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Réfer. : 0910A .
Auteur : Haumerie, Crosset de la.
Titre : Les Secrets les plus cachés de la Philosophie
S/titre : des Anciens, découverts et expliqués.

Editeur : D'Houry Fils. Paris.
Date éd. : 1722 .
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LES SECRETS

LES PLUS CACHES

DE LA
PHILOSOPHIE

DES ANCIENS,

DECOUVERTS ET EXPLIQUES,

A la suite d'une HISTOIRE
des plus curieuses.

Par M. CROSSET DE LA HAUMERIE.

pict

A PARIS, Chez D'HOURY fils, rue de la Harpe, devant la rue
S. Severin, au St Esprit. -------------------------
MDCCXXII. Avec Approbation & Privilege du Roy

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iij

pict

P R E F A C E.

C OMME je n'ai eu
d'autre motif que
d'obliger le Public, en lui
faisant part des Curiosités
que contient ce petit Ouvrage;
je ne me suis pas attaché
trop scrupuleusement
à le remplir de ces beaux
termes dont la Langue
Française est ornée aujourd'hui,
ni à former ces brillantes
phrases, qui donnent
à la vérité plus de grâce à un
discours, mais qui n'augmentent
rien à l'essence du
a ij
@

iv P R E'F A C E.
sujet que l'on traite. J'espère
cependant que quoiqu'il
ne s'y rencontre pas ce
pompeux arrangement de
mots, le Lecteur ne se repentira
pas d'avoir donné
quelques heures d'attention
à une Histoire qui renferme
tant & de si surprenantes
opérations, telles
que je suis certain qu'aucun
Philosophe ancien ni moderne
n'en a écrit de semblables,
& qui ne seraient
jamais venues à la connaissance
de personne, si je n'avais
pris le soin d'en faire un
recueil d'autant plus curieux,
qu'il est très-exact,
dans le temps même que ce
@

P R E'F A C E. v

Philosophe les faisait, afin
de soulager ma mémoire, &
ne rien laisser échapper de
toutes les choses merveilleuses
que je rapporte, qu'il
a quasi toutes faites en ma
présence: la vérité y est toute
entière, sans y avoir rien
ajouté.
A l'égard des Traités qui
suivent, je ne me serais pas
déterminé à les mettre sous
la presse, si quelques-uns de
mes amis ne s'étaient servi
de l'ascendant qu'ils ont sur
moi, pour m'y obliger. Je
souhaite que les Curieux &
les initiés dans les principes
y trouvent quelque chose
qui leur fasse plaisir; & que
a iij
@

vj P R E'E F A C E.
ceux qui ne regardent la
lecture que comme un amusement,
ne s'imaginent
pas d'avoir perdu leur temps
que de l'avoir employé à les
lire. Quoiqu'il en soit, j'ose
me flatter que les uns & les
autres se sentiront excités à
s'approcher de la Nature plus
près qu'ils n'ont fait, se
voyant convaincus par des
raisonnements incontestables
que c'est par les méditations
que l'on fait sur ce
grand spectacle, qu'on acquiert
les vraies lumières,
& que lui seul en mérite une
perpétuelle avec d'autant
plus de raison, que nous ne
pouvons l'étudier sans en
@

P R E'F A C E. vij

reconnaître l'Auteur: de
sorte que les réflexions que
cet étude occasionnera de
faire sur toutes ses admirables
productions, conduiront
insensiblement à donner
les louanges qui sont
dues à cet incomparable
Ouvrier; & après avoir
rendu ce qui est dû à cette
Intelligence par laquelle
cette grande machine est
muée & déterminée, on s'attachera
avec plaisir à en
considérer l'intérieur. C'est
l'unique vue que j'ai eue en
les donnant au Public.
J'ai divisé ce Livre en
Traités, & je les ai mis dans
le même ordre que la Na-
a iiij
@

viij P R E'F A C E.
ture observe dans ses opérations
périodiques.
Je commence par faire
connaître comment se produisent
les semences métalliques
dans les entrailles de
la terre; les moyens dont la
Nature se sert pour former
les métaux, & les différents
accidents qui les empêchent
de parvenir au point de perfection
où ils sont tous destinés.
Je donne ensuite une voie
facile pour extraire les essences
des trois règnes, végétal,
animal & minéral,
dont on pourra se servir
dans les diverses maladies
dont on n'est que trop souvent
@

P R E'F A C E. ix

attaqué; se soulager &
même se procurer la santé,
ce que ceux même qui
n'ont jamais manipulé,
trouveront très-aisé par les
règles que j'enseigne.
Je montre le peu & même
le mauvais effet que peuvent
produire les remèdes
qui ne sont pas entièrement
dégagés de leur terrestréité,
comme font ceux que l'on
vend assez ordinairement.
Ce n'est pas que j'ignore
qu'il y a plusieurs Artistes
fort habiles, & qui ne sont
que trop capables de leur
faire acquérir les qualités
qui leur sont nécessaires
pour agir efficacement
@

x P R E'E A C E.
mais le peu de profit qu'ils y
feraient les retient, & les
empêche de les pousser jusqu'au
degré où il faudrait
qu'ils fussent pour guérir
promptement les malades.
Je fais voir la nécessité indispensable
qu'il y a de tirer
la véritable & pure essence
de l'or & de l'argent pour
en faire le grand oeuvre; &
je donne les moyens d'y
réussir en suivant les paroles
des anciens Philosophes.
Je fais connaître quelles
sont les vraies matières
dont on se doit servir pour
travailler à cet oeuvre, qu'ils
ont tous appelé divin, par le
développement que je fais
@

P R E'F A C E. xj

des termes obscurs, énigmes
& paraboles dont les
Anciens onc usé pour ne pas
trop découvrir les arcanes
de cette Science: cela aidera
en même temps à faire revenir
des fausses préventions
où on se sera laissé aller en
lisant leurs écrits, par le
mauvais sens qu'on leur aura
donné, ou à se confirmer
dans les bonnes idées qu'on
s'en sera formé.
Je découvre ce qu'ils ont
entendu par les différents
vaisseaux dont ils parlent.
J'explique ces divers feux
qu'ils nomment naturels,
innaturels & contre nature,
dont ils ont fait tant & de si
longs chapitres.
@

xij P R E'F A C E.
Je prouve enfin qu'on ne
doit point sortir du genre
métallique, & qu'il faut nécessairement
suivre la Nature
dans toutes les opérations
que l'on se propose;
qu'on ne peut faire telle
chose que ce soit, sans en
avoir une de son espèce;
que ceux qui parlent autrement
ou qui n'en veulent
pas convenir, sont des ignorants
ou des gens mal intentionnés;
que de rien on ne
produit rien, & qu'il faut
pour faire un sujet avoir
une matière. S'il nous est
indispensable d'avoir une
matière pour travailler,
nous avons besoin d'un objet
@

P R E'F A C E. xiij

pour méditer: c'est donc
un objet de méditation que
je présente aux Curieux, qui
les conduira plutôt dans la
véritable route, que l'attention
qu'ils donneront à ces
misérables Chymiastres, qui
n'ont nulle science que de
tromper tous ceux qui sont
assez simples pour s'y arrêter.
Nous mettons tous les
jours en pratique avec succès
un nombre de choses
qui n'avaient été qu'ébauchées
par nos Pères, & qui
n'étaient que des matières
imparfaites que nous perfectionnons.
Ceux qui liront
ces Traités, les pourront
regarder comme tels;
@

xiv P R E F A C E.
mais s'ils les lisent avec application,
ils pourront avec
les lumières qu'ils auront
d'ailleurs acquises par l'étude
& la lecture des anciens
& habiles Philosophes, parvenir
au but où plusieurs
tendent, & où peu atteignent:
Multi vocati, pauci
electi.
pict
@

xv

pict

A V I S.

A MI Lecteur, les Chapitres
étant distingués dans
cet Ouvrage, l'Auteur
même dans sa Préface ayant
fait une espèce de récapitulation
de ce qu'ils contiennent en particulier;
je me suis crû dispensé
de mettre une Table à la tête de
ce Livre, qui n'aurait été, par les
raisons que je viens d'en donner,
d'aucune utilité. D'ailleurs,
plusieurs habiles gens à qui je
l'ai fait examiner avant que de
le faire imprimer, m'ont assuré
qu'il était trop savant & trop
curieux pour ne pas engager le
@

xvj A V I S.
Lecteur à le lire de suite, sans
aller chercher dans une Table
des Chapitres qui pourraient
plaire plus que d'autres, puisqu'ils
sont tous, selon leur sentiment,
d'une égale force; &
qu'il est si intéressant, qu'on ne
pourra commencer de le lire, sans
être puissamment excité d'en
voir la fin, n'étant point de la
nature de ceux qu'on ne fait que
parcourir & qu'on ne lit que
par pièces.
pict
LES

@

pict

L E S S E C R E T S
LES PLUS CACHES

D E

LA PHILOSOPHIE
D E S A N C I E N S ,
DECOUVERTS ET EXPLIQUES,

A la suite d'une HISTOIRE des plus
curieuses.

pict UAND j'ai écrit les
Traités que l'on verra
dans la suite de ce Livre,
je n'avais nulle intention
de les mettre au jour,
n'y ayant travaillé que pour ma
propre satisfaction; étant d'ailleurs
d'un génie à ne pouvoir
A
@

2 Secrets de la Philos. des Anciens,
demeurer oisif. Mais l'Histoire
par où je le commence, & que
j'ai crû ne devoir pas refuser aux
Curieux, m'a insensiblement engagé
à changer de sentiment;
de sorte qu'ayant évité avec soin
de publier aucun Ouvrage, encore
moins de Chimie que autre,
pour ne point passer pour souffleur
& chercheur de Pierre Philosophale,
qui sont les termes
dont se sert ordinairement le
vulgaire, par une bizarrerie que
je ne comprends pas moi-même;
je les mets à la suite d'une Histoire,
qui sans doute fera croire
à la plupart de ceux qui la liront,
& même aux amateurs de l'Art
chimique, que je suis privé du
bon sens: en effet les opérations
que je rapporte sont si extraordinaires,
que j'avoue de bonne
foi que si j'avais trouvé parmi le
nombre presqu'infini de Livres
que j'ai lus sur cette Science
@

découverts. 3

quelque chose de semblable, j'aurais
cru que l'Auteur aurait
voulu m'en imposer, & qu'il
n'aurait eu en écrivant que la
seule vanité d'écrire, comme
plusieurs ont. Mais enfin je ne
puis douter, puisque j ai vu de
mes propres yeux la plupart de
ces choses: elles paraîtront de
pures imaginations & des contes
faits à plaisir, on en croira ce
que l'on voudra, on en rira si l'on
veut; les choses n'en seront ni
moins effectives, ni moins véritables.
On pourra assez connaître
par mes écrits que je me suis
beaucoup attaché à cette partie
de Philosophie que l'on appelle
Physique; mais j'ai toujours eu
préférablement une forte inclination,
pour la Chimie, persuadé
que j'étais que la pratique de
cet Art est seule propre à découvrir
les plus beaux Secrets de la
A ij
@

4 Secrets de la Philos. des Anciens,
Nature: & on ne peut disconvenir
qu'un Physicien qui l'ignore,
ne soit fort inférieur à un Philosophe
Chimiste. Je dis Chimiste,
pour le distinguer de ces souffleurs
ignorants, qui n'ont d'autre
science que celle de mentir
& de tromper ceux qui ont la facilité
de les écouter: c'est ce qui
a si fort décrié cet Art.
Etant un jour chez un de mes
amis, j'y trouvai par hasard un
Etranger qu'on disait fort savant
dans la Chimie, & qui
étant soupçonné de posséder la
Pierre, avait déjà souffert diverses
persécutions, & était obligé
de prendre beaucoup de précaution
pour éviter les pièges
que plusieurs Particuliers avec
lesquels il avait été en relation,
lui tendaient: mais comme je
savais qu'il y avait tant de ces
trompeurs, malgré l'exacte recherche
qu'en avait fait faire le
@

découverts. 5

sage Magistrat qui exerçait pour
lors, par le choix qu'en avait
fait le plus grand Roi du monde,
& l'estime de tous les honnêtes
gens, la Charge de Lieutenant
Général de Police, qu'on ne lui
a fait quitter depuis pour d'autant
mieux distinguer son rare
mérite, que pour le mettre à la
tête des Conseils de la Régence,
& le faire Garde des Sceaux de
France; comme je savais, dis-je,
qu'il y avait tant de ces trompeurs
qui se disent savants, &
qui affectent, comme faisait cet
Etranger, de certaines circonspections
pour mieux couvrir leur
ignorance, je voulus m'instruire
de plusieurs faits qu'on avançait
sur son sujet: les ayant trouvés
conformes à ce qu'on m'en
avait dit, je cherchai l'occasion
de faire connaissance avec lui;
cela ne me fut pas fort difficile,
puisque je le rencontrais souvent
A iij
@

6 Secrets de la Philos. des Anciens,
chez mon ami. Ce fut donc par
le moyen de cet ami que nous eûmes
quelques conversations ensemble.
Il trouva que je raisonnais
assez juste sur les principes
de cette Science; de sorte que
quelque temps après, lui ayant
donné à lire un cahier des Traités
qui sont à la suite de cette
Histoire, il me dit qu'apparemment
j'avais fait la bénite Pierre;
comme j'avais intention de
le faire parler, je lui répondis
que j'y avais travaillé plusieurs
fois, mais que le chagrin de n'y
avoir pas réussi, la dureté du
temps, & quelques affaires que
j'avais eues successivement, lesquelles
m'avaient entièrement
occupé, m'avaient dégoûté de la
poursuite d'une recherche qui,
à en juger par ce qui m'était déjà
arrivé, était au-dessus de ma
capacité, & qui peut être n'était
qu'une chimère qui avait passé
@

découverts. 7

dans l'esprit de quelques visionnaires,
qui ayant écrit sur de
simples conjectures appuyées de
raisons apparentes, avaient donné
occasion par leurs écrits de
faire perdre beaucoup de temps &
dépenser de gros biens à ceux qui
courent après ce fantôme, qui
promet tant de richesses & nous
flatte d'une si longue vie. Il me
semble (dit- il) par ce discours,
que loin de l'avoir faite, vous
doutez encore de la réalité de ce
divin Art. J'aurais assez de quoi
m'en convaincre, lui dis-je, suivant
les raisons qu'en apportent
tous les Philosophes; mais combien
de raisonnements paraissent
très-justes, & dont les conséquences
semblent ne pas permettre de
douter de la vérité, qui quand on
en vient à l'expérience, se trouvent
faux? Toutes les Sectes de
diverses Ecoles de Philosophie
ne sont elles pas fondées sur de
A iiij
@

8 Secrets de la Philos. des Anciens,
belles raisons spéculatives?
Néanmoins on n'est jamais assuré
de la vérité; on dispute tous
les jours pour la trouver, & chacun
fait ses efforts pour persuader
qu'elle est de son côté. Il y a
bien de la différence entre parler
& démontrer: Il faut donc,
répliqua cet Etranger, vous démontrer?
C'est pourquoi faites
en sorte d'avoir un creuset, du
vif-argent, & un peu de charbon
dans un fourneau ou dans
un bon réchaud. Le trouvant
dans une disposition telle que je
le souhaitais, je le conduisis dans
ma chambre, où il y avait encore
des restes de quelques opérations
qui y avaient été faites:
après lui avoir fait trouver tout
ce qu'il m'avait demandé, il me
fit peser une once de mercure;
mais s'en étant coulé dans la balance,
une demi once de plus, je
voulus la retirer: il me dit que
@

découverts. 9

puisque cela était ainsi, je n'avais
qu'à verser jusqu'à deux onces;
mais malgré toute ma précaution,
il s'en trouva cinq
dragmes de plus que les deux
onces, & comme il vit que je
travaillais à les ôter, & que cela
employait du temps, il me dit de
laisser dans la balance ce qui y
était, parce que cela ne finirait
pas. Je mis donc, suivant son ordre,
le creuset avec cette quantité
de mercure, dans un vieux
fourneau qui s'était trouvé dans
cette chambre: ensuite il me
donna le poids d'un peu plus
que demi-grain de poudre rouge,
telle que les Philosophes
la décrivent, qu'il me fit envelopper
dans un morceau de
cire proportionné à la quantité
de poudre. Quand il jugea que
le mercure était chaud, il me fit
jeter cette petite boule dedans.
Enfin, après deux heures de bon
@

10 Secrets de la Philos. des Anciens,
feu, je retirai le creuset, dans lequel,
au lieu de vif-argent, il se
trouva la même quantité d'or,
ou à peu près, lequel soutenait
toutes les épreuves que l'on fait
à l'or le plus pur; & en calculant
le poids de la poudre & celui
du mercure, je jugeai qu'un
grain pesant de cette poudre
en devait transmuer environ
quatre mille en or. Je remarquai
aussi que dans cette fixation de
vif-argent, & dans toutes les
autres que nous avons faites depuis,
le mercure n'a jamais fait
ce bruit ou détonement que le
Gentilhomme Guyennois, je
veux dire Zachaire & quelques-
autres Philosophes ont dit qu'il
faisait en se fixant; mais qu'aussitôt
que la poudre s'est mêlée
avec lui, il demeure très paisiblement
dans le feu, & comme
dans son élément. Il faut observer
que la fixation qu'il a plusieurs
@

découverts. 11

fois faite en ma présence,
du mercure en argent, se faisait
en un quart-d'heure, & que la
poudre dont il se servait pour
cette fixation était blanche; mais
que pour celle de l'or, il fallait
au moins deux heures, & que le
feu fût très-fort ce qui n'était
pas nécessaire pour l'argent.
Je lui demandai la raison de
cette différence: Vous devez
comprendre, me dit il, que pour
forcer le mercure à mettre au-
dehors toute sa teinture, & pour
lui faire acquérir la fixité de l'or,
il faut nécessairement un feu &
plus grand & plus long; & au
contraire pour le fixer en argent,
il ne faut simplement que
l'épaissir: il n'est donc pas nécessaire
de lui donner un feu ni si
grand ni si violent; il faut seulement
l'échauffer un peu fort. En
effet, les fixations de mercure en
argent, comme je l'ai vu plusieurs
@

12 Secrets de la Philos. des Anciens,
fois, se faisaient avec plus
de facilité & plus promptement
que la présure ne fait épaissir le
lait en un temps très-chaud. Je remarquai
enfin que l'argent qui
provenait de la fixation du mercure,
était plus pondéreux que
l'argent ordinaire, & que l'eau-
forte n'y faisait aucune impression,
ou du-moins fort peu; mais
elle n'y faisait rien du tout,
quand il y avait un peu plus de
poudre qu'il n'en était besoin.
C'était donc une vraie lune fixe,
& telle que je ne crois pas qu'on
en puisse faire autrement. Je
veux bien dire ceci, pour détromper
ceux qui se laissent aller
aux fausses recettes que ces misérables
souffleurs leur apportent
tous les jours pour les engager
dans de grosses dépenses, n'ayant
pour vue que de tirer, ou là
nourriture pendant les opérations
qu'ils font durer le plus
@

découverts. 13

long temps qu'ils peuvent, auxquelles
ils font arriver quelque
accident sans qu'on s'en aperçoive,
afin de recommencer,
assurant que sans cet accident,
ils étaient sûrs de la réussite; &
pour y exciter d'avantage, ils jurent
& font des serments que
ceux desquels ils ont eu cette recette,
l'ont fait vingt fois devant
eux, qu'ils n'avaient autre bien
pour vivre, & toutes leurs familles.
Ils font un nombre infini
d'histoires sur leurs dépenses,
toutes aussi fausses les unes que
les autres & enfin tâchent de
persuader qu'ils l'ont fait aussi
eux mêmes plusieurs fois. Et
comme ils savent bien que l'on
connaît leur mauvais état, tant
par le grenier sans meubles où ils
sont logés, que par les guenilles
dont ils sont couverts, n'ayant
pas même la plupart de chemises;
ce que j'ai vu dans plusieurs
@

14 Secrets de la Philos. des Anciens,
d'eux; car j'ai été attrapé comme
les autres: quoique cela ne
me sois pas arrivé tant de fois
qu'à de certaines personnes que
je connais, je n'ai pas laissé que
de l'être. Ils disent qu'ils ont été
volés: s'ils sortent de l'Hôpital,
comme j'en ai connu quantité
qui y avaient été enfermés quelques
années, ils disent qu'ils
viennent de la Bastille, qu'on
leur a ôté le peu de poudre qui
leur restait, ou qu'ils l'ont jetée
adroitement dans le temps qu'on
les a pris, qu'ils n'en sont sortis
que par les sollicitations d'un
gros Seigneur, qui leur a fait
promettre de lui donner leur secret,
ce qui les chagrine fort,
souhaitant qu'il n'y ait que vous
qui l'ayez & mille autres contes
aussi faux qu'ils font, si on est
assez simple pour leur prêter son
attention. Et outre la nourriture
que l'on ne peut éviter de leur
@

découverts. 15

donner, puisqu'ils font entendre
qu'on ne doit que très-peu quitter
l'opération, à cause du feu
qui doit être gradué; ils augmentent
le prix des drogues qu'ils
vont acheter & quand ils s'aperçoivent
que l'on est un peu instruit
des prix, comme en ayant
déjà acheté, ils disent que celles
qu'ils ont achetées sont bien différentes
de celles dont vous vous
serviez, & qu'ils ne sont pas étonnés
si l'on manque souvent dans
de certaines opérations; que cela
ne provient que du ménage
que l'on fait sur l'achat de ces
drogues. Je me suis beaucoup
étendu sur ce sujet, y étant excité
par l'exemple d'un très grand
nombre de personnes que j'ai vu
réduites dans une extrême misère,
ayant été auparavant dans
l'opulence; & cela, pour s'être
laissé obséder par ces malheureux.
Revenons à notre Philosophe.
@

16 Secrets de la Philos. des Anciens,
On peut juger qu'après
cette première confidence, il me
fit espérer de plus belles choses,
& que je lui marquai toute l'estime
que je faisais de son rare savoir,
& combien son amitié me
serait précieuse. Il avait aussi de
son côté des raisons assez fortes
pour souhaiter la mienne: car
dans les divers accidents qui lui
étaient arrivés, il avait quasi
tout perdu; de sorte qu'il avait
besoin d'un ami fidèle, & d'un lieu
secret & sûr pour pouvoir faire
de nouvelle poudre, de laquelle
il n'avait sauvé qu'une très-petite
quantité, il lui était donc
nécessaire de rencontrer dans cet
ami une personne qui chérissant
cet Art, sût estimer ce qu'il savait
faire. Comme il crut avoir
trouvé en ma personne tout ce
qu'il cherchait, il se détermina
à faire une étroite liaison avec
moi; & pour me donner des marques
ques
@

découverts. 17

de sa confiance, il s'ouvrit
encore davantage, & prit plaisir
à me faire voir les prodiges de
son art, & à me faire connaître
qu'il possédait non seulement la
science de tous les Philosophes
qui en ont écrit, mais qu'il en
savait encore beaucoup plus
qu'eux: car dans le grand nombre
de Livres tant imprimés que
manuscrits que j'ai lus, je n'ai
rien trouvé de semblable, ni même
qui en approchât; de sorte
que l'on peut dire que c'est un
homme merveilleux & un phénix
dans le monde. J'oserais même
dire que c'est l'Elie Artiste
que Paracelse dit devoir venir
révéler les plus grands secrets de
cette Science occulte, si je ne
l'avais toujours trouvé trop réservé
à mon égard, n'ayant jamais
pu obtenir qu'il m'enseignât
à opérer quelqu'une des
merveilles dont il m'a fait seulement
B
@

18 Secrets de la Philos. des Anciens,
voir les effets. Je me flattais
qu'à force de le voir travailler,
j'en pourrais tirer quelque lumière;
les curieux , comme j'ai
toujours été, souhaitant ardemment
d'apprendre de nouvelles
choses, & encore des choses aussi
prodigieuses que celles que cet
habile homme faisait: mais dans
le temps qu'il paraissait un peu
disposé à satisfaire à mes désirs,
il m'arriva un accident des plus
terribles, qui me mit à l'extrémité,
& me retint environ six
mois au lit; & comme un malheur
ne va pas ordinairement
seul, celui ci fut suivi de plusieurs
autres des plus sensibles;
ce qui rompit tous nos projets,
& m'ôta l'espérance de voir des
choses encore beaucoup au dessus
de celles qu'il m'avait déjà
montrées, comme il me l'avait
promis , & telles que je les
ai toujours regardées comme
@

découverts. 19

surnaturelles. Vous jugerez aisément
de l'excès du chagrin
que cela me donna, qui joint
aux autres qui m'arrivaient
tous les jours, ne contribua pas
peu au retardement de ma guérison:
je vous avoue que cela
donna lieu a nombre de réflexions
que je fis sur l'incertitude
des choses du monde. Je croyais
déjà posséder toutes les merveilles
non seulement que je lui
avais vu faire, mais encore celles
que je lui entendais dire; me
flattant qu'en le pratiquant aussi
long temps que j'espérais faire, je
m'instruirais peu à peu dans les
diverses fois qu'il opérerait en
ma présence, sans même qu'il
s'en aperçut, de toutes les choses
qu'il faisait, ou du moins d'une
bonne partie; d'autant plus
que nos conversations n'étaient
que sur ses oeuvres. Mais les accidents
dont je viens de parler fi-

B ii @

20 Secrets de la Philos. des Anciens,
rent qu'il prit son parti, & qu'après
avoir demeuré encore quelque
temps à Paris, pendant lequel
il venait me voir assez fréquemment,
il partit sans me dire adieu,
& n'en ai eu depuis aucune nouvelle.
Il ne me reste plus que le plaisir
de repasser souvent dans ma
mémoire les choses extraordinaires
que j'ai la plupart faites
de mes mains, celles qu'il a faites
lui-même, & celles qu'il m'avait
promis de faire, & que je ne rapporterai
que comme il me les a
dites. Je sais bien que si ce Livre
se trouve entre les mains de gens
qui ne sont point initiés dans cet
Art, ils le regarderont comme
un amas de contes ridicules. Je
suis persuadé aussi que ceux qui
ont le plus travaillé sur des matières
métalliques, auront peine
à me croire; puisque, comme je
l'ai déjà dit, la plupart de ces
@

découverts. 21

opérations ne se trouvent dans
aucun Auteur: c'est pourquoi
tous croiront que je les ai inventées,
& que ce ne sont que de petits
jeux d'esprit pour amuser le
Lecteur. J'avoue que j'ai crû
moi-même, lorsque ce Philosophe
me disait qu'on pouvait faire
quelqu'une des choses dont je
vais faire le récit, que c'était des
rêveries: ainsi j'excuse ceux qui
ne le croiront pas, puisque les
ayant faites & vu faire plusieurs
fois, il y a des moment où je croirais
encore m'être trompé moi-
même. Je pourrais nommer
d'autres personnes qui ont vu
une partie de ces choses aussi-
bien que moi, qui en ont été &
sont encore autant étonnés; mais
cela ne servirait à rien. Quoiqu'on
en croie, elles ne sont pas
moins véritables. Je les mettrai
comme je les ai vues, laissant la
liberté à un chacun d'en penser
@

22 Secrets de la Philos. des Anciens,
ce qu'il voudra, & aux plus habiles
d'en profiter, s'ils le peuvent.
Je dirai premièrement, pour
faciliter aux Curieux la conquête
de la Toison d'or à laquelle ils
aspirent, que ce Philosophe me
disait que les seules matières essentielles
à cet Art, sont l'or,
l'argent & le vif-argent, étant
les uniques substances qui entrent
dans la composition de la
Pierre Philosophique, comme on
le verra plus clairement dans la
suite; en quoi il est d'accord avec
tous les vrais Philosophes.
Secondement, que tout ce dont
on peut se servir pour rendre ces
matières propres à ce grand ouvrage,
en doit être séparé avec
soin; à moins que ces matières
ne soient la Pierre même, dont
on peut se servir pour abréger le
temps & la peine.
Troisièmement il convenait
@

découverts. 23

que la Pierre Philosophale n'est
que la quintessence séminale de
l'or & de l'argent qu'on tire de
l'or & de l'argent commun, les
dissolvant & réduisant en leur
première matière d'argent-vif,
par le moyen de l'argent-vif philosophique,
qui est l'argent-vif
commun préparé par un art admirable.
Quatrièmement il me répétait
ce que tous les Philosophes
disent, que c'est une folie de chercher
cette essence séminale hors
du règne métallique, & même
de la chercher en d'autres métaux
que dans l'or & dans l'argent;
car ni le plomb, ni l'étain,
ni le cuivre, ni le fer ne possèdent
pas cette essence pure & fixe
que les Philosophes appellent
leur soufre: c'est pourquoi c'est en
vain qu'on veut trouver une
chose où elle n'est pas.
Cinquièmement, que ceux qui
@

24 Secrets de la Philos. des Anciens,
croient la pouvoir composer par
l'assemblage de certaines matières,
ou l'extraire de l'esprit universel
ou du sel central, ou de
tous les deux, ou de quelqu'autre
matière telle que ce soit, sont
encore plus fous, n'y ayant que
la nature seule qui puisse composer
les semences; & tout ce
que l'homme peut faire, c'est de
les prendre où elles sont.
Et enfin il ajoutait comme
une remarque très-importante,
que celui qui veut tirer la semence
de l'or ou de l'argent; ou
d'autre métal tel que ce puisse
être, doit se proposer de la tirer
toute entière, & non pas une partie,
sans quoi il ne réussira pas
à la rendre végétable & multiplicative;
c'est-à-dire que ceux
qui prétendront tirer par quelque
menstrue ou par quelque liqueur
subtile, les teintures de
l'or & de l'argent pour en teindre
dre
@

découverts. 25

les autres métaux avec profit,
ou se trompent, ou veulent
tromper les autres; car les teintures
ne sont pas la véritable semence
de l'or, mais seulement
une partie de tout le corps extrêmement
subtilisé, & non pas
la véritable essence séminale, laquelle
ne se peut absolument extraire
que par la résolution totale
de tout le corps en sa première
matière d'argent vif. Et
c'est pour lors que par une longue
digestion & circulation, la
nature sépare l'essence subtile du
corps grossier, qui est la véritable
semence végétable, multiplicative,
teingente, de teinture
fixe, aurifique ou argentifique,
que les Philosophes Chimistes
appellent leur soufre ou leur arsenic.

Mais pour satisfaire à la promesse
que j'ai faite de rapporter
ce que j'ai vu faire à ce Philoso-

C @

26 Secrets de la Philos. des Anciens,
phe, qui instruira peut-être le
Lecteur plus que tous ces raisonnements;
je dirai qu'ayant résolu
de travailler dans cette chambre,
où j'ai dit qu'il avait fait
cette fixation de mercure, il
commença par apporter chez
moi un matin quatre livres de
mercure commun pour en faire
un mercure Philosophique. Il ne
me le dit pas, car il avait pour
maxime de ne jamais dire ce
qu'il voulait faire; mais l'effet
m'instruisit bien-tôt de son intention.
Il mit donc ces quatre
livres de mercure dans un creuset
tout neuf, & il y glissa un peu
de certain sel blanc & transparent;
& après l'avoir laissé environ
un quart d'heure sur un feu
plutôt faible que médiocre, il
retira le creuset, & versa doucement
les quatre livres de mercure
dans le même creuset où peu
de jours auparavant j'avais fait
@

découverts. 27

la projection avec lui, lequel,
disait-il en plaisantant, avait de
grandes vertus. Le mercure n'étant
plus dans le creuset où il
avait été sur le feu, il me le donna
à considérer pour voir ce que
je dirais. Je remarquai dans son
fond une assez grande quantité
de matière noire & fort ressemblante
à la suie de cheminée, laquelle
était entremêlée de particules
métalliques semblables au
plomb, à l'étain & au fer. Après
quelques moments de réflexion,
je lui dis que je croyais que c'était
une purification philosophique
de mercure: car je voyais
bien que ces saletés étaient sorties
de la substance interne du
vif-argent, & que si cela était
comme je le pensais, rien n'était
plus merveilleux. Il me dit que
j'avais accusé juste; & que bien
des gens, & particulièrement
certaines personnes qu'il me
C ij
@

28 Secrets de la Philos. des Anciens,
nomma, & qui passent pour de
très-habiles gens, n'en avaient
pas compris le mérite comme
moi; & qu'en effet c'était un
des plus beaux abrégés que les
Modernes eussent inventés pour
purifier le mercure, & de vulgaire
en très-peu de temps le rendre
philosophique, & propre
non seulement à la dissolution de
tous les métaux, mais encore à
beaucoup d'autres curiosités
métalliques. Pendant cette conversation,
les quatre livres de
mercure refroidissaient dans le
creuset, & à mesure je le voyais
épaissir: enfin il se coagula entièrement,
& devint une masse
dure, ou le paraissait être: mais
étant pressé par les doigts, il se
défaisait comme du beurre ou
comme une pâte métallique. Le
mercure en cet état mis sur le
feu, se liquéfiait comme la cire:
il soutenait un petit feu sans fumer
@

découverts. 29

& sans crier; mais si on l'avait
pressé à grand feu, il s'en
serait envolé: hors du feu, il
reprenait sa consistance, & paraissait
quasi aussi blanc que l'argent.
J'admirais avec raison comment
ce Philosophe pouvait en
un quart-d'heure faire ce que
tant de Chimistes anciens &
modernes n'ont pu faire en
nombre d'années par une infinité
de sublimations, ablutions,
dissolutions, distillations, & autres
diverses manières qu'ils ont
inventées pour faire cette purification
philosophique de mercure
tant recherchée par les
Artistes; & je ne pouvais sortir
d'étonnement, de voir comment
le vif-argent rejetait toutes ses
ordures & particules hétérogènes
internes par un peu de poudre,
de la même manière qu'un
homme se purge & évacue tou-

C iij @

30 Secrets de la Philos. des Anciens,
tes ses mauvaises humeurs par
l'émétique ou par quelqu'autre
médecine. Il me disait qu'il y
avait plusieurs autres manières
de faire cette purification de
mercure, les unes meilleures &
moins longues & pénibles que
les autres, y ayant plusieurs
moyens pour parvenir à une même
fin: mais, comme je l'ai déjà
dit, ceci était un abrégé qui se
faisait avec quelque chose qui
approchait de la nature de la véritable
Pierre Philosophique. Il
aimait mieux se servir de ce mercure
ainsi coagulé pour faire ses
projections, parce qu'il était déjà
purifié & à demi congelé, &
qu'il lui épargnait aussi un peu
de sa Pierre, de laquelle, comme
j'ai dit, il n'avait pas beaucoup.
Mais pour faire la résolution
de l'or & de l'argent en mercure,
il ne se servait pas de cet argent-
vif coagulé, mais d'un autre
@

découverts. 31

tout-à-fait coulant & volatil;
car il disait qu'il était trop épais
& à demi fixe au feu, qu'ainsi il
n'était pas propre à la résolution.
Cependant il faisait un
mercure tout aussi coulant que
le mercure commun, lequel étant
mis à la plus grande ardeur du
feu, rougissait comme un métal
fondu: mais quelque feu qu'on
lui donnât, il ne s'en allait point;
au contraire il résistait constamment
aux flammes les plus vives.
La raison pour laquelle il lui
fallait un mercure fluide & volatil
pour résoudre les métaux en
mercure coulant & volatil, est
évidente; & le bon sens fait assez
connaître que cet autre mercure
épaissi & à demi fixe ne pourrait
nullement résoudre en liqueur
coulante & volatile, un
corps qui par sa nature est très-
épais & très fixe.
Voilà ce que j'ai vu de plus
C iij
@

32 Secrets de la Philos. des Anciens,
curieux sur le mercure vulgaire,
& les manières différentes dont
il usait pour le rendre pur &
subtil, & propre à la résolution
des corps.
Il ne mettait pas moins de soin
à préparer l'or & l'argent vulgaires
pour les rendre philosophiques,
c'est-à-dire pour les rendre
propres à être facilement réduits
en mercure coulant; &
voici la manière dont il opérait:
Il faisait fondre l'or ou l'argent,
& étant en bonne fonte, il projetait
sur l'or un peu de poudre
rougeâtre, & sur l'argent une
poudre blanche: les métaux végétaient
au milieu du feu en forme
d'arbrisseaux, particulièrement
lorsqu'étant près de se
coaguler par la diminution du
feu, ils se congelaient peu à peu
ayant ôté le feu entièrement: ce
qu'il y mettait alors me paraissait
une substance mercurielle.
@

découverts. 33

Mais l'argent s'élevait bien plus
haut que l'or, lequel ne produisait
dans sa superficie qu'une manière
de mousse de couleur entre
le vert & le noir. Ces métaux
en cet état étaient cassants, mais
ils conservaient toujours leur
couleur d'or ou d'argent, suivant
ce qu'ils étaient.
Par ce moyen les métaux, de
vulgaires étaient rendus Philosophiques,
& de morts qu'ils
étaient devenaient vifs, puisqu'ils
végétaient; & leurs corps
étant ainsi plus ouverts, donnaient
une entrée plus facile au
mercure Philosophique, pour les
réduire en sa propre nature de
mercure coulant & volatil.
Il appelait cela réincruder les
corps, c'est à-dire les rétrograder
de leur extrême fixité.
Il jetait ces métaux ainsi préparés
& réincrudés en grenaille
grossière, & les mettait ensuite
@

