau,
ne se rouillant dans la terre, ne se cariants à
l'air, & ne se diminuant au feu, donne donc
ordre que sans détruire leur humidité radicale
ni leur siccité essentielle, vous les rendiez
mols, légers, impalpables, non fusibles, volatils,
se mêlant avec le ciment, l'antimoine,
l'eau forte, le plomb, s'imbibant d'eau, se perdants
dans la terre, se corrompant à l'air &
s'enfuyant au feu, ce qui adviendra infailliblement
suivant l'ordre décrit ci devant, vous les
tirerez donc après avoir fait leur paix, leur ôtant
leur lustre & splendeur, lors que vous les fermenterez
ou au blanc, ou au rouge, comme
nous verrons au c. 12. de la fermentation. Texte

L E soufre des Philosophes est un feu La correction
vif, simple, vivifiant les autres corps des fols.
morts, & les nourrissants, tellement qu'il
supplée au défaut de nature, d'autant qu'il
a une maturité superflue, car étant parfait
de sa nature, par l'artifice il est plus dépuré,
duquel quelqu'un dit, un tel soufre ne
se trouve point sur la terre, si ce n'est en ces
deux corps, dedans lesquels il est à savoir
Soleil & Lune, & en un autre qui ne se dit
point à personne, mais seulement Dieu le révèle,
toutefois il est plus parfait au Soleil,
d'autant qu'il est plus digéré & cuit. CorreN
iiij
@

200 HARMONIE CHIMIQUE
ction des fols c. 6. p. 7.
La Médecine est produite de l'eau mercuriale,
dedans laquelle le Soleil & la Lune
ont été premièrement dissout; que si tu ne
résout les corps en mercure par le mercure,
tu ne pourras avoir la vertu cachée, c'est
à savoir le soufre digest & cuit par l'oeuvre
de nature dedans la mine. Le même c. 8.
p. 10.
Scholie.
Sur ce soufre, C E soufre des Philosophes est dit feu vif,
s'il est joint simple, vivifiant les autres corps morts, &
avec le mercure les nourrissants, pour ce que notre pierre parachevée
en l'or voit la étant jetée dessus les métaux nommés
réponse de imparfaits fondus chasse d'iceux l'impureté, &
Trévisan à Thomas leur donne la couleur & la fixation qu'elle a, non
de Bologne, que totalement mais en partie, de même que le
je n'ai voulu ici vin fort couvert, le safran fort rouge départiront
transcrire pour ce leurs couleurs superflues, c'est à dire, qu'ils
que je désire ont trop à l'eau laquelle leur sera ajoutée, la
que le curieux y quelle eau aura de la couleur d'iceux selon le
recouvre son plus ou le moins de la matière teignante, & de
excellence & la teinte, & ainsi ces métaux purifiés & teints
éclaircissement seront dits être vivifié & nourris, car aucun
admirable, con- vivant ne peut vivre sans nourriture, & chaque
cluant que les vivant a un foie à sa mode, & à nous invisible,
deux sont comme nous est aussi invisible la nourriture
conjoints in- de laquelle il use: Or ce superflu n'est pas pris
séparablement. ici pour saleté ou excrément, mais pour surabondant,
exemple, ayant bien faim ou soif d'une
@

CHAPITRE IV. 201

grande quantité de viande, & de breuvage, j'en
mange & bois mon saoul, le reste me sera superflu,
le chyle qui est fait au ventricule ou estomac
lui étant agréable s'en nourrit, ce qui
lui reste de superflu l'envoie aux intestins, tellement
que ce qui était superflu à l'estomac sert de
viande & d'aliment au foie, lequel saoulé de ce sang
envoie le superflu aux grandes veines ainsi ce
qui était superflu au foie est fait aliment propre
de chaque partie, & après la nourriture de
chaque partie tant charnue que solide, le superflu
demeure dedans les veines d'où il est attiré
peu à peu par les testicules, d'où enfin la semence
est faite. Ainsi ce blanc excellent & brillant,
& ce rouge tirant sur le noir étant plus grand
qu'il ne faut pour eux seulement communique
aux autres cette couleur & fixation qui leur est
surabondante & superflue. Or ce superflu ou
soufre ne peut être trouvé en aucun lieu, que
dedans l'or & l'argent, mais quel est celui duquel
il entend; je présume de l'entendre, mais
pour ce qu'il dit que seulement Dieu le révèle,
je le passe sous silence, notre auteur réfute
aussi facilement les veines rêveries de ceux
qui veulent prendre la matière, de laquelle les
métaux s'engendrent dedans la minière, c'est à
dire, matière seulement commencée, à laquelle
donnant le feu de leur fantaisie, croient la mener
en peu de jours au comble de leur désir imaginaire;
il faut, dit-il, résoudre les corps, à savoir
du Soleil & de la Lune en mercure, pour en
avoir la vertu cachée, à savoir le soufre que
nature a digéré & cuit en iceux dedans la minière;
@

202 HARMONIE CHIMIQUE
il ne dit pas seulement commencé, mais digéré
& cuit: Mais posons le cas qu'ils trouvent
cette matière commencée, & peut être diront
ils être celle dont Ovide parle en la première
partie de la générale & naturelle histoire des
Indes l. 6. c. 8. p. 97. laquelle il dit être l'or
qu'on trouve sous la terre en sa mine doux &
mol, comme cire molle & liquide, & aussi aisée
à tordre entre les doigts, mais si tôt que l'air
le frappe, il s'endurcit, soit ceste-là ou une autre
elle ne pourra être amenée à autre chose, que
ce pourquoi elle a été commencée, car nature
n'agit que selon la disposition de la matière,
exemple, de la semence de l'homme nature n'en
fera pas un chenal, de la graine de laitue, un
sapin, & ainsi de la matière de laquelle le métal
se fait, nature n'en fera pas l'élixir, qu'est une
matière tirée seulement par l'art & conduite
par icelui à un degré de perfection plus haut
qu'aucun métal, n'y autre chose que nature ait
produite, & laquelle soit venue à notre connaissance:
Laissons donc pénétrer ces fols &
tracasser tant qu'ils voudront parmi les entrailles
de la terre, voire la percer d'une superficie à
l'autre & ayant les yeux aussi aigus que ceux
de Lincée conter les moindres particules d'icelle,
nous nous contentons en notre simple &
nue intelligence & assurée connaissance qui
nous défend ces curiosités extravagantes & absurdes
qui plongent ses disciples dans un labyrinthe,
au profond & abîme duquel ils tombent
& se précipitent, comme fit ce maître
contemplateur des étoiles, qui marchant &
@

CHAPITRE IV. 203

étant les yeux en haut se précipita dedans le
fossé, auquel il ne prenait garde.

Texte.

M Ets les corps purifiés dedans le mercure
mondifié, & alors tu verras apparaître
sur la superficie la noirceur, laquelle
tu doit recueillir prudemment la mettant
à part, & saches pour assuré, que ta pierre
est dissoute en partie. Cette noirceur est le
commencement de l'Art, la tête du corbeau,
& que le corps se dissout & réduit en
sa première matière. Aristote p. 163.

Scholie.

M Ais parlons nous point aux sourds, ou
nous montrons la voie aux aveugles?
cette noirceur, dit notre Auteur, (mais non l'Estagirire
fils de Nichomache) est le commencement
de l'art, que si les rechercheurs fantasques
ne nous veulent croire, il ne s'en faut émerveiller,
puis que le Prophète Ezechiel au chap.
35. dit que Dieu n'est entendu des impies: Or
cette noirceur ne s'entend pas de celle, de laquelle
Fallope c. 9. p. 247. des Bains dit que
l'or en sa propre veine est de couleur noire &
argileuse, mais celle qui apparaît sur la superficie
des corps; peut être la trouverez vous en
la minière souterraine y préparée & tirée par
quelque Pygmée ou Farfadet, & la prenant de
@

204 HARMONIE CHIMIQUE
leurs mains, vous ne ferez qu'avaler le morceau
à la forme de la femme Doenus, mais je
doute plutôt que vous filerez la corde & qu'un
autre la mangera, c'est à dire que les triacleurs,
coureurs, faux monnayeurs, attrapeurs de deniers
carboniperdes & fumivores vous consumeront
autant d'argent par leurs fausses recettes, que
vous en saurez amasser, étudiez donc & voyez
que dit le suivant.
Textes.
Rosaire. N Otre soufre & des sages ne se trouve
point sur la terre, s'il n'est tiré de
ce corps (à savoir or & argent) par quoi
il les faut préparer subtilement pour avoir
le soufre sur la terre, car le corps parfait
par notre magistère aide & parfait l'imparfait
sans mélange de chose étrange,
quelle que ce soit. Rosaire p. 18.
La teinture est seulement des deux corps
parfaits, desquels ces soufres se peuvent
tirer. Le même p. 184.
Il est nécessaire que notre pierre soit extraite
de la nature des deux corps avant
qu'elle soit faite élixir parfait, d'autant
qu'il est nécessaire que l'élixir soit plus dépuré
que l'or & l'argent: notre mercure ne
se peut avoir que des corps liquéfiés, mais
non point d'avec liquéfaction vulgaire, mais
@

CHAPITRE IV. 205

bien par celle, laquelle dure jusques à ce que
les mariés soient unis & accouplés par
vrai mariage, & cela est jusques à la blancheur.
Le même p. 186.
Ce qui est fait spirituel monte en haut du
vaisseau, mais ce qui est épais & grossier
demeure en bas, & si tu ne noircis & détruis
tellement le corps jusques à ce que l'eau
ne se veuille plus mêler avec lui, ou être reçue
de la terre, tu n'avanceras rien, car Note pour la
lors que la poudre spirituelle se fait elle de- difficulté de
meure en bas. Par quoi si tu ne le con- mélange de
vertis en poudre spirituelle, tu ne l'as pas l'eau à la
encore assez triturée. Le même p. 188. terre.
Notre pierre est nommée par les Philosophes
Mercure, qui n'est point né, comme
plusieurs estiment, mais est tiré des corps.
Le même p. 94.
Brûle notre airain par un feu lent,
comme de la nourrice des oeufs, jusques à ce
que le corps soit établi, & que la teinture
soit extraite, mais ne la tire point toute
à coup, mais peu à peu par chacun
jour, jusques à ce que par la longueur du
temps, tout soit parachevé. Le même p.
197.
Fais un cercle rond du mâle & de la femelle,
& d'icelui tire en un carré, & d'icelui
@

206 HARMONIE CHIMIQUE
Quadrature un triangle, fais le cercle rond, & tu
du cercle. auras la pierre des Philosophes. Le
même p. 168.
La pierre est vile, noire, puante, non
Calid. achevée par prix, est sèche, non subsistance,
légère, est nommée origine du monde
d'autant qu'elle sort, comme ce qui germe,
& c'est la manifestation & apparition au
rechercheur. Calid. c. 9.
Scholie.
L Es répétitions sont fâcheuses en plusieurs
matières principalement étant si souvent
réitérées, mais je crois qu'en cette science elles
ne seront inutiles, & partant n'en doivent être
fâcheuses, le soufre des Philosophes ne se pourra
trouver en aucune part, si par art on ne le tire
des corps parfaits sans aide d'aucune chose
étrange, & alors ce sera la teinture & perfection
des corps imparfaits & l'élixir tant recherché,
lequel en son commencement monte en haut
pour ce qu'il est spirituel, & de spirituel est fait
corporel, & de nature de mercure qui teint (ce
avec quoi il adhère) de sa couleur, & cette
brûlure, de laquelle il est parlé ici, c'est à
cause de la noirceur survenante laquelle venant
peu à peu doit aussi être cueillie peu à peu, jusques
à ce qu'on en aie la quantité laquelle on désire,
& laquelle peut suffire d'une ou deux onces,
& laquelle sera alors cercle, c'est à dire
homogène, dans laquelle seront quatre éléments
@

CHAPITRE IV. 207

& quatre couleurs, à savoir terre, eau,
air, feu, noir, blanc, jaune, rouge & carré
de ce carré la noirceur disparaissant, le triangle
demeurera, à savoir le blanc, le jaune & le
rouge le triangle sera réduit à la ligne, jaune, fin
du blanc & commencement du rouge, & cette
ligne sera menée au point qu'est la rougeur indivisible.
En ce qu'il dit faire le cercle rond c'est
qu'il entend que cette matière homogène soit
fixe par la fermentation, comme sera dit ci
après au chap. 12. car depuis qu'elle est sortie &
habillée de noir, elle est toujours volatile jusques
au rouge, là où il la faut fixer, cérer c'est
à dire rendre pénétrante, entrante, & dépurante
les imparfaits & alors elle aura perdu cette
vileté, noirceur, puanteur, siccité, légèreté, &
connaîtra on véritablement qu'elle n'est achetée
par prix d'argent, mais par étude, contemplation,
méditation & pratique subtile, non
somptueuse, pénible & fantastique.

Texte.

L 'Ame est extraite de son corps par l'es- Benoit.
prit, & cette âme est dite, la clef de
l'art, & cette matière noire, est nommée tête
de corbeau. Benoit p. 56.
Noirci la terre, & sépare son âme, en
après retourne l'eau sur la terre blanchissant
le tout, & tu aura le magistère pour le
convertir en rougeur. Le même p. 59.
Le second régime est qu'on prenne l'oeuvre
@

208 HARMONIE CHIMIQUE
le mettant à un vaisseau sur des cendre, criblées
par quatre jours, car il se fera certaine
noirceur à la superficie, laquelle il faut
cueillir la gardant diligemment à part, &
ainsi continuant l'ouvrage par un feu égal
jusqu'à ce que tu auras tiré tout le noir, le
milieu demeurant clair, & ceci est le second
ouvrage, ou pierre des Philosophes. En
après le troisième ouvrage est que tu prennes
cette noirceur, & la mettez en un urinal
au feu lent sur les cendres, y ajoutant par
dessus du moyen clair, tant qu'il nage quatre
doigts, continuant ainsi les décoctions, &
sans se hâter, jusques à ce que le tout se fasse
blanc. Gerar de vivariis.
Scholie.
N Ous avons marqué par ci devant, que
nous n'avons encore rencontré un auteur
qui nous décrive l'ouvrage des Philosophes tout
au long, c'est la cause pour laquelle il nous est
nécessaire d'avoir plusieurs livres, & les lire diligemment,
car tous ne vont pas si franchement
que celui ci, qui ayant laissé la première opération,
qu'est la composition, met icelle sur le
feu lent & petit pour y engendrer & tirée la noirceur,
jusques à ce, que ce qui est au dessous &
dessus des corps, qui est le mercure se trouve au
milieu, à savoir des corps & de la noirceur,
demeure clair; & dessus cette noirceur y faudra
ajouter
@

CHAPITRE IV. 209

ajouter par l'ordre qu'à déjà été dit; & sera encore
au chap. 7. de la nutrition, & non comme
il dit ici pour rendre l'étudiant plus attentif à
ce qu'il faut faire, appelant le matras urinal,
comme nous verrons au chap. 9. ci après parlant
du vaisseau.

Texte.

N Otre oeuvre est tiré de la chaux des Saturnin.
métaux par putréfaction jusques à ce
que le composé dépouille sa nature, & en
prenne une autre, & par ces opérations le
mercure des Philosophes est fait. Jacques
de saint Saturnin p. 72.
Mettez l'eau à un vaisseau de verre, & Le sentier.
le cuisez par un feu lent, jusques à ce
que vous voyez paraître un sa superficie une
noirceur, laquelle vous cueillerez & ôterez,
subtilement chaque jour le mieux que vous
pourrez, & derechef le cuisant, & ôtant ladite
noirceur jusques à ce qu'elle ne vienne
plus, en après faut prendre toute cette terre,
c'est à dire cette noirceur que tu as recueillie,
& la mets dedans un vaisseau de verre &
y mets au dessus d'eau, cuisant le tout par
un feu lent par dix jours, ajoutes y derechef
d'eau, laquelle tu cuiras & réitéreras
jusques à ce que la terre soit blanche & claire.
Le sentier des sentiers p. 72.
O
@

210 HARMONIE CHIMIQUE
Tourbe. Si vous ne brisez, rompez, imbibez &
gouvernez diligemment le corps jusques à ce
que puissiez tirer sa graisse, & en fassiez un
esprit subtil & impalpable, vous travaillez
en vain, à cette cause les sages ont dits, si
vous ne faites les corps non morts, & les
choses spirituelles corporelles, vous n'avez
point encore trouvé le commencement de cet
oeuvre, or les corps sont faits esprits, lors
que l'Etelie est trituré jusques à ce qu'il
soit fait poudre, & cette poudre ne se fait
point sans forte trituration & décoction
continuée, & se fait avec le feu, & non avec
les moins avec l'imbibition, la putréfaction
& l'Etelie, & lors que les sages ont dit parlant
de cet art, que la nature est vile & de
petit prix, ont fait errer le vulgaire. Les
Philosophes aussi ont dit, que l'esprit humain
est noir n'ayant aucune saleté, & de
même que l'humidité & la siccité sont en
l'homme, ainsi en notre oeuvre n'y a rien
que la vapeur & l'eau. Tourbe, sentence
37.
Les Philosophes ont dits, sachez que si
vous ne réduisez tout en poudre, vous n'avez
pas encore assez trituré, cuisez donc,
jusqu'à temps que le tout soit trituré & fait
poudre. Le même, sentence 38.
@

CHAPITRE IV. 211

L'airain est diligemment trituré l'ors qu'il
est réduit en poudre avec l'eau. Le même,
sentence 39.
L'âme cachée ne se peut tirer, que par
l'Etelie, laquelle fait le corps non corps par
la continuation de cuire; & la sublimation
de l'Etelie. Le même, sentence 47.
Prends la pierre suspendue sur la mer, son Exemple.
nom est Victoire, tue les choses vives par
lui, & vivifies les tuées, car elle a en sa main
la mort & la vie. Inconnu commençant,
l'exemple de science p. 389.
L'art divin apprend d'ôter du corps le Incertain.
plus parfait, la semence qui étant mise dedans
la terre philosophique préparée par art
& cuite continuellement par une chaleur
tempérée en poudre blanche ou rouge est estimée
convertir les corps bas à la nature des
supérieurs. Un certain, qui commence,
Droitement de toutes choses.
Les corps faits noirs comme charbon, sont Lulle.
le secret de notre vraie dissolution. Lulle
en la Clavicule c. I.
Prends ce qui est descendu au fond du vais- Calid.
seau, qu'est la crasse, lave la avec le feu
chaud jusques à tant que la noirceur soit ôtée
& soit subtilisée, & blanchis la d'une
bonne blancheur, & fais voler l'humidité
O ij
@

212 HARMONIE CHIMIQUE
ajoutée, & alors sera couverte & adviendra
chaux blanche, en laquelle n'y aura obscurité
ténébreuse, ni saleté, ni rien de contraire.
Calid. c. 9.
Novum lu- L'artiste n'avance rien en cet oeuvre, s'il ne
men. sait séparer le subtil de l'épais, & de le
mettre en vaisseau propre. Le nouveau
flambeau chimique p. 38.
Arnaud. Mets toujours à part le noir qui surnage,
car c'est l'huile & le vrai signe de la dissolution:
il est fort vil, garde soigneusement
qu'il ne s'en aille en fumée. Arnaud
en son testament, qui commence. Moi
Arnaud c. 1. l. 2.
Payen. Le commencement (de l'oeuvre) est une
moyenne substance tirée artificiellement entre
deux extrémités, du Soleil, de la Lune
& du mercure, lesquels trois sont appelés
de Geber, & autres Philosophes soufre
rubéfiant, arsenic blanchissant & mercure illuminant,
clarifiant & conjoignant. p. 8.
Geber. Prends la pierre connue, & sépare en la
partie plus pure, & mets la à part. Geber
de la sommaire perfection l. 2. C. 26.
Les corps parfaits, ont besoin d'une telle
préparation, que leurs parties soient mieux
subtilisées & réduites à une spiritualité fixe,
c'est à dire atténuer & subtiliser mieux que
@

CHAPITRE IV. 213

n'étaient au commencement, car étant bien
préparés, ils seront assez propres pour d'iceux
faire le grand élixir blanc ou rouge. Le
même recherche du parfait magistère.
Un chacun d'iceux est de très-forte composition
& substance uniforme, d'autant que la terre,
l'au, l'air & le feu sont tellement unis,
que l'un ne quitte point l'autre, mais bien
un se dissout avec l'autre, à cause de la forte
union qu'ils ont eue en leurs moindres
parties, l'un avec l'autre par sa chaleur
naturelle, & égale qui les a condensées, multipliées
& égalisées suivant le du cours
de nature & nécessité de leur essence dedans
les mines de la terre, & c'est selon l'opinion
de quelques vieux Philosophes. Le même
c. 33. de la sommaire perfection.
De l'or, & de l'argent par le moyen du Lavements.
mercure & du feu préparé, il se fait une
poudre noire, qu'on doit amasser & mettre
à part. Livre des lavements.
Tout le secret de ce secret Antimonial, Artéphius.
est que nous sachons tirer l'argent vif, non
brûlant du corps de la magnésie, & ceci est
l'Antimoine & le mercure sublimé, c'est à
dire, il faut tirer une eau vive, incombustible,
en après la congeler. Artéphius p. commence
l'Antimoine est des parties de Saturne.
O iij
@

214 HARMONIE CHIMIQUE
Tu n'as besoin si ce n'est de la tenue & subtile
nature des corps dissout, laquelle notre
eau te donnera si tu procèdes par un feu
lent séparant les hétérogènes des homogènes.
Le même p. 21.
Flamel. Nos deux spermes se recueillent de la putréfaction
du Soleil & de la Lune. Flamel
c. 3. du livre commençant. Encore que
moi Nicolas Flamel.
Bacon. Dedans les minières (par la continuelle
chaleur qui y est (l'épaisseur de l'eau s'y
cuit, & épaississant tant, qu'en fin l'argent
vif s'en fait, & de la graisse de la terre
par la même décoction & chaleur, le
soufre est engendré, desquels tous les métaux
sont engendrez. Bacon c. 4. du miroir
d'Alchimie.
La trompette. Par une chaleur tempérée l'on tire de
la matière métallique une certaine humidité
onctueuse mêlée d'une terre subtile,
très-bien purgée, qu'on nomme Elixir,
qui transmue les métaux: Le son de la
trompette c. 33.
Vois Bonus L'huile est une crasse ou limosité de tous
en sa nouvel- les métaux, nageant sur le menstrual
le Margari- après leur dissolution: or est il nécessaire
ta in m**n que les corps soient convertis en huile
sions decimus. autrement ils demeureront durs, & ce que
@

CHAPITRE IV. 215

nous cherchons ne se ferait pas, & par
conséquent s'enfuirait une privation de
tous les principes de cet art. Le même
p. 37.

Scholie.

C Oncluons par le consentement, & commune
voix de tous les Philosophes Chimiques
que le Soleil & la Lune, qui sont l'or
& l'argent très-purs, doivent être dissout par
le mercure, qui est l'argent vif, très-pur, &
que ce qui est dissout d'iceux surnage toute la
composition en forme d'une toile d'araignée,
de couleur noire, tenace au doigt & comme onctueuse,
& d'odeur puante, laquelle si on remue
avec la matière, se rendra en poudre, & tant
plus ira elle au fond; qu'il la faut retirer soit en
poudre ou nageant avec subtilité toute seule &
sans corps, que cette seule matière noire est le
fondement le principe sans lequel la pierre
des Philosophes ou élixir ne peut être fait &
qu'il n'y a autre matière que cette ci pour y parvenir
aussi peu qu'il y a d'autre principe que la
semence de l'homme pour faire un homme, &
que tous ceux qui disent autrement, mentent
misérablement, & blâment impudemment
tous les Philosophes, qui assurent cette vérité,
faute de jugement, d'étude, & de conscience.
Dieu les amende. Amen.
O iiij
@

216
pict
D'O T E R C E Q U I E S T
SUPERFLU EN LA PIERRE
des Philosophes.
CHAPITRE V.
Texte.
Egidius. pict Ar la vertu du feu ton Soleil
est nettoyé, & ce nettoiement
est pris par les Philosophes
pour l'exaltation, & d'autant
que le Soleil commence
de monter à l'auge du mouton, c'est à dire,
à sa hauteur, ne pouvant monter plus haut;
de même ton Soleil est toujours exalté, jusques
à la fin de l'oeuvre. Egidius c. 8. p. 22.
Arnaud. Prends la terre, & la noirceur que tu as
amassée, & mets la en un vaisseau de verre
y ajoutant de l'eau dite, jusqu'à ce qu'elle
nage par dessus, & les cuits par 4. jours
à un feu lent, remets y encore de l'eau, &
cuits comme dessus, jusques à ce que la terre
soit blanche, & claire, & c'est ce que les Philosophes
ont dit, cette eau se pourrit avec la
terre, & se mondifie, & alors étant mondifiée
par l'aide de Dieu, tout le magistère sera parachevé
par le moyen de l'eau, &c. Arnaud
à la fleur des fleurs.
@

CHAPITRE V. 217

Geber & les artistes de ce divin ouvrage, Greverius.
appellent l'élection & le travail des semences
& de la terre, préparation, sans laquelle
ni le Soleil, ni la Lune, ni la terre des Philosophes
ne se peuvent avoir, n'y ayant aucun
autre moyen pour pénétrer & entrer au plus
profond de cet art, car l'or vulgaire est impur,
sale, malade, moribond, & par même
moyen stérile, l'argent de même, & la terre
vulgaire est en friche, mais la terre des
Philosophes est labourée par taureaux, ne
jetant que le feu: Combien que le Philosophe
prenne l'or, & l'argent & le mercure vulgaire,
toutefois il ne les met point à l'oeuvre
sans les avoir élevés de la terre commune à
un degré physique. Aucune chose donc de
sale, de malade & d'impur, n'entre en notre
ouvrage, jaçoit que nous nous servions
& les prenions premièrement sales, malades
& impurs. Greverius p. 9.
Notre chose a en soi tout ce que nous cherchons,
à laquelle nous n'ajoutons ou diminuons
rien, mais en la seule préparation
nous ôtons le superflu, nous ôtons dis-je
l'humidité physique, laquelle est propre
pour l'oeuvre, laquelle sera aussi
claire que l'arme en laquelle est la
@

218 HARMONIE CHIMIQUE
quinte essence métallique, & icelle est le métal
doux, & en icelle est le moyen d'unir les
teintures, d'autant qu'elle a la nature du
soufre & de l'argent vif. Rosaire p.
208.
Geber. En la préparation des corps, il ne faut
rien ôter du dedans, comme étant superflu,
mais bien plutôt de l'extérieur. Geber l.
2. c. 68. du parfait magistère.
Ce qui est diminuée en iceux (métaux imparfaits)
est le peu de mercure, & l'indue
inspissation; l'accomplissement donc en iceux
sera la multiplication de l'argent vif; le
bon épaississement, & la fixation permanente.
Le même c. 69.
Le dépouillement des accidents n'est
pas impossible, la préparation donc des
corps imparfaits & ôter le superflu &
suppléer au défaut, qui ne se peut faire
sans l'aide de l'art, sans les choses purifiantes.
Le même c. 3. de la recherche
de la perfection.
Les principes de cet art, sont les opérations
d'icelui, auxquelles l'artiste s'applique
pour ce magistère, & lesquels sont
divers les uns des autres, & toutes fois un
moyen, à savoir sublimer, descendre, di-
stiller, calciner, dissoudre, coaguler, fixer,
@

CHAPITRE V. 219

cérer. Le même c. 38. de la sommaire
perfection.
Le retranchement du superflu au mercu- Note du su-
re, c'est sa mortification, son mariage, sa perflu, &
décoction, cération, multiplication en quan- comme en-
tité & qualité, & finalement l'abrège- tendu.
ment de l'oeuvre, la mortification est faite
par la purgation, l'animation & l'échauffement,
& ceci s'entend du mercure vulgaire,
lequel j'ai choisi pour mon ouvrage venu
d'Espagne, lequel laisse sur une lame
d'argent, échauffé le lieu jaune qu'est signe
qu'il est sorti d'une minière d'or. Rouillac
p. 39. du livre qui commence, Les Poètes
anciens.
De même que le germe d'un noyau est ce Alan.
qui est bon tant seulement, le reste s'évanouissant
comme superflu, de même en notre
oeuvre, la noirceur est l'âme, ou le bon
que nous recherchons, mais le reste qui ne se
noircit point est le superflu. Alan p. 59.
Le superflu est l'excrément péchant en Auteur in-
quantité seulement, de même que le sang certain.
menstrual, ou autre sortant d'un homme
sain, & cela est dit superflu, qui reste après
l'ouvrage, comme tu as un vaisseau plein
de vin, duquel tu bois ce qu'il te faut, le
reste est superflu, mais nous n'appelons pas
@

220 HARMONIE CHIMIQUE
le sable ou autre saleté qui se trouvera au
fond du vaisseau superflu. D'un certain
auteur.
Lulle. Il n'y a qu'une seule pierre à savoir le soufre,
& une seule médecine, savoir la composition
du soufre à laquelle tu ne dois rien
ajouter, mais ôter le superflu, qui est terrestre
& flegmatique, pour ce qu'il les faut
ôter de notre argent vif. Lulle au chap.
18 p. 37, de la théorie.
Geber. Les corps parfaits n'ont besoin que d'être
rendus plus subtils pour être rendus plus
parfaits. Geber à la fin de la recherche
du magistère.
La pierre des Philosophes est créée; c'est à
dire, est nourrie par nature, & par le
Dieu très-haut, elle n'a besoin, si ce n'est
qu'on en ôte ce qu'elle a de superflu, prends en
donc ce qui est le plus pur, mais ôte en ce qui
est terrestre. Rosaire des Philosophes p. 11.
Certaine Lors que les Philosophes disent qu'il n'y
Epître. a rien de superflu en leur oeuf, ils entendent
qu'il n'en faut rien ôter avec les mains, pour
ce qu'avec la seule décoction, le poulet se fera,
& en icelle ce qui est de plus subtil & vaporeux
s'évanouira, ce qui apparaît & se vérifie
à la cuite d'un oeuf, lequel se durcissant
au feu le plus vaporeux s'en va. D'une certaine
@

CHAPITRE V. 221

Epître laquelle commence, Monsieur
sous correction il me semble.
Cuit la matière la faisans bouillir doucement
sur le feu, jusques à ce qu'elle soit réduite
en son principe, qu'est argent vif. Arnaud
l. 2. c. 4. du Rosaire. (& par cette
ébullition ce qui est dissout monte au dessus
du total en forme de graisse, laquelle est recueillie
aussi en forme de graisse, ou avec une
cuillère ou de verre, ou de bois, ou de nacre,
ou de corne, ou avec une plume, & cette
graisse en la recueillant est d'un blanc d'étain,
mais étant séparée de son mercure superflu
est noire ou noirâtre, laquelle mise sur le feu
propre & dedans son Vaisseau très-bien bouché,
se met peu à peu en poudre, laquelle étant
telle il faudra re-bouillir doucement avec suffisante
quantité du dit mercure, cette opération
est admirable, fort cachée, & sans laquelle,
difficilement &c.

Scholie.

N Ous avons assez clairement parlé de ce qui
est vraiment superflu, à présent nous dirons
qu'il le faut ici prendre un peu plus au large,
les uns entendent par ce superflu les corps
non dissout qu'il faut ôter, nous contentant
de ce qui est dissout d'eux, les autres entendent
du mercure, par le moyen duquel la dissolution
est arrivée, qu'il faut ôter, les autres entendent
que si en nourrissant cette noirceur on a mis trop
@

222 HARMONIE CHIMIQUE
de mercure, il le faut ôter, les autres entendent,
que puisque c'est cette humidité laquelle a
causé la noirceur, qu'il la faut dessécher, les autres
entendent, que puis que la noirceur nous est
inutile, tant pour le blanc, que pour le rouge
qu'il la faut ôter, les autres entendent que puis
que la blancheur ne peut servir au rouge qu'il
la faut ôter, les autres entendent que puis
que la volatile est nuisible à la fixation de la
pierre, il la faut ôter, les autres entendent,
que puisque la trop grande siccité empêche
l'ingrès de la poudre ou pierre dedans le corps
des métaux impurs, il la faut ôter, les autres
entendent, que puisque la terrestréité empêche
la multiplication en qualité il la faut ôter,
& par ainsi on voit en combien de manières les
Auteurs entendent ce superflu, toutes lesquelles
intelligences sont véritables à qui les
entend, mais toutes ces intelligences ne peuvent
tomber dans un esprit faible, non pratique,
ni entendu aux termes de cette science desquelles
nous allons voir nombre très grand, &
la plus grande partie pour aiguiser les esprit les
plus subtils, & pour tromper les plus outrecuidants.
@

223

pict

D E S O P E R A T I O N S D E
L'ART DES PHI-
losophes.

CHAPITRE VI.

Textes.

pict Outes les purgations du Libavius.
mercure par sublimations
& choses sales sont vaines
& impertinentes, voire
même nuisibles à parfaire
notre oeuvre, par quoi ceux la se trompent
qui veulent sublimer sept fois le
mercure avec le sel & le vitriol, &
puis le réduire en eau chaude, ou par le
tartre, les lourdauds le croient, pour ce
qu'ils disent que le laton doit être lavé,
mais ils se trompent. Libavius p. 91. 92.
93. de l'Azoth & eau permanente.
Notre pierre étant à sa première nature, Thomas.
c'est à savoir en sa première eau,
ou lait virginal, ou dissoute en queue
de dragon, se calcine, soi même se sublime,
se distille, se réduit, se lave, se
@

224 HARMONIE CHIMIQUE
congèle, & par la vertu du feu proportionné
se parfait soi même en un unique
vaisseau sans autre opération manuelle.
Thomas Aquin à frère Renaud
c. 3.
L'Amalgame qui est le premier ouvrage,
est fait avec une once de Soleil
& quatre onces de mercure, comme
font les orfèvres, & ce principe de l'oeuvre
est appelé des Philosophes diversement,
comme notre airain, notre Or,
terre de magnésie, tout le composé, &
c'est pour ce qu'ils l'ont voulu cacher
aux indignes. Greverius p. 20.
En la première décoction, c'est à dire
en noircissant une certaine humidité de
l'argent vif, comme nuée, montera de
la terre, & adhérera au dessus de la partie
vide de ton oeuf & aux côtés d'icelui
à laquelle tu ne toucheras point. Le
même p. 25.
Converti ces nuées en pluie, jusqu'à
ce que tu vois que de sa terre n'en sorte
plus, & que celles, lesquelles sont
montées ne s'augmentent plus, icelles
arroseront ton champ, qui portera son
fruit en sa saison. Le même p. 31.
Cette réduction de nuées en pluie est
nommée
@

CHAPITRE VI. 225

nommée de quelques uns queue de dragon,
augmentation, multiplication,
autres disent qu'il faut ajouter nouveau
mercure. Le même p. 31.
La décoction par sa putréfaction, ramollit Alan.
la semence pousse en haut le germe,
élève le jeton & le chalumeau,
épanouit les fleurs, forme les semences
& les mûrit, & le tout en même
vaisseau, & une opération de l'artiste laquelle
consiste à l'administration des
charbons. Le même p. 35.
Il ne te faut point imaginer que lors
que nous parlons de la sublimation, ou
même que nous sublimons, que nous
séparions la partie du dessus d'avec celle
qu'est dessous, car en notre sublimation
les parties fixes ne s'élèvent pas,
mais seulement les parties volatiles.
Alan p. 49.
La décoction, la mixtion, la sublimation,
la trituration, la dessiccation, humectation,
l'ignition, la déalbation,
la rubéfaction, & tout ce qu'on peut encore
dire, n'est rien qu'un régime, qui
peut être véritablement appelé trituration
& décoction. Le même p. 55.
Tandis qu'en notre ouvrage le corps
P
@

226 HARMONIE CHIMIQUE
& l'esprit sont conjoints, ce commencement
est nommé calcination. Le même
p. 56.
Toute chose se détruit par le même
moyen quelle se fait, & n'y a rien
de plus convenable à nature, que de la
délivrer, & résoudre par les mêmes
liens, desquels elle a été liée qu'est une
chose moyenne de laquelle elle a eu son
principe. Le même p. 59.
Quiconque sait le moyen de détruire
l'or & l'argent, tellement qu'il ne puisse jamais
plus être or & argent, celui là est
parvenu au magistère, car il est plus difficile
de détruire les corps, que de les
construire. Le même p. 61.
L'on trouve à vendre de terre blanche
& rouge, nette & affinée. Arnaud
sur le Hortulan p. 51.
Il y a sept dispositions au magistère, la
première est nommée sublimation, la
seconde calcination, la tierce solution,
la quarte ablution & la quinte cération,
la sexte coagulation, la septième fixation.
Le même au miroir p. 26.
Saches que toutes les opérations,
à savoir la putréfaction, solution, coagulation,
ablution, fixation, sont en la
@

CHAPITRE VI. 227

seule sublimation, & le font en un vaisseau
& non en plusieurs, d'autant qu'en la
seule sublimation y a sept opérations,
qu'est la cause que nous mettons en notre
livre sept dispositions, par lesquelles
le sage & entendu peut venir à la vraie
perfection. Le même p. 39. 42.
Dissoudre, calciner, sublimer, teindre,
laver, cuire, refroidir, arroser,
extraire, congeler, humecter imbiber,
fixer, triturer, dessécher, distiller est
une même chose, à savoir extraire l'esprit
du corps, & marquent l'application
du printemps, c'est à dire que le feu soit
doux. Le même p. 65.
La distillation se fait par les veines du Lulle.
verre sans séparation des matériaux;
mais bien par conjonction, dedans notre
fourneau secret, & ceci est notre
sublimation. Lulle son codicille p. 69.
L'on ne peut écrire les paroles, car Egidius.
l'industrie des opérations manuelles est
seulement comprise par l'expérience, &
tant s'en faut qu'elle puisse être écrite,
que même la parole ne la peut pas
bien donner à entendre, n'y ayant que la
seule opération qui l'apprenne; Egidius
en sa préface.
P ij
@

228 HARMONIE CHIMIQUE
Les actions des agents sont suivant la
disposition des patients, c'est à dire la
forme agit selon la disposition de la matière.
Le même p. 2.
Considère la nature du corps minéral,
à savoir d'où il a pris son commencement,
& réduit la à sa matière. Le même
p. 5.
Réduction à Lors que l'homme & la femme habitent
la première ensemble, alors ils sont réduits à
matière. la première matière, d'autant qu'une
semence crue est engendrée de leurs
corps, de laquelle (ou semblable) ils
sont sortis premièrement & toutefois
leurs corps ne sont point détruits, comme
il adviendrait s'ils étaient réduits
à la première matière éloignée: Il est
donc besoin que tu fasses de même en
ton ouvrage, à savoir en conservant
l'espèce, & c'est ce que tu dois bien observer,
Note avec remarque bien toutefois qu'il
attention. ne faut pas prendre ce de quoi les métaux
sont faits, mais ce qui est fait d'iceux
métaux. Le même p. 6.
Toutes choses doivent être faites en
vu vaisseau de verre bien fermé & semblable
à un oeuf. Le même p. 75.
Saches que les Philosophes ont fait
@

CHAPITRE VI. 229

plusieurs chapitres de la pierre, & de
la sublimation, distillation, séparation,
putréfaction incération, calcination,
quoi que ce ne soit qu'une même opération
& dedans un même vaisseau. Le
même p. 106.
Les corps doivent être premièrement
subtilisés par la dissolution, qui est le
premier degré de l'art: or cette dissolution
n'est autre, sinon que les corps retournent
en mercure & soufre, desquels
ils ont eu leur principe, mais aucun
corps ne peut être résolu en mercure,
que le métallique, qui est fait de
soufre & mercure. Vogelius p. 45.
Si toutes choses ne sont tournées en
poudre, l'on n'a pas encore trituré,
par quoi cuisez & triturez, jusques à ce
que soient faites en nature de poudre.
Le même p. 62.
Notre sublimer n'est pas monter ou
élever en haut, mais sublimer physiquement
est d'une chose vile en faire
une précieuse, & d'une basse & petite
en faire une grande, haute & pure. Quand
donc nous disons les corps sublimés, entendez,
subtilisés & convertis en une nature
noble, nette, pure, & excellente. Le
P iij
@

230 HARMONIE CHIMIQUE
même p. 103.
La façon d'agir, digérer & informer
de l'air est différent de celui de nature
comme de même, l'organe ou le
lieu & le temps encore qu'ils conviennent
à même fin dernière. Le même p.
103.
Lors que par le moyen du vent, la
matière monte, c'est à dire par la fumée,
les Philosophes ont dit cela être la sublimation
& quand la matière a été
retournée au fond du vaisseau, & convertie
en eau, ils l'ont appelé solution
ou distillation, lors que la terre a été
épaissie ont dit cela être la corruption,
lors que la matière a commencé de changer
sa couleur noire, ont dit que cela
était l'ablution, le magistère est lors
que l'eau est tirée de la terre, & qu'on
remet l'eau sur la terre, jusques à ce
que la terre se pourrisse & nettoie, &
lors que les Philosophes ont vu que
l'eau se diminuait & la terre s'augmentait,
ont dit que c'était cération, &
quand tout a été fait terre, ont dit
cela être congélation & quand la matière
se fait blanche, ont dit cela, être la
calcination. Le Moyne écrit à la main p. 21.
@

CHAPITRE VI. 231

Triture avec le feu, non avec les mains, Desiderable.
car premièrement l'eau tâche de dissoudre
la terre, afin qu'elle soit de plus
subtile nature qu'elle n'est, secondement
la terre coagule l'eau, à celle fin
qu'elle soutienne le feu avec elle, &
cette est la dissolution du corps, & la
coagulation de l'esprit. Desiderable p. 23.
La solution du corps est le fondement
de l'Art, & est réduction en eau,
de la réduction en eau se fait réduction
en terre, ne mettant rien d'étrange,
mais seulement ôtant le superflu. Le
même p. 87.
L'esprit digéré est tiré des corps par
l'esprit cru. Le même p. 64.
La dissolution engendre la noirceur,
la réduction la blancheur, la fixation
la citrinité, l'incération la rougeur, la
noirceur est la terre, la blancheur est
l'eau, le jaune, ou citrin l'air, & la rougeur
le feu. Le même p. 269.
L'art imite nature, non point qu'il en Richard.
fasse une nouvelle, mais bien il subtilise
sa vertu, l'Art donc commence à profiter
& s'avancer où nature a manqué,
découvrant & manifestant la subtilisé
cachée en la chose. Richard. c. I.
P iiij
@

232 HARMONIE CHIMIQUE
Le mercure cru dissout les corps &
les réduit en leur première matière, ce
que le mercure des corps ne peut faire.
Le même c. I. p. 241.
Daustricus. Les choses lesquelles sont de parties
dissemblables ont leur semence par laquelle
se multiplient & croissent, comme
on voit en tous les animaux & arbustes,
mais celles qui sont de parties semblables,
ne se multiplient point, s'ils
ne sont réduites à leur première nature.
Daustricus p. 2.
Les Philosophes ont écrit plusieurs
artifices, pour rendre leur art vénérable
& caché, & que rien de sale ou vilain
n'y entre, comme mêler, cuire,
rôtir, sublimer, triturer, coaguler pourrir,
blanchir, rougir, cependant le tout
n'est qu'un régime, à savoir cuire. Le
même p. 12.
Dissoudre n'est autre chose que certaine
composition, complexion, conjonction,
ou liement des premières vertus
à une concorde, à savoir des agissants
Dominus vobiscum. & pâtissants. Dominus vobiscum.
Jaçoit que les Philosophes aient décrit
plusieurs moyens de travailler, ils
ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit
@

CHAPITRE VI. 233

des ignorants, car il n'y a qu'une médecine,
un vaisseau, un régime, une disposition
au blanc & au rouge, car il ne
faut triturer de la main, ni mettre aucune
chose étrange en la pierre, laquelle
ressemble en forme & au toucher une
pierre, mais non en sa nature, & si on
procède bien, rien de superflu n'y entre,
une partie étant spirituelle, l'autre
corporelle, une sort de l'autre, une
gouverne l'autre, & une améliore l'autre.
Le même p. 56.
Note que l'ingression, submersion, Avicenne
conjonction, complexion, ou embrassement,
composition & mixtion, signifient
une même chose en cet art. Avicenne
c. 3. p. 81.
L'esprit des métaux est l'autre partie Lulle.
de notre pierre, laquelle il faut tirer
des corps des métaux, à savoir des deux
parfaits par putréfaction, division, d'éléments,
& fixation d'iceux. Lulle en
son abrégé p. 95.
Il y a quatre principaux régimes à L'Echelle.
notre pierre à savoir dissoudre, laver,
conjoindre & figer. Dissoudre est diviser
les corps & faire la matière, laver est
inhumer, distiller, monter & descendre;
@

234 HARMONIE CHIMIQUE
conjoindre est engrosser ou imprégner,
blanchir & rubéfier: figer est fermenter
& marier, la solution convertie
la pierre à sa première nature, c'est à dire
à son eau, le lavement en air, la conjonction
en feu, & la fixation en terre spirituelle
& tingeante. L'échelle des Philosophes
p. 103.
Jeu des Saches pour vrai que les Philosophes
enfants. n'ont jamais entendu que notre
pierre fut divisé à part en quatre éléments,
comme les fols Alchimistes
font. Le jeu des enfants p. 142.
Mêler, cuire, sublimer, rôtir, calciner,
blanchir, triturer, humecter,
teindre se sont plusieurs noms, & toutefois
ce n'est qu'un régime qui se fait
en un seul vaisseau par le moyen du feu,
car Alphidius dit que quand nous dissolvons
sans intervalle de temps nous
calcinons, sublimons, séparons, & composons,
& qu'entre la solution & la composition
des corps & de l'esprit, n'y a aucune
espace de temps. c. 19.
Rosaire. La conception & le mariage, se font
en sa pourriture au fond du vaisseau,
la putréfaction se fait par un feu très-
lent de fumier chaud & humide, tellement
@

CHAPITRE VI. 235

que rien ne monte, & non autrement,
car si quelque chose montait il se
ferait séparation des choses laquelle ne
doit être jusques à la conjonction parfaite
du mâle & de la femelle, un recevant
l'autre, & le signe est la solution,
ou noirceur, qui est la teinture laquelle
on doit garder. Rosaire p. 198.
Broie dans l'eau, lave dans le feu, tout
l'ouvrage gît en la solution, lors que
la solution est faite, la pierre est faite,
& cela est un élément appelé eau, lors
que le corps est sale, c'est le second élément
nommé terre, lors que la terre est
calcinée, s'appelle feu, & ce feu étant
dissout est appelé air. Le même p. 203.
Teindre n'est autre chose que transformer
le teint en la nature du teignant
demeurant avec lui sans aucune transformation,
enseignant nature par nature
à combattre le feu, pour ce que la nature
du tingeant & du teint s'accordent.
Le même p. 226.
On demande si l'ouvrage rouge &
blanc sont une même chose. A quoi on
répond que la pierre lunaire & solaire
sont de même en essence, d'autant que
l'une & l'autre se parfont par le seul
@

