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Page

Réfer. : 1300B .
Auteur : Lavoisier Antoine.
Titre : Traité élémentaire de Chimie (2).
S/titre : .

Editeur : Cuchet, Paris.
Date éd. : 1789 .
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v

pict

T A B L E

D E S C H A P I T R E S

D U T O M E S E C O N D.


pict

T R O I S I È M E P A R T I E.


manuelles de la Chimie.

----------------------------------------------

INTRODUCTION, 323

pict

CHAP. I. Des instruments propres à déterminer
le poids absolu & la pesanteur spécifique des
corps solides & liquides, 327

CHAP. II. De la Gazométrie, ou de la mesure
du poids & du volume des substances aéri-
formes, 342
§. I. Description des Appareils pneumato-chimi-
ques, ibid.
§. II. Du Gazomètre, 346
@

vi T A B L E

§. III De quelques autres manières de mesurer le
volume des Gaz, 360
§. IV. De la manière de séparer les unes des au-
tres les différentes espèces de Gaz, 365
§. V. Des corrections à faire au volume des Gaz
obtenus dans les expériences, relativement à la
pression de l'atmosphère, 370
§. VI. Des corrections relatives aux différents degrés
du Thermomètre, 378
§. VII. Modèle de calcul pour les corrections rela-
tives au degré de pression & de température,380
§. VIII. De la manière de déterminer le poids absolu
des différents Gaz, 384

CHAP. III. Des Appareils relatifs à la mesure
du Calorique, 387
Description du Calorimètre ibid.

CHAP. IV. Des opérations purement mécaniques
qui ont pour objet de diviser les corps, 403
§. I. De la Trituration, de la Porphyrisation, & de
la Pulvérisation, ibid.
§. II. Du Tamisage & du Lavage, 409
§. III. De la Filtration, 412
§. IV. De la Décantation, 419
@

DES CHAPITRES vij

CHAP. V. Des moyens que la Chimie emploie
pour écarter les unes des autres les molécules
des corps sans les décomposer, & réciproque-
ment pour les réunir, 422
§. I. De la Solution des Sels, 423
§. II. De la Lixiviation, 418
§. III. De l'Evaporation, 431
§. IV. De la Cristallisation, 436
§. V. De la Distillation simple, 441
§. VI. De la Sublimation, 448

CHAP. VI. Des Distillations pneumato-chimi-
ques, des Dissolutions métalliques, & de quel-
ques autres opérations qui exigent des Ap-
pareils très compliqués, 449
§. I. Des Distillations composées, & des Distillations
pneumato-chimiques, 449
§. II. Des dissolutions métalliques, 458
§. III. Des Appareils relatifs aux fermentations
vineuse & putride, 461
§. IV. Appareil particulier pour la décomposition de
l'eau, 465
§. V. De la préparation & de l'emploi des Luts,468
@

viij T A B L E, &C.

CHAP. VII. Des Opérations relatives à la com-
bustion proprement dite & à la détonation, 478
§. I. De la Combustion du Phosphore & du Char-
bon, 482
§. II. De la Combustion des Huiles, 493
§. III. De la Combustion de l'Esprit-de-vin ou
Alcool, 501
§. IV. De la Combustion de l'Ether, 503
§. V. De la Combustion du Gaz hydrogène, & de
la Formation l'Eau, 506
§. VI. De l'Oxydation des Métaux, 513
§. VI. De la Détonation, 524

CHAP. VIII. Des Instruments nécessaires pour
opérer sur les corps à de très hautes tem-
pératures, 534
§. I. De la Fusion, ibid.
§. ÏI. Des Fourneaux, 537
§. III. Des moyens d'augmenter considérablement
l'action du feu, en substituant le gaz oxygène à
l'air de l'atmosphère, 552

pict

@

pict

T R O I S I È M E P A R T I E .

Description des appareils & des opérations
manuelles de la Chimie.

------------------------------------------

I N T R O D U C T I O N.

C E n'est pas sans dessein que je ne me suis
pas étendu davantage dans les deux premières
parties de cet Ouvrage, sur les opérations
manuelles de la Chimie. J'ai reconnu, d'après
ma propre expérience, que des descriptions
minutieuses, des détails de procédés &
des explications de planches, figuraient mal
dans un ouvrage de raisonnement ; qu'elles interrompaient
la marche des idées, & qu'elles
rendaient la lecture de l'ouvrage fastidieuse &
difficile.
D'un autre côté, si je m'en fusse tenu aux
simples descriptions sommaires que j'ai données
jusqu'ici, les commençants n'auraient pu prendre
X ij

@

324 PLAN DE CETTE IIIe PARTIE

dans cet Ouvrage que des idées très vagues de
la Chimie pratique. Des opérations qu'il leur
aurait été impossible de répéter, ne leur auraient
inspiré ni confiance ni intérêt : ils n'auraient
pas même eu la ressource de chercher
dans d'autres ouvrages de quoi suppléer à ce
qui aurait manqué à celui-ci. Indépendamment
de ce qu'il n'en existe aucun où les expériences
modernes se trouvent décrites avec assez d'étendue,
il leur aurait été impossible de recourir
à des traités où les idées n'auraient point été
présentées dans le même ordre, où l'on n'aurait
pas parlé le même langage ; en sorte que
le but d'utilité que je me suis proposé n'aurait
pas été rempli.
J'ai pris, d'après ces réflexions, la résolution
de réserver pour une troisième partie la description
sommaire de tous les appareils & de toutes
les opérations manuelles qui ont rapport à la
Chimie élémentaire. J'ai préféré de placer ce
traité particulier à la fin plutôt qu'au commencement
de cet Ouvrage, parce qu'il m'aurait été
impossible de n'y pas supposer des connaissances
que les commençants ne peuvent avoir, & qu'ils
ne peuvent acquérir que par la lecture de l'Ouvrage
même. Toute cette troisième partie doit
être en quelque façon considérée comme l'explication
des figures qu'on a coutume de rejeter

@

DIVISION DES OPÉRATIONS CHIMIQUES. 325

à la fin des Mémoires, pour ne point en couper
le texte par des descriptions trop étendues.
Quelque soin que j'aie pris pour mettre de
la clarté & de la méthode dans cette partie
de mon travail, & pour n'omettre la description
d'aucun appareil essentiel, je suis loin de
prétendre que ceux qui veulent prendre des
connaissances exactes en Chimie, puissent se
dispenser de suivre des cours, de fréquenter
les laboratoires & de se familiariser avec les
instruments qu'on y emploie. Nihil est in intellectu
quod non prius fuerit in sensu : grande &
importante vérité que ne doivent jamais oublier
ceux qui apprennent comme ceux qui enseignent,
& que le célèbre Rouelle avait fait
tracer en gros caractères dans le lieu le plus
apparent de son laboratoire.
Les opérations chimiques se divisent naturellement
en plusieurs classes suivant l'objet
qu'elles se proposent de remplir : les unes peuvent
être regardées comme purement mécaniques;
telle est la détermination du poids des
corps, la mesure de leur volume, la trituration,
la porphyrisation, le tamisage, le lavage, la
filtration : les autres sont des opérations véritablement
chimiques parce qu'elles emploient
des forces & des agents chimiques, telles que
la dissolution, la fusion, &c. Enfin les unes
X iij

@

326 DIVISION DES OPÉRATIONS CHIMIQUES.

ont pour objet de séparer les principes des
corps, les autres de les réunir ; souvent même
elles ont ce double but, & il n'est pas rare
que dans une même opération, comme dans
la combustion, par exemple, il y ait à la fois
décomposition & recomposition.
Sans adopter particulièrement aucune de ces
divisions, auxquelles il serait difficile de s'astreindre,
du moins d'une manière rigoureuse,
je vais présenter le détail des opérations chimiques,
dans l'ordre qui m'a paru le plus propre
à en faciliter l'intelligence. J'insisterai particulièrement
sur les appareils relatifs à la Chimie
moderne, parce qu'ils sont encore peu
connus, même de ceux qui font une étude particulière
de cette science, je pourrais presque
dire, d'une partie de ceux qui la professent.


pict

@

DE LA PESANTEUR ABSOLUE. 327

pict

C H A P I T R E P R E M I E R.

Des instruments propres à déterminer le poids
absolu & la pesanteur spécifique des corps
solides & liquides.

O N ne connaît jusqu'à présent aucun meilleur
moyen pour déterminer les quantités de
matières qu'on emploie dans les opérations
chimiques, & celles qu'on obtient par le résultat
des expériences, que de les mettre en
équilibre avec d'autres corps qu'on est convenu
de prendre pour terme de comparaison. Lors,
par exemple , que nous voulons allier ensemble
douze livres de plomb & six livres d'étain,
nous nous procurons un levier de fer
assez fort pour qu'il ne fléchisse pas; nous le
suspendons dans son milieu & de manière que
ses deux bras soient parfaitement égaux ; nous
attachons à l'une de ses extrémités un poids de
douze livres; nous attachons à l'autre du plomb,
& nous en ajoutons jusqu'à ce qu'il y ait équilibre,
c'est-à-dire jusqu'à ce que le levier demeure
parfaitement horizontal. Après avoir ainsi
opéré sur le plomb, on opère sur l'étain ; &
on en use de la même manière pour toutes les
autres matières dont on veut déterminer la
X iv

@

328 DE LA PESANTEUR ABSOLUE.

quantité. Cette opération se nomme peser ; l'instrument
dont on se sert se nomme balance : il
est principalement composé, comme tout le
monde le sait, d'un fléau, de deux bassins &
d'une aiguille.
Quant au choix des poids & à la quantité de
matière qui doit composer une unité, une livre,
par exemple, c'est une chose absolument arbitraire ;
aussi voyons-nous que la livre diffère
d'un royaume à un autre, d'une province &
souvent même d'une ville à une autre. Les sociétés
n'ont même d'autre moyen de conserver
l'unité qu'elles se sont choisie, & d'empêcher
qu'elle ne varie & ne s'altère par la révolution
des temps, qu'en formant ce qu'on nomme des
étalons qui sont déposés & soigneusement conservés
dans les greffes des juridictions.
Il n'en point indifférent sans doute dans le
commerce & pour les usages de la société, de
se servir d'une livre ou d'une autre, puisque la
quantité absolue de matière n'est pas la même,
& que les différences même sont très considérables.
Mais il n'en est pas de même pour les
Physiciens & pour les Chimistes. Peu importe
dans la plupart des expériences, qu'ils aient
employé une quantité A ou une quantité B de
matière, pourvu qu'ils expriment clairement les
produits qu'ils ont obtenus de l'une ou de l'autre

@

DE LA PESANTEUR ABSOLUE. 329

de ces quantités, en fractions d'un usage commode,
& qui réunies toutes ensemble fassent
un produit égal au tout. Ces considérations
m'ont fait penser qu'en attendant que les hommes,
réunis en société, se soient déterminés à
n'adopter qu'un seul poids & qu'une seule mesure,
les Chimistes, de toutes les parties du
monde, pourraient sans inconvénient se servir
de la livre de leur pays, quelle qu'elle
fût, pourvu qu'au lieu de la diviser, comme
on l'a fait jusqu'ici, en fractions arbitraires, on
se déterminât par une convention générale à la
diviser en dixièmes, en centièmes, en millièmes,
en dix-millième, &c. c'est-à-dire, en
fractions décimales de livres. On s'entendrait
alors dans tous les pays, comme dans toutes
les langues : on ne serait pas sûr, il est vrai,
de la quantité absolue de matière qu'on aurait
employée dans une expérience ; mais on connaîtrait
sans difficulté, sans calcul, le rapport
des produits entre eux; ces rapports seraient les
mêmes pour les savants du monde entier, &
l'on aurait véritablement pour cet objet un
langage universel.
Frappé de ces considérations, j'ai toujours
eu le projet de faire diviser la livre
poids de marc en fractions décimales, & ce
n'est que depuis peu que j'y suis parvenu.

@

330 DIVISION DÉCIMALE DE LA LIVRE.

M. Fourché, Balancier, successeur de M. Chemin,
rue de la Ferronnerie, a rempli cet objet
avec beaucoup d'intelligence & d'exactitude, &
j'invite tous ceux qui s'occupent d'expériences,
à se procurer de semblables divisions de la
livre : pour peu qu'ils aient d'usage du calcul
des décimales, ils seront étonnés de la simplicité
& de la facilité que cette division apportera
dans toutes leurs opérations. Je détaillerai
dans un Mémoire particulier destiné pour l'Académie,
les précautions & les attentions que
cette division de la livre exige.
En attendant que cette méthode soit adoptée
par les savants de tous les pays, il est un moyen
simple, sinon d'atteindre au même but, au
moins d'en approcher & de simplifier les calculs.
Il consiste à convertir à chaque pesée les
onces, gros & grains qu'on a obtenus, en fractions
décimales de livre ; & pour diminuer la
peine que ce calcul pourrait présenter, j'ai
formé une table où ces calculs se trouvent tous
faits ou au moins réduits à de simples additions.
Elle se trouve à la fin de cette troisième partie :
voici la manière de s'en servir.
Je suppose qu'on ait employé dans une expérience
4 livres de matières, & que par le
résultat de l'opération on ait obtenu quatre
produits différents A, B, C, D, pesant savoir,

@

DIVISION DÉCIMALE DE LA LIVRE. 331

pict

On transformera, au moyen de la table, ces
fractions vulgaires en décimales, comme il suit :

pict

@

332 DIVISION DÉCIMALE DE LA LIVRE.

Pour le produit C.

pict

En récapitulant ces résultats, on aura en
fractions décimales :

pict

Les produits ainsi exprimés en fractions décimales,
sont ensuite susceptibles de toute espèce

@

DES BALANCES. 333

de réduction & de calcul, & on n'est plus obligé
de réduire continuellement en grains les nombres
sur lesquels on veut opérer, & de reformer
ensuite avec ces mêmes nombres des livres,
onces & gros.
La détermination du poids des matières &
des produits, avant & après les expériences,
étant la base de tout ce qu'on peut faire d'utile
& d'exact en Chimie, on ne saurait y apporter
trop d'exactitude. La première chose, pour
remplir cet objet, est de se munir de bons
instruments. On ne peut se dispenser d'avoir,
pour opérer commodément, trois excellentes
balances. La première doit peser jusqu'à 15 &
20 livres, sans fatiguer le fléau. Il n'est pas rare
d'être obligé dans des expériences chimiques
de déterminer à un demi-grain près ou un grain
tout au plus la tare & le poids de très grands
vases & d'appareils très pesants. Il faut, pour
arriver à ce degré de précision, des balances
faites par un artiste habile & avec des précautions
particulières ; il faut surtout se faire une
loi de ne jamais s'en servir dans un laboratoire
où elles seraient immanquablement rouillées &
gâtées : elles doivent être conservées dans un
cabinet séparé, où il n'entre jamais d'acides.
Celles dont je me sers ont été construites par M.
Fortin; leur fléau a trois pieds de long, & elles

@

334 DES BALANCES.

réunissent toutes les sûretés & les commodités
qu'on peut désirer. Je ne crois pas que, à l'exception
de celles de Ramsden, il en existe qui
puissent leur être comparées pour la justesse &
pour la précision. Indépendamment de cette
forte balance, j'en ai deux autres qui sont bannies,
comme la première, du laboratoire ; l'une
pèse jusqu'à 18 ou 20 onces, à la précision du
dixième de grain; la troisième ne pèse que jusqu'à
un gros, & les 512e de grain y sont très
sensibles.
Je donnerai à l'Académie, dans un Mémoire
particulier, une description de ces trois balances,
avec des détails sur le degré de précision
qu'on en obtient.
Ces instruments au surplus dont on ne doit se
servir que pour les expériences de recherche,
ne dispensent pas d'en avoir d'autres moins
précieux pour les usages courants du laboratoire.
On y a continuellement besoin d'une grosse balance
à fléau de fer peint en noir, qui puisse
peser des terrines entières pleines de liquide,
& des quantités d'eau de 40 à 50 livres, à un
demi-gros près; d'une seconde balance susceptible
de peser jusqu'à 8 à 10 livres, à 12 ou
15 grains près ; enfin d'une petite balance à la
main, pesant environ une livre, à la précision
du grain.

@

USAGES DES BALANCES, 335

Mais ce n'est pas encore assez d'avoir d'excellentes
balances ; il faut les connaître, les
avoir étudiées, savoir s'en servir & l'on n'y
parvient que par un long usage & avec beaucoup
d'attention. Il est surtout important de
vérifier souvent les poids dont on se sert : ceux
fournis chez les balanciers ayant été ajustés avec
des balances qui ne sont pas extrêmement sensibles,
ne se trouvent plus rigoureusement exacts
quand on les éprouve avec des balances aussi
parfaites que celles que je viens d'annoncer.
Ce serait une excellente manière, pour éviter
les erreurs dans les pesées, que de les répéter
deux fois, en employant pour les unes des
fractions vulgaires de livre, & pour les autres
des fractions décimales.
Tels sont les moyens qui ont paru jusqu'ici
les plus propres à déterminer les quantités de
matières employées dans les expériences, c'est-
à-dire, pour me servir de l'expression ordinaire
à déterminer le poids absolu des corps.
Mais en adoptant cette expression, je ne puis
me dispenser d'observer que, prise dans un
sens strict, elle n'est pas absolument exacte.
Il est certain qu'à la rigueur nous ne connaissons
& nous ne pouvons connaître que des
pesanteurs relatives; que nous ne pouvons les
exprimer qu'en partant d'une unité conventionnelle

@

336 DE LA PESANTEUR SPÉCIFIQUE.

: il serait donc plus vrai de dire que nous
n'avons aucune mesure du poids absolu des
corps
Passons maintenant à ce qui concerne la pesanteur
spécifique. On a désigné sous ce nom
le poids absolu des corps divisé par leur volume
ou ce qui revient au même, le poids
que pèse un volume déterminé d'un corps: C'est
la pesanteur de l'eau qu'on a choisie, en général,
pour l'unité qui exprime ce genre de pesanteur.
Ainsi quand on parle de la pesanteur
spécifique de l'or, on dit qu'il est dix neuf fois
aussi pesant que l'eau ; que l'acide sulfurique
concentré est deux fois aussi pesant que l'eau
& ainsi des autres corps.
Il est d'autant plus commode de prendre ainsi
la pesanteur de l'eau pour unité que c'est presque
toujours dans l'eau que l'on pèse les corps
dont on veut déterminer la pesanteur spécifique.
Si, par exemple, on se propose de reconnaître
la pesanteur spécifique d'un morceau d'or pur
écroui à coups de marteau, & si ce morceau
d'or pèse dans l'air 8 onces 4 gros 2 grains &
demi, comme celui que M. Brisson a éprouvé,
page 5 de son Traité de la pesanteur spécifique,
on suspend cet or à un fil métallique
très fin & assez fort cependant pour pouvoir le
supporter sans se rompre ; on attache ce fil
sous

@

DE LA BALANCE HYDROSTATIQUE. 337

sous le bassin d'une balance hydrostatique, &
on pèse l'or entièrement plongé dans un vase
rempli d'eau. Le morceau d'or dont il est ici
question, a perdu dans l'expérience de M. Brisson
3 gros 37 grains. Or, il est évident que le
poids que perd un corps quand on l'a pesé
dans l'eau, n'est autre que le poids du volume
d'eau qu'il déplace, ou, ce qui est la même
chose, qu'un poids d'eau égal à son volume ;
d'où l'on peut conclure qu'à volume égal l'or
pèse 4898 grains & demi, & l'eau 253: ce qui
donne 193617 pour la pesanteur spécifique de
l'or, celle de l'eau étant supposée 10000. On
peut opérer de la même manière pour toutes
les substances solides.
Il est au surplus assez rare qu'on ait besoin
en Chimie de déterminer la pesanteur spécifique
des corps solides, à moins qu'on ne travaille
sur les alliages ou sur les verres métalliques:
on a au contraire besoin presque à chaque instant
de connaître la pesanteur spécifique des
fluides, parce que c'est souvent le seul moyen
qu'on ait de juger de leur degré de pureté &
de concentration.
On peut également remplir ce dernier objet
avec un très grand degré de précision, au moyen
de la balance hydrostatique, & en pesant successivement
un corps solide, tel, par exemple,
Y

@

338 DU PESE-LIQUEUR.

qu'une boule de cristal de roche suspendue à
un fil d'or très fin, dans l'air & dans le fluide
dont on veut déterminer la pesanteur spécifique.
Le poids que perd la boule plongée dans
le fluide, est celui d'un volume égal de ce
fluide. En répétant successivement cette opération
dans l'eau & dans différents fluides, on
peut par un calcul très simple en conclure leur
rapport de pesanteur spécifique, soit entre eux
soit avec l'eau : mais ce moyen ne serait pas
encore suffisamment exact, ou au moins il serait
très embarrassant à l'égard des liqueurs dont
la pesanteur spécifique diffère très peu de celle
de l'eau, par exemple, à l'égard des eaux
minérales & de toutes celles en général qui
sont très peu chargées de sels.
Dans quelques travaux que j'ai entrepris sur
cet objet & qui ne sont point encore publics,
je me suis servi avec beaucoup d'avantages de
pèse-liqueurs très sensibles & dont je vais donner
une idée. Ils consistent dans un cylindre
creux A b c f, planche VII, fig. 6, de cuivre
jaune, ou mieux encore d'argent, & lesté par
le bas en b c f avec de l'étain. Ce pèse-liqueur
est ici représenté nageant dans un bocal l m n o
rempli d'eau. A la partie supérieure du cylindre
est adaptée une tige faite d'un fil d'argent de 1/4 de
ligne de diamètre tout au plus, surmonté d'un

@

DU PESE-LIQUEUR. 339

petit bassin d destiné à recevoir des poids. On
fait sur cette tige une marque en g, dont on va
expliquer l'usage. On peut faire cet instrument
de différentes dimensions ; mais il n'est suffisamment
exact qu'autant qu'il déplace au moins
quatre livres d'eau.
Le poids de l'étain dont cet instrument est
lesté, doit être tel qu'il soit presque en équilibre
dans de l'eau distillée, & qu'il ne faille plus
y ajouter pour le faire entrer jusqu'à la marque
g, qu'un demi-gros ou un gros tout au plus.
On commence par déterminer une première
fois avec beaucoup d'exactitude le poids de
cet instrument & le nombre de gros ou de grains
dont il faut le charger dans de l'eau distillée, à
une température donnée pour le faire entrer jusqu'à
la marque g. On fait la même Opération dans
toutes les eaux dont on veut connaître la pesanteur
spécifique, & on rapporte ensuite par le
calcul les différences au pied cube, à la pinte
ou à la livre, ou bien on les réduit en fractions
décimales. Cette méthode, jointe à quelques
expériences faites avec les réactifs, est une des
plus sûres pour déterminer la qualité des eaux,
& on y aperçoit des différences qui auraient
échappé aux analyses chimiques les plus-exactes.
Je donnerai un jour le détail d'un grand travail
que j'ai fait sur cet objet.
Y ij

@

340 DU PESE--LIQUEUR.

Les pèse-liqueurs métalliques ne peuvent
servir que pour déterminer la pesanteur spécifique
des eaux qui ne contiennent que des sels
neutres ou des substances alcalines : on peut
aussi en faire construire de particuliers lestés
pour l'esprit-de-vin & les liqueurs spiritueuses.
Mais toutes les fois qu'il est question de déterminer
la pesanteur spécifique des acides, on
ne peut employer que du verre. On prend
alors un cylindre creux de verre a b c, planche
VII, figure 14, qu'on ferme hermétiquement
à la lampe en b c f; on y soude dans sa partie
supérieure un tube capillaire a d surmonté par
un petit bassin d. On leste cet instrument avec
du mercure, & on en introduit plus ou moins,
suivant la pesanteur des liqueurs qu'on se propose
d'examiner. On peut introduire dans le
tube a d, qui forme le col de cet instrument,
une petite bande de papier qui porte des divisions ;
& quoique ces divisions ne répondent
pas aux mêmes fractions de grains dans des
liqueurs dont la pesanteur spécifique est différente,
elles sont cependant commodes pour
les évaluations.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les moyens
qui servent pour déterminer, soit le poids absolu,
soit la pesanteur spécifique des solides
& des liquides; les instruments qu'on emploie

@

DU PESE-LIQUEUR. 341
à ce genre d'expériences, sont entre les mains
de tout le monde , on peut se les procurer
aisément, & de plus grands détails seraient
inutiles. Il n'en sera pas de même de la mesure
des gaz : la plupart des instruments dont
je me sers ne se trouvant nulle part & n'ayant
été décrits dans aucun ouvrage, il m'a paru
nécessaire d'en donner une connaissance plus
détaillée: c'est l'objet que je mes suis proposé
dans le Chapitre suivant.


pict


Y iij

@

342 APPAREILS PNEUMATO-CHIMIQUES.

pict

C H A P I T R E I I.

De la Gazométrie, ou de la mesure du poids
& du volume des substances aériformes.

§. I.

Description des Appareils pneumato-chimiques.

L es Chimistes français ont donné dans ces
derniers temps le nom de pneumato-chimique
à un appareil à la fois très ingénieux & très
simple, imaginé par M. Priestley & qui est
devenu absolument indispensable dans tous les
laboratoires. Il consiste en une caisse ou cuve
de bois plus ou moins grande, planche V,
figures 1 & 2, doublée de plomb laminé ou
de feuilles de cuivre étamé. La figure 1 représente
cette cuve vue en perspective ; on en a
supposé le devant & un des côtés enlevés dans
la figure 2, afin de faire mieux sentir la manière
dont elle en construite dans son intérieur.
On distingue dans tout appareil de cette espèce,
la tablette de la cuve A B C D, figures
1 & 2, & le fond de la cuve F G H I, fig. 2.
L'intervalle qui se trouve entre ces deux plans
est la cuve proprement dite, ou la fosse de la

@

APPAREILS A L'EAU. 343

cuve. C'est dans cette partie creuse qu'on emplit
les cloches : on les retourne ensuite & on
les pose sur la tablette A. B C D, voyez la cloche
F, planche X. On peut encore distinguer les
bords de la cuve, & l'on donne ce nom à tout
ce qui excède le niveau de la tablette.
La cuve doit être suffisamment remplie, pour
que la tablette soit toujours recouverte d'un
pouce ou d'un pouce & demi d'eau; elle doit
avoir assez de largeur & de profondeur, pour
qu'il y en ait alors au moins un pied en tout sens
dans la fosse de la cuve. Cette quantité suffit pour
les expériences ordinaires ; mais il est un grand
nombre de circonstances où il est commode,
où il est même indispensable de se donner encore
plus d'espace. Je conseille donc à ceux
qui veulent s'occuper utilement & habituellement
d'expériences de Chimie, de construire
très en grand ces appareils, si le local le leur
permet. La fosse de ma cuve principale contient
quatre pieds cubes d'eau, & la surface de
sa tablette est de quatorze pieds quarrés. Malgré
cette grandeur qui me paraissait d'abord démesurée,
il m'arrive encore souvent de manquer
de place.
Il ne suffit pas encore dans un laboratoire
où l'on est livré à un courant habituel d'expériences,
d'avoir un seul de ces appareils, quelque
Y iv

@

344 APPAREILS A L'EAU.

grand qu'il soit : il faut, indépendamment
du magasin général, en avoir de plus petits &
de portatifs même, qu'on place où le besoin
l'exige & près du fourneau où l'on opère. Ce
n'est qu'ainsi qu'on peut faire marcher plusieurs
expériences à la fois. Il y a d'ailleurs des opérations
qui salissent l'eau de l'appareil, & qu'il
est nécessaire de faire dans une cuve particulière.
Il est sans doute beaucoup plus économique
de se servir de cuves de bois, ou de baquets
cerclés de fer & faits tout simplement avec des
douves, plutôt que d'employer des caisses de
bois doublées de cuivre ou de plomb. Je m'en
suis moi-même servi dans mes premières expériences ;
mais j'ai bientôt reconnu les inconvénients
qui y font attachés. Si l'eau n'y est pas
toujours entretenue au même niveau, les douves
qui se trouvent à sec prennent de la retraite ;
elles se disjoignent, & quand on vient
ensuite à mettre plus d'eau, elle s'échappe par
les jointures & les planchers sont inondés.
Les vaisseaux dont on se sert pour recevoir
& pour contenir les gaz dans cet appareil,
sont des cloches de cristal A, figure 9, Pour
les transporter d'un appareil à un autre, ou
même pour les mettre en réserve quand la cuve
est trop embarrassée, on se sert de plateaux

@

APPAREILS AU MERCURE. 345

B C, même figure, garnis d'un rebord & de
deux anses D E, pour les transporter.
A l'égard de l'appareil pneumato-chimique
au mercure, après avoir essayé d'en construire
de différentes matières, je me suis arrêté définitivement
au marbre. Cette substance est absolument
imperméable au mercure ; on n'a pas à
craindre, comme avec le bois, que les assemblages
se disjoignent, ou que le mercure s'échappe
par des gerçures ; on n'a point non
plus l'inquiétude de la cassure, comme avec le
verre, la faïence & la porcelaine.
On choisit donc un bloc de marbre BCDE,
planche V, figures 3 & 4, de deux pieds
de long, de 15 à 18 pouces de large, & de
10 pouces d'épaisseur ; on le fait creuser jusqu'à
une profondeur m n, figure 5, d'environ quatre
pouces, pour former la fosse qui doit contenir
le mercure : & pour qu'on puisse y remplir
plus commodément les cloches ou jarres, on
y fait creuser en outre une profonde rigole TV,
figures 3, 4 & 5, de quatre autres pouces au
moins de profondeur : enfin, comme cette rigole
pourrait être embarrassante dans quelques
expériences, il est bon qu'on puisse la boucher
& la condamner à volonté, & l'on remplit cet
objet au moyen de petites planches qui entrent
dans une rainure x y, figure 5. Je me suis

@

346 APPAREILS AU MERCURE.

déterminé à faire construire deux cuves de marbre
semblables à celle que je viens de décrire,
mais de grandeurs différentes ; j'en ai toujours
par ce moyen une des deux qui me sert de
réservoir pour conserver le mercure, & c'est
de tous les réservoirs le plus sûr & le moins
sujet aux accidents.
On peut opérer dans le mercure avec cet
appareil, exactement comme dans l'eau: il faut
seulement employer des cloches très fortes &
d'un petit diamètre, ou des tubes de cristal qui
ont un empâtement par le bas, comme celui
représenté fig. 7; les faïenciers qui les tiennent,
les nomment eudiomètres. On voit une de ces
cloches en place A, fig. 5, & ce qu'on nomme
une jarre, fig. 6.
L'appareil pneumato-chimique au mercure
est nécessaire pour toutes les opérations où il
se dégage des gaz susceptibles d'être absorbés
par l'eau, & ce cas n'est pas rare, puisqu'il a
lieu généralement dans toutes les combustions,
à l'exception de celle des métaux.

§. II. Du Gazomètre.

Je donne le nom de gazomètre à un instrument
dont j'ai eu la première idée, & que
j'avais fait exécuter dans la vue de former un
soufflet qui pût fournir continuellement & uniformément

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 347

un courant de gaz oxygène pour
des expériences de fusion. Depuis, nous avons
fait, M. Meusnier & moi, des corrections &
des additions considérables à ce premier essai,
& nous l'avons transformé en un instrument
pour ainsi dire universel, dont il sera difficile
de se passer toutes les fois qu'on voudra faire
des expériences exactes.
Le nom seul de cet instrument indique assez
qu'il est destiné à mesurer le volume des gaz.
Il consiste en un grand fléau de balance, de
trois pieds de longueur D E, planche VIII,
fig. 1, construit en fer & très fort. A chacune
de ses extrémités D E, est solidement fixée une
portion d'arc de cercle également en fer.
Ce fléau ne repose pas, comme dans les balances
ordinaires, sur un couteau ; on y a substitué
un tourillon cylindrique d'acier F, fig. 9, qui
porte sur des rouleaux mobiles : on est parvenu
ainsi à diminuer considérablement la résistance
qui pouvait mettre obstacle au libre mouvement
de la machine, puisque le frottement de
la première espèce se trouve converti en un
de la seconde. Ces rouleaux sont en cuivre
jaune & d'un grand diamètre : on a pris de
plus la précaution de garnir les points qui supportent
l'axe ou tourillon du fléau, avec des
bandes de cristal de roche. Toute cette suspension

@

348 DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE.

est établie sur une colonne solide, de
bois BC, fig. 1.
A l'extrémité D de l'un des bras du fléau,
est suspendu un plateau de balance P, destiné
à recevoir des poids. La chaîne qui est plate
s'applique contre la circonférence de l'arc n D o,
dans une rainure pratiquée à cet effet. A l'extrémité
E de l'autre bras du levier, est attachée
une chaîne également plate i k m, qui
par sa construction n'est pas susceptible de s'allonger
ni de se raccourcir, lorsqu'elle est plus
ou moins chargée. A cette chaîne est adapté
solidement en i un étrier de fer à trois branches
ai, ci, ki, qui supporte une grande
cloche A de cuivre battu, de 18 pouces de
diamètre sur environ 20 pouces de hauteur.
On a représenté toute cette machine en perspective
dans la planche VIII. fig. 1; on l'a
supposée au contraire, planche IX, fig. 2 & 4,
partagée en deux par un plan vertical, pour
laisser voir l'intérieur. Tout autour de la cloche
dans le bas, planche IX, fig. 2., est un rebord
relevé en-dehors & qui forme une capacité
partagée en différentes cases 1, 2, 3, 4, &c.
Ces cases sont destinées à recevoir des poids
de plomb représentés séparément 1 , 2, 3. Ils
servent à augmenter la pesanteur de la cloche
dans les cas où l'on a besoin d'une pression

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 349

considérable, comme on le verra dans la suite;
ces cas au surplus sont extrêmement rares. La
cloche cylindrique A est entièrement ouverte
par son fond d e, planc. IX, fig. 4 elle est
fermée par le haut au moyen d'une calotte de
cuivre a b c, ouverte en b f, & fermée par le
moyen d'un robinet g. Cette calotte, comme
on le voit par l'inspection des figures, n'est pas
placée tout-à-fait à la partie supérieure du cylindre;
elle est rentrée en-dedans de quelques
pouces, afin que la cloche ne soit jamais plongée
en entier sous l'eau, & qu'elle n'en soit
pas recouverte. Si j'étais dans le cas de faire
reconstruire un jour cette machine, je désirerais
que la calotte fût beaucoup plus surbaissée, de
manière qu'elle ne formât presque qu'un plan.
Cette cloche ou réservoir à air est reçue dans
un vase cylindrique LMNO, planche VIII,
figure 1, également de cuivre & qui est plein
d'eau.
Au milieu de ce vase cylindrique LMNO,
planche IX, fig, 4, s'élèvent perpendiculairement
deux tuyaux st, xy, qui se rapprochent
un peu l'un de l'autre par leur extrémité supérieure
ty. Ces tuyaux se prolongent jusqu'à un
peu au-dessus du niveau du bord supérieur L M
du vase L M N O. Quand la cloche a b c d e
touche le fond N O, ils entrent d'un demi-

@

350 DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE.

pouce environ dans la capacité conique b, qui
conduit au robinet g.
La figure 3, pl. IX, représente le fond du
vase L M N O. On voit au milieu une petite
calotte sphérique creuse en-dessous, assujettie
& soudée par ses bords au fond du vase. On
peut la considérer comme le pavillon d'un petit
entonnoir renversé, auquel s'adaptent en s &
en x les tuyaux st, xy, fig. 4. Ces tuyaux se
trouvent par ce moyen en communication avec
ceux mm, nn, oo, pp, qui sont placés horizontalement
sur le fond de la machine, fig. 3,
& qui, tous quatre, se réunissent dans la calotte
sphérique s x.
De ces quatre tuyaux, trois sortent en-dehors
du vase LMNO, & on peut les suivre planche
VIII, fig. 1. L'un désigné par les chiffres arabes
1, 2, 3, s'ajuste en 3 avec la partie supérieure
d'une cloche V, & par l'intermède du
robinet 4. Cette cloche est posée sur la tablette
d'une petite cuve GHIK, doublée de plomb
& dont l'intérieur se voit pl. IX , fig. I.
Le second tuyau est appliqué contre le vase
L M N O, de 6 en 7 : il se continue ensuite
en 7, 8 , 9 & 10, & vient s'engager en 11
sous la cloche V. Le premier de ces deux
tuyaux est destiné à introduire le gaz dans la
machine; le second à en faire passer des essais

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 351

sous des cloches. On détermine le gaz à entrer
ou à sortir, suivant le degré de pression qu'on
donne, & on parvient à faire varier cette pression
en chargeant plus ou moins le bassin P.
Lors donc qu'on veut introduire de l'air, on
donne une pression nulle & quelquefois même
négative. Lorsqu'au contraire on veut en faire
sortir, on augmente la pression jusqu'au degré
où on le juge à propos.
Le troisième tuyau 12 , 13 , 14, 15 est destiné
à conduire l'air ou le gaz à telle distance
qu'on le juge à propos pour les combustions,
combinaisons ou autres opérations de ce genre.
Pour entendre l'usage du quatrième tuyau,
il est nécessaire que j'entre dans quelques explications.
Je suppose que le vase L M N 0,
fig. 1, soit rempli d'eau, & que la cloche A
soit en partie pleine d'air & en partie pleine
d'eau : il est évident qu'on peut proportionner
tellement les poids placés dans le bassin P, qu'il
y ait un juste équilibre & que l'air ne tende ni
à rentrer dans la cloche A , ni à en sortir; l'eau
dans cette supposition sera au même niveau
en-dedans & au-dehors de la cloche. Il n'en
sera plus de même, sitôt qu'on aura diminué
le poids placé dans le bassin P, & qu'il y aura
pression du côté de la cloche ; alors le niveau
de l'eau sera plus bas dans l'intérieur qu'à l'extérieur

@

352 DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE.

de la cloche, & l'air de l'intérieur se
trouvera plus chargé que celui du dehors, d'une
quantité qui sera mesurée exactement par le
poids d'une colonne d'eau d'une hauteur égale
à la différence des deux niveaux.
M. Meusnier, en partant de cette observation,
a imaginé d'en déduire un moyen de
reconnaître dans tous les instants le degré de
pression qu'éprouverait l'air contenu dans la
capacité de la cloche A, planche VIII, fig. 1.
Il s'est servi à cet effet d'un siphon de verre à
deux branches 19 , 20 , 21 , 22 & 23 , solidement
mastiqué en 19 & en 23. L'extrémité 19
de ce siphon communique librement avec l'eau
de la cuve ou vase extérieur. L'extrémité 23
au contraire communique avec le quatrième
tuyau dont je me suis réservé il n'y a qu'un
moment d'expliquer l'usage, & par conséquent
avec l'air de l'intérieur de la cloche, par le tuyau
s t, pl. IX, fig. 4. Enfin M. Meusnier a mastiqué
en 16, planche VIII, fig. 1, un autre
tube droit de verre 16 , 17 , 18, qui communique
par son extrémité 16 avec l'eau du vase
extérieur: il est ouvert à l'air libre par son extrémité
supérieure 18.
Il est clair, d'après ces dispositions, que
l'eau doit se tenir dans le tube 16, 17 & 18,
constamment au niveau de celle de la cuve ou
vase

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 353

vase extérieur ; que l'eau au contraire dans la
branche 19, 20 & 21 , doit se tenir plus haut
ou plus bas, suivant que l'air de l'intérieur de
la cloche est plus ou moins pressé que l'air extérieur,
& que la différence de hauteur entre
ces deux colonnes, observée dans le tube 16,
17 18 & dans celui 19, 20 & 21, doit donner
exactement la mesure de la différence de
pression. On a fait placer en conséquence entre
ces deux tubes une règle de cuivre graduée &
divisée en pouces & lignes, pour mesurer ces
différences.
On conçoit que l'air & en général tous les
fluides élastiques aériformes étant d'autant plus
lourds qu'ils sont plus comprimés, il était nécessaire
pour en évaluer les quantités & pour
convertir les volumes en poids, d'en connaître
l'état de compression: c'est l'objet qu'on s'est
proposé de remplir par le mécanisme qu'on
vient d'exposer.
Mais ce n'en pas encore assez pour connaître
la pesanteur spécifique de l'air ou des gaz & pour
déterminer leur poids sous un volume connu,
que de savoir quel est le degré de compression
qu'ils éprouvent, il faut encore en connaître la
température, & c'est à quoi nous sommes parvenus
à l'aide d'un petit thermomètre dont la
boule plonge dans la cloche A, & doit la
Z

@

354 DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE.

graduation s'élève en-dehors : il est solidement
mastiqué dans une virole de cuivre qui se visse
à la calotte supérieure de la cloche A. Voyez
24 & 25, planche VIII, fig. 1, & pl. IX,
fig. 4. Ce même thermomètre est représenté
séparément, pl. VIII, fig. 10.
L'usage du gazomètre aurait encore présenté
de grands embarras & de grandes difficultés, si
nous nous fussions bornés à ces seules précautions.
La cloche, en s'enfonçant dans l'eau du
vase extérieur LMNO, perd de son poids, &
cette perte de poids est égale à celui de l'eau
qu'elle déplace. Il en résulte que la pression
qu'éprouve l'air ou le gaz contenu dans la cloche,
diminue continuellement à mesure qu'elle
s'enfonce; que le gaz qu'elle a fourni dans le
premier instant, n'est pas de la même densité que
celui qu'elle fournit à la fin ; que sa pesanteur
spécifique va continuellement en décroissant;
&, quoiqu'à la rigueur ces différences puissent
être déterminées par le calcul, on aurait été
obligé à des recherches mathématiques qui auraient
rendu l'usage de cet appareil embarrassant
& difficile. Pour remédier à cet inconvénient,
M. Meusnier a imaginé d'élever perpendiculairement
au milieu du fléau une tige quarrée
de fer 26 & 27, pl. VIII, fig. 1, qui traverse
une lentille creuse de cuivre 28, qu'on

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 355

ouvre & qu'on peut remplir de plomb. Cette
lentille glisse le long de la tige 26 & 27; elle
se meut par le moyen d'un pignon denté qui
engraine dans une crémaillère, & elle se fixe à
l'endroit qu'on juge à propos.
Il est clair que quand le levier DE est horizontal,
la lentille 28 ne pèse ni d'un côté ni d'un
autre ; elle n'augmente donc ni ne diminue la
pression. Il n'en est plus de même quand la cloche
A s'enfonce davantage & que le levier s'incline
d'un côté, comme on le voit fig. 1. Alors
le poids 28 qui n'est plus dans la ligne verticale
qui passe par le centre de suspension, pèse
du côté de la cloche & augmente sa pression.
Cet effet est d'autant plus grand, que la lentille
28 est plus élevée vers 27, parce que le même
poids exerce une action d'autant plus forte,
qu'il est appliqué à l'extrémité d'un levier plus
long. On voit donc qu'en promenant le poids
28 le long de la tige 26 & 27, suivant laquelle
il est mobile, on peut augmenter ou diminuer
l'effet de la correction qu'il opère ; & le calcul
comme l'expérience, prouvent qu'on peut arriver
au point de compenses fort exactement la
perte de poids que la cloche éprouve à tous
les degrés de pression.
Je n'ai encore rien dit de la manière d'évaluer
les quantités d'air ou de gaz fournies par
Z ij

@

356 DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE.

la machine, & cet article est de tous le plus
important. Pour déterminer avec une rigoureuse
exactitude ce qui s'est dépensé dans le cours
d'une expérience & réciproquement pour savoir
ce qui en a été fourni, nous avons établi
sur l'arc de cercle qui termine le levier DE, fig. 1,
un limbe de cuivre l m divisé en degrés & demi-
degrés; cet arc est fixé au levier DE, & il est
emporté par un mouvement commun. On mesure
les quantités dont il s'abaisse, au moyen
d'un index fixe 29, 30, qui se termine en 30
par un nonnius qui donne les centièmes de degré.
On voit, planche VIII, les détails des différentes
parties que nous venons de décrire.
1°. Figure 2, la chaîne plate qui soutient le
bassin de balance P ; c'est celle de M. Vaucanson :
mais comme elle a l'inconvénient de s'allonger
ou de se raccourcir suivant qu'elle est
plus ou moins chargée, il y aurait eu de l'inconvénient
à l'employer à la suspension de la
cloche A.
2°. Figure 5, la chaîne i k m, qui, dans la
figure 1 porte la cloche A: elle est toute formée
de plaques de fer limées, enchevêtrées les unes
dans les autres, & maintenues par des chevilles
de fer. Quelque fardeau qu'on fasse supporter
à ce genre de chaîne, elle ne s'allonge pas sensiblement.

@

DESCRIPTION DU GAZOMÈTRE. 357

3°. Figure 6, l'étrier à trois branches, par
le moyen duquel est suspendue la cloche A
avec des vis de rappel pour la fixer dans une
position bien verticale.
4°. Figure 3, la tige 26 , 27, qui s'élève
perpendiculairement au milieu du, fléau, & qui
porte la lentille 28.
5°. Figures 7 & 8, les rouleaux avec la bande
de cristal de roche, sur laquelle portent les
contacts, pour diminuer encore le frottement.
6°. Figure 4, la pièce qui porte l'axe des
rouleaux.
7°. Figure 9, le milieu du fléau avec le tourillon,
sur lequel il est mobile.
8°. Figure 10, le thermomètre qui donne le
degré de l'air contenu dans la cloche.
Quand on veut se servir du gazomètre qu'on
vient de décrire, il faut commencer par remplir
d'eau le vase extérieur L M N O, planche
VIII, fig. 1, jusqu'à une hauteur déterminée,
qui doit toujours être la même dans toutes les
expériences. Le niveau de l'eau doit être pris
quand le fléau de la machine est horizontal. Ce
niveau, quand la cloche est à fond, se trouve
augmenté de toute la quantité d'eau qu'elle a
déplacée ; il diminue au contraire à mesure que
la cloche approche de son plus haut point
d'élévation. On cherche ensuite par tâtonnements
Z ij

@

358 GRADUATION DU GAZOMÈTRE.

quelle est l'élévation à laquelle doit être
fixée la lentille 28, pour que la pression soit
égale dans toutes les positions du fléau. Je dis
à peu près, parce que la correction n'est pas
rigoureuse, & que des différences d'un quart de
ligne & même d'une demi-ligne ne sont d'aucune
conséquence. Cette hauteur à laquelle il faut
élever la lentille, n'est pas la même pour tous
les degrés de pression ; elle varie suivant que
cette pression est de 1 pouce, 2 pouces, 3 pouces,
&c. Toutes ces déterminations doivent
être écrites à mesure sur un registre avec beaucoup
d'ordre.
Ces premières dispositions faites, on prend
une bouteille de huit à dix pintes, dont on
détermine bien la capacité en pesant exactement
la quantité d'eau qu'elle peut contenir. On renverse
cette bouteille ainsi pleine dans la cuve
GHIK, fig. I. On en pose le goulot sur la tablette
à la place de la cloche V, en engageant l'extrémité
11 du tuyau 7, 8, 9, 10, 11 dans son
goulot. On établit la machine à zéro de pression,
& on observe bien exactement le degré
marqué par l'index sur le limbe : puis ouvrant
le robinet 8 & appuyant un peu sur la cloche
A, on fait passer autant d'air qu'il en faut pour
remplir entièrement la bouteille. Alors on observe
de nouveau le limbe, & on est en état

@

GRADUATION DU GAZOMÈTRE. 359

de calculer le nombre de pouces cubes qui
répondent à chaque degré.
Après cette première bouteille on en remplit
une seconde, une troisième &c.. on recommence
même plusieurs fois cette opération, &
même avec des bouteilles de différentes capacités ;
& avec du temps & une scrupuleuse attention
on parvient à jauger la cloche A dans
toutes ses parties. Le mieux est de faire en sorte
qu'elle soit bien tournée & bien cylindrique,
afin d'éviter les évaluations & les calculs.
L'instrument que ie viens de décrire & que
j'ai nommé gazomètre, a été construit par M.
Meignié le jeune, ingénieur, constructeur d'instruments
de physique, breveté du Roi. Il y a
apporté un soin, une exactitude & une intelligence
rares. C'est un instrument précieux par
le grand nombre des applications qu'on en
peut faire, & parce qu'il est des expériences
à peu près impossibles sans lui. Ce qui le renchérit,
c'est qu'un seul ne suffit pas, il le
faut double dans un grand nombre de cas,
comme dans la formation de l'eau, dans celle
de l'acide nitreux, &c. C'est un effet inévitable
de l'état de perfection dont la Chimie commence
à s'approcher, que d'exiger des instruments
& des appareils dispendieux & compliqués :
il faut s'attacher sans doute à les simplifier,
Z iv

@

360 MESURE DES VOLUME DES GAZ.

mais il ne faut pas que ce soit aux dépens
de leur commodité & surtout de leur exactitude.

§. III.

De quelques autres manières de mesurer le
volume des Gaz.

Le gazomètre dont je viens de donner la
description dans le paragraphe précédent, est
un instrument trop compliqué & trop cher,
pour qu'on puisse l'employer habituellement à
la mesure des gaz dans les laboratoires : il s'en
faut même beaucoup qu'il soit applicable à
toutes les circonstances. Il faut pour une multitude
d'expériences courantes, des moyens
plus simples & qui soient, si l'on peut se permettre
cette expression, plus à la main. Je vais
détailler ici ceux dont je me suis servi jusqu'au
moment où j'ai eu un gazomètre à ma disposition,
& dont je me sers encore aujourd'hui
de préférence dans le cours ordinaire de mes
expériences.
J'ai décrit dans le paragraphe premier de ce
chapitre les appareils pneumato-chimiques à
l'eau & au mercure. Ils consistent, comme on
l'a vu, en cuves plus ou moins grandes sur la
tablette desquelles se posent les cloches destinées

@

MESURE DES VOLUME DES GAZ. 361

à recevoir les gaz. Je suppose qu'à la suite
d'une expérience quelconque on ait dans un
appareil de cette espèce un résidu de gaz qui
n'est absorbable ni par l'alcali ni par l'eau,
qui est contenu dans le haut d'une cloche A E F,
planche IV, fig. 3, & dont on veut connaître
le volume. On commence par marquer avec une
grande exactitude par le moyen de bandes de
papier la hauteur E F de l'eau ou du mercure. Il
ne faut pas se contenter d'appliquer une seule
marque d'un des côtés de la cloche, parce qu'il
pourrait rester de l'incertitude sur le niveau du
liquide : il en faut au moins trois ou même
quatre en opposition les unes aux autres.
On doit ensuite, si c'est sur du mercure qu'on
opère, faire passer sous la cloche de l'eau, pour
déplacer le mercure. Cette opération se fait
facilement avec une bouteille qu'on emplit
d'eau à rase : on en bouche l'orifice avec le
doigt, on la renverse & on engage son col
sous la cloche ; puis retournant la bouteille,
on en fait sortir l'eau qui s'élève au-dessus de
la colonne de mercure & qui la déplace. Lorsque
tout le mercure est ainsi déplacé, on verse
de l'eau sur la cuve. A B C D, de manière que
le mercure en soit couvert d'un pouce environ.
On passe une assiette ou un vase quelconque
très plat sous la cloche, & on l'enlève pour la

@

362 GRADUATION DES CLOCHES.

transporter sur une cuve à eau, planc. V, figures
1 & 2. Alors on transvase l'air dans une
cloche qui a été graduée de la manière dont
je vais l'expliquer, & on juge de la quantité
du gaz par les graduations de la cloche.
A cette première manière de déterminer le
volume du gaz, on peut en substituer une autre
qu'il est bon d'employer comme moyen de
vérification. L'air ou le gaz une fois transvasé,
on retourne la cloche qui le contenait & on
y verse de l'eau jusqu'aux marques E F; on
pèse cette eau, de son poids on en conclut
le volume d'après cette donnée qu'un
pied cube ou 1748 pouces d'eau pèsent 70 liv.
On trouvera à la fin de cette troisième partie
une Table où ces réductions se trouvent toutes
faites.
La manière de graduer les cloches est extrêmement
facile, & je vais en donner le procédé
afin que chacun puisse s'en procurer. Il
est bon d'en avoir de plusieurs grandeurs, &
même un certain nombre de chaque grandeur,
pour y avoir recours en cas d'accident.
On prend une cloche de cristal un peu forte,
longue & étroite ; on l'emplit d'eau dans la
cuve représentée planche V, fig. 1, & on la
pose sur la tablette A B C D. On doit avoir
une place déterminée qui serve constamment à

@

GRADUATION DES CLOCHES. 363

ce genre d'opération, afin que le niveau de la
tablette sur laquelle on pose la cloche soit toujours
le même ; on évite par-là presque la seule
erreur dont ce genre d'opération est susceptible.
D'un autre Côté, on choisit une bouteille à
goulot étroit qui, pleine à rase, contienne
juste 6 onces 3 gros 61 grains d'eau, ce qui
répond à un volume de 10 pouces cubiques.
Si on ne trouvait pas de bouteille qui eût précisément
cette capacité, on en prendrait une
un peu plus grande, & on y coulerait un peu
de cire fondue avec de la résine, pour en diminuer
la capacité : cette bouteille sert d'étalon
pour jauger la cloche, & voici comme on y
procède. On fait passer l'air contenu dans cette
bouteille dans la cloche qu'on se propose de
graduer, puis on fait une marque à la hauteur
jusqu'à laquelle est descendue l'eau. On ajoute
une seconde mesure d'air & on fait une nouvelle
marque; on continue ainsi jusqu'à ce que
toute l'eau de la cloche ait été déplacée. Il est
important pendant le cours de cette opération,
que la bouteille & la cloche soient maintenues
constamment à la même température,
& que cette température diffère peu de celle
de l'eau de la cuve. On doit donc éviter
d'appliquer les mains sur la cloche, ou au

@

364 GRADUATION DES CLOCHES.

moins de les y tenir longtemps, pour ne la
pas échauffer : si même on craignait qu'elle ne
l'eût été, il faudrait verser dessus de l'eau de
la cuve pour la rafraîchir. La hauteur du baromètre
& du thermomètre est indifférente pour
cette opération, pourvu qu'elle ne varie pas
pendant qu'elle dure.
Lorsque les marques ont été ainsi placées de
10 pouces en 10 pouces sur la cloche, on y
trace une graduation avec une pointe de diamant
emmanchée dans une petite tige de fer.
On trouve des diamants ainsi montés pour un
prix modique au Louvre, chez le successeur
de Passement. On peut graduer de la même
manière des tubes de cristal pour le mercure:
on les divise alors de pouce en pouce & même
de dixièmes de pouce en dixièmes de pouce. La
bouteille qui sert de jauge doit contenir juste
8 onces 6 gros 25 grains de mercure ; c'est le
poids équivalent à un pouce cubique.
Cette manière de déterminer les volumes
d'air, au moyen d'une cloche graduée, comme
on vient de l'exposer a l'avantage de n'exiger
aucune correction pour la différence de hauteur
qui existe entre le niveau de l'eau dans l'intérieur
de la cloche, & celui de l'eau de la
cuve : mais il ne dispense pas des corrections
relatives à la hauteur du baromètre & du thermomètre.

@

DE LA SÉPARATION DES GAZ. 365

Lorsqu'on détermine au contraire le
volume de l'air par le poids de l'eau contenue
jusqu'aux marques E F, on a une correction de
plus à faire pour la différence des niveaux du
fluide en-dedans & en-dehors de la cloche,
comme je l'expliquerai dans le §. V de ce
chapitre.

§. IV.

De la manière de séparer les unes des autres
les différentes espèces de Gaz.

