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Réfer. : 2302 .
Auteur : Valentin, Basile.
Titre : Les Douzes Clefs de Philosophie.
S/titre : de Frère Basile Valentin, religieux de l'Ordre
de S. Benoist.
Editeur : André Cailleau. Paris. B. des Ph. Ch. Tome III.
Date éd. : 1741 .
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L E S
D O U Z E C L E F S
D E
P
H I L O S O P H I E
D E
F R E R E
B A S I L E
V A L E N T I N
RELIGIEUX DE L'ORDRE DE S. BENOIT.
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L I V R E
P R E M I E R.
De la Clavicule de la Pierre précieuse
des anciens Philosophes.
A V A N T - P R O P O S

Ans ma Préface du Traité de
la Génération des Planètes,
je me suis obligé, mon cher Lecteur,
en faveur de ceux qui sont
curieux de Science & qui veulent rechercher
les Secrets de la Nature, d'enseigner,
selon la capacité que Dieu m'en a donnée,
Tome III. A *
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2 Les douze Clefs
d'où, & de quelle Matière nos Ancêtres
ont premièrement tiré, & puis préparé
la Pierre triangulaire, donnée par la
libéralité du souverain Dieu, & de laquelle
ils se sont servis pour entretenir leur santé
durant le cours de cette vie mortelle, &
pour saupoudrer comme d'un Sel céleste
les malheurs de ce Monde. Or afin que je
tienne ma promesse, & que je ne t'enveloppe
point dans des Sophistications trompeuses,
mais que je montre, comme on
dit, depuis un bout jusqu'à l'autre, la
Source de tous Biens: Sois attentif, &
considère diligemment ce que je vais dire,
si tu aimes la science, car je n'aime point
à parler en vain, & mon intention n'est
pas de me servir à cet effet de paroles frivoles,
qui ne servent de rien ou de peu
pour enseigner. Au contraire, mon dessein
est de montrer en peu de mots des
choses, qui soient appuyées sur de bons
fondements, & fondées sur des expériences
très certaines.
Or il faut savoir qu'encore que beaucoup
de Gens se flattent de pouvoir faire
cette Pierre, néanmoins peu de ces Gens
là en viennent à bout; car Dieu n'a communiqué
la connaissance de l'Opération
qu'à fort peu, & à ceux-là principalement
qui haïssent le mensonge, qui embrassent
la vérité, & qui s'adonnent aux
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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Arts & aux Sciences: Sur tout à ceux qui
l'aiment de tout leur coeur, & qui lui demandent
ce précieux Don avec instance &
prières.
C'est pourquoi je t'avertis, si tu veux
chercher notre Pierre, de suivre mon conseil,
qui est que tu pries Dieu de favoriser
tes oeuvres: Et si tu sens ta conscience
chargée de péchés, je te conseille de l'en
décharger par une vraie contrition & par
une bonne confession, prenant une ferme
résolution de persévérer dans la vertu,
afin que ton coeur soit toujours pur, & que
ton esprit soit éclairé de la lumière de la
Vérité. Outre cela, propose-toi en toi-
même, que si après avoir acquis ce Don
divin, tu es élevé en honneur, tu tendras
la main aux Pauvres, qui sont comme
embourbés dans le limon de la pauvreté;
que tu redonneras par tes libéralités des
forces à ceux qui sont fatigués de leurs malheurs,
& que tu relèveras avec tes Richesses
ceux qui sont accablés de misère, afin
que tu reçoives plus aisément la bénédiction
de Dieu, & que ta foi, étant confirmée
par tes bonnes oeuvres, tu puisses jouir;
de la Béatitude éternelle.
Outre cela encore, ne méprise pas les
Livres des anciens Philosophes, qui certainement
ont eu la Pierre avant nous;
mais lis-les entièrement; car après Dieu,
A ij
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4 Les douze Clefs
ils sont cause que je l'ai eue. Lis-les plus
d'une fois, afin de ne pas oublier tes Principes,
de peur que tes Fondements ne
tombent, & que la Lumière de la Vérité
ne s'éteigne.
De plus, sois diligent à la recherche
des Choses qui s'accordent avec la raison,
& avec les Livres des Anciens. Ne sois
point variable ni changeant; vise constamment
au but où tirent tous les Sages. Souviens-toi
qu'un Esprit mobile n'a point de
pied stable, & qu'un Architecte, qui a la
tête légère, peut à peine bâtir un Edifice
qui soit ferme & permanent.
De plus encore, notre Pierre ne prend
point son Etre & sa Naissance de Choses
combustibles, parce qu'elle combat contre
le feu, & soutient tous ses efforts, sans
en être aucunement offensée. Ne la tire
donc point de ces Matières, dans lesquelles
la Nature toute puissante qu'elle est,
ne la peut mettre.
Par exemple, si quelqu'un disait que
notre Pierre est de nature végétable, ce
qui néanmoins n'est pas possible, bien qu'il
paraisse en elle je ne sais quoi de végétable;
il faut que tu saches que si notre
Lunaire était de même nature que les autres
Plantes, elles servirait aussi bien qu'elles
de matière propre au feu pour brûler,
& ne remporterait autre chose de lui que
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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le Sel mort, ou comme l'on dit, la Tête
morte. Quoique nos Prédécesseurs aient
écrit amplement de la Pierre végétable, si
tu n'es aussi clairvoyant que Lincée, leurs
Ecrits surpasseront la portée de ton esprit,
car ils l'ont seulement appelée végétable,
à cause qu'elle croît, & se multiplie comme
une chose végétable.
Bref, sache qu'aucun Animal ne peut
étendre son Espèce ni engendrer son semblable,
s'il ne le fait par le moyen de choses
semblables, & d'une même nature.
Voilà pourquoi je ne veux point que tu
cherches notre Pierre autre part ni d'autre
côté que dans la Semence de sa propre nature,
de laquelle la Nature l'a produite.
Tire de là aussi une conséquence certaine,
qu'il ne te faut aucunement choisir à cet
effet une nature animale: car comme la
chair & le sang ont été donnés par le Créateur
de toutes choses aux seuls Animaux;
aussi du seul sang qui leur est particulier,
eux seuls sont nés & naissent tous les jours.
Mais notre Pierre, que j'ai eue par succession
des anciens Philosophes, est faite
& composée de deux choses, & d'une,
dans lesquelles la troisième est cachée, &
telle est la vérité sans aucune ambiguïté ni
tromperie, car le Mari & la Femme n'étaient
pris par les anciens Philosophes que pour
un même Corps, non pas à cause de leurs;
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6 Les douze Clefs
accidents externes, mais à cause de leur
amour réciproque, & de la vertu uniforme
productive de leur semblable, née &
inférée dans l'une & dans l'autre, dès leur
première naissance. Et tout ainsi qu'ils ont
une vertu conservative & propagative de
leur Espèce, tout de même la Matière,
dont notre Pierre est produite, peut se multiplier
& s'étendre par la vertu séminale
qu'elle a. C'est pourquoi, si tu es un véritable
Amateur de notre Science, tu ne
feras pas peu d'estime de ce que je viens
de te dire, & tu le considéreras attentivement,
de peur de te laisser attirer avec
les autres Sophistes, aveuglés en cet endroit
dans la fosse d'ignorance, de te précipiter
dans ce gouffre, & enfin de ne
pouvoir jamais t'en retirer.
Or, mon Ami, afin que je t'enseigne d'où
cette Semence, & cette Matière est puisée,
songe en toi-même à quelle fin & à
quel usage tu veux faire la Pierre; alors
tu sauras qu'elle ne s'extrait que de Racine
Métallique, ordonnée par le Créateur
à génération seulement des Métaux.
Or comprends en peu de paroles comment
cela se fait.
Au commencement, lorsque l'Esprit
du Seigneur était porté sur les Eaux, &
que toutes choses étaient enveloppées
dans les obscurités ténébreuses du Cahos,
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de Bas. Valentin, Liv. I.
7
alors Dieu, Tout-puissant & Eternel, commencement
sans fin, dont la Sagesse est de
toute Eternité, créa de rien par ses conseils
inscrutables & providents, le Ciel &
la Terre, & tout ce qui est en eux visible
& invisible, quelque nom qu'on donne ou
qu'on puisse leur donner. Car Dieu fit toutes
choses de rien. Or comment se fit cette
merveilleuse Création? j'estime que ce
n'est point ici le lieu de s'en enquérir, &
qu'il faut en cela se soumettre à la Foi &
à la Sainte Ecriture. Dans cette Création,
Dieu donna à chaque Nature sa semence,
de peur qu'elles ne périssent, étant sujettes
à corruption, & afin que, par cette vertu
séminale, elles pussent se garantir de
la mort, & que les Hommes, les Animaux,
les Plantes & les Métaux, pussent
être perpétuellement conservés. Dieu ne
donna pas à l'Homme la vertu de pouvoir,
contre sa volonté, faire de nouvelles Semences,
mais il lui permit seulement d'étendre
& de multiplier son Espèce: Et
Dieu se réserva la puissance de faire de
nouvelles Semences; autrement la Création
serait possible à l'Homme, comme
étant la plus noble Créature; ce qui ne
peut pas se faire, & doit être réservé au
seul Créateur de toutes choses.
Quant à la vertu séminale des Métaux,
je veux que tu la connaisses de cette manière.
A iiij
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8 Les douze Clefs
L'Influence céleste, par la volonté
a par le commandement de Dieu, descend
du Ciel, se mêle avec les vertus &
les propriétés des Astres. Etant mêlées
ensemble, il s'en forme comme un tiers
presque terrestre. Ainsi se fait le Principe
de notre Semence, & telle est sa première
production, par laquelle elle peut donner
un témoignage assez suffisant de son origine.
De ces trois se font les Eléments, à
savoir, l'Eau, l'Air, & la Terre, lesquels,
moyennant l'aide du Feu, continuellement
appliqué, on régit & gouverne
jusqu'à ce qu'ils aient produit un Ame,
qui ait une moyenne nature entre les deux,
un Esprit incompréhensible, & un Corps
visible & palpable. Quand ces trois Principes
sont joints ensemble par une vraie
union, ils font, par une continuation de
temps, & par le moyen du Feu dûment
appliqué, une Substance sensible, à savoir,
la Mercurielle, la Sulfureuse, &
la Saline, qu'Hermès & tous les autres
d'avant moi, ne pouvant rien par de-là,
dès le commencement du Magistère, ont
appelé les trois Principes, lesquels y étant
mis proportionnellement, on coagule,
selon les diverses opérations de Nature,
& la disposition de la Semence, ordonnée
de Dieu à cet effet.
Quiconque donc se propose de chercher
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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la source de cette salutaire Fontaine;
& espère de remporter le prix dans notre
Art, qu'il me croie; car j'atteste le Souverain
Dieu de cette vérité, Que là où
se trouvent l'Ame Métallique, l'Esprit
Métallique, & le Corps Métallique, là
se trouvent aussi infailliblement,
le Mercure,
le Soufre & le Sel Métalliques, lesquels
nécessairement ne sauraient faire qu'un
Corps parfait Métallique.
Si tu ne veux pas entendre ce qu'il faut
que tu apprennes, ou tu n'auras jamais
été élevé dans l'Ecole de la Sagesse, ou tu
ne seras pas Enfant de la Science, ou bien
Dieu t'estimera indigne & incapable de telle
Doctrine.
Je te dis donc en peu de mots, qu'il
te sera impossible de tirer aucun profit des
Matières Métalliques, si tu n'assembles
exactement en une Forme Métallique ces
trois Principes. Outre cela, il faut que tu
saches que tous les Animaux terrestres,
composés de chair & de sang, donc doués
d'âme & d'esprit vital, mais qu'ils sont
dépourvus de l'entendement, qui est particulier
à l'Homme seul. C'est pourquoi,
quand ils ne sont plus en vie, on n'en saurait
rien tirer de bon, tout étant mort en
eux.
Mais quand l'Ame de l'Homme est contrainte,
par la mort & par la disjonction
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10 Les douze Clefs
d'avec le Corps, de tourner à son Créateur
d'où elle était venue, elle ne cesse
point de vivre & revient habiter avec
le Corps purifié & clarifié par le feu;
de manière que l'Ame, l'Esprit & le
Corps s'illuminent l'un l'autre d'une certaine
clarté céleste, & s'embrassent de telle
sorte, qu'ils ne peuvent plus ensuite être
désunis l'un de l'autre.
Voilà pourquoi l'Homme, à cause de
son Ame, doit être estimé Créature fixe,
d'autant que quoiqu'il semble mourir, il
vivra perpétuellement. A cause de cela,
la mort de l'Homme n'est autre chose
qu'une clarification, par laquelle, avant
que de passer comme par certains degrés
ordonnés de Dieu, il doit, après avoir
quitté cette vie mortelle, vivre glorieusement
d'une vie immortelle. N'en étant pas
ainsi des autres Animaux, on doit les estimer
Créatures non-fixes; car après la
mort, ils n'ont aucune espérance de ressusciter
ni de revivre, parce qu'ils sont
dépourvus d'Ame raisonnable, pour laquelle
le véritable Médiateur & unique
Fils de Dieu a versé son Sang précieux &
s'est livré à la mort.
Si l'Esprit habite le Corps, il ne s'enfuit
pas de-là qu'ils soient liés ensemble,
bien qu'ils soient en paix, & qu'ils n'aient
rien de discordant l'un de l'autre; car ils
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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ont encore besoin d'un lien plus fort, à
savoir de l'Ame pure, noble & incompréhensible,
qui puisse les lier tous deux fermement,
leurs garantir de tous les dangers,
& les défendre contre tous leurs ennemis.