236 HARMONIE CHIMIQUE
mercure, il y a aussi un seul chemin pour
travailler, d'autant que par mêmes
opérations, moyen & ordre, on opère:
il n'y a donc qu'une médecine suivant
tous les Philosophes, n'ayant différence
aucune qu'en la fermentation. Le
même p. 250.
Les opérations de notre pierre, sont
sublimation, 2 descente 3. distillation,
4. calcination, 5 solution, 6. congélation,
7. fixation, 8. itération, c'est à dire
sublimation, 9. cération. Le même p.
256.
Dastinius. La conversion des éléments est, faire
l'humide sec, le fuyant arrêté fort &
bataillant contre le feu car du chaud
& du froid se fait un mixte tempéré, &
de l'humide avec le sec un autre mixte,
& ainsi mêlés par quarante jours la
conception se fait au fond du vaisseau,
& ceci par un petit feu qui conserve
l'humidité, & parfait la fusion, & le
feu fort consume l'humidité & trouble
la fusion, & la solution ne se fait point
qu'avec la congélation de l'esprit, & la
congélation ne se fait point qu'avec la
dissolution du corps, car lors qu'ils se
joignent, l'un agit en l'autre, & la terre
@

CHAPITRE VI. 237

n'est point subtilisée, qu'avec l'eau,
& l'eau n'est point épaissie qu'avec la
terre, l'âme fuit le feu, & la terre l'endure.
Dastinius p. 31.
La calcination est la privation des humidités, Tourbe.
la dissolution est le principe de
l'art, la préparation l'ôtement des superfluités,
& rétention des choses nécessaires,
& la sublimation est l'élévation de
la chose sèche, adhérente au vaisseau par
le moyen du feu, & d'iceux on fera le
corps esprit, & au contraire, & le fixe volatil
& le dur mol,& au contraire, &
ainsi le corps sera fait non corps, & au
contraire, car la terre se tourne en eau,
& l'eau en terre, & l'air en feu, & cela
ne se fait pas sans chaleur & humidité.
La Tourbe p. 44.
La pierre se divise en sept parties, lesquelles 3. paroles.
sont conjonction, dissolution, putréfaction,
distillation, congélation, fixation,
projection. Le livre des trois paroles
p. 48.
L'ouvrage est divisé en sept parties,
solution, distillation, coagulation, sublimation,
calcination, blanchissement,
& rubifiement, la solution qui est la première
partie, se fait par la chaleur &
@

238 HARMONIE CHIMIQUE
l'humidité à cause de la débilitation, à
celle fin que par icelle se fasse résolution
qu'est dite dissolution, putréfaction,
& digestion, & par ainsi tu tempéreras
fort le feu, à celle fin que l'âme se puisse
extraire de son corps par le moyen de
cette digestion, laquelle est appelée
clef de l'art, & la matière est faite noire
qu'on appelle tête de corbeau & la
terre se mêle avec l'eau, & l'eau avec
la terre par petites parties, jusques à ce
que le tout soit fait un par ce feu tempéré,
& partant à la solution faut un feu
doux à la sublimation médiocre, à la
congélation tempéré, au blanchissement
continuel, à la multiplication fort. Regarde
cependant, qu'encore que les
Philosophes aient mis plusieurs façons
de travailler ils ne l'ont fait que pour
aveugler l'entendement des ignorants,
pour ce qu'il n'y a qu'une médecine, un
vaisseau, un régime, une disposition
successive au blanc ou au rouge, le blanc
se parfait par trois auxquels le feu n'est,
mais le rouge par quatre, par lesquels
la teinture rouge se fait. Benoit 56.
L'Escot. II y a quatre régimes à la pierre, dissou-
dre, coaguler, consolider & fixer. L'escot,
@

CHAPITRE VI. 239

page 61.
Notre sublimation n'est point la vulgaire,
mais c'est d'une chose basse &
corruptible en faire une excellente. Le
même p. 63.
La calcination, est la purgation de Ripleus.
notre pierre, la restaurant par sa propre
chaleur naturelle, donnant en premier
lieu à notre pierre la dissolution
nécessaire. Ripleus p. 72.
Le feu de la solution & de la putréfaction Saturnin.
doit être si petit qu'aucune
chose de la nature à sublimer ne monte,
& ainsi le feu lent & petit profite qui
donne au mercure entrée dedans le
corps net, mais le feu fort, perd tout,
le second feu de la pierre, tempère &
nourrit doucement. Le tiers feu altère
la pierre & fait apparaître & sortir les couleurs,
& est appelé feu de dessiccation
& de calcination, le quatrième feu
met fin à l'oeuvre en fixant l'esprit avec
le corps tellement que tout soit rouge,
la première couleur est noire, & s'en
gendre par le premier feu, & après la
noirceur plusieurs couleurs paraissent,
se dessèchent souvent, & se liquéfient
aussi souvent avant la perfection, laquelle
@

240 HARMONIE CHIMIQUE
perfection procède du feu, du
mercure & de beaucoup de patience.
Saturnin p. 71.
Evalerandus. L'inhumation, putréfaction, distillation,
décoction, digestion descente,
sublimation, séparation d'éléments,
dissolution, congélation, cération, fixation,
blanchissement, rougissement,
calcination, mortification, tout ceci
n'est qu'un ouvrage, à savoir cuire la
pierre, & toutes ces opérations sont faites
dedans un seul vaisseau, même feu &
fourneau. Evalerandus. p. 113.
Auréole. Il ne faut pas travailler à rendre le
mercure transparent, c'est à dire, le
rendre en eau claire, transparente, comme
plusieurs cuisiniers font pour ce que
si le mercure était réduit en cette eau,
il ne pourrait être congelé & serait inrestinctible
en cet oeuvre, & ne se congèlerait
ni fixerait. Auréole septième.
p. 196.
Pythagoras. Quoi que les Philosophes aient dit
en leurs livres, cuits, brûle, infuse,
descend, réitère &c, ce n'est toutefois
qu'une opération au feu. Pythagoras dans
la Marguerite p. 38.
L'art commence où la nature a laissé,
décou-
@

CHAPITRE VI. 241

découvrant & manifestant ce qui est du
Soleil caché en la matière, c'est la cause
que les Philosophes disent, que la nature
engendre les métaux, mais elle ne
peut engendrer les teintures, quoi
qu'elle contienne en soi quantité de
teinture, nature contient en soi ce qui
lui est nécessaire, mais ne le peut parachever,
si elle n'est mue par l'art, &
& par l'opération. Richard c. I.
Sublimez les corps non d'une sublimation Belle rive.
vulgaire connue aux ignorants,
qui croient que sublimer soit faire monter
les corps en haut, mais seulement
chez les Philosophes est d'une chose vile
& corrompue en faire une excellente,
c'est à dire transmuer la terre noire en
blanche, & lors les corps sont sublimés,
c'est à dire subtilisés & convertis en autre
nature, c'est à dire de noirceur en
blancheur. Belle rive.
Notre sublimation n'est autre chose
qu'une subtilisation, d'autant qu'en la
sublimation de la pierre les superfluités
sont ôtées, & les parties non fixes sont
élevées par la *fumiere & le vent des
parties non fixes, mais nous voulons
que ces deux choses soient fixes & soient
Q
@

242 HARMONIE CHIMIQUE
faciles à fondre. Par quoi celui qui sublime
parfaitement, subtilise & parachève
tout l'ouvrage. Le même.
Bacon & Si le Soleil, & la Lune étaient plus
Jean Meung. parfaits, ou au double, ou quadruple
ou centuple, ou plus outre, ils parferaient
les imparfaits. Bacon p. 53. &
Jean de Meung p. 15.
Calid. La solution, & coagulation, sont en une
même opération, & requièrent même
opération, & ceci devant la composition,
mais après la composition
d'icelles, l'ouvrage sera divers, mais cette
solution & congélation que j'ai dictes
sont la dissolution des corps & congélation
de l'esprit, & sont deux, & ont
une même opération, d'autant que
l'esprit ne se congèle point, que par la
solution du corps, & semblablement, le
corps ne se dissout point sans la congélation
de l'esprit, & le corps & l'âme,
lors qu'ils se joignent ensemble, chacun
d'eux agit en son compagnon pour
le faire semblable à soi. Calid. c. I.
Si tu ne convertis les corps en subtilité,
tellement qu'ils soient subtils & impalpables
au toucher, tu n'auras point
ce que tu cherches, & s'ils ne sont triturés,
@

CHAPITRE VI. 243

retourne à l'ouvrage jusques à ce
qu'ils soient triturés & faits subtils, que
si tu fais cela, ce que tu désires advienne.
Le même.
Apres la solution & la coagulation, on
nomme cela, composition. Le même.
L'Assation est la vraie putréfaction, Des Comtes.
& disposition première, laquelle est
nommée sublimation, or le subtil se sublime
de l'épais doucement, mais avec
grand jugement il montera de la terre
au ciel, & en après descendra du ciel en
terre, par quoi saches, mon fils, que
suivant que tu nettoieras notre médecine,
tu la trouveras sur la fin pure, ou
impure. Nicolas des Comtes p. 4.
Les dispositions du magistère sont 1.
première sublimation, 2. calcination, 3.
solution, 4. ablution, 5. cération, 6.
coagulation 7. fixation, quelques uns
en ont mis neuf, à savoir la distillation
& la descente, mais ces deux sont à l'ablution,
& ceci a été fait pour obscurcir
la science. Le même p. 6.
Geber a mis toute la perfection en la
seule sublimation, mais peu de gens
l'entendent, car la sublimation n'est
autre chose selon que les Philosophes
Q ij
@

244 HARMONIE CHIMIQUE
veulent que la séparation des choses
subtiles d'avec les grossières, & ceci se
doit faire avec le feu lent, car si tu fais
séparation avec le feu violent, les parties
grosses montent avec les subtiles,
tellement qu'il n'y aurait aucune séparation.
Le même p. 9.
Notre sublimation n'est point la sublimation
vulgaire, pour ce qu'en cette
sublimation toutes les opérations
suivantes sont comprises, I. purification,
2. solution, 3. putréfaction, 4.
ablution ou incération, 5. coagulation
(en laquelle l'eau se dessèche doucement
par notre Soleil, & s'unissent &
coagulent ensemble, & se tournent en
pierre que si on fait cela, l'opération
sera complète, & non autrement) 6.
calcination, d'où nous disons que qui
sait parfaitement faire la sublimation,
sait tout l'ouvrage, & toutes ces opérations
se font en un vaisseau, & non en
plusieurs, en un fourneau & non en plusieurs.
Le même p. 11.
Les moyens de convertir les éléments
sont dissoudre le gros en simple, laver
l'obscur en suivant, réduire l'humide en
sec, & fixer le volatil sur son corps.
@

CHAPITRE VI. 245

Le même p. 15.
Dissous les corps nets, & également
dedans le mercure cru. Le même p. 15.
Par le bénéfice de l'eau, notre oeuvre
se blanchit, se rougit, se tue, se vivifie,
se brûle, dissout, congèle, pourrit
& germe: cuits donc peu à peu pourrissant,
jusques à ce qu'il soit changé de
couleur en couleur parfaite, te gardant
bien au commencement de brûler
ses fleurs, ni sa verdeur, & ne veuille
tôt parachever ton oeuvre, prenant
garde que ta porte soit bien & sûrement
fermée, de peur que celui qui est
dedans ne s'envole, & par l'aide de
Dieu tu viendras à la perfection. Note
donc, mon fils très-cher, que dissoudre,
calciner, sublimer, teindre, laver, refroidir,
arroser, extraire, coaguler
humecter, imbiber, cuire, fixer, triturer
& dessécher sont même chose. Le
même p. 20.
Il a plusieurs noms qui ne sont qu'une
même chose, & même régime, d'autant
que ce n'est autre chose que cuire
& triturer, jusques à ce que la poudre
soit faite, cuisez donc le vif argent & le
soufre, jusques à ce qu'ils soient faits
Q iij
@

246 HARMONIE CHIMIQUE
un dans le vaisseau bien clos. Le même
p. 23.
Dastin. Le régime de notre pierre est un,
icelui est cuire continuellement & incessamment
en son vaisseau, sans intermission,
jusques à ce qu'on aie la fin désirée.
Dastin p. 29.
Prends garde qu'en mondifiant tu ne
perdes sa vertu, que la force actrice ne
soit suffoquée, par quoi ne prend point
cette matière que pure, nette crue, lisse,
terrestre, sincère & droite, car si tu fais
autrement rien de bon ne sortira. Le même
p. 30.
Brûle notre airain avec un petit feu,
semblable à celui de la nourriture des
oeufs, jusques à ce que le corps soit abattu,
& la teinture soit extraite laquelle
ne s'extrait pas tout à la fois, mais fort
peu à peu, & de jour à autre, jusques à ce
que par un long temps soit achevé, ce
qui se dissout monte toujours en haut,
encore que le plus demeure en bas. Le
même, même p.
Parisien. Le principe qui est le dernier en la
résolution est le principe en la composition.
Un Parisien commence, Mon
Seigneur sous correction.
@

CHAPITRE VI. 247

La sublimation n'est autre chose que Helie.
l'élévation des parties très-subtiles des
choses grossières, laquelle se fait par
un feu lent. Helie c. 5.
Toutes les opérations, à savoir sept
distillations, sept imbibitions, sept incérations,
sept putréfactions, sept descentes,
sept congélations, se font en un
même vaisseau, & non en plusieurs. Le
même à la fin du livre.
Conclus que tu n'as pas besoin de ces Armingan-
opérations mises pour aveugler les dus.
ignorants, à savoir sublimer, dissoudre, L'étude re-
humecter, arroser, imbiber, distiller, commande.
monter, descendre, pourrir, monder,
nourrir, chauffer, cuire, dessécher,
blanchir, teindre, cérer, congeler, calciner
& fixer, par quoi sois assidu à
l'étude, & persiste à l'opération. Armingandus
au commencement du livre I.
Tu sépareras, c'est à dire dissoudras, Ortulan.
car la dissolution est la séparation de la
terre d'avec le feu, & du subtil du grossier
& épais. Ortulan.
Prends la pierre récente, sans faire autre Daniel.
division, mets la dedans un vaisseau
bien scellé, & puis mets la dedans son
lit mollet, la cuisant jusques à tant
Q iiij
@

248 HARMONIE CHIMIQUE
qu'elle soit parfaite, mais remarque
bien que tout l'effet consiste au feu,
& tout l'art se fait en un vaisseau, avec
un feu lent, & un seul fourneau, où se
sublime, calcine, distille, lave, descend,
incère, putréfie & fixe, & se tue & vivifie
soi même. Daniel de Justinopoli.
Payen. Il y a quatre régimes, à savoir la solution,
laquelle n'est autre chose que la
conversion de tous les éléments en eau,
2. ablution qu'est réduction de tous les
éléments en air & alors tous sont sublimés,
3. réduction, qu'est la conversion
de tous les éléments en terre, & imbibition
de l'eau sur la terre, 4. fixation,
dernière opération qui se fait convertissant
tous les éléments en feu. Payen
p. I.
L'imbibition, la décoction, contrition,
solution congélation, sublimation,
calcination se font en un même vaisseau.
Le même p. 8.
Le feu se coagule en air, l'air se coagule
Incertain. & tourne en eau, l'eau se coagule & retourne
en terre. Incertain, commençant,
Cher fils.
Rouillac. La séparation des éléments se fait,
lors que la terre passe en eau, l'eau en
@

CHAPITRE VI. 249

air, l'air en feu, & ces opérations ne
sont autres que dissoudre. Rouillac p. 6.
Il faut quatre parties d'eau métallique
pour une de soufre. Le même p. 7.
Végéter, aiguiser, animer le suc de
la lunaire ou le minéral, sont même
chose, & cet ouvrage se fait peu à peu
avec un petit de notre soufre. Le même
p. 44.
Prends une once d'or, & quatre onces
d'argent vif ne plus ne moins. Le même
p. 52.
La séparation des éléments n'est point
séparer l'un d'avec l'autre parmi les
Philosophes chimiques, mais c'est convertir
l'eau en feu, & la terre en air,
comme un homme bilieux par succession
de temps se rend mélancolique, pour
ce qu'il se dessèche. Le même p. 56.
Note, mon fis, que dissoudre, calciner, Synésius.
teindre, blanchir, refroidir, humecter,
laver coaguler, imbiber, cuire,
fixer, triturer, dessécher, distiller
n'est qu'une opération, à savoir cuire la
matière jusques à la perfection, dedans
un vaisseau bien clos, jusques à ce que la
matière (par un feu seul) soit blanchie,
& le feu augmenté, rougie. Synésius p.
@

250 HARMONIE CHIMIQUE
2. le livre commence, Combien que les Philosophes
anciens.
Geber. Nous ne pouvons point imiter nature
en toutes les différences des propriétés,
à savoir en la proportion des éléments
mêlables, ni au moyen de les
mêler ensemble, ni en chaleur, par laquelle
nature épaissit les métaux. Geber
l. I. c. 10. de la sommaire perfection.
Les opérations auxquelles l'artiste se
doit appliquer pour cet ouvrage, sont
la sublimation, la descente, la distillation,
calcination, solution, coagulation,
fixation & la cération. Le même p.
39.
Le Soleil, & la Lune, d'autant qu'ils sont
corps parfaits n'ont besoin d'autre préparation,
sinon que leurs parties soient
subtilisées, & réduites de la corporalité
à la spiritualité fixe, & après être préparés
suffisamment seront propres pour
faire l'élixir magistral blanc ou rouge.
Le même. c. I. de la recherche du magistère.
Artéphius. En tout le monde n'y a qu'un seul
agent pour cet art qui puisse résoudre,
& réincruder les corps métalliques sous
la conservation de leur espèce: Il y a
@

CHAPITRE VI. 251

donc un seul moyen propre & naturel,
par lequel nous devons résoudre les
corps parfaits du Soleil & de la Lune
d'une admirable & authentique solution,
sous la conservation de leur espèce,
sans aucune destruction si ce n'est à une
nouvelle, plus noble & meilleure forme
ou génération, à savoir en pierre
parfaite des Philosophes, qui est leur
secret & trésor admirable. Or cette
eau est certaine substance moyenne,
claire comme argent pur, laquelle doit
recevoir les teintures du Soleil & de la
Lune, à celle fin qu'elle soit congelée &
convertie en terre blanche vive; Or ceste
eau a besoin des corps parfaits, à
celle fin qu'elle soit congelée, fixée &
coagulée en terre blanche après la dissolution,
& cette eau, est un feu végétable,
animal & minéral, conservant l'esprit
fixe du Soleil & de la Lune, & la transmutation
des métaux imparfaits ne
se peut faire par les corps parfaits
secs, si premièrement ils ne sont remis
en leur première matière molle & coulante.
Artéphius, p. 12. commence, l'antimoine.

La dernière fois, dis je, cuits en notre
@

252 HARMONIE CHIMIQUE
eau blanche, c'est à dire au mercure
jusques à ce qu'il soit dissout en noirceur,
en après la noirceur se perdra par
la décoction naturelle. Le même p. 43.
L'esprit qui plus garde la nature de
l'esprit, tant mieux défend il de la
vitrification: or l'esprit qui est seulement
purifié le garde mieux, que celui qui est
purifié, fixé, calciné & dissout, par
quoi il est nécessaire de mener un tel
avec lui. Le même, même chap. & un
peu après il écrit.
De quelque matière que ce soit qu'on
tire la médecine du mercure, faut qu'icelle
matière soit d'une substance très-
subtile & très pure, adhérente à icelui
naturellement, fondante facilement, &
subtile comme eau, & tellement fixe
qu'elle résiste au feu.
Dominus Encore bien que les Philosophes
vobiscum. aient mis plusieurs ordres de travailler,
ils ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit
des ignorants, car il n'y a qu'une
médecine, un vaisseau, un régime, une
disposition au blanc & au rouge, & n'est
besoin de triturer avec la main, ni
mettre rien d'étrange, ni rien de superflu,
une partie étant spirituelle, l'autre
@

CHAPITRE VI. 253

corporelle, l'une améliorant l'autre.
Dominus vobiscum p. 56.
Cuisez le tout jusqu'à ce qu'il se fasse Ventura.
une graisse épaisse, mettez la sur un feu
lent, jusqu'à ce qu'il se fasse une pierre
blanche, cuisez la encore jusques à ce
qu'elle soit desséchée & réduite en
poudre sèche. Ventura c. 24. p. 134.
Cuisez avec l'eau de mer (car l'eau est
plus grande que la terre) jusques à ce
que les tablettes se rompent, c'est à dire
se dissolvent, & soit fait eau, ou comme
un bouillon gras. Le même c. 25.
p. 145.
La matière est dissoute par putréfaction Valentin.
& unie dedans le bain, & produit ses
fleurs sur les cendres & en son humidité
superflue est desséchée sur le sable,
mais la flamme vive fait le parfait
mûrissement, n'étant pourtant à dire
qu'il soit besoin, ni de bain marie, ni
de fiente de cheval, ni de cendre, ni de
sable, mais que le feu soit bien proportionné
selon que la matière le demande.
Basile, Valentin p. 45 clef. 10.
En décrivant l'augmentation, nous Greverius.
n'entendons pas la multiplication, d'autant
que la multiplication du germe n'est
@

254 HARMONIE CHIMIQUE
point faite qu'après avoir semé de nouveau
la semence: or l'augmentation du
germe est faite avant la multiplication
de la semence. Greverius p. 27.
Lulle. Prends ton corps noir & le calcine en
même vaisseau par trois jours, & puis
le laisse refroidir, & ayant ouvert le
vaisseau, tu trouveras ta terre spongieuse
& morte, laquelle tu garderas jusques
à ce qu'il faille joindre le corps avec l'âme.
Raymond Lulle en sa Clavicule c. 8.
3. paroles. Toutes les distillations, subtilisations,
calcinations, rubifications, fusions,
résolutions, congélations, & mortifications
du mercure se font dedans le feu,
p 57. c. 99. l. 3. du livre des trois parole de
Geber.
Tritemius. Saches que les Philosophes ont fait
plusieurs chapitres pour sublimer, distiller,
séparer, pourrir, laver, incérer,
calciner, toutes lesquelles ne sont qu'une
opération, lesquelles sont faites en un
vaisseau, Tritemius au dernier axiome Philosophique.
p. 106.
@

CHAPITRE VI. 255

Scholie.

T Outes les opérations, lesquelles sont décrites
par les Philosophes chimiques, comme
nécessaires à ce divin oeuvre, peuvent être
mises en cinq classes ou ordres, au premier Cinq opéra-
nous mettons la commixtion, complexion, tions.
*circondation, composition, & amalgamation,
& dirons véritablement que toutes ces cinq ne 1.
font qu'une, à savoir l'amalgame, lequel il
faut cuire, mortifier, comburer, calciner, tri- 2.
turer, corrompre, digérer, dissoudre, rôtir,
noircir, & toutes ces dix ne sont aussi qu'une
opération, laquelle est noirceur, laquelle il
faut 3. séparer, distiller, extraire, diviser la partie
dissoute de l'entière, & ces quatre ne sont 3.
aussi qu'une à savoir séparer & cueillir la noirceur,
qui est la partie dissoute de la matière
non dissoute, laquelle faut 4. revivifier, fondre,
ajouter, paître, nourrir, submerger, don- 4.
ner ingrès, refroidir, incérer, réduire, conjoindre,
imprégner, laver, inhumer, mondifier,
congeler, coaguler, augmenter, multiplier
pour la première fois, blanchir pour la première
fois, rubifier pour la première fois,
dessécher, arroser, humecter, imbiber,
& toutes ces vingt cinq ne font qu'une, à savoir
arroser & dessécher, Cette dessiccation faite,
& le blanc ou le rouge obtenu, 5. faut fixer, ma- 5.
rier, fermenter, descendre, monter, blanchir,
pour la seconde fois rougir pour la seconde
fois, le rendre de nature de feu & très rouge
pour la première fois & la sublimer pour
@

256 HARMONIE CHIMIQUE
la troisième fois. Ceci fait si la matière
n'est assez coulante, c'est à dire promptement
fondante eu feu, l'on vient à la cération. Or
tous ces mots d'opération sont dits & marqués
par leurs auteurs, mais mal entendus par les
chercheurs qui s'abusent, les uns s'imaginant
vue opération particulière, les autres plusieurs,
& par conséquent plusieurs vaisseau: fourneaux,
feux & diversités de drogues, que si ces
gens avaient un bon jugement, ils éplucheraient
l'intelligence de ces mots; pour exemple,
en la commixtion il y a plus d'une matière,
si plus d'une matière, les ingrédients de cette
composition se doivent embrasser qu'est entendu
par complexion, cet embrassement est environné
de quelque chose qui est dit *circondation,
en cette *circondation la composition se
forme, & pour cette composition l'amalgamation
se fait nécessairement, qui est la *mollification
des matières dures, lesquelles se ramollissants
& rendant en se dissolvent
& jettent leur semence ou soufre en matière
noire, & telle qu'a été décrite ci dessus, laquelle
étant cueillie, la faut cuire, en cette
cuite elle prend la couleur noire, qui est dite
morte ou mortifiée, cette mortification est dicte
combustion, en cette combustion la matière
est dite calcinée, pour ce que la chaux est
matière subtile, cette subtilité est dite triturée,
cette trituration se fait par corruption (car aucune
nouvelle forme ne peut advenir à une matière
sans perte & corruption, de la première
forme) cette corruption ne se peut faire sans digestion,
gestion
@

CHAPITRE VI. 257

& cuite, cette digestion ne se peut faire
sans la dissolution de la première forme, en
cette dissolution, la matière se rôtit & la *rôtissure
engendre peu à peu un noircissement.
Cette noirceur achevée d'être cueillie en la
quantité désirée, est séparé du superflu, qui
est la trop grande quantité ou de l'eau minérale,
ou du corps d'où elle est sortie: ce qui est donc
séparé l'est de ses fèces: or en la distillation,
le subtil est séparé & extrait, ou tiré de l'épais,
de la vapeur qui est la matière dissoute de celle
qui ne l'est pas, est divisée d'icelle, cette matière
donc noire & pure étant séparée de l'entière,
doit être revivifiée, pour ce qu'elle était morte,
rendue fusible, pour ce qu'elle était sèche
en y ajoutant la viande, nommée cibation, &
la nutrition qu'est le mercure qu'on y épand
par dessus, & qui se cache parmi cette noirceur
qu'on nomme submersion ou submerger, qui
pour ce qu'il pénètre facilement s'appelle ingression,
pour ce que le mercure ou l'eau humecte
cette matière chaude & sèche, est dite
réfrigération, & pour ce que par cette réfrigération
la matière se rend liquide & se peut étendre
sur la main comme de cire, est dite incération,
& cette incération est dite réduction,
à savoir de chaud & sec, en froid & humide,
& en cette réduction se fait conjonction de
l'eau avec la poudre noire, & pour ce qu'en cette
conjonction la poudre croît, est appelé conception,
& pour ce que la matière noire commence
à changer de couleur, elle est dite se laver,
& pour ce que le mercure ne se voit plus,
R
@

258 HARMONIE CHIMIQUE
on le dit inhumer, & en s'inhumant il enferme
avec soi ou chasse la noirceur, il est dit
mondifier, & pour ce que ce mercure ne coule
pas, il est dit être congelé, coagulé, augmenté
multiplié pour la première fois, car l'on ne cesse
d'ajouter un nouveau mercure à celui qui est
desséché & réduit en poudre, jusques à ce que le
tout soit blanc de la première blancheur, laquelle
par continuation de feu se rougit de la
première rougeur, laquelle se dessèche encore
& s'humecte encore par l'imbibition, & l'irroration
pour la joindre avec son levain, qui est
l'argent pour le blanc, ou l'or pour le jaune,
qui est appelé fixation, mariage, fermentation,
descente, pour ce que cette matière qui
était blanche ou rouge redevient noire,
puis reprenant sa couleur blanche ou rouge est
dite monter, & alors cette blancheur ou rougeur
est dite seconde, & la rougeur éclatante,
& qui s'obscurcit en rouge brun comme
sang vermeil brûlé, est dite ignition première,
& pour ce que cette rougeur est parue par
trois fois, une sans levain, la seconde avec levain,
& cette troisième par le levain donné
plusieurs fois, est dite sublimation troisième,
c'est à dire rendue excellente pour la troisième
fois, c'est ainsi donc qu'il faut entendre les
bons auteurs, & non s'imaginer des fantaisies
qui ne furent & ne seront jamais, mais comment
s'accorderont ils à Arnaud & autres qui ne
veulent pas que l'on emploie en cette fabrique
plus haut de cinquante écus, Oyons Monstrelet
en ses Chroniques & aux additions, disant
@

CHAPITRE VI. 259

que sous Louis XI, année 1465. l'écu
d'or valait 26. s. 6. d. pièce, & f 85. Apres la
mort du Connétable de saint Paul, les écus,
qui avaient cours pour 24. s. 6. d. Parisis auraient
cours pour 35. *unzains & 8. d. Parisis, &
qu'on ferait des autres écus d'or qui auraient
un croissant au lieu de la couronne qui était
aux autres écus qui vaudraient 36. *unzains du
pris de 26. f. 6. d Parisis, & des *unzains neufs
de 12. tournois pièce, & su premier volume f.
320. 310. chap. 238. 251. l'écu d'or ne valait
que 88. s. Parisis, & aux antiquités de Paris
est marqué qu'à la chasse de sainte Geneviève
il y a neuf vingt treize marcs & demi
d'argent à 45. f. Parisis le marc, & cinq marcs
& demi d'or à seize livres le marc, c'était
l'an 1242. le 10. de Novembre qu'elle fut faite.
Puis donc que l'or & l'argent ne valaient pas
tant le marc, qu'à présent l'once ( car l'once de
l'or à présent vaut quarante livres, & l'once de
l'argent trois livres, qu'est le marc de l'or
trois cents vingt livres, & le marc d'argent
vingt quatre livres) qu'on ne trouve pas étrange,
si à présent la dépense en cette recherche
& travail va à beaucoup d'avantage, vu que
les ouvriers & les ouvrages, & toutes choses
sont extrêmement augmentées, pour preuve
qu'on voie si un homme pourrait vivre pour
huit deniers de pain, un demi setier de vin,
& quatre deniers de viande: car on lit au livre
intitulé le grand Aumônier p. 75 & 186. que
Philippe le Hardy l'an 1271. ordonne à ses prêtres
huit deniers de pain par jour, un setier
R ij
@

260 HARMONIE CHIMIQUE
vin, quatre deniers pour la cuisine à perpétuité,
& l'écu d'à présent n'était qu'un, sol alors:
entrons à présent à dénouer les noeuds les plus
entortillés, & sans les couper, comme fit le
grand Alexandre, commençons à découvrir
au mieux qu'il nous peut être permis depuis le
commencement jusques à la fin toute cette besogne,
pour laquelle faire bien comprendre, il
nous est nécessaire redire ici plusieurs choses
déjà dites, que si le Lecteur fâcheux ne le
trouve bon, qu'il sache que ce n'est pour lui
que ceci est écrit, & que nous avons eu plus
de peine d'écrire que lui de dire, & que par
dessus toutes les sciences, celle-ci requiert les
redites.
Nous pourrions décrire ici mille opérations
& une milliasse de recettes, que les charlatans
exposent & vendent, pour tirer la teinture des
métaux, pour déteindre & tirer la teinture de
l'or, pour faire des tiercelets, des médions, des
cinquante pour cent, & en fin, pour dire
tout on un mot faire la fausse monnaie: passant
donc sous silence toutes ces bagatelles, à la
vente desquelles les vendeurs sont plus avisés
que les acheteurs, car ils vendent, disent- ils,
un secret admirable, duquel ils ne se peuvent enrichir
qu'au moyen de cette vente, & ceux qui
l'achètent, croient en faire des montagnes
d'or, dont le premier n'est pas trompé, car il en
a l'argent, mais le second se trouve abusé, car il
a allégé & vidé sa bourse, & chargé & appesanti
son esprit de souci à chercher le moyen
de remplacer ce qu'il a baillé, mais laissons ce
@

CHAPITRE VI. 261

charlatan, vendeur aux corbeaux; & l'acheteur
au repentir. Nous disons & assurons qu'âme Aucun n'a
vivante n'a jamais fait ni or ni argent, ni ne pourra jamais fait
faire, cette fabrique étant oeuvre de la seule aucun mé-
nature, impossible aux vivants de l'imiter aussi peu tal.
de ce fait qu'en plusieurs autres, mais ce que l'art
fait, est de purifier les métaux qu'on appelle
impurs, chassant ce qu'y a été mêlé d'hétérogène
ou étrange, & par conséquent les diminuant
de poids, achevant la coction & fixation
du grain d'icelui, & lui donnant la couleur
requise; & par ce moyen, le prix en est plus
grand. Or pour parvenir à cette dépuration & fixation
il n'y a qu'un moyen, nous disons un moyen seul
& unique qui a déjà été proposé par les doctes,
mais méprisé par les ignorants: de quoi les sages
se moquent ne le trouvant étrange, car si
la semonce que fait notre seul Sauveur Jésus
Christ aux hommes n'est écoutée ni suivie,
disant, je suis la porte, la vérité, & la vie, nul
ne peut aller au père que par moi, venez à moi
& je vous soulagerai, prenez mon joug, car
il est léger: & saint Paul qui dit & assure que
nous allions au trône de grâce où nous
avons un Avocat qui perpétuellement intercède
pour nous, & qu'icelui seul (qui est
Jésus Christ) nous est donné pour satisfaction
envers Dieu, & qu'à contre poil les hommes
vains & fous se cherchent d'autres avocats &
d'autres satisfactions, pourquoi n'en fera on de
même en cette recherche? O mortels pécheurs,
& vous curieux chercheurs, aimez & craignez
Dieu filialement, & lui ajoutez foi à
R iij
@

262 HARMONIE CHIMIQUE
Exhortation cause qu'il est bon, & non pour crainte de sa
à l'étude. colère, Oderunt peccare mals formidine paena,
oderunt peccare boni virtutis amore, & vous curieux
trop tardifs à l'étude, & trop hâtifs à écouter
les charlatans, méchants & ignorants, écoutez
les doctes, qui assurent la science être vraie,
dans laquelle il n'est montré qu'une matière,
laquelle l'art ne fait point, aussi peu que la semence
de l'homme, mais la tire de l'or & de
l'argent par le moyen du mercure dedans un
simple vaisseau de verre sur un petit & lent feu,
notant en passant & y méditant, que lors que
notre cahos est sur le feu propre, & dans son
vaisseau convenable, l'eau y ramollit les corps,
mais lors que les corps y ont rendu leur feu
ou soufre, alors ce soufre qui est poudre
noire ou de couleur de brique impalpable, rend
l'eau en sa couleur & subtilité, mais l'eau en fin
rend ce soufre en sa couleur, elle demeurant
toujours sèche, poudre, & très subtile, jusqu'à
ce que par la continuation de la chaleur mesurée
& l'un & l'autre passent à la sphère du feu:
or étant sortie hors des corps doit être recueillie,
étant recueillie, doit être nourrie peu à peu,
& mise en pâte par le même mercure, qui
étant desséché & devenu poudre, doit être derechef
nourri & séché, & ainsi continuer de
nourrir & dessécher, jusques à ce que la blancheur
se montre, laquelle blancheur paraissant
on pourra fermenter commençant à se
jaunir ou bien la laisser sur le feu pour prendre
sa rougeur & icelle fermenter: à tout ceci
n'y a qu'un ordre, mais à cause que le temps est
@

CHAPITRE VI. 263

un peu long, &c duquel nous parlerons au chap.
dixième, & suivants. L'impatience des chercheurs
les fait égarer après des vanités, qui
promettent une grande brièveté pour aller à la
misère en poste, & à un repentir trop tardif
j'en appelle à témoin l'expérience journalière.

pict
D E L A N U T R I T I O N D E
LA PIERRE DES
Philosophes.

CHAPITRE VII.

T E X T E.

pict Umectez ce bas monde de Isaac.
la rosée de Mai, jusqu'à
ce qu'il porte des fleurs
blanches, jaunes & rouges,
ou nourri le Roi de
son propre lait, jusques à ce qu'il soit
grand; ou mouille la terre de l'eau claire
& nette de Paradis, & cette eau remontera
derechef au ciel, & descendant
sur la terre, l'arrosera, & la rendra
fertile. Isaac l. I. c. 38.
R iiij
@

264 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
N Ous avons expressément tu une infinité
de discours que nous pouvions faire sur le
chap. précédent, pour ce que la diversité des
matières, sur lesquelles nous pouvions & pouvons
faire des gros volumes, aurait, été capable
de faire broncher plusieurs chercheurs,
notamment celles lesquelles nous avons éprouvées,
& avons vu éprouver à plusieurs opérateurs,
tant en cette ville de Paris, qu'à plusieurs
autres, auxquelles notre curiosité nous a porté
pour y voir & conférer avec ceux qui avaient
quelque bruit de science, car ce n'est notre intention
d'embrouiller les esprits encore faibles,
& comme perdus dans le labyrinthe du Dédale,
mais en leur ouvrant les yeux, leur bailler le peloton
d'Ariane; Quittez donc ces erreurs, sophistiques,
& amusement, nous vous en
conjurons par cette vérité, fille aînée du Ciel,
par le seul moyen de laquelle nous savons ce
que nous savons, & laquelle nous supplions
vous vouloir dessiller les paupières, &, sommes
assuré qu'elle le fera, si votre coeur est droit
& pur envers elle, comme elle se maintient sans
parure mondaine.
Arnaud, Hali, Calid, & plusieurs autres usé
usé de ce mot de Monde, nous marquant fort
clairement, qu'il n'est que cette matière noire,
laquelle au chap. précédent a été cueillie de
l'Electre, & maintenant nous est enseigné le
moyen de l'élever à notre désir, ce qui se fera
@

CHAPITRE VII. 265

en l'imbibant du mercure d'une façon subtile,
c'est à savoir en forme de rosée qu'il dit de Mai.
Or pour ce que c'est un des plus grands secrets
de l'art, je n'ai encore rencontré aucun auteur
qui en aie exprimé ni la façon, ni la
quantité de l'eau que cette terre noire demande,
ni la longueur du temps; notre auteur se
contentant de dire que ce sera jusqu'à tant que
la blancheur paraisse, & alors ce sera
assez imbibé, arrosée, & nourri: car une partie
de cette terre ou poudre, ou soufre, ou charbon,
ou tête de corbeau, ou mercure double
ou comme on le voudra appeler, aura bu pour
le moins cinquante parties de son eau: continuant
donc le feu, cette blancheur nommée
eau deviendra jaune, dite air, fin du blanc &
commencement du rouge, puis rouge, nommé
feu, duquel quelqu'un dit, qu'il n'y a que trois
éléments au blanc, à savoir terre pour noir,
eau pour blanc, & air pour jaune, mais qu'au
rouge le feu y est de plus, à savoir le rouge,
lequel ne changera jamais plus, sinon en rougeur
plus obscure, laquelle tant plus sera noire,
d'autant plus teindra elle les corps blancs. Ce
Roi donc & cette terre est ce même monde,
& ce lait n'est que le mercure, c'est à dire l'argent
vif très pur nommé de Paradis à cause de
sa pureté, lequel montera au ciel, faisant allusion
à ce que plusieurs tiennent qu'il est aérien,
mais il veut dire qu'en ce mercure jeté sur cette
noirceur, ou cette noirceur imbibée dedans la
mer bouillante & écumante, après être descendu
& comme perdu par sa pesanteur dedans
@

266 HARMONIE CHIMIQUE
les cavernes de la terre, remonte derechef au
Ciel, non qu'il quitte la terre & s'en sépare,
mais bien devienne subtil & excellent, plusieurs
se sont par trop amusés & abusés à cette montée
& descente, laquelle ils ont trouvée être
un jouet baillé aux enfants pour les trompant
cacher le secret, ou bien pour déclarer obscurément
la dernière opération, de laquelle nous
parlerons en temps propre.
Texte.
Lulle. L Es corps ne sont point nourris
mais seulement leurs germes en eux
mêmes avec la cuite du feu diversement
régie, car mêmes leurs corps ne sont
que la viande de leur semence, & cela
est vrai que les corps sont changés, altérés
& réduits à la nature du germe
spermatique, & ce germe s'augmente
en se coagulant, & se nourrit en se dilatant,
comme l'enfant au lait de la mère,
de même les corps se résolvent comme
la viande, & sont convertis en icelle,
de même la dissolution des corps
se fait alors que les corps se dissolvent,
la coagulation d'une nature ne se fait
point sans la dissolution de l'autre, ni
au contraire, & la forme à advenir, ne
peut être sans la corruption de la forme
@

CHAPITRE VII. 267

première, & la forme des corps à
cause de la forme venant des esprits,
& toute la substance des corps s'en va
en aliment & forme substantielle, & par
ainsi toute solution est mortification,
comme toute congélation est vinification
& cause de vie très-proche. Lulle
au codicille p. 69.
Lors que le noir s'imbibe avec l'eau,
après la séparation par le filtre, ladite
matière noire se blanchit sur le porphyre,
mais aussi tôt qu'on triture la matière,
la blancheur se cache en la matière,
tellement que toujours le même
advient, jusques à ce que la vertu de
l'eau surmonte la force de la terre, toutefois
avant qu'on vienne à ce vrai terme
& couleur de terre, plusieurs & infinies
couleurs apparaîtront, desquelles
personne ne saurait donner raison, car
la terre durant la coction fait plusieurs
*glandulosités ou bossettes, semblables
à des vessies, auxquelles toutes les
couleurs du monde fort resplendissantes
apparaissent, ce qu'on ne croira
qu'après l'avoir vu. Le même en la sommaire
conclusion de son testament p. 66.
Notre argent vif entre, & se mêle
@

268 HARMONIE CHIMIQUE
actuellement à l'autre vulgaire, desséchant
son humidité phlegmatique, &
ôtant la froideur du corps, & le noircissant
comme charbon, lequel en après
se convertit en poudre. Le même en la
Clavicule I.
Scholie.
C' Est une erreur de croire que les corps de
l'or & de l'argent, ou tels qu'ils sont ou
fondus, ou réduits en eau, comme on croit, ou
par l'eau régale, ou par l'eau forte, ou limés,
ou passés, comme on dit par le bec de l'alambic,
puissent être nourris, augmentés, ou
multipliés, ou en quantité, ou en qualité, ni
mêmes en couleur permanente par aucun tire
poil, pour ce que tels qu'ils sont, ils sont morts,
non qu'ils n'aient en eux leur semence, ou
soufre, ou esprit, mais tellement accablés
de quantité de terrestréité, que s'il n'en est
développé les corps demeurant sans produire,
seront toujours dits être morts, mais si ce
germe est extrait, comme il a été dit ci devant,
il pourra être nourri & élevé à un degré très-
haut, & alors ne se voulant contenter du lait
(à savoir du simple & purifié mercure, à celle
fin de le rendre plus fort, fixe & robuste) il
lui faudra bailler & manger le propre corps (ou
semblable) du quel il est sorti, & c'est ce que
notre Auteur dit que les corps sont la viande
de leur semence, c'est à savoir l'argent de la
semence ou germe blanchi, & l'or du germe
rougi. Or ce corps étant uni avec son propre
@

CHAPITRE VII. 269

germe, augmenté, coagulé, nourri & dilaté,
perd sa nature & se dissout de telle façon, qu'il
ne peut jamais être plus or, ou argent, comme
la viande mangée ne peut jamais plus être viande,
mais quelque autre chose qui n'est plus viande
de l'estomac, mais est nourriture de toutes les
autres parties du corps, car cette viande perd
souvent la nature qu'elle prend en tous les
lieux, & de son séjour, & de son passage, d'autant
qu'une nouvelle forme ne peut advenir
que la précédente ne se perde, mais il faut entendre
& remarquer soigneusement que ce Note.
germe blanchi ou rougi ne mange point son
propre corps, c'est à dire ne doit être joint
à l'or ou à l'argent en corps qu'en la fermentation,
de laquelle il sera parlé en son propre lieu.
Mais voici un avertissement considérable Note.
c'est qu'à toutes les fois que ce noir est imbibé
sur le porphyre (entendent par ce porphyre le
vaisseau de verre) ou par arrosement, ou par
l'eau bouillante & écumante, la matière noire
se blanchit principalement recueillie en forme
d'écume ou graisse, mais dedans peu de temps
cette blancheur est engloutie ou cachée par la
noirceur, mais finalement l'eau surmontant de
beaucoup, comme de la cinquantième partie
plus ou moins la terre; elle commence à démontrer
sa force, & donne premièrement, diversité
de fleurs ou couleurs très belles à voir, lesquelles
ne durent pas beaucoup, la fin desquelles Note.
est la blancheur: faut aussi noter que
ce mercure ainsi tiré & noir est appelé fils ingrat,
pour ce qu'il ne se contente pas de se nourrir du
@

270 HARMONIE CHIMIQUE
lait ou mercure, mais il faut qu'il mange &
dévore sa mère ou son père, desquels il à été
engendré, que si c'est son père, il veut encore
dévorer sa mère, & l'ayant mangée il la
transmue en sa propre substance & couleur, si
que par après ni le fils qui a mangé son père &
sa mère, & le père & la mère qui ont été mangés,
sont tellement unis & faits une autre chose
qu'ils n'étaient auparavant, qu'il est impossible
de les séparer, ni anéantir par aucun
moyen ou cogité ou à cogiter.
Texte.
Ripleus. L A cibation est nommée nutrition
de notre matière sèche, donnant
du lait & de viande modérément jusques
à ce qu'elle soit réduite au troisième
ordre. Ripleus p. 82.
Scholie.
N Ous avons vu quelques uns, qui ayant,
de cette matière noire, ou par eux, ou par
autrui n'ont jamais peu trouver le moyen de
lui faire joindre & unir le mercure, & pour y
parvenir ont cherché une infinité de moyens
mais sans aucun fruit, lui donnant tantôt à
manger de viande froide, tantôt de liquide,
& lors qu'ils voient que la liquide disparaissait,
ils croient avoir trouvé la fève au gâteau,
mais le corps être gorgé du breuvage quatre
fois sa pesanteur, se mettait & montrait en
@

CHAPITRE VII. 271

corps disjoint de la matière ou poudre noire, &
se dépitant quittaient tout leur ouvrage: ô curieux
jusques à quand serez vous négligents à
chercher dans les livres (s'il ne vous est inspiré
d'en haut ou montré de quelque ami, ce grand secret,
où consiste l'union de l'eau froide, humide
& pesante avec cette matière noire, chaude,
sèche, & légère, laquelle par sa grande, puissante
& agissante chaleur & siccité, échauffera
& desséchera ladite humidité & froideur de
l'eau marine, & alors que cette noirceur aura
acquis sa perfection blanche ou rouge, alors,
dis je, l'on lui donnera de viande, & non du
lait, c'est à dire, l'on la fermentera avec l'or
ou l'argent, & non plus avec du mercure.

