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Réfer. : 0002 .
Auteur : Collectif.
Titre : L'arbre Sacré.
S/titre : No 249.

Editeur : Atlantis.
Date éd. : 1968 .
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REMARQUE :
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Cette revue n'est présente ici, que pour permettre à l'aimable
lecteur, intérressé par les écrits d'Eugène Canseliet, de profiter
de ses articles, présents nulle part ailleurs.

Le traducteur.

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Chers amis d'Atlantis,

« Et l'Eternel Dieu avait fait germer de la terre tout arbre désirable à la vue, et bon à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal... » Puis l'Eternel Dieu commanda à l'homme, disant : Tu mangeras librement de tout arbre du jardin. » Toutefois, pour ce qui est de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras point ; car au jour que tu en mangeras, tu mourras de mort. » Genèse, II-9, 16, 17.

pict U POINT C'EST TOUT, dit la sagesse populaire, et
chacun d'entre vous sait en effet que le point est
le plus simple et le premier des symboles qui les
contient tous. Il représente depuis des millénaires
l'Unité primordiale, et c'est bien pourquoi sa définition
mathématique précise qu'il n'a aucune
dimension, puisqu'il symbolise le « non manifesté
».
Lorsque ce point divin, énergie en puissance,
se manifeste, il en résulte une ligne qui, par définition, est une succession
de points. Cette ligne descend verticalement du plan cosmique
(représenté par le point) vers le plan terrestre. C'est l'axe Ciel-Terre,
représenté par l'axe de la Croix, qui permet la compréhension de
l'Unité du Cosmos à travers la dualité de notre monde, ce qui est en
bas étant le reflet de ce qui est en haut, selon le célèbre adage hermétique.
Or, cet axe du monde, symbole universel, a eu comme première
expression, sous quelque forme apparente que ce soit, l'Arbre, qui
se manifeste à travers de très nombreuses légendes, avant même de
donner naissance à d'autres expressions du même symbole, telles le
bétyle, le menhir, l'obélisque, ou la colonne.

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De ce symbole majeur de la Tradition, Atlantis, notamment sous
la plume de son fondateur Paul Le Cour, s'est déjà préoccupé dans
ses numéros 56 et 77, hélas épuisés depuis longtemps.
Ce thème, en fonction même de sa signification initiatique, est
en fait inépuisable. Et c'est pour montrer quelques-uns de ses aspects
que chacun de nos collaborateurs a pu, au gré de ses propres préoccupations,
envisager le problème sous des angles très variés, sans faire
double emploi avec nos études antérieures.
Quel que soit l'aspect sous lequel on examine l'Arbre sacré, on
ne peut de nos jours évoquer le problème sans avoir à l'esprit la
signification capitale et totalement divergente des deux arbres sacrés
les plus connus de la tradition, l'Arbre de Vie et l'Arbre de la Science
du Bien et du Mal, auxquels font allusion les versets de la Genèse
cités en exergue.
A ce propos, je m'en voudrais de ne pas citer l'écho donné par
Paul Le Cour, en novembre 1934, dans le numéro 56 d'Atlantis, sous
le titre « Les fruits de l'arbre de la science du bien et du mal ».

« Ainsi que les années précédentes, et très volontairement, je me
suis abstenu, cette année, d'aller au Salon de l'Aviation, mais j'ai vu
le numéro spécial que lui a consacré l'Illustration, et cela m'a suffi
pour me rendre compte du cercle infernal, de la spirale descendante
qui entraîne les peuples à une vitesse vertigineuse dans les profondeurs
ténébreuses. J'ai vu les avions de combat, les avions de chasse
(de chasse à l'homme !), les avions de bombardement (des êtres inoffensifs
!) exposés avec coquetterie par les diverses nations les plus
policées, à la culture la plus affinée. Non seulement elles rivalisent
d'ardeur dans la recherche des perfectionnements dans l'art de
détruire (vies humaines, richesses d'art, musées, bibliothèques, monuments),
mais elles s'aident réciproquement dans ce but, si bien que
tel avion perfectionné utilise cinq ou six pays différents pour sa réa»
Cette collaboration, qui s'étend aussi à la fourniture d'armes
et de munitions à des adversaires éventuels par l'intermédiaire de
pays interposés, conduit, en définitive, à la destruction de son propre
pays.
» Et cela montre à quel degré d'aberration sont arrivées les
nations et à quel cataclysme elles s'exposent.
» L'aviation, dont Léonard de Vinci et Victor Hugo souhaitaient
la réalisation pour amener l'union des hommes, est devenue le plus
puissant instrument de leur anéantissement.
» On ne peut s'empêcher de songer, en présence de ces horreurs,
aux visions de ceux qui prétendent que les Atlantes, parvenus à
l'apogée de leur civilisation, possédaient des machines volantes perfectionnées
dont ils usèrent pour tenter d'asservir les autres hommes,
grisés par leur puissance et ayant perdu tout sens moral.

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» C'est alors que Zeus, ayant réuni les autres dieux, décida la
destruction de ce peuple qui périt en une nuit tragique.
» Le parallélisme est frappant. Il semble qu'en suscitant l'intérêt
actuel pour l'Atlantide les dieux aient voulu nous avertir bienveillamment.
Hélas, n'est-il pas trop tard ? »

Si le cataclysme que fut la dernière guerre n'a pas eu de conséquences
tout à fait semblables à celles de la disparition de l'Atlantide...
on est en droit de se demander si nous n'en sommes pas à la
veille, étant donné que plus nous avançons vers la fin de notre cycle
d'humanité, et plus la chute s'accélère, à l'instar d'ailleurs de toute
chute physique d'un corps.
Nos amis peuvent d'eux-mêmes transposer le propos de Paul Le
Cour en fonction des nouvelles découvertes réalisées depuis trente-
cinq ans... Car, hélas, les exemples se multiplient des fruits à double
apparence contradictoire de l'Arbre de la Science du Bien et du
Mal.
J'y songeais tout particulièrement le 15 décembre dernier, lorsque,
par une opération unique en son genre, la presque totalité de
l'opinion française fut mobilisée en une « Union Sacrée » pour les
journées du cancer.
Une cause noble entre toutes : devant un fléau mondial dont
l'expansion est en progression géométrique, les hommes, faisant
abstraction de leurs divergences ou rivalités habituelles, mettent en
commun leur énergie et leurs ressources pour combattre ce fléau.
Des dizaines de milliers d'entre eux consacrent bénévolement une
journée ou plus à cette oeuvre. Voilà un bel exemple de coopération
ou de fraternité véritablement en action, comme on aimerait en voir
d'autres...
Nous sommes donc devant un remarquable fruit de l'Arbre du
Bien... qui combat le Mal. De quoi puis-je me plaindre ? Hélas, l'arbre
cache la forêt, et en la circonstance cette forêt n'est composée que
d'arbres du Mal.
Comment donc, me direz-vous, il s'agit de permettre à sept cents
chercheurs de travailler pendant un an pour trouver enfin le moyen
de guérir ce fléau sans précédent, et vous vous plaignez ! -- car il
s'agit bien, eu égard au progrès matériel de notre civilisation, d'un
fléau sans précédent connu dans l'histoire de l'humanité.
Non seulement je me plains, mais je crie au scandale ! car, enfin,
si cette oeuvre est remarquable dans son inspiration, dans quel environnement
se situe-t-elle?
Il est tout d'abord invraisemblable de devoir faire appel à la
charité publique en une telle circonstance alors que les Etats -- ils
sont tous à mettre « dans le même sac » si vous me permettez cette
expression -- dépensent sur le dos des contribuables des sommes
mille fois plus importantes pour la destruction de l'humanité. On

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pourrait en outre faire de nombreuses remarques sur les conditions
dans lesquelles cette recherche va pouvoir s'exercer, observation déjà
faite par certains de nos confrères de la presse. Mais là n'est pas mon
propos.
En réalité, voici à peu près dans quelle situation nous nous trouvons :

Le cancer est en quelque sorte une nécrose anormale et accélérée
de la cellule vivante. Que l'on cherche à guérir un tel mal est indispensable
et les travaux des chercheurs sur ce point sont dignes
d'admiration et doivent être multipliés. Que d'autres chercheurs
tentent de découvrir le processus de formation du cancer afin de
pouvoir le prévenir, encore mieux ; et voilà l'aspect bénéfique de
l'Arbre de la Science.
Mais le cancer, s'il a sans doute toujours existé, ne s'est manifesté
sur une telle échelle que depuis quelques décades et sa prolifération
galopante, dès lors qu'il ne semble pas que ce soit contagieux, ne
peut donc être due qu'à des phénomènes nouveaux.
En réalité, depuis la découverte de Becquerel, celles de Pierre
et Marie Curie et la mort de cette dernière, le monde entier sait que
la radioactivité joue un rôle capital dans le processus de destruction
de la vie. Or, on la multiplie comme à plaisir de nombreuses manières
et notamment soit par des expériences nucléaires, soit par l'utilisation
intensive de la radioscopie ou autres procédés. A une telle
remarque, certains savants rétorquent que cette radioactivité nouvelle
est infime par rapport à la radioactivité naturelle et que cela
n'a donc pratiquement aucune conséquence importante.
Voilà bien l'affirmation coupable ! Car tout dans la nature est
harmonieusement équilibré, et chacun peut se rendre compte que
la moindre rupture d'équilibre a toujours des conséquences néfastes.
Certes, celles-ci sont plus ou moins visibles et à plus ou moins longue
échéance. C'est la raison pour laquelle personne ne veut en parler,
oubliant que ces conséquences n'en sont pas moins réelles.
Toutes les civilisations traditionnelles connaissaient ces Lois de
la Nature, à travers leurs chefs qui étaient des initiés... ; et tous les
hommes qui ont un contact quelconque avec la Terre-Mère les connaissent
d'instinct et de pratique (à la condition qu'ils ne soient pas
endoctrinés dans un sens contraire comme c'est le cas depuis plusieurs
décades et notamment depuis la dernière guerre).
D'un autre côté, avec son bon sens naturel, le peuple commence
à se plaindre de la mauvaise qualité -- parce que chimique et non
naturelle -- de bon nombre de produits alimentaires. On en arrive
même à nous proposer pour bientôt des beefsteaks à base de pétrole !
Et, grâce à une propagande bien faite, chacun... de se résigner, malgré
le nombre de plus en plus croissant de déséquilibres physiques
constatés et non expliqués.

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Alors que si l'Union Sacrée à laquelle je faisais allusion plus
haut se réalisait, si l'opinion, non pas nationale, mais mondiale,
était mobilisée -- comme cela se réalise pour d'autres idéologies --
pour rejeter formellement les aspects négatifs et destructeurs de
notre civilisation, le déséquilibre actuellement ressenti dans tous
les domaines pourrait disparaître, car chacun serait obligé de prendre
conscience et de réagir. Quand on pense aux extraordinaires
moyens de diffusion de la pensée que possède l'homme, à l'importance
colossale de tous les moyens audio-visuels et à leur pouvoir,
on réalise alors l'énormité du scandale qui consiste à utiliser de
tels moyens à des buts apparemment louables dans des domaines
variés, mais qui cachent les vrais problèmes et ne permettent en
rien de les résoudre, tandis qu'en réalité ces moyens sont le véhicule
d'intérêts particuliers bassement matériels.
Certes, l'opinion mondiale en est à la « contestation ». Elle a
d'ailleurs tout à fait raison dans son principe. Malheureusement ni
les structures qu'elle rejette, nées il y a deux siècles, ni les meneurs
qui l'inspirent dans un sens contraire ne connaissent ces lois millénaires,
intangibles qui échappent au soi-disant pouvoir de l'homme,
d'où l'aspect négatif de cette contestation.
Par contre, quelques-uns « contestent » en s'appuyant sur du
solide ; contestent à la fois pour éviter la destruction de ce qui est
encore solide et bien, et pour reconstruire selon les données qui
ont fait leurs preuves. Ceux-là s'appellent, en France, avec des prolongements
à l'étranger, « l'Organisation du Service de la Vie » de
notre ami André Birre, avec ses Cahiers de la Biopolitique, ou bien
l'Association « Vie et Action » de notre ami André Passebecq, avec
sa revue du même nom et ses nombreux cahiers spéciaux, ou encore
l'Association européenne d'agriculture et d'hygiène biologiques
« Nature et Progrès » de notre ami Mattéo Tavera, et quelques
autres encore... parmi lesquels se trouve Atlantis (1).
Chacun d'entre nous, dans un domaine différent mais complémentaire
puisque ces problèmes touchent à tous les aspects de la
vie, conteste notre civilisation occidentale dans sa décadence aux
apparences contradictoires ; c'est-à-dire que nous ne voulons pas
manger des fruits empoisonnés de l'Arbre de la Science du Bien et


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1. Nous rappelons ci-dessous les adresses de ces trois organismes, en incitant vivement nos amis à prendre contact avec eux, à y adhérer, et à s'abonner
aux Cahiers de la Biopolotique.
En ce qui concerne « Vie et Action », signalons tout particulièrement qu'un Congrès de trois jours, les 1er, 2 et 3 avril 1969 est organisé à Barcelone, en
collaboration avec les autres Associations, sur le thème « Méthodes naturelles
de protection de la vie et de la santé », avec la participation de nombreuses
personnalités. Programme détaillé et toutes précisions sur simple demande.
-- Vie et Action : 62, avenue Foch, 59 -- Marcq-Lille. -- Organisation du Service de la Vie : 44, rue Vieille-du-Temple, Paris-4e. -- Nature et Progrès : 139, rue de Longchamp, Paris-16e.
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du Mal. Nous voulons exclusivement goûter les fruits de l'Arbre de
Vie et, pour ce faire, accomplir une véritable RE-VOLUTION, afin
de tenter de retrouver ce Paradis perdu, auquel toute l'humanité
aspire... même lorsqu'elle lui tourne le dos !
Qu'il soit donné à chacun d'entre nous de prendre conscience
de son devoir en la matière, c'est le voeu que l'on me permettra
de formuler en ce début d'année 1969, auquel je joins tous mes
souhaits pour que chacun de nous, à titre personnel, réalise tout
d'abord l'équilibre indispensable entre corps, âme et esprit, condition
nécessaire pour appréhender la grande Loi d'Harmonie, fruit
de l'Arbre de Vie (2).
Comme le dirait Georges Brassens : J'aurais jamais dû m'éloigner
de mon Arbre !
Jacques d'ARÈS.






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2. Que les nombreux amis d'Atlantis, qui ont bien voulu nous témoigner spécialement leur sympathie à l'occasion de la nouvelle année, acceptent ici nos
remerciements, avec toutes nos excuses de ne pouvoir leur répondre individuellement.

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De l'Acacia des prêtres de Saïs
à l'Olivier de Platon

par Henry BAC.


« Nous retrouvons dans les mythes antiques des parties de nous-mêmes. » PLATON (Phédon).
« Il y eut jadis, en face de ce détroit que vous appelez les colonnes d'Hercule, une île, une terre plus grande que la Libye et l'Asie mineure réunies. Elle s'appelait l'Atlantide. C'est ainsi que le vieux prêtre de Saïs rapporte une des plus anciennes légendes de l'Egypte. » PLATON (Critias).

pict ANS le sarcophage de granit d'Aménophis II, on
découvrit sur le corps du défunt une branche
d'acacia. Elle ne s'y trouvait point par hasard.
Les anciens Egyptiens n'appréciaient pas seulement
l'acacia pour son élégant feuillage ou parce
qu'il portait, lors de sa floraison, des petites
fleurs très odorantes. Ils le révéraient et le considéraient
comme l'arbre sacré par excellence. Ils
l'utilisaient lors des divins sacrifices.
Plus tard, certains Arabes, notamment ceux des tribus de Ghaftan,
de Koreisch et de Sakem, lui consacrèrent un culte jusqu'au jour
funeste où Kaleb reçut de Mahomet l'ordre de l'anéantir.
Une prêtresse dont la chevelure éclatante couvrait la moitié du
dos, vêtue d'une fine étoffe au travers de laquelle on devinait un
corps admirable, assise en un fauteuil de marbre, reçut la visite
de Kaleb. Insensible à ses charmes, il la fit périr et donna l'ordre
d'abattre aussitôt l'Acacia.
Mais il ne suffit pas de couper l'arbre pour détruire son symbole.
L'Acacia demeura, pour les anciens, comme le Lotus, un merveilleux
emblème solaire. Ils comprenaient la signification profonde
de ses Feuilles s'ouvrant à la lumière du jour et se fermant lorsque
à l'horizon disparaît le soleil.

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Sa fleur, portant le rameau d'or, inspirera les Alchimistes. Son
bois, qui servit pour la construction de l'arche sainte des Hébreux,
détient des propriétés particulières ; il demeure imputrescible. On
l'utilisa, nous dit la Bible, pour l'érection de l'autel des Holocaustes,
recouvert ensuite d'or et de précieuses incrustations.
suffit, pour nous, de regarder une simple branche de mimosa
(qui est le nom impropre donné à l'une des nombreuses variétés de
l'acacia), pour imaginer l'arbre lointain, possédant toutes sortes de
vertus.
Des initiés, dans l'Egypte ancienne, portaient l'un de ses rameaux
qu'ils appelaient « Houzza ». De nos jours encore, au sein de certains
groupements écossais, un tel nom traduit le cri de joie populaire.
Parler de l'acacia constitue un signe de ralliement pour ceux
qui atteignent une importante étape de la vie de groupements
philosophes. Platon bénéficia, non seulement à Éleusis, mais en
fréquentant d'autres sources sacrées, d'une réelle initiation. La doctrine
ésotérique servait alors déjà de lien entre des amis de la sagesse
et la religion. Bientôt naquirent, parmi les fraternités égyptiennes,
des associations d'initiés, unissant les esprits en dehors des cultes
ou des nations. Par certains mots ou signes, ils se reconnaissaient
entre eux et communiquaient au milieu de la société profane.
Ainsi Platon, contraint à débarquer, au cours d'une tempête,
dans l'île d'Egine, alors en guerre avec Athènes, fait prisonnier, vendu
comme esclave, apercevant Anniceris, s'écria sur son passage : « L'acacia
m'est connu. » Aussitôt, Anniceris, véritable initié, s'empressa
de le racheter et le libéra. Cet honnête homme ne voulut pas être
remboursé. Dion d'Athènes lui envoya de l'argent qu'il refusa. Dion
l'employa, dit-on, pour l'achat du jardin d'Akademos, dont Platon
devint propriétaire.
L'acacia représente, encore maintenant, pour beaucoup de philosophes,
le cosmos vivant, qui, sans cesse, va se régénérant. Les
fleurs d'or du mimosa nous annoncent la lumière.
Les Egyptiens cherchèrent, dans leur Osiris, le symbole de la
Vie, du Renouveau, de la Force qui intervient avec Harmonie et
Amour dans la construction du Temple universel. Or, le premier
matériau utilisé par les bâtisseurs fut le bois. Aussi, partant du
mythe d'Osiris et de l'arbre sacré représenté par l'acacia, naquit peu
à peu la légende d'Hiram.
Un voile cachait aux profanes, dans les antiques initiations égyptiennes,
le sanctuaire. Le grand prêtre racontait au néophyte l'histoire
du meurtre d'Osiris, et, soulevant le voile, lui montrait le cercueil
du Dieu, portant de récentes traces de sang.
On demandait alors au récipiendaire s'il avait pris part au
meurtre d'Osiris. En dépit de ses dénégations, frappé, renversé,
couvert ensuite, comme une momie, de bandelettes, enfoui dans
un sarcophage, il devenait un mort supposé. On l'entourait de feu.
On circulait en gémissant autour de lui.

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Enfin, on le rendait à la vie. Il sortait alors de la tombe près de
laquelle se dressait une branche d'acacia, avec la devise : « Osiris
s'élance. » Ainsi l'initié n'entendait pas seulement raconter une
légende. Il la vivait. Il en devenait le personnage principal.
Dans la Bible, nous lisons : « Hiram, roi de Tyr, répondit dans
une lettre qu'il envoya à Salomon... « Béni soit Yahveh, Dieu d'Israël,
» qui a fait le ciel et la terre, de ce qu'il a donné au roi David un
» fils sage, prudent et intelligent, qui va bâtir une maison à Yahveh
» et une maison royale pour lui ! Et maintenant, je t'envoie un homme
» habile et intelligent : Maître Hiram » et plus loin : « Le roi Salomon
envoya chercher Hiram de Tyr. Il était fils d'une veuve de la tribu
de Nephtali, mais son père était Tyrien et travaillait l'airain. Il
était rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir pour faire toutes
sortes d'ouvrages d'airain. Il vint auprès du roi Salomon et il exécuta
tous ses ouvrages. »
Hiram classa ses ouvriers en trois catégories : les apprentis, les
compagnons, enfin ceux aptes à diriger : les maîtres. Chacun reçut
d'Hiram une parole mystérieuse indiquant sa place dans la hiérarchie.
Le savoir seul permettait de s'élever à un rang supérieur.
Trois mauvais compagnons voulurent par force contraindre
Hiram à leur révéler la formule des maîtres. Sachant qu'ils se réunissaient
chaque jour dans une chambre située au milieu du temple
et qu'Hiram sortait le dernier, ils l'attendirent, chacun embusqué
à l'une des trois portes du temple (1).
Le soir tombait quand Hiram se rendit vers la porte du Sud.
Un compagnon surgit, exigeant la révélation de la parole des maîtres.
Le grand architecte du temple lui répondit avec douceur qu'il ne
possédait pas une science suffisante et il refusa de lui donner la
formule. Le compagnon, saisissant une pesante règle de fer, le frappe
et le blesse à la gorge.
Hiram alors se traîne péniblement vers la porte de l'Occident
où un deuxième compagnon, ne recevant pas de lui la mystérieuse
parole, le meurtrit au coeur avec une lourde équerre.
Titubant, Hiram parvient enfin à la porte de l'Orient. Un troisième
compagnon, furieux de ne pouvoir obtenir la formule magistrale,
lui assène sur le front un puissant coup de maillet. Le grand
architecte s'écroule, frappé à mort.
Les trois bandits veulent faire disparaître les traces de leur
crime. Ils cachent la dépouille mortelle et le lendemain, au lever du
jour, vont l'ensevelir plus loin, là où se dressait une branche d'acacia.
Salomon, inquiet de l'absence d'Hiram, envoie pour le rechercher
trois maîtres : ils ne trouvent rien. Le roi désigne alors neuf maîtres,
qui, au bout de sept jours, finissent par découvrir, près d'un acacia
en fleur, les restes du grand architecte. L'un d'eux, puis un autre,
soulèvent en vain le cadavre qui semble se décomposer. Mais trois


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1. Au sujet de la légende d'Hiram, cf. les illustrations, p. 72 (N.D.L.R.).
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maîtres, unissant leurs efforts, redressent le corps d'Hiram : stupeur !
il ressuscite.
La légende d'Hiram, dont nous venons de donner un résumé,
provient de la tradition des Atlantes, recueillie en Egypte après la
grande catastrophe. Les prêtres de Saïs racontèrent à Solon l'histoire
du continent disparu sous les eaux. Ils donnaient tous les ans une
représentation sacrée dans leur temple. Leur Dieu succombait sous
les coups, la foule exhalait de funèbres lamentations autour du
corps. Puis on l'ensevelissait. Mais bientôt, ranimé, il triomphait de
la mort. Le temple retentissait alors de cris de joie.
A travers le monde, même parmi les populations peu civilisées,
se célèbrent des mystères, véritables cérémonies initiatiques. Des
scènes mimées se déroulent avec une simulation de la mort suivie
d'une résurrection. Partout, l'initiation, par conséquence, l'admission
à un niveau supérieur, apparaît comme une seconde naissance.
Satapatha Brahmana, dans les Sacred Books of the East, raconte
une cérémonie au cours de laquelle un jeune brahmane revient à
l'état d'embryon, puis revêt le cordon symbolique de sa caste et
se déclare ensuite « deux fois né » (dvi-dja).
L'apôtre Paul, dans l'épître aux Romains, parlant du baptême
qui fait entrer un enfant ou un païen à l'intérieur de la communauté
chrétienne, l'envisage comme une mort symbolique suivie d'une résurrection
spirituelle.
Dans divers ordres religieux, le novice repose, étendu à terre
sous un drap mortuaire. Après la lecture de l'Office des morts, il se
relève, donne le baiser de paix, communie et prend un nouveau
nom. Ainsi renaît-il : une autre existence va commencer pour lui.
Les peuples primitifs voient, dans une mort suivie de résurrection,
le rappel du cours du soleil, des phases lunaires. Nous
retrouvons, dans le folklore des campagnes, des histoires de génies
forestiers, disparaissant vers l'automne, renaissant au printemps.
Les enfants de Maître Jacques, qui forment une branche du
compagnonnage, font remonter leur origine au grand architecte du
temple de Salomon : ils racontent sa mise à mort par des compagnons
envieux. Cependant, ils ne l'appellent pas Hiram, mais tout
simplement Maître Jacques.
Le personnage d'Hiram représente beaucoup de choses. D'abord
la nature, en ses transformations périodiques. Aussi l'astre du jour,
qui luit, s'en va disparaître, laissant le monde plongé dans les
ténèbres, image du tombeau, puis revient inondant de lumière et
de chaleur la terre et le ciel. C'est encore l'homme, qui voit approcher
son trépas en songeant que rien ne meurt dans la nature. Il personnifie
également le sage, organisant une société où chacun figure à
sa place, suivant son savoir, son mérite, ses aptitudes.
Des astrologues comparent aux constellations les neuf maîtres
partant à la recherche du corps. Au XVIIIe siècle, des esprits philosophes
découvrirent, dans la légende d'Hiram, une représentation
mythique de la marche du soleil, la certitude que tout sacrifice

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contient la clef d'une floraison future. L'architecte frappé à la gorge,
puis au coeur, enfin au cerveau, leur apparut comme subissant une
mort triple : physique, sentimentale et mentale.
A notre époque, Hiram symbolise surtout la liberté violée par les
attentats, la civilisation menacée par la superstition, la justice bafouée,
le progrès entravé. Or, Liberté, Civilisation, Justice, Progrès doivent
triompher. Si, attaqués comme Hiram, ils semblent parfois anéantis,
leurs forces indestructibles permettent leur survie, sous la branche
d'acacia, dont la sève ne tarit pas.
En latin, liber signifiait la partie vivante de l'écorce -- puis le
livre. Songeons au livre d'Abraham le Juif. Le bois d'acacia servit
pour réaliser ce fameux ouvrage qui tomba entre les mains de Nicolas
Flamel qui a écrit : « Ses feuillets étaient constitués d'écorce de
tendres arbrisseaux. »
Dante n'a-t-il pas rapproché les feuilles de l'Arbre des caractères
du livre dans son XXXIII° chant du Paradis : « Dans ses profondeurs,
je vis rassemblées en un seul volume les feuilles éparses de l'Univers,
reliées par l'Amour. »
Il y a bien des années, apercevant au milieu du Pacifique la
mystérieuse île de Pâques, elle m'apparut dénuée de toute végétation.
Mais, y débarquant, je finis par découvrir, peu répandue, une seule
sorte d'arbre : l'acacia, appelé là-bas « toromiro ». Les Pascuans lui
donnaient une extrême importance, lui conférant un caractère sacré.
Ils sculptèrent, en son bois, les fameuses statuettes des hommes dieux
et les tablettes, maintenant si rares, revêtues de la plus ancienne
écriture connue. Les statuettes se rattachaient à leurs croyances,
tandis que les tablettes « parlantes » constituaient leurs archives
sacerdotales.
La tradition pascuane nous rapporte que le roi Motu-Matua,
débarquant à la tête des premiers occupants de l'île de Pâques, y
planta le premier toromiro. Cet acacia, simple arbrisseau d'abord,
s'y développa. Les anciens navigateurs qui abordèrent dans l'îlot
aperçurent quelques arbustes, notamment sur le territoire de Mata-
véri.
C'est là que Pierre Loti trouva l'incomparable statuette de
l'homme-oiseau, sculpté dans le toromiro, qu'il rapporta en France.
Au cours de ces dernières années, des étrangers venus à l'île
de Pâques y apportèrent des arbres divers. Je crains fort la disparition
de l'ancien acacia, précieux et sacré. On vient de transformer
la mystérieuse île de Pâques en une plate-forme d'atterrissage pour
avions ; on y coupe les acacias, crime inexpiable.
Que dirait Ronsard ? Il ne pardonnait même pas aux bûcherons
le sacrifice d'un arbre.
L'acacia demeura, pour les Pharaons, une plante sacrée. Des
bûcherons, abattant cet arbre dont le tronc doit être évidé en barque,
sont fréquemment représentés sur les tableaux funéraires des
mastabas.

