Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : 0024B .
Auteur : Anonyme (Abbé Langlet Dufresnoy).
Titre : Histoire de la Philosophie Hermétique. Tome II.
S/titre : Accompagné d'un Catalogue raisonné des...

Editeur : Chez Coustelier. Paris.
Date éd. : 1742 .
@

H I S T O I R E

D E L A

P H I L O S O P H I E

H E R M E T I Q U E

Accompagnée d'un Catalogue raisonné des
Ecrivains de cette Science.
Avec le Véritable Philalethe, revû sur
les Originaux.

TOME SECOND

pict

A P A R I S,
Chez C O U S T E L I E R, Libraire, Quay
des Augustins.
------------------M.
DCC. XLII.
Avec Approbation et Privilege du Roi.

@
@

pict

P R E F A C E.

pict OMME chacun de mes
Volumes contient une matière
particulière, il est
juste aussi de les décorer chacun
d'une Préface, qui ait rapport au
sujet qu'on y traite. Celui-ci renferme
deux Parties; la première
purement Historique ne comprend
pas moins de curiosités que le premier
Volume. Mais je ne réponds
pas plus de l'un que de l'autre; cependant
j'ai pris les précautions
nécessaires dans l'examen des faits,
qui peuvent être contestés. Je n'emploie
que des témoins sûrs & dont
l'attention & la probité sont reconnues.
Si tout en est faux, j'en suis
a ij

@

iv PRE'FACE.

fâché, autant pour le Public que
pour les Auteurs, dont je me sers.
Il est triste de se voir contraint de
donner intérieurement un démenti
à des gens d'honneur: au lieu qu'il
serait satisfaisant pour nous d'avoir
au moins des richesses en idée;
c'est un contentement pour l'imagination,
qui se repaît souvent d'agréables
chimères. Mais en ce
genre rien n'est plus désolant que
la fausseté. Si tout en est vrai, nous
sommes à plaindre, qu'un certain
nombre de personnes de mérite,
n'aient pas cette clef précieuse de
tous les trésors; pour en faire un
sage & légitime usage pour le bien
de la Patrie; car il ne conviendrait
pas qu'elle tombât entre les mains
du peuple.
La Seconde Partie de ce Volume
est une matière de Pratique. Oh,
si je voulais donner carrière à mon
imagination, que je dirais de choses
singulières! on me prendrait

@

PRE'FACE. v

presque pour un Adepte; je passerais
pour un autre Chevalier de
Nouveaumont: mais heureusement
je n'ambitionne pas ce titre. Il me
suffit de donner au Public quatre
Traités d'un Auteur, qui passe
pour l'avoir été lui-même.
J'ai annoncé dans le troisième
Volume les Oeuvres du Philalèthe;
mais de ce grand nombre de
livres qu'il a écrits, je n'en ai choisi
que Quatre, pour les présenter au
Public. Le Premier est son INTROITUS;
ou sa Porte ouverte au
Palais fermé du Roi; livre curieux,
qui explique avec clarté, & qui
contient en abrégé tout ce que les
plus habiles Philosophes ont écrit
obscurément sur la Science Hermétique;
il y parle avec beaucoup
de méthode & de précision. Toute
la suite du travail y est même simplement
exposée. C'est dommage
que sous les apparences d'une si
grande ingénuité, on puisse douter
a iij

@

vj PRE'FACE.

de sa bonne foi, & qu'il ait
mis des choses étrangères à son
sujet. Il n'en disconvient pas.
Il faut avouer cependant que
le Philalèthe est obscur en une
chose: & par malheur cette chose
est, dit-on, la clef de la Science
Hermétique. Il dit tout à l'exception
de la première matière;
d'où dépend la réussite de l'Ouvrage.
Il parle du Mercure; mais
qu'entend-il par ce Mercure? On
sent bien qu'il en établit deux, l'un
est le premier dissolvant de la nature;
l'autre est le corps dissous &
mollifié.
Il avertit néanmoins que malgré
sa sincérité affectée, il faut avoir
de la prudence & de la pénétration,
pour concevoir ce qu'il veut
faire entendre; en quoi je trouve
qu'il est beaucoup plus sincère que
les autres. On croirait, dès qu'on
l'a lu, qu'il n'y aurait qu'à prendre
du Mercure vulgaire, & travailler:

@

PRE'FACE. vij

plusieurs l'ont fait, &
ont été trompés: mais il a soin de
vous arrêter, en marquant qu'avant
d'opérer, il faut comprendre
ce qu'il veut dire par ce Mercure,
sans quoi on travaillerait (1) inutilement.
J'ai lu un autre Ouvrage de ce
Philosophe: c'est là qu'il s'explique
plus clairement sur ce Mercure,
& parle comme les autres Artistes. »
Il y a, dit-il, une (2) montagne
» au Sud-Ouest, d'où il sort
» une eau très claire. Cette eau est
» celle qui nous est propre: c'est
» notre vaisseau, notre feu, notre
» fourneau, c'est enfin notre Mercure,
» & non pas le Vulgaire.
» C'est une liqueur chaude & humide,
» qui vient d'un sel très pur.
» Nous la nommons notre Mercure,
» parce qu'en comparaison


----------------------------------
(1) Introitus Chap. XVIII. num. 1. (2) Philaletha, Fons Chemicae Philosophiae. a iiij

@

viij PRE'FACE.

» du Sol (ou de l'or) elle est froide
» & indigeste, & je puis vous
» assurer, comme une vérité certaine,
» que si le Tout-Puissant
» n'avait pas créé ce Mercure, il
» serait impossible de travailler à
» la transmutation des métaux....
» O bienheureuse humidité, qui
» est le Ciel Philosophique, &
» d'où les Sages ont tiré leurs délices!
» O Eau permanente, qui dissout
» & purifie le Sol, notre nitre
» & notre salpêtre admirable, qui
» est sans prix, quoique peu estimé.
» C'est une chose vile & cependant
» très précieuse, uniquement
» chérie de notre Sol, comme
» son épouse: c'est un or très
» cher; vivant & pénétrant, qui
» convertit le corps du Sol en esprit,
» &c. Le Philalèthe joint à
ce Mercure la Saturnie, dont il a
parlé dans les Chapitres 3. & 4. de
son Introitus; & dont parle aussi
Artefius.

@

PRE'FACE. ix

Voici maintenant ce que dit le
Cosmopolite, (3) » faites dissoudre
» le corps, séparez-en les matières
» étrangères, & le purifiez,
» joignez les matières pures avec
» ce qui est pur, selon le poids de
» la nature. Car sachez que le
» nitre central ne retient de la terre
» que ce qui lui est nécessaire. »
Et le même Auteur continue dans
son Epilogue, & dit: » ce qu'on
» emploie est une chose vile &
» précieuse, c'est l'eau de notre
» rosée, dont on tire le salpêtre
» des Philosophes, qui donne la
» nourriture & l'accroissement à
» toutes choses.... C'est notre aimant
» & notre acier.... Le sujet
» que nous demandons est devant
» les yeux de tout le monde, &
» n'est pas cependant connu. O
» notre Ciel, notre Eau, notre
» Mercure, notre Nitre, qui nage


----------------------------------
(3) Novum Lumen Chimicum, Tractatu XII, ad finem.

@

x PRE'FACE.

» dans la mer de ce (4) monde.
» O notre soufre fixe & volatil!
» sans lui rien ne peur être engendré,
» rien ne peut naître; rien ne
» peut vivre.
Voici un endroit parallèle du
bon Trévisan dans sa parole délaissée,
» la matière dont est extraite
» la Médecine souveraine & secrète
» des Philosophes, est seulement
» or très pur, & argent très
» fin, & notre vif-argent: tous lesquels
» tu vois journellement, altérés
» toutefois, & mués par artifice,
» en nature d'une matière


----------------------------------
(4) Ce parallèle se confirme par les paroles même de Morien: Jam abstulimus nigredinem;
ce sont ses paroles, & cum sale Anatron, id est,
sale nitri & Almizadir cujus complexio est frigida
& sicca, fiximus nigredinem.... inprimis est
nigredo: postea cum sale Anatron sequitur albedo.
Et plus bas il dit encore: sapientes autem
dixerunt, quòd si hoc quod quaeris in sterquilinio
inveneris, illud accipe: si verò in sterquilinio non
inveneris, tolle manum tuam à marsupio. Omnis
enim res quae magno emitur pretio in hujusmodi.
Artificio mendax & inutilis reperitur.

@

PRE'FACE. xj

» blanche & sèche, en manière de
» pierre, de laquelle notre argent
» vif & soufre est élevé, & extrait
» avec forte ignition, par réitérée
» destruction d'icelle, en résolvant
» & sublimant; & en cet argent
» vif sont l'air & le feu....
» Donc le premier degré de
» la Pierre Physique, est de faire
» notre Mercure Végétal, net &
» pur; qui est aussi nommé par les
» Philosophes soufre blanc, non
» brûlant, lequel est moyen de
» conjoindre les soufres avec le
» corps: & Mercure véritablement;
» bien qu'il soit aussi de nature fixe,
» subtil & net, est uni avec
» les corps, & adhère & se joint
» au profond d'iceux, moyennant
» la chaleur & l'humidité d'icelui,
» duquel les Philosophes ont dit:
» qu'il est moyen de conjoindre les
» teintures, & non pas de l'argent
» vif vulgaire, à cause que tel
» Mercure est froid & flegmatique,
a vj

@

xij PRE'FACE.

» & par conséquent destitué de
» toute opération de vie.
Qui lira & méditera bien ces
trois endroits, les trouvera parallèles,
& renfermant la même doctrine.
Et c'est là ce que les Philosophes
Grecs ont nommé leur Arsenic:
& c'est le Mercure des Philosophes,
sans lequel rien ne se
fait dans l'art, non plus que dans
la nature. C'est néanmoins ce que
n'explique pas le Philalèthe dans
son Introitus. Mais je le rapporte
ici, & je le rapproche de ce qu'en
ont dit les autres Philosophes. C'en
est assez: travaille à présent qui
voudra.
Les Colombes de Diane sont une
autre Enigme du Philalèthe, sur
lesquelles il y a quatre Explications.
Les uns prétendent que ce
sont deux Marcassites, blanches à
peu près comme l'argent; savoir,
le Bismuth & le Zinc; d'autres prétendent
que c'est le sublimé corrosif,

@

PRE'FACE. xiij

travaillé avec le nitre & le
vitriol; quelques-uns veulent que
ce soit l'eau forte, faite de nitre
& de vitriol; ce qui se rapporte à
ces Colombes qui sont inséparablement
unies dans les embrassements
de Vénus. Enfin les plus
sensés assurent que ce sont deux
parties d'argent contre une de Régule
martial d'Antimoine: on peut
éprouver ces quatre moyens, &
s'en tenir à celui qui réussira. Mais
le Savant Olaüs Borrichius croit
que cette voie des Colombes de
Diane est trop longue & trop ennuyeuse;
d'autres disent qu'elle est
fausse, je n'en sais rien. On l'éprouvera
donc si l'on veut.
Telles sont les plus grandes difficultés
que j'ai trouvées dans l'Introitus
du Philalèthe; venons maintenant
au fond de l'Edition même.
Celle que je publie est fort différente
de toutes les précédentes,
soit Latines, soit Françaises.

@

xiv PRE'FACE.

La première que nous en ayons
fut méditée à Hambourg en 1666.
& imprimée l'année suivante à
Amsterdam. M. Langius qui l'a
donnée, ne fait pas difficulté de
reconnaître qu'elle est extrêmement
imparfaite: & comme le
Philalèthe était encore vivant, il
le prie de lui communiquer, ou de
publier lui-même son Ouvrage
dans un meilleur état, que l'Edition
qu'il en faisait paraître. Elle
est néanmoins la base de toutes
celles qui ont été données, soit
dans le Musaeum Hermeticum de
1677. soit dans le Recueil de
M. Manget.
Le Savant M. Wedelius en publiant
de nouveau cet Ouvrage en
1699. avoue qu'il n'a copié que la
première Edition. Sa Préface qui
est assez curieuse, se borne à rapporter
quelques exemples de transmutations
métalliques, & à faire
une exhortation très sérieuse, non

@

PRE'FACE. xv

seulement aux Médecins, mais
même aux Théologiens, aux Jurisconsultes,
aux Historiens & aux
Littérateurs, pour les engager à
cultiver la science Hermétique.
Cela est bon en Allemagne, mais
rien n'est plus contraire à nos
moeurs, que de se livrer à de pareilles
chimères. Enfin la dernière
Edition que j'ai vue, est celle du
Docteur Jean-Michel Faustius de
Francfort, avec une longue & ennuyeuse
Epître Dédicatoire aux
Magistrats de cette Ville, où il
rapporte que le savant M. Becher
avait vu faire publiquement en
1700. la transmutation en or chez
l'Electeur de Mayence. D'ailleurs
j'ai renfermé dans l'Histoire du
Philalèthe ce qu'il rapporte de singulier
au sujet de cet Artiste. Mais
quant à l'Edition il avoue que c'est
toujours le même fond, que celle
de Langius. Ainsi toutes sont également
fautives.

@

xvj PRE'FACE.

Il n'en est pas de même de celle
que je donne aujourd'hui: Elle est
conforme à l'Edition Anglaise de
1669. qu'on doit regarder comme
originale & qui est extraordinairement
rare. C'est par là que j'ai
corrigé les contre-sens, qui se trouvaient
dans toutes les autres Editions
Latines. C'est de là que j'ai
tiré les additions essentielles, que
conformément à l'esprit de l'Auteur,
je n'ai pas fait difficulté d'insérer
dans le texte. Mais afin qu'on
soit sûr des endroits que j'ai corrigés,
j'en fais des observations particulières
à la fin de ce Volume.
Par ce moyen on aura non-seulement
les anciennes Editions, quoique
fautives; mais on trouvera
aussi dans le corps de l'Ouvrage
le véritable sens de l'Auteur. Ainsi
le Lecteur intelligent sera en état
d'en faire la comparaison.
La Traduction Française du
Sieur Salmon Médecin, outre les

@

PRE'FACE. xvij

fautes de l'Edition Latine, y a
encore ajouté celles qui viennent
d'un mauvais Traducteur, qui n'entendait
ni son texte, ni sa propre
langue. On peut donner son travail,
pour un parfait modèle d'une
médiocre traduction. Il parle Latin
en Français; au lieu que j'ai
fait parler le Philalèthe comme il
ferait lui-même, s'il écrivait aujourd'hui
en notre langue. La comparaison
des deux versions doit
faire la preuve de ce que j'avance.
Le Second Traité que je publie
du Philalèthe est fort succinct: ce
sont des Expériences, qu'il a faites
pour la préparation du mercure
des sages. J'y ai joint également
le Latin, afin que l'Artiste examine
lui-même la fidélité de ma traduction.
Je publie ce traité d'après
l'Edition d'Elzevir de 1678.
Le Troisième Ouvrage un peu plus
étendu que le précédent, est un
Commentaire du Philalèthe, sur

@

xviij PRE'FACE.

l'Epître que Georges Ripley écrivit
sur la science Hermétique au
Roi d'Angleterre Edouard IV.
c'est une traduction de l'Anglais
qui n'avait jamais paru, ni en Latin,
ni en Français. On y retrouve
toujours le même système de
l'Auteur, qui ayant pratiqué longtemps,
était fixe dans ses principes.
L'Edition Anglaise fut publiée à
Londres en 1678. dans un recueil de
quelques Ouvrages du Philalèthe.
Enfin le Quatrième Traité renferme
vingt Règles ou maximes, que
cet Artiste a jointes à son Commentaire
sur Ripley. Il s'y explique
avec une précision dogmatique,
qui doit satisfaire le vrai Philosophe,
qui ne hait rien tant que
les longs discours. Le même esprit
règne dans tous ces Traités, &
c'est ce qui fait plaisir à un Lecteur
attentif, qui se rebute aisément
d'un Auteur, qui varie dans ses sentiments
& dans ses opérations.

@

PRE'FACE. xix

J'aurais pu donner un plus grand
nombre d'ouvrages de cet habile
Artiste; mais ce ne seraient que
des répétitions de ceux que je produis
ici. On n'en découvrirait pas
plus d'une manière que de l'autre.
Je rapporte dans cette Préface ce
qui peut éclaircir les endroits obscurs
ou douteux de cet Ecrivain;
& quiconque ne comprendra rien
aux Quatre que je publie, n'avancerait
point davantage par les
autres: ils sont même beaucoup
moins clairs, que ceux qui paraissent
dans ce Volume.
Tout ce qu'on vient de lire,
& ce qu'on trouve expliqué dans
ces quatre Traités, est plus que
suffisant pour satisfaire l'Artiste
visionnaire; s'il n'était pas content
de toutes ces chimères, je
pourrais lui en produire beaucoup
d'autres. Peut-être ne seraient-elles
pas aussi folles; peut-être même
le seraient-elles davantage. Il

@

xx PRE'FACE.

y en a cependant quelques-unes
qui sont utiles par les remèdes
qu'on en tire & par d'autres usages
qu'on en peut faire; d'autres
sont purement curieuses & ne satisfont
que les yeux & l'imagination,
d'autres enfin sont folles &
extravagantes. Je parle sincèrement
& je me flatte qu'on m'en
croira.
Pour une plus grande instruction,
on aurait pu mettre dans ce
Volume les Supercheries qu'emploient
ordinairement les faux Adeptes,
pour tromper les personnes
avides de biens & de richesses:
mais M. Geoffroy de l'Académie
Royale des Sciences, les a expliquées
dans un si grand détail &
avec tant de précision, que je me
ferais tort à moi-même de remanier
cette matière après un aussi
excellent homme: ainsi je renvoie
à sa Dissertation, insérée ci-après,
& les Mémoires de L'Académie des

@

PRE'FACE. xxj

Sciences. Comme ce savant & habile
Artiste est commis par Sa Majesté,
pour examiner tous les Phénomènes
Métalliques, que l'on
propose à la Cour, il est plus en
état que personne de connaître
toutes les tromperies des faux Artistes,
qui présentent leurs folles
idées & leurs imaginations chimériques
aux Ministres du Roi.
Je ne dois pas omettre ici une
observation particulière, sur quelques
termes du Prince de la Mirandole,
rapportés ci-après, page
18. de l'Histoire des Transmutations
Métalliques, soit même dans
l'Histoire du nommé Delisle. On
prétend faire entendre dans ces
deux endroits, que l'Oeuvre Hermétique
se peut accomplir par des
simples, c'est-à-dire, par le suc
ou le sel des Herbes & des Plantes.
Rien n'est plus contraire, je
ne dis pas seulement aux Maximes
des véritables Philosophes; mais

@

xxij PRE'FACE.

encore au procédé constant & uniforme
de la nature.
Tous les Etres ne se perfectionnent
& ne se multiplient que par
des Spermes, qui sont dans leur
espèce, ou du moins dans leur
genre: Natura non emendatur nisi
in naturâ. C'est l'axiome inviolable
des plus habiles Artistes; la
multiplication ne passe point d'un
genre à l'autre. Que l'on considère
la propagation des Plantes, elle se
fait toujours dans l'espèce qui lui
est propre. Un rosier ne produira
jamais du blé; jamais un oranger
ne donnera des melons: on doit
pareillement être persuadé que tout
se passe avec la même uniformité
dans le genre des minéraux. Le
germe du blé, de l'orge, ou de
la semence des légumes, ne saurait
produire de l'antimoine; comme
le plomb, l'or & l'argent, ne
feront jamais naître des pêches,
des abricots, ni des oranges. C'est

@

PRE'FACE. xxiij

sur quoi on fit une excellente Dissertation
dans le temps même de
l'aventure de Delisle, pour montrer
la fausseté de ses prétendues
préparations. Je l'aurais publiée si
je l'avais pu recouvrer; mais peut-
être l'occasion se présentera-t-elle
d'y revenir.
Il est bon néanmoins de montrer
d'où vient cette fausse idée.
On sait combien d'allégories les
Chimistes répandent dans leurs Ecrits:
chacun d'eux emploie celles
qui lui font le plus de plaisir,
ou qui se présentent les premières
à leur imagination. Nicolas Flamel
se sert, dans ses figures, de
l'idée d'un jardin, où l'on trouve
une belle fleur au sommet d'une
haute montagne, une autre fois
un rosier fleuri; dans une autre
figure, c'est un Roi qui fait
égorger des innocents, dont le
sang sert à former un bain pour le
Roi des métaux: il y met même

@

xxiv PRE'FACE.

des serpents & des dragons, qui
courent avec précipitation, & qui
enfin se dévorent mutuellement.
Tous ces symboles sont de pures
imaginations, pour désigner obscurément
leurs matières & leurs
opérations.
Ceci est d'autant plus vrai à l'égard
du nommé Delisle, que
c'est l'idée perpétuelle, qui se
trouve dans le Livre du Jardin des
Richesses, (Hortus Divitiarum,)
qu'il avait eu du Philosophe, qu'il
avait servi. Ce Livre a passé manuscrit
entre mes mains, après
avoir été au nommé Aluys, &
depuis à M. de Percel, que j'ai cité
à la fin de l'Histoire des Transmutations
Métalliques. J'en parle
néanmoins encore dans le même
endroit.

pict

TABLE

@

pict

T A B L E

Des Articles contenus dans
ce deuxième Volume.
----------------------------------

I.

D ISCOURS Préliminaire, ou
Histoire des Transmutations
Métalliques. 3
I. Arnauld de Villeneuve, ibid.
II. Raymond Lulle, 6
III. Des suites de ces Transmuta-
tions, 10
IV. Jean Pic, Prince de la Miran-
dole, 15
V. Le Cosmopolite & Sendivoge, 22
VI. Transmutation faite par Du-
bois, 26
VII. Gustenhover de Strasbourg,
28
Tome II. b
@

xxvj T A B L E

VIII. Berigard de Pise, 31
IX. Jean Baptiste Van-Helmont, 33
X. Transmutation faite à Pragues
en 1648. par l'Empereur Ferdi-
nand III. 35
XI. Gustave Adolfe, Roi de Suède,
44
XII. M. Helvetius, premier Méde-
cin du Prince d'Orange, 46
XIII. Dispute du P. Kircher, Jé-
suite Allemand, avec quelques
Philosophes Hermétiques, 51
XIV. Transmutations faites à Ber-
lin & à Dresde, 62
XV. Histoire du nommé De Lisle,
Provençal, prétendu Adepte, 68
Lettre écrite par M. de Cerisy, Prieur
de Châteauneuf, au Diocèse de
Riez en Provence, le 18. Novem-
bre 1706. à M. le Vicaire de
S. Jacques du Haut-Pas, à Pa-
ris, 69
Autre Lettre du dit Sieur de Cerisy
au même, 27. Janvier 1707.
72
@

DES ARTICLES. xxvij

Lettre de M. de Lions Chantre de
Grenoble, du 30. Janvier 1707.
74
Copie de la Lettre écrite à M. Des-
maretz, par M. l'Evêque de Se-
nez, le 1709. 76
Extrait d'une Lettre du 19. Juillet
1710. écrite à M. Ricard, Gen-
tilhomme provençal, demeurant
rue Bourtibourg, 84
Certificat de M. de S. Maurice,
Président de la Monnaie de Lyon,
86
Rapport du Monnayeur de la Mon-
naie de Lyon, 94
Suite de l'histoire du nommé Delisle,
95
XVI. Des supercheries concernant
la Pierre Philosophale, par M.
Geoffroy. 104

II.

Le Véritable Philalèthe, ou l'Entrée
au palais fermé du Roi, revu &
b ij
@

xxviij T A B L E

augmenté sur l'Original Anglais,
1
PRE'FACE de l'Auteur, 3
CHAPITRE I. De la nécessité du Mer-
cure des Sages, pour faire l'Elixir,
7
CHAPITRE II. Des Principes qui
compose le Mercure des Sages,
13
CHAPITRE III. De l'Acier des Sa-
ges, 19
CHAPITRE IV. De l'Aimant des
Sages, 21
CHAPITRE V. Le Cahos des Sages,
25
CHAPITRE VI. De l'Air des Sages,
29
CHAPITRE VII. De la première
Opération, pour la préparation du
Mercure des Philosophes par les
Aigles volantes, 35
CHAPITRE VIII. Du Travail &
de l'ennui, que cause la première
Préparation, 43
CHAPITRE IX. Du pouvoir de no-
@

DES ARTICLES. xxix

tre Mercure sur tous les Métaux,
49
CHAPITRE X. Du Soufre, qui se
trouve dans le Mercure Philoso-
phique, 53
CHAPITRE XI. Comment on a trou-
vé le parfait Magistère, 57
CHAPITRE XII. De la manière gé-
nérale de faire le parfait Magis-
tère, 75
CHAPITRE XIII. De l'Usage du
Soufre mûr dans le travail de l'E-
lixir, 77
CHAPITRE XIV. Des Circonstances
qui surviennent & qui sont requises
à l'Oeuvre en général, 121
CHAPITRE XV. De la Purgation
accidentelle du Mercure & de l'Or,
127
CHAPITRE XVI. De l'Amalgame
du Mercure & de l'Or, & du poids
convenable de l'un & de l'autre,
137
CHAPITRE XVII. De la Propor-
tion du vase, de sa forme & de
@

xxx T A B L E

sa matière, & de la manière de le
boucher, 145
CHAPITRE XVIII. De l'Athanor
ou Fourneau Philosophique, 153
CHAPITRE XIX. Du progrès de
l'Oeuvre pendant les quarante pre-
miers jours, 169
CHAPITRE XX. Quand la noirceur,
arrive dans l'Oeuvre du Soleil &
de la Lune, 195
CHAPITRE XXI. Comment on peut
empêcher la Combustion des fleurs,
203
CHAPITRE XXII. Du Régime de
Saturne, & pourquoi il est ainsi
nommé, 211
CHAPITRE XXIII. Des différents
Régimes de l'Oeuvre, 215
CHAPITRE XXIV. Du premier Ré-
gime de l'Oeuvre, qui est celui de
Mercure, 217
CHAPITRE XXV. Du second Ré-
gime de l'Oeuvre, qui est celui de
Saturne, 227
CHAPITRE XXVI. Du troisième
@

DES ARTICLES. xxxj

Régime ou de Jupiter, 233
CHAPITRE XXVII. Du quatrième
Régime, de la Lune, 237
CHAPITRE XXVIII. Du cinquiè-
me Régime ou de Vénus, 241
CHAPITRE XXIX. Du sixième Ré-
gime ou de Mars, 247
CHAPITRE XXX. Du septième Ré-
gime, du Soleil, 249
CHAPITRE XXXI. De la Fermen-
tation de la Pierre, 255
CHAPITRE XXXII. De l'Imbibi-
tion de la Pierre, 259
CHAPITRE XXXIII. De la Multi-
plication de la Pierre. 263
CHAPITRE XXXIV. Manière de
faire la Projection, 267
CHAPITRE XXXV. Des différents
Usages de la Pierre, 269

III.

EXPERIENCES sur la Préparation du
Mercure Philosophique pour la
Pierre, par le Régule Martial
étoilé d'antimoine & l'argent, par
@

xxxij TABLE DES ARTIC.

Irenée Philalèthe, 275

IV.

EPITRE de Georges Ripley & E-
douard IV. Roi d'Angleterre,
expliquée par Eyrenée Philalèthe,
traduite d'Anglais en Français,
296

V.

REGLES du Philalèthe, pour se con-
duire dans l'Oeuvre Hermétique,
traduites de l'Anglais, 327

VI.

REMARQUES sur les différences, qui
se trouvent entre cette nouvelle
Edition du Philalèthe & les an-
ciennes, 343

HISTOIRE
@



H I S T O I R E

D E L A

P H I L O S O P H I E
H E R M E T I Q U E

T O M E S E C O N D.

@
@

pict

D I S C O U R S
P R E L I M I N A I R E
o u
H I S T O I R E
D E S
TRANSMUTATIONS
METALLIQUES.
==================================

I.

Arnauld de Villeneuve.

pict 'HISTOIRE des Transmutations
Métalliques,
vraies ou fausses, est
une suite naturelle de
celle que je viens de donner de
la Philosophie Hermétique. Mais
A ij

@

4 TRANSMUTATIONS

pour en faire la preuve, je prétends
me conduire suivant les maximes
du droit; je ne me servirai
pas du témoignage des artistes,
qui pourraient assurer l'avoir faite;
ce sont des gens trop suspects;
personne en cette occasion, ne
saurait être ni témoin, ni juge
en sa propre cause. Je me servirai
donc toujours de témoins étrangers
aux artistes, ou même de
faits publics & reconnus, ou du
moins certifiés par des personnes,
qui pourraient en être crues en
Justice. Mais en rapportant ces témoignages,
je ne veux rien garantir.
Tout doit être sur le compte
des Auteurs que je cite; & des
titres que je rapporte.
Je ne remonterai pas plus haut
qu'Arnauld de Villeneuve; c'est
même aller encore assez loin, que
de commencer la preuve de ces
Transmutations dès le XIII ou
XIV siècle. Un de ses Contemporains,

@

METALLIQUES. 5

c'est Jean André célèbre
Jurisconsulte, reconnaît donc que
de son temps Arnauld étant à Rome,
y convertissait des Verges de
fer en or, & qu'il le soumettait à
toutes les épreuves. Ce témoignage
célèbre, que j'ai rapporté ci-
dessus, est annoncé dans tous nos
livres; c'est même ce qui a porté
Oldrade & l'Abbé Panorme illustres
Canonistes (1) à conclure
que l'Alchimie ou Chimie Métallique
est un art permis, n'y ayant
aucun inconvénient de changer
un métal imparfait en un métal
parfait, parce qu'ils viennent tous
des mêmes principes. Savoir du
Mercure & du soufre métallique;
& se trouvent tous par conséquent
dans le même genre. (2)


----------------------------------
(1) Oldrad. Consilio 69. Panormitan In V. Decretal. Tit. de Sortilegiis. C. 2. ex tuarum
tenore.
(2) Alchimia est ars perspicaci ingenio inventa, ubi expenditur tantum pro tanto &
tale pro tali, sine aliqua falsificatione formae
A iij

@

6 TRANSMUTATIONS

II.

Raymond Lulle.

L'EXEMPLE de Raymond Lulle
suit de près celui d'Arnauld de
Villeneuve. J'ai déjà fait connaître
que ce pieux Philosophe avait
fait, à ce qu'on prétend, plusieurs
Transmutations en Angleterre,
au commencement du XIV siècle.
Nous n'avons pas seulement le
témoignage de Jean Cremer Abbé
de Westminster: mais le célèbre
Camden excellent critique & très
habile dans les antiquités de sa
Nation, ne fait pas difficulté de


----------------------------------
vel materiae: secundum Andream de Isernia &
Oldradum. Idem etiam tenet Joannes Andreas.
Hoc in super firmavit Abbas siculus (Panormitanus)
ubi allegat Oldradum, quod licet non
possit una species in aliam commutari, nisi à
Deo, tamen hîc una non transmutatur in
aliam, cum omnia metalla procedunt ex eodem
fonte & origine, scilicet ex sulphure & argento
vivo. D. Fabianus de Monte S. Severin. In
tractatu de emptione & venditione quaest. 5. num. 8.

@

METALLIQUES. 7

reconnaître que les pièces, nommées
des Nobles à la rose, fabriquées
au temps d'Edouard, sont
un effet du travail & de l'industrie
de Raymond Lulle. Je dirai même
que ces espèces sont moins
rares dans le nord d'Angleterre
que dans la Capitale. Un de mes
amis en a eu plusieurs, & quelques-
unes sont du poids de dix ducats.
Telle pourrait être la pièce suivante,
dont voici l'empreinte que
le célèbre Jean Selden * en a publiée:


----------------------------------
* In Mare clauso Libro. III.
A iiij

@

8 TRANSMUTATIONS

pict

Mais ce Savant est fort embarrassé
à donner l'explication de la
Légende, qui est autour de la
pièce; Jesus autem transiens per
medium illorum ibat. Il ne laisse

@

METALLIQUES. 9

pas de rapporter après Camden;
mais sans le croire, que l'on a pris
ces paroles de l'Evangile pour une
devise des Chimistes: mais je n'ai
lu en aucun endroit que les artistes
de la science Hermétique s'en
soient servi pour les accommoder
à leur art; en voici une explication
plus simple.
Raymond Lulle après son opération
trouva moyen de s'évader
de la tour de Londres, où il était
détenu; & avec une barque ou un
vaisseau il sut franchir le passage
de la mer & sortir de l'Angleterre,
sans qu'on s'en aperçut. C'est à
quoi se rapportent ces paroles de
l'Evangile, ou Edouard paraît insinuer,
que l'Auteur de la matière
de ces pièces d'or avait passé au
travers de ses vaisseaux, comme
Jésus-Christ avait fait an milieu
de ses Disciples, sans qu'on le vît,
ou sans qu'on le connu.
Il est vrai cependant, que ce
A v

@

10 TRANSMUTATIONS

ne fut que sous Edouard III. ou
Ve. que l'on commença en Angleterre
à frapper des monnaies d'or;
mais ce pourrait être de celui que
Raymond avait fait sous le Règne
précédent, ou de celui que Cremer
instruit par Raymond Lulle, pouvait
avoir produit à ce Prince, sous
lequel il a vécu.

III.

Des suites de ces transmutations.

LES Transmutations faites
dans les premières années du XIVe
siècle par Arnauld de Villeneuve
& Raymond Lulle, produisirent
dans le même temps une infinité
d'Artistes, qui voulurent opérer.
On s'empressait à prendre le titre
de Philosophe Hermétique. Et
comme très peu réussissaient dans
le vrai, ils se jetaient dans le
faux, ainsi que l'ont fait depuis
ceux qui se mêlent de travailler

@

METALLIQUES. 11

sans connaître. Ces sortes de falsificateurs
régnèrent en France & sur
tout à Avignon; ce qui donna lieu
au Pape Jean XXII. de publier une
(1) Bulle en 1317. pour abolir un
abus aussi pernicieux à la société.
Il savait combien il était
difficile de connaître les opérations
des véritables Philosophes,
& combien au contraire il était


----------------------------------
(1) Spondent pariter quas non exhibent divitias pauperes Alchymistae, pariter, qui se sapientes
existimant, in foveam incidunt, quam
fecerunt: nam haud dubie hujus Artis (Alchymiae)
alterutrum se professores ludificant, cum
suae ignorantiae conscii, eos qui supra ipsos aliquid
hujus modi dixerint, admirantur; quibus
cum veritas quaesita non suppetat, diem cernunt,
facultates exhauriunt, iidemque verbis dissimulant
falsitatem, ut tandem quod non est in
rerum natura, esse verum aurum, vel argentum
Sophisticâ Transmutatione confingant: eoque
eorum temeritas damnata & damnanda progreditur,
ut fidis metallis cudent publicae monetae
characteres fidis oculis, & non aliàs Alchymicum
fornacis ignem vulgum ignorantem eludant.
Haec itaque perpetuò volentes exulare
temporibus, hâc edictali constitutione sancimus,
ut quicunque hujus modi aurum, vel argentum
fecerint.... perpetuae infamiae nota respersis,
Joan. XXII. Extra de Crimine falsi.
A vj

@

12 TRANSMUTATIONS

facile d'altérer & de falsifier le
titre des espèces & des métaux.
C'est ce qui lui fit prendre soin de
l'intérêt public. Et il nota d'infamie
tous ceux qui s'appliqueraient,
ou qui contribueraient à ces altérations.
Il alla même jusques à
condamner à une prison perpétuelle
ceux qui pourraient le mériter.
C'est le sens de sa Bulle, qui
attaque les pauvres Alchimistes
qui promettent des richesses, qu'ils
ne sauraient ni produire, ni donner.
Et c'est là tout ce que pouvait
faire un Pape: il laissait aux
Princes & aux Juges séculiers le
soin d'imposer de plus grandes
peines. Le Pape qui avait prévu
les conséquences dangereuses de
ces fausses opérations, se vit obligé
par une autre Bulle donnée en
1322. d'agir contre les faux monnayeurs
qui altéraient la monnaie
du Royaume.
Et s'il est permis de raisonner

@

METALLIQUES. 13

en matière de faits, on doit croire
que les faux métaux, produits par
les prétendus Philosophes, étaient
une preuve qu'il s'en était fait de
véritables par la science, dont ces
Artistes ne connaissaient qu'une
partie. On ne donne dans de fausses
opérations que pour imiter les
véritables qui se sont faites; comme
on ne fabrique de la fausse Monnaie,
que parce qu'on veut imiter
la véritable pour tromper les
hommes. Le faux dans ces occasions
est la preuve du vrai.
Mais le souvenir des transmutations
dura beaucoup plus longtemps
en Angleterre. Les idées
de celles de Raymond Lulle & de
Cremer n'étaient pas encore effacées
vers la fin du XIV. siècle.
C'est ce qui porta Henri IV. Roi
d'Angleterre à publier quatre
Edits, ou lettres Patentes adressées
aux Seigneurs, aux Nobles, aux
Docteurs & Professeurs & sur tout

@

14 TRANSMUTATIONS

aux Prêtres, pour les engager à
chercher la pierre Philosophale &
pour porter ceux qui la savent ou
qui la sauront à la lui découvrir,
en ayant besoin pour payer les
dettes de l'Etat, qui était extrêmement
obéré. Il prie même les
Prêtres plus particulièrement que
les autres de s'y appliquer, par un
motif qu'aucun Souverain Catholique
ne se serait jamais avisé d'imaginer
& d'exprimer, sur tout dans
des lettres Patentes. Parce que
dit-il en parlant des (2) Prêtres,
qu'ayant le bonheur de convertir
le pain & le vin au Corps & au
Sang de Jésus-Christ, il leur sera facile
de changer un métal imparfait
en un métal pur & parfait. Un
Prince qui a des sentiments de
religion, peut-il ainsi mêler les
choses Saintes avec des sujets aussi
profanes & aussi chimériques?


----------------------------------
(2) Joh. Petty fodinae Regales parte I. cap. 27.

@

METALLIQUES. 15

IV.

Jean Pic Prince de la Mirandole.

C'est descendre bien bas que de
passer tout à coup de Raymond
Lulle à Jean Pic Prince de la Mirandole:
mais je le fais, pour n'employer
aucune preuve équivoque,
& ne prendre que des témoins
hors de tout soupçon. Ce Prince
qui avait exactement étudié toutes
les parties de la Philosophie, fut
convaincu par lui-même du succès
des opérations Hermétiques. C'est
ce qui lui fit entreprendre un traité
fort curieux sur l'or, (de Auro libri
tres.) Il marque donc au chapitre
2 . du troisième Livre, la conviction
qu'il a eue de la transmutation
des métaux imparfaits en argent
& en or, non seulement par
des personnes dignes de foi; mais
encore par sa propre expérience;
quoique lui-même n'en sût pas le
secret.

@

16 TRANSMUTATIONS

Je viens maintenant, dit ce (3)
Prince, à ce que mes yeux ont vu
de ce prodige, sans voile & sans
obscurité. Un de mes amis qui vit
encore à présent, a fait plus de
soixante fois en ma présence de l'or
& de l'argent, je l'ai même vu
opérer par différents moyens, jusque-là
qu'avec une eau métallique,
où il n'entrait ni or, ni argent,
pas même du vif-argent, qui
est le principe des métaux, il faisait
de l'or & de l'argent, il est
vrai que par cette dernière opération,
il en faisait en petite quantité


----------------------------------
(3) Picus Mirandulan, de auro libro. 3. cap. 2. circa medium Venio ad ea quae nostris oculis,
citra velamen patuere, vivit ad hanc diem vit
mihi notus & amicus, qui plus sexagies suis
manibus ex rebus metallicis aurum & argentum
me presente, nec unâ tantùm via, sed multis
id est assecutus; vidi etiam in confectione aquae
metallicae, inqua nec argentum, nec aurum,
nec etiam sulphur, aut hydrargyron, auri principia
ponerentur, ex insperaro argentum simul
& aurum generatum fuisse; sed non eâ quantitate
ut frequentari posset, minus enim lacrum
quàm impensa.

@

METALLIQUES. 17

& que la dépense excédait le
profit.
Un autre, continue ce Prince,
& que je crois (4) encore vivant,
fait en peu de jours & à peu de frais
dans un petit fourneau de l'or, qu'il
vend aux orfèvres, qui le trouvent
très pur: comme il est riche
& très habile, il ne s'applique point
à ce travail par aucun besoin, mais
seulement pour examiner les opérations
de l'art & de la nature.
Il en est un qui est encore (5) en
vie, à ce que je crois, par lequel
j'ai vu, à l'aide d'un feu violent,

----------------------------------
(4) Est alius, ut existimo, inter vivos adhuc, neque enim constat illum inter eos versari
desiisse, cui quoties libuerit suis ex furnulis
promitur aurum, parvâ impensâ, paucisque
diebus, quod pro auro purissimo vendit
publicis in officinis, artis & naturae beneficio
magis imitatus, quàm egestate, quippe cui
satis amplae sunt opes, amplissimae vero artis
industria. Picus Mirandulanus. Ibid.
(5) Virit adhunc temporis articulum, nisi parvo ante à diem obierit intervallo, vir cui non
defunt opes ad tolerandam personae seminobilis
conditionem, cujus manibus aes vidi conversum

@

18 TRANSMUTATIONS

convertir du cuivre en argent & en
or, par le moyen de quelques herbes
ou de quelques sucs.
Je ne puis m'empêcher de raconter
(c'est toujours le Prince (6)
de la Mirandole qui parle) ce que
m'a dit un bon homme, qui n'était
pas riche. Il se trouvait réduit à la
dernière extrémité & n'avait aucune
ressource, soit pour payer ses
dettes, soit pour nourrir dans un
temps de disette une famille nombreuse,
dont il était chargé. Dans
ses agitations il ne laisse pas de se
livrer au sommeil: dans le même
temps un Bienheureux s'apparaît à


----------------------------------
in argentum & aurum quodam succo,
sive herbae sive fruticis, & igne praepotenti vim
suam in id metallum adigente. Picus Mirandulanus
ibid.
(6) Non desinam referre, quod mihi narravit inops quidam sese per quietem assecutum, atque
opere mox idem comprobavit. Is dum anxius
esset animi, ne satis intelligeret quo se
verteret pro toleranda fame, premebatur enim,
annonae caritate maximâ, premebatur aere alieno,
premebatur ingenti numero filiorum; sese tradidit

@

METALLIQUES. 19

lui en songe, & lui enseigne par
quelques énigmes le moyen de faire
de l'or, & lui indique au même
instant l'eau dont il devait se servir
pour y réussir, à son réveil il
prend cette eau, en fait de l'or,
en petite quantité à la vérité, mais
assez pour nourrir sa famille. Il en
fit deux fois avec du fer & trois ou
quatre fois avec de l'orpiment. Et
il m'a convaincu par mes propres
yeux, que le secret de faire de l'or
artificiellement n'est pas un mensonge,
mais un art véritable.
J'en ai vu d'autres qui de deux
(7) manières ont converti en véritable


----------------------------------
sopori, conspexit que Coelitem quemdam
catalogo sanctorum adscriptum, qui faciendi
auri artem per aenigmata docuit, deinde aquam
subindicavit, primùm ex sese, non tamen magni
ponderis, sed talis tum ut inde paraverit
victum familiae; ex ferro quoque bis aurum fecit,
ex auripigmento ter, vel quater, & experimento
mihi fecit manifestum, auriferam artem
non vanam esse, sed veram. Ibidem.
(7) Vidi alium, qui duodus modis in verum argentum, cui mixtum erat aurum verteret vivum

@

20 TRANSMUTATIONS

argent du mercure où ils
avaient mis de l'or; d'autres qui
tiraient de l'or du Cinabre, d'autres
convertissaient en or & en argent
le mercure qu'ils tiraient du
plomb & du cuivre. Enfin depuis
peu de jours j'ai tenu & touché de
l'or, qui en ma présence avait été
fait en moins de trois heures par
le seul argent, sans néanmoins le
réduire, non plus que l'or en sa
première matière, comme le disent
les Philosophes.
Tel est le témoignage d'un Prince
qui n'avait pas moins de sagesse
& de probité, que de lumières &


----------------------------------
argentum; vidi ex Cinabari, quibusdam
adjectis rebus, excluso & argento & auro, simul
aurum fieri, simul argentum;... vidi saepe
hydrargyron, & qui erat ex plumbo & aere detractus,
& in argentum & in aurum transformari.
Demum superioribus diebus & oculis
hausi & contrectavi manibus aurum, quod me
inspectante factum fuit ex argento trium circiter
horarum spatio, nullâ prius argenti factâ
vel in vivum argentum, vel in aquam conversione,
hoc est in primam metallorum materiam.
Picus mirandulanus ibidem.

@

METALLIQUES. 21

de discernement. C'est même ce
qui l'engage à donner des avis salutaires
à tous ceux qui attaquent
la Chimie Hermétique; il en donne
même de très Chrétiens à ceux
qui possèdent ou qui s'appliquent
à cette science: & il décide enfin
qu'il est permis de vendre l'or &
l'argent que l'on a fait par cette
voie, dès que par des épreuves
suffisantes on est certain de leur
bonté, qui surpasse même à ce qu'il
dit celle de l'or & de l'argent qui
se tirent des mines. Ce témoignage
est d'autant plus fort, que Pic
de la Mirandole ne dit pas qu'il en
ait lui-même le secret, ni qu'il se
mette en peine de le chercher.
Ainsi il ne parle pas de son propre
fait, mais du fait des Artistes, qui
ont opéré devant lui. Cependant
en rapportant son témoignage je
ne prétends pas répondre de toutes
les circonstances dont il est accompagné.

@

22 TRANSMUTATIONS

V.

Le Cosmopolite & Sendivoge.

ON A vu par l'histoire du Cosmopolite,
que son malheur ne vint
que d'avoir fait imprudemment
des projections: celle qu'il fit à
Enkusen en 1602. & dont la preuve
se trouve dans le fait rapporté
au Tome premier de cet ouvrage
page, 324 & 325. ne tira point
à conséquence pour lui, non plus
qu'une pareille, qu'il fit à Basle en
Suisse en 1603. & dont M. Manget
rapporte la preuve dans la préface
de sa Bibliothèque Chimique.
Il assure même après Wedelius
qu'une partie de l'or de cette transmutation
se conserve à Basle dans
la famille de Messieurs Zwingers.
Mais une dernière opération qu'il
fit en Saxe, fut cause de sa perte,
comme je l'ai marqué dans la vie
de ce Philosophe à la page 325.

@

METALLIQUES. 23

du premier volume. Michel Sendivogius
avec beaucoup moins de
lumières, fit cependant beaucoup
plus de bruit, parce qu'il parut
plus longtemps dans le monde. M.
Desnoyers nous certifie le fait
d'une transmutation particulière,
faite devant Sigismond III. Roi
de Pologne, marquée ci-dessus au
Tome I. page 341. Ce fut une Richedale,
ou un Ecu pour parler
selon notre manière, qu'il fit rougir
au feu & dont il trempa une
partie dans l'Elixir qu'il avait reçu
du Cosmopolite. La partie trempée
se trouva changée en or & cette
pièce passa depuis du cabinet du
Roi de Pologne entre les mains
de M. Desnoyers lui-même, qui
la rapporta à Paris.
Et pour m'expliquer sur cette pièce
par un Auteur contemporain,
je ne ferai que rapporter les termes
mêmes de Pierre Borel en son
livre du Trésor des Antiquités Gauloises,

@

24 TRANSMUTATIONS

page 488. » M. Desnoyers,
» dit-il, a montré cette pièce à
» tous ceux qui ont voulu la voir
» & qui plus est en a fait examiner
» divers morceaux, qu'on a trouvé
» de pur or & sans alliage, tel
» qu'est tout celui des monnaies,
» faites de l'or de ces Philosophes
» (car on le distingue par ce
» moyen) vu qu'il n'y a point de
» monnaie commune sans alliage.
» Et pour faire voir que cette pièce
» a été effectivement convertie &
» non ajoutée de deux pièces,
» c'est qu'outre qu'il n'y parait
» pas de soudure, elle est toute
» poreuse en la partie convertie;
» parce que l'or étant plus serré &
» plus pesant que les autres métaux,
» il ne pouvait tenir le même
» volume de la Richedale,
» ni en conserver la figure sans
» devenir spongieux comme il
» fait. «
La seule différence est que M.
Desnoyers

@

METALLIQUES. 25

Desnoyers attribue cette transmutation
à Sendivoge, au lieu que
Borel la croit du Cosmopolite,
mais je m'en rapporterais plutôt à
M. Desnoyers, témoin qui était sur
les lieux, qu'à Borel qui s'en trouvait
fort éloigné, & qui n'a pu
examiner le fait par lui-même.
Mais par rapport au fond, la chose
est toujours égale de quelque
manière que ce soit, ou le Cosmopolite
ou Sendivoge, c'est toujours
une transmutation prouvée.
Un autre fait, qui regarde Sendivoge,
est pareillement certifié par
M. Desnoyers dans sa lettre imprimée
au premier volume page 339.
» Il fit ensuite un voyage à Pragues,
» dit M. Desnoyers, où était
» l'Empereur Rodolphe, devant
» lequel il fit la transmutation, ou
» plutôt il la fit faire à l'Empereur
» même, lui donnant pour cela
» de la poudre; en mémoire de
» quoi l'Empereur fit enchâsser
Tome II. B

@

26 TRANSMUTATIONS

» dans la muraille de la Chambre,
» ou cette opération se fit, une
» table de marbre, où il fit graver
» ces mots; FACIAT HOC
» QUISPIAM ALIUS, QUOD

» FECIT SENDIVOGIUS POLONUS;

» & cette table de
» marbre s'y voit encore aujourd'hui.
» «
Ce fait qui se trouve appuyé sur
une inscription publique, doit être
de l'an 1604. puisque Sendivoge
fit imprimer cette même année à
Pragues le Novum lumen Chimicum,
qu'il avait eu du Cosmopolite.

VI.

Transmutation faite par Dubois.

JE Peux joindre ici la transmutation
faite devant Louis XIII.
Roi de France, par Dubois, marquée
aussi par Borel à la même
page du livre, que je viens de citer;
en voici les paroles. » L'or

@

METALLIQUES. 27

» fait par la poudre, que Dubois
» avait eue de Perrier son parrain,
» mis à la coupelle augmenta au
» lieu de diminuer, selon l'ordinaire
» des métaux qu'on coupelle;
» parce qu'il convertit une partie
» plomb de la coupelle en sa propre
» nature, à cause qu'il contient
» en soi de l'élixir plus qu'il
» ne lui en faut; parce que Dubois
» n'en savait pas les véritables
» doses, & en mettait plus
» qu'il n'en fallait, de peur de manquer
» à en faire voir l'effet.
Mais Borel à la page 163. du
même livre dit quelque chose de
plus sur ce fait » on sait, dit-il
» qu'un médecin appelé Perrier
» (descendu peut être * de là) a
» possédé cet oeuvre, comme le
» montre la triste histoire de Du»


----------------------------------
(*) De-là; C'est-à-dire de Nicolas Flamel, qui donna le secret de la transmutation à un donné
Perrier, neveu de Perrenelle sa femme; & c'est
de, cet homme que pouvait descendre M. Perrier le
Médecin, suivant la conjecture de Borel.
B ij

@

28 TRANSMUTATIONS

bois son neveu & filleul; qui
» ayant trouvé de la poudre parmi
» ses papiers après sa mort, &
» n'en sachant pas le prix, parce
» qu'elle ne lui avait rien coûté,
» la profana malheureusement;
» & ne gardant pas le silence requis
» en cette science, en fit voir
» beaucoup de projections à Paris:
» & s'étant engagé d'en faire voir
» la composition, & n'y ayant pas
» réussi, faute d'adresse ou de bons
» mémoires, se fila le cordeau,
» dont peu après il fut pendu.

VII.

Gustenhover de Strasbourg.

L'HISTOIRE de Gustenhover est
du même temps que celle du Cosmopolite.
C'était une orfèvre de
Strasbourg, qui pendant un fort
mauvais temps avait reçu charitablement
chez lui, vers l'an 1603,
un bon Religieux. Et comme heureusement

@

METALLIQUES. 29

ce dernier avait de la
reconnaissance, il fit présent à son
hôte d'une partie de poudre transmutatoire.
Gustenhover fit assez
inconsidérément plusieurs transmutations
devant des personnes
qui le déférèrent à l'Empereur
Rodolphe II. Ce Prince avait du
goût pour la science Hermétique,
& s'y appliquait même un peu plus
que ne doit faire un Empereur.
Il écrivit donc aux Magistrats de
Strasbourg, qu'on eut à lui envoyer
Gustenhover. Sur le champ les
Magistrats aveuglément soumis
aux ordres du Prince, font arrêter
l'orfèvre; & de peur qu'il n'échappe
à leur servile obéissance, ils le
confinent dans une tour, où il est
étroitement gardé, lui marquant
néanmoins que c'était pour l'envoyer
à Pragues, ou Rodolphe résidait
alors.
Gustenhover vit bien de quoi il
s'agissait: il fait donc assembler ces
B iij

@

30 TRANSMUTATIONS

Magistrats & leurs marque de faire
apporter des creusets & du charbon,
& sans y toucher, il les prie
lui-même de faire toute l'opération.
Les creusets ayant donc été
placés entre des charbons allumés,
ils y mirent eux-mêmes des balles
de mousquet; & dès qu'elles furent
fondues, ils reçurent des mains
de l'orfèvre un peu de poudre,
qu'ils jetèrent chacun séparément
sur le plomb fondu dans leur creuset:
à l'instant le tout fut converti
en or très pur. Mais l'histoire ne
dit pas ce que fit l'orfèvre devant
l'Empereur Rodolphe.
Ce fait est rapporté par M.
Manget, après Jean-Jacob Heilman,
Editeur du tome VIe. du
Théâtre Chimique, dans la préface
duquel on trouve cette histoire.

pict

@

METALLIQUES. 31

VIII.

Berigard de Pise.

L'AVENTURE arrivée au fameux
Berigard célèbre Philosophe
Italien, n'est pas moins remarquable:
il avait toujours douté
de la transmutation des métaux;
mais un de ses amis lui ôta sa prévention.
Pour m'expliquer à ce sujet,
je me servirai de ses propres paroles
& le ferai parler lui-même.
Je ne croyais pas, dit-il, que
l'on put (1) convertir le vif argent
en or, mais un amateur crût
me devoir ôter ce doute; il me
donne donc une dragme d'une poudre


----------------------------------
(1) Referam tibi fideliter, quod olim mihi contigit, cùm vehementer ambigerem, an aurum
ex hydrargyro fieri posset; accepi à viro
industrio, qui hunc mihi scrupulum aufferrae
voluit, drachmam pulveris, colore non absimilis
flori Papaveris sylvestris, odore verò falmarinum
adustum referentis, atque ut abesset
omnis suspicio jocosae fraudis, vasculum è multis
B iiij

@

32 TRANSMUTATIONS

de la couleur à peu près du
Pavot sauvage, & qui avait l'odeur
de sel marin décrépité ou
calciné. Et pour éviter toute supercherie,
j'achète moi-même des
creusets, du charbon & du vif argent,
dans lequel je suis certain
qu'il n'y a point d'or mélangé;
comme le font ordinairement les
charlatans.
Dix dragmes de vif argent que
j'avais mis moi-même sur le feu
furent en un instant converties en
presque autant d'or très pur, qui
a soutenu toutes les épreuves des
orfèvres. Et si je n'avais pas fait


----------------------------------
venalibus unum accepi, carbonem & hydrargyrum,
quibus nihil auri occultè, ut fit a
circulatoribus, subjectum esset. Decem istius
drachmis pulverem injeci, subjectis igne satis
valido, statim que omnia exiguo intertrimento
in decem fere drachmas auri optimae naturae
coaluerunt: quippe quod aurificum judicio
nullam non subiit tentationem. Hoc nisi in
solo loco & remoto ab arbitris comprobassem,
suspicarer aliquid subesse fraudis: nam fidenter
testari possum, rem ita esse. Claudius Berigardus
in circulo Pisano. 25. in 4°.

@

METALLIQUES. 33

cette expérience en un endroit
secret de ma maison & à l'insu de
tout le monde, j'y aurais soupçonné
quelque tromperie. Mais je puis
assurer, continue ce Philosophe,
que la chose est telle que je la rapporte.
On sait que Claude Berigard
n'était pas un homme crédule, &
le livre même, où il marque ce
fait est recherché par les esprits
forts, comme une des bases de
leur incrédulité. C'est le Circulus
Pisanus, ouvrage peu commun à
la vérité, mais qui se trouve dans
les meilleurs Cabinets.

IX.

Jean-Baptiste Van Helmont.

Si Van Helmont avait assuré
que lui-même était possesseur de
la Pierre ou de l'Elixir des Philosophes,
peut être ne l'aurais-je pas
cru sur sa parole mais il ne va point
B v

@

34 TRANSMUTATIONS

jusques là. Il se contente seulement
de dire qu'un Artiste, qu'il
n'avait connu que depuis peu de
jours (1) lui avait donné un demi
grain de poudre de projection,
avec quoi il transmua en pur or
neuf onces six gros de vif argent
qu'il en a fait plusieurs fois l'opération
en public, & toujours avec
un heureux succès, que c'est ce
qui l'a déterminé à croire (2) la
transmutation qu'une autre fois il
a fait la projection avec le quart
d'un grain sur huit onces de vif


----------------------------------
(1) Dabat enim mihi fortè semigranum illius pulveris, & inde unciae novem atque
3/4 argenti vivi transmutatae sunt. Istud autem
aurum dedit mihi peregrinus unius vesperi
amicus, Helmontius de Arbore vitae.
(2) Cogor credere lapidem aurificum & argentificum esse, quia distinctis vicibus, manu
meâ unius grani pulveris super aliquot mille
grana argenti vivi ferventis projectionem feci,
astanteque multorum coronâ nostri omnium,
eum titillante admiratione negocium in igne
successit, prout promittunt libri, &c. Helmontius
ibidem.

@

METALLIQUES. 35

argent en ébullition (3) & que
tout fut converti en or, à l'exception
d'onze grains qu'il y eut
de diminution sur le tout. Il assure
qu'un de ceux qui la lui avait donnée,
en avait assez pour faire deux
cents milliers (4) pesants d'or.

X.

Transmutation faite à Pragues
en 1648. par L'Empereur
Ferdinand III.

L'HISTOIRE de la transmutation


----------------------------------
(3) Enim verò vidi illum pulverem aliquoties ... hunc ergo quadrantem unius grani
chartae involutum projeci super uncias octo argenti
vivi fervidi in crucibulo, & confestim
totus Hydrargyrus, cum aliquanto rumore stetit
a fluxu, congelatumque resedit, instar flavae
cerae, post fusionem cum ejus, flante folle,
repertae fuerunt octo unciae auri purissimi
granis undecim minus, Helmontius de Vita
aeterna fol. 590.
(4) Qui mihi primùm dabat pulverem aurificum, habebat saltem ad minimùm, ejus
tantumdem, quantum ad ducenta millena librarum
auri commutanda sat forent. Idem de
Arbore vitae.

@

36 TRANSMUTATIONS

faite à Pragues en 1648. par
l'Empereur Ferdinand III. est attestée
par une médaille même, que
ce Prince en fit frapper alors. Elle
à deux pouces cinq lignes de diamètre
sur trois lignes & demie d'épaisseur:
en voici l'empreinte.

pict

@

METALLIQUES. 37

Sur le revers de cette médaille
se lit l'inscription suivante, dans la
même forme que je la marque ici.

RARIS
HAEC UT HOMINIBUS
EST ARS: ITA RARO IN LUCEM
PRODIT: LAUDETUR DEUS
IN AETERNUM, QUI PARTEM
SUAE INFINITAE POTENTIAE
NOBIS SUIS ABJECTISSIMIS
CREATURIS
COMMUNICAT.

En voici maintenant l'histoire.
Un nommé la Busardiere, qui demeurait
à Pragues chez un Seigneur
de la Cour, étant tombé malade
& se sentant à l'extrémité,
écrivit à Vienne (1) au nommé
Richthausen son ami, de se rendre
incessamment auprès de lui; mais


----------------------------------
(1) Monconis Voyage d'Allemagne. Tome 2. in. 4. Lyon 1666.

@

38 TRANSMUTATIONS

ce dernier n'arriva qu'après la mort
de son ami: il demanda néanmoins
si la Busardiére n'avait rien laissé.
Le maître d'Hôtel de ce Seigneur
lui montra une poudre, que son
Maître lui avait expressément ordonné
de bien conserver, quoi
qu'il n'en sut pas l'usage: Richthausen
se saisit adroitement de
cette poudre. Mais le Seigneur,
c'était comme on l'assure le Comte
de Schlick d'une maison très
illustre (2) & très puissante en
Bohême, l'ayant demandée à son
maître d'Hôtel, qu'il menaçait de
pendre lui-même, s'il ne la lui remettait,
sur le champ ce dernier,
qui sentit bien qu'il n'y avait que
Richtausen, qui eut pris cette poudre,
le va trouver avec deux pistolets
chargés, lui marquant qu'il
fallait ou mourir ou lui rendre à


----------------------------------
(2) Philipp, Jacob. Sachs aurum Chimicum, apud Manget Tom. I. pag. 193.

@

METALLIQUES. 39

l'instant la poudre, dont son maître
était en peine; & qu'il était le
seul qui l'eut prise. Richthausen
vit bien qu'il n'y avait pas d'autre
moyen d'éviter la mort, qu'en
remettant la poudre. Il en garda
néanmoins une bonne partie, &
peut être même en supposa-t-il de
la fausse: c'est ce qui ne fut pas
éclairci. Richthausen possesseur
d'un trésor, dont il connaissait tout
le mérite, se fait présenter à l'Empereur
Ferdinand III. Prince extrêmement
curieux dans l'histoire
naturelle & la Philosophie. C'était
beaucoup risquer à Richthausen
de faire une démarche aussi
délicate, & il fallait qu'il eût une
grande confiance en la probité
de l'Empereur, pour risquer une
pareille ouverture.
L'Empereur prit toutes les précautions
nécessaires pour n'être
pas trompé, & fit lui-même la projection
avec un seul grain de poudre

@

40 TRANSMUTATIONS

Philosophique, sur trois livres,
ou six marcs de mercure & il en
sortit cinq marcs d'or très pur: &
Zwelfer (3) qui parle aussi de
cette histoire fait la supputation du
poids converti par cette poudre;
& il montre qu'un grain seul a
converti en or dix-neuf mille quatre-cents
soixante & dix fois son
poids de mercure.
L'Empereur fit deux choses en
cette occasion; la première de
faire frapper la médaille dont je
viens de donner l'empreinte: mais
la seconde beaucoup plus louable
dans ce grand Prince, a été d'anoblir
Richthausen sous le titre de
Baron de Chaos. C'est sous ce nom
que Richthausen courut ensuite
toute l'Allemagne, & fit quelques
projections.
Zwelfer nous apprend même


----------------------------------
(3) Joh. Zwelferus in mantissa Spagyrîca Pharmacopoeae suae Regiae adnexa, parte I.
cap, I.

@

METALLIQUES. 41

quelques particularités au sujet de
celle de Ferdinand III. Il fit prier
respectueusement l'Empereur Léopold,
par M. Ladner garde du trésor
de Sa Majesté Impériale, de
vouloir bien lui communiquer cette
médaille, mais ni l'Empereur,
ni le garde du trésor n'en avaient
aucune connaissance: cependant
sur les instances de Zwelfer, ce
vertueux Prince voulut bien lui-
même en faire la recherche; il la
trouva donc dans une cassette secrète,
& il daigna la prêter à Zwelfer,
qui la garda quatorze jours &
qui eut le temps de la faire copier
& graver.
Cet habile Médecin (4) avoue aussi
que le Baron de Chaos, qui avait
été son ami, lui avait fait présent à
lui-même de deux onces d'un pareil
or, fait avec du vif argent,
& il reconnaît que le Baron avait


----------------------------------
(4) Joh. Zwelfer in Mantissa Spagyrica Pharmacopoeae suae Regiae adnexa parte I.