O n n'a présenté dans le paragraphe précédent
qu'un cas des plus simples, celui où l'on
se propose de déterminer le volume d'un gaz
pur non absorbable par l'eau: les expériences
conduisent ordinairement à des résultats plus
compliqués, & il n'est pas rare d'obtenir à la
fois trois ou quatre espèces de gaz différentes.
Je vais essayer de donner une idée de la manière
dont on parvient à les séparer.
Je suppose que j'aie sous la cloche A, pl. IV,
fig. 3, une quantité A E F de différents gaz,
mêlés ensemble & contenus par du mercure:
on doit commencer par marquer exactement
avec des bandes de papier, comme je l'ai prescrit
dans le paragraphe précédent, la hauteur
du mercure : on fait ensuite passer sous la cloche
une très petite quantité d'eau, d'un pouce

@

366 DE LA SÉPARATION DES GAZ.

cubique, par exemple : si le mélange de gaz contient
du gaz acide muriatique ou du gaz acide
sulfureux, il y aura sur-le-champ une absorption
très considérable, parce que c'est une propriété
de ces gaz d'être absorbés en grande quantité
par l'eau, surtout le gaz acide muriatique. Si le
pouce cube d'eau qui a été introduit ne produit
qu'une très légère absorption & à peine
égale à son volume , on en conclura que le
mélange ne contient ni gaz acide muriatique,
ni gaz acide sulfureux, ni même de
gaz ammoniaque ; mais on commencera dès-
lors à soupçonner qu'il est mélangé de gaz acide
carbonique, parce qu'en effet l'eau n'absorbe
de ce gaz qu'un volume à peu près égal au
sien. Pour vérifier ce soupçon, on introduira
sous la cloche de l'alcali caustique en liqueur:
s'il y a du gaz acide carbonique, on observera
une absorption lente & qui durera plusieurs
heures ; l'acide carbonique se combinera
avec l'alcali caustique ou potasse & ce qui
restera ensuite n'en contiendra pas sensiblement.
On n'oubliera pas à la suite de chaque expérience
de coller des marques de papier sur
la cloche, à l'endroit où répondra la surface
du mercure, & de les vernir dès qu'elles seront
sèches, afin qu'on puisse plonger la cloche

@

DE LA SÉPARATION DES GAZ. 367

dans l'eau sans risquer de les décoller. Il sera
également nécessaire de tenir note de la différence
de niveau entre le mercure de la cloche
& celui de la cuve, ainsi que de la hauteur du
baromètre & du degré du thermomètre.
Lorsqu'on aura ainsi absorbé par l'eau & par
la potasse tous les gaz qui en sont susceptibles,
on fera passer de l'eau sous la cloche pour en
déplacer tout le mercure; on couvrira, comme
je l'ai prescrit dans le paragraphe précédent,
le mercure de la cuve d'environ deux pouces
d'eau ; puis passant par dessous la cloche
une assiette plate, on la transportera sur la cuve
pneumato-chimique à l'eau : là on déterminera
la quantité d'air ou de gaz restant, en la faisant
passer dans une cloche graduée. Cela fait, on
en prendra différents essais dans de petites jarres,
& par des expériences préliminaires on
cherchera à reconnaître quels sont à peu près
les gaz auxquels on a affaire. Ou introduira par
exemple dans une des petites jarres remplie de
ce gaz une bougie allumée, comme on le voit
représenté planche V, fig. 8. Si la bougie ne
s'y éteint pas, on en conclura qu'il contient du
gaz oxygène, & même, suivant que la flamme
de la bougie sera plus ou moins éclatante, on
pourra juger s'il en contient plus ou moins que
l'air de l'atmosphère. Dans le cas au contraire

@

368 DE LA SÉPARATION DES GAZ.

où la bougie s'y éteindrait ; on aurait une
forte raison. de présumer que ce résidu est, pour
la plus grande partie, du gaz azoté. Si à l'approche
de la bougie le gaz s'enflamme & brûle
paisiblement à la surface avec une flamme de
couleur blanche, on en conclura que c'est du
gaz hydrogène pur ; si elle est bleue; on aura
lieu d'en conclure que ce gaz est carbonisé :
enfin s'il brûle avec bruit & détonation, c'est
un mélange de gaz oxygène & de gaz hydrogène.
On peut encore mêler une portion du même
gaz avec du gaz oxygène ; s'il y a vapeurs rouges
& absorption ; on en conclura qu'il contient
du gaz nitreux.
Ces connaissances préliminaires donnent bien
une idée de la qualité du gaz & de la nature
du mélange ; mais elles ne suffisent pas pour
déterminer les proportions & les quantités. Il
faut alors avoir recours à toutes les ressources
de l'analyse, & c'est beaucoup que de savoir
à peu près, dans quel sens il faut diriger ses
efforts. Je suppose que l'on ait reconnu que le
résidu sur lequel on opère sois un mélange de
gaz azote & de gaz oxygène : pour en reconnaître
la proportion, on en fait passer une
quantité déterminée, 100 parties par exemple,
dans un tube gradué de 10 à 12 lignes de diamètre:
mètre :

@

DE LA SÉPARATION DES GAZ. 369

on y introduit du sulfure de potasse
dissous dans l'eau, & on laisse le gaz en contact
avec cette liqueur ; elle absorbe tout le gaz
oxygène, & au bout de quelques jours il ne
reste que du gaz azote.
Si au contraire on a reconnu qu'on avait
affaire à du gaz hydrogène, on en fait passer
une quantité déterminée dans un eudiomètre
de Volta; on y joint une première portion de
gaz oxygène, qu'on fait détoner avec par
l'étincelle électrique : on ajoute une seconde
portion du même gaz oxygène, & on fait
toner de nouveau, & ainsi jusqu'à ce qu'on ait
obtenir la plus glande diminution possible de
volume. Il se forme, comme on sait, dans cette
détonation, de l'eau qui est absorbée sur-le-
champ ; mais si le gaz hydrogène contenait du
carbone, il se forme en même temps de l'acide
carbonique qui ne s'absorbe pas aussi promptement,
& dont on peut reconnaître la quantité
en facilitant son absorption par l'agitation
de l'eau.
Enfin si on a du gaz nitreux, on peut encore
en déterminer la quantité, du moins à peu près,
par une addition de gaz oxygène , & d'après
la diminution du volume qui en résulte.
Je m'en tiendrai à ces exemples généraux
qui suffisent pour donner une idée de ce genre
A a

@

370 DE LA SÉPARATION DES GAZ.

d'opérations. Un volume entier ne suffirait pas,
si l'on voulait prévoir tous les cas. L'analyse
des gaz est un art avec lequel il faut se familiariser ;
mais comme ils ont la plupart de l'affinité
les uns avec les autres, il faut avouer
qu'on n'est pas toujours sûr de les avoir complètement
séparés. C'est alors qu'il faut changer
de marche & de route, refaire d'autres expériences
sous une autre forme, introduire quelque
nouvel agent dans la combinaison, en
écarter d'autres ; jusqu'à ce qu'on soit sûr d'avoir
saisi la vérité.

§. V.

Des corrections à faire au volume des Gaz
obtenus dans les expériences, relativement à
la pression de l'atmosphère.

C 'est une vérité donnée par l'expérience,
que les fluides élastiques en général sont compressibles
en raison des poids dont ils sont
chargés. Il est possible que cette loi souffre
quelque altération aux approches du degré de
compression qui serait suffisant pour les réduire
à l'état liquide, & de même à un degré de dilatation
ou de compression extrême : mais nous ne
sommes pas près de ces limites pour la plupart
des gaz que nous soumettons à des expériences.
Quand je dis que les fluides élastiques sont

@

CORRECTIONS BAROMÉTRIQUES. 371

compressibles en raison des poids dont ils sont
chargés, voici comme il faut entendre cette
proposition.
Tout le monde sait ce que c'est qu'un baromètre.
C'est, à proprement parler, un siphon
A B C D, pl. XII, fig. 16, plein de mercure dans
la branche AB, plein d'air dans la branche
B C D. Si l'on suppose mentalement cette branche
BCD prolongée indéfiniment jusqu'au haut
de notre atmosphère, on verra clairement que
le baromètre n'est autre chose qu'une sorte de
balance, un instrument dans lequel on met une
colonne de mercure en équilibre avec une colonne
d'air. Mais il est facile de s'apercevoir
que, pour que cet effet ait lieu, il est parfaitement
inutile de prolonger la branche BCD à une aussi
grande hauteur, & que comme le baromètre
est plongé dans l'air, la colonne A B de mercure
sera également en équilibre avec une colonne
de même diamètre d'air de l'atmosphère, quoique
la branche du siphon B C D soit coupée
en C & qu'on en retranche la partie CD.
La hauteur moyenne d'une colonne de mercure
capable de faire équilibre avec le poids
d'une colonne d'air prise depuis le haut de l'atmosphère
jusqu'à la surface de la terre, est de
28 pouces de mercure, du moins à Paris &
même dans les quartiers bas de la ville : ce qui
A a ij

@

372 CORRECTIONS BAROMÉTRIQUES.

signifie en d'autres termes que l'air à la surface
de la terre à Paris, est communément pressé
par un poids égal à celui d'une colonne de
mercure de 28 pouces de hauteur. C'est ce que
j'ai voulu exprimer dans cet Ouvrage, lorsque
j'ai dit en parlant des différents gaz, par exemple
du gaz oxygène, qu'il pesait 1 once 4 gros
le pied cube, sous une pression de 28 pouces.
La hauteur de cette colonne de mercure diminue
à mesure que l'on s'élève & qu'on s'éloigne
de la surface de la terre, ou, pour parler
plus rigoureusement, de la ligne de niveau
formée par la surface de la mer; parce qu'il
n'y a que la colonne d'air supérieure au baromètre
qui fasse équilibre avec le mercure, &
que la pression de toute la quantité d'air qui
est au-dessous du niveau où il est placé, est
nulle par rapport à lui.
Mais, suivant quelle loi le baromètre baisse-
t-il à mesure que l'on s'élève; ou, ce qui revient
au même, quelle est la loi suivant laquelle
les différentes couches de l'atmosphère décroissent
de densité ? C'est ce qui a beaucoup
exercé la sagacité des Physiciens du dernier siècle.
L'expérience suivante a d'abord jeté beaucoup
de lumière sur cet objet.
Si l'on prend un siphon de verre ABCDE,
planche XII, fig. 17, fermé en E & ouvert

@

DU VOLUME DES GAZ. 373

en A, & qu'on y introduise quelques gouttes
de mercure pour intercepter la communication
entre la branche A B & la branche B E, il est
clair que l'air contenu dans la branche B C D E.
sera pressé comme tout l'air environnant par
une colonne égale au poids de 28 pouces de
mercure. Mais si on verre du mercure dans la
branche A B jusqu'à 28 pouces de hauteur,
il est clair que l'air de la branche B C D E sera
pressé par un poids égal à deux fois 28 pouces
de mercure; or l'expérience a démontré qu'alors
au lieu d'occuper le volume total B E, il
n'occupera plus que celui C E qui en est précisément
la moitié. Si à cette première colonne
de 28 pouces de mercure, on en ajoute deux
autres également de 28 pouces dans la branche
A C, l'air de la branche B C D E sera comprimé
par quatre colonnes chacune égale au poids
de 28 pouces de mercure, & il n'occupera plus
que l'espace DE, c'est-à-dire, le quart du volume
qu'il occupait au commencement de l'expérience.
De ces résultats qu'on peut varier d'une
infinité de manières, on en a déduit cette loi générale
qui paraît applicable à tous les fluides
élastiques, que leur volume décroît proportionnellement
aux poids dont ils sont chargés; ce
qui peut aussi s'énoncer en ces termes, que le
volume de tout fluide élastique est en raison inverse
A a iii

@

374 CORRECTIONS BAROMÉTRIQUES.

des poids dont il est comprimé. Les expériences
faites pour la mesure des hautes montagnes
ont pleinement confirmé l'exactitude de ces résultats,
& en supposant qu ils s'écartent de la vérité,
les différences sont si excessivement petites qu'elles
peuvent être regardées comme rigoureusement
nulles dans les expériences chimiques.
Cette loi de la compression des fluides élastiques
une fois bien entendue, il est aisé d'en
faire l'application aux corrections qu'il est indispensable
de faire au volume des airs ou gaz
dans les expériences pneumato-chimiques. Ces
corrections sont de deux genres; les unes relatives
à la variation du baromètre, les autres relatives
à la colonne d'eau ou de mercure contenus
dans les cloches. Je vais faire en sorte de
me rendre intelligible par des exemples : je
commencerai par le cas le plus simple.
Je suppose qu'on ait obtenu 100 pouces de
gaz oxygène à 10 degrés de température, le
baromètre marquant 28 pouces 6 lignes. On
peut demander deux choses ; la première quel
est le volume que les 100 pouces occuperaient
sous une pression de 28 pouces, au lieu de 28
pouces 6 lignes ; la seconde quel est le poids
des 100 pouces de gaz obtenus ?
Pour répondre à ces deux questions, on nommera
x le nombre de pouces cubiques qu'occuperaient

@

DU VOLUME DES GAZ. 375

les 100 pouces de gaz oxygène, à
la pression de 28 pouces ; & puisque les volumes
sont en raison inverse des poids comprimants,
on aura pict
déduit aisément x = 107,786. C'est-à-dire
que le même air qui n'occupait qu'un espace
de 100 pouces cubiques, sous une pression de
28 pouces 6 lignes de mercure, en occuperait
pouces un de 101,786, à la pression de 28. Il n'est
pas plus difficile de conclure le poids des mêmes
100 pouces d'air, sous une pression de 28 pou-
pouces
ces 6 lignes. Car puisqu'ils répondent à 101,786,
à la pression de 28 pouces, & qu'à cette pression
& à 10 degrés du thermomètre, le pouce cube
de gaz oxygène pèse un demi-grain ; il s'en suit
évidemment que les 10 pouces, sous une pres-
pouces
sion de 28 pouces 6 lignes, pèsent 50,893. On
aurait pu arriver directement à cette conséquence
par le raisonnement qui suit : puisque les volumes
de l'air, & en général d'un fluide élastique quelconque,
sont en raison inverse des poids qui le
compriment, il en résulte par une conséquence
nécessaire que la pesanteur de ce même air doit
croître proportionnellement au poids comprimant.
Si donc, 100 pouces cubiques de gaz oxygène
pèsent 50 grains, à la pression de 28 pouces,
combien pèseront-ils à la pression de
A a iv

@

376 CORRECTIONS BAROMÉTRIQUES.

pouces
28,5, on aura alors cette proportion, 28 :
50 : 28,5 : x; d'où l'on conclura également
grains
X = 50,893.
Je passe à un cas un peu plus compliqué,
Je suppose que la cloche A, planche XII ,fig,
18, contienne un gaz quelconque dans sa
partie supérieure A C D; que le reste de cette
même cloche soit rempli de mercure au-dessous
de C D, & que le tout soit plongé dans un
bassin G H I K. contenant du mercure jusqu'en
E F. Enfin, je suppose encore que la différence
C E de la hauteur du mercure dans la cloche
&z dans le bassin soit de 6 pouces, & que la
hauteur du baromètre soit de 27 pouces 6 lignes.
Il est clair que d'après ces données, l'air
contenu dans la capacité A C D est pressé par
le poids de l'atmosphère diminué du poids
de la colonne de mercure C E. La force qui
pouces
le presse est donc égale à 27,5 -- 6, pouces =
pouces

21,5. Cet air est donc moins pressé que ne
l'est l'air de l'atmosphère à la hauteur moyenne
du baromètre : il occupe donc plus d'espace
qu'il n'en devrait occuper, & la différence est
précisément proportionnelle à la différence des
poids qui le compriment. Si donc après avoir
mesuré l'espace. A B,C, on l'a trouvé, par
exemple, de 120 pouces cubiques, il faudra

@

DU VOLUME DES GAZ. 377

pour ramener le volume du gaz à celui qu'il
occuperait, à une pression de 28 pouces, faire
la proportion suivante : 120 pouces est au
volume cherché que j'appellerai x, comme
pict
On a le choix dans ces sortes de calculs,
ou de réduire en lignes la hauteur du baromètre,
ainsi que la différence du niveau du
mercure en-dedans & en-dehors de la cloche,
ou de l'exprimer en fractions décimales de pouces.
Je préfère ce dernier parti, qui rend le
calcul plus court & plus facile. On ne doit
point négliger les méthodes d'abréviations pour
les opérations qui se répètent souvent : j'ai
joint en conséquence à la suite de cette troisième
partie, sous le N°. IV, une table qui exprime
les fractions décimales de pouces correspondantes
aux lignes & fractions de lignes.
Rien ne sera plus aisé, d'après cette table, que de
réduire en fractions décimales de pouces les hauteurs
du mercure qu'on aura observées en lignes.
On a des corrections semblables à faire lorsqu'on
opère dans l'appareil pneumato-chimique
à l'eau. Il faut également, pour obtenir
des résultats rigoureux, tenir compte de la différence

@

378 CORRECTIONS THERMOMÉTRIQUES.

de hauteur de l'eau en-dehors & en-
dedans de la cloche. Mais, comme c'est en
pouces & lignes du baromètre, & par conséquent
en pouces & lignes de mercure, que
s'exprime la pression de l'atmosphère, & qu'on
ne peut additionner ensemble que des quantités
homogènes, on est obligé de réduire les différences
de niveau exprimées en pouces & lignes
d'eau, en une hauteur équivalente de mercure.
On part, pour cette conversion, de cette don-
fois
née, que le mercure est 13,5681 aussi pesant
que l'eau. On trouve à la fin de cet Ouvrage
sous le N°. V, une table à l'aide de laquelle
on peut faire promptement & facilement cette
réduction.

§. VI.

Des Corrections relatives aux différents degrés
du Thermomètre.

De même que pour avoir le poids de l'air
& des gaz il est nécessaire de les réduire à une
pression constante, telle que celle de 28 pouces
de mercure ; de même aussi il est nécessaire
de les réduire à une température déterminée:
car puisque les fluides élastiques sont susceptibles
de se dilater par la chaleur & de se condenser
par le froid, il en résulte nécessairement
qu'ils changent de densité, & que leur pesanteur

@

DU VOLUME DES GAZ. 379

n'est plus la même sous un volume donné.
La température de 10 degrés étant moyenne
entre les chaleurs de l'été & les froids de l'hiver,
cette température étant celle des souterrains
& celle en même temps dont il est le plus
facile de se rapprocher dans presque toutes les
saisons de l'année, c'est celle que j'ai choisie
pour y ramener les airs ou gaz.
M. de Luc a trouvé que l'air de l'atmosphère
augmentait de 1/215 de son volume par
chaque degré du thermomètre à mercure divisé
en 81 degrés de la glace à l'eau bouillante ;
ce qui donne pour un degré du thermomètre
à mercure divisé en 80 parties, 1/211
Les expériences de M. Monge sembleraient
annoncer que le gaz hydrogène est susceptible
d'une dilatation un peu plus forte ; il l'a
trouvée de 1/180. A l'égard de la dilatation
des autres gaz, nous n'avons pas encore
d'expériences très exactes ; celles du moins
qui existent n'ont pas été publiée. Il paraît
cependant, à en juger par les tentatives que
l'on connaît, que leur dilatabilité s'éloigne
peu de celle de l'air commun. Je crois donc
pouvoir supposer que l'air de l'atmosphère se
dilate de 1/210 par chaque degré du thermomètre,
& le gaz hydrogène de 1/190 : mais comme
il reste quelque incertitude sur ces déterminations,

@

380 CORRECTIONS THERMOMÉTRIQUES.

il faut, autant qu'il est possible, n'opérer
qu'à une température peu éloignée de 10
degrés. Les erreurs qu'on peut alors commettre
dans des corrections relatives au degré du thermomètre,
ne sont d'aucune conséquence.
Le calcul à faire pour ces corrections est
extrêmement facile; il consiste à diviser le volume
de l'air obtenu par 210, & à multiplier
le nombre trouvé par celui des degrés du thermomètre
supérieur ou inférieur à 10 degrés.
Cette correction est négative au dessus de dix
degrés, & additive au-dessous. Le résultat qu'on
obtient est le volume réel de l'air à la température
de 10 degrés.
On abrège & on facilite beaucoup tous ces
calculs, en employant des tables de logarithmes.

§. VII.

Modèle de calcul pour les Corrections relatives,
au degré de pression & de température.

Maintenant que j'ai indiqué la manière de
déterminer le volume des airs ou gaz & de faire
à ce volume les corrections relatives à la pression
& à la température, il me reste à donner
un exemple pris dans un cas compliqué, afin
de mieux faire sentir l'usage des tables qui se
trouvent à la fin de cet Ouvrage.

@

DU VOLUME DES GAZ. 381

Exemple.

On a renfermé dans une cloche A, pl. IV,
fig. 3, une quantité d'air A E F, qui s'est trouvée
occuper un volume de 353 pouces cubiques.
Cet air était contenu par de l'eau, & la
hauteur E L de la colonne d'eau dans l'intérieur
de la cloche était de 4 pouces & demi au-dessus
du niveau de celle de la cuve ; enfin le baromètre
était à 27 pouces 9 lignes & demie, &
le thermomètre à 15 degrés.
On a brûlé dans cet air une substance quelconque,
telle que du phosphore, dont le résultat
est l'acide phosphorique qui, loin d'être
dans l'état de gaz, est au contraire dans l'état
concret. L'air restant après la combustion occupait
un volume de 295 pouces ; la hauteur de
l'eau dans l'intérieur de la cloche était de 7
pouces au-dessus de celle de la cuve, le baromètre
à 27 pouces 9 lignes, & le thermomètre
à 16 degrés.
Il est question, d'après ces données, de déterminer
quel est le volume de l'air avant &
après la combustion & d'en conclure le volume
de la partie qui a été absorbée.

Calcul avant la combustion.

L'air contenu dans la cloche occupait un
volume de 353 pouces.

@

382 CORRECTIONS BAROM. ET THERMOMÉTRIQUES.

Mais il n'était pressé que par une colonne
de 27 pouces 9 lignes 1/2, ou en fractions décimales
de pouces (voyez table, N° IV.) de
pouces
. . . . . . . . . . . . . . . . 27,79161
Sur quoi il y a encore à déduire
la différence de niveau de
4 pouces d'eau ; ce qui répond
en mercure (voyez la table, N°
V.) à . . . . . . . . . . . . . 0,33 66
La pression réelle dont cet air --------
était chargé, n'était donc que de 27,46001
Le volume des fluides élastiques diminuant
en général en raison inverse des poids qui les
compriment, il est clair, d'après ce que nous
avons dit plus haut, que pour avoir le volume
des 353 pouces sous une pression de 28 pouces,
il faudra dire :
pict
le volume qu'aurait occupé ce même air sous
une pression de vingt-huit pouces. Le 210e de
pouce
ce volume égale 1,650, ce qui donne pour les 5
degrés supérieurs au dixième degré du thermo-
pouces
mètre 8,255; & comme cette correction est

@

CORRECTIONS BAROM. ET THERMOMÉTRIQUES. 383

soustractive, on en conclura que le volume de
l'air, toute correction faite, était avant la com-
pouces
bustion de 337,942.

Calcul après la combustion.

En faisant le même calcul sur le volume de l'air
après la combustion, on trouvera que la pres-
pouces pouces
sion était alors de 27,77083 -- 0,51593 =
pouces
27,25490. Ainsi, pour avoir le volume de l'air
à 28 pouces de pression, il faudra multiplier
295 pouces, volume trouvé après la combus-
pouces
tion, par 27,25490, & le diviser par 28 ; ce
pouces
qui donnera pour le volume corrigé, 287,150.
pouce
Le 210e de ce volume est 1,368, qui, multiplié
par six degrés, donne pour correction
pouces
négative de la température, 8,208.
D'où il résulte que le volume de l'air, toutes
corrections faites, était après la combustion de
pouces
278,912.
Résultats.

Le volume, toutes corrections faites, avant
pouces
la combustion était de . . . . . . 337,942
Il était après la combustion de 278,912
--------
Donc quantité d'air absorbée par
la combustion du phosphore . . . . 59,000
--------

@

384 PESANTEUR DES GAZ.

§. VIII.

De la manière de déterminer le poids absolu
des différents Gaz.

Dans tout ce que je viens d'exposer sur la
manière de mesurer le volume des gaz & d'y
faire les corrections relatives au degré de pression
& de température, j'ai supposé qu'on en
connaissait la pesanteur spécifique, & qu'on
pouvait en conclure leur poids absolu : il me
reste à donner une idée des moyens par lesquels
on peut parvenir à cette connaissance.
On a un grand ballon A, planc. V, fig. 10,
dont la capacité doit être d'un demi-pied cube,
c'est-à-dire, de 17 à 18 pintes au moins; on y
mastique une virole de cuivre b c d e à laquelle
s'adapte à vis en de, une platine à laquelle tient
un robinet fg. Enfin le tout se visse, au moyen
d'un double écrou représenté, figure 12, sur
une cloche B C D dom la capacité doit être
de quelques pintes plus grande que celle du
ballon: Cette cloche est ouverte par le haut
& sa tubulure est garnie d'une virole de cuivre
hi, & d'un robinet l; un de ces robinets est
représenté séparément, figure 11.
La première opération à faire est de déterminer
la capacité de ce ballon ; on y parvient
en

@

PESANTEUR DES GAZ. 385

l'emplissant d'eau, & en le pesant pour en connaître
la quantité. Ensuite on vide l'eau, &
on sèche le ballon en y introduisant un linge
par l'ouverture d e; les derniers vestiges d'humidité
disparaissent d'ailleurs, lorsqu'on a fait un
ou deux fois le vide dans le ballon.
Quand on veut déterminer la pesanteur d'un
gaz, on visse le ballon A sur la platine de la
machine pneumatique, au-dessous du robinet f g.
On ouvre ce même robinet, & on fait le vide
du mieux qu'il est possible, ayant grand soin
d'observer la hauteur à laquelle descend le baromètre
d'épreuve. Le vide fait, on referme
le robinet, on pèse le ballon avec une scrupuleuse
exactitude, après quoi on le revisse sur
la cloche B C D, qu'on suppose placée sur la
tablette de la cuve ABCD, même planche,
fig. I. On fait passer dans cette cloche le gaz
qu'on veut peser ; puis ouvrant le robinet fg
& le robinet l m, le gaz contenu dans la cloche
passe dans le ballon A : en même temps l'eau
remonte dans la cloche BCD. Il est nécessaire,
si l'on veut éviter une correction embarrassante,
d'enfoncer la cloche dans la cuve jusqu'à ce
que le niveau de l'eau extérieure concoure avec
celui de l'eau contenue dans l'intérieur de la cloche.
Alors on ferme les robinets, on dévisse le
ballon & on le re-pèse. Le poids, déduction faite
B b

@

386 PESANTEUR DES GAZ.

de celui du ballon vide, donne la pesanteur
du volume d'air ou de gaz qu'il contient. En
multipliant ce poids par 1728 pouces, & divisant
le produit par un nombre de pouces cubes
égal à la capacité du ballon, on a le poids du
pied cube du gaz mis en expérience.
Il est nécessaire de tenir compte dans ces
déterminations de la hauteur du baromètre &
du degré du thermomètre ; après quoi rien n'est
plus aisé que de ramener le poids du pied cube
qu'on a trouvé à celui qu'aurait eu le même gaz
à 28 pouces de pression & à 10 degrés du thermomètre.
J'ai donné dans le paragraphe précédent
le détail des calculs qu'exige cette opération.
Il ne faut pas négliger non plus de tenir compte
de la petite portion d'air restée dans le ballon,
quand on a fait le vide ; portion qu'il est facile
d'évaluer, d'après la hauteur à laquelle s'est
soutenu le baromètre d'épreuve. Si cette hauteur
était, par exemple, d'un centième de la
hauteur totale du baromètre, il en faudrait
conclure qu'il est resté un centième d'air dans le
ballon, & le volume du gaz qui y avait été
introduit ne serait plus que des 99/100 du volume
total du ballon.

pict

@

DESCRIPTION DU CALORIMÈTRE. 387

pict

C H A P I T R E I I I.

Des Appareils relatifs à la mesure du Calorique.

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Description du Calorimètre.

L 'appareil dont je vais essayer de donner
une idée a été décrit dans un mémoire que nous
avons publié M. de la Place & moi dans le recueil
de l'Académie, année 1780, page 355.
C'est de ce mémoire que sera extrait tout ce
que contient cet article.
Si après avoir refroidi un corps quelconque
à zéro du thermomètre, on l'expose dans une
atmosphère, dont la température soit de 25
degrés au-dessus du terme de la congélation, il
s'échauffera insensiblement depuis sa surface jusqu'à
son centre, & se rapprochera peu-à-peu
de la température de 25 degrés qui est celle du
fluide environnant.
Il n'en fera pas de même d'une masse de glace
qu'on aurait placée dans la même atmosphère :
elle ne se rapprochera nullement de la température
de l'air ambiant, mais elle restera constamment
à zéro de température, c'est-à-dire,
B b ij

@

388 PRINCIPES DE LA CONSTRUCTION

à la glace fondante, & ce, jusqu'à ce que le
dernier atome de glace soit fondu.
La raison de ce phénomène est facile à
concevoir ; il faut pour fondre de la glace, &
pour la convertir en eau, qu'il s'y combine
une certaine proportion de calorique. En conséquence,
tout le calorique des corps environnants
s'arrête à la surface de la glace où il est employé
à la fondre: cette première couche fondue,
la nouvelle quantité de calorique qui survient
en fond une seconde, & elle se combine
également avec elle pour la convertir en eau,
& ainsi successivement de surfaces en surfaces
jusqu'au dernier atome de glace qui sera encore
à zéro du thermomètre, parce que le calorique
n'aura pas encore pu y pénétrer.
Que l'on imagine d'après cela une sphère
de glace creuse, à la température de zéro degré
du thermomètre ; que l'on place cette
sphère de glace dans une atmosphère, dont la
température soit, par exemple, de 10 degrés
au-dessus de la congélation, & qu'on place
dans son intérieur un corps échauffé d'un nombre
de degrés quelconques : il suit de ce qu'on
vient d'exposer deux conséquences; 1°. que la
chaleur extérieure ne pénétrera pas dans l'intérieur
de la sphère; 2°. que la chaleur d'un corps
placé dans son intérieur ne se perdra pas non

@

DU CALORIMÈTRE. 389

plus au-dehors; mais qu'elle s'arrêtera à la surface
intérieure de la cavité, où elle sera continuellement
employée à fondre de nouvelles
couches de glace; jusqu'à ce que la température
du corps soit parvenue à zéro du thermomètre.
Si on recueille avec soin l'eau qui se sera
formée dans l'intérieur de la sphère de glace,
lorsque la température du corps placé dans son
intérieur sera parvenue à zéro du thermomètre,
son poids sera exactement proportionnel à la
quantité de calorique que ce corps aura perdue,
en passant de sa température primitive à celle
de la glace fondante ; car il est clair qu'une
quantité double de calorique doit fondre une
quantité double de glace ; en sorte que la quantité
de glace fondue est une mesure très précise
de la quantité de calorique employée à
produire cet effet.
On n'a considéré ce qui se passait dans une
sphère de glace que pour mieux faire entendre
la méthode que nous avons employée dans ce
genre d'expériences, dont la première idée appartient
à M. de la Place. Il serait difficile de
se procurer de semblables sphères, & elles
auraient beaucoup d'inconvénients dans la pratique ;
mais nous y avons suppléé au moyen
de l'appareil suivant, auquel je donnerai le
B b iij

@

390 DESCRIPTION

nom de calorimètre. Je conviens que c'est
s'exposer à une critique, jusqu'à un certain
point fondée, que de réunir ainsi deux dénominations,
l'une dérivée du latin, l'autre dérivée
du grec ; mais j'ai cru qu'en matière de
science on pouvait se permettre moins de pureté
dans le langage, pour obtenir plus de clarté dans
les idées ; & en effet je n'aurais pu employer un
mot composé entièrement tiré du grec, sans
trop me rapprocher du nom d'autres instruments
connus qui ont un usage & un but tout
différent.
La figure première de la planche VI représente
le calorimètre vu en perspective. La
figure 2 de la même planche représente sa
coupe horizontale, & la figure 3 une coupe verticale
qui laisse voir tout son intérieur. Sa capacité
est divisée en trois parties ; pour mieux
me faire entendre, je les distinguerai par les
noms de capacité intérieure, capacité moyenne,
& capacité extérieure. La capacité intérieure
ffff, fig. 3, pl. VI, est formée d'un grillage
de fil de fer, soutenu par quelques montants du
même métal ; c'est dans cette capacité que l'on
place les corps fournis à l'expérience : sa partie
supérieure LM se ferme au moyen d'un couvercle
G H représenté séparément, figure 4.
Il est entièrement ouvert par-dessus, & le dessous

@

DU CALORIMÈTRE. 391

est formé d'un grillage de fil de fer.
La capacité moyenne bbbbb, figures 2 &
3, est destiné à contenir la glace qui doit
environner la capacité intérieure, & que doit
fondre le calorique du corps mis en expérience:
cette glace est supportée & retenue par une
grille m m sous laquelle est un tamis n n ; l'un
& l'autre sont représentés séparément, figures
5 & 6. A mesure que la glace est fondue par
le calorique qui se dégage du corps placé dans
la capacité intérieure, l'eau coule à travers la
grille & le tamis ; elle tombe ensuite le long
du cône c c d, figure 3, & du tuyau xy, se
rassemble dans le vase F, figure 1, placé au-
dessous de la machine ; u est un robinet au
moyen duquel on peut arrêter à volonté l'écoulement
de l'eau intérieure. Enfin la capacité
extérieure aaaaa, fig. 2 & 3 est destinée à recevoir
la glace qui doit arrêter l'effet de la chaleur
de l'air extérieur & des corps environnants:
l'eau que produit la fonte de cette glace, coule
le long du tuyau s T que l'on peut ouvrir ou
fermer au moyen du robinet r. Toute la machine
est recouverte par le couvercle F F, fig.
7, entièrement ouvert dans sa partie supérieure
& fermé dans sa partie inférieure; elle est composée
de fer-blanc peint à l'huile pour le garantir
de la rouille.
B b iv

@

392 DESCRIPTION

Pour mettre le calorimètre en expérience,
on remplit de glace pilée la capacité moyenne
b b b b b, & le couvercle G H de la capacité
intérieure, la capacité extérieure a a a a, & le
couvercle F F, figure 7, de toute la machine.
On la presse fortement pour qu'il ne reste point
de parties vides, puis on laisse égoutter la glace
intérieure ; après quoi on ouvre la machine pour
y placer le corps que l'on veut mettre en expérience
& on la referme sur le champ. On
attend que le corps soit entièrement refroidi,
& que la glace qui a fondu soit suffisamment
égouttée ; ensuite on pèse l'eau qui rassemblée
dans le vase F, fig. 2 : son poids est une mesure
exacte de la quantité de calorique dégagée
du corps, pendant qu'il s'est refroidi ; car il est
visible que ce corps est dans la même position
qu'au centre de la sphère dont nous venons de
parler, puisque tout le calorique qui s'en dégage
est arrêté par la glace intérieure, & que
cette glace est garantie de l'impression de toute
autre chaleur, par la glace renfermée dans le
couvercle & dans la capacité extérieure.
Les expériences de ce genre durent quinze,
dix-huit & vingt heures ; quelquefois pour les
accélérer, on place de la glace bien égouttée
dans la capacité intérieure, & on en couvre les
corps que l'on veut refroidir.

@

DU CALORIMÈTRE. 393

La figure 8 représente un seau de tôle destiné
à recevoir les corps sur lesquels on veut
opérer; il est garni d'un couvercle percé dans
son milieu, & fermé avec un bouchon de liège,
traversé par le tube d'un petit thermomètre.
La figure 9 de la même planche représente
un matras de verre dont le bouchon est également
traversé par le tube d'un petit thermomètre,
dont la boule & une partie du tube plonge
dans la liqueur ; il faut se servir de semblables
matras toutes les fois que l'on opère sur les
acides, & en général sur les substances qui
peuvent avoir quelque action sur les métaux.
R S, figure 10, est un petit cylindre creux
que l'on place au fond de la capacité intérieure
pour soutenir les matras.
Il est essentiel que dans cette machine, il
n'y ait aucune communication entre la capacité
moyenne & la capacité extérieure ; ce que l'on
éprouvera facilement en remplissant d'eau la
capacité extérieure. S'il existait une communication
entre ces capacités, la glace fondue par
l'atmosphère dont la chaleur agit sur l'enveloppe
de la capacité extérieure, pourrait passer dans
la capacité moyenne, & alors l'eau qui s'écoulerait
de cette dernière capacité, ne serait plus
la mesure du calorique perdu par le corps mis
en expérience.

@

394 DESCRIPTION

Lorsque la température de l'atmosphère n'est
que de quelques degrés au-dessus de zéro, sa
chaleur ne peut parvenir que très difficilement
jusque dans la capacité moyenne, puisqu'elle
est arrêtée par la glace du couvercle & de la
capacité extérieure; mais si la température extérieure
était au dessous de zéro, l'atmosphère
pourrait refroidir la glace intérieure; il est donc
essentiel d'opérer dans une atmosphère dont la
température ne soit pas au-dessous de zéro :
ainsi dans un temps de gelée, il faudra renfermer
la machine dans un appartement dont on
aura soin d'échauffer l'intérieur. Il est encore
nécessaire que la glace dont on fait usage, ne
soit pas au-dessous de zéro ; si elle était dans
ce cas, il faudrait la piler, l'étendre par couches
fort minces, & la tenir ainsi pendant quelque
temps dans un lieu dont la température fût
au-dessus de zéro.
La glace intérieure retient toujours une petite
quantité d'eau qui adhère à sa surface, &
l'on pourrait croire que cette eau doit entrer
dans le résultat des expériences : mais il faut
observer qu'au commencement de chaque expérience,
la glace est déjà imbibée de toute la
quantité d'eau qu'elle peut ainsi retenir ; en sorte
que si une petite partie de la glace fondue par
le corps, reste adhérente à la glace intérieure,

@

DU CALORIMÈTRE. 395

la même quantité, à très peu près, d'eau primitivement
adhérente à la surface de la glace,
doit s'en détacher & couler dans le vase : car
la surface de la glace intérieure change extrêmement
peu dans l'expérience.
Quelques précautions que nous ayons prises,
il nous a été impossible d'empêcher l'air extérieur
de pénétrer dans la capacité intérieure,
lorsque la température était à 9 ou 10 degrés,
an-dessus de la congélation. L'air renfermé dans
cette capacité étant alors spécifiquement plus
pesant que l'air extérieur, il s'écoule par le tuyau
xy, fig. 3, & il est remplacé par l'air extérieur
qui entre dans le calorimètre, & qui dépose une
partie de son calorique sur la glace intérieure :
il s'établit ainsi dans la machine un courant
d'air d'autant plus rapide, que la température
extérieure eh plus élevée ; ce qui fond continuellement
une portion de la glace intérieure;
on peut arrêter en grande partie l'effet de ce
courant, en fermant le robinet ; mais il vaut
beaucoup mieux n'opérer que lorsque la température
extérieure ne surpasse pas 3 ou 4 degrés;
car nous avons observé qu'alors la fonte
de la glace intérieure, occasionnée par l'atmosphère,
est insensible, en sorte que nous pouvons
à cette température, répondre de l'exactitude
de nos expériences sur les chaleurs spécifiques
des corps, à un quarantième près.

@

396 MANIÈRE DE SE SERVIR

Nous avons fait construire deux machines
pareilles à celle que je viens de décrire; l'une
d'elles est destinée aux expériences dans lesquelles
il n'est pas nécessaire de renouveler l'air
intérieur ; l'autre machine sert aux expériences
dans lesquelles le renouvellement de l'air est
indispensable, telles que celles de la combustion
& de la respiration : cette seconde machine ne
diffère de la première, qu'en ce que les deux
couvercles sont percés de deux trous à travers
lesquels passent deux petits tuyaux qui servent
de communication entre l'air intérieur & l'air
extérieur ; on peut par leur moyen souffler de
l'air atmosphérique dans l'intérieur du calorimètre
pour y entretenir des combustions.
Rien n'est plus simple avec cet instrument
que de déterminer les phénomènes qui ont lieu
dans les opérations où il y a dégagement, ou
même absorption de calorique. Veut-on, par
exemple, connaître ce qui se dégage de calorique
d'un corps solide, lorsqu'il se refroidit
d'un certain nombre de degrés ? On élève sa
température à 80 degrés, par exemple, puis
on le place dans la capacité intérieure ffff
du calorimètre, figure 2 & 3, planche VI, &
on l'y laisse assez longtemps pour être assuré
que sa température est revenue à zéro du thermomètre :
on recueille l'eau qui a été produite

@

DU CALORIMÈTRE. 397

par la fonte de la glace, pendant son refroidissement ;
cette quantité d'eau divisée par le
produit de la masse du corps & du nombre de
degrés dont sa température primitive était au-
dessus de zéro, sera proportionnelle à ce que
les physiciens anglais ont nommé chaleur spécifique.
Quant aux fluides on les renferme dans des
vases de matière quelconque, dont on a préalablement
déterminé la chaleur spécifique : on
opère ensuite de la même manière que pour
les solides, en observant seulement de déduire
de la quantité totale d'eau qui a coulé, celle
due au refroidissement du vase qui contenait le
fluide.
Veut-on connaître la quantité de calorique
qui se dégage de la combinaison de plusieurs
substances ? on les amènera toutes à la température
zéro, en les tenant un temps suffisant
dans de la glace pilée ; ensuite on en fera le
mélange dans l'intérieur du calorimètre, dans
un vase également à zéro, & on aura soin de
les y conserver jusqu'à ce qu'elles soient revenues
à la température zéro ; la quantité d'eau
recueillie sera la mesure du calorique qui se
sera dégagé par l'effet de la combinaison.
La détermination des quantités de calorique
qui se dégagent dans les combustions & dans

@

398 MANIÈRE DE SE SERVIR

la respiration des animaux, n'offre pas plus de
difficulté : on brûle les corps combustibles dans
la capacité intérieure du calorimètre ; on y laisse
respirer des animaux tels que des cochons
d'inde qui résistent assez bien au froid, & on
recueille l'eau qui coule : mais comme le renouvellement
de l'air est indispensable dans ce
genre d'opérations, il est nécessaire de faire
arriver continuellement de nouvel air dans l'intérieur
du calorimètre par un petit tuyau destiné
à cet objet, & de le faire ressortir par un autre
tuyau : mais pour que l'introduction de cet air
ne cause aucune erreur dans les résultats, on
fait passer le tuyau qui doit l'amener à travers
de la glace pilée, afin qu'il arrive dans le calorimètre,
à la température zéro. Le tuyau de
sortie de l'air doit également traverser de la
glace pilée, mais cette dernière portion de
glace doit être comprise dans l'intérieur de la
capacité ffff du calorimètre, & l'eau qui en
découle doit faire partie de celle que l'on recueille,
parce que le calorique que contenait
l'air avant de sortir fait parti du produit de
l'expérience.
La recherche de la quantité de calorique
spécifique contenue dans les différents gaz, est
un peu plus difficile à cause de leur peu de
densité; car si on se contentait de les renfermer

@

DU CALORIMÈTRE. 399

dans des vases comme les autres fluides,
la quantité de glaces fondue serait si peu considérable
que le résultat de l'expérience serait au
moins très incertain. Nous avons employé pour
ce genre d'expériences deux espèces de serpentins
ou tuyaux métalliques roulés en spirales. Le
premier contenu dans un vase rempli d'eau
bouillante servait à échauffer l'air avant qu'il
parvînt au calorimètre; le second était renfermé
dans la capacité intérieure ffff de cet instrument.
Un thermomètre adapté à une des extrémités
de ce dernier serpentin, indiquait la chaleur
de l'air ou du gaz qui entrait dans la machine ;
un thermomètre adapté à l'autre extrémité
du même serpentin indiquait la chaleur
du gaz ou de l'air à sa sortie. Nous avons été
ainsi à portée de déterminer ce qu'une masse
quelconque de différents airs ou gaz fondait de
glace en se refroidissant d'un certain nombre de
degrés, & d'en déterminer le calorique spécifique.
Le même procédé, avec quelques précautions
particulières peut être employé pour
connaître la quantité de calorique qui se dégage
dans la condensation des vapeurs de différents
liquides.
Les différentes expériences que l'on peut
faire avec le calorimètre, ne conduisent point
à des résultats absolus ; elles ne donnent que

@

400 MANIÈRE DE SE SERVIR

des quantités relatives : il était donc question
de choisir une unité qui pût former le premier
degré d'une échelle avec laquelle on pût exprimer
tous les autres résultats. La quantité de
calorique nécessaire pour fondre une livre de
glace, nous a fourni cette unité : or pour fondre
une livre de glace, il faut une livre d'eau
élevée à 60 degrés du thermomètre à mercure
divisé en 80 parties, de la glace à l'eau
bouillante ; la quantité de calorique qu'exprime
notre unité, est donc celle nécessaire pour élever
l'eau de zéro à 60 degrés.
Cette unité déterminée, il n'est plus question
que d'exprimer en valeurs analogues les quantités
de calorique qui se dégagent des différents
corps, en se refroidissant, d'un certain nombre
de degrés, & voici le calcul simple par le
moyen duquel on y parvient : je l'applique à
une de nos premières expériences.
Nous avons pris des morceaux de tôle coupés
par bandes & roulés, qui pesaient ensemble
7 livres 11 onces 2 gros 36 grains,
c'est-à-dire en fractions décimales de livres,
7, livres 7070319. Nous avons échauffé cette masse
dans un bain d'eau bouillante, dans laquelle
elle a pris environ 78 degrés de chaleur ; &
l'ayant tirée de l'eau prestement, nous l'avons
introduite dans la capacité intérieure du calorimètre:
rimètre

@

DU CALORIMÈTRE. 401

Au bout de onze heures, lorsque l'eau
produite par la fonte de la glace intérieure a
été suffisamment égouttée, la quantité s'en est
trouvée de 1 livre 1 once 5 gros 4 grains
livre
= 1,109795. Maintenant je puis dire si le
calorique dégagé de la tôle par un refroidisse-
livre
ment de 78 degrés, a fondu 1,109795 de
glace, combien un refroidissement de 60 degrés
aurait-il produit; ce qui donne 78 : 1,109795
livre
: : 60 : x = 0,85369. Enfin divisant cette
quantité par le nombre de livres de tôle em-
livres
ployée, c'est-à-dire par 7,7070319, on aura
pour la quantité de glace que pourra faire
fondre une livre de tôle en se refroidissant de
livre
60 degrés à zéro, 0,110770. Le même calcul
s'applique à tous les corps solides.
A l'égard des fluides, tels que l'acide sulfurique,
l'acide nitrique, &c. on les renferme
dans on matras représenté planche VI, fig. 9.
Il est bouché avec un bouchon de liège traversé
par un thermomètre dont la boule plonge
dans la liqueur. On place ce vaisseau dans un
bain d'eau bouillante ; & lorsque d'après le
thermomètre on juge que la liqueur est élevée
à un degré de chaleur convenable, on retire
le matras & on le place dans le calorimètre.
On fait le calcul comme ci-dessus, en ayant
C c

@

402 DU CALORIMÈTRE.

soin cependant de déduire de la quantité d'eau
obtenue, celle que le vase de verre aurait seul
produite, & qu'il est en conséquence nécessaire
d'avoir déterminé par une expérience préalable.
Je ne donne point ici le tableau des résultats
que nous avons obtenus, parce qu'il n'est pas
encore assez complet, & que différentes circonstances
ont suspendu la suite de ce travail.
Nous ne le perdons cependant pas de vue,
& il n'y a point d'hiver que nous ne nous en
soyons plus ou moins occupés.


pict

@

DÉFINITION. 403

pict

C H A P I T R E I V.

Des opérations purement mécaniques qui ont pour
objet de diviser les corps.

-------------------

§. PREMIER.

De la Trituration, de la Porphyrisation;
& de la Pulvérisation.

L A trituration, la porphyrisation & la pulvérisation
ne sont, à proprement parler, que des
opérations mécaniques préliminaires, dont l'objet
est de diviser, de séparer les molécules des
corps, & de les réduire en particules très fines.
Mais quelque soin qu'on puisse porter ces opérations,
elles ne peuvent jamais résoudre un
corps en ses molécules primitives & élémentaires :
elles ne rompent pas même, à proprement
parler, son agrégation ; en sorte que chaque
molécule après la trituration & la porphyrisation,
forme encore un tout semblable à la masse
originaire qu'on avait eu pour objet de diviser,
à la différence des opérations vraiment chimiques,
telles, par exemple, que la dissolution
qui détruit l'agrégation du corps, & écarte les
C c ij

@

404 DE LA PULVÉRISATION.

unes des autres les molécules constitutives & intégrantes
qui le composent.
Tomes les fois qu'il est question de diviser
des corps fragiles & cassants, on se sert pour
cette opération de mortiers & de pilons, figures.
1, 2, 3, 4 & 5, planche 1. Ces mortiers
sont ou de fonte de cuivre & de fer comme
celui représenté, figure 1; ou de marbre & de
granit, comme celui représenté, figure 2; ou
de bois de gayac, comme celui représenté,
figure 3 ; ou de verre, comme celui représenté,
figure 4; ou d'agate, comme celui représenté,
figure 5: enfin on en fait aussi de porcelaine,
comme celui représenté, figure 6. Les pilons
dont on se sert pour triturer les corps sont aussi
de différentes matières. Ils sont de fer ou de
cuivre forgé, comme dans la figure première,
de bois, comme dans les figures 2 & 3; enfin
de verre, de porcelaine ou d'agate, suivant la
nature des objets qu'on veut triturer. Il est nécessaire
d'avoir dans un laboratoire, un assortiment
de ces instruments de différente grandeur.
Les mortiers de porcelaine, & surtout ceux
de verre, ne peuvent pas être employés à la
trituration proprement dite, & ils seraient bientôt
en pièces si on frappait dedans, sans précaution,
à coups redoublés. C'est en tournant
le pilon dans le mortier, en froissant avec adresse

@

DES MORTIERS. 405

& dextérité les molécules entre le pilon &
les parois du mortier qu'on parvient à opérer
la division.
La forme des mortiers n'est point indifférente;
le fond en doit être arrondi, & l'inclinaison
des parois latérales doit être telle que
les matières en poudre retombent d'elles-mêmes
quand on relève le pilon : un mortier trop plat
serait donc défectueux, la matière ne retomberait
& ne se retournerait pas. Des parois trop
inclinées présenteraient un autre inconvénient,
elles ramèneraient une trop grande quantité de
la matière à pulvériser sous le pilon, elle ne
serait plus alors froissée & serrée entre deux
corps durs, & la trop grande épaisseur interposée
nuirait à la pulvérisation.
Par une suite du même principe, il ne faut
pas mettre dans le mortier une trop grande
quantité de matière ; il faut surtout, autant
qu'on le peut, se débarrasser de temps en temps
des molécules qui sont déjà pulvérisées, & c'est
ce qu'on opère par le tamisage, autre opération
dont il va être bientôt question. Sans cette
précaution on emploierait une force inutile, &
on perdrait du temps à diviser davantage ce qui
l'était suffisamment, tandis qu'on n'achèverait
pas de pulvériser ce qui ne l'est pas assez. En
effet, la portion de matière divisée nuit à la
C c iij

@

406 DE LA PORPHIRISATION.

trituration de celle qui ne l'est pas ; elle s'interpose
entre le pilon & le mortier, & amortit
l'effet du coup.
La porphyrisation a reçu sa dénomination du
nom de la matière sur laquelle elle s'opère.
Le plus communément on a une table plate
de porphyre ou d'une autre pierre du même
degré de dureté ABCD, planche I, fig. 7,
sur laquelle on étend la matière qu'on se propose
de diviser; on la froisse ensuite & on la
broie en promenant sur le porphyre une molette
M, d'une pierre du même degré de dureté.
La partie de la molette qui porte sur le
porphyre, ne doit pas être parfaitement plane :
sa surface doit être une portion de sphère
d'un très grand rayon ; autrement quand ou
promènerait la molette sur le porphyre, la matière
se rangerait tout autour du cercle qu'elle
aurait décrit, sans qu'aucune portion s'engageât
entre deux, & il n'y aurait pas de porphyrisation.
On est par la même raison obligé
de faire retailler de temps en temps les molettes,
qui tendent à devenir planes, à mesure
qu'on s'en sert. L'effet de la molette
étant d'écarter continuellement la matière &
de la porter vers les extrémités de la table de
porphyre, on est obligé de la ramener souvent
& de l'accumuler au centre : on se sert à cet

@

DE LA PORPHIRISATION. 407

effet d'un couteau de fer, de corne ou d'ivoire,
dont la lame doit être très mince.
Dans les travaux en grand on préfère, pour
opérer le broiement, l'usage de grandes meules
de pierres dures qui tournent l'une sur l'autre,
ou bien d'une meule verticale qui roule sur une
meule horizontale. Dans tous ces cas, on est
souvent obligé d'humecter légèrement la matière,
dans la crainte qu'elle ne s'élève en
poussière.
Ces trois manières de réduire les corps en
poudre, ne conviennent pas à toutes les matières :
il en est qu'on ne peut parvenir à diviser,
ni au pilon, ni au porphyre, ni à la meule ;
telles sont les matières très fibreuses, comme
le bois; telles sont celles qui ont une sorte
de ténacité & d'élasticité, comme la corne des
animaux, la gomme élastique, &c. tels sont
enfin les métaux ductiles & malléables, qui
s'aplatissent sous le pilon au lieu de s'y réduire
en poudre.
On se sert pour les bois de grosses limes
connues sous le nom de râpes à bois, pl. I,
fig. 8. On se sert pour la corne de limes un
peu plus fines ; enfin on emploie pour les métaux
des limes encore plus fines, telles sont
celles représentées figures 9 & 10.
Il a quelques substances métalliques qui ne
Cc iv

@

408 DES LIMES.

sont ni assez cassantes pour être mises en poudre
par trituration, ni assez dures pour pouvoir
être limées commodément. Le zinc est
dans ce cas ; sa demi-malléabilité empêche
qu'on ne puisse le pulvériser au mortier : si on
le lime il empâte la lime, il en remplit les
interstices, & bientôt elle n'a presque plus d'action.
Il y a une manière simple pour réduire
le zinc en poudre c'est de le piler chaud
dans un mortier de fonte de fer également
chaud ; il s'y triture alors aisément. On peut
encore le rendre cassant, en le fondant avec
un peu de mercure. Les artificiers qui emploient
le zinc pour faire des feux bleus, ont
recours à l'un de ces deux moyens. Quand on
n'a pas pour objet de mettre les métaux dans
un très grand état de division, on peut les
réduire en grenailles en les coulant dans de
l'eau.
Enfin il y a un dernier moyen de diviser,
qu'on emploie pour les matières à la fois pulpeuses
& fibreuses, telles que les fruits, les
pommes de terre, les racines, &c. On les promène
sur une râpe, planche I, fig. 11, en donnant
un certain degré de pression, & on parvient
ainsi à les réduire en pulpe. Tout le monde
connaît la râpe, & il serait superflu d'en donner
une description plus étendue.

@

DE LA RAPE. 409

On conçoit que le choix des matières avec
lesquelles on opère la trituration, n'est point
indifférent : on doit bannir le cuivre de tout ce
qui a rapport aux aliments, à la pharmacie,
&c. Les mortiers de marbre ou ceux de matières
métalliques ne peuvent être employés
pour triturer les matières acides ; c'est ce qui
fait que les mortiers de bois très dur, tel que
le gayac & ceux de verre de porcelaine & de
granit, sont d'une grande commodité dans un
laboratoire.

§. II.

Du Tamisage & du Lavage.