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Mais ils recherchèrent souvent, pour leurs sarcophages et leurs
esquifs solaires, le bois du cèdre. Ils le firent venir du pays appelé
par les Egyptiens la terre des dieux, où se trouvait, en cette antique
Phénicie, Byblos, centre religieux célèbre à l'aurore des temps.
Là, en ce point situé entre la vallée du Nil et celle de l'Indus,
en un moment capital de l'histoire de l'humanité, l'homme prit
conscience de l'importance de l'arbre. Il s'aperçut qu'au lieu de
faire oeuvre négative en l'abattant, il pouvait, en procédant à des
plantations, créer et ajouter un ordre humain à l'ordre du monde.
De vieilles légendes, datant peut-être des dynasties thinites, qui
les connurent par les descendants des Atlantes, disaient que, lors
de l'assassinat d'Osiris par son frère Seth, son cercueil vint s'échouer
à Byblos. Là enveloppé dans un buisson, il se transforma en un arbre
extraordinaire. Le souverain de Byblos le fit couper, puis l'employa,
en guise de colonne, à soutenir le toit de son palais. Alors Isis, métamorphosée
en hirondelle, arriva, le reprit et le ramena en Egypte.
La tradition localisait en cette cité de Phénicie le mythe d'Aphrodite
et d'Adonis. Ainsi, les cultes d'Isis et d'Osiris, ou d'Aphrodite
et d'Adonis, évoquant la mort suivie de résurrection, se retrouvent
en ces mystiques amoureuses, nées d'une interprétation sensuelle
du cycle des saisons.
Byblos, qui fournit à l'Egypte son magnifique bois de cèdre, vécut
de ses forêts. L'arbre y inspira bien des légendes et constitue de
nos jours une des plus précieuses reliques du pays, devenu l'actuel
Liban. Le cèdre, emblème de la patrie, apparaît au centre du drapeau
libanais.
J'ai voulu revoir ces fameux arbres dont les ancêtres fournirent
à Salomon la charpente de son Temple et les poutres de son Palais.
Pour atteindre le bois sacré, j'ai suivi longtemps une route de montagne
à travers des rochers romanesques, des chemins en labyrinthe
menant vers des sommets, à la limite des neiges. Dans un creux,
parmi les plus hautes cimes, subsiste un petit nid de cèdres. Largement
espacés, leurs branches puissantes s'étalent à leur aise au centre
d'un plateau aérien.
J'ai recherché l'arbre sacré où, dit-on, Lamartine inscrivit son
nom. Certes de nombreux visiteurs le lurent autrefois, sur l'écorce
d'un cèdre vénérable. Ils déchiffraient en partie les noms de Lamartine,
Julia et Géramb. L'écrivain pourtant raconte lui-même, dans le
Voyage en Orient qu'il ne put, par suite de la neige, atteindre le
bois. Il l'aperçut seulement de loin. En réalité, le Père de Géramb,
venu quelques mois auparavant, traça dans le bois les trois noms
pour réserver une surprise au poète. Hélas ! peu de temps après,
Julia mourait. Lamartine n'aborda point les cèdres.
Une humble chapelle se dresse en ce sanctuaire forestier. Le
patriarche des Maronites la fit bâtir au milieu des arbres qu'il
appelait « Arz Er Rab) (Cèdres de Dieu).

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Tous les fidèles du culte de Maroun, qui descendent probablement
des anciens adorateurs d'Adonis, attachent une sorte de dévotion
pour le cèdre. Chaque année, leur patriarche, qui défend solennellement
de couper les arbres sacrés, préside, en cette chapelle,
une importante cérémonie.
Une vie mystique s'accroche, parmi les broussailles, à ces hauteurs.
On y représente, sur ce plateau, le Divin sous une forme
humaine, en apparence succombant à la mort, mais toujours le Dieu
ressuscite à l'ombre de l'arbre sacré.
En ce nid de forêt de cèdres du Liban règne une harmonie,
depuis les profondeurs des ravins jusqu'aux plus hautes cimes. De
haut en bas, de bas en haut, la vie monte et descend, répandant
avec mesure eau et lumière.
Des cimes, j'aperçois l'azur de la Méditerranée unissant trois
parties du monde, l'Europe, l'Asie, l'Afrique. Dans le murmure
incessant de ses vagues, on sent battre le coeur de l'humanité.
Platon, qui aborda sur beaucoup de ses rivages, connut l'acacia
et finit ses jours à l'ombre de l'olivier sacré, symbole de la fécondité
de la victoire.
Un des membres d'honneur d'Atlantis, l'académicien Claude
Farrère, m'enseigna autrefois la vertu d'un pèlerinage qu'il accomplissait
tous les ans sur l'Acropole et autour des jardins d'Akademos.
Assis à ses côtés, près du Parthénon, je l'écoutais, au soleil couchant,
évoquant l'Atlantide et l'olivier sacré. En ces fins de journée passées
au sommet de l'Acropole, je retrouvais auprès de lui la trace de tout
ce que j'avais appris de grand, compris de sage, imaginé de beau.
J'ai depuis, lors de chaque voyage en Grèce, retrouvé l'enchantement
de cette terre des dieux, du sol tout blanc de lumière, de
cette magie du pays où vécut Platon.

Descends à l'Académie. Sous les oliviers sacrés tu prendras ta course, couronné d'un léger roseau, accompagné d'un ami de ton âge fleurant le smilax, l'insouciance et les chatons du peuplier ; tu jouiras de la saison printanière, du temps où le platane chuchote avec l'orme (Aristophane, Les nuées).
J'ai revu les arbres précieux : ce smilax aux feuilles luisantes,
développant ses tortueuses vrilles, le platane murmurant sous le
vent et l'olivier qui penche ses feuilles vertes, et fleurit au printemps
comme un jasmin.
J'ai gravi, pour y passer les dernières heures du jour, les sentiers
menant à l'Acropole ou à l'un de ces sommets qui l'avoisinent :
collines des Muses, Aréopage, Pnyx, colline des Nymphes, promenant
mon regard sur ces paysages révélateurs.
J'ai retrouvé ces roches rugueuses, d'où l'on découvre Athènes,
en ces lieux évocateurs de tant de tragiques légendes, où vint jadis
Poséidon, Dieu de l'Atlantide.
J'ai poursuivi ma route à l'ombre de ces oliviers, où les cigales
mènent parfois leur bruit de tambour sacré.

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Puis, descendant des collines, je retrouvais la merveille de l'union
de l'arbre et de la fleur : narcisses odorants, bouquets d'or et de
pourpre du safran environnaient l'olivier aux luisantes feuilles vertes,
sans cesse renaissant, qui régnait sur le peuple des plantes, comme
autrefois Thésée sur les villes des hommes.

Sophocle a chanté sa patrie dans ces vers D'Oedipe à Colone : Il est un arbre dont je n'entends pas dire qu'il ait germé son pareil, soit en terre d'Asie, soit dans la grande île dorienne de Pelops : arbre invaincu, arbre qui renaît de lui-même, terreur des lances de l'ennemi ; il croît surtout en ce pays : c'est l'olivier aux feuilles pâles, nourricier des enfants. Les chefs ennemis, jeunes ou vieux, ne le détruiront jamais, car l'oeil toujours ouvert de Zeus Morios veille sur lui et Athena aux yeux brillants. J'ai à rappeler une autre gloire, la plus belle de notre patrie, un dieu nous l'a donnée : elle fait l'orgueil suprême de ce pays, la vigueur de ses chevaux, leur race auguste, sa puissance sur la mer. O fils de Cronos, car c'est toi qui as élevé Athènes à ce degré de gloire, roi Poséidon, tu as inventé pour les chevaux en cette contrée première à s'en servir, le frein qui les dompte. Et c'est merveille de voir comme la rame agile adaptée aux mains des matelots, bondit sur la mer, rivale des innombrables Néréides.
Il faut quitter les oasis de verdure pour retrouver, dans les
jardins d'Akademos, les lieux où Platon enseigna.
L'aspect moderne déçoit : tout a certes bien changé. Pourtant,
la promenade que j'accomplis autrefois et que je tente encore, Cicéron
la fit avec son frère Pison. Il voulait goûter la solitude enchantée
de cette Académie où Platon allait conversant avec ses disciples.
Je songe à cet enclos qui lui appartenait, où s'élevait un autel
dédié aux Muses. On y lisait l'inscription célèbre : « Que nul n'entre
ici, s'il n'est géomètre. » Dans ces rues du Céramique, en dépit
de certains aspects modernes, comment ne pas évoquer Platon. Il
a pu y rencontrer Sophocle vieillissant et plus tard Socrate. Sous
les ombrages de ces parcs, il se préparait à la méditation philosophique.
Je cherche en vain des indices, près du Bois sacré, de ce
qui fut son sanctuaire spirituel.
L'Académie devint son refuge, au sein d'une démocratie se dégradant
peu à peu. Les moeurs s'avilissent alors que Platon, en ces jardins
d'Akadémos, commence ses Dialogues, monuments disposés sur une
Acropole spirituelle. Dans son esprit s'impose l'idée de l'ordre. Il
entrevoit l'idéale cité future, avec un ordre s'appliquant aux actes,
s'y manifestant sous sa forme sociale : la justice apportant le bonheur,
maîtrisant les passions, faisant régner la vertu.
C'est en évoquant l'Atlantide, dans le Timée, qu'il achève sa vie
et qu'il résume sa magnifique expérience. Il va composer son testament,
le Critias, où il veut donner encore plus de précisions sur la
terre des Atlantes. Mais les Parques firent sans doute tomber le
volume de ses mains mourantes. Son récit demeure inachevé.

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pict

+@

pict

+@

Ses disciples célèbrent pieusement les fêtes de sa naissance et
de sa mort. L'Académie platonicienne de Florence reprit cette tradition,
observée de nos jours par les Amis d'Atlantis.
Aucun être humain n'a si constamment survécu dans la mémoire
des hommes. La voix de Platon, à travers les siècles, conserve son
accent et sa pureté. Elle inspire nos recherches atlantéennes.
J'y songe en écrivant ces lignes à l'ombre de l'arbre pareil à
celui qu'il affectionnait alors qu'il méditait, en ces jardins d'Akadémos,
sur l'Atlantide : l'olivier sacré.

Athènes, septembre 1968.
Henry BAC.




pict

Le Pilier « Djed » égyptien est une transposition allégorique de l'Arbre cosmique. Il est représenté de diverses façons, et
certains sarcophages le montrent surmonté de la coiffure
d'Osiris. Ici, Osiris est dans le pilier, et les deux yeux figurent
le dieu prisonnier qui attend sa résurrection. Le fût du
« Djed » est ceinturé de roseaux flottants surmontés d'un plumage :
double symbole de l'Eau et du Faucon solaire.
(Cf. l'article ci-après de F. DUPUY-PACHERAND.)
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La création et l'arbre cosmique
dans le symbolisme ancien

par F. DUPUY-PACHERAND.


pict ARMI d'autres, deux images importantes et complémentaires
ont été employées dans les temps
anciens pour symboliser la création : la première
est celle de l'Eau, et la seconde celle de l'Arbre.
Le premier concept est lié à l'évocation d'un
vide ténébreux, identifié avec un abîme sans fond
et une mer primordiale, l'Okéanos des Grecs.
Chez les Babyloniens, cette mer originelle est
dépeinte comme un infini d'eaux amères portant
le nom de Tîamat. Ce terme se retrouve plus tard, par analogie,
dans le mot hébreu Tehôm, qui se rapporte à l'état indifférencié
universel avant l'apparition de la lumière. Hésiode appelle cet état
premier « Chaos », et nous employons encore ce mot couramment
sans nous rappeler le sens particulier qu'il eut tout d'abord.
Chez les Egyptiens, on personnifiait les Eaux primordiales de
l'abîme infini par le Dieu Noun, dont l'hiéroglyphe représentait précisément
les lignes ondulées de l'eau. On racontait, près du Nil, que
lorsque Toum (ou Atoum), l'inconnaissable force créatrice, sortit
de son rêve précosmique, elle fit frémir le sein de l'espace de telle
sorte qu'un mouvement démesuré secoua les ondes du Noun. Partout,
l'énergie surabonda et l'abîme fut agité de frissons nouveaux... « Viens
à moi », pensa Toum, et sous l'effet de ce « Verbe-pensée » ce fut
comme si le coeur et la langue d'un roi avaient donné un ordre...
L'Univers, en un moment inappréciable, prit forme et s'organisa.
Nous disons un moment inappréciable, parce que pour l'énergie
de Toum la durée est sans valeur. La première création des astres
dura probablement pendant l'équivalent de myriades de siècles.
Qu'importe ! L'essence inconnue de Toum concevait le Cosmos et
ses lois... et c'était l'événement nécessaire et suffisant pour que cet
ensemble prît forme à partir du Noun...
Les étoiles brillèrent et s'individualisèrent au firmament. En ce
temps-là, Toum aussi « pensa et voulut le Soleil ». Les ondes de son
Verbe s'épandirent d'abord en orbes successifs, se concentrèrent
ensuite, et le disque énorme de Ré (ou Râ) emplit l'espace d'un

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torrent de vibrations et de lumière qui émergèrent du Noun. Elles
émanèrent de la nébuleuse primitive comme la fleur du Lotus sort
de l'eau, quand sonne l'heure de son épanouissement.
Ainsi, l'idée du Verbe créateur et l'image du dieu solaire assis
sur le Lotus sont typiques du symbolisme égyptien.
Puis, au milieu des marées de feu, un point privilégié se mit à
grandir. Comme sous l'effet d'une divine semence qui coule, se coagule,
se solidifie, et prend l'aspect d'une colline de sable, d'un terrain
surélevé apparaissant hors de l'océan du Notai, une Colline primordiale
surgit peu à peu ; dans cette Colline, la première roche prit
consistance (le « ben-ben » des hiéroglyphes, à la fois semence et
pierre).
Il reste d'ailleurs probable que, pour les prêtres égyptiens, cette
Colline n'était pas un amas minéral quelconque. Elle était en quelque
sorte le prototype dont les rythmes servaient à moduler secrètement
les temples importants et certaines pyramides (ceci est attesté
notamment pour le grand sanctuaire de Khonsou). La terre surgit
donc à la fois de l'eau et du feu, et la Colline primordiale fut tout
d'abord une terrible « Ile de Flammes »
C'est en cette période que Toum se manifesta sous une forme
nouvelle, celle de Ptah-ta-Djenen (Ptah - la -Terre- qui- émerge). Sa
force se confondit avec les eaux de la mer et la substance même
des rocs et des métaux, et de lui émanèrent les dieux locaux en
même temps qu'il modelait l'habitacle des hommes sur le module
prodigieux du Nombre d'or. Et celui-ci, souffle invisible du Démiurge
créateur, rythma graduellement les mesures astronomiques du Cosmos
solaire tout entier (1)...
La terre s'organisa, et l'esprit de Toum se complut à parfaire
son oeuvre. Il pensa longuement à cette demeure qu'il séparait du
ciel. Pourtant, des animaux naquirent, mais il n'y avait point
d'hommes.
Toum, dieu multiple, avait pris lui-même la forme de Ré (le
soleil), et il envoya son « oeil » (c'est-à-dire sa puissance, symbolisée
tantôt par un oeil et tantôt par le serpent solaire : l'uraeus) combattre
ses ennemis près de la terre. Mais « l'oeil » n'était point revenu,
et Ré envoya Shou et Tefnet (personnifications de l'espace organisé,
ces dieux « soutiennent » le ciel) et ces deux émissaires voulurent
contraindre l'oeil du soleil à reprendre sa place normale. Sur le
moment, celui-ci fut choqué et furieux qu'on soit venu le troubler


----------
1. Dans l'ensemble, j'ai traduit en langage moderne les idées que l'on peut tirer des principaux textes égyptiens connus. L'idée du Nombre d'or comme
rythme solaire n'est encore défendue que par des égyptologues non officiels
(de plus en plus nombreux d'ailleurs). Personnellement, j'en ai acquis maintes
preuves, en tenant compte des mesures astronomiques les plus contemporaines,
et ce n'est pas le moindre étonnement du chercheur que cette rencontre entre
le nombre sacré des Egyptiens et la science de notre temps...

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au cours de son voyage : des larmes coulèrent de l'Oeil sacré, et c'est
de ces larmes que naquirent les ancêtres des hommes (2)...
Et bien des siècles avaient dû s'écouler entre les premiers frémissements
du Noun et l'apparition de l'espèce humaine sur la terre
consolidée...

*
* *

Chez les Babyloniens, l'une des écoles sacerdotales attribuait
168 myriades d'années à la création du monde, et j'ai déjà signalé
(Atlantis, n° 142) que Moïse s'était contenté de réduire ce nombre
en le transposant en « heures » (7 jours de 24 heures font 168 heures...
et c'est toujours la durée de notre semaine contemporaine...).
Tîamat, l'abîme ténébreux des Eaux, était symbolisé à Babylone
par un effroyable dragon femelle. Cette hydre engendrait des légions
de monstres et déchaînait des tempêtes à travers les immensités.
Au milieu des ténèbres, des stries fulgurantes, ides lueurs gigantesques
sortaient de la gueule de Tîamat.
Mais la mère du Chaos fut vaincue par Mardouk, le roi des dieux,
parfois identifié au Soleil ; le corps du dragon fut séparé pour former
le ciel d'un côté, et la terre d'autre part. Ces légendes, et d'autres
analogues chez divers peuples, traduisent sous une forme poétique
et dramatique des idées qui sont vraiment bien plus proches qu'on
pourrait le croire des conceptions de l'astronomie moderne.
Que nous dit celle-ci ?
Des nuages diffus de gaz et de poussières spatiales, qui s'étendent
sur des milliards ou des trillions de lieues, composent à l'origine
la matrice des mondes : ce sont les petites et les grandes nébuleuses.
Elles sont probablement obscures au début de leur existence.
Puis des courants colossaux y prennent naissance sous l'empire de
forces mal identifiées ; des flux magnétiques de milliards d'électrons-
volts, des filaments lumineux, des phénomènes nucléaires encore mal
connus et de plus en plus complexes, parcourent et font frémir
chaque nébuleuse en gestation, qui se contracte lentement durant
des temps immenses. Ceci jusqu'au moment où les lois de la gravitation
isolent graduellement chaque astre, l'individualisent, en bref
« le séparent du ciel », c'est-à-dire de l'espace et des éléments nébuleux
qui l'environnent.
Appelons Tîamat (ou Noun) toute galaxie petite ou grande, appelons
« monstres » les phénomènes et les rayonnements mortels qui
naissent dans le flanc de Tîamat, appelons Mardouk (ou Toum) les
lois ordonnatrices qui régularisent à la longue les créations du
Cosmos, et nous voici singulièrement rapprochés des « légendes »
de Babylone ou d'Héliopolis. Et comme, pour l'humanité, la Terre


----------
2. On notera la discrétion du thème égyptien sur l'apparition de l'espèce humaine. Les larmes représentent l'eau, et l'oeil représentant les énergies solaires
les plus mystérieuses. Une fois encore un thème mythique se rencontre avec
certaines théories modernes sur la naissance de la Vie.

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est la demeure par excellence, on conçoit que ce soit la séparation
de la Terre et du Ciel (c'est-à-dire du globe terrestre et de la galaxie
pré-solaire) qui forme le fond d'un mythe destiné aux hommes.
Deux tendances, toutefois, séparent les conceptions anciennes
de celles qui ont cours en notre temps. La science d'aujourd'hui
s'efforce quasi systématiquement de nier que l'intelligence préside
à la formation du monde, alors que nous venons de souligner avec
quelle prodigieuse vigueur les Anciens ont affirmé le rôle fondamental
d'un « esprit cosmique » (primordial mais inconnaissable)
dans toutes les possibilités que nous révèlent l'Univers organisé...
L'esprit scientifique contemporain peut faire douter des hommes ;
il n'en reste pas moins rigoureusement incapable de démontrer que
le hasard est, à lui seul, une explication satisfaisante des complexités
géniales qui se révèlent à chaque instant aux yeux et à l'esprit des
chercheurs sans préjugés... quand ils examinent les énergies extraordinaires
qui les entourent dans tous les domaines.
Ce qui choque ensuite nos rationalistes c'est l'image de l'Eau
originelle. Ces pauvres anciens, naïfs et ignares (nous dit-on), remplaçaient
le « gaz » universel de nos modernes théoriciens par de
l'eau.
Erreur impardonnable ! Et ceci vaut qu'on s'y arrête quelque
peu. Rappelons une fois de plus qu'il faut distinguer l'aspect exotérique
des mythes antiques, destinés à des populations restées incultes
dans leur ensemble, et les enseignements distribués aux élites restreintes
qui composaient jadis les hautes hiérarchies religieuses.
Or, il est d'abord singulier de constater que le gaz universel et
fondamental de nos actuels théoriciens est l'hydrogène (le gaz « qui
produit l'Eau »). Simple hasard, nous dira-t-on ; l'hydrogène ne fut-il
pas découvert par Cavendish en 1781 ? Car c'est toujours ainsi qu'on
enseigne désormais l'histoire des sciences : il doit rester entendu
que le savoir humain est vieux de quelques siècles tout au plus.
Mais pourtant Berthelot, le chimiste célèbre, avait eu la curiosité à
la fin du siècle dernier de faire des recherches sur les grimoires
anciens, et il eut la surprise de découvrir que les plus vieux alchimistes
dont nous connaissons encore quelques écrits, ceux d'Alexandrie,
savaient décomposer l'eau en hydrogène et oxygène...
Berthelot eut l'honnêteté de consigner cette trouvaille, mais bien
entendu nos universitaires l'ignorent sans doute. Et la connaîtraient-
ils qu'on peut se demander s'ils oseraient en faire état dans leur
enseignement ?
Pour en revenir à l'eau, n'est-elle pas incolore, inodore, capable
de revêtir tous les aspects : tour à tour invisible vapeur, brouillard
léger, liquide parfait, glace amorphe ou neige cristallisée ! N'est-elle
pas capable enfin de représenter toutes les formes virtuelles du
monde, puisqu'elle épouse toutes les formes des récipients possibles...
et ceci nous remet en mémoire que c'était dans un vase en
forme de coeur (le coeur universel), et surmonté d'une croix, que l'on
recueillait l'eau du Nil pendant les fêtes d'Osiris. Ainsi donc, l'eau

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concrétise (et ceci par des images accessibles à toutes les intelligences)
les propriétés symboliques d'un « Noun » originel, incolore,
inodore, et qui peut générer et revêtir toutes les formes matérielles
imaginables. C'est là, croyons-nous, ce qui explique le mythe de
« l'Eau primordiale ». Il ne s'agissait pas de spécifier un corps
matériel défini, mais de rendre sensible par un symbole aux yeux
des ignorants un des dogmes les plus anciens retrouvé depuis peu :
celui de l'unité de la Matière et de l'Energie dans les espaces pré-
cosmiques.
D'où cette idée extraordinaire jaillit-elle cependant, sinon des
mythes multi-millénaires, et des allégories d'une Alchimie dont les
origines se perdent dans les brouillards de la proto-histoire ?
Et comment l'intelligence des hommes fut-elle aiguillée vers de
telles connaissances dès que les premières civilisations se constituèrent ?

*
* *

Si Tîamat, Noun, Tehôm, Okéanos, représentaient l'énergie non
organisée des éléments du monde solaire, d'autres images devaient
symboliser notre Univers après sa construction. Nous connaissons
déjà celle du Serpent roulé en cercle, l'Ouroboros, dont la spire
rappelle les cycles qui forment les engrenages perpétuels du monde
visible (ou invisible) dans le Temps et l'Espace.
Mais le Serpent c'est l'Univers en action, l'Univers dynamique.
Sous un aspect plus statique d'autres images furent utilisées, destinées
à dépeindre l'équilibre du Cosmos. Citons parmi ces figures
allégoriques : l'Arbre et le Pilier, la Colonne, la Montagne, la Colline,
la Pyramide enfin, avec ou sans gradins.
A l'égard de ces symboles, certains archéologues révèlent un
curieux manque de compréhension. Confondant, pêle-mêle, les légendes
des populations les moins développées avec celles des élites
anciennes raffinées, il ne leur vient pas à l'idée que l'Arbre (pour
parler de lui surtout) ne saurait être l'image puérile d'un axe végétal
qui servirait de pivot réel à notre monde. Et, parfois, on lit pourtant
de telles sottises.
L'Arbre reste, au contraire, un magnifique symbole de l'Univers
créé, tout comme l'Eau demeure celui de la matière unique et première
qui servit à l'édification multiforme de la création. Par son
fût vertical, et par les branches qui se ramifient de plus en plus
finement dans toutes les directions, l'arbre condense en une seule
image toutes les possibilités géométriques de l'espace.
Il est à la fois « le Pivot » et « l'Expansion », c'est-à-dire l'Axe
et la Sphère. Par ses racines, qui plongent dans l'humus, il aspire
les éléments de la matière la plus dense ; par ses feuilles, ses fleurs,
ses fruits, il est par contre solidaire des rayonnements de la Lumière,
des forces les plus impondérables du monde solaire. Le réseau de
plus en plus ténu du tronc et des branches s'apparente au dessin

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d'un système nerveux ou sanguin ; il évoque une hiérarchie organique,
il montre un mouvement secret de flux et de reflux, celui de
la sève, qui s'exprime dans des formes apparemment figées.
Statique et dynamique à la fois, pivot et sphère, lié à toutes les
énergies, des plus vulgaires aux plus subtiles, soudé encore aux
cycles des saisons, l'Arbre est donc bien une allégorie quasi parfaite
d'un monde intelligemment structuré. Enfin, le végétal a besoin de
l'Eau pour naître et s'épanouir, et nous trouvons ici le point de
rencontre avec le symbolisme dont nous avons parlé précédemment.
A ces remarques générales, il faut ajouter celles qui touchent directement
notre condition humaine. L'arbre c'est l'ombrage et l'abri
bienfaisants, le bois qui permit longtemps de construire la maison
ou le bateau, c'est encore l'aliment du feu, protecteur des frimas, et,
pour certaines espèces tout au moins, c'est la production des fruits
qui désaltèrent et qui nourrissent agréablement en été. A quoi il
faut évidemment ajouter le symbolisme particulièrement évocateur
des légendes qui nous parlent des fruits de l'Arbre de Vie, ou de
ceux de l'Arbre de la science du Bien et du Mal...
Peut-on dès lors s'étonner que l'esprit pénétrant des anciens
Sages ait souvent choisi d'identifier la structure du Cosmos avec certaines
figures végétales ?
Pour les nordiques, c'était l'arbre Yggdrasil qui supportait la
voûte céleste.
Yggdrasil est un frêne, le meilleur des arbres. Certains poèmes
des « sagas » parlent également d'un frêne qui généra la race des
hommes, légende qui se répercute étrangement dans certains contes
de la mythologie hellénique, où des hommes naissent aussi des
arbres, et prennent pour compagnes les nymphes des frênes.
Quant à Yggdrasil, l'arbre Cosmique, il possède des branches
qui s'élèvent plus haut que le ciel, tandis que ses racines pénètrent
jusqu'au monde souterrain le plus inaccessible. Sur une de ses
branches est posé un aigle cependant que le serpent Nidhug ronge ses
racines (3).
Les Saxons appelaient l'arbre universel Irminsul, terme dans
lequel on a cru reconnaître le sens de « Colonne du ciel ».
On retrouve ailleurs des variantes dont on s'explique mal le
sens ; dans le Kalévala des peuples finnois c'est un chêne qui symbolise
le végétal cosmique. Il naquit du gland planté par le héros
et magicien Waïnamoïnen. Mais l'arbre envahit l'espace, et son feuillage
cache le soleil et la lune à la Terre qui gémit dans l'ombre.
Un esprit des eaux se transforme enfin en géant, et il abat l'arbre
immense qui ébranle le monde dans sa chute.