Texte.

F Ais la nourriture au feu de même Desiderable.
que l'enfant est nourri au ventre
de la mère, d'autant que les quatre éléments
sont là, à savoir deux secs, le
feu & la terre, & deux mous, l'air &
l'eau, tellement qu'à celle fin qu'ils s'entretiennent
doucement dans le feu, il
faut précéder doucement, l'eau du
mercure ainsi cuite est appelée huile,
c'est à dire onguent, par lequel notre
magistère est parachevé parfaitement,
& lors que le blanchissement se fait,
on l'appelle eau, & lors qu'elle teint
@

272 HARMONIE CHIMIQUE
huile & l'eau est appelée esprit, &
l'âme est dite la teinture qu'est en
l'esprit, & partant l'âme est semée dedans
la terre foliée qui la retient, & la
poudre noire retient son eau. Desiderable
p. 25.
La pierre est nourrie du seul feu, le feu
est le mercure parmi tous les Philosophes.
Le même p. 37.
Prends une once de notre soufre,
mets le avec quatre onces de mercure,
purge avec le sel & vinaigre dans un vaisseau
de verre fermé hermétiquement,
& le colloque dedans un fourneau secret,
y mettant le feu, & le cuisant continuellement,
patiemment, & sans se
hâter, jusques à ce que le tout se fasse
cendre, car l'un se coagule avec l'autre,
à savoir la terre avec l'eau, & garde
toi bien que les esprits ne s'enfuient
par la force du feu: Par quoi tout ce
magistère n'est autre chose que dissoudre
parfaitement la pierre, & puis la
coaguler, fuit donc en ceci toute hâte,
faisant le tout par une accoutumance
de son feu. Le même p. 68.
L'eau & le feu suffisent pour blanchir.
Le même p. 69.
La
@

CHAPITRE VII. 273

La noirceur se blanchit par le moyen
du blanc fuyant, qui se coagule avec le
non fuyant, & se fait une même chose
en buvant sept fois son eau. Le même p.
74.
L'arrosement de la terre à celle fin
qu'elle ne demeure sache, consiste totalement
en l'eau, prends la pierre & la triture
avec le lait, & sera blanche, se
multiplie, c'est à dire, se nourrit, si on
met une partie de la rosée de Mai avec
elle en la nutrition dans le vaisseau. Le
même p. 78.
Notre eau lave les saletés de notre
terre. Le même. p. 93.
Notre pierre ne végète point, ni n'est
point nourrie végétablement, mais
plutôt la multiplication arrive par apposition
de nature semblable à elle, car
chaque semblable arrête son semblable
lui étant apposé, & tant plus il en
prend & se multiplie, d'autant est il plus
pesant & actif en qualité & plus parfait.
Le même p. 158.
De même qu'en la première composition
de cet oeuvre, aucune chose
étrange de sa nature n'y entre, de même
rien ne le multiplie, qui ne soit de la
S
@

274 HARMONIE CHIMIQUE
première disposition, cette pierre se
nourrit de beaucoup de semence féminine,
c'est à savoir du mercure, l'unissant
sensiblement & le composant
moyennant toutefois la digestion,
car un semblable retient à soi son
semblable par entremêlement, &
non par multiplication végétable, car il
n'y a rien qui nourrisse & multiplie la
pierre sous la génération de la forme,
que la semence qui la nourrit par son
mélange. Le même p. 59. en son Auréole
p. 193.
Scholie.
L 'Eau du mercure, (laquelle n'est autre chose
que l'humidité d'icelui) étant consumée
par me moyen de la siccité de la terre noire
avec laquelle elle est mêlée sur un feu lent, est
appelée huile ou onguent. Il faut noter qu'elle
n'acquiert pas ce nom d'huile tandis qu'elle se
blanchit, mais bien après, car durant son action
elle est encore en état d'être séparée, mais après
elle ne le peut plus être par aucun artifice. Or,
dit il l'eau est nommée esprit, & l'âme est appelée
la teinture qu'est en l'esprit, & partant
l'âme est semée dedans la terre foliée qui la
retient, c'est autant que s'il disait, lors que la
matière nommée sera blanche ou rouge, jette la dedans
l'or ou l'argent qui sont appelés terre foliée,
ou en feuilles pour être battue en feuilles
@

CHAPITRE VII. 275

subtiles ou en monnaie combien que comme
les feuilles couvrent les fruits en l'arbre, ainsi
ces corps couvrent la force & la vertu de cette
âme. Je ne puis passer ceci sans avoir été extrêmement
étonné d'un artiste Parisien qui
ayant mis une certaine matière sur son feu,
croyait pour la voir élever tous les jours
durant un couple de mois qu'elle s'y nourrissait
fonde, disait-il sur l'autorité de notre
Maître, qui dit que la pierre est nourrie du
seul feu, mais il ne prenait pas garde que sa
matière s'élevait en forme d'éponge, & n'augmentait
en poids, comme la fin lui fit connaître,
qu'aussi par ce feu le mercure est entendu
par tous les Philosophes desquels il est souvent
appelé feu de géhenne, duquel les corps sont
tourmentés: certes nous n'avons encore appris
qu'aucune chose soit nourrie du feu, soit élément
ou élémenté, pas mêmes ces mouches
nommés *Pyrausses, desquelles on marque la
naissance & demeurance parmi les flammes
des fournaises les plus ardentes, mais laissons
ces disputes à autres, & retournons à notre discours,
lequel sera d'ajouter à une once de
soufre quatre onces de mercure purifié, plusieurs
lui en donnent à chaque fois tant qu'il
en peut prendre, mais autres ne lui en donnent
que son quart. Ceux qui ont essayé l'un & l'autre
ont trouvé la dernière imbibition la plus
sûre & plus facile, & plus brève, quoi que
plus pénible, à cause de la fréquente sortie de
matière du dedans de son vaisseau pour la
nourrir, mais pour ôter toute difficulté à ceux
S ij
@

276 HARMONIE CHIMIQUE
qui veulent entendre ce passage nuement, & disent
que la pierre se parfait elle même, &
d'elle même sans y rien toucher, notre Auteur
marque que notre pierre n'est point comme
une plante, pour attirer insensiblement l'aliment
des lieux plus prochains, mais que si
nous voulons qu'elle se nourrisse, & s'augmente,
il faut de nécessité que nous lui ajoutions de
nouvelle matière laquelle ne sera d'autre nature
que de la sienne, mais de celle même, par laquelle
elle a eu son commencement qu'est le mercure
qu'il nomme semence féminine, qui seul
la peut nourrir & multiplier, toute autre chose
n'y pouvant être propre, quoi que plusieurs
ignorants crient & croient autrement.
Texte.
Rosaire. C' Est une grande industrie de faire
les corps esprit, & au contraire,
mais c'est chose véritable que si la quantité
volatile surmonte la quantité fixe,
finalement elle sera convertie en corps
spirituel, blanc ou rouge. Le petit Rosaire
p. 8.
Scholie.
N Ous avons par ci devant assez clairement
montré la manière de rendre les corps
esprit, à présent notre texte nous apprend que
pour faire quelque chose de bon, il nous faut
@

CHAPITRE VII. 277

ajouter grande quantité de mercure, sur un
peu de matière qu'il nomme fixe, quoi qu'elle
ne le soit actuellement, mais par puissance, ou
la comparant à la volatile du dit mercure, entendant
aussi la noirceur pour cette matière fixe, le
tout sera converti en un corps subtil, non pour
s'exhaler, mais propre à pénétrer, teindre &
parachever ce que nature a commencé dedans
les mines, & y laisse son commencement, comme
imparfait (suivant la commune opinion)
par les accidents qui s'y sont rencontrés, & ce parachèvement
sera l'étain le cuivre & le mercure,
en argent, & les uns & les autres en or vrai, nous
disons or vrai, d'autant que la fin de cet art n'est
de faire une teinture superficielle & séparable,
mais une fixe, & inséparable, ce qu'est impossible
à homme du Monde de faire que par cette
seule & unique voie, quoique les brouillons,
charlatans & trompeurs assurent au contraire.

Textes.

T Ournez & remettez l'eau sur sa Daustricus.
terre, jusques à ce qu'elle soit congelée,
alors elle est plutôt convertie en
même nature par nature, prenant
nouvelle nature à chaque degré d'opération,
rendant à la cendre selon le ternaire
de son eau, & triture, &
cuits & réitère ceci souvent sans te fâcher,
car la terre ne germera point, sans
S iij
@

278 HARMONIE CHIMIQUE
un fréquent arrosement, & ne prendra
point l'arrosement sans dessiccation
précédente, par quoi chaque fois que
tu auras desséché, verses y d'eau ni
peu ni trop, mais tempérément, car si on
y met trop d'eau, on fera une mer d'angoisse,
que si aussi il y eu y a trop peu,
tout se brûlera: cuits donc autant que
tu as ajouté pour dissoudre, & en
imbibant dissout autant que la chaleur
en a desséché, gardant toujours
que l'âpreté & violence du feu ne brûle,
ne cessant point aussi la chaleur jusqu'à
ce que le tout ait pris au fond du
vaisseau forme de pierre. Par quoi si tu
mesures bien la chaleur, l'eau & le feu te
suffisent, d'autant qu'ils lavent, nettoient,
nourrissent, & ôtent l'obscurité
du corps. Daustricus p. 25.
Scholie.
C Et auteur nous admoneste d'user d'une
très grande discrétion à l'arrosement, imbibition,
ou nutrition de notre terre, & véritablement
c'est en cet endroit, où la plus
grande partie des artistes & chercheurs faillent
les uns par impatience, les autres par imprudence,
& ignorance, les uns mettant trop
d'eau à la fois nient tout, sans toutefois que
@

CHAPITRE VII. 279

rien se mêle, les autres manquant au trop peu,
perdent aussi tout, certes cette union de la terre Histoire re-
noire avec l'eau blanche est toute la difficulté de marquable.
l'art, & assure avoir vu un personnage fort
docte & fort entendu en toutes les opérations
communes, qui par l'espace de vingt deux ans n'a
jamais su le trouver le moyen de joindre l'eau
avec la terre, tellement que je lui ai entendu
dire que cette terre noire n'était que la saleté
du mercure, & non la matière des Philosophes;
& caput corvi tant désiré, disant que si ce fut
été ce mercure & dissolution des corps, elle se
serait nourrie s'unissant avec son argent vif,
mais n'en étant que l'excrément, il ne se pouvait
ni unir, ni nourrir, ni augmenter, étant
chose vraie que l'excrément ne se peut ni nourrir,
ni augmenter, mais son ignorance le faisant
conclure, que puis qu'il ne savait faire
joindre l'une avec l'autre, & par conséquent
que ce noir ou tête de corbeau, tirée des deux
corps par le moyen d'un esprit très-dépurés au
jugement des plus pratiques, était leur excrément
& saleté, cela était mal conclu, tellement
qu'il quitta tout la pour chercher d'autres
chemins & opérations pour dissoudre l'or &
l'argent, & l'argent vif en leurs principes, lesquels
il croit être vrai soufre de vraie eau
transparente, & ayant quitté l'étude des bons
auteurs ne recherche que les recettes qu'il
achète ou à grand prix d'argent, ou de présent. Or
il faut joindre l'un avec l'autre par une subtilité
particulière, laquelle sera découverte en temps
& saison propre au chercheur, si son intéS
iiij
@

280 HARMONIE CHIMIQUE
rieur est tel que la matière qu'il cherche & désire
avoir, est, ô mer que tu travailles de personnes!
ô graisse! ô écume nageante! ô eau bouillante
vue de plusieurs, & connue de peu, que
tu bourrelles de stupides! humectez, desséchez,
que votre tête de corbeau boive tout son soul
de son eau pure dedans la mer abondante, laquelle
bouillante unira & jettera hors de son
ventre une matière, comme graisse ou écume,
laquelle vous recueillerez au dessus de l'eau, ou
avec une cuillère percée, comme on fait l'écume
du pot, ou avec une plume, cette graisse ou
écume mise dedans sa matrice sur un feu propre
à couver un oeuf se desséchera, se mettra en
poudre, mais toujours noire, jusques à ce que
s'étant souvent plongée dedans la mer ondoyante
& desséchée par après sur le feu propre elle
devienne blanche, & demeure lavée, nourrie,
nettoyée, & reluisante au fond du vaisseau,
Dieu vous en fasse la grâce.
Texte.
La correction L E mercure est mortifié par la vapeur
des fous. du soufre sublimé & préparé
& est coagulé en dureté & forme
métallique, La Correction des fous c. 18.
p. 19.
@

CHAPITRE VII. 281

Scholie.

N Ous avons dit ci devant que notre soufre
est ainsi appelé, à cause de sa chaleur,
siccité & facilité à pénétrer, c'est ce que notre
Auteur touche en peu de mots, car ce soufre
a été élevé ou sublimé à la superficie de l'Electre,
& se sentant agité dans la pleine & abondante
mer, il s'attache à ce qui le trouble & agite,
combattant & abatant, mais étant sorti de
ce combat tout trempé & tout mouillé n'a besoin
que d'être desséché, mais aussi tôt il rentre
au même lieu & & combat, d'où il sort encore
victorieux, mais toujours trempé &
mouillé, mais en fin comme il avait donné ses
couleurs à son combattant, finalement il les
contraindra non de céder, mais de prendre la
couleur de son dit combattant, & tous deux
demeurent coagulés & en dureté & en forme
métallique.

Texte.

L A terre est nommée mère des élé- Trompette.
ments, d'autant qu'elle porte son
fils dedans son ventre, c'est à dire, qu'il
le faut nourrir de sa première & pure
substance, & le fils est appelé corps, ou
terre foliée, c'est à dire esprit & corps
mort. Le son de la trompette p. 36.
Prends la terre noire triturée, & l'imbibe
@

282 HARMONIE CHIMIQUE
de mercure, & la mets sur les cendres
chaudes pour le sécher, & fait ceci
deux, trois & quatre fois, imbibant
& desséchant jusques à ce que la terre
soit assez blanche & d'une blancheur fixe.
Le même p. 45. & tout de suite dit,
L'azoth, c'est à dire l'eau mercuriale,
& le feu lavent & nettoient le laton,
c'est à dire la terre noire, & lui ôtent
son obscurité: or la préparation de la
terre se fait toujours avec l'eau, par
quoi telle pureté qu'il y aura en l'eau,
telle pureté se trouvera en la terre, &
ceci se fait au blanchissement & lavement
de la terre.
Lors qu'on a imbibé de mercure la terre
noire, il se faut prendre garde de ne
rompre pas le verre, & ceci se fait sur
Vingt ou tren- les cendres chaudes, & le temps de la
te jours dessiccation de chacune imbibition est
par chaque de vingt ou trente jour naturels. Le
imbibition. même p.46.
A la terre desséchée il faut mettre de
mercure sa sixième ou septième partie
dans un verre scellé, puis la mettre sécher
sur les cendres ou feu lent, continuant
cette congélation & dessiccation
pour le moins quatre fois, car tant plus
@

CHAPITRE VII. 283

cette terre sera dissoute & congelée,
tant plus sera elle subtile & pénétrante
en la nature. Le même p. 48.
L'eau est un esprit purgeant, subtilisant
& blanchissant le corps. Le même
p. 51.

Scholie.

L A terre est prise par les Auteurs en deux
façons, ou lors de la première composition,
car elle a son fils qu'est le soufre dans elle
même, & par conséquent les quatre éléments
qui sont le noir pour la terre, le blanc pour
l'eau, le jaune pour l'air, & le rouge pour le
feu; la seconde façon, cette terre est simplement
la noirceur, le soufre ou la semence,
comme on voudra dans laquelle noirceur le
blanc, le jaune & le rouge sont cachés, mais
en ce texte la première façon est entendue, &
ce fils qu'est la noirceur sera nourri du mercure
qui est sa première substance, l'imbibant,
& le desséchant sur un feu lent, non quatre
fois seulement, mais jusqu'à ce que la matière
devienne & demeure blanche, & pour les vingt
ou trente jours ne s'y faut amuser, car selon la
force de l'enfant, le sang se consume, & est
chose véritable que quelquefois la dessiccation
demeure beaucoup plus de temps à se faire,
laquelle si on n'attend patiemment & jusques
à ce que le tout soit fait poudre impalpable,
l'on est en danger de tout perdre: le reste
@

284 HARMONIE CHIMIQUE
de cet auteur est assez clair & facile.
Texte.
J Etez donc l'eau sur la terre, & mêlez
Avicenne. triturant & imbibant peu à peu de
semaine en semaine, cuisant & calcinant
en après doucement, jusqu'à ce
que la terre ait bu cinquante parties
de son eau, & saches qu'il faut nourrir
la terre de son eau, premièrement peu à
peu, puis un peu davantage, comme il
est facile de comprendre par l'élèvement
des enfants. Par quoi triture
souvent la terre, & l'imbibe peu à peu,
de huit en 3. jours, la cuisant & calcinant
médiocrement au feu, & ne t'ennuie
point de réitérer souvent cet ouvrage,
car la terre n'apporte aucun
fruit sans fréquent arrosement: donc
étant séchée, & ayant beaucoup de soif
elle boit son humidité & son eau, & la
trituration n'est point bonne jusqu'à ce
que la terre & l'eau soient une même
chose, & même corps, ne te laisse donc
point de triturer & rôtir, jusqu'à ce que
la terre soit sèche & blanche, car cette
blancheur s'engendre de cette fréquente
& sèche trituration & dessiccation:
Toutefois prends toi garde d'imbiber
@

CHAPITRE VII. 285

la terre que peu à peu, & avec longue
trituration après la dessiccation de
la terre, cuits autant en rôtissant que la
dissolution requière en imbibant. Avicenne
c. 5. p. 83.
Chasse la mort du corps par fréquent
arrosement, mais autant que tu auras
dissout en humidité, autant dessécheras
tu en rôtissant. L'école des Philosophes
p. 125. Scholie.

L A matière noire est dite morte pour deux
raisons, l'une à cause que demeurant toujours
noire elle ne peut rendre aux métaux la
splendeur & la fixation que nous recherchons,
& pour ce regard elle est dite morte, l'autre est
à cause de la couleur noire hiéroglyphique de
la mort, car les corps morts en fin se rendent
noirs: Il faut donc chasser la mort du corps, c'est
à dire la noirceur, par le moyen de la réitérée,
& fréquente imbibition & dessiccation du mercure,
duquel on l'humectera, non de huit en
huit jours, comme déjà a été dit, mais au
temps que la matière sera totalement desséchée,
voire quelques jours après, car elle peut demeurer
quelques jours sans nourriture, & alors
ayant grand soif elle en boira & plus facilement
& en plus grande quantité. Texte.

L 'Eau est le purgatif, & cause la clarté
à tout le corps, & à la médecine, Le jeu des
faisant deux choses à la terre, car il la- enfants.
@

286 HARMONIE CHIMIQUE
ve & teint, entend qui la lave s'appelle
eau, & en la teignant s'appelle air. Le
jeu des enfants p. 141.
Notre putréfaction n'est point sordide
ni impure, mais est un mélange
d'eau avec la terre, & de terre avec l'eau
par menues parties, jusques à tant que le
tout soit fait un, car si l'eau ne le desséchait
avec la terre les couleurs ne paraîtraient
point. Le même p. 143.
Aristote. La réduction est le troisième degré
de notre pierre & ouvrage, qui se fait
par la trituration de la terre, & l'incération
de l'eau sur icelle, or l'incération
de l'eau est réduire en humidité la terre
privée d'icelle humidité par la calcination,
& la faire en forme de terre, car
le corps sec & net est propre à boire:
d'autant que tout ce qui est sec désire
Lier les son humidité: liez donc les mains à la
mains de la femme allaitant, à son dos, à celle fin
femme allai- qu'elle ne puisse offenser son fils, & mets
tant cra- sur son sain un crapaud qui la tète jusques
paud. à ce qu'elle soit morte, & la femme
morte sera au feu, & le crapaud sera gros
du lait, mets donc la terre que dessus,
calcinée dedans un vaisseau, & mets y
dessus d'eau rectifiée, cuits ceci par un
@

CHAPITRE VII. 287

lent feu durant une semaine, & puis
calcine doucement cette matière cuite,
à laquelle il faut ajouter d'autre
eau comme auparavant, cuisant lentement
par une semaine, calcinant
bellement, & derechef remettant nouvelle
eau pour cuire, & ainsi faisant
continuellement jusqu'à ce que la terre
aura bu six fois autant qu'elle pèse
de son eau, car la terre ne porte fruit
sans l'arrosement réitéré. Arroser,
dessécher, inhumer souvent est
l'effet souverain en cette affaire, il
faut donc nourrir premièrement la terre
d'un peu de lait en après de davantage,
& pourtant lave la terre, & la triture,
& la cuits jusques à tant qu'elle
ait bu de son eau tout autant qu'elle
en pourra boire, ou jusques à ce que la
terre sera comme pâte adhérente avec
l'eau, & pour faire cela le feu & l'azoth
te suffisent: cuits le sec de la terre noire
avec l'humidité de son eau, jusques à
ce que le sec ait l'humide, & tu auras
tout le magistère, d'autant que l'eau
étant épaisse & coagulée, la terre sera
toujours imprégnée d'un foetus &
prompte à accoucher. Aristote p. 165. 166.
@

288 HARMONIE CHIMIQUE
Aquin.. Prends le corps de notre premier ouvrage,
avec la queue du dragon,
c'est à dire le lait virginal, y ajoutant
de nouveau mercure sept parties sur la
matière restante suivant le poids des
poudres. D'Aquin c. 7.
Scholie.
R Edisons, quoique fort souvent, que le
premier degré de nos opérations est la dissolution
des corps, le second est la décollation
du corbeau ou collection de la matière dissoute
ou matière noire; le troisième en le lavement
ou nutrition de cette matière dissoute avec
l'eau qu'Aristote appelle incération, d'autant
qu'en cette opération la matière se rend facile à
être fondue comme cire: or pour montrer
qu'il n'y a point de poids à l'eau, il dit qu'il faut
continuer cette opération jusques à ce que la
terre n'en veuille plus, c'est à dire qu'elle soit
blanche, car ce que l'un dit cinquante fois,
l'autre dix, l'autre plus, l'autre moins, ce sont
des nombres finis pour des non finis: Par ci devant
nous avons parlé du crapaud, & de l'abus
que plusieurs y trouvent, lors qu'ils prennent
le crapaud animal, & lui ayant rempli (étant
encore en vie) le ventre d'argent vif, le mettent
dedans un vaisseau fermé au mieux qu'ils
peuvent, & puis dedans ou dessus un feu par
quelque temps, lequel passé, & le vaisseau refroidi,
& ouvert, trouvent le crapaud en cendre
dre
@

CHAPITRE VII. 289

si le feu a rougi le pot & le mercure, courant
comme il était auparavant, si le vaisseau
a été bien fermé, sinon exhalé, le crapaud est
la poudre noire, laquelle s'enfle & s'engrosse
par l'apposition du mercure qu'on lui ajoute,
& qui en fin se crevant pour avoir trop mangé,
son venin se répand, c'est à dire la noirceur
s'effaçant, le blanc, le jaune, & le rouge se
paraissent, qui sont le venin qui tue le mauvais
grain des métaux qu'on appelle imparfaits
& conserve en iceux ce qui y est de bon.

Texte.

L E composé étant arrosé par l'eau Flamel.
divine, ne laisse point rompre les
corps, mais bien plutôt leur ôte la
noirceur, que l'écume de l'argent de la
magnésie lui a mêlée, & blanchit les
corps, & les autres choses de même
genre. Flamel p. 108.
L'art est nourri de même des eaux
qu'est l'enfant du lait, voyez comme
vous arroserez vos terres, & comme
vous nourrirez vos semences, à celle fin
que vous en recueilliez un fruit mûr.
Le même p. 186.
T
@

290 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
L E composé est le noir, fait & tiré en forme
de semence, du Soleil & de la Lune dissout,
& en cette eau divine est le mercure, mais
pourquoi, dit il qu'il ne laisse point rompre
les corps, vu que toute composition de métaux
à laquelle le mercure abonde le plus, comme
en cette ci, est frangible? serait-ce point
pour montrer la perfection de cet oeuvre, par
dessus toutes les autres, & pour aller au devant
du double qu'on en pourrait faire, principalement
ceux qui se sont servis des congélations
mercuriales, nous en pourrions apporter d'autres
raisons, mais nous nous contentons pour
maintenant de celles ci; Or ce qu'il a appelé
composé, maintenant il l'appelle Art, puis terre,
puis semence, & exhorte l'artiste & la prudence,
pour ne lui donner par trop à la fois
d'eau à cause des inconvénients déjà décrits, car
l'enfant sortant du ventre de sa mère, n'a l'estomac,
ni la force de contenir, retenir & cuire
tout le lait qu'il tète & suce, ce qu'il pourra
faire quelque temps après qu'il sera accoutumé
à telle nourriture, & partant il faudra bien
prendre garde à cette opération à laquelle consiste
le noeud & secret de toute l'affaire, d'autant
qu'il y a plus d'artifice à blanchir, qu'à
noircir, jaunir & & rougir, cette opération demandant
l'industrie & la patience.
@

CHAPITRE VII. 291

Textes.

N Otre pierre n'est point amendée Rosaire.
par matières de diverses natures,
& rien n'y entre qui n'en soit sorti, pour
ce qu'elle se corrompt tout aussi tôt
qu'on lui met quelque chose d'étrange,
& ne peut on faire d'elle ce qu'on cherche,
le magistère n'est autre chose que
cuire le mercure & le soufre, jusques
à ce que des deux soit fait un argent vif;
qui défende le soufre d'être brûlé,
ce qui se fera si le vaisseau est bien clos,
tellement que le mercure ne s'en puisse
sortir, ni le soufre brûler. Le Rosaire
p. 173.
L'eau est la chose qui blanchit &
fait rougir, l'eau tue & vivifie, l'eau dissout
& congèle, l'eau pourrit & fait
germer nouvelles & diverses choses:
Que donc toute ta pensée soit à cuire
l'eau, & ne t'en ennuie point si tu ne veux
avoir du fruit, & ne te soucie des autres
choses de néant, mais seulement
de la seule eau, laquelle tu dois cuire
la pourrissant peu à peu, jusques à tant
qu'elle soit changée de couleur en couleur
parfaite, car nature fait ses opéraT
ij
@

292 HARMONIE CHIMIQUE
tions peu à peu, & toi fait de même.
Le même p. 174.
Lors que l'eau se putréfie, ou purifie,
de sa noirceur, elle se rend blanche en
se lavant, & puis se fait rouge. Le même
p. 177.
La terre noire se dissout en eau en
couleur d'huile, alors elle est appelée
huile des Philosophes; le dragon
est né en la noirceur, & se paît de son
mercure, & se tue soi même, & se submerge
en icelui, & s'y blanchit un peu,
& c'est alors l'élixir, l'eau se nettoie
tout à fait de sa noirceur & demeure en
couleur de lait, & durant la noirceur
plusieurs couleurs paraissent. Le même
p. 182.
Cette pierre se putréfiée & mondifie
avec son eau, laquelle étant nettoyée
par l'aide de Dieu, tout l'ouvrage sera
parachevé. Le même p. 195.
L'eau mêlée avec l'airain se blanchit
au dedans, & ce blanchissement est appelé
de quelques uns imprégnation,
d'autant que la terre se blanchit, car
tant que l'eau domine, la terre croît &
se multiplie, & nouvelle génération
s'engendre de là. Prends ce qui descend
@

CHAPITRE VII. 293

au fond du vaisseau, & le lave avec le feu
chaud, jusques à ce que sa noirceur soit
ôtée, & son épaisseur soit retirée, &
fait envoler les humidités ajoutées,
jusques à tant que la chaux soit fort
blanche n'ayant aucune tache; alors
la terre est propre & disposée à recevoir
l'âme. Joignez le sec à l'humide,
c'est à dire la terre noire avec son eau
& les cuisez jusques à ce qu'ils blanchissent,
& ce blanc est appelé air. Le même
p. 207.
La terre sèche ne fait pas beaucoup
de fruit, si elle n'est humectée souvent
de l'eau de pluie, & sans l'eau à peine
ou jamais &c. Le même p. 209.
Mets l'eau premièrement la triturant
par intervalle, & puis la calcinant peu
à peu, jusques à ce que la terre en ait
bu sa cinquantième partie sachant Cinquante
qu'il faut nourrir la terre de peu d'eau, pars d'eau
& puis de davantage, de même qu'un contre une
petit enfant, par quoi triture la terre, la terre l. 2.
l'imbibant peu à peu de huit en huit c. 15. du Ro-
jours de son eau, car elle fait la terre saire colon-
blanche, toutefois prends toi bien garde ne 2015 c.
d'imbiber la terre, que peu à peu, 16. col. 2014.
avec longue trituration, qui sera après
T iij
@

294 HARMONIE CHIMIQUE
la dessiccation de la terre: outre plus le
poids est à observer, de peur que la trop
grande siccité & humidité n'engendrent
corruption: cuits donc autant en desséchant,
qu'il y a été ajouté par l'imbibition,
& en l'imbibant tu dissous autant
que la dessiccation a diminué de
l'humidité: Par quoi à chaque fois que
tu auras calciné, verse de l'eau tempérément,
ni peu ne trop, car s'il y en a
trop en feras une mer d'angoisse, & si
peu, eu brûleras; cuits donc lentement
& non en hâte, arrosant la terre de
huit en huit jours, la cuisant au fumier
& la calcinant jusqu'à ce qu'elle aura
bu la cinquantième partie d'eau.
Remarquant qu'après l'imbibition, elle
doit être inhumée par sept jours. Réitère
donc cet ouvrage plusieurs fois,
encore qu'il soit long, car tu ne verras
la teinture, ni auras aucun profit jusqu'à
la fin de l'oeuvre. Que si la terre
n'est blanche, triture la avec l'eau, puis
la calcine, car l'azoth & le feu lavent le
laton, & lui ôtent son obscurité, d'autant
que la préparation se fait toujours
avec l'eau, par quoi telle netteté
qu'aura l'eau telle, netteté
@

CHAPITRE VII. 295

aura la terre, & tant plus la terre sera
lavée, tant plus sera elle blanche. Le
même p. 238.
Le feu & l'eau lavent le laton, & le
nettoient de sa noirceur. Le même p. 248.
La terre se mêle avec son eau, & l'eau
se diminue peu à peu, à cause de la décoction
tempérée, & la terre croît, &
alors cette opération s'appelle cération
parfaite, car l'eau s'incère, s'imbibe,
& par la décoction tempérée du Soleil,
c'est à dire de la chaleur, se dessèche, &
toute sa nature se tourne en terre. Le
même p. 257.

Scholie.

D E prime entrée cet auteur nous avertit
de n'ajouter rien d'étrange à la pierre,
voulant que ce qui lui a donné son principe
la parachève, mais en cette opération il faut
prendre garde que par la trop grande quantité
d'eau, par la trop grande violence du feu, &
par l'ouverture du vaisseau toute la composition
soit perdue. Or il dit que l'eau se pourrit étant
mêlée avec la terre, c'est à dire se noircit, comme
a été vu par ci devant, mais peu à peu
l'eau surmontant la force de la terre, le tout se
blanchit, & alors l'âme y peut être mêlée,
que quelques uns entendent par la rougeur,
mais ce mélange de l'âme n'est autre chose que
T iiij
@

296 HARMONIE CHIMIQUE
la fermentation, vu qu'étant fermentée elle
peut vivifier les autres corps, & non auparavant,
ce qu'il réitère ici si souvent une même
chose, est pour rendre le studieux artiste plus
prudent & patient au travail.
Textes.
Calid. S I tu ne subtilises le corps jusqu'à ce
qu'il soit fait tout eau, ne se rouillera
point, ni ne se pourrira, & ne pourra
congeler les âmes fuyardes, lors que
le feu les attaquera, d'autant que c'est
le feu qui les congèle, de même les
Philosophes ont commandé de dissoudre
les corps, & nous les dissolvons, à
celle fin que la chaleur adhère au fond
d'iceux: Outre plus nous retournons
dissoudre les mêmes corps, & les congelons
après leur dissolution avec la
chose qui lui a été la plus proche, jusques
à ce que nous ayons conjoint toutes
choses d'un bon & propre mélange,
qu'est une quantité tempérée. Calid.
c. 5.
Prends le chien mâle de Corascène,
& la chienne d'Arménie, & joints les
ensemble, lesquels joint, t'engendreront
un chien de couleur de ciel, abreuve
le en sa soif de l'eau de la mer, & il gardera
@

CHAPITRE VII. 297

ton ami, saches que ceci est une
pierre à laquelle Garip, c'est à dire, autre
chose n'entre point. Le même p. 8.
Prends la pierre honorée, & la mets
dedans la cucurbite & la couvre de l'alambic,
& la ferme bien avec le lut de sagesse
& la laisse sécher, ce que tu réitéreras
toutes les fois que tu opéreras, en après
la mettras au fumier très-chaud, jusqu'à
ce que l'humidité soit desséchée, &
que la siccité aie puissance sur elle. Le
même p. 15.

Scholie.

E Ntre tous les Philosophes traitant de la
pierre, Calid s'est rendu des plus obscurs,
embarrassant, & pèle mêlant les opérations, il
veut donc qu'on subtilise les corps déjà redis si
souvent, à savoir l'or & l'argent, & qu'on les
rende comme eau, c'est à dire impalpables, &
alors la rouillure qu'est la noirceur surviendra
laquelle congèlera & arrêtera les âmes fuyardes,
qu'est le mercure qu'on lui ajoutera, &
que l'on mettra au feu, mais à quoi faire appeler
ce chien engendré de couleur de ciel,
vu que le ciel n'en a point, & qu'étant transparent
permet à notre vue pénétrer jusques au
firmament, serait-ce point qu'il ait égard à la
fin en laquelle la couleur recrée autant la vue
que fait celle du ciel en temps pur & serein?
@

298 HARMONIE CHIMIQUE
usant de cette phrase & façon de parler obscure
pour cacher la science aux ignorants se croyants
entendus, mais assez claire aux doctes & doci-
les?
Texte.
Moyne. F Ais un petit feu jusques à ce que la
paix soit faite entre l'eau & le feu,
& que l'esprit & le corps soient faits une
même chose. Le Moyne p. 14.
Le Dragon naît en sa noirceur, se
paît de son mercure, & est submergé
en icelui, & est blanchi quelque peu
par lui. Le même p. 15.
Continue le petit feu, à celle fin que
le corps dissout en poudre noire entre
dedans son eau. Le même p. 17.
Arnaud. Prends la pierre & la triture avec le lait
blanc, & sera blanche ou mêle le vil
avec le cher & il sera blanchi. Arnaud
des secrets de la nature p. 36.
Dastinus. Le feu est la terre noire au fond de la
cucurbite, lequel feu ayant dévoré son
eau brûlante, demeure noirci quarante
nuits. Dastinus p. 30.
Dominus. Le feu & l'azoth, azoth & mercure
est même chose, & le feu est instrument
qui cuit le mercure, qui entre par les
cavernes de la terre dans le soufre,
@

CHAPITRE VII. 299

lequel soufre cuit le mercure. Dominus
vobiscum p. 50.
Le mélange se fait de l'eau avec la Benoist.
terre, & au contraire, par petites parties,
jusques à ce qu'ils soient faits un par
le feu tempéré. Benoist p. 56.
Prends toi garde qu'en la coagulation Saturnin.
la chaleur ne peut être trop douce, &
te conseille que tu aies toujours un petit
feu, & qu'il soit continuel, quoi que
la perfection soit tardive. Saturnin p.
73

Scholie.

N ous avons dit par ci devant que notre
noir est nommé de plusieurs feu, celui-
ci l'entend ainsi disant, fait la paix de l'eau avec
le feu, il s'ensuit donc que le petit feu n'est
point le feu commun, ou que ce feu, lequel on
doit pacifier avec l'eau est quelque autre chose,
mais l'esprit, le mercure, l'eau, le lait, le vil,
l'eau brûlante & l'azoth sont même chose, &
le feu, le corps, le dragon, la pierre, le soufre,
le cher, la terre sont même chose, à savoir
le noir, & ces deux doivent être unis tellement
que la séparation en diverses parties de
propriétés en soit impossible.
@

300 HARMONIE CHIMIQUE
Texte.
Trévisan. D E même qu'en la première composition
de cet ouvrage aucune
chose étrange à sa nature n'y entre, de
même rien ne la multiplie qui ne soit de
sa première disposition, & cet ouvrage
ne mange point, pour ce qu'il n'est
pas un végétal, & encore qu'en cette
pierre des Philosophes il y ait corps,
âme, & esprit, il n'est véritablement
animé comme sont les arbres & les plantes,
& n'est nourri végétablement, mais
plutôt lui faut multiplication par apposition
de nature semblable à soi, &
non par végétation car un semblable prend
un autre semblable à lui *appositivement,
& tant plus il prend & se multiplie,
tant plus il devient pesant en quantité,
& actif & parfait en qualité. Par
quoi la flamme du feu ne multiplie
point notre pierre, pour ce que ce n'est
son élément propre, d'autant qu'il n'est
de sa première composition, mais un
accident extérieur pour les chauffer.
Quiconque donc nourrira la pierre de
cette façon, & la multipliera, n'errera
point, car ce qui multiplie est converti
@

CHAPITRE VII. 301

en même espèce. Trévisan à Thomas
p. 157.

Scholie.

N Ous avons déjà vu par ci devant, que
cet ouvrage n'est point augmenté ni nourri
à la façon des plantes communes, je dis
communes, pour en séparer le *Baromets, ou
agneau végétable de Scythie, si ce qu'on en
écrit est véritable, mais qu'il est nourri par
apposition de nouvelle matière, nous avons
aussi vu, que cette pierre ne se nourrit, ni
augmente par le feu élément ou élémenté, & la
raison pourquoi, & c'est ce que notre présent
auteur nous confirme.

Texte.

L Ors que tu as faim, & vois la viande Egidius.
tu ignores la quantité, laquelle t'est
nécessaire, mais en mangeant tu sens
par la force de ton estomac combien
il t'en faut, fait donc le même en ton
ouvrage. Egidius p. 27.
Crois moi; si la terre n'est revivifiée
d'eau, tu ne verras jamais la vraie congélation.
Le même p. 81.
@

302 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
N Ous avons dit ci devant qu'aucun ne peut
marquer précisément la quantité du lait
nécessaire à l'enfant pour le renforcer jusques
au marcher, ni aussi celle, laquelle nous est nécessaire
pour nous saouler à un repas, nous entendons
au poids ou à mesure certaine, de même
nul ne peut dire la quantité absolue de l'eau
nécessaire pour blanchir notre more: imbibe
le donc & nourri continuellement jusques à la
blancheur, alors ce sera assez, & la terre sera
revivifiée par l'eau & la vraie congélation sera
faite.
Textes.
Libavius. T Oi qui es curieux de cet art observe
cette maxime qu'il faut premièrement
conjoindre l'argent vif au
mercure, ces choses étant bien cuites
sont la matière laquelle dissout l'or, lequel
ne s'amalgame pas simplement
avec elle, comme les orfèvres savent,
car cet amalgame profite peu à l'art,
en second lieu il faut joindre l'or ou l'argent,
& les cuire par même art. Libavius
en la défense de l'Alchimie p. 508.
La nourriture n'est autre chose que
@

CHAPITRE VII. 303

l'argent vif des Philosophes merveilleusement
purifié, car cette masse mercuriale
composée du mercure des corps, & du
mercure de nature, doit être nourrie, &
ainsi en mercure double, d'autant qu'on ne
nourrit pas une matière ou humeur simple
& pur, mais vue matière qui a une
substance fixe. Le même l. 2. Epître 77.
p. 461.

Scholie.

C Et Auteur parle ici de deux opérations,
la première est la nutrition, lors qu'il dit
qu'il faut joindre l'argent vif au mercure, la seconde
est la fermentation disant joindre l'or ou
l'argent. Il a usé du mot de *confectarium (qui
est un argument serré, auquel la conclusion suit
nécessairement l'antécédent) qu'avons retourné
par ce mot maxime, n'ayant trouvé un qui
fut plus propre, ni plus significatif pour l'exprimer.

Textes.