@

42 TRANSMUTATIONS

eu de quelqu'un cette poudre; mais
qu'il ignorait la manière de la
faire.
La projection la plus considérable
du Baron de Chaos fut faite
par l'Electeur de Mayence Même
en 1658. Voici les paroles de
l'Electeur rapportée par M. de Monconis
(5) » qu'il fit lui-même cette
» projection avec toutes les
» précautions, que peu prendre
» une personne entendue dans la
» Philosophie. Ce fut avec un petit
» bouton gros comme une lentille,
» qui était même entouré
» de gomme adragante, pour joindre
» la poudre: il mit ce bouton
» dans de la cire: d'une bougie
» qui était allumée; mit cette cire
» dans le fond du creuset, & par
» dessus quatre onces de mercure,


----------------------------------
(*) Georg. Wolfg. Wedelius praefatio in Philaletham. (5) Monconis voyages Tom. 2. pag. 379.
@

METALLIQUES. 43

» & mit le tout dans le feu, couvert
» de charbons noirs dessus &
» dessous & aux environs. Puis ils
» commencèrent à souffler d'importance;
» & au bout de demi
» heure ils ôtèrent les charbons
» & tirèrent l'or fondu, mais qui
» faisait des rayons fort rouges,
» qui pour l'ordinaire sont verts.
» Chaos lui dit alors que l'or était
» encore trop haut, qu'il le fallait
» rabaisser en y mettant de l'argent
» dedans: lors son Altesse, qui en
» avait plusieurs pièces, en prit
» une, qu'il y jeta lui-même, &
» ayant versé le tout en parfaite
» fusion dans une lingotière, il
» s'en fit un lingot d'un très bel
» or; mais qui se trouva un peu
» aigre; ce que Chaos dit procéder
» de quelque odeur de loton,
» qui s'était peut-être trouvé dans
» la lingotière: mais qu'on l'envoya
» fondre à la Monnaie; ce qui fut
» fait: & on le rapporta très beau

@

44 TRANSMUTATIONS

» & très doux. Et le maître de la
» Monnaie dit à son Altesse, que
» jamais il n'en avait vu de si beau,
» qu'il était plus d'à 24. Carats
» & qu'il était étonnant comment
» d'aigre qu'il était, il fût
» devenu extrêmement doux par
» une seule fusion. Son Altesse
» me promit de m'en envoyer à
Venise.

XI.

Gustave Adolphe Roi de Suède.

LE même M. de Monconis nous
donne le détail d'un fait, qui était
déjà connu par d'autres voies:
C'est celui de Gustave Adolphe, Roi
de Suède. On fit devant ce Prince
la projection en Poméranie &
de l'or, qui en sortit, on en battit
des ducats, ou d'un côté était
le Portrait de Gustave & de l'autre
on y avait marqué les Signes
de Mercure & de Vénus, pour désigner

@

METALLIQUES. 45

la matière, donc avait été
formé le métal qu'on y employait.
Borrichius (1) assure qu'il avait
vu un de ces ducats entre les mains
de M. Elie de Brachenhofer Echevin
de Strasbourg; & je puis certifier
la même chose en ayant vu
un pareil entre les mains de M.
Dufay Capitaine aux gardes, & père
de M. Dufay de l'Académie
Royale des sciences, dont on ne
saurait trop regretter la perte.
Voici donc ce que marque Monconis
à ce sujet » un Marchand de
» Lubec, dit-il, (2) qui faisait
» fort peu de négoce, mais qui
» savait fixer le plomb & le teindre
» en bon or, donna au Roi
» de Suède cent livres d'or en masse,
» lorsqu'il passa par Lubec,
» dont il fit faire des ducats, &
» pour ce qu'il savait bien que cet


----------------------------------
(1) Olaüs Borrich. de Ortu & progressu Chemiae circa finem.
(2) Monconis Ibidem, pag, 379,
@

46 TRANSMUTATIONS

» or procédait de la conversion du
» plomb en or, il fit mettre aux
» cotés de ses armes, qui sont gravées
» à une des faces du ducat,
» le caractère du soufre & celui
» du mercure. On me donna pour
» vérifier ce dire, un de ces ducats,
» & l'on assure qu'après la mort
» de ce Marchand, qui ne paraissait
» pas fort opulent, n'ayant jamais
» négocié qu'à un négoce de
» peu de profit, & qu'il avait même
» discontinué depuis très longtemps,
» on trouva chez lui plus de
» dix-sept cent mille écus.

XII.

M. Helvetius premier Médecin
du Prince d'Orange.

ON ne peut rien trouver de
plus précis, ni de moins suspect
que l'aventure arrivée a M. Jean-
Frédéric Helvetius de la Haye,
premier Médecin du Prince d'Orange,

@

METALLIQUES. 47

& aïeul du docte & vertueux
M. Helvétius, aujourd'hui premier
Médecin de la Reine. Cet
habile homme assure donc que le
27 Décembre 1666. un inconnu
le vint trouver à la Haye. C'était
à ce qu'il paraissait un honnête
Bourgeois de Nort-Hollande, vêtu
proprement, mais modestement.
Il témoigne donc à M. Helvetius,
que sur la réputation & sur
quelques écrits, qu'il avait fait contre
la poudre de sympathie du Chevalier
Digbi, il avait cherché à le
voir & à l'entretenir; sur tout pour
lever les doutes qu'il propose dans
cet ouvrage contre la transmutation
des métaux.
Cet étranger, qui savait que M.
Helvetius avait lu beaucoup de
Philosophes Hermétiques, lui demande
si à la vue il connaîtrait
la pierre Philosophale. Ce Médecin
lui avoue que malgré ses
lectures, il ne pourrait pas en être

@

48 TRANSMUTATIONS

certain. Sur le champ le Philosophe
tire de sa poche une boëtte
d'ivoire, dans laquelle il y avait
trois morceaux d'une métalline
couleur de soufre, extrêmement
pesante; & il assura le Médecin
qu'il y avait dans ces trois morceaux
de quoi faire 20 tonnes d'or.
M. Helvetius les examine attentivement.
Et comme la matière
était un peu frangible, il fit si
bien qu'avec l'ongle il en détache
secrètement une portion presque
imperceptible; & enfin les rend
au Philosophe, le priant néanmoins
avec les expressions les plus tendres,
de faire devant lui la transmutation
des métaux. Mais il eut
le chagrin de se voir refuser, quoiqu'avec
beaucoup de politesse; le
Philosophe témoignant à M. Helvetius
que cela ne lui était pas
permis. Il eût cependant assez de
confiance en l'habile Médecin,
pour lui montrer cinq pièces d'or
philosophique

@

METALLIQUES. 49

Philosophique, du diamètre de dix-
huit lignes chacune, qu'il portait
toujours sur son estomac, & sur
lesquelles il y avait des inscriptions
allégoriques.
Après quelques entretiens le
Philosophe sortit de chez M. Helvetius,
qui à l'instant fit acheter
un creuset, pour éprouver la petite
portion, qu'il avait pu détacher de
la poudre. Mais quel fut son étonnement
de voir évaporer sur le
champ & le plomb & le peu de poudre
qu'il y avait jetée, & de ne
trouver qu'une espèce de vitrification?
Au bout de quelques temps le
Philosophe retourna chez M. Helvetius,
qui se hasarda enfin de lui
demander seulement la valeur d'un
grain de millet de sa poudre. Après
quelques difficultés le Philosophe
se laissa toucher & accorda au Médecin
sa demande. Mais il lui recommanda
d'envelopper ce grain
Tom. II. C

@

50 TRANSMUTATIONS

dans de la cire, pour le projeter
sur du plomb en fusion, sans quoi
la volatilité de la matière ferait
évaporer le tout. M. Helvetius
exécuta ce que l'Artiste lui avait
prescrit, & lui-même fit la transmutation
sur six dragmes de
plomb, qui furent converties en or
extrêmement pur.
Cet événement singulier fit
beaucoup de bruit à la Haye; &
tout ce qu'il y avait de plus distingué
voulut voir ce nouveau prodige.
Il s'en fit plusieurs essais, qui
tous réussirent; & ce nouvel or,
loin de diminuer, augmenta même
en convertissant quelque portion
de l'argent, avec lequel on
l'avait fondu, pour le mettre à l'inquart.
Ce fait détrompa M. Helvétius,
ses préventions cessèrent;
& l'année suivante il publia son
Veau (1) d'or (Vitulus Aureus)


----------------------------------
(1) Joh. Fredérici Helvetii Vitulus aureus, quem mundus adorat & orat, in quo tractatur

@

METALLIQUES. 51

dans lequel il rapporte avec un
grand détail ce que je raconte ici
en substance.

XIII.

Dispute de Père Kircher Jésuite
Allemand avec quelques Philosophes
Hermétiques.

DANS le temps même de la
transmutation faite par M. Helvetius,
il s'éleva une célèbre dispute
entre le Père Kircher Jésuite
Allemand, retiré à Rome & quelques
Philosophes Hermétiques.
Cet illustre Père l'un des plus savants
naturalistes de sa compagnie,
attaqua vivement la Philosophie
Hermétique dans son Livre du
Monde Souterrain (Mundus Subterraneus.)
Il ne se contenta point


----------------------------------
de naturae miraculo transmutandi mettalla. In
8°. Hagae comitis 1667. Se trouve aussi imprimé
in Musaeo Hermetico anni 1677. & in Bibliotheca
Chemica Mangeti.
C ij

@

52 TRANSMUTATIONS

du droit Canonique, il employa
même les paroles des plus habiles
artistes, qu'il met en opposition
les uns contre les autres; & il y joint
des expériences, qu'il ne disconvient
pas d'en avoir faites.
Cependant ce Père sur la fin de
sa dissertation, rapporte un fait
singulier; sur la foi d'un de ses amis.
Et comme il est bon de laisser parler
les gens du métier; voici en
Français ce que cet ami raconta
au Père Kircher.
Dès ma jeunesse, dit cet honnête
homme, j'avais fait une étude particulière
de l'Alchimie, sans jamais
avoir pu arriver au but de la science
Hermétique, c'est-à-dire, à la
pierre transmutatoire. Dans ces entrefaites
je reçus la visite d'un homme,
qui m'était entièrement inconnu.
Il me demanda fort poliment
quel était l'objet de mes occupations,
& sans me donner le
temps de répondre, je vois bien,

@

METALLIQUES. 53

dit-il, par ces vases, ces fourneaux
& ces matières, que vous cherchez
quelque chose de grand dans
la Chimie; mais croyez-moi, vous
n'arriverez jamais au but que vous
désirez.
Je lui dis, Seigneur, si vous avez
de meilleures instructions à me donner,
je me flatte que vous ne me les
refuserez pas. Volontiers me répartit
ce généreux inconnu; sur
le champ je pris une plume & j'écrivis
tout le procédé qu'il me dicta:
& pour vous en montrer la
réussite, dit l'étranger, travaillons
conformément à la pratique
que vous venez d'écrire. Nous travaillâmes
donc & notre opération
étant finie je tirai moi-même du
vaisseau Chimique, sur ce qu'il me
dit, une huile extrêmement brillante,
qui se congela en une masse,
que je mis en poudre. Je pris
donc une partie de cette poudre
que je projetai sur trois cents livres
C iij

@

54 TRANSMUTATIONS

de vif argent, qui en peu de temps
fut converti en or très pur, beaucoup
plus parfait que celui des
mines. Il souffrit constamment
toutes les épreuves, auxquelles il
fut mis par les orfèvres.
Un prodige si extraordinaire
me frappa tellement, c'est toujours
l'ami du P. Kircher, qui parle,
que je fus surpris & même
étourdi par une joie subite & inespérée;
& comme un autre Crésus,
je croyais déjà posséder toutes
les richesses de l'Univers. Je ne
vous marque pas quelle fut ma reconnaissance,
vous devez la concevoir
beaucoup plus vive, que je
ne pourrais vous l'exprimer. Après
l'avoir donc témoignée à mon
bienfaiteur, je me hasardai de lui
faire plusieurs questions; il me
répondit seulement qu'il voyageait
sans avoir besoin du secours
de qui que ce soit; & je me fais
un plaisir, dit-il, de secourir de

@

METALLIQUES. 55

mes lumières les personnes, qui ne
sauraient arriver au but de la
science Hermétique.
Je voulus obliger ce libéral
étranger à rester chez moi du
moins cette nuit; mais il s'en excusa,
me témoignant qu'il allait
se retirer dans une auberge. La
nuit fut à peine écoulée que je me
transportai à la maison qu'il m'avait
indiquée; mais quelle fut ma
surprise de ne l'y pas trouver, non
plus que dans aucune autre auberge
de la ville, ni même dans aucune
des maisons de remarque, ou
je pouvais soupçonner qu'il pût
loger?
Ainsi j'eus le chagrin de voir
qu'il s'était éclipsé, & même évanoui,
sans que je puisse le rejoindre.
J'espérais en tirer encore
d'autres lumières. Je revins donc
chez moi, & je me mis à travailler
conformément à la recette, qu'il
m'avait dictée; mais je ne pus réussir.
C iiij

@

56 TRANSMUTATIONS

Je crus d'abord que c'était ma
faute, soit par mon peu de précaution,
soit pour n'avoir pas mis
tout ce que m'avait prescrit cet
inconnu. Je recommençai néanmoins
avec plus d'attention & de
soin qu'auparavant; & je ne fus
pas plus heureux. Je répétai même
tant de fois mes opérations, que
je consumai tout l'or que j'avais
eu par ma transmutation; & enfin
j'y dépensai inutilement une
grande partie de mon bien.
Me voyant presque réduit au
désespoir, j'allai confier ma peine
à un docte & sage Religieux. Il
me fit connaître que par tout mon
discours il était aisé de voir, que
c'était une illusion de l'esprit malin,
qui avait pris la figure d'un
homme libéral & officieux, qui
voulait me jeter dans le précipice
par l'appas de l'or, qu'il avait
enlevé de quelque autre endroit,
pour me le donner; & à la faveur

@

METALLIQUES. 57

duquel il comptait me mettre aux
derniers abois par des travaux infructueux
& m'obliger enfin à quelque
pacte avec lui; & par là se
rendre maître de mon corps & de
mon âme.
Je tremblai à la seule idée du
péril que j'avais couru, & j'eus
horreur de tout ce j'avais fait. Je
me rappelai dès lors les entretiens,
que j'avais eu avec ce faux étranger,
& je jugeai que ce ne pouvait
être qu'un esprit malin. Je résolus
à l'instant de faire pénitence,
de ma vie passée & de retour chez
moi je brisai mes fourneaux &
tous ces vases d'iniquité, qui m'avaient
séduits. Je brûlai même
tous les livres que j'avais de cette
prétendue science: enfin je me livrai
à des études plus utiles; &
je bénis Dieu continuellement de
m'avoir préservé d'un si grand
danger.
On voit par cette histoire, qui
C v

@

58 TRANSMUTATIONS

est véritable, dit le Père Kircher
combien le démon cherche à tromper
les hommes, qui ne sont conduits
que par la cupidité des richesses,
& à combien d'illusions ils
sont tous les jours exposés.
Mais comme tout homme est
en droit de faire ici ses réflexions,
je crois qu'il me sera permis aussi
bien qu'au Père Kircher de proposer
les miennes. Il faut avouer qu'il
y avait une extrême cupidité accompagnée
d'une grande faiblesse
d'esprit dans ce faux Adepte; & en
même temps beaucoup d'esprit dans
ce brave Religieux, qu'il alla consulter.
Quoi ce demi Philosophe,
qui ne paraît pas avoir été riche, ne
se contente pas d'une somme effective
& réelle de cent mille écus.
Que voulait-il donc d'avantage?
D'ailleurs peut-on être assez imbécile
pour croire si facilement
une transmutation, sans l'avoir
bien éprouvée, sans savoir ce qu'est

@

METALLIQUES. 59

devenu son vif argent, qui étant
un corps qui faisait un gros volume,
ne pouvait être enlevé d'une
manière invisible, comme six cents
marcs d'or ne sauraient être pareillement
apportés, sans qu'on s'en
aperçoive.
Mais s'il a eu l'attention suffisante
pour ne se pas laisser tromper,
c'est encore une autre faiblesse
de croire qu'il y avait illusion
de la part du démon. Quant au
bon Religieux il est louable d'avoir
saisi cette circonstance, pour
travailler à la conversion d'un
homme, qui sans doute vivait
plus en Philosophe qu'en Chrétien;
& c'est en lui une oeuvre
plus méritoire & plus utile que
celle de la Pierre Philosophale.
Pour retourner au fond de la
chose même, ceux qui connaissent
l'immense bonté de Dieu,
savent qu'il ne permettra jamais
que le démon enlève aucune somme
C vj

@

60 TRANSMUTATIONS

à quelque particulier que ce
soit, pour servir à tromper & séduire
les hommes. Si la divinité
nous défend dans ses écritures de
faire le moindre mal dans l'espérance
d'un plus grand bien; peut-
on s'imaginer qu'elle permette un
grand vol, & par conséquent un
grand mal, pour un mal encore
plus grand, qui serait celui de la
perte d'une âme, plus précieuse
aux yeux de Dieu que toutes les
richesses de l'Univers?
Disons plutôt que ce prétendu
Philosophe n'a pas fait les épreuves
suffisantes des six cents marcs
d'or provenus de cette transmutation
vraie ou fausse; ou que si
les examens nécessaires ont été
faits de cet or, lui-même en voulant
travailler, aura manqué sans
doute à quelque circonstance, qui
bien qu'imperceptible, ne laisse
pas de priver l'Artiste de la réussite
de son travail. Monsieur Boyle

@

METALLIQUES. 61

le plus habile & le plus sage Philosophe
de ces derniers temps ne
reconnaît-il pas lui-même dans
son Chimista Scepticus, qu'après
avoir quelquefois réussi dans une
opération, il n'a jamais pu y revenir,
quelque soin, quelque attention,
& quelque peine, qu'il se
soit donnée? Dans ces travaux un
moment, un clin d'oeil décide du
vrai ou du faux.
Revenons au Père Kircher, je
dirai donc que sa dissertation ne
resta point sans réponse; ce fut
en 1667. qu'un célèbre inconnu
qui prit le nom de Salomon de
Blawenstein, le réfuta par un écrit
fort succinct, où il montre tous
les sophismes de l'illustre Jésuite;
& pour le convaincre il le rappelle
aux transmutations certaines &
indubitables, faites l'une à Pragues,
par l'Empereur Ferdinand
III. en 1648. & l'autre dix ans
après, par le Sérénissime Electeur

@

62 TRANSMUTATIONS

de Mayence. Zwelfer se mêla dans
la même dispute & battit sans retour
le Père Kircher; mais un troisième
Antagoniste, c'est Gabriel
Clauder, entre dans un plus grand
détail & rapporte des raisonnements
& des autorités contraires
à tout ce qu'en avait marqué cet
illustre Jésuite. Et quoique que ce
dernier ait encore vécu, longtemps,
il paraît que son silence a confirmé
ce que ses adversaires ont écrit
contre lui.

XIV.

Transmutations faites à Berlin
& à Dresde.

LE commencement de notre
siècle a été illustré par des transmutations
réelles faites en Allemagne;
la première à Berlin, &
la seconde à Dresde.
Un Gentilhomme, ou du moins
un homme qui feignait de l'être,

@

METALLIQUES. 63

se présenta au feu Roi de Prusse,
faisant connaître à ce Prince qu'il
avait le secret de la transmutation.
Le Roi qui n'était pas indifférent
à des richesses aussi faciles à acquérir
voulut voir ce prodige. L'opération
s'en fit devant lui avec toutes
les précautions nécessaires en
des cas pareils. Elle réussit, suivant
ses désirs. Ce Gentilhomme qui
crût s'avancer à la Cour par de
simples promesses, fut assez insensé
pour se vanter au péril de la vie, de
faire de pareilles opérations. On
ne tarda guères à lui commander
de travailler incessamment pour
en faire la poudre. Il travailla donc
plus d'une fois, mais toujours
inutilement & s'exposa par conséquent
à la peine, qu'il s'était imposée
lui-même: & le Roi de Prusse
la lui fit impitoyablement subir:
il porta donc sa tête sur un échafaud.
Il faut avouer cependant que
ce ne fut point tout à fait pour

@

64 TRANSMUTATIONS

avoir manqué le secret de la Science
Hermétique. On réveilla une
ancienne affaire, qu'il avait eue,
& dans laquelle il avait tué son
homme. On punit donc en lui un
crime oublié, pour apprendre à ses
pareils, combien il est dangereux
de tromper les Rois.
Le fait arrivé à Dresde n'est pas
moins remarquable; ce fut en
présence du feu Roi de Pologne
Frédéric Auguste, Prince d'un rare
génie & d'une extrême attention
pour ne se pas laisser tromper.
Voici donc l'histoire de cet événement;
un Philosophe passe à
Berlin & y tombe malade; sur le
champ il fait venir un garçon
Apothicaire, pour lui commander
lui-même quelque remède convenable
à sa maladie, & le prie d'avoir
soin de lui, témoignant qu'il
saura le récompenser amplement
de ses peines & de ses attentions.
Le Philosophe fut guéri en peu

@

METALLIQUES. 65

de jours & pour ne pas manquer
à la reconnaissance, il donne au
garçon Apothicaire assez de poudre
pour lui former un grand établissement,
& lui en dit en même
temps l'importance & l'usage.
Ce garçon glorieux de posséder
cet incomparable trésor, fit plusieurs
projections particulières;
mais tenté par la réussite des premiers
essais, il parcourt une partie
de l'Allemagne & se présente enfin
devant le Roi Auguste, pour
lui faire connaître ce qu'il possédait.
Agité de la même folie que
le Gentilhomme Brandebourgeois,
il fut assez impudent pour
se vanter de posséder le secret de
cette poudre. On prend jour pour
en faire publiquement l'épreuve,
qui réussit. Sur le champ on lui
ordonne d'en faire de pareille, &
il en arriva comme du précédent;
il ne fut pas plus heureux.
Le Roi avait résolu de punir sa

@

66 TRANSMUTATIONS

témérité, mais le trompeur demanda
grâce, qu'il n'obtint cependant
qu'à la faveur d'un autre secret
qu'il possédait: c'était celui
de faire de la porcelaine plus belle
que celle de la Chine. On le met
donc en oeuvre & il réussit: c'est
ce qui a procuré à la Saxe cette
magnifique Porcelaine, dont le
brillant, égale celle du Japon, &
surpasse celle des Indes; mais qui
est cependant incomparablement
plus chère, que celle qui nous vient
des extrémités de l'Asie.
Cet homme dont le génie était
foncièrement mauvais, s'avisa sur
de prétendus mécontentements de
la Cour, de jeter dans sa composition
des matières qui gâtèrent
une grande partie de Porcelaine
qu'il travaillait, & sur le champ
il quitte furtivement la Saxe, pour
se retirer à Vienne en Autriche,
où il porta le secret de la même
Porcelaine; mais qui ne s'y fait

@

METALLIQUES. 67

pas néanmoins aussi parfaitement
qu'à Dresde.
Il ne se comporta pas mieux en
Autriche qu'en Saxe; ce fut dans les
deux endroits le même caractère,
toujours également inquiet. Ainsi
sur de semblables imaginations il
gâta pareillement une grosse partie
de porcelaine, & crut éviter
l'impunité en se réfugiant en Saxe.
Mais le Roi Auguste ne lui pardonna
point & le fit enfermer dans
le Château de Meissen, où je crois
qu'il est mort. Lorsque j'arrivai à
Vienne en 1721. Il n'y avait pas
longtemps qu'il s'était évadé de
cette ville. D'ailleurs il y a à Paris
des personnes distinguées, qui ont
(1) vu faire les deux projections
marquées dans cet article, ou
qui en ont, des preuves convaincantes.


----------------------------------
(1) Je puis citer M. de Bray Ministre du Roi de Pologne, Electeur de Saxe près S. M. & M. Riario
Peintre célèbre; qui était pour lors à Dresde.

@

68 TRANSMUTATIONS

XV.

Histoire du nommé Delisle Provençal,
prétendu Adepte.

MAIS une autre aventure très
singulière a fait beaucoup de bruit,
d'abord en Provence & ensuite à
la Cour. Ce fut celle du nommé
Delisle, homme du bas peuple,
rustre & sans éducation, qui avec
une sorte de génie apprit de lui-
même la profession de serrurier.
Ce fut vers la fin de 1705 & au
commencement de 1706. que ses
opérations éclatèrent. Toute la
Provence l'a vu travailler & il ne
se cachait pas. Il avait fait néanmoins
dès l'an 1700. quelques
travaux mais moins publics.
Voici les pièces justificatives,
qui prouvent le succès de ses différentes
projections.

@

METALLIQUES. 69

LETTRE écrite par M. de Cerisy, Prieur
de Chateauneuf, au Diocèse de Riez en
Provence, le 18 Novembre 1706. à
M. le Vicaire de S. Jacques du Haut-
pas à Paris.

VOICI qui vous paraîtra curieux,
Mon cher cousin & à vos amis. La pierre
Philosophale que tant de personnes éclairées
ont toujours tenue pour une chimère
est enfin trouvée. C'est un nommé M. Delisle,
d'une Paroisse appelée Sylanez, près
Barjaumont, & qui fait sa résidence ordinaire
au Château de la Palu, à un quart
de lieue d'ici, qui a ce secret. Il convertit
le Plomb en or & le fer en argent,
en mettant sur le métal d'une huile &
d'une poudre, qu'il compose, & faisant
rougir ce métal sur les charbons. Si bien
qu'il ne serait pas impossible à un homme
de faire un million par jour, pourvu
qu'il ait suffisamment d'huile & de poudre;
& autant ces deux drogues paraissent
mystérieuses, autant & même plus la
transmutation est simple & aisée. Il fait
de l'or blanc, dont il a envoyé 2 onces à
Lion, pour voir ce que les Orfèvres en
pensent. Il a vendu depuis quelques mois
vingt livres pesant d'or à un marchand
de Digne nommé M. Taxis. L'or & l'argent

@

70 TRANSMUTATIONS

de coupelle, de l'aveu de tous les
orfèvres n'ont jamais approché de la bonté
de ceux-ci. Il fait des clous partie or
& partie fer & partie argent. Il m'en a
promis un de cette sorte, dans une conférence
de près de 2 heures, que j'eus avec
lui le mois passé, par ordre de M. l'Evêque
de Senés, qui a vu toutes choses de
ses propres yeux & qui m'a fait l'honneur
de m'en faire le récit; mais il n'est
pas le seul: Monsieur & Madame la Baronne
de Reinvalds m'ont montré le
lingot d'or, qu'ils ont vu faire devant leurs
yeux. Mon beau-frère Sauveur, qui perd
son temps depuis 50 ans à cette grande étude,
m'a apporté depuis peu un clou qu'il
a vu changé en or, & qui doit le persuader
de son ignorance. Cet excellent ouvrier
a reçu une lettre de M. l'Intendant,
que j'ai lue, aussi obligeante qu'il mérite.
Il lui offre son crédit auprès des
Ministres, pour la sûreté de sa personne
à laquelle & à la liberté de laquelle on a
déjà entrepris deux fois. On croit que
cette huile dont il se sert, est un or ou
argent réduit en cet état. Il la laisse
longtemps au soleil. Il m'a dit qu'il lui fallait
six mois pour ses préparatifs. Je lui
dis qu'apparemment le Roi voudrait le
voir. Il me répondit qu'il ne pouvait pas

@

METALLIQUES. 71

exercer son art par tout & qu'il lui fallait
un certain climat. La vérité est que
cet homme ne paraît pas avoir d'ambition.
Il n'a que deux chevaux & deux
valets. D'ailleurs il aime beaucoup sa liberté,
n'a presque point de politesse &
ne sait pas s'énoncer en Français. Mais
il paraît avoir un jugement solide. Il
n'était qu'un serrurier, qui excellait dans
son métier, sans l'avoir jamais appris.
Quoi qu'il en soit, tous les grands Seigneurs,
qui peuvent le voir, lui font la
cour, jusqu'à faire régner presque l'idolâtrie.
Heureuse la France si cet homme
voulait se découvrir au Roi, auquel M.
l'Intendant a envoyé des lingots; mais le
bonheur serait trop grand pour pouvoir
l'espérer. Car j'appréhende fort que l'ouvrier
ne meure avec son secret. J'ai cru,
Mon cher Cousin, qu'une telle nouvelle
n'était pas indigne de vous être communiquée.
Elle fera aussi plaisir à mon frère,
envoyez-la-lui, je vous prie. Il y a apparence
que cette découverte fera un grand
bruit dans le Royaume, à moins que
le caractère de l'homme, que je viens de
vous dépeindre, ne l'empêche; mais à
coup sûr il sera parlé de lui dans les siècles
à venir. Il ne faudra plus aller au
trésor de Florence, pour voir des clous

@

72 TRANSMUTATIONS

partie d'un métal, & partie d'un autre,
j'en ai manié & j'en aurais déjà si l'incrédulité
ne m'avait fait négliger cet homme
jusqu'à présent. Mais il faut se rendre
à la vérité, & j'espère voir cette
transmutation dès que M. Delisle sera de
retour à la Palu, Il est présentement aux
frontières de Piedmont dans un Château
où il trouve du goût. C'est dans le Diocèse
de Senés. Je suis, &c. Signé CERISY,

AUTRE LETTRE du dit Sieur de Cerisy
au même 27. Janvier 1707.

MA dernière lettre vous parlait d'un
fameux Alchimiste Provençal, qui fait son
séjour à un quart de lieue d'ici, au Château
de la Palu & qu'on nomme M. Delisle.
Je ne pouvais vous dire alors que
ce qu'on m'avait dit; mais voici quelque
chose de plus, Mon cher cousin, j'ai un
clou moitié fer & moitié argent, que j'ai
fait moi-même; & ce grand & admirable
ouvrier m'a voulu encore accorder
un plaisir plus grand, ç'a été de faire
moi-même un lingot d'or du plomb que
j'avais apporté. Toute la Province est
attentive sur ce Monsieur; les uns doutent,
les autres sont incrédules, mais
ceux qui ont vu sont contrains de céder
à

@

METALLIQUES. 73

à la vérité. J'ai lu le sauf-conduit que la
Cour lui a accordé, avec ordre néanmoins
de s'y aller présenter le printemps
prochain. Il ira volontiers, à ce qu'il m'a
dit, & il a demandé ce terme pour faire
ramasser en ce pays ce qui lui est nécessaire,
pour faire une épreuve devant le
Roi, digne de sa Majesté, en changeant
dans un moment une grande quantité de
plomb en or. Il revint ces jours passés de
Digne, où il s'est donné un habit de 500,
écus. Il y a travaillé publiquement & en
secret, & il y a donné pour environ
1000. liv. d'or en clous ou en lingots,
à ceux qui l'allaient voir par curiosité. Je
souhaite bien que ce Monsieur ne meure
pas avec son secret, & qu'il le communique
au Roi. Comme j'eus l'honneur de
dîner avec lui Jeudi dernier, 20 de ce
mois, étant assis à son côté, je lui dis
tout bas, qu'il ne tenait qu'à lui d'humilier
les ennemis de la France; il ne
dit pas que non, mais il se mit à sourire.
Enfin cet homme est le miracle de l'art,
tantôt il emploie l'huile & la poudre, &
tantôt la poudre seule, mais en si petite
quantité, que quand le lingot que je fis
en fut frotté, il n'y paraissait point du
tout. Je m'en irai au Montier au premier
Tome II. D

@

74 TRANSMUTATIONS

jour, pour faire travailler proprement à
un couteau tout de fer; M. Delisle m'a
promis que le tranchant de la lame demeurant
fer, il changerait le reste en argent,
& que la même curiosité se trouverait
au manche. Voilà ce qui se passe
chez nous. Signé CERISY.

LETTRE de M. de Lions Chantre de
Grenoble, du 30. Janvier 1707.

Vous savez sans doute M. que M. de
Givaudan, qui commande dans cette Province,
depuis le départ de M. de la
Feuillade, se porte un peu mieux. C'est
un Général des meilleurs que le Roi ait,
& ce serait assurément une perte s'il
mourrait. M. Mesnard Curé du Montier,
m'écrit qu'il y a un homme âgé de
35 ans nommé M. Delisle, qui convertit
le plomb & le fer en or & en argent,
& que cette transmutation est si
véritable & si réelle, que les orfèvres
trouvent que son or & son argent métamorphosé
de la sorte, est très fin & très
pur, & cela avec la même facilité qu'on
blanchit un denier avec du vif argent.
On a pris cet homme pendant cinq ans
pour un fou ou un fourbe, mais on vient
d'en être désabusé; car il a enrichi le

@

METALLIQUES. 75

Gentilhomme chez qui il demeurait &
faisait ses opérations. Il est à présent
chez M. de la Palu, qui n'est pas trop
bien dans ses affaires, & qui aurait bien
besoin qu'on lui donnât de quoi marier
ses filles, déjà fort avancées en âge, faute
de dot. C'est ce qu'il a promis proprio
motu, avant que de s'en aller à la Cour,
où il a été mandé, par un ordre qui lui
a été communiqué de la part de M. l'Intendant.
Il a demandé du temps pour
amasser la quantité de poudre qu'il faut
pour faire en présence du Roi plusieurs
Quintaux d'or, dont il veut faire présent
à S. M. La principale matière dont
il se sert pour ses opérations sont des
simples, dont les principaux sont la Lunaria
major & minor. Il y en a beaucoup
de la première sorte dans le jardin de la
Palu, où il en a semé & planté. Pour la
dernière il y en a beaucoup dans les
montagnes de la Palu, qui est un Bourg
à deux lieues de Montier. Ce que j'ai
l'honneur de vous dire ici, M. n'est pas
un conte fait à plaisir; M. Mesnard cite
pour témoin, M. l'Evêque de Senez, qui
a vu faire de ces opérations surprenantes.
M. de Cerisy, que bien vous connaissez,
Prieur de Chateauneuf, avec de
D ij

@

76 TRANSMUTATIONS

la poudre que ledit Sieur Delisle lui avait
donnée de la grosseur d'une lentille, convertit
un petit lingot du poids de quelques
livres. Il fait l'opération en public.
Il frotte le fer ou le plomb avec cette
poudre, & le met sur du charbon allumé,
& en peu de temps on voit blanchir
ou jaunir le métal, qu'on trouve
ensuite converti en or ou en argent,
suivant la dose ou la matière du fer ou
du Plomb qu'on a frotté. C'est un homme
sans lettres. M. de Saint Auban,
lui a voulu apprendre à lire & à écrire,
mais il en a peu profité. Il est impoli,
rêveur, fantasque & n'agissant que par
boutades. Il n'osa pas même paraître devant
M. l'Intendant, qui l'avait mandé,
il pria M. de Saint Auban d'aller répondre
pour lui en sa place, Je suis, &c,
Signé LIONS.

Copie de la LETTRE écrite à Mr Demaretz
par M. l'Evêque de Senez le 1709.

MONSIEUR, après vous avoir marqué
il y a plus d'un an ma joie particulière
au sujet de votre élévation, j'ai
l'honneur de vous écrire aujourd'hui ce
que je pense du Sieur Delisle, qui a travaillé
à la transmutation des métaux

@

METALLIQUES. 77

dans mon Diocèse, & quoi que je m'en
sois expliqué plusieurs fois depuis deux
ans à M. le Comte de Pontchartrain, parce
qu'il me le demandait; & que j'aie
cru n'en devoir point parler à M. de
Chamillart, ou à vous, M. tant que je
n'ai point été interrogé; néanmoins sur
l'assurance qu'on m'a donné maintenant,
que vous voulez savoir mon sentiment,
je vous le dirai avec sincérité pour les Intérêts
du Roi & pour la Gloire de votre
ministère. Il y a deux choses sur le Sieur
Delisle, qui à mon avis, doivent être examinées
sans prévention; l'une est son secret,
l'autre sa personne; si ses opérations
sont véritables, si sa conduite a été
régulière. Quant au secret de la transmutation,
je l'ai jugé longtemps impossible,
M. & tous mes principes m'ont rendu
incrédule plus qu'aucun autre contre
le Sieur Delisle, pendant près de trois
ans: pendant ce temps je l'ai négligé; j'ai
même appuyé l'intention d'une personne
qui le poursuivait, parce qu'elle m'était
recommandée par une puissance de cette
Province. Mais cette personne ennemie
m'ayant déclaré dans son courroux contre
lui, qu'elle avait porté plusieurs fois
aux orfèvres d'Aix, de Nice & d'Avignon,
D iij

@

78 TRANSMUTATIONS

le plomb ou le fer du Sieur Delisle,
changés devant elle en or & qu'ils
l'avaient trouvé très bon, je crus alors
devoir me défier un peu de ma prévention:
ensuite l'ayant rencontré dans ma
visite Episcopale chez un de mes amis,
on le pria d'opérer devant moi; il le fit
& lui ayant moi-même offert quelques
clous de fer, il les changea en argent
dans le foyer de la cheminée, devant
six ou sept témoins dignes de foi. Je
pris les clous transmués & les envoyai
par mon Aumônier, à Imbert orfèvre
d'Aix, qui après les avoir fait passer par
les épreuves, déclara qu'ils étaient de
très bon argent. Je ne m'en suis pourtant
pas tenu à cela, M. de Pontchartrain
m'ayant témoigné il y a deux ans,
que je ferais chose agréable à Sa Majesté,
de le bien faire informer de ce
fait; j'appelai le sieur Delisle à Castellane,
il y vint, je le fis escorter de huit
ou dix hommes très attentifs, les avertissant
de bien veiller sur ses mains, &
devant nous tous il changea sur un réchaud
deux pièces de plomb, en deux
pièces d'or & d'argent que j'envoyai à
M. de Pontchartrain, & qu'il fit voir aux
meilleurs orfèvres de Paris, qui les reconnurent

@

METALLIQUES. 79

d'un très bon Carat, comme sa
réponse que j'ai en main me l'apprend.
Je commençai alors d'être fortement
ébranlé; mais je l'ai été bien davantage
par cinq ou six opérations, que je lui
ai vu faire devant moi à Senez dans le
creuset; & encore plus par celles que
lui-même m'a fait exécuter devant lui,
sans qu'il touchât à rien, Vous avez vu
encore, Monsieur, la lettre de mon
neveu, le Père Berard de l'Oratoire de
Paris, sur l'opération qu'il avait faite
lui-même à Castellane, dont je vous atteste
la vérité. Enfin mon neveu le sieur Bourget
étant venu ici depuis trois semaines
a fait aussi la même opération, dont il
aura l'honneur de vous faire le détail,
M. & ce que nous avons vu & fait, cent
autres personnes de mon Diocèse l'ont
vu & fait aussi Je vous avoue, M. qu'après
ce grand témoignage de spectateurs,
de tant d'orfèvres, de tant d'épreuves
de toutes sortes, mes préventions ont été
forcées de s'évanouir; ma raison a cédé à
mes yeux, & mes fantômes d'impossibilité
ont été dissipés par mes propres
mains. Il s'agit maintenant de sa personne
& de sa conduite, contre laquelle on
répand trois soupçons; le premier sur
D iiij

@

80 TRANSMUTATIONS

ce qu'il est mêlé dans une procédure
criminelle de Sisteron pour les monnaies.
Le second de ce qu'il a eu deux
sauf-conduits sans effet; & le troisième
de ce qu'aujourd'hui il tarde d'aller à la
Cour pour y opérer. Vous voyez M.
que je ne cache, ni n'évite rien. Sur la
procédure de Sisteron, le sieur Delisle
m'a soutenu qu'elle n'avait rien contre
lui qui puisse avec raison le faire blâmer
de la Justice, & qu'il n'avait jamais
fait aucun négoce contraire au service du
Roi; qu'à la vérité ayant été il y a six
ou sept ans à Sisteron, pour cueillir des
herbes nécessaires à ses poudres sur les
montagnes voisines, il avait logé chez
un nommé Pelons, qu'il croyait honnête
homme; que quelque temps après sa sortie,
Pelous fut accusé d'avoir remarqué
des Louis d'or & comme le sieur Delisle
avait demeuré chez cet homme, on
soupçonna qu'il pouvait bien avoir été
complice de Pelous; & cette simple idée
sans aucune preuve le fit condamner
par contumace, chose assez ordinaire
aux Juges, dont les sentences sont toujours
rigoureuses contre les absents: &
l'on a su pendant mon dernier séjour à
Aix, que le nommé André Aluys n'avait

@

METALLIQUES. 81

répandu quelques soupçons contre lui,
que pour éviter de lui payer quarante
Louis, qu'il lui avait prêtés. Mais permettez-moi,
M. d'aller plus loin & d'ajouter
que quand il y aurait quelques
soupçons, je crois qu'un secret si utile
à l'Etat, tel qu'est le sien, mérite des ménagements
infinis. Quant aux deux sauf-
conduits sans effet, je puis vous répondre
certainement, M. que ce n'est pas
sa faute, car son année consistant proprement
dans les quatre mois de l'Eté,
quand on les lui ôte par quelque traverse,
on l'empêche d'agir & on lui enlève
une année entière. Ainsi le premier
sauf-conduit devint inutile par l'irruption
du Duc de Savoie en 1707. & le second
fut à peine obtenu à la fin de Juin
1708. que ledit Sieur fut insulté par des
gens armés, abusant du nom de M. le
Comte de Grignan, auquel ledit Sieur
eut beau écrire lettres sur lettres, il ne
put jamais en recevoir aucune réponse
pour sa sûreté. Ce que je viens de vous
dire, M. détruit déjà la troisième objection
& fait voir pourquoi il ne peut
aujourd'hui aller à la Cour, nonobstant
ses promesses de deux ans. C'est que
les deux & même les trois Etés lui ont
D v

@

82 TRANSMUTATIONS

été arrachés par des inquiétudes continuelles.
Voilà d'où vient qu'il n'a point
travaillé & que ses poudres & ses huiles
ne sont point encore dans la quantité &
dans la perfection nécessaires; voilà
pourquoi il n'a point de poudre parfaite,
& n'a pu en donner au sieur du Bourget
pour vous en envoyer; & si aujourd'hui
il a fait changer du plomb en or avec
très peu de grains de sa poudre, c'était
assurément tout son reste, comme il me
l'avait dit longtemps avant qu'il sût que
mon neveu dût venir ici, & quand même
il aurait gardé ce peu de matière pour
opérer devant le Roi, jamais il ne se serait
aventuré avec si peu de fond, parce
que les moindres obstacles de la part des
métaux plus aigres ou plus doux, (ce
qui ne le connaît qu'en opérant,) le
feraient passer trop facilement pour un
imposteur, si dans le cas d'inutilité de
sa première poudre, il n'en avait pas assez
d'autre pour surmonter tous ces accidents.
Souffrez-donc, Monsieur, que pour conclusion
je vous répète qu'un tel Artisan
ne doit pas être poussé à bout, ni forcé
de chercher d'autres asiles, qui lui sont
offerts, & qu'il a méprisé par son inclination
& par mes conseils; qu'on ne risque

@

METALLIQUES. 83

rien en lui donnant du temps, & qu'on
peut beaucoup perdre en le pressant
trop; que la vérité de son or ne peut
plus être douteuse, après les épreuves
de tant d'orfèvres, d'Aix, de Lyon, &
de Paris & que le peu d'effet des sauf-
conduits précédents ne venant point de
sa faute, il est important de lui en donner
un autre, du succès duquel je me ferai
fort, si vous voulez bien en confier les
bornes & les clauses à mon expérience
pour le secret, & à mon zèle pour Sa
Majesté, à laquelle je vous supplie de vouloir
communiquer cette lettre, pour m'épargner
les justes reproches que le Roi
pourrait me faire un jour, s'il ne savait
pas que je vous ai écrit. Assurez-le s'il
vous plaît, que si vous m'envoyez un
tel sauf-conduit, j'obligerai le sieur Delisle
à déposer chez moi de précieux gages
de sa fidélité, qui m'en répondront
pour en pouvoir répondre moi-même au
Roi. Voilà mes sentiments que je soumets
à vos lumières, par le respect singulier
avec lequel j'ai l'honneur d'être,
&C. + JEAN EVEQUE DE SENEZ.
A M. Desmaretz, Ministre d'Etat &
Contrôleur Général des Finances à Paris.
D vj

@

84 TRANSMUTATIONS

EXTRAIT d'une Lettre du 19 Juillet
1710. écrite à M. Ricard Gentilhomme
Provençal, demeurant Rue Bourtibourg.

Le cher Ricard vous envoie un clou
moitié argent, moitié fer. Celui qui l'a
prêté, parle de tout pour avoir vu. Il m'a
montré un morceau d'or pesant environ
deux onces, & dit qu'il a mis lui-même
ce morceau alors plomb sur une pelle
pleine de charbons, qu'il a soufflé ces
charbons, mis sur le plomb une pincée
de la poudre du Charlatan, que dans
le moment le plomb est devenu or. Il
dit qu'il a vu pour plus de soixante mille
liv. de lingots d'or à cet homme, qu'un
Beau père du narrateur, nommé Taxis,
jadis marchand à Digne, présentement le
plus riche Bourgeois de cette contrée,
& un autre Taxis, tous deux riches de
plus de deux cents mille liv. ont vendu
à Lion pour des sommes considérables
de lingots d'or, faits par cet homme. Il
dit avoir envoyé acheter six gros clous;
l'un des six est celui que je vous envoie,
il fut transmué en argent de la tête jusqu'au
milieu, delà en bas il resta fer.
Les autres cinq furent tous convertis en

@

METALLIQUES. 85

argent, qu'il a encore en lingot & que j'ai
vus. Il a diverses épreuves d'or qu'il a
vu faire. Il dit que cet homme met une
quantité d'or dans un creuset, le fond,
l'annihile, ce sont ses termes, il devient
semblable à du charbon, & dans cet état
on n'en tirerait plus d'or. Cela fait, il
mêle ce charbon avec de la terre grasse;
cette composition est détrempée avec
une eau qu'il prépare longtemps d'avance,
tirée d'une infinité d'herbes, qui croissent
sur nos montagnes; cela fait sa poudre;
on lui a volé une fois de cette eau
de quoi transformer pour vingt-cinq
mille livres de matières. Cette poudre
fait le dixième, c'est-à-dire que d'un
Louis d'or annihilé il en fait dix & assure
que s'il avait le loisir de perfectionner
son opération, il ferait d'un cinquante
ou soixante. M. l'Intendant a un clou
de fer, or & argent. Il y a dans la Province
pour plus de quatre ou cinq mille
livres d'or ou d'argent, que cet homme
a donné au tiers & au quart, de ses
épreuves, clous, clefs, &c. Il a demandé
quinze mois pour préparer de la
poudre, & prétend arrivant à la Cour,
transmuer de la matière pour un million.
Voilà ce que j'ai retenu de mille particularités

@

86 TRANSMUTATIONS

que cet homme m'a racontées.
Au retour de M. l'Intendant, qui est à
Marseille, je m'informerai de lui de ce
qu'il en sait & je lui demanderai son
clou, s'il l'a encore, il ne me le refusera
pas, & je vous l'enverrai. A Dieu,
mon cher oncle, j'aurais grand besoin
de tenir cet homme en chambre pendant
quelques mois.

C E R T I F I C A T

de Monsieur de SAINT MAURICE, Président
de la Monnaie de Lyon.

LES épreuves & les expériences qui
ont été faites par le Président de S. Maurice
au château de S. Auban, dans le mois
de Mai 1710. au sujet de la mutation
des métaux en or & en argent, sur l'invitation,
qui lui fut faite par le sieur Delisle,
de se rendre audit château, pour
faire lesdites épreuves, sont en la manière
suivante.

PREMIERE EXPERIENCE.

Elle fut faite au moyen du mercure
Philosophique, qui fixa le mercure ordinaire.
Le sieur de S. Maurice conduit
par le sieur Delisle, & M. L'Abbé de

@

METALLIQUES. 87

S. Auban, dans le jardin du Château,
fit par leur ordre ôter de la terre d'une
plate-bande, sous laquelle était une
planche en rond qui couvrait un grand
panier d'osier, enfoncé dans la terre,
dans le milieu duquel était suspendu
un fil de fer, au bout duquel était un
morceau de linge contenant quelque
chose. On fit prendre au sieur de S.
Maurice ce morceau de linge, lequel
ayant été apporté dans la salle du Château,
le sieur Delisle lui dit de l'ouvrir &
d'Exposer au soleil sur la fenêtre ce qui
était dedans sur une feuille de papier;
ce qui ayant été fait M. de Saint Maurice
reconnue que c'était une espèce de
mâchefer ou terre noirâtre & grumeleuse,
à peu près du poids d'une demie
livre. Cette terre resta exposée au soleil
l'espace d'un quart d'heure, après quoi le
sieur de S. Maurice enferma le tout dans
le même papier & monta avec ses hommes,
le sieur le Noble son Prévôt & le
sieur de Riousse subdélégué à Cannes
de M. le Bret Intendant de Provence,
dans un grenier où il y avait un fourneau
portatif.
Le sieur Delisle dit au sieur de S. Maurice
de mettre cette espèce de mâchefer

@

88 TRANSMUTATIONS

dans une cornue de verre, à laquelle
fut joint un récipient; cette cornue étant
sur le petit fourneau, les charbons qui
furent mis autour de la cornue furent
allumés par les valets de M. de S. Maurice.
Quand la cornue fut échauffée le
sieur Delisle recommanda à M. de Saint
Maurice, de bien observer lorsqu'il verrait
précipiter dans le Récipient une petite
liqueur jaunâtre en forme de Mercure,
qui fut de la moitié d'un gros poids.
Il recommanda de prendre garde qu'une
manière d'huile visqueuse, qui coulait
lentement ne tombât dans le Récipient,
à quoi le sieur de S. Maurice eut grande
attention, il sépara promptement le récipient
d'avec la cornue, lorsqu'il s'aperçut
que la première matière était précipitée
au fond de ce vaisseau. Ensuite
sans laisser refroidir cette matière, il la
versa promptement sur trois onces de
mercure ordinaire qu'on avait mis dans
un petit creuset; sur quoi ayant jeté
deux petites gouttes d'huile du soleil, qui
lui fut présentée dans une petite bouteille
par le sieur Delisle, il mit le tout
sur le feu l'espace d'un Miserere, & coula
ensuite ce qui était dans le creuset,
dans une lingotière & il vit naître un

@

METALLIQUES. 89

petit lingot d'or en long du poids d'environ
trois onces, qui est le même qu'il a
présenté à M. Desmaretz. Il faut remarquer
que lorsque ce mercure Philosophique
est refroidi & desséché, puis mis dans
une bouteille de verre bien bouchée, il
se réduit en poudre, qui s'appelle poudre
de projection & qui est noire.

SECONDE EXPERIENCE.

ELLE fut faite avec environ trois
onces de balles de plomb à pistolet, qui
étaient dans la Gibecière du valet de
M. de S. Maurice, lesquelles ayant été
fondues dans un petit creuset & affinées
par le moyen de l'alun & du salpêtre.
Le sieur Delisle présenta à M. de S.
Maurice un petit papier, & lui dit de
prendre de la poudre qui y était, environ
la moitié d'une prise de tabac, laquelle
fut jetée par le sieur de S. Maurice,
dans le creuset, où était le plomb
fondu; il y versa aussi deux gouttes de
l'huile du soleil de sa première bouteille,
dont il a été parlé ci-dessus: ensuite il
remplit ce creuset de salpêtre & laissa le
tout sur le feu l'espace d'un quart d'heure;
après quoi il versa toutes ces matières
fondues & mêlées ensemble sur la

@

90 TRANSMUTATIONS

moitié d'une cuirasse de fer, où elles
formèrent la petite plaque d'or, avec les
autres morceaux, qui ont été présentés à
M. Desmaretz par M. de S. Maurice.
L'expérience pour l'argent s'est faite
de la même manière que cette dernière,
à la réserve que la poudre métallique, ou
de projection pour l'argent est blanchâtre,
& que celle pour l'or est jaunâtre, noirâtre.
Toutes lesdites expériences attestées
être véritables & avoir été faites au Château
de S. Auban, Par nous Conseiller
du Roi en ses Conseils, Président en la
Cour des Monnaies de Lion & Commissaire
du Conseil, nommé par Arrêt
du 3 Décembre 1709. pour la recherche
des fausses fabrications des espèces,
tant en Provence, Dauphiné, que Comté
de Nice & Vallées de Barcelonnette,
à Versailles le 14 Décembre 1710.
Signé, DE SAINT MAURICE.

MANIERE dont le sieur Delisle a dit à
M. de S. Maurice, qu'il faisait son
huile de Soleil.

D'ABORD il prend de l'or le plus fin,
il le calcine, en sorte qu'il soit comme du
mâchefer, & qu'il soit entièrement détruit;

@

METALLIQUES. 91

il pile cette espèce de mâchefer
& le passe dans un tamis pour le rendre
plus fin. Il arrose cette poudre du suc
tiré de l'herbe appelée Lunaria major,
& de celle appelée Lunaria minor. Puis
il met le tout dans un Alambic & en tire
une huile, qu'il appelle huile du soleil,
laquelle se met dans une bouteille
de verre bien bouchée & ensuite on l'expose
au soleil jusqu'à ce qu'elle soit bien
parfaite. Il faut au moins a-t-il dit un
été entier.

Poudre Métallique.

ON reprend ensuite de l'or qu'on
fait fondre dans lequel on mêle toutes
sortes de métaux & on calcine le tout
ensemble comme ci-dessus; étant calciné,
on le pile & passe au tamis; après on
met la poudre dans du papier & ensuite
dans un linge, puis cela se met suspendu
dans un panier bouché d'une planche
en terre, couvert de la même terre.
On laisse cela quinze jours en terre lorsque
la lune a sept ou huit jours & on le
retire à la lune vieille au bout de quinze
jours; vous mettez ladite poudre dans
une bouteille de verre, on l'arrose de
jus de Lunaria major et minor; en sorte

@

92 TRANSMUTATIONS

que le jus surnage de la hauteur de deux
doits sur la poudre, que vous exposerez
au soleil toujours bien bouchée jusqu'à
ce qu'elle soit entièrement sèche, ensuite
vous l'arroserez encore d'huile de soleil
parfaite, de la même quantité, surnageant
aussi de deux doigts, que vous exposerez
de même au soleil, jusqu'à ce qu'elle
soit entièrement sèche. Ensuite vous
prenez de l'eau magistrale, qui surnage
encore le tout de deux doigts, en l'exposant
toujours au soleil, jusqu'à ce qu'elle
soit entièrement sèche. Sur cette poudre
avant d'y mettre l'eau magistrale vous
y mettrez le poids d'un louis d'or de
poudre de projection, ou de mercure
Philosophique sur trois onces.
Alors la poudre métallique est parfaite
& en état de donner le mercure Philosophique,
après l'avoir exposée quinze
jours la nuit au serein & le jour au soleil,
& ensuite la mettre quinze jours en
terre comme ci-dessus, & toujours recommencer
de même après en avoir tiré
le mercure Philosophique en l'arrosant de
l'huile du soleil, & l'on en tire suivant les
saisons, lorsqu'il n'y a pas de brouillards
& lorsqu'il y a de la chaleur.

@

METALLIQUES. 93

Pour faire l'Eau magistrale.

IL faut prendre de l'or calciné comme
ci-dessus, étant bien pilé, sur trois
parties d'or, on en sépare une, on y met
deux parts égales de salpêtre, & une
quatrième de l'or calciné au feu ou au
soleil & l'on fait la même chose aux trois
autres parties d'or; ensuite on met le
tout dans une cornue de verre pour en
tirer une espèce d'eau forte, qui s'appelle
Eau magistrale.

Pour tirer le suc de Lunaria Major
& Minor.

IL faut la cueillir après le quatorzième
de la lune, lorsqu'elle est bien mûre,
vous la faite sécher à l'Alambic. Quand
elle est bien sèche vous la mettez dans des
pots de terre; ensuite on enterre ces
pots, l'ouverture en bas, y mettant de
petits bâtons pour empêcher que l'herbe
ne sorte: lorsqu'elle a demeuré dans
la terre vous la mettez dans un Alambic
de cuivre sans aucune addition &
l'on en tire le suc.

pict

@

94 TRANSMUTATIONS

R A P O R T

du Monnayeur de la Monnaie de Lyon.

ON a voulu fondre dans la Monnaie
l'or remis par M. (de S. Maurice) & le
mettre en état d'être monnayé, il s'est
trouvé si aigre, qu'il n'a pas été possible
de le travailler. En cet état je demande à
M. s'il trouve à propos que je le fasse
passer à l'affinage, c'est-à-dire au départ
de l'eau forte.
A l'égard de l'argent, il s'est trouvé à 11
deniers 5 grains & a produit 2 écus, 2 demis
écus, 5 quarts & 3 pièces de 10. que je
me donne l'honneur de présenter à M.
Je prends néanmoins la liberté de lui représenter,
fondé sur l'expérience & sans
aucune prévention, que ces matières Philosophiques
me sont extrêmement suspectes
& quand il lui plaira, j'aurai l'honneur
d'en donner des démonstrations
tant mécaniques que Physiques.
M. de S. Maurice remit à M. Desmarêtz
le rapport ci-dessus, avec l'or qui n'avait
pu être monnayé à Lyon: il fut envoyé
au balancier des médailles à Paris,
où l'on frappa trois pièces ou médailles,
dont une fut déposée au cabinet du Roi.

@

METALLIQUES. 95

Le carré en subsiste encore au balancier
& l'inscription porte AURUM ARTE FACTUM.
Le transport du cabinet du Roi,
de Versailles à Paris, ayant mis ce
précieux dépôt dans un grand dérangement,
je n'ai pu en donner l'empreinte;
mais j'aurai quelque jour occasion de le
faire.

Suite de l'histoire du nommé Delisle.

TELLES sont les pièces qui prouvent les
transmutations métalliques, faites par la
poudre & l'huile, produites par le nommé
Delisle; poursuivons maintenant le
reste de son histoire.
Son caractère bizarre & singulier se
trouve très bien représenté dans les lettres
qu'on vient de lire; mais jusques au
temps qu'il a fait du bruit en Provence,
son histoire est une obscurité, dans laquelle
on ne saurait pénétrer. Voici néanmoins
ce qu'on en rapporte. On prétend qu'en
qualité de domestique, il avait été attaché
à un Philosophe. Ce dernier se
voyant recherché & poursuivi par les Ministres
de S. M. pris le parti de se retirer en
Suisse, ou il croyait trouver plus de liberté.
Delisle accompagnait son Maître, &
fut soupçonné de l'avoir tué dans les gorges

@

96 TRANSMUTATIONS

des montagnes de Savoie en sortant
du Royaume. Il prit sa cassette, où il trouva
de la poudre, tant pour l'or que pour
l'argent. Muni de ce trésor il rentra en
France déguisé en Ermite. A l'un des
cabarets de la route, Delisle trouva la
nommée Aluys, femme d'un bourgeois
de Sisteron, dont il devint amoureux,
& à laquelle il se découvrit. Il a vécu
quelque temps avec cette femme, & a été
parrain d'un fils qu'elle eut alors, nommé
Aluys, comme le mari de cette femme.
Delisle fut quelque temps sans faire de
bruit en Provence, car je crois que l'assassinat
de son maître peut avoir été commis
vers l'an 1690. j'en donnerai bientôt
la preuve. Mais supposé qu'il fut coupable
de ce crime, la Providence ne l'a
pas laissé impuni. A peine cet homme eut
commencé à briller par ses transmutations,
qu'il attira sur lui les yeux, & les
désirs de toute la Provence. On s'empressait
à être de ses amis, & je dirais même
de ses esclaves.
M. L. Evêque de Senez, qui vient de
mourir, & M. de S. Maurice, Président
de la monnaie de Lion, firent leur rapport
à la Cour, de tout ce qu'ils avaient
vu & fait eux-mêmes. Le Roi fit commander
mander

@

METALLIQUES. 97

à Delisle de se rendre à Versailles:
mais comme sur de faux prétextes il reculait
toujours d'obéir aux ordres de
Sa Majesté, M. de Senez sollicita lui-
même une lettre de cachet, en vertu de
laquelle ce prétendu Philosophe fut enlevé,
vers le milieu de l'an 1711. Les
archers qui le conduisaient, sachant, que
cet homme portait avec soi de quoi les
enrichir, résolurent de le tuer & de le voler,
pour se rendre maîtres de sa poudre,
Il lui donnèrent lieu de s'enfuir: Delisle
en profita, on tira sur lui & au lieu de
le tuer, on lui cassa seulement une cuisse.
En cet état il fut conduit à la Bastille, où
il a été gardé jusques à sa mort, arrivée
comme je crois en 1712. M. de Senez l'y
fut voir plusieurs fois; & des personnes
qui l'ont connu, m'ont témoigné que lui-
même avait avancé ses jours, en envenimant
sa plaie. On voit par là que la
Providence, qui accorde rarement l'impunité
des grands crimes en ce monde;
lui a fait expier l'assassinat de son maître,
s'il a eu le malheur de le commettre; ou
du moins lui a-t-elle donné lieu de purifier
en cette vie quelques autres fautes,
qu'il aura commises.
Dès que Delisle fut à la Bastille, on
Tome II. E

@

98 TRANSMUTATIONS

le voulut obliger de travailler: mais ce
furent des tentatives sans aucun succès.
Enfin il fut obligé d'avouer qu'il n'avait
pas le secret de la poudre, qu'il tenait,
disait-il d'un Philosophe Italien. Les
mémoires manuscrits que j'ai à ce sujet,
ne passent pas le 29. Août 1711.
Je ne puis m'empêcher de faire connaître
ici ce que je viens d'apprendre,
d'un homme d'honneur & très intelligent
dans ces matières, qu'un de ses amis
lui a montré depuis peu de jours, du
billon à 2 deniers de fin, c'est-à-dire
un mélange de dix parties de cuivre, &
de deux parties d'argent, mais qui est
aussi beau, aussi liant, & aussi ductile
que l'argent le plus pur; qualité que cet
ami a donné à son métal, au moyen de
la Lunaria major & minor. J'ai cru devoir
mettre cette observation, afin que
les Artistes ne se laissent pas tromper,
par ces sortes de transmutations apparentes.
J'ai promis de marquer la date du
prétendu assassinat commis par Delisle.
Le nommé Aluys, dont il fut parrain
peu après être rentré dans le Royaume,
est actuellement un homme d'environ 50
ans, il peut donc être né l'an 1691.

