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Réfer. : 0024 .
Auteur : Anonyme (Abbé Langlet Dufresnoy).
Titre : Histoire de la Philosophie Hermétique. Tome I.
S/titre : Accompagné d'un Catalogue raisonné des...

Editeur : Chez Coustelier. Paris.
Date éd. : 1742 .
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H I S T O I R E

DE L A

P H I L O S O P H I E

H E R M E T I Q U E

Accompagnée d'un Catalogue raisonné des
Ecrivains de cette Science.
Avec le Véritable Philalethe, revû sur
les Originaux.

TOME PREMIER

pict

A P A R I S,
Chez C O U S T E L I E R, Libraire, Quay
des Augustins.
-------------------
M. DCC. XLII.
Avec Approbation et Privilege du Roi.

@
@

pict

P R E F A C E.

pict 'HISTOIRE de la Philosophie
Hermétique,
que je donne aujourd'hui,
n'avait pas été
entreprise jusques ici: il
n'y a pas lieu de s'en étonner. Les
Savants, qui s'appliquent à l'Histoire,
méprisent, avec raison, tout
ce qui regarde cette Science; &
les Philosophes, uniquement occupés
de leurs opérations, en négligent
l'Histoire, & confondent
tous les temps. Geber, le Philalèthe,
Hermès, le Cosmopolite,
tout chez eux se trouve confondu,
pourvu qu'ils puissent réussir.
Il ne s'agit pas pour eux de savoir
à ij

@

iv P R E F A C E.

à quels siècles il faut rapporter
ces Artistes célèbres, il est seulement
question de les imiter & de
les suivre dans les travaux & dans
les folies qui leur sont propres.
Mais plus occupé de l'Histoire
de cette partie de la Philosophie,
que de la Philosophie en elle-même,
j'ai cru que je pouvais risquer
cet essai, comme l'avant-coureur
d'un plus grand Ouvrage, auquel
j'ai travaillé longtemps, c'est l'Histoire
de la Philosophie, des Philosophes
et de leurs Opinions. Ce travail
m'a fait passer agréablement
un temps de retraite, où tout autre
se serait fort ennuyé.
Peut-être trouvera-t-on que je
n'ai pas extrêmement approfondi
le Sujet que je traite, & que j'aurais
pu le charger d'un grand nombre
de citations Grecques & Latines,
qui auraient plu aux Savants,
& qui auraient fatigué les
personnes de goût, mais j'ai rompu

@

P R E F A C E. v

la glace, & j'espère que quelqu'un
pourra finir ce que je ne fais
qu'ébaucher. Qu'un autre plus habile
& plus laborieux cherche donc
à ennuyer le Public par des Compilations
de passages; pour moi je
suis content d'instruire, & de le faire
d'une manière claire & succincte;
c'est ce qui m'a porté à me référer
autant qu'il m'a été possible;
si je n'en ai point assez dit pour les
Savants, il y en a plus qu'il ne
faut pour les gens du monde, qui
ne seront pas fâchés de connaître
les illustres fous, qui se sont jetés
dans les égarements, dont j'écris
l'Histoire.
Mon Ouvrage est fait de manière,
que différents genres de personnes
peuvent s'en amuser. Celui qui
est bien aise de savoir des singularités,
sans trop dépenser en lectures,
trouvera dans le Premier Volume,
& dans la première partie
du second, tout ce qui peut flatter
à iij

@

vj P R E F A C E.

sa curiosité. Il y verra même ce qu'il
ignorait, ou dont il n'avait que
des idées confuses, & peut-être même
aucunes. Ce ne sera pas sans
étonnement qu'il remarquera que
les hommes les plus sages n'ont
pas été exempts des vices trop
communs parmi nous, la curiosité
& la cupidité.
Le Philosophe désintéressé veut
pénétrer la nature & sonder jusques
où elle peut aller; Il veut connaître
ce que l'art peut y ajouter.
Quand on sait se renfermer dans
ces justes bornes, on n'est pas toujours
blâmable; au lieu que l'Artiste
avare cherche moins à découvrir
le pouvoir de la nature & de
l'art, qu'à satisfaire ses propres désirs.
Mais cette première Partie fera
voir la punition que la Providence
a su imposer à la cupidité,
par les immenses travaux & les
pertes énormes, auxquelles ont été
exposés ceux qui s'y sont livrés.

@

P R E F A C E. vij

Souvent l'avare a tout perdu, pour
avoir voulu tout obtenir. Je ne connais
pas de plus grand châtiment.
Mais que l'on y fasse attention,
& l'on verra, que celui qui s'est
vanté d'avoir réussi dans l'Oeuvre
Hermétique, n'a pas lui-même été
exempt de peine. Il a eu pareillement
sa punition. N'en est-ce pas
une, que de travailler pendant soixante
ans, comme a fait le Trévisan,
pour jouir deux ou trois misérables
années, ou se voir contraint,
comme Zachaire & le Philalèthe,
à se bannir soi-même de sa Patrie?
Etre toujours fugitif & toujours en
crainte: chercher continuellement
la liberté, sans jamais trouver de
repos: se séparer de la Société du
genre humain, & par-là se priver
d'un des plus solides bienfaits que
Dieu ait accordé à l'homme. Vae
soli, malheur à celui qui est seul,
c'est la parole de l'Ecriture Sainte.
Telle a été cependant la condition
à iiij

@

viij P R E F A C E.

de ces Philosophes, dont on
ambitionne le sort, & dont on
recherche la Science. Telles ont
été les peines, où ils ont été exposés.
D'autres, qui sans travail, ont
cru profiter de celui d'autrui, par
des projections vraies ou fausses,
dont ils n'ont été que les instruments,
se sont-ils trouvés plus heureux?
On les voit presque toujours
périr d'une manière funeste; moins
peut-être par la malice des hommes,
que par leurs propres fautes.
Preuve certaine que la Providence
n'a point attaché l'état de l'homme
à ces travaux extraordinaires
de curiosités: elle nous a destinés
à marcher par des voies plus simples
& plus unies. Ce sont les réflexions
que l'homme sensé doit
faire sur tout ce qu'il trouvera d'historique
dans mon Ouvrage.
Le Second Volume est destiné à
un autre genre de personnes. J'ai

@

P R E F A C E. ix

cru que le Philosophe fol & curieux
me saurait gré de lui donner le Philalèthe,
tel qu'il n'a pas encore paru,
ni en Latin, ni en Français. Je
souhaite que ces Artistes insensés en
profitent. Et si j'avais cru leur faire
plaisir, j'y aurais ajouté, non-
seulement les autres Ouvrages de
ce Philosophe, mais je les aurais
encore accompagné d'un grand
nombre d'opérations sur les seuls
métaux, toutes extrêmement curieuses
& fort utiles par les remèdes
qu'on en peut tirer, dont quelques-uns
sont plus connus par
leurs effets, que par leurs préparations.
Peut-être y viendrai-je, si
je vois qu'on les demande.
Enfin le Troisième Volume satisfera
des esprits d'un autre caractère.
Dans le siècle où nous sommes on
aime à lire superficiellement; mais
on veut savoir du moins les titres
de beaucoup de Livres. On ambitionne
de connaître la rareté des
à v

@

x P R E F A C E.

uns pour en orner son Cabinet,
comme on ferait d'une porcelaine
curieuse; on cherche à s'assurer
de la bonté des autres pour les
parcourir légèrement; on ne veut
pas même ignorer quels sont les
mauvais Ecrivains, pour se donner
dans le monde un air de Savant,
en disant: ne lisez point celui-ci,
c'est un Auteur médiocre;
attachez-vous à celui-là comme
j'ai fait; il est bon, j'en suis content:
pour cet autre il est trop rare
pour le conseiller; cependant
j'ai eu le bonheur de le trouver &
de m'en saisir. Voilà le goût du siècle.
Hé-bien je le satisfais par les
Trois parties de mon Ouvrage.
L'homme du monde prendra
donc l'historique du Premier Volume;
l'Artiste méditera follement le
Second Volume, & le curieux de Livres
ne s'attachera qu'au Troisième.
Pour ne rien omettre de plausible
en Histoire, j'ai terminé le

@

P R E F A C E. xj

Premier Volume par une Chronologie
des célèbres Artistes; c'est-à-
dire, des plus illustres rêveurs,
dont l'humanité ait connaissance,
Mais pourquoi dira-t-on, mettre
une Chronologie à la fin d'une Histoire
rangée elle-même, suivant
l'ordre des temps? N'est-ce pas une
répétition? Non, ce n'en est point
une. Tous les Artistes n'ont pas mérité
d'entrer dans le corps de mon
Histoire: souvent c'étaient des gens
obscurs, & toujours enfumés, dont
les actions, renfermées dans un Laboratoire,
ne se déclaraient qu'après
leur mort; rien ne transpirait de
leur vivant, en quoi ils ont été sages.
Ils n'ont paru depuis que par
leurs Ouvrages: quelquefois même
on a de la peine à fixer le temps
où ils ont vécu. Il suffisait donc
de les faire connaître comme Philosophes,
bons ou mauvais, en les
plaçant à leur rang. Cependant je
n'ai mis que les plus considérables
a vj

@

xij P R E F A C E.

d'entre eux: les dates que j'en donne
sont ordinairement assez certaines;
j'ai même eu soin d'avertir
quand je ne les ai mises que par
conjecture. Cette Chronologie se
rapporte à l'Histoire, comme l'Histoire
que j'écris se trouve éclairée
par la Chronologie. C'est un abrégé
de mon Livre, qui doit même
frapper, soit par l'ancienneté de la
Science, soit par les noms des personnes
qu'on y verra rapportés. J'ai
cru qu'on serait ravi de voir, d'un
coup d'oeil, la tradition suivie
qu'on en peut faire. Cette Chronologie
pourra même servir à ranger,
dans l'ordre des temps, tous
les Livres de ces illustres Visionnaires.
Il est temps de dire un mot de
l'étymologie de la Science, dont
je vais tracer l'Histoire. Il faut remarquer
qu'il y a deux sortes de
Chimie; l'une sage, raisonnable
nécessaire même pour tirer des remèdes

@

P R E F A C E. xiij

utiles de tous les êtres de
la nature, sans en excepter ni les
métaux, ni les minéraux: l'autre
est cette Chimie folle & insensée,
& cependant la plus ancienne des
deux, par le moyen de laquelle les
Artistes s'imaginent pouvoir convertir
les métaux imparfaits en métaux
purs & parfaits. La première
a conservé le nom de Chimie, &
l'on a donné à la seconde celui
d'Alchimie. Mais d'où viennent ces
noms; c'est ce qui embarrasse moins
les Philosophes, que les Littérateurs?
Quelques-uns de ces derniers
ont dit qu'elle dérivait de
Cham (1) fils de Noé, qui la pratiqua,
dit-on, en Egypte, & qui
a même donné son nom à cette
partie de l'Afrique, qui dans les
saintes Ecritures, est nommée la
Terre, ou l'habitation de Cham,


----------------------------------
(1) Georg. Hornius, Historia Philosophiae, Libr. 3. Cap. 5.

@

xiv P R E F A C E.

Terra Cham, Tentoria Cham; &
cette Province s'est longtemps nommée
Chemie, aussi bien que la
Science dont nous parlons: Cela
est bien ancien, & je ne voudrais
pas me fier à une semblable étymologie.
D'autres la font venir
soit d'un mot grec, qui signifie
fondre, soit d'un autre, qui veut
dire extraire, parce que d'un côté
la Chimie est occupée à fondre,
& de l'autre à extraire & tirer les
essences des corps mêmes les plus
durs, par le moyen du feu; & c'est
aussi ce qui lui a fait donner le nom
de Pyrotechnie; c'est-à-dire l'art du
feu, aussi bien que celui de Spagyrique,
qui signifie également extraire,
ou tirer.
On a cherché aussi d'où vient
le terme d'Alchimie: Je ne dirai
pas comme ont fait quelques ignorants,
qu'il vient d'un Roi nommé
Alchimin; qui en fut, disent-ils
l'inventeur, Roi cependant qui n'exista

@

P R E F A C E. xv

jamais. Il faut abandonner ces
étymologies aux mauvais Artistes,
qui opèrent & qui raisonnent également
mal. Qui ne sait que les
Arabes, ayant tiré des Grecs & la
science & le nom, l'ont conservé,
en y ajoutant seulement la syllabe,
Al, qui leur est extrêmement familière,
pour donner plus d'énergie
à ce qu'ils veulent exprimer;
c'est comme s'ils disaient la Chimie
par excellence, comme l'AlCoran
est pour eux le Livre par
excellence.
Cette partie de la Chimie a eu
encore le nom de Science, ou de
Philosophie Hermétique, d'Hermès,
ancien Roi d'Egypte, qui s'y appliqua
le premier, ou si vous voulez
qui s'en occupa le plus; cela
est égal. On l'a nommée aussi
Chrysopée, & Argyropée, parce
qu'elle travaille sur l'or & sur l'argent,
ou même Métallurgie, parce
qu'elle s'exerce sur les métaux. Enfin

@

xvj P R E F A C E.

les anciens Grecs, qui l'ont
pratiquée, lui ont donné le nom
de Science Divine, d'Art Sacré,
pour montrer, sans doute, qu'elle
ne devait être, ni divulguée, ni
profanée, en la mettant entre
les mains du peuple. Aussi les Anciens
en ont fait un grand mystère,
n'en ayant jamais parlé qu'en
termes allégoriques, de la manière
à peu près qu'ils traitaient les
mystères, qui regardent la Religion
ou la Divinité.

pict

Qu'on ne croie pas, que dans
tout ce que je rapporte d'historique,
je veuille assurer la vérité de
la Science Hermétique; je parle
en Historien, & non en Philosophe;
je rends ce que j'ai lu, & non
ce que j'ai pratiqué.

@

pict

T A B L E
Des Articles contenus dans
l'Histoire de la Philosophie
Hermétique.

ARTICLE PREMIER.

L A Philosophie Hermétique est
le Période de la folie et de la
sagesse humaine, Page 1
ART. II. Combien la Science Her-
métique est ancienne, 3
ART. III. Les enfants de Noé se par-
tagent les Arts & les Sciences, 5
ART. IV. La Philosophie Hermétique
chez les Egyptiens, 7
ART. V, Histoire d'Hermès, ou Mer-
cure Trismégiste, 9
ART. VI. Moïse connaît la Science
Hermétique, 18
ART. VII. Si S. Jean a connu la
@

xviij T A B L E

Science Hermétique, 19
ART. VIII. La Science Hermétique
à la Chine, 20
ART. IX. Le Philosophe Démocrite
apprend la Science Hermétique, 22
ART. X. La Science Hermétique se
perpétue chez les Egyptiens, 33
ART. XI. La Science Hermétique
connue des Grecs, 36
ART. XII. Histoire de Synese, Evê-
que de Ptolemaïde, 40
ART. XIII. Autres Philosophes
Grecs, & décadence de la Philo-
sophie Hermétique, 56
ART. XIV. La Philosophie méprisée
par les Arabes. 63
ART. XV. Les Arabes commencent
à s'adonner aux Sciences, 68
ART. XVI. La Science Hermétique
passe chez les Arabes, 70
ART. XVII. Geber écrit sur la Scien-
ce Hermétique, 72
ART. XVIII. Analyse des Ouvra-
ges de Geber, 76
ART. XIX. La Science Hermétique
@

D E S A R T I C L E S. xix


continue chez les Arabes, 80
ART. XX. Le Solitaire Morien ap-
prend, pratique et enseigne la
Philosophie hermétique, 86
ART. XXI. Dans quel temps vivaient
Adfar, Morien & Calid, 96
ART. XXII. Avicenne pratique la
Philosophie Hermétique, 98
ART. XXIII. La Philosophie Her-
métique passe chez les Latins,104
ART. XXIV. Roger Bacon est un des
premiers, qui s'applique à la Scien-
ce Hermétique, 109
ART. XXV. La Science Hermétique
pratiquée dans les autres Pays,
118
Albert le Grand, 119
S. Thomas d'Aquin, 131
Alain de Lisle, 136
ART. XXVI. Arnauld de Villeneu-
ve, 138
ART. XXVII. Raymond Lulle s'ap-
plique à la Philosophie Herméti-
que, 144
ART. XXVIII. Chronologie des
@

xx T A B L E

Voyages de Raymond Lulle, 183
ART. XXIX. Le Pape Jean XXII.
s'applique à la Science Herméti-
que, 187
ART. XXX. Jean de Meun écrit
sur la Science Hermétique & la
pratique, 193
ART. XXXI. Jean de Rupescissa,
Cordelier, Philosophe Hermétique,
204
ART. XXXII. Nicolas Flamel, Phi-
losophe Hermétique, 206
ART. XXXIII. La Science Hermé-
tique se perfectionne en Italie et
en Angleterre: Jean Cremer s'y
applique, 220
ART. XXXIV. Etat de la Science
Hermétique jusqu'au quinzième
siècle. Basile Valentin et Isaac
le Hollandais, 228
ART. XXXV. Bernard Trévisan,
233
ART. XXXVI. La Science Hermé-
tique continue dans le même siècle
à être cultivée, 246
@

D E S A R T I C L E S. xxj


Jacques Coeur, 248
ART. XXXVII. Autres Philoso-
phes du quinzième siècle; Northon,
Riplay, le Cardinal Cusa et Tri-
theme, 264
ART. XXXVIII. Suite de la Scien-
ce Hermétique dans le seizième &
dix-septième siècles, 270
Jean Aurelio Augurelli, 272
Henri Corneille Agrippa, 275
ART. XXXIX. Paracelse, 279
Georges Agricola, 284
ART. XL. Zachaire. 286
ART. XLI. Edouard Kelley, An-
glais, 306
ART. XLII. Suite du seizième siè-
cle. Jean-Baptiste Nazari, 313
Thomas Erastus, 316
Blaise de Vigenère, 319
ART. XLIII. Etat de la Science
Hermétique au dix-septième siè-
cle, 322
Le Cosmopolite, 323
Michel Sendivogius, 328
ART. XLIV. Lettre de M. Des-
@

xvij T A B L E

noyers, Secrétaire de la Princesse
Marie de Gonzague, Reine de Po-
logne, Epouse du Roi Vladislas,
344
ART. XLV. Vie de Sendivogius,
Baron Polonais, décrite par un Al-
lemand, qui autrefois avait été son
Avocat, 351
ART. XLVI. Des Frères de la Rose-
Croix, 365
ART. XLVII. La Philosophie Her-
métique continue dans le dix-sep-
tième siècle, 381
ART. XLVIII. Les Français conti-
nuent, dans le dix-septième siè-
cle, à s'appliquer à la Science Her-
métique, 388
ART. XLIX. Les Anglais s'appli-
quent solidement à la Science Her-
métique, 396
ART. L. Eyrenée Philalèthe, 402
ART. LI. Suite des Artistes Alle-
mands du dix-septième siècle,
410
ART. LII. Olaüs Borrichius, 417
@

D E S A R T I C L E S.xxiij

ART. LIII. Joseph-François Borri,
422
ART. LIV. Etat actuel de la Scien-
ce Hermétique, 440
La Science Hermétique en Afrique,
441
En Grèce, 443
En Amérique, ibid.
Dans l'Europe: les Anglais, 444
Les Français, 446
Les Hollandais, 449
Les Allemands, 450
Italiens & Espagnols, 452
Des différentes conditions qui se sont
autrefois appliquées à la Science
Hermétique, 445
Chronologie des plus célèbres Auteurs
de la Philosophie Hermétique,459
Table des Matières contenues dans
le Tome premier de la Philosophie
Hermétique, 487
@


HISTOIRE

@

pict

H I S T O I R E

DE LA

P H I L O S O P H I E
HERMETIQUE.

==================================

I.

La philosophie Hermétique est le Période
de la folie & de la sagesse
humaine.

pict E vais donner dans ce
petit Ouvrage l'Histoire
de la plus grande folie, &
de la plus grande sagesse,
dont les hommes soient capables.
Est-il rien de plus insensé, que de
Tom. I. A

@

2 PHILOSOPHIE

vouloir changer la nature des Etres;
& s'attribuer, pour ainsi dire, les
droits & les prérogatives du Souverain
Créateur? Peut-on s'imaginer
qu'on puisse penser sérieusement
à pénétrer, à dévoiler même
les Voies secrètes, dont la Divinité
se sert dans la formation des
Corps Métalliques? Corps, dont
à peine on connaît la composition.
Mais aussi n'est-ce pas être véritablement
sage, que de réussir à ne
devoir qu'à soi-même son bonheur
& ses Richesses? Qu'il est glorieux
& satisfaisant de trouver les moyens
d'être utile à ses amis, de soulager
les Pauvres dans leur indigence, de
bénéficier la société par des voies
louables, & avantageuses au bien
public. C'est une douce consolation
pour l'homme de bien de se pouvoir
dire à soi-même; loin de chercher,
comme tant d'autres, soit à
envahir, soit à diminuer le bien

@

HERMETIQUE. 3

d'autrui, pour me procurer quelque
avantage particulier, je suis en
état de répandre dans le Commerce
un bien, qui n'y est pas, connu, &
auquel on ne s'attend point. Je
me trouve heureux, sans rien ôter
à personne de pouvoir enrichir les
gens de mérite.

II.

Combien la Science Hermétique est
ancienne.

Tels sont les hommes dont je prétends
parler; on y trouvera beaucoup
de faux & très peu de sages. Telle
est la science dont je vais tracer
l'Histoire en peu de paroles; & dans
laquelle on trouvera beaucoup plus
de faux que de vrai. Croira-t-on jamais
que cette connaissance intime
des Métaux, de leur transmutation
& de leur perfection, qui passe pour
la plus grande chimère, qui soit entrée
dans la tête des hommes, est
A ij

@

4 PHILOSOPHIE

cependant une des plus ancienne
de l'Univers? Je ne veux pas néanmoins
la faire remonter jusques à
Tubalcaïn, que quelques Auteurs
ont regardé comme le Vulcain de
l'Histoire Profane, qui le premier
des hommes sut fondre & manier
les Métaux. Je veux encore moins,
comme l'ont fait quelques Ecrivains,
la rapporter aux mauvais
Anges, qui étant charmés de la
beauté des filles des hommes du
premier âge du monde, les séduisirent
en leur apprenant, dit-on, les
connaissances les plus secrètes, qui
regardent la transmutation des Métaux.
En vérité c'est aller trop loin
que de pousser l'origine de cette
science au-delà du Déluge. Il nous
suffit de la prendre longtemps après
cette inondation générale de l'Univers.

@

HERMETIQUE. 5

III.

Les enfants de Noé se partagent les
Arts & les Sciences.

A peine les hommes, sortis de ce
triste naufrage, avaient trouvé les
moyens de satisfaire aux besoins les
plus pressants & les plus ordinaires
de la vie; à peine étaient-ils formés
dans la science des moeurs, science
nécessaire & précieuse pour le bien
de la société, qu'ils ont cherché à
perfectionner les Métaux, c'est-à-
dire à donner une forme à ceux qu'ils
tiraient des entrailles de la Terre,
& à changer ceux qui sont impurs,
en des Métaux purs & parfaits.
On remarque par l'Histoire Sainte
que les enfants de Noé partagèrent
entre eux les divers talents, que les
hommes peuvent pratiquer. Tous à
la vérité s'appliquèrent à l'Agriculture;
c'était l'occupation des premiers
hommes: ce fut même une
A iij

@

6 PHILOSOPHIE

punition imposée à notre premier
Auteur; punition, qui devint nécessaire,
s'ils voulaient soutenir &
prolonger leur vie.
Japhet, ou sa postérité joignit à
l'occupation primitive des hommes,
le Talent de la guerre, les armes,
le soin des Chevaux, & tout ce qui
a rapport à la vie active & tumultueuse.
Sem & ses descendants, qui
étaient d'un caractère plus doux,
ou ceux d'entre eux, qui voulurent
conserver l'innocence de la vie,
s'appliquèrent non seulement à la
culture de la Terre, mais encore
à la vie Pastorale; Profession douce,
occupation tranquille, qui laisse
l'homme à lui-même, & ne le jette
point dans les embarras du monde.
Ce qui leur donna lieu dans les
veilles de la nuit, où les Etoiles
paraissent avec plus d'éclat, d'admirer
la grandeur du premier être
dans le cours des Astres, qu'il a formés,
& qu'il fait mouvoir avec une

@

HERMETIQUE. 7

régularité, qui n'est pas moins admirable,
que leur création.

IV.

La Philosophie Hermétique chez les
Egyptiens.

Cham au contraire, ou pour mieux
dire ses enfants, choisirent, soit par
goût, soit par une sage destination
de la Providence, les Arts & les
Sciences. Si Mezraïm fils de Cham
n'exerça pas lui-même la Chimie;
l'on croit du moins qu'il la fit exercer
par son fils aîné Thaut ou Athotis,
nommé aussi Hermès ou Mercure,
qui devint Roi de Thèbes.
Cham porta donc vraisemblablement
cette science en Egypte


----------------------------------
(1) Comme l'Egypte a eu autrefois le nom de Chemia, de Cham, son premier habitant, aussi
quelques Ecrivains en ont voulu tirer le nom
Chimie, nommée souvent Chemia dans les Auteurs.
C'est ce que je laisse à discuter à de plus
habiles Critiques; c'est leur métier, & non pas
le mien.
A iiij

@

8 PHILOSOPHIE

ou du moins son fils Mezraïm. Et
c'est de là que nous la voyons se
répandre dans l'Univers.
Et sur ce que Noé a eu des
enfants à l'âge de 500 ans, je ne
dirai pas, comme a fait Vincent
de Beauvais, que le Saint Patriarche
a pratiqué lui-même la Chimie
la plus parfaite, & qu'il a eu
la Médecine universelle, qui est la
partie la plus sublime de la Philosophie
Hermétique; il suffit de la
donner à Cham ou à ses descendants,
qui la cultivèrent en Egypte
avec beaucoup d'autres sciences inconnues
au reste de l'humanité. Et
si l'on pouvait croire que l'ouvrage
rapporté dans les Mss. Grecs de
cette science, sous le nom d'Isis,
fût de cette Princesse, on serait assuré
de l'antiquité de la Philosophie
en Egypte, puisqu'elle était
l'Epouse d'Osiris, qui est le même
que Mezraïm; ainsi la pratique
de la Science Hermétique paraît

@

HERMETIQUE. 9

remonter à plus de 25 siècles
avant l'Ere vulgaire. Mais je ne
porte pas si loin ma prétention. Il
suffit donc de la rapporter à Hermès
ou Mercure, surnommé Trismégiste.

V.

Histoire d'Hermès ou Mercure
Trismégiste.

L'Egypte avait déjà produit un
Prince nommé Hermès ou Mercure,
il est marqué à la tête des Rois
de cette nation sous le nom de Tot
ou d'Athotis, fils d'Osiris ou Mezraïm
& d'Isis; quoiqu'il ait illustré
son règne par l'invention de l'Ecriture,
& par la découverte de l'Arithmétique,
de l'Astronomie, &
même des Lois politiques; quoiqu'il
fût d'un génie extrêmement
subtil & très propre à inventer (1)
les choses nécessaires ou commodes


----------------------------------
(1) Diod, Siculus Biblioth. Histor. initio, A v

@

10 PHILOSOPHIE

à la vie des hommes, ce n'est
pas néanmoins celui que les Chimistes
regardent comme leur chef.
Ils descendent jusqu'à Siphoas qui
vivait environ 800 ans après Athotis,
& plus de 1900 ans avant l'Ere
Chrétienne. La science extraordinaire
de ce Prince lui a mérité le
nom de second Thot; les Grecs
l'ont connu sous celui d'Hermès, ou
Mercure Trismégiste. Et son non, a
été si célèbre (1) dans les antiquités
d'Egypte, pour avoir inventé
les Sciences & les Arts &
même la Physique, qu'on lui attribua
depuis tout ce qui se faisait
de grand, aussi bien que tous les
ouvrages, que l'on écrivait sur les
Sciences. C'est ce qui a produit jusques
dans les premiers siècles du
Christianisme des traités de Philosophie,
dont la supposition saute


----------------------------------
(1) Tertullianus de anima cap. 2. & adversus Valentinianos cap. 15. Hermetem Vocat Physicorum
Magistrum.

@

HERMETIQUE. 11

aux yeux. Et les Arabes qui recevaient
avidement tout ce que les
Grecs leur présentaient, traduisirent
en leur Langue les Livres
qu'on lui attribuait sur les venins,
sur l'Astrologie & sur les Pierres
précieuses (1).
Ce Prince fut donc un modèle des
plus accompli de justice & de piété.
Il entreprit, dès qu'il fut sur le Trône,
de rétablir la pureté de la Religion
& de rendre aux Lois morales
leur ancienne vigueur. Dans ce
dessein, il fit rechercher tous les
anciens monuments d'Athotis &
d'Atrib, où les principes du culte
public, des Lois & des Arts étaient


----------------------------------
(1) Hermes de Venenis & Antidotis: Hermetis Astrologia sont dans les Manuscrits Arabes
de la Bibliothèque publique de Leyde: & Thomas
Erpenius avait un Livre d'Hermès De Lapidibus
pretiosis, écrit dans la même langue. David Hoeschelius
fit imprimer à Augsbourg, l'an 1597.
Hermetis Iatromathematica, sans parler des
sept Chapitres, qui sont in theatro Chymico, &
de beaucoup d'autres.
A vj

@

12 PHILOSOPHIE

gravés, afin de les faire connaître
à tous ses Sujets, en les faisant écrire
en caractères communs. Mais
ayant remarqué que la force de la
Coutume l'emportait sur l'évidence
des premiers principes, & qu'il fallait
nécessairement accorder quelque
chose à l'usage, il y joignit des
Commentaires (1) qu'il composa
en 42 Volumes.
Le premier de ces Livres ne contenait
que des Hymnes pour honorer
la Divinité: mais le second était
un Traité complet du devoir des
Rois. Il aurait paru dangereux à un
Prince médiocre, que ses Sujets
osassent examiner sa conduite; mais
la confiance de Siphoas était telle
qu'il ne craignait point de les exciter
à juger, par les règles les plus
étroites, s'il était vraiment digne
de commander aux autres hommes.


----------------------------------
(1) Clemens Alexandrinus Libro VI. Stromatum, d'où je tire le détail des Livres d'Hermès
ou Mercure Trismégiste, c'est-à-dire très grand.

@

HERMETIQUE. 13

Il composa les quatre Livres suivants
à l'usage d'un Ordre de Prêtres,
qui s'appliquaient à l'Astronomie.
Le premier traitait du rang des
Planètes; le second des conjonctions
du Soleil & de la Lune: le
troisième & le quatrième du lever
& du coucher du Soleil.
Ensuite Siphoas comprit en dix
autres Volumes toute l'étendue des
Prêtres, dits Hiérogrames, ou Ecrivains
sacrés. Le premier apprenait
à connaître les caractères Hiéroglyphiques
& toutes les écritures mystérieuses.
Le second contenait une
description générale du monde. Le
troisième traitait de la Terre en
général; le quatrième du cours du
Soleil & de la Lune; le cinquième
du mouvement des autres Planètes;
le sixième contenait la description
particulière de l'Egypte; le septième
celle du Nil & de ses propriétés;
le huitième celle des lieux consacrés;
le neuvième traitait des mesures,

@

14 PHILOSOPHIE

& le dixième des choses propres
aux Sacrifices.
Les Prêtres, qui aspiraient aux
plus grandes Dignités de leur état,
s'exerçaient dans la lecture des dix
autres Livres, dans lesquels Siphoas
avait renfermé tout ce qui
avait rapport à la Discipline Ecclésiastique,
ou au culte des Dieux,
& à l'épreuve des Victimes. Le
premier donnait les règles des Sacrifices.
Le second traitait des Offrandes
le troisième des Hymnes
le quatrième des prières, le cinquième
des cérémonies, le sixième
des jours de Fêtes, le septième des
abstinences, le huitième des purifications,
le neuvième des expiations,
& le dixième des funérailles.
Enfin ce savant Prince composa
encore dix livres plus sublimes
que les précédents, dans lesquels
il renferma les Lois générales
& particulières, avec deux amples
Traités, l'un de la nature de

@

HERMETIQUE. 15

L'âme, & l'autre de celle des
Dieux. Ceux qui possédaient les
vingt-six premiers Livres passaient
à l'étude de ceux-ci, qui les
rendaient capables d'exercer les
fonctions de la Judicature & de présider
à la recette des impôts. On
sait qu'en Egypte la Religion, la
Philosophie, les Lois & les Finances
étaient entre les mains des
Prêtres. Ainsi toute la science des
Egyptiens était comprise dans les
vingt-six premiers Volumes composés
par le Roi Siphoas, les six
derniers traitaient particulièrement
de la Médecine, & faisaient l'étude
des Prêtres, qui se consacraient
au soulagement du Public. Le premier
de ces Livres contenait une
description générale du corps humain:
le second traitait des causes
des maladies; le troisième des instruments,
le quatrième des remèdes,
le cinquième des yeux, le sixième
des femmes.

@

16 PHILOSOPHIE

C'est en cet ordre que le plus
savant Roi qu'ait eu l'Egypte,
distribua la Philosophie, & partagea
l'étude de ses Sujets, ou plutôt
la matière de leur application. Ptolémée
Philadelphe employa Manéthon
à traduire en Grec ces beaux
ouvrages: mais l'original & les copies
se sont également perdues, de
sorte qu'il ne nous en reste que des
notions générales: le Poemandre &
tous les autres Livres qu'on attribue
à Trismégiste étant manifestement
faux & supposés. C'est avec
raison qu'Eusebe se plaint que les
Prêtres d'Egypte ayant un si beau
fondement de science & de Religion
dans les Livres d'Hermès,
l'avaient négligé, pour y substituer
des allégories frivoles, & des fictions
inutiles, ou dangereuses.
Mais de tant d'Ouvrages célèbres
de Siphoas, aucun n'est si digne
de mémoire, ni si essentiel à
l'Histoire, que le changement qu'il

@

HERMETIQUE. 17

fit dans l'étendue de l'année, qu'il
augmenta de cinq jours pour les
années communes, & de six jours
pour les Bissextiles.
Mais pour revenir au règne de
ce Monarque, soit que les embarras
du Trône, soit que les dangers
d'une guerre continuelle aient
abrégé la durée du Règne de ce
Prince, il est certain qu'il fut très
court, n'ayant pas duré plus de 14
ans.
Tel est le Prince dont les Philosophes
Chimistes font leur Héros.
Ils prétendent qu'il se retira du monde
pour vaquer à l'étude de la nature,
& à la contemplation du Créateur,
méprisant également les grandeurs
humaines & les soins qui y
sont attachés.
C'est donc en Egypte que les
Israélites apprirent quelque chose
de cette science: & c'est des
Egyptiens qu'elle est venue aux
Grecs.

@

18 PHILOSOPHIE

VI.

Moïse connaît la science Hermétique.

Moïse avait été formé dans toutes
les Sciences des Egyptiens, dont
la (1) plus secrète & en même temps
l'une des plus essentielles, était celle
de la transmutation des Métaux:
on ne doit donc pas s'étonner de
lui voir fondre, calciner, & mettre
en poudre cette Masse énorme du
Veau d'or, dont en son absence le
peuple d'Israël s'était fait une divinité,
pareille à l'Apis d'Egypte.
Cette calcination n'a pu se faire sans
le secours du feu. Il y a plus, Moïse
fait dissoudre & délayer dans l'eau
commune cet (2) or calciné, ce


----------------------------------
(1) Actorum Cap. VII. v. 22. & Philo de Vita Mosis Lib. 1. Didicit Moses ab Egyptiis
Arithmeticam, Geometriam, Rythmicam, Metricam,
Harmonicamque theoriam & omnem
Musicam, tum & symbolicam Philosophiam,
quam sacris Libris describunt.
(2) Exod. XXXII. 20.
@

HERMETIQUE. 19

qui est contre toutes les expériences,
puisque sans le secours d'une
science particulière, l'or en quelque
petite quantité qu'il soit, se
précipite toujours au fond de toutes
les Liqueurs ordinaires, auxquelles
on le joint.
Or c'est à cette Science, c'est à
cette connaissance particulière, qui
change la nature des Métaux, que
nous donnons depuis longtemps le
nom de Philosophie, ou de Chimie
Hermétique; & qui fut nommée par
les Grecs & vraisemblablement
par les Egyptiens, l'Art sacré, la
Science Divine.

VII.

Si S. Jean a connu la Science Hermétique.

Mais puisque je suis sur un fait de
l'Histoire Sainte, je n'ose dire avec
un célèbre Auteur Ecclésiastique,
que S. Jean l'Evangéliste a lui-même

@

20 PHILOSOPHIE

été Chimiste Adam de S. Victor
marque donc dans une Prose,
chantée autrefois dans l'Eglise, que
ce Saint Apôtre, pour soulager les
Pauvres, faisait non seulement des
Diamants, soit avec la poudre de
ces pierres précieuses, soit avec de
simples cailloux; mais même qu'il
faisait (1) de l'or. Et l'on sait que
la Chimie Hermétique ne travaille
pas moins sur les pierres précieuses
que sur les Métaux.

VIII.

La Science Hermétique à la Chine.

Mais par quelle étrange singularité


----------------------------------
(1) Cum gemmarum partes fractas solidasset, has distractas tribuit pauperibus. Inexhaustum fert Thesaurum qui de virgis fecit aurum, Gemmass de lapidibus. C'est ce qu'on lit dans une Prose sur S. Jean l'Evangéliste composée par Adam de S. Victor qui
vivait au XII. Siècle: & Vincent de Beauvais
a dit la même chose, in Speculo Naturali.

@

HERMETIQUE. 21

arrive-t-il, que cette science,
qui paraît n'avoir été pratiquée d'abord,
qu'en Egypte, se trouve néanmoins
connue à la Chine 2500
ans avant l'Ere Chrétienne, suivant
le rapport du Père (1) Martini
Jésuite? Il est vrai néanmoins qu'ils
n'en ont rien écrit: contents de s'y
appliquer & d'en tirer tout l'avantage,
qu'elle peut produire, ils l'enseignaient
seulement de vive voix
à leurs élèves.
Au lieu que les Prêtres Egyptiens
ne se contentaient pas d'en écrire,
ils s'appliquaient encore à la pratiquer
constamment; puisque l'Histoire
(2) nous assure que dans le
Temple de Vulcain; qui était à
Memphis, il y avait un lieu destiné
pour la pratique de cette Science.


----------------------------------
(1) Martini in historia Sinica. Et le Père le Comte dans ses Mémoires sur la Chine.
(2) Zozimus Panopolitanus, Eusebius, Synesius.
@

22 PHILOSOPHIE

IX.

Le Philosophe Démocrite apprend la
Science Hermétique.

C'est là que le Philosophe Démocrite
(1) qui vivait près de 500
ans avant Jésus-Christ, en eut connaissance.
Et pour y parvenir, il
s'était fait initier dans les Mystères
des Egyptiens par les Prêtres de la
Nation. C'est ce qu'un Auteur (2)
du XIe. siècle, grand Philosophe
& très habile dans l'antiquité a eu
soin après Eusebe de remarquer
dans sa Lettre à Xiphilin Patriarche
de Constantinople.
L'Histoire qui nous a parlé de
Démocrite, nous a fait connaître
qu'il était né à Abdere, ville Maritime
de la Trace sur la mer Egée,


----------------------------------
(1) Euseb. Praeparat. Evangelicae. Lib. 10, cap. 3.
(2) Psellus in Epistola ad Xiphilinum Patriarch. Constantinop.

@

HERMETIQUE. 23

au Nord-Est de l'Ile de Tasse. Son
Père homme puissant, était à la
Cour de Xerxès Roi de Perse, &
ce Prince voulut confier (1) l'éducation
du jeune Démocrite aux
Mages, c'est-à-dire aux Philosophes
de cette Nation. On nomme même
entre eux (2) Ostanes, le grand Ostanes,
dont le nom qui paraît un
Titre de Dignité, est devenu fort
célèbre dans la suite.
C'est donc de ces Philosophes
que Démocrite, encore jeune avait
appris la Théologie des Orientaux,
aussi bien que l'Astrologie, on assure
qu'il était fils d'Hegestrate, d'autres
disent d'Athenocrite, ou même de
Damasipe: voilà bien des Pères


----------------------------------
(1) Diogenes Laertius in Democrito. (2) De Ostane Magno vide Plinium Histor. Natur. Lib. 30. cap 1. Tertullianum de anima
cap. 57. Voyez aussi
S. Cyprian. de Idolorum vanitate, Arnobium adversus Gentes Lib. 1. Minutium Felicem in
Octavio; S. Augustinum Lib. 6. contra Donatistas.

@

24 PHILOSOPHIE

pour un seul enfant. Quoi qu'il en
soit, ce père avait beaucoup dépensé
au Service du Roi de Perse, qui
par reconnaissance, qualité rare
dans un Prince, se chargea de faire
instruire Démocrite. Le goût des
sciences lui vint; c'est ce qui l'obligea
de voyager dans la Grèce.
Peu content de la Philosophie
ordinaire, qui s'y enseignait, il se
transporta en Egypte, parce qu'il
savait que c'était le séjour des
Sciences les plus sublimes. Il ne fut
pas trompé dans ses espérances; Il y
apprit non-seulement la Géométrie,
mais encore une Physique plus curieuse,
& plus intéressante que
celle des Philosophes de la Grèce.
On croit même que pour engager
les Prêtres Egyptiens, à ne lui rien
cacher de leurs plus secrets mystères,
il se fit initier parmi eux, ce
qui se pratiquait, dit-on, par la circoncision.
C'est dans ce séjour qu'il
fut instruit de la Philosophie Hermétique,
métique,

@

HERMETIQUE. 25

& l'on ne saurait disconvenir
que ce Philosophe n'eut
des lumières (1) extraordinaires,
& supérieures même à celles des
Philosophes ses contemporains,
puisqu'on ne fit pas difficulté de les
qualifier de Magie, parce qu'au
moyen d'une science inconnue, il
opérait des choses, qui tenaient du
prodige.
Si nous en croyons quelques Historiens,
Démocrite fut instruit par
Ostanes même, que le Roi de Perse
avait envoyé à Memphis, pour être
exactement instruit non-seulement
de la Religion des Egyptiens; mais
encore de la connaissance des Lettres
sacrées, dont les Prêtres se réservaient
l'intelligence. Outre Pammenés,
qui nous est aujourd'hui
très peu connu, Démocrite trouva


----------------------------------
(1) Plenum miraculi, & hoc pariter utrasque artes effloruisse, medicinam dico, MAGICEN-que
eâdem aetate, illam Hyppocrate, hanc DEMOCRITO
illustrantibus, Plin. Hist. Nat. Lib. 30, c. 1.
Tom. I. B

@

26 PHILOSOPHIE

dans le Temple de cette Ville célèbre
une illustre Juive nommée
Marie, femme (1) d'esprit & très curieuse,
qui avait pénétré dans tous
les secrets de la Philosophie, &
sous le nom de laquelle il nous reste
aujourd'hui un livre sur la Science
Hermétique. Démocrite & Marie
gagnèrent par leur sagesse & leur
discrétion, l'estime que les Prêtres
d'Egypte refusèrent à Pammenés
pour son indiscrétion.
C'est à cette intime liaison avec


----------------------------------
(1) Democriti Abderitae Physici Philosophi praeclarum nomen; hic ab Ostane Medo, ab ejus
aevi Persarum Regibus sacrorum praefecturae causâ
in Aegyptum misso, sacris litteris initiatur &
imbuitur, in Memphis sano inter Sacerdotes &
Philosophos, cum quibus erat Maria, mulier
quaedam Hebraea, omni disciplinarum genere
exculta, & Pammenès. De auro & argento & lapidibus
& purpura, sermone per ambages composito
scripsit, quo dicendi genere usa est etiam
Maria. Verum hi quidem Democritus & Maria,
quòd aenigmatibus plurimis & eruditis artem
occultassent, laudati sunt: Pammenès quòd abundè
& apertè scripsisset vituperatus est. Syncellus
p. 248. Chronographiae.

@

HERMETIQUE. 27

ces Prêtres que nous sommes redevables
du petit Traité de l'Art
Sacré, attribué à Démocrite; c'est
ainsi que les Grecs appelaient la
Philosophie Hermétique; il y nomme
même Ostanes pour son Maître,
Soit donc que le Traité, que nous
en avons vienne de lui, soit qu'on
l'ait seulement tiré de ses ouvrages,
il est certain qu'il est très ancien,
puisqu'il a été commenté par des
Auteurs Grecs dès le commencement
du cinquième siècle de l'Eglise.
D'Egypte le Philosophe Démocrite
tourna du côté de la mer rouge;
alla chez les Chaldéens, gens
habiles dans l'Astronomie; on croit
même qu'il passa dans les Indes,
où il eut quelques conférences avec
les Gymnosophistes, qui étaient
les Philosophes de la Nation &
poussa jusques dans l'Ethiopie Asiatique.
Tant de Voyages n'enrichissaient
B ij

@

28 PHILOSOPHIE

pas le Philosophe; il y dépensa
même tout son Patrimoine,
qui montait à plus de cent Talents;
ce qui ne faisait pas moins de cent
vingt mille livres. Il revint donc
orné de beaucoup de connaissances,
mais dénué de tout ce qu'il
avait eu des biens paternels.
Il est bien difficile de croire qu'au
moins au retour de ses Voyages,
il ne se soit pas rendu à Athènes,
qui était alors le séjour des Arts &
des Sciences. Un Philosophe du caractère
de Démocrite, veut tout
voir, & doit tout examiner. On
assure que dans cette grande Ville,
il eut quelques entretiens avec Socrate,
qui le regarda comme un
Philosophe supérieur à tous les autres,
surtout dans la Physique, les
Mathématiques, & les Arts libéraux.
Enfin après bien des courses différentes,
il lui fallut revenir dans sa
Patrie, & s'y fixer: c'est un goût

@

HERMETIQUE. 29

de tendresse, que nous apportons
en naissant. Il y arriva pauvre, &
fut par conséquent méprisé: mais
avec le secours de son frère Damasus,
il ne tarda guères à regagner
l'estime du Public, dès qu'on le vit
dans l'opulence. Cependant toutes
les connaissances qu'il avait acquises
& dont il voulait jouir, lui inspirèrent
du dégoût pour le monde.
Il se mit dans la solitude: une cabane
qu'il s'était formée dans un
Jardin, fut pour lui un lieu de délices.
Dans la retraite, toujours favorable
à la Philosophie, Démocrite
s'occupa des différentes sortes
de Chimies & passa le reste de ses
jours à travailler sur les Plantes (1)
& sur les Minéraux; ce qu'il faisait
peut-être pour mieux cacher ses


----------------------------------
(1) Itaque Herculè, inquit, omnium Herbarum succos Democritus expressit: & ne lapidum,
virgultorumque vis lateret, aetatem inter
experimenta comsumpsit. Petronius Arbiter in
Satyrico.
B iij

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30 PHILOSOPHIE

opérations sur les Métaux. Il poussait
même ses travaux jusques sur
les pierres précieuses, il fondait des
cailloux, (1) dont il faisait des Emeraudes
& donnait toutes sortes de
couleurs aux pierres artificielles,
qu'il faisait, il amollissait l'ivoire &
s'adonnait à beaucoup d'autres curiosités.
Cette douce retraite lui procura la
satisfaction d'arriver tranquillement
au terme commun de l'humanité;
il mourut donc âgé de 109 ans;
mais dans sa maladie il fut visité
par Hippocrates. Ce Chef de la Médecine
vint chez le Philosophe avec
une aimable & jeune personne,
qu'il conduisait avec lui. Démocrite,
qui avait la science de la
Physionomie, la salua le premier


----------------------------------
(1) Hic etiam doctissimus fuit Democritus, primus enim liquandi lapides, fingendi Smaragdos,
& quemlibet infundendi colorem rationes
adinvenit, Seneca Lib. 14. Epist. 91. Ebus
emollire noverat, aliaque innumera. Idem.

@

HERMETIQUE. 31

jour comme vierge: le lendemain
elle revint avec le Médecin; alors
le Philosophe l'ayant regardée, la
salua comme femme.
Une soeur extrêmement dévote
qui l'assistait à la mort, était inconsolable
de voir mourir son frère
dans le temps de la Fête de Cérès.
Démocrite lui défendit de s'affliger
& lui ordonna de lui apporter
tous les jours du pain chaud, & de
le lui faire respirer. Par ce moyen il
conserva sa vie pendant les trois
jours que dura cette Fête: après
quoi il mourut, ou plutôt il finit de
vivre d'une manière fort tranquille.
Pouvait-il en arriver autrement
dans un âge aussi avancé?
Nous ignorons ceux des Grecs
à qui passa pendant quelque temps
cette science sublime de Démocrite.
Il est sûr qu'elle se conserva
en Egypte. Peut-être trouvera-t-on
un grand vide entre
Hermès ou Mercure Trismégiste,
B iiij

@

32 PHILOSOPHIE

sous lequel on prétend que la
Chimie a eu le plus de cours, & le
temps où vivait Démocrite. Mais
ce vide n'empêche pas de dire que
les Egyptiens n'ont pas discontinué
de travailler dans cette science; les
lumières qu'en tira Démocrite n'étaient
pas celle d'une science nouvelle
parmi ces peuples. On sait
que les Egyptiens n'écrivaient les
secrets Mystères de la Religion &
de la Philosophie, qu'en Lettres
sacrées, dont les seuls Prêtres se
réservaient la connaissance, sans la
communiquer dans la Nation &
moins encore à des Etrangers. (1)


----------------------------------
(1) Litteras quas (Aegyptii) Sacras appellant (id est Hierogliphicas) soli Sacerdotes, norunt,
a parentibus suis privatim acceptas. Diodor. Siculus
Libro IV.
Quae Sacerdotes (Aegyptii) cognita in Arcanis habent, nolunt ut veritas ignota sit, ad multos
manare, poena iis etiam adjecta, qui ea
produnt in vulgus. Idem Diodorus.
Iidem Sacerdotes (Aegyptii) cum scientia rerum coelestium praestarent, sed servarent eam
in Arcanis, neque cum quoquam dignarentur

@

HERMETIQUE. 33

X.

La Science Hermétique se perpétue
chez les Egyptiens.

Ainsi cette Science, si curieuse,
n'étant connue que d'eux seuls, ce fut
une grâce toute particulière, qu'ils
accordèrent à Démocrite, de lui
en faire part. Les temps postérieurs
montrent que les Egyptiens naturels,
quoique soumis par les Grecs,
& ensuite par les Romains, n'avaient
point abandonné la pratique
de la Philosophie Hermétique,
ou de la Chimie métallique;
Cléopâtre elle-même s'y appliqua.
Elle avait été instruite dans cette
Science par un Prêtre Egyptien,
nommé Comarius; leurs Traités,


----------------------------------
communicare, tempore tamen & obsequio victi
non nulla aperuere praecepta; Barbaris interim
plurima omnino occultantibus. Strabo Geographiae,
Lib, 17.
B v

@

34 PHILOSOPHIE

que j'annonce dans le Catalogue,
joint à cette Histoire, subsistent
encore aujourd'hui dans les manuscrits
Grecs de Sa Majesté. Et
pour en venir à la preuve; par quel
autre moyen, que par la Science
Hermétique, cette Reine aurait-
elle dissous & converti en liqueur
cette belle perle, qu'elle avala dans
un repas?
La facilité que les Egyptiens
avaient de faire de l'or & de l'argent,
& par conséquent de lever
& d'entretenir des troupes, leur
donna plus d'une fois lieu de se révolter
contre les Romains. C'est
ce que marque Suidas (1) après


----------------------------------
(1) Chimia est auri & argenti confectio, cujus Libros Diocletianus perquisitos exussit, eo
quod Aegyptii res novas contra Diocletianum
moliti fuerant, duriter atque hostiliter eos tractavit.
Quo tempore etiam Libros de Chimia,
auri & argenti à veteribus conscriptos conquisivit
& exussit, ne deinceps Aegyptiis divitiae ex
arte illa contingerent, neve pecuniarum affluentia
confisi in posterum Romanis rebellarent.
Suydas in verbo Chemeia.

@

HERMETIQUE. 35

d'anciens Auteurs, & Dioclétien
ne crut pas trouver de moyen plus
sûr de les contenir dans leur devoir,
& dans la soumission qu'ils
devaient aux Empereurs, que de
leur enlever & de brûler tous leurs
Livres de Chimie. C'est ce que
Paul Orose (1) Prêtre Espagnol,
& Contemporain de S. Augustin,
avait marqué 600. ans avant Suidas.
Mais longtemps avant Dioclétien,
on eut à Rome quelque idée
de la Science Hermétique. Caligula,
(2) l'un des premiers Césars,
avide d'amasser des richesses, chercha
lui-même à y réussir; il fit de
l'or, mais il n'y trouva point d'avantage,


----------------------------------
(1) Paulus Orosius, Libro VII. Histor. Cap, 16.
(2) Invitaverat spes Caïum (Caligulam) Principem avidissimum auri; quam ob rem jussit excoqui
magnum auripigmenti pondus: & plane
fecit aurum excellens, sed ita parvi ponderis,
ut detrimentum sentiret. Plinius, Lib, 33, Hist.
Natural, cap, 4.
B vj

@

36 PHILOSOPHIE

ce qui donne lieu de croire
que cette Science ne fit aucun
progrès chez les Romains.
Ainsi on peut juger qu'il suffit,
pour former une tradition dans une
Science secrète, & cachée par la
Nation même, qui l'exerce, d'en
trouver des traces, non pas annuellement,
mais au moins de temps
en temps. Il n'en serait pas de même
des Sciences & des Arts cultivés
par toute une Nation. Alors
la tradition doit être plus claire &
mieux suivie.

XI.

La Science Hermétique connue des
Grecs.

La persécution de Dioclétien,
qui est vraisemblablement celle de
l'an 284. de l'Ere Chrétienne, empêcha
les Egyptiens de continuer,
pendant quelque temps, la
pratique de la Philosophie Hermétique.

@

HERMETIQUE. 37

Les Grecs, qui vécurent
après Constantin, instruits sans doute,
moins par les Ecrits de Démocrite,
que par les Prêtres d'Egypte,
s'y appliquèrent dans la suite.
Quelques-uns de leurs Livres sont
imprimés, & les autres se trouvent
encore dans les différentes Bibliothèques
des Princes; celle de Sa
Majesté en contient un grand nombre,
tous fort considérables par le
nom de leurs Auteurs; tels sont
Synese, Philosophe Platonicien, &
ensuite Evêque de Ptolemaïde,
vers l'an 416. Héliodore, ami de
Synese. Zosime, né à Panopolis,
dans le Territoire de Thèbes, mais
qui demeurait à Alexandrie, vers
le même temps. Olympiodore, né à
Thèbes, qui vivait peu de temps
après Zozime, Ostanes, Egyptien,
Etienne d'Alexandrie, au septième
siècle, aussi bien que Hierothée,
qui parut vers le même temps. Tous
ces Artistes célèbres étaient Egyptiens,

@

38 PHILOSOPHIE

& avaient sans doute été
instruits de la Philosophie Hermétique
par les Prêtres d'Egypte. On
peut ajouter à ces Auteurs Philippe,
Prêtre, & Protosyncelle de l'Eglise
de Constantinople, attaché à
S. Jean Chrysostome. Il s'en trouve
encore un grand nombre d'autres,
dont les noms ne feraient que
charger ce discours.
Léon Allatius, savant Grec,
retiré à Rome au milieu du dernier
siècle, avait eu dessein de les publier;
mais ce projet n'a pas été
exécuté; & je puis dire, sur ce
que j'en ai lu, que nous n'y perdons
rien, & que quand nous les
aurions, nous ne serions pas plus
instruits que nous le sommes aujourd'hui;
car les anciens Philosophes
avaient leur Dictionnaire particulier,
comme les modernes ont
le leur, & ils n'étaient, ni moins
réservés, ni moins discrets sur leur
première matière, que ceux qui,

@

HERMETIQUE. 39

dans ces derniers siècles, ont possédé
cette sublime Science. Elle
subsista même chez les Grecs jusqu'au
douzième siècle, puisque
vers ce temps-là nous avons à ce
sujet quelques écrits de Michel
Psellus, grand Philosophe, attaché
aux Patriarches de Constantinople,
Michel Cerularius & Jean Xiphilin.
Les autres Bibliothèques n'en
ont pas moins que celle de Sa
Majesté: on en voit un grand nombre
dans la Vaticane, dans celle
de Vienne en Autriche, dans l'Ambrosienne
de Milan, dans celle de
l'Escurial, aussi bien que dans celle
de Venise & de Bavière. Ainsi on
trouve partout des preuves de la
cupidité des anciens, ou plutôt du
désir que tous les hommes ont toujours
eu d'amasser des richesses, &
de ne les devoir qu'à leur propre
industrie. Doit-on s'étonner si ceux
qui vivent aujourd'hui sont possédés
de la même passion?

@

40 PHILOSOPHIE

XII.

Histoire de Synese.

Tous ceux néanmoins dont nous
venons de parler, quoique également
habiles, ne sont pas également
connus. Le plus illustre est
Synese de Cyrene, l'une des principales
Villes de la Pentapole de
Lybie, à l'Ouest de la basse Egypte.
Sa Généalogie, qui remontait jusqu'aux
anciens Rois de Sparte, &
même jusqu'à Hercule, plus de
douze siècles avant l'Ere Chrétienne,
se trouvait écrite & conservée
soigneusement dans les Registres
publics de Cyrene; il y
était né vraisemblablement vers
l'an 365. de l'Ere Chrétienne: le
goût qu'il eut pour la Philosophie
& pour les Sciences même les plus
sublimes, l'engagea de les cultiver
avec soin. Il fit ses délices non-
seulement de l'éloquence, & de la

@

HERMETIQUE. 41

Poésie, mais même de la Géométrie,
& de l'Astronomie. Tout ce
que la Philosophie de Platon &
de Pythagore avait de plus secrets
lui était familier, mais comme la
Ville de Cyrene, qui avait déjà
produit Carneades & Aristippe,
célèbres Philosophes de l'antiquité,
était moins une Ville, qu'un assemblage
de masures, où les Sciences
n'étaient plus cultivées; il crut
que pour se perfectionner, il devait
faire le voyage d'Alexandrie.
Synese porta dans cette Ville
un grand amour pour la vérité,
qu'il avait perfectionné par la pratique
de la vertu. Dans sa patrie il
apprit avec étonnement qu'une
Dame très illustre nommée Hypatia,
(1) enseignait publiquement à


----------------------------------
(1) Cette illustre Philosophe fut tuée à coup de pierre, vers l'an 415. par les Chrétiens. Ainsi
on juge par cette mauvaise action qu'elle était
Païenne. Ce n'était guères là le moyen de
convertir les Païens d'Alexandrie.

@

42 PHILOSOPHIE

Alexandrie, la Philosophie de Platon.
Charmé de trouver dans cette
savante personne un prodige qu'il
n'avait pu croire, il se mit sous
sa discipline, il en apprit tous les
mystères de la Philosophie, & il
conçut une si grande estime pour
cette illustre Dame, que souvent
il l'appelle sa mère, sa soeur, sa
Maîtresse, sa Bienfaitrice; cela
même depuis qu'il fut élevé à
l'Episcopat, & soumettait à son
jugement tous les ouvrages, qu'il
devait publier.
Ce fut dans cette grande Ville
qu'il fit connaissance avec de
savants Egyptiens; surtout avec
Dioscore Grand Prêtre du Dieu
Serapis, & lui-même était encore
Païen. C'est là que formé
dans la Science Hermétique, il
connut le Traité de Démocrite, sur
la Physique sécrète. Comme ce
Traité est fort obscur, Synese y
fit quelques Remarques, qu'il adresse

@

HERMETIQUE. 43

à ce grand Prêtre; mais les
explications ne satisfont pas plus
que le Texte: Il est vrai que les
Philosophes Hermétiques s'engageaient
dès lors, comme ils font
encore aujourd'hui, à garder inviolablement
le secret de leur
Science, & leur serment se trouve
dans les Manuscrits Grecs de Sa
Majesté, que j'indique dans le Catalogue.
Ils allaient encore plus
loin (1) puisqu'ils refusaient de découvrir
les mystères de la Philosophie
de Platon. Et lors même
que Synese écrivait à des Philosophes
il ne voulait pas s'expliquer
nettement dans ses Lettres;
de peur qu'elles ne tombassent en
des mains vulgaires & profanes;
il poussa le scrupule jusqu'à reprendre
sévèrement (2) Herculien
son ami, sur ce que ce dernier


----------------------------------
(1) Synesius Epist. 36. (2) Epist, 142.
@

44 PHILOSOPHIE

avait parlé plus clairement qu'il
ne devait des secrets de la Philosophie,
qu'il lui avait découverts.
Synese non content des lumières
qu'il avait puisées dans la
Ville d'Alexandrie, voulut voir
Athènes, & connaître par lui-
même si l'Académie, le Lycée,
& la Galerie des Stoïciens répondaient
encore à la réputation
que Platon, Aristote, & Zenon,
leur avaient procurées; mais il
en revint fort mécontent. Cette
Ville célèbre, ne conservait plus
que les noms des illustres Assemblées,
qui l'avaient autrefois décorée:
on n'y trouvait que des
Artisans, des Marchands; point
de Savants & nuls Philosophes.
Au retour de ce voyage, Synese
se fixa dans sa patrie, où la
Philosophie, les Lettres & la
Chasse faisaient son occupation.
Cependant jamais il ne voulut
porter l'habit de Philosophe, selon

@

HERMETIQUE. 45

l'ancien usage, qui se conservait
encore; il refusa même de
lire ou faire lire publiquement
ses ouvrages; sa naissance & sa
modestie, le mettaient au-dessus de
ces médiocres avantages, qui flattaient
la vanité des Philosophes
du commun. Content d'une douce
& tranquille retraite, il se conservait
libre & dégagé de toute
occupation, & des soins de la vie
du monde. Il ne pensait (1) uniquement
qu'à conserver son esprit
dans un calme parfait, éloigné
de tout ce qui pouvait en
troubler la paix & le repos. Ce
n'était cependant ni oisiveté, ni
paresse, qui le tenaient éloigné des
affaires; car dès qu'il s'agissait de
rendre service à des particuliers,
ou même à des Villes entières,
il s'y prêtait volontiers, selon les
besoins qui se présentaient. Ainsi


----------------------------------
(1) Epist, 57.
@

46 PHILOSOPHIE

au milieu de la solitude, il conservait
le désir d'être utile au prochain
& à sa patrie; & dans l'embarras
des affaires, il ne perdait
pas le goût de la Philosophie, ni
de l'Etude.
Ce caractère bienfaisant, & ce
zèle pour le bien public, que Synese
a toujours conservé, fut cause
que la Ville de Cyrene & les quatre
autres de la Pentapole, le députèrent
en 397. à Constantinople
pour représenter à l'Empereur Arcade
l'état déplorable, où se trouvait
sa patrie; & pour lui demander
du secours: & comme
dans ces anciens temps on était
aussi prompt & aussi actif à la
Cour à faire le mal, que lent à
procurer le bien; il se vit contraint
de rester trois ans à Constantinople,
pour obtenir l'effet des
Requêtes de ces Villes affligées,
il n'en vint même à bout qu'en
faisant quelques présents. Tel était

@

PHILOSOPHIE 47

dés-lors le caractère de la Cour &
des Courtisans. Mais l'an 400. de
J. C. un tremblement de Terre, qui
désolait Constantinople, l'obligea
de retourner dans sa patrie,
il y rendit compte de sa négociation,
& l'on croit qu'il s'y fit
baptiser. De là il revint à Alexandrie,
où il se maria, vers l'an
403. & ce fut le Patriarche Théophile,
qui en fit la cérémonie.
Si les soins d'une famille ne
le détournèrent pas entièrement
de l'étude de la Philosophie; du
moins peut-on dire qu'ils en ralentirent
l'assiduité. Mais sa vertu
n'en souffrit pas, elle le mit
même dans une si haute réputation
que la Ville de Ptolemaïde
venant à manquer d'Evêque l'an
410. on jeta d'un commun accord,
les yeux sur Synese, quoique
Laïc & marié, pour remplir
ce Siège, qui tenait lieu de
Métropole pour la Province. Ce

@

48 PHILOSOPHIE

fut en vain qu'il voulut s'opposer à
son Election; il fallut céder aux
voeux des Peuples & du Clergé,
& même aux désirs de Théophile
Patriarche d'Alexandrie. Dès-lors
il se vit contraint de quitter la
douceur de la retraite, pour s'embarrasser
dans le tumulte des affaires,
& même de se séparer de
sa femme, pour vivre dans la continence.
Jusque-là Synese avait mené
une vie plus Philosophique, que
Chrétienne; les sentiments mêmes
qu'il avait puisés dans l'étude des
Auteurs Païens, lui avaient fourni
quelques idées, peu conformes
aux vérités du Christianisme, & ne
connaissant pas encore tout le pouvoir
de la Grâce de J. C. il croyait
beaucoup faire, pour montrer l'estime,
qu'il faisait de S. Antoine &
S. Amon, de les comparer à Zoroastre
& à Mercure-Trismégiste.
Mais cette même grâce parut
en

@

HERMETIQUE. 49

en lui, dès qu'il eut reçu la Consécration
Episcopale. Il joignit toute
la dignité & la vie active & vigilante
d'un Evêque, avec la modestie
d'un simple fidèle, & la retraite
des Solitaires. Quoiqu'il n'eut point
été élevé, dans les Sciences Ecclésiastiques,
il sut conserver le dépôt
de la Foi contre les Hérétiques,
& la pureté des moeurs contre
les mauvais Chrétiens; mais
toujours cependant en se servant
des seules voies de la douceur. Il
s'appliqua même à la conversion
des Philosophes Païens, ouvrage
plus difficile que celui de la transmutation
des métaux.
Celui qui touchait le plus le
coeur de Synese, était Evagre; il
était son Contemporain, ils avaient
étudié ensemble les Lettres humaines
& la Philosophie; & quoique
de Religion différente; leur
amitié ne s'était point altérée. Synese
travailla de tout son pouvoir
Tom. I. C

@

50 PHILOSOPHIE

à procurer à Evagre le bonheur de
la Foi; mais il n'y trouva que de
la résistance. Cependant le saint
Evêque ne se rebuta point. Enfin
le Philosophe fit connaître à Synese
les difficultés qui l'arrêtaient;
c'est, disait-il, que les Chrétiens
assurent, que le monde finira, &
qu'ensuite tous les hommes, qui
sont nés depuis la création, ressusciteront
dans leur même corps,
que leur chair deviendra incorruptible
& immortelle, qu'ils vivront
ainsi éternellement, & recevront la
récompense des actions qu'ils auront
faites, lorsqu'ils étaient revêtus
de leur Corps mortel. Et ce
qu'ils disent encore, que celui qui
fait la charité aux pauvres, prête
à Dieu à intérêt, & que quiconque
distribue son bien aux indigents &
aux misérables, s'assure & s'amasse
des trésors dans le Ciel, & qu'il
recevra de Jésus-Christ dans la résurrection
dernière, le centuple de

@

HERMETIQUE. 51

ce qu'il aura donné, avec la vie
éternelle. Il faut que je vous avoue,
que toutes ces choses, me paraissent
des illusions, des tromperies,
& des fables. Synese répondit que
tous ces points de la Foi Chrétienne
étaient véritables, & ne
contenaient rien de faux, ni de
contraire à la vérité. Ce qu'il tâcha
de lui justifier, par plusieurs
preuves qu'il lui apporta.
Enfin, après un long temps, la
Grâce opéra sur le coeur d'Evagre;
il se fit Chrétien, & fut baptisé,
& avec lui ses enfants & ses
domestiques. Quelque temps après
son baptême, ce pieux Philosophe
mit entre les mains du saint
Evêque trois cents pièces d'or, pour
les employer au soulagement des
pauvres, & lui dit: Recevez cet
or, distribuez-le aux pauvres, &
faites-moi une promesse de votre
main, par laquelle vous m'assurerez
que J. C. me rendra au siècle
C ij

@

52 PHILOSOPHIE

à venir la récompense de cette aumône.
L'Evêque ayant reçu l'or,
lui fit sur le champ la promesse
qu'il demandait. Le Philosophe vécut
encore quelques années, &
enfin il devint malade, & mourut.
Mais avant que de mourir, il
ordonna à ses enfants de lui mettre
après sa mort, cette promesse dans
les mains, & de l'ensevelir avec
lui; ce qui fut exécuté par ses enfants.
Trois jours après qu'il eut
été enterré, il apparaît à l'Evêque
Synese, la nuit, durant son
sommeil, & lui dit: Venez à mon
tombeau, pour retirer votre promesse;
car il ne m'en est plus rien
dû. Elle a été acquittée, & j'ai reçu
tout ce que je devais recevoir.
Vous en aurez l'assurance, par la
quittance même, que j'en ai écrite
de ma propre main. L'Evêque
ignorait que l'on eut enseveli cette
promesse avec le corps. Le jour
est venu, il envoya chercher les

@

HERMETIQUE. 53

enfants de son ami; & leur ayant
demandé s'ils avaient mis quelque
chose dans le tombeau de leur père;
eux croyant qu'il entendait de
l'argent, ils lui dirent qu'ils n'y
avaient mis que les linceuls ordinaires;
mais sur ce que l'Evêque
leur demanda s'ils n'avaient pas
mis quelque papier, ils se souvinrent
de cette promesse, & lui dirent,
que leur père leur avait donné
un papier en mourant, & leur
avait ordonné de le mettre entre
ses mains après sa mort, sans que
personne le sût. Alors l'Evêque
leur raconta le songe qu'il avait
eu cette nuit; & prenant avec soi
les enfants du mort, les Ecclésiastiques
de son Eglise, & quelques-
uns des principaux de la Ville, il
alla droit au tombeau du Philosophe,
le fit ouvrir, & trouva entre
ses mains cette promesse qu'il lui
avait donnée autrefois. Mais quand
on l'eut ouverte, on vit au pied
C iij

@

54 PHILOSOPHIE

même de la promesse quelques lignes,
qui avaient été écrites depuis
peu de la main du Philosophe.
Elles contenaient ces paroles:
Moi, Evagre, Philosophe, à
vous, Monseigneur l'Evêque Synese,
Salut. J'ai reçu ce que je devais recevoir,
selon qu'il était porté par cette
promesse, écrite de votre main;
j'en ai été satisfait entièrement, &
je n'ai plus d'action contre vous pour
l'or que je vous ai donné, & que j'ai
donné par vous à J. C. notre Dieu
& notre Sauveur.
Ceux qui furent présents à ce
spectacle, en furent dans l'admiration
& dans l'étonnement, & en
rendirent grâces à Dieu par des
Hymnes de louanges. On assure
même que cette promesse où ces
lignes avaient été écrites de la
main de ce Philosophe Chrétien,
après sa mort, fut gardée pendant
plusieurs siècles dans la Sacristie
de l'Eglise de Cyrene, & que toutes

@

HERMETIQUE. 55

les fois qu'un nouveau Sacristain
entrait en charge, en lui donnant
les vases & les ornements sacrés,
on lui confiait particulièrement
cet écrit, pour le garder
avec soin, & le conserver de main
en main à leurs successeurs.
Synese eut à souffrir beaucoup
de traverses dans les fonctions de
son Ministère, surtout de la part
des grands, qui ne redoutent rien,
tant qu'un Evêque, qui fait son
devoir; cependant son courage le
fit triompher de tous ceux qui voulaient
s'opposer à ses sages intentions,
& il ne finit son Episcopat
qu'après l'an 416. & mourut avant
l'an 431. Puisqu'on trouve dans les
Souscriptions du Concile d'Ephese
le nom d'Evopce, Evêque de
Ptolemaïde, & l'on croit que ce
Prélat était frère de Synese. Ses
Ouvrages, que nous avons, font
connaître ses lumières sur la Philosophie
& sur les moeurs; on n'y
C iiij

@

56 PHILOSOPHIE

a pas mis ses remarques sur Démocrite;
mais on les a imprimées
ailleurs, comme je le rapporte
dans le Catalogue.
Les Philosophes Hermétiques
doivent se féliciter de trouver presque
à leur tête un si grand homme;
mais qu'ils me permettent de
les avertir, qu'ils tireront peu de
lumières de sa lecture, tant parce
que les Anciens, pour exprimer
leur matière, ne s'expliquaient pas
comme les Modernes, & même
Pizimenti, en le traduisant, a substitué
aux mots Grecs d'autres termes
de la Chimie nouvelle, qui
ne disent pas la même chose. (1)

XIII.