Car quand l'Ame se sépare, il n'y a plus
de vie, & il n'y a aucune espérance de la
recouvrer. Voilà pourquoi une chose sans
Ame est grandement imparfaite. C'est un
grand Secret, que doit nécessairement
savoir le Sage qui cherche notre Pierre.
Ma conscience m'a obligé de ne point
passer sous silence un tel Mystère, mais
de le découvrir aux Amateurs de notre
Science. Pèse donc attentivement mes
paroles, & apprends que les Esprits qui
sont cachés dans les Métaux, différent
beaucoup entr'eux, les uns étant plus volatils,
les autres plus fixes, & la même différence
se trouve dans leur Ame & dans
leur Corps. Tout Métal donc, qui est
composé de tels Esprits vraiment fixes
(ce qui est donné de particulier au seul
Soleil) a une grande force & vertu, par
laquelle il combat même contre le feu, &
par sa puissance surmonte tous ses ennemis.
La Lune a en soi un Mercure fixe, par lequel
elle soutient plus longuement la violence
du feu que les autres Métaux imparfaits,
& la victoire qu'elle remporte, montre assez
combien elle est fixe, vu que le ravissant
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12 Les douze Clefs
Saturne ne lui peut rien ôter ni diminuer.
La lascive Vénus est bien colorée, &
tout son corps n'est presque que Teinture,
& couleur semblable à celle du Soleil,
laquelle, à cause de son abondance, tire
grandement sur le rouge; mais d'autant
que son corps est lépreux & malade, la
Teinture fixe n'y peut faire sa demeure, &
ce corps s'envolant, la Teinture doit nécessairement
suivre, car ce même corps
périssant, l'âme n'y peut pas demeurer,
son domicile étant consommé par le feu,
& ne lui restant aucun siège ni refuge. Cette
âme au contraire étant accompagnée,
demeure avec un corps fixe.
Le Sel fixe, fournit au guerrier Mars
un corps dur, fort, solide & robuste,
d'où lui provient sa magnanimité & son
grand courage. C'est pourquoi il est très
difficile de surmonter ce valeureux Capitaine;
car son corps est si dur, qu'à grand-
peine peut-on le blesser. Mais si l'on mêle
sa force & sa dureté avec la constance de
la Lune & la beauté de Vénus, & si on les
accorde par un moyen spirituel, on pourra
faire une douce harmonie, par le moyen
de laquelle un pauvre Homme, s'étant à
cet effet servi de quelques Clefs de notre
Art, après avoir monté au haut de cette
Echelle, & parvenu jusqu'à la fin de
l'Oeuvre, pourra particulièrement gagner
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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sa vie; car la nature phlegmatique & humide
de la Lune peut être échauffée & desséchée
par le sang chaud & colérique de
Vénus, & sa grande noirceur corrigée par
le Sel de Mars.
Il ne faut pas que tu cherches cette Semence
dans les Eléments, car elle n'est
pas si éloignée de nous, la Nature nous l'a
mise plus près, & tu l'obtiendras, si tu
rectifies tellement le Mercure, le Soufre
& le Sel (j'entends des Philosophes) que
l'Ame, l'Esprit & le Corps soient si bien
unis, qu'ils ne puissent jamais se quitter.
Alors sera fait le vrai lien d'amour, & sera
bâtie la Maison de gloire & d'honneur:
Et sache que tout ceci n'est rien autre
chose que la Clef de la vraie Philosophie,
semblable aux propriétés célestes, & l'Eau
sèche conjointe avec une Substance terrestre;
toutes lesquelles choses reviennent
toujours au même point, comme n'étant
qu'une même chose, qui prend son origine
de trois, de deux, & d'une. Si tu
touches ce but & parviens jusque-là,
tu auras & tu accompliras sans doute le
Magistère. Après, joins l'Epoux avec l'Epouse,
afin qu'ils soient nourris de leur
chair & de leur sang propres, & soient
multipliés par leur semence à l'infini. Quoi
que par charité je voulusse bien t'en dire
davantage, néanmoins je ne le ferai pas,
@
14 Les douze Clefs
de peur de passer les bornes que Dieu m'a
prescrites. Je ne dirai donc rien de plus,
craignant qu'on n'abuse des Dons de Dieu
& que je ne sois l'auteur & la cause des
méchancetés qui pourraient se commettre,
car j'encourrais l'ire divine, & serais condamné
aux peines éternelles avec les Méchants.
Mon Ami, si ces choses sont si obscures
que tu n'y puisses rien comprendre,
je t'enseignerai encore ma Pratique, par
le moyen de laquelle j'ai fait, avec l'aide
de Dieu, la Pierre occulte. Considère la
diligemment, prends bien garde aux douze
Clefs, & les lis plus d'une fois; puis travaille
selon que je t'ai instruit. A la vérité cette
Pratique est un peu obscure, mais elle
n'en est pas moins exacte.
Prends de bon Or, mets-le en pièces, &
le dissous comme la Nature enseigne aux
Amateurs de la Science, & le réduis en ses
premiers Principes, comme le Médecin a
coutume de faire la dissection d'un corps
humain pour connaître ses parties intérieures
& tu trouveras une Semence, qui est le
Commencement, le
Milieu & la
Fin de
l'Oeuvre, de laquelle notre Or & sa Femme
sont produits, savoir un subtil & pénétrant
Esprit, une Ame délicate, nette &
pure, & un Sel & Baume des Astres,
lesquels, étant unis ensemble, ne sont qu'une
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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Liqueur, & qu'une Eau Mercurielle.
On mena cette Eau au Dieu Mercure,
son Père, pour être examinée. Il voulut
l'épouser, & en effet il l'épousa, & des deux
il se fit une Huile incombustible. Mercure
en devint si orgueilleux & si superbe, qu'il
ne se reconnut plus pour être soi-même.
Ayant jeté ses ailes d'Aigle, il dévora sa
queue glissante de Dragon, déclara la
guerre à Mars, qui ayant assemblé sa
Compagnie de Chevaux légers, fit prendre
Mercure, le mit prisonnier, & constitua
Vulcain pour Geôlier de la Prison,
jusqu'à ce qu'il fût de nouveau délivré par
le Sexe féminin.
Aussitôt que la nouvelle en fut sue dans
le Pays, les autres Planètes s'assemblèrent
& consultèrent sur ce qu'il faudrait faire
dans la suite pour que tout fût gouverné
avec prudence & avec maturité de conseil.
Alors Saturne, avec une gravité nom pareille,
commença en cette façon à dire le
premier son avis.
Moi Saturne, le plus haut des Planètes,
je confesse & proteste devant vous, que
je suis le moindre de toutes, ayant un
corps faible & corruptible, de couleur
noire, sujet à toutes les adversités de ce
misérable Monde: C'est moi toutefois
qui éprouve toutes vos forces, parce
que je ne saurais demeurer en une place,
@
16 Les douze Clefs
& qu'en m'envolant, j'emporte tout ce
que je trouve de semblable à moi. Je ne
rejette la faute de ma calamité sur aucun
autre que Mercure, qui par sa négligence &
par son peu de soin, m'a causé tous ces
malheurs. C'est pourquoi, je vous prie
& vous conjure toutes, de prendre sur lui
la vengeance de ma misère; & que, puisqu'il
est en prison, vous le mettiez à mort,
& le laissiez tellement corrompre & pourrir,
qu'il ne lui reste aucune goutte de
sang.
Après Saturne, Jupiter, tout chenu
& cassé de vieillesse, se leva, & ayant
fait la révérence, & étendu son Sceptre,
il salua chacun selon sa qualité. Ensuite
d'un petit exorde, il loua l'avis de son compagnon
Saturne, & voulut que tous ceux,
qui ne trouveraient pas bonne cette opinion,
fussent proscrits & exilés, & finit
ainsi son Discours.
Après Jupiter, Mars, s'avança avec une
Epée nue, diversifiée d'admirables couleurs;
on eût dit qu'elle était entrelacée comme
de Miroirs, jetant feu & flamme, à
cause des rayons épars çà & là qui en sortaient.
Et il la donna à Vulcain, Geôlier
de la Prison, pour exécuter la Sentence
prononcée, & réduire en poudre les os de
Mercure, après qu'il serait mort: Vulcain
lui obéit comme un Exécuteur de Justice,
prêt
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de Bas. Valentin, Liv. I.
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prêt à faire ce qu'on lui commandait.
Quand Vulcain se fût acquitté de son
devoir, on vit venir comme une belle
Femme blanche, vêtue d'un habit long,
de couleur grise & argentine, tissu & entrelacé
d'Eaux, & dès que les Assistants
l'eurent considérée de plus près, ils connurent
tous que c'était la Lune, Epouse
du Soleil, laquelle se jeta à
leurs pieds, & après plusieurs soupirs,
accompagnés de larmes, elles les pria avec
une voix tremblante & entrecoupée
de sanglots, de délivrer le Soleil son Mari,
qui était emprisonné par la tromperie de
Mercure, ou qu'il faudrait qu'il pérît
avec Mercure, déjà condamné à mort par
le jugement des autres Planètes. Mais
Vulcain, sachant bien ce qu'il avait à
faire, & ce qui lui avait été ordonné,
ferma l'oreille à ses prières, & ne cessa
d'exécuter la Sentence sur ces pauvres
Criminels, jusqu'à l'arrivée de Vénus, qui
parût vêtue d'une robe bien rouge, &
& doublée de vert. Elle était extrêmement
belle de visage & avait une voix douce
& gracieuse; son maintien & sa façon
de faire étaient tout à fait agréables; Elle
portait un bouquet de fleurs odoriférantes,
qui, à cause de leur admirable diversité
de couleurs, apportaient un merveilleux
contentement aux Hommes. Elle pria en Tome III. B
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18 Les douze Clefs
Langue Caldaïque Vulcain de délivrer le
Soleil, & le fit ressouvenir qu'il devait
être racheté & délivré par le Sexe féminin;
mais sa prière ne le toucha point, & il ne
voulut pas seulement l'écouter.
Comme ils parlaient ensemble, le Ciel
s'ouvrit, & il en sortit un grand Animal
avec une infinité de petits, lequel tua
Vulcain, & à gueule ouverte dévora la
belle Vénus, qui priait pour lui. Il cria à
haute voix: Les Femmes m'ont engendré;
les Femmes ont semé & répandu partout
ma semence; elles en ont rempli tout le
monde, & leur âme est unie avec moi:
C'est pourquoi aussi je vivrai de leur sang.
Ayant proféré hautement ces paroles,
il se retire, accompagné de tous ses petits:
Et cela se fit par tant de fois, que
tout le monde en fut rempli.
Ceci s'étant passé de la sorte, plusieurs
doctes Personnages du Pays s'assemblèrent,
& se mirent conjointement à chercher le
moyen de connaître ce mystère, pour
avoir une plus parfaite connaissance du
fait; mais ne s'accordant point ensemble,
ils se donnèrent une peine inutile, jusqu'à
ce qu'on vît venir un Vieillard, qui avait
la barbe & les cheveux aussi blancs que
la neige. Il était vêtu d'écarlate depuis les
pieds jusqu'à la tête, avec une Couronne
d'Or, entrelacée de Pierres précieuses de
@
de Bas. Valentin, Liv. I.
19
grande valeur. Outre cela, il avait une ceinture
de toute gloire & de tout bonheur,
& marchait nus pieds. Il parlait par un
singulier Esprit, qui était en lui; ses paroles
pénétraient tout son Corps, & de telle
façon que son Ame s'en ressentait. Cet
Homme s'élevait un peu plus haut que les
autres, & faisait faire silence aux Assistants,
parce qu'il était envoyé du Ciel pour leur
déclarer & expliquer, par un Discours physique,
la Parabole ou Enigme, qu'ils avaient
entendue, & il leur recommandait de l'écouter
avec attention.
Le silence se faisant donc dans cette Assemblée,
le Vieillard commença ainsi son
discours: Eveille-toi, Peuple mortel, &
regarde la lumière, de peur que les ténèbres
& les obscurités ne te trompent. Les
Dieux du bonheur, & les grands Dieux
m'ont révélé ceci en dormant. O qu'heureux
est celui qui a les yeux éclairés pour
voir la lumière qui lui était cachée auparavant!
Il s'est levé, par la bonté des Dieux,
deux Etoiles aux Hommes, pour chercher
la véritable & profonde Sagesse. Regarde-les,
& marche à leur clarté, parce
que l'on y trouve la sagesse.
Un Oiseau Méridional, vite & léger,
arrache le coeur du corps d'un grand Animal
d'Orient. L'ayant arraché, il le dévore.
Il donne aussi des ailes à l'Animal
B ij
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20 Les douze Clefs
d'Orient, afin qu'ils soient semblables;
car il faut qu'on ôte à la Bête Orientale sa
peau de Lion, & que derechef ses ailes disparaissent,
& qu'ils entrent dans la grande
Mer salée, & en ressortent une seconde fois
ayant une pareille beauté. Alors jette ses
esprits remuants dans un puits bien creux,
où l'eau ne tarisse jamais, afin qu'ils soient
rendus semblables à leur Mère, qui y est
cachée, qui en a été composée, & qui a
pris sa naissance des trois.
La Hongrie m'a premièrement engendré;
le Ciel & les Astres me nourrissent,
& la Terre m'allaite. Et quoi que je meure
& sois enterré, je prends néanmoins vie &
naissance par Vulcain. C'est pourquoi la
Hongrie est mon Pays; & la Terre, qui
contient toutes choses, est ma Mère. Les
Assistants ayant entendu cela, il recommença
encore à parler.
Fais que ce qui est dessus soit dessous;
que le visible soit invisible; que le corporel
soit incorporel: Et faits encore que ce qui
est dessous soit dessus; que l'invisible soit
rendu visible, & l'incorporel corporel. De
ceci dépend entièrement toute la perfection
de l'Art, où habite la mort & la vie, la génération
& la corruption. C'est une boule
ronde, sur laquelle se tourne l'inconstante
Roue de la Fortune, elle apporte aux
Hommes divins toute sagesse & tout bonheur,
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de Bas. Valentin, Liv. I.