De quelque moyen mécanique qu'on se serve
pour diviser les corps, on ne peut parvenir à
donner le même degré de finesse à toutes leurs
parties. La poudre qu'on obtient de la plus
longue & de la plus exacte trituration, est toujours
un assemblage & un mélange de molécules
de différentes grosseurs. On parvient à se
débarrasser des plus grossières, & à n'avoir
qu'une poudre beaucoup plus homogène, en
employant des tamis, figures 12, 13, 14 & 15,
planche I, dont la grandeur de la maille soit
proportionnée à la grosseur des molécules qu'on
se propose d'obtenir : tout ce qui est supérieur
en grosseur aux dimensions de la maille, reste

@

410 DES TAMIS.

sur le tamis, & on le repasse au pilon.
On voit deux de ces tamis représentés figures
12 & 13. L'un, fig. 12, est de crin ou de
soie ; l'autre, fig. 13, est de peau dans laquelle
on a fait des trous ronds avec un emporte-
pièce : ce dernier est en usage dans l'art de
fabriquer la poudre à canon & la poudre de
chasse. Lorsqu'on est obligé de tamiser des matières
très légères, très précieuses & qui se dispersent
aisément ; ou bien lorsque répandues
dans l'air elles peuvent être nuisibles à ceux
qui les respirent, on se sert de tamis composés
de trois pièces, fig. 14 & 15; savoir d'un tamis
proprement dit ABCD, fig. 15, d'un
couvercle E F, & d'un fond G H: on voit ces
trois parties assemblées, fig. 14.
Il est un autre moyen plus exact que le tamisage,
d'obtenir des poudres de grosseur uniforme,
c'est le lavage; mais il n'est praticable
qu'à l'égard des matières qui ne sont point
susceptibles d'être attaquées & altérées par l'eau.
On délaye & on agite dans l'eau ou dans quelque
autre liqueur les matières broyées qu'on veut
obtenir en poudres de grosseur homogène; on
laisse reposer un moment la liqueur, puis on
la décante encore trouble; les parties les plus
grossières restent au fond du vase. On décante
une seconde fois, & on a un second dépôt

@

DU LAVAGE. 411

moins grossier que le premier. On décante une
troisième fois pour obtenir un troisième dépôt,
qui est au second pour la finesse ce que le
second est au premier. On continue cette manoeuvre
jusqu'à ce que l'eau soit éclaircie; &
la poudre grossière & inégale qu'on avait originairement,
se trouve séparée en une suite de
dépôts qui, chacun en particulier, sont d'un
degré de finesse à peu près homogène.
Le même moyen, le lavage, ne s'emploie
pas seulement pour séparer les unes des autres
les molécules de matières homogènes, & qui
ne différent que par leur degré plus ou moins
grand de division ; il fournit une ressource non
moins utile pour séparer des matières du même
degré de finesse, mais dont la pesanteur spécifique
est différente : c'est principalement dans
le travail des mines qu'on fait usage de ce
moyen.
On se sert pour le lavage dans les laboratoires,
de vaisseaux de différentes formes, de
terrines de grès, de bocaux de verre, &c.
quelquefois pour décanter la liqueur sans troubler
le dépôt qui s'est formé, on emploie le
siphon. Cet instrument consiste en un tube de
verre A B C, planche II, fig. I. recourbé
en B & dont la branche B C doit être plus
longue de quelques pouces que celle A B. Pour

@

412 DU SIPHON.

n'être point obligé de le tenir à la main, ce
qui pourrait être fatiguant dans quelques expériences,
on le passe dans un trou pratiqué au
milieu d'une petite planche DE. L'extrémité A
du siphon doit être plongée dans la liqueur du
bocal FG, à la profondeur jusqu'à laquelle on
propose de vider le vase.
D'après les principes hydrostatiques sur lesquels
est fondé l'effet du siphon, la liqueur ne
peut y couler qu'autant qu'on a chassé l'air
contenu dans son intérieur : c'est ce qui se pratique
au moyen d'un petit tube de verre HI,
soudé hermétiquement à la branche B C. Lors
donc qu'on veut procurer par le moyen du
siphon l'écoulement de la liqueur du vase FG
dans celui L M, on commence par boucher
avec le bout du doigt l'extrémité C de la branche
B C du siphon ; puis on suce avec la bouche,
jusqu'à ce qu'on ait retiré tout l'air du
tube & qu'il ait été remplacé par de la liqueur:
alors on ôte le doigt, la liqueur coule & continue
à passer, du vase F G dans celui LM.

§. III.

De la Filtration.

On vient de voir que le tamisage était une
opération par laquelle on séparait les unes des

@

DE LA CHAUSSE. 413

autres des molécules de différentes grosseurs ;
que les plus fines passaient à travers le tamis,
tandis que les plus grossières restaient dessus.
Le filtre n'est autre chose qu'un tamis très
fin & très serré, à travers lequel les parties
solides, quelque divisées qu'elles soient, ne
peuvent passer, mais qui est cependant perméable
pour les fluides ; le filtre est donc, à proprement
parler, l'espèce de tamis qu'on emploie
pour séparer des molécules solides qui
sont très fines, d'un fluide dont les molécules
sont encore plus fines.
On se sert à cet effet, principalement en pharmacie,
d'étoffes épaisses & d'un tissu très serré:
celles de laine à poils sont les plus propres à
remplir cet objet. On leur donne ordinairement
la forme d'un cône, planche II, fig. 2,
cette espèce de filtre porte le nom de chauffe
qui est relatif à sa figure. La forme conique a
l'avantage de réunir toute la liqueur qui coule,
en un seul point A, & on peut alors la recevoir
dans un vase d'une ouverture très petite ;
ce qui ne pourrait pas avoir lieu, si la liqueur
coulait de plusieurs points. Dans les grands
laboratoires de pharmacie, on a un châssis
de bois représenté planche II, fig. 1, dans
le milieu, duquel on attache la chauffe.
La filtration à la chauffe ne peut être applicable

@

414 DES FILTRES DE PAPIER.

qu'à quelques opérations de pharmacie ;
mais comme dans la plupart des opérations chimiques
un même filtre ne peut servir qu'à une
même nature d'expériences, comme il faudrait
avoir un nombre de chauffes considérables
les laver avec un grand soin à chaque opération,
on y a substitué une étoffe très commune,
à très bon marché, qui est à la vérité très mince,
mais qui, attendu qu'elle est feutrée, compense
par le serré de son tissu ce qui pourrait lui
manquer en épaisseur : cette étoffe est du papier
non collé. Il n'est aucun corps solide
quelque divisé qu'il soit, qui passe à travers les
pores des filtres de papier ; les fluides au
contraire les traversent avec beaucoup de facilité.
Le seul embarras que présente le papier
employé comme filtre, consiste dans la facilité
avec laquelle il se perce & se déchire, surtout
quand il est mouillé. On remédie à cet
inconvénient, en le soutenant par le moyen de
diverses espèces de doublures. Si on a des quantités
considérables de matières à filtrer, on se
sert d'un châssis de bois ABCD, planc. II,
fig. 3, auquel sont adaptées des pointes de fer
ou crochets : on pose ce châssis sur deux petits
tréteaux, comme on le voit fig. 4, On
place sur le quarré une toile grossière, qu'on

@

DES FILTRES DE PAPIER. 415

tend médiocrement & qu'on accroche aux pointes
ou crochets de fer. On étend ensuite une
ou deux feuilles de papier sur la toile, & on
verse dessus le mélange de matière liquide &
de matière solide dont on veut opérer la séparation.
Le fluide coule dans la terrine ou autre
vase quelconque F, qu'on a mis sous le filtre.
Les toiles qui ont servi à cet usage, se lavent,
ou bien on les renouvelle, si on a lieu de craindre
que les molécules dont elles peuvent rester
imprégnées, ne soient nuisibles dans des opérations
subséquentes.
Dans toutes les opérations ordinaires & lorsqu'on
n'a qu'une médiocre quantité de liqueur
à filtrer, on se sert d'entonnoirs de verre,
planche II, fig. 5 , pour contenir & soutenir
le papier ; on le plie alors de manière à former
un cône de même figure que l'entonnoir. Mais
alors on tombe dans un autre inconvénient ; le
papier, lorsqu'il est mouillé, s'applique tellement
sur les parois du verre, que la liqueur
ne peut couler & qu'il ne s'opère de filtration
que par la pointe du cône : alors l'opération
devient très longue ; les matières hétérogènes
d'ailleurs que contient la liqueur étant communément
plus lourdes que l'eau, elles se rassemblent
à la pointe du cône de papier, elles
l'obstruent & la filtration ou s'arrête, ou devient

@

416 DES FILTRES DE PAPIER.

excessivement lente. On a imaginé différents
procédés pour remédier à ces inconvénients,
qui sont plus graves qu'on ne le croirait
d'abord, parce qu'ils se répètent tous les jours
dans le cours des opérations chimiques. Un
premier moyen a été de multiplier les plis du
papier, comme on le voit fig. 6, afin que la
liqueur, en suivant les sillons que forment les
plis, peut arriver à la pointe du cône : d'autres
ont joint à ce premier moyen l'usage de fragments
de paille, qu'on place & qu'on arrange
dans l'entonnoir avant d'y placer le papier.
Enfin, le dernier moyen employé & qui me
paraît réunir le plus d'avantages, consiste à
prendre de petites bandes de verre, telles qu'on
en trouve chez tous les vitriers, & qui sont
connues sous le nom de rognures de verre. On
les courbe par le bout à la lampe, de manière
à former un crochet qui s'ajuste dans le bord
supérieur de l'entonnoir ; on en dispose six à
huit de cette manière, avant de placer le papier.
Ces bandes de verre le maintiennent à une
distance suffisante des parois de l'entonnoir,
pour que la filtration s'opère. La liqueur coule
le long des bandes de verre, & se rassemble à
la pointe du cône.
On voit quelques-unes de ces bandes représentées
fig. 8 : On voit aussi fig. 7 un entonnoir
de

@

DE LA CLARIFICATION. 417

de verre garni de bandes de verre & d'un papier
à filtrer.
Lorsqu'on a un grand nombre de filtrations
à faire marcher à la fois, il est très commode
d'avoir une planche AB, planche II, fig. 9,
soutenue par des montants de bois AC, BD,
& percée de trous pour y placer les entonnoirs.
Il y a des matières très épaisses & très visqueuses
qui ne peuvent passer à travers le papier,
& qui ne peuvent être filtrées qu'après
avoir subi quelques préparations. La plus ordinaire
consiste à battre un blanc d'oeuf, à le
diviser dans ces liqueurs, & à les faire chauffer
jusqu'à l'ébullition. Le blanc d'oeuf se coagule,
il se réduit en écume, qui vient monter à la
surface & qui entraîne avec elle la plus grande
partie des matières visqueuses qui s'opposaient
à la filtration. On est obligé de prendre ce parti
pour obtenir du petit-lait clair, autrement il
serait très difficile de le faire passer par le filtre.
On remplie le même objet à l'égard des liqueurs
spiritueuses, avec un peu de colle de poisson
délavée dans de l'eau : cette colle se coagule
par l'action de l'alcool, sans qu'on sois obligé
de faire chauffer.
On conçoit qu'une des conditions indispensables
de la filtration est que le filtre ne puisse
pas être attaqué & corrodé par la liqueur qui
D d

@

418 DU FILTRE DE VERRE EN POUDRE.

doit y passer aussi ne peut-on pas filtrer les
acides concentrés à travers le papier. Il est vrai
qu'on est rarement obligé d'avoir recours à ce
moyen, parce que la plupart des acides s'obtiennent
par voie de distillation, & que les
produits de la distillation sont presque toujours
clairs. Si cependant dans quelques cas très rares,
on est forcé de filtrer des acides concentrés, on
se sert alors de verre pilé, ou, ce qui est mieux
encore, de morceaux de quartz ou de cristal
de roche grossièrement concassés & en partie
réduits en poudre. On place quelques-uns des
plus gros morceaux dans le fond de l'entonnoir,
pour le boucher en partie ; on met pardessus des
morceaux moins gros qui sont maintenus par
les premiers ; enfin les portions les plus divisées
doivent occuper le dessus : on remplit ensuite
l'entonnoir avec de l'acide.
Dans les usages de la société, on filtre l'eau
des rivières pour l'obtenir limpide & séparée
des substances hétérogènes qui la salissent : on
se sert à cet effet de sable de rivière. Le sable
réunit plusieurs avantages qui le rendent propre
à cet usage : premièrement, il est en fragments
arrondis, ou au moins dont les angles sont usés;
& les intervalles que présentent des molécules
de cette figure, favorisent le passage de l'eau.
Secondement, ces molécules sont de différentes

@

DU FILTRE DE SABLE. 419

grosseurs & les plus fines se rangent naturellement
entre les plus grosses ; elles empêchent donc
qu'il ne se rencontre des vides trop grands qui
laisseraient passer des matières hétérogènes.
Troisièmement enfin, le sable ayant été roulé
& lavé par l'eau des rivières pendant une longue
révolution de temps, on est sûr qu'il est dépouillé
de toute substance soluble dans l'eau,
& que par conséquent il ne peut absolument
rien communiquer à l'eau qui filtre au travers.
Dans tous les cas, comme dans celui-ci, où
le même filtre doit servir longtemps, il s'engorgerait
& la liqueur cesserait d'y passer si on
ne le nettoyait pas. Cette opération est simple à
l'égard des filtres de sable, il ne s'agit que de
le laver dans plusieurs eaux successives & jusqu'à
ce qu'elle sorte claire.

§. IV.

De la Décantation.

La décantation est une opération qui peut
suppléer à la filtration & qui, comme elle, a
pour objet de séparer d'avec un liquide les
molécules concrètes qu'il contient. On laisse
à cet effet reposer la liqueur dans des vases
ordinairement coniques & qui ont la forme de
verres à boire, comme celui représenté ABCDE,
D d ij

@

420 DE LA DÉCANTATION.

planche II, fig. 10. On fait dans les verreries
des vases de cette figure, qui sont de différentes
grandeurs; lorsqu'ils excèdent deux ou trois pintes
de capacité, on supprime le pied C D E,
& on y supplée par un pied de bois dans lequel
on les mastique. La matière étrangère se dépose
au fond de ces vases par un repos plus ou
moins long, & on obtient la liqueur claire en
la versant doucement par inclinaison. On voit
que cette opération suppose que le corps suspendu
dans le liquide est spécifiquement plus
lourd que lui, & susceptible de se rassembler au
fond : mais quelquefois la pesanteur spécifique
du dépôt approche tellement de celle de la
liqueur, & l'on est si près de l'équilibre, que
le moindre mouvement suffit pour le re-mêler ;
alors au lieu de transvaser la liqueur & de
la séparer par décantation, on se sert du siphon
représenté fig. II, & dont j'ai déjà donné la
description.
Dans toutes les expériences où l'on veut déterminer
avec une précision rigoureuse le poids
de la matière précipitée, la décantation est préférable
à la filtration, pourvu qu'on ait soin de
laver à grande eau & à plusieurs reprises le
précipité. On peut bien, il est vrai, déterminer
le poids du précipité qu'on a séparé par filtration,
en pesant le filtre avant & après l'opération

@

DE LA DÉCANTATION. 421

; l'augmentation de poids que le filtre a
acquise, donne le poids du précipité qui y est
resté attaché : mais quand les quantités sont peu
considérables, la dessiccation plus ou moins
grande du filtre, les différentes proportions
d'humidité qu'il peut retenir, sont une source
d'erreurs qu'il est important d'éviter.


pict

D d iij

@

422 DES AGENS CHIMIQUES.

pict

C H A P I T R E V.

Des moyens que la Chimie emploie pour écarter
les unes des autres les molécules des corps.
sans les décomposer & réciproquement pour
les réunir.

J 'ai déjà fait observer qu'il existait deux manières
de diviser les corps : la première qu'on
nomme division mécanique, consiste à séparer
une masse solide en un grand nombre d'autres
masses beaucoup plus petites. Or emploie pour
remplir cet objet la force des hommes, celle
des animaux, la pesanteur de l'eau appliquée
aux machines hydrauliques, la force expansive
de l'eau réduite en vapeurs, comme dans les
machines à feu, l'impulsion du vent, &c. Mais
toutes ces forces employées à diviser les corps,
sont beaucoup plus bornées qu'on ne le croit
communément. Avec un pilon d'un certain
poids, qui tombe d'une certaine hauteur, on
ne peut jamais réduire en poudre une matière
donnée au-delà d'un certain degré de finesse
& la même molécule qui paraît si fine relativement
à nos organes est encore une montagne,
si on peut se servir de cette expression lorsqu'on
la compare avec les molécules, constitutives

@

DE LA SOLUTION DES SELS. 423

& élémentaires du corps que l'on divise.
C'est en cela que différent les agents mécaniques
des agents chimiques; ces derniers divisent
un corps dans ses molécules primitives. Si, par
exemple, c'est un sel neutre, ils portent la division
de ses parties aussi loin qu'elle le peut
être sans que la molécule cesse d'être une molécule
de sel. Je vais donner dans ce chapitre
des exemples de cette espèce de division. J'y
joindrai quelques détails sur des opérations qui
y sont relatives.

§. I.

De la Solution des Sels.

On a longtemps confondu en chimie la solution
& la dissolution, & l'on désignait par le
même nom la division des parties d'un sel dans
un fluide tel que l'eau, & la division d'un métal
dans un acide. Quelques réflexions sur les
effets de ces deux opérations feront sentir qu'il
n'est pas possible de les confondre.
Dans la solution des sels, les molécules salines
sont simplement écartées les unes des autres,
mais ni le sel ni l'eau n'éprouvent aucune
décomposition, & on peut les retrouver l'un &
l'autre en même quantité qu'avant l'opération.
On peut dire la même chose de la dissolution
des résines dans l'alcool & dans les dissolvants
D d iv

@

424 SOLUTION DES SELS PAR LE CALORIQ.

spiritueux. Dans la dissolution des métaux, au
contraire, il y a toujours ou décomposition de
l'acide, ou décomposition de l'eau : le métal
s'oxygène, il passe à l'état d'oxyde ; une substance
gazeuse se dégage; en sorte, qu'à proprement
parler, aucune des substances après
la dissolution, n'est dans le même état où elle
était auparavant. C'est uniquement de la solution
dont il sera question dans cet article.
Pour bien saisir ce qui se passe dans la solution
des sels, il faut savoir qu'il se complique
deux effets dans la plupart de ces opérations:
solution par l'eau, & solution par le calorique;
& comme cette distinction donne l'explication
de la plupart des phénomènes relatifs à la solution,
je vais insister pour la bien faire entendre.
Le nitrate de potasse, vulgairement appelé
salpêtre, contient très peu d'eau de cristallisation;
une foule d'expériences le prouvent ; peut-
être même n'en contient-il pas : cependant il
se liquéfie à un degré de chaleur, qui surpasse
à peine celui de l'eau bouillante. Ce n'est donc
point à l'aide de son eau de cristallisation qu'il
se liquéfie, mais, parce qu'il est très fusible de
sa nature, & qu'il passe de l'état solide à l'état
liquide, un peu au-dessus de la chaleur de l'eau
bouillante. Tous les sels sont de même susceptibles
d'être liquéfiés par le calorique ; mais à

@

SOLUTION DES SELS PAR LE CALORIQ. 425

une température plus ou moins haute. Les uns,
comme les acétites de potasse & de soude, se
fondent & se liquéfient à une chaleur très médiocre ;
les autres, au contraire, comme le
sulfate de chaux, le sulfate de potasse, &c.
exigent une des plus fortes chaleurs que nous
puissions produire. Cette liquéfaction des sels
par le calorique présente exactement les mêmes
phénomènes que la liquéfaction de la
glace. Premièrement elle s'opère de même à
un degré de chaleur déterminé pour chaque sel,
& ce degré est constant pendant tout le temps
que dure sa liquéfaction du sel. Secondement,
il y a emploi de calorique au moment où le
sel se fond, dégagement lorsqu'il se fige ; tous
phénomènes généraux, & qui ont lieu lors du
passage d'un corps quelconque de l'état concret
à l'état fluide & réciproquement.
Ces phénomènes de la solution par le calorique
se compliquent toujours plus ou moins
avec ceux de la solution par l'eau. On en sera
convaincu si l'on considère qu'on ne peut verser
de l'eau sur un sel pour le dissoudre, sans
employer réellement un dissolvant mixte, l'eau
& le calorique : or on peut distinguer plusieurs
cas différents, suivant la nature & la manière
d'être de chaque sel. Si par exemple un sel est
très peu soluble par l'eau, & qu'il le soit beaucoup

@

426 DIFFÉR. DEGRÉS DE SOLUB. DES SELS.

par le calorique, il est clair que ce sel
sera très peu soluble à l'eau froide, & qu'il le
sera beaucoup, au contraire, à l'eau chaude;
tel est le nitrate de potasse, & surtout le muriate
oxygéné de potasse. Si un autre sel au
contraire est à la fois peu soluble dans l'eau,
& peu soluble dans le calorique, il fera peu
soluble dans l'eau froide comme dans l'eau
chaude, & la différence ne sera pas très considérable ;
c'est ce qui arrive au sulfate de
chaux.
On voit donc qu'il y a une relation nécessaire
entre ces trois choses ; solubilité d'un sel
dans l'eau froide, solubilité du même sel dans
l'eau bouillante, degré auquel ce même sel se
liquéfie par le calorique seul & sans le recours
de l'eau; que la solubilité d'un sel à chaud &
à froid est d'autant plus grande qu'il est plus
soluble par le calorique, ou, ce qui revient au
même, qu'il est susceptible de se liquéfier à un
degré plus inférieur de l'échelle du thermomètre.
Telle est en général la théorie de la solution
des sels. Mais je n'ai pu me former encore que
des aperçus généraux, parce que les faits particuliers
manquent, & qu'il n'existe point assez
d'expériences exactes. La marche à suivre pour
compléter cette partie de la chimie est simple;
elle consiste à rechercher pour chaque sel ce

@

DIFFÉR. DEGRÉS DE SOLUB. DES SELS. 427

qui s'en dissout dans une quantité donnée d'eau
à différents degrés du thermomètre : or comme
on fait aujourd'hui avec beaucoup de précision,
d'après les expériences que nous avons publiées
M. de la Place & moi, ce qu'une livre d'eau
contient de calorique à chaque degré du thermomètre,
il sera toujours facile de déterminer
par des expériences simples la proportion de
calorique & d'eau qu'exige chaque sel pour
être tenu en dissolution, ce qui s'en absorbe
au moment où le sel se liquéfie, ce qui s'en
dégage au moment où il cristallise.
On ne doit plus être étonné d'après cela de
voir que les sels même qui sont dissolubles à
froid se dissolvent beaucoup plus rapidement
dans l'eau chaude que dans l'eau froide. Il y
a toujours emploi de calorique dans la dissolution
des sels ; & quand il faut que le Calorique
soit fourni de proche en proche par les
corps environnants, il en résulte un déplacement
qui ne s'opère que lentement. L'opération au
contraire se trouve tout d'un coup facilitée &
accélérée quand le calorique nécessaire à la
solution se trouve déjà tout combiné avec l'eau.
Les sels, en général, en se dissolvant dans
l'eau, en augmentent la pesanteur spécifique,
mais cette règle n'est pas absolument sans exception.

@

428 TRAVAIL A FAIRE SUR LES SELS NEUT.

Un jour à venir on connaîtra la quantité de
radical, d'oxygène & de base qui constituent
chaque sel neutre ; on connaîtra la quantité
d'eau & de calorique nécessaire pour le dissoudre,
l'augmentation de pesanteur spécifique
qu'il communique à l'eau, la figure des molécules
élémentaires de ses cristaux ; ou expliquera
les circonstances & les accidents de sa cristallisation,
& c'est alors seulement que cette partie
de la chimie sera complète. M. Séguin a formé
le prospectus d'un grand travail en ce genre,
qu'il est bien capable d'exécuter.
La solution des sels dans l'eau n'exige aucun
appareil particulier : On se sert avec avantage
dans les opérations en petit de fioles à médecine
de différentes grandeurs, planche II,
figures 16 & 17 ; de terrines de grès, même
planche A, fig. 1 & 2 ; de matras à col allongé,
figure 14 ; de casseroles ou bassines de cuivre &
d'argent, figures 13 & 15.

§. II.

De la Lixiviation.

La lixiviation est une opération des arts &
de la chimie, dont l'objet est de séparer des
substances solubles dans l'eau d'avec d'autres
substances qui sont insolubles. On a coutume
de se servir pour cette opération dans les arts

@

DE LA LEXIVIATION. 429

& dans les usages de la vie d'un grand cuvier
A B C D, planche II, figure 12, percé en D
près de son fond d'un trou rond dans lequel
on introduit une champlure de bois D E ou un
robinet de métal. On met d'abord au fond du
cuvier une petite couche de paille, & ensuite
par-dessus la matière qu'on se propose de lessiver;
on la recouvre d'une toile, & on verse
de l'eau froide ou chaude, suivant que la substance
est d'une solubilité plus ou moins grande.
L'eau s'imbibe dans la matière, & pour qu'elle
la pénètre mieux, on tient pendant quelque
temps fermé le robinet D E. Lorsqu'on juge
qu'elle a eu le temps de dissoudre toutes les
parties salines, on la laisse couler par le robinet
D E; mais comme il reste toujours à la
matière insoluble une portion d'eau adhérente
qui ne coule pas, comme cette eau est nécessairement
aussi chargée de sel que celle qui
a coulé, on perdrait une quantité considérable
de parties salines, si on ne repassait à plusieurs
reprises de nouvelle eau à la suite de la
première. Cette eau sert à étendre celle qui
est restée ; la substance saline se partage &
se fractionne, & au troisième ou quatrième
re-lavage, l'eau passe presque pure ; on s'en
assure par le moyen du pèse-liqueur dont il a
été parlé, page 338.

@

430 DE LA LEXIVIATION.

Le petit lit de paille qu'on met au fond du
vase sert à procurer des interstices pour l'écoulement
de l'eau ; on peut l'assimiler aux
pailles ou aux tiges de verre dont on se sert
pour filtrer dans l'entonnoir, & qui empêchent
l'application trop immédiate du papier contre
le verre. A l'égard du linge qu'on met par
dessus la matière qu'on se propose de lessiver,
il n'est pas non plus inutile ; il a pour objet
d'empêcher que l'eau ne fasse un creux dans la
matière à l'endroit où on la verse & qu'elle
ne s'ouvre des issues particulières qui empêcheraient
que toute la masse ne fût lessivée.
On imite plus ou moins cette opération des
arts dans les expériences chimiques; mais attendu
qu'on se propose plus d'exactitude, &
que lorsqu'il est question, par exemple, d'une
analyse, il faut être sûr de ne laisser dans le
résidu aucune partie saline ou soluble, on est
obligé de prendre quelques précautions particulières.
La première est d'employer plus d'eau
que dans les lessives ordinaires, & d'y délayer
les matières avant de tirer la liqueur à clair ;
autrement toute la masse ne serait pas également
lessivée, & il pourrait même arriver que
quelques portions ne le fussent aucunement. Il
faut aussi avoir soin de repasser de très grandes
quantités d'eau, & on ne doit en général regarder

@

DE LA LEXIVIATION. 431

l'opération comme terminée, que quand
l'eau passe absolument dépouillée de sel, & que
l'aréomètre indique, qu'elle n'augmente plus
de pesanteur spécifique en traversant la matière
contenue dans le cuvier.
Dans les expériences très en petit, on se
contente communément de mettre dans des
bocaux ou des matras de verre la matière qu'on
se propose de lessiver; on verse dessus de l'eau
bouillante, & on filtre au papier dans un entonnoir
de verre. Voy. planche II, figure 7. On
relave ensuite avec de l'eau bouillante. Quand
on opère sur des quantités un peu plus grandes,
on délaie les matières dans un chaudron
d'eau bouillante, & on filtre avec le quarré de
bois représenté, planche II; figures 3 & 4 qu'on
garnit de toile & d'un papier à filtrer. Enfin
dans les opérations très en grand, on emploie
le baquet ou cuvier que j'ai décrit au commencement
de cet article, & qui est représenté,
figure 12.

§. III.

De l'Evaporation.

L'évaporation a pour objet de séparer l'une
de l'autre deux matières, dont l'une au moins
est liquide, & qui ont un degré de volatilité
très différent.

@

432 DE L'EVAPORATION.

C'est ce qui arrive lorsqu'on veut obtenir dans
l'état concret un sel qui a été dissous dans l'eau:
on échauffe l'eau & on la combine avec le calorique
qui la volatilise ; les molécules de sel se
rapprochent en même temps, & obéissant aux
lois de l'attraction, elles se réunissent pour reparaître
sous leur forme solide.
On a pensé que l'action de l'air influait beaucoup
sur la quantité de fluide qui s'évapore
& on est tombé à cet égard dans des erreurs
qu'il est bon de faire connaître. Il est sans doute
une évaporation lente qui se fait continuellement
d'elle-même à l'air libre, & à la surface
des fluides exposés à la simple action de l'atmosphère.
Quoique cette première espèce d'évaporation
puisse être jusqu'à un certain point
considérée comme une dissolution par l'air, il
n'en est pas moins vrai que le calorique y concourt,
puisqu'elle est toujours accompagnée de
refroidissement : on doit donc la regarder comme
une dissolution mixte, faite en partie par l'air, &
en partie par le calorique. Mais il est un autre
genre d'évaporation, c'est celle qui a lieu à l'égard
d'un fluide entretenu toujours bouillant ; l'évaporation
qui se fait alors par l'action de l'air
n'est plus que d'un objet très médiocre en comparaison
de celle qui est occasionnée par l'action
du calorique : ce n'est plus, à proprement parler,
ler,

@

ACTION DU CALOR. DANS L'EVAPOR. 433

l'évaporation qui a lieu, mais la vaporisation ;
or cette dernière opération ne s'accélère
pas en raison des surfaces évaporantes, mais
en raison des quantités de calorique qui se
combinent avec le liquide. Un trop grand
courant d'air froid nuit quelquefois dans ces
occasions à la rapidité de l'évaporation, par la
raison qu'il enlève du calorique à l'eau, & qu'il
ralentit par conséquent sa conversion en vapeurs.
Il n'y a donc nul inconvénient à couvrir
jusqu'à un certain point le vase où l'on fait
évaporer un liquide entretenu toujours bouillant,
pourvu que le corps qui couvre soit de
nature à dérober peu de calorique, qu'il
soit, pour me servir d'une expression du docteur
Francklin, mauvais conducteur de chaleur;
les vapeurs s'échappent alors par l'ouverture
qui leur est laissée, & il s'en évapore au moins
autant & souvent plus que quand on laisse un
accès libre à l'air extérieur.
Comme dans l'évaporation, le liquide que
le calorique enlève est absolument perdu,
comme on le sacrifie pour conserver la substance
fixe avec laquelle il était combiné, on
n'évapore jamais que des matières peu précieuses,
telles par exemple que l'eau. Lorsqu'elles
ont plus de valeur, on a recours à la distillation :
autre opération dans laquelle on conserve à la

@

434 DES VAISSEAUX ÉVAPORATOIRES.

fois & le corps fixe & le corps volatil.
Les vaisseaux dont on se sert pont les évaporations,
sont des bassines de cuivre ou d'argent,
quelquefois de plomb, telles que celle
représentée planche II, fig. 13, des casseroles
également de cuivre ou d'argent, fig. 15.
Des capsules de verre, pl. III, fig. 3 & 4.
Des jattes de porcelaine.
Des terrines de grès A, planche II, fig. 1
& 2.
Mais les meilleures de toutes les capsules à
évaporer, sont des fonds de cornue & des portions
de matras de verre. Leur minceur qui est
égale partout, les rend plus propres que tout
autre vaisseau à se prêter, sans se casser, à une
chaleur brusque & à des alternatives subites de
chaud & de froid. On peut les faire soi-même
dans les laboratoires, & elles reviennent beaucoup
moins cher que les capsules qu'on achète
chez les faïenciers. Cet art de couper le verre
ne se trouve décrit nulle part, & je vais en
donner une idée.
On se sert d'anneaux de fer A C, pl. III ;
fig. 5, que l'on sonde à une tige de fer A B,
garnie d'un manche de bois D. On fait rougir
l'anneau de fer dans un fourneau, puis on pose
dessus le matras G, fig. 6, qu'on se propose de
couper: lorsqu'on juge que le verre a été suffisamment

@

DES VAISSEAUX ÉVAPORATOIRES. 435

échauffé par l'anneau de fer rouge,
on jette quelques gouttes d'eau dessus, & le
matras se casse ordinairement juste dans la ligne
circulaire qui était en contact avec l'anneau de
fer.
D'autres vaisseaux évaporatoires d'un excellent
usage, sont de petites fioles de verre,
qu'on désigne dans le commerce sous le non
de fioles à médecine. Ces bouteilles qui sont
de verre mince & commun supportent le feu
avec une merveilleuse facilité, & sont à très
bon marché. Il ne faut pas craindre que leur
figure nuise à l'évaporation de la liqueur. J'ai
déjà fait voir que toutes les fois qu'on évaporait
le liquide au degré de l'ébullition, la figure
du vaisseau contribuait ou nuisait peu à la célérité
de l'opération, surtout quand les parois
supérieures du vaisseau étaient mauvais conducteurs
de chaleur, comme le verre. On place
une ou plusieurs de ces fioles sur une seconde
grille de fer F G, planche III, fig. 2, qu'on
pose sur la partie supérieure d'un fourneau, &
sous laquelle on entretient un feu doux. On
peut suivre de cette manière un grand nombre
d'expériences à la fois.
Un autre appareil évaporatoire assez commode
& assez expéditif consiste dans une cornue
de verre qu'on met au bain de sable, comme
E e ij

@

436 DES VAISSEAUX ÉVAPORATOIRES.

on le voit planche III, fig. 1, & qu'on recouvre
avec un dôme de terre cuite : mais l'opération
est toujours beaucoup plus lente, quand
on se sert du bain de sable; elle n'est pas d'ailleurs
exempte de dangers, parce que le sable
s'échauffant inégalement, tandis que le verre ne
peut pas se prêter à des degrés de dilatation
locale, le vaisseau est souvent exposé à casser.
II arrive même quelquefois que le sable chaud
fait exactement l'office des anneaux de fer
représentés planche III, fig 5 & 6, surtout
lorsque le vase contient un fluide qui distille.
Une goutte de fluide qui s'éclabousse & qui
vient tomber sur les parois du vaisseau à l'endroit
du contact de l'anneau de sable, le fait
casser circulairement en deux parties terminées
par une ligne bien tranchée.
Dans les cas où l'évaporation exige une grande
intensité de feu, on se sert de creusets de terre ;
mais en général on entend le plus communément
par le mot évaporation une opération qui
se fait au degré de l'eau bouillante, ou très
peu au-dessus.

§. IV.

De la Cristallisation.

La cristallisation est une opération dans laquelle
les parties intégrantes d'un corps séparées

@

DE LA CRISTALLISATION. 437

les unes des autres par l'interposition d'un
fluide, sont déterminées par la force d'attraction
qu'elles exercent les unes sur les autres, à se
rejoindre pour former des masses solides.
Lorsque les molécules d'un corps sont simplement
écartées par le calorique, & qu'en
vertu de cet écartement ce corps est porté à
l'état de liquide, il ne faut, pour le ramener à
l'état de solide, c'est-à-dire pour opérer sa
cristallisation, que supprimer une partie du calorique
logé entre ses molécules, autrement dit
le refroidir. Si le refroidissement est lent & si
en même temps il y a repos, les molécules prennent
un arrangement régulier, & alors il y a
cristallisation proprement dite : si au contraire
le refroidissement est rapide, ou si en supposant
un refroidissement lent on agite le liquide au
moment où il va passer à l'état concret, il y a
cristallisation confuse.
Les mêmes phénomènes ont lieu dans les
solutions par l'eau ; ou pour mieux dire, les
solutions par l'eau sont toujours mixtes, comme
je l'ai déjà fait voir dans le paragraphe premier
de ce chapitre : elles s'opèrent en partie par
l'action de l'eau, en partie par celle du calorique.
Tant qu'il y a suffisamment d'eau & de
calorique pour écarter les molécules du sel,
au point qu'elles soient hors de leur sphère
E e iij

@

438 DE LA CRISTALISATION DANS L'EAU.

d'attraction, le sel demeure dans l'état fluide.
L'eau & le calorique viennent-ils à manquer,
l'attraction des molécules salines les unes par
rapport aux autres devient-elle victorieuse, le sel
reprend la forme concrète, & la figure des cristaux
est d'autant plus régulière, que l'évaporation
a été plus lente & faite dans un lieu plus
tranquille.
Tous les phénomènes qui ont lieu dans la
solution des sels se retrouvent également dans
leur cristallisation, mais dans un sens inverse.
Il y a dégagement de calorique au moment où
le sel se réunit & reparaît sous sa forme concrète
& solide, & il en résulte une nouvelle
preuve que les sels sont tenus à la fois en dissolution
par l'eau & par le calorique. C'est par
cette raison qu'il ne suffit pas pour faire cristalliser
les sels qui se liquéfient aisément par le
calorique, de leur enlever l'eau qui les tenait
en dissolution ; il faut encore leur enlever le
calorique, & le sel ne cristallise qu'autant que
ces deux conditions sont remplies. Le salpêtre,
le muriate oxygéné de potasse, l'alun, le sulfate
de soude, &c. en fournissent des exemples. Il
n'en est pas de même des sels qui exigent peu de
calorique, pour être tenus en dissolution, & qui
par cela même sont à peu près également solubles
dans l'eau chaude & dans l'eau froide ; il

@

RAFFINAGE DU SALPÊTRE. 439

suffit de leur enlever l'eau qui les tenait en
dissolution pour les faire cristalliser, & ils reparaissent
sous forme concrète dans l'eau bouillante
même, comme on l'observe relativement
au sulfate de chaux, aux muriates de soude &
de potasse, & à beaucoup d'autres.
C'est sur ces propriétés des sels & sur leur
différence de solubilité à chaud & à froid, qu'est
fondé le raffinage du salpêtre. Ce sel, tel qu'il
est retiré par une première opération, & tel
qu'il est livré par les salpêtriers, est composé
de sels déliquescents qui ne sont pas susceptibles
de cristalliser, tels que le nitrate & le muriate
de chaux ; de sels qui sont presque également
solubles à chaud & à froid, tels que les muriates
de potasse & de soude ; enfin de salpêtre,
qui est beaucoup plus soluble à chaud
qu'à froid.
On commence par verser sur tous ces sels
confondus ensemble une quantité d'eau suffisante
pour tenir en dissolution les moins solubles
de tous, & ce sont les muriates de soude
& de potasse. Cette quantité d'eau tient facilement
en dissolution tout le salpêtre, tant
qu'elle est chaude ; mais il n'en est plus de même
lorsqu'elle se refroidit : la majeure partie du
salpêtre cristallise, il n'en reste qu'environ un
sixième tenu en dissolution, & qui se trouve
E e iv

@

440 RAFFINAGE DU SALPÊTRE.

confondu avec le nitrate calcaire & avec les
muriates.
Le salpêtre qu'on obtient ainsi est un peu
imprégné de sels étrangers, parce qu'il a cristallisé
dans une eau qui elle-même en était
chargée ; mais on l'en dépouille complètement
par une nouvelle dissolution à chaud avec très
peu d'eau & par une nouvelle cristallisation.
A l'égard des eaux surnageantes à la cristallisation
du salpêtre, & qui contiennent un mélange
de salpêtre & de différents sels, on les
fait évaporer pour en tirer du salpêtre brut,
qu'on purifie ensuite également par deux nouvelles
dissolutions & cristallisations.
Les sels à base terreuse qui sont incristallisables,
sont rejetés s'ils ne contiennent point
de nitrates; si au contraire ils en contiennent,
on les étend avec de l'eau, on précipite la terre
par le moyen de la potasse, on laisse déposer,
on décante, on fait évaporer & on met à cristalliser.
Ce qui s'observe dans le raffinage du salpêtre,
peut servir de règle toutes les fois qu'il est
question de séparer par voie de cristallisation
plusieurs sels mêlés ensemble. Il faut alors étudier
la nature de chacun, la proportion qui s'en
dissout dans des quantités données d'eau, leur
différence de solubilité à chaud & à froid. Si à

@

VAISSEAUX POUR LA CRISTALLISAT. 441

ces propriétés principales on joint celle qu'ont
quelques sels de se dissoudre dans l'alcool ou
dans un mélange d'alcool & d'eau, on verra
qu'on a des ressources très multipliées pour opérer
la séparation des sels par voie de cristallisation.
Mais il faut convenir en même temps
qu'il est difficile de rendre cette séparation
complète & absolue.
Les vaisseaux qu'on emploie pour la cristallisation
des sels, sont des terrines de grès A,
planc. II, figures I & 2, & de grandes capsules
aplaties, planche III, fig. 7.
Lorsqu'on abandonne une solution saline à
une évaporation lente, à l'air libre & à la chaleur
de l'atmosphère, on doit employer des vases
un peu élevés, tels que celui représenté pl. III,
fig. 3, afin qu'il y ait une épaisseur un peu
considérable de liqueur ; on obtient par ce
moyen des cristaux beaucoup plus gros & aussi
réguliers qu'on puisse l'espérer.
Non-seulement tous les sels cristallisent sous
différentes formes, mais encore la cristallisation
de chaque sel varie suivant les circonstances
de la cristallisation. Il ne faut pas en conclure
que la figure des molécules salines ait rien d'indéterminé
dans chaque espèce : rien n'est plus
constant au contraire que la figure des molécules
primitives des corps, surtout à l'égard

@

442 DE LA CRISTALLISATION DES SEL.

des sels. Mais les cristaux qui se forment sous
nos yeux, sont des agrégations de molécules,
& ces molécules , quoique toutes parfaitement
égales en figure & en grosseur, peuvent prendre
des arrangements différents, qui donnent lieu à
une grande variété de figures toutes régulières,
& qui paraissent quelquefois n'avoir aucun rapport,
ni entre elles, ni avec la figure du cristal
originaire. Cet objet a été savamment traité par
M. l'Abbé Haüy, dans plusieurs Mémoires présentés
à l'Académie, & dans un Ouvrage sur
la structure des cristaux. Il ne reste plus même
qu'à étendre à la classe des sels ce qu'il a fait
plus particulièrement pour quelques pierres
cristallisées.

§. V.

De la Distillation simple.

La distillation a deux objets bien déterminés :
je distinguerai en conséquence deux espèces de
distillation, la distillation simple & la distillation
composée. C'est uniquement de la première
dont je m'occuperai dans cet article.
Lorsqu'on soumet à la distillation deux corps
dont l'un est plus volatil, c'est-à-dire, a plus
d'affinité que l'autre avec le calorique, le but
qu'on se propose est de les séparer : le plus

@

DE LA DISTILLATION SIMPLE. 443

volatil prend la forme de gaz, & on le condense
ensuite par refroidissement dans des appareils
propres à remplir cet objet. La distillation
n'est alors, comme l'évaporation, qu'une
opération en quelque façon mécanique qui sépare
l'une de l'autre deux substances, sans les
décomposer & sans en altérer la nature. Dans
l'évaporation c'était le produit fixe qu'on cherchoit
à conserver, sans s'embarrasser de conserver
le produit volatil ; dans la distillation au
contraire on s'attache le plus communément à
recueillir le produit volatil, à moins qu'on ne
se propose de les conserver tous deux. Ainsi la
distillation simple bien analysée ne doit être
considérée que comme une évaporation en vaisseaux
clos.
Le plus simple de tous les appareils distillatoires
est une bouteille A, planc. III, fig. 8,
dont on courbe, dans la verrerie même, le col
BC en BD. Cette bouteille ou fiole porte
alors le nom de cornue; on la place ou dans
un fourneau de réverbère, comme on le voit
planche XIII, fig. 2, ou au bain de sable sous
une couverture de terre cuite, comme on le
voit planche III, fig. 1. Pour recueillir & pour
condenser les produits, on adapte à la cornue
un récipient E, planche III, fig. 9, qu'on lutte
avec elle quelquefois, surtout dans les opérations

@

444 DE LA CORNUE ET DE L'ALAMBIC.

de pharmacie, on se sert d'une cucurbite
de verre ou de grès A, planche III,
fig. 12, surmontée de son chapiteau B, ou
bien d'un alambic de verre auquel tient un
chapiteau d'une seule pièce, figure 13. On ménage
à ce dernier une tubulure, c'est-à-dire une
ouverture T, qu'on bouche avec un bouchon
de cristal usé à l'émeri. On voit que le chapiteau
B de l'alambic a une rigole r r, destinée
à recevoir la liqueur qui se condense & à la
conduire au bec r S par lequel elle s'écoule.
Mais, comme dans presque toutes les distillations
il y a une expansion de vapeurs qui
pourrait faire éclater les vaisseaux, on est obligé
de ménager au ballon ou récipient E, fig. 9,
un petit trou T, par lequel on donne issue aux
vapeurs. D'où l'on voit qu'on perd dans cette
manière de distiller tous les produits qui sont
dans un état constamment aériforme, & ceux
même qui, ne perdant pas facilement cet état,
n'ont pas le temps d'être condensés dans l'intérieur
du ballon. Cet appareil ne peut donc être
employé que dans les opérations courantes des
laboratoires & dans la pharmacie, mais il est
insuffisant pour toutes les opérations de recherches.
Je détaillerai à l'article de la distillation
composée, les moyens qu'on a imaginés pour
recueillir sans perte la totalité des produits.

@

DES ALAMBICS DE MÉTAL. 445

Les vaisseaux de verre étant très fragiles &
ne résistant pas toujours aux alternatives brusques
du chaud & du froid, on a imaginé de
faire des appareils distillatoires en métal. Ces
instruments sont nécessaires pour distiller de l'eau,
des liqueurs spiritueuses, pour obtenir les huiles
essentielles des végétaux, &c. On ne peut se
dispenser dans un laboratoire bien monté d'avoir
un ou deux alambics de cette espèce
de différente grandeur.
Cet appareil distillatoire consiste dans une
cucurbite de cuivre rouge étamé A, pl. III,
fig. 15 & 16, dans laquelle s'ajuste, lorsqu'on
le juge à propos, un bain-marie d'étain D,
figure 17, & sur lequel on place le chapiteau F.
Ce chapiteau peut également s'ajuster sur la
cucurbite de cuivre, sans bain-marie ou avec
le bain-marie, suivant la nature des opérations.
Tout l'intérieur du chapiteau doit être en étain.
Il est nécessaire, sur tout pour la distillation
des liqueurs spiritueuses, que le chapiteau F de
l'alambic soit garni d'un réfrigérant S S, fig. 16,
dans lequel on entretient toujours de l'eau
fraîche. On la laisse écouler par le moyen du
robinet R, quand on s'aperçoit qu'elle devient
trop chaude, & on la renouvelle avec de la
fraîche. Il est aisé de concevoir quel est l'usage
de cette eau ; l'objet de la distillation est de

@

446 DU RÉFRIGÉRENT ET DU SERPENTIN.

convertir en gaz la matière qu'on veut distiller
& qui est contenue dans la cucurbite, & cette
conversion se fait à l'aide du calorique fourni
par le feu du fourneau : mais il n'y aurait pas
de distillation, si ce même gaz ne se condensait
pas dans le chapiteau, s'il n'y perdait pas la
forme de gaz & ne redevenait pas liquide. Il
est donc nécessaire que la substance que l'on
distille dépose dans le chapiteau tout le calorique
qui s'y était combiné dans la cucurbite;
& par conséquent que les parois du chapiteau
soient toujours entretenues à une température
plus basse que celle qui peut maintenir la substance
à distiller dans l'état de gaz. L'eau du
réfrigérant est destinée à remplir cet office. On
sait que l'eau se convertit en gaz à 80 degrés
du thermomètre français, l'esprit-de-vin ou
alcool à 67, l'éther à 32 ; on conçoit donc que
ces substances ne distilleraient pas, ou plutôt
qu'elles s'échapperaient en vapeurs aériformes,
si la chaleur du réfrigérant n'était pas entretenue
au-dessous de ces degrés respectifs.
Dans la distillation des liqueurs spiritueuses &
en général des liqueurs très expansives, le réfrigérant
ne suffit pas pour condenser toutes les
vapeurs qui s'élèvent de la cucurbite : alors au
lieu de recevoir directement la liqueur du bec
T U de l'alambic dans un récipient, on interpose

@

DU RÉFRIGÉRENT ET DU SERPENTIN. 447

entre deux un serpentin. On donne ce
nom à un instrument représenté fig. 18. Il consiste
en un tuyau tourné en spirale, & qui fait
un grand nombre de révolutions dans un seau
de cuivre étamé BCDE. On entretient toujours
de l'eau dans ce seau, & on la renouvelle quand
elle s'échauffe. Cet instrument est en usage
dans tous les ateliers de fabrication d'eau-de-
vie ; on n'y emploie pas même de chapiteau
proprement dit ni de réfrigérant, & toute la
condensation s'opère dans le serpentin. Celui
représenté dans la figure 18, a un tuyau double
dont l'un est spécialement destiné à la
distillation des matières odorantes.
Quelquefois, même dans la distillation simple
on est obligé d'ajouter une allonge entre la cornue
& le récipient, comme on le voit fig. II. Cette
disposition peut avoir deux objets ; ou de séparer
l'un de l'autre des produits de différents degrés
de volatilité, ou d'éloigner le récipient du fourneau,
afin que la matière qui doit y être contenue
éprouve moins de chaleur. Mais ces appareils &
plusieurs autres plus compliqués qui ont été imaginés
par les anciens, sont bien éloignés de répondre
aux vues de la Chimie modernes : on en
jugera par les détails dans lesquels j'entrerai à
l'article de la distillation composée.

@

448 DE LA SUBBLIMATION.

§. VI.

De la Sublimation.

On donne le nom de sublimation à la distillation
des matières qui se condensent dans
un état concret : ainsi on dit la sublimation du
soufre, la sublimation du sel ammoniac ou muriate
ammoniacal, &c. Ces opérations n'exigent
pas d'appareils particuliers ; cependant on
a coutume d'employer pour la sublimation du
soufre, ce qu'on nomme des aludels. Ce sont
des vaisseaux de terre ou de faïence qui s'ajustent
les uns avec les autres, & qui se placent
sur une cucurbite qui contient le soufre.
Un des meilleurs appareils sublimatoires pour
les matières qui ne sont point très volatiles, est
une fiole à médecine qu'on enfonce aux deux
tiers dans un bain de sable ; mais alors on perd
une partie du produit. Toutes les fois qu'on
veut les conserver tous, il faut se rapprocher
des appareils pneumato-chimiques, dont je
vais donner la description dans le Chapitre suivant.

pict

CHAPITRE

@

DE LA DISTILLATION COMPOSÉE. 449

pict

C H A P I T R E V I.

Des Distillations pneumato-chimiques, des
Dissolutions métalliques, & de quelques autres
opérations qui exigent des Appareils très
compliqués.

--------------------

§. PREMIER.

Des Distillations composées & des Distillations
pneumato-chimiques.