Autres Philosophes Grecs; décadence
de la Philosophie Hermétique.

Mais en finissant l'article de Synese,


----------------------------------
(1) M. de Tillemont a fait un article de Synese, dans ses Mémoires Ecclésiastiques.

@

HERMETIQUE. 57

je ne dois pas omettre une
remarque essentielle, qui est, que
depuis sa conversion, & moins
encore depuis son Episcopat, il
ne paraît pas qu'il se soit occupé
de la Philosophie Hermétique;
uniquement appliqué aux fonctions
de son Ministère, il avait abandonné
cette science, comme une
occupation frivole, & peu convenable
à la dignité d'un Evêque.
Cependant il avait parmi ses amis
(1) Heliodore, né à Emese en Phénicie,
qui n'eut peut-être pas autant
de délicatesse, puisque nous
avons de lui un Traité en vers de
la Philosophie Hermétique, qui est
le plus commun dans les manuscrits,
& que le savant Albert Fabricius
a fait imprimer en Grec à
la page 789; du Tome VI. de sa


----------------------------------
(1) Dans ses Lettres de Synese, on en trouve trois qu'il a écrites à Heliodore, comme à
son ami.
C Y

@

58 PHILOSOPHIE

Bibliothèque Grecque, il fut Evêque
de Tricca en Thessalie, au
commencement du cinquième siècle,
& il aima mieux, dit-on, quitter
son Evêché (1) que de désavouer
le Roman des Amours de Théagenes
& de Cariclée, Ouvrage de sa
jeunesse, & dans lequel même on
remarque, qu'il connaissait la science
Hermétique.
Philippe, né à Syde en Pamphilie,
& qui vivait dans le même
temps, avait moins de vertu, &
même moins de connaissances. Il
était disciple de S. Jean Chrysostome;
mais il n'eut que de faibles
restes des grands exemples, que ce
saint Prélat lui avait donnés; &
son ambition, outrée de n'avoir pu
monter en 425. sur le Siège de
Constantinople, fait bien voir qu'il
n'était pas digne d'une aussi grande


----------------------------------
(1) Nicephore Callixte, Historiae Ecclesiast. Libr, 12.

@

HERMETIQUE. 59

Dignité; mais on ne peut le
mettre entièrement au rang des
vrais Philosophes Hermétiques,
n'ayant possédé que quelques procédés
particuliers, comme on le
voit par son Traité, indiqué dans le
manuscrit de la Bibliothèque de
Vienne en Autriche, & rapporté
dans l'Article II. du Catalogue.
Le plus illustre des Philosophes
Grecs de ce temps-là, est incontestablement
Zozime; il était né à
Panopolis, Ville du Territoire de
Thèbes en Egypte; mais il demeurait
à Alexandrie; c'est ce qui lui
a fait donner les noms, tantôt de
Zozime de Panopolis, tantôt de
Thèbes, & tantôt d'Alexandrie.
C'est un de ceux qui a le plus écrit
sur la Philosophie Hermétique. Il
avait rédigé en 28. Livres les opérations,
qu'il avait faites sur cette
science; aucun jusques ici n'a été
imprimé; mais ils sont restés manuscrits
dans les différentes Bibliothèques.
C vj

@

60 PHILOSOPHIE

De savoir si Zozime le
Philosophe est le même que celui
dont nous avons une Histoire; c'est
ce qu'on ne saurait décider; tous
deux étaient Païens; mais on sait
que le nom de Zozime était alors
assez commun, même parmi les
Chrétiens.
C'est à peu près dans ce même
temps que parut Archelaüs; c'est
un de ceux qui parle avec plus de
sincérité; il paraît même avoir enlevé
à Zozime la gloire d'être le
plus habile Philosophe dans la
science Hermétique. Il est vrai cependant
qu'Archelaüs a peu écrit;
mais il n'en est que plus estimable.
Il veut dans l'artiste une conscience
pure, des intentions droites,
une prière ardente, une vie sobre,
une retraite, qui le sépare de tous
les embarras du monde. Mais ne
lui en déplaise, il faut encore avoir
des principes & la connaissance de
la première matière; sans quoi je

@

HERMETIQUE. 61

lui défierais bien de réussir, malgré
toutes les précautions que demande
Archelaüs.
Je n'ai point parlé d'Athenagore,
ni de plusieurs Philosophes
Anonymes, dont les Traités sont
rapportés dans les manuscrits Grecs
de la Bibliothèque de Sa Majesté,
on ne peut rien dire de ceux qui
n'ont pas voulu que leurs noms
fussent connus. La plupart cependant
étaient Chrétiens, & la science
Hermétique, dès qu'on y procède
avec droiture, n'est défendue
par aucune Loi du Christianisme.
Quant au Roman du Parfait
Amour, publié à la fin du XVI.
siècle, sous le nom d'Athenagore;
on ne saurait assurer positivement
qu'il soit ancien, quoiqu'il porte
jusques dans son langage Gaulois
des marques d'antiquité; on ne
peut pas dire même qu'il soit d'Athenagore
Philosophe Chrétien,
& l'un des Apologistes de la Religion

@

62 PHILOSOPHIE

sur la fin du deuxième siècle.
On trouve cependant dans le
neuvième Livre de ce Roman,
une Description très succincte de
quelques-unes des opérations du
grand oeuvre; opérations, qui font
connaître que l'Auteur avait travaillé
sur cette science, ou du
moins qu'il en avait quelques principes.
La plupart des Philosophes
Grecs, dont j'ai parlé jusqu'ici,
étaient Egyptiens, & ne passent
point le milieu du VII. siècle. Ils
avaient sans doute été instruits dans
cette science par les Prêtres d'Egypte.
La prise d'Alexandrie par les
Mahométans Arabes l'an 640. fit
tomber en Egypte les Arts & les
Sciences, qui ne s'y relevèrent
que deux siècles après. Le peu de
livres qui échappèrent à l'incendie,
qui s'en fit alors par ordre des
Califes, fut porté à Constantinople;

@

HERMETIQUE. 63

mais il ne parait pas que ceux
de la science Hermétique s'y soient
fait connaître que vers les X. &
XI. siècles; alors on en retrouve
quelques traces, tant chez les
Grecs, que chez les Arabes.

XIV.

La Philosophie méprisée par les
Arabes.

Avant le Mahométisme, les Arabes
étaient extrêmement ignorants
(1) dans les Sciences utiles à la
Société. Toute leur étude consistait
à bien cultiver leur langue, à
faire quelques vers & quelques discours
oratoires, & les plus savants
s'appliquaient à donner l'interprétation
des songes (2) occupation


----------------------------------
(1) Edwardus Pocock, Specimen Historiae Arabum, in-4. Oxonii 1650. pag. 52. & 159.
(2) Abulfaragius, Hist. Dynastiarum, ex Editione Pocockii, in-4. Oxonii 1663. pag. 161.

@

64 PHILOSOPHIE

frivole, qui ne convient qu'à des
gens oisifs, qui font plus d'attention
à de vaines connaissances,
qu'aux sciences utiles & nécessaires.
A peine y avait-il parmi eux
quelques Médecins, qui même allaient
en Perse, pour se former
dans la connaissance & la cure des
maladies. Ils conservaient néanmoins
assez exactement leur Généalogie;
c'est de quoi ils ont toujours
été jaloux; & s'ils tenaient
la conduite qu'ils ont encore à présent,
ils ne négligeraient pas celle
de leurs Chevaux. De tout temps,
ils se sont exercés à les dresser
avec soin, & à les manier avec
dextérité. Ils les ont toujours aimés;
ils ne connaissent pas même
jusques aujourd'hui de meilleures
troupes, que celles de la Cavalerie.
Mais le Mahométisme vit plus
d'une fois changer de face au cours
de leurs connaissances. Sous les

@

HERMETIQUE. 65

quatorze premiers Califes, depuis
l'an 661. de J. C. jusques en 748.
ils s'appliquaient uniquement comme
leurs ancêtres, à conserver la
pureté de leur langue, & ensuite
à étendre la Doctrine de l'Alcoran,
quelquefois même à la Médecine,
Science qu'ils croyaient
nécessaire pour la conservation de
la vie.
Jusque-là ils ne s'étaient point
appliqués à la Philosophie (1) non
pas manque de Maîtres, il s'en
trouve toujours assez; non qu'ils
en fussent détournés par des occupations
militaires, incompatibles
avec la vie tranquille de l'homme
d'Etude & du Philosophe; il n'y
a souvent dans les Nations que
trop de gens oisifs, qui redoutent
les travaux pénibles. Quelques-uns


----------------------------------
(1) Abulfaragius Historia Dynastiarum, pag. 160. Quod ad Philosophiae Scientiam, nihil
ejus admodum concesserat illis Deus.

@

66 PHILOSOPHIE

s'y appliquaient néanmoins en particulier,
mais ils n'osaient se déclarer,
parce que Mahomet leur
en avait fait une défense expresse.
(1)
L'Histoire rapporte à ce sujet
un événement singulier, qui montre
l'aversion qu'avaient les premiers
Musulmans pour les Sciences
humaines, & surtout pour la
Philosophie. Amru, Général des
Arabes, s'étant rendu maître d'Alexandrie
l'an 640. & par conséquent
au commencement du Mahométisme,
il trouva dans cette
Ville célèbre une Bibliothèque,
remplie d'un grand nombre de Livres
de Philosophie.
Jean Philoponus, habile Commentateur
d'Aristote, enseignait
alors dans cette Ville. Il demanda


----------------------------------
(1) Epistola Abou Gafar Ebn Tophaïl, Arabicé & Latinè à Pocockio edita, in-4. Oxonii
1670-&-1700. pag. 14.

@

HERMETIQUE. 67

par grâce au Général Mahométan
de lui accorder tous les Livres
de Philosophie, qui étaient
dans cette Bibliothèque. Amru
n'osa prendre sur lui de faire ce
présent au Philosophe. Il en écrivit
donc à Omar, second Calife,
pour recevoir ses ordres; mais la
réponse qu'il reçut, fut fatale aux
Sciences & aux Livres. Il lui marqua
que si ces Livres se trouvaient
contraires à l'Alcoran, il était nécessaire
de les détruire, comme pernicieux;
& que s'ils y étaient conformes,
ils devenaient inutiles,
l'Alcoran seul pouvant suffire. Ainsi
aucun ne fut conservé, tous
subirent le même sort; tous furent
abolis: on les employa donc à
chauffer les Bains, qui étaient à
Alexandrie; & l'on fut plus de six
mois à les brûler, quoiqu'il y eût
alors plus de 4000. Bains dans
cette Ville.

@

68 PHILOSOPHIE

XV.

Les Arabes commencent à s'adonner
aux Sciences.

Un temps plus favorable aux
Sciences parut enfin sous la Dynastie
des Achemides ou Abbasides.
Almansor le second Calife de
cette famille, joignait à la connaissance
de l'Alcoran, beaucoup
d'amour pour la Philosophie, sur
tout (1) pour l'Astronomie. Ces
heureux commencements firent
dans la suite de plus grands progrès.
Harun ou Aaron Raschid,
contemporain de Charlemagne, le
cinquième de ces Califes, eut encore
plus de goût qu'Almansor.
Sa Cour était remplie des plus habiles
Philosophes, qu'il faisait gloire
de rassembler auprès de lui, &


----------------------------------
(1) Abul - Farag. Hist. Dynastiarum p. 246.

@

HERMETIQUE. 69

qu'il avait le plaisir de consulter &
d'entendre.
Mais aucun Prince Arabe n'a
poussé l'amour des Sciences aussi
loin qu'Almamun, nommé aussi
Abdalla. Il est célèbre dans l'Histoire
de ces Peuples, non-seulement
par cette douceur de caractère,
qui convient aux Sciences;
mais encore par cette louable générosité,
qui n'était pas inutile aux
Savants (1) qu'il honorait de sa
confiance. Il fit plus, il écrivit en
Grèce pour en obtenir les meilleurs
Livres de Philosophie, qu'il fit traduire
en Arabe, (2) & la Bibliothèque


----------------------------------
(1) Georgius El Macin, Historia Saracenica in folio Lugduni Batavorum 1625. lib. 2. p.
139. Quod ad naturam ejus (Al Mamunis)
attinet, fuit omnimodè excellens, liberalis,
magnae clementiae & boni regiminis, neque inter
Abbasidas fuit quisquam eo eruditior, nec
praestantior, &c.
(2) Abul-Faragius pag. 246. & Rabbi Abraham Sachur, Libro Juchasin. Mamun
Ben Rasched amabat Scientias & Sapientes ac
viros celebres: ejus tempore translati sunt multi
Libri ex Graeca Lingua, in Linguam Arabicam.

@

70 PHILOSOPHIE

de Sa Majesté conserve
quelques-unes des traductions que
ce Prince fit faire en sa Langue.
Il eut une partie des Etats de son
père dés l'an 195. de l'Egire, c'est-
à-dire, l'an 810. de l'Ere Chrétienne,
& il en fut seul Possesseur depuis
l'an 815. jusqu'en 831.

XVI.

La Science Hermétique passe chez
les Arabes.

C'est donc à ce temps qu'il faut
fixer l'entrée de la Philosophie
chez les Arabes. Il est vrai que
les Dévots Mahométans ne virent
qu'avec chagrin parmi eux une si
grande révolution dans les Sciences.
Mais les Sciences n'en furent
pas moins établies; il y eut même
des Académies pour les enseigner.
On ne saurait donc remonter plus
haut que cette époque, pour trouver
parmi ces Peuples, l'établissement

@

HERMETIQUE. 71

de la Philosophie Hermétique,
dont il nous reste encore
quelques écrits, soit imprimés,
soit manuscrits.
Le Livre d'Ostanes sur la Science
sacrée, qui se trouve parmi les
Manuscrits Arabes de la Bibliothèque
de Leyde, est vraisemblablement
une des Traductions, que ce
Prince fit faire de la Langue Grecque.
Le nom d'Ostanes se trouve
déjà employé dans cette Histoire,
mais outre celui qui vivait sous
Xerxès, on en remarque encore
un sous Alexandre, & un troisième
du temps de Cléopâtre. Ce qui me
fait croire que c'était moins un
nom propre, qu'un nom de dignité;
mais celui dont je parle à présent
vivait au cinquième Siècle, puisqu'il
adresse son ouvrage à Petasius,
à qui Olympiodore, qui vivait dans le
même temps, a dédié pareillement
ce qu'il a fait sur la philosophie
Hermétique.

@

72 PHILOSOPHIE

Le Commentaire d'Eidimir Ben-
Ali sur les Poésies d'Abul-Hasam,
qui est aussi un des Manuscrits Arabes
de la même Bibliothèque, peut
être Original en cette Langue,
aussi bien que le Traité de Geldekeus
sur la Pierre Philosophale.

XVII.

Geber écrit sur la Science Hermétique.

Mais il est hors de doute, que
Geber a écrit originairement en
Arabe. On sait qu'après Hermès,
cet Auteur est regardé comme l'un
des Chefs & des plus habiles Ecrivains
de la Philosophie Hermétique;
ainsi il ne doit point avoir
vécu au commencement du second
siècle de l'Egire, c'est-à-dire vers
l'an 730. comme le croit le Savant
Borrichius (1) après Jean Leon,


----------------------------------
(1) Olaüs Borrichius de ortu & progr Chimiae. Africain

@

HERMETIQUE. 73

Africain: il ne parut au plus tôt que
cent ans après, vers l'an 830. au
commencement de leur troisième
Siècle. C'est même le sentiment
de M. d'Herbelot dans sa Bibliothèque
Orientale au mot Giaber, quoiqu'il
n'en apporte aucune preuve.
Mais une observation, qui décide du
moins pour son antiquité, est qu'il
est cité par les plus anciens Auteurs
de la Science Hermétique, comme
leur Père & leur Maître; tels sont
Avicenne, le Calid, Albert le
Grand & les autres; au lieu que
lui-même n'en cite aucun; il se
contente de dire que tel est le sentiment
des anciens Philosophes,
qu'il a examinés & réduits en système.
Mais à quelle Terre, à quelle
Nation Geber devait-il son origine?
C'est ce qu'il est difficile de
bien établir. Nicolas Antonio prétend
qu'il était Espagnol; mais les
raisons qu'il en apporte ne sont pas
Tom. I. D

@

74 PHILOSOPHIE

décisives: Leon Africain pense qu'originairement
il était Grec, transplanté
cependant chez les Arabes;
mais ni son nom, ni celui de son
Père ne marquent pas une origine
Grecque. Enfin le Manuscrit
Arabe de la Bibliothèque de Leyde,
dit qu'il était Tousensis Souficus;
c'est-à-dire, Philosophe de Thus
ou Thousso Ville du Corasan, Province
de la Perse. D'ailleurs il y a
eu, mais plus tard, un Giaber Arabe,
né en Andalousie, Province
d'Espagne, qui s'appliqua seulement
à la Poésie; ainsi ce ne peut
être Geber le Chimiste, la Chimie
& la Poésie étant deux espèces de
folies, qui ne sont pas toujours compatibles,
parce que l'une & l'autre
demandent l'homme tout entier.
Nous n'avons aucune connaissance
de sa personne, mais nous en
avons beaucoup de l'obscurité de
son Livre. Il doit avoir été grand
Ecrivain & grand Artiste, puisque

@

HERMETIQUE. 75

l'on assure qu'il a composé 500.
Volumes sur cette Science, & que
dans ses ouvrages on trouve un
nombre infini d'opérations, que
lui-même reconnaît fausses. Ce
sont ces opérations qui l'ont fait
traiter de Trompeur; mais il a
prévenu ce reproche, en marquant
qu'il s'est bien gardé de découvrir
purement & simplement la vérité,
pour ne pas profaner une Science
aussi importante, en la mettant entre
les mains des méchants, qui en
auraient abusé pour leur perte, &
peut-être même pour la ruine de la
Société.
Jusqu'en 1682. nous n'avons eu
que des Editions imparfaites des
Ouvrages de Geber; mais cette
année il en parut une à Dantzick
très complète, & copiée sur un
manuscrit Latin fort exact de la
Bibliothèque Vaticane. Elle renferme
trois ouvrages de cet habile
Philosophe. Le premier est un
D ij

@

76 PHILOSOPHIE

corps complet de la Perfection du
Magistère & du grand Oeuvre des
Philosophes, divisé en quatre livres.
Gebri Regis Arabum Summa
perfectionis Magisterii in sua natura.
Le second ouvrage est un Traité
de la Recherche de l'Oeuvre, De
Investigatione perfectionis Metallorum:
Et le troisième est son Testament.
Lui-même a soin de nous avertir
de l'ordre qu'il faut observer
dans la lecture de ces trois ouvrages;
qui est, de commencer par celui
de la recherche de l'Oeuvre,
de continuer par son Testament,
& de finir par l'abrégé, du parfait
Magistère.

XVIII.

Analyse des Ouvrages de Geber.

Le Traité de la Recherche du
Magistère renferme trente-trois préparations
chimiques, qui peuvent

@

HERMETIQUE. 77

servir à l'Oeuvre, mais fausses
pour la plupart, & qui sont contenues
en autant d'articles. Ils sont
accompagnés d'une Préface, &
c'est une espèce d'abrégé de son
grand ouvrage.
Le Testament n'a que dix-huit
articles, où sont autant de préparations
différentes de l'or & des
métaux, pour les mettre en état
de servir aux opérations de la Philosophie
Hermétique.
Mais le grand ouvrage de Geber
compris en quatre livres, est un
système de tout ce qui est nécessaire
pour arriver à l'Oeuvre parfait
de la Philosophie Hermétique.
Dans la Préface du Premier Livre
il a soin de marquer que ce
qu'il cache dans une partie de son
Ouvrage, est suffisamment expliqué
dans les autres, par forme de
dispute universelle. Et dans les
vingt-deux chapitres qui composent
le reste de ce livre, il parle
D iij

@

78 PHILOSOPHIE

de la nature des choses qui peuvent
servir dans la Médecine Métallique
du premier, du second &
du troisième ordre.
Le second Livre contient avec
la Préface dix-neuf chapitres, où
l'Auteur explique les principes, qui
servent à l'Oeuvre & à la perfection
de la Philosophie Hermétique.
Le troisième, qui contient dix-
huit chapitres & une Préface,
renferme des réflexions & des considérations
nécessaires, d'où dépend
la perfection de l'Oeuvre Philosophique.
Enfin le quatrième, outre sa Préface,
comprend aussi vingt-deux
chapitres, où l'on trouve des remarques
générales sur les trois différentes
Médecines des Métaux,
& sur les cinq différences de leur
perfection.
Quelques Philosophes ont cru
rendre service aux Artistes de donner

@

HERMETIQUE. 79

des Commentaires sur un Litre
qu'ils n'entendaient pas eux-
mêmes; mais ils ont cru se faire
un mérite d'expliquer un Auteur
célèbre, obscur & embarrassé,
qu'ils ont encore obscurci par leurs
interprétations: j'ai eu soin de faire
connaître ces Commentaires dans
le Catalogue des Auteurs de la
Philosophie Hermétique.
Ce que nous avons de Geber
n'est qu'une médiocre partie de ses
Ouvrages, il avait composé 500.
Volumes sur cette Science, il
s'en trouve un dans les Manuscrits
Arabes de la Bibliothèque de Sa
Majesté. D'ailleurs l'édition de Geber
donnée à Dantzick en 1682. &
qui n'est pas commune, se trouve
réimprimée dans le Recueil de
Manget, & je suis étonné que quelque
Savant dans la Langue Arabe
n'ait pas jusques ici revu cette édition
sur l'Original, qui est dans la
Bibliothèque de Leyde. Hornius
D iiij

@

80 PHILOSOPHIE

avait dessein de revoir cet Auteur
dès l'an 1668. mais il est mort sans
l'avoir exécuté.

XIX.

La Science Hermétique continue
chez les Arabes.

Depuis Geber jusqu'à Rhazes
ou Mohammed Ben Zakaria, célèbre
Médecin & Chimiste, nous
ne connaissons pas de Philosophes
Hermétiques parmi les Arabes. Il
était de la Ville de Reï dans l'Irak
Agemi sur les frontières du Corasan,
ou selon d'autres, du Corasan même,
& mourut dans un âge avancé
l'an 310. de l'Egire ou 922. ou
peut-être même l'an 932. de l'Ere
Chrétienne, c'est-à-dire, un siècle
après que Geber eut paru, quoiqu'il
eut plus de trente ans lorsqu'il
commença ses études de Médecine;
il surpassa néanmoins tous ceux de

@

HERMETIQUE. 81

son temps, & fut même préféré aux
plus habiles Médecins pour prendre
soin du fameux Hôpital de Bagdad:
il était en relation avec plusieurs
Princes, surtout avec Almanzor,
Seigneur du Corasan. Il
était grand Médecin, habile Philosophe,
& très excellent Chimiste,
il avait même écrit sur la
Chimie douze livres; mais très
peu ont été publiés, supposé même
qu'on doive les lui attribuer
tous; ce qui parait certain est qu'il
est le premier qui a introduit la
Chimie dans la Médecine. On
croit qu'il avait pris également des
Grecs ce qu'il avait écrit sur la
Science Hermétique & sur la Médecine:
M. Freind en a commencé
la preuve dans son Histoire de
la Médecine. Cependant Razés
malgré tout son savoir en l'une
& l'autre Science, n'a pu éviter
les reproches qu'on lui a fait de
son temps même, d'être un médiocre
D v

@

82 PHILOSOPHIE

Chimiste, puisqu'il était
pauvre & un mauvais Médecin,
puisqu'il n'avait pu se conserver
la vue, qu'il avait perdue; comme
s'il était nécessaire que la Médecine
prévînt ou guérît infailliblement
toutes les infirmités, ou que
la Chimie procurât nécessairement
des richesses. On sait néanmoins
que ses Ouvrages ont servi à former
les autres Médecins Arabes,
& même Avicenne qu'on regarde
comme leur Chef. Et l'on compte
qu'il a publié au moins deux cents
vingt-six Traités sur la Médecine.
Le milieu du dixième siècle fut
encore illustré par un de ces Hommes
célèbres qui font honneur aux
Sciences, qu'ils se mêlent de traiter.
Ce Savant est Farabi ou Alfarabi,
l'un de ces heureux génies
& de ces hommes universels, qui
pénètrent toutes les Sciences avec
une égale facilité: Il ne s'en était
pas tenu à l'explication des rêveries

@

HERMETIQUE. 83

de l'Alcoran, il avait encore
approfondi des Sciences plus utiles
& plus intéressantes, & passait
pour le plus grand Philosophe des
Musulmans.
L'Aventure qui lui arriva chez
Seifeddoulet Sultan de Syrie, fait
connaître le caractère & les talents
singuliers de ce Philosophe. Il revenait
du Pèlerinage de la Mecque où
la dévotion l'avait engagé d'aller,
lors qu'il passa par la Syrie: le
Sultan était alors environné de
Savants, qui s'étaient rendus chez
lui, pour conférer sur les Sciences.
Farabi entre dans la Salle de
l'Assemblée & s'y tint debout,
jusques à ce que le Sultan lui
fit ordonner de s'asseoir; alors le
Philosophe, par une liberté peu
convenable, alla se mettre sur un
coin du sofa, où était assis le Sultan.
Ce Prince surpris de cette
hardiesse, appela une de ses Officiers
& lui commanda en une
D vj

@

84 PHILOSOPHIE

langue peu commune de faire
retirer cet Etranger, d'une place
qui ne lui convenait pas. Le
Philosophe l'entendit & lui dit,
Seigneur, celui qui commande
si légèrement est sujet à se repentir.
Ce Prince ne fut pas moins
étonné de la réponse que de l'action
même; il était bon, & voulut
voir jusqu'où Farabi pousserait
sa démarche; alors on ouvrit la
conférence, & le Philosophe disputa
d'une manière si éloquente
& si vive, qu'il réduisit tous les
Docteurs au silence. Le Sultan
pour se dissiper lui-même, &
pour récréer l'Assemblée, fit
venir des Musiciens, alors Farabi
se joignit à eux & accompagna
du Luth avec tant de délicatesse,
qu'il attira sur lui les
yeux & l'admiration de l'Assemblée.
Mais comme on le sentit
Musicien, il tira de sa poche à la
prière du Sultan, une pièce de

@

HERMETIQUE. 85

sa composition, c'était une pièce
enjouée. Il la fit chanter & l'accompagna
avec tant de force &
de vivacité; les Assistants y prirent
tant de plaisir & conçurent tant
de joie, que tous se mirent à
rire avec excès. Le Philosophe
pour leur montrer toute l'étendue
de ses talents, fit chanter une autre
pièce & l'accompagna d'une
manière si tendre & si touchante
qu'il fit pleurer toute l'Assemblée.
Enfin changeant encore de pièce,
il endormit agréablement tous les
Assistants.
Ce fut en vain que le Sultan
frappé du mérite de Farabi, le
voulut retenir auprès de lui. Farabi
partit donc, mais ce fut pour
périr malheureusement; il se vit
attaqué par des Voleurs dans les
Bois de Syrie, & malgré tout
son courage, il fut tué l'an 343.
de l'Egire, c'est-à-dire l'an 954
de l'Ere chrétienne; mais ses

@

86 PHILOSOPHIE

ouvrages sur toutes les Sciences
qui sont en grand nombre dans
la Bibliothèque de Leyde, aussi
bien que ceux de la Science
Hermétique, le font encore aujourd'hui
regarder, comme un des
plus grands hommes, qu'il y ait
eu parmi les Musulmans.

XX.

Le Solitaire Morien apprend,
pratique, & enseigne la Philosophie
Hermétique.

On voit paraître ensuite le
Solitaire Morien & Calid, que
l'on prétend avoir été Calife d'Egypte.
Je mets Morien quoique Romain
au rang des Arabes; parce
qu'on assure, que son livre est originairement
écrit en cette Langue,
& qu'il était alors sous
leur Domination, où vrai semblablement
il est mort. Si ce qui

@

HERMETIQUE. 87

est rapporté dans ce petit ouvrage
est véritable, comme il y
a bien de l'apparence, on verra
que les Arabes ne discontinuaient
pas de cultiver en Egypte, dont
ils s'étaient rendu maîtres, la
pratique de la Philosophie Hermétique.
L'Histoire de Morien est simple,
elle est naturelle, mais cependant
assez curieuse. Ce Philosophe
était à Rome sa patrie, où
il étudiait sous les yeux d'un
père & d'une mère, dont il était
tendrement chéri. Il menait une
vie douce, & se formait dans
tous les devoirs de la vie chrétienne.
Il ouït parler d'Adfar fameux
Philosophe Arabe d'Alexandrie,
il vit même quelques-
uns de ses ouvrages; sur le champ
il fut saisi du désir de savoir &
apprendre. Les premiers feux
de la jeunesse l'emportèrent, il
abandonne la maison paternelle,

@

88 PHILOSOPHIE

pour se rendre à Alexandrie. Il
y arrive & se donne tant de
mouvements, qu'il trouve enfin
la maison du Philosophe, qu'il
venait chercher de si loin. Il lui
fait connaître son nom, sa patrie,
& sa Religion. Tous deux parurent
contents & satisfaits; Adfar
d'avoir trouvé un jeune-homme
docile, sur la reconnaissance duquel
il croyait devoir compter,
& Morien de se voir sous la discipline
d'un Maître, qui promettait
de lui dévoiler la source de
tous les Trésors. La douceur du
Disciple engagea le Maître à ne
lui rien cacher de tout ce qu'il
savait.
Les immenses Trésors d'Adfar,
ses lumières & ses connaissances
dans la Philosophie la plus secrète,
ne l'empêchèrent pas de
mourir. Après que Morien eut rendu
à son Maître les derniers devoirs
il quitte Alexandrie, non

@

HERMETIQUE. 89

pour retourner à Rome, mais
pour se rendre à Jérusalem; il
n'y resta néanmoins que le temps
qui lui fut nécessaire, pour choisir
& acheter auprès de cette
Ville une retraite, où il pût finir
tranquillement une vie chrétienne
& Philosophique. Il se fixa donc
dans un Ermitage avec un
Elève, qu'il avait sans doute dessein
de former.
Dans sa retraite, le Philosophe
ouït parler du Calife, ou
plutôt du Soudan d'Egypte nommé
Calid, Prince sage & curieux:
le Livre d'Adfar lui était tombé
entre les mains; il fit chercher
dans tous les lieux, qui lui étaient
soumis, quelqu'un assez habile
pour le lui expliquer. Et comme
il arrive aujourd'hui, plusieurs
se présentèrent, moins pour travailler
utilement, que pour profiter
des grands biens que ce Prince
faisait d'avance à ceux qui lui promettaient
de réussir.

@

90 PHILOSOPHIE

Morien qui n'apprenait qu'avec
peine, combien Calid était
trompé, quitte sa retraite & se
rend en Egypte, autant pour
travailler à la conversion du Soudan,
que pour lui communiquer
la Science d'Adfar. Sur les promesses
de Morien, le Soudan lui
fait choisir une maison, & Morien
n'en sortit pas qu'il n'eut
fini son oeuvre. Le travail étant
porté à sa perfection, le Philosophe
écrivit sur le Vase même
où était son Elixir. Celui qui
tout n'a besoin d'aucun secours étranger;
& sur le champ il quitte
la Ville, sort de l'Egypte & gagne
son Ermitage.
A ces nouvelles Calid vient
dans la maison, où Morien avait
demeuré; il trouve l'oeuvre accompli:
mais quel fut son chagrin
d'y voir cette Inscription
fatale, qui lui fit sentir que le
Solitaire ne s'était pas rendu auprès

@

HERMETIQUE. 91

de lui dans la vue des récompenses.
Alors pénétré de
douleur il s'en vengea sur tous
ces prétendus Philosophes, qui
lui avaient tout promis & qui
n'avaient rien exécuté, il leur
fit couper la tête: & sur le
champ il fait venir Galip, son
Esclave favori. Galip, lui dit
le Prince désolé, qu'allons-nous
faire? Seigneur, lui dit ce fidèle
serviteur, il faut bien espérer,
Dieu nous fera connaître la conduite
que nous devons tenir.
Calid resta quelques années
dans ces incertitudes & ces anxiétés,
jusqu'à ce qu'étant à la
chasse, toujours accompagné de
ce fidèle Esclave, Galip trouva
dans la Solitude un Saint Ermite,
qui était en prières. Qui
êtes-vous, lui dit Galip, d'où
venez-vous, & où allez-vous?
Je suis de Jérusalem, lieu de
ma naissance, lui répondit le bon

@

92 PHILOSOPHIE

Solitaire, & j'ai demeuré longtemps
dans les Montagnes voisines
de cette Ville, avec un saint
homme: là j'ai appris que Calid
était en peine de savoir comment
il pourrait finir le Magistère
d'Hermès: je sais que cet
homme est très habile dans cette
Science, & j'ai quitté ma patrie
pour en informer le Prince.
Oh! mon frère, que dites-vous
répartit Galip; c'en est assez, ne
parlez pas davantage. Car je ne
veux pas que vous mouriez, comme
tous les trompeurs, qui se sont
présentés devant mon maître. Je
ne crains rien, dit ce bon homme,
vous pouvez me présenter au Prince,
& j'irai devant lui avec confiance.
Galip le présenta donc &
l'Ermite fit connaître à Calid,
qu'il savait combien il était en
peine d'accomplir l'oeuvre d'Hermès;
qu'il était venu vers lui
pour lui enseigner ce qu'il aurait

@

HERMETIQUE. 93

à faire, pour y parvenir; qu'il connaissait
dans les Solitudes de Jérusalem,
un Savant Ermite, qui a
reçu de Dieu cette suprême sagesse.
Il m'a plus d'une fois avoué
dit-il, qu'il avait ce don précieux,
& j'en ai eu la preuve par la quantité
d'or & d'argent, qu'il envoie
chaque année à Jérusalem.
Calid ne put s'empêcher de lui
faire sentir le danger auquel il s'exposait,
de lui faire de fausses promesses,
qui avaient causé la mort
de tant de Téméraires, qui pour
tromper les Princes, se vantent
de savoir tout ce qu'ils ignorent.
Mais comme le bon Solitaire parlait
toujours avec la même confiance
sans appréhender les menaces,
Calid fut ébranlé, & sur le portrait
qu'on lui fit de Morien, il
crut le reconnaître, & il se confirma
dans sa pensée dès qu'on
l'eut nommé.
Sur la promesse que lui fait le

@

94 PHILOSOPHIE

Solitaire d'engager Morien à le
venir trouver, Calid commande
à Galip d'aller lui-même avec cet
homme, & de prendre une Escorte
suffisante. Après bien des
fatigues ils arrivèrent dans les
Montagnes de Jérusalem, où ils
trouvèrent Morien, Vieillard vénérable,
mais qui sous un rude Cilice
vivait dans un jeune continuel
& dans la plus austère pénitence.
Galip le reconnut, & le
salua de la part du Prince. Le
vertueux Solitaire n'eut pas de
peine à comprendre le sujet du
voyage des Domestiques de Calid,
& s'offrit généreusement à les
suivre en Egypte. Ils y arrivèrent;
mais à peine le Soudan eut vu
Morien, que se tournant vers
Galip, il ne put s'empêcher de
lui dire avec satisfaction, que c'était
là précisément l'homme, qu'il
avait si souvent regretté. Plein de
joie de l'avoir retrouvé, il voulut

@

HERMETIQUE. 95

l'engager à rester dans le monde,
mais Morien avait d'autres pensées,
il ne cherchait que la conversion
du Prince, & le Prince ne
cherchait que des Richesses. Le
Solitaire ignorait sans doute qu'il
est plus facile de pervertir trente
Chrétiens, tant nous sommes faibles,
que de convertir un seul Mahométan.
Morien eut beau tourner
ses instructions de différentes
manières, il ne put toucher le coeur
du Soudan. Le Prince content de
posséder cette source de tant de
Trésors, lui fit chercher une maison
convenable à son mérite, &
après plusieurs entretiens, où le
pieux Philosophe sonda inutilement
le coeur de Calid, il lui découvrit
enfin les secrets mystères,
qu'il souhaitait depuis longtemps
avec ardeur.
De savoir ce que devint Morien,
c'est ce que l'on ignore, mais
son Histoire & ses conversations

@

96 PHILOSOPHIE

ont été écrites, tant par Morien lui-
même, que par Galip, l'Esclave
fidèle de Calid, & Calid a laissé
pareillement sur ce sujet quelques
petits Ouvrages, qui sont imprimés
dans nos recueils de la Philosophie
Hermétique.

XXI.

Dans quel temps vivaient Adfar,
Morien & Calid.

Mais dans quel temps vivaient
Adfar, Morien & Calid? C'est une
question que l'on a droit de nous
faire; & c'est ce qu'il est bon d'examiner.
Marquons d'abord que François
Bacon & Arnauld de Villeneuve,
qui parurent, l'un au commencement,
& l'autre à la fin du treizième
siècle, ont cité Morien
comme un Ecrivain autorisé parmi
les Philosophes Hermétiques;
& le Traducteur Latin de Morien
nommé Robertus Castrensis, assure
qu'il

@

HERMETIQUE. 97

qu'il l'a traduit de la langue Arabe,
l'an 1182. ainsi l'Original était plus
ancien. Je le crois même du milieu
du onzième siècle, temps où la Philosophie
Hermétique était extrêmement
pratiquée chez les Arabes;
ce fut sans doute vers l'an 1045. un
demi-siècle avant nos premières
Croisades. C'est donc aussi le temps
où Calid peut avoir vécu, & je
l'ai qualifié, non pas du Titre de
Calife, c'est-à-dire, Souverain de
l'Egypte, mais seulement de celui
de Soudan, ou Lieutenant du
Calife. Quelques manuscrits &
quelques éditions de son Traité le
font Juif, ce qui ne s'accorde point
avec la suite de l'Histoire.
Morien était un Vieillard vénérable,
âgé du moins de soixante-
quinze ans, lorsqu'il travailla pour
la seconde fois avec Calid; je lui
donne vingt ans lorsqu'il se rendit
en Egypte pour y voir Adfar;
ainsi il s'y est transporté sur la fin
Tom. I. E

@

98 PHILOSOPHIE

du dixième siècle; c'est tout ce
que je puis dire de plus vraisemblable,
ou si l'on veut, de moins
déraisonnable.
Cependant la lecture du Livre
de Morien pourrait encore faire
naître quelques autres difficultés
chronologiques; mais que nous
importe, nous ne sommes pas préposés
pour les épuiser toutes?
N'est-il pas juste d'en laisser quelques-unes
à résoudre à ceux qui
viendront après nous? Ce sera une
consolation pour ces esprits inquiets,
critiques austères, nés pour
former beaucoup de doutes; &
souvent incapables d'en résoudre
aucun.

XXII.

Avicenne pratique la Philosophie
Hermétique.

Le Corasan vit encore paraître
sur la fin du dixième siècle,

@

HERMETIQUE. 99

Ebn Sina, c'est-à-dire le célèbre
Avicenne, qui naquit à Boccara,
Ville principale de cette Province,
vers l'an 370. de l'Egire, ou 980.
de l'Ere Chrétienne. Un génie aisé
& facile lui fit faire de grands progrès
dans les Mathématiques, &
même dans la plus sublime Philosophie:
il y était perfectionné dans
un âge où les autres commencent
à peine à les étudier; il n'avait que
seize ans, lorsqu'il passa de ces
sciences à celle de la Médecine,
où il réussit avec la même célérité,
& l'on prétend qu'il eut une si
grande sagacité dans la connaissance
des maladies, qu'il découvrit
par le seul battement du pouls,
que celle du neveu de Cabous,
Roi de Giorgian, n'était causée
que par l'Amour: & par un stratagème
dont il se servit, il découvrit
encore quel était l'objet de sa
passion. Il semble que ce récit soit
E ij

@

100 PHILOSOPHIE

copié sur ce qu'Appien (1) rapporte
du Médecin Erasistrate, qui
connut une pareille maladie dans
Antiochus, fils de Seleucus, Roi
de Syrie. Ces deux faits tout ingénieux
qu'ils paraissent, ont l'air
de contes imaginés, pour illustrer
ceux à qui on les attribue.
La Médecine & la Philosophie
qui furent sa principale occupation,
lui donnèrent tant de crédit,
que le Sultan Magdal Doulet crut
ne pouvoir mieux faire, que de
mettre un génie aussi pénétrant à
la tête des affaires. Il en fit donc
son premier Vizir. Ce Prince ignorait
sans doute, que ce n'est pas
tant l'homme d'esprit, que l'homme
prudent, qui réussit dans le
Gouvernement de l'Etat & dans
les négociations; il en fut néanmoins
persuadé, mais après coup,


----------------------------------
(1) Appianus in Bello Syriaco.
@

HERMETIQUE. 101

& se vit contraint de le priver du
poste qu'il lui avait confié. Avicenne
en abusait trop ouvertement:
il s'adonnait avec excès à l'intempérance
du vin, crime capital dans
un Musulman, & se livrait sans aucun
égard à la débauche de femmes,
faute essentielle à tout homme,
& plus encore à un Philosophe.
Son dérangement fut si grand,
qu'il en contracta différentes maladies,
qui le conduisirent au tombeau,
& mourut l'an 428. de l'Egire,
ou 1036. de l'Ere Chrétienne,
âgé de 56. ans, & fut inhumé
à Hamadan, Ville de la Perse,
connue autrefois sous le nom d'Ecbatane,
Capitale de la Medie. Mais
la conduite d'Avicenne fit dire par
une espèce de proverbe, que ni sa
Philosophie n'avait pu lui procurer
la sagesse, ni la Médecine lui
rendre la santé.
Nous avons de lui six ou sept
Traités imprimés sur la Philosophie
E iij

@

102 PHILOSOPHIE

Hermétique, peut-être en a-
t-on supposé quelques-uns, pour
les faire passer sous un nom aussi
célèbre que celui d'Avicenne, dont
la gloire a été si grande dans toute
l'Asie, qu'il a mérité d'illustres
Commentateurs dans les douzième
& treizième siècles. L'Europe même
l'avait pris pour son Maître
dans la Médecine; jusque-là qu'il
fut enseigné publiquement dans
les Ecoles jusqu'au rétablissement
des Lettres, ou plutôt jusqu'à la
réformation de la Médecine; mais
que ses Traités soient vrais ou faux,
ils n'en sont pour cela, ni plus
clairs, ni plus intelligibles. Il faut
comme aux autres Artistes une clef
pour y comprendre quelque chose.
Quoiqu'il ne paraisse pas que la
Science Hermétique se soit continuée
chez les Arabes modernes, on
en trouve cependant quelques traces
jusques dans les deux derniers
siècles. Jean Leon Africain, Mahométan

@

HERMETIQUE. 103

converti, marque dans sa
description de l'Afrique, qu'il avait
connu à Fez des Particuliers, qui
pratiquaient cette Science, ou si
l'on veut, qui se livraient à cette
extravagance; Borrichius (1) nous
apprend qu'un Savant Anglais,
nommé Thomas Parry avait connu
à Tanger en 1664. des Artistes
qui s'y appliquaient: Mais en faut-
il d'autres preuves que les Manuscrits
rapportés d'Egypte par
le célèbre Vansleb, & qui sont actuellement
dans la Bibliothèque de
Sa Majesté? Le 984e. page 205.
(2) a été écrit au Caire en 1683.
preuve certaine qu'il y avait alors
dans cette grande Ville des hommes,
peut-être même y en a-t-il


----------------------------------
(1) Borrichius de ortu & progressu chimiae p. 122.
(2) Voyez le Catalogue ci-après au Tome III. de cet ouvrage page 30.
E iiij

@

104 PHILOSOPHIE

encore d'assez insensés, pour s'appliquer
à la transmutation des métaux.

XXIII.

La Philosophie Hermétique passe
chez les Latins.

Jusqu'au treizième siècle la
science Hermétique était restée
en Orient, c'est-à-dire chez les
Egyptiens, les Grecs & les Arabes:
elle avait même à la suite du
Mahométisme coulé jusques dans
les parties Occidentales de l'Afrique.
Mais vers le milieu de ce siècle
elle pénétra dans l'Occident. Il
n'est pas difficile de conjecturer
de quelle manière se fit ce passage.
Les Croisades commencées à la
fin du onzième siècle nous procurèrent
quelques relations avec les
Sarrasins Arabes. D'un autre côté
les Latins s'étant rendus maîtres

@

HERMETIQUE. 105

de Constantinople l'an 1205. ils
étaient à la source de la Science
Hermétique. Ils cherchèrent donc
à se former dans les connaissances,
qui avaient cours chez les Grecs;
le besoin nous fit apprendre la Langue
de ces deux Nations, & l'on
traduisit en Latin quelques-uns de
leurs Livres. La Philosophie commença
dès lors à se former parmi
nous sur celle de ces Peuples. Et
l'on voit dans ces mêmes temps à la
Cour de l'Empereur Frédéric, deux
fils d'Averroes, célèbre Philosophe
Arabe, dont les Ecrits furent
ensuite adoptés dans nos Ecoles.
La guerre des Princes n'empêcha
pas vraisemblablement les
Philosophes des différentes Nations,
de communiquer les uns
avec les autres. On sait que les
intérêts opposés des Souverains
touchent peu les Savants. Ordinairement
ils ne sont occupés que
de leurs idées vraies ou fausses.
E v

@

106 PHILOSOPHIE

Rarement sont-ils ennemis au milieu
même des plus grands troubles;
dès qu'ils se joignent ils se
communiquent leurs imaginations
ou leurs pensées, comme on voudra
les nommer. C'est ainsi que la
Chimie Hermétique a passé des
Grecs aux Arabes, & de tous les
deux aux Latins.
Aussi voyons-nous au milieu du
treizième siècle, que cette Science
se trouve en même temps cultivée
dans les différents Royaumes, dans
lesquels même elle s'est perpétuée
& dès lors nous n'en remarquons
plus de traces chez les Grecs,
comme si cette Science avait été
entièrement perdue & anéantie
parmi eux.
Roger Bacon s'y appliqua donc
avec succès en Angleterre, Christophe
de Paris & Rupescissa en France;
Albert le Grand en Allemagne,
& Saint Thomas en Italie. L'on
sait combien toutes ces Nations

@

HERMETIQUE. 107

avaient coopéré aux Croisades contre
les Sarrasins, & avaient donné
du secours pour la prise de Constantinople;
au lieu que les Espagnols,
qui avaient assez d'occupation
chez eux, & qui ne pouvaient
qu'à peine se soutenir contre les
Maures, n'ayant fourni aucunes
troupes pour ces expéditions, si ce
n'est peut-être quelques Catalans,
ne participèrent point à ces connaissances.
Il est vrai cependant
que Raymond Lulle s'y est formé sur
la fin de ce siècle; mais il ne fait
pas difficulté d'avouer que ce fut
par le moyen de Bacon & d'Arnauld
de Villeneuve, qu'il fait gloire
de reconnaître pour ses Maîtres.
La Science Hermétique étant
nouvelle en Europe, pouvant même
être utile à qui aurait eu le
bonheur d'y réussir; il n'y eut guères
de Savant du premier ordre
qui ne voulut s'y appliquer, Moines,
Abbés, Evêques, Médecins,
E v

@

108 PHILOSOPHIE

Solitaires; tous s'en firent une occupation:
c'était la folie du temps,
& l'on sait que chaque siècle en
a ordinairement une qui lui est propre;
mais malheureusement celle-
ci a régné plus longtemps que les
autres, & n'est pas même entièrement
passée.
Cependant un ouvrage plus ancien
que tous ceux que je cite ici
parmi les Latins, avait déjà paru;
son Auteur prend un nom,
qui tient plus de l'Arabe que de
l'Européen; c'est Artese, qui a la
hardiesse de nous assurer vers le
milieu de son Traité, qu'il a vécu
plus de mille ans; comme si on
devait l'en croire sur sa parole. Je
me détermine à mettre la supposition
de cet ouvrage entre les Arabes
& les Latins, puisqu'il cite
Adfar, ainsi il doit avoir paru après
Morien, & lui-même est cité par
Bacon le plus ancien des Latins,
qui se soit appliqué à la Science

@

HERMETIQUE. 109

Hermétique. Ainsi son Traité a été
écrit vraisemblablement dans le
douzième siècle. Et je puis dire
que c'est un des moins obscurs de
tous ceux qui ont écrit sur cette
Science. Sa phrase qui est entièrement
Latine, est une preuve de sa
supposition.

XXIV.

Roger Bacon est un des premiers, qui
s'applique à la Science Hermétique.

Roger Bacon qui le premier des
Anglais, s'est livré à la Philosophie
Hermétique, était un de ces génies
supérieurs & pénétrants, auxquels
il suffit de faire entrevoir
une science, pour leur donner
lieu de l'approfondir entièrement.
Outre la Théologie qu'il possédait
à fond, rien ne lui fut étranger;
non seulement dans les sciences
nécessaires, comme la Médecine,

@

110 PHILOSOPHIE

& la Physique, mais même
dans celles qui n'étant que de
curiosité, se trouvaient presque
inconnues de son temps; les Mathématiques,
la Géométrie, les
Mécaniques, la Perspective &
l'Optique firent son occupation &
ses délices. Il opéra de si grandes
merveilles, par le secours de ces
sciences; que dans un siècle d'ignorance,
on le traita de Magicien:
il pénétra même dans la
Chimie presque aussi loin qu'on
a fait après lui. Ce Savant homme
naquit en 1214. près d'Ilcester
dans le Comté de Sommerset.
Il fit des progrès extraordinaires
dans les Etudes préliminaires;
& dès qu'il fut en état
de prendre un parti, il entra dans
l'ordre de S. François, c'était
le goût du temps. Après les premières
Etudes qu'il fit à Oxford,
il vint à Paris, où il apprit les
Mathématiques & la Médecine.

@

HERMETIQUE. 111

De retour à Oxford, il s'appliqua
aux Langues & à la Philosophie,
en quoi il fit de si grands progrès,
qu'il écrivit trois Grammaires, une
Latine, une Grecque, & la troisième
Hébraïque. Il entendit parfaitement,
& même il expliqua la
nature des Verres Sphériques,
sur lesquels (1) il écrivit un Traité
fort curieux, & fit connaître
leur force, en brûlant des matières
dans l'éloignement.
On voit par ce qu'il a fait sur
la Perspective, à quel point il a
poussé l'Optique dans toutes ses
parties, il y parle solidement de
la réflexion & réfraction de la lumière,
il décrit la chambre obscure,
& toutes les sortes de verres,
qui augmentent ou diminuent les
objets en les approchant, ou les
écartant de l'oeil.


----------------------------------
(1) Rogerius Bacco de Speculis.
@

112 PHILOSOPHIE

Il a même connu l'usage du
tube optique ou Télescope, qu'on
a cru une invention plus moderne.
Bacon était presque le seul Astronome
de son temps; il remarque
une erreur considérable à l'égard
de l'année solaire, qui avait augmenté
depuis la réformation de Jules
César. Bacon proposa donc en
1267. au Pape Clément IV. qui
était habile, un plan pour corriger
(1) cette erreur, & ce plan


----------------------------------
(1) Quod autem hic intendo est de correctione Calendarii, quo utitur Ecclesia. Julius quidem
Caesar in Astronomia edoctus, complevit
ordinem Calendarii, secundùm quod potuit in
tempore suo; & sicut Historiae narrant, contra
Achorium Astronomum & Eudoxum ejus Doctorem,
disputavit in Aegypto, de quantitate anni
solaris, super quam fondatum est Calendarium
nostrum, undè sicut Lucanus refert,
ipse dixit.

Non meus Eudoxi vincetur fastibus annus.
Sed non pervenit Julius ad veram anni quantitatem, quam posuit esse in Calendario nostro

@

HERMETIQUE. 113

est le même qu'on a suivi trois
cents ans après dans la correction,
qui fut faite du Calendrier par Ordre
du Pape Grégoire XIII.
La pénétration, & l'activité de
Bacon ne lui permirent pas d'en
rester à ces sciences, il se tourna
du côté des Mécaniques, qu'il
apprit à fond. Et à l'imitation d'Archytas,
qui avait fait un Pigeon
de bois, qui pouvait voler, il
inventa, dit-on, des machines pour
voler en l'air, aussi bien qu'un


----------------------------------
365. dies & quartam diei integram; quae quarta
colligitur per quatuor annos, ut in anno Bissextili
computetur unus dies, plus quam in aliis
annis communibus. Manifestum autem est per
omnes computistas antiquos & novos, sed &
certificatum est per vias Astronomiae, quod
quantitas anni solaris non est tanta, imò minor,
& istud minus aestimatur à sapientibus esse
quasi 130. partes unius diei, unde tanquam in
130. annis superfluè computatur unus dies, qui
si auferretur effet Calendarium correctum quoad
hoc peccatum. Itae Rogerius Bacco in manuscripto
Oxoniensi, ex Historia Medicinae J. Freind, Gallice
versa in 4°. Paris 1728. page 321.

@

114 PHILOSOPHIE

Chariot à ressort, qui allait aussi
vite, que s'il eût été traîné par
des Chevaux. Il sut l'Art de
mettre des Statues en mouvement
& de tirer des sons articulés d'une
tête d'Airain. Il fit plus, puisque
par le moyen de la Chimie, il
inventa le secret de la poudre. Il
décrit lui-même les matières dont
elle est (1) composée, & les effets


----------------------------------
(1) In omnem distantiam, quam volumus possumus artificialiter componere ignem comburentem
ex Sale petrae, & aliis (id est Sulphure
& Carbonum pulvere, ut in Ms: Germani Langbaine
legitur) praeter haec (id est, combustionem)
sunt alia stupenda naturae: nam soni velut
Tonitrus, & coruscationes possunt fieri in aëre,
imò majore horrore, quam illa quae fiunt per
naturam: nam modica materia adaptata, scilicet
ad quantitatem unius pollicis, sonum facit
horribilem & corruscationem ostendit violentam
& hoc fit multis modis, quibus civitas aut
exercitus destruatur ... igne exiliente cum fragore
inestimabili ... mira haec sunt, si quis sciret
uti ad plenum, in debita quantitate & materia
Idem Rogerius Bacco in opere suo manucripto
ad Clementem IV. & in Epistola ad Joannem
Parisiensem Episcopum, Cap. 6. & in tractatu
de secretis artis & naturae operibus, atque nullitate
magiae, ubique edita.

@

HERMETIQUE. 115

extraordinaires qu'elle produit,
qui sont sa lumière & son bruit
extraordinaire. Tant de découvertes
dans un seul homme, seraient
incroyables, si ses propres
écrits, soit manuscrits, soit imprimés
n'en faisaient foi; elles lui
firent même donner le titre de
Docteur admirable.
Doit-on s'étonner après tous
ces prodiges de le voir traiter de
Magicien, par des Gens qui ne
s'appliquaient qu'à une mauvaise
Théologie, & d'apprendre que
ceux mêmes de son ordre refusèrent
de mettre ses ouvrages dans
leur Bibliothèque, comme d'un
homme qui devait être proscrit de
la société, & avec qui on ne pouvait
avoir aucune liaison.
Enfin soit ignorance, soit jalousie,
comme il n'arrive que trop
souvent dans les Communautés,
ils le persécutèrent en 1278. & l'année
suivante ils eurent le crédit

@

116 PHILOSOPHIE

de le faire emprisonner; & cet
habile Philosophe est obligé d'avouer,
qu'il eut plus d'une fois lieu
de se repentir d'avoir pris tant de
peine à se perfectionner dans les
Arts & dans les Sciences. Il fut même
contraint d'abandonner la maison
de son Ordre & de se former
une retraite, où il travaillât plus
tranquillement; & l'on assure que
l'on montre toujours auprès d'Oxford
une maison qui porte encore
le nom de frère Bacon, qu'il avait
choisie (1) pour ses Etudes & ses
expériences. Mais quoiqu'il eût
donné des moyens pour prolonger
la vie, il mourut lui-même en


----------------------------------
(1) Extat hodieque Oxonii Domus Rogerii Baconis, incolis, The howse of Fraer Bacon
appellata, quam cum ab altera Tamesis Urbem
lambentis ripa mihi ostenderet Edmundus Dichinsonus,
Medicus insignis, adjecit Rogerium
Monachorum quorumdam obtrectationibus
quotidie proscissum, in ulteriori ripa fixisse sibi
aedes, Olaus Borrichius de origine & progressu
Chimiae, pag, 128, in-4. Hasniae, 1668.

@

HERMETIQUE. 117

1292. dans un âge, qu'on ne saurait
dire extraordinaire, puisqu'il
n'avait pas plus de 78. ans. Mais
il a soin de prévenir la difficulté
que l'on pouvait lui faire à cet
égard, en marquant qu'il n'y a ni
régime, ni remède contre l'antique
corruption de nos parents, que nous
apportons en naissant, à moins
qu'on ne s'y prenne dès la jeunesse:
& c'est à quoi l'on ne pense
point alors.
Nous avons peu d'ouvrages de
ce grand homme, qui soient imprimés;
mais les Bibliothèques d'Angleterre
en conservent un très
grand nombre en manuscrit: &
l'on ne peut sur la Science Hermétique
rien pénétrer dans ce qu'il
en écrit, ayant eu lui-même pour
principe, qu'on devait tenir cachés
tous les secrets de la nature
& de l'art que l'on découvrait,
sans jamais les révéler, parce que
ceux à qui on les communiquerait,

@

118 PHILOSOPHIE

pourraient en abuser, ou pour leur
propre perte, ou même au détriment
de la Société.

XXV.

La Science Hermétique pratiquée
dans les autres Pays.

Les progrès de la Science Hermétique
ne se firent pas seulement
sentir en Angleterre; on la vit
prospérer en même temps chez les
autres Nations. Mais on ne doit
pas être surpris de ne la voir alors
pratiquée que par les Religieux,
ou les Gens d'Eglise; puisqu'ils
étaient les seuls, qui s'appliquassent
aux Sciences, sans même en excepter
la Médecine, par laquelle
ils se produisaient & se faisaient
rechercher dans le monde.
Albert le Grand, S. Thomas d'Aquin
& Alain de Lille s'y appliquèrent
donc dans ce même siècle;
le premier en Allemagne, S. Thomas

@

HERMETIQUE. 119

en Italie & Alain, soit en
France, soit dans les Pays-Bas sa
patrie.

A L B E R T LE G R A N D.


L'esprit universel d'Albert, joint
a une curiosité louable dans un
aussi grand Philosophe, ne lui permit
pas de passer par dessus la
Science Hermétique, sans du
moins s'y arrêter quelques moments.
Ce Savant homme né en 1193.
d'une illustre famille à Lawingen
dans le Duché de Neubourg sur
le Danube, fut d'abord d'un génie
assez tardif; ce qui n'est pas toujours
un défaut. Il avait près de
trente ans, lorsqu'en 1222. il entra
dans l'Ordre de S. Dominique: il
eut donc quelque difficulté à se
former dans les Sciences: mais
à peine son esprit se fut développé,
qu'en six mois il avança plus qu'un
autre n'aurait fait en plusieurs années;

@

120 PHILOSOPHIE

il ne lui resta de sa lenteur
que la maturité d'esprit, nécessaire
pour réussir dans les Sciences,
même dans les plus sublimes. Son
mérite reconnu, porta ses Supérieurs
à le faire enseigner en différentes
Maisons de leur Ordre;
& surtout à Cologne, où il reçut
en 1244. S. Thomas d'Aquin, pour
un de ses Elèves. L'année suivante
il vint à Paris avec ce Disciple favori,
qu'il avait pris en affection
& qu'il se faisait un plaisir de former
dans les Sciences. Aussi Thomas
plein de reconnaissance, s'était
réciproquement attaché à son
Maître, & ne voulut pas le quitter,
quand Albert retourna de Paris à
Cologne en 1248. Il participa même
à la gloire que reçut Albert,
lorsque l'Empereur Guillaume de
Hollande passant dans cette Ville
en 1249. voulut honorer Albert
d'une visite.
Ce grand Homme continuait
toujours

@

HERMETIQUE. 121

à s'appliquer aux Sciences; mais
sa prudence qui ne le distinguait
pas moins que son savoir, le fit
élire à Worms en 1254. pour être
Provincial dans son Ordre. Cependant
de grandes affaires appelèrent
Albert à Rome, & il s'y rendit
en 1255. avec S. Thomas, pour
soutenir la cause de tous les Ordres
Mendiants, attaqués alors par l'Université
de Paris; (1) Les Religieux
y avaient donné lieu par des hauteurs,
dont les hommes les plus
vertueux ont peine à se garantir,
malgré la profession d'humilité
qu'ils sont obligés de faire. Ils
avaient obtenu des Papes quelques
Bulles, qui pour l'administration
de l'Eglise, les opposaient
à l'autorité imprescriptible des Evêques.
Albert & S. Thomas, pour
obéir à leurs Supérieurs, furent


----------------------------------
(1) Vide Historiam Universitatis Parisiensis ad annum 1255.
Tom. I. F

@

122 PHILOSOPHIE

obligés de défendre les Privilèges
des Religieux Mendiants, l'Université
de Paris tint ferme, & conserva
les Droits de l'Episcopat.
L'Affaire des Réguliers n'était
pas encore terminée, lorsque
Albert retourna en Allemagne,
un poste supérieur l'y attendait.
Il eut beau se renfermer dans son
Cloître, le Pape Alexandre IV.
l'en retira, pour remplir en 1259.
le Siège de Ratisbonne. Albert
accepta, mais il ne fut pas longtemps
à s'apercevoir, que la dignité
Episcopale, dont il fallait alors
défendre les Droits à main
armée, ne convenait pas à un
homme élevé dans la tranquillité
du Cloître. Il avait goûté la douce
& séduisante oisiveté des Sciences,
& surtout de la Philosophie,
qui demande l'homme tout
entier, & qui souvent ne le laisse
point à lui-même; ce fut moins
un attrait qu'une passion tyrannique,

@

HERMETIQUE. 123

qui l'entraînait vers l'Etude
dans le temps qu'il fallait se livrer
au gouvernement, & aux besoins
des autres. Albert quitta donc son
Evêché en 1262. il se rendit à
Cologne, dont la Retraite avait
fait ses plus chères délices; &
continua de s'y livrer à l'Etude.
Mais par une fatalité attachée
quelquefois à l'excès d'application,
& dont l'Histoire des Savants
ne fournit que trop d'exemples,
Albert oublia trois ans avant sa
mort (1) tout ce qu'il avait su,
à l'exception néanmoins des devoirs
essentiels de la Religion, dans
lesquels une pieuse habitude le
fit toujours persévérer avec la même
régularité, jusques à la fin de
l'an 1280. qu'il mourut à Cologne
âgé de 87. ans.
C'est en vain que les Historiens


----------------------------------
(1) Tolomeus de Luca, qui vixit XIII. seculo in Historia Eclesiast. Lib. 2. Cap. 17.
F ij

@

124 PHILOSOPHIE

de son ordre (1) veulent persuader
que jamais Albert ne s'est appliqué
à la Science Hermétique.
Quel déshonneur y a-t-il pour un
Philosophe aussi habile, de chercher
à connaître les opérations les
plus curieuses de la nature? Ses
Livres seuls parlent pour lui, j'entends
les livres qui ne sont pas
douteux & qui sont incontestablement
de lui. On sait qu'en qualité
de Physicien il avait examiné
soigneusement ce qui regarde l'Histoire
naturelle, & surtout les
Minéraux & les Métaux. Il avait
même fait beaucoup d'expériences
singulières; c'est ce qui a produit
le Livre de secret des secrets, imprimé
quatre ou cinq fois depuis
la première Edition qui s'en fit à
Venise en 1508. L'endroit même


----------------------------------
(1) Quetif & Echardus Bibliatheca Dominicanorum, Tom. I. in Alberto Magno.