34 Secrets de la Philos. des Anciens,
dans son mercure Philosophique
fluide; & le tout étant mis à digérer
à la chaleur du sable et
trois ou quatre jours, il se réduisait
en argent-vif coulant avec
la même facilité qu'un gros morceau
de glace se dissout dans de
l'eau un peu tiède.
J'oubliais de faire observer
qu'il faisait trois opérations différentes:
car il mettait la grenaille
d'or dissoudre seule, &
celle d'argent de même, & il
mettait encore l'une & l'autre
dissoudre ensemble. Ce qui me
surprenait davantage, c'est que
pour faire dissoudre la grenaille
d'argent, ou bien la grenaille
moitié or moitié argent, il ne
mettait que parties égales de
mercure, c'est-à-dire huit onces
de grenailles avec huit onces de
mercure; mais pour dissoudre
l'or seul, il mettait le double de
mercure.
@

découverts. 35

Les métaux étant dissous, il
prenait ce mercure, & le mettait
dans une cornue pour le faire
distiller, & en une heure ou deux
passait ou distillait une livre ou
deux de ce triple mercure, sans
qu'il restât au fond de la cornue,
qu'une dragme ou deux au plus
de matière, qui était plutôt des
impuretés adhérentes, que quelque
chose de leur véritable substance.
Il a fait plusieurs fois en ma
présence ce mélange de la grenaille
avec le mercure qu'il mettait
ensuite en distillation, laquelle
se faisait plus facilement
que celle du mercure vulgaire.
J'attribuais cela à ce que les
corps du Soleil & de la Lune
étant ouverts, leur chaleur intrinsèque
étant passée de la puissance
à l'acte, elle agissait aussi
sur le mercure commun auquel
elle se communiquait; & d'ailleurs
@

36 Secrets de la Philos. des Anciens,
le mercure que j'appelle
commun, n'était pas le mercure
ordinaire: je l'appelle commun
par rapport aux autres plus préparés;
car il était dépouillé d'une
partie de ses impuretés grossières,
ce qui le rendait beaucoup
plus léger, & par conséquent
plus volatil que le mercure commun
qui se vend chez les Apothicaires.
C'est de ce triple mercure,
c'est-à-dire de ce mercure
composé d'égales parties d'or &
d'argent, auquel il ajoutait le
même poids de mercure Philosophique,
qu'il composait sa
Pierre, de la manière que nous
dirons dans peu.
Mais je ne puis m'empêcher
auparavant de remarquer qu'il
semble que cette manière d'opérer
est toute différente de celle
de la plupart, & pour mieux dire,
de tous les Philosophes, qui ont
écrit qu'il ne faut pas mêler l'or
@

découverts. 37

avec l'argent; mais qu'il faut le
mercure & l'or pour faire la
Pierre au rouge, & le mercure &
l'argent pour faire la Pierre au
blanc. Pour notre Philosophe, il
en usait tout autrement, car après
la réincrudation de ces deux
corps, comme j'ai dit ci-devant,
il les fondait ensemble; & les
ayant jetés en grenaille, il les
mettait en égale quantité de
mercure; & après leur dissolution,
les ayant distillés, il en résultait
son triple mercure dont il
se servait pour faire la Pierre
comme on le va voir.
Il mit ce mercure dans un petit
matras de verre au feu de
lampe: il s'embarrassait peu que
le vaisseau fut trop grand ou
trop petit, & même il voulait
qu'il restât plutôt sept ou huit
parties de vide, que moins. Il
ne bouchait ses vaisseaux qu'avec
un bouchon de liège, sans autre
@

38 Secrets de la Philos. des Anciens,
façon; & dans toutes ses différentes
opérations, il avait une
facilité que je n'avais jamais vue
dans aucun Artiste: car il prenait
un creuset au milieu du feu le plus
ardent, sans précaution & sans
jamais le manquer: il maniait
tous les vaisseaux de quelques
matières qu'ils fussent, avec une
adresse incompréhensible. Enfin
rien ne l'embarrassait, de telle
manière qu'il travaillât. Il ne
s'attachait pas non plus trop
scrupuleusement aux degrés du
feu, pourvu qu'il fût lent & petit.
Ce fut le 25 Avril de l'année
1717, qu'il mit plusieurs vaisseaux
dans le four à lampe. Ces
vaisseaux, comme j'ai fait remarquer,
n'étaient bouchés que
de liège, même assez négligemment:
mais pour le four, il était
bien fermé, hors très peu de
jour pour empêcher que la lampe
@

découverts. 39

ne s'éteignît. La chaleur
était un peu forte au commencement;
& ce qui paraîtra surprenant,
puisque cela est contre
le sentiment de tous les Anciens,
est qu'il la diminua dans la
suite.
Après quinze jours ou trois
semaines de ce premier feu qu'il
appelait digérant, on vit paraître
dans la superficie de ce mercure
quelques gouttes qui ressemblaient
à une huile très jaune,
& brillante comme les étoiles
en une belle nuit d'Eté: ces
gouttes parurent & disparurent
plusieurs fois.
Enfin le 28 Mai suivant, qui
était le commencement de la
cinquième semaine, tout le mercure
se réduisit en forme d'huile
diaphane, jaune & éclatante
comme un soleil: elle devint si
transparente en peu de jours,
qu'on pouvait aisément voir le
@

40 Secrets de la Philos. des Anciens,
fond du vaisseau; & il paraissait,
comme il se voit, quelquefois au
fond de l'eau un autre soleil un
peu plus opaque: on ne peut pas
décrire la beauté & la splendeur
de cette liqueur de mercure solaire
& lunaire, car il en avait
mis, comme j'ai dit, de trois sortes
en digestion, c'est-à-dire,
d'or, d'argent & d'or & d'argent
ensemble. Je dirai seulement que
l'on y voyait l'éclat de ces deux
Luminaires dans toute leur force,
& qu'il faut l'avoir vu pour
le croire. Je ne sortais pas d'admiration,
d'autant plus qu'aucun
Philosophe n'a parlé de pareille
chose. Je n'ai vu que le seul
Philalèthe parmi le nombre de
Philosophes que j'ai lus, qui en
ait dit quelque chose, encore bien
légèrement, dans son Introitus
apertus, chap. 21 de la combustion
des fleurs. Au commencement
du véritable ouvrage Philosophique
losophique
@

découverts. 41

(dit-il) une certaine
rougeur qui paraît au-dedans
du vaisseau, est fort remarquable;
elle montre que le ciel & la
terre se sont parfaitement conjoints,
& qu'ils ont conçu le feu
de nature: c'est pourquoi vous
verrez toute la concavité du
vaisseau teinte de couleur d'or;
mais cette couleur ne durera
pas, & elle produira en peu de
jours la verdeur. En effet, tout
le vaisseau paraissait être un or
liquide diaphane, & luisant de
même que celui au blanc paraissait
en argent. Il est assurément
difficile de comprendre comment
des corps aussi compactes
inaltérables que sont l'or &
l'argent, & le mercure même,
peuvent devenir transparents en
si peu de temps, & encore par la
seule chaleur d'une simple lampe.
Il faut donc convenir que ce
miracle est causé par la vertu du
D
@

42 Secrets de la Philos. des Anciens,
feu interne que contiennent l'or
& l'argent, lequel étant délivré
de ses liens, & mis en liberté par
la dissolution en mercure, ces
trois feux avaient fermenté ensemble;
& se subtilisant & raréfiant
de plus en plus, produisaient
cette liqueur lumineuse & cette
huile incombustible.
Le 15 Juin, qui est environ
trois semaines après, ou un peu
moins, cette huile d'or commença
à s'épaissir un peu, & perdre
quelque chose de la transparence:
elle devint d'un jaune
pâle, & commença à tirer sur la
couleur jaune verdâtre, & peu à
peu acquit la couleur de ce vert
que nous appelons tourville,
c'est-à-dire d'un vert clair: mais
cette verdeur se chargea peu à
peu; de sorte que vers le 30 du
même mois, elle commença à devenir
au milieu d'un vert foncé,
& semblable à la plus belle &
@

découverts. 43

plus éclatante émeraude.
Il est à remarquer que dans cet
espace qui est de deux mois &
plus, le mercure ne fit jamais
aucun mouvement que celui de
changer de couleur, je veux dire
que rien ne sublima ni s'éleva en
haut; & que les vaisseaux étant
parfaitement clairs, on pouvait
voir fort aisément tout ce qui se
passait au-dedans.
Ce fut dans ce temps, ou peu
après, qu'il m'arriva le malheur
dont j'ai parlé, & dans la suite
une aventure à notre Philosophe,
qui l'obligea, comme j'ai
dit, à partir de Paris sans me dire
adieu.
Quand il vit qu'il m'était arrivé
un si fâcheux accident, il
éteignit la lampe & retira les
vaisseaux: il me promit cependant
qu'après ma guérison il
continuerait l'ouvrage; que les
matières ne s'altéreraient en
D ij
@

44 Secrets de la Philos. des Anciens,
nulle manière, qu'elles ne perdraient
rien de leur qualité;
qu'elles avaient déjà acquis en
degré de perfection, & qu'il n'avait
plus besoin que d'un peu de
temps pour les mettre dans le
dernier point d'état parfait. Il
tâcha de me consoler par ces
promesses, & de me tranquilliser
un peu l'esprit; mais si je n'avais
appelé à mon secours toute ma
raison, je n'aurais assurément pas
pu résister à deux si violents assauts.
Comme nous nous voyions
tous les jours régulièrement,
pendant que nos matras étaient
en digestion, il satisfaisait agréablement
ma curiosité par de nouveaux
prodiges, & me disait
qu'avec le temps il m'en ferait encore
voir d'autres qui me surprendraient
toujours de plus en
plus. Il faut avouer que toutes
ces choses me firent sentir sa perte
@

découverts. 45

d'autant plus vivement, que
je m'étais flatté de pouvoir parvenir
à ce haut degré de Science,
où je crois que personne n'est encore
parvenu, que lui, en l'étudiant
de mon mieux, & en tâchant
de gagner entièrement sa
confiance par le long commerce
que je contais avoir avec lui.
Mais ayant fait réflexion qu'il
n'y a rien de certain dans ce
monde, & que tout n'est que fumée;
je pris le parti de me résigner
aux ordres immuables de
celui qui seul peut tout, & qui
détruit en un moment les projets
que les hommes ont été des temps
très-longs à former. Voilà comme
notre oeuvre fut interrompu;
& je n'espère pas qu'il se finisse
jamais, n'ayant pu entendre
parler de lui depuis qu'il est
sorti de Paris. Je vais continuer
à informer le Lecteur des autres
merveilles que j'ai vu faire à ce
@

46 Secrets de la Philos. des Anciens,
Philosophe, & de celles qu'il me
promettait faire voir, mais que
je déclare de bonne foi n'avoir
pas vues, & que je ne rapporte
que sur ce qu'il m'en a dit.
Je sais que plusieurs personnes
qui ont eu sa connaissance aussi-
bien que moi, ont fait tout ce
qui leur était possible pour tirer
quelques lumières, ou plutôt
pour l'engager à faire des opérations
en leur présence, afin de
découvrir quelques uns de ses
Secrets: mais n'y ayant pu parvenir,
tel moyen qu'elles aient
employé à cet effet, étant homme
fort réservé & toujours en
garde contre tout le monde;
ils ont fait de puissants efforts
pour le décrier: & quelques-uns
que je veux bien épargner en ne
les nommant pas, n'ayant pu ou
n'ayant osé entreprendre de s'en
venger par eux-mêmes, occasionnèrent
le chagrin qui lui fut
@

découverts. 47

fait, & dont il s'est tiré par le
moyen d'une autre personne qui
avait plus de crédit qu'eux.
Si les mauvais discours faits
par ceux dont je viens de parler,
allaient aux oreilles de quelques-
uns de ceux qui liront ce Livre,
si ce sont gens de bon sens & qui
aient pratiqué le monde, ils ne
leur feront nulles impressions;
persuadés que les gens de cette
sorte doivent être plus circonspects
que d'autres: que comme
l'homme est rempli d'amour propre,
& que c'est le seul intérêt
qui le guide, il élève ceux dont il
espère ou dont il reçoit actuellement
quelque bien; & décrie
ceux de qui il n'en a pu obtenir,
quoique souvent ces derniers
méritassent plutôt des louanges
que les autres. Je ne prétends
pas le dire sans défauts, n'y
ayant nul homme, suivant le
Psalmiste, qui n'en ait: il n'y a
@

48 Secrets de la Philos. des Anciens,
que le plus ou le moins. Bien loin
de cela, je veux bien convenir
avec ceux qui l'ont connu, qu'il
n'avait point du tout les manières
d'un homme de naissance,
quoiqu'il portât le nom d'une illustre
famille d'un des Cantons,
que je crois qu'il avait emprunté
pour se mieux déguiser; imitant
en cela les anciens Philosophes,
qui en usaient ainsi pour
éviter d'être connus. Il est encore
vrai qu'il préférait les gens
du plus bas état à beaucoup de
personnes distinguées, qui auraient
été ravies de posséder un
si savant homme; il fallait bien
qu'il eût des raisons pour cela:
peut être craignait-il que ces
personnes de plus haut état ne le
gênassent; & comme il n'était
pas d'humeur à déclarer ses Secrets,
& qu'il savait fort bien
que l'intérêt plutôt que l'amitié
le faisait rechercher par ceux-ci,
il
@

découverts. 49

il pouvait craindre d'être violenté,
comme il m'a dit qu'il lui
était arrivé nombre de fois; ou
qu'on ne lui jouât quelques mauvais
tours, comme nous voyons
dans plusieurs histoires être arrivés
à quelques-uns des Anciens.
Il n'avait point d'ailleurs
oublié le mauvais parti qu'on
lui avait fait à Mantoue, lorsqu'il
en voulut sortir pour venir
à Paris: ce qui lui était arrivé
quelques années après qu'il s'y
fut établi, était profondément
gravé dans son coeur. En fallait-
il davantage pour l'obliger d'en
user de la sorte? On l'accusait
encore d'un ménage sordide; &
on disait que s'il avait possédé
ce divin oeuvre, il n'aurait pas
eu ce défaut. A mon égard, je
n'ai eu nulle occasion de l'en accuser;
& puis la vérité est que je
ne m'attachais qu'à ce qui regardait
sa science, toutes ses autres
E
@

50 Secrets de la Philos. des Anciens,
qualités bonnes ou mauvaises
m'étant indifférentes. Le plus
grand mal qu'il a fait, & la seule
chose, selon moi, qui a pu donner
lieu aux plaintes que l'on a
faites contre lui; c'est que comme
ceux qui le cherchaient avec
empressement, ne lui donnaient
point de repos pour qu'il leur
donnât quelqu'un de ses Secrets,
ne pouvant s'en défaire autrement,
il leur promettait de leur
en donner dans de certains temps
qui n'arrivaient jamais. Quelques-uns
même, selon ce que
l'on m'a dit, lui faisaient des présents
à cette intention: il les recevait,
& il leur faisait les mêmes
promesses; mais il les a tous
traités de la même manière, ne
leur ayant rien enseigné ni aux
uns ni aux autres. C'est donc
seulement l'envie & le désespoir
de n'avoir pu rien obtenir de lui,
qui fait parler ces sortes de gens
@

découverts. 51

qui le déchirent cruellement.
Comme mon dessein, en écrivant
cette histoire, n'a été que
de faire part aux Curieux des effets
surprenants de sa science; je
n'entreprends point de le défendre
contre ses envieux, ni de le
faire passer pour un homme parfait
quant aux moeurs: étant
très-persuadé que le plus parfait
de tous les hommes ne laisse pas
que d'avoir beaucoup de défauts.
Si les Philosophes ont regardé
comme les uniques biens de la
vie les richesses & la santé, dont
l'un s'obtient par la composition
de la médecine universelle, &
l'autre par la transmutation des
bas métaux en or ou en argent;
j'oserais les accuser d'avoir eu
trop d'amour propre, ou d'avoir
été trop bornés: car il y en a,
selon moi, un autre qui n'est pas
moins grand, qui est celui de
pouvoir communiquer & faire
E ij
@

52 Secrets de la Philos. des Anciens,
part de ses biens à ses amis, &
soulager les pauvres dans leurs
besoins & maladies; ce qui ne
doit pas être une petite satisfaction
pour les personnes bien
nées. Pour ce qui est de la tranquillité
de l'esprit que la possession
de ces grands biens semble
devoir donner; je la regarde
comme une chose assez équivoque,
suivant ce que j'en ai lu
dans la vie de plusieurs Philosophes:
car toute leur vie n'était
qu'une étude continuelle à se
conduire de manière qu'on ne les
soupçonnât pas de posséder cette
science. Nous remarquons
même qu'ils n'habitaient, pour
ainsi dire, aucun lieu, n'osant
demeurer trop long-temps dans
un même endroit, de crainte
d'être découverts.
Pour notre Philosophe, il pensait
tout autrement: car quoiqu'il
semble qu'ayant obtenu les
@

découverts. 53

deux grands points dont je viens
de parler, qui font les richesses
& la santé, on doit s'arrêter &
ne pas chercher davantage, il
paraissait cependant que c'était
ce dont il faisait le moins de cas:
car il disait qu'un Philosophe
qui ne savait faire que la Pierre,
n'était qu'un ignorant. Il
estimait donc plus, pour ainsi
dire, de certaines choses que je
crois devoir appeler des gentillesses
de l'Art. Il en faisait de diverses
sortes, & même en quelque
manière de nature différente,
les unes plus considérables
que les autres, la plupart utiles,
mais toutes très curieuses.
En voici une de celles qu'il appelait
simples curiosités, qui n'ont
aucune utilités, & qu'il faisait
dans la projection; laquelle paraîtra
surprenante.
Il mettait dans un creuset une
bonne quantité de mercure
E iij
@

54 Secrets de la Philos. des Anciens,
commun, comme une demie-livre:
quand le mercure était
chaud; il mettait une portion
convenable de ses deux poudres
transmutatives blanche & rouge,
c'est-à-dire qu'il mettait ces
deux différentes poudres en même
temps; & augmentant le feu
de plus en plus, autant de temps
qu'il le jugeait à propos, il retirait
le creuset du feu, & le
laissait refroidir, après quoi il en
tirait une manière d'oeuf dur, où
se trouvait une boulle d'or qui
semblait être un jaune au milieu
de l'argent qui formait le blanc,
& ce qui causait encore une autre
surprise, c'est qu'en donnant
un coup de marteau sur cet oeuf,
le jaune se détachait du blanc,
de manière que l'on avait l'or
pur d'une part, & l'argent pur
de l'autre, sans aucun mélange
de l'un avec l'autre.
Je croyais, avant que d'avoir
@

découverts. 55

vu cette opération, qu'il n'était
pas possible de la faire à moins
d'avoir fixé auparavant le mercure
en or; & qu'après l'avoir
laissé coaguler en diminuant le
feu, on mettait ensuite d'autre
mercure pour le fixer au blanc.
Mais non: tout se faisait dans le
même temps. Quoiqu'il prît beaucoup
de précaution, pour se cacher
quand il faisait cette opération,
qu'il a plusieurs fois faite
en ma présence, & qu'il fit son
possible pour que je ne visse pas
ce qu'il faisait, afin apparemment
de me rendre la chose plus
surprenante; je n'ai pas laissé
que de remarquer quasi toutes
les fois qu'il l'a faite, qu'il y
ajoutait une troisième poudre;
qui servait sans doute à faire cette
séparation, & à empêcher les
deux différentes matières de se
joindre. Ce qui me confirmait
encore cela, c'est qu'en faisant
E iiij
@

56 Secrets de la Philos. des Anciens,
fondre la terre d'une minière où
il y avait diverses métaux, &
même tous les métaux ensemble,
il y jetait une poudre qui me
paraissait la même qu'il mettait
quand il faisait son oeuf d'or &
d'argent, dont je viens de parler;
& on trouvait, après qu'on avait
retiré du feu le creuset, & laissé
refroidir; on trouvait, dis-je,
tous ces métaux séparés par couche,
l'or au fond comme le plus
pesant, l'argent au dessus, le cuivre
ensuite, après le plomb, l'étain
sur le plomb, & enfin, le fer, qui
se détachaient facilement les
uns des autres, & étaient tous
très épurés. Il n'y a point d'Orfèvre
ni d'Affineur qui ne voulût
posséder un tel secret.
Passons à quelque chose de
plus curieux & de plus essentiel,
qui en faisant plaisir à la vue,
peut encore prouver que les métaux
ont en eux une véritable semence
@

découverts. 57

& un vrai esprit végétable,
aussi-bien que les plantes;
lequel agit de la même manière
quand il est mis en liberté, & qui
étant dégagé des liens de la corporéité
trop épaisse & trop dure,
peut agir & faire paraître sa
vertu. Le nom de minière que notre
Philosophe donnait à cette
chose, le fait assez connaître.
Il prenait une bouteille ronde
de cristal le plus blanc que faire
se pouvait, de la hauteur d'un
pied ou environ, & large à proportion,
portant à peu près quatre
pouces de diamètre, & très-
forte. Comme il n'en trouvait
pas aisément chez les Faïenciers,
il prenait la peine d'aller
à la Manufacture de Chaillot
commander ces sortes de bouteilles,
qu'il nommait assez ordinairement
flacons, & plusieurs
autres vaisseaux de diverses manières,
dont il avait besoin.
@

58 Secrets de la Philos. des Anciens,
Dans le fond de cette bouteille
ou flacon, il mettait une manière
de terre minérale qui approchait
beaucoup du lapis lazuli,
du soufre commun préparé,
& d'autre soufre mêlé de
mercure: il versait par-dessus
deux sortes de mercure, d'or &
d'argent, qui était le même triple
mercure dont il se servait
pour faire la Pierre, & un autre
mercure philosophique préparé
à cet effet. Quelque chose que
j'ai faite pour savoir si ce mercure
philosophique était le même
que celui dont il se servait
pour dissoudre les métaux, il ne
m'a pas été possible d'y réussir;
& quoique je lui aie demandé
plusieurs fois & de différentes
manières, il me répondait toujours
que non, & que celui qu'il
mettait dans ce flacon était animé,
de manière qu'il était spécifique
pour la végétation. Il jetait
@

découverts. 59

dessus du triple mercure environ
une once & demie ou deux
onces, car il ne pesait presque
jamais rien; & autant de son
mercure philosophique dont je
viens de parler. Il faisait fondre
au feu le soufre qu'il avait premièrement
mis dans la bouteille,
qui se mêlant avec les mercures,
composait une pâte noire: il
ajoutait peu à peu & de temps à
autre une petite portion de mercure
végétable, qui en tombant
sur cette pâte noire, paraissait
fermenter, s'enfler, & se durcir
comme fait la pâte ordinaire
chez les Boulangers, quand on y
a mis le levain; de manière que
insensiblement cela formait une
éminence qui ressemblait assez
à une colline, & il appelait ceci
le ferment végétatif: sur ce ferment
il versait dix ou douze livres
ou plus, suivant que le flacon
était plus ou moins grand,
@

60 Secrets de la Philos. des Anciens,
de mercure commun animé et un
peu de son mercure végétable
qu'il y mêlait. Il versait, comme
j'ai dit, ce mercure peu à peu
en divers jours; & ce qu'il faut
remarquer, est que le mercure
en tombant & coulant tant-soit-
peu de côté & d'autre; faisait le
même effet que l'eau qui en coulant
d'une gouttière dans les
grands froids, se glace en long
goulis*. Quand-il voyait sa bouteille
presque pleine de cette
pâte, il remplissait le vide d'un
certain menstrue fort clair qu'il
avait préparé auparavant, &
qu'il mêlait pour lors avec de
l'eau de-vie: il mettait ensuite
tout ce composé sur un fourneau
au feu de lampe, & au bout de
huit ou dix jours, tout ce mercure
qui avait jusque-là conservé,
ou pour mieux dire, repris sa
blancheur, prenait une couleur
d'or qui augmentait tous les
@

découverts. 61

jours de plus en plus en éclat, &
en huit ou dix mois de temps le
tout devenait or parfait. Lorsqu'il
était parfaitement mûr, les
parties les plus fixes se détachaient
du premier ferment: car
il faut remarquer que ce n'était
que le mercure commun qui se
changeait en or; & à mesure que
ces parties se détachaient, il retirait
adroitement cet or par le
goulot du flacon, avec des pincettes
faites exprès, afin de ne
point gâter le ferment. Quand il
avait retiré tout ce qui s'était
détaché, & qu'il ne se détachait
plus rien, il reversait sur le ferment
de nouveau mercure vulgaire
comme auparavant; & en
faisant les mêmes opérations
que ci-dessus, y ayant mis cette
fois autant de mercure que la
première fois, il retirait aussi la
même quantité d'or. Je lui en ai
vu composer plusieurs de cette
@

62 Secrets de la Philos. des Anciens,
sorte, de différentes grandeurs:
il en a même donné quelques-
unes à des Curieux de sa connaissance
qui les ont encore. Il m'a
assuré en avoir fait une en Suède
pour une grande Princesse qui
vit encore, qu'il a composée de
manière qu'elle en retire tous les
trois mois dix livres d'or; il n'y a
pas de revenu plus net que celui
là. Certainement il n'y a rien de
si beau ni de si brillant que cette
tige d'or, avec ses diverses figures
& feuillages éclatants; car il semblait
que la nature, pour relever
l'Art, se fût fait un plaisir de
former tant de différents accidents.
Il y avait à de certains endroits
de cette masse qui dans sa
maturité paraissait une montagne;
on y voyait, dis-je, des
espèces de bois où il semblait
qu'il y eut des sentiers: il y avait
quelquefois sur les bords de ces
bois des cavités entrecoupées
@

découverts. 63

comme par des racines d'arbres,
semblables à celles que l'on voit
autour de certaines montagnes,
lesquelles ont été faites par des
ravines. On y voyait un nombre
presque infini de différentes tiges,
sur quelques-unes desquelles il y
avait des manières de fleurs & de
fruits, & d'autres des branches
seulement, & enfin d'autres rampaient.
Mais quoique celle de laquelle
je viens de parler, fût très-
curieuse, il en fit une quelques
jours après beaucoup plus belle,
mais à la vérité moins utile. Elle
était d'une figure approchante
de l'autre, & composée des
mêmes matières. La différence
consistait seulement en ce que les
branches de celle-ci étaient partie
d'or, partie d'argent; de manière
que d'une tige d'or sortait
une branche d'argent très-pur
& très-blanc, & de cette branche
@

64 Secrets de la Philos. des Anciens,
même sortait une autre
branche d'or très-pur & très-
luisant; & de même, d'un tronc
d'argent sortait une branche
d'or, & de cette branche d'or
sortait une autre branche d'argent;
& d'autres troncs d'or sortaient
seulement des branches
d'argent, comme d'autres troncs
d'argent sortaient seulement des
branches d'or. Il n'y avait rien
de si beau à voir que ce mélange
éclatant de blanc & de jaune; &
au bout de la plupart de ces
branches, on voyait comme de
grosses perles d'or ou d'argent
qui semblaient être les fruits de
ces arbres. Il faisait cela à l'imitation
des Jardiniers curieux,
qui sur un même tronc entent diverses
sortes de fruits: mais il
faut convenir que cette espèce de
minière, car il la nommait ainsi,
est encore beaucoup plus
merveilleuse. Car les différentes
sortes
@

découverts. 65

sortes de fruits que l'on ente sur
le même arbre ne se mêlent
point au contraire les branches
en sont distinctes & séparées les
unes des autres, chacune portant
le fruit de son espèce: mais
ici les mercures d'or & d'argent
qui servent de ferment & de semence
pour faire cette végétation,
se mêlent comme l'eau se mêle
avec l'eau, & cependant chacun
produit l'arbre & les branches
de sa nature, sans se mélanger
& distinctement l'un de l'autre:
car l'arbre qui se terminait
en branche d'or, portait une
manière de perle d'or; & celui
qui se terminait en branche d'argent,
portait une perle d'argent.
J'ai bien connu que tout l'artifice
de cette composition consistait
à tirer séparément le mercure
d'or, aussi bien qu'à tirer
séparément le mercure d'argent:
F
@

66 Secrets de la Philos. des Anciens,
il les mettait ensuite dans la bouteille
sans les distiller ensemble,
& par la même matière qui empêchait
que l'or & l'argent ne se
joignissent dans le creuset, lorsqu'il
faisait la projection double
pour avoir dans le même temps le
blanc & le jaune séparé, comme
dans un oeuf dur, ainsi que je l'ai
ci-devant dit; par la même matière,
dis-je, il faisait que ces
deux semences quoique liquides,
ne pouvaient jamais se mêler essentiellement
ensemble, de manière
que chacun produisait en
végétant l'arbre de sa nature;
de sorte que quand d'un tronc
d'or il paraissait sortir une branche
d'argent, c'est qu'une portion
du mercure d'argent s'était
trouvée près de celui d'or, &
ainsi de l'autre. J'ai déjà dit que
toute la masse de ces minières
était blanche: elle ne pouvait
être autrement, puisqu'il ne versait
@

découverts. 67

sur le ferment qui était au
fond du vaisseau, que du mercure
commun, dont la couleur
superficielle n'est autre que blanche;
mais au bout de huit ou dix
jours de digestion, elle prenait
la couleur d'or ou d'argent qui
se perfectionnait dans la suite,
comme on vient de le voir.
Il disait qu'il aurait pu dans le
même vaisseau faire végéter
tous les six métaux distincts;
mais comme cela nous aurait
donné beaucoup de peine & employé
trop de temps, & que d'ailleurs
je tendais à quelque chose
de plus essentiel & de plus utile,
je lui dis que j'étais content de
ce que j'avais vu de cette nature,
que je ne doutais pas de la
possibilité, puisqu'il l'avait fait
des deux premiers métaux dans
un même vaisseau, que j'étais
persuadé qu'il le ferait bien des
six: ainsi nous en demeurâmes
F ij
@

68 Secrets de la Philos. des Anciens,
là. Passons présentement à la
multiplication, & végétation des
grains de bled métalliques.
La multiplication & végétation
des grains de bled métalliques,
qu'il nommait ainsi parce
qu'en effet il n'y avait rien à
quoi on pût mieux les comparer
pour leur forme, était une de ses
curiosités semblable aux minières.
Voici la manière dont il s'y
prenait.
Il mettait une certaine quantité
de mercure dans un menstrue,
qui était une liqueur préparée
à sa manière, & en peu de
jours ce mercure se divisait par
lui-même, par la vertu du menstrue,
en petites parties qui peu
à peu s'enflaient & allongeaient:
en un mot ils prenaient d'eux-
mêmes la figure de grains de
bled bien formés, tous de grandeur
à peu près égale. Ils étaient
néanmoins un peu plus gros & un
@

découverts. 69

peu plus longs que les grains de
bled dont nous mangeons le pain,
de quelques lignes: ils étaient
tous quasi à demi vides par dedans,
à peu près comme un grain
d'orge qui aurait bouilli dans
l'eau pour faire de la tisane. Les
grains étant ainsi formés, il
mettait encore d'autre mercure
dans le vaisseau où ils étaient &
où ils avaient crû: le nouveau
mercure prenait la même figure
par la seule vertu du menstrue,
& l'on pouvait en continuant
toujours, faire une multiplication
à l'infini, en les arrosant avec
la même liqueur. Car comme
le bled commun a besoin de l'humidité
de la pluie pour croître &
multiplier, & que la terre soit
disposée afin qu'il germe, notre
bled métallique n'aurait ni crû
ni multiplié, s'il n'eut été arrosé
d'une liqueur convenable, &
qu'il n'eut été mis dans une matrice
@

70 Secrets de la Philos. des Anciens,
propre à cet effet. C'était
aussi à l'imitation de la nature
des choses communes, que notre
Laboureur métallique agissait
comme les grains n'étaient que
la semence primitive, il les mettait
dans un vaisseau de cristal
dans lequel par la vertu du menstrue,
& par un douce chaleur
semblable à celle du Soleil, les
grains qui étaient séparés commençaient
peu à peu à s'attacher
& se joindre les uns aux autres,
& à végéter de manière l'un sur
l'autre, qu'ils formaient une espèce
d'épi, mais cependant sans
tige & sans paille. Je ne puis
mieux comparer cette végétation
qu'à ces arbrisseaux qu'on
appelle Figuiers d'inde, dont les
feuilles sont très-épaisses & sans
tiges: car il sort de terre premièrement
une feuille, de cette
feuille sort une autre feuille , &
quelquefois deux, & ainsi des
@

découverts. 71

autres; à peu près comme on le
voit dans la Figure ci-dessous représentée.
D'autres fois ils ve-

pict

naient comme un bouquet, &
entassés comme les écorces d'une
pomme-de-pin lorsqu'elle s'ouvre,
& dont nous tirons les pignons.
Il en venait aussi comme
ces petits artichauts lorsqu'ils ne
sont pas encore ouverts, & que
les feuilles sont bien serrées les
@

72 Secrets de la Philos. des Anciens,
unes contre les autres, pareils
proprement à ceux que nous
mangeons à la poivrade. Et enfin
quelquefois parmi plusieurs &
différentes végétations d'argent
qui formaient une manière de
parterre, & où il semblait que la
nature se jouât à faire naître
d'infinies sortes de fleurs & fruits
métalliques blancs, s'élevait un
ou deux de ces épis d'or qui faisaient
une agréable diversité,
& qui brillaient extraordinairement,
& de telle sorte, qu'on avait
de la peine à les regarder
long-temps sans changer souvent
le coup d'oeil: on eut aisément
passé le jour & la nuit dans
la contemplation d'une telle
merveille; & de cette manière
ce Philosophe, à l'imitation d'un
habile Jardinier, se jouait des
métaux, les faisant végéter en
plusieurs & différentes façons,
suivant sa volonté & le plus aisément
ment
@

découverts. 73

du monde, en mettant en
liberté leur âme végétative, &
leur faisant prendre toutes sortes
de formes dans l'argent-vif,
qui était la terre humide & préparée
dans laquelle il les semait
& entait. Voici une autre curiosité,
autant rare qu'étonnante.
Il composait un mercure d'argent
& un autre d'or: celui d'argent
conservait sa couleur blanche,
& celui d'or conservait la
couleur naturelle, c'est-à-dire
jaune; car quoiqu'il les mît tous
deux ensemble dans un même
vaisseau, ils ne se mêlaient nullement,
quelques efforts qu'on
fît en les remuant & battant
beaucoup pour ce faire. Ils se réduisaient
bien en perles, comme
on sait que le mercure commun
se réduit ordinairement quand
on l'agite fort; mais la perle
jaune ne se mêlait point avec la
blanche: au contraire elles rou-

G @

74 Secrets de la Philos. des Anciens,
laient séparément dans le vaisseau,
comme si elles eussent été
effectivement des perles dures,
quoiqu'au tacte* elles ne résistaient
pas plus que le mercure
commun.
Il prétendait prouver par les
trois dernières expériences, tant
de la minière d'or & d'argent,
de la végétation des épis d'or &
d'argent, que par cette dernière
des deux mercures; que les semences
ne se mêlent point: mais
parce qu'il ne voulait pas répondre
à plusieurs objections que je
lui faisais sur ce sujet, comme je
l'aurais souhaité, & que d'ailleurs
je ne sais pas les véritables
ressorts par lesquels il faisait ces
prodiges, quoique j'aie lieu de
soupçonner par plusieurs raisons
que la même matière séparative
dont j'ai parlé il y a quelque
temps, produisait tous ces effets;
je ne m'attacherai pas à chercher
@

découverts. 75

les raisons des effets, que je
ne sache les véritables causes.
Mais ce qu'avec raison, il estimait
davantage, & qu'on peut
appeler le plus merveilleux, est
le suivant.
Il distillait plusieurs fois le
triple mercure, avec l'addition de
quelque matière qu'il mettait
en petite quantité; il en résultait
un mercure transparent
comme du cristal, & si subtil,
que si on ne l'avait pas bouché
avec une diligence extrême, il se
serait évaporé aussi promptement
que l'esprit-de-vin: cependant
ce mercure était beaucoup
plus pesant que le mercure commun,
de même plus que le philosophique.
Il appelait ce mercure
cristallin, mercure exubéré.
De cette merveille, il en enfantait
une autre plus grande. Il
faisait dissoudre dans une quantité
de ce mercure exubéré, une
G ij
@

76 Secrets de la Philos. des Anciens,
suffisante quantité de sa Pierre
Philosophique, mais il fallait
qu'elle fut aussi exhubérée, c'est-
à-dire qu'un poids pût transmuer
au moins dix mille fois autant
de mercure en argent: dans
une semblable quantité de ce
même mercure, il faisait dissoudre
de la même manière de sa
Pierre rouge exaltée comme celle
d'argent.
Quand ces matières étaient
ainsi préparées, il trempait une
lamine de cuivre un peu mince
dans le mercure où était la dissolution
de la pierre blanche; la
partie de la lamine qui avait été
touchée de cette matière, devenait
argent pur; & faisant la même
chose d'une lamine d'argent
dans la liqueur où était la dissolution
de la pierre rouge, elle
or.
Il est à remarquer que ces lamines,
dans cet état & avant que
@

découverts. 77

d'être fondues, conservaient le
poids de cuivre & de l'argent
qu'elles avaient auparavant, &
n'acquéraient le vrai poids du
métal dans lequel elles avaient
été transmuées, qu'après la fusion.
Mais si on faisait rougir un
clou au feu, ou quelqu'autre
morceau de fer, & qu'encore
rouge on l'eût trempé dans l'une
de ces matières; non seulement
la partie trempée se serait transmuée
en or ou en argent, suivant
celle dans laquelle elle eût
été mouillée, mais encore si on
avait projeté une partie du
clou ou mercure de fer pour
lors argent sur un peu de cuivre,
il aurait transmué le cuivre en
argent; & la même chose en or,
s'il avait été trempé dans la liqueur
d'or: car le fer étant fort
poreux & spongieux; il s'imbibe
d'une si grande quantité de la li-