J e n'ai présenté dans le §. 5 du Chapitre
précédent, la distillation, que comme une opération
simple, dont l'objet est de séparer l'une
de l'autre deux substances de volatilité différente :
mais le plus souvent la distillation fait
plus; elle opère une véritable décomposition
du corps qui y est soumis : elle sort alors de
la classe des opérations simples, & elle rentre
dans l'ordre de celles qu'on peut regarder
comme des plus compliquées de la chimie. Il
est sans doute de l'essence de toute distillation,
que la substance que l'on distille soit réduite à
l'état de gaz dans la cucurbite par sa combinaison
avec le calorique; mais dans la distillation
F

@

450 DES. AP. DE HALES, ROUELLE, WOULFE.

simple ce même calorique se dépose dans
le réfrigérant ou dans le serpentin, & la même
substance reprend son état de liquidité. Il
n'en est pas ainsi dans la distillation composée;
il y a dans cette opération décomposition
absolue de la substance fournisse à la distillation:
une portion telle que le charbon demeure fixe
dans la cornue, tout le reste se réduit en gaz
d'un grand nombre d'espèces. Les uns sont
susceptibles de se condenser par le refroidissement
& de reparaître sous forme concrète &
liquide ; les autres demeurent constamment dans
l'état aériforme ; ceux-ci sont absorbables par
l'eau, ceux-là le sont par les alcalis ; enfin
quelques-uns ne sont absorbables par aucune
substance. Un appareil distillatoire ordinaire,
& tel que ceux que j'ai décrits dans le chapitre
précédent, ne suffirait pas pour retenir & pour
séparer des produits aussi variés : on est donc
obligé d'avoir recours à des moyens beaucoup
plus compliqués.
Je pourrais placer ici un historique des tentatives
qui ont été successivement faites pour
retenir les produits aériformes qui se dégagent
des distillations ; ce serait une occasion
de citer Gales, Rouelle, Woulfe & plusieurs
autres chimistes célèbres; mais comme je me
suis fait une loi d'être aussi concis qu'il serait

@

DE LA DISTILLATION COMPOSÉE. 451

possible, j'ai pensé qu'il valait mieux décrire
tout d'un coup l'appareil le plus parfait,
plutôt que de fatiguer le lecteur par le détail
de tentatives infructueuses faites dans un temps
où l'on n'avait encore que des idées très imparfaites
sur la nature des gaz en général. L'appareil
dont je vais donner la description est
destiné à la plus compliquée de toutes les distillations :
on pourra le simplifier ensuite suivant
la nature des opérations.
A, planche IV, figure 1, représente une
cornue de verre tubulée en H, dont le col B
s'ajuste avec un ballon G C à deux pointes. A la
tubulure supérieure D de ce ballon s'ajuste un
tube de verre D E f g qui vient plonger par
son extrémité g dans la liqueur contenue dans
la bouteille L. A la suite de la bouteille L qui
est tubulée en x x x sont trois autres bouteilles
L", L"', qui ont de même trois tubulures ou
goulots x',x', x', x", x", x", X"' X"'. Chaque
bouteille est liée par un tube de verre x y z',
x'y'z',x"y"z"; enfin à la dernière tubulure de
la bouteille L"' est adapté un tube x"' R M qui
aboutit sous une cloche de verre, laquelle est
placée sur la tablette de l'appareil pneumato-
chimique: Communément on met dans la première
bouteille un poids bien connu d'eau
& dans les trois autres de la potasse
F f ij

@

452 DE LA DISTILLATION COMPOSÉE.

caustique étendue d'eau : la tare de ces bouteilles
& le poids de la liqueur alcaline qu'elles
contiennent doivent être déterminés avec un
très grand soin. Tout étant ainsi disposé, on
lute toutes les jointures, savoir celle B de la
cornue au ballon, & celle D de la tubulure supérieure
du ballon avec du lut gras recouvert
de toile imbibée de chaux & de blanc d'oeuf,
& toutes les autres avec un lut de térébenthine
cuite & de cire fondues ensemble.
On voit d'après ces dispositions que lorsqu'on
a mis le feu sous la cornue A, & que la substance
qu'elle contient a commencé à se décomposer,
les produits les moins volatils doivent se
condenser & se sublimer dans le col même de
la cornue, que c'est principalement-là que
doivent se rassembler les substances concrètes:
que les matières plus volatiles telles que les
huiles légères, l'ammoniaque & beaucoup d'autres
substances, doivent se condenser dans le
matras G C ; que les gaz, au contraire, qui ne
peuvent être condensés par le froid, doivent
bouillonner à travers les liqueurs contenues
dans les bouteilles LL'L"L"'; que tout ce qui
est absorbable par l'eau doit rester dans la bouteille
L ; que tout ce qui est susceptible d'être
absorbé par l'alcali doit rester dans les bouteilles
L'L"L"', enfin que les gaz qui ne sont

@

DE LA DISTILLATION COMPOSÉE. 453

absorbables ni par l'eau, ni par les alcalis,
doivent s'échapper par le tube R M, à la sortie
duquel ils peuvent être reçus dans des cloches
de verre. Enfin ce qu'on appelait autrefois le
caput mortuum, le charbon & la terre comme
absolument fixes, doivent rester dans la cornue.
On a toujours dans cette manière d'opérer
une preuve matérielle de l'exactitude du résultat ;
car le poids des matières en total doit être
le même avant & après l'opération : si donc
on a opéré par exemple sur 8 onces de gomme
arabique ou d'amidon, le poids du résidu charbonneux
qui restera dans la cornue A après
l'opération, plus celui des produits rassemblés
dans son col & dans le matras G C, plus celui
du gaz rassemblé dans la cloche M, plus enfin
l'augmentation de poids acquise par les bouteilles
L, L', L", L"' ; tous ces poids dis-je,
réunis doivent former un total de 8 onces. S'il
y a plus, ou moins, il y a erreur, & il faut
recommencer l'expérience, jusqu'à ce qu'on ait
un résultat dont on sois satisfait, & qui diffère
peine de 6 ou 8 grain par livre de matière
mise en expérience.
J'ai rencontré longtemps dans ce genre d'expériences
des difficultés presque insurmontables,
& qui m'auraient obligé d'y renoncer, si je ne
fusse parvenu enfin à les lever par un moyen
F f iij

@

454 DE LA DISTILLATION COMPOSÉE.

très simple, & dont M. Hassenfratz m'a fourni
l'idée. Le moindre ralentissement dans le degré
de feu du fourneau & beaucoup d'autres circonstances
inséparables de ce genre d'expériences
occasionnent souvent des réabsorptions de
gaz : l'eau de la cuve rentre rapidement dans
la bouteille L"' par le tube x"' R.M: la même
chose arrive d'une bouteille à l'autre, & souvent
la liqueur remonte jusques dans le ballon
C. On prévient ces accidents en employant des
bouteilles à trois tubulures, & en adaptant à
l'une d'elles un tube capillaire S t, s'i',s"i",s"'i"'
dont le bout doit plonger dans la liqueur des
bouteilles. S'il y a absorption soit dans la cornue,
soit dans quelques-unes des bouteilles, il
rentre par ces tubes de l'air extérieur qui remplace
le vide qui s'en formé & on en est
quitte pour avoir un petit mélange d'air commun
dans les produits; mais an moins, l'expérience
n'est pas entièrement manquée. Ces tubes
peuvent bien admettre de l'air extérieur,
mais ils ne peuvent en laisser échapper, parce
qu'ils sont toujours bouchés dans leur partie
inférieure t t' t" t"' par le fluide des bouteilles.
On conçoit que pendant le cours de l'expérience,
la liqueur des bouteilles doit remonter
dans chacun de ces tubes à une hauteur relative
à la pression qu'éprouve l'air ou le

@

DE LA DISTILLATION COMPOSÉE. 455

gaz contenu dans la bouteille ; or cette pression
est déterminée par la hauteur & par le
poids de la colonne de liquide contenu dans
toutes les bouteilles subséquentes. En supposant
donc qu'il y ait trois pouces de liqueur dans
chaque bouteille, que la hauteur de l'eau de
la cuve soit également de trois pouces au-dessus
de l'orifice du tuyau R M, enfin que la pesanteur
spécifique des liqueurs, contenues dans les
bouteilles, ne diffère pas sensiblement de celle
de l'eau; l'air de la bouteille L sera comprimée
par un poids égal à celui d'une colonne d'eau
de 12 pouces. L'eau s'élèvera donc de 12 pouces
dans le tube S t, d'où il résulte qu'il faut
donner à ce tube plus de 12 pouces de longueur
au-dessus du niveau du liquide a b. Le
tube s't' doit par la même raison avoir plus de
9 pouces, le tube s"i" plus de six, & le tube
s"'i"' plus de trois. On doit au surplus donner à
ces tubes plus que moins de longueur à cause
des oscillations qui ont souvent lieu. On est
obligé dans quelques cas d'introduire un semblable
tube entre la cornue & le ballon; mais
comme ce tube ne plonge point dans l'eau
commue il n'est point bouché par un liquide,
au moins jusqu'à ce qu'il en ait passé par le
progrès de la distillation, il faut en boucher
l'ouverture supérieure avec un peu de lut, &
F f iv

@

456 DE LA DISTILLATION COMPOSÉE.

ne l'ouvrir qu'au besoin, ou lorsqu'il y a assez
de liquide dans le matras. C pour fermer l'extrémité
du tube.
L'appareil dont je viens de donner la description,
ne peut pas être employé dans des
expériences exactes, toutes les fois que les matières
qu'on se propose de traiter ont une action
trop rapide l'une sur l'autre, lorsque
l'une des deux ne doit être introduite que successivement
& par petites parties, comme il
arrive dans les mélanges qui font une violente
effervescence. On se sert alors d'une cornue
tubulée A, planche VII, fig. 1. On y introduit
l'une des deux substances, & de préférence
celle qui est concrète, puis on adapte & on
lutte à la tubulure un tube recourbé B C D A
terminé dans sa partie supérieure en entonnoir,
& par son extrémité A en un tube capillaire;
c'est par l'entonnoir B de ce tube qu'on
verse la liqueur. Il faut que la hauteur B C soit
assez grande pour que la liqueur qu'on doit
introduire puisse faire équilibre avec la résistance
occasionnée par celle contenue dans les bouteilles
L L' L" L"', planche 21, figure. 1.
Ceux qui n'ont pas l'habitude de se servir
de l'appareil distillatoire que je viens de décrire,
ne manqueront pas de s'effrayer de la
grande quantité d'ouvertures qu'on est obligé

@

DE LA DISTILLATION COMPOSÉE. 457

de luter, & du temps qu'exigent les préliminaires
de semblables expériences ; & en effet
on fait entrer en ligne de compte les pesées,
qu'il est nécessaire de faire avant l'expérience
& de répéter après, les préparatifs sont beaucoup
plus longs que l'expérience elle-même.
Mais aussi on est bien dédommagé de ses peines
quand l'expérience réussit, & on acquiert en
une seule fois plus de connaissances sur la nature
de la substance animale ou végétale qu'on
a soumise à la distillation, que par plusieurs
semaines du travail le plus assidu.
A défaut de bouteilles triplement tubulées,
on se sert de bouteilles à deux goulots : il
est même possible de mettre les trois tubes
dans la même ouverture, & de se servir de
bouteilles ordinaires à goulots renversés pourvu
que l'ouverture sois suffisamment grande. Il faut
avoir soin d'ajuster sur les bouteilles des bouchons
qu'on use avec une lime très douce, &
qu'on fait bouillir dans un mélange d'huile, de
cire & de térébenthine. On perce à travers
ces bouchons avec une lime nommée queue de
rat, voyez planche I, fig. 16, autant de trous
qu'il est nécessaire pour le passage des tubes :
on voit un de ces bouchons représenté, pl. IV,
figure 8.

@

458 DES DISSOLUTIONS METALLIQUES.

§. II.

Des Dissolutions métalliques.

J 'ai déjà fait sentir lorsque j'ai parlé de la
solution des sels dans l'eau, combien, il existait
de différence entre cette opération & la dissolution
métallique. On a vu que la solution des
sels n'exigeait aucun appareil particulier, & que
tout vase y était propre. Il n'en est pas de
même de la dissolution des métaux; pour ne
rien perdre dans cette dernière, & pour obtenir
des résultats vraiment concluants, il faut
employer des appareils très compliqués, & dont
l'invention appartient absolument aux chimistes
de notre âge.
Les métaux en général se dissolvent avec
effervescence dans les acides; or l'effet auquel
on a donné le nom d'effervescence n'est autre
chose qu'un mouvement excité dans la liqueur
dissolvante par le dégagement d'un grand nombre
de bulles d'air ou de fluide aériforme qui
partent de la surface du métal, & qui crèvent
en sortant de la liqueur dissolvante.
M. Cavendish & M. Priestley sont les premiers
qui aient imaginé des appareils simples
pour recueillir ces fluides élastiques. Celui de
M. Priestley consiste en une bouteille A, pl. VII,

@

DES DISSOLUTIONS MÉTALLIQUES. 459

figure 2, bouchée en B avec un bouchon de
liège troué dans son milieu, & qui laisse passer
un tube de verre recourbé en B C qui s'engage
sous des cloches remplies d'eau, & renversées
dans un bassin plein d'eau : on commence
par introduire le métal dans la bouteille
A, on verse l'acide par-dessus, puis on bouche
avec le bouchon garni de son tube B C.
Mais cet appareil n'est pas sans inconvénient,
du moins pour des expériences très
exactes. Premièrement lorsque l'acide est très
concentré, & que le métal est très divisé, l'effervescence
commence souvent avant qu'on ait
eut le temps de boucher la bouteille; il y a perte
de gaz, & on ne peut plus déterminer les
quantités avec exactitude. Secondement dans
toutes les opérations où l'on est obligé de faire
chauffer, il y a une partie de l'acide qui se
distille & qui se mêle avec l'eau de la cuve ; en
sorte qu'on se trompe dans le calcul des quantités
d'acide décomposées. Troisièmement enfin
l'eau de la cuve absorbe tous les gaz susceptibles
de se combiner avec l'eau, & il est impossible
de les recueillir sans perte.
Pour remédier à ces inconvénients, j'avais
d'abord imaginé d'adapter à une bouteille à
deux goulots A, planche VII, figure 3, un
entonnoir de terre B C qu'on y lute de manière

@

460 DES DISSOLUTIONS MÉTALLIQUES.

à ne laisser aucune issue à l'air. Dans cet
entonnoir entre une tige de cristal D E usée
en D à l'émeri avec l'entonnoir, de manière à
le fermer comme le bouchon d'un flacon.
Lorsqu'on vent opérer, on commence par
introduire dans la bouteille A la matière à dissoudre:
on lute l'entonnoir, on le bouche avec
la tige D E, puis on y verse de l'acide qu'on
fait passer dans la bouteille en aussi petite quantité
que l'on veut, en soulevant doucement la
tige : ou répète successivement cette opération
jusqu'à ce qu'on soit arrivé au point de saturation.
On a employé depuis un autre moyen qui
remplit le même objet, & qui dans certains
cas est préférable: j'en ai déjà donné une idée
dans le paragraphe précédent. Il consiste à adapter
à l'une des tubulures de la bouteille A, pl.
VII, fig. 4, un tube recourbé D E F G terminé
en D par une couverture capillaire, & en G
par un entonnoir soudé au tube ; on le lute
soigneusement & solidement dans la tubulure C.
Lorsqu'on verse une petite goutte de liqueur
dans le tube par l'entonnoir G, elle tombe
dans la partie F; si on en ajoute davantage,
elle parvient à dépasser la courbure E & à
s'introduire dans la bouteille A: l'écoulement
dure tant qu'on fournit de nouvelle liqueur par
l'entonnoir G. On conçoit qu'elle ne peut

@

DES DISSOLUTIONS MÉTALLIQUES. 461

jamais être chassée en dehors du tube E F G,
& qu'il ne peut jamais sortir d'air ou de gaz
de la bouteille; parce que le poids de la liqueur
l'en empêche & fait l'effet d'un véritable
bouchon.
Pour remédier au second inconvénient, à
celui de la distillation de l'acide, qui s'opère
surtout dans les dissolutions qui sont accompagnées
de chaleur, on adapte à la cornue A,
planc. VII, fig. 1, un petit matras tubulé M
qui reçoit la liqueur qui se condense.
Enfin pour séparer les gaz absorbables par
l'eau, tel que le gaz acide carbonique, on
ajoute une bouteille L à deux goulots dans
laquelle on met de l'alcali pur étendu d'eau :
l'alcali absorbe tout le gaz acide carbonique,
& il ne passe plus communément, sous la cloche
par le tube NO, qu'une ou deux espèces
de gaz tout au plus : on a vu dans le premier
chapitre de cette troisième partie comment ont
parvenait à les séparer. Si une bouteille d'alcali
ne suffit pas, on en ajoute jusqu'à trois &
quatre.

§. III.

Des Appareils relatifs aux fermentations
vineuse & putride.

La fermentation vineuse & la fermentation

@

462 APPAREIL POUR LA FERMENTATION.

putride exigent des appareils particuliers, &
destinés uniquement à ce genre d'expériences.
Je vais décrire celui que j'ai cru devoir définitivement
adopter, après y avoir fait successivement
un grand nombre de corrections.
On prend un grand matras A planche X,
d'environ 12 pintes de capacité : on y adapte
une virole de cuivre a b solidement mastiquée,
& dans laquelle se visse un tuyau coudé c d
garni d'un robinet e: A ce tuyau s'adapte une
espèce de récipient de verre â trois pointes B,
au-dessous duquel est placée une bouteille C
avec laquelle il communique. A la suite du
récipient B est un tube de verre g h i, mastiqué
en g & en i avec des viroles de cuivre : il est
destiné à recevoir un sel concret très déliquescent,
tel que du nitrate ou du muriate de
chaux, de l'acétite de potasse, &c.
Enfin ce tube est suivi de deux bouteilles
D,E, remplies jusqu'en x y d'alcali dissous
dans l'eau, & bien dépouillé d'acide carbonique.
Toutes les parties de cet appareil sont réunies
les unes avec les autres par le moyen de
vis & d'écrous qui se serrent; les points de
contact sont garnis de cuir gras qui empêche
tout passage de l'air : enfin chaque pièce est
garnie de deux robinets, de manière qu'on

@

APPAREIL POUR LA FERMENTATION. 463

peut la fermer par ses deux extrémités, & peser
ainsi chacune séparément à toutes les époques
de l'expérience qu'on le juge à propos.
C'est dans le ballon A qu'on met la matière
fermentescible, du sucre par exemple, & de
la levure de bière étendue d'une suffisante quantité
d'eau & dont le poids est bien déterminé.
Quelquefois lorsque la fermentation est trop
rapide, il se forme une quantité considérable
d'écume qui non-seulement remplit le col du
ballon, mais qui passe dans le récipient B &
coule dans la bouteille C. C'est pour recueillir
cette mousse & empêcher qu'elle ne passe dans
le tube déliquescent, qu'on a donné une capacité
considérable au récipient B & à la bouteille
C.
Il ne se dégage dans la fermentation du sucre,
c'est-à-dire dans la fermentation vineuse,
que de l'acide carbonique qui emporte avec
lui un peu d'eau qu'il tient en dissolution. Il en
dépose une grande partie en passant par le tube
g h i qui contient un sel déliquescent en poudre
grossière, & on en connaît la quantité par l'augmentation
de poids acquise par le sel. Ce même
acide carbonique bouillonne ensuite à travers
la liqueur alcaline de la bouteille D, dans
laquelle il est conduit par le tube k l m. La
petite portion qui n'a point été absorbée par

@

464 APPAREIL POUR LA FERMEXTATION.

l'alcali contenu dans cette première bouteille
n'échappe point à la seconde E, & ordinairement
il ne passe absolument rien sous la cloche
F, si ce n'est l'air commun qui était contenu
au commencement de l'expérience dans
le vide des vaisseaux.
Le même appareil peut servir pour les fermentations
putrides ; mais alors il passe une
quantité considérable de gaz hydrogène par le
tube q r s t u, lequel est reçu dans la cloche F;
& comme le dégagement est rapide, surtout
en été, il faut la changer fréquemment. Ces
fermentations exigent en conséquence une surveillance
continuelle, tandis que la fermentation
vineuse n'en exige aucune.
On voit qu'au moyen de cet appareil on
peut connaître avec une grande précision le
poids des matériaux mis à fermenter, & celui
de tous les produits liquides ou aériformes qui
s'en sont dégagés. On peut voir les détails dans
lesquels je suis entré sur le résultat de la fermentation
vineuse, dans le Chapitre XIII de
la première partie de cet Ouvrage, page 139.

§.

@

DE LA DÉCOMPOSITION DE L'EAU. 465

§. IV.

Appareil particulier pour la décomposition
de l'eau.

J'ai déjà exposé, dans la première Partie de
cet Ouvrage, Chapitre VIII, page 87, les expériences
relatives à la décomposition de l'eau;
j'éviterai donc des répétitions inutiles & je me
bornerai à des observations très sommaires: Les
matières qui ont la propriété de décomposer
l'eau, sont principalement le fer & le charbon;
mais il faut pour cela qu'ils soient portés à une
chaleur rouge : sans cette condition l'eau se réduit
simplement en vapeurs, & elle se condense
ensuite par le refroidissement, sans avoir éprouvé
la moindre altération : à une chaleur rouge au
contraire ; le fer & le charbon enlèvent l'oxygène
à l'hydrogène ; dans le premier cas il se
forme de l'oxyde noir de fer & l'hydrogène
se dégage libre & pur sous la forme de gaz ;
dans le second il se forme du gaz acide carbonique
qui se dégage mêlé avec le gaz hydrogène,
& ce dernier est communément carbonisé.
On se sert avec avantage, pour décomposer
l'eau par le fer, d'un canon de fusil dont on
ôte la culasse. On trouve aisément de ces sortes
G g

@

466 DE LA DÉCOMPOSITTON DE L'EAU.

de canons chez les marchands de ferraille. On
doit choisir les plus longs & les plus forts:
lorsqu'ils sont trop courts & qu'on craint que
les luts ne s'échauffent trop, on y fait souder
en soudure forte un bout de tuyau de cuivre.
On place ce tuyau de fer dans un fourneau
allongé C D E F, planche VII, fig. XI, en lui
donnant une inclinaison de quelques degrés
de E en F: cette inclinaison doit être un peu
plus grande qu'elle n'est présentée dans la fig. II.
On adapte à la partie supérieure E de ce tuyau,
une cornue de verre qui contient de l'eau &
qui est placée sur un fourneau VVXX. On le
lute par son extrémité inférieure F avec un
serpentin SS', qui s'adapte lui-même avec un
flacon tubulé H, où se rassemble l'eau qui a
échappé à la décomposition. Enfin le gaz qui
se dégage est porté à la cuve où il est reçu sous
des cloches par le tube KK adapté à la tubulure
K du flacon H. Au lieu de la cornue A,
on peut employer un entonnoir fermé d'un robinet
par le bas, & par lequel on laisse couler
l'eau goutte à goutte. Sitôt que cette eau est
parvenue à la partie où le tube est échauffé,
elle se vaporise, & l'expérience a lieu de la
même manière que si elle était fournie en vapeurs
par le moyen de la cornue A.
Dans l'expérience que nous avons faite,

@

DE LA DÉCOMPOSITION DE L'EAU. 467

M. Meusnier & moi, en présence des Commissaires
de l'Académie, nous n'avions rien
négligé pour obtenir la plus grande précision
possible dans les résultats ; nous avions même
porté le scrupule jusqu'à faire le vide dans les
vaisseaux avant de commencer l'expérience,
afin que le gaz hydrogène que nous obtiendrions
fût exempt de mélange de gaz azote.
Nous rendrons compte à l'Académie, dans un
très grand détail, des résultats que nous avons
obtenus.
Dans un grand nombre de recherches on
est obligé de substituer au canon de fusil des
tubes de verre, de porcelaine on de cuivre.
Mais les premiers ont l'inconvénient d'être faciles
à fondre : pour peu que l'expérience ne
soit pas bien ménagées, le tube s'aplatit & se
déforme. Les tubes de porcelaine sont la plupart
percés d'une infinité de petits trous imperceptibles
par lesquels le gaz s'échappe, surtout
s'il est comprimé par une colonne d'eau.
C'est ce qui m'a déterminé à me procurer un
tube de cuivre rouge, que M. de la Briche à
bien voulu faire couler plein & faire forer sous
ses yeux à Strasbourg. Ce tube est très commode
pour opérer la décomposition de l'alcool :
on sait en effet qu'exposé à une chaleur
rouge, il se résout en carbone, en gaz acide
G g i

@

468 DES LUTS.

carbonique & en gaz hydrogène. Ce même
tube peut également servir à la décomposition
de l'eau par le carbone, & à un grand nombre
d'expériences.

§. V.

De la préparation & de l'emploi des Luts.

Si dans un temps où l'on perdait une grande
partie des produits de la distillation, où l'on
ne tenait aucun compte de tout ce qui se séparait
sous forme de gaz, en un mot où l'on
ne faisait aucune expérience exacte & rigoureuse,
on sentait déjà la nécessité de bien luter
les jointures des appareils distillatoires ; combien
cette opération manuelle & mécanique
n'est-elle pas devenue plus importante, depuis
qu'on ne se permet plus de rien perdre dans
les distillations & dans les dissolutions, depuis
qu'on exige qu'un grand nombre de vaisseaux
réunis ensemble se comportent comme s'ils
n'étaient que d'une seule pièce, & comme s'ils
étaient hermétiquement fermés ; enfin depuis
qu'on n'est plus satisfait des expériences, qu'autant
que la somme du poids des produits obtenus
est égale à celui des matériaux mis en
expérience.
La première condition qu'on exige de tout

@

DES LUTS RËSINEUX. 469

lut destiné à fermer les jointures des vaisseaux
est d'être aussi imperméable que le verre lui-
même, de manière qu'aucune matière, si subtile
qu'elle soit, à l'exception du calorique,
ne puisse le pénétrer. Une livre de cire fondue
avec une once & demie ou deux onces de
térébenthine, remplissent très bien ce premier
objet; il en résulte un lut facile à manier, qui
s'attache fortement au verre & qui ne se laisse
pas facilement pénétrer on peut lui donner
plus de consistance & le rendre plus ou moins
dur, plus ou moins sec , plus ou moins souple,
en y ajoutant différentes résines: Cette
classe de luts a l'avantage de pouvoir se ramollir
par la chaleur, ce qui les rend commodes
pour fermer promptement les jointures des
vaisseaux : mais, quelque parfaits qu'ils soient
pour contenir les gaz & les vapeurs, il s'en
faut bien qu'ils puissent être d'un usage général.
Dans presque toutes les opérations chimiques,
les luts sont exposés à une chaleur
considérable & souvent supérieure au degré de
l'eau bouillante : or à ce degré les résines se
ramollissent, elles deviennent presque liquides
& les vapeurs expansives contenues dans les
vaisseaux se font bientôt jour & bouillonnent
à travers.
On a donc été obligé d'avoir recours à des
G g iij

@

470 DU LUT GRAS.

matières plus propres à résister à la chaleur,
& voici le lut auquel les Chimistes se sont arrêtés
après beaucoup de tentatives ; non pas qu'il
n'ait quelques inconvénients, comme je le dirai
bientôt, mais parce qu'à tout prendre c'est encore
celui qui réunit le plus d'avantages. Je
vais donner quelques détails sur sa préparation
& surtout sur son emploi : une longue expérience
en ce genre m'a mis en état d'aplanir
aux autres un grand nombre de difficultés.
L'espèce de lut dont je parle dans ce moment,
est connue des Chimistes sous le nom de
lut gras. Pour le préparer on prend de l'argile
non cuite, pure & très sèche; on la réduit en
poudre fine, on la passe au tamis de soie,
On la met ensuite dans un mortier de fonte,
on la bat pendant plusieurs heures à coups
redoublés avec un lourd pilon de fer, en l'arrosant
peu à peu avec de l'huile de lin cuite,
c'est-à-dire, avec de l'huile de lin qu'on a
oxygénée & rendue siccative par l'addition d'un
peu de litharge. Ce lut est encore meilleur &
plus tenace, il s'attache mieux au verre quand,
au lieu d'huile grasse ordinaire, on emploie du
vernis gras au succin. Ce vernis n'est autre chose
qu'une dissolution de succin ou ambre jaune
dans de l'huile de lin; mais cette dissolution n'a
lieu qu'autant que le succin a été préalablement

@

DU LUT GRAS. 471

fondu seul : il perd dans cette opération préalable
un peu d'acide succinique & un peu d'huile.
Le lut fait avec le vernis gras est, comme je
l'ai dit, un peu préférable à celui fait avec de
l'huile de lin seul; mais il est beaucoup plus
cher, & l'excédent de qualité qu'on acquiert
n'est pas en proportion de l'excédent du prix:
aussi est-il rarement employé.
Le lut gras résiste très bien à un degré de
chaleur même assez violent : il est imperméable
aux acides & aux liqueurs spiritueuses; il
prend bien sur les métaux, sur le grès, sur la
porcelaine & sur le verre, mais pourvu qu'ils
aient été préalablement bien séchés. Si par
malheur dans le cours d'une opération la liqueur
en distillation s'est fait jour & qu'il ait
pénétré quelque peu d'humidité, soit entre le
verre & le lut, soit entre différentes couches
même du lut, il est d'une extrême difficulté
de reboucher les ouvertures qui se font formées;
& c'est un des principaux inconvénients,
peut-être le seul, que présente l'usage du lut
gras.
La chaleur ramollit ce lut, & même au point
de le faire couler; il a besoin en conséquence
d'être contenu. Le meilleur moyen est de le
recouvrir avec des bandes de vessie, qu'on
mouille & qu'on tortille tout autour. On fait
G g iv

@

472 DU LUT DE CHAUX.

ensuite une ligature avec de gros fil au dessus
& au-dessous du lut, puis on passe par-dessus
le lut même & par conséquent par-dessus la
vessie qui le recouvre, un grand nombre de
tours de fil : un lut arrangé avec ces précautions,
est à l'abri de tout accident.
Très souvent la figure des jointures des
vaisseaux ne permet pas d'y faire une ligature,
& c'est ce qui arrive au col des bouteilles
à trois goulots : il faut d'ailleurs beaucoup
d'adresse pour serrer suffisamment le fil
sans ébranler l'appareil, & dans les expériences
où les luts sont très multipliés, on en dérangerait
souvent plusieurs pour en arranger un
seul. Alors on substitue à la vessie & à la ligature
des bandes de toile imbibées de blanc
d'oeuf dans lequel on a délayé de la chaux. On
applique sur le lut gras les bandes de toile encore
humides ; en peu de temps elles se sèchent
& acquièrent une assez grande dureté. Ou peut
appliquer ces mêmes bandes sur les luts de cire
& de résine. De la colle forte délayée dans de
l'eau, peut suppléer au blanc d'oeuf.
La première attention qu'on doit avoir avant
d'appliquer un lut quelconque sur les jointures
des vaisseaux, est de les asseoir & de les assujettir
solidement de manière qu'ils ne puissent
se prêter à aucun mouvement. Si c'est le col

@

ET DE BLANC D'OEUF. 473

d'une cornue qu'on veut luter à celui d'un récipient,
il faut qu'il y entre à peu près juste ;
s'il y a un peu de jeu, il faut assujettir les deux
vaisseaux en introduisant entre leurs cols de
petits morceaux fort courts d'allumettes ou de
bouchon. Si la disproportion des deux cols est
trop grande, on choisit un bouchon qui entre
juste dans le col du matras ou récipient ; on
fait au milieu de ce bouchon un trou rond de
la grosseur nécessaire pour recevoir le col de
la cornue.
La même précaution est nécessaire à l'égard
des tubes recourbés, qui doivent être lutés à
des goulots de bouteille, comme dans la
planche IV, fig. 1. On commence par choisir
un bouchon qui entre juste dans le goulot;
puis on le perce d'un trou avec une lime d'une
espèce nommée queue de rat. Voyez une de
ces limes représentée planc. I, fig. 16. Quand
un même goulot est destiné à recevoir deux
tubes, ce qui arrive très souvent, surtout à
défaut de bouteilles à deux & à trois goulots,
on perce le bouchon de deux & de trois trous,
pour qu'il puisse recevoir deux ou trois tubes.
On voit un de ces bouchons représenté pl. IV,
fig. 8.
Ce n'est que lorsque l'appareil est ainsi solidement
assujetti & de manière à ce qu'aucune

@

474 L'EMPLOI DES LUTS.

partie n'en puisse jouer, qu'on doit commencer
à luter. On ramollit d'abord à cet effet le lut,
en le pétrissant; quelquefois même, surtout
en hiver, on est obligé de le faire légèrement
chauffer. On le roule ensuite entre les doigts,
pour le réduire en petits cylindres qu'on applique
sur les vases qu'on veut luter, en ayant
soin de les appuyer & de les aplatir sur le
verre, afin qu'ils y contractent de l'adhérence.
A un premier petit cylindre on en ajoute un
second, qu'on aplatit également, mais de
manière que son bord empiète sur le précédent,
& ainsi de suite. Quelque simple que soit cette
opération, il n'est pas donné à tout le monde
de la bien faire, & il n'est pas rare de voir les
personnes peu au fait, recommencer un grand
nombre de fois des luts sans succès, tandis que
d'autres y réussissent avec certitude & dès la
première fois. Le lut fait, on le recouvre,
comme je l'ai dit, avec de la vessie bien ficelée
& bien serrée, ou avec des bandes de toile
imbibées de blanc d'oeuf & de chaux. Je répéterai
encore qu'il faut bien prendre garde, en
faisant un lut & surtout en le ficelant, d'ébranler
tous les antres ; autrement on détruirait
son propre ouvrage, & on ne parviendrait jamais
à clore les vaisseaux.
On ne doit jamais commencer une expérience,

@

DE L'EMPLOI DES LUTS. 475

sans avoir essayé préalablement les luts.
Il suffit pour cela, ou de chauffer très légèrement
la cornue A, planc. IV, fig. 1, ou de
souffler de l'air par quelques-uns des tubes
s s's"s"'; le changement de pression qui en
résulte, doit changer le niveau de la liqueur
dans tous les tubes ; mais si l'appareil perd air
de quelque part, la liqueur se remet bientôt à
son niveau elle reste au contraire constamment,
soit dessus, soit au-dessous, si l'appareil
est bien fermé.
On ne doit pas oublier que c'est de la manière
de luter, de la patience, de l'exactitude
qu'on y apporte que dépendent tous les succès
de la Chimie moderne : il n'est donc point
d'opération qui demande plus de soins & d'attention.
Ce serait un grand service à rendre aux Chimistes
& surtout aux Chimistes pneumatiques,
que de les mettre en état de se passer de luts,
ou du moins d'en diminuer considérablement
le nombre. J'avais d'abord pensé à faire construire
des appareils dont toutes les parties fussent
bouchées à frottement, comme les flacons
bouchés en cristal ; mais l'exécution m'a présenté
d'assez grandes difficultés. Il m'a paru
préférable de suppléer aux luts par le moyen
de colonnes de mercure, de quelques lignes

@

476 MOYEN DE SUPPLÉER.

de hauteur. Je viens de faire exécuter dans
cette vue un appareil dont je vais donner la
description, & dont l'usage me paraît pouvoir
être utile & commode dans un grand nombre
de circonstances.
II consiste dans une bouteille A, planche
XII, fig. 12, à double goulot ; l'un intérieur
b c, communique avec le dedans de la bouteille ;
l'autre extérieur d e , qui laisse un intervalle
entre lui & précédent, & qui forme
tout autour une profonde rigole db, ce, destinée
à recevoir du mercure. C'est dans cette
rigole qu'entre & s'ajuste le couvercle de verre
B. Il a par le bas des échancrures pour le
passage des tubes de verre destinés au dégagement
des gaz. Ces tubes, au lieu de plonger
directement dans la bouteille A, comme dans
les appareils ordinaires, se contournent auparavant,
comme on le voit fig. 13, pour s'enfoncer
dans la rigole, & pour passer par-dessous
les échancrures du couvercle B : ils remontent
ensuite pour entrer dans la bouteille,
en passant par-dessus les bords du goulot
intérieur.
Il est aisé de voir que, lorsque les tubes ont
été mis en place, que le couvercle B a été solidement
assujetti, & que la rigole db, ce a été
remplie de mercure, la bouteille se trouve

@

AUX LUTS. 477

fermée & ne communique plus à l'extérieur que
par les tubes.
Un appareil de cette espèce sera très commode
dans un grand nombre d'expériences ;
mais on ne pourra le mettre en usage que dans
la distillation des matières qui n'ont point d'action
sur le mercure.
M. Séguin, dont les secours actifs & intelligents
m'ont été si souvent utiles, a même déjà
commandé dans les verreries des cornues jointes
hermétiquement à des récipients ; en sorte
qu'il serait possible de parvenir à n'avoir plus
aucun lut. On voit, planche XII, fig. 14, un
appareil monté d'après les principes que je viens
d'exposer.

pict

@

478 DE LA COMBUSTION.

pict

C H A P I T R E V I I.

Des Opérations relatives à la combustion
proprement dite & à la détonation.

L a combustion n'est autre chose, d'après ce
qui a été exposé dans la première Partie de cet
Ouvrage, que la décomposition du gaz oxygène
opérée par un corps combustible. L'oxygène
qui forme la base de ce gaz est absorbée,
le calorique & la lumière deviennent libres &
se dégagent. Toute combustion entraîne donc
avec elle l'idée d'oxygénation, tandis qu'au
contraire l'oxygénation n'entraîne pas essentiellement
l'idée de combustion, puisque la combustion
proprement dite ne peut avoir lieu sans
un dégagement de lumière & de calorique. Il
faut, pour que la combustion s'opère, que la
base du gaz oxygène ait plus d'affinité avec le
corps combustible, qu'elle n'en a avec le calorique :
or cette attraction élective, pour me
servir de l'expression de Bergman, n'a lieu
qu'à un certain degré de température, qui même
est différent pour chaque substance combustible ;
de-là la nécessité de donner le premier
mouvement à la combustion par l'approche d'un
corps chauds. Cette nécessité d'échauffer le corps

@

DE LA COMBUSTION. 479

qu'on se propose de brûler tient à des considérations
qui n'ont encore fixé l'attention d'aucun
Physicien, & auxquels je demande la permission
de m'arrêter quelques instants ; on verra
qu'elles ne s'éloignent pas de mon sujet.
L'état actuel où nous voyons la nature est un
état d'équilibre auquel elle n'a pu arriver qu'après
que toutes les combustions spontanées possibles
au degré de chaleur dans lequel nous vivons,
toutes les oxygénations possibles ont eu
lieu. Il ne peut donc y avoir de nouvelles combustions
ou oxygénations, qu'autant qu'on sort
de cet état d'équilibre & qu'on transporte les
substances combustibles dans une température
plus élevée. Eclaircissons par un exemple ce
que cet énoncé peut présenter d'abstrait. Supposons
que la température habituelle de la terre
changeât d'une très petite quantité, & qu'elle
devînt seulement égale à celle de l'eau bouillante :
il est évident que le phosphore étant
combustible beaucoup au-dessous de ce degré,
cette substance n'existerait plus dans la nature
dans son état de pureté & de simplicité, elle se
présenterait toujours dans l'état d'acide, c'est-
à-dire oxygénée, & son radical serait au nombre
des substances inconnues. Il en serait successivement
de même de tous les corps combustibles,
si la température de la terre devenait

@

480 CONDITIONS NECESSAIRES.

de plus en plus élevée ; & on arriverait
enfin à un point où toutes les combustions possibles
seraient épuisées, où il ne pourrait plus
exister de corps combustibles, où tous seraient
oxygénés & par conséquent incombustibles.
Revenons donc à dire qu'il ne peut y avoir
pour nous de corps combustibles, que ceux qui
sont incombustibles au degré de température
dans lequel nous vivons; ou ce qui veut dire la
même chose en d'autres termes, qu'il est de
l'essence de tout corps combustible de ne pouvoir
jouir de la propriété combustible, qu'autant
qu'on l'échauffe & qu'on le transporte au
degré de chaleur où s'opère sa combustion. Ce
degré une fois atteint la combustion commence;
& le calorique qui se dégage par l'effet de la
décomposition du gaz oxygène, entretient le
degré de température nécessaire pour la continuer.
Lorsqu'il en est autrement, c'est-à-
dire, lorsque le calorique fourni par la décomposition
du gaz oxygène n'est pas suffisant pour
que le degré de chaleur nécessaire à la combustion
se continue, elle cesse : c'est ce qu'on exprime
lorsqu'on dit que le corps brûle mal,
qu'il est difficilement combustible.
Quoique la combustion ait quelque chose de
commun avec la distillation, surtout avec la
distillation composée, elle en diffère cependant
en

@

POUR LA COMBUSTION. 481

en un point essentiel. Il y a bien dans la distillation
séparation d'une partie des principes du
corps que l'on y soumet, & combinaison de ces
mêmes principes dans un autre ordre, déterminé
par les affinités qui ont lieu à la température à
laquelle s'est opérée la distillation; mais il y a
plus dans la combustion, il y a addition d'un
nouveau principe, l'oxygène, & dissipation
d'un autre principe, le calorique.
C'est cette nécessité d'employer l'oxygène
dans l'état de gaz & d'en déterminer rigoureusement
les quantités, qui rend si embarrassante
les expériences relatives à la combustion. Une
autre difficulté inséparable de ces opérations,
tient à ce que les produits qu'elles fournissent
se dégagent presque toujours dans l'état de
gaz : si donc il est difficile dé retenir & de
rassembler les produits de la distillation, il l'est
bien davantage de recueillir ceux de la combustion ;
aussi aucun des anciens Chimistes n'en
a-t-il eu là prétention, & ce genre d'expérience
appartient-il absolument à la Chimie Moderne.
Après avoir rappelé d'une manière générale
le but qu'on doit se proposer dans les différentes
expériences relatives à la combustion, je
passe à la description des différents appareils que
j'ai imaginés dans cette vue. Je n'adopterai dans
les articles qui composeront ce Chapitre, aucune
H h

@

482 COMBUSTION DU PHOSPHORE.

division relative à la nature des combustibles ;
je les classerai relativement à la nature
des appareils qui conviennent à leur combustions.

§. I.

De la Combustion du Phosphore & du Charbon.

J 'ai déjà décrit, page 57 de cet Ouvrage,
les appareils que j'ai employés pour la combustion
du charbon & du phosphore. Cependant,
comme j'avais alors plutôt en vue de
donner une idée du résultat de ces combustions,
que d'enseigner le détail des procédés
nécessaires pour les obtenir, je ne me suis peut-
être pas assez étendu sur la manipulation relative
à ce genre d'expériences.
On commence, pour opérer la combustion
du phosphore ou du charbon, par remplir de
gaz oxygène dans l'appareil pneumato-chimique
à l'eau, pl. V, fig. 1, une cloche de six pintes
au moins de capacité. Lorsqu'elle est pleine à
rase & que le gaz commence à dégorger par-
dessous, on transporte cette cloche A sur l'appareil
au mercure, planche IV, fig. 3, à l'aide
d'un vaisseau de verre ou de faïence très plat,
qu'on passe par-dessous. Cette opération faite,
on sèche bien avec du papier gris la surface du

@

ET DU CHARBON. 483

mercure, tant dans l'intérieur qu'à l'extérieur de
la cloche. Cette Opération demande quelques
précautions: Si on n'avait pas l'attention de plonger
le papier gris pendant quelque temps entièrement
sous le mercure avant de l'introduire sous
la cloche, on y ferait passer de l'air commun qui
s'attache avec beaucoup de ténacité au papier.
On a d'un antre côté une petite capsule D,
de fer ou de porcelaine plate & évasée, sur
laquelle on place le corps qu'on veut brûler,
après en avoir très exactement déterminé le
poids à la balance d'essai ; on recouvre ensuite
cette capsule d'une autre un peu plus grande P,
qui fait à son égard l'office de la cloche du
plongeur, & on fait passer le tout à travers le
mercure : après quoi on retire à travers le mercure
la capsule P qui ne servait en quelque façon
que de couvercle. On peut éviter l'embarras
& la difficulté de faire passer les matières à
travers le mercure, en soulevant un des côtés
de la cloche pendant un instant presque indivisible
& en introduisant ainsi, par le passage
qu'on s'est ménagé, la capsule avec le corps
combustible. Il se mêle dans cette seconde manière
d'opérer un peu d'air commun avec le
gaz Oxygène; mais ce mélange qui est peu considérable,
ne nuit ni au succès, ni à l'exactitude
de l'expérience.
H h ij

@

484 COMBUSTION DU PHOSPHORE.

Lorsque la capsule D, planche IV, fig. 3,
est introduite sous la cloche, on suce une partie
du gaz oxygène qu'elle contient pour élever
le mercure jusqu'en E F. Sans cette précaution,
dès que le corps combustible serait allumé, la
chaleur dilaterait l'air ; elle en ferait passer une
portion par-dessous la cloche, & on ne pourrait
plus faire aucun calcul exact sur les quantités.
Ou se sert, pour sucer d'un l'air, d'un siphon
G H I, qu'on passe par-dessous la cloche;
& pour qu'il ne s'emplisse pas de mercure, on
tortille à son extrémité I un petit morceau de
papier.
Il y a un art pour élever ainsi en suçant une
colonne de mercure à une hauteur de plusieurs
pouces au-dessus de son niveau : si on se contentait
d'aspirer l'air avec le poumon, on n'atteindrait
qu'à une très médiocre élévation, par
exemple, d'un pouce ou d'un pouce & demi
tout au plus; encore n'y parviendrait-on qu'avec
de grands efforts; tandis que par l'action des
muscles de la bouche on peut élever sans se
fatiguer, ou au moins sans risquer de s'incommoder,
le mercure jusqu'à six à sept pouces.
Un moyen plus commode encore de de se servir
d'une petite pompe que l'on adapte au siphon
GHI : on élève alors le mercure à telle hauteur
qu'on le juge à propos, pourvu qu'elle n'excède
pas 28 pouces.

@

ET DU CHARBON. 485

Si le corps combustible est fort inflammable,
comme le phosphore, on l'allume avec un fer
recourbé MN, planche IV, fig. 16, qu'on fait
rougir au feu, & qu'on passe brusquement sous
la cloche : dès qu'il est en contact avec le phosphore,
ce dernier s'allume. Pour les corps
moins combustibles, tels que le fer, quelques
autres métaux, le charbon, &c. on se sert d'un
petit fragment d'amadou sur lequel on place
un atome de phosphore : on allume également
ce dernier avec un fer rouge recourbé ; l'inflammation
se communique à l'amadou, puis
au corps combustible.
Dans le premier instant de la combustion,
l'air se dilate & le mercure descend ; mais lorsqu'il
n'y a point de fluide élastique formé
comme dans la combustion du fer & du phosphore,
l'absorption devient bientôt sensible
& le mercure remonte très haut dans la cloche.
Il faut en conséquence avoir attention de ne
point brûler une trop grande quantité du corps.
combustible dans une quantité donnée d'air ;
autrement la capsule, vers la fin de la combustion,
s'approcherait trop du dôme de la
cloche & la grande chaleur pourrait en occasionner
la fracture.
J'ai indiqué, Chapitre II, V & VI, les opérations
relatives à la mesure du volume des gaz,
H h iij

@

486 COMBUSTION DU PHOSPHORE

les corrections qu'il faut faire à ce volume, relativement
à la hauteur du baromètre & au
degré du thermomètre ; je n'ajouterai rien de
plus à cet égard, l'exemple surtout que j'ai
cité, page 381, étant précisément tiré de la
combustion du phosphore.
Le procédé que je viens de décrire peut être
employé avec succès pour la combustion de
toutes les substances concrètes, & même pour
celle des huiles fixes. On brûle ces dernières
dans des lampes, & on les allume avec assez
de facilité sous la cloche, par le moyen du
phosphore, de l'amadoue & d'un fer chaud ;
mais ce moyen n'est pas sans dangers pour les
substances qui sont susceptibles de se vaporiser
à un degré de chaleur médiocre, telles que l'éther,
l'esprit-de-vin, les huiles essentielles. Ces
substances volatiles se dissolvent en assez grande
quantité dans le gaz oxygène ; quand on allume,
il se fait une détonation subite qui enlève
la cloche à une grande hauteur & qui la brise
en éclats. J'ai éprouvé deux de ces détonations,
dont des membres de l'Académie ont pensé,
ainsi que moi, être les victimes. Cette manière
d'opérer a d'ailleurs un grand inconvénient :
elle suffit bien pour déterminer avec quelque
exactitude la quantité de gaz oxygène absorbé,
celle d'acide carbonique qui s'est formé ; mais

@

ET DU CHARBON. 487

ces produits ne sont pas les seuls qui résultent
de la combustion : il se forme de l'eau toutes
les fois qu'on opère sur des matières végétales
ou animales, parce qu'elles contiennent toutes
de l'hydrogène en excès ; or l'appareil que je
viens de décrire, ne permet ni de la rassembler,
ni d'en déterminer la quantité. Enfin, même
pour l'acide phosphorique, l'expérience est incomplète,
puisqu'il n'est pas possible de démontrer
dans cette manière d'opérer, que le poids
de l'acide est égal à la somme du poids du
phosphore & de celui du gaz oxygène absorbé.
Je me suis donc trouvé obligé de varier, suivant
les cas, les appareils relatifs à la combustion,
& d'en employer plusieurs de différentes
espèces, dont je vais donner successivement une
idée : je commence par celui destiné à la combustion
du phosphore.
On prend un grand ballon de verre blanc
ou de cristal A, pl. IV, fig. 4, dont l'ouverture
EF doit avoir deux pouces & demi à trois
pouces de diamètre. Cette ouverture se recouvre
avec une plaque de cuivre jaune ou laiton
usée à l'émeri, & qui est percée de deux trous
pour le passage des tuyaux xxx, yyy.
Avant de fermer le ballon avec sa plaque,
on introduit dans son intérieur un support B C
surmonté d'une capsule D de porcelaine, sur
H h iv

@

488 COMBUSTION DU PHOSPHORE.

laquelle on place le phosphore. On lute ensuite
la plaque de cuivre au ballon en E F avec du
lut gras qu'on recouvre avec des bandes de
linge imbibées de blanc d'oeuf & saupoudrées de
chaux. On laisse sécher pendant plusieurs jours,
puis on pèse le tout avec une bonne balance.
Ces préparatifs achevés, on adapte une pompe
pneumatique au tuyau xxx, & on fait le vide
dans le ballon ; après quoi on introduit du gaz
oxygène par le tuyau yyy, au moyen du gazomètre
représenté planche VIII, figure 1, &
dont j'ai donné la description, Chapitre II,
§. II. On allume ensuite le phosphore avec un
verre ardent, & on le laisse brûler jusqu'à ce
que le nuage d'acide phosphorique concret
qui se forme arrête la combustion. Alors
on délute & on pèse le ballon. Le poids, déduction
faite de la tare, donne celui de l'acide
phosphorique qu'il contient. Il est bon,
pour plus d'exactitude, d'examiner l'air ou le
gaz contenu dans le ballon après la combustion,
parce qu'il peut être plus on moins pesant que
l'air ordinaire, & qu'il faut tenir compte dans
les calculs relatifs à l'expérience, de cette différence
de pesanteur.
Les mêmes motifs qui m'ont engagé à construire
un appareil particulier pour la combustion
du phosphore, m'ont déterminé de prendre

@

ET DU CHARBON. 489

le même parti à l'égard du charbon,
Cet appareil consiste en un petit fourneau conique
fait en cuivre battu, représenté en perspective,
plan. XII, figure 9, & vu intérieurement,
figure II. On y distingue le fourneau
proprement dit A B C , où doit se faire la
combustion du charbon, la grille d e & le cendrier
F. Au milieu du fourneau est un tuyau
G H, par lequel on introduit le charbon & qui
sert en même temps de cheminée pour évacuer
l'air qui a servi à la combustion.
C'est par le tuyau l m n qui communique
avec le gazomètre, qu'a amené l'air qui est
destiné à entretenir la combustion ; cet air se
répand dans la capacité du cendrier F & la
pression qui lui est communiquée par le gazomètre,
l'oblige à passer par la grille de, & à
souffler les charbons qui sont posés immédiatement
dessus.
Le gaz oxygène qui entre pour les 28/100 dans
la composition de l'air de l'atmosphère, se convertit,
comme l'on sait, en gaz acide carbonique
dans la combustion du charbon. Le gaz
azote au contraire ne change point d'état ; il
doit donc rester, après la combustion, un mélange
de gaz azote & de gaz acide carbonique.
Pour donner issue à ce mélange, on a adapté
la cheminée Q H un tuyau o p qui s'y visse

@

490 COMBUSTION DU CHARBON.

en G, de manière à ne laisser échapper aucune
portion d'air. Le mélange des deux gaz est conduit
par ce tuyau à des bouteilles remplies de
potasse en liqueur & bien dépouillée d'acide
carbonique, à travers laquelle il bouillonne. Le
gaz acide carbonique est absorbé par la potasse,
& il ne reste que du gaz azote qu'on reçoit
dans un second gazomètre pour en déterminer
la quantité.
Une des difficultés que présente l'usage de
cet appareil, est d'allumer le charbon & de
commencer la combustion : voici le moyen d'y
parvenir. Avant d'emplir de charbon le fourneau
A B C, on en détermine le poids avec
une bonne balance & de manière à être sûr de
ne point commettre une erreur de plus d'un ou
deux grains ; on introduit ensuite dans la cheminée
G H le tuyau R S, figure 10, dont le
poids doit également avoir été bien déterminé.
Ce tuyau est creux & ouvert par les deux bouts:
son extrémité S doit descendre jusqu'au fond
du fourneau ; elle doit porter sur la grille d e
& l'occuper toute entière. Ce n'est qu'après que
le tuyau R S a été ainsi placé, qu'on introduit
le charbon dans le fourneau. On le pèse alors
de nouveau, pour connaître la quantité de
charbon qui y a été introduite. Ces opérations
préliminaires achevées, on met en place le

@

COMBUSTION DU CHARBON. 491

fourneau, on visse le tuyau l m n, figure 9, avec
celui qui communique avec le gazomètre ; on
visse le tuyau o p avec celui qui conduit aux
bouteilles remplies de potasse: enfin au moment
l'on veut commencer la combustion, on
ouvre le robinet du gazomètre, & on jette un
petit charbon allumé par l'extrémité R du tuyau
S ; ce charbon tombe sur la grille où le courant
d'air le maintient allumé. Alors on retire
promptement le tuyau RS ; on visse à la cheminée
le tuyau o p destiné à évacuer l'air, &
on continue la combustion. Pour être assuré
qu'elle est vraiment commencée & que l'opération
a réussi, on a ménagé un tuyau q r s garni
à son extrémité s d'un verre mastiqué, à travers
lequel on peut voir si le charbon est allumé.
J'oubliais d'observer que ce fourneau & ses
dépendances sont plongés dans une espèce de
baquet allongé TVXY, fig. II, qui est rempli
d'eau & même de glace, afin de diminuer autant
que l'on veut la chaleur de la combustion.
Cette chaleur au surplus n'est jamais très vive,
parce qu'il ne peut y avoir de combustion qu'en
proportion de l'air qui est fourni par le gazomètre,
& qu'il n'y a d'ailleurs de charbon qui
brûle que celui qui porte immédiatement sur la
grille. A mesure qu'une molécule de charbon
est consommée, il en retombe une autre en

@

492 COMBUSTION DU CHARBON.

vertu de l'inclinaison des parois du fourneau;
elle se présente au courant d'air qui traverse
la grille d e, & elle brûle comme la première.
Quant à l'air qui a servi à la combustion, il
traverse la masse de charbon qui n'a pas encore
brûlé, & la pression exercée par le gazomètre
l'oblige de s'échapper par le tuyau o p, & de
traverser les bouteilles remplies d'alcali.
On voit que dans cette expérience on a toutes
les données nécessaires pour obtenir une analyse
complète de l'air atmosphérique & du
charbon. En effet, on connaît le poids du
charbon ; on a par le moyen du gazomètre la
mesure de la quantité d'air employée à la combustion ;
on peut déterminer la qualité &
quantité de celui qui reste après la combustion;
on a le poids de la cendre qui s'est rassemblée
dans le cendrier : enfin l'augmentation de
poids des bouteilles qui contiennent la potasse
en liqueur, donne la quantité d'acide carbonique
qui s'est formé. On peut également connaître
avec beaucoup de précision, par cette
opération, la proportion de carbone & d'oxygène
dont cet acide est composé.
Je rendrai compte dans les Mémoires de
l'Académie, de la suite d'expériences que j'ai
entreprises avec cet appareil sur tous les charbons
végétaux & animaux. Il n'est pas difficile

@

COMBUSTION DES HUILES. 493

de voir qu'avec très peu de changements on
peut en faire une machine propre à observer
les principaux phénomènes de la respiration.

§. II.

De la Combustion des Huiles.