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3. L'aigle est allégoriquement lié à l'air et au feu (la foudre), et le serpent parait ici représenter la terre et l'eau : ce sont les symboles des quatre éléments.
Si le serpent Nidhug ronge les racines, c'est que rien, dans le monde matériel,
n'est stable ni durable. Ce monde à la longue doit périr et l'on sait que le loup
géant Fenrir (comme Nidhug) représentait pour les peuples du Nord les forces
obscures qui mettront fin au Cosmos actuel dans les temps futurs.

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Il semble difficile d'interpréter ce mythe, qu'on pourrait peut-
être rapprocher d'un passage des Vêdas qui raconte que le soleil
s'était caché et que les « rishis » antiques (à la fois sages et magiciens)
surent le faire revenir après une longue période d'obscurité.
S'agit-il du rappel d'une catastrophe préhistorique ? Par exemple
d'un phénomène accompagnant une des inexplicables périodes glaciaires
révélées par la géologie ?
Dans l'Inde, l'Univers est l'Arbre de Brahman. C'est un figuier
gigantesque, un Açvattha (que l'Occident appelle d'ailleurs Ficus
religiosus).
Ici, ce sont les racines qui plongent dans les sphères célestes,
tandis que les mondes créés reposent sur les branches qui retombent.
L'image des racines inversées semble transparente : le mot
racine est pris dans le sens de « ce qui donne naissance au monde » ;
il représente les forces subtiles de la divinité par opposition avec la
matière condensée du monde terrestre et des astres en général. Chez
les Peaux-Rouges, on trouve également la légende d'un arbre du
monde, et quelques auteurs grecs ont parlé d'un « Chêne ailé » sur
lequel Zeus déploie le ciel comme on déroule une tente. Le chêne, symbole
cosmique, est également l'arbre sacré des druides, et le même
arbre était à Dodone consacré à Apollon.
Chez les Sumériens, Enlil, le grand dieu de l'air et du Souffle
créateur (qui préfigure le Jupiter latin, par quelques côtés) supplanta
à la longue le dieu An, le ciel primordial. Or, Enlil habite dans sa
grande maison, l'Ekur, qui est dépeinte à la fois comme une montagne
et comme l'ombrage d'un arbre.
Ici les allégories se mêlent inextricablement : la montagne est
aussi un ombrage bienfaisant, elle est colonne minérale et végétale,
et le dieu lui-même est appelé parfois « le grand Mont (4) ».
Près du Nil, Osiris est lié tour à tour à l'Arbre, au Pilier, et à
la Colline de la résurrection (dont le symbolisme s'apparente à celui
de la Colline primordiale, dont nous avons parlé au début de cet
article).
Quand Osiris est tué, et dépecé en quatorze morceaux par son
frère Seth-Typhon (quand la Nature, en bref, s'élance pour ses cycles
indéfinis d'involution et d'évolution) Isis retrouve les principaux
lambeaux du corps de son époux mystérieusement rassemblés dans
le fût d'un arbre sacré de Byblos : un Sycomore.
Et c'est de cette étrange prison végétale qu'elle tirera Osiris
pour le ressusciter, aidée magiquement par Horus, son fils, celui
dont les yeux sont le Soleil et la Lune.
D'autres fois, ce n'est plus dans un arbre, c'est dans le mystérieux
« Pilier Djed » que les stèles nous montrent Osiris prisonnier,
attendant sa résurrection.


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4. Textes cités par Noah Kramer dans L'histoire commence à Sumer (édit. Arthaud).

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Ce pilier massif représente quatre chapiteaux superposés
au-dessus d'une colonne unique, comme pour proposer un effet de
perspective allégorique ; ce pilier est en outre ceinturé souvent par
des dentelures qui évoquent un plumage, ainsi que par des roseaux
qui pendent verticalement. Issu de l'Eau primordiale (les roseaux y
font penser), le Pilier Djed est en jonction également avec les forces
de la lumière symbolisées par les plumes du faucon solaire. Le
prisonnier du pilier, Osiris, n'est indiqué que par deux yeux peints
sur un des chapiteaux. C'est l'une des figures conventionnelles de
l'Egypte qui ont suscité les commentaires les plus nombreux et les
plus contradictoires. Il est clair en tout cas que le Pilier peut ici
se substituer à l'Arbre, et il semble possible de voir dans le Djed le
rappel des quatre éléments qui soutiennent le monde créé, en même
temps qu'une évocation de l'impermanence cyclique des forces de
ce monde (mort et résurrection d'Osiris).
En conclusion de cette rapide étude, revenons à la question
essentielle : le monde est-il le fruit d'une énergie intelligente ? Ou
bien n'est-il que la résultante de forces aveugles ?
Tous les hommes les plus réfléchis ou les plus inspirés des vieilles
civilisations paraissent avoir répondu par la croyance en la primauté
d'une intelligence infiniment supérieure à celle de notre espèce, et
qui serait éventuellement capable d'engendrer d'autres intelligences,
par hiérarchies décroissantes. Au-delà des dogmes et des credo temporaires
rien n'infirme définitivement cette conception, qu'elle représente
une foi, ou qu'elle s'inscrive comme une hypothèse.
A mesure que notre science actuelle ouvre une porte, cent portes,
elle en découvre cent mille autres dont l'ouverture reste inaccessible
à l'entendement des mauvais serruriers humains.
Nous savons calculer et utiliser les forces nucléaires enfermées
jadis dans la matière... mais ce qu'elles sont, nous l'ignorons.
Ainsi également de la gravitation et de l'électricité ! Notre médecine
et notre chirurgie sont purement empiriques, et perpétuellement
remplies de tâtonnements incertains. L'Univers, en se jouant, paraît
ridiculiser notre prétention de percer les grands secrets de l'Arbre
cosmique, et de comprendre le mystère des forces qui nous dominent
et nous ont engendrés. Seuls les dieux sont habilités à pénétrer
dans l'envers métaphysique du Monde. Et plusieurs traditions
anciennes le disent ou le suggèrent.
F. DUPUY-PACHERAND.

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L'Arbre de la Science du Bien et du Mal

par Robert HOLLIER.


pict N ces temps d'avions supersoniques, de course à la
lune, de microscopes électroniques et de fission
de l'atome, il apparaît à l'homme occidental,
nourri de science analytique et positiviste, tout
à fait impossible d'apporter une crédibilité quelconque
aux récits fabuleux que constituent les
premiers chapitres de la Genèse.
Et ce n'est pas un des moindres drames de la
« Foi métaphysique » de l'Occident, que de se
voir obligée de continuer à propager ainsi des contes d'une puérilité
désarmante, parfaitement incompréhensibles, et apparaissant, de surcroît,
et souventes fois, comme contradictoires...
Aussi, est-ce vers un « agnosticisme de fait » que, par « réactions
en chaîne intellectuelles » glisse à une cadence accélérée la pensée
occidentale. De plus en plus rares sont ceux qui ont la possibilité
intellectuelle de dire comme saint Augustin : « Je ne croirais pas,
si ma foi ne me faisait accepter l'autorité de l'Eglise », aussi crie-t-il :
« Seigneur ! Seigneur ! Tu n'as pas voulu pour rien, tant de fourrés
mystérieux aux pages de ton écriture. » Et de clamer enfin : « Seigneur,
ôte-moi leurs voiles »

*
* *

C'est qu'en effet, et c'est là la première constatation qui s'impose,
c'est, qu'en effet, les écritures sacrées -- et singulièrement la Genèse
-- sont parsemées d'allégories où, de surcroît, ont été cachées de
hautes vérités intellectuelles et spirituelles.
« Je ne vous donne à boire que du lait, et non de la nourriture
robuste, écrira saint Paul, car vous êtes incapables de l'absorber. »
L'apôtre n'affirmera-t-il pas également « qu'un voile a été jeté par
Moïse sur l'Ancien Testament » ?
L'Aréopagite ne déclarera-t-il pas « qu'il y a deux théologies, l'une
courante, l'autre mystérieuse et cachée » ?
Et saint Irénée n'écrira-t-il pas « qu'il y a dans le christianisme
des mystères trop élevées pour être révélés à la foule, et qui ne
doivent l'être qu'aux parfaits » ? et saint Jérôme, enfin, ce géant de la

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@

théologie, cet hébraïsant de haute valeur, dans son prologue sur le
Pentateuque, n'a-t-il pas écrit :

Ubicum que sacratum aliquid scriptura testatur de Patre et Filio et Spirito sancto, aut aliter interpretatis sunt, aut omnimo tacuerunt, et regis satisfecerunt, et arcanum fidei non vulgarunt.
Ce qui, me semble-t-il, se peut traduire :

Et la où les écritures témoignent du sacré, relativement au Père, au Fils et au Saint-Esprit, ou ils les interprétèrent autrement, ou ils les passèrent totalement sous silence, satisfaisant ainsi le Roi et ne dévoilant pas les Arcanes.
Que dire de plus qui ne permette d'affirmer que les Septante et
la Vulgate ne nous révèlent que le sens exotérique, le sens courant,
à la portée de tous, de l'enseignement traditionnel et ne laissent
pas transparaître l'interprétation exhaustive que nous appellerons
métaphysique ou plus encore « ésotérique » ?
Le nombre est grand de ceux qui ont cherché à percer le sens
caché de certains passages mystérieux du texte de la « Genèse moïsiaque »
et, plus particulièrement, de la cosmogonie et de la création.
Aussi se sont-ils efforcés de décrypter la langue hébraïque.
Léonard de Vinci disait d'elle : « Je ne parlerai pas des lettres
couronnées car elles enseignent la Suprême Vérité. »
Dans le Banquet de Dante, cette oeuvre de vieillesse inachevée,
qui comme son homologue le Banquet de Platon est une manière
de « Somme philosophique », il est affirmé que « les écritures sacrées
comportent quatre sens ».
Dans les temps modernes, on voit Hegel, le philosophe allemand
déclarer : « Ce qui a été révélé comme mystère et qui reste
un mystère pour la pensée formelle doit être révélé à la pensée
libérée qui affirme vouloir se réconcilier avec le contenu du réel,
mais en lui donnant une forme digne d'elle », et un autre philosophe
allemand, Kannes, écrivait que « la langue hébraïque était la langue
de l'esprit parce qu'un même mot exprimait plusieurs choses apparemment
différentes, mais qui, en réalité, étaient liées par une étroite
parenté ».
Parlerais-je enfin de Claude de Saint-Martin, le philosophe
inconnu, qui déclarait que, dans la Genèse, il y avait deux sens :
« un sens ouvert et un sens caché » ?
Mais trois noms s'inscrivent surtout dans cette « quête » du
sens profond, exhaustif et spiritualisé du « Sepher Bereshit ». Fabre
d'Olivet d'abord, dont « La langue hébraïque restituée » reste le livre
de chevet de tous ceux qui ont cherché à décrypter le texte sacré ;
puis Saint Yves d'Alveydre, son disciple, qui, dans ses nombreux

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@

livres (Missions, Archéomètre, etc.), s'est essayé à son tour à saisir
le sens profond des textes moïsiaques.
Mais il appartenait au disciple de Saint Yves d'Alveydre, le
Dr Chauvet, modeste praticien de Nantes, décédé il y a quelque vingt-
cinq ans, de parvenir à décrypter de façon satisfaisante pour l'esprit
(nous dirons presque rationnelle) les textes si obscurs parfois du
« Sepher Bereshit ».
Cinquante ans de travail, pris sur les loisirs que lui laissait, le
jour, le dur exercice de sa profession, ou prélevé, la nuit, sur ses
heures de sommeil, cinquante ans de labeur, et la pratique de cinq
ou six langues anciennes (sanscrit, hébreu, grec, syriochaldéen, etc.) !
Que n'ai-je pu connaître plus longuement ce confrère rayonnant
d'intelligence et de coeur !
C'est en se référant à ses trois gros volumes, L'Esotérisme de la
Genèse, après les avoir lus et relus, confronté les idées métaphysiques,
mais aussi les conceptions métapsychiques et métaphysiologiques
qui s'y trouvent incluses, avec les phénomènes dits médiumniques
et surtout les phénomènes paranormaux liés aux ascèses tant
orientales qu'occidentales, que je crois avoir compris le sens réel
du « Sepher Bereshit ».
Pour en revenir au sujet précis qui est le nôtre : l'arbre de la
Science du Bien et du Mal, il est donc nécessaire d'admettre d'abord
qu'il y a dans les écrits hébraïques un sens ouvert et un sens caché,
le premier étant le sens vulgaire, courant, souvent quelque peu
puéril, l'autre étant de sens spirituel, hautement métaphysique.
Par bien des côtés, l'étude des faits dits métapsychiques, l'étude
des phénomènes physiques liés aux ascèses viennent confirmer nombre
d'affirmations contenues dans les écrits moïsiaques, si l'on veut bien
les comprendre dans leur sens transcendant.

*
* *

Cette première hypothèse étant admise, il nous faut aussi, comme
le pensait et l'a écrit Jacob Boehme dans son « Mysterium Magnum »,
et comme l'ont plus ou moins clairement laissé entrevoir les apôtres
et nombre de pères de l'Eglise, il faut admettre que l'Adam primordial
n'était pas un être matérialisé et que le Péché originel, de ce
fait, a été commis dans un autre monde, comme l'a écrit Jacob
Boehme.
Par « autre monde » nous entendons un monde d'essence, et de
« nature autre », inaccessible à nos organes sensoriels et intellectuels
et que, seul, nous pouvons appréhender par notre intuition,
notre gnosis, ou mieux notre « epignosis ».
Ces deux points posés : double ou triple sens des écrits moïsiaques,
immatérialité de l'Adam primordial, il va de soi que le
récit relatif au Paradis terrestre, à ses fleurs, à ses arbres, à ses
animaux, est purement symbolique, et cache, masque, une, ou des

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@

vérités métaphysiques. Il est impossible d'accepter la version littérale
avec ce jardin où gambadent les animaux -- lesquels ?? nous n'en
connaissons que le serpent -- où croissent des arbres fruitiers et
aussi des arbres étranges : « l'arbre de vie » et « l'arbre de la science
du bien et du mal ».
Ce jardin, où Yahweh converse avec Adam et où celui-ci parle
au serpent qui lui-même parle à Eve et à Yahweh, ce jardin arrosé
par quatre fleuves, etc., tout ce conte puéril, toute cette fabulation
quelque peu ahurissante, ne cache-t-il pas des vérités métaphysiques
de la plus haute spiritualité ?
C'est ce que pensait notre confrère le Dr Chauvet, et ce que, par
un travail écrasant pendant plus de cinquante ans, il est arrivé, plus
pertinemment que ne l'avaient fait ses prédécesseurs : Lacour et
Fabre d'Olivet, à établir. Et dès lors tout s'éclaire, intellectuellement,
spirituellement, métaphysiquement.
Le jardin d'Eden, le « Gan-bi-gheden », n'est pas un jardin matériel,
mais un « état énergétique harmonieux », c'est le principe efficient
d'une substance intermédiaire entre la « Terre divine » et la
« Terre organique et temporelle ».
Le sanscrit parlera du « Mont des Béatitudes » qui a nom Paradeca
(d'où la Paradosis) -- et, d'autre part, de la « terre physique ».
A cette « Terre intermédiaire », à cette « Terre substantielle
mais non matérielle », correspond l'être qualifié d'« Adamalh » en
hébreu, « corps glorieux » des métaphysiques occidentales, corps
éthéré de l'Hindouisme ; c'est la « substance de vie » immatérielle
ou plutôt submatérielle.
Quant aux quatre fleuves du Gan-bi-gheden et qui prennent leur
source dans le Nahar, symbole du « Verbe Principe », ils ne sont que
les manifestations diversifiées de ce « Verbe Principe ».
Leur eau n'est pas matérielle, c'est celle dont Jésus parla à la
Samaritaine...
Le fleuve « PHISHON » est la « nature naturante », l'Agni des
Brahmanistes, le reflet du Verbe. Il est comparé à l'or et à la « pierre
cubique » sinon à la pierre philosophale...
« CHICHON », c'est le flux énergique générateur de la vie existentielle,
celui qui a dispensé « l'énergie-chaleur-vivifiante ».
« CHIDEQUEL », c'est la manifestation énergétique diffusante et
réalisante.
Et enfin, « PHERATH » est le principe générateur, l'énergie de
fécondation.
De toutes les « substances principes » originelles, il était permis
à Adam de se servir, de les assimiler, lui permettant même la possibilité
pour lui de matérialiser - si besoin était s'entend - son corps
glorieux et ce pour remplir son rôle d'organisateur et de curateur
du monde matériel.
Mais défense expresse lui avait été faite de chercher à assimiler
l'énergie de l'arbre du bien et du mal, celui de la connaissance, celui

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@

du « savoir absolu », car, ce faisant, puisant dans ces énergies, les
unes bonnes, mais les autres mauvaises, les unes harmonieuses, mais
les autres discordantes, il lui était possible de s'agréger ou de tomber
sous la domination d'entités d'ordre hiérarchique inférieures à lui.
Ceux des lecteurs de la revue qui ont quelque peu travaillé le
problème des risques courus lors de l'ascétisme ou du spiritisme,
comprendront la réalité de l'affirmation qui précède.
Mis en contact avec des entités d'ordre hiérarchique inférieures
à lui, quittant le domaine de la connaissance intuitive totale, pour
le savoir discursif, il risquait de tomber sous la dépendance de ces
forces maléfiques hiérarchiquement inférieures à lui.
Il changeait alors d'état, et sa matérialisation, réversible qu'elle
était, devenait irréversible. Il devenait l'esclave des lois de la matière
(je dirais du 2e principe de Carnot-Clausius, de l'entropie), il était
condamné à la mort.
L'« orgueil », la « volonté de Puissance » qualifiés du terme global
de « concupiscence » intellectuelle d'abord, charnelle ensuite, a déterminé
la « mutation matérialisante d'Adam ».
Au « corps subtil », au « corps glorieux », s'est surajouté cette
enveloppe matérielle, ce « corps lourd, pesant, terreux et VISIBLE »
dont nous parle Platon. Chassé du Gan-bi-Gheden, Adam, « couvert
par Yahweh d'habit de peau », est devenu « l'Homo Sapiens »...
sapiens... et mortel...
Robert HOLLIER.



pict

L'Arbre de la Science du Bien et du Mal. (Gravure allemande du XVIe siècle.)
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L'Arbre hermétique

par Eugène CANSELIET.


pict RENTE-QUATRE années auront très bientôt passé,
depuis le numéro 56 d'Atlantis, dans lequel nous
traitâmes le même sujet, brièvement en vérité, car
déjà la revue n'était pas riche matériellement.
C'est pourquoi la place manquait le plus souvent,
qui restait néanmoins suffisante, afin que s'y offrît,
toujours en abondance, l'enseignement traditionnel
et précieux.
Depuis quelque dix ans, l'arbre d'Atlantis s'est
considérablement développé, dans le climat, intellectuel et propice,
qui, par bonheur, semble s'être installé, au fur et à mesure que se
dégradait celui de la nature et que disparaissait le rythme d'harmonie
des indispensables saisons. Mais là ne réside pas seulement le facteur
de progression spirituelle et temporelle, de sorte que s'il fallait
que fût illustré l'aphorisme qui veut que, parfois, le disciple surpasse
son maître, on trouverait un exemple frappant dans la dualité Jacques
d'Arès et Paul Le Cour.
Nous ne cherchons pas spécialement à établir un parallèle,
mais l'essence universelle de l'alchimie se manifeste, ici, dans la
projection de la phase opérative sur le tableau ou, si on le préfère,
sur l'écran du premier règne, pour sa transmutation au niveau de
l'humain. Voyons donc, quant à la filiation philosophique, ce que
nous dit, en sa soixante-quatrième sentence, un autre exemplaire de
la Tourbe des Philosophes, dont nous comptons bien un jour
remettre la traduction à un bon éditeur :

Prends cet arbre, et construits-lui une maison ronde, ténébreuse et entourée de rosée, et mets en elle le vieil homme chargé d'ans ; ferme la maison, que le vent et la poussière n'entrent pas chez eux, et laisse-les dans cette maison pendant cent quatre-vingt-dix-jours. Je vous dis donc, en vérité, que ce vieillard ne cesse de manger du fruit de cet arbre, jusqu'à ce qu'il rajeunisse. O combien merveilleux est cet arbre qui, par ses fruits, fait passer l'âme dans un corps juvénile, et transforme le père en son fils.
Voici, maintenant, le latin qu'un bon élève de sixième, en l'an
de grâce 1911 -- une seule difficulté mise à part -- aurait traduit

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@

à vue de nez. Quelques rescapés des humanités défuntes pourront
aussi juger de la plasticité de notre idiome, à l'égard de la langue
qu'illustra Virgile Maro :

Accipe arborem illam, & aedifica sibi domum rotundam & tenebrosam, & rore circundatam, & pone in eam veterem hominem centum annorum, & claude domum, ne ventus aut pulvis intret ad eos, & dimitte eos in domo illa centum & nonaginta diebus. Dico ego vobis in veritate, quod senex ille non cessat comedere de fructu arboris illius, donec juvenescat. 0 quàm mirifica est arbor illa, quae suis fructibus animam in corpus juvenile transfundit, & patrem in filium convertit (Turbae Philosophorum alterum exemplar. Sententia LXIV).
Hélas ! On est bien loin, à l'époque présente, des études classiques,
littéraires et philosophiques, qu'illuminaient les deux langues
anciennes, latine et grecque, et qu'exprimait, au pluriel, le vocable
humanités. Si celui-ci, au singulier, désigne l'ensemble de tous les
hommes sur la terre, il exprime aussi cet amour dont participent
la bonté et la pitié. De là, assurément, découlent les tendances intellectuelles
et morales, vers le développement des vertus et des qualités
qui constituent l'essence même de l'homme et qui concourent
au respect de sa totale condition.
Spécialement, ne serait-il pas mauvais que ces même humanités
lestassent, d'un tout petit peu de plomb, la tête des hommes qui ont
franchi les limites autorisées de la physique et de la chimie.
Quoique, de son côté, notre bon ami Jean Phaure disserte, avec
sagesse, du végétal paradisiaque, il nous faut bien revenir, en ce
lieu, à l'arbre de la genèse biblique, duquel on veut, à l'ordinaire,
qu'il se rapporte platement au coït initial d'Adam et Eve. Ceux-ci,
jusque-là, « étaient nus l'un et l'autre et n'en rougissaient pas »
(erant uterque nudus, & non erubescebant. En tout cas, à peine l'acte
fut-il consommé et la faute commise, que « les yeux de tous deux
s'ouvrirent, et lorsqu'ils connurent qu'ils étaient nus, ils s'accoutumèrent
à la feuille de figuier et se firent des ceintures » (aperti sunt
oculi amborum, cùmque cognovissent se esse nudos, consuerunt
folia ficûs, & fecerunt sibi perizomata).
Le Seigneur Dieu se montra inflexible envers la femme qu'il
punit particulièrement dans sa chair :

Je multiplierai tes fatigues et tes grossesses ; tu accoucheras de tes enfants dans la douleur, tu seras sous le pouvoir de l'homme, et il te dominera (Multiplicabo aerumnas tuas, & conceptus tuos ; in dolore paries filios, & sub viri potestate eris, & ipse dominabitur tui.
Il est logique de penser que, subissant ainsi la défaveur de Dieu,
Eve ressentit un grand mécontentement, facile à constater sur la
photographie ci-contre que nous devons à Gilles Ferrand et dont nous
illustrons notre propos. C'est une très belle sculpture, de haut-relief,
dégagée d'un cadre rectangulaire à sommet en plein cintre, qui est

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pict

+@

pict

+@


encastrée dans le mur d'une maison de la calle San-Cristoforo, à
Venise, et qui montre le premier couple, ainsi que les partenaires
étranges de sa disgrâce.
Peintre, hermétiste et philosophe, Gilles Ferrand a publié, sur
ce vestige d'intérêt passionnant, une non moins saisissante interprétation
(1). Pour notre part, nous quitterons son exégèse d'alchimie
métaphysique, pour entrer dans le domaine de la pratique opératoire.
Nous l'avons dit, Eve déplore évidemment son aventure et semble
même y appeler toute constatation, en désignant, de sa main gauche,
le seul responsable de sa virginité perdue, selon que l'attestent ses
seins pendants, les mamelons en pointe, et la bouillonnante toison
de son pubis. Du sexe caché par cette touffe en broussaille, le gros
serpent, qui s'enroule sur le palmier, paraît être sorti, à moins, tout
simplement, qu'il ne désigne l'ouverture sacrée -- os sacrum -- par
l'extrémité de sa queue.
Mais nous nous trouvons là dans l'exotérisme de notre arbre
hermétique, où le serpent, véritable noeud du Grand Oeuvre, n'a
jamais que le rôle de l'anguis dont le philosophe de Cyrano Bergerac,
auteur savant de L'Autre Monde ou les Estats et Empires de la Lune,
parle fort gaillardement et non point sans humour :

Comme ce serpent essaye toujours de s'échapper du corps de l'homme, on lui voit la teste et le col sortir au bas de nos ventres ; mais aussi Dieu n'a pas permis que l'homme seul en fut tourmenté, il a voulu qu'il se bandât contre la femme pour lui jeter son venin et que l'enflure durât neuf mois après l'avoir piquée. Et pour vous montrer que je parle suivant la parole du Seigneur, c'est qu'il dit au serpent, pour le maudire, qu'il aurait beau faire trébucher la femme, en se roidissant contre elle, qu'elle lui ferait enfin baisser la tête.
Nous avons recueilli, à la Bibliothèque nationale, dans le manuscrit
4558, nouv. acq.) p. 32 et 33, le piquant discours que le prophète
Hélie, l'ayant entendu, ponctua, non sans motif, d'une très pertinente
observation.:
« Songez que ce lieu-ci est saint. (2) »
Aussi bien sommes-nous de l'opinion du maître d'Elisée ; c'est
pourquoi nous revenons à la grande S dessinée par le corps du
serpent, laquelle est encore l'initiale du soufre et du soleil central,


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1. Cf. « Une sculpture vénitienne ou l'Adam régénéré », dans Le Symbolisme, avril-mai 1966, p. 227 à 248, l'excellente revue que dirige Marius Lepage.
2. Le texte, certainement autographe, du philosophe classé à tort parmi les « libertins », se retrouve, intégralement reproduit, dans l'édition qui a paru chez
Jean Jacques Pauvert, en 1962, et qui contient également Les Etats et Empires
du Soleil ; donc avec tous les passages que la pusillanimité et la pudibonderie
avaient retranchés des tirages anciens. Celui de la rue de Nesle est véritablement
très beau, qui est agrémenté de 34 hors-texte, en différents formats sur vélin
azuré, et qui, surtout, est enrichi d'une préface, d'une postface et de notes
annexes, savamment rédigées par Claude Mettra et Jean Sayeux.

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3

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c'est-à-dire Phébus ou l'or parmi les métaux. Ceux-ci, toujours suivant
Ptolémée : Saturne (le plomb), Jupiter (l'étain), Mars (le fer),
Vénus (le cuivre), Mercure (le vif-argent), Diane (la lune), sont figurés
par les longues feuilles qui s'inclinent à droite et à gauche de la
palme centrale prolongeant le tronc noueux. Cette composée se
montre de face, plus courte et verticale ; elle n'est pourvue que de
neuf folioles et représente le corps d'élection qui est plus minéral
que métallique et que pourraient être, au nombre des métalloïdes,
l'antimoine et l'arsenic en particulier.
Le visage cornu qui, à la base du feuillage, émerge du fût, renforce
le symbolisme de l'arbre tout entier, puisque le diable demeure
l'hiéroglyphe anthropomorphe de la première matière ou sujet du
Grand Oeuvre. N'était-il pas, à Notre-Dame de Paris, Maître Pierre
du Coignet -- la maîtresse Pierre de l'angle -- qui se trouvait sous
le jubé, précisément à l'encoignure du choeur. C'était un faciès semblablement
cornu, ouvrant une bouche démesurée que les fidèles
souillaient de cire et de noir de fumée, en y venant éteindre leurs
cierges. De la sorte traitée, la sculpture devenait l'image très approchante
que décrivirent les meilleurs auteurs et que Fulcanelli résuma,
à la page 98 du deuxième tome des Demeures philosophales (Editions
Jean-Jacques Pauvert).
Souche du microcosme, grossière et vile en apparence, l'arbre
du Paradis retient, en puissance, toutes les vertus du bien et tous
les vices du mal, selon que l'homme et sa compagne recherchent,
avec lui, l'or de l'esprit ou celui de la terre.
Dans l'ancienne chimie, l'or métallique avait pour synonymes
sol, soleil ou le signe de l'astre , comme nous en trouvons l'exemple,
dès les premières lignes d'une recette pour l'augmentation
de :

« Prenez vitriol romain, & de vert-de-gris ana, une livre, & le
sublimer avec autant de sol. » (L'Art transmutatoire du pape
Jean XXII de ce nom. A Paris, chez Pierre Billaine, 1629.)