@

HERMETIQUE. 125

rapporté par les Ecrivains de son
ordre, prouve directement le contraire
de ce qu'ils prétendent: l'Habile
Philosophe y assure que lui-
même a fait éprouver de l'Or &
de l'Argent, qu'un Alchimiste (1)
lui avait produit, que ces Métaux
avaient résisté à six ou sept fusions
très violentes; mais qu'une huitième
fit aller en Scories tout le
prétendu Métal, c'est néanmoins
dans ce même Chapitre, qu'il reconnaît
la possibilité de la transmutation
Métallique, pourvu que
l'Artiste sache bien imiter la nature.
Ne sent-on pas dans cette opération,
& dans ce Discours la


----------------------------------
(1) Propter quod ego experiti feci quod aurum Alchymisticum, quod ad me devenit, &
similiter argentum, quum fex vel septem ignes
sustinuerit, statim ampliùs ignitum consumitur
& perditur & ad fecem quasi revertitur. Albertus
Magnus Lib. 3. Mineralium, Tract. 1.
cap. 9.

@

126 PHILOSOPHIE

conduite d'un Philosophe Hermétique,
qui sait de quelle manière se
font les épreuves de cette science,
& qui néanmoins sans s'expliquer
davantage, ne disconvient pas de
la réalité de la transmutation? Aussi
Albert assure dans le même
ouvrage que c'est au Chimiste,
& non pas (1) au Physicien à juger
de la transmutation des Métaux,
parce que le premier à des
moyens sûrs & faciles, pour en
faire les épreuves. Il va plus avant,
& parlant en véritable Praticien de
la Science Hermétique, il fait
connaître que les Métaux (2) sont


----------------------------------
(1) Albert. M. Lib. 3. Mineral. c. 1. de transmutatione horum corporum metallicorum,
& mutatione unius in aliud, non est Physici determinare,
sed artis, quae est Alchymia. Est autem
optimum genus hujus inquisitionis, & certissimum,
quia tunc per causam unius cujusque
rei propriam, res cognoscitur, & de accidentibus
ejus minimè dubitatur, nec est difficile
cognoscere.
(2) Albert. Mag. Lib. 3. Mineralium cap. 2.
@

HERMETIQUE. 127

composé d'une humidité onctueuse
& subtile, qui est fortement
unie & incorporée avec une matière
subtile & parfaite. Il n'y a
qu'un Artiste habile, qui se puisse
expliquer avec cette précision.
Que l'on examine attentivement
ce Traité des Minéraux & l'on y
verra que tout y respire; un Philosophe
qui a pratiqué la Science
Hermétique, surtout le 4e Livre
où l'Auteur fait l'analyse des
Métaux, & particulièrement du
Mercure. Le troisième même que
l'on a déjà cité, montre combien
il est facile de convertir l'Argent
en Or: il semble qu'Albert l'a pratiqué
lui-même. (1)


----------------------------------
Prima materia Metallorum est humidum unctuosum, subtile, quod est incorporatum terrestri
subtili fortiter commixto.
(1) Ex argento facilius fit aurum quam ex alio Metallo, non enim mutare oportet in ipso
nisi colorem & pondus & haec de facili fiunt.
Albert. Magnus de Mineralib. Lib. 3. tract. 2. cap.
6. ad finem.

@

128 PHILOSOPHIE

Doit-on s'étonner après cela
que l'on ait attribué à ce Philosophe
les Livres de la Science
Hermétique, que nos Anciens lui
ont constamment donnés. Comme
un Savant versé dans la connaissance
de la nature, était un prodige
inconnu dans un siècle aussi
brut que le XIIIe. où l'on n'étudiait
qu'une mauvaise Philosophie,
on fit l'honneur à Albert
de le traiter de Magicien, parce
qu'il ignorait moins de curiosités
naturelles, que les autres Philosophes.
Albertus fuit (1) Magnus in
magia, Major in Philosophia, Maximus
in Theologia: c'est ce qu'on
a dit de lui longtemps même après
sa mort.
L'Origine de cette qualification


----------------------------------
(1) Chronicon magnum Belgicum. Ouvrage qui est de l'an 1480. ou environ, & Jean Beka
au treizième siècle dit dans sa Chronique Albertum
magnum in Necromantia.

@

HERMETIQUE. 129

vient d'une petite historiette que
l'on distribua dans le temps, & que
l'on mit sur le compte d'Albert, que
l'on croyait peut-être plus habile
qu'il n'était. On prétend que ce
grand homme ayant prié Guillaume
Comte de Hollande, de vouloir
bien permettre que leur Maison
de Cologne eût l'honneur de
lui donner à souper; Albert fit
dresser la Table dans les Jardins
du Couvent. On était alors
dans la saison la plus rigoureuse
de l'hiver, qui était même assez
rude; & la terre était couverte de
Neige. Les Courtisans qui accompagnaient
Guillaume, ne purent
s'empêcher de murmurer contre
l'imprudence d'Albert, qui exposait
ce Prince aux intempéries de
la plus dure saison de l'année.
Mais tout à coup la Neige disparut
& l'on sentit, non seulement
toute la douceur du Printemps;
mais même le parterre se trouva
F v

@

130 PHILOSOPHIE

rempli des fleurs les plus odoriférantes;
les Oiseaux se mirent à
chanter & les Arbres à pousser des
boutons. Cette métamorphose ne
laissa pas de les surprendre. Mais
ils furent bien plus étonnés, lorsqu'après
le repas, toute cette douceur
de l'air, ces fleurs & ce chant
des Oiseaux, ce Printemps si agréable,
tout s'évanouit, tout disparut
en un moment, & le froid
recommença avec la même rigueur
qu'auparavant.
Que l'on trouve ce petit conte
dans mon ouvrage, on n'en sera
pas étonné; il est fait pour raconter
les folies des hommes. Mais
de le rencontrer dans l'Histoire de
l'Université (1) de Paris, Livre
sérieux & dogmatique, c'est ce qui
n'est point pardonnable.


----------------------------------
(1) Historia Universitatis Parisiensis Tome III. pag. 213.

@

HERMETIQUE. 131

S. T H O M A S D'A Q U I N.

Albert le Grand avait formé
dans S. Thomas, un Elève auquel il
découvrait ce qu'il avait de plus secret.
Peut-être le prit-il en affection,
parce qu'il lui trouva un grand
fond de piété, joint à une extrême
maturité d'esprit, que nous traiterions
de lenteur. Quoiqu'il en soit
Albert donna tous ses soins à perfectionner
un sujet, qui le méritait,
& par sa docilité & par sa naissance.
On sait qu'il tirait son origine
des Comtes d'Aquin, l'une
des premières maisons du Royaume
de Naples. Sa vie qui se trouve
dans nos Légendaires & dans
nos Livres sur l'Histoire Ecclésiastique,
le fait assez connaître;
sa mort arrivée au mois de Mars
1274. n'ayant pas encore 50. ans,
priva le Concile général de Lyon,
où il était mandé, d'une des plus
F vj

@

132 PHILOSOPHIE

grandes lumières, qu'on pût y admettre.
Mais on se garde bien dans tous
ces ouvrages de le faire paraître
sur le pied de Philosophe Hermétique,
tant on est persuadé qu'il
y a du déshonneur à prendre quelque
teinture d'une science, qui
passe pour le période de la folie.
Je conviens qu'un zèle indiscret
a fait mettre sous le nom de
cet homme illustre, quelques Traités,
qui ne sont pas de lui: mais
il y en a quelques autres, que l'on
aurait peine à lui contester. Celui
de la nature des Minéraux, (1) n'est
pas digne à la vérité d'un aussi grand
Philosophe, non plus que le Commentaire
sur la Tourbe, qu'on lui
attribue, aussi bien que quelques
autres. Cependant son tresor d'Alchimie,


----------------------------------
(1) De esse & essentia Mineralium in-4°. Venetiis 1488. Il y en a encore plusieurs autres, éditions.

@

HERMETIQUE. 133

adressé à Frère Regnauld,
son compagnon & son ami, ne
respire que la pratique d'une Philosophie
singulière & secrète, qu'il
a vu du moins exercer par Albert
le Grand, qu'il cite dans ce Livre
comme son maître en tout genre,
& surtout dans cette science. On
n'ignore pas d'ailleurs, qu'il adresse
au même Frère Regnauld,
plusieurs autres Livres sur des connaissances
beaucoup plus curieuses,
qu'elles ne sont utiles ou nécessaires;
tel est son Traité sur
l'Astrologie judiciaire.
Mais S. Thomas y fait trois choses
qui font connaître son caractère,
d'abord d'écrire avec beaucoup
de précision & de netteté, en second
lieu de recommander la prudence
& le secret sur ce qu'il lui
écrit, afin de ne pas divulguer
une opération de cette importance
à des personnes qui n'en seraient

@

134 PHILOSOPHIE

pas dignes; (1) enfin d'avoir toujours
Dieu présent, dans toutes ses
actions, & de s'appliquer plutôt à
la prédication & au salut des âmes
qu'à une science, qui ne peut que lui
procurer quelques avantages temporels.
(2) Ce petit Traité ne contient
que huit pages, & c'est ce
que j'ai vu de meilleur en ce genre
pour qui le sait entendre.
Mais que répondre à ce que S.
Thomas dit lui-même, dans des
ouvrages incontestables? Parle-


----------------------------------
(1) Ne fis garrulus, sed pone ori tuo custodiam; & ut filius sapientum, Margaritas ante
porcos non projicies. Thesaur. Alchimicae cap. 1.
fac sicut te ore tenus docui, ut scis quod tibi
non scribo, quoniam peccatum esset hoc secretum
viris saecularibus revelare, qui magis hanc
scientiam propter vanitatem, quam propter debitum
finem & Dei honorem quaerunt. Ibidem
capite 8.
(2) Noli ergo te, charissime, cum majori opere occupare, quia propter Salutis & Christi
praedicationis officium, & lucrando tempus magis
debes attendere divitiis spiritualibus, quam
lucris temporibus inhiare. Ibidem cap. 8.

@

HERMETIQUE. 135

t-il en Théologien, il reconnaît,
qu'il n'est pas défendu de
vendre pour de véritable or celui
que l'on ferait (1) par l'Alchimie?
Et lorsqu'il parle en Philosophe,
il témoigne que le but des
Alchimistes (2) est de changer
en Métaux parfaits, ceux qui sont
imparfaits, & que cette transmutation
même est possible. N'est-ce
pas convenir des faits?
Cependant on sent bien par ses
ouvrages, qu'il a moins pratiqué


----------------------------------
(1) Si autem per Alchymiam fieret aurum verum, non esset illicitum ipsum pro vero vendere;
quia nihil prohibet artem uti aliquibus naturalibus
causis ad producendum naturales & veros
effectus: sicut Augustinus dicit in 3. de Trinitate.
S. Thomas Aquinas 2. 2. quaest. 77. artic.
2.
(2) Praecipuus Alchymistarum scopus est transmutare Metalla, scilicet imperfecta, secundum
veritatem & non Sophisticé S. Thomas
in Lib. 4. Meteorum initio. Idem, Metalla
transmutari possunt unum in aliud, cum naturalia
sint, & ipsorum materia eadem.

@

136 PHILOSOPHIE

cette science, qu'il ne l'a vu pratiquer
par d'autres: mais cela n'empêche
pas de dire qu'il en connaissait
les principaux procédés,

A L A I N DE L'I S L E.


Alain de l'Isle s'appliqua à cette
même science soit en France, soit
dans les Pays-Bas sa patrie. Cet
homme célèbre surnommé le Docteur
universel pour l'étendue de ses
connaissances, était de l'Isle, &
sans doute parent d'un autre Alain
de l'Isle un peu plus ancien, qui de
Moine de l'Abbaye de Clairvaux,
fut fait Evêque d'Auxerre en 1151.
& qui après s'être démis de son
Evêché, mourut simple Religieux
à Clairvaux en 1182. tant ces
bonnes âmes craignaient alors
d'être chargées de l'Episcopat.
Celui dont nous parlons, après
avoir extrêmement brillé dans l'Université
de Paris, donc il fut un

@

HERMETIQUE. 137

des plus illustres Docteurs, se prit
de goût pour le Cloître; & enfin
il ne trouva rien de mieux pour
satisfaire sa dévotion, que de s'enrôler
en qualité de frère convers
à Citeaux. Peut-être même s'est-il
mis dans l'ordre inférieur des Religieux,
pour être maître de son
temps, & se livrer entièrement à la
Philosophie, qui devient une séduction
pour ceux, qui ont une
fois commencé à s'y adonner.
C'est vraisemblablement dans
cette Retraite qu'Alain pratiqua la
Science Hermétique.
Il y a lieu de croire qu'il s'y est
appliqué avec quelque succès,
puisqu'étant mort seulement en
1298. on croit qu'il a vécu plus
de 100. ans. Ainsi l'usage de l'élixir
des Sages, qui est une branche
de la Philosophie Hermétique
l'aura fait aller à cet âge si
avancé. D'ailleurs on sait que par
une jalousie ordinaire aux plus célèbres

@

138 PHILOSOPHIE

Artistes, Alain est constamment
l'un de ceux qui en ont
parlé le plus obscurément. Cependant
les Editeurs de ses ouvrages,
n'ont osé y inférer ce qu'il a écrit
sur cette science; comme si c'était
déshonorer un Auteur célèbre
que de faire connaître qu'il a donné
dans une faiblesse louable, &
que l'on estimerait infiniment dans
ceux qui auraient le talent ou le
bonheur d'y réussir. Mais heureusement
son Livre, tout obscur qu'il
est, a été imprimé séparément &
se trouve même au Tome III. du
Théâtre Chimique.

XXVI.

Arnauld de Villeneuve.

C'est une contestation entre les
curieux de savoir d'où était Arnauld
de Villeneuve, était-il Catalan,
Milanais, Français, c'est de
quoi l'on est en peine, aussi bien

@

HERMETIQUE. 139

que du temps de sa naissance? Mais
il doit être né vers l'an 1245. &
mourut environ l'an 1310. puisque
le Pape Clément V. écrivit
en 1311. pendant la tenue du Concile
général de Vienne, une Lettre
circulaire, où il conjure ceux qui
vivent sous son obéissance de lui
découvrir, où était caché le Traité
de la pratique de la Médecine,
écrit par Arnauld, & dont l'Auteur
avait promis de faire présent
au Saint Père, promesse que la
mort d'Arnauld l'avait empêché
d'exécuter.
Expliquons-nous sur ces dates
en peu de mots.
Arnauld étudia la Médecine à
Paris pendant 20. ans; depuis il
en passa dix autres à Montpellier,
après quoi il ne mit pas moins de dix
ans à visiter toutes les Universités
d'Italie; il alla même en Espagne:
mais ayant appris que Pierre de
Apono son ami avait été arrêté par

@

140 PHILOSOPHIE

l'Inquisition, il se retira près de
Frédéric Roi de Naples & de Sicile,
où il fit quelques Traités de
Médecine, & surtout son Commentaire,
sur l'Ecole de Salerne.
Ces études & ces voyages n'ont
pas consommé moins de 45. ans,
il devait en avoir 20. lorsqu'il se
rendit à Paris pour y faire des Etudes
sérieuses de Médecine.
En 1309. Jacques II. Roi d'Aragon
l'envoie (1) au Pape Clément
V. pour s'accorder avec le
St. Siège, touchant le titre de
Roi de Jérusalem, que Jacques
croyait lui appartenir; en 1311.
pendant la tenue du Concile de
Vienne, le Pape écrivit sa Lettre
Circulaire. (2) Arnauld était donc
décédé entre les années 1309. &
1311. ainsi, il pouvait être né vers


----------------------------------
(1) Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, Tome IV. pag. 121.
(2) Ibidem pag. 166.
@

HERMETIQUE. 141

l'an 1245. Sa patrie nous embarrassera
moins. Symphorien Champier,
qui vivait il y a deux cents ans, le
fait naître en Languedoc. Champier
était habile Médecin & fort
curieux en histoire, il a même
vécu en Languedoc & en Provence;
ainsi sur la patrie d'Arnauld
de Villeneuve, il pouvait avoir des
lumières & une tradition, qui nous
manquent aujourd'hui. On prétend
néanmoins qu'on peut reconnaître
par ses ouvrages, qu'il était
né à Milan: mais le savant Olaüs
Borrichius (1) qui avait voyagé
en France, assure qu'il a connu
un de ses arrière-petits-fils, c'était
M. de Villeneuve Montpesat, l'un
des premiers Barons de Provence,
qui fit devant lui en 1664. à Avignon
des expériences, qui marquaient
qu'il avait hérité de la Philosophie


----------------------------------
(1) Olaüs Borrichius de ortu & progressu Chimiae, pag. 129,

@

142 PHILOSOPHIE

Hermétique d'Arnauld de
Villeneuve, qu'il reconnaissait
pour l'un de ses Aïeux, & Arnauld
avait communiqué la même
science à Pierre de Villeneuve son
frère.
Comme Arnauld avait beaucoup
d'étendue d'esprit, il apprit
des Arabes d'Espagne, & leur
Science & leur Langue; mais sa
vanité l'emporta hors des bornes
qu'un Savant doit se prescrire, de
laisser à chaque Profession la Science
qui lui est propre, à moins que
d'en avoir fait une étude particulière.
Il voulut donc se mêler de
Théologie, & fit paraître des idées,
je ne dis pas seulement trop libres
sur l'état Monastique, mais même
extravagantes sur les matières de la
Religion, & fut justement condamné
en plusieurs choses, surtout en
avançant comme il faisait, que les
Oeuvres de Charité & de Médecine
étaient plus agréables à Dieu que le
Sacrifice de l'Autel.

@

HERMETIQUE. 143

Personne ne lui conteste la qualité
d'habile Philosophe Hermétique.
Non seulement ses Ouvrages
parlent pour lui; mais nous
avons encore le témoignage du
célèbre Jurisconsulte Jean André,
son contemporain, qui assure que
de son temps parut Arnaud de Villeneuve,
" grand Théologien,
" Médecin (1) habile, & sa"
vant Alchimiste, qui faisait de
" l'or, qu'il soumettait à toutes les
" épreuves; " Il a même l'avantage
d'avoir écrit avec plus de lumières
& de clarté qu'aucun autre
Philosophe. Mais toutes ces
connaissances ne le mirent point à
l'abri de la tempête, où il périt,
voulant passer d'Italie en France


----------------------------------
(1) Joan. Andreas ad speculum, Rubric. de Crimine falsi. Nostris diebus habuimus Mag. Arnaldum
de Villanova, in Curia Rumana summum
Medicum & Theologum ... qui etiam
magnus Alchymista, virgulas auri, quas fafiebat,
consentiebat omni probationi submitti.

@

144 PHILOSOPHIE

pour aller trouver le Pape Clément
V. qui le mandait, & fut inhumé
à Gênes.
Quoique Pierre de Apono son contemporain
& son ami, ait la réputation
de grand Médecin & d'habile
Chimiste, cependant il n'a rien
dit que de commun en l'une & l'autre
Science, & n'a pas même mérité
qu'on le mît au rang des Philosophes
Hermétiques. Mais Arnaud
a fait dans cette Science un
Elève, qui a, extrêmement brillé
dans tous les genres, & dont la
vie a mérité d'être écrite par cinq
pu six Auteurs distingués.

XXVII.

Raymond Lulle s'applique à la Philosophie
Hermétique.

Cet Homme célèbre est Raymond
Lulle; & l'on peut dire qu'il
n'y a guères de Philosophe, qui
ait

@

HERMETIQUE. 145

ait fait plus de bruit dans le treizième
siècle. Son Histoire, sa Personne
& son Savoir, sont une
sorte de prodige. Né d'une Maison
illustre; originaire de Catalogne,
il suivit à l'exemple de son Père
le parti des armes, ainsi qu'il convenait
à un homme de sa naissance.
Raymond, Père de notre Philosophe,
avait accompagné Jacques
Ier. Roi d'Aragon, lorsque
ce Prince reprit en 1230. sur les
Sarrasins les Iles de Majorque &
de Minorque. Raymond acheta
des Terres dans cette nouvelle
Conquête, & le Roi pour le récompenser
de ses services, lui en
donna quelques autres.
Raymond son Fils naquit donc
à Majorque en 1235. & comme
ce n'était pas l'usage, que la Noblesse
étudiât, Raymond dans sa
jeunesse se contenta, après des études
succinctes, de suivre la Cour
du Roi Jacques I. Deux enfants
Tom. I. G

@

146 PHILOSOPHIE

mâles & une fille qu'il eut d'un
mariage avantageux, ne le fixèrent
point: selon l'usage pratiqué dès
lors par les jeunes Seigneurs, il
voulut porter son coeur ailleurs. Il
jeta les yeux sur une Dame, dont
la moindre qualité était une beauté
supérieure à ce qu'il y avait de plus
parfait à la Cour. Il était assidu auprès
de la Personne, qui faisait
l'objet de ses désirs, il sollicitait,
il écrivait, & faisait des Vers,
mais il n'avançait pas; la Signora
Ambrosia de Castello, c'était le
nom (1) de cette vertueuse Dame;
fatiguée d'avoir à sa suite
un Soupirant, & par conséquent
un Importun, cherchait à le guérir
par une froideur, qui loin de
rebuter Raymond ne servit qu'à
l'enflammer. Enfin ce Courtisan passionné,


----------------------------------
(1) D'autres la nomment Eléonore, mais qu'importe, c'est toujours la même chose à notre
égard.

@

HERMETIQUE. 147

lui ayant envoyé une pièce
de Poésie, où il décrivait la beauté
de la gorge de cette belle &
vertueuse Personne; elle se servit
de cette occasion pour ramener
Raymond à des sentiments raisonnables.
Elle lui fit connaître par
une Lettre très polie qu'elle lui
écrivit de l'aveu de son Mari, qu'étant
un Seigneur de beaucoup
d'esprit, & digne par-là de l'estime
de tout ce qui était de plus distingué
à la Cour, elle s'étonnait qu'il
s'attachât à une Personne qui méritait
si peu son attention, que
comme elle l'aimait beaucoup plus
sincèrement qu'elle ne faisait paraître,
elle lui conseillait d'élever
ses voeux vers l'Etre immortel,
au lieu de les fixer sur une médiocre
créature; mais puisque son
sein avait blessé son coeur, elle
espérait bientôt le guérir en lui découvrant
ce même sein, l'objet de
ses louanges.
G ij

@

148 PHILOSOPHIE

Raymond ne comprenait pas le
sens de cette Lettre, ingénieux à
se flatter dans sa passion, il n'y
eut point d'extravagance qu'il ne
fit, jusque-là qu'ayant rencontré
dans la grande Place de Palme,
Capitale de l'Ile Majorque, la Signoria
Ambrosia, il la suivit à cheval
jusques au milieu de l'Eglise,
où elle allait faire ses Prières. On
ne saurait exprimer à quel point
Raymond excita la risée des uns
& le mépris des autres. Enfin cette
vertueuse Dame crut que le temps
était venu de guérir la passion de
ce Courtisan, & par le conseil même
de son mari, elle lui donna un
rendez-vous. Elle ne laissa pas
néanmoins de lui suggérer auparavant
de sages conseils, pour le
détourner de ses chimériques prétentions;
mais Raymond moins rebuté
que jamais, se crut au comble
de ses désirs. Elle lui demanda
donc ce qu'il croyait faire en s'attachant

@

HERMETIQUE. 149

à la poursuivre avec tant
d'opiniâtreté. Je pense, dit Raymond,
rechercher la personne la
plus belle & la plus parfaite de
l'Europe. Vous vous trompez, lui
dit Dona Ambrosia, vous vous
trompez Seigneur, en voici la
preuve. Sur le champ elle lui découvrit
cette belle gorge dont il
avait été frappé. Mais quel fut son
étonnement de la trouver toute
ulcérée. Voyez, lui dit-elle & jugez
si ce misérable corps mérite
vos éloges & votre estime. Je vous
le conseille donc encore une fois
Seigneur, changez d'objet, vous le
méritez, élevez-vous à ce qu'il
y a de plus grand, recherchez ce
qui seul est digne de l'attention
d'une âme chrétienne.
Cet aspect toucha moins les
yeux que le coeur de Raymond,
& après avoir témoigné à cette
sage personne combien il était sensible
à son infortune, il se retire
G iij

@

150 PHILOSOPHIE

chez lui, & se sentant tout autre
qu'il n'était auparavant; il se jette
aux pieds d'un Crucifix, résolu
de se consacrer au service de Dieu.
Plein d'une résolution si chrétienne
il passa une nuit plus tranquille,
qu'il n'avait accoutumé, & pendant
le sommeil il crut voir Jésus-
Christ, qui par une faveur particulière
lui dit, Raymond suivez-moi
désormais. Cette vision s'étant réitérée
plusieurs fois, il jugea que
c'était le doigt de Dieu.
Raymond n'avait alors que 30.
ans; en 1265. Il était grand Sénéchal,
c'est-à-dire grand-maître
de la Maison du Roi, ainsi l'un des
premiers Seigneurs de la Cour,
il jouissait de toute la faveur du
Souverain, & pouvait aspirer à
tout, soit pour lui, soit pour sa
famille. Cependant l'attrait de la
grâce, fut en lui beaucoup plus
puissant que celui d'un grand établissement
& des plus flatteuses
espérances.

@

HERMETIQUE. 151

Dès lors Raymond fait un voyage
à saint Jacques de Compostelle
en 1267. pour demander à
Dieu par l'intercession de ce Patron
de toute l'Espagne, de l'éclairer
sur les voies qu'il devait tenir:
de retour à Majorque, il arrange
ses affaires domestiques, distribue
une partie de son bien aux pauvres,
& laisse à ses enfants ce qui leur
était nécessaire pour vivre honorablement
selon leur condition. Il
n'en fallut pas davantage pour le
faire traiter de fou dans le monde;
mais peu sensible à ces discours,
il continue & se retire sur la Montagne
d'Aranda, qui n'était pas
éloignée de ses terres; il s'y dispose
à travailler à la conversion
des Mahométans, tel était le
projet que la Providence lui avait
inspiré.
Raymond n'avait fait que des
Etudes superficielles, ou peut-être
même n'en avait-il fait aucune. Il
G iiij

@

152 PHILOSOPHIE

s'applique donc pendant dix ans
qu'il occupe cette Solitude, à se
former dans les connaissances dont
il a besoin, surtout dans celle de
la Langue Arabe, pour connaître
par lui-même les Livres & la Religion
des Musulmans; deux longues
& pénibles maladies qu'il essuya
dans sa retraite, ne firent que
le confirmer dans son dessein; il
croyait n'avoir rien fait pour Dieu,
jusqu'à ce qu'il eut souffert le martyre.
Il ne demandait autre chose
dans ses prières. Il revient à Palme
pour se perfectionner, & prend
chez lui un Domestique, qui entendait
cette Langue, mais qui
lui-même était Mahométan. Ce
malheureux préjugeant que son
maître n'apprenait l'Arabe, que
pour s'en servir à prêcher contre
l'Alcoran, prend la résolution de
l'assassiner. En effet ce misérable
attaque Raymond, lorsqu'il n'y
pensait pas, & lui plonge un poignard

@

HERMETIQUE. 153

dans le sein. Il allait lui porter
un deuxième coup, lors que
le Pieux Solitaire se lève & désarme
son assassin. Au lieu de le
tuer, ou de souffrir que ses amis
qui vinrent lui ôtassent la vie,
il consent avec peine qu'on le mène
en prison; où de rage il s'étrangla
lui-même, pour n'avoir pu tuer
celui qui voulait détruire l'Alcoran.
Heureusement le coup n'était
pas mortel, & dès que Raymond
fut guéri, il retourna dans sa chère
Solitude. Jacques Ier. mourut dans
ce même temps, c'est-à-dire
en 1276. mais avant sa mort, le
Pieux Solitaire fonda cette année
dans le Couvent de l'Ordre de saint
François, qui est à Palme, un Collège,
où l'on enseigna la Langue
Arabe, pour travailler à la conversion
des Infidèles. Etablissement
louable, qui fut approuvé par le
Pape Jean XXI. le 16. Novembre
G v

@

154 PHILOSOPHIE

de la même année; quelque
temps après Raymond vint à
Paris, ce fut vraisemblablement
en 1281. puisqu'alors il avait 46.
ans. Arnauld de Villeneuve était
dans cette grande Ville, & c'est
là sans doute que Raymond Lulle
a pu en avoir la première connaissance;
il y resta quelque temps
& y enseigna ses principes de la
Philosophie, & des autres Sciences,
suivant une nouvelle méthode,
dont il était le premier Auteur.
De Paris il se rendit à Rome
pour engager le Pape à établir dans
les Monastères, l'Etude des Langues
Orientales, nécessaires pour
la propagation de la foi chez les
Nations Infidèles; mais la Providence
qui voulait éprouver la constance
& la fidélité de Raymond,
permit qu'il y arrivât au commencement
du mois d'Avril 1287.
que mourut le Pape Honoré IV.
de la piété duquel il espérait beaucoup

@

HERMETIQUE. 155

pour l'accomplissement de
ses pieuses intentions. Il revint
donc à Paris la même année, où
par ordre de Bertaud Chancelier
de l'Université, il enseigna la nouvelle
Dialectique dont il était l'inventeur.
Il fut depuis à Montpellier,
où il salua Jacques II. Roi
de Majorque, ainsi ce fut vraisemblablement
en 1291. Il retrouva
dans cette Ville le célèbre
Arnaud de Villeneuve son ami,
qui était à la tête de la faculté de
Médecine.
Mais quoique ses voyages ne
fussent pas infructueux, puisqu'il
écrivait & enseignait continuellement,
pour peu qu'il s'arrêtât dans
quelque lieu, cependant ses vues
n'étaient pas remplies, il n'abandonnait
pas son objet principal,
qui était la conversion des Infidèles.
Il prend donc le parti de
retourner à Rome; il s'arrêta néanmoins
quelques mois à Gênes.
G vj

@

156 PHILOSOPHIE

Malgré tous ses soins, & ses sollicitations
il ne peut obtenir de Nicolas
IV. l'établissement qu'il méditait
pour les Langues Orientales:
la mort de ce Pape, & une vacance
du saint Siège, qui dura même
plus de deux ans, ne lui permirent
pas de rien terminer dans
cette Capitale du monde Chrétien.
Tant de contradictions portèrent
Raymond Lulle à croire que
Dieu demandait qu'il allât lui-même
annoncer Jésus-Christ aux Infidèles;
dans ce dessein il retourne
à Gênes pour de là passer en Afrique,
il avait chargé tous ses
Livres & ses effets, sur un Vaisseau
qui devait faire voile pour cette
partie du monde; prêt à s'y embarquer,
la crainte du danger le
saisit & lui fit changer de résolution;
mais le chagrin qu'il eut ensuite
d'avoir témoigné tant de lâcheté
dans une occasion si essentielle,
le fit tomber malade, il en

@

HERMETIQUE. 157

revint en peu de temps, & pour
réparer sa faute, il se met sur le premier
Vaisseau, qui allait à Tunis.
A peine y fut-il arrivé qu'il disputa
contre les Chefs de la Religion
Mahométane. Il ne fut pas longtemps
sans être arrêté, & condamné
à mort, comme Séducteur du Peuple;
dès lors il aurait reçu la Couronne
du Martyre, si un Savant Arabe
qui l'affectionnait, n'eût intercédé
pour lui auprès du Roi, &
n'eut remontré qu'il ne convenait
pas de faire mourir un si Savant
Homme. L'Arrêt fut donc changé,
on l'obligea seulement de quitter
le Royaume, avec défenses d'y
revenir sous peine de la vie.
Il fut obligé en 1293. de retourner
à Gênes, d'où il se rendit à
Naples & y resta jusqu'en 1294.
enseignant publiquement sa nouvelle
Introduction aux Sciences.
De Naples il retourne à Rome
pour y solliciter toujours l'exécution

@

158 PHILOSOPHIE

de son projet de l'étude des
Langues Orientales, auprès du Pape
Célestin V. & de Boniface VIII.
son Successeur: mais ce fut toujours
inutilement; Célestin avec
beaucoup de piété & de zèle,
manquait de vues assez étendues,
pour goûter & pour exécuter ce
projet: & Boniface VIII. uniquement
occupé à faire valoir son autorité
temporelle, ne jugea point
à propos d'y entrer.
Raymond crut donc que ne
pouvant rien faire du côté de Rome,
il lui était inutile d'y rester
plus longtemps. Il se rendit à Milan,
Ville alors plus tranquille pour
un Philosophe. Raymond s'y arrêta
donc quelque temps, & y fit
quelques opérations de la Science
(1) Hermétique; & l'on y montre


----------------------------------
(1) Lullius de Mercuriis narrat se Mediolani anno Ch. 1333. (lege 1296.) Chymica quaedam
experimenta absolvisse.

@

HERMETIQUE. 159

encore la maison où ce pieux
Philosophe a travaillé: (1) après
quoi il se rendit à Montpellier
où Raymond Gauffredy, Général
de l'Ordre de S. François, lui
donna des Lettres d'Association,
comme à un Bienfaiteur de l'Ordre,
ordonnant à tous les Supérieurs,
qui étaient sous son obéissance,
de lui permettre d'enseigner dans
leurs Maisons, selon sa méthode:
mais Raymond Lulle inquiet sur la
réussite de son projet, s'adressa
successivement aux Rois de France,
de Sicile de Majorque & de
Chypre; toujours néanmoins sans
aucun succès; tant il est difficile
de faire réussir les meilleurs projets.


----------------------------------
(1) Quod autem Lullius Mediolani & fuerit & Chimica ibi tractaverit notissimum est,
ostenditurque adhuc domus illic nobili isto habitatore
quondam superbiens; in cujus vestibulo,
conspicuae figurae, statuaeque ingenium, attemque
Chimici fatis demonstrant. Ol. Borr. de ortu
& progressu Chimiae p. 133.

@

160 PHILOSOPHIE

Jamais vie ne fut plus active;
il enseignait par tout, il prêcha
même en Chypre contre les Hérétiques
& les Schismatiques, il
eut le bonheur d'y être persécuté,
sans que Henry II. qui en était
Roi, se mit en devoir de le soutenir.
Tous ces voyages se terminèrent
enfin à revenir en 1308. à Paris,
où il connut le célèbre Docteur
Jean Scot, nommé autrement
le Docteur subtil; en y arrivant
il eut la satisfaction de voir
que le Roi Philippe le Bel avait
suivi (1) en quelque chose ses louables
intentions. Ce Prince avait déjà
ordonné que l'on enseignât dans
l'Université les Langues Orientales;
c'est ce qui engagea Raymond
à se rendre l'année suivante


----------------------------------
(1) Clementina inter solicitudines de Magistris.
@

HERMETIQUE. 161

en Espagne, pour porter Ferdinand
IV. Roi de Castille à se joindre
avec le Roi de France, pour
le recouvrement de la Terre Sainte,
& pour preuve de son zèle,
il retourna encore en Afrique, il
aborda à Bonne, autrefois Hippone,
Siège Episcopal de Saint Augustin,
où malgré les opprobres
dont il fut chargé de la part des
Infidèles, il ne laissa pas de convertir
soixante & dix Philosophes
Averroïstes. De-là prenant sa route
vers Alger, il convertit encore plusieurs
Mahométans; mais la persécution
qu'il souffrit dans cette
Ville, alla beaucoup plus loin,
non-seulement on le brida comme
on ferait une bête de charge,
pour le priver de l'usage de la parole
& des aliments pendant quatorze
jours; il y fut même battu
publiquement & chassé du Royaume.
Il se vit donc contraint de retourner
à Tunis, malgré la défense

@

162 PHILOSOPHIE

qui lui en avait été faite dès
l'an 1292. Il y resta peu, & passa
ensuite à Bougie, où il annonça publiquement
l'Evangile.
Comme on appréhendait dans
cette dernière Ville le succès de
ses prédications, on le fit arrêter
prisonnier. Là les Docteurs Mahométans
se rendirent en foule à
la prison, pour lui persuader de
prendre le Turban; les disputes
verbales n'aboutissaient à rien de
part, ni d'autre; on convint cependant
que chacun mettrait ses
raisons par écrit; mais on craignait
tout de la part d'un esprit aussi pénétrant
que celui de Raymond:
on le fait donc sortir de captivité,
on le chasse comme perturbateur
du repos public, & on l'embarque
avec tous ses effets sur un Vaisseau
Génois. Le Vaisseau ayant fait
naufrage à la vue du Port de Pise,
il eut le bonheur de se sauver, avec
le reste de l'équipage; mais il perdit

@

HERMETIQUE. 163

tout ce qu'il avait dans le Vaisseau;
il ne laisse pas d'aborder à
Pise, où il tombe malade, il y
est reçu & assisté soigneusement
par les Religieux de S. Dominique.
Le S. Siège avait été transféré
à Avignon, depuis l'an 1305. par
là il semblait que Raymond fût
plus à portée de solliciter l'exécution
de son dessein, de la conversion
des Infidèles. Il le fit en
effet; mais la conjoncture des temps
n'était pas favorable. Cependant
il crut que l'occasion du Concile
de Vienne que l'on avait déjà indiqué
& qui devait se tenir l'an
1311. pourrait lui servir. Il s'y rendit
& y présenta son projet, contenu
seulement en trois Articles.
Le premier était d'introduire
dans le Monastère, l'Etude des
Langues Orientales.
Le deuxième de réduire en un
tous les Ordres Militaires, afin
qu'étant unis ils combattissent plus

@

164 PHILOSOPHIE

efficacement contre les Sarrasins,
sans aucun intérêt de préférence ou
de jalousie.
Enfin par le troisième il demandait
que le Souverain Pontife fît
défendre dans les Ecoles la lecture
des Ecrits & la Philosophie d'Averroès,
plus favorable au Mahométisme,
qu'au Christianisme.
Jusques ici nous n'avons pas représenté
Raymond Lulle comme
Philosophe Hermétique, qualité
cependant qui lui donne droit d'entrer
dans cet ouvrage; mais nous
en allons produire incessamment la
preuve.
Il était encore à Vienne en
1312. lorsqu'il y reçut des Lettres
d'Edouard, Roi d'Angleterre, &
de Robert, Roi d'Ecosse, qui
l'exhortaient de passer dans leurs
Etats. Ces deux Princes (1) qui


----------------------------------
(1) Je joins ensemble Edouard, Roi d'Angleterre, qui commença son Règne en 1307. &

@

HERMETIQUE. 165

avaient ouï parler de Raymond,
voulaient voir un homme qu'on
pouvait regarder comme le Phénomène
le plus extraordinaire de
l'humanité. Raymond s'y rendit,
il crut trouver dans l'ardeur de ces
Princes toutes les dispositions nécessaires,
soit pour la déclaration
d'une guerre contre les Infidèles,
soit pour le recouvrement de la
Terre Sainte. Edouard & Robert
parurent donner dans les vues de


----------------------------------
Robert d'Ecosse, qui le commença en 1306.
parce qu'ils sont marqués l'un & l'autre dans
l'Histoire de Raymond, aussi bien que dans ses
Ecrits. Il adresse à Robert le Livre nommé
Compendium animae transmutationis artis Metalorum
Ruperto Anglorum Regi, per Raymundum
transmissum. Et au commencement de ce Livre,
il dit, & etiam in nostro Codicillo tibi misso
per Regem Eduardum. De plus on trouve encore,
Epistola accurationis Lapidis Benedicti Raymundi
Lulli, missa olim Domino Roberto Anglorum
Regi ab ipso anno MCCCCXII. (corrigez
MCCCXII.) Raymond donne à Robert le titre
de Roi d'Angleterre, parce qu'il était Roi
dans le continent de cette Ile.

@

166 PHILOSOPHIE

Raymond, c'est ce qui engagea
ce dernier à s'ouvrir à ces Princes,
en leur promettant toutes les sommes
nécessaires pour cette expédition:
mais Edouard plus curieux
de voir l'accomplissement des promesses
du Philosophe, que d'effectuer
lui-même les paroles qu'il
pouvait en (1) porter, lui fait donner
un appartement à la Tour de
Londres; Raymond y travaille, &
produit au Roi six millions d'or,
ce qui pouvait faire douze millions


----------------------------------
(1) Postea hunc virum egregium (Raymundum) in conspectu inclytissimi Regis Edouardi
deduxi, à quo meritâ dignitate recipitur & omni
humanitate tractatur, ibique multis promissis;
pactis, conditionibusque à Rege inductus; erat
contentus Regem promissione divina sua arte divitem
facere, hac solummodo conditione, ut
Rex in propria persona adversus Turcas, inimicos
Dei, Bellum gereret, impenderetque super
Domum Domini, minimèque in superbia; aut
bello gerendo adversus Christianos: sed (Proh
dolor) hoc promissum erat irritum à Rege,
violatumque; &c. Joannes Cremerus initio Testamenti.

@

HERMETIQUE. 167

de la valeur de ces anciens temps,
ou le marc d'or ne valait que 44.
livres: de cet or on fit alors des
Nobles à la Rose, dont quelques-
uns pèsent jusques à dix Ducats,
faisant cent livres de notre monnaie
courante. Tous ceux qui ont
examiné ces pièces si curieuses &
si recherchées en Angleterre, reconnaissent
qu'elles sont même
d'un or plus parfait que celui des
Jacobus, & autres anciennes monnaies
d'or de ce Genre. Il y a
même une inscription qui les distingue,
& qui montre que ces
pièces ont été faites par une espèce
de miracle. C'est donc avec
raison que Raymond Lulle parlant
lui-même de ce qu'il a fait en
Angleterre, avoue qu'il y a converti
pour (1) une seule fois en


----------------------------------
(1) Converti una vice in aurum ad L. millia pondo argenti vivi, plumbi & stanni. Ista Raymund.
Lullius in ultimo testamento.

@

168 PHILOSOPHIE

or cinquante milliers pesant de mercure,
de plomb & d'étain. Robert
Constantin (1) qui vivait au seizième
siècle, observe qu'après bien
des recherches, il a trouvé que
par ordre du Roi Raymond Lulle
avait fait de véritable or dans la
Tour de Londres, qu'il a vu de
ces Pièces nommées encore dans
ce Royaume des Nobles de Raymond.
Pierre Grégoire de Toulouse
(2) dit à peu près la même chose,
& Edmond Dickinson nous apprend
même une chose, que Raymond


----------------------------------
(1) Hunc (Raymundum Lullium) ego inquirendo comperio apud Anglos, re quidem vera
praestitisse quod fuis libris profitetur, & in
Arce Londini, jussu Regis verum aurum confecisse:
mihique genus nummi ostensum est quod
adhuc appellant nobile Raymundi, auri scilicet
puri, & obryzi, sumaeque indicaturae.
Ita Robertus Constantinus in nomenclatore scriptorum
Medicorum in... 1545.
(2) Raymundum Lullium Edoardo Regi Angliae sex aurimilliones à se confectos obtulisse
ad Bellum contra Infideles in Terra Sancta
promovendum. Petrus Gregorius Tholosanus.
ayant

@

HERMETIQUE. 169

ayant travaillé à Westminster, on
a trouvé longtemps après son départ
dans la Cellule, qu'il avait occupée
(1) beaucoup de poudre,
dont les Architectes ont fait leur
profit; & le célèbre Camden, qui
n'était pas crédule, reconnaît que
ces Nobles ont été frappés de
l'or même que Raymond avait
fait.
Mais comme je ne veux rien
omettre à ce sujet, je vais marquer
naturellement les difficultés
que l'on peut former contre le fait
que j'avance; quelques Auteurs


----------------------------------
(1) Aureas illas nobiles Anglorum, primùm profectas memorat (ex Raymundo) Camdenus.
Idem hodieque asseverantissimè confirmant Anglorum
curiosi, additque Edmundus Dickinsonus
Lullium in Coenobio Westmonasteriensi
vixisse non ingratum Hospitem: enim verò pluribus
ab ejus discessu annis, refartâ quam incoluerat
Cellulâ, multum adhuc pulveris Chrisopaei
in Cistula repertum, magno inventoris
Architecti emolumento. Ita Olaus Borrichius de
Ortu & progressu Chimiae in-4°. pag. 242.
Tom. I. H

@

170 PHILOSOPHIE

célèbres prétendent que jamais
Raymond Lulle ne fut en Angleterre,
& qu'il ignorait même la
Science Hermétique; & comme
on a prétendu que ce fut sous
Edouard VI. qu'il opéra ses merveilles
Hermétiques à Londres, les
temps ne se rapportent point, &
c'est ce qui forme la première difficulté.
On sait qu'il y a deux manières
de compter les Edouards,
Rois d'Angleterre, soit en les prenant
depuis Egbert Premier, Roi
de cette Ile, après l'extinction des
sept petits Royaumes, qui s'y
étaient formés; soit à les prendre
depuis Guillaume le Conquérant.
Les Anglais ont souvent compté,
de ces deux manières, mais en
quelque sens qu'on le prenne, ce
ne fut pas sous Edouard VI. que
Raymond fut en Angleterre, ce fut
sous Edouard V. à compter depuis
Egber; ou Edouard II. depuis

@

HERMETIQUE. 171

Guillaume, Duc de Normandie;
aussi ni Raymond Lulle, ni la plupart
des Historiens ne marquent
pas sous quel Edouard il fut en
Angleterre; & comme le Philosophe
ne peut s'y être transporté
qu'en 1312. & 1313. ce fut donc
sous Edouard V. ou II. comme on
voudra le marquer, Prince qui
avait succédé au Roi Edouard
son Père en 1307. & non sous
Edouard VI. nommé aussi plus
communément Edouard III. dont
le Règne ne commence qu'en
1327.
Raymond crut trouver dans ce
jeune Prince autant de bravoure
que son Père en avait témoigné
dans les Guerres Saintes, où il
s'était trouvé. Mais quelle différence
entre le Père & le Fils! On
sait qu'Edouard V. ou II. régna
moins par lui-même, que par d'indignes
Favoris, qui s'étaient rendus
maîtres de son esprit, aussi
H ij

@

172 PHILOSOPHIE

bien que de la conduite de l'Etat,
& l'on voit par les Ecrits mêmes
du Philosophe, qu'il avait été en
Angleterre sous Edouard, sans désigner
lequel.
Peut-on apporter quelque conjecture
recevable contre les preuves
positives, qui font voir que
Raymond se rendit en Angleterre
à la prière d'Edouard? Non-seulement
Raymond le dit lui-même
(1) dans des Ouvrages, qui ne


----------------------------------
(1) Raymond parlant des Perles qui se forment dans la Mer, dit, non vidimus partem
in qua ista conchylia supradicta reperias, nisi
in Cypro propre Civitatem Famagustam & in Regione
Portugaliae, propè Civitatem Lisbonae, in
ripa Maris, & in quadam Angliae (vel potius
Andalusiae) Villa, quae dicitur Conila (Conil en
Andalousie) & in alio loco, qui dicitur Portus
Sylvenae, usque ad Sanctum Vencentium de finibus
mundi, (Cap 5. Vincent & de Finistère
en Portugal) Vidimus enim omnia ista, DUM
AD ANGLIAM TRANSIIMUS PROPTER INTERCESSIONEM
DOMINI REGIS EDOARDI illustrissimi,
Raymundus Lullius de transmutatione
animae Metallorum. Sur quoi Nicolas Antonio

@

HERMETIQUE. 173

sauraient être contestés; mais
c'est encore une Tradition Nationale,
confirmée par Camden &
par Dickinson, Auteurs Anglais,
qui assurent que ces Nobles à la
Rose, connus encore sous le nom
du Philosophe, sont un effet de
ses opérations dans la Philosophie
Hermétique. Et cette Tradition se
trouve même confirmée par les
Auteurs étrangers, que je viens de
citer.
Une seconde difficulté est tirée
des Ouvrages mêmes, qui sont incontestablement
de Raymond Lulle;
il y fait connaître que les êtres
ou espèces déterminées (1) ne


----------------------------------
Biblioth. Hispaniae veteris Tomo 2. pag. 93. columna
2. remarque, quae omnia bene, seu viae
alii quam Raymundo conveniunt.
(1) Elementativa habent veras conditiones, ut una species se non transmutet in aliam, &
in isto passu Alkimistae dolent & habent occasionem
flendi. Lullius in arte magna parte IX,
capite de Elementativa sub principium.
H iij

@

174 PHILOSOPHIE

sauraient être changées en d'autres
espèces, ce qui fâche extrêmement,
dit-il, & fait même gémir
les Alchimistes; & dans un autre
endroit il assure que l'or (1) de
Chimie n'en a que la ressemblance.
Mais il n'est rien de si facile que
de lever cette légère difficulté.
Croit-on que Raymond ait été
moins discret que les autres Philosophes
Hermétiques? Ceux qui
sont les plus experts se font un
principe de déclamer publiquement
contre la transmutation des
Métaux, dans le temps qu'eux-mêmes
se livrent entièrement à la
pratique de cette Science. Ils ont
la précaution par-là de ne pas dévoiler
au Public le mystère de leur
conduite, qui est toujours blâmée
dès qu'ils viennent à manquer dans


----------------------------------
(1) Aurum Chymicum non est nisi apparenter aurum, Lullius de mirabilibus orbis.

@

HERMETIQUE. 175

leurs opérations, & qu'ils se gardent
bien de faire connaître s'ils
viennent à réussir, parce qu'ils exciteraient
du moins la jalousie de
leurs contemporains. D'ailleurs
d'anciens Ecrivains rapportent que
Raymond Lulle avait eu une dispute,
dans laquelle il prétendait
montrer à Arnauld de Villeneuve,
que la transmutation des Métaux
était moins appuyée dans le fond
de la nature même, que sur l'imagination
des hommes. Et pour
convaincre Raymond, il fallut
qu'Arnaud fît devant lui la transmutation
métallique; & ce fut à
Naples, où il se trouva avec Arnaud
de Villeneuve en 1293. &
1294. Aussi convient-on que Raymond
n'a eu cette connaissance
que sur la fin de sa vie. Ainsi le
Philosophe mieux instruit, a rectifié,
& par sa pratique, & par
ses derniers ouvrages, ce qu'il
H iiij

@

176 PHILOSOPHIE

avait d'abord avancé contre la
Science Hermétique.
On sait d'ailleurs que les plus
célèbres Artistes ont parlé comme
Raymond Lulle. Arnaud qui lui-
même a eu le secret de la transmutation,
a dit, que l'espèce des
Métaux ne pouvait pas être changée,
& que ce changement n'était
praticable qu'après les avoir réduits
à leur première matière. Ce sont
à peu près les termes de Roger
Bacon & d'Avicenne. (1)


----------------------------------
(1) Species non transmutantur, sed subjecta specierum optimè & propriissimè; Rogerius
Bacco.
Species Metallorum transmutari non possunt. & hoc verum est, ut ipsi afferunt nisi ad primam
materiam redigantur. Arnoldus Vilanovanus,
de perfetione Magisterii.
Sciant Artifices Alchimiae species sive formas Metallorum verè transmutari non posse, nisi
in primam reducantur materiam, & sic in aliud
quam priùs permutentur. Avicenna Libr. II.
tractat. I. cap. 4. de operatione Medicin sing.
Traité qu'on regarde ordinairement comme le
quatrième liv. des Météores d'Aristote.

@

HERMETIQUE. 177

Il n'est pas moins certain que
l'or prétendu des Alchimistes n'en
a que les dehors, & point la réalité,
comme le marque Raymond.
Cette maxime vraie en général,
par les tromperies qui se commettent
dans les opérations qui se font
à ce sujet, peut souffrir de justes
exceptions, & le Savant Olaüs
Borrichius (1) a soin de remarquer
que l'on a eu une preuve de la
fausseté de la maxime générale
par les expériences, faites publiquement
en 1667. par d'habiles
Philosophes.
Mais toutes les difficultés que
l'on peut former, ne sauraient
l'emporter sur les témoignages du
temps même, qui assurent que Raymond
a eu le secret de la Science


----------------------------------
(1) De ortu & progressu Chimiae circa finem.
H v

@

178 PHILOSOPHIE

Hermétique. Jean de Meun (1)
son contemporain, le met avec
Arnaud de Villeneuve au nombre
des Adeptes, aussi bien qu'Hermès,
Geber & Morien. C'est le témoignage
que lui rend Jean Cremerus,
Abbé de Westminster, Disciple
de Raymond même (2) & Jean
de Rupescissa (3) qui vivait presque
dans le même temps.
L'inquiétude de Raymond sur


----------------------------------
(1) Si fait Villeneuve & Raymond. Qui en font un noble Sermon; Et Morien le bon Romain, Qui sagement y mit la main. Si fit Hermès qu'on nomme Père, A qui aucun ne se compare; Geber Philosophe subtil A bien usé de mon outil. Remontrance de nature à l'Alchimiste errant par Jean de Meun, qui a commencé à écrire en
1307. & a continué au moins jusqu'en 1350.
(2) Joan Cremerus, in Testamento edito à Michaële Maier, in Libro cui titulus Tripus
Aureus in 4°. 1618. & in Musaeo Hermetico
in 4. Francofurti 1677. pag 535.
(3) Joan de Rupescissa Minorita, qui vixit anno 1350. in libro, de Quinta essentia.

@

HERMETIQUE. 179

son projet de la Conversion des
Infidèles, ne lui permettait pas de
rester longtemps dans un même
lieu, dès qu'il ne voyait pas jour
à l'exécuter; il quitte donc furtivement
l'Angleterre en 1313. d'où
il passe successivement à Messine
& à Majorque; il prit la résolution
de s'y embarquer de nouveau pour
l'Afrique. Ses amis, qui voyaient
partir avec peine un vieillard de
soixante & dix-neuf ans, sans espérance
de le revoir, l'accompagnèrent
jusqu'au Port de Majorque,
il s'y embarque donc pour
l'Egypte, d'où il se rend à Jérusalem,
& enfin à Tunis: il y visite
ses amis, surtout les Disciples
qu'il avait convertis, les exhorte
à la persévérance, & part pour
Bougie. Ce fut là le terme de ses
travaux apostoliques, & Dieu l'y
couronna, comme il l'avait toujours
désiré. Dès qu'il y est arrivé
non content de catéchiser en secret,
H vj

@

180 PHILOSOPHIE

il y prêche publiquement l'Evangile.
Cette générosité Chrétienne
& ce courage invincible, que rien
ne pouvait arrêter, irrita le Souverain
& les Peuples à un tel point,
que s'étant jeté sur lui en foule,
ils le poursuivirent l'accablant d'injures
& le chargeant de coups. Et
pouvant à peine se traîner jusques
au Port, il y fut encore assailli à
coups de pierres. La nuit suivante,
c'était à la fin de Juin de l'an 1315.
quelques Marchands Génois, qui
côtoyaient ce rivage y abordèrent,
& obtinrent la permission d'enlever
son corps, que l'on croyait
mort, ils y trouvèrent cependant
un reste de vie, mais qui ne dura
pas plus de deux jours, & il rendit
l'esprit le vingt-neuvième jour
de Juin, à la vue de l'Ile de
Majorque sa Patrie, à l'âge de
quatre-vingts ans.
Les Marchands Génois qui connaissaient
le mérite du dépôt qu'ils

@

HERMETIQUE. 181

avaient, résolurent de l'emmener
secrètement à Gênes; ils en furent
empêchés par les Habitants de Palme,
qui se transportèrent à leur
Vaisseau, aussi bien que le Vice-
roi, & la principale Noblesse, &
portèrent le corps de ce Bien-heureux
Martyr dans l'Eglise de Sainte
Eulalie, où était la Chapelle de
sa maison; mais il y fut réclamé
par les Religieux de Saint François,
dont il avait presque toujours
porté l'Habit depuis sa Conversion,
& il y est encore regardé
avec beaucoup de vénération, où
l'on assure qu'il s'est fait plusieurs
Miracles, & l'on y a même consacré
à son honneur un Office public,
quoiqu'il ne soit pas canonisé.
Les travaux de Raymond peuvent
passer pour un prodige, qui
surpasse les forces de la nature.
On ne saurait s'imaginer qu'un
homme, qui a composé plus de

@

182 PHILOSOPHIE

cinq cents Volumes, qui demandent
un grand loisir, & une vie
sédentaire, ait pu tant voyager;
ni qu'un homme qui a toujours
été en voyage, ait pu composer
plus de cinq cents Volumes sur
toutes sortes de matières, Grammaire,
Rhétorique, Logique,
Analyse, Morale, Politique,
Droit Civil & Canonique, Physique,
Métaphysique, Mathématique,
Musique, Astronomie, Médecine,
Chimie, Théologie dogmatique
& affective; tout a été
généralement bien traité par ce
savant homme. Cependant on le
voit toujours en voyage, & même
en des voyages maritimes. Les
Auteurs ont donné le détail de ses
Ouvrages, & je suis persuadé
qu'on ne sera pas fâché d'avoir ici
la Chronologie de ses voyages.

@

HERMETIQUE. 183

XXVIII.

Chronologie des Voyages de Raymond
Lulle.

1235. I - Naissance de Raymond
I Lulle, à Palme, Capitale
I de l'Ile Majorque.
1266. I - Conversion de Raymond
I Lulle: il va en Pèlerinage
I au Mont-Serrat.
1267. I - Va en Pèlerinage à Saint
I Jacques de Compostelle;
I après quoi il demeure neuf
I ans en Retraite, pour se
I former dans les Langues &
I les Sciences.
1276. I - Raymond se rend à Montpellier.
1281. I - Il vient à Paris, âgé
I alors de quarante-six ans.
1286. I - Raymond va à Rome pour
I engager le Saint Siège à
I établir l'Etude des Langues
I Orientales, nécessaires
I pour la conversion des In1287.
I fidèles.
@

184 PHILOSOPHIE

I Il revient à Paris, & y
I enseigne suivant sa nouvelle
I méthode.
1289. I - Raymond retourne à Montpellier.
1291. I - Va à Gênes, & delà à
I Rome, puis il revient à
I Gênes.
1292. I - Il se rend à Tunis en Afrique,
I & y travaille à sa Table
I générale des Sciences.
1293. I - Se rend à Naples, & y
I reste jusqu'en Juillet 1294.
I C'est là que Raymond apprend
I d'Arnaud de Villeneuve
I la Science Hermétique,
I & y fait quelques Ouvrages.
1294. I - Raymond retourne à Rome,
I & y reste deux ans.
1296. I - Quitte Rome, passe par
I Milan, y travaille à la
I Science Hermétique, & se
I rend à Gênes.
1297. I - Il quitte Gênes, vient à
I Montpellier, & ensuite à
I Paris.
1298. I - Est à Paris avant la mi-
I Août, y dispute sur le Maî1299.
I tre des Sentences.
@

HERMETIQUE. 185

I - Sort de Paris après le
I mois de Juillet.
1300. I - Va à Montpellier, puis
I à Majorque & à Gênes, y
I fait Brevis practica artis ge-
I neralis. il va de-là en Chypre
I sur la fin de l'année, &
1301. I ensuite en Arménie. D'Arménie
I il va en Palestine, revient
I en Chypre & y reste
1303. I jusqu'à la fin de 1302. Revient
I à Gênes, y fait beaucoup
I de Livres, d'où après
I le mois de Mai, il se rend à
I Paris, & en Octobre va à
I Montpellier.
1304. I - Retourne de Montpellier
I à Paris, il dispute avec
I Scot, peu après le mois de
I Mars, ensuite se rend à
I Lyon, y refait son Art général
I différend du premier,
I va à Montpellier & y travaille.
1305. I - De Montpellier il retourne
I à Lyon, pour saluer Clément
I V. & de-là se rend à
I Majorque.
1306. I - Passe à Bougie en Afrique,
@

186 PHILOSOPHIE

I & y est détenu six mois Prisonnier.
1307. I - Arrive à Pise en Janvier,
I puis le même mois à Montpellier,
I & retourne à Pise
I où il travaille.
1308. I - Se rend à Gênes sur la
I fin de l'Eté, passe à Avignon,
I pour voir le Pape Clément
I V. y reste quelque temps,
I & sur la fin de l'année va
I à Paris.
1309. I - Est à Paris, y enseigne
I son Art, qu'on y approuve.
1310. I - De Paris il va au commencement
I de l'année à Montpellier,
I revient à Paris & y
I reste près d'un an.
1311. I - Se rend au Concile de
I Vienne en Octobre & y reste
I quelques mois.
1312. I - Revient à Paris, y reste
I peu, après Mars passe en
I Angleterre.
1313. I - En Octobre il se rend à
I Messine, y est encore en
I Mai 1314
1314. I - Va à Majorque au mois
I d'Août, d'où il passe en
@

HERMETIQUE. 187

I Afrique, en Egypte, à
I Jérusalem, & revient en
I Afrique.
1315. I - Va à Tunis, puis enfin
I à Bougie, où sur la fin du
I mois de Juin il souffre le
I Martyre.
Je n'ai point parlé de la persécution
qui lui fut suscitée longtemps
après sa mort par Raymond
Aymeric, qui dans son Directoire
des Inquisiteurs, met Raymond
Lulle au rang des Hérétiques. Je
regarde ces accusations comme
des animosités de Partis, dont les
Particuliers ne sont que trop souvent
susceptibles; mais dont l'ordre
ne doit pas répondre. Et Raymond
Lulle en a été pleinement
justifié.

XXIX.

Le Pape Jean XXII. s'applique à la
Science Hermétique.

Arnaud de Villeneuve & Raymond

@

188 PHILOSOPHIE

mirent dans le quatorzième
siècle tous les Philosophes en
mouvement. On y voit briller la
Science Hermétique, beaucoup
plus qu'elle n'avait fait jusqu'alors.
Ce siècle a produit un plus
grand nombre d'habiles Artistes,
qu'aucun de ceux qui l'ont suivi.
Toutes les Conditions voulurent
s'en mêler; elles se faisaient
honneur de s'appliquer à l'une de
ces sciences, qu'elles regardaient
comme utiles, mais qui devaient
passer pour une extrême folie dans
l'esprit de ceux, qui n'en avaient
aucune connaissance, ou qui ne
pouvaient réussir dans leurs opérations.
La France seule en a
produit beaucoup plus que les autres
Etats.
On met dans ce nombre le
Pape Jean XXII. On sait que ce
grand Homme, né à Cahors en
1244. non pas de la plus vile populace,
comme l'ont marqué quelques

@

HERMETIQUE. 189

Ecrivains mal informés, mais
d'une famille Noble, était contemporain
de Raymond Lulle, &
d'Arnaud; ainsi ayant beaucoup
de moeurs & d'esprit, avec une
éloquence naturelle, cultivée par
un grand fond d'étude, il aura obtenu
de l'un de ces deux Philosophes,
la connaissance de la Philosophie
Hermétique; & comme
il avait de la Religion, il s'en est
servi pour le bien de l'Eglise.
L'Histoire ne fait pas difficulté de
reconnaître que ce Pape a fait en
Latin (1) l'Art transmutatoire des
Métaux, qui a été traduit en Français,
& imprimé en cette Langue
en 1557. C'est au commencement
de ce Livre qu'il est marqué


----------------------------------
(1) Joannes scripsit quoque Latino sermone artem Metallorum transmutatoriam, quod opus
prodiit Gallicè, incerto translatore Lugduni
anno 1557. in-8°. Franciscus Pagi Breviarum
de gestis Romanorum Pontificum. Tom. 4. in
Joanne XXII. n. 88. in-4.

@

190 PHILOSOPHIE

que Jean XXII. fit travailler à la
pratique de la Philosophie Hermétique
dans la Ville même d'Avignon,
où il tint son Siège jusqu'à
sa mort arrivée en 1334. &
qu'il y fit faire deux cents lingots
qui pesaient chacun un quintal.
La supputation en est facile;
les deux cents lingots faisaient donc
vingt mille livres, ou quarante
mille marcs d'or. Du temps de Jean
XXII. l'or ne valait que cinquante
livres le marc, ainsi c'était deux
millions de livres, somme alors
exorbitante, puisque nos Rois
qui ont aujourd'hui plus de deux
cent cinquante millions de revenu
ordinaire, avaient du temps de
ce Pape, tout au plus six cent
mille livres.
Mais prenons l'or fabriqué par
Jean XXII. sur le pied de la valeur
actuelle de toute l'Europe,
qui est environ cinq cents livres
le marc; ce Pape avait donc travaillé

@

HERMETIQUE. 191

dans le temps qu'il fit ce
Traité, pour vingt millions de matière
d'or en lingot.
Doit-on s'étonner maintenant
si l'on trouve qu'à la mort de ce
Pape il y avait dans son Trésor
dix-huit millions de Florins (1)
en or, & sept millions en pierreries
& en Vases sacrés? ce qui ne
faisait pas moins de vingt-cinq
millions de Florins, valeur de
ces anciens temps.
En vain l'on dit que ce Pape
était fort sobre, & qu'il avait
accumulé & mis dans le Trésor
de l'Eglise tous les fruits des Bénéfices
qui étaient en réserve. On
sait que les Cardinaux & les Prélats
de la Cour de Rome s'attribuaient
alors toutes les réserves des
Bénéfices; & le Pape; malgré sa


----------------------------------
(1) Franciscus Pagi ibidem ex Joanne Villano, n. 90.

