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Page

Réfer. : 1302 .
Auteur : Lemery Nicolas.
Titre : Cours de Chymie.
S/titre : contenant la manière de faire...

Editeur : Jean Leonard. Bruxelles.
Date éd. : 1744 .
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NOTE AU LECTEUR :

Pour ce document en particulier, la numérisation ayant entraîné
de très nombreuses corrections (plusieurs dizaines de milliers), il
est inévitable que le document conserve un certain nombre d'erreurs
dont nous nous excusons.
A cela trois raisons principales :
a) La qualité du document.
b) La typographie du document, les 's' sont en forme de 'f', les
'ct' comme dans 'compacte' ne forment qu'un seul caractère, etc...
c) Les très nombreuses différences orthographiques.
La personne voulant se livrer à la pratique en laboratoire, pourra
tirer profit de ce document. Cependant, compte tenu du contexte du
site, je n'ai pas trouvé utile de numériser les parties concernant
les végétaux et les animaux, mais seulement celle traitant des minéraux.
Néanmoins, l'aimable lecteur pourra trouver dans la version
téléchargeable du document, toutes les pages non numérisées sous la
forme d'images.

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pict

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C O U R S
D E
C H I M I E

CONTENANT

LA MANIERE DE FAIRE

les Opérations qui sont en usage dans la Médecine,
par une Méthode facile,

AVEC DES RAISONNEMENTS

sur chaque Opération, pour l'instruction de ceux qui
veulent s'appliquer à cette Science.

Par M, NICOLAS L E M E R Y,

de l'Académie Royale des Sciences,
Docteur en Médecine.

DERNIERE EDITION

Revue, corrigée et augmentée par l'Auteur

pict

A BRUXELLE,
Chez Jean Leonard, Libraire rue de la Cour.

M. D. CC. XLIV

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AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE

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pict

P R E F A C E.

pict A plupart des Auteurs qui ont parlé de la
Chimie, en ont écrit avec tant d'obscurité,
qu'ils semblent avoir fait leur possible
pour n'être pas entendus; & l'on peut dire
qu'ils ont trop bien réussi, puisque cette Science
a été presque cachée pendant plusieurs siècles
& n'a été connue que de très peu de personnes.
C'est en partie ce qui a empêché un plus grand
progrès que l'on eût pu faire dans la Philosophie,
puis qu'il est impossible de raisonner en bon Physicien,
qu'on ne sache la manière dont la nature se
sert dans ses opérations, ce qui est parfaitement bien
expliqué par la Chimie. Elle nous enseigne comment
les Eaux vitrioliques & métalliques se coagulent
dans les entrailles de la terre & font les Minéraux,
les Métaux & les pierres, selon les diverses
matières qu'elles rencontrent. Elle nous donne une
idée sensible de la végétation & de l'accroissement des
Animaux, par les fermentations & par les sublimations.
Elle nous apprend par la distillation, comment
le Soleil ayant raréfié les eaux de la mer, les élève en
nues, qui après distillent en pluies ou en rosées : enfin
par la séparation du pur d'avec l'impur, elle nous fait
comprendre l'ordre que Dieu a observé dans la création
de l'Univers. Si de la considération de l'univers
on veut passer à celle de l'homme qu'on peut appeler
le petit monde, il ne sera pas difficile d'y remarquer
un grand nombre d'Opérations semblables à celles
qu'on fait dans la Chimie, comme la circulation des
humeurs, les fermentations, les filtrations, les distillations.
On peut voir par là combien cette Science

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P R E F A C E.
est utile, & combien on doit s'efforcer de la
rendre plus claire qu'elle n'a été ci-devant.
C'est aussi pour ces raisons, que j'ai entrepris dé
trouvera non seulement
la description des principaux remèdes chimiques
par une méthode courte & facile; mais aussi des
raisonnements sur plusieurs phénomènes qui suivent
les Opérations. Pour cet effet je divise mon Livre en
trois Parties. Dans la première, je traite des Minéraux;
dans la seconde des Végétaux; & dans la troisième
des Animaux. Je fais les remarques qui m'ont
paru nécessaires, à la fin de chaque Opération; & je
ne me préoccupe d'aucune opinion qu'elle ne soit fondée
sur l'expérience. J'espère que le Lecteur qui saura
la Chimie trouvera quelque chose d'assez vraisemblable
dans les raisonnements que je propose, &
que celui qui n'en a aucune teinture puisse s'instruire
facilement par la lecture de ce Livre. Je tâche de m'y
rendre intelligible, & d'éviter les expressions obscures
dont se sont servis les Auteurs qui en ont écrit
avant moi. La plupart des noms que j'emploie sont familiers;
& je ne laisse passer aucun terme de l'Art,
que je ne l'explique ensuite dans les Remarques. Je
n'affecte point d'être particulier dans mes Opérations
: On en verra plusieurs qui ont déjà été décrites
ailleurs de la même façon; n'y ayant rien trouvé
à reformer : mais on reconnaîtra aussi que je donne
des manières d'opérer moins embarrassées que celles
qui ont été données jusqu'à présent.
pict
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pict

T A B L E
D E S C H A P I T R E S,

P Réface,
De la Chimie en général, Page 1
Des principes de la Chimie, 2
Remarques sur les principes, 5
Des fourneaux & des vaisseaux propres pour opérer
en Chimie, 31
Explication des figures en taille douce, 44
Planche première, ibid
Planche seconde, 46
Planche troisième, 48
Planche quatrième, 50
Planche cinquième, 52
Planche sixième, 54
Des Luts, 56
Des différents feux dont on se sert en Chimie & de
leurs degrés, 57
Explication de plusieurs termes desquels on se sert
dans la Chimie, 62
----------------------------------------------------------

P R E M I E R E P A R T I E.

Des Minéraux. 69

CHAP. I. D E l'or, 76
Purification de l'or, 81
Amalgamation de l'or & sa réduction en poudre
impalpable, 91
Remarques, 92
Or fulminant appelé safran d'or, 93
@

T A B L E

CHAP. II. De l'argent, 102
Purification de l'argent, 107
Cristaux d'argent, appelés. Vitriol de Lune, 107
Remarques, 108
Pierre infernale, ou caustique perpétuel, 110
Remarques, 111
Teinture de Lune, 112
Remarques, 113
Arbre de Diane, ou arbre philosophique, 118
Remarques, ibid
CHAP. III. De l'étain, 120
Purification de l'étain, 122
Remarques, ibid
Calcination de l'étain, 123
Sel de Jupiter ou d'étain, 124
Remarques, 125
Sublimation de l'étain, 126
Magistère de Jupiter ou d'étain, 127
Remarques, ibid
Fleurs de Jupiter ou d'étain, 128
Liqueurs ou huile d'étain, 130
Remarques, 131
Antihectique de Poterius ou diaphorétique jovial,132
Remarques, 133
CHAP. IV. Du bismuth appelé étain de glace, 136
Fleurs de bismuth, 137
Magistère de bismuth, ibid
Remarques, 138
CHAP. V. Du Plomb, 140
Calcination du Plomb, 142
Remarques, 143
Sel de Saturne, 145
Remarques, 146
Magistère de Saturne, 148
Remarques, 149
Baume ou huile de Saturne, 150
Remarques, 151
Distillation du Sel de Saturne, 152
@

D E S C H A P I T R E S

Remarques, 153
CHAP. VI. Du cuivre, 155
Calcination du cuivre, 159
Purification du cuivre calciné, 160
Vitriol de cuivre ou de Vénus, 161
Remarques, ibid
Autres cristaux de Vénus, 163
Remarques, 164
Esprit de Vénus, ibid
Remarques, 165
CHAP. VII. Du Fer, 167
Safran de Mars apéritif, 170
Remarques, 171
Autre safran de Mars apéritif, 176
Remarques, 177
Autre safran de Mars apéritif, 178
Remarques, 179
Safran de Mars astringent, 187
Remarques, 188
Sel ou vitriol de Mars, 189
Remarques, ibid
Teinture de Mars avec le tartre, 196
Remarques, 197
Extrait de Mars apéritif, 198
Remarques, 199
Extrait de Mars astringent, 200
Remarques, ibid
Remarques diaphorétique ou fleurs martiales 201
Remarques, 202
CHAP. VIII. Du mercure ou vif-argent, 205
Cinabre artificiel, 208
Remarques, 209
Revivification du cinabre en mercure coulant,210
b z
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T A B L E

Remarques, 211
Aethiops mineralis, 223
Remarques, ibid
Panacée mercuriale noire ou mercure violet, 226
Remarques, 228
Mercure sublimé corrosif, ibid
Remarques, 229
Mercure sublimé doux, appelé Aquila alba, 240
Remarques, 241
Panacée mercurielle, 248
Remarques, 249
Mercure précipité blanc, 257
Remarques, 258
Autre mercure précipité blanc, 264
Remarques, 265
Mercure précipité rouge, 266
Remarques, 267
Mercure précipité rouge, sans addition, 269
Remarques, 270
Mercure précipité vert, 271
Remarques, 272
Turbith minéral ou mercure précipité jaune, 276
Remarques, 277
Huile ou liqueur de mercure, ibid
Remarques, 278
Autre huile de mercure, ibid
Remarques, 279
Autres précipités de mercure, 280
Remarques, 281
CHAP. IX. De l'Antimoine, 283
Régule d'antimoine ordinaire, 286
Remarques, 287
Soufre doré d'antimoine, 292
Remarques, 293
Régule d'antimoine avec le mars, 296
Remarques, 297
Stomachique de Poterius, 303
@

D E S C H A P I T R E S

Remarques, 304
Lilium minerale au sal metallicum, 305
Remarques, 306
Verre d'antimoine, 308
Foie d'antimoine, 314
Autre manière de faire le foie d'antimoine, 320
Remarques, 321
Magistère ou précipité d'antimoine, 322
Remarques, 323
Antimoine diaphorétique, 325
Remarques, 326
Autre préparation d'antimoine diaphorétique 330
Remarques, 331
Fleurs d'antimoine, 333
Fleurs rouges d'antimoine, 334
Remarques, 336
Neige d'antimoine, ou fleurs blanches & argenti-
nes du régule d'antimoine, 341
Beurre d'antimoine & son cinabre en même temps,344
Remarques, 345
Beurre ou huile glaciale d'antimoine lunaire,351
Remarques, 352
Poudre d'algaroth ou émétique, 354
Remarques, ibid
Bezoard minéral, 357
Remarques, 358
Panacée antimoniale, 360
Remarques, 361
Huile d'antimoine caustique, 362
Remarques, 363
Autre huile d'antimoine, 364
Teinture d'antimoine, 366
Teinture de verre d'antimoine, 369
Remarques, 371
b 3
@

T A B L E

CHAP. X. De l'Arsenic, 374
Régule d'arsenic, 376
Remarques, ibid
Sublimé d'arsenic, 377
Remarques, 378
Arsenic caustique, 379
Remarques, ibid
Huile corrosive d'arsenic, 380
Remarques, ibid
CHAP. XI. De la chaux, 381
Eau phagedenique ou ulcerere, 385
Remarques, 386
Pierre caustique, 387
Remarques, ibid
Encres appelées sympathiques, 389
Autre expérience, 390
Remarques, 391
CHAP. XII, Des cailloux, 394
Calcination des cailloux, 396
Remarques, 397
Teinture de cailloux, 398
Remarques, 399
Liqueur de cailloux, 400
Remarques, ibid
CHAP. XIII. Huile de briques, 401
Remarques, 402
CHAP. XIV. Du corail, 403
Teinture de corail, 408
Remarques, ibid
Dissolution du corail, 411
Remarques, 412
Magistère de corail, 416
Remarques, ibid
Sel de corail, 417
Remarques, ibid
CHAP. XV. Du Sel commun, 420
Calcination du sel commun, 424
@

D E S C H A P I T R E S

Remarques, ibid
Esprit de sel, 425
Remarques, 426
CHAP. XVI. Du Nitre ou Salpêtre, 432
Purification du salpêtre, 434
Remarques, 435
Cristal minéral appelé sel de prunelles, 438
Remarques, 439
Sel polychreste, 440
Remarques, 441
Esprit de nitre, 444
Remarques, 445
Esprit de nitre dulcifiée, 446
Remarques, 447
Eau forte, 450
Remarques, 451
Fixation du salpêtre ou sel alcali par le moyen du
charbon, 454
Remarques, 455
CHAP. XVII. Du Sel armoniac, 457
Fleurs de sel armoniac, 460
Remarques, 461
Autre fleur de sel armoniac appelée, Ens vene-
ris, 462
Ens veneris, ibid
Remarques, 463
Sel amer, cathartique de Glauber, 464
Cathartique de Glauber, ibid
Remarques, 465
Eau régale, 466
Esprit volatil de sel armoniac, 470
Remarques, 471
Autre préparation de sel volatil de sel armoniac,
& par même moyen les fleurs & le sel fixe fé-
brifuge, 473
Remarques, 474
Esprit volatil de sel armoniac dulcifié, 479
b 4
@

T A B L E

Remarques, 480
Esprit acide de sel armoniac, 482
Remarques, 483
Sel volatil huileux aromatique, ibid
Remarques, 484
Esprit volatil huileux aromatique, 485
Remarques, 186
CHAP. XVIII. Du vitriol, 487
Gilla vitrioli, ou vitriol vomitif, 490
Remarques, ibid
Calcination du vitriol, 491
Remarques, ibid
Distillation du vitriol, 495
Remarques, 497
Huile de vitriol dulcifiée, 502
Remarques, 503
Eau styptique, 504
Remarques, 505
Sel volatil narcotique de vitriol, ou sel sédatif de
M. Homberg, ibid
Remarques, 507
Pierre médicamenteuse, 511
Remarques, 512
Sel de vitriol, 516
Remarques, ibid
CHAP. XIX. De l'alun de roche & de sa purification, 517
Distillation de l'alun, 518
Remarques, 519
CHAP. XX. Du Soufre, 521
Fleur de soufre, 524
Magistère de soufre, 525
Remarques, 526
Baume de soufre, 533
Remarques, 534
Esprit de soufre, 535
Remarques, 536
Autre préparation d'esprit de soufre, 538
Remarques, 539
@

D E S C H A P I T R E S

Sel de soufre , 540
Remarques, 541
Poudre à canon, 542
Remarques, 543
CHAP. XXI. Du Succinum ou Karabé, 553
Teinture de Karabé, 555
Remarques, 557
Distillation du Karabé & la rectification de son
huile & de son esprit, 557
Remarques, 558
Sel volatil de Karabé, 561
Remarques, 563
CHAP. XXII. De l'ambre gris, 563
Essence d'ambre gris, 564
Remarques, 565
----------------------------------------------------------
S E C O N D E P A R T I E.

Des Végétaux. 567
CHAP. I. Du Jalap, 569
Résine ou magistère de Jalap, 570
Remarques, 571
CHAP. II. De la rhubarbe, 573
Extrait de rhubarbe, 574
Remarques, 575
CHAP. III. Du Gayac, 576
Distillation du gayac, 577
Remarques, 579
CHAP. IV. Du papier, 581
Huile & esprit de papier, 582
Remarques, 583
CHAP. V. De la Cannelle, 584
Huile ou essence de cannelle & son eau aethérée,585
Remarques, 588
Teinture de cannelle, 589
CHAP. VI. Du Quinquina, 589
Teinture de Quinquina, 594
@

T A B L E

Remarques, 595
Rossolis fébrifuge, ibid
Extrait Quinquina, 596
Remarques, ibid
CHAP. VII. Des Girofles, 598
Huile de girofle per descensum, 599
Remarques, 600
CHAP. VIII. De la noix muscade, 602
Remarques, 603
CHAP. IX. Des bayes de genièvre, 604
Teinture de bayes de genièvre, 605
Remarques, 606
Extrait de genièvre, ibid
Remarques, 607
Distillation des bayes de genièvre, 608
Remarques, 609
CHAP. X. Du gland, 611
Huile de gland, ibid
CHAP. XI. Distillation d'une plante odorante telle
qu'est la mélisse, son extrait & son sel fixe,614
Remarques, 615
CHAP. XII. Distillation d'une plante non odorante telle
qu'est le chardon bénit, & son sel essentiel;618
Remarques, 619
CHAP. XIII. Esprit de cresson, 625
Remarques, 626
CHAP. XIV. Des roses, 630
Eau de roses, 632
Remarques, 633
Esprit de roses, 637
Remarques, 638
CHAP. XV. Eau de fleur d'orange, 640
Remarques, 641
CHAP. XVI. Distillation des fraises, 643
Remarques, 644
CHAP. XVII. Eau de noix, 645
Remarques, 646
CHAP. XVIII. Eau vulnerere appelée eau d'arque-
@

D E S C H A P I T R E S

busade, 649
Remarques, 650
CHAP. XIX. Du Sucre, 660
Esprit de sucre, 662
Remarques, 663
CHAP. XX. Du vin, 664
Distillation du vin en eau de vie, 668
Remarques, ibid
Esprit de vin, 673
Remarques, 674
Esprit de vin tartarisé, 677
Remarques, ibid
Eau de la Reine de Hongrie, 679
Remarques, 680
Du vinaigre, 681
Distillation du vinaigre, 684
Remarques, ibid
CHAP. XXII. Du tartre, 686
Cristal de tartre, 688
Remarques, ibid
Tartre soluble ou sel végétal, 689
Remarques, 690
Cristal de tartre chalibé ou martial, 691
Remarques, 692
Tartre martial soluble, 693
Remarques, ibid
Tartre émétique, ibid
Remarques, 694
Tartre émétique dissoluble, 696
Remarques, ibid
Distillation du tartre, 698
Remarques, 699
Sel fixe de tartre & sa liqueur appelée huile de tar-
tre par défaillance, 701
Remarques, ibid
Teinture du sel de tartre, 704
Remarques, 705
Magistère de tartre ou tartre vitriolé, ibid
@

T A B L E

Remarques, ibid
Sel volatil de tartre, 716
Remarques, 717
CHAP. XXIII. Du Savon, 722
Distillation du savon, ibid
CHAP. XXIV. De la Manne, 725
Distillation de la manne, 727
Remarques, 728
CHAP. XXV. De l'Opium, 729
Extrait de l'opium appelé Laudanum, 730
Remarques, 732
Gouttes anodines, 739
Remarques, 740
CHAP. XXVI. De l'Aloès, ibid
Extrait d'aloès, 741
Remarques, 742
CHAP. XXVII. Elixir de propriété, 743
Remarques, 744
CHAP. XXVIII. Du tabac, 745
Distillation du tabac, 746
Remarques, 747
CHAP. XXIX. Extrait panchymagogue, 748
Remarques, ibid
CHAP. XXX. De la térébenthine, 753
Distillation de la térébenthine, 755
Remarques, 756
CHAP. XXXI. Du Benjoin, 757
Fleurs de benjoin & son huile, ibid
Teinture de benjoin, 760
Remarques, 761
CHAP. XXXII. Du Camphre, ibid
Huile de camphre, 763
Remarques, 764
Autre huile de camphre, 765
Remarques, 766
CHAP. XXXIII. De la Gomme ammoniac, 767
Distillation de la gomme ammoniac, 768
Remarques, 769
@


D E S C H A P I T R E S

CHAP. XXXIV. De l'Euphorbe, 770
Teinture d'euphorbe, 771
Remarques, ibid
Distillation de l'euphorbe, 773
De la myrrhe, 774
Teinture de myrrhe, 775
Remarques, ibid
Huile de myrrhe par défaillance, 776
Remarques, ibid
----------------------------------------------------------

T R O I S I E M E P A R T I E.

Des Animaux, 778
CHAP. I. D E la vipère, 780
Distillation de la vipère, 792
Remarques, 793
CHAP. II. De l'urine, 799
Distillation de l'urine & sublimation de son sel vo-
latil, 801
Remarques, 802
Phosphore brûlant, 804
Remarques, 806
Phosphore brûlant qu'on peut tirer de l'excrément
ou matière fécale de l'homme, 821
Remarques, 822
De la pierre de Boulogne, 822
Explication de la planche en Taille douce, 826
Septième Planche, 827
Préparation de la pierre de Boulogne pour la rendre
en phosphore, 828
Remarques, 830
Phosphore hermétique de Balduinus ou Baudewin,
849
Remarques, 850
CHAP. III. De la corne de Cerf, 851
Eau de tête de cerf, 852
Remarques, 853
CHAP. IV. Du Crâne & du cerveau de l'homme, 856
@

T A B L E

Distillation du crâne & du cerveau de l'homme,856
Remarques, 858
Elixir antiépileptique, appelé gouttes d'Angle-
terre, 859
Remarques, 860
CHAP. V. Du Miel, 861
Hydromel vineux, 865
Remarques, 867
Distillation du miel, 871
Remarques, 872
CHAP. VI. De la cire, 875
Distillation de la cire, 877
Remarques, 879
----------------------------------------------------------
V E R T U S D E S R E M E D E S
décrits dans ce Livre
V Omitifs, ou émétiques, 885
Pour arrêter le vomissement, 886
Purgatifs par le ventre, 887
Astringent pour arrêter la diarrhée, la lienterie, la
dysenterie, le flux d'hémorroïdes, le flux de
menstrues, le sang du nez, le crachement de
sang, & les autres hémorragies, 888
Sudorifiques, 890
Caustiques, 891
Détersifs ou vulnéraires pour les plaies & pour les
ulcères, 892
Dessiccatifs pour appliquer extérieurement, 893
Cosmétiques, ibid
Pour les contusions et les dislocations, 894
Résolutifs, ibid
Contre les dartres, la gratelle, & la teigne,895
Pour décrasser & emporter les taches de la peau, ibid.,
Pour les crevasses du sein, 896
Contre la gangrène, ibid
Contre les écrouelles, 897
Contre la peste, les fièvres malignes, & la petite
vérole, ibid
@

D E S C H A P I T R E S

Contre la grosse vérole, 900
Pour arrêter un flux de bouche trop long, ou pour
toute autre maladie causée par la vapeur du Mer-
cure ou du plomb, 902
Pour la Gonorrhée, ibid
Pour arrêter la Gonorrhée, ibid
Pour les chancres vénériens, les poulains & les
phimosis, 903
Apéritifs contre l'hydropisie, & les duretés de rate,904
Contre la Squinancie, 906
Contre la mélancolie hypocondriaque, 907
Contre l'épilepsie, la paralysies, apoplexie, la lé-
thargie, 908
Contre la fièvre quarte, 910
Contre les fièvres tierces & doubles tierces, 913
Contre les fièvres continues, 914
Contre les rhumatismes, ibid
Contre les vers, 915
Contre le scorbut, 916
Contre la surdité, 918
Contre le mal de dents, ibid
Contre les aphtes ou petits chancres qui naissent dans
la bouche, ibid
Pour purifier le sang, 919
Contre l'asthme, la phtisie & les autres maladies du
poumon & de la poitrine, 920
Pour fortifier le coeur & le cerveau, 921
Pour fortifier l'estomac, 922
Hystériques & apéritifs pour faire venir les mois aux
femmes, & pour la jaunisse, 923
Contre les vapeurs & les palpitations, 925
Pour faciliter l'accouchement, pour faire sortir
l'arrière-faix, 927
Contre les ulcères de la vessie & de la matrice,929
Contre la colique venteuse, ibid
Contre la colique néphrétique, la pierre, la gravelle,931
Contre la colique bilieuse, 932
Centre la goutte sciatique, 933
@

T A B L E D E S C H A P I T R E S


Pour consumer les cors dés pieds, ibid
Centre la carie des os, ibid
Pour faire croître les cheveux, 934
Contre la brûlure, ibid
Pour les maux des yeux, ibid
Pour exciter la semence, ibid
Contre les trenchées des femmes nouvellement accou-
chées, 935
Contre la rage, ibid
Sternutatoires , ou remèdes qu'on aspire par le nez
pour faire éternuer, 936
Pour le hoquet, 937
Fin de la Table des Chapitres & des Vertus.

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Extrait des Registres de l'Académie Royale des Sciences,
du 19. Février 1701.


M Essieurs Dodart & Homberg qui avaient été
chargés par Monsieur le Président de lire le
Cours de Chimie de Monsieur Lemery, que l'on
avait réimprimer pour la neuvième fois, ont dit que
le grand nombre d'impressions de cet ouvrage, &
les Traductions qu'on en a faites presque en toutes
les Langues de l'Europe, marquaient assez le jugement
que le Public en avait porté & sur leur rapport
l'Académie a crû que le Public recevrait de
même cette nouvelle Edition avec les additions :
En foi de quoi j'ai signé le présent Certificat. A
Paris ce 17. Février 1701.
FONTENELLE,
Sec.de l'Ac. Roy. des Sc.

COURS

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C O U R S
D E C H I M I E
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De la Chimie en général.

pict E nom de Chimie vient du mot grec Etymolo-
χυμὸς, c'est-dire, Suc, ou du Verbe gies
χέειν, qui signifie fondre; parce
qu'elle enseigne à séparer les substances
les plus pures des mixtes,
lesquelles on appelle quelquefois
Sucs, & qu'elle donne le moyen de mettre les choses
les plus solides en fusion. Quelques-uns veulent
qu'il vienne du nom hébreu, Chema, qui signifie
Constellation chaude: mais cette étymologie me semble
tirée de bien loin. Les Chimistes ont ajouté la
particule arabe Al, au mot de Chimie, quand ils ont
voulu exprimer la plus sublime, comme celle qui enseigne
la transmutation des Métaux, quoiqu'Alchimie
ne signifie autre chose que la Chimie. On l'appelle
Spagyrie, & ce mot est composé des Verbes σπα̑ν
& ἀργρἐιν, qui signifient Séparer & Ramasser; parce
qu'elle nous enseigne à séparer les Substances utiles
de chaque Mixte d'avec les inutiles, & à les rassembler.
On l'appelle Art Hermétique, à cause de Hermes
qui en est un des principaux Auteurs. On l'appelle
enfin Pyrotechnie de πυ̑ζ & de πυνὴ, qui signifient
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Art du Feu; car en effet, c'est par le moyen du feu
qu'on vient à bout de presque toutes les opérations
Chimiques. On lui donne encore différents noms :
mais comme cette recherche est assez inutile, je me
suis contenté d'en rapporter les principaux.
Définition La Chimie est un Art qui enseigne à séparer les
de la Chi- différentes substances qui se rencontrent dans un
mie. mixte. J'entends par les mixtes, les choses qui croissent
naturellement, à savoir les minéraux, les végétaux
& les animaux. Sous le nom de minéraux, je
comprends les sept métaux, les minéraux, les pierres
Objets de & les terres. Sous les végétaux, les plantes, les gommes,
la Chi- les résines, les fruits, les sortes de fungus, les
mie. semences, les sucs, les fleurs, les mousses, toutes
les autres choses qui en viennent. Sous les animaux,
les animaux & ce qui leur appartient, comme leurs
parties & leurs excréments. Mais auparavant que de
parler en particulier de toutes ces choses je crois
qu'il est à propos de traiter des principes de la Chimie,
& de donner une idée générale des Fourneaux,
des Luts , des degrés du Feu, & des termes qui
pourraient causer de l'obscurité.
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Des Principes de la Chimie.
L E premier principe qu'on peut admettre pour la
Esprit uni- composition des mixtes, est un esprit universel
versel. qui étant répandu par tout, produit diverses choses
selon les diverses matrices ou pores de la terre dans
lesquels il se trouve embarrassé. : mais comme ce principe
est un peu métaphysique, & qu'il ne tombe point
sous les sens, il est bon d'en établir de sensibles : je
rapporterai ceux dont on se sert communément.
Comme les Chimistes en faisant l'Analyse de divers
mixtes, ont trouvé cinq sortes de substances,
ils ont conclu qu'il y avait cinq principes des choses
naturelles, l'eau, l'esprit, l'huile, le sel, & la terre.
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De ces cinq, il y en a trois actifs, l'esprit, l'huile & Principes
le sel; & deux passifs, l'eau & la terre. Ils les ont appelés communs.
actifs, parce qu'étant dans un grand mouvement,
ils font toute l'action du mixte. Ils ont nommé
les autres passifs, parce qu'étant en repos, ils ne servent
qu'à arrêter la vivacité des actifs.
L'esprit qu'on appelle Mercure, est le premier des
principes actifs qui nous paraît lorsque nous faisons Mercure
l'anatomie d'un mixte : C'est une substance subtile, ou esprits
pénétrante, légère, qui est plus en agitation qu'aucun
des autres principes; c'est lui qui fait croître les
mixtes en plus ou moins de temps, selon qu'il s'y
rencontre en petite ou en grande quantité; mais aussi
par son trop grand mouvement, il arrive que les
corps où il abonde, sont plus sujets à la corruption;
c'est ce qu'on remarque aux animaux & aux végétaux.
Au contraire la plupart des minéraux où il est
en petite quantité, semblent incorruptibles; il ne se
peut tirer pur des mixtes, non plus que les autres
dont nous allons parler : mais ou il est enveloppé dans
un peu d'huile qu'il enlève avec lui, & alors on le
peut appeler Esprit volatil, comme sont les esprits
de vin, de rose, de romarin, de genièvre : ou bien il
est embarrassé dans les sels qui retiennent sa volatilité,
& alors on le peut appeler Esprit fixe, comme sont
les esprits acides de vitriol, d'alun, de sel, &c.
L'huile qu'on appelle Soufre, à cause qu'elle est
inflammable, est une substance douce, subtile, onctueuse,
qui sort après l'esprit. On dit qu'elle fait la Soufre ou
diversité des couleurs & des odeurs : selon qu'elle est huile des
disposée dans les corps elle fait leur beauté ou leur mixtes.
difficulté, liant les autres principes : elle adoucit
aussi l'acrimonie des sels, & en bouchant les pores
du mixte, elle empêche qu'il ne s'y fasse corruption,
ou par le trop d'humidité, ou par la gelée : c'est pourquoi
plusieurs arbres & plantes qui abondent en huile
durent plus longtemps que les autres en verdeur,
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& résistent à toute la rigueur des mauvais temps. Elle
se retire toujours impure des mixtes; car ou elle est
mêlée avec des esprits, comme les huiles de romarin
& de lavande qui nagent sur l'eau, ou elle est
remplie de sel qu'elle entraîne dans la distillation,
comme les huiles de buis, de gayac, de girofle qui
se précipitent au fond de l'eau à cause de leur pesanteur.
Sel des Le sel est le plus pesant des principes actifs, on le
mixtes. tire aussi ordinairement le dernier : c'est une substance
incisive & pénétrante qui donne la consistance &
la pesanteur au mixte; il le préserve de pourriture
& il excite les diverses faveurs selon qu'il est différemment
mélangé.
Différen- On divise le sel des mixtes en trois espèces, en sel
ce des sels fixe, en sel volatil & en sel essentiel : le fixe est celui
des mix- qui se tire après la calcination; on fait bouillir la matière
tes. calcinée dans beaucoup d'eau, afin que le sel s'y
dissolve : on passe la dissolution par un papier gris,
puis on en fait évaporer l'humidité jusques à ce que
le sel se trouve sec au fond du vaisseau, on appelle le
Sel lixi- sel des plantes qui se tire de cette façon, Sel lixivieux.
vieux. Le sel volatil est celui qui se sublime facilement
quand il est échauffé, comme le sel des animaux :
& le sel essentiel est celui qui se tire du suc des plantes
par la cristallisation; ce dernier est entre le fixe
& le volatil.
Phlegme L'eau qu'on appelle Phlegme; est le premier des
des mix- principes passifs; elle sort dans la distillation devant
tes. les esprits, quand ils sont fixes, ou après quand ils
sont volatils. Elle ne se retire jamais pure, & il y
reste toujours quelque impression des principes actifs;
c'est ce qui fait que sa vertu est ordinairement
plus détersive que celle de l'eau naturelle. Elle sert
à étendre les principes actifs & à modérer leur agitation.
Tête mor-
te des La terre qu'on appelle Tête morte ou damnée est le
mixtes.
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dernier des principes passifs, elle ne peut être séparée
pure non plus que les autres; car elle retire toujours
opiniâtrement quelques esprits; & si après l'en avoir
privée autant qu'on peut , on la laisse longtemps exposée
à l'air, elle en reprend de nouveaux.

Remarques sur les Principes.

L E nom de Principe en Chimie, ne doit pas être Les prin-
pris dans une signification tout-à-fait exacte: car cipes de
les substances à qui l'on a donné ce nom ne sont principes Chimie ne
qu'à nôtre égard, qu'en tant que nous ne sont pas les
pouvons point aller plus avant dans la division des premiers
corps; mais on comprend bien que ces principes sont principes.
encore divisibles en une infinité de parties qui pourraient
à plus juste titre être appelées Principes. On
n'entend donc par principes de Chimie que des substances
séparées & divisées autant que nos faibles efforts
en sont capables : Et comme la Chimie est une
science démonstrative, elle ne reçoit pour fondement
que celui qui lui est palpable & démonstratif. C'est
à la vérité un grand avantage que d'avoir des principes
si sensibles, dont on peut raisonnablement être
assisté. Les belles imaginations des autres Philosophes
touchant leurs principes physiques, élèvent
l'esprit par de grandes idées, mais elles ne leur prouvent
rien démonstrativement. C'est ce qui fait qu'en
allant à tâtons pour découvrir leurs principes, les uns
se forment un système, & les autres un autre; mais si
l'on veut approcher autant qu'il se pourra des véritables
principes de la nature, on ne peut prendre une
voie plus assurée que celle de la Chimie : cet Art
servira comme d'une échelle pour y atteindre : & la
division des substances quoique grossière, donnera
une fort grande idée de la nature & de la figure des
premiers petits corps qui ont entré dans la composition
des mixtes.
Quelques Philosophes modernes veulent persuader Savoir si
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le feu for- qu'il est incertain que les substances qu'on retire des
me les mixtes, & que nous avons appelées Principes de Chimie,
principes résident effectivement & naturellement dans le
de chi- mixte: ils disent que le feu en raréfiant la mature dans
mie. les distillations est capable de lui donner ensuite un
arrangement tout différent de celui qu'elle avait auparavant,
& de former le sel, l'huile & les autres
choses qu'on en tire.
Ce doute paraît d'abord assez bien fondé; parce
qu'il est certain, comme nous le dirons dans la suite,
que le feu donne beaucoup d'impression aux préparations,
& que bien souvent il déguise tellement les
substances, qu'elles ne sont presque plus reconnaissables
de ce qu'elles étaient auparavant : mais il est
facile de faire voir, que quoique le feu déguise les
substances, il ne forme pas néanmoins les Principes,
car nous les voyons & sentons dans plusieurs mixtes
avant qu'ils aient passé par le feu. On ne peut pas nier
par exemple qu'il n'y ait de l'huile dans les olives,
dans les amandes, dans les noix & dans plusieurs autres
fruits & semences, puisque pour en tirer, il suffit
de les piler & de les mettre à la presse. La térébenthine,
qui n'est qu'une huile épaisse, & plusieurs autres
liqueurs grasses se tirent par de seules incisions
qu'on fait au tronc & à la racine des arbres, & qu'est-
ce que la graisse des animaux, sinon une huile ou un
soufre coagulé ? On ne peut pas nier non plus qu'il
n'y ait du sel dans les mixtes, puisque si l'on pile
une plante, qu'on l'exprime pour en tiret le suc, &
que l'on laisse reposer ce suc en un lieu frais pendant
quelques jours, on trouve enfin le sel figé autour du
vaisseau en petits cristaux.
Je sais bien que quelques Pyrrhoniens ou gens qui
font profession de douter de tout, disent qu'en pilant
les amandes & en les exprimant, en faisant des incisions
aux arbres, les parties qui composent la plante
sont mues & agitées de même que par le feu, & que
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ce mouvement est capable d'arranger la matière de
telle sorte, qu'il se fera de l'huile & du sel : mais ces
sortes de raisonnements se perdent dans leur subtilité
& il n'y a personne de bon sens qui ne voie que c'est
une pure chicane; car peut-on concevoir qu'une trituration,
on une incision soit capable de faire du sel,
de l'huile, de la terre ? Il y a bien plus d'apparence,
& l'on peut dire même qu'il est démonstratif, que ces
substances existaient dans le mixte, & que par les incisions
& les triturations, on n'a fait qu'ouvrir la
porte pour leur donner passage.
D'autres attaquent les principes de Chimie d'une Savoir si
manière un peu différente : ils avouent que les substances les mixtes ont
sont dans les mixtes naturellement, à peu près été composés
comme on les retire; mais ils disent qu'on n'a point des principes
de preuve que ces mixtes aient été composés de ces de Chimie.
mêmes substances-là qu'on appelle Principes , ni que
ces substances aient été tirées du suc de la terre en
cette forme : qu'il se peut faire que le sel, le soufre
&c. ont été formés dans les fermentations & dans
les autres élaborations naturelles qui sont arrivées
au mixte pendant son accroissement; & ils concluent
de là qu'on ne peut pas dire ces substances Principes,
puisqu'on ne sait pas si les mixtes en ont été
composés.
Mais puisque nous voyons que les terres qui servent
de matrice aux mixtes, sont empreintes de sel,
de soufre, & des autres substances de la nature de
celles que nous trouvons dans ces mixtes-là, & que
nous n'apercevons rien autre chose qui puisse avoir
servi à leur composition, il est comme indubitable
qu'ils en ont été composés.
On demeure bien d'accord que les fermentations
ou les autres élaborations qui se sont faites dans les
mixtes, ont donné aux Principes quelques arrangements
ou dispositions qu'ils n'avaient pas, mais elles
ne les ont point formés.
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On ne re- On trouve aisément les cinq Principes dans les animaux
tire pas les & dans les végétaux, mais on ne les rencontre
Principes pas avec la même facilité dans les minéraux : il y en
de tous les a même quelques-uns, comme l'or & l'argent, desquels
minéraux. on ne peut pas en tirer deux, ni faire aucune séparation,
quoique nous disent ceux qui recherchent
avec tant de soin, les sels, les soufres & les mercures
de ces métaux. Je veux croire que tous les Principes
entrent dans la composition de ces mixtes, mais
il n'y a pas de conséquence que ces Principes soient
demeurés en leur premier état, & qu'on les en puisse
retirer; car il se peut faire que ces substances qu'on
appelle Principes se soient tellement embarrassées les
unes dans les autres, qu'on ne les puisse pas séparer
qu'en brisant leurs figures. Or ce n'est qu'à raison de
leurs figures qu'elles peuvent être dites sels, soufres
& esprits. Si vous mêlez par exemple un esprit acide
avec le sel de tartre, ou avec quelque autre alcali,
les pointes de l'acide s'embarrassent de telle sorte
dans les pores du sel, que si par la distillation, vous
voulez séparer l'esprit acide comme il était auparavant,
vous n'y parviendrez jamais, il aura perdu presque
toute sa force, parce que ses pointes étant brisées
dans l'effort qu'elles auront fait, elles n'auront pu
conserver la figure aussi pénétrante qu'elles avaient.
On ne Tout le monde sait que le verre est fait par le sel,
peut tirer mais parce que le feu en a changé les figures, il ne
de sel du fait plus aucune des actions qu'a coutume de faire le
verre. sel, & il est même comme impossible d'en tirer un
véritable sel par la Chimie.
Trois sor- Il y a trois sortes de liqueurs qu'on qualifie du
tes d'es- nom d'esprit dans la Chimie, l'esprit des animaux
prit. l'esprit ardent des végétaux, & l'esprit acide.
Le premier comme l'esprit de corne de cerf, n'est
qu'un sel volatil résout par un peu de phlegme, comme
il sera prouvé au traité des animaux. Le second
comme l'esprit de vin, l'esprit du genièvre, l'esprit
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de romarin est une huile exaltée, comme il sera dit en
parlant des vins; & le dernier comme l'esprit de vinaigre,
l'esprit de tartre, l'esprit de vitriol est un
sel essentiel acide résout en liqueur par la fermentation
& par le feu, comme on le fera voir en parlant
du vinaigre & de la distillation du tartre. On appelle
cette dernière sorte d'esprit Sal fluor, parce qu'en effet
ce n'est qu'un sel fluide.
Ces trois sortes de liqueurs, comprenant tout ce On se passe-
qu'on appelle Esprit, on se passerait fort bien de ce rait bien d'ad-
principe en Chimie; car puisque l'esprit qu'on retire mettre un Es-
des animaux n'est qu'un sel résout par un peu de phlegme; prit pour
que l'esprit de vin n'est autre chose qu'une huile principe
exaltée; & l'esprit acide qu'un sel fluor, on n'apercevra de la Chi-
dans ces liqueurs autre chose que de l'huile, des mie.
sels de différente nature & de l'eau : de sorte que l'esprit
ou le mercure des Chimistes est une chimère qui
ne sert qu'à embrouiller les esprits, & à rendre la
Chimie difficile à comprendre : car on eût fort bien
pu appeler ces liqueurs de leurs noms propres, afin
de faire d'autant plus facilement concevoir les principes
dont elles sont composées : Ainsi qui est-ce qui
a empêché qu'on n'ait appelé le sel volatil résout, ce
qu'on nomme esprit des animaux; huile exaltée, les
liqueurs qui viennent des huiles; & sel fluor, les acides;
par là on eût pu se payer d'un principe imaginaire,
& rendre la Chimie plus intelligible.
Mais il n'est pas possible de changer un nom qui
a été comme attaché à ces liqueurs depuis si longtemps:
tout ce que je peux faire ici, c'est d'expliquer comme
j'ai fait ce qu'on entend par le mot d'Esprit, afin d'éviter
les équivoques.
Il n'y a que l'huile dans le mixte que nous puissions
dire inflammable, & elle l'est d'autant plus, que les
sels avec qui elle se trouve intimement liée, ont été
plus ou moins spiritualisés; car ce que nous avons
appelé esprit dans l'huile, n'est qu'un sel essentiel ou
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Le sel vo- volatil : ce sel n'est pas inflammable de soi, mais il
latil aide sert à raréfier & à exalter les parties de l'huile pour
à enflam- les rendre plus susceptibles du mouvement & par
mer l'hui- conséquent de l'inflammation, tout de même que
le. quand nous mêlons du salpêtre avec une matière
graisseuse ou huileuse, cette matière prend feu bien
plus facilement que quand elle est seule, quoique le
salpêtre ne soit point inflammable, comme nous le
prouverons dans la suite. Nous avons des exemples
de ce que je dis en l'esprit de vin, en l'huile de térébenthine
& en toutes les autres liqueurs inflammables,
car ce ne sont que des huiles subtilisées & rendus
aethérées par le moyen des sels volatils qu'elles contiennent;
les bois même & les autres parties des végétaux
ont beaucoup de sel semblable au salpêtre : ce
sel étant étroitement uni avec l'huile de ces mixtes,
les rend plus faciles à enflammer qu'ils ne seraient
s'ils en étaient privés; les graisses sont remplies
d'un sel volatil acide qui abonde dans toutes les
parties des animaux; la cire, la résine, & enfin toutes
les matières les plus inflammables sont empreintes
d'un sel acide, essentiel ou volatil.
Le sel Je dis que le sel qui excite l'inflammabilité des huiles
fixe empê- doit être volatil ou essentiel; car s'il était fixe,
che l'in- il produirait un effet tout contraire : il tempérerait
flammabi- en quelque façon le grand mouvement des parties de
lité de la matière inflammable : & c'en ce que nous voyons
l'huile. arriver quand on jette du sel marin dans le feu pour
l'éteindre. Le soufre commun nous en fournit encore
un autre exemple : ce mixte est composé d'une partie
véritablement sulfureuse ou huileuse, & d'une autre
partie saline ou acide fixe, ce qu'on reconnaît par
l'anatomie qu'on en fait, la partie huileuse prend
feu, & elle s'exalterait comme les autres huiles par
une grande flamme blanche, mais la partie acide lui
étant comme un fardeau qui l'empêche de s'élever,
elle ne peut jeter qu'une petite flamme bleue; & une
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preuve de ce que je dis, c'en que si vous mêlez du
salpêtre avec ce soufre, parce que le sel volatil du
salpêtre volatilisera les sels du soufre, il s'élèvera
une flamme blanche avec grande violence, comme
je le ferai remarquer dans l'opération du sel polycreste.
Quoiqu'on ne puisse pas tirer l'huile parfaitement Principe
pure du mixte, qu'on la trouve toujours accompagnée de l'imflam-
de phlegme & de sel, il n'y a pas lieu de douter mabilité.
qu'il n'y en ait une qui soit le principe de l'inflammabilité
: car ni le phlegme, ni le sel étant seuls ou
séparés de cette huile, ne sont jamais inflammables.
Plusieurs liqueurs sont appelées huiles improprement, Liqueurs
comme l'huile du tartre faite par défaillance, impropre-
l'huile de vitriol, l'huile d'antimoine : la première ment appel-
n'est qu'un sel fondu : la seconde est la partie de l'esprit lées huiles.
de vitriol la plus forte & la plus caustique, &
la dernière est un mélange d'esprit acide & d'antimoine.
Pour le sel, je croirais qu'il y en a un dont tous Premier
les autres sont composés; & je penserais qu'il se fait, sel natu-
lors qu'une liqueur acide coulant dans les veines de rel.
la terre s'embarrasse & s'incorpore insensiblement
dans les pores des pierres qu'il dilate & atténue : ensuite
par une fermentation & une coction de plusieurs
années, il se forme un sel qu'on appelle en Latin,
Sal fossile; & il y a beaucoup de vrai-semblance
en cette opinion, puisque du mélange des acides avec
quelque matière alcaline nous retirons tous les jours
par la Chimie, une substance semblable à du sel, or
la pierre est un alcali : on peut ajouter que la fermentation
ou la coction qui se fait dans la pierre pendant
un long temps, achève de lier, de digérer, & en un
mot, de perfectionner l'acide avec les parties de la
pierre pour en faire un sel.
On trouve des mines & des rochers de sel fossile, Origine du
qu'on appelle Gemma, à cause de sa transparence, en du sel gemme.
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plusieurs lieux, comme dans la Catalogne, dans la Pologne,
dans la Perse, dans les Indes : il est tout-à-fait
semblable à celui dont nous nous servons pour nos
Origine du aliments, lequel on appelle Sel marin; de sorte
sel marin. qu'on pourrait dire que les eaux de la mer n'ont pris
leur salure que d'un sel Gemma qu'elles ont dissout.
De plus il y a grande apparence qu'il en soit du fond
& des environs de la mer à peu près comme de la surface
de la terre, qu'il s'y trouve des montagnes, des
rochers, des différentes terres, & par conséquent des
mines inépuisables de sel en un million d'endroits,
que ce sel ait été dissout dans la mer & qu'il l'ait
rendue salée.
Il se peut aussi que les eaux qui après avoir lavé plusieurs
terres salées, se vont perdre dans la mer depuis
si longtemps par une infinité de canaux souterrains
aient beaucoup contribué à cette salure.
Ce qui confirme ma pensée, c'est qu'on trouve des
lacs en Italie, en Allemagne, en Egypte, aux Indes
& en plusieurs autres lieux, qui sont devenus salés,
parce que les eaux qui s'y déchargent ont passé au
travers des mines de sel.
Sel des On voit aussi des fontaines & des puits donner un
fontaines. sel semblable à celui qu'on appelle Sel gemma, parce
que leurs eaux ayant traversé des lieux remplis de ce
sel, en ont fondu & en ont entraîné avec elles une
partie.
Objection. Je ne doute pas que plusieurs n'opposent à cette
opinion, que la mer étant d'une si grande & si vaste
étendue, tout le sel dont nous avons parlé ne semble
pas être suffisant pour la saler.
Réponse Pour répondre a cette objection, je dis que la difficulté
qu'on a de comprendre que la mer prenne sa
salure du sel de la terre, vient de ce qu'on ne voit
pas la quantité des mines de sel comme on voit l'étendue
des eaux de la mer; mais si l'on considère que
la terre en est remplie en des millions d'endroits, &
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D E C H I M I E. 13

s'en décharge incessamment dans la mer, il y aura
lieu de comprendre que la terre contient assez de
sel pour rendre la mer salée, quoiqu'il lui en demeure
toujours une grande quantité.
D'ailleurs, il serait très difficile d'expliquer, suivant
la manière dont nous voyons que se forment les
sels, par quelle autre voie celui de la mer aurait pu
être fait, l'eau seule n'est pas capable de le former
quand le Soleil l'échaufferait perpétuellement & ses
rayons; il faut une proportion d'acide & de terre
joints ensemble, qui ne se rencontre point dans la
mer pour pouvoir faire un sel, mais qui se rencontre
en plusieurs lieux de la terre. On doit donc conclure
que le sel de la mer prend son origine de la
terre.
On peut faire encore une autre objection; c'en que Autre ob-
la mer recevant tous les jours de nouveau sel, elle devrait jection.
aussi augmenter tous les jours en salure, ce qui
ne nous paraît pourtant pas.
Je réponds, que s'il entre beaucoup de sel dans la Réponse.
mer, il en sort aussi une grande quantité par évaporation,
car les vagues se choquant les unes contre les
autres, avec autant de rapidité & de violence qu'elles
font, elles volatilisent & exaltent une partie de
leur sel; ce sel s'étant répandu dans l'air, & étant
chassé par le vent avec les nues, retombe sur les terres, Circulation
& il les peut rendre fertiles en beaucoup d'endroits; naturelle du
il peut même en y recevant de nouvelles matrices sel de la mer.
s'y amasser, s'y fixer, y former des mines de sel
gemme, puis être entraîné derechef par les eaux
de la mer, ou dans les fontaines, ou dans les lacs;
& de cette manière on doit concevoir qu'il s'en est
fait une perpétuelle circulation depuis que le monde
est monde.
Le salpêtre diffère des sels dont nous venons de
parler, seulement en ce qu'il a plus d'esprits : de sorte
que quand on veut prendre la peine d'en exalter
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une partie, ce qui reste est de la même nature du sel
Gemme. L'on me pourrait objecter que le salpêtre
se trouve dans les lieux où l'on n'a vu couler aucune
liqueur acide; mais personne ne peut douter qu'il n'y
ait dans l'air un acide capable, quoi qu'insensible, de
pénétrer les pierres & les terres, puisqu'on remarque
tous les jours, que les terres, dont on a tiré le sel aussi
exactement qu'on a pu, en reprennent de nouveau &
augmentent de poids considérablement lorsqu'elles
ont demeuré quelque temps exposées à l'air : la liqueur
même dont je viens de parler, qui coule dans la terre,
ne peut avoir reçu son acidité que de cet esprit acide
de l'air, qui se résout en certains lieux plus facilement
qu'en d'autres, à cause de la fraîcheur, ou d'une autre
disposition qu'il y trouve.
Origine Je crois donc que le salpêtre est formé dans les
du salpê- pierres & dans les terres par l'acide de l'air, de la
tre. même manière que le sel gemme est formé dans les
mines par la liqueur acide, & que cet acide de l'air
ayant insensiblement pénétré les pierres, s'y fixe &
fait un sel semblable dans le commencement au sel
gemme; mais qu'ensuite de nouveaux esprits acides
volatils s'y accrochent, s'y mêlent & le rendent entre
volatil & fixe. C'est aussi pour cette raison qu'on
retire beaucoup de salpêtre des vieilles masures; car
ayant demeuré longtemps exposées à l'air, elles en ont
reçu l'esprit en plus grande quantité que les autres
pierres : on en retire aussi de la terre des caves & de
plusieurs autres lieux que le Soleil n'échauffe point
parce que l'esprit de l'air se résout facilement par la
fraîcheur & par l'humidité. Je dirai encore quelque
chose sur cette matière en parlant des opérations qui
se font sur le salpêtre.
Origine Les vitriols, les aluns & tous les autres sels qui se
de plus- trouvent naturellement dans la terre, peuvent être
sieurs sels expliqués suivant le même principe car selon que les
naturels. liqueurs acides rencontrent des terres diversement
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D E C H I M I E. 15

composées, il se fait des différentes sortes de matières.
Toutes les terres étant empreintes d'un sel acide;
comme nous avons dit, il n'est pas difficile à concevoir
que le sel qu'on trouve dans les végétaux, leur
ait été communiqué par la terre qui les a produits;
car leur accroissement ne peut provenir que d'un suc Ce qui
salé de cette terre, qui ayant développé la semence par rend les
la fermentation, s'insinue & se filtre dans les fibres qui terres fer-
composent la plante, & si on laisse reposer les terres tiles.
quelques années entre plusieurs autres de culture, c'est
afin qu'elles puissent conserver & retenir le sel qui
leur est incessamment fourni par l'acide de l'air; le
fumier même & les autres choses qui sont dites vulgairement
engraisser les terres, ne les rendent plus
fertiles que par leur sel. On ne doit pas aussi s'étonner Les terres
beaucoup de ce que les terres sablonneuses & pierreuses sablonneuses
demeurent incultes, puisque l'acide de l'air & pierreuses
n'y peut être lié & retenu en assez grande quantité sont incultes
pour les rendre capables de produire comme les autres. & pourquoi les
Il y a néanmoins à observer qu'on trouve des terres trop rem-
terres qui demeurent infertiles par la trop grande plies de sel
quantité de sel qu'elles contiennent, & qu'on est sont infertiles
obligé de mettre du sable sur celles d'Egypte après & pourquoi.
le décroissement du Nil, si l'on veut qu'elles produisent;
parce que ces terres étant si remplies de sels,
que leurs pores en sont bouchés, au contraire d'exciter
la fermentation dans les semences, elles les fixent
& appesantissent si bien, qu'elles ne peuvent
point avoir le mouvement libre pour se raréfier
pour pousser leur tige ! mais quand on y mêle du sable, Le moyen
on divise & on étend le sel en sorte que n'ayant de les ren-
plus autant de force qu'il en avait pour fixer la semence, dre fertiles.
elle se fermente & jette sa plante. On peut voir
par là, qu'une trop grande quantité de sel est pour le
moins autant nuisible pour la fertilité de la terre,
qu'une trop petite, & qu'il en est de même des terres
@

16 C O U R S
comme des autres matières fermentables qui se fermentent
par le moyen d'une médiocre quantité de
sel qui y est mêlée, mais desquels on interrompt la
fermentation quand on y en ajoute beaucoup.
Les sels fi- De plus, toute sorte de sel n'est pas propre à rendre
xes aci- les terres fertiles, il faut que ce soit un sel volatil
des empê- ou approchant du salpêtre, qui serve à la végétation,
chent la un sel trop fixe y serait nuisible & l'on a vu quelquefois
production que les terres qui devaient produire ne produisaient
des végétaux. rien, parce qu'on y avoir jeté du sel marin;
la raison en est que ce sel fixe empêchait la fermentation
qui s'y serait faite.
Les cen- Il arrive néanmoins que les cendres des végétaux,
dres des vé- quoiqu'elles soient remplies de sel fixe, ne laissent
gétaux ren- pas de rendre la terre fertile; c'est ce que les Laboureurs
dent les ter- reconnaissent fort bien en certains pays, où
res fertiles les terres sont trop maigres pour produire longtemps
& pourquoi. sans y être excitées : car ils font brûler de temps en
temps une grande quantité de bois & de mottes de
terre & ils en épandent les cendres sur les terres : or
ce n'est qu'à cause du sel lixivieux qui est dans ces
cendres, que la terre est rendue meilleure.
Mais c'est toujours par la même raison, car le sel
fixe des végétaux qui se tire de la cendre, étant un sel
poreux, comme nous le dirons dans la suite, il se mêle
fort bien avec les esprits ou sels acides de l'air, &
le convertit facilement en salpêtre, de même que
quand nous mêlons de l'esprit de salpêtre avec un
sel alcali, il s'en fait un salpêtre.
Quant au sel marin, il se pourrait faire que par un
long espace de temps qu'il aurait demeuré dans les
terres, il se lierait peu à peu à l'esprit de l'air, & que
s'étant volatilisé par ce moyen, il servirait à rendre
les terres fertiles; mais comme ce sel est très compacte
& très resserré en ses parties, la volatilisation en serait
fort longue, & cependant la fermentation serait
empêchée dans les terres, en sorte qu'elles demeureraient
Il
@

D E C H I M I E. 17

Il y a beaucoup d'apparence que le sel volatil ou Le sel vo-
salpêtreux se lie dans les terres avec une substance latil sulfu-
sulfureuse ou grasse qui est continuellement poussée reux naturel
par une chaleur souterraine vers la surface de la sert beau-
terre. Ce mélange de sel volatil & de soufre peuvent coup à la
beaucoup servir à expliquer la végétation; car végétation.
tout de même qu'ayant mélangé du soufre avec du
salpêtre, la matière est bien plus disposée à s'exalter
par la chaleur, que si le salpêtre & le soufre étaient
séparés; ainsi la partie graisseuse ou bitumineuse de
la terre étant mélangée avec le salpêtre dont toutes
les terres sont remplies, la chaleur souterraine les
fera élever bien plus facilement que si le sel était
seul. Mais voyons ce qui doit arriver de cette exaltation
pour la production des Plantes.
Une partie de ce sel sulfureux, dont nous venons
de parler, trouvant de la semence dans la terre en
s'élevant, il s'y attache & y excite la fermentation,
c'est-à-dire, qu'ayant ramolli les parties de cette semence,
il la dispose à se développer. Or il est constant
& l'on en a été convaincu par le moyen des Microscopes,
que chaque grain de semence contient la plante
en petit avec toutes ses parties; ce développement
donc ne se fait que parce que les sels sulfureux entrant
par les pores de la racine de cette petite plante,
s'insinuant par leur volatilité tout le long des fibres
qui la composent, ils font épanouir ce qui était
auparavant confus à notre égard.
Ces sels n'entrent point par le haut de la Plante
pour venir vers la racine, quoique la racine soit quelquefois
en haut & la tige en bas, parce que les pores
de la tige ne sont pas d'une figure propre pour
les recevoir au lieu que ceux de la racine y sont
disposés.
La volatilité de ces sels fait aussi que la tige, quoiqu'elle
soit en bas, se relève & suit leur pente qui est
de monter toujours, c'est ce qui étendant & allon-
B
@

18 C O U R S
geant les fibres de la plante, la fait croître jusques à
une certaine hauteur.
D'où vient Il y a apparence que cette substance graisseuse de
l'huile des terre s'insinuant avec le sel, comme nous avons dit,
végétaux. fait l'huile du mixte, car nous voyons que les matières
qui sont les plus propres à rendre les terres capables
de produire, sont remplies de sel volatil &
d'huile, comme le fumier, les urines, les plantes
pourries.
Comment Il est bon de remarquer ici, que le sel agit autrement
le sel agit que l'huile pour empêcher la fermentation ou
pour con- la corruption de la matière avec laquelle on le mêle
server les car non seulement il en bouche les pores en sorte que
corps. l'air n'y peut entrer, mais il s'insinue & s'y tient fiché
par ses parties pointues, faisant comme autant
de petits pilotis qui arrêtent le mouvement & la raréfaction;
c'est pourquoi les viandes & les autres
choses qu'on sale pour les conserver, demeurent toujours
fermes & compactes.
On retire des végétaux trois sortes de sels, un sel
acide appelé essentiel, un sel volatil & un sel fixe;
le premier est quelquefois semblable au salpêtre, &
d'autres fois au tartre, selon qu'il est plus ou moins
Le sel es- rempli de terre : ce sel se tire du suc de la plante,
sentiel est comme nous avons dit : car après avoir exprimé &
naturel. purifié ce suc, on le met dans un vaisseau en un lieu
frais pendant quelques jours sans le remuer, & le sel
s'y cristallise tout au tour; on peut dire que ce sel acide
est le véritable sel qui était dans la plante, puisque
les moyens qu'on a employés en le tirant, sont
naturels & incapables de changer sa nature : mais on
n'en peut pas dire de même des deux autres; car eu
égard à la violence du feu dont on s'est servi pour les
faire, & aux effets qu'ils produisent, il y a une grande
apparence qu'ils ont été déguisés par le feu, comme
Sel volatil nous dirons dans la suite.
des plantes. Le second sel ou le sel volatil des plantes se tire
@

D E C H I M I E. 19

ordinairement des semences ou des fruits fermentés :
il ne diffère quand il est encore dans le végétal, d'avec
le sel essentiel, qu'en ce qu'ayant été élevé plus
haut que lui par les esprits, il s'est rendu plus volatil.
La fermentation qu'on excite dans les fruits qui
ont été pilés, aide fort aussi à volatiliser le sel : car elle
le met en agitation, & elle lui donne beaucoup plus
de disposition à se détacher qu'il n'avait; mais il arrive
que dans la grande circulation, ou dans le perpétuel
mouvement où est ce sel, il se mêle si bien avec
les huiles dont les fruits & les semences sont remplies,
qu'on ne peut l'en séparer par la cristallisation du suc,
comme l'on sépare celui qu'on retire des autres parties
de la plante; il faut donc avoir recours au feu.
On distille par la cornue, le fruit ou la semence qui
contient le sel volatil, comme nous dirons en son
lieu; il en vient premièrement de l'eau, puis une
huile, & enfin on augmente le feu très fortement,
pour faire sortir dans le récipient un sel très piquant,
désagréable à l'odorat, &qui s'envole facilement. Il Le sel vo-
est apparent que le feu a changé ou procuré quelque latil est dé-
chose à ce sel : car quand il était dans la plante, il guisé par
n'avait aucune odeur qui approche de celle qu'il a le feu.
apportée de la distillation : mais ce qui montre encore
qu'il s'est fait un déguisement, c'est que ce sel étant
mêlé avec un acide, il paraît en même temps une
ébullition ou une effervescence qui dure jusqu'à ce
que le sel ait été tout à fait pénétré, ce qui ne lui arrivait
point quand il était dans son état naturel. Cette
ébullition lui a fait donner le nom d'alcali volatil, Sel vola-
pour le discerner de l'alcali fixe, duquel nous parlerons til des
dans la suite. Les Chimistes ont voulu que ce plantes al-
sel volatil alcali fût dans la plante,_comme on le retire; cali.
c'est-à-dire, qu'ils ont mis ce sel pour une espèce
différente qui était cachée sous l'acide, & qui ne s'est
manifestée que lors qu'on l'a développée par le feu :
mais cette opinion n'est prouvés par aucune expérien-
B 2
@

20 C O U R S
ce à laquelle on puisse ajouter foi : car quelque anatomie
qu'on fasse de la plante sans se servir du feu, on
n'y voit qu'un sel acide. On me dira sans doute, que
les moyens dont on se sert pour anatomiser les plantes
jusques dans leurs sels, sont trop faibles quand ils ne
sont pas aidés du feu qui est le grand disséquant : mais
si l'on veut considérer sans préoccupation comment le
feu agit, on avouera qu'il détruit & confond la plupart
des choses qu'il dissèque, & qu'il n'y a pas lieu
de croire qu'il rende les substances en leur état naturel,
principalement quand il est poussé avec une force
pareille à celle qu'il faut pour tirer ce sel. Ainsi je ne
vois pas qu'il y ait de nécessité de multiplier ici les
espèces, en admettant plusieurs sortes de sels dans la
plante, & je crois avec plus de vrai-semblance que le
sel volatil alcali est une partie du sel acide essentiel
dont nous avons parlé, qui ayant été premièrement
volatilisé & ensuite pressé par la violence du feu, a
entraîné avec lui une portion d'huile brûlée & une
matière terrestre calcinée. Cette huile brûlée est ce
qui a rendu ce sel si désagréable à l'odeur, & la matière
Pourquoi terrestre avec laquelle il s'est intimement uni, l'a
le sel vo- fait changer de nature en rompant ses pointes, & en
latil est le faisant plus poreux qu'il n'était; c'est cet élargissement
fétide & de pores qui rend ce sel susceptible des impressions
alcali. de la liqueur acide, & qui cause l'effervescence
car les pointes de l'acide qui sont dans une agitation
perpétuelle entrent dans les pores de ce sel, & n'y
trouvant pas une liberté entière de se mouvoir, elles
en écartent & en rompent les parties avec violence
pour avoir leur mouvement libre. Il se peut faire
aussi que cette chaux ou terre calcinée ait retenu des
particules de feu & que les pointes de l'acide ayant
commencé à ouvrir les pores du sel, ces petits
corps de feu, qui sont dans un mouvement impétueux,
poussent précipitamment en brisant toutes
leurs petites prisons, que ce soit là la cause de la
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D E C H I M I E. 21

violente ébullition qui arrive. Ceux qui sont préoccupés
des opinions des anciens Chimistes, auront peut-
être peine à goûter ce sentiment nouveau; mais je
m'assure que si l'on se donne la peine d'examiner de
près ce que j'ai dit, & de faire des expériences sur les
sels des plantes, on trouvera que mon raisonnement
approche assez près de la vérité.
Le dernier sel ou le sel fixe des plantes reste joint Sel fixe
avec la partie terrestre après la distillation des autres des plan-
substances. On retire la matière de la cornue, & on tes.
la calcine à feu ouvert, afin de la purifier de la suie
qui la rend noire, puis on tire un sel par la lessive,
comme nous avons dit : ce sel est appelé fixe en comparaison
des autres, parce que le feu ne le fait pas
sublimer.
Il est à remarquer qu'à cause qu'on tire beaucoup Origine
de cette espèce de sel, d'une plante qu'on appelle Kali, du mot
& en Français Soude, on a donné pour similitude, le d'Alcali.
nom d'Alcali au sel fixe de toutes les plantes; & que
parce qu'en mêlant une liqueur acide avec ce sel, il
se fait une effervescence, on a appelé alcali tous les
sels volatils ou fixes, & toutes les matières terrestres
qui fermentent avec les acides.
Les Chimistes ont assuré, sans toutefois beaucoup
de fondement, que dans ces matières terrestres, dans
les métaux, dans les coraux, dans les perle , & généralement
dans tous les corps qui fermentent avec les
acides, il y avait un sel alcali caché qui est un des
principes de la fermentation, c'en pourquoi ils ont
appelé ces mixtes, des alcali : mais comme l'on ne On ne re-
peut retirer de ces mixtes-là aucun sel qui puisse prouver tire point
cette opinion, & qu'il n'y a rien d'ailleurs qui de sel des
m'oblige à la recevoir, il me sera permis aussi d'imaginer matières
tout autrement qu'ils n'ont fait, & il me semble alcalines.
qu'en prenant justement le contraire de ce qu'ils ont
établi, je réussirai mieux dans mes explications.
Suivant donc toujours mon principe, je crois au
B 3
@

22 C O U R S
contraire que l'ébullition de l'acide & de l'alcali vienne
d'un sel qu'on prétend être dans les matières terrestres,
que les matières terrestres sont elles-mêmes
les alcali, & que les sels ne se font point ordinairement,
s'ils n'ont été poussés par le feu & réduits en
forme de chaux. J'ai prouvé en parlant du sel volatil,
que le feu changeait extrêmement les substances;
& comme j'ai montré qu'il y avait lieu de croire
qu'il n'y a qu'une espèce de sel dans la plante, & que
le sel volatil est un déguisement fait par le feu, je
poursuivrai de même & je dirai qu'il n'y a point de
Le sel ren- sel alcali fixe dans la plante; mais que par la calcination,
du alcali le feu a fixé une portion du sel acide essentiel
par le feu. avec des terrestréités qui ont rompu le plus subtil de
ses pointes & l'ont rendu poreux & en forme de
chaux; c'est à cause de ces pores que cette espèce de
sel se liquéfie si facilement quand on l'expose a l'air;
mais afin d'éclaircir cette matière, il faut considérer
le plus exactement que nous pourrons, ce que c'est
qu'Acide & Alcali.
Comme on ne peut pas mieux expliquer la nature
d'une chose aussi cachée qu'est celle d'un sel, qu'en
admettant aux parties qui le composent, des figures
Définition qui répondent à tous les effets qu'il produit; je dirai
de l'acide. que l'acidité d'une liqueur consiste dans des particules
de sel pointues lesquelles sont en agitation;
je ne crois pas qu'on me conteste que l'acide n'ait de
pointes, puisque toutes les expériences le montrent;
il ne faut que le goûter pour tomber dans ce sentiment;
car il fait des picotements sur la langue semblables
ou fort approchants dé ceux qu'on recevrait
de quelque matière taillée en pointes très fines mais
une preuve démonstrative & convaincante que l'acide
composé de parties pointus, c'est que non seulement
tous les sels acides se cristallisent en pointes,
mais toutes les dissolutions de matières différentes
faites par les ligueurs acides, prennent ce figure
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D E C H I M I E. 23

dans leur cristallisation. Ces cristaux sont composés
de pointes différentes en longueur & en grosseur les
unes des autres, & il faut attribuer cette diversité aux Différents
pointes plus ou moins aiguës de différentes sortes acides.
d'acides; c'est aussi cette différence en subtilité de
pointes qui fait qu'un acide pénètre & dissout bien
un mixte qu'un autre ne peut pas raréfier : ainsi le vinaigre
s'empreint du plomb que les eaux fortes ne
peuvent dissoudre; l'eau forte dissout le mercure, &
le vinaigre ne le peut pénétrer; l'eau régale est le
dissolvant de l'or, & l'eau forte n'y fait point d'impression
: l'eau forte au contraire dissout l'argent &
elle ne touche point à l'or; & ainsi du reste.
Pour ce qui est des Alcali, on les reconnaît quand Définition
on verse de l'acide dessus; car aussitôt ou peu de de l'alcali.
temps après, il se fait une effervescence violente qui
dure jusqu'à ce que l'acide ne trouve plus de corps à
raréfier. Cet effet peut faire raisonnablement conjecturer
que l'alcali est une matière composée de parties
raides & cassantes dont les pores sont figurés de façon,
que les pointes acides y étant entrées, elles brisent
& écartent tout ce qui s'oppose à leur mouvement,
selon que les parties qui composent cette
matière sont plus ou moins solides : les acides trouvant
plus ou moins de résistance, ils font une plus
forte ou une plus petite effervescence : ainsi nous
voyons que l'effervescence qui arrive en la dissolution
du corail est bien moins violente que celle qui
se fait en la dissolution de l'argent.
Il y a autant de différents alcali, comme il y a de Différents
ces matières qui ont des pores différents, & c'est la raison alcali.
pourquoi un acide fera fermenter une matière,
& il n'en pourra pas faire fermenter une autre; car
il faut qu'il y ait de la proportion entre les pointes
acides & les pores de l'alcali.
L'Alcali étant ainsi établi, on n'aura pas besoin de
recourir à une espèce de sel imaginaire de la plante
B 4
@

24 C O U R S
pour observer l'effervescence, & l'on concevra facilement,
que si le sel alcali est rempli d'une matière
terrestre qui le rende poreux comme les autres alcali,
il doit exciter l'effervescence. On peut ajouter ici ce
que j'ai dit en parlant de ses sels volatils, que les parties
du feu sortant des pores du sel alcali où elles
avaient été renfermées dans la calcination, contribuent
beaucoup à faire cette effervescence; & en effet,
lorsqu'on jette un acide de vitriol ou de l'eau
forte sur un sel alcali, il se fait une aussi forte ébullition,
que si l'on jetait cette liqueur sur du feu.
Sels salé. Quant à ce qu'on appelle sel salé, c'est un mélange
d'acide & d'alcali, ou plutôt un alcali saoulé & rempli
d'acide.
Les sels Les sels acides ne bouillonnent que rarement avec
acides sont les liqueurs acides, parce que leurs pores étant fort
parfois al- petits, les acides ordinaires ne les peuvent point pénétrer
kali; : mais il se rencontre quelquefois des acides
dont les pointes sont assez fines & proportionnées
pour trouver une entrée dans les petits pores de ces
sels, & pour y faire leurs secousses. Alors ces sels quoi
qu'acides, peuvent être dits alcali à l'égard de ces sortes
d'acides. C'est ce qui arrive au sel marin qui est
acide; car quoiqu'il ne bouillonne point ni avec l'esprit
de sel, ni avec l'esprit de nitre, ni avec l'esprit
d'alun, ni avec l'esprit de vitriol; si vous le mêlez
avec de l'huile de vitriol bien forte, il se fera effervescence.
On peut donc dire que les sels acides sont
alcali l'un à l'égard de l'autre, parce que n'y ayant
point de corps qui ne soit poreux, & se trouvant des
acides d'une subtilité extraordinaire, il y en aura
peu qui ne soient pénétrables.
Fermenta- La fermentation qui arrive à la pâte, au moût &
tion de la à toutes les autres choses semblables, est différente de
pâte. celle dont nous venons de parler, en ce qu'elle est bien
plus lente : elle est excitée par le sel acide naturel de
ces substances, lequel se dégageant & s'exaltant par
@

D E C H I M I E. 25

son mouvement, raréfie & élève la partie grossière
huileuse qui s'oppose à son passage, d'où vient qu'on
voit soulever la matière.
La raison pour laquelle l'acide ne fait pas fermenter
les choses sulfureuses avec tant de bruit & tant
de promptitude qu'il fait fermenter les alcali, c'est
que les huiles sont composées de parties pliantes qui
cèdent à la pointe de l'acide, comme un morceau
de laine ou de coton céderait à des aiguilles qu'on
pousserait dedans.
Il y a encore à remarquer, que l'acide & l'alcali
se détruisent tellement dans leur combat, que quand
on a versé peu à peu autant d'acide qu'il en faut pour
pénétrer un alcali dans toutes ses parties, il n'est plus
alcali, quoique vous le laviez pour le priver d'acide,
parce qu'il n'a plus les pores disposés comme il avait :
& l'acide rompt ses pointes en sorte, principalement
dans les alcali bien compactes, que quand on le veut
retirer, il a perdu presque toute son acidité, & il retient
seulement une âcreté; mais le soufre ou l'huile
étant composé de parties molasses & rameuses, ne fait
que lier l'acide, en sorte qu'on le peut retirer de plusieurs
matières sulfureuses à peu près comme il y
était entré.
Les animaux nous donnent deux sortes de sel, un Sel volatil
volatil & l'autre fixe; le premier s'y rencontre en des ani-
plus grande quantité que l'autre, parce que les animaux maux.
abondent en esprits, qui circulant incessamment,
le volatilisent; ce sel est peu différent du sel
volatil des semences & des fruits, lequel se tire
comme lui par la cornue; il en a l'odeur, le goût,
& les vertus en approchent fort; il se conserve plus
longtemps sec, parce qu'il a enlevé plus de sel fixe
que l'autre. Quant au sel fixe, on en tire très peu
& en plusieurs animaux il ne s'en rencontre point du
tout; on le retire comme le sel fixe des plantes; ces
deux sels sont alcali.
@

26 C O U R S
On ne On ne trouve dans les parties ni dans les sucs des
trouve animaux qui n'ont point encore passé par le feu, aucun
point de sel qui puisse être appelé alcali; nous y remarquons
sel alcali bien une sérosité salée, mais ce sel est acide;
dans les c'est un sel qui vient sans doute des aliments dont l'animal
animaux s'est nourri. Or comme nous avons montré qu'il
qui n'ont n'y avait dans les terres ni dans les végétaux qu'un
point passé sel acide, nous pouvons dire qu'il en est de même
par le feu. dans les animaux, & d'autant plus que nous n'en trouvons
point d'autre dans leur état naturel, les sels alcali
qu'on en tire, ne sont qu'un déguisement du sel
acide fait par le feu qui y mêle des matières terrestres
en la même disposition que nous avons dit en parlant
des alcali des plantes; mais comme dans les animaux
il y a plus de mouvement à proportion que dans les
semences, les esprits exaltent presque tout le sel; c'est
ce qui fait qu'on trouve moins de sel fixe dans les
animaux que dans les plantes.
On trou- Il faut pourtant observer qu'il se rencontre dans
ve des ma- les animaux des matières terrestres qu'on peut appelles
tières al- des alcali, parce qu'elles font précipiter des corps
calines dissouts par des liqueurs acides : ainsi nous voyons
dans les que l'urine bien chaude fait précipiter avec ébullition
animaux. le mercure dissout par l'esprit de nitre; ce qui ne
peut venir que des matières terrestres de l'urine, lesquelles
étant en grande agitation par la chaleur, rompent
les pointes de l'esprit de nitre; & l'on ne doit
pas attribuer cet effet au sel naturel de l'urine puisqu'il
fait précipiter en d'autres opérations des matières
dissoutes par des alcali; par exemple le soufre dissout
par la chaux est précipité par l'urine.
Mais supposé qu'il se rencontrât quelquefois du
sel alcali dans les animaux, il en faudrait attribuer
l'origine à la circulation, qui aurait pu mêler intimement
des matières terrestres dans les pores du sel acide,
& le rendre poreux , comme il se fait par le
feu.
@

D E C H I M I E. 27

Quant à ce que plusieurs disent que la bile fait effervescence
comme un alcali, quand on jette dessus un
acide, c'est faute de l'avoir expérimenté, car on n'y
remarque d'abord aucune effervescence. Je ne veux
pas néanmoins dire que l'acide n'excite point du tout
de fermentation dans la bile, dans le sang & dans
plusieurs parties du corps, car il en peut exciter très
souvent; mais c'est de la même manière qu'il le fait
dans le moult, dans la bière & dans les autres liqueurs
semblables. J'ai expliqué cette sorte de fermentation.
Il ne faut pas omettre de parler de la coagulation De la coa-
qui se fait dans le lait après une fermentation gulation
excitée, ou par la chaleur, ou par un acide qu'on du lait.
verse dessus.
Il me semble qu'il n'est pas besoin de séparer ici un
sel alcali qui fermente avec l'acide de cette liqueur,
comme plusieurs font pour expliquer cet effet, puis
que si l'un considère la composition naturelle du lait,
on verra que ce n'est qu'une substance grasse qui surnage
un sérum, & qui n'y étant mêlée que superficiellement,
par l'intermission de quelque quantité de
sel, est en état de s'en séparer dès que ce sel a acquis
un peu plus d'agitation qu'il n'en avait par la fermentation,
ou qu'on augmente sa force par un acide
qui est de sa même nature. Ainsi quand une chaleur
d'Eté ou celle du feu a excité l'acide du lait à se mouvoir,
ou qu'on en a versé dessus, les pointes de l'acide
écartent la substance graisseuse pour avoir leur
mouvement libre dans le sérum, & font ramasser en
forme de caillé tout ce qu'il y avait de beurre & de
fromage dans le lait. Or il ne faut pas s'étonner que
ce caillé se précipite, principalement quand on a versé
de l'acide sur le lait, puisqu'outre la pesanteur qu'il
a acquise en s'accumulant, une partie des pointes acides
s'y mêle & en augmente le poids; car selon que
l'acide qu'on a jette sur le lait, est plus ou moins fort,
@

28 C O U R S
le caillé se précipite plus ou moins.
On me dira peut être pas que l'acide étant toujours
la cause de la coagulation du lait, il n'y a guère d'apparence
qu'un sel de la même nature soit capable de
faire l'union du sérum avec la partie graisseuse.
Mais il faut remarquer ici, qu'encore qu'il y ait de
l'acide dans le lait (comme on n'en peut pas douter,
puis qu'il s'aigrit en vieillissant) cet acide est comme
lié & naturellement embarrassé dans les parties rameuses
de l'huile, en sorte qu'il y perd son mouvement,
& qu'il ne peut y agir qu'en rendant l'huile plus
raréfiée & plus propre à se mêler avec le sérum; c'est
aussi du mélange proportionné de ce sel, de l'huile &
du sérum que se forme la partie graisseuse ou caséeuse
du lait.
En voici suffisamment pour soutenir ce que j'ai
avancé, qu'il n'y avait qu'un sel acide dans la nature,
duquel les autres sels prennent leur origine, & que le
sel alcali n'existe point naturellement dans le mixte.
L'on goûtera encore mieux mon raisonnement dans
les opérations de Chimie dont je vais donner la description
& l'on verra qu'avec ce principe, que je
puis dire le plus naturel & le plus débarrassé de tous
ceux qu'on a donnés jusqu'à présent, je rendrai des
raisons assez sensibles de plusieurs phénomènes qui
étaient inexplicables à ceux qui suivent les principes
communs. Passons aux principes passifs.
Remar- Le phlegme qui se rencontre dans les mixtes, est
ques sur une portion de l'eau dont la terre était imbue, qui
les prin- entrée dans leur composition naturelle avec les autres
cipes pas- principes : il sert beaucoup pour l'accroissement
sifs. de ces mixtes car non seulement il rend les principes
actifs coulants & en état de s'insinuer dans tous les
pores de la matière, mais aussi en tempérant leur agitation,
il empêche qu'ils ne se dissipent; à la vérité
quand il se rencontre en grande quantité dans le mixte,
il affaiblit beaucoup les principes, en sorte qu'ils
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D E C H I M I E. 29

paraissent comme noyés; mais on les revivifie par la
Chimie.
Ce phlegme serait comme de l'eau commune si le Le Phleg-
feu par le moyen duquel on le sépare, n'élevait & me contient
n'y confondait toujours inséparablement une petite toujours un
portion des principes actifs; c'est ce qui fait qu'il retient des princi-
quelque vertu du mixte dont il est tiré. pes actifs.
Le phlegme est le principe qui sort le premier dans
la distillation des mixtes dont les substances actives
sont bien unies & bien liées, comme dans le vitriol,
dans le nitre, dans les vipères, dans la corne de cerf,
dans le tartre, dans les plantes, qui ne sont point odorantes,
parce qu'il se trouve détaché, & que le feu le
pousse avec facilité comme le plus léger : mais il ne
sort pas le premier quand il est mêlé avec les sels volatils
désunis, ou avec l'esprit de vin, ou dans plusieurs
mixtes odorants, car alors les substances huileuses
ou salines volatiles étant plus légères que lui,
le feu les enlève les premières.
Plusieurs mettent le phlegme entre les principes Phlegme
actifs, parce qu'il est souvent un dissolvant; qu'il estimé par
met en chaleur l'huile de vitriol, & la fait mieux agir plusieurs
sur le mars qu'elle ne ferait étant seule qu'il fait principe
échauffer & bouillir la chaux étant versé dessus à froid, actif.
& qu'il produit plusieurs autres effets semblables :
mais suivant ce raisonnement il n'y aurait point de
principe passif, car la terre ou tête morte agit aussi à
sa manière, elle étend ce qu'on y mêle; elle cause un
bouillonnement aux acides; elle donne occasion à
des fermentations & à des élaborations qui se font
tous les jours naturellement; & par son astriction
elle absorbe & arrête le sang & les autres humeurs
qui coulent avec trop de force.
On doit entendre par principe passif une substance
qui ne donne rien de soi, mais qui est en état de
recevoir, & dans laquelle les substances salines s'étendent
à la vérité, mais n'en tirent point de vertu.
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30 C O U R S
Ainsi quand le phlegme est un dissolvant, c'est pour
une matière qui se délaie facilement d'elle-même, où
le dissolvant n'a point besoin de pénétrer. S'il échauffe
l'huile de vitriol & lui donne de la facilité à agir
sur le mars, c'est parce que les parties de ce fort acide
qui étaient trop ramassées s'étendent, & se développant
donnent lieu aux corpuscules ignées de se mettre
plus en mouvement & aux pointes acides de pénétrer
le métal : s'il donne de la chaleur & du bouillonnement
à la chaux vive, c'est parce que les parties
de cette pierre calcifiée s'y raréfient, & donnent issue
à des petits corps de feu qui y étaient renfermés
pour en sortir violemment, comme je l'expliquerai
au Chapitre de la Chaux. On peut donc dire que
tous ces effets qu'on attribue au phlegme ne sont
Phlegme qu'accidentels. Au reste cette question peut être regardée
partici- comme problématique mais il importe peu
pant de pour la Chimie que le phlegme soit principe actif ou
l'actif & passif, ou participant de l'actif & du passif, comme
du passif. veulent quelques-uns.
La terre qu'on retire des mixtes est le plus souvent
une portion de celle qui leur a servi de matrice : elle
s'unit, se dissout & se mêle infiniment avec les autres
principes, & ensuite elle les fixe & les arrête;
s'en élève aussi une petite quantité quand les substances
se subliment par les pores du mixte pour servir à
il se fait encore de la terre par la coagulation
qui fait le mélange des liqueurs chargées
de différents sels, comme d'alcali & d'acide.
La terre sert de base, de fondement & de soutient
aux autres principes, c'est elle qui les assemble, qui
les unit & qui leur donne de la solidité; elle est appelée
tête morte ou terre damnée après qu'on en a retiré
les principes actifs; ce nom de tête vient de ce
qu'avant qu'être séparée, elle renferme les parties
spirituelles & essentielles du mixte, de même que la
tête de l'animal renferme les esprits les plus subtils.
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D E C H I M I E. 31

Quant aux épithètes qu'on lui donne de morte & de
damnée, on a voulu faire entendre par là, qu'étant
dépouillée de tout ce qu'elle contenait de principes
actifs, elle n'est plus en état de produire d'elle même
aucun effet. On pouvait pourtant être plus charitable
envers cette pauvre terre, & ne la damner pas
si facilement; mais sans doute que l'origine de cette
dénomination vient de quelque Alchimiste de mauvaise
humeur, qui n'ayant pas trouvé ce qu'il cherchait
dans la terre des mixtes, lui donna sa malédiction.
On ne peut pas appeler à juste titre la terre qu'on
retire des mixtes tête morte, parce qu'il est comme
impossible de la séparer si bien des autres principes,
qu'il n'y en reste toujours de l'impression, & c'est
pourquoi les terres sont différentes les unes des autres
& elles peuvent encore servir en plusieurs occasions.
Quand même on pourrait priver la terre qu'on
retire des mixtes de toute impression, elle ne laisserait
pas d'avoir ses usages, parce qu'elle serait toujours
alcaline & propre à mortifier les acides.
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Des Fourneaux & des Vaisseaux propres pour opérer
en Chimie.