@

METALLIQUES. 99

ainsi l'assassinat serait de l'année précédente;
aussi les mémoires que j'ai sur
cet événement témoignent que ce fut
M. de Louvois, mort en 1691. qui voulut
faire arrêter le maître de Delisle. Aussitôt
qu'Aluys fut en âge de travailler sa
mère lui remit vraisemblablement de la
poudre & du mercure préparé, car lui-
même a pareillement voyagé comme Philosophe,
en faisant quelques transmutations,
quoiqu'il n'eût pas le secret de la
science Hermétique. Vers l'an 1726. Il
était à Vienne en Autriche, où il prit la
liberté de se présenter à M. le Duc de
Richelieu, alors Ambassadeur de Sa
Majesté, auprès du feu Empereur. Ce
Seigneur plein d'esprit & d'honneur
a vu non-seulement la transmutation;
mais il m'a fait l'honneur de me dire,
que lui-même l'avait faite deux fois sur
l'or & plus de quarante fois sur l'argent;
qu'il est sûr de n'avoir pas été trompé,
ayant pris toutes les précautions qu'un
homme d'esprit doit prendre pour n'être
point le jouet des supercheries trop ordinaires
dans ces occasions.
Aluys ne resta pas longtemps à Vienne;
il se dégoutta bientôt de la probité & des
lumières du Ministre du Roi. Il tourna
E ij

@

100 TRANSMUTATIONS

du côté de la Bohême, où il trompa
quelques Seigneurs du Pays, par des préparations
particulières du mercure, dont
il n'avait pas cependant le procédé entier;
qui se trouve beaucoup plus parfait
dans la Chimie de M. Boerhave.
Aluys fit dans ce Royaume une récolte
assez abondante, de quelques médailles
d'or très curieuses, de plusieurs Princes
de l'Empire; de savoir par quel
moyen, c'est ce que j'ignore. Dès qu'il
eut ce fond, le goût de la Patrie se saisit
de lui; il crut bien faire d'y retourner,
accompagné d'un jeune élève &
d'une femme, épousée ou non, qu'il
traîne toujours à sa suite.
Aluys était donc à Sisteron en 1728.
où il brilla quelque temps; mais voulant
se faire une ressource avec ses médailles,
il se rendit à Aix, & se fit présenter à
M. le Bret, Intendant, & premier Président
de Provence, qui était extrêmement
curieux & grand connaisseur en ce
genre. Et comme ce sage Magistrat,
préférait toujours son devoir, & les intérêts
de Sa Majesté, à sa propre satisfaction,
il était occupé lors qu'Aluys se
présenta. Il lui fit dire de revenir le lendemain.
Mais Aluys agité des inquiétudes

@

METALLIQUES. 101

ordinaires à ces sortes de gens, se
retira furtivement; & fut arrêté prisonnier
à Marseille. On le soupçonnait de
fausse monnaie; c'est le terme où aboutissent
ces sortes d'Artistes. Il fit si bien
néanmoins, qu'ayant gagné la fille du
geôlier, sous promesse de l'épouser, il
trouva moyen de s'évader en 1730. dénué
cependant de tout, ayant à peine un
habit pour se couvrir.
Au sortir de sa prison, la traite fut
longue & périlleuse; car avec le même
cortège, dont il était toujours accompagné,
Aluys se rendit à Bruxelles en
1731. il y connut M. de Percel, mon
frère; il n'avait plus de poudre; mais
comme il possédait encore environ quatorze
onces de mercure Philosophique,
il y travailla, mais inutilement; & ce
fut M. de Tercel, qui perfectionna ce
dont Aluys ne pouvait venir à bout,
en y mettant le ferment Philosophique:
il en sortit quatorze onces d'une
espèce de régule fort aigre, couleur
de cuivre. Ce régule fut porté chez
un Orfèvre de la Ville, qui d'abord
n'en jugea pas favorablement, le trouvant
trop cassant; mais enfin après trois
fusions cette matière devint extrêmement
E iij

@

102 TRANSMUTATIONS

liante, & elle a même converti en or une
once ou environ, d'argent qu'on y avait
joint pour le mettre à l'épreuve de l'inquart.
A peine Aluys au moyen des quatorze
onces d'or se trouva revêtu, qu'il
crut se pouvoir passer de M. de Percel,
il en sortit donc & le vola. Il fit ensuite
quelque autre connaissance à Bruxelles,
& tira une somme assez considérable d'un
greffier, pour lui apprendre sa préparation
du mercure, quoique très imparfaite.
Mais le Greffier mourut peu de
temps après avoir payé Aluys. De violents
soupçons ne manquèrent pas de tomber
alors sur ce dernier, d'autant plus
qu'on le voyait continuellement occupé
à travailler du sublimé corrosif, dont il
était toujours muni. Il fut donc obligé
de quitter Bruxelles en 1732. Il y revint
cependant secrètement l'année suivante,
demandant à rentrer chez M. de
Percel, qui refusa de le recevoir. Il est
venu même à Paris; mais n'y trouvant
aucune ressource, il s'est mis à courir les
provinces; ou peut-être, est-il dans le
fond d'une prison. C'est où se termine la
vie errante de ces vagabonds. Heureux
si Dieu lui fait la grâce de corriger ce

@

METALLIQUES. 103

qu'il y a de pernicieux dans son caractère.
Voilà tout ce que j'avais à marquer
sur les transmutations métalliques que je
crois les moins suspectes; si j'en trouve
encore de pareilles, je ne manquerai
pas de les faire connaître.
Je sais que j'aurais pu en produire un
plus grand nombre: il y a peu de livres
d'Alchimie qui n'en contienne quelques-
unes; & c'est souvent ce qui perd les faux
Artistes. Mais j'ai cru me devoir borner à
celles que je marque. Cependant si l'on
veut en savoir davantage, il est aisé de se
satisfaire; on en trouvera dans le livre de
Simon Maioli, intitulé Dies Caniculares,
aussi bien que dans celui que Pancirole a
publié sous le titre De Rebus deperditis,
&c. Il n'y en a pas néanmoins qui en contienne
autant que Evvaldus d'Hogghelande,
qui en a fait un ouvrage exprès. C'est
celui qu'il a nommé; Historiae aliquot transmutationis
metallicae pro defensione Alchimiae.
On verra dans ce livre beaucoup plus
de faits, qu'il n'en faut pour faire tourner
la tête à tous ceux qui ont quelque goût
pour ce genre de travail.
E iiij

@

104 TRANSMUTATIONS

Des Supercheries concernant la
Pierre: Philosophale, par M.
GEOFFROY l'aîné.

Tiré des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences.

Année 1722. 15 Avril.

I L serait à souhaiter que l'art de tromper
fût parfaitement ignoré des hommes,
dans toutes sortes de professions. Mais
puisque, l'avidité insatiable du gain, engage
une partie des hommes à mettre cet art en
pratique d'une infinité de manières différentes,
il est de la prudence de chercher
à connaître ces sortes de fraudes, pour s'en
garantir.
Dans la Chimie la Pierre Philosophale
ouvre un très vaste champ à l'imposture.
L'idée des richesses immenses qu'on nous
promet, par le moyen de cette Pierre,
frappe vivement l'imagination des hommes.
Comme d'ailleurs on croit facilement
ce qu'on souhaite, le désir de posséder
cette Pierre, porte bientôt l'esprit à
en croire la possibilité.
Dans cette disposition, où se trouve la
plupart des esprits au sujet de cette Pierre,

@

METALLIQUES. 105

s'il survient quelqu'un, qui assure avoir fait
cette fameuse opération, ou quelque autre
préparation qui y conduise; qui parle d'un
ton imposant & avec quelque apparence
de raison, & qui appuie ses raisonnements
de quelques expériences, on l'écoute favorablement,
on ajoute foi à ses discours,
on se laisse surprendre par ses prestiges, ou
par des expériences tout à fait séduisantes,
que la Chimie lui fournit abondamment;
enfin ce qui est de plus surprenant, on
s'aveugle assez pour se ruiner, en avançant
des sommes considérables à ces sortes d'imposteurs,
qui sous différents prétextes nous
demandent de l'argent, dont ils disent
avoir besoin, dans le temps même, qu'ils se
vantent de posséder une source de trésors
inépuisable.
Quoiqu'il y ait quelque inconvénient à
mettre au jour les tromperies, dont se servent
ces imposteurs, parce que quelques
personnes pourraient en abuser, il y en a
cependant beaucoup plus, à ne les pas faire
connaître, puisqu'en les découvrant, on
empêche un très grand nombre de gens de
se laisser séduire par leurs tours d'adresse.
C'est donc dans la vue d'empêcher le
public de se laisser abuser par ces prétendus
Philosophes Chimistes, que je rapporte
ici les principaux moyens de tromper,
qu'ils ont coutume d'employer, & qui
sont venus à ma connaissance.
Comme leur principale intention est
pour l'ordinaire de faire trouver de l'or
E v

@

106 TRANSMUTATIONS

ou de l'argent en la place des matières minérales,
qu'ils prétendent transmuer, ils
se servent souvent de creusets ou de coupelles
doublées, ou dont ils ont garni le
fond de chaux d'or ou d'argent, ils recouvrent
ce fond avec une pâte faite de poudre
de creuset incorporée avec de l'eau
gommée, ou un peu de cire: ce qu'ils accommodent
de manière que cela parait le
véritable fond du creuset ou de la coupelle.
D'autres fois ils font un trou dans un
charbon, où ils coulent de la poudre d'or
ou d'argent, qu'ils referment avec de la
cire; ou bien ils imbibent des charbons
avec des dissolutions de ces métaux, & ils
les font mettre en poudre pour projeter
sur les matières qu'ils doivent transmuer.
Ils se servent de baguette, ou de petits
morceaux de bois creusés à leur extrémité,
dont le trou est rempli de limaille d'or
ou d'argent, & qui est rebouché avec de
la sciure fine du même bois. Ils remuent
les matières fondues avec la baguette qui
en se brûlant, dépose dans le creuset le métal
fin qu'elle contenait.
Ils mêlent d'une infinité de manières différentes
l'or & l'argent dans les matières
sur lesquelles ils travaillent: car une petite
quantité d'or, ou d'argent ne paraît point
dans une grande quantité de métaux, de
régule d'antimoine, de plomb, de cuivre,
ou de quelqu'autre métal.
On mêle très aisément l'or & l'argent

@

METALLIQUES. 107

en chaux dans les chaux de plomb, d'antimoine
& de mercure.
On peut enfermer dans du plomb des
grenailles ou des Lingots d'or & d'argent.
On blanchit l'or avec le vif argent, & on
le fait passer pour de l'étain, ou pour de
l'argent. On donne ensuite pour transmutation
l'or & l'argent qu'on retire de ces
matières.
Il faut prendre garde à tout ce qui passe
par les mains de ces sortes de gens. Car
souvent les eaux fortes, ou les eaux régales
qu'ils emploient, sont déjà chargées
de dissolutions d'or & d'argent. Les papiers
dont ils enveloppent leurs matières sont
quelquefois pénétrés de chaux de ces métaux.
Les cartes dont ils se servent peuvent
cacher de ces chaux métalliques dans
leur épaisseur. On a vu le verre même
sortant des verreries chargé de quelque
portion d'or, qu'ils y avaient glissé adroitement,
pendant qu'il était encore en fonte
dans le fourneau.
Quelques-uns en ont imposé avec des
clous moitié fer, & moitié or, ou moitié
argent. Ils font accroire qu'ils ont fait
une véritable transmutation de la moitié
de ces clous, en les trempant à demi
dans une prétendue teinture. Rien n'est
d'abord plus séduisant; ce n'est pourtant
qu'un tour d'adresse. Ces clous qui paraissent
tout de fer, étaient néanmoins de
deux pièces, une de fer, & une d'or ou
d'argent, soudées au bout l'une de l'autre
E vj

@

108 TRANSMUTATIONS

très proprement, & recouvertes d'une
couleur de fer, qui disparaît en la trempant
dans leur liqueur. Tel était le clou moitié
or & moitié fer qu'on a vu autrefois
dans le cabinet, de M. le Grand Duc de
Toscane. Tels sont ceux que je présente aujourd'hui
à la compagnie, moitié argent,
& moitié fer. Tel était le couteau qu'un
Moine présenta autrefois, à la Reine Elisabeth
en Angleterre, dans les premières
années de son règne, dont l'extrémité de
la lame était d'or; aussi bien que ceux
qu'un fameux Charlatan répandit il y a
quelques années en Provence, dont la lame
était moitié argent, & moitié fer. Il
est vrai qu'on ajoute que celui-ci faisait
cette opération sur des couteaux qu'on lui
donnait, qu'il rendait au bout de quelque
temps, avec l'extrémité de la lame
convertie en argent. Mais il y a lieu de
penser que ce changement ne se faisait
qu'en coupant le bout de la lame & y
soudant proprement un bout d'argent tout
semblable.
On a vu pareillement des pièces de
monnaie, ou des médailles moitié or &
moitié argent. Ces pièces, disait-on,
avaient été premièrement, entièrement
d'argent: mais en les trempant à demi dans
une teinture Philosophale, ou dans l'élixir
des Philosophes, cette moitié qui avait
été trempée s'était transmuée en or, sans
que la forme extérieure de la médaille, ni
les caractères eussent été altérés considérablement.

@

METALLIQUES. 109

Je dis que cette médaille n'a jamais été
toute d'argent, du moins cette partie qui
est or, que ce sont deux portions de médailles,
l'une d'or, & l'autre d'argent,
soudées très proprement, de manière que
les figures & les caractères rapportent
fort exactement; ce qui n'est pas bien difficile.
Voilà de quelle manière cela se fait,
ou plutôt, voici de quelle manière je jouerais
ce jeu, si je voulais en imposer.
Il faut avoir plusieurs médailles d'argent
semblables, un peu grossièrement
frappées, & même un peu usées: on en
modèlera quelques-unes en sable, qu'on
jettera en or; il n'est pas même nécessaire
qu'elles soient modelées dans un sable
trop fin.
Pour lors on coupera proprement une
portion des médailles d'argent, &
une pareille portion d'une des médailles
d'or. Après les avoir appropriées avec la
lime, on soudera exactement la partie d'or
avec la partie d'argent, prenant soin de
les bien ajuster, en sorte que les caractères
& les figures se rapportent autant qu'il sera
possible, & s'il y a quelque petit défaut,
on le réparera avec le burin.
La portion de la médaille qui se trouve
en or, ayant été jetée en sable, paraît
un peu grenue, & plus grossière que la
portion de la médaille qui est en argent,
& qui a été frappée, mais on donne ce
défaut comme un effet, ou comme une
preuve, de la transmutation, parce qu'une

@

110 TRANSMUTATIONS

certaine quantité d'argent, occupant un
plus grand volume qu'une pareille quantité
d'or, le volume de l'argent se retire
un peu en se changeant en or, & laisse
des pores ou des espaces, qui forment ce
grenu. Outre cela, on a soin de tenir la
partie qui est en or, un peu plus mince
que l'argent, pour garder la vraie semblance,
& ne mettre qu'autant d'or à peu
près qu'il y avait d'argent.
Outre cette première médaille, on en
préparera une seconde de cette façon.
On prend une médaille d'argent, dont
on amincit une moitié, en la limant dessus
& dessous sans toucher à l'autre, de sorte
que la moitié de la médaille soit conservée
entière, & qu'il ne reste de l'autre
moitié qu'une lame mince de l'épaisseur
environ d'une carte à jouer. On a une pareille
médaille d'or qu'on coupe en deux,
& dont on prend la portion dont on a besoin;
on la scie en deux dans son épaisseur,
& l'on ajuste ces deux lames d'or de manière
qu'elles recouvrent la partie amincie
de la médaille d'argent; en observant que
les figures & les caractères se rapportent:
par ce moyen on a une médaille entière,
moitié argent & moitié or, dont la portion
d'or est fourrée d'argent.
On présente cette médaille comme un
exemple d'un argent, qui n'est pas totalement
transmué en or, pour n'avoir pas
trempé assez longtemps dans l'élixir.
On prépare enfin une troisième médaille

@

METALLIQUES. 111

d'argent, dont on dore superficiellement
la moitié dessus & dessous, avec l'amalgame
de mercure & d'or, & l'on fait
passer cette médaille pour un argent qui
n'a trempé que très peu de temps dans
l'élixir.
Lorsqu'on veut jouer ce jeu, on blanchit
l'or de ces trois médailles avec un
peu de mercure, en sorte qu'elles paraissent
entièrement d'argent. Pour tromper
encore mieux, celui qui se mêle de ce
métier, & qui doit savoir bien escamoter,
présente trois autres médailles d'argent,
toutes semblables & sans aucune préparation;
& les laisse examiner à la compagnie
qu'il veut tromper. En les reprenant
il leur substitue, sans qu'on s'en aperçoive,
les médailles préparées, il les
dispose dans des verres, dans lesquels il
verse suffisante quantité de son précieux
Elixir à la hauteur qui lui convient, il en
retire ensuite les médailles dans des temps
marqués. Il les jette dans le feu, il les y laisse
assez de temps pour faire exhaler le mercure,
qui blanchissait l'or. Enfin il retire
du feu ces médailles, qui paraissent moitié
argent & moitié or, avec cette différence,
qu'en coupant une petite portion
de chacune dans la partie qui paraît or,
l'une n'est dorée qu'à la surface, l'autre
est d'or à l'extérieur & d'argent dans le
coeur, & la troisième est d'or dans toute
sa substance.
La Chimie fournit encore à ces prétendus

@

112 TRANSMUTATIONS

Philosophes Chimistes, des moyens
plus subtils pour tromper.
Telle est une circonstance particulière
que l'on raconte de l'or d'une de ces prétendues
médailles transmuées, qui est
que cet or ne pesait guère plus qu'un égal
volume d'argent, & que le grain de cet
or était fort gros, peu serré ou rempli de
beaucoup de pores. Si cela est vrai dans
toutes ces circonstances, comme on l'assure,
c'est encore une nouvelle imposture
qu'il n'est pas impossible d'imiter. On peut
introduire dans l'or une matière beaucoup
plus légère que ce métal, qui n'en altérera
point la couleur, & qui n'abandonnera
l'or, ni dans le départ, ni dans la coupelle.
Cette matière beaucoup moins compacte,
rendra son grain moins serré, &
sous un même volume, sa pesanteur beaucoup
moindre, selon la quantité qu'on y
en aura introduite.
Passons à d'autres expériences imposantes.
Le mercure chargé d'un peu de zinc,
& passé sur le cuivre rouge, lui laisse une
belle couleur d'or. Quelques préparations
d'arsenic blanchissent le cuivre & lui donne
la couleur de l'argent. Les prétendus
Philosophes produisent ces préparations,
comme des acheminements à des teintures
qu'ils promettent de perfectionner.
On fait bouillir le mercure avec le vert
de gris, & il paraît que le mercure se fixe
en partie: ce qui n'est en effet qu'un amalgame
du mercure avec le cuivre, qui était

@

METALLIQUES. 113

contenu dans le verdet, ils donnent cette
opération comme une véritable fixation
du mercure.
Tout le monde sait maintenant la manière
de changer les clous de cinabre en
argent. Cet artifice est décrit dans plusieurs
livres de Chimie, c'est pourquoi je ne le
répète point ici.
On donne encore le procédé suivant,
comme une transmutation de cuivre en argent.
On a une boëtte ronde comme une
boëtte à savonnette, composée de deux calottes
de cuivre rouge, qui se joignent &
ferment très juste. On remplit le bas de la
boëtte d'une poudre préparée pour cela.
Après avoir fermé la boëtte & luté les
jointures, on la place dans un fourneau
avec un feu modéré, suffisant pour rougir
le fond de la boëtte, mais non pas assez
fort pour la fondre. On la laisse quelque
temps dans cet état: après quoi on laisse
éteindre le feu & l'on ouvre la boëtte, on
trouve la partie supérieure de la boëtte
convertie en argent. La poudre dont on
se sert est la chaux d'argent précipitée par
le sel marin, ou autrement la lune cornée,
qu'on étend avec quelque intermède convenable.
Dans cette opération la lune cornée, qui
est un mélange de l'argent & de l'acide du
sel marin, s'élève facilement au feu, &
elle se sublime au haut de la boëtte de
cuivre. Mais comme l'acide de sel marin
s'unit avec les métaux & les pénètre très

@

114 TRANSMUTATIONS

intimement; & comme il a d'ailleurs plus
de rapport avec le cuivre qu'avec l'argent
à mesure qu'il pénètre le cuivre, au travers
des pores duquel il s'exhale, il en
ronge quelques parcelles qu'il emporte avec
lui en l'air, il dépose en leur place les particules
d'argent, qu'il avait enlevées & il
compose ainsi un nouveau dessus de boëtte,
partie argent & partie cuivre.
Quelques Chimistes ont avancé qu'il
était plus facile de faire de l'or, que de
le décomposer, c'est ce qui a engagé quelques-uns
de nos prétendus Philosophes,
de donner certaines opérations pour de
vraies destructions de l'or.
Ils nous proposent des dissolvants, qui
digérés avec l'or, qu'ils disent désanimé,
ou dépouillé de son soufre ou de sa teinture,
parce qu'en le fondant il est blanc,
ou d'un jaune pâle & fort aigre. Tel est
par exemple l'esprit de nitre bézoardique.
Mais cette prétendue décomposition de
l'or n'est qu'une illusion. Ce dissolvant
est quelquefois chargé d'une assez grande
quantité de parties régulines d'antimoine,
qu'il a enlevées avec lui dans la distillation.
Lorsqu'on la fait digérer sur l'or, il dissout
bien à la vérité quelque portion d'or,
parce que c'est une eau régale, qui n'est
pas assez chargée d'antimoine pour ne
plus mordre sur l'or. Delà vient la couleur
jaune, que ce dissolvant prend dans
cette digestion. Il dépose aussi dans les pores
de l'or qui restent sans être dissous quelques

@

METALLIQUES. 115

petites portions de régule, qu'il tenait
en dissolution, ce qui rend cet or pâle,
ou même blanc quand on vient à le refondre,
selon la quantité des parties antimoniales,
qui s'y seront mêlées. Mais cet or
que cet esprit tient en dissolution, n'est
nullement décomposé, comme il est aisé
de s'en assurer par la précipitation.
Il n'y a pas longtemps qu'on proposa à M.
l'Abbé Bignon une autre prétendue destruction
de l'or, ou une manière de réduire ce
métal en une simple terre, qu'on ne peut
plus refondre en or. Pour cela on faisait
fondre l'or dans un creuset, avec environ
trente fois autant d'une poudre préparée.
Le tout étant bien fondu, on tirait la
matière du feu qu'on laissait refroidir en
une masse saline. On la laissait résoudre
en liqueur à l'humidité de la cave, & l'on
passait ensuite cette liqueur par le papier
gris, sur lequel il restait une poudre noire
environ du poids de l'or, qui avait été
employé. Cette poudre mise à toute épreuve
ne donnait plus aucun indice d'or, d'où
l'on concluait que l'or était décomposé &
réduit en sa terre première.
Nous fûmes chargés M. de Réaumur,
M. le Mery, & moi, d'examiner cette
opération, & nous jugeâmes que ce n'était
pas assez d'observer cette terre fixe,
qu'il fallait encore faire attention à la liqueur
passée par le filtre, où il y avait
toute apparence qu'on trouverait l'or, supposé
que la poudre, dont on s'était servi

@

116 TRANSMUTATIONS

pour intermède, n'en eût pas enlevé une
partie pendant la fonte.
Mais ayant bientôt après examiné la poudre
dont on se servait pour cette opération
nous trouvâmes que c'était un composé
de crème de tartre, de soufre, & d'un peu
de salpêtre.
Nous ne doutâmes plus pour lors que l'or
ne fût passé dans la liqueur car ces matières
détonnées & fondues ensemble forment
un espèce d'hepar sulphuris, dans lequel
l'or & les autres métaux sont facilement
dissous, de manière que lors qu'on laisse
résoudre à l'air humide cet hepar sulphuris
chargé d'or, il se résout en liqueur
rougeâtre avec laquelle l'or reste entièrement
uni, & il passe avec ce même or,
au travers du papier gris. La terre fixe
qui reste sur le filtre est la cendre que
laisse la crème de tartre après sa calcination,
& qu'on nous voulait donner pour
un or désanimé ou décomposé.
C'est avec ces artifices ou de semblables
que tant de gens ont été trompés.
Il y a même toute apparence que ces
fameuses histoires de la transmutation des
métaux en or ou en argent, par le moyen de
la poudre de projection, ou des élixirs
Philosophiques, n'étaient rien autre chose
que l'effet de quelques supercheries semblables:
d'autant plus que ces prétendus
Philosophes n'en laissent jamais voir
qu'une ou deux épreuves après lesquelles
ils disparaissent: ou bien les précédés

@

METALLIQUES. 117

pour faire leur poudre ou leur teinture,
après avoir réussi dans quelques occasions,
ont cessés d'avoir leur effet, soit
parce que les vaisseaux qu'on avait garnis
d'or secrètement, ont été tous employés,
ou parce que les matières, qui
avaient été chargées d'or, ont été consommées.
Ce qui peut imposer le plus dans les
histoires, que l'on raconte de ces prétendus
Philosophes, est le désintéressement
qu'ils marquent dans quelques occasions,
où ils abandonnent le profit de ces transmutations,
& l'honneur même, qu'ils
pourraient en retirer.
Mais ce faux désintéressement est une
des plus grandes supercheries, car il sert
à répandre & à entretenir l'opinion de la
possibilité de la Pierre Philosophale; qui
leur donne moyen par la suite d'exercer
d'autant mieux leurs supercheries, & de
se dédommager amplement de leurs avances.


----------------------------------

O B S E R V A T I O N
Particulière sur cette dissertation.

ON ne saurait s'empêcher d'admirer la
pénétration & l'exactitude, qui règne dans
cet écrit de M. Geoffroy. On sent à sa
lecture un homme habile & circonspect,
qui suit scrupuleusement les Sophistes
dans toutes leurs tromperies. J'ai cru devoir
placer cette dissertation immédiatement

@

118 TRANSMUTATIONS

après l'Histoire des transmutations métalliques,
afin qu'on ne se laisse pas séduire
par les faits que j'y ai rapportés.
On peut assurer néanmoins que M. Geoffroy
n'a pas encore découvert toutes les
tromperies qui peuvent se pratiquer en ce
genre. L'esprit artificieux de ces sortes de
trompeurs est si fécond, qu'il est comme
impossible de les suivre dans leurs détours.
Mais le seul avis qu'on ne saurait assez répéter,
est d'être continuellement en garde
contre ces aventuriers; & de croire que
s'ils avaient les moyens d'enrichir les autres,
ainsi qu'ils s'en vantent, ils n'auraient
pas la sotte vanité de les prodiguer:
ils savent que le danger est presque inévitable,
soit en réussissant, soit en manquant
leurs opérations.
Je n'ignore pas qu'il ne se trouve un
grand nombre de personnes qui n'adopteront
pas toutes les vues & les lumières de
M. Geoffroy, mais on ne saurait empêcher
les hommes de courir à leur perte; quicunque
vult decipi, decipiatur. Je sais aussi combien
il est difficile dans les principes de
cet habile homme, d'expliquer un grand
nombre de faits, tels que je les ai exposés
dans l'Histoire des transmutations métalliques.
S'il est aisé d'en nier quelques-uns,
il est comme impossible de n'en admettre
pas un certain nombre. Oh qui seulement
en admet un, peut en admettre plusieurs:
dès-lors il n'est plus question de l'impossibilité
absolue. Cependant je n'assure rien,
j'en laisse le jugement aux lecteurs.

@

METALLIQUES. 119

Je ne veux pas qu'on s'en prenne à moi,
si l'on travaille sans réussir; je ne garantis
pas les exemples que je produis; je ne suis
pas Juge, je me contente d'être Historien
sans prévention, ainsi qu'on ne m'accuse pas
d'avoir induit en erreur, si l'on fait en ce
genre de folles dépenses. Je rapporte des
traits d'histoire; mais ce ne sont ni des décisions,
ni des exhortations capables d'engager
dans quelques opérations extravagantes
& ruineuses. Je dirai même que
tout ce que j'en marque doit en détourner
par les aventures sinistres, qui arrivent à
ceux qui prétendent avoir réussi.
Il ne serait pas défendu à la vérité de
trouver des fonds inconnus jusqu'alors &
de répandre généreusement dans la société
des richesses qui n'y sont pas; mais ce serait
une extrême imprudence de risquer
dans ces fortes de travaux sa tranquillité,
un temps précieux, par le bon emploi que
l'on en peut faire, ou un bien utile à d'autres
usages & sa vie même: car rarement un
Adepte, vrai ou faux meurt sans quelque
disgrâce, qui trouble le repos, après lequel
tous les hommes aspirent, au milieu même
de toutes les peines qu'ils se donnent.
Je ne m'arrête point à ce que me disait
un de ces Artistes. Je lui marquais que
la transmutation des métaux était un de
ces miracles, qu'on ne devait croire qu'après
avoir vu & bien examiné soi-même;
& que comme je n'avais jamais vu, je ne
pouvais par conséquent y croire. Sur quoi

@

120 TRANSMUTATIONS

il me répondit que ma raison était excellente
pour moi, mais qu'elle ne saurait préjudicier
à la vérité des faits prouvés. Que
c'était un argument purement négatif, qui
n'avait aucune force contre des preuves
positives, que tout au plus mon raisonnement
pouvait influer sur mon incrédulité
personnelle, mais qu'il ne pouvait attaquer
la créance de ceux qui disent j'ai vu.
Et il m'assura qu'il y avait un assez grand
nombre de ces derniers dans tous les temps
& dans toutes les nations, pour en faire
une preuve, à laquelle il n'y avait point
de réplique.
Comme je n'aime point les longues Altercations,
je gardai le silence; ainsi mon
ami me laissa dans mon sentiment, comme
je le laissai jouir des agréables & flatteuses
imaginations, qu'il s'était formées
sur la transmutation des métaux. Peut-être
que le temps me découvrira de nouvelles
preuves, ou de nouveaux moyens de faire
voir que je n'ai pas tort de rester dans mon
incrédulité; à moins que je ne voie & que
je n'examine moi-même la vérité des faits
que l'on produirait en ce genre. Alors je
ne ferai pas difficulté de déclarer ce que
j'aurai vu.

LE VERITABLE

@


L E

V E R I T A B L E

P H I L A L E T H E
O U
L'Entrée au Palais fermé du
Roi.
REVU ET AUGMENTE,
Sur l'Original Anglais.
En Latin & en Français.
AVEC
D'autres Ouvrages du même Auteur.

Tome II. A

@

pict

INTROITUS APERTUS
A D
O C C L U S U M R E G I S
P A L A T I U M.

==================================

PRAEFATIO AUTORIS.
I.

pict Depto me, Anonymo Philalethâ
Philosopho, arcana medica,
Chemica, Physica, anno
mundi redempti 1645. aetatis autem
meae trigesimo tertio, quo filiis artis debitum
persolvam, involutisque erroris
labyrintho manum porrigerem, tractatulum
hunc conscribere decrevi, ut Adeptis
appareat, me illis parem & fratrem,
seducti vero sophistarum nugis,
lucem, per quam tutò revertantur,
videant et amplectantur. Ominor porro
non paucos hisce meis laboribus illuminatos
fore.

@

pict

L'E N T R E'E
A U
PALAIS FERME' DU ROI,
PAR LE PHILALETHE.

==================================

PREFACE DE L'AUTEUR.
I.

pict OI qui suis un Philosophe Adepte
connu sous le seul nom de Philalèthe,
j'ai résolu, l'an 1645 de
notre salut, & le 33e. de mon age, d'écrire
ce Traité, propre à dévoiler les secrets
de la Médecine, de la Chimie, & de
la Physique, pour secourir les enfants de
l'art, & les aider à sortir du labyrinthe
d'erreurs où ils sont. Je le fais, afin que
les Adeptes me regardent comme leur
frère & leur égal, & que ceux qui sont
séduits par des Sophistes, reconnaissent
& suivent la lumière, qui doit les rappeler
à la vérité; & je compte que plusieurs
se trouveront éclairés par mon livre.
A ij

@

4 LE VERITABLE


II.

Non sunt fabulae, sed realia Experimenta,
quae vidi, feci, novi, quod
ex hisce lineis facile colliget Adeptus.
Quare ut ad bonum proximi haec scribo,
sat sit me professum esse, neminem
in hac arte scribentem unquam tam
lucidè scripsisse, meque inter scribendum
pluries calamum reposuisse, quod
potius vellem sub invidiae larva veritatem
celasse; at cogebat DEUS, cui
non potui resistere, qui solus corda novit,
cui soli gloria in saeculum. Hinc
indubiè colligo, multos futuros hac ultimâ
aetate mundi hoc arcano beatos.
Quia fideliter scripsi, nec studioso tyroni
ullum reliqui dubium, non perfectè
satisfactum.

III.

Et jam scio multos, qui unâ mecum
hoc arcano potiuntur, multoque plures
esse sum persuasus, quorum familiaritatem
quotidié de novo, ut ita dicam,
sum brevi consecuturus. Faxit
sancta DEI voluntas, quod sibi placuerit,

#@

PHILALETHE. 5

II.

Tout Adepte verra que je n'avance
point des fables, ce sont des expériences
réelles de choses que j'ai vues, que j'ai
faites, & dont je suis certain. C'est pourquoi
écrivant ceci pour le bien de mon
prochain, il me suffit de dire que personne
n'a parlé de cet art avec autant de clarté
que moi; & plusieurs fois j'ai quitté
la plume, voulant cacher la vérité sous
le masque de l'envie. Mais Dieu, qui
seul connaît les coeurs, m'a déterminé à
le faire, & je lui en rends gloire. Ainsi
je ne doute pas qu'il y en aura plusieurs
dans ces derniers temps, qui se trouveront
heureux de posséder ce secret. Et comme
j'écris sincèrement, je ne laisse aux
Commençants aucun doute, sans y satisfaire
pleinement.

III.

J'en connais déjà plusieurs qui possèdent
ce secret aussi bien que moi, & je
me persuade qu'il y en a même beaucoup
plus, dont j'espère dans peu avoir la connaissance.
Que la divine Volonté ordonne
de moi ce qu'il lui plaira; mais je me
A iij

@

6 LE VERITABLE


indignum me fateor, per quem talia
efficiantur: tamen hisce in rebus sanctam
DEI voluntatem adoro, cui subesse
tenentur creata universa, ob
quem solum illa condidit, conditaque
tuetur.
----------------------------------

C A P U T I.

De Mercurii Sophici Necessitate
ad Opus Elixir.

I.

Q Uisquis aureo hoc vellere potiri
cupit, sciat Aurificum nostrum
pulverem, quem lapidem nostrum nominamus,
esse Aurum, solummodo digestum
in supremum gradum puritatis
& subtilis fixitatis, ad quem per
naturam, sagacemque artificem potest
deduci; quod aurum sic essencificatum,
aurum nostrum, (non amplius
vulgi) nominatum, est naturae artisque
perfectionis periodus. Possem
omnes citare hac de re Philosophos; at
testibus non egeo, quia ipsemet Adeptus,
& lucidiùs scribo, quam antehac

@

PHILALETHE. 7

reconnais indigne d'opérer des choses si
admirables. Cependant j'adore en tout sa
volonté suprême, à laquelle toute créature
doit être subordonnée, puisque c'est
pour s'y soumettre qu'il les a créées, &
qu'il les conserve.
----------------------------------

C H A P I T R E I.

De la nécessité du Mercure des Sages
pour faire l'Elixir.

I.

Q Uiconque désire posséder cette Toisapprouvera
son d'Or, doit savoir que notre
poudre aurifique, que nous appelons
notre pierre, est le seul or digéré & porté
au plus haut degré de pureté & de fixité,
où il puisse être amené, tant par
la nature, que par les soins d'un habile Artiste.
Cet or donc essencifié ou poussé à
ce degré suprême de perfection, n'est
plus l'or vulgaire, mais celui des Sages.
Je pourrais, à ce sujet, citer tous les Philosophes;
mais je n'ai pas besoin de témoins,
puisque moi-même je suis un Philosophe
Adepte, & que j'écris avec plus
de clarté qu'aucun autre n'a fait avant
moi. Me croira cependant, ou me déA
iiij

#@

8 LE VERITABLE


ullus. Credat qui volet, improbet qui
poterit, carpat cui libet; hanc certe
mercedem reportabit, altam ignorantiam.
Subtilia, fateor, ingenia
chimaeras somniant: at in via naturae
simplici veritatem sedulus reperiet.

II.

Aurum igitur aurificandi verum,
unum, solum principium esto. Est autem
aurum nostrum duplex, quod ad opus
nostrum expetimus, maturum puta,
fixum, Latonem flavum, cujus cor sive
centrum est ignis purus. Quare corpus
in igne defendit, in quo depurationem
recipit, ut nihil ejus tyrannidi
cedat, aut ab eo patiatur. Hoc in opere
nostro vices maris gerit, quare auro
nostro albo crudiori, (quod est nostrum
alterum, crudiusque aurum) sicut
spermati foemineo, conjungitur,
in quo sperma suum emittit, tandemque
vinculo indissolubili utrumque coit,
sic fit noster Hermaphroditus, utroque
sexu pollens. Mortuum est itaque aurum
corporale, priusquam cum sua

@

PHILALETHE. 9

qui voudra: que l'on me censure
même si l'on peut, tout ce qu'on pourra
m'opposer ne produira qu'une profonde
ignorance; je sais que des Esprits qui
veulent raffiner sur l'oeuvre, se forment
mille chimères; mais on ne trouvera le
vrai, qu'en suivant exactement la voie
simple de la nature.

II.

L'or est donc l'unique, & véritable
principe par le moyen duquel on peut produire
de l'or. Mais cet or nécessaire à notre
oeuvre, est de deux sortes, l'un est
fixe & porté à sa plus grande maturité,
se nomme le laiton rouge, qui dans son
centre, contient un feu très pur. C'est
pourquoi il se soutient dans le feu même
qui le purifie sans être altéré par la violence
de ce même feu. C'est là cet or,
qui dans notre oeuvre, tient lieu de mâle,
& que l'on joint avec un autre or blanc &
cru, qui tient lieu de semence féminine,
dans lequel le mâle dépose son sperme:
ils s'unissent ensemble d'un lien indissoluble,
qui forme ce que nous appelons
notre Hermaphrodite, qui est en
même temps mâle & femelle. Notre or
corporel est donc mort avant que d'être
A v

@

10 LE VERITABLE


sponsa coujungatur, cum qua sulphur
coagulans, quod in auro est extraversum,
invertitur. Sic absconditur altitudo,
& manifestatur profunditas. Sic
fixum ad tempus fit volatile, ut nobiliorem
postea statum haereditariò possideat,
in quo fixitatem proepollentem
obtinet.

III.

Patet itaque, quod totum secretum
in Mercurio consistat, de quo Philosophus:
in Mercurio est, inquit, quicquid
quaerunt Sapientes. De hoc Geber:
Laudetur, inquit, Altissimus,
qui Mercurium nostrum creavit, eique
dedit naturam cuncta superantem.
Certè enim, nisi hic esset, glorientur
Alchymistae, utut volunt, at vanum
esset opus Alchymicum. Liquet proinde,
quod non vulgaris sit hic Mercurius,
at Sophicus, quia omnis Mercurius
vulgi est mas, id est, corporalis,
specificatus & mortuus; at noster est
spiritualis, foemineus, vivus & vivificus.

@

PHILALETHE. 11

conjoint avec son épouse; après quoi le
soufre intérieur & secret de cet or se développe.
Alors ce qu'il y a de plus apparent
s'absorbe & s'obscurcit, & ce qu'il
y a de plus secret, se manifeste & se dévoile.
C'est par-là que le fixe devient volatil
pour un temps; afin d'hériter d'une
plus noble qualité, qui sert ensuite à fixer
le volatile.

III.

On voit donc que tout notre secret
consiste dans le Mercure, dont un Philosophe
a dit, Tout ce que cherchent les
Sages se trouve dans le Mercure. Et
« Geber le marque, lorsqu'il dit: Loué
» soit le Très-Haut, qui a créé notre
» Mercure, & lui a donné une nature,
» à qui rien ne résiste: car sans ce
» Mercure, les Alchimistes auraient
» beau faire, tout leur travail serait inutile.

» Il paraît par-là que ce Mercure est celui
des Sages, & non pas le Vulgaire, ce
dernier est mâle, c'est-à-dire corporel,
mort & déterminé à une espèce particulière,
au lieu que le nôtre est spirituel: il
est femelle, vivant & vivifiant, (c'est-à-
dire, qu'il est principe de vie.)
A vj

@

12 LE VERITABLE


IV.

Attende ergo, quae sim de Mercurio
dicturus, quia, ut ait Philosophus,
Mercurius noster est sal Sophorum,
sine quo, quicumque operatur, est sicut
Sagittarius, qui sine chorda sagittat,
& tamen nuspiam est super terram reperibilis.
Filius autem est à nobis formatus,
non creando, at ex iis rebus,
in quibus est, extrahendo, cooperante
naturâ, modo miro, per artem sagacem.
----------------------------------

C A P U T II.

De componentibus Principiis Mercurii
Sophici.

I.

I Ntentio quorumdam in hac arte
operantium est haec, ut Mercurium
diversimodè purgent: nam per salia
adjuncta sublimant nonnulli à variis
fecibus, alii per se tantum vivificant,
sic repetitis operationibus Mercurium
Philosophorum factum autumant, &

@

PHILALETHE. 13

IV.

Faites donc attention à tout ce que je
dirai du Mercure, parce que, selon le
» Philosophe, notre Mercure est le sel
» des Sages; & quiconque travaillerait
» sans lui, ressemblerait à celui qui voudrait
» sans corde se servir d'un arc. Cependant
ce Mercure ne se trouve pas tel
sur la terre; mais on l'extrait des matières
où il est renfermé, non par la voie de la
création, mais comme un enfant que l'on
tire du sein de sa mère, par un moyen
admirable, & par un Art industrieux,
secouru de la nature.
----------------------------------

C H A P I T R E II.

Des Principes qui composent le Mercure
des Sages.

I.

C Eux qui s'appliquent à cette scienpoint
ce, s'occupent seulement à purger
le Mercure de différentes manières, les
uns pour en ôter l'impureté, le subliment
avec des sels, d'autres par lui-même, &
ils se persuadent, mais en vain, qu'à force
de répéter ces opérations, ils ont le
Mercure des Sages; mais ils ne travaillent

#@

14 LE VERITABLE


errant, quia non in natura operantur,
quae sola in sua natura emendatur.
Sciant itaque, aquam nostram
componi ex multis, esse tamen rem
unam ex diversis substantiis unius
essentiae concretis factam. Hoc est in
factione nostrae aquae requisitus (in
aqua enim nostra est igneus noster draco)
primò omnium ignis; secundò
liquor Saturniae vegetabilis; tertio
Mercurii vinculum.

II.

Ignis est mineralis sulphuris, et
tamen non propriè mineralis est, nedum
metallicus, at medius inter mineram
& metallum, neuter utriusque particeps,
Chaos sive spiritus, quia draco
noster igneus, qui omnia vincit,
tamen per odorem Saturniae vegetabilis
penetratur, cujus sanguis cum succo
Saturniae concrescit, in corpus unum
mirabile, & tamen corpus non est,
quia totum volatile, nec spiritus, quia
in igne metallum liquatum refert. Est
itaque revera Chaos, quod ad omnia

@

PHILALETHE. 15

dans la nature, qui seule se
purifie & se perfectionne dans sa nature.
Qu'ils sachent donc que notre eau, qui
est une en son espèce, se tire néanmoins
de plusieurs substances très différentes;
trois choses sont nécessaires pour faire
cette eau, dans laquelle réside notre dragon
ardent & brûlant.
1°. Il faut employer le feu,
2°. Une liqueur Saturnienne végétable,
3°. Le lien qui unit le Mercure.

II.

Le feu que nous demandons est minéral
& sulfureux. Cependant il n'est point
proprement minéral, & moins encore
métallique; mais sans participer de ces
deux substances, il tient le milieu entre
l'une & l'autre. Notre cahos ou notre esprit
est un dragon brûlant, qui surmonte
tout, & lui-même étant pénétré par l'odeur
de la Saturnie végétable, devient
corps, par l'union de son sang avec le
suc Saturnien; il n'est pas néanmoins corporel,
puisqu'il est entièrement volatil,
& il n'est point esprit, parce que dans le
feu il ressemble à du métal en fusion.
C'est donc un cahos, qui tient lieu de

@

16 LE VERITABLE


metalla se habet, ut mater. Ex eo
namque omnia extrahere novi, etiam
solem, lunamque absque Elixire transmutatore,
quod qui pariter vidit, potest
attestari. Vocatur hoc Chaos arsenicum
nostrum, aër noster, luna nostra,
magnes noster, chalybs noster,
diverso tamen respectu, quia varios
status subit materia nostra, priusquam
ex meretricis nostrae menstruo excernatur
Diadema Regale.

III.

Disce igitur, qui sint socii Cadmi,
quique sit serpens, qui illos voravit,
quae sit cava quercus, ad quam Cadmus
serpentem transfixit. Disce, quae
sint Dianae columbae, quae leonem mulcendo
vincunt, leonem, inquam, viridem,
qui revera est draco Babyloniensis,
veneno suo cuncta interimens.
Tandem disce Mercurii Caduceum,
quo cum operatur mira, quaeque sint
Nimphae illae, quas incantando inficit,
si voto tuo cupis potiri.

@

PHILALETHE. 17

mère à tous les métaux; car sans employer
l'Elixir transmutatoire, j'en sais
tirer l'or & l'argent, ce qui peut être certifié
par ceux, qui l'ont vu aussi bien que
moi. On donne à ce cahos divers noms;
mais toujours à différents égards: car tantôt
c'est notre arsenic & notre air, tantôt
notre lune , notre aimant, & notre
acier; parce que cette matière prend différentes
formes, avant que de son menstrue,
nous en tirions le diadème royal.

III.

Mais si vous voulez parvenir à ce que
vous désirez, apprenez auparavant qui
sont les compagnons de Cadmus, & quel
est ce serpent qui les a dévorés: sachez
ce que c'est que ce chêne creux, auquel
Cadmus attacha ce serpent: sachez qui
sont les colombes de Diane, qui adoucissent
& apprivoisent ce lion vert, vrai
dragon Babylonien, qui tue tout par
son venin. Enfin connaissez le Caducée
de Mercure, qui opère des choses merveilleuses,
& quelles sont les Nymphes,
qu'il sait enchanter.

@

18 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T III.

De Chalybe Sophorum.

I.

S Apientes Magi multa de Chalybe
suo posteris tradiderunt, nec
leve momentum illi attribuerunt, quare
inter Alchymistarum vulgus non
leve est certamen, quidnam Chalybis
nomine sit intelligendum. Hujus variam
interpretationem varii dederunt.
Candidè de hoc Autor Novi Luminis,
at obscurè scripsit.

II.

Ego ut nil ab artis inquisitoribus
ex invidiâ celarem, sincerè describam.
Chalybs noster est operis nostri vera
clavis, sine quo ignis lampadis nulla
arte potest accendi: est auri minera,
spiritus prae cunctis valde purus, est
ignis infernalis, secretus, in suo genere
summè volatilis, mundi miraculum,
virtutum superiorum in inferioribus
systema, quare signo illum

@

PHILALETHE. 19

----------------------------------

C H A P I T R E III.

De l'Acier des Sages.

I.

L Es Sages ont fort parlé de leur Acier
& lui ont attribué de grandes vertus
c'est pourquoi les Alchimistes Vulgaires
sont fort en peine pour savoir ce que
c'est. Chacun l'a expliqué à sa manière;
mais l'Auteur de la Nouvelle Lumière
Chimique l'a fait avec sincérité, quoique
d'une manière obscure,

II.

Pour moi qu'une basse jalousie ne porte
point à rien cacher aux Amateurs, je
le décrirai sincèrement. Notre acier est
donc la vraie clef de l'oeuvre, sans quoi
il est inutile d'allumer la lampe, ou le
fourneau Philosophique. C'est la minière
de l'or; c'est l'esprit le plus pur de la
nature; c'est un feu infernal & secret,
& même en son genre extrêmement volatil.
C'est enfin le miracle du monde,
& l'assemblage des vertus supérieures
dans les Etres inférieures. C'est pour-

#@

20 LE VERITABLE


notabili notavit Omnipotens, cujus nativitas
per Orientem annunciatur. Viderunt
Sapientes in Oriente, & obstupuerunt,
statimque agnoverunt regem
Serenissimum in mundo natum.

III.

Tu, cum ejus stellam conspexeris,
sequere ad usque Cunabula; ibi videbis
infantem pulchrum, sordes semovendo,
Regium puellum honora,
gazam aperi, auri donum offeras,
sic tandem post mortem tibi carnem,
sanguinemque dabit, summam in tribus
terrae monarchiis medicinam.
----------------------------------

C A P U T IV.

De Magnete Sophorum.

I.

Q Uemadmodum Chalybs ad Magnetem
trahitur, Magnesque
sponte se ad Chalybem convertit, sic
& Magnes Sophorum trahit illorum
Chalybem. Quare sicut Chalybem do-

#@

PHILALETHE. 21

quoi le Tout-Puissant l'a distingué par
un caractère particulier. Les Mages &
les Philosophes ont connu sa naissance
en Orient, & ils ont remarqué avec admiration
qu'un grand Roi était né dans
le monde.

III.

Imitez-les donc, & lorsque vous aurez
vu son étoile, suivez-la jusqu'à son
berceau; & vous verrez un bel enfant
que vous nettoierez pour en mieux connaître
la beauté. Honorez cet enfant
royal, ouvrez votre trésor & lui offrez
de l'or, & après sa mort il vous donnera
sa chair & son sang, d'où vous tirerez
une médecine souveraine & nécessaire
dans les trois règnes de ce monde.
----------------------------------

C H A P I T R E IV.

De l'Aimant des Sages.

I.

C Omme l'acier tire à soi l'aimant, de
même l'aimant se tourne vers l'acier.
C'est ce que l'aimant des Sages fait à l'égard
de leur acier, c'est pourquoi ayant
déjà dit que notre acier est la minière de

@

22 LE VERITABLE


qui esse auri Mineram, pariter & Magnes
noster est Chalybis nostri vera minera.

II.

Notifico porro, Magnetem nostrum
habere centrum occultum, sale abundans,
qui sal est menstruum in sphaera
lunae, qui novit calcinare Aurum.
Centrum hoc se convertit appetitu archetico
ad Polum, in quo virtus Chalybis
est in gradus exaltata. In Polo
est cor mercurii, qui verus est ignis, in
quo requies est Domini sui, navigans
per mare hoc magnum, ut ad utramque
pertingat Indiam, cursum dirigat
per aspectum stellae septentrionalis,
quod faciet tibi apparere Magnes
noster.

III.

Sapiens gaudebit, stultus tamen
haec parvi pendet, nec sapientiam discet,
etiam licet Polum centralem extraversum
conspexerit notatum signo
Omnipotentis notabili. Tam durae sunt
cervicis, quod etsi signa viderint &

@

PHILALETHE. 23

l'or, il faut pareillement remarquer que
notre aimant est la vraie minière de l'acier
des Sages.

II.

Sachez donc que notre aimant a dans
son centre le plus intime, une abondance
de sel merveilleux, qui sert de dissolvant
tant pour la lune que pour l'or. Ce
centre se tourne naturellement vers le
pôle, où la vertu de notre acier se fortifie
par degrés. C'est dans ce pôle que
l'on trouve le coeur (ou le principe de
vie) de notre Mercure, qui est un vrai feu,
où se repose son Seigneur, (c'est-à-dire
l'or,) & nageant dans cette grande mer,
il arrivera jusques aux deux Indes, pourvu
que l'on ait soin de régler sa route
par la vue de l'étoile du Nord, que notre
aimant fera paraître.

III.

Alors le Sage se réjouira, mais les
fous & les ignorants négligeront ce signe,
& ne s'instruiront pas dans la sagesse,
quand même ils y verraient cette marque
essentielle, imprimée par la main du
Tout-Puissant. Ils sont si obstinés, que
quand même ils verraient des merveilles

#@

24 LE VERITABLE


miracula, non tamen sophismata suae
deponant, nec semitam rectam ingrediantur.
----------------------------------

C A P U T V.

Chaos Sophorum.

I.

F Ilius Philosophorum audiat Sophos
unanimiter concludentes,
opus hoc esse creationi universi adsimilandum.
In initio igitur creavit
DEUS coelum & terram, & erat
terra inanis & vacua, & tenebrae
erant super faciem abyssi, & ferebatur
Dei spiritus super aquarum faciem,
& dixit Deus, esto lux, et
lux erat.

II.

Verba haec artis filio sat erunt.
Etenim coelum cum terra oportet conjungi
super thronum amicitiae ac amoris.
Sic in honore per universam vitam
regnabit. Terra est corpus grave,
mineralium matrix, quod in se
les

@

PHILALETHE. 25

ou des miracles, ils ne quitteraient
pas leurs faux raisonnements, pour entrer
dans le droit chemin de la vérité.
----------------------------------

C H A P I T R E V.

Le Cahos des Sages.

I.

Q Ue le fils des Philosophes écoute
les Sages qui marquent tous unanimement,
qu'il faut comparer notre oeuvre
à la création du monde. Au commencement
Dieu créa le Ciel & la terre; mais
cette terre était inculte & inutile, les ténèbres
couvraient toute cette immense
étendue de l'univers, & l'esprit de Dieu
était porté sur les eaux. Alors Dieu dit
que la lumière soit faite, à l'instant la lumière
parut.

II.

Ces paroles suffisent aux enfants de
l'art. Il faut donc pour notre oeuvre unir
le ciel & la terre dans le lit nuptial de
l'amitié & de l'amour; par-là ils vivront
toujours avec honneur. La terre est un
corps grave, pesant, qui sert de matrice
aux minéraux, qu'elle conserve secrètement
Tome II. B

#@

26 LE VERITABLE


illa occultè servet, licet arbores &
animalia in lucem proferat. Coelum
est, in quo luminaria magna cum astris
circumvolvuntur, suasque vires
trans aëra ad inferiora dimittit; at
in principio confusa simul omnia fecere
Chaos.

III.

Ecce sincerè, vel sanctè veritatem
propalavi: Chaos etenim nostrum est
quasi mineralis terra, coagulationis
suae respectu, & tamen aër volatilis,
intra quod est coelun Philosophorum
in centro suo, quod centrum est revera
astrale, irradians terram ad usque
superficiem suo jubare. Et quis Magus
vir tam prudens, qui ex hisce
colligat novum Regem natum cunctis
praepollentem, fratrum suorum à labe
originali redemptorem, quem oportet
mori, & in altum tolli, ut carnem
suam & sanguinem in mundi vitam
det?

IV.

Bone Deus, quam mirifica sunt

@

PHILALETHE. 27

dans son sein, quoique d'ailleurs
elle produise les arbres, les plantes
& les animaux. Le Ciel est cette vaste
étendue, dans laquelle tous les astres, &
même les deux grands luminaires font
leurs révolutions. C'est lui, qui au travers
des airs, communique sa force aux
êtres inférieurs; mais au commencement,
tous étant confondus formaient le Cahos.

III.

Par ce discours je vous découvre sincèrement
la vérité: car notre Cahos est
une terre minérale, lorsqu'elle se coagule,
& cependant c'est un air subtil & volatile,
dans le centre duquel se trouve le
Ciel des Philosophes; centre astral, qui
par sa lumière, éclairé jusqu'à la superficie
de la terre. Et qui est l'homme assez
sage & assez prudent pour conclure
de ce que je viens de dire, qu'il est né
un nouveau Roi, plus puissant que tous
les autres, qui rachètera ses frères de leur
tache originelle, & qui doit mourir, &
ensuite être exalté, afin qu'il donne sa
chair & son sang pour la vie du monde?

IV.

O Dieu plein de bonté, que vos oeuB
ij

#@

28 LE VERITABLE


haec tua opera! à te hoc factum est, &
miraculum apparet in oculis nostris.
Gratias ago tibi, Pater Domini Coeli
& terrae; quod absconderis haec à
sapientibus & prudentibus, & revelaris
ea parvulis.
----------------------------------

C A P U T VI.

Aër Sophorum.

I.

E Xpansum sive Firmamentum,
AER in Sacris vocatur. Aër
item Chaos nostrum nominatur, idque
non citra secretum insigne, quoniam
sicut aër Firmamentalis est aquarum
separator, pariter & aër noster.
Est ergo opus nostrum revera systema
majoris mundi. Quoniam ut aquae
subtus Firmamentum videntur & apparent
nobis, qui supra terram vivimus;
at superiores aquae visum nostrum
fugiunt, quia tam latè à nobis
distant; pariter & in Microcosmo
nostro aquae sunt minerales extracentrales,

#@

PHILALETHE. 29

vres sont admirables! C'est vous seul qui
avez opéré ce miracle qui paraît à nos
yeux. Je vous remercie Père Eternel,
Seigneur du Ciel & de la terre, d'avoir
caché ces merveilles aux Sages & aux prudents
de la terre, pour les découvrir seulement
aux enfants ou aux humbles.
----------------------------------

C H A P I T R E VI.

De l'Air des Sages.

I.

L A vaste étendue du Firmament est
appelée AIR dans les saintes Ecritures;
& l'air est aussi ce que nous nommons
notre Cahos, & cela par un secret
admirable, parce que comme l'Elément
de l'air sert à séparer les eaux, il en est
de même de notre air.
Notre oeuvre est donc une image de
l'économie générale du monde; puisque
les eaux qui sont sous le Firmament étant
sensibles à nos yeux, nous ne pouvons
voir les eaux supérieures, à cause de leur
éloignement; il en est de même dans le
système abrégé de notre oeuvre. Il y a
des eaux minérales, qui paraissent sur la
B iij

@

30 LE VERITABLE


quae apparent, at quae intus
clauduntur, visum nostrum fugiunt,
& tamen revera extant.

II.

Hae sunt de quibus Autor Novi
Luminis: quae sunt, at non apparent,
donec artifici placeat. Quemadmodum
ergo aër distinguit inter
aquas, sic & aër noster omnem aquarum
extracentralium ad aquas, quae
in centro sunt, ingressum prohibet. Etenim
si ingrederentur & miscerentur,
tum statim unione indissolubili
coalescerent.

III.

Dicam itaque sulphur externum,
vaporosum, comburens adhaerere pertinaciter
Chao nostro, cujus tyrannidi
non valens resistere, avolat purum
ab igne, sub specie pulveris sicci. Tu
si aridam hanc terram aquâ sui generis
rigare sciveris, poros terrae laxabis,
& externus hic fur cum operatoribus
nequitiae foras projicietur,
purgabitur aqua per additamentum

@

PHILALETHE. 31

superficie, mais il y en a d'autres qui
sont réelles, mais invisibles, parce qu'elles
sont cachées au centre de notre Cahos.

II.

Ce sont ces eaux dont parle le Cosmopolite
dans sa Nouvelle Lumière chimique,
& qui ne paraissent que quand l'Artiste
le juge à propos. Ainsi comme l'air
sert dans la nature à séparer les eaux différentes,
de même notre air empêche que
les eaux visibles qui sont à la superficie;
ne pénètrent jusqu'à celles qui sont au
centre de notre Chaos, & si elles se joignaient
ensemble, il serait impossible de
les séparer.

III.

Je dirai donc que le soufre externe,
vaporeux, & brûlant, adhère tellement
à notre Chaos, que ne pouvant résister à
sa force tyrannique, le feu en le purifiant
le fait envoler en nature de poudre sèche.
Mais si vous savez le moyen d'arroser
cette terre sèche, avec une eau de sa même
nature, vous ouvrirez les pores de
cette terre, & ce larron sera contraint de
s'enfuir avec ses ouvriers d'iniquité, l'eau
se purgera de sa lèpre, aussi bien que de
B iiij

@

32 LE VERITABLE


sulphuris veri à sorde leprosa, & ab
humore hydropica superfluo, habetisque
in possessione Comitis à Trevis fontinam,
cujus aquae sunt propriae Dianae
Virgini dicatae.

IV.

Hic fur est nequam arsenicali malignitate
armatus, quem juvenis alatus
horret ac fugit. Et licet aqua centralis
sit hujus sponsa, tamen amorem
suum erga illam ardentissimum
non audet exerere, ob latronis insidias,
cujus technae sunt ferè inevitabiles.
Esto hic tibi Diana propitia,
quae feras domare novit, cuius Binae
Columbae (quae sine alis volitantes repertae
sunt in nemoribus Nymphae
Veneris) pennis suis aëris malignitatem
temperabunt; quod per poros facile
ingreditur adolescens, concutit
statim aquas polares de super, sed non
foetoribus stupefactas, nubemque tetricam
suscitat, tu undas super-induces

#@

PHILALETHE. 33

son humeur hydropique & superflue par
l'addition du véritable soufre. Alors
vous aurez la fontaine du Comte Bernard
Trévisan, fontaine dont les eaux
sont particulièrement consacrées à Diane.

IV.

Ce larron est armé d'une malignité arsenicale,
que (Mercure), ce jeune homme
qui a des ailes suit avec horreur; &
quoique l'eau centrale soit son épouse,
cependant elle n'ose lui faire connaître
l'ardeur de son amour, & à cause des embûches
de ce larron, dont les ruses sont
presque inévitables. Cherchez donc ici
à vous rendre Diane favorable, qui seule
peut dompter les bêtes féroces. Vous y
emploierez ses deux colombes, qui sans
aucunes ailes, ne laissent pas de voler,
& qui ont été trouvées dans les forêts de
la Nymphe Venus. La douceur de leurs
plumes tempérera la malignité de l'air;
parce que les pores étant ouverts, le jeune
homme y entre aisément, alors il
ébranle les eaux supérieures du Pôle, qui
n'ont point été étonnées par les mauvaises
odeurs; mais il y forme une nuée dangereuse
par sa noirceur, que vous aurez
soin par des eaux d'éclaircir jusqu'à la
B v

@

34 LE VERITABLE


ad lunae usque candorem, atque
ita tenebrae, quae supra abyssi faciem
erant, per spiritum se in aquis
moventem discutientur.

V.

Sic jubente Deo lux apparebit. Lucem
à tenebris separa septimâ vice,
eritque creatio haec Sophica Mercurii
completa, eritque septimus tibi dies
Sabbatum quietis, à quo tempore ad
anni usque revolutionem possis expectare
generationem supernaturalis Solis
filii, qui circa finem saeculorum in
mundum veniet, ut à labe cunctâ suos
fratres liberet.
----------------------------------

C A P U T VII.

De Operatione prima Mercurii Sophici
Praeparationis, per Aquilas
Volantes.

I.

S Cias, Frater, quod exacta Aquilarum
Philosophorum praeparatio
primus perfectionis gradus censetur,

#@

PHILALETHE. 35

blancheur de la lune. Ainsi par le moyen
de l'esprit qui se meut sur les eaux, vous
verrez dissiper les ténèbres, qui couvraient
la surface de l'abîme.

V.

La volonté de Dieu fera donc paraître
la lumière, & vous devez séparer
cette lumière jusqu'à sept fois, & votre
Mercure Philosophique sera parfait:
ce septième jour sera pour vous un jour
de Sabbat & de repos. Depuis ce temps
jusqu'à la fin de l'année révolue, vous
attendrez la génération du fils du soleil
surnaturel, qui viendra dans le monde à
la fin des siècles, pour purifier ses frères,
de leurs taches originelles.
----------------------------------

C H A P I T R E VII.

De la première Opération pour la Préparation
du Mercure des Philosophes,
par les Aigles volantes.

I.

S Achez, mon Frère, que l'exacte
Préparation des Aigles volantes, est
le premier degré de la perfection, &
B vj

@

36 LE VERITABLE


in quo cognoscendo ingenium
requiritur habile. Noli namque credere,
quod alicui nostrum casu, vel
imaginatione fortuitâ provenerit haec
scientia, prout stupidè ignarum vulgus
credit, verùm multùm diuque sudavimus,
multas noctes insomnes
duximus, multùm laboris ac sudoris
sumus perpessi, ut veritatem consequeremur.
Eâ propter, Tyro studiose,
certo scias, quod absque sudore,
& labore nil efficias, puta in opere
primo, licet in secundo natura sola
opus exequatur, absque ulla manuum
impositione, solo igne moderato externè
adhibito.

II.

Intellige ergo, Frater, Sophorum
dicta, cum scribunt, Aquilas suas
ad Leonem vorandum esse ducendas,
quarum quo parcior numerus, eo gravior
lucta, tardior item victoria,
praestantissimè autem opus perfici septenario
numero aut noveno. Est, puta,
Mercurius Sophicus avis Hermetis,

#@

PHILALETHE. 37

pour le connaître, il faut un génie industrieux
& habile. Ne croyez pas que
cette science ait été connue d'aucun de
nous par hasard, ou par quelque effort
de l'imagination; comme le pensent sottement
les ignorants: pour y parvenir,
nous avons beaucoup sué & travaillé;
nous avons même passé des nuits sans
dormir. Ainsi vous qui ne faites que
commencer, soyez persuadé que vous ne
réussirez pas dans la première Opération,
sans un grand travail.
Quant à la seconde Opération, la nature
seule perfectionnera l'ouvrage, sans
autre secours que celui d'un feu extérieur
très modéré.

II.

Comprenez donc, mon Frère, ce que
disent les Sages, en marquant qu'ils conduisent
leurs Aigles pour dévorer le lion,
& moins on emploie d'Aigles, plus le
combat est rude, & plus on trouve de
difficulté à remporter la victoire; mais
pour perfectionner notre oeuvre, il ne
faut pas moins de sept Aigles, & l'on
devrait même en employer jusqu'à neuf.
Et notre Mercure Philosophique est l'oiseau
d'Hermès, à qui l'on donne le nom

@

38 LE VERITABLE


qui nunc Anser vocatur, nunc
Fasianus, nunc hic, nunc ille.

III.

Ubi vero loquuntur Magi de Aquilis
suis, plurali numero loquuntur,
numeroque assignant à tribus usque
ad decem. Non tamen sic volunt intelligi,
ac si totidem Aquae pondera
ad unum terrae vellent, verum de intrinseco
pondere vel igne forti dicta
sua interpretari opportunum est, nimirum
capiendam esse aquam toties acuatam,
quot illi numerant Aquilas,
quae Acuatio fit per sublimationem.
Esto ergo singula sublimatio Mercurii
Philosophorum Aquila una, septimaque
sublimatio Mercurium tuum
sic exaltabit, ut Balneum Regis tui
fiat convenientissimum.

IV.

Quare ut probe nodum hunc explicatum
habeas, arrige aures attentissimè:
sumantur draconis nostri ignei,
qui in ventre suo Chalybem occultat
Magicum, partes quatuor, Magnetis

#@

PHILALETHE. 39

de Cygne, & quelquefois celui de Faisan.

III.