L 'Eau coopère à blanchir, laquelle est Ventura.
imbibée continuellement avec la
terre, & exhalée par la chaleur, mais
bien plutôt incorporée & desséchée
avec la terre, par quoi triture la souvent
avec son eau, & calcine la derechef,
@

304 HARMONIE CHIMIQUE
jusques à ce que la noirceur ou
obscurité s'en aille totalement par le
lavement de l'eau & du feu. Ventura p.
153.
De même que l'eau ne monte point
tout à coup de la terre, mais bien peu à
peu tirant avec soi l'âme, de même elle
est remise peu à peu sur la terre, d'autant
qu'elle n'est point coagulée & desséchée
tout à coup avec la terre, mais
peu à peu, tellement que la quantité de
l'eau se diminue de temps en temps peu
à peu, jusques à ce qu'elle soit toute desséchée
& réduite en poudre, & ceci se
fait par un feu lent. Le même p. 157.
Réduis l'eau sur la terre, la cuisant
peu à peu, jusques à ce que la terre soit
blanche. Le même p. 159.
L'ouvrage des Philosophes n'a besoin
d'aucun mélange étrange, mais
seulement de la propre semence métallique,
préparée de la terre philosophique,
d'où en produite une pierre
multipliable & infinie, pourvu
qu'elle soit nourrie de son propre menstrue
& humeur naturel, & par la
chaleur du Soleil des Philosophes sa
puissance est réduite en acte. Thibaud
Je
@

CHAPITRE VII. 305

Je commande qu'on ne verse tout à Tourbe.
coup l'eau, de peur que l'ysir ne soit submergé,
mais verses la peu à peu, tritures
la, dessèches la, & faites le souvent
jusques à ce qu'il soit fait eau. La tourbe
Sentence 42.
L'intention invariable des Philosophes,
& d'une même bouche est que la
force totale consiste à l'humectation
sans intervalle, & pulvérisation subséquente,
& ainsi l'on aura la fin. Le même
énigme 7.
Nourris le corps, anime de son lait,
c'est à dire de son eau, de laquelle l'ouvrage
a été fait ou commencé du premier
coup. Exercice 6 sur la tourbe.
Les Philosophes veulent nourrir le Aurore.
grain de l'humeur *connaturel, jusques à
ce qu'il soit végétable, & apporte fruit
tel qu'il a à son intérieur, & veulent vivifier
ce qui est mort de la forme métallique,
jusqu'à tant qu'il donne parfaite
fusion métallique, laquelle vivification
ou nutrition les Philosophes ont
nommée ingrès. L'Aurore c. 20. p. 231.
Le lavement du corps, est la réduction Rosinus.
de l'eau dessus lui, jusqu'à ce qu'aucune
chose de l'âme qui est la teinture ne
@

306 HARMONIE CHIMIQUE
demeure en lui, qui ne monte avec l'esprit.
Rosinus des divines interprétations
p. 292.
Bellerive. Prends la terre noire, mets la sur une lame
de verre, & y verse dessus un peu d'eau
de vie, tellement qu'elle soit en forme
de pâte, mettez la en un vaisseau de verre
sur un fourneau, & sur les cendres, lui
donnant par un jour & une nuit le feu
sans bouillir, & lors qu'elle sera sèche,
arrosez ladite terre de l'eau mercuriale
susdite, & desséchez encore & réitérez
jusqu'à ce que la terre soit blanche
imprégnée. Bellerive.
Arislaus. Apres que tu as séparé l'esprit & l'âme
de son corps (c'est à dire, & entendez
les essences aériennes) alors rendez
à sa racine la forme quantitative par
moyen d'union, & certes aussi tôt le
corps prend son âme, de même que la
nature sa nature. Alors procède à son régime,
jusqu'à ce que la terre coule, comme
quasi une quinte essence, & soit imbibée
de son eau en son temps, jusqu'à
tant qu'elle boive son eau, & commande
que la terre soit imprégnée. Arislaus.
Calid. Prends sa quantité & saches son poids
& lui ajoute de son humidité autant
@

CHAPITRE VII. 307

qu'il en pourra boire, de laquelle humidité
nous n'avons en cet ouvrage
aucun poids déterminé. Calid c. I.
Je ne te commande rien, mon fils, si Nicolas.
ce n'est de cuire notre eau, & notre
cuivre, jusques à ce qu'ils soient tirez,
se brûlants peu à peu, & que l'étain ait
changé de couleur, & soit nettoyé de
sa noirceur, cuis les jusqu'à ce que l'esprit
& le corps soient joints ensemble
& faits un, car l'esprit ne se pouvant
exhaler, il faut qu'il soit fixé & uni
avec son corps, & alors nature s'éjouit.
Nicolas des comtes p. 21.
Notre pierre ne végète pas, & n'est Trévisan à
pas nourrie comme les végétaux, mais Thomas de
elle est nourrie par apposition de nourriture Bologne.
semblable à sa nature. Trévisan à
Thomas de Bologne.
Il faut modérer le feu, jusques à ce Dastinius.
qu'il boive son humidité & soit fait sec
& fort blanc, alors il faut fortifier le
feu, jusques à ce qu'il soit jaune & fort
rouge. Dastin p. 29.
Remettez l'eau sur la terre, donnant
un feu tempéré, jusqu'à tant qu'il ait
fait racine propre à sa nature, or il la
faut nourrir premièrement d'un peu de
V ij
@

308 HARMONIE CHIMIQUE
lait, comme on fait un petit enfant
auquel du commencement on donne
un peu de lait, & tant plus il croît,
tant plus a il besoin de viande & de chaleur,
jusques à ce qu'il aura bu son humidité,
car l'humeur premièrement est
froid, qui est la cause qu'il se faut garder
du trop grand feu, comme étant
ennemi du froid, mais si le corps est mis
sur le feu sans vinaigre, il se brûlera, &
n'aurons de lui ce que nous désirons,
mais le vinaigre lui étant ajouté, le
gardera de brûler se desséchant avec le
corps, & gardera qu'il ne soit offensé,
& tant plus il demeure sur le feu, tant
plus le corps demeure aussi sur le feu, &
tant plus il se cache au centre de l'eau
pour n'être brûler de la chaleur du feu.
Toutefois je commande qu'on ne mette
point l'eau tout à coup, à celle fin
que l'élixir ne soit submergé mais bien
verse l'eau peu à peu, à celle fin que le
corps se cuise avec trois parties de son
eau, car s'il est gouverné comme il
faut sur le feu, il est pacifié avec son
eau, la patience donc & le temps sont
nécessaires, à celle fin que par la longueur
de cuire, l'eau vainque le combat
@

CHAPITRE VII. 309

du feu, car par la légère cuite, l'eau est
congelée, & l'humidité corrompant des
humeurs est tirée, le feu donc soit doux,
jusqu'à ce qu'elle soit congelée en pierre,
car alors tu verras l'eau se congeler,
& cela te montrera assurément que la
science est véritable, d'autant que le
corps coagule son humeur en siccité,
cuits donc le corps avec l'eau, & les
coagule au feu, jusqu'à ce qu'il soit
épais & sec, car étant sec il boit promptement
le résidu de son humidité, alors
mets y d'autre eau que tu cuiras lentement,
& ferme le vaisseau diligemment
ne te hâtant point, & sans te désister
de travailler. Le même p. 33.
Notre eau bénite vient à égaler sa
terre, nettoyer sa noirceur, & ôter
toute sa mauvaise odeur, d'autant qu'entre'eux
y a un amour, comme du mari à
la femme, garde toi donc que l'eau ne
sorte du vaisseau & périsse, mais la réduisant
sur la terre, coagule la par un
feu tempéré, comme la semence se coagule
dans la matrice, remets donc l'eau
sur sa terre, jusqu'à ce qu'elle soit coagulée
en bas, car alors elle est plus
promptement convertie de sa nature en
V iij
@

310 HARMONIE CHIMIQUE
autre nature. Le même p. 34.
Ne méprise point les cendres, mais
rends leur derechef leur sueur, laquelle
ils ont rejetée, jusqu'à tant que le tout
soit retourné en bas, toutes fois autant
de fois que la cendre est imbibée autant
de fois elle doit être desséchée jusqu'à
ce que tout soit tourné en blancheur,
il faut donc que l'airain soit trituré &
imbibé souvent avec l'eau de vie, & à
chaque fois desséché jusqu'à ce qu'il
aura bu son humidité. Les Philosophes
commandent de congeler l'eau vive, la
mener avec son corps, & la cuire jusques
à tant qu'elle soit desséchée, alors
tu trouveras toute l'eau vive coagulée
par soi même & convertie en terre,
& alors l'esprit est joint au corps,
l'eau à la cendre, & la femelle au mari;
pour ce que le cuivre étant bien gouverné
avec l'eau, la paix intervient, &
est blanchi: & la blancheur ne se fait
point que par la cuite & coagulation
de l'eau, & tant plus l'airain est blanchi,
ou lavé, tant plus la blancheur se rend
grande, convertis donc & cuits,
réitère & ne te fâche point de réitérer
avec son airain, cuits la nuée, lave la
@

CHAPITRE VII. 311

noirceur avec l'eau de vie, rôtissant le
laton, jusques à ce qu'il soit desséché &
soit fait corps nouveau, car l'eau de
vie bien gouvernée blanchit tout le
corps le convertissant entièrement en sa
couleur, mêle donc cette fumée à sa
fèce, cuits & triture souventes fois jusqu'à
ce qu'il soit congelé, & dénué de
la noirceur, car l'eau de la rosée de Mai
le blanchit & nettoie, & en descendant
du ciel en temps de pluie pénètre &
blanchit. Le même p. 35.
Quelques Philosophes mettent sur la Florent.
terre de son eau ou de l'esprit non fixé
sans poids ne mesure, l'imbibant d'icelle
tant qu'elle en peut boire, & que
la vertu de cette eau ou esprit non fixe,
au argent vif, ou queue de dragon ou
sperme survenant ait entièrement dissout
cette terre en eau, & soit faite
volatile, & derechef spirituelle, c'est à
dire de nature d'eau ou esprit déjà
dit, montant au ciel, c'est à dire en la
même eau, ou la sublimant, comme a
été du commencement en la première
opération, comme déjà est dit. Prends toi
garde que l'élixir ne soit submergé, ce
qui advient lors que la trop grande
V iij
@

312 HARMONIE CHIMIQUE
quantité du volatil surmonte le fixe,
Florent l. 2. c. 10.
Quelques Philosophes disent que
le dragon doit être extrait de son vaisseau
& trituré sur le marbre, mais pour
le marbre il faut entendre le fond du
vaisseau, car cela est dit par similitude,
& en ce fond sans extraction aucune,
mais moyennant l'industrie de l'artiste,
la solution, & la congélation se font. Le
même l. 2. c. 12.
Armingandus. Pour te parler clairement, je dis que
notre solution se fait avec notre feu,
(&) sans icelui tu ne parviendras point
à ton désir, car par sa force il rompt,
brise, dessèche rôtit, & triture, &
sans corruption de la combustion améliore.
Notre ouvrage n'est fait de main,
mais par nature, & en vérité de Dieu,
je trouve que le feu de nature agit en
ces corps, d'autant que l'argent vif agit
en ces corps car il les réduit en leur première
matière, à savoir en argent vif, en
second lieu il sépare & rejette tout ce
qu'il y trouve de superflu, en troisième
lieu il conjoint inséparablement l'âme
avec son corps & parfait l'imparfait.
Armingandus c. 2.
@

CHAPITRE VII. 313

Notre fille vierge se sentant grosse,
gît au lit, & semble être morte, d'autant
que ses forces sur célestes la délaissent,
& pourtant elle se dessèche, se noircit
étant dénuée de tous mouvements
& influences, laisse la donc reposer,
jusqu'à ce qu'elle respire & enfante son
fils premier né, & qu'icelui soit nourri,
car étant fort il convertira son père
& sa mère de même que lui. Le
même p. 4.
Le lavement n'est point fait par la
force du feu, mais bien avec l'eau du
soufre, & avec la chaleur tempérée
du Soleil. Le même c. 5.
Prends ce qui est demeuré au fond du Nicolas du
vaisseau, à savoir la lie laquelle est appelée Tauro.
par les sages verre ou corps, & la
lave avec le feu très chaud, jusqu'à ce
que la noirceur s'en aille, & la blanchi
d'un bon blanchissement & deviendra
chaux blanche, en après rends la à ses
natures premières qui montent d'elles,
à savoir eau, air & feu. Nicolas de Tauro
c. 1.
Mets d'eau dessus la terre, & puis la
dessèche, les jointures étant bien fermées,
& derechef ajoute d'eau, & la
@

314 HARMONIE CHIMIQUE
dessèche, & encore imbibe jusqu'à tant
qu'elle soit blanche. Vincent question
20.
Payen. Triture la chaux & l'imbibe de mercure
la cuisant jusqu'à ce qu'ils soient
unis & un corps, & ne t'ennuie point de
réitérer souvent ceci, car si le corps n'est
incorporé avec le mercure, il ne sera
jamais sublimé. Payen p. 7.
Lors que tu voudras congeler l'eau &
l'air, mets la sur les terres unies, une
fois après l'autre, jusqu'à ce que par la
vertu de ces terres, l'eau soit congelée
& épaissie, mais que ceci soit fait
peu à peu & par semaines cuisant chaque
fois, jusqu'à ce que la terre en aura
bu cinquante fois autant qu'elle pesait.
Le même p. 15.
Incertain. Mets ta matière noire avec sa quarte
partie d'eau non imprégnée dans un
vaisseau de verre rond, qui ait le col long,
étroit & bien fermé, sur le bain marie
ou fumier de cheval, jusqu'à ce qu'il
soit desséché, alors ajoute y d'autre
eau & ainsi réitère la solution & extraction
des éléments sans sortir la matière
du vaisseau, jusques à ce que la noir-
ceur soit blanche comme neige. Auteur
@

CHAPITRE VII. 315

incertain commence, Mon fils très-cher &c.
La terre à cause de sa sécheresse avalera Rouillac.
l'eau, l'épaissira & la coagulera
non tout à coup, mais peu à peu, &
partant il est besoin de grande patience,
& le vaisseau doit être bien
bouché, de peur que les esprits s'enfuient.
Rouillac. p. 6.
L'inspissation de quelque humidité Geber.
ne se fait point si premièrement l'exaltation
de ses parties subtiles ne se fait
avec la conservation des parties plus
grosses, & il faut que l'humide surmonte
le sec au mélange, & d'autant que
la vraie mixtion du sec & de l'humide
est en la température de l'humide & du
sec, & du sec & de l'humide, il faut que
d'iceux soit faite une substance homogène
pure & tempérée en ses parties,
ayant le milieu entre dur & mol, & s'étendant
en battant. Geber c. 10. l. I. de
la sommaire perfection.
De la multipliée réitération de l'imbibition
avec la contrition & légère assation
l'humidité grande du mercure est
ôtée, & alors tu verras ce blanc plus
excellent que la neige & demeurer aux
côtés de l'aludel &c. Le même livre c. 45.
@

316 HARMONIE CHIMIQUE
La partie non fixe que tu auras gardée
sera jointe peu à peu, & subtilement
sur cette partie de terre administrée, &
sera lavée par voie de sublimation, jusqu'à
ce que le fixe soit lavé totalement
avec le non fixe, que si cela n'advient
point, ajoute y parfois quelque quantité
de non fixe tant qu'il suffise au lavement,
en après fige le jusques à ce qu'il
donne une fusion facile avec son ignition.
Le même l. 2. c. 25.
Lavements Arrose ta poudre sèche & noire
par une peau. lentement avec ton eau l'arrosant par
une peau, jusqu'à ce qu'elle soit blanche.
Du livre des lavements.
Il faut que tu divises ce qui a été coagulé,
Flamel. pour en donner puis après une
nourriture qu'est lait de vie au petit
enfant naissant qui est doué par le Dieu
vivant d'une âme végétative, ce qui
est un secret très admirable, & très caché,
qui a fait affoler (faute de le comprendre)
tous ceux qui l'ont cherché
sans le trouver, ce qui a rendu sage toute
personne qui l'a contemplé des yeux,
soit du corps, soit de l'esprit, il te faut
donc faire deux parts & portions de ce
corps coagulé, l'une desquelles servira
@

CHAPITRE VII. 317

d'azoth pour laver & mondifier l'autre
qui s'appelle laton qu'il faut blanchir.
Celui qui est lavé est le serpent
Python, qui ayant pris son être de la corruption
du limon de la terre assemblé
par les eaux du déluge, quand toutes les
confections étaient eau, doit être occis
& vaincu par les flèches du Dieu
Apollon, par le blond soleil, c'est à dire
par notre feu égal à celui du Soleil.
Celui qui lave ou plutôt les lavements
qu'il faut continuer avec l'autre moitié,
ce sont les dents de ce serpent que le sage
opérateur, le vaillant Thésée sèmera
en la même terre, dont naîtront des
gendarmes qui se déconfiront en fin eux
mêmes. Flamel p. 75. du livre des hiéroglyphiques.

Je ne veux pas oublier en passant de t'avertir
que le lait de la Lune n'est pas
comme le lait virginal du Soleil, pense
donc que les imbibitions de la blancheur
requièrent vu lait plus blanc,
que celles de la rougeur & *auréité, car
en ce pas j'ai *cuidé faillir. Le même p.82.
Voulant passer de la pierre blanche à
la rouge, il faut imbiber d'un peu de
lait virginal solaire. Souviens toi donc
@

318 HARMONIE CHIMIQUE
de commencer la rubification par l'apposition
du mercure citrin rouge, mais
il n'en faut pas verser beaucoup, & seulement
une ou deux fois selon que tu
verras, car cette opération se doit parfaire
par le feu sec, par la sublimation
calcination sèche. Le même p. 86.
Scholie.
F Ermons ce chapitre redisant que des corps
du Soleil & de la Lune, par le moyen du
mercure aiguisé par un feu convenable, &
iceux dedans un vaisseau rond & col long d'un
pied ou environ, & duquel nous parlerons en
son propre chapitre: d'iceux on peut recueillir
une matière noire ou apparaissant telle par un
temps commode dessus toute ladite matière, ou
icelle tombée des arbres & feuilles qui ont été
élevées au milieu de la mer, que quelques uns
appellent vers naissants, mourants, renaissants &
re-mourants, & l'une & l'autre séparée des corps,
ou par la plume, ou par le tamis, sur cette matière
sera apposé & distillé par le chamois le breuvage
convenable de son eau désirée, ou bien ladite
matière noire rouge ou grisâtre, sera jetée
dedans la mer, laquelle mise sur un feu propre
& convenable s'élèvera peu à peu, & excitant la
tempête, cette noirceur se mêlera de telle façon
avec l'eau d'icelle mer, que combattant
l'un pour dissoudre, l'autre pour congeler, en
fin de tous deux las, s'engendrera une forme
@

CHAPITRE VII. 319

d'écume ou graisse, laquelle (toute la mer
étant calme) sera retirée on avec une cuillère,
non d'aucun métal, mais ou de verre, ou de
bois, ou de nacre ou une plume. Cette écume
dès la première fois se trouvera mêlée avec
même poids (qu'elle pesait étant poudre) de
l'eau marine, & par conséquent comme pâte,
laquelle sera mise dedans son vaisseau bien
bouché sur le feu lent, où cette pâte se desséchera
peu à peu, & se retournera en poudre
noire & impalpable, laquelle il faudra remettre
comme auparavant, & continuer jusqu'à temps que par
les réitérés imbibitions la blancheur paraisse.
Or s'il a fallu du temps & de la patience à la dissolution
des corps, il n'en faut pas moins à cette
nutrition, à laquelle peu de chercheurs peuvent
parvenir faute d'étude, de patience, &
de profonde cogitation ou méditation, ne comprenant
qu'est-ce que nutrition, à savoir que
la chose nourrissante est convertie en la propre
substance & nature de la chose nourrie, & partant
qu'il faut que ce dont cette semence, tête
de corbeau, soufre ou mercure double est
nourrie soit converti en même nature & substance.
Ce qui étant ignoré, tout l'est aussi,
principalement que chaque chose naît avec
son destructeur qui la suit sans cesse, voire jusqu'à
l'exterminer, sans en excepter l'or que
quelques uns croient prendre accroissement
parmi les choses qui semblent détruire les autres
métaux & matières, mais ce destructeur,
principalement de l'or est connu au docte artiste.
@

320 HARMONIE CHIMIQUE
Mais comment nourriront-ils l'enfant puis qu'ils
ne le savent extraire, & comment extraire,
s'ils ne le savent former, & comment former
s'ils ne savent assembler & accoupler les parents,
& comment accoupler les parents s'ils ne
les connaissent, & s'ils ne les connaissent, comment
connaîtront ils leurs maladies ou santé, &
s'ils ne connaissent leurs maladies, comment
les guériront ils, & par quels remèdes, puisque
leur nature leur est inconnue? O curieux
chercheurs jetez vous dans l'étude de notre
Exhortation admirable connaissance, les livres vous dessilleront
à l'étude. les paupières, vous dénoueront les difficultés;
& vous montreront que de deux par le moyen
d'un tiers un s'engendre, & font quatre, à ce
quatrième un survient qui font cinq, & ne sont
qu'un, à ces cinq quatre surviennent, dont le
premier paraît longuement, le second moyennement,
le tiers passa tôt, mais le quart qui
fait neuf s'arrête, mais il n'a aucune vertu active
sans le dixième qui venant à son aide le fait
honorer, rechercher, aimer, désirer & craindre
par tout, ils vous apprendront aussi cette
valeur des nombres tant chantée & louée par
Pythagore, & y verrez la vraie quadrature du
cercle, laquelle n'est autre chose que rendre le
parfait qu'est le cercle, imparfait, qu'est le
carré sans détruire le cercle, puis ce carré sera
réduit en triangle, ce triangle en ligne, &
Quadrature cette ligne en point, lequel point quoi qu'indivisible,
du cercle. contiendra tout autant que faisaient la
ligne, le triangle, le quadrangle & le cercle, je
des
@

CHAPITRE VII. 321

dis autant sans plus ne moins, outre ceci vous y
apprendrez une infinité de beaux secrets, à la connaissance
desquels vous aurez en quelque
lieu que soyez un grandissime contentement.
Que si nous n'avons assez de persuasion pour
vous faire prendre la volonté de lire les bons livres,
traitant de cette admirable matière, que
pour le moins le peu de rencontre heureux qu'avez
fait en vos opérations fâcheuses, pénibles
& de grand coût sans fruit honorable, & selon
Dieu, vous fassent faire retraite, de laquelle
Trévisan vous a montré le chemin: Que si aussi
nous n'avons éclairci ce que dessus, & n'éclaircissons
ce qui s'enfuit à votre contentement, &
selon notre désir, que notre peu de loisir
nous serve d'Avocat, peut être quelqu'un
nous suivra qui retirant la lumière du dessous
du boisseau la mettant sur la table, mettra en
profit le talent à lui commis, & s'essaiera (peut
être, tant par l'expérience visible, que par l'écriture)
de retirer les studieux du chemin tortu
pour le mettre au droit, plain & uni.
X
@

322
------------------------------------------------
D U F E U P R O P R E A L A
pierre des Philosophes,
CHAPITRE VIII.
T E X T E.
pict Ors que notre pierre se fixera,
soit avec le levain,
ou autre corps, le feu doit
être si petit qu'aucune
chose ne monte en haut, autrement
Isaac. ce qui se sublimera, ne se fixera
point ni avec le levain, ni avec le
corps. Isaac l. I. c. 5.
Faudra ajouter sous la matière le
feu fort petit, mais un peu plus chaud
que n'est le Soleil au milieu de l'Eté. Le
même c. 6.
Quoi que tu fasses, n'augmente jamais
le feu que tu n'aies ôté quelque
chose du poids, & l'ayant mise sur une
lame d'argent, comme déjà a été dit,
juges quelle chaleur peut porter avant,
& de cette sorte tu ne pourras faillir au
feu, ceci est le plus grand secret de
tout l'art. Quoique tu fasses use plutôt
d'un petit feu que d'un grand, & de
cette façon tu ne pourras faillir, & combien
qu'il te faille un temps plus long
@

CHAPITRE VIII. 323

pour la fixation, toutefois ce petit feu Note qu'il
est plus assuré. Plusieurs ouvrages se n'est pas dit
perdent par la négligence du feu, d'autant simplement
que souvent dans la longueur & espace cet ouvrage
de l'oraison dominicale le feu étant mais plu-
négligé il faut recommencer l'oeuvre. sieurs.
Le même c. 9.
Toutes les fois que la pierre changera
de couleur, tu augmenteras un peu ton
feu, jusques à ce que tout demeure en
bas & tout soit fixe, toutefois prends toi
garde de ne faire un grand feu, jusqu'à
ce que tout soit fixe & parvenu à la couleur
blanche. Le même c. 35.
Tu fixeras & sublimeras toujours la
matière avec un petit feu, encore que ce
temps soit long, car travaillant avec un
petit feu la matière retient mieux son
humidité. Le même c. 43.
Tu dois sublimer avec un feu fort petit,
à celle fin que l'esprit subtil & volatil
puisse premièrement voler des fèces
jusques à la supérieure partie du vaisseau,
autant que l'esprit moyen commence
à sortir des fèces. Le même c. 113.
Ferme le vaisseau d'un luth fort, étant
desséché mets le au fourneau de fixation
y ajoutant un feu fort tiède & semblaX
ij
@

324 HARMONIE CHIMIQUE
ble au Soleil luisant du mois de Mars, &
le tiens en cette chaleur nuit & jour
tant que tu voies ta matière se noircir
comme poix, & encore d'avantage, alors
augmente ton feu d'un petit degré, &
alors ce sera beaucoup sentant cette
chaleur un peu plus forte qu'auparavant.
Retiens ce feu en cette chaleur, jusqu'à
ce que tu voies une autre couleur
qu'est grise, rousse quasi comme cendre:
alors augmente un peu ton feu, mais
non guères, mais comme le Soleil chauffe
en Avril, retiens donc ton feu en ce degré,
jusques à ce que tu voies la couleur
verdâtre, telle qu'est la couleur de la
plume d'un perroquet alors augmente
ton feu d'un petit, jusques à ce que tu
voies la couleur semblable à celle de la
queue de Pan, qui a une infinité de couleurs,
alors augmente ton feu comme la
chaleur du soleil en Juin, & non plus
grande, alors tu n'augmenteras ce feu
que tu ne voies la parfaite blancheur &
la pierre blanche être parfaite, alors
augmente le feu, jusques à tant que tu
voies la matière prendre couleur cendrée,
alors augmente un peu ton feu,
tant seulement d'un petit degré,
@

CHAPITRE VIII. 325

jusques à ce que tu voies une couleur
blanche rousse, comme si c'était le caillé
duquel les Mégissiers préparent leurs
peaux, alors augmente ton feu d'un degré,
& le garde ainsi tant que voies la
couleur semblable à brique battue entre
rouge & roux, alors augmente ton
feu d'un petit degré, jusques à ce que tu
voies la couleur cendrée comme vert
blanc, alors augmente ton feu d'un petit
degré. Or la couleur cendrée est la
dernière de toutes les couleurs, alors tu
n'augmenteras plus le feu que premièrement
la pierre ne soit parfaite. La I.
couleur laquelle tu verras après cette ci
sera rouge comme rose, & peu à peu la
couleur se fera plus haute, & peu à peu
& de plus en plus rougira, tellement que
la matière deviendra si haute en couleur
que jamais l'oeil humain n'en a vu de
semblable, alors réjouis toi avec les
Philosophes, car la pierre est parachevée.
Le même p. 131.

Scholie.

V Oici l'une des pièces la plus difficile, &
presque le noeud de tout l'art, & où est
extrêmement nécessaire de diviser les temps
X iij
@

326 HARMONIE CHIMIQUE
pour accorder les écritures. Notre Auteur
ne nous marque point ici la composition en son
commencement de la pierre, mais seulement la
fixation d'icelle, c'est à dire la rendre telle qu'elle
ne puisse être gâtée par aucune voie ou manière
que ce soit, mais par quel ordre de venir
& cette si haute pièce, puis qu'il ne nous en dit
rien si nous n'avons passe par le chemin épineux?
Il faut donc sans nous effrayer marcher parmi
ces sentiers pleins d'hydres, de buissons, & de
labyrinthes, lesquels ont été franchis par plusieurs
rares esprits, & pavés par la perte des
ignorants & outrecuidants. Entamons donc notre
premier feu, qui est celui de la solution des
corps solides, entiers, nets & crus.
Le feu tend toujours en haut, mais parvenant
au ciel, pour ce qu'il ne peut croupir tend
aux autres choses, cherchant de s'amplifier &
dilater par tout, & d'autant qu'il ne peut être
tiré en bas, pour ce que sa nature y répugne d'une
très facile conduite & traite naturelle, il est
conduit de l'âme jusques à la vie, afin que par
la communion, qu'avec les choses plus hautes
il s'est acquise par la vie unique il passe aux suprêmes,
tâchant de convertir au suprême
non seulement lui, mais aussi tout ce qu'il peut
embrasser, car la nature du feu, autrement de chaleur
& siccité s'est tempérée avec la nature de chaleur
& humidité, & est provenu de ce tempérament
égal, l'élément du feu s'est tempéré
avec la nature d'humidité, d'où l'air & l'élément
de l'air est tempéré avec la nature de froideur
@

CHAPITRE VIII. 327

& humidité, d'où l'eau & l'élément de l'eau
s'est tempéré avec la nature de froideur & siccité
d'où la terre est. J'entends quelqu'un qui dit
que la fumée d'une chandelle éteinte & mise
plus bas que la chandelle allumée attire à soi
la lumière d'icelle. A quoi est répondu que
cette fumée, laquelle est grasse s'enflamme
facilement, & que cette flamme suit ce qui est
gras & onctueux, de quoi sera parlé en son lieu
propre.
Ceux qui veulent tirer la substance d'un chapon,
perdrix, mouton & semblables, ne s'amusent
point à la hacher menu, ni à user d'un
petit feu, encore que ce soient pièces faciles à
cuire, mais après qu'elles sont en gelée, alors ou
pour la foudre ou pour lui ordonner un peu plus de
cuite, l'on use d'un feu lent: l'exemple se peut prendre
encore d'un confiseur, qui du commencement
se sert d'un feu fort, mais sur la fin d'un
feu tempéré selon la matière qu'il traite. Disons
de même, nous avons à dissoudre des
corps fort solides, & pour les ôter de leur nature,
& les réduire à une autre, nous devons
suivre un ordre qui soit propre à la matière que
nous traitons, & de laquelle nous voulons tirer
cette matière, laquelle du commencement
est volatile, & laquelle vous faut fixer si nous
voulons en recevoir du contentement. Nous
avions proposé discourir en ce lieu d'une infinité
de questions qui s'émeuvent touchant ce feu,
mais pour ce qu'il en est parlé sur notre oeuvre
du Sabbat, nous nous contenterons de dire
X iiij
@

328 HARMONIE CHIMIQUE
que nous ne reconnaissons en tout ce qui est
dessous la Lune qu'un feu, icelui visible, attache
& léchant les matières onctueuses, grasses,
huileuses, bitumineuses, & invisibles, pour
être icelui caché dans la terre, cailloux, &
autres matières dures. Or ce feu visible agit &
montre ses forces selon la puissance du résistant,
c'est à dire selon la matière à laquelle il est attaché,
ou à laquelle, ou contre laquelle il veut
agir, c'est donc ici le lieu où nous devons remarquer
la matière, la quantité d'icelle, le lieu
où elle est contenue, & ce contre quoi ce feu agit
non pour soi ou sa nourriture ou entretien mais
contre qui il exerce sa domination, & veut démontrer
sa puissance.
La matière laquelle sert pour entretenir le feu
est diverse, car les uns y emploient le fumier,
les charbons, l'écorce des arbres, desquelles
les tanneurs se sont servis, l'huile, l'eau de vie,
& autres choses: la quantité de ces matières est
ou par poids, ou par mesure. Ce lieu est ou serré
& non visible à tous, ou non si serré & vu
de tous, mais la matière contre laquelle ce feu
agit est celle, laquelle donne la balance. Or cette
matière est ou cahos, grossière matérielle,
indistincte & comme principe (je dis comme
principe) oui élément élémentant, ou élément
élémenté ou point, c'est à dire matière indivisible
& par conséquent finie.
Le cahos est fait du milieu des sept a, & du
dernier d'en bas par le moyen du pénultième,
qu'il faut réduire au supérieur. Or pour
@

CHAPITRE VIII. 329

cet effet quelques uns se contentent d'un feu
de trois charbons blancs alimentés par la liqueur
de la paix, cette chaleur est douce & lente,
laquelle petit toujours durer vingt quatre
heures sans y toucher, pourvu que la maison &
caverne soient proportionnées au total, mais tout
bon artiste trouvera ce feu fort faible, & qui sera
un fort long temps à faire sortir le renard de
sa tanière, & la taupe de dessous de la terre, ce
milieu & dernier étant réduits au supérieur,
cette noirceur basanée sera séparée par le crible,
& jetée dans la mer pénultième, alors ce
premier feu sera changé ou augmenté en un
propre à faire bouillir la marmite & élever les
ondes de la mer: donne donc au feu des mores
en quantité suffisante pour faire séparer la graisse
& écume du pot, Merveille que notre fer
ne veuille & puisse prendre nourriture par arrosements
& autres opérations douces, mais
seulement par la violence, dedans laquelle elle
s'augmente en même poids. A cette graisse est
nécessaire le feu premier, mais un peu plus faible
& doux de peur d'une séparation, & jusques à ce
que toute la matière doit desséchée, à laquelle
dessiccation nous n'avons point trouvé un terme
préfix, les uns disent icelle être faite le huitième
jour, les autres le quinzième, le vingtième,
le trentième & quarantième: mais,
comme avons dit, nous n'y avons trouvé aucun
terme assuré. La dessiccation advenue cette
matière desséchée & en poudre impalpable
& noire, sera encore jetée dans la mer, ou elle
@

330 HARMONIE CHIMIQUE
prendra & endurera le bouleversement d'icelle,
& d'où derechef la graisse ou écume sera ôtée,
& remise sécher, & faudra continuer cette opération,
jusques à ce que Saturne soit fait Mars,
puis Jupiter, puis Lune, puis Venus déteinte
& jaune, puis Soleil couchant *caniculièrement,
alors ou Lune ou Soleil & mangeant son propre
corps, un feu plus grand sera nécessaire. O
chercheurs, considérez le feu nécessaire à cuire
une alouette, une perdrix, un mouton, & un
boeuf: Certes si vous êtes enfants d'Hermès,
vous comprendrez nos discours véritables, qui
ne se peuvent & doivent mettre au jour, de
peur que les bêtes ne les foulent aux pieds, cette
crainte a poussé tous les Philosophes à écrire
obscurément & diversement, qu'aucun
donc ne s'ébahisse si nous faisons le même, encore
que nous assurons les curieux de cette
science que nous avons écrit plus intelligiblement
qu'aucun autre que nous ayons vu &
lu: & en ce qui est dit que plusieurs ouvrages se
perdent, & qu'il les faut recommencer par la négligence
qu'on a eue au feu, ceci ne s'entend
pas simplement de notre travail, mais de
plusieurs autres qui se perdent le feu manquant,
l'ouvrage n'étant achevé comme à la verrerie,
émaillerie, orfèvrerie, poterie confiturerie,
& autres qui étant sur le feu y doivent tout de
suite être achevés, mais en celui, comme a
été dit, non tout de suite continuellement,
mais comme contiguëment, ce qu'Augurel &
plusieurs ses semblables n'ont pas entendu.
@

CHAPITRE VIII. 331

Texte.

L A matière doit être éparse au fond Libavius.
du vaisseau, & le feu augmenté jusqu
à ce qu'une partie d'icelle soit plus
blanche que la neige adhérente aux côtés
du vaisseau & y soit comme morte.
Libavius p. 92. de l'Azoth.
Crois moi que tout notre magistère Thomas.
dépend du seul régime du feu régi par
l'industrieuse capacité de l'artiste, car
nous ne travaillons pas, mais c'est le feu
bien conduit avec peu de peine & de
dépense qui opère par sa propre vertu,
& lors que notre pierre est en sa première
nature, à savoir en eau ou lait
virginal, ou queue de dragon (une fois
dissoute) alors cette même pierre
se calcine soi même, se sublime,
se distille se réduit, se lave, se congèle,
& par la vertu du feu proportionné se
parfait soi même dans un unique vaisseau
sans l'aide manuelle d'autrui. Thomas
Aquin à frère Reynaud. c. 3.
@

332 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
L Ibavius confesse en quelques endroits de
ses oeuvres qu'il n'est parvenu jusques à
la fin & parachèvement de la pierre des Philosophes,
mais que par le commencement qu'il
a vu, il a jugé de la suite, c'est ce que nous
avons dit par ci devant, à savoir, que ceux qui
savent le commencement d'icelle en savent
aussi la fin: Nous entendons de ceux qui savent
les deux points cachés, qui sont l'extraction de
Deux points la rouillure ou noirceur, & l'imbibition d'icelle,
cachés, & savent tout le reste, pourvu qu'ils le sachent
quels. ou par inspiration Divine, ou par l'étude, car
quelqu'un pourra bien dire ces deux opérations
très-fâcheuses, très difficiles, & très-cachées,
mais il ne les entendra point, n'entendant pas
toutes les autres opérations. Or, dit notre Auteur,
notre matière doit être éparse au fond
du vaisseau, sur quoi on demande si cette opération
Demie. s'entend au temps qu'il faut rouiller, ou
au temps qu'il faut dessécher cette rouille imbibée
de son vinaigre, à quoi on répond que cet
éparpillement s'entend & pour l'une, & pour
Solution. l'autre opération, mais plus particulièrement
à la seconde, car en icelle les trois parties du
vaisseau doivent être vides, il faut regarder
par l'expérience qu'un linge mouillé & étendu
est plutôt sec qu'un amoncelé & qu'une
quantité de pâte étendue est plutôt cuite
qu'une entassée: il est donc nécessaire d'avoir un
@

CHAPITRE VIII. 333

vaisseau façonné à proportion de la matière, auquel
il faut bailler un feu un peu plus lent que
celui du rouillement (ladite rouillure tombant
des branches élevées au milieu de la mer)
qui continuera jusqu'à la blancheur de ladite
rouille, blancheur laquelle contente l'oeil: &
Thomas nous dit que le feu est tout le secret de
l'art, dépendant de l'industrie de l'artiste, ce
qu'il dit pour nous faire aviser, & pour montrer
qu'il n'y a point de règle, ne de degré limité,
comme plusieurs estiment, toutes fois ce
feu n'est de grande dépense, comme est celui
duquel parle Zacharie, & qu'est celui de la
plus grande partie des opérateurs de ce temps;
Sur ce feu on demande, si c'est celui qui opère
par sa propre vertu, visiblement contenu
dans les charbons, ou nourri par l'huile ou
l'eau de vie; ou l'invisible caché dans notre
pierre? à quoi on répond être ici parlé du visible
qui émouvant l'invisible est cause de toutes
ses opérations diverses: Or notre pierre est dite
être en sa première nature, ou lait virginal,
ou queue de dragon, lors qu'elle est poudre noire
ou noirâtre, impalpable volatile & plus facile
d'être vitrifiée que d'être réduite en pâte ou
écume ou graisse, alors elle même ayant ce qui
lui est nécessaire, comme l'oeuf qu'on met
couver, se calcine, ou blanchit, & pour dire
en un mot se parfait, de quoi l'oeuf du poulet,
l'enfant dans la matrice, & la plante dans la terre
est exemple familier, qui se parfont en, &
dans même lieu, différant seulement, en ce
@

334 HARMONIE CHIMIQUE
que le poulet consumant sa nourriture dedans
l'oeuf, & vidant la plus grande partie d'icelui
se met plus au large, la matrice s'étend, la terre
s'élargit & cède à sa nourriture, mais notre
vaisseau pour être de verre ne peut ni l'un, ni
l'autre il est donc nécessaire de changer de vaisseau,
toutefois de mêmes matière & forme,
lors que la matière s'augmente en quantité.
Texte.
Greverius. T Out autant qu'il sera nécessaire
refroidi, échauffé, humecte &
dessèche ta terre, sans crainte d'erreur,
voire même quand le feu serait éteint
& non continuel par quelques jours &
semaines, prenant garde seulement
qu'étant une fois éteint il ne demeure
toujours éteint, car un vaisseau se rompant,
ne faut-il pas remettre la matière
dedans un autre vaisseau semblable au
premier & le remettre en son feu?
Greverius p. 39
Mon fils je t'ouvre un secret, qui est
que pour venir à la maturation après
l'augmentation, ton feu doit rougir le
fond de l'écuelle, qui contient le sable;
mais non pas continuellement. Le même
p. 37.
@

CHAPITRE VIII. 335

L'on trouve deux feux tant seulement Alanus.
es livres des Philosophes, un sec,
l'autre humide. Le sec est l'élémentaire
l'humide est le mercure, duquel il est
parlé à la tourbe disant: Notre argent
vif est feu qui a plus de force de brûler
& tuer les corps que quelque feu que
ce soit, même plus que le feu élémentel,
le mercure est aussi nommé fumier
de cheval. Alanus p. 58.
Notre feu est minéral, égal, continuel, Pontanus.
non vaporeux s'il n'est trop excité
& participe du soufre, il est pris
d'ailleurs que de la matière, rompt toute
chose, dissout, congèle, & calcine,
& ce feu avec un petit feu parfait
tout l'ouvrage & fait toutes les sublimations
nécessaires. Pontanus p. 73.
Le feu contre nature doit tourmenter Ripleus.
les corps, & icelui est le dragon brûlant
les corps avec violence comme le
feu d'enfer. Ripleus p. 78.
A la solution le feu sera toujours Daustricus.
doux; à la sublimation médiocre, à la
coagulation tempéré; au blanchissement
continuel; & au rougissement
fort. Daustricus p. 12.
Le feu doit toujours être lent jusques
@

336 HARMONIE CHIMIQUE
au blanchissement. Le même p. 26.
Scholie.
P Lusieurs croient, comme dit Augurel, que
l'oeuvre philosophique ne doit jamais être
refroidi sur peine de perdre tout le passé, mais
Greverius montre bien qu'ils se trompent, &
véritablement, après quelque temps de nutrition
ayant été distrait par quelque année, &
par conséquent, le vaisseau & matière ôtée du
feu a repris très-bien nouvelle nourriture, &
très facilement, n'ayant rien perdu que le temps,
la force n'en étant aucunement diminuée,
pour ce que le vaisseau était très bien bouché,
si que rien n'y pouvait entrer ni en sortir, &
de fait, s'il faillait un feu égal & continuel
comment se pourrait il faire, lors que pour
dissoudre, congeler, fixer, il faut changer &
de vaisseau & de feu, car il y a une opération
à laquelle le feu doit être à tel degré, qu'il
rougisse le fond du vaisseau contenant celui
où est ma matière, & ce degré ne dure pas plus
d'une ou de deux heures, nous entendons à
l'opération première, car sur la fin il dure plus
long temps; Pour les deux feux, desquels Alanus
parle il les montre assez clairement, mais
en ce qu'il dit que le minéral n'est pris de la
matière, il entend de la matière que les Philosophes
ont tirée des deux substances, ni même
n'est tirée de la même mine, d'où l'or & l'argent
sont tirés, car le mercure a une mine particulière.
culière
@

CHAPITRE VIII. 337

Or ce mercure ou feu étant excité
par le feu commun pourrit, noircit, blanchit,
rougit, & donne ingrès à notre feu, & sans lequel
jamais la pierre ne pourra être parachevée.

Texte.

L E feu du premier degré ou régime
doit être semblable à celui d'une
poule, laquelle couve ses oeufs, ou comme
la chaleur naturelle digérant la
viande, & nourrissante le corps, ou comme
la chaleur du fumier, ou comme
celle du Soleil étant au Bélier, ce qui
a fait dire à quelques uns, qu'il fallait
commencer le Soleil étant au Bélier,
& la Lune au Taureau, & ce degré durera
jusques à la blancheur, qui sera augmenté,
icelle apparaissant jusqu'à dessiccation
parfaite de la pierre, & cette
chaleur est semblable à la chaleur du
Soleil allant aux Gémeaux. Or la pierre
étant desséchée & réduite en cendre, le
feu sera encore fortifié, jusques à ce
que la pierre soit rouge parfaitement,
& vêtue par le feu d'une robe royale,
& cette chaleur est semblable à celle du
Soleil étant au Lion. L'échelle des
Y
@

338 HARMONIE CHIMIQUE
Philosophes p. 107.
Ventura. Le feu soit doux & égal sans aucun
changement. Ventura p. 20.
Rosaire. Le mercure est un feu, dont le Philosophe
dit, saches que le mercure est un
feu, qui brûle mieux les corps que le
feu. Rosaire p. 172.
J'ordonne que tous les chercheurs
de cet art fassent un petit feu au commencement,
jusqu'à ce que l'accord
soit fait entre l'eau & le feu, & lors que
tu verras l'eau fixe sans aucune montée,
n'ayez souci quelque soit le feu, toutes
fois il est bon d'aller patiemment, jusqu'à
ce que l'esprit & le corps soient
unis, tellement que les corps soient esprits,
& les esprits soient corps. Le même
p. 174
Le feu est appelé tout ce qui fuit le
feu & qui ne se diminue point ni ne se
consume. Le même p. 179.
La seule chaleur tempérée épaissit
l'humidité, & si elle n'excède point parfera
la mixtion, car les générations &
procréations des choses naturelles se
font seulement par la chaleur très-tempérée
& égale, comme est celle du fu-
mier de cheval qui est chaud & humide.
@

CHAPITRE VIII. 339

Le même p. 181.
En la solution le feu sera toujours.
doux, en la sublimation médiocre, en la
coagulation tempéré, au blanchissement
continuel, en la rubification fort, que si
tu es ignorant & erres, le plus souvent
tu perdras ta peine. Le même p. 186.
La mesure de ta chaleur soit celle du
Soleil au mois de Juillet, jusques à ce
que par la cuite l'eau soit épaissie, & la
terre noircie. Le même p. 201.
Sois long temps & continuellement Desiderable.
à l'ouvrage, pour ce que la génération
& corruption ne se fait, que par
mouvement continuel, par l'air enfermé,
& la chaleur tempérée, de même que
la nourriture de l'oeuf, jusqu'à ce qu'il
soit blanc, & rompt avec le feu, & non
avec les mains. Desiderable p. 23.
Le feu soit continué en chaleur de Dominus
fièvre, d'autant que si au commencement vobiscum.
on donnait un grand feu au mercure, il
s'enfuirait à cause de sa grande froideur,
par quoi il faut cuire le mercure en fort
petite chaleur, jusques à ce que la froideur
soit amoindrie, & selon qu'elle se
débilite il faut augmenter le feu. Dominus
vobiscum dans l'Escot. p. 51.
Y ij
@

340 HARMONIE CHIMIQUE
Benoist. En tout temps le feu sera petit, jusqu'à
ce que l'eau soit congelée. Benoist
p. 57.
Lescot. Par le feu tempéré une petite quantité
sèche, dessèche l'humidité, & ceci se
fait peu à peu, & non subitement, &
tant plus la pierre est lavée, tant plus elle
se blanchit. Lescot p. 62.
Saturnin. Le feu du premier degré, c'est à dire
de la solution & putréfaction doit être
petit, tellement que rien ne monte de
ce qui peut monter, & ainsi ce feu
faible profite, qui fait entrer le mercure
dans le corps net, car par le feu fort
tout se perd. Saturnin p. 71. vois tout
ce chapitre.
Vincent. En ce lieu le feu fort est dit, celui qui
comme un chariot à quatre chevaux
court continuellement, ce que le feu de
flamme ne peut faire, mais bien celui
d'un four échauffé & fermé, sans que
les charbons s'y éteignent, & ce feu est
continuel sans brûler, & c'est celui duquel
nous avons besoin. Vincent p. 37.
Laurens. Les Platoniciens constituent trois
feus, luisant, & brûlant, luisant &
non brûlant, brûlant & non luisant.
Laurens en son anatomie. l. 21. questions 3.
@

CHAPITRE VIII. 341

La chaleur laquelle blanchit, ne Libavius.
doit point être forte, autrement il y a
faute, notant qu'en ce passage il est parlé
du premier blanc, qui est fait par la
nutrition. Libavius p. 117.
L'argent vif est comme feu brûlant Tourbe.
tout corps, mieux que le feu & mortifie
tous les corps, & quand le corps lui
est mêlé, il se triture & meurt. Tourbe,
sentence 47.
Encore que nous parlions toujours Bacon.
du feu lent, si est ce véritablement que
nous sommes d'accord que peu à peu &
par intervalles il doit être augmenté
jusqu'à la fin. Bacon c. 14.

Scholie.

T Out Philosophe sait la mixtion & différence
qu'il y a de la chaleur de la poule
d'avec celle de l'estomac, de celle laquelle digère
la viande d'avec celle qui nourrit, de celle
du fumier de cheval, & du pigeon, & de celle
du Soleil au Bélier au mois de Mars, & nous
contenterons de dire, que tous Ces auteurs
n'entendent & ordonnent qu'un feu tempéré
pour cuire la matière produisante, & celle laquelle
sera produite, & en près humectée
par son propre sang, & asséchée & faite avec
lui un, jusques à ce que cette noirceur produiY
iij
@

342 HARMONIE CHIMIQUE
te soit blanchie, après laquelle la raison & le
jugement requièrent l'augmentation du feu,
jusqu'au rougissement, lequel advenu, le feu
fort ne peut nuire, d'autant qu'en cet achèvement
il doit subsister au feu de fusion, pour s'incorporer
avec la matière à laquelle on veut ôter
la saleté pour la rendre toute belle. Or ce feu
duquel il est parlé ici, c'est le vu & senti
d'un chacun, mais celui duquel est parlé en
après par le rosaire, c'est le mercure, que si on
entend le vulgaire, l'on ne se trompera point, si
celui des Philosophes sera encore mieux le
vulgaire cru défait, blanchit & rend les métaux
blancs & coulants; mais celui des Philosophes
les rend d'un blanc, ou d'un rouge perdurable,
tel qu'il est. Or avant qu'arriver à ce
degré il faut passer cette opération difficile & cachée,
qui est d'unir l'eau avec le feu, opération
Opération si extrêmement difficile, comme nous avons
très difficile déjà dit, que presque tous les chercheurs s'y
& facile. perdent, quoique l'union soit fort facile, &
prompte à celui qui l'entend, car dans moins
d'un quart d'heure elle est faite, & dirons
franchement n'avoir pu encore trouver paroles
assez significatives pour la déclarer ni par
écrit, ni autrement que par l'action & opération:
en cette conjonction & union l'eau acquiert
la nature du feu, & le feu celle de l'eau
en égale quantité, cet un n'est du tout fixe, ni
du tout volatil, mais par continuation du feu
acquière la nature de fixe, étant auparavant,
c'est à dire aussi tôt être unie, volatile, mais
@

CHAPITRE VIII. 343

non brûlable, comme les autre matières, car
tout demeure ou tout s'en va, pour ce que cette
matière est homogène demeurant donc sur le
feu tempéré il s'y épaissit, & la génération dite
se fait, non à l'instant, mais par la longueur
du temps nécessaire car comme la poule n'a couvé
& éclos ses oeufs & poulets tout aussi tôt,
& un arbre ne rend dès la première année ses
fruits, mais au temps ordonné par nature, de
même est en cet oeuvre. Par ci devant nous
avons déjà vu que par l'air le mercure est entendu
& non autre chose. Par ces trois feux on
peut entendre le feu de flamme, qui luit &
brûle, l'éclat du rubis ou escarboucle, les écailles
des poissons, un certain bois pourri,
qui luisent & ne brûlent point, & celui des
cautères actuels, qui brûlent sans luire.

Textes.