L'affinité est grande entre le sulfure, que choisissent les sages,
et le métal à la fois noble et précieux, en sorte qu'il est fréquent
de voir celui-ci orner, en pépites plus ou moins grosses, les cristaux
de celui-là.
Sur notre image, c'est l'or spirituel ou christique qu'Adam saisit
de ses deux mains, sous la forme du serpent dont la tête a disparu,
laissant le col, ou bien le corps, en section circulaire et marquée
d'une croix. Le contour assez vif de la décollation semblerait mettre
en doute qu'elle n'eût eu lieu, quand surprendrait également, que la
tête de l'ophidien tentateur eût autant fait saillie à l'extérieur. Quoi
qu'il en fût exactement, on pourrait croire encore, que le ménage
originel eût pris son attitude en rapport avec l'extrémité inexistante

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@

et qu'Eve, plus spécialement, eût exprimé sa confusion, que la menace
divine, à l'endroit du serpent, se fût accomplie :

« Elle écrasera ta tête, et tu guetteras son talon. » Ipsa conteret caput tuum, & tu insidiaberis calcaneo ejus.
Nous avons vu l'arbre sacré, l'arbre de la science du bien et du
mal, en son double contexte, dans l'exotérisme et l'ésotérisme de
l'amour éternel, qu'il soit de nature chamelle ou d'essence philosophale.
« Le Seigneur Dieu produisit aussi l'arbre de la vie au milieu
du Paradis » (Produxit Dominus Deus lignum etiam vitae in medio
paradisi), dont nous pensons que le lecteur nous saura gré de lui
soumettre la figure symbolique, prise à l'Atalante Fuyant de Michel
Maier (3), en sa page entière, afin que puissent être contrôlés le titre,
les deux sentences et l'épigramme (cf. photographie, p. 89) :

EMBLEME XXVI

Le fruit de la sagesse humaine est l'Arbre de la vie.

Une jeune femme, la tête ceinte d'une noble couronne, sa longue
et souple chevelure ondoyant de chaque côté de son aimable et souriant
visage, vêtue et chaussée avec élégance, présente deux banderoles
qui se déroulent et livrent leurs inscriptions.

De sa main droite : La longueur des jours et la Santé.
De sa main gauche : La gloire et les richesses infinies.
EPIGRAMME XXVI

Il n'est pas de plus grande sagesse dans les choses humaines,
Que celle par laquelle viennent les richesses et la vie saine.
De la main droite, elle tient la durée salutaire du temps sans
[limite,
Et de sa gauche, elle cache des monceaux de richesses.
Si quelqu'un arrive à elle par la raison et par la main,
Pour lui le fruit de la vie sera en elle comme sur un arbre.

Savignies, 11 novembre 1968.
Eugène CANSELIET.


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3. ATALANTA FUGIENS, hoc est Emblemata nova de Secretis Naturae chymica, ... Authore Michaele Maiero. Oppenheimius, MDCXVIII, p. 113 -- c'est-à-dire
les nouveaux Emblèmes chimiques, relatifs aux Secrets de la Nature, par
l'auteur Michel Maier, Oppenheim, 1618.

91

@




Le Mythe de l'Arbre et la Voie Humide

par PYRAME.



pict OUR le profane, les mythes constituent seulement
des légendes agréables, sans fondement historique,
tout juste bonnes à bercer les rêveries de nos
enfants. Pour le traditionaliste, ils constituent déjà
une réalité subconsciente, un ensemble de symboles
chargés d'un message sacré et destinés à
nous transmettre le trésor spirituel de civilisations
disparues. Pour l'initié, les mythes sont bien plus
encore que cela ! Ils constituent, en effet, autant
de ponts, de charnières, destinés à le faire avancer sur la Voie Royale.
Ils sont en vérité des Voies sans lesquelles toute progression spirituelle
serait interdite et surtout sans lesquelles la liaison en lui des
plans transcendant et immanent serait impossible.
Le disciple sera par conséquent amené, au cours de son périple,
à jouer, consciemment ou non, une multitude de mythes dont le but
est de relier chaque fois une fraction de son inconscient à sa conscience,
de faire sortir le Dragon égoïque de la grotte ténébreuse
où il se terrait pour le présenter, enchaîné et soumis, au rayonnement
de sa Conscience Solaire !
Un mythe a d'autant plus de force qu'il est plus ancien. C'est
dire l'importance du mythe atlante, le plus ancien sans doute parmi
ceux que nous connaissons, et la raison pour laquelle nous sommes
si souvent amenés à traiter des problèmes initiatiques dans notre
revue officiellement consacrée à l'« archéologie scientifique et traditionnelle
»

*
* *

Le mythe dominant de toute initiation alchimique est la reconstitution
du Pont de Lumière entre le Ciel et la Terre brisé depuis
l'engloutissement atlante. Pour cela, deux voies sont possibles : la
sèche dont nous ne parlerons pas aujourd'hui et la voie humide

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caractérisée sur le plan spirituel (1) par la traversée du plan astral
figuré par les eaux mêmes qui ont englouti l'Atlantide. Il s'agira donc,
pour le disciple, de franchir symboliquement un fleuve ou une mer
pour aborder sur une Terre Nouvelle assimilée au Paradis retrouvé.
Presque tous les héros traditionnels ont dû accomplir une telle
traversée et nous constatons que, dans la plupart des cas, l'arbre est
présent en guise de mât dans leur embarcation. Nous commenterons
les deux figures reproduites ci-contre et dont le symbolisme nous
paraît exceptionnellement riche.
La première représente Dionysos en nautonier. Dionysos était
le Dieu d'Eleusis, le dieu des Mystères souterrains par qui s'accomplissait
l'alchimie destinée à changer l'EAU en VIN (2) ! Il est revêtu
ici d'une peau de porc, symbole de la plongée dans le gouffre des
incarnations comme de la nécessité d'aller quérir au coeur de la
matière les Etoiles Alchimiques ! Ceci est confirmé par un texte de
Lycophron (Alexandra, 72) :

Je (c'est Cassandre qui parle) me lamente sur toi, ô ma patrie, et sur le tombeau du Fils de l'Atlantide qui, autrefois, ayant enveloppé son corps dans une peau cousue, tel le porc, navigua en tenant une seule rame...
Dans l'eau nagent sept dauphins, animaux symboles de Poséidon,
le Maître de l'Atlantide. Or, le dauphin est également lié à Dionysos.
Il le sera même plus tard à Christ, successeur en quelque sorte de
Dionysos dans le cycle chrétien (3) !
Tous ces dauphins n'ont aucun lien entre eux. L'artiste les a
même séparés au maximum, deux au moins parmi eux semblant
planer dans le ciel. Les interprétations possibles sont multiples avec
cependant un point commun : celui d'être liées au Christ Immanent
car plongé dans les Eaux. A ce stade de l'oeuvre, Christ sommeille
dans la Pierre !
Mais considérons à présent l'arbre ou plutôt la vigne qui croît,
en guise de mât, au centre de l'embarcation. Cette vigne porte sept
grappes énormes en relation manifeste avec les sept dauphins précités.
Dès lors, il ne peut plus y avoir qu'une interprétation : la vigne,


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1. Il ne s'agit pas ici d'alchimie opérative mais d'alchimie spirituelle. Pour la première, le qualificatif d'« humide » provient de la présence d'eau dans
l'Athanor. Notre ami Eugène Canseliet est d'ailleurs bien plus qualifié que nous
pour traiter de cette voie !
Nous tenons également à réaffirmer une fois de plus notre croyance profonde en l'existence d'une alchimie opérative comme d'une alchimie strictement
spirituelle. A l'encontre notamment de certaines « écoles initiatiques », nous
croyons fermement en la valeur d'une alchimie opérative. Inversement, nous
attestons la réalité d'une voie « spirituelle » sans travail sur une matière extérieure
à celle de notre propre corps. Il est vrai que beaucoup ont prétendu être
des alchimistes spirituels qui n'ont tenu entre leurs mains que des hochets...
2. Cf. Atlantis, n° 226, Prométhée fils de Thémis, p. 117-118. 3. Cf. Atlantis, n° 239, Le Dauphin sur le Trident.
93

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arbre dyonisien, est ici l'arbre de vie. Deux ceps principaux s'entrecroisent
tels les serpents du caducée et s'élèvent le long d'un axe
central figurant la colonne vertébrale de l'Homme !
Les sept grappes sont les sept chakras ou centres de forces dans
la plénitude de leur éveil car ils se situent au-dessus des eaux ! Ces
sept grappes sont reliées ensemble et fusionnent dans une même
unité ! Inversement, les dauphins écartés au maximum les uns dés
autres symbolisent la Présence mais non encore l'éveil de Christ
dans les chakras ! Le profane n'est, en effet, pas conscient de l'unité
transcendante reliant entre eux ses centres de forces !


pict

DIONYSOS ROI, d'après le Vase d'Exechias à Munich.
L'autre figure, reproduite page 73, est due à Léonard de Vinci et
date de 1516.
Le nautonier est ici un ours. Le symbolisme reste le même
que précédemment : l'homme englué dans la matière et parvenant
à transmuter cette même matière par les feux descendus en lui !

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Nous nous souvenons, à ce sujet, de ce film si initiatique (4) où l'on
voyait la Bête dont la peau fumait attendre devant la chambre de
la Belle...
Mais revenons à notre dessin. Devant l'ours est une boussole,
symbole de ce guide infaillible que constitue la relation DIRECTE,
par-delà les eaux agitées du subconscient, avec le plan Divin. Celui-ci
est figuré par un Phénix couronné sur un globe. Il resplendit d'un
éclat incomparable et semble attendre l'adepte au bout de son périple.
Du coeur du Phénix part un rayon de lumière qui va frapper la
boussole ! Ainsi est figuré le lien direct dont nous parlions plus
haut. La barque traverse une eau agitée et houleuse, symbole des
multiples réactions de notre subconscient au travail de Lumière
opéré sur lui.
Enfin, au milieu de l'embarcation, s'élève un arbre portant une
voile. Le symbolisme est toujours le même : l'arbre de vie est le
support de l'énergie motrice qui propulse l'adepte jusqu'à Dieu.
De même, la colonne vertébrale est le canal par lequel Kundalini
accomplira sa fulgurante ascension.
PYRAME.





pict


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4. La Belle et la Bête.
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Psychanalyse de l'Arbre

par Tonia DORADO.


« L'homme est une plante céleste, ce qui signifie qu'il est comme un arbre inversé, dont les racines tendent vers le ciel et les branches en bas, vers la terre. » PLATON.

pict ANT que l'homme n'a pas atteint le point où s'opère
en lui la rectification, le retournement des énergies
involuées depuis l'engloutissement atlante, il se
présente comme un arbre inversé dont la plus
belle illustration nous est peut-être fournie par
Dante (Purgatoire, 22-24). Mais l'homme, malgré
sa déchéance, porte en lui la promesse du retour
et cela sous-entend qu'il possède en lui, ne fût-ce
qu'en germe, un AUTRE ARBRE destiné à effacer
celui de la chute.
L'homme est donc un arbre double : Celui de son corps prend
racine dans la terre ou plutôt dans la Terre Sainte où la Rose fleurit
sur la Croix !... Celui de son âme prend racine dans le Ciel. Mythes
et rêves constituent de permanentes illustrations de ce symbole.

L'HOMME PLANTE

Le système nerveux cérébro-spinal est semblable à un arbre dont
les racines plongeraient dans le cerveau, le tronc étant assimilé
à la moelle épinière, les nerfs qui sillonnent tout le corps représentant
les branches. De son côté, le système nerveux neuro-végétatif
symbolise aussi l'arbre par sa fonction essentielle : assurer la
vie inconsciente du corps.
L'ensemble des bronches, bronchioles et vacuoles respiratoires
évoque lui aussi un arbre dans tous ses détails. D'autres exemples
pourraient être donnés, présentant un point commun : être des
supports, des transmetteurs d'énergie, car en chacune de ces structures
coule une sève indispensable à la vie.
Ces analogies sont imprimées au plus profond de l'inconscient
humain. Elles sont la raison profonde des tentatives d'identification

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entre la force vitale de l'homme et celle du végétal. Enfin, dans le
règne végétal, l'arbre possède un privilège : c'est la plus forte, la
mieux organisée des plantes. Et l'homme s'identifie volontiers à
l'arbre car lui-même s'adjuge à juste titre une place royale dans le
règne animal.
En Pologne, on plantait autrefois un arbre à la naissance d'un
enfant. L'arbre vivait ce que vivait l'homme. Il souffrait avec lui,
dépérissait lorsqu'il était malade et l'on a pu constater qu'il était
fréquemment abattu par l'orage ou la tempête lorsque son compagnon
humain mourait de mort violente. La réciproque était vraie
également et la mort de l'arbre constituait un présage funeste pour
celui à qui il était associé. De tels liens sont la preuve des corrélations
multiples existant entre les plans et entre les règnes. Leur
connaissance théorique et pratique porte un nom : la Magie. Il est
notamment possible d'agir sur un être par l'intermédiaire d'un arbre
auquel cet homme aura été préalablement identifié. Un tel rite, pratiqué
à des fins bénéfiques, est en général utilisé pour obtenir une
guérison. La réciproque est, hélas ! vraie aussi et nous ne nous
étendrons pas sur ce sujet.
En Bretagne, il arrive qu'un chêne soit lié à une maison. Même
vieux et malade, cet arbre ne sera pas abattu car la vie de la maison
comme celle de la famille lui sont liées.

PSYCHANALYSE D'UN MYTHE


En grec, Materea désigne à la fois la mère, la matière et le bois.
Si l'arbre est la vie manifestée, le bois est la vie latente, comme
enserrée, non encore exprimée.
L'Arbre de la Science du Bien et du Mal ouvre aux hommes
l'accès à la multiplicité. L'âme unique du Paradis cède la place aux
individualités de la chute. Cet arbre porte des feuilles parce qu'il
promet le développement, le changement, la vie (mais aussi la mort).
Il rend les hommes tributaires de l'espace comme du temps !
L'arbre porte aussi un fruit dans lequel se trouve la graine. En
mangeant le fruit, l'homme absorbe la graine et il devient arbre lui-
même. L'arbre ne lui est plus extérieur, mais intérieur. Il l'a absorbé,
dominé. S'il sait écouter l'arbre, c'est-à-dire l'inconscient en lui, il
possède la Science.
C'est avec ce même arbre, nous dit la Tradition, qu'on fit la croix
de Jésus. Les hommes n'ont pas entretenu la vie de l'arbre, de
« leur arbre ». Ils ont donc été symboliquement crucifiés sur lui
afin de lui rendre la vie par la magie du sang, à travers Jésus,
l'homme idéal. Pilate n'a-t-il pas prononcé les mots : ECCE HOMO,
voilà l'homme, devant le peuple juif tout entier ? Sur une fresque
médiévale italienne, Jésus est représenté crucifié non sur une croix,

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mais sur un arbre mort (1). Peut-être est-ce à ce même arbre que Judas
se pendit !...
Le mythe de l'arbre mort retrouvant la vie est à rapprocher du
processus d'éveil de Kundalini. L'arbre intérieur « mort » chez le
profane est représenté par Muladhara chakra, ou chakra racine. Sa
forme : la Croix ! Or, quand dans Muladhara s'éveille la déesse,
Kundalini vivifie par son ascension l'arbre mort dont les branches
s'étendent dans tout le corps humain. A partir de cet instant, l'homme
devient réellement vivant et la fleur s'épanouit sur le bois mort.
Les rosicruciens diront que la rose fleurit sur la croix tandis que
les Rose Croix authentiques vivront réellement ce processus !
Un mythe analogue se retrouve sur le pourtour du bassin méditerranéen.
Adonaï, Osiris, El Khidhr (littéralement l'homme vert ou
l'homme plante) doivent connaître la mort, c'est-à-dire le plan du
végétal, pour accéder à la vie divine.
El Khidhr, « l'être vert », est dans le Coran (Sourate 18, dite de
la Caverne) le premier ange de Dieu. Il chemine aux côtés de Moïse
dans le désert. El Khidhr exprime notamment la crainte que Moïse
ne s'indigne des actes qu'il devra accomplir. Si Moïse se révolte,
El Khidhr sera contrait de l'abandonner. Et, à partir de cet instant,
El Khidhr commet une suite d'actes incompréhensibles : il coule un
bateau, tue un homme, relève les murs d'une ville habitée par des
incroyants, etc. Moïse s'indignant, l'ange doit le quitter mais consent
auparavant à expliquer ses actes : la barque que Moïse allait prendre
aurait été arraisonnée par des pirates. Le jeune homme s'apprêtait
à commettre un crime. Enfin, en relevant des murs, il évitait la ruine
à deux hommes pieux... Dans cette légende, El Khidhr symbolise la
force divine régulatrice, attribut de la Mère Divine.
L'arbre enfin est l'intermédiaire nécessaire, au point de vue
mythe, entre la création divine et l'être humain. L'être divin des
légendes persanes donne naissance à deux plantes de rhubarbe d'où
sort le premier couple humain. L'Adam chinois est un être hybride,
moitié homme moitié végétal. Les Ahpus, les jumeaux divins Mayas,
tués par les hommes qui refusaient la Lumière, voient leur tête suspendue
à un arbre. Grâce à ce dernier, elles restent vivantes, parlent
à la jeune fille la plus noble et enfin crachent dans ses mains. Elle
est enceinte et d'elle naîtra l'homme capable de voir Dieu.
Sur le plan de l'être humain, le mythe peut signifier que l'âme
a besoin d'un intermédiaire pour agir sur la création, en l'occurrence
le corps, cet intermédiaire, étant le système neuro-végétatif. Sur le
plan spirituel, l'âme a besoin de passer par la matière (le bois) pour
se réaliser complètement en la rendant vivante, ce qui est le but
de toute alchimie. Le bois devient alors l'arbre car, rappelons-le,
tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et le rêve,
comme le mythe, se sert de ce symbolisme.


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1. Karl G. JUNG, L'Homme et ses symboles, p. 80.
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QUAND L'HOMME RÊVE DE L'ARBRE QUI EST EN LUI.


Le rêve important, truffé de symboles, est de même nature que
le mythe : c'est une initiation individuelle tandis que le mythe est
une initiation collective. L'analyse de quelques rêves en démontrera
le processus.

a) L'arbre et le serpent.
Sujet : une jeune fille de dix-sept ans.
« Elle se voit dans une lumière verte, adossée à un arbre aux
fortes racines et à la frondaison drue. Un serpent, vert lui aussi,
s'enroule dans le sens positif autour de l'arbre et de son corps. Il
la regarde dans les yeux. Elle n'a pas peur. Bien au contraire, il lui
semble comprendre le moindre bruissement de l'univers. »

En termes de psychanalyse, le sujet prend conscience des forces
qui sont en lui, particulièrement de celles d'origine sexuelle. Il ose
les regarder en face (le serpent) et s'appuie (s'adossant à l'arbre)
sur celles qui sont latentes. Le sujet qui craignait un peu ces énergies
avant le rêve dit ne plus éprouver d'angoisses. Le message de l'inconscient
a été efficace. En s'acceptant entièrement, le sujet devient
capable de tout comprendre (perception du bruissement de l'univers)
et de tout percevoir dans la limite de ses capacités.
L'interprétation initiatique ne peut que compléter la psychanalyse.
S'appuyant sur l'arbre, c'est-à-dire sur l'énergie divine, reçue
par l'intermédiaire du système nerveux végétatif, le sujet devient
capable de contrôler le serpent, c'est-à-dire les forces sexuelles, ce
qui lui permet de comprendre le monde ou, comme Siegfried, « d'entendre
le chant des oiseaux ». Notons qu'à partir du moment où
l'homme et le serpent se regardent face à face, deux alternatives
peuvent se produire : Dans l'immense majorité des cas, l'homme, à
l'instar d'Adam, sera fasciné par le serpent et l'arbre en lui sera
inversé ! Dans de rares cas, par la réalisation initiatique, l'homme
se rendra maître du serpent : Dominant et rectifiant la Force sexuelle
sans la tuer, comme saint Michel transmutant le dragon, il devient
lui-même une Force agissante et l'Arbre Revivifié en lui efface celui
de la chute !

b) L'arbre foudroyé.
Le sujet : un jeune homme de vingt-cinq ans raconte le rêve
qu'il a eu avant sa tentative de suicide :
« Il s'est vu disposant de la foudre et abattant sa maison. Le
toit disparaît et, entre les murs lézardés, apparaît un arbre. Il a
mal de le voir plein de vie ; il le frappe à son tour. Devant le tronc
calciné, il a l'impression de mourir. »

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En psychanalyse, ce rêve comportait un avertissement très clair :
le sujet dispose de la foudre, attribut divin, c'est-à-dire qu'il décide
de sa propre vie. Il abat sa maison (sa personnalité, l'être social).
L'être intérieur apparaît alors bien vivant. Il ne peut en supporter
la vue et le détruit. Cet homme, confronté avec son inconscient,
n'a pu supporter la vision de son être intérieur. Il tente alors de se
suicider.
L'initiation ajoutera qu'avec une aide efficace (un psychanalyste
averti en aurait été capable), l'homme en question aurait pu transposer
toute cette épreuve sur le plan psychique et seul son monde
égoïste aurait connu la mort !

c) Le bois devenant arbre grâce au feu.
Le sujet : une jeune fille de vingt-deux ans.
« Elle se voit monter sur un bûcher qui est fait d'un seul arbre
abattu et réduit en morceaux. Un éclair frappe le bois qui s'enflamme
aussitôt. Elle sent les flammes détruire son corps mais n'éprouve
aucune souffrance. Tout disparaît brusquement et elle se retrouve
dans un corps lumineux en face d'un buisson d'un beau vert foncé
et luisant de vie. En ce moment, le soleil se lève à l'horizon. »
L'analyste fait immédiatement le rapprochement entre le sujet
et l'arbre débité en petits morceaux. La jeune fille s'est « dépouillée
du vieil homme ». Les forces supérieures en elle : la foudre, c'est-à-
dire les forces divines pour l'initié, réduisent en cendres ce qu'il
y avait de périssable en elle. Cette opération permet au meilleur de
son être de s'épanouir. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il
ne faut pas détruire l'arbre en nous puisque, dans le rêve, il renaît
sous la forme du buisson « luisant de vie ».
Il y a dans ce rêve l'énoncé d'un processus alchimique tout à
fait réel appliqué au corps charnel, ce Temple de l'homme ! Le
corps glorieux, en effet, est bien plus qu'un symbole et tout ce mythe
est identique à celui du Phénix acceptant d'être consumé au sommet
de son palmier !

d) L'arbre de vie.
Le sujet : un homme marié de vingt-huit ans.
« Il dormait aux côtés de sa femme quand il rêva d'un arbre
aux racines profondes qui sortait de leur nouvelle maison. Il éprouva
alors un grand sentiment de paix. » Or, un mois après ce rêve, sa
femme s'apercevait qu'elle était enceinte.
La maison nouvelle représente le couple. Il en sort un arbre,
c'est-à-dire une nouvelle vie. Cet épanouissement profondément ancré
dans leur être commun (l'arbre a des racines profondes), pouvait
n'exister que sur le plan spirituel, réalisant le mythe de l'androgyne
reconstitué. Dans le cas présent, l'enfant est venu apporter au rêve
une dimension nouvelle : le symbole s'est fait réalité.

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LE TEST DE L'ARBRE

Il consiste à donner trois feuilles blanches de même dimension
au sujet. On les pose côte à côte et on lui demande de dessiner
un arbre sur chacune de ces feuilles.
Le premier arbre représente le passé tel que le sujet le conçoit.
Avec le second, il s'identifie au présent et avec le troisième, à l'avenir.
L'examen du dessin commence par la situation de l'arbre sur la
feuille de papier. Cette feuille, c'est le monde extérieur. L'arbre, c'est
l'individu. Le croquis montre de quelle façon le sujet s'insère dans
la société. Si l'arbre est minuscule, le sujet est timide et complexé.
Si l'arbre est tellement grand qu'il n'a pas la place de figurer en
entier, le sujet est envahissant.
L'interprétation des tests dits de projection, c'est-à-dire servant
à la connaissance de la personnalité, fait appel à une technique, mais
aussi à l'intuition. Cependant, il ne faudrait pas croire que n'importe
qui peut s'improviser psychologue car l'intuition en ce domaine
s'appuie obligatoirement sur la pratique régulière d'une technique.
Inversement, il serait souhaitable que tout psychologue possède au
minimum quelques rudiments d'initiation !...
Chaque type d'arbre correspond aux portraits robots des différentes
catégories humaines. Un dessin arrondi ou un arbre aux
branches agressives parlent d'eux-mêmes. S'il n'a pas de feuilles,
c'est un signe défavorable : le sujet a une vie affective pauvre ou
volontairement appauvrie.
Les branches sont les supports logiques de la pensée, sa structure.
Le feuillage représente le contenu de la pensée, son côté affectif
et intuitif. Souvent les branches n'apparaissent pas ou que très peu :
les structures ne doivent pas obligatoirement se manifester pour
prouver qu'elles existent. En d'autres termes, si l'arbre est solide
sans que les branches apparaissent, c'est un aussi bon signe que
lorsqu'elles sont présentes de façon visible. C'est un signe d'équilibre
mental.
Les racines sont également importantes dans ce test : Escamotées,
elles signifient que le sujet craint d'affronter son subconscient.
Une autre forme du test de l'arbre consiste à faire dessiner ou
à analyser des dessins de forêts. Chaque arbre représente alors un
élément du subconscient. En voici deux exemples caractéristiques :

-- Une forêt nettement dessinée, style « pointe sèche », de Bernard
Buffet.

S'il ne s'agit pas d'un professeur de sciences naturelles déformé
par son métier, l'esprit du sujet concerné est clair, précis, analytique,
mais dénué d'imagination, sec et froid. Le sujet est souvent maigre,
avec les épaules voûtées, le teint pâle. Il a fait une croix sur son

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inconscient, non point parce qu'il a peur, mais parce que cela ne
l'intéresse pas. Ce serait un bon technicien, précis et méthodique.
-- Une forêt dessinée dans tous ses détails, à la façon des enfants,
du Douanier Rousseau, des miniatures du Moyen Age.