M on dessein n'est pas de rapporter ici avec
exactitude toutes les espèces de fourneaux &
de vaisseaux que les Artistes ont inventés pour travailler
en Chimie; il y en aurait assez pour faire un
gros volume; je décrirai seulement ceux avec lesquels
on peut venir à bout de toutes les opérations, renvoyant
les curieux qui en voudront être instruits plus
en détail, dans les Laboratoires, où ils apprendront
plus sur cette matière, qu'ils ne feraient en consultant
tous les Livres.
On divise les fourneaux en fixes & en portatifs; les Division
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32 C O U R S
générale fourneaux fixes sont ceux qui tiennent à terre, &
des four- qu'on ne peut enlever de leur place sans les rompre;
neaux. les fourneaux portatifs sont ceux que l'on peut transporter
où l'on veut.
Fourneau Le fourneau qui est le plus en usage parmi les Chimistes,
de réver- est celui qu'on appelle fourneau de Réverbère;
bère fixe, il doit être assez grand pour qu'on y place une
& sa com- grande cornue servant a la distillation des esprits acides
position. & de plusieurs autres choses. Ce fourneau doit
être fixe : on le composera de briques qu'on joindra
avec le lut fait d'une partie d'argile, d'autant de fiente
de cheval, & de deux parties de sable, le tout détrempé
dans de l'eau : les briques seront élevées à double
rang, afin que le fourneau étant bien épais, la
chaleur y soit retenue plus longtemps; le cendrier serra
haut d'un pied; & la porte tournée, s'il est possible,
du côté d'où vient l'air, afin qu'en l'ouvrant le
feu soit allumé ou augmenté facilement; le foyer ne
sera pas justement si haut, on mettra dessus deux barres
de fer de la grosseur d'un pouce, lesquelles serviront
à soutenir la cornue, & on élèvera encore le
fourneau à la hauteur d'un pied ou environ, en sorte
Dôme. qu'il cache la cornue. On adaptera dessus un dôme ou
qui aura un trou au milieu avec sou bouchon
Petite che- & une petite cheminée haute d'un pied pour
minée du mettre sur ce trou quand il est débouché, & quand
dôme. on veut exciter une grande chaleur; car la flamme se
conservant par le moyen de cette petite cheminée, il
en réverbère davantage sur la cornue. Ce dôme sera
composé de la même pâte que nous allons décrire en
parlant des fourneaux portatifs.
Voyez à Il est nécessaire d'avoir plusieurs fourneaux de la façon
la planche susdite : mais il faut les faire de diverses capacités
première. pour travailler commodément selon la grandeur
du vaisseau qu'on y veut placer : car afin que le feu
agisse bien sur une cornue, il n'y doit avoir qu'un
doigt d'espace autour, entre elle & le fourneau. Ces
fourneaux
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D E C H I M I E. 33

fourneaux peuvent servir aussi à distiller par le réfrigérant,
aux bains-marie, de vapeur, de sable; car
on peut poser l'alambic de cuivre sur les barres, lors
qu'on veut distiller par le réfrigérant. Il est facile de
faire la même chose du bain-marie. Pour le sable, il
faut poser un plat de fer ou de terre sur les barres, &
mettre du sable dedans, afin qu'on en puisse entourer
le dessous & les cotés du vaisseau qu'on veut échauffer.
On peut aussi faire un fourneau qui contienne plusieurs Fourneaux
cornues qu'on veut échauffer par un même feu; à plusieurs
ce fourneau sera composé comme les précédents; mais cornues,
il sera grand, en sorte que les cornues y soient placées planche
commodément, & que le feu qu'on mettra par une première.
seule porte dans le foyer, puisse agir sur tous les
vaisseaux.
Si l'on veut faire ce fourneau assez grand pour contenir
six ou douze cornues, il faut le construire en
long, & que la porte soit à un des bouts. J'ai remarqué Grand
que dans ces grands fourneaux il n'est pas nécessaire fourneau
de grille ni de cendrier pour faire les distillations, à réverbè-
parce qu'on y met beaucoup de bois qui brûle re sans
suffisamment pour échauffer les cornues qu'on a mises grille.
dedans, pourvu qu'à l'autre bout de la porte on
laisse un trou au dôme de la grosseur du poing, qui
serve à donner de l'air au feu, & à faire sortir la fumée
du bois. Le fourneau sans grille consume bien
moins de bois & de charbon que celui où il y en a;
ainsi l'on peut dire qu'on en ménage considérablement
par cette circonstance, principalement dans les
distillations qui durent trois ou quatre jours. Le foyer
doit être assez spacieux, & au-dessus on mettra des
barres de fer assez grosses pour soutenir les cornues
d'un côté & d'autre: si le fourneau est à douze cornues,
on mettra six barres de fer en travers; s'il n'est qu'à six
cornues, on n'en mettra que trois. On fermera l'ouverture
du foyer avec une porte de fer faite exprès,
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34 C O U R S
afin de conduire son feu comme il en sera besoin, en
Planche bouchant & débouchant le fourneau : il est bon aussi
seconde. de faire un rebord au fourneau pour poser les récipients,
comme vous le pouvez voir dans la figure. Les
cornues ordinaires ne sont pas si commodes pour cette
de fourneau que celles qu'on appelle cuines,
Récipients dont je parlerai ci-après. Les récipients doivent être
de grès. d'une façon particulière, afin qu'ils ne tiennent point
trop de place : je donne les figures de l'un & de l'autre
dans la planche seconde.
Dôme. Le dôme de ce fourneau pourrait être fait de la même
du grand manière que les autres en deux ou trois pièces qui
fourneau se joindraient, de peur qu'étant trop grand il ne se
de réver- rompît : mais je me trouve mieux de faire un dôme exprès
bère. à chaque distillation avec des tuiles qu'on pose
Lut pour sur les cornues, & on les enduit d'un lut composé avec
le dôme. des cendres communes criblées & détrempées dans
de l'eau; ce lut peut être gardé prés la distillation
pour servir en d'autres occasions pareilles, le détrempant
avec de nouvelle eau.
Fourneau Pour les fusions, il faut bâtir un fourneau de la même
de fusion matière & de la même forme que les précédents,
fixe. excepté qu'il n'y faut point les deux barres de fer
qu'on avait mises aux autres pour soutenir le vaisseau.
Four- Les fourneaux portatifs seront composés d'une pâte
neaux de faite avec trois parties de pots cassés mis en poudre,
réverbère & deux parties de terre grasse, le tout détrempé en
portatifs, eau. Leur construction sera pareille à celle des fourneaux
planche de réverbère. On pourra même faire des trous
cinquième. par où l'on passera des barres de fer qui soutiendront
la cornue, afin qu'on les puisse retirer facilement
quand on voudra se servir de ce fourneau pour mettre
quelque matière en fusion. Un fourneau de cette
Fourneau construction, soit fixe, soit portatif, est appelé fourneau
polychres- polychreste, parce qu'il peut servir à plusieurs,
te. sortes d'opérations.
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D E C H I M I E. 35

Il est bon aussi d'avoir pour les fusions un fourneau Fourneau
portatif de la même matière que les autres. Il sera de fusion
rond & posé sur un trépied, il aura une seule grille au planche
fond & six registres ou trous aux côtés, pour donner première.
plus d'air au feu. On fera un dôme de la même matière
pour mettre dessus, & une espèce de petite cheminée
de terre pour poser sur le trou du dôme, afin
que la force du feu se conserve plus longtemps; voyez-
en la figure dans la planche première.
On doit toujours faire entrer le sable ou les pots
cassés, ou quelque chose de semblable dans la pâte
qui sers à construire les fourneaux tant fixes que portatifs,
afin d'empêcher qu'il ne s'y fasse des crevasses
en séchant : car ces matières rendent l'argile ou terre
grasse plus poreuse; l'humidité trouve bien plus de
facilité à sortir.
On pourrait encore pour la construction des fourneaux
fixes, employer la chaux détrempée avec le sable,
& mettre des pierres au lieu de briques; mais
comme il est besoin dans les opérations d'augmenter
ou de diminuer la capacité du fourneau pour le proportionner
aux vaisseaux qu'on met dedans, la déscription
que nous avons donnée est plus commode
parce qu'on peut très facilement rompre & établir les
fourneaux sans l'aide d'un Maçon.
Un petit fourneau de fer avec sa marmite, & un Petit four-
couvercle du même métal est commode pour plusieurs neau de
opérations : cette marmite peut servir d'un bain-marie, fer, planche
& d'un bain de vapeur quand on n'en a point troisième.
d'autres : on peut aussi l'employer pour distiller par
un alambic aux feux ou bains de sable, de cendre ou
de limaille de fer. Voyez-en la figure dans la planche
troisième.
Il faut aussi avoir un grand fourneau de fer, sur lequel Bain marie
on posera un bain-marie de cuivre, pour distiller son fourneau,
à quatre cucurbites en même temps. Il y aura au planche
milieu de ce bain-marie un tuyau dont le haut sera sixième.
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36 C O U R S
fait en entonnoir pour y verser de l'eau chaude en la
place de celle qui se consumera. Voyez-en la figure
dans la planche sixième.
Fourneau Un fourneau de fer commun à trois pieds est nécessaire
de fer com- pour faire chauffer & bouillir beaucoup de choses;
mun à trois il doit être garni avec du lut & des morceaux
pieds plan- de briques ou de tuileau, afin que le feu s'y conserve
planche si- plus longtemps. Voyez-en la figure en la planche sixième.
xième.
Fourneau II est bon d'avoir un petit fourneau de fer blanc,
de fer qui puisse servir pour faire quelques opérations au
blanc pour feu de lampe, comme des digestions où il faut que le
opérer au feu soit toujours égal. Ce fourneau sera rond, il aura
feu de environ deux pieds de hauteur & un pied de diamètre;
lampe. il sera composé d'un foyer où l'on placera la
lampe allumée; ce foyer aura la hauteur d'un demi-
pied, il sera percé autour, d'espace en espace de cinq
ou six trous, qui donneront de l'air à l'huile de la
lampe, afin qu'elle continue à brûler; il soutiendra
une espèce de bassin haut d'un peu plus de demi-pied,
& plat dans son fond; ce bassin servira de capsule
pour soutenir le sable & le vaisseau qui contiendra la
matière; il sera couvert par un dôme du même métal
haut d'un pied & demi. La lampe aura trois trous
par où l'on passera trois mèches de coton qui seront
imbibées & entretenues par l'huile qu'on y aura mise.
Cette lampe sera assez longue pour qu'on la puisse retirer
de temps en temps du foyer, & rallumer les mèches
si elles s'éteignent, ou les nettoyer d'une manière
de champignon qui s'y forme, & qui ralentissant
leur flamme, en interrompt la chaleur. Voyez la
figure de ce fourneau à la planche quatrième.
Vaisseaux Quant aux vaisseaux, les faut choisir, tant qu'on
peut, de terre ou de verre; car il est à craindre que
ceux qui sont faits de métal ne communiquent leur impression
aux liqueurs qu'on met dedans : mais comme
quelquefois on a une grande quantité de matière qui
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D E C H I M I E. 37

doit être distillée en peu de temps, on se sert de la Grande
cucurbite de cuivre étamée, parce que l'étain est cucurbite
moins dissoluble que le cuivre, il n'a pas une si de cuivre &
méchante qualité. Dessus cette cucurbite on adapte son réfrigé-
un chapiteau fait en tête, autour duquel il y a une espèce rant : planche
de bassin pour contenir l'eau qui sert à rafraîchir cinquième.
& à résoudre les vapeurs qui s'élèvent quand la matière
contenue dans l'alambic est échauffée. Voyez-en
la figure en la planche cinquième.
On peut aussi avoir un tuyau de cuivre étamé en Tuyau de
dedans qu'on fera passer en pente au travers d'un tonneau cuivre
rempli d'eau, quand on voudra distiller des passant au
essences, on adaptera le bout d'en haut au bec du chapiteau, travers d'un
celui d'en bas au récipient; mais il faut avoir tonneau plein
soin de vider l'eau du baril à mesure qu'elle sera d'eau, plan-
chaude, afin de rafraîchir la liqueur qui distillera; che seconde.
pour cet effet on aura fait un trou au bas du tonneau,
qui sera bouché d'un robinet ou d'un tampon de bois
qu'on pourra ôter & remettre toutes les fois qu'on
voudra faire sortir l'eau. Lors qu'on distille par ce
tuyau, il ne faut point mettre l'eau dans le bassin du
chapiteau, qu'on appelle réfrigérant. Ainsi la tête
de more sera aussi bonne pour cette opération que le
réfrigérant.
La tête de more est une chape de cuivre étamé en Tête de
dedans faite en forme de tête. Voyez-en la figure more :
dans la planche seconde. planche se-
Il est bon d'avoir un bain de vapeur; il sera composé conde. Bain
de trois pièces; la première sera un grand bassin de vapeur :
de cuivre à deux anses, qui aura trois soupiraux avec planche
leur bouchon, pour empêcher que l'eau raréfiée par troisième &
le feu ne crève tout, & pour mettre de nouvelle eau quatrième.
dans le bain à mesure que celle qui y aura été mise
se consumera. On posera ce bassin dans un fourneau
fait exprès avec son foyer, son cendrier & deux barres
de fer qui soutiendront le bassin. La seconde pièce Fourneau
sera un autre grand bassin de cuivre étamé en de- du bain de
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38 C O U R S
vapeur : dans avec deux anses, qui entrera jusques au tiers de
planche la hauteur du premier, en closant justement, & qui y
troisième. sera attaché par trois crochets : ce second bassin aura
en haut la figure d'une cucurbite. La troisième pièce
sera une tête de more étamée en dedans avec son bec
& son réfrigérant, pour adapter au second vaisseau à
la manière ordinaire. Voyez-en les figures aux planches
troisième & quatrième.
La métho- Quand on veut distiller par ce bain de vapeur, il
de pour faut mettre la matière dans le second bassin fait en
bien distil- forme de cucurbite & de l'eau jusqu'à la moitié du
ler par le premier : on fait chauffer cette eau par du feu qu'on
bain de met dans le fourneau; la vapeur de l'eau échauffe le
vapeur. second bassin & par conséquent la matière qui est dedans;
l'humidité de cette matière monte en vapeur,
se condense dans la tête de more en gouttelettes,
lesquelles s'assemblent en grosses gouttes & descendent
par le bec de l'alambic dans un récipient qu'on
y a adapté : on doit aussi avoir soin de remplir d'eau
froide le réfrigérant, afin que la vapeur qui monte à
la tête de more soit plus facilement condensée &
qu'elle soit exempte d'odeur empyreumatique.
Il ne faut point appréhender que les herbes ou les
autres matières dont on fait distiller l'eau par ce
moyen, brûlent ni qu'elles s'attachent au vaisseau.
On distille Cette manière de distiller est plus prompte que celle
plus vite au qui se fait par le bain marie; parce que la vapeur de
bain de va- l'eau qui est poussée avec force en haut, est plus chaude,
peur qu'au & elle pénètre davantage dans le vaisseau de dessus
bain marie. que ne fait l'eau même si chaude qu'elle soit quand
elle touche le vaisseau de bain-marie.
Utilité du Le bain de vapeur est fort utile pour la distillation
bain de des eaux odorantes, pour faire l'eau de vie, l'esprit
vapeur. de vin, pour tirer l'eau des matières épaisses qui sont
sujettes à s'attacher au vaisseau, comme le frais de
grenouille, les limaçons, le mélange du pain & du
lait, la fiente de vache.
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D E C H I M I E. 39

On peut aussi distiller au bain-marie par ce vaisseau Couver-
si l'on a fait faire un grand couvercle percé par trois cle pour
ou quatre endroits pour passer le haut des cucurbites. distiller au
Voyez-en la figure a la planche quatrième. On pose bain-ma-
& l'on accroche ce couvercle sur le premier bassin rie, plan-
dans lequel on a mis de l'eau & autant de cucurbites che qua-
qu'il y a de trous au couvercle : on met la matière dont trième.
on veut tirer l'eau dans les cucurbites, on y adapte
des chapiteaux & des récipients, puis on met de feu
dans le fourneau pour échauffer l'eau du bassin, &
par conséquent les cucurbites avec ce qu'elles contiennent,
afin que l'humidité de la matière se raréfie
& distille par les chapiteaux dans les récipients. Il faut
avoir soin de mettre de nouvelle eau dans le bassin à
mesure qu'il s'en consume, mais il est important de la
faire échauffer : car si elle était froide, elle ferait
casser les cucurbites qui doivent être de verre ou de
terre de grès; & la raison en est que les pores de ces
vaisseaux qui avaient été ouverts par la chaleur, étant
refermés tout d'un coup par la fraîcheur de
l'eau, les petits corps de feu poussent avec force; &
comme ils ne trouvent plus de passage libre, ils écartent
la matière avec violence. Il n'y aurait pas lieu
de craindre un pareil accident si l'on se servait au
lieu des cucurbites de verre ou de grès, de celles
qui sont faites de terre commune, parce que ces dernières
ayant des pores incomparablement plus grands,
la fraîcheur de l'eau ne pourrait pas les refermer
assez pour intercepter le passage des corps du feu;
mais on ne se sert point de ces sortes de vaisseaux
pour le bain-marie, on craindrait que leur terre poreuse
ne s'empreignît de ce qu'il y aurait de meilleur
ou de plus spiritueux dans les matières qu'on
mettrait en distillation, & ne le fit perdre dans l'eau
du bain.
On peut encore avoir une espèce d'alambic à qui Rosaire
l'on a donne le nom de Rosaire, parce qu'on s'en sert
C 4
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40 C O U R S
ordinairement pour la distillation des roses. C'est un
vaisseau de cuivre plat étamé en dedans où l'on met
des feuilles de roses récemment cueillies; on adapte
dessus une chape d'étain & un récipient, puis par un
petit feu on met la matière en distillation.
Serpen- Le serpentin est un long canal qui prend son nom
tin, plan- de sa figure, parce qu'il s'élève en serpentant. On en
che troi- construit de différentes hauteurs & de différentes figures
sième. : Il doit être assez élevé afin qu'il n'y ait que du
les esprits les plus subtils qui montent jusqu'au haut.
Les serpentins servent aussi pour subtiliser les esprits,
parce que le phlegme ne pouvant point s'élever par
circonvolutions comme l'esprit, il se précipite en
bas. Les deux bouts du serpentin sont faits en forme
d'entonnoir, afin qu'il se puisse adapter sur une grande
cucurbite de cuivre étamée en dedans, & recevoir
au bout d'en haut un chapiteau ou une tête de
more aussi étamée en dedans avec son réfrigérant &
son bec. Le serpentin peut être d'étain ou de cuivre
étamé en dedans. Voyez-en la figure en la planche
troisième.
La cucur- La cucurbite de cuivre doit avoir à côté de son
bite du embouchure un petit tuyau de la même matière avec
serpentin son bouchon, afin qu'on puisse retirer le phlegme
planche qui reste dedans par le moyen d'un siphon sans être
troisième; obligé de lever le serpentin. Voyez-en la figure à la
planche troisième. Le siphon doit être de cuivre : il
Siphon faut que le bout qu'on fait entrer dans la cucurbite
planche soit plus court que l'autre, car si l'on n'observait cette
troisième. circonstance, il ne tirerait rien. Voyez-en la figure
à la planche troisième.
Cornues; Plusieurs cornues de différentes grandeurs sont
voyez à nécessaires dans un Laboratoire; celles qui sont de
planche terre de grès sont fort commodes pour distiller les
première. esprits acides, parce qu'elles résistent à la dernière
violence du feu, elles ne fondent point comme le
verre. Les vaisseaux faits de cette terre ont les pores
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D E C H I M I E. 41

aussi resserrés que le verre, & ils conservent les esprits
comme lui. Ceux qui n'ont point de vaisseaux
de grès, doivent enduire le tour des cornues de
verre avec le lut dont nous parlerons ci-après,
lorsqu'ils veulent distiller leurs esprits acides, afin
qu'en cas que le verre fonde, le lut soutienne la matière.
Les cuines sont des espèces de cornues de grès ou Cuines
d'une terre approchante, dont le fond est plat & le planche
bec s'élève au lieu de s'abaisser; elles sont propres à seconde.
être placées dans les grands fourneaux lorsqu'on distille
les esprits acides : on leur adapte des récipients de Grand pot
grès qui peuvent s'arranger sur le bord du fourneau, de grès pour
en sorte qu'ils ne tiennent pas tant de place que les ballons l'esprit de
de verre. Voyez-en la figure à la planche seconde. soufre,
Un grand pot de grès avec son couvercle percé pour planche
tirer l'esprit de soufre. Voyez-en la figure à la planche cinquième.
cinquième.
Un pot de terre commune de grandeur médiocre Pot de
qui ne soit point vernissé en dedans, qui résiste au feu terre pour
nu, pour tirer les fleurs blanches du régule d'antimoine; tirer les
ce pot doit être disposé de manière qu'on y fleurs de
puisse introduire & faire soutenir à quatre ou cinq régule d'an-
doigts de sa hauteur un petit couvercle formé de la timoine.
même terre, de figure orbiculaire, un peu voûté, &
qui soit percé en son milieu d'un petit trou. Ce couvercle
doit entourer & couvrir la partie du pot où il
sera posé & pourra y entrer facilement & en être retiré
quand on voudra. Outre ce petit couvercle intérieur,
le pot en aura un autre extérieur & ordinaire
qui couvrira & bouchera toute son ouverture. Voyez-
en la figure à la planche cinquième.
Les matras grands & petits étant adaptés au bec des Matras
alambics sont appelés Récipients; d'autrefois on y fait voyez la
entrer des matières qu'on veut mettre en digestion. planche
ils sont encore propres à faire plusieurs sublimations, seconde.
& quand le cou d'un matras entre dans celui de l'autre,
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42 C O U R S

Vaisseau de on les nomme Vaisseau de rencontre; ce qui se
rencontre vo- pratique quand on veut faire circuler quelques esprits,
yez la plan- & alors on lute exactement les jointures.
che sixième. Il faut aussi avoir plusieurs grands halons qui servent
Ballons : Vo- de récipients pour plusieurs esprits, qu'on fait
yez la plan- distiller par la cornue: leur capacité doit être ample,
che première. afin que les esprits circulent avec plus de facilité.
Cucurbites Les Cucurbites de terre & de verre servent à plusieurs
& chapiteaux: opérations. Il faut avoir des chapiteaux de verre,
Voyez la se- qui aient des embouchures différentes en grandeur;
seconde & car il en faut de proportionnés aux cols des
sixième cucurbites & à ceux des matras.
planche. Alambic exprime ordinairement la cucurbite couverte
de son chapiteau ou de sa chape; mais quelquefois
Alambic. on retient le nom d'alambic pour le chapiteau.
seul.
Chapi- On trouve chez les Verriers les chapiteaux avant
teaux a- qu'ils aient servi bouchés hermétiquement par le
veugles. bec, c'est ce qu'on appelle chapiteaux aveugles; ils
sont employés pour les sublimations des fleurs ou
des sels volatils; mais quand on veut s'en servir pour
les, distillations, il faut nécessairement les ouvrir en
rompant l'extrémité de ce bec.
Lingo- Des lingotières pour y verser les métaux fondus
tières, qu'on veut faire congeler; ce sont des moules de fer
planche de diverses façons. Celle qui sert à la pierre infernale
cinquième. doit être composée de deux pièces qu'on joint avec
deux petits anneaux de fer, on jette la matière en fusion
par le haut, fait en manière de petit entonnoir,
Voyez-en les figures dans la planche cinquième.
Coupel- Des coupelles; ce sont des vaisseaux poreux faits en
les : plan- forme de tasse ou d'écuelle dont on se sert pour éprouver
che plan- & pour purifier l'or & l'argent. On les compose
che cin- avec des cendres bien lavées, ou avec des os calcinés.
quième. Voyez-en la figure dans la planche cinquième.
On emploie des cendres dépouillées de leurs sels
plutôt que des autres pour la composition de ces vaisseaux,
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D E C H I M I E. 43

afin de les rendre plus poreux. Voyez le Chapitre
de la purification de l'argent par la coupelle, &
les remarques.
Il ne faut pas oublier des entonnoirs de verre, desquels
le cou soit long comme celui d'un matras, des
petits entonnoirs, des grandes & des petites fioles, Aludels.
des pots de verre , de terre de différentes façons, des Voyez la
creusets, des terrines, des mortiers de verre, ou de planche
pierre, ou de marbre, une marmite, un mortier de première.
fer, & des aludels, qui sont des pots sans fond joints
ensemble qu'on adapte sur un pot percé au milieu de
sa hauteur; ils fervent pour sublimer.
pict

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E X P L I C A T I O N D E S F I G U R E S
en taille douce.
P L A N C H E P R E M I E R E.
Fourneau de Réverbère fixe à une seule Cornue.
Le Cendrier
Le Foyer.
La Cornue soutenue par deux barres de fer.
Le Dôme.
Petite Cheminée.
Ballon ou Récipient.
Dôme séparé du Fourneau.
Fourneau de Réverbère fixe à deux Cornues
garni sans Récipients.
Les deux Cornues.
Dôme avec son bouchon.
Dôme séparé sans bouchon.
Cornue ou retorte.
Petite Cheminée séparée.
Fourneau de fusion portatif avec ses trous ou
registres.
Trépied pour le soutenir.
Dôme se séparant en deux pièces.
Petite Cheminée.
Pot de terre percé au milieu de sa hauteur.
Son bouchon en bas.
Trois aludels de terre.
Chapiteau de verre.
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pict

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P L A N C H E S E C O N D E.
A. B. Grand Fourneau de Réverbère fixe à six Cornues
sans Cendrier.
Porte du Foyer.
D. E. Les six Cornues ou Cuines soutenue sur trois
barres de fer.
F. G. Les six Récipients adaptés aux Cuines.
Cuine séparée.
Récipient de grès séparé.
Fourneau fixe pour placer une grande Cucurbite
de cuivre.
Cucurbite de cuivre étamée en dedans, appuyée
sur deux barres de fer.
Tête de More.
Tuyau de cuivre étamé passant dans un tonneau
rempli d'eau.
Récipient de verre.
Robinet pour faire sortir l'eau du baril à mesure
qu'elle est chaude.
Matras.
R. S. Matras avec son chapiteau adapté.
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pict

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P L A N C H E T R O I S I E M E.
Fourneau fixe pour placer une grande Cucurbite
de cuivre.
Grande Cucurbite de cuivre étamée en dedans.
Petit tuyau de cuivre avec son bouchon.
Serpentin d'étain.
Tête de More de cuivre étamée en dedans &
son réfrigérant.
F. G. Deux barres de fer attachées à la muraille qui
soutiennent le réfrigérant.
Récipient.
Fourneau fixe pour placer un bain de vapeur.
Grand bassin de cuivre qui entre dans le fourneau,
pour contenir l'eau.
Soupirail.
Anse du bassin.
Grande Cucurbite de cuivre étamée en dedans;
dont le fond s'emboîte dans le haut du bassin.
Chapiteau & réfrigérant.
Robinet pour faire sortir l'eau à mesure qu'elle
est chaude.
Siphon.
Petit fourneau es une capsule avec du sable &
une terrine remplie de liqueur au milieu pour
faire évaporer.
Petit fourneau de fer.
La marmite de fer.
on couvercle.
Planche III.
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pict

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P L A N C H E Q U A T R I E'M E
Grand bassin pour le bain de vapeur détaché
du Fourneau.
B. C. D. Trois soupiraux avec leurs bouchons.
Couvercle avec trois ouvertures pour placer
sur le bassin, & pour y faire passer les cous
de trois Cucurbites quand on veut distiller
au Bain-Marie.
F. G. H. Trois crochets pour attacher le couvercle
au bassin.
Grande Cucurbite de cuivre pour le bain de
vapeur détachée.
Réfrigérant renversé.
Petit Fourneau de fer blanc pour opérer un
feu de lampe à feu toujours égal.
Lampe pour trois mèches.
Et un foyer pour les placer.
Vaisseau pour contenir l'huile.
Et un canal pour faire couler cette huile
vers la lampe.
F. G. H. Trous servants à donner de l'air à la lampe
allumée.
I. K. L. Espèce de bassin ou capsule garnie de sable,
& soutenant le vaisseau qui contient la
matière.
M. N. Dôme fait de la même matière du fourneau,
haut élevé pour donner de l'espace au
vaisseau.
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pict

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P L A N C H E C I N Q U I E'M E.
Fourneau portatif.
Le foyer.
Le Cendrier.
Le Dôme bouché.
Cou de la Cornue.
Grand Récipient de verre.
Grande Cucurbite de cuivre étamée en dedans.
Chapiteau & Réfrigérant avec ses robinets.
Récipient.
K. L. Coupelles.
M. N. O. Lingotières.
Moule pour former les balles de Régule d'Antimoine
qu'on appelle pilules perpétuelles.
Grande terrine de grès, avec une petite écuelle
aussi de grès, renversée dedans; creuset
contenant du soufre allumé; grand entonnoir
de verre pour tirer l'esprit de soufre.
Grand pot de grès pour tirer l'esprit de sou-
Pot de grès, long renversé. [fre.
Terrine de grès contenant un mélange de
soufre & de salpêtre allumés.
Couvercle percé en haut de quelques petits
Creuset de France. [trous.
Creuset d'Allemagne.
Pot de terre commune servant à tirer les
fleurs blanches du régule d'antimoine.
Petit couvercle un peu voûté percé en son
milieu d'un petit trou, pour couvrir
quatre ou cinq doigts de sa hauteur le
régule tout autour.
Grand couvercle pour couvrir & boucher
extérieurement toute l'ouverture du pot
par haut.
Fleurs blanches sublimées vers le petit couvercle
en cristaux ou aiguilles.
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pict

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P L A N C H E S I X I E'M E.
Bain-marie de cuivre pour distiller à quatre
alambics.
Conduit pour faire entrer de l'eau chaude dans
le bassin à mesure qu'il s'en consumera.
Fourneau de fer sur qui est posé le Bain-marie.
Bain-marie pour distiller par un seul alambic.
Fourneau portatif pour distiller au feu de sable.
Le Cendrier & sa porte.
Le Foyer & sa porte.
La Cucurbite entourée de sable.
Le Chapiteau.
Le Récipient.
Cucurbite détachée.
Chapiteau détaché.
Fourneau de fer commun.
Moule pour faire des gobelets de régule d'Antimoine.
P. Q. Vaisseau de rencontre.
R. S. Pot avec un cornet de papier attaché pour tirer
les fleurs de Benjoin.
Verre pour faire l'huile de girofle.
Toile liée autour du verre contenant les girofles
en poudre.
Ecuelle de terre qui contient des cendres
chaudes.
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56 C O U R S
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Des Luts.
L A violence du feu fait souvent fondre les Cornues
de verre dans le fourneau de réverbère; c'est
pourquoi il est bon de les enduire d'une pâte qui
étant séchée, soit capable de soutenir & de conserver
la matière qu'on a mise pour distiller. Cette pâte
s'appelle lut, c'est-à-dire, boue, on la fera en la manière
suivante.
Prenez du sable, du mâchefer, de la terre grasse ou
argile en poudre, de chacun cinq livres; de la fiente de
cheval, ou de la bourre hachée menu une livre; du
verre pilé & du sel marin de chacun quatre onces; mêlez
le tout & en faites une pâte avec une quantité
suffisante d'eau, de laquelle pâte ou lut on entourera
la Cornue jusqu'à la moitié du cou, puis on la mettra
sécher à l'ombre. Ce même lut peut servir pour
boucher les jointures du cou de la Cornue avec le Récipient;
mais comme en séchant il durcit fort & devient
difficile à détacher, il est besoin de l'humecter
avec des linges mouillés lorsqu'on veut séparer le Récipient
d'avec la Cornue.
Le lut dont je me sers ordinairement en cette occasion
n'est composé que de deux parties de sable &
d'une partie de terre grasse pétries ensemble avec de
l'eau.
Si l'on a besoin d'un lut qui se sépare très facilement
quand l'opération est faite, il faut détremper
des cendres criblées dans de l'eau & en faire une pâte;
mais ce lut est bien plus poreux que les précédents : on
peut le ré-humecter quand on l'a retiré, & s'en servir
autant de fois qu'on voudra.
Pour les jointures des Alambics, on se sert de la
colle commune avec du papier : mais quand on fait
distiller quelque liqueur bien spiritueuse, comme
@

D E C H I M I E. 57

l'esprit de vin, il faut se servir de la vessie mouillée,
qui porte avec elle un glu très facile à s'attacher.
Que si cette vessie est rongée par les esprits, on
aura recours à la colle suivante, qu'on appelle lut de
sapience.
Prenez de la farine & de la chaux éteinte, de chacune Lut de
une once; du bol en poudre demi-once; mêlez sapience.
le tout & en formez une pâte liquide avec une
quantité suffisante de blancs d'oeufs, que vous aurez
auparavant bien battus avec un peu d'eau.
Cette pâte peut servir aussi pour boucher les fêlures
des vaisseaux de verre; il en faut appliquer trois
couches dessus avec des bandes de papier.
Sceller hermétiquement, est clore l'embouchure Sceller
ou le cou d'un vaisseau de verre avec des pincettes herméti-
rougies au feu. Pour ce faire on échauffe ce cou avec quement.
des charbons ardents qu'on approche peu à peu, l'on
augmente & l'on continue le feu, jusqu'à ce que le
verre soit prêt de se mettre en fusion; on se sert de ce
moyen de boucher les vaisseaux, quand on a mis dedans
quelque matière facile à être exaltée qu'on veut
faire circuler.
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Des différents feux dont on se sert en Chimie, &
de leurs degrés.

L Es Chimistes emploient pour faire leurs opérations,
les feux de sable, de limaille de fer, de
cendres de réverbère, de roue ou de fusion, de lampe,
le bain-marie, le bain de vapeur, le feu de suppression;
ils emploient encore plusieurs autres espèces
de chaleur : qu'on peut mettre au rang des feux,
comme l'insolation, le bain de fumier, le bain du
marc du raisin, la chaleur de la chaux vive. Feu ou
Les feux ou bains de sable, de limaille de fer & de Bain de
cendre se font lorsque le vaisseau contenant la matiè- sable.
@

58 C O U R S
Feu de li- re qu'on veut échauffer, est entouré dessous & aux côtés,
maille de de sable, ou de limaille de fer, ou de cendres
fer. ce qui se pratique afin que le vaisseau soit échauffé
Feu de doucement.
cendre. Le feu de réverbère se fait dans un fourneau couvert
Feu de d'un dôme, afin que la chaleur ou la flamme
réverbè- qui cherche toujours à sortir par le haut, réverbère
re. sur le vaisseau qu'on a posé à nu sur les deux barres
de fer.
Ce qu'on appelle poser un vaisseau à nu dans un
Feu nu. fourneau, ou distiller à feu nu, est quand on ne met
aucun intermède sous le vaisseau distillatoire & qu'il
touche le feu, ou qu'il en reçoit immédiatement la
chaleur.
Feu de Le feu de roue ou de fusion se fait lorsqu'on environne
Roue. de charbon allumé, un creuset ou un autre
Feu de vaisseau qui contient la matière qu'on a dessein de
fusion. mettre en fusion.
Feu de Le feu de lampe se fait lorsque quelque matière contenue
lampe. dans un vaisseau de verre est échauffée par la
chaleur toujours égale d'une lampe allumée.
On se sert encore du feu de la lampe très allumé
pour amollir les cous de quelques petits vaisseaux afin
de les luter hermétiquement.
Le feu de lampe ou même celui d'une chandelle est
aussi employé pour échauffer le cou d'un petit Matras
ou le bec d'un chapiteau de verre à l'endroit où l'on
veut le rompre, en y appliquant un petit linge mouillé
d'eau froide.
L'huile qu'on emploie à la lampe doit être de la
plus pure & de la plus propre à briller : il est à propos
d'en faire un choix; car si on se sert d'une huile trop
grossière, il se forme souvent sur la mèche des manières
de champignons qui interrompent la lumière & la
Prépara- chaleur. Pour éviter ces accidents, on peut préparer &
tion, ou purifier l'huile en la manière suivante. Prenez six livres
purifica- d'huile, mêlez-y une livre de vitriol desséché
@

D E C H I M I E. 59

en blancheur & pulvérisé, faites bouillir le mélange tion de
à petit feu, afin que le vitriol absorbe l'humidité l'huile qui
aqueuse de l'huile; tout ce vitriol restera sans se dissoudre; doit servir
on coulera l'huile pour s'en servir. à la lampe.
La mèche qui pourrait paraître d'abord la plus
commode pour la lampe, serait l'alun de plume : car
il ne se consume point au feu, mais il serait très incommode,
car il s'éteint souvent; & l'on est obligé
d'interrompre l'opération à tous moments pour le rallumer;
la meilleure mèche est du coton.
Le Bain-marie se fait lorsque l'alambic qui contient Bain-ma-
la matière qu'on veut échauffer, est placé dans un rie.
vaisseau rempli d'eau, sous lequel on met du feu, afin
que l'eau s'échauffant échauffe aussi la matière qui est
dans l'alambic.
Le Bain de vapeur se fait quand un vaisseau qui Bain de
contient quelque matière, est échauffé par la vapeur vapeur.
de l'eau chaude.
Le feu de suppression se fait lorsque pour distiller Feu de
per descensum, on met le feu sur la matière, en sorte suppres-
que l'humidité qui en est poussée par la chaleur, est sion.
contrainte de se précipiter au fond du vaisseau.
L'insolation est quand on expose aux rayons du soleil Insola-
quelque matière qu'on veut mettre en fermentation, tion.
ou qu'on veut dessécher.
Le Bain de fumier, appelé aussi ventre de cheval, Bain ou
se fait lorsqu'un vaisseau contenant quelque matière chaleur de
qu'on veut mettre en digestion ou en distillation, est fumier, ventre
placé dans un gros tas de fumier chaud. de cheval.
Le Bain du marc du raisin qu'on amasse en gros Bain de
tas après la vendange, peut servir comme celui du de marc de
fumier pour les digestions, & pour les distillations Raisin.
mais l'usage principal de ce marc dans les pays chauds
où il s'échauffe plus que sous les climats tempérés,
est de pénétrer & rouiller le cuivre pour faire le vert
de gris.
La chaleur de la chaux vive humectée peut servir Chaleur
@

60 C O U R S
de la à faire quelques distillations, comme quand après
chaux avoir été mêlée avec du sel armoniac, elle en fait
vive. distiller sans autre feu, un esprit très subtil.
Degrés Pour faire un feu du premier degré, il ne faut que
de feu. deux ou trois charbons allumés, qui soient seulement
capables de produire une petite chaleur.
Pour le feu du second degré, il faut quatre ou cinq
charbons qui donnent une chaleur capable d'échauffer
sensiblement le vaisseau, en sorte néanmoins que
la main la puisse souffrir quelque temps.
Pour le feu du troisième degré, il faut un grand
feu de charbon.
Pour le feu du quatrième degré, il faut se servir
du charbon & du bois qui excitent une dernière violence
du feu.
Les feux de sable, de limaille de fer & de cendres
ont leurs degrés ordinairement depuis le premier jusqu'au
troisième; mais le feu de limaille de fer donne
plus de chaleur que les autres, parce que la limaille
s'échauffe & rougit aisément. Le feu de cendres est le
plus doux, parce que les cendres ne retiennent pas
une chaleur si grande que les autres matières.
Le feu de réverbère a ses degrés depuis le premier
jusqu'au quatrième; c'est celui qu'on pousse
ordinairement avec le plus de violence.
Le feu de roue est toujours un grand feu de charbon
sans degrés, parce qu'il ne sera que pour les calcinations
& pour les fusions, où l'on n'emploie que
des vaisseaux de terre poreuse, & qui résistent facilement
aux feux les plus forts.
On fait recevoir à un vaisseau différents degrés de
chaleur d'une lampe allumée , en l'éloignant ou en
l'approchant plus ou moins pour l'échauffer doucement;
mais quand ce vaisseau est une fois échauffé,
l'on continue une chaleur toujours égale, parce que
la mèche de la lampe brûle toujours également dans
une espèce de petit fourneau où l'on l'a placée.
@

D E C H I M I E. 61

Le Bains-marie & de vapeur ont aussi leurs degrés
: car suivant qu'on échauffe plus ou moins l'eau
du bain, on presse plus ou moins la distillation. On
peut donc appeler chaleur du bain, ou de la vapeur
au premier degré, quand le bain ou la vapeur sont
seulement un peu plus que tièdes, comme il faut
qu'ils soient lorsqu'on y a mis quelques matières en
digestion dans un vaisseau. Feu ou chaleur du second
degré, lorsque l'eau du bain & la vapeur de l'eau sont
assez chaudes pour qu'on n'y puisse pas tenir la main
comme il faut qu'ils soient, quand on veut faire distiller
doucement. Feu ou chaleur du troisième dé--
gré, lorsque les eaux des Bains bouillent, afin de
hâter la distillation.
Le feu de suppression a ses degrés; on n'y emploie
quelquefois que les cendres chaudes pour exciter une
chaleur très douce, & c'est là son premier degré :
D'autrefois on mêle avec les cendres chaudes un peu
de braise, c'est là son second degré. D'autrefois
on met sur un petit lit de cendres plusieurs charbons
bien allumés, & c'est-là son troisième degré.
L'insolation a aussi ses degrés suivant la force du
Soleil où l'on expose les matières. La meilleure insolation
est celle qui se fait aux mois de Juillet ou
d'Août, parce qu'alors le Soleil a plus de vigueur
qu'aux autres temps.
Le Bain de fumier a ses degrés suivant la grosseur
du tas & suivant le lieu où il est placé, car un gros tas
de fumier rendra beaucoup plus de chaleur qu'an petit
tas; & si ce fumier est placé dans une écurie ou en
un autre lieu chaud & couvert, il s'échauffera bien
davantage, & il fera beaucoup plus d'effet pour les
digestions & pour les distillations qu'un autre tas de
fumier pareil en volume qui sera exposé à l'air.
Le Bain du marc du raisin a aussi ses degrés semblables
à ceux du fumier, mais celui des pays chauds
rend une chaleur beaucoup plus grande que ce-
@

62 C O U R S
lui de nos pays tempérés, comme il a été dit.
La chaleur de la chaux vive a aussi ses degrés,
suivant qu'on désire qu'elle soit plus ou moins forte :
on expose la chaux pulvérisée à l'air plus ou moins de
temps pour l'affaiblir avant que de s'en servir, ou
bien on l'emploie toute vive quand on veut profiter
de toute sa chaleur.
----------------------------------------------------------
Explication de plusieurs termes desquels on se sert
dans la Chimie.
A Etiops mineralis est une préparation composée
de mercure & de soufre; ce nom lui a été
donné pour exprimer une matière minérale noire
comme un Ethiopien.
Al est une particule Arabe qui signifie le, ou la,
mais elle est souvent employée au commencement
d'un nom pour exprimer une chose relevée, grande,
excellente.
Alchymia, ex al & χύω, fundo, est la Chimie, qui
enseigne la transmutation des Métaux.
Alembicum, Alambic, ex articulo Arabico Al, &
graeco ὰμε̑ιζ, vasis species.
Alkaest est un nom composé de deux mots Allemands
Al geest, c'est-à-dire, tout esprit. Vanhelmont
prétend être l'inventeur de ce terme, mais il l'a tiré
de Paracelse : quoi qu'il en soit, on veut par ce mot
exprimer un dissolvant universel, mais j'en crois
l'existence simplement imaginaire, car je n'en connais
point.
Alcali est un mot Arabe composé de la particule
Arabe Al, & de Kali, Soude, comme qui dirait
la Soude.
Alkoalifer, ou réduire en Alkol; ce nom est Arabe;
il signifie subtiliser, comme lorsqu'on pulvérise
quelque mixte jusqu'à ce que la poudre soit impalpable
@

pict

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D E C H I M I E. 63

: on emploie aussi ce mot pour exprimer un esprit
très pur; ainsi l'on appelle l'esprit de vin bien
rectifié Alcool de vin.
Amalgamer, mot Arabe, est mêler du mercure
avec quelque métal fondu : cette opération sert pour
rendre le métal propre à être étendu sur quelque ouvrage,
ou pour le réduire en poudre bien subtile, ce
qui se fait en mettant l'Amalgame dans un creuset
sur le feu; car le mercure s'exaltant en l'air, laisse
le métal en poudre impalpable. Le fer ni le cuivre
ne s'amalgament point.
Aqua stygia, c'est l'eau régale; on lui a donné ce
nom à cause de sa corrosion, pour la comparer à l'eau
d'un prétendu fleuve des enfers que les anciens
Païens nommaient Styx.
Aquila alba, c'est le sublimé doux-: ce nom paraît
lui avoir été donné pour exprimer une matière blanche,
qui imite par sa sublimation le vol d'un Aigle;
mais comme par la même ressemblance, on aurait pu
adapter le même nom aux autres sublimés blancs, il
y a bien de l'apparence que ce terme d'Aquila alba a
été donné au sublimé doux en particulier, qui est un
remède dont on use souvent par la bouche, pour en
faire une distinction plus exacte d'avec le sublimé
corrosif qui est un grand poison, & lui ôter le nom
de sublimé qui est odieux à beaucoup de gens.
Athanor, ou Athannor, vient de Tannaron, mot Atha-
Arabe qui signifie un four : c'est un fourneau très nor, four-
commode pour faire les opérations de Chimie qui ne neau phi-
demandent qu'un feu modéré & à feu prés égal, comme losophique,
les digestions quelques-uns l'appellent fourneau fourneau
philosophique, d'autres fourneau des Arcanes. des Arca-
Cémenter, est une manière de purifier l'or. Elle se nes.
fait en stratifiant ce métal avec une pâte dure composée
d'une partie de sel Armoniac, deux parties de
sel commun, & quatre parties de bol ou de briques en
poudre, le tout ayant été malaxé avec une quantité
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64 C O U R S
Cément suffisante d'urine; appelle cette composition
Royal. Cément royal.
Chrysulca à χζυσὸς aurum; on a donné ce nom à
l'eau régale, à cause qu'elle est le dissolvant de l'or.
Circulation, est un mouvement qu'on donne aux
liqueurs dans un vaisseau de rencontre, en excitant
par le moyen du feu les vapeurs à monter & à descendre
: Cette opération se fait pour subtiliser les liqueurs
ou pour ouvrir quelque corps dur qu'on y
a mêlé.
Coaguler, donner une consistance aux liquides,
en faisant consumer une partie de leur humidité sur
le feu, ou bien en mêlant ensemble des liqueurs de
différente nature, dont les parties insensibles s'accrochent
les unes aux autres.
Cohober, terme Arabe, signifie réitérer la distillation
d'une même liqueur, l'ayant renversée sur la
matière restée dans le vaisseau. Cette opération se
fait pour ouvrir les pores, ou pour volatiliser les
esprits.
Concrétion est un épaississement, ou une coagulation,
ou un endurcissement qui se fait de quelque
matière fluide ou liquide, comme quand un sel dissout
dans une lessive s'y fige & s'y cristallise.
Congeler, est laisser figer ou prendre consistance par
le froid, à quelque matière qu'on avait auparavant
mise en fusion, comme quand après avoir fait fondre
un métal dans un creuset par le feu, on le laisse refroidir,
ou bien quand on laisse figer la cire, la graisse,
le beurre qui avaient été fondus.
Départ ou l'inquart, est une séparation de quelque
métal d'avec un autre avec lequel il avait été intimement
mélangé; par exemple, quand sur un mélange
d'or & d'argent, on a versé de l'eau forte, l'argent se
dissout, mais l'or n'étant point pénétré par ce dissolvant,
se tient précipité au fond du vaisseau.
Détonation, est un bruit qui se fait quand les parties
ties
@

D E C H I M I E. 65

volatiles de quelque mélange sortent avec impétuosité
: ce bruit s'appelle aussi fulmination.
Digestion, se fait quand on laisse tremper quelque Fulmina-
corps dans un dissolvant convenable à une très lente tion.
chaleur, pour la ramollir.
Dissoudre, rendre quelque matière dure, en
forme liquide, par le moyen d'une liqueur.
Distiller per ascensum, est distiller à la manière
ordinaire, quand on met le feu sous le vaisseau qui
contient la matière qu'on veut échauffer.
Distiller per descensum, se fait quand on met le feu
sur la matière qu'on veut échauffer : alors l'humidité
étant raréfiée, & la vapeur qui en sort ne pouvant
point suivre la pente qu'elle a de s'élever, elle se précipite
& distille au fond du vaisseau.
Eau régale, ou Eau Royale, parce que cette eau Eau
dissout l'or qui est appelé le Roi des métaux. Royale.
Eau seconde, c'est une eau forte affaiblie par de l'argent
qu'elle a dissout, par du cuivre qui a servi de
précipitant à la dissolution & par de l'eau commune.
Edulcorer, est adoucir quelque matière empreinte
de sels, par le moyen de l'eau commune.
Effervescence, est une ébullition faite dans une liqueur
sans séparation de parties, comme quand du
lait nouvellement tiré, ou une autre liqueur semblable
bout sur le feu, & qu'après l'ébullition il demeure
comme il était auparavant.
Evaporer, est faire consommer une liqueur sur
le feu ou au Soleil.
Exprimer, & Expression, est quand on presse bien Expres-
fort quelque matière, pour en tirer le suc ou une sion.
autre liqueur dont elle est empreinte.
Extraire, est séparer la partie pure d'avec la
grossière.
Fermentation, est une ébullition causée par des esprits,
qui cherchant issue pour sortir de quelque corps
& rencontrant des parties terrestres & grossières qui
E
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66 C O U R S
s'opposent à leur passage, font gonfler & raréfier la
matière jusqu'à ce qu'ils en soient détachés; Or dans
ce détachement, les esprits divisent, subtilisent &
séparent les principes, en sorte qu'ils rendent la
matière d'une autre nature qu'elle n'était auparavant.
Quoiqu'il y ait quelque différence entre l'effervescence
& la fermentation, comme nous avons montré;
néanmoins on confond ces sortes d'ébullitions,
l'on ne fait point de scrupule de prendre l'une pour
l'autre.
Filtrer, est clarifier quelque liqueur en la passant
par un papier gris.
Fumiger, est faire recevoir à quelque corps la fumée
d'un autre.
Granuler, c'est verser goutte à goutte dans de l'eau
froide, un métal fondu, afin qu'il s'y congèle.
Léviger, est rendre un corps dur en poudre impalpable
sur le porphyre.
L'inquart, voyez Départ.
Magistère, est un nom que les anciens Chimistes
ont donné à certains précipités blancs & très légers;
ils ont voulu faire entendre par ce terme une préparation
bien subtile & bien exquise.
Matière alcaline, est une matière terrestre ou saline
quelconque, qui peut être pénétrée par des acides,
& en recevoir de l'impression.
Menstruum ou Menstrue, signifie en terme de Chimie,
dissolvant : il est ainsi appelé, parce que les Alchimistes
ont crû que la dissolution parfaite d'un mixte
s'achevait dans leur mois Philosophique qui est
de quarante jours.
Mortifier, est changer la forme extérieure d'un
mixte, comme on fait au Mercure. On mortifie aussi
les esprits quand on les mêle avec d'autres qui lient
ou détruisent leur force.
Piger Henricus, est le fourneau Athanor: on lui a
@

D E C H I M I E. 67

donné ce nom, parce qu'il peut être gouverné par
un paresseux, ne donnant pas grande peine ni
grand soin à conduire.
Précipiter ou faire précipiter, est séparer une matière
qu'on avait fait dissoudre, afin qu'elle tombe
au fond.
Projection, est quand on met quelque matière qu'on
veut calciner cuillerée à cuillerée dans un creuset.
Rectifier, est faire distiller les esprits, afin d'en séparer
ce qu'ils peuvent avoir enlevé avec eux des
parties Hétérogènes.
Réverbérer, est déterminer la flamme du bois ou
charbon qu'on à allumé dans un fourneau, à retomber
sur quelque matière par le moyen d'un dôme
qu'on met dessus.
Revivifier, est faire retourner quelque mixte
qu'on aurait déguisé par des sels ou par des soufres,
en son premier état. Ainsi l'on revivifie le
cinabre & les autres préparations de Mercure, en
Mercure coulant.
Scories, c'est une écume de métal ou de minéral.
Sel acide, est un sel resserré en ses pores, qui ne
fermente point ordinairement avec les acides, & duquel
on retire par la distillation un esprit acide, tels
sont le salpêtre, le vitriol, l'alun.
Sel alcali, est proprement le sel de la soude; mais
on appelle communément de ce nom tout sel qui fermente
avec les acides, comme le sel de tartre, le
sel d'absinthe.
Sel essentiel, est un sel acide tiré par cristallisation,
des plantes.
Sel fixe, est un sel qui souffre l'action du feu sans
diminution considérable.
Sel fluor, est un sel acide qui demeure liquide ou
fluide, & qui ne se condense jamais s'il ne trouve
quelque matière terrestre qui l'embrasse & le corporifie;
tels sont les esprits acides de nitre, de sel, le
E a
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68 C O U R S
Sel prin- vinaigre distillé. On appelle encore ce sel, sel principe.
cipe. Sel salé, est un sel alcali saoulé & rempli d'acide
comme le sel gemme, le sel marin.
Sel volatil, est un sel qui s'envole & se sublime
par la moindre chaleur, tels sont les sels de vipère,
de corne de cerf.
Stratifier, signifie mettre différentes matières, lit
sur lit : Cette opération se fait lorsqu'on veut calciner
un minéral ou un métal avec un sel ou avec
quelque autre matière.
Sublimer, est faire monter par le feu une matière
volatile au haut de l'alambic ou au chapiteau.
Transmutation, est quand on change la nature d'un
mixte en une autre plus parfaite, comme si du cuivre
de l'étain, on pouvoir faire de l'or, de l'argent.
pict

@

D E C H I M I E. 69

pict

P R E M I E R E P A R T I E.
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D E S
M I N E R A U X

pict OUT ce qui se trouve pétrifié dans la terre Ce que
ou dessus la terre, est appelé minéral. c'est que
La pétrification se fait par la coagulation minéral, sa
des eaux acides ou salées qui se rencontrent formation &
dans les pores de la terre. son accrois-
Cette pétrification est différente, selon les diverses sement.
dispositions ou la différente nature de cette même
terre, & selon le temps que la nature a employé
pour la faire.
L'accroissement des minéraux se fait par l'accumulation
ou par les différentes couches d'eaux congelées
qui s'agglutinent ensemble, & ce sont ces couches qui
font que toutes les carrières contiguës ont leurs sinus,
leurs veines & leurs assemblages de travers,
& non point descendantes du haut en bas.
Ces sinus, qui se sont formés dans les jointures,
sont d'un grand secours aux Ouvriers pour fendre la
pierre : car par ces endroits-là, elle se sépare en tables
avec assez de facilité, au lieu qu'on ne pourrait
pas la fendre si on la prenait d'un autre sens.
L'accroissement des minéraux est bien différent de
celui des végétaux & des animaux : car au lieu que le
premier se fait par des couches d'eau congelées, qui
E 3
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70 C O U R S
s'agglutinent ensemble,comme nous avons dit; le dernier
est produit par le moyen des sucs qui s'insinuent
& se répandent dans les vaisseaux & dans les fibres
dont les animaux & les plantes sont composés.
Métal, ce Le métal est la partie la plus digérée, la mieux liée
que c'est. & la plus cuite des minéraux. Il y a apparence, que
la fermentation qui agit comme le feu, écarte dans
la production du métal, les parties terrestres & grossières
Sa pro- aux côtés, comme le feu écarte dans la coupelle
duction. les impuretés de l'or & de l'ardent.
Il faut un degré de fermentation pour la production
des métaux, qui ne se trouve pas dans toutes les
terres : pourquoi certaines montagnes contiennent
des métaux; mais il y en a plusieurs autres qui
semblent aussi capables d'en produire, lesquelles n'en
donnent point.
Comme le métal est un ouvrage de la fermentation,
il faut nécessairement que le Soleil & la chaleur
des feux souterrains y coopèrent, ainsi l'on peut
attribuer la génération des métaux à cette chaleur
agissante sur des matières qui se trouvent dans des
matrices convenables.
Les minières se trouvent ordinairement dans des
hautes montagnes, parce que la chaleur s'y concentrant
mieux que dans des lieux bas, la fermentation
doit y agir avec plus de force pour la production du
métal.
Les métaux les plus durs, les plus compactes & les
plus pesants sont ceux dans la composition desquels la
fermentation a le plus séparé de parties grossières,
en sorte que ce qui se doit coaguler, étant un assemblage
de corps extrêmement subtils & divisés, il s'en
fait une union très étroite qui ne laisse que de fort
petits pores.
Les mé- Les métaux prennent souvent dans leur minière
taux pa- la figure des grands arbres qui répandent leurs rameaux
raissent en de tous côtés, d'où vient que plusieurs croient
@

D E C H I M I E. 71

qu'ils se nourrissent comme les plantes & les animaux forme
par des sucs qui coulent & circulent dans des vaisseaux d'arbres
qu'ils supposent être dedans : mais quand on examine dans les
la chose de près, on conçoit facilement que ces mines. mines.
branches de métaux appelées veines par les ouvriers, Et pour-
ne sont autre chose que des écoulements de la matière quoi.
métallique par plusieurs petits canaux qu'elle se fait
avant que d'être coagulée : es écoulements peuvent
avoir été excités par la fermentation, qui faisant gonfler
la matière, la contraint d'ouvrir la terre qui l'environne
en plusieurs endroits où elle se répand. Cette
fermentation fait aussi souvent élever jusqu'au haut
de la montagne qui contient le métal, des filets de
mine pesante, ou quelque marcassite, c'est-à-dire, une
terre métallique, & c'est un indice fort grand pour
ceux qui cherchent les mines.
Comme ce ferait un travail trop grand, trop long Indices
& trop ingrat que de chercher les métaux dans les pour ceux
terres indifféremment, sans être conduit par un autre qui cher-
guide que par le hasard; on s'est appliqué à connaître chent les
plusieurs signes qui font conjecturer qu'il y a des mines des
mines en des endroits. métaux.
Il est bien vrai que quelquefois les mines ou leurs
veines se découvrent jusques sur la surface de la terre,
en sorte qu'on n'en peut douter : mais si l'on se contentait
de travailler à ces mines-là, sans en chercher
d'autres, nous n'aurions pas une si grande abondance
de métaux comme nous avons. Voici donc quelques
indices dont on se sert pour découvrir les minières.
On considère les dos & les hauteurs des montagnes,
les crevasses, les cavités, les ruines ou les ouvertures
des fosses dans lesquelles se trouvent souvent des marcassites
ou pièces de minière, & qui montrent qu'aux
environs il y a quelque mine. Pour trouver le lieu où
elle est, on regarde d'où peuvent être détachées ces
marcassites, ayant découvert l'endroit, on les pour-
E 4
@

72 C O U R S
suit jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce qu'on demande.
Un autre indice qu'il y a une minière dans un endroit
ou aux environs, c'est quand en quelques rivages
vous trouvez dans le sable plusieurs petits morceaux
de marcassite : car ces fragments de minière ont
été détachés & entraînés par les eaux qui sortent ordinairement
du bas des montagnes, de sorte qu'en
rétrogradant vers la source du ruisseau, en suivant
toujours ces morceaux de marcassite, l'on arrive au
lieu où est la mine.
Un autre signe de mine, c'est quand on voit sortir
de quelque montagne ou d'un autre lieu, une grande
abondance d'eau crue & d'un goût minéral : car les
lieux où se forment les Métaux, sont toujours entourés
de ces eaux qui donnent quelquefois bien de la
peine à ceux qui travaillent aux minières.
Un autre indice qu'une montagne contient quelque
mine, c'est quand l'aspect en est rude & sauvage, qu'il
n'y a dessus que peu de terre ingrate sans arbres; que
s'il s'y trouve quelque peu d'herbe, elle est pâle &
sans couleur, parce que les vapeurs minérales qui sortent
par les pores de cette montagne brûlent les racines
des végétaux. Ce n'est pas qu'on ne trouve bien
souvent des Métaux dans les montagnes vertes & fertiles
en arbres & en autres plantes, mais il n'y a pas
tant d'indices à celles-là qu'aux autres, les vapeurs
métalliques étant en moindre quantité dans ces montagnes
vertes & fertiles, que dans celles qui paraissent
arides; ou bien étant d'une nature différente, elles
n'empêchent point que les plantes n'y croissent. Il se
peut faire aussi que les mines sont dans le plus profond
de ces montagnes, ou qu'elles sont couvertes
de pierres assez dures, pour empêcher que leur exhalaison
ne gâte les plantes.
Quelques-uns fort expérimentés en fait de mines,
connaissent par les rayons du Soleil réfléchissants d'une
montagne s'il y a des minières.
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D E C H I M I E. 73

La grande quantité des eaux qui se trouvent dans Circonstan-
les mines, & qu'il est nécessaire d'épuiser, quand on ces à observer
y veut travailler, est la cause principale pourquoi quand on
l'on commence ordinairement plutôt le travail par le veut travail-
pied de la montagne que par le haut, étant bien plus ler aux mines.
facile de faire écouler les eaux par cet endroit-là, que
de les tirer par un autre.
On commence donc à faire une cave le plus bas
qu'on peut au pied de la montagne, & on la doit continuer
en droite ligne par la voie la plus courte & la
plus facile, jusqu'à ce qu'on soit à la grosse masse :
mais plusieurs s'amusant souvent à des petites veines
de minière qu'ils rencontrent, se détournent du droit
chemin, & perdent leur temps en gâtant quelquefois
l'ouvrage commencé, ou s'exposant à de grands périls;
car ils ébranlent des pierres molasses qui tombant
en grande quantité, remplissent ce qu'ils ont
cavé, & accablent les ouvriers. Pour éviter cet accident,
on voûte les caves avec de grosses pièces de bois
qui soutiennent les terres ou les pierres qui tendraient
a s'écrouler, & alors on travaille avec les ustensiles
nécessaires à détacher le métal pour le retirer hors de
la mine.
Les métaux différent des autres minéraux en ce
qu'ils sont malléables, & les minéraux ne le sont
point.
On en compte sept, l'or, l'argent, le fer, l'étain, le Les sept
cuivre, le plomb & le vif-argent; ce dernier n'est pas Métaux.
malléable, s'il n'est mêlé avec les autres : mais comme
on prétend que ce soit la semence des métaux, on l'a
mis en ce rang.
Les Astrologues ont prétendu qu'il y avait une si Influences
grande affinité & tant de correspondance entre les prétendue
sept métaux dont nous venons de parler, & les sept des Planètes
planètes, que rien ne se passait dans les uns, que sur les
les autres n'y prissent part; ils ont crû que cette correspondance Métaux.
se faisait par le moyen d'une infinité de
@

74 C O U R S
petits corps qui partent de la planète & du métal,
ils supposent que ces corpuscules qui sortent de l'une
& de l'autre, sont figurés en sorte, qu'ils peuvent
bien entrer dans les pores de la planète & du métal
qui la présente, mais qu'ils ne pourraient pas s'introduire
ailleurs, à cause de la figure des pores qui
ne se trouve pas disposée à les recevoir; ou bien s'ils
s'introduisent dans quelque autre matière que dans la
planète ou dans le métal, ils ne peuvent point s'y arrêter
ni s'y fixer pour servir à la nourriture de la
chose; car ils prétendent que le métal est nourri &
perfectionné par l'influence qui lui vient de la planète,
& que la planète reçoit fort précieusement ce qui
sort du métal.
Pour ces raisons, ils ont donné à ces sept métaux
le nom des sept planètes qui les gouvernent chacune
en leur particulier & ils ont appelé l'or Soleil,
l'argent Lune, le fer Mars, le vif-argent Mercure,
l'étain Jupiter, le cuivre Vénus & le plomb Saturne.
Ils ont voulu aussi que ces planètes eussent leurs
jours choisis pour verser leurs influences sur nôtre
Hémisphère ainsi ils ont assuré, que si l'on travaillait
le Lundi sur l'argent, le Mardi sur le fer, & ainsi
des autres, on réussirait bien mieux dans ce qu'on
aurait dessein de faire.
Ils ont dit encore, que les sept planètes dominaient
chacune sur chaque partie principale de nôtre
corps : & comme les métaux représentent ces planètes,
que ces métaux étaient propres & spécifiques
pour guérir ces parties-là de leurs maladies & pour
les entretenir dans leur vigueur; ainsi ils ont donné
l'or pour le coeur, l'argent pour la tête, le fer pour
le foie, l'étain pour les poumons & pour la matrice,
le cuivre pour les reins, & le plomb pour
la ratte.
Voilà en abrégé ce que croient, touchant les métaux,
@

D E C H I M I E. 75

les plus raisonnables de ceux qui suivent l'Astrologie
judiciaire, & ils en tirent des conséquences
qui seraient trop longues à rapporter ici. Je dis les
plus raisonnables; car il n'y a rien de plus étrange
que ce que veulent établir quelques-uns d'entre eux.
Il n'est pas difficile de voir que tout ce que nous venons
de rapporter des influences est très mal fondé,
puisqu'il n'y a personne qui ait vu d'assez prés les planètes,
pour savoir si elles sont de la même nature
que les métaux, ni qui ait aperçu qu'il en sorte aucuns
corps qui tombent sur la terre.
Néanmoins si nous remarquions que les expériences
conviennent à ce qu'ont avancé ces Messieurs, on
pourrait conjecturer, que si leurs principes n'étaient
tout-à-fait véritables, il y aurait assez de vraisemblance
en ce qu'ils ont établi; mais il n'y a rien qui
confirme leur opinion, & nous reconnaissons tous les
jours, que les facultés qu'ils attribuent aux planètes
& aux métaux, sont fausses. Les métaux, à la vérité,
nous servent dans la Médecine, & nous en retirons de
bons remèdes, comme nous dirons dans la suite :
mais leurs effets se peuvent mieux expliquer par des
causes prochaines que par celles des astres.
Le travail sur les Métaux est très ancien, puisqu'au
premier âge du monde Tubalcain, suivant le
témoignage de Moïse, eut l'art de travailler avec le
marteau, & fut habile pour faire les ouvrages d'airain
& de fer. Il est probable qu'au temps de Moïse
on a exercé la Chimie, puisque les Enfants d'Israël
sous Aaron, se fabriquèrent un veau d'or, & que
Moïse étant descendu de la montagne de Sinaï, tout
en colère contre le peuple, fit réduire ce veau d'or
en cendre; cette cendre ne pouvoir être qu'un or mis
en poudre par la dissolution & par la précipitation,
ou par le Mercure.
Hermes Trismégiste fut un grand Chimiste qui
vécut quelque temps après Moïse.
@

76 C O U R S
II serait trop long & trop ennuyeux de rapporter
les noms de ceux qui ont cultivé la Chimie depuis
ce temps-là; il suffit de dire que ceux qui y ont travaillé,
quoique la plupart cherchassent particulièrement
la transmutation des Métaux qu'ils n'ont point
trouvée, ont enrichi les Arts & la Médecine d'un
grand nombre de belles découvertes.
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C H A P I T R E P R E M I E R.
De l'Or.
L 'Or tient le premier rang entre les sept métaux,
parce qu'il est le plus parfait, le plus pesant, &
qu'il est dit recevoir des influences du plus beau de
tous les astres qui est le Soleil. Il est aussi appelé le
Roi des métaux par la même raison; c'est une matière
très compacte, malléable, inégale en ses parties
: En sorte qu'on y remarque des pores de différentes
figures, lorsqu'on le regarde avec un bon
Microscope.
L'or se trouve dans plusieurs mines, tant en Europe
que dans les autres parties du monde, mais la plus
grande quantité nous est apportée du Pérou; il naît
ordinairement entouré d'eau & de pierres ou marcassites
fort dures qu'on a peine à casser pour l'avoir;
on se sert aussi du mercure pour le séparer de la mine;
car il se lie facilement à ce métal. Plusieurs pierres
renferment des particules d'or, comme celles qu'on
appelle mine d'or, le lapis-lazuli. On trouve aussi
Mines de l'or en grains & en paillettes dans les sables de plusieurs
d'or. rivières, parce que les eaux qui passent dans
Or en les mines, l'ont entraîné, comme je l'ai expliqué
grains. plus au long dans mon Traité universel des drogues
Or en simples.
paillettes. L'or s'étend plus sous le marteau qu'aucun autre
@

D E C H I M I E. 77

métal; on le réduit en feuilles très minces pour servir Feuillet
aux Doreurs & dans la Médecine; on les mêle facilement d'or.
dans les compositions & dans les poudres.
On peut même en battant plusieurs jours de suite L'or est
& triturant bien fort cet or dans un mortier de verre dissout
avec un pilon de verre, & y ajoutant un peu d'eau par l'eau
commune de temps en temps, le rendre si divisé & commune.
si léger, que de l'eau commune le soutiendra, & le
dissoudra en sorte qu'il passera avec l'eau par les pores
d'un filtre ordinaire. A la vérité cette dissolution
ne sera pas bien parfaite, car si l'on la garde quelques
années, on s'apercevra que des particules d'or
s'en précipiteront au fond du vaisseau. Il est à remarquer
que sur le filtre où passera cette eau dorée
ou dissolution d'or, il restera une bourbe bleuâtre,
qui vient apparemment d'une portion de l'or la plus
difficile à atténuer, mêlée avec du verre qui s'est détaché
du mortier pendant la trituration. Les Al-
L'avarice qui de tout temps a régné dans l'esprit des chimistes
hommes, n'a pas laissé celui des Chimistes en repos veulent
sur le sujet de faire de l'or : ils ont crû que la production faire de
de ce métal était le but où la nature tendait dans l'or. Les
les mines, & qu'elle avait été empêchée & détournée moyens
quand elle avait produit les autres métaux qu'ils dont ils se
ont nommés imparfaits. servent.
Sur cette pensée ils n'ont épargné ni leur temps ni Le grand
leur peine, ni leur bourse, pour achever de cuire & oeuvre ou
de perfectionner ces métaux, & pour les rendre en la pierre
or; c'est ce travail qu'ils ont appelé le grand oeuvre, Philoso-
la recherche de la pierre philosophale. phale des
Quelques-uns d'eux pour y parvenir, font un mélange Alchimistes.
de ces métaux avec des matières qui servent à
les purifier de leurs parties les plus grossières, & les
font cuire par de grands feux; les autres les mettent
digérer dans des liqueurs spiritueuses, voulant par
là imiter la chaleur dont la nature se sert, & prétendant
les faire pourrir pour en tirer ensuite le Mercu-
@

78 C O U R S
re, qu'ils dirent être une matière très disposée à faire
de l'or. Les autres recherchent la semence de l'or
dans l'or même, & ceux-là se tiennent assurés de l'y
trouver, de même qu'on trouve la semence d'un végétal,
plutôt dans le végétal même qu'ailleurs. Pour
ce faire ils ouvrent l'or par des dissolvants qu'ils
croient les plus propres, puis ils le mettent digérer
par des feux de lampe, ou par la chaleur du Soleil,
ou par celle du fumier, ou par quelque autre degré de
feu toujours égal & qui approche le plus du naturel,
afin d'en tirer le Mercure; car ils veulent que si l'on
avait ce Mercure, & qu'on le mît dans la terre, il produirait
de l'or, de même qu'une semence produit
une plante.
Les autres cherchent la semence de l'or dans les minéraux,
comme dans l'antimoine, où ils veulent qu'il
y ait un Souffre & un Mercure semblables à ceux
de l'or : Les autres la recherchent dans les végétaux,
comme dans le miel, dans la manne qui en sont tirés,
dans le sucre, dans le vin, dans le rossolis,
dans le romarin, dans le cétérach. Les autres dans
les animaux, comme dans les gencives, dans le sang,
dans les urines : Et les autres enfin qui croient bien
raffiner, vont chercher la semence de l'or dans le
Soleil & dans la rosée, car quelques Astrologues
ont été jusqu'à cet excès de folie, d'assurer que le
Soleil est un or fondu au centre du monde & coupellé
par le feu des Astres qui l'environnent, & que
les rayons qu'il jette & qu'il fait briller de toutes
parts, proviennent des étincelles qui s'en détachent,
de même qu'il arrive dans la purification de l'or par la
coupelle.
Je n'aurais jamais fait si je décrivais ici les peines,
les fatigues, les veilles, les chagrins, & surtout la dépense
ou ces Messieurs se sont comme abîmés, en
opérant chacun à sa manière : ils se préoccupent tellement
des opinions que leur suggère un désir âpre de
@