@

192 PHILOSOPHIE

vie frugale, ne pouvait point
amasser dans ce temps-là des sommes
aussi considérables par ses seules
épargnes. Le Pape qui jouit aujourd'hui
de plus de vingt millions
de revenu annuel, n'était riche
alors que par l'Autorité spirituelle,
& très peu par la temporelle. Il
ne possédait ni le Duché d'Urbin,
ni celui de Ferrare, non plus que
le Bolonois; le reste du Domaine
du Saint Siège en Italie, suffisait
à peine pour l'entretien des
Officiers, ou se trouvait dissipé
par les Prélats & les Sénateurs, qui
résidaient à Rome; Avignon où
demeurait le Pape, ne produisait
qu'un revenu modique. Où Jean
XXII. a-t-il pu donc, avec si peu
de bien, rassembler un si riche Trésor?
Son Livre le marque; c'est
par les moyens qu'il avait appris
sans doute d'Arnaud ou de Raymond:
mais comme il avait la
prudence des autres Philosophes
Hermétiques,

@

HERMETIQUE. 193

Hermétiques; quiconque suivrait
ce Livre travaillerait en vain; ce
Pape s'est bien gardé de découvrir
son secret dans le Traité, que nous
avons sous son nom.

XXX.

Jean de Meun écrit sur la Science
Hermétique & la pratique.

Jean de Meun brillait à la Cour
& à Paris dans le temps de Jean
XXII. S'étant livré, puisque c'était
la mode, aux Sciences curieuses,
& surtout à la Philosophie Hermétique,
on ne doit pas être surpris
de voir qu'il en ait amplement
parlé dans le Roman de la
Rose.
Je ne puis mieux donner le plan
de ce Roman, qui a fait autrefois
beaucoup de bruit, qu'en rapportant
ce qu'en a dit le Poète Baïf
dans un Sonnet au Roi Charles
IX. le voici.
Tom. I. I

@

194 PHILOSOPHIE

Sire, sous le discours d'un songe imaginé
Dedans ce vieux Roman vous trouverez déduite
D'un Amant désireux la pénible poursuite,
Contre mille travaux en sa flamme obstiné.

Par avant que venir à son bien destiné
Male bouche & Danger tâchent le mettre en fuite,
A la fin Bel-Accueil, en prenant la conduite,
Le loge après avoir longuement cheminé.

L'Amant dans le verger pour loyer des traverses,
Qu'il
passe constamment, souffrant peines diverses,
Cueille du Rosier fleuri le bouton précieux.

Sire, c'est le sujet du Roman de la Rose
Où d'amour épineux la poursuite est enclose,
La Rose c'est d'amour le Guerdon (1) gracieux.

Ainsi ce Jardin; ce Verger si
agréable, dont il est si souvent
parlé dans ce Roman, ne serait
autre chose, selon l'impie Beverland,


----------------------------------
(1) Guerdon, c'est-à-dire Récompense.
@

HERMETIQUE. 195

que le Jardin de Cypris,
comme l'appellent nos Poètes.
Ce Roman a l'avantage de beaucoup
de Créatures plus nobles &
plus raisonnables que lui; il a plusieurs
pères. Guillaume de Loris,
qui le conçut le premier, était du
Gâtinais, & selon l'usage reçu
alors parmi les Gens aussi peu qualifiés
que lui, il avait pour surnom
celui du lieu de sa naissance. Il
était jeune, & par conséquent
amoureux, lorsqu'il commença ce
Roman; il avait étudié la Jurisprudence,
& s'était fait une Maîtresse,
Dame d'un grand mérite,
& peut-être d'un grand nom, si
nous l'en voulons croire. C'est
donc pour elle qu'il se mit à versifier
ce Livre.
Il mourut en 1260. âgé de 26.
ans, peu de temps après avoir commencé
cet ouvrage; mais non
pas sans en avoir reçu d'avance
quelque gratification de sa Dame.
I ij

@

196 PHILOSOPHIE

Il le fait assez connaître lui-même;
Quarante ans après la mort du
premier père de ce Roman, Jean
de Meun l'enfanta à l'âge de vingt-
trois ou vingt-quatre ans; car je
le crois né l'an 1279. ou 1280. Je
doute qu'il fût plus qualifié que son
Prédécesseur, puisqu'aussi bien que
lui, il n'avait pour nom de famille,
que celui qu'il tirait de la Ville,
où il était né, située sur la Loire,
quatre lieues au-dessous d'Orléans.
Il eut encore néanmoins celui de
Clopinel, d'un défaut qu'il avait à
une jambe, mais je ne sais pas laquelle;
ce serait là une belle découverte
pour la plupart de nos
critiques, Gens qui perdent leur
temps à gloser sur les moindres bagatelles
littéraires. Cependant il sortait
de parents aisés & considérés;
cela lui faisait trop de plaisir, pour
qu'en qualité de Poète il ne s'en
glorifiât point; car la plupart de ces
sortes de gens étaient d'une naissance

@

HERMETIQUE. 197

si basse, qu'ils n'osaient souvent
déclarer leur famille, & auraient
volontiers renié leur père.
Mais Jean de Meun n'en agit pas
de même: c'est ce qui fait voir
qu'il ne venait pas de la plus vile
populace. Et ce qui était un prodige
dans un Poète; il avait une
petite maison de campagne, ou
du moins de retraite, avec un jardin
dans un des Faubourgs de
Paris.
Quelques Auteurs ont cru qu'il
avait été Moine; mais on peut
montrer par son Codicille, qu'il
était resté dans l'Ordre des Laïcs.
Cependant il avait étudié la Théologie,
la Philosophie, la Chimie,
l'Astronomie, l'Arithmétique,
avait lu les bons Auteurs; &
comme il était agréable, quelquefois
satyrique, & souvent un peu
trop libre en paroles; il devint le
bel esprit de la Cour de Philippe
le Bel. Il pouvait y avoir plus
I iij

@

198 PHILOSOPHIE

d'accès qu'aucun autre, par la facilité
que lui donnait son service
auprès des Grands, auxquels il était
attaché: & ce qui doit étonner,
est de le voir mal parler du Sexe.
S'il eut été marié on n'en aurait
pas été surpris; il se serait vengé
publiquement des chagrins, qu'il
aurait reçus dans le particulier;
mais il vivait dans le célibat, au
moins dans le temps de son Roman
sil n'avait dévoilé que certaines
légèretés, dont les Dames ne se
cachent pas elles-mêmes, ou l'aurait
peut-être souffert; mais de leur
dire crûment:

Toutes êtes, serez ou fûtes,
De fait, ou de volonté P..
Et qui très bien vous chercherait,
Toutes P. vous trouverait.

Rien n'est plus dur; elles se
trouvèrent donc choquées de cet
outrage fait à leur Sexe, & résolurent

@

HERMETIQUE. 199

de l'en punir. Dès qu'elles
l'aperçurent dans les Appartements
du Roi, elles s'armèrent de
verges, & pressèrent les Seigneurs
qui étaient présents, de le faire
dépouiller. Il leur dit qu'il ne fallait
pas de violence, qu'il obéirait
volontiers; mais qu'il demandait
une grâce qu'on ne pouvait lui
refuser. Je n'ai parlé, leur dit-il,
que des méchantes femmes; vous
le jugez bien par les termes dont je
me suis servi; & je n'aperçois ici
aucunes de celles que j'ai attaquées:
je n'y vois que des Dames,
belles, sages, vertueuses;
cependant je veux bien que celle
d'entre vous qui se trouve offensée,
commence à me frapper.
Cet honneur lui est dû comme à
la plus mauvaise de celles que j'ai
blâmées. Pas une ne voulut avoir
la gloire de donner le premier
coup, & par-là Jean de Meun se
tira gentiment d'affaires. Cela fit
I iiij,

@

200 PHILOSOPHIE

plaisir aux Seigneurs de la Cour
qui ne laissèrent pas de s'en divertir,
parce que tous en connaissaient
quelqu'une, qui aurait pu
commencer. Jean de Meun fit
encore beaucoup d'autres Ouvrages
sur lesquels je ne veux pas
étendre ici ma juridiction. Et s'il
est vrai qu'il vécut encore en 1364.
Dieu l'aura sans doute récompensé
même en ce monde, par une longue
vie, de ce qu'il avait dévoilé
si naïvement l'hypocrisie de quelques
Moines de son siècle.
Il voulut même en mourant,
faire connaître le caractère avide
de quelques-uns d'entre eux. Il
choisit par son Testament l'Eglise
des Jacobins pour le lieu de sa
sépulture; & par reconnaissance
il leur laissa un coffre rempli de
choses précieuses, à ce qu'on pouvait
juger, du moins par sa pesanteur;
mais il ordonna que le coffre
ne serait ouvert qu'après ses funérailles;

@

HERMETIQUE. 201

il est vrai que le contraire
aurait marqué une trop grande avidité.
Les Moines ne manquèrent
pas d'enlever ce Trésor, aussitôt
après les derniers devoirs funèbres.
Touchés de la piété du Défunt,
ils s'assemblèrent, autant pour ouvrir
le coffre, que pour remercier
Dieu,

Qui prodiguait ainsi ses biens
A ceux qui font voeu d'être siens.

Ils trouvèrent ce coffre rempli
de belles & grandes pièces d'ardoises,
sur lesquelles feu Jean de
Meun avait tracé de l'Arithmétique
& des figures de Géométrie.
Les Pères & même les Frères indignés
de se voir joués par un
Poète, s'avisèrent de déterrer son
corps; mais le Parlement (1)


----------------------------------
(1) Thevet, Vies des Hommes Illustres à l'article de Jean de Meun.

@

202 PHILOSOPHIE

averti de cette inhumanité, obligea
les Jacobins par un Arrêt, à
donner au Défunt une sépulture
honorable dans le Cloître même
de leur Couvent.
Jean de Meun a donc traité avec
assez d'étendue de la Philosophie
Hermétique dans son Roman de la
Rose. Je ne parle point ici des
principes de Chimie, qu'on prétend
apercevoir dans le Sermon
de Genius, Chapelain & Confesseur
de Dame Nature. Il n'est pas
encore bien décidé si toute l'obscurité
Philosophique, qui se rencontre
dans cet endroit, n'est pas
une satyre du Prédicateur, qui
pour se faire admirer de la Populace,
aurait dit de propos délibéré
des choses inintelligibles; le Peuple
dans tous les temps n'ayant jamais
estimé de ces actions publiques,
que ce qu'il n'en saurait comprendre,
& méprisant toujours les
plus belles instructions, dès qu'on s'abaisse

@

HERMETIQUE. 203

jusqu'à les lui rendre trop
claires & trop sensibles. Cependant
il faut avouer que l'Auteur
paraît ailleurs fort incliné vers la
Chimie métallique. Non-seulement
Jean de Meun y emploie
quatre-vingt-quatre Vers depuis le
16914. jusqu'au 16997. de son Roman,
il a même été plus avant,
il en a fait deux Traités particuliers,
qui composent ensemble plus
de 1800. Vers. Le premier contient
les Remontrances de nature à
l'Alchimiste errant: l'autre est la
Réponse de l'Alchimiste à Nature.
Ils sont écrits dans d'assez bons
principes. L'un & l'autre se trouve
dans le troisième Volume de la
nouvelle édition du Roman de la
Rose depuis la page 171. jusqu'à
la page 232. Une lettre manuscrite
court encore sous le nom de cet
Artiste. Le procédé en est copié
sur quelques-uns de ceux de Raymond
Lulle, mais néanmoins dans
I vj

@

204 PHILOSOPHIE

un meilleur ordre; mais la date
de la Lettre, qui est de Mons, l'an
1423. en fait voir la supposition,
puisque Jean de Meun est mort au
plus tard vers l'an 1365.

XXXI.

Jean de Rupescissa, Cordelier, Philosophe
Hermétique.

L'Ordre de Saint François produisit
dans le même siècle Jean
de Rupescissa, ou de Roquetaillade.
C'était un de ces hommes extraordinaires
en tout genre, il était né
d'une Famille Noble, qui a donné
de nos jours l'Illustre & Savant
Père Don Bernard de Montfaucon,
l'honneur de la Littérature, & l'un
des plus laborieux Ecrivains qu'ait
produit la Congrégation de Saint
Maur; mais infiniment supérieur
& pour le caractère & pour le
savoir à Jean de Rupescissa. Ce
dernier qui n'avait pas voulu suivre

@

HERMETIQUE. 205

les voies ordinaires, s'était jeté dans
une sorte d'enthousiasme, ou pour
mieux dire de fanatisme. Il fit le
Prophète, & pour son malheur
il porta l'application de ses prétendues
Prophéties jusques sur les
Souverains. Il ignorait sans doute
qu'il en faut toujours parler très
sobrement & respectueusement,
ou du moins faire à leur égard ce
que les anciens voulaient que l'on
fît à l'égard des Dieux, les adorer
en silence.
Innocent VI. qui se trouvait attaqué
dans les Inspirations du nouveau
Prophète, crut qu'une retraite
forcée était le vrai moyen
de détourner l'effet de ses prédictions.
Il fit donc mettre en prison
(1) Jean de Rupescissa l'an 1357.
& par-là les Prophéties n'eurent
pas leur accomplissement.


----------------------------------
(1) Luc Wading Annales Minorum ad annum 1357.

@

206 PHILOSOPHIE

On ignore s'il y est mort; mais
il avait déjà donné dans un autre
fanatisme, qui fut celui de la Science
Hermétique, & nous avons de
lui divers ouvrages imprimés, dont
on ne peut tirer néanmoins que très
peu de lumières; aussi ne brille-t-il
pas de ce côté-là parmi les Amateurs
de cette Science.

XXXII.

Nicolas Flamel Philosophe Hermétique.

Mais la fin de ce siècle fit voir
en France un de ces hommes, que
le hasard a rendu Philosophe Hermétique;
& qui pour la pratique
a eu beaucoup plus de réputation
que Jean de Rupescissa; je veux
parler de Nicolas Flamel. Cet homme
singulier était né à Pontoise
de parents gens de bien, mais d'une
fortune très médiocre. Il demeurait
à Paris, où son établissement

@

HERMETIQUE. 207

se réduisit à être Ecrivain de profession,
travaillant à gagner sa vie
par des copies d'inventaires, faisant
des comptes, & arrêtant les
dépenses des Tuteurs & des Mineurs,
& autres ouvrages de ce
genre, qui lui fournissaient à peine
de quoi vivre, & même assez pauvrement;
pour surcroît de malheur,
il eut encore celui d'être
Peintre, Poète & Alchimiste:
c'en était assez pour faire tourner
la tête à plusieurs personnes d'esprit
& de bon sens. Et vers l'an
1257. la Providence lui fit tomber
entre les mains un vieux livre écrit
sur des écorces d'arbres, qu'il acheta
deux florins. L'intérieur de cet
ouvrage était non pas écrit avec
de l'encre, mais tracé au burin en
langue Latine, & d'une écriture
très élégante. Il contenait trois
fois sept feuillets, c'est ainsi qu'il
était coté au haut de la page;
mais chaque septième feuillet était

@

208 PHILOSOPHIE

toujours sans écriture; au lieu de
laquelle on avait peint & coloré
dans le premier Septénaire, une verge
& des serpents, qui s'engloutissaient
l'un l'autre. Le second Septénaire
représentait une Croix, où
un serpent était crucifié, enfin
on voyait à la fin du troisième Septénaire
des déserts au milieu desquels
coulaient plusieurs belles fontaines,
d'où sortaient des serpents
qui couraient de côté & d'autre.
Au premier feuillet on lisait en
lettres capitales & dorées; Abraham,
Juif, Prince, Prêtre, Lévite,
Astrologue & Philosophe, à la Nation
des Juifs, que la colère de Dieu
a dispersé dans les Gaules. Salut.
D. I. après quoi se trouvaient des
imprécations & des malédictions
contre celui ou ceux qui jetteraient
les yeux sur ce Livre, s'il
n'était Sacrificateur ou Scribe.
Celui qui l'avait vendu à Flamel,
n'en connaissait pas plus le mérite

@

HERMETIQUE. 209

que l'Acquéreur; mais Flamel
croit qu'il avait été pris aux Juifs,
ou qu'on l'avait trouvé en quelque
endroit de leur ancienne demeure.
Après plusieurs consolations toujours
nécessaires à ceux qui sont
dans la peine, Abraham enseignait
à sa Nation la transmutation des
Métaux, tout s'y trouvait expliqué
très clairement, Procédés, Vaisseaux
& Couleurs, il n'y avait que
le premier Agent, dont il n'était
point parlé; c'est néanmoins la
base & la clef de tout l'ouvrage.
Mais au quatrième & cinquième
feuillet, cet Agent était peint &
figuré avec beaucoup d'art & d'une
manière intelligible à ceux qui
avaient lu, & qui savaient entendre
les Livres des Philosophes.
La première Figure de ce quatrième
feuillet était donc un jeune
homme avec des ailes aux talons,
portant un Caducée dans sa main,
duquel il frappait sur un casque, qui

@

210 PHILOSOPHIE

lui couvrait la tête, & ressemblait
au Dieu Mercure de la Fable. Ce
jeune homme se voyait attaqué par
un Vieillard semblable à Saturne
ou au temps, & qui venait à lui
les ailes étendues. Il portait sur sa
tête une horloge, & dans ses mains
une faux, de laquelle comme un
furieux il voulait trancher les pieds
de Mercure. L'autre page de ce
feuillet représentait une belle fleur
au sommet d'une haute montagne
que l'Aquilon ébranlait rudement;
elle avait la tige bleue, les fleurs
blanches & rouges, les feuilles en
étaient aussi brillantes que l'or le
plus fin; autour étaient les dragons
& les griffons d'Aquilon, qui
s'y étaient logés, & y faisaient
leur nid.
La première page du cinquième
feuillet figurait un beau jardin,
au milieu duquel se trouvait un
rosier fleuri, appuyé contre un chêne
qui était creux; au pied de ces

@

HERMETIQUE. 211

arbres était une fontaine d'eau très
blanche, qui bouillonnait & s'allait
précipiter dans des abîmes. Elle
passait néanmoins entre une infinité
de gens, qui fouillaient la terre
pour la trouver; mais qui étaient
assez ignorants, ou assez aveugles
pour ne la pas même connaître;
à la seconde page de ce même
feuillet se voyait un Roi, qui,
le cimeterre à la main, faisait tuer
devant lui par des Soldats, une
grande quantité de jeunes Enfants,
dont les mères désolées étaient en
pleurs aux pieds de ces cruels Bourreaux;
& leur sang était ramassé
par d'autres Soldats, & mis en un
grand vaisseau, où se venaient baigner
le Soleil & la Lune.
Mais Flamel se garde bien de
marquer ce qui était écrit sur les
autres, dans la crainte d'irriter
Dieu contre lui. Ce Livre mystérieux
faisait son unique occupation,
quoiqu'il n'y comprit rien.

@

212 PHILOSOPHIE

Cependant cherchant l'explication
de ces quatre figures, il les peignit,
il les exposa même dans sa
maison, pour les montrer à tous
ses amis, & en avoir leur sentiment;
mais on se moqua de lui
quand il s'avisa de dire que ces
figures regardaient la transmutation
des métaux; il n'y eut qu'un
Médecin, qui prenant la chose plus
sérieusement, lui en donna une explication
à sa manière.
Malgré ces incertitudes Flamel
eut le courage de travailler inutilement
pendant vingt-un ans: cependant
comme ce Livre venait
des Juifs, il prit le parti d'aller en
Espagne, pour consulter quelque
Savant homme de la Nation; ce
qu'il fit en 1378. sous prétexte d'un
voyage à Saint Jacques de Compostelle;
ce n'était pas seulement
la dévotion des Espagnols, c'était
aussi celle de leurs voisins,
dévotion, qui n'est pas encore tout

@

HERMETIQUE. 213

à fait éteinte. Au retour de son
voyage il passa par la Ville de
Leon, où un Marchand de Boulogne
lui fit connaître un Médecin,
Juif de Nation, mais converti;
à peine le Médecin eut ouï
parler du Livre, dont on lui montra
les figures, que transporté de
joie, il donne à Flamel l'explication
des premières figures, &
prend le parti de venir en France
pour voir ce précieux monument.
De Leon, nos deux Voyageurs
tournèrent à l'Ouest, passèrent à
Oviedo, & allèrent s'embarquer
au Port de Sanson près de Gijon
dans les Asturies; ils débarquèrent
vraisemblablement à Bordeaux,
d'où prenant la route de Paris, ils
arrivèrent à Orléans. Là le Médecin
tombe malade & meurt au
bout de quelques jours. Flamel
lui rend chrétiennement les derniers
devoirs; & lui-même accablé
de tristesse arrive à Paris en

@

214 PHILOSOPHIE

1379. sur les instructions que lui
avait donné son compagnon de
voyage, il se remet à travailler encore
trois autres années; d'abord
inutilement; mais enfin avec tant
de succès que le 17. Janvier 1382.
il fait sa projection sur du mercure
qu'il convertit en argent très
pur, & le 25. Avril suivant il convertit
du mercure en or, ce qu'il
répéta encore une fois; car il
marque qu'il n'a pas fait plus de
trois transmutations; il en avait
même suffisamment, en la faisant,
dit-il, une seule fois; mais il la réitérait,
par le plaisir qu'il prenait à
contempler les ouvrages admirables
de la nature.
Flamel & Perrenelle sa femme
étaient âgés, & n'avaient point
d'enfants; ils crurent donc que
pour reconnaître les grâces, dont
Dieu les avait comblés, ils devaient
faire du bien aux pauvres
& aux Eglises. Leur maison quoique

@

HERMETIQUE. 215

petite, & qui est vis-à-vis le
petit portail de Saint Jacques de
la Boucherie au coin de la rue de
Marivaux & de celle des Ecrivains,
servit dès lors de retraite aux Veuves
& aux Orphelins, qui se trouvaient
avoir besoin de secours. Ils
firent des Fondations en diverses
Eglises, surtout à Saint Jacques
de la Boucherie, dont les Archives
contiennent au moins quarante
Actes, & surtout son Testament,
qui témoigne le bien qu'il a fait à
cette Eglise, & ce fut en 1402.
qu'il fit rebâtir le Portail de Sainte
Geneviève des Ardents; il n'en a
pas moins fait à Boulogne près de
Paris, & même aux Quinze-Vingts,
qui toutes les années viennent à
Saint Jacques de la Boucherie,
rendre grâce à Dieu, & prier pour
leur Bienfaiteur.
Perrenelle, fidèle Compagne
de Flamel mourut en 1413. au
plus tard; mais longtemps avant sa

@

216 PHILOSOPHIE

mort ils avaient déjà fondé quatorze
Hôpitaux à Paris, bâti à neuf
trois Chapelles, & réparé & doté
sept autres Eglises.
Quelque secret que gardassent
Flamel & sa femme, le bien qu'ils
faisaient aux Eglises ne pouvait se
cacher. On fut étonné de voir que
des gens nés de parents pauvres;
& qui avaient toujours vécu pauvrement,
fissent plus de Fondations,
que n'en faisaient les Princes
& les Rois. On se souvint alors
de ces figures sur la transmutation
des métaux, que Flamel avait exposées
aux yeux du Public. Le
bruit en vint jusques au Roi;
c'était Charles VI. qui avait commencé
à régner en 1380. & qui
ne mourut qu'en 1422. Ce Prince
malgré les fâcheuses maladies dont
il fut attaqué, était naturellement
bon; mais frappé de tout ce qu'on
rapportait de Flamel, il crut devoir
y envoyer une personne de
confiance,

@

HERMETIQUE. 217

confiance, pour s'informer du fait.
Il choisit M. Cramoisi, Maître des
Requêtes; ce Magistrat se transporta
chez le Philosophe, qu'il trouva
vivant toujours pauvrement, &
se servant à son ordinaire de vaisselle
de terre. On croit cependant
que Flamel s'ouvrit sur son
secret à M. Cramoisi, ce qui le
garantit des recherches du Roi;
enfin le Philosophe mourut, & fut
inhumé à Saint Jacques de la
Boucherie.
On forme cependant une difficulté
contre les richesses de Flamel.
On prétend donc qu'elles venaient,
non pas de la transmutation
des métaux, mais de la dépouille
des Juifs chassés du Royaume,
& qui avant que de partir
avaient chargé Flamel du recouvrement
de leurs dettes, qu'il s'était
appropriées.
Mais on sait que les Juifs furent
chassés par Philippe Auguste
Tom. I. K

@

218 PHILOSOPHIE

en 1181. & rappelés en 1198.
ainsi deux cents ans avant les opérations
de Flamel. Il ne s'agit donc
point ici de ce bannissement. Ils
furent chassés de nouveau en 1406.
mais les Fondations de Flamel sont
plus anciennes que cette date;
& ce bonhomme aurait-il été en
Espagne chercher des Juifs, si
lui-même les avait volés & dépouillés
de leurs biens. D'ailleurs
son discours est si simple & si ingénu,
qu'il vaut mieux l'en croire
sur son rapport, appuyé du titre
de ses fondations, que de s'en
tenir à des objections sans preuve.
Mais pour revenir à Nicolas
Flamel, on prétend qu'il était Seigneur
de sept Paroisses, & avait
quatre mille écus d'or de revenu,
somme exorbitante pour ce temps,
là, ce qui se dit néanmoins sans
beaucoup de fondement. L'on
assure qu'il laissa son secret à un
neveu de sa femme, de la famille

@

HERMETIQUE. 219

duquel il passa entre les mains
de M. Perrier, Médecin.
D'ailleurs Flamel a donné quelques
Livres sur la Science Hermétique.
L'explication de ses figures
qu'il fit pour la première fois en
1399. comme il le marque lui-
même, & qu'il revit en 1403. est
extrêmement allégorique, & les
Philosophes n'en ont tiré aucun
secours, non plus que de son Sommaire
Philosophique qu'il fit en vers
l'an 1409. & que l'on a réimprimé
dans le troisième Volume du
Roman de la Rose, publié en
1735. On ignore le temps qu'il fit
son Désir désiré. Ses Laveures, que
nous avons en manuscrit sont douteuses,
& les remarques sur Zachaire
sont visiblement supposées,
puisque Zachaire vivait 1550. plus
de cent cinquante ans après Flamel.

K ij

@

220 PHILOSOPHIE

XXXIII.

La Science Hermétique, se perfectionne
en Italie & en Angleterre,
Jean Cremer s'y applique.

Les autres Nations ne furent
pas moins attentives que les Français
à faire usage de la Philosophie
Hermétique. Pierre le Bon de Lombardie,
& le Moine Ferrari s'y appliquèrent
dans le même temps en
Italie. Le premier travaillait en
1330. à Pola, Ville Maritime de
l'Istrie Vénitienne, & publia un
Traité complet de la Science Hermétique,
dont Lacini, Moine de
Calabre, a donné depuis un abrégé
assez bien fait. Nous avons aussi
le Traité du Moine Efferari ou
Ferrari, mais ce dernier est peu
lu par les Connaisseurs; quoiqu'au
milieu de beaucoup d'obscurité,
on y trouve quelques rayons de

@

HERMETIQUE. 221

lumières, mais qu'il faut y savoir
découvrir. On le croit de la fin
du treizième siècle, ou du moins
du commencement du quatorzième,
parce que citant Geber la
Tourbe & le Solitaire Morien, il
ne dit pas un mot d'Arnauld de
Villeneuve, ni de Raymond Lulle;
c'étaient cependant deux grands
Maîtres, qui méritaient d'être cités,
s'il avait vécu après eux.
Mais il y a peu de Nation qui
ait plus brillé que les Anglais dans
ce genre de folie. Jean Cremer,
Abbé de Westminster près de Londres,
fut un des plus célèbres Artistes
de ce siècle; il ne travailla
pas moins de trente ans pour parvenir
au but de cette Science; les
obscurités des Ecrivains Hermétiques,
qu'il n'entendait pas, l'avaient
jeté dans un labyrinthe
d'erreurs; & plus il lisait plus il
s'égarait. Enfin dégoûté de perdre
son argent, & de consumer
K iij

@

222 PHILOSOPHIE

sans aucun fruit un temps précieux,
qu'il pouvait employer plus utilement,
il prend le parti de voyager;
il arrive en Italie, il a le
bonheur d'y connaître Raymond
Lulle, & même de faire avec lui
une étroite amitié; il reste du temps
en la compagnie de ce pieux Philosophe,
aussi édifié de sa vie pénitente,
qu'instruit par les lumières
qu'il tirait de ses entretiens.
Cependant quoique Raymond s'expliquât,
quoiqu'il s'entretînt cordialement
avec cet Abbé, il ne se
découvrait pas entièrement, & gardait
toujours le secret sur le point
essentiel de ses opérations: mais
Cremer était insinuant, il était affectueux,
comme le sont ordinairement
ceux qui veulent obtenir quelque
grâce; & cherchant à pénétrer
le faible du Philosophe, les plus
grands hommes en ont toujours un;
il découvrit aisément, que celui de
Raymond était, ou la conversion

@

HERMETIQUE. 223

des Infidèles, ou du moins une
guerre ouverte contre les Mahométans,
possesseurs alors de très
grands Etats en Asie, en Europe,
& en Afrique. Cremer sut donc
engager son ami à se rendre en
Angleterre, lui persuadant que le
Roi Edouard ne manquerait pas
une occasion si favorable de se
distinguer de tous les Princes Chrétiens.
Raymond qui s'était inutilement
adressé à divers Souverains, tente
cette voie, & comme sa dernière
ressource, il accompagne donc en
Angleterre son ami Cremer, qui
le loge dans son Abbaye de Westminster;
il y travaille & perfectionne
l'oeuvre, que Cremer cherchait
inutilement depuis si longtemps;
alors ce dernier ne fit plus
difficulté de présenter Raymond
au Roi Edouard. Cremer avait
prévenu ce Prince sur les grands
talents de cet illustre Etranger, &
K iiij

@

224 PHILOSOPHIE

comme l'Intérêt ne gouverne pas
moins les Rois que les Particuliers,
il n'en fallut pas davantage
pour engager Edouard à recevoir
le vertueux Philosophe avec tous
les égards & toute l'attention, que
les Souverains, même les plus fiers,
ne font pas difficulté d'avoir pour
les inférieurs, dont ils ont tout
lieu d'espérer de grands biens, ou
de grands services. A la vue de
tant de richesses, les promesses &
les serments ne coûtèrent pas plus
au Roi Edouard que de simples
paroles; mais Raymond n'exigeait
qu'une condition, c'était le seul
prix qu'il mettait au présent qu'il
faisait de ses trésors. Il demandait
que le Roi Edouard fût en
personne avec une armée contre
les Infidèles, & que les immenses
richesses qu'il lui prodiguait,
ne fussent employées, ni au luxe
de la Cour, ni à quelque guerre
contre les Princes Chrétiens.

@

HERMETIQUE. 225

Edouard, sous prétexte de faire
l'honneur tout entier à Raymond,
lui donne un appartement à la
Tour de Londres, où le Philosophe
opéra de nouveau ses merveilles;
ce n'était cependant qu'une
honnête prison; & dès que
Raymond eut fait voir au Roi tout
ce qu'il désirait, ce Prince ne tarda
point à rompre ses serments. Il
n'en fallut pas davantage pour pénétrer
d'une sainte douleur le Philosophe,
qui commença dès lors
à préjuger les malheurs, qu'il pouvait
attendre d'un Prince sans foi &
sans honneur, & il trouva moyen
de s'évader furtivement de la Tour
& de l'Angleterre.
Cremer dont les intentions
étaient droites, ne fut pas moins
touché que Raymond; mais il
était Sujet du Roi, & ne pouvait
que gémir en silence de la
conduite de son Souverain. Il ne
put s'empêcher néanmoins de témoigner
K v

@

226 PHILOSOPHIE

dans son testament l'extrême
affliction, où il était d'avoir
perdu Raymond; il fut donc réduit
avec ses Religieux à prier continuellement
Dieu pour le saint
Homme. Crémer vécut encore
longtemps en Angleterre, & vit
même une partie du Règne d'Edouard
III. Nous avons son testament
imprimé, (1) d'où j'ai tiré
tout ce que je dis de lui. Mais
je ne conseille pas aux Curieux
de le suivre dans le cours des opérations
qu'il propose: avec une
affectation apparente de sincérité,
il n'est pas plus fidèle que les autres
Philosophes Hermétiques; il
a su se cacher aussi bien qu'eux,
sous le voile de quelques opérations
sophistiques.


----------------------------------
(1) On verra dans le Catalogue qui est à la fin de cet ouvrage, que le Testament de
Cremer est imprimé in Tripode Aureo Michaëlis
Mayeri, & in Musaeo Hermetico anni
1677.

@

HERMETIQUE. 227

L'Angleterre fut fertile au même
siècle en habiles Philosophes,
c'est à ce temps qu'on rapporte Jean
Daustein ou Dastin. J'ignore où
Borel a trouvé qu'il était Cardinal
du Titre de Saint Adrien: je l'ai
cherché dans les Auteurs qui pouvaient
en donner connaissance,
sans avoir pu l'y découvrir; &
lors même que Baleus parle de
cet Auteur dans ses Ecrivains
d'Angleterre, il n'en fait qu'une
médiocre mention, comme d'un
simple Chimiste, & lui attribue
quatre Traités; mais il ne parle
pas des deux qui sont imprimés;
savoir, sa Vision & son Rosaire,
où l'on trouve à la vérité des traits
d'un habile Artiste, mais accompagnés
de l'obscurité ordinaire
aux plus grands Philosophes.
Richard dont nous avons le
Correctorium, était de la même
Nation & du même siècle, & son
Livre mérite d'être lu & médité
K vj

@

228 PHILOSOPHIE

par les plus habiles Philosophes.

XXXIV.

Etat de la Science Hermétique jusqu'au
quinzième siècle. Basile
Valentin, & Isaac Hollandais.

Mais le quinzième siècle fut
beaucoup plus fécond que le quatorzième,
par le grand nombre
d'Artistes qu'il produisit; chaque
Nation voulut prendre part à la
folie du temps. On sait que chaque
siècle en a toujours une qui
lui est particulière.
Les premières années de ce siècle
produisirent donc dans Basile
Valentin, Moine Bénédictin d'Erfurt
en Allemagne, dans l'Electorat
de Mayence, un des plus illustres
Philosophes, qui ait jamais
paru. On avait cru longtemps que
c'était un personnage imaginaire,
& que sous ce nom s'était caché

@

HERMETIQUE. 229

quelque Artiste célèbre, qui avait
prétendu vendre au public ses
Imaginations Hermétiques; mais
l'Histoire de la Ville d'Erfurt
publiée par Jean Maurice Gudenus,
travaillée avec soin sur les
Actes publics de cette Ville, nous
assure de l'existence & du vrai
nom de ce Philosophe, qui était
en 1413. Religieux (1) de l'Abbaye
de Saint Pierre, & qui se
distinguait alors, comme il ferait
même aujourd'hui par une connaissance
profonde de la Médecine
de la nature. C'est tout ce que
l'on sait de lui: le reste de sa vie
consiste dans ses travaux.
Ses ouvrages que nous avons
en assez grand nombre, soit en


----------------------------------
(1) Eâdem aetare (scilicet anno 1413.) Basilius Valentinus in Divi Petri Monasterio vixit,
arte Medicâ & naturali indagatione admirabilis
Joannes Mauritius Gudenus in Historia Erfordiensi.
In-4. Erfurti 1675.

@

230 PHILOSOPHIE

Allemand, soit en Latin, soit
même en Français, font voir qu'il
était extrêmement laborieux, &
qu'il savait joindre la pratique de
la Science Hermétique aux devoirs
de la Religion. Et comme
il aurait été trop vulgaire de voir
venir à nous les écrits de cet habile
homme par la voie ordinaire;
on prétend, mais je ne voudrais
pas l'assurer, qu'il avait enfermé
ses Ouvrages dans un pilier de
l'Eglise de son Abbaye, & qu'ils
ne furent découverts que par un
coup de foudre qui mit le pilier
en morceaux.
Les plus estimés ses écrits sont
les douze Clefs, & L'Azoth, qui ont
été traduits en notre Langue, aussi
bien que la Révélation des Teintures
des Métaux. Mais la traduction
Française de ce dernier Ouvrage
est vicieuse en deux choses;
en ce que le Traducteur en altère
le vrai titre, qui dans la Langue

@

HERMETIQUE. 231

originale porte celui de Traité des
choses naturelles & surnaturelles;
mais ce qui est plus essentiel, est
que l'on a omis dans la traduction
les deux premiers chapitres de
l'Ouvrage.
Cet habile Artiste est un de ceux
qui a le plus manié l'antimoine,
& le Traité qu'il en a publié a
donné lieu à plusieurs Commentateurs
de s'exercer sur ce Livre;
mais je préférerais le travail de
Pierre Fabre de Cadelnaudari à
celui de Théodore Kerkringius.
Plus cet Artiste a été savant;
plus il faut l'étudier avec soin si
l'on veut en pénétrer le sens, autrement
en se livrant avec trop de
confiance à ses opérations, on ne
tombe pas moins dans le faux,
qu'en suivant les autres Philosophes.
Le même siècle vit paraître
Isaac le Hollandais; le père & le
fils travaillèrent avec un succès

@

232 PHILOSOPHIE

égal & le célèbre M. Boerhave,
juge habile en ces matières, les
reconnaît pour deux de nos plus
célèbres Artistes; non-seulement
ils sont les premiers Philosophes
de cette sage Nation, qui se soient
appliqués à la Science Hermétique
mais ils l'ont même portée si loin,
que le fameux Paracelse dans le seizième
siècle, & l'Illustre M. Boyle
de nos jours, se sont fait honneur de
plusieurs opérations curieuses, qu'ils
n'ont travaillées que sur les procédés
de ces deux savants Artistes.
Les métaux furent les principaux
objets de leur travail, & leurs
écrits, qui pour la plupart sont imprimés,
& ont été traduits de la
Langue Hollandaise en Latin,
montrent avec quels soins ils ont
opéré. Occupés de la pratique de
la Science Hermétique, ils se sont
peu répandus dans le monde; c'est
ce qui fait que leur vie est peu
connue; mais on sait en quoi consiste

@

HERMETIQUE. 233

la vie d'un Philosophe, qui
sort rarement de l'intérieur de son
Cabinet, ou de son Laboratoire:
J'ai placé cet habile Artiste dans
le quinzième siècle, uniquement
par conjecture. On voit en le lisant
qu'il ne cite aucun nouveau
Philosophe; tout se réduit à Geber
Dantin, Morien & Arnauld
de Villeneuve; & pas un Philosophe
plus moderne ne paraît dans
ses Ouvrages. Cependant comme
il parle des eaux fortes & de l'eau
régale inventée dans le quatorzième
siècle, il peut avoir paru au
commencement du quinzième.

XXXV.

Bernard Trévisan.

Dans le temps que ces trois Artistes
travaillaient avec le plus de
succès, Bernard Trévisan commençait
à se former dans la Science

@

234 PHILOSOPHIE

Hermétique; il était né à Padoue
l'an 1406. où Marc Trévisan
son Père exerçait la Médecine.
Ses égarements Philosophiques,
qu'il a lui-même décrits, sont un
des morceaux les plus singuliers
de l'Histoire de la Science Hermétique.
Je ne parlerai point de l'origine
qu'il prétend donner à cette Science;
c'est se livrer à des contes
puérils, que de la prendre avant
le déluge, & de la faire passer par
révélation aux Israélites dans le
désert. Bernard fait bien voir partout
ce qu'il débite à ce sujet, qu'il
était plus habile Artiste que savant
Historien; mais ce qui le regarde
personnellement est beaucoup
plus singulier.
Pour peu qu'on ait de cupidité,
on donne aisément dans une science,
qui promet à ses Amateurs
d'immenses richesses. Bernard Trévisan,
soit par goût, soit par

@

HERMETIQUE. 235

amour pour le bien, y donna de
bonne heure comme beaucoup
d'autres; il n'avait guères alors plus
de quatorze ans. Le premier livre
qui lui tomba entre les mains fut
celui de Rasis, il crut y trouver les
moyens d'augmenter au centuple
le fond qu'il avait reçu de son
père; il se met donc à opérer, &
dans quatre ans qu'il mit à des
épreuves inutiles, il ne dépensa
pas moins de huit cents écus,
somme alors très considérable. Ennuyé
de perdre son temps & son
argent, il se livre à la lecture du
plus grand fourbe, que l'on connaisse
dans la Science Hermétique,
c'est Geber, qui dans la multitude
de préparations & d'expériences,
qu'il présente à ses Lecteurs,
contient infiniment plus de
faux que de vrai. Bernard, qui ne
connaissait pas le caractère de cet
Artiste, s'y abandonne entièrement,
& y dépense plus de deux

@

236 PHILOSOPHIE

mille écus: il est vrai que comme
on le savait curieux & riche, il
fut assailli par un grand nombre
de ces prétendus Philosophes,
dont tout le talent, même encore
aujourd'hui, est de brûler du
charbon, & de faire payer chèrement
à ceux qu'ils approchent,
un savoir & des connaissances
qu'ils n'ont point.
Les mauvais succès ne le décourageaient
pas, il crut réussir
en suivant à la lettre les Traités
d'Archelaus, de Rupescissa & de
Sacrobosco, & pour multiplier ses
lumières, il s'associa avec un bon
Religieux, & de concert ils travaillèrent
pendant trois ans; ils
rectifièrent plus de trente fois de
l'esprit de vin, à un point qu'ils
ne pouvaient plus trouver de verres
assez forts pour le contenir.
Ces opérations lui coûtèrent bien
trois cents écus.
Il y avait déjà douze ans que

@

HERMETIQUE. 237

Bernard travaillait infructueusement
à dissoudre, congeler & sublimer
le sel commun, le sel armoniac,
tous les différents aluns
& la couperose; il se jeta même
sur les excréments, soit des hommes,
soit des animaux; ce n'était
que distillation, circulation, sublimation:
tous ces régimes lui
consumèrent encore douze années,
avec une dépense d'environ six
mille écus: cependant tout cet
argent ne fut pas mis en drogues;
une partie tomba dans les mains
des Artistes, dont il était obsédé,
& qui lui promettaient de tirer le
mercure, des plantes, des herbes
des animaux.
Enfin découragé par tant de dépenses
& de temps perdu, il se met
à prier Dieu de lui découvrir le
but de la Science Hermétique, il
se joint ensuite avec un Magistrat
de son Pays, & travailla de nouveau
sur le sel marin, il mit dix-

@

238 PHILOSOPHIE

huit mois à le rectifier sans trouver
aucune altération dans sa nature;
le peu de succès qu'il tira
de ce dernier travail lui fit changer
de plan: comme il connaissait
des Artistes qui faisaient de
bonne eau-forte, il crut que ce
dissolvant lui réussirait, il en fait
l'épreuve sur l'argent & le Mercure
vulgaire, & ce fut toujours
avec le même succès.
Bernard était dans la force de
l'âge, & n'avait pas plus de quarante-six
ans; il se mit donc à
voyager, & cherchant des curieux,
qui donnassent dans le même
excès de folie, il ne lui fut
pas difficile d'en trouver plus d'un
en France; le premier fut un Moine
de Citeaux, nommé Maître
Geoffroy Leuvrier, avec lequel
il travailla sur les oeufs de poules,
jusques à en calciner même les
coques; enfin après huit ans des
plus laborieuses opérations, tout

@

HERMETIQUE. 239

ce qu'il apprit de mieux, fut de bien
faire des fourneaux & de distiller
artistement des eaux- fortes. Il
connut ensuite un Théologien qui
était Protonotaire de Berghes en
Flandres, avec lequel il travailla
pendant quatorze mois à distiller
la couperose avec le vinaigre. Le
fruit qu'il en tira fut une fièvre
quarte.
Enfin, dit-il, se présenta un gentil
Clerc, qui l'avertit que Maître
Henry, Confesseur de l'Empereur,
c'était alors Frédéric III. avait le
secret de la Pierre Philosophale;
sur le champ Bernard part pour
l'Allemagne, accompagné de quelques
hommes épris de la même
folie. Ils font tant, & par leurs
dépenses & par leurs amis, qu'ils
parviennent à connaître ce curieux
Confesseur; ils se mettent donc à
travailler avec lui à frais communs;
Bernard y contribue pour sa part
dix marcs d'argent, & les autres

@

240 PHILOSOPHIE

se cotisent & en mettent de leur
côté trente-deux marcs; ils comptaient
en peu de jours en retirer
du moins cent trente marcs; c'était
deux cents pour cent de bénéfice;
c'est beaucoup quand on ne saurait
mieux faire; mais après bien
des rectifications & des dissolutions;
au lieu de cent trente marcs
d'argent, ils n'en retrouvèrent pour
la totalité que seize marcs de quarante-deux
qu'ils y avaient mis.
Tout ce travail coûta encore au
Trévisan environ deux cents écus,
& il avait déjà passé la cinquante-
huitième année de son âge, ainsi
il était temps, ou de renoncer à
ses folies, ou de trouver le secret
de la Science Hermétique.
Cependant le chagrin d'avoir
dépensé des sommes si considérables,
& perdu tout son temps
l'avait presque détourné de ses
égarements; il fut sage pendant
deux mois: c'est beaucoup dans une
pareille

@

HERMETIQUE. 241

pareille folie, mais un rayon
d'espérance soutenait toujours sa
cupidité, il se mit donc à voyager
à Rome, en Espagne, en Turquie,
en Grèce; il poussa même
jusqu'en Egypte, en Barbarie, a
Rhodes, en Palestine & en Perse;
il se rendit à Messine, revint en
France, passa en Angleterre, en
Ecosse & en Allemagne; partout
il trouvait beaucoup de gens, qui
travaillaient; mais il avait le malheur
de voir que les vrais Philosophes
ne voulaient pas se communiquer,
au lieu que les trompeurs,
qui les savaient gens aisés
& curieux, se présentaient à eux
de toutes parts. Aussi Bernard dépensa
encore dans ces voyages &
dans de fausses opérations, environ
treize mille écus, & fut obligé
même de vendre un bien, qui ne lui
rapportait pas moins de huit mille
florins d'Allemagne de revenu.
Bernard avait alors soixante-
Tom. I. L

@

242 PHILOSOPHIE

deux ans: & comme il n'avait
pas voulu écouter les sages remontrances
de sa famille, il s'en
vit méprisé, dès qu'il fut tombé
dans la misère. Il chercha donc à
cacher sa pauvreté à tout le genre
humain; & prit le parti de se retirer
dans l'Ile de Rhodes; soit
pour y vivre inconnu, soit pour
y trouver quelque: consolation.
Cependant ni ses malheurs, ni son
indigence, ne le corrigèrent pas;
il persista toujours dans la même
folie, parce qu'il eut, la fatalité
de trouver un Religieux, qui n'était
pas plus sage que lui. Tous
deux rentrèrent dans leurs égarements:
mais comme il faut des
fonds pour travailler, il fit, encore
une ressource, de huit mille florins,
qu'il emprunta en l'Ile de Rhodes,
d'un Négociant qui connaissait
la famille de Bernard;
mais qui vraisemblablement ignorait
l'extrémité, où sa mauvaise conduite

@

HERMETIQUE. 243

l'avait réduit, ou qui ne savait
pas l'abus qu'il en allait faire.
Il travailla donc avec ce Religieux,
par des dissolutions d'or,
d'argent & de sublimé corrosif,
& il fit tant pendant trois ans que
dura ce travail, qu'il perdit tout
le fond qu'il y avait employé.
Enfin déconcerté par ce nouveau
malheur, il se réduisit à lire tous
les grands Auteurs, tels sont le
Grand Rosaire, Arnaud de Villeneuve,
Marie la Prophétesse &
la Tourbe, ce fut sa consolation. Les
fous n'en connaissent pas de plus
satisfaisante, que celle qui les entretient
dans leur folie.
Bernard passa huit ans dans ces
nouvelles rêveries; ainsi il avait un
peu plus de soixante-treize ans: Il
était bien tard pour s'amuser encore
à chercher le secret de la
Science: Hermétique; il était temps
même de porter ses pensées à
quelque chose de plus sérieux &
L ij

@

244 PHILOSOPHIE

de plus solide. Cependant il avoue
que ce fut par ces lectures, qu'il
connut le secret, qu'il cherchait
depuis si longtemps; il examina en
quoi tous les grands Auteurs s'accordaient,
& en quoi ils différaient,
il jugea que la vérité était
dans les maximes dont ils convenaient
unanimement, & que le
reste n'était que tromperies; mais
il avoue qu'il fut encore deux ans
avant que de le mettre en pratique.
C'était une faible consolation
d'avoir consommé inutilement un
bien considérable pendant plus de
soixante ans, de s'être exposé a
la misère la plus extrême, & même
de se voir contraint de s'expatrier
pour ne la pas faire connaître,
& de n'arriver au but qu'à
l'age de soixante-quinze ans, temps
où l'on ne peut plus jouir d'un
bien acquis. Cependant si Bernard
a trouvé, il a joui encore
quelques années, mais peut-on

@

HERMETIQUE. 245

qualifier du titre de jouissance, des
richesses acquises aux dépens de
son repos & dans un âge décrépit,
où l'on ne doit plus être occupé
que de la possession des biens futurs.
Bernard a laissé quelques Ouvrages,
mais en petit nombre;
l'un est La Philosophie naturelle des
métaux ou L'Oeuvre secret de la Chimie,
qui parait originairement
écrit en Français; un second est
La Parole délaissée, & le troisième
est une Lettre à Thomas de Boulogne,
premier Médecin du Roi Charles
VIII. Dans le premier Traité
l'Auteur donne des conseils salutaires
pour n'être pas trompé;
mais dans sa Lettre à Thomas de
Boulogne, il est à la portée des Philosophes
qui savent ce que c'est
que travailler.
Je suis étonné que quelques
Auteurs croient que Bernard était
Allemand, & qu'ils le nomment
L iij

@

246 PHILOSOPHIE

Bernard de Trêves, puisque les
meilleurs Ecrivains le qualifient
de Comte de la Marche Trévisane.
Il paraît qu'il est mort l'an
1490. âgé de quatre-vingt-quatre
ans, & il jouit après sa mort d'une
grande réputation qu'il n'a pu
se faire de son vivant; jusque-
là même que les plus célèbres Artistes
l'appellent le bon Trévisan:
mais je ne voudrais pas acheter au
même prix une telle réputation.

XXXVI.

La Science Hermétique continue dans
le même siècle à être cultivée.

Plus nous approchons de nos
jours, plus nous voyons augmenter
la folie des hommes; on eut
l'imprudence d'y faire entrer le
Roi Charles VI. comme si ce
Prince n'avait pas déjà l'esprit assez
faible, sans augmenter encore sa
maladie, par des imaginations
aussi chimériques, que celles de

@

HERMETIQUE. 247

la transmutation des métaux; mais
tel était le caractère de ceux qui
s'étaient rendus maîtres de son
esprit. Ils amusaient ce Prince
par des fantaisies & des extravagances
dans le temps qu'ils tyrannisaient
le Royaume par l'abus qu'ils
faisaient d'une autorité empruntée.
Il parut dans le même temps
un autre Visionnaire; ce fut Jean
de la Fontaine, qui vivait à Valenciennes
sa Patrie en 1413. sa
vie peu connue fut celle d'un Artiste
occupé de fourneaux & de
distillations, il ne sortait de son
laboratoire, que pour entrer dans
son cabinet, où il s'affermissait
dans ses rêveries, en écrivant,
même en vers Français sur la
Science Hermétique, c'était folie
sur folie. C'est lui qui a produit
la Fontaine des Amoureux de Science,
imprimée plusieurs fois, mais
surtout dans le Tome III. de la
nouvelle Edition du Roman de la
L iiij

@

248 PHILOSOPHIE

Rose, publié à Paris en 1735. Ce
Traité qui est assez curieux, voudrait
faire entendre, que son Auteur
a réussi dans la Philosophie
Hermétique; mais je doute qu'on
l'en ait jamais cru sur sa parole.
Ce n'était alors que Chimistes
de tous côtés; quelques personnes
mêmes, pour se mettre à la mode,
se donnèrent le titre de Philosophes
Hermétiques, qu'ils ne méritaient
pas. Nous n'en trouvons
guères d'exemple plus singulier
que celui du célèbre Jacques Coeur
de Bourges.

J A C Q U E S C O E U R.

Le père de cet homme, qui
était de très basse extraction, pouvait
avoir été Capitaine de Charrois
dans l'armée de France. Il
parvint à être Orfèvre à Bourges,
condition alors très médiocre.
Jacques Coeur son fils n'eut

@

HERMETIQUE. 249

pas le moyen de payer sa Maîtrise,
pour se faire recevoir dans
la même Profession; il prit donc
le parti en 1428. de se mettre Ouvrier
dans la Monnaie de Bourges.
(1) Il commença dès lors
à se former aux concussions, qu'il
exerça depuis, tant dans la Langue
d'Oc, que dans la Langue-d'Oui,
pour parler avec les Historiens,
c'est-à-dire dans tout le Royaume,
soit au-delà, soit au-deçà de la
Loire. Il eut le malheur de gagner
assez de bien dans ce premier
poste, pour devenir ensuite Maître
de la Monnaie de Bourges,
& seul Trésorier de l'Epargne,
c'est-à-dire seul Garde du Trésor
Royal; il n'y parvint cependant


----------------------------------
(1) Ce que l'on dit dans cet article de Jacques Coeur, est tiré, soit du Trésor des Antiquités
Gauloises de Pierre Borel, soit de
l'Histoire de Charles VII. imprimée au Louvre
en 1661. & de l'Arrêt rendu contre lui
en 1453.
L v

@

250 PHILOSOPHIE

que par le moyen de la belle Agnès
Sorel, dont il fut depuis l'Exécuteur
testamentaire.
Ses Emplois, & les grands fonds
dont il se trouva Dépositaire, loin
d'éteindre sa soif, ne firent qu'augmenter
sa cupidité; il tourna ses
vues du côté du commerce & des
monopoles, qu'il fit sur les denrées,
même les plus nécessaires à
la vie; ce qui lui attira le mépris
& l'indignation des Peuples, ainsi
qu'il arrive toujours en de pareilles
occasions.
Comme Jacques Coeur avait
l'autorité en main, il se faisait un
jeu d'abuser de son pouvoir: il altéra
l'argent & les monnaies; &
pour le faire impunément, sans
mettre dans sa confidence plusieurs
complices, qui pouvaient le convaincre
de malversation, il fit contrefaire
le poinçon du Roi, & même
son petit scel; par ce moyen
il paraissait autorisé à faire passer

@

HERMETIQUE. 251

des fonds dans les Pays Etrangers;
& avec les revenus de l'Etat, il
arma des Galères pour son propre
compte; mais pour les équiper,
il usait de tant de violences,
qu'il allait jusqu'à prendre de force
parmi les sujets du Roi, les Rameurs,
dont il avait besoin; il fut
même prouvé qu'il avait rançonné
les Génois de six mille écus,
somme alors très considérable.
Charles VII. qui ne connaissait
pas encore de quoi cet homme
était capable, s'en servit en différentes
occasions; il fut non seulement
envoyé à Gênes en 1446.
mais même on le mit dans l'Ambassade
d'Obédience, que le Roi
fit rendre en 1447. au Pape Nicolas
V. & l'année suivante on le
commit pour ravitailler Final, qui
était alors à la France.
Lorsque Jacques Coeur vit que
le Roi, sur l'avis de son Conseil,
était résolu en 1449. de recouvrer
L vj

@

252 PHILOSOPHIE

la Normandie, il se fit un mérite
de prêter au Prince l'argent de l'Epargne
pour cette grande expédition,
comme si les fonds de l'Etat
lui avaient appartenu; & il eut
la témérité, lorsque Charles VII.
fit son entrée à Rouen, d'y paraître
en triomphe, dans l'équipage
le plus leste, avec le Comte de
Dunois, & les autres Grands du
Royaume. Mais Charles, qui était
naturellement bon, fut si sensible
à cette prétendue générosité de
Jacques Coeur, que l'année suivante
il le chargea seul de l'administration
générale des Finances,
sous le titre de premier Argentier
du Roi; qualité qui répond à celle
de Sur-Intendant, ou de Contrôleur
général.
Ce fut le moyen le plus sûr
qu'aurait pu trouver lui-même le
nouveau Ministre, pour abuser de
son pouvoir; non seulement il acquit
en 1451. les plus grosses terres

@

HERMETIQUE. 253

du Royaume, qui ne convenaient
qu'à des Princes; telles
étaient S. Fargeau, Champignelle,
Villeneuve-la-Genest; mais de
plus il augmenta le nombre de ses
Galères & de ses monopoles, jusqu'au
point d'avoir dans le Royaume
plus de 30. Facteurs, ou
Commissionnaires, qui enlevaient
le commerce aux autres Négociants.
Tous s'en plaignirent; mais
ce fut inutilement; Jacques Coeur
avait la protection du Comte de
Dunois. Ce Seigneur était âgé &
protégeait le nouveau Ministre,
parce que celui-ci rampait bassement
devant lui, beaucoup plus
même que n'aurait fait un vil esclave.
Avec l'âge ce grand homme
devint timide, & sentant sa
faiblesse, il se livrait moins à des
amis sages, capables de lui donner
des conseils salutaires, qu'à des
valets, qui le flattaient sur ses grandes

@

254 PHILOSOPHIE

lumières & ses talents admirables
pour les affaires. Jacques
Coeur le mit du nombre de ces
derniers, & le servait comme les
vieillards veulent être servis.
Etant à la tête des Finances,
il trouva des moyens sûrs & faciles
de voler dans les revenus du
Royaume, comme un Ministre
infidèle n'en a malheureusement
que trop d'occasion; il en abusa
donc, soit en faisant passer de l'argent
dans les Pays Etrangers, soit
en fournissant des armes aux Infidèles,
regardés déjà comme les
ennemis de tout le genre humain;
mais le Ministre s'en servait pour
favoriser ses monopoles & ses concussions.
Non content de s'être attiré l'indignation
du peuple par ses affreuses
vexations, il irrita encore les
Grands, en voulant avancer une
famille, qui le méritait peu; il

@

HERMETIQUE. 255

mit son frère (1) très médiocre
sujet, dans un poste éminent, &
non seulement il demanda, mais
il obtint même en 1446. temps de
sa plus grande faveur, pour son
fils Jean Coeur, l'Archevêché de
Bourges, Dignité qui ne convenait
qu'à un Seigneur de naissance
& d'un mérite distingué.
Le Ministre crut se mettre à
couvert des recherches, en se déclarant
Philosophe Hermétique;
il fit bâtir à Bourges une maison
superbe, sur laquelle il fit graver
les emblèmes de cette Science,
qui s'y voient encore, ce qu'il
exécuta pareillement à Montpellier.
Mais on ne fut pas la dupe
de sa conduite; on se garda bien
de prendre le change; & malgré
le Traité de sa composition, qu'il


----------------------------------
(1) Il s'appelait Nicolas Coeur, & fut Evêque de Luçon, depuis l'an 1441, jusqu'en
1451.

@

256 PHILOSOPHIE

fit courir sur la transmutation des
métaux, on sentit bien que toutes
ses richesses venaient de ses concussions,
& non pas d'une louable
industrie.
Enfin le temps de sa punition arriva;
on l'attaqua en 1442. sur
bien des chefs, qui tous furent
prouvés, à l'exception de l'empoisonnement
d'Agnès Sorel, crime
dont la délatrice fut punie suivant
la rigueur des Lois.
Les chefs d'accusation furent
d'avoir commis d'énormes dépréciations
dans tout le Royaume,
d'avoir altéré & falsifié la monnaie,
lors même qu'en 1429. il
n'était que simple ouvrier à Bourges,
d'avoir fait transporter de
l'argent dans les Pays Etrangers,
d'en avoir envoyé au Turc de falsifié,
auquel il avait appliqué un
faux poinçon, pareil à celui du
Roi: autre crime dont il fut convaincu,
aussi bien que celui d'avoir

@

HERMETIQUE. 257

contrefait le petit scel du
Roi, d'avoir renvoyé aux Infidèles
un jeune Musulman, qui s'était
rendu à Marseille en 1446.
pour embrasser la Religion Chrétienne;
enfin il fut accusé d'avoir
rançonné les Génois, & envoyé
des armes aux Infidèles.
Le Roi Charles ne pouvait s'imaginer
qu'un seul homme eût
donné dans un si grand nombre
d'excès; il permit cependant que
l'on informât, mais il ne voulut
pas faire arrêter son Ministre. Celui-ci
néanmoins, qui avait la confiance
des gens accoutumés aux
crimes, crut qu'ayant eu la précaution
de supprimer, ou d'écarter
les preuves de ses malversations,
on ne pouvait pas le convaincre.
Il ne fit donc pas difficulté
de se présenter lui-même pour
se justifier, & offrit de se rendre
prisonnier. Le Roi, qui était ravi
de le croire innocent, reçut ses

@

258 PHILOSOPHIE

offres, on le mit d'abord dans le
Château Taillebourg, d'où on le
transféra depuis dans celui de Lusignan.
Dès qu'on en vint aux interrogatoires,
cet homme, si fier & si
haut, parut tout-à-coup souple &
rampant; & la preuve de ses malversations
fut si complète, qu'il
ne put disconvenir de ses crimes.
Ainsi le Ministre convaincu dans
tous les chefs, fut condamné par
Arrêt (1) du 19. Mai 1453 rendu
au Château de Lusignan. Le
Roi, par un excès de bonté, &
par un reste de reconnaissance,
aussi bien qu'à la sollicitation du


----------------------------------
(1) Cet Arrêt, qui est très curieux, se trouve par extrait dans le Trésor des Antiquités
Gauloises de Pierre Borel au mot Jaseron
page 271. mais en entier dans un Recueil
de plusieurs Harangues, Remontrances,
Affaires d'Etat, par Jean de Lannel, in-4°. à
Paris en 1623. il commence en 1453. & finit
en 1614.

@

HERMETIQUE. 259

Pape Nicolas V. lui remit la peine
de mort, qu'il avait si justement
méritée; mais tous ses biens
furent confisqués au profit du Roi;
on l'obligea de faire amende honorable
la torche au poing, sans
chaperon & sans ceinture: on le
condamna, non seulement à un
bannissement perpétuel hors du
Royaume, mais même à une
amende de 400. mille écus d'or
envers le Roi, somme alors plus
considérable, que ne serait aujourd'hui
celle de neuf à dix millions
de notre monnaie courante, &
cependant on lui fit garder prison
jusqu'au payement de l'amende; il
ne resta que peu de temps dans le
Château du Montils-les-Tours, &
dans celui de Maillé, où on l'avait
transféré de Lusignan; l'amende
ne tarda guères à être
payée, & il se retira dans l'Ile de
Chypre. En sortant du Royaume
il emporta encore 60. mille écus

@

260 PHILOSOPHIE

d'or, qu'il avait ramassés du débris
de sa fortune; il s'y maria, il
y rétablit ses affaires, & y mourut
avant l'an 1461. Les Carmes de
cette Ile, qu'il avait comblés de
bienfaits, lui donnèrent la sépulture
dans leur Eglise.
Je mets le décès de Jacques
Coeur avant l'an 1461. parce que
le Poète Villon, qui a fait son
Grand Testament cette même année,
en parle comme d'un homme,
qui était déjà mort; & l'an
1463. Louis XI. que Jacques
Coeur avait aidé vraisemblablement
dans sa révolte, comme il
en fut accusé sous Charles VII.
rendit à son fils Geoffroy Coeur
les biens, que l'on avait confisqués
dix ans auparavant sur son
père.
Quoique les faits caractérisent
les hommes, peut-être ne sera-t-on
pas fâché de connaître plus en
détail celui-ci, qui a été si extraordinaire

@

HERMETIQUE. 261

en son temps. Un corps
à demi voûté défigurait une taille
qui passait la médiocre; une physionomie
très commune était accompagnée
d'un son de voix grossier
& désagréable, rampant bassement
devant l'homme respectable;
c'est-à-dire, devant ce sage
& illustre vieillard, qui le soutenait
à la Cour, & qu'il trompait
grossièrement; il faisait payer au
centuple à tous les Seigneurs, qui
s'adressaient à lui, les marques de
servitude, qu'il donnait à son Protecteur.
Dur & intraitable sur les
besoins du peuple, il s'imaginait
faussement, qu'on n'apercevait
pas, qu'il accumulait tant de
crimes & de monopoles, que pour
enrichir une famille, qui ne méritait
pas même la fortune la plus
médiocre. Il ignorait l'art d'accorder
des grâces; jamais il n'en
fit qu'elles ne fussent payées d'avance,
son discours, qui était bref

@

262 PHILOSOPHIE

& concis, se terminait à dire:
cela ne saurait se faire; je ne le
ferai pas; cela n'est point; cela est
faux; je sais ce que vous dites
mieux que vous; ainsi on ne doit
pas être surpris que la Providence,
toujours juste, lui ait rendu
ce qu'il méritait.
Mais on doit être étonné de
voir qu'un particulier, né sans
bien & d'une famille très commune,
ait pu amasser en moins
de dix ans de si grandes richesses,
& soit devenu l'un des plus grands
Terriens du Royaume; il jouissait
des Terres de S. Fargeau, de Meneton,
de Salon, de Maubranche,
de Meaune, de S. Aon de Boissy
en Rouannais, de S. Geran de Vaux,
du Comté de la Palisse; de Champignelles,
de Villeneuve-la-Genest,
du Marquisat de Touci, du Pays
de Puysaye & du Comté de Beaumont.
Il a fait bâtir des maisons
si superbes, à Bourges, à Montpellier,

@

HERMETIQUE. 263

& à Marseille, qu'aucun
particulier n'a osé les occuper;
& qu'outre le don qu'il avait fait
au Roi de 200. mille écus d'or
pour la conquête de la Normandie,
il a encore payé facilement
une amende de 400. mille écus
d'or, & sortit du Royaume avec
une somme très considérable.
En vain Pierre Borel, amateur
outré de la Science Hermétique,
veut prouver, que les grands biens
de Jacques Coeur viennent du secret
de la transmutation des métaux.
Tout ce qu'il rapporte sert
à montrer que ce Ministre cherchait
à fasciner les yeux de la
Cour, & à tromper le Public;
mais ni la Cour, ni le Public ne
l'en crurent pas sur sa parole; &
les preuves de ses malversations
font connaître que sa hardiesse à
s'approprier les fonds de l'Etat,
était la seule transmutation qu'il
connaissait.

@

264 PHILOSOPHIE

XXXVII.

Autres Philosophes du XV. siècle
Northon, Riplay, le Cardinal
Cusa & Tritheme.