Deux possibilités se présentent. Il s'agit soit d'un esprit enfantin
capable d'analyse, mais non encore de synthèse. Diverses raisons
ont pu présider au choix de chaque élément. Il y a en général un
nombre précis de branches ou de feuilles, et chaque arbre est stylisé
avec les caractéristiques simplifiées de l'essence. Soit enfin des dessins
symboliques, mystiques, alchimiques qui illustrent certains manuscrits,
ou les entrelacs de Léonard de Vinci. Ici chaque élément est
un mot et un nombre. Il est très rare de rencontrer ce genre de
dessins parmi les enfants ou les adultes testés. Ceux qui sont
capables de les faire n'ont en général pas à consulter un psychologue
et les analyses de ce type ne peuvent se faire que sur des oeuvres
rendues publiques par leurs auteurs.
Ces tests sont des instruments à la disposition des psychologues.
Pris isolément, ils n'ont pas de valeur absolue et chacun de nous
peut oublier ce qui vient d'être dit pour dessiner un arbre ou une
forêt en suivant ses impulsions profondes. Il s'y reconnaîtra comme
dans un miroir.
La psychologie, la psychanalyse sont encore des sciences balbutiantes.
Depuis cinq siècles environ, la science a tourné ses regards
vers le monde extérieur, ignorant résolument l'univers constitué
par notre subconscient. Nous pouvons supposer que les Temps Nouveaux
annoncés par la Tradition combleront cette lacune et réhabiliteront
les anciens mystères. L'homme du Verseau régnera alors
sur le microcosme comme sur le macrocosme et l'arbre redeviendra
du même coup pour lui le symbole de l'axe du monde, dont les
racines aspirent la force tellurique tandis que le feuillage absorbe
la Rosée Céleste !
Tonia DORADO.





pict

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L'Arbre... et sa racine

par Augustin BERGER.


pict ANS une étude parue dans la revue Atlantis, n° 77,
sur la Symbolique des végétaux, Paul Le Cour
écrivait : « L'idée symbolique générale de l'arbre
vient de sa nature. Il unit en effet le ciel à la
terre, il puise les éléments de sa vie dans la terre,
dans l'air, dans l'eau et le feu solaire, réunissant
ainsi les quatre éléments primitifs des anciens. »
L'arbre est un des plus anciens symboles du
monde. L'arbre de Vie et l'arbre de la Science du
bien et du mal font partie des traditions des Aryas, comme des
Sémites. Ceci suppose une origine commune de leurs traditions.
Les lettres constitutives du mot français a r b r e, peuvent-elles nous
éclairer sur la possible existence -- dans un passé éloigné de plusieurs
millénaires -- d'une unité de race et de langue dont on
remarque facilement la curieuse épandance sur tout le bassin méditerranéen ?
En fait, la question se pose : exista-t-il une civilisation
traditionnelle originelle ?
Nous savons par les nombreuses et savantes études parues dans
la revue Atlantis, qu'il existait dans toute civilisation traditionnelle
un code mystique ou alphabet composé d'un certain
nombre de glyphes. Ces glyphes au nombre de vingt-deux caractères
sont consignés dans le LIVRE DE THOT dont les Grecs firent
THOT-HERMES qui passe pour l'inventeur des lettres alphabétiques.
Ces « lettres sacrées » ou hiéroglyphes constituent un
ensemble d'idées-type ou archétypes qui révèlent une connaissance
profonde des LOIS UNIVERSELLES. LOIS confiées « aux arcanes »
par les Sages de cette époque lointaine.
Ces « lettres consonnes », pour devoir exister, s'adjoignent la
modulation de la voix humaine -- portée musicale divine de cinq
sons -- que les Chinois utilisent avec grande sagesse dans leur langue
parlée. J'écris sciemment « portée musicale divine » car la voix
humaine est à la ressemblance de Jéhovah, Dieu dans la tradition
hébraïque. Retenez bien votre souffle et considérez très attentivement
ce mystère : JEHOVAH = IEOUA par permutation du J= I
et du V = U, c'est-à-dire les cinq sons ou voyelles de la voix humaine !

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Elles sont les premières exclamations, celles d'admiration, de surprise,
d'impatience, d'étonnement, d'interrogation, de joie, de douleur,
etc., qui servent à exprimer les différents mouvements de l'âme. Toute
la science psychologique est en « puissance » dans les cinq voyelles
de la voix humaine. Prenons en particulier la voyelle i, qui redoublée
donne ii et marque un sentiment de gaieté : n'est-il pas surprenant
de constater que la déclinaison ou conjugaison du verbe rire prend
deux ii de suite à la première personne du pluriel de l'imparfait, de
l'indicatif et du présent du subjonctif... que nous riions... Oh ! combien
les formes grammaticales révèlent-elles d'éléments sublimes de la
Sagesse primordiale !
Les « consonnes » associées entre elles suivant certaines règles
établies ont servi à former l'ossature de mots, lesquels ordonnés d'une
certaine manière composent à leur tour des phrases. Toute phrase
est ordination d'un sujet, d'un verbe (comme élément relationnel) et
d'un attribut ou complément. Elle est le reflet terrestre et humain
des Trois Personnes Divines...
Connaître les « glyphes sacrés » est donc re-connaître le Tout et
ses parties, l'ETRE, les êtres et les choses. De Bry avait raison lorsqu'il
écrivait en 1596, Alphabeto a mundo creato, l'Alphabet a créé le
monde.
Revenons au mot français a r b r e. En latin a r b o r. Considérons
le premier glyphe, la voyelle A.
De tout temps pour les primitifs -- j'entends naturellement ce
mot dans son sens plein -- ce glyphe a signifié le l i q u i d e. Or, le
liquide c'est la Vie. Que serait la terre sans l'eau, le corps sans le
sang, l'arbre sans la sève ? Il est une remarque d'importance, celle
que le a redoublé aa est un mot germanique qui signifie e a u. Il est
resté le nom de plusieurs rivières des pays germaniques. L'Aar, rivière
de Suisse qui arrose Berne et Aarau... Aalborg, port du Danemark.
Rappelons-nous la verge d'Aaron du frère aîné de Moïse.
Le glyphe qui suit le A est R. Il marque fondamentalement une
relation. D'où la réflexion, le raisonnement, le rapport... Cette lettre R
est la seule consonne auxiliaire du code mystique, d'où les associations :
Ar, Br, Cr, Dr, Fr, Gr, Kr, Pr, Tr, Vr.
Par harmonie imitative, un bruit est représenté par rr -- au passage
il faut remarquer que très souvent c'est la loi du double qui
intervient dans toute expression imitative : glou/glou -- tic/tac --
frou/frou, etc. d'où rr est imitation de tout ce qui roule, tremble,
vibre, etc. Considérez en particulier le verbe très expressif, bruire.
Le radical AR signifie donc qu'un liquide (A) (de l'eau par exemple)
se précipite en bruissant. C'est l'image même d'une eau courante,
d'un torrent.
Ce radical AR se rencontre dans les noms de nombreux cours
d'eau et lieux géographiques. En exemple, le grand lac salé d'Asie, dit
mer d'Aral ; l'Araguay, rivière du Brésil ; l'Aras, rivière d'Arménie ;
aussi cette mer intérieure qu'était antérieurement le Sahara, etc.

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Comment, de ce fait, ne pas penser aux Araméens, ces descendants
d'Aram, fils de Sem, qui habitaient la région située aux embouchures
du Tigre et de l'Euphrate. Peuple que les Hébreux soumirent
après les Assyriens... D'où venaient-ils ? Il semble que le nom même
d'araméen suggère qu'il venait du côté de l'eau. Etaient-ils un peuple
de la mer ? Si cela se trouvait confirmé que de perspectives grandioses
cela n'ouvrirait-il pas à notre entendement ? Il ne faut pas
oublier que Jésus parlait l'araméen...
Il y a un autre nom qui est tout aussi suggestif, c'est le mont
Ararat, situé dans un massif volcanique d'Arménie, où suivant les dires
de la Bible s'échoua l'Arche de Noé. Faisait-il lui aussi partie du peuple
de la Mer ?
L'arche était un grand bateau conduit par Noé. N'appelait-on pas
armadille cette flottille que l'Espagne envoyait dans ses colonies
d'Amérique pour les protéger ? Qui ne se souvient également de
l'Invincible Armada, cette flotte géante, envoyée par Philippe II, roi
d'Espagne, contre l'Angleterre, et qui fut détruite en grande partie
par la tempête.
De même le radical AR se trouve dans les mots où l'on sent que
le liquide (A) joue ou a joué un rôle : les artères dans lesquelles coule
le sang ; le douar, ce village arabe bâti au bord d'un point d'eau ;
l'arbre dans lequel se répand la sève, etc. N'omettons pas la grande
fonction de l'arbre, parfaitement comprise de nos ancêtres : celle de la
retenue des eaux, celles-ci étant le principal agent d'érosion des sols.
Rappelons pour mémoire qu'un peuplier adulte absorbe environ de
500 l à 600 l d'eau par jour. Quel crime, contre lui-même, l'homme ne
commet-il pas lorsqu'il abat inconsidérément des arbres. La sanction
ne se fait point attendre, l'eau alors ruisselle de partout et submerge
tout. C'est l'histoire symbolique et réelle de l'orgueil des hommes.
Le mot a r b r e est donc bien conforme à sa fonction. L'eau y
séjourne, y demeure. Besoin, but ? C'est ce qu'exprime le glyphe B qui
suit le radical AR. La lettre hébreu, beth, signifie précisément maison,
demeure, qui, selon les régions, s'appelle : isba, kasba, cabanne...
L'eau dans l'arbre est retenue par le tronc, appelé curieusement fût,
comme par un barrage. Ce dernier mot contient la racine b a r qui
dans la langue primitive exprime tout ce qui vit dans l'eau et de
l'eau. D'où le nom de ce petit bateau appelé b a r q u e. C'est également
le nom d'un récipient destiné à l'origine à contenir de l'eau, baril.
En architecture, l'ouverture étroite et verticale ménagée dans le
mur d'une terrasse pour l'écoulement des eaux s'appelle : barbacane,
mot emprunté à l'arabe, barbakh-khâneh. C'est ainsi que le mot
baragouin, dont le Littré nous précise qu'il est d'origine obscure,
ajoutant : peut-être bretonne (précisons qu'il faut entendre antérieure
à l'installation des Bretons en Armorique, qui est le nom
primitif de la Bretagne), nous met en présence du nom de la langue
-- proprement inintelligible aux autochtones des pays où ils abordèrent
-- de ce peuple de la mer dont nous avons fait état précédemment.

105
4

@

Tous les mots composés à l'aide de cette racine bar nous ramènent
irrésistiblement à cette idée, ne serait-ce que ce simple mot
barre -- emprunté au gaulois -- pour désigner l'organe de commande
du gouvernail d'un bateau. Il est vrai que si nous voulions
suivre à la trace cette racine, en particulier dans les noms de lieux,
notre surprise serait extrême, elle nous mènerait droit à la... BOREE !

Dans l'état actuel de notre analyse du mot a r b r e, nous sommes
en présence du radical AR que suit le glyphe B, ou contenant, ce
qui donne ARB. C'est à ce stade d'élaboration du mot que se manifeste
la LOI D'INVERSION.

pict

Le radical AR s'inverse en RE
-- en fait, il serait mieux d'écrire
RA, car la langue primitive exprimait
tout par contraste.
Ce radical AR que nous avons
défini antérieurement comme « liquide
en mouvement » opère une action
qui rencontre une résistance ; celle
de l'eau -- par exemple -- qui dans
un mouvement rapide creuse un
ravin qui la recueille -, AR rencontre
B qui le contient.
L'inverse RA -- du radical AR
sera donc ce qui transforme -- et
philosophiquement transmue -- toute nature, comme l'eau du barrage
devient énergie potentielle utilisable.
Or, qu'est RA ou RE ? C'est la force dont le soleil, arbitre du
ciel et de la terre est l'emblème.
Selon la tradition, Pharaon est l'incarnation de RA manifestée
aux hommes. Ce que définit également le mot hébreu r a b b i,
maître...
RA, R a b b i, le maître a pour fonction de ravir, appeler à lui...
C'est celui qui transmute en divisant, ramifiant, sectionnant.
C'est ainsi que l'eau (A) de la terre absorbée par la racine
(RA, maître de la terre) recueillie par B (le baril, le fût), puis distribuée
par les branches (RA, maître du ciel), est restituée à l'air,
par absorption du carbone (feu) contenu dans l'atmosphère.

Ainsi naît l'ARBRE et... l'HOMME.

A. BERGER.

106

@




TROIS POÈMES (1)
extraits de « VENT DE VIVRE »
de Jean PHAURE.

1. Cantate de l'Arbre, extrait du chapitre « Cantates d'hiver ».

2. L'Arbre du Monde, extrait du chapitre « La XI' heure ».

3. L'Arbre d'Isis, extrait du chapitre « L'enfant d'Isis ».

*
* *

CANTATE DE L'ARBRE

pict RBRE lisse de Lumière
De sommeil, d'ombre et d'oiseaux,
Berce, au bord grave des eaux
Mon ivresse coutumière
Affamée de tes réseaux!

Songe, chante, exulte, fume
En parfums rouges de sel,
O Regard universel,
Univers qui se résume
En toi, bloc poli de gel !

Qu'un soleil aigu te peigne
Les branches puisque tu dors,
Pendant que rieur au bord
Des Tuileries, je les baigne,
Tes yeux de voyage et d'or.


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1. Notre ami Jean Phaure, assez gravement malade depuis quelques mois -- il commence à aller un peu mieux --, n'a pu écrire l'article qu'il nous avait
promis. Afin que sa pensée ne soit pas absente de ce florilège atlantéen, il a
proposé, à notre demande, trois poèmes sur le thème de l'Arbre, choisis dans
son oeuvre poétique inédite.

107

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En leur danse continue
Sous leurs battements de cils
Ces yeux ne rapportent-ils
De l'onde massive et nue
Quelque rire puéril?

La seule sévère Fête
Des reflets et des courants
De ce monde obscur me rend
A celui qui se répète
Sous moi tiède et transparent ;

Et je sais que m'y conduisent
Tes musiques de rameaux,
Pleurs de sangs, cris d'animaux
Qui, gravies en moi, construisent
La demeure bleue des mots.

Ainsi, dans l'ombre je cueille
De l'Arbre vierge et vermeil
Sels, sillages, sangs, sommeils
Tout un goût ancien de feuilles
De bourgeons et de soleils.

Ce feu clair, je le compose
De mes mains, de mes cheveux ;
Je le calme aussi des yeux,
Je le hisse en l'âme, j'ose
Enfin prononcer ce vœu :

Que mon chant ici s'agrège
Et retrouve dans ce dur
Et torrentiel Azur
Une forme aiguë de neige
Qui me soit un Temple pur,

Et qu'en l'Arbre, Ombre première,
Je puise le Sel, les Eaux,
Les bijoux et les réseaux
Pour les rendre à la Lumière
Que me tissent les oiseaux !

Janvier 1954.

*
* *

108

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L'ARBRE DU MONDE

Je me suis allongé debout le long du monde.
J'ai devant moi la Droite immobile qui fonde
Au coeur chaud du rocher l'Arbre et le Piédestal.

Arbre, tu m'es la flèche et la géante Epingle
Qui fixes sur le sol mes draps rouges qui cinglent
De cuisses et de bras ce lac dur de cristal.

Je me suis couché nu debout le long du monde.
J'ai revu dans l'Étable une carcasse immonde
Et trois soldats géants, saouls, qui montaient la garde.

Image même de l'Amour et de l'Immonde
Ici liés et refleuris en leurs déluges
Cependant qu'une Rose insidieuse regarde.

Voici les longs Accusateurs, voici les Juges,
La déambulation des pédantes sottises,
La gesticulation des masques et des mots,

Dérision lancinante, havre de ma hantise,
Où le flot gras reflète une tour de Bêtise
Où brûlent lourdement des soleils animaux !

Ah ! l'effondrement bleu déjà qu'enfante l'Aube!
Que dis-je ? Un juge ici hurle son agonie.
Je sais déjà quel Vent le chassera du globe !

Homme aux membres brisés que l'orgueil encor bande,
Je vois tes os se fondre aux algues de folie
Et le flot noir rouler tes marbres et tes viandes.

Couché nu sur le monde une Forêt me hisse.
Sous moi les cités d'or y brûlent leurs délices
Et les derniers discours s'étranglent dans les puits.

Je vole. Une ombre énorme emplit les golfes rouges.
Où volais-je ?... Je nais... Plus de Temps, plus de Nuit,
Plus que l'Arbre immobile où seul un Aigle bouge.

J'ai vu croître un P rouge à la croisée de l'X.
Sur le monde un Vent bleu enflait les mots : JE SUIS,
Et les oiseaux tournaient autour du Soleil fixe.

Février 1958.

*
* *

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L'ARBRE D'ISIS

O toi dont l'Arbre a paru dans mes songes,
O toi qui sais combien je rêve en Toi,
Dans l'eau musclée je sculpte Ton Visage,
Je marche en Toi dans l'orgue des saisons.

Je ne suis plus au monde où Tu Te meurs,
Je ne suis plus au monde où Tu n'es pas.
Je me refuse au sanglant cauchemar
Où tout reflet se fige peu à peu...

*
* *

C'est bien assez que les amours périssent,
Il nous faut fuir un tel monde insultant
Et montrer haut qu'une claire Espérance
Joint à l'Etoile en Toi l'Enfant blotti.

Sous le brouillard des rêves animaux
Dont le Prince ivre emprisonne nos Villes,
Il nous faut vaincre et recoudre les Pôles,
Il nous faut rompre un tel charme ennemi.

*
* *

Pourtant sous l'Ombre et sous l'opprobre immonde
Quel arc plierait et ne casserait pas ?
En moi délire un grand espoir nomade
Et cette soif où nul ne me répond...

Voici le Sel et l'Exil et la Faute,
Voici le temps de la haute détresse.
L'homme est brisé qui dressait haut sa tête
Et ses tours crient leurs décombres atroces.

Là dormait l'or, ici hurlait le peuple...
O le silence et le rivage lourd!
Où la machine enflait ses muscles souples
Rouille le fer qui n'a plus de chaleur.

Les toits brisés des monts à la rivière...
Mille vaisseaux naufragés et péris...
Le vent de mer aiguise mon délire,
Les hauts déserts calcinent mes forêts.

Errante horde, une Humanité rouge
Plante ses morts pour d'amères moissons...
-- Pourtant nos chants qu'une Espérance ronge
Brisent l'insulte et dressent l'homme saoul !

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Une ténèbre où germent d'autres mondes
Rouvre en nous l'or pour d'éclatants destins
Qu'un goût vivace en nous de vieilles Indes
Apporte en mots retrouvés de Platon...

*
* *

C'est pourquoi l'Arbre a paru dans mes songes
Et l'arbre sait combien je rêve en Toi...
Dans l'Eau musclée je sculpte Ton Visage,
Je marche en Toi dans l'orgue des saisons.

mai 1962.
Jean PHAURE.






pict

Chaton de bague de la civilisation crétoise. Un remarquable exemple de l'association de la Vierge-Mère Isis avec l'Arbre sacré.

111

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L'Arbre et l'Homme

par G.-C. HONORE.


pict E culte des arbres se confond dans l'histoire de
l'humanité avec celui de la nature tout entière.
Le plus ancien témoignage iconographique que
nous connaissions est un cylindre assyrien qui
remonte à 3 000 ans avant J.-C. (1). Deux sujets, en
posture d'orants ou d'adorants, figurent de part et
d'autre d'un arbre stylisé, pin ou cèdre ? au-dessus
duquel plane le disque ailé, symbole d'Ashour.
Le même musée possède une stèle archaïque de
même provenance. Le Dieu Shamash trône derrière un arbuste qu'un
fidèle, lui faisant face, arrose respectueusement. Un soleil à huit
rayons couronne le tout.
Sur une bague d'or trouvée à Mycène (Musée d'Athènes), autre
figuration. Un homme à genoux arrache d'un autel un arbre sacré.
Deux prêtresses l'assistent. L'une danse, l'autre s'incline sur la table
du sacrifice. On attribue à ces pratiques une signification funèbre.
En Grèce toujours, deux sanctuaires à base de dendrolâtrie.
Delphes, où la Pythie interprétait la volonté des dieux à travers le
murmure des feuilles de lauriers, de mélèzes et les fumerolles échappées
des entrailles de la vieille Geae. Dodone, dont les chênes vénérés
rendaient aussi les oracles. Et n'oublions pas Cos, où les touristes
venus de tous les azimuts ne manquent pas d'honorer l'arbre
d'Hippocrate.
Partout, dans notre vieille Gaule sylvestre, est attesté le culte
des arbres. Ainsi Vosegus fut le Dieu des forêts vosgiennes ; Arvina
fut la déesse des Ardennes, Ardnoba, celle de la Forêt Noire. Dans
les Pyrénées, des inscriptions latines perpétuent le souvenir d'autres
dévotions. A Robur, le chêne ; à Fagus, le hêtre ; à Abellio, le pommier ;
à Buxenus, le buis...
Dans son Histoire naturelle, Pline l'Ancien nous confirme que
les Druides choisissaient les bois de Chênes (Rouvres) pour y manifester
leur foi.
« Ils croient, nous dit-il, que la présence du gui révèle celle de
Dieu dans l'arbre qui le porte. Après avoir sacrifié deux taureaux


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1. Musée du Louvre.
112

@

blancs, un prêtre vêtu de blanc monte dans les hautes branches, et
coupe, avec une faucille d'or, le gui qu'on reçoit dans un drap
blanc. »
De nos jours combien de gens qui sont des « esprits forts » perpétuent,
au soir de Noël, et sans le savoir, ce culte proprement
celte ?
En Lituanie, avant la christianisation, la vie de chaque arbre
était intimement liée à la vie d'un homme. L'âme du défunt survivait
sous l'écorce respectée. A Svebtamiestis, en 1258, l'évêque
Anselme donna l'ordre d'abattre un chêne sacré, vénéré par toute
la province. La hache se retourna contre le bûcheron chargé de la
besogne et le tua net. Anselme y brisa sa propre cognée et n'eut
raison du chêne qu'en l'incendiant.
Au début du XIXe siècle, l'adoration du saule était encore très
répandue en Lithuanie où il passait pour être l'incarnation de la
déesse Blinda. Ne pouvant détourner complètement le peuple de
son « paganisme », les prêtres entreprirent de baptiser les arbres,
en y plaçant des crucifix, des icônes chrétiennes, tels qu'on en peut
voir encore sur les chênes sacrés de Zarasai et de Siaulialiai.
En Chine, les artisans se contentaient d'un Dieu anonyme, tel
celui des jardiniers.
Les peuples autochtones de l'Amérique du Nord professaient à
l'égard de la sylve une vénération exemplaire, vouant au même respect
le séquoia, le grizzly et le caribou. Les légendes locales foisonnent
d'histoires d'amitié et d'alliance entre arbres géants et grands mammifères.
Avec l'homme, aussi. Car c'est au pied de quelque érable ou
de quelque épicéa que les jeunes guerriers recevaient leur initiation.
Quand un chasseur avait tué un ours, il en faisait hommage à
un arbre de son choix, en fixant le crâne de la bête sur le tronc, le
plus haut possible.
Et lorsque, par aventure, il était obligé d'abattre un arbre, il lui
demandait longuement pardon et lui offrait un sacrifice. En d'autres
temps, il l'implorait :

0 Grand Arbre, sentinelle de la Montagne. Esprit de l'Ours, mon Frère, Vous êtes mes protecteurs. Ecoutez-moi ! je ne demande rien pour moi-même, ceci seulement : Rendez-moi fort dans la bataille, Aidez mon couteau et ma hache de guerre à frapper durement les Visages-Pâles qui menacent nos foyers. Je ne combats plus désormais pour la Gloire, mais pour mon peuple, mes enfants et ma femme. Les Visages-Pâles dispersent les Indiens comme les flocons de neige sont dispersés par le vent. Le Soleil des Indiens décline et le Soleil des Blancs rayonne. Comme les flocons de l'an dernier, allons-nous être consumés ? Rendez-moi fort dans la bataille ! Vous êtes mes protecteurs, O mes Frères Ecoutez-moi !
113

@

Et l'arbre bienveillant semblait répondre en balançant ses palmes.
Ces croyances, ces coutumes qui témoignaient d'une remarquable
idéologie ont disparu avec la race rouge tout entière.
On sait de quel inexpiable génocide les Blancs se sont rendus
coupables envers elle. Et aussi envers les grandes lois naturelles
d'harmonie et d'équilibre.
Qui donc aujourd'hui songerait à vénérer ou simplement à respecter
les arbres ?
La technocratie moderne ignore et méprise la nature. Tout ce
qui échappe à ses calculs, à sa mise en équation, tout ce qui ne
sort pas d'une machine sans âme, tout ce qui ne se fabrique pas
de main d'homme est négligeable, condamnable.
La pollution de l'air, de l'eau, des végétaux, l'élimination progressive
de ce poumon vital qu'est la forêt, l'accumulation des
déchets chimiques qui ne se résorbent pas nous poussent sur
l'irréversible route de la destruction.
D'ailleurs, cette pollution matérielle va de pair avec la pollution
morale.
L'optique borgne des techniciens rejoint la cécité séculaire des
paysans. Les premiers s'appliquent à remplacer les frondaisons de
nos routes par des pylônes de ciment. Voilà quelque chose de
moderne, de pratique. Pas d'élagage, pas de feuilles à ramasser. Et
lorsqu'une voiture y percute, le point d'impact est net, sans bavures,
industriel en quelque sorte.
Pour les autres, l'arbre n'est qu'un nid à vermines. Entendez
les oiseaux. On le tolérait encore quand il servait au chauffage de
la chaumière. Mais maintenant, à quoi bon ? Mazout partout.
Et voilà tous ces braves gens d'accord contre la forêt. Quels
motifs auraient-ils de la protéger ? Dites-leur qu'un arbre abattu,
c'est une nichée anéantie, avec pour corollaire la prolifération destructrice
des insectes. Dites-leur qu'elle est la grande régulatrice
des climats. Celui de la Côte d'Azur a été dégradé en trente ans par
le déboisage systématique. Ils n'en n'ont cure.
Faut-il aussi rappeler l'exfoliation stratégique appliquée au Vietnam?
A ce train-là, et même si aucune conflagration militaire n'intervient
d'ici cinquante ans, les conditions biologiques de la planète
seront irrémédiablement perturbées. Un jour viendra où il n'y aura
plus assez de végétaux pour digérer la production croissante d'oxyde
de carbone. Un jour viendra où l'accumulation des déchets atomiques
atteindra le point de « non-retour ».
L'esprit humain détourné des lois naturelles par un prétendu
progrès saura-t-il un jour réagir ? Le voudrait-il, qu'il n'en aurait
plus les moyens.
A moins de se réfugier dans le Centre-Afrique ou sur les rives
de l'Amazone, où survivront peut-être encore les grandes sylves.

G.-C. HONORÉ.