Le charbon, au moins quand il est pur, étant
une substance simple, l'appareil destiné à le
brûler ne pouvait pas être très compliqué. Tout
se réduisait à lui fournir le gaz oxygène nécessaire
à sa combustion, & à séparer ensuite d'avec
le gaz azote le gaz acide carbonique qui s'était
formé. Les huiles sont plus composées que le
charbon, puisqu'elles résultent de la combinaison
au moins de deux principes, le carbone &
l'hydrogène; il reste en conséquence après
qu'on les a brûlées dans l'air commun, de l'eau,
du gaz acide carbonique & du gaz azote. L'appareil
qu'on emploie pour ce genre d'expériences,
doit avoir pour objet de séparer & de
recueillir ces trois espèces de produit.
Je me sers, pour brûler les huiles, d'un
grand bocal A représenté planche XII, fig. 4,
& de son couvercle, figure 5. Ce bocal est
garni d'une virole de fer BCDE, qui s'applique
exactement sur le bocal en DE, & qui y
est solidement mastiquée. Cette virole prend un

@

494 COMBUSTION DES HUILES.

plus grand diamètre en B C, & laisse entre elle
& les parois du bocal un intervalle ou rigole
xxxx, qu'on remplit de mercure : le couvercle
représenté fig. 5, a de son côté en f g une virole
de fer qui s'ajuste dans la rigole xxxx du bocal,
& qui plonge dans le mercure. Le bocal A
peut par ce moyen se fermer en un instant hermétiquement
& sans lut ; & comme la rigole
peut contenir une hauteur de mercure de deux
pouces, on voit qu'on peut faire éprouver à l'air
contenu dans le bocal une pression de plus de
deux pieds d'eau, sans risquer qu'elle surmonte
la résistance du mercure.
Le couvercle, fig. 5, est percé de quatre
trous destinés au passage d'un égal nombre de
tuyaux. L'ouverture T est d'abord garnie d'une
boëte à cuir à travers laquelle doit passer la
tige représentée fig. 3. Cette tige est destinée à
remonter ou à descendre la mèche de la lampe,
comme je l'expliquerai ci-après ; les trois autres
trous h, i, k, sont destinés, savoir, le premier
au passage du tuyau qui doit amener l'huile, le
second au passage du tuyau qui doit amener l'air
à la lampe pour entretenir la combustion, le
troisième au passage du tuyau qui doit donner
issue à ce même air lorsqu'il a servi à la combustion.
La lampe destinée à brûler l'huile dans le

@

COMBUSTION DES HUILES. 495

bocal, est représentée séparément, fig. 2. de la
même planche ; on y voit le réservoir à huile a
avec une espèce d'entonnoir par lequel on
le remplit ; le siphon b c d e f g h, qui
fournit l'huile à la lampe ; le tuyau 7, 8, 9
10, qui amène l'air du gazomètre à la même
lampe.
Le tuyau bc est taraudé extérieurement dans
sa partie inférieure b, & se visse dans un écrou
contenu dans le couvercle du réservoir A ; par
ce moyen, en tournant le réservoir, on peut
le faire monter ou descendre & amener l'huile
à la lampe au niveau où ou le juge à propos.
Quand on veut remplir le siphon & établir
la communication entre l'huile du réservoir
& celle de la lampe II, on ferme d'abord le
robinet c, on ouvre celui e, & on verse de
l'huile par l'ouverture f, qui est au haut du
siphon. Dès qu'on voit paraître l'huile dans la
lampe II à un niveau convenable c'est-à-dire
à trois ou quatre lignes des bords, on ferme
le robinet k ; on continue à verser de l'huile
par l'ouverture e, pour remplir la branche bcd.
Quand elle est remplie, on ferme le robinet f,
& alors les deux branches du siphon étant pleines
d'huile sans interruption, la communication
du réservoir à la lampe est établie.
La figure. I, même planche XII, représente

@

496 COMBUSTION DES HUILES.

la coupe de la lampe grossie pour rendre les
détails plus frappants & plus sensibles. On y
voit le tuyau ik, qui apporte l'huile ; aaaa,
la capacité qu'occupe la mèche ; 9 & 10, le
tuyau qui apporte l'air à la lampe : cet air se
répand dans la capacité ddddddd, puis il se
distribue par le canal cccc & par celui bbbb,
en-dedans & en-dehors de la mèche, à la
manière des lampes d'Argand, Quinquet &
Lange.
Pour faire mieux connaître l'ensemble de cet
appareil, & pour que sa description même
rende plus facile l'intelligence de tous les autres
de même genre, je l'ai représenté tout
entier en perspective, planche XI. On y voit le
gazomètre P qui fournit l'air; l'ajutage I & 2
par lequel il sort, & qui est garni d'un robinet
2 & 3, un tuyau qui communique de ce premier
gazomètre à un second, que l'on emplit
pendant que le premier se vide, afin que l'émission
de l'air se fasse sans interruption pendant
tout le temps que doit durer l'opération ;
4 & 5, un tube de verre garni d'un sel déliquescent
en morceaux médiocrement gros, afin
que l'air, en se distribuant dans les interstices,
y dépose une grande partie de l'eau qu'il tenait
en dissolution. Comme on connaît le poids du
tube & celui du sel déliquescent qu'il contient,
il

@

COMBUSTION DES HUILES. 497

il est toujours facile de connaître la quantité
d'eau qu'il a absorbée.
Du tube 4 & 5 que je nommerai tube déliquescent,
l'air est conduit à la lampe II par
le tube 5, 6, 7, 8, 9, 10. Là il se divise ;
une partie vient alimenter la flamme par-dehors,
l'autre par dedans, à là manière des lampes
d'Argand, Quinquet & Lange. Cet air, dont
une partie a ainsi servi à la combustion de
l'huile, forme avec elle en l'oxygénant du gaz
acide carbonique & de l'eau. Une partie de
cette eau se condense sur les parois du bocal
une autre partie est tenue en dissolution dans
l'air par la chaleur de la combustion : mais cet
air qui est poussé par la pression qu'il reçoit du
gazomètre, est obligé de passer par le tuyau
12, 13, 14 & 15, d'où il est conduit dans la
bouteille 16 & dans le serpentin 17 & 18, où
l'eau achève de se condenser à mesure que l'air
se refroidit. Enfin si quelque peu d'eau restait
encore en dissolution dans l'air, elle serait
absorbée par le sel déliquescent contenu dans
le tube 19 & 20.
Toutes les précautions qu'on vient d'indiquer
n'ont d'autre objet que de recueillir l'eau qui
s'est formée, & d'en déterminer la quantité : il
reste ensuite à évaluer l'acide carbonique & le
gaz azote. On y parvient au moyen des bouteilles
I i

@

498 COMBUSTION DES HUILES.

22 & 25, qui sont à moitié remplies de
potasse en liqueur & dépouillée d'acide carbonique
par la chaux. L'air qui a servi à la combustion,
y est conduit par les tuyaux 20, 21,
23 & 24, & il y dépose le gaz acide carbonique
qu'il contient. On n'a représenté dans
cette figure, pour la simplifier, que deux bouteilles
remplies de potasse en liqueur ; mais il
en faut beaucoup davantage, & je ne crois pas
qu'on puisse en employer moins de neuf. Il est
bon de mettre dans la dernière de l'eau de
chaux, qui est le réactif le plus sûr & le plus
sensible pour reconnaître l'acide carbonique :
si elle ne se trouble pas, on peut être assuré
qu'il ne reste pas de gaz acide carbonique dans
l'air, du moins en quantité sensible.
Il ne faut pas croire que l'air qui a servi à la
combustion lorsqu'il a traversé les neuf bouteilles,
ne contienne plus que du gaz azote ;
il est encore mêlé d'une assez grande quantité
de gaz oxygène qui a échappé à la combustion.
On fait passer ce mélange à travers un
sel déliquescent contenu dans le tube de verre
28 & 29, afin dé le dépouiller des portions
d'eau qu'il aurait pu dissoudre en traversant les
bouteilles de potasse & d'eau de chaux. Enfin
on conduit le résidu d'air à un gazomètre
par le tuyau 29 & 30 : on en détermine la

@

COMBUSTION DES HUILES. 499

quantité ; on en prend des échantillons qu'on
essaye par le sulfure de potasse, afin de savoir
la proportion de gaz oxygène & de gaz azote
qu'il contient.
On sait que dans la combustion des huiles,
la mèche se charbonne au bout d'un certain
temps, & s'obstrue. Il y a d'ailleurs une
longueur déterminée de mèche qu'il faut atteindre,
mais qu'il ne faut pas outrepasser, sans
quoi il monte par les tuyaux capillaires de la
mèche plus d'huile que le courant d'air n'en
peut consommer, & la lampe fume. Il était
donc nécessaire qu'on pût allonger ou raccourcir
la mèche de dehors & sans ouvrir l'appareil :
c'est à quoi on est parvenu, au moyen de la
tige 31, 32, 33 & 34, qui passe à travers une
boëte à cuir & qui répond au porte-mêche.
On a donné à cette tige un mouvement très
doux, au moyen d'un pignon qui engraine
dans une crémaillère. On voit cette tige & ses
accessoires représentés séparément, pl. XII,
fig. 3.
Il m'a semblé encore qu'en enveloppant la
flamme de la lampe avec un petit bocal de verre
ouvert par les deux bouts, la combustion en
allait mieux. Ce bocal est en place dans la
planche XI.
Je n'entrerai pas dans de plus grands détails
I i j

@

500 COMBUSTION DES HUILES.

sur la construction de cet appareil, qui est susceptible
d'être changé & modifié de différentes
manières. Je me contenterai d'ajouter que, lorsqu'on
veut opérer, on commence par peser la
lampe avec son réservoir & l'huile qu'elle contient ;
qu'on la met en place ; qu'on l'allume;
qu'après avoir donné de l'air en ouvrant le robinet
du gazomètre, on place le bocal A ; qu'on
l'assujettit au moyen d'une petite planche B C,
sur laquelle il repose, & de deux tiges de fer
qui la traversent & qui se vissent au couvercle &
y a de cette manière un peu d'huile brûlée
pendant qu'on ajuste le bocal au couvercle &
l'on en perd le produit ; il y a également une
petite portion d'air qui s'échappe du gazomètre
qu'on ne peut recueillir ; mais ces quantités
sont peu considérables dans des expériences en
grand ; elles sont d'ailleurs susceptibles d'être
évaluées.
Je rendrai compte dans les Mémoires de l'Académie,
des difficultés particulières attachées
à ce genre d'expériences, & des moyens de les
lever. Ces difficultés sont telles, qu'il ne m'a pas
encore été possible d'obtenir des résultats rigoureusement
exacts pour les quantités. J'ai bien la
preuve que les huiles fixes se résolvent entièrement
en eau & en gaz acide carbonique, qu'elles
sont composées d'hydrogène & de carbone;

@

COMBUSTION DE L'ALCOOL. 501

mais je n'ai rien d'absolument certain sur les
proportions.

§. III.

De la Combustion de l'Esprit-de-vin ou Alcool.

La combustion de l'alcool peut à la rigueur
se faire dans l'appareil qui a été décrit ci-dessus
pour la combustion du charbon & pour celle
du phosphore. On place sous une cloche. A,
planche. IV, fig. 3, une lampe remplie d'alcool ;
on attache à la mèche un atome de phosphore,
& on allume avec un fer recourbé qu'on
passe par-dessous la cloche ; mais cette manière
d'opérer est susceptible de beaucoup d'inconvénients.
Il serait d'abord imprudent d'employer
du gaz oxygène, par la crainte de la détonation :
on n'est pas même entièrement exempt
de ce risque, lorsque l'on emploie de l'air atmosphérique
& j'en ai fait, en présence de
quelques membres de l'Académie, une épreuve
qui a pensé leur devenir funeste ainsi qu'à moi.
Au lieu de préparer l'expérience comme j'étais
dans l'habitude de le faire, au moment même
où je devais opérer, je l'avais disposée dès la
veille. L'air atmosphérique contenu dans la cloche,
avait eu en conséquence le temps de dissoudre
de l'alcool : la vaporisation de l'alcool
I i iij

@

502 COMBUSTION DE L'ALCOOL.

avait même été favorisée par la hauteur de la
colonne de mercure que j'avais élevée en E F,
planche IV, fig. 3. En conséquence, au moment
où je voulus allumer le petit morceau de
phosphore & la lampe avec le fer rouge, il se
fit une détonation violente qui enleva la cloche
& qui la brisa en mille pièces contre le plancher
du laboratoire. Il résulte de l'impossibilité
où l'on est d'opérer dans du gaz oxygène, qu'on
ne peut brûler par ce moyen que de très petites
quantités d'alcool, de 10 à 12 grains par exemple,
& les erreurs qu'on peut commettre sur
d'aussi petites quantités, ne permettent de prendre
aucune confiance dans les résultats. J'ai
essayé dans les expériences dont j'ai rendu
compte à l'Académie (Voy. Mém. Acad. année
1784, pag. 593) de prolonger la durée de la
combustion, en allumant la lampe d'alcool dans
l'air ordinaire, & en re-fournissant ensuite du
gaz oxygène sous la cloche à mesure qu'il s'en
était consommé ; mais le gaz acide carbonique
qui se forme met obstacle à la combustion,
d'autant plus que l'alcool est peu combustible
& qu'il brûle difficilement dans de l'air moins
bon que l'air commun ; on ne peut donc encore
brûler de cette manière que de très petites
quantités d'alcool.
Peut-être cette combustion réussirait-elle

@

COMBUSTION DE L'ALCOOL. 503

dans l'appareil représenté planche XI; mais je
n'ai pas osé l'y tenter. Le bocal A où se fait
la combustion, a environ 1400 pouces cubiques,
de capacité ; & s'il se faisait une détonation
dans un aussi grand vaisseau, elle aurait des
suites terribles dont il serait difficile de se garantir.
Je ne renonce pas cependant à la tenter.
C'est par une suite de ces difficultés que je
me suis borné jusqu'ici à des expériences très
en petit sur l'alcool, ou bien à des combustions
faites dans des vaisseaux ouverts, comme
dans l'appareil représenté pl. IX, fig. 5, dont
je donnerai la description dans le §. 5 de ce
Chapitre.
Je reprendrai dans d'autres temps la suite de
ce travail, si du moins je puis parvenir à lever
les obstacles qu'il m'a présentés jusqu'ici.

§. IV.

De la Combustion de l'Ether.

La combustion de l'éther en vaisseaux clos,
ne comporte pas précisément les mêmes difficultés
que celle de l'alcool ; mais elle en présente
d'un autre genre qui ne sont pas moins
difficiles à vaincre, & qui m'arrêtent encore
dans ce moment.
J'avais cru pouvoir profiter, pour opérer
I i iv

@

504 COMBUSTION DE L'ETHER.

cette combustion, de la propriété qu'a l'éther
de se dissoudre dans l'air de l'atmosphère, &
de le rendre inflammable sans détonation. J'ai
fait construire, d'après cette idée, un réservoir
à éther a b c d, pl. XII, fig. 8, auquel l'air du
gazomètre est amené par un tuyau 1, 2, 3, 4.
Cet air se répand d'abord dans un double fond
pratiqué à la partie supérieure a c du réservoir.
Là il se distribue par sept tuyaux descendants ef,
gh, ik, &c. & la pression qu'il reçoit de la part
du gazomètre, l'oblige de bouillonner à travers
l'éther contenu dans le vase abcd.
On peut, à mesure que l'éther ainsi dissous
& emporté par l'air, en rendre au réservoir
abcd, au moyen d'un réservoir supplémentaire
E, porté par un tuyau de cuivre o p, de
15 à 18 pouces de haut, & qui se ferme au
moyen d'un robinet. J'ai été obligé de donner
une assez grande hauteur à ce tuyau, afin que
l'éther qui est contenu dans le flacon E puisse
vaincre la résistance occasionnée par la pression
exercée par le gazomètre.
L'air ainsi chargé de vapeurs d'éther est repris
par le tuyau 5, 6, 7, 8, 9, & conduit dans
le bocal A où il s'échappe par un ajustoir très
fin à l'extrémité duquel on l'allume. Ce même
air, après avoir servi à la combustion, passe
par la bouteille 16, planche XI, par le serpentin

@

COMBUSTION DE L'ETHER. 505

17 & 18, & par le tube déliquescent où
il dépose l'eau dont il s'était chargé ; le gaz
acide carbonique est ensuite absorbé par l'alcali
contenu dans les bouteilles 22 & 25.
Je supposais, lorsque j'ai fait construire cet
appareil, que la combinaison d'air atmosphérique
& d'éther qui s'opère dans le réservoir
abcd, planc. XII, figure 8, était dans la
juste proportion qui convient à la combustion,
c'est en quoi j'étais dans l'erreur : il y a un
excès d'éther très considérable, & il faut en
conséquence une nouvelle combinaison d'air
atmosphérique pour opérer la combustion totale.
Il en résulte qu'une lampe construite de
cette manière brûle dans l'air ordinaire qui
fournit la quantité d'oxygène manquante pour
la combustion ; mais qu'elle ne peut brûler
dans des vaisseaux où l'air ne se renouvelle pas.
Aussi la lampe s'éteignait-elle peu de temps
après qu'elle était enfermée dans le bocal A,
planche XII, figure 8. Pour remédier à
cet inconvénient, j'ai essayé d'amener à cette
lampe de l'air atmosphérique par un tuyau latéral
9, 10, 11, 12, 13, 14 & 15; & je l'ai distribué
circulairement autour de la mèche, mais
quelque léger que fût le courant d'air, la flamme
était si mobile, elle tenait si peu à la mèche,
qu'il suffisait pour la souffler ; en sorte que je

@

506 COMBUSTION

n'ai point encore pu réussir à la combustion de
l'éther. Je ne désespère cependant pas d'y parvenir,
au moyen de quelques changements que
je fais faire à cet appareil.

§. V.

De la Combustion du gaz hydrogène, & de
la Formation de l'Eau.

La formation de l'eau a cela de particulier,
que les deux substances qui y concourent, l'oxygène
& l'hydrogène, sont l'une & l'autre dans
l'état aériforme avant la combustion, & que
l'une & l'autre se transforment par le résultat
de cette opération en une substance liquide
qui est l'eau.
Cette combustion serait donc sort simple &
n'exigerait pas des appareils fort compliqués
s'il était possible de se procurer des gaz oxygène
& hydrogène parfaitement purs & qui fussent
combustibles sans reste. On pourrait alors
opérer dans de très petits vaisseaux & en y
re-fournissant continuellement les deux gaz dans
la proportion convenable, on continuerait indéfiniment
la combustion. Mais jusqu'ici les
Chimistes n'ont encore employé que du gaz
oxygène mélangé de gaz azote. Il en a résulté
qu'ils n'ont pu entretenir que pendant un temps
limité & très court la combustion du gaz hydrogène

@

DU GAZ HYDROGÈNE. 507

dans des vaisseaux clos : & en effet, le
résidu de gaz azote augmentant continuellement,
la flamme s'affaiblit & elle finit par s'éteindre.
Cet inconvénient est d'autant plus grand, que
le gaz oxygène qu'on emploie est moins pur :
il faut alors, ou cesser la combustion & se résoudre
à n'opérer que sur de petites quantités,
ou refaire le vide pour se débarrasser du gaz
azote ; mais dans ce dernier cas on vaporise une
portion de l'eau qui s'est formée, & il en résulte
une erreur d'autant plus dangereuse, qu'on
n'a pas de moyen sûr de l'apprécier.
Ces réflexions me font désirer de pouvoir
répéter un jour les principales expériences de
la Chimie pneumatique avec du gaz oxygène
absolument exempt de mélange de gaz azote,
& le sel muriatique oxygéné de potasse en fournit
les moyens. Le gaz oxygène qu'on en retire
ne paraît contenir de l'azote qu'accidentellement ;
en forte qu'avec des précautions on
pourra l'obtenir parfaitement pur. En attendant
que j'aie pu reprendre cette suite d'expériences,
voici l'appareil que nous avons employé,
M. Meusnier & moi, pour la combustion du
gaz hydrogène. Il n'y aura rien à y changer,
lorsqu'on aura pu se procurer des gaz purs, si ce
n'est qu'on pourra diminuer la capacité du vase
où se fait la combustion.

@

508 COMBUSTION

J'ai pris un matras ou ballon à large ouverture
A, pl. IV, fig. 5, & j'y ai adapté une
platine B C, à laquelle était soudée une douille
creuse de cuivre g F D, fermée par le haut &
à laquelle venaient aboutir trois tuyaux. Le
premier d D d' se terminait en d' par une ouverture
très petite & à peine capable de laisser
passer une aiguille fine ; il communiquait avec
le gazomètre représenté pl. VIII, fig. 1, lequel
était rempli de gaz hydrogène. Le tuyau opposé
gg communiquait avec un autre gazomètre
tout semblable, qui était rempli de gaz oxygène :
un troisième tuyau H h s'adaptait à une
machine pneumatique, pour qu'on pût faire le
vide dans le ballon A. Enfin la platine B C
était en outre percée d'un trou garni d'un tube
de verre, à travers, lequel passait un fil de métal
g L, à l'extrémité duquel était adaptée une
petite boule L de cuivre, afin qu'on put tirer
une étincelle électrique de L en d', & allumer
ainsi le gaz hydrogène amené par le tuyau d D d'.
Pour que les deux gaz arrivassent aussi secs
qu'il était possible, on avait rempli deux tubes
M M, N N, d'un pouce & demi de diamètre
environ, & d'un pied de longueur, avec de
la potasse concrète bien dépouillée d'acide
carbonique & concassée en morceaux assez
gros pour que les gaz pussent passer librement

@

DU GAZ HYDROGÈNE. 509

entre les interstices. J'ai éprouvé depuis que du
nitrate ou du muriate de chaux bien secs & en
poudre grossière, étaient préférables à la potasse,
& qu'ils enlevaient plus d'eau à une quantité
donnée d'air.
Pour opérer avec cet appareil, on commence
par faire le vide dans le ballon A, au moyen
de la pompe pneumatique adaptée au tuyau
FHh; après quoi on y introduit du gaz oxygène,
en tournant le robinet r du tube gg. Le degré du
limbe du gazomètre observé avant & après l'introduction
du gaz, indique la quantité qui en est
entrée dans le ballon. On ouvre ensuite le robinet
s du tube d D d', afin de faire arriver le
gaz hydrogène ; & aussitôt, soit avec une machine
électrique, soit avec une bouteille de
Leyde, on fait passer une étincelle de la boule
L à l'extrémité d' du tube par lequel se fait
l'écoulement du gaz hydrogène, & il s'allume
aussitôt. Il faut, pour que la combustion ne soit
ni trop lente ni trop rapide, que le gaz hydrogène
arrive avec une pression d'un pouce, &
demi à deux pouces d'eau, & que le gaz oxygène
n'arrive au contraire qu'avec trois lignes
au plus de pression.
La combustion ainsi commencée, elle se continue ;
mais en s'affaiblissant à mesure que la
quantité de gaz azote qui reste de la combustion

@

510 COMBUSTION

des deux gaz augmente. Il arrive enfin un moment
où la portion de gaz azote devient telle,
que la combustion ne peut plus avoir lieu, &
alors la flamme s'éteint. Il faut faire en sorte de
prévenir cette extinction spontanée; parce qu'au
moyen de ce qu'il y a pression plus forte dans
le réservoir de gaz hydrogène que dans celui
de gaz oxygène, il se ferait un mélange des
deux dans le ballon, & que ce mélange passerait
ensuite dans le réservoir de gaz oxygène.
Il faut donc arrêter la combustion en fermant
le robinet du tuyau d D d', dès qu'on s'aperçoit
que la flamme s'affaiblit à un certain point,
& avoir une grande attention pour ne point se
laisser surprendre.
A une première combustion ainsi faite on
peut en faire succéder une seconde, une troisième,
&c. On refait alors le vide comme la
première fois ; on remplit le ballon de gaz
oxygène, on ouvre le robinet du tuyau par lequel
s'introduit le gaz hydrogène, & on allume
par l'étincelle électrique.
Pendant toutes ces opérations, l'eau qui se
forme, se condense sur les parois du ballon &
ruisselle de toutes parts : elle se rassemble au
fond, & il est aisé d'en déterminer le poids
quand on connaît celui du ballon. Nous rendrons
compte un jour, M. Meusnier & moi,

@

DU GAZ HYDROGÈNE. 511

des détails de l'expérience que nous avons faite
avec cet appareil, dans les mois de janvier &
de février 1785, en présence d'une grande partie
des membres de l'Académie. Nous avons
tellement multiplié les précautions, que nous
avons lieu de la croire exacte. D'après le résultat
que nous avons obtenu, 100 parties d'eau
en poids sont composées de 85 d'oxygène &
de 15 d'hydrogène.
Il est encore un autre appareil pour la combustion,
avec lequel on ne peut pas faire des
expériences aussi exactes qu'avec les précédents,
mais qui présente un résultat très frappant &
très propre à être présenté dans un cours de
Physique & de Chimie. Il consiste dans un serpentin
EF, planche IX, figure 5, renfermé
dans un seau de métal A B C D. A la partie supérieure
E du tuyau de ce serpentin, on adapte
une cheminée G H composée d'un double tuyau;
savoir, de la continuation du serpentin & d'un
tuyau de fer-blanc qui l'environne. Ces deux
tuyaux laissent entre eux un intervalle d'un pouce
environ, qu'on remplit avec du sable.
A l'extrémité inférieure du tuyau intérieur K,
s'adapte un tube de verre, & au-dessous une
lampe à esprit-de-vin L M, à la Quinquet.
Les choses ainsi préparées, & la quantité
d'alcool contenue dans la lampe ayant été bien

@

512 COMBUSTION DU GAZ HYDROGÈNE.

déterminée, on allume. L'eau qui se forme
pendant la combustion de l'alcool, s'élève par
le tube K E ; elle se condense dans le serpentin
contenu dans le seau ABCD, & va ressortir
en état d'eau par l'extrémité F du tube où elle
est reçue dans une bouteille P.
La double enveloppe G H est destinée à empêcher
que le tube ne se refroidisse dans sa
partie montante, & que l'eau ne s'y condense.
Elle redescendrait le long du tube, sans qu'on
pût en déterminer la quantité ; il pourrait d'ailleurs
en retomber sur la mèche des gouttes,
qui ne manqueraient pas de l'éteindre. L'objet
de cet appareil est donc d'entretenir toujours
chaude toute la partie G H que j'appelle la cheminée,
& toujours froide au contraire la partie
qui forme le serpentin proprement dit ; en sorte
que l'eau soit toujours dans l'état de vapeurs
dans la partie montante, & qu'elle se condense
sitôt qu'elle est engagée dans la partie descendante.
Cet appareil a été imaginé par M. Meusnier :
j'en ai donné la description dans les Mémoires
de l'Académie, année 1784, page 593
& 594. On peut, en opérant avec précaution,
c'est-à-dire en entretenant l'eau qui environne
le serpentin, toujours froide, retirer près de
17 onces d'eau de la combustion de 16 onces
d'esprit-de-vin ou alcool.
§.

@

OXYDATION DES MÉTAUX. 513

§. VI.

De l'Oxydation des Métaux.

On désigne principalement par le nom de
calcination ou oxydation, une opération dans
laquelle les métaux exposés à un certain degré
de chaleur se convertissent en oxydes, en absorbant
l'oxygène de l'air. Cette combinaison se
fait en raison de ce que l'oxygène a plus d'affinité,
du moins à un certain degré de température
avec les métaux, qu'il n'en a avec le calorique.
En conséquence le calorique devient
libre & se dégage : mais comme l'opération,
lorsqu'elle se fait dans l'air commun, est successive
& lente, le dégagement du calorique est
peu sensible. Il n'en est pas de même, lorsque
la calcination s'opère dans le gaz oxygène ; elle
se fait alors d'une manière beaucoup plus rapide,
elle est souvent accompagnée de chaleur
& de lumière ; en sorte qu'on ne peut douter
que les substances métalliques ne soient de véritables
corps combustibles.
Les métaux n'ont pas tous le même degré
d'affinité pour l'oxygène: L'or & l'argent, par
exemple, & même le platine ne peuvent l'enlever
au calorique, à quelque degré de chaleur
que ce soit. Quant aux autres métaux, ils s'en
K k

@

514 OXYDATION DES MÉTAUX.

chargent d'une quantité plus ou moins grande,
&, en général, ils en absorbent jusqu'à ce que ce
principe soit en équilibre entre la force du
calorique qui le retient, & celle du métal qui
l'attire. Cet équilibre est une loi générale de la
nature dans toutes les combinaisons.
Dans les opérations de docimasie & dans
toutes celles relatives aux arts, on accélère
l'oxydation du métal en donnant un libre accès
à l'air extérieur. Quelquefois même on y joint
l'action d'un soufflet dont le courant est dirigé
sur la surface du métal. L'opération est encore
plus rapide, si on souffle du gaz oxygène ; ce
qui est très facile à l'aide du gazomètre dont j'ai
donné la description. (Voyez page 346.) Alors
le métal brûle avec flamme, & l'oxydation est
terminée en quelques instants: mais on ne peut
employer ce dernier moyen que pour des expériences
très en petit, à cause de la cherté du
gaz oxygène.
Dans l'essai des mines & en général dans
toutes les opérations courantes des laboratoires,
on est dans l'usage de calciner ou oxyder les métaux
sur un plat ou soucoupe de terre cuite, pl.
IV, fig. 6, qu'on place sur un bon fourneau : on
nomme ces plats ou soucoupes têts à rôtir. De
temps en temps on remue la matière qu'on veut
calciner, afin de renouveler les surfaces.

@

PROCÉDÉ DE M. PRISTLEY. 515

Toutes les fois qu'on opère sur une substance
métallique qui n'est pas volatile, & qu'il ne se
dissipe rien pendant l'opération, il y a augmentation
de poids du métal. Mais des expériences
faites ainsi en plein air, n'auraient jamais conduit
à reconnaître la cause de l'augmentation
du poids des métaux pendant leur oxydation.
Ce n'est que du moment où l'on a commencé
à opérer dans des vaisseaux fermés & dans des
quantités déterminées d'air, qu'on a été véritablement
sur la voie de la découverte des causes
de ce phénomène. Un premier moyen qu'on
doit à M. Priestley, consiste à exposer le métal
qu'on se propose de calciner, sur une capsule N
de porcelaine, planc. IV, fig. II, placée sur
un support un peu élevé I K ; à le recouvrir
avec une cloche de cristal A plongée dans un
bassin plein d'eau BCDE, & à élever l'eau
jusqu'en G H, en suçant l'air de la cloche avec
un siphon qu'on passé par-dessous : on fait ensuite
tomber sur le métal le foyer d'un verre
ardent. En quelques minutes l'oxydation s'opère ;
une partie de l'oxygène contenu dans l'air
se combine avec le métal ; il y a une diminution
proportionnée dans le volume de l'air, &
ce qui reste n'est plus que du gaz azote, encore
mêlé cependant d'une petite quantité de
gaz oxygène. J'ai exposé le détail des expériences
k k ij

@

516 PROCÉDÉ DE BOYLE.

que j'ai faites avec cet appareil dans
mes opuscules physiques & chimiques, imprimées
en 1773, pages 283, 284, & 286.
On peut substituer le mercure à l'eau, & l'expérience
n'en est que plus concluante.
Un autre procédé dont j'ai exposé le résultat
dans les Mémoires de l'Académie, année 1774,
page 351 & dont la première idée appartient
à Boyle, consiste à introduire le métal sur lequel
on veut opérer dans une cornue A, pl.
III, fige 20, dont on tire à la lampe l'extrémité
du col, & qu'on ferme hermétiquement en C.
On oxyde ensuite le métal, en tenant la cornue
sur un feu de charbon, & en la chauffant avec
précaution. Le poids du vaisseau & des matières
qu'il contient, ne change pas tant qu'on n'a
pas rompu l'extrémité C du bec de la cornue;
mais sitôt qu'on procure à l'air extérieur une
issue pour rentrer, il se fait avec sifflement.
Cette opération ne serait pas sans quelque
danger, si on scellait hermétiquement la cornue
sans avoir fait sortir auparavant une portion de
l'air qu'elle contenait ; la dilatation occasionnée
par la chaleur pourrait faire éclater le vaisseau,
avec risque pour ceux qui le tiendraient ou qui
seraient dans le voisinage. Pour prévenir ce
danger, on doit faire chauffer la cornue avant
de la sceller à la lampe & en faire sortir une

@

OXYDATION DU MERCURE. 517

portion d'air qu'on reçoit sous une cloche dans
l'appareil pneumato-chimique, afin de pouvoir
en déterminer la quantité.
Je n'ai point multiplié, autant que je l'aurais
désiré, ces oxydations, & je n'ai obtenu de
résultats satisfaisants qu'avec l'étain : le plomb
ne m'a pas bien réussi. Il serait à souhaiter que
quelqu'un voulût bien reprendre ce travail &
tenter l'oxydation dans différents gaz; il serait,
je crois, bien dédommagé des peines attachées
à ce genre d'expériences.
Tous les oxydes de mercure étant susceptibles
de se revivifier sans addition, & de restituer
dans son état de pureté l'oxygène qu'ils ont
absorbé, aucun métal n'était plus propre à devenir
le sujet d'expériences très concluantes sur
la calcination & l'oxydation des métaux. J'avais
d'abord tenté, pour opérer l'oxydation du
mercure dans les vaisseaux fermés, de remplir
une cornue de gaz oxygène, d'y introduire une
petite portion de mercure & d'adapter à son
col une vessie à moitié remplie de gaz oxygène,
comme on le voit représenté planche IV,
fig. 12 Je faisais ensuite chauffer le mercure
de la cornue ; & en continuant très longtemps
l'opération, j'étais parvenu à en oxyder une
petite portion, & à former de l'oxyde rouge
qui nageait à la surface : mais la quantité de
K k iij

@

518 OXYDATION DU MERCURE.

mercure que je suis parvenu à oxyder de cette
manière, était si petite, que la moindre erreur
commise dans la détermination des quantités
de gaz oxygène avant & après l'oxydation,
aurait jeté la plus grande incertitude sur
mes résultats. J'étais toujours inquiet d'ailleurs,
& non sans de justes raisons, qu'il ne se fût
échappé de l'air à travers des pores de la vessie,
d'autant plus qu'elle se racornit pendant l'opération
par la chaleur du fourneau dans lequel
ou opère, à moins qu'on ne la recouvre de
linges entretenus toujours humides.
On opère d'une manière plus sûre avec l'appareil
représenté planc. IV, figure 2. (Voyez
Mém. Acad. année 1775, page 580.) Il consiste
en une cornue A , au bec de laquelle on
soude à la lampe d'émailleur un tuyau de verre
recourbé B C D E, de 10 à 12 lignes de diamètre,
qui s'engage sous une cloche F G contenue
& retournée dans un bassin plein d'eau
ou de mercure. Cette cornue est soutenue sur
les barres d'un fourneau MMNN : on peut aussi
se servir d'un bain de sable. On parvient avec
cet appareil à oxyder en plusieurs jours un peu
de mercure dans l'air ordinaire, & à obtenir
un peu d'oxyde rouge qui nage à la surface : on
peut même le rassembler, le revivifier & comparer
les quantités de gaz obtenu avec l'absorption

@

OXYDATION DU FER. 519

qui a eu lieu pendant la calcination ; (voyez
page 35 les détails que j'ai donnés sur cette
expérience) mais ce genre d'opérations ne pouvant
se faire que très en petit, il reste toujours
de l'incertitude sur les quantités.
La combustion du fer dans le gaz oxygène
étant une véritable oxydation, je dois en faire
mention ici. L'appareil qu'emploie M. IngenHousz
pour cette opération, est représenté pl.
IV, fig. 17. J'en ai déjà donné la description
page 41, & je ne puis qu'y renvoyer.
On peut aussi brûler & oxyder du fer sous
des cloches de verre remplies de gaz oxygène,
de la même manière qu'on brûle du phosphore
ou du charbon. On se sert également pour cette
opération de l'appareil représenté planche IV,
fig. 3, & dont j'ai donné la description, p. 61.
II faut dans cette expérience, comme dans la
combustion, attacher à l'une des extrémités du
fil de fer, ou des copeaux de fer qu'on se propose
de brûler, un petit morceau d'amadou
& un atome de phosphore : le fer chaud qu'on
passe sous la cloche allume le phosphore ; celuici
allume l'amadoue, & l'inflammation se communique
au fer. M. IngenHousz nous a appris
qu'on pourvoit brûler ou oxyder de la même
manière tous les métaux, à l'exception de l'or,
de l'argent & du mercure. Il ne s'agit que de
K k iv

@

520 OXYDATION DU MERCURE.

se procurer ces métaux en fils très fins ou en
feuilles minces coupées par bandes ; on les
tortille avec du fil de fer, & ce dernier métal
communique aux autres la propriété de s'enflammer
& de s'oxyder.
Nous venons de voir comment on parvenait
à oxyder de très petites quantités de mercure
dans les vaisseaux fermés & dans des volumes
d'air limités : ce n'est de même qu'avec beaucoup
de peine qu'on parvient à oxyder ce métal,
même à l'air libre. On se sert ordinairement
dans les laboratoires pour cette opération
d'un matras A , planche IV, fig. 10, à cul très
plat, qui a un col B C très allongé & terminé
par une très petite ouverture : ce vaisseau porte
le nom d'enfer de Boyle. On y introduit assez
de mercure pour couvrir son fond, & on le
place sur un bain de sable qu'on entretient à
un degré de chaleur fort approchant du mercure
bouillant. En continuant ainsi pendant plusieurs
mois, avec cinq ou six de ces matras,
& en renouvelant de temps en temps le mercure,
on parvient à obtenir quelques onces de cet
oxyde.
Cet appareil a un grand inconvénient, c'est
que l'air ne s'y renouvelle pas assez ; mais d'un
autre côté, si on donnait à l'air extérieur une
circulation trop libre, il emporterait avec lui

@

OXYDAT10N DU MERCURE. 521

du mercure en dissolution, & au bout de quelques
jours on n'en retrouverait plus dans le
vaisseau, Comme de toutes les expériences que
l'on peut faire sur l'oxydation des métaux, celles
sur le mercure sont les plus concluantes, il
serait à souhaiter qu'on pût imaginer un appareil
simple au moyen duquel on pût démontrer
cette oxydation & les résultats qu'on en obtient
dans les cours publics. On y parviendrait, ce
me semble, par des moyens analogues à ceux
que j'ai décrits pour la combustion des huiles
ou du charbon ; mais je n'ai pu reprendre encore
ce genre d'expériences.
L'oxyde de mercure se revivifie, comme je
l'ai dit, sans addition ; il suffit de le faire chauffer
à un degré de chaleur légèrement rouge.
L'oxygène à ce degré a plus d'affinité avec le
calorique qu'avec le mercure, & il se forme
du gaz oxygène ; mais ce gaz est toujours mêlé
d'un peu de gaz azote, ce qui indique que le
mercure en absorbe une petite portion pendant
son oxydation. Il contient aussi presque toujours
un peu de gaz acide carbonique; ce qu'on doit
sans doute attribuer aux ordures qui s'y mêlent,
qui se charbonnent & qui convertissent
ensuite une portion de gaz oxygène en gaz
acide carbonique.
Si les Chimistes étaient réduits à tirer de

@

522 GAZ OXIGÈNE

l'oxyde de mercure fait par voie de calcination,
tout le gaz oxygène qu'ils emploient dans leurs
expériences, le prix excessif de cette préparation
rendrait absolument impraticables les expériences
un peu en grand. Mais on peut également
oxygéner le mercure par l'acide nitrique,
& on obtient un oxyde rouge plus pur que
celui même qui a été fait par voie de calcination.
On le trouve tout préparé dans le commerce
& à un prix modéré : il faut choisir de
préférence celui qui est en morceaux solides &
formé de lames douces au toucher & qui tiennent
ensemble. Celui qui est en poudre est
quelquefois mélangé d'oxyde rouge de plomb
il ne paraît pas que celui en morceaux solides
soit susceptible de la même altération. J'ai
quelquefois essayé de préparer moi-même cet
oxyde par l'acide nitrique : la dissolution du
métal faite, j'évaporais jusqu'à siccité, & je
calcinais le sel, ou dans des cornues, ou dans
des capsules faites avec des fragments de matras
coupés par la méthode que j'ai indiquée ; mais
jamais je n'ai pu parvenir à l'avoir aussi beau
que celui du commerce. On le tire, je crois,
de Hollande.
Pour obtenir le gaz oxygène de l'oxyde de
mercure j'ai coutume de me servir d'une cornue
de porcelaine à laquelle j'adapte un long

@

RETIRÉ DE L'OXYDE DE MERCURE. 523

tube de verre qui s'engage sous des cloches
dans l'appareil pneumato-chimique à l'eau. Je
place au bout du tube un vase plongé dans
l'eau, dans lequel se rassemble le mercure à
mesure qu'il se revivifie. Le gaz oxygène ne
commence à passer que quand la cornue devient
rouge. C'est un principe général que. M.
Berthollet a bien établi, qu'une chaleur obscure
ne suffit pas pour former du gaz oxygène,
il faut de la lumière : ce qui semble prouver
que la lumière est un de ses principes constituants.
On doit dans la revivification de l'oxyde
rouge de mercure rejeter les premières portions
de gaz qu'on obtient, parce qu'elles sont mêlées
d'air commun en raison de celui contenu
dans le vide des vaisseaux : mais avec cette
précaution même, on ne parvient pas à obtenir
du gaz oxygène parfaitement pur; il contient
communément un dixième de gaz azote, &
presque toujours une très petite portion de gaz
acide carbonique. On se débarrasse de ce dernier
au moyen d'une liqueur alcaline caustique
à travers laquelle on fait passer le gaz qu'on a
obtenu. A l'égard du gaz azote, on ne connaît
aucun moyen de l'en séparer ; mais on peut
en connaître la quantité, en laissant le gaz
oxygène pendant une quinzaine de jours en
contact avec du sulfure de soude ou de potasse.

@

524 GAZ OXYGÈNE, &c.

Le gaz oxygène est absorbé ; il forme de l'acide
sulfurique avec le soufre, & il ne reste que le
gaz azote seul.
Il y a beaucoup d'autres moyens de se procurer
du gaz oxygène : on peut le tirer de
l'oxyde noir de manganèse ou du nitrate de
potasse par une chaleur rouge, & l'appareil
qu'on emploie est à peu près le même que celui
que j'ai décrit pour l'oxyde rouge de mercure.
Il faut seulement un degré de chaleur plus fort
& au moins égal à celui qui est susceptible de
ramollir le verre : on ne peut en conséquence
employer que des cornues de grès ou de porcelaine.
Mais le meilleur de tous, c'est-à-dire
le plus pur, est celui qu'on dégage du muriate
oxygéné de potasse par la simple chaleur. Cette
opération peut se faire dans une cornue de
verre, & le gaz qu'on obtient est absolument
pur, pourvu toutefois que l'on rejette les premières
portions qui sont mêlées d'air des vaisseaux.

§. VII.

De la Détonation.

J'ai fait voir, Chapitre IX, page 103 &
suiv. que l'oxygène, en se combinant dans les
différents corps, ne se dépouillait pas toujours
de tout le calorique qui le constituait dans l'état

@

DE LA DÉTONATION. 525

de gaz ; qu'il entrait, par exemple, avec presque
tout son calorique dans la combinaison qui
forme l'acide nitrique & dans celle qui forme
l'acide muriatique oxygéné; en sorte que l'oxygène
dans le nitre & surtout dans le muriate
oxygéné, était jusqu'à un certain point dans
l'état de gaz oxygène condensé & réduit au
plus petit volume qu'il puisse occuper.
Le calorique dans ces combinaisons exerce
un effort continuel sur l'oxygène, pour le ramener
à l'état de gaz : l'oxygène en conséquence
y tient peu ; la moindre force suffit pour lui
rendre la liberté, & il reparaît souvent dans
un instant presque indivisible dans l'état de gaz.
C'est ce passage brusque de l'état concret à l'état
aériforme qu'on a nommé détonation, parce
qu'en effet il est ordinairement accompagné de
bruit & de fracas. Le plus communément ces
détonations s'opèrent par la combinaison du
charbon, soit avec le nitre, soit avec le muriate
oxygéné. Quelquefois pour faciliter encore
l'inflammation, on y ajoute du soufre ; & c'est
ce mélange fait dans de justes proportions &
avec des manipulations convenables, qui constitue
la poudre à canon.
L'oxygène par la détonation avec le charbon
change de nature, & il se convertit en acide
carbonique. Ce n'est donc pas du gaz oxygène

@

526 DÉTONATION DU SALPÊTRE

qui se dégage, mais du gaz acide carbonique,
du moins quand le mélange a été fait dans de
justes proportions. Il se dégage en outre du gaz
azote dans la détonation du nitre, parce que
l'azote est un des principes constituants de l'acide
nitrique.
Mais l'expansion subite & instantanée de
ces gaz ne suffit pas pour expliquer tous les
phénomènes relatifs à la détonation. Si cette
cause y influait seule, la poudre serait d'autant
plus forte que la quantité de gaz dégagé
dans un temps donné serait plus considérable;
ce qui ne s'accorde pas toujours avec l'expérience.
J'ai eu occasion d'éprouver des espèces
de poudre à tiret qui produisaient un effet
presque double de la poudre ordinaire, quoiqu'elles
donnassent un sixième de gaz de moins
par la détonation. Il y a apparence que la
quantité de calorique qui se dégage au moment
de la détonation, contribue beaucoup à en augmenter
l'effet & on peut en concevoir plusieurs
raisons. Premièrement, quoique le calorique
pénètre assez librement à travers les pores
de tous les corps, il ne peut cependant y passer
que successivement & en un temps donné: lors
donc que la quantité qui se dégage à la fois est
trop considérable, & qu'elle est beaucoup plus
grande que celle qui peut se débiter, s'il est

@

DÉTONATION DU SALPÊTRE. 527

permis de se servir de cette expression, par les
pores des corps, il doit agir à la manière des
fluides élastiques ordinaires & renverser tout ce
qui s'oppose à son passage. Une partie de cet
effet doit avoir lieu, lorsqu'on allume de la
poudre dans un canon quoique le métal qui le
compose soit perméable pour le calorique, la
quantité qui s'en dégage à la fois est tellement
grande, qu'elle ne trouve pas une une issue assez
prompte à travers les pores du métal ; elle fait
donc un effort en tous sens, & c'est cet effort
qui est employé à chasser le boulet.
Secondement, le calorique produit nécessairement
un second effet qui dépend également
de la force répulsive que ses molécules paraissent
exercer les unes sur les autres: il dilate les
gaz qui se dégagent au moment de l'inflammation
de la poudre, & cette dilatation est d'autant
plus grande que la température est plus élevée.
Troisièmement, il est possible qu'il y ait
décomposition de l'eau dans l'inflammation de
la poudre, & qu'elle fournisse de l'oxygène au
charbon pour former de l'acide carbonique. Si
les choses se passent ainsi, il doit se dégager
rapidement, au moment de la détonation de
la poudre, une grande quantité de gaz hydrogène
qui se débande & qui contribue à augmenter
la force de l'explosion. On sentira combien

@

528 DÉTONATION DU SALPÊTRE.

cette circonstance doit contribuer à augmenter
l'effet de la poudre, si l'on considère
que le gaz hydrogène ne pèse qu'un grain deux
tiers par pinte ; qu'il n'en faut par conséquent
qu'une très petite quantité en poids pour occuper
un très grand espace, & qu'il doit exercer
une force expansive prodigieuse, quand il passe
de l'état liquide à l'état aériforme.
Quatrièmement enfin une portion d'eau non
décomposée doit se réduire en vapeurs dans
l'inflammation de la poudre, & l'on sait que
dans l'état de gaz elle occupe un volume 17 à
18 cent fois plus grand que lorsqu'elle est dans
l'état liquide.
J'ai déjà fait une assez grande suite d'expériences
sur la nature des fluides élastiques qui
se dégagent de la détonation du nitre avec le
charbon & avec le soufre ; j'en ai fait aussi
quelques-unes avec le muriate oxygéné de potasse.
C'est un moyen qui conduit à des connaissances
assez précises sur les parties constituantes
de ces sels & j'ai déjà donné, Tome
XI du recueil des Mémoires présentés à l'Académie
par des savants étrangers, page 625,
quelques résultats principaux de mes expériences
& des conséquences auxquelles elles m'ont conduit
relativement à l'analyse de l'acide nitrique.
Maintenant que je me suis procuré des appareils
plus

@

DÉTONATION DU SALPÊTRE. 529

plus commodes, je me prépare à répéter les mêmes
expériences un peu plus en grand, & j'obtiendrai
plus de précision dans les résultats : en
attendant, je vais rendre compte des procédés
que j'ai adoptés & employés jusqu'à présent.
Je recommande avec bien de l'instance à ceux
qui voudront répéter quelques-unes de ces expériences,
d'y apporter une extrême prudence ;
de se méfier de tout mélange où il entre
du salpêtre, du charbon & du soufre, & plus
encore de ceux dans lesquels il entre du sel
muriatique oxygéné de potasse combiné & mélangé
avec ces deux matières.
Je me suis prémuni de canons de pistolets
de six pouces de longueur environ & de cinq
à six lignes de diamètre. J'en ai bouché la lumière
avec une pointe de clou frappée à force,
cassée dans le trou même, & sur laquelle j'ai
fait couler un peu de soudure blanche de ferblantier,
afin qu'il ne restât aucune issue à l'air
par cette ouverture. On charge ces canons avec
une pâte médiocrement humectée, faite avec
des quantités bien connues de salpêtre & de
charbon réduits en poudre impalpable, ou de
tout autre mélange susceptible de détoner. A
chaque portion de matière qu'on introduis dans
le canon, on doit bourrer avec un bâton qui
soit du même calibre, à peu près comme on
L l

@

530 DÉTONATION DU SALPTÊTRE.

charge les fusées. La matière ne doit pas
emplir le pistolet tout-à-fait jusqu'à sa bouche ;
il est bon qu'il reste quatre ou cinq
lignes de vide à l'extrémité : alors on ajoute
un bout de 2 pouces de long environ de mèche
nommée étoupille. La seule difficulté de ce
genre d'expériences, surtout si l'on ajoute du
soufre au mélange, est de saisir le point d'humectation
convenable : si la matière est trop
humide, elle n'est point susceptible de s'allumer,
si elle est trop sèche, la détonation est
trop vive & peut devenir dangereuse.
Quand on n'a pas pour objet de faire une
expérience rigoureusement exacte on allume la
mèche, & quand elle est près de communiquer
l'inflammation à la matière, on plonge le pistolet
sous une grande cloche d'eau dans l'appareil
pneumato-chimique. La détonation commencée,
elle se continue sous l'eau, & le gaz se dégage
avec plus ou moins de rapidité, suivant que la
matière est plus ou moins sèche. Il faut, tant que
la détonation dure, tenir le bout du pistolet
incliné, afin que l'eau ne rentre pas dans l'intérieur.
J'ai quelquefois recueilli ainsi le gaz
produit par la détonation d'une once & demie
ou de deux onces de nitre.
Il n'est pas possible, dans cette manière d'opérer,
de connaître la quantité de gaz acide

@

DÉTONATION DU SALPÊTRE. 531

carbonique qui se dégage, parce qu'une partie
est absorbée par l'eau à mesure qu'il la traverse;
mais l'acide carbonique une fois absorbé, il
reste le gaz azote ; & si on a la précaution de
l'agiter pendant quelques minutes dans de la
potasse caustique en liqueur, on l'obtient pur,
& il est aisé d'en déterminer le volume & le
poids. Il est même possible d'arriver par cette
méthode à une connaissance assez précise de
la quantité de gaz acide carbonique, en répétant
l'expérience un grand nombre de fois &
en faisant varier les doses du charbon, jusqu'à
ce qu'on soit arrivé à la juste proportion qui
fait détoner la totalité du nitre. Alors, d'après
le poids du charbon employé, on détermine
celui d'oxygène qui a été nécessaire pour le
saturer & on en conclut la quantité d'oxygène
contenu dans une quantité donnée de nitre.
Il est au surplus un autre moyen que j'ai
pratiqué & qui conduit à des résultats plus sûrs;
c'est de recevoir dans des cloches remplies de
mercure le gaz qui se dégage. Le bain de
mercure que j'ai maintenant, est assez grand
pour qu'on puisse y placer des cloches de douze
à quinze pintes de capacité. De pareilles cloches,
comme l'on sent, ne font pas très
maniables quand elles sont remplies de mercure ;
aussi faut-il employer pour les remplir
L l ij

@

532 DÉTONATION DU SALPÊTRE.

des moyens particuliers que je vais indiquer.
On place la cloche sur le bain de mercure;
on passe par-dessous un siphon de verre dont
on a adapté l'extrémité extérieure à une petite
pompe pneumatique : on fait jouer le pilon,
& on élève le mercure jusqu'au haut de la
cloche. Lorsqu'elle est ainsi remplie, on y
fait passer le gaz de la détonation de la
même manière que dans une cloche qui
serait remplie d'eau. Mais, je le répète, ce
genre d'expériences exige les plus grandes précautions.
J'ai vu quelquefois, quand le dégagement
du gaz était trop rapide, des cloches
pleines de mercure pesant plus de 150 livres,
s'enlever par la force de l'explosion : le mercure
jaillissait au loin, & la cloche était brisée
en un grand nombre d'éclats.
Lorsque l'expérience a réussi & que le gaz
est rassemblé sous la cloche, on en détermine
le volume comme je l'ai indiqué pages 361
& 362. On y introduit ensuite un peu d'eau,
de puis la potasse dissoute dans l'eau & dépouillée
d'acide carbonique, & on parvient à en faire
une analyse rigoureuse, comme je l'ai enseigné
pages 365 & suivantes.
Il me tarde d'avoir mis la dernière main
aux expériences que j'ai commencées sur les
détonations, parce qu'elles ont un rapport

@

DÉTONATION DU SALPÊTRE. 533

immédiat avec les objets dont je suis chargé,
& qu'elles jetteront, à ce que j'espère, quelques
lumières sur les opérations relatives à la
fabrication de la poudre.


pict



L I iij

@

534 DE LA FUSION.

pict

C H A P I T R E V I I I.

Des Instruments nécessaires pour opérer sur les
corps à de très hautes températures.

----------------------

§. PREMIER.

De la Fusion.

L orsqu'on écarte les unes des autres,
par le moyen de l'eau, les molécules d'un sel,
cette opération, comme nous l'avons vu plus
haut, se nomme solution. Ni le dissolvant, ni
le corps tenu en dissolution ne sont décomposés
dans cette opération; aussi dès l'instant que la
cause qui tenait les molécules écartées cesse,
elles se réunissent & la substance saline reparaît
telle qu'elle était avant la solution.
On opère aussi de véritables solutions par le
feu, c'est-à-dire, en introduisant & en accumulant
entre les molécules d'un corps une grande
quantité de calorique. Cette solution des corps
par le feu se nomme fusion.
Les fusions en général se font dans des vases
que l'on nomme creusets, & l'une des premières
conditions est qu'ils soient moins fusibles que

@

DE LA FUSION. 535

la substance qu'ils doivent contenir. Les Chimistes
de tous les âges ont en conséquence
attaché une grande importance à se procurer
des creusets de matières très réfractaires, c'est-
à-dire, qui eussent la propriété de résister à un
très grand degré de feu. Les meilleurs sont
ceux qui sont faits avec de l'argile très pure
ou de la terre à porcelaine. On doit éviter d'employer
pour cet usage les argiles mélangées de
silice ou de terre calcaire, parce qu'elles sont
trop fusibles. Toutes celles qu'on tire aux environs
de Paris sont dans ce cas ; aussi les creusets
qu'on fabrique dans cette ville fondent-ils
à une chaleur assez médiocre, & ne peuvent-
ils servir que dans un très petit nombre d'opérations
chimiques. Ceux qui viennent de
Hesse sont assez bons, mais on doit préférer
ceux de terre de Limoges qui paraissent être
absolument infusibles. Il existe en France un
grand nombre d'argiles propres à faire des creusets;
telle est celle, par exemple, dont on se
sers pour les creusets de la glacerie de Saint-
Gobin.
On donne aux creusets différentes formes,
suivant les opérations auxquelles on se propose
de les employer. On a représenté celles qui sont
le plus usitées dans les fig. 7, 8, 9 & 10 de
la planche VII. Ceux représentés figure 9, qui
L l iv

@

536 DES CREUSETS.

sont presque fermés par en hauts, se nomment
tutes.
Quoique la fusion puisse souvent avoir lieu
sans que le corps qui y est soumis change de
nature & se décompose, cette opération est
cependant aussi un des moyens de décomposition
& de recomposition que la Chimie emploie.
C'est par la fusion, qu'on extrait tous les
métaux de leurs mines, qu'on les revivifie,
qu'on les moule, qu'on les allie les uns aux
autres ; c'en par elle que l'on combine l'alcali
& le sable pour former du verre, que se fabriquent
les pierres colorées, les émaux, &c.
Les anciens Chimistes employaient beaucoup
plus fréquemment l'action d'un feu violent,
que nous ne le faisons aujourd'hui. Depuis
qu'on a introduit plus de rigueur dans la manière
de faire des expériences, on préfère la
voie humide à la voie sèche, & on n'a recours
à la fusion que lorsqu'on a épuisé tous les autres
moyens d'analyse.
Pour appliquer aux corps l'action du feu, on
se sert de fourneaux, & il me reste à décrire
ceux qu'on emploie pour les différentes opérations
de la Chimie.

@

DES FOURNEAUX. 537

§. II.

Des Fourneaux.

Les fourneaux sont les instruments dont on fait
le plus d'usage en Chimie ; c'est de leur bonne
ou de leur mauvaise construction que dépend
le sort d'un grand nombre d'opérations ; en
sorte qu'il est d'une extrême importance de bien
monter un laboratoire en ce genre. Un fourneau
est une espèce de tour cylindrique creuse
ABCD, quelquefois un peu évasée par le
haut, planche XIII, fig. 1. Elle doit avoir au
moins deux ouvertures latérales, une supérieure
F qui est la porte du foyer, une inférieure
G qui est la porte du cendrier.
Dans l'intervalle de ces deux portes le fourneau
est partagé en deux par une grille placée
horizontalement, qui forme une espèce de diaphragme
& qui est destinée à soutenir le charbon.
On a indiqué la place de cette grille par la
ligne H I. La capacité qui est au-dessus de la
grille, c'est-à-dire au-dessus de la ligne H I,
se nomme foyer, parce qu'en effet c'est dans
cette partie que l'on entretient le feu ; la capacité
qui est au-dessous porte le nom de cendrier,
par la raison que c'est dans cette partie
que se rassemblent les cendres à mesure qu'elles
se forment.