D E C H I M I E. 79

venir riches, qu'ils n'ont l'esprit susceptible d'aucune
conception autre que de celle qui tend à leur
grande imagination; aussi traitent-ils les Philosophes
qui ne goûtent pas leurs sentiments, comme des profanes,
ils se réservent à eux seuls le nom de véritables
Philosophes, ou de Philosophes par excellence.
La nation sainte & le peuple acquis dont il est parlé
dans la sainte Écriture est selon eux la Secte des
Alchimistes. L'or & l'argent n'étaient si communs
sous le règne de Salomon, que parce que ce Roi
avoir le secret du grand oeuvre. Les fables ont été
aussi de la partie : ce sont, disent-ils, des voiles sous
lesquels les Poètes ont voulu cacher au vulgaire le
grand sujet de l'Alchimie. Par Jupiter transfiguré en
pluie d'or, ils ont prétendu désigner la distillation
de l'or des Philosophes; par le rameau d'or qui renaissait
toujours quand on l'avoir coupé, ils ont entendu
la multiplication de l'or; par la fable d'Orphée,
ils ont exprimé la douceur de l'or potable; par
Latone devenue grosse dans l'île de Délos, après le
commerce qu'elle avait eu avec Jupiter, ils ont eu en
vue le cuivre, qui étant mis dans le creuset, y engendre
l'or & l'argent. Je pourrais rapporter un
grand nombre d'autres visions alchimistes de la même
nature; mais je n'ai point d'envie d'en grossir mon
volume, j'aime mieux qu'on les lise dans les Auteurs.
Il est à remarquer que parmi les Traités de ces Messieurs,
il s'en trouve peu qui n'avertissent dans le
Titre ou dans la Préface, qu'ils vont donner véritablement
& sans déguisement, le secret du grand oeuvre
: l'un dit qu'il est inspiré de Dieu pour écrire au
sujet de la pierre philosophale, & en enseigner le secret
sans aucun voile : l'autre, qu'il est ému de charité
pour les Enfants de l'Art, & qu'il ne peut souffrir
qu'on leur cache plus longtemps un secret si
nécessaire : l'un promet la clef de la vraie sagesse
l'autre en promet l'échelle : l'un assure qu'il va ou-
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80 C O U R S
vrir le tombeau d'Hermès, & que les vérités d'Alchimie
y paraîtront plus claires que le jour : l'autre
annonce qu'il va enseigner un chemin plein & facile
qui conduira droit à la tour dorée. Cependant
quand on vient à examiner ces prétendues explications
ou dévoilements, on n'y trouve que des allégories
très obscures & des énigmes inexplicables.
Misère Mais ce qui est de plus déplorable, c'en qu'on voit
des Alchi- beaucoup de ces Alchimistes, qui après avoir consommé
mistes. les plus beaux de leurs ans dans cette sorte
de travail, où ils se sont opiniâtrement obstinés, &
y avoir dépensé tout leur bien, se voient pour récompense
réduits à la pauvreté. Penote nous servira
d'exemple entre une infinité d'autres; il mourut âgé
de quatre-vingt-dix-huit ans à l'Hôpital d'Yverdon
en Suisse, il dit à la fin de sa vie qu'il avait
passée à la recherche du prétendu grand oeuvre, que
s'il avait quelque ennemi puissant qu'il n'osât attaquer
ouvertement, il lui conseillerait de s'adonner
tout entier à l'étude & à la pratique de l'Alchimie.
Cet homme se désabusa enfin, quoique trop tard,
& il avoua avoir passé son temps bien inutilement.
Mais il se trouve peu de gens de ce caractère
qui fassent de même; ils s'imaginent qu'il y va de leur
honneur de soutenir ce qu'ils ont embrassé, & ils auraient
honte qu'on crût qu'ils ont longtemps travaillé
en vain, & dépensé leur bien pour venir à
bout d'une entreprise qui ne pût pas réussir.
Plusieurs d'entre eux, pour éviter ce reproche, &
pour faire croire qu'ils ont trouvé des réalités, &
plus encore, pour engager quelqu'un à souffler avec
eux & en tirer de l'argent, se sont avisés de faire des
tours de passe-passe, les uns avec la prétendue poudre
Trompe- de projection, les autres avec leur or potable, les autres
rie des Al- en figeant le mercure avec du verdet, ou avec du
chimistes. cuivre, les autres avec des clous de cinabre qu'ils
Ils
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D E C H I M I E. 81

Ils disent que leur poudre de projection est une Poudre
semence de l'or, laquelle a la vertu de l'augmenter de proje-
quand on y en mêle quelque petite quantité; & pour ction pré-
en faire l'épreuve, ils mettent de l'or en fusion par le tendue.
feu, puis ils y jettent un peu de leur poudre, ils remuent
la matière avec une baguette de fer ou d'autre
métal, puis ils jettent l'or dans une lingotière; il
se trouve augmenté considérablement. D'abord cette
expérience surprend, & les assistants crient miracle. On
leur demande à acheter de la poudre de projection, il
ne faut pas demander s'il la faut bien payer. L'acheteur
croit avoir trouvé la pie au nid : il court chez
lui pour multiplier son or, il en fait fondre, il y jette
de la poudre, il remue la matière; enfin il observe les
mêmes circonstances qu'il avait vu observer, mais il
trouve que son or n'a point augmenté de poids. Il
croit avoir manqué à quelque chose, il recommence
l'opération une fois, deux fois, mais en vain : il n'y a
point d'augmentation pour lui : Il reconnaît qu'il a
été dupé. Voici de quelle manière est faite la tromperie.
Celui qui remue la matière s'est pourvu de quelques
petits morceaux d'or pour jeter adroitement
diverses fois dans le creuset ou dans la coupelle, sans
que personne des assistants en voie rien : mais quand
il est observé de près, & qu'il prévoit qu'il lui serait
difficile de faire entrer rien avec l'or fondu sans qu'on
s'en aperçoit, il prend une verge de fer ou de cuivre,
dans le bout de laquelle il a enchâssé de l'or, en
sorte qu'on ne le voit point, & il remué l'or avec cette
baguette. Le cuivre ou le fer se fond & quitte l'or
qui se mêle avec l'autre, & en fait l'augmentation. Si
on lui demande ou est allé le bout de la baguette, il
répond, comme il est vrai en un sens, qu'il s'est séparé
en Scories, car le cuivre ne se mêle point avec l'or.
Si l'on examine ensuite la poudre de projection, on
verra que ce n'est que du vif-argent en poudre, ou
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82 C O U R S
quelque autre chose qui se consume par le feu ou
qui le réduit en Scorie.
Or pota- Leur or potable qu'ils vantent tant, qu'ils vendent
ble pré- si cher, n'est ordinairement qu'une teinture de
tendu. végétal ou de minéral, dont la couleur approche de
celle de l'or, & comme ils font cette teinture avec un
menstrue spiritueux, elle excite quelquefois la sueur :
on ne manque pas d'attribuer cet effet à l'or, qui le
plus souvent n'y a rien contribué. Cette manière
de tromper n'est pas une de celles qui leur réussit le
moins : car en fait de remède, il se trouve toujours
du monde fort crédule, & principalement quand
on parle d'un remède universel, comme on veut
que soit l'or potable. Nous montrerons dans la suite,
que ce qu'on entend par or potable n'est qu'une
chimère.
Fixation Ils préparent le Mercure en le fixant, ou plutôt en
du mer- le figeant, & en arrêtant ses parties avec du verdet;
cure. ils font par ce moyen une matière qui approche de
la couleur de l'or : Car le verdet qui est un cuivre,
donne au mercure une couleur jaune; & parce qu'il
ne serait pas encore assez haut en couleur, ils le teignent
avec du curcuma, de la calamine, de l'ocre,
ou avec quelque autre chose semblable: ils veulent par
ce moyen persuader qu'ils ont fait de l'or; mais pour
peu qu'on veuille examiner ce prétendu or par la coupelle,
tout se réduit en fumée, comme fait ordinairement
le vif argent. Quand on leur rapporte que leur
or s'est évanoui; ils disent qu'à la vérité cet or n'avait
pas reçu sa dernière fixation, mais que le plus
fort en étant fait, ils ne manqueront pas de trouver
en travaillant un moyen de le fixer, pour le perfectionner.
Mais quand ils auraient fixé leur matière en sorte
qu'elle résistât à la coupelle, ce qui est comme impossible,
ils ne pourraient pas encore dire qu'ils eussent
fait de l'or; car il y a plusieurs autres épreuves qu'il
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D E C H I M I E. 83

faudrait que leur matière soutint comme la dissolution
par l'eau Régale, le départ, l'extension sous le
marteau, la pesanteur, sans quoi elle ne pourrait
nullement être appelée or.
Ils réduisent encore des morceaux de cinabre en argent,
& cette subtilité est très curieuse. Voici comme
ils s'y prennent.
Ils stratifient dans un creuset, du cinabre concasse, Clous de
qu'ils appellent clous de cinabre, avec de l'argent en cinabre.
grenaille ils mettent le creuset dans un grand feu,
& après quelque temps de calcination, ils le retirent,
ils renversent la matière dans une bassine, & ils
montrent les clous de cinabre qui ont été convertis en
argent véritable, quoique les grenailles soient demeurées
en leur première forme. Ils concluent de là
que la transmutation des métaux est possible puisque
le mercure du cinabre a été réduit en argent, quoique
l'argent soit relié comme il était auparavant.
Cette expérience est surprenante, & l'on ne peut
pas voir les mêmes morceaux de cinabre qu'on avait
vu mettre dans le creuset, changez de Mercure en
pur argent, qu'on n'ait bien de la pente à croire qu'il
s'est fait une augmentation de ce dernier métal; &
même plusieurs tiennent qu'on n'en peut pas douter.
On demeure dans cette erreur, jusqu'à ce qu'on ait la
curiosité d'examiner les grenailles d'argent, & alors
on commence à se désabuser, car on les trouve fort
légères, & si on les presse entre les mains, elles sont
écrasées presque aussi facilement que des pellicules.
On cesse de croire l'augmentation quand on pèse les
peaux de grenaille avec les clous; car le tout ne pèse
pas plus que les grenailles d'argent pesaient avant
qu'on les eût mises dans le creuset. Enfin il faut de
nécessité, ce qui est fort étonnant, que le mercure
se soit premièrement amalgamé avec l'argent, qu'il
ait charrié cet argent dans les morceaux de cinabre,
qu'ensuite s'étant dissipé par le feu, il ait laissé l'argent
seul. F a
@

84 C O U R S
Je pourrais rapporter encore plusieurs autres subtilités
des Alchimistes, par lesquelles ils n'engagent
que trop souvent ceux qui ont de l'argent à travailler
avec eux; mais je serais trop long sur cette matière.
Je ne l'ai touchée qu'en passant, pour tâcher de désabuser
ceux qui sont préoccupés de la transmutation
des métaux.
Le peu Quoi qu'on ne puisse pas absolument nier que
d'appa- quelque Artiste, par une méthode particulière, ne
rence qu'il soit venu à bout de faire de l'or, ou que quelqu'un
y a qu'on ne trouve le moyen d'en faire dans la suite, il y a
puisse fai- pourtant plus d'apparence de l'impossibilité que de
re de l'or; la possibilité, vu le peu de connaissance que nous avons
de la composition naturelle de ce mixte; car comme
l'or, aussi bien que l'argent se tire des mines entourées
d'eau , il est fort probable que ces eaux entraînent,
des lieux d'où elles viennent, des particules
salines qui se congèlent & se corporifient dans des
terres qui sont d'une composition particulière, & desquelles
les pores sont disposés d'une manière qu'il est
impossible à l'art d'imiter : néanmoins pour faire de
l'or, il faudrait savoir parfaitement & la nature des
sels qui sont charriés par l'eau des mines, & la disposition
des matrices ou des terres dans lesquelles ils se
congèlent; il faut donc être bien prévenu pour s'imaginer
que par des feux artificiels, on viendra à
bout de cuire & de convertir en or les métaux ou les
matières métalliques.
Pour ce qui est du Mercure qu'on prétend tirer des
minéraux & des métaux, & qu'on croit être la semence
de l'or, c'est une chose fort imaginaire; car
premièrement il est en question de savoir s'il y a du
Mercure dans ces mixtes; mais quand on supposerait
qu'il y en ait, pourquoi en fera-t-on la semence
de l'or ? Nous ne voyons point que le Mercure produise
de l'or, & de plus, comme nous avons dit,
l'accroissement des métaux & des minéraux ne
@

D E C H I M I E. 85

se fait point comme celui des végétaux.
La semence de l'or, disent-ils encore, est par tout,
elle abonde dans l'esprit universel. Et comme la rosée,
la manne, le miel sont empreints dans cet
esprit, on peut tirer l'or ces substances.
On demeure d'accord avec eux, que l'esprit universel
contient un acide qui sert à la production de
l'or, parce que les eaux acides ou les sels qui entrent
dans la composition de ce métal, viennent de l'esprit
universel : mais, si l'on veut appeler cet acide une semence,
ce sera aussi bien la semence de tous les autres
mixtes, que celle de l'or, & il n'y aura pas plus de
raison de croire l'esprit que universel abonde en semence
d'or, qu'en semence du plus grossier des minéraux,
ou de la plus inutile de toutes les plantes, ou
du plus abject de tous les animaux; ainsi c'est proprement
travailler en ténèbres, que de travailler à faire
de l'or, & je trouve qu'on a fort bien défini l'Alchimie
Ars sine acte, cujus principium mentiri, me- Défini-
dium laborare, & finis mendicare. Art sans Art, dont tion de l'Al-
le commencement est de mentir, le milieu de travailler, chimie.
& la fin de mendier.
L'or est un bon remède pour ceux qui ont trop L'or bon
pris de mercure; car ces deux métaux se lient ensemble pour ceux
facilement, & par cette liaison ou amalgame, le qui ont
mercure est fixé & son mouvement interrompu : c'est trop pris
ce qu'on remarque bien en ceux qui ont reçu les frictions de mercure.
du mercure; car s'ils tiennent une pièce d'or
dans la bouche quelque temps, elle se blanchit par la
vapeur du mercure.
On veut que l'or étant pris par la bouche, soit un
grand cardiaque, parce que les Astrologues assurent
qu'il reçoit des influences du Soleil qui est comme le
Coeur du grand monde, & qu'en les communiquant
au coeur, il le fortifie & le nettoie de tout ce qu'il
avait d'impur; d'où vient qu'on a inventé une grande
quantité d'opérations pour tâcher d'ouvrir ce mé-
F 3
@

86 C O U R S
Le pré- tal & pour séparer son sel & son soufre. On a même
tendu or appelé par avance cette opération, or potable,
table. parce que ce sel ou ce soufre se dissolvant dans
une liqueur, pourrait être pris en potion; & comme
cet or potable serait en état de se distribuer par
toutes les parties du corps, on prétend qu'il en chasserait
si bien tout ce qui interrompt la nature en ses
fonctions, qu'il rendrait celui qui en aurait pris,
exempt de maladie pour longtemps, & qu'il prolongerait
la vie.
Mais ce raisonnement très mal fondé, & l'expérience
ne se rapporte point à tant de beaux effets;
car pourquoi assurer, & quelle marque a-t-on que
le Soleil soit si ami de l'or, qu'il verse plus d'influences
sur lui que sur les autres mixtes ? C'est une chose
qui ne se peut point prouver, & nous voyons que le
Soleil répand sa lumière & sa chaleur généralement
sur tous les corps, sans qu'il paroisse faire de distinction.
Entend-on que les pores de l'or sont disposés
en sorte qu'ils aient plus de facilité à retenir les influences
du Soleil, que ceux des autres mixtes ne
pourraient faire ? Cette raison n'est pas moins difficile
à démontrer que l'autre.
Au reste quand Messieurs les Astrologues, qui semblent
être les Directeurs des influences, voudraient
qu'on leur accordât cette supposition, la conséquence
qu'ils en tirent que donc ils fortifient le coeur, ne serait
guère plus recevable; car nous ne pouvons remarquer
en l'or autre chose qu'une matière très dure
pesante, dont la liaison des principes est très exacte;
& ce qui nous le fait croire, c'est qu'on ne le
peut dissoudre radicalement pour en séparer le sel ni
le soufre. Cet or réduit en feuilles très déliées,
n'apporte aucun changement dans les corps, lorsqu'il
a été pris par la bouche; & on le rend en la même
nature qu'il était auparavant, excepté quand on a du
vif argent dans le corps; car il se lie avec lui, comme
nous avons dit.
@

D E C H I M I E. 87

Il faut donc conclure, que si l'or a reçu plus d'influences
du Soleil que les autres métaux, ces influences
ne l'ont point rendu plus propre à se dissoudre
dans le corps, & à produire tous les beaux effets dont
on parle.
je sais bien qu'on rapporte des histoires pour prouver
que l'or communique ses vertus dans le corps de
ceux qui l'ont avalé, & qu'il y diminue, & entre autres
de plusieurs personnes, qui ayant mangé des chapons
qu'on avait nourris d'une pâte faite avec des
vipères & de l'or, avaient été guéris de plusieurs maladies
: mais on a bien plus lieu d'en attribuer cet
effet aux vipères qu'à l'or, puisque nous savons par
expérience, que les vipères étant prises par la bouche
sans mélange, produisent divers effets sensibles,
& que nous n'en remarquons aucun à l'or
quand il a été pris seul.
Pour ce qui est de la diminution, ils le prouvent,
parce qu'ayant ramassé les excréments des chapons,
ils les ont calcinés, & ils n'ont retiré que la quatrième
partie de l'or qu'on avait employé dans la pâte
qui avait servi à la nourriture des chapons; mais
cette preuve n'est pas plus assurée que la première :
car les excréments des chapons étant remplis de sel volatil,
ce même sel peut volatiliser & enlever dans la
calcination la plus grande partie de l'or, de même
que nous voyons plusieurs liqueurs volatiles sublimer
l'or. Je sais assez par ma propre expérience, qu'il y a
des volatils qui enlèvent l'or : car ayant un jour mêlé
trois onces d'or avec environ trois livres de matière
composée de plusieurs ingrédients volatils, je fis L'or peut
mettre le mélange environ un mois après à la coupelle; être vola-
nous vîmes l'or qui paraissait fort beau au milieu; tilisé.
mais à mesure qu'on soufflait selon la coutume pour
faire purifier l'or, nous fûmes étonnés d'apercevoir
qu'il s'exalta peu-à-peu en l'air, jusqu'à ce
qu'il n'en resta pas un grain.
F 4
@

88 C O U R S
Ainsi l'on ne peut point s'apercevoir que l'or eût
servi à la nourriture des chapons; mais quand il s'en
dissoudrait une portion dans le corps, de la même
manière qu'il se dissout dans l'eau Régale, ce qui est
bien difficile à croire, quand il s'en exalterait, &
quand même il en glisserait une partie dans le cours
du chyle, ce ne serait pas une preuve qu'il produisit
de si grands effets.
Quoique j'aie dit que l'or étant pris seul par la
bouche, n'apportait aucun changement pour la santé,
j'estime beaucoup plusieurs préparations d'or faite
avec des esprits, car ces esprits lui donnent des déterminations
selon leur nature, & le font opérer. J'en
donnerai un exemple en l'or fulminant.
----------------------------------------------------------
Purification de l'or.
P Urifier l'or, c'est en séparer les autres métaux qui
y sont mélangés.
Mettez rougir dans un creuset à grand feu, telle
quantité d'or qu'il vous plaira, lorsqu'il commencera
à prendre la fusion, jetez-y quatre fois autant
pesant d'antimoine en poudre, l'or se mettra aussitôt
en fusion; continuez un grand feu, jusques à ce que
la matière jette des étincelles; retirez, alors vôtre
creuset du feu, & le secouez afin que le Régule descende
au fond. Cassez-le quand il sera froid, & séparez
le Régule des Scories qui seront dessus. Si vous
voulez conserver vôtre creuset, il faut conserver la
matière fondue dans un mortier de fer fait en culot,
lequel vous aurez auparavant un peu chauffé &
graissé de suif, puis frapper avec des pincettes autour
du mortier, jusques à ce que la matière soit en
masse.
Laissez un peu refroidir cette masse, puis l'ayant
renversée, séparez avec le marteau le Régule d'or d'avec
@

D E C H I M I E. 89

les Scories. Pesez ce Régule faites-le fondre à
grand feu dans un creuset, & lorsqu'il sera en fusion,
jetez dedans peu à peu, trois fois autant pesant de
salpêtre : continuez un feu très violent, afin que la
matière demeure en fusion; et lorsque les fumées
étant cessées, elle paraîtra claire & nette, jetez-la
dans vôtre mortier de fer chauffé & graissé, comme
nous avons dit ci-dessus, ou bien laisser-la dans le
creuset, que vous secouerez pendant qu'il refroidira,
afin que le Régule se sépare des Scories qui demeureront Régule
dessus, & vôtre Régule d'or sera très pur. d'or.

R E M A R Q U E S.

L E commun usage pour la purification de l'or, est Purifier
la coupelle, en laquelle on procède de la même l'or par la
manière que nous dirons en la purification de l'argent coupelle.
: Mais la coupelle n'étant pas capable de séparer
l'argent d'avec l'or, on a recours à une autre opération Départ.
qu'on appelle Départ. Pour y parvenir :
On fait fondre dans un creuset sur un grand feu,
trois parties d'argent, avec une partie d'or, & lorsque
ce mélange est en fusion, on le jette dans de l'eau
froide, il se condense en grenailles, lesquelles étant
séchées, on fait séparation de l'argent d'avec l'or
par le moyen de l'eau forte, car ce dissolvant dissout
fort bien l'argent, mais l'or demeure en poudre au
fond du vaisseau, par la raison que nous dirons au chapitre
de l'eau Régale. On verse par inclination la dissolution
de l'argent, puis on lave la poudre d'or
afin de l'adoucir.
Mais souvent il arrive que quelque portion de l'argent
est retenue comme opiniâtrement dans l'or; ainsi
cette purification ne peut pas être dite tout-à-fait
exacte.
On a encore une autre méthode pour purifier l'or, Cémen-
c'est la Cémentation, qui se fait ainsi : tation.
@

90 C O U R S
On stratifie dans un creuset; des Lamines d'or,
avec une pâte sèche qu'on appelle Cément, dans
laquelle on fait entrer des sels gemme & armoniac :
on couvre le creuset, puis l'ayant entouré de feu, on
fait calciner la matière pendant dix ou douze heures
avec beaucoup de violence, afin que les sels mangent
& consument les impuretés de l'or; mais souvent
ils le laissent encore chargé d'autres métaux : quelquefois
aussi ils rongent l'or même, & ils en font
perdre une partie.
La purification de l'or par l'antimoine est plus assurée
que les autres; car il n'y a que l'or qui soit assez
solide pour résister à ce dévorant; il en mange souvent
une petite portion, mais il ne laisse aucun aucun
métal.
Il faut observer de mettre un tuileau sur le creuset,
de peur que l'air venant par le cendrier, n'en
refroidisse le fond.
L'or se met en fusion, aussitôt que l'antimoine
est jeté dans le creuset, parce que l'antimoine est
rempli de certains soufres salins, qui augmentent la
force du feu, & séparent les parties de ce métal; c'est
alors que ce qu'il y a de plus poreux & de plus volatil
s'étant uni avec l'antimoine, une partie s'exalte
en fumée, & l'autre partie qui est plus fixe, demeure
en Scories.
Les étincelles qui sortent de la matière sur la fin,
proviennent de quelques particules d'antimoine, qui
s'étant trouvées embarrassées dans l'or, ont fait violence
pour sortir : il faut alors retirer la matière du
feu, afin qu'il ne s'en perde point, & la renverser dans
un culot, comme nous l'avons dit. On fait ensuite refondre
le Régule, sur lequel on jette du salpêtre,
afin que ce sel absorbe tout l'antimoine qui pourrait
être resté, & de cette manière on a un Régule autant
Or à purifié qu'il le peut être, & à vingt-quatre
carats. carats, s'il y en a.
@

D E C H I M I E. 91

Le carat d'or est la vingt-quatrième partie d'une Carat d'or
quantité d'or, quelle qu'elle soit; ainsi un scrupule ce que
qui doit peser vingt-quatre grains, est un carat a c'est.
l'égard d'une once d'or, car une once contient
vingt-quatre scrupules.
Si une once d'or n'a point diminué dans les purifications,
c'est de l'or à vingt-quatre carats; si elle
a diminué d'un carat, c'est de l'or à vingt-trois carats;
si elle a diminué de deux carats, c'est de l'or
à vingt-deux carats, & ainsi du reste : mais on tient
qu'il ne se peut trouver d'or à vingt-quatre carats,
parce qu'il n'y en a point qui ne contienne quelque
portion d'argent ou de cuivre, si bien purifié qu'il
soit.
L'or rouge est le moins estimable, parce qu'il contient
quelque portion de cuivre qui lui donne cette
couleur; le jaune est le meilleur, & il doit même jaunir
au feu.
Le carat de perles, de diamant & des autres pierres Carat de
précieuses, n'est que de quatre grains. perles ou de
L'or étant mis en fusion au Soleil par le miroir ardent, diamant.
jette beaucoup de fumées qui viennent de la Calcina-
substance même de l'or. Ce qui reste après que les tion de
fumées ont cessé, est un verre violet foncé; ce verre l'or au So-
d'or est plus léger qu'un égal volume d'or. C'est une leil.
expérience que M. Hombert, de l'Académie Royale Verre
des Sciences, a faite au Palais Royal. d'or.
----------------------------------------------------------
Amalgamation de l'or, & sa réduction en poudre
impalpable.

A Malgamer l'or, est le mélanger avec du vif-argent.
Prenez une dragme de Régule d'or, faites-la battre
en petites lamines très déliées, lesquelles vous mettrez
rougir dans un creuset à grand feu, puis vous
@

92 C O U R S
verserez dessus un once de vif-argent revivifié du
cinabre, comme nous dirons dans la duite; remuez
la matière avec une petite verge de fer; & quand
vous verrez qu'il commencera à s'élever une fumée,
ce qui arrive en peu de temps, jetez le mélange
dans une terrine remplie d'eau; il se congèlera &
il deviendra maniable. Lavez-le plusieurs fois, pour
en ôter la noirceur; vous aurez un Amalgame, duquel
vous séparerez ce que vous trouverez de Mercure
qui ne sera point lié, en le pressant un peu dans
un linge avec les doigts. L'or retient environ trois
fois son pesant de Mercure.
Or en Pour réduire l'or en poudre, il faut mettre cet
poudre. Amalgame dans un creuset, qu'on placera sur un petit
feu; le mercure s'exaltera en l'air, & laissera
Chaux l'or en poudre impalpable au fond. On l'appelle
d'or. chaux d'or.
R E M A R Q U E S.
L E mercure pénètre facilement l'or; & s'insinuant
dans ses pores, il se fait une matière molasse
qu'on appelle Amalgame; il en fait autant avec les
autres métaux, excepté avec le fer & avec le cuivre
qui sont trop mal digérés, pour le tenir lié.
Or blan- La vapeur du vif-argent, si légère qu'elle soit, blanchit
chi par la l'or. J'ai vu arriver plusieurs fois chez des malades
chaleur à qui j'avais fait recevoir le flux de bouche par
du vif-ar- le moyen du mercure, que des louis d'or qu'ils avaient
gent. bien enclos dans leur bourse & dans la poche de leur
culotte proche du lit, avaient pris une couleur blanche,
en sorte qu'ils ne les reconnaissaient plus, & ils
croyaient qu'on les leur avait changés en des jetons.
Pour faire revenir cet or en couleur,
on n'a qu'à le mettre quelque temps dans le feu; il
en fait sortir le mercure, puis le frotter avec un peu
d'huile de tartre faite par défaillance pour le nettoyer
@

D E C H I M I E. 93

de la noirceur que le feu lui donne.
L'Amalgame de l'or sert aux Doreurs, car il s'étend
facilement sur leurs ouvrages.
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Or fulminant appelé safran d'or.

C Ette opération est un or empreint de quelques
esprits qui en font écarter les parties avec violence
quand on le met sur le feu.
Prenez la quantité qu'il vous plaira d'or réduit en Dissolu-
limaille, mettez-le dans une fiole, ou dans un matras, tion de
& versez dessus trois ou quatre fois autant pesant l'or.
d'eau Régale composée, comme nous dirons en
son lieu : Placez le matras sur le sable un peu chaud,
& l'y laissez jusqu'à ce que l'eau Régale ait dissout
tant d'or qu'elle en aura pu contenir, ce que vous
connaîtrez quand les ébullitions auront cessée; versez
par inclination la liqueur dans un verre; & s'il est
resté de l'or dans le matras, faites-le dissoudre comme
devant avec un peu d'eau Régale; mêlez vos dissolutions;
jetez ensuite peu à peu sur le mélange, de Précipi-
l'esprit volatil de sel armoniac, ou de l'huile de tartre tation.
faite par défaillance; il se fera une effervescence
avec chaleur, & vous verrez précipiter l'or au fond
du verre en poudre jaune. Laissez-le reposer longtemps
afin de ne rien perdre; versez dessus cinq ou six
fois autant d'eau commune : puis ayant versé par inclination
l'eau surnageante, lavez votre poudre avec
de l'eau tiède jusqu'à ce qu'elle soit insipide; puis la
faites sécher sur un papier, à une très lente chaleur;
parce que le feu y prend facilement, & la poudre s'envole
avec grand bruit.
Si vous avez employé une dragme d'or, vous retirerez Poids.
quatre scrupules d'or fulminant bien sec. Quelques-uns
l'appellent aussi chaux d'or.
L'or fulminant excite la sueur, & chasse les mau- Vertus.
@

94 C O U R S
vaises humeurs par transpiration. On en peut donner
pour la petite vérole, depuis deux jusqu'à six
grains, dans une tablette ou en opiate. Il arrête le
vomissement; il est propre aussi à modérer la forte
action du Mercure.
R E M A R Q U E S.
O N se sert d'or en limaille, afin que la dissolution
s'en fasse plus facilement.
L'effervescence qui arrive, procède de l'écartement
violent des particules de l'or par l'eau Régale; car
Ebuli- lorsqu'elle ne trouve plus de corps sur qui agir, ayant
tion, pour- divisé l'or en autant de parties qu'il lui a été possible,
quoi. l'ébullition cesse; & quoique l'or soit dans l'eau
Régale, il nous est si imperceptible, qu'il ne semble
presque pas que l'eau ait changé de ce qu'elle était
auparavant, tant elle demeure claire & transparente.
Il est vrai que cette dissolution a pris une couleur de
l'or & qu'elle est devenue jaune.
Si par accident il tombe quelque goutte de la dissolution
d'or sur la peau, elle lui donne une couleur
purpurine, qui reste trois ou quatre jours sans s'effacer,
quoiqu'on la lave souvent.
Dissolu- La dissolution de l'or est une suspension que les
tion, ce pointes de l'eau Régale font des particules de ce métal
que c'est. dans du phlegme. Car il ne suffit pas que l'eau
Régale ait divisé l'or en parties subtiles, il faut encore
que ses pointes le soutiennent comme des nageoires,
autrement il tomberait toujours au fond en poudre,
si subtile qu'elle fût.
Obje- On objecte que les parties de l'or devraient tomber
ction. au fond de la liqueur, parce qu'étant jointes aux
pointes de l'eau Régale, elles sont encore plus pesantes
qu'elles n'étaient; car l'union de deux corps fait
plus de poids que quand ces deux corps sont séparés.
@

D E C H I M I E. 95

Je réponds qu'on doit concevoir les parties de l'or Réponse.
suspendues par les pointes acides dans le phlegme à
peu près comme on conçoit fort bien qu'un petit morceau
de métal attaché à un bâton ou a une planche,
nagerait avec le bois dans l'eau; car quoique le petit
morceau de métal tombe au fond quand il est seul,
il nage quand il est attaché au bois; les pointes acides
sont des corps fort légers en comparaison des particules
de l'or, elles ont aussi des surfaces beaucoup plus
tendus & par conséquent elles occupent plus de
phlegme; c'est ce qui les soutient & les fait nager.
On se sert pour faire précipiter l'or de l'huile de Précipi-
tartre, ou de l'esprit de sel armoniac, parce que l'une tations,
& autre liqueur contiennent un sel alcali; ainsi pourquoi ?
les mêlant avec des acides, ils doivent fermenter : Or
dans cette fermentation les pointes de l'eau Régale,
qui tenaient les particules d'or suspendues, sont affaiblies;
& ces petits corps d'or n'étant plus soutenus
comme ils étaient, tombent & se précipitent par
leur propre poids. On doit verser de la liqueur précipitante
sur la dissolution de l'or, jusqu'à ce qu'il ne
paroisse plus de fermentation, ce qui marquera que
toutes les pointes de l'eau Régale auront été rompus
& que toutes les particules de l'or en étant dégagées
seront en état de se précipiter.
Il m'est arrivé quelquefois que pendant la fermentation
ou précipitation que j'avais excitée avec de
l'esprit de sel armoniac & de l'huile de tartre, le mélange
avait pris une forte odeur toute semblable à
celle du romarin.
Peut-être que quelqu'un aura peine à comprendre Difficulté
comment l'esprit volatil du sel armoniac affaiblit
l'eau Régale qui est composée avec le sel armoniac;
mais il lui sera facile, lorsqu'il considérera que la force
de l'eau Régale ne dépend pas du volatil du sel armoniac, Solution.
mais du sel marin qui y est en bonne quantité
lié avec l'eau forte : car le sel marin ou sel gem-
@

96 C O U R S
me peuvent être fort bien substitués en la place du
sel armoniac pour faire l'eau Régale, comme nous
ferons remarquer ci-après en parlant de la composition
de cette eau. Il y a encore ici à examiner pourquoi
les dissolvants abandonnent le corps qu'ils tenaient
auparavant dissout, pour s'attacher à un autre.
Par exemple, pourquoi l'eau Régale quitte l'or
Difficulté. du quel elle s'était remplie, pour mettre en sa place
le sel alcali. Cette question est une des plus difficiles
à résoudre qu'il y ait dans la Physique. Voici
à mon avis ce qu'on y peut dire de plus sensible.
Je suppose que quand l'eau Régale a agi sur l'or,
en sorte qu'elle l'a dissout, les pointes qui faisaient
sa force sont fichées dans les particules de l'or. Mais
Solution. comme ces petits corps sont fort durs & par conséquent
difficiles à être pénétrés, ces pointes ne sont
entrées que superficiellement, & toutefois assez
avant pour suspendre les particules de l'or, & pour empêcher
qu'elles ne se précipitent : c'est pourquoi on y
mettrait tant d'autre or qu'on voudrait, lorsque chacune
de ces pointes a pris ce qu'elle pouvait soutenir,
qu'il ne s'en dissoudrait pas un grain davantage; c'est
même cette suspension qui rend les particules de l'or
imperceptibles : mais si vous ajoutez quelque corps
qui par son mouvement & par sa figure puisse en choquant
ébranler assez les acides pour les rompre, les
particules d'or étant en liberté, se précipitent par
leur propre poids. C'est ce que je prétends que fait
l'huile de tartre & les esprits volatils alcali. Ils sont
remplis de sels très actifs, qui trouvant des corps en
repos, les émeuvent, & par la vitesse de leur mouvement
les secouent de telle manière, qu'ils rompent
les pointes par lesquelles l'or était suspendu :
ces fragments de pointes étant débarrassés de l'or,
sont encore assez aigus, & il leur est resté assez de
mouvement pour pénétrer & écarter avec violence
les
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D E C H I M I E. 97

les parties des sels alcali qui sont bien plus dissolubles
que l'or, & c'est ce qui fait l'effervescence qui
arrive aussitôt qu'on a versé de ces esprits dans la
dissolution.
Ces pointes donc étant rompues, il doit arriver
deux choses. La première que l'eau Régale restante
sera incapable de dissoudre d'autre or, puisqu'elle
ne pourra plus pénétrer. La seconde, que la poudre
d'or précipitée sera empreinte du dissolvant
puisque la partie la plus aiguë de ces pointes est
demeurée dedans.
L'expérience nous montre l'un & l'autre; à savoir
que la force de l'eau Régale est entièrement rompue
pour dissoudre d'autre or, & que la poudre précipitée
a entraîné avec elle des esprits qui y sont étroitement
resserrés, que quoiqu'on la lave diverses fois
avec de l'eau tiède, on ne les peut pas détacher. Cela Fulmina-
se fait voir quand on met la poudre sur le feu : car le tion.
grand bruit qu'elle fait, ne peut venir que des esprits
renfermés, qui écartent le corps très solide de l'or
avec violence pour trouver une issue libre, lorsqu'il
sont excités par l'action du feu.
Je peux expliquer en passant, par ce même raisonnement, Poudre
l'action d'une poudre composée de trois parties fulminan-
de nitre, de deux parties de sel de tartre & d'une te.
partie de soufre. Cette poudre étant chauffée
dans une cuillère au poids d'environ une dragme,
fulmine en s'envolant aussi fort qu'un canon pourrait
faire. Or le sel fixe de tartre fait en cette poudre ce
que l'or fait en l'autre; c'est-à-dire, qu'il retient les
esprits du nitre & du soufre liés, en sorte qu'ils ne
peuvent point s'exalter qu'après avoir écarté leurs
chaînes avec grande violence, & c'est ce qui fait le
bruit.
Quand on fait chauffer la poudre fulminante à
i grand feu, elle fulmine en peu de temps, mais elle ne
fait guère de bruit dans la détonation, parce que les
C
@

98 C O U R S
ingrédients dont elle est composée, n'ont pas eu le temps
de s'unir étroitement : Quand on veut qu'elle détonne
bien fort, il faut la chauffer sur un petit feu; elle demeure
un demi quart d'heure à agir, & pendant ce
temps-là elle se fond, & les parties se liant ensemble,
le sel de tartre tient les volatils resserrés jusqu'à ce
que le feu les dégage avec une violence & un bruit
fort surprenant.
Fumina- Si vous mettez en poudre de l'or fulminant dans un
tion sans mortier de marbre ou de porphyre avec un pilon de
feu. cuivre jaune ordinaire, & que vous appuyiez un peu
fort en le broyant, il fait une petite fulmination de
quelque partie de la poudre qui saute en l'air; si vous
continuez à broyer de même, toute la poudre se dissipe
peu à peu par éclats : j'ai essayé la même chose
dans un mortier de bronze, mais il ne s'est rien fait.
La poudre fulminante ne produit aucun effet semblable.
L'explication qu'on peut donner à cette expérience,
est que par le frottement de l'or fulminant entre le
marbre & le pilon de cuivre, on échauffe la matière
& l'on raréfie les esprits ou les sels qui y sont renfermés;
en sorte qu'on les contraint de rompre leurs
liens avec effort, pour avoir une issue libre. Le même
effet n'arrive pas dans un mortier de bronze, parce
qu'il ne s'y fait pas tant de chaleur, ou parce que
les métaux s'unissant ensemble, les sels s'y absorbent
aussi.
L'or ful- L'or fulminant étant pris par la bouche, excite la
minant sueur, parce que la chaleur du corps le volatilise &
sudorifi- le chasse par les pores. Or s'il trouve ces pores fort
que, et dilatés, il se fait seulement une transpiration insensible
pourquoi ? : mais si par un froid externe, ils sont presque
fermés, en sorte qu'il demeure quelque temps à passer,
l'humidité vaporeuse qui l'accompagne se résout
sur la peau, en ce qu'on appelle sueur.
Quelques uns estiment que l'or ne contribué en rien
@

D E C H I M I E. 99

à ces transpirations, mais que l'esprit seul étant contraint
par la chaleur du corps, de sortir hors des pores
de ce métal où il était renfermé, fait toute 1'action.
Je crois qu'il est plus vraisemblable de dire que
ces esprits enlèvent avec eux quelques parties de l'or
avec lesquelles ils sont intimement mêlés : & par là
l'on comprendra mieux comment une si petite quantité
d'esprits est capable de faire suer; car supposé
qu'il s'élève par les pores un grain d'or & deux grains
d'esprits, ces esprits étant, s'il faut ainsi dire, armés
des parties grossières de l'or, seront bien plus capables
de forcer les résistances qui s'opposeront à leur
passage, que s'ils étaient seuls, de la même manière
qu'un gros morceau de bois étant entraîné par le
courant d'une rivière frappera avec beaucoup plus
de violence contre l'arcade d'un pont, & ébranlera
davantage que ne ferait une vague seule si rapide
qu'elle fût.
Il se fait de deux sortes de transpirations insensibles, Différence
une en tout temps, aussi bien en santé qu'en maladie, des trans-
& l'autre dans la fièvre ardente, ou quelquefois quand pirations
on a pris un remède sudorifique. insensi-
La première transpiration est insensible, parce que bles.
la vapeur qui sort perpétuellement des pores est en si
petite quantité, qu'encore qu'elle se résolve en humidité
sur la peau, on ne s'en aperçoit pas.
L'autre se fait par un grand mouvement des esprits
qui poussent les humeurs par les pores du corps avec
rapidité; & comme en ce temps-là ces pores sont fort
ouverts & la peau bien échauffée, la vapeur passe
dessus, sans s'y résoudre.
Mais si le mouvement des humeurs commence à se
ralentir, alors la sueur paraît & se fait sentir; c'est
ce qui arrive dans les fièvres intermittentes, car pendant
la grande chaleur on ne sue point, mais sur le
déclin de l'accès, parce qu'alors la peau reçoit quelque
rafraîchissement, la vapeur s'y résout en humi-
G 2
@

100 C O U R S
dité qu'on appelle sueur; de sorte qu'on peut dire que
la sueur tient le moyen degré en chaleur entre la première
transpiration insensible & la seconde.
La plupart croient qu'il sort bien davantage d'humidité
par les sueurs, qu'il n'en sort par la transpiration
insensible qui se fait pendant la fièvre; mais
il y a de l'apparence qu'ils se trompent; car il est
bien concevable qu'il se fait plus de dissipation dans
le temps de la force de l'accès que sur son déclin, à
cause d'une plus grande chaleur qui chasse toujours
l'humidité.
Il en est de même comme quand on met en distillation
quelque matière par la cornue. Si vous faites
dessous un feu médiocre, l'humidité qui sortira de
cette matière, distillera goutte à goutte, parce que les
vapeurs étant au cou de la cornue & y trouvant du
rafraîchissement, s'y refondront en liqueur; mais si
vous faites un grand feu dans le fourneau, en sorte
que le cou de la cornue soit trop échauffé, toute l'humidité
sera poussée en vapeurs, & il ne paraîtra aucune
humidité au cou de la cornue.
L'or ful- Nous avons dit ci-devant que l'or réprimait la violence
minant est du mercure, parce qu'il s'amalgame avec lui,
bon pour mais l'or fulminant le fait encore mieux : car comme
ceux qui volatil, il est porté par tout le corps, & il ne manque
ont trop point rencontrer le mercure.
pris de On ne doit pas craindre que l'or fulminant étant
mercure. pris par la bouche, & excité par la chaleur de l'estomac,
L'or fulmi- fasse un effet de fulmination approchant de
minant celui qu'il fait quand on le met sur le feu dans une
humide cuillère; car tant qu'il est mêlé avec de l'humidité, il
ne fulmi- ne fulmine point : or on ne peut pas douter qu'il n'y
ne point. en ait suffisamment dans le corps, outre qu'on le fait
prendre ordinairement avec quelque drogue liquide :
il n'est donc pas besoin de faire intervenir ici, comme
quelques-uns veulent, les acides de l'estomac qui
s'unissent aux sels de l'or fulminant, & qui les fassent
@

D E C H I M I E. 101

sortir du corps de ce métal : car outre qu'on doit
préférer en toutes choses les explications les plus
débarrassées & qui tombent le plus sous les sens,
on aurait bien de la peine à soutenir celle-là : il est
vrai que si l'on humecte l'or fulminant avec de l'esprit
de vitriol, ou de sel, ou de soufre, on en empêche
la fulmination; mais cet effet ne procède que
de ce que ces acides fixent par leur pesanteur, &
calment la volatilité des sels qui sont dans les pores
de l'or.
Je pourrais rapporter dans le Chapitre de l'or,
plusieurs autres préparations qui ont été inventées
sur ce métal; mais comme elles ne sont point en
usage, je n'en grossirai point ce volume.
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C H A P I T R E II.

De 1'Argent.

L 'Argent tient le second rang entre les métaux :
c'est une matière fort compacte, blanche, polie,
ou moins raboteuse que l'or, & dont les pores sont
plus égaux en leur figure. Il est malléable comme l'or,
mais il ne s'étend pas tant sous le marteau, & il n'a
pas une si grande pesanteur.
On l'appelle Lune tant à cause de sa couleur qui a Lune.
du rapport avec celle qui paraît en la Lune, qu'à cause
des influences que les Astrologues ont cru qu'il recevait
de cette planète.
On trouve de l'argent dans plusieurs mines en Europe;
mais la plus grande quantité de celui qu'on
nous apporte, naît au Pérou.
On ne rencontre guère l'argent seul dans la mine;
il est ordinairement mêlé avec du cuivre, ou avec du
plomb, ou même avec de l'or : celui qui est mélangé
naturellement avec du plomb est en pierre noire; mais
G 3
@

102 C O U R S
celui qui est mêlé avec du cuivre, est ordinairement
entouré d'une pierre blanche fort dure, en forme de
cristal; il se trouve pourtant quelquefois des morceaux
d'argent pur dans les mines : on en rencontre
même de si dur, qu'on ne peut pas le faire fondre, à
moins qu'on ne le mêle avec beaucoup d'autre argent;
c'est pourquoi l'on n'en peut pas faire des épreuves
pour savoir à quel denier il est.
Vertus. L'argent pourrait être donné comme l'or, pour les
maladies causées par le mercure, car il s'amalgame
fort bien avec le vif-argent, il empêche son mouvement
: on a attribue à l'argent beaucoup de propriétés
pour les maladies du cerveau, mais ces vertus
n'ont aucun fondement, si ce n'est dans l'imagination
de plusieurs Astrologues Chimistes, qui ont
prétendu que la Lune avait des correspondances avec
la tête : il n'est pas besoin que je m'étende à réfuter
cette opinion, elle se détruit assez d'elle-même.
Comme il n'est pas apparent qu'on ait jamais tiré
aucune substance de l'or ni de l'argent, qui puisse être
appelée sel, ou soufre, ou mercure, je n'ai pas suivi
la méthode des Auteurs qui veulent expliquer les différences
qui se rencontrent en ces métaux, par le
plus ou par le moins d'un ou de deux de ces principes;
je me suis contenté de rapporter ce qu'on pouvait
connaître en l'or & en l'argent, j'ai crû qu'il valait
mieux dire peu, & qu'on fut en pouvoir de le prouver,
que de donner de grandes idées des choses
qui sont fort douteuses.
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Purification de 1'Argent.
P Urifier l'argent, c'est en séparer les autres métaux,
avec lesquels il est mêlé. Cette opération se fait
par la coupelle, de la manière suivante.
Prenez une coupelle faite avec des cendres d'os ou
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D E C H I M I E. 103

de cornes, couvrez-la, & la faites chauffer peu à peu
entre les charbons jusqu'à ce qu'elle soit rouge : mettez-y
dedans quatre ou cinq fois autant de plomb que
vous aurez d'argent à purifier: laissez fondre ce plomb,
afin qu'il remplisse les pores de la coupelle, ce qui se
fait en peu de temps, puis jetez vôtre argent au milieu,
& il se fondra aussitôt. Mettez du bois autour
de la coupelle & soufflez, afin que la flamme réverbère
sur la matière; les impuretés se mêleront
avec le plomb, l'argent demeurera pur & net au
milieu de la coupelle; le plomb étant rempli de ces
scories d'argent, restera aux côtés en forme d'écume;
on peut le ramasser avec une cuillère; le laisser
refroidir, c'est ce qu'on appelle litharge : selon le degré
de calcination que cette matière a reçue, elle
prend diverses couleurs, & on la nomme tantôt litharge Litharges.
d'or, & tantôt litharge d'argent. Si on la laisse dans
la coupelle, elle passe par les pores, car il faut remarquer
que la coupelle étant faite exprès avec des cendres
privées de sel, elle est fort poreuse; il faut continuer
le feu jusqu'à ce qu'il ne s'élève plus de fumée.
Cette préparation nettoie l'argent de tous les autres
métaux, excepté de l'or qui résiste à la coupelle.
Il faut pour séparer ces deux métaux, avoir recours
au départ que nous avons décrit en parlant des
purifications de l'or; car l'eau forte dissout l'argent;
mais ne pouvant pénétrer l'or, elle le laisse au fond en
poudre.
On verse par inclination, la dissolution d'argent
dans une terrine, où l'on a mis auparavant une plaque
de cuivre & dix-huit ou vingt fois autant d'eau commune.
On laisse ce mélange en repos pendant quelques
heures, quand on voit le cuivre couvert de la poudre
ou précipité d'argent, & que l'eau est bleue, on la
filtre; c'est ce qu'on appelle Eau seconde. Elle est propre Eau se-
pour faire escarre aux chancres, & pour manger conde &
les chairs baveuses. On fait sécher la poudre d'argent, ses vertus.
G 4
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104 C O U R S
Précipité & on la peut mettre en lingot, la faisant fondre dans
d'argent. un creuset avec un peu de salpêtre.
Précipita- Si vous faites tremper quelques heures, une plaque
tions dif- de fer dans l'eau seconde, le cuivre qui la faisait
férente. bleue se précipitera à mesure que le fer sera dissout;
mais il y aura à la vérité quelque confusion dans
cette précipitation, principalement à cause d'une portion
de fer qui s'y rencontrera. Si vous filtrez cette
dissolution, que vous fassiez tremper dedans un
morceau de pierre calamine, le fer dissout tombera
au fond en poudre, la pierre se dissoudra. Si vous
filtrez la liqueur, que vous jetiez dessus la filtration,
goutte à goutte, de la liqueur de nitre fixe, il se
fera précipitation de la calamine. Si enfin vous filtrez
cette liqueur, & que après en avoir mis évaporer une
partie, vous la laissiez cristalliser, vous aurez un salpêtre
qui brûlera comme le commun.
R E M A R Q U E S.
Coupelle. L A Coupelle est un vaisseau de terre fait en forme
d'écuelle, qui résiste au feu; on la remplit d'une
pâte faite avec des cendres privées de sels, comme
sont celles des os qui ont perdu leur sel en brûlant,
parce qu'il était volatil : on fait un trou au milieu
pour mettre la matière qu'on veut coupeller, puis on
la laisse sécher à l'ombre.
Il faut mettre du plomb dans la coupelle à proportion
des impuretés qui seront dans l'argent : on
en met ordinairement quatre fois autant. Ce qu'on
appelle ici impureté, n'est autre chose que quelques
parties d'autres métaux qui sont demeurées superficiellement
attachées à l'argent quand on l'a tiré de
la mine. Ces métaux se mêlent bien mieux avec le
plomb qu'avec l'argent, parce que le plomb est rempli
de parties sulfureuses ou embarrassantes qui enveloppent
facilement les autres corps. L'argent au contraire
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D E C H I M I E. 105

a des pores très resserrés, & il ne peut être
pénétré ni lié avec ces matières que superficiellement,
de sorte que dans la fusion elles se séparent &
ne font que glisser sur ce corps solide : il est encore
à remarquer que la dureté de l'argent & l'étroite
liaison de ses parties, empêchent le feu de le mettre
en fusion aussi exacte que les autres métaux plus
poreux que lui, & c'est pourquoi il demeure sans
se mêler.
L'argent étant jeté dans le plomb fondu qui soit
dans la coupelle, est bien plutôt mis en fusion que
si on l'avait laissé fondre seul dans un creuset, parce
que le plomb contient beaucoup de parties sulfureuses
qui servent admirablement à la fusion des
métaux. On fait réverbérer la flamme sur l'argent,
afin de chasser aux côtés toutes les matières hétérogènes.
Ce qu'on appelle un carat en l'or, est un denier en Denier :
l'argent; ainsi une once d'argent bien pur est de vingt- ce que
quatre deniers, ou de vingt-quatre scrupules, qui c'est.
font vingt-quatre fois vingt-quatre grains. Cette once
d'argent ne doit point diminuer dans les épreuves;
mais si elle diminue d'un scrupule à la coupelle, l'argent
n'est que de vingt-trois deniers : si elle diminue
de deux scrupules, il n'est que de vingt-deux deniers.
Mais on ne s'exprime pas en matière d'argent par
vingt-quatre deniers, comme en matière d'or par
vingt-quatre carats : on double le denier d'argent,
& l'on dit de l'argent à douze deniers, pour faire entendre
de l'argent bien pur; de l'argent à onze deniers
& demi, de l'argent à onze deniers, pour faire
entendre ses degrés de pureté, ainsi du reste.
Il n'est point d'argent à douze deniers, non plus que
de l'or à vingt-quatre carats, parce qu'il y a toujours
un peu de mélange, quelque application qu'on se soit
donnée pour le purifier.
L'argent de vaisselle contient une partie de cuivre Différen-
ce.
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106 C O U R S
de l'ar- sur vingt-quatre parties d'argent, & l'argent de coupelle
gent de ne contient qu'un quart de partie sur vingt-
vaisselle à quatre parties d'argent.
l'argent Il se fait une espèce de départ quand un dissolvant
de coupel- abandonne quelque corps qu'il tenait dissout pour
le. s'attacher à un autre; ainsi quand on met du cuivre
Départ. dans la dissolution de l'argent, l'eau forte quitte l'argent
à mesure qu'elle dissout le cuivre.
Quelques-uns prétendent expliquer ces précipitations,
en disant que comme ces mixtes ont des pores
plus accommodés les uns que les autres à la figure
des pointes de l'eau forte; elle est en état d'abandonner
le premier pour dissoudre le dernier. Mais il semble
que par ce raisonnement ils voudraient donner
de l'intelligence aux pointes de l'eau forte; car pourquoi
ces pointes qui dans la dissolution de l'argent
s'étaient embarrassées dans les particules de ce métal,
qui les tenaient suspendues, quittent-elles ces
petits corps pour s'aller introduire dans le cuivre ?
C'est ce qu'on ne peut expliquer par cela seul, à
moins qu'on ne suppose que l'eau forte soit douée de
raison.
Je crois qu'on ne peut mieux éclaircir cette difficulté,
qu'en disant que le phlegme de la dissolution
détache des petits corps du cuivre, lesquels nagent
dedans la liqueur; & comme ces petits corps rencontrent
les pointes de l'eau forte chargées des particules
de l'argent, ils les choquent & les ébranlent en
sorte qu'ils les rompent, d'où vient la précipitation
de l'argent; car les pointes qui le suspendent étant
rompues, & le phlegme n'étant pas assez fort pour le
soutenir, il doit se précipiter par sa propre pesanteur,
Pour ce qui est de la dissolution du cuivre, elle se fait
ensuite par la force qui reste à l'eau forte; car quoique
le plus subtil des pointes de ce dissolvant soit
rompu, il est encore assez aigu pour pénétrer le plus
dissoluble du cuivre, & pour faire l'eau seconde. Le
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D E C H I M I E. 107

fer fait précipiter le cuivre, la calamine le fer, la
liqueur de nitre fixe la calamine, par la même raison;
mais il faut remarquer que le fer ne fait pas précipiter
tout le cuivre, ni la calamine tout le fer de même
que le cuivre avait fait précipiter tout l'argent : & la
raison en est que les pointes de l'eau forte étant plus
profondément entrées dans les grands pores du cuivre
& du fer, elles sont bien plus difficiles à être rompues
par des corps de cette nature; mais comme la liqueur
du nitre fixe contient un alcali beaucoup plus
en mouvement que les autres, il précipite toute la
pierre calaminaire, & ce qui était demeuré dissout
du fer & du cuivre.
Je décrirai dans la suite la manière de préparer la
liqueur du nitre fixe; le sel qu'elle contient se réunit
aux esprits volatils du salpêtre qui étaient dans l'eau
forte & le salpêtre se revivifie.
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Cristaux d'argent appelés, Vitriol de Lune.

C Ette opération est un argent pénétré & réduit
en forme de sel par les pointes acides de l'esprit
de nitre.
Faites dissoudre une ou deux onces d'argent de coupelle
dans deux ou trois fois autant d'esprit de nitre :
versez vôtre dissolution dans une petite cucurbite de
verre, & faites évaporer au feu de cendres très lent,
environ la quatrième partie de l'humidité; puis laissez
refroidir ce qui restera sans le remuer; il se formera
des cristaux que vous séparerez de l'humidité; &
les ayant fait sécher, vous les garderez dans une
fiole bien bouchée. Vous pourrez encore
faire évaporer à demi la liqueur, puis la faire cristalliser
comme devant. Réitérez ces évaporations
& ces cristallisations, jusqu'à ce que vous
ayez retiré tout vôtre argent en cristaux, qui
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108 C O U R S
Figure des seront formés la plupart en lames plates.
cristaux On se sert de ce vitriol de Lune pour faire escarre
de lune en touchant la partie. On en fait prendre aussi intérieurement
Vertus. pour les hydropisies & pour les maladies
Doses. du cerveau, depuis un jusqu'à trois grains, dans
quelque eau appropriée à la maladie; il purge les
férocités par le ventre.
R E M A R O U E S.
I L faut mettre l'argent purifié par la coupelle, comme
nous avons dit, dans une fiole ou dans un
matras assez grand, & verser dessus seulement ce
qu'il faut d'esprit de nitre pour le dissoudre : or cela
va à deux fois autant pesant si l'esprit est déphlegmé;
mais s'il ne l'est point, il en faudra trois fois autant
on peut user de l'eau forte comme de l'esprit de nitre
pour faire cette opération : mais je me sers plus commodément
de l'esprit de nitre, parce qu'il agit plus
vite que l'eau forte. On peut voir en son lieu la description
de l'un & de l'autre, & les remarques que j'y
fais. Il faut poser le vaisseau sur les cendres, ou sur
le sable un peu chaud pour hâter la dissolution. Lorsque
les acides commencent à pénétrer le corps de l'argent,
il se fait une ébullition accompagnée d'une chaleur
très considérable, parce que ces pointes rompent
les obstacles qui leur empêchaient l'entrée, &
D'où vient s'introduisent avec violence. C'est ce grand mouvement
la chaleur, & cet impétueux écartement des parties qui
l'ébullition produit la chaleur & l'ébullition, & qui raréfiant
& la fumée l'esprit de nitre, fait sortir par le cou du vaisseau une
rouge. vapeur ou fumée rouge qu'on doit éviter comme
très nuisible à la poitrine. L'ébullition & la fumée
durent jusqu'à ce que l'argent soit parfaitement dissout,
après quoi la liqueur devient claire & transparente,
mais d'une couleur bleuâtre.
D'où vient Si l'argent qu'on fait dissoudre étaient entièrement
@

D E C H I M I E. 109

purifié de cuivre, la dissolution ne serait pas plus la couleur
teinte que l'esprit de nitre; mais parce qu'il ne s'en bleue dans
trouve point de si pur, elle a toujours un peu de couleur. la dissolu-
La dissolution de l'argent de vaisselle est bien tion.
plus bleue que celle de l'argent de coupelle, parce que
l'argent de vaisselle contient plus de cuivre que l'autre,
comme nous avons dit. Plus donc l'argent est purifié,
& moins la dissolution en est bleue.
On fait évaporer un peu de la liqueur, afin que ce
qui reste se cristallise facilement; car ce qui sort n'est
qu'une eau presque insipide, l'argent ayant retenu les
esprits acides fixes.
On doit observer dans toutes les cristallisations, Pour la
de ne laisser pas trop d'humidité, de peur que les sels cristalli-
étant trop affaiblis, ne puissent pas se coaguler. Il sation.
ne faut pas non plus qu'il en demeure trop peu; car
les cristaux n'ayant pas assez d'espace pour s'étendre,
tomberaient tous confusément les uns sur les autres.
Ces cristaux d'argent sont dissolubles dans l'eau, Cristaux
comme ferait un sel; leur force dépend des esprits de d'argent
nitré qui s'y font incorporés : c'est pourquoi ils pèsent purgatifs.
plus que l'argent qu'on avait employé pour les
faire. Ce sont ces mêmes esprits qui pénètrent & qui
déchirent les chairs sur lesquelles on applique ces
cristaux quand on veut faire escarre. Ce font eux
encore qui excitent la fermentation des humeurs, lorsqu'on
a pris de ces cristaux par la bouche, d'où vient
qu'ils servent de purgatif par les selles. La liqueur
dans laquelle on les dissout pour les prendre, & l'humidité
de l'estomac corrigent leur âcreté.
En considérant la composition des cristaux de lune
il y a lieu de s'étonner de leur effet purgatif car il
n'y entre aucune chose qui ait cette qualité. L'argent
étant avalé seul, ne se fait sentir en rien dans le corps,
& on le rend comme on l'a pris : l'esprit de nitre
étant pris seul dans de l'eau, est apéritif; mais il n'é-
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110 C O U R S
vacue point par les selles : on ne peut donc attribuer
la fermentation de purgatif que les cristaux de
lune excitent, qu'à la disposition ou arrangement
de leurs parties.
Revivifi- Si l'on veut revivifier ces cristaux en argent, il ne
cation des faut que les jeter dans de l'eau tiède, & y ajouter une
cristaux plaque de cuivre : ils se fonderont alors, & l'argent se
de lune en précipitera au fond en une poudre blanche qu'on lavera,
argent. & on la fera sécher; puis l'ayant fondue dans un
creuset avec un peu de salpêtre, on la réduira en lingot,
au même poids que devant.
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Pierre infernale, ou Caustique perpétuel.
L A pierre infernale est de l'argent rendu brillant
par les sels de l'esprit de nitre.
Faites dissoudre dans une fiole, telle quantité
d'argent de coupelle qu'il vous plaira, avec deux ou
trois fois autant d'esprit de nitre : mettez vôtre fiole
sur le feu de sable, & faites évaporer environ les
deux tiers de l'humidité : Renversez le restant tout
chaud dans un bon creuset d'Allemagne assez grand, à
cause des ébullitions qui se feront; placez-le sur un
petit feu, & l'y laissez jusqu'à ce que la matière qui
se sera beaucoup raréfiée, s'abaisse au fond du creuset
: augmentez alors un peu le feu, elle deviendra
comme de l'huile : Versez-là dans une lingotière un
peu graissée & chauffée; elle se coagulera : après quoi
vous pourrez la garder dans une fiole bien bouchée.
Vertus. C'est un caustique qui dure toujours, pourvu qu'on
ne le laisse point exposé à l'air; on peut faire cette
pierre avec un mélange de cuivre & d'argent; mais
elle ne se garde pas tant, parce que le cuivre étant
fort poreux, l'air s'y introduit facilement, & la
fond.
Poids. Si vous avez employé une once d'argent, vous
@

D E C H I M I E. 111

retirerez une once & cinq dragmes de pierre infernale.

R E M A R Q U E S.

L 'Effet de cette pierre vient encore des esprits corrosifs
du nitre qui sont demeurés attachés à l'argent;
elle est plus caustique que les cristaux d'argent
dont nous avons parlé ci-devant, quoiqu'elle ne
soit composée que des mêmes ingrédients : la raison
en est, que dans l'évaporation de l'esprit de nitre, le
plus âcre reste le dernier; c'est celui-là qui fait la
force de la pierre infernale. Mais dans les cristaux il y
a un esprit plus faible parce qu'il est rempli de parties
aqueuses.
Il faut prendre garde en faisant bouillir la dissolution Ce qui
de l'argent, d'y tenir un feu modéré : car la fait la for-
matière se raréfie facilement, & elle passe dans le feu, ce de la
ou bien il en rejaillit quelques gouttes sur la main de pierre in-
l'Artiste qui lui donnent une grande cuisson, & emportent fernale.
la peau, parce que cette liqueur est non seulement
fort corrosive d'elle-même, mais elle est aussi
aidée de la chaleur du feu qui lui donne bien de l'action.
On doit regarder souvent dans le creuset, principalement
sur la fin, afin qu'aussitôt que la matière
cessera de bouillir a qu'elle sera en forme d'huile,
on la jette dans la lingotière; car si on la laissait
davantage sur le feu, les esprits les plus forts
s'évaporeraient, & la pierre serait bien moins corrosive.
Si l'on faisait fondre les cristaux de lune sur le feu,
qu'on fit bouillir la liqueur jusqu'à ce qu'elle devint
comme de l'huile, & qu'après on la jetât dans une
lingotière, ce serait de la pierre infernale, semblable
à celle que nous décrivons.
Quand on emploie de l'argent de vaisselle pour faire Différence
la pierre infernale, on ne trouve que trois dragmes du poids.
@

112 C O U R S
suivant la d'augmentation pour une once d'argent, mais si l'on
pureté de s'est servi d'argent de coupelle bien fin, on en trouvera
l'argent,' cinq. Cette augmentation de poids vient encore des
qu'on a pointes acides de l'esprit de nitre que nous avons dit
employé. être demeurées attachées au corps de l'argent; mais
la différence de l'augmentation procède de ce que
l'argent de coupelle ayant des pores plus étroits que
n'en a l'argent de vaisselle, il retient mieux les pointes
acides, & la pierre en est par conséquent plus forte,
comme je l'ai reconnu par expérience.
----------------------------------------------------------
Teinture de Lune.
L A teinture de lune est une dissolution de quelques
parties les plus raréfiées de l'argent faite
dans l'esprit de vin aiguisé par les sels alcali.
Faites dissoudre dans un matras sur le fable un peu
chaud, deux onces d'argent avec quatre onces d'esprit
de nitre : versez la dissolution dans une cucurbite
ou dans un autre vaisseau de verre, où vous aurez
mis une pinte d'eau salée bien filtrée; l'argent se précipitera
aussitôt en poudre blanche. Laissez-le tout-
Précipita- à-fait reposer, puis versez l'eau surnageante par inclination.
tion d'ar- Lavez vôtre poudre plusieurs fois avec de
gent par l'eau de fontaine pour lui ôter l'acrimonie des sels :
le sel ma- faites-la sécher sur le papier, & la mettez dans un
rin. matras : versez dessus une once de sel volatil d'urine,
& vingt-quatre onces d'esprit de vin rectifié sur le sel
de tartre, comme nous le décrirons ci-après. Bouchez
ce matras avec un autre; c'est-à-dire, que l'embouchure
de celui de dessus entre dans le cou de celui
qui contient les matières; c'est ce qu'on appelle
Vaisseau de rencontre. Lutez exactement les jointures
avec de la vessie mouillée, & faites digérer la matière
au fumier de cheval, ou à quelque chaleur approchante,
l'espace de quinze jours, pendant lesquels
l'esprit
@

D E C H I M I E. 113

l'esprit de vin aura pris une couleur céleste; délutez
vos matras & filtrez la liqueur par un papier gris,
puis la gardez dans une fiole bien bouchée.
On s'en peut servir pour l'Epilepsie, pour la Paralysie, Vertus.
pour l'Apoplexie & pour les autres maladies du
cerveau; elle est en usage aussi dans les fièvres malignes
& dans toutes les autres maladies où il est nécessaire
de chasser par transpiration les humeurs. La dose
en est depuis six jusqu'à seize gouttes dans quelque
liqueur convenable.
Il sera resté au fond du matras une chaux d'argent, Chaux.
qu'on peut revivifier par le moyen des sels d'argent.
suivants.
Prenez huit onces de nitre, deux onces de Cristal Matière
réduit en poudre de la manière que nous enseignerons réductive.
ci-après, autant de tartre, & demi-once de charbon;
faites de tout cela une poudre que vous mettrez peu à
peu dans un creuset rougi au feu; il se fera une grande
détonation, laquelle étant passée, vous trouverez
vôtre matière fondue, que vous renverserez dans un
mortier chaud & vous la laisserez refroidir; vous aurez
une masse qu'il faudra mettre en poudre, & en
mêler un égal poids avec la chaux d'argent : faites fondre
ce mélange à grand feu dans un creuset, la chaux Chaux
se réduira en argent : retirez vôtre creuset du feu & d'argent
le cassez quand il sera froid, puis séparez l'argent réduite en
d'avec les sels. argent.

R E M A R Q U E S.

C Ette opération semble d'abord favoriser l'opinion
de ceux qui tiennent qu'on peut séparer les
principes de l'argent : car, disent-ils, qu'est-ce qui
peut faire cette couleur bleue après que l'argent a été
longtemps digéré avec le sel volatil d'urine & l'esprit
de vin alcoolisé, si ce n'est un soufre interne de
l'argent, lequel s'est détaché par l'aide de cette li-
H
@

114 C O U R S
queur sulfureuse & qui s'est lié avec elle; comme
nous voyons ces sortes de menstrues dissoudre ordinairement
le soufre des végétaux, des animaux & des
minéraux, laisser les parties terrestres & salines
entières : Mais lorsqu'on examinera de bien près cette
teinture, on trouvera que ce n'est qu'une dissolution
de quelque portion d'argent & de cuivre qui
a été volatilisée par le sel d'urine, & ensuite liée
avec de l'esprit de vin; de sorte qu'en retirant ces
métaux dissous, il n'y aura plus de teinture & en
voici le moyen.
Versez vôtre teinture de Lune dans un alambic de
verre, couvrez-le de son chapiteau, adaptez-y un récipient,
lutez exactement les jointures, & faites distiller
au bain de vapeur environ la moitié de l'humidité;
vous aurez une liqueur claire comme de l'esprit
de vin. Mettez vôtre alambic en un lieu frais, l'y
laissez environ deux jours sans le mouvoir; vous trouverez
aux côtés des petits cristaux; versez tout doucement
la liqueur qui aura beaucoup perdu de sa couleur
céleste. Ramassez les cristaux, & continuez à
distiller & à cristalliser le reste de la liqueur, jusqu'à
ce que vous ayez tout retiré; mêlez vos cristaux &
les faites sécher à l'ombre; pesez-les & s'il y en a
trois dragmes, pulvérisez-les, & les mêlez avec six
dragmes de la matière que nous avons décrite pour
revivifier la chaux d'argent restée dans le matras :
mettez ce mélange dans un creuset, l'ayant couvert
d'un tuileau, entourez-le d'un grand feu pour mettre
la matière en fusion; puis l'ayant retirée du feu
& laissée refroidir, cassez le creuset, vous trouverez
au fond un peu d'argent qui sera propre à faire
les opérations comme devant. Notez que toute la liqueur
qu'on a retirée par distillation, est claire comme
de l'eau commune : dont je conclus que la couleur
ne consistait qu'en la dissolution de l'argent même,
non pas dans des soufres, comme on a prétendu.
@

D E C H I M I E. 115

Mais il faut remarquer que si l'on veut donner
à la teinture de Lune une couleur céleste ou bleuâtre,
comme on le demande ordinairement, il est nécessaire
d'employer en l'opération, de l'argent de vaisselle
ou autre qui ait de l'alliage de cuivre : car si
vous employez de l'argent de Coupelle du plus pur,
il ne se fera point de teinture céleste, quoiqu'il se
dissolve quelque portion de l'argent; parce que la
couleur de l'argent étant blanche : elle ne paraîtra
point dans l'esprit de vin : on peut donc dire que là
liqueur appelée teinture de Lune, est plutôt une teinture
de cuivre, qu'une teinture d'argent. Je douterais
même qu'il fût entré de l'argent dans la teinture de
Lune, si je n'avais pas fait l'expérience que j'ai
rapportée, & celle qui suit.
J'ai fait dissoudre une once d'argent de Coupelle
grenaillé dans deux onces d'esprit de nitre; la dissolution
était si peu teinte, qu'à peine ai-je pu y apercevoir
une fort légère couleur bleuâtre : ce qui
prouve que l'argent était des plus purifiés : j'ai versé
cette dissolution dans une terrine où il y avait une
plaque de cuivre & de l'eau commune; l'argent s'est
précipité en poudre blanche : je l'ai lavé, je l'ai
fait sécher, j'en ai eu dix dragmes, je l'ai mêlé dans
un matras avec demi-once de sel volatil d'urine &
douze onces d'esprit de vin tartarisé : j'ai procédé à
la digestion de la matière en la même manière que
dans la précédente opération; il ne s'est fait aucune
teinture; j'ai filtré la liqueur, & après avoir fait sécher
ce qui restait, je l'ai mêlé avec partie égale
de matière réductive & j'ai mis le mélange en
fusion; je n'en ai retiré que six dragmes & douze
grains d'argent; il faut donc qu'une partie de l'once
d'argent que j'avais employée, ait passé dans la liqueur.
Il est vrai que le sel volatil d'urine qui a indubitablement
dissout & volatilisé les cinq scrupules
& demi-d'argent, peut en avoir fait dissiper quel-
H 2
@

116 C O U R S
que partie pendant la fusion; mais il est apparent que
la plus grande quantité est demeurée dissoute dans la
liqueur.
Si l'argent que l'on veut employer dans ces opérations
n'est point en grenailles, il faut le faire couper
en petits morceaux, afin qu'il se dissolve plus facilement.
L'eau salée doit être composée d'une once & demie
de sel fondu dans une pinte d'eau : ce sel fait précipiter
l'argent, parce qu'il ébranle les pointes de son dissolvant,
& par les secousses qu'il leur donne en les choquant,
il leur fait quitter le corps qu'elles tenaient
suspendu. Je parlerai plus amplement de ces sortes de
précipitations dans les remarques que je ferai sur le
précipité blanc, & je donnerai une raison pourquoi
le sel marin qui est acide, fait précipiter ce qu'un autre
acide avait dissout : je répondrai aussi aux objections
qu'on m'a faites sur ce sujet.
On peut encore faire précipiter l'argent par le moyen
d'une plaque de cuivre, comme nous avons dit. Il
est indifférent par quel moyen on le précipite; car
ce qu'on fait ici ne sert qu'à réduire l'argent en
poudre très subtile, afin qu'il soit plus facilement
dissout.
Le précipité d'argent fait par le moyen de la plaque
de cuivre, n'augmente point de poids; au contraire
il se trouve quelquefois qu'il diminue de quelques
grains, apparemment parce qu'il s'est purifié de quelque
légère portion d'impureté sur le cuivre dans la
précipitation. Ce précipité ayant été bien lavé & séché,
est une poudre grise cendrée qui paraît à la vue
toute en petits brillants & au toucher talqueuse.
Si vous avez fait dissoudre une once d'argent de
coupelle, & que vous le précipitiez avec du sel marin,
Poids. vous retirerez une once & trois dragmes du précipité
bien lavé & séché; cette augmentation vient du reste
des pointes rompues qui sont demeurées dans les pores
@

D E C H I M I E. 117

du métal : car ces pores étant petits, ils laissent difficilement
sortir ce qu'ils tiennent.
La même augmentation procède encore du précipitant; Précipité
car les parties du sel marin ne sont pas toutes d'argent
emportées par la lotion, il en reste une portion entrelacée fait avec
dans le précipité, ce qui lui donne un arrangement de l'eau
& une couleur bien différents de ceux que la salé.
plaque de cuivre communique à celui qu'elle fait
précipiter. Ce précipité en se séchant se réduit en une
pâte ferme, blanche comme de l'amidon, se mettant
facilement en poudre sans brillants, insipide au
goût. L'un & l'autre de ces précipités est appelé
chaux d'argent.
Il n'est pas besoin de retirer par la distillation une Chaux
partie de la liqueur, comme quelques-uns ont écrit, d'argent.
afin que la teinture soit plus forte : car au contraire,
cela donne lieu à une cristallisation qui la fait diminuer
en couleur & en force, par la raison que nous
avons dite.
L'effet de cette teinture pour les maladies doit être
plutôt attribué au sel d'urine & à l'esprit de vin, qu'à
l'argent; ce sont des volatils qui non seulement dégagent
le cerveau, parce qu'ils aident au sang à circuler,
mais aussi qui étant excités par la chaleur, ouvrent
les pores, & chassent par transpiration les humeurs
étrangères.
La partie d'argent qui reste au fond du matras, étant
abreuvée de volatils, s'exalterait en l'air, si on la faisait
fondre sans addition : c'est pourquoi l'on y ajoute
la matière réductive, qui étant très fixe, l'appesantit
& l'empêche de s'envoler.

pict

H 3
@

118 C O U R S
----------------------------------------------------------
Arbre de Diane, ou Arbre Philosophique.
C Ette opération est un mélange d'argent, de mercure
& d'esprit de nitre, qui se sont cristallisés
ensemble en forme d'un petit arbre.
Prenez une once d'argent, faites la dissoudre dans
deux ou trois onces d'esprit de nitre, mettez évaporer
vôtre dissolution au feu de sable jusqu'à consomption
d'environ la moitié de l'humidité, versez ce
qui restera dans un matras où vous aurez mis vingt
onces d'eau commune bien claire; ajoutez-y deux onces
de vif-argent, posez vôtre matras sur un petit
rondeau de paille, & le laissez en repos quarante
jours; vous verrez pendant ce temps-là, qu'il se formera
une manière d'arbre avec des branches & de
petites boules au bout, qui représentent les fruits.
Cette opération n'est de nul usage dans la Médecine;
je la décris seulement pour les curieux.
R E M A R Q U E S.
C Es figures de branches viennent de l'esprit de
nitre, qui étant incorporé avec l'argent & le
mercure, prend des figures diverses selon qu'il trouve
de 1'humidité pour s'étendre : car si l'on ne mettait
que dix ou douze onces d'eau, il ne se ferait que des
manières de cristaux fort confus. Au contraire, si l'on
en mettait beaucoup davantage, il ne paraîtrait rien
que quelque peu de poudre précipitée. Il faut laisser
le mélange quarante jours en repos, parce que l'esprit
de nitre étant très affaibli par l'eau commune,
travaille fort lentement. Si l'on remuait la matière,
on romprait sa figure commencée, mettant tout en
confusion; ce qui pourtant se reformerait, étant laissée
en repos. Cette préparation se fait mieux en un
@

D E C H I M I E. 119

lieu frais qu'ailleurs : car c'est proprement une
cristallisation.
On pourrait rapporter cette opération à celle qui
se fait dans la terre poux la génération & pour l'accroissement
des plantes : car si la semence a trop
d'humidité, les esprits qui servent à la fermentation
& à la dilatation de ses parties, seront tellement affaiblis,
qu'ils ne pourront plus agir; ainsi il ne se
produira rien : Si au contraire il y en a trop peu; les
esprits ne trouvant pas assez d'espace pour s'étendre,
demeureront renfermés ou s'évaporeront en l'air.
Mais quand il se rencontre une proportion convenable
d'eau dans la terre, alors ces esprits étant dans un
mouvement médiocre, & s'étendant insensiblement,
raréfient & subliment avec eux la substance de la semence,
d'où vient la végétation. Retournons à
nôtre opération.
Lors qu'on voudra séparer l'argent & le mercure, Sépara-
il faut remuer le tout; & l'ayant versé dans un plat tion de
de terre, le faire bouillir pendant un demi quart l'argent
d'heure, puis le laisser refroidir, en sorte qu'il ne d'avec le
soit guère plus que tiède. Jetez dedans peu à peu. cuivre.
une pinte d'eau dans laquelle vous aurez fait dissoudre
deux onces de sel marin; il se fera un précipité blanc.
Versez l'eau par inclination & le faites sécher. Mettez-le
ensuite dans une cornue que vous placerez au
fourneau de sable; & y ayant adapté un récipient
rempli d'eau, donnez un petit feu au commencement,
puis l'augmentez peu à peu jusqu'à faire rougir
la cornue, vôtre vif-argent distillera goutte à
goutte dans l'eau. Continuez le feu jusqu'à ce qu'il
ne distille plus rien : laissez refroidir les vaisseaux :
versez l'eau du récipient, & y ayant lavé le mercure,
séchez-le avec du linge ou avec de la miette
de pain, & le gardez.
Vous trouverez dedans la cornue, vôtre argent,
que vous pourrez mettre en lingot, l'ayant fait fon-
H 4
@

120 C O U R S
dre à grand feu dans un creuset avec un peu de salpêtre.
J'ai une fois calciné dans un creuset le précipité,
au lieu de faire la distillation, pensant que le mercure
s'étant envolé, l'argent resterait; mais tout se dissipa
en l'air avec quelque bruit, sans qu'il demeurât rien
dans le creuset; l'argent avait été volatilisé par sa
jonction avec le mercure.
On peut faire un autre Arbre de Diane en la
manière suivante.
Autre Ar- Mettez dissoudre une once d'argent de coupelle
bre de avec trois onces d'eau forte dans une fiole ou dans
Diane. un petit matras : placez le vaisseau sur le sable, & par
un feu modéré, faites évaporer environ la moitié de
l'humidité, puis y ajoutez trois onces de bon vinaigre
distillé un peu chauffé; remuez le mélange & mettez
vôtre matras en quelque lieu pour l'y laisser en repos
pendant environ un mois; il s'y formera un arbrisseau
qui aura la figure d'un sapin, & dont le haut ira
jusqu'à la superficie de la liqueur.
Arbre Cet Arbre Philosophique est encore une manière
Philoso- de cristallisation qui s'est faite de l'argent pénétré par
phique. les acides de l'eau forte & du vinaigre : On peut le revivifier
en argent, y versant de l'eau salée pour le faire
précipiter en poudre blanche, & mettant cette
poudre en fusion par un grand feu, dans un creuset
avec un petit morceau de borax ou de salpêtre.
----------------------------------------------------------
C H A P I T R E III.
De l'Etain.
Plomb L 'Etain appelé des Anciens plomb blanc, est un
blanc. métal qui approche de l'argent en couleur, mais
qui diffère beaucoup d'avec lui en figures de pores, en
solidité & en pesanteur : on lui a donné le nom de la
@

D E C H I M I E. 121

Planète de Jupiter, de laquelle on a voulu qu'il tirât Jupiter.
des influences; c'est une matière malléable, sulfureuse
& fort facile à mettre en fusion : on en trouve
dans plusieurs mines, principalement en Angleterre,
qu'on appelle pour ce sujet, Ile d'Etain. ce métal ne Ile d'E-
se dissout pas tout-à-fait dans l'eau forte, comme tain.
quelques-uns ont dit, il ne s'en dissout qu'une portion;
ce qui fait connaître qu'il est composé de diverses
parties, que ses pores sont de figures différentes.
On lui attribue une vertu contre les maladies
du foie & de la matrice.
L'étain le plus pur est celui qui vient en saumons de Etain,
Cornouailles Province d'Angleterre; on l'appelle plané.
Etain plané; il doit être préféré aux autres pour les
opérations de Chimie.
L'étain commun qu'on vend chez les Potiers, contient Etain
un peu de plomb & de cuivre jaune avec lesquels commun.
on l'a allié.
Ce qu'on appelle étain sonnant, est un étain avec Etain son-
lequel on a mêlé du Bismuth ou de l'Antimoine, nant, ce
ou quelque autre métallique. Ces matières qui sont que c'est.
composées de parties roides & cassantes, étant unies
avec l'étain, affermissent ses parties & rendent le
métal plus dur, plus solide & plus compacte; c'est
par cette raison qu'il devient sonnant, car il faut de
nécessité qu'une matière, pour être sonnante, soit
composée de parties roides & disposées en sorte qu'étant
frappées, elles s'agitent & se trémoussent en
se heurtant les unes contre les autres, ce qui ne
se peut pas faire dans l'étain pur qui est molasse &
pliant.

pict
@

122 C O U R S
----------------------------------------------------------
Pulvérisation de l'Etain.
L 'Etain étant malléable, on ne le peut point réduire
en poudre par les moyens ordinaires. Voici
une méthode par laquelle on en viendra à bout
facilement.
Faites fondre dans un creuset sur le feu, telle quantité
d'étain qu'il vous plaira, & le jetez dans une boëte
de bois ronde que vous aurez auparavant frottée en
dedans de tous côtés, d'un morceau de craie pour la
blanchir seulement : couvrez cette boëte & l'agitez
aussitôt, jusqu'à ce que vôtre étain soit refroidi, &
vous le trouverez en poudre grise.
On peut pulvériser le plomb de la même manière.
R E M A R Q U E S.
I L est bon d'avoir une boëte de bois ronde, parce
qu'elle est plus propre pour remuer; il faut
qu'elle ait le moins de fentes qu'il se pourra, &
n'y mettre que peu d'étain à chaque fois, afin que
par l'agitation les parties puissent se séparer & se
réduire en poudre. On pourrait bien y réussir sans
frotter la boëte de craie, mais par-là on empêche
que l'étain fondu ne la brûle. Quoique cette opération
ne paroisse pas de grande utilité, on reconnaît
néanmoins qu'elle sert beaucoup quand on veut faire
plusieurs opérations sur l'étain; car de cette façon on
le mêle facilement avec les sels ou avec les autres
matières.
pict
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D E C H I M I E. 123

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Calcination de l'Etain.