Lorsque les Sages parlent de leurs Aigles,
au pluriel, ils en comptent depuis
trois jusqu'à dix. Ils ne prétendent pas
néanmoins qu'il faille joindre à un poids
de terre autant de poids d'eaux qu'ils
mettent d'Aigles; mais ils veulent parler
du poids intérieur ou de la force du
feu, c'est-à-dire, qu'il faut prendre l'eau
acuée par autant de sublimations qu'ils
mettent d'Aigles. Par exemple, s'il n'y
a qu'une sublimation du Mercure Philosophique,
ils ne comptent qu'un aigle,
au lieu que la septième sublimation, &
par conséquent la septième aigle, rend
le Mercure philosophique très bien disposé
pour le bain du Roi.

VI.

Ainsi pour avoir le dénouement de la
difficulté, lisez attentivement ce qui suit.
Que l'on prenne donc quatre parts de
notre dragon brûlant, qui renferme en
lui-même l'acier Magique, qu'on les
joigne avec neuf parties de notre aimant,

@

40 LE VERITABLE


nostri partes nevem, misce simul
per Vulcanum torridam, in forma
mineralis aquae, cui supernatabit
spuma rejicienda. Testam repudia,
Nucleumque selige, purga tertia vice,
per ignem ac salem, quod facilè
fiet, si Saturnus in Speculo Martis
suam formam aspexerit.

V.

Fiet inde Chamaeleon sive Chaos
nostrum, in quo latent omnia arcana
virtute, non actu. Hic est infans Hermaphroditus,
qui à primis suis incunabulis
per Canem Corascenum rabidum
morsu infectus est, unde perpetuâ
Hydrophobiâ, vel pavore aquae
stultescit insanitque, imò licet aqua sit
sibi quavis re naturali propinquior,
tamen illam horret ac fugit. O fata!

VI.

Sunt tamen in Sylva Dianae Binae
Columbae, quae rabiem suam insanam
mulcent (si arte Veneris Nymphae
sunt applicatae) tunc ne Hydrophobiae
recidivam patiatur, Aquis submergas,

#@

PHILALETHE. 41

que par un feu violent ils soient réduits
en forme d'eau minérale; il se formera
sur la superficie une écume qu'il
faut rejeter; laissez l'écaille, & prenez
le noyau que vous purifierez trois fois
par le feu & le sel; ce qui fera facile à
faire, si Saturne a remarqué sa beauté
dans le miroir de Mars.

V.

De-là il en sortira un Caméléon, qui
est notre Chaos, dans lequel sont cachés
tous les secrets, non pas en acte, mais en
puissance. C'est là cet enfant Hermaphrodite,
empoisonné dès le berceau
par la morsure du chien enragé de Corascène,
ce qui le fait devenir fol & insensé,
jusqu'au point d'avoir une extrême
aversion pour l'eau, quoiqu'ils soient
plus voisins l'un de l'autre, qu'aucune
autre chose naturelle. Quelle fatale destinée!

VI.

Cependant il se trouve dans la forêt
de Diane, deux Colombes qui adoucissent
sa rage & sa folie, si on les applique
avec l'art de la Nymphe Vénus. Et pour
empêcher que cette horreur de l'eau ne
lui reprenne, jetez-le dans les eaux &

@

42 LE VERITABLE


in iisque pereat, quarum impatiens
Nigricans Canis Rabidus ad
aquarum superficiem fere suffocatus
ascendet, tu imbre ac verberibus illum
fuga, ac procul arce: sic tenebrae
disparebunt.

VII.

Fugente lunâ in suo plenilunio, pennas
suppedita, & avolabit Aquila
relictis post se mortuis Dianae Columbis,
quae nisi prima acceptione fuerint
mortuae, prodesse nequeunt; itera hoc
spepties, tum tandem requiem adeptus
es, nisi quod decoctio tibi nuda incumbat,
quae est quies placidissima,
ludus puerorum, opusque mulierum.
----------------------------------

C A P U T VIII.

De Praeparationis primae labore ac
taedio.

I.

S Omniant quidem Chemicolae ignari
totum opus à principio ad finem

@

PHILALETHE. 43

l'y faites périr. Alors le chien noir, possédé
toujours de la même rage, & presque
noyé & suffoqué, s'élèvera jusqu'à
la superficie de l'eau; mais ayez soin
pour le faire fuir loin de vous, de l'accabler
de coups, & de l'abîmer par la pluie,
alors les ténèbres seront dissipées.

VII.

La lune étant pleine & très brillante,
donnez des ailes à l'aigle, & elle s'envolera,
laissant après elle les colombes
de Diane qui seront mortes, & qui ne
peuvent de rien servir, si elles ne sont
mortes dès le premier combat. Réitérez
sept fois cette Opération, & vous trouverez
le repos, n'ayant rien à faire qu'à
cuire simplement, alors ce sera la plus
parfaite tranquillité, ou plutôt un jeu
d'enfants, & un ouvrage de femmes.
----------------------------------

C H A P I T R E VIII.

Du travail & de l'ennui que cause
la première Préparation.

I.

Q Uelques Ignares & médiocres Chidu
mistes s'imaginent que notre oeuvre

#@

44 LE VERITABLE


meram esse recreationem jucunditate
plenam, laborem vero extra hujus artificii
cancellas statuunt; atqui suâ
tutò sententia fruantur. In opere, quod
tam facilè sibi affinxerunt, messem
sane inanem ab otiosa sua operatione
metent. Scimus, putà, quòd post benedictionem
Divinam ac radicem bonam,
primas obtineat labor, industria
& sedulitas.

II.

Nec sané labor tam facilis, ut ludus
potius seu animi recreamentum
censendus sit, & ad vota det id quod
tantopere expetimus, imo, uti ait
Hermes, non animae ac labori parcendum
est. Aliter, quod in parabolis
praedixit Sapiens, verificabitur, nempe
quod inertis desiderium occidet ipsum;
nec mirum, si tot homines Alchemiam
tractantes ad pauperiem redigantur,
laborem enim effugiunt,
sumptibus verò non parciunt.

III.

Nos autem, qui haec novimus &

@

PHILALETHE. 45

commencement jusqu'à la fin est
une pure récréation, où l'on ne trouve
que du plaisir, & qu'il n'y a ni peine, ni
travail dans la première Opération; qu'ils
restent donc dans leurs sentiments; mais
je suis persuadé qu'ils ne tireront jamais
aucun avantage d'un travail aussi facile
& aussi aisé qu'ils se l'imaginent. Pour
nous nous savons par nous-mêmes qu'après
la bénédiction de Dieu & un bon
principe, on ne peut réussir que par beaucoup
de travail, d'industrie & d'assiduité.

II.

Ce travail qu'on regarde comme si facile
& qu'on prend pour un jeu, & un
divertissement, ne conduira jamais au but
que l'on désire; au contraire, dit Hermès,
il ne faut épargner aucun travail,
ni d'esprit, ni de corps. Qui fait autrement,
vérifiera la maxime de Salomon,
qui dit, que le désir du paresseux le fera
périr: aussi ne doit-on pas s'étonner si
tant de Chimistes sont réduits à une extrême
pauvreté, puisqu'ils craignent le
travail, sans craindre la dépense.

III.

Mais nous qui connaissons l'Opération,

#@

46 LE VERITABLE


elaborati sumus, pro certo comperimus,
nullum laborem praeparatione
nostrâ primâ taediosiorem. Id circo Morienus
seriò Regem Calid hâc de re hortatur,
dicens: plurimos sapientum de
operis hujus taedio fuisse conquestos.
Nec figuratè vellem haec intelligi, siquidem
non res jam considero, qualiter
apparent in operis supernaturalis
initio, verum qualiter illas primò invenimus.
Habilem reddere massam,
inquit Poëta, hoc opus, hic labor est.
Iterumque:
Aliter inauratam noto de vertice pellem &c. Alter onus quantum fubeas quantumque la- borem Impendas crassam circa molem & rude pondus, &c. Eà propter Herculeum hunc primum
laborem nobilis ille arcani Hermetici
Autor nominat.

IV.

Sunt enim in principiis nostris multae
heterogeneae superfluitates, quae
in puritatem nunquam (ad opus nostrum)
reduci possunt, eâ propter penitùs
expurgare illas expedit, quod

@

PHILALETHE. 47

nous avons travaillé, & nous savons
à n'en pas douter, qu'il n'est point
de travail plus ennuyeux que notre première
Préparation. C'est pourquoi Morien
avertit le Roi Calid, que beaucoup
de Philosophes se sont toujours plaints
de l'ennui que leur causait cet oeuvre. Il
ne faut pas croire, qu'ils aient parlé figurément;
je le répète, il n'est ici question
que des premiers travaux, & non
pas du commencement de l'oeuvre surnaturel.
C'est même ce que dit le Poète
Augurel.
Que la plus grande difficulté se trouve
à bien disposer la première matière,
tant l'ouvrage est pénible, pour purifier
les impuretés de la masse, que l'on y
emploie.
C'est donc ce qui a fait dire au célèbre
Auteur du Secret Hermétique, que
le première Opération était un travail
d'Hercule.

IV.

En effet, il faut séparer de notre matière
tant de parties étrangères, qui nuiraient
à la pureté de notre oeuvre, qu'il
faut absolument les écarter par les seuls
moyens que nous enseignons, pour être

@

48 LE VERITABLE


factu impossibile erit absque Arcanorum
nostrorum Theoriâ, quâ medium
docemus, quocum ex meretricis menstruo
excernatur Diadema Regale.
Quo medio cognito, adhuc labor magnus
requiritur, tantus, quòd, ut ait
Philosophus, plurimi artem dimiserunt
mancam, propter terribilia mala.

V.

Non tamen eo inficias, quin mulier
artis laborem facilè subire possit,
ita tamen, ut inter labores, non lusus
adnumeret, verùm parato semel
Mercurio, quem Bernardus Trevisanus
suum fontem appellat, quies
tandem adepta est, quae quovis labore
longè est optabilior, ut ait Philosophus.
----------------------------------

C A P U T IX.

De Virtute nostri Mercurii super
omnia Metalla.

I.

M Ercurius noster est serpens ille,
qui Cadmi voravit socios, nec
en

@

PHILALETHE. 49

en état de tirer du sang impur de cette
prostituée, le Diadème Royal que nous
désirons. Et quand même on connaît ce
moyen, il reste encore un si grand travail,
qu'un Philosophe n'a pas fait difficulté
d'avouer, que plusieurs épouvantés
par les travaux, ont laissé l'ouvrage imparfait.

V.

Je ne disconviens pas néanmoins qu'une
femme ne puisse entreprendre cet oeuvre,
pourvu qu'elle le regarde comme
un travail pénible, & non pas comme un
amusement; mais quand une fois le Mercure
est purgé, que Bernard Trévisan
appelle sa fontaine, on est enfin arrivé
au repos que l'on désire, & qui est plus
à souhaiter que tous les travaux.
----------------------------------

CHAPITRE IX.

Du pouvoir de notre Mercure sur tous
les Métaux.

I.

N Otre mercure est ce serpent qui a
dévoré les compagnons de Cadmus,
Tome II. C

#@

50 LE VERITABLE


nec mirum, quia Cadmum ipsum, caeteris
robustiorem, priùs voraverat, tandem
tamen hunc serpentem Cadmus
transfiget, cùm virtute sui sulphuris
illum coagulaverit.

II.

Scias itaque Mercurium nostrum
omnibus corporibus Metallicis praedominari,
illaque solvere in materiam
suam proximam Mercurialem, sulphura
eorum separando; sciasque,
quod Mercurius Aquilae unius, aut
duarum, aut trium Saturno, Jovi,
Venerique imperet; Lunae imperat à
tribus Aquilis ad septem; tandem Soli
imperat à septem ad Aquilas usque
decem.

III.

Notifico proinde, Mercurium hunc
esse primo enti merallorum viciniorem
quovis alio Mercurio, quare radicitùs
Corpora Metallica intrat, eorumque
profunditates absconsas manifestat.

@

PHILALETHE. 51

& l'on ne doit pas s'en étonner,
puisqu'auparavant il avait dévoré Cadmus
lui-même, quoiqu'il soit beaucoup
plus fort; mais enfin Cadmus le percera
de part en part, dès que par la force de
son soufre il aura su le coaguler.

II.

Apprenez donc que notre Mercure
commande à tous les métaux, puisqu'il les
réduit en leur première matière mercurielle,
par la séparation de leur soufre.
Par exemple, notre Mercure d'une, deux
ou trois aigles, c'est-à-dire, sublimé une
deux, ou trois fois, commande ou résout
Saturne, Jupiter, & Vénus, pour
résoudre la lune, il faut qu'il y en ait depuis
trois jusqu'à sept; mais pour le soleil,
il faut en employer depuis sept jusqu'à
dix.

III.

Ainsi je vous déclare que notre Mercure
ainsi préparé, est la matière des métaux
la plus prochaine, & plus convenable
même qu'aucun autre Mercure; c'est
pourquoi il pénètre radicalement les
Corps Métalliques, & découvre au dehors
ce qu'ils ont de plus secret dans la
profondeur de leur nature.
C ij

@

52 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T X.

De Sulphure, quod est in Mercurio
Sophico.

I.

P Rae cunctis mirum hoc est, quòd
in Mercurio nostro non modò actuale,
verum etiam activum insit sulphur;
& tamen omnes Mercurii proportiones
& formam retinet. Quare
formam illi per nostram praeparationem
introductam necesse est, quae forma
est suphur Metallicum, quod sulphur
est ignis, qui compositum vel dispositum
solem putrefacit.

II.
Hic sulplureus ignis est spirituale
semen, quod Virgo nostra, (nihilominus
intemerata remanens) contraxit,
quia amorem spiritualem admittere
potest Virginitas incorrupta, juxta
Arcani Hermetici autorem, ipsamque
experientiam. Ratione hujus

@

PHILALETHE. 53

----------------------------------

CHAPITRE X.

Du Soufre qui se trouve dans le Mercure
Philosophique.

I.

C E qui est le plus admirable dans
notre oeuvre, est que dans notre
Mercure il se trouve un soufre, qui non-
seulement y est actuel; mais même qui
est actif & agissant, quoiqu'il retienne la
forme & toutes les qualités du Mercure.
Il paraît donc pour notre préparation
que cette forme y a été introduite; &
cette forme n'est autre que le soufre métallique,
ou plutôt un feu qui putréfie l'or
qu'on a préparé pour cette opération.

II.

Ce feu sulfureux est la semence spirituelle
que notre Vierge, même en conservant
sa virginité, n'a pas laissé de recevoir,
parce que l'amour spirituel
n'est pas incompatible avec la plus chaste
virginité, comme l'expérience le fait
voir & comme l'a dit l'Auteur du Secret
Hermétique. C'est ce soufre qui rend notre
C iij

#@

54 LE VERITABLE


sulphuris est Hermaphroditus, quia
tam activum, quam passivum principium
eodem tempore, idem Mercurius
per eundem digestionis gradum
conspicuum includit. Siquidem cum
sole junctus hunc mollit, liquefacit,
& solvit, Calore ad compositi exigentiam
temperato; eodem igne seipsum
coagulat, datque in sua coagulatione
Solem, Lunamque juxta operationis
placitum.

III.

Incredibile hoc forsan tibi videbitur;
at verum, nempe quod Mercurius
Homogeneus, purus & mundus,
interno sulphure per artificium nostrum
gravidus, solo calore externo convenienti
adhibito & semet ipsum coagulet,
per modum floris lactis, supranatante
quasi terrâ subtili super aquas.
Cum Sole vero junctus, non solùm non
coagulatur, verum mollius quotidie
conspicietur compositus, usque dum
bene solutis corporibus inceperint coagulari
spiritus, in colore nigerrimo,
in odore foetidissimo.

@

PHILALETHE. 55

Mercure Hermaphrodite; c'est-à-
dire qui contient un principe, qui est en
même temps actif, & passif. Ce qui se déclare
par le même régime d'un feu digérant;
ainsi notre Mercure joint à l'or le
mollifie, le liquéfie, & le dissout par une
chaleur tempérée & proportionnée au
sujet, & par un feu égal notre Mercure
se coagule, & par-là il produit le soleil
& la lune suivant le désir de l'Artiste.

III.

Ce qui néanmoins paraît incroyable,
quoique l'expérience le vérifie, est que
notre Mercure Homogène bien purgé
& bien purifié, étant par notre travail
imprégné d'un soufre intérieur, se coagule
soi-même par le moyen de la chaleur
extérieure; mais douce & convenable.
Cette coagulation se fait en forme de
fleur très blanche ou de crème de lait,
qui nage sur l'eau comme une terre subtile;
mais lorsqu'il est joint avec le soleil,
non-seulement il ne se coagule pas,
mais même devient de jour en jour plus
liquide, jusqu'à ce qu'ayant entièrement
dissous les corps, les esprits commencent
à se coaguler de couleur noire, &
d'une odeur très fétide.
C iiij

@

56 LE VERITABLE


IV.

Patet proinde, quod sulphur hoc
spirituale Metallicum sit revera movens
primum, quod rotam vertit,
axemque volvit in gyrum. Mercurius
est hic revera aurum volatile,
nondum satis digestum, at satis purum,
quare nudâ digestione in Solem
transit. Verum si jungatur Soli jam
perfecto, non jam coagulatur; at dissolvit
corporale aurum, cum eoque
dissoluto remanet sub una forma, licet
ante unionem perfectam mors necessariò
debeat praecedere, ut post mortem
uniantur, non in unaria simpliciter
perfecta, at in millenaria plusquam
perfecta perfectione.
----------------------------------

C A P U T XI.

De Inventione Perfecti Ma-
gisterii.

I.

S Apientes olim, quotquot hanc arhoc
tem citra librorum opem sunt adepti,

#@

PHILALETHE. 57

IV.

On voit par-là que ce soufre spirituel
des métaux, est lui-même le premier
agent, qui fait mouvoir la roue & tourner
l'essieu. C'est ce Mercure qui est l'or
volatil, mais indigeste & impur; c'est
pourquoi il a besoin d'être digéré pour
être converti en or. Cependant si on le
joint au soleil parfait, alors il ne se coagule
pas, mais il dissout l'or corporel, &
reste avec lui sous la même forme: quoique
cette union doive être nécessairement
précédée de la mort, afin qu'ils se
puissent unir ensuite; non-seulement au
premier degré de perfection, mais même
jusqu'à plus de mille degrés.
----------------------------------

CHAPITRE XI.

Comment on a trouvé le parfait Magistère.

I.

L Es anciens Sages qui se sont appliqués
à la science Hermétique, l'ont
C v

@

58 LE VERITABLE


modo ad illam assequendam
sunt adducti, nutu Dei. Non enim
mihi persuadere possum, quod immediata
revelatione ad ullos pervenerit,
nisi fortè Salomon illam habuerit,
quod sub judice relinquere, quam determinare
malim. Et tamen etiam si
habuerit, ad illam tamen indagine
pervenisse, quid impedit, cum sapientiam
solam postulaverit, quam Deus
sic illi dederat, ut cum illa etiam opes,
pacemque possideret? Qui ergo plantarum,
arborumque naturam à Cedro
in Libano ad hyssopum usque parietariam
rimatus est, intellexisse eum pariter
minerarum naturas, quarum non
jucunda minus cognitio, quis sanus
mente negabit?

II.

Sed ad rem; Dicimus, quod verosimiliter
credendum sit, hoc Magisterio
potitos primos adeptos, inter quos
Hermes, quibus librorum deerat copia,
quaesivisse primò non plusquam
perfectionem, at simplicem tantùm

@

PHILALETHE. 59

acquise sans le secours des Livres, de
cette manière, par la volonté de Dieu;
car je ne saurais me persuader qu'ils
l'aient eue par une révélation immédiate,
si ce n'est peut-être Salomon; ce qui
néanmoins est assez douteux, pour n'en
oser rien assurer de positif. Mais quand
il l'aurait eu de cette manière, rien
n'empêche que pour y réussir il n'ait fait
des recherches particulières. On sait
qu'il n'avait demandé à Dieu que la seule
sagesse, qui lui fut accordée avec les richesses
& la paix. On ne saurait nier que
celui qui a connu la nature des Etres depuis
le cèdre du Liban jusqu'à l'Hysope,
n'ait pénétré pareillement la nature des
Minéraux, dont la connaissance n'est
pas moins agréable.

II.

Mais pour revenir à notre sujet, je dis
qu'il y a lieu de croire que les premiers
Adeptes, qui ont possédé le Magistère, à
la tête desquels je mets Hermès, étant
dépourvus de Livres n'ont pas d'abord
recherché l'oeuvre le plus parfait & le
plus sublime; ils se sont contentés seulement
C vj

#@

60 LE VERITABLE


imperfectorum ad Regalem statum
exaltationem. Cumque cernerent omnia,
Metallica Mercurialis esse originis,
Mercuriumque pondere ac Homogeneitate
esse Metallorum perfectissimo
Auro simillimum, hunc ideo ad
Auri maturitatem digerere sunt conati;
verùm nullo igne id potuerunt efficere.

III.

Quare secum perpenderunt, requiri
saltem praeter extrinsecum calorem
internum, ignem ad vota complendum.
Hunc itaque in plurimis rebus
quaesiverunt. Primo aquas summè
calidas ex minoribus mineralibus extillarunt,
cum eodemque Mercurium
corroderunt, at nullâ arte hac viâ efficere
poterant, ut Mercurias intrinsecas
suas proprietates mutaret, utpote
quia aquae omnes Corrosivae externa
solum agentia essent, per modum
ignis, licet differenter; at non permanebant
haec menstrua, uti vocabant,
cum corpore dissoluto.

@

PHILALETHE. 61

de porter les métaux imparfaits
jusqu'à la simple perfection de l'or,
& comme ils ont aperçu que tous
les métaux tiraient leur origine du Mercure,
& que le Mercure était semblable
à l'or, soit dans son poids, soit dans sa
nature, ils ont cherché à le digérer & à le
cuire jusqu'à lui donner la perfection de
l'or; mais leur travail a été inutile.

III.

C'est pourquoi ils pensèrent que la
chaleur extérieure du feu devait pour
la réussite, être accompagnée d'un feu intérieur.
Ils se sont donc appliqués à le
trouver, d'abord en tirant des moindres
Minéraux par distillation, des eaux ardentes,
dans lesquelles ils ont fait dissoudre
ou plutôt corroder le Mercure:
mais inutilement voulurent-ils en changer
les qualités intérieures, parce que
les eaux, fortes aussi bien que le feu, n'agissent
que sur la superficie des corps,
quoique différemment, mais le dissolvant
était bientôt séparé du corps qu'il avait
dissous.

@

62 LE VERITABLE


IV.

Eadem ratione confirmati salia
cuncta repudiarunt, uno sale excepto,
qui est salium ens primum, qui quodvis
metallum dissolvit, eâdemque operâ
Mercurium coagulat; at hoc non
nisi via violentâ. Quare agens istius
modi integro pondere & viribus à rebus
iterum separatur. Quare agnoverunt
tandem viri sapientes in Mercurio
obstare cruditates aqueas, & faeces
terreas, ne digestus fiat, quae radicitùs
infixae, non nisi per totius compositi
inversionem possint exterminari.
Noverunt, inquam, Mercurium, si
posset ista exuere, statim fixum futurum.
In se quippe fermentale sulphur
habet, cujus vel minimum granum
esset satis ad totum corpus mercuriale
coagulandum, dummodo faeces & cruditates
possint semoveri. Hoc ergo tentarunt
purgationibus variis, at frustrà;
utpote com mortificationem pariter
& regenerationem postulet praedictum
opus, ad quod agente interiore
opus.

@

PHILALETHE. 63

IV.

C'est aussi la raison pour laquelle ils
ont rejeté tous les sels, à l'exception
d'un seul, qui est le premier être de tous
les sels, qui dissout le métal & coagule
même le Mercure, mais par un moyen
violent. C'est pourquoi cet agent est
encore séparé en même poids & même
qualité d'avec le corps qu'il a dissous.
C'est ce qui a fait observer aux Sages
qu'une crudité aqueuse; ou humidité accompagnée
d'impuretés terrestres qu'il
tenait intérieurement, dans sa substance,
empêchait sa parfaite digestion à
moins que d'en changer & détruire toute
la composition. Ils connurent bien cependant
que si l'on pouvait en altérer la disposition
intérieure on parviendrait enfin
à le fixer, parce qu'il contient en soi un
levain, dont un seul grain est capable de
fixer tout le corps du Mercure, pourvu
qu'on lui ôte sa crudité & ses impuretés.
Ils s'appliquèrent donc, mais en vain à le
purger différemment, parce que pour y
réussir il faut un agent intérieur qui puisse
le mollifier & le régénérer.

@

64 LE VERITABLE


V.

Tandemque neverunt, Mercurium
in terrae visceribus ad metallum fuisse
destinatum, ad quem scopum quotidianum
retinebat motum, quandiu
loci aptitudo, caeteraque externa, bene
disposita manserunt; verum casu
his vitiatis, sponte ruebat haec immatura
proles. Sic quod privatum quodam
motu, vitâque conspicitur, à
privatione vero ad habitum regressus
immediatus est impossibilis.

VI.

Passivum sulphur, puta, est in Mercurio,
quod esse debuerat activum, ita
quod opus sit vitam aliam, ejusdem
naturae, huic introducere, in qua introducenda
vitam Mercurii latentem
suscitat. Sic vita vitam recipit; tum
tandem funditus immutatur, & à
Centro sponte rejiciuntur faeces seu sordes,
prout in praecedentibus capitulis
abunde satis scripsimus. Vita haec est
in solo sulphure metallico: hoc quaesiverunt

#@

PHILALETHE. 65

V.

Enfin ces mêmes Sages ont connu que
le Mercure avait été destiné pour former
les métaux dans les entrailles de la terre, &
que pour y parvenir il conservait un mouvement
continuel qui ne s'arrêtait que
quand il avait trouvé un lieu & des matières
bien disposées. Mais quelque accident
particulier causait-il du dérangement,
cette production restait imparfaite, ainsi
n'ayant plus ni vie, ni mouvement, il devenait
inutile, parce que, selon la Philosophie,
il n'y a plus de retour immédiat
de la privation à l'habitude.

VI.

Ainsi pour réussir par le Mercure le soufre
passif, qui est en lui, aurait dû être actif
& agissant; par là on voit qu'il faut y introduire
d'ailleurs un principe de vie;
mais cependant de sa même nature, qui
ressuscite la vie, qui est cachée & comme
éteinte dans son centre. La vie extérieure
se joignant donc à la vie, qui est dans le
Mercure change entièrement sa composition,
& fait sortir de son centre les impuretés
qu'il contient comme nous l'avons
remarqué ci-devant. Or cette vie
ne se trouve que dans le soufre métallique;
& quelques Sages l'ont inutilement

@

66 LE VERITABLE


magi in Venere, similibusque
substantiis, at frustra.

VII.

Tandem Saturni sobolem in manus
acceperunt, illamque probaverunt auri
stylancem. Quod ergo ab auro maturo
faeces secernendi vim haberet,
idem in Mercurio facturam argumento
à majori ad minus ducto confidebant.
At & hanc suas sordes retinere
experimento comprobarunt, memineruntque
triti Proverbii: mundus esto
qui alterum cupis mundificare. Quare
hanc purgare conantes, penitus
compererunt impossibile, quoniam in se
sulphur nullum haberet metallicum,
licet sale naturae abundaret purgatissimo.

VIII.

Quod ergo in Mercurio exiguum,
idque passivum solum sulphur notarunt,
in hac Saturni Prole nullum actuale,
at solum potentiale invenerunt.
Quare cum sulphure arsenicali comburente
faedus iniit, & sine hoc stultescens

#@

PHILALETHE. 67

cherché en Vénus, & en d'autres substances,
où il n'était pas.

VII.

Enfin ils ont cherché ce soufre dans la
famille de Saturne, & ont connu qu'il servait
à éprouver l'or; & comme il sert à
le purifier, ils ont cru par une conséquence
du plus au moins qu'il ferait la
même chose à l'égard du Mercure; mais
ils ont éprouvé que ce descendant de Saturne
retenait constamment ses impuretés.
Alors ils se sont souvenus de la maxime
qui dit, soyez purs vous qui voulez
purifier les autres. Ainsi ils ont été
convaincus qu'il est impossible de le purger
entièrement, parce qu'il ne renferme
aucun soufre métallique, quoiqu'il contienne
abondamment le sel le plus pur de
la nature.

VIII.

Ils ont donc remarqué qu'il n'y avait
dans le Mercure que très peu de soufre,
& même que c'était un soufre passif; ils
en ont à la vérité trouvé dans cette postérité
de Saturne, mais ce n'était pas un
soufre actuel, il était seulement en puissance,
c'est pourquoi ils ont été persuadés
que cette race Saturnienne s'était
inséparablement unie avec un soufre Arsénical
& brûlant, & qu'elle est assez folle

#@

68 LE VERITABLE


subsistere nequit in formâ coagulatâ,
& tamen ita stupida est, quod
cum hoc hoste, à quo arctissimè incarceratur,
habitare malit, scortationemque
committere, quam renuntiare
huic, & sub forma Mercuriali apparere.

IX.

Quare activum sulphur ulterius
quaerentes, penitissimè tandem abditum
in domo arietis quaesiverunt &
invenerunt Magi. Hoc autem à Saturni
prole avidissimè est exceptum,
quae puta materia metallica est purissima,
tenerrima, primoque enti metallico
propinquissima, omni privata
sulphure actuali, in potentia tamen ad
sulphur recipiendum. Quare instar
Magnetis ad se hoc trahit, & in suo
ventre absorbet ac abscondit. Omnipotensque,
quo opus hoc summè exornaret,
regium suum sigillum huic imprimit.
Tunc statim gavisi sunt Magi,
cum sulphur non solum repertum, at
etiam paratum conspexerint.

@

PHILALETHE. 69

pour ne pouvoir pas même se coaguler
avec le Mercure, de manière qu'elle
est assez stupide pour préférer un concubinage
avec le soufre arsenical son ennemi,
au lieu de s'en séparer, & de paraître
sous une forme Mercurielle.

IX.

Ainsi les Philosophes ont jugé à propos
de chercher ailleurs ce soufre actif qui se
trouve caché dans le lieu le plus secret
de la maison d'Aries (ou de Mars) la
race de Saturne le reçut donc avec avidité,
parce qu'elle est elle-même une matière
métallique; très pure, très tendre,
& la plus prochaine, qu'il y ait du premier
être des métaux; cependant comme
elle manque du soufre actuel, elle est
fort disposée à recevoir celui qu'on lui
communiquera, c'est pourquoi comme
un aimant elle attire à soi le Mars, l'engloutit
& le cache au fond de ses entrailles;
mais le Tout-puissant pour orner cet
ouvrage lui imprime son caractère Royal.
Dès-lors les Sages se sont réjouis, non-
seulement de trouver ce soufre, mais
même de le voir tout préparé.

@

70 LE VERITABLE


X.

Tandem Mercurium purgare per
hoc sunt aggressi, at non respondit
eventus, quia adhuc malignitas arsenicalis
huic sulphuri in sobole Saturni
absorpto commisceretur, quae etsi
exigua jam esset, respectu ejus, quam
in sua minerali natura haberet, copiae,
tamen omnem prohiberet ingressum.
Quare per Columbas Dianae
hanc aëris malignitatem contemperare
probarunt, & eventus votis respondebat.
Tum vitam Vitae commiscuerunt,
& per liquidam siccam humectarunt,
nec non per activam passivam
acuerunt, & per vivam mortuam vivificarunt.
Sic obnubilatum est Coelum
ad tempus, quod post largos imbres
iterum serenum factum est.

XI.

Hinc Mercurius emersit Hermaphroditicus.
Hunc ergo in ignem posuerunt,
& illum tempore haud admodum
longo coagularunt, inque sua
coagulatione solem lunamque repererunt.

@

PHILALETHE. 71

X.

Les Sages croyant donc réussir, ont
tenté de s'en servir à purger le Mercure
ordinaire, mais leur travail a été inutile,
parce que cette postérité de Saturne
conservait toujours une malignité arsénicale,
qui quoiqu'en petite quantité
empêchait néanmoins l'union de ce soufre
avec le Mercure. C'est pourquoi ils
ont essayé de tempérer cette malignité
de l'air par le Colombes de Diane, & ils
y ont réussi. Alors ils ont mêlé la vie
avec la vie, ils ont humecté le sec par le
liquide, animé le passif par l'actif, & par
la vie ils ont enfin ressuscité le mort.
Ainsi le Ciel s'est trouvé obscurci pendant
quelque temps; mais des pluies abondantes,
ont rendu à l'air sa sérénité.

XI.

De cette union est sorti le Mercure
Hermaphrodite, ils l'ont mis sur le feu, &
en peu de temps il s'est coagulé en sol &
en Lune très pure.

@

72 LE VERITABLE


XII.

Tandem ad se reversi cogitarunt,
quod Mercurius sic depuratus nondum
coagulatus, nondum erat metallum,
at volatilis satis, quodque nullam relinqueret
in destillatione sua in fundo
remanentiam. Quare solem immaturum,
lunamque suam vivam illum
nominarunt.

XIII.

Considerarunt item, quod ex quo
verum esset auri ens primum, adhuc
volatile existens, quidni esset ager,
in quo satus sol virtute augeretur. Ea
propter solem in eodem posuerunt, &
quod admirationem facile patraret,
fixum in eodem factum est volatile,
durum molle, coagulatum, dissolutum
stupente ipsâ natura.

XIV.

Quare haec duo invicem desponsarunt,
vitro incluserunt, ad ignem posuerunt,
opusque rexerunt ad naturae
exigentiam, tempore longo. Sic vivificatum
XII.

#@

PHILALETHE. 73

XII.

Enfin ces Sages revenus à eux-mêmes,
ont remarqué que ce Mercure ainsi purifié
n'était pas cependant encore ni coagulé,
ni tourné en métal; mais qu'il était
devenu assez volatil pour ne laisser dans la
distillation aucun sédiment. C'est pourquoi
ils l'ont appelé leur Soleil ou leur
or indigeste & leur Lune vivante.

XIII.

Faisant ensuite attention que puisque
c'était la première essence de l'or; mais
cependant volatile, elle pouvait bien devenir
la terre où l'or étant semé, augmenterait
de vertu; c'est pourquoi ils les
ont joint ensemble, & ce qui attira leur
admiration, fut que contre le cours de
la nature par le moyen de ce Mercure,
ce qui était fixe devint volatil, le corps
dur se mollifia, & ce qui était coagulé se
trouva dissous.

XIV.

C'est ce qui les porta à faire un mariage
de ces deux corps; ils les enfermèrent dans
un vaisseau de verre, qu'ils mirent sur le
feu, & conduisirent le reste de l'oeuvre
pendant un long temps suivant le besoin
de la nature. Par là ce qui était vivant
Tome II. D

#@

74 LE VERITABLE


est mortuum, mortuumque est
vivum, putruit corpus, & gloriosus
resurrexit spiritus, animaque tandem
exaltata est in essentiam quintam, animalibus,
metallis ac vegetabilibus
summam medicinam.
----------------------------------

C A P U T XII.

De modo faciendi perfectum Magisterium
in genere.

I.

I Mmortales Deo gratias agere debemus,
quod haec arcana naturae
nobis monstraverit, quae ab oculis plurimorum
abscondidit. Quae ergo nobis
gratis data sunt à datore illo magno,
gratis ac fideliter aliis studiosis
patefaciemus. Scias itaque operationis
nostrae secretum maximum aliud
nihil existere, quam cohobationem naturarum,
unius super aliam, quousque
virtus digestissima ex digesto corpore
per crudum extrahatur.

@

PHILALETHE. 75

mourut, & ce qui était mort revint à la
vie; le corps se purifia, l'esprit ressuscita
avec gloire, & l'âme fut exaltée en une
quintessence, qui était la Médecine des
animaux, des métaux & des végétaux.
----------------------------------

C H A P I T R E XII.

De la manière générale de faire le
parfait Magistère.

I.

N Ous devons rendre à Dieu de continuelles
actions de grâces de nous
avoir découvert ces secrets de la nature,
qu'il a cachés aux yeux de plusieurs autres.
Je déclarerai donc fidèlement &
gratuitement aux amateurs ce qui m'a été
généreusement donné par ce suprême
bienfaiteur.
Sachez donc que le plus grand secret
de notre opération consiste à cohober
plusieurs fois les natures l'une sur l'autre,
jusqu'à ce que par un dissolvant
cru & indigeste on tire une qualité très
digérée d'un corps cuit & digéré.
D ij

@

76 LE VERITABLE


II.

Ad hoc autem requiritur primò
exacta rerum opus ingredientium comparatio,
ac praeparatio, adaptatioque.
Secundò externarum bona dispositio.
Tertiò rebus sic paratis, bonum requiritur
regimen.
Quartò praecognitio desideratur colorum
in opere apparentium, ne caecè
procedatur.
Quintò patientia, ne opus festinetur
aut praecipitanter regatur.
De his omnibus quantum frater fratri
dicemus ordine.
----------------------------------

C A P U T XIII.

De sulphuris maturi usu in opere
Elixiris.

I.

D E Mercurii necessitate diximus
multaque de Mercurio arcana

@

PHILALETHE. 77

II.

Mais pour y arriver il faut premièrement
avoir toutes les matières qui doivent
entrer dans l'oeuvre, les préparer
avec soin, & les rendre propres au travail.
En second lieu, il faut que tout soit bien
disposé au dehors.
En troisième lieu, toutes choses étant
exactement préparées il faut un bon régime.
Quatrièmement, on doit être prévenu
sur les couleurs, qui doivent paraître
dans l'oeuvre pour ne point agir en aveugle.
Enfin, il faut s'armer de patience, pour
ne pas précipiter l'ouvrage.
C'est ce que nous allons expliquer par
ordre, avec une sincérité fraternelle.
----------------------------------

C H A P I T R E XIII.

De l'usage du soufre mûr dans le
travail de l'Elixir.

I.

N Ous avons déjà parlé de la nécessité
du Mercure, & nous en avons
D iij

@

78 LE VERITABLE


tradidimus, quae ante me sat erant in
mundo jejuna, quia aut Aenigmatibus
obscuris, aut Sophisticis operationibus,
aut tandem verborum scabrosorum
congirie, libri fere omnes chemici
scatent.
Ego vero non sic egi, hac in re voluntatem
meam divino beneplacito resignans,
qui hac ultima mundi periodo
thesauros hosce reseraturus mihi videtur,
quare non amplius timeo, ne
vilescat ars, absit. Hoc fieri nequit.
Nam vera sapientia seipsam in aeterno
tuetur honore.

II.

Utinam tandem instar simi vilesceret
Aurum, argentumque: magnum
à toto mundo hactenus adoratum idolum!
tum nos, qui haec callemus, non
ita latere studeremus, qui jam ipsam
Caini maledictionem recepisse nos,
(lugentes atque suspirantes!) judicamus;
nempe ut à facie quasi Domini
arceremur; & à jucunda societate,
quam quondam cum amicis sine pavore

#@

PHILALETHE. 79

dévoilé plusieurs secrets, qui avant nous
avaient à peine été touchés; parce que
les livres des Chimistes, toujours remplis
d'obscurités, n'en avaient parlé que par
énigmes, ou en proposant des opérations
Sophistiques; même en débitant une multitude
de paroles inutiles & embarrassées.
Je n'agis pas de même par soumission
à la divine volonté, qui paraît vouloir
ouvrir & révéler ce trésor dans ce dernier
âge du monde. Ainsi je ne crains pas que
la Science Hermétique s'avilisse. Je ne
le souhaite pas, & je ne crois pas même
que cela puisse arriver, parce que la véritable
sagesse sait toujours se maintenir
en honneur.

II.

Plût à Dieu cependant que l'or & l'argent,
ces idoles du genre humain, fussent
aussi communs que le fumier, nous
ne serions pas obligés de nous cacher,
nous regardant comme si nous étions
chargés de la malédiction de Caïn. Il
semble que je sois obligé de fuir la présence
du Seigneur; & dans une crainte
continuelle je suis privé de la douce
société de mes anciens amis. Et comme
si j'étais agité par les furies, je ne me
D iiij

@

80 LE VERITABLE


habuimus. Jam vero agitamur
quasi à furiis obsessi, nec ullo loco tutos
nosmet diu credere possumus, saepe
quoque lamentationem Cain ad Deum
queruli facimus: ecce quicumque me
inveniet, occidet.

III.

Familiae curam non ausi suscipere,
vagabundi per varias gentes erramus,
nec certam ullam habitationem obtinemus.
Et licet omnia possideamus,
paucis tamen uti licet; in quo ergo felices
sumus, solâ exceptâ speculatione,
in quâ magna est animi satisfactio?
Credunt multi, qui ab arte
sunt alieni, se si illa potirentur, haec
& talia facturos, sic quoque & nos
olim credidimus, verum cautiores facti
periculis, secretiorem methodum
elegimus. Qui enim imminens vitae
periculum semel aufugerit, de caetero,
crede mihi, sapientior, dum vixerit,
reddetur. Uxores, ut in Proverbio est,
coelibum, puerique Virginum bene
vestiuntur ac nutriuntur.

@

PHILALETHE. 81

crois en sûreté en aucun lieu & je me vois
souvent contraint à l'exemple de Caïn,
de porter ma voix vers le Seigneur, en
disant avec douleur, ceux qui me rencontreront
me feront mourir.

III.

Errant de Royaume en Royaume, sans
aucune demeure assurée, à peine osai-je
prendre soin de ma famille; & quoique je
possède tout, je suis obligé de me contenter
de peu, quel est donc mon bonheur,
si ce n'est en idée? Idée à la vérité
qui me procure beaucoup de satisfaction.
Ceux qui n'ont pas la parfaite connaissance
de cet Art, se flattent qu'ils feraient beaucoup
de choses, s'ils le savaient: nous
avons autrefois pensé de même; mais
nous sommes devenus plus circonspects
par les dangers, que nous avons courus,
c'est ce qui nous a fait embrasser une
voie plus secrète. Quiconque est échappé
du péril de la mort, deviendra, je vous
assure, plus prudent le reste de sa vie. On
dit parmi nous un Proverbe, que les femmes
de ceux qui ne sont point mariés, &
les enfants des filles, sont toujours
bien nourris & bien vêtus.
D v

@

82 LE VERITABLE


IV.

Inveni mundum in malignissimo
statu positum, sic quod nullus ferè reperiatur,
ut ut honesti faciem gesserit,
resque publicas ostenderit, qui non privatum
scopum aliquem sordidum ac
indignum sibi proponat. Nec quisquam
mortalium solus quidquam efficere valet,
ut ne quidem in misericordiae operibus,
nisi capitis discrimen incurrere
voluerit: quod nuper sum expertus
in locis quibusdam peregrinis, ubi medicinam
moribundis quibusdam de sertis
atque afflictis corporis miseriis exhibui,
& ad miraculum sanitatem
recuperarunt, murmur statim factum
est de Elixiri sophorum, ita quod non
semel summis cum molestiis, mutatis
vestibus, raso capite, crinibusque aliis
indutus, alterato nomine noctu fugam
facerem, aliter in manus nequissimorum
hominum, mihi insidiantium (ob
solam suspicionem unà cum auri siti
sacerrimâ conjunctam) incidissem:
multa hujusmodi narrare possem, quae
nonnullis ridicula videbuntur.

@

PHILALETHE. 83

IV.

J'ai remarqué tant de corruption dans
le monde, que dans ceux mêmes qui se
donnent pour honnêtes gens, ou qui paraissent
aimer le bien public, à peine s'en
trouve-t-il quelqu'un qui ne soit dominé
par un gain sordide ou quelque vil intérêt.
On ne saurait faire seul ce qu'on
souhaite, pas même dans les oeuvres de
miséricorde, sans se mettre en danger de
la vie. Et je l'ai éprouvé depuis peu
dans les Pays étrangers, où m'étant hasardé
de donner ma médecine à des moribonds
abandonnés des Médecins, ou à
d'autres malades réduits à de fâcheuses
extrémités, par une espèce de miracle ils
ont recouvré la santé. A l'instant ces
guérisons ont fait du bruit & l'on a publié
que c'était par l'Elixir des Sages, de
manière que plusieurs fois je me suis trouvé
dans l'embarras, obligé de me déguiser,
de me faire raser la tête pour prendre
la perruque, de changer de nom & de
m'évader nuitamment, sans quoi je serais
tombé entre les mains des méchants, ou
de gens mal intentionnés, que la passion de
l'or portait à me surprendre sur le seul
soupçon que j'avais le secret d'en faire.
Je pourrais raconter beaucoup d'autres
incidents pareils, qui me sont arrivés.
D vj

@

84 LE VERITABLE


V.

Dicent enim, si ego haec vel illa
scirem, aliter facerem, sciant tamen
ingeniosis taedio futurum cum bardis
conversari; ingeniosi autem sunt vafri,
subtiles, perspicaces, & quidem
ut Argi sunt oculati, quidam curiosi
sunt, quidam Machiavelliani, qui
inquirent in vitam, mores, atque hominum
actiones penitissimè, à quibus
saltem, si familiaris adsit notitia, latere
est perdifficilè.

VI.

Si talem, qui haec de se credit,
(nempe se sic aut sic facturum, si lapide
potiretur) alloquens, dicerem:
Tu es Adepti cujusdam familiaris,
statim mente revolvens, responderet:
hoc esse impossibile, forsan semel videre
possem, at familiariter cum eo
versari non fieri potest, quin olfacerem.
Tu qui haec credis de te ipso, an
non alios aequali tecum perspicacitate
pollere credis, qui te discernant?

@

PHILALETHE. 85

V.

Quelques-uns disent, si je possédais ce
secret, je me conduirais tout autrement;
qu'ils sachent, qu'il est triste pour un
homme d'esprit de ne converser qu'avec
des Stupides, & si l'on fait société avec
des gens spirituels, on sait qu'ordinairement
ils sont fourbes, subtils, clairvoyants
comme des Argus; d'autres sont curieux,
quelques-uns impérieux & despotiques,
ils cherchent à pénétrer dans la conduite,
les moeurs & les actions des hommes,
& il est difficile de leur cacher ce qu'on
fait, dès qu'on a contracté avec eux une
sorte de familiarité.

VI.

Si je m'expliquais avec ceux qui disent
je ferais telle ou telle chose, si je possédais
le secret de la pierre, je leur parlerais
ainsi; vous connaissez sans doute quelque
Philosophe Adepte, aussitôt la réflexion
porterait l'un d'entr'eux à me dire,
cela est impossible, peut-être m'en serais-
je aperçu; je vis avec lui si familièrement
que j'en saurais quelque chose.
Vous donc qui pensez ainsi de vous-
mêmes, croyez-vous que les autres
soient moins clairvoyants que vous à remarquer
ce que font leurs amis.

@

86 LE VERITABLE


VII.

Cum quibusdam enim conversari
oportet, aliter Cynicus, alter Diogenes
videbere. Si vero cum plebeiis versabere,
hoc indignum. Si vero inter prudentes
familiaritatem contraxeris,
summè cautum esse te oportet, ne alii
te discernant eâdem facilitate, quâ te
alium Adeptum (tibi ignoranti secretum
notum) expiscari posse, credis,
si modo familiari ejus confortio potiri
valeas.
Adhuc non facilè suspicionem conceptam
dignosces, citrà grave incommodum:
levis item conjectura satisfaciet
ad insidias tibi parandas.

VIII.

Tanta est in hominibus nequitia,
quòd non rarò laqueo strangulatos
quosdam novimus, qui tamen ab arte
erant alieni. Sufficiebat quod desperati
quidam murmur audierant de arte
tali, cujus peritiae nomen habuerunt.
Taedio foret omnia recensere, quae nosmet

#@

PHILALETHE. 87

VII.

Vous savez qu'il faut converser avec
quelqu'un à moins que de vouloir passer
pour un Cynique ou un autre Diogène.
D'ailleurs il est honteux de se lier avec
la lie du peuple. Mais je le veux faites
société avec des hommes prudents, il faut
toujours être sur la précaution, pour ne
pas faire connaître aux autres avec la même
facilité que vous le connaîtriez vous-
même dans leurs entretiens familiers, qu'ils
ont affaire avec un Adepte; vous auriez
même de la peine à vous apercevoir que
l'on eût eu de vous un semblable soupçon:
& la moindre conjecture suffit pour
vous faire tomber dans quelques embûches.

VIII.

Les hommes sont devenus si pervers
& si méchants, qu'il s'en est trouvé quelques-uns
que l'on a même étranglé sur la
seule suspicion qu'ils avaient la pierre,
quoiqu'il n'en fût rien. Il suffisait que
des gens désespérés eussent ouï dire qu'un
homme eût la réputation de posséder cette
Science. Je vous ennuierais si je vous
racontais tout ce que j'ai éprouvé moi-

@

88 LE VERITABLE


experti sumus, vidimus atque
audivimus hac de re, in super hac aetate
mundi, plus quàm ullâ priori. Quis
non Alchimiam praetendit, ita ut ne
pedem vix movere ausus fueris, nisi
prodi cupias, si modo secreto aliquid
transegeris.

IX.

Haec tua cautio zelum quibusdam
incutiet, ut penitius te rimentur, de
nummorum sophisticatione ogganient;
& quid non? Sin paulò apertior fueris,
effecta sunt insolita, sive fuerint
in Medicina, sive in Alchimia, si
auri argentique pondus ingens habueris,
idque venundare velis, mirabitur
facilè ullus auri Obryzi, argentive
purissimi unde magna quantitas adveheretur,
cùm à nullis ferè locis, nisi
fortè Barbaria aut Guinea aurum Obryzum
adducatur, idque sub specie
arenae minutissimae: tuum verò illo
gradu nobilius, & tamen sub massae
forma, non carebit murmure maximo.

@

PHILALETHE. 89

même, & que j'ai vu & oui rapporter de
sinistre à ce sujet, dans ce temps plutôt
que dans un autre. L'alchimie est souvent
un prétexte; de manière que si vous travaillez
en secret, à peine pouvez-vous
échapper quelque trahison.

IX.

Plus vous aurez de précaution, plus
l'on aura de jalousie contre vous; l'on
examinera même de plus près votre conduite,
& l'on ne vous accusera pas moins
que de fausse monnaie. Si vous ne faites
pas difficulté de travailler plus ouvertement,
vous en serez plutôt soupçonné,
surtout si vous opérez de choses extraordinaires
dans la Médecine & dans la Chimie.
Et si l'on vous voit de grosses parties
d'or & d'argent très pur, on voudra savoir
d'où vous les tirez, parce que le plus
parfait qui vient en poudre d'Afrique ou
de Guinée se trouvera toujours d'un
moindre titre que le vôtre, qui sera néanmoins
en gros lingots. Il n'en faut pas
davantage pour donner lieu de beaucoup
murmurer.

@

90 LE VERITABLE


X.

Non tam stupidi sunt ementes, licet
instar puerorum ludentes dixerint,
oculi sunt clausi, veni, non videmus;
si adveneris tamen, ex uno saltem oculi
angulo tantum videbunt, quantum
tibi sat sit ad miseriam maximam
creandam. Argentum verò finum adeò
hac arte nostrâ productum est, à nullo
loco affertur. Ex Hispania quod adducitur
optimum, parum bonitate excellet
sterling Anglicanum, idque sub
forma monetae rudioris, quae furto
transportatur, legibus Regionum prohibentibus.
Si ergo copiam puri argenti
vendideris, jam te prodidisti, sin
autem adulteraveris, (non Metallurgus)
capitis supplicio teneris, juxta
leges Angliae, atque Hollandiae, ac omnium
ferè gentium: quae provident,
quod omnis deterioratio auri & argenti,
licet ad stateram, si modo non per
metallarium professum ac licentiatum
sub capitis crimine censeretur.

@

PHILALETHE. 91

X.

Les Marchands malgré leur apparente
simplicité, sont trop rusés pour ne vous
pas connaître; ils ont beau dire nous achetons
les yeux fermés, nous ne prenons
garde à rien, vous pouvez venir
avec confiance; d'un clin d'oeil ils en
voient plus qu'il ne faut pour vous jeter
dans les plus dures extrémités. On sait
que notre argent est beaucoup plus fin que
celui que l'on apporte de quelque endroit
que ce soit: le meilleur qui vient d'Espagne
ne passe pas en bonté la monnaie
d'Angleterre. Ce sont même des Piastres
assez mal frappées, & que l'on est obligé
de transporter furtivement & contre
la défense des Lois du Royaume. Si
vous en vendez donc une grande quantité,
vous vous décelez vous-mêmes, &
si vous y voulez mettre de l'alliage, vous
vous rendez coupable & méritez la mort,
selon les Lois d'Angleterre, de Hollande,
& des autres Etats, parce que vous
n'êtes ni Orfèvre, ni Monnayeur; toutes
les Nations ont eu soin d'empêcher même
sous peine de la vie, que le titre de ces métaux
ne fût changé que par des personnes
préposées, le mettriez-vous même au titre
du Souverain.

@

92 LE VERITABLE


XI.

Novimus nos, quod dum quondam
vendere argenti purissimi tantum,
quantum 600. librae tentaremus, extrà
patriam nostram, Mercatori similes
induti, nam adulterare non ausi
fuimus, quia quaevis ferè Regio suam
habet argenti bonitatis stateram, ac
auri, quam facilè norunt Metallici,
in tantum, quod si praetenderemus allatim
hinc aut inde, per probam statim
agnoscerent, apprehenderentque
vendentem; statim dixerint nobis,
quibus obtulimus, arte factum argentum.
Causam cur id affirmarent rogantibus
nobis, nil aliud respondebant,
quàm argentum, quod est Anglia,
Hispania, &c. affertur, non
jam discernere discituri sumus: at
hoc est ex nullo illorum genere. Quod
nos audientes, clam subduximus nos,
& reliquimus tam argentum, quam
pretium, nunquam repetendum.

XII.

In super si finges aliunde allatum

@

PHILALETHE. 93

XI.

Nous l'avons éprouvé nous-mêmes,
lorsque dans un pays étranger nous nous
présentâmes, déguisés en Marchands,
pour vendre 1200. Marcs d'argent très
fin, car nous n'avions osé y mettre de
l'alliage, chaque nation ayant son titre
particulier, qui est connu de tous les Orfèvres.
Si nous avions dit que nous l'avons
fait venir d'ailleurs, ils en auraient
demandé la preuve, & par précaution
ils auraient arrêté le vendeur, sur le
soupçon que cet argent aurait été fait
par Art. Ce que je marque ici m'est donc
arrivé à moi-même; & quand je leur demandai
à quoi ils le connaissaient; Ils
me répondirent qu'ils n'étaient point apprentis
dans leur profession, qu'ils le
connaissaient à l'épreuve, & qu'ils distinguaient
fort bien l'argent qui venait
d'Espagne, d'Angleterre & des autres
pays, & que celui que nous présentions
n'était au titre d'aucun Etat connu. Ce
discours me fit évader furtivement, laissant
& mon argent & la valeur sans jamais
la réclamer.

XII.

Si néanmoins vous assurez que vous

@

94 LE VERITABLE


magnum auri pondus, praecipuè argenti,
hoc sine rumore fieri nequit.
Dicet Nauclerus, talis argenti quantitas
à me non est allata, nec potest
Navem ingredi, cunctis ne scientibus.
Cumque audierint alii, qui illuc
mercari assolent, ridebunt, dicentque,
quid? An verisimile, quod massam
argenti, aurive hic possit comparare,
Navi imponere, tam strictis prohibentibus
legibus, tamque stricto scrutinio
praecaveri solitò. Sic statim non in una
saltem Regione, at in circumjacentibus
publicabitur. Haec nos periculis
edocti latere decrevimus, tibique, qui
talem somnias artem, communicabimus,
ut videamus, quidnam in bonum
publicum, cum Adeptus fueris,
machinaberis.

XIII.

Dicimus ergo, quod sicut anteà
Mercurium in opere necessarium docui,
taliaque de Mercurio protuli,
quae nulla ante me fecit vetustas; ita
jam sulphur ex altera parte expeti notifico,

#@

PHILALETHE. 95

avez tiré du pays étranger cette grande
quantité d'or & d'argent, c'est ce qui ne
saurait se faire sans qu'on le sache. Alors
si le Capitaine ou le Patron du Navire
était interrogé, il niera que son Vaisseau
en ait été chargé, & qu'on n'a pu y en
apporter une si grosse partie à l'insu de
tout l'équipage. On se ferait même moquer
par tous les négociants, qui savent
jusqu'où va la sévérité des Lois, aussi
bien que les recherches que l'on fait à cet
égard surtout sur d'aussi gros Volumes.
Cette affaire ne fera pas seulement
du bruit en un seul pays. Elle sera même
connue dans les Royaumes voisins.
Pour moi instruit par les dangers que j'ai
courus, j'ai pris la résolution de me tenir
caché & je m'informerai de vous;
pour voir ce que vous ferez vous-même
à l'avantage du bien public, quand vous
aurez acquis cette Science.

XIII.

Mais pour reprendre le fil de mon opération:
je dirai donc qu'ayant enseigné
la nécessité du Mercure pour notre oeuvre,
j'en ai marqué des particularités que
personne même parmi les anciens n'avait
fait connaître avant moi. Je dis la même
chose du soufre, sans quoi notre Mercure

#@

96 LE VERITABLE


sine quo Mercurius nanquam
proficuam pro opere supernaturali congelationem
accipiet.

XIV.

Sulphur hoc in opere nostro maris
vices gerit, & sine hoc quicumque artem
aggreditur transmutatoriam, incassum
omnia tentat, omnibus Sophis
affirmantibus, nullam fieri posse tincturam
sine Latone suo vel aere, quod
Aes est Aurum sine ulla ambiguitate
sicdictum. Hinc nobilis Sendivogius:
Sciens, inquit, & inter stercora lapidem
nostrum cognoscit, & ignorans
etiam in auro illum esse non
credit; in auro, puta, quod aurum
Sophorum est, aureitatis tinctura latet;
hoc cum sit corpus digestissimum,
tamen in uno solo nostro Mercurio incrudatur,
& à Mercurio seminis sui
multiplicatrionem recipit, non tam
pondere quam virtute.

XV.

Et quamvis Sophisticum plurimi
Sophorum hoc negare videantur, ita
tamen est reverà, uti dixi. Ajunt,
re

@

PHILALETHE. 97

ne pourra se congeler, ni être d'aucune
utilité dans l'oeuvre surnaturelle.

XIV.

Le soufre dans notre opération tient
lieu de mâle, & quiconque voudra travailler
sans lui à la transmutation, ne
réussira jamais. Tous les Sages étant d'accord
qu'on ne peut rien faire sans leur laton
ou leur airain, qui n'est autre chose que
notre or. C'est pourquoi le célèbre Sendivogius
(ou plutôt le Cosmopolite,) a dit
le Sage reconnaît notre pierre jusques dans
le fumier, au lieu que l'ignorant ne saurait
même le trouver dans l'or. Mais c'est
dans l'or des Philosophes, que se trouve
la teinture aurifique; & quoique ce soit
un corps extrêmement parfait & digéré,
cependant il se réincrude dans notre Mercure,
où il trouve une semence multiplicative,
qui fortifie moins son poids,
que sa vertu & sa puissance.

XV.

Tel est notre or, quoiqu'en veuillent
dire quelques Philosophes, qui le regardent
comme une sophistication. Ils prétendent
Tome II. E

#@

98 LE VERITABLE


puta, mortuum esse aurum vulgare,
suum autem vivum esse; sic pariter
granum tritici mortuum est, id est, activitas
in eo germinans suppressa succumbit,
atque sic aeternùm maneret,
si modo in aëre sicco ambiente servetur:
verùm in terram projiciatur, &
vitam fermentalem mox suscipit, tumet,
mollefit, germinatque.

XVI.

Ita porrò res sese habet cum auro
nostro, mortuum est, id est, sigillatur
ejus vis vivifica sub Cortice corporeo:
ad grani similitudinem, licet differenter,
in quantum discrimen intercedit
magnum inter granum vegetabile,
aurumque metallicum. Verum
quemadmodum granum in aëre sicco
in perpetuum impermutatum manet,
in igne destruitur, ac vivificatum in
aqua tantùm; pariter & aurum,
quod est in omni demerito incorruptibile,
in omne aevum durabile, in
aqua sola nostra est reducibile, &
tunc vivum est & nostrum.

@

PHILALETHE. 99

que l'or vulgaire est un corps
mort, au lieu que le leur est vivant. Je
leur répondrai par comparaison, que le
grain de blé est mort & qu'il restera éternellement
sans vie & sans action tant
qu'il sera dans un lieu sec; mais à peine
l'a-t-on jeté dans la terre, qu'il reprend
une vie fermentative, s'enfle, se mollifie
& germe.

XVI.

Il en est ainsi de notre or, d'abord il
est mort, ou plutôt sa vertu vivifiante est
cachée sous la dure écorce de son corps;
en quoi il ressemble au grain, avec la différence
néanmoins, qui doit se trouver
entre un corps végétable & un corps métallique;
comme le grain ne change
pas, tant qu'il est environné d'un air sec
ou que même il se détruit dans le feu,
mais au contraire reprend sa vie dès qu'il
trouve de l'humidité; aussi l'or qui malgré
toutes les altérations extérieures reste
éternellement incorruptible, dès qu'il
est humecté de notre eau renaît, reprend
vie & devient l'or des Philosophes.
E ij

@

100 LE VERITABLE


XVII.

Prout triticum in agro seminatum,
mutato nomine, est sementum agricolae,
quod quamdiu in horreo maneret,
framentum erat, tam ad panificium,
aliaque, quàm ad seminationem
accommodatum; pariter & aurum,
quamdiu in annuli, vasisve
formâ, nummive conspicitur, vulgare
est, sed cum aquâ nostrâ mixtum
Philosophicum est; priori modo
mortuum dicitur, quia immutatum
ad mundi usque finem maneret, posteriori
modo vivum dicitur, quia sic est
in potentia; quae potentia intrà paucos
dies in actum deduci valet, aurum
tum non amplius erit aurum, sed
Sophorum Chaos.

XVIII.

Meritò ergo dicunt Philosophi:
aurum Philosophicum ab auro vulgari
distare, quae differentia in compositione
consistit. Prout enim homo mortuus
dicitur, qui jam mortis sententiam

#@

PHILALETHE. 101

XVII.

Le froment est-il semé par le laboureur,
il change de nom & prend celui de
semence, au lieu de celui de blé, qu'il
avait dans le grenier, où on le réservait,
moins pour la semaille que pour faire du
pain, ou d'autre nourriture particulière:
de même l'or reste-t-il en forme de
bagues, de vases, ou de monnaie il conserve
toujours sa qualité d'or vulgaire;
mais dès qu'on le joint à notre eau, alors
il devient Philosophique. Dans le premier
état il est mort & resterait sans
aucune altération jusqu'à la fin des siècles,
au lieu que de la seconde manière il devient
vivant, au moins en puissance, qui
ne tarde guères à être réduite en acte;
par là ce n'est plus de l'or; mais le chaos
des Sages.

XVIII.

Les Philosophes ont donc raison de
dire que l'or Philosophique est fort différent
de l'or vulgaire; & cette différence
ne consiste que dans le travail; & comme
on dit qu'un homme est mort quand
on lui a prononcé un Arrêt qui le condamne
E iij

#@

102 LE VERITABLE


recepit: sic aurum vivum dicitur,
cùm tali compositione miscetur,
talique igni supponitur, in quo necessariò
vitam germinativam brevi sit
recepturum, imò intrà paucos dies
vitae inchoantis actiones sit demonstraturum.

XIX.

Quare iidem Sophi, qui dicunt aurum
suum vivum esse, jubent te artis
investigatorem mortuum revivificare;
hoc si noveris atque agens paraveris,
ac ritè miscueris, aurum
tuum, non tardè vivum fiet: in qua
vivificatione vivum tuum menstruum
morietur. Ideò jubent Magi mortuum
vivificare, vivumque mortificare, &
tamen aquam suam primò limine vivam
vocant, dicuntque, quod mors
unius principii cum vita alterius unam
eandemque habeat periodum.

XX.

Unde patet aurum suum mortuum
sumi, aquam vero vivam; at componendo
haec simul brevi decoctione

@

PHILALETHE. 103

à mourir incessamment, ainsi l'or
est appelé de l'or vivant, parce que le
travail de l'Artiste l'a mis en état de vivre,
& par le moyen du feu de faire
paraître qu'il a en lui le germe de la vie,
qu'il va développer dans peu de jours.

XIX.

C'est pourquoi les Philosophes qui
disent que leur or est vif, veulent que
l'Artiste revivifie celui qui est mort: si
vous le faites avec un agent convenable
dûment préparé & employé à propos,
notre or ne tardera point à devenir vivant
& animé; mais il faut pour cela que votre
menstrue meure; c'est pourquoi les Sages
vous recommandent de ranimer celui
qui est mort, & de faire mourir celui
qui est vivant; cependant ils disent d'abord
que leur eau est vivante, & que le
même instant qui donne la mort à l'un des
principes, procure aussitôt la vie de
l'autre.