P Rends le laton bien criblé, mets-le Nicolas des
dans le vaisseau physique, au feu Comtes.
physique, cuits le, le rôtissant doucement,
jusqu'à tant que toute la matière
soit fixe, & garde toi de faire le
feu violent, mais qu'il soit doux comme
il faut, car le feu fort détruit & dissipe,
& le doux cause la santé & fait bonne
substance, saches donc que tout le
régime est au feu & au vaisseau. Nicolas
Y iiij
@

HARMONIE CHIMIQUE
des Comtes p. 6.
L'ablution se fait au Soleil de Juin,
mettant Ernec au Lion vert, jusqu'à ce
qu'il soit réduit en pierre très-rouge, le
rôtissant en icelui doucement, alors il
est nommé en Arabe Kibrit, c'est à dire
soufre, lequel soufre n'est le vulgaire,
mais philosophique qui n'est point
seul, mais avec sa soeur. Le même. p. 8.
Lors que notre matière est dissoute,
& qu'il la faut coaguler, alors il est besoin
de diminuer la chaleur du Soleil, à
celle fin qu'en réitérant ladite solution
soit plus aisée; & saches qu'en ceci
plusieurs se trompent, d'autant qu'ayant
dissout ils veulent coaguler avec un
feu fort, ou chaleur forte du Soleil, &
ainsi continuent en toute cuite, & par
ce moyen ils endurcissent la matière, laquelle
finalement lors qu'il est nécessaire
ne peut être dissoute qu'avec un grand
labeur, qui ne profite rien, d'autant
que par ce moyen, la matière se vitrifie
& convertit en substance ou matière
vitrée, ou de verre suivant leur travail,
ce que je dis c'est à celle fin que si quelqu'un
me maudit que ce soit injustement,
car toute l'opération (sans menterie)
@

CHAPITRE VIII. 345

gît & consiste au régime du feu,
& celui qui sait régir le feu vient à la
perfection, & celui qui gouverne la
matière avec un feu lent, peut parvenir
à la perfection sans doute, d'autant
qu'il ne faut craindre que la matière se
vitrifie, ni que l'esprit qui est très-subtil
s'en aille. O opérateurs ignorants,
pourquoi êtes vous tant froids que
fassiez un si grand feu, vu que le feu
violent détruit & vitrifie notre matière?
n'avez vous point ouï tous
les Philosophes, qui disent que par un
feu lent vous fassiez toutes vos décoctions,
& que vous trouverez la science,
mais que si vous faites autrement vous
n'aurez aucun plaisir de votre travail.
Le même p. 9.
Le feu soit petit à la solution, médiocre Daustricus.
à la sublimation, tempéré à la
coagulation, continuel au blanchissement,
fort au rougissement, que si par
ignorance, tu fais autrement tu perdras
tout ton labeur. Daustricus p. 29. 33.
Il se faut donner de garde que l'eau
ne s'en aille par un trop grand feu à cette
fin l'eau est le combat du feu par la
longue cuite, car par la chaleur du
@

346 HARMONIE CHIMIQUE
Soleil l'eau combat contre le feu. Que
la chaleur soit petite jusqu'à la blancheur,
car si la chaleur est forte du commencement
le noir & le blanc s'en iront,
que si la vapeur s'enfuit, le composé se
fera rouge qui ne servira de rien. Le même
p. 35.
Florens. Le feu soit tellement tempéré que tu
puisses tenir la main sans te blesser au
fond du vaisseau, & le feu soit continuel,
travaille donc avec un grand
soin & industrie. Florens. l. I. c. xi.
Lors que tu voudras tirer l'animal
& mettre la pierre en poudre, ferme
très fort le vaisseau qu'il ne puisse plus
prendre l'air, & le mets sur les cendres
chaudes, & fais au dessous du vaisseau
un feu tempéré, & il mourra aussi tôt,
alors tout promptement dessèche le
& cuits le subtilement, afin qu'il se réduise
en poudre, en après ôte le du dit
vaisseau pour en faire poudre que tu
garderas soigneusement. Le même l. 3.
c. 14.
Elie. Tout le secret est au feu, garde toi
donc que tu ne fasses ton opération violente,
pour ce que tout ton ouvrage se
perdrait, use donc d'un feu lent. Elie c. 4.
@

CHAPITRE VIII. 347

Le feu soit comme la chaleur d'une Vincent.
poule qui couve les oeufs. Vincent question
24.
Le feu soit continuel & lent, Caprinus, Caprinus.
C'est la vérité que toutes les opérations Incertain.
se doivent faire dans le feu qui
soit lent, c'est la cause que tous les Philosophes
disent qu'au feu consiste tout
le fondement de l'art. Très cher
fils.
La seule chaleur tempérée épaissit Geber.
l'humidité, & parfait la mixtion, & non
point le feu violent. Geber l. I. c. 9. de la
grande perfection.
Rôtis doucement par un feu tempéré.
Le même l. 2. c. 25.
Le feu élémentel brûle, le céleste vivifie, Venetius.
le supercéleste brûle plus que
l'amour. George Vénitien en son harmonie
du monde p. 833.
Le feu extrinsèque sert de nourriture Traité du
au feu intrinsèque qui croît & se multiplie soufre.
comme le feu élémentaire par le
bois, & ce feu extrinsèque doit être nutritif
& multiplicatif, & non pas dévorant,
car ainsi les choses viennent à leur
perfection, la décoction donc est celle
qui amène toutes choses à perfection.
@

348 HARMONIE CHIMIQUE
Traité du soufre. p. 46.
Atalante. Il y a quatre feux qui ont vertu de
brûler, le naturel coagule, le non naturel
dissout, le contre nature corrompt,
& l'élémentel donne la première
chaleur, & premier mouvement, &
d'iceux se voit un ordre entre-suivi, car
le second feu est ému par le premier
& le tiers par le second, & le quart par
le troisième & par le premier, tellement
que l'un est agent, l'autre patient, de
façon que l'un est agent de l'autre patient
en diverses façons. Atalante fuyante
p. 78.
Basile. Observe tellement le degré de chaleur
que tu puisses distinguer entre froid
& chaud, que si tu l'as, tu as achevé
l'oeuvre. Notre feu est le feu commun,
& notre fourneau est un fourneau
commun. Basile, Valentin p. 74.
Northonius. Cette chaleur, par laquelle les pourceaux
ou les oies sont plumés, est propre
pour cette décoction, la chaleur qui
dessèche les linges de lits, sert aux trente
opérations de notre air. Northonius
Anglais c. 7. p. 179.
Hippocrate. Le feu a mutuellement l'humidité de
l'eau, car l'eau est naturellement humide,
@

CHAPITRE VIII. 349

& l'eau a mutuellement la siccité du
feu, car le feu a la siccité naturellement.
Hippocrate l. I. §. 5. de la diète.
Artéphius veut que le feu dit minéral, Artéphius.
égal, continuel non vaporeux
s'il n'est par trop excité participant du
soufre, pris d'autre part que de la
matière & ruinant tout, dissolvant, congelant,
calcinant artificiellement trouve,
abrège sans beaucoup de dépense,
l'humide vaporeux, digérant, altérant,
pénétrant, subtil, aérien, non violent,
non brûlant environnant, contenant,
unique, & pour corollaire chaud, sec,
humide & froid soit entendu par 3 feux,
à savoir le feu de lampe qui est luisant
& brûlant, le feu des cendres, sur lesquelles
on met le vaisseau, le troisième
est notre eau qui est aussi appelée
contre nature conjoints donc ces trois
feux & infailliblement tu feras l'oeuvre
des Philosophes, puisque tu entends
leur feu.
@

350 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
P Rends le laton, dit notre auteur, c'est à
dire, la rouille ou la tête du corbeau, ou
les plumes d'icelui, crible la bien, c'est à dire,
sépare la si industrieusement soit avec le crible,
soit avec l'aile d'une plume, qu'aucune partie
soit de la chair, soit des os, ou autre partie du
corps, n'y demeure, autrement ce qui y demeurera
de terrestre & grossier empêchera le
subtil & spirituel de venir à l'effet désiré. Or
cette matière ainsi nettoyée qui sera d'un roux
noir, ou d'un gris noir, sera mise dans un vaisseau
propre avec de notre au de vie très-bien
rectifiée à la quantité décuple, sur un feu commode
à cuire, alors ces deux choses s'unissant
s'élèveront, bouillonneront, & produiront
comme une graisse, ou écume gluante, laquelle
étant refroidie faudra séparer proprement
de son superflu, qui sera réservé pour
Bave de cer- servir encore plusieurs fois, cette écume
bère. est proprement la bave de Cerbère (chien
à 3 têtes, gardien des portes d'enfer de laquelle
le venin tue ce sur quoi elle est tombée,
jette la donc dans une fosse, & ferme la bien
sûrement, te contre gardant de sa fumée,
ni d'en laisser la moindre partie parmi notre
eau de vie. Ceci fait notre laton étant colloqué
comme il faut se desséchera, & réduira
premièrement en matière discontinue, & comme
pâte, étant desséchée, & en poudre impalpable,
@

CHAPITRE VIII. 351

sera encore remise en pâte, puis re-desséchée,
& derechef faite pâte, & encore séchée,
& pour dire sommairement tant de fois
empâtée & desséchée que la noirceur disparaissant
la blancheur paraisse; alors cette pucelle
sera confinée dedans la prison très bien fermée
avec une chaleur convenable à chasser d'elle la
froideur, ou étant la colère la saisira si violemment
que s'épandant par tout son corps elle deviendra
ictérique, c'est à dire jaune, & cette
colère jaune se cuisant d'avantage (par la continuation
de son dépit se voyant emprisonnée
si étroitement, & sans lui donner de confort,
assistance, consolation, ni à manger, ni à boire)
deviendra si rouge, que l'écarlate ou autre
couleur agréable ne s'y peut parangonner: Que
si alors l'on l'interroge, & qu'on l'appelle Ernech,
elle ne répondra rien, mais si on l'appelle
par son propre nom, qui est Chybric ou soufre,
elle répondra, car l'ayant enclose cette
pucelle était telle en apparence, mais la regardant
sous sa chemise, elle était androgyne, hermaphrodite,
puis véritablement Ernech ou femelle,
puis Chybric: ou mâle, mais d'aller plus
outre ce n'est un Prothée, car il lui faut de nécessité
demeurer là. Or notre Auteur donne
un bel enseignement, car lors que la matière,
c'est à dire, le corbeau est dissout & détaché
de son corps & que l'ayant joint avec l'eau de
vie philosophique, l'on lui donne un feu trop
violent, je dis même ayant acquis le sceptre
de Jupiter, l'eau & la terre se sépareront infailliblement,
@

352 HARMONIE CHIMIQUE
la terre reprenant sa couleur noire
sèche, & l'eau comme auparavant sans se vouloir
réunir que par l'ordre philosophique connu
au fripier & teinturier, que si tu n'es savant
en ces deux métiers, recommence ton oeuvre,
& t'en va confesser à quelque bon prêtre si tu
le trouves, qui te donnera une bonne pénitence
sans absolution. Et en ce que Florent dit,
que l'animal meurt aussi tôt, ne l'entends pas
à la lettre, mais à proportion du temps que les
Contre les souffleurs emploient à cette mort qui est d'une
souffleurs. milliasse de lunaisons, car les pauvres ignorants
qu'ils sont ils croient que l'ayant congelé
avec leurs odeurs il soit mort, mais lors qu'il est
mis dans un feu un peu fort il s'envole à leur
honte & confusion, pourvu qu'il trouve tant
soit peu d'ouverture, ce qui n'arrive à celui
que les Philosophes ont tué. Concluons donc
avec tous les Philosophes, gouverner toujours
le feu avec bon jugement, subtilité, industrie,
& grande patience, l'augmentant lors qu'il
faut plumer l'oie & en tirer la graisse, & lors
qu'il faudra pulvériser cette graisse, faudra diminuer
le feu sans s'arrêter à ce nombre de
trente jours, car l'artiste en remarquera non
trente, mais cent, & non seulement cent, mais
mille, voire plus ou moins comme il lui plaira,
car l'un dit qu'il n'y en a qu'une qu'est coction,
l'autre coction & brûlement, l'autre y ajoute
la calcination, l'autre solution & congélation,
somme autant d'artistes, autant d'opérations,
& toutes fois tous sont d'accord sans autre
tre
@

CHAPITRE VIII. 353

contrariété que des noms & mots, vu que
ce qu'un nomme chapeau, l'autre l'appelle soulier,
l'autre gan, l'autre couvercle, & cependant
la variété des noms ne fait la variété d'opérations,
comme a été remarqué ci devant,
voyons à présent le lieu où notre ouvrage doit
être parfait.

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D U V A I S S E A U D A N S
LEQUEL LES PHILO-
sophes font leur
pierre.

CHAPITRE IX.

T E X T E.

pict Ets diligemment ton Greverius.
amalgame en un vaisseau
de verre, de telle grandeur
que ton champ semé &
hersé, occupe seulement
la troisième partie d'icelui,
les autres deux parties demeurant
vides fermant en après l'orifice de ta
*boce avec le luth de sapience, alors
tu auras l'oeuf philosophique, qui n'est
Z
@

354 HARMONIE CHIMIQUE
qu'un vaisseau, une pierre, & une cuite,
seule. Greverius p. 21.
C'est chose rare qu'un vaisseau dure
depuis le commencement jusques à la
fin de l'oeuvre, mais pourtant n'estime
pas que les Philosophes aient menti
lors qu'ils disent que le magistère se parfait
dans un seul vaisseau, car lisant ceci,
entends que c'est de l'espèce, & non
de l'individu, & ainsi tu auras la vérité.
Le même p. 39.
Alan. Le vaisseau soit enseveli, jusqu'à la
moitié dans les cendres, & l'autre moitié
dehors, à celle fin que de jour à autre
tu y puisse voir. Alan p. 56.
Vogelius. Les vaisseaux soient de verre, larges
au fond, allants par haut en pointe, comme
une figure appelée coin, ou courbe,
ayant tête & sans bec, comme un alambic
borgne, à celle fin que les esprits
qui montent se puissent attacher aux
cotés d'icelui, & l'écuelle qui le contiendra
soit de terre, colloquée proprement
dans le fourneau. Vogelius p. 89.
Libavius. Les vaisseaux de verre doivent être
de diverses grandeurs, pour ce que du
commencement la quantité de la matière
est petite & puis croît, & toutes
@

CHAPITRE IX. 355

fois si tu considères la vérité de la chose,
tu trouveras que le tout s'achève en une
même forme de vaisseau, les uns ont les
instruments comme une Lune, les autres
comme un oeuf, les autres les trouvent
plus propres à façon d'aludel, qui ait le
col petit, & coupé de telle façon qu'il
puisse entrer dans un autre vaisseau lui
fermant comme de couvercle, comme si
c'étaient deux demi globes, se joignant
l'un l'autre, & ce verre me semble
plus propre à cause qu'il est facile
pour ouvrir & ferrer, car il se serre au
milieu du col avec un peu de pâte, mais
de quelque vaisseau que tu te serves, mais
qu'il soit toujours fermé fort soigneusement.
Libavius de la pierre des Philosophes.
p. 10.
Le vaisseau de la pierre est un, dans Desiderable.
lequel tout le magistère est fait, il faut
qu'il soit assez épais, long de demi coudée,
rond dessus & dessous, bien uni, &
assez grand, mais le fond soit un peu
courbe, & le haut ample, à celle fin que
la matière monte plus facilement, qu'il
soit de verre, de peur que les vapeurs ne
sortent, & par conséquent bien fermé,
de peur que notre mercure sorte du
Z ij
@

356 HARMONIE CHIMIQUE
vaisseau. Desiderable p. 22.
3. paroles. Le vaisseau de verre doit être rond,
son col long & bien fermé, mis dans un
autre vaisseau, de peur que la chaleur ne
touche sans moyen la matière, & ainsi
elle sera cuite en triple vaisseau. Livre
des trois paroles p. 49.
Jeu des en- Hermès dit, le vaisseau des Philosophes
fans. est leur eau. Le jeu des enfants p. 139.
Flamel Nous n'avons besoin que d'un vaisseau,
que d'un fourneau, que d'une disposition
qu'il faut entendre après la préparation
de la première pierre. Flamel p.
150.
Ventura. Le vaisseau soit de verre, bien fermé,
le ventre rond, le col long & étroit,
long d'environ demi pied, & un vaisseau
suffit, le vaisseau s'appelle oeuf, sublimatoire,
crible, sphère, sépulcre, prison,
vieux lion, lion vert, urinal, cucurbite,
*boce & de plusieurs autres noms.
Ventura c. 15.
Rosaire. Nous n'avons besoin pour tout notre
ouvrage, après la préparation de la
première pierre que d'un vaisseau, d'un
fourneau, & d'une disposition. Rosaire
p. 211.
Il faut noter qu'après que la pierre
@

CHAPITRE IX. 357

sera purifiée & parfaitement nettoyée
de toute chose corrompante, & puis
fermentée, ne faut plus changer de vaisseau,
n'y l'ouvrir, mais seulement prier
Dieu que le vaisseau ne se casse, qu'est
cause que les Philosophes ont dit que
tout le magistère se parachève en un
seul vaisseau. Le même p. 252.
Le vaisseau soit de verre rond, & le Dominus
col long, étroit, & la matière n'occupera vobiscum.
que la troisième partie d'icelui.
Dominus vobiscum p. 51.
Mets ta matière en un vaisseau rond, Scot.
de verre fort qui ait l'orifice étroit &
sigillé. Scot p. 60.
Prends la pierre triturée que tu sais, Grèce.
mets la à l'alambic, qui n'a qu'un trou
au haut, que tu fermeras bien, & le mettra,
en un bain très-doux. Les femmes
de Grèce p. 92.
Les vaisseaux ou aludels propres à ce Calid.
magistère sont nommés par les sages,
cimetières ou cribles, d'autant qu'en
iceux les parties sont divisées & nettoyées,
parfaites, accomplies, & dépurées
des matières du magistère. Calid
c. 2. p. 208.
Le vaisseau doit être rond avec un Bacon.
Z iij
@

358 HARMONIE CHIMIQUE
petit col de verre ou de terre, semblable
en fermeté au verre, duquel la bouche
soit très-bien fermée. Bacon c. 5.
Nicolas. Prenez le corps que je vous ai déjà
montré, & le mettez en tablettes menues,
puis le mettez en notre vaisseau
physique, & fermez bien l'entrée du vaisseau,
afin que rien n'en sorte, & le rôtissez
par un feu lent, jusqu'à ce qu'il se
serre. Nicolas des Comtes p. 4.
Si la bouche du vaisseau n'est bien
fermée, & que les fumées subtiles sortent,
tout le magistère se perd. Le même
p. 6.
Prends l'azoth des Philosophes, mets le dans
notre lion bien fermé & cuits le à notre
soleil au mois de Mai, & que tout s'y
dissolue, & étant dissout laisse le ainsi au
Soleil dit, jusqu'à ce que tout soit coagulé
en pierre ou en poudre rouge laisse
le encore au susdit soleil, jusqu'à ce
que toute la matière soit fixe, & que rien
ne monte, alors elle est nommée Ernech
par les Arabes, & orpiment par les
Latins. Le même p. 7.
Dastinius. Dedans un seul vaisseau tout notre
magistère est parfait, & icelui est une
courge borgne n'ayant qu'une ouverture,
@

CHAPITRE IX. 359

où est un seul vaisseau de verre épais,
bien cuit, fermé de tous cotés, long
de demie coudée, rond en bas, le
fond un peu courbé, les cotés unis,
ne vaut rien d'autre matière que de verre,
ferme le bien que la matière n'en
sorte aucunement. Dastinius p. 79.
Le ventre & le fond du vaisseau soit Florens.
rond comme la Lune, & le col long
d'un demi pied ou plus, & le col étroit
pour y mettre le pouce, & bien fermé,
sur le feu fait de trois bois, ou bûchettes
sèches. Florens l. 2. c. 3.
Ungo, Gazel, Animal, Elbuses,
homme haut, Elhamach, c'est à dire
esprit, bain, ventre, jointure, soldan,
pisan, colatoire, fille pleurante, Elmiroch,
subscension, Elnarach Elhaye,
c'est à dire fuseau, Elphilas, c'est à dire
firmament, Heunede c'est à dire rosée,
Elbamazal, c'est à dire du zile, Elmagan
c'est à dire canal, Elmagal, c'est
à dire torrent, Eladii, c'est à dire morte,
pleurante, latera, sapha, elnible, barbatus,
descensorium & plusieurs autres
noms sont donnés au vaisseau des Philosophes,
qui est fait en pyramide. Le
même l. 3. c. 42.
Z iiij
@

360 HARMONIE CHIMIQUE
Le vaisseau des Philosophes doit être
de verre très pur sans aucun trou, ayant
le ventre rond comme une courge, &
l'orifice rond, & étroit d'une coudée de
longueur. Elie c. 3.
Prends la pierre connue dedans le lion
vert très-bien fermé & scellé. Le même
c. 5.
Geber. Le vaisseau soit de verre le fond rond
& de petite concavité, ne valant rien
s'il est d'autre matière. Geber de la grande
perfection l. I. c. 44.
Scholie.
N Ous ne pouvons que nous émerveiller de
l'aveuglement de la plus grande partie des
chercheurs de notre pierre qui comme aveuglés
sans bâton se précipitent en tous lieux
dangereux, & comme personnes qui se noient
se prennent à tout ce qui leur vient au devant, &
de fait qu'on visite leurs laboratoires qu'on
trouera remplis de tant de vaisseaux différents,
& en matière & en forme que l'on en sera étonné,
ce qui advient par la faute de lire, d'entendre
& d'étudier sérieusement, & de croire
les bons auteurs, qui unanimement disent,
notre vaisseau est de verre, clair, transparent,
duquel le ventre est rond, le col long d'un demi
pied, & étroit, qu'on nomme ordinairement
@

CHAPITRE IX. 361

matras, considère attentivement ce que
nous te disons, si ton orpiment, ton arsenic,
ton eau dévorante, pèsent dix onces, ton vaisseau
en pourra & devra contenir trente, dans
lequel tu pétrifieras, dissoudras, rouilleras &
sépareras la semence, ou soufre, ou noirceur
de son corps propre: cette noirceur est
quelquefois rousse, quelque fois grisâtre, &
quelque fois noirâtre, mais ne te soucie de
quelle couleur qu'elle soit, car peu à peu elle
se noircit assez: Prends le cas que tu aies une
once de cette noirceur, tu la mêleras avec une
douzaine d'onces de son eau dévorante dedans
un matras contenant environ trente six onces,
sur un feu d'ébullition (mais prends garde à ce
passage car il est facile à y glisser) par icelui le
sec & l'humide se combattront, & des deux se
fera vue pâte, & comme graisse ou écume elle
nagera, laquelle étant séparée pourra peser
deux onces, lesquelles faudra mettre dedans un
matras contenant environ six onces, très-bien
fermé sur le feu propre qui peu à peu réduira
cette pâte en poudre. Cette matière bien subtile
sera remise avec son eau bouillante, comme
auparavant, laquelle gouvernes dûment se
remettra en pâte, & retirée sera mise dedans
un autre vaisseau un peu plus grand; pour ce
qu'elle pèsera davantage, & étant desséchée
sera remise en pâte, & pour dire en un mot ceci
sera re-pâté & pulvérisé jusqu'à ce que la matière
soit blanche, alors tu n'y toucheras plus
jusqu'à tant que tu verra, la matière rougie
@

362 HARMONIE CHIMIQUE
Fermenta- d'une rougeur excellente, alors faudra ouvrir
tions le vaisseau pour venir à la fermentation, & d'icelle
Cération, à la cération, puis à l'ingression & communication
Ingression, des métaux avec lesquels on veut faire
Communi- la jonction pour la dépuration & faction qu'on
cation. dit (mais faussement), de l'or ou de l'argent.
------------------------------------------
D U T E M P S N E C E S S A I-
RE A PARACHEVER
l'oeuvre des Philosophes
nommé pierre Phi-
losophale.
CHAPITRE X.
T E X T E S.
pict Otre matière se parfait Aquin.
soi même, se tournant en
poudre très-subtile qui est
dite terre morte, ou homme
mort au sépulcre,
ou magnésie altérée, &
ayant soif, pour ce que l'esprit est caché
avec lui dans le sépulcre, & l'âme
est comme retirée, laisse le donc demeurer
de cette façon dès le commencement
@

CHAPITRE X. 363

26. semaines, & alors le gros
est fait subtil, le léger pesant, l'aspre
mol, le doux amer, par la conversion
des natures & vertu du feu parfait secrètement.
Thomas d'Aquin c. 5.
Notre art ne peut être parachevé en Greverius.
peu de temps, il faut donc que l'Artiste
soit patient. Greverius p. 34.
Le moindre temps qui nous est nécessaire Ventura.
à notre préparation, est la révolution
du grand luminaire: La pierre
doit être tenue au feu, jusques à ce
qu'elle ne change plus, ni de nature,
ni de couleur, demeurant rouge
comme sang, coulant au feu comme
cire, mais tellement fixe qu'elle
ne s'envole jamais. Ventura c. 22 p. 121.
173.
Du noir au blanc vrai, il y a un long
temps, & plusieurs couleurs se passent
avant que la propre & dernière digestion
advienne. Le même c. 27. p. 168.
L'homme ne peut connaître le temps
déterminé de la conjonction, d'autant
que l'âme entre fort subitement au corps.
Le même c. 27. p. 168.
L'ouvrier soit assidu & long à l'ouvrage
qu'il ne se hâte point, mais sans se
@

364 HARMONIE CHIMIQUE
dépiter ni courroucer ni douter, attende
patiemment le temps propre à
recueillir ses fruits, de même que fait
le laboureur. Le même ch. 28.
Ripleus. Il nous faut être un an pour notre attente,
car en moindre espace de temps
notre chaux ne peut être achevée. Ripleus
p. 73.
Voyants la couleur noire, obscure &
mauvaise s'en aller après long temps,
& venir une couleur blanchâtre, grise
comme cendres, a été nommée incération
ou déalbation. Le même c. 112.
Libavius. Le temps auquel tout l'ouvrage est
achevé, n'est point défini certainement
par tous, car les uns prennent
neuf ou dix mois, auxquels l'enfant est
parachevé dans la matrice, combien que
cela soit inégal, antres 3. mois, autres
moins, mais y a plusieurs cases de la diversité
du temps, par quoi sans s'arrêter
à un temps préfix commandent que l'artiste
persévère jusques à la fin, marquant
toutefois chaque opération par les signes,
à celle fin qu'il sache quand &
comment il faut opérer. Libavius p. 108.
La diversité du temps vient à cause
de la quantité de la matière, & de l'industrie
@

CHAPITRE X. 365

de l'artiste. Le Moyne p. 17.
Le temps de la purification ne peut
être déterminé, mais l'oeuvre rouge se
fait dedans nonante jours. Le même p.
20.
Aux cinquante premiers jours se fait
la tête du corbeau, & en cent cinquante
la colombe, & en autres cent cinquante
le rouge, le feu jusques au blanc
soit petit. Le même. Saturnin
dit le même. Et un autre vieux Auteur
dit, le feu soit contenu huit cens jours,
ou un peu plus d'avantage.
La Médecine n'est point faite dans Manuscrit.
peu de jours ou mois, ni brièvement,
car il la faut long temps nourrir, & accoutumer
au feu. D'un certain manuscrit.

Les Philosophes ont marqué plusieurs
termes en la décoction de cet art, aucuns
un an autres un mois, autres un
jour, autres trois, mais comme nous
disons un jour l'espace du coucher & lever
du Soleil, ainsi ils disent le
temps du commencement de l'ouvrage jusqu'à
la fin un jour. Ceux qui disent un
mois, c'est pour ce que le Soleil va durant
un mois par chaque signe du ciel.
@

366 HARMONIE CHIMIQUE
Ceux qui disent trois jours, c'est à cause
du commencement, milieu & fin,
ceux qui disent un an, c'est à cause des
quatre couleurs. Le même.
L'échelle. Quand il aura demeuré en l'Eclipse
cinq mois, l'obscurité s'en allant & la
lumière venant, alors augmente sa chaleur.
L'Echelle des Philosophes p. 117.
Lulle. Tout le cours de nature est de deux
années, à savoir la pierre est de quinze
mois, car selon qu'elle se corrompt,
elle s'engendre. Lulle au vade mecum p.
160.
Rosaire. Il faut pour le moins un an pour parachever
l'élixir. Rosaire p. 178.
Saches que le chemin est très long,
par quoi il est besoin d'attente & de
patience en notre magistère. Le même
183. 210.
Je vous dis que vous ayez patience,
car par aventure il s'arrête, & la hâte
vient de la part du Diable: or qui
n'aura patience, n'y mette la main, car
la hâte gâte tout. Le même p. 247.
En quarante jours & autant de nuits
(après la purification de la pierre) se
fait l'oeuvre blanc, n'y ayant aucun
terme limité en la purification, sinon
@

CHAPITRE X. 367

que suivant l'opération de l'artiste, &
en nonante jours & autant de nuits le
rouge, & ces termes sont les vrais termes
pour la perfection entière, mais
il faut entendre ceci de la coagulation
qui se fait après la purification, laquelle
purification ne se peut faire qu'en la
putréfaction & corruption des corps en
vrai esprit, & quand tu l'auras, loue
Dieu. Le même p. 252.
Sois long à extraire la teinture, pour Desiderable.
ce que par la hâte on brûle tout.
Desiderable p. 25.
La patience & le retardement sont nécessaires, Benoist.
à celle fin que par la longueur
de cuire, l'eau vainque par légère décoction
la bataille du feu. Benoist p. 57.
L'oeuvre se peut parachever dans un an, Lescot.
à savoir d'épais, ce qui est épais le faire
subtil, le fixe volatil, & mettre ce qui
est dessous au dessus. Lescot p. 61.
Continue toujours le feu sans changer, Phénix.
jusques à ce que l'argent vif soit sec,
ce qui sera dedans deux ans, mais l'argent
vif ne doit surpasser deux livres.
Phénix p. 75.
Ta première décoction n'a aucun terme
limité & est ennuyeuse & longue
@

368 HARMONIE CHIMIQUE
laquelle toutes fois il faut attendre avec
joie, plusieurs sont périt par trop se hâter,
& étant ennuyés de la longueur
ont quitté l'oeuvre. Le même p. 176.
Nicolas. Sois long & patient, & non prompt à
faire la teinture, autrement tu brûleras
tout, & enverras l'ouvrage à une région
lointaine, aie donc patience à cuire
& triturer, & ne t'ennuie de réitérer
souvent cette opération, car ce qui est
imbibé par l'eau est amolli & tant plus
tu tritures, tant plus tu *mollifies, & tant
plus tu subtilises, jusques à ce que tout
soit dompté & divisé l'un de l'autre, car
l'esprit s'unit & se rend pâte avec le
corps, & tout ce qui s'empâte se dissout
totalement, car toute impastation
se fait avec trituration, incération &
assation: car par la contrition ou assation
qu'est même chose, & les parties
unies au feu par la viscosité de l'eau qui
est au corps sont déliées. Or les corps
dissout & réduits en forme d'esprits
sont inséparables, comme est l'eau de
l'eau. Nicolas des Comtes p. 16.
Domine mi. Quelques Princes principalement en
leur vieillesse, quoi qu'en petit nombre,
ont eu cette science. Or Geber dit vieux
&
@

CHAPITRE X. 369

& non jeunes, d'autant que les jeunes
impatients sont aveuglés par la brièveté
du temps, qui ne peut donner ce que
la longueur donne aux vieux patients,
à cette cause tous les Philosophes exhortent
d'avoir patience en la longueur,
qui donc n'aura patience ne travaille
point, car toute action n'a son
mouvement & temps préfix: Or la médecine
n'est pas faite en peu de jours
ou de mois ni brièvement, vu qu'il la
faut long temps dompter & nourrir au
feu, ce qui ne se fait pas que par un long
temps & grande dextérité. D'une épître,
commençant, Domine mi. p. 47.
Cuits & triture & ne t'ennuie de réitérer, Armingandus.
car tant plus tu tritures tant plus
tu subtilises les parties grosses, car par
la grande assation, trituration & longue
décoction nos corps sont dissout,
aie donc patience, pour ce
qu'ils sont de forte & dure résolution,
car si tu savais pleinement leurs natures,
tu attendrais patiemment, & avec
joie, qui n'aime donc la patience n'entreprenne
point notre oeuvre, de peur
qu'il ne se ruine. Armingandus c. 3.
Celui qui travaille en cette science
@

370 HARMONIE CHIMIQUE
aie de quoi vivre par deux ans au
moins sans s'occuper à autre besogne,
que la longueur de l'ouvrage ne le réduise
à la pauvreté. Albert c. 3. 4.
Comme la goutte cave la pierre, non
par force, mais peu à peu ainsi, l'humidité
de notre pierre se dessèche peu à
peu par un feu lent, ne t'ennuie donc
point de cuire longuement. Rouillac p.
6. commence les Poètes antiques.
Notre oeuvre peut être commencée
& achevée en tout temps & lieu dans un
petit vaisseau & feu, toutefois avec
grande patience & longueur, sans aucune
intermission ou colère, d'autant
qu'en une heure tout l'ouvrage serait
détruit. Le même p. 27.
Geber. Notre médecine ne peut être faite
en peu de jours on heures, car notre
médecine est faite par un long temps,
par quoi je vous exhorte d'avoir patience,
sans penser abréger le temps, qui
donc n'aura patience ne travaille
point car la croyance de la hâte
gâte tout & icelle vient du diable, car
toute action naturelle a son mouvement
& temps déterminé. Geber en la recherche
c. 12.
@

CHAPITRE X. 371

Les corps du Soleil & de la Lune
mis dans le mercure vulgaire ont besoin
d'un long temps pour se dissoudre & réduire
en leur première matière, à savoir
soufre & argent vif des Philosophes.
Désir désiré attribué à Lulle, & à Flamel.
L'an lunaire ou court est un mois, l'an Viginaire.
grand, selon Cicéron, est le retour des
corps célestes au propre lieu d'où ils
sont partis, qui est selon les uns en 1500.
ans, selon Hortense en 12954. selon Platon
en 3600. selon Josèphe en 600. ans.
En Egypte l'an est de quatre mois, en
Arcadie de trois mois, en Arcananense
de six mois, en l'Anuvie de treize mois.
Viginaire sur Tite-Live. col. 1067.
La hâte n'est propre à cet art, car Valentin.
qui se hâte trop rarement fait-il quelque
chose de bon en ce magistère, car
en se hâtant on gâte plus que l'on ne
parfait, donc que le chercheur ne
se laisse tromper au trop hâté désir d'avoir.
Basile, Valentin p. 59. 10.
Si ce grand oeuvre peut être fait dans Northonius.
trois ans, ce fera une grande fortune.
Northonius en son crede mihi c. 4. p. 125.
Quelques novices sont autant prompts
que le feu, car ils ne désirent que demi
Aa ij
@

372 HARMONIE CHIMIQUE
année, les autres en moins d'une semaine
changent de volonté, les autres
dans un jour, & les autres croient dans un
mois ou au second mois, autrement ils
nient l'art: certes il vaudrait mieux
pour eux qu'ils quittassent du tout cet
art que de rechercher, que telles
mouches volent à leur plaisir. Le même
c. 6. p. 170.
La médecine solaire & la lunaire est
une même en science, & n'a qu'un même
ordre, c'est la cause pour laquelle
on la dit une seule médecine, ainsi dite
par nos anciens comme nous lisons dans
leurs livres, mais il y a addition de cou
leur jaune laquelle est faite par la substance
du soufre très-pur & fixe, le
quel seulement est pour le jaune, mais
non pour le blanc, & cette addition est
appelée troisième en ordre, d'autant
qu'il est fait par grande industrie pour
la perfection de l'oeuvre, mais il est besoin
d'un grand labeur & longue assiduité.
Geber L. 3. c. 78 p. 49. de la médecine de
l'ordre troisième.
@

CHAPITRE X. 373

Scholie.

E Ntre toutes les difficultés qu'on rencontre
en cette admirable recherche, n'y en a
pas une qui détourne tant les chercheurs que
la longueur nécessaire à parachever l'oeuvre,
c'est ce qui leur fait chercher quelques branches
(disent ils) de cet arbre en quelque *ânichon
pour porter la charge attendant qu'ils
aient de quoi mettre la main à la grand oeuvre
(qu'ils appellent) ils courent donc pour y être
plus tôt, à des congélations, fixations, blanchissements,
rougissements, médions tiercelets
dix pour cent, trente, quarante, qui plus, qui
moins pour cent, les uns veulent rendre la Lune
fixe (qui serait mal pour la terre si elle n'avait
ses quartiers & son croître & décroître)
les autres déteindre le Soleil (auquel si on ôtait
la couleur, l'on ôterait la lumière, & le monde Moquerie de
serait enténébrés) & de cette teinture en teindra cette fixation
pareille quantité de Lune (si on la trouve) de Lune &
car la Lune est beaucoup plus petite que le Soleil, déteindre le
les autres cherchent le mercure de Saturne Soleil &
au plomb, les uns courent après une recette, mercure de
autres après une autre, tel n'a qu'un fourneau, un Saturne.
autre en aura jusqu'à cent & d'avantage tous différents
l'un de l'autre. Certes il n'y a point de
branches, ni de médions pour chasser le soufre
des métaux imparfaits & pour en cuire &
teindre le mercure: Il n'y a que la seule matière
des sages qui soit vraie & parfaite, tout le reAa
iij
@

374 HARMONIE CHIMIQUE
ste s'en va en fumée, ce n'est qu'un amuse &
Contre les abuse lourdaud, piperie endiablée digne d'une
charlatans corde, chemin à la misère, à l'hôpital & désespoir.
& faussai- Arrière de notre étude race maudite, qui
res. sangsues cruelles ne cessez d'attirer la substance
des trop crédules, qui se fiant trop facilement
L'étude re- dessus vos discours endiablés, consument plus
commande. d'années à suivre vos opérations maudites
qu'ils ne feraient des Mois à l'ouvrage des vrais
Philosophes qui conseillent tous unanimement
l'assidue lecture des bons livres, lesquels vous
leur défendez, par lesquels ils apprendraient
à vous fuir & détester, & laisser nus, déchaux,
affamés & misérables, comme vous errez, &
vagabondez la plus part promettant des montagnes
d'or, & votre misère cependant croît
d'heure à autre. Tous les bons auteurs ne marquent
qu'une matière tirée de deux substances
par leur propre racine, un petit vaisseau, un petit
fourneau, un petit feu, une petite dépense
aisée à supporter (vu qu'elle ne surpasse pas
par jour en cette ville de Paris deux sols) & une
seule opération, laquelle n'empêche l'artiste
de vaquer à ses autres négoces, qu'on considère
vos ouvrages, vos promesses, vos menteries,
vos subterfuges & vos dépenses, où l'on trouvera
autant de différence que de la nuit au jour
& autant d'éloignement que du ciel à la terre
& de la vérité au mensonge: Mais en fin s'il reste
quelque chose de bon en vous, revenez à
vous mêmes, & oyez les bons auteurs qui
vous apprendront qu'il n'y a aucun terme limité
@

CHAPITRE X. 375

pour faire l'extraction du dissout d'avec le
corps: Jean André au titre du crime de Faux
dit, qu'Arnaud de Villeneuve faisait des lingots
d'or & d'argent à Rome, & permettait
qu'ils fussent éprouvés publiquement, ceux
qui font bien ne craignent la censure & punition,
comme vous autres faussaires qui ne
pouvez débiter vos *happelourdes que sous la
marque fausse de quelque Prince, que Dieu
vous extermine si vous ne vous changez en
mieux, venons aux opérations de nos doctes
maîtres, & peu à peu au temps nécessaire à nos
ouvrages. Ayant pris les deux corps très-épurés
en poids égal & en la quantité qu'on voudra,
il les faut réduire en poudre ou feuilles déliées, y
ajoutant de son eau propre au quadruple, ceci
se fait pâte qui sera mise dedans un matras
proportionné sur un feu lent, là où dedans quelque
temps elle prendra une couleur noire ou
noirâtre, laquelle noirceur sera retirée comme
déjà par ci devant a été dit, jusqu'à ce qu'on en
ait la quantité désirée qui pourra être d'environ
deux onces. En cette opération n'y peut
avoir aucun terme limité, car l'assiduité de l'artiste
y préside, & lequel étant poursuivi s'étend
presque de six mois jusques à neuf, voire à un
an, c'est celui-ci qui est le plus long, le plus
fâcheux & ennuyeux; La seconde est l'imbibition
de cette matière dissoute noire ou noirâtre,
& très sèche avec son eau propre, avec laquelle
la faut unir par un feu lent, jusques à ce que
cette noirceur soit tournée en blancheur, & à
Aa iiij
@

376 HARMONIE CHIMIQUE
cette opération aucun terme ne peut être donné
préfix, le blanc sera continué sur le feu jusques
à ce qu'il soit devenu rouge, cette opération
n'a aussi aucun terme limité, pour la fermentation,
& la cération, il en sera parlé en son
propre lieu, voila comme le temps du parachèvement
de tout l'ouvrage ne peut être limité.
Je sais que quelques uns s'arrêtent dessus
les années, mois & jours, pour ce qu'il en est parlé
par plusieurs auteurs, mais outre ce que nous
avons amené de Viginaire ci devant en ce chap.
nous disons que l'année parmi toutes les nations
n'a pas été de pareil nombre de mois,
mais de pareil nombre de lunaisons, à savoir de
douze que les Nations qui n'avaient ou ne comptaient
que trois mois, mettaient à chacun quatre
lunaisons, & ainsi des autres, & pour savoir
comme nos auteurs ont entendu leurs
jours, leurs semaines, leurs mois, & leurs
ans, qui est une façon de compter & d'entendre
particulière à eux; outre ce qui en a déjà été
dit, le curieux lisant leurs livres s'y pourra instruire.
@

377
------------------------------------------

D E S C O U L E U R S A P-
PARAISSANT A LA FA-
ction de la pierre des
Philosophes.

CHAPITRE XI.