Ce n'est que dans le dernier siècle
que l'on a connu Thomas
Northon, Anglais; Ashmole avait
publié son Ouvrage dans sa langue
originelle, & Michel Mayer
l'a donné en Latin dans son Tripus
Aureus. C'est un Auteur assez
exact, qui a dit avec sincérité ce
qu'il a su; peut-être ne savait-il
pas tout; le savant Olaüs-Borrichius
le croit du milieu de ce siècle.
Mais un homme plus célèbre,
a été Georges Riplay: cet Artiste,
si distingué, eut un goût tout particulier
pour la pratique de la Philosophie
Hermétique. Jeune, il
s'enrôla chez les Chanoines Réguliers
guliers

@

HERMETIQUE. 265

de Bridlington, dans le
Diocèse d'Yorck; la tranquillité
de la vie solitaire le laissant entièrement
à lui-même, il se mit à
lire les plus grands Maîtres en
cette Science; mais fâché de n'y
rien comprendre, il résolut de
voyager, persuadé qu'il découvrirait
peut-être dans les entretiens
des Philosophes, ce qu'il ne pouvait
apprendre par ses lectures. Il
alla donc en Italie vers l'an 1477.
il y fut assez de temps pour se perfectionner
dans les Sciences. Il
s'introduisit dans les bonnes grâces
du Pape Innocent VIII. Il en obtint
des bienfaits, mais cependant de
ces bienfaits, qui ne coûtent rien
à la Cour de Rome, & qui ne tirent
point à conséquence. Innocent
le fit Prélat domestique de
son Palais, & son Maître de Cérémonies.
Riplay, glorieux d'avoir
obtenu ce titre d'honneur,
Tom. I. M

@

266 PHILOSOPHIE

retourna dans sa Patrie; mais il
fut bien étonné de voir que ses
confrères ne voulurent pas le recevoir
dans leur maison, redoutant
vraisemblablement un homme,
qui par ses titres, aurait prétendu
sur eux une espèce de supériorité.
Riplay, dans l'excès de son dépit,
crut ne rien faire de plus mortifiant,
pour humilier l'orgueil de
ses confrères, que de se précipiter
chez les Carmes en 1488. Il
y fut reçu avec plaisir; mais soit
dégoût de son état, soit mépris
de ses nouveaux confrères, soit
amour de la Philosophie, il demanda
qu'on lui permît, sans quitter
l'Ordre, d'entrer dans une solitude
plus austère, en se faisant
Anachorète. Il n'eut pas de peine
à l'obtenir; alors il se livra si
fort à l'étude des Sciences curieuses,
que ses confrères, qui ne
connaissaient rien à son travail, se

@

HERMETIQUE. 267

crurent obligés, après sa mort
qui arriva depuis l'an 1490. de le
déclarer Magicien.
S'il apprit en Italie, comme on
le croit, le secret de la Science
Hermétique; il était encore Chanoine
Régulier, lorsqu'il écrivit
son Livre des douze Portes. C'est
ce qu'il a soin de marquer lui-même
au commencement de cet
Ouvrage; mais j'ignore où le Philalèthe
a pris qu'il était Chevalier;
les deux Professions, qu'il avait
embrassées, ne sont pas susceptibles
de ce titre. Tout ce qu'on
peut dire, est que le Philalèthe,
grand Artiste dans la Philosophie
Hermétique, s'embarrassait peu d'être
exact sur l'Histoire. Baleus,
qui avait plus de connaissance de
cet Ecrivain, que le Philalèthe,
marque les deux Professions que
je lui ai données, & lui attribue
environ dix Traités sur la Science
Hermétique, entre lesquels est le
M ij

@

268 PHILOSOPHIE

Clangor Buccinae, que l'on cite ordinairement
comme anonyme.
Je ne parle ici du Cardinal Cusa
& de l'Abbé Tritheme, tous deux
Allemands, que comme de Philosophes
de spéculation, qui ont
cru qu'il était de leur honneur de
parler d'une Science, qui était
à la mode de leur temps, & sur
laquelle tout Savant se croyait
en droit d'écrire. Le Cardinal Nicolas
de Cusa mourut en 1464.
& Jean Tritheme, quoique du
quinzième siècle, a vécu jusqu'en
1516. Georges Anrac, ou Aurac,
parut dans le même temps à Strasbourg;
ce fut en 1470. On lui
attribue un Rosaire; on sait qu'il
y a plusieurs Ouvrages sous ce
même titre; mais celui de cet Auteur
a quelques figures, & beaucoup
de vers Allemands; & outre
le Jardin des Richesses imprimé
en Allemand, petit Traité
fort allégorique, l'on a de lui quelque

@

HERMETIQUE. 269

chose sur la Pierre: on voit
bien qu'il avait beaucoup lu; mais
ce n'est pas une preuve qu'il ait
opéré efficacement. Et qui l'aurait
cru pour cet ancien temps? La
Pologne même nous présente dans
Vincent Koffky un Philosophe au
moins de spéculation, mais qui a
peut-être autant d'obscurité que le
précédent.
L'Italie même n'en fut pas exempte,
quoiqu'agitée par des troubles
domestiques & par des guerres
étrangères; mais il est étonnant
de voir, dans le rang de ces
Philosophes, le célèbre Marsile
Ficin, cet homme si vertueux &
si sage; Sectateur zélé de la morale
de Platon, il n'a pas cru qu'il
fût indigne de lui de jeter les
yeux sur cette Science, qu'il regardait
comme une branche de
la Médecine; Science dont il
croyait que la connaissance, aussi
bien que celle de l'Astrologie Judiciaire,
M iij

@

270 PHILOSOPHIE

pour laquelle il avait
un peu trop de goût, devait de
droit appartenir aux Prêtres; &
on sait qu'il était lui-même dans
le Sacerdoce. Cet habile Philosophe
mourut dans sa soixante-dixième
année en 1499. dans le
temps que Louis XII. Roi de
France, passait en Italie. Je ne
parle point de Jean Pic, Prince
de la Mirandole, Contemporain
de Marsile Ficin. Le Traité qu'il
a laissé sur l'or, marque moins un
Artiste, qu'un Savant, curieux
de connaître les progrès de cette
Science. Il avait trop de sagesse
& de lumières, pour se livrer à
de semblables folies.

XXXVIII.

Suite de la Science Hermétique dans
le seizième & dix-septième siècle.

Les seizième & dix-septième siècles
figurèrent beaucoup plus que

@

HERMETIQUE. 271

les autres sur la pratique de la
Philosophie Hermétique. Les Artistes
vrais ou faux y sont en si
grand nombre, que ce serait se
jeter dans un labyrinthe d'erreurs,
que de les vouloir suivre dans leurs
opérations, ou même de les vouloir
lire; il faut pour former une
tradition de cette Science, y apporter
un juste & scrupuleux discernement.
Les Railleries qu'Erasme fait dans
ses Dialogues, sur la Chimie, &
sur les tromperies continuelles, qui
s'y pratiquaient par la plupart des
Artistes du second ordre, montrent
bien que c'était la maladie de son
temps. Vivaient alors Corneille
Agrippa, Philippe Ulstade, Augurelli,
Paracelse, & tant d'autres rêveurs,
qui avaient mis cette folie
à la mode. Il n'a même raconté
qu'une partie des supercheries les
plus communes, auxquelles s'exercent
M iiij

@

272 PHILOSOPHIE

ces sortes de gens, pour tromper
la crédulité des avares. Qu'aurait-ce
donc été, s'il avait su, ou
s'il avait pu imaginer toutes celles
qui se sont pratiquées depuis?

Jean Aurelio Augurelli.

Le premier cependant que je
rapporterai est un de ces hommes
équivoques, qui écrivent bien &
qui opèrent très mal. Il est aisé,
quand on a le don de la Poésie,
comme l'avait Augurelle, de versifier
sur une matière aussi mystérieuse
que la Science Hermétique;
plus on donne dans l'énigme, plus
on se fait admirer. Comme on
n'est point obligé de s'expliquer
clairement, on ne saurait s'imaginer
que l'on puisse écrire aussi élégamment,
qu'il a fait sur un sujet
qu'il n'entendait pas, sans passer
pour un grand homme: ce prétendu

@

HERMETIQUE. 273

Philosophe était né à Rimini,
& enseigna les belles Lettres
à Venise & à Trévise; par-là
il était autorisé à faire des vers
bons ou mauvais, c'était une suite
de ses emplois; mais peu content
du Démon de la Poésie, il fut
encore possédé de celui de la Chimie;
& l'on prétend même qu'étant
à l'Eglise, il ne faisait autre
prière à Dieu que celle de lui découvrir
le secret de la Pierre Philosophale.
Ne se croyant point
assez occupé par sa première profession,
qui était solide pour un
homme, qui veut passer une vie
tranquille, il se jeta dans un travail
inutile & ruineux; il était continuellement
entouré de fourneaux,
de charbons, de soufflets, & de
tous ces autres instruments de la
folle cupidité des hommes, cherchant
par le mercure vulgaire, à
faire de l'or & de l'argent; & comme
M v

@

274 PHILOSOPHIE

si ce n'était point assez d'être
fou dans son particulier, il eut encore
le malheur de s'en vanter;
ce qui l'exposait à la raillerie de
ses Confrères. Peu sensible aux
traits piquants que l'on a le plaisir
malin de lancer contre ce genre
de folie; il voulut encore être
raillé après la mort. Il y réussit
par sa composition du Poème de
la Chrysopée qu'il dédia au Pape
Léon X. & qui l'en récompensa
d'une manière convenable. Ce Prince
fit faire une très grande bourse,
dont il fit présent au Poète Philosophe,
lui témoignant que qui
savait faire de l'or & de l'argent,
n'avait besoin que de lieu pour le
mettre. Cependant ce Poème est
le plus estimé de tous ceux qu'Augurelle
a fait, cela ne doit pas
étonner, il écrivait sur une matière
de goût & qui lui tenait au
coeur. A bon compte, il poussa

@

HERMETIQUE. 275

sa carrière jusqu'à l'âge de quatre-
vingt-trois ans, & mourut à Trévise
dans l'état où doit mourir un Chimiste,
c'est-à-dire dans une extrême
pauvreté.

Henri Corneille Agrippa.

Un homme qui dans ce siècle
porta l'extravagance à l'excès, fut
Henri Corneille Agrippa, né à Cologne
en 1486. avec des talents supérieurs,
il se jeta dans tous les
égarements, qu'il put imaginer,
parce qu'il eut la vanité de se
croire beaucoup plus grand qu'il
n'était; il se donnait pour Théologien
sublime, excellent Jurisconsulte,
Médecin habile & grand
Philosophe. A force de le publier
il trouva des gens beaucoup plus
extravagants que lui, puisqu'ils
eurent la folie de l'en croire sur
sa parole. Cette crédulité lui procura
M vj

@

276 PHILOSOPHIE

néanmoins une infinité d'emplois
honorables, mais dont son
inquiétude ne lui permit pas de
profiter. On le vit successivement
Secrétaire de l'Empereur Maximilien
I. puis favori d'Antoine de
Leve, l'un des grands Généraux
de son temps, qui le fit même Capitaine
dans l'armée qu'il commandait;
il fut Professeur des saintes
Lettres à Dole en 1519. & ensuite
à Pavie. Il devint Syndic &
Avocat Général de la Ville de
Metz, Médecin de Madame d'Angoulême,
mère du Roi François
I. & enfin Conseiller & Historiographe
de l'Empereur Charles-
Quint. On le crut un si grand
Philosophe, qu'à l'âge, de vingt
ans, c'est-à-dire, en 1506. quelques
Seigneurs Français l'engagèrent
à venir en France travailler
avec eux à la pratique de la Science
Hermétique, Science dont il
ne fait pas difficulté d'avouer dans

@

HERMETIQUE. 277

ses ouvrages qu'il a tout le secret.
Il parlait aisément huit sortes de
Langues, & le Cardinal de Sainte
Croix crut se faire honneur de
choisir Agrippa; préférablement à
tout autre, pour l'assister au Concile
qui se devait célébrer à Pise.
Le Pape même lui écrivit pour
l'exhorter à faire toujours le bien
avec le même zèle qu'il avait
commencé; tout s'empressait à
l'envi à lui témoigner de l'estime,
& ce qui n'est peut-être arrivé qu'à
lui seul, il fut mandé en même
temps par le Roi d'Angleterre, par
le Chancelier Gatinare, & par
Marguerite d'Autriche, qui le voulaient
avoir à leur service; il n'y
eut point de Savant, qui ne fit
gloire de le combler d'éloges, jusque-là
que Louis Vivés, qui n'était
pas louangeur, le regarde
comme l'homme le plus respectable
de son temps, & comme un
miracle de Littérature.

@

278 PHILOSOPHIE

Pour lui faire l'honneur tout entier,
quelques Scolastiques, gens
souvent très ignorants, s'avisèrent
de le censurer. Il est vrai qu'Agrippa
donna plus d'une fois lieu de
l'attaquer sur la Doctrine: & ce ne
fut pas sans sujet que tous ses Protecteurs
l'abandonnèrent, parce
qu'avec beaucoup d'esprit, il manquait
de la prudence & de la retenue
nécessaire pour se maintenir
dans le monde. Il était mordant
& satyrique, n'épargnant pas même
ceux qui lui faisaient le plus
de bien. En fallait-il davantage,
pour obliger tous ses Patrons à le
quitter & à le mépriser? Enfin contraint
de fuir de toutes parts, il
vint mourir en France en 1535.
à l'âge de 49. ans, quelques-uns
disent à l'Hôpital de Lyon, d'autres
croient, avec plus de raison,
que ce fut à Grenoble, chez un
homme puissant, qui le reçut charitablement
chez lui. Pouvait- il

@

HERMETIQUE. 279

espérer autre chose qu'une grande
misère, après avoir écarté tous ses
amis & ses protecteurs, étant même
soupçonné de magie, quoique
à tort? Et pour achever sa misère,
il avait arboré le titre de Chimiste;
c'est-à-dire, qu'il se déclara
aussi fou qu'on le puisse devenir.

XXXIX.

Paracelse.

Paracelse vécut presque autant
qu'Agrippa, mais beaucoup moins
qu'Augurelle. Cet homme célèbre
était né en 1493. à Einsiedelen
près de Zurich en Suisse, & se
nommait Aureole - Philippe - Theophraste
Bombast ab Hoheneim Paracelse.
On a bien fait de le désigner
par le seul mot de Paracelse.
Hé, qui aurait eu le courage de
retenir cette longue Litanie de
noms. Jamais homme n'eut tant
d'adversaires & ne fut si vivement

@

280 PHILOSOPHIE

censuré; jamais homme n'eut tant
de Sectateurs & ne fut tant admiré.
C'est la manière différente de
considérer le même homme, qui
produit des jugements si contraires.
Dès que Paracelse fut en état
de travailler solidement, il donna
dans la Médecine que cultivait
son père; ce dernier néanmoins se
disait homme de condition, parce
qu'il se croyait fils naturel d'un
Prince. Paracelse ne se contenta
point des routes ordinaires de guérir
les hommes; il en imagina de
nouveaux moyens. Les Oeuvres
d'Isaac le Hollandais lui tombèrent
entre les mains; il en fit usage,
& travailla en conséquence.
C'est ce qui lui fit établir pour
principes de tous les êtres, le
souffre, le sel, & le mercure; ce
qu'il expliquait à sa manière; car
il ne faut pas croire, que s'écartant
de la conduite des autres Médecins,

@

HERMETIQUE. 281

il daignât seulement les
suivre dans leur manière de parler.
Ce sont ces obscurités affectées,
qui ont produit ces Commentaires
& ces divers Dictionnaires,
que l'on a formés sur ses
Ouvrages; & malgré cela on a encore
bien de la peine à les entendre.
Paracelse, après ses Voyages,
commença la pratique de la Médecine
à Zurich, d'où sa réputation
le fit appeler à Basle; mais
une aventure singulière l'en fit sortir
avec désagrément. Un Chanoine
de la Cathédrale était à l'extrémité;
toute la Médecine l'avait
abandonné; Paracelse le vit & lui
promit de lui faire recouvrer la
santé. Il n'y eut sortes de promesses,
que ne lui fît le malade; c'est
l'usage ordinaire quand on est à
l'extrémité; ils convinrent de prix.
Paracelse ne se servit que de deux
pilules pour guérir le Chanoine;

@

282 PHILOSOPHIE

ce dernier est à peine guéri, qu'il
commence à contester sur l'honoraire
du Médecin; la dispute dégénéra
en une instance entre le
Médecin & le convalescent; ce
dernier trouvait qu'on l'avait guéri
trop tôt; le Procès est porté devant
les Magistrats de la Ville,
qui voyant que le Médecin n'avait
pas eu la précaution de faire languir
le Chanoine, & qu'il l'avait
guéri presque en un instant, ne lui
adjugèrent qu'un honoraire très
modique. Paracelse s'en plaignit
publiquement; mais il ignorait
deux choses également importantes;
l'une, que pour satisfaire les
malades, il ne faut leur procurer
la santé que par degrés; ils ne sont
pas contents d'une guérison subite;
l'autre, que les Juges, quelque
subalternes qu'ils soient, veulent
quelquefois se donner le plaisir de
commettre des injustices, sans qu'on
ait le droit de s'en plaindre.

@

HERMETIQUE. 283

On lui fit donc sentir que les
Magistrats étaient en colère contre
lui, & qu'il ferait bien de quitter
la Ville, pour n'être pas exposé
de leur part à de nouvelles injustices:
elles ne coûtent rien à
ces sortes de gens, dès qu'ils ont
une fois commencé. Il alla donc
à Strasbourg; il y resta peu, & se
retira depuis à Salzbourg, où il
mourut le 24. Septembre 1541.
en menant cependant une vie assez
aisée. On fut étonné de voir
mourir à 48. ans un homme, qui
promettait des siècles entiers de
vie à ceux qui s'adressaient à lui.
Comme il avait donné dans la
Science Hermétique, & qu'il se
vantait de savoir la transmutation
des métaux, il ne manqua pas de
trouver des Sectateurs; il en eut
deux célèbres, qui ne réussirent
pas plus que lui. Adam Bodenstein
était un homme trop dissipé &
trop dérangé pour être le fidèle

@

284 PHILOSOPHIE

Disciple d'un homme aussi exact
& aussi laborieux que Paracelse;
ainsi sa mauvaise conduite & ses
excès le firent mourir en 1577.
n'ayant pas plus de 49. ans. Dorneus,
qui était l'autre Disciple,
fut plus appliqué; mais en voulant
expliquer & commenter son Maître,
il ajouta de nouvelles obscurités
à celles de Paracelse.

George Agricola.

George Agricola était né en
Misnie, un an après Paracelse; il
ne cultiva la Science Hermétique
que dans ses premières années; &
son Livre, qu'il fit paraître en
1531. sur la Pierre Philosophale,
avait été le fruit de sa jeunesse:
c'est un âge où il est permis de
n'être pas toujours sage; mais il ne
fut pas longtemps à sentir le faux,
ou du moins l'inutilité de cette
Science; il revint bientôt de son

@

HERMETIQUE. 285

égarement; &c après quelques
Voyages, dans lesquels il avait eu
la curiosité de visiter les mines des
Pays, où il passait, il se rendit
dans sa Patrie, & s'attacha au célèbre
Maurice, Duc de Saxe, qui
le fit travailler dans les mines de
Misnie, où l'on trouvait alors beaucoup
d'argent. Il sentit bien que
cette voie était plus certaine que
celle de la transmutation des métaux;
& après avoir publié des Ouvrages
très estimables sur les métaux
& les minéraux, il mourut le
11. Décembre 1555. âgé par conséquent
de 61. ans, laissant après
lui la réputation d'un homme habile
& très intelligent dans des travaux,
sur lesquels à peine pouvait-il
alors trouver de faibles guides.
Guillaume Gratarolle & Toxitès
ne furent que des Compilateurs.
Le premier était de Bergame en
Italie, & avait été élevé dans l'Université

@

286 PHILOSOPHIE

de Padoue. Il fit la folie,
pour embrasser la nouvelle Religion,
de quitter sa Patrie, où il
était né en 1510. & de se retirer
chez les Grisons. De-là il passa en
Suisse, & mourut à Basle en 1562.
N'ayant rien de mieux à faire, il
rassembla quelques Ouvrages des
Chimistes, qu'il publia en 1561.
un an avant sa mort; & Michel
Toxitès, qui vivait à Strasbourg,
au même temps que Gratarolle en
Suisse, se contenta de faire imprimer
un Dictionnaire, bon, ou mauvais,
des oeuvres de Paracelse;
sans doute, que pour se donner de
la réputation, il se fit un mérite
d'interpréter un grand homme.

XL.

Denis Zachaire.

Si Denis Zachaire, Gentilhomme
de Guyenne, né en 1510.
donna dans la même folie que les

@

HERMETIQUE. 287

autres, du moins eut-il la retenue
de ne pas divulguer son nom; car
on croit que celui qui paraît à la
tête de son Traité de la Science
Hermétique, est un nom de guerre,
sous lequel il a caché le véritable.
On voit seulement par son
Ouvrage, qu'il vivait au milieu du
seizième siècle.
Après des Etudes faites dans la
maison paternelle, il fut envoyé
à Bordeaux, pour s'y former dans
la Philosophie; il tomba, pour
son malheur, entre les mains d'un
Maître habile; mais qui donnait
follement dans la Science Hermétique.
Ce goût, comme une véritable
contagion, se communiqua
au Disciple, il fit même quelque
liaison avec d'autres jeunes gens,
dont l'esprit, aussi crédule que le
sien, donna dans tous les procédés
qu'on trouve, soit dans les Livres,
soit dans des Ecrits particuliers.
Cependant il se contenta dès

@

288 PHILOSOPHIE

lors de s'entretenir dans ces douces
rêveries; mais ayant été envoyé
à Toulouse pour y étudier
en Droit, toujours accompagné
du même Précepteur, ils se livrèrent
l'un & l'autre à pratiquer les
opérations les plus folles, qu'on
leur présentait.
Deux cents écus, qu'on avait
donné au Maître & au Disciple,
pour passer deux ans dans cette
Ville, furent bientôt consumés en
fourneaux, en instruments & en
drogues, pour exécuter les procédés,
qu'on leur disait venir de la
Reine de Navarre & des Cardinaux
de Lorraine & de Tournon.
Ces grands noms les séduisirent;
& les portèrent à croire tout ce
qu'on leur présentait sous des titres
aussi respectables: mais je crois
qu'on ne sera pas fâché de l'entendre
parler lui-même avec la franchise
d'un homme, qui ne sait difficulté
d'avouer ses égarements.
Avant

@

HERMETIQUE. 289

Avant la fin de l'année, dit-il,
les deux cents écus s'en allèrent
en fumée, & mon maître mourut
d'une fièvre continue, qui lui
prit l'Eté, a force de souffler &
de boire chaud, parce qu'il sortait
rarement de sa chambre, où
il ne faisait guères moins chaud
que dans l'Arsenal de Venise. Sa
mort me fâcha d'autant plus, que
mes parents ne voulaient m'envoyer
que l'argent nécessaire pour
mon entretien, au lieu que je désirais
en avoir suffisamment pour
continuer mon travail.
Pour parer à ces difficultés, je
m'en allai chez moi en 1535.
afin de me mettre hors de tutelle,
& j'affermai tout mon bien pour
trois ans, à raison de quatre cents
écus. Ce fonds m'était nécessaire
pour exécuter une opération, qui
m'avait été donnée à Toulouse
par un Italien, qui en avait vu,
disait-il, l'expérience. Je le retins
Tom. I. N

@

290 PHILOSOPHIE

avec moi, pour voir la fin de son
procédé; alors je fis des calcinations
d'or & d'argent par des eaux
fortes; mais ce fut en vain; car
de tout l'or & l'argent que j'avais
mis, je n en retirai pas la moitié,
& mes quatre cents écus se trouvèrent
bientôt réduits à deux cent
trente. J'en donnai vingt à mon
Italien, pour aller s'éclaircir avec
l'Auteur de cette recette, qui
était, disait-il, à Milan. Je restai
donc tout l'Hiver à Toulouse,
dans l'espérance de son retour;
mais j'y serais encore si je l'eusse
voulu attendre, car je ne l'ai pas
vu depuis.
L'Eté, qui vint ensuite, accompagné
de la peste, me fit abandonner
la Ville; mais je ne perdis pas
de vue mon travail: je fus à Cahors,
où je restai six mois; j'y fis
connaissance avec un vieillard,
que l'on appelait communément
le Philosophe, nom qui se donne

@

HERMETIQUE. 291

aisément dans les Provinces à ceux
qui sont moins ignorants que les
autres; je lui communiquai le Recueil
de mes procédés, en lui demandant
ses avis. Il m'en indiqua
seulement dix ou douze, qu'il
trouva meilleurs que les autres. La
peste cessa, je retournai à Toulouse,
j'y repris mon travail, &
je fis si bien, que mes quatre cents
écus se trouvèrent réduits à 170.
Pour continuer plus sûrement
mes opérations, je fis connaissance
en 1537. avec un Abbé, qui
demeurait dans le voisinage de cette
Ville. Il était épris de la même
passion, & me marqua qu'un de
ses amis, qui avait suivi le Cardinal
d'Armagnac, lui avait envoyé
de Rome un procédé, qu'il
croyait sûr, mais qu'il devait coûter
200. écus. J'en fournis la moitié,
il fit le reste, & nous commençâmes
à travailler à frais communs.
Comme il nous fallait de
N ij

@

292 PHILOSOPHIE

l'esprit-de-vin, j'achetai une pièce
d'excellent vin de Gaillac; j'en tirai
l'esprit, que je rectifiai plusieurs
fois; nous en prîmes quatre
marcs, dans lesquels nous mîmes
un marc d'or, que nous avions
calciné pendant un mois; le tout
fut artistement accommodé dans
une cornue, avec une autre, qui
lui servait de rencontre, & placé
sur un fourneau, pour en faire la
congélation. Ce travail dura un
an; mais pour ne pas rester oisifs,
nous faisions, pour nous amuser,
quelques autres opérations moins
importantes, desquelles nous retirâmes
autant de profit que de
notre grand Oeuvre.
Toute l'année 1537. se passa
donc sans trouver aucun changement
dans notre travail, & nous
aurions attendu toute la vie la congélation
de notre esprit-de-vin,
parce que ce n'est point là l'eau
qui dissout l'or; mais nous le retrouvâmes

@

HERMETIQUE. 293

tout, avec cette différence,
que la poudre en était un
peu plus déliée que quand nous
l'y avions mise. Nous en fîmes
projection sur de l'argent vif,
échauffé; mais ce fut en vain. Jugez
si nous fûmes fâchés, surtout
M. l'Abbé, qui avait déjà publié
à tous ses Moines, qu'il n'y avait
qu'à faire fondre une belle fontaine
de plomb, qui était dans leur
Cloître, pour la convertir en or,
dès que notre opération serait
achevée. Le mauvais succès ne
nous empêcha pas de continuer.
J'affermai encore mon bien & j'en
tirai 400. écus; l'Abbé en mit
autant, & je me rendis à Paris,
Ville la plus fertile qu'il y ait au
monde en Artistes de cette Science.
Avec ces 800. écus j'y arrivai,
bien résolu de n'en point sortir
que je n'eusse dépensé tout mon
argent, ou que je n'eusse trouvé
quelque chose de bon. Ce voyage
N iij

@

294 PHILOSOPHIE

ne se fit pas sans m'attirer l'indignation
de mes parents & les reproches
de mes amis, qui voulaient
que j'achetasse une Charge
de Conseiller, s'imaginant que j'étais
un grand Légiste. Je leur fis
accroire que je ne faisais ce voyage
que pour en acheter une.
Après quinze jours de voyage
j'arrivai à Paris le 9. Janvier 1539.
Je restai un mois presqu'inconnu:
mais à peine eus-je commencé à
fréquenter les Amateurs, & même
les faiseurs de fourneaux, que
j'eus la connaissance de plus de
cent Artistes Opérateurs, qui tous
avaient des manières différentes
de travailler, les uns par la cémentation,
d'autres par la dissolution,
quelques autres par l'essence
d'Emeri; Il y en avait qui
travaillaient à extraire le mercure
des métaux, pour le fixer ensuite;
de manière, que pour nous
communiquer les progrès de nos

@

HERMETIQUE. 295

opérations, il ne se passait pas de
jours que nous ne tinssions quelque
assemblée au logis de quelqu'un
d'entre-nous, & même les
Dimanches & les Fêtes à Notre-
Dame, qui est l'Eglise la plus fréquentée
de Paris. Là les uns disaient:
Si nous avions le moyen
pour recommencer, nous ferions
quelque chose de bon; les autres,
si notre vaisseau eut pu résister,
nous étions dedans; quelques-uns,
si j'avais eu un vaisseau de cuivre
bien rond & bien fermé, j'aurais
fixé le mercure avec l'argent. Il
n'y en avait pas un qui n'eût une
excuse raisonnable; mais j'étais
sourd à tous ces discours, sachant
déjà par ma propre expérience,
combien j'avais été la dupe
de ces sortes de promesses.
Un Grec se présenta, & je travaillai
inutilement avec lui sur
les clous faits avec le cinabre. Je
connus presque en même temps un
N iiij

@

296 PHILOSOPHIE

Gentilhomme, étranger, nouvellement
arrivé, qui vendait souvent
aux Orfèvres, où je l'accompagnais,
le fruit de ses opérations.
Je restai longtemps avec lui, sans
qu'il voulût me découvrir son secret;
il le fit cependant; mais ce
n'était qu'une tromperie plus ingénieuse
que celle des autres. Je
ne manquais pas de donner avis
de tout à l'Abbé de Toulouse; je
lui envoyai même une copie du
procédé de ce Gentilhomme; &
s'imaginant que j'arriverais enfin
à quelque connaissance utile, il
m'exhorta à demeurer encore un
an à Paris, puisque j'avais trouvé
un si bon commencement. Malgré
tous mes soins je ne prospérai pas
plus dans les trois ans que j'y restai,
que j'avais fait auparavant.
J'avais dépensé presque tout
mon argent, lorsque l'Abbé me
manda de tout quitter, pour l'aller
joindre incessamment. M'étant rendu

@

HERMETIQUE. 297

auprès de lui, j'y trouvai des
Lettres du Roi de Navarre (c'était
Henri, père de Jeanne d'Albret,
& Aïeul de Henri IV.)
Ce Prince, qui était curieux &
grand amateur de la Philosophie
lui avait écrit de me déterminer à
l'aller trouver à Pau en Béarn,
pour lui apprendre le secret que
j'avais su du Gentilhomme étranger,
& qu'il me récompenserait
de trois ou quatre mille écus. Ce
mot de quatre mille écus chatouilla
tellement les oreilles de l'Abbé,
que croyant déjà les avoir en sa
bourse, il ne me donna aucun repos,
que je ne fusse parti, pour
me rendre auprès de ce Prince.
J'arrivai donc à Pau au mois de
Mai 1542. Je travaillai & je réussis
conformément au procédé que
je savais. Quand j'eus fini au
désir du Roi, j'obtins la récompense
que je m'attendais d'avoir.
Quoique le Roi eût bonne volonté
N v

@

298 PHILOSOPHIE

de me faire du bien, il en fût
néanmoins détourné par les Seigneurs
de sa Cour, même par
ceux qui l'avaient engagé à me
faire venir. Il me renvoya donc
avec un grand merci, me disant
que je cherchasse s'il y avait rien
dans ses Etats dont il pût me gratifier,
comme confiscations ou
autres choses semblables, qu'il me
les donnerait volontiers. Cette réponse,
qui ne contenait que de
vaines espérances, me donna lieu
de retourner vers l'Abbé Toulousain.
Cependant j'avais appris, que
sur ma route il y avait un Religieux
très habile dans la Philosophie
Naturelle, je l'allai visiter;
il ne put s'empêcher de me plaindre,
& me dit avec zèle & avec
bonté, qu'il me conseillait de ne
plus m'amuser à toutes ces opérations
particulières, qui toutes
étaient fausses & sophistiques,

@

HERMETIQUE. 299

mais que je devais lire les bons
Livres des anciens Philosophes,
tant pour connaître la vraie matière,
que pour savoir exactement
l'ordre qu'on doit tenir dans la pratique
de cette Science.
Je goûtai fort ce sage conseil; mais
avant que de le mettre à exécution,
j'allai trouver mon Abbé de Toulouse,
pour lui rendre compte des huit-
cents écus que nous avions mis en
commun, & lui donner en même
temps la moitié de la récompense
que j'avais reçue du Roi de Navarre.
S'il ne fut pas content de
tout ce que je lui racontai, il le
parut encore moins de la résolution,
que j'avais prise de ne plus
continuer nos travaux, parce qu'il
me croyait bon Artiste. De nos
huit cents écus, il ne nous en restait
plus chacun que quatre-vingt-
dix. Je le quittai & je me retirai
chez moi, dans la pensée de m'en
aller à Paris le plutôt que je pourrais,
N vj

@

300 PHILOSOPHIE

& d'y rester tant que je me
serais fixé par la lecture des Philosophes.
J'y arrivai donc le lendemain
de la Toussaint de l'an
1546. avec un fond suffisant. Là
je fus un an à étudier assidûment
les grands Auteurs; savoir, la
Tourbe des Philosophes, le bon
Trévisan, la Remontrance de nature,
& quelques autres des meilleurs
Livres. Comme je n'avais
pas de principes, je ne savais
à quoi me déterminer.
Enfin je sortis de ma solitude,
non pour voir mes Opérateurs,
que j'avais tous quittés, mais pour
fréquenter les véritables Philosophes.
Cependant je tombai encore
en de plus grandes incertitudes,
par la variété de leur travail & de
leurs différentes opérations. Excité
néanmoins par une sorte d'inspiration,
je me jetai dans la lecture
de Raymond Lulle & du grand
Rosaire d'Arnauld de Villeneuve;

@

HERMETIQUE. 301

mes réflexions & mes lectures durèrent
encore un an, & je pris un
parti; mais j'attendais, pour le
pouvoir exécuter chez moi, la fin
des baux que j'avais fait de mon
bien. J'y arrivai donc au commencement
du Carême de 1549.
déterminé de mettre en pratique
tout ce que j'avais résolu. Alors,
après quelques préparatifs, je fis
provision de tout ce qui m'était
nécessaire, & je me mis à travailler
le lendemain de Pâques; ce
ne fut pas néanmoins sans inquiétude
& sans traverses; tantôt l'on
me disait; mais qu'allez-vous faire?
N'avez-vous point assez dépensé
de bien à toutes ces folies?
Un autre m'assurait, que si je continuais
d'acheter tant de charbons,
on me soupçonnerait de
fausse monnaie, comme il en
avait ouï murmurer. L'on voulait,
puisque j'étais Licencié en Droit,
que j'achetasse une Charge de Judicature:

@

302 PHILOSOPHIE

mais je fus encore plus
tourmenté par mes parents, qui
me reprenaient aigrement de la
conduite que je tenais, jusques à
me menacer de faire venir la Justice
dans ma maison, pour faire
rompre tous mes fourneaux.
Je vous laisse à penser si je me
trouvais excédé & ennuyé par ces
sortes de propos & de contretemps;
je ne trouvais de consolation
que dans mon travail & dans
mon opération, que je voyais
prospérer de jour en jour, & à laquelle
j'étais fort attentif. L'interruption
de tout commerce, qui
fut occasionnée par la peste, me
jeta dans une plus grande solitude,
& me donna lieu de remarquer
avec satisfaction le progrès
& la succession des trois couleurs
que les Philosophes demandent
avant que d'arriver à la perfection
de l'oeuvre. Je les vis l'une après
l'autre, & j'en fis l'essai l'année

@

HERMETIQUE. 303

d'après, le propre jour de Pâques
1550. De l'argent vif commun,
que je mis dans un creuset sur le
feu, fut en moins d'une heure
converti en très bon or. Vous
pouvez juger quelle fut ma joie;
mais je n'eus garde de m'en vanter.
Je remerciai Dieu de la grâce
qu'il m'avait faite, & le priai
de ne permettre pas que je m'en
servisse autrement que pour sa
gloire.
Le lendemain je partis pour aller
trouver mon Abbé, suivant la
promesse mutuelle que nous nous
étions faite, de nous communiquer
réciproquement nos découvertes;
je passai même chez le
sage Religieux, qui m'avait aidé
de ses conseils; mais j'eus le chagrin
d'apprendre qu'ils étaient
morts l'un & l'autre depuis environ
six mois. Cependant je ne retournai
pas dans ma maison; je
me retirai d'abord en un autre lieu,

@

304 PHILOSOPHIE

pour attendre un de mes parents,
que j'avais laissé sur mon bien; je
lui envoyai une procuration, pour
vendre tout ce que je pouvais posséder,
tant en meubles, qu'en immeubles;
il en paya mes dettes,
& distribua le reste à ceux qui en
avaient besoin, surtout à mes parents,
afin qu'au moins ils eussent
quelque part aux grands biens que
Dieu m'avait fait. Tout le monde
raisonna sur ma retraite précipitée;
les plus sages s'imaginèrent,
que désespéré de mes folles
dépenses, je vendais mon bien
pour aller cacher ma honte en
quelque autre endroit. Mon parent
me rejoignit le premier Juillet,
& nous partîmes, pour chercher
un Pays de liberté: d'abord
nous nous retirâmes à Lausanne en
Suisse, résolus d'aller passer tranquillement
le reste de nos jours
dans quelqu'une des plus célèbres
Villes de l'Allemagne, pour y vivre

@

HERMETIQUE. 305

néanmoins sans faste & sans
bruit.
Telle est la Relation que Zachaire
a faite lui-même en Français
de toutes ses opérations, pendant
les vingt années, qu'il a travaillé
avant que d'arriver au but
qu'il s'était proposé; il ne l'a même
écrite, que pour empêcher
ceux, qui ont du goût pour cette
Science, de se jeter dans des procédés
particuliers, où l'on dépense
beaucoup, & dont on ne tire
d'autre avantage, que de faire subsister
une infinité de trompeurs,
qui se vantent de tout savoir, &
qui ne peuvent opérer qu'à grands
frais, & d'une manière fatale à
tous ceux qui les emploient. Mais
depuis la retraite de Zachaire en
1550. on n'a plus ouï parler de
lui. C'était bien la peine de tant
travailler pour s'expatrier ensuite,
& errer de côté & d'autre comme
un criminel, qui craint d'être

@

306 PHILOSOPHIE

connu. Son Livre, qu'il composa
en Français dans les Pays étrangers
sur la Philosophie Naturelle
des Métaux, est écrit simplement;
il est fort curieux, & sert à détourner
les jeunes gens de toutes ces
vaines opérations, qui ne servent
qu'à faire perdre du temps & de
l'argent: mais il ne peut être d'usage
que pour les grands Maîtres,
qui sont instruits du travail & de
la première matière, qui arrête
toujours ceux qui se livrent à la
Science Hermétique.

XLI.

Edouard Kelley, Anglais.

L'Histoire d'Edouard Kelley (Kellaeus)
Anglais, mérite d'occuper
ici sa place, puisque j'y ai déjà
mis quelques gens de son caractère.
Cet homme vivait au milieu
du seizième siècle; il était Notaire
à Londres, & même Notaire
fort décrié, espèce dont on ne

@

HERMETIQUE. 307

manque pas, surtout en Angleterre.
Mais on fit sur celui-ci une
leçon à ses Confrères. Comme il
entendait l'ancienne Langue Anglaise,
il s'avisa de falsifier de vieux
Titres & d'autres Actes publics,
pour complaire à des pratiques,
qui savaient l'en récompenser.
Quelques personnes (1) néanmoins
intéressées par la falsification de
ces Titres, se mirent de mauvaise
humeur, & attaquèrent Kelley;
il fut donc poursuivi & convaincu
de faux: c'est ce qui porta le Ministère
public à lui faire couper les
oreilles & à le bannir de Londres.
Kelley, comme un fugitif, quitte
la Capitale, & tourne du côté
du Pays de Galles, dont il connaissait
parfaitement la Langue.
Arrivé dans une Auberge, le sort
lui fait tomber entre les mains un


----------------------------------
(1) Morhof. Epist. de Metall. transmutatione num, XIII.

@

308 PHILOSOPHIE

vieux Livre, écrit en la Langue
du Pays, & qui traitait de la transmutation
des métaux; comme il
cherchait à pénétrer l'allégorie qui
s'y trouvait, il voulut savoir du
Maître de la maison d'où venait
ce Livre. On lui dit qu'on l'avait
trouvé dans le tombeau d'un ancien
Evêque, inhumé dans l'Eglise
voisine. Ce tombeau fut ouvert
dans le temps que la pieuse fureur
des Protestants d'Angleterre les portait,
sous le règne d'Elisabeth, à
briser les images, & même à exercer
leur vaine cruauté jusques sur
les cendres des morts, toujours
respectables dans quelque Religion
que ce soit.
Le Mausolée de l'Evêque fut
ouvert, parce qu'on s'imagina que
ce Prélat étant mort extrêmement
riche, il pouvait se trouver quelque
trésor dans son tombeau; mais
au lieu de richesses, on en tira
seulement le Livre, dont il était

@

HERMETIQUE. 309

question, avec deux boules d'ivoire.
De dépit de n'avoir pas trouvé
autre chose, les violateurs du
tombeau brisèrent une des boules,
qui se trouva creuse, & remplie
d'une poudre très rouge & très
pesante, mais sans aucune odeur.
Le Maître de l'Auberge, plus curieux
que les autres, peut-être sans
en avoir d'autre raison, que celle
de sa curiosité, se saisit du Livre
& de la seconde boule d'ivoire,
qui était pleine de poudre blanche.
Il réchappa même une partie
de la poudre rouge, qu'il garda,
sans en connaître, ni l'usage,
ni le mérite. Cette boule amusa
longtemps les enfants de ce bonhomme;
mais Kelley, instruit par
le Livre, offrit une Livre sterling
au Maître de l'Auberge, qui fut
ravi de tirer cette somme, quoique
modique, pour des choses,
qui d'ailleurs lui étaient inutiles.
A peine Kelley fut possesseur de

@

310 PHILOSOPHIE

ce trésor, qu'il retourne secrètement
à l'un des Faubourgs de
Londres, d'où il écrivit à Jean
Dée, Docteur en Théologie, son
ancien voisin & son ami; il lui
conte son aventure, & sur le champ
ils se rendent chez un Orfèvre,
où ils font la projection, qui réussit
selon leurs désirs. Dès qu'ils se
croient certains des richesses, dont
ils avaient le principe entre leurs
mains, ils abandonnent l'Angleterre,
passent en Allemagne, &
vont même jusqu'à Prague. Là
Kelley s'y livre aux excès trop ordinaires
à ceux, qui n'étant pas nés
riches, se trouvent tout-à-coup revêtus
d'une grande fortune. Ils
font plus, leur vanité les jette dans
des imprudences, qui deviennent
toujours fatales à celui qui les
commet. Non seulement ils tranchent
du Souverain, & sèment l'or
& l'argent parmi les Seigneurs de
la Cour; mais ils font même la

@

HERMETIQUE. 311

projection devant l'Empereur, c'était
alors Maximilien II.
Ils allèrent plus loin, Kelley,
pour se faire valoir, se vanta de
posséder cet admirable secret. Il
n'en fallut pas davantage aux Courtisans,
toujours avides, pour engager
l'Empereur à ordonner à
Kelley, sur peine de prison, de
lui faire plusieurs livres de cette
précieuse poudre. Kelley, qui avait
quitté l'Angleterre, parce qu'il ne
s'y croyait pas assez libre, le fut
encore moins à Prague; il travaille
& manque ses opérations,
dont même il n'avait pas le principe.
On prétend, que pour y parvenir,
il voulut sonder les esprits
malins: on trouve même les prières
& les invocations qu'il leur
avait faites; mais ce fut inutilement;
les démons, ou ne savent
pas de semblables secrets, où sont
trop rusés pour les découvrir, surtout
à de tels personnages. Enfin

@

312 PHILOSOPHIE

Kelley ne put éviter sa perte, &
fut mis en prison.
La Reine Elisabeth, qui apprenait
les prodiges, que deux de
ses sujets opéraient dans les Pays
Etrangers, les avait déjà mandés;
mais Kelley, toujours entêté de
sa précieuse liberté, refusa d'obéir.
Jean Dée, qui n'avait rien à craindre,
retourne à Londres, ou la
Reine le comble de grâces, dans
l'espérance de le faire travailler;
mais il n'opéra pas plus heureusement
que Kelley. Il profita cependant
des bontés de cette Princesse,
c'est ce que lui valut son obéissance;
& il mourut tranquillement
dans sa Patrie, au lieu que Kelley
périt d'une chute, qu'il fit en se
voulant sauver de la prison, où il
était enfermé. Il nous reste des ouvrages
sous le nom de ces deux
Aventuriers. Ashmole a fait imprimer
sous le nom de Kelley le
Traité de l'Evêque Anglais, &
nous

@

HERMETIQUE. 313

nous en avons encore quelques autres
Editions, qui sont rapportées
dans le Tome troisième de cet Ouvrage,
& de son côté Jean Dée publia
quelques Traités à Londres en
1568. Mais longtemps après sa mort
Mederic Casaubon, fils d'Isaac, a
fait paraître leur Journal. On y
trouve encore, avec les faits que
je rapporte, toutes les extravagances,
où l'on s'abandonne par trop
de cupidité & d'amour pour des
richesses, dont on abuse presque
toujours, quand on est assez heureux
pour les posséder.

XLII.

Suite du XVI. Siècle.
Jean-Baptiste Nazari.

La suite de ce Siècle ne nous
présente pas d'aussi grands Artistes
que Denis Zachaire: elle nous
fait voir dans Jean-Baptiste NaTom.
I. O

@

314 PHILOSOPHIE

zari, né à Bresce en Italie, un
Compilateur infatigable, qui avait
lu une infinité d'Auteurs de Chimie,
de ceux même qui sont à
peine connus des plus grands amateurs
de cette Science. Mais peut-
être avait-il très peu opéré; en
quoi je trouve qu'il n'a pas du
moins poussé la folie aussi loin
qu'elle pouvait aller. Il ne serait
pas tout-à-fait blâmable, s'il ne
l'avait fait que pour s'entretenir
par d'agréables chimères. Je suis
néanmoins persuadé, que le nombre
infini d'opérations sophistiques,
qu'il a rapportées dans sa
Concordance des Philosophes &
dans son Traité de la Transmutation
des Métaux, n'ont pas peu
contribué à ruiner de faux Artistes;
en quoi je trouve qu'il a travaillé
contre les principes de l'honneur.
C'est tromper, que de produire
au Public des procédés,
qui engagent les curieux dans de

@

HERMETIQUE. 315

Folles dépenses. Apparemment qu'il
s'en est aussi peu soucié, que ce
prétendu Comte Napolitain, qui
demeure aujourd'hui à Paris, &
à qui j'ai reproché plus d'une
fois les diverses opérations de la
Science Hermétique, qu'il vendait
comme véritables à des Curieux;
opérations cependant qu'il
savait être fausses. Cet homme
peu accoutumé à la sagesse de nos
moeurs, eut l'impudence de me
répondre: Quoi, vous faites le Casuiste:
Oui, lui répliquai-je, je serai
toujours le Casuiste de la Probité;
c'est voler, que d'engager
des gens, qui ont confiance en
nous, à faire des expériences frivoles,
qui les jettent quelquefois
dans le précipice. Le Compilateur
Nazari a travaillé du moins 40. années.
La première Edition de sa
Concordance des Philosophes est
de l'an 1572. & la seconde, qui
est plus ample, de l'an 1599.
O ij

@

316 PHILOSOPHIE

Thomas Erastus.

J'estime beaucoup plus Thomas
Erastus, né à Bade en Suisse en
1504. Il pratiqua la Médecine
avec tant de bonheur & de succès,
qu'il fut mandé en différentes
Cours d'Allemagne; l'Electeur
Palatin l'appela & le fit Professeur
à Heidelberg, Académie alors très
célèbre, mais l'amour de la Patrie,
presque toujours invincible, le fit
retourner à Basle, où il mourut
en 1583. la soixantième année de
son âge, avec une grande réputation.
Comme on ne parlait de son
temps que d'or potable, de transmutation
métallique, il ne put
s'empêcher de s'y opposer très
fortement les traitant d'opérations
fausses & sophistiques, sans doute
sur les épreuves, qu'il en avait
tentées.
Cependant Erastus ne demeura

@

HERMETIQUE. 317

point sans trouver d'habiles adversaires.
Il en eut un très expérimenté
dans Gaston de Claves,
dit le Doux, Philosophe Praticien,
qui s'était pris de goût pour
la Science Hermétique, & qui en
fut le défenseur. Il paraît même
qu'il avait travaillé avec quelque
succès. D'abord il était Avocat à
Nevers; il y devint ensuite Président;
& comme ces sortes d'emplois,
quoique les premiers d'une
Ville, donnent moins d'occupation,
que les professions inférieures,
Gaston se livra à la pratique
de la Philosophie.
On voit, par les Traités que
nous avons de lui, avec quelle vivacité
il a soin de la défendre contre
les Incrédules; il n'aurait pas
défendu son bien avec plus de
force. Un Factum, qu'il aurait
présenté à des Juges, pour soutenir
son honneur attaqué, ne serait
pas travaillé avec plus de soin: le
O iij

@

318 PHILOSOPHIE

coeur y était tout entier; c'est ce
qui a produit son Apologie de la
Science Hermétique, écrite assez
exactement en Latin; & par sa
lecture, on juge qu'il y a réussi;
les procédés même, qu'il donne,
ne sont pas éloignés de la vraisemblance.
Son Traité de la Pierre
Philosophale a été traduit en Français
par le Sieur Salmom, Médecin,
aussi bien que celui De la triple
préparation de l'or. On y remarque
quelques Landes; hé où
ne s'en trouve-t-il pas? Moi-même
en suis-je plus exempt qu'un autre,
quoique je fasse ici procès à
tous ceux qui en ont? Mais à quelques
endroits près, ses préparations
peuvent être suivies. Je ne
voudrais en écarter que le mercure
vulgaire, comme premier
agent, & la dissolution radicale de
l'or par l'eau Régale, ce qui ne
réussit jamais. On sait, que pour
cette opération, il ne faut employer

@

HERMETIQUE. 319

ni acides, ni corrosif dans
la préparation des corps parfaits;
si ce n'est peut-être pour commencer
à les réduire en parties subtiles
& imperceptibles. D'ailleurs
nous ne connaissons Gaston de Claves
que par ce seul endroit, & je
doute que la Ville de Nevers en ait
aujourd'hui plus de connaissance.

Blaise de Vigenère.

Blaise de Vigenère, Contemporain
de Gaston de Claves, se conduisit
tout autrement. Quoique cet
Auteur, né en 1522. à Saint Pourçain
en Bourbonnais, d'une famille
noble, n'ait fait que goûter la
Science Hermétique, on voit cependant
qu'il a donné quelques
opérations utiles. Cependant il eut
le bonheur de n'avoir pas le temps
de s'y livrer entièrement; ainsi on
peut croire qu'il fut un des moins
extravagants dans cette Science.
O iiij

@

320 PHILOSOPHIE

Heureusement ses emplois l'en détournèrent.
Dès l'âge de 17. à 18.
ans il devint Secrétaire du Général
Bayart, premier Secrétaire d'Etat
du Roi François I.
En 1545. il fut à la Diette de
Wormes, il voyagea depuis en
Allemagne: c'est là sans doute qu'il
prit quelque goût pour les opérations
de la Philosophie: les Allemands
s'y appliquaient dès lors,
comme ils font encore aujourd'hui
avec beaucoup de soin. En 1547.
il devint Secrétaire du Duc de Nevers;
mais en 1562. il reprit ses
Etudes jusqu'en 1566. Alors il fut
envoyé à Rome, où il ne resta
que trois ans; & quelque temps
après son retour, il se maria à Paris
en 1570. On croit qu'il accompagna
le Duc d'Anjou en Pologne.
Enfin, après avoir été Secrétaire
de la Chambre du Roi,
il mourut en 1596. le 19. Février.

@

HERMETIQUE. 321

De plusieurs Ouvrages que nous
avons de lui, son Traité du feu &
du Sel, avec ses Commentaires sur
Philostrate, sont ceux où il fait
voir, qu'il n'avait pas seulement
glissé légèrement sur la Chimie, mais
qu'il y avait fait même quelque
séjour. Nous en saurions davantage,
si nous avions le Traité qu'il
avait promis de publier sur l'or:
mais apparemment qu'il fut assez
sage, pour ne pas instruire entièrement
le Public de ses égarements.
On peut bien quelquefois s'amuser
à cette Science; mais il est
dangereux d'en faire une occupation;
quiconque s'y livre est un
homme perdu pour la Société. On
en peut juger par Gabriel Penot,
qui vivait dans ce même temps, &
qui, à force d'espérer & de ne pas
réussir, a trouvé le moyen de mourir
à l'Hôpital, aussi bien que beaucoup
d'autres de ses Confrères en
Chimie.
O v

@

322 PHILOSOPHIE

XLIII.

Etat de la Science Hermétique au
XVII. siècle.

Enfin nous arrivons au siècle
de la folie: jusqu'ici elle s'était
contentée de jeter de faibles racines;
mais elle va maintenant
étendre ses branches, & porter ses
fruits, ou plutôt la désolation sur
toute la terre: l'on fera gloire en
particulier d'être fou, & cependant
on aura honte de le paraître.
Il est vrai que c'est ici une de ces
Sciences, où il y a du danger de
s'en faire accroire. On verra, par
le Philosophe dont je vais parler,
que les Princes n'entendent pas
raillerie sur la Science Hermétique.
Comme les trésors, qui sont
dans leurs Etats appartiennent à
leur Domaine, ils se croient en
droit de saisir ceux, qui en possèdent
d'aussi extraordinaire, que celui

@

HERMETIQUE. 323

de la transmutation des métaux.
Malheur à ceux qui ont l'imprudence
de se découvrir.

LE COSMOPOLITE.

Le Cosmopolite ne l'a que trop
éprouvé. Le vrai nom de cet Artiste
célèbre est un Paradoxe parmi
les Amateurs. Cependant on
croit qu'il s'appelait, non pas Michel
Sendivogius, comme l'ont cru
quelques-uns; mais Alexandre Sethon,
ou Sidon, Ecossais, d'autres
disent Anglais; voici à peu près
ce qu'on en sait: Jacques Haussen
(1) Pilote Hollandais, ayant
fait naufrage dans la mer d'Allemagne,
fut jeté sur la côte d'Ecosse;
il y fut recueilli avec humanité
par Alexandre Sethon, qui
avait une maison & quelques terres


----------------------------------
(1) Georg. Morhoff. Epistola ad Langelottum. O vj

@

324 PHILOSOPHIE

sur ce rivage; il fit du bien à
Haussen, & le mit en état de regagner
sa Patrie. Peu de temps
après, c'est-à-dire, en 1602. Sethon
eut envie de voyager, &
passe en Hollande; il arrive à Enkusen,
où Jacques Haussen le reçut
avec autant d'amitié, que de
reconnaissance. Les vrais Hollandais
sont très susceptibles de ces
deux vertus. Le Philosophe Ecossais
avait envie, pour son malheur,
de passer en Allemagne;
mais avant que de s'y rendre, il
voulut faire voir à Jacques Haussen
une preuve de son savoir dans
la Science Hermétique, il fit donc
devant lui la transmutation d'un
métal imparfait en or. Ce prodige
frappa Haussen, qui ne put
s'empêcher d'en faire part au Médecin
de cette Ville; c'était Vanderlinden,
aïeul de Jean-Antoine
Vanderlinden, de qui nous avons
la Bibliothèque des Ecrivains de

@

HERMETIQUE. 325

Médecine. Georges Morhoffe avoue
que lui-même a vu une portion de
cet or entre les mains de Jean-
Antoine Vanderlinden, petit-fils
du Médecin d'Enkusen, qui avait
eu soin de marquer sur ce même
or, que la transmutation s'en était
faite le 13. Mars 1602. à quatre
heures après midi. Sethon, au lieu
de vivre tranquille dans sa Patrie,
partit pour l'Allemagne: on croit
cependant qu'il travailla à Basle;
d'où il se rendit en Saxe, où lui-
même mit le comble à son malheur,
par l'imprudence qu'il eut
de faire la transmutation devant
quelques personnes, qui ne manquèrent
pas de l'aller dénoncer au
Duc de Saxe. Il n'en fallut pas
davantage pour porter ce Prince
amateur des richesses, comme le
sont presque tous les Princes Allemands,
& ceux même des autres
Nations, à faire arrêter ce
trésor vivant, il le fit mettre dans

@

326 PHILOSOPHIE

une tour sous la garde de 40
hommes, qui se relevaient pour
veiller sur lui. Ce fut en vain que
l'Electeur employa la douceur pour
tirer le secret du Philosophe, il y
employa donc la rigueur & les
tourments, & même tous les supplices
imaginables, sans que Sethon
ait jamais rien voulu déclarer.
Il y avait alors à Dresde un Gentilhomme,
c'était Michel Sendivogius,
né en Moravie, mais demeurant
ordinairement à Cracovie; il
était curieux, & se mêlait quelquefois
de pratiquer quelques opérations
de la Science Hermétique;
il eut envie de voir Sethon dans
sa prison, & par ses amis auprès
de l'Electeur, il en obtint la permission;
après plusieurs entrevues,
Sendivoge fit à Sethon la proposition
de l'enlever de cette dure
captivité. Ce dernier n'eut pas de
peine à y consentir, il fit même
des promesses considérables à son

@

HERMETIQUE. 327

futur Libérateur; dès que la résolution
en fut prise, Sendivoge part
pour vendre une maison qu'il avait
à Cracovie, & revient en Saxe:
il y fit grande chère avec ses amis;
il régala même plus d'une fois les
gardes de Sethon, & enfin le jour
de l'exécution de son projet étant
pris, il les régala mieux qu'à l'ordinaire,
& les enivra tous; aussitôt
il va prendre Sethon, qu'il
mit dans un chariot de poste; ils
furent cependant à la maison du
Philosophe Ecossais, chercher
avec sa femme la poudre qu'il y
avait laissée; ils ne tardèrent point
à sortir de la Ville & de l'Electorat
de Saxe, & arrivèrent enfin
à Cracovie. Là Sendivoge somma
Sethon de sa parole; mais le Philosophe
fit connaître à son ami,
qu'il voyait l'extrémité, où il était
réduit, pour n'avoir pas voulu déclarer
son secret. Un corps à demi
pourri, des nerfs retirés & des

@

328 PHILOSOPHIE

membres entièrement disloqués
devaient lui faire connaître à quel
point il croyait devoir garder le
silence sur son opération. Cependant
afin que Sendivoge n'eût point
à lui reprocher l'ingratitude, vice
capital des Anglais & des Ecossais,
il lui fit présent d'une once
de sa poudre, ce qui était capable
de l'enrichir. Sethon ne jouit pas
longtemps de sa liberté, & mourut
avant l'année 1604. Ainsi
l'on voit que tant d'événements sinistres
arrivèrent à Sethon en moins
de deux ans.

MICHEL SENDIVOGIUS.

Sendivogius n'avait point alors
plus de 38. ans; il était dans l'âge
d'ambitionner une grande fortune.
Il chercha les moyens de
faire une poudre pareille à celle
qu'il avait reçue du Philosophe,
ou du moins à l'augmenter; mais

@

HERMETIQUE. 329

n'ayant pu en venir à bout, il épousa
la veuve de Sethon, s'imaginant
qu'elle saurait peut-être le secret
de son mari; il n'en put tirer aucunes
lumières, elle lui remit seulement
le Livre des douze Chapitres,
que le Philosophe avait
fait. Cependant comme si ce trésor
ne devait jamais tarir, Sendivoge
en abusa, soit en se divertissant
avec excès, soit en prodiguant
sa poudre; il en fit même l'épreuve
à Prague devant l'Empereur
Rodolphe II. C'était beaucoup
risquer, car quelque vertueux que
soient les Princes, il ne faut pas
toujours compter sur la probité
de leurs Ministres, qui souvent ne
demandent pas mieux que d'avoir
en leur possession ces sources de
trésors, moins pour le bien de l'Etat,
ou celui de leur maître, que
pour leur avantage particulier;
mais Rodolphe eut assez de vertu
pour gratifier Sendivoge du titre

@

330 PHILOSOPHIE

de son Conseiller, & fit mettre
une Inscription gravée sur le
marbre dans la chambre même,
où s'était fait cette transmutation;
elle marquait en Latin: Que quelqu'un
fasse donc ce qu'a fait le Polonais
Sendivoge. Faciat hoc quispiam
alius quod fecit Sendivogius Polonus,
& cette Inscription se voit
encore aujourd'hui, à ce qu'on
dit, dans le Château de Prague.
Cette opération doit être de l'an
1604. puisqu'alors Sendivoge fit
imprimer à Prague le Traité du
Cosmopolite. Il n'osa y mettre son
nom, il eut trop de retenue pour
s'attribuer l'Ouvrage du Philosophe
Ecossais; mais il y mit une
Anagramme, dans laquelle on retrouve
le nom de Michaël Sendivogius
(ce fut celle-ci: Divi Leschi
Genus amo. ) On accuse Sendivoge
d'avoir altéré cet Ouvrage, en
y inférant quelques endroits, qui
ne sont pas du premier Auteur. Il

@

HERMETIQUE. 331

fit même imprimer ensuite un Traité
du Souffre, & Sendivogius s'y
est servi de la même ruse, qu'il
avait employée dans l'impression
des douze Chapitres du Cosmopolite;
il a mis pour Anagramme,
Angelus doce mihi jus, où l'on retrouve
aussi le même nom de
Michaël Sendivogius; mais on convient
que ce dernier Ouvrage est
de Sendivoge, & non pas de Sethon,
aussi bien qu'un Traité du
Sel des Philosophes, qui était resté
entre les mains de la fille unique
du Gentilhomme Moravien,
mais qui n'a jamais été imprimé.
Ceux que l'on publia en 1651.
& en 1658. sont, le premier de
Nuisement, & le second d'Harprecht:
c'est ce que je marque dans
le Catalogue, qui fait le troisième
Volume de cet Ouvrage, au mot
Sendivogius. L'on a imprimé en
1672. en Français des Lettres du
Cosmopolite, & M. Manget les

@

332 PHILOSOPHIE

a mises en Latin dans sa Bibliothèque
Chimique; il y en a cinquante-cinq,
& sont datées de
Bruxelles, les premières des mois
de Février & Mars 1646. mais
c'est ce qui prouve leur fausseté.
Le Cosmopolite, ou le Philosophe
Ecossais, était mort avant
1604. & Sendivogius était à Cracovie
en 1646. où il mourut la
même année; ainsi l'on vit en cette
occasion ce qui arrive presque
toujours, que des fourbes, beaucoup
plus hardis qu'ingénieux, ne
font pas difficulté de mettre sous
d'illustres noms les fruits de leur
imagination; mais la fraude ne tarde
guères à être découverte.
D'ailleurs je ne crois pas devoir
pousser plus loin l'Histoire de Sendivoge;
mais pour en être instruit,
je produis ici la Lettre de M.
Desnoyers, Secrétaire de la Princesse
Marie de Gonzagues, Reine
de Pologne. On y verra des curiosités,

@

HERMETIQUE. 333

que je ne ferais que copier,
& il vaut mieux en laisser
la gloire à leur premier Auteur,
dans lequel on voit un air original,
& d'un homme curieux, &
attentif sur les recherches qu'il a
faites.
Mais j'ai cru que pour ne rien
oublier, je devais y joindre aussi
la Relation Latine & Française,
qui fut envoyée de Pologne en
même temps, que la Lettre de M.
Desnoyers.

pict

@

334 PHILOSOPHIE

XLIV.

L E T T R E*

De M. Desnoyers, Secrétaire de la
Princesse Marie de Gonzague,
Reine de Pologne, Epouse du Roi
Vladislas.

De Varsovie le 12. Juin 1651.

M ONSIEUR,
Vous ayant promis à mon départ de
Paris, de faire toutes les diligences possibles,
pour recouvrer les oeuvres entières
du Cosmopolite, j'en ai fait une telle
perquisition, que j'ai appris qu'il n'avait
fait que le Livre des douze Traités, intitulé
Cosmopolite. Vous verrez, par
la suite de ce discours, que j'ai su beaucoup


----------------------------------
(1) Comme cette Lettre n'était point en sa place dans le Tresor de Recherches & Antiquités
Gauloise & Françoises de Pierre Borel, in-4.
Paris 1655. page 479. j'ai cru qu'elle se trouverait
ici beaucoup mieux placée.