21
& de son propre nom, on l'appelle
Toutes choses. Toutefois Dieu seul est
Souverain, & a le seul commandement sur
les choses éternelles.
Or celui qui sera curieux de savoir ce
que c'est que
Toutes choses dans
toutes choses,
qu'il fasse à la Terre de grandes ailes,
& la presse tellement qu'elle monte en haut,
& vole par-dessus toutes les Montagnes,
jusqu'au Firmament, & alors qu'il lui coupe
les ailes à force de feu, afin qu'elle
tombe dans la Mer Rouge & s'y noie.
Ensuite, qu'il fasse calciner la Mer, & dessèche
ses Eaux par Feu, & par Air, afin
que la Terre renaisse. Alors en vérité il aura
Toutes choses dans
toutes choses. Et s'il ne
peut le trouver, qu'il regarde dans son
propre sein; qu'il cherche & visite tout ce
qui est autour de lui, & en tout le Monde,
& il trouvera
Tout dans
Tout ce qui
n'est rien autre chose qu'une vertu
styptique
& astringente des Métaux & des Minéraux,
provenant du Sel & du Soufre, & deux
fois née du Mercure. Je te jure que je ne
saurais te déclarer plus amplement
Toutes
choses dans
toutes choses vu que
Toutes choses
sont comprises dans
toutes choses.
Ayant achevé ce discours, mes Amis,
dit le Vieillard, je crois qu'en entendant
ainsi la Sagesse, vous avez appris & recueilli
de mon Discours, de quelle Matière,
@
22 Les douze Clefs
& par quel moyen vous devez
faire la Pierre précieuse des anciens Philosophes.
Or cette Pierre ne guérit pas seulement
les Métaux lépreux & imparfaits,
en les convertissant par régénération en
une nature tout à fait accomplie, mais aussi
elle conserve la santé des Hommes; les
fait vivre longtemps, & par sa vertu céleste,
elle m'a conduit à une telle vieillesse,
que, m'ennuyant de vivre si longuement,
je voudrais déjà quitter le Monde.
A Dieu en soit la louange, l'honneur
la vertu & la gloire, aux Siècles des Siècles,
pour la grâce & la sagesse qu'il y a si longtemps
qu'il m'a libéralement donnée. Ainsi
soit-il.
Ayant dit cela, il disparut, & s'envola
dans l'air. Ces choses s'étant passées de
la sorte, tous s'en retournèrent d'où ils
étaient venus, appliquèrent leur esprit à
ce qu'ils avaient entendu, & chacun opéra
selon la sagesse que Dieu lui avait donnée.
Fin du premier Livre.
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
23
L
I V R E II.
P R E M I E'R E
C L E F. de l'Oeuvre des Philosophes
----------------------------------------
De la préparation de la première Matière.
S ache, mon Ami, que tous Corps impurs
& lépreux ne sont pas propres
à notre Oeuvre; car leur impureté &
leur lèpre ne peuvent non seulement rien
produire de bon, mais elles empêchent
même que ce qui y est puisse produire.
Toute marchandise de Marchand, tirée
des Minières, est vendue chacune à son
prix; mais lorsqu'elle est salifiée, elle est
rendue inutile, parce qu'elle est gâtée, &
n'étant pas semblable à la naturelle, elle
ne peut faire les opérations dues.
Comme le Médecin purge le dedans
du corps & nettoie de toutes les ordures
par les Médicaments; de même aussi, nos
Corps doivent être purgés & nettoyés de
toutes leurs impuretés, afin qu'en notre
@
24 Les douze Clefs
Génération, ce qui est parfait puisse exercer
des Opérations parfaites; car les Sages
demandent un Corps net, sans tache ni
souillure d'aucun Corps impur, parce que
le mélange des choses étrangères est la lèpre
& la destruction de nos Métaux.
Que la Couronne du Roi soit d'Or
très pur & qu'on lui joigne sa chaste Epouse.
Si donc tu veux opérer en nos
Matières, prends un Loup affamé & ravissant;
sujet, à cause de l'étymologie de son
nom, au guerrier Mars; mais de race tenant
de Saturne, comme étant son Fils.
On le trouve dans les Vallées & sur les
Montagnes, toujours mourant de faim. Jette-lui
le Corps du Roi, afin qu'il s'en soûle.
Après qu'il l'aura mangé, jette-le dans
un grand feu pour y être entièrement
consumé, & alors le Roi sera délivré.
Quand tu auras fait cela trois fois, le
Lion [1] aura surmonté le Loup, & le
Loup ne pourra plus rien consumer du
Roi, & notre Matière sera préparée &
prête à commencer l'Oeuvre.
Apprends que ce n'est que par cette voie-
là qu'on peut rendre nos Matières pures;
car on lave & purge le Lion du sang du
Loup, & la nature du Lion se délecte
merveilleusement en la Teinture du Loup,
parce qu'il y a une grande affinité & comme
[1] Le Lion, c'est le Roi, ou l'Or, & le Loup, c'est
l'Antimoine.
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
25
un parentage entre le sang de l'un &
l'autre. Quand donc le Lion se sera soûlé
& que son esprit se sera fortifié, ses
yeux reluiront & éclaireront comme le
Soleil, & sa force intérieure sera bien
grande, & très utile à tout ce que vous
voudrez. Et après qu'il aura été dûment
préparé, il servira de grand remède aux
Epileptiques, & à ceux qui seront attaqués
de graves maladies. Et dix Lépreux
le suivront, voulant boire de son sang,
& tous Malades, de quelque mal qu'ils
soient affligés, se plairont grandement en
son Esprit. Bref, tous ceux qui boiront
de cette Fontaine découlante d'Or, seront
rendus joyeux de corps & d'esprit, jouiront
d'une santé parfaite, sentiront un rétablissement
de leurs forces, une restauration de
sang, une confortation de coeur, & une
entière disposition de tous leurs membres,
tant au-dedans qu'au dehors, parce que
cette Fontaine conforte les nerfs; & ouvre
les conduits pour chasser les maladies, &
introduire en leur place la santé.
Mon Ami, prends garde soigneusement
à ce que la Fontaine de vie soit très pure,
& qu'aucune Eau étrangère ne se mêle
avec elle, de peur qu'il ne s'engendre un
Monstre, & que le salutaire Poisson ne se
change en venimeux poison. Et si l'on a
ajouté quelque eau forte & corrosive pour
Tome III. C *
@
26 Les douze Clefs
dissoudre les Matières, qu'on l'ôte; &
qu'on lave diligemment toute force corrosive,
car nulle acrimonie ni corrosion n'est
propre à donner la fuite aux maladies, parce
qu'elle pénètre, avec destruction & corruption
du Sujet, & engendre d'autres maladies.
Et comme on pousse une cheville,
par une cheville, de même il faut chasser le
poison par le poison, il est néanmoins nécessaire
que notre Fontaine en soit totalement
purgée & rendue entièrement exempte
de toute corrosion.
On coupe tout Arbre qui ne porte
pas de bon fruit, & l'on ente sur le tronc
une meilleure greffe. Cela fait, le tronc
produit un rameau, & de-là se fait un Arbre
fructifiant, selon le désir du Jardinier.
Le Souverain, voyage par six Villes
célestes, (1) & fait sa résidence dans la
septième, parce que son Palais Royal y est
orné & embelli d'Or, & de Bâtiments
dorés.
Si tu entends ce que je viens de dire, tu
as ouvert la première porte de la première
Clef, & tu as passé la première barrière;
mais si tu ne le comprends pas, & si tu n'y
vois aucune clarté, tu auras beau manier &
| (1) Les six Régimes; | Après ces six Régimes,
|
| Le premier de Mercure; le | vient celui du Soleil, dési2
|
| de Saturne; le 3 de Ju- | gné ici sous le nom du Papiter;
|
| le 4 de la Lune; le | lais Royal, embelli d'Or.
|
| 5 de Vénus le 6 de Mars. |
|
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
27
regarder le verre, cela ne te servira de rien,
& ne t'aidera aucunement la vue corporelle,
pour trouver à la fin ce qui te manque
au commencement, car je ne parlerai
pas davantage de cette Clef, comme m'a
enseigné Luce Papirius.
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D E U X I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
O N trouve dans les Cours des Princes diverses sortes de breuvages; &
il n'y en a pas un qui soit semblable à l'autre,
en odeur, en couleur & en goût,
car ils sont préparés de diverses façons, &
à diverses fins, & cela est nécessaire pour
en donner à différentes sortes de Gens.
Quand le Soleil darde & épand ses
rayons entre les nues, l'on dit communément:
Le Soleil attire l'eau à soi, c'est pourquoi
nous aurons de la pluie; & si cela se
fait souvent, il s'ensuit presque toujours
une année fertile.
Pour bâtir une superbe & magnifique
Maison on a besoin de beaucoup d'Ouvriers
avant qu'elle soit achevée & embellie
comme il faut, car le bois ne peut pas
suppléer au défaut de la pierre.
Les Pays contigus & proches voisins de
la Mer sont enrichis par son flux & reflux,
C ij
@
28 Les douze Clefs
causés par la sympathie & influence des
Corps célestes, car à chaque reflux elle
ne leur amène pas peu de Biens, mais grande
quantité de précieuses Richesses.
On habille de beaux & riches vêtements
une Fille à marier, afin que son Epoux la
trouve belle, & la voyant ainsi parée, en
devienne amoureux. Mais quand ils doivent
coucher ensemble, on lui ôte toutes
ces sortes d'habits, & on ne lui laisse que
celui qu'elle a apporté du ventre de sa Mère
en venant au monde.
Tout de même aussi, quand on doit
marier notre Epoux Apollon avec
sa Diane, on doit leur faire diverses
sortes de vêtements; leur laver la tête,
& même tout le corps, avec de l'Eau
qu'il faudra préparer par plusieurs Distillations,
car il y a de plusieurs sortes
d'Eaux, les unes plus excellentes, & les
autres moins, & selon que le requiert leurs
divers usages à peu près, comme je viens
de dire, que l'on se sert de diverses sortes
de breuvages dans les Cours des Princes
& des Seigneurs.
Si quelques vapeurs s'élèvent de la Terre,
& se condensent dans l'Air, sache
qu'elles retombent, à cause de la pesanteur
naturelle de l'Eau, & que la Terre reçoit
derechef son humidité perdue; de laquelle
elle se délecte & se nourrit, &
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
29
par laquelle elle est rendue plus propre à
produire son fruit. C'est pourquoi l'on
doit réitérer ces préparations d'Eaux par
beaucoup de Distillations; de manière que
la Terre soit souvent imbibée de son humeur,
& que cette humeur soit tirée autant
de fois que l'Euripe laisse de fois à
sec la Terre, vers laquelle il retourne toujours
jusqu'à ce qu'il ait achevé son cours
ordinaire.
Quand donc le Palais Royal sera bâti
avec bien de la peine, & paré avec grand
soin, & que la Mer de verre l'aura par
son flux & reflux enrichi de beaucoup de
Richesses, le Roi y pourra sûrement entrer
& s'y loger.
Mais, mon Ami, prends garde que la
conjonction du Mari avec son Epouse
ne se fasse qu'après avoir ôté tous leurs
habits & ornements, tant du visage que de
tout le reste du corps, afin qu'ils entrent
dans le tombeau aussi nus que quand ils
sont venus au monde, de peur que leur
demeure ne se rende pire, & ne se gâte par
le mélange de quelque chose étrangère.
Je veux encore t'apprendre, comme par
supplément, que la précieuse Eau, de
laquelle il faut laver le Roi, doit se faire
avec grand soin & beaucoup d'industrie,
par le combat de deux Champions (j'entends
de deux diverses Matières) car l'un
C iij
@
30 Les douze Clefs
d'eux doit donner le défi à l'autre, pour se
rendre plus prompts & plus encouragés à
emporter la victoire. Car il ne faut pas
que l'Aigle seul fasse son nid au haut des
Alpes, parce que ses Aiglons mouraient
à cause des neiges qui en couvrent le sommet.
Mais si tu joins un horrible Dragon,
qui est toujours dans les Cavernes de la
Terre, & qui a toujours habité les Montagnes
froides, & couvertes de neige, Pluton
soufflera de telle sorte, qu'enfin il chassera
du froid Dragon un Esprit volant &
igné, qui, par la violence de sa chaleur,
brûlera les ailes de l'Aigle, & jettera une
chaleur pendant un si longtemps, que la
neige, qui est au haut des Montagnes, se
fondra & se réduira en eau, afin de bien
préparer un Bain minéral propre & très
sain pour le Roi.
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T R O I S I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
L E feu peut être étouffé & éteint par l'eau, & beaucoup d'eau versée sur
un peu de feu s'en rend maîtresse. De même
notre Soufre igné doit être modéré,
& dûment vaincu par l'Eau, & ensuite sa
force ignée doit à son tour surmonter &
dominer, les Eaux se retirant. Mais on ne
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
31
saurait ici remporter la victoire, si le Roi
n'a empreint, sa force & sa vertu à son
Eau, & s'il ne lui a donné une clef de
sa livrée ou couleur Royale, pour être
dissous par elle & rendu invisible. Il doit
néanmoins reparaître & se présenter à la
vue. Et quoi que cela ne se puisse faire
qu'avec dommage & lésion de son corps,
cette lésion toutefois se fera avec augmentation
de sa nature & de sa vertu.