T E X T E S.

pict Edans peu de temps tu Isaac.
verras toute la matière
noire, alors saches que
la vraie conjonction est
arrivée, & que la blancheur
est sous la noirceur, saches aussi
que si la noirceur, n'apparaît à l'ouvrage,
aucune mixtion ni conjonction
ne se ferait, ni jamais l'un ne se pourrait
fixer avec l'autre, & que là où aucune
noirceur n'apparaît, là aucune fixation
entre l'âme, l'esprit & le corps ne
se peut faire. Isaac l. I. c. 64.
Voyant la noirceur, sois assuré que
la conjonction est faite. Le même c. 67.
Avant que la couleur claire & splendide
@

378 HARMONIE CHIMIQUE
vienne, toutes les couleurs du monde
apparaîtront & s'évanouiront,
après lesquelles tu verras une grande
blancheur, tellement qu'il te sera avis
que ce sera la vraie blancheur, mais non
car avant qu'icelle paraisse, tu verras
à l'entour & cotés du vaisseau à la matière
de la pierre comme des perles resplendissantes,
ou yeux de poissons,
alors soit assuré qu'en peu de jours tu
auras la parfaite blancheur, & voyant
cette matière aussi blanche que neige,
resplendissante comme perles d'Orient,
réjouis toi, car la pierre est parfaitement
blanche, alors laisse la refroidir
de soi même. Le même chap. 131.
Mêlez exactement l'eau avec l'eau, &
l'humide avec le sec, afin de voir la
noirceur de la mer, c'est à dire une couleur
noire, qui se verra en la putréfaction
qui se fait en vingt neuf jours, en
un petit feu, qui est signe de parfaite
conjonction. Le même c. 6. 33.
La noirceur est le secret de notre
vraie dissolution, laquelle est comme
charbon venant lors que le Soleil &
la Lune se joignent entr'eux, sans le séparer
jamais, & sont faits une poudre
@

CHAPITRE XI. 379

très-blanche, qui sont mâles & femelles
engendrés du vrai lien d'amour.
Lulle c. I.
Les jours marqués, passés, considère
si la première couleur de la blancheur Greverius.
(c'est à dire pour venir à la blancheur)
est changée en cendre obscur, ou noir
détrempé de quelque blancheur, que
si tu la vois, réjouis toi, car tu as baillé
la chaleur convenable, & déjà tes semences
germent. Greverius p. 24.
Le premier signe apparaissant sur la
matière est la couleur obscure, rouge
comme noircissant, comme brique
qui n'est ni rouge ni noire, ni brune,
mais comme mêlée de toutes, cette
noirceur est la poudre tombée des branches,
ce qu'il faut noter, l'autre est la
siccité de la terre qui se démontre par
les exhalations desquelles ne s'augmente
pas plus qu'auparavant, & les signes de
la *meureté parfaite sont couleur rouge
avec quelque jauneur intérieure aucunement
resplendissante, & défaut
d'exhalaisons. Le même p. 36.
Le plus souvent dans quarante jours
une noirceur semblable à la poix paraît
qui n'est autre chose qu'un signe de la
@

380 HARMONIE CHIMIQUE
solution des corps, car tout ce qui est
fait spirituel monte en haut, & toute
chose terrestre demeure au fond, & toute
chose légère demeure en haut, & toute
chose pesante tend en bas. Or quand le
corps est dissout par son eau en noirceur
& réduit en essence incompréhensible,
alors la teinture est dissoute en
noirceur, ainsi les quatre éléments s'assemblent
en un. Tout ce qui est dissout
avec le mercure se retourne élever
combien que la plus grande partie demeure
toujours au fond. Le même p. 56.
Alan. Quand la matière aura demeuré sur
une petite chaleur quarante jours, tu
verras paraître au dessus une noirceur
comme poix qui est la tête du corbeau
des Philosophes. Alan p. 63.
Garlandius. Cette pierre est triple, & une avant
quatre natures, & trois couleurs, noir,
blanc & rouge. Garlandius c. 13.
Ripleus. Toutes couleurs paraîtront avant le
parfait blanc, & puis le jaune, & faux
jaune, puis le sanguin rouge immuable,
alors tu as la médecine du troisième
ordre, qui peut être multipliée en son
genre. Ripleus p. 9.
Nicolas. La forme des corps étant premièrement
@

CHAPITRE XI. 381

résolue en notre mercure, une autre
forme est immédiatement introduite
par la corruption de leur forme, laquelle
forme est couleur noire, odeur
puante, subtile & discontinue au toucher,
& Arnaud en son miroir p. 55. de
laquelle Ventura c. 26. p 150. dit que
cela se comprend par l'intellect, & non
autrement, vois ce miroir, car il est bon)
Nicolas des Comtes p. 16.
La chaleur agissante en l'humidité
engendre premièrement la noirceur,
puis la blancheur, puis jaune, en après
rouge. Le même p. 5. 22.
Merveilleuses choses paraissent à Arnaud.
l'heure de la conjonction, car toutes
les couleurs qu'on peut imaginer au
monde apparaissent en travaillant, &
le corps imparfait se teint d'une couleur
ferme moyennant le levain. Arnaud
à la fleur.
La matière ne peut tellement être
détruite, qu'elle ne demeure sous
quelque forme, par quoi la première
forme des corps ruinée dans le mercure,
une autre y est introduite, laquelle est
sa couleur noire & son odeur puante,
au toucher subtile & discontinue, &
@

382 HARMONIE CHIMIQUE
ceci est le signe de la parfaite dissolution
des corps, pour ce que la chaleur
agissant en l'humidité engendre premièrement
la noirceur qui est la tête du corbeau
& commencement de l'oeuvre. Le
même au rosaire c. 4.
Le Moyne. Lors que tu travailleras, aie premièrement
la couleur noire qui est la clef de
l'art, alors sois assuré que tu travailles
dûment. Le Moyne p. 16.
Daustricus. La noirceur de l'oeuvre est la clef de
l'art pour ce qu'il ne peut être sans noirceur,
car c'est la teinture que nous
cherchons. Daustricus p. 16.
Le blanchissement ne se fait que par
la cuite & congélation de l'eau, & tant
plus se lave, tant plus se blanchit au
dedans. Le même p. 47.
Jeu des en- La femelle domine tout autant que
fans. la noirceur, & icelle est la I. force de
la pierre, pour ce que si elle n'est noire,
elle ne se fera ni blanche ne rouge, d'autant
que le rouge est composé du noir
& du blanc. Le même p. 28. & le jeu des
enfants p. 144.
Tant plus notre airain se cuit & tant
plus il se dissout, & noircit & se fait
eau plus subtile & spirituelle, secondement
@

CHAPITRE XI. 383

tant plus se cuit, tant plus s'épaissit
& dessèche & se fait blanc. Le jeu
d'enfants p. 144.
Lors que la terre sera blanche, broie la
avec son eau, & calcine la derechef,
pour ce que l'azoth & le feu lavent le laton
& lui ôtent son obscurité, car la
préparation se fait toujours avec l'eau,
& telle que sera la clarté de l'eau,
telle sera celle de la terre, & tant plus
on lavera, tant plus la terre sera blanche.
Avicenne c. 5. p. 83.
Ayant bu son eau brûlante, se noircit
& demeure en l'ombre du purgatoire
cent cinquante six jours avec les
nuits. l'échelle p. 129.
Les couleurs des éléments en l'oeuvre
sont depuis les pieds jusques aux genoux
terre, élément noir, des genoux
jusques au nombril aqueux, blanc &
& splendide, du nombril au coeur aérien,
roux jaune, & du coeur jusques au
col ignée brûlant, & rouge. Démocrite
dans Flamel p. 176.
Cette couleur noire demeure sur
l'eau du commencement, & peu à peu
s'enfonce au fond du vaisseau. Rosaire
p. 182., Ventura dit le même c. 23. p. 130.
@

384 HARMONIE CHIMIQUE
L'ordre est de noircir & pourrir, le
même p. 195.
Voyant la matière noircir, réjouis toi,
car c'est le commencement de l'oeuvre,
brûle donc notre airain par un feu
doux, comme la poule fait ses oeufs, jusques
à ce que le corps soit fait la teinture
tirée. Le même p. 197. 200.
Quelques uns ont dit que toutes les
couleurs du monde apparaissent dans
l'oeuvre, mais c'est un sophisme des Philosophes,
vu qu'il n'y en y a que quatre
principales, desquelles toutes les autres
se font, partant ne te soucie si elles ne
t'apparaissent pas, pourvu que tu
puisses séparer les éléments, car la couleur
jaune signifie la colère brûlée &
ignée, la rouge, le sang & air, la blanche,
le phlegme & eau, la noire la mélancolie
& terre qui a les quatre couleurs
& éléments. Le même p. 201. &
Nicolas des Comtes p. 18.
Dastinius. Le feu est la terre noire au fond du
vaisseau, lequel ayant bu son eau brûlante
demeure noirci & en obscurité
quarante nuits, & ainsi il conçoit dans
l'eau & enfante en l'air. Dastinius p. 30.
L'apparition de la teinture noire est
le
@

CHAPITRE XI. 385

le signe de la solution & entière putréfaction:
car le noir est le commencement
de la médecine. Le même p. 31.
La noirceur est signe de solution, & se Trois paro-
nomme vinaigre des Philosophes, & de les.
là vient à la blancheur, mais passant par
plusieurs couleurs, & après la blancheur
suit la rougeur. Au livre des trois paroles
p. 48.
Ce qui est liquéfié est notre corps Exemple.
étant noir & épais. L'exemple de la science,
p. 93.
Les couleurs sont seulement noir, Vobiscum.
blanc, rouge, & celles qui viennent entre
deux qui se changent, & lors qu'il
n'y a aucun changement de couleur & ne
fume point, là est la perfection. Dominus
vobiscum.
L'eau coopère à blanchir si elle est Ventura.
imbibée continuellement & exhalée par
chaleur, mais plutôt incorporée & desséchée
avec la terre, triture la donc
souvent avec son eau, & re-calcine la
jusqu'à ce que par le lavement se l'eau
& du feu, la noirceur & obscurité s'en
aille. Ventura p. 53.
Le blanc qui se fait par nutrition est Libavius.
comparé à la blancheur de l'étain, par
Bb
@

386 HARMONIE CHIMIQUE
quoi il ne faut croire que ce soit celle
tant désirée, & cette ci est attribuée à
Jupiter qui n'a pas une blancheur fixe,
pour ce qu'elle a encore un peu de lividité,
que donc la chaleur blanchissante
soit douce, autrement il y aura faute.
Libavius p. 117.
Lulle. L'on demande si la tête du corbeau
est du corps dissout ou du mercure
brûlé, certes ceux qui pensent être d'impureté,
se trompent malheureusement. Le
même sur la Clavicule de Lulle p. 281.
Ne crois point que l'eau qui demeure
blanche s'épaississe, mais elle paraît
noire par l'esprit noir nageant au dessus,
ou soufre noir qui étant séparé la
blancheur retourne paraître à l'eau, laquelle
est cause avec le feu que la terre
se blanchit. Le même au traité de l'azoth,
p. 89.
Tourbe. L'eau se blanchissant (nommée Ethelia)
blanchit & teint. Tourbe, sentence
56.
Qu'est-ce qui cause la noirceur? certes,
c'est l'humidité aiguë & adustible,
c'est la fumée aiguë, de laquelle il est
dit que l'humidité aiguë & adustive
corrompt l'ouvrage & le teint en noirceur,
@

CHAPITRE XI. 387

qui est nommée par les sages
en cet art Saturne, ou plomb, ou airain:
à cause de sa noirceur & saleté, de laquelle
il le faut nettoyer. D'une tourbe
écrite à la main p. 95.
Lors que la froideur & humidité commencent
à s'altérer, le corps se fait noir
comme charbon. Le même p. 70.
Noircissez la terre & séparez son âme Rosinus.
son eau, puis blanchissez la, & vous
trouverez ce que vous cherchez. Rosinus
à Eutichie.
Le second ouvrage se fait ainsi, ayant
marqué la première qu'est l'amalgame,
mais cette eau en un vaisseau, sur un feu
lent; jusque à ce que tu voies par dessus
la noirceur apparente, laquelle il faut
ôter subtilement, toutes les fois qu'elle
paraîtra, alors tu as l'eau & la terre,
sur cette terre ou noirceur mise dans un
vaisseau de verre, verse l'eau bénite jusqu'à
ce que l'eau soit faite blanche &
claire. Le même Rosinus à Saratantan p.
282.
Autant de couleurs autant de noms, Bacon.
la première opération de notre pierre
est nommée putréfaction, & notre pierre
est faite noire, par quoi quand tu la
Bb ij
@

388 HARMONIE CHIMIQUE
trouveras noire, sache que la blancheur
est cachée là dessous, alors il la faut sortir
& tirer subtilement. Bacon c. 6.
Marguerite La couleur noire est la première de
nouvelle. toutes & la plus difficile à venir, &
montre que le ciel & la forme se sont
accomplis & qu'il sont conçu, & que
sans faute le venin parfait, désiré, &
(in)formant, (par)faitement composé de
l'égalité des éléments, viendra. L'autre
blanche montre que la forme s'en va à la
perfection, & au venin parfait. La tierce
safranée, par laquelle apparaît que
toutes choses ont commencé d'être un
manque que la semence est passée subtilement
déjà par tout le ciel. La quatrième
rouge, qui est le parfait venin,
montre manifestement les choses sorties.
Marguerite nouvelle.
La noirceur paraissant sur l'ouvrage,
t'assure avoir trouvé le droit chemin
de travailler, par quoi réjouis toi pour
ce que Dieu t'a donné un grand don.
Phénix p. 75.
Nicolas. N'ajoute ou diminue aucune chose
en notre pierre, mais mets la avec toute
sa substance dans son vaisseau fermé
philosophiquement, que rien ne s'exhale,
@

CHAPITRE XI. 389

mets le dans le four & feu
physique, jusqu'à ce que la plus
grande partie soit convertie en poudre
noire, alors toutes les opérations marquées
au chapitre des opérations sont
faites. Nicolas des Comtes p. 12.
Si du commencement après la noirceur
la rougeur vient ne crains point, fais seulement
que le vaisseau soit bien fermé, pour
ce qu'il faut nécessairement qu'il vienne
à sa nature. Le même p. 21.
La noirceur est signe de solution, & la Dastin.
clef de l'oeuvre, pour ce qu'il ne peut
être fait sans noircir, car c'est ce que
nous cherchons. Dastin p. 31.
L'esprit & l'âme ne se joignent avec le
corps qu'en la blancheur, car tandis que
la noirceur paraît, la femme obscure
domine. Le même p. 35.
Note que la blancheur est cachée Florent.
dans la noirceur de la terre, & partant
elle est noire à la vue mais blanche inférieurement,
donc ce qui est caché doit
être manifesté, & ce qui est en vue,
doit être caché. Florent l. 2. c. 8.
Toute perfection gît à ce que la pierre
demeure tant en notre feu dans son
vaisseau qu'elle soit convertie en noirBb
iij
@

390 HARMONIE CHIMIQUE
ceur, après diversités de couleurs paraîtront,
en fin la blancheur parfaite
s'offrira. Elie c. 5.
Armingandus. La chaleur agissant au corps humide,
convertit tout le composé en pure &
vraie noirceur qui est le commencement
de notre oeuvre, & si une autre couleur
paraît, c'est signe d'erreur, par quoi
aussi tôt corrige ta faute par vraie inhumation,
d'autant que par elle tout
brûlement est ôté & rétabli au degré
de perfection. Armingandus c. 4.
Il faut laisser le vaisseau de verre sur le
Vincent. feu d'une lumière appelée feu de fièvre,
jusqu'à tant que la noirceur de la
pierre soit toute ôtée & retirée peu à
peu, laquelle il faudra conserver soigneusement
dans un vaisseau bien net
de verre, car cette noirceur est signe de
la putréfaction & solution de la pierre.
Vincent aux question 16. 17.
Daniel. Entre toutes les couleurs des fleurs
comme d'un pré la noire te plaise, &
après icelle la blanche, & après celle de
l'or. Daniel de Justinopoli section 7.
Rosaire Notre argent vif se congèle & épaissit
Anglais. par la force du blanc & du rouge, &
la noirceur est signe parfait de perfection
@

CHAPITRE XI. 391

puis le rouge, puis le vert, puis toutes
couleurs, & alors le mariage se fait du
corps, de l'âme & de l'esprit, alors la
blancheur utile vient, & en cinquième
lieu, le rouge clair resplendissant. Rosaire
Anglais c. 2.
Infinies couleurs paraîtront en ton Carpinus.
ouvrage, desquelles tu ne dois faire
état, mais seulement de trois, comme
de noirceur, vraie blancheur, parfaite
rougeur. Tous les Philosophes disent
bien que travaillant aux couleurs,
l'on voit des merveilles mais que particulièrement,
ces trois couleurs montrent
la perfection de l'ouvrage, car
premièrement la noirceur montre la
bonté de la matière, le bon régime de
la cuite, la vraie conjonction, la mortification
& la dissolution, & sache que
la blancheur est cachée dans le noir, continue
donc le feu lent jusqu'à ce que tu
aies cette parfaite blancheur, en après
triture, & la cuits pour avoir la parfaite
rougeur, alors tu as la lame flamboyante
argentée, mets un peu d'icelle avec
la matière. Carpinus.
La première couleur de la pierre qui Rouillac.
vient en la cuite, est la noirceur, puis la
Bb iiij
@

392 HARMONIE CHIMIQUE
blancheur, puis la rougeur. Rouillac
p. 6.
Les matières (tandis qu'elles se pourrissent
& se convertissent en fange noire)
s'animent. Le même p. 57.
Synésius. Cuits la matière, jusques à ce qu'elle
soit réduite en couleur ou terre noire,
qui est nommée robe noire tête de corbeau,
élément terrestre ou sec. Synésius p. 4.
La noirceur est signe de la vraie putréfaction
& principe de dissolution. Le
même p. 6.
Flamel. La noirceur doit être tirée des corps
métalliques parfaits, qui durera cinq
mois, après laquelle viendra la blancheur
désirée. Flamel c. 3.
Faut noter que la diversité des couleurs
ne paraît point sinon en la conjonction
de l'âme avec le corps, comme
dit Morien, en une fois seulement, le
feu renouvelle en lui diverses couleurs.
Flamel au désir désiré paroles 6 p. 131-141.
Arnaud. Prends le corps que je t'ai montré
ci devant, à savoir l'airain, tourne le
en plomb, puis en airain, comme il
était, pour ce qu'ainsi le faut faire, car
les essences ne se changent pas mais
bien l'individu d'icelles, remets
@

CHAPITRE XI. 393

les donc en leurs premières natures ou
première couleur, tirant l'argent vif, &
ce qui sera demeuré au fond du vaisseau
tourne le en fer, puis par continuelle
cuite en étain, puis en argent, & alors
auras la pierre blanche; Continue à cuire,
jusques à ce qu'il soit tourné en Soleil,
alors auras le parachèvement. Arnaud
au miroir p. 55. disposition 8.
Si avec la putréfaction tu dissout ta
Matière tu la verras noire, puis verte,
en après safranée, rouge & de
diverses couleurs, & le tout se fait par
la vraie décoction. Le même p. 61.
Il faut remarquer que durant la noirceur Arnaud.
plusieurs autres couleurs paraissent
desquelles les Philosophes n'ont
point écrit, car la matière devient parfois
toute verte, quelque fois plombine,
quelque fois violette, quelquefois
aussi en un coté du vaisseau on voit du
vert, le dedans étant livide, & le dehors
vert, mais toutes ces couleurs sont
comprises sous la noire, pour ce qu'en
icelle, n'y a aucune perfection essentielle,
les Philosophes ne se souciant que
de la noire, blanche & rouge, qui sont
de la vertu de l'âme. Armingandus.
@

394 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
T Out ce qui est arrivé ou doit advenir donne
des marques, ou de son arrivée présente,
ou de son arrivée advenu, ou de sa demeure,
ou de son départ ou prompt ou tardif, mais
pourtant la cause & sujet ne nous en est pas
toujours connu, comme les fleurs nous marquent
le fruit, l'imprégnation des femelles les
animaux à venir, ainsi la couleur noire survenant
en notre matière, nous marque icelle être
bonne & bien régie & gouvernée: Nous n'ignorons
point que plusieurs opérateurs n'aient
vu cette noirceur, mais ne la sachant mener &
conduire, comme il faut, l'ont comme jetée chose
inutile & excrémenteuse, voyant & disant
icelle être la saleté du mercure, mais leur disant
qu'ils le purifiassent en telle façon qu'ils
voudraient, & qu'ainsi purifié ils le mêlassent
avec l'or & l'argent, réduits l'un à vingt
quatre carats, & l'autre à douze deniers, car
alors l'un sortira du feu jaune & bruni & l'autre
blanc & bruni, ils ont mieux aimé demeurer
en leur opiniâtreté & ignorance demandant
à quoi bonne cette noirceur, si ce n'est à noircir
les souliers, ô, ignorants, cette noirceur est
signe, ou vraie matière dissoute sans laquelle
les philosophes n'ont jamais rien fait de bon,
ni aucune fera jamais en cet art, c'est cette noirceur,
laquelle est le principe, élément & fondement
du total, & de laquelle on a tant donné des
@

CHAPITRE XI. 395

noms différents, les uns des autres, non par envie,
mais pour inciter les rechercheurs à l'étude
& méditation, & ne croyez point qu'ils soient
différents entr'eux qu'en mots, ni du commencement,
ni du milieu, ni de la fin, ni de l'opération,
comme nous avons montré & vérifié ci
devant, ils ont marqué assez clairement aux entendus
les matières, leur dépuration, leur poids,
leur assemblage, leur dissolution, le signe d'icelle,
son extraction, collection, & séparation,
son imbibition, sa dessiccation, sa ré-humectation,
sa re-dessiccation, & la continuation d'icelles
jusques au blanc, ses fermentations, cération
& finale action, sans y rien omettre.
Mais de croire qu'ils aient écrit le tout si clairement
qu'on le puisse entendre du premier
coup, cela n'est pas, car il ne faut pas donner
les perles aux pourceaux, ni les choses saintes
aux chiens. Priez donc Dieu qu'il ouvre vos entendements,
& dessille vos paupières à bien entendre
ce que les Philosophes vous proposent, ou
qu'il vous envoie quelque parfait ami qui
vous montre de faire la dissolution, l'extraction
d'icelle, & la nutrition ou union de ce corps sec
avec son eau propre, puisque ce sont les opérateurs
les plus cachés en tout l'oeuvre, &
alors proposez vous (voire avant qu'obtenir
ce grand bien) de vouloir employer le fruit
qui en arrivera à l'honneur de Dieu, utilité de
vos prochains & soulagement des pauvres membres
de notre Seigneur Jésus Christ, qui vous
bénira selon vos souhaits vous montrant le
@

396 HARMONIE CHIMIQUE
commencement de l'oeuvre, sans lequel vous ne
pouvez venir à la fin.
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D E L A F E R M E N T A T I O N
DE LA PIERRE DES
Philosophes.
CHAPITRE XII.
T E X T E S.
Isaac. pict Rends quatre parties de levain,
& deux parties de ton
esprit préparé, triture les
subtilement comme pour
peindre avec un pinceau,
sèches les, étant secs & fixés, prends
pour quatre parties de matière une partie
d'esprit, qui feront cinq parties, mêle
les, comme auparavant, étant séchés,
prends encore la cinquième partie
d'esprit, comme auparavant, pour
quatre parties de matière, remets les
en son verre, comme par ci devant, &
fais ceci si souvent que ta matière se fonde
comme cire. Isaac l. I. c. 9.
Le levain avec l'esprit & le corps (ou
@

CHAPITRE XII. 397

terre) doit mourir, autrement tu perds
ta peine, & en montant se fait subtil,
de grande vertu, & s'unit avec son corps,
par quoi les sages ont appelé le levain
âme, quand ils disent l'esprit tire l'âme
en haut, & derechef descend en bas. Le
même, même livre c. 35.
Alors prends huit onces de levain, c'est
à dire si tu as huit onces de levain, aies
une once de son esprit sublimé, & les
mets dans un petit verre y mettant par
dessus d'eau distillée, comme aussi verse
d'eau distillée sur le levain. Le même
c. 64.
Je t'apprends que tu prennes huit parties
de levain & une d'esprit, pour ce que
tu fixeras souvent l'oeuvre, & souvent tu
la calcineras & congèleras, & l'oeuvre
se rendra si subtil, qu'il viendra à la plus
haute perfection. Le même c. 69.
La fermentation se fait après la
sortie de l'enfant, or le ferment n'est autre Lulle.
chose que viande pour manger, convertible
en l'essence de l'enfant, afin
que tout soit fait une nature, cette fermentation
mangeable doit être de sa
propre nature, & doit s'assembler &
unir ensemble, pour ce que s'il ne s'assimilait
@

398 HARMONIE CHIMIQUE
à lui, jamais il ne prendrait sa
nature, ni convertirait en nature de
soufre. Lulle au Codicille p. 70.
Ripleus. La fermentation est l'incorporation
de l'âme avec le corps, lui restaurant
son odeur naturelle, son goût & sa
couleur, par la naturelle inspissation
des choses séparées. Ripleus p. 85.
Vogelius. Le levain ne sera que du Soleil & ou
de la Lune, car nous ne demandons sinon
que la pierre se convertisse en son
semblable, pour ce que tout son tempérament
est d'iceux, & le levain n'est point
avant que les corps soient convertis en
leur première matière. Vogelius c. p. 10.
Desiderable. En la fermentation, il ne faut pas que
le volatil surmonte le fixe, autrement
le lien du mariage du corps s'enfuirait,
mais si on jette un peu de soufre sur
une quantité de corps, tellement qu'il fait
puissance sur lui, il le convertit bien
tôt en poudre de la même couleur du
corps, une once de poudre, & quatre
onces de corps. Desiderable p. 26.
Arnaud. Sache qu'il n'y a autre levain que le
Soleil & la Lune, c'est à dire l'or & l'argent.
La trompet- Arnaud à la Fleur des fleurs.
te. La fermentation est l'animation de la
@

CHAPITRE XII. 399

pierre. Son de la trompette p. 46.
Le ferment blanc se fait ainsi, Nourris
une partie de Lune très-pure, subtilement
limée, ou en feuilles avec son
double de mercure blanc bien purifié,
mêle les dans un mortier de pierre, jusques
à ce que le mercure ait bu sa toute
limaille, après lave la avec du vinaigre
& du sel, puis avec d'eau, après sèches
le, ajoutes y du soufre blanc une
partie, mêle le tout, & en fais comme
un corps, en après jette le avec une partie
d'eau & le fais sublimer, le ferment
rouge se fait de même avec le Soleil
pur. Le même p. 50.
Si tu ne mêles le levain avec l'élixir,
le corps ne se teint pas comme il faut,
d'autant que le Soleil ni la Lune ne paraîtront
point sans levain, mais quelque
autre chose, laquelle ne durera
point en nature de teinture métallique
si tu ne le prépares, c'est à savoir un
corps imparfait. Le même p. 51. 58.
Le corps imparfait est teint d'une
couleur ferme par le moyen du levain &
ce levain est l'âme du corps imparfait,
& l'esprit moyennant l'âme est joint &
lié avec le corps, & est converti avec
@

400 HARMONIE CHIMIQUE
elle en la couleur du ferment, & est
fait un avec eux. Rosaire p. 91. 221.
Fils tire l'ombre de sa racine, prends donc
la quatrième partie, c'est à dire, une
partie de levain, & trois parties du corps
imparfait, dissous le levain en égale
quantité d'eau mercuriale, cuits les ensemble
en un feu lent, & coagule le levain,
qu'il soit fait un corps imparfait,
le vaisseau bien bouché, & faisant comme
il a été dit, l'ouvrage sera préparé.
Le même p. 228.
Dastinus. Si nous voulons faire de Soleil, nous
mettons le Soleil, si de Lune de Lune
pour levain, que si tu ne mets le levain,
il ne se collera point, & si tu ne prépares
le corps, il n'endurera point le feu si tu
mets peu de levain, tu auras peu de teinture.
Dastinus p. 30.
Dominus Prends quatre parties de levain (qui
vobiscum. n'est autre chose que le mercure cuit, &
se cuit par breuvage & viande, pour ce
que le sec boit l'humide) & une de mercure
lavé, & l'amalgame ainsi, chauffe
le levain seul, & chauffe le mercure en
autre vaisseau, & lors que le mercure
commencera à bouillir, & le levain à
être rouge, jette le mercure sur levain
&
@

CHAPITRE XII. 401

remue le avec un bâton que rien
n'apparaisse de mercure, cela fait,
chauffe autant de mercure, comme auparavant
mais ne rougis plus le levain,
pour ce que le mercure s'en irait, suffit
qu'il soit un peu chaud; jette le mercure
bouillant sur ledit levain, le remuant
comme auparavant, & le tout étant
imbibé sera matière sèche, échauffe encore
de mercure, & fais le même, tellement
qu'il y ait autant de mercure que
de levain, & alors mets le tout dans un vaisseau
comme du commencement sur un
feu lent par deux jours, augmentant par
autres deux jours le feu un peu & ainsi
de deux en deux jours jusqu'à douze
jours, & ainsi toute la matière sera levain,
que si tu le veux augmenter davantage,
fais comme ci devant. Dominus
vobiscum p. 55.
Le levain est pris doublement, ou Marguerite
pour la poudre noire, lors qu'elle réduit nouvelle.
à soi le mercure, ou pour le Soleil
a la Lune, & est appelé d'un mot Latin
ferment qui signifie bouillir, pour ce
qu'il fait bouillir & élever la pâte à
une substance par tout semblable, &
une vertu victorieuse & dominante ocCc
@

402 HARMONIE CHIMIQUE
cultement & convertissant la pâte en
sa ressemblance, car en la rectifiant il la réduit
en plus digne & meilleur état.
Marguerite nouvelle p. 10.
Lors que l'artiste verra l'âme blanche,
qu'aussi tôt il la joigne avec son corps,
car l'âme ne peut demeurer sans son
corps, mais telle union ne se peut faire
sans l'esprit, pour ce que l'âme ne peut
avoir vie, ni demeurer dans son corps
que par l'esprit & telle union & conjonction
est la fin de l'oeuvre, il faut que
l'âme soit conjointe avec son premier
corps, duquel elle a été, & non avec un
autre, que si tu ne fais cela tu t'abuses,
comme font une infinité qui ne savent
ce secret, de même que la matière n'a
son être sans forme, mais tout son être
& dépendance vient de sa forme,
ainsi l'âme par l'esprit ne peut être en la
pierre que par les corps, pour ce que
leur être & perfection dépend du corps,
semblablement est apparent que le corps
soit la forme, d'autant que ce qui dispose
la chose en dernière disposition, &
qui la parachève, est la forme spécifique.
Or le corps est tel, donc &c semblablement
vu que tout composé l'est de matière
@

CHAPITRE XII. 403

& de forme, & que le même esprit
soit ma matière, donc le corps sera la
forme, le levain blanchit la confection
empêche la brûlure, conserve la
teinture, garde que les corps ne s'en aillent,
les adoucit & les fait entrer l'un
dans l'autre, qui est la fin de l'oeuvre,
ainsi le levain de la pâte est pâte. Le
même p. 112.
Lors que la pierre est liquéfiée par décoction
elle doit être coagulée, or la
coagulation est faite avec le levain, ou
avec son corps, qu'est même chose,
& ceci est proprement & instrumentalement
l'Alchimie. Le même p. 116.
En cette conjonction de résurrection,
tout le corps est fait spirituel, comme
l'âme même, & sont faits un comme
l'eau mêlée avec l'eau, & sont inséparables,
vu qu'il n'y a aucune diversité en
eux, mais bien unité & identité de tous
trois, à savoir de l'esprit, de l'âme & du
corps sans se séparer jamais. Le même c.
120.
Prends de quelque levain que ce soit Semita.
la quatre partie, comme si c'est une livre
de corps imparfait, prends du levain,
c'est à dire Soleil ou Lune trois livres, &
Cc ij
@

404 HARMONIE CHIMIQUE
& le levain soit dissout & fait terre comme
le corps imparfait, & étant préparé
de même façon soit joint & imbibé
avec l'eau bénite, & cuit par trois
jours ou plus, alors retourne l'imbiber
avec son eau, & cuire, réitère ceci
jusques à ce que les deux corps soient
faits un, ce qui se connaîtra lors que la
couleur ne changera plus, en après mets
y d'eau peu à peu, & qu'il en boive tant
qu'il pourra, lui donnant toujours
nouvelle eau. Semita, ou le sentier des sentiers
p. 72.
Rosaire. Si tu as une livre de corps imparfait,
prends un quarteron de levain qui est ou
Soleil ou Lune, & n'y a aucun autre levain,
& ce levain soit dissout &c fait terre,
comme le corps imparfait, & préparé
de même façon, joins-les & les imbibe.
Rosaire p. 283.
Rachaidibid. La poudre parachevée du premier parachèvement
est nommée premier levain
élémenté, donne lui donc le 2. levain
levé par égalité de tout élément
élémenté, qui est l'or, donne lui en la
quatrième partie, pourvu qu'il soit
calciné auparavant, & dissout dans l'eau
c'est ici l'eau élémentée également de
@

CHAPITRE XII. 405

tous les éléments donne lui le second
levain, & disant le second, j'assure que
c'est un arrêt second, & en icelui est la
teinture du soufre, & se nomme huile
des retenues, donne lui l'eau safranique,
donne lui l'eau sèche & chaude
l'imbibant subtilement, à savoir
goutte à goutte, que si tu donnes
moins des ses boissons, tout se confondra.
Rachaidibid p. 599.
Les esprits sont fugitifs, jusques à ce Calid.
que les corps y soient mêlés, & essayent
de combattre avec le feu & sa flamme,
& toutes fois ces parties conviennent
fort peu, si ce n'est par une bonne opération
& continuel & long labeur, pour
ce que l'âme de sa nature tend en
haut où est le centre de l'âme, & qui est
celui des artistes qui puisse conjoindre
deux divers & contraires, desquels les
centres sont différents, qu'après la conversion
de leurs natures & changement
de leurs substances, laquelle chose est
difficile à trouver. Donc celui
qui peut changer l'âme en corps, & le
corps en âme, & mêlera avec lui les esprits,
celui la teindra tout corps. Cal c. 6.
L'or est le levain de l'élixir, sans lequel Dastin.
Cc iij
@

406 HARMONIE CHIMIQUE
rien ne se fait. Dastin p. 27.
L'ouvrage rouge a besoin de levain
rouge & le blanc de blanc. Le même p. 29,
Il faut mettre un peu du corps sur beaucoup
de médecine qui aie la puissance
de la convertir en médecine, autrement
tout sera réduit en esprit semblable à
soi. Le même p. 39.
Sur la médecine parfaite au blanc
Elie. faut mettre la quatrième partie de levain
premièrement, & derechef le réduire
sur le premier oeuvre, que si tu
veux passer plus outre au rouge, fais le
même que tu as fait au blanc. Elie c. 6.
Astanus. Lors que tu auras blanchi les corps
& les auras sublimés mets y de leur levain,
à savoir d'or, & les triture avec
l'eau des élixirs tant qu'ils soient fermentés,
& soient faits une pâte levée. Astanus.
c. I.
Pour le Soleil, prends quatre parties de
Vincent. la terre du corps imparfait, de terre du
Soleil qui se nomme levain solifique une
partie, d'eau ce qu'il faut, mettez les dedans
un vaisseau rond de verre à petit col
sur un feu où ils se dessécheront. Vincent
question 25.
Rouillac. Les esprits fugitifs des corps métalliques
@

CHAPITRE XII. 407

ne se fixeront point sans levain. Rouillac
p. 23 commence les vieux Poètes.
Amalgamez trois onces de Lune pure Lavements.
& calcinée avec six onces de mercure
pur, puis ajoutez y une once de soufre
blanc, cuisez les que si le soufre
est rouge, mettez de Soleil & de mercure
comme dessus, cuisez les, augmentant
le feu jusqu'à l'achèvement, faite la
cération distillant goutte à goutte de
mercure dans le creuset tant qu'il fonde
comme cire, à celle fin qu'il adhère
plus facilement aux métaux. Au livre
des lavements.
Notre blanc est fugitif s'il n'est retenu Traité du
par le soufre blanc. Ventura p. 162. c. 27. soufre.
Notre airain n'est point teignant s'il
n'est fait fugitif, & cet or est le soufre
des Philosophes qui est caché dans
leur argent vif, & cet or est le levain
de l'une & de l'autre teinture, à savoir
blanche & rouge. Le même p. 167.
Prends au nom de Dieu la quatrième
partie du dit ferment du Soleil, à savoir
une partie du dit ferment, & trois parties
du corps imparfait, savoir est de
la Lune, & dissous le ferment, jusqu'à
ce qu'il soit fait comme corps imparCe
iiij
@

408 HARMONIE CHIMIQUE
fait, & que le vaisseau soit bien bouché.
Traité du soufre. p. 125.
D'un vieux Prends de la matière rouge & d'or parties
manuscrit à égales à savoir une once de chacune
la main. de mercure au double, mettez les
dans un vaisseau de verre bien fermé,
cuisez les par un feu de lampe par quatre
jours dans lesquels toutes les couleurs
paraîtront.
A cette matière ajoutez une once
d'or & trois de mercure, cuisez les comme
dessus.
Ajoutez encore deux onces d'or
& huit de mercure, cuisez les.
Ajoutez encore quatre onces
d'or, seize de mercure, & cuisez
les.
Ajoutez huit onces d'or, deux liures
de mercure, cuisez les.
Ajoutez seize onces d'or, & quatre
livres de mercure, cuisez les.
Réitérez les seize onces d'or & les
quatre livres de mercure, cuisez les.
Ajoutez huit onces d'or, & deux
livres de mercure, cuisez les.
Réitérez ces huit onces d'or, &
deux livres de mercure, cuisez les.
10 Ajoutez dix onces d'or, & cinquante
@

CHAPITRE XII. 409

de mercure, cuisez les: alors
la matière est fondante comme cire, &
se jette sur tous les métaux, & ne la
faut pas fermenter d'avantage. D'un
vieux parchemin écrit à la main. Tellement
que suivant cet auteur, une once
se peut augmenter, jusques à quatre
cent vingt onces.
Prends une once de cette médecine & Valentin.
pierre des Philosophes, & trois onces
d'or très-pur, & les conjoints dans le
creuset & leur donne un feu modéré par
douze heures, puis fond les, & les tiens en
ce feu par trois jours naturels, & la pierre
sera changée en vraie médecine, puis
prends une once de cette masse, & la jette
sur mille de métal fondu, & le tout sera
réduit en or pur. Basile, Valentin chap. 12,
clef 12. p. 128.

Scholie.

E ncore que notre matière soit tirée de deux
substances permanentes au feu & eau graduelle,
si n'est elle pourtant aussi forte que sont
ses parents, témoin le petit enfant sortant du
ventre de sa mère qui n'est & ne peut parvenir
à leur être que premièrement il n'ait passé par
la voie & ordre commun, par lequel ses père
@

410 HARMONIE CHIMIQUE
& mère ont passé pour parvenir à la force
d'engendrer. Or notre dite matière étant
sortie & recueillie, est en partie comme fixe &
en partie volatile, cette ci s'en allant en fumée
sur un feu fort, & dans un creuset, & l'autre
s'y attachant en forme de vernis tacheté de
points blancs, luisants, & comme petit clous
d'argent, & le tout sans fruit autre que trouver
cette chose véritable, & de laquelle plusieurs
Philosophes ont écrit pour l'avoir éprouvé,
& nous avec eux, & de quoi ils disent,
garde toi de la vitrification, mais si tout au
contraire de ce feu soit, on nourri cette matière
peu à peu avec son propre lait, elle s'augmentera
infiniment, comme a été dit ci devant,
& quelque augmentation, couleur noire,
blanche, jaune ou rouge qu'elle ait, elle pourra
toujours être envoyée en fumée, pour ce
qu'elle est toujours volatile comme nourrie
d'une matière volatile, mais lors qu'elle
aura pris la couleur blanche ou rouge, on l'allie
avec l'argent ou l'or, sans doute elle sera rendue
fixe & permanente à tout feu, & autre épreuve:
par ceci nous éclaircissons encore le
passage de celui qui dit que la pierre au blanc
est faite avec le mercure blanc & l'argent, &
la pierre au rouge avec le mercure rouge & avec
l'or, car le noir étant parvenu au blanc (nommé
mercure blanc) sera fermenté avec l'argent,
mais étant rouge (qui se fait par continuation
de feu) sera fermenté avec l'or, & cette est
la vérité sans s'imaginer autre fantaisie. Pour le
@

CHAPITRE XII. 411

levain ou ferment plusieurs l'entendent & le
prennent diversement, car les uns prennent la
poudre noire, blanche ou rouge, pour le levain
les autres pour l'argent ou l'or, mais cette
difficulté ne doit pas arrêter l'artiste, car
qu'importe si on appelle le levain, duquel on
fait lever la pâte du pain, pâte ou si on dit que
la farine qu'on mettra avec l'eau est le levain,
soit qu'on dise & spécifie ce mot par puissance
ou qu'on le taise, il suffit de savoir que comme
le levain qui est biens aigre, rend aigre la farine,
& l'eau réduite en pâte, & mêlée avec ledit
levain, de même cette poudre rend noir, subtil,
& impalpable le mercure qu'on lui ajoute
peu à peu & de temps en temps en très grande
quantité n'importe aussi de prendre l'argent
ou l'or pour le levain ou ferment, suffit
seulement de savoir que l'intention des Philosophes,
& leur doctrine est, qu'on doit nourrir
cette poudre noire, avec quantité de mercure,
jusqu'à ce que cette noirceur ait disparu, &
la blancheur survenue, & après icelle la rougeur,
cette matière noire, blanche ou rouge
est nommée par plusieurs terre, corps sale, *ord
& immonde, & volatile qu'il faut joindre avec
l'or que quelques uns appellent levain ferment,
corps, âme & autres noms, par le moyen du
mercure, nommé par plusieurs gomme, colle,
moyen, esprit conjoignant l'âme avec le corps
(car aussi sans icelui qui a nourri le noir & qui
tient de la nature, & d'icelui, & de l'argent, &
de l'or, l'union ne peut être faite seulement,
@

412 HARMONIE CHIMIQUE
mais on demande, qu'est-ce que cette poudre
noire, blanche & rouge? on répond (en cette
science) que c'est un corps ou accident sans forme,
puis qu'il est encore volatile, car après
qu'on lui aura donné sa fixation par la jonction
de la Lune au blanc, & de Soleil au rouge, & lors
elle aura sa forme & âme, vu que cette matière
subsistera & soutiendra toute sorte d'épreuve,
& ce avec raison, puisque c'est la forme, non
visible & accidentelle, mais l'essentielle qui
fait que les choses ont être, les Philosophes
disant que, forma dat esse rei. Or si cette matière
nourrie, fermentée, & en un mot achevée,
à la force, de dépurer si grande quantité
de métaux impurs, jetez sur iceux en fort petit
poids comme un grain sur mille, voire plus de
grains, quelque autre plus hardi en pourra
parler, nous assurons bien qu'une once de cette
tête de corbeau a réduit en noirceur, comme
elle une cinquantaine d'onces de mercure avant
que la blancheur soit partie, car après elle n'a plus
besoin d'être nourrie, & est croyable, qu'elle
peut beaucoup en peu de poids sur plusieurs
poids, mais si le rechercheur désire d'en savoir
la fin son patient & assidue travail l'en éclaircira.
Contentons nous de savoir ce que nous savons, &
d'avoir vu par une bénédiction particulière de
Dieu ce qu'il nous a permis de voir, jurant devant
celui qui nous permet encore de vivre
que nous avons parlé & écrit autant clairement
tous les moyens d'obtenir cet admirable trésor,
qu'aucun que nous ayons vu par ci devant,
@

CHAPITRE XII. 413

que si nos Lecteurs ne le peuvent comprendre à
la première lecture qu'ils relisent encore ce
traité, & Dieu leur pourra ouvrir l'entendement.

------------------------------------------

L E M O Y E N D E
MULTIPLIER LA
pierre des Philo-
sophes.

CHAPITRE XIII.

T E X T E.

pict A couleur rouge céleste Isaac.
apparaissant, laisse refroidir
de soi même la matière,
& en prends ce qu'il te plaira,
que tu garderas soigneusement,
de ceci tu en prendras une dragme,
& vingt dragmes d'or pur passé par
le ciment trois ou quatre fois, tellement
qu'il soit très-pur, fais fondre ces vingt
dragmes d'or dans un creuset, & mets
ta dragme de poudre sur l'or fondu qui
se mêleront aussi tôt & se feront un
corps, laisse les refroidir, alors aie un
@

414 HARMONIE CHIMIQUE
creuset de terre qui endure bien le feu,
& un autre creuset de verre bien approprié
à celui de terre, mets les dans un
four à vent, les affineurs le nomment
une moufle, tiens le dans ce feu avec
tout ce que dessus durant trois jours
trois nuits, laisse les au bout d'iceux refroidir,
alors fond dans un creuset mille
parties d'argent pur, & une partie de cette
matière du four à vent, mêle les &
qu'ils demeurent fondus durant environ
demie heure, laisse les refroidir & tu
auras d'or pur à toute épreuve, peut
être sera il fragile, que si cela est tourne
fondre ces mille parties d'argent & y ajoute
davantage d'argent, voire tant
qu'il soit mol, & malléable, par aventure
une partie de cette dite matière convertira
deux ou trois parties d'argent en or,
& étant mol une partie a achevé son
oeuvre, l'expérience l'enseignera. Isaac
l. I. c. 132. 134.
Lescot. Il y a une multiplication en vertu, laquelle
se fait par altération, dissolvant
& congelant, l'autre est en quantité, laquelle
se fait par apposition de nouvelle
matière. Lescot p. 63.
Incertain. La multiplication en quantité n'est
@

CHAPITRE XIII. 415

autre chose qu'augmentation d'un poids
à infinis, tellement qu'on ne recommence
jamais l'oeuvre, & toutefois sans diminution
de ses forces. Prends donc
du mercure dit deux onces, fais les
bouillir dans un creuset, jettes-y
dessus quatre onces de ta médecine rouge,
qu'ils continuent à bouillir, jusqu'à
ce que le mercure demeure congelé &
en poudre, ce qui se fait bien tôt, mets
cette poudre dans un matras (fermé hermétiquement)
sur un feu tempéré par
quatre jours que tu augmenteras jusqu'à
huit jours, au bout desquels mets ta
matière dans deux creusets bien lutés,
donne leur le feu fort par vingt quatre
heures, au bout desquelles couvre
les de charbon, le tout étant froid, réitère
le si tu veux & auras merveilles,
pour la Lune prends de mercure & de médecine
blanche, parties égales, & fais comme
dessus. D'un incertain écrit à la main.
L'amendement de toutes choses est Richard.
augmentation de la chose dont elle est,
par quoi par plusieurs dits des Philosophes,
se trouve que nature est amendé
par l'art, outre le mouvement qu'elle a
en sa première forme. Richard c. I. p. 534.
@

416 HARMONIE CHIMIQUE
Il est impossible de multiplier le sel central
Lumière. sans or: or les seuls enfants de doctrine
connaissent la semence des métaux.
Nouvelle lumière chimique. p. 41.
Trompette. Qui voudra savoir davantage de la
multiplication lise le son de la trompette
au chap de la multiplication.
Artéphius. Si tu veux multiplier il faut derechef
résoudre ce rouge en nouvelle eau résolutive,
& derechef cuire, blanchir &
rougir par les degrés du feu réitérant le
premier régime, dissous, congèle ,réitère,
fermant, ouvrant, & multipliant
en quantité & qualité à ton plaisir, d'autant
que par nouvelle corruption & génération
on introduit nouveau mouvement,
& jamais nous n'aurions la fin
si toujours nous voulions travailler à
dissoudre & congeler moyennant notre
eau dissolutive, comme nous avons déjà
dit, & ainsi est faite l'augmentation
en quantité & qualité, tellement que si
en premier lieu l'oeuvre reçoit cent, au
second recevra mille, au troisième dix
mille, & ainsi poursuivant la projection
viendra à l'infini teignant vraiment
& parfaitement. Artéphius p. 38. Commence
l'antimoine.
Il
@

CHAPITRE XIII. 417

Il faut mêler une partie avec mille Rosier.
parties du corps le plus prochain, mettant
le tout dans un vaisseau propre très-
bien fermé, & le mettre en feu de fixation,
premièrement le feu sera lent,
l'augmentant peu à peu par trois jours,
dans lesquels le tout sera conjoint & cet
ouvrage est nommé de trois jours, &
derechef joindre une partie de ceci avec
mille parties du corps le plus prochain,
& le mettre encore au feu, & cette opération
est nommée oeuvre d'un jour,
ou d'une heure ou d'un moment. Rosier
Bacon en son miroir c. 7.

Scholie.

L A facilité de ce chapitre ne requiert de nous
un éclaircissement plus ample.
Dd
@

418
------------------------------------------
D E L A C E R A T I O N E T
PERFECTION DE LA
pierre des Philo-
sophes.
CHAPITRE XIIII.
T E X T E S.
pict Rends l'airain, nettoie, racle Isaac .
le & le poli, & y mets un
peu de ta matière & la
mets sur les charbons allumés,
si la matière se liquéfie
& s'épand par toute la lame (de cuivre)
rougie, & que le lieu où est la matière
demeure blanc, la médecine du second
ordre est parfaite, rends en grâces
à Dieu. Isaac l. I. c. 9 .
Prends un grain ou plus de ta semence
rouge, un peu resplendissante, mets la
sur un morceau de quelque pot de terre,
ou sur une lame de fer ou de cuivre, &
brûle le à un feu fort jusqu'à ce qu'il
rougisse, que s'il n'y fume point, & ne
@

CHAPITRE XIV. 419

perd point son poids, ou fort peu, il est
assez mûr, mais s'il fume, la fixation
n'est point complète. Greverius p. 36.
La médecine doit être plutôt fondue L'escot.
que le mercure bouillant, & que le
feu ne le consume, ni détruit, & alors
est nommé sel fusible, huile incombustible
& savon des sages. Rosaire p. 180.
A la fin (de l'oeuvre) le Roi couronné
sortira, resplendissant & clair comme
le soleil, ou escarboucle, coulant comme
cire, demeurant au feu, pénétrant
& retenant l'argent vif. Par la seule décoction
& continuation d'icelle, la blancheur
se fait rouge. Notre airain blanc
s'il est diligemment cuit, se rougit fort
bien, cuisez le donc en un feu sec, &
calcination sèche, jusques à ce qu'il
soit rouge comme cinabre, duquel ne
faut plus rien mettre, ni eau, ni autre
chose jusques à ce qu'il soit cuit entièrement.
Le même.
Les signes de l'Elixir parfait, sont la Rosaire.
subtilité plus grande que l'air, plus blanc
que le lait pur, & si c'est au rouge plus
brillant que le rubis; & la pierre blanche,
ne diffère de la rouge, que de l'addition
de la couleur jaune, qui est aussi
Dd ij
@

420 HARMONIE CHIMIQUE
reçue du seul mercure, qu'il soit donc
plus liquide que l'élément plus enflé &
plein de vessies, que l'écume maigre,
plus spiritueux que le vent, plus liquide
que l'eau vive, plus épais au combat
du feu & incoagulable au grand froid
& au grand chaud même pour petit
qu'il soit. L'escot p. 200.
Arnaud. Lors que la matière est blanche elle
n'est pas pourtant parfaite ni parachevée
de la vraie perfection, toutefois
elle amène tout ce qu'elle touche en
vraie Lune, mais pour ce que la Lune
n'est pas du tout parfaite à toute preuve,
nous disons que la médecine préparée
au blanc n'est pas parfaite en vrai
compliment, mais lors qu'elle est préparée
au rouge, nous la disons parfaite
à toute épreuve. Arnaud en son miroir
p. 8.
Carpinus. Prends ta matière & en mets un peu
sur une lame d'argent rougie, si ta matière
est fusible, il va bien, sinon cuits
la davantage y ajoutant un peu du
mercure restant de ton amalgame au
commencement de ton oeuvre, l'imbibant
peu à peu sur un porphyre, remets
la donc comme auparavant au feu
@

CHAPITRE XIV. 421

dedans un vaisseau par quatre jours,
puis éprouve le, que s'il coule comme
cire sans fumer, le tout va bien. Carpinus.

Prends ta matière, mêle la dans un
Vaisseau rond de verre en un feu de réverbère
par quatre jours, les deux premiers
jours le feu sera lent, le troisième
fort, & le quatrième encore plus
fort par vingt quatre heures, laisse le refroidir,
ouvre ton vaisseau, tu y trouveras
ta matière en une masse, triture la
subtilement, mets la dans un vaisseau
pour la dissoudre & congeler sur les
cendres chaudes sans le plus broyer,
mais seulement la dissoudre & congeler
dans le même vaisseau fais cela vingt
quatre fois: alors prends en une partie &
jette la dessus d'or très-pur, & se fera
poudre très rouge, de laquelle mets une
partie sur cent de mercure vif bien net,
& laisse la fiole de verre es cendres
chaudes par vingt quatre heures, & deviendra
huile, jette en une partie sur
cent de Lune raffinée, & sera Soleil très-
fin. Le même.
Lors que le mercure par plusieurs imbibitions
sera aussi blanc que neige, Geber.
Dd iij
@

422 HARMONIE CHIMIQUE
mets en un peu sur le feu, s'il se fond
facilement va bien, sinon ajoutes y
d'argent vif sublimé non fixe quelque
partie, & réitère la sublimation jusqu'à
ce qu'il soit fusible, & s'il est lucide
blanc, & a une couleur vive, alors il est
parfaitement sublimé & mondifié, si
autrement, non; Ne sois donc point paresseux
au nettoiement qui se fait par la sublimation,
d'autant que telle que sera
la mondification telle sera la perfection,
à celle fin que la projection se fasse sur
les corps imparfaits. Geber l. I. c. 45 de
la grande perfection.
Prends ce qu'il te plaira de la lame cristalline
que tu trouveras fixé au fond du
vaisseau, mets la dans un creuset sur un
feu propre, y jetant dessus goutte à
goutte de son air blanc fort prudemment,
regardant soigneusement si elle
se fond comme cire & sans fumer, si cela
est, le fait va bien, toutes fois après
être refroidi mets en un peu sur une lame
de fer ou de cuivre rougie au feu, si
cette matière s'y fond comme cire &
sans fumer, elle est propre pour faire
projection, si elle ne coule pas facilement,
remets la au creuset, & y ajoute
@

CHAPITRE XIV. 423

goutte à goutte de son air comme
dessus, jusqu'à ce qu'elle se fonde comme
cire & sans fumer. Lulle au Codicille
c. 69.