XX.

Ainsi l'on voit qu'en prenant leur or qui
est mort & l'eau qui est vivante, il s'en
fait un composé, qui donne la vie à l'or
E iiij

@

104 LE VERITABLE


vive fit semen auri, occiditurque vivus
Mercurius, id est, coagulatur
spiritus soluto corpore, atque ita in
forma limi putrescunt utraque simul,
usque dum omnia membra compositi
in Atomos divellantur. Hîc ergo est
naturalitas nostri Magisterii.

XXI.

Mysterium quod tantopere occultamus,
est parare Mercurium; verè sic
dictum, qui non potest reperiri super
terram, ad manus nostras paratus,
idque ob singulares rationes notas Adeptis.
In Mercurio hoc aurum purum,
purgatum ad summum puritatis
gradum, limatum, aut lamellatum
amalgamamus optimè, & in vitro
inclusum assiduè coquimus: aurum
virtute aquae nostrae dissolvitur; reditque
ad proximam suam materiam,
in quâ vita auri inclusa fit libera, &
suscipit vitam dissolventis Mercurii,
qui est respectu auri idem, quod terra
bona, respectu grani tritici.

@

PHILALETHE. 105

qui était mort, au lieu qu'il cause la mort
du Mercure qui était vivant; C'est-à-
dire que l'esprit se coagule dans le même
temps qu'il fait la dissolution du corps, & il
se fait dès lors une putréfaction des deux
joints ensemble jusqu'à ce que tous les
membres de ce composé soient réduits en
atomes. C'est en quoi consiste la nature de
notre Magistère.

XXI.

Mais le mystère que nous tenons le
plus secret est la préparation du Mercure;
c'est de lui que l'on dit que nous ne le pouvons
pas trouver préparé sur terre, pour
les raisons qu'en apportent les Adeptes:
& avec ce Mercure nous amalgamons
l'or le plus pur & poussé au suprême degré
de perfection, après néanmoins l'avoir
mis en limaille ou réduit en feuilles,
nous l'enfermons dans un vaisseau de verre
où nous le cuisons par une chaleur continuelle.
Cet or se dissout par la force de
notre eau, & se trouve réduit à sa première
matière, qui met en liberté le principe
de vie, qui était renfermé en lui & il
reçoit sa vie de son dissolvant, c'est-à-dire
du Mercure, qui fait à son égard ce que
fait une bonne terre à l'égard du froment
E v

@

106 LE VERITABLE


XXII.

In hoc ergo Mercurio aurum solutum
putrefit, & ita necessariò oportet
esse, necessitate naturae. Quare post
putredinem mortis resurgit novum
corpus, ejusdem cum priori essentiae,
nobiliorisque substantiae, quae gradus
suscipit virtutis proportionabiliter ad
diferentiam, inter Elementorum quatuor
qualitates. Haec est operis nostri
ratio. Haec est tota nostra Philosophia.

XXIII.

Dicimus itaque, quod nil sit in
opere nostro secretum, excepto solo
Mercurio, cujus Magisterium est, ritè
illum praeparare, Solem in eo
absconditum extrahere, & cum auro
justâ proportione maritare. Igneque
regere ad Mercurii exigentiam. Quia
aurum per se non timet ignem, & in
quantum cum Mercurio unitur, in
tantum capax redditur ad igni resistendum;
ergo regimen caloris ad Mercurii
tolerantiam accommodare hic
labor, hoc opus.

@

PHILALETHE. 107

XXII.

L'or étant donc dissous dans le Mercure,
il s'y fait une putréfaction, qui est
une suite nécessaire de l'opération de la
nature, de cette putréfaction, qui paraît
une mort, il en sort un corps nouveau
de même essence que le premier; mais
d'une substance beaucoup plus noble, &
qui reçoit divers degrés de vertus, à proportion
néanmoins des différentes qualités
des quatre éléments; tel est l'ordre de
notre opération, & telle est toute notre
Philosophie.

XXIII.

C'est pourquoi je dis que dans notre
oeuvre nous ne cachons que notre Mercure,
dont le Magistère ou l'opération essentielle
consiste, à le bien préparer, à
en extraire le sel qu'il renferme, & à le
marier avec l'or dans une juste proportion;
après quoi il ne s'agit plus que de
régler doucement le feu, selon que le
Mercure le demande, parce que l'or en
lui-même ne craint pas la plus forte chaleur,
& même plus il est uni au Mercure
plus il a de force pour y résister; il faut
donc pour régler ce feu avoir égard à la
qualité propre du Mercure, & c'est là le
plus grand travail de notre oeuvre.
E vj

@

108 LE VERITABLE


XXIV.

Qui vero Mercurium suum non rité
pararit, etsi cum eo aurum junxerit,
ejus aurum adhuc est aurum vulgi,
utpote quod cum tali agente fatuo
jungitur, in quo aequè impermutatum
manet, ac si in arcâ maneret,
nulloque ignis regimine corpoream
naturam deponet, cum ibi non est vivum
agens.

XXV.

Noster verò Mercurius est anima
vivens ac vivificans, ideoque aurum
nostrum est Spermaticum, sicut triticum
satum est sementum, cum idem
triticum in horreo annona, sive frumentum
maneat, mortuumque. Licet
enim in pyxide subtus terram inhumetur,
(prout Indi Occidentales frugem
suam in terrae fossis à vapore aqueo
munitis abscondere asolent,)
tamen nisi vapori terrae humido occurrat,
mortuum est, id est, sine fructu
manet, & à vegetatione remotum
plane.

@

PHILALETHE. 109

XXIV.

C'est en vain que celui qui n'a pas suffisamment
purifié son Mercure y joint son
or, il conserve sa qualité d'or vulgaire,
& puis qu'il n'est pas uni avec un agent
raisonnable, il ne s'y change pas plus
que s'il était resté dans le coffre; il n'est
aucun régime de feu qui puisse le dépouiller
de sa nature corporelle, parce qu'il n'y
a point alors d'agent vivant & animé.

XXV.

Notre Mercure est lui-même une âme,
ou un principe vivant & vivifiant; c'est
pourquoi il réduit notre or en une semence
pareille à celle du froment, qui devient
semence, lorsqu'il est mis dans la terre, &
qui en qualité de simple froment enfermé
dans le grenier, est un corps mort & inanimé,
& quand même ce grain serait
mis en terre dans une boëte, ou comme
on le pratique dans les Indes Occidentales
en une fosse à l'abri de l'eau, il est
toujours également mort & reste sans végéter,
à moins qu'il ne trouve la vapeur
humide de la terre.

@

110 LE VERITABLE


XXVI.

Scio multos esse, qui doctrinam
hanc carpent, dicentque, aurum vulgi
subjectum lapidis materiale affirmat,
Mercuriumque currentem: nos
vero contrarium novimus. Agite Philosophi,
crumenas vestras examinate,
quia talia novistis, num lapidem habetis?
Ego sanè non ex dono, (nisi
DEI mei,) non furto illum possideo,
habeo, feci, & quotidie meâ sub ditione
servo, saepeque manibus propriis
performavi; quae scio scribo, sed non
vobis.

XXVII.

Tractate aquas vestras pluviales,
majales, salia vestra, garrite de spermate
vestro, daemone ipso potentiore,
lacessite me opprobriis, creditis me
hoc vesto turpiloquio tristitiâ affici!
Dico, quod solum aurum & Mercurius
sint nostra materialia, & scio,
quae scribo, & novit cordium scrutator
DEUS, quod scribam vera.

@

PHILALETHE. 111

XXVI.

Je sais qu'il se trouvera plusieurs Artistes,
qui condamneront cette doctrine,
& qui diront; cet homme établit pour
principe de la pierre l'or vulgaire, & le
Mercure coulant; mais pour nous, nous
pensons le contraire. Je leur répondrai
donc; voyons Sages que vous êtes,
puisque vous savez tant de choses, fouillez
dans vos bourses, y trouverez-vous la
pierre des Philosophes; pour moi je la
possède, je ne l'ai volée à personne, je
la tiens de Dieu seul; je l'ai donc, je l'ai
faite, je la tiens tous les jours entre mes
mains, je l'ai travaillée plus d'une fois,
j'écris ce que je sais; mais je ne l'écris
pas pour vous.

XXVII.

Travaillez maintenant sur vos eaux de
pluie, vos rosées de Mai, & vos sels,
parlez de votre sperme plus puissant que
le démon même, chargez-moi d'injures,
mais ne croyez pas que je m'en afflige; je
le répète donc, l'or seul & le Mercure
sont nos matières, je sais ce que j'écris,
& Dieu Scrutateur des coeurs, sait que
je dis la vérité.

@

112 LE VERITABLE


XXVIII.

Nec est quod invidiae me accuses,
quoniam interrito calamo, inaudito stylo,
in honorem DEI, usum fructum
proximi, mundique, & divitiarum
contemptum scribo: Quia natus est
jam Elias Artista, & gloriosa jam
praedicantur de Civitate DEI. Plures
ausim asseverare me possidere divitias,
quam totus valet cognitus orbis:
at uti non licet ob nebulonum insidias.

XXIX.

Dedignor meritò atque detestor
hanc auri, argentique idolomaniam,
quâ cum pretium, pompam ac vanitates
mundus celebrat. Ah turpe
scelus! ah inane nihil! creditis me
haec celare, scilicet ex invidia? Nequaquam:
profiteor namque me ex
imo pectore dolore, quod nos vagabundi
per totam terram quasi à Domini
facie arcemur.

XXX.

At verbis non opus est, quae vidimus,

#@

PHILALETHE. 113

XXVIII.

Vous n'avez pas lieu de m'accuser de
jalousie parce que j'écris avec courage &
d'un style peu commun, en l'honneur de
Dieu, pour l'utilité du prochain, & pour
faire mépriser le monde & ses richesses;
Parce que déjà l'Artiste Elie est né, &
l'on dit des choses admirables de la Cité
de Dieu. J'ose même assurer que je possède
plus de richesses que tout le reste de
l'univers, mais il ne m'est pas permis d'en
jouir dans la crainte des embûches continuelles
des méchants.

XXIX.

Je méprise & je déteste avec raison
cette idolâtrie de l'or & de l'argent, avec
lesquels tout s'apprécie, & qui ne servent
qu'à la pompe & à la vanité du monde.
Quelle infamie & quelle vaine pensée
vous possède; vous croyez que la jalousie
me porte à cacher mon secret, vous
vous trompez. Je vous proteste que j'en
ai une sensible affliction, puisque par là
je me vois contraint d'être errant sur la
terre, comme si le Seigneur m'avait chassé
de sa présence.

XXX.

Il est inutile que je m'explique davantage;

#@

114 LE VERITABLE


tetigimus, ac elaboravimus,
quae habemus, possidemus atque novimus,
haec declaramus sola compassione
erga studiosos moti, ex indignatione
auri & argenti, lapidumque
pretiosorum, non quatenus Dei
creaturae: absit, eatenus quippe honoramus
& honoranda censemus; at
populus adorat Israëliticus pariter ac
mundanus. Quare vituli instar in pulverem
canteratur.

XXXI.

Spero & expecto, quod post paucos
annos pecunia, erit sicut scoria, fulcrumque
hoc belluae Antichristianae
ruet in rudera, delirat populus, insaniunt
gentes, inutile pondus vice
Dei habent. Haeccine nostram tamdiu
expectatam, brevique emersuram
redemptionem concomitabuntur?
Quum Hierusalem nova auro in plateis
scatebit, portaeque ex integris
margaritis, lapidibusque pretiosissimis
conficientur, arborque vitae in Paradisi
medio folia dabit ad gentium sanitatem.

@

PHILALETHE. 115

la seule compassion que j'ai pour les
amateurs me porte à déclarer ce que j'ai
vu, & que j'ai touché, ce que j'ai travaillé,
que je possède, & que je connais
à fond; j'ai même de l'aversion pour
l'or, l'argent & les pierres précieuses,
non pas comme créatures de Dieu, je les
respecte à ce titre; mais parce qu'elles servent
à l'idolâtrie des Israélites, aussi bien
que du reste du monde. C'est pourquoi
je souhaite qu'on les mette en poudre
comme Moise fit autrefois le veau d'or.

XXXI.

J'espère que dans peu l'argent sera aussi
méprisé que le scories, & qu'on verra
tomber en ruine cette bête contraire à
l'esprit de Jésus-Christ. Le peuple en est
fou, & les nations, comme des insensées,
traitent de Divinité ce poids inutile
des richesses; est-ce-là ce qui doit servir
à notre prochaine Rédemption, & à nos
espérances futures? Lorsque les places
de la nouvelle Jérusalem seront parées
d'or, lorsque des perles & des pierres précieuses
fermeront ses portes, & que l'arbre
de vie placé au milieu du Paradis
rendra par ses feuilles la santé à tout le
genre humain.

@

116 LE VERITABLE


XXXII.

Novi, novi, quod haec mea scripta
erunt plurimis instar auri obryzi,
& aurum, argentumque per haec mea
scripta vilescent instar fimi; credite
juvenes tyrones, credite patres, quia
tempus adest ad fores, non ex vano
conceptu haec scribo, at in spiritu
video, cum nos Adepti à quatuor angulis
terrae redibimus, insidias in vitam
nostram strutas amplius non timebimus,
& Domino Deo nostro gratulabimur.
Cor meum inaudita murmurat,
spiritus meus in bonum totius
Israëlis Dei in pectore pulsat.

XXXIII.

Haec praemitto in mundum praecoconis
instar, ut non inutilis mundo
sepeliar. Esto liber meus praecursor
Eliae, qui paret viam Domini Regiam,
& utinam quilibet in toto terrarum
orbe ingeniosus artem hanc
calleret, tum copiosissimè abundante
auro, argento, gemmisque nullus haec

@

PHILALETHE. 117

XXXII.

Je prévois déjà que mes écrits seront
aussi estimés que l'or & l'argent le plus
pur, & qu'au moyen de mes ouvrages,
ces métaux seront aussi méprisés que le
fumier. Croyez-moi, jeunes hommes &
vous vieillards, le temps va bientôt paraître;
je ne le dis point par une imagination
vainement échauffée; mais je vois
en esprit que tous tant que nous sommes,
allons nous rassembler des quatre coins
du monde; alors nous ne craindrons plus
les embûches que l'on a dressées contre
notre vie, & nous rendrons grâces à
Dieu notre Seigneur. Mon coeur me fait
pressentir des merveilles inconnues. Mon
esprit me fait tressaillir par le sentiment
du bien qui va bientôt arriver à tout
Israël, le Peuple de Dieu.

XXXIII.

Je prédis aux hommes toutes ces choses
comme un Prédicateur, afin qu'avant
de mourir, je puisse n'être pas inutile au
monde, soyez mon livre, soyez le Précurseur
d'Elie, préparez la voie du Seigneur.
Il a plu à Dieu que tous les gens
d'esprit connussent & pratiquassent cet
art. L'abondance de l'or, de l'argent &
des pierres précieuses les rendraient peu

@

118 LE VERITABLE


magnifaceret, nisi quatenus scientiam
continerent. Tunc tandem virtus
nuda ob sui ipsius naturam amabilem
in honore haberetur.

XXXIV.

Novi plurimos artem possidentes,
veramque ejus notitiam, qui omnes
silentium secretissimun habent in votis.
Ego verò ob spem, quam in Deo
meo habeo, aliter judico, quare librum
hunc conscripsi, de quo nullus
fratrum meorum Adeptorum (qui
bustum quotidie versor) novit.

XXXV.

In fide enim firmissimâ DEUS requiem
cordi meo dedit, credoque sine
dubio, quod Domino creditori, mundoque
proximo, Israëli praecipuè, sim
hac viâ serviturus hoc talenti mei usu,
& scio nullum posse talentum suum
tantum in foenus proferre: praevideo
namque centenos aliquot fortè hisce
meis scriptis forè illuminatos.

XXXVI.

Eà propter cum carne & sanguine

@

PHILALETHE. 119

estimables; on ne ferait cas que de la
science qui les produirait. La vertu dénuée
de tout, mais cependant toujours
aimable par elle-même, serait seule en
honneur.

XXXIV.

Je connais déjà plusieurs personnes,
qui possèdent parfaitement cet art, qui
veulent cependant qu'on le conserve avec
un très grand secret. Pour moi, l'espérance
que j'ai en Dieu, me fait penser
tout autrement. C'est pourquoi à l'insu
de tous les Adeptes mes Confrères, j'ai
fait ce Livre, me regardant déjà comme
mort au monde.

XXXV.

J'ai une ferme confiance en Dieu, qui
a tranquillisé mon coeur, & je crois qu'en
découvrant le secret qu'il m'a révélé, je
rends service à mon prochain & surtout
à Israël, en usant comme je fais du talent
qui m'a été confié; je sais que personne
n'en peut faire un meilleur usage que
moi. Je prévois que des centaines de Sages
se trouveront éclairés par mes écrits.

XXXVI.

C'est pourquoi sans consulter la chair

@

120 LE VERITABLE


non contuli, consensum fratrum in hoc
scribendo non sum aucupatus. Faxit
DEUS, pro nominis sui gloriâ, ut
quem expecto finem consequar, tum
saltem gaudebunt, quotquot me norunt
Adepti; quod haec publicarim.
----------------------------------

C A P U T XIV.

De requisitis in genere ad hoc opus
circumstantiis accidentibus.

I.

A Rtem chemicam ab omnibus
Erroribus vulgaribus sequestravimus,
& debellatis Sophismatibus
& Putatorum Curiosis Somniis, Artem
ex Auro & Mercurio fieri debere
docuimus, Solem Aurum esse, sine
ulla ambiguitate, ac dubitatione, neque
Metaphoricè, sed in vero sensu
Philosophico intelligi debere ostendimus;
Mercurium argentum vivum,
citra omnem ambiguitatem declaravimus.
ni

@

PHILALETHE. 121

ni le sang, je n'ai point recherché dans
ce travail le consentement de mes Frères.
Fasse la Divine Providence que pour sa
gloire, je parvienne au but que je me
propose. Alors tous les Adeptes qui me
connaissent, se réjouiront de la publication
de mes Ecrits.
----------------------------------

C H A P I T R E XIV.

Les circonstances qui surviennent &
qui sont requises à l'Oeuvre en
général.

I.

J 'Ai dégagé la Chimie de toutes les
erreurs vulgaires, & après avoir réfuté
les sophistes & les imaginations des
prétendus curieux, j'ai fait voir que notre
oeuvre se doit faire avec l'or & le Mercure.
J'ai marqué sans aucune ambiguïté
ni métaphore que le sol était l'or; mais
cependant pris métaphoriquement, &
j'ai déclaré avec la même sincérité, que
notre Mercure est le vif-argent.
Tome II. F

#@

122 LE VERITABLE


II.

Prius à natura perfectum & venale
demonstravimus: posterius per
artem fabricandum & clavem esse
ostendimus. Rationes addidimus tam
claras ac perspicuas, quod nisi caecutire
velles ad solem, non possis, quin
perciperes. Professi sumus, iterumque
profitemur, nos non ex fide, quam
aliorum scriptis damus, haec protulisse,
vidimus ac novimus, quae fideliter
declaramus, fecimus, vidimus ac
tenemus lapidem magnum Elixirem.

III.

Nec sané tibi invidemus illius notitiam;
at optamus, ut ex his scriptis
ediscas. Notificavimus insuper, quod
difficilis sit Mercurii Philosophici praeparatio,
cujus praecipuus nodus est
inventio Columbarum Dianae, quae
in aeternis Veneris amplexibus involutae
sunt, à soloque vero Philosopho
visae sunt. Haec sola scientia Theoriae
peritiam perficit, Philosophum nobilitat,

#@

PHILALETHE. 123

II.

L'on a vu que le premier, qui est un
corps parfait, se pouvait acheter; mais
que le Mercure, qui est la clef de l'oeuvre,
était l'effet de notre travail, j'en ai
apporté des raisons si claires, qu'on ne
saurait en disconvenir, à moins que de
se vouloir aveugler soi-même. Nous avons
assuré, & nous le faisons encore, que
nous n'en parlons pas sur la foi que nous
avons dans les Ecrits d'autrui; mais sur
notre propre expérience, par ce que nous
avons vu, fait & pratiqué ce que nous
marquons de la pierre & du grand Elixir.

III.

Au reste, nous ne vous envions pas
cette connaissance, nous désirons au contraire
que vous l'appreniez dans nos Ecrits.
De plus, nous avons fait connaître
que la préparation du Mercure Philosophique
est très difficile, que le noeud
principal consiste à trouver les Colombes
de Diane, qui sont inséparablement enveloppées
dans les embrassements de Vénus;
mais cependant qui ne sont connues
que du véritable Philosophe, Cette
connaissance est la perfection de la Théorie,
elle fait honneur au Philosophe, &
F ij

@

124 LE VERITABLE


ejus scienti omnia nostra arcana
aperit; hic est nodus ille Gordianus,
qui indissolubilis artis tyroni semper
permanebit, nisi Dei digitus directurus
adsit, tamque difficilis, ut opus
sit peculiari DEI gratia, si quis ad
exactam ejus notitiam pervenire cupierit.

IV.

Ego, quod nullus alius ante me
fecit, talia de illius aquae fabrica protuli,
ut plura nequeam, nisi receptum
darem, quod & feci, solummodo
res propriis suis nominibus non nominavi.
Restat porrò, ut usum praximque
describamus, per quam facilè
bonitatem aut defectum Mercurii dignoscas,
& eo cognito alterare atque
emendare pro voto possis.

V.

Habito itaque Mercurio animato,
auroque, accidentalis restat purgatio,
tam Mercurii, quam auri,
Postea desponsatio,
Tertio rectio,

@

PHILALETHE. 125

pour peu qu'il ait de lumière, elle lui
fait connaître tous nos secrets. Tel est
le noeud gordien que les Commençants
ne pourront jamais dénouer sans le secours
de la main de Dieu, & il est si difficile
à trouver, qu'il faut une grâce particulière
pour le bien connaître.

IV.

Pour moi j'ai dit tant de choses de
la composition de cette eau que personne
n'avait dit avant moi, que je ne saurais
en marquer davantage, à moins d'en
donner la recette. Je l'ai fait cependant,
mais en déguisant les noms. Il ne reste
plus qu'à vous montrer l'usage & la pratique,
qui vous fera voir la bonté ou les
défauts qui se trouvent dans le Mercure,
& par-là vous le pourrez corriger comme
vous le voudrez.

V.

Quand donc vous aurez le Mercure
animé & l'or, il n'y a plus qu'à donner
à l'un & à l'autre une purification accidentelle.
Après quoi il faut les marier ensemble.
Et enfin les conduire sur le feu avec un
bon régime.
F iij

@

126 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XV.

De accidentali purgatione Mercurii
& Auri.

I.

A Urum perfectum ex terrae visceribus
eruitur, unde aliquando
in fructulis, arenâque reperitur. Si hoc
sincerum habere possis, purum est satis;
sin minus, purga vel cum antimonio,
vel per cementum Regale,
vel bulliendo cum aqua forti, auro
priùs granulato postea funde igne fusionis,
ac limato, & paratum est.

II.

Aurum nostrum factum à natura,
perfectum ad manus nostras, quod inveni
& de quo usus sum, vix centesimus
mille artista novit, nisi habeat
exquisitam scientiam in regno
minerali: ac praetereà est in subjecto
omnibus obvio; sed quia mixtum
est cum multis superfluitatibus, illud

@

PHILALETHE. 127

----------------------------------

C H A P I T R E XV.

De la Purgation accidentelle du Mercure
& de l'Or.

I.

L'Or dans sa pureté se tire des entrailles
de la terre, quelquefois en poudre,
& quelquefois en morceaux. Si vous
en pouvez avoir de cette sorte, il est
assez pur, sinon il faut le purifier, soit
avec l'antimoine, soit avec le ciment
Royal, soit même en le faisant bouillir
dans l'eau-forte, après que vous l'aurez
bien limé, fondez-le, & il est préparé.

II.

L'or parfait qui est tombé entre mes
mains, & dont je me suis servi, est à peine
connu d'un seul Artiste, à moins qu'il
n'ait une exacte connaissance du règne
des minéraux; d'ailleurs il est enfermé en
une matière connue de tout le monde;
mais il est mêlé de beaucoup de superfluités;
F iiij

#@

128 LE VERITABLE


ideo experimur multis examinibus &
mixturis, donec omnes feces rejectae
sint & purum ejus remaneat, quod
tamen non est sine aliqua hetereogenitate,
tamen non fundimus, sic
enim ejus anima tenera periret &
aequè mortuum fieret, ac aurum vulgi,
sed lava illud in aqua, in qua
totum (excepta materia nostra) consumatur;
tum corpus nostrum fit ad
instar rostri Corvini.

III.

Mercurius vero indiget internâ, atque
essentiali purgatione, quae est additio
sulphuris veri gradatim, juxta
numerum Aquilarum, tum radicitùs
purgatur. Hoc sulphur nihil aliud est
quam Aurum nostrum, quod si sine vi
scias separare; & utrumque separatim
exaltare, ac posteà iterum conjungere,
ex his habebis conceptionem,
quae tibi dabit filium, quâcumque
substantiâ sublunari nobiliorem.

@

PHILALETHE. 129

c'est pourquoi nous le mettons
à beaucoup d'épreuves, jusqu'à ce que
nous l'ayons privé des saletés qui lui
sont jointes; alors il reste pur, mais cependant
accompagné de quelques parties
Hétérogènes: nous avons soin de ne le
pas fondre, le feu ferait périr son âme,
qui est tendre, & il deviendrait mort
aussi bien que l'or vulgaire; mais il faut
le laver en une eau qui consume toute
autre matière, à l'exception du corps
qui nous est nécessaire, & qui devient
noir comme le bec d'un corbeau.

III.

Mais pour le Mercure il a besoin d'une
purification intérieure & essentielle, qui
se fait en le sublimant avec le soufre: on
travaille par degré, & suivant le nombre
des aigles, c'est-à-dire des sublimations:
dès lors il est purgé radicalement.
Ce soufre n'est autre chose que notre or,
si vous savez le séparer sans violence,
& ensuite exalter l'un & l'autre séparément,
& les rejoindre, ils concevront,
& vous donneront un fils plus noble
qu'aucune substance sublunaire.
F v

@

130 LE VERITABLE


IV.

Hoc opus complere scit Diana, si
sit involuta in inviolabilibus Veneris
amplexibus: Ora omnipotentem ut
mysterium hoc tibi revelet, quod in
praecedentibus meis capitulis aperui
ad litteram, & in quibus hoc secretum
planè tractatum; nec est quidem ullum
verbum vel punctum superfluum, nec
quod deficiat.

V.

At insuper praeter essentialem Mercurii
purgationem, poscit accidentalem
mundationem ad externas sordes,
à centro ad superficiem operatione veri
sulphuris nostri ejectas, abluendas.
Non absolutè necessarius est hic labor,
tamen opus accelerat, ideoque conveniens
est.

VI.

Quare cape Mercurii tui, quem
parasti per Aquilarum numerum convenientem,
& sublima ter à sale

@

PHILALETHE. 131

IV.

Cet ouvrage est l'opération de Diane,
qui est inviolablement enveloppée dans les
embrassements de Vénus. Priez le Tout-
Puissant qu'il vous révèle ce mystère, que
j'ai déjà expliqué à la lettre dans les Chapitres
précédents, où j'en ai marqué le
secret; ne croyez pas qu'il manque ici
aucune parole, ni qu'il y en ait quelqu'une
de superflue.

V.

Cette purgation essentielle du Mercure
doit être suivie d'une purgation accidentelle,
qui fasse passer du centre à la
circonférence, ses impuretés extérieures
par le moyen du vrai soufre; ce travail
n'est point absolument nécessaire. Cependant
il est utile, parce qu'il accélère
la perfection de l'oeuvre.

VI.

Prenez donc de votre Mercure que
vous avez préparé par un nombre suffisant
d'aigles; sublimez-le trois fois sur
F vj

@

132 LE VERITABLE


Communi ac Martis Scoriis, terendo
simul cum aceto & modico salis ammoniaci,
usque dum Mercurius dispareat;
exsicca tum, & destilla per
retortam vitream igne gradatim aucto,
usque dum totus Mercurius ascenderit.
Hoc ter aut amplius reitera,
postea Mercurium bulli in aceti spiritu
per horam in cucurbita aut vitro
lati fundi ac stricti colli, agitando interdum
strenuè. Decanta tum acetum
& acetositatem elue aquâ fontanâ,
repetitim affusâ. Tum exsicca Mercurium
& fulgorem ejus mirabere.

VII.

Posses lavare urinâ, aut aceto &
sale, ac sublimationi parcere, tum
saltem quâter destillare, postquam
omnes Aquilas perfecisti citra additionem,
lavando retortam Chalibeatam
quavis vice cinere ac aquâ; tandem
bulli in aceto stillato per dimidium
diei, agitando interdum strenvé
nigricans acetum effunde, & affunde

#@

PHILALETHE. 133

le sel commun & les scories de Mars, les
broyant avec du vinaigre & un peu de
sel armoniac, jusqu'à ce qu'il ne paraisse
plus de Mercure: étant desséché, distillez-le
à la retorte par un feu gradué, tant
que tout le Mercure soit passé. Il faut
réitérer ce procédé trois fois & plus;
après quoi faites bouillir le Mercure
dans du vinaigre distillé pendant une
heure, en une cucurbite à fond large & à
col étroit; ayez soin de le remuer ou
agiter de temps en temps. Versez le vinaigre
par inclination, & lavez ensuite
le Mercure dans de l'eau tiède commune,
séchez ce Mercure, & vous le verrez
d'un brillant extraordinaire.

VII.

Vous pourriez, pour épargner ces sublimations,
laver votre Mercure dans de
l'urine, ou dans du vinaigre & du sel,
& le distiller ensuite au moins quatre fois,
après néanmoins que vous l'aurez préparé
par le nombre d'aigles suffisantes
sans addition; cependant à chaque fois
il faut laver votre retorte avec de la cendre
& de l'eau. Enfin faites bouillir votre
Mercure pendant douze heures dans
du vinaigre distillé, en l'agitant fortement
de temps en temps; Versez par inclination

@

134 LE VERITABLE


novum; tandem elue aquâ calidâ,
possisque aceti spiritum redistillando
à negredine liberare, & ejusdem
virtutis habere.

VIII.

Hoc totum est ad amovendam externam
immunditiem, quae non adhaeret
in centro, & tamen est in superficie
paulò obstinatior, quam sic
percipies: recipe hunc Mercurium
aquilis septem aut novem praeparatum;
amalgama illud cum auro purgatissimo,
fiat amalgama in charta
mundissima, & videbis, quod amalgama
chartam nigredine fuscâ inquinarit.
Huic faeci tu occurres per destillationem
praefatam & ebullitionem
ac agitationem, quae praeparatio opus
valdè promovet accelerando.

@

PHILALETHE. 135

le vinaigre & en mettez de nouveau;
enfin lavez avec de l'eau chaude.
Et pour plus d'économie vous pouvez
distiller votre vinaigre, pour lui ôter
sa noirceur, & il sera toujours également
bon.

VIII.

Toute cette opération se fait pour ôter
l'impureté extérieure du Mercure, qui
n'adhère point au centre; mais qui ne
laisse pas de tenir fortement à la superficie.
Vous le connaîtrez en prenant le
Mercure, qui a passé par neuf aigles ou
environ, & l'amalgamant avec de l'or
très pur, faites l'amalgame sur du papier
blanc, & vous verrez que votre papier
se noircira, mais vous ôterez ces impuretés
par la distillation, que nous avons
marquée, & par l'ébullition & l'agitation
dans le vinaigre. Cette préparation
accélère beaucoup la perfection de l'oeuvre.

#@

136 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XVI.

De Amalgamate Mercurii & auri,
& de pondere utriusque debito.

I.

H Isce ritè peractis, capies auri
purgati & lamellati, aut subtiliter
limati, partem unam, Mercurii
partes binas, impone mortario
marmoreo calefacto, nempe in aquâ
bulliente, (ex quâ statim exemptum
exsiccatur, & calorem diu retinet)
tere cum pistillo eburneo, aut vitreo,
aut lapideo, aut ferreo, (quod non
tam bonum est,) aut buxeo; vitreum
tamen aut lapideum praestat. Ego corallino
albo uti soleo.

II.

Tere, inquam, strenuè, quousque
fiat impalpabilis, tantâ cum diligentiâ
tere, ac pictores colores suos solent
comminuere, tum vide temperaturam;

#@

PHILALETHE. 137

----------------------------------

C H A P I T R E XVI.

De l'Amalgame du Mercure, & de
l'or & du poids convenable de
l'un & de l'autre.

I.

T Out étant ainsi préparé, vous
prendrez une partie d'or très pur,
en feuille ou en limaille; vous les joindrez
avec deux parties de Mercure en un
mortier de marbre, que vous ferez échauffer
& bouillir dans de l'eau; le mortier
séchera aussitôt que vous le tirerez de
l'eau; broyez votre composition avec
un pilon de verre, de pierre, d'ivoire ou
de buis, les deux premiers sont les meilleurs,
le moins bon serait celui de fer.
Pour moi je me sers d'un pilon de corail
blanc.

II.

Broyez donc fortement & avec assez
de soin, pour que tout soit aussi impalpable
que les couleurs des Peintres. Examinez
ensuite la consistance de votre

@

138 LE VERITABLE


si plicabilis sit instar butyri,
non nimis calidi, nedum frigidi, ita
tamen, ut declinatum amalgama non
permittat decurrere Mercurium, instar
aquae hydropicae intercutalis, bona
est consistentia, sin minus adde aquae,
quantum sufficit, ad hujusmodi consistentiam
faciendam.

III.

Lex mixturae haec est, quod promptissimè
plicabilis sit, ac molissima, &
tamen instar glebularum rotundarum
formari queat, instar butyri, quod
licet digiti tactu lenissimo cedat, tamen
in globos formari à muliere lavante
potest. Exemplum allatum observa,
ut exactissimum, quia ut butyrum,
etsi declinetur, tamen non effundit
de se liquidius aliquid, quàm
tota est massa: pariter est mistura
nostra.

IV.

Pro intrinseca natura Mercurii
hoc signum dabitur, vel in dupla vel
in tripla proportione Mercurii ad corpus,
vel etiam in triplo coloris ad

@

PHILALETHE. 139

amalgame, qui doit être aussi maniable
que du beure, & qu'il ne soit ni chaud,
ni froid. Il ne faut pas que l'amalgame,
mis sur un papier incliné, laisse échapper
de sa liqueur, & s'il était trop sec, il
faudrait y mettre de notre eau, pour lui
donner une consistance raisonnable.

III.

La règle de ce mélange est que la matière
soit molle & souple sous la main,
& qu'on puisse néanmoins la mettre en petites
boules, comme font les femmes lorsqu'elles
lavent le beure. La comparaison
que je vous fais est juste. Il ne faut pas
que la masse de notre mélange laisse couler
plus d'humidité que fait le beure que
l'on a pétri & manié.

IV.

La nature intérieure de notre composé
doit être dans cette proportion, qu'il y
ait deux ou trois parties de Mercure sur
une du corps parfait, ou qu'il y ait trois

@

140 LE VERITABLE


quadraplum spiritus, aut duplo ad
triplum; eritque pro Mercurii differentiâ
mollius, aut asperius amalgama;
semper tamen memento, quòd
in glebulas coalescat, illaeque glebulae
sepositae sic concrescant, quod non
appareat vivacior Mercurius in fundo
quàm in summo. Nota enim, quod
si quiescere permittatur amalgama,
sponte indurescit.

V.

Judicanda ergo est temperatura inter
agitandum, & si tum plicabilis sit
instar butyri, glebulasque fieri permittat,
suaeque glebulae in chartâ mundâ
positae sine molestiâ, sic in quiete concrescant,
quod fundus summitate non
sit liquidior, bona est proportio.

VI.

Hoc facto cape spiritum aceti, &
solve in eo tertiam partem proprii sui
ponderis salis ammoniaci, & impone
Mercurium; & solem antea amalgamatum
in hunc liquorem, impone vitro

#@

PHILALETHE. 141

parties du corps contre quatre de l'esprit,
ou même trois parts de ce dernier contre
deux du premier, & cette différence
rendra l'Amalgame ou plus mol ou plus
ferme; mais souvenez-vous toujours
qu'on en puisse former des boules, lesquelles
étant posées, ne laissent point paraître
le Mercure plus brillant dans la
partie inférieure que dans la supérieure.
Remarquez aussi que l'Amalgame durcit
en refroidissant.

V.

Il faut donc juger de sa consistance en
agitant ou broyant la matière, si elle est
aussi souple que le beure, qu'elle se laisse
mettre en petites boules, qui étant formées
& posées sur un papier blanc ne
soient pas plus humides en bas qu'en haut,
alors la proportion est juste.

VI.

Cela étant fait, prenez du vinaigre
distillé & y faites dissoudre le tiers de
son poids de sel Armoniac. Mettez votre
Amalgame d'or & de Mercure dans cette
liqueur, qui soit dans un matras à long

@

142 LE VERITABLE


colli longi, & bullire permitte quadrantem
horae, forti ebullitione, tum
exime misturam ex vitro, semove liquorem,
calefac mortarium, & tere,
ut supra, fortiter ac seduliter, tum
cum aqua calida elue omnem nigredinem.
Impone iterum in priorem liquorem,
& in vitro eodem ebulli iterum,
tere iterum strenuè, ac lava.

VII.

Hoc reitera, usque dum nullo labore
ullum possis colorem ex amalgamate
abstergere, clarescet tum amalgama
instar purissimi argenti, politissimique
stupendo candore. Adhuc observa
temperaturam & cave, quod
sit exquisita juxta datas regulas; sin
minus, effice justam, & procede ut
supra. Hoc opus est laboriosum, tamen
laborem compensatum videbis signis
in opere apparentibus.

VIII.

Tandem bulli in aqua pura, decantando
ac repetendo, quousque salsedo

#@

PHILALETHE. 143

col, vous l'y ferez bouillir pendant un
quart d'heure, ôtez votre composé & en
séparez la liqueur, puis vous le broierez
fortement avec de l'eau chaude dans un
mortier échauffé, comme nous l'avons
dit; par-là vous en ôterez la noirceur,
remettez votre Amalgame dans la même
ou pareille liqueur que ci-dessus, faites
l'y bouillir & le lavez ensuite comme
vous avez déjà fait.

VII.

Il faut réitérer ce travail jusqu'à ce
que l'Amalgame ne donne plus aucune
teinture, alors il sera aussi clair & aussi
brillant que l'argent le plus pur & le
mieux poli, faites toujours attention à
la consistance telle que nous l'avons marquée,
autrement il faut la réduire à sa juste
proportion. Ce travail est difficile, mais
vous en serez récompensé par les signes
que vous verrez.

VIII.

Enfin faites bouillir votre composé
dans de l'eau nette, versez-la par inclination,

#@

144 LE VERITABLE


& acrimonia tota evanuerit;
tum aquâ effusâ exsicca amalgama,
quod cito fiet. Ut autem securus valde
fis (quia nimia aqua opus perdet,
vapore suo vas, utut magnum, rumpendo)
agita supra chartam mundam
cum apice cultelli, à loco ad locum,
usque dum exsiccetur optimè, tum procede,
ut docebo.
----------------------------------

C A P U T XVII.

De vasis proportione, formâ, ma-
teriâ & clausurâ.

I.

H Abebis vitrum ovale & rotundum,
tam magnum ut aquae
destillatae unciam unam capiat in sua
sphaera ad ultimum, nec sanè minus,
si possis; sed circa illam mensuram,
quàm cautè possis, compara. Habeat
vitrum collum palmae unius altitudine,
vel spitamae, vel decem digitorum,
esto vitrum bene clarum, spis-
nation

#@

PHILALETHE. 145

& continuez à faire la même chose
toujours avec de nouvelle eau, jusqu'à ce
que vous ayez ôté tout le sel de l'Amalgame:
vous devez ensuite le sécher, ce
qui sera bientôt fait; l'humidité perdrait
votre ouvrage & ferait casser votre vaisseau,
il faut pour être certain que tout
est bien desséché le mettre sur du papier
blanc & l'y remuer de temps en temps avec
la pointe d'un couteau en le faisant changer
de place, tant que tout soit bien sec;
conduisez-vous ensuite comme je vous le
marquerai.
----------------------------------

C H A P I T R E XVII.

De la Proportion du vase, de sa
forme, & de sa matière, & de
la manière de le boucher.

I.

P Renez un vaisseau de verre qui soit
non entièrement rond, mais ovale, qui
puisse au plus contenir dans sa capacité
environ une once d'eau distillée, que le
col soit haut d'une paume ou dix doigts,
que le verre en soit clair, & plus il sera
Tome II. G

@

146 LE VERITABLE


sum, quo spissius, eo melius, dummodo
dinstinguere possis in vitri concavo
actiones. Ne sit spissius in uno quam
in alio loco.

II.

Esto materia huic vitro adaptata
uncia semis auri cum uncia una Mercurii,
& si triplum Mercurii addideris
adhuc intra binas uncias erit
totum compositum. Estque haec proportio
exquisita. Porrò nisi vitrum sit
spissum, in igne perseverare non valebit,
quia venti, qui in vase ab Embryone
nostro formantur, vas disrumpent.
Esto vitrum sigillatum in summitate
tanta cum diligentia & cautela,
quod nec fissura sit, nedum foramen,
aliter periret opus.

III.

Sic vides quod opus in principiis
suis materialibus non excedat pretium
aureorum trium, vel trium florenorum.
Imo in aquae fabrica sumtus
unius librae vix excedit coronatos
duos. Instrumenta, fateor, sunt nonnulla,

#@

PHILALETHE. 147

épais meilleur il sera, pourvu que vous
puissiez distinguer le travail qui se fera au
fond du verre, surtout qu'il soit partout
d'une égale épaisseur.

II.

Mettez dans ce vaisseau une demie
once d'or, avec deux onces de Mercure,
& s'il y avait trois fois autant de Mercure
que d'or, le tout ne doit peser que
deux onces, telle est la proportion requise,
si le verre n'était point assez épais il
ne tiendrait pas au feu; mais se romprait
à cause des vents qui sortent de notre
embryon; il faut aussi que le col du verre
ou matras soit bien bouché, qu'il n'y ait
ni trou, ni fêlure, autrement l'oeuvre
périrait.

III.

Par là vous voyez que le prix de la matière
que l'on emploie pour l'oeuvre ne
passe pas trois ducats ou trois florins
d'or & l'on peut pour deux écus faire une
livre de notre eau; il est vrai qu'il faut
G ij

@

148 LE VERITABLE


illa tamen neutiquam cara,
& si meum instrumentum destillatorium
habueris, à vitris fragilibus
facile excusabere.

IV.

Sunt tamen aliqui, qui somniant
imperialis forsan unius pretium toti
operi inserviturum, quibus respondere
licet, hoc, illos nunquam opus experimento
perfecisse, probare. Alia
enim sunt in opere necessaria, quae
sumptibus indigent. At instabunt hi
ex Philosophis, omne, quod magno
pretio emitur, in opere nostro mendax
reperitur. Quibus responderem, &
quid est opus nostrum? Nempe facere
lapidem? Illud quidem finale est:
verum opus est, humiditatem reperire,
in qua aurum liquescit sicut glacies
in aqua tepida; hoc reperire est
opus nostrum.

V.

In hoc multi insudant, ut Mercurium
solis, alii, ut Mercurium Lunae
lacrarentur; at frustra. Nam in hoc
opere mandax est omne, quod caro

@

PHILALETHE. 149

quelques instruments, mais qui ne sont
pas chers, & si l'on avait un Alambic
pareil au mien, on serait dispensé d'en
prendre de verre toujours sujet à se casser.

IV.

Il s'en trouve néanmoins qui s'imaginent
que toute la dépense ne passe guères
un ducat, auxquels on peut répondre
qu'ils n'en ont jamais fait l'épreuve. Il y
a encore plusieurs autres dépenses à faire
dans le cours de l'opération; mais ils diront
avec les Philosophes que tout ce qui
coûte cher dans notre oeuvre n'est que
tromperie: à quoi je réponds; qu'est-ce
que notre oeuvre? C'est de faire la pierre;
tel est notre but, le secret consiste à
trouver une humidité, dans laquelle l'or
se fond comme la glace dans l'eau tiède,
trouver cette humidité est notre oeuvre.

V.

C'est pour cela que plusieurs s'appliquent
à tirer le Mercure de l'or & d'autres
de l'argent, mais le tout inutilement;
car c'est ici que l'on peut dire que tout ce
qui coûte cher est sujet à tromperie; &
G iij

@

150 LE VERITABLE


venditur pretio. Amen dico, quod hujus
aquae principii materialis tantum
emi possit pretio unius floreni, quantum
ad duas integras libras Mercurii
animandum sat sit, ut fiat verus
sapientum Mercurius. Summopere indagatus:
ex hoc solem conficimus,
qui cum perfectus est, plus constat
artistae, quàm si eundem emisset pretio
auri purissimi, est enim in omni
examine aequè bonus ac longè excellentior
ad opus nostrum.

VI.

Interim vasa vitrea, carbones,
vasa terrea, furnus, vasa atque Instrumenta
ferrea non possunt nihilo
comparari. Tacescant ergo turpes Sophistarum
garrulitates, impudenter
mentientium, ac garrulitate suâ plurimos
seducentium. Absque perfecto
corpore, nostrâ Veneris & Dianae sobole,
quod est aurum purum, nulla
tinctura permanens haberi potest. Estque
lapis noster ex uno latere, respectu
suae nativitatis vile, immaturum
ac volatile; ex altero perfectum, pretiosum

#@

PHILALETHE. 151

je puis vous assurer qu'avec un florin on
a de matière principale ce qu'il en faut
pour animer deux livres de Mercure,
pour en faire le Mercure des Sages, si
souvent cherché; c'est là ce qui nous
sert à faire l'or, qui étant parfait vaut
plus pour l'Artiste que s'il l'achetait au
prix de l'or le plus pur. Car il résiste à
toute épreuve, & c'est le meilleur qu'il y
ait pour notre oeuvre.

VI.

D'ailleurs les vaisseaux de verre, de
terre, & de fer, le fourneau, le charbon,
& les autres instruments ne se donnent pas
pour rien. Que les Sophistes qui mentent
si hardiment, se taisent donc ici & qu'ils
ne continuent point à séduire les commençants
par de vains discours. On ne saurait
sans le corps parfait & sans la postérité
de Diane & de Vénus, qui est notre
or, faire une teinture permanente. Notre
pierre dans son origine est d'un côté de
peu de valeur, indigeste, & volatile, &
de l'autre elle est parfaite, précieuse &
G iiij

@

152 LE VERITABLE


& fixum, species corporis ac
spiritûs sunt sol & luna, aurum &
argentum vivum.
----------------------------------

C A P U T XVIII.

De Furno sive Athanore Sophico.

I.

D E Mercurio dictum est, ejusque
praeparatione, proportione
ac virtute; de sulphure item, ejusque
necessitate, ac usu in opere nostro; quae
quomodo paranda sint, monui, quomodo
miscenda, docui; de vase item,
in quo sigillanda, plurima detexi:
Quae omnia cum grano salis intelligenda
moneo, ne fortè literatim procedendo
saepiùs errare contingat.

II.

Sic enim cum in solito candore Philosophicas
subtilitates texuimus, quòd
nisi plurimas in praecedentibus capitulis
metaphoras olfeceris, vix aliquid

@

PHILALETHE. 153

fixe, & ces deux espèces sont le Sol
& la Lune, c'est-à-dire l'or & le vif argent.
----------------------------------

CHAPITRE XVIII.

De l'Athanor ou Fourneau Philosophique.

I.

J E vous ai parlé du Mercure, de sa
préparation, de sa proportion, de sa
vertu; j'ai pareillement marqué la nécessité
& l'usage du soufre dans notre oeuvre,
aussi bien que sa préparation & son
mélange avec le Mercure. J'ai dit quel
était le vase, & de quelle manière il
devait être scellé ou fermé; mais je suis
bien aise d'avertir, que tout mon discours
doit être tempéré d'un grain de sel
(c'est-à-dire de la prudence du lecteur)
autrement on tomberait dans l'erreur en
le prenant à la lettre.

II.

J'ai cependant expliqué avec candeur
les subtilités de la Philosophie Hermétique;
mais ceux qui n'y remarqueront pas
de la métaphore ne moissonneront pour
G v

@

154 LE VERITABLE


Messis praeter temporis amissionem, dispendium
ac laborem colliges. Exempli
ergo, ubi sine ulla ambiguitate
unum principium Mercurium, alterum
solem diximus; unum vulgò venale,
alterum arte nostrâ fabricandum:
si non noris posteriorem, subjectum
secretorum nostrorum ignoras;
at potes ejus loco in sole vulgare laborare,
attamen cave ne erres in percipiendo
nostro sensu, quia sol noster in
omni examine est aurum bonum, ac
propterea venalis est (si reducatur in
metallum) vendi potest sine scrupulo.

III.

Aurum verò nostrum pecuniae pretio
emi nequit, quamvis pro eo coronam
vel regnum dare velles; est enim
donum Dei. Aurum enim nostrum ad
manus nostras perfectum (saltem vulgò)
non est habendum, quia ut nostrum
sit, nostrâ opus est arte. Posses
quoque si rectè quaeras, in sole, lunâque
vulgaribus solemque nostrum
quaerere & reperire. Quare aurum

@

PHILALETHE. 155

fruit de leur travail que la perte de leur
temps, beaucoup de dépense inutile &
de la peine. J'ai dit par exemple sans qu'il
paraisse y avoir aucune ambiguïté, que le
premier principe de notre oeuvre était le
Mercure & l'autre le Sol; que l'un se
trouvait chez les Marchands, & que l'autre
était une suite de notre opération &
de notre travail. Si vous ignorez ce que
c'est que ce dernier, vous ne connaissez
pas encore le sujet de notre oeuvre secret,
mais en sa place vous pouvez prendre de
l'or vulgaire & travailler dessus. Cependant
prenez garde de bien entendre ce que
je dis, parce que notre or souffre toutes
les épreuves; c'est pourquoi on le peut
vendre en toute sûreté dès qu'il est réduit
en métal.

III.

Notre or cependant ne saurait s'acheter;
à quelque prix que ce soit, en offrirait-on
même un Royaume, c'est un don
de Dieu & ne peut se trouver dans la perfection
que nous le désirons. C'est le fruit
de notre travail, vous pouvez cependant
l'extraire de l'or & de l'argent ordinaire
si vous avez le talent de l'en tirer, c'est
pourquoi notre or est la matière prochaine
G vj

#@

156 LE VERITABLE


nostrum est lapidis nostri materia proxima;
sol & luna vulgaris propinqua,
caetera metalla remota; eaque
quae non sunt metallica remotissima,
sive potiùs aliena.

IV.

Ego ipse in sole, lunaque vulgaribus
quaesivi ac reperi. Sed leviori
negotio lapis faciendus est ex materia
nostra, quam ex quocumque metallo
vulgari veram nostram materiam
extrahere. Quia aurum nostrum
est Cahos, cujus anima per ignem
non fugata est, aurum verò vulgi est
corpus cujus anima ut ab ignis tyrannide
sit tuta, in locum bene munitum
se recepit. Quapropter dicunt Philosophi
ignem Vulcani esse artificialem
metallorum mortem, ita ut quaecumque
fusionem passa sunt, in hac
ipsa vitam suam amiserint, quae si
ingeniose applicare noveris, tum corpori
tuo imperfecto, tum igneo draconi,
non opus est tibi aliâ clavi ad
omnia nostra Arcana.

@

PHILALETHE. 157

de notre pierre, comme l'or & l'argent
& les autres métaux en sont la matière éloignée,
& les choses non métalliques
n'en sont que la matière très éloignée &
même étrangère.

IV.

Pour moi je l'ai cherché & trouvé
dans l'or & l'argent ordinaires; mais par
notre or on opère bien plus facilement,
que par l'extraction qu'on en ferait des
métaux vulgaires. Notre or est un Cahos
dont le feu n'a pas fait évaporer l'âme, au
feu que pour mettre l'âme de l'or vulgaire
à couvert, & la maintenir contre la
puissance tyrannique du feu il faut le tenir
en un vaisseau bien fermé, c'est ce qui a
fait dire aux Philosophes que le feu cause
la mort des métaux, de manière que dès
qu'ils ont été mis en fusion, dès lors ils
sont privés de la vie. Mais si vous avez le
talent de joindre notre or à quelque corps
imparfait ou à ce dragon dévorant, vous
n'avez pas besoin de chercher d'autre
clef pour tous nos secrets.

@

158 LE VERITABLE


V.

Sed si solem nostrum quaeris in
media substantiâ inter perfectum &
imperfectum, invenire potes; insuper
solve corpus solis vulgaris, quod
Herculeanum opus est, diciturque praeparatio
prima, quâ incantamentum
solvitur, quo ejus corpus erat
vinctum, ne opus mariti perficeret.
Si priorem viam ingressus fueris igne
benignissimo à principio ad finem procedere
teneris; sin posteriorem torridi
tum Vulcani operam implorare debes,
talem puta ignem adhibere oportet,
qualem in multiplicatione subministramus,
dum corpus solis, Lunae-ve
vulgi Elixiri perficiendio pro fermento
adhibetur, hic sanè labyrinthus tibi
erit, nisi te prudenter extrices.

VI.

In quolibet tamen processu indiges
calore aequali ac continuo, sive in sole
vulgi, sive in nostro tantum operatus
fueris. Noveris etiam Mercurium

@

PHILALETHE. 159

V.

Mais si vous cherchez notre or dans
une substance qui tienne le milieu entre
les corps parfaits & les imparfaits, alors
vous le pourrez trouver. D'ailleurs dissolvez
l'or vulgaire, opération qui est
nommée travail d'Hercules, c'est notre
première préparation qui lève l'enchantement
qui liait le corps de l'or, & l'empêchait
de faire les fonctions de mâle, si
vous suivez cette route, il faut employer
un feu très doux & très tempéré, depuis
le commencement jusqu'à la fin; mais si
vous prenez la seconde voie, alors il
vous faut un feu violent, & pareil à celui
que l'on emploie pour faire la fermentation
de notre Elixir avec l'or &
l'argent commun. Il faut ici beaucoup de
prudence pour sortir du labyrinthe où vous
vous trouverez.

VI.

Quelque procédé que vous suiviez;
soit avec notre or, soit avec l'or commun,
vous avez besoin d'une chaleur égale
& continuelle, & sachez que dans
l'un & l'autre travail votre Mercure,

@

160 LE VERITABLE


tuum in utroque opere, licet radicaliter
unus sit, diversum tamen esse in
sua praeparatione: & lapidem tuum
cum auro nostro, binis aut ternis mensibus
citiùs perfectum esse, quam
primam materiam nostram ex sole vel
lunâ vulgaribus fuisse extractam,
eritque Elixir alterius in priori gradu
suae perfectionis, maximae virtutis,
quàm alter in tertia rotatione rotae.

VII.

Insuper si cum sole nostro laboraveris
oportet te cibationem facere,
imbibitionem & fermentationem,
quibus vis ejus crescet in immensum;
in alio verò opere oportet te illum primò
illuminare ac incerare, ut abundè
in Rosario Magno docetur.

VIII.

Tandem si in auro nostro operatus
fueris, posses calcinare, putrefacere,
& purificare igne benignissimo naturae
intrinseco, adjuvante extrinseco
balneo ad instar fimi, aut vaporoso.

#@

PHILALETHE. 161

quoiqu'essentiellement le même, diffère
néanmoins dans sa préparation, & la
pierre faite avec notre or, s'avance de
trois mois plutôt que si vous travaillez
avec la première matière tirée de l'or &
de l'argent ordinaire; & l'oeuvre même
a plus de force à son premier degré de
perfection que l'autre n'en aurait à la troisième
imbibition.

VII.

Je vous dirai même que si vous travaillez
avec notre or, il suffit pour augmenter
l'oeuvre à l'infini de faire seulement
la cibation, l'imbibition & la fermentation;
mais si vous employez l'or
vulgaire il faudra illuminer, & incérer la
matière, comme il est amplement marqué
dans le Grand Rosaire.

VIII.

Enfin notre or ne demande dans le travail
qu'un feu naturel très doux, excité
cependant par un bain vaporeux, aussi
tempéré que la chaleur du fumier, &
par-là vous pouvez calciner, putréfier
& purifier votre matière! Au lieu qu'avec

@

162 LE VERITABLE


Si autem in sole vulgi laboratus fueris,
primò sublimando ac bulliendo
aptata sunt materialia, & postea illa
cum Virginis lacte unire valeas. Utrumque
tamen progressum feceris,
nil tamen citra ignem ullatenus poteris
efficere. Quare non gratis Hermes
veridicus ignem soli patri, lunaeque
matri, ut tertium proximumque totius
gubernatorem statuit. Hîc tamen
de furno verè secreto intelligi debet;
quem oculus vulgaris vidit numquam.

IX.

Est tamen & alius furnus, quem
communem appellamus, qui est noster
Henricus lentus, qui aut lateritius,
aut ex luto figuli erit conflatus,
aut ex lamellis ferreis, aeneisque luto
bene loricatis, hunc furnum Athanor
appellamus, cuius forma mihi magis
arridet, turris cum nido. Quare
esto turris duorum circiter pedum, aut
plus altitudinis, latitudinis novem digitos,
seu spitamam communem, inter
lamellas latitudinis circiter duorum
digitorum inferiùs ex utraque

@

PHILALETHE. 163

l'or vulgaire il faut employer quelques
matières pour le faire bouillir & sublimer,
afin de l'unir ensuite avec le lait
de la Vierge; mais quelque procédé que
vous suiviez, vous ne pourrez rien opérer
sans feu. C'est ce qui a fait dire avec vérité
par Hermès, qu'outre l'or qui tient
lieu de père, & la Lune qui fait la fonction
de mère, il faut pour tiers un feu qui
régisse toute l'opération. Mais il s'agit
ici du fourneau secret qui est invisible.

IX.

Ce fourneau ne nous dispense pas d'en
employer un autre, qui est plus commun,
fait de briques, de terre à potier
ou de lame de fer, ou d'airain, le tout
bien enduit & bien cimenté. L'Athanor
est celui que je préfère aux autres, il a
une Tour & un Nid, cette tour doit avoir
deux pieds & un peu plus de haut sur
neuf à dix doigts de diamètre en dedans,
l'épaisseur des côtés doit être de deux
doigts de chaque côté, la porte où est le

@

164 LE VERITABLE


parte; ita & altitudo sit quasi septem
vel octo digitorum, ad ultimum pars
illa ignem continens spissior sit ex luto
quàm quae superior est: aequalis autem
sit assensus sensim imminuendo.

X.

Post soleam, stratumve fundamentale,
esto otiolum pro expurgandis cineribus,
trium, quatuorve digitorum
altitudinis vel parum plus, & craticula
cum lapide adaptato statuatur
paulo à crate supernè ad digiti altitudinem
foramina sunto bina, quae
aditum nido exactè clauso ac juncto
ad latus patefaciant. Foramina sint
diametri circiter unius digiti, nidusque
capax trium, quatuorve ovorum
vitreorum, at non ampliùs. Turris
etiam & nidus omnibus fissuris careant.
Nidus non descendat infra discum,
sed ignis immediatè discum attingere,
& per duo, tria, aut quatuor
foramina exire possit. Nidus
etiam habeat operculum, cum fenestellâ,
in quo vitrum altitudinis circiter

#@

PHILALETHE. 165

feu doit avoir sept ou huit doigts d'élévation,
& doit être plus épaisse dans le
bas que dans le haut, & que cette épaisseur
aille toujours en diminuant d'une
manière imperceptible, jusqu'à la partie
supérieure.

X.

Au dessus du Sol ou la partie la
plus inférieure du fourneau, il faut une
petite porte de trois à quatre pouces en
carré par où l'on puisse ôter les cendres;
au-dessus il faut une grille & un pouce
plus haut il y aura deux trous, qui feront
circuler la chaleur dans l'Athanor; cette
Tour non plus que le Nid ne doivent avoir
aucune ouverture ou fente; le Nid
ne doit pas être plus bas que le bassin
qui doit être immédiatement frappé par
le feu, & ce feu doit avoir son issue par
trois à quatre trous; le Nid aura son couvercle
avec une fenêtre & doit contenir

@

166 LE VERITABLE


unius pedis consistere possit, vel aliter
perforatum sit, ad summitatem.

XI.

His ita dispositis furnus in loco claro
collocetur & carbones per summitatem
imponantur, 1°. qui accensi,
deinde alii; demum ut nullus aëri aditus
pateat, summitas operculo,
juncturis ejus cineribus cribratis impletis
defendatur. In tali furno totum
opus ab initio ad finem perficere potes.

XII.

Caeterùm si curiosus fueris aliam
atque aliam viam reperire possis,
ignem debitum administrandi; fiat
ergo Athanor in hunc modum, in quo
sine vitri amotione quemvis caloris
gradum adhibere possis pro voto, à
calore febrili ad ignem usque reverberii
minoris, vel obscurè rubri caloris,
in quo intensissimo suo gradu per
se duret per horas ad minus octo aut
decem, scilicet non amplius subministrando
carbones, quia minori temporis

#@

PHILALETHE. 167

un matras d'un pied de long ou environ,
sinon il doit y avoir un trou au couvercle
du Nid pour passer le col du matras.

XI.

Tout étant ainsi disposé le fourneau
doit être mis en un lieu éclairé, placer les
charbons par le haut de la Tour, d'abord
on mettra des charbons allumés, puis des
charbons noirs, & y mettre son couvercle
que l'on joindra avec de la cendre
tamisée, de manière qu'aucun air n'y
puisse entrer, ce seul fourneau doit servir
pour mener l'oeuvre à sa perfection.

XII.

Mais si vous êtes industrieux vous
trouverez d'autres moyens de donner un
feu convenable; mais disposez votre
Athanor de manière que sans toucher au
matras vous puissiez changer les degrés
du feu, comme vous le jugerez à propos
depuis une chaleur telle que celle de la
fièvre, jusques au feu du petit réverbère,
ou d'un rouge obscur; faites en sorte que
dans sa force il puisse rester du moins sept
ou huit heures dans la même égalité sans
y mettre de nouveau charbon; s'il durait

@

168 LE VERITABLE


spatio laborare valdè operosum
erit. Tùm patet titi prima janua.

XIII.

Verum cum lapide jam potitus es,
posses utilius furnum praedictum portatilem
confingere (ut ego ipsemet feci)
quia facilè portari potest, nec enim
aliae operationes difficiles ac tam laboriosae
erunt, sed brevissimae, ac
propterea non indigent furno majore,
quod magis laboriosum fore ad circum
ferendum, quàm paulò citiùs quàm tu
assuevisti surgere, ut minori fumo
& carbones administres, hoc pro spatio
unius fortè septimanae, vel ut maximè
duarum aut trium in tempore
multiplicationis.
----------------------------------

C A P U T XIX.

De Operis Progressu per primos
dies quadraginta.

I.

P Arato Mercurio nostro ac sole
nostro, include ea vasi nostro, ac
moins

@

PHILALETHE. 169

moins ce serait encore un nouveau travail;
alors vous avez la première porte
de l'oeuvre.

XIII.

Dès que vous aurez fait la pierre, vous
pourrez avoir un fourneau portatif, tel
que le mien, parce que les autres opérations
sont bien moins difficiles: & demandent
moins de temps, ainsi elles
n'ont pas besoin d'un feu aussi fort, ni d'un
fourneau difficile à transporter; & comme
il ne s'agit plus que de multiplier on
pourra faire durer le feu au moins l'espace
d'une semaine dans la même égalité.
----------------------------------

C H A P I T R E XIX.

Du Progrès de l'Oeuvre pendant les
quarante premiers jours.

I.

N Otre Mercure étant préparé avec
notre or; enfermez-les dans notre
Tome II. H

@

170 LE VERITABLE


rege igne nostro, ac intra dies quadraginta
videbis totam materiam in
umbram conversam, vel in atomos,
sine ullo motore aut motu visibili, aut
ullo calore tactu deprehensibili, nisi
quod calescat.

II.