Un Peintre peut mettre une autre couleur
sur un blanc jaunâtre, comme un jaune
rougeâtre & un vrai rouge. Et quoi que
toutes ces couleurs demeurent ensemble,
cependant la dernière est la plus en vue,
& tient le premier rang par-dessus les autres.
Il faut faire de même en notre Magistère.
Quand tu l'auras fait, sache que la lumière
de toute sagesse s'enlève, laquelle resplendit
même dans les ténèbres, & toutefois
ne brûle pas & n'est pas brûlée;
car notre Soufre ne brûle point & n'est
point brûlé, encore qu'il épande & darde
sa lumière bien au long. Il ne teint
point, s'il n'est auparavant préparé & teint
de sa propre teinture, pour pouvoir teindre
ensuite les Métaux malades & imparfaits.
Et ce Soufre ne peut teindre, si l'on
ne lui donne & empreint vivement cette
couleur; car jamais le plus faible ne remporte
la victoire, parce que le plus fort
C iij
@
32 Les douze Clefs
la lui ôte, & le plus faible est contraint
de la céder au plus fort.
Ainsi, de ce que je t'ai dit, tire cette conséquence,
que le faible jamais ne peut rien
forcer n'y aider le faible, & qu'une Matière
combustible ne peut préserver d'embrasement
une autre Matière combustible
comme elle. Si l'on a donc besoin de Protecteur
pour défendre la Matière combustible,
tel Protecteur doit nécessairement
avoir plus de force & de vertu que la Partie
qu'il a à défendre, & étant hors de danger
de combustion, il doit par sa vertu naturelle
vivement résister au feu. Quiconque
voudra préparer notre Soufre incombustible,
qu'il le cherche dans une Matière où
il est incombustiblement incombustible. Ce
qui ne se peut faire avant que la Mer salée
ait englouti un Corps, & ensuite rejeté, lequel
Corps doit être sublimé jusqu'à tel
degré qu'il surmonte de beaucoup en splendeur
les autres Astres, & que son sang soit
tellement augmenté & perfectionné, qu'il
puisse, comme le Pélican béquetant sa poitrine
sans faire aucun tort à sa santé, ni
sans incommoder les autres parties de son
corps, nourrir tous ses Petits de son propre
sang. C'est cette Rosée des Philosophes, de
couleur purpurine, & ce Sang rouge du
Dragon, duquel ils ont tant parlé dans
leurs Ecrits. C'est cette Ecarlate de l'Empereur
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
33
de notre Art, de laquelle est couverte
la Reine de salut, & cette Pourpre de
laquelle tous les Métaux froids & imparfaits
sont échauffés & rendus accomplis.
C'est ce superbe Manteau, avec le Sel des
Astres, qui suit ce Soufre céleste, gardé
soigneusement, de peur qu'il ne se gâte,
& qui les fait voler comme un Oiseau, autant
qu'il est besoin, & le Coq mangera
le Renard, & se noiera & s'étouffera dans
l'Eau, & puis reprenant vie par le feu, sera
(afin de jouer chacun leur tour) dévoré
par le Renard.
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Q U A T R I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
T Oute chair née de la Terre sera dissoute, & retournera en Terre, afin
que le Sel terrestre, aidé par l'Influence
des Cieux, fasse lever un nouveau Germe;
car s'il ne se fait aucune terre, il ne se
pourra aussi faire aucune résurrection en
notre Oeuvre, parce que le Baume de
Nature est caché dans la terre, comme l'est
le Sel de ceux qui y ont cherché la connaissance
de toutes choses.
Au jour du Jugement, le Monde sera jugé
par le feu, & ce qui a été fait de rien, sera par
le feu réduit en cendre, de laquelle renaîtra un
@
34 Les douze Clefs
Phoenix, car en elle est caché le vrai Tartre,
lequel étant dissous, on peut ouvrir
les plus fortes serrures du Palais Royal.
Après l'embrasement général, il se fera
une nouvelle Terre, & de nouveaux Cieux,
& un Homme nouveau, bien plus splendide
& plus glorieux qu'il n'était lorsqu'il
vivait dans le premier Monde, parce qu'il
sera clarifié.
De cendres & de sable décuit au feu;
un Verrier fait du verre à l'épreuve du feu,
& de couleur semblable à de claires Pierreries,
& l'on ne le regarde plus comme cendres.
L'Ignorant attribue cela à une grande
perfection; mais non pas l'Homme docte,
d'autant que par l'expérience, & la connaissance
qu'il en a, cette opération lui est
devenue familière.
On change les pierres en chaux propre
à beaucoup de choses, & avant que la
chaux soit faite par le moyen du feu,
ce n'est autre chose que pierre, de laquelle
on ne se peut servir au lieu de
chaux, mais elle se cuit par le feu, & recevant
de lui un haut degré de chaleur,
elle acquiert une vertu tellement propre,
que l'esprit igné de la chaux est venu à sa
perfection, & qu'il n'y a rien qui puisse lui
être comparé.
Toute chose réduite en cendres, montre
& manifeste son Sel. Si, dans sa Dissolution,
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
35
tu sais garder séparément son Soufre
& son Mercure, & de ces deux derniers
redonner avec industrie ce qu'il faut en
donner au Sel, il se pourra faire le même
Corps que devant sa dissolution: Ce que
les Sages de ce Monde appellent folie, &
disent qu'il est impossible à l'Homme pécheur
de faire une nouvelle Créature, ne
prenant pas garde que ça été auparavant
une Créature, que l'Artiste, en faisant démonstration
de sa science, a seulement multiplié
la semence de la Nature.
Celui qui n'a point de Cendres, ne peut
faire de Sel propre à notre Oeuvre, car elle
ne saurais se faire sans Sel, parce qu'il
n'y a que lui qui donne de la force à toutes
choses.
Comme le Sel commun conserve toutes
choses, & les préserve de pourriture; de
même le Sel des Philosophes défend &
préserve tous les Métaux, & empêche
qu'ils ne soient entièrement détruits, conservant
son baume & son esprit qu'ils ont en eux;
car autrement il demeurerait un corps mort,
qui ne pourrait plus servir à rien, parce que
les Esprits métalliques le quitteraient, lesquels
étant ôtés & perdus par la mort naturelle;
laissaient leur domicile vide & mort, dans
lequel on ne pourrait plus remettre de vie.
Mais, mon Ami, sache que le Sel,
provenant des Cendres, a le plus souvent
@
36 Les douze Clefs
une vertu occulte, néanmoins il ne peut
servir de rien, si son dedans n'est tourné
au-dehors; car il n'y a que l'Esprit qui
donne la vie & la force; Le Corps ne
peut rien seul. Si tu peux trouver cet Esprit,
tu auras le Sel des Philosophes, &
l'Huile vraiment incombustible, si renommée
dans les Livres des anciens Sages.
----------------------------------------
C I N Q U I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
L A vie, qui est cachée dans la Terre, produit les choses qui en prennent naissance.
Quiconque donc dit que la Terre
n'est point animée, ne dit pas la vérité;
car ce qui est mort ne peut rien donner à
un vivant, & n'est susceptible d'aucune
chose, parce que l'Esprit de vie s'en est
séparé. C'est pourquoi l'Esprit est la vie
& l'âme de la Terre, ou il demeure & acquiert
ses vertus, empreintes à la Nature
terrestre, par l'Etre céleste & les propriétés
des Astres. Car toutes les Herbes,
les Arbres, les Racines, les Métaux & les
Minéraux reçoivent leur force & nourriture
de l'Esprit de la Terre, parce que c'est
la vie, que cette Esprit, qui étant nourri
de l'influence des Astres, substante toutes
choses qui croissent sur la Terre. Et comme
la Mère nourrit elle-même l'Enfant
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
37
qu'elle porte dans son ventre; de même
la Terre produit & nourrit de l'Esprit, descendu
du Ciel, les Minéraux qu'elle porte
dans ses entrailles.
Ce n'est donc pas la Terre qui donne
les Formes à chaque Nature, mais bien
l'Esprit de vie qu'elle contient: Et si elle
était une fois destituée de son Esprit, elle
serait morte, & ne pourrait donner aucun
aliment, parce qu'elle manquerait de l'Esprit
de son Soufre, qui conserve la vertu
vitale, & qui de sa vertu fait germer toutes
choses.
Deux Contraires demeurent bien ensemble,
néanmoins ils ne peuvent bien s'accorder;
car vous voyez qu'en mettant le feu
dans la poudre à Canon, ces deux Esprits,
dont elle est composée, se séparent l'un de
l'autre avec un grand bruit & une grande
violence; & s'envolant dans l'Air, ils ne
peuvent plus être vus de personne. On ne
sait où ils sont allés, ni ce qu'ils sont devenus,
si l'on n'a pas appris ce qu'ils sont,
& en quelle matière ils étaient cachés.
Par-là tu connaîtras que la vie n'est
qu'un Esprit; c'est pourquoi tout ce que
l'Ignorant estime être mort, doit vivre
d'une vie incompréhensible, visible néanmoins
& spirituelle, & être conservé en
elle. Si tu veux que la vie coopère avec
la vie, ces Esprits sont alimentés & nourris
@
38 Les douze Clefs
de la Rosée du Ciel, & prennent leur extraction
d'un Etre céleste, élémentaire &
terrestre, que l'on nomme Matière sans
Forme.
Et comme le Fer attire à soi l'Aimant
par la sympathie & la qualité occulte qui
est entre eux deux; de même il y a dans
notre Or de l'Aimant, qui est la première
Matière de notre Pierre précieuse. Si tu
entends ceci, te voilà assez riche & assez
heureux pour toute ta vie.
Je veux encore t'apporter un exemple.
En regardant dans un Miroir, on voit
la réflexion des Espèces, la même ressemblance
de celui qui regarde; & si celui-là
veut toucher de la main son image, il ne
touche que le Miroir, qu'il a regardé. De
même aussi, on doit tirer de cette Matière
un Esprit visible, qui soit néanmoins incompréhensible.
Cet Esprit est la Racine
de vie de nos Corps, & le Mercure des
Philosophes, duquel l'on prépare industrieusement
la Liqueur de notre Art, que
tu rendras derechef matérielle, & feras parvenir
par certains moyens d'un degré très
bas, à la souveraine perfection de la plus
parfaite Médecine. Car notre Commencement
est un Corps bien lié & bien solide;
le Milieu est un Esprit fuyant & une Eau
d'Or sans aucune corrosion, par le moyen
de laquelle les Sages jouissent de leurs désirs
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
39
en cette vie; & la Fin est une Médecine
bien fixe, tant pour le Corps humain,
que pour les Corps Métalliques, la connaissance
de laquelle a été plutôt donnée
aux Anges qu'aux Hommes, quoi que
quelques-uns l'aient eue qui l'ont demandée
instamment & avec prières continuelles
à Dieu, & qui n'usent d'ingratitude ni envers
lui ni envers les Pauvres.
Et par surcroît, je te dis avec vérité,
qu'un travail doit succéder à un travail, &
une opération suivre une autre opération;
car au commencement on doit bien purger
& nettoyer notre Matière, puis la dissoudre,
la mettre en pièces, & la réduire
en poudre & en cendres. Après quoi on
doit en faire un Esprit volatil, aussi blanc
que neige, & un autre aussi volatil & aussi
rouge que sang. Ces deux-là en contiennent
un troisième; & ce n'est toutefois
qu'un seul Esprit, & ce sont eux trois qui
conservent & prolongent la vie. Conjoins-
les ensemble, & leur donne une boisson &
un manger, qui soient propres à leur nature,
& les tiens en un lit de rosée, qui soit
chaud jusqu'au terme de la génération. Et
tu verras quelle Science Dieu t'a donnée
ainsi que la Nature. Et sache que jamais
je ne me suis tant ouvert & allé si loin,
que de découvrir tels Secrets, & Dieu a
tant donné de force à la Nature & lui fait
@
40 Les douze Clefs
faire tant de miracles, qu'à peine l'Homme
peut-il les croire. Mais il m'a été donné
certaines bornes & limites pour écrire, afin
que ceux qui viendraient après moi pussent
publier les effets admirables de la Nature,
lesquels, quoi que Dieu permette d'en traiter
sont néanmoins estimés par les Ignorants
illicites & surnaturels. Mais le naturel prend
son origine du surnaturel, & toutefois si
tu conjoins toutes ces choses, tu ne trouveras
rien que de purement naturel.
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S I X I E M E
C L E F.
De l'Oeuvre des Philosophes.
L E Mâle sans Femelle n'est qu'un demi Corps, de même que la Femelle
sans Mâle; car étant l'un sans l'autre, ils
ne peuvent engendrer ni multiplier leurs
Espèces. Mais quand ils sont mariés &
mis ensemble, ils font un Corps parfait,
& propre à la génération.
Un Champ trop ensemencé, étant surchargé,
devient infructueux, & ses fruits
ne peuvent parvenir à maturité. Aussi ne
l'étant pas assez, il ne vient que bien peu
de grain, & encore mêlé avec beaucoup
d'ivraie inutile.
Le Marchand, qui veut acheter & débiter
sa marchandise avec conscience, la
donne
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
41
donne à son prochain selon le taux de Justice,
de peur d'encourir la malédiction,
mais pour sembler faire plaisir aux Pauvres.
Beaucoup de Gens se noient dans les
grandes & profondes Rivières; mais aussi
les Ruisseaux sont aisément taris & desséchés
par la chaleur du Soleil & nous en
sommes aisément privés.
Voilà pourquoi, afin d'avoir bonne issue
de ton entreprise, tu prendras garde
diligemment à choisir avec prudence, un
certain poids & mesure en la conjonction
des Liqueurs Physiques, afin que le plus
grand ne pèse pas plus que le moindre, &
de peur que l'action du moindre, étant débilitée
ou empêchée, la génération ne soit
aussi retardée; car les trop grandes pluies
ne sont pas bonnes aux fruits de la Terre,
& la trop grande sécheresse les avance trop
tôt, & les fait mourir devant le temps.