C Alciner de l'étain, est le réduire en forme de
chaux; par le moyen du feu.
Mettez de l'étain d'Angleterre dans un plat de terre
qui ne soit point verni, placez-le sur un grand
feu & quand l'étain sera fondu, agitez-le longtemps
avec une spatule; il fumera & il se réduira en poudre
: continuez un feu violent sous la matière pendant
trente-six heures, & la remuez de temps en temps,
puis la retirez & la laissez refroidir; vous aurez une Chaux
chaux d'étain. d'étain.

R E M A R Q U E S.

J E me sers d'un vaisseau de terre qui ne soit point
vernissé, parce que le plomb qui fait le verni, pourrait
se mêler avec l'étain & le rendre impur; un plat
est de figure propre pour cette calcination; car la
matière pouvant être étendue avec une spatule,
les soufres s'en exaltent plus facilement, en sorte
qu'on calcine aussi bien l'étain dans un vaisseau plat
en trente-six heures, qu'on ferait en quatre jours
dans un creuset; l'agitation sert aussi à faire sortir
le soufre.
Il semble que l'étain devrait diminuer de poids L'étain
dans cette calcination, puisque le feu dissipe une partie augmente
de son soufre, néanmoins il augmente : car si dans la
vous avez employé trente-deux onces de ce métal calcina-
vous en retirerez trente-quatre; il faut qu'il soit entré tion.
dans ses pores un plus grand poids de corpuscules
de feu, qu'il n'est sorti de soufre ou d'autre matière
volatile. Je parlerai plus amplement d'une augmentation
semblable dans les remarques sur la calcination
du plomb.
@

124 C O U R S
Curiosité. Si dès que l'étain est réduit en poudre dans le plat
de terre, vous en prenez une portion avant qu'il calcine
davantage, & que vous la mêliez avec environ
autant d'argent dissout, précipité avec l'eau salée &
séché, mais de manière qu'il y reste encore tant soit
peu d'humidité; le mélange s'échauffera & prendra
feu de lui-même, rendant une odeur soufreuse.
Cet effet surprenant ne peut être causé que par un
reste des pointes de l'esprit de nitre & du sel marin,
qui étant demeurées enveloppées dans le précipité
d'argent, s'attachent à l'étain & pénètrent ses pores
avec tant de violence, qu'elles en allument le
soufre.
Si l'on employait l'étain tout-à-fait calciné, la
matière ne s'enflammerait point, parce que le métal
aurait été privé de son soufre par la calcination
avant le mélange.
----------------------------------------------------------
Sel de Jupiter ou d'Etain.
C Ette opération est un étain pénétré par des acides
& réduit en forme de sel.
Prenez deux livres d'étain calciné, comme nous
avons dit; mettez-le dans un matras, & ayant versé
dessus de bon vinaigre distillé jusqu'à la hauteur de
quatre doigts, vous le mettrez en digestion sur le sable
chaud pendant deux ou trois jours, agitant de
temps en temps vôtre matras; versez ensuite par inclination
la liqueur surnageante; & ayant mis d'autre
vinaigre distillé sur la matière qui reste, faites-la digérer
comme devant : versez par inclination la liqueur,
réitérez à verser d'autre vinaigre distillé sur la matière,
& à la faire digérer encore trois ou quatre
fois : filtrez alors toutes ces imprégnations les faites
évaporer dans une cucurbite de verre au feu de
sable, jusqu'à la consomption des trois quarts de
@

D E C H I M I E. 125

l'humidité; laissez refroidir ce qui reste, transportez
vôtre cucurbite sans l'agiter, à la cave, ou en un
autre lieu frais, pendant trois ou quatre jours; vous
trouverez des cristaux qui se seront formés aux côtés
: séparez-les d'avec la liqueur; faites évaporer
encore une partie de l'humidité, & mettez ce qui restera
à la cave comme devant; vous trouverez de nouveaux
cristaux; continuez ces évaporations & ces
cristallisations, jusqu'à ce que vous ayez retiré tout
vôtre sel d'étain : il le faut faire sécher au Soleil &
le garder dans une fiole. Ce sel est dessiccatif étant Vertus.
mêlé dans les pommades; on s'en peut servir pour les
dartres.
Ceux qui ne se soucient pas d'avoir ce sel en cristaux,
pourront faire évaporer toute l'humidité de la
dissolution à petit feu; il restera un sel aussi bon que
le premier.

R E M A R Q U E S.

C E sel n'est composé que des acides du vinaigre
qui se sont incorporés dans les particules de l'étain,
& qui ont fait une ressemblance de sel; mais si
l'on détruisait ces acides, l'étain reprendrait sa première
forme : nous dirons le moyen de faire cette revivification
lorsque nous parlerons du sel de Saturne,
car elle se fait de la même manière.
Si la chaux d'étain n'avait été longtemps calcinée,
& qu'on ne l'eut dépouillée de quelque quantité
de soufre, l'acide du vinaigre n'eut pas pu en faire
la dissolution, parce qu'il eut été lié dans les parties
molasses & pliantes de ce soufre sans pouvoir agir;
car afin qu'un acide dissolve un corps, il faut qu'il
trouve des pointes disposées en sorte qu'il y puisse conserver
quelque temps son mouvement pour faire ses
secousses.
Il faut observer de n'employer dans cette opéra-
@

126 C O U R S
tion que de l'étain pur de Cornouailles d'Angleterre;
car l'étain ordinaire à cause d'une petite portion
de cuivre qu'il contient, donnerait un sel vert
acre.
Magistère On peut mettre à part une partie de l'imprégnation
d'étain. de chaux d'étain, & verser dessus de l'huile de tartre
faite par défaillance; il se fera un magistère d'étain,
parce que l'huile de tartre, qui est un alcali, détruira
l'acide du vinaigre qui tenait l'étain en dissolution,
& lui fera lâcher prise : il faut laver ce magistère
le faire sécher; il sert aux mêmes usages que celui
dont nous parlerons dans la suite; mais on n'en tire
qu'en petite quantité par cette préparation.
Si l'on s'obstinait à calciner la chaux d'étain qui
reste dans le matras & à remettre d'autre vinaigre dessus,
on la dissoudrait enfin tout-à-fait; mais l'opération
serait bien longue.
L'esprit de nitre seul ne fait point d'impressions
sur la chaux d'étain.
----------------------------------------------------------
Sublimation de l'Etain.
S Ublimer l'étain, est le volatiliser, & l'élever par
le moyen d'un sel volatil.
Prenez une partie d'étain & deux parties de sel
armoniac en poudre : mêlez-les bien ensemble, &
mettez vôtre mélange dans une cucurbite de terre qui
résiste au feu, de laquelle les deux tiers pour le
moins demeurent vides : adaptez dessus un chapiteau
aveugle, lutez-en exactement les jointures, &
placez vôtre vaisseau dans un petit fourneau à grille,
à feu ouvert, en sorte néanmoins que le feu ne transpire
que par les registres, & pour cela il faut boucher
le haut du fourneau avec de la brique & du lut, laissant
aux côtés quelques petits trous qu'on appelle registres;
il faut aussi que la cucurbite entre dans le
@

D E C H I M I E. 127

fourneau jusqu'au tiers de sa hauteur ou environ;
donnez un petit feu au commencement, puis l'augmentez
peu-à-peu, jusqu'à faire rougir le fond de la
cucurbite, & continuez de même jusqu'à ce qu'il ne
monte plus rien : ce qu'on connaîtra quand le chapiteau
se refroidira, alors la sublimation sera
achevée. Laissez refroidir les vaisseaux & les délutez,
vous trouverez attachées au chapiteau & au haut de
la cucurbite, des fleurs qui ne sont autre chose que
quelques particules de l'étain enlevées par le sel armoniac;
au fond de la cucurbite vous trouverez
de l'étain revivifié.
----------------------------------------------------------
Magistère de Jupiter ou d'Etain.

C Ette opération n'est autre chose qu'un étain
dissout par un acide & précipité par un sel
alcali.
Dissolvez les fleurs d'étain dont nous venons de
parler, dans une suffisante quantité d'eau : filtrez la
dissolution, & versez dessus goutte à goutte de l'esprit
dé sel armoniac, ou de l'huile de tartre faite par défaillance;
il se précipitera une poudre très blanche.
Il faut la dulcifier en la lavant plusieurs fois avec de Usages.
l'eau tiède, la faire ensuite sécher; elle sert pour
le fard; car étant mise dans les pommades, elle fait un
très beau blanc.

R E M A R Q U E S.

I L y a à considérer dans ces deux préparations, que
la dissolution de l'étain se fait seulement par un sel
acide dont est rempli le sel armoniac; c'est la raison
pourquoi l'esprit volatil armoniac le précipite : car
cet esprit étant un alcali aussi bien que l'huile de
tartre, il rompt la force de l'acide, qui laisse tomber
@

128 C O U R S
ce qu'il tenait dissout. Cela posé, il ne sera pas difficile
à comprendre comment l'esprit volatil de sel
armoniac précipite souvent ce que le sel armoniac
avait dissout.
----------------------------------------------------------
Fleurs de Jupiter ou d'Etain.
C Ette opération est un étain volatilisé & élevé
en forme de farine par le moyen d'un sel volatil.
Ayez un pot de bonne terre sans verni, qui ait un
trou au milieu de sa hauteur, avec un bouchon;
placez le pot dans un fourneau proportionné, où il
puisse entrer jusqu'au trou, & faites par le moyen des
briques & du lut, que le feu ne transpire point,
adaptez dessus trois aludels ou pots de la même terre,
percez ou sans fonds, & un chapiteau au haut avec un
récipient; lutez bien toutes les jointures, & mettez
bon feu au fourneau pour faire rougir la partie du
pot qui sera dedans, puis faites un mélange d'une livre
d'étain & de deux livres de salpêtre raffiné; jetez
une cuillerée de ce mélange par le trou du pot, & le
bouchez; peu de temps après il se fera une détonation;
quand elle sera passée , mettez-en une autre cuillerée
: continuez ainsi jusqu'à ce que tout le mélange
soit employé; laissez refroidir les vaisseaux & les délutez,
vous trouverez dans le récipient un peu d'esprit
de nitre, autour des aludels, des fleurs d'étain
très blanches; ramassez-les avec une plume, puis
les lavez plusieurs fois avec de l'eau de fontaine;
les ayant fait sécher sur un papier à l'ombre, gardez-
les dans une fiole, elles servent pour le fard, on en
Usages. fait un beau blanc quand on les mêle dans des pommades,
ou dans quelque liqueur.
Chaux On trouvera dans le pot de dessous une chaux d'étain
d'étain. mêlée avec la partie fixe du salpêtre; il faut la
faire
@

D E C H I M I E. 129

faire bouillir dans de l'eau, la laver & la faire sécher;
elle peut être employée dans les onguents dessiccatifs.

R E M A R Q U E S.

U Ne marque apparente que l'étain contient du L'étain
soufre, c'est qu'étant mêlé avec le salpêtre & contient
mis dans le pot rougi au feu, il s'enflamme, car il ne su sou-
faut point s'imaginer que la détonation procède du fre.
salpêtre seul; ce sel ne prend jamais feu s'il n'est mêlé
avec quelque matière sulfureuse, comme nous le
prouverons en son lieu. Mais comme le soufre de
l'étain est assez embarrassé dans les autres substances,
il demeure quelque temps à se lier au salpêtre pour
faire la détonation; néanmoins si l'on s'impatiente
d'attendre, on pourra hâter cette détonation en introduisant
un petit charbon allumé par le trou du pot
pour enflammer la matière.
Ces fleurs proviennent de la partie de l'étain la
plus facile à raréfier, que le sel volatil du salpêtre &
le soufre de l'étain ont enlevées.
On doit prendre garde quand on veut faire des détonations,
de proportionner le salpêtre avec le soufre,
autrement elles ne durent pas si longtemps qu'elles
devraient : car ou le soufre étant en trop grande
quantité, ne trouve point assez de parties volatiles du
salpêtre qui le puissent exalter entièrement, ou bien
le salpêtre surpassant de beaucoup le soufre, il n'en
fait sublimer qu'une partie, parce que la grande quantité
de ce sel qui demeure au fond, sans brûler, fixe
une partie du soufre. Ainsi l'on n'a pas eu raison de
croire que trois parties de salpêtre avec une livre
d'étain, feraient élever plus de fleurs que quand on
n'y en met que deux parties selon nôtre description :
car alors y ayant beaucoup trop de salpêtre pour la
quantité de l'étain, la détonation serait imparfaite,
I
@

130 C O U R S
presque tout le salpêtre resterait en bas, ne servant
qu'à arrêter une partie des soufres de l'étain,
& les empêchant de faire sublimer autant de fleurs
qu'il en devrait monter.
On se sert en cette opération de trois aludels &
d'un chapiteau, afin de donner assez d'espace aux vapeurs
qui s'élèvent par la détonation, autrement elles
crèveraient tout, quoi qu'on jette la matière peu-
à-peu.
On lave les fleurs d'étain, afin de les dépouiller
d'un sel volatil du salpêtre qui y était demeuré mêlé,
le sel se fond dans l'eau, laissant les fleurs pures.
Il faut les faire sécher à l'ombre, car le Soleil ou
le feu les fait noircir; & cela parce qu'il rassemble les
particules de l'étain, lesquelles ne tiennent leur blancheur
que d'une pulvérisation très subtile, qui leur
donne une autre surface qu'elles n'avaient pour faire
réfléchir la lumière.
----------------------------------------------------------
Liqueur ou huile d'Etain.
C Ette opération est un étain réduit en liqueur
épaisse par de l'eau régale.
Mettez dans un vaisseau de verre la quantité qu'il
vous plaira d'étain plané, coupé par petits morceaux;
versés dessus trois fois autant d'eau régale composée
de deux parties d'eau forte & d'une partie d'esprit
de sel : placés le vaisseau sur un petit feu de digestion;
il se fera une ébullition lente, l'étain se dissoudra
peu-à-peu. Versés par inclination la liqueur
dans une écuelle de grès, si tout l'étain n'était
pas dissout, ajoutez de nouvelle eau régale sur ce qui
sera demeuré : mêlés vos dissolutions & en faites
évaporer l'humidité au feu de sable; il vous restera
une manière de sel blanc graisseux; exposés-le à l'humidité
de la cave; il se résoudra en une liqueur
@

D E C H I M I E. 131

épaisse, visqueuse, pesante, blanche; vous la verserez
dans une bouteille pour la garder; c'est l'huile
d'étain.
Elle est escarrotique, propre pour la carie des os, Vertus.
pour déterger, pour manger les chairs baveuses : on
ne s'en doit servir qu'extérieurement.

R E M A R Q U E S.

L 'Eau régale est le dissolvant de l'étain; mais comme
ce métal est sulfureux & molasse, les pointes
du dissolvant y sont en partie émoussées, elles
ne peuvent produire leur action que lentement.
La dissolution de l'étain a quelque rapport avec celle
de l'antimoine; car en l'une & en l'autre, la matière
atténuée ou dissoute se précipite en poudre blanche
au fond du vaisseau.
L'humidité de la cave résout peu-à-peu en liqueur
la matière qu'on a réduite par évaporation en consistance
de sel; mais si l'on veut abréger l'opération,
il faut arroser tous les jours cette matière avec de l'eau.
chaude.
Cette liqueur est improprement appelée huile,
puisque ce n'est qu'un étain dissout par des esprits
acides; mais comme elle a une consistance d'huile &
quelque chose d'onctueux qui vient du soufre de
l'étain, on lui a donné le nom d'huile.
L'huile d'étain n'est pas un escarrotique bien puissant,
parce que les pointes acides de l'eau régale ont
été affaiblies par les parties sulfureuses du métal.
Si au lieu de l'étain plané l'on emploie dans cette
opération l'étain commun où il y a quelque alliage
de cuivre, l'huile d'étain en sera un peu plus escarrotique,


I 2
@

132 C O U R S
----------------------------------------------------------
Antihectique de Poterius, ou Diaphorétique Jovial.
C Ette opération est un mélange d'étain & de régule
d'antimoine martial fixé par le salpêtre.
Prenez de l'étain du plus pur, & du régule d'antimoine
martial, fait suivant la description que je donnerai
dans la suite, de chacun huit onces; faites-les
fondre ensemble dans un creuset au feu de charbon,
& versez la matière fondue dans un mortier de fer
chauffé & graissé; laissez-la refroidir, & la mettez en
poudre; mêlez-la avec trois fois autant de salpêtre
purifié. Faites rougir un grand creuset entre les charbons
ardents, & jetez dedans deux cuillerées de vôtre
mélange; la matière se fondra , & il se fera une
détonation, laquelle étant passée, vous mettrez encore
deux ou trois cuillerées de vôtre mélange dans
le creuset; vous laisserez faire la détonation, & vous
continuerez ainsi jusqu'à ce que toute vôtre matière
ait détonné; calcinez-la ensuite encore environ une
heure à grand feu, la remuant de temps en temps
avec une spatule de fer; puis vous la laisserez refroidir.
Renversez toute la matière dans une terrine, & la
mettez tremper cinq ou six heures dans beaucoup
d'eau bouillante, pour faire fondre le salpêtre qui y
sera resté; versez l'eau par inclination, & en remettez
d'autre dessus; continuez à laver la matière jusqu'à ce
que l'eau qui en sortira, soit insipide; faites-la alors
sécher & la gardez; c'est l'Antihectique; vous en
aurez vingt onces.
On s'en sert pour les maladies du poumon, du
foie & de la matrice, pour les fièvres malignes, pour
la petite vérole & pour les autres occasions où il est
nécessaire de chasser les humeurs par transpiration.
On le peut donner aussi pour arrêter les gonorrhées,
@

D E C H I M I E. 133

les cours de ventre & les hémorragies : la dose en est Dose.
depuis dix grains jusqu'à deux scrupules, dans quelque
conserve ou dans une liqueur appropriée.

R E M A R Q U E S.

L 'Etain le plus pur n'est pas celui qu'on appelle étain Etain pur,
fin ou étain tonnant : car dans ce dernier ce que
on a coutume de faire entrer des marcassites ou matières c'est.
cassantes pour le rendre plus dur, plus luisant
& plus poli, comme j'ai dit ailleurs : mais ce que j'appelle
étain pur, est de l'étain d'Angleterre, qu'on a
purifié de quelques impuretés qu'il aurait pu avoir
apportées de la mine, auquel on n'a rien ajouté.
On fait fondre l'étain avec le régule d'antimoine
pour en faire une masse qu'on puisse mettre en poudre;
on graisse le mortier afin que la masse ne s'y attache
point.
Comme le soufre de l'étain est bien uni & comme
enfermé dans les autres principes qui composent ce
métal; & que le régule d'antimoine est privé de son
soufre le plus grossier, la détonation ne se fait que
quelque temps après qu'on a jeté la poudre dans le
creuset rougi, parce qu'il faut que les soufres de l'étain
& ceux qui sont restés dans le régule d'antimoine,
aient le temps de se développer & de se lier aux
parties volatiles du salpêtre pour s'exalter ensemble.
On jette la matière peu à peu dans le creuset, ce
qu'on appelle projection, afin que la détonation se Précipita-
faisant, il ne se perdre rien; car si l'on mettait le mélange tion.
tout d'un coup dans le creuset, la détonation se
ferait avec tant de force, qu'une partie de la matière
passerait par dessus les bords & tomberait dans le feu.
Après la détonation la matière demeure fort gonflée,
raréfiée & de couleur grise; on la fait calciner encore,
& on la remue afin que le salpêtre fixe la pénètre
bien, & pour faire dissiper ce qui pourrait être resté
I 3
@

134 C O U R S
du volatil de l'antimoine. Il se fait alors de petites
détonations, lesquelles produisent beaucoup d'étincelles,
qui proviennent du soufre de l'étain qui
se développe.
Pourquoi On emploie dans cette opération le triple de salpêtre,
l'on em- afin qu'il y en ait assez pour lier & fixer les
ploie ici parties de l'antimoine : car si l'on en mettait moins
le triple de il y aurait à craindre que les soufres salins de ce
salpêtre. minéral n'étant point suffisamment appesantis ne
causassent le vomissement.
La détonation emporte bien quelques soufres de
l'antimoine & de l'étain, mais elle ne suffit pas pour
fixer la qualité vomitive : car quand l'on ne mettrait
que parties égales de salpêtre & de régule pour cette
opération, la détonation se ferait aussi bien qu'en
mettant trois parties de salpêtre sur une de régule,
parce qu'il y aurait du volatil du salpêtre à proportion
du soufre du régule; mais la préparation serait
vomitive, parce qu'il n'aurait pas resté assez de salpêtre
fixe pour envelopper & fixer les parties de l'antimoine;
il est donc nécessaire d'employer la quantité
de salpêtre que j'ai décrite.
Cette opération a beaucoup de rapport avec celle
de l'antimoine diaphorétique, leurs vertus sont à
peu près semblables. On prétend que cet Antihectique
soit propre pour les maladies du foie & de la matrice,
à cause de l'étain que les Astrologues recommandent
en ces occasions; mais si ce remède apporte
quelque soulagement, j'attribuerais son effet pour le
moins autant à l'antimoine qu'à l'étain.
On peu sans laisser refroidir la matière, la jeter
toute chaude dans l'eau, afin qu'elle se détache plus
facilement du creuset; mais si l'ayant laissée refroidir
dans le creuset, elle y demeurait trop attachée
pour s'en pouvoir séparer, il ne faut qu'y jeter de
l'eau bouillante & la laisser tremper quelque temps; le
sel se fondra & toute la matière se détachera.
@

D E C H I M I E. 135

L'antihectique bien lavé & séché se réduit en une
poudre grise, qu'on peut broyer sur le marbre pour la
rendre plus subtile.
Si l'on fait évaporer les lotions de l'antihectique, Sel tiré
on retirera trente-deux onces d'un sel âcre alcali, qui des lotions
étant jeté sur les charbons ardents, excitera quelque l'antihe-
petite flamme; ce qui montre que tout le volatil du ctique.
salpêtre n'a pas été dissipé dans les détonations : car si
le salpêtre était entièrement dépouillé de ses parties
volatiles, il ne brûlerait point au feu, comme je le
ferai remarquer dans l'opération du nitre fixé par les
charbons; mais il faut de nécessité qu'il soit resté du
volatil dans ce sel, puisqu'en un mélange de trois parties
de salpêtre & d'une partie de régule, il ne pouvait
pas se trouver une proportion assez grande de
soufre pour se lier avec les parties volatiles de tout ce
salpêtre, & pour faire l'exaltation violente qu'on
appelle détonation : car ce salpêtre ne détonne qu'à
proportion du soufre, avec qui on le mêle, & quand
il ne trouve point de soufre, il ne brûle point. Ce sel
qu'on retire des lotions de l'antihectique, a été rendu
alcali dans la détonation & dans la calcination, parce
que le feu ayant passé & repassé dans ses pores, les a
agrandis, les a rendus capables de recevoir les
pointes des acides.
Il y a de l'apparence qu'il soit demeuré plus de quatre
onces de salpêtre fixe attaché à l'antihectique,
puisqu'il pèse vingt onces, quoi qu'on n'ait pas employé
plus de seize onces d'étain & de régule d'antimoine,
& que la détonation ait emporté des soufres
qui devaient avoir diminué le poids de sa matière;
mais il se peut faire que cette augmentation ne procède
pas seulement du salpêtre, mais qu'elle vienne
aussi de quelques corpuscules de feu qui se sont introduits
& arrêtés dans les pores de la matière, puisque
nous voyons que l'étain & le régule d'antimoine
étant calcinés séparément sans addition, augmentent
de poids. I 4
@

136 C O U R S
Vertus. Le salpêtre diminue dans cette opération, de seize
onces; car on en met quarante-huit onces, & l'on ne
retire que trente-deux onces de sel des lotions. On
peut se servir de ce sel pour lever les obstructions,
pour exciter les menstrues, pour l'hydropisie, & pour
Dose. dissoudre les glandes du mésentère : La dose en est
depuis huit grains jusqu'à un scrupule.
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C H A P I T R E IV.
Du Bismuth appelé Etain de glace.
L E Bismuth est une matière métallique, blanche,
polie, sulfureuse, ressemblante à l'étain, mais
dure, cassante, disposée en facettes ou écailles
luisantes, éclatantes comme des petites glaces, d'où
vient son nom : Les Auteurs ne conviennent pas bien
sur son histoire : les Anciens prétendent que c'est une
marcassite naturelle ou un étain imparfait qu'on trouve
dans les mines d'étain; mais les modernes croient
avec beaucoup de vrai-semblance que c'est un régule
d'étain préparé artificiellement par les Anglais : ma
pensée sur ce sujet est qu'il y a du Bismuth naturel,
mais qu'il est rare, que celui qu'on nous apporte
communément d'Angleterre est artificiel. Quoiqu'il
Bismuth en soit, il est certain qu'on fait un très beau Bismuth
artificiel. avec l'étain, le tartre & le salpêtre; quelques-uns y
mêlent aussi de l'arsenic.
Les pores du Bismuth sont disposés autrement que
ceux de l'étain; on le reconnaît par le menstrue qui
dissout le Bismuth, & qui ne peut pas dissoudre entièrement
l'étain.
On n'emploie jamais le Bismuth dans les remèdes
destinés à être pris intérieurement, parce qu'on croit
qu'il contient un peu d'arsenic : Les Potiers en mêlent
Usages. dans l'étain pour le rendre beau, dur & sonnant.
@

D E C H I M I E. 137

Marcassite est un nom général qui s'adapte à toutes Marcassi-
les matières métalliques; mais on appelle le Bismuth te, ce que
marcassite par excellence, à cause qu'il surpasse les c'est.
autres marcassites en beauté.
Il y a une autre espèce de marcassite appelée Zinck Zinck.
qui ressemble au Bismuth, mais qui n'est pas si cassante;
elle sert à purifier l'étain de sa crasse, & à le rendre
plus blanc : on n'en met qu'une petite quantité Usage.
sur beaucoup d'étain fondu au feu; cette marcassite
est aussi employée dans la soudure.
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Fleurs du Bismuth.

C Ette opération n'est autre chose qu'une portion
d'étain de glace élevée en forme de farine par
des sels volatils.
Calcinez le Bismuth comme on calcine le plomb;
puis l'ayant mêlé avec une fois autant de sel armoniac,
procédez à sa sublimation comme à celle de
l'étain; vous aurez des fleurs que vous pourrez dissoudre
dans de l'eau, les faire précipiter avec de
l'esprit de sel armoniac ou avec de l'huile de tartre.
Ce magistère ou précipité a les mêmes usages
que celui dont nous allons parler.
----------------------------------------------------------
Magistère de Bismuth.

L E Magistère de Bismuth est de l'étain de glace
dissout & précipité en une poudre très blanche.
Dissolvez dans un matras, une once de Bismuth en
poudre grossière, avec trois onces d'esprit de nitre;
versez la dissolution dans une terrine bien nette, &
jetez dessus, cinq ou six livres d'eau de fontaine en
laquelle vous aurez fait fondre auparavant demi-on-
@

138 C O U R S
ce de sel marin, vous verrés qu'il se précipitera au
fond une poudre blanche. Versez l'eau par inclination
& lavez plusieurs fois ce magistère , puis le faites
sécher à l'ombre, vous en aurez une once & une dragme;
c'est un Cosmétique appelé Blanc-d'Espagne, qui
blanchit le visage. On s'en sert mêlé dans une pommade,
ou délayé dans de l'eau de lys. Les Perruquiers
s'en servent aussi pour embellir leurs cheveux.
R E M A R Q U E S.
O N doit se servir d'un matras assez grand pour
dissoudre le bismuth, afin de donner suffisamment
de l'espace à une effervescence furieuse qui se
fait aussitôt qu'on a jeté l'esprit de nitre sur ce minéral;
il faut éviter autant qu'on peut d'en recevoir
les vapeurs par le nez ou par la bouche, parce qu'elles
sont préjudiciables à la poitrine.
Grande Cette prompte & violente effervescence procède de
efferves- ce que les pores du bismuth étant assez grands l'acide
cense, les pénètre aussitôt qu'il est dessus, & il écarte
d'où elle avec violence ce qui s'oppose à son mouvement; i1 arrive
vient. aussi que le matras s'échauffe tellement, qu'on ne
Chaleur peut souffrir la main dessus, parce que les pointes du
d'où elle dissolvant se frottent avec beaucoup de force contre le
vient. corps solide du bismuth, d'où résulte une chaleur approchante
de celle qu'on remarque quand on a frotté
longtemps deux corps solides l'un contre l'autre. Ajoutez
à cela qu'une bonne quantité de parties de feu
contenues dans l'esprit de nitre, peuvent beaucoup
contribuer à cette chaleur.
Si la dissolution est trouble à cause de quelque impureté
qui se sera trouvée dans le bismuth, il faut y
mêler environ deux fois autant d'eau, & la filtrer : car
si on la filtrait sans eau, elle se coagulerait en forme
de sel dans le filtre, elle ne passerait point. Cette
coagulation procède des esprits acides du nitre qui se
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D E C H I M I E. 139


sont embarrassés dans les particules du bismuth, &
qui trouvant trop peu de liqueur pour nager & se
disperser se ramassent en forme de cristaux quand
la dissolution se refroidit.
L'impureté qui surnage ordinairement la dissolution
du bismuth, est une matière grasse ou bitumineuse,
qui ne se dissout point dans l'esprit de nitre.
On peut faire ce magistère en jetant beaucoup Le sel ma-
d'eau de fontaine sans sel sur la dissolution; mais il rin hâte la
se fait plus vite lorsqu'on y en met, & la précipitation précipita-
en est plus exacte, parce que le sel ébranle & tion.
rompt quelques acides que l'eau seule n'avait pas eu
la force d'affaiblir en les délayant. Il y a aussi une difficulté;
c'est de savoir pourquoi l'eau commune
seule fait précipiter le bismuth, le plomb, l'antimoine,
que l'acide avait dissout, qu'elle ne peut
faire précipiter l'or ni l'argent, ni le mercure, qu'elle
ne soit aidée de quelque sel ou d'un autre corps. Je
crois que c'est parce que les premiers ayant les pores
grands, les acides n'y sont point si fort attachés, que
l'eau ne soit capable de les en faire sortir; mais l'or,
l'argent, le mercure, qui ont des pores fort étroits
en comparaison, retiennent l'acide si fort attaché,
qu'il ne peut s'en séparer par l'ébranlement trop
faible de l'eau seule; il faut quelque corps qui lui
donne de plus rudes secousses.
L'augmentation qui arrive au bismuth quand il est
en magistère, vient de quelque partie de l'esprit de
nitre, qui y est restée nonobstant la précipitation & Moyens de
la lotion. Si l'on veut le conserver dans sa grande conserver
blancheur, il faut non seulement que l'eau qui a la blan-
servi à le laver, ait été bien claire & bien nette, cheur du
mais après qu'il a été bien séché à l'ombre, le garder magistère
dans une bouteille de verre bien bouchée, car de bismuth.
l'air le brunit.
On mêle d'ordinaire une dragme de ce magistère Dose.
dans quatre onces d'eau de lys ou de fèves, ou dans
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140 C O U R S
Vertus. une once de pommade; il est bon pour la gratelle, parce
Mauvais qu'il mange les acides ou les sels qui fomentent cette
effets du maladie : mais il est rare qu'on emploie ce magistère
magistère à d'autres usages qu'au Cosmétique; le fard
de Bis- le plus ordinaire des femmes qui veulent se blanchir
muth. la peau, parce qu'il s'étend & s'attache mieux que
les autres blancs; mais comme la marcassite dont il
est tiré, est métallique, la chaleur fait réunir & revivifier
ses particules, qui ne tenaient leur blancheur
que de leur division & les rend brunes; d'où vient
que les personnes qui usent beaucoup de ce blanc, ont
souvent un visage plombé & une peau rude ou moins
polie qu'auparavant,
Curiosité. Si par curiosité l'on prend de l'eau qui aura servi
à la précipitation du magistère de Bismuth, qu'on la
filtre, qu'on écrive avec cette liqueur, se servant
d'une plume neuve, sur du papier blanc, l'écriture ne
Encre. paraîtra point; mais si après l'avoir laissée sécher on
la frotte légèrement avec un coton imbu de la décoction
des scories d'antimoine, elle paraîtra fort noire.
----------------------------------------------------------
C H A P I T R E V.
Du Plomb.
L E Plomb est un métal rempli de soufre ou d'une
terre bitumineuse qui le rend molasse & fort
pliant : il y a apparence qu'il contient aussi du mercure;
ses pores sont assez semblables à ceux de l'étain :
on l'appelle Saturne à cause des influences qu'on
dit qu'il reçoit de la Planète de ce nom.
Où se Ce métal se trouve en beaucoup de pays dans diverses
trouve le sortes de pierres & de terres, dont quelques-
plomb. unes contiennent de l'argent, & d'autres de l'or
& de de l'argent.
Couleur. La mine de plomb est noire, ressemblante à l'antimoine;
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D E C H I M I E. 141

elle est parsemée de petites pointes ou de facettes de la mine
brillantes : celle qui participe de l'argent, est de plomb.
d'une couleur plus claire, plus polie & plus luisante.
On fait fondre la mine de plomb dans des fourneaux Purifica-
faits exprès; le plomb coule par un canal que tion du
l'on a fait au fourneau, la terre demeure avec le plomb.
charbon; s'il y avait de l'or ou de l'argent dans la mine,
on ne le trouverait dans le fourneau, car ces métaux
ne se mettant pas si facilement en fusion que le plomb,
demeureraient attachés avec la terre; il faut les purifier,
comme j'ai dit dans leur chapitre, pourvu que
la quantité en vaille la peine : mais il y en a ordinairement
si peu, qu'il coûterait plus à le purifier qu'on
n'en retirerait de profit.
Quand on trouve des morceaux de mine de plomb
où l'on aperçoit considérablement de l'argent mélangé,
& même quelquefois un peu d'or, on les
met à la coupelle pour en séparer les métaux.
Ceux qui travaillent au plomb sont sujets aux coliques Mauvais
& à devenir paralytiques, soit parce qu'il en effets du
sort un mercure qui obstrue les nerfs, ou parce que plomb.
la substance même du plomb agit en cette occasion,
comme ferait le mercure.
Le plomb est extrêmement froid, & par cette raison Vertus.
il est propre à apaiser les ardeurs de Vénus,
quand on l'applique sur le périnée : il se peut faire aussi
qu'il s'en détache par la chaleur de la chair, des particules
qui s'insinuant par les pores, lient en quelque
façon les esprits, & modèrent les mouvements;
d'où s'ensuit le rafraîchissement : on l'applique aussi
sur plusieurs tumeurs faites par un sang trop agité.
Le plomb sert à purifier l'or & l'argent; & l'on peut Com-
dire qu'il agit dans la coupelle à peu près de la même ment le
manière que le blanc d'oeuf agit en clarifiant un sirop plomb pu-
qu'on fait dans une bassine : car de même que rifie l'or &
les impuretés grasses & terrestres d'un sirop se lient l'argent.
au blanc d'oeuf, à cause de sa glutinosité, & sont
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142 C O U R S
poussés aux côtés de la bassine; ainsi les substances
hétérogènes qui étaient mêlées avec l'or & l'argent
s'attachent au plomb qui est embarrassant, & sont
écartées par le feu aux côtés de la coupelle, en forme
d'écume.
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Calcination du plomb.
F Aites fondre du plomb dans une terrine plate,
qui ne soit point vernie, l'agitez sur le feu avec
une spatule, jusqu'à ce qu'il soit réduit en poudre.
Si vous augmentez le feu, que vous calciniez
encore la matière pendant une heure ou deux,
il sera plus ouvert & plus propre à être pénétré par
les acides.
Si l'on met cette poudre calciner au feu de réverbère
pendant trois ou quatre heures, elle prendra une
Minium. couleur rouge, & c'est ce qu'on appelle Minium.
Céruse. On prépare encore le plomb en céruse, par le
moyen du vinaigre dont on lui fait recevoir la vapeur;
il se convertit en une rouillure blanche qu'on
ramasse, & on en forme de petits pains.
Plomb On fait fondre dans un pot ou dans un creuset
brûlé. deux parties de plomb, & l'on y ajoute une partie
de soufre; on y met le feu quand le soufre est brûlé;
on trouve la matière en poudre noire; c'est ce
Plumbum qu'on appelle Plumbum ustum.
ustum. J'ai parlé de la réduction du plomb en litharge
lorsque j'ai parlé de la purification de l'argent par la
coupelle, & c'est-là où je renvoie le Lecteur.
Toutes ces préparations de plomb sont dessiccatives;
Vertus. on en mêle dans les onguents & dans les emplâtres;
elles s'unissent avec les huiles ou avec les
graisses en bouillant, & elles leur donnent une
consistance solide; la plupart des emplâtres tiennent
leur dureté de là.
@

D E C H I M I E. 143

R E M A R Q U E S.

I L arrive un effet dans la calcination du plomb &
dans celle de plusieurs autres matières , lequel mérite
bien qu'on y fasse quelque réflexion; c'est que
quoique par l'action du feu, il ne dissipe des parties
sulfureuses ou volatiles du plomb qui le doivent faire
diminuer en pesanteur, néanmoins après une longue
calcination, on trouve qu'au lieu de peser moins
qu'il ne faisait, il pèse davantage.
Quelques-uns tâchant d'expliquer ce phénomène
disent que tandis que la violence de la flamme ouvre
& divise les parties de la chaux du plomb, l'acide des
bois ou des autres matières qui brûlent, s'insinue
dans les pores de cette chaux où il est arrêté par
l'alcali; mais cette raison n'aura pas de lieu quand
on considérera que cette augmentation se fait aussi
bien lorsqu'on calcine le plomb avec du charbon seul
qu'avec le bois, car le charbon ne contient qu'un sel
fixe qui demeure dans les cendres & qui ne monte
point.
Il vaut donc mieux rapporter cet effet à ce que les
pores du plomb sont disposés en sorte que les corpuscules
du feu s'y étant insinués, ils demeurent liés
& agglutinés dans les parties pliantes & embarrassantes
du métal, sans en pouvoir sortir; & ils en augmentent
le poids.
Ces corpuscules ignés raréfient aussi beaucoup le
plomb : car plus il est calciné & réduit en chaux, plus
il tient de volume. Mais si l'on revivifie cette chaux
de plomb par la fusion, les partie se rapprochent, &
elles expriment les petits corps ignés qui y étaient
interceptés : le plomb alors demeure moins pesant
qu'il n'était avant qu'on l'eût réduit en chaux, à cause
de la perte qui s'est faite des parties sulfureuses.
Une expérience justifiera ce qui vient d'être dit; car Augmen-
@

144 C O U R S
tation du si l'on pèse la quantité du plomb qu'on veut calciner
plomb par par exemple, qu'il y en ait vingt livres, on en
la calcina- trouvera après une calcination forte & longue, vingt-
tion, & la cinq livres; & si l'on la fait refondre en plomb, elle
diminuti- aura perdu six livres de son poids, car il n'y en aura
on par la plus que dix-neuf livres.
fusion. Je sais bien qu'on m'objectera que les corpuscules
de feu étant très légères de leur nature, ils ne pourront
pas augmenter le poids du plomb si considérablement.
Mais je suppose qu'il en est entré une grande
quantité dans les pores du métal, l'on ne doit
pas avoir de peine à comprendre que ces petits corps,
quoique légers séparément, aient de la pesanteur
quand ils sont ramassés en un fort grand nombre dans
un petit espace, puisque nous voyons que les parties
du vif-argent qui sont légères quand le feu les a assez
divisées pour les enlever en vapeur, reprennent
leur pesanteur lorsqu'elles se sont rapprochées.
Monsieur Geofroy, de l'Académie Royale des
Sciences, entre plusieurs expériences curieuses qu'il
a faites au miroir ardent sur les métaux, & dont
il a rendu compte à la compagnie, rapporte qu'ayant
exposé du plomb au foyer de ce miroir, ce
métal a premièrement jeté beaucoup de fumées, il
s'est peu-à-peu changé en une liqueur fluide comme
de l'huile, semblable à de la résine fondue,
& que cette liqueur en se refroidissant, s'est figée
en une espèce de verre, qui a ceci de particulier,
qu'il est molasse, doux au toucher, d'une couleur
jaune, verdâtre, & rougeâtre en quelques endroits.
Voyez les Mémoires de l'Académie Royale
des Sciences de l'année 1709. page 175.
pict
@

D E C H I M I E. 145

----------------------------------------------------------
Sel de Saturne.

C Ette opération est un plomb pénétré & réduit en
forme de sel par l'acide du vinaigre.
Prenez trois ou quatre livres d'une des préparations
ou calcinations de plomb dont j'ai parlé, par
exemple, de céruse, réduisez-les en poudre & les mettez
dans un grand vaisseau de verre ou de grès versez
dessus du vinaigre distillé jusqu'à la hauteur de Dissolu-
quatre doigts; il se fera une effervescence sans chaleur tion du
sensible. Mettez le tout en digestion sur le sable plomb.
chaud pendant deux ou trois jours, remuant de temps
en temps la matière, puis la laissez rasseoir, versez
la liqueur par inclination. Jetez de nouveau vinaigre
distillé sur la céruse restée dans le vaisseau, procédez
comme dessus, continuant à mettre du vinaigre
distillé, & à verser par inclination la liqueur jusqu'à
ce que vous ayez dissout la moitié de la matière ou Imprég-
environ : mêlez toutes vos imprégnations ensemble, nation si-
& les ayant versées dans un vaisseau de grès ou de gnifie dis-
verre, faites évaporer au feu de sable, par une lente solution.
chaleur, environ les deux tiers de l'humidité, ou jusqu'à
ce qu'il se fasse dessus une petite pellicule : ôtez
alors le vaisseau doucement de dessus le feu, laissez
refroidir le tout sans le remuer; il se fera des cristaux
blancs. Séparez-les, faites évaporer la liqueur comme
devant & la remettez au frais : continuez les évaporations
& les cristallisations, jusqu'à ce que vous
ayez tout retiré vôtre sel; faites-le sécher au soleil &
le gardez dans un pot de verre.
Si vous voulez qu'il soit encore plus blanc, il faut
le faire fondre dans du vinaigre distillé & de l'eau
commune en égale quantité, puis le filtrer & le faire
cristalliser, comme nous avons dit : on peut réitérer
cette purification trois ou quatre fois.
K
@

146 C O U R S
Vertus. On l'emploie ordinairement dans les pommades
pour les dartres & pour les inflammations : on se sert
aussi de l'imprégnation de Saturne faite avec le vinaigre
distillé, principalement pour les maladies du cuir;
quand on la mêle avec beaucoup d'eau, il se fait une
Lait vir- liqueur blanche qu'on appelle Lait Virginal.
ginal. Le Sel de Saturne étant pris intérieurement, est
estimé très bon pour les squinancies, pour arrêter le
flux des menstrues & des hémorroïdes & les dysenteries.
La dose est depuis deux grains jusqu'à quatre,
Dose. dans de l'eau de centinode ou dans celle de
plantain, ou mêlé dans les gargarismes.
R E M A R Q U E S.
J E me sers ordinairement de céruse pour faire le
sel de Saturne, parce que je la trouve plus ouverte
& plus facile à être dissoute que les autres préparations
du plomb, à cause du vinaigre dont elle est déjà
empreinte.
L'effervescence qu'on remarque, vient de ce que
les acides du vinaigre entrant avec violence, écartent
les parties de la matière. Il faut remarquer que l'effervescence
qui se fait lorsqu'on verse un pareil acide
sur une autre préparation de plomb, est plus forte,
parce que l'acide trouvant un corps moins ouvert
que la céruse, fait plus d'effort pour entrer, & par
conséquent il élève davantage la matière.
Dans ces effervescences, comme dans plusieurs autres,
on ne peut apercevoir aucun degré de chaleur
en y appliquant simplement la main, mais on s'en apercevra,
si ayant deux petits thermomètres égaux, on
en met un dans la liqueur pendant qu'elle fermente,
& l'autre dans environ une pareille quantité de vinaigre
distillé : car l'esprit de vin du thermomètre qui sera
dans la liqueur fermentante, demeurera plus élevé de
quelques degrés, que l'esprit de vin du thermomètre
@

D E C H I M I E. 147

qui sera dans le vinaigre distillé; ce qui est une marque
indubitable de chaleur.
Le vinaigre perd toute sa force dans la pénétration
du plomb, & il acquiert une saveur sucrée. Dans les
dernières évaporations, la liqueur qu'on sépare d'avec
le sel cristallisé, est d'une couleur jaunâtre brune;
& le sel qu'on en tire n'est pas si cristallin ni si blanc
que le premier; on y voit même aux bords une croûte
grise ou verdâtre; tout cela provient de quelque
impureté onctueuse qui était dans le plomb, & qui
a été dissoute par le vinaigre : il faut purifier ce dernier
sel en la manière qui a été dite.
Il ne faut pas s'imaginer qu'on tire un véritable sel
du plomb. Ce n'est qu'une dissolution de sa propre
substance par les acides, lesquels s'incorporent avec
lui assez étroitement pour en faire une espèce de sel;
car si par la distillation vous retirez l'humidité de la
dissolution, vous n'aurez qu'une eau insipide, & par
conséquent privée de tous acides : c'est ce que nous
prouverons mieux dans la suite, en revivifiant nôtre
sel en plomb.
Ce sel appelé sucre à cause de sa douceur, est bon Sucre de
pour plusieurs maladies fomentées par des humeurs Saturne.
acides ou âcres, parce qu'il les adoucit & rompt leur
force. C'est ce qu'on remarque dans les squinancies
dont la cause vient ordinairement d'une sérosité salée
ou acide, qui étant tombée en trop grande quantité
sur le muscles du larynx, excite une fermentation qui
dilate leurs fibres, fait l'inflammation que nous y
voyons; aussi tout ce qui émousse la pointe des acides
est bon pour la guérison de cette maladie.
Le flux de menstrues d'hémorroïdes, & les dysenteries Comment
sont ordinairement excités par des sels piquants le sel de
ou corrosifs qui se sont jetés dans les vaisseaux. Saturne a-
C'est pourquoi le sel de Saturne, comme les autres git dans le
matières qui embarrassent & lient les acides, corps.
guérissent ces maladies; car si l'on ôte la cause d'un
K 2
@

148 C O U R S
mal, on en arrête en même temps le cours.
On ne peut pas mieux expliquer la douceur du sel
de Saturne, que par la substance sulfureuse. ou molasse
des particules du plomb, lesquelles étant charriées
& mises en mouvement par le sel du vinaigre,
chatouillent ou touchent agréablement le nerf de la
langue.
Vinaigre Le vinaigre empreint de quelques préparations de
de Satur- plomb que ce soit, est appelé Vinaigre de Saturne. Si
ne. on le nourrit avec l'huile de rose ou avec une autre
huile, les agitant ensemble dans un mortier, il se fait
Beurre de un onguent Nutritum, qu'on appelle Beurre de
Saturne. Saturne; il est propre pour les dartres & pour les autres
démangeaisons du cuir.
Curiosité. Si l'on pulvérise ensemble dans un mortier de verre
ou de marbre, parties égales de sel de Saturne &
de vitriol de Mars, ou à son défaut de vitriol commun,
qu'on broie longtemps le mélange; il se réduira
en une pâte liquide, brune, quoiqu'on n'y
ait ajouté aucune liqueur; si l'on en fait dissoudre
dans de l'esprit de vin, la dissolution prendra une
couleur rouge, & il s'en précipitera une poudre
blanchâtre.
----------------------------------------------------------
Magistère de Saturne.
C Ette opération est un plomb dissout & précipité.
Dissolvez deux ou trois onces de sel de Saturne
bien purifié, comme nous avons dit ci-devant, dans
une quantité suffisante d'eau & de vinaigre distillé
filtrez la dissolution & jetez dessus goutte à goutte
de l'huile de tartre faite par défaillance; il se fera
Précipité. un lait, puis une espèce de Coagulum, qui se précipitera
en poudre blanche au fond du vaisseau : brouillez
le tout & le renversez dans un entonnoir garni de
@

D E C H I M I E. 149

papier gris, la liqueur passera claire comme de l'eau,
& la poudre restera : lavez-la plusieurs fois en versant
de l'eau dessus, afin d'emporter l'impression du
vinaigre : puis faites-la sécher; vous aurez un magistère
très blanc, qu'on emploie pour le fard, comme Usage.
le bismuth dont nous avons parlé : on en mêle aussi
dans les pommades pour les dartres.

R E M A R Q U E S.

Q Uand on verse beaucoup d'eau sur l'imprégnation
de Saturne, elle blanchit comme du lait,
& c'est ce qu'on appelle Lait Virginal; on s'en sert Lait virgi-
dans les inflammations & pour les bourgeons qui nal.
viennent au visage : si on laisse reposer ce lait, il s'éclaircit
comme de l'eau, & il tombe une poudre blanche
au fond; cette poudre ne provient que des particules
du plomb qui avaient été suspendues dans le
vinaigre, mais que l'eau lui a fait quitter en l'affaiblissant;
c'est un magistère qui étant bien lavé peut
servir aux mêmes usages que celui qui a été décrit;
mais comme l'eau seule n'a pas la force de détruire
assez l'acide pour lui faire quitter exactement tout
ce qu'il tenait dissout, une partie de Saturne demeure
imperceptible dans la liqueur, & ne se précipite
point; vaut donc mieux suivre nôtre description :
quand on veut faire le Magistère de Saturne.
Il faut mettre une égale quantité d'eau & de vinaigre Comment
pour dissoudre le sel de Saturne : car si l'on se servait se fait la
de l'eau seule, il se ferait plutôt une précipitation précipita-
qu'une dissolution. tion.
L'huile de tartre, ou plutôt le sel de tartre résout,
étant alcali, il rompt les pointes du vinaigre qui tenaient
le plomb suspendu, d'où vient qu'il se précipite
: car n'y ayant plus rien dans la liqueur capable
de l'arrêter, il tombe par sa propre pesanteur.
Il ne se fait point ici d'ébullition, parce que les
K 3
@

150 C O U R S
pointes du vinaigre ayant été rompues, les fragments
qui en restent n'ont point assez de mouvement, &
ne sont plus assez aigus pour s'introduire dans les pores
Pourquoi du sel de tartre & le pénétrer. Il en est de même
il ne se dans toutes les précipitations des matières qui avaient
fait point été dissoutes par le vinaigre : mais quand la dissolution
d'ébulli- a été faite avec des acides plus forts, les précipités
tions. ne se font qu'avec ébullition, par la raison
que nous avons dite dans les remarques sur l'or fulminant.
Ce que Le magistère de Saturne ayant été lavé & séché,
c'est que le n'est autre chose qu'une céruse très subtilisée. On
magistère l'emploie pour le fard, mais ce cosmétique aussi bien
de Satur- que tous les autres qui se font avec des matières métalliques,
ne. comme l'étain & le bismuth, noircissent
assez souvent la peau après l'avoir blanchie, parce
que la chaleur de la chair ramasse ces particules de
métal, qui ne tenaient leur blancheur que d'une exacte
atténuation ou alcoolisation, & les revivifient.
Fausse On a donné la description d'un magistère de Saturne
descrip- qu'on prétend faire en dissolvant des lames de
tion d'un plomb dans de l'eau forte, & versant sur cette dissolution
magistère de l'eau salée & filtrée; mais sans doute qu'on
de Satur- n'avait pas pris garde que le plomb ne se dissout point
ne par un dans l'eau forte, si longtemps qu'on l'y laisse; ainsi l'opération
Auteur est impossible.
moderne. L'eau forte ronge quelque partie de la chaux de
plomb très lentement, mais elle en laisse beaucoup
qu'elle ne peut point dissoudre.
Baume, ou Huile de Saturne.
L E Baume de Saturne est une dissolution de sel de
Saturne faite dans l'huile de térébenthine.
Mettez huit onces de sel de Saturne en poudre dans
un matras, versez dessus de l'esprit de térébenthine
@

D E C H I M I E. 151

jusqu'à ce qu'il surnage de quatre doigts. Placez le
matras sur un petit feu de sable en digestion pendant
un jour; vous aurez une teinture rouge : Versez
par inclination la liqueur, mettez d'autre esprit
de térébenthine sur la matière qui sera restée au
fond du matras; Laissez-la en digestion comme devant,
puis séparez la liqueur qui aura reçu encore
quelque couleur; il ne vous restera au fond qu'un
peu de matière qu'on pourrait revivifier en plomb
dans un creuset, par le moyen du feu. Versez vos
dissolutions dans une cornue de verre, que vous placerez
sur le sable, y ayant adapté un récipient
vous ferez distiller par un feu médiocre environ les
deux tiers de la liqueur, qui sera de l'esprit de térébenthine
: Faites cesser le feu, la cornue étant refroidie,
versez ce qu'elle contiendra, dans une fiole,
& le gardez. C'est le baume de Saturne, qui est excellent Vertus.
pour nettoyer & cicatriser les ulcères. On en
touche les chancres les plus malins, parce qu'il résiste
fort à la pourriture.

R E M A R Q U E S.

L 'Esprit de térébenthine n'est proprement qu'une
huile achetée; elle dissout le plomb, elle se
lie facilement avec lui, parce qu'il est rempli de beaucoup
de soufre.
Si l'on voulait s'obstiner à remettre toujours de
nouvel esprit de térébenthine sur la matière restante
on dissoudrait enfin tout le sel de Saturne.
Quelques-uns font distiller la liqueur jusques à siccité,
& ils retiennent l'huile qui sort la dernière;
mais il vaut mieux procéder selon nôtre description :
car lorsqu'on distille toute la liqueur, à peine monte-
t-il quelque particule de Saturne, & ainsi elle ne doit
pas être si profitable.
K 4
@

152 C O U R S
----------------------------------------------------------
Distillation du sel de Saturne.
C Ette opération est une séparation des substances
contenues dans le sel de Saturne.
Remplissez de sel de Saturne les deux tiers d'une
cornue de grès ou de verre : placez-la dans un fourneau,
& y adaptez un récipient assez grand : lutez
exactement les jointures, & donnez dessous la cornue
un feu lent au commencement, puis augmentez-le par
degrés; il sortira un esprit qui remplira le récipient
de nuages; poussez le feu très fortement sur la fin
jusques à faire rougir la cornue, puis laissez refroidir
les vaisseaux & les délutez; versez ce que le récipient
contiendra dans un alambic de verre; & le rectifiez
en distillant par un petit feu de sable environ la
Esprit ar- moitié de la liqueur; vous aurez l'esprit de Saturne
dent de qui sera inflammable comme de l'eau de vie, &
Saturne. d'un goût acerbe.
Cet esprit est très bon pour résister à la putréfaction
Vertus. des humeurs. On le donne aussi aux mélancoliques
Dose. hypocondriaques depuis huit jusques à seize
gouttes dans un bouillon ou dans une autre liqueur
appropriée à la maladie, & l'on en continue l'usage
pendant quinze matins.
Huile de L'autre moitié de la liqueur qui sera restée dans
saturne. l'alambic est appelée huile de Saturne improprement,
elle est bonne pour nettoyer les yeux des chevaux.
Révivifi- Si vous faites sortir une matière noirâtre qui sera
cation du restée dans la cornue, que vous la mettiez dans
sel de sa- un creuset entre les charbons ardents, elle retournera
turne en en plomb.
plomb.
@

D E C H I M I E. 153

R E M A R Q U E S.

O N doit observer de ne faire pas occuper plus
que les deux tiers de la cornue à la matière, &
de lui joindre un récipient assez grand, parce que ces
esprits volatils se détachant avec force, pourraient
rompre les vaisseaux s'ils ne trouvaient assez d'espace
pour s'étendre.
Si vous avez mis distiller douze onces de sel de Saturne Poids.
bien sec, vous retirerez trois onces & demie de
liqueur; il vous restera dans la cornue huit onces &
demie de matière raréfiée noirâtre & jaune; si vous
mettez cette matière dans un creuset entre les charbons
ardents, elle se fondra, & vous retirerez sept
onces & demie de plomb, & environ une once d'une
manière de terre jaune qui est proprement un massicot. Massicot.
On voit par cette expérience que trois onces & Combien
demie des parties les plus acides du vinaigre sont il y a d'a-
capables d'empreindre huit onces & demie de plomb cide dans
pour les réduire en sel : mais ce qui est de plus surprenant, le sel de
c'est le déguisement que ces acides apportent Saturne.
au métal, en sorte qu'il ne soit en rien reconnaissable.
Si après avoir fait l'esprit de Saturne, vous
retirez la cornue du fourneau pendant qu'elle est bien
chaude, que vous la cassiez aussitôt, la matière
qui est dedans prenant l'air, s'allumera d'elle-même
comme du charbon elle demeurera quelques heures
en feu, puis elle se réduira en une matière jaune
grise, ou il paraîtra déjà de petits morceaux de
plomb; cette circonstance prouve que le plomb est
fort sulfureux, car ce feu ne peut provenir que du
soufre du métal même.
L'esprit de Saturne n'est inflammable que par une D'où vient
portion d'esprit du vin qui demeure toujours enve- sue l'esprit
@

154 C O U R S
de Saturne loppée dans le vinaigre, & qui avait été charriée avec
est imflam- les acides dans les pores du plomb, lorsqu'on avait
mable. fait le sel de Saturne; car quand on pousse le feu pour
distiller ce sel, les acides se brisent & laissent l'esprit
de vin en liberté, aussi l'esprit de Saturne n'a-t-il
aucun goût acide.
Presque tous les Auteurs, qui avant moi ont décrit
la distillation du sel de Saturne, disent que sur
la fin si l'on la pousse à un feu assez fort pour faire
rougir la cornue, il en fort quelques gouttes d'huile
rouge. J'ai essayé cette expérience bien des fois,
mais je n'ai jamais pu avoir de ces gouttes distillées
rouges, & il m'a paru même absolument impossible
de tirer une véritable huile du sel de Saturne quand
il a été préparé avec le vinaigre distillé, comme je
l'ai décrit; mais s'il a été préparé avec du vinaigre
commun, ou non distillé, comme plusieurs Artistes
le préparent pour qu'il leur coûte moins, il
n'y a pas de doute qu'alors la distillation ne donne
quelques gouttes d'huile rougeâtre brune, qui viendra
du vinaigre dont le sel de Saturne aura été empreint;
mais ce sera de l'huile de vinaigre & non pas
de l'huile de plomb, comme on le prétend.
La matière qui reste dans la cornue après l'opération,
peut être facilement revivifiée en plomb,
parce qu'elle est privée des acides qui lui donnaient
la figure de sel.
Autre re- On peut encore revivifier le sel de Saturne en
vivifica- plomb, le mêlant avec un sel alcali qu'on aura fait
tion du sel fondre par un grand feu dans un creuset, parce que
de Saturne ce dernier sel rompt les acides qui tenaient le plomb
en plomb. déguisé : mais il faut remarquer qu'il s'enflamme avant
qu'être revivifié, cela à cause de l'esprit de vin que
nous avons dit s'être embarrassé dans la dissolution
de la céruse qu'on a faite par le vinaigre.
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D E C H I M I E. 155

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C H A P I T R E VI.

Du Cuivre.

L E cuivre est un métal qu'on tire de plusieurs mines
de l'Europe, mais particulièrement de Suède,
de Danemark; on le trouve en poudre & en pierres Purifica-
ressemblantes à la mine de fer, lesquelles on lave tion du
bien pour les nettoyer d'une terre qui y est toujours cuivre.
mêlée; ensuite on les fait fondre pas de grands feux, &
l'on jette la matière fondue dans des moules; c'est le
cuivre ordinaire : on peut le rendre plus beau & plus Cuivre de
pur en le faisant refondre une ou deux fois, car à chaque rosette.
fusion il s'en sépare quelques parties grossières
& terrestres; on l'appelle alors cuivre de rosette.
Le cuivre abonde en vitriol & en soufre : il est appelé
Vénus, parce qu'on a crû que cette planète Vénus.
dominait sur lui & le remplissait de ses influences;
c'est pour cela qu'on lui a attribué des vertus pour
exciter la semence, & pour guérir les maladies des
parties qui servent à la génération. Mais comme il a Le cuivre
quelque chose de corrosif, je ne conseillerais à personne est un peu
de s'en servir intérieurement. On l'appelle corrosif.
encore, Aes, Cuprum. Aes, Cuprum.
Le cuivre se rouille très facilement, car si on laisse Il se rouil-
une goutte d'eau quelques heures sur un morceau de le facile-
ce métal, il s'y fait du verdet. On doit éviter de ment.
boire de l'eau qui a séjourné dans des vaisseaux de
cuivre, qu'elle en dissout toujours quelque peu;
ce qu'il est facile de connaître par le goût qu'elle
en remporte.
Il ne sera pas hors de propos de parler ici d'un effet
qui n'est pas moins surprenant que commun; c'est que
l'eau ou une autre liqueur qu'on fait chauffer ou
bouillir sur le feu dans un vaisseau de cuivre, l'espace
@

156 C O U R S
d'un jour entier, n'emporte point ou pas tant de l'odeur
du cuivre, pourvu qu'on ne la laisse point hors
du feu dans ce vaisseau, que ferait d'autre eau qu'on
aurait chauffée & tenue hors du feu pendant une heure
dans un vaisseau du même métal; car puisque l'eau
seule dissout quelque chose du cuivre, il semble qu'étant
aidée de la chaleur du feu, elle devrait le pénétrer
plus facilement, & par conséquent en tirer davantage
d'imprégnation. Voici à mon sens l'explication la
plus raisonnable qu'on puisse donner à un effet de
cette nature.
Tout le monde a pu remarquer que quand l'eau
commence à s'échauffer dans une bassine ou dans un
autre vaisseau qu'on a posé sur le feu, il se fait des
petites bulles au fond en forme de poussière, & que ces
bulles augmentent en quantité, à mesure que l'eau
prend plus de chaleur, tant qu'à la fin elles font le
bouillonnement en haut. Ces bulles ne peuvent être
causées que par des particules de feu, qui passant au
travers de la bassine, poussent impétueusement l'eau
en haut, la font gonfler : c'est par cette raison que
l'eau ne peut rien dissoudre du cuivre; car étant incessamment
soulevée, elle ne peut point toucher au
fond de la bassine.
On me dira peut-être que la liqueur devrait prendre
l'odeur de cuivre aux côtés de la bassine; mais il
est facile de concevoir qu'il ne se passe pas tant de
particules ignées par les côtés de la bassine, qu'il en
passe par le fond; il s'y en introduit pourtant assez
pour empêcher que la liqueur ne s'y attache & qu'il
ne se dissolve du cuivre.
Mais au contraire la bassine étant hors du feu,
le cours des petits corps ignés ayant cessé, la liqueur
s'empreint du cuivre à son aise, d'autant plus facilement
que le feu a rendu ce métal plus raréfié & plus
dissoluble.
Toutes choses semblent prouver cette pensée : car
@

D E C H I M I E. 157

si l'on fait bouillir une liqueur à grand feu dans un
vaisseau de cuivre, elle ne s'en empreindra point;
mais si vous là mettez sur un feu lent, que vous
l'y laissiez pendant quelque temps, parce qu'il ne passera
pas assez de particules de feu pour couvrir tout le
fond du vaisseau & élever la liqueur, elle prendra un
goût de cuivre; mais ce goût ne fera pas si fort que
si vous l'eussiez laissée un pareil temps dans le vaisseau
hors du feu, après l'avoir chauffée.
Les liqueurs qui sont remplies de sels, s'empreignent
bien plus facilement du cuivre que celles qui
ne le sont point. Aussi les Confituriers remarquent
assez ce que j'ai dit; car quoiqu'ils fassent bouillir
leurs confitures plus longtemps dans des vaisseaux de
cuivre, elles n'en tirent aucun goût; mais s'ils les
laissent seulement l'espace de demi-heure dans la
bassine hors du feu, elles acquièrent un goût d'airain
très désagréable.
On peut tirer de ce raisonnement, qu'on ne doit On ne
point se servir d'un vaisseau de cuivre, quand on veut doit point
faire chauffer ou bouillir lentement quelque liqueur laisser re-
& que quand on veut s'en servir, il faut toujours tenir froidir les
beaucoup de feu dessous, & ne laisser point refroidir liqueurs
ensuite, dans un vaisseau de ce métal, ce qu'on dans les
aura fait bouillir. vaisseaux
Il se présente encore une autre difficulté; c'est de de cuivre.
savoir pourquoi un chaudron qu'on a ôté de dessus
le feu, est moins chaud dessous qu'aux côtés, en sorte
qu'aussitôt qu'on l'a retiré de dessus un grand feu,
l'on peut y toucher dessous sans qu'il brûle les mains ,
ce qu'on ne pourrait pas faire aux côtés sans se rôtir
la peau.
La raison en est que les corpuscules de feu s'étant
fait un passage en droite ligne au fond du chaudron
qui est plat, ils ne s'y arrêtent presque point en passant,
parce qu'ils n'ont qu'à la traverser pour aller
dans la liqueur; mais ceux qui montent vers les côtés,
@

158 C O U R S
trouvant un long chemin à faire sur le chaudron;
il s'en arrête beaucoup dans les pores du cuivre.
I1 n'en arrive pas tout-à-fait de même aux bassines
dont le fond est en arrondissant, parce que les parties
de feu montant toujours en droite ligne, trouvent
plus de matière à traverser, qu'en un fond plat,
& s'y en arrête par conséquent davantage.
Objection. Mais on objecte, que si les corpuscules du feu passent
au travers du fond du chaudron sans s'y arrêter,
elles ne doivent pas plus l'échauffer quand il sera vide,
que quand il y aura de l'eau dedans; néanmoins
quand vous mettrez un chaudron vide sur un grand
feu, le fond s'en échauffe, & il rougit même si vous
l'y laissez longtemps.
Réponse. Je réponds à cela, que quand le chaudron qu'on a
mis sur un grand feu est plein de liqueur, les parties
du feu en ayant traversé le fond en droite ligne, comme
nous avons dit, elles sont en quelque manière
absorbées par la liqueur & il ne leur reste plus assez
de force ni de mouvement pour réfléchir sur le fond
du chaudron & pour l'échauffer; mais quand le chaudron
est vide, les parties du feu qui passent au travers
du fond, ne trouvant rien qui les noie ni qui
modère leur mouvement, il en retombe beaucoup
au fond; c'est ce qui échauffe le cul du chaudron.
C'est par la même raison qu'un vaisseau d'étain &
de plomb vide étant mis sur le feu, se fond en peu de
temps; mais quand il est rempli de liqueur, il ne se
fond point, si grand feu qu'il y ait dessous; car les
parties du feu ne trouvant rien qui arrête leur action
dans le vaisseau vide, passent & repassent tant de fois
au travers de ses pores, qu'elles le mettent en fusion.
Mais ces mêmes parties de feu trouvant de l'humidité
qui les arrête dans le vaisseau plein, elles ne peuvent
retourner pour le fondre.
Le cuivre ne se fond pas si facilement que plusieurs
autres métaux, parce qu'il contient plus de parties
terrestres.
@

D E C H I M I E. 159

Le Laiton ou cuivre jaune, appelé en Latin Aurichalcum, Laiton;
est un mélange de cuivre & de pierre calaminaire ou cuivre
fondus & unis ensemble : on a l'obligation jaune, au-
de cette découverte métallique au travail des Alchimistes, richalcum.
car en cherchant le moyen de faire de l'or,
ils ont trouvé celui de teindre le cuivre d'une couleur
fort approchante à celle de ce Roi des métaux. Les
vaisseaux qui sont faits avec le cuivre jaune, donnent
moins d'odeur aux liqueurs, que ceux qui sont faits
avec le cuivre rouge.
----------------------------------------------------------
Calcination du Cuivre.

C Alciner le cuivre est le purifier de ses parties
huileuses les plus volatiles par le moyen du soufre
commun & du feu, afin de le rendre plus compacte.
Stratifier dans un grand creuset des lamines de cuivre
avec du soufre pulvérisé, couvrez le creuset d'un
couvercle qui ait un trou au milieu pour donner influe
aux fumées : placez vôtre creuset dans un fourneau
à vent, & faites un très grand feu autour, jusques à
ce qu'il ne sorte plus de fumées : retirez alors vos lamines
toutes chaudes & les séparez; ce sera l'Aes ustum Aes ustum.
qu'on emploie dans quelques remèdes externes pour
déterger. Il peut être mis en poudre dans un mortier.

R E M A R Q U E S.

E N faisant cette stratification, on commence par Stratum
un lit de soufre & on ajoute dessus un lit de lamines super stra-
de cuivre, puis un autre lit de souffre & un tum.
autre de lamines. On continue de même jusques à ce
que le creuset soit rempli; mais il faut que le premier
& le dernier lit soient de soufre. Cette calcination
se fait afin que le soufre commun brûlant, net-
@

160 C O U R S
toie le cuivre de son soufre superficiel quelques-
uns y ajoutent un peu de sel marin pour rendre le cuivre
brûlé plus beau, comme je l'ai remarqué plus au
long dans mon Traité universel des drogues simples.
On pulvérise aisément le cuivre brûlé dans un
mortier, sur un porphyre, au lieu qu'on ne peut
pas réduire en poudre par les mêmes moyens le
cuivre qui n'a point été brûlé.
----------------------------------------------------------
Purification du Cuivre calciné.
C Ette seconde purification du cuivre est pour le
rendre beau & haut en couleur.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira de cuivre
calciné, comme nous avons dit; faites-le rougir dans
un creuset entre les charbons ardents, & le jetez tout
rouge dans un pot où vous aurez mis assez d'huile de
lin pour faire surpasser la matière de quatre
doigts; couvrez aussitôt le pot, car autrement l'huile
prendrait feu; laissez tremper le cuivre jusques à
ce que l'huile soit à demi refroidie; séparez-le, & le
remettez rougir dans le creuset, puis le jetez dans
l'huile de lin : continuez à le faire rougir & à l'éteindre
dans l'huile de lin jusques à neuf fois. I1 faut changer
l'huile de trois en trois fois, vous aurez un cuivre
bien pur & qui aura repris sa couleur. Si vous le calcinez
encore une fois, afin de faire consumer l'huile,
Crocus & que vous le mettiez en poudre, vous aurez un beau
de cuivre; crocus de cuivre, qui est détersif & propre à manger
de ses les chairs baveuses des plaies & des ulcères.
vertus.
pict
Vitriol
@

D E C H I M I E. 161

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Vitriol de Cuivre; ou de Vénus.

C Ette opération est de cuivre pénétré & rendu en
forme de vitriol, par l'esprit de nitre.
Faites dissoudre deux onces de cuivre coupé par
petits morceaux, dans cinq ou six onces d'esprit de nitre;
versez la dissolution dans une cucurbite de verre,
& faites évaporer au feu de sable environ la quatrième
partie de l'humidité; laissez ce qui refera en Cristaux
repos cinq ou six heures; il se fera des cristaux bleus de cuivre.
que vous séparerez; continuez à faire évaporer &
cristalliser la liqueur jusques à ce que vous ayez tout
retiré; faites sécher ces cristaux, & les conservez
dans une fiole bien bouchée; ils sont caustiques.
On s'en sert pour consumer les superfluités ou les
chairs baveuses.
Si on laisse ces cristaux à la cave, dans un vaisseau Liqueur
plat découvert, ils se réduiront en une liqueur, qui de Vénus.
fera propre aux mêmes usages. Teinture
de Vénus
R E M A R Q U E S. ou de cui-
vre.
I L faut mettre le cuivre dans un grand matras sous Dissolu-
la cheminée, & verser dessus peu-à-peu l'esprit de tion du
nitre; il se fait d'abord une furieuse effervescence & cuivre.
une fumée rouge qui sort par le cou du vaisseau, &
qui incommoderait fort la poitrine, si l'on en recevait
quelque portion. Le vaisseau s'échauffe si fort
qu'on ne pourrait pas tenir la main dessus, & la chaleur
dure jusques à ce que la dissolution soit achevée,
alors la liqueur est claire & d'une belle couleur
bleue.
La grande effervescence qui se fait d'abord vient Grande
de ce que l'esprit de nitre trouve les pores du cuivre ébullition,
assez grands & proportionnés à la grosseur de ses d'où elle
L provient.
@

162 C O U R S
pointes pour y entrer & y faire ses secousses; car lors
que ces pointes qui nageaient auparavant dans un liquide
en toute liberté, sont arrêtées dans le corps du
métal, elles font effort par leur mouvement pour se
débarrasser, & elles écartent les parties du cuivre.
C'est cet écartement impétueux qui cause l'ébullition
& la chaleur : car les pointes acides se frottant rudement
contre les parties solides du cuivre, elles agitent
alors la liqueur, & il doit se faire de la chaleur,
de même que quand on frotte avec violence deux
corps bien solides l'un contre l'autre, ils s'échauffent
jusques à faire du feu.
La fumée rouge vient de l'esprit de nitre, qui
étant raréfié, a toujours cette couleur-là.
Quand le cuivre n'est qu'à demi dissout, il est vert
mais quand il est dissout exactement, il prend une
Diverses couleur bleue; si l'on en sépare les acides & qu'on ramasse
couleurs ses parties par le moyen du feu, il reprend
du cuivre. sa couleur rouge.
Après que les acides ont divisé autant qu'ils ont
pu les parties du cuivre, ils s'y attachent & ils suspendent
ces petits corps dans le liquide. On fait
évaporer une partie de la liqueur, afin que le reste se
cristallise plus facilement : ce qui se dissipe n'est
que le plus phlegmatique, car les pointes de l'acide
étant jointes au cuivre, elles y font embarrassées &
appesanties.
Le vitriol de cuivre n'est donc autre chose que les
acides de l'esprit de nitre incorporés dans le cuivre;
ce sont ces mêmes esprits qui font la corrosion; car
ils sont comme autant de petits couteaux attachés au
corps du métal, qui déchirent & rongent les chairs
sur lesquelles on les applique. Ce vitriol se résout en
liqueur, parce que le cuivre ayant les pores grands,
l'humidité s'y introduit facilement.
@

D E C H I M I E. 163

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Autres Cristaux de Vénus.