@

HERMETIQUE. 335

de ses nouvelles, dont je vous fais
part.
L'Auteur du Livre intitulé: Le Cosmopolite,
était Anglais, lequel étant
dans les Etats du Duc de Saxe, fit projection
d'une poudre, qu'il avait, sur
des métaux, qu'il convertit en pur or.
Un de ceux devant lesquels il avait fait
cette projection, le fut dire au Duc de
Saxe, qui craignant qu'un tel homme ne
lui échappât, envoya aussitôt des Gardes
au logis, où il était logé avec sa
femme, pour l'arrêter, & le lui amener.
Etant en sa présence, il lui demanda s'il
était celui, qui avait changé ces métaux
en or, il avoua que oui, ne le pouvant
nier à cause des témoins qui les lui
avaient vu transmuer. Il tâcha de s'excuser
& de trouver des défaites, que
l'Electeur ne voulut point recevoir; &
après des promesses, il lui fit des menaces,
& des menaces, il vint ensuite
aux effets. Le Cosmopolite (que je nommerai
ainsi, pour n'avoir pas pu apprendre
son vrai nom) lequel était Catholique,
se voyant assez misérablement attrapé
par sa propre faute, se résolut de
souffrir toutes sortes de tortures, plutôt
que de donner à un Hérétique un si

@

336 PHILOSOPHIE

grand moyen de faire la guerre à l'Eglise,
& pour cela pria Dieu de lui donner
assez de force pour conserver cette
résolution. Ce Prince voyant qu'il n'en
pouvait rien tirer par douceur, le fit
appliquer à la torture, à laquelle il tint
bon, sans jamais vouloir seulement donner
espérance de rien découvrir. Etant
guéri, on la lui recommence, & cela,
tant de fois, que son corps étant déchiré
en plusieurs lieux, le feu même y
ayant été appliqué, & ses membres disloqués
par la torture, il ne dit jamais
rien de ce que le Duc voulait savoir.
Michaël Sendivogius, qu'un Auteur Polonais
a mis dans le Catalogue de la Noblesse
Polonaise par erreur, étant Morave,
& né en Moravie, mais demeurant
à Cracovie, se trouva en ce temps-
là, où cet Anglais était prisonnier; &
comme il était très curieux & savant
dans la Chimie, il avait une très grande
envie de voir cet homme; pour cela
il prit habitude chez l'Electeur, & fit
amitié avec beaucoup de ceux de sa
Cour, ensuite par leur moyen il entra
dans la prison, & vit le Cosmopolite;
il lui parla de Chimie, à quoi l'autre répondit
doucement; & comme Sendivogius
gius

@

HERMETIQUE. 337

était très désireux du principal secret,
il fit si bien, que parmi plusieurs
visites, qu'il lui fit, il put, sans être découvert,
loi demander, qu'est-ce qu'il
lui donnerait, s'il trouvait le moyen de
le tirer de là. Ce pauvre homme, qui
languissait dans ses plaies, lui répondit,
qu'il lui donnerait de quoi être content
toute sa vie avec sa famille. Sendivogius
ayant cette parole, prit peu
après congé de ses amis, feignant quelques
affaires, lesquelles achevées, il promettait
les venir revoir. Il vint à Cracovie,
où il vendit une maison, qu'il y
avait, & ensuite s'en retourna en Saxe,
où étant, il commença à faire bonne
chère à ses amis, & par leur moyen aux
Gardes du Cosmopolite; & un jour,
qu'il les vit tous bien ivres, ayant un
petit chariot à la mode du Pays, tout
prêt, il fut prendre l'Anglais, qu'il mit
dans le chariot, parce qu'étant à demi
pourri, & ses nerfs tout retirés, il ne
pouvait quasi s'aider, il demanda à passer
nécessairement au logis, où il avait
laissé sa femme, qu'il voulait emmener,
& l'ayant fait sortir, il lui dit où elle
devait aller prendre de la poudre, qu'il
avait cachée, & qu'elle y retrouva:
Tom. I. P

@

338 PHILOSOPHIE

l'ayant prise, elle vint diligemment monter
dans le chariot; ils sortirent, & cheminèrent
toute la nuit, & prirent leur
route par le chemin le plus court, pour
sortir des Etats de l'Electeur. Ils vinrent,
sans rencontre, en Pologne; &
étant à Cracovie, Sendivogius somma
le Cosmopolite de la promesse qu'il lui
avait faite, lequel, pour s'en acquitter,
lui donna une once de sa poudre; Sendivogius
lui en demanda le secret, à quoi
l'Anglais répondit, en lui montrant la
misère de son corps, que puisqu'il avait
bien souffert tous ces maux, pour ne le
point déclarer, qu'il ne devait pas trouver
étrange s'il ne lui disait point, &
qu'il croirait faire un grand péché de
découvrir un tel secret, qu'il étudiât &
le demandât à Dieu. C'est tout ce que
Sendivogius en put tirer. Le Cosmopolite
mourut bientôt après, disant, que
si son mal eût été naturel & interne,
que sa poudre l'en aurait guéri; mais
que son corps, à demi pourri par la torture,
& ses nerfs retirés & coupés, ne
pouvaient plus, par aucun moyen, se
rétablir. Après sa mort, Sendivogius
crut que peut-être la femme du Cosmopolite
saurait quelque chose du secret

@

HERMETIQUE. 339

de son mari; & pour le tirer d'elle, il
l'épousa; mais il trouva qu'elle était tout-
à-fait ignorante, & ne lui put donner
autre chose, que le Livre intitulé: Les
douze Traités, ou le Cosmopolite, avec le
Dialogue du Mercure & de l'Alchimiste,
Sendivogius l'interprétant à sa mode, il
commença à travailler pour multiplier sa
poudre, & pour cela sa matière principale
fut du Mercure commun; mais comme
il ne travaillait pas sur une matière
propre, il ne fit rien. Il tenta encore,
par d'autres voies, cette multiplication,
mais toujours inutilement; il fit ensuite
un voyage à Prague, où était l'Empereur
Rodolphe, devant lequel il fit la transmutation,
ou plutôt il la fit faire à l'Empereur
même, lui donnant pour cela de
la poudre, en mémoire de quoi l'Empereur
fit enchâsser dans la muraille de
la chambre, où cette opération se fit,
une table de marbre, où il fit graver ces
mots: Faciat hac quispiam alius quod fecit
Sendivogius Polonus, & cette table
de marbre s'y voit encore aujourd'hui.
Ayant fait cette épreuve devant l'Empereur,
à qui apparemment il dit la vérité
de la chose, & revenant par la Moravie,
un Comte du Pays, qui l'avait
P ij

@

340 PHILOSOPHIE

vu, l'arrêta, & le fit prisonnier pour en
avoir le secret, croyant qu'il l'eût. L'éclat
de ce qui s'était passé devant l'Empereur,
l'avait mis en une haute réputation,
outre qu'il était fort savant. Sendivogius
étant ainsi pris & arrêté, craignant,
avec raison d'être traité comme
l'avait été l'Anglais en Saxe, il trouva
moyen d'avoir une lime, de laquelle
il lima un barreau de la fenêtre; & s'étant
fait une corde de ses habits, il se
sauva tout nu, après quoi il fit citer ce
Comte devant l'Empereur, où il fut condamné
en de grands dépens, & à donner
un Village à Sendivogius, qu'une
sienne fille a eu depuis en mariage. Lui
étant de retour en Pologne, assura le
Grand Maréchal du Royaume, nommé
Wolski, que s'il avait eu les moyens de
travailler, il aurait fait de semblable poudre.
Monsieur Wolski, qui était un grand
Souffleur, le crut; mais pour dire de
quelle façon Sendivogius était devenu
pauvre, il faut reprendre son Histoire
d'un peu plus haut, & vous faire savoir,
que tant que la poudre dura, il
fit bonne chère, étant un peu débauché
de son naturel. Il en perdit une partie
en la voulant multiplier, & en usa une

@

HERMETIQUE. 341

autre à faire des transmutations. Un Juif,
qui portait vendre ce qu'il faisait, est
encore vivant à Cracovie. Enfin voyant
qu'il n'avait plus guères de cette poudre,
il s'avisa de tirer de l'esprit-de-vin,
qu'il rectifia, & mit le reste de sa poudre
dedans, & fit le Médecin, faisant
honte à tous les autres, par les cures
merveilleuses qu'il faisait, & c'est dans
cette même liqueur, qu'ayant fait rougir
la Médaille que j'ai, il la transmua,
qui est une rixdale de Rodolphe, & cela,
il le fit devant Sigismond III. (1)
lequel encore ledit Sendivogius guérit
d'un très fâcheux accident avec le même
Elixir; ainsi Sendivogius usa toute sa
poudre & sa liqueur, & pour cela il disait
au Maréchal Wolski, qu'il n'avait
pas le moyen de travailler, bien qu'il
sut le secret. Wolski, sur cette assurance,
lui donna six mille francs pour
travailler, il les dépensa, & ne fit rien.
Le Grand Maréchal, qui se vit attrapé
de six mille francs, dit à Sendivogius,
qu'il était un affronteur, & qu'il pouvait,


----------------------------------
(1) Sigismond III. Roi de Pologne, commença son Règne l'an 1587. & le finit l'an 1632.
P iij

@

342 PHILOSOPHIE

s'il voulait, le faire pendre; mais
qu'il lui pardonnait, à la charge, qu'il
chercherait les moyens de lui rendre son
argent; mais comme cet homme avait
beaucoup de renom, étant savant, il
fut appelé de M. Mniszok, Palatin de
Sandomire, qui lui donna aussi six mille
francs pour travailler; de ces six mille
francs il en donna trois mille au Maréchal,
& travailla des trois autres, mais
toujours inutilement. Enfin n'ayant plus
rien, il se mit Charlatan; il faisait souder
bien proprement une pièce d'or avec
une d'argent, qu'il faisait ensuite marquer
à la Monnaie, & puis il la blanchissait
toute de Mercure; & feignant
d'avoir encore son Elixir, il faisait rougir
cette pièce au feu, où le Mercure
s'en allait, & trempant toute rouge la
partie, qui était d'or, il faisait croire qu'il
l'avait transmuée; par-là il se conservait
toujours quelque sorte de crédit auprès
des ignorants, auxquels il vendait sa pièce
plus qu'elle ne lui coûtait; les clairvoyants
s'apercevaient aisément, qu'il
n'avait pas le secret qu'il voulait faire
croire.
Après donc avoir travaillé inutilement
sur les Mémoires de l'Anglais; il

@

HERMETIQUE. 343

voulut en donner le Livre au Public,
pour voir si quelqu'un en découvrirait
plus que lui, qui le lui put communiquer;
& pour cela il fit une fourbe, qui
fut, afin qu'on le crût de lui, d'y mettre
& entremêler des paroles, qui l'en
fissent croire l'Auteur; afin que si quelqu'un,
plus heureux que lui par cette
lecture, apprenait le secret, il ne feignît
point de le lui communiquer. Mais
il n'eut pas assez d'effronterie pour y
mettre son nom ouvertement; il ne le
mit qu'en anagramme, où il dit: Autore
me qui,: DIVI LESCHI GENUS
AMO.
Que l'Anglais n'ait composé que le
Livre des douze Traités, voici d'où je
le conclus, & d'où je conjecture encore,
que celui qui a fait le Traité du souffre,
qui faussement s'attribue l'autre,
n'est point le Cosmopolite; & afin que
l'on trouve plus facilement la vérité de
ce que j'en rapporte, qu'on l'examine:
Le Traité des douze Chapitres, dans
l'impression de Theodore le Maire à la
Haye de 1639. dont je coterai les feuillets:
Dans la Préface des douze Traités,
il dit que tout son Livre est tiré
de l'expérience manuelle qu'il a faite de
P iiij

@

344 PHILOSOPHIE

l'Oeuvre, il répète dans les feuillets 24.
31. & 32. qu'il a fait le même Oeuvre,
donc on ne peut point douter que cet
homme n'ait fait la pierre des Philosophes.
Voyez dans le Traité du Souffre
de la même impression, feuille 45. l'Auteur
de ce dernier Traité y dit, qu'il n'a
point fait l'Oeuvre, mais qu'elle lui a
été donnée d'un intime ami; donc cet
Auteur n'est pas celui, qui dans les douze
Traités, dit en quatre endroits, qu'il
a fait l'Oeuvre. Dans le même Traité du
Souffre, feuillet 48. l'Auteur témoigne
croire, que le Mercure vulgaire est la
vraie matière des métaux, quand il rapporte
l'Histoire d'Albert le Grand; ce
qui est réfuté par tout le Livre des douze
Traités, qui prouve assez, à ceux qui
l'entendront bien, que le Mercure vulgaire
n'est point la vraie matière. De
plus il dit, que l'on a trouvé de l'or
entre les dents d'un mort, c'est que durant
sa vie il avait usé de Mercure, ou
par la bouche, ou en friction. On voit
assez, qu'il veut dire, qu'il avait été
traité de la vérole. Si ça a été la pensée,
il s'est encore trompé, puisqu'en
ce temps-là cette maladie était inconnue
en Europe, & par conséquent le

@

HERMETIQUE. 345

remède. (1) De ces contradictions, je
conclus que l'Auteur du Traité du soufre
est un fourbe, qui s'attribue faussement
celui du Cosmopolite; & je n'ai
point de peine à croire que ce ne soit
Sendivogius, qui a composé ce dernier
Traité, puisqu'il a bien eu l'effronterie
de mettre une Anagramme au commencement
de l'autre, pour s'en faire croire
l'Auteur. Ce que vous remarquerez encore
dans le Livre des douze Traités,
feuillet 42. au Lecteur, où il dit qu'il
ne faut point s'enquérir où est l'Auteur
de ce petit Traité, qui a fait la pierre
des Philosophes, & qu'entre cet Auteur


----------------------------------
(1) M. Desnoyers ignorait sans doute que cette maladie était connue en Europe dès le
temps de la découverte des Indes Occidentales;
ainsi vers l'an 1492. ou 1495, & que les
Français en firent l'acquisition au Royaume de
Naples, & que de France elle a glissé en d'autres
pays, surtout en Allemagne. C'est pourquoi
on l'a souvent appelé en France le mal de
Naples, au lieu que les Allemands & d'autres
Nations l'appellent Française, ou le mal Français,
& l'on sait que François I. Roi de France,
en est mort en 1547. Ainsi elle était connue
en France, plus de 100. ans avant la date
de la Lettre de M. Desnoyers.
P v

@

346 PHILOSOPHIE

lui il y a une mutuelle bienveillance. Il
veut encore que l'on croie qu'il lui a
expliqué les trois principes, & promet
de les donner au Public. Sendivogius ne
dit ceci, que pour attirer ceux qui auraient
le secret, à ne se point cacher
de lui, comme j'ai dit ci-dessus. Il peut
être que le Cosmopolite lui ait déclaré
beaucoup du secret de la Chimie; mais
jamais il ne lui a voulu dire le premier
agent; & si on considère bien le Traité
du Souffre, on verra aisément qu'il n'est
pas de la force de l'autre, ni que son
Auteur n'est pas le personnage qu'on
s'est imaginé jusqu'à cette heure. Voyez
le Cosmopolite, fol. 2. 6. 7. où il dit:
Qu'il ne peut rien demeurer au centre de
la terre. C'est pourquoi l'Archeüs mêle
& jette incessamment dehors ce que les
éléments y jettent, qui sont les semences
de toutes choses; ce que confirme
l'Auteur du Traité du Souffre, fol. 6.
quand il dit: Que le feu de géhenne est
au centre de la terre, où l'Archeüs le gouverne;
ce qu'il répète, fol. 7. quand il
dit: Que le feu centrique échauffe l'eau;
ce qu'il a dit, fol. 3. du feu de Géhenne,
& autre part, & cependant il se contredit
presque. Quant au folio 7. il dit:

@

HERMETIQUE. 347

que le Pôle Arctique a une vertu magnétique,
qu'il attire les eaux, qui passant
par l'essieu du Monde, ressortent par le
Pôle Antarctique. Il est constant que cet
essieu passe par le centre; c'est-à-dire,
son lieu; car il n'y en a point de réel,
& ce gros torrent d'eau, passant par le
centre du Monde & par l'Archée, doit
apparemment éteindre ce feu centrique,
& entraîner, par la violence de son courant,
toutes les semences que les Eléments
y jettent. Ce qui est contraire, non-
seulement au Cosmopolite, mais encore à
Sendivogius, qui n'était pas si habile
que lui, quoiqu'il fût fort savant; car
il est Auteur du Traité du Souffre. Que
si quelqu'un m'objectait qu'il n'y a point
d'apparence, qu'un Anglais eût cité la
Pologne dans son Livre, comme lorsqu'au
Chapitre 10. fol. 22. il donne l'exemple
des Orangers, qui n'y viennent
pas si bien qu'en Italie; je répondrai que
cela y a été ajouté par Sendivogius, &
seulement dans les secondes impressions;
car dans la première, qui se fit à Cracovie
(1) en 1604. cela n'y était pas,


----------------------------------
(1) Je n'ai pas ouï parler de l'Edition de Cracovie en 1604. mais de l'Edition de Prague,
P vj

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348 PHILOSOPHIE

non plus que le reste des lieux, qui parlent
des Salines du Royaume, ce qui
est une addition de Sendivogius; & ce
qui est au fol. 34. qu'il n'avait pas envie
de publier ce Livre, comme encore
au 37. s'il n'était de la condition qu'il
est, &c. Ce sont choses ajoutées, afin
qu'on ne se cachât point de lui. Il y aurait
encore beaucoup d'autres preuves,
que je pourrais aisément tirer de ces
deux Traités, pour prouver qu'ils sont
de deux différents Auteurs, & que le dernier
est de Sendivogius, qui s'attribue
l'autre faussement.
Sendivogius est mort l'année que nous
sommes arrivés en Pologne; c'est (1) à-


----------------------------------
& d'une autre de Francfort, toutes deux de la
même année.
(1) C'est donc à tort qu'HARPRECHT, dans son Livre de Lucerna Salis Philosophorum, marque
en étourdi que Michel Sendivogius est mort le
5. Juillet 1651. & c'est encore à tort qu'il l'appelle
J. J. D. J. c'est-à-dire: Jean-Joachim d'Estingel
d'Ingrofont. Ce ne sont point là des
preuves d'un homme exact en Histoire M. Desnoyers,
qui a fait des recherches sur le lieu même,
est beaucoup plus croyable. Je sais bien
que les 55. Lettres, rapportées au Tome 2. pag.
493. de la Bibliothèque de Manget, marquent

@

HERMETIQUE. 349

dire en 1646. fort pauvre & fort incommodé,
& dans une grande vieillesse (1).
Je suis,


----------------------------------
ces quatre Lettres, avec le nom de Cosmopolita;
mais c'est encore ce qui en prouve la supposition;
& quand on les examine, on sent que
c'est un homme qui cherche, & qui n'est ni certain,
ni assuré sur les Principes.
(1) La vie de Sendivoge, que nous allons donner, marque qu'il est mort à l'âge de 80.
ans. C'est pourquoi en 1604 je lui ai donné
38. ans.


MONSIEUR,


Votre très humble & très obéissant serviteur. DESNOYERS.
@

350 PHILOSOPHIE

XLV.

Vita * Sendivogii, Poloni Nobilis
Baronis, breviter descripta à quodam
Germano, olim ejus Oratore,
Patrono, seu Causidico.

I

S Endivogius Natione Polonus, fuit
Baro, cujus praedium Gravarnae, in
confinibus Poloniae & Silesiae situm, paucis
milliaribus distat ab Vratislavia Silesiae
Metropoli. Habuit & alio in loco plumbi
fodinas, quae annuos reditus ejus augebant:
sitae sunt illae in Territorio Cracoviae, Poloniae
superioris Metropoli.

II

Quod ad vitam ejus, si cujus Relationi
fides adhibenda est, id possum dicere quòd
superioribus annis aetatis suae ab Imperatore
Rudolpho II. peregrinationi versus


----------------------------------
(*) Vie de Sendivogius, tirée de la Relation verbale de Jean Bodowski, son Maître d'Hôtel.
Cette vie, est aussi bien, que la Lettre précédente, tirée du Tresor des Antiquités Gau-

@

HERMETIQUE. 351

XLV.

Vie de Sendivogius, Baron Polonais,
décrite par un Allemand,
qui autrefois avait été son Avocat.

I.

S Endivogius, Polonais de Nation,
était un Baron, dont la maison est
à Gravarne, sur les frontières de la Pologne
& de la Silésie, à quelques lieues
de Breslau, Capitale de la Silésie. Son
revenu était augmenté par des mines de
plomb, situées dans le Territoire de Cracovie,
Capitale de la Haute-Pologne.

II.

Quant à sa Vie, s'il faut ajouter foi à
la Relation qu'on en a faite, je puis dire
qu'il fut destiné, dès ses premières
années, au Voyage d'Orient par l'Em-


----------------------------------
loises & Françoises de Pierre BOREL, in-4. page
474. & 581. Comme elles sont l'une & l'autre
assez curieuses, elles trouvent ici mieux leur
place, que dans le Dictionnaire de BOREL.

@

352 PHILOSOPHIE

Orientem destinatus fuerit, eoque missus,
cùm transiret Graeciam, incidit in familiaritatem
Patriarchae Graecorum, quem
ubi Philosophi Adepti signa in illo deprehenderet,
multa veneratione, amore &
obsequio prosecutus est; tandemque sibi propitium
reddidit, ut Philosophiae adipiscenda
remedia ulteriùs ipsum non celaret,
& consequenter veram artem Lapidis Philosophorum
conficiendi doceret.

III.

Quo adepto reversus est ad Imperatorem,
eumque fructuum peregrinationis suae
participem reddidit. Post uterque suo quisque
loco, rem elaboravit; & ex voto omnia
successerunt. Multo in amore & observatione
habuit hunc Philosophum Rudolphus,
eumque fecit Consiliarium suum, vixitque
cum illo, non ut Imperator, sed ut amicus
familiaris.

IV.

Verùm Sendivogius cùm nollet astrictus
esse ad Aulam, pro libertate sua, sedem
figere maluit Gravarnae ditionis suae
propriae, ubi vixit lautè semper & splendidè,
instar Principis usque ad mortem.

@

HERMETIQUE. 353

pereur Rodolphe II. où étant envoyé;
comme il passait par la Grèce, il devint
ami d'un Patriarche Grec, qui ayant remarqué
en lui les signes d'un Adepte, il
eut beaucoup de vénération, d'affection
& de déférence pour lui: & enfin Sendivoge
gagna son amitié au point, qu'il
ne lui cacha pas le moyen de venir à
bout de la Philosophie Hermétique, &
lui enseigna ensuite la vraie manière de
faire la pierre des Philosophes.

III.

Après cette découverte, il retourna
vers l'Empereur, auquel il fit part du
fruit de son voyage. Chacun ensuite travailla
de son côté, & tout réussit selon
leur désir. Rodolphe eut donc beaucoup
d'affection pour ce Philosophe, & le fit
son Conseiller; il vécut avec lui, non
pas comme ferait un Empereur, mais
comme il aurait fait avec un ami.

IV.

Sendivogius, qui aimait sa liberté,
refusa de s'attacher à la Cour; il préféra
le séjour de Gravarne, où il vivait
sur son propre bien, d'une manière honorable,
& même en Prince; ce qu'il
continua jusqu'à sa mort.

@

354 PHILOSOPHIE

V.

Tincturam Philosophorum asservavit in
pyxide aureâ, sub specie pulveris rubei,
quae reducta fuit proportione unius grani
ad quingentos ducatos, seu mille Imperiales,
quos vocant Reichstaler, & ut plurimùm
projectionem fecit super Mercurium.
Pyxidem praedictam ut plurimùm non ipse
quidem portabat in itineribus, verùm ipsius
Oeconomus eam gestabat in collo ex
catenâ aurea, sub veste.

VI.

Et reliquum quod habebat ex isto pulvere,
concluserat in loco quodam secreto
scabelli pedum, quo uti solebat in rhedâ
suâ, ut cùm vile esset & abjectum, in
objectis itinerum periculis non aestimaretur,
seipsum quoque, urgente occasione,
servum quandoque simulabat, & vice sui
alium quendam domesticorum suorum Dominum:
eò quòd ob nimiam sese ostentandi
liberalitatem, coram personis fortè
indiferentibus projectiones saepius modo hoc,
modò alibi fecisset in Germaniâ, nam Poloniam
non amavit & idiomate semper Germanico
usus est.

@

HERMETIQUE. 355

Il gardait sa teinture Philosophique
dans une boëte d'or, en forme d'une
poudre rouge, d'un grain de laquelle il
fit cinq cents ducats, ou mille richedales,
& presque toujours il faisait sa projection
sur du vif-argent; le plus souvent
ce n'était pas lui qui portait cette
boëte dans les voyages; mais il la remettait
à son Maître d'Hôtel, qui la pendait
au col sous les habits, avec une
chaîne d'or.

VI.

Mais la plus grande partie de cette
poudre était cachée en un lieu secret du
marchepied, dont il se servait dans son
chariot. Il croyait que l'endroit, étant
peu considéré, ceux qui lui voulaient
du mal, n'y feraient pas attention; quelquefois
même, quand il le croyait nécessaire,
il s'habillait en valet, & mettait
à sa place quelqu'un de ses domestiques,
parce qu'il avait souvent la vanité
de faire plus de libéralité qu'il ne
devait, & hasardait de faire sa projection
devant des personnes inconnues, ce
qui lui arriva en divers lieux de l'Allemagne,
dont il préférait la Langue & le
séjour à celui de la Pologne.

@

356 PHILOSOPHIE

VII.

Et hoc ipso se variis periculis exposuisset,
ut cùm aliquando coram Principe
quodam Germano, ad summam ejus instantiam,
& silentii juramentum, flexis
genibus praestitum, projectionem faceret super
Mercurium, accidit; ut post discessum
Sendivogii, dictus Princeps, prae nimio
gaudio ejus, quod viderat, jurati silentii
oblitus, cuidam suo Mullenfels,
qui laboribus Chymicis, penes ipsum vacabat,
omnia narraret, seque ab ipso persuaderi
pateretur, ut dictum Mullenfels
duodecim equitibus stiparet, ad persequendum
Sendivogium, & ab illo seu persuasione
seu vi illatam extorquendum tincturae
visae Secretum, quod quidem non adeò
sinitrè successit.

VIII.

Nam ubi Sendivogium attigisset in diversorio
quodam pagi cujusdam circa prandium,
rem tentabat primùm suaviter, post
ferio & extorsoriè, tandemque Philosophum
ad columnam quemdam domus istius
alligatum, vestibus exuebat, ut nihil
relinqueretur intactum. Invenit tandem
quoddam Manuscriptum de Lap.

@

HERMETIQUE. 357

VII.

Par-là il s'exposait à plusieurs dangers;
de sorte que faisant un jour la
projection sur de l'argent vif devant un
Prince Allemand, qui l'en avait pressé
instamment, avec serment de garder le silence,
serment même qu'il lui fit à genoux.
Il arriva, qu'après le départ de
Sendivogius, ce Prince, par un excès
de joie de ce qu'il avait vu, oubliant
le serment qu'il avait fait, raconta toute
l'Histoire à un certain Mullenfels,
qui travaillait chez lui en Chimie, &
se laissa persuader de l'envoyer avec
douze hommes à cheval, afin de poursuivre
Sendivogius, & obtenir de lui,
par persuasion, ou par force, le secret
de la teinture qu'il lui avait montrée;
ce qui lui réussit en partie.

VIII.

Car ayant atteint Sendivogius en une
Hôtellerie, vers l'heure du dîner, il essaya
premièrement de lui faire dire par
douceur, après quoi il employa la violence;
& enfin il attacha ce Philosophe à
un pilier de la maison, & l'ayant dépouillé
de ses habits, usait de toutes
sortes de tourments pour le faire parler.
Enfin il trouva un manuscrit de la Pier-

@

358 PHILOSOPHIE

Philosophorum, & ipsam quoque tincturam,
aureâ pyxide contentam, quam Sendivogio
eripuit, cum multis aliis preciosis,
quae secum habebat, inter quae fuit imago
Rudolphi II. cum catenâ aureâ, quam
Sendivogius usitate gestabat ex collo, &
pileus cum spirâ, adamantinâ centum mille
Imperialium seu Reichstaler.

IX.

Sendivogius ita spoliatus properavit
ad Imperatorem, eique maliciam facti
exponit, qui statim per expressum à Principe
requirebat; ut Mullenfels ad Imperatorem
mitteretur captivus. Princeps verò
cùm non posset, quod inevitabile erat,
declinare, quasi praeveniebat Imperatoris
mandatum executione Mullenfesii, quem
veste soliis auri undique deaurata indutum
tribus patibulis invicem erectis, in
superiori pendi jussit, imagine Imperatoris
cum catenâ, & pileo cum spirâ adamantinâ
reddidit illi, quem Imperator miserat;
quod ad tincturam, dixit, se nihil
vidisse.

@

HERMETIQUE. 359

re des Philosophes, & même sa teinture,
qui était dans une boëte d'or, qu'il
ôta à Sendivogius, avec beaucoup d'autres
choses précieuses, qu'il avait sur
lui, parmi lesquelles était la Médaille
de Rodolphe II. avec sa chaîne d'or,
que Sendivogius avait accoutumé de
porter au col, & son chapeau avec un
cordon de diamants, qui valait cent mille
richedales.

IX.

Sendivogius, ainsi dépouillé, se rendit
promptement vers l'Empereur, & lui raconta
le mauvais traitement que ce Prince
lui avait fait faire. Incontinent l'Empereur
ordonna à ce Prince, par un Exprès,
de lui envoyer prisonnier Mullenfels,
& le Prince ne pouvant éviter
de le faire, prévint en quelque sorte le
commandement de l'Empereur, par l'exécution
de Mullenfels, qu'il fit pendre
au plus haut de trois gibets dressés à cet
effet; l'ayant fait vêtir d'un habit couvert
de feuilles d'or; & rendit la Médaille
de l'Empereur avec sa chaîne,
aussi bien que le chapeau & le cordon de
diamants, à celui que l'Empereur avait
envoyé; mais quant à la teinture, il dit
qu'il n'en avait point vu. Ainsi il apaisa
l'Empereur, de peur qu'il ne s'en prît à lui.

@

360 PHILOSOPHIE

X.

Ita Imperatorem placabat, ne in ipsam
quoque personam Principis animam verteretur.
Sed & alia ejusmodi pericula possem
recensere, quibus Sendivogius implicatus
fuit & elapsus, nisi unicum hoc
exempli loco sufficeret. Quandoque ubi nimis
divulgasset projectionibus suis, se Philosophum
esse, pro ratione circumstantiarum
simulavit, se pauperrimum esse,
quandoque lecto decubuit, ut Podagricus,
tanquam ipse afflictus morbo, quem curare
nesciret, quandoque & falsum argentum fecit,vendiditque
Judaeis in Polonia, & alibi,
atque ita vario stratagemate elusit opinionem
estimantium, eum Lapidem Philosophorum
habere, ut potiùs audiret deceptor &
falsarius, quam Philosophus & Alchymista.

XI.


At non tantùm Alchymista fuit, verùm
& magus fuisse videtur, cùm viderim
& legerim Litteras quae ad ipsum
scriptae fuerant, gratiarum actione repletissimae
super casu, quo magice curaverat
hominem, qui morbo planè incognito vexatus,
per intervalla paroxismis quasi
epilepticis percutiebatur, & in istis angustiis
constitutus evomebat, diversis vivibus
omnis generis monetas veteres, alias-
Je

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HERMETIQUE. 361

Je pourrais rapporter plusieurs dangers
semblables, que Sendivogius a encourus
& évités. Si celui-ci ne suffisait
pour servir d'exemple, quelquefois à
cause qu'il s'était trop fait connaître
par ses projections: il feignit donc d'être
fort pauvre, selon les occurrences;
& souvent il se mettait au lit comme
goûteux, ou attaqué d'une maladie,
qu'il ne savait guérir, & quelquefois
il faisait de faux argent, qu'il vendait
aux Juifs de Pologne, & enfin, par diverses
ruses, il ôta l'opinion qu'on avait
qu'il eût la Pierre des Philosophes, de sorte
qu'il passait plutôt pour un trompeur,
que pour un Philosophe Chimique.

XI.

Non-seulement il fut Chimiste, mais
il semble qu'il ait aussi été Magicien,
puisque j'ai vu & lu des Lettres, qu'on
lui avait écrites pleines de remerciements
sur ce qu'il avait guéri un homme
par la magie, lequel étant tourmenté
d'une maladie tout-à-fait inconnue,
& attaqué par intervalles de symptômes
épileptiques, & qui dans cet état vomissait
diverses espèces de vieilles monnaies,
& beaucoup d'autres choses
Tom. I. Q

@

362 PHILOSOPHIE

que res planè alienas, ut mox frustum alicujus
clavis, mox clavi, fustis ferrei,
ungulae equi, & caetera. Hic cùm vel centum
milliaribus à Sendivogio abesset, visum
est, ut scripto requiritur consilium
ejus super praesenti necessitate. Respondit,
ut res quas evomuiset aegrotus, ad se mitterentur,
quo facto, pauco post tempore aeger
convaluit.

XII.

At quoque non praetereundum censeo,
quòd aliquando venerunt ad ipsum viri
duo, senior & junior, eo tempore, cùm
in arce sua Gravarnae domi esset, & illi
praesentarunt Litteras, duodecim diversis
sigillis munitas, inscriptione directa ad
Sendivogium. Hîc se Sendivogium illum
esse negabat, nec Literas acceptare volebat.
Tandem multis persuasionibus victus
legit, quod ibi scriptum erat, ubi cùm
percepisset à se requiri, ut in fraternitatem
quandam Roseae crucis se intromitteret
cum reliquis istius societatis, intellexisset que
ex discursu istarum Litterarum ulteriori,
eos, qui ad ipsum scripsissent loqui de Lapide
quodam Philosophorum, simulavit,
se nihil eorum quae scriberentur, captu suo
assequi: verumtamen Legati istius societatis,
tandem obtinuerunt, ut in discursum

@

HERMETIQUE. 363

étranges, comme tantôt quelque morceau
de clef, tantôt des clous & de la
tringle de fer, & des cornes de cheval.
Or étant éloigné de cent mille de Sendivogius,
on trouva bon de lui demander
son conseil par écrit touchant cette
maladie; il répondit qu'on lui envoyât
les choses que le malade avait jetées,
ce qui ayant été fait, le malade guérit
peu de temps après.

XII.

Mais je crois qu'il ne faut point passer
sous silence, qu'un jour deux hommes
le vinrent trouver, l'un vieux, &
l'autre jeune, lorsqu'il était à son Château
de Gravarne, & lui présentèrent
des Lettres cachetées de douze sceaux
différents, adressant à Sendivogius; il
disait qu'il n'était pas Sendivogius, &
ne voulait pas recevoir leurs Lettres.
Enfin vaincu par leurs persuasions, il
lut ce qui était écrit; & ayant vu qu'on
requérait de lui, qu'il se mît de la fraternité
de la Rose-Croix, & comprenant
que ceux qui lui écrivaient, parlaient
de certaines pierres des Philosophes,
il fit semblant de ne comprendre
rien de ce qu'on lui écrivait; mais les
Députés de cette Société obtinrent en-
Q ij

@

364 PHILOSOPHIE

Philosophicum cum illis descenderet, quae
satisfacti discesserunt, quanquam Sendivogio
in Societatem Roseae Crucis non consentiente.

XIII.

Editus fuit postea in lucem publicam
Liber quidam, idiomate Germanico, dictus
Rodostauroticum, quo compellant Sendivogium
ut fratrem, suppresso tamen nomine,
multisque elogiis ipsum in Coelum
usque evehunt. Porrò unicam ex matrimonio
habuit filiam, quae cùm nupsisset Capitaneo
militi contra jussum patris, non
multâ post modum affectione ab ipso prosecuta,
non amplius obtinuit pro sua hereditate,
quàm viginti quatuor mille
Imperiales, quos ipsi debebat Imperator,
iisque exigendis moribundus Curatorem
praefecit Comitem Shlick, Bohemum, scripsit
& absolvit tractatum illum tertii Principii
rerum de Sale, eumque legendum dedit
suo Oeconomo, viro, cui considebat
omnia, ob candorem & sinceritatem, cujus
nomine quoque jam Praefationem fecerat,
eique mandaverat, ut post mortem
ejus ederet Tractatum dictum, quoniam
noluit, ut eo vivente imprimeretur, ob nimium,
quam ibi exercuisset Philosophandi
liberalitatem, ne eo ipso inimicis suis

@

HERMETIQUE. 365

fin qu'il conférât avec eux de la Philosophie,
duquel étant satisfait, ils prirent
congé de lui, quoique Sendivogius
n'eut pas voulu être de leur Société,

XIII.

On imprima ensuite un Livre en Allemand,
intitulé Rhodostauriticum, dans
lequel ils qualifient Sendivogius du nom
de frère; & cachant son nom, ils ne
laissent pas de le louer extraordinairement.
Il eut une fille unique de son mariage,
laquelle s'étant mariée à un Capitaine,
contre la volonté de son père,
il ne l'aima pas beaucoup dans la suite, de
sorte qu'elle n'eut pour sa dot que vingt-
quatre mille richedales, que l'Empereur
lui devait, & lui laissa pour Curateur,
en mourant, le Comte Schlick, Bohémien,
qui eut soin de les retirer. Il écrivit
& paracheva son Traité du troisième
Principe des choses, à savoir, du sel,
& le fit lire à son Maître d'Hôtel, homme
à qui il confiait toutes choses, à
cause de sa fidélité, sous le nom même
duquel il avait déjà fait sa Préface, &
lui avait ordonné, qu'il le fît imprimer
après sa mort, parce qu'il ne voulut pas
qu'il parût pendant sa vie, sur ce qu'il
s'y déclarait trop; & pour ne pas don-
Q iij

@

366 PHILOSOPHIE

daret ampliorem occasionem, in ipsum inquirendi.

XIV.

Verùm contigit infortunate, ut dictus
Oeconomus tempore mortis Sendivogii esset
Hamburgi, ideò filiae suae recommendavit
Tractatum de Sale, suo signaculo
clausum & sigillatum, accepto juramento
ne alicui mortalium alio, quam suo Oeconomo
illum de manu in manum traderet,
qui cum in itinere redeundi esset, obiit
in Prussia. Mortuus est autem Sendivogius
Gravarnae in Silesia, ibique sepultus,
aetatis suae LXXX. anno millesimo
sexcentesimo-trigesimo-sexto. Trium Imperatorum
Consiliarius, Rudolphi, Matthiae
a Ferdinandi.

XV.

Habeo haec, quae scripsi, ex Joanne
Budowski, dicto Sendivogii Oeconomo,
amico mihi familiari, qui cum suo Domino
vixit multis annis, itinera fecit per
Germaniam, gestavitque tincturam multoties
in collo suo, in pixide aurea, ex
catenâ, ut superiùs innui, quin & ipse
quinquies projectionem fecit jubente &
praesente Sendivogio.

@

HERMETIQUE. 367

ner à ses ennemis quelque occasion de
le rechercher davantage.

XIV.

Mais il arriva malheureusement que
ce Maître d'Hôtel était à Hambourg,
au temps de la mort de Sendivogius. C'est
pourquoi il recommanda à sa fille son
Livre du Sel, cacheté de son sceau, &
lui fit jurer qu'elle ne le baillerait à personne,
qu'à son Maître d'Hôtel, lequel
étant en chemin pour revenir, mourut
en Prusse. Or Sendivogius mourut à
Gravarne en Silésie, où il fut enterré
à l'âge de quatre-vingts ans, en l'an (1) Il faut
1636. (1) ayant été Conseiller de trois lire 46. Voyez
Empereurs; à savoir, de Rodolphe, la Lettre de M.
de Matthias & de Ferdinand. Desnoyers.

XV.

Je tiens ces mémoires de Jean Budowski,
Maître d'Hôtel de Sendivogius,
mon intime ami, qui a vécu plusieurs
années avec son Maître; il avait
voyagé avec lui en l'Allemagne, & porté
souvent la teinture à son col dans une
boëte d'or, avec une chaîne de même
métal, comme j'ai dit ci-devant, &
même il avait fait par cinq fois de ses
propres mains, la projection par le commandement,
& en la présence de Sendivogius.
Q iiij

@

368 PHILOSOPHIE

Qu'il me soit permis de faire
quelques réflexions sur ces deux
pièces, qui paraissent opposées;
elles le sont, à la vérité, en trois
points.
Le premier, en ce que la Relation
Latine ne parle point du Philosophe
Ecossais, & attribue à Sendivogius
ce qui ne convient qu'à
Sethon; mais cela vient sans doute
de la vanité de Sendivoge, qui
n'aura point découvert à son domestique
la source de ses premières
richesses, & qui se sera attribué
ce qu'il devait aux travaux
d'un autre. Le monde est rempli
de ces sortes de plagiaires.
Le second point, en ce qu'elle
fait Sendivoge Polonais de Nation,
sans doute parce qu'il demeurait
ordinairement en ce Royaume.
Le troisième point, en ce que la
Relation Latine fait Sendivogius
assez aisé pour avoir un Maître

@

HERMETIQUE. 369

d'Hôtel; mais qui saura l'usage
de l'Allemagne & du Nord, ne
fera pas difficulté de reconnaître
en cela le caractère de ces peuples,
qui ayant à peine de quoi vivre,
ne laissent pas de se charger
de beaucoup de domestiques inutiles;
c'est un air de vanité ou de
grandeur, qu'on prend aisément
dans les Pays du Nord. Les peuples
du milieu, ou du Midi de
l'Europe, sont un peu plus modérés.

XLVI.

Des Frères de la Rose-Croix.

On vient de voir, par la Relation
de Bodowski, que l'on s'avisa
d'envoyer à Sendivogius des
Lettres d'association aux Frères
de la Rose-Croix; & ce fut en
effet le temps, ou l'on ouït parler
de cette sorte de Confraternité.
Ces frères, supposé même qu'il
Q v

@

370 PHILOSOPHIE

y en ait eu, furent une espèce de
Fanatiques, & l'on prétend qu'ils
formèrent une Société, dont le
nom a fait beaucoup de bruit en
Allemagne au commencement du
dix-septième siècle. Il est étonnant
de voir le nombre d'écrits, qui
ont été publiés à leur sujet, depuis
1613. jusques en 1630. On assure
qu'ils se juraient une inviolable
fidélité & un secret impénétrable.
Mais quel était donc l'objet de ce
mystérieux secret? Cela roulait sur
quelques bagatelles; telle était la
science de la transmutation des métaux;
l'art de se conserver la vie
pendant plusieurs siècles; connaître
tout ce qui se passe dans les Pays
les plus éloignés; avoir par la Cabale
& la Science des nombres la
connaissance des choses les plus cachées.
Ils poussaient encore plus loin
le Système de leurs chimères; ils
s'imaginaient » que les méditations

@

HERMETIQUE. 371

» de leurs premiers Fondateurs (1)
» surpassaient de beaucoup tout ce
» qui a jamais été connu depuis la
» Création du Monde, sans en excepter
» même ce qui nous est venu
» par la révélation Divine.
» Qu'ils sont destinés pour accomplir
» le rétablissement général
» de l'Univers, avant que la
» fin du Monde arrive.
» Qu'ils possèdent au suprême
» degré la sagesse & la piété.
» Qu'ils sont possesseurs de toutes
» les grâces de la nature, qu'ils
» peuvent distribuer au reste des


----------------------------------
(1) Mercure Français, Tome IX. & Naudé, avis à la France sur les Frères de la Rose-Croix;
Morhoff in Polyhistore, & Petrus Mormius in
Arcanis Naturae Secretissimis. Je n'en cite pas
davantage, quoique j'en aie lu quelques autres;
mais pour toutes les folies de ces prétendus
Confrères, on peut voir ce que j'en ai remarqué
dans le Catalogue, qui forme le troisième
Volume de cet Ouvrage; cependant je
ne conseille pas de les consulter, ni de les
lire.
Q vj

@

372 PHILOSOPHIE

» mortels, selon leur bon plaisir.
» Qu'ils ne sont sujets, ni à la
» faim, ni à la soif, ni à la vieillesse,
» ni à la maladie, ni enfin
» à aucune autre incommodité de
» la nature.
» Qu'ils connaissent par révélation
» ceux qui sont dignes d'être
» admis dans leur Société.
» Qu'ils peuvent en tout temps
» vivre comme s'ils avaient été dès
» le commencement du Monde,
» ou que s'ils devaient rester jusqu'à
» la fin des siècles.
» Qu'ils ont un volume dans lequel
» ils peuvent apprendre tout
» ce qui se trouve dans les autres
» Livres faits ou à faire.
» Qu'ils peuvent forcer & retenir
» à leur service les esprits &
» les démons les plus puissants.
» Que par la vertu de leur chant
» ils peuvent attirer à eux les perles
» & les pierres précieuses.
» Que Dieu les a couverts d'un

@

HERMETIQUE. 373

» nuage, pour les mettre à l'abri
» de la malignité de leurs ennemis,
» & que personne ne les peut
» voir, à moins qu'il n'ait les yeux
» plus perçants qu'un aigle.
» Que les huit premiers Frères
» de la Rose-Croix avaient la grâce
» de guérir toutes les maladies,
» jusque-là même, qu'ils étaient
» accablés par le nombre des personnes
» affligées, qui se présentaient
» à eux.
» Que par leur moyen le triple
» diadème du Pape sera bientôt réduit
» en poudre.
» Qu'ils ne reconnaissent que
» deux Sacrements, avec les cérémonies
» de la première Eglise,
» renouvelées par leur Société.
» Qu'ils reconnaissent la quatrième
» Monarchie & l'Empereur
» des Romains pour leur Chef,
» aussi bien que de tous les Chrétiens.

» » Qu'ils lui fourniront plus d'or

@

374 PHILOSOPHIE

» d'argent que le Roi d'Espagne
» n'en a tiré des Indes, tant Orientales,
» qu'Occidentales, d'autant
» plus que leurs Trésors sont inépuisables.

» Peut-on entasser autant de chimères,
qu'on en trouve ici en peu
de pages? Mais à cette espèce de
confession de foi ils ajoutaient six
règles de conduite.
» I°. Que dans leurs Voyages
» ils sont obligés de guérir gratuitement
» les malades.
» 2°. Qu'ils devaient s'habiller
» conformément aux usages des
» Pays où ils ont à vivre.
» 3°. Qu'ils doivent tous les ans
» se rendre au lieu de leur Assemblée
» générale, ou en donner par
» écrit une excuse légitime.
» 4°. Que chaque Frère doit
» choisir une personne capable de
» lui succéder, lorsqu'il lui prendra
» envie de mourir.
» 5°. Que le mot de Rose-Croix

@

HERMETIQUE. 375

» leur doit servir de marque pour
» se reconnaître mutuellement.
» 6°. Que cette Confraternité
» doit être tenue secrète pendant
» cent ans.
Quelle est donc la source de
tant de bizarreries & d'extravagances?
Voici ce qu'eux-mêmes en
rapportent.
Un Gentilhomme Allemand,
dit-on, voyageant en 1378. dans
l'Arabie, y fut salué par de sages
Philosophes, qui sans l'avoir jamais
vu, le nommèrent par son
nom, & lui dirent tout ce qui lui
était arrivé. Ils lui communiquèrent
même tous leurs secrets. Retourné
depuis dans sa Patrie, il y
fit quelques élèves, & crut, qu'après
un siècle & demi de vie, il
était temps de mourir. Il voulut
donc bien s'y déterminer en 1484.
Un de ses successeurs eut le bonheur,
en 1604. de trouver & de
faire ouvrir son tombeau, où l'on

@

376 PHILOSOPHIE

vit plusieurs Inscriptions fort curieuses,
& d'où l'on tira un Livre
écrit en lettres d'or.
Cette prétendue Société, après
avoir étourdi l'Allemagne pendant
dix ans, s'avisa de se faire connaître
en France par une affiche,
qu'ils publièrent à Paris en ces termes
l'an 1623.
Nous Députés du Collège principal
des Frères de la Rose-Croix,
faisons séjour visible & invisible en
cette Ville, par la grâce du Très-
haut, vers lequel se tourne le coeur
des Justes, Nous montrons & enseignons,
sans Livres, ni marques, à
parler toutes sortes de Langues des
Pays où nous voulons être, pour tirer
les hommes, nos semblables, d'erreur
de mort.
Cette première affiche excita
plutôt la curiosité, qu'elle ne toucha
la crédulité des Français. On
voulait savoir ce que c'était que
ce nouveau Phénomène; on cherchait

@

HERMETIQUE. 377

partout à s'en instruire; c'est
ce qui porta les Auteurs de cette
Comédie, à publier la même année,
une seconde affiche en ces
termes:
S'il prend envie à quelqu'un de
nous voir, par curiosité seulement, il
ne communiquera jamais avec nous;
mais si la volonté le porte réellement
& de fait de s'inscrire sur le Registre
de notre Confraternité, nous qui
jugeons des pensées, lui ferons voir
la vérité de nos promesses; tellement,
que nous ne mettons point le lieu de
notre demeure, puisque les pensées,
jointes à la volonté réelle du Lecteur,
seront capables de nous faire connaître
à lui & lui à nous.
Cette nouvelle affiche n'opéra
pas plus que la première; on voulait
des effets, & non pas des discours
vagues & généraux; & comme
les Français ne sont pas aussi
bons que les Allemands, on ne
put nous persuader toutes les merveilles,

@

378 PHILOSOPHIE

dont se vantaient ces nouveaux
Apôtres; on devint même
d'autant plus incrédules aux mystères
de cette Confrérie, que pas
un des Confrères n'osait se déclarer.
Il paraissait honteux de se dire
un des Frères de la Rose-Croix,
aussi prenaient-ils la qualité d'Invisibles,
& même d'illuminés. On
eut beau faire paraître sous leurs
noms des Manifestes & des Apologies,
& une Confession de foi, on
n'en devenait pas plus crédule à
leur égard. Gabriel Naudé, quoique
mauvais Ecrivain, leur donna
le coup mortel en 1623. ainsi il
en fut peu parlé en France depuis
ce temps-là; l'Allemagne même a
peine aujourd'hui à s'en ressouvenir,
tant elle a honte d'avoir été
trompée par une illusion inventée,
ou par quelque Luthérien mélancolique,
ou par des railleurs, qui
voulaient se jouer de la crédulité
de cette sage Nation.

@

HERMETIQUE. 379

Mais tout invisibles qu'ils se disaient,
on ne laissa pas, dit-on,
d'en arrêter, qui furent condamnés,
les uns à perdre la vie, &
d'autres furent envoyés aux Galères.
On sent bien que ces fâcheux
accidents ne leur arrivèrent pas
pour s'être dits Frères de la Rose-
Croix: car à ce titre on les aurait
seulement enfermés comme ayant
perdu le sens & la raison; mais il
y en avait quelque cause plus réelle
& plus grave: c'était peut-être
pour avoir attiré, par leur chant,
des perles & des pierres précieuses;
talents, qui ne plaisent point
aux autres hommes, & qu'on ne
saurait faire approuver par les
Juges.
Cependant Pierre Mormius s'avisa
de la vouloir faire renaître en
Hollande en 1630. Il se présenta
même pour révéler aux Etats-Généraux
les grands secrets qu'il en
avait appris; mais on ne jugea

@

380 PHILOSOPHIE

point à propos de l'écouter. Indigné
du mépris que ces sages Républicains
faisaient d'un homme
de son importance, il crut les mortifier,
en faisant imprimer en 1630.
à Leyde son Livre intitulé: Arcana
Naturae Secretissma, où il
veut bien se contenter de réduire
à trois chefs tous les grands secrets
de ces Confrères; c'étaient,
disait-il; 1°. Le mouvement perpétuel.
2°. La transmutation des métaux,
& 3°. La Médecine universelle.
Mais depuis ce temps-là cette
chimère n'est plus connue que dans
de vieux Livres, qui en ont été
publiés, surtout en Allemagne,
depuis 1613. ou si l'on veut, depuis
1609. jusqu'en 1630.
C'est trop rester sur une pareille
illusion & sur des rêveries oubliées
depuis plus d'un siècle, & dont
on aurait quelquefois honte de
parler, si ce n'était pour montrer
jusqu'où l'esprit humain porte ses

@

HERMETIQUE. 381

égarements, ou sa faiblesse.
J'ai donné, dans le troisième
Volume de cet Ouvrage, la liste
des Imprimés, qui sont venus à
ma connaissance. Peut-être sera-
t-on surpris de voir, qu'une telle
chimère ait produit un si grand
nombre d'écrits.

XLVII.

La Philosophie Hermétique continue
dans le dix-septième Siècle.

Ce siècle continue à montrer
beaucoup plus d'amateurs, que de
vrais Philosophes. Cependant il ne
faut pas toujours rejeter les premiers;
ils donnent quelquefois lieu
à d'heureuses découvertes: ils ont
des opérations, dont un Philosophe
peut faire usage, pourvu que
leurs Auteurs ne cherchent point
à détourner des principes établis
par les véritables Artistes.
C'est dans ce rang que je mets

@

382 PHILOSOPHIE

Henri Kunrath, Jean Ernest Burgrave,
André Libavius, & Philippe
Mullers: tous quatre étaient
Allemands, & ont passé du seizième
au dix-septième siècle.
Le premier de ces Ecrivains, par
une obscurité affectée, a prétendu se
faire passer pour un grand homme.
Il est vrai que trop de clarté nuit
aux Auteurs de cette Science,
en quoi elle est contraire à toutes
les autres, où l'on ne se fait estimer
que par des Ouvrages, qui
présentent à l'esprit une lumière
dégagée de tout nuage. Jean Ernest
Burgrave a beaucoup moins
écrit, mais il n'en est pas moins
estimé, & travaille sur des principes
raisonnables. Libavius, qui
était de Halle en Saxe, où il mourut
en 1616. est beaucoup plus fécond
& plus clair; & comme il
accable par le nombre & la grosseur
de ses ouvrages, je ne sais si
sa fécondité ne lui fait pas tort;

@

HERMETIQUE. 383

mais comme il était grand Paracelsiste,
on peut aisément l'abandonner
lorsqu'il parle de ce Médecin,
ou lorsque voulant donner
dans la folie de son temps, il s'avise
de traiter des prétendus Confrères
de la Rose-Croix. Philippe
Mullers, Médecin de Fribourg-en-
Brisgaw, s'est bien gardé de donner
dans le même excès. Son Livre
des Miracles de la Chimie serait
tout au plus la cinquantième
partie des Ouvrages de Libavius;
& s'il dit vrai dans tout ce qu'il
rapporte, on ne saurait trop louer
sa brièveté. Les Artistes intelligents
préfèrent toujours un Auteur,
qui en dix pages, leur fournit
dix opérations sensées, à un
discoureur, qui ne leur en produit
qu'une seule. On voit, par ce détail,
que les Allemands ont produit
seuls dans le commencement
de ce siècle, comme ils font encore
aujourd'hui, beaucoup plus

@

384 PHILOSOPHIE

d'Artistes, que toutes les autres
Nations rassemblées. Tous, à la
vérité, ne méritent pas une égale
attention; mais à ceux dont nous
venons de parler, on peut joindre
Michel Mayer, Crollius, Mylius,
Ortelius & Poterius.
Le premier, qui était né dans
le Holstein, consacra son savoir
& son temps à traiter de la Science
Hermétique. Ce n'est pas néanmoins
qu'il ait fourni plus de lumières
que ceux qui l'avaient devancé;
on peut dire que du moins
il se contentait, en donnant non
seulement l'historique de cette
Science, mais même en y ajoutant
toutes les allégories ordinaires
aux Ecrivains Hermétiques,
qui n'ont pas trouvé de moyen plus
certain de cacher leur ignorance.
Il faut avouer cependant qu'entre
les Auteurs de cette Philosophie,
il n'y en a pas dont les Ouvrages
soient plus recherchés que ceux
de

@

HERMETIQUE. 385

de Michel Mayer, dont je parle ici.
On ne saurait en donner d'autres
raisons, sinon qu'ils sont rares, &
par conséquent peu utiles aux Artistes;
s'ils étaient nécessaires, ou
s'ils en disaient plus que les autres,
ils ne manqueraient pas d'être
bientôt réimprimés.
Oswald Crollius, qui parut dans
le même temps, se contenta de
donner une Introduction à la Chimie,
Livre estimé des Paracelsistes,
dont il suivait les principes.
Je ne le place point ici comme
Adepte, il n'en a pas eu la réputation,
& je crois qu'il se contentait
d'être bon Artiste. C'en est
même assez, quand on peut arriver
au point de la perfection: mais
comme il maniait les métaux, &
les minéraux avec dextérité, on
peut le suivre dans ses principales
opérations, dont quelques-unes ne
sauraient manquer d'être utiles au
vrai Philosophe.
Tom. I. R

@

386 PHILOSOPHIE

Jean-Daniel Milius, Hessois &
Médecin très habile, s'est plus
étendu que Crollius. Il est vrai que
sa profession lui donnait lieu d'entrer
dans un détail plus savant &
mieux raisonné. A la vérité il a
mêlé dans l'énorme épaisseur de
ses Volumes beaucoup de Médecine
vulgaire avec la Science Hermétique.
Mais c'est à l'Artiste à
démêler ce qui lui convient pour
son travail dans les opérations métalliques.
Je l'ai parcouru & j'y ai
trouvé du curieux. Mais comme
j'y ai remarqué souvent des Traités
ou des réflexions sur des maladies,
dont je ne suis pas attaqué,
je l'ai abandonné à ceux qui peuvent
en avoir besoin, soit pour
eux, soit pour les autres.
Ortelius m'a paru moins compliqué,
& ce qu'il a écrit sur le Cosmopolite
me semble mériter l'attention
des Artistes intelligents. On
pourrait même, en l'examinant de

@

HERMETIQUE. 387

près, & en le comparant avec l'Epilogue
du Cosmopolite, deviner
quel est le premier mercure des
Philosophes; car ils en admettent
plusieurs dans le cours de leurs
opérations. Il écrit d'une manière
simple & naturelle, sans trop faire
valoir ce qu'il découvre
Michel Poterius a été d'un tout
autre caractère: c'était un homme
qui se donnait pour tout ce qu'il
n'était pas. Il se vante, dans ses
Ouvrages, de posséder les plus
grandes merveilles de la nature;
qu'il était même souvent obligé
de se cacher & de se séquestrer du
tumulte du grand-monde, parce
que tous les Princes le voulaient
avoir. Mais résolu de travailler
pour lui seul, il avait trop de
coeur pour se mettre dans la dépendance
& dans l'esclavage de qui
que ce soit. Si cela était, Poterius
avait donc tort de faire tant de
bruit dans ses Ouvrages, & de
R ij

@

388 PHILOSOPHIE

faire continuellement son éloge,
il pouvait garder le silence & travailler
tranquillement. Mais on ne
voit pas avec tant de secrets merveilleux,
qu'il ait rien fait pour lui,
ni pour sa famille.

XLVIII.

Les Français continuent dans le dix-
septième siècle à s'appliquer à
la Science Hermétique.

Ceux qui se sont le plus distingués
en France, se réduisent à un
petit nombre d'Artistes: on ne
doit pas néanmoins compter également
sur leur travail; tous n'ont
pas eu le même savoir, ni la même
sincérité.
Quoique Jean Beguin n'ait donné
qu'un abrégé fort succinct de la
Chimie, cependant son Ouvrage
passe quelquefois plus loin que la
pratique ordinaire. Begin avait
voyagé dans l'Allemagne, la Hongrie,

@

HERMETIQUE. 389

l'Italie, & dans les autres
endroits, qui lui avaient paru dignes
de son attention. Il était même
souvent descendu dans les mines,
non-seulement pour en examiner
le travail, mais encore pour
voir s'il ne découvrirait pas dans
la nature de la terre ce qui peut
contribuer à la formation des métaux;
& il avoue, qu'il a vu couler
le long des murailles de la mine
une humeur onctueuse, qui
peut servir à coaguler la matière
sulfureuse, dont la diversité fait
la différence des métaux. L'on
trouve même, à la fin de son Introduction,
des opérations, qui
peuvent éclairer un habile Artiste.
Jean d'Espagnet, Président à
Bordeaux, parut presque: en même
temps que Beguin; mais comme
il avait plus de pratique dans
la Science Hermétique, il se déclara
plus ouvertement. Son Arcanum
Philosophiae Hermeticae, quoique
R iij

@

390 PHILOSOPHIE

très succinct, part de la main
d'un grand Maître: c'est le sentiment
des plus habiles Philosophes:
mais s'il est obscur & caché sur
les premiers principes de la Science
Hermétique, on doit lui savoir
gré du moins de s'être expliqué
plus clairement & dans un
plus grand détail que les autres
sur la conduite du feu extérieur,
matière essentielle aux opérations
du Philosophe.
Le savant Olaüs Borrichius témoigne,
qu'étant à Bordeaux en
1664. il y avait connu le fils de
cet habile Ecrivain, qui était Conseiller
au Parlement, & qui même
dans un âge fort avancé, conservait
le même goût que son père
pour la pratique de la Science
Hermétique. C'était, sans doute,
pour se désennuyer des embarras
que causent les chicanes du Barreau.
Le savant Etranger ne put
s'empêcher de faire à M. d'Espagnet

@

HERMETIQUE. 391

deux demandes fort naturelles;
la première fut de savoir si
son père avait eu le secret de la
Science Hermétique: la seconde
s'il était Auteur du Livre qu'on
lui attribuait. M. d'Espagnet répondit,
qu'il ignorait le premier;
mais que pour le second il était
assuré que le petit Ouvrage du Secret
de la Philosophie Hermétique
venait de son père. Il est vrai que
l'on avait jeté quelque soupçon
contraire à cet aveu; & Pierre Borel
remarque lui-même, comme
je le dis au troisième Volume de
cet Ouvrage, qu'on l'avait attribué
à un Etranger, qui n'est connu
que sous le nom de Chevalier
Impérial. Quoiqu'il en soit, son
Traité, tout petit qu'il est, n'a pas
moins de réputation que celui du
Philalèthe. Je suis fort étonné que
Morhof (1) ait attribué l'Ouvrage


----------------------------------
(1) Georg. Morhoff. in Epistola de Metallorum transmutatione.
R iiij

@

392 PHILOSOPHIE

du Président à Philalèthe lui-même;
il aurait pensé autrement; s'il
avait connu l'Edition de l'Arcanum
Hermeticae Philosophiae, qui fut
publié à Paris en 1608. & en 1623.
le Philalèthe n'étant pas encore né
au temps de la première.
Gabriel de Castaigne, Cordelier,
& David de Planiscampi, parurent
peu de temps après le Président
d'Espagnet. Mais leur dessein
principal, fut de prolonger la
vie des hommes, par la souveraine
médecine, qui se tire des métaux.
C'est un objet qui ne touche
pas moins les hommes, que celui
des richesses. On se donne beaucoup
de soins pour acquérir de
grands biens; mais on serait prêt
à les sacrifier bientôt à quelques
siècles de vie, si l'on pouvait s'en
assurer. Le Cordelier se distingua
par ses talents Hermétiques, & fit
quelque fortune, moins par des effets
réels, que par des promesses,

@

HERMETIQUE. 393

toujours séduisantes. Il obtint même
la qualité d'Aumônier du Roi
Louis XIII. ce qui, pour un Cordelier,
vaut presque autant qu'un
Evêché. Planiscampi resta dans
l'état de la Chirurgie, qu'il avait
embrassé. Cependant Borrichius ne
disconvient pas qu'il n'ait eu de
bons principes dans le procédé de
la Science Hermétique, sur lesquels
néanmoins il n'était pas ferme,
dès qu'il s'agissait de conduire
son Ouvrage à sa perfection.
Collesson, par amitié pour le Public,
offrait d'enseigner le secret de
la Science Hermétique; mais une
ouverture de coeur si généreuse
doit toujours être suspecte, & je
doute qu'il ait fait des élèves. Nuysement,
Receveur du Comté de
Ligni en Barrois, conserve encore
le peu de réputation, qu'il s'est
faite par le Traité du Sel des Philosophes,
qu'il a fait imprimer sous
son nom: on lui a fait l'honneur
R v

@

394 PHILOSOPHIE

de le traduire en Latin; mais ce
petit Ouvrage se trouve en manuscrits
dans quelques Cabinets, beaucoup
plus entier que ne l'a donné
ce Plagiaire: car je marque dans le
troisième Volume, que Nuysement
n'en est pas reconnu pour le
véritable Auteur. Mais apparemment
il crut, en le faisant imprimer,
que son manuscrit était unique,
en quoi il s'est trompé.
Si ce n'étaient les Romans dans
lesquels le Sieur de Gerzan a inféré
le peu qu'il savait de la Science
Hermétique, à peine serait-il,
connu, tant il est négligé par les
Artistes. Joseph du Chesne de la
Violette n'est pas aussi oublié que
Gerzan; mais il n'a qu'une réputation
fort équivoque. On n'aime
point, dans cette matière, des gens
à secrets particuliers, tels que les
a publiés du Chesne; on demande
un ordre général de conduite &
un système formé, qui mène, aux
grandes opérations.

@

HERMETIQUE. 395

Jean-Baptiste Van-Helmont a eu
la tête assez dérangée pour figurer
avec tous ceux dont il a été parlé;
mais il reconnaît lui-même
que s'étant uniquement appliqué,
à suivre les chimères de Paracelse,
il n'a pas su néanmoins le secret
de la Science Hermétique,
quoiqu'il ait fait la transmutation,
comme nous le marquerons ci-
après; on sait qu'il était né à Bruxelles
l'an 1577. d'une famille noble,
qui eut du chagrin de lui voir
prendre le parti de la Médecine;
il est vrai, qu'avec un génie aussi
supérieur, il aurait pu briller dans
le parti de la Robe, plus estimé
dans les Pays-bas, que celui de
la Médecine, quoique cette Science
ne déroge pas. Mais il se jeta
peu dans la pratique, il ne s'occupa
que de la Chimie pendant près
de 40. ans. L'Empereur Rodolphe
II. & l'Electeur de Cologne, qui
tous deux aimaient cette Science,
R vj

@

396 PHILOSOPHIE

le voulurent attirer à leur Cour,
mais il refusa leurs offres & les
avantages dont ils étaient accompagnés;
il aima mieux vivre dans
le laboratoire qu'il avait à Vilvorde,
près de Bruxelles, que de respirer
l'air de Cour, incompatible
avec la Philosophie, & il y mourut
le 30. Décembre 1644.
Je n'ai point marqué les temps
précis, où vivaient tous les Artistes,
dont je viens de parler. On
doit, pour le savoir, consulter
la Chronologie, qui est à la fin de
ce Volume: elle est destinée à
marquer les années où ils ont paru,
& quelquefois même celles
où ils sont morts.

XLIX.

Les Anglais s'appliquent solidement
à la Science Hermétique.

Les Anglais ont produit moins
d'Artistes que les autres Nations;

@

HERMETIQUE. 397

mais il s'en trouve quelques-uns,
qui ont plus de réalité & de solidité
que les autres.
Jean de Thornburg, Evêque de
Worchester, s'y appliqua ; mais
il reconnaît lui-même, qu'il n'est
point arrivé au but de la Philosophie;
cependant son amour pour
cette Science lui fait désirer que
le Roi Jacques daigne la favoriser,
& qu'il est persuadé que les vrais
Artistes, qui travaillaient alors secrètement,
se feraient un plaisir
de se découvrir & de bénéficier la
Patrie; mais ces souhaits & ces
exhortations n'opérèrent rien de
réel; car non-seulement le Roi
ne fit pas cette démarche; mais
quand il l'aurait faite, les Artistes
étaient trop sages pour se déclarer
à ce Prince.
Samuel Northon s'y appliqua également
peu de temps après Thornburg;
mais a-t-il réussi? c'est ce
qu'on ignore: on sait seulement

@

398 PHILOSOPHIE

qu'il a écrit sur cette Science avec
assez de détail.
Ces Auteurs n'ont pas eu une
grande réputation, mais il s'en
trouve un qui fut plus connu, non
pas en qualité d'Artiste, mais du
moins comme possesseur de la poudre.
Cet homme est Butler, dont
la pierre, qui porte son nom, a
fait assez de bruit. Il vivait sous
les Règnes de Jacques I. & de
Charles I. Rois d'Angleterre. On
ne le connaît pas, à la vérité, comme
un Artiste, mais seulement
comme voleur de la poudre, avec
laquelle il faisait des projections.
Voici ce qu'on en rapporte.
Butler était un Gentilhomme Irlandais,
qui dans sa jeunesse, eut
envie de voyager sur mer; il n'alla
pas loin sans être pris par des Corsaires,
qui le vendirent à un de
ces petits Tyrans, dont l'Afrique
ne manque pas plus que de monstres.
C'était un Arabe curieux &

@

HERMETIQUE. 399

savant dans la Science Hermétique.
Il employait Butler aux travaux
les plus difficiles de son laboratoire.
Ce dernier, qui avait de
la pénétration, sentit bien l'importance
des opérations qu'il faisait;
cependant il ne découvrit pas le
secret de son Maître; tout ce qu'il
put faire fut seulement de remarquer
l'endroit où le Philosophe enfermait
sa poudre; mais avant que
d'en faire le vol, il traite de sa rançon
avec un Négociant de son
Pays. Dès qu'il en est certain, il
enlève furtivement la boëte, où
son Maître avait mis son trésor;
& dès qu'il est racheté, il part avec
le Marchand, qui l'avait retiré de
captivité.
A peine Butler est arrivé en Angleterre,
qu'il eut l'imprudence de
faire la projection devant quelques
personnes. Il n'en fallut pas davantage
pour lui donner la réputation
de grand Philosophe. On commença

@

400 PHILOSOPHIE

dès lors à lui faire la cour
sur ce bruit, qui se divulgua par
sa famille, un Médecin, qui était
aussi Irlandais, se détache de son
Pays pour se mettre auprès de ce
prétendu Philosophe, en qualité
de domestique; mais seulement,
comme on le juge bien, pour participer
à son secret. Butler, devenu
circonspect, ne faisait plus sa
projection qu'en secret, ainsi le
Médecin ne pouvait rien pénétrer
dans le travail de son Compatriote.
Butler ayant besoin de mercure
& de plomb, ordonne à ce faux
domestique d'en aller acheter à la
Ville.
Celui-ci, au lieu de s'y rendre
convient avec l'Hôte de Butler
de le laisser entrer dans une chambre
voisine de celle de son Maître,
où il avait pratiqué quelques
trous, par lesquels il pouvait découvrir
tout ce que faisait Butler;
il vit donc qu'il préparait un fourneau

@

HERMETIQUE. 401

& du feu, dans lequel il mettait
un creuset avec du mercure
& du plomb, sur quoi il faisait
la projection avec une poudre rouge,
tirée d'une boëte, qu'il avait
soin de cacher sous un des carreaux
de la chambre; mais plus le Médecin
redoublait d'attention, moins il
prenait garde que le mouvement
& le poids de son corps allait faire
tomber les chaises, qu'il avait
mises l'une sur l'autre, pour être
à une certaine élévation. Tout
croula donc avec un bruit épouvantable;
Butler découvrit la supercherie
de ce feint domestique,
& peu s'en fallut qu'il ne lui passât
son épée au travers du corps.
Mais le Médecin, désespéré de
n'avoir pu découvrir le secret de
son prétendu Maître, l'alla dénoncer
comme Faux Monnayeur. Butler
est arrêté, on fait la visite chez
lui; & malgré une exacte perquisition,
l'on n'y trouve aucun des

@

402 PHILOSOPHIE

instruments propres à la fausse monnaie,
mais seulement 80. marcs
d'or, ainsi Butler fut mis en liberté;
néanmoins craignant toujours pour
sa liberté dans un des Pays des
plus libres de l'Europe, il prend
la résolution de passer en Espagne
pour y trouver un asile; mais
une retraite éternelle l'attendait
ailleurs; il périt sur mer avec tous
ses lingots; & peu de temps après,
le Médecin s'étant mêlé dans une
conspiration, fut pendu. Ainsi tous
deux reçurent leur salaire; Butler
de son vol, & le Médecin de sa
trahison & de ses odieuses manoeuvres.