Scholie.

L E Sage dit, écoutez tout, mais éprouvés
aussi tout, si tous ceux qui recherchent cet
admirable oeuvre, avaient bien appris, & pratiquaient
bien cette leçon, la multitude des
coureurs, charlatans, faussaires & vendeurs de
recettes ne serait si grande, pour ce que ne trouvant
personne qui les écoutant seraient contraints
de se pendre & étrangler comme Judas,
ou d'apprendre quelque métier pour gagner
leur vie. Certes c'est une chose déplorable
en ce siècle que la faim d'avoir d'or est si
grande quelle ne donne aucun relâche, voire
aux plus grands d'en amasser, ne considérant
pas que la mort les talonne, & nonobstant ils
croient, au premier abuseur qui leur promet
de leur faire d'or, éprouvez, dit le Sage, tous les
esprits, éprouvez, disent les Philosophes, la
matière qu'on vous présente pour teindre les
métaux en or ou en argent, notre teinture, disent
ils, est fixe, semblable à celle que nature donne
dans la mine & endure toutes les forces & preuves
du feu, ce que l'oeuvre des souffleurs ne fera
pas, comme a été dit, aussi cherchent ils ordinairement
des cachettes pour débiter leurs fausseDd
iiij
@

424 HARMONIE CHIMIQUE
tés, lesquelles ne se permettent de mettre à
l'essai, ou après que notre matière aura acquis
les conditions susdites, l'on s'en pourra
servir, comme sera dit au chapitre suivant.
------------------------------------------
L E M O Y E N D E F A I R E L A
PROJECTION DE LA
pierre des Philosophes
sur les métaux nommés
imparfaits.
CHAPITRE XV.
T E X T E S.
Isaac. pict I tu veux faire la projection
sur l'étain tu le feras
fondre, & sur une
livre d'icelui tu mettras
une once d'argent fin, &
étant tout fondu, tu y
mettras de ta terre blanche, & le tout
sera argent fin, selon la subtilité de ta
pierre: que si tu veux faire projection de
ta pierre rouge, ce sera sur l'argent le
fondant & y jetant de la pierre rouge,
@

CHAPITRE XV. 425

& tu auras vrai or. Isaac l. I. c. 8. p. 117.
124. 164.
Aucune projection de la pierre rouge
ne se peut faire que sur la Lune. Le
même c. 81.
Regarde que tu jettes ta médecine sur Riplée.
ton levain, alors il sera frangible comme
le verre, jette cette frangibilité
sur les corps purs, alors tu auras un
métal à toute épreuve. Riplée p. 89.
N'ignores point ce secret, c'est que
notre mâle rouge, ni sa femme ne teignent
point s'ils ne sont teints. Le même
p. 90.
Si les poudres convertissent plus ou Vogelius.
moins, cela n'advint pas de la diversité
de la médecine, mais de la moindre
ou grande subtilité d'icelle, ou que leurs
vertus ont été diminuées ou épaissies
par plusieurs projections. Vogelius en son
préface.
Quelqu'un veut il changer par le
moyen de la pierre physique le plomb
en or ou en argent, qu'il mêle premièrement
du plomb avec elle, à celle fin
que ce soit une même chose, semblablement
de l'étain, du cuivre & de
l'argent. Le même p. 123.
@

426 HARMONIE CHIMIQUE
Manuscrit. Prends ta pierre & la divise en trois parties,
enveloppant chacune en cire blanche,
après prends une partie de Soleil pur, fond
le en un creuset net, jettes y une pilule,
remue le tout avec un bâton, peu à peu,
jette y l'autre, & après l'autre remuant
toujours, de ceci en faut jeter une partie
sur dix parties de métal imparfait,
& une d'icelles sur autres dix, tant que
la couleur te plaise. D'un vieux manuscrit
p. 70.
Si tu convertis quarante livres de mercure
Lescot. blanc ou rouge en eau, & que tu le
laisses un peu fumer au feu, & jettes dessus
une once de l'élixir, le tout sera converti
& fermenté en nature fixe. Lescot
p. 201.
Fais projection de la médecine rouge
Rouillac. sur l'argent, pour ce qu'il est le plus pur
fait des autres métaux, un poids sur cent,
que si tu le jette sur les métaux imparfaits,
ce sera seulement un poids sur
dix, pour ce qu'ils sont crus, froids, décolorés
& salés, & qui ne peuvent être
teints, chauffes, cuits & digérés par si
peu de poudre, mais la médecine blanche
va sur l'étain. Rouillac. p. 71.
Ventura. Il est impossible d'arrêter le mercure
@

CHAPITRE XV. 427

sur le feu, que par la pierre des Philosophes,
& partant tous les autres moyens
sont inutiles & sophistiques. Ventura c.
31. p. 189.
Les métaux demeurent imparfaits par Geber.
le peu de mercure, & par sa faible inspissation,
à quoi on remédiera par la projection
de la médecine faite d'icelui.
Geber l. 2. c. 14. de la perfection.
Quoique tous les métaux imparfaits Bacon.
puissent être réduits à la perfection par
l'élixir, si est-ce que ceux qui sont les
plus approchants d'icelle y sont plus facilement
amenés que les plus éloignés Cette redi-
à cette cause il faut mêler une partie de te n'est sans
l'élixir sur mille parties du corps le plus cause de trois
prochain, les enfermer dans un vaisseau jours &c.
propre, & bien fermé, & le mettre dans ci devant.
un feu de fixation, qui soit lent du commencement
l'augmentant peu à peu par
l'espace de trois jours, dans lesquels le
tout sera joint inséparablement & celui
ci est nommé ouvrage de trois
jours, & derechef faudra ajouter une
partie de cette matière dessus autres mile
parties de semblable corps plus prochain,
& faire comme auparavant, &
cet ouvrage est appelé d'un jour, d'une
@

428 HARMONIE CHIMIQUE
heure, voire d'un moment. Bacon c. 7. de
son miroir.
Scholie.
O N dit ordinairement que l'erreur commun
fait la loi, mais je dis que l'erreur
des ignorants ne donne pas la loi aux savants,
les ignorants veulent que la médecine des Philosophes
purifie tous les métaux, & comme ils
disent les réduisent en or, si elle est rouge, ou en
argent, si elle est blanche, ce qui ne peut être,
j'entends de leur médecine commune, & préparation.
Car aucun agent naturel, agissant selon
nature, n'agit plus outre que son propre degré,
s'il n'agit sur un sujet qui n'aie quelque qualité
semblable à soi, qui le rende susceptible de
telle action, & par cette propriété du sujet &
pâtissant, l'agent lui imprime & départ tout ce
qu'il peut: Exemple, la chandelle allumée dans
une chambre, éclairera l'air d'alentour, mais
l'air ne recevra pas plus d'air qu'il y a à la flamme
de la chandelle, autrement la flamme agirait
outre son degré, mais si on approche à cette flamme
un cristal, on verra en icelui une plus grande
lumière que celle qui est en la flamme de la
chandelle, ce qui advient de cette propriété ou
susceptibilité que le cristal a de recevoir cette
lumière, & non autrement; de même est en
notre médecine de laquelle tous les métaux
imparfaits ou sales, ne peuvent recevoir la pureté
@

CHAPITRE XV. 429

qu'on se propose, si on ignore l'ordre & façon
de la préparation & de l'agent & du patient avant
la projection. Ci dessus la préparation de la médecine
a été écrite soit amplement pour ceux
qui ont l'entendement capable, qu'est la cause
que nous dirons seulement que la médecine
rouge doit être jetée sur l'argent fin, qui n'a
besoin que de fixation & de teinture, & la
blanche va sur l'étain qui n'a besoin que de fixation,
pour les autres il se peut, mais avec de
la difficulté assez grande, notant que tout ce qui
est transmué en un autre, n'est plus ce qu'il était
auparavant, & par cette perte de ce qu'il
avait le corrompt entièrement de toute sorte de
corruption pour devenir nourriture d'un autre,
comme remarque Solon au banquet des
sept Sages, aux Opuscules de Plutarque: Et
toute transmutation suit la nature du transmuant,
& non le transmuant celle du transmué, si donc
le transmuant est volatile & combustible, ce qui
sera transmué sera de même. Picus Mirandulanus
& autres marquent avoir vu faire la projection
en plusieurs façons, ce qui ne marque
pourtant diverses médecines, mais une seule
qui peut être mêlée avec diverses matières,
comme avec cire, savon, suif, vitriol & semblables
qui s'en vont au feu, & la seule médecine
s'attache & unit avec le métal fondu, duquel
il sépare l'impureté & parfait le reste, & par
cette projection différente, les plus doctes aux
autres sciences sont abusés par la créance qu'ils
prennent, qu'il y ait diversités de façons, moyens
@

430 HARMONIE CHIMIQUE
& ordre de purifier & parfaire les métaux imparfaits
& sales. Or la pureté & impureté des
métaux se connaît par le poids, d'autant que le
plus pesant est le plus excellent, preuve, qu'on tire
par un même trou de la filière de tous les métaux
séparément, & qu'on les coupe de même
longueur, on trouvera que si on pèse une dragme
qu'est septante deux grains, l'argent ne
pèsera que trente six grains, & le plomb autant,
le cuivre trente, le fer vingt six, l'acier vingt sept,
l'étain vingt cinq, donc la cause vient du parfait
mélange des composant, & de la pureté
ou impureté d'iceux, & de la privation de
l'air, cuite parfaite & évaporation de l'humidité,
comme a observé Libavius p. 495. en sa différence
de l'Alchimie.
@

CHAPITRE XV. 431

------------------------------------------

D E L'A R G E N T V I F E T

DU SOUFRE DES
Philosophes.

CHAPITRE XVI.

T E X T E S.

pict Es anciens Philosophes Tauladan.
ont nommé l'argent vif, eau
sèche. Tauladan p. 171.
Il est assez clair quel est
cet argent vif que Geber
en sa somme veut être choisi, savoir la
pure substance du mercure enfermée
dans le Soleil & la Lune. Le même p. 193. Richard.
Le soufre provient de la graisse de
la terre, épaissi dans la mine par une
décoction tempérée, jusqu'à ce qu'elle
soit dure & sèche, & alors est nommé
soufre, mais l'argent vif en sa racine
est composé de terre blanche, subtile,
trop sulfurée, fort mêlée avec d'eau
claire par une subtile union, jusqu'à ce
@

432 HARMONIE CHIMIQUE
que l'humide soit tempéré par le sec, &
le sec par l'humide, tant que le tout
soit une substance, n'arrêtant pas en une
pleine superficie, ni adhérente à ce qu'il
touche à cause de la siccité qui a altéré
son aquosité, car il est homogène en
nature, d'autant que tout s'en va au feu,
ou tout demeure fixe, ou tout s'en va en
fumée, car il est incombustible & aérien,
& ceci est signe de perfection. Richard
c. 7. p. 541.
Le mercure cru dissout les corps, &
les réduit en leur première matière,
mais le mercure des corps ne peut faire
cela. Le même c. 15.
Libavius. Le mercure des Philosophes est composé
du mercure cru & du mercure des
corps d'union intérieure & inséparable,
comme l'eau simple mêlée avec l'eau
simple qui ne peut être séparée. Libavius
p. 62.
Nicolas fu- L'argent vif vulgaire n'est ni l'argent
gitif pour- vif des Philosophes, ni leur pierre, mais
xxx il est une partie d'iceux, car il illustre,
& défend de brûler, & à cause de cela
plusieurs sont trompés: Or nous autres
ne le nommons pas argent vif, mais fugitif,
d'autant qu'il fuit toujours le feu
si
@

CHAPITRE XVI. 433

si ce n'est lors qu'il est lié avec notre argent
vif, car s'unissant à lui il se repose
au feu doucement, & s'éjouit avec nature,
& non avec choses étranges. Nicolas
des Comptes p. 2.
L'argent vif, est eau nette & vraie Dastinus.
teinture qui ôte l'ambre du cuivre.
Dastinus p. 36.
L'argent vif, duquel parle Geber, & Astanus.
veut que la substance soit prise, est l'argent
vif des Philosophes & non du commun,
mais il y égale, & partant est dit
physique, car il est composé par les Philosophes
Chimistes de trois substances
ou natures, desquelles une est nommée
mercure, c'est à dire argent vif, & ces
trois substances sont mises en un vaisseau
de verre, dans un fumier, où ils sont laissés
le temps marqué dans les livres des
Philosophes, là ils se pourrissent, & se
mêlent exactement, tellement que de
ces trois se fait une nature & substance
homogène, alors cette homogénéité
est dite argent vif physique, & toutes
fois ces trois substances, faites une,
n'ont été du commencement, à savoir
avant la perfection, qu'une partie d'argent
vif, & ainsi l'argent vif a été une
Ee
@

434 HARMONIE CHIMIQUE
partie d'icelui, à savoir du commencement
avant la putréfaction, &
c'est ainsi que l'ont entendu les Philosophes
& rechercheurs de cet art. Astanus.
Albert. Les métaux diffèrent seulement de
forme accidentelle, & non de l'essentielle,
car le dépouillement en est facile,
étant engendrés par continuelle coction
de soufre, & de l'argent vif. Albert,
c. I.
Rosaire, An- Nous cherchons seulement l'argent
glais. vif, pour ce que tout ce que nous cherchons
est en lui, car il contient sa teinture,
& a son corps qui demeure, son
âme qui vivifie, & son esprit qui teint,
ces choses sont au seul mercure, congelé
de l'épaisseur de l'eau & du soufre
non brûlant. Or notre mercure est
notre pierre, & rien autre ne la peut
être, lequel nous nommons eau sèche,
d'autant qu'il est épaissi par la force du
soufre blanc & rouge également. Rosaire
Anglais c. 2.
Payen. L'argent vif, par lequel le corps est
fait volatil, est nommé par Geber eau
forte & piquante, & vinaigre sept fois
distillé. Payen p. 8.
Rouillac. Par le mercure vulgaire le mercure
@

CHAPITRE XVI. 435

des corps est extrait. Rouillac. p. 8.
Notre moyen pour conjoindre les Synésius.
teintures est trouvé sans beaucoup de
dépense, & est aérien de sa nature, contenant
le genre masculin & féminin. Synésius
p. I.
L'argent vif est nommé mercure, est Geber.
ami & faisant la paix entre les métaux,
& est le moyen de conjoindre les teintures,
toutefois sa matière & sa nature
n'est pas notre médecine, quoi qu'elle
aide en quelque sorte. Geber de la perfection
l. I. c. 30.
L'eau de l'antimoine saturnin est faite
du Soleil & de la Lune, & en ce faisant
elle s'enfle, s'élève & croît prenant la
substance & nature animée des végétables,
& le Soleil & la Lune dissout par
notre eau sont dits argent vif qui n'est
point sans soufre, & le soufre sans
la nature des luminaires. Le même p. 15.
33.
L'argent vif ou mercure des Philosophes
est une eau visqueuse. Le même p.
30.
La substance de l'argent vif est uniforme
& le Soleil & la Lune se font nécessairement
de la pureté de l'argent vif
Ee ij
@

436 HARMONIE CHIMIQUE
Le même c. 53.
Le mercure pèse plus que l'or, sa substance
est visqueuse & dense, sa composition
est forte, il peut être figé sans consumer
son humidité, & sans le convertir
en terre, ne peut être divisé en parties,
car ou il s'en va totalement du feu,
ou il y demeure du tout. Le même c. 63.
C'est chose notoire que tant plus les
corps ont de perfection tant plus ont
ils d'argent vif, étudie toi donc en toutes
oeuvres que l'argent vif surmonte au
mélange. Le même c. 64.
Richard An- Le soufre des Philosophes est un
glais. feu vif, simple, vivifiant les autres corps
morts & les mûrissant, & supplée à ce
que leur défaut par nature, vu
qu'en lui y a plus de *meureté qu'il n'a
besoin, icelle venant par l'opération de
l'artiste qui l'a fort dépuré: Or tel soufre
ne se trouve qu'aux corps du Soleil
& de la Lune, desquels il est tiré par solution
& résolution d'iceux en leurs premières
matières, & ceci se fait sans y
mêler rien d'étrange. Richard Anglais
c. 11. p. 233.
Traité du Saches qu'autre chose est le germe,
soufre. & autre chose est la semence, la terre est le
@

CHAPITRE XVI. 437

réceptacle du germe, & l'eau est la matrice Aristote l. I.
de la semence. Traité du soufre. de la généra-
p. 6. tion des ani-
Le feu agissant contre l'air produit lei maux c. 2.
soufre, l'air agissant contre l'eau produit distingue la
le sel, l'eau agissant contre la terre géniture ou
produit le mercure, mais la terre ne germe d'avec
trouvant plus d'autre élément, contre la semence.
qui elle puisse agir ne peut aussi rien produire,
mais retient en son centre ce que
les autres trois ont produit, de sorte
qu'il n'y a que trois principes desquels
la terre demeure & matrice & nourrice.
Le même p. 40.
Le corps est la terre, l'esprit est l'eau,
l'âme est le feu, ou le soufre de l'or,
l'esprit n'augmente que la quantité du
corps, mais l'âme, ou le soufre, ou le
feu augmente la vertu, mais d'autant
qu'au poids il y a plus d'esprit, c'est à dire
d'eau que de feu, l'esprit s'exalte &
opprime le feu, & l'attire à soi, de manière
qu'un chacun de ces deux s'augmente
en vertu, & la terre qui est le
moyen ou milieu d'iceux croît en poids.
Le même p. 43.
Ee iij
@

438 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
L Es médecins & les peintres sont obligés
aux rechercheurs de cette science, lesquels
pour n'entendre & ne connaître le mercure &
le soufre des Philosophes ont mêlé l'argent
vif commun avec le soufre commun, & avec
une industrieuse peine en ont fait ce qu'on appelle
cinabre, duquel nom les Philosophes ont
appelé leur matière, lors qu'elle est montée en
arbrisseaux, & quelle s'y rougit, les autres entendant
& lisant, que nous tirons notre mercure
du Saturne, s'amusent & abusent, comme
nous avons dit ci devant, à tirer le mercure du
plomb. Or le mercure, duquel nous nous servons
pour parfaire les imparfaits, n'est point
aux yeux, mais il le faut extraire des corps
parfaits, & icelui porte son soufre, & ne peut
être sans lui, & même souvent lui même est
nommé soufre, & ce soufre est la vertu ignée
y cachée, qui rend ce mercure sec, & en poudre,
qui étant arrosé de sa propre eau, est rendu
comme écume blanche & nageant dessus l'eau,
mais il faut noter que le mercure est pris pour
deux choses, ou en deux façons par les Philosophes,
à savoir pour matière volatile au feu,
& pour matière fixe & qui y demeure, que se le
diligent studieux considère attentivement les
passages des bons auteurs, il reconnaîtra facilement
la raison de la variété de tant de noms,
contentons nous pour le présent d'apprendre
@

CHAPITRE XVI. 439

que l'argent vif commun n'est point celui des
Philosophes aussi peu que le soufre commun,
nous confessons bien que le notre ne peut paraître
que par l'aide du commun, mais nous disons
aussi que le commun abandonne le notre
aussi tôt qu'il est sorti de ses deux corps, avec
lequel par après faut qu'il se joigne, mais si c'est
avec industrie, Dieu & ceux qui l'ont fait le
savent, pour le soufre commun il n'a aucun
accès ni entrée en notre matière, le notre
n'étant que la vertu chaude, sèche & desséchante,
sortie également des composants avec
notre mercure, de quoi par ci devant nous avons
discouru fort amplement: A présent il nous reste
de savoir s'il faut avoir égard aux astres &
faisons avant que commencer cet oeuvre, & s'il
est facile de dénouer & d'entendre tous les
énigmes dressés sur ce sujet.
Ee iiij
@

440
------------------------------------------
D E L A C O N T E M P L A-
TION ET OBSERVATION
des astres & saisons pour com-
mencer l'oeuvre ou pierre des
Philosophes, & si tous les
énigmes sur cette matière peu-
vent être entendus.
CHAPITRE XVII.
T E X T E S.
Marguerite. image Et oeuvre n'est causée par
le mouvement des supérieurs,
pour ce qu'en tout
temps il peut être fait.
Marguerite nouvelle p. 18.
Commence ton oeuvre en Trois paroles.
tout temps. Livre des trois paroles p. 48.
Le regard des cieux n'est nécessaire.
Libavius du mercure des philosophes p. 65.
Libavius. Les astres sont changés à toute heure,
& leur force n'est totalement reconnue
par aucun homme, & ne peuvent empêcher
@

CHAPITRE XVII. 441

de rompre un verre, ni moins
d'autre nuisance, d'ailleurs leur calcul
est incertain, & plusieurs Astronomes
suivant les marques des papiers des
anciens, se trompent entièrement, pour
ce qu'ils y entendent aussi peu que moi
à l'Océan Atlantique. Le même p. 66.
Il n'est point nécessaire d'observer la Geber.
situation des étoiles pour notre oeuvre.
Geber. l I c. xi.
Il ne faut point observer nécessairement Ventura.
la sortie, la course ni l'aspect, ni
des signes, ni des planètes, ni les saisons
de l'année, ni les jours, ni les
heures, pour ce que la génération de notre
pierre est entièrement naturelle,
comme est celle des autres choses que nature
produit. Ventura c. 13.
Celui qui voudra dénouer toutes les Libavius.
énigmes perdra plutôt l'art qu'il ne
l'acquerra, car il est impossible d'expliquer
au vrai toutes les allégories, d'autant
que les auteurs ont eu tantôt un
projet, tantôt un autre, & par ainsi
l'application en est ambiguë. Libavius p.
65.
C'est une folie de donner des laitues Vieux Au-
aux ânes, vu que les chardons leur teur.
@

442 HARMONIE CHIMIQUE
suffisent, celui qui divulgue les mystères,
en diminue l'excellence, tout ce qui
peut nuire étant divulgué doit être caché
mystiquement. D'un vieux Auteur.
Egidius. Notre science est une partie de la cabale,
qui est chose reçue par devis,
car les Philosophes traitant d'icelle,
l'ont enveloppée de tant d'énigmes, figures
& problèmes, qu'autant en enseigne
Pythagoras en se taisant que les
Philosophes en leurs écrits. Egidius c.
10. p. 28.
Morien. Au commencement & à la fin de cet
oeuvre il faut bien étudier, d'autant
que par l'étude & bénédiction de Dieu
l'on aura plutôt ce que l'on cherche &
désire. Morien p. 22. au second volume du
théâtre.
Les Prophéties, les choses naturelles,
*l'espagyrie, les secrets poétiques & plusieurs
autres choses sont toutes cachées.
Le même p. 102.
Vogelius. Il faut considérer mûrement ce en
quoi principalement conviennent les
auteurs, car la est cachée la vérité laquelle
est une & simple. Vogelius en sa
préface p. 10.
Marguerite. Les livres écrits de cette science
@

CHAPITRE XVII. 443

sont sous figure, desquels la plus grande
partie est tellement obscure, & les sentences
tellement embrouillées, qu'il n'y
a que les seuls auteurs qui les puissent
entendre. Marguerite nouvelle p. 45.
Il faut colliger des écrits des Philosophes Armingand.
les fleurs comme on les cueille aux
champs parmi les épines. Armingandus
au commencement du l. I.
L'anneau d'esprit d'or & couvert d'argent Arnaud.
est la pierre des Philosophes, qui en
son profond est d'or & mâle, & en l'extérieur
est argent & femelle, les sept
chaînes liants le livre, sont les sept opérations
qui environnent & parachèvent
le magistère de la pierre, l'écriture de
l'anneau signifie l'esprit du mercure qui
entrant subtilement le dispose intérieurement,
& tire de lui l'âme, & l'élève,
l'emportant avec soi en l'air. Arnaud à
la fleur des fleurs c. I.
Où faut il chercher la clef des Philosophes? Atalante.
l'Oracle répond, au lieu où
sont les os d'Orestes, c'est à dire, où le
vent battant & battu & le malheur des
hommes est trouvé, c'est à dire, comme
Lichas interprète, en la forge d'un
maréchal, car par les vents les
@

444 HARMONIE CHIMIQUE
soufflets sont entendus, par le battant
ou frappant le marteau, par le battu
l'enclume, par le malheur des hommes
le fer est entendu. Atalante fuyante discours.
27. p. 118.
3. paroles. L'oeuvre admirable des trois paroles,
c'est celui qui est fait de trois, quelques
uns l'entendent autrement, mais
tous en ce fait sont d'accord, car cet
ouvrage se cherche en trois. Geber l. 3. c.
94 p. 56 des trois paroles.
Subtilité re- De ces trois mots il nous faut tirer
quise au re- & composer par grande subtilité deux,
chercheur. car par cette façon de parler deux & sept
sont entendus, c'est la cause pourquoi
tous ceux qui recherchent cet art doivent
être subtils pour ouvrir ce trésor
des trois, dans lesquels toute la vertu &
préparation de la pierre est cachée, je dis
l'huile sec & vif, chaud & humide, & la
teinture vive, & c'est l'exposition des
trois paroles. Le même c. 97. p. 57.
Geber. Cet art n'est point acquis que par
étude, par veilles & par tempérance.
D'une Epître à Alexandre au titre 13. p.
58. de Geber.
Nous n'avons pas décrit notre art
tout au long, mais par pièces mises en
@

CHAPITRE XVII. 445

divers chapitres, & l'avons ainsi fait,
pour ce qu'autrement elle aurait été
connue aussi bien des méchants que
des bons, & cette science nous l'avons
trouvée de nous mêmes, laquelle est
très-vrai & très-assurée. Geber l. 3. c. 91.
L'Alchimie n'use point de démonstrations, Bonus.
pour ce qu'elle ne prouve, ni
n'est prouvée, comme sont les autres
choses, ni n'exprime point ce qu'elle a
comme les autres, d'autant qu'elle s'étudie
à parler obscurément, étant comme
impossible montrer cet art par raisons.
Bonus à la marguerite nouvelle p. 18.
Avicenne ni aucun autre Philosophe
naturel n'ont jamais peu confirmer
les raisons naturelles les principes de
l'Alchimie, car ce qui est fixe, détruit
la forme spécifique, c'est à dire, ce qui
est fixe détruit la forme spécifique du
volatil, l'empêchant de fuir. Le même
p. 20.
@

446 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
Il est vrai dira le rechercheur curieux &
non subtil, qu'il ne faille avoir égard ni
aux astres, ni au temps, ni aux heures, pourquoi
est-ce que les philosophes nous disent de
commencer de travailler au mois de Mars, pour
quoi d'attendre la conjonction de Mercure avec
Saturne, pourquoi celle du dit Mercure avec
Mars, puis avec Jupiter, puis avec la Lune,
puis avec le Soleil, sans quoi l'on ne fera rien,
Certes comme la saison au mois de Mars est
tempérée, & que l'art n'y est ni trop chaud, ni
trop froid, ni trop sec, ni trop humide, aussi
veut on qu'au commencement la chaleur par
laquelle la cuite, pourriture ou rouillure de notre
cahos ou mélange, doit être faite, soit
douce, à celle fin que par cette douceur le total
s'embrasse & s'unisse mieux & plus facilement,
car si la chaleur était par trop grande, le lien,
glu, colle, & gomme, qui doit unir le mâle avec
la femelle s'évanouirait, & les deux corps demeureraient
à sec sans aucune production, ni
de noirceur, ni de branchages, ni d'autre
couleur, & même c'est chose véritable que
notre eau marine de laquelle le coeur ne peut
supporter la chaleur trop violente, sans tomber
en fièvre, mourrait, & par sa mort tout notre
ouvrage serait ruiné. Que la chaleur donc de
la saison en ce mois nous serve de modèle pour
la conduite de notre oeuvre, & ainsi nous servirons
@

CHAPITRE XVII. 447

de la conduite & similitude des autres mois
& saisons de l'année. Quand en des conjonctions
des planètes celle de Mercure avec
Saturne, c'est lors que la noirceur paraît
sur la matière à cause de l'humeur mélancolique,
celle de Mars, est la couleur grise, autres
disent que c'est la citrine rougeâtre, à cause de
la colère jaune un peu cuite, celle de Jupiter
la première blancheur, celle de la Lune la grande
blancheur à cause de la pituite, & celle du
Soleil à cause de la grande rougeur & du feu ou
sang: celle de Venus est lors que l'amour ou échauffement
se fait des deux substances, &
c'est de cette façon qu'il nous faut entendre les
dits des Philosophes tant anciens, que modernes,
& cette vérité fait, que nous ne nous
étendons pas au discours de ces sciences célestes,
puis qu'elles ne nous sont nécessaires en
ce fait, aussi peu que l'intelligence de tous les
énigmes, pour lesquels dénouer l'on aurait
plutôt fait de faire revivre les auteurs qui les
ont proposées que de les exposer & interpréter.
Car qui est le Géomètre qui puisse équarrir
le cercle, réduire ce carré en un triangle, ce
triangle en une ligne, & cette ligne en un point
(qui est indivisible) lequel contienne autant en
soi que faisait étant ligne étant triangle, le
triangle étant quadrangle, le quadrangle étant
rond ou cercle dira on pas cela être du tout
impossible? & toutefois le Philosophe chimique
le fait par l'accomplissement de cet art,
& sans cela il n'y entend rien, & homme du
@

448 HARMONIE CHIMIQUE
monde n'a jamais fait la pierre des Philosophes
ni ne la pourra faire sans cette réduction du cercle
au quadrangle, triangle, ligne & point: un
est engendré de deux par un, par un dedans
deux, son poids est un, il mange & dévore sans
dents & bouche cinquante, qu'il transmue en
sa propre nature, voire quatre cents & vingt,
alors il pèse en premier & second lieu cinquante
un, ce fait il tue, mange & dévore sa mère,
& la met dans son ventre, sa mère en ressuscitant
le tue & lui donne son Royaume, duquel
il jouit paisiblement & impérieusement, durant
ce règne il tue, mange & dévore son père,
& le met dans son ventre, mais en fin par sa
grande vertu cachée il ressuscite, tue, mange &
dévore son fils, qui tué, dévoré & mange, ravit
à son père la couronne, & ne se contentant du
Royaume se saisit de l'Empire & Monarchie du
monde, laquelle il gouverne tout seul sans autre
aide ou assistance que d'un vieux serpent
qui l'a accompagné de puis l'heure de sa naissance,
jusques à l'heure de sa grande force, mais
du depuis ne fait que le regarder sans autre
chose: Or qui est celui qui n'entendant notre
Philosophie, & ignorant ces façons de parler,
ne trouvera tout ceci ridicule impossible, &
contradictoire, & ne dis que c'est un conte
de vieille: O que cette connaissance
mystérieuse est éloignée de toutes les communes,
qui élèvent en public leurs disciples, &
cette ci les humilie vivants contant en eux même,
& faisans leurs aumônes, prières & grand
merci
@

CHAPITRE XVII. 449

ci au plus grand silence qu'ils peuvent,
étant si joyeux qu'ils voient le contenu plus
grand que le contenant, qu'ils rient en eux mêmes
de voir que les ignorants se moquent
d'eux, croyants qu'il est impossible que le contenu
soit plus grand que le contenant, & qu'un
contienne cinquante en poids, nombre, quantité
& qualité. Concluons donc ce traité par
quelques comparaisons, & songes qui nous ont
été communiqués par un de nos amis entendu
en cette science, & par cette sentence notable
que la vérité n'est qu'une, ce qui se témoigne
par le consentement de tous les Philosophes allégués
en ce traité, qui assurent que pour acquérir
la perfection désirée en cet art, il n'y a qu'une
seule matière tirée de deux par un dans un seul
vaisseau en figure, mais en quelques autres
à cause de plus grande capacité, la matière croissant
par apposition, un seul feu, & une seule
opération, & ne trouvons étrange si les auteurs
ont discouru si diversement & obscurément
de cette science, vu que l'ordinaire des
hommes est de méprise & faire état comme
de néant, des plus excellentes choses du monde,
quand elles leur semblent faciles, & de
louer magnifiquement, & avoir en admiration
ce qui ne se peut acquérir qu'avec beaucoup de
peine, de travail & de sueur, & celui qui s'empêche
de tomber en ce vice avec le commun
peuple, n'est pas homme de peu de jugement:
Et remarque en passant que les Astrologues disent
que selon que le Saturne est colloqué, telle
Ff
@

450 HARMONIE CHIMIQUE
est la quantité & bonté du plomb à la recherche
duquel l'homme gagne ou perd, de même
de l'or par le Soleil, de l'argent par la Lune,
qui a mu les Chimistes de nommer le plomb
Saturne, l'or Soleil, l'argent Lune, mais ils différent
des dits Astrologues, qui baillent à Jupiter
le cuivre, & eux lui donnent l'étain; à Venus
l'étain, & les Chimistes le cuivre, & tous
deux donnent à Mars le fer & le soufre, & l'argent
vif à Mercure. Que si la connaissance de
ce qu'on nomme communément la pierre des
Philosophes se pouvait acquérir par la dispute,
elle serait aucunement facile d'avoir, mais ceux
qui l'ont eue par le bon bout, ne se sont souciés
d'en écrire que pour montrer qu'elle est véritable,
& donner le moyen aux curieux rechercheurs
d'en avoir même connaissance, la décrivant
ou par énigmes, ou par similitude ou exemples,
mais plusieurs autres, pour ostentation
après avoir consumé leurs moyens & ceux
d'autrui en rêveries, fourneaux, vaisseaux,
feus, drogues minérales, animales, & *plantales,
s'amusants sans entendre le sens des auteurs
à tirer leur principe de matières volatiles
& brûlables, ne croyants pas que chacun
produit son semblable, ce qui se voit évidemment
par l'Ecrivain du Fasciculus Chymicus
imprimé à Paris chez Nicolas de la Vigne
1631 sous le nom d'Arthus Dee premier médecin
de l'Empereur de Russie, duquel les allégations
en chaque chapitre sont si mal jointes, & les
corollaires si mal ajustant & concluants, qu'il est
impossible de plus mal: mais vu que son principe
@

CHAPITRE XVII. 451

est tiré d'une chose brûlable, son produit
ne peut être stable; dans l'indice expurgatoire
qui sera bien tôt au jour, Dieu aidant, les bons
auteurs y seront distingués des brouillons, j'entends
de ceux, desquels on aura eu connaissance,
car il est très difficile d'avoir vu ni su tous
les livres qui en ont traité jusques à présent, &
ne faut aussi croire que tous les livres qui portent
le titre de quelque auteur ait été composé
par lui. Or j'assure qu'aucun ne peut entendre
à fond, ni distinguer un bon auteur d'un
mauvais, s'il n'a vu & ne sait très bien extraire
son feu, sans en détruire la matière, & icelui
nourrir, car ces deux points ignorés, tout le
reste l'est, l'intelligence de ces deux articles a
peu être plus facile à quelques autres esprits plus
épurés qu'à David Laigneau qui a employé 22.
ans en cette recherche, avant qu'être médecin
du Roi, & qui n'a composé & mis par ordre
son Harmonie sur le modèle de ce dit fagot broussailleux,
& épineux, qui avec son auteur que
je ne crois être celui duquel il porte le titre ne
mérite que le feu. Ne nous laissons donc emporter
aux souffleurs & trompeurs, tenons
nous fermes à la vérité, de laquelle Dieu nous
montrera la voie, & nous donnera la possession,
non tant seulement de ce trésor s'il connaît
nous être nécessaire, mais du céleste par
l'intercession de notre Seigneur Jésus Christ
notre seul Sauveur & Rédempteur, auquel
avec le Père & le Saint Esprit soit louange,
honneur & bénédiction au siècles des siècles. Amen
Ff ij
@

452
------------------------------------------
L'I M P R I M E V R A V
Lecteur.
A Yant recouvert quelques
papiers déjà vieillis, & les visitant
avec quelques miens amis,
entendus en cette science mystique,
ils ont trouvé à propos de
donner au curieux studieux les
pièces suivantes, choisies parmi
iceux, n'étant en rien contraires
au traité ci devant: jouis en donc
à contentement.
@

453

------------------------------------------

D I V E R S E S P I E C E S
TIREES DE DIVERS
auteurs, & traduites
en Français.

pict e vous dirai donc ce qui
m'a détenu jusqu'à si haute
heure dans mon lit y étant
enseveli ou arrêté par un
profond sommeil (contre
mon ordinaire, comme vous savez)
dans lequel j'ai ouï & vu des choses
étranges, & qui se sont présentées à
plusieurs & diverses fois y ayant certaines
intervalles d'une action à l'autre,
desquelles vous aurez le tout au long.
Après quelque abouchement des I Action.
deux enfants de Latone, j'ai vu le
mâle sans tache ni macule être précipité
dans la mer bouillante, où étant
mis en pièces très-menues, & comme
imperceptibles, en a été retiré en pâte
coulant cette mer par un linge assez délié
mais cette pâte dans quelques heuFf
iij
@

454 HARMONIE CHIMIQUE
res est devenue dure, & comme matière
moyenne entre dure & molle, quelques
uns nomment cette consistance
amalgame.
Sa soeur se trouvant seule, & se fâchant
en cette solitude, & étant bien
épurée, & s'être trouvée telle par
l'essai du feu, a été précipitée dans
même mer y pensant retrouver son frère,
mais y ayant été réduite de même
que son dit frère, le même lui est advenu,
& lors tous deux à part croyants
leur mort proche, pour ce que tous deux
étaient devenus enflés, grossis, pâles,
& plus mols qu'ils n'étaient auparavant
se sont résolus de se joindre ensemble
pour engendrer de leur propre
substance, une fille & un fils propres à
leur succéder & tenir le sceptre de l'Empire.
2. Action. Ils se couchent donc tous deux
ayant auparavant mêlé leurs corps &
membres pèle mêle dans un lit cristallin
en forme de bécasse quatre fois
plus grand qu'ils ne contenaient, &
pour ce que leurs corps depuis la sortie
de la mer s'était endurci, ils se sont encore
un peu arroser de ladite eau, si que
@

CHAPITRE XVII. 455

celle qu'ils avaient emportée de ladite
mer, & celle qu'on leur avait ajoutée
les surmontaient de trois parts, mais se
voyants en tel point, craignant qu'icelle
humidité les refroidissant par trop ils
fussent empêchés d'engendrer, ils
moyennèrent d'avoir sous leur lit un
feu propre à dessécher peu à peu, ou séparer
cette humidité ajoutée, ce qui
leur succéda heureusement, comme il
s'ensuit.
Etant ainsi brisés dans la mer bouillante, 3. Action.
retirez par un linge, essuyez au
possible chacun à part, endurcis, très-
bien broyez & mêlez ensemble, puis
re-durcis, rompus grossièrement, arrosés
de leur eau, mis dans leur lit se cristal,
fermé commodément & au dessous
du lit un feu propre, je vois dessus
ces deux corps s'élever comme de petits
bourgeons, qui peu à peu s'élèvent
se font branches, arbres, arbrisseaux; &
s'élèvent à telle hauteur & couleur resplendissante,
blanche, entremêlée de
quelques points rouges, qu'enfin tout
le lieu en fut rempli, si qu'il fallut rompre
la dite place & lieu, & voir ce que
c'était.
Ff iiij
@

456 HARMONIE CHIMIQUE
4. Action. Rompu que fut le lit, tout le dedans
fut trouvé hérissé d'arbres, & de buissons,
lesquels on ôta subtilement de
dessus les corps, & les remit on à part
dedans un autre lieu très-bien bouché,
de peur que ce produit ne prit trop
d'air & ne perdit sa vertu.
5. Action. Ces corps sont encore *re-menuisés, &
un peu arrosés de leur eau propre, &
remis dans un autre lit semblable au
premier, avec même feu ou nouvelle
matière d'arbres, branches & buissons
renaissent qui tournent remplir derechef
le lieu qui rompu, & ôtés sont remis
avec les premiers, & pour dire en
peu de paroles, cette action fut tant réitérée
que les corps furent presque tous
réduits en semblable matière.
Hors propos. Sur cette matière j'entendis quelqu'un
qui demande si elle procédait ou des
corps, ou de l'eau, d'autant, dit il, que
si c'est des corps, leur crasse épais, dur
& indomptable s'est fait léger, rare &
souple, mais si c'est l'eau, elle s'est rendue
sèche, arrêtée, maniable & traitable,
à quoi quelqu'un répondit d'attendre
la fin, pour en connaître la vérité,
6. Action. Cette matière produite ou de ces
@

CHAPITRE XVII. 457

corps, & dessus ces corps, & blanche
est mise, comme déjà a été dit, dans un
lieu cristallin fait en tête de bécasse,
le bec d'un demi pied de long, le corps
rond, lequel avait de deux à trois parties
vides, fermé de très bonne serrure,
si qu'on ne pouvait rien voir ni
sentir sortir, & au dessous fut allumé
un feu composé de trois charbons
blancs, entretenus par la liqueur de la
paix, & fut encore colloqué (ce lit
cristallin) dans une tour de forte muraille,
de peur que quelque bête ne le
cassât. Par cet ordre ces broussailles
vinrent à changer de couleur, se noircir,
& acquérir une puanteur si grande
avec telle amertume, comme l'on aperçut
à l'ouverture du vaisseau, qu'elles
étaient presque insupportables au
nez & à la langue.
Cette matière broussailleuse ayant acquis 7. Action.
par cinq ou six mois au lieu susdit
cette couleur, odeur & goût, l'on
reconnut (l'ayant un peu retournée
par le contournement du vaisseau qu'il
s'était fait d'icelle une poudre noire
impalpable, de laquelle y avait quantité.
Ce qui occasionne d'ouvrir le vaisseau,
@

458 HARMONIE CHIMIQUE
& verser le tout dedans un autre large
(fait comme une écuelle blanche
polie, non toutes fois d'aucun métal) &
voyant cette poudre en assez bonne
quantité on la sépara par un crible propre,
& d'autant qu'on voulait voir si
toute ladite matière se pulvériserait de
soi même comme les prophéties anciennes
ont dit, on renferma ladite
matière broussailleuse dans son même
vaisseau en même ordre qu'auparavant,
& y fut laissé jusqu'à ce qu'une semblable
poudre fut aperçue, qui fut retirée
de même que la première, & cette
opération fut réitérée tant de fois
qu'enfin l'on eut de quoi contenter
la curiosité.
Action. Cette poudre retirée & très-bien fermée
& fort sèche, est mise à divers essais,
& tellement divers les uns des autres
que je serais fort longtemps à les décrire,
qui fut cause qu'elle a acquis une
infinité de noms, les uns à cause de sa
couleur, les autres à cause de son odeur,
les autres à cause de son goût, les autres
par sa subtilité, & nature, les autres
à cause de ses effets, (en) somme elle a
autant de noms qu'il y a de choses au
@

CHAPITRE XVII. 459

monde: voila pourquoi il semble que
tous les grands personnages qui en ont
parlé par prophéties ou autrement,
soient contraires les uns aux autres.
Cette poudre extrêmement sèche,
nous produira de terribles combats, &
merveilleux, agréables & fructueux: si
nous avons patience d'entendre l'ordre
que je la vis traiter. Premièrement tous
ceux presque qui l'avaient traitée, l'avaient
trouvée inhabile à se mêler avec
aucune chose, mais principalement
avec l'eau de la mer, par le moyen de laquelle
elle avait reçu son être, & comme
on parlait de la rejeter comme matière
*orde, sale, puante, & inutile, on
ouït une voix qui cria, qu'on la remit
dessus quantité suffisante, comme de
dix à un d'eau de sa mer dans un lit cristallin
grand à suffisance, & qu'on allumât
un feu d'ébullition par dessous, ce
qu'étant fait l'on s'essaya à froid d'en
voire quelque mélange, mais en vain, le
feu fut donc allumé, mais merveille des
merveilles cette poudre fut convertie
en serpent sans ailes, & cette eau marine
en serpent ailé, l'ailé veut dévorer
@

460 HARMONIE CHIMIQUE
le sans ailes, mais le dé-ailé l'engloutit,
& lui ôte & brûle ses ailes, l'ailé
s'efforce de recouvrer sa perte, mais
en vain: En fin voyant la victoire du côté
du dé-ailé, le feu s'amortit, & se
refroidit le serpent ailé demeure au
fond, & son victorieux se brave & promène
dessus, mais un peu las & hydropique,
pour ce qu'il avait mis dans son
ventre, de son ennemi environ sa pesanteur,
si que son ennemi & lui faisaient
égal poids.
10. Action. Ce serpent glorieux qui a abattu les
ailes de son ennemi, & qui l'a rendu
semblable à lui & à sa propre substance,
& l'avait dévoré & consumé totalement,
est ôté avec un séparatoire propre
du dessus le corps de son ennemi; &
pour ce qu'il ne pouvait de long temps
digérer tout ce qu'il en avait dévoré on
lui fait rendre par inclination ce qu'il
ne pouvait qu'avec peine retenir, &
après on le colloque dedans une autre tête
de bécasse, de laquelle les deux ou
trois parties étaient vides, & l'entrée
close sûrement, fut colloqué en lieu
propre avec une chaleur lente faite
comme dessus, si qu'on pouvait supporter
@

CHAPITRE XVII. 461

fort facilement dans le creux de la
main le vaisseau en sa chaleur: Là notre
serpent victorieux ayant séjourné quelque
temps, & consumé & réduit en
poudre, comme il était au commencement
de ce combat, & serpent ailé; il
se résout (étant renforcé) de rentrer au
même combat qu'auparavant, ce qu'il
fait si heureusement, sans s'associer avec
quoi que ce fut, qu'il le dompte &
remporte encore la victoire, après Second com-
laquelle il est traité de même qu'auparavant, bat.
& pour conclure, ce combat est
si souvent réitéré, qu'en fin l'humidité
glissante du serpent ailé dévoré par le
dé-ailé, saisit tout son corps, & le
change totalement en sa couleur blanche,
& en sa propriété de volatilité, le
dépouillant de sa couleur noire; Ce qui
irrite tellement le serpent dé-ailé, qu'il
cherche toutes les astuces imaginables
pour s'en venger, se tenant donc quoi
dans son lit échauffé, mais d'une augmentation
convenable de chaleur, &
sans plus entrer au combat, on ne s'avise
que sa colère l'avait porté à une
icterité ou jaunisse qui s'augmenta de
telle sorte, qu'elle surpassa toute autre,
@