G iij @

78 Secrets de la Philos. des Anciens,
queur, que non seulement il en
a assez pour soi, mais encore
qu'il en peut donner aux autres.
Enfin il prétendait qu'en laissant
digérer des cristaux purs &
nets dans la liqueur où il y aurait
de sa poudre blanche, après
quelques semaines de digestion,
il assurait que les cristaux acquéraient
la dureté & la splendeur
encore plus grande que les
diamants naturels; & qu'en digérant
de semblables cristaux dans
la liqueur où il mettrait de sa
poudre rouge, ils acquerraient
la couleur du rubis, & l'éclat &
dureté du diamant; ce qui compose
le véritable escarboucle, &
enfin avec les couleurs des autres
métaux, toutes les autres
Pierres précieuses.
J'avoue avec sincérité que c'est
sur sa seule parole que j'avance
les effets de ce mercure, n'en
ayant fait aucune opération en
@

découverts. 79

ma présence; mais après en
avoir vu tant d'autres si merveilleuses,
j'ai lieu d'ajouter foi à
tout ce qu'il me disait, car la
plupart me paraissaient autant
impossibles que celles-ci, avant
qu'il me les eût fait voir. D'ailleurs
j'ai vu dans les vaisseaux
dont j'ai parlé, quand il voulut
faire chez moi le grand oeuvre;
j'ai vu, dis je, le mercure du
Soleil & de la Lune réduits en
huile transparente, prenant diverses
couleurs semblables à ces
Pierres dont je viens de parler.
A l'égard de la lame de cuivre
qu'il disait se transmuer en or
étant trempée dans son mercure
exubéré, une personne de distinction
m'a assuré avoir vu entre
les mains d'un de ses amis, une
lamine moitié argent moitié or,
que ce Philosophe lui avait donnée;
& qu'en ayant fait faire les
épreuves par gens du métier, on
G iiij
@

80 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'avait trouvée du meilleur or &
du meilleur argent.
Je ne finirais pas, si je voulais
écrire toutes les opérations qu'il
me dit pouvoir faire avec son
mercure, dont je suis très-persuadé
que personne n'a jamais
entendu parler. Ceux qui liront
ce Livre conviendront, telle
quantité de Philosophes qu'ils
aient lus, qu'il n'y en a eu aucun
qui ait parlé de telles choses,
quoiqu'ils aient tous réussi dans
le grand oeuvre. Au reste, il n'y
a pas tout-à fait à s'étonner de
ce qu'il m'assurait pouvoir faire
la Pierre en si peu de temps, puisque
nous voyons même par les
Ecrits des Anciens, que les uns
ont été plus, les autres moins de
temps à parfaire leur poudre; car
les uns ont été trois ans, les autres
deux, les autres un, & d'autres
seulement neuf mois: pourquoi
donc regarder comme impossible
@

découverts. 81

qu'un esprit plus subtil
ait trouvé une abréviation? Ce
n'est donc pas cela qui me surprenait,
mais je conviens que
n'ayant jamais ni lu ni entendu
parler des opérations qu'il a faites
en ma présence, ni de celles
que j'ai rapportées, que je n'ai
point vues, & qu'il dit être autant
faciles que celles dont j'ai
été témoin; je conviens, dis-je,
que c'est cela qui m'étonnait.
Je passe présentement aux
Traités que j'avais faits pour
ma seule satisfaction, que je me
suis enfin déterminé à donner au
Public, contre mon premier sentiment:
ceux qui auront l'esprit
développé de la matière, en
pourront tirer de grands avantages.
Je commencerai par les
semences métalliques, étant la
base sur laquelle doit fonder celui
qui veut travailler au grand
oeuvre; & il est certain que sans
@

82 Secrets de la Philos. des Anciens,
cette connaissance il ne faut pas
espérer d'y réussir, à moins que
l'on n'ait quelqu'un qui le fasse
faire; ce qui est très-rare,
tous les Savants en cet art étant
fort réservés sur ce point. Car
quoique nous prenions pour
l'oeuvre deux matières que la nature
a déjà déterminées, plus
l'une que l'autre, qu'elle a menée
le plus près de la perfection
qu'elle a pu, nous devons travailler
sur ces matières, quoique
déterminées; de la même manière
que la nature a commencé de
travailler pour parvenir à les
mettre au degré où nous les
recevons d'elle, afin de les pousser
par notre art, en l'imitant
toujours, à un plus haut degré
de perfection, après cependant
les avoir rétrogradés. Il n'y a
pas un Philosophe qui ne répète
plusieurs fois la même chose, ou
nettement ou énigmatiquement;
@

découverts. 83

cependant nous voyons tous les
jours nombre de personnes dont
plusieurs passent pour gens éclairés,
qui s'éloignent infiniment
de ce principe; il y en a même
quelques unes par qui j'ai entendu
soutenir avec obstination,
que prenant les matières telles
que les Philosophes nous le disent,
nous ne réussirons jamais;
étant, disent-ils, contre le bon
sens, que nous puissions aller
plus loin que la nature. Ce n'est
point aussi pour ces sortes de personnes,
qui quand ils ont formé
un sentiment, n'en démordent jamais,
s'imaginant par ce moyen
soutenir le caractère de beaux
esprits; ce n'est point, dis je,
pour ces sortes de personnes que
j'écris: & d'ailleurs, comme j'ai
déclaré, ce n'est nullement l'envie
de passer pour bel esprit, qui
me fait mettre cet Ouvrage au
jour.
@

84 Secrets de la Philos. des Anciens,
---------------------------------
P R E M I E R T R A I T E.
Des semences métalliques.
L n'y a personne, pour peu
éclairé qu'il soit, qui ne sache
que la véritable semence de
la chose n'est ni la graine ni le
sperme, mais la matière essentielle
& constitutive d'un tel
être; c'est-à-dire un certain mélange
de l'élément subtil en certaines
proportions précises, qui
font qu'une chose est telle &
qu'elle a certaines propriétés:
que cette essence séminale est
enveloppée d'autres éléments
grossiers qui la retiennent, afin
que par sa subtilité elle ne s'évapore.
On n'a qu'à voir la manière
dont les Chimistes séparent
l'essence des végétaux & des animaux
de ces éléments grossiers,
gui loin d'avoir aucune propriété
de son essence, diminuent sa
@

découverts. 85

force & son action, comme l'eau
commune mêlée avec le vin en
diminue les propriétés, quoique
le vin soit engendré d'eau, que
l'essence qui est dans le sep de la
vigne a digérée & échangée en
sa nature. On n'ignore point
aussi que l'essence séminale n'est
pas seulement dans la graine du
végétal ni dans le sperme de l'animal,
mais dans toutes les parties
de l'arbre, dans tous les
membres & particulièrement
dans le sang de chaque animal;
quoique dans le sperme & dans
la graine l'essence soit plus épurée
des éléments grossiers, ni
quoique tout le sperme ni toute
la graine ne soient pas semence,
mais seulement la moindre partie
d'iceux. Et enfin il n'y a
point de doute que dans les animaux
morts & dans les plantes
sèches il y a cette semence séminale,
puisqu'on la tire & on la
@

86 Secrets de la Philos. des Anciens,
sépare du corps grossier pour les
remèdes, quoiqu'il soit vrai que
l'esprit qui faisait la végétation
des plantes ou le mouvement
des animaux, soit ou en partie
évaporé, ou qu'il soit resté accablé
& étouffé par l'abondance
des éléments grossiers qui empêchent
son mouvement & son
action; & c'est ce qui fait qu'on
donne aux corps, qui sont en cet
état, le nom de morts.
C'est par cette même raison
que les minéraux & les métaux
sont appelés morts, parce que
leurs esprits étant enveloppés
dans les superfluités terrestres
salines qui prédominent dans le
genre minéral: ils sont privés de
tout mouvement, mais cela n'empêche
pas qu'ils ne conservent
dans leur intérieur leur essence,
& par conséquent leur semence,
qui étant séparée des impuretés
grossières par l'art, peut se mouvoir,
@

découverts. 87

germer, & devenir multiplicative;
c'est-à-dire qu'elle
pourra transmuer en la propre
nature métallique une humidité
minérale & disposée en puissance
prochaine à recevoir ses impressions,
aidée par une chaleur externe:
de même que les semences
des plantes, quoiqu'elles paraissent
mortes, étant ramollies par
une humidité convenable, ou
par la chaleur du Soleil, ou par
une chaleur artificielle, paraissent
revivre, se meuvent & agissent,
changeant en leur propre
nature particulière l'humidité
de la terre dont elles tirent leur
origine.
Or comme tous les métaux &
tous les minéraux métalliques
tirent immédiatement leur origine
de cette humidité qu'on
nomme argent vif, qui a été coagulé
par un soufre minéral plus
ou moins pur, en plus ou moins
@

88 Secrets de la Philos. des Anciens,
grande quantité (ce qui fait la
diversité des corps métalliques)
il n'y a pas de doute que l'essence
séminale de l'or ou de l'argent
étant extraite du corps grossier
qui la contient par l'art du Philosophe,
ne puisse en peu de temps
transmuer en sa propre nature
aurifique ou argentifique, l'argent
vif & tous les corps qui
sont formés d'argent-vif, n'y
ayant que cette seule humidité
que la semence de l'or & de l'argent
puisse transmuer, parce
qu'elle est la seule qui soit en
puissance prochaine or & argent,
l'or & l'argent n'étant
qu'un argent-vif très-pur, cuit
& digéré par la nature dans ses
cavernes minérales, par une lente
chaleur du centre causée par
le mouvement des astres & par
un très long-temps.
Mais parce que peu de gens
connaissent la nature interne
des
@

découverts. 89

des métaux, & qu'encore un plus
grand nombre ignore la nature
des semences, ils ne s'imaginent
pas que ces semences aient la
puissance de transmuer en sa
propre essence le mercure universel
de la terre, ou même des
autres éléments: ces choses leur
paraissent surnaturelles & impossibles.
Ce qui est de très-certain,
c'est que la transmutation en or
ou en argent que les semences de
l'un de ces deux métaux font de
l'argent-vif, est encore plus facile
à être faite, que celle que les
semences des végétaux font de
l'humidité générale de la terre
qui se charge en un nombre
presqu'infini de différentes plantes,
qui ont tant de fibres & d'organes
divers, & tant de parties
dissemblables, de tronc, de feuilles,
de fleurs, de fruits & de graines;
cette transmutation, dis-je,
H
@

90 Secrets de la Philos. des Anciens,
est plus facile, d'autant que toutes
les parties des métaux sont
toutes semblables, & que pour
changer le vif-argent en vrai argent
par la semence de l'argent,
il n'est pas plus difficile que d'épaissir
le lait en fromage par la
présure, qui est un lait plus digéré.
Il n'y a pas aussi plus de difficulté
à le changer en or par la
semence de l'or, laquelle ayant
en soi la teinture aurifique, elle
fait que par un feu un peu plus
long, le vif-argent, quoique
blanc à l'extérieur, mais qui est
rouge au-dedans, comme il est
assez visible en le précipitant,
pousse au-dehors sa teinture,
qu'étant de sa nature presqu'aussi
pesant que l'or, par sa restriction
& coagulation au feu devient
même plus pesant & plus brillant
que l'or commun.
Mais, comme j'ai dit, ces choses
surpassant l'esprit de la plupart
@

découverts. 91

de ceux qui ne font que des
réflexions superficielles, & qui
n'ayant aucune connaissance de
cette partie de la Philosophie, &
voulant se faire passer pour d'habiles
gens, s'attachent à former
des arguments contre une science
dont ils ignorent les principes &
encore plus la pratique; un de
leurs plus forts arguments contre
la doctrine des semences multiplicatives
des métaux, est que les
métaux étant froids, ne peuvent
faire agir ni mettre au-dehors
une semence qui ne peut produire
sans être excitée par une chaleur
naturelle qu'ils disent qu'ils
n'ont point; & que quand même
ils l'auraient dans l'état où
ils se trouvent dans les mines,
elle serait détruite par la fusion
que l'on fait de tous les métaux
aussi-tôt qu'ils sont tirés de leur
lieu minéral, pour leur ôter &
les purger de leur terrestréité gros-

H ij @

92 Secrets de la Philos. des Anciens,
sière. Il est aisé de réfuter cet argument
qui tombe de lui-même:
car si l'essence & par conséquent
la semence était détruite, il faudrait
nécessairement que l'or
eût changé de nature dans le feu,
ce qui est très-faux, puisqu'au
contraire on sait bien qu'il se
purifie dans les flammes, & en
devient plus parfait: ce qui arrive
à cause de la parfaite union
de ses parties, que le feu ni aucun
élément commun ne peut séparer
ni disjoindre: donc il conserve
sa quintessence qui est sa
semence, qui est encore plus parfaite
& plus fixe que le corps qui
la contient. Et nous verrons
dans le chapitre suivant qui
traite de l'extraction de l'essence
des végétaux, que quoique
pour l'extraire on les fasse pourrir,
cependant la quintessence
ne pourrit pas & ne s'altère
point; & qu'ils ne laissent pas
@

découverts. 93

que de donner par la distillation
cette essence d'une odeur surprenante,
& une eau très-odoriférante,
qui n'est qu'un flegme
teint d'un peu de cette essence:
à plus forte raison la quintessence
séminale de l'or peut-elle encore
moins souffrir que son
corps qui résiste aux flammes; &
il est certain que cette essence
aurifique doit être & est en effet
plus inaltérable que tout ce
qu'il y a sur la terre, quoiqu'elle
soit plus fusible que la cire, &
plus subtile que les rayons du
Soleil dont elle est en partie
composée, ce qui paraîtra étonnant
aux ignorants.
Ils font encore une autre objection
aussi faible que la précédente,
qu'ils fondent sur la dureté
& incorruptibilité du corps.
Ils disent que quand même l'or
aurait une semence en soi, elle
serait morte & sans vertu; étant
@

94 Secrets de la Philos. des Anciens,
si étroitement unie & liée dans
ce corps, que nous avouons
nous-même être impassible au
feu qui est l'élément le plus fort
& le plus puissant de tous. Je
n'ai pas cru devoir m'étendre &
faire un long discours pour répondre
à cette objection: on
trouvera la réponse dans ce même
chapitre de l'extraction de
l'essence des végétaux, où je dis
que tous les corps des graines &
autres semences sont censées
mortes, jusqu'à ce qu'elles soient
ramollies dans une liqueur &
humidité convenable. Rien n'est
plus dur qu'une fève, qu'un
noyau de pêche, qu'un pignon,
& autres semblables; & rien ne
paraît plus mort & moins capable
de produire une tige ou un
arbre: si l'expérience ne nous le
montrait, leur végétation nous
paraîtrait impossible: cependant
avec quelle facilité & en
@

découverts. 95

combien peu de temps les parties
de ces choses, toutes dures qu'elles
sont, se dilatent, s'ouvrent-
elles, & font-elles paraître leur
germe. Il en est de même de l'or.
Il est vrai que le feu ne lui nuit
pas, & qu'il ne l'altère & ne le
corrompt en aucune manière:
cependant ce que le feu ne fait
pas, une humidité tiède & de sa
nature le peut faire & le fait en
effet; tout le monde sait que le
vif-argent est de sa nature, &
personne n'ignore qu'en frottant
l'or avec le vif argent, il le rompt
& divise ses parties: il peut aussi
étant préparé, le ramollir de
manière qu'il peut le résoudre en
liqueur mercurielle semblable à
lui, & donner lieu à l'Artiste
d'en séparer l'essence séminale:
Il est vrai que ce n'est pas l'ouvrage
d'une heure ni d'un jour,
mais cela mérite bien que l'on
se donne un peu de patience: ce
@

96 Secrets de la Philos. des Anciens,
qui est de certain, c'est que plusieurs
l'ont fait, & que quelques
uns le font encore.
Ils ajoutent que quand même
on aurait l'essence, elle ne végéterait
pas, de même que les essences
des plantes extraites par
la Chimie, étant répandues sur
la terre, ne produisent pas des
plantes & des arbres. Je répons
ce que je prouve dans le Traité
suivant de la manière d'extraire
les semences de tous les corps;
que ces essences avec certaines
circonstances peuvent végéter,
& qu'il y a une manière de produire
des plantes sans graines:
mais quand cela serait impossible
dans le genre végétal, la chose
n'est pas la même dans le genre
minéral.
Il ne s'agit pas ici de former
un tronc qui produise branches,
feuilles, fleurs & fruits, & qui
contienne des graines; il ne s'agit
git
@

découverts. 97

que d'avoir la substance très-
fixe de l'or, qui soit très-fusible,
très-subtile & très-pénétrante,
qui s'insinuant & se répandant
dans la substance de l'argent-vif
courant, ou dans celui qui est
contenu dans les métaux, l'arrête
& le fixe; & je l'ai déjà dit,
c'est de faire sur l'argent-vif ce
que la présure fait sur le lait,
& il n'est pas plus difficile à un
Philosophe hermétique de fixer
le vif-argent, qu'à une simple
bergère de coaguler le lait pour
en faire du fromage.
Toute la difficulté consiste
seulement à savoir tirer cette
quintessence, qui est la présure
de l'argent-vif, ce qui est autant
facile au vrai Philosophe, qu'à
la bergère de tirer le beurre jaune
du lait blanc, ou de coaguler
ce lait en diverses sortes de fromages.
Si la nature ne donnait pas à
@

98 Secrets de la Philos. des Anciens,
la bergère le lait, elle ne pourrait
faire ni beurre ni fromage;
de même, si la nature ne nous
donnait pas cette liqueur admirable
qu'on nomme argent-vif, le
Philosophe ne pourrait pas faire
de l'or, & sans cette liqueur divine
il ne pourrait pas aussi faire
la présure. La bergère trouve la
présure dans le boyau du veau,
laquelle pressure n'est que du lait
qui a eu une seconde digestion.
La présure du vif-argent n'est
que l'or digéré par le Philosophe
en plus haut degré de digestion
& de pureté, lequel or a été auparavant
argent-vif qui a eu la
première digestion de l'or, comme
le lait n'est que le suc des herbes
qui ont eu la première digestion
dans le ventre de la vache
& dans ses mamelles.
L'or est donc un vif-argent
digéré par la nature; digérez-le
encore par art, & vous aurez la
@

découverts. 99

présure de l'argent-vif: mais,
comme dit Geber & d'autres
Philosophes, ce n'est pas un ouvrage
pour les têtes dures ni
pour les ignorants: & c'est même
un grand bien que cela paraisse si
difficile, car si tout le monde le
pouvait comprendre & y réussir,
tout deviendrait dans la confusion,
les ordres de la nature étant
tous dérangés.
On peut encore objecter que
les métaux ne se produisent pas
par des semences, & que par
conséquent ils n'ont pas une semence
multiplicative; & que
quand même on accorderait
que les métaux ont en eux leur
quintessence, & que cette substance
pût être appelée essence
séminale; néanmoins cette essence
ne pourrait pas être multiplicative,
puisque la nature ne multiplie
point & ne produit pas des
métaux par des semences, ainsi
I ij
@

100 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'elle fait dans les règnes végétal
& animal: de sorte que les
Chimistes prétendraient faire
plus que la nature, puisqu'ils
voudraient rendre multiplicative
l'essence séminale de l'or & de
l'argent. Cette objection paraîtra
très-forte à ceux qui ignorent
la nature des choses minérales,
& à ceux qui ne font point
de réflexion que les semences des
trois règnes sont tout-à-fait différentes:
que le règne végétal se
multiplie par des graines dont la
plupart des corps est terrestre,
& souvent enveloppés d'un
noyau très-dur; que dans le règne
animal les semences sont en
formes aqueuses & liquides, que
nous nommons ordinairement
sperme. Or les semences métalliques
sont très-différentes des
deux autres; & comme les métaux
& autres corps qui ont
quelques rapports aux corps
@

découverts. 101

métalliques, se produisent dans
les entrailles de la terre, cela est
peu familier, n'étant pas à la
portée de la vue: ce qui fait que
peu de personnes n'ont eu ni
la curiosité d'examiner & de
connaître comme les semences se
forment, ni encore moins de savoir
si ces semences ont une vertu
végétative & multiplicative.
Je crois donc que je ferai plaisir
aux curieux de cet Art de leur en
dire quelque chose, d'autant plus
que l'intention de ce Livre qui
traite de toutes les essences séminales
& de leur extraction, le
requiert.
Pour entendre bien cette matière,
il faut premièrement savoir
que ce qu'on appelle influences
des Astres ne sont que des vapeurs
extrêmement subtiles &
raréfiées, qui émanent du Soleil
& de la Lune, & des autres globes
célestes qui se répandent sur la
I iiij
@

102 Secrets de la Philos. des Anciens,
surface de la terre, après toutefois
en avoir été tirées auparavant,
mais grossières, mêlées
avec l'esprit universel qui est
l'âme du monde &le premier
agent de la nature. L'air qui
nous environne est rempli de ces
influences animées de cette âme
universelle qui les meut, & les
fait pénétrer avec elles jusque
dans le plus profond de la terre.
Les vapeurs aériennes & célestes
par leurs mouvements continuels
naturels, élèvent d'autres vapeurs
humides & salines du sein
de la même terre, avec lesquelles
se mêlant & circulant ensemble
dans les fibres & pores de ce
grand globe, elles s'épaississent
peu à peu, & se corporifient en
forme d'une matière gluante &
grasse, qui est un des principes
prochain & immédiat des corps
métalliques.
Je pourrais faire voir que cette
@

découverts. 103

même substance en circulant,
laisse dans tous les endroits de
ces fibres & pores quelques parcelles
de soi-mêmes, quoiqu'en
diverses proportions, élémentaires,
& que c'est le principe de
la génération & de l'accroissement
des plantes, & même des
animaux: mais ce n'est pas ici le
lieu d'en parler, c'est pourquoi
je continuerai ce qui regarde
seulement la génération des métaux.
Cette substance grasse dont
nous venons de parler, n'est donc
autre chose qu'un composé des
influences célestes qui se sont
corporifiées avec une portion
déterminée des éléments les plus
subtils, qui étant digérés &
cuits par la chaleur centrale excitée
par le mouvement continuel
des autres globes, qui se
joint aussi à ce corps, fait qu'il
excède en chaleur. Or quand
L iiij
@

104 Secrets de la Philos. des Anciens,
cette graisse est desséchée par la
longue digestion dans la minière,
c'est-à-dire l'endroit qu'elle
a trouvé disposé à former des
métaux, nous l'appelons soufre
minéral, qui est de diverses sortes,
c'est-à-dire plus ou moins pur,
grossier ou subtil, inflammable
ou fixe, & de diverses couleurs;
& comme cette substance sulfureuse
est composée dans son origine
de particules très subtiles,
parfaitement unies & mêlées ensemble,
il en résulte qu'elles ne
peuvent pas être facilement séparées
par un médiocre artifice;
car dans cet état le feu venant à
l'enflammer, détruit entièrement
la nature du composé.
Voilà un des principes prochains
qui concourent à la génération
des métaux, & ce qu'on
nomme soufre.
Le second principe encore
plus prochain, est cette substance
@

découverts. 105

aqueuse qu'on nomme argent-
vif, qui se produit en partie de
ce premier soufre & de ces premières
influences célestes dont
nous venons de parler, qui circulant
sans cesse & se sublimant
continuellement sur ce soufre
dans un lieu humide, attirant à
soi le plus qu'elles peuvent de
parties salines, s'épaississent dans
la suite, & forment cette liqueur
admirable & unique dans son
espèce, qu'on nomme mercure
ou vif-argent, qui coule sans
mouiller.
La raison de sa liquidité vient
de l'eau qui la compose; & ce
qui fait que cette liqueur ne
mouille pas les mains ni autres
choses, c'est que les parties sèches
& salines sont en proportion
si égales avec les humides,
& si parfaitement mêlées ensemble,
que l'un n'abonde pas plus
que l'autre, & l'une ne quitte
@

106 Secrets de la Philos. des Anciens,
point l'autre: & comme la sécheresse
ne surmonte pas l'humidité,
elle ne l'empêche pas de
couler.
L'argent-vif est donc formé
d'une humidité très subtile, réduite
en forme d'air rempli &
imprégné des influences célestes
mêlées en égale proportion avec
le sel le plus subtil de l'air & de la
terre, & une suffisante quantité
de vapeurs du premier soufre
qui lui donne intérieurement la
teinture rouge, qui paraît lorsqu'on
le précipite & le calcine:
au feu; lequel feu ne peut en aucune
manière altérer sa substance,
qui est la seule avec l'or qui
soit incombustible: car quoiqu'elle
s'enfuie du feu, on la peut
aisément rassembler, & on n'y
trouve aucune altération.
Or il est à remarquer que si
dans les mines ou se produit le
vif-argent, il y a une faible chaleur
@

découverts. 107

& peu de ce soufre minéral
dont on vient de parler, le vif-
argent reste dans sa nature coulante:
mais si au contraire il se
rencontre dans ces mines une
abondante quantité de ce soufre,
pour lors il se mêle intimement
avec lui, & lui servant de présure,
ils se congèlent ensemble, &
forment ce qu'on appelle métal,
qui est différent selon la quantité
de ce soufre qui se mêle avec
lui, & selon que ce soufre est
plus ou moins digéré; comme
on peut voir dans Geber qui en
parle assez clairement, de même
qu'en d'autres plus modernes
Philosophes qui ont traité des
choses minérales. Mais la preuve
la plus certaine est que tous
les métaux peuvent se réduire en
argent-vif, en séparant d'eux ce
soufre qui les retient & les empêche
de couler; ce qui s'expérimente
tous les jours sur le
@

108 Secrets de la Philos. des Anciens,
plomb & sur le régule d'antimoine,
avec de simples sels ressuscitatifs
& sans addition d'autre
vif-argent, quoiqu'avec l'addition
du vif-argent on le puisse
faire encore plus facilement.
Mais il ne faut pas croire que
cette production ou changement
du vif-argent en métal ou en autre
minéral, se fasse en un instant;
il faut bien des années &
souvent bien des siècles: cela ne
dépend, comme j'ai dit, que de
la quantité de ce soufre, & suivant
qu'il est plus ou moins excité
par la chaleur interne; car
se trouvant puissamment échauffé
par cette chaleur, il se meut
aussi-bien que le vif argent, &
on voit sensiblement dans les minières
que ces deux substances,
c'est-à-dire le soufre & le mercure,
s'élèvent & voltigent en
forme de vapeurs, qui s'épaississant
ensuite par l'étroite liaison
@

découverts. 109

qu'ils ont fait ensemble, retombent
dans la même terre d'où ils
sont sortis; qu'ils s'y cuisent, & deviennent
comme une manière de
pâte grasse: ce qui est causé par
la chaleur interne du soufre, qui
se mêlant avec le vif-argent, le
coagule. On trouve aussi dans la
même minière & dans la même
terre divers métaux & minéraux,
marcassites, pierres & soufres
les uns auprès des autres, de
même que l'on voit sur la terre
tant de différentes herbes, &
même de qualités contraires,
être entre-mêlées indistinctement:
& parmi ces mêmes métaux
il y en a souvent qui ne
sont pas mûrs, ce qui donne
bien de la peine aux minéralogistes,
qui sont obligés de séparer
avec un long travail, ce qui n'est
point encore en état d'avec ce
qui y est, comme aussi un métal
d'avec un autre.
@

110 Secrets de la Philos. des Anciens,
On ne peut donc pas disconvenir
que ces métaux, dans le
temps qu'ils se cuisent & qu'ils ne
sont pas durcis, sont vifs, & qu'ils
vivent au moins par une âme végétable:
car qu'est-ce que vivre
& végéter, sinon jouir d'un mouvement
interne, croître par
l'addition d'autres parties qu'on
assimile à sa nature, & acquérir
une perfection qu'on n'avait pas
auparavant, & à laquelle la nature
a prédestiné un tel sujet?
Or les métaux, lorsque l'esprit
minéral est encore en mouvement,
jouissent de cette vie,
croissent, végètent & mûrissent;
& quoiqu'ils ne végètent
pas absolument comme les
plantes, il ne s'ensuit pas pour
cela qu'ils ne végètent point:
car ni toutes les plantes ne végètent
pas de même, ni tous les
animaux ne jouissent pas de la
même vie: par exemple le corail
@

découverts. 111

& tous les autres coralloïdes ne
vivent pas tout-à fait comme les
autres végétaux, ni les huîtres
ne naissent & ne vivent pas comme
les autres animaux; les hommes
& les bêtes vivent & croissent
différemment des plantes,
aussi les métaux & minéraux vivent
& croissent différemment.
Mais parce que les gens peu
instruits ne jugent que par les
sens, il leur faut faire voir le sensiblement
que les métaux végètent
d'une manière assez semblable
aux arbres.
Je dis donc, & c'est une chose
très connue non seulement aux
minéralogistes, mais encore à tous
les autres ouvriers qu'on emploie
aux mines, que la plupart
des minières des métaux ressemblent
à un arbre qui serait entièrement
couvert de terre;
qu'il a de grosses racines, un
tronc proportionné aux racines;
@

112 Secrets de la Philos. des Anciens,
que ce tronc est environné de
branches de tous côtés comme
un véritable arbre, à peu près de
la manière ci-après représentée.
pict
On sait aussi que le bonheur ou
l'habileté des minéralogistes consiste
à pouvoir trouver le tronc
de cet arbre, qui est incomparablement
plus abondant & plus
riche que les branches, qui se
répandent souvent fort loin de ce
tronc;
@

découverts. 113

tronc; & que comme entre une
branche & l'autre il y a quelquefois
une grande distance dans laquelle
il n'y a point de métal, ou
seulement une petite quantité,
comme ce qu'une espèce de feuille
de la branche aurait pu former;
il faut que les habiles minéralogistes
suivent autant qu'ils
le peuvent, la branche, sans s'écarter,
& ne pas se rebuter pour
un petit intervalle qui leur paraîtra
moins fourni. Il est vrai qu'il
se rencontre assez ordinairement
des obstacles invincibles
qui ne permettent pas de passer
outre, comme des rochers très-
gros & très-durs, & d'autres fois
des eaux si abondantes, qu'elles
obligent d'abandonner le travail.
Mais ce qui est de plus curieux,
c'est qu'on trouve souvent
dans ces cavernes minérales
des végétations de plusieurs
K
@

114 Secrets de la Philos. des Anciens,
métaux, & particulièrement
d'or & d'argent, qui ont cru en
forme de corail: on en voit quelques-unes
dans les cabinets des
Curieux, & on en verrait encore
un plus grand nombre, si la
grossièreté brutale des ouvriers
qui travaillent aux mines, était
capable d'y faire plus d'attention,
& qu'ils ne les gâtassent,
en les brisant avec leurs outils.
Le Père Kircher Jésuite à Rome,
avait dans son cabinet une
pierre de mine d'argent mêlée
d'or, dans laquelle ces deux métaux
avaient végété de la manière
qu'il paraît dans cette Figure.
pict
@

découverts. 115

partie en filaments d'argent, partie
en filaments d'or, & d'autres
mêlés des deux.
On a vu & on voit encore assez
souvent en plusieurs lieux,
des branches d'or végéter hors
de la terre; & j'ai lu dans une
relation de l'Empire du Mongol,
je crois dans Tavernier, que le
Roi d'Ethiopie avait envoyé à
ce Prince un arbrisseau d'or de la
hauteur d'un pied, que la nature
avait produit très-pur & très-
resplendissant.
Il est du moins certain que
dans les minières de Hongrie,
on trouve nombre de ces végétations,
suivant ce que les Préposés
à ces mines disent avoir
observé: je rapporterai en peu
de mots ce qu'ils en ont dit, entr'autres
du Père Kircher, qui l'a
inséré dans son Monde souterrain.
L'on trouve souvent, dit-il,
K ij
@

116 Secrets de la Philos. des Anciens,
de ces végétations en forme d'arbrisseaux,
de cuivre très-pur,
comme sur la terre on trouve
des herbes & des fleurs.
Et le Préfet des mines de Skréminits:
près d'Heringrand en
Hongrie, répond à la demande
de ces végétations, que quelquefois
on trouve des pierres & des
cristaux environnés de filets
d'argent très-déliés: il se rencontre
aussi d'autre excroissances
métalliques, mais le plus
souvent étant mises à un feu fort
violent, elles sont volatiles & s'en
vont en fumée; ce qui fait voir
que la matière n'est pas encore
cuite: mais cela ne laisse pas aussi
que de faire connaître que la
substance métallique, pendant
qu'elle est encore molle, peut végéter
par l'action de l'esprit minéral
interne, que l'on peut plus
proprement appeler esprit mercuriel.
@

découverts. 117

Un autre Préfet de Skréminits
écrit la même chose: Dans,
les mines d'argent, dit-il, on
trouve souvent des végétations
d'argent très-pur en manière de
filets, qui sortent des pierres métallines;
& quelquefois on trouve
des branches d'argent pur de
la grosseur d'un doigt & plus,
mais assez ordinairement de couleur
noirâtre & plombine, quoiqu'en
les fondant elles se trouvent
être d'argent très-pur.
Dans le même Traité on voit
encore ce que plusieurs personnes
m'ont assuré d'ailleurs, que
l'on trouvait quelquefois dans
les bois & dans les vignes qui
viennent au dessus des mines
d'or de Tokai, que ce précieux
métal avoir végété avec les
plantes, & qu'il se rencontre
souvent des filaments d'or dans
les seps de vignes & dans les autres
plantes.
@

118 Secrets de la Philos. des Anciens,
Nous avons dans une des Relations
qui nous ont été données
par plusieurs Préfets des mines
du Pérou, que deux des plus fameuses
minières de ce Pays
avaient été trouvées par un
semblable hasard. Elle dit qu'un
Indien nommé Cualpa voulant
arracher un petit arbrisseau,
pour lui servir de canne & s'aider
à monter plus aisément une
colline, s'aperçut que les racines
de cet arbrisseau étaient
toutes d'or, lequel avait végété
avec l'arbre; & remarqua que
tout autour de cet arbre, l'or
paraissait à fleur de terre en forme
d'herbes, en assez grande
quantité: il découvrit la terre,
& en trouva beaucoup plus. Il
en fit son profit pour quelque
temps, sans en rien dire: mais
comme on s'aperçut qu'il augmentait
de jour en jour sa dépense,
qu'il devenait plus délicat
@

découverts. 119

sur sa table, plus magnifique
dans ses habits, & plus somptueux
dans ses équipages; les
Espagnols qui étaient pour lors
maîtres de ce Pays, & qui examinaient
de près les Indiens,
prévenus qu'ils étaient que le
Pays était abondant en or, en
ayant trouvé une si grande
quantité quand ils s'emparèrent
du Mexique, du temps que Montezuma
y régnait sous la conduite
de Fernand Cortez; ayant
trouvé, dis-je, de l'or employé
en des choses les plus communes,
ils soupçonnèrent que ce
Cualpa avait trouvé quelque
mine: de sorte que quelque précaution
qu'il prit pour se cacher,
sa grosse dépense à laquelle
le peu de bien qu'on lui savait
n'était pas capable de fournir
à beaucoup près, le découvrit;
on le suivit, & on s'empara
te cette mine, qui s'est trouvée
@

120 Secrets de la Philos. des Anciens,
& se trouve encore, très-abondante.
Un chasseur suivant sa proie
avec action au haut d'une montagne
fort escarpée & qui n'était
point pratiquée, où l'ardeur
de la chasse l'avait entraîné,
eut les yeux frappés d'une
lueur causée par les rayons du
Soleil qui donnaient dans un endroit
de cette montagne: il
s'approcha de l'endroit pour
savoir ce que c'était, il vit quelque
chose de fort resplendissant,
& enfin il s'aperçut qu'une manière
de buisson d'argent avait
soulevé la pierre qui était sur la
coupe de la montagne, de la
même manière que l'herbe forte
soulève la terre lorsqu'elle en
veut sortir: Il en fit aussi son profit,
mais les grandes richesses
découvrirent celui-ci, comme le
premier: on lui ôta non seulement
la mine, mais encore quasi
si
@

découverts. 121

tout ce qu'il possédait.
Et sans aller chercher dans des
Pays si éloignés, je rapporterai
une chose qui m'est arrivée à moi-
même. Comme je faisais travailler
chez moi il y a 14 ou 15 ans,
une Aiguière d'argent par un habile
Compagnon Orfèvre, afin
qu'étant sous mes yeux, elle fut
faite avec plus d'attention, mon
dessein étant d'en faire présent à
une grande Dame: ayant dans
le même temps les massons pour
quelques augmentations que je
faisais faire dans ma maison, lesquels
étaient conduits par un
Architecte de cette Ville de Paris,
qui a fait quelques ouvrages
publics d'assez bon goût, & qui
est mort depuis quelques années.
Cet Architecte étant venu un
jour à son ordinaire voir ses ouvriers,
demanda à me parler en
particulier: je le fis entrer dans
mon cabinet; il tira un papier
L
@

122 Secrets de la Philos. des Anciens,
tortillé de sa poche, & me pria
de l'ouvrir pour voir ce qu'il
contenait. Je le pris, & le trouvai
beaucoup plus pesant que je
ne m'y étais attendu: l'ayant ouvert,
j'y trouvai une terre verdâtre,
semblable quasi en tout à
ces sables dont se servent les fondeurs.
Je lui demandai ce que
c'était que cela: Il me répondit
qu'il n'en savait rien, mais que faisant
actuellement fouiller dans
un endroit où il allait bâtir une
maison, il avait trouvé beaucoup
de cette terre; qu'un Particulier
qui s'était trouvé là par hasard,
en avait pris avec sa permission,
que s'étant enquis de ce Particulier
ce qu'il en voulait faire, il
lui avait répondu naturellement
qu'il voulait la mettre
dans un creuset, pour voir ce
quelle deviendrait, parce que
cette terre lui paraissait n'être
pas une terre à l'ordinaire; que
@

découverts. 123

quoique cet homme lui eût promis
de lui en dire des nouvelles,
il n'en avait pas entendu parler
depuis; que s'étant souvenu que
j'avais chez moi un Compagnon
Orfèvre, il m'apportait de cette
terre pour la faire examiner
par cet homme. Je la donnai en
effet au Compagnon, qui la
mit dans un creuset sur un petit
fourneau: il y en avait environ
ce que pourrait contenir une
boëte de montre de femme, comme
on les fait aujourd'hui; il en
tira un lingot d'argent gros comme
un petite noisette, que l'on
rendit le lendemain à cet Architecte.
Je lui conseillai d'en faire
tirer le plus qu'il pourrait, ou
bien d'en donner avis au Roi,
qu'il en aurait une bonne récompense.
Je ne sais ce qu'il fit;
mais quand je lui en demandai
des nouvelles quelque temps
après, il me dit qu'il avait fait
L ij
@