114

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Du sapin de Noël à l'olivier d'Allah

par Jacques DUCHAUSSOY.


pict UI d'entre-nous ne conserve pas un souvenir ému
des sapins de Noël qui charmèrent son enfance,
avec leurs boules multicolores où l'or et l'argent
dominaient et leurs petites bougies qui illuminaient
cette « nuit des dieux ». Cette tradition familiale
précédant la distribution de cadeaux et le
réveillon rituel possède une origine qui se perd
dans la nuit des temps et s'appuie sur un symbolisme
ignoré sans doute de la plupart des mères
de famille qui vont choisir avec amour chez le fleuriste l'arbre
qu'elle décoreront en cachette pour l'émerveillement de leurs enfants.
Ce sapin décoré est cependant un très vieux symbole de Noël
et de joie, la fête de Noël étant prise dans son sens solsticiel et
non seulement chrétien, ce qui le rendrait relativement récent. Que
sont deux millénaires auprès de l'âge de notre humanité ? Sur le plan
chrétien, des poètes français le chantent dès le XIIe siècle et, en
Allemagne, on cite en 1605 un petit cerisier placé dans un pot et
décoré de roses en papier de toutes couleurs, de pommes, de bonbons
et de boules dorées. Cette tradition germanique comporte, comme
on le voit, des variantes dans le détail du symbolisme entourant l'idée
centrale de l'Arbre, héritée d'un lointain passé. A cette époque, l'arbre
de Noël familial en Allemagne du Nord n'a pas encore ses lumières
qui n'apparaîtront que vers 1708. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que
cet usage va se généraliser et se répandre dans les pays anglo-
saxons grâce à Sophie Charlotte de Mecklembourg, épouse du roi
George III, qui l'introduit en Angleterre en 1760. De son côté, Henriette
de Nassau Weilbourg, épouse de l'archiduc Charles d'Autriche
apporte l'arbre illuminé à Vienne, tandis que Thérèse de Saxe Atenbourg,
femme de Louis Ier de Bavière, le fait connaître en 1830 dans
l'Allemagne méridionale.
Dans chaque coin du monde où habitent des chrétiens, on fête
Noël, mais parfois dans les campagnes, où se conservent le mieux,
parfois même sous la forme folklorique, les traditions d'origine
païenne, on constate un mélange de leur survivances et des traditions
purement chrétiennes ou christianisées. Les plus grands et les plus
connus de ces symboles de Noël sont l'Arbre et la Crèche qui rattachent

115

@

notre fête chrétienne à toutes les traditions mythologiques de
l'antiquité, rappelant le caractère masculin et positif de l'arbre, tandis
que celui de la crèche (ou la caverne dans certains cas) est toujours
féminin, matriciel et réceptif.
Outre la nuit même de Noël, une période de fête parfois mystérieuse
s'étend jusqu'à la fête des Rois. Son origine en Europe remonterait
aux anciennes tribus de Germains qui fêtaient le solstice avec
un rituel de l'Arbre et considéraient les douze nuits du 25 décembre
au 6 janvier comme une période où les esprits bons et mauvais
hantaient les villages. Cette tradition, malgré son décalage dans
le calendrier, serait à comparer à celle de la nuit de Samain, nuit
de chaos chez les Celtes d'Irlande, où les deux mondes s'interpénètrent,
et pendant laquelle leurs habitants se visitent et parfois se
combattent. Dans certains villages d'Allemagne, le 6 janvier, les
enfants vont chanter devant les maisons pour recueillir des dons.
Ils remercient en écrivant sur les portes les initiales des trois Rois
Mages C - M - B surmontés d'une croix pour écarter les esprits
malins de ce foyer généreux. Curieux mélange où les esprits de la
tradition celto-germanique sont écartés par les Rois mages christianisés
et la croix que Moïse faisait dessiner sur les portes au
moment des plaies d'Egypte pour écarter le bras de l'ange exterminateur.
Ces mêmes anciens Germains fêtant le solstice en famille, se
réunissaient pour boire en l'honneur de leur dieu Odin ou Wotan.
On se souvient que l'anniversaire de la naissance de Jésus, après avoir
été fêté en mars, puis en juin, était célébré vers l'an 300 le 21 puis
le 24 décembre. Ce fut le pape Jules Ier, en 336, qui fixa définitivement
Noël au 25 décembre qui était la fête romaine de la Natalis Invicti
Solis, la naissance du Soleil invaincu. Les chrétiens associèrent ainsi
leur fête de Noël aux diverses coutumes antiques relatives au Solstice,
ce qui facilitait l'assimilation et la conversion à la Foi nouvelle. C'est
ainsi que les beuveries rituelles en l'honneur de Wotan donnèrent
naissance à la tradition de nos réveillons chrétiens. A côté de cela,
de nombreuses superstitions non assimilées se sont maintenues parallèlement
dans certains villages et se manifestent en diverses pratiques
destinées à bannir la maladie ou la mort des gens et du
bétail ou à augmenter la fertilité des champs. Même encore de
nos jours, le paysan qui possède un tracteur et une moissonneuse
batteuse, se glisse parfois furtivement la nuit de Noël dans ses
champs et y brûle de l'encens pour se rendre propices les esprits
de la Terre, imitant en cela certaines cérémonies des Witches de
l'île de Man.
Mais revenons à notre sapin de Noël que les Anglais nomment
« Christmas Tree ». On sait communément que Christmas, nom
anglais de la fête de Noël, vient étymologiquement de Christ, voulant
dire « Oint » en grec et de Mass : jour de fête religieuse, et que
les onctions sont faites de matières huileuses tel le Saint Chrème,
symbole du Feu. Mais le même mot Christ dans l'ancienne Egypte

116

@

initiatrice de la Grèce signifiait « le détenteur du Secret ». Notre
Christmas-Tree deviendrait ainsi l'arbre de la fête du Détenteur du
Secret et le sapin de Noël se trouverait rattaché à un secret
traditionnel et symbolique. En l'examinant, nous voyons qu'il possède
la double qualité d'être un arbre et d'être un sapin. En tant
que sapin, il offre un sens spécifiquement masculin positif, de principe
fécondant, car son fruit se rattache comme emblème aux
traditions phalliques et dyonisiaques en opposition ou plutôt en
complémentarité de celui de la Grenade, emblème des Déesses Mères
du type de Déo.
Comme arbre, le sapin de Noël perpétue toutes les traditions
et symbolismes divers, rassemblés par l'humanité autour de l'idée
de l'Arbre et qui tous seraient sans doute dérivés de l'idée centrale
de l'Arbre, axé du Monde. Ce symbolisme axial est spécialement
intéressant avec le sapin en raison de sa forme triangulaire. La
grande idée axiale veut que l'arbre soit la ligne de communication
entre le plan physique de la manifestation et le plan divin des archétypes,
entre les plans d'action solaires et lunaires, et touche même
par sa pointe à celui des principes, à la trinité du monde de l'émanation
dans le glyphe de l'arbre des Sephiroth (ou arbre de vie)
des cabalistes.
Notons que l'arbre symbolique est souvent représenté aussi
comme renversé ou inversé, les racines en l'air et la tête en bas,
notamment dans le Purgatoire de Dante et dans certains textes
sacrés de l'Inde. Pour comprendre l'intérêt de cette inversion, nous
devons visualiser les deux arbres comme superposés, leurs racines
se touchant sur un plan correspondant au voile qui sépare le plan
du monde de l'émanation de celui du monde de la création. L'arbre
inversé serait ainsi comme le reflet dans la manifestation de l'arbre
principe du plan supérieur. On pourrait voir dans l'ensemble une
idée de l'échelle de Jacob avec les anges montant et descendant.
L'arbre debout symboliserait l'aspiration évolutive de la création
vers la divinité où elle aspire à retourner..., « l'homme est un dieu
déchu qui se souvient des cieux », tandis que l'arbre inversé représenterait
l'involution, la descente des forces divines pour la fécondation
du monde qu'elles tendent à manifester. Ces deux opérations
étant simultanées et éternelles, nous pourrions également superposer
les deux sapins dont les triangles ainsi entrecroisés figureraient
le sceau de Salomon classique de la tradition hébraïque. Comme
il s'agit dans l'arbre inversé, de la descente du feu principe, du feu
de l'esprit, les Hindous ont identifié cet arbre axe du monde à Agni,
dieu du Feu parfois surnommé le Seigneur des arbres. De même
dans la Maitri Upanishad (VI-4), l'arbre de Lumière dans sa position
basse et inversé de second arbre axial est identifié à Brahma, réplique
orientale de notre Saint-Esprit, et dont Agni est un des aspects dans
la manifestation. Le Zohar de son côté parlant de l'arbre de Vie,
le décrit comme un arbre de lumière en position inversée. Cette
qualité de feu et de lumière de l'arbre de Vie ou axe du monde

117

@

est également signalée par le Coran qui, dans le Surat XXIV-35,
parle d'un olivier chargé d'influences spirituelles et dont l'huile
entretient la lumière d'une lampe, qui est la lumière d'Allah donc
Allah lui-même. Cette huile qui représente l'élément Feu dans les
cérémonies rituelles, comme le baptême ou le sacre des rois, permet
d'identifier cet arbre de nature ignée avec l'Agni des Indous.
Si, parmi les arbres de vie traditionnels, nous examinons l'Arbre
des Sephiroth, nous voyons qu'en dessous du voile séparant la trinité
primordiale issue du dédoublement de Kether, nous avons pour
les trois mondes de la création, de la formation et de la réalisation,
sept sphères représentant les sept rayons différenciés ou logoïques.
Ce chiffre nous confirme l'appartenance lunaire du Démiurge agissant
dans le monde de la manifestation, reflet inversé du monde solaire
principiel auquel il doit la Vie et la Lumière dont se sert le créateur
du monde formel. Nous ne nous étendrons pas sur le septénaire
étroitement relié, de ce chef, au symbole de l'arbre inversé, ce sujet
devant faire l'objet d'une étude spéciale.
A titre indicatif, et en guise de conclusion, nous reproduisons
simplement la traduction faite en 1725 par Bruno de Lansac, d'une
note laissée par un adepte qui tenait à l'anonymat et intitulée :
« La Lumière sortant par soy-même des Ténèbres » :

La Nature qui se plaît dans ses propres nombres est satisfaite du nombre mystérieux sept, surtout dans les choses qui dépendent du globe lunaire, la Lune nous faisant voir sensiblement un nombre infini d'altérations et de vicissitudes dans ce nombre septenaire. C'est par ce nombre magique que la Nature, et tout ce qui en dépend est secrètement gouvernée. Mais ce mystère naturel est caché aux esprits grossiers qui ne peuvent rien voir que par les yeux du corps, qui se contentent de cela et ne cherchent rien davantage. Ce nombre septénaire est un des grands secrets des philosophes et quiconque saura par lui comprendre l'Ordre de l'Univers, saura un mystère qui bien loin de devoir être révélé, doit au contraire être enseveli dans un profond silence. Jacques DUCHAUSSOY.




pict


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Le mariage de l'Arbre
et de la Déesse Mère


par Marcel MOREAU.


pict LA fin des grandes glaciations, l'homme quitte peu
à peu les cavernes où il s'était réfugié. Il s'installe
dans les immenses forêts qui se mettent à recouvrir
en partie la terre. Pour lui, une nouvelle vie
s'organise.
Le culte de l'arbre prend bientôt une grande
importance. Il vit dans les trois éléments. Ses
racines plongent dans les mystères de la terre ou
elles absorbent les éléments minéraux nécessaires
à son développement.
Son tronc se dresse majestueusement sur terre, étalant dans
le ciel ses ramures feuillues qui s'imprègnent de la lumière solaire,
source de toute vie. Il se produit une alchimie naturelle, une
liaison intime entre l'humidité du sous-sol, ses richesses minérales
et telluriques, et leur mariage avec les innombrables rayonnement,
visibles ou invisibles, provenant du Cosmos. Par ces phénomènes
d'osmose, l'arbre unit le ciel et la terre. Il est le symbole puissant
de la végétation.
Tout naturellement, il prend un caractère sacré et se rattache
à la Grande Déesse, à cette mystérieuse Déesse Mère qui, dès les
premiers temps, devint la grande admiration des homme, qui la
vénérèrent comme source de toute vie et de protection. Longtemps,
l'arbre a été une des formes de la Grande Déesse qui, au cours des
siècles, subit bien des avatars végétaux, animaux et humains.
Le symbole de l'arbre est donc fort ancien. Il succédait à ceux
que nous retrouvons gravés dans les cavernes. Pour beaucoup, les
arbres ont une âme et sont associés aux cérémonies religieuses. Ces
végétaux jouent un très grand rôle dans le monde celte où le chêne
est l'arbre sacré des Druides (dru).
C'est uniquement sur le chêne que l'on cueille le gui. Il est
très rare, mais possède des vertus particulières dues à la grande
robustesse de cet arbre puissant, son feuillage restant toujours vert.
Cette cueillette se pratiquait à la fin du solstice d'hiver. Elle
donnait lieu à une fête qui s'appelait la Madra Necht. C'est l'instant

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où le soleil est le plus bas à l'horizon et le point de départ de sa
remontée vers une plus grande lumière. Cette renaissance de la
lumière marquait le début de l'année nouvelle.
Le Christianisme a remplacé cette fête par celle de Noël. L'arbre
est représenté par la bûche de bois qui brûle dans l'âtre, symbolisant
le renouveau de la lumière montante et fécondante. Les foyers devenant
rares, la bûche prend la forme d'une pâtisserie traditionnelle
qui, ce jour-là, figure sur toutes les tables.
C'est exactement le sixième jour de la nouvelle lune de l'année,
au moment où celle-ci commence et où les radiations augmentent
en lune montante, que se pratiquait la cueillette du gui. A ce moment
précis, le gui du chêne était au point d'équilibre entre les deux
années, l'ancienne et la nouvelle, et possédait des qualités thérapeutiques
rares qui avaient fait leurs preuves. Actuellement, certains
laboratoires étrangers recherchent encore le remède contre le cancer
dans les fruits du gui. La légende concernant la migration des tribus
du mythique Ram, allant vers l'Orient, rappelle ce souvenir bénéfique.
Ces tribus, atteintes d'un mal inconnu, auraient été guéries par
l'absorption des fruits du gui.
Il y avait d'autres arbres sacrés tels que le hêtre, le pin, le frêne,
le bouleau, l'orme et le tremble. Tous étaient d'origine nordique,
marquant ainsi, parmi bien d'autres choses, le départ de la Tradition
qui devait s'étendre sur le monde par des chemins bien différents
qu'il est possible de débroussailler.
Nous remarquons que ces arbres sont au nombre de sept qui
est le nombre de la création, matérielle et spirituelle. Sept étant le
total de quatre et de trois, des quatre éléments primordiaux de la
matière auxquels viennent s'ajouter les trois éléments de la spiritualité
qui conduisent à l'équilibre de la Trinité.
Chacun de ces arbres avait sa représentation et sa vertu personnelle.
Entre autre exemple, le chêne était la force et la Divinité.
Son fruit, le gland, qui a la forme d'un phallus, était l'emblème de
la fécondité.
Le barde Taliésin, « chef des Bardes de l'Occident », nous rappelle
la connaissance profonde du monde celte sur l'arbre, en liaison
avec de grands secrets scientifiques.

Je connais chaque rameau Dans le souterrain du Divin Suprême .................................... Je connais la signification des Arbres Dans l'inscription des choses convenues. .................................... Les pointes des arbres imitateurs Que murmurent-elles si puissamment ? Ou quels sont les divins souffles Qui sont dans les troncs? Ces choses-là sont lues par les Sages Qui sont versés dans la Science.
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@

Cette langue des mystères était parfois gravée sur les troncs
des arbres sous forme de signes appelés Runes. Ils furent remplacés
plus tard par les Ogams comprenant une vingtaine de traits rassemblés
différemment sur une ligne verticale.
Ce culte des arbres était rattaché aux primitives religions agraires,
aux bois sacrés chez les Celtes où se pratiquaient les rites secrets
dans le silence des clairières. Charlemagne fut obligé de promulguer
des Capitulaires pour abolir ces cultes considérés comme païens par
le Christianisme en pleine expansion.
Dans l'Arctique, l'arbre devient parfois le pilier du Ciel. Il relie
la demeure des dieux à l'étoile polaire. Il est la colonne et l'axe
du monde, le poteau du sacrifice et le totem des tribus indiennes
de l'Amérique du Nord. Ces centres totémiques deviennent des lieux
sacrés cosmiques.

*
* *

Nous laisserons de côté les différentes transformations de la
Déesse-Mère avant qu'elle évolue dans de nouvelles formes animales,
humaines et astrales. Nous nous en tiendrons uniquement à ses
rapports avec l'arbre.
Nous retrouvons en Egypte l'assimilation de la divinité avec
l'arbre. Nous apprenons par Plutarque que le corps mort d'Osiris
flottant sur les eaux s'accrocha à Byblos dans les racines d'un
tamaris. Celui-ci enveloppa rapidement le corps d'Osiris. L'arbre fut
alors abattu par ordre du roi et son tronc ébranché servit à faire
une colonne pour son palais. Isis réclama le corps de son mari.
Satisfaction lui fut donnée. Il est fort probable qu'Isis devait prendre
parfois la même forme que son époux.
Des rites secrets, accompagnés de fêtes publiques, célébraient
les mystères d'Osiris (12e dynastie, vers -- 2000 av. J.-C.). On abattait
un arbre, on gardait seulement le tronc ébranché qui représentait
Osiris. Cette fête s'appelait le ZED. L'abattage de l'arbre symbolisait
la mort du Dieu, son redressement représentait sa résurrection.
Dans cette manifestation, Osiris, parèdre de la Déesse-Mère Isis,
est une figuration du bois sacré, représentée par le tronc d'arbre.
Une amie d'Atlantis, Mime Marpillat, m'a communiqué une photo
d'une croix de pierre installée au cimetière de Cornil, Corrèze. Le
pilier de la croix de pierre est orné de noeuds ressemblant à ceux
d'un tronc ébranché. Dans ce pays sylvestre, cette croix rappelle
la liaison entre la Déesse-Mère, incorporée dans l'arbre, et le Dieu
nouveau du Christianisme.
En Syrie, des tablettes provenant des fouilles de. Ras-Shamrah
portent le nom d'une déesse, Astart, sans aucun doute Astarté. Parfois,
elle est appelée Anat. Elle est alors l'épouse du Dieu Baal. Celui-ci
meurt au cours d'une partie de chasse. Anat ressuscite son cadavre
après six mois d'offrandes et de prières. Mais pour que cette résurrection
soit effective, Anat doit punir le coupable qu'elle découvre

121
5

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et coupe en morceaux. Baal ressuscite alors définitivement et fait
repousser la végétation dont il est la représentation.
Par sa résurrection cyclique, le Dieu-Arbre ou la Déesse, participent
à la renaissance. Peu à peu, des représentations masculines
ou féminines se dégageront du xoanon primitif et remplaceront les
figurations végétales.
Dans la vallée de l'Indus, au cours des fouilles de Mohenjo-Daro,
on a trouvé un sceau qui remonterait à 3 000 ans avant le Christ,
sur lequel est gravé un figuier entouré de deux dragons cornus. Ils
sont là comme protecteurs. Cette figuration correspond à celle du
fameux vase de Goudéa (Summer). Ces ensembles assimilent la
Grande-Déesse au figuier qui est l'arbre cosmique.
Dans l'Inde actuelle, cet arbre est représenté avec des serpents
sur des bornes de pierre appelées nagakhal. Elles sont placées entre
les racines de l'arbre sacré. Parfois, le figuier est enlacé avec un
margousier qui est l'époux de la Déesse. On trouve ces représentations
figurant dans le monde préhellénique méditerranéen.
Le banian est l'arbre du Bouddha. C'est sous son ombrage que
celui-ci trouva le chemin divin.
Chez les Grecs, le chêne gardait son sens profond du sacré. Il
est protégé par les Dryades. Le bas de leur corps a la forme d'un
tronc de chêne jusqu'à la taille, le haut conserve sa forme humaine.
Eurydice, qui épousa Orphée, reste la plus connue.
Les Dryades avaient des soeurs appelées Hamadryades. Celles-ci
vivent entre l'arbre et l'écorce et ne peuvent s'en dégager. Elles
meurent avec lui.
Zeus eut une jeunesse tourmentée. Sa mère Rhea le sauva de
la méchanceté de son père Cronos qui voulait le tuer. Elle le mit
sous la protection des Corybantes, divinités crétoises qui, avec le
secours des Curêtes, le firent élever par la chèvre Amalthée.
Les Pélages, anciens occupants de l'île, lui apprirent les mystères
de l'oracle de Dodone. On plaçait des vases d'airain aux sommets
des branches d'un chêne sacré. Le Dieu soufflait sur le feuillage et
les vases s'entrechoquaient. Il fallait en interpréter les sons. Ce chêne
était l'axe du monde qui distribuait la parole des dieux.
Beaucoup de divinités ont été transformées en arbre par les
dieux. Ceux-ci avaient leur arbre particulier. Le laurier était l'arbre
d'Apollon, la myrrhe celui d'Aphrodite, l'olivier celui d'Athéna, etc.
A Rome, à l'emplacement de la louve pousse un figuier. Elle
était un avatar de la Déesse-Mère nourricière et protectrice.
Le Christianisme conserve la conception de l'arbre de Vie dont
les fruits donnent le bonheur et l'immortalité. Par contre, l'arbre de
la Science, ou arbre du Bien et du Mal, est l'arbre du jardin d'Eden
qui portait la pomme, le fruit défendu, sous peine d'être chassé du
Paradis, de devenir mortel et obligé de travailler.

*
* *

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Nous voyons que la Déesse est souvent incorporée dans l'arbre.
Une médaille de Lycie représente la Vierge au sommet du chêne
sacré. A Longpont, près de Paris, une Vierge est installée dans un
chêne, de même dans les bois de Meudon, près de Chaville. En
Bretagne, en Bourbonnais, d'autres Vierges sont associées à l'arbre,
rappelant le vieux mythe de la Déesse-Mère, de la Mana, au cours
de ses très nombreux avatars qui la conduisirent à sa consécration
de Reine du Ciel et de Mère de Dieu. Chartres possède également
son pilier de pierre, symbole de l'arbre, où se trouve, en plus de la
Vierge sous Terre, une Vierge vénérée par la foule incessante des
fidèles. Parfois, la Vierge est incorporée dans une niche creusée
au centre de l'emplacement du croisement des branches de la croix
de bois. Elle rappelle les Hamadryades.


pict

Médaille de Lycie.

Dans des temps plus récents, on pratiquait la fête de l'arbre
de Mai, pilier et axe du monde, qui ramenait la fécondité de la nature.
Sous la révolution, on installa des arbres sur les places publiques
en l'honneur de la Liberté. Les société secrètes plantaient des arbres
de Fraternité.
Nombreux dans le monde furent les arbres célèbres, en particulier
les chênes, vieux symboles de notre race celtique représentant
force et durée.
Et tout au long des millénaires, nous trouvons cette force
éternelle et créatrice, intimement liée à tout ce qui vit, aux avatars
multiples, unissant indissolublement matière et esprit, et qui n'est
autre que la représentation de la Divinité dans toute sa puissance
et sa grandeur. L'homme moderne devrait bien revenir à plus d'humilité
et reprendre ce chemin de la Vérité et de la Vie qui lui redonnerait
l'équilibre perdu.
Marcel MOREAU.


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6

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De l'Arbre sacré à Notre-Dame

par ban DIONYSIOS.


A Mgr Maurice CANNTOR, dont la chapelle est dédiée à Marie.

pict E tous les symboles religieux, l'arbre sacré est sans
conteste le plus répandu.
Depuis la plus haute antiquité, il figure dans les
mythes religieux des différents peuples ; que ce
soit chez les hommes à peaux rouge, noire ou
jaune, sans oublier la blanche. C'est qu'il est
non seulement un don de Dieu aux animaux et à
l'homme, mais qu'il est aussi un véritable exemple
plein d'enseignements pour ce dernier.
Pour le primitif, comme pour l'animal, il est le porteur de fruits,
le distributeur gracieux des aliments corporels et à ce titre a droit
à la reconnaissance autant qu'à la vénération. Mais pour l'initié,
pour l'homme qui s'est découvert une intelligence, jusqu'à l'épopte,
celui qui réfléchit et se sert de cette intelligence pour atteindre la
profonde connaissance de lui-même et de tout ce qui l'entoure, alors
l'arbre est le symbole par excellence. Ceci explique la place prépondérante
qu'il tient dans toutes les mythologies ; qu'il ait ses racines
en terre ou qu'il les ait en l'air avec ses branches chargées de fruits
dirigées vers la terre, comme on le dépeint parfois dans le Rig-Véda,
dans la tradition persane islamique, ainsi que dans certaines narrations
moïsiaques.
Nombreux sont ceux qui ont écrit sur le symbolisme de l'arbre,
mais peu à notre connaissance ont fait ressortir son analogie
adamique.
Il faut d'abord retenir la verticalité de l'arbre et celle de l'homme,
dont l'épanouissement de l'un comme de l'autre est une ascension.
L'un est fixé au sol, l'autre s'y meut à sa guise, mais leur mission
finale est identique, « à chacun selon son espèce », comme il est dit
dans la Genèse. L'un comme l'autre en tant que créatures divines,
n'ont qu'une même origine ; qu'un même objectif et portent en
eux un même enseignement.
L'Arbre offre généreusement sur ses branches dans le Ciel les
fruits dont celui-ci l'a doté gratuitement par les rayons cosmiques

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de ses astres et par les nourritures que ses racines ont puisées dans
les éléments terrestres.
L'Arbre est le véritable « caducée », répondant à l'adage
d'Hermès : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » Qui
ressemble plus en effet aux branches et aux ramures de l'arbre que
ses racines ? Toutes deux ont leurs méandres rattachés à un même
fût vertical, véritable antenne dont l'élément « In » est à la terre
et l'élément « Ex » dans le ciel.
L'enseignement que l'Arbre nous apporte, est qu'à son instar,
tout ce que gratuitement nous pouvons tirer des richesses terrestres,
nous devons avec l'aide de Dieu nous ingénier à les transmuter
généreusement en fruits célestes. C'est à ce titre que l'Arbre figure
dans toutes les mythologies et qu'on le trouve dans la légende
moïsiaque de la Genèse.
L'Arbre, comme ADaM, tous deux créatures de Dieu, sont son
reflet ontogénique.
Séquelle de la faute d'ADaM, se séparant de Dieu dont il ne
peut plus alors être le reflet, ne multipliant plus généreusement les
dons gratuits de Dieu, mais les divisant sans cesse après s'être
divisé lui-même en masculin et féminin, l'homme à la recherche
de son bonheur perdu, ne peut retrouver son Paradis, que par la
voie de l'Arbre qui est aussi la voie de la Mère. Car la Mère n'est
qu'une représentation anthropomorphique de l'Arbre sacré. Cette
Mère féconde : Virgo paritura, Ishtar, Nout, Isis, Cybèle, Gé, Déméter,
etc., aboutissant aux Vierges noires (nigrae sed formosae) et à
Marie, n'est que la porteuse de fruits, l'élément « Ex » de l'énergie
trinitaire divine dont l'élément « In » reste aux mains de Dieu, car
il contient en lui-même, le Tout en puissance d'être.
Dans le mythe de l'arbre du bien et du mal, ADaM, abandonnant
tout contact avec l'énergie « In », se nourrit exclusivement du fruit
de son élément « Ex » que lui fait miroiter son AiSha. Ce fruit porte
en lui-même la signature pentale de sa faute : celle de l'intelligence
des choses, celle de nos sens ; mais non celle de l'équilibre, qui est
celle d'ADaM création du sixième jour.
Pour s'être alimenté d'un fruit qu'il ne pouvait assimiler sans
le secours divin et présenté dans la légende mythique par l'animal
qui ne connaît aucune élévation, rampant sur terre à la-quelle il
semble collé, ADaM connut sa séparation de Dieu.
Cette énergie féminine « Ex » qui l'a perdu en se voulant exclusive,
est cependant celle qui doit sauver l'homme et lui faire retrouver
son état adamique primordial. Et c'est là surtout que l'analogie
de l'Arbre et de la Mère apparaît dans toute sa splendeur.
Comme l'Arbre chante un hosanna à la gloire divine, lorsque le
calice de ses fleurs s'ouvre à la lumière cosmique qui les rend fécondes
et porteuses de fruits, la Virgo paritura qui se veut l'instrument de
Dieu, répond par le Magnificat au Salve regina. Alors elle porte le
fruit de ses entrailles, bien haut dans ses bras ou, comme la Vierge

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d'Albert (Somme), elle le porte à bout de bras au-dessus de sa tête,
dans l'infini des Cieux, ainsi que l'Arbre le fait de ses fruits.
Elle est alors la « Parèdre » de Dieu, l'Ex-tériorisation des forces
créatrices divines ; celle qui nous montre et nous ouvre la voie
rédemptrice réascensionnelle ; celle qui offre à Dieu, le fruit de
ses entrailles et par là devient : « Notre Dame » ; celle qui nous
donne la Vie et sa vie, comme l'Arbre nous offre ses fruits ; celle
qui nous aime de toutes ses forces car elle est notre Mère. ...O
dulcis Virgo Maria.

« Hésuchia ».

Pour la fête de la nativité de la Mère
le 8 septembre 1968.
Ioan DIONYSIOS.






pict















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Les signes du Zodiaque
leurs arbres et leurs bois initiatiques

par Renée FOATELLI.


pict OUCHONS DU BOIS, oui, mais lequel ? Le culte de
l'arbre a toujours été en honneur chez tous les
peuples primitifs et l'origine de ce culte remonte
à la préhistoire, car nos ancêtres connaissaient
la force, la valeur, les bienfaits de tous ces bois
et de certains en particulier.
Nous n'en citerons que quelques-uns, mais tous
ont des propriétés médicales, magiques et symboliques.
On se sert de leurs écorces, de leurs
racines, de leurs feuilles, de leurs fruits, de leurs bois pour toutes
sortes d'usage.
-- L'arbre de la sagesse est le Bouleau, donc ayant un sens philosophique.
-- L'arbre à pain : l'Artocarpe, sert à la nourriture.
-- L'arbre à Epreuves, dit tel puisque étant un poison, on en
faisait boire (au Congo) aux accusés ; si l'accusé sortait indemne d'une
telle épreuve il était reconnu innocent.
-- L'arbre à pauvre homme : l'Orme, on se demande pourquoi ?
-- L'arbre puant bien nommé car il empeste et s'appelle aussi
Fétidier.
-- L'arbre saint : l'Azedarach dont les noyaux servent à la confection
des grains de chapelets.
-- L'arbre de la Saint-Jean autrement dit Mille pertuis des
Antilles.
-- L'arbre à velours : le Veloutier.
-- L'arbre de vie : le Thuya, très employé pour le coeur, la circulation.
-- L'arbre à savon, sorte d'acacia, qui sert comme détergent.