@

538 DU FOURNEAU SIMPLE.

Le fourneau représenté planche XIII, fig. 1,
est le moins compliqué de tous ceux dont on
se sert en Chimie, & il peut être employé
cependant à un grand nombre d'usages. On peut
y placer des creusets, y fondre du plomb, de
l'étain, du bismuth, & en général toutes les
matières qui n'exigent pas pour être fondues
un degré de feu très considérable. On peut y
faire des calcinations métalliques, placer dessus
des bassines, des vaisseaux évaporatoires, des
capsules de fer pour former des bains de sable,
comme on le voit représenté pl. III, fig. 1 & 2.
C'est pour le rendre applicable à ces différentes
opérations, qu'on a ménagé dans le haut des
échancrures m m m m; autrement la bassine qu'on
aurait posée sur le fourneau aurait intercepté
tout passage à l'air, & le charbon se serait
éteint. Si ce fourneau ne produit qu'un degré
de chaleur médiocre, c'est que la quantité de
charbon qu'il peut consommer est limitée par
la quantité d'air qui peut passer par l'ouverture
G du cendrier. On augmenterait beaucoup
son effet, en agrandissant cette ouverture ;
mais le grand courant d'air qui conviendrait
dans quelques expériences, aurait de l'inconvénient
dans beaucoup d'autres, & c'est ce qui
oblige de garnir un laboratoire de fourneaux
de différentes formes & construits sous différents

@

FOURNEAU DE RÉVERBÈRE. 539

points de vue. Il en faut surtout plusieurs semblables
à celui que je viens de décrire, & de
différentes grandeurs.
Une autre espèce de fourneau, peut-être
encore plus nécessaire, est le fourneau de réverbère
représenté planche XIII, figure 2. Il
est composé, comme le fourneau simple, d'un
cendrier HIKL dans sa partie inférieure, d'un
foyer KLMN, d'un laboratoire MNOP, d'un
dôme RSRS ; enfin le dôme est surmonté d'un
tuyau TTVV, auquel on peut en ajouter plusieurs
antres, suivant le genre des expériences.
C'est dans la partie MNOP nommée le laboratoire,
que se place la cornue A qu'on a indiquée
par une ligne ponctuée; elle y est soutenue
sur deux barres de fer qui traversent le
fourneau. Son col sort par une échancrure latérale
faite partie dans la pièce qui forme le
laboratoire, partie dans celle qui forme le
dôme. A cette cornue s'adapte un récipient B.
Dans la plupart des fourneaux de réverbère
qui se trouvent tout faits chez les potiers de
terre à Paris, les ouvertures tant inférieures que
supérieures sont beaucoup trop petites ; elles
ne donnent point passage à un volume d'air
assez considérable ; & comme la quantité de
charbon consommée, ou, ce qui revient au
même, comme la quantité de calorique dégagée

@

540 FOURNEAU DE RÉVERBÈRE.

est à peu près proportionnelle à la quantité
d'air qui passe par le fourneau, il en résulte
que ces fourneaux ne produisent pas tout l'effet
qu'on pourrait désirer dans un grand nombre
d'opérations. Pour admettre d'abord par le bas
un volume d'air suffisant, il faut, au lieu d'une
ouverture G au cendrier, en avoir deux GG :
on en condamne une lorsqu'on le juge à propos,
& alors on n'obtient plus qu'un degré de
feu modéré; on les ouvre au contraire l'une &
l'autre quand on veut donner le plus grand
coup de feu que le fourneau puisse produire.
L'ouverture supérieure S,S du dôme, ainsi
que celle des tuyaux VVXX, doit être aussi
beaucoup plus grande qu'on n'a coutume de la
faire.
Il est important de ne point employer des
cornues trop grosses relativement à la grandeur
du fourneau. Il faut qu'il y ait toujours un espace
suffisant pour le passage de l'air entre les
parois du fourneau & celles du vaisseau qui y
est contenu. La cornue A dans la figure 2 est
un peu trop petite pour ce fourneau & je
trouve plus facile d'en avertir que de faire
rectifier la figure.
Le dôme a pour objet d'obliger la flamme
& la chaleur à environner de toutes parts la
cornue & de la réverbérer; c'est de-là qu'est

@

DES LUTS APPLIQUÉS AUX CORNUES. 541

venu le nom de fourneau de réverbère. Sans
cette réverbération de la chaleur, la cornue
ne serait échauffée que par son fond ; les vapeurs
qui s'en élèveraient se condenseraient
dans la partie supérieure, elles se re-cohoberaient
continuellement sans passer dans le récipient :
mais au moyen du dôme, la cornue se
trouve échauffée de toutes parts ; les vapeurs
ne peuvent donc se condenser que dans le col
& dans le récipient, & elles sont forcées de
sortir de la cornue.
Quelquefois, pour empêcher que le fond de
la cornue ne sois échauffé ou refroidi trop brusquement,
& pour éviter que ces alternatives
de chaud & de froid n'en occasionnent la fracture,
on place sur les barres une petite capsule
de terre cuite dans laquelle on met un peu
de sable, & on pose sur ce sable le fond de
la cornue.
Dans beaucoup d'opérations on enduit les
cornues de différents luts. Quelques-uns de ces
luts n'ont pour objet que de les défendre des
alternatives de chaud & de froid; quelquefois
ils ont pour objet de contenir le verre, ou
plutôt de former une double cornue qui supplée
à celle de verre dans les opérations où
le degré de feu est assez fort pour le ramollir.
Le premier de ces luts se fait avec de la

@

542 DES LUTS APPLIQUÉS AUX CORNUES.

terre à four à laquelle on joint un peu de bourre
ou poil de vache : on fait une pâte de ces
matières, & on l'étend sur les cornues de
verre ou de grès. Si au lieu de terre à four
qui est déjà mélangée, on n'avait que de
l'argile ou de la glaise pure ; il faudrait y
ajouter du sable. A l'égard de la bourre, elle
est utile pour mieux lier ensemble la terre :
elle brûle à la première impression du feu ; mais
les interstices qu'elle laisse empêchent que l'eau
qui est contenue dans la terre, en se vaporisant,
ne rompe la continuité du lut & qu'il ne
tombe en poussière.
Le second lut est composé d'argile & de fragments
de poteries de grès grossièrement pilés.
On en fait une pâte assez ferme qu'on étend
sur les cornues. Ce lut se dessèche & se durcit
par le feu, & forme lui-même une véritable
cornue supplémentaire, qui contient les matières
quand la cornue de verre vient à se ramollir.
Mais ce lut n'est d'aucune utilité dans les expériences
où on a pour objet de recueillir les
gaz, parce qu'il est toujours poreux & que les
fluides aériformes passent au travers.
Dans un grand nombre d'opérations, & en
général toutes les fois qu'on n'a pas besoin de
donner aux corps qu'on traite un degré de
chaleur très violent, le fourneau de réverbère

@

DU FOURNEAU DE FUSION. 543

veut servir de fourneau de fusion. On supprime
alors le laboratoire MNOP & on établit à la
place le dôme RSRS, comme on le voit représenté
planche XIII, fig. 3.
Un fourneau de fusion très commode est
celui représenté figure 4. Il est composé d'un
foyer A B C D, d'un cendrier sans porte &
d'un dôme A B G H. Il est troué en E pour
recevoir le bout d'un soufflet qu'on y lute
solidement. Il doit être proportionnellement
moins haut qu'il n'est représenté dans la figure.
Ce fourneau ne procure pas un degré de feu
très violent ; mais il suffit pour toutes les
opérations courantes. Il a de plus l'avantage
d'être transporté commodément, & de pouvoir
être placé dans tel lieu du laboratoire
qu'on le juge à propos. Mais ces fourneaux
particuliers ne dispensent pas d'avoir dans un
laboratoire une forge garnie d'un bon soufflet,
& ce qui est encore plus important, un bon
fourneau de fusion. Je vais donner la description
de celui dont je me sers, & détailler les
principes d'après lesquels je l'ai construit.
L'air ne circule dans un fourneau que parce
qu'il s'échauffe en passant à travers les charbons :
alors il se dilate ; devenu plus léger
que l'air environnant, il est forcé de monter
par la pression des colonnes latérales, & il est

@

544 DU FOURNEAU DE FUSION.

remplacé par de nouvel air qui arrive de toutes
parts, principalement par-dessous. Cette circulation
de l'air a lieu lorsque brûle du charbon
même dans un simple réchaud : mais il est
aisé de concevoir que la masse d'air qui passe
par un fourneau ainsi ouvert de toutes parts
ne peut pas être, toutes choses d'ailleurs égales,
aussi grande que celle qui est contrainte
de passer par un fourneau formé en tour creuse,
comme le sont en général les fourneaux chimiques,
& que par conséquent la combustion ne
peut pas y être aussi rapide.
Soit supposé, par exemple, un fourneau
A B C D E F, planche XIII , figure 5, ouvert
par le haut & rempli de charbons ardents ; la
force avec laquelle l'air sera obligé de passer
à travers les charbons, sera mesurée par la
différence de pesanteur spécifique de deux colonnes
A C, l'une d'air froid, pris en dehors
du fourneau, l'autre d'air chaud pris en-dedans.
Ce n'est pas qu'il n'y ait encore de l'air échauffé
au-dessus de l'ouverture AB du fourneau, &
il est certain que son excès de légèreté doit
entrer aussi pour quelque chose dans le calcul;
mais comme cet air chaud est continuellement
refroidi & emporté par l'air extérieur, cette
portion ne peut pas faire beaucoup d'effet.
Mais si à ce même fourneau on ajoute un
grand

@

DU FOURNEAU DE FUSION. 545

grand tuyau creux de même diamètre que lui
G H A B, qui défende l'air qui a été échauffé
par les charbons ardents, d'être refroidi, dispersé
& emporté par l'air environnant, la différence
de pesanteur spécifique en vertu de
laquelle s'opérera la circulation de l'air, ne
sera plus celle de deux colonnes A C, l'une
extérieure, l'autre intérieure ; ce sera celle de
deux colonnes égales à G C. Or, à chaleur
égale, si la colonne GC=3AC, la circulation
de l'air se fera en raison d'une force triple. Il
est vrai que je suppose ici que l'air contenu
dans la capacité G H C D est autant échauffé
que l'était l'air contenu dans la capacité ABCD,
ce qui n'est pas rigoureusement vrai ; car la
chaleur doit décroître de AB à GH : mais
comme il est évident que l'air de la capacité
GHAB est beaucoup plus chaud que l'air
extérieur, il en résulte toujours que l'addition
de la tour creuse GHAB augmente la rapidité
du courant d'air, qu'il en passe plus à travers
les charbons ; & que par conséquent il y aura
plus de combustion.
Conclurons-nous de ces principes qu'il faille
augmenter indéfiniment la longueur du tuyau
G H A B ? Non sans doute; car puisque la chaleur
de l'air diminue de AB en GH, ne fût-
ce que par le refroidissement causé à cet air
M m

@

546 DU FOURNEAU DE FUSION.

par le contact des parois du tuyau, il en résulte
que la pesanteur spécifique de l'air qui le
traverse diminue graduellement, & que si le
tuyau était prolongé à un certain point, on
arriverait à un terme ou la pesanteur spécifique
de l'air serait égale en-dedans & en-dehors du
tuyau ; & il est évident qu'alors cet air froid qui
ne tendrait plus à monter, ferait une masse à
déplacer qui apporterait une résistance à l'ascension
de l'air inférieur. Bien plus, comme
cet air est nécessairement mêlé de gaz acide
carbonique, & que ce gaz est plus lourd que
l'air atmosphérique, il arriverait, si ce tuyau
était assez long pour que l'air avant de parvenir
à son extrémité pût se rapprocher de la température
extérieure, qu'il tendrait à redescendre ;
d'où il faut conclure que la longueur des
tuyaux qu'on ajoute sur les fourneaux est limitée
par la nature des choses.
Les conséquences auxquelles nous conduisent
ces réflexions, sont I°. que le premier pied de
tuyau qu'on ajoute sur le dôme d'un fourneau,
fait plus d'effet que le sixième, par exemple;
que le sixième en fait plus que le dixième :
mais aucune expérience ne nous a encore fait
connaître à quel terme on doit s'arrêter ; 2°. que
ce terme est d'autant plus éloigné que le tuyau
est moins bon conducteur de chaleur, puisque

@

DU FOURNEAU DE FUSION. 547

l'air s'y refroidit d'autant moins ; en sorte que
la terre cuite est beaucoup préférable à la tôle
pour faire des tuyaux de fourneaux & que si
même on les formait d'une double enveloppe,
si on remplissait l'intervalle de charbon pilé,
qui est une des substances la moins propre à
transmettre la chaleur, on retarderait le refroidissement
de l'air, & on augmenterait par conséquent
la rapidité du courant & la possibilité
d'employer un tuyau plus long ; 3°. que le
foyer du fourneau étant l'endroit le plus chaud
& celui par conséquent où l'air qui le traverse
est le plus dilaté, cette partie du fourneau doit
être aussi la plus volumineuse & qu'il est nécessaire
d'y ménager un renflement considérable.
Il est d'une nécessité d'autant plus indispensable
de donner beaucoup de capacité à cette partie
du fourneau, qu'elle n'est pas seulement
destinée au passage de l'air qui doit favoriser,
ou pour mieux dire, opérer la combustion ;
elle doit encore contenir le charbon & le creuset;
en sorte qu'on ne peut compter pour le
passage de l'air que l'intervalle que laissent entre
eux les charbons.
C'est d'après ces principes que j'ai construit
mon fourneau de fusion, & je ne crois pas qu'il
en existe aucun qui produise un effet plus violent.
Cependant je n'ose pas encore me flatter
M m ij

@

548 DU FOURNEAU DE FUSION.

d'être arrivé à la plus grande intensité de chaleur
qu'on puisse produire dans les fourneaux
chimiques. On n'a point encore déterminé par
des expériences exactes l'augmentation de volume
que prend l'air en traversant un fourneau
de fusion; en sorte qu'on ne connaît point le
rapport qu'on doit observer entre les ouvertures
inférieures & supérieures d'un fourneau:
on connaît encore moins la grandeur absolue
qu'il convient de donner à ces ouvertures. Les
données manquent donc & on ne peut encore
arriver au but que par tâtonnement.
Ce fourneau est représenté pl. XIII, fig. 6.
Je lui ai donné, d'après les principes que je
viens d'exposer la forme d'un sphéroïde elliptique
ABCD dont les deux bouts sont coupés
par un plan qui passerait par chacun des
foyers perpendiculairement au grand axe. Au
moyen du renflement qui résulte de cette figure,
le fourneau peut tenir une masse de charbon
considérable & il reste encore dans l'intervalle
assez d'espace pour le passage du courant d'air.
Pour que rien ne s'oppose au libre accès de
l'air extérieur, je l'ai laissé entièrement ouvert
par-dessous, à l'exemple de M. Macquer, qui
avait déjà pris cette même précaution pour son
fourneau de fusion & je l'ai posé sur un trépied.
La grille dont je me sers est à claire-voie

@

DU FOURNEAU DE FUSION. 549

& en fer méplat ; & pour que les barreaux
opposent moins d'obstacle au passage de l'air,
je les ai fait poser non sur leur côté plat, mais
sur le côté le plus étroit, comme on le voit
figure 7. Enfin j'ai ajouté à la partie supérieure
A B un tuyau de 18 pieds de long en terre
cuite, & dont le diamètre intérieur est presque
de moitié de celui du fourneau. Quoique j'obtienne
déjà avec ce fourneau un feu supérieur
à celui qu'aucun Chimiste se soit encore procuré
jusqu'ici, je le crois susceptible d'être
sensiblement augmenté par les moyens simples
que j'ai indiqués & dont le principal consiste
à rendre le tuyau FG AB le moins bon conducteur
de chaleur qu'il soit possible.
Il me reste à dire un mot du fourneau de
coupelle ou fourneau d'essai. Lorsqu'on veut
connaître si du plomb contient de l'or ou de
l'argent, on le chauffe à grand feu dans de
petites capsules faites avec des os calcinés, &
qui, en termes d'essai se nomment coupelles.
Le plomb s'oxyde, il devient susceptible de se
vitrifier, il s'imbibe & s'incorpore avec la coupelle.
Ou conçoit que le plomb ne peut s'oxyder
qu'avec le contact de l'air ; ce ne peut donc
être, ni dans un creuset où le libre accès de l'air
extérieur est interdit, ni même au milieu d'un
fourneau à travers les charbons ardents, puisque
M m iii

@

550 DU FOURNEAU DE COUPELLE.

l'air de l'intérieur d'un fourneau altéré par
combustion & réduit pour la plus grande partie
à l'état de gaz azote & de gaz acide carbonique,
n'est plus propre à la calcination & à l'oxydation
des métaux. Il a donc fallu imaginer un
appareil particulier où le métal fût en même
temps exposé à la grande violence du feu, &
garanti du contact de l'air devenu incombustible
par son passage à travers les charbons. Le
fourneau destiné à remplir ce double objet, a
été nommé, dans les arts, fourneau de coupelle.
Il en communément de forme quarrée, ainsi
qu'il est représenté planche XIII, fig. 8. Voyez
aussi sa coupe, fig. 10. Comme tous les fourneaux
bien construits, il doit avoir un cendrier
AA BB, un foyer BB CC, un laboratoire.
CC DD, un dôme DD EE.
C'est dans le laboratoire qu'on place ce qu'on
nomme la moufle, C'est une espèce de petit
four GH, figures, 9 & 10, fait de terre cuite.
& fermé par le fond. On le pose sur des barres
qui traversent le fourneau, il s'ajuste avec l'ouverture
G de la porte, & on l'y lute avec de
l'argile délayée avec de l'eau. C'est dans cette
espèce de four que se placent les coupelles. On
met du charbon dessus & dessous la moufle par
les portes du dôme & du foyer : l'air qui est entré
par les ouvertures du cendrier, après avoir

@

DU FOURNEAU DE COUPELLE. 551

servi à la combustion, s'échappe par l'ouverture
supérieure EE. A l'égard de la moufle, l'air
extérieur y pénètre par la porte G G, & il y
entretient la calcination métallique.
En réfléchissant sur cette construction, on
s'aperçoit aisément combien elle est vicieuse.
Elle a deux inconvénients principaux : quand la
porte G G est fermée, l'oxydation se fait lentement
& difficilement à défaut d'air pour l'entretenir;
lorsqu'elle est ouverte, le courant d'air
froid qui s'introduit fait figer le métal & suspend
l'opération. Il ne serait pas difficile de remédier
à ces inconvénients, en construisant la moufle &
le fourneau de manière qu'il y eût un courant
d'air extérieur toujours renouvelé qui rasât la
surface du métal. On ferait passer cet air à
travers un tuyau de terre qui serait entretenu
rouge par le feu même du fourneau, afin que
l'intérieur de la moufle ne fût jamais refroidi;
& on ferait en quelques minutes ce qui demande
souvent un temps considérable.
M. Sage a été conduit par d'autres principes
à de semblables conséquences. Il place la coupelle
qui contient le plomb allié de fin dans
un fourneau ordinaire à travers les charbons;
il la recouvre avec une petite moufle de porcelaine,
& quand le tout est suffisamment chaud,
il dirige sur le métal le courant d'air d'un soufflet
M m iv

@

552 EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE.

ordinaire à main: la coupellation de cette
manière se fait avec une grande facilité, & à
ce qu'il paraît, avec beaucoup d'exactitude.

§. III.

Des moyens d'augmenter considérablement l'action
du feu, en substituant le gaz oxygène à l'air
de l'atmosphère.

On a obtenu avec les grands verres ardents
qui ont été construits jusqu'à ce jour, tels que
ceux de Tchirnausen & celui de M. de Trudaine,
une intensité de chaleur un peu plus
grande que celle qui a lieu dans les fourneaux
chimiques, & même dans les fours où l'on cuit
la porcelaine dure. Mais ces instruments sont
extrêmement chers, & ils ne vont pas même
jusqu'à fondre la platine brute ; en sorte que
leur avantage, relativement à l'effet qu'ils produisent,
n'est presque d'aucune considération,
& qu'il est plus que compensé par la difficulté
de se les procurer & même d'en faire usage.
Les miroirs concaves à diamètre égal font
un peu plus d'effet que les verres ardents; on
en a la preuve par les expériences faites par
MM. Macquer & Baumé, avec le miroir de
M. l'Abbé Bouriot : mais comme la direction
des rayons réfléchis est de bas en haut, il faut
opérer en l'air & sans support ; ce qui rend

@

EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE. 553

absolument impossible le plus grand nombre
des expériences chimiques.
Ces considérations m'avaient déterminé d'abord
à essayer de remplir de grandes vessies
de gaz oxygène, à y adapter un tube susceptible
d'être fermé par un robinet, & à m'en
servir pour animer avec ce gaz le feu des charbons
allumés. L'intensité de chaleur fut telle,
même dans mes premières tentatives, que je
parvins à fondre une petite quantité de platine
brute avec assez de facilité.
C'est à ce premier succès que je dois l'idée
du gazomètre dont j'ai donné la description
page 346 & suivantes. Je l'ai substitué aux vessies ;
& comme on peut donner au gaz oxygène
le degré de pression qu'on juge à propos,
on peut non-seulement s'en procurer un écoulement
continu, mais lui donner même un
grand degré de vitesse.
Le seul appareil dont on ait besoin pour ce
genre d'expériences, consiste en une petite table
AB CD, pl. XII, fig. 15, percée d'un trou
en F, à travers lequel on fait passer un tube de
cuivre ou d'argent FG, terminé en G par une
très petite ouverture qu'on peut ouvrir ou fermer
par le moyen du robinet H. Ce tube se
continue par dessous la table en lmno, & va
s'adapter au gazomètre avec l'intérieur duquel il

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554 EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE.

communique. Lorsqu'on veut opérer, on commence
à faire avec le tourne-vis K I un creux
de quelques lignes de profondeur dans un gros
charbon noir. On place dans ce creux le corps
que l'on veut fondre : on allume ensuite le
charbon avec un chalumeau de verre, à la
flamme d'une chandelle ou d'une bougie; après
quoi on l'expose au courant de gaz oxygène
qui sort avec rapidité par le bec ou extrémité
G du tube F G.
Cette manière d'opérer ne peut être employée
que pour les corps qui peuvent être
mis sans inconvénient en contact avec les charbons,
tels que les métaux, les terres simples,
&c. A l'égard des corps dont les principes ont
de l'affinité avec le charbon & que cette substance
décompose, comme les sulfates, les
phosphates, & en général presque tous les sels,
neutres, les verres métalliques, les émaux, &c.
on se sert de la lampe d'émailleur, à travers
de laquelle on fait passer un courant de gaz
oxygène. Alors, au lieu de l'ajutage recourbé
EG, on se sert de celui coudé S T, qu'on
visse à la place & qui dirige le courant de
gaz oxygène à travers la flamme de la lampe.
L'intensité de chaleur que donne ce second
moyen n'est pas aussi forte que celle qu'on
obtient par le premier, & ce n'est qu'avec beaucoup

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EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE. 555

de peine qu'on parvient à fondre la platine.
Les supports dont on se sert dans cette seconde
manière d'opérer, sont ou des coupelles
d'os calcinés, ou de petites capsules de porcelaine,
ou même des capsules ou cuillers métalliques.
Pourvu que ces dernières ne soient
pas trop petites, elles ne fondent pas, attendu
que les métaux sont bons conducteurs de chaleur,
que le calorique se répartit en conséquence
promptement & facilement dans toute
la masse, & n'en échauffe que médiocrement
chacune des parties.
On peut voir dans les volumes de l'Académie,
année 1782, page 476 & 1783, page
573, la suite d'expériences que j'ai faites avec
cet appareil. Il en résulte, 1°. que le cristal
de roche, c'est-à-dire la terre siliceuse pure,
est infusible; mais qu'elle devient susceptible de
ramollissement & de fusion, dès qu'elle est
mélangée.
2°. Que la chaux, la magnésie & la baryte
ne sont fusibles ni seules, ni combinées ensemble ;
mais qu'elles facilitent, surtout la chaux,
la fusion de toutes les autres substances.
3°. Que l'alumine est complètement fusible.
seule, & résulte de sa fusion une substance
vitreuse opaque très dure, qui raye le verre
comme les pierres précieuses.

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556 EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE.

4°. Que toutes les terres & pierres composées
se fondent avec beaucoup de facilité, &
forment un verre brun.
5°. Que toutes les substances salines, même
l'alcali fixe, se volatilisent en peu d'instants.
6°. Que l'or, l'argent, &c. & probablement
la platine, se volatilisent lentement à ce degré
de feu, & se dissipent sans aucune circonstance
particulière.
7°. Que toutes les autres substances métalliques,
à l'exception du mercure, s'oxydent quoique
placées sur un charbon ; qu'elles y brûlent
avec une flamme plus ou moins grande & diversement
colorée, & finissent par se dissiper
entièrement.
8°. Que les oxydes métalliques brûlent également
tous avec flamme ; ce qui semble établir
un caractère distinctif de ces substances,
& ce qui me porte à croire, comme Bergman
l'avait soupçonné, que la baryte est un oxyde
métallique, quoiqu'on ne soit pas encore parvenu
à en obtenir le métal dans son état de
pureté.
9°. Que parmi les pierres précieuses les unes,
comme le rubis, sont susceptibles de se ramollir
& de se souder, sans que leur couleur & même
que leur poids soient altérés ; que d'autres
comme l'hyacinthe dont la fixité est presque

@

EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE. 557

égale à celle du rubis, perdent facilement leur
couleur ; que la topaze de Saxe, la topaze &
le rubis du Brésil non-seulement se décolorent
promptement à ce degré de feu, mais qu'ils
perdent même un cinquième de leur poids, &
qu'il reste, lorsqu'ils ont subi cette altération,
une terre blanche semblable en apparence à du
quartz blanc ou à du biscuit de porcelaine ;
enfin que l'émeraude, la chrysolite & le grenat
fondent presque sur-le-champ en un verre opaque
& coloré.
Qu'à l'égard du diamant, il présente
une propriété qui lui est toute particulière,
celle de se brûler à la manière des corps combustibles
& de se dissiper entièrement.
Il est un autre moyen dont je n'ai point
encore fait usage, pour augmenter encore davantage
l'activité du feu par le moyen du gaz
oxygène; c'en de l'employer à souffler un feu
de forge. M. Achard en a eu la première idée ;
mais les procédés qu'il a employés & au moyen
desquels il croyait déphlogistiquer l'air de l'atmosphère,
ne l'ont conduit à rien de satisfaisant.
L'appareil que je me propose de faire
construire, sera très simple : il consistera dans
un fourneau ou espèce de forge d'une terre
extrêmement réfractaire ; sa figure sera à peu
près semblable à celle du fourneau représenté

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558 EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE.

planche XIII, figure 4 ; il sera seulement moins
élevé & en général construit sur de plus petites
dimensions. Il aura deux ouvertures l'une en
E à laquelle s'adaptera le bout d'un soufflet,
& une seconde toute semblable à laquelle s'ajustera
un tuyau qui communiquera avec le
gazomètre Je pousserai d'abord le feu aussi
loin qu'il sera possible par le vent du soufflet;
& quand je serai parvenu à ce point, je remplirai
entièrement le fourneau de charbons
brasés ; puis interceptant tout-à-coup le vent
du soufflet, je donnerai par l'ouverture d'un
robinet accès au gaz oxygène du gazomètre,
& je le ferai arriver avec quatre ou cinq pouces
de pression. je puis réunir ainsi le gaz oxygène
de plusieurs gazomètres, de manière à en
faire passer jusqu'à huit à neuf pieds cubes à
travers le fourneau, & je produirai une intensité
de chaleur certainement très supérieure à
tout ce que nous connaissons. J'aurai soin de
tenir l'ouverture supérieure du fourneau très
grande, que le calorique ait une libre issue;
& qu'une expansion trop rapide de ce
fluide si éminemment élastique ne produise
point une explosion.

FIN.

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T A B L E S

A L'USAGE

DES CHIMISTES.



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TABLES

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561
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T A B L E S

A L'USAGE DES CHIMISTE

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N°. I.

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N n

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T A B L E S. 563

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592
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T A B L E

D E S M A T I E R E S.

A Chaque acide nouveau en-
richit la Chimie de 24 ou
A CIDES. Ils résultent en de 48 sels, 183.
général d'un premier or- ACIDE acéteux, vulgairement
dre de combinaisons for- appelé vinaigre, 159. - Son
mées par la réunion de deux radical est composé d'une
principes simples, 163. Sa- proportion encore indéter-
voir, d'un radical particulier minée d'hydrogène & de
& d'un principe acidifiant carbone, 159 & 160. - Il
commun à tous, l'oxygène; est le résultat de l'oxygé-
69. - C'est, en général, le nation du vin - ibid. Il
résultat de la combustion absorbe l'oxygène de l'air
ou de l'oxygénation d'un en se formant, ibid. - Ta-
corps, 70. - Leurs dénomi- bleau de ses combinaisons
nations générales se tirent 160.
de celle de leur base acidi- -- Acétique. Tableau de ses
fiable, 72. Difficultés de combinaisons, 298.- Appelé
les nommer lorsque les bases autrefois vinaigre radical.
sont inconnues ; 71 & 73. Dernier degré d'oxygéna-
Leurs noms se terminent tion, que puisse prendre le
en eux lorsqu'ils contien- radical hydro-carboneux.-Il
nent peu d'oxygène, 72. n'est pas encore démontré
Ils se terminent en ique, qu'il soit plus oxygéné que
lorsqu'ils sont plus chargés l'acide acéteux ; il pourrait
de ce principe, ibid. Ils en différer par la différence
peuvent être regardés com- de proportion des principes
me de véritables principes du radical. -Moyens de l'ob-
salifiants. 163 Leurs com- tenir, 299.
binaisons avec les bases -- Animaux. On n'en connaît
salifiables 189. Leur encore que six, 131. - Il
nombre s'est beaucoup ac- paraît qu'ils se rapprochent
cru depuis les nouvelles beaucoup les uns des autres;
découvertes chimiques; 209. 131.
@

DES MATIERES. 593

131. -Il entre ordinaire- analogie qu'un croit que
ment dans leur composition l'oxygène fait partie de sa
4 bases acidifiables, 125. composition, 267.
ACIDE arsénique. Tableau de -- Camphorique. Tableau de
ses combinaisons, 269.-En- ses combinaisons, 304.
lève l'oxygène à l'acide Moyens de l'obtenir. - Il
nitrique, devient un véri- est très analogue à l'acide
table acide, soluble dans oxalique. - Il peut être
l'eau: - Se combine avec la regardé comme un mélange
potasse & avec un grand d'acide oxalique & d'acide
nombre de bases salifiables, malique, 305.
269, 270 & 271.- Plusieurs -- Carbonique. Très abon-
moyens de l'obtenir, 269, damment répandu dans la
270. nature. - Tout formé dans
-- Benzoïque. Tableau de ses les craies, les marbres ;
combinaisons, 302. - On neutralisé par la chaux.
l'obtient par sublimation & Moyens de l'obtenir. - Il
par là voie humide. - Pro- s'unit à l'eau à peu près à
cédé pour l'obtenir. - On Volume égal. - Le carbone
le recueille sous forme con- est son radical. - On peut
crète, 303. le former artificiellement
-- Bombique. Tableau de ses en oxygénant le carbone,
combinaisons 314. - Se 251. - Sa formation dans
tire de la chrysalide du ver la combustion des végétaux,
à soie. -Moyen. de l'obtenir. 166. - Il emporte avec lui
Ses propriétés & ses affinités une portion de calorique
ne sont pas bien détermi- qui le constitue dans l'état
nées. - Son radical paraît de gaz, ibid. Il est un des
être composé de carbone, produits de la fermentation
d'hydrogène & peut-être de vineuse, 139. - On le con-
phosphore, 313. vertit en un acide végétal
__ Boracique. Combinaison du en lui combinant de l'hy-
radical boracique avec l'o- drogène, 160. - Sa décom-
xygène 229.- Tableau de position serait bien impor-
des combinaisons, 264. - Se tante pour les arts. - On
tire du borax. - Sel sédatif peut y parvenir par les
des anciens, 265. - Moyens affinités doubles, 252 ; Ta-
de l'obtenir du borax, 266. bleau de ses combinaisons
Ses propriétés ; ses affinités 251.
différentes selon qu'on opère -- Citrique. Tableau de ses
par voie sèche ou par voie combinaisons, 284. - On
humide. Son radical est le tire du jus de citron ;
inconnu: - Ce n'est que par on le trouve dans beaucoup
P p
@

594 TABLE

d'autres fruits. - Moyens de l'état de phosphate de chaux,
l'obtenir pur, 285. 319.
ACIDE Fluorique. Combinai- ACIDE malique. Tableau de
son du radical fluorique avec ses combinaisons, 280.- Se
l'oxygène, 229. - Tableau trouve tout formé dans le
de ses combinaisons, 261. jus de pommes & d'autres
Il est tout formé dans le fruits. - Moyen de l'obtenir.
spath fluor, spath phospho- Il est mêlé avec l'acide
rique. - Moyens de le dé- citrique & tartareux dans
gager de ses bases. - Il est beaucoup de fruits. - Tient
naturellement sous forme le milieu entre l'acide oxa-
de gaz. - Dissout le verre. lique & l'acide acéteux.
On pourrait tenter de le Son radical contient du
décomposer par les affinités carbone & de l'hydrogène.
doubles, 263. On le forme artificielle-
-- Formique. Tableau de ses ment, 282, 283.
combinaisons, 312. - Il a -- Marin. Est naturellement
été connu dans le siècle dans l'état de gaz, au degré
dernier. - Espèce de fourmi de pression de l'atmosphère,
dont on le tire. - Moyens 94. Voy. Acide Muriati-
de l'obtenir, 313. que.
-- Gallique. Tableau de ses -- Marin oxygéné. S'obtient
combinaisons, 306. - Se tire en distillant de l'acide marin
de la noix de galle.- Moyen sur des oxydes métalliques,
de l'obtenir. - Ses propriétés 257. Voy. Acide Muria-
acides sont peu marquées. tique oxygéné.
Il se trouve dans beaucoup -- Molybdique. Tableau de
de végétaux. - Son radical ses combinaisons. - Moyens
est inconnu, 307. de l'obtenir. - On le recueille
-- Lactique. Tableau de ses sous forme pulvérulente de
combinaisons 308. - Se couleur blanche comme de
trouve dans le petit lait. la craie. - Il est toujours
Procédés pour l'obtenir. concret & peu soluble,
S'unit avec toutes les bases 273.
salifiables. - Il a beaucoup -- Muriatique. Combinaison
de rapport avec l'acide acé- du radical muriatique avec
teux, 309. l'oxygène, 229. - Son nom
-- Lithique. Tableau de ses dérivé de celui latin muria,
combinaisons, 318.- Moyens 76. - Il est dans l'état de
de l'obtenir. - Ses propriétés gaz au degré de pression &
sont peu connues. - Il pour- de température ordinaire,
rait bien être déjà com- 74. - Se combine facilement
biné à une base & dans avec l'eau, 76. - Il est très
@

DES MATIERES. 595

répandu dans le règne mi- bleau de ses combinaisons,
néral, uni à différentes 254.
bases. - N'a été décomposé ACIDE nitreux. Raisons de lui
dans aucune expérience chi- conserver ce nom ; celui
mique. Son radical est d'azotique lui conviendrait
inconnu, 75 & 255.- Opi- mieux, 79. - Se tire ordi-
nion sur sa nature, 255. nairement du salpêtre, 77
Tient faiblement à ses ba- & 233. - Moyens de l'ob-
ses. - Moyens de l'en séparer. tenir, 234. Il est le ré-
Appareils pour sa distilla- sultat de la combinaison de
tion, 246. On le surcharge l'oxygène & de l'azote, 78
d'oxygène, en le distillant & 214, - C'est l'acide du
sur des oxydes métalliques, nitre surchargé d'azote ou
tels que le manganèse, de gaz nitreux, 81. - Et
247. - Il est susceptible de par conséquent un vérita-
différents genres d'oxygéna- lable acide azoteux, 78.- Il
tion 76. - L'excès d'oxy- est le premier dans lequel
gène le rend moins miscible l'existence de l'oxygène ait
a l'eau, 77; plus volatil été bien démontrée, ibid.
ibid. - Pourquoi on n'a pas Les principes qui le cons-
donné à son nom la termi- tituent tiennent peu ensem-
naison en eux, ibid. -Tableau ble, ibid. Il est rouge
de ses combinaisons, 253. fumant, 81. Il laisse échap-
ACIDE muriatique oxygéné. Il per son excès de gaz nitreux
est plus volatil que l'acide & une légère chaleur, ibid.
muriatique ordinaire, 77. Il est formé par la réunion
Il ne peut exister que sous de trois parties d'oxygène
forme gazeuse. N'est ab- & d'une d'azote, 80. - Ta-
sorbable par l'eau qu'en bleau de ses combinaisons,
petite quantité. - Se com- 233.
bine avec un grand nombre -- Nitrique. Le gaz azoté est
de bases salifiables. - Les son radical, 56. - C'est
sels qu'il forme détonnent l'acide nitreux surchargé
avec le carbone. Ces déton- d'oxygène, 81. - Il est com-
nations sont dangereuses, posé de 4 parties d'oxygène
par l'expansion du calori- & une d'azote, ibid. - Il est
que 257. - Il dissout les blanc, sans couleur, plus
substances métalliques sans fixe au feu que l'acide
effervescence, 178. - Il perd nitreux, ibid. Se tire or-
son excès d'oxygène dans dinairement du salpêtre,
la dissolution des métaux 233. Moyens de l'obtenir,
& devient acide muriati- 234 & suiv. Retient une
que ordinaire, 178. - Ta- grande partie du calorique
P p ij
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596 TABLE

de l'oxygène qui est entré deux bases. 293, 294.
dans sa composition, 110. ACIDE phosphoreux. Combi-
Le calorique s'en dégage naison du phosphore avec
avec fracas lors de sa dé- l'oxygène par une combus-
composition, 112. - Peut tion lente, 148. - Se con-
servir à oxygéner beaucoup vertit en acide phosphorique
de substances par la voie par une longue exposition
humide, 207.- Il est uni à l'air, 249. - Tableau de
très souvent à la chaux & ses combinaisons 246.
à la magnésie, 233.- Moyens -- Phosphorique. Produit par
de l'obtenir pur, 236. - Il la combustion du phosphore
a une grande tendance à la dans le gaz oxygène, 59.
combinaison & se décompose Il est naturellement dans
lui-même aisément, 237. l'état concret après la com-
Tableau de ses combinai- bustion, 61, 104 & 248.
sons, 233. Moyen de l'obtenir pur,
ACIDE nitro-muriatique. An- 248. - Quantité d'oxygène
ciennement appelé eau ré- qu'absorbe le phosphore
gale. C'est un acide à dans sa conversion en acide,
deux bases, 260. - Il ibid. - Ne peut pas être
a des propriétés particuliè- regardé comme un acide
res qui dépendent de l'action animal, parce qu'il appar-
combinée de ses deux bases tient aux trois règnes, 131.
acidifiables, 124 & 259. Tableau de ses combinai-
Les métaux s'oxydent dans sons, 246.
cet acide avant de s'y dis- -- Prussique. Tableau de ses
soudre. - Gaz qui se déga- combinaisons 310. - Uni
gent pendant la dissolution, au fer il le colore en bleu,
259. Tableau de ses com- Son radical est inconnu.
binaisons 259. C'est un acide à base double
-- Oxalique. Tableau de ses ou triple, dont l'azote est
combinaisons, 292. - Il se un des principes constituants,
retire du suc de l'oseille; 320, 321, 322. & 415.- Il
il se trouve dans cette plante ne jouit même que d'une
uni à la potasse, & dans partie des propriétés acides,
l'état d'un sel neutre avec 321, 322.
excès d'acide. - Moyen de -- Pyro-ligneux. Tableau de
le dégager de sa base. - Il ses combinaisons, 286. - Se
cristallise lorsqu'il est pur. retire du bois. - Moyens
Uni à sa base peut entrer de l'obtenir pur. - Son ra-
tout entier dans un grand dical est formé d'hydro-
nombre de combinaisons ; gène & de carbone. - Il
il en résulte des sels à est le même de quelque
@

DES MATIERES. 597

nature de bois qu'on le re- qu'ils sont oxydés sont disso-
tire, 287. lubles dans cet acide, 244
ACIDE pyro-muqueux. Tableau 245.- On l'obtient par dif-
de ses combinaisons, 290. férents procédés, 244. - Il est
On le retire de tous les dans l'état de gaz à la pres-
corps sucrés par la distilla- sion ordinaire de l'atmosphè-
tion à feu nu. Accidents re. - Il se condense par le
à éviter. Procédé pour le froid, 244. Tableau de ses
concentrer. - On le con- combinaisons, 243.
vertit en acide malique & ACIDE sulfurique. Il est formé
en acide oxalique en l'oxy- par la combinaison du soufre
génant, 291. & de l'oxygène, 66, 72 & 240.
-- Pyro-tartareux. On le retire Proportion d'oxygène qui
du tartre par distillation à entre dans sa combinaison,
feu nu. - Moyens pour 241, 242. Il est incom-
l'obtenir. - Il se dégage bustible, 66.- Son poids est
pendant la distillation une égal à celui du soufre qu'on
grande quantité d'acide car- a brûlé pour le former, &
bonique - Explosion dans la de l'oxygène qu'il a absorbé
rectification, 289. - Ta- pendant la combustion, ibid.
bleau de ses combinaisons, Difficulté de le condenser,
288. ibid. - Il se combine avec
-- Saccho-lactique. Tableau l'eau en toutes proportions,
de ses combinaisons, 310. 67. - On le trouve tout for-
Extrait du sucre de petit- mé dans les argiles, les gyp-
lait. - Son action sur les mé- ses. - Moyens de le ramener
taux peu connue. Les sels à l'état de soufre par voie
qui résultent de sa combi- de décomposition & d'affi-
naison avec les bases salifia- nité, 221. - Décompose le
bles sont peu solubles, 311. nitre, 78. Les métaux le
-- Sébacique. Tableau de ses décomposent & le réduisent
combinaisons, 356. - C'est à l'état d'acide sulfureux
la graisse animale oxygénée. 242. - Tableau de ses com-
Moyen de l'obtenir, 317. binaisons avec les bases sali-
-- Succinique- Tableau de ses fiables, 238 & 239.
combinaisons, 300. - On le -- Tartareux. Tableau de ses
retire du succin. - Moyens combinaisons. - Moyens de
de l'obtenir. - Il n'a pas dans l'obtenir pur. - Son radical
un degré très éminent les est en excès. - C'est par cette
qualités acides, 301. raison qu'on a donné à son
-- Sulfureux. Premier degré nom la terminaison en eux.
d'oxygénation du soufre, 71 Sa base est le radical car-
& 244. - Les métaux lors- bone-hydreux. L'azote entre
P p iij
@

598 TABLE

dans sa composition. - En portion de leurs principes
l'oxygénant on le change en constituants, 210.
acides malique, oxalique AFFINITÉS. Les données man-
& acéteux, 278, 279 & 280. quent encore pour entre-
On observe deux degrés prendre un traité complet
de saturation dans ses com- sur cet objet, Discours pré-
binaisons avec les alcalis. liminaire, XIII & XIV.- Il
Le premier degré avec ex- s'en exerce de doubles &
cès d'acide ; tartrite acidule triples dans la décomposition
de potasse. - Le second dé- des végétaux, 135. - Elles
gré, sel parfaitement neu- sont très compliquées dans
tre; tartrite de potasse, 279, la putréfaction, 153.
280. AGENS chimiques. Ce que c'est,
ACIDE tungstique. Tableau de ses 422.
combinaisons. - Se retire de AIR atmosphérique composé
la mine de tungstène, dans la- de deux fluides élastiques,
quelle il est déjà sous forme l'un respirable & l'autre qui
d'acide. - Moyens de l'obte- ne l'est pas, 39 & 54.- Ob-
nir. - Ses affinités avec les servations sur les expérien-
acides métalliques ne sont ces analytiques, relatives à
pas déterminées, 175 , 276. l'air atmosphérique, 48 &
-- Végétaux. - On en connaît suiv.- Sa décomposition par
13 jusqu'à présent, 129. le mercure, 34 & suiv.
Leur composition est con- N'est plus respirable après
nue, mais la proportion des la calcination du mercure,
principes qui les constituent 37. Est décomposé par le
ne l'est pas encore, 127 & fer, 40. - Diminue d'une
161. - Ils ont tous pour base quantité en poids égale à
l'hydrogène, le carbone & l'augmentation que le fer
quelquefois le phosphore, acquiert dans sa calcination,
124, 197, 198. - Ils ne dif- 47. - Est décomposé par le
fèrent entre eux que par la gaz nitreux, 80. - Par la
proportion d'hydrogène & combustion du soufre, 66.
de carbone, & par leur Voy. Atmosphère.
degré d'oxygénation, 126. -- Fixe. Premier nom de l'aci-
Quoique composés d'hydro- de carbonique, 68. Voy.
gène & de carbone, ne con- Acide carbonique.
tiennent cependant, ni eau, -- Vital. Voy. Gaz oxygène.
ni acide carbonique; mais ALCALI de la soude se retire
les principes propres à les de la lixiviation des cendres
former, 130. - Peuvent se des plantes qui croissent au
convertir les uns dans les bord de la mer, principale-
autres, en changeant la pro- ment du kali, 169. - On ne
@

DES MATIERES. 599

connaît pas ses principes turation très marqué, 230.
constituants, 170. - On ne ALUMINE. C'est principale-
sait pas si cette substance lement dans les argiles qu'on
toute formée dans les végé- la rencontre, 173. - La com-
taux antérieurement à la position de cette terre est ab-
combustion, ibid. - Elle est solument inconnue, 172.
presque toujours saturée d'a- Elle a moins de tendance à
cide carbonique, 169. - Ses la combinaison que les au-
cristaux s'effleurissent à l'air tres terres, 173. - Est parfai-
& y perdent leur eau de tement fusible au feu ali-
cristallisation, ibid. menté par le gaz oxygène,
ALCALI fixe, ou Potasse. C'est un 555. - Son état après la com-
résultat de la combustion des bustion, ibid.
végétaux, 166. - Moyens de AMALGAMME. Combinaison du
l'obtenir, 167.- On ne con- mercure avec les autres mé-
naît pas les principes consti- taux, 117.
tuants, 170. - L'analogie AMIDON. Oxyde végétal à deux
pourrait porter à croire que bases, 125.
l'azote est un des principes AMMONIAQUE. Résultat de la
constituants des alcalis en combinaison de l'azote & de
général, ibid. - Se volati- l'hydrogène, 79 & 155. - Sur
lise très promptement au 1000 parties elle est com-
feu alimenté par le gaz oxy- posée de 807 d'azote & de
gène, 556. 193 d'hydrogène, 171.
ALCOOL. Raisons qui ont fait Moyens de l'amener à un
adopter ce nom générique, grand degré de pureté, ibid.
pour toutes les liqueurs spi- Lorsqu'elle est très pure,
ritueuses, 140.- Il est com- elle ne peut exiler que sous
posé de carbone & d'hydro- forme gazeuse, ibid.- Dans
gène, 150. - L'hydrogène l'état aériforme elle porte le
& le carbone ne sont pas nom de gaz ammoniac,
dans l'état d'huile dans cette 172. - Dans cet état l'eau en
combinaison, ibid. - Se dé- absorbe une grande quanti-
compote en passant à travers té, 171.
un tube de verre rougi au APPAREILS chimiques. Raisons
feu, ibid. - Appareil pour qui ont déterminé à en pla-
sa combustion, 501. cer la description à la fin de
ALLIAGES. Combinaison des l'ouvrage, 354.
métaux les uns avec les au- -- Pneumato-chimiques à l'eau
tres, 116. - Celui des mé- & au mercure. Leur des-
taux qui prédomine donne cription, 342, & suiv.
le nom à l'alliage. - Les al- ARGENT se volatilise lente-
liages ont leur degré de sa- ment au feu alimenté par
P p iv
@

600 TABLE

le gaz oxygène, 556. les matières animales dont il
ARSENIC est susceptible de forme un des principes, 213.
s'oxygéner. - Dans cet état Combiné avec l'hydrogène,
il a la propriété de s'unir il forme l'ammoniaque, 79,
aux bases salifiables, 269 214. - Dans la décomposi-
& suiv. tion des végétaux & des ma-
ATMOSPHERE terrestre. Sa tières animales, il s'unit à
constitution, 17, 28 & suiv. l'hydrogène pour former.
Son analyse 33.- Composée l'ammoniaque, 136, 155.
de tous les fluides suscepti- C'est un des principes cons-
bles d'exiger dans un état de tituants de l'acide prussique
vapeurs & d'élasticité cons- 215.- Ses combinaisons avec
tante au degré habituel de les substances simples sont
Chaleur & de pression que peu connues. Elles portent
nous éprouvons, 31. Sa le nom d'azotures, 214.
pression est un obstacle à sa
vaporisation, 29. - Quelles B
sont ses parties constitua-
tes, 51. - Sa limite, 29. BALANCES. Instruments dont
Voy. Air atmosphérique, l'objet est de déterminer le
Gaz oxygène, Gaz azote. poids absolu des corps. -Com-
ATTRACTION tend à réunir les bien il en faut dans un la-
molécules des corps, tandis boratoire. - De leur perfec-
que le calorique tend à les tion. - Des précautions pour
écarter, 3. les conserver, 333 & suiv.
AURORES boréales. Conjectu- -- Hydrostatique. Moyen de
res sur les causes qui les pro- s'en servir. - Ses usages,
duisent, 32. 336, 337.
AZOTE. C'est la partie non res- BAROMÈTRE. Corrections ba-
pirable de l'air, 79. - C'est rométriques du volume des
un des principes le plus gaz, relativement à la dif-
abondamment répandu dans férence de pression de l'at-
la nature, 213. - Avec le mosphère, 371 & suiv.
calorique il forme le gaz Modèle de calcul pour ces
azote qui demeure toujours corrections, 380 & suiv.
dans l'état de gaz à la pres- BASES salifiables. Il en existe
sion de l'atmosphère, 213. 24 ; savoir, 3 alcalis, 4 ter-
Combiné avec l'oxygène, il res, & 17 substances métal-
forme les acides nitreux & liques, 182.
nitrique, 79, 214 & 235. BARYTE. La composition de
Se trouve dans les substan- cette terre est encore incon-
ces végétales & animales, nue, 172. - Il est probable
135 & 158 - Surtout dans que c'est un oxyde métalli-
@

DES MATIERES. 601

que, 174. - Mais qui n'est que de gaz toute substance
Pas réductible par les moyens portée a l'état aériforme par
que nous employons, ibid. une addition suffisante de ca-
Elle est peu abondante; on lorique, 200. - Le soufre &
ne la trouve que dans le rè- le charbon en brûlant lui
gne minéral, 173. - Effet enlèvent l'oxygène, 66. - Il
que produit sur elle le feu le en est de même du gaz hy-
plus violent, alimenté par drogène, 95. Moyen de
le gaz oxygène. mesurer la quantité qui s'en
BORAX. Sel concret avec ex- dégage des corps pendant
cès de base qui est la soude. leur combustion, 23, 103
Son origine est inconnue. & suiv. - Appareil imaginé
Sa purification est encore un pour remplir cet objet,
mystère, 165, 266. 387. Plan d'expériences
BOUGIE. Sa combustion, 112. pour déterminer la quantité
que la plupart des corps en
C contiennent, 115. - Son
dégagement dans la com-
CALCUL de la vessie fournit bustion du fer, 41. - Dans
l'acide lithique, 319. la combinaison des métaux
CALORIMÈTRE. Sa descrip- avec la base du gaz oxygène,
tion, 387 & suiv. - Princi- 82. Dans la combustion
pes de sa construction, ibid. du charbon, 66 & 108.
Manière de s'en servir, 396 Dans la combustion du phos-
& suiv. phore, 107. Dans la com-
CALORIQUE. Cause de la cha- bustion de la cire, 113.
leur, 5. - Peut être considé- Dans la combustion de
ré d'une manière abstraite, l'huile d'olives, ibid. - Dans
6. Comment il agit sur les la combustion du gaz hy-
corps, 6, 7. Paraît être le drogène, 109. - Il reste uni
plus élastique de la nature, à l'oxygène, dans la forma-
24. - Tous les corps y sont tion de l'acide nitrique, 110.
plongés, & il remplit les Il entre dans la composition
intervalles que laissent en- des nitrates & des muriates,
tre elles leurs molécules. - Il en quantité presque égale à
se fixe quelquefois de ma- celle qui est nécessaire pour
nière à constituer leurs par- constituer le gaz oxygène,
ties solides. C'est de son 207. - Il se dégage avec une
accumulation que dépend telle abondance dans la
l'état aériforme 200. - Il combinaison de l'oxygène
fait l'office de dissolvant dans avec les corps combustibles,
toute espèce de gaz, 17. que rien ne peut résister à
On appelle du nom généri- son expansion, 207. - Il
@

602 TABLE

décompose les substances & dans l'acier, 48. - Il
végétales & animales, 132. existe dans les végétaux
CALORIQUE combiné. Tient antérieurement à la com-
aux corps par l'attraction & bustion, & forme avec le
constitue une partie de leur phosphore, l'hydrogène &
substance, 21. l'azote, des radicaux com-
-- Libre. C'est celui qui n'est posés, 227. - Moyens d'ob-
engagé dans aucune com- tenir celui qui est contenu
binaison, 21. dans les matières végétales
-- Spécifique des corps. C'est & animales, 227 & 228.
le rapport des quantités de Ses combinaisons avec les
calorique, nécessaires pour substances simples, 224. - Il
élever d'un même nombre a très peu d'affinité avec le
de degrés, la température calorique, 133. - Il forme
de plusieurs corps égaux en une des parties constituantes
poids, 21. des huiles, 119. - Et en
CAMPHRE. Espèce d'huile con- général de tous les acides
crète qu'on retire par su- végétaux, 124. Il tient
blimation d'un laurier du très peu aux huiles volatiles
Japon, 305. animales, 136. - Il fait
CAPSULES de porcelaine, ser- partie du radical des gom-
vent de support aux subs- mes, du sucre & de l'ami-
tances dans la fusion par le don, 125. - Il est combiné
gaz oxygène, 555. dans ces substances avec
CARBONE ou charbon pur. l'hydrogène, de manière à
Substance simple combusti- ne former qu'une seule base
ble, 67 & 227. - Manière portée à l'état d'oxyde par
d'opérer sa combustion, 67. une portion d'oxygène, 126.
Décompose le gaz oxygène Quantité qu'en contient le
à une certaine température, sucre, 142.
67, 133, 227 & 228; ap- CARBURES, nom donné aux
pareil pour sa combustion, combinaisons du carbone
483, & suiv. Quantité de avec les métaux, 118.
calorique qui se dégage CENDRES, elles forment ordi-
dans cette opération, 67, nairement la vingtième por-
108. - Enlève sa base au tion du poids d'un végétal
calorique, 67. - Décompose brûlé, 166. - Il paraît
l'eau à une chaleur rouge qu'elles existent dans les vé-
& enlève l'oxygène à l'hy- gétaux avant leur incinéra-
drogène, 95 , 218. - Il s'en tion. C'est la terre qui forme
dissout une portion dans le la partie osseuse ou la car-
gaz hydrogène, 91 & 118. casse des végétaux, 168.
Il est contenu dans le fer CHALEUR dilate les corps, 1.
@