124 Secrets de la Philos. des Anciens,
combler cet endroit, ne s'étant
pas trouvé propre à faire la cave
qu'il avait projeté d'y faire, &
qu'il n'avait pas voulu s'embarrasser
de tout cela.
Je serais trop long si je voulais
rapporter une infinité de pareilles
histoires, dont la plupart
étant connues aux Curieux, ne
feraient que les ennuyer. Je dirai
donc en un mot qu'il n'est pas
plus difficile à comprendre que
l'esprit éthérée qui forme & mûrit
la substance encore molle
du métal, la fasse végéter, comme
le corail & autres plantes qui
se durcissent e se pétrifient dans
la suite: c'est le même esprit qui
les meut & les anime; & quand
il ne peut plus se mouvoir, il reste
enchaîné & comme étouffé
sous le poids de la matière grossière
qui l'enveloppe & l'empêche
de se mouvoir & d'agir.
Mais ce n'est pas assez d'avoir
@

découverts. 125

fait voir que cet esprit minéral qui
est dans l'essence métallique, est
végétatif: il faut encore montrer
qu'il est multiplicatif, comme
toutes les autres essences séminales.
Je pourrais en apporter
plusieurs autres preuves que celles
que j'en vais donner; mais je
me contenterai de celles qui suivent,
comme les plus sensibles.
Nos Modernes ont reconnu
véritable ce que Pline a dit il y a
environ dix-sept cens ans, &
Strabon depuis, de la petite Ile
de l'Elbe, sur les côtes de la Toscane.
Ils disent tous deux que la
terre minérale de laquelle on
tire le fer, étant remise dans la
mine ou exposée en monceaux à
l'air, reproduit de nouveau fer
aussi bon que le premier, & en
aussi grande abondance. Cisalpinus
confirme élégamment cette
vérité, qui est connue de tous les
Curieux & de tous les gens du
L iij
@

126 Secrets de la Philos. des Anciens,
Pays. L'Ile de l'Elbe, dit-il, est
illustre par les mines d'une abondance
incroyable de fer qu'on tire
encore de notre temps. La cause
d'une si grande abondance,
continue-t-il vient de ce que la
terre que l'on tire de la mine
après en avoir séparé le fer, reproduit
avec le temps encore de
nouveau fer. Or cela ne peut arriver
que par la vertu de la semence
minérale dont cette terre
est remplie, qui convertit les vapeurs
qui descendent de l'air &
la pluie même en sa nature, de
même que font les plantes & les
arbres.
Agricola prouve tout ce que
je viens de dire par un autre
exemple semblable de son Pays.
Il nous dit que près du Château
de Jaga on tire le fer dans certaines
Prairies, creusant la terre
la profondeur de six pieds; &
de ces mêmes fosses qu'on remplit
@

découverts. 127

de la même terre, on en tire
dix ans après de nouveau fer, de
la même manière qu'on le fait
dans l'Ile d'Elbe.
Plusieurs personnes habitants
du Pays m'ont assuré que la pareille
chose arrive en plusieurs
lieux de Normandie, comme
Evreux, Laval, & autres endroits
dont j'ai oublié les noms;
mais les gens qui m'en parlaient
étaient fort instruits: & même
quand ils furent retournés chez
eux, ils m'envoyèrent quelques
petits sacs de diverses minières
de fer, d'une desquelles entr'autres
le fer était aussi mol & pliant
que le plomb: de manière qu'en
le fondant lorsqu'on l'avait tiré
de sa minière, on était obligé d'y
infuser certains ingrédients pour
le durcir, afin qu'il pût servir
aux usages auxquels on emploie
le fer. Ce qui, je crois, est la véritable
cause que le fer est si cas-

L iiij @

128 Secrets de la Philos. des Anciens,
sant, au contraire de celui de
l'Ile de l'Elbe, dont j'ai vu des
morceaux; & de quelques autres
mines d'Espagne qui est naturellement
dur; mais qu'on peut
plier & replier plusieurs fois sans
qu'il se casse: ce que je dis afin
que l'on voie que tout le fer,
quoique vrai fer, n'est pas précisément
au même degré. Les mêmes
différences se trouvent dans
les autres métaux, dans lesquels
je comprends l'or & l'argent, dont
les couleurs sont plus ou moins
parfaites, plus ou moins doux,
plus aisés ou plus difficiles à fondre,
quoique l'essence au fond
soit la même; & ne diffèrent
qu'en certains accidents.
Mais pour ne pas quitter notre
discours de la production des
métaux; dont plusieurs avant
moi ont traité, on peut voir entr'autres
Fallopius, qui rapporte
plusieurs exemples des mines qui
@

découverts. 129

reproduisent le fer. Mais je ne
puis omettre ce que dit le savant
Gerardus, qu'aux mines de
fer près d'Amberg en Allemagne,
on répand dans la terre de
laquelle on a auparavant tiré le
fer, des cassures & limures de ce
métal, après quoi on amasse
cette terre en gros monceaux,
ensuite on la laisse exposée aux
rayons du Soleil & aux pluies
pendant douze ou quinze ans
sans y toucher davantage; & à la
fin de ce temps on en tire une
très-grande quantité de fer, ce
qu'on réitère plusieurs fois. Mais
ce fer ainsi reproduit est d'une si
grande dureté, qu'il ne peut être
employé qu'à faire des plaques
pour les cheminées, ou pour
faire des fourneaux: on en peut
faire aussi des canons & des boulets.
Il n'y a point de doute que
cette multiplication si abondante
@

130 Secrets de la Philos. des Anciens,
de fer provient de ce que le
vieux fer qu'on met dans la terre
se pourrit & se mêle avec le ferment
séminal de la même minière
étant délayé par les pluies;
de sorte que l'essence séminale
du vieux fer étant dissoute & déliée
des liens qui la tenaient enfermée,
agit à peu près de même
que les autres semences, attirant
à soi comme un aimant, & changeant
en sa propre nature l'air,
l'eau & le sel de la terre, qui se
convertissent en fer par la suite
des temps.
Le très-savant & curieux M.
Boyle confirme tout ce que je
viens de dire par plusieurs expériences
que l'on voit communément
en Angleterre son pays,
où les mines d'étain sont abondantes,
& où il y en a quantité.
Tous les minéralogistes que j'ai interrogés,
dit-il, sur la manière
dont ils ouvraient les mines,
@

découverts. 131

comment ils en tiraient l'étain,
de quelle sorte ils le purifiaient,
& ce qu'ils faisaient quand la
mine ne rendait plus guères, ou
qu'ils n'en pouvaient plus rien
tirer; ils m'ont tous assuré qu'après
avoir tiré entièrement la
mine, si l'on exposait la terre qui
en était sortie, à l'air pendant
quinze ou vingt ans, on en tirait
encore une grande quantité d'étain,
& avec beaucoup de profit.
On peut lire le petit Livre que
ce savant homme a donné au
Public, de la régénération des
métaux dans leur propre terre
exposée à l'air, on y verra des
expériences certaines de cette
reproduction; & parlant du
plomb, voilà ce qu'il en dit. J'ai
demandé à un ami qui avait obtenu
du Roi le privilège de travailler
aux mines de plomb, plusieurs
choses concernant ces mines:
il me disait entr'autres,
@

132 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'après avoir tiré la première
fois tout le plomb que contenaient
les terres qui avaient été
tirées de la mine, la même terre
étant assemblée en monceau &
exposée à l'air, au bout d'un certain
temps elle reproduisait de
nouveau plomb en abondance &
avec beaucoup de profit. Et il
marque dans le même Livre que
généralement tous les Minéralogistes
assurent que cette reproduction
des métaux est plus sensible,
plus prompte & plus abondante
dans le plomb que dans aucun
des autres métaux. Mais un
chose assez remarquable, que le
même M. Boyle avec sa sincérité
ordinaire rapporte, est que cette
reproduction de plomb était
particulière à de certaines mines,
que cela n'arrivait pas à toutes,
suivant les expériences qu'on
en avoir plusieurs fois faites; ce
que je crois qu'on peut attribuer
@

découverts. 133

à ce que le ferment séminal peut
être plus ou moins abondant en
une minière qu'en une autre; ou
bien que par l'ancienneté de la
mine, il soit ou trop concentré,
ou trop cuit, ou bien que
cette essence se soit évanouie, ou
pour mieux dire évaporée: car
nous voyons que la plupart des
graines ne végètent point, si
elles ont été trop long-temps gardées
ou exposées à l'air, & qu'au
contraire elles pourrissent dans la
terre ayant été semées. Il est aussi
à observer que la nature n'est
pas partout la même, tant à l'égard
des principes multiplicatifs,
que des lieux & des circonstances
qui doivent contribuer à
cette multiplication. Il est vrai
qu'elle doit agir également partout,
quand elle trouve les mêmes
dispositions; mais comme
ces dispositions ne se trouvent
pas toujours, il n'est pas étonnant
@

134 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'elle fasse dans un lieu ce
qu'elle ne fait pas dans l'autre.
Le même Boyle rapporte plusieurs
choses semblables sur la
végétation de l'or & de l'argent,
& soutient que ces mêmes métaux
renaissent & se reproduisent
comme les autres dans la
terre d'où on en a tiré, pourvu
que cette terre demeure exposée
aux influences, & encore mieux
quand elle a été remise dans les
mêmes fosses où on l'avait puisée.
Il rapporte encore les paroles
du savant Gembardus,
qui dit qu'à Cerba, ville de la
Westphalie soumise au Comte
d'Insburg Waldek, qu'après
avoir tiré tout ce que l'on peut
d'or des mines, on assemble les
terres de ces mines que l'on laisse
exposées à l'air, & que tous les
quatre ans on travaille un de ces
monceaux, dont on tire une bonne
quantité d'or, & avec beaucoup
@

découverts. 135

de profit, la nature réparant
ainsi le dommage que l'on a
fait à ses ouvrages.
Le Docteur Edouard Broyain
dit les mêmes choses d'une minière
d'un certain endroit pas
fort éloigné de Kaminiek ville
forte & considérable en Hongrie.
Il parle encore d'autres minières
d'autres endroits, & voilà
ses paroles. J'ai donné ailleurs
plusieurs exemples certains de
ces végétations, & principalement
de l'argent, en forme d'arbrisseaux
& d'herbes; & un ami
fort curieux, qui a beaucoup
voyagé & visité les minières les
plus fameuse, de Potosi, tant
d'or que d'argent, dit dans son
Traité que le meilleur argent
que l'on apporte de cette Province,
est celui que l'on trouve
dans la montagne d'Aranzoste
& que l'on lui a assuré que ces
mines avaient été autrefois puisées
@

136 Secrets de la Philos. des Anciens,
& abandonnées, & remplies
de la terre qu'on en avait tirée,
lesquelles donnent à présent l'argent
au plus haut titre, que l'on
remarque y avoir été reproduit
nouvellement, & depuis un certain
nombre d'années.
C'est ce que le même Boyle
dont j'ai parlé naguère, dit
dans son Traité des qualités occultes
de l'air, & où il remarque
avec beaucoup de discernement
que quelques unes de ces terres
n'avaient pas été exposées à
l'air, mais enfermées dans
leurs grottes minérales. Et il
ajoute ces paroles: ces observations
& ces remarques me font
douter si l'on doit attribuer cette
régénération des métaux au
contacte ou à l'action simple de
l'air, ou plutôt à une semence ou
ferment métallique qui est renfermé
dans cette même terre minérale
qui fait cette reproduction.
Mais
@

découverts. 137

Mais ce grand homme qui
semblait incertain du parti qu'il
devait tenir, ne laisse pas que
d'avoir raison de l'un & de l'autre
côté, puisqu'il est certain que
la matière aérée contenant les
autres trois éléments, comme les
autres éléments la contiennent,
elle contribue aussi de sa part à
cette reproduction; & d'autant
plus, que nous avons ci-devant
vu que l'origine des métaux
vient, & la substance métallique
se forme des vapeurs de l'air qui
s'épaississent dans le sein de la
terre: & comme dans cette terre
minérale est répandu une vapeur
séminale des métaux, il n'est
point étonnant que l'essence séminale
change en sa propre nature
la vapeur humide de l'air, &
l'eau même, ainsi que l'essence
séminale de l'absinthe ou de la réglisse
change en un suc doux ou
amer la même eau de pluie & les
M
@

138 Secrets de la Philos. des Anciens,
mêmes vapeurs de l'air.
Ce qui peut encore prouver
davantage la force de l'essence
séminale qui quelquefois se trouve
plus puissante & plus vigoureuse
en certains lieux & en certains
sujets qu'en d'autres, c'est
ce que nous voyons dans le même
Traité de Boyle, qu'un de ses
amis curieux lui fit voir un morceau
de pierre de mine d'argent,
autour duquel il lui fit remarquer
quelques végétations qui
s'étaient faites, & que les filaments
d'argent qu'il voyait, s'étaient
produits quelque temps
après que cette pierre eut été en
son pouvoir: ce qui semble ne pouvoir
provenir d'autre cause, sinon
que cette terre pierreuse était
tellement remplie de semence
métallique, qu'elle avait, comme
un aimant, attiré l'air, & l'avait
changé imperceptiblement &
peu à peu en sa nature d'argent.
@

découverts. 139

Je rapporterai en forme de corollaire
une chose fort connue
dans l'Italie, qui, quoiqu'elle paraisse
en quelque manière différente,
puisqu'elle n'est pas du
genre métallique, ne laissera pas
de rendre encore plus sensible &
de mieux faire comprendre ce
que je viens de dire.
A quatre ou cinq lieues de
Rome, pas loin de Tivoli, il y
a une montagne nommée Poli,
appartenant au Duc de ce nom.
Dans cette montagne il y a nombre
de pierres , lesquelles quoique
dénuées de terre & en apparence
fort sèches, au Printemps
lorsque la rosée & les pluies douces
les humectent, produisent
des champignons d'une grosseur
extraordinaire, dont quelques
uns pèsent jusqu'à trente livres,
& même plus, lesquels sont très-
délicats quand ils sont cueillis
jeunes. C'est la raison pourquoi
M ij
@

140 Secrets de la Philos. des Anciens,
le Duc en fait présent aux
Grands de sa Cour, & en envoie
à plusieurs endroits, comme
étant plus sains & meilleurs que
les autres. Mais ce n'est pas seulement
en cela que consiste la merveille,
c'est que l'on vend & les
Curieux achètent de ces pierres,
dont la plupart sont de formes
carrée & longues, lesquelles
étant mises dans un lieu frais,
couverte de deux doigts de terre,
seulement arrosées d'eau tiède
de trois ou quatre jours l'un,
elles produisent d'excellents
champignons: mais il faut quelquefois
les laisser reposer trois
ou quatre jours, de crainte qu'elles
ne s'épuisent, comme cela est
arrivé à ceux qui ont toujours
continué de les arroser; & afin
qu'elles reprennent une nouvelle
vigueur des vapeurs de l'air, par
lesquelles elles redonnent de la
force à leur semence interne
@

découverts. 141

pour une nouvelle reproduction.
On voit aisément que c'est une
bizarrerie de la nature, qui fait
que ces pierres sont si fort remplies,
& pour ainsi dire pétries
d'une essence séminale de champignons,
qu'elles changent l'humidité
de l'air & l'eau même
très-facilement en la nature de
ce végétal. Or ce que cette essence
d'un végétal qui se produit naturellement
sur toutes sortes de
terres disposées en une heure ou
deux, ce que, dis-je, fait l'essence
qui est renfermée dans ces
pierres, en deux ou trois jours;
l'essence minérale le peut faire
de même en plusieurs années,
puisque nous avons vu que les
métaux ont à leur manière une
essence séminale, végétable &
multiplicative. J'avais oublié de
dire que ce n'est pas seulement
dans cette montagne de Poli que
ces pierres à champignons se produisent,
@

142 Secrets de la Philos. des Anciens,
mais encore dans l'Abruzzes
& en d'autres endroits d'Italie.
Un curieux qui avait voyagé
dans ces Pays, en avait apporté
une à Paris il y a environ vingt-
ans, qui produisait des champignons
comme en Italie, en la
gouvernant comme j'ai ci-devant
dit. Plusieurs Auteurs parlent
dans leurs Livres de ces pierres,
entre autres Mathiol, Cardan,
Porta, Imperatus, & Kircher.
Je pourrais donner encore plusieurs
autres exemples de ces reproductions,
& particulièrement
de toutes les natures de sels fossiles,
entre lesquels je peux rapporter
le sel qu'on tire continuellement
de la montagne de
Cardonne en Catalogne. Il n'y a
point de doute que l'eau de la
pluie & l'humidité de l'air se
changent en sel, après qu'elles
ont été quelque temps à fermenter
@

découverts. 143

dans les terres où ce sel fossile
se produit; & que lorsque les
pluies se répandent sur ce sel
qu'elles dissolvent & avec lequel
elles fermentent, il est certain
que cette pluie par la chaleur du
Soleil jointe avec l'essence séminale
de la minière, se convertit
en vrai sel: & c'est ce qui fait que
cette mine est inépuisable, puisqu'elle
n'est pas détruite depuis
tant de siècles qu'on en tire. Il en
est à peu près de même des fameuses
mines de sel de Cracovie
en Pologne, dans lesquelles quoique
l'eau de la pluie n'y tombe
pas & n'y pénètre pas visiblement,
cependant il est constant
que le sel se reproduit dans cesse,
& que les murs de cette ville souterraine
croissent & augmentent
visiblement, tant par les vapeurs
qui viennent du centre, que par
celles de l'air qui ne peuvent
manquer d'y pénétrer: ce qui
@

144 Secrets de la Philos. des Anciens,
fait que quoiqu'on tire continuellement
une infinité de
charges de sel qu'on trouve ordinairement
très-pur & en forme
de grosses pierres, elle est autant
abondante que si on n'avait
point encore tiré; & cependant
elle fournit quasi seule la Pologne,
& plusieurs autres Provinces
voisines depuis nombre de
siècles: de sorte qu'on la regarde
comme inépuisable, parce que,
comme je l'ai dit, elle le reproduit
incessamment, la nature réparant
comme aux arbres par le
ferment séminal, la plus grande
partie de ce qu'on lui a ôté.
J'aurais tant d'autres exemples
à apporter de ces reproductions
minérales, qu'à la fin je deviendrais
ennuyeux. Ceux que je
viens de donner doivent suffire
aux Curieux qui ont des lumières.
S'ils en voulaient davantage
encore pour les convaincre, ils
en
@

découverts. 145

en trouveront chez les Naturalistes
& les Savants dans cette
Science qui en ont écrit, il y a
un assez grand nombre d'Auteurs
sur ces matières, pour les
contenter. Ce n'est que pour les
Curieux que j'ai mis ici toutes
ces histoires, que je ne me serais
pas donné la peine d'écrire pour
les ignorants, puisque ce serait
travailler inutilement.

---------------------------------

I Ie. T R A I T E.

La manière d'extraire les essences sé
minalesdes corps des trois règnes,
végétal, Animal & minéral, pour
la Médecine.

L Es Philosophes Chimistes
disent que leur Art consiste
à séparer le pur de l'impur: il
faut voir ce qu'ils entendent par
ces paroles.
Ils distinguent dans tous les
N
@

146 Secrets de la Philos. des Anciens,
composés deux substances, une
pure, l'autre impure. La substance
pure est l'essence séminale
du sujet, & cette substance
se tire en forme liquide, laquelle
par leur art & par une longue
digestion, ils peuvent dessécher &
réduire en poudre. Cette liqueur
a toute la saveur, odeur, couleur,
& toutes les propriétés spécifiques
du mixte dont elle a été extraite;
& c'est cette substance essentielle
en forme de liqueur,
qu'ils appellent mercure, humidité
radicale de la chose, semence, quintessence,
âme du sujet, & de plusieurs
autres noms: & quand elle est réduite
en forme sèche, ils l'appellent
sel, parce qu'elle est soluble
comme le sel commun: & si ce
mercure ou sel est inflammable,
ils l'appellent soufre, ou bien mercure
sulfureux. Ce qui fait connaître
que chaque individu a son
propre mercure spécial, qui est
@

découverts. 147

son humidité ou essence radicale.
Cette essence étant extraite, ce
qui reste du composé est ce qu'ils
appellent corps impur, qui paraît
ordinairement en forme d'une
eau insipide & puante qu'ils
nomment flegme, ou dans la forme
d'une terre sans goût, ou bien
il reste un peu de l'une ou de
l'autre de ces deux substances,
suivant les individus sur lesquels
on travaille.
Ce corps impur n'ayant aucune
des vertus du mixte, & étant
une matière puante, est appelé
par eux avec raison corps mort,
étant privé de son âme qui est
son essence, & n'ayant aucune
vertu ni propriété de l'essence
dont il est dépouillé. Car le
corps est formé d'une eau pluviale,
& d'une terre grossière qui est
comme la boëte où l'âme est enfermée,
& comme une éponge
imbue de quelque baume ou au-

N ij @

148 Secrets de la Philos. des Anciens,
tre liqueur odoriférante, laquelle
odeur étant parfaitement exprimée
de l'éponge, reste sans aucune
des vertus que la liqueur
dont elle était imbue lui communiquait.
Or les Chimistes
prétendent raisonnablement que
toute la vertu du mixte consistant
dans le mercure essentiel,
deux ou trois gouttes de la chose
a beaucoup plus de vertu pour la
Médecine, qu'une grosse quantité
d'herbes qu'on pourrait
manger; & que l'estomac du malade
affaibli d'ailleurs, en est
bien plus facilement soulagé,
n'ayant pas à digérer lui même
cette herbe, pour en diviser le
grossier de la substance, & en
extraire la quintessence qui doit
être son remède: & d'ailleurs
le mare des éléments impurs qui
lui resteraient dans le corps, ne
peut lui causer que de la corruption,
& lui faire plus de mal que
@

découverts. 149

l'essence ne lui ferait de bien.
Il est vrai que les Apothicaires
par leurs infusions, décoctions &
extraits, font quelque chose
d'approchant, séparant le mare
des végétaux autant qu'il leur
est possible, d'une liqueur plus
essentielle, & moins grossière &
impure: mais cela est bien éloigné
de produire les effets des extraits
philosophiques; & d'autant
plus que leur art ne s'étend
pas plus loin que sur les végétaux,
qu'ils ne traitent, comme
je viens de dire, que superficiellement,
& dont la plupart sont
corrompus par la malignité de
l'humeur interne qui cause le
mal, & lesquels n'opèrent que
par des purgations qui font des
révolutions violentes dans le
corps, & qui emportent également
les bonnes & mauvaises humeurs,
d'où il arrive plutôt la
mort du malade que son réta-

N iij @

150 Secrets de la Philos. des Anciens,
blissement: ce que les excellentes
médecines & extraits philosophiques
ne font point, & sont
même très-agréables au goût
leur action principale consistant
à fortifier les principes balsamiques
de la vie, & rectifier &
changer par la digestion les
mauvaises humeurs en bonnes,
& à chasser par une insensible
transpiration tout ce qui est hétérogène
& malin, & par conséquent
purifier la masse du sang
en quoi seul consiste la santé.
Il est vrai que l'extraction de
ces essences est longue & pénible,
mais avons-nous rien de plus
précieux que la santé, & doit-on
regarder comme une peine les
soins que l'on prend pour se la
procurer? C'est, je crois, à quoi
tendent tous les sages, la vie
étant une chose très-ennuyeuse
sans la santé; & comme je sais
que les Curieux, outre l'intérêt
@

découverts. 151

qu'ils y ont, ont un vrai plaisir
d'être instruits des choses qu'ils
ne savent pas, je tâcherai de les
contenter, en leur apprenant la
manière de faire des extractions.
Mais parce que ce serait un ouvrage
trop long de donner les
moyens d'extraire les essences de
chaque corps, je donnerai seulement
les règles générales des
extractions de celles des trois règnes:
on entend que c'est végétal,
animal & minéral.
La première règle est qu'il est
impossible de faire une véritable
séparation des parties qu'on appelle
essentielles & pures, des accidentelles
& impures, que tout le
composé ne soit corrompu & putréfié,
& réduit en liqueur: car
comme toutes choses viennent
d'une humidité sensible qui se
corporifie, il faut le mettre dans
son premier état, le rétrograder
& le faire redevenir liqueur;
N iiij
@

152 Secrets de la Philos. des Anciens,
c'est ce que les Chimistes appellent
réduire le corps en sa première
matière. Le corps étant ainsi corrompu
& réduit en liqueur par
la putréfaction, les parties pures
& essentielles peuvent être facilement
séparées des impures &
accidentelles.
La deuxième règle est que
cette putréfaction doit être naturelle
& nullement violente,
afin que rien ne se perde de ce
que nous cherchons, c'est-à-dire
qu'il faut que tout se corrompe
par sa propre fermentation en un
vase où rien ne se dissipe ni se perde
par le feu ou autrement.
La troisième, qu'il ne faut rien
introduire ni mêler avec la chose
qu'on veut corrompre, qui ne
soit absolument de sa nature: car
l'essence d'une chose altérerait
l'essence de l'autre, & il en résulterait
un troisième être qui ne
serait ni l'un ni l'autre. Car si
@

découverts. 153

pour extraire l'essence du sucre,
on mêlait ou du vinaigre ou du
jus d'absinthe, il est aisé de comprendre
que l'on n'aurait pas la
pure essence du sucre, qui doit
être d'une douceur admirable &
d'un goût très-suave.
Enfin, que la séparation de la
partie pure & essentielle soit entièrement
divisée de la partie
impure & grossière, & qu'elle se
fasse, comme j'ai dit, sans violence:
cette opération se fait aisément;
il n'est pas nécessaire
d'être Artiste pour cela. La nature
premièrement nous instruit,
& la pratique fait le reste: nous
n'avons qu'à disposer les choses,
& ne pas pousser le feu, au cas
que ce soit le feu, dont nous nous
servions. Il faut donc commencer
par un petit feu, & voir dans
cet état ce qu'il produit: quand
on voit qu'il agite un peu la matière,
il faut le laisser, jusqu'à ce
@

154 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'on voie que l'action se ralentisse,
auquel cas il faut l'augmenter,
& toujours avec la même
précaution, & le mener ainsi
de degrés en degrés jusqu'à la fin
de l'oeuvre. C'est donc, comme
l'on voit, la prudence seule qui
doit conduire, & qu'il n'est pas
nécessaire d'avoir vu opérer, ni
d'être conduit par quelqu'un
qui ait déjà travaillé, puisqu'on
peut se rendre soi-même Artiste,
& de cette sorte fabricando fabrisimus.
Mais afin qu'on ne puisse pas
se plaindre que j'en dis trop peu,
je veux bien rendre encore la
chose plus sensible. Je dis donc
que la manière d'extraire les essences
des végétaux & des animaux
qui ont en eux une humidité
actuelle, est la même à peu
de choses près. Mais parce
qu'on ne se sert guères des essences
des animaux, nous parlerons
@

découverts. 155

plus particulièrement des
végétaux, qui nous serviront
d'instruction pour les autres.
Prenez telle herbe qu'il vous
plaira, par exemple de la sauge,
pilez la médiocrement, c'est-à-
dire macérez-la, & faites-la putréfier
& fermenter dans du fumier:
après qu'elle aura été mise
dans un vaisseau bien clos où il
y aura quelque vide, quand elle
aura ainsi fermenté quelques semaines,
retirez-la, vous la trouverez
puante; exprimez en à la
presse tout le suc, & mettez à part
le mare que vous pourrez faire
sécher: & si vous voulez avoir
une plus grande quantité d'essence,
& même meilleure, ayez encore
d'autre sauge, pilez-la comme
la première, mettez-la de
même dans un vaisseau, rejetez-
y dessus le premier jus déjà fermenté,
& faites tout fermenter
comme vous avez fait ci-devant.
@

156 Secrets de la Philos. des Anciens,
Vous pouvez réitérer cette opération
autant de fois qu'il vous
plaira, le plus souvent est le
mieux. A la fin, passez tout ce
jus par un linge, & le mettez encore
au fumier ou au bain pendant
huit jours, séparez les fèces
par le linge ou en le filtrant:
cela fait, distillez au bain pour
séparer les éléments, il viendra
une eau que vous garderez à
part, & dans le fond il restera ce
que Paracelse appelle l'élément
prédestiné, qui est l'huile essentielle
qui est encore très-impure. Il
faut séparer les éléments purs des
impurs. L'élément pure est en forme
d'huile, mais qui a encore
mauvaise odeur à cause des éléments
impurs qui y sont restés: séparez-les
avec adresse, vous servant
de la partie plus spiritueuse
de l'eau que vous avez distillée
auparavant.
Quand vous aurez tiré cette
@

découverts. 157

huile qui est le vrai mercure essentiel
de la sauge, vous pouvez
la faire circuler encore quelques
jours, afin de la rendre plus pure;
elle aura pour lors l'odeur,
la saveur la couleur, & toutes les
propriétés de la sauge, dont
quelques gouttes dans sa propre
eau, ou dans un bouillon ou autre
liqueur disposée à cet effet,
feront un remède très-prompt &
très efficace aux maladies où la
sauge est propre. On peut tirer
du mare qui est resté une huile
essentielle par la distillation à feu
ouvert: cette huile qui distille est
très puante, mais si on la purifie,
elle devient autant odoriférante
que l'autre, & même meilleure.
On peut ensuite tirer des cendres
un sel fixe qu'on peut volatiliser
par la même essence, & en
excitant une légère fermentation
dans ce sel dissout dans son eau;
@

158 Secrets de la Philos. des Anciens,
car tous les sels fixes ne sont fixes
que par une terre extrêmement
subtile, insipide, qui leur est adhérente,
& qu'il faut séparer:
cette terre séparée, ils deviennent
sels purement essentiels,
volatils, légers & très pénétrants,
lesquels étant dissous dans leurs
mercure, & circulés ensemble,
augmentent la force de ce mercure,
qui par une longue circulation
peut se coaguler en sel essentiel.
Cette opération est longue &
ennuyeuse, ce qui pourrait dégoûter
bien des gens de s'attacher
à l'Art chimique; mais en
voici une que le hasard a donné
aux Modernes, qui est beaucoup
plus courte, & par conséquent
moins ennuyeuse.
On prend la sauge ou autre
simple tel que l'on veut choisir,
que l'on fait dessécher à l'ombre,
ensuite on prend cette sauge, si
@

découverts. 159

c'est de la sauge, on la fait macérer
en grande quantité d'eau &
dans un grand alambic de cuivre
à grand feu. Quand cette eau
bout, il en sort une eau que les
Distillateurs & Apothicaires vendent
pour eau de sauge, parce
qu'elle en a l'odeur, & qu'elle est
teinte d'un peu de l'essence de
sauge. La marque du peu d'essence
qu'elle contient, est que mettant
cette eau dans des carafes à
long col, ce qu'elle contient
d'huile essentielle monte dans le
col de ces carafes que l'on a laissées
reposer, laquelle huile a à
peu près les mêmes vertus que
celle dont j'ai parlé ci-devant,
lui ressemble assez mais il y en
a beaucoup moins que de l'autre,
& le reste de l'eau n'est propre
à rien; & même cette huile
est moins efficace que l'autre.
Cependant le peu le temps & la
facilité de l'avoir ne laissent pas
@

160 Secrets de la Philos. des Anciens,
que de la faire estimer beaucoup.
J'ai connu une personne qui
avait de cette huile de sauge, &
aussi de celle d'absinthe tirées de
cette manière, lesquelles mêlées
avec du sucre fin, se conservaient
très-bien. Pour en prendre aisément
& efficacement, on peut
faire fondre un petit morceau de
sucre dans de l'eau pour en emplir
une cuillère, & y verser une
demie goutte de ces essences: cela
est très-propre à conforter
l'estomac; & ces essences sont
moins fortes à prendre de cette
manière, que dans quelque liqueur
que ce soit, ou l'essence
sur-nageant, va s'attacher aux
parois de la tasse en l'inclinant
pour boire, & de cette manière il
s'en perd plus qu'on n'en boit.
Je crois qu'il ne sera pas mal à
propos de faire ici une remarque,
qui sera assez nécessaire, ce me
semble,
@

découverts. 161

semble, aux Curieux qui voudraient
faire cette opération, &
qui pourraient peut-être ne la
pas achever, lorsqu'il leur arriverait
ce que je vais dire: c'est
que lorsqu'on fait pourrir les
herbes ou les animaux, cette
pourriture est ordinairement
très-puante & quasi insupportable,
ce qui ferait croire aux personnes
qui n'auraient pas encore
fait de ces sortes d'opérations,
que l'odeur naturelle de la quintessence
serait perdue ou du moins
gâtée; c'est pourquoi je veux
bien leur dire que bien loin de se
gâter, elle est incorruptible; que
la mauvaise odeur vient du corps
impur, qui est celui qui se corrompt,
& dont les éléments grossiers
picotant âprement les narines,
causent la mauvaise sensation.
Mais, comme Paracelse le
dit fort bien la quintessence reste
inaltérable, parce qu'elle est
O
@

162 Secrets de la Philos. des Anciens,
composée d'éléments très-subtils:
on en peut faire l'expérience sur
des roses.
Que l'on pile grossièrement
grande quantité de roses. les simples
sont les meilleures; qu'on les
mette fermenter & pourrir dans
la cave dans un vaisseau bien
bouché pendant trente ou quarante
jours: quand on retirera
le vaisseau, on trouvera ces roses
très puantes; qu'on les distille selon
l'art au bain, vous aurez l'eau
& l'essence d'une si grande odeur
& si douce (si vous avez bien opéré,
& particulièrement si vous
avez fait circuler cette essence
au bain avec un peu de son eau)
que ceux à qui l'odeur des roses
est autant agréable qu'elle me
l'est, en seront très-satisfaits. Il
n'y a personne qui n'en puisse
faire aisément, d'autant plus que
cette opération, ne coûte pas
grande chose; elle serait même
@

découverts. 163

meilleure que celle que l'on
achète, qui n'est autre chose
qu'un peu de cette essence répandue
dans de l'eau pure: ce
qui est facile à prouver, puisque
si vous mettez quelques gouttes
de l'essence que vous aurez extraite,
dans une bonne quantité
d'eau commune, & que vous les
fassiez bien mêler ensemble, vous
aurez de la plus excellente eau-
rose qui se vende, suivant le plus
ou moins d'essence que vous y
aurez mis. Et même la plupart
des eaux que l'on fait, qui ont ou
l'odeur ou le goût de quelques
fleurs ou fruits, on ne fait qu'infuser
les fleurs ou les fruits dans
l'eau , qui est le mercure universel
qui les a formés, & qui se
chargeant de la plupart de l'essence
subtile, laisse le corps des
fleurs & des fruits contaminé,
c'est-à-dire que ce corps devient
un mare inutile, sans goût & sans
O ij
@

164 Secrets de la Philos. des Anciens,
odeur, plus semblable à la pourriture
qu'à autre chose. De ce
que je viens de dire, les gens
éclairés peuvent tirer un grand
secret, & s'attacher avec ardeur
à séparer l'âme des individus du
corps corruptible, pour conserver
le leur de la corruption: car
la quintessence étant de nature
céleste & presque incorruptible
en usant d'une manière convenable
& avec prudence, peut
préserver le corps de corruption.
On a un exemple sensible de
cela dans l'esprit-de-vin, lequel
quoique ce ne soit qu'un flegme
teint d'un peu de quintessence de
vin, car on laisse ordinairement
le meilleur dans ce qu'on appelle
huile sordide, qu'on ne sait point
purifier; néanmoins les choses
qu'on met dans cet esprit; & la
chair même si facile à se corrompre
à l'air, s'y conserve plusieurs
@

découverts. 165

années sans corruption. C'est
dans cette occasion où on peut
dire, qui potest capere capiat.

De l'extraction des essences minérales.

Les corps des minéraux sont
plus compactes & plus secs, &
par conséquent on en peut plus
difficilement tirer l'essence.
On peut distinguer les corps
minéraux qui sont utiles à la
Chimie & bons pour la santé, en
corps salins & corps métalliques.
On pourrait même les distinguer
en plusieurs autres, & en faire
plusieurs classes; mais comme
nous ne pouvons donner que de
simples lumières & les principes
généraux de l'Art, il suffit de traiter
de ces deux espèces, lesquels si
on sait bien manier, on saura
bien-tôt le reste, & puis on n'aurait
pas besoin d'autres choses.
Quant aux sels, il faut les corrompre;
& afin que leur essence
@

166 Secrets de la Philos. des Anciens,
ne soit pas gâtée, il faut
les corrompre en les dissolvant
dans leurs propres liqueurs, les
distillant, digérant & cohobant
tant de fois, que l'humidité flegmatique
& insipide, soit entièrement
séparée, aussi-bien que la
terre subtile qui tient étroitement
embrassée l'essence dans son
corps impur; car si vous savez
la délivrer de ces deux impuretés
corporelles, c'est-à-dire du
flegme & de la terre morte, l'essence
ou le mercure du sel paraîtra
en forme oléagineuse, dont
une goutte ou deux ont plus d'action
qu'une poignée du sel dont
vous l'avez tiré, & elle opère
d'une manière bien plus douce &
bien plus efficace que le sel même
accompagné de ses impuretés.
Mais il faut prendre garde que le
mercure de chaque sel a ses propriétés
particulières, & il ne faut
s'en servir que suivant les connaissances
@

découverts. 167

que donne la bonne
Physique & l'expérience. On
peut voir le dixième des Archidoxes
de Paracelse, qui est la
clef des autres, & les Livres d'autres
Savants, comme Scingerus,
les Rudiments de la Philosophie
naturelle de Loques & autres,
qui donneront des lumières plus
amples pour l'extraction des essences
des sels & d'autres minéraux.