Il y a trois cents espèces d'acacias environ... L'arche de Noé
aurait été construite avec ce bois très initiatique. Il est représenté
entre autre sur la lame XVII du tarot : lame de l'espérance.

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-- L'arbre de la Connaissance, eh bien ! c'est le Pommier, célèbre
par la pomme d'Eve.
-- L'arbre à cire : origine des cierges.
-- L'arbre de la Liberté qui est le Peuplier voulant dire arbre du
peuple.
-- L'arbre de Porphyre se dit en logique des cinq catégories auxquelles
Aristote prétend que se rapportent tous les objets de nos
pensées.
-- L'arbre du Jugement atteignant 20 mètres. Notons le rapport
avec la lame XX du tarot, carte qui s'appelle : Le Jugement. Il s'agit
du Chêne sous lequel saint Louis rendait la justice. Symbolisme et
réalité se confondent comme l'on voit.

*
* *

Il convient d'étudier les arbres et leurs bois en rapport avec les
signes du zodiaque. Il est bon, dit-on, de porter un simple petit morceau
de son bois, une feuille, écorce, fruit (comme le gland de chêne
par exemple).

Bélier : le Chêne.

Arbre sacré par excellence, les druides le vénéraient. Le gui de
chêne est le seul ayant une valeur initiatique. Il devait être coupé
avec de l'or, métal solaire en analogie avec la religion des druides.
Par contre, l'herbe d'or, le Selage doit être cueilli uniquement avec
la main, tout métal étant nuisible à cette plante très fragile.
Les tertres sacrés en Bretagne et ailleurs sont toujours plantés
de chênes. Les fées Dryades apparaissaient sous l'écorce de cet arbre
appelé pour cette raison arbre des Fées. Jeanne d'Arc enfant venait
danser autour, avec ses compagnes ; c'est une coutume qui remonte
aux temps les plus reculés. De nos jours à Saint-Germain-en-Laye, le
Chêne traditionnel est vénéré et l'on y porte des bouquets.
Le Chêne, c'est l'arbre de Zeus dans la mythologie grecque, devenu
l'arbre de Jupiter chez les Romains. Les prêtres de l'Antiquité rendaient
des oracles en entendant le bruit du vent dans les branches de
cet arbre bénéfique pour tous.

Le Taureau correspond au Cèdre.

Cet arbre peut devenir millénaire et sa force est associée à la
puissance légendaire de cet animal. Il existe des cèdres contemporains
du roi Salomon, qui d'ailleurs l'utilisa pour la construction du temple
de Jérusalem. Cet arbre peut atteindre quarante mètres de hauteur.
Ce nombre indique symboliquement les appropriations de tout ce qui
existe dans l'univers.

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Le célèbre cèdre du Jardin des plantes à Paris fut rapporté par
le naturaliste Jussieu. Il plaça une bouture dans son chapeau et se
priva de boire pour arroser cette pousse durant son long voyage du
Liban en France.

Le signe des Gémeaux a le Palmier pour arbre.

Signification de chaleur et de soleil. C'est l'Age d'or, ère de lumière
et de perfection pré-Adamique, avec l'Androgyne.
On a retrouvé, chose étrange, sur les pentes de l'Himalaya des
racines de palmiers, ce qui confirme la « légende » selon laquelle, à
une certaine époque, la terre était favorisée par un climat tout autre
que l'actuel. Période interglaciaire semble-t-il.
En Orient, au jour des Rameaux, ce sont des palmes, et non du
buis, qui sont portées dans les foyers, en souvenir de l'entrée de Jésus
à Jérusalem.
Nous savons que l'huile de palme a des propriétés très bénéfiques
pour les soins de la peau. Les nourrissons ne devraient être lavés
qu'avec cette huile qui donne chaleur et vigueur.

Le Cancer a le Coudrier pour bois.

La fameuse baguette magique est appelée bois de Sorcier. On
devrait dire bois de Sourcier, car ce bois décèle l'Eau. Le Coudrier
a donc un rapport étroit avec ce signe d'Eau. Il correspond à la lame
du tarot la Lune se mirant dans l'Eau. La Lune et l'Eau sont les deux
agents magiques par excellence de rythme des marées ; les semailles,
la pêche, etc. en dépendent.

Le Lion a l'Olivier comme symbole végétal.

C'est le bois de la Paix. Le rameau d'olivier dans la tradition
est le signe d'alliance. Les descendants de la tribu de Juda sont comparés
à des Lions, car lorsque Jacob bénit ses douze fils, il les
compara à des animaux, d'où le nom de Lion de Juda.
Le Christ est de la tribu de Juda et l'Olivier signifie Amour,
l'Amour que Jésus-Christ devait porter au monde.
Ces douze tribus d'Israël se rapportent aux douze signes du zodiaque.
Il y avait toujours douze grands prêtres dans les temples. Les
douze apôtres furent peut-être choisis parmi des hommes nés dans
chacun des douze signes zodiacaux, car chaque signe du zodiaque
correspond à des vertus, à des qualités positives que l'homme doit
connaître pour les exploiter. Le nombre douze est celui de la plénitude,
c'est le cycle terminal de la Roue vitale.

La Vierge a le Bouleau pour attribut.

C'est l'arbre de la Sagesse, de la déesse Karidwen chez les Celtes,
Vierge-Mère des premiers âges, c'est l'arbre de la Femme. On le

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plante encore sur les tombes féminines dans les pays nordiques. L'If,
par contre, est un arbre masculin, planté sur les tombes des hommes.
Le Bouleau, c'est l'Aulne des fées des légendes.

La Balance a pour arbre le Figuier.

Il est appelé en Chine arbre des Conseils. Il orne les alentours
des pagodes et figure souvent comme arbre de la Connaissance au
jardin d'Eden, aussi bien que le Pommier. L'iconographie ancienne
nous représente souvent nos premiers parents avec des feuilles de
figuier.
Son fruit précieux est l'un des quatre fruits pectoraux. Notons
qu'il y a six cents espèces de figuiers, dont le Sycomore, dont l'écorce
était employée par les Egyptiens pour la fabrication des cercueils
des momies. Ce serait l'arbre de la Croix.
Il poussait à l'état sauvage au milieu du forum de Rome. Romulus
et Rémus furent trouvés, dit la légende, sous son ombrage suçant
les mamelles d'une louve. Si cet arbre venait à mourir, le présage
était néfaste et l'on devait replanter aussitôt un nouvel arbre pour
conjurer le sort. Le Figuier est aussi nommé arbre de Vie ou arbre
de Dieu.

Le Scorpion, huitième maison de la mort, a l'If pour arbre.

Il est souvent planté dans les cimetières. Le Cyprès et différentes
espèces sont des arbres mâles. Le dieu celte Hu a ce bois pour
emblème. L'écorce et la racine contiennent un poison mortel. L'animal
scorpion a huit pattes, nombre associé à la mort. Primitivement
le poulpe aux huit tentacules signifiait le symbolisme de la mort et
nous le retrouvons gravé sur les monuments mégalithiques (1).
L'If-Pin mesure 22 mètres. Indication précieuse si nous considérons
que ce nombre veut dire le zéro et l'infini. C'est le mât ou le
fou du tarot : jeu initiatique auquel nous devons toujours revenir et
remontant à des millénaires. La plus haute statue de l'île de Pâques
a 22 mètres. S'agit-il alors de la figuration mortuaire de statues-
menhirs ?

Le Sagittaire a pour arbre le Peuplier.

Par son élévation « en flèche » vers le ciel, il suggère bien le
tempérament de ces natifs aux capacités rapides et élevées. C'est
aussi l'arbre de la Liberté, du peuple comme son nom l'indique. Il fut
planté à la Révolution en maintes occasions. D'ailleurs planter un
arbre est encore une cérémonie de souvenir ou d'anniversaire : mât
de cocagne, arbre de mai, arbre des fêtes.


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I. Notons que huit, c'est la mort initiatique avant la résurrection à la vie nouvelle du nombre neuf. C'est pourquoi l'If des cimetières est symbole d'immortalité
(Jacques d'ARÈS).

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Le Capricorne : le Laurier est son bois.

On ceignait les vainqueurs dans l'Antiquité de lauriers aussi bien
que de feuilles de chêne.
Il y a trois sortes de lauriers : le Sauce dont les magiciennes
mâchaient les feuilles pour augmenter leurs dons de voyance ; le
laurier rose qui est un poison, et le laurier cerise dont les baies-fruits
ont donné naissance au mot Baccalauréat, de Bacca, Baie et Lauréat,
Laurier, donc association de réussite dans les examens, victoire...
On sait que les natifs du Capricorne sont studieux et peuvent
arriver aux plus hauts destins.

Le Verseau a pour arbre le Saule.

Ce bois est en rapport avec la lame 14 du tarot nommée la tempérence.
L'ange du Verseau a deux vases : l'un d'or et l'autre d'argent.
C'est l'équilibre des deux forces, solaire et lunaire : il verse sur terre
le Savoir.
Il existe deux sortes de saules aux feuillages identiques, l'un
dont les branches s'élèvent vers le ciel et l'autre dit pleureur qui
s'incline vers la terre.
Alfred de Musset aimait cet arbre des poètes et sur sa tombe
au Père-Lachaise sont gravés ces vers :

Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière : J'aime son feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère et son ombre sera légère à la terre où je dormirai.
Les Poissons ont pour arbre le Cocotier.

Il est appelé roi des végétaux, car il sert totalement l'homme. Il
donne sa chair en nourriture... son lait comme breuvage. Ses fibres
servent à la confection des tissus. Son écorce et son bois servent à la
construction des huttes. Pour cette raison d'« altruisme » cet arbre fut
choisi pour le signe des Poissons. Cette ère nouvelle marquée par
l'incarnation du Christ a une analogie avec les dons de cet arbre ; le
Christ a en effet prononcé ces phrases : « Mangez ma chair. Buvez mon
sang. » Nourritures célestes.

*
* *

Les arbres nos amis sont indispensables dans le règne végétal.
Nous comprenons leurs rôles bénéfiques. Oui, touchons du bois : nous
savons maintenant lequel.

131

@

Certains indigènes demandent pardon à l'arbre qu'ils vont abattre
par nécessité, tandis que nous détruisons et tuons pour le seul plaisir
de destruction. Plantons au contraire ces forces que sont les arbres.
Les anciens disaient : « Il y a deux choses qui ouvrent les cieux
aux hommes : donner naissance à un enfant et planter un arbre. »
Grande sagesse !
L'arbre généalogique était pour les familles nobles un signe de
grandeur dans la continuité de leur race, de leur maison. Connaître
la source de nos vies est utile. Avoir « de la branche » était synonyme
de lignée aristocratique, mais nous avons tous des origines de milliers
d'années. Sachons garder la noblesse du coeur, c'est la seule qui
compte.
Sachez qu'il ne faut jamais prendre repos et s'asseoir sous un
noyer. L'humidité à cet endroit est néfaste. Par contre, s'accoter à
votre arbre initiatique est excellent. Comme les parfums, les métaux,
vos couleurs, etc., les bois sont des appropriations cosmiques que
tout initié doit connaître.
Renée FOATELLI.









pict

132

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Considérations symboliques
autour de l'Arbre sacréo

par Jacques d'ARES.


pict INSI donc, selon le récit symbolique de la Genèse,
il y aurait deux arbres sacrés, l'Arbre de la Science
du Bien et du Mal et l'Arbre de Vie. Sont-ils
antinomiques ou complémentaires ?
C'est là tout le problème du dualisme. Chacun
sait que le dualisme philosophique est une des
réponses apportées au problème de l'être, pour
reprendre la définition du Larousse. Il consiste
à soutenir que l'être est double, matière et esprit.
Il s'oppose au monisme, selon lequel l'être est Un, fait d'une seule
substance, soit matière (monisme matérialiste), soit esprit (monisme
spiritualiste).
Ces deux principes correspondent aux aspects radicalement
séparés de la Divinité, tels fini et infini, bien et mal, etc., qui apparaissent
inconciliables à l'esprit humain.
Le problème essentiel de toute philosophie dualiste est celui
des rapports possibles entre ces deux principes antinomiques ; or,
le principe même du dualisme exclut toute solution, puisqu'elle
supposerait un terme intermédiaire rejeté par la définition même.
Nous sommes donc avec un tel système dans une impossibilité totale
de compréhension du monde, notamment quant à la constatation de
la co-existence de l'esprit et de la matière, ce qui fait que les systèmes
modernes, faute de solution satisfaisante, rejettent l'un ou l'autre
des deux termes.
C'est alors qu'intervient le système trinitaire dans l'Unité dont
la plupart des philosophes ne parlent pas et qui est cependant le
grand principe commun -- sous des formes variées -- à tous les
enseignements religieux. Comment l'Esprit connaît-il la Matière et
inversement ? Grâce à l'Ame, c'est-à-dire à la force vitale.
Une telle démonstration nécessiterait de très longs développements
qui sortiraient du cadre de mon sujet. Car, me direz-vous,
quels rapports entre ces considérations philosophiques et l'arbre
sacré ?

133
7

@

En fait, la co-existence dans le jardin d'Eden de l'Arbre de la
Science du Bien et du Mal et de l'Arbre de Vie nous confirme la
valeur du principe trinitaire, composé des deux principes opposés
et du principe intermédiaire participant des deux autres, seul susceptible
de tenter d'expliquer ce qu'est le monde.
L'Arbre de la Science correspond aux deux principes, opposés
et apparemment antinomiques, inclus dans la Divinité inconnaissable
-- celle que les Grecs honoraient par le Silence -- notamment matière
et esprit sur le plan des Essences.
C'est pourquoi le serpent dit à la femme :

Vous ne mourrez nullement, mais Dieu sait qu'au jour que vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal (Genèse, III, 4-5).
Mais, sur le plan du monde manifesté où nous ne sommes pas
des dieux, chaque fois que l'homme tente de percer un secret divin,
cette découverte entraîne la mort, parfois sous forme indirecte, selon
la parole de l'Eternel. N'étant pas Dieu, nous ne sommes pas en
mesure de connaître directement le secret de la Création. Cela ne
sera possible, sans doute, que lorsque notre principe vital, notre
âme, se sera débarrassé de la matière pour pouvoir réintégrer le
sein de l'Esprit éternel.
Mais, pour ce faire, il faut que nous mangions les fruits de
l'Arbre de Vie. Celui-là, par son nom même, nous apparaît comme le
symbole du principe intermédiaire, de la deuxième personne de la
Trinité. C'est le Christ dont saint Jean nous dit qu'Il est la Vie. Cet
arbre est également double : il représente l'Esprit par la nature divine
du Christ et la Matière par sa nature humaine ; mais là, matière et
esprit sont manifestés grâce à la force vitale et sont donc existentiels
et non plus du domaine des Essences comme avec l'Arbre de la
Science. Et cette double nature du Christ associe les complémentaires
Amour, Aor, et Connaissance, Agni, ces deux colonnes du Temple
qui permettent de construire le fronton triangulaire de l'Harmonie
des contraires (1).
En effet, selon le dix-huitième verset du premier chapitre de
l'Evangile selon saint Jean, « personne ne vit jamais Dieu ; le Fils
unique qui est dans le sein du Père, celui-là nous l'a fait connaître ».
De très nombreuses représentations iconographiques de l'Arbre
de Vie pourraient nous confirmer dans cette interprétation traditionnelle.
L'ex-libris hermétique dont notre ami Lucien Carny a déjà parlé (2)
en est un exemple. La présence sur l'arbre de l'ouroboros et du
pélican nous montre qu'il s'agit, sans hésitation possible, de l'Arbre


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1. Cf. à ce sujet Atlantis, n° 200, l'article de Paul Le Cour, Pour comprendre Aor-Agni, et n° 183, p. 15, le tableau relatif aux deux colonnes du Temple.
2. Cf. Atlantis, n° 213, Symbolisme et Atlantide, p. 14.
134

@

de Vie. Mais les deux colonnes qui l'entourent, associées respectivement
au soleil, principe masculin et positif et symbole de la Connaissance,
et à la lune, principe féminin et négatif et symbole de
l'Amour, constituent un ensemble « parlant ».


pict


Dans son livre Alchimie, au chapitre de l'Arbre alchimique, nôtre
ami Eugène Canseliet rappelle que

le fruit de l'arbre de la vie est la fontaine de jouvence des anciens alchimistes, c'est-à-dire la source d'eau vive s'échappant d'entre les racines du vieux chêne (3).
Lorsque ce texte avait paru pour la première fois dans le n° 56
d'Atlantis (novembre-décembre 1934), ce passage avait été illustré
par une représentation des armes de Fontenay-sous-Bois, qui constituent
-- ce qui est le propre d'un blason -- des armes parlantes.
Chacun sait que le mot de Fontenay vient du mot fontaine, lui-
même apparu au XIIe siècle, si l'on en croit le dictionnaire Robert.
Sans doute l'origine vient-elle de Saint-Bernard de Clairvaux, dit
Bernard de Fontaine, parce que né du sire de Fontaine, qui fonda
la célèbre abbaye de Fontenay (Côte-d'Or). Rappelons que le mot
latin fons, fontis, désigne la source (mot provenant lui-même du
vieux français sours, nom de la célèbre commanderie templière près
de Chartres).


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3. Eugène CANSELIET, Alchimie, Etudes diverses de Symbolisme hermétique et de pratique Philosophale, p. 79, chez Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1964.

135

@

En fait, toutes les abbayes bénédictines ou cisterciennes étaient
établies près d'une source, et en ont souvent tiré leur nom, telles
l'abbaye de Fontenelle, plus connue sous le nom de Saint-Wandrille,
ou l'abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, toutes deux chères à notre
coeur pour des motifs divers.
Certes, le point d'eau était utilitaire, mais les moines avaient
la Connaissance et savaient l'importance de la Source qui sort du
RoC (le Christ). Les armoiries de Fontenay-sous-Bois nous le rappelleraient
si besoin était.

pict

Armoiries
de Fontenay-sous-Bois.

Ainsi donc, l'arbre de vie -- un chêne avec
ses glands, en la circonstance -- répand à
l'intérieur de la terre (où se font les initiations)
une double source d'Amour et de Connaissance.
Et la gravure nous montre que
cette source est d'origine céleste et initiatique
puisque au,dessus de l'arbre brille
l'escarboucle, « rebis » de la rubification
alchimique, qui n'est autre que l'étoile hermétique
à huit rayons, celle des mages et
celle de Compostelle.
On remarquera que chaque pointe de
l'étoile se termine par une fleur de lys trinitaire,
de telle sorte que nous avons
24 points. Nous trouvons là une représentation particulièrement
symbolique de Jésus-Christ. En effet, huit est tout spécialement le
chiffre du médiateur -- et cela bien avant le Christianisme. Mais,
pour nous en tenir au sens chrétien, on se souviendra de l'expression
employée par les Gnostiques des premiers siècles pour désigner
le Christ : l'illustre ogdoade. Pourquoi ? parce que le nom grec de
Jésus, Ιησους, Ièsous, analysé par la numérologie donne 888. Nous
avons en effet :

ι (iota) = 10
η (êta) = 8
σ (sigma) = 200
ο (omicron) = 70
υ (upsilon) = 400
ς (sigma) = 200
-------
Total ..... 888
or, par réduction cabalistique, 8 + 8 + 8 = 24 (les 24 heures d'une
révolution solaire). Nous ajouterons que 24 = 2 + 4 = 6, soit le
deuxième grand chiffre christique du médiateur (dans la trilogie de
la manifestation de la Trinité : 3 - 6 - 9), symbolisé sous des aspects
différents par le Chrisme, l'émeraude hexagonale du Graal ou le
double triangle.

136

@

Notre arbre de vie avec sa source au double aspect est donc bien
la représentation symbolique de la deuxième personne de la Trinité
qui nous permet d'approcher de la compréhension de la première et
de la troisième personne. C'est cette source de vie dont le Christ parle
à la Samaritaine.
Si nous avons su boire à cette double source, peut-être pourrons-
nous, à l'instar d'Héraclès, cueillir les fruits de cet arbre, les pommes
d'or des Hespérides, ou, comme Jason, conquérir la Toison d'or
cachée dans les branches de l'arbre du bois sacré d'Arès (4).
Dès lors, et si nous avons pu, par ailleurs, maîtriser le dernier
« gardien du seuil », le dragon, nous serons en mesure de connaître
-- par une nouvelle vie sur un autre plan -- les trois aspects de la
Trinité divine, comme nous le rappelle par ses trois racines cet arbre
des Hespérides, selon la représentation gravée en 1485 pour l'illustration
de l'Atlas d'Hyginus, écrivain latin, esclave devenu initié
(64 av. J.-C.-17 apr. J.-C.).

Jacques d'ARÈs.





pict

Selon l'Atlas d'Hyginus (1485).




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4. Cf. à ce sujet Atlantis, n° 226, Gustave Moreau et les grands mythes grecs, et plus spécialement les articles de Paul Le Cour sur Les Argonautes et
la Toison d'Or, et de Jacques d'Arès sur Les travaux d'Héraclès.

137

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pict

La Lune feuillée, par Elie-Charles FLAMAND. Préface d'André Pieyre de
Mandiargues (Pierre Belfond, Paris, 1968. Prix : 12,50 F).

L'intitulé de ce coquet recueil est remarquable pour nous, qui se justifie
aussitôt par la lecture des poèmes assemblés.
Précisons que la terre des feuilles devient, au blanc, la lune feuillée
qui est la phase du Grand Oeuvre, où la spiritualité règne toute-puissante.
Hélas ! rien n'est moins désigné, comme facteur de réussite, que l'élévation
de l'esprit, en l'époque présente où la cybernétique et l'immoralité se
partagent, dans la faveur générale, la gloire et les profits.
La lune feuillée désigne cet autre monde des « colombes de Diane
immaculées » dont parle Eyrenée Philalèthe, en son Entrée ouverte au
Palais fermé du Roi, et dont il semble bien qu'Elie-Charles Flamand se
soit inspiré avec le plus parfait bonheur.
Il est vrai que la nuit est blanche et noire, selon que la voulut, pour
lui-même, Gérard de Nerval, lorsqu'il se décida au suprême refus. Notre
poète apporte toute explication en mutation coutumière :

Parce qu'il avait fait siennes les noires demeures abandonnées aux colombes Et que le pire quelquefois s'humilia pour lui D'invisibles bourreaux vont le lancer sur les tessons des formes.
C'est ainsi que l'alchimie verbale, éblouissante de coruscations, se
développe en rythme musical, au long des sinueux sentiers, retenant, par
la main, la poésie, sa soeur jumelle, et qu'elles s'en vont ensemble, tantôt
dans l'ombre, tantôt dans la lumière. Pour des touches exactes, les vocables
saisissent en leurs acceptions rares, qui furent si chers à Mallarmé
ou à Grillot de Givry.

Nascuntur poetae fiunt oratores, suivant Quintilianus.

Elie-Charles Flamand est né poète ; c'est pourquoi son domaine est
celui de l'intuition, et, par-là même, de la subconscience. Aussi, l'idée
se fait-elle aisément de ce que peut susciter sa démarche, baignée qu'elle
est surtout de lectures et de méditations alchimiques. Atmosphère d'un
symbolisme fort distinct de l'école de Verlaine et de Mallarmé.
Au demeurant, parmi les poèmes de La Lune feuillée, qui se montrent
tant différents d'inspiration, et simultanément tant semblables de valeur,
qu'on veuille bien vérifier la qualité de notre sentiment général sur
cette pièce particulière :

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TEMPS D'ARRET

L'ancien favori du chaos a comblé de sel sapiential Les rugosités de ce ciel de roche
Un surgeon naît de l'arbre sec du silence
Calmée par la cantilène des clairvoyants La mer se fait chair Elle m'intime le plaisir primordial et nescient Dans le renouveau du feu sidéral. Eugène CANSELIET.

D'Amour et de larmes, par Cyr BELCROIX (Le Relais, 1968). Prix : franco, 20 F
à M. Serge Gruner, 77 -- La Chapelle-la-Reine. C.C.P. Paris 5421-56.

Alors que se préparent pour 1969 d'importantes manifestations en
l'honneur de Philéas Lebesgue, cofondateur d'Atlantis, apparaît un volume
de vers de Cyr Belcroix, ayant pour titre D'Amour et de larmes.
Nous y trouvons une lettre liminaire de Philéas Lebesgue qui déclare
que Cyr Belcroix est « un poète né » et qu'il a « le visage de l'espoir ».
Nous découvrons dans le recueil, D'Amour et de larmes, un art délicat
et parfois puissant. A des petits poèmes pleins de charmes succèdent
des pages où se révèle une émotion étrange, souvent communicative.
Le poète nous plonge soudain en un univers de souffrance. Ses vers,
d'inspiration hardie, exhalent les plaintes de son âme douloureuse. Nous
y retrouvons aussi l'espoir qui nous conduit vers les cimes.
Henry BAC.

Rudolf Steiner et la « Tripartition sociale », par Paul COROZE (Triades, 4, rue
de la Grande-Chaumière, Paris).

En ces temps de désordres sociaux, de conflits armés, de guerres
inexpiables, de désordres dans les esprits, d'exaspération des passions,
d'appétits déchaînés, de « volonté de Puissance », en ces temps qui, pour
reprendre l'expression de Gandhi, « nous ensanglantent l'âme », où
chercher le chemin qui conduit à l'apaisement, où trouver la « Voie » qui
pourrait conduire notre humanité déboussolée à l'Equilibre, à la Raison,
à la Tolérance et à la Paix ?
Le livre que Paul Coroze consacre à Rudolf Steiner cherche à y
répondre.
On sait que Rudolf Steiner fut avec Hermann von Kaiserling (écrivain
quasi oublié de nos jours et dont l'Analyse spectrale de l'Europe
et la Psychanalyse de l'Amérique latine font cependant figure de prophéties
), le fondateur de ce Goethéanum, lieu de rencontre de tous les
courants intellectuels et spirituels à son époque. On sait aussi que Steiner
créa 75 ou 80 centres de « rééducation pour les handicapés physiques »
et quelques 100 « Instituts de pédagogie curative », etc.
Quelles étaient donc les dominantes intellectuelles et spirituelles qui
guidaient Steiner ?
On le saura au fil des pages que lui consacre Paul Coroze.

139

@

Tous les problèmes sociaux apparaissent pour Steiner conditionnés
par la nature même de l'homo sapiens et de sa destinée. Ce qui le conduit
à préconiser ce qu'il appelle la « Tripartition sociale ». En un mot, de
scinder le corps social en trois organismes collaborant et coordonnant
humainement leur action propre, et ce, afin que disparaissent ces
« tumeurs sociales » dont Steiner, comme Kaiserling, avait, dès avant 1914,
parfaitement discerné les causes profondes, à savoir : la méconnaissance
des grandes lois spirituelles qui forment le « Lien social ».
Il ne m'est pas possible, on le concevra aisément, de donner ici une
sorte de « digest », même succinct, du livre de Paul Coroze, et, partant,
d'exprimer les idées de Steiner.
Je les rapprocherai volontiers de celles exprimées quelque cinquante
ans plus tôt par Saint Yves d'Alveydre. On sait la suspicion jetée de toutes
part sur la Synarchie que préconisait Saint Yves. Avec des variantes,
importantes certes, la « Tripartition » de Steiner apparaît (ainsi que
l'oeuvre de Saint Yves d'Alveydre) comme une sorte de « Reflet de la
Tradition ».
Combien de fois, avec Paul Le Cour, ne nous sommes-nous pas entretenus
des idées de Steiner, et de la « Synarchie trinitaire du bélier et de
l'agneau » de Saint Yves, car les problèmes sociaux hantaient aussi Paul
Le Cour. Il prévoyait les désordres, les massacres, le sang répandu du fait,
tant de la méconnaissance des principes traditionnels, que des lois écrites
lorsqu'elles ne cadrent pas avec la Tradition, mais aussi du fait de la
méconnaissance de « ces lois qui ne sont pas écrites », comme le crie
Antigone à Créon, et qui sont celles de la Charis paulinienne à nous
transmises par la Tradition, cette Tradition dont Paul Le Cour écrivit,
cent fois et plus, qu'elle était le « salut du monde ».

Dr Robert HOLLIER.

Prodiges et Mystères des pèlerinages, Ire série : « De Chartres à Jérusalem »,
par Claude PASTEUR, 190 pages et 16 hors-textes (La Palatine, éditeur,
Paris-Genève, 1968).