L.

EYRENE'E PHILALETHE.

L'Angleterre n'a pas encore produit
en ce genre d'homme plus extraordinaire
que le célèbre Anonyme,
qui se faisait appeler Eyrenée

@

HERMETIQUE. 403

Philalèthe, son nom, sa personne,
sa vie, ses ouvrages, tout est chez
lui un paradoxe indéchiffrable. Ce
que l'on peut en savoir est cependant
qu'il est né en Angleterre l'an
1612. puisqu'en 1645. qu'il écrivit
son Livre principal, il n'avait
pas plus de 33. ans; mais dans
quelle Ville & dans quelle Province,
c'est ce qu'on ignore. Il fut
néanmoins transporté, & vraisemblablement
assez jeune, dans l'Amérique
Anglaise. C'est ce que
marque l'Edition que Daniel Elzevir,
Libraire d'Amsterdam, fit
paraître en 1668. de son petit Traité
des Experiences sur la préparation
du Mercure Philosophique, & l'on
croit qu'il se nommait Thomas de
Vagan. Quelques Anglais néanmoins
sont persuadés que cet Artiste
célèbre était né en France,
& que la plupart de ses Ouvrages,
à l'exception de son Introïtus
ont été écrits en Français. Mais

@

404 PHILOSOPHIE

ce qui décide pour la véritable
Patrie du Philalèthe, est que Georges
Starkey, qui était Apothicaire
dans l'Amérique Anglaise, étant
retourné en Angleterre, a marqué
plus d'une fois, qu'il avait connu
le Philalèthe en Amérique, que
ce Philosophe venait très familièrement
dans son Laboratoire, où
il faisait quelquefois la transmutation
des métaux imparfaits en or,
& que plusieurs fois il a donné de
ce même or à Starkey; mais Philalèthe,
qui était un homme rangé
& de bonnes moeurs, s'apercevant
que l'Apothicaire consommait
en débauches ce qu'il lui
donnait, s'éloigna de lui & ne le
vit plus.
L'on sait que les Français, qui
vont en Amérique, ne sont pas
fort curieux de rester dans les Villes
ou dans les Provinces, qui appartiennent
aux Anglais; comme
les Anglais, toujours jaloux des

@

HERMETIQUE. 405

autres Nations, ne seraient pas
contents de les y voir demeurer
longtemps; & Michel Faustius assure,
qu'étant lui-même en Angleterre,
il a connu des Anglais,
qui avaient été en commerce de
Lettres avec Philalèthe. Le savant
M. Boyle, l'un des plus grands
Philosophes que l'Angleterre ait
produit, & pour le dire en un
mot, l'honneur de sa Patrie, pour
le savoir & la probité, était en
des relations intimes avec cet habile
Artiste. On a su même qu'il
avait quitté l'Angleterre, & qu'il
s'était retiré en France, où il vivait
d'une manière si cachée, qu'il
ne s'y faisait connaître qu'à des
amis de confiance. L'on a cru même,
que voyageant en divers Pays,
c'est lui qui donna de la poudre au
célèbre M. Helvetius, avec laquelle
ce dernier fit la transmutation
du plomb en or.
Mais avant ce temps-là, et même

@

406 PHILOSOPHIE

avant l'an 1645. la Philosophie
avait exposé le Philalèthe à plusieurs
dangers, & il ne saurait
s'empêcher de gémir sur la fatale
situation où il se trouvait, errant
& fugitif, comme s'il avait été
chargé de la malédiction de Caïn.
Il était contraint d'aller de Royaume
en Royaume, sans avoir aucune
demeure fixe, osant à peine
prendre soin de sa famille, possédant
tout, & se voyant obligé de
se contenter de peu. Il ne goûtait
le bonheur qu'en idée. Il est vrai
qu'il ne devait attribuer une si triste
destinée qu'aux imprudences qu'il
avait commises de guérir subitement
des malades par son Elixir,
de faire la projection devant des
amis infidèles, ou même de vendre
lui-même de grosses parties
d'or & d'argent.
Le Philalèthe, qui nous apprend
tous ces faits, nous marque aussi
que se présentant déguisé en Marchand,

@

HERMETIQUE. 407

pour vendre à un Orfèvre
douze cents marcs d'argent
très pur; on lui dit que cet argent
était de Chimie, & non pas de
mines, qu'on le reconnaissait à son
titre, qui n'était celui d'aucune
Nation. La crainte d'être arrêt&
l'obligea de s'évader, sans avoir
jamais osé réclamer ni l'argent, ni
sa valeur. Tant de périls courus
de côté & d'autre le rendirent plus
circonspect, & l'obligèrent enfin
de se tenir caché, & l'on n'a jamais
su ni le lieu de sa retraite,
ni le temps de sa mort.
Mais comme je me propose de
faire connaître cet Artiste autant
qu'il est en moi, je ne puis disconvenir
qu'il n'ait eu des moeurs, il
paraît même assez bon Chrétien;
mais j'ignore de quelle Communion.
Par son Livre, on voit que
c'était une espèce (1) d'illuminé,


----------------------------------
(1) Introïtus apertus, Ch. 13. N°. 28.
@

408 PHILOSOPHIE

ou d'enthousiaste, qui avait dans
l'esprit quelque teinture des idées
qu'Antoinette de Bourignon fit depuis
paraître en Hollande. L'Artiste
Elie était déjà né, à ce qu'il
prétendait, & l'on dit des choses
admirables de la Cité de Dieu, ce
sont ses paroles. Mais dans quelle
extase n'entre-t-il point, lorsqu'il
dit (1) que les places de la nouvelle
Jérusalem seront pavées d'or,
que des perles & des pierres
précieuses fermeront ses portes,
& que l'Arbre de vie, placé au
milieu du Paradis, rendra, par ses
feuilles, la santé à tout le genre
humain; Croyez-moi, continua-
t-il, jeunes hommes, & vous vieillards,
le temps va bientôt paraître,
je ne le dis point par une imagination
vainement échauffée, mais
je vois en esprit, que tous tant que
nous sommes, allons nous rassembler


----------------------------------
(1) Introïtus apertus, Chap. XIII. bler

@

HERMETIQUE. 409

des quatre coins du Monde;
alors nous ne craindrons plus les
embûches que l'on a dressées contre
notre vie, & nous rendrons
grâces à Dieu Notre-Seigneur.
Mais il paraît que cet Adepte
avait une forte inclination pour le
peuple Juif, son zèle ne les regarde
pas moins que les Chrétiens;
c'est une affection de tendresse, sur
laquelle il se déclare en plusieurs
endroits de ses Ouvrages; un sage
Rabbin ne leur en témoignerait pas
davantage.
Nous devons à la solitude, où
le Philalèthe se vit contraint de
vivre, les Ouvrages qu'il a publiés
sur la Science Hermétique, son
Introïtus Apertus, que je donne
dans le second Volume, en est
constamment le plus estimé & le
plus systématique, à l'exception de
la première matière, on y trouve
tout le procédé de la pratique de
cette Philosophie; ce qu'il déguise
Tom. I. S

@

410 PHILOSOPHIE

se découvre aisément par la description
qu'il en fait, quoiqu'il ne
le nomme pas. Aussi ce Livre a
eu une si grande réputation, qu'il
y en a déjà eu grand nombre
d'Editions. On verra, dans la Préface
du second Volume, ce que
je pense du Traité du même Auteur,
que j'y ai joint, & je rapporte
tous les titres des autres
dans le troisième Volume.

LI.

Suite des Artistes Allemands du
dix-septième siècle.

Les Allemands vantent, avec
raison, beaucoup d'habiles Philosophes
qu'ils ont produits, tels sont
Glauber, Becherus, Kunkel & Georges
Sthal.
Rodolphe Glauber ne fut pas seulement
un Artiste célèbre, il fut
encore un Ecrivain très fertile,
occupé continuellement des opérations

@

HERMETIQUE. 411

de son Laboratoire, on
doit être surpris du nombre considérable
de Livres, qu'il a publiés
sur la Chimie. Il vivait à Amsterdam
au milieu du dix-septième siècle,
où il s'était retiré, & y avait
levé une Ecole publique de la
Science Hermétique. Je n'ai pas
recherché le temps de sa mort; mais
de la manière dont en parle le Févre
dans son Traité de Chimie, il
semble qu'il vivait encore en 1669.
Nous lui avons l'obligation du sel
qui porte son nom, qui se fait néanmoins
de différentes manières, &
qui peut même avoir d'autres avantages
que ceux qu'en tire la Médecine.
Jean-Joachim Becherus, né à
Spire, a moins écrit que Glauber;
mais il n'a pas eu moins de
réputation, non seulement il eut
une grande connaissance des principes
de la Science Hermétique,
mais même de l'Histoire Naturelle.
S ij

@

412 PHILOSOPHIE

Son but n'était pas la transmutation
des métaux, il n'aurait pas été
fâché néanmoins de la trouver; &
comme il était persuadé qu'il y a
de l'or dans les cailloux & dans
beaucoup de sables, plus ou moins
cependant, selon la nature des terres,
il en fit les épreuves, & en
tira plusieurs fois. Le profit ne
consistant que dans la vaste étendue
d'un travail, dont la dépense
surpasse les forces d'un particulier,
il s'adressa inutilement à plusieurs
Princes, il parcourut l'Allemagne,
& alla même à Vienne & à la
Haye, soit pour se faire écouter
par l'Empereur Léopold, soit pour
engager les Etats-Généraux de Hollande
à entreprendre cette grande
opération sur les essais qu'il en
produisait, & qu'il offrait de réitérer.
Mais les Princes & les Républiques
veulent de l'or & de l'argent
tout fait, & non pas de l'or
à faire; on ne compte que sur un

@

HERMETIQUE. 413

objet présent aux yeux, & non pas
sur des richesses, qu'il faut chercher
avec beaucoup de peine jusques
dans les matières les plus dures,
au risque souvent de n'y rien
trouver. On m'a cependant assuré
qu'à l'Arsenal de Venise on travaille
à quelques opérations pareilles,
qui produisent de l'or; mais
quelque peu qu'on en tire; c'est
toujours un bien, puisque c'est
mettre dans l'Etat une espèce nouvelle,
qui n'y était pas.
Becher, éconduit de toutes
parts, se borna donc à son Laboratoire,
& à des expériences, dont
quelques-unes sont utiles, & les
autres seulement curieuses; c'est
à ses travaux que nous sommes redevables
de plusieurs Ouvrages de
conséquence, surtout de sa Physique
Souterraine, dont nous n'avons
d'imprimé que la première
Partie. La seconde se trouve à Prague,
dans le Cabinet du Souverain.
S iij

@

414 PHILOSOPHIE

Ce serait un avantage pour
la Science Hermétique, si l'on pouvait
en avoir communication. Cette
première Partie a eu une estime
si générale, qu'après plusieurs Editions,
le savant M. Sthal, très
capable de produire par lui-même
d'excellents Ouvrages, s'est fait
honneur de la décorer d'un Commentaire,
imprimé en 1702. &
qui même est assez rare. On parlait
de publier en Allemagne le
Recueil de tous les Ouvrages de
Becher, & j'ignore ce qui a fait
manquer ce projet, qui aurait eu
son utilité.
Jean Kunhel, qui vivait dans le
même temps que Becher, s'est acquis
& conserve encore une toute
autre réputation, que les Artistes
précédents. On croit même,
que s'il n'a pas eu le secret de la
Science Hermétique, il a su néanmoins
des préparations utiles, qui
en approchent; & par son savoir

@

HERMETIQUE. 415

il se fit rechercher de plusieurs
grands Princes. Telle est la folie
des hommes, que le plus médiocre
sujet peut quelquefois avoir
une cour nombreuse, dès qu'on
le croit en état de donner du bien
ou des richesses. Ce n'est que depuis
peu que nous connaissons en
France le Phosphore de Kunkel,
& nous en avons l'obligation à M.
Hellot, l'un de nos plus habiles
Chimistes, & l'un des plus illustres
Membres de l'Académie Royale
des Sciences de Paris.
Georges Ernest Sthal approche
un peu plus de nos jours, & passe
avec raison pour un des Pères de
la Chimie, qui lui doit même une
partie de son lustre. La dissolution
de l'or par l'Ethiops, fait avec le
souffre & le sel de Tartre, est une
des opérations les plus curieuses,
& qui peut même influer dans la
Science Hermétique. Ses Ouvrages,
qui sont très connus en France,
S iiij

@

416 PHILOSOPHIE

n'y sont pas moins estimés
qu'en Allemagne.
Qu'on ne soit pas surpris de ne
pas voir ici parmi les grands Maîtres
Jacob Bohem, dont nous avons
plusieurs Ouvrages; cet Auteur
est si obscur & si allégorique, que
je me suis repenti de l'avoir lu,
croyant y trouver de grandes opérations.
Joignez à son obscurité le
principe qu'il avait, que le Mercure
Philosophique n'était autre
que les immondices & la boue des
rues. Georges Morhoffe s'est contenté
de donner de l'historique;
Jacques Tollius, Littérateur Hollandais,
qui ne laisse pas d'avoir
travaillé, rejette tous les procédés
des Artistes, pour s'en faire de particuliers;
Benzius n'a rien qui le distingue
des autres Philosophes; le
célèbre M. Boyle a pratiqué une
Chimie trop sage & trop raisonnable,
pour être mis avec un si grand
nombre de fous, ou de gens si

@

HERMETIQUE. 417

extraordinaires. Junken donne de
bons principes, qu'il faut savoir
continuer; Wedelius a une réputation
très étendue dans tous les
genres. Barchuysen a pensé sagement
en quelques occasions; mais
il n'avait pas le principe essentiel
pour travailler utilement; les connaissances
de M. Boerhave ont été
plus profondes, il a même donné
de bonnes préparations, dont il
n'a pas su, ou dont il n'a pas voulu
découvrir toutes les suites &
l'utilité essentielle. M. Pott est savant;
mais il paraît avoir plus donné
du côté des minéraux, que des
métaux; cependant il peut être d'une
grande utilité.

LII.

Olaüs Borrichius.

Cet illustre Danois ne s'est pas
moins distingué par la Chimie,
que par ses autres talents dans la
S v

@

418 PHILOSOPHIE

Littérature. Il était né en 1626.
dans le Diocèse de Ripen, l'un
des six du Danemark, où son
père était Ministre Prédicant. Etant
sorti du cours ordinaire des premières
Etudes, qu'il ne finit qu'en
1650. il se livra tout entier à la
Médecine: les connaissances qu'il
y acquit ne lui furent pas inutiles
dans la peste, qui ravagea Copenhague;
& quoique ses bonnes
moeurs & une conduite sage & réglée
lui eussent mérité la protection
de plusieurs personnes en place,
il ne refusa pas cependant,
pour l'augmenter encore, d'entrer
chez M. de Gersdorf, premier
Ministre d'Etat du Roi, de Danemark,
en qualité de Précepteur
de ses enfants, après quoi il fut désigné
Professeur en Philologie, en
Poésie, en Chimie, & en Botanique
dans l'Académie de Copenhague.
Cependant comme Borrichius

@

HERMETIQUE. 419

avait toujours eu dessein de voyager
dans l'Europe; il partit de la
Capitale du Royaume au mois de
Novembre 1660. & prit sa route
par Hambourg, où il vit les plus
habiles Médecins; de-là il se rendit
en Hollande, où les fils de M.
de Gerstdorf le vinrent joindre,
d'où après avoir visité le reste des
Pays-Bas, l'Angleterre & la France,
il passa jusques à Rome, où
il resta près de six mois, depuis le
mois d'Octobre 1665. jusqu'à la
fin de Mars 1666. & dans tous
ces endroits, non-seulement il
cherchait à profiter de la connaissance
des Savants, mais il s'informait
toujours de ceux qui avaient
brillé dans la Science Hermétique;
ce fut un goût qu'il perfectionna
même dans la suite.
Cependant ses Emplois le rappelaient
dans sa Patrie; il y retourna
donc sur la fin de cette année,
& s'y appliqua à la Médecine,
S vj

@

420 PHILOSOPHIE

à la Chimie, & aux autres
Sciences. Son goût pour la Philosophie
l'empêcha de se marier.
Il ne refusa pas néanmoins les
marques d'honneur, dont on le
combla, en le faisant Conseiller
du Conseil suprême de Justice, &
Conseiller de la Chancellerie du
Royaume. La première en 1686.
& la seconde en 1689. Il ne jouit
pas longtemps de ses dignités. Il
fut attaqué de la pierre, & en
souffrit la taille avec beaucoup de
résolution; mais son courage ne
le sauva point, il en mourut le 3.
Octobre 1690.
On assure, que s'il n'avait pas
le secret de la Science Hermétique,
du moins avait-il quelques
préparations particulières, par le
moyen desquelles il acquit plus de
richesses, qu'on ne peut en obtenir
ordinairement par les Sciences.
Mais il en fit un usage digne
de sa probité & de son amour

@

HERMETIQUE. 421

pour les pauvres. Né sans bien,
on ne laissa pas de trouver dans sa
succession une belle & magnifique
maison, des effets mobiliers, sa
Bibliothèque & son Laboratoire,
avec près de 80. mille, écus, dont
50. mille furent légués à ses parents,
& plus de 26. mille destinés
pour entretenir & faire subsister
de pauvres Ecoliers; sa magnifique
maison fut laissée pour loger
ces derniers. Il voulut que sa Bibliothèque,
qui est très considérable,
aussi bien que son Laboratoire,
y restassent pour leur usage.
M. Bayle, qui parle de quelques-uns
de ses Ouvrages, ne dit
rien du Conspectus autorum Chimicorum,
où il fait passer en revue
les plus considérables Chimistes,
dont il porte des jugements très
solides. J'ai fait usage de sa Dissertation
Latine sur l'origine & le
progrès de la Chimie, imprimée
en 1668. & j'ai parlé de ses Traités

@

422 PHILOSOPHIE

Philosophiques dans le troisième
Volume de cet Ouvrage. On
trouve encore plusieurs Dissertations
fort curieuses qu'il a fait imprimer
dans les Ephémérides d'Allemagne.
Je suis surpris, qu'étant
à Copenhague dans le temps même
que le Cavalier Borri y résidait,
il n'a cependant rien dit de
cet Aventurier, lui qui a parlé
d'Harprecht, de Datremont, & de
quelques autres moins célèbres.
Serait-ce ménagement pour la
Cour, ou mépris pour le Personnage?

LIII.

JOSEPH-FRANÇOIS BORRI.

Si les Philosophes dont je viens
de parler eurent quelques rayons
de sagesse, celui qui va paraître
n'en eut dans toute sa vie aucune
lueur, ce fut une folie continuelle,
avec des redoublements si violents,

@

HERMETIQUE. 423

qu'enfin il en périt misérablement.
Joseph-François Borri, c'est celui
dont je parle, était de Milan,
où il naquit en 1616. Son père
le Seigneur Branda-Borri, bon
Gentilhomme, à ce qu'on assure,
d'autres disent Médecin de cette
grande Ville, le forma d'abord aux
premières Etudes, & lorsqu'il fut
temps de lui donner la connaissance
des Langues, & de l'introduire
dans les Sciences Préliminaires,
il fut envoyé à Rome au Séminaire
des Jésuites. Là Borri se signala
de deux manières, non seulement
par une mémoire prodigieuse,
mais encore par un caractère
inquiet & turbulent, qui le portait
à faire de continuelles séditions.
Il y en eut même une si violente
& si opiniâtre, que barricadé
pendant trois jours avec de pareils
mutins, il fallut faire venir le
Barigel; c'est-à-dire, le Grand

@

424 PHILOSOPHIE

Prévôt, pour le mettre à la raison.
Borri sortit du Séminaire, &
s'attacha à la Cour de Rome; mais
de manière, que ses emplois ne
l'empêchèrent pas de s'adonner à
la Chimie, & vraisemblablement
à la Médecine. Oubliant tout-à-
coup les principes d'éducation,
qu'il avait reçus, il s'abandonna à
son mauvais tempérament; c'est-
à-dire, aux débauches les plus outrées;
mais comme il fallait se fixer
à quelque emploi pour vivre,
il fut reçu comme Secrétaire en
1653. chez le Marquis Mirogli,
Résident de l'Archiduc d'Innsbruck
à Rome, où il resta quelques années.
Ce Poste fait voir qu'il n'avait
pas huit mille écus de revenu
des biens paternels, comme le
prétend l'Auteur des Lettres, qui
servent de supplément au voyage
du Docteur Burnet en Italie. Avec
un bien aussi considérable on ne se

@

HERMETIQUE. 425

met pas en servitude chez un aussi
médiocre Ministre, que le Résident
d'un Archiduc à Rome; Borri
surtout qui avait de la vanité &
qui aimait à briller & à figurer,
l'aurait encore moins fait qu'un autre.
Il ne laissa pas de continuer
dans ses mêmes dérèglements; &
poursuivi par la Justice, il fut obligé,
pour en éviter la rigueur, de se
réfugier dans une Eglise. Néanmoins
il parut tout-à-coup changer
de conduite; mais d'un dérangement
de coeur, il ne fit que tomber
dans un dérangement d'esprit,
& contrefit le dévot; je veux dire
de ces dévots à visions & à
imaginations chimériques; il feignit
même quelques révélations,
qu'il ne découvrait qu'à ses confidents.
Cependant il se cachait assez
pour que ses imaginations ne transpirassent
pas sur la fin du Pontificat
d'Innocent X. Mais Alexandre
VII. qui monta sur le S. Siège en

@

426 PHILOSOPHIE

1655. renouvela la rigueur des
Lois & de la Police Ecclésiastique
contre toutes les nouveautés;
Borri, qui avait des vues extraordinaires,
sentit bien que les conjonctures
ne lui seraient pas favorables.
Il prit donc le parti de quitter
Rome; il se rendit la même année
auprès de l'Archiduc à Innsbruck.
Ce Théâtre lui convenait
encore moins que celui de Rome,
qui était beaucoup plus vaste, &
ses inquiétudes ne lui permettant
pas d'y rester longtemps, il s'en
revint à Milan en 1656.
Son air de dévotion ne laissa pas
de continuer dans cette grande
Ville, il s'y fit même une sorte de
réputation; mais peu content des
tromperies trop ordinaires aux dévots
de son caractère, dès qu'il eut
acquis quelque autorité, il exigea
de ses disciples un secret inviolable;
& par l'inspiration, disait-il,
de son Ange, il les obligea de faire

@

HERMETIQUE. 427

certains voeux; le plus important
pour lui était celui de la pauvreté;
par-là il se faisait consigner
l'argent que chacun avait. Un autre
voeu était un zèle ardent pour
étendre le règne de Dieu. Alors
il ne devait plus y avoir qu'un
troupeau, dont Borri allait être le
Capitaine Général, en quoi il serait
aidé par l'Archange S. Michel,
qui avait déjà pris poste
dans son coeur. Par grâce néanmoins
il voulait bien accorder au
Pape le premier poste d'honneur,
en l'établissant l'unique Berger de
ce Troupeau, prêt à le sacrifier cependant,
s'il ne portait pas sur son
front le signe, ou le sceau essentiel
de sa nouvelle Communion;
& pour marque de l'autorité qui
lui était confiée, il se vantait d'avoir
déjà reçu du Ciel une épée,
sur la garde de laquelle on voyait l'image
des sept Intelligences. « Quiconque
» refusera, disait-il, d'en»

@

428 PHILOSOPHIE

trer dans cette unique Bergerie;
» sera détruit par les armées Papales,
» dont Dieu m'a prédestiné
» pour être le Général. Je suis assuré
» que rien ne leur manquera:
» j'achèverai bientôt mes travaux
» Chimiques, par l'heureuse production
» de la Pierre Philosophale,
» & par ce moyen j'aurai autant
» d'or qu'il en faudra. Je suis
» assuré du secours des Anges, &
» particulièrement de l'Archange
» S. Michel. Lorsque je commençai
» de marcher dans la vie spirituelle,
» j'eus une vision de nuit,
» accompagnée d'une voix Angélique,
» qui m'assura que je deviendrais
» Prophète. Le signe, qui
» m'en fut donné, fut une palme,
» qui m'apparut toute entourée des
» lumières du Paradis. » Il se vanta
même que les Anges venaient par
troupes lui révéler les secrets célestes.
Cet aventurier ne s'en tint point

@

HERMETIQUE. 429

à ces premières chimères, il les
poussa jusqu'à vouloir faire un système
de Religion; il enseignait
entre autres choses, « Que la sainte
» Vierge était une véritable Déesse,
» & proprement le Saint-Esprit
» incarné; car il disait qu'elle
» était née de sainte Anne, comme
» Jésus-Christ était né d'elle.
» Il l'appelait la Fille unique de
» Dieu, conçue par inspiration, ce
» qu'il faisait ajouter à la Messe
» lorsque les Prêtres, ses Sectateurs,
» la célébraient. Il disait,
» qu'elle était présente, quant à
» son humanité, au Sacrement de
» l'Eucharistie, & alléguait certains
» passages de l'Ecriture, pour
» soutenir ses dogmes. » Il s'avisa
même de dicter à ses disciples un
Traité sur son Système.
Ce Système fut mis par écrit;
mais l'Inquisition, toujours attentive
aux nouveautés de Doctrine,
eut connaissance des Assemblées

@

430 PHILOSOPHIE

nocturnes de ces nouveaux Illuminés;
elle fit des recherches; quelques-uns
de ses disciples furent arrêtés,
& ils chargèrent leur Maître, qui
prit le parti de se retirer furtivement;
mais avant que de le faire
il déposa ses écrits dans un Monastère
de Religieuses. Ils ne tardèrent
pas de tomber entre les mains
des Inquisiteurs, & l'on y vit, que
comme le Fils de Dieu, par un
principe d'ambition, & pour devenir
égal à son Père, le poussait
à créer des êtres; que la chute de
Lucifer était venue du refus qu'il
avait fait d'adorer en idée Jésus-
Christ & la sainte Vierge; que les
Anges, qui adhérèrent à Lucifer,
non par délibération, mais par désir
seulement, sont demeurés dans
les airs; que Dieu se servit du ministère
des Anges rebelles pour la
création des éléments & des animaux,
que l'âme des bêtes est une
production, ou plutôt une émanation

@

HERMETIQUE. 431

de la substance des mauvais
Anges, c'est pourquoi elle est mortelle;
que la sainte Vierge était
sortie conseillée du sein de la nature
Divine, & qu'autrement elle
n'aurait pu devenir l'Epouse du
Saint-Esprit, à cause de la disproportion
des natures.
Le dessein de ce nouveau Mahomet
était d'augmenter le nombre
de ses Sectateurs, jusqu'à pouvoir
paraître publiquement en armes
dans la grande Place de Milan.
Là il devait représenter éloquemment
les abus du Gouvernement
Ecclésiastique, & du Gouvernement
Civil, animer le peuple
à la liberté, & s'assurer ainsi
de la Ville & du reste du Milanais,
puis pousser ses conquêtes
le mieux qu'il pourrait. Mais tous
ses vastes desseins avortèrent par
l'emprisonnement de quelques-uns
de ses disciples. Il ne manqua pas
de se sauver dès qu'il sut cette

@

432 PHILOSOPHIE

première démarche de l'Inquisition,
& n'eut garde de comparaître
aux ajournements de ce redoutable
Tribunal.
Son Procès fut donc commencé
en 1659. & l'année d'après il
fut condamné comme hérétique,
& son portrait fut brûlé à Rome
par la main du bourreau au commencement
de l'année 1661. Borri
s'avisa de faire quelques railleries
sur les procédures de l'Inquisition,
parce qu'il était en pays libre;
mais malgré toutes ses précautions,
il se vit depuis contraint
de tenir un autre langage. On a
cru que dans sa fuite il avait tourné
vers Innsbruck; mais il est plus
vraisemblable de croire, qu'au lieu
de passer par le Tyrol, Pays Catholique,
il avait pris le côté de
la Suisse, d'où il se rendit à Strasbourg
en 1661.
Cette Ville, quoique grande,
ne convenait point à Borri. On
eut

@

HERMETIQUE. 433

eut beau l'y traiter favorablement,
soit comme un homme persécuté
par l'Inquisition, soit comme un
grand Chimiste, qualité que l'avidité
des Allemands ne manque pas
de respecter; il sentit bien que ce
n'était pas un Pays de ressource;
il en partit donc & arriva en Hollande
la même année. Les richesses
& le tumulte d'Amsterdam l'engagèrent
à s'y fixer. D'abord il fit
beaucoup de bruit; & quoiqu'il
parut en grand équipage, il ne laissa
pas de se donner pour le Médecin
universel de toutes les maladies;
il s'y fit traiter d'Excellence,
titre qu'on accorde aisément en
Hollande, pourvu que l'on y dépense
beaucoup d'argent; on y
donnerait même au besoin celui
d'Altesse; il ne s'agit que du plus
ou moins de faste. Sa réputation
y monta fort haut; on le regardait
comme une espèce de prodige,
par les cures extraordinaires qu'il
Tom. I. T

@

434 PHILOSOPHIE

faisait; mais comme la Médecine
ne saurait tout guérir, il commença
peu à peu à tomber.
Monconis, qui voyageait en
Hollande, le vit en 1663. à la
Haye, & depuis à Amsterdam.
Ils s'entretinrent assez particulièrement
de diverses matières de Chimie;
mais Monconis en faisait peu
de cas, & l'aventurier Borri paraissait
déjà sur le déclin; il avait
cependant un Ecuyer; je veux dire
de ces Ecuyers, qui s'estiment
autant que leurs Maîtres, & qui
applaudissent en public à tout ce
qu'ils disent, qui les préviennent
même souvent, pour leur épargner
la peine de faire leur éloge:
ce sont de ces Ecuyers, qui partagent
avec le Maître les avantages
des Intrigues, parce qu'ils portent
la plus grande partie de la
peine.
Borri prévit le moment de sa décadence;
& pour ne rester pas les

@

HERMETIQUE. 435

mains vides, il emprunta de bonne
heure plusieurs pierreries, &
une somme considérable d'argent;
& dès qu'il se crut suffisamment
muni, il quitta nuitamment la Ville
d'Amsterdam.
D'abord il se retira à Hambourg
& comme il pouvait y être arrêté
par les liaisons intimes de commerce
& d'intérêt, qui sont entre
ces deux Villes (1) il tira du côté


----------------------------------
(1) M. Bayle, à l'Article de BORRI, témoigne, qu'en arrivant à Hambourg, cet aventurier
chercha un appui dans la Reine Christine
de Suède, qui était alors, disait-il, en
cette Ville. La Pierre Philosophale, prétexte ordinaire
des gens de son espèce, lui servit de
motif pour implorer la protection de cette Princesse.
Mais je crois qu'il y a faute dans le Narré
de M. Bayle. Borri ne quitta la Hollande
qu'en 1664. & la Reine de Suède, qui avait
abandonné le Nord dès l'an 1654. aussitôt après
son abdication, était à Rome en 1656. Elle se
rendit en France en 1658. d'où après l'horrible
aventure du Marquis Monaldeschi, qu'elle
fit poignarder dans la Galerie de Fontainebleau,
elle fut obligée de quitter la France. Elle
retourna en Italie; ainsi je ne vois pas qu'elle
fut à Hambourg en 1664.
T ij

@

436 PHILOSOPHIE

de la Cour de Danemark, qui
parut à Borri un Théâtre convenable.
Il alla donc à Copenhague,
où il trouva moyen de se faire présenter
au Roi; c'était Frédéric III,
auquel il persuada de faire travailler
à la recherche de la Pierre Philosophale.
Tout fut mis en mouvement
pour obtenir ce précieux
trésor; ce n'est pas que Borri fût
persuadé qu'il la trouverait; mais
il avait besoin de cet appât, pour
subsister dans un Pays étranger.
Soit néanmoins que les dépenses
que l'on faisait faire au Roi parussent
excessives pour un objet
aussi chimérique, soit la confiance
que le Roi accordait trop aveuglément
à un aventurier, au préjudice
de ses plus affidés Ministres,
il devint odieux à tous les Seigneurs;
mais il n'y avait point de
remède, le Roi trouvait un homme
qui lui promettait un nouveau
Pérou, il s'y attachait, & voulait

@

HERMETIQUE. 437

se l'attacher, de peur que d'autres
n'en profitassent. Borri, qui d'ailleurs
n'était pas ignorant dans la
Médecine, prétendit soutenir l'estime
que le Roi avait pour lui,
en donnant des preuves de son habileté;
il publia donc en 1669.
quelques Dissertations (1) qui furent
assez applaudies.
Mais Frédéric mourut en 1670.
avant que de trouver ce qu'il désirait
si ardemment, & qu'on lui
avait promis avec tant d'assurance,
Borri, qui craignait quelque sinistre
aventure, quitta subitement le
Danemark, & passa en Saxe;
il y resta peu, & résolut d'aller en
Turquie; il se rendit donc en Hongrie;
mais il fut arrêté sur la frontière,
soupçonné d'être complice
de la conspiration des Comtes Nadasdi,


----------------------------------
(1) De ortu Cerebri & usu Medico; & de artificio oculorum humores restituendi, Epistolae
duae, à Josepho Francisco Burrho in-8°
Hasniae 1669.
T iij

@

438 PHILOSOPHIE

Serini & Frangipani, que
l'on venait de découvrir (en 1670.)
apparemment que l'Etoile, qui avait,
disait-il, accoutumé de paraître
devant lui, lorsqu'un malheur
devoir lui arriver, s'était absentée
ce jour-là.
On en écrivit donc à l'Empereur
Léopold, en lui marquant le
nom de cet Etranger; mais la Providence,
qui ne laisse pas impunis
des égarements aussi grands que
ceux de Borri, permit que la Lettre
arrivât dans le moment que le
Nonce de Sa Sainteté était à l'Audience
de ce Prince. Au seul nom
de Joseph-François Borri, il ne put
s'empêcher, suivant le devoir de
son ministère, de le réclamer au
nom du Pape. On conduisit donc
Borri à Vienne, d'où on le fit transporter
à Rome. Il y fut condamné
à faire amende honorable sur la fin
d'Octobre 1672. Je ne marque
point les cérémonies qui s'y observèrent;

@

HERMETIQUE. 439

elles se trouvent dans
quelques-uns de nos Livres (1)
mais il fut condamné à une prison
perpétuelle. Cependant au bout de
plusieurs années, on lui accorda
quelques adoucissements, à la recommandation
du Duc d'Estrées,
qu'il avait guéri; & dès lors il fut
transféré des prisons de l'Inquisition
au Château S. Ange, où il
eut un peu plus de liberté; on lui
permit même d'y avoir un Laboratoire
de Chimie, où il continua
toujours ses opérations, sans néanmoins
y réussir.
La Reine Christine, retirée à
Rome, avait obtenu la permission
de le faire venir quelquefois chez
elle, pour s'entretenir de Chimie.
Mais enfin il mourut au mois
d'Août 1695. dans ce Château
âgé de 79. ans.


----------------------------------
(1) Bayle, en son Dictionnaire critique au mot BORRI.
T iiij

@

440 PHILOSOPHIE

Outre les deux Lettres dont j'ai
déjà parlé, il nous reste de lui la
Chiave del Cabinetto di Cavagliere
Borri, imprimée in-12. à Genève
en 1681. Ce Livre contient 9.
Lettres, la plupart datées de Copenhague
de l'an 1666. C'est de-
là que l'Abbé de Villars a tiré la
matière du Comte de Cabalis, imprimé
en 1670. Mais je crois que
M. Bayle n'avait pas connaissance
d'un autre Ouvrage du même
Auteur, imprimé aussi à Genève,
sous le titre d'Ambasciata di Romolo
à Romani, Livre de la même
forme & de la même grosseur que
sa Chiave.

LIV.

Etat actuel de la Science Hermétique.

Il ne suffit pas d'avoir conduit
l'Etude & la Pratique de cette
Science jusques aux derniers temps,

@

HERMETIQUE. 441

il est encore à propos de dire quelque
chose de l'état où elle est aujourd'hui.
Quoique les Artistes ne
se déclarent pas, ce n'est point à
dire que cette folie soit effacée de
l'imagination des hommes; elle
subsistera tant qu'il y aura de la cupidité;
elle est trop enracinée dans
le coeur, pour qu'elle disparaisse
tout-à-coup; mais consolons-nous
elle s'étend bien plus loin que l'Europe.
Tous les peuples sont au
même niveau sur ce sujet; ils sont
tous égaux par rapport à cet objet
de leur avidité & du désir d'avoir
& de posséder.

La Science hermétique en Afrique.

J'ai marqué à la page 30. du
troisième Volume, que les manuscrits
de la Science Hermétique,
copiés au Caire en 1683. & rapportés
en France par Vansleb, montrent
que la Science Hermétique,
T v

@

442 PHILOSOPHIE

née autrefois dans cette Province
n'y est pas encore abandonnée,
puisqu'on a soin d'en faire copier
les manuscrits; & l'Histoire de
Butler, rapportée ci-dessus, fait
voir qu'elle est pratiquée chez les
Arabes. C'est ce que Jean Léon
Africain, & Mahométan converti,
ne fait pas difficulté de reconnaître.
Il est vrai qu'il parle du
commencement du seizième siècle;
mais Olaüs Borrichius (1) remarque
que le Capitaine Thomas
Parry, Anglais, a vu pratiquer en
1662. cette même Science, à Fez
en Barbarie, & que le Grand Alchaest,
première matière de tous
les Philosophes, est connu depuis
longtemps en Afrique par les plus
habiles Artistes Mahométans.


----------------------------------
(1) Olaüs Borrich. de Origine Chemiae & in conspectu Chemicorum celebriorum num.
XIV.

@

HERMETIQUE. 443

En Grèce.

Les Grecs eux-mêmes, quoiqu'abattus
sous l'Empire du Turc,
ne laissent pas de s'y appliquer.
Cette curiosité, ou cette folie,
comme on voudra la nommer,
leur sert peut-être de consolation
dans leur captivité. C'est ce que
Léon Allatius fit connaître à Rome
au savant Olaüs Borrichius
(1) en 1666.

En Amérique.

L'Histoire du Philalèthe, qui
travailla en Amérique, prouve que
cette fantaisie a pénétré jusques


----------------------------------
(1) Leo Allatius Bibliothecae Vaticanae praefectus, & Graecus gente, mihi in familiari colloquio,
Romae confessus est Artem, Chemicam
à Graecorum curiosioribus, in Patriâ adhuc impigré
exerceri, fibique in animo esse, Graecos
Scriptores Chemicos, publicae luci, cum
interpretatione Latinâ exponere. Borrichius in
conspectu Chemicorum celebriorum. Num. XIV.
T vj

@

444 PHILOSOPHIE

dans le Nouveau Monde, quoique
rempli lui-même des trésors
que l'ancien Continent y va chercher
avec tant d'avidité; j'ignore
si son zèle, qui était extrême pour
la propagation de la Science Hermétique,
l'a porté à y faire quelques
élèves. Mais du moins a-t-il
cherché depuis à lui donner cours
en Europe.

Dans l'Europe: les Anglais.

Doit-on s'étonner à présent de
voir que la même curiosité règne
parmi nous; c'est-à-dire, parmi des
peuples, qui savent se servir de
leur bien avec facilité, & quelquefois
même avec profusion; car à
peine dans les autres parties du
Monde, les hommes en connaissent
le véritable usage. Les richesses
y sont enfouies & comme
absorbées; il semble qu'on ne les
désire, que pour se dire en secret,

@

HERMETIQUE. 445

je suis riche, sans aller au-delà.
On s'y contente de la possession,
sans pousser jusqu'à la jouissance;
il y aurait même du péril à le faire.
On n'ignore pas qu'en Angleterre
on s'applique encore aujourd'hui
à la Science Hermétique avec
beaucoup de soin; je ne sais néanmoins
si c'est avec succès; mais je
puis dire que j'ai vu, il y a trois
ou quatre ans, chez un Artiste de
Paris, plus de vingt livres de Beurre
d'Antimoine, qu'il travaillait
pour des Anglais, qui le payaient
très chèrement, & qu'il a envoyées
depuis à Londres. On prétend que
c'est un des dissolvants de cet oeuvre.
Ce n'est pas qu'on manque en
Angleterre de Praticiens habiles
pour une opération aussi facile,
que celle du Beure d'Antimoine;
mais sans doute que ces Philosophes
voulaient cacher le commencement
de leur opération, en
faisant faire dans un Royaume étranger

@

446 PHILOSOPHIE

la première matière de leur
dissolvant, qui leur coûtait même
beaucoup plus, que si on l'avait
travaillé chez eux, & sous leurs
yeux.
D'ailleurs on ne saurait disconvenir
que les Anglais n'écrivent
sur la Science Hermétique avec
beaucoup de lumière & de profondeur.
Ils y font paraître leur
jugement & leur esprit de réflexion.
Il serait à souhaiter qu'ils
apportassent la même attention &
la même maturité à tout ce qu'ils
entreprennent, on serait beaucoup
plus content d'eux, & ils ne s'exposeraient
pas à perdre l'estime des
autres Nations, comme ils s'y risquent
tous les jours.

Les Français.

Zachaire nous apprend que de
son temps il n'y avait pas de Ville
au monde, où il se trouvât un si

@

HERMETIQUE. 447

grand nombre d'Artistes qu'à Paris,
& j'ose assurer, que depuis
deux cents ans, que vivait ce Philosophe,
ils ne sont pas diminués;
il est vrai qu'ils restent inconnus,
parce que cette grande Ville est
comme une épaisse & immense
forêt, où l'on cache ses routes &
ses démarches, beaucoup plus facilement,
que partout ailleurs.
On est éclairé dans les Provinces;
l'on sait, à l'extrémité de la Ville,
tout ce qui se passe dans l'intérieur
de la moindre famille, &
plus on veut se cacher, plus on
s'applique à vous étudier; les Provinciaux,
moins attentifs à leurs
propres affaires, qu'à celles des
autres, se font une occupation de
leur curiosité; ainsi l'on y est bien
plutôt découvert: au lieu que le
tumulte & l'embarras de la Capitale,
où chacun est occupé de soi,
fait qu'on ignore souvent ce qui
se passe chez son voisin, & quelquefois

@

448 PHILOSOPHIE

dans sa propre maison.
Mais ce ne sont pas ceux qui
réussissent qui se mêlent de publier
quelque Ouvrage à ce sujet, ce
sera souvent un Philosophe manqué,
qui sur la moindre lueur qu'il
aperçoit, se croit un grand maître:
sur le champ il écrit d'une
manière légère & plausible; & sans
avoir jamais opéré, il est content
& donne quelque dissertation jolie,
curieuse, bien écrite & bien
prouvée, ou il ne manque absolument
rien que la vérité; mais il y
a du vraisemblable, ce qui suffit
pour l'amuser, & lui & ses pareils,
c'est ce qu'a fait l'année dernière
un demi Praticien, dont j'ai parlé
à la page 253. du troisième Volume.
Il nous a donné une Version
Poétique des cent cinquante Psaumes
de David, appliqués à la
Science Hermétique. Il fait plus,
dans une énorme & longue Préface,
toute Chimique, il a soin de

@

HERMETIQUE. 449

se donner lui-même pour Adepte,
réputation redoutée par les vrais
Philosophes, qui loin de se découvrir,
ne cherchent qu'à se cacher
aux yeux des autres; mais ce second
Traducteur, Philosophe en
idée, est du moins louable de faire
paraître sa reconnaissance, en déclarant
qu'il a l'obligation de toutes
ses lumières Philosophiques au
Chevalier de Nouveaumont, auquel
il dédie son Ouvrage, qu'il reconnaît
pour son Maître; & le Maître,
comme on sait, est reconnu
aussi Adepte que le Disciple.

Les Hollandais.

Comme l'amour du gain est l'amorce
de ces Républicains, ils se
livrent, aussi bien que leurs voisins,
à la Science Hermétique;
cependant depuis Isaac le Hollandais,
il ne paraît pas qu'ils aient
produit de grands & parfaits Artistes.
Il est vrai, qu'ils ont eu de

@

450 PHILOSOPHIE

nos jours, de sages Philosophes,
tels que Lemort, Barchusen & Boerhave,
mais qui n'ont point cherché
à pénétrer jusques dans le secret
de la Philosophie Métallique.
Cependant les deux derniers ne
disconviennent pas de la possibilité
de la transmutation, surtout
de l'argent en or. C'est encore beaucoup
faire.

Les Allemands.

Mais rien ne passe la fécondité
des Allemands; tout homme, qui
parmi eux, se mêle de Médecine
& de Pharmacie, arbore à l'instant
le titre de Chimiste; & de la Chimie
vulgaire & raisonnable, ils
passent aisément à la Chimie Hermétique;
c'est même ce qui leur
donne de la réputation. Par malheur
ils ont été gâtés par quelques
histoires de transmutations métalliques,
que l'on prétend qui se font

@

HERMETIQUE. 451

faites chez eux. Les Princes même
s'en éloignent pas depuis qu'ils
ont vu les Empereurs Maximilien
& Rodolphe II. s'y appliquer aussi
bien que Ferdinand III. Tous
ambitionnent, non pas la Science
en elle-même, ni les curiosités
qu'elle produit; mais ils courent
après l'avantage réel qu'ils s'imaginent
en pouvoir tirer. Leurs Ecrivains,
sûrs & pesants Artistes, étudient
& pratiquent beaucoup; ils
approfondissent même souvent les
sujets qu'ils traitent. Ils vont jusques
à de nouvelles découvertes;
mais tous ne travaillent pas avec
le même succès; & c'est principalement
sur ce sujet que se vérifie la
parole que Barclay a débitée à leur
égard, qu'ils écrivent beaucoup
plus de choses qu'ils n'en savent;
Plus scribunt quàm sciunt. J'en excepte
néanmoins un petit nombre
d'hommes célèbres, qui ont opéré
beaucoup plus de choses curieuses,

@

452 PHILOSOPHIE

qu'ils n'en ont écrit. Tels sont
Glauber, Becher, Kunkel, Wedelius,
Sthal & Pott, qui conservent
toujours la réputation qu'ils se sont
acquise; mais la plupart des autres
ne sont que de faibles & fatigants
Compilateurs.

Italiens & Espagnols.

Les Italiens ne sont pas moins
avides que leurs voisins d'avoir de
grands biens, dès qu'ils peuvent le
faire sans beaucoup de soins &
d'embarras; c'est pourquoi on ne
laisse pas de trouver parmi eux
quelques Artistes, surtout à Venise,
Ville de tumulte & d'embarras,
& à Rome, Ville tranquille
pour celui qui ne veut dépendre
que de lui seul. Aussi ont-ils produits
quelques Philosophes; mais
plus circonspects que les autres
peuples; ils ont la prudence de ne
pas trop faire éclater leur savoir.

@

HERMETIQUE. 453

Ils écrivent à présent fort peu sur
cette Science, & je trouve qu'ils
ont raison; il vaut bien mieux
opérer utilement, que de se mettre
à écrire; il n'y a déjà que trop
de Livres sur cette Science.
Les Espagnols, toujours sages &
toujours réservés, se sont moins appliqués
à la Science Hermétique,
que les Philosophes des autres Nations.
Je ne connais parmi eux que
deux Artistes; mais l'un, qui est
Raymond Lulle, l'a emporte sur
tous ceux qui ont paru depuis. Il
est vrai que le pur hasard lui procura
la connaissance de cet Art. De
Philosophe Métaphysicien, il devint
grand Physicien. Il en eut l'obligation
au célèbre Arnauld de
Villeneuve, qui le connaissant homme
de bien, lui découvrit tout le
secret de la Science Hermétique,
persuadé qu'il n'en ferait jamais un
mauvais usage. Le second Artiste
est Diego Alvarez Ohacan, qui fit

@

454 PHILOSOPHIE

imprimer à Séville en 1514. un
Commentaire sur Arnauld de Villeneuve.
D'ailleurs les Médecins
mêmes de cette sage Nation ne paraissent
pas au rang des Philosophes
Hermétiques; ils s'en sont tenus
à Hippocrate & à Gallien,
comme leurs Philosophes s'en sont
rapportés aux plus anciens, tels
qu'étaient Aristote, ses Commentateurs,
& les Arabes. Aussi un Français
fort habile ayant voyagé en
Espagne dans ces derniers temps, &
me parlant du savoir des Ecclésiastiques,
& même des Evêques
de cette sage Nation, me disait à
son retour, qu'ils étaient tous également
entêtés de l'ancienne Philosophie
& de la nouvelle Théologie.
Quoique j'aie mis Bernard Perez
Vargas, & Alonzo Barba dans
le Catalogue des Auteurs de la
Science Hermétique, ils n'y entrent
cependant que comme Métallurgistes,
& non pas comme Chimistes.

@

HERMETIQUE. 455

Les Traités qu'ils ont donnés
sur les Mines & sur les Métaux,
ne sont pas seulement excellents,
ils sont encore extrêmement
rares; & c'est pour eux une matière
de pratique, & non de curiosité.
On ne saurait donc trop estimer
la sagesse d'une Nation, qui n'a
point donné dans un excès de cupidité,
trop ordinaire aux autres
Peuples.

Des différentes conditions qui se sont
autrefois appliquées à la Science
Hermétique.

J'ai eu la curiosité d'examiner,
qui sont les caractères de personnes,
qui se sont autrefois appliquées
à la pratique de cet Art; & ce n'a
pas été sans étonnement que j'ai
observé, que parmi les anciens, on
y trouve beaucoup plus d'Ecclésiastiques
& de Religieux, que d'aucune
autre condition; & je me suis
demandé souvent à moi-même: Serait-ce

@

456 PHILOSOPHIE

donc qu'il y aurait dans des
hommes consacrés à Dieu par leur
état, plus de cupidité que dans les
autres Fidèles? Ou bien ne serait-
ce pas que la vie retirée des uns
& l'oisiveté du Cloître, & de la solitude
dans les autres, leur donnant
lieu de se livrer, sans distraction à l'étude
des Sciences, ils ont voulu,
sans doute, examiner les effets de la
nature & de l'art; & voir, par eux-
mêmes, jusqu'à quel point l'industrie
humaine peut être portée. Cela
ne regarde néanmoins que les
anciens temps; car depuis deux cents
ans, la plupart des Artistes sont des
Médecins ou des gens curieux des
secrets de la Nature.
Je crois donc qu'on ne sera pas
fâché de voir ici la liste des Artistes
connus dans ces deux conditions.
Et combien ne s'en trouve-t-il pas
encore, qui nous sont inconnus
ECCLE-

@

HERMETIQUE. 457

ECCLESIASTIQUES CHIMISTES.

Pelagius de Constantinople attaché à
S. Jean Chrysostome.
Synese, Evêque de Ptolemaïde en
Lybie.
Heliodore, Evêque de Tricca en Thessalie.
Alain de Lille, Docteur de Paris,
puis Moine de Cîteaux.
Jean XXII. Pape.
Nicolas de Cusa, Cardinal Allemand.
Marcile Ficin, Chanoine de Florence.
Beroalde de Verville, Chanoine de
Tours.
Jean Thornburg, Evêque de Winchester.
L'Abbé de Villars.

MOINES CHIMISTES.

Hierothée.
Cosme Moine & Prêtre.
Tom. I. V

@

458 PHILOSOPHIE

Morien, Solitaire près de Jérusalem.
Jean de Rupescissa, Cordelier.
Roger Bacon Cordelier.
Albert le Grand, de l'Ordre de S.
Dominique.
S. Thomas, de l'Ordre de S. Dominique.
Raymond Lulle, attaché à l'Ordre
de S. François.
Cremer, Abbé Bénédictin.
Richard, Chanoine Régulier.
Basile Valentin, Bénédictin.
Ripley, Chanoine Régulier, puis
Carme.
Ferrari ou Efferari.
Tritheme, Bénédictin Allemand.
Helie, Cordelier.
Rouillac, Cordelier Piémontais.
Castaigne, Cordelier Français.
Kircher, Jésuite.
Moine, Bénédictin in Theatro Chimico.
Quatrammo, Augustin d'Italie.

L'Etoile de la Table suivante marque un adepte.

@

HERMETIQUE. 459

pict

C H R O N O L O G I E
DES PLUS
CELEBRES AUTEURS
DE LA
PHILOSOPHIE
H E R M E T I Q U E

==================================
I Avant I * H ERMES ou MERCURE
I J. C. I - Trismégiste & Roi d'Egypte
I 1996. I - connu dans la Liste des Rois de
I I - cette Nation, sous le nom de Siphoas;
I I - les Traités que nous en
I I - avons sur la Science Hermétique,
I I - sont supposés, quoiqu'ils renferment
I I - sa Doctrine. Voyez son
I I - Histoire ci-dessus, page 9.
I I
I 1595. I Moïse, Chef & Conducteur du Peuple
I I - d'Israël; on a supposé sous son
I I - nom un Livre sur la Science
I I - Hermétique: Voyez ci-dessus page
I I - 11. ce qu'il a opéré dans cette
I I - Science.
I 540. I * Sophar, Persan fut le Maître d'Ostanes.
V i
@

460 Chronologie

I Avant I * Ostanes Mède, vivait sous Xerxès,
I J.C. I - Roi de Perse, à la suite duquel
I 500. I - il était; alla en Egypte, & fut le
I I - Maître de Démocrite. On a mis
I I - sous son nom des Livres de la
I I - Philosophie Hermétique, qui sont
I I - en Grec & en Arabe, ils sont supposés,
I I - ou viennent d'un Ostanes,
I I - Egyptien, au cinquième siècle.
I I - Ci-dessus pag. 25. & 26. & Tome
I I - 3. pag. 20. & 31.
I 500. I Jean (Johannes) Prêtre, vivait avant
I I - Démocrite; l'on a sous son nom
I I - un Manuscrit Grec sur la Science
I I - Hermétique. J'adopte ce qu'en
I I - dit un ancien Ecrivain Grec, qui
I I - le place avant Démocrite. Tome
I I - 3. page. 12. 16. 27.
I 480. I * Démocrite, Philosophe Grec, formé
I I - par Ostanes, & ensuite par les
I I - Prêtres d'Egypte; nous avons
I I - son Traité qui a été imprimé avec
I I - le Commentaire de Synesius. Il
I I - se trouve fort communément parmi
I I - les Manuscrits Grecs de cette
I I - Science. Ci-dessus page 22. &
I I - Tome 3.
I 470. I * Marie fut une Juive très curieuse,
I I - que Démocrite trouva à Memphis,
I I - où elle avait été formée par les
I I - Egyptiens. Son Traité est imprimé
I I - dans les Recueils. Ainsi elle
I I - ne fut pas la soeur de Moïse,
I I - comme le marquent quelques éditions.
I I - Ci-dessus, page 26, &
I I - Tome 3. 11. 12. 17.
@

des Chimistes. 461

I Avant I * Ostanes, il y eut un Philosophe de
I J.C. I - ce nom du temps d'Alexandre le
I I - Grand. On ne sait que son nom,
I I - sans que nous en ayons aucun ou-
I I - vrage.
I 50. I * Comarius, d'autres le nomment Comanus,
I I - Prêtre & Philosophe Egyptien,
I I - a instruit Cléopâtre sur
I I - la Science Hermétique; nous
I I - avons de lui un Traité manuscrit;
I I - mais qui est assez rare. Ci-
I I - dessus page 33. & tome 3. pag. 12.
I 45. I Cléopâtre, Reine d'Egypte; nous avons
I I - sous son nom quelques procédés
I I - sur la conservation de la beauté,
I I - & l'on trouve dans les Manuscrits
I I - quelques Traités de cette Princesse
I-------I - sur la Science Hermétique. Ci-
IDepuis I - dessus page 33. & tome 3 pag. 13.
I J. C. I Caligula, Empereur, pratique la ScienI
38. I - ce Hermétique. Ci-dessus page 35.
I 80. I On prétend que S. Jean l'Evangéliste
I I - pratique la Science Hermétique.
I I - Ci-dessus page 19.
I 176. I Athenagore, Philosophe Chrétien, à
I I - qui l'on attribue le Roman du
I I - Parfait Amour, imprimé à Paris
I I - en 1599. & 1612. dans lequel on
I I - trouve quelques opérations de la
I I - Science Hermétique. Ci-dessus
I I - page 61. & Tome 3. p. 106.
I 350. I Epibechius, est cité par Synesius; ainsi
I I - vivait avant ce dernier; mais
I I - nous n'avons rien de lui.
I 399. I Philippe né à Syde en Pamphilie, fut
I I - Prêtre de l'Eglise de Constantino-
V iij
@

462 Chronologie

I Depuis I - ple, attaché à S. Jean Chrysosto-
I J. C. I - me; disputa en 425. le Siège Patriarcal
I I - de cette grande Ville;
I I - ne possédait pas la Science Hermétique,
I I - & n'avait que la teinture
I I - du fer & du cuivre en or. Ci-
I I - dessus page 38. & 58. Tome 3.
I I - page 21.
I I Synesius, né à Cyrene, Ville principale
I I - de la Province Cyrénaïque
I I - dans la Libye: de Fayen se fait
I I - Chrétien, étudie à Alexandrie,
I I - devient Evêque de Ptolemaïde
I I - l'an 410. On a imprimé son Commentaire
I I - sur Démocrite; il se
I I - trouve aussi dans les Manuscrits
I I - Grecs de la Science Hermétique.
I I - M. de Tillemont, a fait un très
I I - grand article de Synesius dans son
I I - Histoire Ecclésiastique. Ci-dessus
I I - page 40. &c. & Tome 3.
I 405. I Heliodore, ami particulier de Synesius;
I I - ce dernier lui adresse trois lettres,
I I - qui sont dans ses oeuvres. Heliodore
I I - fut fait Evêque de Tricca
I I - en Thessalie: son Traité qui est en
I I - vers, est imprimé an Tome VI.
I I - de la Bibliothèque Grecque de
I I - Fabricius pag. 789. Ci-dessus page
I I - 57. & Tome 3.
I 410. I * Zozime, né à Panopolis dans le territoire
I I - de Thèbes en Egypte, mais
I I - qui demeurait à Alexandrie, est
I I - celui des anciens Grecs, qui a le
I I - plus écrit sur la Philosophie Hermétique;
I I - mais rien n'en est impri-
@

des Chimistes. 463

I Depuis I - mé; il se trouve assez communé-
I J. C. I - ment dans les manuscrits Grecs de
I I - cette Science; on croit qu'il était
I I - Chrétien; ainsi ce ne saurait être
I I - Zozime l'Historien, grand ennemi
I I - des Chrétiens. Ci-dessus page
I I - 59. & Tome 3.
I 415. I Archelaus était Chrétien, & son ouvrage
I I - se trouve parmi les autres Chimistes
I I - Grecs; il est obscur, mais
I I - on sent néanmoins, qu'il était pratique
I I - dans la Science Hermétique.
I I - Ci-dessus page 60.
I 420. I Pelage cite Zozime; ainsi il lui est
I I - postérieur; nous avons son Traité
I I - dans les Manuscrits Grecs de cette
I I - Science Tome 3.
I 430. I * Ostanes, Egyptien, lettre à Petasius
I I - sur la Science Hermétique. Il y a
I I - divers Traités d'Ostanes sur le
I I - même sujet, soit en Grec, soit
I I - en Arabe; mais on ignore s'ils
I I - sont de cet Ostanes, ou de quelqu'autre
I I - plus ancien. Tome 3.
I 430. I Olympiodore, Philosophe de Thèbes en
I I - Egypte; lettre à Petasius, est
I I - certainement de ce siècle; c'est ce
I I - qui m'a obligé de mettre dans le
I I - même temps Ostanes; puisque tous
I I - deux adressent leurs Ouvrages à
I I - la même personne. Son Traité se
I I - trouve seulement en manuscrit.
I I - Tome 3.
I 450. I Theophraste, Philosophe Chrétien. To-
I I - me 3. pag. 9.
I 630. I * Etienne (ou Stephanus) d'Alexandrie
V iiij
@

464 Chronologie

I Depuis I - est qualifié dans les Manuscrits du
I J. C. I - titre de Philosophe universel: son
I I - Traité sur la Science Hermétique
I I - n'a pas été imprimé; mais
I I - se trouve seulement dans les Manuscrits.
I I - Tome 3.
I 635. I Hierothée, Lambecius croit que c'est
I I - le même qui a commenté l'Echelle
I I - de Saint Jean Climaque,
I I - qui vivait en 579. ainsi Hierothée
I I - est du septième siècle. Tome III.
I I - page 9.
I 638. I Pappus, Philosophe Chrétien, dont
I I - l'ouvrage est en Grec, & n'a
I I - jamais été imprimé. Tome 3.
I 650. I Cosme, Moine, dont on a un Traité
I I - manuscrit. Tome 3. page 9.
I I
I I - Il paraît que sur la fin de ce siècle la
I I - Philosophie Hermétique tombe chez les
I I - Grecs.
I I
I 830. I * Geber, Arabe, né à Tusso dans le
I I - Corasan, Province de la Perse;
I I - d'autres cependant le font naître
I I - à Haran dans la Mésopotamie: il
I I - est le Chef de tous les Philosophes
I I - Arabes; outre les Traités de
I I - cet Auteur qui sont imprimés, il
I I - en reste encore quelques-uns en
I I - manuscrit. On dit qu'il avait fait
I I - jusques à cinq cents Volumes sur la
I I - Science Hermétique. On le prétend
I I - Sabéen de Religion; c'était
I I - en mélange de Christianisme &
I I - de Judaïsme. Voyez M. d'Herbelot
@

des Chimistes. 465

I Depuis I - Biblioth. Orientale au mot Gia-
I J. C. I - ber. Ci-dessus page 72. & Tome
I I - 3. page 69.
I 920. I Rhasis ou Rasés célèbre Médecin Arabe,
I I - qui le premier a introduit la
I I - Chimie dans la Médecine: nous
I I - avons son Traité sur la Science
I I - Hermétique. Tome 1. page 80. &
I I - Tome 3.
I 954. I Farabius ou Alfarabius, célèbre Philosophe
I I - Arabe, meurt en 954.
I I - page 82. & Tome 3. il passe pour
I I - le plus grand Philosophe des Ma-
I I - hométans.
I 1000. I Salmana, Philosophe Arabe. Tome 3.
I I - page 14.
I 1036. I * Avicenne, un des Oracles de la Médecine,
I I - & grand Philosophe,
I I - était Arabe, meurt en 1036. Ci-
I I - dessus pag. 98. & T. 3.
I 1050. I * Aristote, Arabe, se déclare lui-même
I I - Disciple d'Avicenne; nous avons
I I - de lui quelques Traités qu'on attribue
I I - mal-à-propos au célèbre
I I - Aristote, Précepteur d'Alexandre.
I 1050. I * Adfar, Arabe, Philosophe d'Alexandrie
I I - & Maître de Morien, vivait
I I - vraisemblablement en ce temps. Ci-
I I - dessus page 87. & 96.
I 1080. I Psellus, Grec, adresse une lettre à Xiphilin,
I I - Patriarche de Constantinople,
I I - sur la Science Hermétique.
I I - Ci-dessus page 39.
I 1100. I * Morien, Romain de naissance, mais
I I - formé à Alexandrie en Egypte,
I I - se retire dans les montagnes voisi-
V v
@

466 Chronologie

I Depuis I - nes de Jérusalem: il instruit Calid
I J. C. I - sur la Science Hermétique. Ci-
I I - dessus page 86. & 96. & T. 3.
I 1110. I * Calid, Arabe Mahométan, Calife ou
I I - Soudan d'Egypte instruit par Morien.
I I - Ci-dessus pag. 86. & 89.
I 1130. I * Artefius cite Adfar, & lui-même est
I I - cité par Roger Bacon; ainsi il est
I I - entre les onzième & treizième siècles.
I I - Ci-dessus page 108. & Tome
I I - 3.
I 1193. I Naissance d'Albert le Grand à Lawingen
I I - sur le Danube. Ci-dessus
I I - page 119.
I I * Abraham, Juif, dont Flamel a eu les
I I - figures & les explications. Je le
I I - place ici par conjecture. Ci-dessus
I I - pag. 207. 208.
I 1200. I Arislaeus, je le place ici par conjecture.
I I - S'il a fait la tourbe des Philosophes,
I I - comme on le croit, il
I I - était Chrétien, & non pas Mahométan
I I - Arabe.
I 1200. I Rechaidibus, placé ici par conjec-
I I - ture.
I 1215. I Zadith, fils d'Hamuel, je le place ici
I I - par conjecture.
I 1225. I Naissance de S. Thomas d'Aquin. Ci-
I I - dessus page 131. & Tome 3.
I 1235. I Naissance de Raymond Lulle à Palme,
I I - Capitale de l'Ile Majorque. Voyez
I I - ci-dessus page 144. & 183, où se
I I - trouve la Chronologie de ses
I I - voyages.
I 1250. I Vincent de Beauvais, de l'Ordre de
I I - Saint Dominique; n'a point tra-
@

des Chimistes. 467

I Depuis I - vaillé, mais a donné de l'Histori-
I J. C. I - que sur cette Science.
I 1260. I * Christophe de Paris ou de Perouse.
I I - Tome 3. page 57. 134.
I 1270. I * Roger Bacon, Cordelier Anglais, né
I I - en 1192. est, à ce qu'on croit,
I I - le premier des Latins, qui s'applique
I I - à la Science Hermétique.
I I - Ci-dessus page 109. & Tome 3.
I 1272. I Alphonse, Roi de Castille, s'exerce à
I I - plusieurs Sciences curieuses, surtout
I I - à la Philosophie Hermétique.
I I - Tome 3. page 56.
I 1274. I Mort de Saint Thomas d'Aquin, dans
I I - l'Abbaye de Fossa-Nova, allant
I I - au Concile de Lyon. Ci-dessus
I I - page 131.
I 1280. I Le Moine Ferrari ou Efferrari, on le
I I - croit de ce temps. Ci-dessus page
I I - 220.
I 1294. I * Raymond Lulle est instruit de la Science
I I - Hermétique à Naples par Arnauld
I I - de Villeneuve. Ci-dessus
I I - page 175.
I 1298. I * Mort d'Alain de Lisle, nommé le
I I - Docteur universel, qui se fit Frère
I I - Convers à Citeaux. Ci-dessus
I I - page 136.
I I Pierre de Apono n'a pratiqué que fort
I I - peu la Science Hermétique. Ci-
I I - dessus pag. 144.
I 1310. I * Mort d'Arnauld de Villeneuve, inhumé
I I - à Gênes. La plupart de ses
I I - Traités sont imprimés. Voyez son
I I - Histoire ci-dessus pag 138.
I I Pierre Toletan dont nous avons un Ro-
V vj
@