Verum si Solis nostri, Mercuriique
nostri mysterium te hactenus lateat,
tolle manum ab opere; nam nil nisi
dispendium te manet. Sin autem solis
nostri inventionem nondum in latitudine
suâ noveris, at Mercurii nostri
scientiam es adeptus, & quomodo
praeparatione aptandus est corpori perfecto,
quod est mysterium magnum,
tum cape solis vulgi partem unam benè
purificatam, & Mercurii nostri
primò illuminati partes tres, junge,
at superius dictum est, & impone igni,
dando calorem, in quo bulliat, sudetque,
sudorque ejus circuletur sine intermissione,
& hoc de die ac nocte per
dies noctesque nonaginta, & videbis
Mercurium hunc omnia elementa solis

#@

PHILALETHE. 171

vaisseau & y administrez un feu convenable,
& dans quarante jours vous verrez
votre matière s'obscurcir & se changer en
Atomes, sans aucun mouvement visible;
mais seulement par une chaleur presque
imperceptible.

II.

Mais si vous ignorez le secret de notre
or, & de notre Mercure, je vous conseille
de ne pas travailler, autrement ce ne
serait pour vous que des dépenses inutiles;
mais si vous ne connaissez pas notre
or dans toute son étendue, & que vous
ayez cependant la connaissance de notre
Mercure, de sa préparation, & comment
il doit être uni au corps parfait, ce qui
est le plus grand mystère, alors prenez
une part d'or vulgaire bien purifié, & trois
parts de notre Mercure du plus brillant,
comme nous l'avons dit; mettez-le sur
le feu avec un degré de chaleur assez fort
pour le faire bouillir & suer, & que cette
sueur circule sans discontinuation pendant
90. jours & autant de nuits, & vous
verrez que ce Mercure aura séparé & ensuite
réuni tous les éléments de l'or vulgaire,
H ij

#@

172 LE VERITABLE


vulgi disgregasse iterumque conjunxisse,
bulli postea per dies alios
quinquaginta, & videbis in hac operatione
solem tuum vulgarem conversum
in solem nostrum, qui est medicina
primi ordinis.

III.

Est ergo sulphur hoc jam nostrum,
at nondum tinget, & crede mihi,
hac viâ operati sunt plurimi Philosophi,
& verum assecuti sunt; estque via
taediosa valde, estque pro Magnatibus
terrae, quia nacto hoc sulphure, ne
credas te habere lapidem, sed tantum
veram ejus materiam quae est res imperfecta,
quam potes quaerere ac reperire
intra septimanam per viam
nostram facilem & raram, quam
Deus reservavit pro pauperibus contemptis,
abjectisque suis sanctis.

IV.

Hac de re multa jam verba facere
decrevi, licet in libri hujus initio decreveram
alto sepelire silentio. Hoc est

@

PHILALETHE. 173

faites-le bouillir encore cinquante
jours, & par cette opération, l'or vulgaire
sera changé en or Philosophique
qui est la médecine du premier ordre.

III.

C'est donc là notre soufre; mais il ne
donne pas encore de teinture. Telle est la
voie qu'ont suivie plusieurs Philosophes
& je puis vous assurer qu'ils ont réussi;
il est vrai que cette voie est ennuyeuse
& propre seulement pour les personnes
riches, parce que possédant ce soufre,
ce n'est pas encore la pierre; c'en est
seulement la première matière.
Mais par notre voie il ne faut pas
plus d'une semaine, Dieu a réservé cette
voie rare & facile pour les pauvres,
& pour les personnes pieuses, qui ne
sont pas estimées des hommes.

IV.

J'ai donc résolu de vous déclarer maintenant
cette voie, quoiqu'au commencement
j'eusse résolu de l'ensevelir dans
le silence. C'est un des plus grands Sophismes
H iij

#@

174 LE VERITABLE


unum magnum Sophisma omnium Adeptorum,
loquuntur quidam de auro,
argentoque vulgi, & verum dicunt;
negantque alii idem, & verum dicunt.
Ego charitate commotus, manum
jam porrigam, jamque omnes
appello Adeptos, eosque omnes invidiae
insimulo. Ego quoque decreveram
eandem invidiae semitam calcare, nisi
quod DEUS nos praeter nostrum consilium
distorsit, cui sit aeterna sanctificatio!

V.

Dico ergo, quod utraque via est
vera, quia via est tantum una in fine:
at non in principio. Quia totum
nostrum secretum est in Mercurio nostro
& sole nostro. Mercurius noster est
via nostra, & sine eo nihil fiet. Sol
quoque noster non est aurum vulgi,
& tamen in sole vulgari est sol noster,
aliter enim quomodo metalla
erunt homogenea.

@

PHILALETHE. 175

des Adeptes de dire qu'ils se servent
de l'or & de l'argent ordinaires,
en quoi ils disent vrai, aussi bien que
ceux qui nient que ce soient de l'or &
de l'argent vulgaires. Mais la charité me
porte à secourir tout le monde; j'en appelle
à tous les Philosophes que j'accuse
tous de jalousie. J'avais résolu de donner
dans le même défaut, mais Dieu que
j'en louerai éternellement, m'a détourné
de cette résolution.

V.

Je dis donc que ces deux voies sont
également vraies, parce qu'elle tendent,
au même but, quoiqu'elles n'aient
pas le même commencement. Tout le
mystère secret de notre opération consiste
dans notre Mercure, & notre or.
Notre Mercure est donc notre voie, &
sans lui on ne saurait réussir; notre or
n'est pas l'or vulgaire & cependant il se
trouve dans l'or vulgaire, autrement les
métaux ne seraient pas homogènes;
c'est-à-dire de même nature.
H iiij

@

176 LE VERITABLE


VI.

Si ergo noveris methodum illuminandi
Mercurium nostrum modo debito,
poteris loco solis nostri, eumdem
cum auro vulgi conjungere (nota vero
quod praeparatio Mercurii diversa
esse debet in utrumque solem.) In debitoque
regimine eorum, spatio centum
& quinquaginta dierum habebis
solem nostrum: sol enim noster naturaliter
ex Mercurio provenit.

VII.

Quod si aurum vulgi fuerit per
Mercurium nostrum in elementa sua
disgregatum, iterumque conjunctum,
tota mixtura ignis beneficio erit aurum
nostrum, quod deinde junctum
cum Mercurio à nobis praeparato, quem
lac virginis nostrum vocamus, & aurum
decoquatur, dabit pro certo omnia
signa descripta à Philosophis tali igne,
quali ipsi scripserunt.

@

PHILALETHE. 177

VI.

Et quoique la préparation de notre
Mercure doive être différente pour être
joint à ces deux or différents, cependant
si vous trouvez le moyen d'illuminer
notre mercure comme il faut, vous
le pourrez joindre à l'or vulgaire, &
avec un régime convenable, vous aurez
notre or en cent cinquante jours, parce
que notre or vient originairement du
Mercure.

VII.

Si l'or vulgaire est par notre Mercure
divisé en ses éléments, & qu'ensuite ils
soient réunis par le moyen du feu, alors
il devient notre or, lequel rejoint au
Mercure que nous avons préparé, & que
nous appelons notre lait virginal,
vous donnera les signes indiqués par les
Philosophes, en conduisant néanmoins
le feu ainsi qu'ils l'ont décrit.
H v

@

178 LE VERITABLE


VIII.

Jam vero si decoctioni nostrae solis
vulgi (utut purissimi) eumdem Mercurium
apposueris, qui apponi solet
soli nostro, licet generaliter loquendo
uterque ex eadem radice fluet, idemque
regimen caloris adhibueris, quod
Sophi in suis libris applicati sunt lapidi
nostro, in erroris via es pro certo:
& hic magnus est labyrinthus, in quo
tyrones fere omnes haerent, quia Philosophi
in libris suis de utraque via
scribunt, quae revera non sunt nisi via
una fundamentaliter, nisi quod una
sit directa magis, quam altera.

IX.

Qui ergo scribunt de sole vulgi
prout nos aliquando in hoc tractatulo,
uti quoque Artephius, Flamellus,
Riplaeus caeterique multi, non aliter
sumus intelligendi, quam ut sol Philosophicus
ex sole vulgi & Mercurio
nostro fiat, qui dein per reiteratam liquefactionem
dabit sulphur & argentum

#@

PHILALETHE. 179

VIII.

Mais si vous joignez l'or vulgaire
quelque parfait qu'il soit avec le même
Mercure que l'on joint à notre or pour
les faire cuire ensemble, quoique ces
deux or viennent de la même source,
& que vous y employez le feu prescrit
par les Sages, cependant vous serez
dans l'erreur. C'est un embarras dans lequel
tombent les commençants en suivant
trop à la lettre ce que disent les
Philosophes, qui parlent indifféremment
des deux voies différentes en quelque
chose quoiqu'essentiellement la même.
Si ce n'est que l'une est plus directe que
l'autre.

IX.

Ainsi quand on parle de l'or vulgaire,
comme nous en avons déjà parlé dans
ce traité, & comme l'ont fait avant
nous Arthephius, Flamel, & Ripley,
il le faut toujours entendre de l'or Philosophique,
fait de l'or vulgaire, & de
notre Mercure; cet or dissout & coagulé
plusieurs fois, devient enfin un
soufre & un argent vif fixe, incombustible,
H vj

#@

180 LE VERITABLE


vivum fixum, incombustibile,
& in examine omni tingens.

X.

Pariter & per hunc intelligendi
modum lapis noster est in omni metallo
ac minerali, quia, puta, sol vulgi ex
ipsis extrahi possit, ex quo sol noster
propinquus peti possit. In omnibus, puta,
metallis vulgi, sol noster; at in
auro, argentoque propinquius continetur.
Ergo, inquit Flamellus, quidam
in Jove, alii in Saturno laborarunt,
ego vero, inquit, in sole elaboravi
& reperi.

XI.

Est tamen UNUM in regno metallico,
originis mirae, in quo sol noster
propinquius reperiendus est, quam in
sole & luna vulgi, si in hora suae nativitatis
eum quaeras, qui in Mercurio
nostro liquescit, sicut glacies in
aqua tepida; & tamen auro quodammodo
assimilatur. Hoc in solis
vulgi manifestatione non invenitur,

@

PHILALETHE. 181

& donnant une teinture inaltérable.

X.

C'est en ce sens que l'on peut dire que
notre pierre se trouve dans tous les métaux
& minéraux, parce qu'on en peut
extraire l'or vulgaire, d'où se forme
notre or, qui même est renfermé en eux.
Il est vrai qu'il se trouve plus facilement
dans l'or & l'argent ordinaires. C'est
pourquoi, Flamel a dit, quelques-uns
ont travaillé sur Jupiter ou l'étain, d'autres
sur le plomb, pour moi, dit-il, j'ai
travaillé sur l'or & l'y ai trouvé.

XI.

Cependant il est dans le genre métallique
un minéral dont l'origine est merveilleuse
& dans lequel notre or se trouve
plus facilement que dans l'or & l'argent
ordinaires, pourvu qu'on le trouve
au temps même de sa génération, il
fond dans notre Mercure comme la glace
dans l'eau tiède, & ressemble néanmoins
en quelque sorte à l'or. Il ne se
trouve pas dans le travail de l'or vulgaire;

#@

182 LE VERITABLE


sed per revelationem occulti quod est
in Mercurio nostro, eadem res digestione
inveniri potest in Mercurio nostro
spatio centum & quinquaginta
dierum; hoc est aurum nostrum, via
longiori quaesitum, nec adhuc tam pollens,
ac illud quod natura ad manus
reliquit.

XII.

Et tamen tertiò rotando rotam,
idem in utroque invenies, hac tamen
cum differentia, in priori mensibus septem,
in posteriori anni spatio cum dimidio
vel fortè duorum annorum. Ego
utramque viam calleo, commendo tamen
omnibus ingeniosis faciliorem
viam; at difficiliorem descripsi, ne
omnium Sophorum Anathema in caput
meum traherem.

XIII.

Scias proinde, quod haec sola sit disficultas
in libris candidiorum hominum
legendis, quod omnes ad unum
variant regimen. Et cum de uno opere

@

PHILALETHE. 183

mais en le tirant de notre Mercure
où il est caché, ce qui se fait par une
lente digestion en cent cinquante jours,
c'est là notre or, qui ne se trouve
que par une voie très longue; mais cependant
il n'a pas encore autant de force que
celui que la nature nous présente.

XII.

Cependant à la troisième imbibition
vous parviendrez à cet or, avec cette
différence que par la première voie vous
aurez fini votre ouvrage en sept mois,
au lieu que par la seconde voie il vous
faudra un an demi, & quelquefois
deux, je sais également ces deux
voies, cependant je conseille la première
comme la plus facile à ceux qui en
savent le travail, j'ai marqué néanmoins
la plus longue, pour ne point
attirer sur moi les imprécations des Sages.

XIII.

Sachez d'ailleurs que la seule difficulté
qui se trouve dans la lecture des plus sincères
Philosophes leur vient de différents
Régime, Parlent-ils d'une des voies de

@

184 LE VERITABLE


loquuntur, alterius regimen docent,
qua reticula irretitus diu haesi, antequam
è laqueo pedes liberare poteram.
Notifico proinde, quod calor in opere
nostro sit naturae benignissimus, si modo
opus nostrum rectè intelligas.

XIV.

At si in sole vulgi opereris, illud
opus propriè non est opus nostrum, &
tamen ad opus nostrum rectà ducet,
determinato suo tempore. In illo verò
forti indiges decoctione, igneque proportionato,
postea verò benignissimo
igne progrediere, Athanore turrali
nostro, qui mihi summè laudandus est.

XV.

Quare si cum sole vulgi fueris operatus,
cave ut Dianae, Venerisque
matrimonium procures in principio
nuptiarum Mercurii tui, deinde in
nido impone, igneque debito videbis
emblema operis magni, nempe nigrum,
caudam pavonis, album, citrinum,
rubeumque. Tum reitera opus

@

PHILALETHE. 185

l'oeuvre, ils prescrivent le Régime de
l'autre, c'est ce qui a causé l'embarras
dans lequel je suis resté longtemps avant
que d'en pouvoir sortir. C'est pourquoi
il faut que vous sachiez que la chaleur
la plus douce, est aussi la plus convenable
au cours ordinaire de la nature,
pourvu que vous sachiez notre oeuvre.

XIV.

Si vous travaillez sur le soleil ordinaire,
ce n'est pas proprement notre oeuvre,
& cependant avec le temps on y
parvient; dans le premier il faut dans la
cuisson employer un feu plus fort & toujours
également proportionné; après
quoi il en faut un très doux; mais toujours
avec notre Athanor à Tour, dont
on se trouvera toujours bien.

XV.

C'est pourquoi si vous travaillez sur
le Soleil vulgaire ayez soin de faire
exactement le mariage de Diane & de Vénus,
au commencement des noces de votre
Mercure, après quoi vous les placerez
dans leur Nid, & en vous conduisant
avec le feu convenable vous verrez
tous les Symptômes du grand oeuvre,
savoir le noir, la queue du Paon, le
blanc, le citrin & le rouge. Recommencez

#@

186 LE VERITABLE


hoc cum Mercurio, qui lac virginis
dicitur, adhibendo ignem balnei roris,
atque ad summum arenae temperatae
cum cineribus: videbisque tum
non nigrum solum, at nigrum nigrius
nigro, omnemque nigredinem, sic &
album & rubeum completum, & hoc
cum dulce processu; in igne enim ac
vento Deus non erat, sed tanquam
voce Eliam compellavit.

XVI.

Ea propter si artem noris, extrahe
solem nostrum ex Mercurio nostro,
tum omnia tua arcana ex unica imagine
emergent, quod, crede mihi,
omni perfectione mundana est perfectius,
juxta Philosophum: si ex Mercurio
solo, inquit, opus poteris perficere,
pretiosissimi utique operis indagator
eris. In hoc opere nullae sunt superfluitates;
at totum, per Deum viventem,
in puritatem conversum est,
quia actio fit in uno solo.

@

PHILALETHE. 187

l'oeuvre avec le Mercure nommé
le lait de Vierge, en lui donnant
le feu du bain de rosée, & tout au plus
celui de sable tempéré par la cendre,
alors vous verrez un noir beaucoup plus
noir, c'est-à-dire le noir parfait, aussi
bien que le blanc & le rouge, avec un
régime très doux: Dieu n'était pas dans
le feu, & dans un vent impétueux; mais
il appela Elie avec une voix douce.

XVI.

Si vous savez donc notre art, vous
devez extraire notre or de notre Mercure;
alors tous les secrets mystères
paraîtront dans une seule représentation,
& cet oeuvre est le plus parfait
de tous, suivant ce que dit le Philosophe
qui insinue, que qui sait faire
l'oeuvre avec le seul Mercure a trouvé
ce qu'il y a de plus parfait. Dans
cette opération, il n'y a rien de superflu,
tout y est pur, parce que l'oeuvre
se fait par un seul sujet.

@

188 LE VERITABLE


XVII.

At si in opere solis vulgi processum
inceperis, actio tum, passioque fit in
re bina, quarum utriusque media substantia
sola capitur, rejectis faecibus.
Si haec, quae brevibus absolvi, altè
mediteris, clavem omnes contradictiones
apparentes inter Philosophos
reserandi habes. Quare Riplaeus docet
rotam tertiò rotare in capite calcinationis,
ubi de sole vulgi expressè
loquitur, quibus relationibus triplex
doctrina sua proportionum concordat,
ubi est mysticus valdè, quia tres illae
proportiones tribus operibus in serviunt.

XVIII.

Unum opus est secretissimum, purumque
naturale, & si in Mercurio
nostro cum sole nostro, cui operi adscribenda
sunt omnia signa à Sophis
descripta. Hoc opus nec fit igne, nec
manibus; at solo interno calore: estque
calor externus, solum frigus expellens,
ejusque symptomata vincens.

@

PHILALETHE. 189

XVII.

Mais en travaillant par l'or vulgaire,
le commencement de votre oeuvre se
fait sur deux sujets, dont il faut rejeter
les impuretés, & n'employer que
la seule substance moyenne; si vous
comprenez bien ce que je marque ici en
peu de paroles, vous serez en état de
lever les contradictions apparentes des
Philosophes. C'est pourquoi Ripley au
Chapitre de la Calcination parlant de l'or
vulgaire recommande de recommencer
trois fois le même travail; par-là sa doctrine
s'accorde avec les vraies proportions
de l'oeuvre, quoiqu'en cet endroit
il soit fort allégorique, parce que ces
trois proportions servent également aux
trois différents ouvrages.

XVIII.

Mais il y a un oeuvre très secret, purement
naturel, qui se fait avec notre
Mercure & notre or:, & c'est à ce travail,
qu'il faut attribuer tous les signes
marqués par les Sages. Cet oeuvre ne se
fait ni avec le feu, ni avec un travail manuel;
mais par la seule chaleur intérieure.
Celle du dehors ne sert qu'à éloigner
le froid & les accidents qu'il pourrait
causer.

@

190 LE VERITABLE


XIX.

Alterum opus est in sole vulgi, Mercurioque
nostro, quod fit igne candenti,
per tempus longum, in quo utrumque
decoquitur, mediante Venere,
usque dum purior utriusque substantia
exprimatur, qui est lunariae succus.
Hic abjectis faecibus est capiendus,
est enim nondum lapis, at sulphur
nostrum verum, qui demum cum Mercurio
nostro, sanguine suo appropriato,
decoquendus est in lapidem ignis,
summè penetrantem ac tingentem.

XX.

Tertiò tandem est opus mixtum,
cum auro vulgi cum Mercurio nostro
miscetur pondere debito, additurque
sulphuris nostri fermentum, quantum
sat sit. Tum complentur omnia mundi
miracula, fitque Elixir potens ad implendum
possessorem divitiis ac sanitate.

XXI.

Sulphur ergo nostrum omnibus cum

@

PHILALETHE. 191

XIX.

L'autre oeuvre se fait avec le sol ordinaire
& notre Mercure, tenus longtemps
sur un feu ardent, qui sert à cuire
l'un & l'autre, par le moyen de Vénus,
jusqu'à ce que des deux il sorte une substance
que nous appelons le suc Lunaire.
Il en faut rejeter les impuretés, & en
prendre le plus pur; mais ce n'est pas
encore notre pierre, c'est cependant notre
vrai soufre, qu'il faut joindre à notre
Mercure, & à son sang, qui lui est propre,
& le cuire au feu jusqu'à ce qu'il
devienne notre pierre pénétrante & tingente.

XX.

Enfin il y a encore un troisième oeuvre,
qui est mixte & qui se fait en mêlant
l'or vulgaire avec notre Mercure en
poids convenable, & l'on y ajoute pour
ferment la quantité suffisante de notre
soufre; alors l'on a le parfait miracle du
monde, c'est-à-dire l'Elixir, qui doit
remplir de richesses celui qui le possède
& même lui donner la santé.

XXI.

Cherchez donc avec grand soin notre

#@

192 LE VERITABLE


viribus quaere, quod, crede mihi, in
Mercurio nostro colliges, si te fata
vocant. Sin minus, in sole vulgi debito
calore atque tempore, solem &
lunam nostram parabis; at est via
mille spinis obsita, & nos vovimus
Deo & aequitati, quod nudis verbis
nunquam declarabimus regimen, utrumque
distinctim. Nam sub fide bonâ
juro, quod in aliis rebus verum
omnino detexi.

XXII.

Accipe ergo hunc Mercurium quem
descripsi, & cum sole multum amico
misce, & intra menses septem nostro
in regimine caloris videbis pro certo
quae cupis, vel intra menses novem
aut decem ad ultimum. At lunam nostram
plenam videbis spatio quinque
mensium. Et hi sunt veri termini ad
complenda haec sulphura, ex quibus
decoctione iteratâ nostrum lapidem ac
tincturas habebis per Dei gratiam,
cui omnis gloria, honorque in aevum.
tre

@

PHILALETHE. 193

soufre dans notre Mercure, où vous
le trouverez si vous êtes assez heureux
pour y parvenir, sinon cherchez notre or
& notre Lune dans l'or vulgaire, avec une
chaleur convenable & le temps nécessaire;
mais cette voie est remplie d'épines, &
nous nous sommes engagés devant Dieu
à ne jamais distinguer clairement ces deux
voies séparément l'une de l'autre.
Je vous assure néanmoins avec serment
qu'en tout le reste je vous ai déclaré entièrement
la vérité.

XXII.

Prenez donc le Mercure que je vous
ai décrit, joignez-le à l'or qui lui est ami, &
en sept mois ou dix tout au plus, en y employant
le degré de chaleur, que nous
avons marqué, vous aurez ce que vous
désirez; mais en cinq mois vous aurez
notre Lune en son plein. Ce sont là
les termes nécessaires pour finir le soufre
des métaux, avec lesquels en recommençant
l'opération vous parviendrez
à la pierre & à la parfaite teinture,
moyennant la grâce de Dieu, à qui gloire
en soit rendue éternellement.
Tome II. I

@

194 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XX.

De adventu nigredinis in opere
Solis & Lunae.

I.

S I in Sole, Lunaque operatus fueris,
ut in his sulphur nostrum
quaeras; considera, si materiam tuam
instar pastae turgidam, instar aquae
bullientem, seu potius picis liquidae
conspexeris. Quia sol noster, Mercuriusque
noster, emblematicum typum
habet in opere solis vulgi cum Mercurio
nostro. Accenso furno expecta
in calore bulliente per dies viginti,
quo tempore varias colores observabis;
at circa finem septimanae quartae,
si modo calor fuerit continuus,
viredinem amabilem videbis, quae
per dies decem aut circiter non disparebit.

II.

Gaude tum, quia pro certo totum

@

PHILALETHE. 195

----------------------------------

C H A P I T R E XX.

Quand la noirceur arrive dans l'oeuvre
du Soleil & de la Lune.

I.

S I vous avez travaillé sur l'or & sur
l'argent pour y trouver notre soufre,
examinez si vous verrez votre matière
enflée, comme de la pâte & bouillante
comme de l'eau ou de la poix fondue,
parce que notre or joint à notre
Mercure, est un emblème de l'or vulgaire
uni au Mercure des Sages. Votre
fourneau étant donc allumé avec une
chaleur assez vive, vous attendrez vingt
jours, & pendant ce temps vous remarquerez
diverses couleurs, & sur la fin
de la quatrième semaine vous verrez un
vert très agréable, qui restera dix jours
avant que de disparaître.

II.

Réjouissez-vous donc parce que dans
I ij

@

196 LE VERITABLE


brevi instar carbonis nigrum cernes,
eruntque omnia membra compositi
tui in atomos redacta. Est enim
haec operatio nil aliud, quam resolutio
fixi in non fixo, ut utrumque postea
conjunctum unam materiam efficiat,
partim spiritualem, partimque
corporalem. Quare ait Philosophus:
accipe canem Corascenum, ac caniculam
Armeniae, junge simul, tibique
gignent filium coloris coeli. Quia
hae naturae brevi decoctione vertentur
in brodium instar spumae maris,
aut nebulae crassioris, quae livido colere
tingetur.

III.

Et juro tibi sub fine bona, quod nil
occultarim praeter regimen; hoc autem,
si prudens fueris, ex verbis meis
facillimè colliges. Sit igitur sanè te
cognoscere velle regimen, accipe lapidem
superiùs demonstratum, ac rege,
uti scis, & sequentur haec notabilia.
Primo, quàm citò lapis senserit
ignem suum, fluet sulphur ac Mercurius

#@

PHILALETHE. 197

peu votre matière sera aussi noire qu'un
charbon, & toutes les parties de votre
composé seront divisées en Atomes.
Cette opération n'est autre chose
que la résolution du fixe au non fixe,
afin que tous les deux unis ensemble
ne fassent plus qu'une substance, en
partie spirituelle & en partie corporelle.
C'est pourquoi le Philosophe a dit,
prenez un chien de Corascene & une
chienne d'Arménie, & ils vous feront
un fils de couleur céleste, parce que les
natures par une prompte cuisson seront
bientôt changées en un bouillon semblable
à l'écume de la mer, ou à une
nuée épaisse, qui sera teinte d'une couleur
livide.

III.

Je vous jure donc sincèrement que
je ne vous cache rien que le Régime, &
même si vous êtes intelligent, vous le
comprendrez bien par mes paroles. Mais
si vous le voulez connaître, prenez la
pierre marquée ci-dessus & vous conduisez
ainsi que nous l'avons dit, &
voici les choses remarquables que vous
verrez. Premièrement dès que la pierre
sentira son feu, le soufre ou le Mercure
I iij

#@

198 LE VERITABLE


simul super igne instar cerae,
& comburetur sulphur, coloresque de
die in diem mutabit, ac Mercurius
incombustibilis erit, nisi quod coloribus
sulphuris tingetur ad tempus; at
non inficietur, ideoque latonem penitus
lavabit à cunctis suis sordibus.
Reitera coelum supra terram toties,
usque dum terra conceperit naturam
coelestem. O sancta natura, quae sola
facis, quod omni penitus homini est
impossibile!

IV.

Ea propter cum in vitro tuo conspexeris
naturas insimul misceri, ad
instar sanguinis coagulati & combusti,
ratum esto, foeminam maris
amplexum passam esse. Quare à prima
materiae tuae exsiccatione intra
dies septendecim exspecta, quod duae
naturae in brodium saginatum convertentur,
quae simul circumvolventur
instar nebulae crassioris, aut spumae
Maris, uti dictum est, cujus color
erit obscurus valdè. Tunc conceptam

@

PHILALETHE. 199

fondront comme de la cire. Le
soufre se brûlera & changera de couleur
de jour à autre, mais le Mercure
restera incombustible, & prendra pendant
quelque temps la couleur du soufre;
mais cette couleur ne restera pas
& il ôtera toutes les impuretés du laiton;
remettez encore le Ciel sur la
terre tant qu'elle ait conçu une nature
céleste.
Que vous êtes admirable, ô sainte nature,
de faire seule ce qui est impossible
à l'homme!

IV.

C'est pourquoi quand vous aurez vu
dans le vaisseau de verre les natures se
mêler & devenir comme un sang coagulé
& brûlé, soyez sûr que la femelle
a souffert les embrassements du mâle;
c'est pourquoi pendant les dix-sept jours
qui suivront la première dessiccation de
votre matière, attendez que les deux
natures se convertissent en une bouillie
grasse; elles circuleront ensemble, comme
je l'ai déjà dit, ainsi qu'une nuée
épaisse, ou comme l'écume de la mer;
alors la couleur sera très obscure. Croyez
I iiij

@

200 LE VERITABLE


prolem Regiam firmiter tene, quia
exinde vapores virentes, flavos, atros
ac caeruleos in igne & ad vasis
latera ad spicies. Hi sunt venti, qui
in formando embryone nostro sunt frequentes,
qui retinendi sunt cautè, ne
fugiant, & annihiletur opus.

V.

Odori quoque cave, ne forte per
rimam ullam exhalet, quia vis lapidis
inde notabile detrimentum pateretur.
Quare philosophus vas cum
ligatura sua servandum cautè jubet,
& monitus sis, ne ab opere cesses,
aut vas moveas, aut aperias, aut
decoctionem ullo tempore intermittas,
at pergas decoquendo, usque dum deficere
humorem conspexeris, quod fiet
intra dies triginta, tum gaude, ac
rectam te viam incessisse certus esto.

VI.

Invigila tum operi, quia intra septimanas
forte binas ab eo tempore totam
terram siccam videbis, atque insigniter

#@

PHILALETHE. 201

donc que l'Enfant Royal est conçu, parce
que vous remarquerez sur les parois
du vaisseau des vapeurs vertes, jaunes,
noires, & bleues, ce sont là les vents
qui sont fréquents dans la formation de
notre embryon, & qu'il faut retenir avec
soin de peur que leur fuite ne réduise
l'oeuvre à néant.

V.

Prenez garde aussi que l'odeur ne s'exhale
par quelque fente, la force de votre
pierre en serait fort endommagée. Le Philosophe
gardera son vaisseau exactement
scellé ou fermé, sans cesser de le faire
travailler. Il ne faut pas cependant le
remuer, ni l'ouvrir dans tout le temps
de la cuisson, jusqu'à ce que l'humidité
soit entièrement consommée, ce
qui arrivera au bout de trente jours;
alors réjouissez-vous & soyez assuré
que vous êtes entré dans le vrai chemin.

VI.

Veillez donc avec attention sur votre
ouvrage, & au bout de deux semaines
vous verrez votre terre desséI
v

#@

202 LE VERITABLE


nigram. Tum mors compositi
adest, venti cessarunt, cunctaque se
quieti dederunt. Haec est magna illa
eclipsis solis & lunae simul, in qua
luminare nullum super terras lucebit,
& mare disparebit. Chaos tum nostrum
conficitur, ex quo, jubente
DEO, cuncta mundi miracula ordine
suo emergent.
----------------------------------

C A P U T XXI.

De Florum Combustione ejusque
Cautione.

I.

E Rror non levis, & tamen facilè
commissus est, florum combustio,
antequam naturae tenerae à sua profunditate
bene extrahantur. Error hic
post septimanam tertiam praecipuè cavendus
est. Principio namque tanta
est humoris copia, quod si opus validiori,
quam par est, igne rexeris,
vas fragile ventorum copiam non feret,

#@

PHILALETHE. 203

chée & très noire. La mort du composé
se déclare, les vents cessent & tout
entre dans le repos. C'est là ce qu'on
appelle la grande éclipse du Soleil &
de la Lune, pendant laquelle la terre
est privée de lumière, & la mer disparaît,
alors notre Chaos est fait: par
l'ordre de Dieu il va produire de suite
les effets les plus merveilleux de la nature.
----------------------------------

C H A P I T R E XXI.

Comment on peut empêcher la Combustion
des Fleurs.

I.

C 'Est une faute considérable de brûler
les fleurs; cependant il est aisé
de la commettre avant que les natures
encore tendres, se soient bien affermies
en elles-mêmes; il faut surtout
s'en donner de garde après la troisième
semaine; dans le commencement
l'humidité est si grande; que si vous poussez
le feu plus qu'il ne faut, votre vaisseau
qui est fragile se crèvera par la
I vj

@

204 LE VERITABLE


quin statim dissiliat, ni forte magnum
nimis sit vas tuum. Et tum quidem
in tantum spargetur humor,
quod in corpus suum non amplius redibit,
saltem non quantum ipsi refocillando
sat sit.

II.

Verum cùm terra aquae suae partem
retinere coeperit, tum sanè deficientibus
vaporibus, ignis supra modum sine
ullo vasis incommodo intendi valet, at
opus ideo corrumpetur, dabitque colorem
papaveris sylvestris, fietque totum
tandem compositum pulvis siccus,
inutiliter rubificatus. Judicabis
hoc signo justo validiorem fuisse ignem,
tantum nempe, qui conjunctioni verae
inimicus fuit.

III.

Scias namque opus nostrum veram
naturarum mutationem requirere,
quae non possit fieri, nisi unio fiat ultima
utriusque naturae; at non uniri

@

PHILALETHE. 205

quantité des vents; à moins qu'il ne
soit fort grand; mais alors il arrivera
un autre inconvénient; l'humeur en
circulant sera tellement dispersée, qu'il
n'en retombera point assez sur le corps
pour le nourrir.

II.

Mais lorsque la terre aura commencé
à retenir une partie de son eau, comme
il y aura moins de vapeurs, il y aura
aussi moins de dangers à augmenter
le feu; mais l'oeuvre se gâtera
& l'on verra paraître une couleur de
pavot sauvage, qui ne servira de rien
& toute la matière se mettra en poudre
sèche, ce signe vous fera connaître
que vous avez donné un feu trop
violent, & contraire à la vraie conjonction
de l'oeuvre.

III.

Sachez donc que dans notre oeuvre
il doit y avoir un véritable changement
de natures; mais qui ne peut se faire qu'après
qu'elles sont très intimement conjointes,

#@

206 LE VERITABLE


possunt, nisi in forma aquae. Nam
corporum non est unio; at saltem contusio,
nedum corporis cum spiritu esse
potest unio per minima; at spiritus
inter se benè poterunt uniri. Quare
aqua Homogenea metallica requiritur,
cui via per praeviam calcinationem
paratur.

IV.

Haec ergo exsiccatio, non verè
est exsiccatio; at aquae cum terra
per cribrum naturae redactio in atomos
subtiliores, quàm fert aquae
exigentia, quo terra aquae fermentum
transmutativum accipiat. Vehementiori
verò, quam par est, calore spiritualis
haec natura malleo quasi mortis
percussa, de activo fit passivum,
de spirituali fit corporale, nempe praecipitatum
rubrum inutile, quia in debito
suo calore color fit corvinae nigredinis,
qui licet ater, at summo optandus
color est.

V.

Rubedo tamen in operis veri initio

@

PHILALETHE. 207

& cette conjonction arrive toujours
sous la forme d'eau, autrement ce
n'est pas une union; mais un froissement
& brisement, loin que ce soit une
union des plus petites particules des esprits;
mais les esprits se pourront unir
ensemble. C'est pourquoi il faut que
l'eau homogène des métaux soit introduite
par le moyen de la calcination.

IV.

Cette dessiccation n'est pas véritable
& parfaite; ce n'est tout au plus qu'une
réduction du composé en Atomes très
subtils, qui fait passer ou filtrer l'eau par
le crible de la nature, de manière que
l'eau ne pouvant recevoir des parties
aussi déliées, la terre ne saurait recevoir
le ferment transmutatif de cette eau. Ainsi
la chaleur étant trop violente, la nature
spirituelle reçoit alors le coup de la
mort, & l'esprit devient corps, c'est-à-
dire un précipité rouge, qui est inutile
au lieu qu'avec une chaleur convenable,
on verrait paraître la noirceur du Corbeau,
qui est la seule couleur, que l'on
souhaite dans ces commencements.

V.

Il faut avouer cependant qu'il paraît

@

208 LE VERITABLE


est conspicua, eaque insignis, haec
tamen cum humoris debita copia concurrit,
monstratque coelum cum terra
concubuisse, ignemque naturae concepisse,
ideoque totum vitri concavum
aureo tingetur colore; at color hic non
durabit; at viridem brevi gignet,
tum nigrum intra tempus exiguum
expecta, & patiens si fueris, votum
videbis, saltem festina lentè, & tamen
ignem sat validum continua,
interque Scyllam & Charybdim, ut
Nauclerus peritus, navem tuam dirige,
si Indiae utriusque opes lucrari
cupias.

VI.

Interdum insulas quasi exiguas,
spicas ac umbellas discoloratas emittentes
in undis & ad latera conspicies,
quae brevi dissolventur, aliaeque
assurgent. Terra enim germinandi
avida aliquid semper fabricat, interdum
aves aut bestias, reptiliaque
te in vitro conspicere imaginabere,
coloresque visus jucundos ac momenti
levis.

@

PHILALETHE. 209

d'abord une couleur rouge assez forte,
mais comme il y a beaucoup d'humidité,
c'est une marque que le Ciel & la terre se
sont unis & ont conçu le feu de nature,
alors l'intérieur du vaisseau sera teint de
couleur d'or; mais cela durera peu, &
l'on verra bientôt paraître le vert; après
quoi on doit attendre patiemment le noir
dans peu de temps, & par-là vous aurez
ce que vous souhaitez; hâtez-vous
lentement, que votre feu soit assez fort
& continu, & comme un excellent Pilote
vous passerez au travers les écueils
pour aller recueillir les richesses des deux
Indes.

VI.

Cependant vous verrez de temps en
temps de petites Iles, des pics, &
des ombres de diverses couleurs qui paraîtront
sur votre eau & qui s'attacheront
aux parois du vaisseau; mais elles
se dissipent pour faire place à d'autres,
& notre terre, qui ne demande qu'à germer,
produit toujours quelque chose soit
des Oiseaux, soit des Reptiles, que vous
croirez remarquer dans le verre, ou des
couleurs agréables à la vue qui néanmoins
disparaîtront bientôt.

@

210 LE VERITABLE


VII.

Totum est, ut ignem debitum jugiter
continues, omniaque haec in colore
nigerrimo, pulvere discontinuo
ante dies quinquaginta finientur. Sin
minus, aut Mercurium tuum, aut
regimen, aut materiae dispositionem
culpabis, ni forte vitrum moveris aut
agitaveris, quod opus facile protrahet,
aut etiam finaliter perdet.
----------------------------------

C A P U T XXII.

Regimen Saturni, quid & unde
dicatur.

I.

Q Uotquot de hoc labore sophico
scriptitarunt magi, de opere &
regimine Saturni locuti fuere, quos
perperam nonnulli intelligentes ad
varios errores diversi sunt, & propriâ
sese opinione fefellerunt. Quidam
sic adducti nimiâ confidentiâ,

@

PHILALETHE. 211

VII.

L'essentiel est de continuer toujours
le même feu; mais tous ces Phénomènes
avant le cinquantième jour finiront
en poudre de couleur noire; si cela
n'arrivait pas, il faut vous en prendre
ou au Mercure, ou au Régime, ou
à la disposition de la matière, à moins
que vous n'ayez fait faire quelque mouvement
au matras, ce qui seul est capable
ou de perdre l'oeuvre, ou du moins
de le faire traîner en longueur.
----------------------------------

C H A P I T R E XXII.

Du Régime de Saturne, & pourquoi
il est ainsi nommé.

I.

T Ous les Sages qui ont écrit de notre
oeuvre ont parlé dans ce travail
du Régime de Saturne, ce qui
ayant été pris différemment par plusieurs
Artistes, les a jetés en diverses erreurs,
ainsi par trop de confiance aux écrits des

@

212 LE VERITABLE


quamvis parvo emolumento in plumbo
sunt operati. At scias plumbum
nostrum esse auro quovis dignius. Est
limus, in quo auri anima cum Mercurio
jungitur, ut postea Adamum
ejusque Evam uxorem producant.

II.

Quare cum summum se hic humiliaverit,
ut fiat infimum, expectandum
omnium suorum fratrum in sanguine
suo redemptionem. Tumulus
ergo, in quo rex noster sepelitur, Saturnus
in opere nostro dicitur, estque
clavis operis transmutationis. Felicem
illum, qui hunc planetam tardambulonem
salutare possit. Deum
roga, frater, ut hac te benedictione dignetur,
quia non est ex currente, nedum
ex volente, at à Patre luminum
solo haec benedictio dependet.

@

PHILALETHE. 213

Auteurs qu'ils ont pris à la lettre, ils
se sont mis à travailler sur le plomb,
mais sans aucun fruit. Sachez donc que
notre plomb est plus précieux que l'or
même, c'est un limon dans lequel l'âme
de l'or est unie au Mercure, afin de
produire ensuite Adam & Eve.

II.

C'est pourquoi il s'est si fort humilié
jusqu'à prendre la dernière place; il lui
faut attendre sa rédemption, qui se doit
faire dans le sang de tous ses frères:
ainsi le tombeau dans lequel est enseveli
notre Roi, est nommé Saturne dans
notre oeuvre, & c'est la clef de l'Art
transmutatoire. Heureux celui qui peut
saluer notre lente Planète. Priez Dieu
mon frère, qu'il vous fasse cette grâce
parce que cette bénédiction ne dépend
pas de celui qui la cherche, ni qui la
désire, mais uniquement du Père des
lumières.

@

214 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XXIII.

De diversis Operis hujus Regiminibus.

I.

P Ro certo confidas, studiose tyro,
nil in toto lapidis opere celatum
esse praeter regimen, de quo verum
est illud Philosophi: quicumque illud
scientificè cognorit, Principes & Magnates
terrae illum honorabunt. Et
juro tibi sub bona fide, quod si hoc solum
proponeretur palàm, stulti ipsi
artem riderent.

II.

Eo namque cognito, totum nil aliud
est, quam opus mulierum, ludusque
puerorum, hoc est decoquere. Ideo
summâ arte Sophi hoc secretum occultarunt,
& firmiter credas, nos idem
fecisse, quamvis visi fuerimus loqui
de gradu caloris: tamen ex quo candorem

#@

PHILALETHE. 215

----------------------------------

C H A P I T R E XXIII.

Des différents Régimes de l'Oeuvre.

I.

V Ous qui commencez, soyez assuré
que dans l'oeuvre je n'ai caché que
le régime, dont un Philosophe a dit
avec beaucoup de vérité que celui qui le
connaîtra sera honoré par les Princes
& les Grands-Seigneurs; & je vous jure
avec sincérité que si je le découvrais sans
métaphore, il n'y aurait pas jusqu'aux
stupides qui ne se moquassent de notre
Art.

II.

Quiconque en a connaissance, sait
que c'est uniquement un travail de femmes
& un jeu d'enfants, c'est-à-dire
cuire le composé. C'est pourquoi les Sages
ont tenu l'oeuvre extrêmement secret,
& vous devez croire que nous
agissons de même, quoique nous ayons
parlé des différents degrés de chaleur
cependant dès que dans ce petit ouvrage

#@

216 LE VERITABLE


proposui in hoc tractatulo, ac
promisi, aliquod saltem faciendum
incumbit, ne lectorum ingeniosorum
spem atque labores fallam.

III.

Quare scias, regimen nostrum esse
in toto opere unum lineare, hoc est decoquere
& digerere, & tamen unum
hoc regimen multa alia in se complectitur,
quae invidi sub nominum diversitate
celarunt, & quasi varias
operationes descripserunt. Nos, polliciti
candoris ergo manifestationem
longè perspicuiorem faciemus, id
quod insolitum nostrum hac in re candorem
fatebere.
----------------------------------

C A P U T XXIV.

De primo Operis Regimine, quod
est Mercurii.

I.

A C primo sanè de Mercurii regimine
verba faciemus, quod est
ge

@

PHILALETHE. 217

je me suis proposé & que j'ai promis
même d'écrire avec candeur, il faut que
je fasse quelque chose pour ne pas tromper
l'espérance des lecteurs studieux &
attentifs.

III.

Sachez donc que notre Régime dans
la suite de l'oeuvre est linéaire, c'est-à-
dire droit & uniforme, s'occupant à
cuire & digérer, & cependant cet unique
Régime en contient plusieurs autres que
les curieux ont tenus cachés sous différents
noms & sous le titre de diverses
opérations; mais notre sincérité nous
porte à déclarer le tout avec clarté
afin qu'on se loue de notre candeur.
----------------------------------

C H A P I T R E XXIV.

Du premier Régime de l'Oeuvre, qui
est celui du Mercure.

I.

N Ous parlerons d'abord du Régime
du Mercure qui est un secret, dont
Tome II. K

@

218 LE VERITABLE


secretum à cunctis Sophis nanquam
expressum. Illi, puta, à secundo opere
seu Saturni regimine inceperunt,
nullamque lucem tyroni ante capitale
nigredinis signum patefecerunt. In
hoc subticuit bonus ille vir Comes
Bernhardus à Trevis, qui in parabola
sua docet, quod Rex cum ad fontem
venit, relictis omnibus extraneis,
balneum solus intrat, indutus veste
aurea, quam exuit & Saturno tradit,
à quo holosericam nigram accipit.
At non docet, quo spatio vestis
illa aurea exuitur, ideoque unum totum
subticet regimen dierum forte
quadraginta, aut etiam aliquando
quinquaginta, quo tempore sine duce
miseri tyrones incertis incumbunt experimentis.
A nigredinis adventu ad
operis finem sat recreant artificem
quotidie nova apparentia signa; at
hic sine duce, signove aut vade per dies
quinquaginta vagari taediosum fateor.

II.

Dico itaque, à Prima ignitione

@

PHILALETHE. 219

tous les Sages n'ont rien dit, parce que
commençant à traiter de l'oeuvre au Régime
de Saturne, ils n'ont rien dit de
ce qui arrive avant le signe essentiel de
la noirceur. Le Comte Trévisan n'en
a pas lui-même parlé dans sa parabole,
où il marque que le Roi entre dans
le bain avec un vêtement d'or, mais dont
il se dépouille & le remet à Saturne,
qui lui en rend un de soie noire; mais
il ne marque pas en quel temps il quitte
ce vêtement d'or. Par-là, il passe sous
silence tout le Régime qui dure 40
ou 50. jours: & pendant ce temps les
commencements sont des opérations incertaines;
je sais bien que depuis qu'on
a vu la noirceur jusqu'à la fin de l'oeuvre,
l'Artiste est satisfait par les signes
qu'il voit se succéder les uns aux autres;
mais il est toujours triste & ennuyeux
de se voir cinquante jours sans aucun
conducteur.

II.

Je dis donc que depuis qu'on a mis
K ij

@

220 LE VERITABLE


ad usque nigredinem totum intervallum
temporis Mercurii regimen est;
Mercurii, inquam, Sophici, qui solus
per totum illud tempus operatur,
compari suo ad conveniens temporis
spatium mortuo manente, & hoc ante
me detexit nullus.

III.

Quare conjunctis materialibus,
quae sunt sol atque Mercurius noster,
noli cum Achimistarum vulgo credere
solis occasum brevi accidere. Non
sanè. Multum, diuque expectavimus,
antequam facta est patientia inter aquam
& ignem, & hoc invidi sub
breviloquio comprehenderunt, dum
materiam suam in primo opere Rebis
nominaverunt, id est, rem ex re
bina confectam, juxta Poëtam:

Res Rebis est bina conjuncta, sed tamen una, Solvitur, ut prima sint aut sol aut spermata Luna.
IV.

Pro certo itaque scias, quod licet

@

PHILALETHE. 221

la matière sur le feu, jusqu'à la noirceur,
c'est alors le temps du Régime de
Saturne; pendant cet intervalle le Mercure
Philosophique travaille seul sur le
compagnon qu'on lui a donné & qui
semble mort. Voilà ce que personne n'avait
déclaré avant moi.

III.

Ainsi quand vous aurez joint nos
matières, savoir l'or & notre Mercure,
ne croyez pas avec les Alchimistes
ordinaires, que l'extinction ou la
dissolution de l'or doive suivre aussitôt,
il s'en faut beaucoup. Nous-mêmes avons
attendu longtemps avant que la paix
fût faite entre l'eau & le feu; c'est ce
que les Artistes curieux ont dit en peu
de paroles; lorsque dans le premier travail
ils ont nommé leur matière, Rebis.
Parce qu'elle est composée de deux substances.
C'est ce que dit le Poète que
le Rebis est composé de deux sujets qui
ne font plus qu'un même être, d'où se
forme le sperme de l'or, ou de l'argent.

IV.

Vous devez donc savoir que quoi-
K iij

@

222 LE VERITABLE


Mercurius noster solem devoret, non
tamen eo modo, quo putant Chemici
Philosophastri. Quia etsi solem cum
Mercurio nostro conjunxeris, eumdem
post anni expectationem sospitem ac
pristinae virtutis compotem inde recuperabis,
nisi in convenienti ignis
gradu eum decoxeris. Qui contrarium
asseverat, non est Philosophus.

V.

Putant, qui in erroris via sunt,
tam levis esse negotii corpora solvere,
quod immersum aurum Mercurio Sophico
ictu oculi devorandum autumant,
male inteligentes locum illum
Comitis Bernhardi à Tresis, de libro
suo aureo in fontinam irrecuperabiliter
immerso. Verùm quàm grave sit
opus corpora solvere, attestari possunt
ii, qui dissolutioni insudarunt.
Ipse ego, qui haec saepius oculari sum
edoctus testimonio, attestor, quod ingeniosum
sit valde ignem regere post
materiam paratam, qui debitè fine
combustione tincturarum corpora solveret.

@

PHILALETHE. 223

que notre Mercure ait dévoré l'or, ce
n'est pas néanmoins de la manière dont
le pensent les mauvais Chimistes, parce
que malgré leur union, il faut encore
attendre un an, avant que l'or soit
changé par un feu gradué & proportionné,
sans quoi vous le retireriez toujours
dans sa même substance, & ceux qui
disent le contraire ne sont pas de vrais
Philosophes.

V.

Ceux qui sont dans l'erreur s'imaginent
qu'il est facile de faire la dissolution
des corps parfaits, & que l'or est
dévoré au même instant qu'il est mis
dans notre Mercure, parce qu'ils ne
comprennent pas ce que dit le Comte
Bernard Trévisan, lorsqu'il parle de
son livre d'or, qu'il ne lui fut pas
possible de retrouver dès qu'il fut tombé
dans sa fontaine; mais ceux qui travaillent
véritablement à cette dissolution
peuvent assurer combien cela est
difficile, & je puis moi-même certifier
après plusieurs épreuves, que pour y arriver
il faut beaucoup d'attention pour
conduire le feu de manière que les teintures
ne soient pas brûlées.
K iiij

@

224 LE VERITABLE


VI.

Attende proinde doctrinae meae,
sume corpus quod demonstravi atque
imponito in aquam nostri maris, ac
jugiter igne debito decoque, ut ascendant
ros & nebulae, recidantque guttae
de die ac nocte citra intermissionem.
Et scias, quod hac circulatione ascendit
Mercurius in pristina sua natura,
relinquitur corpus inferiùs in
pristina sua natura, donec longo tempore
corpus aliquid aquae retinere caeperit,
atque sic utrumque utriusque
gradibus participat.

VII.

Quia vero tota aqua non ascendit
per sublimationem, at pars ejus deorsum
cum corpore manet in vasis fundo,
idcirco vigilanti cum assiduitate
corpus in aqua subsidente ebullitur
atque cribratur, ejusque medio recidentes
guttae residuam massam perforant,
ac circulatione assiduâ subtilior
facta aqua, tandem solis animam
blandè ac suaviter extrahit.

@

PHILALETHE. 225

VI.

Faites réflexion sur les enseignements
que je vous donne. Prenez le corps que
je vous ai dit, mettez-le dans l'eau de
notre mer, & le cuisez dans un feu
doux & continu, afin que par la circulation,
la rosée & les nuées montent
pour retomber sur le composé par
gouttes, jour & nuit, sans aucune discontinuation
& vous devez savoir que
dans cette circulation le Mercure monte
en sa propre nature & laisse le corps
au fond du vaisseau tel qu'il était au
commencement, jusqu'à ce que le corps
ait commencé à retenir un peu d'eau &
par-là, ils se communiquent l'un à l'autre
leurs qualités mutuelles.

VII.

Mais comme toute l'eau ne monte
point par la sublimation, & qu'il en
reste toujours avec le corps dans le
fond du vaisseau, elle sert par son ébullition
à le pénétrer & à le cribler pour
ainsi dire, & celle qui retombe en goutte
fait le même effet sur le corps, &
cette circulation subtilise l'eau qui tire
doucement l'âme de l'or.
K v

@

226 LE VERITABLE


VIII.

Sic mediante animâ spiritus cum
corpore reconciliatur, fitque utriusque
unio in colore nigro, & hoc ad summum
diebus quinquaginta, diciturque
haec operatio Mercurii regimen,
quia Mercurius circulatur sursum,
& in eo ebullitur corpus solis deorsum,
estque corpus in hoc opere passivum,
ad usque apparitionem colorum, qui
parcè circa diem vigesimum apparent
in bona ac continuâ ebullitione, qui
colores deinceps augentur ac multiplicantur,
ac variantur ad usque complementum
in nigredine nigerrima,
quam dies tibi dabit quinquagesimus,
si te fata vocant.
----------------------------------

C A P U T XXV.

De secundo Operis Regimime
quod est Saturni.

I.

P Eracto regimine Mercurii, cujus
opus est Regem vestibus suis

@

PHILALETHE. 227

VIII.

Ainsi par le moyen de cette âme l'esprit
se joint au corps & tous deux se
trouvent intimement unis au temps de la
noirceur, ce qui arrive vers le cinquantième
jour. Cette opération se nomme
le Régime de Mercure, parce qu'alors
le Mercure qui circule, sert encore
à faire bouillir en lui le corps de
l'or, & dans tout ce temps l'or est purement
passif jusqu'à l'apparition des couleurs,
qui arrive environ vingt jours
après; ces couleurs s'augmentent, se multiplient,
& varient jusqu'à la parfaite
noirceur que vous verrez au cinquantième
jour, si vous avez ce bonheur.
----------------------------------

C H A P I T R E XXV.

Du second Régime de l'Oeuvre, qui
est celui de Saturne.

I.

D Es que Mercure a fini son Régime
qui consiste à dépouiller le Roi
K vj

@

228 LE VERITABLE


aureis spoliare, leonem conflictibus
variis agitare atque lacessere ad extremam
usque lassitudinem, proximum
apparet Saturni regimen. Vult
enim DEUS, ut inceptum opus ad debitum
finem perducatur, estque scenae
hujus haec lex, quod exitus unius sit
introitus alterius, finis unius, origo
alterius, nec citiùs Mercurii regimen
obsolescit, quin successor sibi ingrediatur
Saturnus, qui imperium
successionis jure obtinuit. Moriente
leone, nascitur corvus.

II.

Estque lineare admodum hoc regimen
respectu caloris, quia unicus tantum
est color, isque aterrimus; at fumi
nulli, nec venti, nec vitae symbolum,
saltem aliquando siccatum, nonnunquam
instar picis liquidae ebulliens,
compositum conspicitur. O triste spectaculum
& mortis aeternae imago,
at artifici duce nuntium! Nigredo
enim non quaevis, at resplendens
prae intensissima nigredine conspicitur.

@

PHILALETHE. 229

de ses vêtements dorés, & à fatiguer
le lion par tant de combats, qu'il soit
réduit à la dernière lassitude, alors paraît
le Régime de Saturne; Dieu ayant
voulu que l'oeuvre soit conduit à sa fin,
& la Loi qu'il a imposée est que la
fin d'un Régime, soit l'entrée & l'origine
d'un autre: à peine Mercure a fini
son règne que de droit il a Saturne pour
successeur. La mort du lion donne donc
naissance au corbeau.

II.

Ce Régime est aussi linéaire, c'est-
à-dire direct & uniforme; sans aucune
variation de chaleur, parce qu'il n'y a
qu'une couleur qui est le noir parfait.
On ne voit plus ni fumée, ni vent;
il n'y a même aucun Symptôme de vie
dans le composé, qui quelquefois paraît
sec, & bout quelquefois comme
de la poix fondue. Ce triste spectacle,
& cette image d'une mort éternelle,
ne laisse pas d'être agréable à l'Artiste,
on y remarque non pas une noirceur
commune; mais elle est vive, brillante &

@

230 LE VERITABLE


Cumque instar passae turgentem materiam
deorsum aspexeris, gaude:
nam spiritum intus clausum vivificum
scias, qui statuto tempore ab omnipotente
vitam hisce cadaveribus
reddet.

III.

Cave tu saltem igni, quem sano
cum judicio hic regere teneris, & juro
tibi sub fide bona, quod si urgendo
ignem in hoc regimine quicquam
sublimare feceris, opus totum irrecuperabiliter
perdes. Contentus proinde
esto, cum Trevisano bono in carcere
per dies noctesque quadraginta detineri
ac teneram materiam in fundo,
qui nidus est conceptionis, manere
permitte, pro certo confisus, quod peractâ
periodo ab omnipotente huic
operationi statutâ, spiritus resurget
gloriosus, corpusque suum glorificabit,
ascendet, inquam, ac circulabitur
suaviter & sine violentia, & à
centro ad coelos ascendet, iterumque

@

PHILALETHE. 231

parfaite; réjouissez-vous donc si vous
voyez votre matière s'enfler comme de
la pâte; parce que l'esprit de vie y est
enfermé & dans son temps, par la permission
de Dieu, il rendra la vie aux
cadavres.

III.

Prenez garde cependant à gouverner
le feu avec beaucoup de jugement, &
je puis vous assurer que si en le poussant,
vous voulez faire sublimer quelque chose,
vous perdrez votre oeuvre sans aucun
retour. Soyez donc content avec le
bon Trévisan, de voir votre matière 40.
jours, & autant de nuits dans le fond de
sa prison. C'est le nid où elle a été conçue,
permettez-lui d'y rester, persuadé
qu'après le temps déterminé par le Tout-
puissant pour cette opération, l'esprit ressuscitera
en gloire, & il illustrera son
corps. Il montera & circulera très doucement;
il s'élèvera de son centre jusqu'aux
cieux, il descendra du Ciel pour

@

232 LE VERITABLE


à coelis ad centrum descendet, vimque
arripiet superiorum & inferiorum.
----------------------------------

C A P U T XXVI.

De Regimine Jovis.

I.

S Aturno nigro succedit Jupiter,
qui diverso colore est. Nam post
debitam putredinem & conceptionem
factam in vasis fundo, jubente DEO,
colores mutabiles ac sublimationem
circulantem iterum videbis. Durabile
non est hoc regimen, nec ultra tres
septimanas durat. Hoc tempore omnes
colores imaginabiles apparebunt, de
quibus certa nulla ratio reddi potest.
Imbres hisce diebus in dies multiplicabuntur,
ac tandem post omnia haec
visu pulcherrima albedo instar striarum
aut capillorum ad vasis latera
ostendit sese.

II.

Tum gaude, quia Jovis regimen

@

PHILALETHE. 233

rejoindre le centre, & acquerra la force
des corps supérieurs & inférieurs.
----------------------------------

C H A P I T R E XXVI.

Du IIIe. Régime ou de Jupiter.

I.

A U noir Saturne succède Jupiter,
qui est d'une autre couleur, car
après la putréfaction & la conception, qui
sera faite au fond de votre vaisseau, aussitôt
par la volonté de Dieu paraîtront
des couleurs qui changeront souvent, &
vous verrez une nouvelle sublimation,
qui se fera par la circulation. Ce Régime
ne durera pas plus de trois semaines,
& dans ce temps vous verrez toutes les
couleurs imaginables, dont cependant
on ne saurait rendre aucune raison.
Dans cet intervalle les pluies deviendront
plus abondantes; mais elles finiront
pour faire place à une blancheur parfaite
très agréable à la vue. Elle paraîtra
comme des fils ou des cheveux, qui
s'attacheront aux parois du vaisseau.

II.

Redoublez votre joie, parce que vous

@

234 LE VERITABLE


feliciter peregisti. Cautio in hoc regimine
maxima esto.
Ne corvorum pulli, postquam nidum
suum reliquerint, eumdem repetant.
Item, ne sic immodicè aquam exhaurias,
ne eadem terra subsidens careat,
& arida inutilisque in fundo
relinquatur.
Tertio ne intemperanter adeo terram
tuam irriges, ut eamdem penitus
suffoces. Quibus erroribus cunctis
bonum caloris externi regimen succurret.
----------------------------------

C A P U T XXVII.

De Regimine: Lunae.

I.

P Ost absolutum Jovis regimen sub
finem mensis quarti signum crescentis
Lunae tibi apparebit, & scias,
quod totum Jovis regimen abluendo
latoni fuit dicatum. Spiritus abluens
candidus est valdè in sua natura, at

@

PHILALETHE. 235

avez heureusement achevé le Régime de
Jupiter; mais ce Régime demande un
soin extrême.
I. Pour empêcher les petits des Corbeaux
de rentrer dans le nid, qu'ils ont
quitté.
II. Pour ne pas trop épuiser l'eau jusqu'à
laisser la terre sèche & aride, &
par conséquent inutile au fond du vaisseau.
III. De ne point trop arroser votre
terre jusqu'à la suffoquer. Vous éviterez
tous ces inconvénients, en gouvernant
sagement la chaleur extérieure nécessaire
au Régime.
----------------------------------

C H A P I T R E XXVII.

Du IVe. Régime de la Lune.

I.

S Ur la fin du quatrième mois, le Régime
de Jupiter étant totalement fini,
vous verrez paraître le signe de la Lune;
alors sachez que ce Régime a servi à
nettoyer notre laiton: cet esprit purgeant
& purifiant est extrêmement blanc,

@

236 LE VERITABLE


corpus abluendum nigrum nigerrimum.
In cujus transitu ad albedinem
omnes intermedii apparuere colores,
quibus absolutis candidum totum
fit, at non perfectè candescens
primo die, verum gradatim ab albo
ad albissimum, assurget.

II.

Et scias, quod in hoc regimine totum
fiat instar liquidi argenti vivi
ad visum, & hoc dicitur matris sigillatio
in ventre infantis sui, quem
peperit, eruntque in hoc regimine varii
colores momentanei, pulchri, &
cito disparentes, at albedini magis
quam nigredini propinqui, sicut &
colores in regimine Jovis plus nigredinis
quam albedinis participarunt,
& scias, quod intra tres septimanas
regimen lunae erit completum.

III.

Ante verò quàm impleatur, formas
mille induet compositum. Nam
crescentibus fluviis ante omnimodam

@

PHILALETHE. 237

& le corps qui doit être nettoyé est extrêmement
noir. C'est dans ce passage
du noir au blanc que paraissent toutes
ces couleurs passagères, qui disparaissent,
& font place à la blancheur;
mais cette blancheur n'est point
d'abord parfaite, elle ne vient dans sa
perfection que par degrés.

II.

Vous devez savoir que dans ce Régime,
la matière doit devenir à la vue aussi
liquide que du vif-argent, & c'est ce
qui s'appelle le sceau de la mère dans le
ventre de l'enfant qu'elle a engendré.
Dans ce Régime on verra de belles & diverses
couleurs; mais momentanées, &
qui approchent plus du blanc que du
noir, au lieu que dans le Régime de Jupiter,
elles participent plus du noir que
du blanc, & ce Régime ne dure pas plus
de trois semaines.

III.

Mais avant qu'il finisse, le composé
n'a nulles formes différentes: car avant
la coagulation, les fleuves venant à se

@

238 LE VERITABLE


coagulationem, centies in die liquescet
& coagulabitur; aliquando instar
oculorum piscium apparebit, nonnunquam
arboris pure argenteae ac politissimae
cum ramusculis ac frondibus
figuram aemulabitur. Verbo, hoc tempore
quavis horâ visa te stupore ac
admiratione obruent.

IV.

Et tandem grana habebis albissima
instar atomorum solis prae tenuitate,
pulchriora quibus oculus humanus
vidit nunquam. Immortales DEO
nostro agamus gratias, qui huc opus
produxit. Est enim vera tinctura perfecta
ad album, licet primi tantum
ordinis, ac proindè virtutis exiguae
respectu admirandae, quam reiteratâ
praeparatione acquiret, virtutis.

@

PHILALETHE. 239

gonfler, la matière deviendra liquide
cent fois le jour; mais enfin elle se coagulera
quelquefois comme des yeux de
poison; quelquefois comme un arbre de
pur argent très poli, qui paraîtra avec
ses branches, ses rameaux & ses feuilles;
enfin pour le dire en un mot, vous serez
surpris de tout ce que vous verrez à chaque
moment dans cet intervalle.

IV.

Mais pour finir, vous aurez des grains
extrêmement blancs, semblables à des
Atomes, & aussi beaux que l'on puisse jamais
voir. Rendons grâces à Dieu d'avoir
amené cet ouvrage au point où il
est; parce que c'est la vraie & parfaite
teinture au blanc, quoique seulement du
premier ordre & de médiocre vertu, par
rapport à la force admirable qu'elle acquière,
en réitérant les mêmes opérations.