DES MATIERES. 603

Ses causes. - Nécessaire à CLARIFICATION. Moyen pour
l'oxygénation. - Différente mettre une liqueur en état
pour l'oxygénation des dif- d'être filtrée, 417.
férents corps, 203 & suiv. CLOCHES. Manière de les gra-
Ce qu'on entend par cette duer, 362, 363.
expression, 133. Voy. Ca- COMBUSTION du fer, 41 &
lorique. suiv. - Du phosphore, 57
CHALEUR sensible. N'est que & suiv. - Du soufre. - Du
l'effet produit sur nos orga- charbon, 67 & suiv. - Du
nes par le dégagement du gaz hydrogène, 97 & suiv.
calorique des corps envi- Voyez ces mots. - Théorie
ronnants, 22. de la combustion des végé-
CHARBON de bois. L'on croit taux, 165. - La plus grande
qu'il contient du phosphore, portion du végétal est ré-
225. - Sert de support aux duite en eau & en acide
substances simples fondues carbonique, 166. - Opéra-
au feu alimenté par le gaz tions relatives à la combus-
oxygène, 554. tion, 478 & suiv. - Condi-
CHAUX. C'est de toutes les tions nécessaires pour l'opé-
bases salifiables la plus abon- rer, 480 & suiv.
damment répandue dans la CREUSETS, instruments pro-
nature, 172. - Sa compo- pres à la fusion, 335.
sition est absolument incon- CRISTAL de roche. Effet que
nue, ibid. - Elle est pres- produit sur lui le feu le plus
que toujours saturée d'acide violent alimenté par le gaz
carbonique, & forme alors oxygène, 555.
la craie, les spaths calcaires CRISTALLISATION. Opération
& une partie des marbres, par laquelle les partie in-
ibid. - Les anciens ont ap- tégrantes d'un corps qui
pelé de ce nom générique, étaient séparées par un flui-
toutes les substances long- de, sont réunies par la force
temps exposées au feu sans d'attraction, 437. - Calo-
se fondre, 83. - Effet que rique qui se dégage pen-
produit sur elle le feu le dant cette opération, ibid.
plus violent alimenté par le Vaisseaux dans lesquels on
gaz oxygène, 555. l'opère, 441 & 442.
CHRYSOLYTE. Se fond presque
sur le champ au feu ali- D
menté par le gaz oxygène
557. DÉCANTATION. Peut sup-
CIRE. Quantité de calorique pléer à la filtration, 419.
qui se dégage pendant sa Elle est préférable dans les
combustion, 113. opérations qui exigent une
@

604 TABLE

précision rigoureuse, 410. radical qui lui est propre &
DÉTONNATION. Explication d'oxygène, 94. - Son pas-
de ses phénomènes 526 & sage à travers un tube de
suiv. - Ils sont produits par verre incandescent, 89.
le passage brusque & instan- Appareil pour sa décompo-
tané d'une substance con- sition, 465 & suiv. - Sa dé-
crète à l'état aériforme composition par le carbone,
525. - Expériences sur 87 & 90. - Sa décomposition
celle du salpêtre, 529 & par le fer; il n'y a pas de dé-
suiv. gagement d'acide carboni-
DIAMANT, se brûle à la ma- que, 87, 92. & 98. - Oxyde
nière des corps combusti- de fer qui en résulte, 93.
bles, & s'évapore au feu ali- Phénomènes de la fermen-
menté par le gaz oxygène tation spiritueuse & de la
557. putréfaction dus à la décom-
DISSOLUTIONS métalliques. position de l'eau, 101. - Cette
Appareils pour les opérer, décomposition s'opère conti-
460 & suiv. nuellement dans la nature,
DISTILLA.TION composée. Elle 100. - Les principes qui la
opère une véritable décom- constituent séparés l'un de
position. C'est une des opé- l'autre ne peuvent exister
rations des plus compliquées que sous forme de gaz, ibid.
de la Chimie. - Appareils Sa recomposition, 96 &
pour cet objet, 449 & suiv. suiv, 506 & suiv. - 85 Par-
Simple. N'en autre chose ties en poids d'oxygène &
qu'une évaporation en vais- 15 en poids d'hydrogène,
seaux clos. - Appareils dis- composent 100 parties
tillatoires, 443 & suiv. d'eau, 100. - Se combine
avec le gaz acide carboni-
E que, 67. - Se combine en
toutes proportions avec l'a-
E AU. Ses différents états selon cide sulfurique, ibid. Avec
la quantité de calorique qui l'acide muriatique très fa-
lui est combinée, 4 & 54. cilement, 75. - N'est pas
Se transforme en un fluide toute formée dans le sucre,
élastique à un degré de cha- 150.
leur supérieur à celui de l'é- EAU régale. Nom ancien donné
bullition 15. - Se dissout à un acide composé qui dis-
dans les gaz, 10. Regar- sout l'or, 114. Voy. Acide
dée par les anciens comme nitro-muriatique.
un élément ou substance sim- EBULLITION, n'est autre chose
ple, 87. - Preuves qu'elle que la vaporisation d'un
est composée, 100, - D'un fluide ou sa combinaison
@

DES MATIERES. 605

avec le calorique, 12. contient de la matière char-
EFFERVESCENCE, est produite bonneuse, 48.
par le passage rapide d'un FERMENTATION-acéteuse. C'est
corps solide ou liquide à l'acidification du vin à l'air
l'état gazeux, 177. libre par l'absorption de
ELASTICITÉ. Comment on doit l'oxygène, 159.
la concevoir, 25 & suiv. -- Putride, s'opère en raison
EMERAUDE, fond sur le champ d'affinités très compliquées,
en un verre opaque au feu 153. - Appareil relatif à
alimenté par le gaz oxygène, cette opération, 461 & suiv.
557. L'hydrogène se dégage sous
ETHER serait habituellement la forme de gaz pendant la
dans l'état aériforme sans décomposition des substan-
la pression de l'atmosphère ces animales, 154. - Il se
9. - Se vaporise à 33 de- forme des combinaisons bi-
grés, 13 & suiv. - Appa- naires, 153.
reil pour sa combustion, 503 -- Vineuse. Moyens de l'exci-
& suiv. ter, 139. - Moyen d'analyse
EVAPORATION. Opération des substances susceptibles
pour séparer deux substances de fermenter, 151. - Des-
qui ont un degré de volati- cription des appareils rela-
lité différent, 431 & suiv. tifs à cette opération, 461
Action du calorique dans & suiv. Ses résultats & ses
cette opération, 433. effets, 150 & suiv. - Dé-
tail de ce qui se passe dans la
F décomposition du sucre,
149.
F ER. Il décompose l'air at- FILTRATION. C'est un tami-
mosphérique, 41. - Il aug- sage qui ne laisse passer que
mente de poids dans la cal- les parties liquides, 413.
cination d'une quantité éga- FILTRES. De leur choix &
le à celle que l'air a perdue, des moyens de s'en servir,
47. Appareil pour son oxy- 412, & suiv.
génation, 519. - Sa combus- FLUIDES élastiques. Sont une
tion dans le gaz oxygène, modification des corps, 11.
41. - Il décompose l'eau & Il s'absorbe du calorique
s'oxyde à un degré de cha- dans leur formation, ibid.
leur rouge, 92, 93 & 218. S'obtiennent à un degré de
Il est moins attirable à l'ai- chaleur déterminé, 12.- Leurs
mant après qu'il a décompo- noms génériques & parti-
sé l'eau; c'est de l'oxyde noir culiers, 54.
de fer, 42, & 93 - Ce métal FOURMIS. Espèce qui fournie
l'acide formique, 313.
@

606 TABLE

FOURNEAUX. De leur cons- GAZ acide carbonique, formé
truction, 537 & suiv. - Des par la combustion du char-
fourneaux de fusion, 543 & bon dans le gaz oxygène, 67.
suiv. - Leur objet, ibid. Est susceptible d'être absor-
Principes de leur construc- bé par l'eau, 67. Ne se con-
tion, 547 & suiv. Moyen dense pas au degré de pres-
de faire passer à travers un sion de l'atmosphère, ibid.
courant de gaz oxygène, De tous les gaz c'est celui
557 & suiv. qui dissout le plus d'eau
-- de Coupelle. Sa description, 50. - S'unit à toutes les ba-
550 & suiv. - Son objet ses susceptibles de former
545. Sa construction est des sels neutres, 67. - Pro-
vicieuse, 551. - Moyens venant de la décomposition
qu'a employés M. Sage pour de l'eau par le charbon, 91.
y suppléer 551 & 552. -- Acide muriatique. Moyens
FUSION. C'est une véritable de le dégager, 74.
solution par le feu, 534. -- Azote. Fait partie de l'air
Description de l'appareil atmosphérique, 39 & 203.
pour l'opérer à l'aide du Plusieurs manières de l'ob-
gaz oxygène, 552 & suiv. tenir, 214, 215.- Sa pe-
santeur, 55. - Ses propriétés
G chimiques ne sont pas en-
core bien connues, ibid. - Il
G AZ. Explication de ce mot, prive de la vie les animaux
17. - C'est le nom générique qui le respirent, 56. - L'a-
par lequel on désigne une zote entre dans la composi-
substance quelconque, assez tion de l'acide nitrique, ibid.
imprégnée de calorique pour Dans celle de l'ammonia-
passer de l'état liquide à que, ibid.
l'état aériforme, 53, 54 & -- Hépatique. C'est le gaz hy-
200. - Ils dissolvent l'eau, drogène sulfuré, 118.
50. - Manière d'en mesurer -- Hydrogène est formé par
le poids & le volume, 360 l'union du calorique & de
& suiv. 384 & suiv.- Moyens l'hydrogène, 94 & 117.
de les séparer les uns des au- C'est le radical constitutif de
tres, 365 & suiv. - De la l'eau, 94. - On l'obtient en
correction à faire à leur vo- présentant à l'eau un corps
lume, relativement à la pour lequel l'oxygène ait
pression de l'atmosphère plus d'affinité ; l'hydrogène
370 & suiv. Et aux degrés s'unit au calorique pour le
du thermomètre, 378. former, 217. - Se dégage
-- Aqueux. Eau combinée avec dans la décomposition de
le calorique, 54. l'eau par le fer, 93. - Et dans
@

DES MATIERES. 607

celle de l'eau par le char- flamme spontanément lors-
bon, 91. - Moyens de l'ob- qu'il a le contact de l'air,
tenir pur, 98. - Sa pesan- 119.- Il a l'odeur du poisson
teur, 95. - Ne peut se con- pourri, ibid. - Et il s'exhale
denser au degré de pression vraisemblablement de la
de l'atmosphère, 99.- En- chair des poissons en putré-
leve l'oxygène au calorique faction, ibid.
& décompose l'air dans la GAZ hydrogène sulfuré. Résul-
combustion, 95. - Sa com- tat de la combinaison du gaz
bustion avec le gaz oxygène hydrogène avec le soufre,
s'opère instantanément & 56. - C'est à son émanation
avec explosion. - Précau- que les déjections animales
tions qu'exige cette expé- doivent leur odeur infecte,
rience, 96. - Appareil pour 119.
sa combustion en grand, 506 -- Inflammable. Voy. Gaz hy&
suiv. - Quantité de ca- drogène.
lorique qui se dégage pen- -- Nitro-muriatique. Se dé-
dant sa combustion, 109. gage pendant la dissolution
Dans la combustion des vé- de l'or dans l'acide nitro-
gétaux il s'allume par le muriatique. N'a pas encore
contact de l'air & produit la été décrit. - Son odeur est
flamme, 166.- Il n'est pas désagréable. Il est funeste
absorbable par l'eau, 95. aux animaux qui le respi-
Il se combine avec tous les rent.- L'eau en absorbe une
corps combustibles, 156. grande quantité, 259.
Il dissout le carbone, 118. -- Nitreux. Premier degré de
Le phosphore, ibid. - Le combinaison de l'azote avec
soufre, ibid. - Les métaux l'oxygène, 80. - C'est une
ibid. - Dénomination qu'il espèce d'oxyde d'azote, 81,
prend alors, ibid. - On en Proportions d'azote & d'oxy-
obtient d'autant moins qu'on gène qui le constituent, 80.
a pris plus de précautions Surchargé d'oxygène, com-
pour écarter l'eau dans les pose un acide très puissant,
expériences sur les métaux, l'acide nitrique, ibid. - En-
122. leve l'oxygène à l'air de l'at-
GAZ hydrogène carboné. Résul- mosphère, ibid. - Sert d'eu-
tat de la combinaison du gaz diomètre pour connaître la
hydrogène avec le carbone, quantité d'oxygène contenue
156. dans l'air atmosphérique,
-- Hydrogène phosphoré. Ré- ibid. - Il est immiscible à
sultat de la combinaison du l'eau, ibid.
gaz hydrogène avec le phos- -- Oxygène. Combinaison de
phore, 156 & 225. - S'en- l'oxygène avec le calorique,
@

608 TABLE

55. - Moyen de s'assurer s'il mesurer le poids & le vo-
ne contient point d'acide lume des substances aéri-
carbonique, 98. - Le Calo- formes, 342.
rique & la lumière qui se GOMMES. Oxydes végétaux à
dégage dans la combustion deux bases, 125. - Réunies
sont-ils fournis par le corps sous le nom générique de
qui brûle, ou par le gaz muqueux, ibid.
oxygène qui se fixe dans les GRAISSE animale. Formée par
opérations ? 219. Est dé- la partie musculaire de ca-
composé par le charbon, 67. davres enterrés à une cer-
Par le phosphore, 58 & suiv. taine profondeur & privés
Perd son calorique dans du contact de l'air, 157.
cette combinaison, 66. - Entre Le suif fournit l'acide sé-
dans la décomposition par les mé- bacique, 317.
taux, 82. - Par le fer 41. GRENAT. Fond presque sur le
Par le soufre, 66. Entre champ au feu alimenté par
dans la décomposition de le gaz oxygène, 557.
l'air atmosphérique, 55.- Re-
tiré de l'oxyde de mercure, H
523. - Retiré de l'oxyde de
manganèse ou du nitrate H UILES. Elles sont com-
de potasse, 524. - Change posées de carbone & d'hy-
de nature par la détonation drogène, 119. - Ce sont de
avec le charbon, & se con- véritables radicaux carbone-
vertit en acide carbonique, hydreux, 198. - Proportion
525.- Moyen de s'en servir des principes qui les cons-
pour augmenter l'intensité tituent, 120. Sont-elles
du feu, 552. - Son emploi base on radical des acides
dans les fusions, ibid. végétaux & animaux. Rai-
GAZOMÈTRE. Instrument pro- sons qui font pencher, pour
pre à mesurer le volume la négative, 211. - Appa-
des substances aériformes reil pour leur combustion ;
342. - Sa description, 346 493 & suiv. - Se conver-
& suiv. Sa graduation, 358 tissent en brûlant en acide
& suiv. Expériences qui carbonique & en eau, 120.
ont donné l'idée de sa cons- --- d'Olives. Quantité de ca-
truction, 553. On peut lorique qui s'en dégage ;
avec cet instrument donner 113.
un grand degré de vitesse -- Fixes. Contiennent un ex-
au gaz oxygène, 553 ; & cès de carbone, 119. - Elles
l'employer à augmenter l'ac- le perdent à un degré de
tion du feu, 553 & suiv. chaleur supérieur à l'eau
GAZOMÉTRIE. C'est l'art de bouillante, 119.
HUILES
@

DES MATIERES. 609

HUILES volatiles. Elles sont nir seul sous forme con-
formées par une juste pro- crète, 217 & suiv. - On
portion d'hydrogène & de l'obtient dans l'état de gaz,
carbone, 119. - A un degré en décomposant l'eau par
supérieur à l'eau bouillante le fer & par le carbone,
elles se combinent au calo- 218. Sa combinaison avec
rique pour former un gaz ; le phosphore, 225. - Avec
C'est dans cet état qu'elles l'oxygène, 217. - Est-il sus-
passent dans la distillation, ceptible de se combiner
120. avec les corps simples dans
-- Volatiles animales. Le car- l'état concret ? 121. - Ce
bone y tient si peu qu'il ne peut être qu'en très
s'en sépare par leur simple petite quantité, ibid. Il
exposition à l'air libre, 136 est un des principes cons-
& 137. - Il se sépare encore titutifs des huiles, & du
plus promptement quand radical de tous les acides
on les expose dans le gaz végétaux & animaux, 119.
oxygène, & l'huile devient De l'amidon, des gommes,
noire ; en même temps il se du sucre, 125. Quantité
forme de l'eau, 137. - Elles qu'en contient le sucre
redeviennent blanches par 142. Quelques chimistes
la rectification & le charbon ont supposé que c'était le
s'en sépare, 136. Elles se phlogistique de Stahl. - Ils
décomposent & se conver- ne le prouvent point. Ils
tissent entièrement en char- n'expliquent pas les phéno-
bon & en eau par des rectifi- mènes de la calcination &
cations répétées, 136 & 137. de la combustion, 219.
HYACINTHE. Perd sa couleur
au feu alimenté par le gaz I
oxygène, 556 & 557.
HYDROGÈNE. Est un des prin- INSTRUMENS propres à
cipes de l'eau, 217. - Son déterminer le poids absolu
existence & ses propriétés & la pesanteur spécifique
ne sont connues que depuis des corps, 327 & suiv.
peu de temps. - C'est un des Description de la machine
principes les plus répandus qui sert à les comparer. Elle
dans la nature: - Il joue le se nomme balance. L'action
principal rôle dans le règne se nomme pesée. Variation
animal & végétal, 217. de l'unité d'un pays à l'au-
Son affinité avec le calori- tre. - De la nécessité de n'em-
que est telle qu'il est tou- ployer que des poids dont on
jours dans l'état de gaz. connaît les rapports entre
Il est impossible de l'obte- eux, 327 & suiv.
Q q
@

610 TABLE

L suppléer, 477. - Pour enduire
les cornues, 541.
LAMPE d'émailleur. Sert
d'intermédiaire, dans la M
fusion par le gaz oxygène,
pour les substances compo- MAGNÉSIE. La compo-
sées qui ont de l'affinité sition de cette terre est
avec le charbon, 554. absolument inconnue, 171.
LAVAGE moyen de diviser On la trouve dans l'eau
les corps en poudres de de la mer, 173. - Et dans
grosseurs uniformes, 420. un grand nombre d'eaux
LEXIVIATION. Opération dont minérales, 173. - Effet que
l'objet est de séparer les produit sur elle le feu le
substances solubles dans l'eau plus violent, alimenté par
de celles qui ne le sont le gaz oxygène, 555.
pas, 418 & suiv. MATIÈRES fécales sont com-
LIMES. Servent à diviser les posées de carbone & d'hy-
matières soit malléables, soit drogène, 157. - Produisent
fibreuses, 408 & suiv. de l'huile par la distilla-
LIMPHE, Oxyde animal, 130. tion, ibid.
LUMIÈRE. Qualités qui lui MERCURE. Appareil pour son
sont communes avec le oxydation, 35, 507 & suiv.
calorique, 6. - Nécessaire Absorbe dans cette opéra-
aux animaux comme aux tion la partie respirable de
végétaux.- Il n'existe d'êtres l'air, 38. - Ne l'absorbe
organisés que dans les lieux pas en entier, 40.
exposés à la lumière, 102. MÉTAUX. Sont susceptibles
Son dégagement dans la de se combiner les uns avec
combustion du fer, 41. - Sa les autres, 116. - Ne sont
manière d'agir sur les corps pas dissolubles dans les aci-
est inconnue. - Elle contri- des ; il faut qu'ils aient
bue avec le calorique à été portés auparavant à l'état
constituer l'oxygène dans d'oxydes, 176.
l'état de gaz. - Se combine MIROIRS concaves. Ont un
avec quelques parties des plus grand degré d'intensité
plantes ; c'est à cette com- que les verres ardents. - La
binaison qu'est due la cou- difficulté de s'en servir rend
leur verte des feuilles, 201. impossibles un grand nom-
LUTS, (préparation des) 468. bre des expériences chimi-
Résineux. - Gras. - De chaux ques, 553.
& de blanc d'oeufs, 469, MOPHÈTE. Voy. Azote &
470 & suiv. - Leur emploi, Gaz Azote.
475 & suiv. - Moyens d'y MOLÉCULES élémentaires des
@

DES MATIERES. 611

corps ne se touchent point, oxydes animaux & végétaux,
3. 139.
MOLYBDÈNE. Substance mé-
tallique qui a la propriété O
de s'oxygéner & de former
un véritable acide. - La ODEUR fétide. Elle est
nature nous le présente produite par la dissolution
dans l'état de sulfure de des corps combustibles dans
molybdène, 273. le gaz hydrogène, 156.
MORTIERS. Leur description. OPERATIONS manuelles de la
Leur usage, 404 & 405. Chimie. - Se divisent en
MURIATES oxygénés: Le ca- plusieurs classes, 325. - Les
lorique entre dans leur unes ne sont que mécani-
composition en quantité ques, elles ne font que divi-
presque égale à celle qui est ser les corps: - Les autres
nécessaire pour constituer sont véritablement chimi-
le gaz oxygène, 207. ques, 325 & suiv.
OR, se dissout dans l'acide
N nitro-muriatique. S'oxyde
avant sa dissolution, 259.
NITRATES. Sels résultants Se volatilise lentement au
de l'union de l'acide nitri- feu alimenté par le gaz oxy-
que avec différentes bases gène, 556.
237. Appareil pour en OS des animaux. Ce sont de
retirer l'acide, 78. Déga- véritables phosphates de
gement de gaz oxygène qui chaux, 224.
l'accompagne, ibid. OXYDES. Nom générique pour
NITRITES. Sels résultants de exprimer le premier degré
l'union de l'acide nitreux d'oxygénation de toutes les
avec différentes bases, 237. substances, 85. - Le règne
Noix de galle. Elles four- végétal & le règne animal
nissent le principe astrin- ont leurs oxydes, ibid.
gent ou acide gallique par -- A deux bases, moyen d'ex-
une simple infusion dans pliquer sans périphrase le
l'eau, 307. principe qui est en excès,
NOMENCLATURE. Système gé- 126.
néral d'après lequel elle est -- Animaux. Leur nombre est
formée. - Discours prélimi- encore indéterminé, 130.
naire. - Ses difficultés, 128. Il entre ordinairement dans
Le point où en est la science leur composition 4 bases oxy-
oblige de conserver au moins dables, 125. - Les prin-
pour un temps les noms an- cipes qui les constituent se
ciens pour les acides & désunissent à un très léger
Q q ij
@

612 TABLE

changement de tempéra- état il forme la partie respi-
ture, 131. rable de l'air, 54. - Il en-
OXYDES métalliques. Combi- tre pour un tiers dans le
naisons de l'oxygène avec les poids de notre atmosphère ;
métaux, 82. - Les anciens l'azote constitue les deux
Chimistes les confondaient autres tiers, 103. - Aban-
Sous le nom de chaux, avec donne le calorique pour s'u-
un grand nombre de subs- nir à l'hydrogène dans la
tances de nature très diffé- combustion, 95. - C'est
rente, 84. On les spé- le principe acidifiant de
cifie par leur couleur qui tous les acides, 69. - Un
varie en raison de la quan- premier degré de combinai-
tité plus ou moins grande son de ce principe avec l'a-
d'oxygène qu'ils contien- zote forme le gaz nitreux,
nent, 85. - Brûlent avec 80. - Un second degré
flamme au feu alimenté par constitue l'acide nitreux,
le gaz oxygène, 556. - Ré- ibid. - Un troisième consti-
flexions sur ce phénomè- tue l'acide nitrique, 214.
ne, ibid. Ses combinaisons avec les
-- Végétaux. Leur nomencla- substances simples se nom-
ture, 128 & suiv. - Se ment binaires, ternaires,
décomposent à un degré de quaternaires, selon le nom-
chaleur supérieur à l'eau bre de ces substances, 207.
bouillante ; le calorique Tableau de ses combinaisons
rompt l'équilibre qui exit- binaires avec les substances
toit entre les parties qui les simples métalliques & non
constituaient, 130. - Com- métalliques, 203. - Se dé-
ment ils diffèrent entre eux, gage pendant la décomposi-
210. - Leur décomposition tion du nitre par l'acide sul-
par la fermentation vineuse, furique, 78. - Il tient peu
139. à l'acide nitrique, 207.
-- Rouge de mercure. L'oxy- Condition nécessaire pour
gène y tient très peu. sa combinaison, 203 & suiv.
Moyens d'oxyder les corps à Il est le moyen d'union en-
une chaleur médiocre, 206. tre les métaux & les acides,
OXIGÉNATION. Combinaison 179. - Tout porte à croi-
d'un corps avec l'oxygène, re que les substances qui ont
66. une grande affinité avec les
OXYGÈNE, a une grande affi- acides contiennent de l'oxy-
nité pour la lumière. - Elle gène, 179. - Et qu'il entre
contribue avec le calorique dans la composition des ter-
à le constituer dans l'état res regardées comme sim-
de gaz, 201. - Dans cet ples, 180. - Quantité
@

DES MATIERES. 613

que le sucre en contient, convertit en un acide, 66.
142. - II conserve une Il devient incombustible
grande partie de son calo- par sa combinaison avec
rique en se combinant au l'oxygène, 65. - Appa-
gaz nitreux, 110. reils pour sa combustion,
58, 61, 482 & suiv.
P Quantité de calorique qui
se dégage pendant sa com-
PESANTEUR spécifique. On bustion, 62 & 107.- Ses
a désigné sous ce nom le combinaisons avec les subs-
poids absolu des corps di- tances simples, 223. Avec
visé par leur volume. - On les métaux, 118. Avec
détermine cette pesanteur le gaz hydrogène, ibid.
par le moyen de la ba- Il paraît qu'il demeure
lance hydrostatique, 337. combiné avec le charbon
PESE-LIQUEURS, servent à dé- dans la distillation des vé-
terminer la pesanteur spé- gétaux, 136. - Enlève l'o-
cifique des fluides, 338. xygène à l'acide nitrique &
Leur description. - Manière à l'acide muriatique oxygé-
de s'en servir. On les cons- né, 249. - C'est une des
truit en verre & en métal, bases des acides animaux,
338 & suiv. 124.
PHOSPHORE. Substance incon- PIERRES composées, se fon-
nue des anciens Chimistes. dent au feu alimenté par le
C'est un produit de l'art. gaz oxygène, 556.
Epoque de sa découverte. -- Précieuses. Celles qui sont
On le retire à présent des décolorées par le feu ali-
os des animaux. - Maniè- menté de gaz oxygène, ont
re de le préparer, 224. l'apparence d'une terre blan-
C'est un corps combustible che, & de la porcelaine, 557.
simple. - Il se rencontre, à PLANTES. La couleur des feuil-
ce qu'il paraît, dans toutes les & la diversité de celles
les substances animales & des fleurs tient à la combi-
dans quelques plantes, 198, naison de la lumière avec
199, 225. - Il y est ordinai- elles, 201. - Contiennent
rement combiné avec l'a- du phosphore, 225.
zote, l'hydrogène, &c. - Il POIDS. Division de la livre
s'allume à 32 degrés de cha- en fractions décimales,
leur, 225. Décompose le moyen de simplifier les cal-
gaz oxygène à cette tempé- culs, 333. - Table pour
rature, 58 & suiv. - Ab- convertir les fractions déci-
sorbe une fois & demie son males en fractions vulgaires
poids d'oxygène, 63. -- Se & réciproquement.
Q q iij
@

614 TABLE

PORPHIRISATION. Instruments 155. - C'est dans le mé-
propres à l'opérer, 403. lange des substances végé-
POTASSE. Son origine. - Pro- tales & animales que con-
cédés pour l'extraire, 165 siste toute la science des
& suiv. - Il n'est pas démon- amendements & des fumiers,
tré qu'elle existe dans le 155.
charbon avant la combus- Des végétaux, n'est autre
tion, 228. - Il ne paraît chose que l'analyse des subs-
pas qu'on puisse l'extraire tances végétales dans la-
des végétaux sans des in- quelle la totalité de leurs
termèdes qui fournissent de principes se dégage sous la
l'azote & de l'oxygène, forme de gaz, 154.
169. - Presque toujours sa- PYRITES, nom que les an-
turée d'acide carbonique, ciens donnaient à la com-
pourquoi, 167. - Elle est binaison du soufre & des
soluble dans l'eau, 168. métaux, 127.
Elle attire l'humilité de
l'air avec une grande rapi- R
dité. - Elle est en consé-
quence très propre à opérer R ADICAL acéteux. Tableau
la dessiccation des gaz, 168. de ses combinaisons, 294.
Elle est soluble dans l'esprit- Acide à deux bases. - C'est
de-vin, ibid. le plus oxygéné des acides
POUDRE à canon. Il se végétaux. - Contient un peu
dégage de l'azote & du gaz d'azote. - Moyens de l'obte-
acide carbonique dans son nir & de l'avoir pur. - Libre
inflammation, 525 & 526. de toute combinaison, il est
PRESSION de l'atmosphère. dans l'état de gaz au degré
Elle met obstacle à l'écarte- de température dans lequel
ment des molécules des nous vivons. - La plupart
corps, 8. Sans elle il des sels qu'il forme avec les
n'y' aurait pas de fluides pro- bases salifiables ne sont pas
prement dits, ibid. - Expé- cristallisables, 295 & suiv.
riences qui le prouvent, -- Boracique. Sa nature est
9 & 10. inconnue, 229.
PULVÉRISATION. Instruments -- Fluorique. Sa nature est
propres à l'opérer, 403. inconnue, 229. - Ses com-
PUTRÉFACTION. Ses phéno- binaisons avec l'oxygène
mènes sont dus en partie ibid.
à la décomposition de l'eau, RADICAL malique. Tableau de
101. Est très lente lors- ses combinaisons, 281.
que le corps qui l'éprouve -- Muriatique. Sa nature est
ne contient pas d'azote, encore inconnue, 229.
@

DES MATIERES. 615

-- Tartareux. Tableau de ses SÉCRÉTIONS animales. Sont
combinaisons, 127. de véritables oxydes, 130.
RADICAUX des acides, leur SEL marin. Combinaison de
tableau, 196. Combinai- l'acide muriatique & de la
sons des radicaux simples soude, 259.
avec l'oxygène, 203 & suiv. -- Muriatique oxygéné de po-
Combinaison des radicaux tasse. Fournit un gaz oxygène
composés avec l'oxygène, absolument pur, 507.
208 & suiv. --- Sédatif. Voy. Acide Bora-
-- Hydro-carboneux & Car- cique, 265.
bone-hydreux, 198. -- Neutres. Leur formation,
-- Oxydables & Acidifiables. 162 & 189. - Ils résultent
Sont simples dans le règne de la réunion d'une subs-
minéral. - Sont composés tance simple oxygénée avec
dans les deux autres, 209. une base quelconque, 164.
RAPE. Sert à diviser les subs- Ou, ce qui est la même
tances pulpeuses, 495. chose, de l'union des acides
RÉDUCTION métalliques. Ne avec les substances métalli-
sont autre chose que des ques terreuses & alcalines,
oxygénations du charbon 162. - Quelles sont les bases
par l'oxygène contenu dans salifiables susceptibles de se
les oxydes métalliques, 206. combiner avec les acides,
RESPIRATION. Raisons qui ont 162. & 164. - Le nombre
empêché d'en parler dans des sels connus a augmenté
cet ouvrage, 202. en raison des acides qui ont
RUBIS. Se ramollit, se soude été découverts, 209. Dans
& se fond sans altération. l'état actuel de nos connais-
de sa couleur, par l'action sances, il est de 1152, 182.
du feu alimenté par le gaz Mais il est probable que
oxygène, 556. toutes ces combinaisons sa-
-- du Brésil. Se décolore & lines ne sont pas possibles,
perd un cinquième de son 183. - Combinaisons salines
poids au feu alimenté par présentées sous la forme de
le gaz oxygène, 557. tableaux. - On a suivi pour
SALPÊTRE. Combinaisons de les classer les mêmes prin-
l'acide nitrique & de la cipes que pour les substan-
potasse, 233. - Moyens d'ob- ces simples, 183 & suiv.
tenir ce sel, ibid. Son Leur nomenclature, 183.
raffinage fondé sur la diffé- On les distingue par le
rente solubilité des sels nom de leur base salifiable,
439, 440. 184 & suiv. - Plan d'expé-
SANG. La partie rouge est un riences sur les sels neutres,
oxyde animal, 130. 187. - De leur solution,
Q q iv
@

616 TABLE

403. - Par le calorique, 424 & plus d'ammoniaque, en
& 438. - On confondait raison de l'azote & de l'hy-
autrefois la solution & la drogène qu'elles contien-
dissolution, 423 & 424. nent dans une plus grande
Des différents degrés de proportion, 236. - Elles fa-
solubilité des sels, 426 & vorisent la putréfaction,
suiv. - Travail à faire sur parce qu'elles contiennent
les sels neutres, 428. de l'azote, 155. - Elles peu-
SIPHON. Sa description, 412. vent varier en raison de la
SOUFRE. Substance combusti- proportion de leurs princi-
ble qui est dans l'état con- pes constituants & de leur
cret à la température de l'at- degré d'oxygénation, 213.
mosphère, & qui se liquéfie Sont décomposées par le feu,
à une chaleur supérieure à 132.
l'eau bouillante, 221. - Sa SUBSTANCE combustibles. Ce
combinaison avec les subs- sont celles qui ont une
tances simples, ibid. - Avec grande appétence pour l'o-
le gaz hydrogène, 118. xygène, 116. Peuvent s'oxy-
Avec différents autres gaz, gêner par leur combinaison
66. - Avec le charbon, 67. avec les nitrates & les mu-
Il décompose l'air, 66. - En- riates oxygénés, 206 & 207.
lève l'oxygène au calorique -- Métalliques. A l'exception
ibid. - Il est susceptible de de l'or, & quelquefois de
plusieurs degrés de satura- l'argent, elles se présentent
tion en se combinant avec rarement dans la nature sous
l'oxygène, 72. - Moyen d'ex- la forme métallique, 173.
citer sa combustion pour la Celles que nous pouvons ré-
formation dé l'acide sulfuri- duire sous forme métallique
que, 241. sont au nombre de 17, 174.
SUBLIMATION. - Distillation Celles qui ont plus d'affinité
des matières qui se conden- avec l'oxygène qu'avec le
sent sous forme concrète, carbone ne sont pas suscep-
448. tibles d'être amenées à cet
SUBSTANCES animales sont com- état, 274. Considérées com-
posées d'hydrogène, de car- me bases salifiables, 175.
bone, de phosphore, d'azote Ne peuvent se dissoudre que
& de soufre, le tout porté à lorsqu'elles s'oxydent, 176
l'état d'oxyde par une por- & 177. L'effervescence qui
tion d'oxygène, 158. - Leur a lieu pendant leur disso-
distillation donne les mêmes lution dans les acides prou-
résultats que les plantes cru- ve qu'elles s'oxydent, ibid.
cifères, 136. - Elles don- Se dissolvent sans efferves-
nent seulement plus d'huile cence dans les acides lors-
@

DES MATIERES. 617

qu'elles ont été préalable- sentent ces combinaisons
ment oxydées, 278. - Se 117. - Brûlent avec flamme
dissolvent sans effervescence colorée & se dissipent entiè-
dans l'acide muriatique oxy- rement au feu alimenté par
géné, ibid. - Dans l'acide le gaz oxygène. 556. - Tou-
sulfureux, 245.- Celles qui tes, excepté le mercure, s'y
sont trop oxygénées s'y dis- oxydent sur un charbon, ibid.
solvent & forment des sul- SUBTANCES salines se volatili-
fates métalliques, ibid. - Dé- sent au feu alimenté par le
composent toutes le gaz oxy- gaz oxygène, 556.
gène, excepté l'or & l'ar- -- Simples. Leur définition.
gent, 82, 203 & suiv. Ce sont celles que la chimie
Elles s'oxydent & perdent n'a pas encore pu parvenir à
leur éclat métallique, 83. décomposer, 193 & suiv.
Pendant cette opération elles Leur tableau, 192. - Leurs
augmentent de poids à pro- combinaisons avec le soufre,
portion de l'oxygène qu'elles 221. - Avec le phosphore,
absorbent, ibid. - Les an- 223. - Avec le carbone,
ciens donnaient impropre- 227. - Avec l'hydrogène,
ment le nom de chaux aux 217. - Avec l'azote, 213.
métaux calcinés ou oxydes -- Végétales. Leurs principes
métalliques, 83. - Appareils constitutifs sont l'hydrogène
pour accélérer l'oxydation, & le carbone, 132. - Con-
514 & suiv. - N'ont pas tiennent quelquefois du
toutes le même degré d'affi- phosphore & de l'azote 136.
nité pour l'oxygène, 513. Manière d'envisager leur
Lorsqu'on ne peut en sépa- composition & leur décom-
rer l'oxygène, elles demeu- position, 132. - Leur dé-
rent constamment dans l'état composition se fait en vertu
d'oxydes & se confondent d'affinités doubles & triples,
pour nous avec les terres, 235. Tous les principes qui
174. - Décomposent l'acide les composent sont en équi-
sulfurique en lui enlevant libre entre eux au degré de
une portion de son oxygène, température dans lequel
& alors elles s'y dissolvent, nous vivons, 233. - Leur
242. - Leurs combinaisons distillation fournit la preu-
les unes avec les autres, 230. ve de cette théorie, 135.
Les alliages qui en résultent A un degré peu supérieur à
sont plus cassants que les mé- l'eau bouillante, une partie
taux alliés, 116. - C'est à du carbone devient libre,
leurs différents degrés de fu- 134. - L'hydrogène & l'oxy-
sibilité que sont dus une par- gène se réunissent pour for-
tie des phénomènes que pré- mer de l'eau, ibid. - Une
@

618 TABLE

portion d'hydrogène & de T
carbone s'unissent & for-
ment de l'huile volatile, TABEAU des acides & de
ibid. - A une chaleur rouge leurs bases salifiables, 180
l'huile formée serait décom- & suiv. - Des substances
posée, 135. - L'oxygène simples, 192. - Des radi-
alors s'unit au carbone avec caux composés, 196. - Des
lequel il a plus d'affinité à combinaisons de l'oxygène,
ce degré, 134. - L'hydro- 203, 208. - Des combinai-
gène s'échappe sous la for- sons de l'azote, 211.- De
me de gaz en s'unifiant au l'hydrogène, 216. Du sou-
calorique, ibid. fre, 220. Du phosphore,
SUCRE. Oxyde végétal à deux 222. - Du carbone, 226.
bases, 125. - Son analyse De l'acide nitrique, 232.
142, & suiv. - En l'oxygé- De l'acide sulfurique, 238.
nant on forme de l'acide De l'acide sulfureux, 243.
oxalique, de l'acide mali- De l'acide phosphoreux,
que, de l'acide acéteux, 246. De l'acide phosphori-
selon la proportion d'oxygè- que, 247. - De l'acide car-
ne, 194. - Moyens de rom- bonique, 250. - De l'acide
pre l'équilibre de ses prin- muriatique, 253.- De l'acide
cipes par la fermentation, muriatique oxygéné, 254,
142. - Récapitulation des De l'acide nitro-muriatique,
résultats obtenus par la fer- 258. - De l'acide fluorique,
mentation, 148. - Contient 261. De l'acide boracique
les substances propres à for- 264.-De l'acide arsenique
mer de l'eau, mais non de 268. - De l'acide molybdi-
l'eau toute formée, 151. que, 272. De l'acide tunsti-
-- de lait oxygéné forme l'acide que, 274. - De l'acide tarta-
saccho-lactique, 311. reux, 277. - De l'acide mali-
SULFATES. Combinaisons de que, 281. - De l'acide citri-
l'acide sulfurique avec les que, 284.-De l'acide pyro-
différentes bases, 245. ligneux, 286. - De l'acide
-- Métalliques. Combinaisons pyro-tartareux, 288. - De
des métaux avec l'acide sul- l'acide pyro-muqueux, 290.
furique, 245. De l'acide oxalique, 291.
SULFITES. Combinaisons de De l'acide acétique, 298.
l'acide sulfureux avec les De l'acide succinique, 300.
différentes bases, 245. De l'acide benzoïque, 302.
-- Métalliques pourraient bien De l'acide camphorique
ne pas exister, 245. 304. - De l'acide gallique,
SULFURES. Combinaisons du 306. - De l'acide lactique,
soufre avec les métaux, 118. 308. - De l'acide saccholacti-
@

DES MATIERES. 619

que, 310. - De l'acide formi- gaz oxygène sous la forme
que, 312. - De l'acide bombi- d'un verre blanc, 556.
que, 314. - De l'acide sébaci- THERMOMÈTRE. Corrections
que 316. - De l'acide lithi- du volume des gaz relatives
que, 318. - De l'acide prussi- aux différents degrés du ther-
que, 320. momètre. - Modèle de cal-
TAMISAGE. Moyen de séparer cul pour ces corrections,
les corps en molécules de 380 & suiv.
grosseur à-peu-près unifor- TOPAZE de Saxe. Se décolore
mes, 409. & perd un cinquième de son
TARTRE est composé de l'a- poids au feu alimenté par le
cide appelé tartarum, & de gaz oxygène, 557.
potasse. Moyen de le dé- TRITURATION. Instruments
composer pour en obtenir propres à l'opérer, 403.
l'acide pur, 378, 379. TUNGSTÈNE. Métal particulier
TARTRITE acidule de po- souvent confondu avec l'é-
tasse. Combinaison de la tain. - Sa cristallisation. - Sa
potasse & de l'acide tarta- pesanteur spécifique. - Il se
reux, avec excès d'acide, trouve naturellement dans
280. l'état d'oxyde. - Il fait fonc-
-- de potasse. Sel parfaite- tion d'acide. - Il y est uni à
ment neutre, résultant de la chaux, 175.
la combinaison de l'acide
tartareux & de la potasse V
280.
TERRE OU terreau. Principe VAISSEAUX évaporatoire.
fixe qui reste après l'analyse Leur forme, 434 & suiv.
des substances végétales fer- VAPORISATION. Passage d'un
mentées, 154. fluide liquide à l'état aéri-
-- On les regarde comme des forme, 12.
êtres simples, 171. - Il y a VERRES ardents. Ne produi-
quelques raisons de penser sent pas d'aussi grands effets
qu'elles contiennent de l'o- qu'on avait lieu de l'atten-
xygène, 180, 195. - Et peut- dre, 552.
être qu'elles sont des métaux VERS à soie. Sa chrysalide
oxydés, ibid. Elles ont une fournit l'acide bombique,
grande tendance à la combi- 315.
naison, 172. WOLFRAM. Substance métalli-
TERRES composées. Se fon- que. - Véritable tungstène,
dent au feu alimenté par le 275.

Fin de la Table des Matières.

@

(620)
pict

E X T R A I T des Registres de l'Académie
Royale des Sciences.

Du 4 Février 1782,

L'ACADÉMIE nous a chargés, M. d'Arcet & moi, de
lui rendre compte d'un Traité élémentaire de Chimie,
que lui a présenté M. Lavoisier.
Ce Traité est divisé en trois parties : la première a
principalement pour objet, la formation des fluides aériformes
& leur décomposition, la combustion des corps
simples, & la formation des acides.,
Les molécules des corps peuvent être considérées comme
obéissant à deux forces, l'une répulsive, l'autre attractive.
Pendant que la dernière de ces forces l'emporte,
le corps demeure dans l'état solide ; si, au contraire,
l'attraction est plus faible, les parties du corps perdent
l'adhérence qu'elles avaient entre elles, & il cesse d'être
un solide.
La force répulsive est due au fluide très subtil qui s'insinue
à travers les molécules de tous les corps, & qui
les écarte ; cette substance, quelle qu'elle soit, étant
la cause de la chaleur, ou, en d'autres termes, la
sensation que nous appelons chaleur, étant l'effet de l'accumulation
de cette substance, on ne peut pas, dans
un langage rigoureux, la désigner par le nom de chaleur,
parce que la même dénomination ne peut pas exprimer
la cause & l'effet; c'est ce qui a déterminé M. Lavoisier,
avec les autres Auteurs de la Nomenclature chimique,
à la désigner sous le nom de calorique.
Nous nous contenterons, dans ce rapport, d'employer
la nomenclature adoptée par M. Lavoisier; mais
dans le cours de son ouvrage, après avoir établi par
les expériences les plus exactes, les faits qui doivent
servir de base aux connaissances chimiques, il a toujours
soin de justifier la nomenclature dont il fait usage,
de suivre les rapports qui doivent se trouver entre les
idées & les mots qui les représentent.

@

(621)

S'il n'existait que la force attractive des molécules de
la matière, & la force répulsive du calorique, les corps
passeraient brusquement de l'état de solide à celui de
fluide aériforme ; mais une troisième force, la pression
de l'atmosphère, met obstacle à cet écartement, & c'est
à cet obstacle qu'est due l'existence des fluides. M. Lavoisier
établit, par plusieurs expériences, quel est le degré
de pression qui est nécessaire pour contenir différentes
substances dans l'état liquide, & quel est le degré de
chaleur nécessaire pour vaincre cette résistance. Mais
il y a un certain nombre de substances qui, à la
pression de notre atmosphère & au degré de froid connu,
n'abandonnent jamais l'état de fluide aériforme ; ce sont
celles-là qu'on désigne sous le nom de gaz.
Puisque les molécules de tous les corps de la nature
(s)ont dans un état d'équilibre entre l'attraction, qui tend à
les rapprocher & à les réunir, & les efforts du calorique,
qui tend à les écarter, non-seulement le calorique environne
de toutes parts les corps, mais encore il remplit
les intervalles que leurs molécules laissent entre elles,
& comme c'est un fluide extrêmement compressible, il
s'y accumule, il s'y resserre & s'y combine en partie.
De ces considérations, M. Lavoisier déduit l'explication
de ce qu'on doit entendre par le calorique libre, le
calorique combiné, la capacité de calorique, la chaleur
absolue, la chaleur latente, la chaleur sensible. On
pourrait lui reprocher d'avoir insisté trop peu sur la propriété
élastique & compressible du calorique, & de-là
résulte une différence entre ses principes & la théorie de
M. Black, sur la capacité de chaleur, mais en écartant
cette considération, les idées de M. Lavoisier ont
acquis l'avantage d'avoir plus de clarté.
Après ces principes généraux, M. Lavoisier décrit
le moyen qu'a imaginé M. de la Place pour déterminer
par la quantité de glace fondue, celle du calorique
qui s'est dégagé au milieu de cette glace, d'un corps
qui était élevé à une certaine température, ou d'une
combinaison qui s'y est formée: Il passe ensuite à des
vues générales sur la formation & la constitution de

@

( 622 )

l'atmosphère de la terre, non-seulement en la considérant
dans l'état où elle se trouve, mais encore dans
différents états hypothétiques.
Notre atmosphère est formée de toutes les substances
susceptibles de demeurer dans l'état aériforme au degré
habituel de température & de pression que nous éprouvons.
Il était bien important de déterminer quel est le
nombre & quelle est la nature des fluides élastiques qui
composent cette couche inférieure que nous habitons.
On sait que les connaissances que nous avons acquises
sur cet objet, font la gloire de la Chimie moderne ;
que non-seulement on a analysé ces fluides, mais qu'on
à encore appris à connaître une foule de combinaisons
qu'ils formaient avec les substances terrestres & que
par-là le vide immense que les anciens Chimistes cherchaient
à déguiser par quelques suppositions, a été
comblé pour la plus grande partie. Il est bien intéressant
de voir celui qui a le plus contribué à nous procurer
ces connaissances nouvelles, en tracer lui-même le tableau,
rapprocher les résultats des expériences qui
ont fait l'objet d'un grand nombre de ses Mémoires,
perfectionner ces expériences & tous les appareils
qu'il a fallu imaginer ; mais il n'est pas possible de
suivre dans un extrait les descriptions que M. Lavoisier
présente avec beaucoup de concision, sur l'analyse
de l'air de l'atmosphère, la décomposition du gaz
oxygène par le soufre, le phosphore & le charbon,
sur la formation des acides en général, la décomposition
du gaz oxygène par les métaux, la formation des
oxydes métalliques, le principe radical de l'eau, sa
décomposition par le charbon & par le fer, la quantité
de calorique qui se dégage des différentes espèces
de combustion, & la formation de l'acide nitrique.
Après tous ces objet , M. Lavoisier examine la combinaison
des substances combustibles les unes avec les autres.
Le soufre, le phosphore, le charbon ont la propriété
de s'unir avec les métaux, & de-là naissent les combinaisons
que M. Lavoisier désigne sous le nom de sulfures,
phosphures & carbures.

@

(623)

L'hydrogène peut aussi se combiner, avec un grand
nombre de substances combustibles ; dans l'état de gaz,
il dissout le carbone ou charbon pur, le soufre, le phosphore,
& de-là viennent les différentes espèces de gaz
inflammable.
Lorsque l'hydrogène & le carbone s'unifient ensemble,
sans que l'hydrogène ait été porté à l'état de gaz par
le calorique, il en résulte selon M. Lavoisier, cette
combinaison particulière qui est connue sous le nom
d'huile, & cette huile est fixe ou volatile, selon les
proportions de l'hydrogène & du carbone. Il a exposé
dans les Mémoires de 1784, les expériences qui l'ont
conduit à cette opinion.
Cependant il nous paraît que cette opinion n'est pas
à l'abri des objections, nous nous contenterons d'en proposer
une. Toutes les huiles donnent un peu d'eau & un
peu d'acide lorsqu'on les distille, & en réitérant les distillations,
on peut les réduire entièrement en eau, en acide,
en charbon, en gaz carbonique & en gaz hydrogène
carboné. Cet acide & cette eau qu'on retire dans chaque
opération, n'annoncent-ils pas qu'il entrait de l'oxygène
dans la composition de l'huile; car il est facile de prouver
que l'air qui est contenu dans les vaisseaux qui servent
à la distillation, n'a pas pu contribuer d'une manière
sensible à leur production ?
Il fallait d'abord examiner les phénomènes que présente
l'oxygénation des quatre substances combustibles
simples, le phosphore, le soufre, le carbone & l'hydrogène ;
mais ces substances, en se combinant les unes
avec les autres, ont formé des corps combustibles composés,
tels que les huiles, dont l'oxygénation doit présenter
d'autres résultats. Selon M. Lavoisier, il existe
des acides & des oxydes à base double & triple : il donne
en général le nom d'oxyde à toutes les substances qui ne
sont pas assez oxygénées pour prendre le caractère acide.
Tous les acides du règne végétal ont pour base l'hydrogène
& le carbone, quelquefois l'hydrogène, le carbone
& le phosphore. Les acides & oxydes du règne animal
sont encore plus composés ; il entre dans la composition

@

(624)

de la plupart quatre bases acidifiables, l'hydrogène,
le carbone, le phosphore & l'azote. M. Lavoisier tache
de rendre raison par ces principes très simples, de la
nature & de la différence des acides végétaux & des autres
substances d'une nature végétale & d'une nature animale;
il ne serait pas juste dans ce moment de juger avec sévérité
ces aperçus ingénieux, parce que l'Auteur se propose
de les développer dans des Mémoires particuliers.
L'hydrogène ; l'oxygène & le carbone, sont des principes
communs à tous les végétaux, & pour cette raison,
M. Lavoisier les appelle primitifs. Ces principes, en raison
de la quantité de calorique avec lequel ils se trouvent
combinés dans les végétaux, sont tous à-peu près
en équilibre à la température dans laquelle nous vivons;
ainsi les végétaux ne contiennent ni huile, ni eau, ni
acide carbonique & seulement les éléments de toutes ces
substances ; mais un changement léger dans la température
suffit pour renverser cet ordre de combinaison.
L'hydrogène & l'Oxygène s'unissent plus intimement &
forment de l'eau qui passe dans la distillation ; une
portion de l'hydrogène & une portion du carbone se
réunissent ensemble pour former de l'huile volatile, une
autre partie du carbone devient libre & reste dans la
cornue. Dans les substances animales ; l'azote, qui est
un de leurs principes primitifs, s'unit à une portion d'hydrogène
pour former l'alcali volatil. M. Lavoisier donne
des explications analogues à celles que nous venons
d'indiquer, des phénomènes & des produits de la fermentation
vineuse, & de la putréfaction.
Il y a un grand rapport entre ces dernières idées de
M. Lavoisier & celles que M. Higgins a exposées dans un
traité sur l'acide acéteux, la distillation, la fermentation,
&c. qu'il a publié en 1786, & dans lequel il admet
la formation de l'eau & des huiles par l'action de la
chaleur ; mais n'ayant pas distingué le gaz hydrogène
qu'il appelle phlogistique (ce qui est tout-à-fait indifférent),
du charbon & de leur combinaison, il n'a pu déterminer
les effets de la chaleur & de la fermentation
avec autant d'exactitude que M. Lavoisier.
Les

@

(625)

Les substances acidifiables, en s'unissant avec l'oxygène
& en se convertissant en acides, acquièrent une
grande tendance à la combinaison : elles deviennent propres
à s'unir avec des substances terreuses & métalliques.
Mais une circonstance remarquable distingue ces deux
espèces de combinaison ; c'est que les métaux ne peuvent
contracter d'union avec les acides que par l'intermède
de l'oxygène de manière qu'il faut qu'ils soient
réduits en oxydes ou qu'ils décomposent l'eau dont
ils dégagent alors le gaz hydrogène, ou qu'ils trouvent
de l'oxygène dans l'acide, & c'est ainsi qu'ils forment
du gaz nitreux avec l'acide nitrique.
La considération des phénomènes qui accompagnent
les dissolutions conduit M. Lavoisier à celle des bases
alcalines des terres & des métaux, & à déterminer le
nombre des sels qui peuvent résulter de la combinaison
de ces différentes bases avec tous les acides connus.
Dans la secondé partie de son ouvrage, M. Lavoisier
présente successivement le tableau des substances simples,
ou plutôt de celles que l'état actuel de nos connaissances
nous oblige à considérer comme telles, celui des radicaux
ou bases oxydables & acidifiables ; composées de la réunion
de plusieurs substances simples, ceux des combinaisons
de l'azote, de l'hydrogène, du carbone, du soufre
& du phosphore, avec des substances simples ; & enfin
ceux des combinaisons de tous les acides connus, avec
les différentes bases. Chaque tableau est accompagné
d'une explication sur la nature & les préparations de
la substance qui en est l'objet, & sur ses principales
combinaisons.
M. Lavoisier a réuni dans la troisième partie de son
ouvragé, la description sommaire de tous les appareils
& de toutes les opérations manuelles qui ont rapport à
la Chimie élémentaire. Les détails indispensables dans
lesquels il faut entrer, auraient interrompu la marche des
idées rapides qu'il à présentées dans les deux premières
parties & en auraient rendu la lecture fatigante.
Cette description est d'autant plus précieuse, que non
seulement elle est faite avec beaucoup de méthode &
R r

@

(626)

de clarté, mais encore qu'elle a particulièrement pour
objet les appareils relatif à la Chimie moderne, dont
plusieurs sont dus à M. Lavoisier lui-même, & qui, en.
général, sont encore peu connus, même de ceux qui
font une étude particulière de la Chimie ; mais il est
impossible de tracer une esquisse de ces descriptions,
& nous sommes obligés de nous borner à l'énumération
des chapitres dans lesquels elles sont classées.
Le chapitre premier traite des instruments propres à
déterminer le poids absolu & la pesanteur spécifique des
corps solides & liquides.
Le second est destiné à la gazométrie, ou à la mesure
du poids & du volume des substances aériformes.
Le chapitre troisième contient la description des opérations
purement mécaniques, qui ont pour objet de diviser
les corps, telles que la trituration, la porphyrisation,
le tamisage, la filtration, &c.
M. Lavoisier décrit, dans le chapitre cinquième, les
moyens que la Chimie emploie pour écarter les unes
des autres les molécules des corps sans les décomposer,
& réciproquement pour les réunir, ce qui comprend la
solution des sels leur lixiviation, leur évaporation, leur
cristallisation & les appareils distillatoires.
Les distillations pneumato-chimiques, les dissolutions
métalliques, & quelques autres opérations qui exigent
des appareils très compliqués, font l'objet du sixième
chapitre.
Le chapitre septième contient la description des opérations
relatives à la combustion & à la détonation.
Les appareils qui sont décrits dans ce chapitre sont
entièrement nouveaux.
Enfin le chapitre huitième est destiné aux instruments
nécessaires pour opérer sur les corps à de très hautes
températures.
Toutes ces descriptions sont rendues sensibles par un
grand nombre de planches qui présentent tous les détails
qu'on peut désirer, & qui sont gravées avec beaucoup
de soin. Nous ne devons pas laisser ignorer à la
reconnaissance des Chimistes qu'elles ne sont point

@

(627)

l'ouvrage d'un burin mercenaire, mais qu'elles sont dues
au zèle & aux talents variés du traducteur de l'ouvrage
de M. Kirwan sur le phlogistique.
Ces nouveaux éléments sont terminés par quatre tables;
la première donne le nombre des pouces cubiques
correspondants à un poids déterminé d'eau ; la seconde
est destinée à convertir les fractions vulgaires en fractions
décimales, & réciproquement ; la troisième présente le
poids des différents gaz, & la quatrième, la pesanteur
spécifique des différentes substances.
Ainsi M. Lavoisier, en partant des notions les plus
simples & des objets les plus élémentaires, conduit
successivement aux combinaisons plus composées. Ses
raisonnements sont presque toujours fondés sur des expériences
rigoureuses, ou plutôt ils n'en sont que le
résultat; & il finit par donner les éléments de l'art des
expériences qui doit servir de guide aux Chimistes qui,
au lieu de se livrer à de vaines hypothèses, veulent
établir leurs opinions la balance à la main.
L'ouvrage est précédé d'un discours dans lequel M.
Lavoisier rend compte des motifs qui l'ont engagé à
l'entreprendre, & de la marche qu'il a suivie dans son
exécution.
S'étant imposé la loi de ne rien conclure au-delà de
ce que les expériences présentent & de ne jamais suppléer
au silence des faits, il n'a point compris dans
ces éléments la partie de la Chimie la plus susceptible
peut-être de devenir un jour une science exacte, c'est
celle qui traite des affinités ou attractions chimiques ;
mais les données principales manquent, ou du moins
celles que nous avons ne sont encore ni assez précises, ni
assez certaines pour devenir la base sur laquelle doit
porter une partie aussi importante de la Chimie.
M. Lavoisier a la modestie d'avouer qu'une considération
secrète a peut-être donné du poids aux raisons qu'il
pouvait avoir de se taire sur les affinités ; c'est que M.
de Morveau est au moment de publier l'article affinité de
l'Encyclopédie méthodique, & qu'il a redouté de traiter
en concurrence avec lui, un objet qui exige des discussions
très délicates. R r ij

@

(628)

Quoique les Savants s'empressent de toutes parts de
rendre justice aux connaissances profondes de M. de
Morveau, il doit néanmoins être flatté d'un aveu qui
honore également celui qui l'a fait.
Si M. Lavoisier ne parle point, dans ce Traité, des
parties constituantes & élémentaires des corps, c'est qu'il
regarde comme hypothétique tout ce qu'on a dit sur les
quatre éléments : il est probable que nous ne connaissons
pas les molécules simples & indivisibles qui composent
les corps ; mais il est un terme auquel nous conduisent
nos analyses & ce sont les derniers résultats que nous
en obtenons, qui sont pour nous des substances simples,
ou, si l'on veut, des éléments.
Mais l'objet principal de ce discours est de faire sentir
la liaison qui se trouve entre l'abus des mots & les idées
fausses, & entre la précision du langage & les progrès
des sciences.
Nous pensons que ces nouveaux Eléments sont très
dignes d'être imprimés sous le privilège de l'Académie.