C Es cristaux sont des particules de cuivre empreintes
des acides du vinaigre & réduites en
forme de sel ou de vitriol.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira de verdet en
poudre : mettez-le dans un matras assez ample, &
verser dessus du vinaigre distillé jusques à la hauteur
de quatre doigts. Il faut placer le matras en digestion
sur le sable chaud, & l'y laisser pendant deux jours,
le remuant de temps en temps; le vinaigre se teindra
d'une couleur bleue; versez par inclination la liqueur
qui surnagera, jetez d'autre vinaigre distillé sur la
matière; laissez-la encore en digestion pendant deux
jours comme devant; versez par inclination la liqueur, Teinture
continuez de mettre d'autre vinaigre distillé de Vénus.
sur la matière, jusques à ce que les trois quarts ou
environ du verdet soient dissouts, qu'il ne reste
plus qu'une matière terrestre. Il faut filtrer alors toutes
ces imprégnations, & faire évaporer les deux
tiers de l'humidité dans une cucurbite de verre, au
feu de sable : mettez le vaisseau à la cave, l'y laissez
sans le remuer pendant quatre ou cinq jours; il se formera
des petits cristaux : versez par inclination la liqueur
& les ramassez; faites consumer encore environ
le tiers de l'humidité, la mettez cristalliser
comme devant; continuez ces évaporations & ces
cristallisations, jusques à ce que vous ayez retiré tous
vos cristaux que vous ferez sécher, & vous les garderez. Verdet
C'est ce que les Peintres appellent verdet distillé, distillé.
à cause qu'ils sont préparez avec le vinaigre distillé.
Ils sont fort détersifs; on ne s'en sert que dans les Vertus.
plaies extérieures; on les emploie aussi dans la Peinture.
L 2
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164 C O U R S
R E M A R Q U E S.
I L vaut mieux se servir du verdet dans cette opération,
que du cuivre cru, parce qu'il est plus ouvert
& plus disposé à être dissout par les acides du
vinaigre qui sont faibles : car le verdet n'est qu'un
cuivre pénétré & réduit en rouillure par les esprits
fermentatifs du tartre.
Verdet, Pour faire le verdet, on stratifie des plaques de
comment cuivre avec du marc de raisins dont on a tiré le
il se fait. moût. On les laisse macérer quelque temps, après
quoi l'on trouve une partie de ces plaques réduites
en verdet; on le ramasse avec des couteaux, puis on
remet les mêmes plaques dans le marc du raisin. Elles
sont pénétrées comme devant, & l'on y trouve encore
du verdet. On continue à les remettre & les
retirer jusques à ce qu'elles soient tout-à-fait converties
en verdet. Il faut remarquer que le verdet
Vert de qu'on appelle aussi vert de gris, se fait mieux dans
gris. le Languedoc & dans la Provence qu'ailleurs, parce
qu'en ce pays-là les raisins rendent beaucoup de tartre,
& par conséquent ils abondent en ces esprits
fermentatifs capables de pénétrer le cuivre.
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Esprit de Vénus.
L 'Esprit de Vénus est une liqueur acide qu'on tire
des cristaux de Vénus par la distillation.
Mettez telle quantité qu'il vous plaira de cristaux
de Vénus préparez avec le vinaigre distillé, comme
nous avons dit, dans une cornue de verre de laquelle
le tiers demeure vide. Placez vôtre cornue sur le
sable, & y ayant adapté un grand récipient & lutté
exactement les jointures, donnez un petit feu au commencement,
pour faire distiller un peu d'eau insipide
@

D E C H I M I E. 165

cette eau sera suivie par un esprit volatil : augmentez
alors le feu par degrés; le ballon se remplira de
nuages blancs. Entourez sur la fin la cornue de charbon
allumé, afin que les derniers esprits sortent, car
ce sont les plus forts. Lorsque vous verrez que les
nuages cesseront & que le récipient refroidira, laissez
éteindre le feu; délutez les jointures & versez tout
ce que le récipient contiendra, dans un alambic de
verre, pour le faire distiller sur le sable jusqu'à siccité.
Ce sera l'esprit de Vénus rectifié.
On se sert de ce remède contre l'épilepsie, la paralysie, Vertus.
l'apoplexie & les autres maladies du cerveau.
On en met sept ou huit gouttes dans quelque Dose.
liqueur convenable : plusieurs l'emploient pour dissoudre
les perles, les coraux & les autres matières
semblables.
Il reste dans la cornue une matière noire qui peut Revivifi-
être revivifiée en cuivre, étant mise au feu de fusion cation.
dans un creuset, avec un peu de salpêtre & de
tartre.

R E M A R Q U E S.

L 'Acide se retire du cuivre par le feu, sans rompre
ses pointes, car l'esprit de Vénus est considérablement
aigre, ce qui n'arrive pas dans les autres métaux.
La raison qu'on en peut donner, est, que le cuivre qui
est fort rempli de soufre, ne fait que lier dans la dissolution
les acides par les parties rameuses. Ainsi,
quand par la violence du feu, ces pointes sont excitées,
elles sortent entières, parce qu'elles ne trouvent
pas la résistance d'un corps assez solide pour être
brisées. Elles entraînent aussi quelques parties de cuivre
les plus volatiles avec lesquelles elles sont liées
inséparablement.
Il faut rectifier cet esprit, parce que le feu y pousse
toujours des impuretés qui s'étaient embarrassées
L 3
@

166 C O U R S
dans le cuivre lorsqu'il était dans le marc du raisin
pour être réduit en verdet.
On a dit que cet esprit étant mis sur les coraux ou
sur les perles, les dissolvait, & néanmoins ne perdait
rien de sa force : ainsi, que quand on voulait se servir
du même esprit, il rongeait ces sortes de matières
comme auparavant : mais l'expérience ne s'y rapporte
pas. Il est bien vrai que le dissolvant sort de dessus
le corail avec beaucoup d'âcreté, mais il a perdu son
acide qui était le principal menstrue, & s'il y reste de
l'âcreté, c'est à cause du cuivre. Pour être plus au fait,
Expérien- j'ai fait dissoudre du corail dans de l'esprit de Vénus;
ces faites la dissolution a eu une odeur aerugineuse, & un
de l'esprit goût âcre tirant sur l'amer : j'en est fait distiller une
de Vénus. partie, l'eau distillée a été peu acide; elle a pourtant
fait une légère effervescence quand on l'a versée sur
du corail préparé; ce que n'avait pas fait une distillation
du même corail dissout dans du vinaigre distillé.
Il est donc sur suivant cette expérience que l'esprit
de Vénus, après avoir servi à dissoudre une fois le corail,
& avoir repassé par la distillation, est encore capable
de quelque légère action qui lui est même particulière;
mais il n'est pas vrai qu'il ait autant de
force qu'auparavant : j'en ai pourtant tiré un peu de
magistère & un peu de sel de corail : Retournons à
nos remarques sur la distillation de l'esprit de Vénus,
Poids. Si l'on a employé une livre de cristaux de Vénus
dans cette distillation, on retirera demi-livre de liqueur,
la matière qui restera dans la cornue, pèsera
autant.
En poussant le verdet par le feu comme on fait les
cristaux de Vénus, on retirerait une petite quantité
d'esprit de Vénus: mais il serait fort impur & huileux
à cause de l'impureté que j'ai dit qui se mêle dans les
parties du cuivre quand on en fait du verdet.
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D E C H I M I E. 167

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C H A P I T R E VII.

Du Fer.

L E fer est appelé Mars, à cause de la Planète du Mars.
même nom, de laquelle on veut qu'il tire des influences;
c'est un métal fort poreux, composé de sel
vitriolique, de soufre & de terre mal liés & digérés
ensemble : c'est pourquoi la dissolution de ses
parties se fait assez facilement. On le retire de plusieurs
mines de l'Europe en une pierre ou marcassite Où se
qui ressemble assez à la pierre d'aimant; mais cette trouve le
dernière est plus pesante & plus cassante que le fer. fer & l'ai-
L'aimant se trouve aussi dans les mines de fer, & on mant.
le pourrait réduire en ce métal par un grand feu. Le
fer de son côté acquiert facilement la vertu de l'aimant,
comme on le voit tous les jours, de sorte que
ces deux matières semblent ne différer qu'en quelques
figures de pores, comme l'ont fort bien remarqué
les Philosophes modernes.
La mine de fer se trouve ordinairement dans les Choix de la
montagnes âpres & raboteuses. La meilleure est celle mine de fer.
qui est pesante, compacte, pure; elle est souvent Elle a peine
mélangée avec une pierre blanche ressemblant au à se fondre.
marbre. Quand on les fond ensemble, le fer en est plus Pourquoi ?
doux & mieux lié en ses parties. Ce métal est de très
difficile fusion, à cause de beaucoup de terrestréités
qu'il contient.
On fait fondre la pierre de fer dans de grands fourneaux On fait
faits exprès pour cette opération, tant afin de fondre le
purifier ce métal de quelque terre, qu'afin de le mettre fer pour le
en la forme dont on a besoin, La matière ayant purifier &
demeuré quelque temps en fusion, se vitrifie presque & le former.
devient assez semblable à un émail de diverses couleurs; Email.
aussi le fer entre-t-il dans la composition de l'é-
L 4
@

168 C O U R S
mail ordinaire, avec le plomb, l'étain, l'antimoine;
le sable, le saphre, la pierre de Périgord, la cendre
gravelée & celle du kali.
Le fer étant un des métaux les plus poreux, est fort
sujet aux impressions de l'air & par conséquent à la
rouillure; il serait utile pour les Arts d'avoir quelque
chose qui empêchât que ce métal ne fût si susceptible
de cette rouille : voici la recette d'un onguent
propre à cet effet que M. Homberg, de l'Académie
Onguent Royale des Sciences, a donnée. Prenez de la graisse
propre à de porc huit livres, du camphre quatre onces, faites-les
empêcher fondre ensemble & y mêlez du crayon en
que le fer poudre une quantité assez grande pour donner au
ne se mélange une couleur de fer.
rouille Il faut faire chauffer le fer & le frotter avec cet
aisément. onguent, afin qu'il en soit pénétré, & qu'il bouche
autant qu'il se pourra le passage de l'air.
Comment Pour faire l'acier on stratifie des lames de fer dans
se fait un grand fourneau avec des cornes ou avec des ongles
l'acier. d'animaux; on fait dessous un feu très violent;
les ongles s'enflamment & calcinent le fer: lorsqu'il est
bien rougi & prêt à se fondre, on le retire du fourneau
& on le trempe tout rouge dans de l'eau froide :
La trempe c'est alors qu'il se fait acier; car les parties de fer qui
de l'acier. s'étaient rapprochées par une presque fusion, se condensant
tout d'un coup par la fraîcheur de l'eau, retiennent
le même arrangement des parties, & les pores
du métal étant plus petits, il devient aussi plus
compacte, plus solide & plus resserré; ce qui confirme
ce raisonnement, c'est que pour rendre l'acier
La dé- plus poreux, il n'y a qu'à le faire rougir au feu, puis
trempe de le laisser refroidir insensiblement : Les Ouvriers appellent
l'acier. cette dernière opération détrempe.
La bonté de l'acier consiste donc dans la trempe
faite à propos; mais on peut ajouter aussi que les sels
alcali volatils qui sortent des ongles ou des cornes,
pénétrant les pores du fer, en détruisent les acides
@

D E C H I M I E. 169

qui les tenaient ouverts & en état de s'éteindre, outre
que le feu emporte beaucoup des parties les plus
volatiles du fer & les plus dissolubles. C'est par toutes Pourquoi
ces raisons que l'acier demeure plus longtemps à l'acier ne
se rouiller que le fer; car la rouillure n'est qu'une rouille pas
dissolution des parties du métal faite par une humidité si vite que
de l'air qui entre dans ses pores. Or l'acier ayant le fer.
des parties plus solides que le fer, elles ne seront pas
ébranlées avec tant de facilité.
Si l'on veut amollir l'acier, il faut y appliquer tout Amollis-
autour des excréments humains à l'épaisseur d'un doigt, sement de
envelopper le tout avec de l'argile, ou de la terre à l'acier.
faire des fourneaux, qu'on aura amollie avec de l'eau :
on placera toute la masse dans un fourneau, on
l'entourera de feu pour la faire rougir puis on la
laissera refroidir, l'acier sera mou, à cause du sel volatil
de l'excrément qui l'aura pénétré : si l'on met
cet acier mou à la trempe, il deviendra dur.
Il est à remarquer que l'acier s'aimante beaucoup
mieux que le fer.
L'acier est préférable au fer pour les ustensiles,
mais pour les remèdes, le fer est le meilleur; nous en
donnerons les raisons dans les opérations que nous
allons décrire.
Quoique le Mars contienne un sel vitriolique acide, Le fer
ce mixte ne laisse pas d'être alcali, car il fermente est alcali.
avec les acides, l'on ne doit point s'étonner
de cet effet quand on considérera qu'il y a beaucoup
plus de terre que de sel dans ce métal; & que
cette terre tenant le sel comme embarrassé, il lui reste
encore assez de pores pour recevoir les pointes des
acides qu'on met dessus, & pour faire l'office d'alcali;
car, comme nous avons dit en parlant des principes,
il suffit qu'un corps pour être dit alcali, ait les
pores disposés en sorte que les acides y puissent par
leur mouvement écarter avec violence ce qui leur
fait obstacle.
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170 C O U R S
Le fer est Le Mars est presque toujours astringent par le ventre,
astringent à cause de sa partie terrestre, & apéritif par les
apéritif; urines, non seulement à cause de son sel qui est pénétrant,
aussi parce que le ventre se resserrant,
les humidités se filtrent par les urines.
Eau fer- On éteint plusieurs fois dans de l'eau, des morceaux
rée! de fer qu'on a fait rougir au feu pour la rendre
ferrée & propre pour arrêter le cours de ventre, son
Sa vertu. effet vient d'un sel vitriolique du fer qui s'y est dissout.
Eaux mi- Les eaux de forges & plusieurs autres eaux minérales
nérales qui participent du fer, n'agissent que par la
férugi- même espèce de sel qu'elles ont entraîné en passant
neuses. par les mines de ce métal.
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Safran de Mars apéritif.
C Ette opération n'est autre chose qu'une rouillure
de fer faite à la rosée.
Lavez bien plusieurs lamines de fer & les exposez
à la rosée pendant un assez longtemps; elles se rouilleront
& vous ramasserez cette rouillure; remettez
les mêmes lamines encore à la rosée & retirez la rouillure
comme devant : continuez de la sorte jusqu'à ce
que vous en ayez suffisamment. Sa couleur sera rougeâtre,
elle aura une odeur & un goût ferrugineux.
Vertus. Cette rouillure est la meilleure de toutes les préparations
du fer qu'on appelle Crocus. Elle est excellente
pour les obstructions du foie, du pancréas, de
la rate & du mésentère. On s'en sert fort heureusement
pour les pâles couleurs, pour les rétentions des
menstrues, pour les hydropisies & pour les autres maladies
Dose. qui viennent d'opilations : La dose en est depuis
dix grains jusqu'à deux scrupules, dans des
tablettes ou en pilules.
Mars bon. Plusieurs font prendre le Mars avec des purgatifs,
@

D E C H I M I E. 171

ce qui est une fort bonne pratique. dans des
purgatifs.
R E M A R Q U E S.

L Es Chimistes ont appelé l'acier calciné Crocus,
à cause de sa couleur rouge : ils ont donné ce
nom à plusieurs autres préparations, pour le même
sujet.
Quoiqu'on se soit toujours servi de l'acier dans les Crocus
préparations Chimiques qui servent pour la Médecine, martis.
& qu'on l'ordonne préférablement au fer dans Pourquoi
les maladies : il est néanmoins indubitable que le fer ainsi ap-
peut mieux servir que l'acier, puisqu'il est plus dissoluble pelé.
: car si le fer agit principalement par son sel Le fer est
comme on n'en peut pas douter, le sel du fer sera meilleur
bien plus facile à être séparé dans l'estomac que celui que l'acier
de l'acier; puisque, comme j'ai montre ci-dessus, en Méde-
les pores de l'acier sont plus fermés que ceux du cine.
fer, & ainsi l'on en verra des effets plus prompts, outre
que l'acier étant plus difficile a être dissout, passe
quelquefois avec les excréments, sans que le chyle en
ait rien retenu. La raison qu'on a crû avoir, d'employer
plutôt l'acier que le fer, était parce qu'il a
été privé de plusieurs impuretés par la calcination
qu'on en a faite; mais ce qu'on appelle impureté,
est la partie du fer la plus ouverte, & par conséquent
la plus salutaire.
Cette préparation du safran de Mars est extraordinaire
& plus longue à faire que les autres, mais elle
est la meilleure de toutes celles qu'on a inventées. La
rosée est remplié d'un dissolvant qui ouvre encore les
pores du fer, & qui s'y étant incorporée, le rend plus
actif & plus dissoluble qu'il n'était.
Le fer ouvre les obstructions par son sel, qui étant Comment
aidé des parties solides du métal, a plus de force que le fer agit
les autres sels; mais il faut toujours purger & humecter dans le
le malade par des bouillons, avant que de le don- corps.
@

172 C O U R S
ner: parce que s'il rencontre les conduits des petits
vaisseaux farcis de grosses matières, il s'arrête &
cause quelquefois des inflammations qui donnent des
douleurs pareilles à celles de la colique.
Plusieurs se servent de l'acier en limaille sans aucune
préparation.
Rouillure Si l'on fait calciner pendant deux ou trois heures,
de fer cal- de la rouillure de fer ordinaire, elle prendra une couleur
cinée. rouge, & elle pourra servir pour les maladies
où l'on emploie le Mars, mais avec moins de succès
que le safran de Mars dont j'ai parlé.
Le fer lève souvent les obstructions en absorbant
comme alcali, l'acide qui les fomentait.
Comme quelques-uns ont tâché de contredire les
remarques que je viens de faire sur les effets du Mars,
& sur la préférence que je donne au fer par-dessus l'acier
pour l'usage de la Médecine, j'ai crû ne devoir
pas finir ce Chapitre, que je n'aie rapporté & répondu
à leurs objections.
Première Premièrement donc on dit que puisqu'on ne peut
objection. pas séparer les diverses substances du Mars, comme
on sépare celles des animaux ou des végétaux; en
vain prétendrait-on d'attribuer à son sel une vertu
apéritive.
Réponse. Je demeure d'accord qu'on ne peut pas séparer si
aisément toutes les substances du Mars, comme on
sépare celles des animaux & des végétaux; mais puisque
nous remarquons que l'eau dans laquelle on a
laissé tremper la rouillure du fer quelque temps, est
propre, étant bue, pour faire uriner, il me semble
qu'il n'est pas hors de raison d'attribuer l'effet du
Mars principalement à son sel; car si l'eau a remporté
quelque goût & quelque chose de pénétrant du fer, il
n'y a rien dans le Mars qui lui puisse donner cette
vertu, que le sel qui s'y est dissout.
Seconde En second lieu, on dit que la terre & le sel du Mars
objection. se trouvant unis & comme inséparables, ils ne peuvent
@

D E C H I M I E. 173

agir que de concert & recevoir conjointement
les bonnes ou les mauvaises impressions qui peuvent
leur arriver.
Je réponds qu'on n'a pas lieu de croire que le sel de Réponse.
Mars soit absolument inséparable de la terre, puisque
l'eau dans laquelle ce métal a trempé ou bouilli,
quoiqu'elle ait été bien filtrée, a retenu un goût de
vitriol & une vertu apéritive; car ce sont des effets
du sel de se dissoudre imperceptiblement dans l'eau,
& de pousser par les urines, comme nous avons dit;
mais si l'on veut bien se donner la peine de faire longtemps
tremper & bouillir lentement : une bonne quantité
de rouillure de fer dans de l'eau, puis qu'on la
filtre & qu'on fasse évaporer à petit feu, la liqueur
jusqu'à pellicule; on retirera par la cristallisation,
ou par l'évaporation exacte de l'humidité, un peu de
sel, & l'on a sujet de croire qu'il y en avait davantage
dans l'eau par le goût fort qu'elle avait du Mars;
mais qu'étant assez volatil, il s'en est dissipé dans l'évaporation
: je ne dis pourtant pas que la liaison de la
terre avec le sel du Mars soit absolument inutile pour
son effet; car au contraire je crois que cette terre
rendant le sel plus pesant, le pousse & fait quelquefois
que le Mars pénètre autant par sa pesanteur comme
par son sel; mais il en faut attribuer la principale
vertu au véhicule qui est le sel, puisque sans lui
la terre serait une chose morte, & elle n'agirait non
plus qu'a coutume de faire une terre dépouillée de
sel.
En troisième lieu, l'on dit que selon toutes les apparences, Troisième
le Mars n'agit que suivant les préparations objection.
que lui donnent les divers sucs qu'il rencontre dans
l'estomac; car ces sucs acides ne manquant pas de s'y
attacher & de le dissoudre, il résulte de cette dissolution,
la liberté des parties du corps sur lesquelles ces
sucs agissaient, & leur rétablissement.
Je veux bien croire que quelquefois le Mars peut Réponse.
@

174 C O U R S
agir dans le corps comme un alcali, en absorbant &
adoucissant une humeur acide qu'il rencontre, de même
qu'il absorbe & adoucit les liqueurs acides qu'on
verse dessus : mais on ne doit pas conclure de là, que
sa vertu apéritive consiste toujours en cet effet, puisque
comme j'ai dit ci-devant, l'eau dans qui l'on a
fait bouillir le Mars, est apéritive, & néanmoins il
n'y a dedans aucun alcali pour adoucir les acides du
corps quand on l'a bue.
Quatriè- En quatrième lieu, on objecte qu'on ne doit pas
me obje- croire que la dureté des parties de l'acier par-dessus
ction. celle du fer dont les pores sont plus ouverts, le rende
moins propre pour toutes sortes de préparations,
puisque nous voyons que l'esprit de vitriol & plusieurs
autres acides dissolvent également & le fer &
l'acier.
Réponse. Je réponds, que si les esprits corrosifs dissolvent l'acier,
ils dissoudront bien plus facilement le fer;
que comme il en faudra une plus petite quantité
pour le fer que pour l'acier, il s'ensuivra un meilleur
effet.
Cinquié- En cinquième lieu, on dit que la dureté de l'acier
me obje- peut être avantageuse en arrêtant davantage les parties
tion. dissolvantes des sucs qu'il rencontre dans l'estomac,
qu'en fait de métaux les purs valent beaucoup
mieux que ceux qui ne le sont pas.
Réponse. Je réponds que tant s'en faut que la dureté du Mars
puisse être avantageuse pour l'estomac, qu'au contraire
elle lui est préjudiciable aussi bien qu'aux autres
parties où il est distribué, parce que les sucs qui
s'y rencontrent, étant de faibles dissolvants, ne pourront
point pénétrer ni raréfier ce métal s'il est trop
dur; de sorte qu'ils le laisseront indigeste, pesant
incommode à cette partie, puis il passera par les
selles sans faire aucun effet, comme il arrive assez
souvent; que s'il passe quelque peu de ce Mars grossier
avec le chyle, il fait plutôt des obstructions que
@

D E C H I M I E. 175

d'en lever, car s'insinuant dans quelque vaisseau
étroit, il y demeure & il y cause des douleurs assez
pressantes.
Pour ce qui est de la pureté des métaux, elle est en
effet fort recommandable chez les Ouvriers, parce
qu'en les purifiant de leurs parties les plus raréfiées
& les plus volatiles, on les rend moins poreux &
plus propres à résister à l'injure du temps. Ainsi l'acier
est bien plus propre que le fer pour les ustensiles,
parce qu'il a les pores plus resserrés & qu'il se rouille
moins que le fer; mais dans les remèdes il n'en doit
pas être de même, car les métaux les plus raréfiés &
les plus faciles à être dissout, sont ceux dont nous tirons
de meilleurs effets, par la raison que nous avons
dite. Ainsi ce qu'on appellera pureté chez ceux qui
fabriquent les ustensiles sera souvent une impureté
pour les remèdes.
En sixième lieu, on dit que si l'on devait trouver
un sel distinct dans le Mars, ce serait plutôt dans celui Sixième
qu'on a purifié, que dans les scories qu'on en objection.
a séparées, & qui ne sont que les impuretés sorties
du fer dont on a fait l'acier.
Je réponds qu'on aurait quelque sujet de penser Réponse.
qu'on doit plutôt trouver du sel dans l'acier, que
dans le fer; si pour faire l'acier on calcinait simplement
le fer sans ajouter dans la calcination, des ongles
ou des cornes : car alors on pourrait dire que les
soufres du fer étant en partie évaporés, le sel en serait
plus dissoluble; mais il faut considérer que les
sels volatils qui sortent de ces parties d'animaux,
étant des alcali pénétrants, tuent la plupart des sels
du fer qui sont acides, & par-là ils rendent les parties
de l'acier plus compactes & plus difficiles à rouiller,
parce que les sels qui par leur mouvement excitaient
la raréfaction de ce métal, sont fixés ou comme
amortis & hors d'état d'agir comme ils faisaient;
c'est la raison pourquoi une lame d'acier qu'on aura
@

176 C O U R S
trempée dans de l'eau, ne lui donnera pas tant de goût
de fer, qu'une lame de fer calcinée de pareil poids
qu'on y aurait trempée autant de temps, en communiquerait.
Le fer & Mais ce qu'il y a encore de considérable dans la
l'acier calcination qu'on donne au fer pour le réduire en
peuvent acier, c'est qu'on le prive de son sel le plus volatil
être ré- qui devait faire le plus d'effet, en croyant le nettoyer
duits en- de ses impuretés; l'on appelle scories, c'est-à-dire
tièrement écume, la propre substance du fer qui avait été raréfiée
en rouil- par son sel. Ainsi puisqu'on veut bien appeler
lure. la rouillure du fer scories, on devrait appeler tout le
métal de même; car il peut être réduit tout-à-fait en
rouillure, pourvu seulement qu'on le laisse exposé à
l'air.
----------------------------------------------------------
Autre safran de Mars apéritif.
C Ette préparation n'est qu'une limaille de fer
rouillée à la pluie.
Mettez de la limaille de fer bien nette dans une
terrine qui ne soit point vernissée, l'exposez à la
pluie jusqu'à ce qu'elle soit en pâte : retirez-la à l'ombre
dans un lieu sec, elle se rouillera : pulvérisez-la,
& la remettez à la pluie pour en faire une pâte comme
devant, que vous laisserez encore rouiller : continuez
à humecter & à faire rouiller cette matière jusqu'à
douze fois. Alors étant mise en poudre bien subtile,
vous la garderez. On peut l'humecter avec de
l'eau de miel au lieu de pluie.
Ce Crocus a les mêmes vertus que l'autre, & 1'on
en donne la même dose; je préférerais néanmoins le
premier à celui-ci, parce que je le crois plus ouvert,
REMAR-

@

D E C H I M I E. 177

R E M A R Q U E S.

P Our nettoyer la limaille de fer de quelques ordures Moyens
que les Ouvriers peuvent y avoir mêlées par de net-
mégarde en la ramassant, il faut la laver plusieurs fois toyer la li-
avec de l'eau, les ordures nageront & on les séparera; maille.
l'on fera ensuite sécher la limaille lavée au Soleil :
en peut au lieu de la limaille, se servir de la rouillure
de fer ordinaire.
La pluie & la rosée sont empreintes de l'esprit de Pluie et
l'air qui les rend pénétrantes : c'est pourquoi nous rosée.
voyons qu'elles apportent beaucoup plus de profit aux
plantes qu'elles arrosent, que ne fait l'eau commune;
la rosée sur-tout contient beaucoup de cet esprit universel
qui est acide, parce que pendant la fraîcheur de
la nuit il a été condensé & précipité avec l'humidité
qui était répandue dans l'air.
La pluie & la rosée sont apéritives à cause des acides Vertus.
volatils qu'elles tirent de l'air; ces apéritifs sont
d'autant meilleurs qu'ils sont innocents & naturels;
on les fait distiller quand on les veut garder; on peut
boire de l'eau de pluie comme de l'eau commune;
pour la rosée la dose est depuis une once jusques à Dose.
quatre.
J'emploie ces liqueurs plutôt que d'autres pour
faire rouiller le fer, afin que le dissolvant soit approprié
autant qu'il le peut être à la vertu du métal :
car la rouillure est une dissolution imparfaite du fer;
il est bon de mettre la matière en consistance de pâte
pour y exciter d'autant mieux la fermentation, & il
faut réitérer dix ou douze fois à l'humecter, afin
que les parties du fer se subtilisent autant qu'elles le
peuvent être par un dissolvant aussi faible qu'est l'eau
de pluie. L'eau de miel pourrait servir ici en la
place de l'eau de pluie; elle contient un acide qui
approche fort de celui de la pluie & de la rosée;
@

178 C O U R S
car les fleurs dont est tiré le miel sont empreintes de
l'esprit de l'air.
La limaille de fer s'empreint de quelque petite quantité
d'acide à chaque fois qu'on l'humecte & qu'on la
fait dessécher, ainsi quand l'opération est achevée,
elle contient un véhicule, qui quoique faible ne
laisse pas de lui aider à pénétrer dans les endroits du
corps où il y a des obstructions. Ce safran de Mars a
une couleur rougeâtre brune, son odeur & son goût
sont ferrugineux, mais très faibles.
Si l'on faisait cette opération dans une terrine vernissée,
le verni pourrait se détacher & se mêler parmi
la limaille, ce qui la rendrait impure.
----------------------------------------------------------
Autre safran de Mars apéritif.
C Ette opération n'est qu'une limaille de fer calcinée
avec le soufre.
Prenez égales parties de limaille de fer & de soufre
en poudre; mêlez-les ensemble & en faites une
pâte avec de l'eau : mettez cette pâte dans une terrine
& laissez fermenter quatre ou cinq heures,
après lesquelles vous placerez la terrine sur un grand
feu, & vous agiterez la matière avec une spatule de
fer; elle s'enflammera, & quand le soufre sera brûlé
elle paraîtra noire; mais en continuant un grand feu
& l'agitant pendant deux heures, elle prendra une
Vertus. couleur rouge foncée, qui marquera que l'opération
sera achevée. Laissez-la refroidir & gardez ce Crocus :
Dose. on s'en peut servir comme des précédents, dans les
mêmes maladies : La dose en est depuis quinze
grains jusqu'à une dragme.
pict

@

D E C H I M I E. 179

R E M A R Q U E S.

J 'Ai bien voulu donner cette préparation pour la
commodité de ceux qui ont besoin d'une grande
quantité de safran de Mars, & qui n'ont pas assez de
temps pour la faire selon les autres descriptions, car
elle est plutôt calcinée & plus rouge qu'aucune de
celles qui se font par le feu.
On fait une pâte du mélange, comme j'ai dit, afin Le mé-
que les acides du soufre ayant été délayez par l'eau, lange du
pénètrent insensiblement le fer, & l'ouvrent davantage; soufre
il est bien facile de remarquer cette pénétration, du Mars
puisque la matière s'échauffe d'elle-même, en en pâte s'é-
sorte qu'on a peine d'y souffrir la main; il arrive même chauffe &
que si l'on fait vingt-cinq ou trente livres de cette brûle.
préparation à une fois, elle s'enflamme & se calcine
à demi avant qu'on l'ait mise sur le feu; ce qui ne peut
être expliqué que par l'action violente & le frottement
que font les pointes acides du soufre contre le
corps solide du métal.
Cette opération peut fort bien servir à expliquer de Tremble-
quelle manière les soufres se fermentent dans la terre ments de
pour y causer des tremblements & des embrasements, terre, d'où
qu'on appelle Volcans, comme il n'arrive que ils vien-
trop souvent dans plusieurs pays, & entre autres au nent. Vol-
Mont Vésuve & au Mont Etna; car ces soufres se cans.
mêlant dans des mines de fer, pourront pénétrer
le métal, produire de la chaleur, & enfin s'enflammer
de la même manière qu'il se fait dans nôtre
opération.
Ce qui confirme cette pensée, est qu'on trouve dans
des creux du Mont Etna où le feu a passé, une grande
quantité de matières semblables à celles qui se séparent
du fer dans les forges; & qu'on n'objecte point
que dans la terre il ne se rencontre pas assez d'air pour
enflammer des soufres; car il y a assez de crevasses par
M 2
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180 C O U R S
où il s'en peut introduire; mais quand il n'y en est pas
entré suffisamment pour faire fendre la terre & pour
faire élever les flammes du soufre, il se doit toujours
faire une grande fermentation dans la terre : c'est
sans doute la cause des tremblements de terre; car ce
feu ou cet air souterrain n'ayant point d'issue libre
Feux qui pour s'exalter, roule par tous les endroits où il peut
sortent des passer, & soulève les terres tantôt d'un côté & tantôt
terres, & la de l'autre : que s'il trouve lieu en roulant de fendre
cause. suffisamment la terre pour se faire une grande
ouverture, alors les flammes sortent en abondance,
Ouragans, comme il arrive en beaucoup de lieux de la terre :
d'où ils se mais si l'ouverture est trop petite pour faire sortir des
forment: ils flammes, il ne s'élève qu'une humidité sulfureuse raréfiée
sont communs en vent, c'est dont se forment les ouragans :
dans les pays ce vent s'élance des entrailles de la terre avec tant
chauds, la d'impétuosité, qu'il fait des ravages horribles : on en
raison ressent plus les effets dans les pays chauds que dans les
Méchants lieux tempérés, parce que la chaleur du Soleil y pénétrant
effets des les terres avec plus de force, a plus de facilité
ouragans. à mettre en mouvement le soufre avec la mine
Ce qu'il du fer & à exciter la fermentation. Ces ouragans qui
faut faire sont ordinairement précédés par des tremblements de
pour empê- terre furieux, déracinent les arbres, abattent les
cher qu'on maisons, enlèvent à plusieurs lieues le bétail, & les
soit empor- hommes même s'ils n'y prennent garde. Le remède
porté & qu'on y apporte est de se coucher bien vite le ventre
suffoqué contre terre, non seulement pour empêcher qu'on ne
par les ou- soit emporté par le vent mais aussi pour éviter de recevoir
ragans. par la bouche & par le nez cet air sulfureux
Colonnes & chaud qui ferait suffoquer.
d'eau qui Quand les ouragans sortent des terres qui sont
font périr dessous la mer, ils élèvent tellement les eaux, qu'ils
les navi- forment ces colonnes d'eau que les Mariniers craignent
res. avec beaucoup de sujet, puisqu'un navire qui
Pompes se rencontre en ces endroits-là, ne peut éviter le nauquand
de mer. frage. Ils les appellent pompes de mer : on a soin,
@

D E C H I M I E. 181

on les voit approcher, de tirer contre elles
plusieurs coups de canon, afin de les dissiper.
Les feux follets, & ceux qui paraissent sur certaines Feux fol-
eaux dans les pays chauds, tirent apparemment leur let, feux
origine de la même cause, mais comme la vapeur qui parais-
sulfureuse a été faible en ce rencontre, & que son sent sur
plus grand mouvement a été ralenti en se filtrant au certaines
travers des terres & en passant par les eaux, il ne s'en eaux.
est élevé qu'une flamme légère, spiritueuse, errante,
& qui n'est point entretenue par une assez grande
quantité de matière pour être de durée.
Ces vents sulfurés impétueux montent jusques Pierres de
aux nues, & ils enlèvent souvent avec eux des matières tonnerre,
pierreuses : & minérales, qui se mêlant s'unissant pierres de
par la chaleur qui vient du mouvement, forment foudre, com-
ce qu'on appelle pierres de tonnerre, out pierres ment elles
de foudre. Pour ce qui est de l'éclair qui précède le se forment.
bruit du tonnerre, il peut venir de ce même vent, Eclair d'où
qui s'étant introduit entre deux nues, en est pressé il vient.
si fort, qu'il en sort avec grande violence, l'effort
qu'if fait en sortant, produit un mouvement assez
grand pour faire enflammer le soufre qui y est mêlé,
& pour frapper l'air diversement en roulant de
telle force, qu'il fasse le bruit que nous entendons.
Le tonnerre n'est donc ordinairement produit que Le tonner-
par un vent sulfureux enflammé & élancé avec grande re, d'où il
impétuosité; c'est pourquoi l'on sent si fort le soufre se forme
dans les lieux où il a passé; mais quelquefois aussi Que sent le
ce vent sulfureux peut être accompagne de quelques soufre
pierres. Ce vent sulfureux du tonnerre est extrêmement dans les
violent & dangereux an moment qu'il sort lieux où il
de la nue : car alors étant dans sa plus grande force, a passé.
il exerce d'étranges ravages aux lieux où il tombe,
mais à mesure qu'il roule dans l'air & qu'il y fait ses
virevoltes, son mouvement se ralentit & devient
moins à craindre, jusqu'à ce qu'enfin après tant de
bruit, d'éclat & de fracas, il se réduit en une simple
M 3
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182 C O U R S
vapeur, il ne laisse dans les lieux où il a passé qu'une
odeur de soufre semblable à celle de l'ouragan.
Le tonner- Le tonnerre dans les lieux où il passe, s'attache
re s'atta- plutôt au fer, s'il s'y en rencontre, qu'aux autres matières.
che au fer. On l'a vu à Paris en 1709. à la rue de Condé
se prendre à un fil d'archet, qui servait à faire
agir des sonnettes de diverses chambres à d'autres,
& parcourir ce fil de fer un long espace de lieux :
étroits & cachés, jusqu'à ce que tout le métal fût fondu
& tombé à terre par morceaux. C'est apparemment
Les clo- par la même raison que les clochers sont plus
chers sont souvent attaqués du tonnerre que les autres lieux :
souvent car outre qu'ils sont plus élevés & plus exposés à la
attaqués foudre & aux autres insultes de l'air, ils sont garnis
du tonner- de beaucoup de fer qui sert à les soutenir. Ces remarques
re, & pour- favorisent & confirment les fondements de
quoi ? tout ce discours, qui font que le fer & le soufre du
mélange, & de l'union desquels se forment les ouragans
& le tonnerre ont une grande disposition à
se joindre.
Il se peut faire aussi que la partie de vent enflammé,
la plus grossière ou la plus remplie de matière terrestre,
soit comme plongée & éteinte par l'eau des
nues, que cette circonstance contribue à augmenter
le bruit : car y a bien de la vraisemblance
qu'une matière en feu tombant dans l'eau des nues,
produira un bruit approchant de celui qu'on entend
quand nous jetons quelque chose d'allumé dans de
l'eau, & ce bruit doit se faire incomparablement plus
grand dans les nues, puisque la matière allumée y est
non seulement plus abondante, mais qu'elle est dans
un mouvement impétueux qu'elle ne peut être absorbée
qu'après de grands efforts.
Expérien- Une expérience confirme cette pensée. Si vous
ce repré- mettez en fusion dans un creuset sept ou huit livres
sentant le de sel marin par un feu très violent, & que vous
bruit du le jetiez ainsi fondu dans un grand vaisseau à demi
tonnerre.
@

D E C H I M I E. 183

rempli d'eau froide, vous entendrez un bruit qui approchera
de celui du tonnerre; vous ne perdrez pas
votre sel, il n'y aura qu'à faire évaporer l'eau sur le
feu; le sel restera sec. Le salpêtre, le sel de tartre &
plusieurs autres matières fondues ou rougies au feu
exciteront un grand bruit quand on les jettera dans de
l'eau; mais elles n'en feront pas tant que le sel marin,
parce qu'elles ont les pores plus grands que lui, &,
que les corpuscules du feu qui y sont contenus feront
moins d'effort pour en sortir : il est vrai qu'on ne peut
pas dire que l'expérience que je viens de donner, soit
une comparaison juste dans toutes ses parties, puisqu'il
n'y a pas d'apparence que la matière du tonnerre
soit du sel marin fondu; mais j'apporte cet exemple
seulement pour donner une légère idée du bruit que
peut faire une matière en feu & en grand mouvement
qui de plonge dans de l'eau.
Il y aurait encore lieu de penser que l'orage ou la Pourquoi
grande pluie qui suit ordinairement le tonnerre, est excitée la pluie,
par le feu, qui se plongeant dans la nue, chasse le accompa-
vent qui la soutenait, & contraint l'eau de tomber gne ordi-
avec grande vitesse; quoi qu'il en soit, tous ces grands dinairement
& épouvantables fracas dont je viens de parler, tirent le tonner-
vrai-semblablement leur origine de la jonction qui re ?
s'est faite dans les mines, du soufre avec le fer.
On peut encore expliquer facilement par le moyen D'où
de ces feux souterrains la chaleur si considérable de vient la
plusieurs eaux minérales, & comment elles ont entraîné chaleur
des soufres qu'on voit se séparer aux côtés des eaux
du bassin, quand l'eau est en repos. minérales
C'est que les eaux passant immédiatement au-dessus & les sou-
ou même au travers de quelques-unes de ces terres fres qui
enflammées, s'y sont échauffées & en ont tiré du soufre s'en sépa-
qui y était raréfié; mais quand elles sont venues rent.
dans le lieu des bains, & qu'elles ont pris un peu de
repos, ce soufre qui étant gras ne pouvait être intimement
mélangé dans l'eau, s'écarte aux côtés du
bassin. M 4
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184 C O U R S
Eaux mi- Il se peut faire aussi que certaines eaux minérales
nérales é- prennent leur chaleur d'une chaux naturelle qu'elles
chauffées rencontrent à leur chemin dans les entrailles de la
par une terre; mais cette chaux n'est qu'une pierre calcinée
chaux na- par les feux souterrains dont nous avons parlé.
turelle. Il reste une difficulté, c'est de savoir comment ce
Objection. vent sulfureux, que j'ai supposé être la matière du
tonnerre, peut avoir été allumé entre les nues qui
sont composées d'eau, & y avoir été comprimé sans
s'éteindre; car il semble que l'eau des nues devait
avoir empêché que ce soufre n'allumât, ou au moins
elle devait l'éteindre tout d'un coup, étant allumé.
Réponse. Pour répondre à cette difficulté, je dis que le soufre
étant une substance grasse, n'est point susceptible
de l'impression de l'eau, que les autres substances,
& qu'il peut être enflammé dans l'eau & y brûler,
de même que le camphre & plusieurs autres matières
sulfureuses très exaltées y brûlent. Il doit
néanmoins être arrivé qu'une partie de ce soufre ait
été plongée dans la grande quantité d'eau qui forme
les nues, & qu'elle se soit éteinte avec une forte détonation,
comme il a été dit : mais l'autre partie du
soufre, qui était la plus subtile & la plus disposée
au mouvement, a été exprimée toute en feu; l'expérience
suivante prouvera mon raisonnement.
Si l'on met dans un matras de moyenne grandeur,
& dont le cou soit médiocrement long, trois onces
d'huile de vitriol, & douze onces d'eau commune,
qu'on fasse un peu chauffer le mélange, & qu'on y
jette à plusieurs reprises une once ou une once &
demie de limaille de fer, il s'y fera une ébullition &
une dissolution du fer qui produira des vapeurs blanches,
lesquelles s'élèveront jusqu'au haut du cou du
Fulmina- matras : si l'on présente à l'orifice du cou de ce vaisseau
tion dans une bougie allumée, la vapeur prendra feu à
un liqui- l'instant, & à même temps fera une fulmination violente
de. & éclatante, puis s'éteindra; si l'on continue à
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D E C H I M I E. 185

mettre un peu de limaille de fer dans le matras, &
qu'on en approche la bougie allumée comme devant,
réitérant le même procédé quatorze ou quinze fois,
il se fera des ébullitions & des fulminations semblables
aux premières, pendant lesquelles le matras se
trouvera souvent rempli d'une flamme qui pénétrera
& circulera jusqu'au fond de la liqueur. Il arrivera
même quelquefois que la vapeur se tiendra allumée
comme un flambeau au haut du cou du matras pendant
plus d'un quart d'heure; mais alors il ne se fera
plus de fulmination, si l'on n'a soin d'éteindre cette
flamme en bouchant tout d'un coup le matras, y
jetant de la limaille de fer, allumant la vapeur
qui s'en élèvera comme devant.
I1 paraît que cette fulmination, qui sort du
cou du matras avec violence & éclat, représente bien
en petit la matière sulfureuse qui brûle & circule
toute enflammée dans l'eau des nues, pour faire l'éclair
& le tonnerre; mais il y a plusieurs circonstances à
observer dans nôtre procédé. La première est qu'on
doit mêler de l'eau avec l'huile de vitriol en la proportion
qui a été dite : car si cet acide n'avait point
été suffisamment délayé & étendu, ses pointes à la
vérité s'attacheraient à la limaille de fer; mais elles
y seraient serrées & pressées les unes contre les autres,
en sorte qu'elles n'auraient point leur mouvement
libre, il ne se ferait point de fulmination.
La seconde est, qu'il faut donner une douce chaleur
à la liqueur, pour exciter ses pointes à pénétrer le
Fer & à jeter des fumées, mais il ne faut pas qu'elle
soit trop chaude, parce que ces fumées sortiraient
trop vite, quand on approcherait la bougie allumée,
elles ne feraient que s'enflammer au cou du
matras sans faire de fulmination : car ce bruit ne procède
que de ce que le soufre de la matière étant allumé
jusques dans le fond du matras, trouve de la
résistance à s'élever, & il fait un grand effort pour
@

186 C O U R S
fendre l'eau & se débarrasser. La troisième est que le
soufre qui s'exalte en vapeur & qui s'enflamme, doit
venir uniquement de la limaille de fer, car l'eau ni
l'huile de vitriol n'ont rien de sulfureux, ni d'inflammable;
mais le fer contient beaucoup de soufre.
Il faut donc que le soufre de la limaille du fer ayant
été développé & raréfié par l'huile de vitriol, se soit
exalté en une vapeur très susceptible de feu. La quatrième
est que les esprits de sel, de soufre & d'alun
produisent le même effet que l'huile de vitriol pour
cette opération; mais l'eau forte ni l'esprit de nitre
n'y excitent point de fulmination.
Cette opération n'est pas seulement curieuse pour
la physique, elle est aussi utile pour la Médecine; car
elle fait le commencement d'une préparation nommée
vitriol de Mars qui a de grandes vertus, dont on
trouvera dans la suite un chapitre particulier. Si donc
l'on veut profiter de ce qui reste dans le matras après
la fulmination, il faut le faire bouillir, le filtrer, faire
évaporer la liqueur filtrée à diminution des deux
tiers, ou des trois quarts, & la laisser cristalliser en un
Vitriol de lieu frais; on aura un vitriol de Mars. Je retourne à
Mars. mon opération du safran de Mars apéritif.
Il faut fai- On doit observer de faire la calcination dans une
re la calci- terrine, plutôt que dans un pot ou dans un creuset, &
nation du d'agiter toujours la matière avec une spatule, afin
Crocus que le soufre sorte avec plus de facilité. je l'ai voulu
Martis faire quelquefois dans un creuset; mais après m'être
dans une obstiné à calciner & à remuer la matière pendant plus
terrine de douze heures, elle restait noire.
On fait toujours ces sortes de calcinations sous la
cheminée, afin d'éviter l'odeur du soufre, qui brûle :
mais en cette opération, la vapeur du soufre incommode
peu, à cause que la plus grande partie de son sel
acide qui fait son odeur la plus piquante, s'est attachée
& fixée dans les particules du fer : il arrive aussi
par la même raison, que la flamme qui sort de la matière,
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D E C H I M I E. 187

est plus blanche ou moins bleuâtre que si elle sortait
du soufre pur; car la couleur bleuâtre de la flamme
du soufre est causée par des sels acides qui embarrassent
& appesantissent la partie véritablement sulfureuse
du mixte, & l'empêchent de s'exalter, comme
je l'ai dit ailleurs.
Si vous avez employé une livre de limaille de fer, Poids
vous retirerez pour le moins une livre quatre onces
de Crocus Martis; ce qui prouve que les acides
du soufre ou quelques parties du feu se sont incorporés
dans les pores du Mars, & l'ont augmenté de
poids.
La couleur rouge vient du vitriol dont est rempli Couleur
le Mars, qui étant calciné, rougit comme le colcothar. d'où elle
Il n'a aucune odeur ni goût sensibles. vient.
On a inventé beaucoup d'autres préparations de
safran de Mars apéritif, mais il suffit que j'en aie
décrit trois que j'ai crues les meilleures.
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Safran de Mars astringent

C Ette préparation est de la limaille de fer dépouillée
de sa partie la plus saline.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira du dernier
safran de Mars apéritif, lavez-le cinq ou six fois avec
du vinaigre, le laissant tremper une heure chaque
fois, puis le calcinez dans un plat ou sur une tuile à
grand feu, pendant cinq ou six heures; laissez-le ensuite
refroidir & le gardez.
Il arrête le flux de ventre, le crachement de sang, Vertus
le cours immodéré des hémorroïdes & des menstrues
: La dose est depuis quinze grains jusques à Dose
une dragme en tablettes ou bien en pilules.
@

188 C O U R S
R E M A R Q U E S.
C Omme le Mars n'est qu'un vitriol impur, plus il
est calciné plus il est astringent; mais comme
ce qui le rend apéritif est son sel ou sa partie la
plus dissoluble; je prétends en le lavant plusieurs
fois avec le vinaigre, & en le faisant ensuite calciner,
lui en ôter beaucoup.
Ce n'est pas que je croie par-là, séparer tout ce qui
On ne est apéritif dans le Mars, d'avec sa partie astringente;
peut pas c'est une chose comme impossible, à cause de la
séparer liaison qui s'est faite du sel avec la terre dans la mine;
tout ce mais je crois qu'il est bien vrai-semblable de dire que
qu'il y a s'il y a quelque chose d'astringent dans ce métal comme
d'apéritif on ne le peut pas nier, ce doit être la partie la
dans le plus terrestre.
Mars. On peut dire encore que si le Mars astringent fait
quelquefois les effets de l'apéritif, c'est par un reste
de sel qu'il contient; mais que quand ce sel a agi,
la partie terrestre ne manque pas de resserrer selon
sa coutume.
Enfin je continue à dire que je ne crois point de préparation
de Mars absolument astringente, que tout
ce qu'on peut faire, c'est de le rendre moins incisif &
moins pénétrant qu'il n'était, en le privant d'une
partie de ses sels.
On a donné encore plusieurs préparations pour le
safran de Mars astringent, mais celle-ci doit suffire.
Autre sa- On trouve autour des barres de fer qui servent à
fran de soutenir les cornues dans les fourneaux de réverbère
Mars as- après les longues distillations à grand feu, une poudre
tringent de fer rouge foncée ou brune très subtile & très raréfié;
fait par ac- c'est une portion des barres de fer qui a été pénétrée
cident. & calcinée par le feu violent; on peut la ramasser
avec un pied le lièvre, la laver plusieurs fois avec
l'eau bouillante & la faire sécher c'est un fort bon
@

D E C H I M I E. 189

safran de Mars astringent, on s'en peut servir comme
du précédent, il n'a ni odeur, ni goût.
----------------------------------------------------------
Sel, ou Vitriol de Mars.

C Ette préparation est un fer pénétré & réduit en
forme de sel par une liqueur acide.
Prenez une poêle de fer bien nette, verrez dedans
un égal poids d'esprit de vin & d'huile de vitriol, tirée
du vitriol d'Angleterre : exposez-la quelque temps
au soleil, puis la laissez à l'ombre sans l'agiter : vous
verrez que toute la liqueur se corporifiera avec le
Mars, & il se fera un sel qu'il faut laisser sécher ou
durcir, puis vous le séparerez de la poêle, le garderez
dans une bouteille bien bouchée.
C'est un admirable remède pour toutes les maladies Vertus.
qui viennent d'obstruction : La dose en est depuis six Dose.
grains jusques à un scrupule dans un bouillon ou dans
une autre liqueur appropriée à la maladie.

R E M A R Q U E S.

U Ne poêle est plus propre pour cette opération
qu'un autre vaisseau moins plat; parce que la
liqueur s'y étend & s'y incorpore mieux, il la faut
prendre neuve.
Je préfère pour cette opération l'huile de vitriol
d'Angleterre à celle des autres vitriols, parce qu'elle
est moins âcre, que le vitriol d'Angleterre participe
plus du fer.
Quand vous avez mêlé vos deux liqueurs dans le
poêlon de fer, il se fait ordinairement une légère ébullition,
le poêlon s'échauffe un peu : ce qui provient
non seulement de la pénétration du fer par la liqueur
acide, mais du simple mélange de l'esprit de vin avec
l'huile de vitriol : car ils bouillonnent ensemble, &
@

190 C O U R S
s'échauffent dans un vaisseau de verre aussi bien que
dans un poêlon de fer, comme je le dirai dans le Chapitre
de la distillation du vitriol.
Vapeur La petite fermentation qui arrive dans le poêlon
qui excite dès qu'on y a mis l'esprit de vin & l'huile de vitriol,
la respi- fait élever une douce vapeur qui n'est point désagréable
ration, & à l'odeur, qui étant reçue par la bouche, aide à la
pourquoi ? respiration : c'est apparemment à cause d'une légère
portion de soufre qui s'est détachée du fer, & qui
s'évapore avec un peu d'esprit de vin; quoi qu'il en
soit, les asthmatiques aiment à respirer cette vapeur.
Si dans le temps que vous faites l'opération du sel
de Mars, il ne paraît point de soleil, & que vous
vouliez la hâter, il faut la mettre dans une étuve
ou dans un autre lieu chaud.
Si vous avez mis deux onces d'esprit de vin & autant
Poids. d'huile de vitriol dans une petite poêle de fer,
vous retirerez cinq onces de vitriol de Mars.
L'huile de vitriol est improprement appelée huile,
puisque ce n'est autre chose que l'esprit le plus caustique
de ce sel minéral, comme nous prouverons en son
lieu; si on la laissait seule dans la poêle, elle l'aurait
pénétrée & s'y serait incorporée en peu de temps, &
l'on aurait un sel impur; mais l'esprit de vin avec lequel
on l'a mêlé, diminue de beaucoup la force de ce
corrosif, non seulement en étendant ses pointes, mais
en les liant ou en les embarrassant par son soufre; &
comme par ce moyen, l'esprit de vin empêche qu'il ne
se fasse une si prompte dissolution du fer, il n'y a que
la partie la plus saline de ce métal qui serve à corporifier
ce métal.
On peut mettre de la liqueur à la hauteur d'un
pouce dans la poêle, & l'y laisser un jour & demi ou
deux jours sans y toucher. On trouve ordinairement
le sel achevé dans ce temps-là; en été la coagulation
de ce sel de Mars se fait bien plus vite que pendant
l'hiver, parce que la chaleur de l'air aide aux esprits
@

D E C H I M I E. 191

à entrer dans les pores du fer : quand l'huile de vitriol
est bien forte, l'opération est plutôt faite; mais j'ai
remarqué aussi qu'il y a du fer bien plus aisé à pénétrer
que d'autre; ainsi l'on ne fait pas cette opération
également vite dans toutes les poêles, la liqueur demeure
quelquefois dans l'hiver six ou sept jours à se
convertir en sel; mais il ne faut pas s'impatienter; elle
ne manque jamais à se coaguler tôt ou tard. Il arrive
quelquefois que quand on le détache du poêlon,
il a une odeur d'ail bien forte.
M. Riviere dans sa Pratique de Médecine donne
une manière de faire le sel de Mars semblable à celle-ci,
excepté qu'il y met davantage d'esprit de vin
que d'huile de vitriol; mais il se fait mieux avec parties
égales, comme nous avons dit.
Le sel de Mars a un goût douceâtre & vitriolique;
l'âcreté de l'huile de vitriol qui le compose n'y paraît
guère, parce qu'elle est absorbée par le Mars & par
l'esprit du vin.
Sa vertu est plus grande que celle des safrans de
Mars, parce qu'elle est aiguisée par l'huile de vitriol :
c'est pourquoi on en donne en plus petite dose; il faut
remarquer que quelquefois il excite des nausées comme
font les vitriols, mais sans violence.
Si l'on met résoudre ce sel ou vitriol de Mars à la Liqueur
cave, on aura une liqueur qu'on appelle huile de ou huile
Mars, improprement. de Mars.
----------------------------------------------------------
Autre Vitriol de Mars.

C E vitriol de Mars est du fer dissout & rendu en
forme de sel par l'esprit de vitriol.
Mettez huit onces de limaille de fer bien nette dans
un matras assez ample, versez dessus deux livres
d'eau commune un peu chaude : ajoutez à cela une
livre de bon esprit de vitriol, remuez le tout, pla-
@

192 C O U R S
cez vôtre matras sur le sable chaud, laissez-1'y vingt-
quatre heures en digestion, pendant lequel temps la
partie du fer la plus pure se dissoudra. Versez par inclination
la liqueur, rejetez la partie terrestre qui
se trouvera au fond en petite quantité : filtrez cette
liqueur, & la faites évaporer dans une cucurbite de
verre, au feu de sable, jusques à pellicule, puis mettez
vôtre vaisseau dans un lieu frais, il s'y formera
Cristaux des cristaux verdâtres que vous retirerez après avoir
de Mars. versé tout doucement l'humidité surnageante. Faites
derechef évaporer & cristalliser cette liqueur comme
devant, réitérez ces évaporations & ces cristallisations
jusques à ce que vous ayez retiré tout ce qu'il
y pouvait avoir de cristaux : faites-les sécher , &
les conservez dans une bouteille de verre bien bouchée.
Vertus. Ce vitriol de Mars a les mêmes vertus que le précédent,
& il doit être donné aussi en pareille doses.
R E M A R Q U E S.
0 N affaiblit l'esprit de vitriol par le moyen de
l'eau, afin qu'il dissolve seulement la partie la
plus raréfiée de la limaille. De plus, si on le mettait
seul, il se corporifierait avec toute la substance
du Mars; mais il ne dissoudrait rien, parce qu'il n'y
aurait pas assez d'humidité pour en étendre les parties.
Evaporer jusques à pellicule, signifie faire consumer
Evaporer l'humidité, jusques à ce qu'on aperçoive une
jusqu'à espèce de petite peau surnager la liqueur, ce qui se
pellicule, fait toujours quand une partie de l'humidité étant
ce que évaporée, il n'en reste qu'un peu moins qu'il faut
c'est. pour tenir le sel en fusion.
Ceux qui n'attribuent l'effet apéritif du Mars, qu'à
ce qu'il adoucit comme alcali les sucs acides qui se
rencontrent en trop grande quantité dans les corps
auront
@

D E C H I M I E. 193

auront peine à expliquer comment ces deux dernières
préparations sont des meilleurs apéritifs qu'on fasse
sur le Mars, car l'acide y prédomine tellement, que
l'alcali n'y peut faire aucun effet.
Les cristaux de Mars ressemblent beaucoup en figure,
couleur & en goût au vitriol d'Angleterre,
mais ils sont un peu plus doux, ils approchent plus
du goût du fer, ils sont sujets à exciter quelques nausées
quand on en a pris en grande dose, mais non pas
avec tant de force que fait le vitriol ordinaire.
Le vitriol de Mars est proprement une revivification
du vitriol naturel : car l'esprit acide du vitriol
qui avait été séparé de sa terre par la distillation, entre
par cette opération dans les pores du fer, le dissout
& s'y corporifie : j'ajoute à cela que le fer contient un
sel vitriolique très capable de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
Si vous calcinez le vitriol de Mars comme on calcine Calcina-
le vitriol commun, il prendra les mêmes couleurs, tions du
c'est-à-dire qu'après qu'il s'en sera évaporé vitriol de
beaucoup de phlegme, il deviendra en masse blanche, Mars, &
puis si vous continuez la calcination, prendra une ses change-
couleur rouge comme du Colcothar ordinaire, & il ments de
aura des vertus approchantes. couleur.
Vous pouvez aussi tirer un esprit fort acide de ce Colcothar
vitriol de Mars, de la même manière qu'on tire celui de vitriol
du vitriol commun; j'en parlerai dans l'opération de Mars.
suivante.
----------------------------------------------------------
Esprit de Vitriol de Mars.

C Ette préparation est une liqueur acide & astringente
tirée du vitriol de Mars par la distillation.
Mettez dans une cornue de grès ou de verre lutée
huit onces du premier sel ou vitriol de Mars fait
avec l'huile de vitriol & l'esprit de vin : placez-la
N
@

194 C O U R S
dans un fourneau de réverbère, adaptez-y un ballon
de verre, lutez exactement les jointures, & faites
dans le fourneau un petit feu du premier degré pour
échauffer doucement le vaisseau augmentez le feu au
second degré, il distillera goutte à goutte environ
deux onces de liqueur : quand vous verrez qu'il ne
distillera plus rien, augmentez le feu au troisième degré,
il sortira des vapeurs blanches, qui rempliront
le récipient; continuez ce degré de feu jusques à ce
que ces vapeurs commencent à s'éclaircir : augmentez-le
alors au quatrième degré, & le continuez jusques
à ce qu'il ne sorte plus rien de la cornue. L'opération
dure ordinairement douze heures : laissez refroidir
les vaisseaux, & les délutez; il sortira du récipient
une odeur de soufre assez forte, & l'on y
trouvera cinq onces & cinq dragmes d'un esprit clair,
& ayant un goût acide à peu près comme l'esprit
de vitriol ordinaire , mais plus styptique, participant
beaucoup du Mars; gardez-le dans une bouteille
de verre bien bouchée.
Vertus. Il est astringent, propre pour les cours de ventre
pour les pertes de sang, pour les hernies, pour les
Dose. vomissements; La dose est depuis quatre gouttes jusques
à douze dans une liqueur appropriée.
Cassez la cornue, vous trouverez une masse fort
raréfiée, légère, très friable, rouge, pesant deux
bouche, d'un goût astringent, tirant un peu sur le
Safran doux : réduisez cette matière en poudre, & vous
de Mars en servez comme d'un très beau & bon safran de
apéritif. Mars apéritif : La dose en est depuis demi scrupule
jusques à deux scrupules.
R E M A R Q U E.
I L ne faut remplir la cornue qu'aux deux tiers : &
le récipient doit être assez grand; afin que les esprits
@

D E C H I M I E. 195

quand ils se raréfient en vapeurs, trouvent
assez d'espace pour circuler : car ils crèveraient tout
s'ils étaient trop pressés : il faut aussi que les jointures
soient exactement bouchées, afin qu'il ne
transpire rien.
La première liqueur qui distille goutte à goutte par
un petit feu, est l'esprit le plus volatil du vitriol de
Mars : il consiste dans un esprit de vin, qui a volatilisé
& enlevé avec lui, une portion de l'acide du vitriol,
& quelques particules du fer. La seconde liqueur
qui est poussée en vapeurs par un grand feu,
est l'esprit le plus acide du vitriol de Mars; il consiste
dans l'huile de vitriol, qui s'était incorporée
dans le fer lorsqu'on avait fait le sel de Mars : mais
qui en a été séparée par l'action du feu, & poussée
dans le récipient avec quelque portion de fer. Cette
huile de vitriol avait perdu considérablement de sa
force par le mélange qu'on en avait fait avec l'esprit
de vin, par la dissolution du fer; elle en perd
encore par cette distillation : car il est impossible que
les pointes de l'acide soient chassées des pores du métal
par la violence du feu, qu'il ne s'en rompe une
partie.
De plus l'impression du Mars lui communique une
certaine douceur qui tempère son acidité : il faut donc
regarder le mélange qui s'est fait dans le récipient
de la première liqueur avec la seconde, qui est
notre esprit de vitriol de Mars, comme un acide
doux & incapable de faire aucune impression fâcheuse
dans le corps.
L'odeur de soufre qui fort du récipient dès qu'on
l'a séparé de la cornue, vient des particules de fer qui
étaient dans le vitriol de Mars, car le fer abonde en
soufre.
On peut tirer de la même manière l'esprit des cristaux Esprit des
de Mars, mais la distillation en sera un peu plus cristaux
longue, & il sera plus fort & plus acide, parce qu'il de mars.
N 2
@

196 C O U R S
n'entre point d'esprit de vin dans la composition de
ce vitriol, comme il en est entré dans l'autre. De plus
on en tirera neuf dragmes moins, & la masse qu'on
trouvera dans la cornue : après cette distillation, pèsera
onze dragmes davantage, cette différence de poids
vient encore de ce que ce dernier vitriol de Mars n'étant
point exalté comme le précédent par l'esprit de
vin, il ne rend point tant de liqueur par la distillation,
& par conséquent il en demeure davantage de
matière terrestre dans la cornue.
La masse rouge qui reste dans la cornue après la
distillation de l'esprit, est le safran de Mars le plus
rouge & le plus beau de tous ceux qui ont été inventés
: il doit être aussi le meilleur, si l'on a égard à
sa pénétration, car il est presque sel; aussi se dissout-
il en partie dans la bouche; il ne provoque aucune
nausée.
----------------------------------------------------------
Teinture de Mars avec le tartre.
C Ette préparation est une dissolution du fer faite
par l'acide du tartre.
Pulvérisez & mêlez douze onces de limaille de fer
& trente-deux onces de beau tartre blanc; faites
bouillir ce mélange dans une grande marmite ou dans
un chaudron de fer, avec douze ou quinze livres
d'eau de pluie pendant douze heures : remuez de
temps en temps la matière avec une spatule de fer,
& ayez soin de mettre d'autre eau bouillante dans le
chaudron à mesure qu'il s'en consumera; laissez ensuite
reposer le tout, & vous verrez qu'il demeurera
dessus une liqueur noire qu'il faut filtrer, & la faire
évaporer dans une terrine de grès au feu de sable
Poids. jusques à consistance de sirop, vous en aurez quarante-quatre
onces.
Vertus. C'est un fort bon apéritif, elle lève les obstructions
@

D E C H I M I E. 197

les plus invétérées : on la donne dans la cachexie, dans
l'hydropisie, dans la rétention des menstrues & dans
tes autres maladies qui proviennent d'opilations : La Dose.
dose en est depuis un dragme jusques a demi-once,
dans du bouillon ou dans quelque autre liqueur appropriée
à la maladie.

R E M A R Q U E S.

O N préfère ici le tartre blanc au rouge, parce
qu'il est plus chargé de sel, & par conséquent
plus en état de raréfier le fer.
Quand le mélange a bouilli quelque temps, il s'épaissit
comme une bouillie; il se gonfle, & il passerait
par-dessus les bords de la marmite si l'on n'y prenait
garde; il faut donc dans ce temps-là beaucoup
modérer le feu.
L'eau seule ne serait pas capable de pénétrer assez
le fer pour faire une teinture semblable à celle-ci,
quand même on l'y ferait bouillir pendant un mois;
mais lorsqu'elle est empreinte du tartre, elle le dissout,
& s'en charge facilement : il ne faut pas néanmoins
croire que cette teinture se fasse par une exacte
dissolution du Mars; car s'il avait été dissout exactement,
il ne paraîtrait non plus de teinture qu'il en
paraît dans la dissolution qu'on fait de ce métal avec
l'esprit du vitriol & l'eau; mais comme la partie dissoluble
du tartre qui agit ici, n'est qu'un sel acide
faible, il ne peut faire que raréfier grossièrement le
Mars; & après s'y être mêlé, le tenir suspendu dans
l'eau.
Si après avoir filtré la teinture, on met bouillir derechef
le marc resté sur le filtre dans de nouvelle eau
comme devant, on en tirera encore de la teinture,
mais en moindre quantité. On peut même en réitérant
à plusieurs fois ce procédé, dissoudre la plus
grande partie de la limaille de fer qui restera, & lat
réduire en teinture. N 3
@

198 C O U R S
Sirop de On appelle cette teinture sirop de Mars à cause de
Mars. quelque douceur qu'on y aperçoit en la goûtant;
il faut la réduire en consistance de sirop, afin qu'elle
se garde mieux. Si l'on veut même la faire épaissir
en consistance de miel épais, on aura un fort bon
Extrait de extrait de Mars apéritif, dont la dose & les vertus
mars apé- seront semblables à celles de celui que je vais décrire.
ritif.
Il reste au fond de la marmite une matière blanchâtre
qu'il faut rejeter comme inutile; ce n'est qu'un
mélange des parties les plus grossières du Mars & du
tartre.
Cette teinture est très apéritive, parce que la force
du Mars est augmentée par le tartre qui lui sert de
Teinture véhicule; on peut la rendre laxative, en y faisant infuser
de Mars avant qu'elle soit évaporée en sirop, six dragmes
laxative. de feuilles de senné mondé, & trois dragmes de
feuilles de gratiola.
Teintures On peut faire plusieurs espèces de teinture de Mars,
de Mars en mettant infuser chaudement de la limaille de fer
tirées dans des sucs de fruits, comme dans ceux de pomme,
dans des de citron, d'orange, de groseille, de grenade, de
sucs de verjus, mais ces teintures ne se gardent pas longtemps
fruits. sans se corrompre.
----------------------------------------------------------
Extrait de Mars apéritif.
C Ette préparation est une dissolution des parties
les plus ouvertes du fer faite par des sucs apéritifs,
& réduite par le feu en une consistance épaisse.
Prenez huit onces de limaille de fer, mettez-la
dans un pot de fer, versez dessus trois livres d'eau
de miel, quatre livres de moût ou de suc de raisins
blancs qui seront parvenus en une parfaite maturité.
Ajoutez à tout cela quatre onces de suc de limons;
bouchez le pot de son couvercle aussi de fer,
@

D E C H I M I E. 199

& le placez dans un fourneau sur un peu de feu :
laissez la matière en digestion l'espace de trois jours,
faites-la ensuite bouillir doucement pendant trois ou
quatre heures, découvrant le pot de temps en temps
pour remuer au fond avec une spatule de fer, puis
le recouvrant, afin qu'il ne se fasse pas une trop prompte
consomption de l'humidité. Quand vous verrez
que la liqueur sera noire, il faut ôter le feu de dessous
le pot, & la laisser reposer; passez chaudement par
un blanchet ce qui sera clair, & en faites consumer
l'humidité au feu de sable, dans une terrine de grès
ou dans un vaisseau de verre jusques à consistance
d'extrait; c'est un fort bon apéritif; il a les mêmes Vertus.
vertus que la teinture pour les obstructions du foie,
de la rate & du mésentère : La dose en est depuis dix Dose.
grains jusques à deux scrupules, pris en pilules, ou
délayé dans une liqueur appropriée.
Ce qui reste au fond du pot de fer, est la partie la
plus terrestre du Mars, qui est inutile.

R E M A R Q U E S.

C Et extrait ne tient pas sa consistance seulement
du fer, mais des sucs tartareux du raisin & des
limons avec lesquels il est mêlé; sa vertu est augmentée
par les sels essentiels de sucs & par l'esprit de
miel. qui y donne une fort bonne impression.
On laisse le mélange en digestion, afin que le Mars
soit mieux dissout : mais comme la menstrue n'a pas
beaucoup de pointes, il ne dissout que la partie la plus
saline & la plus aisée à fondre. Cette description n'est
pas ordinaire, mais elle est préférable a plusieurs
autres.
Tout le monde demeure d'accord que le Mars est
un des excellents remèdes que nous ayons dans la Médecine,
pour lever les obstructions, & pour rétablir
la fraîcheur du teint sur le visage de ceux qui étaient
N 4
@

200 C O U R S
opilés. Il ne faut pas se contenter de le donner pour
une ni pour deux fois, mais jusques à quinze: on
mettre quelque intervalle entre ces prises , afin
de ne violenter point la nature. Dans les climats
chauds, comme en Languedoc & en Provence, où il
se fait plus d'opilations que dans les autres pays, on
ne fait point de difficulté d'en prendre pendant un
mois tous les jours, après qu'on s'est préparé; &
c'est le meilleur remède qu'on ait connu pour ce
mal là.
----------------------------------------------------------
Extrait de Mars astringent.
C Ette préparation est une dissolution de fer faite
par du vin astringent, & réduite par le feu en
consistance épaisse.
Prenez huit onces de limaille de fer en poudre bien
subtile; mettez-la dans un pot de fer, versez dessus
quatre livres de gros vin rouge qu'on appelle vin de
teinte: placez le pot sur le feu, & l'ayant couvert,
faites bouillir la matière; remuez-la de temps en
temps avec une spatule de fer, jusques à ce qu'il se
soit fait diminution des deux tiers de l'humidité;
passez chaudement ce qui sera clair par un blanchet,
& en faites évaporer l'humidité jusques à consistance
Vertus. d'extrait. Il arrête les diarrhées, les dysenteries, les
Dose. flux d'hémorroïdes & de menstrues; La dose en est
depuis dix grains jusque à deux scrupules, en pilules,
ou bien dissout dans quelque liqueur astringente.
R E M A R Q U E S.
Vin de L E vin de tente est si fort en couleur qu'il paroi
teinte, ce noir; il sert aux Cabaretiers pour colorer les
que c'est. vin blanc, il le rendent ou paillet ou rouge selon la
quantité qu'ils y en mêlent; les Teinturiers s'en servent
aussi.
@

D E C H I M I E. 201

Ce vin ne s'empreint que d'une portion du Mars,
parce que le tartre qu'il contient n'est capable de dissoudre
que ce qu'il trouve de plus raréfié dans le métal;
le reste demeure au fond de la marmite. La vertu
astringente du vin augmente beaucoup celle du fer,
& le rend fort propre pour les maladies dont nous
avons parlé. Mais il ne faut pas croire qu'on détruise
entièrement son sel apéritif, car il ouvre encore les
obstructions, & il les pousse par les urines; à la vérité
il n'agit pas tant par cette voie, que ferait l'extrait
de Mars qu'on appelle apéritif, mais on ne laisse pas
d'y remarquer des effets.
Un même remède peut être en même temps astringent Un même
par le ventre & apéritif par les urines, parce remède
que quand le ventre est resserré, les humidités qui peut être
avaient coutume d'y aller, sont détournées par la astringent
voie des urines. Au contraire dans le cours de ventre, apéritif.
les humidités qui étaient déterminées de passer
par les conduis des urines, prennent leur route par
le ventre.
----------------------------------------------------------
Mars diaphorétique, ou fleurs martiales.

C Ette préparation est une sublimation de particules
de fer par des sels volatils.
Pulvérisez & mêlez ensemble exactement douze
onces de limaille de fer & huit onces de sel armoniac
bien secs: mettez le mélange dans une cucurbite
de terre capable de résister au feu nu, & dont il n'y
ait qu'un tiers au plus de rempli; placez-la dans un
fourneau, & garnissez-en le tout avec quelques petits
morceaux de brique & du lut, pour empêcher que
le feu ne s'élève trop: adaptez sur la cucurbite un chapiteau
avec un petit récipient, & lutez exactement
les jointures: laissez la matière en digestion pendant
vingt-quatre heures puis donnez dessous la cucurbi-
@

202 C O U R S
te un feu gradué, il distillera premièrement une liqueur
dans le récipient, puis il s'élèvera des fleurs qui
s'attacheront au chapiteau & sur les bords de la cucurbite;
continuez un feu assez fort, jusques à ce qu'il
ne monte plus rien; laissez alors refroidir les vaisseaux,
& les délutez; vous trouverez dans le récipient
une once & demie d'une liqueur semblable en
Esprit de tout à l'esprit volatil de sel armoniac ordinaire, mais
sel armo- d'une couleur un peu jaunâtre. Ramassez les fleurs
niac. avec une plume; vous en trouverez deux onces &
deux dragmes: elles font jaunâtres, d'un goût salé,
vitriolique, très pénétrant; gardez-les dans une
bouteille de verre bien bouchée; ce sont les fleurs
martiales.
Vertus. Elles excitent la transpiration des humeurs, elles
sont bonnes contre toutes les maladies causées par une
corruption d'humeurs, elles poussent aussi quelquefois
par les urines, selon que le corps se trouve disposé:
elles sont propres à chasser la mélancolie hypocondriaque
Dose. & la fièvre quarte; la dose en est depuis
six grains jusques à vingt dans quelque liqueur
appropriée.
Matière Vous trouverez au fond de la cucurbite une matière
restée au fixe noirâtre en partie en masse, en partie en poudre,
fond de la pesant quinze onces six dragmes; elle est apéritive,
cucurbite. propre contre la jaunisse, contre l'hydropisie,
Vertus. pour exciter les mois aux femmes: La dose en est depuis
Dose. demi scrupule jusques à deux scrupules.
R E M A R Q U E S.
Fleurs de O N pourrait appeler cette opération fleurs de
sel armo- sel armoniac martiales.
niac mar- Si la limaille de fer & le sel armoniac que vous
tiale. employez dans cette opération font humides, il coulera
dans le récipient plus d'esprit que je n'en ai marqué,
& vous trouverez moins de fleurs au chapiteau:
@

D E C H I M I E. 203

On pourrait faire cette opération dans une cucurbite
de verre , ou de grès; mais comme alors il faudrait
se servir du feu de sable, le vaisseau ne recevrait
pas assez de chaleur pour que toutes les fleurs
s'élevassent, l'on en tirerait bien moins que par la
cucurbite de terre commune qui résiste au feu nu, &
qui peut être échauffée tant qu'on vent. Il est vrai
qu'il s'échappe quelque partie de la matière par les
pores de ce vaisseau, mais on ne peut pas faire autrement.
Je laisse le mélange en digestion vingt-quatre heures
avant que de le pousser par le feu, afin que le sel
armoniac ait le temps de se lier à la limaille de fer &
de la pénétrer.
La liqueur qui distille dans le récipient vient d'une
portion de sel armoniac, qui ayant été pénétrée par
l'alcali du fer & liquéfiée par un peu de phlegme qui
demeure toujours dans ces matières si sèches qu'elles
paraissent; il s'en est détaché des sels volatils, de
même qu'il arrive quand on a mêlé du sel armoniac
avec quelque matière alcaline, pour en tirer de l'esprit
de sel armoniac. On peut donc appeler cette liqueur
esprit de sel armoniac, car elle en a l'odeur,
le goût & les vertus; elle est aussi alcaline comme
lui.
Il ne s'est détaché du sel armoniac qu'une légère
quantité de sels volatils, parce que la limaille de
fer est un alcali trop faible pour pénétrer tout le
sel armoniac; elle n'a pu en pénétrer qu'une petite
partie qui a été élevée par le premier feu qui était
médiocre.
Les fleurs ne sont autre chose que la substance même
du sel armoniac empreinte du Mars & sublimée par
la force du feu; elles ne tiennent leur couleur jaune
que d'une portion de fer la plus détachée, qu'elles ont
enlevée; elles ne sont non plus alcalines que le sel
ammoniac même. Si on les mêle avec du sel de tartre,
@

204 C O U R S
elles rendent une odeur subtile & urineuse, pareille
à celle qui vient du mélange du même sel avec le sel
armoniac.
La matière noirâtre qui est restée au fond de la cucurbite
après la sublimation des fleurs, est un mélange
des parties les plus fixes de la rouillure de fer & du
sel armoniac qu'on avait employés. On en peut tirer
une teinture de Mars en la manière suivante.
Teinture On pulvérisera subtilement toute la matière restée
de Mars au fond de la cucurbite, mêlant celle qui est en masse
avec le sel avec celle qui est en poudre. On mettra dans un
armoniac. matras cinq ou six onces de cette matière pulvérisée,
tiré par on versera dessus de l'esprit de vin à la hauteur de
l'esprit de sept ou huit doigts, le mélange s'échauffera sans que
vin. la fermentation soit apparente; on agitera le matras
& on le bouchera avec un autre matras pour faire un
vaisseau de rencontre: on le placera sur un petit feu
pour y laisser la matière en digestion pendant deux
jours, la remuant de temps en temps; il se fera une
teinture rouge-brune; on délutera les vaisseaux & on
la filtrera: on pourra mettre de nouvel esprit de vin
sur la matière épaisse & procéder comme devant; il
se fera encore de la teinture: on la filtrera, & l'ayant
mêlée avec la première, on la gardera dans une bouteille
bien bouchée. Cette teinture a une odeur assez
agréable & un goût vitriolique, doux styptique, elle
demeure long temps trouble, & quelquefois étant gardée
elle devient jaune, mais elle n'en est pas moins
bonne; son goût & ses couleurs viennent d'un soufre
salin ou vitriolique du fer, que le sel armoniac
avait raréfié, & que l'esprit du vin a dissout. La chaleur
qui se fait pendant le mélange dans le matras,
n'est pas causée par la nature de l'esprit de vin: car
par curiosité, l'on y met de l'eau à la place de cet
esprit, elle produira encore plus de chaleur.
Vertus. Cette teinture de Mars est sudorifique & apéritive,
propre pour les fièvres malignes, pour la léthargie
@

D E C H I M I E. 205

pour la paralysie, pour le scorbut, pour l'asthme, pour
purifier le sang, pour arrêter les cours de ventre & le
vomissement: La dose en est depuis quatre gouttes Dose.
jusqu'à vingt.
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C H A P I T R E VIII.