@

240 LE VERITABLE


C A P U T XXVIII.

De Regimine Veneris.

I.

P Rae omnibus mirum est hoc, quod
lapis noster omnimodè jam perfectus,
perfectamque tincturam communicare
potens, sponte sese iterum
humiliat, novamque volatilitatem
citra ullam manuum impositionem
meditabitur. Si tamen ex vase suo
acceperis, idem lapis alii denuò vasi
inclusus incassum post sui refrigerium
ulterius deduci tentabitur. Cujus rationem
demonstrativam nec nos, nec
ulli Philosophi antiqui reddere valemus,
nisi quod factum sit nutu DEI.

II.

Saltem hîc igni tuo cave, quia
perfecti lapidis haec est lex, ut sit fusibilis:
ideoque si justo majorem ignem
dederis, vitrificabitur materia, &
CHAPITRE

@

PHILALETHE. 241

C H A P I T R E XXVIII.

Du Ve. Régime ou de Vénus.

I.

R Ien n'est plus surprenant que ce qui
arrive dans ce Régime. La pierre
est parfaite & peut donner teinture, cependant
elle s'abaisse sans qu'on y touche,
jusqu'à devenir une seconde fois
volatile; mais si vous l'ôtez du vaisseau
où elle est pour la transporter & l'enfermer
dans un autre, & qu'elle se refroidisse,
vous ne pourrez plus la porter
plus loin, c'est-à-dire, au rouge. Aucun
Philosophe n'en saurait donner
d'autre raison, sinon que telle est la volonté
de Dieu.

II.

Prenez garde dans ce Régime à bien
conduire votre feu, parce que telle est la
loi de la pierre, que pour être parfaite,
il faut qu'elle soit fusible; & par-là si
vous poussez votre feu plus qu'il ne convient,
votre matière se vitrifiera & adhérera
Tome II. L

#@

242 LE VERITABLE


colliquata lateribus vasis adhaerescet,
nec ulterius promovere valebis. Et
haec est materiae vitrificatio illa, toties
à Philosophis praecauta, quae antè
& post perfectum opus album accidere
solet incautis, nempe post medium
regiminis Lunae ad septimum aut decimum
usque diem regiminis Veneris.

III.

Quare parum saltem augeatur
ignis, ita ut compositum non vitrificetur,
hoc est, liquescat passivè instar
vitri; at benigno calore sponte suâ
liquescet, turgescetque, & jubente
DEO Spiritu dotabitur, qui sursum
volabit, lapidemque secum apportabit,
dabitque colores novos, viridem
imprimis Venereum; qui longo durabit
tempore, nec intra dies viginti
totaliter disparebit, ceruleum quoque
expectes, lividumque, & sub finem
regiminis Veneris pallidum, & obscurè
purpureum.

@

PHILALETHE. 243

aux parois du vaisseau, & il ne
vous sera pas possible de la rendre plus
parfaite. C'est là cette vitrification où
tombent les Artistes peu attentifs, &
contre laquelle les Philosophes prennent
tant de précautions, avant & après que
l'oeuvre est arrivé au blanc parfait. Ce
danger dure depuis le milieu du Régime
de la Lune, jusqu'au sept ou dixième
jour de celui de Vénus.

III.

C'est pourquoi il faut très peu augmenter
le feu, de manière que le composé
ne se liquéfie pas comme du verre en
fusion; mais il faut qu'il fonde presque
de lui-même, alors il s'enflera, & par
la volonté de Dieu il concevra un esprit
qui s'élèvera & fera paraître de nouvelles
couleurs, surtout le vert, qui dure
assez longtemps, & ne se dissipe qu'au
bout de vingt jours; le bleu viendra ensuite,
puis une couleur livide, & sur la
fin de ce Régime, on verra un pourpre
pâle & obscur.
L ij

@

244 LE VERITABLE


IV.

Caveto hoc in opere, ne spiritum
irrites nimium, quia corporalior est
quàm antea, & si ad vasis summum
ejus volatum feceris, sponte suâ tibi
vix revertetur. Quae eadem cautio est
observanda in Lunae regimine,
cum spiritus inspissari coeperit; quia
tum suaviter, & non cum violentiâ
erit tractandus, ne fugando ad summitatem
vasis totum illud, quod in
fundo est, comburatur, aut saltem
vitrificetur ad operis destructionem.

V.

Cum itaque viredinem conspexeris,
scias in ea virtutem germinativam
contineri. Quare cave hîc, ne
viror iste in nigrum turpè vertatur calore
immodico, verùm ignem prudenter
regas; ita post dies quadraginta
absolutum regimen hoc habebis.

@

PHILALETHE. 245

IV.

Soyez attentifs dans ce Régime à ne
pas irriter l'esprit, qui est devenu plus
corporel & plus fixe qu'auparavant, parce
que si vous le faisiez monter au haut,
du vaisseau, à peine retombera-t-il de
lui-même. On doit avoir la même attention
dans le Régime de la Lune, lorsque
l'esprit commence à s'épaissir; alors
il le faut traiter avec douceur, & non
avec violence, de peur que tout ce qui
est au fond du vaisseau, ne fuie & ne
s'élève jusqu'au haut, ou du moins ne
se vitrifie; ce qui est la destruction de
l'oeuvre.

V.

Lorsque vous verrez la verdeur, vous
devez savoir qu'il y a en elle une force
qui fait germer la matière; prenez garde
qu'un feu trop fort ne fasse dégénérer
cette couleur verte en noir, c'est pourquoi
régissez le feu avec prudence. Ce
Régime durera environ quarante jours.
L iij

@

246 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XXIX.

De Regimine Martis.

I.

P Eracto Veneris regimine, cujus
color erat praecipuè virescens,
parumque rubens purpureo obscurè
colore, interdum livido, in quo tempore
arbor Philosophica ramis suis
floruit discoloratis, cum foliisque ramisque;
succedit regimen Martis,
qui aliqualem flavedinem, luteâ quasi
brunitie dilutam, potissimum demonstrat,
coloresque transitorios Iridis
ac Pavonis gloriosissimè exhibet.

II.

Hîc siccior compositi status, in quo
materia varias formarum larvas imitari
videtur. Hyacinthinus color cum
levissimo Aurantii frequens hisce diebus
apparebit. Hîc sigillata mater in
infantis sui ventre surgit & depuratur,

#@

PHILALETHE. 247

----------------------------------

C H A P I T R E XXIX.

Du VI. Régime ou de Mars.

I.

D Ans le Régime de Vénus la principale
couleur était verte, mais tirant
quelquefois sur un rouge obscur, &
d'autres fois sur le livide. Dans ce temps
ont parus sur l'arbre Philosophique des
rameaux & des feuilles de diverses couleurs;
à ce Régime succède celui de Mars,
d'un jaune tirant sur le brun avec des
couleurs passagères, qui sont celles de
l'Iris & de la queue de Paon.

II.

Alors la composition devient plus sèche,
& la matière prend diverses formes,
mais la couleur principale est celle
d'Hyacinthe, avec un peu d'orangé. C'est
ici que la mère enfermée & scellée dans
le ventre de son enfant, renaît & se purifie
L iiij

@

248 LE VERITABLE


ut ob tantam, in qua sistitur
compositum, puritatem putredo hinc
exulet. At verò obscuri colores hoc
toto regimine pro basi ludunt, fiuntque
intermedii colores spectatu placidissimi.

III.

Jam scias virginem nostram terram
ultimam subire cultivationem,
ut in ea fructus solis seminetur ac maturetur,
ideoque bonum continua calorem,
& videbis pro certo circa
diem hujus regiminis trigesimum colorem
citrinum apparere, qui intra
septimanas binas à prima sua apparitione,
totum ferè citrino colore imbuet.
----------------------------------

C A P U T XXX.

De Regimine Solis.

I.

J Am operis tui fini appropinquas,
tuumque ferè perfecisti negotium;

@

PHILALETHE. 249

jusqu'à chasser les impuretés hors du composé
& y introduire une pureté permanente.
Dans tout cet intervalle on voit
des couleurs ternes, qui courent de côté
& d'autre & cependant il ne laisse
pas de paraître encore d'autres couleurs
fort agréables.

III.

Vous devez savoir ici que notre terre
Vierge a reçu sa dernière culture pour
voir semer & mûrir en elle le fruit du
Soleil; ainsi continuez une chaleur raisonnable,
& vous devez être assuré
qu'au trente-troisième jour de ce Régime
paraîtra la couleur citrine, qui au
bout de deux semaines deviendra parfaite.
----------------------------------

C H A P I T R E XXX.

Du VIIe. Régime du Soleil.

I.

V Ous approchez ici de la fin de
votre oeuvre; bientôt vous verrez
L v

#@

250 LE VERITABLE


jam omnia instar auri obryzi videntur,
& lac virginis, quo cum materiam
hanc imbibis, citrinescit valde.
Immortales jam DEO omnium
bonorum largitori redde gratias, qui
hucusque opus perduxit, quem supplex
ora, ut tuum consilium sic deinceps
regat, ne forte opus ferè jam perfectum
praecipitare studens penitus
perdas.

II.

Considera jam, quod per menses
ferè septem expectasti, neque sanum
erit unicâ horolâ totum annihilare.
Quare cautus esto valdè, eoque plus,
quo perfectioni vicinior es. Cautè verò
si progressus fueris, occurrent tibi haec
notabilia:
Imprimis sudorem quendam citrinum
in corpore observabis, tandemque
vapores citrinos, subsidente corpore,
violâ tinctos, interdum & obscuru
purpura.
Post quatuordecim aut quindecim
dierum expectationem in hoc solis

@

PHILALETHE. 251

votre travail accompli; déjà tout
paraît comme l'or le plus pur, & le
lait de la Vierge dont vous humectez
votre matière jaunit de plus en plus,
maintenant remerciez Dieu, qui vous
a fait tant de grâces, que d'amener votre
oeuvre à ce point de perfection;
priez-le de vous conduire & d'empêcher
que votre précipitation ne vous fasse perdre
un travail, qui est venu en un état aussi
parfait.

II.

Considérez donc qu'ayant travaillé
sept mois, pour arriver au point où
vous êtes, vous ne seriez pas Sage de
perdre en une heure le fruit de tant de
peine, ainsi plus vous avancez dans la
perfection, plus vous devez être attentif.
& si vous avez eu les précautions nécessaires,
voici les signes que vous verrez.
I. D'abord ce sera une sueur citrine,
que vous remarquerez sur tout le corps
de l'ouvrage; suivront des vapeurs de
la même couleur. Le corps s'affaissant,
le violet paraîtra, puis un pourpre obscur.
2. Après XIV. ou XV. jours de ce
Régime viendra sur votre matière une
L vj

@

252 LE VERITABLE


regimine materiam pro majori parte
humidam observabis, & ponderosam
licet, attamen in venti ventre totam
asportatam.
Tandem circa diem vigesimum sextum
regiminis hujus exsiccari incipiet,
& tum liquescet ac congelabitur, reliquescetque
centies in die usquequo
granulari incipiet, videbiturque ac
si totum granis discontinuum, iterumque
coalescet, infinitasque de die in
diem formarum larvas induet, &
hoc durabit per septimanas binas aut
circiter.

III.

Ultimò verò, jubente DEO, materiae
tuae irradiabitur lux, quam
imaginari vix possis, tum citò expecta
finem, quem post dies tres videbis,
quia granulabitur materia instar atomorum
solis, eritque color tam intensè
ruber, quod prae eminenti rubore
nigrescet instar sanguinis sanissimi coagulati,
licet non credas aliquid tale
huic Elixiri ex arte camparari posse.

@

PHILALETHE. 253

l'humidité pesante, mais qui ne laissera
pas de s'élever dans le ventre du
vent.
3. Enfin vers le vingt-sixième jour tout
commencera à se dessécher, puis se
liquéfiera, ensuite se congèlera, ce qui
n'empêche pas que la matière ne devienne
liquide cent fois le jour, jusqu'à
ce quelle se forme en petits grains;
après quoi elle se réduit en masse &
prend de jour en jour une infinité de
formes différentes, ce qui dure environ
deux semaines.

III.

Enfin par le secours de la Divine Volonté,
la lumière se répandra sur votre
matière; à peine même pourrez-vous le
concevoir. La fin est proche & au bout
de trois jours tout se granulera, c'est-
à-dire se formera en Atomes solaires
d'un rouge parfait, & même si fort & si
foncé, qu'il paraîtra comme un beau sang
coagulé; & jamais vous n'auriez pu croire
que l'Art pût porter l'Elixir à une si grande

#@

254 LE VERITABLE


Quia est mira creatura, parem sibi
non habens in tota universi natura,
nedum exactè sibi similem.
----------------------------------

C A P U T XXXI.

Fermentatio Lapidis.

I.

M Emineris jam te sulphur nactum
esse incombustibile rubeum,
quod nullo prorsus igne ulterius promoveri
posset per se, cautusque esto
maximè, quod in praecedente capitulo
oblitus eram, ne in regimine solis
citrini ante adventum supernaturalis
fillii, induti colore verè Tyryo, ne, inquam,
tuam materiam ignitione indebita
vitrifices, quia sic esset deinceps
insolubilis, ac per consequens in
pulcherrimas atomos rubicundissimas
non congelaretur. Esto proinde cautus,
ne tanto thesauro temet prives.

II.

Et tamen ne te hic laborum tuorum

@

PHILALETHE. 255

perfection; une telle créature n'a
rien qui en approche dans tout l'Univers,
loin de trouver quelque chose qui
lui soit entièrement semblable.
----------------------------------

C H A P I T R E XXXI.

De la Fermentation de la Pierre.

I.

S Ouvenez-vous que jusques ici vous
avez trouvé un soufre rouge incombustible,
& que vous ne pouvez pas
le pousser plus loin, quelque degré de
feu que vous y vouliez employer; prenez
garde cependant d'avoir toujours
la même précaution, j'ai oublié de vous
en avertir dans le Chapitre précédant;
soyez attentif dans le Régime citrin du
Soleil de ménager extrêmement votre
feu, avant que vous ayez vu paraître
ce fils surnaturel, vêtu de pourpre Tyrienne.
Autrement un feu trop vif vitrifierait
votre matière, qui dans la suite ne
pourrait plus se dissoudre, ni par conséquent
se congeler en Atomes très
rouges. Soyez donc sur vos gardes, pour
ne vous pas priver vous-mêmes d'un si
riche trésor.

II.

Ne croyez pas cependant que ce soit

@

256 LE VERITABLE


finem reperisse sic credas, quin ulteriùs
pergas, ut ex hoc sulphure iteratâ
rotae circulatione Elixir habeas.
Quare capias solis purgatissimi partes
tres, ac sulphuris hujus ignei partem
unam, (possis solis partes quatuor
capere, & sulphuris quintam partem,
sed praedicta proportio melior est;)
Funde solem in crucibulo mundo &
fuso injice sulphur tuum, at cautè,
ne à fumo carbonum perdatur.

III.

Fac ut simul fluant, deinde effunde
in excipulum, & habebis massam
pulverisabilem coloris pulcherrimi rubicundissimi,
at vix transparentis.
Cape hujus massae minutè tritae partem,
Mercurii tui Sophici partes binas,
misce optimè ac vitio include,
ac rege ut prius, & binis mensibus

@

PHILALETHE. 257

ici la fin de vos travaux, il vous faut
recommencer votre oeuvre; & par le même
procédé que vous avez suivi jusqu'ici
vous devez convertir en Elixir le
soufre que vous avez trouvé.
C'est pourquoi prenez trois parts d'or
très pur, & une de ce soufre ardent,
fondez l'or dans un creuset neuf, &
lorsqu'il sera en fusion, vous y jetterez
peu à peu votre soufre; mais
avec précaution, de peur qu'il ne soit gâté
& perdu par la fumée du charbon.
Vous pourriez absolument joindre
quatre parts d'or avec une cinquième
partie de votre soufre; mais la proportion,
que je viens de vous marquer,
est la meilleure & la plus sure.

III.

Faites donc que tout soit en bonne
fusion, & le versez dans une lingotière
ou un creuset chauffé, alors il vous
restera une masse friable que vous pourrez
mettre en une poudre d'un rouge
très foncé, mais un peu opaque.
Prenez une part de cette matière en
poudre imperceptible; joignez-y deux
parts de votre Mercure Philosophique
triturez & mêlez exactement, mettez-
les dans un vaisseau ou matras de verre,

#@

258 LE VERITABLE


omnia praedicta regimina, ordine suo,
praeterire videbis; haec est vera fermentatio,
quam reiterare, si libet,
licet.
----------------------------------

C A P U T XXXII.

Imbibitio Lapidis.

I.

S Cio, quòd multi Autores fermentationem
in hoc opere pro interno
agente invisibili capiunt, quod fermentum
dicant, cujus virtute fugitivi,
tenuesque spiritus absque manuum
impositione spontè inspissantur, nostramque
praedictam fermentationis
viam cibationem vocent cum pane &
lacte; sic Riplaeus.

II.

Ego vero non solitus alios citare,
nec illorum in verba jurare, in re
aequè mihi ac illis cognitâ, propriam
observavi licentiam.

@

PHILALETHE. 259

& recommencez le même feu avec
les mêmes précautions que ci-devant &
en deux mois vous verrez paraître par
ordre tous les mêmes Régimes que vous
avez vus, telle est la véritable fermentation
que vous pourrez recommencer,
si vous le jugez à propos.
----------------------------------

C H A P I T R E XXXII.

De l'Imbibition de la Pierre.

I.

J E sais que quelques Auteurs prennent
dans cet Ouvrage, le ferment
pour un agent intérieur & invisible, qui
fixe & fait épaissir les esprits volatiles du
composé, sans qu'il soit nécessaire de le
travailler; & donnent à notre fermentation
le nom de Cibation, on de nourriture,
qui se fait avec le pain & le lait.
Tel est le sentiment de Ripley.

II.

Mais comme je n'ai pas accoutumé de
citer, ni de suivre aveuglément les autres
Artistes, je parle par ma propre expérience
en une chose que je sais aussi bien
qu'eux.

@

260 LE VERITABLE


III.

Est ergo alia operatio, qua lapis
augetur in pondere plusquam virtute,
id est, cape sulphur tuum perfectum,
sive album, sive rubeum, & adde
tribus sulphuris partibus quartam
aquae partem, & post tantillum nigredinis
sex, septemve dierum decoctione
aqua tua recens addita inspissabitur
instar sulphuris tui.

IV.

Adde tum quartam, non respectu
totius compositi, quod jam unam quartam
partem primâ imbibitione coagulavit,
sed respectu primi sulphuris
tui, quod primò accepisti: quâ exsiccatâ,
adde alteram quartam partem,
quam coagulabis igne convenienti;
tum in eo ponas duas partes
aquae respectu trium partium sulphuris,
quae primò accepisti ante imbibitionem
primum libratarum, & hac
proportione ter imbibas & congeles.

@

PHILALETHE. 261

III.

Il y a donc une autre opération qui
augmente la pierre beaucoup plus en
poids & en quantité qu'en qualité; voici
l'ordre de ce travail.
Prenez trois parties de votre soufre
parfait, soit au blanc, soit au rouge,
Joignez-y une quatrième partie de votre
eau, & après un peu de noirceur, votre
eau en six ou sept jours s'épaissira aussi
fort que votre soufre.

IV.

Quand je parle d'une quatrième partie
d'eau à joindre à votre composé, cela
ne regarde pas la totalité de la matière
actuelle, parce que vous avez déjà coagulé
une partie d'eau avec trois de soufre;
mais cette quatrième partie se doit
entendre de celle du premier soufre que
vous avez déjà employé. La dessiccation
étant faite, ajoutez-y une autre quatrième
partie, que vous coagulerez avec
un feu convenable; après quoi vous mettrez
deux parties d'eau sur trois de votre
premier soufre que vous avez employé
avant l'imbibition; & cette dernière opération
doit être réitérée trois fois dans
la même proportion.

@

262 LE VERITABLE


V.

Tandem quinque partes aquae septimâ
imbibitione ponas, nempe respectu
sulphuris primò accepti, quâ
impositâ sigilla vas tuum, & igne
priori simili fac ut totum compositum
omnia regimina praedicta transeat,
quod fiet ad summum mense uno,
tum habes verum lapidem tertii ordinis,
cujus pars una cadit super decem
millia, & perfectè tinget.
----------------------------------

C A P U T XXXIII.

Lapidis Multiplicatio.

I.

A D hoc nullus alius requiritur
labor, nisi ut sumatur lapis perfectus,
ejusque una pars conjungatur
cum partibus tribus, aut ad summum
quatuor, Mercurii primi operis,
ac regatur igne debito per dies

@

PHILALETHE. 263

V.

Enfin pour septième imbibition, vous
mettrez cinq parties de votre eau sur
trois de votre premier soufre; vous enfermerez
& scellerez l'un & l'autre dans
votre vaisseau ou matras, & avec un
feu pareil au premier, vous ferez passer
le tout par les Régimes précédents; &
en un mois tout au plus vous aurez la
vraie pierre du troisième ordre, dont
une partie tombe sur dix mille de métal
imparfait & le teint en un métal parfait.
----------------------------------

C H A P I T R E XXXIII.

De la Multiplication de la Pierre.

I.

I L ne reste pour parvenir à la multiplication,
qu'à prendre une part de
votre matière parfaite, & la joindre avec
trois ou quatre parts tout au plus de
votre premier Mercure. Vous mettrez
l'un & l'autre en un vaisseau bien clos &

@

264 LE VERITABLE


septem, vase admodum strictè clauso,
& omnia regimina summâ jucunditate
praeteribunt, & habebis totum
virtute millecuplâ ditatum, pro lapide
ante ejus multiplicationem.

II.

Et si hoc iterum tentabis, tribus
diebus omnia regimina percurres, &
erit medicina adhuc millecuplâ tingendi
vi exaltata.

III.

Et si adhuc repetere cupis, opus
intra naturalem diem per omnia regimina
& colores traduces, idemque
horâ fiet unicâ, si iterato tentes, nec
virtutem tui lapidis unquam tandem
invenire poteris; tanta erit, quae ingenii
capacitatem superet, si modo
in opere reiteratae multiplicationi procedas.
Immortales jam memor esto grates
D E O agere, quia totum thesaurum
naturae jam in posse habes.
bien

@

PHILALETHE. 265

bien scellé, & par un feu également
doux & réglé, vous verrez passer en
sept jours avec un extrême plaisir tous
les Régimes, que nous avons ci-dessus
marqués, avant la multiplication, & sa
force augmente au moins mille fois plus
qu'auparavant.

II.

Recommencez la même opération, &
tous les Régimes paraîtront en trois
jours, & la matière aura mille fois plus
de force que celle que nous venons de
marquer.

III.

Enfin si vous avez dessein de réitérer
encore le même procédé, vous ne serez
qu'un jour naturel à voir passer tous les
différents Régimes avec leurs couleurs.
Ce qui se ferait même en une heure
si vous le répétez pour la quatrième fois,
allant toujours de mille en mille pour les
degrés de force: mais alors à peine pourrez-vous
connaître la vertu de votre
pierre; elle surpasserait même ce qu'on
en peut concevoir si vous faisiez une cinquième
multiplication.
Souvenez-vous à présent de rendre
éternellement grâces à Dieu, qui vous
met en possession de tous les trésors de la
nature.
Tome II. M

@

266 LE VERITABLE


----------------------------------

C A P U T XXXIV.

De modo Projiciendi.

I.

C Ape lapidis tui perfecti, ut dictum
est, albi aut rubri, ac pro
medicinae qualitate cape utriusvis luminaris
partes quatuor, funde in crucibulo
mundo, tum immitte lapidis tui
juxta speciem luminaris fusi; albi
aut rubei, ac immista effunde in conum,
eritque massa pulverisabilis; hujus
cape misturae partem unam, &
Mercurii bené loti partes decem; calefac
Mercurium, donec strepere incipiat,
tum injice misturam tuam,
quae ictu oculi penetrabit, eum funde
cum igne aucto, & tota erit medicina
ordinis inferioris.

II.
Hujus tum cape partem unam, &
projice super quodvis metallum, fusum
& purgatum, quantum nempe

@

PHILALETHE. 267

----------------------------------

C H A P I T R E XXXIV.

Manière de faire la Projection.

I.

P Renez une partie de votre pierre
parfaite, soit au blanc, soit au rouge,
puis faites fondre dans un creuset quatre
parts de l'un des métaux fixes, savoir
d'argent si c'est au blanc, & d'or si c'est
au rouge, joignez-y une partie de votre
pierre selon l'espèce que vous voudrez
produire, jetez le tout dans un cornet
à régule chaud & graissé, il vous
restera une masse, que vous mettrez facilement
en poudre. Prenez ensuite dix
parts de Mercure purgé & purifié, mettez-le
sur le feu, & lorsqu'il commencera
à pétiller & à fumer jetez-y
une part de votre poudre, qui fixera
le Mercure en un clin d'oeil; fondez à
feu violent cette matière fixée, & vous
aurez une pierre ou médecine d'un ordre
inférieur.

II.

Prenez derechef une partie de cette
dernière matière, que vous projetterez
M ij

@

268 LE VERITABLE


lapis tuus vult tingere, & habebis
aurum, argentumve adeò purum, quod
purius natura non dabit.

III.
Praestat tamen gradatim projicere,
usque, dum tinctura cesset, sic enim
latiùs extendetur, quia cum tantillum
super tantum projicitur, nisi projectio
fiat in Mercurio, notabilis fit
medicinae jactura ob scorias, quae immundis
metallis adhaerent. Quare
quo meliùs purgantur metalla ante
projectionem, eò meliùs in igne negotium
succedit.
----------------------------------

C A P U T XXXV.

De Multiplici usu hujus Artis.

I.

Q Ui semel hanc artem juxta DEI
benedictionem perfectè elaboravit,
nescio quid in toto hoc mundo
exoptare possit, nisi ut tutus ab omnibus
fraudulentis ac dolosis hominibus,
Deo sine distractione servire possit,

@

PHILALETHE. 269

sur quelque métal que ce soit, mais
purifié & mis en fusion par le feu; projetez
autant de votre pierre qu'elle peut
teindre de ce métal, & vous aurez or
ou argent, plus pur que celui, qui est formé
par la nature.

III.

Cependant il est toujours mieux de
faire la projection par degrés, jusqu'à
ce que votre pierre ne donne plus de
teinture, parce qu'en projetant une
petite portion de poudre sur beaucoup
de métal imparfait, à moins que ce ne
soit sur du vif-argent, il se fait alors
une déperdition considérable de la pierre,
à cause des scories des métaux impurs.
C'est pourquoi plus le métal est
purifié avant la projection, mieux on
réussit dans la transmutation.
----------------------------------


C H A P I T R E XXXV.

Des différents usages de la Pierre.

I.

Q Uiconque est assez heureux pour
perfectionner cet oeuvre par la bénédiction
de Dieu, que peut-il souhaiter
de plus en ce monde, sinon d'êM
iij

#@

270 LE VERITABLE


vana autem res esset pompâ exteriore
vulgarem auram anhelare, imò
nec talia cordi sunt hujusmodi, qui
hanc artem callent, quin potiùs spernunt
& contemnunt.

II.

Qui ergo hoc talento à DEO beatus
est, huic talis voluptatis campus
patet, qui longè populari admiratione
est dignior.
I. Primò, si viveret annos mille,
& quotidie hominum millium mille
aleret, non egeret, quia pro voto
suo lapidem multiplicare valet tam
pondere quam virtute. Ita ut si homo,
puta adeptum, omnia quae imperfecta
sunt in mundo, metalla comparabilia
posset, si hoc in votis haberet,
omnia in verum aurum, argentumve
tingere.
2. Secundò lapides pretiosos ac
gemmas poterit hac arte conficere,
quales nullae in rerum natura sine hac
arte comparari poterunt.
3. Tertiò ac tandem universalem
medicinam habet, tam ad vitae prolongationem,

#@

PHILALETHE. 271

tre à couvert de la malice des trompeurs
& des méchants, & servir Dieu toute
sa vie: car ce serait la plus grande
de toutes les folies de rechercher l'estime
des hommes par la pompe & l'éclat
du monde. Ce n'est pas aussi ce
que pensent ceux qui possèdent cet Art;
ils méprisent au contraire toutes ces vanités.

II.

Celui donc que Dieu a gratifié de ce
talent ambitionne un tout autre plaisir, &
qui surpasse de beaucoup l'admiration du
peuple.
I°. S'il vivait mille ans, & qu'il eût
tous les jours des millions d'hommes à
nourrir, il ne manquerait jamais de rien,
parce que s'il veut, il est en état de
multiplier la pierre & en vertu & en
poids, cet homme s'il est Adepte peut
convertir en or & en argent tous les
métaux imparfaits, qui pourraient se trouver
dans le monde.
2°. En second lieu il peut faire par
la même voie des diamants & des pierres
précieuses, plus belles & plus parfaites
que les naturelles.
3°. En troisième lieu, il possède une
M iiij

@

272 LE VERITABLE


quàm ad omnium morborum
curationem. Sic unus saltem
verè Adeptus, omnes in universo orbe
aegrotos curare valeat.

III.

Regi proinde sempiterno, immortali
ac soli omnipotenti laudes ob haec
dona sua inenarrabilia ac thesauros
inaestimabiles in aeternum agamus.

IV.

Quisquis proinde talento hoc fruitur,
in honorem DEI & proximi
utilitatem utatur moneo, ne ingratus
erga creditorem DEUM, qui tanto
eum talento beavit, reperiatur, ac
reus ultimo die condemnetur.

V.

Hoc opus fuit incoeptum anno
1645. perfectumque à me qui professus
sum, ac profiteor haec arcana,
neminis plausum quaerens, sed sincero
inquisitori hujus artis occultae adjutorem
meipsum amicum ac fratrem
suscribo. AE Y R E N E U M PHILALETAM,
natu Anglicum, habitatione
Cosmopolitam.

@

PHILALETHE. 273

médecine universelle, capable de prolonger
la vie, & de guérir toutes les maladies.
De manière qu'un seul Adepte est
en état de rendre la santé à tous les malades
qui sont dans le monde.

III.

C'est ce qui doit nous engager à remercier
Dieu continuellement pour tant
de biens, dont il nous a comblés.

IV.

Ainsi celui qui possède ce talent doit
l'employer pour la gloire de Dieu, &
pour l'utilité du prochain, afin de ne paraître
pas ingrat envers le Souverain
Créateur, qui lui a confié ce précieux
talent; & qu'au dernier jour il ne reçoive
pas sa condamnation.

V.

Cet ouvrage a été commencé & fini
l'an 1647. par moi qui ai pratiqué &
qui pratique cet Art secret; sans m'embarrasser
des applaudissements des hommes;
mais qui souhaite seulement secourir
ceux qui cherchent sincèrement la
connaissance de cette Science, afin qu'ils
me regardent comme leur frère, & leur
ami. Je signe donc cet écrit du nom
D'E Y R E N E'E PHILALETHE, Anglais
de naissance, & habitant de l'Univers.
M v

@

274 LE VERITABLE


pict

E X P E R I M E N T A

D E

P R AE P A R A T I O N E
MERCURII SOPHICI AD LAPIDEM,

Per Regulum Martis Antimoniatum,
stellatumque & Lunam,

Ex Manuscripto Philosophi Americani
aliàs,
Eyrenaei Philalethes, natu Angli, habitatione
Cosmopolitae. ----------------------------------

I.

Arcanum Arsenici Philosophici.

A Ccepi Draconis ignei partem
unam & Corporis Magnetici
partes duas, praeparavi simul per
ignem torridum & quinta praeparatione
factae sunt Arsenici veri circiter
uncias VIII.

@

PHILALETHE. 275

pict

E X P E R I E N C E S

S U R

L A P R E'P A R A T I O N
DU MERCURE PHILOSOPHIQUE
pour la Pierre.

Par le Régule Martial étoilé d'Antimoine
& l'Argent,

Tiré du Manuscrit du Philosophe Américain,

Nommé Irénée Philalèthe, Anglais de
naissance, & Habitant de l'Univers.
----------------------------------

I.

Secret de l'Arsenic des Philosophes.

J 'Ai pris une part du dragon brûlant
& deux parts du corps magnétique,
je les ai préparés par un feu violent & à
la cinquième préparation j'ai tiré environ
huit onces de véritable Arsenic.
M vj

@

276 LE VERITABLE


II.

Arcanum praeparandi Mercurium
cum suo Arsenico ad foeces
amittendas.

Recipiebam Arsenici optimi partem
unam, feci cum Dianae virginis
partibus duabus connubium in corpore
uno; minutim trivi & cum hoc
praeparavi Mercurium meum, elaborando
simul omnia in calido, usque
dum optimè elaborarentur; purgavi
tum per urinae salem, ut deciderent
foeces quas seorsim collegi.

III.

Depuratio Mercurii Sophici.

Mercurium praeparatum, & tamen
externâ immunditie inquinatum in
suo proprio alembico, cum sua cucurbita
Chalibeata ter vel quater destilla;
tum sale urinae lava usque quo clarescat,
nullamque in cursu suo caudam
relinquat.

@

PHILALETHE. 277

II.

Secret pour préparer le Mercure avec
son Arsenic, pour en ôter les impuretés.

J'ai pris une part de bon Arsenic,
dont j'ai fait jonction en un corps avec
deux parts de la Vierge Diane; je les ai
pulvérisés & triturés, & avec cela j'ai
préparé mon Mercure, en le travaillant
chaud; & après l'avoir bien travaillé,
je l'ai purgé par le sel d'urine
pour en tirer les fèces, que j'ai recueillies
à part.

III.

Purification du Mercure des Sages.

Mettez dans un alambic, dont la cucurbite
soit calibée, votre Mercure préparé,
mais qui a encore quelque impureté
extérieure; alors vous le distillerez,
trois ou quatre fois; après quoi vous
le laverez avec sel d'urine, jusqu'à ce
qu'il soit brillant, & ne fasse plus de
queue.

@

278 LE VERITABLE


IV.

Alia Purgatio optima.

Cape salis decrepitati ac scoriarum
Martis Ana uncias decem; Mercurii
praeparati unciam unam & semi,
tere salem & scorias minutissimè in
marmore, tum Mercurium impone,
& cum aceto contere usque dum nihil
appareat; corpore vitreo impone &
distilla per arenam in alembico vitreo,
usque dum Mercurius totus ascenderit,
purus, clarus, ac splendidus.
Hoc tertiò reitera & Mercurium
optimè praeparatum ad Magisterium,
habebis.

V.

Arcanum justae Praeparationis Mer-
curii Sophici.

Singula praeparatio Mercurii cum
suo Arsenico, est aquila una, purgatis
pennis aquilae à corvina nigredine,
fac ut volet septimo volatu, pa-

#@

PHILALETHE. 279

IV.

Autre Purgation très bonne.

Prenez dix onces de sel décrépité
avec pareil poids de scories de Mars,
& de Mercure préparé une once & demie.
Triturez sur le marbre le sel & les
scories, joignez-y le Mercure & du
vinaigre; broyez jusqu'à ce que le Mercure
ne paraisse plus, mettez le tout en
un alambic de verre, & distillez à feu de
sable, tant que tout le Mercure soit passé
pur, clair & brillant; réitérez trois fois
ce procédé & vous aurez le Mercure
bien préparé pour le Magistère.

V.

Secret de la juste Préparation du Mercure
des Sages.

Chaque préparation du Mercure avec
son Arsenic, est comptée pour une aigle,
ayant surtout purgé les plumes
de l'aigle de la noirceur du corbeau.
Réitérez sept fois cette élévation, ou

@

280 LE VERITABLE


rata est usque ad volatum decimun.

VI.

Arcanum Mercurii Sophici.

Accepi Mercurium debitum, &
commiscui cum vero suo Arsenico,
nempe circiter uncias quatuor Mercurii
& feci consistentiam tenuem commixtam,
purgavi pro more debito &
distillavi & habui corpus Lunae purum,
unde cognovi me ritè praeparasse.
Postea addidi ponderi suo Arsenicali
& augebam pondus pristini Mercurii,
in tantum ut Mercurius praevaleret
ad fluxum usque tenuem, &
sic purgavi ad tenebrarum consumptionem,
ferè ad candorem lunarem.
Tum sumpsi arsenici dimidiam unciam,
cujus debitum feci connubium:
addidi hoc Mercurio desponsato &
facta est temperatura instar luti figulini,
parum saltem tenuior.
Purgavi hoc iterum debito more,
laboriosa erat purgatio, longo tempore
per salem urinae feci, quem optimum
in hoc opere comperi.

@

PHILALETHE. 281

sublimation, alors tout sera préparé,
ce qu'on peut répéter jusques à dix
fois.

VI.

Secret du Mercure des Sages.

J'ai pris le Mercure convenable &
l'ai mêlé avec son véritable Arsenic,
savoir environ quatre onces de Mercure
que j'ai réduit par l'Amalgame en consistance
molle. Je l'ai purgé à l'ordinaire
& l'ai distillé; le corps de la
Lune est resté pur: en quoi j'ai connu
que j'avais bien opéré.
Ensuite j'ai ajouté au poids de cet
Arsenic, un poids de Mercure, tant que
la masse se trouva assez molle pour
couler; ainsi je l'ai purgé jusqu'à la
dissipation des ténèbres, & presque jusqu'à
la blancheur de la Lune.
Alors j'ai pris une demie once de
cet Arsenic; j'en ai fait le mariage ou
la conjonction avec le Mercure, d'où
est sorti une masse semblable à la terre
à potier que l'on travaille, & cependant
un peu plus molle.
Je l'ai purgé de nouveau; la purgation
que j'ai faite par le sel d'urine,
qui est le meilleur pour cette opération,
a été longue & difficile.

@

282 LE VERITABLE


VII.

Alia Purgatio optima.

Inveni meliorem purgandi viam
per acetum & salem purum marinum,
sic intra diem dimidium aquilam
unam praeparare possum.
Primùm aquilam volare feci &
relicta est Diana cum modico aeris.
Incepi aquilam secundùm, superflua
removendo, & tum volare feci,
& iterum relictae sunt Dianae Columbae,
cum aeris tincturâ.
Aquilam tertiùm conjunxi & purgavi,
superflua removendo ad candorem
usque, tum volare feci & relicta
est pars magna aeris cum Dianae
Columbis; tum volare feci bis seorsim
ad omnimodam extrationem omnis
corporis, deinde quartùm aquilam
conjunxi; addendo plus & plus de humore
suo gradatim & facta est consistentia
temperata valdè, in qua
nullus Hydrops, qui in unaquaque
trium priorum aquilarum.

@

PHILALETHE. 283

VII.

Autre Purification très bonne.

J'ai trouvé par le vinaigre & le sel
marin, la meilleure manière de purger le
Mercure, par-là je fais une aigle tous les
douze heures.
D'abord j'ai fait voler l'aigle, & Diane
est restée au fond avec un peu de cuivre.
Ensuite j'ai fait voler une deuxième
aigle pour ôter toutes les superfluités,
& les colombes de Diane sont restées
avec la teinture de cuivre.
J'ai recommencé pour la troisième
fois; j'ai joint & purifié les matières, &
en ai séparé les choses superflues; j'ai
fait voler l'aigle deux fois séparément,
pour en tirer tout le corps.
J'ai conjoint l'aigle pour la quatrième
fois, en y ajoutant peu à peu de
son humidité, & tout s'est trouvé
d'une bonne consistance, & l'hydropisie
qui était dans les trois premières aigles a
été guérie.

@

284 LE VERITABLE


Optimam inveni viam praeparandi
Mercurium Sophicum talem. Massam
amalgamatam debito connubio
desponsatam, quàm intimè licet impono
crucibulo & furno Arenae; statuo
ità tamen ut non sublimetur per
horam dimidiam, tum eximo at strenuè
tero, deinde iterum furno impono
in crucibulo & post horae quadrantem
aut circiter, iterum tero, mortarium
quoque calefacio.
Hoc opere lucidum amalgama incepit
pulverem copiosum expuere; impono
crucibulo iterùm, & ad ignem
ut primus pono per congruum tempus,
ita ut non sublimetur, aliàs quò
major ignis, eò meliòr: sic continuò
igniendo & terendo donec ferè totum
ut pulvis appareat; tum lavo & facilè
rejicitur faex & ad unum colligitur
amalgama; deinde sale lavo,
rursusque ignio, teroque hoc ad omnimodam
abstersionem faecum repeto.

@

PHILALETHE. 285

Telle est donc la meilleure manière
de préparer le Mercure Philosophique;
après quoi je prends la masse amalgamée,
bien unie & conjointe, je la
mets dans un creuset à feu de sable très
doux, je l'y laisse une demi-heure sans
que rien se sublime; je la retire & la
triture extrêmement; je la mets une seconde
fois au creuset sur un feu pareil;
je la retire au bout d'un quart-d'heure
& la broie fortement dans un mortier
chaud.
Dans cette opération il sort de l'Amalgame
beaucoup de poudre blanche.
Je remets le tout pour la troisième fois
au creuset pendant le temps nécessaire,
& à un feu raisonnable, assez fort, mais
cependant qui n'excite pas de sublimation.
Je continue ce procédé en mettant sur
le feu & triturant jusqu'à ce que tout
le composé paraisse en poudre; après
quoi je lave bien & toutes les impuretés
se séparent; je reprends l'Amalgame que
je mets successivement sur le feu, je lave
& triture avec du sel jusqu'à ce qu'il ne
reste plus de fèces.

@

286 LE VERITABLE


VIII.

Tentamen triplex bonitatis Mer-
curii praeparati.

Cape Mercurium tuum praeparatum
cum suo arsenico, aquilarum 7.
8. 9. vel decem; phiolae impone, cum
luto sapientiae lutabis & in arenae
furno colloca, stetque in calore sublimationis,
sic ut ascendat & descendat
in vitro, usque dum coaguletur
spissiùs paulò quàm butyrum; continua
ad perfectam coagulationem, usque
ad albedinem Lunae.

IX.

Aliud Tentamen.

Si cum sale urinae (vitro agitando)
sponte in pulverem album convertatur
impalpabilem, sic ut Mercurius
non appareat & sponte iterùm
coalescat in sicco & calido in Mercurium
tenuem est satis; melior tamen
est, si cum aquâ fontanâ sic in capi-

#@

PHILALETHE. 287

VIII.

Trois Epreuves de la bonté du Mercure
préparé.

Prenez votre Mercure préparé avec
son Arsenic, par sept, huit, neuf ou
dix aigles, mettez-le en un matras de
verre. Lutez avec le lut de sapience, &
le placez au feu de sable; y faisant assez
de feu pour en exciter la sublimation,
de manière qu'il monte & descende dans
votre vaisseau: continuez jusqu'à ce qu'il
se coagule un peu plus ferme que du
beure, poursuivez jusques à une entière
coagulation, c'est-à-dire jusqu'à
ce qu'il ait acquis la blancheur de la
Lune.

IX.

Deuxième Epreuve.

Agitez votre Mercure dans une fiole
avec du sel d'urine; s'il se tourne en
poudre blanche impalpable, de manière
qu'il ne paraisse plus, mais que desséché
& mis sur le feu il reprenne sa
forme Mercurielle, & molle, alors
le travail est bon; il serait encore meilleur
cependant, si étant agité avec de

@

288 LE VERITABLE


ta imperceptibilia transeat; si enim
granum corpus inest, non ita in partes
minutas convertetur & separabitur.

X.

Aliud Examen.

Distilla in alembico vitreo ex cucurbita
vitrea, si transeat & nihil
post se relinquat, bona est aqua mineralis.

XI.

Extractio sulphuris à Mercurio vivo
per separationem.

Cape tuum compositum corporate
& spirituale mixtum, cujus corpus
per digestionem ex volatili est coagulatum,
& Mercurium separa à suo
sulphure per vitreum distillatorium &
habebis Lunam albam fixam, aquae
forti resistentem, & vulgari Lunâ
ponderosiorem.

@

PHILALETHE. 289

l'eau de fontaine, le Mercure était réduit
en parties imperceptibles: car s'il
y a quelque matière hétérogène, il ne
se divisera, ni ne se séparera pas si aisément.

X.

Troisième Epreuve.

Distillez votre Mercure dans un alambic
de verre avec son récipient; s'il
ne laisse point d'impuretés, alors votre
eau minérale est bonne.

XI.

Extraction & séparation du soufre
hors du Mercure vif.

Prenez votre composé tant corporel
que spirituel, bien mêlé, dont le corps
s'est coagulé par digestion, séparé par
la distillation le Mercure d'avec son
soufre, il vous restera une Lune blanche
fixe, qui résiste à l'eau forte, &
qui est plus pesante que la Lune ordinaire.
Tome II. N

@

290 LE VERITABLE


XII.

Sol Magicus ex hac Lunâ.

Ex hoc sulphure albo tu per Vulcanum
habebis sulplhur flavum operatione
manuali, qui sol est plumbum rubrum
Philosophorum.

XIII.

Ex hoc Sulphure Aurum potabile.

Tu hoc sulphur flavum in oleum
convertes rubicundum instar sanguinis,
circulando cum menstruo volatili
Mercuriali Philosophico; sic habebis
panacaeam admirandam.

XIV.

Conjunctio grossa menstrui cum
suo sulphure, ad prolem ignis
formandam.

Cape Mercurii praeparati, purgati,
electi optimi aquilarum 7. 8. 9.
aut decem ad summùm; misce cum
sulphure rubente latone praeparato,

@

PHILALETHE. 291

XII.

Tirer l'or Magique hors de cette Lune.

Par le travail, aidé de l'action du
feu vous tirerez de ce soufre blanc un
soufre jaune, & ce sol est le plomb rouge
des Philosophes.

XIII.

Avec ce soufre faire l'or potable.

Vous convertirez ce soufre jaune en
huile rouge comme du sang, en le faisant
circuler avec un menstrue volatile
du Mercure Philosophique. Par-là vous
aurez une Panacée admirable.

XIV.

Conjonction grossière du Menstrue avec
son soufre, pour produire une matière
ignée.

Prenez de votre Mercure préparé &
purgé parfaitement par 7. 8. 9. ou dix
aigles au plus, & le mêlez avec le soufre
rouge ou laiton préparé; dans cette
N ij

#@

292 LE VERITABLE


id est, aquae partes duas aut ad summùm
tres ad unam sulphuris puri purgati
triti partem. N. B. meliùs est ut
sumas duas partes ad unam.

XV.

Elaboratio mixturae manuali opere.

Hanc tu mixturam minutissimè, super
marmore teres, deinde aceto &
sale armoniaco lavabis, usque dum
omnes nigras foeces deposuerit; tunc
aquâ fontanâ omnem salcedinem &
acrimoniam elues, tunc exsiccabis
cartâ mundâ, fundendo de loco in
locum, & cum apice cultri agitando,
usque ad siccitatem exquisitam.

XVI.

Impositio foetus in ovum Philosophicum.

Jam exsiccatam hanc mixturam
impones vitro ovali, vitri optimè
transparentis, magnitudinis ovi Gallinae:
materia in tali vitro uncias
duas ne excedat; sigilla Hermeticè.

@

PHILALETHE. 293

proportion, savoir deux ou trois parties
d'eau avec une partie de soufre pur,
bien purgé & trituré ensemble. Mais
remarquez que le meilleur est de ne mettre
que deux parties d'eau.

XV.

Travail manuel du mélange.

Triturez & broyez fortement le mélange
sur un marbre; après quoi vous
le laverez avec le vinaigre & le sel armoniac,
tant qu'il ne fasse plus d'impuretés.
Ensuite édulcorez le tout avec
de l'eau de fontaine tiède; laissez-le sécher
sur un papier blanc, en le remuant
avec la pointe d'un couteau & lui faisant
changer de place, jusqu'à ce qu'il
soit tout-à-fait sec.

XVI.

Déposer le Foetus dans l'oeuf Philosophique.

Quand votre matière sera bien desséchée,
mettez-la en un matras de verre
ovale, fort transparent, qui soit de la
forme & pas plus gros qu'un oeuf de
poule. N'en mettez pas plus de deux
onces, & le scellez Hermétiquement.
N iij

@

294 LE VERITABLE


XVII.

Regimen ignis.

Constructum tum habeas furnum,
in quo ignem immortalem servare
valeas; in eo calorem parabis arenae
primi gradus, in quo ros compositi
nostri elevatur & circulatur ex hoc
jugiter de die & nocte, citra ullam
intermissionem &c. in tali igne morietur
corpus & renovabitur spiritus,
tandemque glorificabitur anima nova,
corpori immortali & incorruptibili
unita; sic factum est coelum novum.

pict

@

PHILALETHE. 295

XVII.

Régime du feu.

Que votre fourneau soit fait de manière
qu'il puisse conserver un feu continuel:
préparez-y un feu de sable du
premier degré, par le moyen duquel
la rosée de notre composé se sublime
& circule nuit & jour, sans aucune interruption.
Dans ce feu le corps mourra &
l'esprit sera renouvelé; enfin l'âme s'unira
pour toujours & d'une manière incorruptible
au nouveau corps qui sera produit;
ainsi vous verrez un nouveau Ciel.

pict

@

296 LE VERITABLE


pict

E P I T R E

D E G E O R G E S R I P L E Y

à Edouard IV. * Roi d'Angleterre.

Expliquée par Eyrenée Philalèthe, &
traduite d'Anglais en Français.

I.

C ETTE Epître ayant été écrite
immédiatement à un Roi également
sage & vaillant, doit contenir tout
le secret de l'oeuvre, quoique décrit
savamment, & caché avec beaucoup
d'art, comme l'Auteur même l'assure,
& qu'en cette Lettre il en doit entièrement
dénouer le noeud le plus difficile;


----------------------------------
* Ce Prince a commencé son Règne & est mort aux mêmes années que Louis XI. Roi de
France; c'est-à-dire, qu'il a régné 22 ans depuis
l'an 1461. jusqu'en 1483. par là on peut
juger du temps, où a vécu Ripley.

@

PHILALETHE. 297

de ma part je puis rendre témoignage
avec lui que cette Epître quoique courte,
contient néanmoins tout ce qu'on
peut désirer, tant pour la théorie, que
pour la pratique de nos mystères.

II.

Je prétends que cet écrit soit comme
la clef de tous les Ouvrages que j'ai publiés;
c'est pourquoi on peut être assuré
que je ne me servirai d'aucun mot
douteux, ni allégorique, comme j'ai fait
dans mes autres écrits, où il semble que
je prouve des choses, qui se trouveraient
fausses, si l'on ne les prend figurément;
ce que j'ai fait seulement pour cacher
cet art, mon intention n'étant donc pas,
que cette clef devienne commune, je
supplie ceux qui l'auront de la tenir secrète,
& de ne la communiquer qu'à
quelque ami d'une fidélité reconnue, &
de la discrétion duquel il soit certain.

III.

Ce n'est pas sans sujet que je fais
cette prière, étant assuré que tous mes
écrits ensemble ne sont rien en comparaison
de celui-ci, à cause des contradictions
que j'ai entremêlées dans les autres.
Je me servirai donc en cette Epître
N v

@

298 LE VERITABLE


d'une méthode bien différente de celle
que j'ai employée autrefois; je tirerai
d'abord la substance Physique, que contient
l'Epître de Ripley & je la réduirai
en plusieurs conclusions, que j'éclaircirai
ensuite.

IV.

Comme les huit premiers couplets de
cette Epître, qui est en vers, ne sont
que des marques de respect, je prends la
première Conclusion à la neuvième Stance,
savoir que toutes choses se multiplient
par leurs propres espèces, & que
les métaux par conséquent le peuvent
être; puisque d'eux-mêmes ils sont capables
d'être changés d'imparfaits, en
parfaits.

V.

La deuxième Conclusion contenue dans
la 10e. Stance, est que le fondement le
plus certain de la possibilité de la transmutation,
est de pouvoir réduire tous
les métaux & minéraux, qui sont de
principe métallique, en leur première
matière mercurielle.

VI.

La troisième Conclusion tirée de la onzième
Stance, porte qu'entre tant de

@

PHILALETHE. 299

soufres minéraux & métalliques & tant
de mercures, il n'y a que deux soufres
qui aient rapport à notre ouvrage avec
lesquels le Mercure est essentiellement
uni.

VII.

La quatrième Conclusion, qui se tire de
la même Stance, est que celui qui conçoit
comme il faut ces deux soufres &
ces deux mercures, trouvera que l'un est
le plus pur de l'or, qui est soufre en son
apparence, & mercure en son occulte,
& que l'autre est le mercure le plus pur
& le plus blanc qui est en vérité vrai
argent-vif, dans son extérieur, & soufre
en son intérieur; & ce sont là nos deux
principes.

VIII.

La cinquième Conclusion se trouve dans
la douzième Stance, qui est que si les
principes sur lesquels travaille un homme
sont vrais, & les opérations régulières,
l'effet en doit être certain, qui
n'est autre chose que le vrai mystère des
Philosophes.

pict

Ces Conclusions sont en petit nombre;
mais elles sont de grande importance,
de sorte que leur extension, leur
N vj

@

300 LE VERITABLE


illustration & même leur éclaircissement,
doivent satisfaire un enfant de la Science.

IX.

P R E M I E R E C O N C L U S I O N

E X P L I Q U E'E.

Quant à la Première, puisque ce n'est
pas notre dessein d'engager qui que ce
soit dans l'entreprise de cet art; mais de
conduire seulement les Enfants de la
Science; je ne m'arrêterai point à prouver
la possibilité de l'Alchimie, (ou de
la transmutation) puisque je l'ai fait
suffisamment dans un autre Traité.

X.

Que celui donc qui veut être incrédule,
le soit; que celui qui veut subtiliser
subtilise; mais que celui dont l'esprit
est persuadé de la vérité & de la dignité
de cet art, soit attentif sur l'éclaircissement
de ces cinq Conclusions; & son
coeur ne marquera pas de s'en réjouir.

XI.

Dans ces Conclusions je m'arrêterai
principalement à éclaircir les endroits où
se trouvent les secrets de l'art.

@

PHILALETHE. 301

XII.

Par rapport à la première Conclusion,
où il assure la vérité de l'art & sa possibilité,
que celui qui voudra se satisfaire
plus au long sur ce sujet, lise les témoignages
des Philosophes; mais que l'incrédule
reste dans son erreur, dès que
par la subtilité de ses arguments il veut
en éluder les preuves, & ne pas croire à
tant de personnes, dont la plupart,
même dès leur temps, se sont acquis beaucoup
de réputation.

XIII.

Ainsi pour expliquer cette première
clef, je m'arrêterai au seul témoignage
de Ripley, qui dans la quatrième Stance
de l'Epître que j'explique, assure le Roi,
qu'étant à Louvain, il vit la première
fois l'effet de ces grands & admirables
secrets des deux Elixirs; & dans les vers
suivants, il proteste qu'il a lui-même
trouvé la voie du secret de l'Alchimie,
dont il lui promet la découverte, à condition
néanmoins de la tenir secrète; &
quoique dans la huitième Stance il assure
que jamais il ne confiera ces choses
au papier; il offre toutefois de faire
voir au Roi non-seulement l'Elixir blanc

@

302 LE VERITABLE


& rouge; mais la manière même de le
travailler fort aisément, à peu de frais &
en peu de temps.

XIV.

Celui donc qui voudrait douter de
cet art, regarderait ce fameux Auteur,
comme un imbécile, ou un sophiste insensé,
d'écrire de telles choses à son
Prince, s'il n'avait pas été capable de
les effectuer; mais son histoire, ses écrits,
sa réputation, sa gravité, enfin sa profession,
le justifient pleinement de cette
calomnie.

XV.

D E U X I E'M E C O N C L U S I O N
E X P L I Q U E'E.

La seconde Conclusion, contient en
substance que tous les métaux & les
corps des principes métalliques peuvent
être réduits en leur première matière
mercurielle; ce qui fait le principal &
le plus sûr fondement de la possibilité de
la transmutation métallique; c'est sur
quoi nous nous arrêterons le plus. On
doit m'en croire, & c'est ici le pivot sur
lequel roulent tous nos secrets.

@

PHILALETHE. 303

XVI.

Sachez donc premièrement que tous
les métaux & la plupart des minéraux
ont pour prochaine matière un mercure,
auquel adhère presque toujours un soufre
externe & non métallique, fort différent
de la substance interne ou noyau
du mercure.

XVII.

Le soufre ne manque pas même à ce
mercure; & c'est par son moyen qu'il
peut être précipité en une poudre sèche,
par une liqueur, qui ne nous est pas inconnue,
mais qui est inutile à l'art de
la transmutation. Ce mercure peut être
fixé au point qu'il endurera toutes sortes
de feux, la coupelle même, & cela sans
aucune addition, que de la liqueur qui le
fixe; laquelle ensuite en peut être séparée
toute entière, sans altération de son
poids, ni de sa vertu.

XVIII.

Le soufre est très pur dans l'or; mais
moins dans les autres métaux, d'autant
qu'il est fixe dans l'or & dans l'argent,
& qu'il est volatil dans les autres. Il est
coagulé dans tous les métaux; mais

@

304 LE VERITABLE


dans le mercure ou argent-vif il est coagulable.
Dans l'or, l'argent & le mercure,
ce soufre est si fortement uni, que
les anciens ont toujours cru que le soufre
& le mercure n'étaient qu'une même
chose.

XIX.

Mais il y a une liqueur, dont nous
devons dans cette partie du monde l'invention
à Paracelse, quoiqu'elle ait été
& qu'elle soit commune parmi les Maures,
les Arabes, & quelques-uns même des
plus habiles Chimistes; & c'est par le
moyen de cette liqueur que nous savons
séparer en forme d'huile teinte &
métallique le soufre externe & coagulable
du mercure; mais coagulé dans les autres
métaux. Alors le mercure restera dépouillé
de son soufre, excepté de celui
que l'on peut appeler interne ou central,
qui ne saurait être coagulé que
par notre Elixir; car de lui-même il ne
peut jamais être ni fixé, ni précipité,
ni sublimé; mais il demeure sans altération
en toutes les eaux corrosives & en
toutes les digestions, où on le peut mettre.

XX.

Il y a donc une voie de réduire le
mercure en huile, aussi bien que tous les

@

PHILALETHE. 305

métaux & minéraux. C'est par la liqueur
Alkaest, qui de tous les corps composés
de mercure peut séparer un mercure coulant
ou argent-vif, duquel tout le soufre
est alors séparé, excepté son soufre
interne & central qu'aucun corrosif ne
peut toucher.

XXI.

Outre cette voie universelle de réduction,
il s'en trouve d'autres particulières
par lesquelles on peut réduire le
plomb, l'étain, l'antimoine & même le
fer en mercure coulant, & cela par le
moyen des sels, qui parce qu'ils sont
corporels ne sauraient pénétrer les
corps métalliques aussi radicalement que
la liqueur Alkaest; & c'est pourquoi
ils ne dépouillent pas entièrement le
mercure de son soufre; mais ils lui en
laissent autant qu'on en trouve dans le
mercure commun.

XXII.

Mais le mercure des corps a seulement
quelques qualités particulières selon
la nature du métal ou du minéral
dont il est tiré; c'est pourquoi il est
inutile à notre oeuvre de dissoudre en
mercure l'espèce des métaux parfaits, il

@

306 LE VERITABLE


n'a pas plus de vertu que le mercure
commun. Il n'y a qu'une seule humidité
applicable à notre ouvrage, qui n'est certainement
ni du plomb, ni du cuivre; elle
n'est même tirée d'aucune chose que la
nature ait formée, mais d'une substance
composée par l'art du Philosophe.

XXIII.

Si donc le mercure tiré des corps a
une qualité aussi froide & les mêmes fèces
& superfluités que le mercure commun,
jointes à une forme distincte & spécifique,
c'est ce qui le rend encore plus
éloigné de notre mercure, que n'est mercure
vulgaire.

XXIV.

Notre art donc est de faire un composé
de deux principes; dans l'un est contenu
le sel, & dans l'autre se trouve le
soufre de nature; cependant comme ils
ne sont l'un & l'autre, ni entièrement parfaits,
ni entièrement imparfaits, & qu'ils
peuvent être changés & exaltés par notre
art, on en vient à bout par le mercure
commun; qui tire non le poids,
mais la vertu céleste du composé; ce qui
ne se pourrait faire si ses principes étaient
parfaits. Or cette vertu qui d'elle-même

@

PHILALETHE. 307

est fermentative, produit dans le mercure
commun une race bien plus noble que
lui, qui est notre véritable hermaphrodite,
qui se congèle de soi-même, & dissout
les corps.

XXV.

Considérez un grain de semence où le
germe est à peine visible; cependant si
vous séparez ce germe du grain, il meurt
en même temps; mais laissez le grain tout
entier, il s'enfle & fermente; il n'y a cependant
que le germe qui produit la plante.
Il en est de même de notre corps,
l'esprit fermentatif, qui est en lui, est la
moindre partie du composé, & les parties
impures & corporelles du corps se
séparent avec la lie du mercure.

XXVI.

Mais outre l'exemple du grain, que je
viens de donner, on peut observer que la
vertu cachée de notre corps purge & purifie
l'eau, qui est la propre matrice en laquelle
il souffle, c'est-à-dire, qu'il en
chasse quantité de terre sale, & une grande
abondance d'humidité salée; & pour
en avoir la preuve & en voir l'effet; suivez
ce que je vais dire.

@

308 LE VERITABLE


XXVII.

Faites vos lotions avec de l'eau de
fontaine bien pure; pesez premièrement
une pinte de cette eau exactement, &
en lavez votre composé en faisant la préparation
des huit ou dix aigles, mettant
à part toutes les fèces; puis les ayant
auparavant bien séchées, distillez ou sublimez
tout ce qui se pourra distiller
ou sublimer, & il en sortira une très
petite quantité de mercure, mettez le
reste de ces fèces dans un creuset entre
des charbons ardents, & toutes les matières
féculentes du mercure se brûleront
comme du charbon; mais sans fumée.

XXVIII.

Lorsque tout sera consommé pesez le
reste, & vous ne trouverez que les deux
tiers du poids de votre corps; l'autre
tiers étant demeuré dans le mercure;
pesez aussi le mercure que vous avez distillé
ou sublimé, & le mercure que vous
avez préparé chacun à part, & le poids
de ces deux mercures n'approchera pas
à beaucoup près du mercure que vous
avez pris d'abord; faites aussi bouillir
l'eau qui vous a servi à vos lotions, &
la faites évaporer jusqu'à pellicule, puis

@

PHILALETHE. 309

la mettez au froid, & il se formera des
cristaux, qui sont le sel du mercure cru.

XXIX.

Ces travaux ne sont à la vérité d'aucune
utilité; mais ils donnent un extrême
satisfaction à l'Artiste, lui faisant
voir les matières étrangères, qui sont dans
le mercure, & qui ne peuvent se découvrir
que par la liqueur Alkaest, mais
cependant d'une manière destructive &
non pas générative, telle qu'est notre
préparation, qui se fait entre mâle & femelle
dans la propre espèce où se trouve
un ferment, qui opère ce que toute
autre chose ne peut faire.

XXX.

Je vous dis donc que si vous prenez
votre corps imparfait, & le Mercure
chacun à part, & les faites fermenter séparément,
vous tirerez à la vérité de
l'un du soufre très pur, & de l'autre un
Mercure noir & impur, cependant vous ne
ferez jamais rien de tous les deux, parce
qu'ils manquent de la vertu fermentative,
qui est le miracle du monde.

XXXI.

C'est elle qui fait que l'eau commune

@

310 LE VERITABLE


devient herbe, arbre, plante, fruit,
chair, sang, pierres, minéraux; c'est
elle enfin qui forme toutes choses.
Cherchez-la donc seulement, & vous
aurez de la joie de la posséder; elle le
mérite, puisque c'est un trésor inestimable;
mais sachez en même temps que
la qualité fermentative ne travaille point
hors de son espèce, & que les sels ne
sauraient faire fermenter les métaux.

XXXII.

Voulez-vous donc savoir pourquoi
quelques Alcalis séparent le Mercure
des minéraux & des métaux les plus imparfaits?
Considérez qu'en tous les corps
le soufre n'est point si radicalement mêlé,
ni aussi intimement uni qu'il se trouve
dans l'or & l'argent, & que le soufre
s'allie avec quelques Alcalis, qui sont
extraordinairement dissous & fondus
avec lui: & par ce moyen les parties sont
disjointes, & le Mercure est séparé par le
feu.

XXXIII.