Puis le Bain étant entièrement préparé par
Neptune, mesure avec grande industrie &
diligence ton Eau permanente, & garde-
toi bien de manquer, en donnant ou trop
ou trop peu.
On doit donner à manger un Cygne blanc
à l'Homme double igné, afin qu'ils se tuent
l'un l'autre, & ressuscitent l'un avec l'autre.
Que l'Air qui vient des quatre Parties du
Monde occupe les trois parts du Logis fermé
de cet Homme igné, afin que l'on puisse entendre
Tome III. D
@
42 Les douze Clefs
le chant du Cygne, disant son dernier
adieu, & le Cygne rôti sera pour la table
du Roi. Et la voix mélodieuse de la Reine
plaira grandement aux oreilles du Roi
igné; il l'embrassera amiablement pour la
grande affection qu'il lui porte, & en sera
repu jusqu'à ce qu'ils disparaissent tous
deux, & que d'eux deux il ne soit fait
qu'un Corps.
Un seul est aisément vaincu & surmonté
par deux autres, principalement s'ils peuvent
exercer leur malice. Propose-toi donc
cela comme une chose toute arrêtée, qu'il
est besoin du souffle d'un double vent que
l'on appelle
Vulturne ou Sud Sud-est, puis
d'un vent simple qui se nomme
Eurus ou
vent du Levant & du Midi. Après qu'ils
se seront apaisés, & que l'Air sera converti
en Eau, tu croiras à bon droit qu'il
se fera une chose corporelle d'une incorporelle,
& que le nombre prendra la domination
sur les quatre Saisons de l'année
au quatrième Ciel, après que les sept Planètes
auront l'une après l'autre fait le
temps de leur domination, qu'il achèvera
son cours dans le bas du Palais, & sera rigoureusement
examiné. Ainsi les deux auront
surmonté le seul & l'auront mis à mort.
Si tu désires acquérir par ton Art de
grandes Richesses, tu as besoin d'une grande
prudence & de beaucoup de doctrine,
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
43
afin que tu fasses comme il faut la division
& la conjonction: Ne mets pas un poids
faux, & le premier qui se rencontrait par
hasard devant toi. C'est ici le vrai fondement
solide de tout le Magistère, que tu
mettes à fin & perfection ce que je t'ai dit,
par le Ciel de l'Art, par l'Air, & par la
Terre, vraie Eau & Feu semblable, & par
conjonction & par admission de poids, mise
comme je t'ai enseigné avec toute vérité.
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S E P T I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
L A chaleur naturelle conserve la vie de l'Homme; étant dissipée & perdue, il
faut qu'il meure.
L'usage modéré du feu nous défend des
injures du froid; mais si tu en veux user
outre raison & plus qu'il ne faut, il nuit &
apporte de la corruption.
Il n'est pas besoin que le Soleil touche
la Terre de près de son Corps & Substance;
il suffit qui lui communique sa vertu & lui
donne des forces, par le moyen de ses
rayons dardés vers elle; car par leur réflexion,
il a assez de force pour s'acquitter
de sa charge, & par la continuelle concoction,
il fait mûrir toutes choses, parce
que ses rayons brûlants se dispersant par
D ij
@
44 Les douze Clefs
l'Air, en sont tempérés; de sorte que le
Feu, moyennant l'Air, & l'Air moyennant
le Feu, s'entraidant l'un l'autre, produisent
leurs effets.
La Terre ne peut rien produire sans
l'Eau; ni l'Eau sans la Terre ne peut rien
faire germer. Or de même que l'Eau & la
Terre, ne s'entr'aidant point, ne peuvent
rien engendrer séparément; de même aussi
le Feu ne peut se passer de l'Air, ni l'Air
du Feu; car ôtant l'Air au Feu vous lui
ôtez sa vie. Le Feu aussi étant éteint,
l'Air ne peut faire aucune de ses fonctions,
ni par sa chaleur vivifier ni consumer l'humidité
superflue de l'Eau.
Les Vignes ont besoin d'une plus grande
chaleur en Automne pour avancer &
faire parfaitement mûrir les Raisins, déjà
presque mûrs, qu'au commencement du
Printemps; plus il a fait chaud en Automne,
plus elles rendent de meilleur vin &
plus délicat. Au contraire, moins il y a
eu de chaleur, moins aussi rapportent-elles
de vin, qui même n'a pas de force, &
qui ne sent que l'eau.
En Hiver, le commun Peuple, voyant
la Terre toute gelée & ne pouvant rien
produire de vert, estime que tout est mort;
venant le Printemps, & le froid se retirant,
vaincu par la chaleur du Soleil, qui monte
sur notre horizon, toutes choses lui
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
45
semblent reprendre la vie. Les Arbres &
les Herbes commencent à pousser; les Animaux,
qui, fuyant la rigueur de l'Hiver, s'étaient
cachés dans les Cavernes de la Terre,
sortent de leurs Grottes; tout sent bon,
& l'agréable diversité de couleurs & de
fleurs fait preuve des vertus & des forces
de tout ce qui commence à reverdir. L'Eté
venant après, il naît de cette variété de
fleurs toutes sortes de fruits. L'Automne
qui le suit, les perfectionne & les mûrit.
C'est pourquoi nous remercions éternellement
Dieu, qui a constitué un si bel ordre,
& une telle suite dans les choses naturelles.
Ainsi se suivent & coulent toutes les
Saisons, après une année vient l'autre, &
cela se continuera jusqu'à ce que Dieu fasse
périr le Monde, & que ceux qui possèdent
la Terre soient glorieusement élevés
par le Dieu de gloire, & mis en honneur.
De là cessera toute action de Créature terrestre
& sublunaire, & à sa place, il viendra
une autre Créature céleste & infinie.
En Hiver, le Soleil faisant sa course
bien loin de nous, ne peut traverser ni fondre
les grandes neiges; mais au Printemps,
s'étant approché il échauffe l'air, & sa force
étant augmentée, il fond la neige, & la
résout en eau; car le plus faible est contraint
de céder au plus fort.
Il faut prendre garde & gouverner prudemment
@
46 Les douze Clefs
le feu, de peur que l'humeur de
Rosée ne soit desséchée plutôt qu'il ne faut,
& qu'il ne se fasse une trop prompte liquéfaction,
& dissolution de la Terre des Sages.
Si tu fais autrement, tu ne peupleras
ton Vivier que de Scorpions au lieu de bon
Poisson. Si donc tu veux bien mener toutes
tes Opérations, prends l'Eau céleste
sur laquelle était porté & se mouvait au
Commencement l'Esprit de Dieu, & ferme
la porte du Palais Royal; car par après
tu verras le Siège mis devant la Ville céleste
par les Ennemis mondains. C'est pourquoi
il faut fortifier & entourer ton Ciel
de triple Muraille, Rempart & Fossé, &
ne laisser qu'une seule Avenue ouverte &
libre, & bien munie de fortes Garnisons.
Ayant mis ordre à cela, cherche avec la
lumière de sagesse, la dragme perdue, &
éclaire autant qu'il sera nécessaire. Sache
que les Animaux rampants, & autres imparfaits,
habitent la Terre à cause de la
frileuse disposition de leur nature. Mais
il est assigné à l'Homme un domicile au-
dessus de la Terre, à cause de l'excellent
tempérament de sa nature. Et les Esprits
célestes n'étant pas composés d'un corps
terrestre, & sujet à péchés & à corruption,
comme celui de l'Homme, mais d'un corps
céleste & incorruptible, ils ont un tel degré
de perfection, qu'ils peuvent, sans
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
47
être aucunement offensés, supporter indifféremment
le froid & le chaud. Mais
l'Homme clarifié ne sera pas moindre que
les Esprits célestes, & leur sera en tout
semblable. Dieu gouverne le Ciel & la
Terre & fait tout dans toutes choses.
Enfin, si nous gouvernons bien nos
Amis, nous serons Enfants & Héritiers de
Dieu, afin de mettre en exécution ce qui
nous semble maintenant impossible; mais
cela ne peut se faire avant que toute l'Eau
soit tarie & desséchée & que le Ciel & la
Terre ne soient jugés avec le Genre Humain
& consumés ensemble par le feu.
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H U I T I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
I L ne se peut faire aucune génération d'Homme, ni d'aucun autre Animal
sans la putréfaction; & aucune Semence
jetée en terre, ou quelque chose que ce
soit de végétable ne peut germer, sans que
premièrement elle ne se pourrisse: beaucoup
d'Animaux imparfaits même prennent leur
vie & leur origine de la seule pourriture,
ce qu'on doit à bon droit mettre entre les
merveilles de la Nature, qui fait ceci, parce
qu'elle a caché dans la Terre une grande
vertu productive, qui se lève, excitée
@
48 Les douze Clefs
par les autres Eléments, & par l'influence
de la Semence céleste.
Les bonnes Femmes des Champs en
savent donner un exemple; car elles ne
peuvent élever une Poule pour leur ménage
sans la putréfaction de l'Oeuf, dont
est éclos le petit Poulet.
De pain, mis dans du miel, naissent des
Fourmis, par la pourriture qu'en attire le
miel; ce qui n'est pas aussi une petite merveille
de la Nature.
Nous voyons tous les jours qu'il s'engendre
des Vers de chair gâtée & pourrie
dans le corps des Hommes, des Chevaux,
& d'autres Bêtes: Comme aussi des Araignées,
des Vers & autres Vermines, dans
les Noix pourries, dans les Poires & autres
fruits semblables. Enfin, qui peut
nombrer les espèces infinies des Animaux
insectes & imparfaits, qui naissent de pourriture
& de corruption?
Cela se montre aussi manifestement dans
les Plantes, où l'on voit qu'il croît beaucoup
de sortes d'herbes, comme Orties
& autres, de la seule pourriture dans les
lieux mêmes où telles herbes n'ont jamais
été ni semées ni plantées. La raison en est
que la terre de tels lieux a une certaine disposition
à produire ces méchantes herbes,
étant engraissée de leurs semences, infuses
dans ses entrailles, par les Corps célestes,
lestes,
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
49
& excitée par leur propre pourriture
à germer & reverdir, lesquelles Semences
venant à aider le concours des autres
Eléments, produisent une Substance corporelle,
convenant en leur nature. Ainsi
les Astres peuvent faire lever, par le
moyen des Eléments, une nouvelle Semence
que l'on n'ait point encore vue,
laquelle étant plantée en terre & pourrie,
peut croître & multiplier. Mais l'Homme
n'a pas la puissance ni la vertu de produire
une nouvelle Semence; car on ne lui a
pas commis le gouvernement des opérations
élémentaires & célestes; & il s'engendre
diverses sortes d'herbes de la seule
pourriture; ce qui étant rendu trop familier
au Peuple, par la fréquente expérience
qu'il en a, il ne considère pas exactement
ces Générations, & ne pouvant s'en
imaginer aucunes Causes, il pense qu'elles
se font par coutume. Mais toi, qui dois
avoir une Science plus relevée, pénètre
plus avant que le Vulgaire, & cherche
par raisons les Principes & les Causes, d'où
(moyennant la putréfaction) provient une
telle vertu vitale, non pas comme la connaît
le simple Peuple par l'accoutumance;
mais comme le doit savoir le sage & diligent
Inquisiteur des Effets de la Nature,
vu que toute vie provient de pourriture.
Chaque Elément est sujet à génération
Tome III. E *
@
50 Les douze Clefs
& corruption; c'est pourquoi tout Amateur
de la Sagesse doit savoir qu'en chacun
d'eux les trois autres sont occultement contenus;
car l'Air contient en soi le Feu,
l'Eau & la Terre, ce qui est très vrai,
quoique cela semble incroyable. De même
le Feu comprend l'Air, l'Eau & la
Terre: La Terre contient l'Eau, l'Air,
& le Feu; autrement il ne se pourrait faire
aucune génération. Enfin l'Eau enclot
en soi la Terre, l'Air & le Feu, autrement
elle ne serait pas propre à produire aucune
chose, & quoi que chaque Elément
soit distingué formellement de chacun des
autres, ce n'est pas à dire pour cela qu'ils
soient séparés d'ensemble, comme on le
voit clairement en la séparation des Eléments
par distillation.
Pour que l'Ignorant n'estime pas mon
discours frivole & ne servant à rien, je
veux te le démontrer par des preuves suffisantes.
Apprends donc, toi, qui es curieux
de savoir la dissection & l'anatomie de la
Nature, & la séparation des Eléments, que
dans la distillation de la Terre, l'Air,
comme plus léger que les deux autres, se
distille le premier & puis après l'Eau: Le
Feu, à cause de sa nature spirituelle, commune
à l'un & à l'autre, & sa naturelle
sympathie, est conjoint avec l'Air, & la
Terre demeure au fond du vaisseau, &
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
51
contient le Sel de gloire. Dans la distillation
de l'Eau, le Feu & l'Air sortent les
premiers, & ensuite l'Eau, dont la partie
terrestre demeure toujours au fond. De
même du Feu, réduit en Substance visible
& plus matérielle que de coutume, on
en peut tirer le Feu, l'Air, l'Eau & la Terre
& les conserver à part. Semblablement
l'Air est dans les trois autres, pas un
d'eux ne pouvant se passer de lui. La Terre
n'est rien, & ne peut rien produire sans
l'Air. Le Feu ne peut brûler ni subsister
sans lui. L'Eau, manquant d'Air, ne cause
aucune génération. Outre cela, l'Air
ne consume rien, & ne dessèche aucune humidité
sans chaleur naturelle. Se trouvant
donc une chaleur dans l'Air, par conséquent
il doit y avoir du Feu; car tout ce
qui est de nature chaude & sèche, doit
aussi participer de la nature du Feu. C'est
pourquoi tous les quatre Eléments doivent
être conjoints ensemble, & ils ont toujours
soin l'un de l'autre. Aussi voit-on qu'ils
sont mêlés ensemble dans la production
de toutes choses. Celui qui contredit une
telle Doctrine, n'est jamais entré dans le
cabinet de la Nature, & n'a pas visité ses
Secrets les plus cachés.