De l'extraction des essences métalli-
ques.

L'extraction des essences métalliques
est encore plus difficile,
cela par deux raisons. La première,
parce que les métaux sont
des corps encore plus compacts
que les sels; & la seconde, parce
qu'ils n'ont point d'humidité
en eux-mêmes, ou du moins
qu'on puisse extraire de leurs
corps pour les corrompre. Or
@

168 Secrets de la Philos. des Anciens,
nous avons dit qu'il faut corrompre
nécessairement le corps
& le réduire en liqueur, pour en
séparer les parties grossières des
subtiles, & cependant n'y ajouter
rien qui puisse en quelque manière
que ce soit en altérer la nature
essentielle.
Cependant l'industrie des Philosophes
Chimistes n'a pas laissé
de parvenir à une chose qui paraît
impossible par les deux difficultés
que je viens de dire. Ils
ont considéré deux choses: la
première, qu'il y avait des métaux
plus purs & plus parfaits
que les autres; car l'or & l'argent
sont plus purs sans contredit
& composés d'éléments plus
subtils, que les quatre autres,
c'est pourquoi ils y ont opéré
différemment. Quant aux métaux
imparfaits, ils ont considéré
que les sels participants de la
nature minérale, n'étaient pas
absolument
@

découverts. 169

absolument étrangers; ils s'y
sont pris de diverses manières
pour extraire la substance pure,
mais les plus pénétrants ont bien
vu qu'une essence pure de quelque
sel pouvait s'unir à l'essence
d'un métal, & l'extraire en dissolvant
auparavant radicalement
en humidité & d'une manière
irréductible le métal imparfait,
& ils y ont réussi.
Il faut donc avec quelque essence
saline digérer & dissoudre
parfaitement en liqueur le métal
imparfait que l'on voudra, &
la nature vous montrera le reste;
car vous verrez que l'essence
métallique sera séparée du corps
impur en forme de deux liqueurs
de deux couleurs différentes.
Séparez l'essence & la lavez, &
la circulez avec l'essence de vin
ou de tartre pour l'adoucir, &
pour vous en servir suivant la
nature des maux auxquels ces
P
@

170 Secrets de la Philos. des Anciens,
métaux peuvent être bons.
On peut tirer de la même manière
l'essence du vif-argent &
d'autres minéraux, comme l'antimoine
& autres semblables;
mais il faut que l'Artiste soit
bien habile & bien versé dans les
principes de la Physique: comme
il y a plusieurs & différentes
routes qui conduisent à même
fin, nous ne faisons ici qu'indiquer
succinctement les règles générales
de l'Art.
Les essences des métaux sont
excellentes; mais elles sont sujettes
à un inconvénient, c'est que
quoiqu'elles confortent la nature
& s'opposent à la malignité du mal,
cependant quelquefois la masse
du sang est tellement corrompue,
& il y a une si grande malignité
dans les ferments naturels
contractée depuis long-temps,
qu'au lieu de dominer, elles peuvent
être dominées, & au lieu de
@

découverts. 171

changer la corruption en pureté,
elles peuvent être corrompues
elles-mêmes; ce qui en ce cas
augmenterait encore le mal, &
même le rendrait incurable.
Les essences salines & particulièrement
les minérales résistent
davantage; c'est pourquoi
elles sont plus puissantes contre
les maladies invétérées. C'est ce
qui fait que les Philosophes préfèrent
les essences minérales aux
végétales & aux salines, parce
qu'elles sont moins sujettes à
être altérées.
Mais comme les essences des
métaux imparfaits ne sont spécifiques
que pour certains maux,
ils ont cherché dans l'argent &
encore plus dans l'or une Médecine
universelle qui résistait à
toutes sortes de maux; & on
peut croire que ce n'est pas
sans raison qu'ils se vantent de
P ij
@

172 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'avoir trouvée, ce qui sera le sujet
du Discours suivant.
------------------------------
I I Ie. T R A I T E.
S'il se peut trouver une Médecine
universelle contre toutes sortes de
maladies:
Quelle peut être la matière dont on
peut-l'extraire, & de quel moyen
on peut se servir pour la composer;
Et savoir si cette Médecine peut changer
les mercures des métaux imparfaits
en véritable or & argent.
A Vant toutes choses, je
crois qu'il est à propos d'examiner
s'il se peut trouver une
Médecine qui soit propre contre
toutes sortes de maladies, & conserve
l'homme (réglé d'ailleurs)
en bonne santé, & lui augmente
la vigueur du tempérament; de
@

découverts. 173

manière qu'il puisse prolonger
ses jours; & enfin si cette même
Médecine peut purifier les corps
des métaux imparfaits, de manière
qu'elle les change en véritable
or ou en véritable argent,
& qu'elle puisse faire tous
les autres effets merveilleux que
les possesseurs de ce grand secret
lui attribuent dans leurs écrits.
Quant à savoir s'il y a un tel
secret & remède qu'on appelle
Pierre Philosophale, y a-t-il apparence
qu'un si grand nombre de
personnes qui en ont écrit, &
assuré même avec serment que
ce qu'ils écrivent est véritable,
qu'ils ont fait cette merveilleuse
Pierre de leurs mains, avec tous
les miracles qu'ils publient d'elle;
y a-t-il, dis-je, apparence que
tant d'habiles gens aient menti,
& qu'ils se soient donné la peine
d'écrire tant de Livres sur une
chimère & sur une imagination
P iij
@

174 Secrets de la Philos. des Anciens,
sans fondement? joint à cela
que ces Livres ont été écrits en
des temps bien éloignés les uns
des autres, puisque j'en ai vu faits
à mille ans de distance, & par
des Auteurs d'esprits très-supérieurs
& très profonds: or on
conviendra que de si grands génies
ne s'amusent pas à des bagatelles,
& n'assurent pas avec tant
de démonstrations & d'arguments,
& même avec tant d'expériences
sensibles à ceux qui savent
cet art, s'ils n'avaient la vérité
& l'expérience de leur côté.
D'ailleurs, quels fruits auraient-
ils prétendu tirer d'avoir écrit
des faussetés, & d'en avoir ainsi
imposé? puisque la plupart des
Livres de ces Philosophes n'ont
été imprimés que sous des noms
empruntés, ou sous leurs noms
en anagrammes que l'on ne peut
pas trouver au juste, du moins
une grande partie; & dont plusieurs
@

découverts. 175

ne portent aucun nom,
& beaucoup d'autres n'ont paru
en public qu'après leur mort, ou
après qu'ils avaient disparu, sans
qu'on eut depuis plus entendu
parler d'eux. Il n'y a qu'à lire les
écrits de Geber; de Raimond
Lulle, de Cosmopolite, d'Espagnetus,
& de plusieurs autres de
ce genre; on verra aisément que
ces Philosophes étaient d'un esprit
sublime. D'autres ont écrit
l'histoire de leurs travaux avant
que d'avoir acquis ce grand secret,
faisant voir les erreurs où
ils ont été, & les friponneries &
visions des faux Chimistes; &
ensuite ils ont parlé de ce secret
d'une manière moins philosophique
& profonde: mais leur naïveté
n'est pas la plus faible preuve
des vérités qu'ils ont avancées.
Tels ont été le Trévisan,
Zacharie, Flamel, & plusieurs
autres.
P iiij
@

176 Secrets de la Philos. des Anciens,
Il est vrai que le langage des
Chimistes est obscur, & n'est pas
même intelligible; mais cela est
commun à tous les Livres qui
traitent de quelque Science dont
le Lecteur ignore les principes,
ou dont il n'a aucune connaissance.
Il est vrai aussi que leurs discours
sont le plus souvent pleins
d'énigmes, de paraboles, & souvent
mêlés de contradictions; ce
qui rebute le Lecteur qui voudrait
apprendre: mais ils disent
dans ces mêmes Livres
qu'ils parlent ainsi à dessein de
tromper les ignorants & les grossiers,
cette science étant d'une
nature si relevée & d'un si grand
prix, & ayant après soi de telles
conséquences, qu'on ne peut
l'enseigner clairement sans renverser
l'ordre de la nature, &
sans déranger toute l'harmonie
qui se trouve dans le monde, par
la différence des états; & qu'ils
@

découverts. 177

ne font que rendre témoignage
de la vérité de l'Art, répandant
la vérité avec le mensonge, &
mêlant les paraboles avec le discours
sincère, afin qu'il n'y ait
que les vrais Physiciens & ceux
qui ont assez de lumières qui
puissent développer le vrai d'avec
le faux. Car ils prétendent
qu'un bon esprit qui a compris
les principes fondamentaux de
l'Art, & qui a une véritable connaissance
des matière, peut avec
un peu de peine parvenir à la possession
de ce grand secret, qu'ils
assurent être très facile à acquérir;
ce qui paraît d'autant plus
véritable, qu'ils s'efforcent de
cacher les matières sur lesquelles
il faut travailler, & particulièrement
leur dissolvant; ce qu'ils
n'auraient pas fait si le reste du
travail était fort difficile. Cependant
tous les gens éclairés se
sont aperçus & s'aperçoivent
@

178 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'ils n'ont pas tant caché ces
matières, qu'un homme qui a
quelque principe de Physique ne
les démêle aisément, comme on
pourra le voir dans la suite de ce
Traité, duquel quoique je ne
l'aie fait que pour ma propre
satisfaction & pour m'amuser,
quelques-uns pourront peut-
être tirer de grands avantages.
On peut encore ajouter à toutes
ces raisons spéculatives, que
plusieurs personnes vivant actuellement
& plusieurs Auteurs
graves assurent ou dans leurs Livres
ou de vive voix, avoir vu
l'effet de la transmutation métallique;
& j'ai vu plusieurs personnes
dignes de foi, qui m'ont
assuré l'avoir vue de leurs yeux
& fait de leurs mains, quoiqu'ils
ne sussent pas la composition de
cette précieuse & rare poudre
dont on leur avait donné quelques
@

découverts. 179

grains. Entre ceux-ci je
puis citer feu M. Ménager, que
le défunt Roi d'immortelle mémoire
a employé si heureusement
dans les négociations d'Utrecht
qui était fort mon ami, lequel
m'a assuré avoir vu deux fois
cette transmutation métallique
à deux différents endroits, dont
l'un était Gênes & l'autre Genève;
ce qui lui avait tant donné
de goût pour la recherche de
cette divine poudre, qu'il a dépensé
beaucoup d'argent secrètement
avec plusieurs Particuliers
qui lui promettaient la conquête
de cette toison, pour y parvenir.
Mais comme il avait beaucoup
d'esprit & qu'il se payait
de raisons quand il les trouvait
solides, principalement lorsqu'il
s'était défait de ses préventions;
je lui fis voir si sensiblement la
fausseté des promesses que lui
faisaient ces trompeurs, qu'il se
@

180 Secrets de la Philos. des Anciens,
détermina, quoiqu'avec peine, à
s'en défaire: mais il garda toujours
un opérateur jusqu'à sa
mort, qui arriva, comme tout le
monde sait, lorsqu'il y songeait
le moins, c'est-à-dire subitement.
J'en pourrais nommer plusieurs
autres; mais comme ils ne sont
pas connus, cela serait assez inutile.
Ces raisons & autres doivent
persuader les moins crédules que
l'Art est véritable, mais il est
vrai qu'il est aussi rare de trouver
le véritable possesseur de ce
secret, comme il est commun de
trouver des fripons & des trompeurs
ignorants & visionnaires,
qui veulent faire croire qu'ils
savent ce qu'ils ignorent absolument.
Quant aux raisons qui peuvent
persuader que l'essence séminale
de l'or puisse non seulement
préserver des maladies,
@

découverts. 181

mais encore les guérir toutes; il
faut auparavant considérer l'origine
de tous les maux en général,
& ensuite la nature du remède.
Peu de personnes ignorent que
l'origine des maladies en général
vient des mauvaises digestions,
lesquelles produisent des levains
malins qui s'introduisent dans le
sang, & se jetant sur diverses
parties du corps, causent les obstructions,
ensuite les fièvres, &
enfin cette infinité d'accidents
divers auxquels nous sommes sujets:
or si cette essence aurifique
peut faire l'effet que nous verrons
qu'elle peut faire, c'est-à-
dire de conforter la chaleur naturelle
sans l'enflammer ni dissiper,
comme font ordinairement
les essences végétales, par exemple
l'esprit-de-vin, qui dans le
même temps qu'il réchauffe, brûle
& consomme les esprits & l'humide
@

182 Secrets de la Philos. des Anciens,
radical, comme il est très-
vrai. Si donc au contraire, au
lieu de consommer l'humide radical
qui est le principe de la vie,
puisqu'il contient ce soufre céleste
& cette âme du monde qui
fait vivre tout animal; elle l'augmente
considérablement, rétablit
ce qui pourrait être dérangé
dans le microcosme, & entretient
cette harmonie sans laquelle
nous ne pouvons avoir de santé:
si cette Médecine peut produire
ces deux effets, il est certain qu'elle
détruira les causes des maladies
en confortant les principes
de la vie, & qu'elle pourra même
la prolonger un peu plus qu'on
ne pourrait faire sans ce secours,
en supposant cependant qu'un
homme qui aurait ce remède ne
menât pas une vie déréglée: or
il n'est pas possible que l'essence
de l'or n'ait ces deux propriétés.
Car le soufre & la chaleur qui est
@

découverts. 183

en puissance dans ce corps, & que
nous verrons avoir été mise en
acte par l'Art qui l'a par ce moyen
approché de la nature végétale;
ce soufre, dis-je, & cette chaleur
qui est dans l'or, est un soufre incombustible,
puisque le feu n'a
nulle puissance sur lui, & ne peut
ni l'enflammer ni le détruire: de
même l'humidité qui l'accompagne
est indestructible, quoi
qu'elle se liquéfie à la chaleur du
feu. D'ailleurs cette substance
étant d'une subtilité extrême,
puisque, comme nous l'avons
montré ci-devant, les métaux
sont formés d'un air rempli des
influences célestes condensées
dans le sein de la terre, lesquelles
ont été réduites par l'Art dans
leur première subtilité; il est aisé
de comprendre qu'étant comme
elle est très-pure & très pénétrante,
elle se répand facilement
dans toutes les parties du corps,
@

184 Secrets de la Philos. des Anciens,
conforte les deux principes de la
vie, étant composée de cet esprit
universel qui contient toutes
choses, aide par conséquent
la nature intérieure, expulse par
les pores & sans aucune violence
toutes les impuretés malignes
qui causent l'intempérie, pénètre
& dissout toutes les obstructions,
cuit ce qui est mal cuit &
mal digéré, & par ce moyen
adoucit les acides qui sont la
principale cause des maladies; &
enfin donnant des forces à la nature,
purifiant le sang & détruisant
les ferments malins, ôtant les
obstructions, remettra dans le
tempérament l'harmonie & la
circulation nécessaire à la santé.
Si on considère la nature de
l'or corporel, on y reconnaîtra
les marques des propriétés de son
essence, étant certain qu'il n'y a
pas de corps plus pur dans le
monde, qui soit autant incombustible,
stible,
@

découverts. 185

& qui dans son état corporel
même fasse connaître combien
est grande la subtilité de son
essence, puisque son corps peut
s'étendre d'une manière presque
inconcevable, comme les tireurs
& batteurs d'or le savent très-
bien, & plus encore les Chimistes.
Mais ce que l'on doit considérer
avec plus de soin, c'est que
comme nous l'avons déjà dit,
étant le propre de la nature des
essences séminales de changer
autant que le sujet le permet le
tout en sa nature, l'essence séminale
de l'or qui est d'une pureté
céleste & astrale, & dans laquelle
il y a un mélange parfait des quatre
éléments, dont l'union est indestructible
& incombustible;
cette semence ou ferment pur
changera en éléments très-purs
les ferments naturels, & détruira
en confortant la nature & la
Q
@

186 Secrets de la Philos. des Anciens,
transmuant, tout ce qui est impur
dans le sang & dans les esprits,
sans nulle altération sensible,
sans que les levains les plus
malins qui causent les maladies
puissent agir sur elle, n'y ayant
rien qui puisse agir sur l'or, &
encore moins sur son essence;
dont il résulte qu'elle peut être
une Médecine universelle contre
toutes les maladies les plus obstinées,
puisqu'elle en détruit les
principes, & peut par conséquent
allonger la vie, non seulement
parce qu'elle peut nous délivrer
d'une mort, qui avec les remèdes
ordinaires serait inévitable,
mais encore parce qu'elle fortifie
les principes de la vie. Au reste
je ne crois pas les fables des Alchimistes
sur une espèce d'immortalité
qu'ils supposent; les
bons Philosophes modernes s'en
moquent; c'est pourquoi le
Cosmopolite se laissant interroger
@

découverts. 187

dans son Livre par l'Alchimiste
qui lui demande combien
un homme peut vivre avec
le secret de cette Médecine,
il lui répond, jusqu'au terme préfixe
la mort. Cette Médecine
ne peut pas non plus rétablir les
organes tout-à-fait gâtés, comme
les poumons ou le foie tout-
à-fait pourris & gangrenés: il
faut aussi en user avec discrétion.
Car comme le même Cosmopolite
nous enseigne, elle détruirait
les principes animaux, de
même, dit-il, qu'une flamme
trop grande éteint la plus petite.
Et pour encore mieux faire, il
faut mêler & spécifier l'essence
de l'or avec des choses convenables
à la nature humaine; car
quoiqu'elle ait été rapprochée de
la nature végétable par l'Art,
cependant elle tient encore de la
nature métallique: c'est pourquoi
il faut la rendre encore plus
Q ij
@

188 Secrets de la Philos. des Anciens,
homogène à notre nature, suivant
ce que les Maîtres de l'Art
enseignent, ce qui résout l'objection
qu'on pourrait faire contre
cette Médecine universelle, de
laquelle ceux qui ne la connaissent
pas parlent comme les aveugles
des couleurs. Car enfin nous
ne savons la vertu des choses
que par les effets; & si la Médecine
existe, il faut croire ceux
qui l'ont possédée & ceux qui la
possèdent & qui la connaissent,
quoiqu'ils en ont peut-être trop
exagéré la vertu.
Quant à l'autre effet qui consiste
dans la fixation du vif-argent
commun & du vif-argent
des métaux imparfaits, qui est la
seule substance que la Pierre Philosophique
fixe & transmue en or
ou argent, nous l'avons suffisamment
montré dans la section précédente,
en disant que la semence
de l'or ou de l'argent peut changer
@

découverts. 189

facilement en sa nature aurifique
ou argentique le vif-argent
commun & celui des corps
imparfaits: ainsi il est inutile de
le répéter.

------------------------------

I Ve T R A I T E.

De la manière d'extraire la véritable
& pure essence de l'or & de l'ar
gent,pour en faire ce qu'on appelle
grand oeuvre, ou Pierre Philo
sophale.

J 'Ai supposé jusqu'ici que la
pierre Philosophale que l'on
nomme aussi Médecine universelle,
n'est autre chose que la quintessence
de l'or, & que dans son
extraction & dans la composition
de cette Pierre tant renommée,
il n'y entre autre chose que
l'or ou l'argent; & que si l'on y
ajoute quelque chose pour dissoudre
& corrompre ces corps,
@

190 Secrets de la Philos. des Anciens,
il faut que le dissolvant soit tellement
de la nature de ce qui doit
être dissout, qu'il ne fasse plus
avec ces corps qu'une même
chose, de manière qu'il ne puisse
absolument pas être désuni d'avec
le corps, par la règle générale
que j'ai posée, je veux dire
afin que le dissolvant n'altère
pas l'essence aurifique, ce qu'il
ferait assurément s'il était d'une
nature différente: & j'ai déjà dit
& je le répète, que ce dissolvant
ne peut être que le vif-argent
que tout le monde connaît sous
ce nom, & que l'on vend communément
dans les boutiques
des Droguistes, lequel néanmoins
le Philosophe purifie & prépare
par art chimique, sans aucune
altération de sa substance; & cette
purification ne se fait que
pour le rendre plus homogène à
la pureté de l'or, en le dépouillant
de toutes les terrestréités &
@

découverts. 191

des impuretés qu'il aurait contractées
dans sa minière, comme
tous les autres métaux.
Mais parce que je sais que tous
les Curieux de cet Art ne sont pas
de mon avis, & qu'il y a quasi
autant de sentiments différents sur
ce sujet, qu'il y a de personnes
qui travaillent aux opérations
chimiques, quoique ce que j'en
ai dit jusqu'à présent pourrait ou
devrait suffire pour les fondements
de la science; je vais encore
me servir de l'autorité de nos
Maîtres pour l'appuyer, & je
rapporterai leurs propres paroles,
pour faire voir que ceux qui
pensent autrement & qui travaillent
sur tant de diverses choses,
comme sur l'esprit universel, sels
centriques, minéraux, demi-minéraux,
marcassites, végétaux
ou animaux, excréments & autres
choses semblables (car je ne
finirais pas se je voulais nommer
@

192 Secrets de la Philos. des Anciens,
toutes les choses différentes sur
lesquelles opèrent ceux qui sont
occupés à la recherche de cet
Art, dont je ne crois pas que
deux se servent de même chose)
sont tout-à-fait hors du vrai chemin,
& qu'il n'y a & ne peut y
avoir que les matières que j'ai
dites ci dessus, qui puissent servir
à faire la Pierre des Philosophes.
Peut être que ce petit travail
que je n'ai fait que pour mon
plaisir, pourra être utile à quelques
uns de ceux qui le liront &
qui ont les vrais principes de la
Physique, & qu'ayant lu avec attention
mes autres Traités des
essences minérales, des végétaux
& animaux. Ils connaîtront sensiblement
que dans le seul or est
la semence de l'or, qu'il peut de
venir végétable par un artifice
industrieux & naturel, de même
que le laboureur par la préparation
& culture de la terre contribue
bue
@

découverts. 193

à faire que les grains qu'il
sème dans les temps convenables,
puissent produire de bons fruits
& multiplier dans leurs espèces
ce qu'elles ne feraient pas, ou du
moins pas si bien, s'il les laissait
à l'air & à la seule nature, sans
avoir auparavant disposé la
terre.
Je sais bien que les Auteurs qui
ont traité de cet Art ont écrit avec
beaucoup d'obscurité & par énigme,
qu'ils se contredisent à tous
moments, ou semblent le faire;
qu'ils mêlent quelquefois le mensonge
avec la vérité, ou du moins
nous le croyons ainsi, parce que
souvent ils confondent le commencement
de l'oeuvre avec la
fin, dont les opérations sont différentes,
afin de nous mieux tromper,
ou de nous embarrasser davantage.
On dira aussi que j'ai
choisi les passages qui pouvaient
soutenir le mieux mon sentiment,
R
@

194 Secrets de la Philos. des Anciens,
& qu'on pourrait m'en apporter
d'autres tout-à-fait opposés: je
répondrai à cela que rien ne se
contredit dans les Ecrits des
vrais Auteurs, qu'il n'y a qu'à
bien les entendre; que s'ils ont
mêlé les opérations, ou qu'ils
aient nommé diverses choses qui
paraissent contraires, ils n'ont
cependant prétendu parler que
des mêmes choses, auxquelles ils
ont seulement donné différents
noms, à dessein de tromper les
ignorants, qui sans raison veulent
parvenir à cette science qui est le
plus fin de la Philosophie naturelle;
& je soutiens que le véritable
philosophe qui connaît
les principes naturels, n'y sera
point trompé, parce qu'il saura
distinguer non seulement les opérations,
mais encore ce qui
conviendra à l'oeuvre, sans s'arrêter
à la différence des noms.
Or j'ai donné de telles instructions
@

découverts. 195

sur les principes de cet
Art dans mes autres Traités des
essences séminales, & dans la section
précédente, qu'à moins que
d'avoir la tête très-dure & l'entendement
obstrué, on ne doutera
pas de ce que les Philosophes
vont nous dire, & on aura en
même temps la clef de leurs paraboles
& énigmes, dont je parlerai
aussi dans la suite de ce Traité.
La première règle que tous les
Philosophes naturels nous donnent
pour entendre leurs Livres,
pour démêler ce qui paraît
mensonge d'avec la vérité, c'est
que le bon Physicien doit considérer
ce qui est conforme à la nature:
car quand ils disent quelque
chose qui paraît y être contraire,
nous devons croire, comme
ils l'assurent eux-mêmes, qu'ils
n'en usent ainsi que pour cacher
la science aux ignorants, qui
R ij
@

196 Secrets de la Philos. des Anciens,
n'ont rien en vue que les richesses
dans cette recherche. Ils
donnent encore une autre règle
pour trouver le bon chemin &
bien entendre leurs Livres, c'est
que dans les choses ou ils s'accordent
tous, c'est ou certainement
ils disent vrai; & c'est en
effet dans la concordance où est
la vérité.
Or ils conviennent tous sur ce
point, & ils le répètent continuellement,
que dans l'ordre de
la nature chaque chose s'engendre
& se multiplie par la semence
de son espèce, & non autrement.
Ils nous disent aussi tous & à tous
moments que l'homme engendre
l'homme, le cheval le cheval, &
qu'il n'y a que le métal qui puisse
produire le métal, & par conséquent
l'or qui puisse produire
l'or: ils sont tous d'accord en
cela, il les faut donc croire.
Ils ajoutent que les métaux
@

découverts. 197

ont leur semence multiplicative
qu'il faut extraire par l'art, car
elle est cachée dans le profond
du corps dur & presque inexpugnable
de l'or. Dans l'or, dit Augarellus,
est la semence de l'or,
quoiqu'elle soit enchaînée &
puissamment retenue dans son
corps. La vertu multiplicative,
dit Ispagnettus, est cachée dans
le corps des métaux; elle a besoin
du secours de l'art pour être
mise en action: les corps des métaux
plus parfaits ont une semence
plus parfaite, & sous leur
écorce dure est la semence parfaite;
& qui saura rompre les
liens qui la tiennent enchaînée,
en dissolvant le corps par une dissolution
philosophique, celui-là
marche dans le chemin royal de
la vérité. Mais parce qu'il serait
long, de citer tous les Auteurs
qui conviennent de cette vérité,
je n'en dirai pas davantage.
R iij
@

198 Secrets de la Philos. des Anciens,
Il est vrai qu'il y en a peu qui
expliquent ce que c'est que cette
semence, & que ceux qui ne sont
pas bons Philosophes ne comprennent
pas que les métaux
puissent avoir une semence: j'ai
tâché dans mes précédents Traités
de leur faire voir clairement
qu'ils en ont, & j'ai fait de mon
mieux pour leur rendre sensible.
Une autre raison naturelle,
nous disent-ils, pour montrer
que la Pierre des Philosophes
doit être formée d'une substance
métallique, & de la substance
même de l'or ou de l'argent
c'est premièrement qu'il faut
que la Pierre transmutative puisse
s'unir intrinsèquement au métal
que vous voulez transmuer
en or ou en argent; or il n'y a
rien qui s'unisse intrinsèquement
aux métaux que ce qui est métallique;
il faut donc que la matière
de la Pierre soit métallique, il
@

découverts. 199

faut aussi qu'elle soit de nature
incombustible & parfaitement
fixe, puisqu'elle doit donner la
fixité au vif-argent, & garantir
les métaux imparfaits de brûler
au feu ardent: or il n'y a que l'or
qui soit parfaitement fixe & incombustible,
& après lui le vif-
argent qui est aussi de nature incombustible,
quoique non fixe;
car quoiqu'il s'envole du feu, ou
qu'il se réduise en poudre par le
feu, il revient toujours dans sa
nature fluide d'argent-vif. Ceux
donc qui travaillent sur autre
chose que sur l'or & l'argent,
pour vouloir faire de l'or & de
l'argent, perdent leur temps &
leur bien. Ecoutez Arnaud de
Villeneuve. La cause de l'erreur
de ceux qui ne réussissent pas
dans cet Art, c'est qu'ils ne travaillent
pas en matières convenables;
car il est certain qu'il
n'y a que l'homme qui engendre
R iiij
@

200 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'homme, & le cheval qui engendre
le cheval: les matières sur lesquelles
ils travaillent étant fort
éloignées de la nature des métaux,
& particulièrement de l'or,
il est assurément impossible qu'ils
puissent engendrer aucun métal;
parce que les métaux ne s'engendrent
& ne peuvent se multiplier
que par leur propre sperme, &
chaque métal ne peut produire
qu'une semence propre & de sa
nature. C'est pourquoi la première
chose à quoi il faut s'appliquer,
c'est de connaître ce que
c'est que le sperme des métaux,
& où on le peut prendre, car on
ne trouve pas une chose où elle
n'est pas; & les métaux ou leurs
spermes ne se trouvent pas dans
les chevaux, dans les oeufs, dans
les herbes, ou dans d'autres choses
semblables.
Nous avons montré ci-devant
que le sperme de quelque individu
@

découverts. 201

que ce soit, est l'humidité radicale
essentielle de la chose,
ce qu'on appelle mercure, dans
lequel sperme, réside la véritable
semence & l'esprit minéral qui
est invisible: donc le sperme de
l'or est son mercure, duquel par
l'art on peut tirer la véritable
semence, ou la quintessence séminale
aurifique; & qui travaille
sur autre chose perd son temps.
Il y en a, ajoute Arnaud, qui
prennent les esprits minéraux,
qu'ils subliment & calcinent:
mais leur ouvrage est vain, car
ils ne sont point les spermes des
métaux, excepté le mercure, &
le soufre qui est la présure: de
même que pour la génération
des hommes ou des animaux il
ne faut aucun mélange que celui
des deux spermes du mâle & de
la femelle, de même devons-nous
joindre les deux spermes dans
notre magistère. C'est ce que
@

202 Secrets de la Philos. des Anciens,
tous les Philosophes disent avec
Arnaud de Villeneuve, & la plupart
commencent leur Livre par
nous enseigner la manière dont
les métaux se produisent dans les
minières, & que les principes
immédiats donc ils sont formés
ne sont autres que l'argent-vif &
le soufre; mais que seul or est
formé d'un argent-vif très-pur,
& d'un soufre pur & incombustible,
& qui par conséquent a
changé sa nature brûlante, lequel
soufre teint & coagule l'argent-vif
en or. Mais parce que
quelques-uns pourraient croire
que le soufre & l'argent-vif vulgaire
pourraient être la matière
de la Pierre, en les mêlant & cuisant
ensemble, comme je sais que
plusieurs l'ont fait; il faut leur
faire voir que cela est impossible
par deux raisons. La première
est que le souFre parfait qui coagule
l'or est incombustible, &
@

découverts. 203

qu'il a changé de nature, tant
parce qu'il ne brûle plus, qu'à
cause que la nature l'a dépouillé
de toutes ses impuretés terrestres
& grossières qui causent son inflammabilité,
ce que l'art ne
saurait faire, ou du moins en
un très long-temps; & d'autant
plus qu'il faudrait le rendre fixe,
ce qui demande encore un long
travail. Mais l'autre raison encore
plus forte, c'est que l'homme
ignore les proportions du
mélange qu'il faut faire du soufre
avec le mercure, afin que ce
mélange forme l'essence aurifique;
car un peu plus ou un peu
moins gâterait toute la nature
du composé: c'est pourquoi ils
nous conseillent de prendre ce
soufre incombustible & pur,
mêlé avec son vif-argent pur
& fixe dans les corps où la nature
l'a mis, & de l'extraire
d'eux, en dégénérant les mêmes
@

204 Secrets de la Philos. des Anciens,
corps pour en avoir la quintessence
qui est le véritable soufre &
le véritable mercure des Philosophes;
ce qui ne se peut faire
que par la dissolution du corps.
Ecoutez Roger Bacon, qui nous
enseigne de quelle manière il
faut tirer le mercure & le soufre
incombustible pour faire la Pierre
des Philosophes; & quoiqu'il
l'enseigne avec obscurité & par
des détours ordinaires, cependant
il est aisé de le découvrir.
C'est Nous avons montré, dit-il,
le III. dans les chapitres précédents,
de son comme les métaux parfaits &
Miroir imparfaits se produisent dans la
d'Al- terre; voyons à présent quelles
chimie. sont les matières qui peuvent
perfectionner les métaux imparfaits.
Je dis donc que nous avons
vu que tous les métaux sont formés
d'argent-vif & de soufre, &
que l'impureté qui se trouve
dans ces deux principes, est
@

découverts. 205

cause de l'imperfection & corruption
de quelques métaux; &
d'autant qu'on ne peut pas ajouter
aux métaux aucune chose qui
ne soit venue d'eux-mêmes &
qui ne soit de leur origine, d'autant
que s'ils étaient de nature
diverse, ils ne se pourraient pas
mêler ensemble intimement: il
paraît clairement qu'aucune
chose ne peut perfectionner les
métaux imparfaits, ni les transmuer
en une nature métallique
plus parfaite, qu'une nature qui
tire son origine de ces deux principes,
c'est-à-dire de l'argent-
vif & du soufre, & qu'on ne doit
employer aucune chose étrange
& différente de la nature métallique.
C'est pourquoi il me paraît
étonnant qu'il y ait des gens
tant-soit-peu, raisonnables qui
puissent fonder leur opinion sur
les animaux & sur les végétaux,
qui sont des choses fort éloignées
@

206 Secrets de la Philos. des Anciens,
de la nature des métaux,
lorsque nous avons des choses
prochaines en nature. Il ne faut
pas croire qu'aucun Philosophe
ait mis l'Art dans des choses si
éloignées, que par similitude;
car on sait bien que les métaux
ne se produisent que d'argent-
vif & de soufre, & qu'aucune
chose ne s'attache ni ne s'unit à
eux, ni peut les altérer ni transmuer,
que ces deux choses, ou
celles qui viennent immédiatement
d'eux: c'est pourquoi la
droite raison veut que nous prenions
l'argent-vif & le soufre
pour la matière de la pierre,
mais faites bien attention que ni
l'argent-vif seul, ni le soufre seul
n'engendrent pas le métal, mais
que leur génération se fait de la
mixtion de tous les deux ensemble,
& que c'est de leur différent
mélange que se produisent les
différents métaux, comme aussi
@

découverts. 207

différents minéraux métalliques:
donc il est constant que nous
devons choisir une matière qui
soit formée du vif-argent & de
soufre mêlés ensemble, sans que
l'Artiste se mette en peine de faire
ce mélange, dont il ignore les
doses. Mais la fin de notre Secret
est très-excellente & fort cachée,
de savoir de quelle chose
minérale plus proche & plus immédiatement
on peut ou doit
composer la Pierre; car c'est précisément
ce que nous devons
chercher & choisir avec grand
soin, puisque nous ne saurions
rien faire sans cela. Supposons
donc que quelqu'un choisisse
pour matière de la Pierre les végétaux,
comme les herbes &
tout ce qui végète sur la terre,
il faudrait toujours par une longue
décoction & par un art
qu'on ne connaît point, en faire
du vif-argent & du soufre, duquel
@

208 Secrets de la Philos. des Anciens,
travail nous sommes dispensés,
quand la nature nous
donne le soufre & l'argent-vif
tout fait. Si nous choisissons
quelque chose des animaux,
comme est le sang humain, les
cheveux, l'urine, les excréments,
les oeufs de poules ou d'oiseaux,
& toutes autres choses qui proviennent
des animaux; il faudrait
par la décoction & par un
art que tous Chimiste ignore,
en faire de l'argent-vif & du soufre,
duquel travail nous sommes
dispensés. Et si nous choisissions
quelqu'un des moyens
minéraux, comme dans tous les
genres de magnésies, marcassites,
tuties, atraments, vitriols,
aluns, borax, sels, & plusieurs
autres choses fossiles & minérales
de cette nature; il faudrait
aussi par la décoction & par l'art
en faire de l'argent-vif & du soufre,
lequel travail serait inutile.
Et
@

découverts. 209

Et si nous choisissions quelqu'un
des sept esprits tout seul, comme
le vif-argent, le soufre vif,
ou l'orpiment, ou l'arsenic citrin,
ou le rouge, ou son compagnon,
chacun à part, tout cela
serait inutile, parce que comme
la nature ne perfectionne aucune
chose sans un mélange égal
& déterminé des deux, c'est-à-
dire de l'argent vif & de l'un
des soufres, & que nous ne savons
& ne pouvons pas faire ce
mélange avec les proportions
convenables que l'esprit humain
ignore: & après il le faudrait
cuire en une masse solide & fixe.
C'est pourquoi nous n'avons pas
besoin de prendre aucun d'eux
dans leur propre nature de vif-
argent & de soufre, & même il
nous serait inutile de le faire,
puisque nous ignorons les proportions
nécessaires à ce mélange,
& que nous trouvons des
S
@

210 Secrets de la Philos. des Anciens,
corps dans lesquels ce vif-argent
& ce soufre sont proportionnés
& coagulés d'une manière juste,
& assemblés comme ils nous sont
nécessaires. L'or est un corps
parfait & masculin, sans aucune
superfluité, & dans lequel
il n'y a rien qui manque; & si
par la seule liquéfaction il pouvait
pénétrer intimement les imparfaits,
il les perfectionnerait,
& il serait l'élixir au rouge. L'argent
est aussi un corps quasi parfait,
& s'il pouvait par la fusion
ordinaire pénétrer & se mêler
intimement avec les imparfaits,
il serait l'élixir au blanc. Mais
cela n'est point & ne peut être,
parce qu'ils sont seulement parfaits;
car si leur perfection était
commissible avec les corps imparfaits,
c'est-à-dire s'ils étaient
assez subtils pour pouvoir pénétrer
dans les parties les plus
internes des corps imparfaits, ils
@

découverts. 211

les perfectionneraient; mais étant
tels qu'ils sont, les imparfaits
diminuent plutôt ce qu'ont
de perfection l'or & l'argent,
quand ils sont mêlés ensemble.
Mais si les parfaits étaient rendus
plus que parfaits au double,
au triple, ou au centuple, & encore
plus, pour lors ils perfectionneraient
les imparfaits:
mais parce que la nature opère
simplement, leur perfection est
simple, & ne peut se communiquer
tant qu'ils sont dans leur
état naturel & dans leur corporéité
grossière; car s'il était autrement,
la nature n'aurait pas
besoin de l'art, lequel pour abréger
les met dans la composition
de la Pierre pour lui servir de
ferment, & les réduit dans leur
première nature, en faisant que
le volatil surmonte en quantité
le fixe: & parce que l'or est un
corps parfait, formé d'argent-
S ij
@

212 Secrets de la Philos. des Anciens,
vif rouge & clair, & d'un semblable
soufre, nous ne le choisissons
pas seul, parce qu'il est seulement
parfait, à moins que nous
ne l'aidions par une purification
ingénieuse; car il est se fortement
cuit & digéré par sa chaleur naturelle,
qu'à peine pouvons nous
agir sur lui avec notre feu artificiel:
& quoique la nature l'ait
perfectionné, elle n'a pu cependant
le purifier & perfectionner
intimement; elle n'avait pas besoin
même de lui donner une
plus grande perfection. Ainsi si
nous choisissons l'or ou l'argent
seuls & tels qu'ils sont pour la
matière de la Pierre, à peine
trouverions-nous le feu qui eût
action sur eux; & quand même
nous aurions le feu, nous ne
pourrions jamais parvenir à son
intime purification, à cause de
sa grande compaction & de la
forte union de ses parties. C'est
@

découverts. 213

pourquoi il ne nous est pas nécessaire
de prendre le premier au
rouge tout seul, & le second au
blanc, * puisque nous avons une
chose & un corps composé d'un
soufre & d'un argent vif aussi
pur & aussi net, & sur laquelle
matière la nature a opéré fort
peu, & même point du tout; en
sorte qu'avec notre feu artificiel
& avec l'expérience de notre art,
& par une action ingénieuse &
continuée, nous pouvons parvenir
à la décoction convenable,
à sa purification, coloration &
fixation. Il faut donc choisir une
matière dans laquelle il y ait un
argent-vif pur, clair, blanc &
rouge, qui ne soit pas venu à perfection,
mais mélangée également
& proportionnellement par
des moyens convenables avec un

* Ici Bacon commence à déguiser la vérité, mais dans la fin de ce chapitre il fait assez
connaître la matière.