C'est à un long voyage à travers le temps auquel nous convie cet
ouvrage de Claude Pasteur ; chacun des grands pèlerinages du Passé, à
savoir Chartres, Le Puy-en-Velay, Rocamadour, le Mont Saint-Michel,
Saint-Denis, les Saintes-Maries-de-la-Mer, Vézelay, Compostelle, Rome et
Jérusalem (un autre volume sera prochainement consacré aux pèlerinages
que l'on peut qualifier de « modernes » : Lourdes, Fatima, Lisieux, La
Salette, Beauraing...), fait l'objet d'une étude historique de ses lointaines
origines jusqu'à nos jours, l'auteur fournissant aux pèlerins désireux de
s'y rendre quantités de renseignements d'ordre pratique. Ainsi, nous est-il
possible de nous pencher avec émotion sur la géométrie ésotérique,
le labyrinthe et le Voile de Chartres, la Vierge Noire, le puits magique
et la Pierre qui guérit du Puy-en-Velay, la Vierge Noire de Rocamadour,
les ossements de Marie-Madeleine à Vézelay...
Nous profiterons de l'occasion qui nous est offerte pour remercier
ici les éditeurs courageux qui osent encore, en ces temps de confusion
et de ténèbres généralisées, offrir au public de semblables ouvrages qui,
au lieu de fouiller avec complaisance les bas-fonds sordides qui se
cachent en l'esprit humain, s'adressent à ce qu'il y a de meilleur en nos
âmes.

140

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Le grand mérite de ce petit livre est donc de mettre à portée de notre
main les renseignements les plus caractéristiques concernant chacun de
ces sanctuaires en nous invitant à approfondir nos connaissances, et de
faire naître en nous le désir irrésistible de nous rendre à notre tour en
ces hauts lieux de la Foi où pendant des siècles et des siècles les hommes
ont cherché avec humilité des raisons de vivre et un sens à leur propre
mort.
Guy BÉATRICE.

Christianisme à coeur ouvert, par Georges PÉGAUD (Courrier du Livre).

Livre curieux, certes, et qui risque d'éberluer quelques lecteurs
d'Atlantis.
Livre intéressant, tant par l'hypothèse de base qui s'y trouve posée,
que par les références auxquelles l'auteur fait appel pour étayer cette
hypothèse.
La justification de cette hypothèse, M. Pégaud pense la trouver dans
les récentes découvertes de la neurophysiologie qui, chacun le sait, a
fait un bond prodigieux ces dernières décades.
Certaines parties du cerveau : thalamus, hypothalamus, noyaux gris
centraux, formation réticulaire, apparaissent, en effet, comme des régulateurs
du comportement psychique, des réactions psychosomatiques, et
ce, en fonction, d'une part de l'information sensorielle, d'autre part des
réactions d'ordre intellectuel ou spirituel propres à chaque individu.
Ces réactions, d'ordre moral, intellectuel, philosophique, provenant
-- elles -- de cette partie du cerveau qualifiée de noétique, ainsi que du
cortex des lobes frontaux.
En fonction de ces réactions, l'auteur émet l'hypothèse que « le contrôle
des réflexes conditionnés par la formation réticulaire est la condition
même de l'harmonie neurophysiologique, ce qui conduirait progressivement
l'homme vers le destin spirituel qui lui est assigné ».
A l'appui de sa thèse, Georges Pégaud produit un nombre important
de textes d'ascètes chrétiens s'étendant sur plusieurs siècles, et, de ces
textes, il infère que -- intuitivement -- ces ascètes ont su conditionner
leur formation réticulaire cérébrale.
Mais l'auteur va plus loin, car il pense que l'acquisition de cette
maîtrise cérébrale peut être obtenue par la seule invocation du NOM
(Yahweh ou Jésus). Et de nous rappeler des citations tirées des évangiles,
des textes prophétiques nous montrant -- et l'explicitant par la linguistique
hébraïque -- la puissance transformante de cette invocation.
Je pense que l'hypothèse de M. Pégaud renferme une part, non négligeable,
de vérité, mais je crois aussi que les problèmes posés par les
phénomènes liés aux ascèses, qu'ils soient psychiques, physiologiques ou
physiques, et qui déroutent la science conformiste de notre temps, sont
en réalité infiniment plus complexes que la seule « mise en condition »
de la « formation réticulaire ».
Ces phénomènes : lévitation, phénomènes lumineux, inédie, bilocation,
etc., ces « homéostasies » différentes (et inexplicables) et dans lesquelles
s'imbriquent des phénomènes psychiques, psycho-somatiques, physiologiques,
mais aussi sexuels (sous une forme voilée, M. Pégaud y fait
allusion) et qui sont à la base des transmutations spirituelles, nécessitent

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l'appel à toutes les sciences à leurs extrêmes confins, à ces au-delà de
la physique atomique, à ces limites de la génétique ou de la biologie
cellulaire, et surtout à cette discipline, ignorée volontairement, voire
méprisée par la science : celle des phénomènes qualifiés de métapsychiques.
Problème crucial pour notre temps, celui qui permettra de gravir
les échelons de l'échelle de Jacob pour atteindre à la destinée de l'homme...
A ce problème, M. Pégaud a apporté sa contribution -- qu'il en soit
remercié.
D' Robert HOLLIER.

Dieu et Liberté, par Manoel Joaquim de CARVALHO (Ed. Téqui, 82, rue Bonaparte,
Paris).

Nous avons déjà rendu compte en 1962 du premier livre traduit en
français de ce jeune philosophe brésilien : A la recherche de l'Etre, dans
lequel il fustigeait les existentialistes et démontrait l'inanité de leurs
théories. Dans ce nouvel ouvrage, nous sentons à nouveau que l'auteur
est imprégné de la philosophie traditionnelle, sans le savoir objectivement.
Ou bien le sachant peut-être, il ne veut pas en faire état, et s'adressant
à un public imbu de philosophie du XXe siècle, il cherche parmi tous les
classiques du genre, les Allemands en particulier qu'il semble bien
connaître, tous les arguments pour ou contre nécessaires à ses démonstrations
successives.
Il est évident, nous prévient-il, dès le début, que la voie de liberté,
bien que commençant dans le monde matériel, nous mène inexorablement
à Dieu. L'homme fait l'épreuve de ce mouvement d'ascension. Matière,
Monde, Homme, Liberté constituent un ensemble dont les parties se
libèrent en Dieu. L'« Etre Essence », lors de son contact avec l'existence
concrète devient l'Etre intégral humain. Il semble que la Sagesse antique
ne s'exprimerait pas différemment. Ces pages s'adressent à l'homme
d'aujourd'hui solitaire, abandonné, privé de spiritualité, nu et impuissant
parce qu'esclave de tout et de tous. Contemple, Homme, nous dit-il, l'abîme
creusé non par la technique, mais par tes actions, à toi, averti et conscient
des dangers et des malheurs qu'elle entraîne. Cette étrange situation a
permis à la technique de s'affermir, et ainsi divinisée, sortant de ses
limites, elle a pénétré jusqu'au fond de l'âme humaine en trahissant
l'esprit du Créateur. L'homme provoque ainsi en toute conscience la
destruction de son âme elle-même. L'humanité a connu deux grandes
déchéances, celle d'Adam et celle du XXe siècle, en perdant la foi par
peur de liberté, déchéances qui malgré leurs différences apparentes se
complètent.
Si nous ne suivons pas totalement l'auteur dans toutes ses conceptions,
en particulier son idée sur le Temps, dont il exagère l'importance à
notre avis, nous ne pouvons qu'admirer l'effort de M.-J. de Carvalho
pour mettre de l'ordre et nettoyer ces écuries d'Augias que sont maintes
philosophies modernes. Tel un druide se réveillant d'un sommeil multi-
millénaire, il ouvre des yeux horrifiés sur la descendance des hyperboréens
jadis chers à Apollon et d'un doigt de feu lui montre la voie
du redressement.
Signalons enfin en tête du livre un charmant petit poème traduit en
vers libres où il nous fait songer à la naissance de Vénus, ou de Maya

142

@

la grande Shakti symbolisée pour lui dans cette « Sponsae Dilectissima »
à qui est dédié cet ouvrage.
Jacques DUCHAUSSOY,

Gandhi interpelle les chrétiens, par Camille DREVET (Ed. du Cerf).

J'ai toujours pensé, et souvent écrit, que des différences fondamentales
existaient entre la métaphysique d'Occident (dont les évangiles
christiques sont la forme la plus pure et la plus dépouillée), et les philosophies
d'Orient qualifiées de métaphysiques, et dont celle de l'Inde
apparaît comme la plus hautement représentative.
Le livre de Mme. Drevet, avec la remarquable préface du Père Régamey
0.P., me confirme dans cette opinion -- que j'ai également maintes fois
exprimée -- à savoir que les maîtres spirituels de l'Inde contemporaine
-- et dont Gandhi est un insigne représentant -- étaient tous imprégnés
de mystique occidentale.
Très tôt, Gandhi a lié connaissance avec Tolstoï, ce romancier philosophe
quelque peu anarchisant, apôtre de la non-violence, et qui a eu
sur Gandhi une incontestable influence.
Non moins incontestable a été pour Gandhi ce que Mme Drevet appelle
« le choc de l'Evangile ». Dès cette époque, il avait vingt-sept ans, la Gita
et le Nouveau Testament furent ses livres de chevet.
Mais, attaché à la doctrine des réincarnations et à la notion que
l'âme était une pure création du divin ne pouvant être que sans tache,
le syncrétisme poursuivi par Gandhi, entre le christianisme, l'islamisme
et le bouddhisme, ne pouvait être que vague et sans réelle consistance.
Il fut l'apôtre de l'Ahimsa, du non-mal, de la non-nuisance, de la
non-violence. Combien de fois n'a-t-il pas jeûné pour soutenir par cette
pénitence les idées qui lui étaient chères ; il a jeûné pour soutenir les
grévistes, par solidarité avec les musulmans, puis pour la paix entre
hindous et musulmans.
Il pensait que ses jeûnes suffiraient à changer ce monde où « Satan
conduit le bal ». Maître, hélas sans disciples, jeté dans ce monde de misère,
il n'a pu, « cachant son âme en sang », que se mortifier en « mettant sa
tête sur les genoux de Dieu ».
Anticolonialiste résolu, quelle serait sa douleur en voyant aujourd'hui
les luttes raciales et tribales, les déchaînements de violence, les guerres
inexpiables qui ont suivi le départ de l'Occident...
Ce chevalier de la non-violence, ce pèlerin de la paix, avouait à la
fin de sa vie sa désespérance.
Combien nous préférons ces autres chevaliers -- que la cupidité d'un
roi et la faiblesse d'un pape se sont liguées à exterminer -- combien nous
préférons ces Templiers, avec leur haute mystique, leurs voeux de courage
et de pauvreté individuelle, mais leur présence réaliste dans ce monde
de fer soumis au mal.
Mais les Templiers croyaient au « péché originel » et Gandhi n'y
croyait pas...
Et il voulait oublier que le Christ lui-même avait, à coups de fouet,
chassé les marchands du Temple...
Dr Robert HOLLIER.

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Les Siècles et les jours (« Horizon 1969 ». Prix : 79 F, 350 pages, format
21 x 31).

Perspectives conjecturales et jugements sur l'« Horizon 1969 », 400 pages,
format 21 x 31. Prix : 400 F. Tirages limités. Editions de luxe.
par J. et M. PONGE-HELMER, de « l'Institut de technologie prévisionnelle
appliquée », 14, cours Lieutaud, Marseille-Pr.

Comme ils le font tous les ans, MM. J. et M. Ponge-Helmer viennent
de sortir leurs deux importants ouvrages traitant de l'évolution de
l'Humanité et des théories et applications aux événements du passé et de
l'exploration du futur. Les prévisions politiques et financières pour l'année
1968 ont été étonnantes et ne peuvent qu'encourager le public à suivre
les nouveaux sujets traités dans la même perspective conjecturale pour
l'année 1969.
Le premier volume comprend six chapitres d'un grand intérêt. Il
commence par traiter de l'histoire aux frontières du mystère, du fantastique
et de l'insolite où sont dévoilés les secrets détruits et les énigmes
du passé, des êtres venant d'ailleurs, des civilisations anciennes
avant le Déluge, des mystérieux mayas, du pape alchimiste Jean XXII et
de Nicolas Flamel.
Le second chapitre parle de l'histoire invisible et de l'Ere future
donnant la clé de la nouvelle époque en se basant sur le drame albigeois,
de la Commune occitane à la Commune de Paris. Les chapitres
suivant rappellent l'éternel déroulement du temps cyclique rythmé par
les nombres et les cycles déterminant les lois de l'histoire. L'exploration
de la montée cyclique et des grands problèmes mondiaux : les conditions
d'une vraie démocratie, la construction d'une Europe fédérale ou d'une
Fédération atlantique, l'imposture des indépendances et des libérations
africaines, la révision de la politique étrangère américaine, l'inquiétude
de l'U.R.S.S. face à la Chine, la puissance japonaise et la Chine d'aujourd'hui,
les misères de l'Amérique latine, les clameurs d'une jeunesse
insurgée. Tous ces déséquilibres démontrent le faux idéal et l'hypocrisie
de la société moderne tendant vers un Univers technocratique et une
vision corporative.
Il conclut en dénonçant la fin d'un temps et en indiquant comment
les techniciens du futur conçoivent la société de l'avenir et comment
elle peut avancer dans cet avenir. Comme tous les ans, un chapitre
indique les prévisions du temps pour l'année 1969.
Le second volume traite des considérations et conseils pour la gestion
et la composition d'un portefeuille, titres qui, dans une société en pleine
transformation, exclut l'immobilisme paresseux. Il préconise un nouveau
statut pour l'or et les monnaies et un plan de bataille de l'économie
française où le Capital, le Travail et la Participation posent des problèmes
nouveaux pour les gestions futures. Cette évolution rapide d'un
monde qui se transforme détermine des perspectives politiques, sociologiques,
économiques, financières et boursières aux optiques différentes.
Pour l'année 1969, l'exploration et les applications cyclo-numérologiques
des fluctuations boursières traitent des indicateurs économiques et financiers
pour les U.S.A. et la France et jette un coup d'oeil sur Wall Street ;
tient compte de l'après-gaullisme qui est le vrai problème politique français
de demain et constate un pouvoir nouveau avec le syndicalisme.
Ces deux ouvrages prennent de plus en plus une audience internationale

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par la sûreté de leurs prévisions et leurs conseils judicieux. Nous leur
souhaitons pour l'année 1969 le grand succès des années précédentes.
Marcel MOREAU.

Les Métamorphoses de Paris, par Yvan CHRIST (André Balland, in-4° , 226 p.
1967, 59,60 F).

Après la parution d'une trentaine de magistraux ouvrages d'érudition
architecturale et tout en poursuivant la rédaction d'un monumental
Dictionnaire des églises de France dont nous aurons l'occasion de parler
ici, Yvan Christ vient d'ajouter une belle rose au jardin de savoir et de
sagesse qu'il cultive depuis tant d'années pour la défense et l'illustration
du Paris historique. Considérons le sous-titre de cet émouvant ouvrage :
« Cent paysages parisiens photographiés autrefois par Atget, Bayard,
Bisson, Daguerre, Girault de Prangey, Le Gray, Maetens, Marville, Nègre,
Varin, Yvon, et aujourd'hui Janine Guillot et Charles Ciccione. » C'est
donc à une confrontation du passé et du présent -- en général désastreuse
pour ce dernier -- que la curiosité et la sensibilité des premiers
photographes de Paris nous permettent d'assister. Ces pionniers de la
Restauration et du second Empire, qui ne savaient pas qu'ils étaient des
poètes, ont ainsi exaucé le voeu de Baudelaire : « Sauver de l'oubli les
ruines pendantes que le temps dévore, les choses précieuses dont la
forme va disparaître et qui demandent une place dans les archives de la
mémoire... » Jamais nous n'aurons pu mieux que par ces vues bouleversantes
qui nous restituent le calme univers quotidien de Balzac, de
Nerval et de Huysmans, constater à quel point le Français est par essence
ignorant et gaspilleur de son architecture et, comme disait Jean-Jacques
Rousseau, propre à tout commencer et à ne rien achever. Car si étaient
évidemment çà et là nécessaires quelques sacrifices aux nécessités de la
circulation, la plupart des mutilations irréparables imposées au Paris
historique par Haussmann et ses suiveurs n'ont été opérées que sous
de sordides impulsions stratégiques démagogiques et commerciales. Et,
chaque fois, les voix qui s'opposaient à de scandaleuses démolitions ont
été submergées par un torrent d'intrigues et un océan d'indifférence
populaire.
Ce qui subsiste aujourd'hui du Paris historique en notre troisième
tiers du XXe siècle est exposé à trop de nouveaux périls pour que la
contemplation de ces documents bouleversants puisse être aujourd'hui
éludée. Ami lecteur, si vous entendez quelque technocrate, par définition,
hélas !, insensible à la beauté architecturale, pérorer sur la « nécessité
de reconstruire Paris sur Paris », mettez-lui ces images sous les yeux,
et plaidez la cause du respect et de la sauvegarde intelligente du patrimoine :
ce très beau livre vous aidera peut-être ainsi à jouer pleinement
pour Paris votre rôle de défenseur de la Tradition occidentale.
Jean PHAURE.

Ile-de-France, par Bernard CHAMPIGNEULLE (Arthaud, « Les Beaux Pays »,
Paris, 1967).

De toutes les provinces françaises, l'Ile-de-France est celle qui se
transforme le plus rapidement. L'affreuse banlieue industrielle dont le
XIXe siècle utilitaire a entouré Paris n'a cessé de faire tache d'huile, et

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usines, villes-dortoirs, autoroutes, aérodromes, poussant comme des champignons,
saccagent un peu plus chaque année des paysages qui sont
-- bientôt on devra écrire « qui étaient » -- parmi les plus subtils du
monde. Seuls quelques grands domaines classés et quelques sites protégés
échappent au vandalisme des technocrates et à la rapacité des
sociétés immobilières.
C'est dire que nous n'avons pas lu sans quelque mélancolie cette
réédition du beau livre, devenu presque classique, de Bernard Champigneulle.
Livre qui a le rare mérite de ramasser en une gerbe facile à
embrasser les nombreux trésors que recèle notre Ile-de-France, et cela
tout en mettant intelligemment en valeur les caractéristiques propres à
telle région ou à tel monument, et en évoquant, dans les grandes lignes,
son histoire.
Les cathédrales de Saint-Denis, de Senlis, de Mantes, de Beauvais, de
Meaux, les châteaux et parcs de Versailles, de Fontainebleau, de Vaux-le-
Vicomte, de Chantilly, de Compiègne, de Saint-Germain-en-Laye, la ville
de Provins avec ses églises et ses remparts, vestiges de son double passé
monastique et militaire, constituent évidemment les plus éclatantes fleurs
de cet opulent bouquet, si riche, par ailleurs, en gracieuses fleurettes.
Cent soixante-dix photographies, très belles et fort bien choisies,
contribuent à rendre sensible cette délicatesse et cette diversité dans
l'unité qui font le charme sans pareil de cette province, la plus chère,
avec celles que parcourt notre grand fleuve royal, aux artistes et aux
poètes : bien plus que celle des géographes ou des géologues, n'est-elle
pas, en effet, leur création ? Non seulement ils l'ont parée et chantée,
mais ils lui ont donné une âme qui a lié et harmonisé ses multiples
apparences.
Paul BIEHLER.

La Cathédrale dans la Cité, par Romain ROUSSEL (Ed. André Bonne, Paris,
1967, 290 pages, dont 48 d'illustrations).

Chantre de la Franche-Comté qu'il a décrite avec une émotion contenue
dans plusieurs romans dont le plus connu est La Vallée sans Printemps,
couronné par le jury Interallié, Romain Roussel est aussi le biographe
de Jacques Coeur le Magnifique et l'auteur d'une histoire des Pèlerinages
à travers les siècles. La fidélité au terroir ne l'empêche pas, on le voit,
de porter son regard vers d'autres horizons, pour autant que ceux-ci
le méritent et sans qu'ils lui fassent oublier un instant les paysages ou
les êtres familiers. Les visions nouvelles, chez lui, se superposent aux
anciennes sans les détruire : ainsi voyageaient nos pères, emportant partout
avec eux l'image de leur petite patrie, évoquant devant les orgueilleux
palais romains leur chaumière natale ou l'humble église de leur
village dans la chaude intimité desquelles ils avaient patiemment appris
à voir avant de prendre la route, poussés non par une vaine curiosité
ou le démon de la vitesse comme nos contemporains, mais par le désir
de délivrer le tombeau du Christ ou de baiser quelque relique vénérée...
En ces temps-là, la cathédrale était reine et la cité se développait
et s'organisait en fonction d'elle. Non seulement elle en rythmait de ses
cloches les jours de fête et de deuil, et chaque génération y venait lire,
familièrement sculpté dans la pierre ou peint sur les vitraux, ce qu'il

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importe de connaître pour donner un sens à la vie terrestre et aborder
dans les meilleures conditions la vie éternelle, mais c'est sous ses voûtes
que le pouvoir politique était consacré, légitimé, et qu'il se faisait rappeler
à ses devoirs par la voix tonnante des prédicateurs lorsqu'il y faillissait...
C'est dire que le touriste du XXe siècle qui y voit uniquement une oeuvre
d'art en restreint singulièrement la signification : il est absurde et appauvrissant
de l'étudier en faisant fi des hommes qui l'ont élevée et en
reléguant dans l'ombre tous ceux qui, durant des siècles, ont cherché
et trouvé auprès d'elle force et espoir.
Respectueux de ce passé où la cathédrale et la cité étaient étroitement
liées pour le plus grand bien des habitants de celle-ci, persuadé
qu'on ne peut dissocier l'esprit qui éclaire de la main qui le manifeste,
Romain Roussel a écrit un très beau livre, extrêmement vivant et, par
là, fort différent des nombreux ouvrages consacrés aux cathédrales parus
jusqu'à ce jour. Partant des cubicula des catacombes et des premières
basiliques romaines, mettant en valeur le rôle des moines bâtisseurs, il
suit et explique l'évolution de l'architecture religieuse jusqu'aux cathédrales
gothiques, ces joyaux de la civilisation occidentale à son apogée,
montrant comment ces dernières furent conçues, financées, construites,
évoquant les nombreuses cérémonies, tour à tour éclatantes, pittoresques
ou émouvantes qui s'y déroulaient : onction et couronnement du roi, à
Reims, Te Deum à Notre-Dame de Paris pour remercier Dieu d'une victoire,
neuvaines de prières pour mettre fin à une épidémie, messes de
Requiem... Son érudition, jamais pédante, se teinte d'humour lorsqu'il
rappelle quelques truculentes coutumes.: élection d'un évêque des Fous
ou d'un « abbé des Conards », fête de l'Ane, laquelle était célébrée avec
une particulière verve à Sens le jour de la Circoncision, des Saints Innocents,
réservée aux enfants qui choisissaient parmi leurs camarades un
évêque de frime, ou encore celle de la Fierte (ou châsse) qui, à l'Ascension,
accompagnait chaque année à Rouen la grâce d'un condamné à mort, en
mémoire du meurtrier qui, sous le règne de Dagobert, avait aidé saint
Romain à tuer la Gargouille qui désolait la Normandie. En passant, il
rectifie certains jugements portés par des auteurs plus partisans qu'historiens,
et s'attaque à certaines légendes qui ont malheureusement la vie
dure. La condition des serfs, dénoncée avec horreur dans les manuels
d'histoire laïques, était infiniment moins pénible que celle des ouvriers
d'usine au siècle dernier ou au début de celui-ci, car nombreuses étaient
alors des fêtes chômées, prétextes à réjouissances et à ripaille : quarante
par an, auxquelles il faut naturellement ajouter les dimanches, jours de
repos complet, tout travail cessant le samedi à none, c'est-à-dire trois
heures de l'après-midi. Les salaires des ouvriers travaillant sur les
chantiers étaient relativement élevés, et, si la Sécurité sociale n'existait
pas, les institutions charitables, hôpitaux, maladreries, étuves, hospices de
pèlerins, asiles de vieillards ou d'infirmes, ne manquaient pas, les coeurs
étant ouverts à la Charité... même ceux des riches... Les cathédrales, loin
d'être blanches à l'origine comme certains l'ont prétendu, étaient en
grande partie -- statues des portails, murs, piliers... -- dorées et peintes.
Quant à la fameuse terreur de l'an Mille, si l'on en juge par d'irréfutables
documents d'archives, elle ne semble pas avoir beaucoup perturbé la vie
quotidienne ou ralenti le rythme de construction des abbayes : entre
970 et 1000, on en éleva ou reconstruisit cent douze, dont soixante bénédictines !

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Grandioses par les sublimes aspirations qu'elles traduisent, les inestimables
enseignements qu'elles prodiguent à ceux qui savent lire, les
incomparables richesses esthétiques qu'elles recèlent, les cathédrales sont
hélas aussi, comme les hommes, soumises au temps et à la ruine. Elles
portent dans leur chair les cicatrices des blessures que leur ont tour à
tour infligées les protestants, au nom de la Pureté, les sans-culottes, au
nom de la Liberté, et les urbanistes du siècle dernier, lesquels se sont
surtout acharnés sur les habitations qui les entouraient harmonieusement,
au nom du Progrès ou de l'Hygiène ; elles sont rongées, comme
nos poumons, par le mazout des appareils de chauffage, la fumée des
usines et le gaz des voitures, ébranlées, comme nos nerfs, par le bang
des avions supersoniques, menacées, comme nos existences, par les applications
de cette science dont saint Bernard dénonçait prophétiquement
le caractère intrinsèquement satanique, suppliant le pape de la tuer
dans son germe si l'on ne voulait pas qu'elle dévorât un jour le monde...
En un mot : elles vivent ! Et de les sentir si fragiles en dépit de leur
masse, si proches de nous, si liées à nos destins, nous les chérissons
d'autant plus. Participant à nos peines, elles nous consolent de notre exil
et nous confirment en notre espoir : un jour viendra où nous les retrouverons
Là-haut dans toute leur splendeur originelle, plus belles encore
même peut-être, comme nos âmes, d'avoir passé par tant d'épreuves !
Le livre de Romain Roussel, on le voit, a nourri notre méditation,
mais n'est-ce pas le privilège des grandes oeuvres de faire réfléchir ?
Paul BIEHLER.

Origines des découvertes attribuées aux modernes, par L. DUTENS. Reproduction
en fac-similé de la seconde édition (1776) par les éditions de La
Source, B.P. 20 à 63 -- Riom (Puy-de-Dôme).

Nous voudrions signaler par cette brève notice tout l'intérêt que présente
la magnifique édition en fac-similé, sous une luxueuse reliure plein
cuir à l'ancienne, d'un ouvrage de L. Dutens paru originellement en 1776
à Paris.
L'auteur se propose de nous montrer que ce furent les connaissances
scientifiques et philosophiques des Anciens dans les domaines de la philosophie
générale, de l'astronomie, de la médecine, de la chimie, de la mécanique...
à la lueur de leurs écrits, dont de nombreux extraits se trouvent
reproduits dans ce livre, comme il nous démontre à l'évidence que les
modernes (pour L. Dutens, ce sont Descartes, Locke, Leibniz, Buffon...)
n'ont fait qu'y puiser leur savoir, s'attribuant tout le mérite des découvertes
faites par les anciens (1).
Nous conseillons vivement la lecture de cet ouvrage à tous ceux
qu'éblouit la technologie contemporaine, pour qui la science n'a commencé
d'exister qu'à partir du XIXe siècle et qui tiennent le progrès pour un dogme
absolu. Nul doute qu'ils y découvrent une histoire des sciences peu orthodoxe
eu égard à l'enseignement officiel de nos universités et qu'ils y puisent
une admirable leçon de modestie et d'humilité.
Guy BÉATRICE.


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1. Nous avons été, quant à nous, fort surpris de lire sous la plume de Pierre- Jean Fabre, le spagyriste du XVIIe, la fameuse formule : « Rien ne se perd, rien
ne se crée », que Lavoisier fera passer à la postérité quelque cent cinquante ans
plus tard. Cf. P.-J. FABRE, L'Abrégé des secrets chymiques, chez Pierre Billaines,
Paris, 1636, p. 49-50.

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Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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