Du Mercure en vif-argent.

L E Mercure est un métal ou un demi métal fluide;
coulant, pénétrant, fort pesant & toutefois volatil,
de couleur d'argent; il est appelé Hydrargyrus, Hydrar-
à cause de sa fluidité; & Mercure, parce qu'il se change gyrus.
sous diverses formes comme fait le mercure céleste,
duquel les Astrologues veulent qu'il reçoive des
influences.
On le trouve dans plusieurs mines de l'Europe, en Mine du
Espagne, en Hongrie & même en France; car depuis Cinabre
quarante ans on a découvert proche de sait Lo en découver-
Normandie une mine de cinabre. te vers S.
Le Mercure se rencontre ordinairement sous les Lo en Nor-
montagnes, couvert de pierres blanches & tendres mandie.
comme de la chaux. Les plantes qui croissent sur ces
montagnes, paraissent plus grandes & plus vertes
qu'ailleurs, mais les arbres qui sont proches de la
mine du vif-argent produisent rarement des fleurs &
des fruits, leurs feuilles même sont plus tardives que
dans les autres lieux.
Un des indices pour découvrir la mine du vif-argent, Indice;
c'est quand aux mois d'Avril & de Mai il sort pour dé-
d'un lieu particulier au matin des vapeurs ou brouillards couvrir la
épais qui ne s'élèvent que peu dans l'air à cause mine du
de leur pesanteur: On s'attache à ces lieux-là pour vif-argent.
chercher le métal, & principalement quand ils sont
situés à l'opposite du vent Septentrional, car alors
on croit la mine très abondante; on trouve aussi
@

206 C O U R S
beaucoup d'eaux aux environs de ces mines;
Comme On tire ordinairement des mines, le mercure fluide
on sépare & coulant comme nous le recevons; on le fait passer
le mercu- par une peau de chamois pour le purifier de la terre
re des ter- qu'il pourrait avoir apportée; mais comme quelquefois
res avec il est difficile de le séparer de beaucoup de terre
lesquelles avec laquelle il s'est comme lié, on est contraint
il se trou- de le faire distiller sur les lieux, par des cornues de
ve mêlé. fer dans des récipients remplis d'eau.
Cinabre Le mercure se lie aussi & s'incorpore très souvent
minéral dans la mine avec du soufre; & lorsque quelque chaleur
ou natu- souterraine pousse ce mélange, il se sublime &
rel. fait ce qu'on appelle cinabre naturel ou minéral, de
la même manière que l'on fait le cinabre artificiel, duquel
je parierai dans la suite.
Choix. Le cinabre minéral doit être choisi en pierres dures
compactes, pesantes, nettes, rouges, les moins chargées
Cinabre de terre & les plus brillantes. Celui qui vient de
de Carin- Carinthie est ordinairement le plus chargé de mercure,
thie. & par conséquent le plus beau & le meilleur; car
selon la quantité de mercure qu'il contient, il est plus
rouge, plus brillant, & il a plus de vertu; mais quelque
beau que soit le cinabre minéral, il n'est jamais si
chargé de mercure ni si haut en couleur que le cinabre
artificiel.
Vertus. Le cinabre minéral est bon pour l'asthme, pour l'épilepsie,
pour la vérole: La dose en est depuis deux
Dose. grains jusques à douze, pris en pilule. Plusieurs Médecins
l'estiment beaucoup plus que le cinabre artificiel,
à cause de son soufre naturel; mais je n'ai pas vu
dans l'usage qu'a réussit mieux; je ne le trouve donc
plus estimable que parce qu'il est plus rare & beaucoup
plus cher.
Ceux qui travaillent aux mines de mercure ont
quelquefois bien de la peine à attraper le vif-argent, à
cause de sa fluidité; car il coule & s'insinue dans les
terres & dans les fentes des pierres comme je l'ai remarqué
@

D E C H I M I E. 207

plus au long dans mon Traité universel des
drogues simples.
Le vif-argent est un prodige entre les métaux, car
il est fluide comme de l'eau, & quoiqu'il soit très
pesant, il s'envole facilement quand il est sur le
feu.
Il y a apparence que les parties de ce métal sont
toutes solides, très polies, de figure ronde, car de quelque
manière qu'on le divise sans addition, il paraît
toujours en petites boules; si l'on regarde même de
bien près quand il se dissout dans de l'eau forte, on
remarquera une infinité de petits corps ronds qui s'élèvent
dans la liqueur en forme de fumée.
Les parties du mercure étant supposées rondes, on
pourra expliquer comment ce métal demeure fluide,
& pourquoi il est si facilement volatilité par le feu,
quoiqu'il soit fort pesant: car la figure ronde n'étant
nullement propre à la liaison des parties, les petits
corps qui composent le vif-argent, ne peuvent
être unis entre eux, & par conséquent ils doivent rouler
les uns sur les autres, comme nous voyons qu'il arrive
à tous les corps ronds: c'est ce qui fait la fluidité
de ce métal.
Pour ce qui est de sa volatilité, elle vient de ce que
ses parties rondes n'étant que contiguës, & n'ayant
point de liaison entre elles, il n'y a rien qui empêche
qu'elles ne soient enlevées chacune en leur particulier
par le feu; car ce qui fait que les autres métaux sont
plus fixes que le mercure, & qu'ils demeurent dans
le feu sans se consumer entièrement, c'est que leurs
parties sont continues & accrochées les unes aux autres,
en sorte que le feu n'a pas la force de les désunir
assez pour les élever.
On peut objecter que les parties du vif-argent étant Objection.
rondes, il devrait être léger, parce que les corps ronds
qui sont proches l'un de l'autre, laissent quantité de
vide entre-eux.
@

208 C O U R S
Réponse. Mais quoiqu'il y ait des vides, les petites boules
sont massives & compactes, e c'est ce qui fait la pesanteur.
Autre objection: Si les parties du mercure sont
pesantes, comment pourront-elles être volatilisées
par le feu ?
Réponse. Quand on dit que ces parties sont pesantes,
c'est par comparaison à d'autres petits corps
plus légers: mais il ne faut pas s'imaginer que chacune
partie du mercure soit assez pesante pour résister à
la rapidité du feu. De plus il se peut faire que ces petits
corps de mercure que nous supposons compactes,
aient des pores figurés de telle manière que les parties
du feu s'étant embarrassées dedans, elles ne trouvent
point d'issue libre pour sortir, de sorte qu'elles
enlèvent leurs petites prisons.
Le vif-argent passe quelquefois, où l'air n'a pas la
liberté de passer: par exemple, étant comprimé il
passe au travers d'une vessie, mais l'air pressé n'y peut
pas passer.
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Cinabre artificiel.
L E cinabre est un mélange de soufre & de vif-
argent sublimés.
Faites fondre sur le feu dans une terrine qui ne soit
point vernissée, deux parties de soufre; mêlez-y peu
à peu trois parties de mercure coulant; il faut remuer
la matière avec une spatule de fer, & la tenir en fusion
jusqu'à ce qu'il n'y paroisse plus du tout de vif-
argent. Pulvérisez alors vôtre mélange, & le mettez
sublimer dans des pots à feu ouvert & gradué;
vous aurez une masse dure, pesante, cristalline, cassante,
& d'une couleur très rouge; ce sera le cinabre.
Si quelque métal étranger s'était mêlé avec le mercure,
il restera au fond des pots.
Le
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D E C H I M I E. 209

Le cinabre est fort souvent employé dans la peinture; Usage.
il est aussi en usage dans la médecine; il est propre
pour l'asthme, pour l'épilepsie, pour la vérole, Vertu.
pour exciter la transpiration des humeurs: la dose en Dose.
est depuis deux grains jusqu'à douze, mêlé dans quelque
conserve & avalé en pilule; on s'en sert aussi extérieurement Fumiga-
dans les pommades pour la gratelle; & tion mer-
l'on en fait des fumigations pour exciter le flux de curielles.
bouche.

R E M A R Q U E S.

O N fait ordinairement le cinabre aux lieux mêmes
où l'on a tiré le mercure, & l'on évite par
là les risques du transport de ce vif-argent; car comme
il est fluide, il donne de la peine & beaucoup de
soin pour le voiturer, au lieu que le cinabre se transporte
fort aisément.
Pour faire que le mercure se mêle peu-à-peu & facilement Moyen de
avec le soufre, il faut le mettre dans un linge bien mê-
un peu fort & le presser doucement; il passera par ler le mer-
les pores du linge en forme d'une petite pluie & il cure cou-
tombera dans le soufre fondu qu'un autre remuera lant avec
incessamment. le soufre.
Une livre de soufre fondu est capable de lier trois
livres de mercure & d'en faire une masse.
La cause de ce déguisement du mercure en cinabre Comment
vient de ce que la partie du soufre la plus acide pénètre le vif-ar-
le mercure & embarrasse tellement ses parties, gent est
qu'elle arrête l'agitation en laquelle elles étaient. déguisé
Or comme on le presse par le feu, il est porté à s'exalter en cina-
comme de coutume; mais les esprits salins ou bre.
acides du soufre le fixent & le retiennent de telle manière,
qu'il est contraint de suspendre sa volatilité &
de s'arrêter à la partie supérieure du pot, c'est ce qu'on
appelle sublimer; quand il est seul ou avec quelque
matière qui ne l'arrête point, il s'évapore tout-à-fait.
O
@

210 C O U R S
D'où Le cinabre est formé en aiguilles à cause des acides
viennent du soufre qui ont pénétré le vif-argent & qui lui
les poin- ont laissé leur figure; sa couleur rouge peut provenir
tes du ci- aussi du soufre qui est de cette couleur, quand il a été
nabre. bien raréfié.
Ce rouge paraît brun quand le cinabre est en masse;
mais si on le met en poudre bien subtile en le
broyant long temps sur le marbre, il devient si éclatant
Vermil- & si haut en couleur, qu'on l'a appelé Vermillon.
lon. Quelques femmes s'en frottent les joues, après
l'avoir mêlé dans des pommades, mais elles ne considèrent
pas qu'il peut arriver de ce fard un accident
bien dangereux, qui est un flux de bouche.
Il ne faut jamais faire prendre le cinabre autrement
qu'en bolus ou en pilule, de peur que par sa pesanteur
il n'en tombât une partie entre les dents, & qu'il
ne les ébranlât.
La fumigation se fait quand on donne à recevoir
au malade la fumée du cinabre qu'on a jeté dans
du feu.
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Revivification du Cinabre en Mercure coulant.
C Ette opération est une séparation du mercure
d'avec le soufre qui le tient en cinabre.
Prenez une livre de cinabre artificiel, pulvérisez-
le & le mêlez exactement avec trois livres de chaux
vive aussi en poudre: mettez le mélange dans une
cornue de grès ou de verre lutée, de laquelle le tiers
pour le moins demeure vide: placez-la au fourneau
de réverbère, & après y avoir adapté un récipient
rempli d'eau, laissez-le tout en repos pendant vingt-
quatre heures au moins, puis donnez le feu par degrés,
& sur la fin augmentez-le très fort; le mercure
coulera goutte à goutte dans le récipient: continuez
le feu jusques à ce qu'il ne sorte plus rien, l'opération
@

D E C H I M I E. 211

est d'ordinaire achevée en six ou sept heures; jeter
l'eau du récipient, & ayant lavé le mercure pour le
nettoyer de quelque petite quantité de terre qu'il peut
avoir entraînée, faites-le sécher avec des linges ou
avec de la miette de pain, & le gardez.
On doit tirer treize onces de mercure coulant, de Poids.
seize onces de cinabre artificiel.
On peut encore faire la revivification du cinabre
en le mêlant avec parties égales de limailles de fer,
& y procédant comme nous avons dit.

R E M A R Q U E S.

Q Uand le mercure est ainsi revivifié, on doit être
assuré de sa pureté, parce que s'il s'était mêlé
dans la mine quelque métal, il resterait, comme nous
avons dit, au fond du pot dans lequel on l'a sublimé,
& si l'on avait falsifié le cinabre, ce qu'on aurait employé
pour cela, ne monterait point avec le mercure,
ou bien il s'en séparerait dans le récipient.
Le cinabre n'étant qu'un mélange des parties acides
du soufre & du mercure, comme nous avons dit;
si vous le mêlez avec quelque alcali, & que vous le
poussez par le feu, les acides, par la raison que nous
avons dite en parlant du départ de l'argent, doivent Comment
quitter le corps auquel ils étaient attachés pour se se fait la
mettre dans l'alcali, & c'est ce qui se fait, car les acides revivifica-
trouvant la chaux plus poreuse, laissent le mercure, tion.
& s'y attachent; de sorte que ce mercure étant
dégagé de ce qui le tenait lié, & étant poussé par le
feu, sort de la cornue en forme d'esprit, mais la fraîcheur
de l'eau qui est dans le récipient, le condense
& le résout en vif-argent.
On laisse un tiers de la cornue vide, parce que
le mercure se raréfiant avec violence, pourrait la
crever s'il ne trouvait assez d'espace libre.
Il faut laisser le mélange en repos un jour ou deux
0 2
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212 C O U R S
avant que de mettre le feu dessous, afin que la chaux
s'éteigne; car si l'on n'observait cette circonstance
la cornue crèverait. On pourrait se servir de
chaux qu'on aurait laissé éteindre à l'air, & alors on
pourrait faire la distillation immédiatement après le
mélange; mais j'estime que la revivification sera plus
exacte quand on se servira de la chaux vive, parce
que l'alcali agira plus fortement sur les acides du
soufre.
Cette précaution ne sera point nécessaire si l'on
emploie la limaille de fer au lieu de la chaux, pour
la revivification du cinabre.
Quand la distillation commence, on voit sortir de
la cornue beaucoup de fumée sulfureuse; il ne faut
pas que la jointure du récipient avec la cornue soit
lutée, parce qu'il est bon que ce soufre s'exalte: s'il
ne sortait point, il y aurait à craindre qu'une partie
du vif-argent ne se liât avec lui dans le récipient,
& qu'on ne fût obligé de faire une seconde revivification.
Poids de Si vous pesez par curiosité la chaux qui reste dans
la chaux la cornus après la distillation, vous en trouverez trois
qui reste. livres & demi-once; cette petite augmentation de
poids vient d'un reste du soufre du cinabre; aussi cette
matière sent-elle le soufre.
Ce qui ar- Si vous faites la revivification de seize onces de
rive de cinabre par le moyen de seize onces de Mars, vous
différent trouverez qu'il sera resté dans la cornue après avoir
dans les retiré treize onces de mercure, dix-neuf onces moins
revivifi- deux gros de matière; il ne s'est donc évaporé que
cations deux gros de soufre dans cette distillation, au lieu
du cina- qu'il s'en évapore deux onces & demie dans celle
bre, avec qui se fait avec la chaux; la raison en est que la plus
la chaux grande partie du soufre du cinabre s'attache à la limaille
& avec le de fer qui reste dans la cornue pendant que le
feu. mercure coule dans le récipient mais les corpuscules
de feu qui sortent de la chaux dans l'autre distillation
@

D E C H I M I E. 213

entraînent avec eux beaucoup de soufre du cinabre
dans l'eau du récipient où l'on le trouve surnageant:
on n'en trouve point, ou l'on en trouve peu, quand on
se sert du Mars.
Il faut moins de limaille de fer que de chaux pour Pourquoi
la revivification du cinabre, parce que le mélange & il faut
liaison étroite des parties du cinabre & du Mars moins de
se fait bien plus facilement que celle du cinabre & de Mars que
la chaux, à cause des pores du métal qui conviennent de chaux
mieux au Mercure que ceux de la chaux: il est nécessaire pour la
qu'il se fasse une liaison étroite des deux ingrédients, revivifi-
afin que les acides du soufre s'engagent assez cation du
dans l'alcali pour pouvoir être séparés du mercure cinabre.
dans l'action du feu. Si l'on veut prendre la peine
de calciner pendant dix ou douze heures à grand
feu dans un plat de terre, la limaille de fer empreinte
du soufre du cinabre qui reste dans la cornue après la
distillation du mercure, l'on aura une espèce de safran Safran
de Mars apéritif qui pourrait servir en un besoin, de Mars
mais ceux dont j'ai donné la description valent beaucoup apéritif.
mieux.
Si l'on veut revivifier le cinabre minéral en mercure Revivifi-
coulant, il faut le pulvériser & le mêler avec un cation du
poids égal de sel de tartre. On mettra le mélange dans cinabre
une cornue; on y adaptera un récipient rempli d'eau, minéral
& l'on procédera pour les degrés du feu, de même en mercure
qu'en la revivification du cinabre artificiel en vif-argent, coulant.
il distillera du mercure dans le récipient; on le
séparera de l'eau & on le séchera avec un linge; il sera
très pur & semblable à l'autre.
La quantité qu'on tire de ce mercure est différente
suivant la beauté & la pureté du cinabre qu'on a employé.
On en tire ordinairement huit onces de chaque
livre de cinabre; mais quand le cinabre est de Carinthie
& du plus net, il en fort quelquefois jusqu'à onze
onces de vif-argent.
Si l'on veut après la distillation du mercure avoir
0 3
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214 C O U R S
le soufre du cinabre minéral, il faut casser la cornue,
on y trouvera une masse rougeâtre, on la mettra
en poudre & on la fera bouillir dans de l'eau en
un vaisseau de terre pendant environ une heure &
demie, ou jusqu'à ce que la liqueur soit rouge. On
la filtrera alors, & on versera dessus du vinaigre
Soufre distillé; il se précipitera un soufre en poudre grise ou
de cinabre blanchâtre, on le séparera par un filtre, on le lavera
naturel. bien, on le fera sécher à l'ombre & on le gardera.
Vertus. Il est très bon pour l'asthme & pour les autres maladies
du poumon & de la poitrine, la dose en est
depuis quatre grains jusqu'à demi scrupule.
Cette dernière préparation est semblable au magistère
de soufre commun, duquel je parlerai en
son rang.
Le vif-argent est un des plus excellents remèdes que
nous ayons dans la Médecine lorsqu'on sait l'employer,
mais il est très dangereux lorsqu'il se rencontre
Le mer- entre les mains des Charlatans qui s'en servent
cure ex- pour quelque maladie que ce soit, qui le donnent
cite la pa- indifféremment à toute sorte de personnes, sans avoir
ralysie; & égard au tempérament.
comment. Ceux qui le tirent des minières & qui travaillent
aux ouvrages où il entre, tombent ordinairement
en paralysie, & cela à cause des soufres qui en émanent
perpétuellement: car ces soufres étant chargés
de parties grossières, entrent par les pores du corps,
& se figeant plutôt dans les nerfs à cause de leur froideur,
que dans les autres vaisseaux , ils bouchent le
passage des esprits & en empêchent le cours.
Le mer- On prend du mercure pour le Miserere jusqu'à
cure bon deux ou trois livres, & on le rend au même poids
pour le par les selles; il vaut mieux en avaler beaucoup que
Miserere peu, parce qu'une petite quantité pourrait s'arrêter
& comme dans quelque pli ou circonvolution des intestins,
il agit. où survenant des humeurs acides, il se ferait un sublimé
corrosif; mais quand on le prend en grande
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D E C H I M I E. 215

quantité, il ne faut point craindre cet accident, parce
qu'il descend vite, étant entraîné par son propre
poids.
Le mercure se mêle avec les résines & avec les Le mer-
graisses; en sorte qu'il demeure imperceptible: tous cure chas-
les onguents, les pommades & les emplâtres dans lesquels se la gal-
il entre, chassent la galle, les dartres, & résolvent le.
les tumeurs froides, perce qu'il ouvre les pores
& qu'il chasse par transpiration. De plus, comme ces
maladies sont fomentées par des humeurs acides, il
leur rompt la pointe, & il empêche qu'elles n'excitent
davantage de fermentations.
On n'a point trouvé jusques ici de remède plus souverain Le mer-
pour la guérison des maladies vénériennes que cure est
le mercure; c'est pourquoi ses plus grands ennemis bon con-
ont été contraints d'y avoir recours, après qu'ils tre les
ont eu long temps & fort inutilement tenté de chasser maladies
ce virus par divers autres remèdes. A la vérité vénérien-
nous en connaissions un plus doux, & qui terminât nes.
les accidents de la vérole aussi bien que celui-là fait,
il y aurait de la témérité de vouloir se servir du mercure,
que louvent on ne conduit pas comme on voudrait,
& dont on voit quelquefois de méchantes suites;
mais nous n'en avons point d'autre qu'on puisse
dire approcher de ses vertus pour toutes les maladies
vénériennes, & principalement pour la vérole. On Frictions.
l'éteint dans de la térébenthine, puis avec de la graisse
on en fait un onguent duquel on frotte les parties
du corps, & particulièrement les jointures par plusieurs
jours, commençant à la plante des pieds, & finissant
au cou, après qu'on a préparé le malade par
des bains, par des aliments humectants, par des purgations.
On continue à frotter jusqu'à ce qu'il survienne
un flux de salivation qui causé par quantité
de chancres formés dans la bouche; car ces chancres
par une âcreté très grande, ouvrent extraordinairement
les canaux salivaires, & donnent issue à une pi-
O 4
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216 C O U R S
tuite qui descend en abondance. On excite aussi le
Fumi- flux de bouche en appliquant des emplâtres mercuriels
gation. sur tout le corps, même par fumigations, en
faisant recevoir au malade la vapeur du mercure; &
on donne encore faisant avaler de la Panachée mercurielle,
du précipité blanc, ou quelque autre préparation
de mercure, sans s'en servir extérieurement: Venons
au raisonnement.
Effets du L'effet du mercure a été la pierre d'achoppement
mercure de presque tous les Philosophes Chimistes; & si
difficiles quelques-uns des modernes ont expliqué avec assez
à expli- de probabilité & de vraisemblance les effets de plusieurs
quer. choses naturelles qui étaient cachées aux anciens;
ils ont avoué que ceux du mercure étaient des
plus difficiles. Je sais bien que beaucoup de personnes
prévenus de faux principes, ne nous laissent pas
manquer d'explications: mais leur raisonnement
étant examiné par la Chimie, qui seule est capable de
nous donner des démonstrations sur cette matière, ne
peut subsister, & montre qu'il n'est pas à toute épreuve
puisqu'il ne peut pas souffrir celles du feu. Voici
une pensée qui me semble plus probable que tout ce
qu'on en a dit, & qui est appuyée des expériences,
Chimiques.
Les tu- Il faut premièrement savoir, & c'est une chose
meurs vé- incontestable chez tous les Médecins que les nodus,
roliques les tumeurs & les autres maladies qui se font
sont rem- par le venin de la vérole, sont entretenues ou fomentées
plies d'hu- par des humeurs salées ou acides qui font un ferment
meurs coagulant, & qu'on ne peut point guérir cette
acides. maladie que cette humeur ne soit détruite. Cela supposé,
il faut examiner le mercure, & voir ce qu'il
fera, si on le mêle avec des sels ou avec des acides.
Nous avons dit que le mercure était un volatil, &
nous verrons dans» la suite, que quand on fait le sublimé
corrosif, on mêle le mercure avec du sel & du
vitriol qui sont des sels acides; qu'on pousse le feu,
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D E C H I M I E. 217

& que les esprits s'étant attachés au mercure qui est
un alcali, ils se subliment avec lui au haut du vaisseau,
& font ensemble ce qu'on appelle sublimé corrosif.
Voyons dans la curation de la vérole, comment
on se sert du mercure.
On le mêle, comme nous avons dit, dans de la Le vif-ar-
graisse, & de cet onguent on frotte les parties du gent en-
corps fort long temps, afin que le mercure pénètre, tre par les
& entre par les pores, ce qu'il fait aussi, comme tout pores du
le monde en demeure d'accord: cela étant, il n'y corps.
aura aucune contradiction de penser qu'une partie
de ce métal se mêle avec le ferment salin ou acide
de la matière vérolique, comme il fait avec le sel &
le vitriol.
Les sels acides du venin vérolique s'étant embarrassés Il se su-
dans les pores du mercure qui, comme nous blime à la
avons dit, est un alcali volatil, ils se subliment ensemble, tête.
étant poussés par la chaleur & par le mouvement
des humeurs, jusqu'à la tête qui est le haut
du vaisseau, & le lieu le plus froid & le plus propre
à les condenser.
C'est aussi en ce temps-là, que la tête s'enfle, & que La tête
le dedans de la bouche est parsemé de chancres, qui enfle.
donnent une douleur semblable à celle qu'on recevrait
si l'on tenait appliqué quelque temps du sublimé Douleur
corrosif, sur une partie excoriée. De plus, les canaux à la bou-
salivaires étant picotés par cette âcreté, ils se che, flux
relâchent, & ils ne peuvent plus retenir la pituite de bou-
qui descend en abondance: c'est d'où vient cette salivation che.
involontaire qui accompagne ordinairement
les chancres, & qui dure quelquefois plus & quelquefois
moins selon que ces chancres sont plus ou
moins âcres; car la pituite coulant incessamment dessus, Il s'arrê-
les nettoie de leurs sels piquants & les adoucit, te.
d'où vient qu'ils se guérissent souvent d'eux mêmes,
puis les vaisseaux salivant se referme, le flux de
bouche cesse.
@

218 C O U R S
Mauvai- II arrive quelquefois, lorsque le malade n'a pas
ses suites été bien préparé & que le flux de bouche a été excité
des effets trop promptement, que la sublimation se faisant
du mercu- avec trop de violence, une partie du sublimé s'attache
re. à un ou plusieurs vaisseaux, & qu'ayant corrodé
leur membrane, il se fait une grande hémorragie,
comme je l'ai vu arriver plusieurs fois, entre
autres à un homme du Languedoc, qui jeta en demi-heure
de temps douze livres de sang par la bouche,
sans toutefois en mourir, parce qu'il était fort
robuste.
Pour ce qui reste du venin de la vérole, après que
les sels en sont sortis, la dissolution en est bien facile,
puisqu'il n'y avait qu'eux qui le pussent tenir coagulé;
ainsi il est concevable que le subtil se dissipe par les
pores, & que le plus terrestre est précipité & qu'il
sort par la voie des urines.
Le mer- On m'objectera peut-être, que le mercure excite
cure exci- le flux de bouche à des personnes qui n'ont jamais eu
te le flux de vérole, & qui n'ont sur le corps aucunes tumeurs
de bou- où il y ait des sels acides: mais il est aisé de répondre
che aux à cela, parce qu'on ne trouvera personne, si sain qu'il
personnes soit, dans lequel il n'y ait des humeurs salées ou acides:
qui n'ont la sérosité qui court par-tout, est remplie de sel,
point la & tous les ferments qui servent à entretenir l'économie
vérole. du corps, ne peuvent se faire que par des sels ou
par des acides: or il n'y a pas plus de difficulté à comprendre
que le mercure se lie avec les acides qui se
rencontrent dans le corps d'une personne nette, qu'à
croire qu'il se lie avec les sels ou acides d'une tumeur
vérolique: car je ne prétends pas que le mercure
aille immédiatement chercher les acides dans les tumeurs
du corps vérolé, il faudrait lui donner une
intelligence qu'il n'a pas: mais comme par la chaleur
du corps, il est raréfié & agité, il circule par-tout jusqu'à
ce qu'il trouve un sel qui le fixe en quelque manière
& qui arrête son mouvement.
@

D E C H I M I E. 219

Quelquefois ce mercure ne rencontrant pas assez de La gué-
sels pour le retenir, il sort par transpiration, & il enlève rison de la
avec lui ceux qui s'y étaient attachés, d'où vient vérole ne
que plusieurs ont été guéris de la vérole, sans avoir se fait pas
souffert le flux de bouche. toujours
D'autrefois il rencontre des matières alcalines par le flux
qui lui font quitter ses acides, & alors il est précipité de bouche.
& il purge par les selles: d'où vient que ceux Effet du
qui ont un cours de ventre au temps qu'on leur donne mercure par
le mercure, reçoivent très difficilement le flux de les selles.
bouche.
On peut sur ce principe, rendre raison de beaucoup
d'autres accidents qui suivent l'usage du mercure;
mais voyons si de ce raisonnement nous tirerons quelque
chose d'utile pour la curation des maladies vénériennes.
Quoique les poulains, les phimosis, les chancres;
les gonorrhées & les autres précurseurs de la vérole,
se puissent guérir sans flux de bouche; il ne faut pas
pour cela négliger l'usage du mercure , car ces maladies
contiennent en elles un virus qui ne diffère de celui
de la vérole, qu'en ce qu'il n'a pas reçu assez de
fermentation pour être raréfié & emporte par la circulation
dans toute l'habitude du corps: ainsi il y aura
toujours quelque sel qu'on ne peut pas plus exactement
enlever que par le mercure, qui étant donné en
petite quantité en ces occasions, chasse seulement par
transpiration ou par les selles, sans flux de bouche. Le
sublimé doux duquel nous parlerons dans la suite, est
fort en usage dans ces maladies, en observant de faire
les autres remèdes généraux.
Quand on entreprend de traiter un vérolé, il faut Abrégé
lui faire user du bain pendant long temps, le purger de ce qu'il
& le saigner pour préparer les humeurs, afin que le faut faire
mercure les trouvant plus fluides, s'y lie avec plus de pour trai-
facilité & les emporte: ce mercure doit être administré ter un vé-
peu à peu au commencement, puis on en augmente rolé.
@

220 C O U R S
la dose, selon que le malade est robuste; & lorsque
les mâchoires sont douloureuses, enflées & parsemées
de chancres, il en faut faire cesser l'usage, si ce n'est
qu'on en donne loin à loin, pour seulement entretenir
le flux de bouche: on laisse baver ordinairement
vingt-jours; puis quand la salivation ne s'arrête point
d'elle-même, on tâche de l'arrêter par des gargarismes
détersifs,
Il arrive quelquefois que les vaisseaux salivaires ont
été tellement dilatés & relâchés, par les sels piquants
qui faisaient la salivation, qu'ils ne peuvent
plus être resserrés par quelque gargarisme que ce
soit, & alors le cerveau se dessèche peu-à-peu, & la
mort s'ensuit: c'est pourquoi l'on doit bien prendre
garde à ne laisser pas couler trop long temps le flux de
bouche.
Objection. Quelques-uns tâchent de contredire ce que j'ai
avancé, disant qu'on ne peut pas appeler le mercure un
alcali absolument, parce que l'alcali qui est dans le
mercure ne fait qu'une partie de sa composition &
se trouve inséparable des autres parties.
Réponse. Pour avoir une réponse à cette difficulté, l'on n'a
qu'à lire dans les remarques que j'ai faites sur les principes,
comment j'explique l'alcali, & l'on verra
qu'encore que le mot d'alcali vienne du sel d'une
plante nommée Kali; on donne ce nom à toutes les
matières qui font une prompte effervescence avec les
acides, sans qu'il soit besoin de croire qu'il y ait de ce
Ainsi je n'ai point envie de grossir
ce livre inutilement, en répondant à un bon nombre
de petites objections qu'on m'a faites sur ce qui arriverait
si le mercure était un pur alcali: il y a même
apparence que ceux qui les ont faites n'avaient pas
bien lu ce que j'ai dit dans mes remarques sur le mercure,
car on y aurait trouvé des solutions; je passerai
donc aux principales.
Objection. Premièrement, on dit que si le mercure était alcali;
@

D E C H I M I E. 221

& le venin vérolique acide, le même acide le devrait
fixer, au lieu que les dissolutions que les sucs
en font, ne servent qu'à augmenter sa volatilité, &
le rendre corrosif, bien loin que ces sucs en soient
manifestement adoucis.
Je réponds qu'il n'est non plus véritable que le mercure Réponse.
soit volatilisé par les sucs acides du venin vérolique,
qu'il est vrai que le mercure qu'on a mêlé avec
des esprits acides pour le rendre corrosif, soit volatilisé
par ces mêmes esprits. Au contraire, le mercure
étant seul, se volatilise facilement par la chaleur du
corps, & il n'y a que les acides qui le puissent retenir
ou fixer en quelque manière. Il me semble que
je m'en étais assez expliqué, quand j'ai dit que quelquefois
le mercure ne rencontrant pas assez de sels
acides dans le corps pour le retenir, il sort par transpiration,
&c.
Pour ce qui est de la corrosion que le mercure prend,
il faut l'attribuer à la disposition de ses pores & à la
quantité des pointes acides dont il est empreint;
puisqu'il n'adoucit point les acides du sel & du vitriol
avec lesquels on le mêle pour faire un sublimé
corrosif, pourquoi voudrait-on qu'il adoucit les sucs
acides du corps ? Je ne dis pourtant pas qu'il ne leur
apporte jamais d'adoucissement; car je crois qu'il peut
ôter beaucoup de leur force en les divisant & en rompant
leurs pointes quand il les trouve en petite quantité,
de même qu'il arrive au sublimé doux.
En second lieu, on objecte que si le venin de la vérole Objection.
était acide, on pourrait guérir cette maladie par
l'usage des sels alcali fixes ou volatils, par celui des
yeux d'écrevisse, des perles, des coraux, & de plusieurs
pareilles substances capables de mortifier &
d'adoucir les acides.
Je réponds que nous remarquons souvent que les Réponse.
sels volatils apportent quelque soulagement à ceux Les sels
qui ont la maladie vénérienne, soit parce qu'en ou- volatils.
@

222 C O U R S
Sont bons vrant les pores, ils font transpirer le plus subtil de
pour la l'humeur, ou que comme alcali ils en absorbent une
vérole. partie. Pour cette raison plusieurs leur font user du
sel volatil de vipère pendant plusieurs matins, mais
ces alcali sont trop faibles pour élever avec eux les
acides , après s'en être empreints, comme fait le mercure,
sans se détruire: ce sont des sels un peu trop
déliés avec lesquels on ne peut pas attirer des corps
si tranchants & si mobiles; si ces sels amortissent une
partie de l'acide, ils s'amortissent aussi en se brisant
tellement qu'ils ne peuvent plus s'en relever; il est
donc besoin d'un alcali volatil plus puissant que ces
sels, pour déraciner & pour enlever l'acide du venin
vérolique.
Pour ce qui est des sels fixes & des matières alcalines,
comme les perles, les coraux, les yeux d'écrevisse,
comme ce sont des corps qui n'ont en eux aucun
volatil, & que leur pente est tout-à-fait en bas, il est
fort douteux qu'ils soient portés jusques dans les tumeurs
véroliques, qui sont d'ordinaire attachées aux
jointures, à cause du long circuit qu'ils auraient à
faire, & des sucs qu'ils rencontreraient en chemin,
lesquels pourraient changer leur nature; mais quand
on supposerait qu'ils y fussent portés en l'état qu'on
les a pris, ils ne feraient qu'un peu affaiblir cet acide
sans pouvoir l'enlever, & ainsi ils ne produiraient
qu'un petit soulagement sans déraciner ni
emporter le ferment de la maladie, comme fait le
mercure.
On peut encore demander pourquoi le sublimé ne
Objection. remplit point de chancres la substance du cerveau,
aussi bien qu'il en remplit la bouche.
Réponse. Je réponds que ce sublimé étant dans le cerveau, il
se trouve abreuvé de tant d'humidité mucilagineuse,
qu'il y perd une partie de son acide; de sorte qu'il
n'y peut causer qu'une fermentation qui excite la fonte
& la purgation de la pituite, par les canaux salivaires,
@

D E C H I M I E. 223

c'est ce qui contribue à rendre la bave de
ceux qui ont le flux de bouche, acre & corrompue.
Cette pituite acre peut aussi en passant dans la bouche
augmenter la quantité des chancres: car la bouche
est comme l'égout de tout le corps en cette occasion.
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Aethiops mineralis.

C Ette opération est un alliage de Mercure & de
soufre, qui tire son étymologie de ce qu'il est
minéral & noir comme un Ethiopien.
Mettez en fusion sur le feu la quantité qu'il vous
plaira de soufre dans un pot de terre qui résiste au feu
qui ne soit point vernissé: mêlez-y peu-à-peu avec une
spatule de fer, un égal poids de vif-argent revivifié
du cinabre: mettez le feu au mélange, quand le soufre
sera brûlé, il vous restera une masse noire, friable,
pesante: laissez-la refroidir, séparez-la du pot &
la gardez; c'est l'Aethiops mineralis.
Il est propre pour l'asthme, pour l'épilepsie, pour Vertus.
les rhumatismes, pour les maladies vénériennes, pour
les scrofules ou écrouelles: il agit principalement
par la transpiration & rarement par la salivation:
la dose en est depuis huit grains jusque à deux scrupules, Dose.
pris dans un peu de conserve en bolus.

R E M A R Q U E S.

I L faut faire cette opération sous la cheminée, afin
que la vapeur du soufre & du vif-argent n'incommode
personne.
Le verni des pots ordinaires qui est fait avec du
plomb ne manquerait pas de s'unir avec le mercure:
c'est pourquoi il est essentiel de choisir un vaisseau
qui soit fait seulement de terre & où il n'y ait aucun
@

224 C O U R S
verni. Un creuset ne serait pas si convenable qu'un
pot pour cette opération, non seulement à cause de sa
figure longue & étroite, qui ferait que le mercure ne
s'étendant pas assez, tomberait toujours au fond,
mais aussi à cause qu'étant composé d'une terre trop
spongieuse, il se dissiperait du mercure au travers de
ses pores.
Le soufre se fond facilement sur un feu de charbon:
dès qu'il est en fusion, il faut retirer le pot de
dessus le feu: & ayant mis le vif-argent dans un linge,
on le pressera avec les doigts sur le soufre fondu
afin qu'il tombe comme une pluie: cependant on
agitera la matière; & quand on verra que le mélange
sera exactement fait, & qu'il n'y paraîtra plus de mercure
coulant, on y mettra le feu avec une allumette:
pendant que le mélange brûle il se fait de temps en
temps quelques légères détonations qui viennent de
ce que le mercure étant échauffé & arrêté par le soufre
fondu, il fait des efforts pour se dégager.
La masse noire ne doit point être détachée du pot
jusques à ce qu'elle soit tout-à-fait refroidie, parce
que le mercure chaud est toujours un peu à craindre
pour ceux qui le touchent, ou qui en reçoivent la vapeur:
cette masse est un mercure pénétré & corporifié
par la partie la plus acide du soufre.
Poids. Si j'ai employé seize onces de vif-argent & autant
de soufre pour cette opération, il me reste ordinairement
dix-sept onces & demie de masse noire, ou
Aethiops mineralis; mais on ne peut pas compter sur un
poids toujours égal de cette masse quoi qu'on ait employé
une même quantité des ingrédients pour la faire;
car un degré de chaleur plus ou moins grand dans
l'opération, fait dissipation de plus ou moins de la
matière: je n'ai trouvé quelquefois que seize onces
de cette masse noire après l'opération, quelquefois
quinze onces, quelquefois même quatorze onces. Il
faut encore remarquer que si le pot est neuf, il fait
dissiper
@

D E C H I M I E. 225

dissiper beaucoup plus de la matière, quand il a
déjà servi à la même opération, parce que le fond
de ce pot neuf s'imbibe de cette matière, & il y fait
comme un verni, au travers duquel les mélanges du
mercure & du soufre fondu, ne peuvent plus guère
pénétrer.
Si l'on n'a pas mêlé assez exactement le mercure
dans le soufre fondu, l'on en trouve une partie découlant
dans la masse noire.
On pulvérise ordinairement l'Aethiops mineralis
pour le garder dans une bouteille, mais quand il y a
demeuré quelque temps, ses parties se reprennent &
il se remet en masse dure & sèche, ce qui fait qu'on est
obligé de le pulvériser de nouveau quand on veut
s'en servir.
On fait encore de l'Aethiops mineralis avec deux parties Autre
de soufre & une partie de vif-argent, procédant Aethiops
en l'opération comme en l'autre: j'en ai parlé dans minéral.
ma Pharmacopée universelle.
On fait encore l'Aethiops mineralis sans feu, se Aethiops
contentant de mêler exactement dans un mortier de mineralis
marbre ou de pierre, deux parties du mercure cru fait sans
avec trois parties de fleur de soufre; le mélange doit feu.
avoir une couleur jaune verdâtre. La dose de cette Dose.
dernière préparation doit être plus grande que celle
des précédentes; on en peut donner depuis demi scrupule
jusqu'à une dragme.
Ces préparations de mercure ont été mises beaucoup
en usage depuis quelques années sous différents
noms, l'on en voit de bons effets.
Comme le vif-argent que l'on achète chez les Droguistes
est sujet à caution, à cause que les Sophistes
peuvent y avoir mêlé quelque matière minérale, il est
bon d'en faire un examen ou une purification, avant Purifica-
que de l'employer; une des meilleures & des plus tion du
courtes est de le réduire en aethiops mineralis, selon notre mercure
première description, puis de le mêler avec deux coulant.
@

226 C O U R S
fois autant de chaux vive pulvérisée; de mettre le
mélange dans une cornue & de le faire distiller, de
même qu'en la revivification du cinabre en mercure
coulant, on aura un vif-argent tout-à-fait pur.
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Panacée mercuriale noire, ou mercure violet.
C Ette préparation est un mercure pénétré, & empreint
de quelques portions de soufre & de sel
armoniac.
Mettez en fusion dans un pot de terre qui ne soit
point vernissé quatre onces de soufre; mêlez-y peu
à peu hors du feu six onces de vif-argent purifié, remuant
la matière avec une spatule de fer: ajoutez-y
trois onces de sel armoniac pulvérisé, il s'élèvera
quelques fumées qui viennent du phlegme du sel armoniac:
séparez la matière du pot avant qu'elle soit
tout-à-fait durcie, vous en trouverez douze onces &
six dragmes; elle a donc diminué de deux dragmes à
cause du phlegme qui s'en est évaporé; sa couleur sera
grise brune; pulvérisez-la quand elle sera refroidie,
& la mettez dans un matras dont elle n'occupe que
le tiers, placez le matras sur le sable, & donnez-
lui un feu petit au commencement pour échauffer le
vaisseau, puis vous l'augmenterez peu à peu jusques
au troisième degré, & vous le continuerez pendant
cinq heures, ou jusques à ce qu'il ne sorte plus de vapeur
par le cou du matras: laissez alors refroidir le
vaisseau & le cassez, vous trouverez en haut quelques
fleurs blanches que vous rejetterez comme inutiles,
& en bas une matière disposée par couches de différentes
couleurs: la première jaune, la seconde blanche,
la troisième grise, & la quatrième noire; si vous
la pesez, vous trouverez qu'elle aura diminué d'environ
une once. Pulvérisez-la, mettez-la dans un autre
matras, & poussez-la comme devant par un feu
@

D E C H I M I E. 227

gradué pendant sept heures, puis la laissez refroidir
& cassez le vaisseau, vous trouverez la matière disposée
par couches de différentes couleurs comme en
la première calcination; elle aura diminué du poids
de demi-once; pulvérisez-la, mettes-la dans un nouveau
matras, & la poussez une troisième fois, comme
devant par un feu gradué pendant sept heures,
puis cassez le vaisseau; vous trouverez que la matière
n'aura diminué que de deux dragmes: pulvérisez-la,
mettez-la dans un autre matras, & la poussez
pour la quatrième fois par un feu gradué comme devant,
mais assez fort sur la fin pour faire rougir le
fond du matras, puis cassez le vaisseau: la matière
aura diminué encore de deux dragmes; vous la trouverez
comme séparée en deux couches de différentes
couleurs; celle de dessus sera jaune & légère, celle
de dessous est ordinairement noire, mais quelquefois
violette & pesante: ramassez exactement cette
dernière portion, vous en trouverez six onces & Poids.
deux dragmes, c'est la panacée noire, ou le mercure Précipité
précipité violet ou noir. noir.
Il est sudorifique, propre pour les rhumatismes, Vertus.
pour les maladies vénériennes, pour l'asthme, pour
l'épilepsie, pour les scrofules, pour les vers, pour
fondre & lever les obstructions: La dose en est de Dose.
puis douze grains jusques à demi-dragme, prise dans
un peu de conserve en bol.
La matière jaune de dessus pèsera cinq onces & une Poids
dragme: c'est un mélange de soufre & de sel armoniac
empreint de quelque portion de mercure; il faut
la mettre en poudre & la garder. Elle peut être employée
extérieurement pour la gratelle, pour la teigne,
si l'on en mêle une ou deux dragmes dans une
once de pommade.

P 2
@

228 C O U R S
R E M A R Q U E S.
L Es couches de différentes couleurs qui paraissent
à la matière dans les premières sublimations viennent,
la première du soufre, la seconde du sel armoniac,
la troisième & la quatrième du mercure.
On appelle communément le précipité noir mercure
violet, parce que quelquefois sa couleur noire
tire sur le violet, il est également bon d'une couleur
ou d'une autre. Si l'on le pulvérise subtilement, il
prendra sûrement une couleur violette: son goût est
un peu salé, il excite rarement la salivation, il s'humecte
aisément à cause de quelque portion de sel armoniac
dont il est empreint; si l'on le lave avec de
l'eau tiède, puis qu'on le mette sécher à l'ombre, il ne
s'humectera plus, parce qu'on l'aura privé de ce sel
armoniac par la lotion. Il ne diffère de l'Aethiops mineralis
qu'en ce qu'ayant reçu quelque impression du sel
armoniac, il en est plus diaphorétique; son nom de
précipité vient de ce qu'il demeure dans toutes les sublimations
au fond du matras.
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Mercure Sublimé corrosif.
L E sublimé corrosif est un mercure pénétré d'acides
& élevé par le feu au haut du vaisseau.
Dissolu- Mettez seize onces de mercure revivifié du cinabre
tion du dans un matras, versez dessus dix-huit onces d'esprit
mercure. de nitre: placez vôtre matras sur le sable un peu
chaud, & l'y laissez jusques à ce que la dissolution
soit faite: renversez vôtre dissolution qui sera claire
comme de l'eau, dans un vaisseau de verre ou dans
une terrine de grès, & faites-en évaporer doucement
l'humidité au feu de sable, jusqu'à ce qu'il ne vous
reste qu'une masse blanche, laquelle vous pulvériserez
@

D E C H I M I E. 229

dans un mortier de verre, & la mêlerez avec seize
onces de vitriol calciné à blancheur & autant de
sel décrépité: mettez ce mélange dans un matras duquel
les deux tiers demeurent vides & dont on ait
coupé le cou au milieu de sa hauteur; placez vôtre
matras sur le sable, & commencez à lui donner un
petit feu que vous continuerez pendant trois heures,
puis après vous l'augmenterez avec du charbon assez
violemment; il se fera un sublimé au haut du matras:
l'opération doit être achevée en sept ou huit heures:
laissez refroidir le matras, puis le cassez, évitant une
farine ou poudre légère qui s'envole dans l'air lorsqu'on
remue cette matière; vous aurez dix-neuf onces Poids.
de très beau sublimé corrosif que vous garderez.
Les scories rouges qui se trouveront au fond, seront Scories.
rejetées comme inutiles. inutiles.
Ce sublimé est un puissant escarrotique, il mange Vertus.
les chairs baveuses, & il nettoie fort bien les vieux
ulcères: Si l'on en dissout demi-dragme dans une livre
d'eau de chaux, il jaunit, & il fait ce qu'on appelle Eau pha-
eau Phagédénique. gédénique.

R E M A R Q U E S.

I L ne faut pas la moitié tant d'esprit de nitre pour Pourquoi
dissoudre une livre de mercure, qu'il en faudrait le mercure
pour dissoudre un même poids de bismuth, quoique se dissout
les pores de ce dernier soient bien plus grands, & les avec moins de
parties plus disposées à être écartées; la raison en est dissolvant
que le mercure étant volatil & fort désuni en ses parties, que les
il se divise presque de lui-même, & il est soutenu autres mé-
bien plus facilement par les acides, que ne serait taux.
un corps qui est lié, & dont la pente n'est qu'en
bas, comme le bismuth.
Quand la dissolution du mercure se fait, il paraît Forte ébul-
une forte ébullition dans le matras avec des vapeurs lition &
rouges, & la chaleur y est produite si considérable- la cause.
P 3
@

230 C O U R S
ment qu'on ne pourrait pas souffrir la main dessus,
Tout ce grand remuement provient de la résistance
que trouvent les pointes acides à pénétrer le métal
& le frottement violent de ces corps l'un contre l'autre,
échauffe la liqueur & fait évaporer une partie de
l'esprit de nitre, qui paraît toujours rouge quand il
est en vapeur.
Le mercure étant tout-à-fait dissout, le bouillonnement,
les vapeurs & la chaleur cessent, à cause que
les acides ne trouvent plus de corps sur qui agir, la
liqueur alors devient claire comme de l'eau, parce
que le mercure ayant été divisé en parties très subtiles,
& étant pénétré par les pointes acides, il demeure
suspendu & imperceptible. Ces mêmes pointes
acides étant aussi comme engainées dans le corps
du mercure sont interrompues dans leur mouvement:
de sorte que si par curiosité vous faites distiller l'humidité
de cette dissolution, vous ne retirerez qu'un
acide faible, car la plus grande partie des pointes
demeurera embarrassée avec le mercure en une masse
blanche.
Poids de Ce qui prouve ce raisonnement est que la masse blanche
la masse qu'on retire de la dissolution de seize onces de vif-
blanche. argent dans dix-huit onces d'esprit de nitre, pèse au
moins vingt-deux onces, c'est-à-dire, six onces plus
que le poids du vif-argent; or cette augmentation ne
peut venir que des acides.
Pourquoi Cette masse est fort corrosive à cause des mêmes
elle est pointes acides qui agissent par-tout où elles se trouvent.
corrosive.
Ce n'est On pourrait, pour faire cette opération, mêler
pas une né- seulement le mercure cru avec le sel & le vitriol,
cessité de sans prendre la peine de le dissoudre avec l'esprit de
dissoudre le nitre; mais il faut être fort long temps à les incorporer
mercure pour ensemble, afin que le vif-argent soit imperceptible.
faire le De plus il s'élève une poussière dans le nez
sublimé. qui est très incommode; ce que nous faisons donc en
@

D E C H I M I E. 231

le dissolvant & en le réduisant en masse blanche, n'est
que pour le rendre plus facile à être mêlé.
Il faut couper le cou du matras pour faciliter la sortie
des humidités superflues, car la sublimation que
nous venons de décrire ne se fait point qu'il ne se soit
évaporé par le trou du matras, une grande quantité
de vapeurs rouges. Ces vapeurs ne peuvent être que
de l'esprit de nitre, qui avec le vitriol & le sel, fixaient
& chargeaient tellement le corps du mercure,
qu'ils l'empêchaient de s'élever: ainsi d'abord que ce
métal volatil est assez débarrassé pour s'exalter, il s'élève Sublima-
& il entraîne avec lui ce qui restait des esprits tion ex-
corrosifs avec lesquels il s'était mêlé; ces esprits néanmoins pliquée.
ne laissent pas de lui être comme un fardeau
qui réprime sa grande volatilité, en sorte qu'il ne s'évapore
point comme il ferait, s'il n'y avait rien qui
le retînt, mais seulement il se sublime à la partie supérieure
du vaisseau, en beaux cristaux blancs qu'on
appelle sublimé corrosif.
La masse qui reste au fond du matras n'est qu'un Poids de
mélange des parties les plus terrestres du sel & du la masse
vitriol; elle pèse vingt-huit onces. restante.
Quelques-uns ont voulu blâmer cette préparation
du sublimé corrosif, disant que quand on s'en sert
pour le sublimé doux, l'esprit de nitre doit être suspect
à cause de son âcreté, & particulièrement de ses
parties salines sulfurées,
Mais quand on fera cette opération comme je l'ai
décrite, on n'aura pas sujet d'avoir ce scrupule, puisque,
comme j'ai dit, le sublimé ne se fait point, qu'il
ne se soit évaporé par le trou du matras, pendant trois
heures au moins, des vapeurs rouges en grande quantité,
& ces vapeurs ne peuvent être que les esprits du
nitre, puisqu'un si petit feu n'est pas capable de détacher
& d'élever si haut les esprits du sel & du vitriol:
ainsi il n'y a pas lieu de craindre ici ces esprits
salins sulfurés dont on veut que l'esprit de nitre soit
P 4
@

232 C O U R S
rempli, puisque étant volatils, ils doivent sortir toujours
les premières: mais supposé qu'il fût resté de l'esprit
de nitre dans le sublimé corrosif dont on fait le
sublimé doux, je ne vois pas qu'on en doive tant appréhender
l'âcreté par-dessus celle des autres esprits corrosifs,
puisqu'on n'hésite point de faire prendre par la
bouche diverses préparations qui ont été faites avec
ce dissolvant, comme le précipité blanc & plusieurs
précipités d'or & d'argent, & qu'on mêle assez souvent
quelques gouttes d'esprit de nitre dans des potions
pour la colique & pour d'autres maladies, sans
qu'il en arrive aucun méchant accident. Mais ce qui
est ici de remarquable, c'est que ceux mêmes qui parlent
contre cette préparation à cause de l'esprit de
nitre, recommandent & louent fort un sublimé doux
qu'ils font en sublimant le précipité blanc préparé
avec l'esprit de nitre.
Corrosion La corrosion du sublimé vient des pointes acides
du subli- qui se sont fichées dans le corps du mercure; & l'on
mé, d'où peut dire avec beaucoup de vrai-semblance, que ce
elle vient métal retenant toujours, si subtilement qu'il fait divisé,
& comment une figure ronde, il se raréfie par la chaleur du
elle agit feu en une infinité de petites boules, lesquelles les acides
sur la pénètrent de tous côtés, & entrelacent tellement
chair. de leurs pointes, qu'ils les arrêtent & n'en sont
qu'un seul corps qui est le sublimé; mais quand ce
sublimé se trouve sur la chair, la chaleur & l'humidité
détachent ses parties les unes d'avec les autres,
& le mouvement des petites boules étant excité, elles
les roulent avec impétuosité & déchirent par le moyen
de leurs pointes qui sont comme autant de petits couteaux,
tous les endroits où elles passent, d'où vient
que si le sublimé est pris intérieurement, il cause en
peu de temps la mort; l'humidité qui l'accompagne &
attendrit toujours les chairs, lui donne aussi plus de
prise qu'il n'aurait, c'est pourquoi le sublimé agit
plus vite sur une chair molasse que sur une partie
@

D E C H I M I E. 233

sèche; on l'humecte même souvent avec un peu
d'eau, quand on veut qu'il fasse son effet promptement.
On peut expliquer par ce raisonnement, pourquoi
la pierre infernale, qui est un morceau d'argent dont
les pores sont remplis des pointes de l'esprit de nitre,
ne fait pas un effet si violent que le sublimé corrosif.
C'est parce que les parties de l'argent n'ont aucune
pente à rouler & à s'élever comme ont celles du mercure;
pourquoi aussi l'on ne voit point qu'elle
fasse une si grande escarre que le sublimé, quoiqu'elle
contienne pour le moins autant d'esprit acide.
On pourra encore par là rendre raison pourquoi
l'on peut bien donner sans danger, à prendre par la
bouche, jusques à quatre grains de cristaux d'argent
qui contiennent autant de pointes acides que le sublimé,
& l'on ne peut pas faire prendre seulement deux
grains de sublimé, sans encourir un péril manifeste.
C'est parce que les cristaux de Lune ne roulent ni ne
remuent point comme fait le sublimé corrosif; toute
leur détermination est en bas, & tout ce qu'ils peuvent
faire, c'est d'exciter une fermentation de purgatif
par le moyen de leur acide, dans les lieux où ils
se rencontrent.
Quand on jette le sublimé corrosif dans de l'eau de Change-
chaux, il prend d'abord une couleur jaune, & il perd ment de
tant de sa corrosion, qu'on en pourrait faire prendre couleur.
par la bouche sans qu'il fût poison. Je ne prétends
point rendre raison de ce changement de couleur, je
laisse à ceux qui ont plus de loisir que moi, à examiner
la disposition qu'il faut que l'acide & la chaux
aient donné au mercure pour réfléchir ou modifier
la lumière, en sorte qu'elle nous fasse paraître jaune Sublimé
une matière qui était auparavant très blanche: adouci par
mais je dirai seulement que l'eau de chaux adoucit l'eau de
ou diminue la force du sublimé, à cause des particules chaux.
de chaux qu'elle contient lesquelles rencontrant &
@

234 C O U R S
choquant le sublimé, rompent une partie de ses pointes
dans lesquelles consistait le corrosif.
Forte ob- Ceux qui le sont appliqués à critiquer ce que j'ai
jection dit sur les effets du mercure, auraient, il me semble,
que l'Au- un peu mieux réussi qu'ils n'ont fait, s'ils m'avoient
teur se objecté, une difficulté que je me suis faite à
fait. moi-même depuis la première Edition de ce Livre,
& qui m'a paru jusques ici la, plus forte qu'on pourrait
trouver sur ce sujet; c'est que si le mercure qu'on
fait entrer dans le corps lorsqu'on veut exciter le flux
de bouche, se lie avec le sel acide des humeurs, & fait
comme un sublimé corrosif, de la même manière qu'il
fait dans un matras lorsqu'il est mêlé avec le sel & le
vitriol, ce sublimé du corps ne se doit point faire,
tant qu'il y aura de l'humidité aqueuse dans la partie
où le mercure se sera mêlé avec l'acide, de même qu'il
ne se fait point dans le matras jusques à ce que tout
le phlegme, s'il y en a, soit évaporé. Or on ne peut
pas concevoir qu'il se fasse un tel dessèchement à cette
partie, puisqu'elle serait corrodée par le mercure
chargé d'acides avant qu'il se sublime.
Réponse. Pour répondre à cette objection, je dis que quoique
j'aie fait comparaison de la sublimation du
mercure qui se fait dans le corps humain, à celle qui
se fait dans un matras; néanmoins il y a cette différence,
que la première se fait non seulement avec des sels
extrêmement volatils, mais que de plus elle est aidée,
ou comme entraînée par le mouvement des humeurs
avec toute leur humidité jusques à la tête: au lieu
que l'autre se fait avec des sels fixes, desquels l'acidité
est si fortement attachée à la terre, qu'elle ne peut
point s'en séparer que par une violence de feu considérable.
On ne doit pas aussi s'imaginer que le mercure se
charge d'autant & d'aussi fortes pointes dans le corps,
comme il fait dans le matras; si cela était, il porterait
la destruction & la gangrène en tous les endroits
@

D E C H I M I E. 235

par où il passerait; mais il suffit que ses pores en soient
en partie empreints pour diminuer un peu de sa volatilité,
& pour exciter les picotements & les douleurs
qui arrivent durant le flux de bouche.
Comme le sublimé corrosif est un grand poison,
j'ai crû qu'il était fort à propos de parler des contre-
poisons qu'on pourrait faire prendre à ceux qui par
malheur en auraient avalé; mais de peur qu'on
s'imaginât qu'un même contre-poison pût servir
pour toute sorte de poison, comme le veulent persuader
les Charlatans ou vendeurs d'Orviétan; je dirai
quelque chose des poisons & de leurs différences.
Le poison est tout ce qui peut rompre & détruire la Poison ce
liaison & l'économie des humeurs du corps, en corrodant que c'est.
les parties, ou bien en empêchant le cours naturel
des esprits.
Il peut être pris de deux manières; par le dehors, Comment
comme quand on est attaqué de la peste & on en est
de plusieurs autres maladies qui viennent d'un air infesté, attaqué.
& quand on est mordu ou piqué par des bêtes
venimeuses. Par le dedans, comme quand on a
pris de l'arsenic, du sublimé, de la ciguë, du Napellus.
Un même poison ne tue pas toutes sortes d'animaux; Différents
car, par exemple, la noix vomique est un poison effet des
pour les chiens, & elle ne ferait point de mal à poisons.
plusieurs autres bêtes. La fumée du tabac fait mourir
la vipère en fort peu de temps, quoiqu'il n'y ait point
d'animal qui ait plus de vie, & elle ne produirait au
plus qu'un peu de purgation aux autres animaux.
L'eau dans qui l'on a fait tremper le vif-argent tue les
vers, & elle ne fait que du bien aux autres animaux.
L'arsenic fait mourir l'homme & plusieurs
sortes d'animaux, & il purge les loups & les rend
plus dispos qu'ils n'étaient.
Tous ces différents effets viennent des différentes
@

236 C O U R S
contextures des fibres des corps, de la diversité des
humeurs & de leur nature différente: car ce qui est
capable de ronger ou de détruire aux uns, n'est capable
que d'apporter une légère fermentation aux
autres.
Poisons Il faut remarquer deux sortes d'effets dans les poisons,
coagulants. les uns comme ceux de la vipère, de la tarentule,
du scorpion, de la ciguë, du Napellus, coagulent le
sang peu-à-peu: & comme ils empêchent par cette
coagulation le cours des esprits , l'animal tombe en
des convulsions, & il meurt peu après de la même
manière qu'il arrive quand on seringue quelque
liqueur acide dans une veine ou dans un artère.
Poisons Les autres, comme le sublimé, les arsenics rongent
rongeants. & ulcèrent les entrailles par leurs sels piquants jusqu'à
ce que la gangrène y soit venue, d'où s'ensuit la
mort.
Remèdes Les remèdes qu'on donne fort à propos pour prévenir
contre les les accidents que causent les premiers poisons
poisons dont nous venons de parler, sont les sels volatils, la
coagu- thériaque, le mithrida , l'orviétan & une infinité
lants. d'autres remèdes de cette nature. La chair de vipère
même & celle de scorpion guérissent le mal que ces
animaux ont fait étant vivants, comme nous le dirons
en parlant de la vipère. Sur cela le Lecteur ne sera pas
fâché que je donne une petite histoire qui vient fort
au sujet.
Histoire J'avais mis un jour deux scorpions vivants dans
sur le poi- une bouteille de verre, j'y jetai une petite souris
son du aussi vivante. Cette souris marchant dessus les scorpions
scorpions. & les incommodant, ils la piquèrent fortement,
en sorte qu'elle cria. Un demi quart-heure après je
la vis mourir en convulsions: je laissai passer quelques
heures: après lesquelles je jetai sur les mêmes
scorpions une autre souris un peu plus grosse & plus
vive que la première. Elle sauta sur les scorpions
comme l'autre avait fait, & elle en fut piquée aussi,
@

D E C H I M I E. 237

elle fit un cri assez grand, & nous vîmes que son
agitation avait augmenté par la colère; elle ne demeura
pas long temps sans se venger, car elle mangea les
deux scorpions à la réserve de la tête & de la queue.
Je voulus voir la fin de la tragédie, je laissai la souris
dans la bouteille l'espace de vingt-quatre heures, &
pendant ce temps-là. elle n'eut pas la moindre apparence
de mal autre que l'inquiétude de n'être pas en
liberté. J'avais envie de la disséquer pour voir s'il n'y
aurait point de changement aux parties ou au sang:
mais quelqu'un en touchant trop rudement la bouteille
la cassa & l'animal s'enfuit. On peut dire que les
sels volatils qui se trouvèrent dans la chair des scorpions,
empêchèrent par leur agitation, la coagulation
du sang qui se serait faite dans les veines du petit animal
après la piqûre; mais chacun raisonnera sur
cette expérience suivant ses principes. Je reprends le
fil de mon discours.
Il y a bien de l'apparence que dans la petite vérole, Il y a
dans la peste, dans les fièvres malignes & dans plusieurs dans plu-
autres maladies de ce genre qui sont causées par sieurs ma-
un air infecté, ou par la corruption des humeurs, il ladie une
se rencontre un acide qui agit a peu près de la même humeur ap-
manière que les poisons coagulants dont je viens de prochante de
parler, mais plus lentement, & il y a moins de danger, sa nature
parce qu'on a plus de temps pour y remédier: aux poi-
de plus les esprits sont bien souvent assez forts pour sons coa-
détruire les coagulations à mesure qu'elles se font gulants.
dans le sang & dans les autres humeurs. Quoiqu'il
en soit, les remèdes qui servent contre les poisons
coagulants, sont employés avec succès contre ces maladies.
Les remèdes qu'il faut donner pour aller au-devant
des effets de l'arsenic, du sublimé & des autres poisons
corrosifs, sont d'une nature toute contraire à celle
des remèdes dont nous venons de parler; car au
lieu que les premiers doivent agiter la masse du sang
@

238 C O U R S
& donner une chaleur à tout le corps, ceux-ci doivent
calmer l'agitation des humeurs en liant & en
adoucissant l'âcreté des sels.
Remèdes Il faut donc faire prendre le plutôt qu'on pourra au
contre les malade, une écuelle d'huile d'olive vieille, afin
poissons d'exciter le vomissement; le beurre frais, la graisse
corrosifs. douce, & toutes choses onctueuses seront données
fort à propos, parce que non seulement elles font
évacuation par haut & par bas du poison mais encore
ce qui est de fort considérable, parce qu'étant composées
de parties rameuses & embarrassantes, elles lient
& émoussent les pointes des sels qui sont restés; il
faut ensuite faire prendre du lait tiède au malade, &
en continuer l'usage pendant plusieurs jours, après
quoi on le purgera.
Le subli- L'effet du sublimé corrosif est bien plus prompt que
mé agit celui de l'arsenic, parce que tes acides étant agités
plus vite par la chaleur du corps & par la volatilité du mercure,
que l'ar- rongent d'abord & dissèquent partout où ils
senic. se rencontrent, comme nous avons dit. C'est pourquoi
si l'on ne donne les remèdes aussitôt après que
ce poison a été pris, le malade reste en un extrême
danger.
Tout ce qui a été dit ici, montre qu'il est fort nécessaire
de savoir la nature des poisons avant que de
donner un contre-poison, qu'on ne doit pas s'en
tenir toujours à une boëte d'orviétan pour un antidote
assuré.
On peut voir encore par-là, que si les Charlatans
qui montent sur des théâtres, prenaient du sublimé
ou de l'arsenic par la bouche, pour éprouver les vertus
de leur remède, comme ils le veulent faire croire,
tout leur mithridat ne serait pas capable de les sauver.
Mais supposé qu'ils n'eussent pas joué leurs tours
de passe-passe assez adroitement, & qu'ils eussent été
contraints d'avaler de ces poisons, ils ne seraient pas
si sots que de s'en tenir à leur remède, qui ne pourrait
@

D E C H I M I E. 239

faire autre chose que d'augmenter leur mal par
les parties âcres. Ils auraient recours à l'huile & aux
autres liqueurs grasses, afin d'éviter une mort qui autrement
leur serait assurée.
Le vitriol n'est pas d'une nécessité indispensable
dans la composition du sublimé corrosif; on peut Sublimé
faire de ce sublimé sans y en mêler pourvu qu'on corrosif
y emploie le double de ce qu'on a coutume d'y mettre fait sans
de sel décrépité: si par exemple on mêle exactement vitriol.
dans un mortier de marbre ou de verre, une
partie de vif-argent avec deux parties de sel décrépité
& bien pulvérisé, qu'on mette le mélange dans
un matras, qu'on le pousse par un feu de charbon assez
fort en la manière ordinaire, il s'y fera un sublimé
corrosif, qui aura le poids du mercure qu'on y
aura employé; ce sublimé à la vérité sera plus matte,
& moins blanc que le sublimé corrosif commun,
il n'y paraîtra que des aiguilles grossières & émoussées,
& il approchera en figure du sublimé doux,
il sera aussi, quand on le pulvérisera, moins volatil
que le sublimé corrosif ordinaire, car il ne s'élèvera
point tant au nez, & ne fera point éternuer: quant à
son action sur les chairs, il m'a paru qu'il était un
peu moins corrosif: & qu'il faisait une douleur un
peu moins pénétrante, la raison en est, qu'étant privé
de l'acide sulfureux du vitriol, les parties ont
moins de mouvement & de pénétration.
La masse qui sera restée au fond du matras après la
sublimation sera d'une consistance un peu plus compacte
& plus pesante que celle qui reste après le sublimé
corrosif ordinaire, & de couleur moins rouge,
parce qu'il ne s'y trouvera point de colcothar.
Ce sublimé préparé sans vitriol pourra servir à
toutes les opérations où l'on emploie le sublimé corrosif
commun.
On a essayé de tirer du sublimé corrosif d'un mélange
de mercure & de vitriol sans addition de sel,
@

240 C O U R S
mais on n'y a pas réussi, les pointes qui sorte du
sel sont les plus fortes, les plus tranchantes, & celles
qui s'emmanchent le mieux dans les pores du vif-
argent pour le rendre corrosif.
Suivant ces expériences & ce raisonnement, il
semblerait assez inutile d'employer le vitriol dans la
composition du sublimé puisqu'on en peut bien faire
avec un simple mélange de mercure & de sel, &
que ce sublimé réussit à toutes les opérations qu'on
fait sur l'autre; mais quand on voudra avoir un sublimé
aussi beau & aussi corrosif qu'il le peut-être, il
vaudra mieux le préparer en la manière ordinaire
que j'ai décrite.
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Mercure du sublimé, appelé Aquila Alba.
L E sublimé doux est un mercure réduit en masse
blanche par quelques pointes acides rompues.
Pulvérisez seize onces de sublimé corrosif dans un
mortier de marbre ou de verre: mêlez-y peu-à-peu
douze onces de mercure revivifié dit cinabre: agitez
le mélange avec un pilon de bois, jusqu'à ce que le
vif-argent soit imperceptible: Mettez alors cette poudre
qui sera grise dans plusieurs fioles ou dans un
matras duquel les deux tiers demeurent vides: placez
vôtre vaisseau sur le sable, donnez-lui un petit
feu au commencement, puis l'augmentez jusqu'au
troisième degré; continuez-le en cet état pendant
cinq heures pour faire sublimer & adoucir la matière:
laissez ensuite refroidir vos vaisseaux, cassez-les
& rejetez comme inutile un peu de terre légère qui
sera au fond: séparez aussi ce qui sera attaché au cou
des fioles ou du matras, & le gardez pour les onguents
ou pour la gratelle; mais ramassez avec exactitude
la matière du milieu qui sera blanche, & l'ayant
mise en poudre faites-la sublimer dans des fioles ou
dans
@

D E C H I M I E. 241

dans un matras, comme devant: séparez encore la
matière du milieu, comme nous avons dit, & la remettez
sublimer dans d'autres fioles pour la troisième
fois: séparez enfin la terrestréité du fond & la
fuliginosité du cou des fioles, & gardez le sublimé
du milieu qui sera fort bien dulcifié, vous en
aurez vingt-six onces & demie. Son usage est pour Poids.
toutes sortes de maladies vénériennes, il est dés-obstructif
& il tue les vers; la dose en est depuis dix Vertus.
jusqu'à trente grains en pilules; il purge doucement Dose.
par les selles. Si vous le faites sublimer encore deux
ou trois fois, il perdra sa vertu purgative, & il sera Sublimé
plus disposé à agir par la transpiration & par la salivation. doux, su-
blimé cinq
Si au contraire vous vous contentez de deux sublimations ou six fois.
pour faire vôtre sublimé doux, il sera Sublimé doux
plus purgatif que celui qui aura été sublimé trois sublimé seu-
fois. lement deux
fois.
R E M A R Q U E S.