462 HARMONIE CHIMIQUE
vue par les médecins venant en jaunisse
de colère, ou bile nommée par eux
rouge.
11. Action. Cette couleur, colère encore plus
Fermentation. notre victorieux, qui de dépit consulte
sa mère, qui lui dit qu'elle n'a aucune
force pour l'aider que de conseil qui
était d'aller trouver son père, lequel
il surpassait en excellence de couleur,
ce qu'il fait, étant donc ensemble,
& en s'entre-regardant comme
par dépit, & s'estimant aussi
grands l'un que l'autre, ils s'embrassent
& embarrassent si fort que
chancelants ils tombent dedans la
mer susdite, de laquelle ayant bu
quantité suffisante, comme de quatre
à une, & mis sur une étuve commode,
leur couleur devint noire,
puis d'une milliasse de couleurs,
puis blanche, puis jaune, puis de couleur
de pavot rouge champêtre, puis
de couleur de sang comme brûlé,
mais ce combat fut réitéré plusieurs
fois, si qu'en fin ce fils se sentit si
fort qu'il entreprit de combattre
toutes les puissances qui sont sous
la Lune, pour lesquelles abattre,
@

CHAPITRE XVII. 463

l'entrée lui manquait, pour à quoi 1 Action.
remédier il fut conseillé de se mettre Cération.
dans l'étuve, où étant on lui
versa de l'eau de la mer, goutte
à goutte, jusqu'à ce qu'en ayant
bu à suffisance il se fondit lui même
sur le feu, qui ayant étonné ses
familiers le sortent promptement du dit
feu; & l'ayant mis en l'air froid, il
reprend son visage & ses forces, mais
son corps séparé en diverses & très-
menues parties aussi fortes les unes
que les autres, mais ce qui était admirable,
c'est sa grande courtoisie & débonnaireté, Projection.
car s'attachant au combat
avec quelqu'un de ses inférieurs (car il
n'y a eu qu'un Hercules au monde) après
les avoir dépossédés de tous leurs héritages,
Empires, Royaumes & Principautés,
il leur donnait plus qu'il ne leur
avait ôté, & les rendait plus grands seigneurs
qu'ils n'étaient, & leur durée
était, est & sera jusques à la consommation
des siècles, à Dieu la gloire & l'honneur,
la louange, & la bénédiction au
siècle des siècles, par son seul Fils
notre Seigneur & Rédempteur, qui
vit & règne avec lui, & son S. Esprit
@

464 HARMONIE CHIMIQUE
éternellement. Amen.
Tout l'affaire en cette admirable recherche
est compris en ce peu de paroles.
Tirer le soufre noir puant, amer en
poudre impalpable, de notre cahos
ou masse confuse lequel soufre jeté
dans l'eau suffisante la noircit, & si on
en frotte une lame de cuivre, elle se blanchit,
& si ladite lame y est plongée rougie
du feu, la blancheur pénétrera davantage,
mais non jusques au centre.
Rendez en pâte cette poudre avec
sa propre eau, &c.
Réduisez en poudre cette pâte.
Refaites cette réduction en pâte,
cette pâte en poudre jusqu'à ce que la
blancheur survienne, & puis le jaune, &
puis le rouge.
Mettez l'âme à cette matière morte &
étant revivifiée elle vous contentera.
Car alors trouverez vous qu'elle est minérale,
puisque elle est tirée des minéraux:
végétable, puis qu'elle s'augmente,
& animale, lors qu'elle a reçu l'âme,
sans laquelle elle est infructueuse: si vous
avez failli, corrigez votre faute en la
même matière, d'autant que plus facilement
lement
@

CHAPITRE XVII. 465

vous y adviendrez, que si vous
en prenez une nouvelle, ce que l'expérience
confirme, & Arnaud écrit l. 2.
c. 13. de son Rosaire.
Sache que cette science est traitée
par les uns suivant les Talmudistes
qui déclarent & exposent les écritures
en tant qu'elles appartiennent à
ce bas monde sensible, & à la vie active.
Les autres délaissant aux Talmudistes
le souci des choses mondaines,
les jugements & tout usage politique
tant de la chose publique que privée, &
s'adonnant du tout à la contemplation
& à la plus haute vie, ont rapporté le
sens de toute l'écriture & l'Archétype,
& y ont interprété toutes choses par les
nombres ou par raison symbolisée, ou
par sens analogique, & correspondant.
Cabale signifie recueil de bouche. George
Vénitien c.7. . 2 p. 60.
Je sais qu'Hippocrate a fait un livre
& exposition des songes, mais si
vous le considérez attentivement, vous
trouverez qu'il en tire son pronostic
pour l'humeur dominant à celui qui
songe, je sais aussi que quelques songes
pronostiquent les choses à venir,
Gg
@

466 HARMONIE CHIMIQUE
Jamblicus mais non tous; car qui voudrait le contraire,
dit que les démentirait les songes de Joseph,
songes arri- de Pharaon, de Nabuchodonosor, &
vent le plus autres, j'entends parmi ces songes les visions,
souvent par telles que celles de Daniel, d'Esdras,
les soucis, & d'Isaie, de saint Jean, & autres
que par foisProphètes, auxquels Dieu a voulu de sa
ils advien- grâce communiquer de ses secrets, mais
nent, & par à cause de quelques songes particuliers
fois trompent. conclure des généraux, cela ne peut être
fait valablement: Job nous en montre
la preuve en son chap. 7 vers. 13. & 14.
disant; Quand je dis, mon lit me soulagera,
ma couche emportera quelque chose de
ma complainte. Alors tu m'étonnes par
songes & me trouble par visions. Et Synésius
parlant des songes dit, Plusieurs ont
composé des livres pour l'exposition des songes,
de quoi je me moque, pour ce que ce n'est
à propos, d'autant que l'on ne peut prescrire
une loi assurée à chacun pour lui déclarer
la signification de sen songe, car de plusieurs
qui feront un même songe, à l'un signifiera
une chose, à l'autre une autre, voire
divers songes de diverses personnes leur
signifieront même chose, tellement qu'un
chacun qui songe doit peu à peu s'instruire,
& se rendre savant de l'événement des
@

CHAPITRE XVII. 467

songes qu'il fait communément sans ajouter
pleine foi à ceux qui se sont travaillés à en
donner des explications & tirer jugement assuré
par iceux de ce qui est à arriver. Je sais
bien que je fait des songes, lesquels me
me marquent sans faillir ce qu'il me doit arriver
le lendemain, ou d'en peu de jours
mais je sais aussi qu'à d'autres qui me
sont proches les mêmes songes leur présagent
le contraire, tellement qu'il y a
fort long temps que je ne m'arrête
point à tous les songes qui se promènent
par ma tête, mais puis que vous êtes si
désireux d'avoir au long celui duquel je
vous ai marqué (en riant) quelque chose.
Je vous veux contenter, mais de vous
assurer si c'est songe ou vision, je ne le
puis, aussi peu que si c'était en dormant,
ou veillant, ou en extase; mais une chose
sais je bien, que tel qu'il a été, il s'est
tellement imprimé dans ma mémoire,
que je crois que rien que la mort ne l'en
pourra effacer & même après icelle si
l'on ouvre ma tête, j'ai quelque opinion
qu'on y en pourra encore lire quelque
chose, mais je ne conseille pas qu'on
le fasse, car on me pourrait faire mal:
venons donc au songe, lequel a été réi- Il se rit.
Gg ij
@

468 HARMONIE CHIMIQUE
téré en moi souvent & non tout à la
fois, car me couchant tard, & me levant
matin, le directeur des songes n'a
pu m'exposer toute cette fabrique en si
peu d'espace de temps, ç'a donc été
le commencement le premier jour de la
Lune, & faut noter que je n'avais mangé
à mon souper aucune chose propre &
recherché pour telles actions. Le quatrième
la fin du premier songe revient
& se continue le 6 jour, la fin du 2. retourne
& sur la fin m'exhorte de ne dire
rien, jusques à ce que j'eusse tout vu, le
En ces jours septième 8 9 xi 12. 13 15 16. 18 19 22 26.
les songes ont 29. 30, cette continuation, (& si forte
quelque si- impression en ma mémoire) me fait espérer
gnification. quelque chose, mais d'assurer
quoi je ne l'ose.
Apres avoir soupé entre six ou sept
heure, d'une seule viande à mon accoutumée
qu'était mouton, & bu deux
fois de vin très bien trempé & ayant laissé
femme & enfants qui sont près de moi
à table achevant de prendre leur réfection,
je monte à mon étude à ma lecture
ordinaire, & sur les dix à onze heures
me mets dans mon lit où dormant à
mon avis, il me semble que je suis en
@

CHAPITRE XVII. 469

un lieu grand; & je ne sais comment
bâti, plein de toutes sortes de personnes
de tous sexes, ages, conditions,
vacations, qui criaient, tempêtaient,
disputaient, cherchaient, fouillaient
feuilletaient, se dépitaient, maugréaient,
promettaient, prenaient, venaient,
s'en allaient, & en fin j'apercevais
parmi cette tourbe turbulente
toutes sortes d'actions & grimaces hormis
de celle de contentement, & au dessus
d'eux en l'air quelqu'un, je ne sais
si c'était avec des ailes, ou sans ailes,
mais admirable en toute perfection,
qui déplorant la folie de tous ces insensés,
qui s'écrie ô fols jusques à quand
serez vous avisés & sans vous arrêter
à la vérité courrez après le mensonge;
lors se retirant & disparaissant un coq,
une poule, & un grand serpent tombent
au beau milieu de tout ce peuple, qui
aussi tôt se met en cercle, laissant ces
trois animaux au milieu de la place. Description
Le coq était grand, fort hardi, sa du coq qui
démarche superbe & glorieuse, & ne ne peut être
permettait aucun autre volatil se parangonner abattu par
à lui, sa chair (& je crois toutes qui que ce
ses entrailles) était d'une couleur jau- soit.
Gg iij
@

470 HARMONIE CHIMIQUE
ne dorée, admirée & désirée d'un chacun,
& ses plumes regardées attentivement
au Soleil étaient de toutes les
plus belles & agréables couleurs que
l'entendement humain puisse cogiter,
il était si fort & puissant, qu'il ne
craignait aucune force qu'elle que ce
soit, & entrant en plusieurs combats
(comme je vis) il en sortait toujours
victorieux, & de même qu'il y était
entré; mais avec la honte de tous ceux
qui avaient été l'attaquer.
Et j'appris qu'il était tel de sa naissance,
qu'il se maintenait toujours tel, mais
à cause que plusieurs poulaillers le revêtaient
d'autres plumages, & étrangers,
pris d'autres oiseaux inférieurs à
feu. lui, il n'apparaissait toujours en sa naïveté,
mais recourant à son père, par son
aide il était déchargé, & ne s'était
jamais voulu joindre & femelle du monde
pour engendrer semblable à lui, qu'alors
que son père eut engendré en sa
mère la poule, qu'était là venue avec
lui.
Description Cette poule est belle, grande, haute,
de la poule. son démarcher est grave, approchant
de toutes les conditions, presque du
@

CHAPITRE XVII. 471

coq endurant presque tous les assauts,
combats & travaux que fait le coq,
la chair (& je crois ses entrailles) & ses
plumes est d'une blancheur d'argent
très fin & épuré, sortant de toutes épreuves
& combats sans aucune tache,
ni diminution de force.
Ce serpent était long de plus de cent Description
coudées, clair comme la glace bien polie du serpent.
& nette du miroir de cristal, tantôt
il était entier, tantôt divisé en plusieurs
parties, sans odeur ni saveur, comme il
paraissait, & tantôt il se remettait en son
entier, il entrait au combat avec mille
& mille animaux, mais d'entre tous il se
développait glorieusement sans y rien
perdre du sien, bien est vrai qu'il paraissait
quelquefois mort mais s'il pouvait
rencontrer quelque chaleur convenable,
il témoignait que cette sorte de
mortification n'était qu'en apparence,
pour ce qu'échappant des mains de ceux
qui l'avaient ainsi accoutré, il s'en retourne
au lieu d'où il est venu.
Ces trois animaux beaux en toute perfection, Ce qu'il ar-
se mirant en eux mêmes, & rive à ces
ne prisant en ce monde qu'eux mêmes trois ani-
se moquaient de toute cette grande maux.
Gg iiij
@

472 HARMONIE CHIMIQUE
assemblée qui se contentaient de les admirer
sans passer plus outre, sinon
à les brouiller, vrai est que quelques
marauds & ennemis de vérité, & lumière
contraignirent le serpent de manger
& avaler quelques animaux volatils, &
jetèrent contre le coq & la poule de la
boue qui les salit quelque peu, mais
par la chaleur du Soleil par l'humidité
de la Lune, & par l'artifice de Vulcain, ils
en furent dépêtrés.
Union de Parmi tous les contentements de ces
deux dans le trois, tout à coup Venus aiguillonne
troisième. le coq, à s'assembler avec la poule, &
l'ayant caressée cherchent (au contraire des
autres, un lieu à l'écart & à couvert
pour jouir de leurs amours, ils voient la
gueule grande & spacieuse du serpent,
dans laquelle sans difficulté entrent,
mais hélas, ils ne savaient pas ce qu'il
leur devait advenir.
Ce serpent, duquel la nature est froide
& à tout le moins à toucher) avait
sous soi un petit feu qui les chauffait, &
faisait que le venin qu'il avait pénétrait
plus facilement, aussi tôt donc que les
deux oiseaux furent entrés dans lui, il
referma sa gueule, & les arrêta entièrement
@

CHAPITRE XVII. 473

dans son ventre, ce qu'ils devinrent
là dedans, je n'en vis rien, mais
voici ce que je vis quelque temps
après.
Ce serpent ayant dans son ventre ces
deux oiseaux, se glissa & ferma dedans
une pierre blanche, creuse, claire comme
cristal, faite en forme d'un instrument
nommée matras ou tête de bécasse,
duquel ce serpent ne remplissait que
la troisième partie, & avant ordonna
que la porte ou entrée de ladite pierre
fut très-bien fermée, & qu'on continuât
la chaleur, de laquelle il avait besoin
continuellement, jusqu'à ce qu'il en ordonnât
autrement.
Ces deux animaux dans quelque temps
produisent je ne sais quoi de différent à
eux mêlés, & ce produit était comme une
rouille de couleur d'écorce de grenade,
en poudre presque impalpable, laquelle
tachait les doigts la maniant un peu
âprement, mais ce qui était considérable,
c'est de ce que Venus en devint
belle & blanche s'en étant frottée, quoi
que cette dite poudre ne fut blanche.
Je vis quelqu'un qui admirant ce
produit le voulait entièrement séparer
@

474 HARMONIE CHIMIQUE
des produisant, mais une voix sortit je
ne sais d'où, qui cria, arrête jusqu'au
temps défini, c'est à dire, jusqu'à ce
qu'il y en aie quantité suffisante.
Ce terme venu, on sépare de toute
cette masse confuse qui n'était ni coq,
ni poule, ni serpent, mais tout ce produit
qui était poudre, rouille ou moisissure
comme on voudra, laquelle la
voix que dessus cria, qu'il fallait abreuver
& humecter de sa première eau, mais
de l'ordre, & comment ni mot plusieurs
s'essayent donc à cette nourriture, mais
ce fut en vain, quoi qu'essayée par plusieurs
fois & par divers moyens qui seraient
trop long à décrire, en fin un Génie
ou Démon de la légion de l'intelligence
prend ce produit, & l'ayant
mené avec la queue du serpent, dedans
laquelle, ni les chairs, ni la substance
du coq & poule n'étaient entiers, met
le tout dans un vaisseau semblable à celui
dans lequel le serpent était retiré,
& le chauffant en feu propre, le serpent
monte, descend, pleure, rit, ébranle
son habitation, mange, boit, re-vomit
ce produit, qui en fin ou s'évanouissant,
ou prenant autre forme, paraît
@

CHAPITRE XVII. 475

comme une écume blanche & nageant
dessus cette queue de serpent, d'où elle
fut séparée avec un vaisseau & instrument
propre, & trouva on que ce produit
s'était augmenté en humidité,
d'autant que ce qu'il pesait étant poudre,
& qu'alors étant comme beurre s'étendait
sur la main comme onguent.

R E S P O N S E A V N E
question.

S Ur la question proposée du mercure
des Philosophes qui adhère aux
métaux, à savoir si c'est du mercure
vulgaire qu'il le faut entendre? Je dis
que ceci se doit démontrer plus clairement
qu'il n'a été fait par aucun que
j'aie vu jusqu'à présent par un exemple
familier & connu d'un chacun.
Pour nourrir & sortir d'une maladie une
personne, laquelle ne peut rien manger
ni avaler de solide, que fera on pour
augmenter ses forces, & ajouter nouvelle
chair à sa chair? n'a on accoutumé
de mettre dedans l'eau commune, de
la chair de mouton, veau, volaille, herbes,
& autres choses, pour en bouillant
joindre la vertu & baume intérieur
@

476 HARMONIE CHIMIQUE
de ces matières & les implanter dedans
cette eau comme auparavant, &
maintenant étant ainsi imprégnée,
est elle encore eau commune? au commencement
elle était sans nourriture, sans
odeur & saveur, maintenant elle a nourriture
& saveur, non d'elle même, mais
en elle, qu'elle a tiré d'autrui, & de ce
qu'elle a tiré, elle qui est un milieu, ou
mitoyen, le porte & communique aux
parties qui demandant nourriture propre,
& à elles convenable: Ainsi va du
vulgaire, lequel ne peut nourrir, ni
adhérer aux métaux, car quoi qu'iceux
soient teints ou joints avec lui en sont
séparés facilement par le feu, mais si ce
(UO+) vulgaire est bouilli philosophiquement
avec les métaux parfaits en forme
& façon convenable, ce vulgaire
tire d'iceux ce qui est le plus propre,
& l'incorpore si unanimement avec
lui, qu'il est impossible en faire la séparation,
aussi peu que de l'eau bouillie
avec les chairs ci dessus, cette union du
vulgaire avec les métaux parfaits
est de telle nature, qu'étant circulée
par l'ordre décrit par les Philosophes
est réduite à un baume tel, & de si
@

CHAPITRE XVII. 477

grande efficace, qu'appropriée aux métaux
imparfaits elle s'unit avec ce qui est de
bon en iceux, le cuit & purifie en chassant
toute l'impureté qui le rendait laid,
difforme, malade comme le serpent, qui
en temps convenable laisse, quitte, & se
dépouille de sa peau. Or comme l'eau
commune n'est plus eau commune imprégnée
du meilleur de ce qui a bouilli
en icelle, de même le (UO+) vulgaire n'est
plus dit (UO+) vulgaire, ayant attiré à soi le
meilleur des métaux parfaits avec lesquels
il a bouilli philosophiquement ou
sagement, & alors il adhère tellement
aux métaux dépouillés de leur ordure
qu'ils sont inséparables & dis encore,
que comme il est impossible que ce qui
a été tiré des matières qui ont bouilli
avec l'eau, puissent jamais être ce qu'ils
étaient auparavant, de même ce qui a
été tiré des métaux parfaits par le mercure
vulgaire ne peut jamais être remis
tel qu'il était, comme on fera de
l'or ou argent, qui auront été dissout
(comme on dit très-mal) par l'eau forte,
ou eau royale, ou esprit de sel & autres,
comme l'expérience montre: ce
qui se faisant par eux n'étant que corrosion,
@

478 HARMONIE CHIMIQUE
& non dissolution philosophique,
ou réduction en première matière,
qui est partie volatile, partie fixe, car
ce mercure vulgaire imprégné des
corps parfaits, qui paraît en ressemblance
de poudre noire, impalpable, teignant
les doigts en noir, qui s'en va par lavement
d'eau claire, & qui blanchit le
cuivre, qui ne s'en va que par le feu, mis
sur le feu propre dans un creuset, une
partie s'évapore, & l'autre partie se vitrifie
& s'attache aux parois du dit creuset,
& si on le met & évapore dans un
matras, j'assure qu'il teint le bout du
col du dit matras par où il passe de tant
de couleurs, & si fort, qu'icelui bout
ainsi teint refondu ne perdant aucunement
lesdites couleurs, ressemble la
plus belle opale qu'on puisse trouver,
chose qui donne quelque contentement
à l'artiste.
@

479

------------------------------------------

Athenagoras Philosophe Athé-
nien L. 9. f. 346. du parfait
amour, & nomme
ceci fable.

pict Pollon se présenta en place beau
ayant sa tresse blonde un peu
après je vis un Démon se montrant
sous un voile blanc, palpable ce
semblait, mais toutefois ne se pouvait il
arrêter: En moins de rien ce Démon
s'approchant d'Apollon, je ne sais quelle
illusion brouille mes yeux, car je perdis
de vue ce Dieu, & le Démon sembla
demeurer seul: Puis vint Vulcain
voulant, ce m'était avis, venger Apollon,
usant de grande violence contre
ce Démon, lequel ne pouvant supporter
cet effort, je fus étonné que je ne le
vis plus, & Apollon apparut comme
devant: je regardais fort attentivement
& observais de l'oeil autant qu'il m'était
possible, & néanmoins il m'était
impossible d'y remarquer aucune subtilité,
@

480 HARMONIE CHIMIQUE
ou tour de main, encore que cela
se fit cinq ou six fois, car aussi tôt que
Vulcain s'était retiré pensant avoir bien
vengé Apollon, & l'avoir remis & rendu
en première forme, ce Démon ne
faillait à revenir, & se saisissant promptement
de ce Dieu le rendait évanoui
comme devant. Vulcain revenait derechef
faisant pareils effets que la première
fois; mon esprit était en grande
peine voyant des actes si étranges. Or à
la sixième fois & Vulcain & le Démon
s'étant absentés, Apollon paru fort débile,
encore que son teint ne fut diminué,
& se plaignait fort d'avoir été corrompu
par ce Démon. Le Démon non
content de l'avoir tant tourmenté revint
encore un coup amenant avec soi
un sien compagnon, représenté avec un
vêtement blanc, qui le couvrait entièrement:
Ces deux envahirent ensemble
Apollon, & le réduisirent à telle extrémité
qu'il ne paraissait plus, & ce dernier
Démon plus fort que l'autre, semblait
paraître seul, Vulcain ne faillit à
venir secourir le Dieu, & se montrant
plus robuste contraignit ces deux Démons
de gagner le haut, Apollon se montra
tra
@

CHAPITRE XVII. 481

encore plus corrompu, qu'il n'avait
été, & ne pouvait plus se soutenir
demeurant toujours couché. Le médecin
le vint visiter, qui lui ordonna un
bain composé de certaines drogues nettoyées
de leurs immondices sablonneuses Nutrition
de bain devant un feu, fut oint Apollon & dessiccation.
par plusieurs fois, le séchant autant de
fois qu'on le frottait, puis fut remis en
bain fait des excréments de Bacchus
durant quelque espace de temps. Apollon
diminuait & se fondait en ce bain,
comme la neige au Soleil, & toute l'eau
du bain semblait que sa substance était
dissipée. Esculape fait écouler l'eau du
bain, laquelle il mettait à part, & lui
en re-baillait de pareille, le baignant ainsi
souventes fois, & quasi autant comme
il l'avait frotté, lavé, & séché de
l'autre. Apres pour le réchauffer, apposa
à ses eaux qu'il avait tirées du bain
un petit feu, au devant duquel l'humidité laut**.
qui rendait Apollon tout mouillé s'évapora,
& étant sec il semblait encore
avoir été rendu plus débile par tous ces
bains, onctions, & lavements: je croyais
que tout était perdu, mais ce médecin
invoquant le fils de l'air, de la Lune que
Hh
@

482 HARMONIE CHIMIQUE
je vis se présenter devant lui, icelui donna
à Esculape du plus beau & plus précieux
qui fut en lui, qu'il bailla soudain
à avaler à Apollon, qui après cette prise
sembla être ressuscité, reprenant un teint
vif & beau à merveilles avec une telle
Projection. plénitude de vie, que le communiquant
en tel état aux malades & décrépites, il
les remet en meilleure disposition qu'ils
n'avaient été.
@

pict

Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs, est en une des
vitres de la salle ou Ecole en Théologie des Cordeliers de Paris
aux pieds de Saint Thomas d'Aquin, il se trouve aussi à une des
murailles du cloître des Jacobins, & en une des vitres de la Chapelle
du lit S. Thomas, laquelle est en même Eglise audit Paris:
Il se voit encore dans l'Eglise des Carmes en la chapelle S. Michel
en quatre endroits de ladite chapelle, savoir sur la porte & sur
l'Autel, gravé de relief, & peint contre la muraille & sur la vitre
avec mêmes couleurs que les précédents, contenant & démontrant
tout ce qui est nécessaire à l'opération de ce qu'on nomme
Pierre Philosophale.


Cet Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs
est contre la muraille de la cinquième arche du
Cimetière saint Innocent, y entrant par la porte du
coté de la friperie allant vers celle des halles, il démontre
tout ce que Flamel a démontré & signifié
par toutes ses figures mises dans le même Cimetière
pour l'opération de ce qu'on nomme Pierre-Philosophale.

Ces figures se mettent à la fin du livre devant la Table.

@

pict

T A B L E D E S M A T I E R E S

C O N T E N V S E N
ce Traité.

A

pict Dam a appor- que c'est 415
Ame de la pierre 166. com-
té la ma- me est extraite de son corps
tière de la 207. 211. logée aux sourcils,
pierre du & la signification 109. l'âme,
Paradis ter- le levain & la forme est
restre 37 même chose 74
l'Agent agit selon la forme Ame du Soleil & de la Lune
du résistant. 197 ne se tirent que peu à peu
Agent des minéraux. 38 181.
Agent & patient 145 Ame & esprit comme se
Airain d'Hermès 136.211. joignent & en quel temps
Albar aeris 149 388 401.
Alchimie que c'est 403. Amphithéâtre de Conrath
Alliages à l'or & à l'argent Lips, & l'Aureum Vellus
par les orfèvres ou mo- de Guillaume Mennens
nayeurs 189 improuvés, & pourquoi
Aludel 315 33.
Amalgame que c'est 77 Animal grand que c'est 40.
224. ou mis 151. 153. aman- Années comme entendues
dement de toutes choses, Hh ij
@

Table des Matières.

371. diverses langues 65.80,129.
Antimoine des Philosophes, 282. 198. 317.
quel. 213
Argent & son prix ancienne- B
ment & maintenant 259 Bain Marie & fumier de
l'Argent & l'argent vif com- cheval même chose. 314.
muns sont morts 217 Baromets ou agneau vé-
l'Argent vif a plusieurs & gétable de Scythie. 301
divers noms, & quels 69. Beia & Gabriel. 136
80, 98 160. que c'est 185. la Blancheur comme ad-
s'il est sale comme doit vient. 311
être épuré & nettoyé Blancheur de Jupiter n'est
190. des Philosophes de la tant désirée. 306
quoi fait 164. 165. comme Brûler la matière comme
il agit 312. tiré des métaux entendue, & pourquoi 70.
est inutile en cet art. 118. 206. 235.
Arsenic que c'est. 80 C
notre Art n'a besoin de Calcination que c'est. 226
multitude de matière 81. Crapaud au sein de la femme
ne fait point la matière de 286. 288
la pierre 262. commence où Centres différents en l'oeu-
nature laisse 240. purifie vre. 405
les métaux nommés im- Cération. 295
purs 161. imite natu- Cerbère & sa bave. 350
re & comment. 231 Chaleur tempérée, & son
Assation que c'est. 243 opération. 338
Assemblée ou mixtion est la Charbon de montagne. 154
première opération de l'ar- Chacun engendre son sem-
tiste 70 blable 119. 161. 168
Aucun n'a jamais fait métal. Chaux des métaux comme
261. entendue. 189. 314
Autruche née en terre. 74. Chélidoine, pourchaille, &
Azoth & sa signification en mercuriale matières de la
@

Table des Matières.

pierre. 166 servation. 75
Chien & chienne 296. d' Ar- la Couleur jaune est la fin
ménie. 136 de la blanche & com-
Chybric que c'est. 344. mencement de la rouge.
le Ciel est animé & son mou- 25. 23. 34.
vement est volontaire. 78 le Cuivre doit être cuit jus-
Cimetière ou crible. 357 ques à la noirceur & ses
Clef de l'art qu'est-ce 307. noms. 69
238 D
la Coagulation comme fai- premier Degré de l'oeuvre,
te. 299. 314. second, troisième, &c.
faut Commencer la besogne 228
le Soleil étant au Bélier Destructeur accompagne
comme entendue. 337 chaque chose née. 319
Comparaison de la matière Destructeur de l'or co-
des Philosophes avec la se- nnu du seul vrai artiste.
mence des animaux. 9 319.
le Composé que c'est. 290 Dieu a tout fait de rien
Composition quand nom- (que de sa seule parole)
mée. 243. & les charlatans de tout
la Congélation & la solution font rien. 28
se font en même temps du Dieu doit être invoqué
corps & de l'esprit.236.242 par ceux qui cherchent &
Corps sale & immonde que désirent la pierre des Phi-
c'est. 50 losophes. 65
les Corps doivent être ré- Dieu seul crée l'or & l'ar-
solus en mercure par le gent, & toutes autres cho-
mercure. 193
les Corps purifiés doivent Dispositions du magistère
être mis dans le mercure & les nombres. 226. 243
mondifié. 203 le Dissolvant communi-
tout Corps tend à multipli- que de sa propriété à la
cation, génération & con- chose dissoute. 132
Hh iij
@

Table des Matières.

Dissolution pourquoi ain- mains. 74. brûle. 275. 24
si appelée. 74.117 Eau puante 136
la Dissolution est le princi- l'Eau dessèche avec la ter-
pe de l'art. 237. 247. re. 383
Divisible & indivisible que Eau volatile pourquoi. 91.
c'est. 119 314
Dragon brûlant est le feu Egypte & Perse nécessaires
contre nature. 335 au parachèvement de la
Dragon dont extrait 312 pierre comme entendu. 60
queue de Dragon que c'est. Electre. 281
288. 292. 298. 333 Eléments comme entendus.
le Dragon ne meurt qu'a- 283. comme convertis l'un
vec son frère & sa soeur 135 en l'autre. 244
E les Eléments des Chimi-
Eau bénite. 166. 309 ques sont composés. 29.
Eau céleste ne mouillant 140. 143
point les mains 159 Elixir se prend en diverses
Eau du mercure. 274. 306 façons. 83. 85. 130. 164 165.
l'Eau des Philosophes lave 166. 202. 193. 311
les saletés de la terre. 273. Enfant naissant. 316.ingrat.
278 111
Eau de pluie. 293 Erneth, que c'est. 80. 344
Eau de vie & pourquoi 80. 358
366 l'Ecriture sainte où conte-
Eau dorée de quoi faite. nue. 3
108 l'Ecriture a trois sens ou
l'Eau & son opération. 2 I intelligences, littéral, mo-
l'Eau est nommée air. 286 ral ou allégorique, & ana-
l'Eau est un esprit purgeant, gogique. 2.3
& blanchissant les corps. Ecume ou graisse de la ma-
283 tière. 319
Eau marine. 319 Esprit moyen, que c'est 379,
Eau ne mouillant point les & comme tiré. 231.
@

Table des Matières.

Ethelie. 210. 386 le Feu peut être dit continue
l'Etude est fort recomman- 334.
dée en cette recherche. 68. Feu seul sous la Lune quoi
71. 101. 138. 208. 262. 320. que visible est invisible
374 & noms. 328
Exaltation du Soleil. 216. le Fils doit être nourri de
Excrément ne se nourrit sa propre & pure substance
point. 180 281 Fils ingrat. 269
Extraction de l'esprit du Le fixe des Philosophes que
corps, que c'est. 227.233 c'est. 11
l'Extraction, la séparation, Fleur d'or que c'est. 11
& la nutrition de la matière Fols comme doivent être
des Philosophes, sont ca- traités. 65. 68
chées, & le moyen de l'ap- Forme des Philosophes,
prendre & découvrir. 10. que c'est.36.74.155.228.306
11. 14 Forme spécifique, que
F c'est. 402
lier les mains à la Femme Fumier de cheval, & bain
à son dos. 286 marie. 314
Fermentation, que c'est.397 G
Feu d'amitié. 70. 145. 299. Gabriel & Beya. 136
noir, 154. vif.200.sec & hu- 95. 297.
mide. 135 Génération de l'enfant 143
Feux divers. 333. 337. pour Génération & corruption,
l'oeuvre. 340 145. comme se fait. 338
le Feu est nommé tout ce en la Chasse de Sainte Ge-
qui fuit le feu. 338 neviève de Paris, com-
Feu & soufre, même bien il y a de l'or & de l'ar-
chose. 262 gent. 259
le Feu lave.235.nourrie272. Germe & son augmenta-
293. 313 tion. 154
Feu lent & violent, leurs Grain incombustible, que
actions. 244. 248 c'est. 57
Hh iiij
@

Table des Matières.

Graisse de la terre.159.210. vérité, & la vie. 261
214.221.253.269.280. 319 Jeunesse impatiente. 369
350. 368 Ignorance de la composition,
la Graisse en combien de dissolution & extraction.182
temps est desséchée, & 279
comment ré-humectée. 329 Imbibition de la noirceur,
333 H comme faite. 284
Hercule. 111 Imprégnation & composi-
Histoire d'un mélange tion comme & de quoi
d'argent limé avec le cina- faite. 166. 292
bre. 36 Incération que c'est. 305
Histoire d'un Parisien 275. Ingrès, que c'est. 315
autre histoire. 279 Inspissation de quelque hu-
Histoire d'un qui se vantait midité, comme faite.315
de réduire les métaux en Intention invariable des
mercure, & attirer au dos Philosophes, quelle. 305
les anévrismes de la poi- Isir ou Ysic. 305
trine. 185 L
Histoire mal-heureux. 63
Homogénéité. 15. 35. 315 Lait de la Lune, & lait du
l'Homme est la minière de Soleil différence avec aver-
la pierre & comment. 72. tissement. 317
73 Lait virginal. 108. 111.283
Humidité Physique propre 313
pour l'oeuvre. 217 le Laton comme lavé & net-
Huile des Philosophes. 90. toyé. 282. 294. 317
183. 184.185.212.214. 271 le Lavement des corps que
274. 292 c'est. 305. 313
Huile des retenues, que la Lecture recommandée.
c'est. 405 195. 197
Huile incombustible & sa- Levain du mercure para-
von des sages. 419 chevant l'oeuvre. 172
I la Lie nommée terre ou
Jésus Christ est la porte, la corps 313
@

Table des Matières.

Limosité des métaux, quel- Matière noire comme trai-
le. 214 214 tée. 314
Lion vert. 146. 358 Matière qu'il faut prendre
Liquéfaction vulgaire n'est des métaux. 185
la philosophique. 197 la Matière tirée pour la
un Livre éclaircit un autre pierre a des marques, s'exha-
obscur. 197 le & se vitrifie mal condui-
un seul Livre n'apprend pas te. 9
tout ce qui est nécessaire Matière subtile tirée de la
pour l'oeuvre philosophique. masse & sa forme, fonde-
197 ment de l'art. 5. 9. 15
M Médecine des Philosophes
tout le magistère de la pier- qu'est-ce.130. de quoi fai-
re en quoi consiste. 272. te 160. de quoi produite.
291 220
Magnésie faite de plusieurs Médecine du second ordre.
choses. 149. 189 418
Marbre comme entendu. une seule Médecine 90. 233
312 236
Mariage de Gabriel, & de Mercure animé, que c'est.
Beya. 161 173
Masse & femelle, père & le Mercure a divers noms.
mère, quels. 165 11. 74. 132
la Matière des Philosophes fix Mercures. 330
n'est tirée des mines métal- le Mercure cru dissout les
liques. 165 corps. 177
la Matière de la pierre est Mercure double. 330
une & de même chose, de le Mercure est un feu brû-
vil prix. 74 lant mieux les corps que le
la Matière des Philosophes feu. 338
de quoi & comme nourrie, le Mercure fixe est l'oeuvre
& jusques à quand. 9. 137. parfaite. 177
354 le Mercure ne doit être
@

Table des Matières.

réduit en eau transparente, taux, mais non les teintu-
& pourquoi. 240 res comme entendu. 241
le Mercure ne peut être Nature s'amende en sa natu-
brûlé.129. & est mine par- re. 81. 84. 156
ticulière. 336 Nettoiement de l'argent vif
Mercure pourchaille, & ché- 190
lidoine matières de la pier- 287.
re. 166 314
Métaux de quoi engendrés. le Noir n'est point la saleté,
214 des corps desquels il est ti-
Métaux malades comme ré. 180
guéris. 177 Le noir se cueille dessus &
Métaux préparés, & leurs dessous la matière, & com-
noms. 74 ment. 184
le Métaux pour être puri- la Noirceur de la pierre, les
fiés requièrent plus que signes & cause 13.16.17.52
tout autre un esprit subtil 65.69.70. 81.111.114. 191.
& vif. 3. 4 194. 203. 215. 235
Minéraux & leur abjection. la Noirceur comme se blan-
144 chit. 273. pourquoi nom-
aux Minières de l'argent vif mée feu. 299
ne se trouve aucun métal. la Noirceur survenant à la
285 pierre est un très-bon si-
la Mort comme chassée gne. 377
des corps. 285 les Noms comme & pour-
Mortification comme fai- quoi donnés aux choses.
te. 219 67. 73
Mortification du mercure Nourriture que c'est. 302.
comme faite. 280 307. 319
les Mots des Philosophes O
doivent être entendus.110 Oeuf des Philosophes. 89.
N 98. 356
Nature engendre les me- Opérations diverses en la
@

Table des Matières.

pierre inutiles & nuisibles & troisième. 208. 212. de
& comme entendues 223. trois jours. 417
2 9 237. 247 P
toutes les Opérations peu- la Paix des matières Philo-
vent être mises en cinq sophales, c'est à dire, com-
classes. 155 posantes l'oeuvre comme
l'Opération seule apprend faite 198
l'art. 227 Parties semblables & dissem-
Opinions diverses des Phi- blables comment se multi-
losophes sur le principe des plient, ce qui est à noter.
choses. 139 232
Or, argent, & argent vif, la Pâte des Philosophes
quand sont dits être vifs ou doit être desséchée, & com-
Soleil, Lune & mercure.190 ment. 319
Or, argent & mercure sont la Patience est requise en
le commencement de l'oeu- cet oeuvre. 143.308.318.369
vre. 70 Père & mère de la pierre,
l'Or des Philosophes, quel quels. 166
117. 174 les Philosophes ont décrit
Ordre troisième en notre diversement, & pourquoi.
ouvrage. 372 232. 238
Or & ses noms. 74. 81. 90. les Philosophes parlent
145. & sa valeur. 259 par figures. 38. 48. 100
l'Or & l'argent & leur de- Pierre bénite. 166
struction. 226 la Pierre des Philosophes
l'Orpiment est la clef de la de quoi composée. 14.17.22.
science. 80 23. 35. 48. 53
Or potable. 58. 90 la Pierre des Philosophes
l'Or vulgaire est impur, a plusieurs noms, voire
sale, moribond, stérile.217 nommée du nom de toutes
l'Ouvrage des Philosophes les choses du monde, &
comme parachevé. 94. 183. pourquoi.1 5.14.15.16.21.25
208. 312 29.34.39.55. il n'y a donc
Ouvrage premier & second, aucun nom comme vin
@

Table des Matières.

aigre très-fort.17.19. 36. de la pierre que c'est. 216
57.66. soufre, animale, aux Prêtres anciennement
végétable, minérale, gom- combien ordonné pour
me, mercure, nuée, trouvée leurs vivres.
par tout, pauvres & ri- Préparation des corps, quel-
ches l'ont, qu'on ne le le. 212. 276
trouve dans ce traité. Principes & éléments com-
une seule Pierre des Philo- me diffèrent 140. 145
sophes. 220 Principes ou éléments de
la Pierre des Philosophes l'Art, quels.171 278. 221
se parfait d'elle même, & Prix de l'or & de l'argent en
comment. 224. 230 l'année. 1242. 1465. & à
la Pierre en sa Composition présent. 259
a besoin de deux substances Purification du Soleil, Lune
crues, 5. 8. 9. 130 & eau de vie. 170
la Pierre est nourrie du seul la Putréfaction des Philo-
feu. 272. 273 sophes n'est point sale, &
la Pierre est super-naturelle que c'est. 386
& comme. 33. 76 Pyraustes, mouches s'engen-
Pierres mortes. 129 drant & nourrissant au feu
Pierre première. 356 275
la Pierre que c'est. 79 Q
Plaisante joie que c'est.171 la Quadrature du cercle
Plomb des sages. 69. 387 28. 63. 205. 320
Poudre des Philosophes. Quantité de l'eau sur les
270 corps pour les dissoudre.191
la Poudre sèche & noire Queue de Dragon. 125. 333
comment arrosée, & jus- Quintessence que c'est. 77
que à quand. 3 6 R
Pourchaille, mercuriale, & R Ebis que c'est. 130
chélidoine, matières de la Rechercheurs impa-
pierre. 166 tians à l'étude. 319
Pourriture & mondification Réduction à la première ma-
@

Table des Matières.

tière comme entendue. 228 des impures, pesantes & lé-
un seul Régime. 233 gères. 192
Réitération de mêmes cho- Séparation des éléments inu-
ses pourquoi. 296 tiles.178. comme entendue.
Rosée de Mai que c'est. 170. 248
273 Séparation que c'est. 149
Rouillure est nom feint. 69 Serpent horrible tué par
S Hercule. 111
les S Ages ont divers noms Serpent Python tué par A-
selon les diverses ré- pollon. 317
gions, comme Mages, Prê- Soleil exalté. 215
tres, Gymnosophistes, le Soleil, la Lune & le mer-
Druides. 4 cure des Philosophes ne sont
si Salomon a eu la pierre.33 les communs. 22.49.81. 90
Sangsue Philosophique que Solution du corps se fait
c'est, & pourquoi. 70. 71 peu à peu. 181. 231. 312
la Science comme acquise 3. Sophismes des Philosophes.
pourquoi cachée. 91 384.
chaque Science a ses noms les Sophistes s'amusent aux
propres. 92 noms & non à la matière.2
Secret de l'Art en quoi gît. Soufre des Philosophes de
136.146.191.211. 213. 316. quoi fait. 160. 176. 200.
Sel alcali. 154 206. 299
Sel de nature. 159 Soufre & feu même cho-
Sel fusible. 3. 419 se. 262
le Sel n'a rien de commun a- Soufre rayonnant. 194
vec la pierre. 196 Sperme des Philosophes quel
Semence animale ou de l'ho- 214.
me que c'est. 180. 196. Sublimation que c'est. 225.
Semence conçue, nourrie, 227. 229. 239. 241. 244
& parfaite par le feu.11.13 Superfluités en la pierre
Semence féminine. 274 q'est ce. 14. 95. 200.217
Séparation des parties pures 219. 221.
@

Table des Matières.

T Toute chose qui est sous les
T Aureaux ne jetant que Cieux est brûlable & vola-
feu. 117 tile hormis l'or & l'argent.
Teinture que c'est, 130.204. 132
232. 270. 277 Toute chose se détruit par
Temps divers comme en- le même moyen qu'elle se
tendus. 365 fait. 226
Temps du parachèvement de la Trituration comme faite.
l'oeuvre. 163 231
Terre blanche & terre rouge V
35. 36 V N seul vaisseau, 213.
Terre comme préparée. comme entendu. 154
282. 285 un Vaisseau, un fourneau, &
Terre foliée pourquoi.72.73 une disposition comme &
272. 284 en quel temps s'entendent.
Terre morte. 362 356
la Terre ne germe point sans Vapeur & eau seuls en no-
assidue arrosement 278 tre oeuvre. 210
la Terre noire jusques à quand 131
imbibée. 310 Victoire nom de la pierre.
la Terre prise en deux fa- 211
çons. 283 Vieillard avale l'or & l'argent
Tête de corbeau. 70. n'est 160
d'impureté. 386 Vinaigre. 308
Thelesme que c'est. 91 Vinification de la matière.
Thésée sème les dents du 179. 344
serpent. 317 tout Vivant a une foi à sa
Toile d'araignée nageant mode. 20
dessus la matière.155.153 Usifur que c'est. 75
@


Privilège du Roi.

L Ouys par la grace de Dieu Roy de France &
de Nauarre, A nos amez & feaux Conseillers
les Gens tenans nos Cours de Parlemens, Maistres
des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans, & autres
nos Iusticiers & Officiers qu'il appartiendra,
Salut: Nostre cher & bien amé Melchior Mondiere
Marchand Libraire & Imprimeur de nostre
Ville de Paris. Nous a fait dire & remonstrer qu'il
a recouuert vn Liure intitulé Harmonie Mystique
ou accord des Philosophes Chymiques auec les Scholies,
sur les plus difficiles passages des Autheurs y alleguez,
&c. composé par DAVID LAIGNEAV Nostre Medecin
ordinaire, lequel il desireroit imprimer ou faire
imprimer, vendre & distribuer, pour cet effext
nous a faict supplier, luy vouloir accorder nos lettres
requises & necessaires, desirant le fauorablement
traiter: A CES CAVSES luy auons permis &
permetrons par ces presentes d'imprimer ou faire
imprimer, vendre ou faire vendre durant le temps
de douze ans ledit Liure, à compter du iour qu'il
sera acheué d'imprimer pour la premiere fois, en
telle forme, volume & caracteres que bon luy s'emblera,
pendant lequel temps faifons tres-expresses
inhibitions & deffences à toutes personnes de l'imprimer,
faire imprimer, vendre & distribuer sous

@

Privilège du Roi.

quelque deguisement ny pretexte que ce soit sans
le consentement dudit exposant, à peine de trois
mil liures d'amande, moitié à nous, l'autre moitié
enuers la partie, de confiscation desdits liures, &
tous despens, dommages & interests, à la charge
que ledit exposant sera tenu en mettre trois
emplaires; sçauoir deux en nostre Bibliotheque
& le troisiesme de nostre tres-cher & féal le sieur
Seguier Cheualier Chancellier de France, auant que
l'exposer en vente, à peine d'estre décheu du Priuilege.
SI VOVS MANDONS que du contenu en ces
presentes vous ayez à faire iouyr & vser le dit exposant,
& ceux qui auront charge de luy, sans souffrir
qu'il y soit troublé: & qu'en mettant au commencement
ou à la fin dudit Liure ces presentes
ou vn bref extrait d'icelles, voulons qu'elles soient
tenuës pour verifiées. Car tel est nostre plaisir.
Donné à Paris le I. iour de Septembre l'an de
grace 1636. & de nostre regne le vingt septiesme.

Par le Roy en son Conseil.

Signé R E N O V A R D.

Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 12.
Septembre 1636.

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Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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