Ce Mercure ainsi séparé est dépouillé
de son soufre; mais seulement autant
qu'il est nécessaire, quand il ne s'agit que
d'une dépuration du soufre par une séparation

@

PHILALETHE. 311

du pur d'avec l'impur; mais ces
Alcalis ayant séparé ce soufre, ont rendu
le Mercure pire qu'il n'était auparavant,
l'ayant éloigné de la nature métallique.

XXXIV.

Par exemple, le soufre du plomb ne
brûlera jamais, & quoique vous le sublimiez,
& quoique vous le calciniez, pour
en faire du sucre ou du verre, il ne laissera
point par le flux, par le feu, de reprendre
la forme qu'il avait auparavant;
mais son soufre en étant comme nous
avons dit, séparé, s'il est joint au nitre, il
prendra feu aussi facilement que le soufre
commun; de sorte que les sels agissant
sur le soufre, dont ils séparent le
Mercure, manquent du ferment, qui ne
se trouve que dans les substances de même
nature.

XXXV.

C'est pourquoi le ferment du pain n'agit
pas sur une pierre, ni le ferment d'un
animal ou d'un végétable, n'opérera
point sur les métaux, non plus que sur
les minéraux. Et quoique vous puissiez
tirer le Mercure de l'or par le moyen
du premier être du sel. Ce Mercure néanmoins

@

312 LE VERITABLE


n'accomplira jamais notre oeuvre:
au lieu qu'une part de Mercure, qui sera
tiré de l'or par trois parties seulement de
notre Mercure, accomplira l'ouvrage
entièrement par une digestion continuelle.

XXXVI.

Ne vous étonnez donc pas de voir
notre mercure devenir plus puissant, étant
préparé par le mercure commun. Car le
ferment qui survient entre le corps préparé
& l'eau, cause la mort, puis la régénération,
& opère ce qu'aucune autre
chose ne saurait faire; car outre qu'il
sépare du mercure une terrestréité qui
brûle comme du charbon, & une humidité
qui se dissout dans l'eau commune,
il lui communique un esprit de vie, qui
est le vrai soufre embryonné de notre
eau invisible; mais qui travaille visiblement.

XXXVII.

De là nous concluons que toutes les
opérations de notre mercure, excepté celle
qui se fait par le mercure commun,
& par notre corps selon les règles de
l'art, sont fausses & ne conduiront jamais
au but de notre oeuvre; parce que
de quelque manière que ces mercures
soient

@

PHILALETHE. 313

soient travaillés, ils n'auront jamais la
vertu du nôtre. C'est ce que dit l'Auteur
de la Nouvelle Lumière Chimique, qu'aucune
eau dans toute l'Ile des Philosophes
n'était propre, sinon celle qui se
tire des rayons du Soleil & de la Lune.

XXXVIII.

Voulez-vous savoir ce qu'il veut
dire, le mercure en son poids est incombustible;
c'est un or fugitif, notre corps,
qui en sa pureté est appelé la lune des Philosophes,
étant bien plus pure que les
métaux imparfaits, son soufre est aussi
pur que le soufre de l'or: non que ce
soit la lune en effet, puisqu'il ne peut
demeurer au feu.

XXXIX.

Maintenant je viens à la composition de
ces trois principes; premièrement à notre
mercure commun & aux deux principes
de notre composé, il intervient un ferment
tiré de la lune, hors de laquelle, quoique
ce soit un corps, il ne laisse pas de sortir
une odeur spécifique, & souvent il arrive
qu'elle perd de son poids, si le composé
est trop lavé, après qu'il a été suffisamment
purifié.
Tome II. O

@

314 LE VERITABLE


XL.

Si donc le ferment du Soleil & de la
Lune intervient dans notre composition,
il engendrera une race mille fois plus noble
que lui; au lieu que si vous travaillez
sur notre corps composé par la voie
violente des sels, vous aurez à la vérité
le mercure; mais bien moins noble que
le corps, se trouvant séparé & non exalté
par une telle opération.

XLI.

T R O I S I E'M E C O N C L U S I O N
E X P L I Q U E'E.

La troisième Conclusion est qu'entre
tous les soufres minéraux & métalliques,
il n'y en a que deux qui soient propres
pour notre ouvrage; & qui sont unis
essentiellement à leur propre mercure.
Telle est la vérité de nos secrets, quoique
pour tromper les imprudents, il semble
que nous disions le contraire: car
ne nous croyez pas, lorsque nous insinuons
deux voies différentes, comme le
témoigne Ripley, il n'y a qu'un seul &
vrai principe, nous n'avons qu'une matière
& qu'une seule voie linéaire, c'est-
à-dire uniforme de procéder.

@

PHILALETHE. 315

XLII.

Comme ces deux soufres sont les principes
de notre ouvrage, ils doivent être
homogénéisés, ou rendus de même nature;
c'est seulement l'or spirituel que nous
cherchons à faire devenir blanc, puis
rouge, & cet or n'est autre que le
vulgaire, qui se voit tous les jours; mais
dont on n'aperçoit pas l'esprit, qui est caché
en lui. Ce principe n'a besoin que
de composition, & cette composition
doit être faite avec notre soufre blanc
& cru, qui n'est autre chose que le mercure
vulgaire préparé par fréquentes cohobations
sur notre corps hermaphrodite,
jusqu'à ce qu'il devienne une eau
ignée ou ardente.

XLIII.

Sachez donc que le mercure ayant en
lui un soufre passif, notre art consiste à
multiplier en lui un soufre vivant & actif,
qui sort des reins de notre corps
hermaphrodite, le père duquel est un métal
& la mère un minéral.

XLIV.

Prenez donc la mieux aimée des filles
de Saturne, qui porte pour ses armes un
O ij

@

316 LE VERITABLE


cercle d'argent (1) surmonté d'une croix
de sable en champ noir, qui est la marque
signalée du grand monde; mariez-
la au plus vaillant des Dieux, (2) qui
demeure dans la maison d'Ariès, & vous
trouverez le sel de nature: acuez votre
eau avec ce sel du mieux que vous pourrez,
& vous aurez le bain lunaire dans
lequel l'or veut être purifié.

XLV.

Je vous assure outre cela que quand
vous auriez notre corps réduit en mercure,
sans addition de mercure commun
ou le mercure de quelqu'autre corps métallique,
fait par soi-même, c'est-à-dire
sans addition de mercure, il vous serait
entièrement inutile; car il n'y a que notre
seul mercure, qui ait une forme & un
pouvoir céleste, qu'il ne reçoit pas tant
que notre corps composé, ou principe, que
de la vertu fermentative, qui procède des
deux, savoir du corps & du mercure.
Et c'est le moyen par lequel est produite
une merveilleuse créature: Appliquez-


----------------------------------
(1) Toute cette allégorie n'est que pour expliquer l'antimoine que les Chimistes désignent
par un Globe en la manière marquée.
(2) C'est le mars ou le fer, dont se fait le régule étoilé avec l'antimoine.

@

PHILALETHE. 317

vous donc à marier le soufre avec le
mercure. C'est-à-dire que notre mercure,
qui est empreint du soufre, doit être
marié avec notre Or. Alors vous aurez
deux soufres mariés & deux mercures
d'une même racine, desquels le père est
l'or, & la mère la lune.

XLVI.

Q U A T R I E'M E C O N C L U S I O N
E X P L I Q U E'E.

La quatrième Conclusion éclaircit entièrement
tout ce que nous avons dit ci-
dessus; principalement que ces soufres
sont l'un le plus pur soufre de l'or, &
l'autre le plus pur soufre blanc du mercure;
ce sont là nos deux soufres, dont
l'un qui paraît un corps coagulé, porte
néanmoins son mercure dans son sein;
l'autre est en toute manière vrai mercure;
mais mercure très pur, qui porte son
soufre au-dedans de lui-même, quoique,
caché sous la forme & fluidité du mercure.

XLVII.

C'est ici le plus étrange embarras pour
les Sophistes, car n'étant pas instruits
dans l'amour métallique, ils travaillent
O iij

@

318 LE VERITABLE


sur des substances hétérogènes, ou s'ils
travaillent sur des corps métalliques,
ils joignent mâle avec mâle ou femelle
avec femelle. Quelquefois ils travaillent
sur un seul corps, ou s'ils prennent
mâle & femelle, le mâle, sera impuissant,
& la matrice de la femelle sera
viciée; de sorte que par leurs inconsidérations
ils sont frustrés de leurs espérances,
ils attribuent la faute à l'Art,
quoiqu'en effet elle doive être imputée
seulement à leur folie, parce qu'ils n'entendent
pas les Philosophes.

XLVIII.

Je connais plusieurs de ces Sophistes,
qui rêvent sur plusieurs pierres végétables,
minérales, & animales; quelques-uns
même y ajoutent l'ignée,
l'Angélique, & la pierre de Paradis. Et
parce que le but où ils tendent, est trop
haut, ils inventent des manières convenables
pour y arriver. Ils veulent
qu'on y puisse parvenir par une double
voie, l'une, qu'ils appellent voie
humide, & l'autre la voie sèche. La
dernière, à ce qu'ils prétendent, est un
labyrinthe, qui n'est connu que des plus
illustres Philosophes; & l'autre est le
seul Dédale, voie aisée de peu de dépense,

@

PHILALETHE. 319

que les pauvres peuvent entreprendre.

XLIX.

Mais je le sais & je peux en rendre
témoignage, qu'en notre ouvrage, il
n'y a qu'une seule voie, qu'un seul Régime;
& qu'il n'y a point d'autres couleurs
que les nôtres: & ce que nous disons
ou ce que nous écrivons autrement,
n'est que pour tromper les imprudents. Car
si chaque chose doit avoir ses propres causes,
il n'y a point d'effet qui soit produit
par deux voies sur des principes différents.
Ainsi nous protestons & nous avertissons
derechef le Lecteur, que dans
nos premiers écrits nous avons caché
beaucoup de choses sous prétexte de deux
voies, que nous y avons insinuées, &
que nous allons toucher en peu de mots.

L.

Un de nos ouvrages est un jeu d'enfants
& le travail des femmes; & ce n'est
autre chose que la cuisson, par le feu.
Nous protestons que le plus bas degré
de cet ouvrage est que la matière soit
excitée & qu'elle puisse d'heure en heure
circuler sans crainte de la rupture du
O iiij

@

320 LE VERITABLE


vaisseau, qui pour cette raison doit être
très fort; mais notre cuisson linéaire ou
uniforme est un ouvrage interne, qui
avance de jour en jour & d'heure en
heure, & qui est fort différent de cette
chaleur externe; car il est invisible
& insensible.

LI.

En cet ouvrage notre Diane est notre
corps lorsqu'il est mêlé avec l'eau,
car pour lors le tout est appelé la Lune,
parce que le tout est blanchi & la femme
gouverne. Notre Diane a un bois,
parce que dans les premiers jours de la
pierre que notre corps est blanchi, il
pousse plusieurs végétations: dans la suite
de l'ouvrage on trouve dans ce bois
deux Colombes; car après trois semaines
l'eau de notre Mercure monte avec l'âme
de l'or dissout. Elles sont fortement
unies dans les embrassements éternels de
Vénus, en ce temps la composition,
se trouve entièrement teinte d'une pure
verdeur. Et ces Colombes sont circulées
sept fois; parce que dans le nombre de
sept se trouve toute perfection. Elles
meurent enfin, car elles ne s'élèvent plus
& ne donnent plus aucun signe de mouvement:
pour lors notre corps est noir

@

PHILALETHE. 321

comme le bec d'un corbeau; & dans
cette opération tout est changé en une
poudre plus noire que le noir même.

LII.

Nous usons souvent de ces Allégories,
lorsque nous parlons de la préparation
de notre Mercure. Ce que nous faisons
pour tromper les simples & à dessein
d'obscurcir & embarrasser nos ouvrages,
en parlant de l'un, lorsque nous
devrions parler d'un autre. Car si cet
Art était écrit tout au long & dans
l'ordre de nos procédés, alors nos ouvrages
seraient méprisés & passeraient
même pour des folies.

LIII.

Croyez-moi donc lorsque je dis que
nos ouvrages étant vraiment naturels,
c'est pour cela que nous prenons la liberté
de confondre le travail des Philosophes
& de l'embarrasser avec ce qui
est l'effet de la seule nature: je le fais
afin que nous puissions retenir les imbéciles
dans l'ignorance de notre vrai
vinaigre, lequel leur étant inconnu leur
travail leur devient inutile. Pour finir
donc cette conclusion, souffrez que je
vous dise ces paroles.
O v

@

322 LE VERITABLE


LIV.

Prenez votre corps qui est l'or vulgaire,
& notre Mercure qui a été acué sept
fois par son mariage avec notre Corps
Hermaphrodite, qui est un Cahos; &
l'éclat de l'âme du Dieu Mars dans de
la terre & dans l'eau de Saturne, mêlez
ces deux ensemble en tel poids que
la nature le demande. Dans ce mélange
vous possédez nos feux invisibles;
car dans l'eau ou Mercure est un soufre
actif ou feu minéral & dans l'or
il y a un soufre mort & passif; mais
pourtant actuel. Quand donc ce soufre
de l'or est excité & revivifié, il se forme
du feu de la nature, qui est dans l'or
& du feu contre nature, qui est dans
le Mercure un autre feu, participant de
l'un & de l'autre; c'est l'union de ces
deux feux en un seul, qui cause la corruption
qui est l'humiliation, d'où vient
ensuite la génération, qui est glorification
& perfection.

LV.

Sachez maintenant que l'or seul
gouverne ce feu interne; l'homme en
ignorant entièrement le progrès; tout
ce qu'il peut faire est de regarder dans

@

PHILALETHE. 323

le temps de son opération, & d'apercevoir
seulement la chaleur; il doit
remarquer que ce feu opère tous les degrés
de chaleur nécessaires à la cuisson.
Il n'y a point de sublimation dans ce feu-
là; car la sublimation est une exaltation,
& ce feu est tellement exaltation qu'il
est lui-même, la perfection, & qu'il ne se
peut faire aucun progrès sans lui.

LVI.

Tout notre ouvrage donc n'est autre
chose que de multiplier ce feu; c'est-à-
dire circuler le corps jusqu'à ce que la
vertu du soufre soit augmentée. De
plus ce feu est un esprit invisible; &
comme il n'a aucune dimension, soit en
haut, soit en bas, il étend la Sphère d'activité
de notre matière dans le vaisseau,
de manière que sa substance quoique matérielle
& visible, se sublime & monte
par l'action de la chaleur élémentaire,
cette vertu spirituelle est pourtant toujours
aussi bien dans ce qui reste au fond
du vaisseau, que dans ce qui est monté
au haut, parce qu'elle est comme la
vie dans le corps de l'homme, qui est
partout en même temps, sans être pourtant
attachée, ou déterminée pour cela à
quelque lieu particulier.
O vj

@

324 LE VERITABLE


LVII.

Tel est le fondement de nos Sophismes,
lorsque nous disons que dans le
vrai feu Philosophique il n'y a aucune
sublimation. Car le feu est vie, c'est
une âme qui n'est pas sujette aux dimensions
des corps; d'où il arrive que l'ouverture
du vaisseau, ou le refroidissement
de la matière pendant le travail,
tue cette vie, ou ce feu qui réside dans
le soufre secret, quoiqu'il n'y ait pas
un seul grain de la matière qui soit perdu;
les enfants mêmes savent comment
on allume & comment on gouverne
le feu élémentaire; mais il n'y
a que le Philosophe, qui puisse discerner
le vrai feu interne, en effet c'est une
chose miraculeuse, qui agit dans le corps,
quoiqu'il ne fasse point partie du corps;
c'est pourquoi nous disons que le feu
est une partie céleste, & qu'il est uniforme,
car il est toujours le même jusqu'à
ce que le Période de son opération
soit arrivé; alors étant en sa perfection
il n'agit plus, car tout agent se
sépare lorsque le terme de son opération
est venu.

@

PHILALETHE. 325

LVIII.

Souvenez-vous donc, lorsque nous
parlons de notre feu, qui ne sublime
point, de ne vous pas méprendre, &
ne pas croire que l'humidité de notre
composition, qui est dans le vaisseau,
ne doit point se sublimer. C'est ce qu'elle
doit faire incessamment. Mais le feu
qui ne sublime point est l'amour métallique,
qui est en haut & en bas & dans
toute l'étendue de la matière.

LIX.

Maintenant donc pour conclure tout
ce que j'ai dit, apprenez & soyez attentif
à la matière que vous prendrez;
car comme dit le Proverbe; un méchant
corbeau pond un méchant oeuf.
Que votre semence & votre matière
soit pure, & alors vous verrez une race
noble.
Que le feu externe soit tel qu'en lui
notre confection puisse se jouer de tous
côtés dans le vaisseau; & par ce moyen
& en peu de jours il produira ce que
vous désirez, savoir le bec du corbeau.
Puis continuez votre cuisson, & en
130. jours vous verrez la blanche Colombe.

@

326 LE VERITABLE


Et 90. jours après paraîtra l'étincelant
Chérubin,

LX.

C I N Q U I E'M E C O N C L U S I O N
E X P L I Q U E'E.

Enfin nous voici arrivé à la cinquième
conclusion, qui est que si les opérations
d'un homme sont régulières, &
les principes vrais, la fin doit être certaine,
c'est-à-dire le magistère.

LXI.

O fols & aveugles qui ne considérez
pas que chaque chose dans le
monde a sa propre cause & sa propre
manière d'agir, croyez vous qu'un Pilote
peut aller par mer où il voudra
avec un carrosse, quelque beau qu'il puisse
être? L'essai qu'il en ferait serait sans
doute une folie, vous imaginez-vous
avec un Navire quelque bien équipé
qu'il fût, qu'il pourrait aller à la volée,
& sans considération: loin d'arriver
à la côte d'or, il ne manquerait pas
de faire naufrage contre quelque Rocher.
Ce sont de semblables fols, qui
cherchent notre secret dans des matières
triviales, & qui cependant espèrent
de trouver l'or d'Ophir.

@

PHILALETHE. 327

pict

R E G L E S

D U P H I L A L E T H E

Pour se conduire dans l'Oeuvre
Hermétique.

Traduite de l'Anglais.
----------------------------------

P R E M I E R E R E G L E.

Q Ui que ce soit qui vous dise, ou
veuille vous suggérer; quoique
vous puissiez lire dans les livres des Sophistes,
ne vous écartez jamais de ce
principe; que comme le but où vous
tendez est l'or ou l'argent, aussi l'or &
l'argent doivent être les sujets seuls sur
lesquels vous devez travailler.

S E C O N D E R E G L E.

Prenez garde qu'on ne vous trompe
en vous disant, que notre or n'est pas
l'or vulgaire, mais l'or Physique; l'or
vulgaire est mort à la vérité; mais de
la manière que nous le préparons il se

@

328 LE VERITABLE


revivifie de même qu'un grain de semence,
qui en mort dans le grenier, se revivifie
dans la terre. Ainsi après six semaines
l'or, qui était mort, devient dans
notre oeuvre vif, vivant & spermatique,
dès qu'il est mis dans une terre,
qui lui est propre, c'est-à-dire dans notre
composé. Il peut donc être appelé notre
Or, parce qu'il est joint avec un agent, qui
certainement lui rendra la vie; comme
par une dénomination contraire, un
homme condamné à mort est appelé un
homme mort, parce qu'il est destiné à
mourir bientôt, quoiqu'il soit encore
en vie.

T R O I S I E'M E R E G L E.

Outre l'or, qui est le corps, & qui
tient lieu de mâle dans notre oeuvre,
vous aurez encore besoin d'un autre
sperme, qui est l'esprit, l'âme ou la femelle;
& c'est le Mercure Fluide semblable
dans sa forme à l'argent vif commun;
mais qui est pourtant & plus net
& plus pur. Plusieurs au lieu de Mercure
se servent de toutes sortes d'eaux
& de liqueurs, qu'ils appellent Mercure
Philosophique: ne vous laissez pas surprendre
par leurs paroles, on ne saurait
recueillir que ce que l'on a semé; si

@

PHILALETHE. 329

vous semez donc votre corps, qui est l'or
en une terre ou en un Mercure, qui ne
soit pas métallique, & qui ne soit pas
Homogène aux métaux, au lieu d'un
Elixir métallique, vous ne recueillerez
qu'une chaux inutile & sans vertu.

Q U A T R I E'M E R E G L E.

Notre Mercure n'est qu'une même
chose en substance avec l'argent vif commun;
mais il est différent dans sa forme;
car il a une forme céleste & ignée
& il est d'une vertu excellente: telle est
la nature & la qualité, qu'il reçoit par
notre Art & notre préparation.

C I N Q U I E'M E R E G L E.

Tout le secret de notre préparation
consiste à prendre un minéral, qui est
proche du genre de l'or & du Mercure.
Il faut l'imprégner avec l'or volatil
qui se trouve dans les reins de Mars,
& c'est avec quoi il faut purifier le Mercure
au moins jusques à sept fois; ce qui
étant fait, ce Mercure est préparé pour
le bain du Roi.

S I X I E'M E R E G L E.

Sachez encore que depuis sept fois
jusques à dix, le Mercure se purifie de

@

330 LE VERITABLE


plus en plus & devient plus actif, étant
à chaque préparation acué par notre vrai
soufre; & s'il excède ce nombre de
préparations ou de sublimations, il devient
trop igné; de manière qu'au lieu
de dissoudre le corps, il se coagule lui-
même.

S E P T I E'M E R E G L E.

Ce Mercure ainsi acué ou animé doit
encore être distillé en une retorte de verre
deux ou trois fois; d'autant plus qu'il
peut lui être resté quelques Atomes du
corps, au temps de la préparation, &
ensuite il le faut laver avec du vinaigre
& du sel Armoniac, alors il est préparé
pour notre oeuvre.

H U I T I E'M E R E G L E.

Choisissez pour cet oeuvre un or pur
& net, sans aucun mélange: & s'il n'est
pas tel, lorsque vous l'achetez, purifiez-le
vous-même par les moyens convenables.
Alors vous le mettrez en poudre
subtile, soit en le limant, soit en
le réduisant, ou faisant réduire en feuilles,
soit en le calcinant avec des Corrosifs,
soit enfin par quelqu'autre voie
que ce soit, pourvu qu'il soit très subtil,
n'importe.

@

PHILALETHE. 331

N E U V I E'M E R E G L E.

Venons maintenant au mélange; &
pour cela prenez du corps susdit, ainsi
choisi & préparé une once, & deux ou
trois onces au plus du Mercure animé,
comme il a été dit ci-devant; mêlez-les
dans un mortier de marbre, qui
aura été auparavant chauffé aussi chaud
que l'eau bouillante le pourra faire;
broyez & triturez-les ensemble jusqu'à
ce qu'ils soient incorporés; puis y mettez
du vinaigre & du sel jusqu'à ce qu'il
soit très pur, & en dernier lieu vous le
dulcifierez avec de l'eau chaude, & le sécherez
exactement.

D I X I E'M E R E G L E.

Sachez maintenant que dans tout ce
que nous marquons, nous parlons avec
candeur: notre voie n'est aussi que ce
que nous enseignons, & nous protestons
toujours que ni nous, ni aucun ancien
Philosophe, n'a point connu d'autre
moyen: étant impossible que notre
secret puisse être produit par aucune autre
disposition que par celles-ci.
Notre Sophisme est seulement dans les
deux sortes de feux employés à notre
ouvrage.

@

332 LE VERITABLE


Le feu secret interne est l'instrument
de Dieu, & ses qualités sont imperceptibles
aux hommes: nous parlerons souvent
de ce feu, quoiqu'il semble que
nous entendions la chaleur externe; c'est
de là que naissent plusieurs erreurs entre
les imprudents. C'est ce feu, qui est
notre feu gradué, car pour la chaleur
externe elle est presque linéaire, c'est-à-
dire égale & uniforme dans tout l'ouvrage;
si ce n'est que dans le blanc; elle est
une sans aucune altération, hormis dans
les sept premiers jours, où nous tenons
cette chaleur un peu faible pour plus de
sûreté; mais le Philosophe expérimenté
n'a pas besoin de cet avis.
Pour la conduite du feu externe, elle
est insensiblement graduée d'heure en
heure, & comme il est journellement
réveillé par la suite de la cuisson, les couleurs
en sont altérées, & le composé
mûri. Je vous ai dénoué un noeud extrêmement
embarrassé; prenez garde d'y
être pris de nouveau.

O N Z I E'M E R E G L E.

Vous devez être pourvu d'un vaisseau
au matras de verre, avec lequel vous
puissiez achever votre ouvrage, & sans
lequel il vous serait impossible de rien

@

PHILALETHE. 333

faire: il le faut de figure ovale ou sphérique,
de grosseur convenable à votre
composé; en sorte qu'il puisse contenir
environ douze fois autant de matière
dans sa capacité que vous y en mettrez.
Il faut que le verre en soit épais, fort
& transparent, sans aucun défaut; son
col doit être d'une paume, ou tout au
plus d'un pied de long; vous mettrez
votre matière dans cet oeuf, scellant le
col avec beaucoup de soin; de sorte
qu'il n'y ait ni défaut, ni crevasse, ni
trous; car le moindre évent ferait évaporer
l'esprit le plus subtil & perdrait
l'ouvrage: Vous pourrez être certain
de l'exacte sigillation de votre vaisseau
en cette manière. Lorsqu'il sera froid
mettez le bout du col dans votre bouche
à l'endroit où il est scellé, sucez
fortement, & s'il y a la moindre ouverture
vous attirerez dans votre bouche
l'air qui est dans le matras, & lorsque
vous retirerez de votre bouche le col du
vaisseau, l'air aussitôt rentrera dans le
matras avec une sorte de sifflement, de
manière que votre oreille en pourra entendre
le bruit, cette expérience est immanquable.

@

334 LE VERITABLE


D O U Z I E'M E R E G L E.

Vous devez aussi avoir pour fourneau
ce que les sages appellent Athanor, dans
lequel vous puissiez accomplir tout votre
ouvrage. Dans le premier travail celui
dont vous avez besoin doit être disposé
de telle manière qu'il puisse donner une
chaleur d'un rouge obscur, ou moindre
à votre volonté, & qu'en son plus haut
degré de chaleur il s'y puisse maintenir
égal au moins douze heures: si vous en
avez un tel.
Observez premièrement que la capacité
de votre nid ne soit pas plus ample que
pour contenir votre bassin, avec environ
un pouce de vide tout-à-l'entour, afin
que le feu, qui vient du soupirail de la
tour, puisse circuler autour du vaisseau.
En second lieu, votre bassin doit contenir
seulement un vaisseau ou matras,
avec environ un pouce d'épaisseur de
cendres entre le bassin, le fonds & les
côtés du vaisseau; vous souvenant de ce
que dit le Philosophe:
Un seul vaisseau, une seule matière
& un seul fourneau.
Ce bassin doit être situé de manière
qu'il soit précisément sur l'ouverture du
soupirail d'où vient le feu; & ce soupirail

@

PHILALETHE. 335

doit avoir une seule ouverture d'environ
trois pouces de diamètre, qui
biaisant & montant conduira une langue
de feu, qui frappera toujours au haut du
vaisseau, & environnera le fonds, le
maintiendra continuellement dans une
chaleur également brillante.
En troisième lieu, si votre bassin est
plus grand qu'il ne faut, comme la cavité
de votre fourneau doit être trois ou
quatre fois plus grande que son diamètre,
alors le vaisseau ne pourra jamais
être échauffé exactement ni continuellement
comme il faut.
En quatrième lieu, si votre tour n'est
de six pouces ou environ à l'endroit du
feu, vous n'êtes pas dans la proportion,
& vous ne viendrez jamais au point juste
de chaleur; car si vous excédez cette
mesure, & que vous fassiez trop flamber
votre feu, il sera trop faible.
En dernier lieu, le devant de votre
fourneau doit se fermer exactement par
un trou, qui ne doit être que de la grandeur
nécessaire, pour introduire le charbon,
comme environ un pouce de diamètre,
afin qu'il puisse plus fortement
en bas répercuter la chaleur.

@

336 LE VERITABLE


T R E I Z I E'M E R E G L E.

Les choses étant ainsi disposées, mettez
le vaisseau, où est votre matière dans
ce fourneau & lui donnez la chaleur que
la nature demande; faible & non trop
violente, commençant où la nature a
quitté.
Sachez maintenant que la nature a
laissé vos matières dans le règne minéral;
c'est pourquoi encore que nous tirions
nos comparaisons des végétaux &
des animaux, il faut pourtant que vous
conceviez un rapport convenable au règne,
où est placée la matière, que vous
voulez traiter. Si par exemple je fais
comparaison entre la génération d'un
homme & la végétation d'une plante;
vous ne devez pas croire que ma pensée
soit telle, que la chaleur, qui est propre
pour l'un le soit aussi pour l'autre, car
nous savons que dans la terre où les
végétaux croissent, il y a de la chaleur
que les plantes sentent, & même dès le
commencement du Printemps. Cependant
un oeuf ne pourrait pas éclore à cette
chaleur, & un homme ne pourrait en
apercevoir aucun sentiment; au contraire
elle lui semblerait un engourdissement
froid. Mais puisque vous savez
que

@

PHILALETHE. 337

que votre ouvrage est entièrement dans
le règne minéral, vous devez connaître
la chaleur qui est propre pour les minéraux,
& celle qui doit être appelée petite
ou violente.
Considérez maintenant que la nature
vous a laissé non-seulement dans le règne
minéral, mais encore que vous devez
travailler sur l'or & le mercure, qui tous
deux sont incombustibles.
Que le Mercure est tendre & qu'il peut
rompre les vaisseaux, qui le contiennent,
si le feu est trop fort: qu'il est incombustible
& qu'aucun feu ne lui peut nuire;
mais cependant qu'il faut le retenir avec
le sperme masculin en un même vaisseau
de verre, ce qui ne pourra se faire, si le
feu est trop violent; & par conséquent
on ne pourrait pas accomplir l'oeuvre.
Ainsi le degré de chaleur, qui pourra
tenir du plomb ou de l'étain en fusion,
& même encore plus fort, c'est-à-dire
tel que les vaisseaux, la pourront souffrir
sans rompre, doit être estimé une
chaleur tempérée. Par là vous commencerez
votre degré de chaleur propre
pour le règne, où la nature vous a laissé.

Q U A T O R Z I E'M E R E G L E.

Sachez que tout le progrès de cet ou-
Tome II. P

@

338 LE VERITABLE


vrage, qui est une cohobation de la lune
sur le sol, est de monter en nuées & retomber
en pluie; c'est pourquoi je vous
marque de sublimer en vapeurs continuelles,
afin que la pierre prenne air &
puisse vivre.

Q U I N Z I E'M E R E G L E.

Ce n'est pas encore assez; mais pour
obtenir notre teinture permanente, il
faut que l'eau de notre lac bouille avec
les cendres de l'arbre d'Hermès; je vous
exhorte de faire bouillir nuit & jour sans
cesse, afin que dans les ouvrages de notre
mer tempétueuse, la nature céleste
puisse monter & la terrestre descendre.
Car je vous assure que si nous ne faisons
bouillir nous ne pouvons jamais nommer
notre ouvrage une cuisson, mais une digestion,
d'autant que quand les esprits
circulent seulement en silence, & que le
composé, qui est en bas, ne se meut
point par ébullition, cela se nomme proprement
digestion.

S E I Z I E'M E R E G L E.

Ne vous hâtez point dans l'espérance
d'avoir la moisson ou la fin de l'oeuvre
aussitôt après son commencement; car
si vous veillez avec patience l'espace de

@

PHILALETHE. 339

50. jours au plus, vous verrez le bec du
corbeau.
Plusieurs, dit le Philosophe, s'imaginent
que notre solution est une chose
fort aisée; mais il n'y a que ceux qui
l'ont essayée & qui en ont fait l'expérience,
qui puissent dire combien elle
est difficile.
Ne voyez-vous pas que si vous semez
un grain de blé, trois jours après vous
le verrez simplement enflé; que si vous
le faites sécher il deviendra comme auparavant.
Cependant on ne peut pas dire
qu'on ne l'ait pas mis en une matrice convenable;
car la terre est son vrai & propre
lieu; mais il a seulement manqué du
temps nécessaire pour la végétation.
Considérez que les semences plus
dures ont besoin d'être plus longtemps
dans la terre, comme les noix & noyaux
de prunes, chaque chose ayant sa saison;
& c'est une marque certaine d'une opération
naturelle, lorsque sans précipitation
elle demeure le temps nécessaire pour
son action.
Pensez-vous donc que l'or, qui est le
corps du monde le plus solide, puisse
changer de forme en si peu de temps. Il
faut que nous demeurions dans l'attente
jusqu'à vers le quarantième jour que le
P ij

@

340 LE VERITABLE


commencement de la noirceur se fait
voir. Quand vous verrez cela concluez
alors que votre corps est détruit; c'est-
à-dire, qu'il est réduit en une âme vivante,
& votre esprit est mort; c'est-à-dire,
qu'il est coagulé avec le corps. Mais jusqu'à
cette noirceur l'or & le mercure
conservent chacun leur forme & leur nature.

D I X-S E P T I E'M E R E G L E.

Prenez garde que votre feu ne s'éteigne,
pas même pour un moment; car
si une fois la matière devient froide, la
perte de l'ouvrage s'ensuivra immanquablement.
Vous pouvez recueillir de tout ce que
nous avons dit, que tout notre ouvrage
n'est autre chose que faire bouillir
notre composé au premier degré d'une
liquéfiante chaleur, qui se trouve dans
le règne métallique, où la vapeur interne
circule autour de la matière, &
dans cette fumée l'une & l'autre mourront
& ressusciteront.

D I X-H U I T I E'M E R E G L E.

Continuez alors votre feu jusqu'à ce
que les couleurs paraissent, & vous
verrez enfin la blancheur. Sachez que

@

PHILALETHE. 341

lorsque la blancheur paraîtra (ce qui
arrivera vers la fin du cinquième mois)
l'accomplissement de la Pierre blanche
s'approche. Réjouissez-vous donc, car
le Roi a vaincu la mort, & paraît en
Orient avec beaucoup de gloire.

D I X-N E U V I E'M E R E G L E.

Continuez encore votre feu, jusqu'à
ce que les couleurs paraissent de nouveau,
& vous verrez enfin le beau vermillon
& le pavot champêtre. Glorifiez
donc Dieu & soyez reconnaissant.

V I N G T I E'M E R E G L E.

Enfin il faut que vous fassiez bouillir
(ou plutôt cuire cette Pierre) derechef
dans la même eau, avec la même proportion
& selon le même régime. Votre feu
doit être seulement un peu plus faible,
& par ce moyen vous l'augmenterez en
quantité & en vertu suivant votre désir.
Que Dieu, le Père des Lumières,
vous fasse voir cette régénération de
Lumière, & vous fasse un jour participant
de la vie éternelle. Ainsi
soit-il.
P iij

@

342 LE VERITABLE


==================================

R E M A R Q U E S

Sur les différences, qui se trouvent
entre cette nouvelle Edition du
PHILALETHE & les Anciennes.

D A N S L A P R E'F A C E.


N°. I. AE Tatis autem meae trigesimo tertio. Le Docteur FAUSTIUS a bien corrigé cet endroit, en le mettant conformément
à l'original, au lieu que dans l'Edition de Langius
copiée par M. Manget, on lit, Aetatis autem
mea vigesimo tertio.

C H A P I T R E I.

On trouve dans ce Chapitre la définition de la Pierre Philosophale, qui consiste à dissoudre radicalement
l'or, pour en tirer le soufre & coaguler
le Mercure des Philosophes par le moyen
de ce soufre. Et l'on assure que le soufre de l'or
fait près de la moitié de son poids. Ainsi dans
une once d'or, qui contient 576. grains, il y a
288. grains de ce soufre ou semence fermentative:
il faut la tirer par le moyen du Mercure
des Philosophes, c'est-à-dire par leur dissolvant.
N°. I. Sagacemque artificem: l'ancienne Edition mettait, Sagaxque artificium; ce qui ne
fait presque rien quant au sens.

@

PHILALETHE. 343

N°. 2. Quod est nostrum, crudiusque aurum,
sicut spermati &c. Ces huit mots manquaient
dans les anciennes Editions, & ne laissent pas d'être
utiles, pour déterminer le sens de l'Auteur.

C H A P I T R E II.

L'Auteur rejette dans ce Chapitre, toutes les purifications du Mercure vulgaire par les sels;
il prétend que le vrai Mercure doit être purifié
par lui-même, ou par les métaux, dont le
Mercure vulgaire enlève la vertu aurifique &
la partie métallique, d'où se fait un cahos
avec l'antimoine. Le Dragon est l'Antimoine, qui
étant joint au fer, se nomme l'Acier des Sages.
Les compagnons de Cadmus sont les métaux;
pour les colombes de Diane, on prétend que
c'est l'argent que l'on joint au Régule d'antimoine
en double poids: Le serpent est le Mercure.
Le creux d'un chêne sont les cendres dans
lesquelles on met le matras pour la sublimation
ou digestion. Les Nymphes sont Diane &
Vénus, c'est-à-dire, l'argent & le cuivre.
N°. I. Hoc est in factione nostrae aquae requisitus (in aquâ enim nostrâ est igneus noster
Draco) primò omnium ignis &c. Mais dans
l'Edition de Langius & les autres, qui l'ont
suivie, on lit seulement, est nempè in aquâ
nostrâ requisitus primò ignis: Mais notre Edition
donne une explication plus précise.

C H A P I T R E III.

Ce Chapitre est employé à enseigner de quelle manière se doit faire le régule martial
P iiij

@

344 LE VERITABLE


& étoilé d'Antimoine qui est dit-on, la clef
de l'oeuvre Philosophique.
N°. II. Per Orientem annunciatur. Mais les Editions ordinaires mettent, per Orientem in
Horizonte Hemispherii sui Phosphorum annunciatur,
ce qui n'est pas intelligible.
Viderunt Sapientes in Oriente, & obstupuerunt. Les autres Editions marquaient, viderunt
sapientes in Euo Magi, ou bien viderunt sapientes
in Eoo Magi. Ce qui avait tourmenté
les Philosophes. J'ai restitué conformément à
l'Edition Anglaise, où l'on voit que l'Auteur fait
une allusion entre le régule étoilé d'Antimoine
& l'étoile qui parut aux Mages en Orient, à la
naissance du Messie, vidimus stellam ejus in
Oriente &c.
N°. III. Stellam, conformément à l'Edition Anglaise, ce qui est la suite de la même allusion;
au lieu que les autres mettaient Astra.

C H A P I T R E IV.

L'Auteur désigne dans ce Chapitre l'Antimoine par le mot d'Aimant, qui attire l'acier,
& c'est par là que l'on anime le Mercure.
N°. II. Stellae. Les anciennes Editions mettent Astri; c'est toujours la même allusion
du Chapitre III.

C H A P I T R E V.

Le Cahos des Sages, dont l'Auteur parle dans ce Chapitre, est le Régule martial, auquel,
il donne le nom de Terre, & le Mercure
qu'il appelle Ciel, & dans lesquels on
circule les luminaires du Ciel; savoir, le Soleil

@

PHILALETHE. 345

& la Lune, ou l'or, l'argent, le Mars & les
autres métaux, qui sont pénétrés par le Mercure,
qui par cette opération devient animé.
N°. I. Et tenebrae erant super faciem Abyssi; tout ceci manque dans les autres Editions; il est vrai
que cela n'est pas de grande conséquence.
N°. II. Ac amoris, manque aussi dans les autres Editions.
N°. III. Sincerè, vel, ces deux mots manquent pareillement dans les autres Editions.
Vir, manque aux autres Editions.
C H A P I T R E VI.

Ce Chapitre, qui est important, regarde la purification & l'animation du Mercure, pour en
faire le Mercure des Sages.
N°. IV. Quae sine alis volitantes, repertae sunt in nemoribus Nymphae Veneris. J'ai restitué ces
paroles par l'Original Anglais: elles manquent
dans les autres Editions.
Aquas polares desuper sed, non foetoribus stupefactas. Au lieu de ces sept mots, il n'y en avait
qu'un dans les anciennes Editions, qui est celui
de Peroledos, qu'il était difficile de comprendre.

C H A P I T R E VII.

L'Auteur marque dans ce chapitre la double animation du Mercure par le Régule martial
& les Colombes de Diane. C'est-à-dire
comme l'explique Becher, par deux parties de
Lune ou d'argent sur une partie de Régule,
qu'il faut bien broyer, laver & distiller.
N°. III. Vel igne forti, manque dans toutes les Editions antérieures.
P v

@

346 LE VERITABLE


N°. V. Vel pavore aquae, manque également aux autres Editions.
N°. VI. Si arte Veneris Nymphae sunt applicatae; manque dans les autres Editions.

C H A P I T R E VIII.

Ce Chapitre traite des difficultés qui se trouvent à bien purifier le Mercure.
N°. II. Nec sanè labor tam facilis, ut ludus potiùs, seu animi recreamentum censendus sit, &
ad vota det id quod tantopere expetimus, imò
&c. Voici maintenant de quelle manière cette
phrase était tournée dans les anciennes Editions;
Nec sanè labor facilis (qui ludus potius,
seu animi recreamentum censendus est) id
quid tantopere expetimus, ad vota sua dabit, imò
&c. Mais l'Edition Anglaise, que j'ai suivie, est
beaucoup meilleure.
Enim, au lieu de ce mot les anciennes Editions mettent Puta.
Sumptitus vero non parciunt. C'est ainsi que met l'Edition Anglaise, au lieu que les autres
Editions marquaient le contraire en disant, nec
sumptus patiuntur.
N°. V. Quem Bernardus Trevisanus suum fontem appellat. Ces six paroles manquent dans
les autres Editions.

C H A P I T R E X.

Ce Chapitre fait voir quel est l'effet du Mercure animé, ou des Sages.
N°. I. Vel dispositum; manque dans les autres. N°. III. Calid, manque aux autres Editions. N°. II. Lunamque, les autres Editions mettent Eumque, ce qui est moins bien.

@

PHILALETHE. 347

N°. III. Externo, manque aux autres Editions. N°. IV. Mercurius est hic, les autres Editions mettent Sulphur hoc est.

C H A P I T R E XI.

Ce Chapitre contient les conjectures de Philalèthe sur la manière dont le Mercure
Philosophique a été trouvé: il ne commence
à être instructif qu'au numéro IX. & ce
qu'il dit ensuite est fort utile à l'Artiste.
N°. IV. Interiore, ce mot n'est point dans autres Editions.
N°. VI. Sulphur, manque aux autres Editions.
C H A P I T R E XII.

Ce Chapitre sert comme de préliminaire pour les Chapitres suivants, qui sont très importants.
N°. I. Ex digesto corpore; ce dernier mot manque dans les autres Editions.

C H A P I T R E XIII.

Dans les douze premiers articles de ce Chapitre, le Philalèthe fait des réflexions & des
complaintes sur sa situation; il ne devient
plus instructif pour l'Artiste, qu'à l'article
XIII. C'est donc à cet article que
l'Auteur commence à expliquer le soufre Philosophique,
qui se tire de l'or des Sages. A l'article
XXIV. il fait voir la nécessité de purger
exactement le vrai Mercure. Mais à l'article
XXX. l'Auteur recommence les réflexions
morales, dont il paraît pénétré.
N°. III. Ac nutriuntur. C'est ainsi que porte P vj

@

348 LE VERITABLE


l'Edition Anglaise, au lieu que les autres mettent
ac educantur.
N°. XIV. Sine latone suo, vel Latone, vel manquent dans les autres Editions.
N°. XVI. Ac vivificatum &c. jusqu'à la fin de ce numéro: au lieu de quoi ont lit dans les
anciennes Editions, in aquâ solâ nostrâ est reducibile
& tunc vivum est granum nostrum.
N°. XVII. Sed cum aquâ nostrâ mixtum, Philosophicum est. Tout ceci manque dans les autres
Editions.
N°. XX. Vive fit semen auri; au lieu de ces paroles, on lit dans les anciennes Editions,
vive fit Aurum mortuum.
N°. XXIII. Solem in eo absconditum extrahere &c. ce qui manque dans les anciennes Editions.
Et in quantum cum Mercurio unitur, in tantum capax redditur ad igni resistendum; toute cette
phrase manque dans les autres Editions.
N°. XXIV. Cum ibi non est vivum agens ceci manque aux autres Editions.
N°. XXV. Noster verò Mercurius est anima vivens, ac vivificans: au lieu de ces paroles,
on lit dans les anciennes Editions, noster
verò Mercurius non est talis.
Num. XXVI. Saepèque manibus propriis performavi; quae scio scribo, sed non vobis. Tout
ceci manque dans les autres Editions.
Num. XXX. Quare vituli instar aurei. Les Editions anciennes mettent; Quare serpentis instar
Ahenei.
Num. XXXI. Quod post paucos annos pecunia erit sicut scoria; au lieu de quoi on lit dans
les autres Editions, Quod post paucos annos pecus
erit pecunia, fulcrumque &c.
Num. XXXII. Insidias in vitam nostram
@

PHILALETHE. 349

structas amplius non timebimus: au lieu de quoi
on lit dans les autres Editions, nec amplius timebimus.

C H A P I T R E XIV.

Ce Chapitre avertit l'Artiste de ne prendre point trop à la lettre ce que l'Auteur y marque
du Soufre Solaire & du Mercure des Sages.
Voici maintenant les différences qui se trouvent
entre cette Edition & les précédentes.
Num. I. Solem aurum esse, sine ulla ambiguitate, ac dubitatione, neque metaphoricè, sed in
vero sensu Philosophico intelligi debere ostendimus;
Mercurium &c. Presque toutes ces paroles
manquent dans les autres Editions, où se lit
seulement ce qui suit, solum aurum sine ullâ metaphorâ
ostendimus; Mercurium &c.
Num. II. Et clavem esse, manquent dans les antres Editions.
Num. III. Cujus praecipuus nodus est &c. jusques à directurus adsit, toutes ces paroles, qui
sont très importantes, manquent dans les autres
Editions.
Num. IV. Aquae, manque aux autres Editions.
C H A P I T R E XV.

Ce Chapitre traite de la qualité & de la purification de l'or, qui doit être employé pour
l'Oeuvre, & je soupçonne que celui dont parle
le Philalèthe au nombre II. & qui lui a servi,
est tiré de la pierre d'Emeri, calcinée & mise à
l'eau régale. Mais au nombre III. l'Auteur
commence à traiter de la purification & sublimation

@

350 LE VERITABLE


du Mercure des Sages. Et la suite de ce Chapitre
doit être méditée par l'Artiste intelligent.
Num. I. Cimentum Régale, les autres Editions mettent seulement Cineritium.
Num. II. Aurum nostrum &c. Tout ce nombre manque en entier dans les anciennes Editions,
& je crois qu'il y parle toujours de l'or
tiré de la pierre d'Emery.
Num. III. pag. 128. Hoc sulphur &c. jusques à ces paroles ejectas, abluendas &c. du num.
V. pag. 130. Tout ce discours, qui est important
& assez étendu, manque dans toutes les autres
Editions; au lieu de quoi on lit seulement:
At insuper accidentalem poscit mundationem, ad
externas sordes à centro ejectas, abluendas &c.
Ce qui n'explique point la pensée du Philalèthe
avec autant de détail, que ce que nous
avons mis conformément à l'Edition Anglaise.
Num. VI. Hoc ter aut amplius &c. L'ancienne Edition met seulement, hoc quater reitera
&c.
Num. VIII. Recipe hunc Mercurium, Aquilis septem aut novem praeparatum; amalgama illud
cum &c. Au lieu de ces paroles, l'ancienne Edition
met seulement; Mercurium amalgama cum
&c.

C H A P I T R E XVI.

Chapitre important pour commencer à travailler à la conjonction de l'or Philosophique
& du Mercure des Sages. Il n'y a dans ce Chapitre
que très peu de différences entre l'Edition
Anglaise & les Editions Latines.
Num. VI. Proprii sui ponderis; ces trois mots manquent dans les autres Editions.

@

PHILALETHE. 351

C H A P I T R E XVII.

On voit dans ce Chapitre une chose importante, qui est, que le Mercure des corps, mêmes
parfaits, ne sert pas plus à l'Oeuvre Hermétique,
que le Mercure vulgaire. Ainsi on se
fatigue inutilement à le chercher.
Num. I. Vel spitamae, vet decem digitorum. Ces paroles manquent aux autres Editions.
Num. III. Vel trium florenorum, manquent aussi aux anciennes Editions.
Num. V. Summopere indagatus &c. Ces paroles jusques à la fin de ce nombre, manquent
aux autres Editions.
Num. VI. Corpore, nostrâ Veneris & Dianae sobole &c. Ces paroles & les suivantes jusques
à la fin du Chapitre, manquent dans les autres
Editions, au lieu desquelles on lit; Corpore,
aere nostro, nempè auro, nunquam ulla tinctura
haberi potest, estque lapis noster ex uno latere
vilis, immaturus, volatilis; ex altero perfectus,
pretiosus & fixus. Quae duae species sunt corpus,
aurum & spiritus, nempè argentum vivum.

C H A P I T R E XVIII.

Ce Chapitre, qui est important & assez étendu, parle non seulement de l'or Philosophique,
mais encore du Fourneau ou de l'Athanor des
Sages. Tout ce Chapitre, qui dans notre Edition,
est fort différent des autres, doit être exactement
médité par l'Artiste industrieux.
Num. II. Messis praeter temporis amissionem, dispendium, ac laborem colliges: au lieu de ces
paroles, on lit seulement dans les anciennes

@

352 LE VERITABLE


Editions, messis praeter dispendium colliges.
Ibidem. Unum vulgò Venale &c. jusques à la fin du Chapitre: au lieu donc de ces paroles
& de tout ce qui suit, voici ce que mettent
les autres Editions: Unum venale, alterum arte
fabricandum; scias Mercurium nostrum de se aurum
dare, quod si non noris, quod sit Secretorum
nostrorum subjectum, oportet ut pro Sole vulgari
vendas; estque in omni examine Sol verus, ac
proinde venalis est, id est, vendi potest, cuivis
sine scrupulo. Sol proinde noster est vulgò venalis,
at non vulgò emendus, quia ut noster sit,
nostrâ opus est arte. Possis in Sole, Lunaque vulgaribus
Solem nostrum reperire; ego ipse in his quaesivi
ac reperi. At haud opus est facile. Leviori
negotio lapis ipse faciendus est, quam lapidis proximam
materiam in auro vulgariter emendo invenies.
Quare aurum nostrum est lapidis nostri
materia proxima, aurum vulgi propinqua, caetera
metalla remota, eaque quae non sunt metallica,
remotissima, sive potius aliena. Quia aurum
nostrum est Chaos; cujus anima per ignem
non fugata est. Aurum vulgi est, cujus anima,
ut ab ignea Vulcani Tyrannide sit tuta, in arcem
clausam se recepit. Sed si aurum nostrum
quaeris in re mediâ, inter perfectum & imperfectum,
quaere & invenies: sin minus, repagula
auri vulgaris solve, quae dicitur praeparatio prima,
quâ incantamentum corporis ejus solvitur,
sine quo opus Mariti nequit perficere. Si priorem
viam ingressus fueris, igne benignissimo procedere
teneris; sin posteriorem, torridi tum Vulcani
operam implorare debes. Talem, puta, ignem
adhibere oportet, qualem in multiplicatione subministramus,
dum corporalis Solis, Lunaeve vulgi
Elixiri perficiendo pro fermento adhibetur. Hîc

@

PHILALETHE. 353

sanè labyrinthus erit, nisi te quomodo extrices,
noris. In quolibet tamen progressu indiges calore
aequali ac continuo, sive in Sole vulgari, sive
nostro operatus fueris. Utrumque scias, quod Sol
noster dabit tibi opus aut ternis mensibus citius
perfectum, quam aurum vulgi, eritque Elixir
in prima sua perfectione virtutis millenaris,
quod in altero opere vix Centenariae erit. Insuper
si opus Sole nostro perfeceris, oportet te illum cibare,
inbibere, fermentare, &c. quibus vis
ejus crescet in immensum, in alio verò opere
oportet te illum illuminare ac incerare, ut abundè
in Rosario Magno docetur. Praeterea si in Sole
nostro operatus fueris, possis calcinare, putrefacere,
ac albifacere, igne benigno intrinseco adjuvante,
cum tepore rorido extrà administrato.
Cum Sole vulgi si operatus fueris, sublimando ac
bulliendo aptanda sunt materialia, ut postea illa
cum virginis lacte unire valeas. Utcumque tamen
progressum feceris, nil tamen citra ignem
ullatenus poteris efficere. Quare non gratis Hermes
veridicus ignem Soli, Lunaeque proximum
operis gubernatorem statuit. Hunc tamen de furno
nostro verè secreto intelligi vellem, quem oculus
vulgaris vidit nunquam. Est tamen & alius
furnus, quem communem appellamus, qui aut
lateritius, aut ex luto figuli erit constatus, aut
ex lamellis ferreis, Aeneisque luto benè loricatis.
Hunc furnum Athanor appellamus, cujus forma
mihi magis arridens turris cum nido. Quare esto
turris trium circiter pedum altitudinis, lata
novem digitos, seu spitamam communem, post
soleam, stratumve fundamentale esto ostiolum pro
expurgandis cineribus trium quatuorve digitorum,
undiquaque cum lapide adaptato, supra
quod statim craticula statuatur; paulò à crate

@

354 LE VERITABLE


sueprnè foramina sunto bina, duorum circiter digitorum,
per quae calor in appositum Athanor
emittatur. Caeterum esto turris exactè à rimis
clausa; supernè vero immittendi sunt carbones
qui accensi primò, dein alii injiciantur, tum demum
os exactè obturetur. Tali furno opus pro
animi voto possis complere. Caeterùm si curiosus
fueris, aliam, atque aliam viam reperire possis
ignem debitum administrandi. Fiat ergo Athanor
in hunc modum, ut in eo post impositam materiam,
sine viri amotione quemvis caloris gradum
adhibere possis, pro voto, à calore Febrili ad ignem
usque reverberii minoris, inque intensissimo suo
gradu per se duret per horas ad minus decem
aut duodecim. Tum patet tibi operis janua. Verum
cum lapide jam potitus es, possis utilius furnum
portatilem confingere, quia minori tempore
ac benigniore naturae igne lapis semel factus multiplicatur.

C H A P I T R E XIX.

Ce Chapitre n'est pas moins important que le précédent; mais l'Auteur, outre la voie
étendue & commune, en insinue encore une
autre plus abrégée, mais qu'il ne détaille pas;
cette dernière se fait par le double Mercure
Philosophique, & par-là l'Oeuvre s'accomplit en
huit jours; au lieu qu'il faut près de dix-huit
mois pour la première voie. Ce Chapitre est
rempli d'un grand nombre de différences essentielles
que voici.
Num. II. Sin autem Solis nostri inventionem nondum in latitudine suâ noveris, at Mercurii
nostri scientiam es adeptus, & quando praeparatione
aptandus est corpori perfecto, quod est mysterium

@

PHILALETHE. 355

magnum; tum cape Solis vulgi partem
unam benè purificatam, & Mercurii nostri primò
illuminati partes tres &c. Au lieu de cette
phrase, voici ce que mettent les anciennes Editions;
Sin autem mysterium Solis nostri nondum
in latitudine suâ noveris, & Mercurii nostri
scientiam es adeptus, tum cape Solis vulgi partem
unam benè purificatam & Mercurii nostri
summè lucidi partes tres &c.
Ibidem. Circuletur sine intermissione &c. Ces deux derniers mots manquent dans les anciennes
Editions.
Ibidem. Et videbis in hac operatione Solem tuum vulgarem conversum in Solem nostrum &c.
Au lieu de quoi les anciennes Editions mettent:
& videtis Solem vulgi per Mercurium nostrum
conversum in Solem nostrum &c.
Num. III. Lapidem, sed tantum &c. jusqu'à ces paroles: Pro pauperibus contemptis, &c.
au lieu de toutes les paroles de ces cinq lignes,
on lit les suivantes dans les autres Editions,
lapidem, at ejus veram materiam, quam
possis in re imperfectâ intra septimanam quaerere
& reperire. Haec est via nostra, facilis & rara,
& reservavit hanc Deus pro pauperibus &
contemptis &c.
Num. V. Dico ergo, quod utraque via est vera &c. jusqu'à la fin du nombre VIII. au
lieu de ces deux pages, on lit dans les anciennes
Editions ce qui suit. Dico ergo quod utraque
via est vera, quia via est tantum una in fine,
at non in principio, quia totum est in Mercurio
nostro & Sole nostro. Mercurius noster est via nostra,
& sine eo nihil fiet. Sol quoque noster non
est aurum vulgi & tamen in eo est. Et si operatus
fueris in Mercurio nostro cum auro vulgi, regimine

@

356 LE VERITABLE


debito, ex iis centum & quinquaginta diebus
habebis aurum nostrum, quia Sol noster est ex
Mercurio nostro. Quare si aurum vulgi fuerit
per Mercurium nostrum in elementa sua disgregatum,
iterumque conjunctum, tota mixtura
ignis beneficio erit aurum nostrum, quod aurum
si deinde per Mercurium iteratò decoquatur,
dabit pro certo omnia signa descripta à Philosophis
tali igne, quali ipsi scripserunt. Jam verò
si decoctioni Solis vulgi, ut ut purissimi, cum
Mercurio nostro regimen lapidis adhibueris, in
erroris viâ es pro certo: & hîc magnus est ille
labyrintus in quo tyrones ferè omnes haerent,
quia Philosophi in libris suis de utraque via scribunt,
quae revera non sunt nisi via una, nisi
quod una sit directa magis quàm altera.
Num. IX. Aliquando, manque dans les autres Editions.
Num. XI. Reperiendus, manque dans les autres Editions.
Ibidem hoc in Solis vulgi &c. jusqu'à ces paroles, hoc est aurum nostrum &c. au lieu de
quoi on lit dans les autres Editions, tu hoc in
Sole vulgi immediatè non invenies, at ex illo
per Mercurium nostrum, digerendo per dies centum
& quinquaginta invenies veram hanc,
eamdemque materiam, quae est aurum nostrum.
Num. Vel fortè duorum annorum; ces quatre mots manquent dans les anciennes Editions.
Ibidem; commendo tamen omnibus ingeniosis faciliorem &c. au lieu de ces mots, on lit
dans les anciennes Editions; laudo tamen faciliorem
&c.
Num. XV. Cave ut Dianae, Venerisque matrimonium procures in principio nuptiarum Mercurii
tui, deinde nido impone &c. au lieu de
ces paroles, on lit dans les anciennes Editions,

@

PHILALETHE. 357

cave ut Veneris connubia sollicitè compares,
deinde thoro suo impone &c.
Ibidem, sur la fin. Et hoc cum dulce processu; in igne enim ac vento Deus non erat, sed
tanquam voce Eliam compellavit &c. au lieu
de ces paroles, on lit dans les autres Editions, &
hoc nutu Dei in aura leni, qui voce tacitâ
Eliam compellavit &c.
Num. XVI. Tum omnia tua arcana ex unica imagine emergent, quod &c. au lieu de quoi voici
ce qu'on lit dans les anciennes Editions,
tum ex unâ re opus perficies, quod &c.
Num. XVII. Quibus relationibus triplex doctrina sua proportionum concordat, ubi est mysticus
valde &c. au lieu de ces paroles, on lit
seulement dans les anciennes Editions; atque
ita intelligendus est. In Doctrina proportionum
suarum obscurus est valdè &c.
Num. XIX. In Sole vulgi, Mercurioque nostro &c. au lieu de quoi on lit dans les autres
Editions in Sole purgato cum Mercurio nostro &c.
Num. XX. Potens ad implendum possessorem divitiis ac sanitate. Au lieu de ces paroles
on lit dans les anciennes Editions, potens tam
ad opes, quàm ad sanitatem.
Num. XXI. Tempore Solem & Lunam nostram parabis. On lit dans les autres Editions, tempore
idem parabis.
Ibidem; Nam sub fide bonâ juro, quod in aliis rebus verum omnino detexi &c. au lieu de ces
paroles, on lit dans les Editions vulgaires. Nam
sub fidè bonâ juro, quod verum detexerim.
Num. XXII. Accipe ergo &c. jusqu'à la fin du Chapitre; au lieu que dans les anciennes
Editions on lit; in Mercurio quem descripsi ac
Sole purissimo vulgi laboraveris, debitoque igne
Solem nostrum invenies intra menses septem, aut

@

358 LE VERITABLE


novem ad summùm, Lunamque nostram intra
menses quinque. Et hi sunt veri termini ad complenda
sulphura haec, quae si tum credideris lapides
nostros, adhuc erras. At ex his reiterato labore,
cum igne saltem sensibili, verum Elixirem
habebis, & hoc totum intra annum cum
dimidio, DEO dante, cui gloria in seculum.

C H A P I T R E XX.

Comme le Philalèthe déclare qu'il ne saurait découvrir la voie abrégée, il commence dans ce
Chapitre à découvrir la pratique la plus longue.
Num. III. Sit igitur sanè te cognoscere velle regimen, accipe lapidem &c. au lieu de quoi
on lit dans les anciennes Editions: cognito autem
regimine, arripe lapidem &c.

C H A P I T R E XXI.

Ce Chapitre est important pour le Régime du feu: mais il n'y a aucune différence
entre notre Edition & les anciennes.

C H A P I T R E XXII.

Ce Chapitre regarde la voie abrégée, qui se fait par le Saturne des Sages, ou l'Antimoine
disposé pour faire la matière aurifique.
Num. I. Quidam sic adducti nimiâ confidentiâ, quamvis parvo emolumento in plumbo sunt
operati. Telle est notre nouvelle Edition, au
lieu de quoi les autres mettent, Quidam hinc
abducti in plumbo, spe maximâ, at fructu nimimo,
sunt operati.
Num. II. Clavis operis transmutationis. Au lieu de quoi les anciennes Editions mettent clavis
nummorum artis.

@

PHILALETHE. 359

C H A P I T R E XXIII.

Ce Chapitre & les suivants font voir toute la suite de l'opération de la Science Hermétique,
aussi bien que les couleurs, qui apparaissent,
& marquent ce qu'aucun autre Philosophe
n'avait expliqué avant le Philalèthe.
Num. II. Nos idem fecisse, quamvis visi fuerimus loqui de gradu caloris, tamen &c. Les
anciennes Editions mettent au lieu de ces paroles,
celles-ci, nos fundamentaliter idem fecisse,
tamen &c.
Il n'y a point de différences dans le Chapitre XXIV. Et les suivants jusqu'au XXXe.

C H A P I T R E XXX.

Num II. Post quatuordecim aut quindecim dierum &c. Au lieu que les anciennes Editions mettent,
post duodecim aut quatuordecim dierum &c.

C H A P I T R E XXXII.

Num. IV. Quod jam unam quartam partem &c. jusqu'à & hac proportione; au lieu que les
anciennes Editions mettent, Quod jam quartam
unam partem coagulavit; at respectu sulphuris
ante imbibitionem primam, quâ exsiccatâ adde respectu
trium partium sulphuris, primò ante imbibitionem
primam libratarum & hâc proportione
&c.

C H A P I T R E XXXIII.

Num. III. Si modo in opere reiteratae multiplicationi
@

360 LE VERITABLE


procedas; au lieu de quoi on lit dans les autres
Editions. Si modo in hoc opere perseveraveris.

C H A P I T R E XXXV.

Num. I. Nisi ut tutus ab obnibus fraudulentis, ac dolosis hominibus, Deo sine distractione servire
possit; vana autem res esset pompâ exteriore
vulgarem auram anhelare &c. au lieu
de ces paroles on lit dans les autres Editions,
nisi ut tutus ab omni malâ fraude & dolo,
DEO suo jugiter servire possit, vanum autem,
imò omnium vanissimum erit, pompâ vulgarem
auram anhelare.
Num. Il. Qui longè polulari admiratione est dignior; ces paroles manquent aux autres Editions.
Ibidem. Ita ut si homo, puta Adeptum, omnia quae imperfecta sunt &c. Au lieu de ces paroles
on lit dans les anciennes Editions, ita ut omnia
imperfecta quae sunt &c.
Ibidem. Tertio ac tandem universalem, medicinam tam ad vitae prolongationem, quàm ad omnium
morborum curationem. Sit unus &c. au lieu
qu'on lit dans les autres Editions, tertiò ac tandem
universalem ominum morborum medicinam habet,
sic ut unus &c.
Num. III. Inenarrabilia, ac thesauros inaestimabiles. Ces quatre mots manquent aux autres
Editions.
Num. V. Tout ce nombre manque dans les autres Editions.

Fin du Tome second.

Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.