I L faut observer de ne jamais pulvériser le sublimé Il ne faut
corrosif dans un mortier fait de métal, parce qu'il point met-
le corroderait & en emporterait une partie qui gâterait tre le su-
l'opération; les mortiers de verre, de marbre blimé en pou-
& de pierre sont plus convenables, parce qu'ils dre dans un
ne peuvent donner aucune méchante impression à mortier
la matière. de métal.
Plusieurs Auteurs qui ont donné la description du
sublimé doux, demandent qu'on mêle avec le sublimé
corrosif un égal poids de mercure coulant jusqu'à
ce qu'il y soit entièrement éteint, & qu'il n'y paroisse
plus aucune boule: cette méthode serait la meilleure
si elle était possible; car plus on charge le sublimé
corrosif de vif-argent, plus on l'adoucit, en divisant
& absorbant ses pointes, mais on ne peut pas faire Le subli-
recevoir tant de mercure coulant au sublimé corrosif: mé corro-
Q sif.
@

242 C O U R S
ne prend quand il en a reçu à peu près la quantité que j'ai
qu'une marquée, le reste demeure sans se muer, quelque
quantité temps qu'on emploie à remuer & broyer le mélange.
de mercu- Et si vous mettez sublimer cette matière, une
cure cou- partie du vif-argent superflu sera dissipé par le feu,
lant. & l'autre demeurera coulante sur le sublimé, d'où
il faudra la séparer: car si vous l'y laissez dans les
sublimations suivantes, le mercure cru se dissipera
entièrement par le cou du matras: j'ai même tenté
en faisant le sublimé doux par la manière que je viens
de décrire, de faire entrer en la seconde sublimation
encore un peu de mercure coulant; j'en ai mêlé assez
exactement dans le mortier avec la matière pulvérisée,
mais la sublimation l'en a fait séparer entièrement.
Il faut Quand on se sert d'un matras pour cette opération,
que le il faut en avoir auparavant coupé le tiers ou la moitié
matras du cou; car quand on la fait dans des matras à cou
soit court: long, une grande partie de la fuliginosité ne pouvant
monter jusqu'au haut, retombe sur le sublimé, & empêche
qu'il ne se dulcifie bien, parce qu'elle contient
ce qu'il y a de plus acre, au lieu que cette fuliginosité
sort facilement des fioles ou des matras qui ont
un cou court. Il faut que les deux tiers de chaque
vaisseau demeurent vides, autrement le mercure qui
se raréfie comme un esprit, les crèverait. Ce qui se
trouve attaché au cou des fioles étant trop âcre pour
s'en servir par la bouche, on peut l'employer dans
les onguents pour la galle ou pour les dartres.
Le sublimé doux s'élève bien plus facilement par
le feu, que ne fait le sublimé corrosif, parce qu'il
est moins chargé d'acide. Il ne serait nécessaire que
d'environ trois heures de bon feu pour le sublimer
tout-à-fait; mais il ne suffit pas qu'il soit sublimé,
il faut encore que la matière circule dans le matras
ou dans les fioles pendant quelques heures, afin
que les pointes acides du sublimé corrosif se choquant
@

D E C H I M I E. 243

rudement contre les boules du mercure, le
brisent.
La poudre qu'on a mise dans les fioles ou dans
le matras était grise, parce que le vif-argent qui
n'était étendu & divisé que superficiellement &
grossièrement, lui avoir laissé sa couleur; mais à
mesure qu'elle est poussée par le feu, elle acquiert
en se sublimant une couleur blanche, parce que les
parties de ce vif-argent sont pénétrées & raréfiées
par les pointes acides du sublimé corrosif, ce qui
les dispose à réfléchir la lumière de plusieurs cotés
en droite ligne: par cette même raison la matière
sublimée deux fois, est plus blanche que celle qui n'a
reçu qu'une sublimation, & celle qui a été sublimée
trois fois, est encore plus blanche: car quoique les
acides se brisent dans les sublimations, les fragments
de leurs pointes ne laissent pas de s'introduire dans
les pores du mercure & d'en diviser les parties insensibles.
Le sublimé s'attache autour des fioles ou du matras
en forme de pierre dure, parce que les acides ont
accroché & lié ensemble les boules du mercure, &
en ont fait un corps. Si le feu n'a été que médiocrement
fort, le sublimé sera moitié en pierre & moitié
en matière raréfiée très blanche; il importe peu
de quelle manière il soit formé, pourvu que la matière
ait été bien sublimée, & qu'étant mise sur la
langue, elle n'y fasse aucune impression d'âcreté;
néanmoins on estime ordinairement plus le sublimé
doux en pierre que, parce qu'ayant été plus
cuit par le feu, ses pointes acides doivent avoir été
plus brisées.
Le sublimé qui se fait dans un matras, diminue à Diminu-
chaque sublimation de demi-once; ainsi l'on trouve tion de la
une once & demie de diminution quand l'opération matière en
est achevée. sublimant.
On retire six dragmes tant de scories que de terre Par sco-
Q 2 rie on
@

244 C O U R S
entend légère du fond. Il ne s'est par conséquent perdu que
une ma- deux dragmes de matière à chaque sublimation.
tière de Si vous faites l'opération dans des fioles, le
fuligino- sublimé diminuera de demi-once davantage. L'on y
sité atta- trouvera une once de scories & de terre.
chée au La raison pourquoi il se fait plus de diminution
cou du quand on fait l'opération dans des fioles, que quand
matras. on la fait dans un matras, c'est que la matière trouvant
plusieurs ouvertures, elle se dissipe davantage que
quand elle n'en trouve qu'une.
Comment II semble un peu étrange d'abord, qu'un si fort
le sublimé poison comme le sublimé corrosif ait été réduit en un
corrosif remède si doux par la seule addition du mercure; mais
devient on ne s'en doit point étonner, lorsqu'on considérera
doux par que ces esprits qui faisaient la corrosion, parce qu'ils
l'addition étaient ramassés en un petit espace, s'étant étendus
du mercu- & occupant beaucoup plus de lieu qu'ils ne faisaient,
re. ne doivent plus agir avec tant de force, outre que par
Pourquoi l'action du feu réitérée, ils ont émoussé la plus subtile
les par- partie de leurs pointes contre le corps du mercure.
ties du su- Et c'est ce qui se peut remarquer dans la figure départies
blimé doux du sublimé doux, car on y verra des pointes
sont moins incomparablement plus grossières que ne sont celles
aiguës que du sublimé corrosif.
celles du Le purgatif du sublimé doux consiste dans ce qui y
sublimé reste d'acides; c'est pourquoi si l'on réitère les sublimations
corrosif. encore deux ou trois fois, le sublimé ne sera
En quoi plus purgatif, mais seulement sudorifique, plus
consiste le propre alors à donner le flux de bouche qu'il n'était;
purgatif car s'étant dépouillé des sels qui lui faisaient exciter
du subli- ce picotement de purgatif dans les intestins, il aura
mé doux; plus de disposition à se raréfier dans le corps, & à se
joindre au ferment des tumeurs véroliques.
Ce qui ar- Si au lieu de douze onces de vif-argent que je
riverait si mêle dans cette opération avec seize onces de sublimé
l'on mé- corrosif, on n'y en incorporait que dix onces,
lait trop le sublimé après les trois sublimations serait plus
peu de
@

D E C H I M I E. 245

cristallin & plus purgatif qu'il n'a coutume d'être, vif-argent
parce que les acides du sublimé corrosif trouvant avec le su-
moins de matière pour s'étendre, & par conséquent blimé cor-
pour rompre leurs pointes, ils retiendraient un peu rosif
plus de la figure & de la subtilité qu'ils avaient auparavant, quand on
& ils exciteraient dans le corps une fermentation fait le su-
de purgatif beaucoup plus forte avec trenchées: blimé doux.
car le sublimé corrosif n'est adouci qu'à proportion
de alcali que l'on y mêle: or le mercure est un alcali
en cette occasion.
Je trouve fort inutile de s'appliquer à rendre le Le prin-
sublimé doux purgatif par le ventre; il me paraît cipal effet
même qu'on le détourne par là de son principal effet, du subli-
qui est de fureter par tout le corps & de s'attacher mé doux ne
aux sels acides malins, véroliques ou nuisibles, vient pas
pour ensuite les entraîner avec lui par la transpiration de sa qua-
ou par les selles, ou par les urines, ou par la salivation: lité purga-
car quand vous l'avez rendu purgatif, les tive.
acides qu'il contient, le déterminent à se précipiter
par le ventre, & ils empêchent qu'il n'ait le temps ni
la volatilité suffisante pour se distribuer par tout le
corps. De plus, comme une grande partie des pores
de ce mercure sont déjà remplis des acides du sublimé
corrosif, il ne se trouve que peu ou point de place
pour ceux du corps. j'estime donc que le sublimé
doux fait suivant la description que j'ai donnée, en
mêlant douze onces de mercure cru avec seize onces
de sublimé corrosif, vaut beaucoup mieux, quoiqu'il
ne soit guère purgatif, que celui où il n'entrerait que
dix onces de mercure cru sur les seize onces de sublimé
corrosif. Effets du
Je dis la même chose du sublimé doux qui n'a été sublimé
sublimé que deux fois; les acides en celui-ci ont doux au-
trouvé assez d'étendue, mais ils n'ont pas été suffisamment quel on
brisés; c'est pourquoi ce sublimé est plus s'est con-
purgatif que quand on l'a sublimé trois fois; plusieurs tenté de
le vantent beaucoup à cause de cette qualité pour les deux subli-
Q 3 mations.
@

246 C O U R S
maladies vénériennes; mais quand il s'agit de purger
dans ces occasions, nous ne manquons pas de purgatifs
auxquels il y a plus de sûreté qu'à ce sublimé:
l'âcreté qui vient du sublimé corrosif, si petite qu'elle
soit, doit être toujours suspecte. On pourra mêler
du sublimé doux dans les purgatifs quand on voudra,
comme on fait tous les jours , sans crainte d'accident,
& il produira un effet meilleur que l'autre.
D'où Le nom d'Aquila Alba a été donné au sublimé
vient le doux à cause de sa volatilité qui approche en quelque
nom d'A- manière du vol d'un oiseau, à cause de sa couleur
quila Al- blanche. D'ailleurs il a été à propos d'adapter à cette
ba. préparation un autre nom que celui de sublimé
qui fait peur aux malades.
Quand on veut mettre en poudre le sublimé doux,
il est à propos que ce soit toujours dans un mortier
de marbre ou de verre, non pas dans un mortier
de métal; car encore qu'il ne fût pas capable de corroder
le métal comme ferait le sublimé corrosif, il
pourrait comme mercure le pénétrer & en prendre
une impression; mais en quelque espèce de mortier
Le subli- qu'on pulvérise le sublimé doux, il acquiert toujours
mé doux une couleur jaunâtre à mesure que le pilon frappe dessus;
devient ce qui ne provient que d'un arrangement différent
jaunâtre qu'on donne aux parties insensibles de la matière,
quand on & qui ne préjudicie point à sa qualité. Si pourtant
le met en cette couleur fait de la peine & qu'on veuille l'éviter,
poudre. on pourra réduire le sublimé doux en poudre très
subtile ou en fleurs par la méthode suivante.
Remplissez le tiers ou la moitié d'une cornue de
verre, de sublimé doux grossièrement pulvérisé, placez-la
dans un fourneau sur le sable & y adaptez un
ballon de verre qui soit percé en un de ses côtés d'un
fort petit trou; lequel côté sera le dessus du ballon
quand il sera joint à la cornue; lutez exactement les
jointures, & faites un feu gradué dans le fourneau
jusqu'au troisième degré: continuez-le en cet état,
@

D E C H I M I E. 247

tout le sublimé doux passera en belles fleurs blanches Sublimé
dans le récipient, lequel s'il n'était percé crèverait: il doux réduit
ne se dissipera qu'une très légère quantité de la matière en fleurs
par le petit trou: on séparera ces fleurs du récipient blanches.
en le secouant; elles ont mêmes vertus que le Vertus.
sublimé doux ordinaire, excepté qu'elles sont un peu
moins purgatives.
Si par curiosité, vous humectez du sublimé doux Sublimé
pulvérisé avec de l'esprit volatil de sel armoniac, il noir.
prendra une couleur noire, & quand il aura été séché,
il sera gris-brun; ce changement de couleur
vient de ce que le sel volatil qui est dans l'esprit
étant un alcali très pénétrant, a brisé les pointes qui
étaient reliées dans le sublimé doux, & ayant rendu
la matière plus poreuse, lui a donné une disposition
à retenir & à renfermer la lumière, pour produire
le noir, qui est proprement une privation de
couleur. Ce sel volatil n'a produit aucun mauvais
effet au sublimé doux, au contraire il l'a encore un
peu dulcifié, & l'a rendu plus propre à agir par la
transpiration. Sa couleur noire ne se dissipera point
par la lotion.
Si dans l'opération du sublimé doux on emploie Le subli-
le sublimé corrosif qui a été fait sans vitriol, on y mé corro-
remarquera quelques circonstances un peu différentes sif fait
de celles qui arrivent ordinairement. Premièrement sans vi-
au lieu que le sublimé corrosif commun incorpore triol ne
& reçoit les trois quarts de son poids de mercure prend que
cru, comme il a été dit, celui-ci ne peut en la moitié
prendre guère plus que la moitié de son poids, ce de son poids
qui vient apparemment de ce que ce sublimé fait de vif-
sans vitriol ne contient pas tant d'acides que l'autre: argent.
car ce sont les acides qui enveloppent le mercure
cru en cette occasion. En second lieu, ce sublimé
n'atteint jamais à une si grande blancheur que l'autre:
sa couleur après les trois sublimations tire tant soit
peu sur le gris; il est pourtant aussi bien dulcifié par
Q 4
@

248 C O U R S
une médiocre quantité de mercure cru qu'il a prise
ou absorbée, que le sublimé corrosif ordinaire l'est
par une plus grande, parce qu'il en a reçu autant qu'il
en pouvait contenir, car c'est cette imprégnation ou
ce mélange de mercure qui fait l'adoucissement du
sublimé.
Les prépa- Le mercure, de quelque préparation qu'il soit, ne
rations du doit être pris par la bouche ou en pilules & non jamais
mercure doi- en potion, de crainte qu'en s'arrêtant dans les
vent être gencives, il ne gâtât les dents & ne les ébranlât.
prise en
pilules. ----------------------------------------------------------
Panacée Mercurielle.
C 'Est un sublimé de mercure dulcifié par beaucoup
de sublimations & par l'esprit de vin.
Prenez la quantité qu'il vous plaira de sublimé
doux préparé, comme je l'ai décrit: réduisez-le en
poudre dans un mortier de marbre ou de verre, & le
mettez dans un matras dont les trois quarts demeurent
vides, & duquel vous aurez coupé le cou au
milieu de sa hauteur: placez ce matras dans un fourneau
au bain de sable, & faites dessous, un petit feu
pendant une heure pour échauffer doucement la matière:
augmentez-le peu-à-peu jusqu'au troisième degré,
& le continuez en cet état environ cinq heures;
la matière se sublimera pendant ce temps-là:
laissez refroidir le vaisseau & cassez-le, rejetez comme
inutile un peu de terre légère de couleur rougeâtre
qui se trouvera au fond, & séparez du verre tout
vôtre sublimé ! remettez-le en poudre & le sublimez
dans un matras comme devant: réitérez des sublimations
encore sept fois, changeant de matras à chaque
fois & rejetant la terre légère: réduisez vôtre
sublimé en poudre impalpable sur le porphyre, & le
mettez dans une cucurbite de verre; versez-y de l'esprit
de vin alcoolisé jusqu'à la hauteur de six doigts
@

D E C H I M I E. 249

couvrez la cucurbite de son chapiteau, & laissez la
matière en infusion pendant quinze jours, l'agitant
de temps en temps avec une spatule d'ivoire: placez
ensuite vôtre cucurbite au bain-marie ou au bain
dé vapeur; adaptez un récipient au bec de l'alambic:
lutez les jointures exactement avec de la vessie mouillée,
& par un feu modéré vous ferez distiller tout
l'esprit de vin: & laissez refroidir les vaisseaux, & les
délutez; vous trouverez vôtre panacée au fond de la
cucurbite; si elle n'est pas assez sèche, vous la ferez
sécher par un petit feu de sable en la remuant avec
une spatule d'ivoire ou de bois dans la cucurbite
même, jusqu'à ce qu'elle soit revenue en poudre;
gardez-la dans un vaisseau de verre.
C'est un fort bon remède pour toutes les maladies Vertus.
vénériennes, pour les rhumatismes invétérés, pour
les obstructions, pour le scorbut, pour les scrofules,
pour les écrouelles, pour les dartres, pour la
galle, pour la teigne, pour les vers & les ascarides ,
pour les vieux ulcères: La dose en est depuis six Dose.
grains jusqu'à deux scrupules dans un peu de conserve
de rose en bolus.
On peut aussi former la panacée mercurielle en Panacée
petites pilules avec le mucilage de gommé adragant: en pilu-
elle est fort facile à avaler de cette manière. les.

R E M A R Q U E S.

L E nom de Panacée vient de ces mots Grecs πα̑ν & Etymolo-
ἅχος, d'où il dérive au pluriel πανάχεια, c'est-à- gie.
dire, Remedium universale, remède universel, ou du
mot πἅν, qui signifie omne, tout, & du verbe ἀχέομα
c'est-à-dire, sano, je guéris, quasi omnia sanans.
J'ai donné la raison dans les remarques sur le sublimé
doux, pourquoi le matras dans lequel on fait
cette opération, doit avoir un cou court, & pourquoi
il faut qu'il y demeure beaucoup de vide.
@

250 C O U R S
Il ne suf- Il ne faut que deux ou trois heures de feu pour
fit pas que faire sublimer toute la matière; mais il est bon de le
la matière continuer encore, afin que les parties du sublimé se
se sublime, raréfient & circulent dans le matras, car par ce
il faut qu'el- moyen, ce qui est resté des pointes acides se brise,
le circule & par les sublimations réitérées se réduit en fragments
pour être plus si petits & si émoussés, qu'il ne leur reste
adoucie: plus presque plus d'action; c'est ce qui fait que plus de
on la sub- fois on sublime le sublimé doux, & moins il est purgatif.
lime & moins
elle est La terre légère est une portion de la résidence du
purgative. sublimé corrosif que ce sublimé avait entraînée avec
Terre lui, qui se sépare dans toutes les sublimations,
légère, mais on en trouve davantage dans les premières que
c'est une dans les dernières; elle retient quelque couleur rouge
tête mor- du vitriol calciné, c'est proprement une tête morte.
te. Le mercure s'est chargé de tous les acides qu'elle
pouvait contenir, c'est pourquoi elle est fort légère;
elle était si bien mêlée dans les sublimés, qu'elle n'y
paraissait aucunement; mais à mesure qu'ils sont raréfiés
par le feu, elle s'en sépare & elle se précipite au
Vertus. fond du matras. Elle pourrait servir extérieurement
pour la gratelle & pour les dartres mêlée dans les pommades;
mais comme le sublimé agit beaucoup mieux
en cette occasion on ne s'en sert point.
Après ces trois sublimations du sublimé doux, on
ne doit plus chercher de fuliginosités; la poudre qui
s'attache au cou des matras est aussi blanche & aussi
douce que l'autre sublimé; il faut mêler le tout ensemble.
La matière se volatilise de plus en plus par les sublimations
réitérées; car j'ai toujours aperçu que
les dernières étaient plutôt faites que les premières.
Cette volatilisation est une des principales causes
pourquoi la panacée excite beaucoup mieux le flux
de bouche, que ne fait le sublimé doux, car sa détermination
la porte bien plus à s'élever vers la tête.
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D E C H I M I E. 251

Ces neuf sublimations que je décris pour cette opération, On fait
jointes aux trois qu'on avait données au sublimé sublimer
doux, font douze sublimations, ce qui doit être douze fois
suffisant pour détruire les acides du sublimé corrosif la Pana-
autant qu'ils le peuvent être & pour rendre la matière cée.
douce, c'est-à-dire privée d'âcreté; mais en cas Pourquoi
qu'il y fût resté encore quelques pointes qui n'eussent on la met
pas été assez brisées, l'esprit de vin dans lequel je tremper
fais tremper le sublimé en poudre, doit les lier & les dans l'es-
embarrasser par ses parties rameuses; je laisse le tout prit de vin.
quinze jours en digestion, l'agitant de temps en temps,
afin que cet esprit sulfureux ait le temps & la facilité
de pénétrer dans les pores du sublimé.
Le bain de vapeur ou le bain-marie sont les plus
propres pour retirer l'esprit de vin par la distillation,
le bain de sable ferait casser la cucurbite, parce que
la matière étant pesante, elle en occupe tout le fond;
& les parties du feu ne pourraient passer qu'avec
grand effort; il faut garder cet esprit de vin distillé
pour une opération pareille.
Si l'on ne veut point se donner la peine de faire distiller
l'esprit de vin, on n'a qu'à le séparer par inclination
ou par filtration de dessus la matière, il n'emportera
avec lui aucune partie sensible de la panacée.
Ce que j'ai reconnu en faisant distiller cet esprit de
vin, car il ne resta rien au fond du vaisseau, & en pesant
la panacée après l'avoir fait sécher, car elle n'avait
point du tout diminué de son poids.
Si vous avez employé dans cette opération soixante Poids.
& dix onces de sublimé doux, vous retirerez soixante
& deux onces de panacée.
Vous pouvez la réduire en belles fleurs blanches, Panacée
comme j'ai dit du sublimé doux. en fleurs.
Vous pouvez aussi la rendre noire en l'humectant Panacée
avec un peu d'esprit volatil de sel armoniac, comme noire.
il a été dit pour le sublimé doux.
Le mucilage de gomme adragant est ce qu'on peut
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252 C O U R S
employer de plus convenable pour mettre la panacée
pulvérisée en pâte, & la réduire ensuite en grains
ou petites pilules, car ce mucilage est agglutinant,
propre à corporifier les parties de la matière, & incapable
de communiquer aucune qualité; mais il n'y
en faut faire entrer que ce qui est nécessaire pour malaxer
la pâte, car si l'on en mettait trop, les grains
deviendraient trop durs, se dissolvant difficilement
dans les viscères, le malade qui les aurait avalés,
en rejetterait quelques-uns par les selles en la
même forme qu'ils étaient sans qu'ils eussent produit
aucun effet: C'est ce que j'ai vu arriver à l'égard
de certains petits grains de panacée très durs &
solides qu'on a eu soin de polir, d'arrondir parfaitement,
& de rendre luisants comme des petites perles,
afin de les rendre agréables à vue: il vaut
mieux que le remède ait moins d'agrément, & qu'il
produise mieux son effet.
Différen- La panacée mercurielle agit par extinction, par
tes actions transpiration, par salivation & par purgation.
de la pa- Elle agit par extinction lorsque s'étant liée avec les
nacée mer- humeurs acides qui se rencontrent en trop grande
curielle. quantité dans le corps d'un malade, elle les adoucit &
Par extin- elle empêche leur action, c'est par cette raison qu'elle
tion. est bonne pour les obstructions, pour les scrofules,
car ces maladies sont ordinairement entretenues par
une humeur acide qui fait le coagulum dont les petits
vaisseaux sont bouchés: or quand la cause en est
ôtée, le reste de l'humeur se dissout facilement.
Par trans- Elle agit par transpiration quand étant poussée par
piration. la chaleur du corps, elle fort par les pores, & elle entraîne
l'humeur avec qui elle s'était liée; c'est de cette
manière qu'elle guérit les dartres, la galle, la teigne,
les vieux ulcères, les rhumatismes.
Par la sa- Elle agit par la salivation quand elle est sublimée
livation. avec les sels acides dont elle s'est empreinte jusqu'à la
tête où elle ouvre les vaisseaux salivaires de la bouche,
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D E C H I M I E. 253

et elle y excite des petits chancres, comme je l'ai expliqué
ci-devant; mais il est bon d'observer qu'elle
n'opère point avec tant de force que les frictions: La
raison en est que les pores de la panacée étant à demi
remplis des fragments des acides qui étaient dans le
sublimé, ils ne peuvent pas tant recevoir des acides
du corps, comme fait le mercure cru qu'on emploie
dans les frictions; car le vif-argent ne peut s'empreindre
d'acides que d'autant qu'il en faut pour remplir
ses pores, ainsi les chancres de la bouche ne doivent
pas être si grands ni si âcres, puisque le mercure
n'est corrosif qu'à proportion de ce qu'il contient de
pointes acides entières.
Elle agit enfin par purgation, soit par la fermentation Par pur-
que peuvent causer les fragments des pointes acides gation.
qui sont demeurés attachés au mercure, soit par
la précipitation causée par des sels fixes qui se rencontrent
dans le corps, mais le plus souvent elle ne
purge point, ou bien elle purge très peu, c'en en
quoi elle diffère de l'Aquila Alba, qui lâche le ventre
bien plus fort.
La panacée excite le flux de bouche bien plus promptement Pourquoi
que ne ferait le sublimé doux, parce qu'étant la panacée
moins déterminée à purger par bas, elle se sublime mercurielle
bien plus facilement vers la tête; car il n'y a rien gui excite la
empêche tant la salivation comme le purgatif. salivation
Quand on veut exciter le flux de bouche par le plus promp-
moyen de la panacée seule, à une personne qui a été tement que
purgée, saignée & baignée, comme on a coutume de le sublimé
préparer un malade en ces occasions; il faut commencer doux.
par lui en faire prendre dix grains le matin & autant Méthode
le soir: le lendemain on en donnera quinze grains pour exciter
le matin & autant le soir: Le troisième jour on en flux de bou-
donnera vingt grains le matin & autant le soir. Le che par le
quatrième jour on en donnera vingt-cinq grains le matin moyen de
& autant le soir: Le cinquième jour on en donnera la pana-
trente gains le matin & autant le soir. On con- cée.
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254 C O U R S
tinuera ainsi à augmenter la dose jusqu'à ce que le
flux de bouche vienne copieusement, & alors on l'entretiendra
en donnant de deux en deux jours, ou de
trois en trois jours douze grains de panacée. La salivation
qui a été excitée par ce remède, n'étant pas si
forte que celle qu'on a procurée par les frictions, il
est bon de la faire durer plus longtemps, ainsi pour
une parfaite guérison il serait nécessaire qu'on la
continuât trente jours ou environ.
La pana- Beaucoup de gens préfèrent l'usage de la panacée
cée agit aux frictions & aux autres manières d'exciter le flux
douce- de bouche, parce qu'elle agit doucement & qu'elle
ment. n'est point sujette a causer des accidents dangereux
comme font les frictions, les fumigations & les emplâtres.
En effet on peut dire que c'est la méthode la
moins dégoûtante pour guérir de la vérole: la bouche
n'est que modérément ulcérée, les lèvres & la
langue peuvent se remuer avec une douleur supportable,
& les joues ne paraissent que peu enflées; plusieurs
même usent de la panacée en vaquant à leurs
affaires sortant tous les jours; ceux-là n'ont le flux
de bouche que légèrement, ils se contentent de crachoter,
comme on dit communément, & s'ils sentent
que la salivation vienne trop vite à leur gré,
ils prennent aussitôt un purgatif, qui la modère en
peu de temps, en faisant précipiter une partie du
mercure; ils font durer cette petite salivation jusques
à trois mois, se purgeant de temps en temps par
les selles, & prenant aussi quelquefois du tartre
émétique.
Signes de Ces méthodes sont bonnes pour guérir des véroles
la grosse faibles & douteuses, comme on en voit beaucoup,
vérole. des rhumatismes obstinés qui partent d'un fond vérolique,
des vieux ulcères, des dartres , des écrouelles
dans leur commencement, & plusieurs autres maladies.
Mais quand on voit une vérole bien enracinée,
qui a étendu sa malignité dans plusieurs parties du
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D E C H I M I E. 255

corps, quand il y a des nodus, des pustules avec croûte,
des ulcères virulents & sordides; quand le poil
tombe; quand on sent de grandes douleurs à la tête
& dans les jointures; quand on est triste, pesant,
engourdi; quand on a des hémorroïdes malignes,
qu'il paraît des chancres en quelques endroits: en
un mot, quand on est certain d'une vérole dans les
formes, parce qu'une gonorrhée, ou un chancre, ou
un poulain auront été dissipés sans ouverture ni évacuation
sensible. Je trouve par les expériences que
j'ai faites de toutes les manières de traiter cette maladie,
qu'il est bien plus sûr pour en guérir, d'exciter
un bon & fort flux de bouche par le moyen des
frictions à la méthode accoutumée, après avoir bien
préparé le malade par la saignée, les purgations &
le bain. Car nous voyons souvent ceux qui le sont
contentés de la panacée en telles occasions, à demi
guéris & contraints de recourir de nouveau au remède,
soit parce qu'on ne leur a pas excité un flux de
bouche assez fort ni assez long, soit parce que la panacée,
dont les pores sont déjà à demi remplis, n'est
pas suffisante pour enlever les sels acides qui sont la
cause principale de la vérole.
Un bon usage qu'on peut faire de la panacée en Il est bon
cette occasion, c'est d'en donner au malade les mêmes de donner
jours qu'on le frotte, & alors on lui épargne la panacée
quelques frictions; car le flux de bouche vient plutôt dans le
& avec plus de douceur, que si l'on n'en avait temps des
point fait prendre. On entretient aussi son flux de frictions.
bouche, & on l'augmente quand on veut par le même
remède, lequel on conduit selon la nécessité, en le
donnant en plus petite ou en plus grande dose.
On prend ordinairement la panacée en petites pilules Pilules
formées avec le mucilage de gomme adragant ou dragées
en façon de dragées: on les avale sans les mâcher de panacée
mais quelquefois il se rencontre des estomacs faibles mercuriel-
qui ne les dissolvent point, & l'on trouve dans le.
@

256 C O U R S
leurs excréments les pilules toutes entières, comme
il a été dit; c'est pourquoi j'aimerais mieux qu'on
la prît en poudre, mêlée dans uni peu de conserve
pour en faire un petit bolus: On peut même mettre
Panacée la panacée en tablettes pour en faire mâcher à ceux
en bolus. qui sont difficiles à recevoir le flux de bouche, car
il se rencontre assez souvent des corps si difficiles à
émouvoir, que huit ou dix frictions, & un grand
nombre de prises de panacée, ne sont pas capables
de leur exciter le flux de bouche ni le flux de ventre.
Il est dan- Il ne faut point alors s'obstiner à les frotter:
gereux de l'expérience montre qu'après un certain nombre de
faire rece- frictions, si le malade ne reçoit point le flux de bouche,
voir trop on perd son temps en continuant, & il en peut
de mercu- arriver un préjudice considérable; car cette grande
re au ma- quantité de mercure qu'on fait entrer dans le corps
lade. est capable de causer une paralysie en quelque partie,
en bouchant le passage des esprits dans les nerfs.
On doit craindre d'autant plus cet accident en cette
occasion, qu'il ne se fait point d'évacuation sensible.
Il est vrai qu'il y a bien de l'apparence que la plus
grande partie de ce mercure, ne trouvant pas assez
d'acide pour se fixer, sort par la transpiration, &
enlève avec elle le plus subtil du venin vérolique,
puisqu'on remarque ordinairement que les accidents
cessent, & que le malade semble guéri; mais il est
à présumer aussi qu'il reste considérablement du vif-
argent dans le corps. On ne doit donc point donner
Emétique plus de cinq frictions à un malade; si le flux de bouche
peur exci- ne vient pas, il faut lui faire prendre une dose
ter le flux de tartre émétique ou d'un autre vomitif; on le remettra
de bou- au bain, dans lequel on lui fera mâcher une
che. tablette de panacée faite sans feu de la manière suivante.
Tablette Prenez une once de panacée, deux onces de sucre
de pana- fin, un scrupule de cannelle & autant d'iris de Florence
cée. pulvérisés; mêler le tout ensemble & le malaxez
dans
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D E C H I M I E. 257

dans un mortier de marbre avec une quantité suffisante
de mucilage de gomme adragant fait dans l'eau de
fleur d'orange pour en composer une pâte dont vous
formerez de petites tablettes ou pastilles du poids
d'une dragme, que vous laisserez sécher pour vous en
servir. Si l'on employait le feu pur faire ces tablettes,
la panacée se dissiperait en l'air, peut-être que
l'Artiste s'en ressentirait.
J'ajoute l'iris & la cannelle pour donner dans la bouche
un peu d'âcreté qui puisse ouvrir les vaisseaux lymphatiques,
& exciter la salivation. On peut mettre du
gingembre à la place de la cannelle, si l'on veut que les
tablettes échauffent la bouche davantage.
On peut encore faire prendre de la panacée en poudre
dans un jaune d'oeuf.
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Mercure précipité blanc.

L E précipité blanc est un mercure dissout par l'esprit
de nitre & précipité par le sel, en une poudre
blanche.
Faites dissoudre dans une cucurbite de verre seize
onces de mercure revivifié du cinabre, avec dix-huit
ou vingt onces d'esprit de nitre. La dissolution étant
faite, versez dessus de l'eau salée filtrée, faite avec
dix onces de sel marin fondues dans deux pintes
d'eau, ajoutez à tout cela environ une once d'esprit
volatil de sel armoniac, il se fera un précipité très
blanc que vous laisserez suffisamment rasseoir; puis
ayant versé l'eau par inclination, vous le laverez diverses
fois avec de l'eau de fontaine, & vous le ferez
sécher à l'ombre. On s'en sert pour exciter le flux Usages.
de bouche, il est un peu vomitif: La dose en est de Dose.
puis quatre jusques à quinze grains en pilules: on
en mêle aussi dans les pommades pour les dartres &
pour les gratelles depuis demi-dragme jusques à
deux dragmes pour once. R
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258 C O U R S
R E M A R O U E S.
Il faut Quoique je décrive dix-huit ou vingt onces d'esprit
mettre de nitre pour la dissolution de seize onces
plus ou de mercure, il n'est pas fort nécessaire de s'attacher
moins toujours à cette quantité. On en peut mettre un peu
d'esprit de plus ou un peu moins selon la force de l'esprit, ou
nitre se- selon qu'il aura été plus ou moins déphlegmé. Je
selon la n'en mets d'ordinaire que le même poids du vif-argent,
force qu'il parce que l'esprit de nitre que j'emploie, est
aura. exactement déphlegmé. On peut aussi se servir d'eau
forte au lieu d'esprit de nitre.
La dose du précipité blanc doit être plus petite que
celle du sublimé doux, parce qu'il y est resté davantage
d'esprit acide; mais si l'on fait sublimer ce précipité
Sublimé tout seul dans un matras, à feu gradué, on aura
doux. un sublimé aussi doux que l'autre, parce que le feu
l'ayant agité, aura rompu beaucoup de ses pointes;
& l'on en pourra donner alors la même dose que
du sublimé doux ordinaire.
Ce sublimé doux aura beaucoup de rapport avec
celui qui est fait avec un mélange de mercure & de
sel décrépité seuls sans vitriol, & qu'on à dulcifié
comme je l'ai dit; car il vient d'une préparation où il
est entré du vif-argent & du sel marin: il est vrai
que ce sel marin n'y a servi que de précipitant, &
que le précipité a été lavé, mais quelques lotions
qu'on ait faites au mercure, il demeure toujours
empreint de parties du sel qui a servi à le faire précipiter.
Le sublimé qu'on fait avec le précipité blanc s'élève
avec facilité, & il ne s'en sépare qu'une petite
quantité d'une poudre légère, jaune, salée, inutile,
qui tombe au fond du vaisseau. On peut réitérer cette
sublimation une ou deux fois; la matière diminuera
peu à chaque fois. Il y a de l'apparence que
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D E C H I M I E. 259

cette poudre jaune & salée qui s'en est séparée,
& qui provenait du sel qui était demeuré dans le
précipité blanc, contribuait à exciter son action vomitive,
car étant détaché par la sublimation, le sublimé
n'a plus été vomitif.
La précipitation du mercure se peut faire par l'es Un acide
prit de sel, comme par le sel en substance. Elle n'est fait préci-
pas si facile que celle du bismuth, parce que les pores piter ce
du mercure étant plus petits que ceux de l'étain qu'un autre
de glace, ils retiennent avec plus de force, les acides tre acide
qui y sont comme enchâssés. De plus, comme le vif- avait dis-
argent est volatil de sa nature, il demeure bien plus sout.
facilement suspendu dans la liqueur, que ne fait le
bismuth qui est un corps tout-a-fait fixe.
C'est une chose assez étonnante qu'un sel acide,
comme est le sel marin, fasse précipiter ce qu'avait
dissout l'acide de l'esprit de nitre. Pour résoudre cette
difficulté, il faut concevoir que quoique par la sensation
nous nous apercevions que les acides font
tous un même effet, qui est de picoter & de pénétrer:
ils différent néanmoins tous en figures de pointes;
car selon qu'ils ont reçut plus ou moins de fermentation,
ils ont aussi par conséquent des pointes plus ou
moins subtiles, aiguës cet légères; c'est ce qui se fait
assez connaître non seulement par le goût, mais même
par la vue; car si vous faites cristalliser une même
espèce de matière que vous aurez dissoute en divers
vaisseaux par l'esprit de sel, par l'esprit de nitre,
par l'esprit de vitriol, par l'esprit d'alun & par le vinaigre, Différents
vous remarquerez autant d'espèces de cristaux cristaux
en figure qu'il y a eu de dissolutions différentes: selon les
les cristaux faits par le vinaigre seront plus aigus que différents
ceux qui auront été préparés par l'esprit de nitre, acides.
ceux de l'esprit de nitre seront plus aigus que ceux de
l'esprit de vitriol, ceux de l'esprit de vitriol seront
plus aigus que ceux de l'esprit d'alun; mais de tous ces
cristaux il n'y en aura point de plus grossiers que ceux
R 2
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260 C O U R S
qui auront été préparés par l'esprit de sel, car ces cristaux
retiennent la figure des parties qui les composent.
Cela supposé, il sera aisé d'expliquer notre précipitation,
car le sel ou son esprit est composé de
pointes plus grossières ou moins délicates que celles
de l'esprit de nitre, tombant sur cette dissolution, il
choquera, il ébranlera, il rompra facilement les pointes
chargées du corps du mercure, & il leur fera lâcher
prise, d'où vient que le mercure se précipite par
sa propre pesanteur.
On peut expliquer par ce même raisonnement,
pourquoi le plomb dissout dans le vinaigre y est précipité
par l'esprit de vitriol ou par l'esprit de sel.
L'eau ne On doit observer de ne rendre pas l'eau trop salée,
doit pas de peur que la grande quantité du sel ne suspendit le
être trop mercure qui se voudrait précipiter.
salée. Si votre mercure est exactement précipité, vous
Il se perd trouverez une petite augmentation de poids à cause
souvent de quelques acides rompus de l'esprit de nitre & des
du préci- sels précipitants qui s'y sont tenus attachés; mais
pité dans comme ce métal est volatil & disposé à s'élever, il arrive
les lotions. ordinairement que l'eau séparée & les lotions en
entraînent une partie; c'est ce qui fait que souvent on
ne retire pas, même le poids du vif-argent qu'on a employée.
L'esprit volatil de sel armoniac contenant un sel
alcali, aide fort à la précipitation, car son mouvement
le porte à fureter par tous les endroits de la liqueur
où le sel marin duquel les parties ont bien
moins d'agitation, n'avait pu aller; ce qui se prouve,
parce que quand on ne se sert que du sel marin dissout
dans de l'eau pour faire cette précipitation, il arrive
que si après avoir versé la liqueur claire qui surnage
le précipité, dans un autre vaisseau, l'on jette dessus
goutte à goutte de l'esprit de sel armoniac, il se fait
encore considérablement du précipité de mercure qui
peut servir comme l'autre; si au lieu d'esprit volatil
@

D E C H I M I E. 261

de sel armoniac, on y verse de l'huile de tartre faite
par défaillance, il se fait un précipité rougeâtre.
L'esprit de sel armoniac tout seul précipiterait
bien la dissolution du mercure faite dans l'eau forte
ou dans l'esprit de nitre, mais le précipité ne
serait pas blanc.
Si au lieu des précipitants susdits on verse de l'urine Précipité
chaude sur la dissolution du vif-argent faite par de couleur
l'esprit de nitre, il se fera une ébullition qui sera suivie de rose
d'une précipitation de mercure en poudre de couleur pâle.
de rose pâle: on lavera plusieurs fois cette poudre,
& on la fera sécher, elle purge par bas: La Vertus.
dose en est depuis quatre jusques à dix grains; on Dose.
s'en peut servir dans les maladies vénériennes, pour
les obstructions, pour les vers, pour le scorbut, pour
la galle.
L'ébullition qui arrive dans cette dernière expérience, Cause de
montre que l'urine contient l'alcali; mais il n'y l'ébulli-
a pas lieu de s'en étonner puisque cette liqueur ayant tion.
long temps circulé dans les vaisseaux, elle s'est chargée
de beaucoup de parties terrestres lesquelles sont
poreuses, & par conséquent alcalines pour un acide
aussi fort qu'est l'esprit de nitre. C'est le plus grossier
de ces terrestréités qui fait le sédiment dans les pots
de chambre, & qui s'y attache en matière dure comme
du tartre.
Les terrestréités qui restent dissoutes naturellement
dans l'urine, s'étant unies avec l'esprit de nitre après
l'ébullition, il s'en fait un Coagulum qui se précipite
avec le mercure, & qui y demeure en partie nonobstant
les lotions, car l'eau n'en emporte que le plus
dissoluble. Ce Coagulum fait une petite augmentation Augmen-
de poids car si vous employez une once de vif-argent tation de
dans cette opération, vous retirerez neuf dragmes de poids,
précipité bien lavé & séché; c'est lui aussi qui empêche d'où elle
par sa pesanteur que le précipité ne soit émétique vient.
comme sont plusieurs autres précipités du mer- D'où vient
R 3
@

262 C O U R S
la vertu cure, car il fixe le remède & le détermine à pousser
purgative par les selles.
du préci- Pendant l'ébullition se rompt beaucoup des pointes
pité. de l'esprit de nitre par l'ébranlement & le choc
qu'elles font contre le corps de l'alcali, mais il en reste
encore assez pour exciter dans le corps la fermentation
de purgatif.
L'urine qu'on emploie doit venir de personnes saines;
elle doit être claire ou dépurée de son sédiment
autant qu'il se peut; mais quelque claire qu'elle paraisse,
elle est toujours chargée d'une portion de tartre:
il n'en faut verser sur la dissolution du mercure
que la quantité nécessaire pour faire l'ébullition & la
précipitation, afin qu'il ne se joigne point trop de ce
tartre d'urine au précipité. On en peut verser peu-à-
peu jusques à ce que l'ébullition cesse, ce qui montrera
que l'acide aura été suffisamment affaibli. On la
fait chauffer, afin qu'en excitant le mouvement des
parties, l'ébullition se fasse mieux, & par conséquent la
précipitation. Si après avoir séparé par le filtre le précipité
de couleur de rose d'avec la liqueur, vous versez
sur cette liqueur filtrée quelques gouttes d'esprit
volatil de sel armoniac ou d'huile de tartre; il se fera
un nouveau précipité de mercure qui sera noir, & qui
aura les mêmes qualités que le précédent.
Précipité On m'a fait deux objections sur la manière dont
noir de j'ai expliqué la précipitation que fait le sel marin,
mercure. des matières que l'esprit de nitre avait dissoutes.
Vertus. Premièrement, on dit qu'il n'est pas à propos de
Objection. faire intervenir d'ébranlement ni de secousses que
l'eau salée puisse donner aux pointes de l'esprit de nitre
chargées du corps qu'elles ont dissout pour le faire
précipiter, puisque tous les ébranlements ni les secousses
les plus violentes qu'on pourrait donner à cette
dissolution, soit avec le bras, soit avec des matières
beaucoup plus pesantes & plus solides que n'est le
sel marin, ne seraient pas capables de faire de précipitation.
@

D E C H I M I E. 263

Cette objection ne paraîtra pas une difficulté à ceux Réponse.
qui sont un peu versés dans la Physique; car encore
que j'aie dit que les pointes du sel marin étant plus
grosses que celles de l'esprit de nitre, le sel marin fera
précipiter ce que l'esprit de nitre tenait dessous &
suspendu; je n'ai pas entendu dire que si ces pointes
étaient grosses comme le bras, elles le feraient encore
mieux. On sait assez qu'il faut que le précipitant
soit proportionné en subtilité de parties au dissolvant,
& qu'on doit traiter les pointes d'un acide autrement
qu'à coups de poings pour leur faire lâcher prise;
mais j'ai eu dessein de faire concevoir, que si le
sel marin ébranle & secoue les pointes de l'esprit de
nitre, c'est qu'il se divise en parties assez menues pour
les aller trouver dans les pores du phlegme: ce qu'il
ne pourrait pas faire si ces parties étaient grosses
comme le bras, ou comme les matières solides & pesantes
dont on parle.
En second lieu, on dit que si la grosseur des pointes Objection.
du sel marin, leur choc ou leur ébranlement faisaient
la précipitation des substances dissoutes par l'esprit
de nitre, on devrait après trouver le premier avec ses
grosses pointes séparé de celle de l'esprit de nitre, au
lieu qu'en faisant évaporer & cristalliser la liqueur, on
trouve leurs pointes réciproquement confondues les
unes entre les autres, faisant ensemble un nouveau
corps.
Je réponds que le choc & l'ébranlement que donnent Réponse.
les pointes du sel marin à celles de l'esprit de
nitre chargées de quelques corps, n'empêchent point
que ce qui reste des pointes de l'esprit de nitre après
la précipitation, ne se lie & ne s'unisse avec le sel marin
pour rendre des cristaux confondus.
Quand on se contente suivant la méthode ordinaire, Pourquoi
de l'eau salée pour faire le précipité blanc sans le précipité
ajouter l'esprit de sel armoniac, le précipité devient blanc est
jaunâtre en séchant, il est aussi plus vomitif que celui- vomitif.
R 4
@

264 C O U R S
ci, parce que les acides de l'esprit de nitre n'ont pas
été suffisamment rompus. Je donne souvent huit ou
dix grains du précipité blanc que j'ai décrit sans qu'il
en arrive de vomissement; mais si l'on passe cette dose,
il fait quelquefois vomir. Le vomissement excité
par le précipité blanc, est propre pour avancer le flux
de bouche lorsqu'il ne vient pas aisément.
Voici encore une préparation de mercure fort propre
pour exciter le flux de bouche.
Eau mer- Prenez une once de la dissolution de mercure faite
curielle. dans l'esprit de nitre; mettez-la dans un vaisseau de
verre, & versez dessus vingt-trois ou vingt-quatre onces
d'eau ou de tisane; toute la liqueur deviendra
blanche; laissez-la reposer jusques à ce qu'elle soit
claire; filtrez-la & la gardez.
Dose. On peut faire prendre de cette eau, depuis demi-
once jusques à une once dans un verre de tisane ou
Vertu. dans un bouillon: elle fait vomir doucement en provoquant
la salivation; quelques-uns en boivent demi-
once, pour guérir de la gratelle; il faut avoir été
purgé & saigné auparavant.
----------------------------------------------------------
Autre mercure précipité blanc.
C Ette opération est un sublimé corrosif dissout
par le sel armoniac fondu en eau, & précipité
par l'huile de tartre.
Faites fondre quatre onces de sel armoniac dans seize
onces d'eau: filtrez la liqueur par un papier gris,
dans un vaisseau de verre, ajoutez-y quatre onces de
sublimé corrosif en poudre, il se dissoudra en peu de
temps: versez sur la dissolution peu-à-peu de la liqueur
de sel de tartre faite par défaillance, il se fera
ébullition & ensuite un précipité blanc: continuez à
en verser jusques à ce qu'il ne se précipite plus rien,
ajoutez alors beaucoup d'eau dans le vaisseau, & laissez
@

D E C H I M I E. 265

reposer la matière jusques à ce que la liqueur surnageante
soit claire: versez-la par inclination, lavez
votre précipité plusieurs fois; puis le faites sécher Vertus.
à l'ombre: il jaunit ordinairement un peu: Il a Dose.
les mêmes vertus que le précédent, & l'on en donne
à la même dose.

R E M A R Q U E S.

0 N purifie la dissolution du sel armoniac par le
filtre à cause de plusieurs saletés qu'il contient
ordinairement. Le sublimé corrosif s'y dissout en demi-heure
à froid; on peut hâter la dissolution en remuant
le vaisseau.
La quantité de l'huile de tartre qu'on verse sur la Pourquoi
dissolution, doit être de deux onces à deux onces & il se fait
demie; cette liqueur qui contient un sel alcali, cause une ébul-
ici une ébullition & une précipitation, parce que les lition &
pointes acides du sublimé corrosif entrant avec violence une préci-
dans les pores de ce sel, en écartent les parties, pitation.
& les pointes se brisent elles-mêmes en sorte Pourquoi
qu'elles ne peuvent plus soutenir le mercure: C'est l'on ajoute
par cette raison que ce métal tombe au fond en poudre; de l'eau à
on ajoute beaucoup d'eau, afin qu'en délayant & la dissolu-
affaiblissant les sels, la poudre puisse se précipiter tion.
plus facilement. On lave la poudre afin d'en ôter
l'impression que ces mêmes sels lui pourraient avoir
laissée; on la fait sécher à l'ombre pour conserver sa
couleur blanche, car le soleil la noircit en réunissant
par sa chaleur les parties du mercure, qui ne tiennent
leur blancheur que de leur désunion.
On ne doit point faire de scrupule de donner ce
précipité par la bouche, quoiqu'il vienne du sublimé
corrosif, parce qu'il a été suffisamment adouci
par le sel armoniac & par l'huile de tartre. On peut le Sublimé
faire sublimer comme l'autre, pour en faire du sublimé doux.
doux.
La liqueur de sel de tartre donne une couleur blan-
@

266 C O U R S
che au sublimé dissout par le sel armoniac, elle lui
en donne un rouge quand il est dissout dans l'eau commune
seule, & elle donne une couleur jaune au sublimé
Diversité qui n'est point dissout; la même liqueur donne
de cou- une couleur rougeâtre au mercure dissout par l'eau
leur. forte. Toutes ces diversités de couleurs ne proviennent
que des divers arrangements qui se sont faits à la
matière, en sorte qu'elle réfléchit la lumière différemment
à nos yeux.
----------------------------------------------------------
Mercure précipité rouge.
C Ette préparation n'est qu'un mercure empreint
d'esprit de nitre & calciné par le feu.
Prenez huit onces de mercure revivifié du cinabre,
faites-le dissoudre dans une suffisante quantité d'esprit
de nitre, qui est huit ou neuf onces: versez la dissolution
dans une fiole ou dans un matras à cou court,
que vous placerez sur le sable, & vous ferez à feu modéré
évaporer toute l'humidité, jusques à ce qu'il ne
reste qu'une masse blanche: poussez alors le feu peu-
Masse à-peu jusques au troisième degré, & l'entretenez en
blanche. cet état jusques à ce que cette masse sois devenue
Masse rouge, puis ôtez le feu: laisser refroidir la fiole &
rouge. la cassez pour avoir vôtre précipité qui sera au poids
Poids. de neuf onces.
C'est un bon escarrotique, il mange les chairs baveuses:
Vertus. on s'en sert pour ouvrir les chancres, mêlé
avec de l'alun brûlé, de l'Aegyptiac & de suppuratif.
Usages. Quelques-uns en font prendre par la bouche jusqu'à
quatre grains pour exciter le flux de bouche: mais
cette pratique est dangereuse, à moins qu'on n'ait fait
brûler dessus deux ou trois fois de l'esprit de vin.
@

D E C H I M I E. 267

R E M A R Q U E S.

C Ette préparation est improprement appelée
précipité, puisqu'il ne s'en fait aucun.
Plusieurs Auteurs ont crû qu'ils augmenteraient
beaucoup la couleur rouge de ce précipité, en cohobant
ou en faisant distiller trois fois l'esprit de nitre
sur la masse blanche; mais j'ai reconnu par les expériences
que j'ai faites de l'une & de l'autre manière
d'opérer, que ces circonstances sont inutiles.
La masse blanche qui reste après l'évaporation de
l'humidité, est un mélange de beaucoup de pointes
acides & de mercure, car elle pèse trois onces plus que
ne pesait le mercure qu'on avait dissout; elle est fort
corrosive & brûlante si on l'applique sur les chairs;
mais à mesure qu'on la calcine pour la faire rougir, les
pointes de l'esprit de nitre qui faisaient sa corrosion,
se détachent & s'exaltent en l'air, d'où vient que plus
on s'est obstiné à rendre la matière rouge en la calcinant,
& moins elle est pesante & corrosive: quelques
Chirurgiens ayant reconnu cet effet, choisissent le précipité
le moins rouge, quand ils veulent faire promptement
leur escarre.
Si l'on continue encore quelques heures le feu sous Sublimé
la matière rougie, elle se sublimera, & elle retiendra rouge.
toujours sa couleur; ce sublimé est bien moins
corrosif que l'autre; ce qui me fait croire que les
pointes de l'esprit de sel sont nécessaires au sublimé
pour le rendre bien corrosif. La raison pourquoi il
fait un sublimé est, parce que le mercure étant déchargé
de la plus grande partie des esprits acides qui
le tenaient comme fixé , il a la force d'enlever ce
qui lui en reste; mais comme ce reste d'esprit modère
un peu sa volatilité, il s'arrête au milieu de la
fiole.
@

268 C O U R S
Arcane Quelques-uns ayant mis du précipité rouge dans
Corallin, une terrine, ils versent dessus de l'esprit de vin bien
ou préci- déphlegmé, auquel ils mettent le feu; quand il est
pité rou- brûlé, ils en mettent d'autre, ils l'enflamment encore:
ge adou- ils continuent à verser de l'esprit de vin sur la
ci. matière, & à la faire brûler jusques à quatre fois,
après quoi ils appellent cette préparation, Arcane Corallin.
L'esprit de vin en brûlant enlève une partie
des pointes du précipité, & il en lie une autre, en
sorte que ce précipité est adouci & est rendu plus
propre à être pris intérieurement. Mais il s'en est
beaucoup dissipé.
Change- Si par curiosité, l'on jette de l'esprit de vitriol sur
ment de le précipité rouge ordinaire que nous venons de décrire,
couleurs. il s'ensuivra une dissolution, parce que l'esprit
de vitriol se joignant à l'esprit de nitre qui était demeuré
dans le précipité; il se doit faire une eau forte
capable de dissoudre imperceptiblement les parties
du mercure; mais cette dissolution se fera sans ébullition,
parce que le mercure était raréfié par un
acide: de sorte que l'esprit de vitriol ne fait que les
délayer sans faire d'effort. La dissolution est claire
comme une autre dissolution de mercure; sans qu'il
y paroisse rien de rouge, & l'on en pourrait faire
les mêmes préparations qu'on fait avec la dissolution
du vif-argent dans l'eau forte.
Si à la place de l'esprit de vitriol, on verse sur le
précipité rouge de l'esprit de sel, il se fera d'abord un
beau blanc, parce que l'esprit de sel rompra la force
de l'esprit de nitre qui était dans le précipité rouge,
& il se doit faire ici la même chose que quand on
verse de l'esprit de sel sur la dissolution du vif-argent
car quoique le précipité rouge soit sec, ce
n'est qu'un mélange de vif-argent & d'esprit de
nitre. Nous avons donné la raison pourquoi l'esprit
de sel affaiblit l'esprit de nitre dans les Remarques
sur le précipité blanc.
@

D E C H I M I E. 269

Pour ce qui est du changement de couleur si prompt,
il est à la vérité bien surprenant qu'une matière qui est
devenue rouge par calcination, acquière en un moment
une couleur fort blanche. On ne peut attribuer
cet effet qu'au dés-arrangement que l'acide du sel fait
des parties du précipité rouge & à la disposition où il
les met, en sorte que leurs surfaces soient en état de
faire réfléchir la lumière en droite ligne à nos yeux,
pour nous faire paraître une couleur blanche; car
si par le moyen d'une autre sorte de liqueur, ou par
le feu & une matière alcaline on change encore la
disposition des parties du précipité, on lui fera prendre
une autre couleur, ou bien on le fera retourner
en vif-argent.
Si l'on verse sur le précipité rouge de l'esprit volatil Change-
de sel armoniac, il se fait une poudre grise; mais si ment de
l'on jette beaucoup d'eau par-dessus, il se fait un lait couleurs.
qui n'est pas des plus blancs. Il arrive la même chose,
quand on jette du même esprit de sel armoniac sur la
dissolution du vif-argent faite dans l'esprit de nitre,
car aussitôt après l'effervescence, on voit se précipiter
une poudre grise: & si l'on ajoute de l'eau commune,
il fait un lait de la même blancheur que
l'autre.
Le précipité rouge ordinaire est donc capable des
mêmes changements que la dissolution du mercure,
sans que la couleur rouge lui donne rien de particulier;
ce qui prouve encore fort bien que la couleur
n'est rien de réel, & qu'elle ne dépend que de l'arrangement
des parties.
----------------------------------------------------------
Mercure précipité rouge sans addition.

C Ette opération est un mercure calciné & empreint
de particules ignées, qui le rendent en
poudre rouge.
@

270 C O U R S
Prenez trois ou quatre petits matras de demi-septier
ou de trois poinçons chacun de verre fort, & à cou
long & étroit: mettez dans chacun de ces matras quatre
onces de vif-argent bien pur: bouchez-les d'un papier
tout simple, pour empêcher seulement qu'il n'y
tombe quelque ordure: placez-les dans un même
fourneau sur le fable qui les environnera jusqu'aux
deux tiers de leur hauteur: donnez dessous un petit
feu du premier au second degré pendant deux mois,
puis augmentez-le peu-à-peu au troisième degré, en
sorte que le sable rougisse continuez-le en cet état
pendant trois semaines, ou jusques à ce que le mercure
se soit réduit en une poudre très rouge & luisante
comme du cinabre: laissez alors refroidir les
vaisseaux & gardez cette poudre, c'est le précipité
rouge.
Vertus. II excite puissamment la transpiration des humeurs,
& assez souvent il fait vomir ou aller du ventre; il
est propre pour la vérole, pour lever les obstructions,
pour les vers, pour les fièvres intermittentes, pour
Dose. les rhumatismes invétérés: La dose en est depuis deux
grains jusques à six, pris en bolus dans un peu de
conserve de rose.
R E M A R Q U E S.
C Ette préparation de mercure n'est appelée précipité
qu'à cause qu'elle demeure au fonds du
vaisseau: les Alchimistes lui ont donne l'épithète de
philosophique, non seulement à cause qu'ils l'ont inventée,
Précipité mais parce qu'ils prétendent que pour bien
rouge réussir dans l'opération, il faut que chaque degré de
Philoso- feu soit continué pendant un mois philosophique, qui
phique. est de quarante jours.
Mois Phi- Un grand matras seul ne ferait pas propre pour faire
losophi- cette opération, à moins qu'il n'eût le cou fort
que. étroit: plusieurs petits matras, comme je les demande,
@

D E C H I M I E. 271

sont plus commodes, outre que le mercure étant
divisé en plusieurs parties, reçoit mieux l'impression
du feu.
La réduction du vif-argent en poudre rouge vient D'où vient
des petits corps de feu qui se sont introduits dans ses la réduction
pores, qui l'ont raréfié, & qui ont donné à ses parties du vif-ar-
insensibles encore plus de disposition au mouvement gent en
qu'elles n'en avaient. Par cette même raison sa poudre
qualité diaphorétique est augmentée, & il cause dans rouge, &
plusieurs estomacs des irritations assez fortes pour ses vertus.
faire vomir; mais il entre bien peu dans l'usage de la
Médecine, à cause de la difficulté qu'on trouve à le Amalgame
faire, & du long temps qui y doit être employé. du vif-
Si l'on mêle exactement du vif-argent avec du précipité argent avec
rouge fait fans addition, il se fera un amalgame. du préci-
pité rouge.
----------------------------------------------------------
Mercure précipité vert.

C Ette préparation est un mélange de vif-argent,
de cuivre & d'esprits acides.
Mettez quatre onces de vif-argent dans un matras,
& une once de cuivre coupé par petits morceaux dans
un autre: versez sur le vif-argent quatre onces d'esprit
de nitre ou de bonne eau forte, & sur le cuivre,
une once & demie du même dissolvant; posez vos
matras sur le sable chaud, les y laissez jusqu'à ce
que les métaux soient dissous: mêlez vos dissolutions
dans une écuelle de grès, & en faites évaporer l'humidité
au feu de sable jusqu'à ce qu'elles soient réduites
en masse. Augmentez le feu dessous la terrine pour
calciner la masse environ une heure & demie, retirez-la
du feu & la laissez refroidir: séparez la matière
de la terrine, & la réduisez en poudre dans un mortier
de pierre ou de marbre; vous en aurez six onces Poids.
mettez-la dans un matras, versez dessus du vinaigre
@

272 C O U R S
distillé à la hauteur de six pouces ou environ: brouillez
bien le tout, & posez votre matras sur le sable
chaud en digestion, laissez-l'y vingt-quatre heures,
le remuant de temps en temps: augmentez ensuite le
feu pour faire bouillir la liqueur environ une heure,
ou jusqu'à ce que le vinaigre se soit chargé d'une couleur
verte tirant sur le bleu, laissez-la refroidir & la
versez par inclination; mettez d'autre vinaigre distillé
sur la résidence, & procédez comme devant pour
tirer le reste de la teinture: mêlez vos dissolutions &
en faites évaporer l'humidité au bain de sable dans
une terrine de grès ou dans un vaisseau de verre, à
petit feu, jusqu'à ce que la matière paroisse en consistance
de miel épais, retirez-la alors du feu, elle durcira
Vertus. en refroidissant; mettez-la en pondre & la gardez,
ce sera le précipité vert, vous en aurez quatre
onces une dragme & demie. C'est un spécifique pour
les gonorrhées virulentes; on en donne pendant qu'elles
fluent & après qu'elles ont flué pour les arrêter; on
s'en peut servir dans la vérole pour les phimosis, pour
Dose. les chancres, donné intérieurement & appliqué extérieurement:
La dose en est depuis deux grains jusqu'à
six en pilule ou en bolus dans quelque conserve;
il purge par haut & par bas.
Résiden- Il vous restera dans le matras une matière jaune
ce. qui n'aura point été dissoute par le vinaigre; elle ressemble
beaucoup au turbith minéral; il faut la laver,
& la faire sécher, vous en aurez deux onces & deux
Poids. dragmes; elle peut servir dans les pommades pour la
gratelle, on en mettra une dragme sur une once de
pommade.
R E M A R Q U E S.
Précipité Q Uelques-uns se contentent de demi-once de
vert plus cuivre sur quatre onces de vif-argent pour cette
doux que opération. Le précipité vert qui en résulte, à moins
l'autre. d'âcreté
@

D E C H I M I E. 273

d'âcreté que celui de notre description, mais il ne
produit pas tant d'effet.
On coupe le cuivre par petits morceaux afin qu'il Pourquoi
dissolve plus facilement. Il faut faire dissoudre l'on fait
les deux métaux séparément, parce que les pores du les deux
cuivre étant plus grands & plus disposés que ceux du métaux
mercure à recevoir d'abord les impressions de l'acide, séparément.
les pointes les plus en mouvement de l'esprit de
nitre s'y attacheraient, & le mercure ne se dissoudrait
qu'avec peine.
Quand les acides pénètrent ces métaux, il se fait
des ébullitions dans les deux matras avec grande chaleur
& des fumées rouges, par les raisons que j'ai dites
ci-devant; 'il est bon de mettre les matras sous la
cheminée, pour éviter ces vapeurs qui seraient nuisibles
à la poitrine.
Si la quantité du dissolvant que j'ai prescrite, n'était
pas suffisante pour dissoudre entièrement les métaux,
il faut séparer ce qui sera dissout & mettre de
nouvel esprit de nitre sur ce qui restera au fond, afin
d'en achever la dissolution.
Quoique le cuivre est plus poreux que le mercure, Il faut
il faut beaucoup plus de menstrue pour le dissoudre plus de
qu'il n'en faut pour le mercure, parce que ses parties dissolvant
sont difficiles à désunir & à suspendre, au lieu que pour le
celles du mercure qui sont rondes & volatiles, n'ont cuivre que
pas de peine à s'exalter dans le dissolvant, comme le pour le mer-
j'ai dit ci-devant. cure, &
Quand on ne mettrait pas les matras sur le sable pourquoi.
chaud, la dissolution se ferait, mais plus lentement.
La première humidité qu'on fait évaporer après la
dissolution, n'est que la partie phlegmatique de l'esprit
de nitre, car l'acide le plus fort demeure attaché Pourquoi
aux métaux. On fait calciner la masse afin que l'on fait
la plus grande partie de cet acide se dissipe & qu'il calciner la
n'y reste point tant d'âcreté. Si l'écuelle de grès casse, masse.
@

274 C O U R S
il faut mettre calciner la matière dans un pot ou dans
un plat de terre commune qui ne soit point vernissé.
Mortiers Il ne faut point se servir de mortier de métal pour
propres mettre en poudre la masse, parce qu'elle le pourrait
pour met- pénétrer, s'en empreindre & en recevoir de
tre en l'altération; elle pourrait aussi dissoudre quelque
poudre la chose des mortiers de pierre ou de marbre, mais ces
masse. matières ne produisent aucun mauvais effet dans l'opération.
Il se dissipe pour le moins deux onces des acides de
la masse par la calcination, car après l'évaporation
simple de l'humidité, elle pesait huit onces ou un
peu plus, au lieu qu'étant calcinée, elle ne pèse
plus que six onces.
L'usage Le vinaigre distillé sert à dissoudre le plus raréfié
du vinai- de la masse; il se peut faire aussi qu'il' en corrige un
gre distil- peu de l'âcreté; car les acides du vinaigre s'étant liés
lé pour avec ceux qui restent de l'esprit de nitre, ils peuvent
cette opé- en les appesantissant, ralentir en quelque façon leur
ration. mouvement. La couleur verte de cette préparation
vient du cuivre, qui étant raréfié paraît toujours
vert ou bleu.
On doit faire l'évaporation de l'humidité à petit
feu, principalement sur la fin; car un feu trop fort
ferait sortir de la matière lorsqu'elle s'épaissit, premièrement
La matiè- des étincelles, puis elle prendrait feu
re peut tout-à-fait, s'élançant en l'air en manière de fusées
s'enflammer en sorte que le mercure se dissiperait, & il
& pour- ne resterait dans le vaisseau qu'une poudre de cuivre
quoi. noire ou brune.
La cause de cet effet vient du soufre de cuivre qui
s'étant mêlé avec l'esprit de nitre, dont la matière est
empreinte, s'est rendu si inflammable, qu'un feu
tant fois peu trop vif est capable de l'allumer. Nous
voyons la même chose arriver dans tous les mélanges
de soufre & de salpêtre.
@

D E C H I M I E. 275

Cette préparation est improprement appelée précipité, Nom im-
puisqu'elle n'a point été faite par précipitation; propre.
il lui reste encore beaucoup d'âcreté qui
vient du cuivre & des acides. C'est ce qui la rend D'où
émétique & purgative; car ces acides étant liés avec viennent
les soufres du cuivre & avec le mercure, ils sont les vertus
en état de picoter les fibres de l'estomac avec & de vomitif
assez de force pour exciter le mouvement de convulsion & de pur-
qui fait le vomissement: & comme en vomissant gatif du
il se précipite ordinairement une partie de la matière précipité
vers les intestins, elle y excite la fermentation de vert.
purgatif.
Le précipité vert est en usage particulièrement pour
les gonorrhées. Plusieurs en font prendre dès le commencement
de la chaude-pisse, & ils continuent d'en Usages.
donner tous les deux jours ou tous les trois jours jusqu'à
ce qu'elle soit guérie. Mais j'estime qu'il vaut
mieux attendre à en donner que la matière ait flué du
moins quinze jours, parce que ce remède l'arrête
trop vite quand on en prend dans les commencements:
de plus un vomitif donné si fréquemment fatigue
beaucoup le malade & ruine quelquefois l'estomac.
On le doit prendre comme toutes les autres
préparations du mercure, en pilules ou en bolus &
non en potion, parce qu'il en demeurerait entre les
dents, ce qui les ébranlerait ou exciterait un peu de
salivation. On peut le mêler dans quelque conserve
appropriée, ou dans un électuaire purgatif, comme
la confection Hamech, ou dans quelque pilule. Le
purgatif modère sa qualité vomitive, & lui donne
plus de pente à purger par bas; mais comme son
principal effet vient du vomissement qu'il excite,
on n'y doit mêler de la composition purgative que
ce qu'il en faut pour l'envelopper. Il est bon de faciliter
le vomissement par quelques cuillerées de bouillon
gras.
Les vomitifs & les purgatifs violents arrêtent sou- Comment
S 2
@

276 C O U R S
le préci- vent ou modèrent le flux des gonorrhées, parce qu'ils
pité vert détournent l'humeur. Ceux qui sont mercuriels doivent
arrête les être préférés aux autres, parce qu'outre leur
chaude- effet purgatif, ils sont capables d'absorber & de détruire
pisse. un reste de venin vérolique qui pourrait être
resté dans le corps, ou de l'enlever par la transpiration.
La partie volatile ou sulfureuse du cuivre qui entre
dans le précipité vert, sert au vomissement, & la
partie fixe vitriolique peut être comme un astringent
pour arrêter la chaude-pisse.
La matière jaune restée au fond du matras est la
partie du mercure qui n'a pu être dissoute par le vinaigre
distillé; car ce faible dissolvant n'a été capable
que d'enlever le cuivre joint & uni avec une portion
du mercure, & tous deux déjà atténues & réduits
en manière de sel par l'esprit de nitre. Il y a bien
de l'apparence qu'il n'est point resté de cuivre dans
Précipité cette matière jaune, puisque le vinaigre distillé n'en
jaune. tire plus de teinture. Quoiqu'il en soit, elle ressemble
parfaitement au turbith minéral, & si l'on donne
par la bouche, elle produit des effets pareils à
ceux de ce précipité jaune.
----------------------------------------------------------
Turbith Minéral, ou Mercure précipité jaune.
C Ette Opération est un mercure empreint des
pointes acides de l'huile de vitriol.
Mettez quatre onces de vif-argent revivifié du cinabre,
dans une cornue de verre; versez dessus seize
onces d'huile de vitriol: placez votre cornue sur le
sable, & quand le mercure sera dissout, mettez du feu
dessous & distillez l'humidité: poussez le feu sur la fin
assez fortement pour faire sortir une partie des derniers
Masse esprits; cassez ensuite votre cornue, mettez
blanche. en poudre dans un mortier de verre une masse blanche
@

D E C H I M I E. 277

que vous y trouverez; elle pèsera cinq onces &
demie: Versez de l'eau tiède dessus, & la matière sera
à l'instant changé en une poudre jaune que vous
dulcifierez par plusieurs lotions réitérées, puis vous Poudre
la ferez sécher à l'ombre; vous en aurez trois onces jaune.
& deux dragmes. Elle purge puissamment par le vomissement
& par les selles. On la donne dans les maladies Vertus.
vénériennes: La dose en est depuis deux grains Dose.
jusqu'à six en pilules.

R E M A R Q U E S.

Q Uoique ce qu'on appelle improprement huile
de vitriol soit l'acide le plus fort & le plus caustique
de ce sel minéral, elle est néanmoins ici plus
faible que l'esprit de nitre, aussi en faut-il une bien
plus grande quantité pour dissoudre le mercure, &
plus de temps, car à peine la dissolution est-elle achevée
en dix heures. Ce qu'on distille est un esprit
faible, parce que le mercure retient la plus grande
partie des pointes acides, & ce sont elles qui purgent
si fort, quoiqu'on en ait enlevé beaucoup par
la lotion.
Si l'on ne se soucie point de ramasser la liqueur acide
qui s'élève, on n'a qu'à verser la dissolution dans
une écuelle de grès; & en faire évaporer l'humidité
au feu de sable jusques à ce qu'elle soit en masse blanche;
cette manière d'opérer sera plus prompte que
l'autre.
----------------------------------------------------------
Huile ou liqueur de mercure.

C Ette préparation est une liqueur acide chargée
de mercure.
Mettez dans une terrine de grès on dans un vaisseau
de verre les lotions de la masse blanche dont ou a fait
S 3
@

278 C O U R S
le turbith minéral, faites-en évaporer au feu de sable
toute l'humidité, jusques à ce qu'il vous reste au
fond une matière en forme de sel, qui pèsera deux
onces & une dragme; transportez la terre à la cave
ou en un autre lieu humide, & l'y laissez jusques à ce
que cette matière se soit presque tout-à-fait résoute
en liqueur.
On s'en sert pour ouvrir les chancres vénériens, &
pour consumer les chairs avec des plumaceaux.
R E M A R Q U E S.
C Ette liqueur n'est autre chose que le mercure tellement
pénétré & divisé par les esprits acides du
vitriol, qu'il se résout comme un sel, en humidité; Or
comme il tient ces esprits attachés, il mange & il
corrode par-tout où il se rencontre comme ferait
un sublimé corrosif.
On peut faire cette liqueur avec l'esprit de nitre, &
elle sera encore plus violente; mais comme elle peut
alors trop pénétrer, & causer des accidents dangereux,
j'aimerais mieux la préparer, comme nous avons dit,
avec de l'huile de vitriol.
Précipité. Si l'on jette quelques gouttes d'huile de tartre faite
par défaillance sur cette liqueur, il se fera à l'instant
un précipité de mercure, parce que l'alcali du
tartre aura rompu les pointes qui tenaient le mercure
suspendu.
----------------------------------------------------------
Autre l'huile du mercure.
C Ette préparation n'est autre chose que du sublimé
corrosif dissout dans de l'esprit de vin.
Pulvérisez subtilement une once de sublimé corrosif
& le mettez dans un matras; versez dessus quatre
onces d'esprit de vin bien rectifié sur le sel de tartre,
@

D E C H I M I E. 279

bouchez bien votre matras, & laissez tremper la matière
à froid pendant sept ou huit heures, le sublimé
se dissoudra; mais s'il était demeuré quelque chose
au fond, versez la liqueur par inclination, & ayant
mis sur la matière encore un peu d'esprit de vin, faites-la
tremper comme devant, pour achever de la
dissoudre: mêlez vos dissolutions & les gardez dans
une fiole bien bouchée.
C'est une huile de mercure qui est plus douce que Vertus.
la précédente, elle est propre pour les chancres vénériens,
principalement quand on y craint la gangrène:
on s'en peut servir avec des plumaceaux comme
de l'autre.

R E M A R Q U E S.

L 'Esprit de vin bien rectifié dissout le sublimé corrosif, Comment
mais il n'a pas la force de dissoudre le vif- le subli-
argent, ni même le sublimé doux, la raison en est mé est dis-
que le sublimé étant un mercure extrêmement raréfié sout par
& déjà comme suspendu par des acides, l'esprit l'esprit de
de vin s'y introduit peu-à-peu, & en délaye les parties; vin.
mais le vif-argent & le sublimé doux ayant des
parties trop resserrées & trop compactes, l'esprit de
vin qui n'est qu'un soufre raréfié, ne peut pas donner
des secousses assez fortes pour les disjoindre.
Cette liqueur est plus douce que la précédente,
parce que l'esprit de vin qui est un soufre, lie & embarrasse
les pointes acides du sublimé corrosif, en
sorte qu'elles ne peuvent pas agir avec tant de force
que si elles étaient en liberté.

pict

S 4
@

280 C O U R S
----------------------------------------------------------
Autres précipités de Mercure.
C Es préparations ne sont autre chose qu'un sublimé
corrosif dissout & précipité en poudres de
différentes couleurs.
Remuez quatre ou cinq onces de sublimé corrosif en
poudre dans un mortier de verre ou de marbre avec
huit ou neuf onces d'eau chaude pendant un quart
d'heure, laissez ensuite reposer la liqueur & la versez
par inclination, filtrez-la & la divisez en trois parties
que vous mettrez dans des fioles.
Précipité Jetez dans une de ces fioles quelques gouttes
rouge. d'huile de tartre faite par défaillance, il se fera incontinent
un précipité rouge.
Précipité Versez dans une autre des fioles quelques gouttes
blanc. d'esprit volatil de sel armoniac, il se fera un précipité
blanc.
Précipité Mettez dans la dernière de ces fioles, cinq ou six
jaune. onces d'eau de chaux, il fera une eau jaune qui est
appelée Eau Phagédénique ou ulcérere, parce qu'elle
Eau Pha- est propre pour déterger & pour guérir les ulcères
gédéni- les Chirurgiens s'en servent fort souvent, principalement
que ou ul- dans les Hôpitaux; si on laisse reposer cette
cérere. eau, il se fera un précipité jaune.
Pour retirer ces trois sortes de précipités, il faut
verser l'eau claire par inclination, les laver & les faire
sécher séparément.
Le précipité rouge peut être employé comme celui
que nous avons décrit ci-devant, mais il n'est
pas si fort, c'est le véritable précipité rouge; on
Dose. me beaucoup pour la vérole: La dose en est de quatre
grains.
Le précipite blanc a les mêmes vertus que l'autre.
Le précipité jaune peut être employé dans les
pommades pour la gratelle; ou en mêlera demi-
@

D E C H I M I E. 281

dragme ou une dragme sur chaque once.
Le sublimé qui reste au fond du mortier étant séché,
peut être mis aussi dans les pommades comme
le précipité jaune pour la gratelle.

R E M A R Q U E S.

L E sublimé étant un mercure chargé d'acides, il
s'en dissout une portion dans l'eau commune,
parce que ces acides le raréfient & en font une manière
de sel; mais comme il n'y a pas assez d'acides
pour rendre ce mercure capable d'être dissout tout-
à-fait, la partie la plus compacte demeure au fond:
On filtre la liqueur, afin qu'elle soit bien pure; elle
est claire & limpide comme de l'eau de fontaine.
Si par curiosité vous jetez dans la fiole du précipité Change-
rouge dont nous venons de parler, de l'esprit ment de
de sel armoniac, & que vous agitiez un peu la liqueur, couleur.
elle deviendra incontinent blanche, & vous aurez du
précipité blanc; mais si en la place de l'esprit de sel
armoniac, vous mettez de l'esprit de vitriol ou de
l'eau forte, il se fera une ébullition, & la liqueur rouge
deviendra claire & transparente comme de l'eau
commune.
Comme l'huile de tartre est un sel alcali résout,
elle rompt les pointes de l'acide qui tenaient le mercure
imperceptiblement suspendu, & qui lui servaient
comme de nageoires dans l'eau, de sorte qu'il faut que
ce mercure n'ayant plus rien qui puisse le soutenir, se
précipite par sa propre pesanteur. Il en arrive de même
quand on jette de l'esprit de sel armoniac sur l'autre
partie de la dissolution du sublimé corrosif; car
cet esprit étant aussi un alcali, il fait le même effet
que l'huile de tartre.
Mais encore que les alcali conviennent tous en ce
qui est de rompre & de détruire les acides, il y a
néanmoins toujours de la différence en leur action.
@

282 C O U R S
C'est ce qui paraît en ces précipités de diverses
couleurs, car on ne peut attribuer cette diversité
qu'à ce que les acides ayant été rompus différemment
par les alcali, ils arrangent & figurent les parties
du corps précipité de manière qu'elles soient capables
d'exciter des différentes réflexions de la lumière.
Ces précipités ne sont plus poisons quoiqu'ils viennent
du sublimé corrosif, c'est par la même raison
que nous avons donnée de la précipitation; car comme
ce qui faisait la corrosion était un acide, quand
cet acide a été rompu par des alcali aussi puissants
comme sont l'esprit de sel armoniac & l'huile de tartre,
ce qui reste doit être adouci.
Quand on jette de l'esprit de vitriol ou de l'eau
forte sur la liqueur du précipité rouge, il se fait une
ébullition, parce que l'acide pénètre le sel alcali de
l'huile de tartre, & cet alcali étant détruit, l'acide
dissout ce qui avait été précipité, d'où vient que la
liqueur se clarifie, & qu'elle retourne en poison comme
elle était auparavant.
Si l'on y jetait encore de l'huile de tartre, puis de
l'esprit de sel armoniac, il se ferait de nouveaux
précipités rouges & blancs qu'on pourrait encore
dissoudre & rendre la liqueur claire, en y ajoutant un
esprit acide, mais il en faudrait davantage que devant.
Toutes les préparations du mercure dont j'ai parlé
ne sont que des déguisements de ce métal faits par des
esprits acides ou par des alcali qui s'y étant attachés
diversement, lui font faire des effets différents.
On pourrait remettre tous ces précipités & sublimés
en mercure coulant, de la même manière que les
cinabres dont j'ai parlé.
@

D E C H I M I E. 283

----------------------------------------------------------

C H A P I T R E IX.

De Antimoine.