@

214 Secrets de la Philos. des Anciens,
tel soufre, & coagulée en masse
solide, afin qu'avec notre art &
avec notre feu artificiel nous
puissions parvenir à sa modification
& purification intime, & les
rendre tels, qu'après la fin de
l'ouvrage ils soient mille & mille
fois plus parfaits que ces corps
simples qui ont été cuits par la
chaleur naturelle. Soyez donc
sage; car si vous êtes un peu habile
& ingénieux dans la lecture
de mes chapitres, vous trouverez
que je vous ai enseigné assez clairement
la manière d'opérer, &
le choix que vous devez faire de
la matière de la Pierre.
Bacon a déguisé un peu la vérité,
en disant que l'or & l'argent
ne sont pas la matière de la
Pierre; & il est certain qu'ils ne
le sont pas seuls, car il faut un
argent-vif pur & net, lequel
contient aussi dans son intérieur
son soufre blanc & rouge, pour
@

découverts. 215

réincruder ces corps parfaits
afin de les rendre ensuite mille
& mille fois plus parfaits par le
moyen de leur feu qui est l'argent-vif:
ce qu'il dit dans le chapitre
suivant le déclare assez. Je
crois, dit-il, que si tu n'as pas la
tête dure, & que tu ne sois pas
tout à-fait enveloppé du voile
de l'ignorance, tu as pu conjecturer
par mes paroles quelle est
la matière de la Pierre pour perfectionner
les métaux imparfaits,
c'est-à-dire qu'il faut la faire
avec ceux qui sont plus que parfaits.
Et d'autant que la nature
ne nous a donné uniquement
que les imparfaits, il faut que
par notre art nous rendions plus
que parfaite la matière connue
& dont nous avons tant parlé
dans nos chapitres; & si nous
ignorons la manière d'y opérer,
nous devons considérer comment
agit la nature.
@

216 Secrets de la Philos. des Anciens,
Son compagnon Richard Anglois,
dans son Correctoire, éclaircit
le peu d'obscurité que
l'on trouve dans le discours de
l'autre; ou, comme il y a bien
de l'apparence, les paroles de
Bacon ont été altérées par les
envieux qui l'ont fait imprimer.
Ecoutons donc Richard, lequel
après s'être fort étendu sur la
manière dont les métaux se produisent
dans les minières, &
ayant fait connaître qu'ils se forment
de soufre & d'argent-vif, il
continue ainsi.
Ceux-là sont bien fous, dit-il,
qui mettent en avant tant de sophistications
pour tromper les
hommes, & tant de choses peu
probables, & qui n'ont nul fondement
en nature. Ils extravaguent
en prenant un arrière-
faix, des coques d'oeufs, des
cheveux, le sang d'un homme
roux, les basilics, les vers, toutes
sortes
@

découverts. 217

sortes d'herbes, les excréments
humains & d'autres animaux; &
ainsi ils prétendent avec des choses
très-méchantes, imparfaites
& très-éloignées du sujet, donner
la perfection aux métaux.
Mais parce que dans leurs imaginations
ils n'ont jamais su
connaître ce qu'ils devaient faire,
ils ont prétendu qu'en semant
de la fiente ils pourraient
recueillir de l'or; ce qui paraît
impossible, suivant l'axiome que
votre récolte sera semblable à ce que
vous aurez semé: c'est pourquoi celui
qui sèmera de la fiente, ne recueillera
que de la fiente. Ainsi il
n'est pas étonnant si ceux qui
veulent faire nos merveilles avec
des choses si vilaines & si éloignées
de la nature métallique,
sont trompés, de même que ceux
qui ajoutent foi à ce qu'ils disent.
Semez donc l'or ou l'argent,
si vous voulez qu'ils apportent
T
@

218 Secrets de la Philos. des Anciens,
un fruit convenable à votre travail,
& suivant la nature; car
c'est l'or & l'argent seuls qui
peuvent produire l'or & l'argent,
& il n'y a autre chose au
monde qui le puisse faire, d'autant
que toutes les autres choses
sont détruites & brûlées par le
feu; & c'est folie de chercher
une chose dans un sujet & dans
un lieu où elle n'est pas: c'est
donc une vanité de chercher la
source de l'or & de l'argent dans
les choses fétides & adustibles.
Il continue dans la suite à
montrer que quoique le soufre &
le mercure commun, soient les
principes prochains des métaux,
cependant le soufre & le mercure
commun, tels qu'ils sont dans
leur nature, n'entrent point dans
l'ouvrage du Philosophe, lequel
cherche le soufre & le mercure
très-fixes, très-purs & incombustibles,
dans les lieux où la nature
@

découverts. 219

les a produits, & non ailleurs.
Voila ses paroles, qui montrent
la différence qu'il y a entre
le soufre commun & celui des
Philosophes; il faut à présent
voir quelle différence il y a entre
le simple soufre combustible
vulgaire & le soufre incombustible
des Philosophes, d'autant
qu'ils disent que le soufre coagule
le mercure. Il faut donc savoir
si tout soufre coagule le
mercure, j'entends en métal parfait,
tel que fait le soufre de la
Pierre: on ne balance point à
dire que non, parce que, selon
les Philosophes, tout soufre vulgaire
est contraire aux métaux.
C'est pourquoi Avicenne dit
qu'il n'entre pas dans notre magistère,
car le soufre vulgaire salit,
infecte & corrompt, de quelque
manière & par quelque artifice
qu'on le prépare, d'autant
qu'il est un feu infecté & sale;
T ij
@

220 Secrets de la Philos. des Anciens,
car si on le fixe, il empêche la fusion,
comme Geber & l'expérience
font voir, & alors il n'est pas
possible de le joindre aux corps
métalliques, puisqu'il est contraire
à leur fusion. Cela paraît assez
dans le fer, qui contient en lui
un soufre grossier, terrestre & fixe;
& si le soufre est calciné, il se
réduit en une substance terrestre
& semblable à une terre morte,
non fusible: comment donc
pourrait-il donner la vie aux autres
métaux? Il a aussi une double
superfluité & imperfection,
c'est-à-dire une substance inflammable
& des ordures terrestres;
c'est pourquoi il ne nous
sera pas difficile de voir la différence
qu'il y a entre le soufre
vulgaire & celui des Philosophes,
qui est un feu vif simple & vivifiant
les autres corps morts, qui
les mûrit & nettoie, suppléant
aux défauts de nature, parce
@

découverts. 221

qu'il est plus mûr, puisqu'étant
très-pur en lui-même, par notre
artifice il est de plus en plus dépuré,
& mené à une plus grande
perfection. C'est ce qui fait, dit
Avicenne, qu'un tel soufre ne se
trouve point sur la terre, si ce
n'est que parce qu'il existe dans
les corps du Soleil & de la Lune;
mais il est plus parfait dans le
Soleil, parce que son corps est
plus cuit & plus épuré: or les
philosophes ont fort subtilement
imaginé la manière dont ils pourraient
tirer de ces deux corps
leur soufre, c'est-à-dire leur
sperme, leur semence ou essence
séminale, & comment ils pourraient
purifier leurs qualités par
l'art, c'est-à-dire séparer l'essence
du corps hétérogène, suivant
les moyens de nature, & faire
en sorte que leur vertu occulte,
l'esprit séminal qui est caché
dans le fond de leur corps, pût
T iij
@

222 Secrets de la Philos. des Anciens,
paraître & se réduire à l'acte:
& ils disent tous que cela ne se
peut faire que par la dissolution
& putréfaction des dits corps, les
réduisant en leur première matière,
c'est-à-dire en argent-vif,
duquel ils ont été formés au
commencement; ce qu'il faut
faire sans y mêler rien d'étrange,
les choses étranges n'ayant
nulles qualités pour perfectionner
la Pierre, c'est-à-dire la
quintessence de l'or & de l'argent;
au contraire elles gâtent
& altèrent la vertu séminale de
l'espèce. En effet une chose ne
peut être dite convenable à une
autre, que quand elle lui est propre
en nature, comme est cette
Médecine, qui est simple & de
nature minérale, faite & produite
par l'humidité du mercure
dans lequel l'or & l'argent ont
été auparavant dissous; de même
que si vous mettez la glace en
@

découverts. 223

l'eau, l'eau & la glace ne font
plus qu'un seul corps & une même
substance; mais si la glace ne
se résout point dans l'eau, la glace
ne se joint point à l'eau, quoiqu'elle
y demeure, & l'eau n'est
point imbue ni remplie de la qualité
froide qui est le propre de la
glace. De même, si vous ne savez
rendre le corps de l'or en
mercure par le moyen du mercure,
vous ne pourrez jamais avoir
la vertu qui est cachée & comme
congelée dans ce corps; cela
veut dire que vous ne pourrez
pas avoir le soufre parfait, cuit
& digéré par la nature dans la
mine, qui est la quintessence de
l'or. Ainsi quoique la nature &
l'or soient deux choses, la Pierre
est une, la substance est une, &
la Médecine unique, qui cependant
est appelée par les philosophes
rébis; c'est-à-dire une chose
composé de deux qui ne font
T iiij
@

224 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'une en nature & en substance.
Il est aisé d'entendre que c'est
l'esprit & le corps, rouge ou
blanc, le vif-argent, & l'or ou
l'argent; ce qui a trompé plusieurs
ignorants, qui ont donné
une mauvaise interprétation au
mot de rébis. Il est vrai que cela
signifie deux choses, en effet ce
sont deux choses; mais ces deux
choses n'en font qu'une, puisque
ce n'est autre chose que l'eau ou
l'esprit joint au corps, lequel
corps se doit au commencement
résoudre en esprit, ou pour parler
plus clairement, en esprit
minéral, de laquelle il avait été
produit auparavant; & par ce
moyen, du corps & de l'esprit se
forme une eau minérale que l'on
nomme élixir, ou plutôt ferment,
puisqu'il corrompt ensuite & assimile
la pâte métallique à sa nature;
& ainsi le corps & l'esprit
ne sont plus qu'une même chose,
@

découverts. 225

de laquelle on fait la teinture &
la médecine de tous les corps
qu'on veut purger, ce qui paraît
impossible aux ignorants: & ce
ce n'est que de cette manière que
nous pouvons avoir le même soufre
& le même mercure sur la
terre, desquels la nature a fait
l'or & l'argent dans le profond
de ce globe; ce qui marque la nécessité
qu'il y a que l'art imite la
nature, & qu'il n'est pas possible
d'y parvenir par d'autres
moyens.
Avicenne que Richard a cité,
dit en fort peu de mots que celui
qui veut faire l'élixir au blanc,
trouvera le soufre blanc dans
l'argent, & le soufre rouge dans
l'or; & parce qu'un tel soufre ne
se trouve en aucun autre lieu sur
la terre que dans ces deux luminaires,
il faut donc préparer ces
deux corps, & les rendre extrêmement
subtils, afin que vous
@

226 Secrets de la Philos. des Anciens,
puissiez tirer d'eux un soufre &
un argent-vif semblables à ceux
qu'ont formé l'or & l'argent
dans le fond du globe terrestre.
Ce soufre & cet argent-vif
étant purifié & exalté par l'art
en quintessence, est le véritable
sperme ou semence métallique,
végétable & multiplicative, comme
on l'a déjà montré.
L'or donc est la véritable matière
de la Pierre des Philosophes:
il n'est cependant pas lui-
même la Pierre, quoique quelques
Auteurs semblent le dire;
mais ils prennent exprès le contenant
pour le contenu, à la manière
des Poètes. Il est certain
que l'or dans son état simple & sa
corporéité grossière, n'a aucune
action transmutative; car comme
il a déjà été dit, il n'y a que
la quintessence séminale qui puisse
végéter & transmuer en sa nature
aurifique l'argent-vif commun
@

découverts. 227

& celui des métaux, n'y
ayant uniquement que l'argent-
vif qu'elle transmue & assimile.
Il faut donc dépouiller l'or de sa
corporéité & de ses superfluités
terrestres, car il en a comme les
autres corps, pour avoir son âme
végétable qui est la quintessence
& c'est ce que nos Maîtres
appellent exalter l'or au plus
haut degré de perfection, le rendre
plus digeste, extraire son soufre,
sa teinture, sa semence, le
subtiliser, & rendre ce corps spirituel;
ce qui ne se peut faire
qu'en dissolvant & purifiant ce
corps par une dissolution & putréfaction
naturelle, c'est-à-dire
qui n'altère point son essence: &
cette dissolution naturelle ne se
peut faire que par une humidité
homogène qui le ramollit & le
réduit en substance liquide, &
alors l'art peut séparer le grossier
du subtil, & l'âme du corps,
@

228 Secrets de la Philos. des Anciens,
Et comme il n'y a que l'argent-
vif qui soit de la nature prochaine
de l'or, c'est par lui seul qu'on
peut faire cette dissolution, qui
nous donne le moyen d'avoir la
substance plus que parfaite de
l'or ou de l'argent, qui est ce
qu'on appelle Pierre Philosophale &
Médecine de tous les corps: & quoique
cette vérité soit évidente
par tout ce que j'en ai dit, je le
confirmerai encore par les sentences
de nos Maîtres.
Chap. La Pierre des Philosophes, dit
10 des le Cosmopolite, n'est autre chose
12 que l'or digéré & exalté au suprême
Trait. degré de perfection, c'est-
à-dire réduit en quintessence.
Som- Geber: L'or est la teinture au
me de rouge, car il teint & transforme
perfe- tous les corps métalliques.
ction, Augurellus: Dans l'or est la
cap. 32 semence de l'or, quoi qu'elle soit
& 33. étroitement enfermée dans le
plus profond de son corps.
@

découverts. 229

Ispagnettus: Celui qui cherche Canon
la teinture des Philosophes 23.
ailleurs que dans le Soleil & la
Lune, perd son temps & sa peine;
car l'or seul peut donner la teinture
exubérante aurifique, &
l'argent la teinture argentifique.
Que ces deux métaux sont appelés 29.
parfaits par plusieurs raisons,
mais entr'autres parce
qu'ils abondent en soufre très-
dépuré & fixé par la nature. Que 30.
ces deux métaux ont deux propriétés
qu'ils peuvent communiquer
aux autres imparfaits,
c'est-à-dire la teinture resplendissante
& parfaite, & la fixité
parfaite, parce qu'eux seuls ont
ces deux propriétés: ainsi ceux
qui les cherchent ailleurs ne les
trouveront pas, car on ne peut
trouver une chose où elle n'est
pas.
Richard Anglois: Le soufre Dans
des Philosophes se trouve dans le petit
@

230 Secrets de la Philos. des Anciens,
Rosai- Soleil, en le digérant & cuisant
re. long-temps, & le soufre blanc dans
la Lune.
Ispagnettus: Notre teinture
n'est autre chose que le soufre
rouge tiré du corps de l'or.
Au Valois, que le Cosmopolite a
com- si fort imité: Crois seulement que
mence- l'homme engendre l'homme, &
ment le métal le métal: car quoique
du II. l'or soit dit mort, il a cependant
Livre. en lui la semence par laquelle il
peut être multiplié à l'infini. Et
à un autre endroit il dit: Tiens
pour certain que l'or est le commencement
de notre grand oeuvre,
mais non pas en l'état où il
est, parce qu'il est dur & solide,
& très-uni dans toutes ses parties;
c'est pourquoi il le faut
rompre & briser, & puis après
faire opérer la nature: aussi est-
il dit qu'il faut le réduire en sa
première matière qui n'est autre
chose que vif-argent, duquel il
@

découverts. 231

a été premièrement créé & engendré;
mais d'autant que pour
le réduire à cette première matière
nous avons besoin d'une nature
liquide, ainsi que le safran jette
sa teinture dans l'eau. Car
qu'elle chose peut rendre liquide
un corps qui est déjà fort dur &
sec, si ce n'est une matière liquide,
comme on voit que la boue
est faite d'eau & de terre? Il faut
donc une eau tiède dans laquelle
ledit corps se convertira & dissoudra;
& au lieu qu'il est épais,
il deviendra boueux & fangeux:
& cela se fait par deux raisons,
c'est-à-dire pour le purger & nettoyer
d'aucune impuretés qui
par nature sont demeurées en
lui; & il ne peut être nettoyé
qu'en lui ôtant sa dureté, d'autant
qu'en l'état où il est, ni même
quand il est fondu, rien n'en
peut être séparé, à cause qu'il est
amolli par la solution qui facilite
@

232 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'humidité qu'il désire: alors les
évacuations se font d'elles mêmes,
& les impuretés se séparent
par la simple digestion.
Je ne sais si on peut enseigner
l'art plus clairement & avec des
raisons plus évidentes: cependant
les Artistes n'en veulent
rien croire; ils s'imaginent en
savoir davantage, n'ayant la
plupart pour objet de leurs opérations
que l'esprit universel,
les sels centriques, & autres
imaginations chimériques. Mais
voyons la suite du même Auteur.
Jaçoit, dit-il, que la Pierre des
Philosophes soit partout & en
tous lieux, c'est à-dire le principe
universel de toutes choses, &
par conséquent de la même Pierre,
elle n'est pourtant parfaitement
& prochainement que
dans l'or, car en icelui est enclose
toute la puissance de nature,
qui
@

découverts. 233

qui est dite soufre & feu: car c'est
une vertu astrale, qui après plusieurs
circulations dans la terre,
est condensée & épaissie par double
vertu avec l'humidité de
l'air, qui à mesure lui a été adjointe:
ainsi dans l'or est la Médecine
universelle & la source de
vie.
Vicot son compagnon dit: La
Pierre est une quintessence descendue
du Ciel en terre, qui
donne vie à toutes les choses du
monde. Sa première origine est
au Ciel, & secondement selon
l'art elle est dans l'or & dans l'argent,
c'est-à-dire liquides & molles
de leur nature, qui est l'argent-vif.
Nous avons déjà dit comment
l'air imprégné des influences des
astres, s'épaissit dans la terre &
produit les métaux, & que de la
plus pure & subtile substance se
produit l'or & l'argent, qui sont
V
@

234 Secrets de la Philos. des Anciens,
les matières de laquelle on fait la
Pierre; & les Livres de ces deux
Philosophes sont remplis d'une
telle doctrine, que le Cosmopolite
semble avoir copiés dans ses
douze Traités.
Il faut donc ramollir l'or, & le
réduire en mercure par le mercure
qui est essentiellement de la
nature de l'or, aussi incombustible
& aussi parfait que lui, quoiqu'il
soit volatil: mais sa volatilité
n'empêche pas que sa nature
ne soit inaltérable; il ne tire ses
propriétés, comme dit Geber,
que de l'incombustibilité de l'argent-vif,
Som. c'est pourquoi il s'écrie
perf. que béni soit le grand & sublime
l. I,cap. Auteur de la Nature, qui a créé
3. l'argent-vif, & qui lui a donné
une substance incombustible, &
la propriété de conserver les métaux
de l'adustion du feu, propriété
qu'aucune créature ne
possède comme lui, car c'est lui
@

découverts. 235

qui surmonte le feu, & il n'en est
pas surmonté, mais il s'y réjouit
& y demeure tranquillement
comme dans sa sphère, ce qui
paraît encore mieux lorsque la
nature le fixe en or. Et le Cosmopolite
fait allusion à cela, lorsqu'il
répond à son Chimiste qui
lui demande où il faut chercher Dialo-
le soufre des Philosophes, que le gue du
soufre des Philosophes est dans soufre.
les plantes, dans les animaux,
dans la terre & dans l'air, &
partout; mais que pour leur ouvrage
ils honoraient ce soufre,
lorsqu'ils le voyaient être incombustible,
nager au milieu des
flammes, & se jouer de leur ardeur.
L'argent-vif étant donc une
humidité minérale, métallique,
incombustible, & de la nature de
l'or, est celle qu'il faut prendre
pour résoudre l'or en pourriture,
avec la conservation de l'espèce
V ij
@

236 Secrets de la Philos. des Anciens,
ou essence séminale: car nous
avons fait voir que l'essence est
de la nature incorruptible &
inaltérable, quoique le corps soit
putréfié, & elle ne peut être altérée
que par le mélange d'une essence
de nature diverse; or rien
n'est plus proche en nature aux
métaux, & particulièrement à
l'or; que le vif-argent: c'est
pourquoi Geber dit que cette
humidité est amiable & agréable
aux métaux, & que c'est par son
seul moyen qu'on peut extraire
les teintures ou essences des
corps parfaits, pour les transmettre
dans les autres métaux.
Tout l'oeuvre consiste donc
dans ces deux substances qui ne
sont proprement qu'une en essence,
& il n'y a point d'autre
différence, sinon que l'une est fixe,
& l'autre ne l'est pas encore,
quoiqu'elle le puisse devenir facilement.
Ecoutons encore Arnaud
de Villeneuve.
@

découverts. 237

Sans le Soleil & sans la Lune Dans le
vous ne trouverez aucun corps grand
qui puisse teindre en or ou argent: Rosai-
tirez donc la teinture de re.
l'or par le moyen de l'argent vif,
car ils sont tous deux de la même
nature; c'est l'or qui donne la
teinture de l'or, & l'argent celle
de l'argent. Celui donc qui fera
imbiber l'argent-vif de la teinture
de l'or & de l'argent, il aura
l'art & le magistère: ne travaillez
donc point autrement qu'avec
l'or, l'argent & l'argent-vif, parce
que l'argent-vif est la mère de
tous les métaux, & ils se résolvent
en lui. Et un peu plus bas:
Il faut donc prendre le corps
dans lequel est le soufre rouge &
fixe, & le réduire dans les premiers
principes, c'est-à-dire en
argent-vif; car il faut que le
corps devienne esprit semblable
à l'argent-vif, pour être ensuite
dépouillé de sa nature grossière
& terrestre.
@

238 Secrets de la Philos. des Anciens,
Le Trévisan: Notre Médecine
se fait de deux choses qui sont
d'une seule & unique essence,
c'est-à-dire de l'union & du mélange
du mercure non fixe avec
le mercure fixe, du mercure spirituel
avec le mercure corporel.
Alanus: Celui qui ne sait tirer
l'âme du Soleil & de la Lune,
pour les transmettre ensuite aux
corps imparfaits dans la projection,
est hors de chemin: or le
moyen de l'extraire, c'est par
l'esprit du mercure, car c'est
l'eau naturelle qui dissout le
corps.
Ferie Raimond Lulle: Je te dis, mon
du Te- fils, que pour faire notre Pierre,
stam. tu dois prendre la nature de ces
cap. 6. deux luminaires qui sont proprement
naturels à la Pierre, c'est-
à-dire la substance naturelle de
la Pierre, au dedans desquels est
la splendeur permanente, le soufre
lumineux, clair & fixe, laquelle
@

découverts. 239

splendeur resplendit jusque
sur leur superficie; je veux
dire, qu'il faut prendre le Soleil
& la Lune, qui avec leurs
rayons lumineux obscurcissent
le feu & y résistent. Mon fils,
considérez que celui qui ne prend
pas une de ces deux matières,
ressemble à un Peintre, qui
voudrait peindre sans couleurs
& sans pinceau. Et parmi les
corps innaturels, c'est-à-dire
qui ne sont pas si naturels que
l'or, vous devez prendre le corps
volatil qui cache sa nature (notez
bien) dans la concavité profonde
de son ventre, & laquelle
on ne peut avoir que par une certaine
amiable concorde. Et ailleurs.
Il exhorte ainsi le Roi Edouard
son ami: Ne travaillez donc avec
autre chose qu'avec le Soleil
& le mercure pour le Soleil, &
avec l'argent & le mercure pour
l'argent.
@

240 Secrets de la Philos. des Anciens,
Avicenne: Celui qui veut faire
l'élixir blanc trouvera le soufre
blanc dans l'argent, & celui
qui voudra faire l'élixir rouge
trouvera le soufre rouge dans
l'or, & comme ce soufre ne se
trouve sur la terre que dans ces
deux corps, il les faut préparer
subtilement, afin que vous puissiez
avoir leur mercure.
Le son de la Trompette: Dissolvez
le corps parfait dans le
mercure, vous aurez de là la
vertu occulte, c'est à dire le soufre
philosophique digéré & cuit.
Le même: Tirez l'argent-vif,
c'est-à-dire la Pierre philosophique,
tant des corps que de l'argent-vif,
puisqu'ils sont d'une
même nature, & vous aurez sur
la terre la même matière dont
l'or & l'argent sont engendrés
dans les entrailles de la terre.
Le Trévisan: Si vous dissolvez
l'or dans l'argent-vif par un
moyen
@

découverts. 241

moyen convenable & un chemin
naturel, vous aurez un argent-
vif qui aura les propriétés de
l'or.
Richard: le mercure cru réduit
les corps dans leur première
matière, ce que le mercure des
corps ne peut pas faire.
Il faudrait faire un très-gros
volume pour citer de semblables
passages, qu'on ne veut pas croire
quoiqu'ils soient conformes à
la raison, qui est la règle que
les Philosophes donnent pour
connaître quand ils disent la vérité.
Je sais que ceux qui n'y croient
point, soutiennent qu'ils ont
de bonnes raisons pour réfuter
les arguments de ces Philosophes,
entre lesquelles deux me paraissent
très-fortes, & plus encore
la première: laquelle est que l'or
& l'argent ne se dissolvent pas
dans le mercure, quelque feu
X
@

242 Secrets de la Philos. des Anciens,
qu'on lui donne, & quelque industrie
qu'on y mette; ce qui a
été expérimenté par un très-
grand nombre de personnes.
L'autre, que l'expérience
qu'en ont faite, comme je viens
de dire, plusieurs personnes,
rend convaincante; c'est que
tous les Philosophes qui ont
écrit de cet Art, disent d'une
commune voix que l'or & le mercure
dont ils se servent ne sont
pas l'or ni le mercure commun.
& qu'ainsi il est inutile de citer
tant d'Auteurs, puisqu'ils disent
tous la même chose. Ils disent de
plus que leur or est vif; & que le
commun est mort. Il n'y a rien à
dire à cela; il faut convenir qu'ils
ont raison, puisque la marque
de la vérité est dans la concordance.
Mais nous dirons aussi
que l'or philosophique & le mercure
philosophique se tirent de
l'or & du mercure commun, par
@

découverts. 243

une préparation philosophique;
mais comme cela demande une
explication plus particulière,
nous en ferons un chapitre à
part.

------------------------------

Ve T R A I T E.

Du Mercure & de l'Or Philosophi-
ques.

L Es Philosophes Chimiques
ne créent rien de nouveau,
mais ils préparent & purifient
ce que la nature leur donne accompagné
de ces immondices
qu'on appelle le péché originel des
individus, c'est-à-dire une tache
impure qui accompagne tous les
êtres, & dont le mercure & l'or
même ne sont pas exempts.
Quand les Philosophes ont réduit
ces deux substances à la pureté
requise à leur grand oeuvre,
ils l'appellent en cet état or &
X ij
@

244 Secrets de la Philos. des Anciens,
mercure philosophique; & d'ailleurs
comme le grand oeuvre est
un ouvrage de plusieurs mois,
& même de quelques années,
selon la manière dont il est conduit,
& qu'il y a plusieurs degrés
de coctions & plusieurs manipulations,
principalement dans
le commencement, il arrive que
ces deux choses prennent diverses
formes & divers degrés de
perfection. Les Artistes les ont
considérés suivant les différents
temps & les diverses formes, & les
ont appelés notre argent-vif &
notre or. Cela semble dire qu'il y
a plusieurs ou divers argents-vifs
& or philosophiques, quoiqu'en
substance ce ne soit qu'une même
matière, de laquelle l'or & l'argent-vif
parfaits sont tirés, &
cette matière n'est que l'argent-
vif, l'or & l'argent commun.
C'est la plus grand énigme que le
Lecteur trouve dans les Livres,
@

découverts. 245

& c'est ce qu'il faut faire voir
par l'autorité des mêmes Philosophes:
mais parce que l'argent-
vif commun est proprement la
clef qui nous ouvre la porte pour
trouver tous les autres argents-
vifs que les Philosophes ont cachés
de manière qu'à peine quelques-uns
ont osé le nommer ou
dire qu'il faut s'en servir, il faut
parler de lui auparavant; car
c'est de lui & par lui que nous
avons l'or philosophique vif,
comme nous le verrons dans la
suite.
Le maître de tous les maîtres,
Geber, enseigne bien clairement
que la Pierre consiste dans l'argent-vif,
& qu'elle se fait d'argent-vif:
il veut même insinuer
que du seul argent-vif on peut
faire la Pierre; mais comme cet
ouvrage serait trop long, il conclut
dans ses Traités du parfait
Magistère, que pour abréger cet
X ii
@

246 Secrets de la Philos. des Anciens,
oeuvre qu'on pourrait faire sur
l'argent-vif cru, on y ajoute le
corps parfait qui est un argent-
vif cuit & perfectionné par la
nature, lequel corps doit être
subtilisé & rendu spirituel par
l'argent vif cru.
Pars Il est vrai que dans la Somme
prima, de perfection, il dit nettement
lib. 2, que l'argent vif commun dans
cap. 4. sa nature & tel qu'il est, ne peut
pas produire la perfection; mais
aussi il ajoute qu'il le fera en
ôtant les deux imperfections accidentelles
qui sont en lui, c'est-
à-dire une humidité superflue
& une terrestréité fétide qu'il a
contractée dans la mine, afin
d'avoir sa moyenne substance
pure & resplendissante, qui est la
véritable substance; sur quoi il
est bon de remarquer que quasi
toute la substance du mercure est
essentielle, & qu'il a très-peu de
superfluités, cependant ce peu
@

découverts. 247

de fèces empêche qu'il puisse agir
sur l'or, & pénétrer la petitesse
de ses pores, pour le dissoudre,
& le réduire en sa nature
mercurielle, comme il est nécessaire
qu'il soit. Il faut donc ôter
au vif-argent ses imperfections
par l'art philosophique, sans altérer
ni détruire sa nature de
vif-argent, pour lors vous aurez
le premier mercure philosophique,
qui est sa moyenne substance
& son essence. Cette vérité est
confirmée par tous les Auteurs
qui ont été un peu plus ouverts
& moins jaloux. Ecoutez Ispagnettus.
Les Auteurs les plus graves, Secret
dit-il, aussi bien que l'expérience hermé-
nous montrent que l'argent-vif tique,
des Philosophes, n'est point l'argent-vif n° 45
dans toute sa nature & &
dans toute sa substance, mais sa
substance moyenne qui est son
essence pure que le Philosophe
X iiij
@

248 Secrets de la Philos. des Anciens,
par son art sépare de l'impur;
car l'argent-vif commun est en
partie naturel & en partie innaturel;
sa nature parfaite &
essentielle est cachée dans son
intérieur, parce que les superfluités
externes enveloppent son
esprit interne, céleste & pénétrant.
Séparez donc l'impur de
l'impur, la substance des accidents,
par une voie naturelle,
mettant au jour ce qui est caché
de bon dans son intérieur; & si
vous ne pouvez faire cela, ne
passez point outre, car c'est tout
le fondement de l'art.
Il fait voir ensuite quelles sont
ces impuretés. L'argent-vif vulgaire,
dit-il, est infecté comme
les autres corps, de l'infection du
péché originel propre à tous les
mixtes, c'est-à-dire des superfluités
d'une terre grossière &
d'une eau sale qui le rend hydropique
& lépreux, & dans cet état
@

découverts. 249

il est plus corporel & plus grossier
qu'il ne faut pour dissoudre
& pénétrer l'or; il faut donc séparer
la substance subtile des superfluités
grossières & aqueuses,
qui n'étant qu'accidentelles, sont
séparables.
Nous avons vu ci-dessus ce
que Raimond Lulle dit du vif-
argent, qu'il cache sa nature essentielle
dans la concavité profonde
de son ventre; mais il en
parle plus clairement dans le
chapitre suivant.
Mon fils, dit-il, à moins que Ferie
l'esprit ne soit purgé de ses impuretés Te-
corruptibles qui sont sa stam.
mort, son corps ténébreux & cap. 7.
impur empêchera que la lumière
resplendissante de son âme ne
paraisse, & tu ne pourras jamais
faire le mariage entre le corps &
l'esprit.
Purgez le donc de toutes ses
superfluités & imperfections terrestres
@

250 Secrets de la Philos. des Anciens,
qui sont sa mort, & qui mortifient
son esprit vivifiant & agissant.
Le Cosmopolite, dans son plaisant
dialogue entre le Mercure
& l'Alchimiste, quand il lui demande
ce qu'il est dans son intérieur,
il lui répond ces paroles
remarquables: Tu vois ma forme
externe, de laquelle tu n'as
pas besoin: mais quant à mon
intérieur, c'est le centre du feu
le plus pur, immortel, très-pénétrant
& très-fixe. Et lorsqu'il
parle de cette eau dans laquelle
les pommes d'or & d'argent doivent
être dissoutes, afin de pouvoir
porter fruits & semences
multiplicatives, il dit qu'elle doit
être tant de fois purgée & rectifiée,
jusqu'à ce qu'elle puisse dissoudre
l'or.
Philalèthe dans son Traité, ne
parle quasi d'autre chose que de
cette préparation de mercure
@

découverts. 251

philosophique, & quoique l'un
dise qu'il est composé de mercure
commun & du régal martial
d'antimoine, comme Paracelse &
Artéphius, & d'autres d'autre
manière, c'est pour ne pas trop
enseigner le vrai chemin: ce que
nous pouvons tirer de leurs discours,
c'est qu'il y faut une préparation,
& que ce soit de choses
de sa nature, pour ne rien altérer
de sa substance.
Raimond Lulle va encore
nous montrer que l'or philosophique,
qu'il nomme aussi soufre,
est dans l'or commun, aussi-bien
que le premier mercure philosophique
est dans l'argent-vif
commun.
Mon fils, dit-il, tu dois entendre Ferie
que le soufre blanc & rouge Te-
viennent uniquement de la matière stam.
des métaux, c'est-à-dire le cap, 17.
blanc de l'argent-vif, & le rouge
de l'or fin; mais pour l'avoir, il
@