Sache que ce qui naît par putréfaction,
est ainsi engendré. La Terre se corrompt
aucunement à cause de l'humeur qu'elle a,
E ij
@
52 Les douze Clefs
laquelle est le Principe de putréfaction;
car rien ne peut pourrir sans humeur, à
savoir sans l'Elément humide de l'Eau.
Or si la génération doit provenir de pourriture,
elle doit être excitée par la chaleur
qui se rapporte à l'Elément du Feu; car
rien ne peut venir au monde sans chaleur
naturelle. Pour conclusion, si la chose,
qui doit être produite, a besoin d'Esprit
Vital & de mouvement, il lui faut aussi de
l'Air, car s'il ne coopérait point avec les
autres, & ne faisait sa fonction, la génération,
ou plutôt la matière de la chose
qui doit être produite, s'étoufferait elle-
même par faute d'Air, & la génération,
redeviendrait corruption, D'où il est plus
clair que le jour, que les quatre Eléments
sont grandement nécessaires en toute génération.
Et davantage, chacun d'eux fait
voir clairement ses forces & opérations en
chacun des autres; mais principalement
dans la corruption; car sans elle rien ne
peut & ne pourra jamais venir au monde.
Et tiens cela pour constant, que les quatre
Eléments sont requis à toute production
de quelque chose que ce soit.
On doit connaître par-là qu'Adam, que
Dieu créa du limon de la Terre, n'exerça
aucune action vitale, & ne vécut point
jusqu'à ce que Dieu lui eût imprimé le
souffle ou esprit de vie, & qu'aussitôt que
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
53
cet esprit lui fut infus, il commença à vivre.
Le Sel, c'est-à-dire son Corps, se rapportait
à la Terre; l'Air inspiré, était le
Mercure, c'est-à-dire l'Esprit; & le souffle
de l'inspiration lui donnait une chaleur
vitale, & c'était le Soufre, c'est-à-dire
le Feu. Aussitôt Adam commença à se
mouvoir, & donna par ce mouvement un
assez suffisante preuve d'une Ame vivante;
car le Feu ne peut pas être sans l'Air, ni
de même l'Air sans le Feu; l'Eau était mêlée
tous deux avec une égale proportion.
Adam fut donc premièrement composé
de Terre, d'Eau, d'Air & de Feu & après
d'Ame, d'Esprit & de Corps; puis de
Mercure, de Soufre & de Sel.
Eve semblablement, la première Femme,
notre première Mère participa de toutes ces
choses; car elle fut tirée & produite d'Adam,
qui en était composé. Remarque ce que je
viens de dire. Or, pour retourner à mon propos
de la putréfaction, il faut que tout Amateur
& Inquisiteur de Sagesse tienne pour
certain, que semblablement aucune Semence
Métallique ne peut opérer, & ne
peut être aucunement multipliée, si elle
n'a été entièrement pourrie de soi-même,
& sans mélange d'aucune chose étrangère;
& comme nulle Semence végétable ou
animale ne peut, comme il a déjà été dit,
étendre ni multiplier son espèce sans putréfaction,
E iij
@
54 Les douze Clefs
de même faut-il en juger des Métaux:
Et cette putréfaction doit se faire
par les opérations des Eléments; non qu'ils
soient comme j'ai déjà enseigné, leur Semence;
mais parce que la Semence Métallique,
prenant sa naissance d'un Etre céleste,
astral & élémentaire, étant réduite
en un Corps sensible, elle doit être putréfiée
par le moyen des Eléments.
De plus, remarque que le vin a un
esprit volatil; car en le distillant l'esprit
sort le premier, & le phlegme le dernier.
Mais étant, par chaleur continue, tourné
en vinaigre, son esprit n'est plus si volatil;
car en la distillation du vinaigre, le phlegme
aqueux monte le premier au haut de
l'Alambic, & l'esprit le dernier, quoi que
ce soit une même matière en l'un & l'autre.
Il y a bien néanmoins d'autres qualités
dans le vinaigre que dans le vin, parce
que le vinaigre n'est plus vin, mais une
pourriture du vin, qui par sa continuelle
chaleur, s'est changé en vinaigre: Et tout
ce qui est tiré par le vin ou par son esprit,
& rectifié dans un Vaisseau circulatoire, a
bien d'autres forces & d'autres opérations
que ce qui est tiré par le vinaigre: Car si on
tire le verre de l'Antimoine par le vin ou
par son esprit, il est trop laxatif & purge avec
trop de véhémence par en haut, d'autant
que sa vertu venimeuse, n'étant pas surmontée
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
55
& éteinte, il est encore empreint
de poison; mais si on le tire par vinaigre
distillé, ce qui en viendra, sera de belle
couleur. Et puis, si, tirant le vinaigre par
le Bain-marie, on lave la poudre jaune qui
demeure au fond, en versant beaucoup de
fois de l'eau commune dessus, & la retirant
autant de fois & qu'on ôte toute la force
du vinaigre, alors il se fait une Poudre
douce, qui ne lâche pas le ventre comme
devant; mais qui est un excellent Remède,
qui guérissant beaucoup de maladies, est
à bon droit réputé entre les merveilles de
la Médecine.
Cette Poudre mise dans un lieu humide,
se résout en Liqueur, qui, sans faire aucune
douleur, est très souveraine pour les
maladies externes. Que cela suffise.
En ceci consiste tout le principal de
cette huitième Clef; à savoir, Qu'une
Créature céleste, la vie de laquelle est
nourrie par les Astres, & alimentée par
les quatre Eléments, meure, & puis se
putréfie. Après cela, les Astres, moyennant
les Eléments, qui ont cette charge,
redonneront de nouveau la vie à ce Corps
pourri, afin qu'il s'en fasse un céleste, qui
prendra sa plume en la plus haute ville du
Firmament. Ayant fait cela, tu verras le
terrestre entièrement consumé par le céleste;
& le Corps terrestre toujours en céleste
E iiij
@
56 Les douze Clefs
Couronne d'honneur & de gloire.
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N E U V I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
S ATURNE, la plus haute des Planètes, & le plus bas & le plus abject en
notre Magistère. Il tient néanmoins la principale
Clef, & étant le vil, & n'ayant presque
point d'autorité, il tient le plus beau
lieu. Et quoique par sa volonté il soit
monté au plus haut par-dessus les plus hautes
Planètes, il doit toutefois descendre
au plus bas, en lui coupant les ailes. Sa
lumière obscure doit être grandement diminuée,
& toute la perfection de l'Oeuvre
doit venir par sa mort, afin que le noir
soit changé en blanc, & que le blanc prenne
la couleur rouge. Il doit aussi surmonter
toutes les autres planètes par l'avènement
de toutes les couleurs qui sont au Monde,
que l'on verra jusqu'à ce que vienne la couleur
surabondante du Roi triomphant & comblé
d'honneur; marque très certaine de la
victoire. Et encore que Saturne semble le
plus vil & le moindre de toutes les Planètes,
il ne laisse pas d'avoir une si grande
vertu & une telle efficace, que sa noble
Essence, qui n'est autre chose qu'un froid
par trop excédant, étant conjointe avec
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
57
un Corps Métallique volatil & igné, il
le rend fixe, solide, & même meilleur &
plus ferme & permanent qu'il ne l'est lui-même.
Cette Transmutation prend son origine
du Mercure, du Soufre & du Sel, &
se faisant par eux, on prend aussi sa fin & son
dernier période. Ceci passera la portée de
plusieurs, ce Mystère étant à la vérité si
haut, que difficilement peut-on le comprendre.
Mais d'autant plus que la Matière
est vile & abjecte, d'autant plus l'Esprit
doit être relevé & subtil, afin d'entretenir
l'inégalité du Monde, & que les Maîtres
puissent être distingués des Serviteurs, &
les Serviteurs reconnus à leur ministère
d'avec les Maîtres.
De Saturne, préparé avec industrie,
sortent beaucoup de couleurs, comme la
noire, la grise, la jaune & la rouge & d'autres
moyennes entre celles-ci. De même
la Matière des Philosophes doit prendre &
laisser beaucoup de couleurs, devant qu'elle
parvienne à la fin & perfection désirée;
car autant de fois qu'on ouvre une nouvelle
porte au feu, autant de fois le Roi
emprunte de ses Créanciers de nouveaux
habits, jusqu'à ce que se remettant en
crédit, il devienne riche, & n'ait plus
affaire d'aucun Créancier.
Vénus, tenant en main le gouvernement
du Royaume, & distribuant, selon sa coutume,
@
58 Les douze Clefs
les Offices à chacun, paraît la première,
brillante & éclatante d'une manière
Royale: La Musique porte devant elle un
étendard rouge, au milieu duquel est artistement
dépeinte la Charité, vêtue d'un
habit vert: Saturne est son Prévôt de l'Hôtel
& Intendant de sa Maison, & lorsqu'il
est en quartier, l'Astronomie marche devant
lui, portant une Enseigne, qui, à la vérité
est noire, mais qui est néanmoins le portrait
de la Foi, habillée de jaune & de rouge.
Jupiter, avec son Sceptre, vient en
qualité de Vice-roi. La Rhétorique porte
devant lui la Science, de couleur blanchâtre
& grise, où est représentée l'Espérance
avec de fort agréables couleurs.
Mars, Capitaine expérimenté au fait de
la guerre, commande aussi, tout échauffé
par la chaleur. La Géométrie le devance,
lui portant son Guidon teint de sang, au
milieu duquel est empreinte l'effigie de la
Force, vêtue d'un habit rouge. Mercure
est le Chancelier de tout. L'Arithmétique
porte son Enseigne, diversifiée de
toutes les couleurs du monde, car il y en a
une variété indicible & la Tempérance est
au milieu, dépeinte d'une admirable diversité.
Le Soleil est Gouverneur du Royaume.
La Grammaire tient son Etendard jaune,
sur lequel on voit la Justice peinte en Or,
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
59
& quoi qu'un tel Gouverneur dût avoir
plus de puissance & d'autorité dans son
Royaume, Vénus l'a néanmoins surmonté
par sa grande splendeur, & lui a fait perdre
la vue.
Enfin la Lune paraît aussi. La Dialectique
porte sa Bannière de couleur très blanche
& reluisante, sur laquelle on voit la
Prudence peinte de bleu. Et parce que le
Mari de la Lune est mort, elle doit lui
succéder au Royaume. C'est pourquoi,
ayant fait rendre le compte à Vénus, elle
lui recommandera l'administration & surabondance
du Royaume; & par l'aide du
Chancelier, elle reformera l'Etat; y mettra
une nouvelle police, & ils prendront tous
deux domination sur la noble Reine Vénus.
Remarque donc qu'une Planète doit
faire perdre à l'autre, Office, Domination
& Royaume, & lui ôter toute puissance &
majesté Royale, jusqu'à ce que les principales
d'elles tiennent le Royaume en main,
le conservant par leur constante & permanente
couleur, remportant la victoire avec
leur Mère &, elle dès le commencement
conjointe, & en jouissent d'une perpétuelle
& naturelle association & amour. Alors
l'ancien Monde ne sera plus Monde; il
en sera fait un autre nouveau en sa place,
& une Planète aura tellement consommé
spirituellement l'autre, que les plus fortes
@
60 Les douze Clefs
s'étant nourries des autres, seront seules
demeurées de reste, & deux & trois auront
été vaincu, par un seul.
Remarque enfin qu'il te faut soulever la
Balance céleste & mettre dans le côté gauche
le Bélier, le Taureau, l'Ecrevisse, le
Scorpion, & le Capricorne, & au côté
droit, les Gémeaux, le Sagittaire, le Verseau,
les Poissons & la Vierge: Et fais
que le Lion porte-Or, se jette au sein de
la Vierge, & que ce côté-là de la Balance
pèse le plus: Enfin, faits que les douze
Signes du Lion Zodiaque, faisant leurs
Constellations avec les sept Gouverneurs
de l'Univers, se regardent tous de bon oeil,
& qu'après que toutes les Couleurs seront
passées, la vraie conjonction se fasse & le
mariage, afin que le plus haut soit rendu le
plus bas & le plus bas le plus haut.
Si de l'Univers la nature
Mise était sous une figure,
Et ne pourrait être changée
Ni par aucun Art altérée.
Personne ne la connaîtrait
Ni les miracles qu'elle ferait,
C'est pourquoi remercier devons,
Ce grand Dieu qui nous a fait tels dons.
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
61
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D I X I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
D Ans notre Pierre, que les anciens Sages, mes Prédécesseurs, ont faite
longtemps avant moi, tous les Eléments
sont contenus, toutes les Formes & Propriétés
Minérales & Métalliques, même aussi
toutes les Qualités qui sont au Monde; car
on y doit trouver une extrême chaleur
d'une grande efficace, parce que le Corps
froid de Saturne doit être échauffé &
rendu pur par la véhémence de son feu
interne. On doit aussi y trouver un extrêmefroid, pour en tempérer la grande Vénus,
qui brûle & consume tout & congèle
le Mercure vif, & il faut en faire un Corps
solide. La cause en est, parce que la Nature
a donné à la Matière de notre divine
Pierre toutes ses propriétés, qu'il faut par
certains degrés de chaleur, comme cuire,
faire mûrir & mener à perfection; ce qui ne
peut s'exécuter avant que le Mont Gibel
de Sicile ait mis fin à ses embrasements, &
ne se puisse plus trouver aucune froidure
sur les Montagnes Hyperborées, lesquelles,
tu pourras bien aussi appeler Fougeraye,
toujours gelées de froid, & couvertes
de neiges.