Fait à l'Académie, le 4 Février 1789.
Signé, D'ARCET & BERTHOLET.

Je certifie le présent extrait conforme à l'original, &
au jugement de l'Académie. A Paris, ce 7 Février
1789.
Signé, le Marquis DE CONDORCET.

@

(629)

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E X T R A I T des Registres de la Société
Royale de Médecine.

Du 6 Février 1789.

L A Société nous a chargés, M. de Home & moi,
d'examiner un Ouvrage de M. Lavoisier, ayant pour titre,
Traité élémentaire de Chimie, présenté dans un ordre
nouveau, & d'après les découvertes modernes. Comme
ce Traité, que nous avons lu avec le plus vif intérêt,
offre une méthode élémentaire différente de toutes celles
qu'on a suivies dans les Ouvrages du même genre,
nous avons cru devoir en rendre un compte très détaillé
à la Compagnie.
Les Physiciens, & tous les hommes qui s'adonnent à
l'étude de la Philosophie naturelle, savent que c'est aux
expériences de M. Lavoisier qu'est due la révolution
que la Chimie a éprouvée depuis quelques années ;
à peine M. Black eut-il fait connaître, il y a bientôt
vingt ans, l'être fugace qui adoucit la chaux & les
alcalis, & qui avait jusques-là échappé aux recherches
des Chimistes; à peine M. Priestley eut-il donné ses
premières expériences sur l'air fixe & ce qu'il appelait
les différentes espèces d'air, que M. Lavoisier, qui ne
s'était encore appliqué qu'à mettre dans les opérations
de Chimie de l'exactitude & de la précision conçut le
vaste projet de répéter & de varier toutes les expériences
des deux célèbres Physiciens Anglais, & de
poursuivre avec une ardeur infatigable une carrière
nouvelle, dont il prévoyait dès-lors l'étendue. Il sentit
surtout que l'art de faire des expériences vraiment
utiles, & de contribuer aux progrès de la science de
l'analyse, consistait à ne rien laisser échapper, à tout recueillir,
à tout peser. Cette idée ingénieuse, à laquelle
sont dues toutes les découvertes modernes, l'engagea à
imaginer, pour les effervescences, pour les combustions,
R r iij

@

(630)

pour la calcination des métaux, &c. des appareils capables
de porter la lumière la plus vive sur la cause
& les résultats de ces opérations. On connaît trop généralement
aujourd'hui la plupart des faits & des découvertes
que cette route expérimentale nouvelle a fait naître,
pour que nous ayons besoin d'en suivre ici les détails ;
nous nous contenterons de rappeler que c'est à l'aide
de ces procédés, à l'aide de ce nouveau sens, ajouté,
pour ainsi dire, à ceux que le Physicien possédait déjà,
que M. Lavoisier est parvenu à établir des vérités & une
doctrine nouvelles sur la combustion, sur la calcination
des métaux, sur la nature de l'eau, sur la formation
des acides, sur la dissolution des Métaux, sur la fermentation
& sur les principaux phénomènes de la nature.
Ces instruments si ingénieux, cette méthode expérimentale
si exacte & si différente des procédés employés autrefois
par les Chimistes, n'ont cessé, depuis 1772, de
devenir entre les mains de M. Lavoisier & des Physiciens
qui ont suivi la même route, une source féconde
de découvertes. Les Mémoires de l'Académie des Sciences
offrent, depuis 1772 jusqu'en 1786, une suite non
interrompue de travaux, d'expériences, d'analyses faites
par ce Physicien sur le même plan. Ce qu'il y a de
plus frappant pour ceux qui aiment à suivre les progrès
de l'esprit humain dans ce genre de recherches, dont on
n'avait aucune idée il y a vingt ans, c'est que toutes
les découvertes qui se sont succédées depuis cette époque,
n'ont fait que confirmer les premiers résultats trouvés
par M. Lavoisier, & donner plus de force & plus
de solidité à la doctrine proposée. Une autre
considération, qui nous paraît également importante,
c'est que les expériences de Bergman, de Schéele, de
MM. Cavendish, Priestley, & d'un grand nombre d'autres
Chimistes dans différentes parties de l'Europe, quoique
faites sous des points de vue & avec des moyens différents
en apparence, se sont tellement accordées avec
les résultats généraux dont nous parlions plus haut, que
cet accord, bien propre à convaincre les Physiciens
qui cherchent la vérité sans prévention, & avec le courage

@

(631)

nécessaire pour résister aux préjugés, n'a fait que
rendre plus solides & plus inébranlables les fondements
sur lesquels repose la nouvelle doctrine chimique. C'est
dans cet état de la science, c'est à l'époque où les faits
nouveaux, généralement reconnus, n'excitent encore des
discussions entre les Physiciens, que relativement à leur
explication que M. Lavoisier, auteur de la plus grande
partie de ces découvertes, & de la théorie simple &
lumineuse qu'elles ont créée s'est proposé d'enchaîner
dans un nouvel ordre les vérités nouvelles, & d'offrir
aux Savants ainsi qu'à ceux qui veulent le devenir,
l'ensemble de ses travaux. Ceux qui ont suivi avec soin
les progrès successifs de la Chimie, ne trouveront dans
l'Ouvrage dont nous nous occupons, que les faits qu'ils
connaissent déjà; mais ils se présenteront à eux dans un
ordre qui les frappera par sa clarté & sa précision. Ce
sera donc spécialement sur la marche des faits, des
idées, & des raisonnements tracés par M. Lavoisier, que
nous insisterons dans ce rapport.
Ce Traité est divisé en trois parties. Dans la première,
M. Lavoisier expose les éléments de la science & les
bases sur lesquelles elle est fondée. C'est sur les corps
les plus simples, & sur le premier ordre de leurs combinaisons,
que roule cette première partie, comme nous
le dirons tout-à-l'heure.
La seconde partie présente les tableaux de toutes les
combinaisons de ces corps simples entre eux, & des mixtes
qu'ils forment les uns avec les autres. Les composés
salins neutres en sont particulièrement le sujet.
Dans la troisième partie, M. Lavoisier décrit les appareils
nouveaux, dont il a imaginé la plus grande partie,
& à l'aide desquels il a établi les vérités exposées dans
la première partie.
Considérons chacune de ces parties plus en détail, &
suivons l'Auteur jusqu'à ses dernières divisions pour faire
connaître l'utilité & l'importance de son Ouvrage.


R r iv

@

(632)

Première Partie.

En exposant, dans un Discours préliminaire, les
motifs qui l'ont engagé à écrire son Ouvrage, M. Lavoisier
annonce que c'est en s'occupant de la nomenclature &
en développant ses idées sur les avantages & la nécessité
de lier les mots aux faits, qu'il a été 'entraîné comme
malgré lui à faire un Traité élémentaire de Chimie; que
cette nomenclature méthodique l'ayant conduit du connu
à l'inconnu, cette marche qu'il s'est trouvé forcé de suivre,
lui a paru propre à guider les pas de ceux qui veulent
étudier la Chimie ; il pense que, quoique cette science
ait encore beaucoup de lacunes & ne soit pas complète
comme la Géométrie élémentaire, les faits qui
la composent s'arrangent cependant d'une manière si
heureuse dans la doctrine moderne, qu'il est permis de la
comparer à cette dernière, & qu'on peut espérer de la
voir s'approcher, de nos jours du degré de perfection
qu'elle est susceptible d'atteindre. Son but a été de ne
rien conclure au-delà de l'expérience, de ne jamais suppléer
au silence des faits.
C'est pour cela qu'il n'a point parlé des principes des
corps, sur lesquels on a depuis si long-temps donné
des idées vagues, dans les écoles & dans les Ouvrages
élémentaires ; qu'il n'a rien dit des attractions ou affinités
chimiques, qui ne sont point encore connues,
suivant lui, avec l'exactitude nécessaire pour en exposer
les généralités dans des éléments. Il termine ce discours
en retraçant les raisons & les motifs qui ont guidé les
Chimistes dans le travail de la nouvelle nomenclature,
& en faisant voir quelle influence les noms exacts proposés
dans ce travail, peuvent avoir sur les progrès
& l'étude de la science.
La première partie qui suit immédiatement ce Discours
préliminaire, comprend dix-sept chapitres.
M. Lavoisier annonce qu'il traite, dans cette première
Partie, de la formation des fluides aériformes & de leur
décomposition ; de la combustion des corps simples,
de la formation des acides. Ce titre, qui n'aurait certainement

@

(633)

pas rappelé aux anciens Chimistes l'ensemble
de leur science, le comprend cependant tout entier
pour ceux qui la possèdent, & en effet, l'un de nous en
traçant la marche & l'état de toutes les connaissances
chimiques modernes dans quelques séances sur les fluides
élastiques, a fait voir que toute la science est comprise
dans l'histoire de leur développement & de leur fixation.
Il est donc vrai de dire, que quoique le domaine de
la Chimie ait été singulièrement agrandi par le nombre
considérable de faits nouveaux qu'elle a acquis depuis
quelques années, le rapprochement, la liaison & la cohérence
de ces faits, peuvent en resserrer les éléments dans
l'esprit de ceux qui les possèdent, & de ceux qu'une méthode
exacte guide dans leurs études ; si les expériences
semblent effrayer l'imagination par leur nombre, les
résultats simples qu'on en tire, & les données générales
qu'elles fournissent, font évanouir les difficultés, &
rendent le travail de la mémoire plus facile. Cette
vérité sera mise dans tout son jour, par l'exposé des
divers objets compris dans cette première partie de
l'ouvrage de M. Lavoisier.
Le premier Chapitre traite de la combinaison des corps
avec le calorique ou la matière de la chaleur, & de la
formation des fluides élastiques. Le calorique dilate tous
les corps en écartant leurs molécules, qui tendent à
se rapprocher par la force d'attraction. On peut donc
considérer son effet comme celui d'une force répulsive
ou opposée à l'attraction. Lorsque l'attraction des molécules
est plus forte que l'écartement ou la force répulsive
communiquée par le calorique, le corps est solide ; si la
force répulsive l'emporte sur l'attraction, les molécules
s'écartent jusqu'à un certain point, la fusion, & enfin
la fluidité élastique naissent de cet effet. Comme la diminution
ou l'enlèvement du calorique permet le rapprochement
des molécules des corps dont l'attraction agit alors
librement, & comme on peut concevoir un refroidissement
toujours croissant, beaucoup plus fort que celui que
nous connaissons, & conséquemment un rapprochement
proportionné dans les molécules des corps, il s'ensuit

@

(634)

que ces molécules ne se touchent pas, qu'il existe des
intervalles entre elles ; ces intervalles sont remplis par
le calorique. On peut l'y accumuler; c'est cette accumulation
qui détruit l'attraction de ces molécules,
qui donne enfin naissance à un fluide élastique. Tous
les corps liquides prendraient, à la surface du globe,
cette forme de fluides élastiques, si la pression de l'air atmosphérique
ne s'y opposait pas ; c'est en raison de cette
pression qu'il faut que la température de l'eau soit élevée
à 80 degrés pour qu'elle le réduise en vapeur; l'éther à 30
ou 33 degrés, l'alcool à 67. Mais les fluides supposés
réduits en vapeurs par la suppression du poids de l'atmosphère,
se formeraient bientôt un obstacle à eux-
mêmes par leur pression.
On voie d'après cela qu'un fluide élastique ou un
gaz n'est qu'une combinaison d'un corps quelconque ou
d'une base avec le calorique. On voit encore que, suivant
les espaces ou les intervalles compris entre les
molécules des différents corps, il faudra plus ou moins de
calorique pour les dilater au même point; c'est cette différence
qu'on nomme capacité de chaleur, & la quantité
de calorique nécessaire pour élever chaque corps à la
même température, se nomme chaleur ou calorique
spécifique. Comme les corps, en se combinant au calorique,
deviennent des fluides élastiques, l'élasticité paraît
être due à la répulsion des molécules du calorique, ou
plutôt à une attraction plus forte entre ces dernières,
qu'entre celles des corps fluides élastiques, qui sont
alors repoussées par l'effet du premier.
Ces idées simples & fondées sur des expériences exactes,
conduisent l'Auteur à donner, dans le second
chapitre, des vues sur la formation & la constitution de
l'atmosphère de la terre; elle doit être formée des
substances susceptibles de se volatiliser au degré ordinaire
de chaleur qui existe sur le globe & à la pression
moyenne qui soutient le mercure à 28 pouces. La terre
étant supposée à la place d'une planète beaucoup plus
rapprochée du soleil, comme l'est Mercure, l'eau, le
mercure même entreraient en expansion, & se mêleraient

@

(635)

à l'air jusqu'à ce que cette expansion soit limitée par la
pression exercée par ces nouveaux fluides élastiques. Si
le globe était, au contraire, transporté à une distance
beaucoup plus éloignée du soleil qu'il ne l'est, l'eau
serait solide & comme une pierre dure & transparente.
La solidité, la liquidité, la fluidité élastique sont donc
des modifications des corps dues au calorique. Les fluides
habituellement vaporeux qui forment notre atmosphère
doivent, ou se mêler lorsqu'ils ont de l'affinité, ou se
séparer suivant l'ordre de leurs pesanteurs spécifiques,
s'ils ne sont pas susceptibles de s'unir. M. Lavoisier pense
que la couche supérieure de l'atmosphère est surmontée
des gaz inflammables légers qu'il regarde comme la
matière & le foyer des météores lumineux.
Il était très naturel que ces considérations générales
sur l'atmosphère de la terre fussent suivies de l'analyse
de l'air qui la compose ; cette analyse fait le sujet du
troisième chapitre, dans lequel est consignée une des
plus belles découvertes du siècle & de la Chimie moderne.
La combustion du mercure dans un ballon, la perte de
poids d'un sixième de l'air, l'augmentation correspondante
du poids du mercure, la qualité délétère des cinq
sixièmes d'air restant ; la séparation de l'air de la chaux
de mercure fortement échauffée, la pureté de celui-ci,
la recomposition de l'air semblable à celui de l'atmosphère
par l'addition de cette partie tirée du mercure à celle
restée dans le ballon ; la chaleur vive & la flamme
brillante dégagée de l'air par le fer qu'on y brûle,
suffisent à M. Lavoisier pour prouver que l'air atmosphérique
est un composé de deux fluides élastiques
différents, l'un respirable, l'autre non respirable, que le
premier forme 0,27 & le second 0,73.
Dans le quatrième chapitre, ce Savant expose les noms
donnés à ces deux gaz qui composent l'air atmosphérique,
les raisons qui les ont fait proposer; le premier
porte, comme on sait, le nom d'air vital & de gaz
oxygène, & le second celui de gaz azote.
La quantité des deux principes de l'atmosphère étant
connue, la nature du gaz oxygène occupe ensuite M.

@

(636)

Lavoisier. Le cinquième chapitre est destiné à l'examen
de la décomposition du gaz oxygène ou air vital par
le soufre, le phosphore, le charbon, & de la formation
des acides. Cent grains de phosphore brûlé dans
un ballon bien plein d'air vital absorbent 154 grains
de cet air ou de sa base, & forment 254 grains d'acide
phosphorique concret. Vingt-huit grains de charbon
absorbent 72 grains d'air vital, & forment 100 grains
d'acide carbonique. Le soufre en absorbe plus que son
poids & devient acide sulfurique. La base de cet air a
donc la propriété, en se combinant avec ces trois
corps combustibles, de les convertir en acides ; de-là le
nom d'oxygène donné à cette base de l'air vital, &
celui d'oxygénation donné à l'opération par laquelle
cette base se fixe.
La nomenclature des différents acides forme le sujet
du sixième chapitre ; le nom général d'acide désigne
la combinaison avec l'oxygène ; les noms particuliers
appartiennent aux bases différentes unies à l'oxygène. Le
soufre forme l'acide sulfurique, le phosphore l'acide
phosphorique, le carbone ou charbon pur l'acide carbonique.
La terminaison variée dans ces mots exprime la
proportion d'oxygène; ainsi le soufre combiné avec peu
d'oxygène & dans l'état d'un acide faible, donne l'acide
sulfureux, tandis qu'une plus grande proportion de ce
principe acidifiant, forme l'acide sulfurique. Nous n'insisterons
pas davantage sur les principes de cette nomenclature,
qui sont déjà bien connus de la Société. M.
Lavoisier donne, à la fin de ce chapitre, les proportions
d'azote & d'oxygène qui constituent l'acide du nitre en
différents états, comme l'a découvert M. Cavendish.
Il parle, dans le septième chapitre, de la décomposition
du gaz oxygène par les métaux. On sait que ces
corps combustibles absorbent la base de l'air vital plus ou
moins facilement, & à des températures plus ou moins
élevées ; mais comme l'affinité de ces corps pour l'oxygène
est en général rarement plus forte que celle de
celui-ci pour le calorique, les métaux s'y combinent plus
ou moins difficilement. Les composés des métaux &

@

(637)

gène n'étant pas des acides, on a proposé le nom d'oxydes
pour les désigner, au lieu de celui de chaux, qui était
équivoque, & fondé sur une fausse analogie. M. Lavoisier
donne les détails de cette nomenclature à la fin de ce
chapitre.
Il traite, dans le huitièmes du principe radical de
l'eau, & de la décomposition de ce fluide par le charbon
& le fer. L'eau que l'on fait passer à travers un
tube de verre ou de porcelaine rougi au feu, se réduit
seulement en vapeur, sans éprouver d'altération. En
passant à travers le même tube chargé de vingt-huit
grains de charbon, il y a 85 grains d'eau changée de
nature, & le charbon disparaît. On obtient 100 grains
ou 144 pouces d'acide carbonique, qui contiennent,
outre les 28 grains de carbone, 72 grains d'oxygène
provenant nécessairement de l'eau, puisque aucun autre
corps n'a pu le lui fournir ; ce gaz acide carbonique
est mêlé de 13 grains ou 380 pouces cubes de gaz
inflammable ; ces 13 grains ajoutés aux 72 grains d'oxygène
enlevé par le carbone, font les 85 grains d'eau
qui manquent ; & en effet, en brûlant dans un appareil
fermé 85 grains d'air vital & 15 de gaz inflammable,
on a 100 grains d'eau. L'eau est donc composée de
ces deux principes. L'oxygène est déjà connu par les
détails précédents ; la base du gaz inflammable a été
nommée hydrogène, ou principe radical de l'eau ; M.
Lavoisier en décrit les propriétés & surtout celles qu'il
a dans l'état de gaz.
Le neuvième chapitre contient des détails absolument
neufs sur la quantité de calorique qui se dégage dans la
combustion de différents corps combustibles, ou, ce qui
est la même chose en d'autres termes, pendant la fixation
de l'air vital ou gaz oxygène. Pour bien concevoir
l'objet de cet article important, rappelons que l'air
vital est, comme tous les autres fluides élastiques, une
base solidifiable unie à du calorique ; que ce gaz ne
peut se fixer, ou sa base devenir solide dans les combinaisons
où elle entre, qu'en perdant le calorique qui la
tenait écartée & divisée en fluide élastique. Cela posé,

@

(638)

il est clair qu'en partant d'une expérience où l'air vital
paraît laisser déposer sa base la plus solide possible en
perdant tout le calorique qu'il contient, on aura une
mesure à peu de chose près exacte de la quantité absolue
de calorique contenu dans une quantité donnée de gaz
oxygène. Mais comment mesurer cette chaleur. M. Lavoisier
s'est servi, pour cela, d'un appareil ingénieux,
dont la première idée est due à M. Wilcke, Physicien
Anglais ; mais qui a été changé & bien perfectionné
par M. de la Place. Ce sont des enveloppes de tôle
garnies de glace, & laissant un espace vide dans lequel
on fait les expériences de combustion, absolument comme
dans une sphère de glace assez épaisse pour que la température
extérieure n'influe en aucune manière sur sa
cavité intérieure. Le calorique se sépare pendant la fixation
de l'oxygène, fond une partie de cette glace proportionnelle
à la quantité qui s'en dégage. En opérant ainsi
la combustion du phosphore, M. Lavoisier a vu qu'une
livre de ce combustible fond 100 livres de glace, en
absorbant une livre 8 onces d'air vital ; & comme l'acide
phosphorique concret qui résulte de cette combustion
paraît contenir l'oxygène le plus solide & le plus séparé
de calorique, il en conclut que, dans l'état d'air vital,
une livre d'oxygène contient une quantité de calorique
suffisante pour fondre 66 livres 10 onces 5 gros 24 grains
de glace à zéro. En partant de cette expérience, M.
Lavoisier a trouvé qu'une livre de charbon absorbant
2 onces 9 onces 1 gros 10 grains d'oxygène, & ne faisant
fondre que 96 livres 8 onces de glace, tout le calorique
contenu dans cette quantité d'air vital n'est pas dégagé,
puisqu'il se serait fondu 171 livres 6 onces 5 gros de
glace ; la différence de cette quantité de calorique, c'est-
à-dire, une quantité capable de fondre 74 livres 14
onces 5 gros de glace, est employée à tenir sous forme
de gaz 3 livres 9 onces 1 gros 10 grains d'acide carbonique,
produit dans cette opération. La combustion du
gaz hydrogène brûlé dans l'appareil de glace, lui a présenté
le résultat suivant relativement au dégagement du
calorique. Une livre de ce gaz absorbe 5 livres 10 onces

@

(639)

5 gros 24 grains d'air vital en brûlant; il se dégage
dans cette combustion une quantité de calorique capable
de faire fondre 295 livres 9 onces 3 gros & demi de
glace; or, comme cette dose d'air vital aurait donné,
si on l'avait fait servir à la combustion du phosphore,
où l'oxygène paraît être le plus solide possible, une quantité
de calorique suffisante pour fondre 377 livres 12
onces 3 gros de glace, il s'ensuit que la différence de
ces deux quantités de calorique, qui est exprimée par
celle de 82 livres 9 onces 7 gros & demi de glace fondue;
reste dans l'eau, à 0 de température, & que chaque livre
de ce liquide à cette température, contient dans la portion
d'oxigène qui fait un de ses principes, une quantité de
calorique capable de fondre 12 livres 5 onces 2 gros
48 grains de glace. M. Lavoisier a trouvé, par les mêmes
expériences; la quantité de calorique contenu dans l'oxygène
de l'acide nitrique, & celle qui se dégage dans la
combustion de la cire & de l'huile ; & si ces recherches
avaient été suivies avec un soin égal sur la quantité de
calorique que chaque métal dégage de l'air vital en absorbant
l'oxygène ; ou en se calcinant, cette appréciation
serait, comme le dit M. Lavoisier à la fin de ce
chapitre, d'une grande utilité pour l'explication de
beaucoup de phénomènes chimiques.
L'Auteur décrit dans le dixième chapitre la nature générale
des combinaisons des substances combustibles déjà
examinées dans les chapitres précédents, les unes avec
les autres. Les alliages des métaux, les dissolutions du
soufre, du phosphore, du charbon dans le gaz hydrogène;
l'union du carbone & de l'hydrogène qui constitue les
huiles en général, sont indiqués successivement. Dans ce
Chapitre comme dans tous les précédents, on trouve des
vues neuves sur l'union encore inconnue de plusieurs
substances combustibles entre elles.
Dans tous les chapitres précédents qui ont pour objet la
décomposition de l'air vital, l'absorption de l'oxygène par
les corps combustibles & les phénomènes de leur combustion
& de leurs produits, il n'est question que des
substances combinées une à une avec l'oxygène. Le

@

(640)

deuxième chapitre présente les combinaisons de ce principe
acidifiant avec plusieurs bases à la fois, conséquemment
des oxydes & des acides à plusieurs bases, &
de la composition des matières végétales & animales. On
reconnaît par la lecture de ce chapitre la clarté des
principes de la Chimie moderne, & en même temps la
richesse de la nature dans la variété des composés qu'elle
forme avec très peu d'éléments. L'analyse la plus exacte
prouve que l'hydrogène & le carbone privés de la plus
grande quantité de leur calorique & unis ensemble dans
des proportions différentes, à des quantités diverses d'oxygène
constituent les matières végétales. M. Lavoisier
range ces matières parmi les oxydes lorsque la quantité
d'oxygène est trop peu abondante pour leur donner le
caractère acide, ou parmi les acides lorsque ce principe
y est plus abondant. Le phosphore & l'azote font quelquefois
partie de ces composés; & alors ils se rapprochent des
matières animales. Ainsi trois ou quatre corps simples unis
en différentes proportions & dans différents états de pression
ou de privation de calorique, suffisent à la Chimie moderne
pour rendre raison de la diversité des matières
végétales, oxydes & acides ; & en y ajoutant l'azote,
le phosphore & le soufre, les composés plus compliqués
qui en résultent, donnent une idée exacte de la nature
des substances animales, oxydes ou acides. M. Lavoisier
fait voir qu'on pourrait suivant les règles de la nouvelle
Nomenclature désigner les principales espèces des matières
végétales composées d'hydrogène, de carbone & d'oxygène,
soit oxydes, soit acides ; mais la nécessité d'associer
trop de mots pour désigner ces composés formerait un langage
barbare, & l'Auteur préfère les noms des treize acides
végétaux & des six acides animaux, adoptés dans
la nouvelle Nomenclature. Il termine ce chapitre par le
dénombrement de ces acides.
Ces principes aussi clairs que simples sur la composition
des substances végétales & animales, conduisent M. Lavoisier
à faire connaître avec une égale clarté dans le
douzième chapitre, la décomposition de ces matières
par le feu. Des trois principes les plus abondants qui les
constituent

@

(641)

constituent, l'hydrogène & l'oxygène tendent à prendre la
forme de gaz par leur combinaison avec le calorique ; le
troisième ou le carbone n'a pas la même propriété. Une
chaleur au-dessus de celle où ces principes restent en
équilibre, doit donc détruire cet équilibre. A une température
supérieure à celle de l'eau bouillante, l'oxygène
s'unit à l'hydrogène & forme de l'eau qui se dégage ;
une partie de carbone unie séparément à l'hydrogène
forme de l'huile ; une autre se précipite seule. Une chaleur
beaucoup plus forte comme celle qu'on nomme chaleur
rouge sépare ces principes dans un autre ordre, décompose
même l'huile formée par la première chaleur, & réduit
entièrement les matières végétales à de l'acide carbonique,
à de l'eau & à une partie de charbon isolée. L'azote,
le phosphore & le soufre ajoutés à ces premiers principes
dans les matières animales compliquent cet effet du feu
& donnent naissance à l'ammoniaque que ces matières
fournissent dans leur distillation. Tous ces phénomènes
ne tiennent qu'à des changements de proportions dans
l'union des principes & à leur diverse affinité pour le
calorique.
Des changements également simples ont lieu dans les
fermentations vineuse, putride & acéteuse dont
Lavoisier expose avec soin les phénomènes dans les chapitres
13, 14 & 15. Ces opérations naturelles paraissaient
autrefois inexplicables aux Chimistes & il n'y a
pas plus de quinze ans qu'on désespérait encore d'en
apprécier la cause. M. Lavoisier par des procédés ingénieux
est parvenu à prouver que dans la fermentation
vineuse, la matière sucrée qu'il regarde comme un oxyde
& qui est formée suivant ses recherches, de 8 parties d'hydrogène,
28 de carbone, & 64 d'oxygène, sur cent parties
de cette matière, est séparée en deux portions (par
le changement & le partage seul de l'oxygène entre les
deux bases oxydables), une grande partie du carbone
prend plus d'oxygène en se séparant de l'hydrogène,
& se convertit en gaz acide carbonique qui se dégage
pendant cette fermentation, tandis que l'hydrogène, privé
de l'oxygène & uni à un peu de carbone, & l'eau ajoutée,
S s

@

(642)

constitue l'alcool. Ainsi la nature change par cette fermentation
des combinaisons ternaires en combinaisons
binaires. Un effet analogue a lieu dans la putréfaction.
Les cinq substances simples & combustibles qui forment
les bases oxydables & acidifiables des matières animales,
l'hydrogène, le carbone, l'azote, le soufre & le phosphore
& qui sont unies en différentes proportions à
l'oxygène, se dégagent peu-à-peu en gaz hydrogène sulfuré,
carboné, phosphoré, en gaz azote, en gaz acide
carbonique, & en gaz ammoniaque. La fermentation
acéteuse ne consiste que dans l'absorption de l'oxygène
qui y porte plus de principe acidifiant, il semble
que l'acide carbonique n'ait besoin que d'hydrogène
pour devenir acide acéteux, puisqu'en effet, ôtez ce dernier
principe au vinaigre, il passe à l'état d'acide carbonique.
Quoique cette théorie de la putréfaction & de
l'acétification paroisse presque aussi simple que celle de
la fermentation vineuse, M. Lavoisier convient que la
Chimie n'est pas aussi avancée dans la connaissance de
ces deux phénomènes, que dans celle du premier.
Dans le seizième chapitre, l'auteur considère la formation
des sels neutres & les bases de ces sels. Les
acides dont M. Lavoisier a exposé la nature dans les premiers
Chapitres, peuvent se combiner avec quatre bases
terreuses, trois bases alcalines & dix-sept bases métalliques.
Il expose succinctement l'origine, l'extraction &
les principales propriétés de la potasse, de la soude, de
l'ammoniaque, de la chaux, de la magnésie, de la baryte
& de l'alumine ; ces matières, si l'on en excepte l'ammoniaque,
sont les moins connues de tous les corps
naturels, & quoique, d'après quelques expériences, on
pense qu'elles sont composées, on n'en a point encore
séparé les éléments; aussi M. Lavoisier n'en parle-t-il
que très brièvement. Il termine cet exposé en annonçant
qu'il est possible que les alcalis fixes se forment pendant
la combustion des substances végétales à l'air. L'un
de nous a déjà fait présumer dans plusieurs mémoires &
dans ses leçons, que l'azote, qu'il a considéré comme
principe des alcalis ou comme alcaligène, pourrait bien

@

(643 )

se précipiter de l'atmosphère dans les substances végétales
qu'on brûle dans l'atmosphère. Alors l'air atmosphérique
serait un réservoir des principes acidifiant & alcalifiant
où la nature puiserait sans cesse ces principes pour les
fixer dans des bases, & produire les diverses matières
salines, acides & alcalines. Mais cette assertion, loin
d'être une vérité démontrée, ne doit être regardée que
comme une hypothèse; jusqu'à ce que les expériences dont
on s'occupe en ce moment dans plusieurs laboratoires,
aient permis de prononcer.
Le chapitre dix-septième & dernier de cette première
partie de l'ouvrage de M. Lavoisier, contient une suite
de réflexions sur la formation des sels neutres, & sur leurs
bases qu'il nomme salifiables, Il y fait voir que les terres
& les alcalis s'unissent aux acides sans éprouver d'altération,
& qu'il n'en est pas de même des métaux.
Aucun de ces corps ne peut se combiner avec les acides
sans s'oxygéner ; ils enlèvent l'oxygène soit à l'eau dont
ils séparent l'hydrogène en gaz, soit aux acides eux-
mêmes dont ils volatilisent une portion de la base
unie à une portion d'oxygène. De ce dégagement naît
l'effervescence qui accompagne la dissolution des métaux
dans les acides. On pourrait peut-être désirer dans ce
chapitre des détails plus étendus sur les dissolutions métalliques ;
mais M. Lavoisier voulait mettre une grande
précision dans cette partie de son Ouvrage; & celle qu'il
y à mise en effet, en rend la marche plus rapide sans
nuire à la clarté des principes qui y sont exposés. Ce
chapitre est terminé par un dénombrement des quarante-
huit substances simples qui peuvent être oxydées &
acidifiées dans différents états, en y comprenant les dix-
sept substances métalliques, qu'il croit devoir aussi considérer
comble des acides lorsqu'elles sont portées à
un grand degré d'oxygénation. Il résulte de ce dénombrement
que quarante-huit acides qui peuvent être unis
à vingt-quatre bases terreuses; alcalines & métalliques,
donnent 1152 sels neutres, dont la nature & les propriétés
n'auraient jamais été connues avec précision si, comme
l'observe M. Lavoisier on avait continué à leur donner
S s ij

@

(644)

des noms, ou impropres, ou insignifiants, comme on
l'avait fait à l'époque des premières découvertes de
Chimie, & qui cependant peuvent être placés avec
ordre dans la mémoire, à l'aide de la nouvelle nomenclature.
Tels sont les faits, tel est l'ordre qui les lie, telles sont
les conséquences qui en découlent naturellement, consignés
dans la première partie de ce Traité élémentaire.
Nous les avons fait connaître assez en détail, pour que
la Société pût apprécier l'ensemble du travail de M. Lavoisier,
& le comparer à ce qu'était encore la science
chimique il y a vingt ans. On a pu y voir qu'à l'aide
des expériences modernes, les éléments de cette science
sont aujourd'hui beaucoup plus faciles à saisir qu'ils
n'étaient autrefois, parce que tout se réduit à concevoir
les effets généraux du calorique, à distinguer les matières
simples, bases de toutes les combinaisons possibles,
à considérer leur union avec l'oxygène ; c'est presque
sur ces trois faits généraux que sont fondés les détails
contenus dans la première partie. En y ajoutant les attractions
de l'oxygène pour les différents corps, les décompositions
qui résultent des effets de ces attractions,
on aurait l'ensemble complet de ces Eléments. Mais M.
Lavoisier a omis cet objet à dessein, & nous avons
exposé ailleurs les raisons qui l'ont déterminé à prendre
ce parti.

Seconde Partie.

Après avoir rendu un compte exact de la marche nouvelle
que M. Lavoisier a suivie dans la première partie,
qui constitue seule les éléments de la science, il ne sera
pas nécessaire d'entrer dans des détails aussi étendus pour
faire connaître les deux autres parties.
La seconde est entièrement destinée à présenter dans
des tableaux les combinaisons salines neutres, ou les
composés de deux mixtes, car on se rappellera facilement
que les acides sont des mixtes formés de bases unies
à l'oxygène, les oxydes métalliques également formés
de l'oxygène uni aux métaux, enfin les terres & les

@

(645)

alcalis vraisemblablement des composés. Mais pour rendre
cette seconde partie plus complète, M. Lavoisier a mis
avant les tableaux des sels neutres, dix tableaux qui offrent
les combinaisons simples dont il a été parlé dans la première
partie, & qui sont destinés à servir de résumé
à cette première partie. On trouve dans ces 10 tableaux,
1°. les substances simples, ou au moins celles que les
Chimistes ne sont pas parvenus à décomposer, au nombre
de 33, savoir la lumière, le calorique, l'oxygène,
l'azote, l'hydrogène, le soufre, le phosphore, le carbone,
le radical muriatique, le radical fluorique le radical boracique,
les dix-sept substances métalliques, la chaux,
la magnésie, la baryte, l'alumine & la silice ; 2°. les bases
oxydables & acidifiables, composées au nombre de 20,
qui comprennent le radical nitro-muriatique, les radicaux
des douze acides végétaux, & ceux des sept acides
animaux ; 3°. les combinaisons de l'oxygène avec les
substances simples : 4°. les combinaisons des vingt radicaux
composés, avec l'oxygène ; ou les acides nitro-
muriatiques, les douze acides végétaux & les sept acides
animaux ; 5°. les combinaisons binaires de l'azote avec
les substances simples : M. Lavoisier nomme celles de
ces combinaisons qui ne sont pas connues, des azotures;
6°. les combinaisons binaires de l'hydrogène avec les
mêmes substances simples : M. Lavoisier désigne par le
nom d'hydrures celles de ces combinaisons qui n'ont point
été examinées; 7°. les combinaisons binaires du soufre
avec les corps simples ; excepté les acides sulfurique
& sulfureux, toutes ces combinaisons sont des sulfures ;
8°. celles du phosphore avec les mêmes corps ; tels sont
l'oxyde de phosphore, les acides phosphoreux & phosphorique
& les phosphures ; 9°. celles du carbone
avec les substances simples savoir l'oxyde de carbone,
l'acide carbonique & les carbures ; 10°. enfin celles de
quelques autres radicaux avec les substances simples. A
ces tableaux sont jointes des observations dans lesquelles
M. Lavoisier donne l'explication, & retrace sous de nouveaux
points de vue, une partie des faits consignés dans
la première partie.
S s iij

@

(646)

Les tableaux des sels neutres sont au nombre de
trente-quatre; on y trouve successivement les nitrites, les
nitrates, les sulfates, les sulfites, les phosphites, les
phosphates, les carbonates, les muriates, les muriates
oxygénés, les nitro-muriates, les fluates, les borates, les
arséniates, les molybdates, les tungstates, les tartrites, les
malates, les citrates, les pyrolignites, les pyrotartrites,
les pyromucites, les oxalates, les acétites, les acétates,
les succinates, les benzoates, les camphorates, les gallates,
les lactates, les saccholates, les formiates, les
bombiates, les sebates, les lithiates & les prussiates. Le
nombre de chaque classe de ces sels neutres contenus
dans ces tableaux, est presque dans tous de vingt-quatre.
M. Lavoisier a eu soin de disposer ces sels suivant l'ordre
connu des affinités de leurs bases pour les acides. Comme
la plupart de ces acides sont nouvellement découverts,
l'Auteur a joint à chaque tableau des observations sur la
manière de préparer ces sels, sur l'époque de leurs découvertes,
sur les Chimistes à qui elles sont dues, & souvent
même sur la comparaison de leur nature & de leurs
propriétés. M. Lavoisier n'a point eu l'intention d'offrir
dans cette seconde partie, une histoire des sels neutres ;
il n'a rien dit de la forme, de la saveur, de la dissolubilité,
de la décomposition des sels neutres, ni de la
proportion & de l'adhérence de leurs principes. Ces détails,
que l'on trouve dans les Eléments de Chimie de
l'un de nous, n'entraient point dans le plan de M. Lavoisier;
son but était de présenter une esquisse rapide de
ces combinaisons, & il est très bien rempli par les tableaux
& par les courtes notices qui les accompagnent.

Troisième Partie.

La troisième partie, qui a pour titre Description des
appareils & des opérations manuelles de la Chimie, montre
aussi bien que les deux premières, combien la science a
acquis de moyens, & la différence qui existe entre les
expériences que l'on fait aujourd'hui & celles que l'on
faisait autrefois. M. Lavoisier a rejeté cette description

@

(647)

à la fin, parce que les détails qu'elle exige, auraient
détourné l'attention & trop occupé l'esprit des Lecteurs,
Si elle avoir été placée avec la théorie, & parce que
d'ailleurs elle suppose des connaissances qu'on n'a pu
acquérir qu'en lisant les deux premières parties. Quoique
M. Lavoisier l'ait présentée comme une explication des
planches qu'on place ordinairement à la fin d'un ouvrage,
nous y avons trouvé une méthode descriptive
très claire, & des observations intéressantes sur l'usage des
instruments & sur les phénomènes que présentent les corps,
qu'on soumet à leur action. Sans prétendre donner ici un
extrait de cette troisième partie, qui n'en est pas susceptible,
nous nous bornerons à offrir un léger aperçu des
principaux objets contenus dans les huit chapitres qui
la composent.
Le premier traite des instruments, nécessaires pour déterminer
le poids absolu & la pesanteur spécifique des
corps solides & fluides; telles sont les balances exactes de
différentes sensibilités, depuis celles où l'on pèse 50 à
60 livres, jusqu'à celles qui trébuchent à des 512e de
grain (M. Lavoisier y propose des poids en fractions
décimales de la livre, au lieu des divisions de la livre
en onces, gros & grains); tels sont encore la balance
hydrostatique, les aréomètres, surtout celui dont se sert
M. Lavoisier, & qui lui est particulier.
Dans le chapitre second, sont décrits les instruments
propres à mesurer les gaz, les cuves pneumato-chimiques
à l'eau & au mercure, les différents récipients, le ballon
à peser les gaz, la machine construite par les soins de
M. Lavoisier, pour mesurer le volume & connaître la
quantité des gaz suivant la pression & la température
qu'ils éprouvent. M. Lavoisier nomme cette ingénieuse
machine gazomètre.
Le chapitre III est destiné à la description d'un instrument
imaginé par M. de la Place, pour déterminer la
chaleur spécifique des corps & la quantité de calorique
qui se dégage dans les combustions, dans la respiration
des animaux & dans toutes les opérations de la Chimie.
Cette utile machine, dont nous avons déjà indiqué les
S s iv

@

(648)

avantages dans la première partie, est nommée calorimètre
par M. Lavoisier.
On trouve exposés, dans le quatrième chapitre, les
instruments dont on se sert dans les simples opérations
mécaniques de la Chimie, telles que la trituration, la
porphyrisation, le tamisage, le lavage, la filtration &
la décantation.
Le cinquième chapitre contient la description des
moyens & des instruments qu'on emploie pour opérer
l'écartement ou le rapprochement des molécules des
corps ; tels sont les vases destinés à la solution des sels,
à la lixiviation, à l'évaporation, à la cristallisation, &
à la distillation simple, ou évaporation en vaisseaux clos.
M. Lavoisier décrit, dans le sixième chapitre, les instruments
qui servent aux distillations composées & pneumato-chimiques
& surtout les appareils de Woulfe,
variés de beaucoup de manières ; ceux qu'on emploie dans
les dissolutions métalliques; ceux qu'il a imaginés pour
recueillir les produits des fermentations vineuse & putride,
pour la décomposition de l'eau. Il y joint une histoire
différents les luts & de leurs diverses utilités.
Les détails contenus dans le septième chapitre, font
connaître les appareils dont ce Physicien s'est servi avec
succès pour connaître avec exactitude les phénomènes
qui ont lieu dans la combustion du phosphore, du charbon,
des huiles, de l'alcool, de l'éther, du gaz hydrogène,
& conséquemment dans la recomposition de l'eau,
ainsi que dans l'oxydation des métaux.
Enfin le huitième & dernier chapitre de l'Ouvrage traite
des instruments & des procédés propres à exposer les
corps à de hautes températures ; il y est question de la
fusion, des creusets, des fourneaux, de la théorie de
leur construction, du moyen d'augmenter considérablement
l'action du feu, en substituant à l'air atmosphérique
l'air vital ou gaz oxygène.
Quand ces détails ne seraient que des descriptions
simples des machines auxquelles la Chimie doit toutes ses
nouvelles connaissances, ils n'en seraient pas moins
utiles & on n'en aurait pas moins d'obligation à M.

@

(649)

Lavoisier, pour avoir publié des procédés & des appareils
trop peu connus, même d'une partie de ceux qui
professent aujourd'hui la Chimie, comme l'a dit l'Auteur.
Mais ce n'est point seulement une description sèche &
aride que présente cette troisième partie ; on y décrit l'usage
des diverses machines, on y fait connaître la manière
de s'en servir, & les phénomènes qu'elles offrent à l'observateur;
souvent même des points particuliers de la théorie
générale exposée dans tout l'ouvrage, portent un jour
éclatant sur le résultat des opérations auxquelles servent
ses instruments. On peut considérer cette troisième partie
comme une histoire des principaux appareils nécessaires
aux opérations de la Chimie moderne, & sans lesquels on
ne pourrait plus espérer de faire faire des progrès à cette
science.
Les planches placées à la fin de l'ouvrage, ont été
gravées avec soin par la personne qui nous a déjà donné
la traduction de Kirwan, & qui sait allier la culture des
Lettres à celle des Arts & des Sciences.
L'ouvrage est terminé par des tables où sont exposées
la pesanteur du pied cube des différents gaz, la pesanteur
spécifique d'un grand nombre de corps naturels, les méthodes
pour convertir les fractions vulgaires en fractions
décimales & réciproquement, des moyens de correction
pour la pesanteur des gaz relativement à la hauteur du
mercure dans le baromètre & dans le thermomètre. Ces
tables deviennent aujourd'hui aussi nécessaires aux Chimistes
pour obtenir des résultats exacts dans leurs expériences,
que le sont les tables de logarithmes aux Géomètres
& aux Astronomes, pour l'exactitude & la rapidité
de leurs calculs.
Nous pensons que l'Ouvrage de M. Lavoisier mérite
l'approbation de la Société, & d'être imprimé sous son
privilège.
Au Louvre, le 6 Février 1789.

Signé, DE HORNE & DE FOURCROY.

La Société Royale de Médecine ayant entendu, dans
sa séance tenue au Louvre le 6 du présent mois,

@

(650)

la lecture du Rapport ci-dessus, en a entièrement
adopté le contenu.

Ce que je certifie véritable. Ce 7 Février 1789.

Signé, VICQ D'AZYR, Secrétaire perpétuel.

----------------------------------------------

E X T R A I T des Registres de la Société
Royale d'Agriculture.

Du 5 Février 1789.

N ous avons été chargés par la Société Royale
d'Agriculture, M. de Fourcroy & moi, de lui rendre
compte d'un Traité élémentaire de Chimie, par M.
Lavoisier.
Des Savants de l'Europe, l'un de ceux qui a le
plus contribué à l'heureuse révolution que la Chimie
pneumatique a éprouvée de nos jours, c'est, sans contredit,
M. Lavoisier. Les Mémoires importants qu'il a
publiés depuis quinze ans, les faits brillants dont on lui
est spécialement redevable, toutes les expériences
connues qu'il a vérifiées avec un zèle infatigable,
l'élégance & la précision des appareils qu'il a imaginés,
la théorie nouvelle enfin sur laquelle il a singulièrement
influé, & qu'on peut vraiment regarder
comme lui étant propre, faisaient désirer que M. Lavoisier
réduisît ces nombreux matériaux en un corps
d'ouvrage, & surtout qu'il en fît un ouvrage élémentaire :
il était difficile de mieux remplir ce voeu.
Ce Traité peut servir à l'étude de la Chimie par la
méthode & l'ordre qui y règnent ; quant au Chimiste
déjà familiarité avec la science, il y trouvera les faits
réunis & classés, ainsi que de grandes vues sur le système
de notre atmosphère, de la végétation, de l'animalisation,

@

(651)

&c. ce qui offre une vaste carrière à ses recherches.
La Chimie recule de jour en jour ses bornes ; elle
embrasse maintenant toutes les sciences physiques,
l'Agriculture est peut-être une de celles qui aura le plus
à s'applaudir des succès de la Chimie ; l'analyse étant le
seul moyen de conduire sûrement à la connaissance des
terres, des amendements & des engrais ; enfin la Chimie
pneumatique peut seule expliquer les grands
phénomènes de la végétation, la formation des différents
principes des végétaux, l'étiolement des plantes,
&c. c'est elle qui nous a fait connaître cette double
émission d'un gaz homicide & d'un gaz vital.
Dans le petit nombre d'ouvrages qui ont été récemment
publiés sur la Chimie, tout étant neuf, la nomenclature,
les faits, l'application de la méthode des
Géomètres à ces mêmes faits, & la théorie entière,
l'analyse d'un pareil Traité serait une tâche longue &
difficile à remplir ; nous nous bornerons donc à des réflexions
sur ce nouvel ordre de choses, qui, au milieu de
beaucoup de prosélytes, a encore quelques détracteurs.
On peut établir comme vérité qu'il n'y a pas d'art mécanique,
le dernier de tous, dont la nomenclature ne
soit moins vicieuse, moins insignifiante, que ne l'était
celle de l'ancienne Chimie. Pas un mot dans l'ancienne
langue chimique qui n'ait été enfanté par l'amour du
mystère, & quelquefois même par le charlatanisme. Glauber,
Stahl, emportés par le torrent & l'espèce de mode
régnante alors, introduisent, l'un son sel admirable,
l'autre, son double arcane. Un mot neuf, mot qui n'a
aucune acception, peut en recevoir une, il n'en est pas
de même d'un mot déjà usité.
Il fallait donc une langue nouvelle pour une nouvelle
science, des mots nouveaux pour de nouveaux produits ;
enfin, il fallait créer des expressions pour les phénomènes
que créait journellement la Chimie. Il importait surtout
que cette nomenclature fût raisonnée, que le mot fixât
l'idée, & que, semblable à la langue des Grecs & des
Latins, les augmentatifs, les privatifs, & le changement

@

(652)

(fassent ) naître des idées accessoires & précises, & c'est l'objet
que remplissent, par exemple, les mots soufre, sulfate,
sulfite, sulfure. Tel est le but qu'ont rempli les Savants
qui se sont réunis pour former cette nouvelle nomenclature,
& le Traité de M. Lavoisier la rend très intelligible.
Rien de plus imposant dans l'ouvrage de M. Lavoisier
que ce nombre d'expériences ingénieuses, dont beaucoup
lui appartiennent, toutes présentées, avec cette précision
mathématique, inconnue avant cette époque, que Rouelle
avait devinée, & qui, soumettant l'analyse à la rigueur
du calcul, fait le complément de la science, en rendant
la recomposition des corps aussi facile que leur décomposition.
L'ancienne Chimie parvenait bien quelquefois à la
synthèse : elle décomposait & recomposait l'alun, les vitriols,
les sels neutres en général, elle minéralisait
revivifiait les métaux ; mais l'eau, mais l'air échappaient
à son analyse. Elle les regardait comme des corps simples
& élémentaires, il était réservé à la Chimie pneumatique
de leur faire subir la double loi de la décomposition
de la recomposition.
Il nous reste à parler de la théorie, puisque nous
sommes restreints à des généralités. Cette théorie pose
sur une grande masse de faits qui lui forment un rempart
solide où elle parait inattaquable : elle ne le serait pas,
sans doute, si elle prétendait tout expliquer, mais elle
sait s'arrêter quand les faits lui manquent, ou qu'ils sont
en trop petit nombre pour consolider de nouveaux points
de doctrine. Tel est le caractère de sagesse qui la distingue
de l'ancienne théorie, qui expliquait tout de dix
manières différentes, parce qu'au défaut de routes, il
faut se pratiquer des sentiers. Dans la théorie actuelle,
les faits s'enchaînent ; chaque proposition est étayée d'expériences
qui se pressent, paraît réduit à ne pouvoir
pas en tirer d'autres conséquences que celles que présente
cette même théorie.
Nous pensons donc que cet Ouvrage, dont plusieurs
chapitres sont immédiatement applicables à la Physique

@

(653)

de terminaison devinssent autant de moyen de faire
végétale, mérite l'approbation de la Société Royale
d'Agriculture.

Signé, DE FOURCROY & CADET DE VAUX.

Je certifie cet Extrait conforme à l'original & au
jugement de la Société.

A Paris, ce 6 Février 1789.

Signé, BROUSSONET, Secrétaire perpétuel.

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Fautes à corriger, & Additions.

PAGE 43, lig. 4 & 9, copeaux lisez coupeaux
44, 9, figure 14 lis. figure 16
75, 14, dans un ballon e lis. dans le ballon cb.
77, pén. mtreux lis. nitreux
78, 6, à mesure que l'acide passe ajoutez une
partie se condense dans le ballon, l'autre
est absorbée par l'eau.
94, 2I, ajoutez en note au bas de la page
On a critiqué même avec assez d'amertume
cette expression hydrogène, parce qu'on a prétendu
qu'elle signifiait fils de l'eau, & non pas
qui engendre l'eau. Mais qu'importe, si l'expression
est également juste dans les deux sens?
les expériences rapportées dans ce Chapitre,
prouvent que l'eau, en se décomposant, donne
naissance à l'hydrogène, & surtout l'hydrogène
donne naissance à l'eau en se combinant
avec l'oxygène. On peut donc dire également
que l'eau engendre l'hydrogène & que l'hydrogène
engendre l'eau.
96, antépénul. Bc lis. BC
118, 22 & suiv. gaz hydrogène carbonisé, gaz
hydrogène sulfurisé, gaz hydrogène phosphorisé
lis. carboné, sulfuré, phosphoré. La même
faute a pu échapper dans d'autres endroits.
133, pénul. & dern. ainsi les végétaux ne contiennent
ni huile, ni eau, ni acide carbonique,
ajoutez la note suivante au bas de la page.
Nota. On conçoit que je suppose ici des végétaux
réduits à l'état de dessiccation parfaite, &
qu'à l'égard de l'huile, je n'entends pas parler
des végétaux qui en fournissent, soit par expression
à froid, soit par une chaleur qui n'excède
pas celle de l'eau bouillante. Il n'est ici question
que de l'huile empyreumatique qu'on obtient
par la distillation à feu nu, à un degré de feu

@


supérieur à l'eau bouillante. C'est cette huile
seule que j'annonce être un produit de l'opération.
On peut voir ce que j'ai publié à cet égard
dans le volume de l'Académie, année 1786.
Page 146, lig. 16 & 17, 397 livres 9 onces 29 grains lis.
460 livres 11 onces 6 gros 53 grains
163, 7, dont lis. que
172, 1, ammoniaque lis. ammoniac
196, 8, tartarique lis. tartareux
Ibid. 11, pyrolignique lis. pyroligneux
12, pyromucique lis. pyromuqueux
13, pyrotartarique lis. pyrotartareux
15, acétique lis. acéteux
254, supprimez du Tableau muriate oxygéné
d'ammoniaque, attendu que cette combinaison
n'existe pas.
294, 14, 15 & 16, effacez & ce même sel saturé
de chaux, oxalate acidule de potasse
& de chaux
384, 12, d'un robinet l lis. d'un robinet l m


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