252 Secrets de la Philos. des Anciens,
faut que la matière soit extrêmement
dépurée par la cuisson,
comme nous le verrons dans le
chapitre suivant.
Oh, mon fils, un tel soufre ne
se peut trouver sur la terre que
dans ces deux corps seulement;
c'est pourquoi il faut préparer
noblement ces deux corps, afin
que nous ayons un soufre & un
argent-vif tel que la nature l'a
employé sous terre: à cette fin
on mêle avec ces corps l'argent-
vif d'une manière fort subtile, &t
si tu les sais mêler intimement
ensemble, tu parviendras à un
grand secret, qui est de faire le
soufre blanc & rouge que nous
appelons la bénite Pierre & l'or
philosophique, & on ne peut tirer
ces deux soufres que de ces deux
corps, parce que eux seuls contiennent
le soufre blanc & rouge
incombustible & purifié par l'adresse
de nature, ce qui est une
@

découverts. 253

chose si haute & si excellente
que l'art ne peut l'imiter, parce
qu'il y a de certaines choses que
la nature seule peut faire; car si
tu voulais commencer comme
elle commence, comme de faire
ses soufres de la matière universelle,
ce serait un ouvrage qui te
semblerait si long, si plein d'inquiétude,
& rempli de tant de
difficultés, que tu désespérerais
d'en venir jamais à bout, sans
compter les fatigues & dépenses
inutiles; & supposant même que
tu pourrais faire quelque chose,
tu ne le ferais jamais si bien que
la nature l'a fait: c'est pourquoi
cette Science choisit l'or ou l'argent
pour père, & l'argent-vif
commun pour mère; car ces
deux corps préparés dans la suite,
& joints avec leur propre soufre
ou arsenic, forment la Pierre
des Sages. Donc dans l'or est le
soufre & l'or vif des Philosophes
@

254 Secrets de la Philos. des Anciens,
la teinture rouge, & l'argent
donne l'arsenic pour la teinture
blanche, qui teignent les corps
imparfaits d'une couleur parfaite.
Mêlez donc l'argent-vif avec
les deux corps; non pas l'argent
vif commun tel qu'il est; car tu
dois savoir que l'argent-vif
commun tel qu'il est, ne se mêle
point intimement aux corps. Et
plus bas; Mon fils, il faut que
tu sois stable dans ton propos,
car notre Art ne consiste pas en
beaucoup de choses, puisqu'il
n'y a qu'une seule Pierre qui est
notre soufre & une seule Médecine
qui est la composition de
notre soufre, auquel tu ne dois
rien ajouter, mais seulement
ôter la matière superflue, qui
sont les parties terrestres & flegmatiques.
Lib.3, Ecoutez le bon Prêtre Vicot
cap. 2. compagnon de Valois, Sachez
donc, dit-il, que chaque chose
@

découverts. 255

engendre son semblable; car la
semence de l'or fait l'or, & la semence
de l'argent fait l'argent:
mais l'or & l'argent aussi-bien
que l'argent-vif vulgaire, sont
morts, mais les nôtres sont vifs,
c'est-à-dire ils opèrent comme
choses vivantes: c'est pourquoi
ils ne sont pas les vulgaires, qui
sont bien différents des nôtres. Et
cependant les vifs sont descendus
des morts; car notre or, notre
argent & notre argent-vif
sont tirés de l'or, de l'argent &
de l'argent-vif vulgaires, qu'on
voit tous les jours.
Et en effet, d'où pourraient-ils
venir, si ce n'est de-là, puisque
les Philosophes nous disent ce
que la raison même dicte, que
nous ne pouvons pas faire les
essences des choses, parce que ce
serait un ouvrage trop long de
commencer par la matière universelle;
& que même nous ne
@

256 Secrets de la Philos. des Anciens,
pouvons pas savoir les proportions
que la nature emploie;
que l'or & l'argent-vif des Philosophes
est partout, c'est-à-dire
dans la matière universelle,
mais qu'en certaines choses elles
sont plus proches qu'en certaines
autres; qu'ils disent & enseignent
que dans les deux corps
parfaits & dans l'argent-vif minéral
consiste la perfection. Il
faut donc croire que l'or & l'argent-vif
des Philosophes est plus
prochainement dans l'or & l'argent-vif
communs, qui deviennent
agissants & vifs par la préparation
que le Philosophe leur
fait.
Parole Trévisan le confirme: La matière,
délais- dit il, dont est extraite notre
sée au Pierre ou Médecine souveraine
com- & secrète des Philosophes,
menc. est seulement or très-pur & argent
très-fin, & notre vif-argent,
tous lesquels tu vois journellement,
ment
@

découverts. 257

altérés toutefois & mués
par artifice en nature d'une matière
blanche & sèche, en manière
de pierre.
Je pourrais rapporter un très
grand nombre d'autres Auteurs,
sentences & raisons que ces Philosophes
nous donnent pour
prouver cette vérité, & faire
connaître sensiblement que la
matière de la Pierre est l'or &
l'argent, & le mercure commun
& vulgaire, & que ces matières
vulgaires deviennent matières
philosophiques par l'industrie de
l'Artiste.
Mais comme ces préparations
philosophiques sont diverses
quant aux opérations, & aussi
que les effets aussi-bien que les
temps sont divers, les Philosophes
parlent comme s'ils avaient plusieurs
argents-vifs & plusieurs
sortes d'or, aussi-bien que diverses
sortes de métaux, par les dif-

Y @

258 Secrets de la Philos. des Anciens,
férentes sortes de noms qu'ils
leur donnent, & qu'ils appellent
notre or: comme ces manières de
parler embarrassent fort le Lecteur
qui cherche à apprendre,
& plus encore ceux qui n'ont
pas les principes d'une bonne
Philosophie, & qui n'ont que
peu ou point de pratique de cet
Art, cela cause les systèmes différents
que ces personnes font au
hasard, ne pouvant asseoir rien
de certain sur tous ces sentiments;
c'est pourquoi on ne doit pas s'étonner
s'il y en a si peu qui réussissent,
puisque les plus habiles
de ceux même dont nous consultons
les Ecrits, ont eu tant de
peine à y parvenir.
Ce sera donc faire un grand
plaisir au Lecteur, & les tirer de
grands embarras, si je leur donne
le fil qui peut les tirer d'un tel
labyrinthe, en leur enseignant
combien de mercures, combien
@

découverts. 259

de sortes d'or & d'autres métaux
ils tirent de l'or commun & du
mercure commun.
Mais comme cela dépend des
préparations & des régimes de
l'ouvrage entier, il faudra en
même temps traiter des diverses
préparations & régimes des matières
philosophiques, afin qu'on
puisse plus facilement entendre
les paraboles & sophismes de ces
Savants, dont la plupart auraient
beaucoup mieux fait de ne
pas écrire, que de composer des
Livres pleins d'obscurités, qui
servent plutôt à détourner le Lecteur
qu'à le mettre dans le bon
chemin; & pour me servir des
termes de Geber, ils ne nous ont
pas laissé cette Science, mais plutôt
une spéculation, diabolique;
qu'ils soient donc maudits à toujours,
dit-il, & que je sois maudit
aussi, si je ne corrige pas leurs
fautes, en exposant cette Scien-

Y ij @

260 Secrets de la Philos. des Anciens,
ce suivant la vérité qu'elle requiert,
c'est-à-dire de ne la pas
entièrement divulguer, attendu
les fâcheuses conséquences qui
en résulteraient, mais aussi de ne
la pas cacher de manière que
personne n'y puisse rien comprendre.
En effet ce grand Philosophe
a tenu sa parole; car
ceux qui liront ses Livres, à
moins qu'ils n'aient l'esprit bien
obstrué, connaîtront aisément
d'où on peut tirer la matière: il
semble même qu'il enseigne assez
clairement en beaucoup d'endroits
de ses Ecrits les préparations
qu'il convient faire pour
rendre cette matière capable de
l'effet que nous entendons: quelques-uns
même ont réussi dans
cet oeuvre admirable par la seule
lecture de ses Ecrits, bien entendu
que ce n'était pas d'ailleurs
des ignorants. Ce qui est de
certain, c'est que de tous ceux
@

découverts. 261

qui liront ses Livres, pas un ne
sortira du règne métallique:
mais revenons à nos Philosophes,
à leur énigmes & régimes.

------------------------------

V Ie T R A I T E.

Explication des Enigmes & Parabo
lesdes Philosophes, avec les prépa
rationsdes matières qui entrent
dans le grand oeuvre, & les régi
mesde la Pierre Philosophique,
avec un Traité des feux & des
vaisseaux.

L A Turbe dit: Maître, tout Art.
ce que nous disons n'est sinon 57.
faire du fixe le volatil, & du
volatil le fixe, & puis du tout
faire un moyen entre-deux, qui
n'est ni sec ni moite, ni froid ni
chaud, ni dur ni mou, ni trop
fixe ni trop volatil, & tout pour
faire un moyen entre-eux.
Artéphius; Tout le secret consiste
@

262 Secrets de la Philos. des Anciens,
à savoir extraire du corps
de la magnésie incombustible,
l'or, son argent-vif, & c'est ce
qu'on appelle notre antimoine,
notre sublimé mercuriel; c'est-
à-dire qu'il faut extraire une eau
incombustible, & la congeler
avec le corps parfait du Soleil
qui se dissoudra en icelle en une
substance blanche & à demi caillée
comme la crème: mais auparavant
sa lumière s'éclipsera, &
c'est ce qu'on appelle blanchir
le laiton rouge & le sublimer
philosophiquement, & le réduire
en sa première matière, c'est-
à-dire en soufre incombustible
& en argent-vif fixe; & ainsi l'or
qui est notre corps par une liquéfaction
& circulation réitérée
dans notre eau résolutive, se
convertit & se réduit en soufre &
en argent-vif fixe, & le corps
parfait de l'or prend vie dans
cette eau, ressuscite & croît, &
@

découverts. 263

se multiplie dans son espèce comme
les autres choses: car dans
cette eau les corps du Soleil &
de la Lune se renflent, grossissent,
s'élèvent & végètent, prenant
une substance & une nature animée
d'âme végétable. L'or donc
ou l'argent sont le véritable sujet
de la Pierre, parce que c'est
en eux qu'est le soufre incombustible,
& l'argent-vif fixe; c'est
pourquoi les Philosophes l'appellent
la Pierre, prenant le contenant
pour le contenu.
Un autre dans la Turbe dit:
Prenez la Pierre que je vous ai
montrée, & mettez là dans l'eau
de notre mer pour l'y faire dissoudre;
mais comme cette dissolution
ne se peut faire que par
le moyen d'une humidité minérale
la plus proche en nature,
telle qu'est l'argent-vif; & que
cette matière a besoin d'être purifiée,
comme on l'a dit, afin d'en
@

264 Secrets de la Philos. des Anciens,
tirer une essence subtile & pénétrante,
en telle sorte qu'elle puisse
résoudre l'or en argent-vif par
ladite manipulation & purification.
Il en résulte le premier argent-vif
des Philosophes, qui est
la clef qui ouvre la porte de la
maison royale où est enfermé le
deuxième & véritable argent-vif
des Philosophes qui ne se trouve
point sur la terre, & qu'il faut
que le Philosophe fasse naître, &
qu'il compose de l'argent-vif
cru, & de l'argent vif cuit qui
est le fils plus cuit, plus mûr que
sa mère; car alors que l'or est résolu
en argent-vif par le moyen
du premier argent-vif, il en résulte
de l'union des deux un troisième
argent-vif, qui est, comme
je viens de le dire, le véritable
vif argent philosophique.
Le bon Prêtre Vicot, après
avoir parlé du premier mercure
cru, dit: Mais nous avons un
autre
@

découverts. 265

autre mercure plus prochain, lequel
est enfermé dans le corps
de l'or & de l'argent qui doit
être tiré par le premier & remot,
donc par cette vertu crue tu tireras
une vertu plus chaude,
humide, aérée, subtile, congelée
en espèce métallique.
Notre argent-vif, dit-il ailleurs,
est le corps de l'or même
liquéfié & purifié; ce qu'il répète
en cent endroits, aussi-
bien que ses deux compagnons &
beaucoup d'autres.
L'argent-vif de l'or qui est proprement
toute sa substance, est
cet argent-vif que Hermès dit
être caché dans les cavernes dorées;
& c'est de cet argent-vif
duquel le fin Cosmopolite entend
parler quand il fait voir
la différence qu'il y a entre l'argent-vif
vulgaire encore dans sa
nature, & l'argent-vif des Philosophes:
& pour le rendre encore
@

266 Secrets de la Philos. des Anciens,
plus obscur, il parle des deux
quelquefois comme distincts, &
quelquefois comme unis, & une
autre fois comme déjà fixés &
coagulés en pierre; & c'est ce
que le Lecteur doit examiner
avec attention.
Le mercure vulgaire ne dissout
point l'or & l'argent, de
manière qu'il se sépare d'eux très
facilement; mais le mercure des
Philosophes dissout l'or & l'argent,
& ne peut plus en être séparé,
non plus que l'eau mêlée
avec une autre eau. Le mercure
vulgaire a en soi un soufre combustible
& mauvais, par lequel
les métaux sont rendus vilains &
sales; mais notre argent-vif a en
soi un soufre incombustible, fixe
& parfait, très blanc & très-
rouge. Le mercure vulgaire est
froid & humide; mais le nôtre
est chaud & humide: le mercure
vulgaire salit les corps; & le nôtre
@

découverts. 267

les purifie, & les rend luisants
plus que le cristal: le mercure
vulgaire par la décoction se précipite
en une poudre citrine ou
rougeâtre, & en mauvais soufre;
& le nôtre par la chaleur se convertit
en un soufre très-blanc ou
rouge, très-bon, très-fixe, &
fluide comme la cire. l'argent-
vif commun, plus on le cuit, plus
il devient coulant; mais le nôtre
s'épaissit toujours de plus en plus.
Voilà comme parle cet habile
Philosophe, qui a dit partout la
vérité, mais d'une manière si
fine, qu'il faut être bien pénétrant
pour percer son obscurité.
Et pour embarrasser encore plus
l'esprit du Lecteur, & rendre
plus obscur ce qu'il dit du mercure
philosophique, il y ajoute ce
que Geber enseigne, c'est-à-dire
que l'on peut faire la Pierre avec
le seul argent-vif commun dépuré
philosophiquement, en le
Z ij
@

268 Secrets de la Philos. des Anciens,
fixant & insérant, de la manière
qu'il le dit dans la Somme de
perfection: mais il ajoute dans le
Livre du parfait magistère, que
pour abréger l'ouvrage qui serait
trop long avec le seul mercure,
on y ajoute l'or qu'il faut
atténuer & dissoudre en icelui.
C'est pourquoi le Cosmopolite
ajoute, après avoir exagéré la
clarté de son discours: Notre
argent-vif est d'une telle vertu,
qu'il te suffit tout seul, & il se suffit
seul à lui-même, sans addition
d'aucune chose étrangère, par la
seule digestion: il se dissout & se
congèle soi-même; mais les Philosophes
pour abréger l'ouvrage
lui joignent son soufre bien digéré
& mûr, & ils opèrent avec
eux.
On peut voir par ce que vient
de dire le Cosmopolite, que toute
l'adresse des Philosophes consiste
à entre-mêler ces deux mercures,
@

découverts. 269

& à en parler d'une manière
qu'on ne sait pas souvent
duquel ils parlent; & ce qui est
encore plus trompeur, c'est qu'ils
nomment souvent l'or & l'argent
leur mercure, parce qu'ils
contiennent tous les deux leur vrai
mercure, & qu'ils se résolvent en
vrai mercure: & ce qui est encore
plus obscur, c'est que lorsque
le corps parfait est dissout dans le
premier mercure philosophique,
& que des deux, c'est-à-dire du
corps & de l'esprit, s'est formé
le second mercure philosophique;
& comme dans le courant
de l'oeuvre il arrive plusieurs
changements, dissolutions, congélations
& couleurs diverses,
les Philosophes donnent à ces diverses
solutions & couleurs le
nom de divers mercures & de
métaux; comme quand le composé
paraît noir, ils l'appellent
mercure de saturne ou d'anti-

Z iij @

270 Secrets de la Philos. des Anciens,
moine, de magnésie, ou d'autre
minéral auquel le composé a
quelque ressemblance: souvent
même ils le nomment du nom
du métal tout court, comme
quand ils disent notre Saturne,
notre Jupiter ou étain, notre
Lune, notre cuivre, notre fer,
ou notre or.
Ce qui embarrasse le plus, c'est
que comme la Pierre n'est que le
mercure philosophique desséché,
ils l'appellent assez ordinairement
notre mercure, & souvent
notre soufre & notre or. Ils
le nomment encore plus souvent
notre or vif, lorsque pour la première
fois l'or vulgaire étant
réincrudé & réduit en mercure,
il est fixé en poudre rouge qui
n'a pas encore été multipliée ni
imbibée de nouveau mercure;
& parce que pour lors cette
quintessence d'or a une couleur
rouge semblable au cuivre, ils
@

découverts. 271

l'appellent aussi notre cuivre; ou
notre soufre incombustible:
comme lorsqu'il est au blanc, ils
disent que c'est leur arsenic ou
leur Lune philosophique; &
parce que cette Lune est transparente
& blanche comme du
sel, ils la nomment sel; & suivant
les couleurs, les propriétés
ou accidents, ils leur donnent le
nom de tous les sels, de vitriol,
d'alun, de sel armoniac, & autres
semblables: & enfin parce que
suivant les divers sentiments on
peut les comparer à toutes les
choses du monde, ils lui donnent
aussi le nom de toutes les
choses du monde, suivant les
différentes applications qu'on
peut faire de la chose dans les
différents états où elle se trouve.
Il faut donc que celui qui veut
lire les Livres des bons Philosophes,
ait l'esprit adroit pour démêler
& découvrir à quoi son
Z iiij
@

272 Secrets de la Philos. des Anciens,
Auteur fait l'application; car il
est bien vrai qu'ils n'écrivent pas
pour enseigner l'art, mais comme
ils le disent eux-mêmes, c'est
seulement pour rendre témoignage
que la science est véritable:
très souvent ils parlent sans
déguisement, mais ils enveloppent
la vérité avec tant d'énigmes
& d'ambiguïtés, qu'il faut
avoir beaucoup de pénétration
pour les comprendre; comme le
mercure est la clef de tout l'oeuvre,
c'est aussi ce qu'ils s'efforcent
de rendre plus obscur &
plus difficultueux.
Quoique je ne croie pas fort
nécessaire de prouver ce que j'ai
dit des ténèbres dans lesquelles
marche le Lecteur dans ces lectures,
& quoique je pourrais
m'appuyer sur ce qu'en ont dit
plusieurs Auteurs, pour prouver
que l'éclaircissement que j'ai
donné est bien fondé, & extrait
@

découverts. 273

des Livres mêmes des Philosophes;
je ne laisserai pas que de
rapporter ce qu'en dit l'Auteur
anonyme du Secret hermétique,
qui avec sa droiture ordinaire
parle comme il suit.
Les Philosophes ont caché aux
avides les matières de leur Secret
sous les noms équivoques de
soufre & de mercure. Les plus
clair-voyants par la lecture des
meilleurs Auteurs, ont compris
que sous le nom de soufre ils entendent
le Soleil, d'où l'on tire
le vrai soufre incombustible; mais
ils sont encore en doute sur le
mercure; car il est enveloppé en
tant d'obscurités & tant de noms
équivoques, & avec tant de
tours & détours, qu'il est très-
difficile de comprendre ce qu'ils
veulent dire, & qu'elle est la véritable
matière de ce mercure:
& afin de le rendre plus obscur,
ils nous présentent plusieurs &
@

274 Secrets de la Philos. des Anciens,
différents mercures; car en chaque
régime & en chaque partie
de l'ouvrage, ils parlent d'un
nouveau mercure, de manière
que celui qui n'a pas une parfaite
connaissance de toutes les parties
de l'ouvrage, ne pourra jamais
comprendre quel est ce
mercure philosophique. Ils reconnaissent
parmi les autres trois
principaux mercures: le premier
est celui qui résulte de la première
purification & sublimation
de l'argent-vif vulgaire; car
alors ils appellent cet argent-vif
ainsi dépuré & essentifié, leur
mercure: le second mercure est
celui qui résulte de la seconde
préparation, lorsque le Soleil est
déjà réincrudé & résolu en sa
première matière; & c'est ce
mercure qu'ils appellent proprement
leur mercure; le mercure
des corps, & c'est cet assemblage
des deux qu'ils appellent
@

découverts. 275

rébis, cahos, tout l'univers,
d'autant que tout est dans ce
mercure; & il n'y a rien autre
chose que de le cuire pour en
faire la Pierre; ils parlent plus
de ce mercure que de celui qui
doit être le premier ouvrage du
Philosophe, duquel ils ne parlent
pas pour la plupart, ou fort
peu, laissant à l'Artiste à le deviner.
Souvent ils nomment l'élixir
parfait & la Médecine parfaite
leur mercure, nom qui ne
convient proprement qu'à une
chose volatile & humide; &
c'est pour cette raison qu'ils appellent
leur mercure tout ce qui
se sublime & s'élève dans le
cours de l'oeuvre & dans le vaisseau:
& comme l'élixir étant une
chose très fixe, semble ne devoir
pas porter le nom de mercure,
c'est pourquoi ils le nomment leur
mercure pour le différencier du
volatil; mais, ainsi que je l'ai dit,
@

276 Secrets de la Philos. des Anciens,
n'étant qu'un mercure très-fixe,
ils peuvent l'appeler mercure &
omettre l'épithète de fixe, étant
les maîtres de dire ce qu'ils veulent.
Une des choses qui embarrasse
le plus le Lecteur, c'est
que la plupart des Auteurs qui
ont écrit de la Pierre, disent que
le mercure des Philosophes est
partout & en toutes choses. Il est
vrai que les Philosophes qui ont
le plus de sincérité, avouent que
la matière pour leur ouvrage est
une substance prochaine plutôt
en certaines choses qu'en autres;
mais comme cela ne suffit pas
pour ôter l'équivoque & résoudre
cet énigme, & que cela est
cause que la plupart s'attachent
à extraire leur mercure des plantes,
des animaux & des sels, & de
toutes sortes de différentes matières,
quoique les Philosophes
s'écrient contre, & que plusieurs
@

découverts. 277

autres prétendent l'extraire, ou
de la terre vierge qu'ils appellent
adamique, & les plus habiles,
de l'esprit universel. Je crois qu'il
n'est pas mal à propos de donner
quelque éclaircissement là dessus.
Premièrement il faut savoir
ce que les Philosophes les plus
subtils ont entendu par le mot
de mercure. Nota que j'ai fait
voir que le nom de mercure ne
signifie proprement que l'humidité;
ainsi le mercure universel
est proprement l'eau, ou pour
mieux dire l'humidité de l'eau:
mais il y a un autre mercure universel,
qui est celui que les Philosophes
entendent sous ce nom;
c'est un assemblage & composition
spéciale de tous les éléments,
dans laquelle composition l'humidité
domine: & comme ce
mercure est rempli de la chaleur
qui provient des astres, & de
@

278 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'âme générale du monde, le mercure
est chaud & humide, & il
ne manque pas d'un sel très-subtil
interne; mais quant aux sens,
il ne paraît & on ne sent que
l'humidité. C'est de ce mercure
universel que toutes choses proviennent;
car c'est la nourriture
des grains & des plantes dont
les animaux se nourrissent, &
qui est aussi leur nourriture invisible,
y ayant, comme dit le
Cosmopolite, une nourriture
occulte dans l'air que nous respirons:
or c'est cette humidité
aérienne qui donne l'accroissement
aux graines dont l'essence
séminale transmue ce mercure
universel en leur mercure particulier,
qui est leur humidité radicale;
& c'est ce mercure universel
qui forme le mercure métallique,
aussi bien que celui de
tous les êtres; & c'est dans ce
sens que le mercure des Philosophes
@

découverts. 279

est partout & en toutes choses.
Ecoutons l'excellent Philosophe
Valois, qui voulant faire
connaître aux enfants de la science
quel est le mercure qui dissout
l'or, ne croyant pas le pouvoir
dire ouvertement, il le décrit
philosophiquement en la manière
suivante:
Je veux te donner encore un
plus grand éclaircissement sur
les deux principes, & spécialement
de la première eau mystique
des Philosophes, qui est
la mère de tous les métaux & de
toutes les choses qui sont au
monde, laquelle je te dis n'être
qu'eau ardente par laquelle tout
corps doit être rompu & mis en
pièces.
Sachez donc, fils de doctrine,
que le Soleil, la Lune & les Etoiles
jettent perpétuellement leur
influence dans le centre de la
@

280 Secrets de la Philos. des Anciens,
terre, pour à laquelle parvenir,
il faut premièrement passer par
les moyennes régions de l'air,
dans lesquelles sont assemblées
les dites influences, lesquelles
mêlées & jointes les unes aux
autres; sont après distillées dans
les pores de la terre jusqu'au
centre d'icelle, se dépurant de
sable en sable, jusqu'à la dernière
goutte de leur humidité aérienne.
L'air est donc tout rempli de
ces influences, la terre en est
aussi tout à fait pleine: car il n'y
a rien dans le monde qui n'en
soit rempli: parce que c'est l'essence
de toutes choses, & l'âme
universelle de tous les corps.
Mais cette semence est grandement
abondante en deux qualités
principales, savoir chaleur
& humidité, desquelles on voit
sortir toutes choses qui sont au
monde; ce qui arrive néanmoins
par l'union du premier mâle,
c'est
@

découverts. 281

c'est-à-dire par le ferment des semences
particulières qui se joint
à ladite semence universelle; lequel
ferment attire & convertit
icelle en sa nature particulière,
divisant ainsi les espèces, & les
ordonnant suivant la volonté &
première ordonnance du Tout-
puissant, afin que rien ne soit
confondu, & que chaque chose
produise des fruits de sa nature.
La chaleur de cette semence est
cachée dans le centre de l'humidité;
c'est pourquoi elle est invisible,
mais cette humidité est
le corps & le sperme de la chaleur,
lequel en grossissant dans
l'air, demande une séparation &
purgation philosophique, qui est
la préparation des externes, que
l'on doit considérer soigneusement
sur l'opération de nature.
En cette manière cette semence
universelle appelée par Hermès
triple mercure, à cause de la tri-

A a @

282 Secrets de la Philos. des Anciens,
ple vertu animale & végétale &
minérale, passant de lieu à autre
par les pores & veines de la terre,
purge & nettoie ces lieux par
une réitération infinie, parce
que ces humidités se suivent
& se succèdent comme les vagues
de la mer, jusqu'à ce qu'elles
soient à leur terme, qui est le
foyer ou centre de la terre: car
étant parvenu en ce lieu, l'eau
élémentaire ou l'eau de l'air
a quitté l'air pur qui est élevé
jusqu'à la superficie en forme de
vapeur, comme elle était descendue
en forme d'humidité aqueuse,
jusqu'à ce qu'elle ait
fait rencontre d'une terre purifiée
par les évacuations précédentes,
pour s'attacher & se joindre
à elles, lesquelles selon leur
pureté ou impureté produisent
l'or, l'argent, ou les autres métaux.
Mais quand cette vapeur
ne trouve pas une telle terre, ou
@

découverts. 283

que cette terre n'est pas enfermée
entre d'autres terres épaisses,
comme sont les lieux qui sont les
minières, mais qui est de toute
parts poreuse; alors cette vapeur
ne se peut cuire, mais s'élevant
toujours vers la circonférence,
elle y produit par l'attraction
des vapeurs du Soleil
céleste, des herbes, des arbres,
& toute autre chose; ou bien elle
est congelée par l'air en un certain
corps blanc, quelquefois
mêlé avec la graisse de la terre,
& quelquefois visible aux lieux
où il y a de l'adhérence; c'est le
sel nitre: puis étant rencontré
par la pluie ou autre humidité,
est dissoute & reportée en bas
par une circulation qui n'a jamais
de fin. Ainsi examinez bien
quelle peur être cette matière
qui doit faire le dissolvant de
l'or; car notre principale intention
n'est autre que de prendre
A a ij
@

284 Secrets de la Philos. des Anciens,
ce corps sur les termes que la
nature l'a laissé imparfait, & de
le parfaire par l'art, c'est-à-dire
que la nature avait dessein de
rendre ce corps dans la minière
tout-à-fait purgé de sa terrestréité,
puis le cuire jusqu'à parfaite
maturité, pour être la même
chose que l'élixir parfait. Mais
l'empêchement est venu de l'air,
qui transperçant les parois du
four souterrain de nature, a refroidi
les matières, & fait que
nature n'a pu passer outre, tels
efforts qu'elle ait pu faire pour
cet effet. Je dirai présentement
comment les principes minéraux
se font. Premièrement il est à remarquer
que les principes des
métaux sont seulement soufre &
mercure, c'est-à-dire la chaleur
& pureté de la terre: soufre est
cette vapeur humide dont nous
avons parlé; mercure qui est le
même, qui a nettoyé & purifié le
@

découverts. 285

soufre de ses féculentes terrestréités,
les réduisant en forme
de distillations en une matière
grasse en divers & particuliers
lieux de la terre. Quelquefois elle
est enfermée dans un endroit
où la chaleur provenant du centre,
est retenue par une certaine
voûte naturelle qui la fait réverbérer
sur cette matière; quelquefois
en un lieu vague & environné
de pores par où cette chaleur
se dilate. En ces lieus là jamais
ne se produit de métal, ou très-
rarement, si ce n'est du fer: mais
en celui qui est environné de
chaleur, & où cette graisse s'est
amassée par longueur de temps &
par des distillations naturelles,
lorsque cette vapeur humide arrive,
elle se joint à cette graisse,
qui se pétrifient ensemble, parce
que l'une résiste & se fermente
avec la vapeur: mais la vapeur
surmontant toujours le soufre,
@

286 Secrets de la Philos. des Anciens,
elle le digère de manière qu'il
consomme dans ce mercure, qui
augmente à mesure que l'autre
diminue, & enfin l'or ne serait
que mercure cuit par la vertu &
ferment du soufre, qui étant séparé
de ce mercure, nous aurait
laissé un corps aussi lucide que le
Soleil; mais, comme j'ai dit, l'air
froid qui s'est augmenté petit à
petit, & qui s'est multiplié par
la longueur des temps, a empêché
la séparation totale & par conséquent
la maturité parfaite.
C'est pourquoi l'or ne donne &
ne porte point de semence externe
comme les végétaux; car
il ne peut être mûri qu'après que
le soufre a été bien digéré &
épuré: aussi l'or vulgaire n'est
point diaphane comme l'est son
essence séminale, à cause du soufre
indigeste qui est répandu
en son corps; & les autres métaux
le sont encore moins, chacun
@

découverts. 287

en son degré, à cause qu'ils
abondent davantage en mauvais
soufre. Il faut donc commencer
le travail où la nature a fini &
s'est arrêtée, c'est-à-dire par la
séparation totale du soufre; ce
qui ne se peut faire qu'en réduisant
le corps dans sa première
matière, c'est-à-dire dans l'état
où il était avant que d'être congelé.
Voilà comme cet habile
Philosophe insinue avec beaucoup
d'adresse aux enfants de la
science quelle est la nature du
mercure universel philosophique;
& comme il est dans toutes
choses, dans lesquelles il se spécifie
par la vertu séminale de la
chose.
Le Cosmopolite dans ses douze
Traités, non seulement a suivi,
mais on peut dire qu'il a copié
cet Auteur; ce qui a donné
lieu à bien des gens de travailler
sur un certain esprit universel
@

288 Secrets de la Philos. des Anciens,
qui ne se trouve point, & qui
n'est point sujet aux sens; & à
d'autres de chercher le dissolvant
de l'or, ou de faire la Pierre
entièrement, ou avec l'air,
ou avec le nitre, ou avec le
sel de tartre vierge, ou avec
d'autres choses semblables. Et
le même Cosmopolite nous fait
assez voir que le mercure des
Philosophes est bien partout &
en toutes choses; mais il nous dit
aussi qu'il est plus prochain en
de certaines qu'en d'autres, &
qu'il est bien plus à propos de
prendre ce qui est près que ce qui
est loin, d'autant que, comme il
l'enseigne, il faut réduire ce
mercure universel à la nature
particulière de mercure minéral
& métallique.
C'est ce que le bon Prêtre Vicot
déclare sans déguisement
par ces paroles: Jaçoit, dit-il,
qu'en toutes choses soit cette
même
@

découverts. 289

cette même substance de mercure
en forme d'humidité liquoreuse,
laquelle après décoction
parfaite peut endurer toute chaleur,
pourtant elle ne peut bonnement
être trouvée qu'aux
seuls métaux pour notre ouvrage,
desquels on la doit extraire
par une semblable vertu gisante
en chose crue, le mercure minéral,
laquelle n'a encore terminaison
qu'en médiocrité, de
laquelle il convient de séparer
les éléments impurs, & par le
moyen de cette vertu crue, il
faut faire sortir la nature cuite, Lib. I,
chaude, humide, aérée, subtile, cap 3,
congelée en espèce métallique; n° 61
car notre argent-vif n'est point & seq.
argent-vif vulgaire, ni en substance,
ni en nature, mais mercure
philosophique de l'or & de
l'argent approche par art au
premier être, c'est-à-dire à la
quintessence ou mercure uni-

B b @

290 Secrets de la Philos. des Anciens,
versel astral, & de subtilité semblable
à la lumière. Voilà en
quel sens le mercure des Philosophes
est partout & en toutes
choses, & comme tout vient de
lui, & c'est cette même raison &
en ce même sens qu'Hermès a dit
qu'il est dans le ventre du vent,
c'est-à-dire de l'air. Ecoutez Ofman
savant Arabe, qui suivant
la manière de sa nation, a accoutumé
de parler par métaphores,
équivoques, paraboles & énigmes:
il parle de même de la matière
de la Pierre & du mercure
philosophique; mais cependant
quoiqu'il soit assez obscur dans
ses écrits, il est assez de bonne
foi en ceci pour en donner l'intelligence.
Voici ses paroles:
Hermès dit que cette précieuse
pierre est en tous lieux, & que
c'est une eau vive, perpétuelle,
primordiale, & qu'elle est dans
toutes les choses & dans toutes
@

découverts. 291

les maisons. Heureux qui peut
bien comprendre ce secret & en
user sagement. Il continue encore,
& dit qu'Hermès dit que ce
secret consiste dans l'eau, laquelle
eau prend nourriture par le
secours des hommes, & ajoute
ledit Hermès que toutes les choses
les plus viles du monde se
vendent plus chèrement que ladite
eau; car elle est après &
parmi tout le monde, & chacun
a besoin d'elle; elle est auprès de
chacun, & elle ne l'abandonne
point, & son esprit ne la quitte
pas. Abaamil en parlant de cette
eau, dit qu'on la trouve en tous
lieux, dans les champs, dans les
vallées, dans les montagnes;
qu'elle est entre les mains & en
la possession du pauvre aussi Dans
bien que du riche, du faible & sa Para-
du puissant: & cette parabole bole, a
que tous les sages approuvent, près le
n'est que l'esprit de l'humidité, XXII. Traité.
B b ij
@

292 Secrets de la Philos. des Anciens,
& par cette humidité mercurielle
dont Sendivogius Auteur dit
que toutes les créatures se nourrissent,
mais invisiblement. Voilà
donc le vrai sens de la Parabole
tant répétée dans les Livres
chimiques, du mercure philosophique,
sur le mercure ou menstrue
universel qui est partout &
en toutes choses. C'est aux Alchimistes
de le chercher où il
leur plaira, & aux plus sages de
le prendre où il est plus proche.
La même chose qui a été dite du
mercure, se doit aussi entendre
du soufre, car sous ce nom les
Philosophes entendent la chaleur
du feu céleste, & qui est dans
le centre de l'essence de tous les
êtres, qui est leur âme & leur
vie, quoiqu'ils font assez connaître
qu'il y a un sujet dans lequel
il se trouve, & sans lequel
ils disent assez qu'on ne peut rien
faire. Il est bien vrai qu'aucun
@

découverts. 293

ne le nomme, ou s'ils l'ont nommé
dans quelques-uns de leurs
écrits, ils l'ont placé de manière
qu'il n'est presque pas possible de
penser que ce sujet soit une chose
nécessaire à la composition de
la Pierre, quoique cependant un
certain nombre de ces Philosophes
aient suffisamment montré
en quel lieu on trouve le soufre
& le mercure minéral pour la
Pierre, laissant la liberté aux
creuses écuelles de le composer
& de l'extraire de tous les principes
universels, ou bien de suivre
ce qu'ils en ont dit, & particulièrement
le sentiment de
Sendivogius, qui en parle directement
dans le Traité du soufre
& dans le Dialogue de l'Alchimie,
qu'on entendra facilement
si on s'applique à ce que
j'ai dit.
B b iij
@

294 Secrets de la Philos. des Anciens,
------------------------------
V I Ie T R A I T E.
De quelques autres équivoques & paraboles
du feu.
Omme cette science ne se
peut enseigner clairement,
les Philosophes ont été obligés
de se servir de paraboles & d'énigmes
pour la laisser deviner à
ceux qui en sont curieux; & parce
que tous les hommes sont de
génies différents, il y a eu des
Auteurs qui l'ont traité diversement,
selon le plus ou le moins
de subtilité d'esprit qu'ils ont eu,
qui leur a fait considérer dans
cet oeuvre certaines actions de sa
nature que d'autres n'ont pas remarquées.
La plupart des Philosophes
se sont fait un mérite de
ces subtilités, car la vanité qui
est naturelle à tous les hommes,
nous conduit à tâcher de faire
@

découverts. 295

paraître que nous avons plus
d'esprit & plus de pénétration
que les autres, & même une habileté
plus particulière à savoir
dire la vérité sous des termes
que le commun des hommes
n'entend pas. Ceux qui savent
l'art, entendent bien ces subtilités,
parce qu'ils possèdent le
mot de l'énigme; mais ceux qui
étudient pour parvenir à cette
divine science, s'y trouvent bien
embarrassés: or comme les Philosophes
Chimistes semblent avoir
travaillé à l'envi les uns des
autres à inventer de ces paraboles
& énigmes subtiles, j'en expliquerai
quelques unes qui me
paraissent les plus importantes,
entre lesquelles est celle du feu.
Les Philosophes Chimistes ont
plusieurs sortes de feux: il y en
a qu'ils nomment & qui sont en
effet feux intrinsèques, & d'autres
externes.
B b iiij
@

296 Secrets de la Philos. des Anciens,
Les feux internes de cet art
sont aussi plusieurs: Raimond
Lulle en parle de trois; le feu naturel,
le feu innaturel, & un
autre qu'il appelle feu contre
nature.
Le feu naturel est celui qu'on
regarde comme la chaleur naturelle
& interne de la matière
Ferie de la Pierre, & particulièrement
Te- la chaleur interne de l'or, lequel
stam. étant une fois dissout, est le feu
cap. 6. de son soufre vivifiant, qui cuit,
digère & perfectionne tout l'ouvrage;
c'est pourquoi quelques
Philosophes ont dit que leur ouvrage
se cuisait à la chaleur du
Soleil; ce que les ignorants ont
pris à la lettre.
Le feu interne du mercure
dissolvant le corps, est appelé
chaleur innaturelle, parce qu'elle
est moins naturelle à la Pierre
que celle de l'or; elle est comme
le sperme féminin qui a besoin
@

découverts. 297

de la chaleur du mâle: cependant
cette chaleur innaturelle
devient naturelle par la digestion,
& par l'action de la chaleur
masculine, de même que le sperme
de la femme & son sang forment
& nourrissent l'enfant par
le ferment du mâle.
Le feu contre nature est celui
de tous les sels & autres choses qui
sont contre la nature de la Pierre,
& qui peuvent altérer la substance
essentielle de la Pierre, &
les eaux fortes; qu'on en tire.
Ces choses peuvent servir aux
préparations de la matière de la
Pierre; mais étant contre sa nature,
il n'entre point dans sa décoction.
Cependant pour augmenter
l'embarras du Lecteur, ils
appellent quelquefois le mercure
dissolvant feu contre nature,
parce qu'il brise, détruit & corrompt
le corps de l'or: cependant
cela est dit improprement,
@

298 Secrets de la Philos. des Anciens,
car l'espèce essentielle de l'or
non seulement n'en est pas corrompue,
mais encore c'est par sa
vertu que la substance du corrupteur
est convertie en feu naturel,
faisant aussi partie de la
Pierre, & se changeant en soufre
séminal. Il n'est rien plus ordinaire
que de trouver dans
leurs Livres, que l'eau dissolvante
est un feu plus brûlant que
le feu commun des fournaises,
qui ne peut pas altérer l'or; &
que cette eau pénètre, liquéfie &
corrompt, le changeant de forme,
& de sec, dur & fixe, le faisant
devenir mou, liquide & volatil.
C'est pourquoi ils l'appellent
quelquefois feu infernal,
d'autres feu céleste, & proprement
eau de feu. La puissance
de ce feu interne aqueux se manifeste
non seulement par la dissolution
du corps de l'or, mais
encore mieux par la facilité que
@

découverts. 299

cette eau métallique a de se
transformer en soufre aurifique
à l'infini; car en arrosant & imbibant
le premier soufre avec
cette eau pleine de feu céleste,
elle se convertit en soufre aurifique:
c'est pourquoi quelques-uns
l'ont appelée eau de soufre. Le
feu humide & coulant est aussi
appelé bain-marie, le bain du
Roi, du Soleil & de la Lune, où
ils se baignent pour se nettoyer
de leurs impuretés, & pour acquérir
de nouvelles forces &
une jeunesse immortelle.
C'est ce feu dont Trévisan
parle avec tant de mystère, qu'il
dit être subtil, vaporeux, digérant,
continuel, environnant,
aérien, clair & pur, enfermé,
non coulant, altérant, pénétrant
& vif.
Enfin ils ont donné le nom de
feu à tout ce qui agit dans les
matières qui sont enfermées
@

300 Secrets de la Philos. des Anciens,
dans le vaisseau; & comme ils
ont observé attentivement tous
les mouvements, altérations &
changements qui arrivent dans
les matières dans le cours de
l'oeuvre, ils ont donné le nom
feu à tout ce qui cause ces mouvements,
les désignant ou par les
couleurs, ou par les effets sensibles
qu'ils ont remarqués.
Le feu externe est un autre
feu, & un des plus grands secrets
de l'art; qu'ils ont aussi tâché
d'envelopper & de cacher
sous des énigmes; & cependant
ce n'est autre chose que le
feu élémentaire que chacun
peut faire à sa manière, pourvu
qu'il sache le régler suivant que
les matières le requièrent, en
observant exactement les degrés
selon les temps. Il est certain qu'il
se peut faire en différentes manières,
quoique les matières
soient toujours fondamentalement
@

découverts. 301

les mêmes; cela dépend de
l'industrie de l'Artiste: il faut
seulement que ce feu soit proportionné
à l'oeuvre qu'il entreprend,
& qu'il garde le régime
qui est nécessaire: le feu de
charbon & celui de lampe sont
les plus sûrs & commodes.