@
62 Les douze Clefs
Toutes Pommes cueillies avant que
d'être mûres se fanent & ne sont presque
bonnes à rien. Il en est de même des Vaisseaux
des Potiers, qui ne peuvent servir
s'ils ne sont cuits à un assez grand feu; parce
qu'un moindre ne leur a pas donné
leur perfection. Il faut prendre garde à la
même chose en notre Elixir, auquel on ne
doit faire tort d'aucun jour dédié & consacré
à sa génération, de peur que notre
Fruit étant trop tôt cueilli, les Pommes
des Hespérides ne puissent venir à une
maturité extrêmement parfaite, & que la
faute n'en soit rejetée sur l'Ouvrier peu
sage, qui se serait follement hâté; car il
est notoire à tout le monde qu'il ne se peut
produire aucun fruit d'une fleur arrachée
d'un Arbre. Par quoi toute hâtiveté doit
s'éviter dans notre Art, comme dangereuse
& nuisible; car on peut rarement venir
par elle au bout de son dessein, & l'on va
toujours de mal en pis.
C'est pourquoi le diligent Explorateur
des Effets merveilleux de l'Art & de la
Nature doit prendre garde à ne pas se laisser
emporter par une curiosité dommageable,
de peur qu'il ne recueille rien de notre Arbre
avant le temps, & que la Pomme, en
lui tombant des mains, ne lui en laisse
qu'une marque & un vestige misérable. Car
si l'on ne laisse mûrir notre Pierre, véritablement
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
63
elle ne pourra jamais donner
maturité à aucune chose.
La Matière s'ouvre & se dissout dans
l'Eau, se conjoint & est rendue grosse en
la putréfaction. Dans la Cendre elle acquiert
des Fleurs, dignes Avant-courières
du Fruit. Toute l'humidité superflue
se dessèche dans le Sable. La flamme du
feu la rend entièrement mûre, & fermement
fixe, non pas qu'il faille nécessairement
se servir du Bain-marie, du Fient de
Cheval, de Cendres & de Sable: Mais
parce qu'il faut par tels degrés régir & gouverner
son feu. Car notre Pierre, enfermée
dans le Fourneau vide, & munie
de triple boulevard, se forme & cuit toujours
jusqu'à ce que tous les nuages & vapeurs
soient dissipées & disparaissent & qu'elle
soit vêtue & ornée d'habits de triomphe &
de gloire, & demeure en la plus basse ville
des Cieux, & s'arrête en courant. Car
quand le Roi ne peut plus élever ses mains
en haut, on a remporté la victoire de toute
la gloire mondaine; parce qu'étant alors
comblé de tout bonheur, & doué de
constance & de force, il ne sera dorénavant
sujet à aucun danger. Je te dis donc
que tu dessèches la Terre dissoute en sa
propre humeur, par feu dûment appliqué.
Etant desséchée, l'Air lui donnera une
nouvelle vie; cette vie inspirée fera une
@
64 Les douze Clefs
Matière, qui à bon droit doit être appelée,
La grande Pierre des Philosophes,
laquelle comme un Esprit, pénètre les
Corps humains & métalliques, & est un
Remède général à toutes maladies; car
elle chasse ce qui est nuisible, & conserve
ce qui est utile, en donnant à toutes chose
un être accompli. Elle accorde & associe
parfaitement le mauvais avec le bon. Sa couleur
tire du rouge incarnat sur le cramoisi,
ou bien de couleur de Rubis sur la couleur
de Grenade. Quant à sa pesanteur, elle
pèse beaucoup plus qu'elle n'a de quantité.
Que celui qui aura trouvé cette Pierre,
remercie Dieu, pour ce Baume céleste,
& le supplie de lui accorder la grâce de
pouvoir franchir heureusement la carrière
de cette vie misérable, & enfin de jouir
de la béatitude éternelle.
Louange soit à Dieu, pour ses Dons
infinis & les singuliers plaisirs qu'il nous
a faits, & lui en rendons grâces éternellement.
Ainsi soit-il.
ONZIEME
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
65
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O N Z I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
J E t'expliquerai la Onzième Clef, qui sert à multiplier notre céleste Pierre par
cette Similitude.
Il y avait dans les Pays du Levant un
brave Chevalier, nommé Orphée, grandement
riche, car il avait des Richesses à
foison, & ne manquait d'aucune chose,
Il avait épousé sa Soeur propre, appelée
Eurydice. Mais ne pouvant en avoir aucuns
Enfants, & croyant que ce malheur
lui était envoyé pour punition de son inceste,
il priait Dieu continuellement, espérant
d'en obtenir miséricorde.
Un jour qu'il dormait profondément,
il lui sembla voir un Homme volant vers
lui, nommé Phébus, qui l'ayant touché de
ses pieds grandement chauds, lui parla
de cette sorte: Courageux Chevalier,
après avoir voyagé par beaucoup de
Royaumes, de Pays, de Provinces &
de Villes, après t'être hasardé sur Mer à
beaucoup de dangers, & avoir renversé
à la guerre de ton bras victorieux ce qui te
faisait résistance, on t'a donné à bon droit
le Collier de Chevalier: De plus, d'autant
que tu as dans les Joutes & dans les Tournois
Tome III. F
@
66 Les douze Clefs
rompu beaucoup de Lances, & que
mainte fois les Dames t'ont, aux acclamations
de tous les Assistants, adjugé le
prix & l'honneur de la victoire, le Père céleste
m'a commandé de venir t'annoncer
qu'il a exaucé tes prières. C'est pourquoi
tu prendras du sang de ton côté droit, &
du côté gauche de ta Femme, comme
aussi du sang, qui était au coeur de ton
Père & de ta Mère. Ce sang, de ta nature,
est seulement double, & néanmoins,
seulement simple. Conjoins-les, & les mets
dans le Globe des sept Sages bien fermé,
& l'Enfant nouveau-né, trois fois grand,
sera nourri de sa propre chair, & son glorieux
sang lui servira de breuvage. Si tu
fais bien cela, il te viendra de grandes
Richesses & tu auras beaucoup d'Enfants.
Mais apprends qu'il faut, pour perfectionner
ta dernière Semence, la huitième partie
du temps qu'a mis à se faire la première,
de laquelle tu as pris naissance. Si tu fais
ceci souvent, & que tu recommences toujours,
tu verras les Enfants de tes Enfants,
& une multiplication à l'infini de ta Race.
Et le grand Monde tellement rempli par la
fertilité & fécondité du petit, qu'on pourra
aisément posséder le Royaume céleste
du Créateur de l'Univers.
Phébus ayant fini son discours, s'envola,
& le Chevalier s'étant aussitôt réveillé,
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
67
il se leva pour exécuter ce qui lui avait
été commandé. L'ayant mis en exécution,
il ne fut pas seulement assisté sur le champ
de bonheur en toutes ses entreprises, mais
s'appuyant toujours sur la bonté de Dieu,
il engendra plusieurs Enfants, qui devenus
les Héritiers des Biens de leur Père, s'acquirent
une grande renommée, & conservèrent
toujours l'Ordre de Chevalerie
qu'ils avaient eu de la Succession.
Si tu es Sage & si tu aimes la Sagesse,
tu n'as pas besoin d'une plus ample démonstration.
Si tu n'es pas tel, tu n'en dois
pas rejeter la faute sur moi, mais sur ton
ignorance; car il ne m'est pas permis d'en
déclarer davantage, ni mettre en vue tous
les Secrets. Cela sera assez clair & manifeste
à celui que Dieu en jugera digne; car
j'ai tout écrit aussi clairement qu'il est possible
de le faire, & j'ai montré toute l'Oeuvre
en Figures, comme les anciens Philosophes
l'ont fait aux Maîtres; mais encore
plus clairement qu'aucun autre, ne
t'ayant rien caché. Si tu chasses de toi les ténèbres
de l'Ignorance & que tu sois clair
voyant des yeux de l'entendement, tu trouveras
une Pierre précieuse qu'ont cherchée
beaucoup de Gens, & que peu ont trouvée;
car je t'ai comme entièrement nommé
la Matière, & suffisamment démontré
le Commencement, le Milieu & la Fin del'Oeuvre. F ij
@
68 Les douze Clefs
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D O U Z I E M E
C L E F
De l'Oeuvre des Philosophes.
L 'Epée d'un Escrimeur, qui ne sait pas tirer, ne peut lui servir de rien,
parce que ne la maniant pas comme il faut,
il est aisément vaincu & terrassé par un
autre qui sait mieux tirer & porter un
coup que lui. Mais celui qui entend parfaitement
l'escrime, remporte aisément la
victoire sur son Adversaire.
Il en arrivera de même à celui qui, avec
l'aide de Dieu, aura acquis la Teinture,
& ne saura pas s'en servir, comme il en
arrive au Gladiateur, qui ne sait pas son
métier. Mais d'autant que voici la douzième
& dernière Clef qui ferme ce Livre,
je ne parlerai plus avec aucune ambiguïté
Philosophique, & j'expliquerai nuement
& clairement cette Clef touchant la Teinture.
Comprenez donc la Doctrine suivante.
Prends une partie de cette Médecine ou
Pierre des Philosophes, dûment préparée
& faite du Lait Virginal, avec trois parties
de très pur Or, passé par la Coupelle
avec de l'Antimoine, & battu en lamines
très menues. Conjoins-les dans un Creuset
& leur donne un feu modéré aux douze
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
69
premières heures; puis fonds-les, & les
tiens dans ce feu l'espace de trois jours
naturels, & la Pierre sera changée en vraie
Médecine, d'une nature subtile, spirituelle
& pénétrante. Elle ne tiendrait pas
aisément, à cause de sa grande subtilité,
sans le Ferment de l'Or; mais quand elle
est fermentée de son semblable, la Teinture
entre facilement. Prends ensuite une partie
de cette Masse fermentée, & la jette
sur mille parties de Métal fondu, & le tout
sera changé en très bon Or. Car un Corps
prend aisément un autre Corps; & quoi
qu'il ne lui soit pas semblable, néanmoins
il doit lui être conjoint, & lui être, par sa
grande force & vertu, rendu semblable,
vu que le Semblable a été engendré de son
Semblable.
Celui qui aura mis ce moyen en pratique,
saura toutes les autres circonstances:
Les portes du Palais Royal sont ouvertes
à la fin. Une si grande subtilité ne
peut être comparée à aucune chose créée,
car elle seule comprend & possède toutes
choses dans toutes choses, qu'on peut
trouver par raisons naturelles, contenues
& encloses dans la circonférence de l'Univers.
O Commencement du Commencement!
souviens-toi de la Fin. O Fin, dernière Fin!
souviens-toi du Commencement, & aie
@
70 Les douze Clefs
en grande recommandation le Milieu de
l'Oeuvre. Et Dieu le Père, le Fils & le
Saint Esprit vous donnera ce qui est nécessaire
à l'Esprit, à l'Ame & au Corps.
Fin des douze Clefs.
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D E L A P R E M I E R E M A T I E R E De la Pierre des Philosophes.
U Ne Pierre se voit, qui à vil prix se vend,D'elle un Feu fugitif son origine prend.
Notre Pierre de lui est faite & composée,
Et de blanche couleur & de rouge parée.
Elle est Pierre & non Pierre, & la Nature
en elle,Peut seule démontrer sa vertu non pareille,
Pour d'elle faire issir un Ruisseau clair coulant,
Dans lequel elle ira son Père suffoquant,
Et puis d'icelui mort, gourmande se paîtra,
Jusqu'à ce que son Ame en son Corps renaîtra.
Et sa Mère, qui est de nature volante,
En puissance lui soit, & en tout ressemblante,
Et à la Vérité son Père renaissant,
A bien plus de vertu qu'il n'avait par avant.
@
de Bas. Valentin, Liv. II.
71
La Mère du Soleil surpasse les années,
En âge, à cet effet, par toi Vulcain aidées.
Son Père néanmoins précède en origine,
Par son spirituel Etre & Essence divine.
L'Esprit, l'Ame, le Corps sont contenus
en deux.Le Magistère vient d'un, qui seul & un
étant,Peut ensemble assembler le Fixe & le
Fuyant.Elle est deux, elle est trois, & toutefois
n'est qu'une.Si tu n'es sage en cela, n'entendras chose
aucune.Fais laver dans un Bain Adam le premier
Père,Où se baigne Vénus, des Voluptés la Mère,
D'un horrible Dragon ce Bain l'on préparait,
Quand toutes ses vertus & ses forces il perdait;
Et comme dit fort bien le Génie de Nature,
On ne peut le nommer que le double Mercure.
Je me tais, j'ai fini, j'ai nommé la Matière,
Heureux, trois fois heureux, qui comprend
ce mystère.Que le soucieux ennui ne te surprenne point,
L'issue te fera voir ce tant désiré point.
@
72 Les douze Clefs
L
I V R E III.
C O N T E N A N T E N A B R E G E'
une répétition de tout ce qui est
enseigné dans les Traités des
Douze Clefs de la Pierre précieuse
des Philosophes.
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La Lumière des Sages, mise en lumière par le même Auteur, Fr. Bazile Valentin.