468 Chronologie

I Depuis I - saire, il paraît que c'est le mê-
I J. C. I - me que celui à qui Arnauld de
I I - Villeneuve a écrit.
I 1315. I Raymond Lulle souffre le martyre en
I I - Afrique. Ci-dessus page 180.
I I * Jean Daustein, Philosophe Anglais,
I I - dont nous avons deux Traités imprimés,
I I - les autres sont restés en
I I - manuscrit. Ci-dessus p. 227.
I 1316. I * Jean XXII. Pape, travaille à la Philosophie
I I - Hermétique. Son Traité,
I I - qui est très obscur, se trouve
I I - imprimé. Voyez ci-dessus page
I I - 187.
I 1320. I * Jean de Meun écrit & travaille sur la
I I - Science Hermétique, après avoir
I I - fini le Roman de la Rose. Ci-dessus
I I - page 193. & Tome 3.
I 1325. I * Jean Cremer, Abbé de Westminster,
I I - ami & disciple de Raymond Lulle,
I I - travaille à la Science Hermétique.
I I - Son Traité ou Testament se trouve
I I - imprimé. Voyez ci-dessus pag,
I I - 221. & Tome 3.
I 1330. I * Richard, d'autres le nomment Robert
I I - Anglais, de qui nous avons le
I I - Correctorium alchimiae, qui est
I I - estimé des Connaisseurs. Tome 3.
I 1330. I * Pierre Bon de Lombardie, travaille à
I I - Pola, Ville de l'Istrie Vénitienne.
I I - Ci-dessus page 220. & Tome 3.
I 1330. I * Odomare pratique la Science Hermétique
I I - à Paris. Nous avons son Ouvrage.
I I - Tome 3. page 36. & 52.
I 1357. I * Jean de Rupescissa, Cordelier Français
I I - que le Pape Innocent VI. fit
@

des Chimistes. 469

I Depuis I - enfermer cette année pour de pré-
I J. C. I - tendues Prophéties. Ci-dessus, 205.
I 1357. I Nicolas Flamel, achète le Livre d'Abraham
I I - Juif, & travaille inutilement
I I - 21 ans. Ci-dessus page &
I I - 207. Tome 3
I 1358. I * Ortholain, exerce la Science Hermétique
I I - à Paris, Tome 3. page 55.
I 1378. I Flamel va à S. Jacques de Compostelle
I I - pour chercher quelque Juif, qui
I I - lui explique les Figures d'Abraham
I I - Juif.
I 1376. I Flamel revient en France, & travaille
I I - encore trois ans.
I 1382. I * Le 17. Janvier Flamel fait la projection
I I - à l'argent, & le 25. Avril suivant
I I - il fait la transmutation en or.
I 1399. I Flamel travaille à l'explication de ses
I I - figures.
I 1400. I Charles VI. Roi de France, sous le
I I - nom duquel nous avons un Traité;
I I - mais qui est plus capable de
I I - faire égarer un Artiste, que de l'instruire.
I I - Ci-dessus page 246. &
I I - Tome 3.
I 1406. I Naissance de Bernard Trévisan. p. 233.
I 1408. I * Isaac le Hollandais, est vraisemblablement
I I - de ce siècle. Ci-dessus page
I I - 231. & Tome 3.
I 1413. I Flamel travaille de nouveaux à l'explication
I I - de ses Figures.
I 1414. I * Basile Valentin, Moine Bénédictin à
I I - Erfurt en Allemagne, est l'un
I I - des plus grands Artistes de la
I I - Philosophie Hermétique. Ci-dessus
I I - page 228. & Tome 3.
@

470 Chronologie

I Depuis I Jacques Coeur, Grand Argentier de
I J. C. I - France, ou Surintendant des Finances.
I I - Ci-dessus page 268.
I I - & Tome 3.
I 1450. I Thomas Northon, Anglais, Auteur estimé,
I I - dont l'Ouvrage est imprimé
I I - par Michel Mayer. p. 264.
I 1459. I * Lacinii Collectanea, Lacini, Moine
I I - de Calabre, a fait un abrégé de
I I - Pierre le Bon, Tome 3. page 264.
I 1460. I Nicolas de Cusa, Cardinal, Allemand,
I I - a été en son temps une des lumières
I I - de la Philosophie: on trouve
I I - dans ses Ouvrages quelques semences
I I - de sa Science Hermétique,
I I - ci-dessus, page 268.
I 1473. I George Anrac, ou Aurac de Strasbourg;
I I - on le croit Adepte, Tom.
I I - 3. pag. 107. J'ai en manuscrit son
I I - Jardin de Richesses en Latin, que
I I - le nommé Halluy avait volé à un
I I - Artiste, qui avait la minière; on
I I - prétend qu'il s'appelait Lansac;
I I - c'était un vieillard respectable;
I I - sur lequel j'ai fait inutilement
I I - beaucoup de recherches, & qui
I I - a cependant demeuré à Paris vers
I I - l'an 1725. Ci-dessus, page 268.
I 1477. I Georges Ripley, Anglais, dédie ses
I I - douze Portes de la Chimie à
I I - Edouard IV. Roi d'Angleterre:
I I - apprend la Science Hermétique
I I - dans ses Voyages, & a été un des
I I - plus habiles Praticiens, ci-dessus,
I I - page 264. & Tome 3. pag.
I 1480. I Jean Tritheme, Abbé d'Hirfauge, paraît
I I - en ce temps, & meurt seule-
@

des Chimistes. 471

I Depuis I - ment en 1516. Il fut très versé
I J. C. I - dans toutes les Sciences: on croit
I I - qu'il n'a pas ignoré la Philosophie
I I - Hermétique, ci-dessus, page 268.
I I - & Tome 3.
I 1482. I Jean Pico, Prince de la Mirandole, né
I I - 1463. & mort en 1494. a donné
I I - un Traité curieux sur l'or, où
I I - l'on trouve beaucoup de faits de
I I - la transmutation des métaux; mais
I I - lui-même n'a pas été Adepte; il
I I - est imprimé dans la Collection de
I I - Manget. Ci-dessus page 270.
I 1488. I Vincent Kossky, Polonais, dont nous
I I - avons un Traité sur la teinture des
I I - métaux; Ouvrage très obscur,
I I - Ci-dessus p. 269. Tome 3.
I 1490. I Mort de Georges Ripley, qui d'abord
I I - fut Chanoine Régulier de S. Augustin,
I I - puis de dépit se fit Carme
I I - en Angleterre. On croit que Bernard
I I - Trévisan est mort la même
I I - année, ci-dessus, page, 267.
I 1491. I Marsille Ficin, Prêtre & grand Philosophe,
I I - dont nous avons un Traité
I I - sur la Chimie; il était né en 1433.
I I - & mourut près de Florence en
I I - 1499. Ci-dessus, page 269. & Tome
I I - 3.
I 1493. I Naissance de Paracelse en Suisse. Il étudia
I I - la Médecine, & lui fit ensuite
I I - changer de face, Ci-dessus, page
I I - 279. & Tome 3.
I 1500. I * Philippe Ulstade, Traité fort estimé
I I - sous le titre de Ciel des Philosophes,
I I - Tom. 3.
@

472 Chronologie

I Depuis I Aurelio Augurelli paraît en ce temps à
I J. C. I - Venise, où il enseigne les Belles-
I 1514 Lettres, & meurt ensuite à Trévise
I I - à l'age de 83. ans, extrêmement
I I - pauvre, ci-dessus, page 272.
I I - & Tome 3.
I 1515. I Diego Alvares Ohacan, est presque le
I I - seul Espagnol qui ait travaillé sur
I I - la Science Hermétique, Tom. 3.
I 1519. I Henri Corneille Agrippa Littérateur &
I I - Philosophe équivoque.
I 1520. I Regnier Snoy de Torgau en Hollande,
I I - a peu écrit sur la Science Hermétique,
I I - aussi en ce genre a-t-il fait
I I - très peu de bruit.
I 1541. I Mort de Paracelse, âgé de 48. ans;
I 1542. I Georges Agricola, plus habile dans la
I I - métallique, que dans la Science
I I - Hermétique, ci-dessus, page 284.
I I - & Tome 3.
I 1548. I Jean Braceschi, de Bressia en Italie,
I I - a commenté le Geber, qu'il n'entendait
I I - pas.
I 1550. I Gerard Dorneus, Allemand, Disciple
I I - de Paracelse, a beaucoup travaillé
I I - pour éclaircir son Maître, Tome
I I - 3.
I 1551. I * Drebellius, Flamand très habile, mais
I I - fort obscur, Tome 3.
I 1552. I Philippe Rouillac, Cordelier Piémontais,
I I - Tome 3.
I 1553. I * Venceslas Lavinius, Gentilhomme
I I - de Moravie, dont nous avons un
I I - Traité, qui ne contient pas plus
I I - de trois pages, mais qui est estimé,
I I - ci-dessus, page & Tome
I I - 3. page
@

des Chimistes. 473

I Depuis I Jean Fernel, de Montdidier en PicarI
J. C. I - die, Médecin du Roi Henri II.
I 1555. I - a donné quelques préparations
I I - Chimiques, mais qui ne servent
I I - de rien; il s'est enrichi, mais non
I I - point par la Science Hermétique,
I I - qu'il n'a fait qu'entrevoir, Tome
I I - 3.
I 1556. I * Denis Zachaire; on croit que c'est
I I - un nom supposé d'un Gentilhomme
I I - de Guyenne, & Philosophe,
I I - qui vivait sous Henri II. Roi de
I I - France, & que l'on regarde comme
I I - un Adepte, ci-dessus, page
I I - 286. & Tome 3.
I 1558. I Guillaume Gratarolle ne peut & ne
I I - doit passer que pour un Compilateur;
I I - il a fait une Collection des
I I - Philosophes Hermétiques, ci-dessus,
I I - page 285. & Tome 3. pa-
I I - ge
I 1560. I Leonard Thurneissers a passé autrefois
I I - pour un Charlatan & sa réputation
I I - n'est pas meilleure.
I 1561. I Alexandre de Sucthen, Allemand, dont
I I - on a un Traité assez curieux sur
I I - l'Antimoine, Tome 3. page
I 1568. I Edouard Kelly, Notaire Fripon, ce
I I - qui n'est pas rare, surtout en Angleterre,
I I - a eu, dit-on, la poudre
I I - de projection, mais n'en a pas eu
I I - le secret. ci-dessus, p. 306.
I 1569. I Jean Dée, Ministre de la Religion Anglicane,
I I - ami de Kelley, a écrit
I I - sur la Science Hermétique, ci-
I I - dessus, p. 310. & Tome 3.
@

474 Chronologie

I Depuis I Salomon de Trismosin, Allemand, dont
I J. C. I - nous avons la Toison d'Or, estiI
1570. I - mée par quelques-uns, méprisée
I I - par d'autres; c'est le sort ordinaire
I I - de ces sortes de Livres, Tome 3.
I 1572. I Jean-Baptiste Nazari, Italien, plus
I I - grand Compilateur qu'habile Artiste;
I I - son Livre est assez connu,
I I - mais il n'est pas commun, ci-dessus,
I I - page 313. & Tome 3.
I 1579. I Thomas Erastus, Médecin habile, ennemi
I I - de l'Alchimie. Ci-dessus p. 316.
I 1580. I Blaise de Vigenère a peu pratiqué &
I I - peu écrit, en quoi je le trouve
I I - sage. Voyez ci-dessus, page 319.
I I - & Tome 3.
I 1581. I David Beuther, Philosophe Allemand
I I - très obscur, Tome 3.
I 1582. I Juste Balbian, d'Alost dans les Pays-
I I - Bas, dont nous avons un Traité,
I I - traduit même en Italien, & quelques
I I - Collections de la Science
I I - Hermétique, traduites aussi en
I I - Italien, Tome 3. pag. 110.
I 1590. I * Gaston de Claves, Lieutenant Général
I I - du Présidial de Nevers, a bien
I I - écrit; & si on l'en croit, il a pratiqué
I I - heureusement, ci-dessus, page
I I - 317. & Tome 3.
I 1591. I Bernard-Gabriel Penot, mort à l'Hôpital
I I - pour avoir pratiqué la Science
I I - Hermétique, pag. 321. Tome 3.
I 1592. I François Antoine de Londres; nous en
I I - avons plusieurs Traités assez estimés,
I I - Tome 3.
I 1596. I Theobaldus d'Hogghelande, Philoso-
@

des Chimistes. 475

I Depuis I - phe de Middelbourg en Zelande,
I J. C. I - a écrit assez bien, & a donné l'Histoire
I I - des Transmutations métalliques,
I I - qu'il a connues, Tome 3.
I I - page
I 1599. I Henri Conradt ou Kunrat, Allemand,
I I - a beaucoup écrit, & même assez
I I - obscurément; il n'a pas plus avancé
I I - que les autres; son Amphitheatrum,
I I - quoique rare & recherché,
I I - n'en est pas plus instructif,
I I - Tome 3.
I 1600. I Nicolas Barnaud était un Compilateur,
I I - & rien plus, Tome 3. pa-
I I - ge
I 1602. I Jean Ernest Burgrave, Allemand, a
I I - écrit plusieurs Traités; mais il
I I - n'est pas mention qu'il ait réussi,
I I - Ci-dessus, p. 382. Tome 3.
I 1603. I * Le Cosmopolite, ou Alexandre Sethon,
I I - Ecossais, mort en Pologne
I I - vers l'an 1603, ci-dessus, page
I I - 323. & tom. 3.
I 1604. I Michel Sendivogius de Moravie, mais
I I - habitué en Pologne, où il est
I I - mort en 1646. ci-dessus, p. 328.
I I - & Tome 3.
I 1605. I Les Frères de la Rose Croix; cette Société
I I - imaginaire a fait beaucoup de
I I - bruit en Allemagne depuis 1605.
I I - jusqu'en 1625. aujourd'hui à peine
I I - en est-il mention, ci-dessus,
I I - pag. 369. & Tome 3.
I 1606. I Jean Beguin a donné une assez bonne
I I - Introduction à la Chimie, quoique
I I - très abrégée; on y trouve des
@

476 Chronologie

I Depuis I - procédés utiles & curieux. Be-
I J. C. I - guin avait voyagé; il avait visité
I I - les mines, & ce qu'il dit même de
I I - l'humeur onctueuse, qui découle
I I - le long des murailles des mines,
I I - devrait donner quelques lumières
I I - aux Artistes, ci-dessus, page 388.
I I - & Tome 3.
I 1607. I Pierre Amelungs a fait une Apologie
I I - de la Chimie; mais à quoi cela
I I - sert-il? Tome 3. page
I 1608. I André Brentzi de Padoue, a donné
I I - plusieurs moyens de parvenir à la
I I - Pierre Philosophale, que lui-même
I I - ne possédait pas. S'il avait été
I I - assez heureux pour posséder ce
I I - trésor, il ne s'en serait pas vanté
I I - & en aurait encore beaucoup
I I - moins écrit, Tome 3.
I 1609. I André Libavius, Allemand, l'un des
I I - plus fertiles Ecrivains de la Science
I I - Hermétique. Je trouve même
I I - qu'il en a trop écrit. C'est aussi ce
I I - qui fait croire qu'il n'a pas réussi.
I I - Il est mort en 1616. Ci-dessus p. 382.
I 1610. I * Le Chevalier Impérial; on le croit
I I - Etranger, & l'on prétend qu'il est
I I - Auteur de l'Arcanum Hermeticae
I I - Philosophiae, attribué au Président
I I - d'Espagnet, Tome 3.
I 1611. I Ange Sala, de Vicence en Italie, a
I I - beaucoup travaillé sur la Science
I I - Hermétique, Tome 3.
I 1612. I Henri Nollius a donné divers Traités
I I - sur la Philosophie Hermétique,
I I - Tome 3.
@

des Chimistes. 477

I Depuis I Philippe Mullers, Médecin de Fribourg
I J. C. I - en Brisgaw, a donné un petit LiI
1614. I - vre, on il prétend découvrir beaucoup
I I - de merveilles de la Chimie
I I - Ci-dessus page 383.
I 1615. I Jean Thorneburg, Evêque de Winchester
I I - en Angleterre, veut instruire
I I - les Commençants; mais depuis
I I - son Ouvrage, les Commençants
I I - n'en savent pas davantage,
I I - Ci-dessus p. 397. Tome 3. page 309.
I 1616. I Gabriel de Castaigne, Cordelier, qui
I I - se qualifiait d'Aumônier de Louis
I I - XIII. a travaillé sur l'or potable,
I I - Ci-dessus, page 392.
I 1617. I Oswalde Crollius, Chimiste Allemand
I I - fort habile; son Introduction est
I I - assez recherchée des Connaisseurs;
I I - il était habile Artiste, Grand Paracelsiste
I I - & rien plus, page 385.
I 1618. I Le Sieur de Nuisement, demeurant à
I I - Ligny en Barois, a publié, dit-on,
I I - les travaux des autres; mais cela
I I - ne lui a pas servi de beaucoup,
I I - Ci-dessus page 393.
I 1619. I Michel Mayer, Médecin, né dans le
I I - Holstein, grand Amateur, Ecrivain
I I - célèbre, mais qui n'a rien
I I - trouvé, ci-dessus, page 384. & Tome
I I - 3.
I 1620. I * Jean d'Espagnet, Président à Bordeaux;
I I - on croit qu'il avait le secret
I I - de la Science Hermétique; on
I I - prétend cependant, que le Traité,
I I - qui lui est attribué, n'est pas de
I I - lui, mais du Chevalier Impérial,
@

478 Chronologie

I Depuis I - Anonyme, qui n'est pas connu auI
J. C. I - trement, ci-dessus, p. 389. & T. 3.
I 1621. I Antoine Gonthier Billich, Allemand,
I I - a écrit plusieurs Traités curieux;
I I - mais a-t-il pratiqué & réussi, l'on
I I - en doute, Tome 3.
I 1622. I Orthelius a commenté le Cosmopolite,
I I - & son Ouvrage doit être lu par les
I I - Amateurs; il a, dit-on, touché le
I I - vrai principe, Ci-dessus, p. 389.
I 1623. I André Tenzelius, Allemand, habile
I I - dans la Philosophie, a fait, entre
I I - autre, Medicina Diastatica, qui
I I - a été autrefois fort rare. Je sais
I I - que dans la rareté de ce Livre,
I I - une Dame Philosophe, n'ayant
I I - pu l'avoir pour de l'argent, offrit
I I - pour l'obtenir ce qu'elle avait de
I I - plus précieux. C'est avoir bien du
I I - goût pour la Science Hermétique,
I I - que d'en venir là.
I 1624. I Jean Daniel Milius Médecin du Pays
I I - de Hesse a beaucoup écrit sur la
I I - Science Hermétique, & ses écrits
I I - ne sont pas communs. Ci-dessus p. 386.
I 1629. I Michel Potier (Poterius) homme qui
I I - a fait beaucoup de bruit en son
I I - temps, se vantait extrêmement, se
I I - disait habile & recherché des Princes;
I I - cependant il ne paraît pas
I I - qu'il en ait su plus que les autres.
I I - Ci-dessus, page 387.
I 1630. I Jean Agricola a donné quelques Traités
I I - assez curieux & assez estimés,
I I - Tome 3.
I 1631. I Samuel Northon, Anglais, a beaucoup
@

des Chimistes. 479

I Depuis I - écrit, & même sur des sujets imI
J. C. I - portants, ci-dessus p. 397. Tome 3.
I 1632. I Le Baron de Beausoleil, & Martine
I I - Bertereau, Dame de Beausoleil.
I I - Ces deux personnes sont encore
I I - fort célèbres en Provence pour
I I - leurs lumières, Tome 3.
I 1635. I David Planiscampi se vantait beaucoup
I I - sur la Médecine Universelle. Le
I I - Savant Olaüs Borrichius reconnaît
I I - qu'il avait de bons principes,
I I - mais qu'il s'en écartait sur la fin
I I - de son opération, ci-dessus p. 393.
I 1636. I Joseph Duchesne, Sieur de la Violette,
I I - a été un grand conteur de merveilles,
I I - & a ramassé beaucoup de
I I - secrets, auxquels on s'est bien
I I - gardé d'ajouter foi, Tome 3.
I 1637. I Daniel Sennertus, né en 1572. & mort
I I - en 1637. habile Médecin, mais
I I - qui a plus travaillé sur la Chimie
I I - Vulgaire & la Médecine, que
I I - sur la Chimie métallique.
I 1638. I Robert Flud à Fluctibus, Anglais, a
I I - été trop grand Ecrivain, pour
I I - avoir été un grand Artiste. Ses
I I - Ouvrages ne sont, ni fort communs,
I I - ni fort nécessaires, Tome 3.
I 1640. I Jean Collesson offrit, d'enseigner le secret
I I - de la Philosophie Hermétique
I I - qu'il ne savait pas. Sa grande générosité
I I - en est une preuve, p. 393.
I 1641. I Benjamin Mussaphia, Médecin Juif,
I I - fort célèbre, a donné un Traité
I I - de l'or potable, qui a mérité d'avoir
I I - un Commentateur, Tome 3.
@

480 Chronologie

I Depuis I Louis Combach ne peut passer que pour
I J. C. I - Compilateur & pour Editeur. C'est
I 1642. I - une triste occupation, que celle
I I - de ne travailler que sur les Ouvrages
I I - d'autrui, Tome 3.
I 1643. I Jean-Baptiste Van Helmont, Médecin
I I - célèbre des Pays-Bas, qui a suivi
I I - les principes de Paracelse, né en
I I - 1577. mort en 1644. n'a pas su le
I I - secret de la Science Hermétique,
I I - mais a fait la projection, ci-dessus,
I I - p. 395. & Tome 2. Articl. IX.
I 1644. I François Gerzan de Soucy, Auteur de
I I - plusieurs Romans Chimiques, &
I I - de quelques autres Traités sur cette
I I - Science. C'est tout ce qu'il a
I I - fait, ci-dessus p. 394. Tome 3.
I 1645. I * Eyrenée Philalèthe se nommait, à
I I - ce qu'on croit, Thomas de Vagan:
I I - outre qu'il était Adepte, nous
I I - avons de lui plusieurs Traités curieux
I I - sur la Science Hermétique.
I I - J'en publie quatre principaux au
I I - second Volume de cet Ouvrage,
I I - voyez ci-dessus, page 402. & T. 3.
I 1646. I Georges Starkey fut, à ce qu'on croit,
I I - Domestique de Philalèthe, revenu
I I - d'Amérique, il se fit Apothicaire
I I - à Londres, a fait une Pyrotechnie,
I I - mais n'avait pas le secret,
I I - ci-dessus, page 404. & Tome
I I - 3.
I 1648. I Louis Ashmole, Anglais, fut seulement
I I - Amateur & Compilateur des
I I - Traités écrits en langue Anglaise
I I - Tome. 3.
Pierre
@

des Chimistes. 481

I Depuis I Pierre-Jean Fabre de Castelnaudary,
I J. C. I - Médecin & Chimiste, a donné
I 1649. I - quelques Traités fort curieux; mais
I I - il n'a rien trouvé, Tome 3.
I 1650. I Rodolphe Glauber, célèbre Philosophe
I I - Allemand, tint un Laboratoire
I I - de Chimie à Amsterdam,
I I - où il a travaillé & fait imprimer
I I - beaucoup d'Ouvrages: on
I I - lui a l'obligation d'un sel, qui
I I - porte son nom, & qui est fort
I I - utile dans la Médecine, ci-dessus,
I I - & Tome 3. page 400.
I 1651. I Pierre Borel, Médecin de Castres en
I I - Languedoc, grand Amateur de la
I I - Science Hermétique, a travaillé,
I I - & n'a pas trouvé, ce qui le fâchait
I I - fort, Tome 3.
I 1657. I Jean Harprecht de Tubinge va à Copenhague,
I I - d'où il se rend en Hollande,
I I - & y fait imprimer, Lucerna
I I - Salis en 1678. Il était connu
I I - d'Olaüs Borrichius, qui en parle
I I - dans son Conspectus Scriptorum
I I - Chimicorum.
I 1658. I Edmond Dickinson, Médecin de Londres,
I I - habile Philosophe, mais seulement
I I - en spéculation, & non en
I I - pratique, Tome 3.
I 1660. I Jacob Bohem, a donné plusieurs écrits
I I - fort obscurs, & fort allégoriques,
I I - dont on ne peut tirer aucune lumière,
I I - ci-dessus, 416. Tome 3.
I 1661. I Martin Birrius, Médecin d'Amsterdam,
I I - publie trois Traités du Philalèthe,
I I - Tom. 3.
Tome I. X
@

482 Chronologie

I 1662. I Louis de Comitibus (de Conti) était
I I - habile Philosophe, peut avoir
I I - pratiqué, mais sans succès pour
I I - le secret Hermétique; c'est ce
I I - qu'en pensait Borrichius, qui l'a
I I - connu en Italie. Son Livre est assez
I I - estimé. Tome 3.
I 1663. I Athanase Kircher Jésuite d'Augsbourg,
I I - retiré à Rome, a travaillé sur
I I - l'Histoire Naturelle & a fort écrit
I I - contre la Science Hermétique.
I I - Il convient cependant de certains
I I - faits, Tome 3.
I 1664. I * Salomon de Blauvvenstein, a écrit
I I - contre le Père Kircher sur la vérité
I I - de la Pierre Philosophale,
I I - Tome 3.
I 1665. I Herman Conringius; grand Médecin,
I I - habile Historien, excellent Publiciste,
I I - grand ennemi de la Chimie
I I - mort en 1681. a écrit sur toutes
I I - sortes de sujets, Tome 3.
I 1666. I Jean Frédéric Helvetius Médecin de la
I I - Haye; a fait la transmutation,
I I - écrit ensuite son Vitulus aureus;
I I - travaille & ne trouve pas. Voyez
I I - Tome 2. & Tome 3.
I 1667. I Jean Locques a donné, de bons Eléments
I I - de Chimie, une Pyrotechnie
I I - estimée qui est seulement en manuscrit;
I I - je n'en ai que des Extraits
I I - Tome 3.
I 1668. I Robert Boyle, Gentilhomme Anglais,
I I - qui a donné dans toutes les curiosités
I I - de la Chimie, mais non
I I - pas du côté de la Science Hermé-
@

des Chimistes. 483

I Depuis I - tique, ci-dessus, page 416. & to-
I J. C. I - me 3.
I 1669. I Nicolas le Fevre a donné un Traité
I I - ou cours de Chimie, travaillé
I I - dans de bons principes, les raisonnements
I I - en sont fort savants
I I - & qui le saurait étudier, y trouverait
I I - le Mercure des Philosophes,
I I - tome 3.
I 1670. I Jean-Joachim Becherus, Artiste habile,
I I - a couru toute l'Allemagne
I I - & la Hollande, pour faire réussir
I I - sa minière d'or, tirée des pierres
I I - & du sable; mais à peine l'écouta-t-on,
I I - ci-dessus, p. 411. 412.
I I - & tome 3.
I 1671. I Le Sieur d'Atremont, Gentilhomme
I I - Français, voyage dans le Nord,
I I - & fait imprimer en 1672. à Francfort
I I - le Tombeau de la Pauvreté
I I - réimprimé depuis à Paris & à
I I - Lyon. Borrichius l'estimait fort
I I - peu, tome 3.
I 1672. I Jean Kunkel, l'un des plus célèbres
I I - Artistes de l'Allemagne, qui a
I I - trouvé beaucoup de choses utiles
I I - & curieuses en Chimie, a
I I - toujours beaucoup de réputation,
I I - ci-dessus, page 414. & tome 3.
I 1674. I Gabriel Clauder écrit en faveur de la
I I - transmutation des métaux contre
I I - le Père Kircher; ce n'est point
I I - à dire qu'il ait eu le secret; mais
I I - il désirait de l'avoir, estimé des
I I - uns, méprisé des autres, tome 3.
I 1675. I Olaüs Borrichius, Danois fort ha-
X ij
@

484 Chronologie

I Depuis I - bile, né en 1626. & mort en
I J. C. I - 1690. célèbre Médecin, curieux
I I - Artiste, & l'on ne doute pas qu'il
I I - n'ait été Adepte, ci-dessus, page
I I - 417. & tome 3.
I 1676. I Christophe Adolphe Balduin, Artiste
I I - Allemand, très habile, tome 3.
I 1677. I Georges Morhoffe, Littérateur très
I I - habile, est plutôt regardé comme
I I - un Amateur de la Science Hermétique,
I I - que comme un Acteur
I I - célèbre. Cependant il a donné
I I - quelques Traités curieux; mais
I I - seulement pour l'Histoire, Ci-
I I - dessus, page 416. & tome 3.
I 1678. I Pantaleon, espèce de Charlatan selon
I I - Becherus, & qui offrait à tous les
I I - Princes de l'Europe de grands
I I - secrets qu'il n'avait pas. Becher a
I I - écrit contre ce Chimiste, dont
I I - nous avons quelques Traités.
I I - Cependant Borrichius l'estimait
I I - fort.
I 1679. I * Jacques Tollius, célèbre Littérateur
I I - Hollandais; on croit qu'il a eu
I I - quelque portion du secret de la
I I - Science Hermétique, sur laquelle
I I - il a écrit, ci-dessus, page 416.
I I - & tome 3.
I 1680. I Joseph Borri né à Milan en 1616.
I I - mort en 1695. célèbre Aventurier,
I I - de qui nous avons plusieurs
I I - Traités, & quelques procédés,
I I - que l'on vante fort, ci-dessus, page
I I - 422. & tome 3.
I 1681. I Georges Sthal, célèbre Chimiste Al-
@

des Chimistes. 485

I Depuis I - lemand, a beaucoup écrit; il a
I J. C. I - donné même quelques préparations
I I - de l'or, qui peuvent servir
I I - pour la métallique, ci-dessus, page
I I - 415. & tome 3.
I 1688. I Adolphe-Christophe Benzius, Philosophe
I I - Allemand, tome 3.
I 1690. I Jean Conrad Barchuysen, Professeur
I I - de Chimie à Leyde, s'est appliqué
I I - à la Science Hermétique, &
I I - ne paraît pas y avoir réussi, ci-
I I - dessus, page 417. & tome 3.
I 1696. I Jacques le Mort, célèbre Artiste demeurant
I I - à Leyde. Tome 3.
I 1704. I Jean-Michel Faustius, Médecin de
I I - Francfort, a donné une assez bonne
I I - Edition du Philalèthe, tome
I I - 3.
I 1710. I Jean Helfrid Jungken, Chimiste Allemand,
I I - très estimé, tome 3.
I 1711. I George Wolfgang VVedelius, habile
I I - Littérateur, Chimiste estimé,
I I - dont nous avons plusieurs Ouvrages,
I I - tome 3.
I 1720. I Frédéric Roth-Scholtzius, Silésien, qui
I I - a publié une Bibliothèque Hermétique,
I I - & quelques autres Ouvrages.
I I - Tome 3.
I 1730. I Herman Boerhave. célèbre Professeur
I I - de Médecine & de Chimie à Leyde,
I I - où il a fort brillé, a travaillé
I I - beaucoup, & a surtout donné un
I I - corps complet de Chimie, ci-dessus
I I - page 417. & tome 3.
I 1734. I Emmanuel Svvedenborg, excellent
I I - Naturaliste, de qui nous avons
X iij
@

486 Chronologie

I Depuis I - un Ouvrage fort savant sur la
I J. C. I - Métallique, tome 3.
I 1737. I Jean-Christophe Kunst, Philosophe
I I - Allemand fort estimé, qui a donné
I I - un Traité sur la dissolution des
I I - métaux par un Alkaest particulier,
I I - tome 3.
I 1738. I Jean-Henri Pott, Philosophe exact &
I I - savant, de qui nous avons plusieurs
I I - Traités sur le Zinc, les
I I - Sels & les métaux, ci-dessus page
I I - 417. tome 3.
I 1739. I Matthieu Dammy, fils d'un Marbrier
I I - de Gênes, se donne le titre de
I I - Marquis. Il a demeuré longtemps
I I - à Paris, où je l'ai vu; il fut mis
I I - plusieurs fois en prison pour dettes,
I I - il en est toujours sorti en
I I - payant; il a donné à Paris une
I I - manière particulière de faire une
I I - composition de faux marbre. Mais
I I - avant que le Sieur Dammy en ait
I I - ici donné le secret, j'en ai vu à
I I - Vienne en Autriche aux Récollets
I I - de cette Ville. Les colonnes de
I I - leur Maître-Autel sont de ce faux
I I - marbre, qui se fait avec du plâtre
I I - fin, de la colle forte délayée dans
I I - de l'eau, à laquelle on joint les
I I - couleurs que l'on veut en poudre.
I I - Le Sieur Dammy s'est retiré à
I I - Vienne en Autriche vers l'an 1725.
I I - il y a épousé une fille de condition;
I I - ce qui ne l'a pas encore empêché
I I - d'avoir quelques aventures
I I - singulières.
TABLE
@

pict

T A B L E

Des Matières du Tome I. de la
Philosophie Hermétique.

A

A BDALLA, Prince Sarrasin, fort sa-
vant, 69
Abraham, Juif, son Livre de la Science Her-
métique, 208. caractère de ce Livre, 208.
209, &c. quand a vécu, 466
Abdul-Hasam, Chimiste Arabe, 72
Adfar, habile Philosophe Hermétique, 87. 465.
sa mort, 88. quand a vécu, 96. &c.
Afrique, on y pratique la Science Hermétique,
441
Agricola, (Georges) Philosophe & Métallur-
giste, 28 .72
Agricola (Jean) Philosophe, 478
Agriculture, occupation des premiers hommes,
5
Agrippa (Henri Corneille) ses Aventures, 271.
275. ses emplois, 276. sa mort, 278
Alain de Lille, Philosophe Hermétique, 136.
467
ALBERT LE GRAND.

Albert le Grand, Philosophe Hermétique, son
X iiij
@

T A B L E

Histoire, 119. 466. visité par Guillaume;
Comte de Hollande, 120, est fait Evêque
de Ratisbonne, 122. oublie tout ce qu'il sait,
123. sa mort, ibid. S'il s'applique à la Chi-
mie, 124. regardé comme Magicien, don-
ne à souper à Guillaume de Hollande, 129
Alexandrie, sa prise par les Mahométans, 66.
sa Bibliothèque brûlée, 67
Alfarabi, voyez Farabi,
Allemands, grands Chimistes, 383. 450.
Almamum, Prince savant, 69
Almansor, Prince Sarrasin, fort savant 68
Alphonse, Roi de Castille, Philosophe, 467
Ambrosia de Castello occasionne la conversion de
Raymond Lulle, 146. 147
Amelungs (Pierre) Philosophe Chimiste, 476
Amérique, on s'y applique à la Chimie, 443
Angleterre, fertile en Philosophes Herméti-
ques, 227
Anglais s'appliquent à la Science Hermétique,
396. 444
Anrac, ou Aurac (Georges) Allemand, Phi-
losophe Hermétique, 268. 470
Antoine (François) Philosophe Anglais, 474
Apono (Pierre de) Médecin, 144. 467
Arabes, combien ignorants, 63. Leurs premiè-
res Etudes, 63. 64. savent la Généalogie de
leurs chevaux, 64. s'adonnent aux Sciences,
68. s'appliquent à la Chimie, 70. 442
Archelaus, Grec, Philosophe Chimiste, 60.
463
Arisleus, Philosophe Hermétique, 466
Aristote, Arabe, Philosophe Hermétique 465.
Arnauld de Villeneuve, Philosophe Herméti-
que, 138. 467. son Histoire, 139. de quel
Pays il était, 143. forme Raymond Lulle
@

DES MATIERES.

dans la Science Hermétique, 175
Artefius, Philosophe Hermétique, quand a vé-
cu, 108. 466
Ashmole (Louis) Compilateur, 480
Athenagore, s'il a été Chimiste, 61. 461
Athotis, Roi d'Egypte, 7. 9
Atremont, espèce de Chimiste, 483
Augurelli, Poète & Philosophe Hermétique,
271. 272. 472. sa prière à Dieu, 273. dédie
son Poème à Léon X. 274
Avicenne pratique la Science Hermétique, 98.
465. est fait premier Vizir, 100
Aumône, Histoire admirable à ce sujet, 52. 53.

B

B A C O N.

B Acon, (Roger) l'un des premiers Philoso-
phes Hermétiques des Latins, 106. 109
467. son Histoire, 109. &c Ses différents
travaux dans les Sciences, 111. 112. réfor-
me le Calendrier, 112. 113. invente la pou-
dre à canon, 114. est persécuté, 116. regar-
dé comme Magicien, 115
Balbian (Juste) Philosophe flamand, 474
Balduin (Christophe Adolphe) Artiste Alle-
mand, 484
Barchuysen, Chimiste habile, 417. 485
Barnaud (Nicolas) Chimiste Compilateur, 475
Basile Valentin, Moine Bénédictin & Philoso-
phe Hermétique, 228. &c. 469, ses Ecrits,
230
Beausoleil, Baron de Provence, 479
Becher (Jean-Joachim) Chimiste habile, 411.
483. propose sa Minière à plusieurs Princes,
X v
@

T A B L E

412. sa Physique souterraine, 413
Beguin (Jean) Chimiste habile, 475
Belfort, Charlatan Napolitain, qui demeure &
trompe à Paris. 315
Benzius, Chimiste peu connu, 416. 4 5
Bernard de Monfaucon, Bénédictin, son Elo-
ge, 204
Bernard Trévisan, Philosophe Hermétique,
233. &c. 469. ses aventures Hermétiques,
234. &c. apprend enfin le secret Herméti-
que, 244. ses Ecrits, 245
Berthereau, Dame de Beausoleil, 479
Beuther (David) Philosophe Allemand, 474
Billich (Antoine Gonthier) 478
Birrius (Martin) Médecin, Editeur du Philalè-
the, 481
Blavvenstein (Salomon) Philosophe estimé,
482
Bodenstein (Adam) Disciple de Paracelse, 283
Bodovvski, vie de Sendivogius, 350. 351. 367
Boerhave (Herman) habile Philosophe, 417
485
Bohem (Jacob) Allemand, Chimiste médiocre,
416. 481
Bon, voyez Pierre le Bon.
Borel (Pierre) veut justifier Jacques Coeur,
263. 481
BORRI.

Borri (Joseph-François) Chimiste aventurier,
477. 484. s'attache à la Cour de Rome, 424.
se dérange 424. 425. s'il a été riche, 424.
faux dévot, 425. Veut faire Secte, 426. ses
imaginations, 427. 428. ses erreurs, 428.
429. a dessein de faire soulever Milan, 431
L'Inquisition procède contre lui, 432. arrive
@

DES MATIERES.

à Strasbourg, 432. & 436. se rend en Hollan-
de, 456. s'enfuit de Hollande & va à Ham-
bourg, 435: se rend en Danemark, 436.
est arrêté en Hongrie, 437. 438. est trans-
porté à Rome, 438. 439. fait amende hono-
rable, ibid. guérit le Duc d'Estrées, 439.
La Reine Christine le voit, ibid. sa mort,
ibid. ses Ouvrages, 437. 440
Borrichius (Olaüs) son Histoire, 417. 483. ses
Voyages, 418. 419. retourne en Dane-
mark, 419. 420. sa mort, 420. s'il a eu la
Science Hermétique, ibid. son Testament en
faveur des pauvres, 421. va à Bordeaux,
390. à Avignon,
Boyle (Robert) excellent Philosophe, 416. 482
Braceschi (Jean) Philosophe Hermétique, 472
Brentzi (André) Philosophe Chimiste, 476
Burgrave (Jean Ernest) Philosophe Herméti-
que, 382. 475
Butler est fait esclave, 398. vole de la poudre
transmutatoire, 399. fait la projection, 399.
400. accusé de fausse monnaie, 401. meurt
sur mer, 402

C

C Alid, Soudan d'Egypte, connaît la Scien-
ce Hermétique, & est instruit par Mo-
rien, 95. quand il a vécu, 96. &c. 466
Caligula fait de l'or, 35. 461
Castagne (Gabriel) Cordelier, pratique la Chi-
mie, 392. 477
Cham fils de Noé, sa profession 7
Charles VI. Roi de France, envoie chez Fla-
mel, 216. 217. s'applique à la Science Her-
métique, 346. 469
Chesne (Joseph du) de la Violette, donne des
X vj
@

T A B L E

secrets, 394. 479
Chevalier Impérial, 476

CHIMIE.

Chimie Hermétique, grande folie, 1. grande
sagesse, 2. combien elle est ancienne, 3. est
à la Chine, 20. comment appelée par les
Grecs, 19. 27. cultivée par les Grecs, 36.
peu cultivée des Romains, 36. passe chez les
Arabes, 70. se perpétue chez les Arabes, 102.
103. est cultivée en Egypte, 103. passe chez
les Latins, 104. passe en divers Pays, 118.
en Italie, 220. les progrès au dix-septième
siècle, 322. 381. son état actuel, 440. en
Afrique, 441. en Grèce, 443. en Améri-
que, ibid. en Europe, 444. & en Angleter-
re, ibid. en France 446. en Hollande, 449.
en Allemagne, 450. en Italie, 452. diffé-
rentes conditions qui s'y appliquent, 455.
Chine, la Science Hermétique y est connue,
20
Christine de Suède s'entretient avec Borri sur la
Chimie, 439
Christophe de Paris, Chimiste, 461
Clauder (Gabriel) Philosophe équivoque, 483
Claves (Gaston de) défend la Chimie, 317.
les autres écrits, 328. temps où il vivait, 474
Cléopâtre pratique la Science Hermétique, 33.
14. 461
Clopinel, pourquoi Jean de Meun est ainsi nom-
mé, 196
Coeur (Jacques) voyez Jacques Coeur,
Colleson offre d'enseigner la Science Herméti-
que, 393. 479
Comarius, Prêtre d'Egypte, instruit Cléopâtre
@

DES MATIERES.

dans la Science Hermétique, 33. 461
Combach, (Louis) Compilateur, 480
Comitibus (Ludovic. de) habile Philosophe, 482
Conringius (Herman) médecin, Anti-chimiste,
482
Contrôleur Général, Coeur, son portrait, 261
Cosme, Moine, Philosophe Hermétique, 464

COSMOPOLITE.

Cosmopolite, son vrai nom, 323. ses aventures,
323. 324. &c. 334. 335. fait la transmutation
à Enkuse, 324. à Basle, 325, en Saxe, ibid.
est mis en prison, 325. 326. 335. en est dé-
livré, 327. 337. sa mort, 328. 338. ses Ou-
vrages, 330. 331. 339. 343. temps où il a
vécu, 475
Cremer (Jean) Abbé de Westminster, Philo-
sophe Hermétique, 221. conduit Raymond
Lulle en Angleterre, 223. le présente au Roi
Edouard, 223. 224. 468
Crollius (Oswalde) bon Chimiste, mais n'est
pas Adepte, 385. 477
Cusa (Nicolas de) Cardinal Allemand, Philo-
sophe Hermétique, 268. 470

D

D Ammy (Matthieu) apprenti Philosophe,
486
Dastin, ou Daustein, Philosophe Hermétique,
227. 468 s'il a été Cardinal, 227
Dée (Jean) ami de Kelley, sort d'Angleterre,
310. y revient, 312. 473
Desnoyers, sa Lettre sur le Cosmopolite & Sen-
@

T A B L E

divogius, 334
Démocrite apprend la Science Hermétique en
Egypte, 22. 24. 460. son Histoire, 22. &c.
sa science en Chimie, 29. sa mort, 31
Dickinson (Edmond) Médecin Philosophe, 481
Dorneus, Disciple de Paracelse, 284. 472
Doux (Gaston de Claves ou le) défend la Chi-
mie, 317. ses autres écrits, 318. temps où
il vivait, 474
Drebellius, Philosophe Flamand, 474
Duchesne (Joseph) de la Violette) 479

E

E Cclésiastiques s'appliquent à la Chimie,
455. &c.
Edouards d'Angleterre, manière de les comp-
ter, 170. 171
Edouard, Roi d'Angleterre, sa conduite à l'é-
gard de Raymond Lulle, 224. fait mettre
Raymond Lulle à la Tour de Londres, 225
Efferrari voyez Ferrari.
Egypte, la Science Hermétique s'y pratique,
7. 21. 31. 32. 33. 34.
Egyptiens se révoltent contre les Empereurs Ro-
mains, 34. 35
Eidimir, Ben Ali, Chimiste Arabe, 72
Epibechius, Philosophe Grec, 461
Erasme, ses railleries sur la Chimie, 271
Erastus (Thomas) ennemi de la Chimie Her-
métique, 316
Espagnet (Jean d') Président à Bordeaux, écrit
sur la Science Hermétique, 389. 477. carac-
tère de son Ouvrage, 390. s'il a été Adepte,
391, si cet Ouvrage est de lui, ibid.
@

DES MATIERES.

Espagnols négligent la Chimie, 107, 453
Etienne d'Alexandrie, grand Philosophe, 37.
463
Evagre, Philosophe, ami de Synese, 49. se
fait Chrétien, 51. Aumône qu'il fait aux pau-
vres, 51. 52. 54

F

F Abre (Pierre-Jean) Médecin Philosophe,
455. &c.
Farabi, Arabe, habile Philosophe Hermétique
ses aventures, 82. 83. &c. ses talents, 84. sa
mort 85. 465
Faustius (Jean-Michel) Médecin Philosophe,
485
Fernel (Jean) habile Médecin, parle de la
Science Hermétique, 473
Ferrari, Moine & Philosophe Hermétique,
220. 467
Fevre (Nicolas le) Chimiste habile, 483
Ficin (Marsile) Philosophe Hermétique, 269.
471
FLAMEL.

Flamel (Nicolas) Philosophe Hermétique, son
Histoire, 206. va à S. Jacques de Compostelle,
212. 467. revient d'Espagne, 213. 469. fait
la projection, 214. 469. ses fondations, 215.
ses écrits, 219
Flud à Fluctibus Philosophe, 479
Fontaine (Jean de la) 247
Français s'appliquent à la Science Hermétique
388, 446
@

T A B L E

G

Gaston de Claves, ou le Doux, défend
la Science Hermétique, 317. ses écrits,
318. temps où il vivait, 474

GEBER.

Geber, Chimiste Arabe, son Histoire, 72. &c
dans quel temps il vivait, 73. 464. sa Patrie,
74. bonne Edition de ses Ouvrages, 75.
Analyse de ses Ouvrages, 76
Geldekeus, Philosophe Arabe, 72
Gerzan de Souci, ses Romans Chimiques,
394. 480
Glauber (Rodolphe) habile Artiste, 400. 481
Grasarolle (Guillaume) Compilateur, 285. 286.
Grecs cultivent la Science Hermétique, 36.
443
Guillaume, Comte de Hollande, visite Albert le
Grand, 120
Guillaume de Lorri commence le Roman de la
Rose, 195. sa mort, ibidem.

H

H Arprecht (Jean) fait imprimer un Traité
du Sel, 481
Heliodore, Evêque Chimiste, 37. 57. 462. son
Roman, 58
Hellot fait connaître le Phosphore de Kunkel,
415
Helvetius (Jean-Frédéric) Médecin de la Haye,
482
@

DES MATIERES.

Herculien ami de Synese, 43
Hermès, Roi de Thèbes, 7. 9. 459. découver-
tes qu'il a faites, 9. 10
Hierothée, grand Philosophe, 37. 38. 464
Hyppocrate visite Démocrite malade, 30
Hogguelande (Theobaldus) Philosophe Hermé-
tique, 474
Hollandais s'appliquent à la Chimie, 449
Hypatia, Dame illustre, enseigne la Philoso-
phie, 41

J

J Acobins de Paris déterrent le corps de Jean
de Meun, 201
Japhet, son occupation, 6

JACQUES COEUR.

Jacques Coeur, sa naissance, 248. 249. 470. Ou-
vrier de la Monnaie, 249. altère les mon-
naies, 250. arme des Galères, 251. donne
à Charles VII. de quoi faire la conquête de
la Normandie, 251. 252. les vexations dans
le Royaume, 249. devient Contrôleur Gé-
néral des Finances, & fait de grandes acqui-
sition, 253. fait passer des armes aux In-
fidèles, 254. se dit Philosophe Hermétique,
255. fait des monopoles, 253. ruine le Com-
merce des Marchands, 253. est accusé de
malversation, 256. se rend prisonnier, 258.
condamné à mort, ibid. l'Arrêt est commué,
ibid. condamné à une grosse amende, 259.
sort du Royaume, ibid. se retire en Chypre;
ibid. ses biens rendus à son fils, 260. son
portrait, 261. sa petite-fille épouse Louis
de Harlay, d'où viennent tous les Harlais
@

T A B L E

Chanvallon, Sanci, Beaumont, Cely; &
c'est de lui qu'ils tiennent la terre de Beau-
mont,
Jean (S.) l'Evangéliste, s'il a su la Science
Hermétique, 19
Jean XXII. Pape, s'applique à la Science Her-
métique, 187. 188. 468. &c. ses richesses,
190. 191. &c.
Jean, Prêtre & Chimiste, 460
Jean de Meun, Philosophe Hermétique, 193.
&c. 468, parle mal des femmes, 198 aven-
ture qui lui arrive à la Cour, 198. 199. sa
mort & son Testament en faveur des Jaco-
bins, 200. 201. met de la Science Hermé-
tique dans son Roman; 202. fait quelques
autres Ouvrages sur cette Science, 203
Jean (de la Fontaine), Philosophe Hermétique,
247
Isaac le Hollandais, Philosophe Hermétique,
231. 469
Isis, Reine d'Egypte, 8
Israélites connaissent la Science Hermétique en
Egypte, 17
Italiens s'appliquent à la Chimie, 452
Juifs chassés de France, 217. 218
Junken, Philosophe très habile, 417. 485

K

K Elley (Edouard) ses aventures, 306. 307.
473. trouve la poudre de transmutation,
308. 309. sort d'Angleterre, 310. est mis en
prison, 312
Kircher (Athanase) Jésuite, Anti-chimiste, 482
Koffky (Vincent) Polonais, Philosophe Hermé-
tique, 269. 471
@

DES MATIERES.

Kunkel (Jean) Chimiste habile, 414. 483
Kunrath, Philosophe Hermétique, 382. 475
Kunst (Jean-Christophe) 485

L

L Acini, Moine Chimiste, 220. 470
Lavinius (Venceslas) Moravien, habile Philo-
sophe, 472
Lemort (Jacques) Philosophe habile, 485
Léon Allatius veut imprimer les Chimistes Grecs,
38. 443
Libavius (André) Grand Ecrivain de la Science
Hermétique, 382. 476
Locques (Jean) habile Philosophe, 482
Lulle, voyez Raymond Lulle,

M

M Ahométans ignorants, 63. 64. s'appliquent
à la Philosophie, 65
Marie, Juive, habile Philosophe, 26. 460
Marsile, Ficin Philosophe Hermétique, 269
Mayer (Michel) grand Ecrivain de la Chimie
Hermétique, 384. 477
Mercure Trismégiste, 9. 10. ses travaux, 10.
11. ses Livres, 11. 12
Meun, voyez Jean de Meun
Milius (Jean-Daniel) Médecin habile, & Chi-
miste, 386
Moines s'appliquent à la Chimie, 455. &c.
Monconis voit Borri en Hollande, 434
Monerie (la) Philosophe manqué, 448. 449
Monfaucon (le P. Bernard de) Bénédictin, son
Eloge, 204
Morhof (Georges) se trompe sur le Président
@

T A B L E

d'Espagnet, 391. 392. donne l'Historique de
la Science Hermétique, 416. quand a vécu,
484

MORIEN.

Morien, Solitaire, habile Philosophe Hermé-
tique, son Histoire, 86. &c. 89. se rend à
Alexandrie, 90. y retourne, 94. instruit Ca-
lid, 95. quand il a vécu, 96. 465
Mormius va en Hollande pour la Rose-Croix,
379. 380
Moïse connaît la Science Hermétique, 18. 459
Mullenfels insulte Sendivogius, 357. l'arrête
prisonnier, 359. est pendu, ibid.
Mullers (Philippe) Ecrivain Hermétique, 383.
477
Mussaphia (Benjamin) Juif Philosophe, 479

N

N Audé (Gabriel) écrit contre les Frères de
la Rose-Croix, 378
Nazari (Jean-Bapt.) Ecrivain de la Science Her-
métique, 313. 314. 474 peu certain, 314.
315
Nobles à la Rose, monnaie d'or Chimique,
167. &c.
Noé, ses enfants se partagent les Sciences, 5. s'il
a eu la Science Hermétique, 8
Nollius (Henri) Philosophe Hermétique, 476
Northon (Samuel) s'applique à la Science Her-
métique, 397. 479
Northon (Thomas) Philosophe Hermétique,
264. 470
Nuysement, son Traité du Sel, 393. 477
@

DES MATIERES.

O

O Domare, Philosophe Hermétique, 468
Ohacan (Diego Alvarez) commente Arnauld
de Villeneuve, 472
Olympiodore, Grec habile dans la Science Her-
métique, 37. 463
Ortelius, Commentateur du Cosmopolite, 386;
478
Ortolain, Philosophe Hermétique, 469
Osiris, Roi d'Egypte, 8
Ostanes, Philosophe Mède, Maître de Démo-
crite, 23. 25. 460
Ostanes, Egyptien, grand Philosophe, 37. 461
Ostanes, son Livre de Chimie, 71. quand a vé-
cu, 71. 463

P

P Ammenès, Philosophe Hermétique, 25
Pappus, Philosophe Hermétique, 464
Paracelse, Médecin & Philosophe Hermétique,
271. 279. 471. son procès pour avoir guéri
trop tôt un malade, 281. 282. sa mort, 283.
402
Pantaleon, Philosophe, 484
Paris, avantage du tumulte de cette Ville,
447
Parry (Thomas) ce qu'il marque de la Science
Hermétique des Arabes, 163. 442
Penot (Bernard-Gabriel) meurt à l'Hôpital,
474

PHILALETHE.

Philalèthe (Eyrenée) Philosophe, sa Patrie, 402,
404. 480. son vrai nom, 403. danger qu'il
@

T A B L E

coure, 405. ses plaintes sur sa situation,
406. espèce d'Illuminé, 407. 48. son amour
pour les Juifs, 409. ses Ouvrages, ibid.
Philippe, Prêtre de Constantinople, Chimiste
38. 58. 461
Philiponus, Philosophe, 66
Philosophie Hermétique, voyez Chimie.
Pic de la Mirandole, 270. 471
Pierre le Bon de Lombardie, Chimiste esti-
mé, 220. 468
Planiscampi, Chirurgien, a de bons Principes,
393. 479
Poterius (Michel) grand Fanfaron, 387.478
Pott, habile Philosophe, 417. 86
Provinces, désagrément qu'on y trouve, 447
Psellus, Grec, Philosophe Hermétique) 39.
265

RAYMOND LULLE.

R Aymond Lulle, son Histoire, 144. &c. sa
naissance, 145. 466. sa conversion, 149.
&c. va à S. Jacques de Compostelle, 151.
reçoit un coup de poignard d'un Mahomé-
tan, 152. 153. fonde un Collège à Major-
que, 153. vient à Paris, 154. ses autres voya-
ges, ibid. &c. va prêcher la foi en Afrique,
156. 157. Bienfaiteur de l'Ordre de S. Fran-
çois, 159. dispute contre Jean Scot, 160.
retourne en Afrique, 161. va au Concile de
Vienne, 163, y reçoit des lettres d'Edouard
Roi d'Angleterre, & de Robert, Roi d'Ecosse,
166, 167. a désapprouvé d'abord la Chimie,
173. 174 quand apprend la Science Her-
métique, 175. 467. reconnu de son temps pour
@

DES MATIERES.

Chimiste, 178. part pour l'Afrique, 179.
y reçoit la Couronne du martyre, 180. 488.
grand nombre de ses Ouvrages, 182. Chro-
nologie de ses Voyages, 183. injustement
persécuté après sa mort, 187, travaille à West-
minster, 223. est mis à la Tour de Lon-
dres.
Razis, ou Rhazes, Arabe, Philosophe Hermé-
tique, son Histoire, 80. 465
Rechaïdibus, Philosophe Hermétique, 227. 468
Ripley (Georges) Anglais, Philosophe Hermé-
tique, 264. 470. estimé du Pape Innocent
VIII. 265. se précipite chez les Carmes, 266.
471
Romains cultivent peu la Chimie, 36
Roman de la Rose, idée de cet Ouvrage, 193.
194

Rose-Croix.

Rose-Croix, cette Confraternité, 369. 475. quand
éclate, 370. leur système, 370. 371. leurs rè-
gles de conduite, 374. leur origine, 375. affi-
ches qu'ils mettent à Paris, 376. 377. on en
fait mourir, 377. rejetés en Hollande, 380
Rotth-Scholtzius (Frédéric) Philosophe Silésien,
485
Rouillac (Philippe) Cordelier Philosophe, 472
Rupescissa (Jean de) Cordelier & Philosophe
Hermétique, 204. 468. est mis en prison
comme Fanatique, 205

S

S Ala (Ange) Philosophe Hermétique, 476
Salmana, Philosophe Arabe, 465
Science Hermétique, voyez Chimie Hermétique,
@

T A B L E

Seiffeddoulet, Sultan de Syrie, amateur des Scien-
ces, 83
Sem, sa profession, 6
SENDIVOGIUS.
Sendivogius (Michel) délivre le Cosmopolite,
326. 337. son Histoire, 328. &c. fait la pro-
jection à Prague, 329. & en d'autres lieux
330. 339. fait imprimer le Traité du Cos-
mopolite, 330, 343. ses autres Ouvrages,
331. sa mort, 332. 348. 365. 367. sa Pa-
trie, 336. fait connaissance avec le Cosmo-
polite, ibid. est arrêté prisonnier, 340. 357.
fait des cures extraordinaires, 340, 341. trom-
pe le Grand Maréchal de Pologne, ibid. fait
le Charlatan, 342. ses véritables Ouvrages,
343. &c. Vie particulière de cet Artiste, 350.
351. &c. va en Grèce, 353. on le dit Ma-
gicien, 361. on le veut faire Rose-Croix,
363. temps où il a vécu, 475
Sennertus (Daniel) Médecin & Philosophe,
479
Sethon (Alexandre) ou le Cosmopolite, 323
Siphoas, Roi d'Egypte, 10. 12
Snoy (Regnier) Philosophe Hermétique, 472
Sophar, Philosophe, Maître d'Ostanes. 459
Sthal (Georges Ernest) Chimiste habile, 415.
484. sa dissolution d'or, 415
Starckey connaît le Philalèthe en Amérique,
404. 480
Sucthen (Alexandre) habile Philosophe, 473
Svvedenborg (Emmanuel) habile Naturaliste,
485
Synese, Philosophe, puis Evêque, 37. 462. son
Histoire, 40. &c. commente Démocrite, 42.
va
@

DES MATIERES.

va à Constantinople, 46. est fait Evêque,
47

T

T Enzelius, habile Philosophe, 478
Thaut, ou Athotis, Roi d'Egypte, 7. 9
Theophraste, Philosophe Hermétique, 463
S. Thomas d'Aquin, sa naissance, 466. s'adon-
ne à la Science Hermétique, 131. s'il a écrit
sur cette Science, 132. 153. sa mort, 467
Thornburg (Jean de) Evêque, amateur de la
Science Hermétique, 397. 477
Thurneiffers (Leonard) Charlatan, 473
Toletan (Pierre) Philosophe Hermétique, 467
Tollius (Jacques) s'applique à la Science Her-
métique, 484. 416
Toxites (Michel) Commentateur de Paracelse,
286
Trévisan, voyez Bernard Trévisan
Trismosin (Salomon) Chimiste, 474
Tritheme (Jean) Allemand, Abbé de Bénédic-
tins, & Philosophe Hermétique, 268, 470

V

V Alentin. Voyez Basile Valentin.
Vanhelmont (Jean-Baptiste) Sectateur de Pa-
racelse, 395. 480. est demandé par l'Empe-
reur Rodolphe II. 395. sa mort, 396
Venise, on travaille de l'or dans son Arsenal,
413
Villeneuve, Monpesat (M. de) descend d'Ar-
nauld de Villeneuve, 141
Vigenère (Blaise de) s'applique à la Science Her-
métique, 319. 474. son Histoire, 320. &c.
ses Ouvrages, 21
Tom. I. Y
@

T A B L E

Vincent de Beauvais, Historien, 466
Ulstade (Philippe) Philosophe Hermétique,
271. 471
Wedelius Philosophe très habile,
417. 485
Z

ZACHAIRE.

Z Achaire (Denis) Français, Philosophe
Hermétique, 286. 473. ses aventures
Hermétiques, 288. 473. se rend à Paris,
294. va travailler à Pau chez le Roi de Na-
varre, 297. parvient au secret de la Science
Hermétique, 302. 303. sort du Royaume
304. son Livre, 306
Zadit, Philosophe, 466
Zozime, habile Chimiste Grec, 37. 59. 462

Fin de la Table des Matières du Tome
premier de la Philosophie
Hermétique.
@

pict

A P P R O B A T I O N.

J 'Ai lû par ordre de Monseigneur
le Chancelier, un manuscrit qui
a pour titre, Histoire de la Philosophie
Hermétique &c. Cet Ouvrage est
un recueil curieux & interessant, de
tout ce que les Philosophes ont
écrit sur cette matiere, & je n'y ai
rien trouvé qui puisse en empêcher
l'Impression. A Paris, le 9 Janvier
1742.
C A S A M A J O R.


----------------------------------

PRIVILEGE DU ROY.

L OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: à nos amés & feaux Conseillers les gens tenans nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de notre Hôtel, grand
Conseil, Prevôt de Paris, Baillifs, Senéchaux,
leurs Lieutenans Civils, &
autres nos Justiciers qu'il appartiendra,
SALUT. Notre bien-amé le Sieur COUSTELIER,
Libraire à Paris, Nous a fait

@

exposer, qu'il desireroit faire imprimer un
manuscrit intitulé Histoire de la Philosophie
Hermetique; s'il Nous plaisoit lui
accorder nos Lettres de Privilege, pour
ce nécessaires. A CES CAUSES, voulant favorablement
trairer ledit Exposant, Nous
lui avons permis & permettons par ces
Presentes de faire imprimer l'Ouvrage ci-
dessus spécifié, en un ou plusieurs volumes,
& autant de fois que bon lui semblera,
& les faire vendre & débiter par
tout notre Royaume pendant le tems de
douze années consecutives, à compter
du jour de la date desdites Presentes.
Faisons défenses à toutes sortes de personnes
de quelque qualité & condition
qu'elles soient, d'en introduire d'impression
étrangere dans aucun lieu de notre
obéissance, comme aussi à tous Libraires,
Imprimeurs, & autres, d'imprimer, faire
imprimer, vendre ni contrefaire ledit
Ouvrage, n'y d'en faire aucun Extrait
sous quelque prétexte que ce soit d'augmentation,
correction, changement de
titre ou autres sans la permission expresse
& par écrit dudit Exposant ou de ceux
qui auront droit de lui, à peine de confiscation
des Exemplaires contrefaits, & de
trois mille livres d'amende contre chacun
des contrevenans, dont Un tiers à

@

Nous, un tiers à l'Hotel-Dieu de Paris,
l'autre tiers audit Exposant, & de tous
dépens, dommages & interêts, à la charge
que ces Presentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris, dans trois mois de la date d'icelles;
que l'impression dudit Ouvrage
sera faite dans notre Royaume, & non
ailleurs en bon papier & beaux caracteres,
conformément à la feuille imprimée,
attachée pour modele sous le contrescel
desdites Presentes, que l'Impetrant
se conformera en tout aux Reglemens
de la Librairie; & notamment à celui
du dix Avril mil sept cent vingt-cinq,
& qu'avant de l'exposer en vente le
manuscrit ou Imprimé qui aura servi
de copie à l'impression dudit Ouvrage,
sera remis dans le même état où l'approbation
aura été donnée, ès mains
de notre très cher & feal Chevalier
le Sieur Daguesseau Chancelier de France,
Commandeur de nos Ordres, & qu'il
en sera ensuite remis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique, un
dans celle de notre Château du Louvre,
& un dans celle de notre dit très cher &
feal Chevalier le Sieur Daguesseau Chancelier
de France, Commandeur de nos

@

Ordres, le tout à peine de nullité des
Presentes. Du contenu desquelles vous
mandons & enjoignons faire jouir ledit
Exposant, ou ses ayans causes,
pleinement & paisiblement, sans soufflir
qu'il leur soit fait aucun rrouble ou
empêchement. Voulons que la copie desdites
Presentes, qui sera imprimée tout
au long au commencement ou à la fin
dudit Ouvrage soit tenuë pour duement
signifiée, & qu'aux copies collationnées
par l'un de nos amez & feaux Conseillers
Secretaires foi soit ajoutée comme à
l'original. Commandons au premier notre
Huissier ou Sergent de faire pour l'execution
d'icelles tous Actes requis & necessaires,
sans demander autre permission,
& nonobstant clameur de Haro,
Chartre Normande & Lettres à ce contraires:
Car tel est notre plaisir. Donné
à Versailles le vingt-sixiéme jour du
mois de Janvier, l'an de grace mil
sept cens quarante-deux, & de notre
Regne le vingt-septieme. Par le Roi en
son Conseil, S A I N S 0 N.
Registré sur le Registre X. de la Chambre Royale des Libraires & Imprimeurs de Paris,
N. 575. fol. 565. conformément aux anciens Reglemens,
confirmé par celui du 28. Fevrier 1728.
A Paris, le 3. Fevrier 1742.
S A U G R A I N, Syndic.

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