Des vaisseaux.

Le nom de vaisseau est aussi
équivoque, car il y a le vaisseau
de l'art & celui de la nature.
Le vaisseau de l'art est un simple
vaisseau de verre, tel que la
plupart des Philosophes le dépeignent,
rond & ovale.
Mais le vaisseau de nature est
le plus important & le plus difficile
à trouver; c'est proprement
le vaisseau féminin qu'on appelle
matrice, dans laquelle le Roi
doit se corrompre & répandre sa
semence, pour y produire l'enfant
philosophique.
@

302 Secrets de la Philos. des Anciens,
Ils appellent aussi ce vaisseau
naturel le vaisseau de l'art, parce
que c'est le seul moyen par lequel
l'art s'accomplit.
Et comme ce vaisseau est en
même temps liqueur, ils appellent
cette liqueur menstrue, d'autant
qu'il fait le même effet de
menstrue féminin, lequel donne
accroissement à la semence masculine
qui se change en sa nature,
de même que fait celle du
mâle à l'égard de celle de la femelle:
c'est pourquoi les Philosophes
comparent si souvent l'union
de l'or & du vif argent, au
mariage & à la génération de
l'homme.
Jusque sur le scel du vaisseau
ils ont fait une équivoque; car
ils disent qu'il faut sceller le vaisseau
hermétiquement: or le
sceau d'Hermès a un double
sens. Le sens littéral est de sceller
le vaisseau de verre, de manière
@

découverts. 303

que rien de ce qui est dedans
ne puisse s'évaporer; mais le
sens philosophique du scel
d'Hermès est de faire en sorte
que les deux mercures se joignent
de telle manière, qu'ils deviennent
un seul être & une seule
Pierre; & c'est aussi ce qu'on
appelle sceller l'enfant dans le
ventre de la mère, c'est-à-dire,
résoudre & enfermer l'or dans le
plus profond des entrailles du
mercure qui l'a produit.

Des noms de la Pierre.

La Pierre se peut considérer
ou comme étant en état d'être
faite, c'est-à-dire encore liquide;
ou bien comme étant déjà
parfaite & sèche. Dans ces deux
états elle a le nom de toutes les
choses auxquelles le Philosophe
qui la fait peut ou veut la comparer,
dans le temps qu'il l'observe;
de sorte que pendant qu'elle
@

304 Secrets de la Philos. des Anciens,
est liquide & coulante, il
l'appelle mercure: si elle s'élève
en vapeurs, il l'appelle fumée,
esprit, vent, air, & même
feu; & si elle se précipite, il
la nomme eau, rosée du mois de
Mai, urine, &c. & s'il voit monter
ce qui est au fond sur la superficie
de la matière, il l'appelle
sublimations, distillations, filtrations:
mais lorsqu'elle est sèche
au blanc, ils la disent talc,
& du nom de tous les sels, ou
d'arsenic ou de marbre, & de
tout ce qui est blanc. Et lorsqu'elle
est rouge, ils lui donnent le
nom de soufre, d'orpiment, rubis,
cuivre, cinabre, & de tout ce
qui peut lui ressembler. Le nom
de notre qu'ils y ajoutent ordinairement,
marque que ce n'est pas
le vulgaire; & ainsi notre soufre,
notre cinabre, notre orpiment,
& le reste, fait voir la différence
qu'il y a du commun à celui dont
De
@

découverts. 305

De quelques autres paraboles &
énigmes.

Comme il serait très-dangereux
d'enseigner cette science
nettement & naturellement, &
que tous les Philosophes Chimistes
qui en ont écrit, ont tâché
de la faire connaître sous
quelques figures ou paraboles
énigmatiques, par lesquelles les
sages peuvent cependant assez
facilement comprendre ce qu'ils
veulent dire; j'en rapporterai
quelques unes, afin que l'on
voie que lorsqu'on s'applique,
qu'on a du bon sens, & que l'on
est initié dans les fondements naturels
de la Philosophie, ces énigmes
ne sont pas difficiles à expliquer,
supposant que le Lecteur
a lu les Livres des Philosophes,
& qu'ainsi il a déjà quelque
connaissance de ces énigmes.
Je ne m'étendrai pas beau-

C c @

306 Secrets de la Philos. des Anciens,
coup là dessus, j'en rapporterai
seulement quelques unes.
Je commencerai par la parabole
du Cosmopolite, qui n'est
pas une des plus difficiles à entendre.
Il dit qu'il y avait deux
arbres du Soleil & de la Lune,
qui ne pouvaient porter de fruit
que par la vertu d'une certaine
eau claire & blanche plus que
la neige, & dans laquelle les
fruits de ces arbres se liquéfiaient
comme la glace dans
l'eau tiède. On entend bien que
Saturne qui faisait la liquéfaction
de ces fruits veut marquer
la noirceur qui paraît dans le
temps de la putréfaction du composé,
comme tous les Philosophes
le disent, & qui produit le
vrai mercure philosophique de
l'or ou de l'argent. Il fait ensuite
dire à Neptune que dans cet ouvrage
il n'y entre rien que les
fruits des arbres du Soleil & de
@

découverts. 307

la Lune, & l'eau philosophique:
il montre le temps, le poids & le
régime. Et dans les deux Dialogues
du mercure & dans celui
du soufre avec l'Alchimiste, il
est facile de voir quel est le mercure
des Philosophes & leur soufre.
Il est vrai que cet Auteur est
fort subtil & capricieux; mais
avec ce que j'ai dit ci-devant, il
est facile d'entendre son sens,
pour peu qu'on ait d'esprit.
Les figures de Flamel ne sont
pas plus difficiles à entendre: il
en explique lui-même une partie;
& il est aisé de comprendre
que les deux bêtes qui sont dans
le vaisseau de verre, l'une qui a
des ailes & l'autre sans ailes, sont
le fixe & le volatil, comme lui-
même l'explique il est vrai que
les figures d'Abraham Juif sont
un peu plus difficiles; mais pour
faire plaisir à plusieurs personnes
qui ne les entendent pas, je vais
C c ij
@

308 Secrets de la Philos. des Anciens,
mettre ici l'explication que le
bon homme Vicot nous en donne.
Il y avait trois fois sept feuillets
dans ce Livre, le septième
duquel était toujours sans écriture;
mais il y avait des figures
hiéroglyphiques comme au premier,
une verge avec des serpents
entortillés, signifiant que mercure
après la septième dépuration
est venu en magistère. Cette
explication est un peu obscure
pour ceux qui n'ont encore que
de légères lumières de la Science;
mais ceux qui ont lu les Livres,
& qui sont un peu Philosophes,
entendent bien ce que cela
veut dire. On peut encore entendre
qu'après les sept semaines
ou environ, par le moyen
de Saturne qui est la putréfaction
& noirceur des matières,
les deux mercures fixe & volatil
se sont joints & entortillés en
@

découverts. 309

semble, comme il paraît dans ce
caducée mystérieux, pour parvenir
à achever le magistère.
Au deuxième septième feuillet
était un serpent crucifié,
c'est-à-dire que Saturne avec sa
faux ayant tranché les pieds au
mercure volatil par l'union du
fixe, ce mercure volatil & aqueux
est devenu fixe & est resté
en terre; & l'un & l'autre mercure
forment un serpent crucifié,
dont l'arbre composé de
quatre parties égales, c'est-à-
dire des quatre éléments en égale
portion: & ce serpent ainsi exalté
dans la croix, signifie le soufre
de l'or exalté en vertu.
Au troisième septième feuillet
la figure représentait un désert,
avec plusieurs belles fontaines
d'où sortaient des serpents
qui allaient de côté & d'autre.
Cela signifie le nombre des dissolutions
& putréfactions (car
@

310 Secrets de la Philos. des Anciens,
les serpents marquent toujours la
putréfaction) qui arrivent tant
dans le cours de l'ouvrage, que
celles qui se font dans la multiplication
de la Pierre.
Il y a plusieurs autres figures
dont Flamel parle; mais Vicot
n'en parle pas, parce qu'elles
sont très-faciles à entendre, faisant
assez clairement voir les
matières & les couleurs, & ce
qui arrive dans le cours de l'oeuvre,
aussi-bien que dans la multiplication.
La parabole de Zachaire est
plus simple, mais elle ne marque
que les couleurs qui paraissent
dans le vaisseau, ce qui le fait
paraître trop cacher son secret,
quoique quelques autres
disent qu'il a déclaré l'oeuvre
mot à mot dans son opuscule.
La parabole de Trévisan, de
son petit Livret d'or qui tombe
dans la fontaine où il se perdit,
@

découverts. 311

& du Roi qui vient se laver dans
cette fontaine d'eau vive pendant
plusieurs mois, est assez
naïve pour qu'elle nous fasse
clairement voir quelles sont les
matières de l'oeuvre. Le temps
dans lequel il se parfait, & les
couleurs qui paraissent dans le
vaisseau sont fort bien marquées
par les couleurs des Planètes
dont il parle.
L'énigme qui est à la fin de la
Turbe des Philosophes, n'est pas
moins claire; elle nous montre
sous le nom de Begu la blanche,
mercure, & sous le non, de Gabertin
le bond & resplendissant,
l'or qui est son frère, c'est-à-dire
d'une même origine. Le reste de
l'énigme ne marque que ce qui
se passe dans le vaisseau.
Or il faut remarquer que les
Philosophes, & particulièrement
les anciens, ont été si jaloux de
cet ouvrage, qu'ils n'ont jamais
@

312 Secrets de la Philos. des Anciens,
osé seulement nommer les matières
de la Pierre, ni même parler
de leur première préparation;
ils ont crû beaucoup faire
de les désigner par leurs propriétés;
encore ont-ils tâché d'en
envelopper le sens, & voici comme
par un effort de bonne foi
Pythagore parle dans la Turbe.
Je vous dis que notre oeuvre a
dès son commencement à besogner
de deux natures, & ne sont
qu'une substance. L'une est chère,
& l'autre est vile; l'une dure,
& l'autre molle & aquatique;
l'un est rouge, & l'autre est blanche;
l'une est fixe, & l'autre volatile;
l'une est corps, & l'autre
est esprit; l'une chaude & sèche,
l'autre froide & humide; l'une
mâle, l'autre femelle, de grand
poids, & de très vive matière;
& l'une tue l'autre, & ce n'est
autre chose que magnésie & soufre.
Et sachez qu'au commencement
cement
@

découverts. 313

l'une domine les trois
parts, & l'autre qui a été tuée,
commence à dominer & tuer
son compagnon, quatre parts;
& il s'élève des trois parts Kukul
noir, l'air blanc, sel fleuri,
marbre blanc, étain & Lune;
& des quatre parts s'élève airain,
rouille, fer, safran, &
sang & pavot, (les couleurs) &
l'esprit venimeux qui a dévoré
son compagnon. Et sachez que
l'un a besoin de l'aide de l'autre;
car vous ne pouvez faire le
corps dur être volatil & spirituel,
ni pénétrant sans l'esprit:
ni aussi vous ne pouvez faire
l'esprit corporel, ni fixe & demeurant
sans le corps, lequel
corps est rouge & mûr; & l'esprit
est très-froid & cru dans sa minière.
Et sachez qu'entre l'eau
vive & l'étain blanc & net il n'y
a aucune proximité ni aucune
nature sinon commune; car
D d
@

314 Secrets de la Philos. des Anciens,
l'eau vive a son certain corps
auquel elle se conjoint. Et sachez
que celui qui n'entend pas
cela, n'est qu'un âne, & jamais
ne se doit mettre à cet art, car
il est prédestiné de n'y jamais
parvenir. Laissez homme & nature
humaine, laissez volatils,
pierre marine, charbon & bête
brute, & prenez matière métalline.
La Turbe dit: Notre Maître,
sauf votre révérence, il semble
que vous avez trop clair parlé;
& il dit: Il nous semble, mais
aux ignorants qui le leur dirait
encore plus clairement, à peine
l'entendraient-ils.
Ce que Pythagore dit est très-
vrai, car quand les Philosophes
auraient écrit mot à mot & de
suite matières, préparations, régime
& feu, peu de personnes y
auraient encore réussi, chacun
d'une part ayant son sentiment
@

découverts. 315

dans cette science, dont on ne
veut absolument pas sortir, quoi
que souvent on trouve un sens tout
opposé au sien dans les écrits,
mais on l'accommode à ce que
l'on s'est une fois mis dans l'imagination.
Plusieurs Auteurs ont
fait ce que je viens de dire: ils
ont écrit l'oeuvre & les matières
mot à mot; nombre d'habiles
gens les lisent tous les jours,
& s'arrêtent moins à ces endroits-là
qu'aux autres. Ce qu'ils
trouvent dans ces mêmes Auteurs
de sophistique & d'énigmatique
leur convient davantage;
ils s'imaginent que c'est dans
ce sens caché qu'ils doivent
trouver ce qu'ils cherchent, ils
s'y rompent la tête; & lorsqu'après
avoir tourné de tous les côtés
ce qu'ils ont lu, ils rencontrent
quelque chose qui s'accommode
avec ce qu'ils pensent,
ils croient avoir trouvé tout le
D d ij
@

316 Secrets de la Philos. des Anciens,
secret, & ne sont point en repos
qu'ils n'aient mis la main à
l'oeuvre. Il y en a même qui sont
si obstinés dans leurs prévention,
qu'ils recommencent un
très-grand nombre de fois ces
fausses opérations, croyant toujours
qu'ils sont dans le bon chemin,
mais qu'ils ne réussissent
pas à cause de quelques tours de
main qu'ils n'observent pas bien;
car c'est leur manière de parler.
Les Anciens aussi bien que les
Modernes, mais non pas tous,
ont taché de déguiser les matières;
mais pour ce qui est de leurs
préparations, peu en ont parlé;
& ceux qui l'ont fait, à peine
ont-ils dit que ces matières avaient
besoin d'être préparées:
ce qu'ils ont le plus caché a été
la matière du dissolvant, & encore
plus la manière de le rendre
habile à dissoudre les corps; ils
ont laissé à l'industrie de l'Artiste
@

découverts. 317

de la trouver & de la mettre
en cet état, & comme c'est la
clef de tout l'oeuvre, ils ont tenu
caché ce grand secret, comme le
plus important. Ils se sont beaucoup
plus étendus sur les choses
qui se passent dans le vaisseau;
encore plusieurs ont-ils jugé à
propos de se rendre obscurs, &
de les déguiser sous une infinité
d'opérations, de distillations,
circulations, filtrations, sublimations,
imbibitions, calcinations,
& autres manipulations
qui sont plus allégoriques que
réelles, & qui ayant été prises à
la lettre, ont donné occasion
de grandes erreurs; & c'est ce
qui rend les Livres du grand
Raimond Lulle si difficiles à
comprendre. Cependant ces Livres
sont expliqués & rendus assez
clairs, autant de la matière
le peut permettre, par le bon
Prêtre Vicot qui en parle le
D d iij
@

318 Secrets de la Philos. des Anciens,
mieux, & avec une profondeur
véritablement philosophique,
mais parce que cette lecture demande
l'esprit pénétrant d'un
vrai Physicien, je conseille les
moins éclairés de s'en tenir à ce
que les Livres des Philosophes
moins subtils & plus sincères
nous enseignent. Ils nous disent
qu'après avoir préparé les deux
matières par la purification, &
qu'on les a mises dans l'oeuf de
verre, à la chaleur requise, il ne
faut plus y toucher, mais laisser
opérer nature, qui seule peut
conduire l'oeuvre à la perfection;
car le volatil dissoudra le fixe en
liqueur mercurielle, & passant
par diverses couleurs, tout se
coagulera & fixera en une poudre
blanche ou rouge, selon la
matière sur laquelle vous aurez
travaillé, qui est la vraie Pierre;
laquelle poudre ou Pierre étant
de nouveau imbibée de son mercure
@

découverts. 319

par une décoction réitérée,
donnera l'Elixir, qui sera d'autant
plus pénétrant & multiplicatif,
que vous lui donnerez de
nouvelles imbibitions. Quasi
tous les bons Auteurs, comme
Flamel, Trévisan, Despagnette,
Philalèthe & plusieurs autres
l'enseignent sans déguisement;
mais ce dernier surtout a merveilleusement
bien désigné & décrit
tout ce qui se passe dans le
vaisseau, & assez bien montré la
manière de gouverner le feu:
tout ce qu'on pourrait lui reprocher,
c'est qu'il a par malice fait
une confusion & entremêler les
deux ouvrages; de manière que,
comme il le dit lui même, ce
qu'il dit de l'un, on s'imagine
qu'il se passe dans l'autre, c'est-
à-dire qu'il a entre-mêlé les signes
que l'on voit dans l'oeuvre
qui se fait pour la réincrudation
de l'or vulgaire, avec celui qui
D d iiij
@

320 Secrets de la Philos. des Anciens,
se fait dans l'or philosophique,
auquel appartiennent proprement
les signes & les régimes
qu'il décrit si bien, & dont on
ne voit qu'un emblème dans le
premier oeuvre, comme il le dit
lui-même. Mais il faut y faire attention
pour développer cette confusion,
& distinguer ce que nous
devons faire & ce que nous devons
laisser faire à la nature; car
elle ne veut point être interrompue
dans ses opérations. Préparez
seulement, & elle fera le
reste.
Plusieurs des Anciens ont dit
que quand on a une fois mis les
deux spermes dans le vaisseau, il
ne faut plus y toucher. Cyrus
dans la Turbe le fait bien entendre
par l'exemple de ce qui se
passe dans la génération de l'enfant
dans le ventre de la mère.
Je conseille le Lecteur de lire cet
endroit dans la Turbe; car il est
@

découverts. 321

fort beau & très-naturel. Artéphius
dit aussi dans un endroit
qu'il faut mettre les matières
dans un vaisseau scellé hermétiquement,
& n'y toucher ni des
pieds ni des mains; quoiqu'en
d'autres endroits il dise qu'il
faut tirer la crème qui sera dessus
la matière avec une plume, &
cela pour faire perdre le fil. Trévisan
dit la même chose dans sa
parabole, & ajoute que l'homme
le plus simple peut conduire
l'oeuvre, n'ayant autre chose à
faire qu'à chauffer le bain, où le
Roi se lave pour se rajeunir. Et
Flamel dit que la conduite de
l'ouvrage est si simple & si aisée,
qu'une femme pourrait le faire
sans se détourner des plus petites
de ses autres occupations: il dit,

Qu'une femme filant fusée
N'en serait point détournée.

En un mot tous les Auteurs
@

322 Secrets de la Philos. des Anciens,
sincères ont conclu à cet aphorisme,
que c'est un jeu d'enfant
& un ouvrage de femme, tant il
est facile; & que ceux qui ont
décrit tant de diverses opérations,
ne l'ont fait que par similitude
ce que la nature opère
toute seule dans le vaisseau, &
pour que les esprits subtils aient
plus de difficulté à pénétrer leur
secret.
------------------------------
R E'C A P I T U L A T I O N.
V Oilà ce qui me paraît de
plus essentiel à savoir
pour la composition de ce grand
ouvrage, tant pour les matières
que pour le régime & la conduite
qu'on doit tenir dans sa cuisson.
Il n'est donc question que de
choisir ces deux matières, c'est-
à-dire l'or ou l'argent d'une
@

découverts. 323

part, & le vif-argent de l'autre.
Il faut en premier lieu rendre ces
deux substances propres à être
employées, en purifiant parfaitement
les corps par la coupelle ou
par le départ, afin qu'il n'y reste
aucun métal impur. Les uns s'en
sont servi réduits en chaux,
les autres l'ont pris en feuilles
afin que la dissolution soit plus
aisée & plus prompte, d'autres
l'ont mis en grenaille: il est donc
indifférent en quel état, pourvu
que le dissolvant soit bien préparé.
Et en second lieu il faut rendre
le mercure si subtil, qu'il
puisse réincruder l'or, & le réduire
dans la première matière
de vif argent.
Cela arrivant, ces deux argents-vifs
qui ne sont pour lors
qu'une seule matière, forment
le mercure philosophique, qui
est désigné par le caducée mystérieux
@

324 Secrets de la Philos. des Anciens,
du mercure entortillé par
deux serpents qui semblent se
mordre; ce qui marque la putréfaction,
qui est le temps certain
dans lequel se fait l'union intime.
Ces deux mercures en se cuisant
& par la simple digestion,
font ce que les Philosophes appellent
suc de la Lune: & peu à
peu ils deviennent dans un certain
espace du commencement
de l'oeuvre, noirs, après ils prennent
la couleur grise, & ensuite
diverses autres couleurs; & enfin
blancs, qui est le sel ou suc
de la Lune, ou la Lune des Philosophes;
& en continuant toujours
la cuisson, deviennent
verts, couleur de cuivre, de
rouille, couleur d'or, & enfin de
rubis transparent & luisant, ce
qui est la quintessence séminale
de l'or & le soufre des Philosophes.
@

découverts. 325

Le soufre rouge se multiplie
par une ou plusieurs nouvelles
imbibitions, comme le répètent
assez de fois les Livres des Modernes;
& enfin on le fermente
avec l'or pur par la fusion de
quelques heures: ce qui se fait
afin de rendre l'élixir plus fixe,
qui par les imbibitions réitérées
de l'esprit volatil, pourrait avoir
acquis quelque volatilité.
De cette manière & par ce régime,
on voit assez que le fixe devient
volatil au commencement
par l'union du volatil, & que
dans la suite le volatil devient
fixe par l'union du fixe, & que
de ces deux substances du corps
de l'esprit, il en résulte une
troisième matière qui tient de la
fixité du corps d'une part, & de
la subtilité & pénétration de
l'esprit de l'autre, qui flue comme
la cire à la chaleur du feu, &
qui en même temps résiste à toutes
@

326 Secrets de la Philos. des Anciens,
sortes de feux, qui se mêle
intimement avec le mercure vulgaire
& avec le mercure de tous
les métaux, qui n'est autre que le
mercure vulgaire qui a changé
sa forme, lui donnant sa fixité
sa teinture aurifique ou argentifique,
suivant le soufre blanc ou
rouge dont vous vous êtes servi.
Et comme ces choses sont
traitées assez au long & assez
clairement dans les Livres des
Philosophes, que chacun a la liberté
de lire si bon lui semble; je
crois qu'il est inutile d'en dire davantage:
je craindrais même de
devenir ennuyeux.
Des préparations des métaux & du
mercure.
Quant à la préparation des
métaux parfaits, il est certain
qu'il en faut séparer tout métal
imparfait, & les bien purifier.
Aucun Auteur n'a parlé de la
@

découverts. 327

manière de les purifier; le seul
Philalèthe parle d'un certain or
philosophique qu'il dit tirer de
son même mercure préparé:
mais je n'ai lu aucun Philosophe
que lui qui en parle.
Il est cependant vrai que Paracelse
dans sa clef des Archidoxes
parle aussi d'une préparation
d'or dans laquelle il introduit
une manière de mercure
philosophique pour l'ouvrir;
mais la préparation de ce même
mercure est très-difficile & longue,
& encore plus la manière
dont il en parle très-obscure,
aussi bien que sa réincrudation
ou préparation d'or vulgaire.
Quant à la première préparation
ou purification du mercure
vulgaire, les Anciens qui n'ont
seulement pas osé dire nettement
que cet esprit était le vrai
dissolvant de l'or, sont bien éloignés
d'en enseigner la préparation:
@

328 Secrets de la Philos. des Anciens,
ce qu'ils ont très-sagement
fait, car sachant la manière de
le préparer, le reste n'est plus
rien. Le seul Geber dit que c'est
par la sublimation qu'on peut le
purifier de ses impuretés terrestres
& grossières, & que c'est
par ce seul moyen qu'on peut
avoir sa moyenne substance pure.
Mais plusieurs l'ont sublimé,
& un très grand nombre de fois,
sans que cela ait produit l'effet
qu'ils en attendaient: c'est qu'ils
ignoraient les matières convenables
& nécessaires pour faire
cette sublimation. Quelques habiles
gens ont crû qu'on y pouvait
parvenir par les essences de
certains sels & par quelque soufre;
mais on ne voit personne
qui l'ait fait ainsi: ou si quelqu'un
y a réussi par ces moyens
ils ne l'ont point encore déclaré.
Plusieurs conviennent qu'il y a
plusieurs moyens de faire cette
purification,
@

découverts. 329

purification, & même de faire la
Pierre; mais quand cela serait,
il faudrait toujours que les matières
essentielle, soient les mêmes,
c'est-à-dire le corps parfait
& le vif-argent.
Ce qui le pourrait persuader,
ce serait entr'autres les Livres
des Expériences de Raimond
Lulle, les tours de main, & le
Livre des teintures de Basile Valentin,
les Ouvrages de Ripleus,
de Parisinus, & autres Auteurs
de l'Ecole de Raimond Lulle, &
surtout de Paracelse, & en dernier
lieu de Philalèthe. Ils se pourrait
que les Modernes aient
perfectionné cet art, en trouvant
des minières plus faciles & plus
promptes, étant aisé de perfectionner
un art quand on le
sait.
Quoiqu'il en soit, je conseille
à tout homme curieux de cette
science, de ne s'en point mêler,
E e
@

330 Secrets de la Philos. des Anciens,
s'il n'est bien instruit des principes,
s'il n'est savant dans la
Philosophie naturelle, & s'il n'a
la pratique manuelle de la Chimie,
ou du moins quelque bon
Artiste qui exécute sans entêtement
& sans obstination ce qu'il
lui ordonnera: il faut même auparavant
qu'il acquière une connaissance
parfaite des métaux
des minéraux, qu'il lise les bons
Auteurs, & surtout pour les fondements
de l'art, les Livres du
profond philosophe Geber,
qu'Arnaud de Villeneuve appelle
toujours du nom de Maître
des Maîtres; qu'il ne sorte en
nulle manière du genre métallique,
comme font les trois quarts
& demi des gens qui travaillent.
Cela me fait souvenir d'un Prêtre
que je connais, homme fort
entêté dans ses sentiments, qui se
croyant habile & voulant faire
la Pierre, ligué avec quelque
@

découverts. 331

autre d'un génie pareil au sien;
s'étant imaginé y parvenir par le
salpêtre, mais croyant qu'il ne
fallait pas un salpêtre profane, il
s'avisa lui & ses compatriotes, de
le prendre aux piliers de la paraisse
où il était habitué. Par une
superstition d'autant plus condamnable
qu'il était revêtu d'un
caractère qui ne doit être possédé
que par des personnes exemptes
de ces faiblesses, lui & ses associés
se mirent dans l'esprit je
ne sais sur quel fondement ni
dans quel Auteur ils avaient
trouvé ce procédé, car j'avoue
sincèrement n'en avoir jamais lu
un tel; ils se mirent, dis-je, dans
l'esprit que ce salpêtre ne devait
être pris que dans le temps de
l'ablution, encore fallait-il
que ce fût pendant la grand
Messe de Paroisse, avec cette
précaution, qu'il ne fallait
point le toucher en nulle ma-

E e ij @

332 Secrets de la Philos. des Anciens,
nière: de sorte qu'apparemment
pour satisfaire à cet Auteur qui
leur enseignait de prendre de la
terre vierge qui n'est jamais été
touchée, ou à leur folle imagination,
ce Prêtre se chargea de
ce soin; il se munit d'un petit matras,
d'un gant neuf & d'un petit
couteau de même, toutes lesquelles
choses n'avaient encore servi
à rien, & prit le moment de l'ablution
pour gratter le pilier, &
faire tomber ce prétendu salpêtre
dans le matras sans y toucher;
après quoi, je crois, avec
la même dévotion ou plutôt la
même superstition, ils mirent ce
matras en digestion, où sans doute
il est encore, & y restera longtemps.
Si on pouvait savoir toutes
les folies qui se font sur ce
sujet, on serait souvent surpris
de voir des gens, même qui passent
pour être de bon sens, faire
des choses aussi éloignées de la
@

découverts. 333

raison que celle dont je viens de
parler. Il faut éviter ces sortes de
personnes, aussi bien que ces souffleurs
& leurs particuliers (qui
sont des recettes qu'ils disent avoir,
qui m'ont causé autrefois
à moi & à beaucoup d'autres de
grandes dépenses, & en causent
tous les jours à ceux qui veulent
donner dans les opérations chimiques,
par où on commence
ordinairement avant que de s'attacher
aux principes philosophiques,
par lesquels on connaît
qu'il n'y a qu'un seul art qui soit
véritable, sans lequel on ne peut
faire aucune transmutation de
métal imparfait en métal parfait;
& que comme sans le tronc
de l'arbre on ne peut avoir de
fruit, de même sans le tronc &
la racine de la Pierre on ne peut
rien produire qui lui ressemble.
F I N.

@

334

pict

A P P R O B A T I O N

De M. ANDRY, Conseiller-Lecteur &
Professeur Royal, Docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris, & Censeur Royal des Livres.
J 'Ai examiné par l'ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, ce Manuscrit intitulé Les Secrets les plus cachés de la Philosophie
des Anciens, découverts & expliquez, &c.
par le Sieur CROSSET DE LA HEAUMERIE.
Je n'y ai rien trouvé qui en puisse empêcher
l'impression. Fait à Paris ce 1 9 Novembre
1 7 1 9 A N D R Y.
---------------------------------
P R I V I L E G E D U R O Y.


L O U I S par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: A nos amés & féaux Conseillers les Gens tenans nos Cours
de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires
de notre Hôtel, Grand Conseil, Prévôt
de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans
Civils, & autres nos Justiciers qu'il
apartiendra, Salut. Notre bien amé CHARLES-
MAURICE D'H O V R Y fils Libraire à Paris
Nous ayant fait exposer qu'il lui auroit été
mis en main un Manuscrit qui a pour titre
Les Secrets les plus cachés de la Philosophie
des Anciens, découvert & expliquez, à la
suite d'une Histoire des plus curieuse, par le
sieur Crosset de la Heaumerie, qu'il souhaiteroit
faire imprimer & donner au Public, s'il

@

335

nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége
sur ce nécessaires. A ces causes, voulant
favorablement traiter ledit exposant,
Nous lui avons permis & permettons par ces
Présentes de faire imprimer ledit Livre en
tels volumes, forme, marge, caractere,
conjointement ou séparément, & autant de
fois que bon lui semblera, & de le vendre,
faire vendre & délivrer par tout notre Royaume
pendant le tems de trois années consécutives,
à compter du jour de la date desdites Présentes.
Faisons défenses à toutes sortes de personnes,
de quelque qualité & condition qu'elles
soient, d'en introduire d'impression
étrangere dans aucun lieu de notre obéissance:
comme aussi à tous Libraires, Imprimeurs
& autres, d'imprimer, faire imprimer & vendre,
faire vendre, débiter ni contrefaire ledit
Livre en tout ni en partie, ni d'en faire aucuns
extraits, sous quelque prétexte que ce soit,
d'augmentation, correction, changement de
titre, ou autrement, sans la permission expresse
& par écrit dudit Exposant, ou de ceux
qui auront droit de lui; à peine de confiscation
des Exemplaires contrefaits, de quinze
cens livres d'amende contre chacun des contrevenans,
dont un tiers à Nous, un tiers à
l'Hôtel-Dieu de Paris, l'autre tiers audit
Exposant, & de tous dépens, domages & interêts:
à la charge que ces Présentes seront
enregistrées tout au long sur le Registre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris, & ce dans trois mois de la date d'icelles;
que l'impression de ce Livre sera faite
dans notre Royaume, & non ailleurs, en bon
papier & en beaua cractéres, conformément
aux Réglemens de la Librairie; & qu'ayant

@

336

que de les exposer en vente, le manuscrit ou
imprimé qui aura servi de copie à l'impression
dudit Livre, sera remis dans le même
état où l'approbation y aura été donnée, ès
mains de notre très cher & feal Chevalier
Garde des Sceaux de France le Sieur Fleuriau
D'Armenonville; & qu'il sera ensuite remis
deux Exemplaires dans notre Bibliothéque
publique, un dans celle de notre Château du
Louvre, & un dans celle de notre très cher
& féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur Fleuriau d'Armenonville: le tout à
peine de nullité des Présentes. Du contenu
desquelles vous mandons & enjoignons de faire
jouir l'Exposant ou ses ayant cause pleinement
& paisiblement, sans souffrir qu'il leur
soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons
que la copie desdites Présentes qui sera
imprimée tout au long au commencement ou à
la fin dudit Livre, soit tenue pour dûment
signifiée, & qu'aux copies collationnées par
l'un de nos amés & féaux Conseillers & Secretaires,
foi soit ajoutée comme à l'original.
Commandons au premier notre Huissier
ou Sergent de faire pour l'execution d'icelles
tous actes requis & nécessaires, sans demander
autre permission, & nonobstant clameur
de Haro, Charte Normande & lettres à ce
contraires; car tel est notre plaisir. Donné à
Paris le dixiéme jour du mois de Juillet l'an
de grace mil sept cent vingt-deux, & de notre
Régne le septiéme. Par le Roy en son Conseil.
C A R P O T.
Registré sur le Registre .. de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris, page 71 n° 124, conformément
aux Réglemens & ........ l'arret du
Conseil du 13 Aoust 1703 A..... .. Aoust 1722.
Delaulne, Syndic.
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IMPRIME EN SUISSE
IMPRIMERIE CHABLOZ SA. RENENS


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