M Oi, Bazile Valentin, Religieux de l'Ordre de S. Benoit, j'ai composé
ces Traités précédents, dans lesquels,
en suivant les traces des anciens Philosophes,
j'ai déclaré par quelle voie ou
moyen on peut chercher & trouver ce précieux
Trésor, avec lequel les Sages ont
conservé leur santé & prolongé leur vie
de beaucoup d'années. Et quoique je
ne me sois éloigné en aucun point de la
vérité, comme ma conscience en rendra
témoignage devant Dieu, qui connaît le
fond de nos coeurs, j'ai même encore tellement
lement
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
73
mis en vue cette vérité qu'un Amateur
de la Science, tant soit peu intelligente,
ne devrait pas avoir besoin d'autre flambeau
pour l'éclairer: Car la Théorie que je
lui ai donnée jointe aux douze Clefs de Pratique
que je lui donne, sera plus que suffisante
pour le dispenser de passer comme moi
des nuits à veiller, & de perdre un repos
que je ne prenais point en ne dormant
pas. Les diverses pensées, qui me travaillaient
toujours l'imagination, m'ont enfin
déterminé à m'expliquer plus clairement,
en réduisant en abrégé le Livre de
la Lumière des Sages, que je mets dans
une lumière plus éclatante, pour mieux
éclairer, & pour conduire plus sûrement à
la connaissance de notre Pierre, ceux qui
sont Amateurs de l'Art, & qui désirent
connaître la Nature: Et encore que je
sache qu'on dira que j'enseigne trop clairement,
& que par-là je charge ma conscience
de beaucoup de péchés, je ne m'en
mets pas en peine, & je répondrai que ce
que j'écris est encore assez obscur pour les
Ignorants & pour les Gens de peu d'esprit,
& qu'il n'est clair que pour les Enfants de
la Science. C'est pourquoi écoute & pèse
bien mes paroles. Si tu suis ce qu'elles t'enseigneront,
tu parviendras à la connaissance
des Mystères les plus cachés de l'Art
& de la Nature.
Tome III. G *
@
74 Les douze Clefs
Je n'écris rien que je ne doive approuver,
& dont je ne sois prêt à rendre compte
au jour du Jugement.
Tu trouveras dans cet Abrégé des
Instructions écrites d'un style simple, car
je ne m'applique point à chercher des mots
affectés & trompeurs, & je dis nuement la
vérité.
J'ai enseigné dans le précédent Traité,
Que toutes choses naissent & sont composées
de trois, à savoir de Mercure de
Soufre & de Sel. C'est une chose certaine.
Mais apprends encore, Que notre Pierre
est composée de deux, de trois, de
quatre & de cinq. De cinq, c'est-à-dire de sa
Quintessence; de quatre, c'est-à-dire des
quatre Eléments; de trois, c'est-à-dire
des trois Principes des choses naturelles;
de deux, c'est-à-dire du Mercure double;
& d'un, c'est-à-dire du premier Principe de
toutes choses, qui fut produit pur au
moment de la création du Monde,
fiat,
soit fait.
Afin que personne ne se peine à comprendre
les choses, & à en chercher le
Sens mystique, & la vraie explication, je
vais traiter en peu de mots du Mercure,
du Soufre & du Sel, qui sont les Principes
matériels de notre Pierre.
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
75
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D U
M E R C U R E,
Premier Principe de l'Oeuvre des Philosophes.
R Emarque premièrement que nul Argent-vif commun ne sert à notre
Oeuvre; car notre Argent-vif se tire du
meilleur Métal par Art Spagyrique &
qu'il est pur, subtil, reluisant, clair comme
eau de Roche, diaphane comme Cristal,
& sans aucune ordure. Réduis cet Argent-
vif en Eau ou en Huile incombustible,
parce que selon les Sages, le Mercure a été
Eau au commencement. Dissous en cette
huile incombustible son propre Mercure,
duquel cette Eau a été faite. Précipite-le
dans sa propre Huile, & tu auras le Mercure
double. Mais remarque bien que le
Soleil, après avoir été purifié, comme je
te l'ai enseigné dans la première Clef,
doit être dissous par une certaine Eau particulière,
que je t'ai donnée dans la seconde
Clef, & réduit en Chaux subtile, comme
je te l'ai aussi enseigné dans la quatrième.
Cette Chaux doit passer par l'Alambic
avec l'Esprit de Sel, & être précipité
dans cet Esprit & réduit à feu de réverbère
en Poudre subtile, afin que son Soufre
puisse plus facilement entrer dans sa
propre nature, & l'embrasser plus étroitement
G ij
@
76 Les douze Clefs
par un amour réciproque. Alors tu
auras deux Substances dans une, qu'on
appelle le Mercure des Philosophes, qui
n'est qu'une Nature, & le premier Ferment.
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D U
S O U F R E,
Second Principe de l'Oeuvre des Philosophes.
T U chercheras ton Soufre dans le même Métal. Il faut le tirer, sans aucune
corrosion par feu de réverbère, d'un
Corps purifié & dissout. Comment cela
se peut-il faire? Je te l'ai déclaré en ne
t'en disant rien, & je te l'ai assez clairement
montré dans la troisième Clef. Tu
dissoudras ce Soufre dans son propre sang,
duquel il a pris naissance, observant le
poids que je t'ai ordonné dans la sixième
Clef. L'ayant fait ainsi, tu auras dissous
& nourri le vrai Lion du sang du Lion
vert, car le sang fixe du Lion rouge est
fait du sang volatil du Lion vert. C'est
pourquoi ils sont tous deux d'une même
nature. Le sang volatil de l'un, rend aussi
volatil le sang fixe de l'autre. Comme au
contraire, le fixe rend le volatil aussi fixe
qu'il était avant la solution. Entretiens-les
dans une chaleur modérée, jusqu'à ce que
le Soufre soit entièrement dissous, & tu auras,
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
77
suivant tous les Philosophes, le second
Ferment & le Soufre fixe, nourri
du volatil, qu'on tire dans l'Alambic par
l'esprit-de-vin, qui est rouge comme sang;
ce qu'on appelle Or potable, qu'on ne
peut consolider, ni réduire en Substance
corporelle.
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D U
S E L,
Troisième Principe de l'Oeuvre des Philosophes.
L E Sel, selon qu'on le prépare, a des effets divers. Il rend le Corps fixe,
volatil. Car l'esprit du Sel de Tartre, tiré
sans aucun ingrédient, rend, par la résolution
& la putréfaction, tous les Métaux
volatils, & les réduit en un Mercure vif,
comme te l'enseignent mes Minéraux. Le
Sel de Tartre a aussi une vertu grandement
fixative, surtout si l'on ajoute de la
Chaux vive avec sa chaleur; car étant
joints ensemble, ils ont une merveilleuse
vertu pour fixer. Selon donc qu'on prépare
le Sel végétable de Tartre, il peut fixer
& rendre volatil; ce qui est un Secret
admirable de la Nature, & un effet merveilleux
de l'Art Philosophique.
Il se fait un Sel volatil & bien clair de
l'urine d'un Homme, qui n'aura bu pendant
G iij
@
78 Les douze Clefs
quelque temps que du vin pur. Ce Sel
dissout toutes choses fixes, & les tire avec
soi par l'Alambic. Il ne fixe pas néanmoins,
quoi que cet Homme n'ait bu que
du vin, duquel par son urine est tiré ce
Sel de Tartre. Car il s'est fait dans le corps
de ce même Homme une certaine transmutation,
par laquelle la partie végétable,
c'est-à-dire l'esprit végétable du vin, s'est
changé en animale, c'est-à-dire en l'esprit
animal du Sel de l'urine; comme, par
exemple, dans les Chevaux, il se fait une
transmutation d'avoine, de foin & d'autres
nourritures semblables, les changeant
en leur propre Substance, à savoir en
chair, & en autres parties de leurs corps.
Les Abeilles aussi, font du miel des
meilleures particules des herbes & des fleurs;
& ainsi des autres choses, dont la Clef &
la principale Cause est dans la putréfaction,
d'où proviennent toutes ces sortes
de séparations & de transmutations.
L'esprit de Sel commun, tiré par un
moyen que je t'ai montré dans ma dernière
Instruction, étant mis avec un peu de
l'esprit du Dragon, dissout l'Or & l'Argent,
& les faits monter au haut de l'Alambic,
tout de même comme l'Aigle, joint
avec l'esprit du Dragon, Hôte perpétuel
des Rochers & des Montagnes. Mais si
l'on fond quelque chose avec le Sel avant
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
79
la séparation de l'esprit d'avec le corps, il
est plutôt rendu fixe que dissout.
Je te dis davantage, l'esprit de Sel
commun, joint avec l'esprit-de-vin, & distillé
par trois fois avec lui, devient doux
& perd toute corrosion & acrimonie. Cet
esprit ne combat plus corporellement contre
l'Or; mais si on le fond sur la Chaux
de l'Or, dûment préparée, il tire sa grande
rougeur, & si l'on procède comme il faut,
la Chaux donne & empreint à la Lune purifiée
une Couleur semblable à celle qu'a
eu premièrement le Corps, d'où elle a
pris son origine.
Ce Corps peut recevoir sa première
couleur, se mêlant & joignant à la lascive
Vénus, d'autant qu'au commencement
il a pris avec elle sa naissance de son sang,
ou du moins d'un sang semblable au sien, &
je ne t'en dirai pas davantage.
Remarque bien que l'esprit de Sel dissout
aussi la Lune préparée, & la réduit,
comme t'enseignent mes Instructions, en
une nature spirituelle, de laquelle on peut
faire la Lune potable. Ces Esprits, du
Soleil & de la Lune, doivent être conjoints
comme le Mari à la Femme, par
l'entremise de l'Esprit du Mercure, ou de
son Huile.
L'Esprit est dans le Mercure, la Couleur
dans le Soufre, & la Congélation dans
G iiij
@
80 Les douze Clefs
le Sel, & ce sont ces trois qui peuvent reproduire
le Corps parfait, c'est-à-dire,
l'Esprit du Soleil, fermenté de sa propre
Huile. Le Soufre, qu'on trouve abondamment
dans la nature de Vénus, est
enflammé de sang fixe, par elle engendré.
L'Esprit, provenant du Sel Physique, donne,
en fortifiant et endurcissant, la victoire
entière, encore que l'esprit de Tartre,
d'Urine & de Chaux vive, avec du
vrai Vinaigre ait bien de la vertu; car
l'esprit du Vinaigre est froid, & celui de la
Chaux vive est chaud; c'est pourquoi on le
juge à bon droit être de nature contraire,
comme on le voit par expérience. Je viens
de parler en Philosophe; mais il ne m'est
pas permis de passer outre, ni de montrer
comment les portes sont fermées & remparées
au-dedans.
Je te donne encore ceci, pour te dire
adieu: Cherche ta Matière dans la Nature
Métallique. Fais-en un Mercure, & le
fermente d'un Mercure, puis d'un Soufre
& le fermente pareillement de son propre
Soufre. Dispose & mets tout en ordre par
le Sel. Tire-le une fois par l'Alambic;
mêle le tout par juste poids, & il viendra
Un, qui a pris aussi auparavant son origine
d'Un. Fixe-le, & le coagule par chaleur
continue, puis le multiplie, comme
je t'ai appris dans les deux dernières Clefs,
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
81
& le fermente pour la troisième fois, & tu
viendras à bout de ton dessein, Quant à
l'usage de la Teinture, la douzième Clef
t'en a assez instruit.
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P R E M I E R E
A D D I T I O N,
Continuant les enseignements de l'Oeuvre
des Philosophes.
P Our ne te laisser rien à désirer, je veux t'apprendre que du noir Saturne & du
doux Jupiter on peut aussi tirer un Esprit,
qui par après se réduit en Huile douce
comme en sa plus grande perfection, qui
peut particulièrement & fermement ôter la
vie au Mercure, & le rendre beaucoup
meilleur, comme je te l'ai enseigné dans
mes Minéraux.
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S E C O N D E
A D D I T I O N,
Pour les mêmes Opérations.
A Yant préparé ta Matière, sois seulement soigneux de gouverner ton feu,
car toute l'Oeuvre en dépend, depuis le
commencement jusqu'à la fin.
Notre Feu n'est que commun & naturel,
& le Fourneau vulgaire. Et bien que
les anciens, Sages mes Prédécesseurs, aient
@
82 Les douze Clefs
écrit que notre feu n'est pas un feu commun:
Je te dis néanmoins en vérité, que
c'est qu'ils ont tout caché selon leur coutume.
Car notre Matière est vile, &
l'Oeuvre, que l'on conduit seulement par
le Régime du feu, est aisée à faire.
Le Feu de Lampe, fait avec l'esprit-de-
vin, n'y est pas propre, parce qu'il conduit
à de trop grandes dépenses. Le fient
de Cheval n'est que perte & destruction,
& notre Matière ne peut jamais par son
moyen venir à sa perfection.
La multitude & variété de Fourneaux
est superflue, car il ne faut en notre triple
Vaisseau que varier & changer les degrés
du feu.
Prends donc garde que les Trompeurs ne
te déçoivent en la variété des Fourneaux,
car le nôtre est vulgaire, commun & la
Matière vile & abjecte. Le Matras ressemble
en figure au contour & à la rondeur
de la Terre. Tu n'as pas besoin d'autres
instructions pour savoir gouverner ton
Feu, & bâtir ton Fourneau, parce que
celui qui a la Matière trouvera bientôt un
Fourneau, comme celui qui a de la Farine
ne tarde guères à trouver un Four, & n'est
pas beaucoup embarrassé pour faire cuire
du Pain.
Il n'est pas nécessaire d'écrire plus amplement
sur ce point. Prends seulement
@
de Bas. Valentin, Liv. III.
83
garde à la chaleur, & fais en sorte que tu
puisses discerner le chaud d'avec le froid.
Si tu frappes le but, tu auras tout fait, &
tu seras parvenu à la fin désirée de l'Art,
pour la reconnaissance de laquelle, soit
perpétuellement loué Dieu, Auteur de
toute la Nature. Ainsi soit-il.
Fin des Additions.
@