L 'Antimoine est un minéral, pesant, cassant, noir, Composi-
brillant, disposé en grandes aiguilles plates ou tion.
lames larges, composé d'un soufre semblable au
commun & d'une substance fort approchante du métal;
il est appelé Stibium chez les Latins. On en trouve Stibium
en plusieurs endroits dans la Transylvanie, dans d'où il
la Hongrie, dans la France & dans l'Allemagne. On vient.
en rencontre quelquefois de minéral chez les Marchands, Antimoi-
c'est-à-dire comme il est sorti de la mine; ne miné-
mais celui qu'on apporte ordinairement a été fondu, ral.
purifié de sa gangue ou roche & mis en pains de forme
pyramidale. Il faut choisir celui qui est en longues
aiguilles brillantes, & il n'est pas besoin de s'attacher
à une couleur rougeâtre, que plusieurs Auteurs
veulent qu'il ait; car sur cent livres de ce minéral,
à peine en trouvera-t-on un morceau de cette
qualité. L'origine de ce choix ne vient que des Alchimistes
qui ont crû que l'antimoine contenait un
soufre semblable à celui de l'or, & que le rougeâtre
en avait davantage que le noir; mais ce prétendu
soufre est aussi imaginaire que celui de l'or. Cette
couleur rougeâtre vient sans doute de ce que le
Soleil ou une chaleur souterraine donnant plus fortement
sur ce morceau de minéral, que sur un autre, il
en raréfie le soufre; car quand le soufre de l'antimoine
est raréfié, il prend une couleur rouge, comme
on le peut voir dans l'opération qu'on appelle
soufre doré d'antimoine.
L'antimoine ne se dissout bien qu'avec l'eau régale,
c'est ce qui a fait croire à beaucoup d'Alchimistes
que ce minéral était un or imparfait, ou le premier
être de l'or.
@

284 C O U R S
Noms que Ils l'ont nommé tantôt Lion rouge, tantôt le
les Alchi- Loup, parce qu'étant ouvert il devient rouge, &
mistes ont qu il dévore tous les métaux excepté l'or. lis l'ont
donné à nommé la racine des métaux, à cause qu'on en trouve
l'antimoi- dans les mines métalliques; d'autrefois Prothée, parce
ne. qu'il reçoit diverses formes & couleurs; d'autres
fois Plomb sacré, le Plomb des Philosophes, le
Plomb des Sages, parce qu'ils ont crû qu'il avait du
rapport à la nature de Saturne qui dévorait ses enfants
comme il dévore les métaux. Ils lui ont donné
encore beaucoup d'autres noms qu'il n'es pas nécessaire
que je rapporte ici. Ils ont travaillé avec grande
application sur ce minéral en cherchant la pierre philosophale.
Quoiqu'on n'aperçoive dans l'anatomie qu'on fait
de l'antimoine, qu'une substance métallique mêlée
de beaucoup de soufre, néanmoins en considérant
sa figure approchante de celle du salpêtre, son effet
L'anti vomitif qui ne peut provenir que de quelque picotement
moine qu'il donne à l'estomac, on a sujet d'assurer
contient qu'il contient un sel acide; mais comme les
un sel aci- pointes de ce sel sont enveloppées dans une trop
de & un grande quantité de soufre, il n'est pas disposé à agir
soufre de toute sa force, si on ne lui ouvre passage, ou par
qui en- des sels qui écartent ce soufre, ou par la calcination
semble le qui en enlève le plus grossier. Ce n'est pas pourtant
rendent qu'on doive entendre par-là, que le vomitif de l'antimoine
vomitif. consiste en ce sel seulement; car s'il était seul,
il ne produirait point cette action non plus que les
autres sels acides; mais il est aidé par une portion de
soufre qui lui sert de véhicule pour l'exalter vers
l'orifice supérieur de l'estomac, & pour le tenir quelque
temps comme collé contre ses fibres. Ainsi l'on
peut dire que l'antimoine est vomitif à cause de son
soufre salin.
La décoc- L'antimoine cru est employé dans les décoctions
tion d'an- sudorifiques, lorsqu'on veut chasser les humeurs par
@

D E C H I M I E. 285

transpiration; mais il faut prendre garde qu'il n'y timoine
ait rien d'acide dans la décoction; car alors il s'ouvrirait est sudo-
& la rendrait émétique. rifique.
Si la décoction de l'antimoine cru excite la sueur,
c'est parce que quelques particules sulfureuses se
sont détachées de l'antimoine, lesquelles n'étant pas
assez fortes pour exciter le vomissement, poussent
par transpiration, mais je n'en ai jamais reconnu
aucun effet sensible.
On ne le sert guère intérieurement de l'antimoine
cru en substance, soit à cause d'une prévention
qu'on a contre ce minéral, car il passait autrefois
pour un poison, quoique mal-à-propos: soit parce
qu'on croit que ses principes étant exactement unis,
ne pourraient pas se trouver en état de se développer
dans le corps, ni de produire aucun effet, mais Antimoi-
l'expérience nous montre qu'on en peut faire prendre ne cru
hardiment en poudre depuis demi scrupule, jusques à pris en
demi-dragme pour dose; il fait vomir doucement substance.
mais si l'on veut qu'il agisse avec plus de force, il Dose.
faut faire avaler au malade par-dessus quelque cuillerée
d'une liqueur acide, comme du verjus, du jus
de citron, affaiblis par de l'eau commune.
On mêle quelquefois dans la mangeaille des bestiaux,
de l'antimoine en poudre afin de les engraisser;
il ne les purge ni par le haut ni par le bas, mais
il chasse par les pores de la peau leurs mauvaises humeurs,
& les fait muer: les Paysans ne font pas grande
attention sur la quantité qu'ils leur en donnent;
ils en mêlent pourtant ordinairement environ une
once sur une mesure d'avoine ou de son.
Si l'antimoine cru qu'un homme aurait pris par
la bouche en une dose trop petite, ne le purgeait ni
par haut ni par bas, il ne faudrait pas conclure de-là
qu'il n'aurait produit aucun effet, car il peut agir par
la transpiration dans le corps de l'homme comme il
agit dans celui de l'animal.
@

286 C O U R S
Poudre Quelques-uns ont mis en usage une poudre composée
antimo- avec parties égales d'antimoine cru, de soufre
niale su- commun & d'yeux d'écrevisse préparés, ils en
dorifique. donnent une dragme à la dose, elle excite la sueur,
Vertus. elle est bonne pour l'asthme, pour la gratelle, pour
Dose. la teigne, il est rare qu'elle fasse vomir.
----------------------------------------------------------
Régule d'antimoine ordinaire.
C Ette préparation est un Antimoine qu'on rend
plus pesant & plus métallique, par la séparation
qu'on fait de les soufres grossiers.
Prenez seize onces d'antimoine, douze onces de
tartre blanc, & six onces de salpêtre raffiné: Mettez-
les en poudre, & les ayant mêlez exactement, faites
rougir un grand creuset entre les charbons, puis jetez
dedans une cuillerée de votre mélange, & le couvrez
d'une tuile, il se fera une détonation, laquelle
étant passée, vous continuerez à mettre des cuillerées
dudit mélange dans le creuset successivement
jusqu'à ce que tout y soit entré: Faites alors un grand
feu autour, quand la matière sera en fusion, versez-la
dans un mortier ou dans un culot de fer graissé
avec du suif, & chauffé, puis avec des pincettes
frappez les côtés dudit culot ou du mortier, afin de
faire précipiter le régule au fond; lorsqu'il sera froid
vous le séparerez des scories qui seront dessus, avec
un coup de marteau; vous aurez une masse de très
beau régule d'antimoine étoilé aussi pur qu'il le peut
Poids. être, pesant six onces & une dragme; il purge par
Vertus. haut & par bas étant donné en poudre subtile par la
Dose. bouche: La dose en est depuis deux grains jusqu'à
huit.
Pilules Si l'on le fait refondre, & qu'on le forme en balles
perpétuel- de la grosseur d'une pilule, on aura la pilule perpétuelle,
les. c'est-à-dire, qui étant prise & rendue cinquante
@

D E C H I M I E. 287

fois, aura purgé à chaque fois; & à peine est-il
sensible qu'elle soit diminuée de poids.
On fait fondre ce régule dans un creuset, puis on Tasses
le jette dans des moules pour faire des tasses & des gobelets
gobelets; mais ce n'est pas sans peine à cause de l'aigreur de régule
du régule qui empêche souvent que les parties d'anti-
ne se lient assez pour s'étendre. Si on laisse du vin moine.
blanc dans ces tasses ou gobelets, il devient vomitif
comme le vin émétique ordinaire duquel nous parlerons
ci-après.

R E M A R Q U E S.

L E mot de Régule signifie Royal; on donne ce
nom aux matières les plus fixes & les plus dures
de plusieurs minéraux & métaux.
On a pour but dans cette préparation, d'ouvrir
l'antimoine, & de le purifier de beaucoup de soufre
grossier dont il est rempli: pour cet effet on le calcine
avec le tartre & le salpêtre qui s'enflamment facilement,
& qui emportent avec eux une bonne partie
de ce soufre, le reste demeure dans les scories, comme
nous ferons voir en l'opération suivante.
On jette le mélange peu-à-peu dans le creuset, de
peur que si on le mettait tout en une fois, la détonation
se faisant trop violemment, & la matière se raréfiant,
elle ne sortît du creuset.
La détonation vient de la liaison qui s'est faite des
parties volatiles du salpêtre avec les soufres de l'antimoine
& du tartre; mais comme il y a peu de salpêtre
en comparaison des matières sulfureuses, il
ne se fait qu'une légère inflammation & beaucoup
d'étincelles.
Ces étincelles s'élancent avec assez de rapidité pour
faire croire qu'elles sont la suite ou la queue de la
détonation. Il faut observer que la matière soit en
fusion parfaite, avant qu'on la retire du feu pour la
@

288 C O U R S
verser dans le culot, car si elle ne l'était pas partout,
le régule se trouverait dispersé dans les scories, & il
serait nécessaire en ce cas-là de recommencer à faire
fondre la masse: Pour être donc assuré de son fait,
il est à propos de découvrir le creuset de temps en
temps, & d'y tremper une spatule de fer jusqu'au
fond, pour sonder & connaître si tout est bien
fondu.
Il ne faut pas oindre le mortier de fer avec de
l'huile, à cause d'un peu d'humidité qu'elle contient
qui ferait soulever & verser la matière. On le graisse,
afin que la matière n'adhérant point au mortier, elle
s'en sépare facilement.
Ceux qui veulent faire à la fois une plus grande
Régule quantité de régule que je n'ai prescrit, & qui ont,
d'anti- par exemple, triplé ou quadruplé les matières chacune
moine à sa proportion, trouveront le creuset bien pesant,
fait en quand il sera question de verser la matière
grande fondue dans le culot ou dans le mortier, & ils auront
quantité à quelque sujet de craindre que ce creuset ne soit
chaque écorné par les pincettes ou les tenailles, qui le transporteront
fois. hors du fourneau, & que toute cette matière
ne soit répandue hors du lieu où l'on la voulait
mettre; Pour éviter ce risque, il ne faut que
sacrifier le creuset, le laisser dans le fourneau, l'y
secouer un peu pendant que tout est en fusion, pour
faire précipiter au fond le régule qui est la partie la
plus pesante, puis l'y laisser refroidir sans qu'il remue;
on le cassera quand il fera froid, & l'on trouvera
au fond le régule beau, bien pur & étoilé.
Diminu- On trouve quatorze onces de scories sur les six onces
tion de la & une dragme de régule, & l'on avait employé
matière. trente-quatre onces de mélange dans cette opération:
il s'est donc fait quatorze onces moins une dragme de
diminution de toute la matière durant qu'elle a été
Lotion du sur le feu. Quand le pain de régule a été séparé de
pain de ré- ses scories, il faut le bien la laver avec de l'eau chaude,
afin
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D E C H I M I E. 289

en de le nettoyer de quelque reste de saleté qui y gule pour
demeure attachée, & de le rendre beau & brillant le rendre
par-tout, sans qu'il se ternisse à l'avenir. bien net
On a inventé beaucoup d'autres manières de préparer & beau.
le régule d'antimoine simple ou ordinaire, qui
ne différent les unes des autres que par les proportions
des ingrédients qu'on y emploie: Celle que j'ai
décrite ici m'a paru la meilleure & la plus profitable,
mais ceux qui voudront être plus amplement informés
sur cette matière pourront lire mon Traité de
l'antimoine.
Quoiqu'il soit sorti beaucoup de soufre de l'antimoine, D'où vient
le régule en est encore chargé, & c'est principalement que l'anti-
ce qui fait sa vertu vomitive: car le vomissement moine excite
ne procède que du remuement trop prompt le vomis-
que ces soufres excitent dans l'estomac, en picotant sement.
les fibres par quelques sels qu'ils entraînent avec eux.
Mais on ne donne guère souvent aux malades le régule
d'antimoine en substance, si bien pulvérisé qu'il
soit, à cause qu'il est trop compacte & trop pesant
pour l'estomac.
Si l'on mêle le vomitif dans une infusion de senné, On mêle
ou avec quelque autre purgatif semblable, il agit autant le vomitif
par les selles que par le vomissement, parce que dans les
ces remèdes font précipiter avec eux une partie des purgatifs.
soufres.
Lorsqu'on avale la pilule perpétuelle, elle est entraînée Pourquoi
par sa pesanteur, & elle purge par bas: On la la pilule
lave & on la redonne comme devant, & ainsi perpétuellement. perpétuel-
le est pur-
Presque tous les Chimistes ont écrit qu'elle ne diminuait gative.
aucunement de son poids, quoiqu'elle eût
été prise plusieurs fois. Il est bien vrai que la diminution
en est très petite, mais néanmoins il ne serait
pas difficile de la faire remarquer. On peut dire encore
qu'en la place des parties sulfureuses qui en sortent
pour faire la purgation, il s'y introduit quel-
T
@

290 C O U R S
ques corps étrangers, de même qu'il arrive quand on
calcine l'antimoine au soleil.
Quand cette pilule a été prise & rendue vingt ou
trente fois, elle ne purge plus tant, parce que les parties
du soufre les plus dissolubles s'en étant détachées,
ce qui reste passe sans faire grand effet: il en
arrive de même aux tasses & aux gobelets qui ne font
pas le vin si émétique après qu'on en a mis vingt ou
trente fois dedans. On peut remédier à cet accident
en limant doucement tout autour superficiellement la
balle de régule, & le dedans des tasses & gobelets.
La balle ou pilule perpétuelle est un purgatif doux,
& qui n'agit que faiblement par les selles.
Savoir si Quelques-uns ordonnent la pilule perpétuelle dans
la pilule le Miserere, mais cette pratique doit être dangereuse
perpétuel- parce que la balle s'arrêtant quelque espace de
le est bon- temps dans les intestins, qui dans cette maladie se sont
ne pour le noués ou pliés, elle y peut causer inflammation &
Miserere. enfin ulcère: on la donne pour la colique, & alors elle
fait du bien.
Si l'on réduisait en poudre la pilule perpétuelle,
on en pourrait faire prendre jusqu'à huit grains,
cette poudre aurait la même vertu émétique & purgative
que celle qu'on aurait faite avec un autre
morceau de régule d'antimoine: on peut aussi communiquer
au vin une qualité émétique, en y mettant
infuser chaudement des balles de régule entières ou
pulvérisées.
Pourquoi Le vin tire mieux la vertu émétique des préparations
le vin tire d'antimoine, que l'eau, ni l'esprit de vin, ni
mieux la le vinaigre ne pourraient faire; la raison en est que
vertu éméti- cette vertu consiste dans un soufre salin, lequel l'eau
tique de ne peut pas pénétrer; l'esprit de vin en dissout bien
l'antimoine quelque portion la plus sulfureuse, mais il n'enlève
que les pas assez de sel; le vinaigre par son acidité, fixe
autres li trop ce qu'il a dissout; mais le vin contient un esprit
queurs. sulfureux & un tartre salin qui font un menstrue
@

D E C H I M I E. 291

très convenable pour dissoudre & pour conserver
la partie saline & sulfureuse de l'antimoine
préparé.
En considérant les différentes manières d'évacuer
de l'antimoine & de plusieurs autres remèdes, je trouve
qu'il y a bien de l'apparence que les émétiques ne
font vomir, que parce que leur effet étant prompt
il est produit dans l'estomac avant que le remède ait
eu le temps de descendre plus bas, & alors ce viscère
qui est fort sensible, étant irrité; il s'y fait des secousses
assez violentes pour faire remonter ce qui est
dedans: mais si le remède peut atteindre jusqu'aux
intestins devant que d'exciter la fermentation du purgatif,
il pousse par bas, d'où vient que ceux qui ne
vomissent point par les émétiques, sont ordinairement
purgés par les selles.
Ainsi les vomitifs & les purgatifs ne différeront
qu'en ce que les premiers font leur effet dans l'estomac,
& les autres dans les intestins.
L'huile & l'eau tiède excitent des vomissements
parce qu'ils relâchent les fibres de l'estomac, & changent
le mouvement des esprits qui n'agissent alors
que par secousses.
Si par curiosité l'on fait calciner quatre onces de Calcina-
régule d'antimoine en poudre dans une terrine qui ne tion de
soit point vernissée, à petit feu, le remuant toujours l'antimoi-
avec une spatule, il s'en élèvera de la fumée pendant ne & aug-
une heure & demie ou environ; & quand la matière mentation.
ne fumera plus, elle se sera convertie en une poudre
grise, qui pèsera deux dragmes & demie plus que ne
pesait le régule. L'augmentation s'en trouvera encore
un peu plus grande, si la calcination a été faite au
soleil par le moyen du miroir ardent.
Cette augmentation est d'autant plus surprenante,
que la fumée qui est sortie de la matière, devrait
l'avoir diminuée de son poids; il faut donc qu'en
la place de ce qui s'est exalté, il soit entré
T 2
@

292 C O U R S
une plus grande quantité de parties de feu:
La fumée vient d'un reste de soufre grossier qui
était demeuré dans le régule, aussi sent-elle le soufre.
Ce n'est pas encore une chose bien établie chez les
Physiciens que les corpuscules de feu, peu d'entre
eux les admettent, parce qu'ils ne les comprennent
point; ils croient que les augmentations de poids
de l'antimoine & du plomb qui se remarquent après
leur calcination, vient de l'air qui s'est introduit
dans leurs pores quand on les a retiré du feu,
parce que ces matières ayant été rendues spongieuses
par le feu, elles hument l'air avec avidité comme
la chaux vive fait de l'eau: Mais cette explication
ne peut pas satisfaire, car il est impossible que
de l'air entrât en assez grande quantité, & pesant assez
pour faire une augmentation si considérable, les
pores de la matière n'en peuvent guère renfermer,
puisqu'un ballon de verre assez grand pour contenir
quatre-vingt pintes d'eau, étant vide, épuisé d'air
par la machine pneumatique, & taré en cet état,
puis rempli d'air autant qu'il en peut contenir, il se
trouve qu'il n'y en a pu entrer que quatre onces en
hiver, & deux onces en été. Cette expérience est
de M. Homberg, de l'Académie Royale des Sciences.
----------------------------------------------------------
Soufre doré d'antimoine.
C Ette préparation est la partie sulfureuse de l'antimoine
dissoute par des sels alcali, & précipitée
par un acide.
Prenez les scories du régule d'antimoine que nous
avons décrit, pulvérisez-les grossièrement, & les
mettez bouillir avec de l'eau commune dans un pot
de terre pendant demi-heure: filtrez la liqueur,&
@

D E C H I M I E. 293

jetez sur la colature du vinaigre, il se fera précipitation
d'une poudre rouge: filtrez & séparez votre
précipité que vous laverez par plusieurs eaux, & ferez
sécher; vous en aurez huit onces & demie, c'est Vertus.
ce qu'on appelle soufre doré d'antimoine: il est vomitif;
la dose en est depuis deux grains jusqu'à huit Dose.
dans du bouillon ou en pilule.

R E M A R Q U E S.

o N doit employer pour cette opération les scories
nouvellement séparées du régule, pendant
qu'elles sont encore en masse noire, car si on les
laissait vieillir & jaunir, elles ne rendraient presque
point de soufre, à cause que les sels qui doivent le
dissoudre dans l'eau, se seraient résous & dissipés.
Elles doivent avoir mauvaise odeur & teindre les
doigts en jaune, car elles marquent par-là qu'elles
contiennent beaucoup de soufre.
Il faut mettre environ seize livres d'eau sur les
quatorze onces de scories du régule d'antimoine pour
les faire bouillir, encore la liqueur se coagule-t-elle
en gelée quand elle refroidit; à cause des sels & du
soufre qui sont liés ensemble: car les scories du régule Scories du
d'antimoine ne sont qu'un mélange des parties régule, ce
fixes du salpêtre & du tartre, qui ont retenu avec que c'est.
elles quelque portion du soufre le plus grossier de
l'antimoine, comme j'ai dit: Or comme ces sels se
sont rendus alcali par la calcination, l'acide qu'on
jette dessus rompt leur force, & leur fait quitter le
soufre qu'ils tenaient dissout: c'est d'où vient la précipitation
du soufre doré d'antimoine. Si après la filtration
de la décoction des scories, vous remettez encore
bouillir dans de nouvelle eau ce qui sera demeuré
sur le filtre, & que vous filtriez cette nouvelle décoction,
vous verrez que les scories auront été presque
tout-à-fait dissoutes, & qu'il n'en sera resté sur
T 3
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294 C O U R S
le filtre qu'un peu de matière semblable à de la boue.
Soufre D'abord qu'on a jeté du vinaigre sur la dissolution
très féti- des scories, il arrive une ébullition, & il se détache
de. des soufres volatils qui frappent l'odorat très
désagréablement; le précipité qui se fait ensuite est
comme un caillé, en grande quantité. Si après avoir
séparé votre précipité par le filtre, vous versez sur
la liqueur filtrée d'autre vinaigre, il s'en précipitera
Second un second soufre doré en moindre quantité qu'en la
soufre première fois, mais plus beau: si vous filtrez la liqueur,
doré. que vous y versiez du nouveau vinaigre, il
Troisième s'en détachera & précipitera un troisième soufre encore
soufre. plus beau que le second: Si vous filtrez la liqueur,
doré. & que vous y versiez encore du vinaigre, il
Quatriè- s'en précipitera un quatrième soufre, mais il aura une
me sou- couleur jaune foncée: Si vous filtrez la liqueur, &
fre doré. que vous y versiez derechef du vinaigre distillé, ou
Cinquiè- quelque autre acide, il se précipitera un cinquième
me sou- soufre de couleur jaune ou citrine comme le soufre
fre doré. commun, mais en fort petite quantité; il faut laver
tous ces soufres & les mettre sécher; ils bruniront
en séchant & diminueront beaucoup de volume. Ils
Vertus. excitent tous un vomissement léger, ils conviennent
beaucoup aux asthmatiques, & aux autres maladies
Dose. pour lesquelles il est besoin de faire vomir: La dose
de ces derniers pourrait être un peu plus grande
que celle du premier, parce qu'ils participent moins
de la substance de l'antimoine; on en pourrait donner
depuis trois grains jusqu'à douze. Il est nécessaire
de laver les soufres dorés par plusieurs eaux
après les avoir mis sur les filtres, afin de les épuiser
autant qu'il se pourra des sels qui y sont mêlés, car
si l'on manque à cette circonstance, ces soufres
après qu'ils ont été séchés ne manquent pas à se ré-
presque en pâte; ce qu'ils
ne font point si l'on a eu soin de les bien laver. Au
reste tous les soufres dorés d'antimoine, quoi qu'ils
@

D E C H I M I E. 295

aient été exactement lavés & séchés, conservent
toujours un peu de leur odeur facile & dégoûtante
approchante de celle de la boue.
Si vous faites bouillir une once de scories d'antimoine
pulvérisées dans environ une livre d'eau, &
que vous laissiez refroidir le tout sans le remuer, il
se fera un Coagulum qui ressemblera fort au sang figé
dans une pochette; il ne sera pourtant pas justement
si rouge: cette couleur vient de ce que le soufre
de l'antimoine a été dissout par les sels du tartre
& du salpêtre qui ont été rendus alcali dans la
calcination. Cette opération a bien du rapport avec
ce qui passe dans la sanguinification, comme je l'expliquerai
en parlant du magistère du soufre commun.
Le premier soufre doré d'antimoine qui a été décrit, Soufre
agit à peu près comme le Crocus Metallorum doré des
dont nous parlerons dans la suite. Les Chimistes l'ont anciens.
appelé soufre doré à cause de sa couleur qui approche
de celle de l'or; mais il y a apparence que les
anciens entendaient par le soufre doré d'antimoine
un autre soufre que celui-là: car ils lui donnaient
une vertu diaphorétique, celui-ci est vomitif. Ce
qui le fait croire encore, c'est qu'ils ont écrit presque
tous qu'il y avoir dans l'antimoine un soufre grossier
superficiel & semblable au soufre commun qui est
celui dont nous avons fait cette préparation, & un autre
plus fixe & semblable à celui de l'or qu'ils ont crû
sudorifique.
Il ne faut pas s'imaginer que notre soufre doré
vomitif soit pur, il est rempli encore de beaucoup
de terre & de sel qu'il a entraînés dans la précipitation,
c'est ce sel qui raréfiant ses parties, excite
cette couleur.
Si l'on met en digestion chaudement dans un matras
pendant trois ou quatre jours, du soufre doré
d'antimoine avec de l'esprit ou huile aethérée de té-
@

296 C O U R S
rébenthine, à la hauteur d'environ trois doigts, on
Baume de aura une teinture rouge-brune, de mauvaise odeur
soufre & d'un goût très désagréable qu'on appelle baume
stibial. de soufre stibial.
Vertu. Il est bon pour l'asthme & pour les autres maladies
Dose. de la poitrine, la dose en est depuis deux gouttes
jusqu'à six.
----------------------------------------------------------
Régule d'antimoine avec le Mars,
C Ette préparation est un mélange des parties les
plus fixes de l'antimoine, & d'une portion de
fer.
Mettez huit onces de pointes de clous de maréchal
dans un grand creuset que vous couvrirez &
placerez dans un fourneau à grille: entourez-le dessus
& dessous d'un grand feu, & lorsque les clous seront
bien rougis, & même un peu blanchis, jetez-y
une livre d'antimoine en poudre: recouvrez le creuset,
& continuez un grand feu. Lorsque l'antimoine
sera en parfaite fusion, jetez dedans peu-à-peu trois
onces de salpêtre, il se fera détonation & les clous
se fondront. Lorsqu'il ne s'élèvera plus d'étincelles,
versez votre matière dans un cornet de fer qu'on aurait
graissé avec un peu de suif & chauffé; frappez ensuite
aux côtés du cornet de fer avec des pincettes,
afin que le régule descende au fond, puis étant refroidi,
séparez-le des scories par un coup de marteau:
faites-le fondre dans un autre creuset, & jetez
dessus deux onces d'antimoine en poudre: lorsqu'il
fera en fusion, ajoutez-y peu-à-peu trois onces
de salpêtre, lequel étant brûlé, & la matière ne jetant
plus d'étincelles, renversez-la dans le cornet de
fer qu'on aura graissé & chauffé comme devant, puis
frappez autour avec des pincettes, afin que le régule
descende au fond; & lorsqu'il sera refroidi, séparez-le
@

D E C H I M I E. 297

des scories, comme nous avons dit. Réitérez
de faire fondre le régule encore deux fois, & à chaque
fois de jeter du salpêtre dessus, mais à la dernière
fois principalement, il faut le mettre bien en
fusion avant que de le jeter, afin que l'étoile paroisse.
Il ne faut point ajouter d'antimoine cru aux deux
dernières fusions.
On se sert de ce régule comme de l'autre, & il Vertu.
fait les mêmes effets.

R E M A R Q U E S.

L Es pointes de clous de maréchal sont préférables
dans cette opération, à des clous ordinaires ou à
d'autres petits morceaux de fer, parce qu'ayant été
déjà recuites par le feu, elles sont plus en état de
s'unir à l'antimoine.
Le fer dans la première fusion s'étant mêlé avec
l'antimoine, il s'en réduit beaucoup en scories, parce
qu'il se lie avec les soufres les plus impurs, & la partie
réguline étant la plus pesante, elle tombe au fond.
La salpêtre est mis ici pour pénétrer l'antimoine &
pour exciter une plus parfaite fusion, afin que la séparation
des parties grossières s'en puisse mieux faire.
De plus ce sel enlève quelques soufres par sa partie
volatile. Les scories sont donc composées de fer, de
soufre & de salpêtre fixe. Ce premier régule sera
cristallin, brillant, métallique, couvert d'une grosse
masse de scories, compacte, grossière, ferrugineuse,
pesante, noirâtre.
On réitére la fusion trois fois, à cause qu'il se précipite
toujours quelque partie impure du fer avec le
régule, & l'on ajoute en la première un peu d'antimoine
cru, afin que ce mars qui se lie facilement
avec l'antimoine à cause du soufre grossier qu'il contient,
quitte le régule & s'y attache. Les deux dernières
fusions font des scories grises ou blanchâtres, &
@

298 C O U R S
c'est une marque que le salpêtre ne peut plus rien
prendre.
Poids. Après la première purification on retire dix onces
de régule & treize onces de scories; après la seconde
purification, on retire neuf onces & demie de régule;
après la troisième, on retire huit onces & deux dragmes
de régule; & après la quatrième, on retire sept
onces six dragmes de régule.
L'Etoile L'Etoile qui paraît sur le régule d'antimoine Martial,
du régule quand il est bien purifié, a donné matière de
d'où elle raisonner à beaucoup de Chimistes; & comme la
vient. plupart de ces Messieurs sont fort entêtés des influences
planétaires & d'une prétendue correspondance
entre chacune de ces planètes & le métal qui
porte son nom, ils n'ont pas manqué de dire, que
cette Etoile procédait de l'impression que les petits
corps qui sortent de la planète de Mars, avaient fait
sur l'antimoine à cause d'un reste de fer qui y était
mêlé; & pour cette raison ils ont recommandé de
faire ce régule le Mardi entre sept ou huit heures du
matin, ou entre deux ou trois heures après-midi,
pourvu que le temps soit clair & serein, croyant que
ce jour qui tient son nom de la planète, soit celui
auquel elle verse le plus d'influences. Ils se sont encore
imaginé mille choses semblables qu'il serait trop
long de rapporter ici.
Mais ces opinions n'ont aucune probabilité, car
premièrement cette Etoile n'est point particulière au
régule Martial, il s'en forme immanquablement une
très belle & très parfaite sur les autres régules d'antimoine
simple, où il n'est point entré de métal,
pourvu qu'ils aient été faits avec les précautions requises:
de plus il n'y a point d'expérience qui soit capable
de montrer que les métaux aient des correspondances
avec les planètes, comme nous avons dit
ailleurs, moins encore que les influences de ces
planètes fassent telles & telles figures sur ces métaux,
@

D E C H I M I E. 299

comme ces Messieurs veulent déterminer. Il ne
me serait pas bien difficile de faire connaître ici le
peu de solidité qu'il y a à raisonner de la sorte,
combien les principes de l'Astrologie judiciaire sont
peu stables & incertains; mais ce ferait faire une trop
longue digression, & grossir ce volume de choses
qu'on peut trouver ailleurs assez au long, & entre
autres dans l'abrégé de Gassendy fait par Monsieur
Bernier.
Mon imagination sera donc moins exaltée que celle
de ces Messieurs; & quand je devrais paraître
grossier dans leur esprit, je n'irai point rechercher
dans les corps célestes l'explication de l'Etoile dont
il est question, puisque je la peux trouver dans des
causes plus prochaines. Tel s'applique souvent avec
trop d'ardeur à contempler les astres, qui ne prend
pas garde qu'il y a à ses pieds une pierre qui le va
faire choir.
Je dis donc que l'étoile qui paraît sur le régule
d'antimoine Martial vient de l'antimoine même, car
ce minéral est tout en aiguilles; mais comme avant
que d'être bien purifié il est chargé de parties sulfureuses
& impures qui le rendent molasse: ces aiguilles
paraissent en confusion. Or quand on le purifie
avec le Mars, non seulement on enlève beaucoup de
parties les plus sulfureuses d'antimoine & les plus
capables d'empêcher sa cristallisation, mais aussi il y
reste une portion de fer la plus dure & la plus compacte,
qui rend l'antimoine plus ferme qu'il n'était.
De sorte que la purification développe les cristaux
naturels de l'antimoine disposés en forme d'Étoile,
& le fer tient ces cristaux tendus par sa dureté; c'est
pourquoi le régule d'antimoine Martial est bien plus
dur que les autres.
Les cristaux paraissent donc en forme d'Étoile dans
le régule d'antimoine Martial, parce qu'ils sont en
cette même forme dans l'antimoine, & principale-
@

300
C O U R S
ment dans le minéral: car si l'on considère bien ses
lames ou cristaux, on verra qu'ils sont de la même
figure & de la même largeur que les rayons de L'Etoile
du régule, excepté que comme ils sont souvent
entrecoupés par de la gangue ou autre matière terrestre
& sulfureuse, ils ne commencent ni ne finissent
pas toujours en pointes. Mais on peut ajouter à cela
que le feu qui tend toujours à pousser du centre à la
circonférence, ayant mis la matière en une fusion
exacte, écarte de son milieu & de sa superficie les cristaux
de tous les côtés du creuset, en forte qu'ils doivent
former une Étoile. On trouve quelquefois sur le
pain de régule d'antimoine, au lieu de la figure d'une
Etoile, une figure irrégulière comme celle d'une Etoile
à demie formée & couverte d'un côté de la matière
même du régule; sur un autre une représentation
d'arbre; sur un autre des rayes ou des sillons
sans ordre; sur un autre on ne voit que de légères traces
de l'Étoile vers les bords: La cause de ces irrégularités
vient de ce que le mortier ou le culot,
dans lequel on a versé le régule fondu, n'a pas été
tenu droit ni en repos pendant qu'il s'est refroidi,
car pour peu qu'il ait été penché ou remué, la matière
a été brouillée, sa superficie confondue, & les
rayons qui devaient former l'étoile ont perdu leur
arrangement naturel,
L'Etoile & les autres figures qui paraissent sur le
régule d'antimoine sont une marque de sa pureté,
mais elles n'y sont pas essentielles, car nous voyons
des régules aussi beaux & aussi purs qu'ils le peuvent
être ou il n'a point paru d'Etoile ni d'autre figure.
Je pourrais étendre davantage mes conjectures sur la
formation de l'Etoile qui paraît sur le régule d'antimoine,
si je ne craignais d'être trop long: Ceux qui
voudront être plus amplement informés sur cette
matière, pourront lire ce que j'en ai écrit dans mon
Traité de l'antimoine,
@

D E C H I M I E. 301

L'Etoile qui paraît sur quelque espèce de régule
d'antimoine que ce soit, n'est que superficielle: ce
que l'on reconnaît en limant doucement le régule.
Les gobelets & les tasses se forment plus facilement Pourquoi
avec le régule d'antimoine Martial qu'avec les l'on se sert
autres régules, à cause de la portion de fer qu'il contient; de régule
car ce métal s'étant lié avec la partie la plus d'antimoine
dure de l'antimoine, il la rend moins aigre, & par martial
conséquent plus en état de s'étendre dans les moules. pour faire
les tasses
Je me suis servi longtemps d'un moule à gobelet, & les go-
dont j'ai donné la figure & la description au belets.
commencement de ce Livre, mais il est nécessaire de
réitérer plusieurs fois la fusion du régule, on y réussit
rarement à la première; ce moule est sujet à laisser
des crevasses au vase, & l'on est contraint de le
faire refondre pour le jeter de nouveau dans le moule,
jusqu'à ce que le gobelet soit entier par-tout,
en état de contenir de la liqueur.
J'ai trouvé la méthode de le jeter au sable la Châssis
plus facile, la plus prompte & la meilleure. On a pour for-
un châssis d'un pied de haut & d'un pied & demi mer des
en quarré, disposé à se démonter, ou à se diviser gobelets
quand on le veut en plusieurs châssis: On met dedans & des ta-
ce châssis du sable un peu humecté avec de l'eau pour ses de ré-
le réduire en une pâte assez solide, on y enfonce tout- gule au
à-fait un ou plusieurs gobelets ou tasses d'étain, on sable.
remplit ces vases du même sable humecté: on presse
& l'on unit bien le tout avec un gros bâton fait en
polissoir; il est à remarquer qu'avant que de remplir
les vases d'étain avec du sable humecté, l'on y doit
passer du charbon pulvérisé, afin que le sable ne s'y
attache point trop, & qu'il s'en sépare plus aisément
quand on veut le retirer. Après donc qu'on a bien
rempli les vases, on renverse le châssis, le dessus dessous,
& l'on en fait sortir le sable moulé, on ôte aussi
le vase du lieu où il était, il y laisse sa cavité & son
@

302 C O U R S
moule: on fait entrer le sable moulé dans cette cavité
& on le renverse, puis on fait un trou au sable
du châssis qui répond au cul du moule.
Pendant cette petite manoeuvre, on met fondre par
un grand feu dans un creuset une quantité de régule
d'antimoine Martial plus ou moins grande selon le
nombre des moules de gobelets ou de tasses qu'on a
préparés, & quand ce régule est en belle fusion, on le
verse promptement autour des moules par le trou qui
a été fait au sable du châssis, jusqu'à ce que les espaces
vides qui sont demeurées entre les sables,
quand on a ôté les vases d'étain & les trous, soient
remplis; on laisse alors refroidir entièrement le régule,
puis on sépare du moule le vase qui se trouve
très bien formé par cette seule fois, sans crevasse, ni
aucune autre ouverture; mais il faut couper tout doucement
par le moyen d'une lime douce, un bâton de
régule qui demeure attaché au cul du vase, & qui
vient de ce qu'on a rempli plus haut qu'il n'était
nécessaire, le trou, afin d'être d'autant mieux assuré
que le moule était bien rempli; on polit ensuite
ce vase avec une peau de chien de mer, & alors il
est en état de perfection.
Usage Les vases de régule d'antimoine sont employés
des vases seulement pour faire du vin émétique; on se sert plus
de régule souvent du gobelet que de la tasse, à cause qu'étant
d'anti- moins évasé par le haut, on le couvre plus facilement,
moine. & la liqueur s'y évente moins: on met dedans
Vin émé- du vin blanc & on l'y laisse deux ou trois jours, pendant
tique fait lequel temps ce vin qui est ici un dissolvant,
dans les s'empreint & se charge de la substance la plus dissoluble
vases de du régule d'antimoine qui compose le vase, & devient
régule émétique. Ce vin étant retiré, pour s'en servir,
d'anti- le gobelet & la tasse seront en état de faire encore du
moine. vin émétique, pourvu qu'on y mette d'autre vin
blanc & qu'on l'y laisse comme devant; ce qu'on
pourra réitérer & continuer toujours, en sorte
@

D E C H I M I E. 303

qu'ayant un de ces vases de régule d'antimoine, on
aura le moyen de faire perpétuellement du vin émétique.
L'odeur & le goût de ce vin ne seront pas
bien différents de ceux du vin blanc ordinaire; on
pourrait au défaut du vin blanc employer pour cette
préparation, du vin paillet, ou même du vin rouge,
mais le vin blanc, étant le moins chargé de tartre grossier,
est le plus propre pour extraire la substance de
l'antimoine.
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Stomachique de Poterius, ou Poter.

C Ette opération est un régule d'antimoine Martial
fixé & mélangé avec de l'or.
Prenez du régule d'antimoine martial quatre onces,
de l'or fin en poudre demi-once, du salpêtre douze
onces; pulvérisez le régule & le salpêtre, mêlez-les
avec l'or exactement: mettez rougir un creuset entre
les charbons ardents dans un fourneau, jetez-y une
cuillerée du mélange, il se fera une légère détonation,
laquelle étant passée, vous en jetterez une autre cuillerée,
& vous continuerez ainsi jusques à ce que toute
la matière soit dans le creuset: laissez-la calciner
pendant environ une heure, puis la jetez dans beaucoup
d'eau chaude, laissez-l'y tremper quelques heures
afin que le salpêtre s'y dissolve, versez l'eau par
inclination, & lavez la poudre qui sera restée au fond
encore plusieurs fois, puis l'ayant fait sécher au soleil
ou à l'ombre, calcinez-la dans un nouveau creuset
pendant une heure, l'agitant avec une spatule de fer, Céruse
& l'opération sera achevée; gardez cette matière, d'anti-
c'est le Stomachique de Poterius, qu'on appelle aussi moine so-
Céruse d'antimoine solaire. laire.
Il est estimé propre pour fortifier l'estomac & le Vertus.
coeur, pour réparer les forces abattues, pour exciter
la transpiration des mauvaises humeurs, pour puri-
@

304 C O U R S
fier le sang, pour résister au venin, pour arrêter les
hémorragies, pour la paralysie, pour les maladies
Dose. causées par le mercure; c'est un absorbant: La dose
en est depuis six grains jusques à trente.
Sel des Si l'on fait évaporer les lotions, il restera un sel qui
lotions. approchera en vertus du sel polychreste.
R E M A R Q U E S.
O N peut se servir ici de l'or de départ, qui étant
en poudre, se mêlera commodément avec les autres
matières; mais si l'on veut être encore plus assuré
qu'il y sera bien mêlé, il faut premièrement faire
le mélange du régule d'antimoine Martial avec l'or
par la fusion, dans un creuset, remuant souvent la
matière avec une verge de fer, puis l'ayant jetée
dans un mortier de fer pour l'y laisser refroidir &
durcir en masse, on la réduira en poudre subtile, &
on la mêlera exactement avec le salpêtre.
On emploie dans cette opération autant de salpêtre
qu'il en faut pour fixer tellement le soufre salin
du régule d'antimoine, qu'il ne puisse plus s'élever
pour exciter le vomissement.
La détonation qui arrive quand on jette la matière
dans le creuset rougi n'est pas bien grande, parce que
le volatil du salpêtre ne trouve que peu de soufre
dans le régule d'antimoine avec lequel il puisse se lier
& s'exalter.
On calcine la masse fixe encore pendant une heure;
pour donner lieu au salpêtre de pénétrer toutes les
particules de l'antimoine & de les bien fixer.
Les lotions qu'on fait de la matière dissolvent le
salpêtre superficiel qui contient encore en soi beaucoup
de volatil; mais elles ne peuvent pas détacher celui
qui est lié & enlacé intimement avec les parties
de l'antimoine, & qui sert à les fixer.
La dernière calcination qu'on donne à la poudre
lavée,
@

D E C H I M I E. 305

lavée, ne se fait que pour priver l'antimoine de quelques
particules sulfureuses volatiles qui y pourraient
être restées, & pour rendre la préparation
plus sèche.
On appelle cette préparation, Stomachique de Poterius,
parce qu'on croit que Poterius, ou Poter, en
est l'inventeur, & qu'elle fortifie l'estomac; on la
nomme céruse d'antimoine solaire, parce qu'elle est
presque aussi blanche que de la céruse, & qu'il y entre
de l'or. On lui a donné encore le nom de diaphorétique
minéral solaire, à cause de la vertu sudorifique Diapho-
qu'on lui attribue, & de l'or qu'on y a fait rétique
entrer, Les particules de ce métal sont si bien incorporées minéral
avec le reste de la matière, qu'elles n'y paraissent solaire.
point du tout.
L'or qui entre dans cette composition ne peut servir
que dans les maladies qui viennent d'avoir trop
pris de mercure, car pour les autres il ne produira
rien.
----------------------------------------------------------
Lilium minérale aut sal metallicum.

C Ette opération est un sel empreint des soufres
du fer, de l'étain, du cuivre & de l'antimoine.
Prenez douze onces de régule d'antimoine Martial
qui n'ait point été purifié, de la chaux d'étain
fin, & de la limaille de cuivre rouge, de chacun deux
onces: pulvérisez le régule grossièrement; mêlez le
tout ensemble, & mettez le mélange dans un creuset,
dont la moitié au moins demeure vide: couvrez
le creuset & le placez dans un fourneau de fusion, Régule de
au milieu d'un grand feu de roue, afin que la différents
matière y prenne une parfaite fusion, jetez-y alors métaux &
peu-à-peu trois onces de salpêtre, il se fera détonation, d'anti-
remuez au fond du creuset avec une spatule moine.
V
@

306 C O U R S
de fer chaude, & quand vous verrez que toute la matière
sera liquide, vous la verserez dans un mortier
de fer chauffé & graissé; frappez incontinent après
autour du mortier avec des pincettes, pour faire
tomber ou précipiter le régule au fond. Quand la
matière sera refroidie, vous séparerez avec un marteau
la partie réguline d'avec les scories qui seront
dessus en forme d'écumé de métal; prenez la quantité
qu'il vous plaira de ce régule de métaux, pulvérisez-la
subtilement, & la broyez avec le double
de son poids de nitre fixé par les charbons, dont on
trouvera la description dans la suite en son lieu:
mettez le mélange dans un creuset, couvrez-le & le
placez au milieu d'un bon feu de charbon dans un
fourneau, où vous le laisserez pendant cinq ou six
heures, la matière se réduira en pâte: quand elle se
sera durcie & presque refroidie, vous casserez le creuset,
vous la pulvériserez & vous la mettrez tremper
dans l'eau chaude pour en dissoudre le sel, filtrez
la lessive & la faites évaporer jusqu'à siccité, vous
aurez un sel qui sera empreint des soufres des métaux
& de l'antimoine, gardez-le dans une bouteille
bien bouchée.
Vertus. Il ouvre les pores, & fait sortir les humeurs par
insensible transpiration, il excite l'urine, il est propre
pour l'épilepsie, il abat les vapeurs hystériques:
Dose. La dose en est un scrupule dans un bouillon, une
ou deux fois le jour.
R E M A R Q U E S.
C Omme le lilium est un remède qui a fait du bruit
dans le monde depuis quelques années, & que
plusieurs personnes me l'ont demandé, j'ai crû qu'il
était à propos d'en donner la description dans cette
nouvelle édition de mon Cours de Chimie. Je l'ai
tirée du Livre de Secrets & Remèdes éprouvés
@

D E C H I M I E. 307

de l'Abbé Rousseau, page 170. & j'ai tâché de la rendre
plus claire & plus intelligible en faveur des Artistes
qui la voudront préparer.
L'Auteur demande un régule fait avec deux onces
de Mars, deux onces d'étain fin, deux onces de
Vénus & huit onces d'antimoine; j'ai trouvé qu'il
était aussi bon & plus abrégé de mettre à la place du
Mars & de l'antimoine, le régule d'antimoine martial,
qui n'ayant point été purifié, a retenu suffisamment
du fer, j'en emploie douze onces au lieu de
dix que demanderait la recette, parce que dans l'opération
de ce régule avec l'étain & le cuivre, il s'en
dissipe une partie tant en fumée qu'en scories. Le nitre
fixé par les charbons est un sel alcali des plus
forts & des plus grands dissolvants, il est emploie ici
pour pénétrer le régule des métaux & de l'antimoine,
& en dissoudre les soufres; on lui donne du temps
suffisamment pour cela par une calcination de cinq ou
six heures, pendant laquelle le sel & le régule se liquéfient
ensemble & se mettent presque en fusion.
L'eau dans laquelle on jette la matière calcinée &
pulvérisée, dissout le sel de nitre fixe qui est chargé
du soufre des métaux; il faut réitérer cette lessive
plusieurs fois sur la même matière, afin de l'épuiser
autant qu'on pourra de ce sel, puis la filtrer, & la
faire évaporer doucement dans une terrine pour en
avoir le sel; il sera de couleur brune, & il aura une
odeur sulfureuse & un goût très âcre.
On peut encore tirer de cette matière calcinée un Baume
baume vulnéraire, si au lieu de la jeter dans de l'eau des mé-
& en faire une lessive, on la pulvérise subtilement taux vul-
étant encore un peu chaude, qu'on la mette dans un néraires.
matras, & qu'on verse dessus de l'huile aethérée ou
esprit de térébenthine jusqu'à la hauteur de quatre ou
cinq doigts, qu'on bouche bien le matras par un
vaisseau de rencontre, qu'on le place en digestion
chaudement pendant quelques jours, l'agitant de
V 2
@

308 C O U R S
temps en temps, l'esprit de térébenthine tirera une
teinture rougeâtre ou brune, on la séparera par inclination:
on mettra encore du même esprit sur la matière
pour achever d'en tirer de la teinture comme
devant: on la fera distiller ou évaporer pour l'épaissir
jusqu'à consistance de miel, on la mettra alors en
infusion ou en digestion dans quatre ou cinq fois autant
d'esprit de vin bien rectifié pour en tirer une
nouvelle teinture comme devant, mais qui sera plus
subtile; on lui donnera une consistance de sirop en
la faisant distiller par un alambic, ou la mettant évaporer
dans une terrine de grès au feu de sable, on
Teinture peut l'appeler teinture de régule métallique. Ce baume
de régule est vulnéraire, propre pour l'asthme, pour la toux
métalli- sèche, pour la phtisie, & pour les autres maladies de
que. poitrine; La dose en est depuis quatre gouttes jusqu'à
Vertus. dix dans une tasse d'herbes vulnéraires préparées en
Dose. guise de thé.
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Verre d'antimoine.
C Ette préparation est un régule d'antimoine vitrifié
par une longue fusion.
Faites calciner sur un petit feu une livre d'antimoine
en poudre dans une terrine qui ne soit point vernie,
remuez incessamment la matière avec une spatule
de fer jusques à ce qu'il ne sorte plus de fumée:
mais si cependant la poudre se grumelait, comme il
arrive souvent, mettez-la dans un mortier & la pulvérisez,
faites-la derechef calciner, comme nous
avons dit, & lorsqu'elle ne fumera plus, & qu'elle aura
pris une couleur grise, vous trouverez, si vous la
pesez, qu'elle aura diminué d'environ un tiers; mettez-la
dans un bon creuset que vous couvrirez d'un
tuileau, & le placerez dans un fourneau à vent, dans
lequel vous ferez un feu de charbon très violent qui
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D E C H I M I E. 309

entoure le creuset, afin que la matière se mette en
fusion. Environ une heure après découvrez le creuset
& ayant introduit dedans le bout d'une verge de
fer, regardez quand vous l'aurez retirée, si la matière
qui s'y sera attachée sera bien diaphane: & si
elle l'est, jetez-la sur un marbre bien chauffé, elle
se congèlera & vous aurez un beau verre d'antimoine
que vous laisserez refroidir, puis vous le garderez,
il y en aura environ cinq onces & demie: c'est
un puissant vomitif, & un des plus violents de ceux
qui se font par l'antimoine; on en fait le vin émétique
en le mettant tremper dans du vin blanc. On le
donne aussi en substance, depuis deux grains jusques
à six. Il est bon pour éclaircir la vue, si étant pulvérisé
on en dissout une dragme dans quatre onces d'eau
d'euphraise ou de fenouil.
Les Maquignons en font prendre aux chevaux Remède
pour la pousse après l'avoir réduit en poudre subtile, pour la
leur dose est demi-once dans du son. pousse des
On prépare un sirop émétique avec l'infusion de chevaux.
verre d'antimoine faite dans le suc de coing ou dans Sirop
celui de limons, & le sucre. Si au lieu de ces sucs émétique.
acides, on se sert de vin, le sirop en sera un peu plus
vomitif: La dose de l'un & de l'autre est depuis deux Dose.
dragmes jusqu'à une once & demie: on en donne aux
personnes délicates & aux enfants.

R E M A R Q U E S.

O N doit calciner l'antimoine sous la cheminée &
éviter les vapeurs qui en sortent, comme très
nuisibles à la poitrine. Cette calcination se fait pour
le dépouiller des soufres grossiers qui empêcheraient Comment
sa vitrification: car ces soufres étant composés de le soufre
parties rameuses, molasses & embarrassantes, bouchent empêche
les pores de la matière, les rendent confus, & la vitrifi-
empêchent que la lumière ne passe & ne réfléchisse à cation.
V 3
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310 C O U R S
nos yeux: il arrive toujours, & principalement au
commencement de la calcination, que parmi une
grande quantité de fumées sulfureuses, il paraît à
la superficie de la matière qu'on calcine une petite
flamme bleue qui provient d'un soufre allumé, c'est
alors que la poudre d'antimoine se grumelle aisément
pour peu qu'il y ait trop de feu, car ce soufre qui
s'y rencontre encore en grande quantité, fait fondre
ou liquéfier le minéral, & quand il se durcit il forme
des grumeaux: il est nécessaire de les pulvériser
dans un mortier, comme il a été dit, pour en poursuivre
la calcination, car ils renferment un soufre
grossier de l'antimoine, qui rendrait la calcination
imparfaite si l'on manquait à cette circonstance.
La vitrification ne se fait point que les parties de
l'antimoine n'aient été rendues plus fermes & plus
roides qu'elles n'étaient auparavant, afin que les
petits corps du feu passant & repassant dans la matière,
forment des pores droits qui puissent demeurer en
cet état quand l'antimoine est refroidi. C'est la figure
de ces pores qui cause la transparence, parce qu'ils
donnent liberté à la lumière d'y passer.
Quoique l'antimoine paroisse vitrifié après quelque
temps de fusion dans le creuset, il ne faut pas
se hâter trop de le verser sur la marbre, car il ne
l'est souvent qu'en partie au-dessus, & ce qui est au
fond reste en forme de régule; il faut donc lui donner
le temps de se vitrifier tout-à-fait dans le feu:
Marques Une des marques de la vitrification est quand la matière
de vitrifi- acquiert par le feu une consistance visqueuse ou
cation. onctueuse, moins fluide & moins pesante que ce qui
n'est point encore vitrifié, en sorte qu'elle prenne le
dessus comme une grasse; une autre marque est quand
la petite portion qu'on a prise avec du fil de fer dans
le creuset, jette un fil long & diaphane: il faut alors
prendre adroitement le creuset avec des pincettes,
& verser doucement sur le marbre chaud la matière
@

D E C H I M I E. 311

vitrifiée. Si tout ne l'est point encore, il paraîtra au
fond une espèce de régule qui remuera pendant qu'il
sera en fusion comme du vif-argent: si l'on le remet
dans un grand feu ayant couvert le creuset, il se réduira
en verre comme l'autre; ce verre, en coulant
sur le marbre s'y étendra en morceaux plats, & sur
la fin il se formera de beaux fils longs, rouges,
transparents, cassants, toute la matière pétillera ou
fera quelque bruit en refroidissant, ce qui vient de
ce que l'air, trouvant de la résistance à passer par ses
pores qui sont trop petits, les écarte avec violence.
Le verre d'antimoine doit être dur, cassant, diaphane,
transparent, compacte, luisant, de belle couleur Choix.
rouge foncée approchante de celle du rubis,
n'ayant ni odeur, ni goût.
Il est étonnant que l'antimoine calciné en se vitrifiant
devienne plus léger qu'il n'était, & qu'il acquière
une consistance mucilagineuse ou onctueuse:
il y a de l'apparence que le feu en a développé le soufre
le plus fixe, qui a rendu ses parties plus polies & Pourquoi
mieux liées: c'est aussi apparemment ce même soufre, le verre
qui s'étant étendu dans toute la substance du d'anti-
verre, lui a donné la couleur rouge, car nous voyons moine est
que le soufre de l'antimoine est ordinairement rouge. rouge.
En faisant le verre d'antimoine, j'ai quelquefois
mêlé avec mon antimoine calciné un seizième d'antimoine
cru pulvérisé: cette addition a hâté la fusion
& la vitrification de la matière, car elle a été réduite
en verre plus promptement qu'en la première opération:
& ce verre a été aussi transparent, aussi beau
& aussi parfait que le premier. La raison en est que
cette petite quantité d'antimoine cru étant fort sulfureux,
a communiqué plus de chaleur à l'antimoine
calciné, l'a raréfié davantage, & lui adonné plus
de disposition pour la fusion & la vitrification, mais
le soufre grossier ou superficiel de cet antimoine cru
doit avoir été dissipé avant que la vitrification se soit
V 4
@

312 C O U R S
faite: car autrement les pores de la matière n'auraient
pas pu être rendus assez droits, pour que la
lumière y ait la liberté de passer & repasser, comme
il a été dit. Il y a plusieurs autres manières de
préparer le verre d'antimoine, mais la meilleure est
celle que j'ai décrite, & qui est faite sans addition.
Les Marchands Droguistes font venir de Hollande, &
de quelques autres lieux, du verre d'antimoine assez
Verre beau, qu'ils donnent à bon marché; je l'ai examiné &
d'anti- confronté contre celui que j'ai fait, j'ai trouvé que
moine le mien était un peu plus pesant en volumes égaux,
de Hollan- & qu'étant réduit en poudre fine, il avait une couleur
de. grise tirant un peu sur le vert: au lieu que celui
de Hollande pulvérisé, a été jaune, ce qui peut venir
d'un défaut de calcination ou de quelque addition:
Au reste il est bien plus sûr en Médecine de se servir
de celui qu'on sait être fait régulièrement par
les règles de l'art, que d'en employer un dont la
composition est équivoque.
Pourquoi Le verre d'antimoine ayant reçu plus de calcination
le verre que les autres préparations, devrait par conséquent
d'anti- être moins vomitif, parce qu'il s'est dissipé beaucoup
moine est de soufres dans lesquels on fait consister sa vertu
plus vo- vomitive. L'expérience néanmoins nous montre le
mitif que contraire, car il agit avec beaucoup de force, comme
les autres nous avons dit: La raison en est, qu'on n'a employé
prépara- aucun sel pour faire ce verre, & que dans les
tions de autres opérations, on mêle du salpêtre qui par sa
ce métal. partie fixe, arrête une partie des soufres; ainsi
quoiqu'il ne soit demeuré qu'une quantité médiocre
de soufre dans le verre d'antimoine, si peu qu'il y en
a, étant en grande agitation, il excite aussi un plus
grand vomissement.
Correc- On corrige le verre d'antimoine en le calcinant
tion du dans un creuset avec le tiers de son poids de salpêtre,
verre d'an- puis l'ayant lavé plusieurs fois avec de l'eau tiède, on
timoine. le fait sécher, cette poudre ne fait pas des effets si
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D E C H I M I E. 313

violents que le verre d'antimoine pur, à cause du salpêtre
qui a fixé une partie des soufres de l'antimoine:
elle agit à peu près comme le Crocus Metallorum,
dont nous parlerons dans la suite.
On peut encore faire des verres d'antimoine très Verres de
beaux avec des régules d'antimoine commun & martial, régule
si après les avoir pulvérisés, on les calcine séparément d'anti-
par un feu médiocre, les agitant dans une moine ci-
terrine non vernie, jusqu'à ce qu'ils aient été réduits trins.
en une poudre grise, & qu'on les mette ensuite en Verre de
fusion, comme il a été dit en la préparation du verre régule d'an-
d'antimoine ordinaire: Ces verres de régule ont timoine
une belle couleur citrine, c'est la seule circonstance martial.
par laquelle ils différent du commun.
Comme l'opération du verre d'antimoine n'est pas Verre
bien aisée à faire, & que plusieurs Artistes craignent d'antimoi-
de n'y pas réussir, ils mêlent quelquefois avec l'antimoine corrigé
calciné un huitième de borax; par cette addition par le bo-
ils facilitent beaucoup la vitrification de la matière, rax.
mais ils diminuent la force du verre, & c'est
proprement une correction qu'on lui donne: ce verre
d'antimoine a d'abord une belle couleur citrine,
il est marbré & transparent, mais ce n'est pas pour
long temps, car étant gardé il devient blanchâtre en
sa superficie & presque opaque, la raison en est que
le borax qui est un sel, s'humecte aisément, & fait
obstruction dans les pores du verre, empêchant par
conséquent la lumière d'y passer: si l'on veut éviter Verre d'an-
cet accident, & conserver ce verre dans sa beauté, timoine so-
il ne faut que le mettre dans un lieu bien sec comme laire.
à la cheminée, ou dans une étuve. On peut voir dans Verre d'an-
mon Traité de l'antimoine plusieurs autres descriptions timoine lu-
de verre d'antimoine avec le borax, & aussi naire.
avec des métaux différents, comme le verre d'antimoine Verre d'an-
solaire, le verre d'antimoine lunaire, le verre timoine
d'antimoine jovial; on y trouvera aussi le foie d'antimoine jovial.
vitrifié, la vitrification de la poudre d'alga-
@

314 C O U R S
roth, & plusieurs autres opérations semblables tirées
de l'antimoine.
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Foie d'Antimoine.
C Ette préparation est un antimoine ouvert par le
salpêtre & par le feu qui l'ont à demi vitrifié &
qui lui ont donné une couleur de foie.
Prenez seize onces d'antimoine & autant de salpêtre,
réduisez-les en poudre & les mêlez exactement
ensemble, mettez ce mélange dans un mortier de
fer, & le couvrez d'une tuile; laissez néanmoins une
ouverture, par laquelle vous introduirez un charbon
de feu, puis, vous le retirerez, la matière s'enflammera,
& il se fera une grande détonation, laquelle
étant passée & le mortier refroidi, vous le renverserez
& vous frapperez contre le cul, afin de faire
tomber la matière; vous séparerez ensuite par un
Scories. coup de marteau les scories d'avec la partie luisante,
qu'on appelle Foie d'Antimoine, à cause de sa
couleur.
Vin émé- Pour faire le vin émétique, il faut mettre tremper
tique. une once de ce foie d'antimoine en poudre, dans deux
livres de bon vin blanc l'espace de vingt-quatre heures
Dose. , puis le laisser reposer: La dose de ce vin est depuis
demi-once jusqu'à trois onces.
Crocus Ce qu'on appelle Crocus Metallorum, n'est autre
Metallo- chose que le foie d'antimoine lavé plusieurs fois avec
rum. de l'eau tiède, & ensuite séché. On l'emploie comme
le foie d'antimoine pour faire le vin émétique,
& l'on en donne aux en substance pour faire vomir
Dose. fortement: La dote en est depuis deux jusqu'à huit
grains.
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D E C H I M I E. 315

R E M A R Q U E S.

C Ette préparation est un verre d'antimoine plus
impur que celui dont nous avons parlé, & par
conséquent il est plus opaque: il n'agit pas avec tant
de violence que le verre.
On fait du foie d'antimoine de diverse force, selon Le foie
la proportion du nitre qui y entre. Quand il y d'anti-
en a plus que d'antimoine, il est moins vomitif, non moine est
seulement parce qu'en excitant une forte détonation, fort selon
il se dissipe davantage des soufres de l'antimoine, la quanti-
mais aussi parce qu'il reste plus de parties fixes du salpêtre, té du ni-
lesquelles lient & embarrassent les soufres tre qui y
qui sont restés dans la matière. Ainsi quand au lieu entre.
d'une livre de salpêtre, vous en mettrez vingt onces
comme plusieurs font, vous aurez un foie d'antimoine
moins vomitif que celui que nous avons décrit.
La forte détonation qui arrive quand on met le feu Le salpê-
à la matière, n'est point causée par l'inflammation du tre n'est
salpêtre comme presque tout le monde croit, pour point in-
n'y avoir pas fait assez de réflexion: je prouverai en flamma-
son lieu, qu'il ne peut être enflammé, & qu'il ne sert ble.
par ses parties volatiles, que de soufflet ou de véhicule
pour raréfier & pour exalter les soufres de l'antimoine.
On prépare un foie d'antimoine,avec égales parties
d'antimoine, de nitre & de sel marin décrépité; &
comme ces sels lui donnent une couleur rouge qui approche
de celle de l'Opale, & une figure de marcassite,
on a appelé cette préparation Magnesia Opalina, Magnesia
& en Français Rubine d'antimoine; elle est Opalina,
moins vomitive que l'autre, à cause de l'addition du ou Rubi-
sel marin lui apporte plus de fixation au soufre salin ne d'anti-
de l'antimoine. moine.
On a encore inventée plusieurs autres manières de
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316 C O U R S
préparer le foie d'antimoine, dont on trouvera les
descriptions dans mon Traité de l'antimoine.
Si vous avez employé du salpêtre commun dans
cette opération, vous retirerez huit onces & deux
dragmes de foie d'antimoine, mais si vous y avez
employé du salpêtre bien raffiné, vous n'en retirerez
que six onces & demie.
Cette différence de poids procède de la nature du
salpêtre, car plus ce sel minéral contient de parties
volatiles, & plus il est capable d'enlever les parties de
l'antimoine: or le salpêtre raffiné est bien plus volatil
que le commun; c'en pourquoi le foie d'antimoine
ou il entre, est en plus petite quantité.
Le foie d'antimoine qui est fait avec le salpêtre
commun est plus rougeâtre, & il approche plus de la
couleur du foie d'un animal, que celui qui est fait
avec le salpêtre raffiné. Ce doit être à cause du sel fixe
qui y reste en plus grande quantité qu'à l'autre, car le
salpêtre commun contient beaucoup de sel fixe, comme
nous dirons en son lieu: ce sel contribue encore
à rendre la matière pesante.
Pour ce qui est des vertus de ces foies d'antimoine,
la différence n'en est pas fort considérable, mais celui
qui est fait avec le salpêtre raffiné est un peu plus vomitif
que l'autre.
Le foie Je ne peux m'empêcher de blâmer ici la préoccupation
d'anti- de plusieurs personnes qui croient qu'une préparation
moine de foie d'antimoine duquel on peut prendre
pris en jusques à demi-dragme ou deux scrupules, est
grande bien meilleure que celle dont trois ou quatre grains
dose peut font le même effet; car il est indubitable que cette
causer de grande quantité d'antimoine étant avalée, peut laisser
méchants une impression dans l'estomac qu'une petite quantité
effets. ne laissera point, ou bien elle en laissera moins.
De plus, comme ces sortes de préparations, sont ordinairement
un antimoine qui n'est pas assez ouvert,
ou dont les soufres salins sont à demi fixés, il est à
@

D E C H I M I E. 317

craindre que quelques sels qu'elles trouveront dans
l'estomac, ne les ouvrent davantage, ou bien ne les
volatilisent, & ne leur fassent produire de très méchants
effets.
Quand on lave le foie d'antimoine avec de l'eau Le foie
tiède, on sépare une partie du nitre fixe qui y était d'anti-
demeurée. Plusieurs ont cru qu'on emportait par cette moine la-
lotion, le plus violent de l'émétique: mais ils se vé est plus
sont trompés; car au contraire, cette partie fixe est vomitif
plus capable de l'adoucir que de l'augmenter, par les que celui
raisons que nous avons dites. Incontinent après qu'on qui ne
a versé de l'eau tiède ou bouillante, ou même froide l'est pas.
sur du foie d'antimoine pulvérisé, qui a alors une
couleur brune, les particules de la poudre se rapprochent,
& forment des gros grumeaux durs comme de
la pierre: ils s'attendrissent en trempant dans l'eau,
& pendant qu'on les met sécher au soleil ou à l'ombre, Safran
ils se réduisent en une poudre de couleur jaune des mé-
safranée, qu'on appelle safran des métaux. taux.
Il faut remarquer que quand vous mettriez quatre
onces d'antimoine préparé dans une pinte du vin, le
vin ne recevrait pas plus de vertu vomitive, que si
vous n'en mettiez qu'une once; parce que s'étant Le foie
chargé de tout autant de substance qu'il en peut contenir, d'antimoi-
le reste demeure au fond & ne se dissout point ne sert
qu'on n'ajoute d'autre vin. Or une once de Crocus plusieurs
Metallorum, ou de foie d'antimoine est, selon l'expérience, fois à
capable d'empreindre non seulement une faire du
pinte de vin; mais après avoir versé par inclination vin émé-
la liqueur, si vous mettez autant d'autre vin sur la tique.
matière qui reste, & que vous la laissiez en digestion
deux ou trois jours, vous aurez une infusion aussi émétique
que la première. On peut même continuer à
changer le vin de dessus le Crocus Metallorum jusqu'à
neuf fois, & il se fera toujours émétique: après quoi
si vous calcinés votre matière environ un quart d'heure
dans une terrine non vernie à petit feu, remuant
@

318 C O U R S
toujours la matière avec une spatule de fer, vous la
pourrez mettre de nouveau en infusion, comme devant,
& elle rendra le vin émétique.
Le vin émétique est long temps à se reposer & à
devenir clair, parce que les parties du foie d'antimoine
étant sulfureuses & assez légères, peuvent
demeurer suspendues dans le vin; cette circonstance
ne peut que contribuer à le rendre plus émétique. Au
reste le vin doit être regardé comme un des menstrues
les plus propres & les plus convenables pour
tirer la substance émétique de l'antimoine, car il est
empreint d'un esprit sulfureux & salin, qui peut aisément
se lier au soufre salin de l'antimoine, & le dissoudre.
Moisissu- Le vin émétique se moisit facilement étant
re du vin gardé, & sa moisissure est un amas considérable de
émétique. petits flocons légers & blancs comme de la neige,
qui couvrent sa superficie, qui se divisent & s'écartent
aisément quand on remue la liqueur, & qui se
rapprochent, reprenant le dessus comme des petits
grumeaux de graisse quand on les laisse en repos. Ils
sont composés de parties sulfureuses du foie d'antimoine
& du vin, il est nécessaire alors de filtrer la
liqueur quand on s'en veut servir, elle est aussi vomitive
Résiden- que devant: Le Crocus Mentallorum, qui s'est
ce du vin précipité au fond du vaisseau où l'on a fait le vin
émétique émétique, est rouge.
est rouge. Plusieurs Médecins & Apothicaires prévenus que le
safran des métaux ne diminue point en qualité vomitive,
quelques infusions qu'on en ait fait, se servent
toujours du même, remettant de nouveau vin sur la
matière à mesure qu'ils ont employé leur vin émétique,
jusqu'à cinquante fois, s'ils en ont besoin; mais
ils se trompent, car après huit ou neuf infusions qu'on
a faites de cette préparation d'antimoine, si l'on en
fait davantage, le vin émétique aura moins de force,
& il en diminuera toujours de plus en plus, parce
que les parties salines & sulfureuses les plus détachées
@

D E C H I M I E. 319

ayant été dissoutes dans les premiers menstrues,
ceux qui viennent ensuite ne trouvent guère
de substance dissoluble, & l'on retire le vin bien
peu chargé d'émétique. Ça a été souvent la raison
pourquoi l'on a été obligé de donner jusqu'à six onces
de vin émétique à un malade pour le faire vomir;
& l'on attribue quelquefois au tempérament robuste
& difficile à émouvoir, ce qui vient du défaut du
remède.
Cette circonstance a donné lieu à quelques-uns de
croire qu'une grande dose de vin émétique ne produisait
pas un effet plus violent ni plus long qu'une
dose médiocre, parce qu'on vomissait tout ce qu'on
avait pris dans le commencement de l'opération; mais
l'expérience nous montre tous les jours le contraire,
& l'on a vu des accidents très dangereux arrivés parce
qu'on s'était fondé sur ce raisonnement, en donnant
trop de ce remède en une dose.
Ces sortes d'abus en Médecine sont de conséquence;
car si le vin émétique est tantôt fort & tantôt faible
chez les Apothicaires, le Médecin n'aura guère de
certitude de l'effet du remède qu'il ordonnera.
Le vin émétique qui se fait avec le Crocus Metallorum
est le plus en usage; on en prépare aussi avec
les régules & avec le verre, comme nous avons dit en
les prescrivant: on pourrait même en faire, en mettant
tremper quelques jours chaudement, de l'antimoine
cru dans du vin blanc; car les sels tartareux
du vin ouvrent l'antimoine, mais il ne serait pas si
vomitif que l'autre.
On donne le vin émétique seul ou mêlé avec des Précau--
purgatifs, qui le mènent en partie par les selles. tion con-
Quand l'envie de vomir approche, il faut s'être pourvu tre les ef-
de bouillon un peu gras, ou d'huile d'amande douce, forts du
afin d'en donner quelques cuillerées au malade, vomisse-
pour faciliter le vomissement & pour empêcher les ment.
grands efforts, qui quelquefois rompent les vaisseaux
@

320 C O U R S
& causent des hémorragies mortelles; il faut
considérer que ceux qui ont la poitrine étroite & le
corps grêle, vomissent avec bien plus de peine que
les autres mais laissons ces particularités à la prudence
des Médecins.
Foie d'an- Les Maquignons emploient la foie d'antimoine
timoine pour les chevaux, ils le mettent en poudre sans en
employé séparer les scories, & ils leur en font prendre jusqu'à
pour les une once pour dose mêlée dans une mesure d'avoine
chevaux. ou de son; ce remède ne purge les animaux que par
& les rend plus gras
plus beaux.
Soufre Les scories du foie d'antimoine contiennent une
doré de légère quantité de soufre doré, qu'on peut retirer
foie d'an- comme on retire celui du régule d'antimoine.
timoine.
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Autre manière de faire le foie d'antimoine.
C Ette préparation est un antimoine à demi vitrifié
par le moyen d'une quantité médiocre de salpêtre
& du feu.
Pulvérisez & mêlez ensemble exactement seize
onces d'antimoine & huit onces de salpêtre: jetez
ce mélange tout d'un coup dans un fourneau entre les
charbons allumés, il se fera détonation; continuez
le feu, & quand la matière sera en fusion, retirez le
creuset & le laissez refroidir sans le remuer, puis
le cassez, vous y trouverez une masse fixe pesant environ
seize onces, qui se détachera aisément: séparez
le foie qui fera au fond d'avec les scories qui le couvriront,
il sera beau, resplendissant, & tout-à-fait
semblable au foie d'antimoine ordinaire dont j'ai
Poids. parlé; vous en aurez onze onces & demie. Ce foie
Vertus. d'antimoine est émétique & purgatif, on le met en
poudre subtile, & l'on en donne par la bouche: La
Dose. dose en est depuis deux jusqu'à huit grains. On le
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D E C H I M I E. 321

lave avec de l'eau pour en faire le safran des métaux:
on en met aussi infuser dans du vin blanc pour faire
du vin émétique: on en emploie quelquefois dans Vin émé-
des collyres pour des maladies des yeux: il y est détersif tique.
& dessiccatif.

R E M A R Q U E S.

C Omme il est entré peu de salpêtre dans cette
préparation de foie d'antimoine, à proportion
de ce qu'on en a employé dans la précédente, il a été
nécessaire d'exciter la calcination de la matière par
le moyen du feu. La détonation en a été moins forte
par la même raison, car l'inflammation violente est
causée par l'égalité des parties volatiles du salpêtre
& du soufre de l'antimoine qui se sont liées & unies
ensemble. Cette préparation montre qu'une partie de
salpêtre est capable d'ouvrir assez deux parties d'antimoine
pour les réduire en foie: & que même il
s'en fait une plus grande quantité à proportion, que
quand on emploie parties égales des deux ingrédients.
Pour ce qui est de la plus petite quantité de salpêtre
à laquelle on se restreint, elle ne doit point causer
ici de scrupule, car ce minéral n'étant mêlé
& fondu avec l'antimoine que pour le purifier & en
séparer les scories, il est inutile d'en mettre plus
qu'il n'en faut. J'ajoute encore que ce dernier foie
d'antimoine doit être plus actif dans ses vertus que
le précédent, parce qu'il y est resté moins de sel
fixe; je conclus donc que le foie d'antimoine, fait
suivant cette dernière description, doit être préféré
à tous les autres.

pict

X
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322 C O U R S
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Magistère ou précipité d'Antimoine.
C Ette opération est une calcination de l'antimoine
par l'eau régale.
Mettez quatre onces d'antimoine en poudre subtile
dans un matras assez grand, versez dessus seize
onces d'eau régale, posez le matras sur le sable & lui
donnez un petit feu de digestion sous la cheminée,
il se fera une ébullition considérable avec des vapeurs
rougeâtres qu'il faut éviter; continuez la digestion
jusqu'à ce que tout l'antimoine se soit réduit en une
poudre blanche au fond du matras, ce qui arrive
ordinairement en sept ou huit heures: remplissez votre
matras d'eau de fontaine, & versez la liqueur
encore trouble dans une terrine, la poudre blanche
descendra avec l'eau, & vous verrez sur la fin une
poudre jaune qu'il faut séparer jetez votre liqueur
blanche peu-à-peu dans un entonnoir garni de papier
gris, l'eau passera & laissera la poudre blanche
dans le filtre: lavez-la plusieurs fois jusqu'à ce que
l'eau en sorte insipide , faites sécher cette poudre &
la gardez.
Vertus. Elle purge ordinairement plutôt par bas que par
haut, mais elle fait quelquefois vomir doucement, &
souvent elle n'excite qu'une sueur; elle est bonne dans
les maladies hypocondriaques, dans l'apoplexie, dans
la paralysie, & lorsqu'il est besoin de réveiller & de
Dose. dissoudre les humeurs trop épaisses: La dose en est
depuis quatre grains jusqu'à douze, dans quelque
liqueur appropriée.
Soufre Si par curiosité vous versez l'eau qui contient la
d'anti- poudre jaune, dans un entonnoir garni de papier gris,
moine vous séparerez une poudre qui n'est autre chose qu'un
semblable soufre, lavez-la & la faites sécher, elle prend en feu
au soufre aussi aisément que le soufre commun & elle en a les
commun. vertus.
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D E C H I M I E. 323

R E M A R Q U E S.

L'Esprit de nitre ni l'eau forte ne sont pas capables
de pénétrer entièrement l'antimoine; il faut
de l'eau régale pour le dissoudre: la raison qu'on en
peut donner est que les pores de l'antimoine étant
grands & la matière molasse à cause de la quantité
des soufres qu'elle contient, les pointes de l'esprit
de nitre sont trop fines pour couper & disséquer ses
parties comme il faut, on a besoin de couteaux plus
grossiers comme sont les pointes de l'eau régale.
Quand on n'a point de l'eau régale ordinaire faite, Eau réga-
on peut mêler dans l'esprit de nitre ou dans l'eau forte, le faite sur
environ une sixième partie de son esprit de sel , & le champ.
de cette manière ou aura une eau régale qui agira aussi
bien que l'autre.
Il faut que le matras soit assez grand, de peur que
la matière qui se raréfie considérablement, ne sorte
par le cou. La dissolution se ferait bien sans feu,
mais elle serait plus longue: on en doit éviter les
vapeurs, parce qu'elles sont mauvaises pour la poitrine.
Ce n'est point ici une véritable dissolution c'est
seulement un écartement des parties de l'antimoine;
l'eau régale ne les peut soutenir parce que ce sont des
moles trop grosses: il n'en suspend qu'une petite
quantité qui se précipite quand on a versé de l'eau
dans le matras.
La couleur blanche vient de l'arrangement & de la
disposition que les acides ont donné aux parties de la
matière, pour faire réfléchir la lumière de plusieurs
côtés: Au lieu que l'antimoine cru est noir, parce
que ses pores étant disposés à retenir la lumière,
elle s'y perd & ne retourne point à nos yeux; toutes
les fois que l'antimoine est bien raréfié par les
acides autant qu'il le peut-être; il devient blanc
X 2
@

324 C O U R S
comme on peut voir dans plusieurs opérations qui
suivent.
Lorsque l'antimoine est en poudre blanche, l'eau
régale n'agit plus, parce que cette poudre est autant
divisée qu'elle le peut être; elle se charge aussi des
pointes de l'eau régale, qui s'embarrassent dans ses
parties rameuses, tombent avec elle; l'eau de fontaine
qu'on verse dans le matras en emporte quelques-
unes des plus détachées, mais il en reste toujours: elles
servent à fixer l'antimoine en quelque façon, & à
rendre cette poudre un remède doux.
On peut se servir du régule d'antimoine en la place
de l'antimoine cru; la poudre en sera un peu plus
blanche, mais elle n'en sera pas meilleure. Si on la
fait avec le régule d'antimoine martial, elle n'aura
pas tant de blancheur à cause du Mars. On ne retirera
point de soufre de ces régules, parce qu'en les
préparant on les a purifiés de leur soufre le plus
grossier.
Cette poudre fait ses effets différemment suivant
les différents tempéraments & les diverses dispositions
où l'on est: car bien souvent un remède qui a fait vomir
une personne dans un temps, le fait aller par les
selles dans un autre & l'on voit souvent dans la pratique,
des vomitifs faire suer simplement.
Quelques-uns font calciner cette poudre dans un
creuset jusqu'à ce qu'elle soit rouge, puis ils s'en servent
aux mêmes usages; mais alors il n'en faut donner
que de deux jusqu'à six grains à la dose, parce
que la calcination l'ayant dépouillée des acides de
l'eau régale qui fixaient ses parties, elle est plus vomitive
qu'elle n'était auparavant.
pict
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D E C H I M I E. 325

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Antimoine diaphorétique.

C Ette préparation est un antimoine dont le salpêtre
tient les soufres fixés, & les empêche d'agir
autrement que par les sueurs.
Pulvérisez & mêlez exactement une partie d'antimoine
avec trois parties de salpêtre raffiné; & ayant
fait rougir un creuset entre les charbons, jetez dedans
une cuillerée de votre mélange, il se fera quelque
bruit ou détonation, lequel étant passé, jetez- Détona-
en une autre cuillerée, & continuez ainsi jusqu'à ce tion-.
que toute votre poudre soit dans le creuset: laissez
un feu très violent autour pendant deux heures, en
sorte qu'elle se liquéfie, ou se mette en une espèce
de fusion, puis jetez votre matière qui sera blanche
dans une terrine que vous aurez presque remplie
d'eau de fontaine, & la laissez tremper chaudement
pendant dix ou douze heures afin que le salpêtre
fixe s'y dissolve: versez par inclination la liqueur,
lavez la poudre blanche qui restera au fond,
cinq ou six fois avec de l'eau chaude, & la faites sécher:
c'est ce qu'on appelle antimoine diaphorétique, Diapho-
ou diaphorétique minéral, ou chaux d'antimoine. Si rétique
votre mélange a été de huit onces d'antimoine & minéral.
vingt-quatre onces de salpêtre, vous retirerez onze Poids.
onces & une dragme d'antimoine diaphorétique bien
lavé & séché.
On attribue à cette préparation la vertu de faire Chaux
suer, de résister au venin, & par conséquent d'être d'anti-
bonne pour les fièvres malignes, pour la vérole, moine.
pour la peste & pour les autres maladies contagieuses: Vertus.
elle est astringente: La dose en est depuis six Dose.
grains jusqu'à trente, dans une liqueur appropriée. Sel poly-
On peut faire évaporer les lotions, & l'on trouvera chreste
au fond du vaisseau, le salpêtre fixe, qui agit à stibial.
X 3
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326 C O U R S
peu près comme le polychreste. On peut l'appeler
Sel polychrestre stibial, car c'est un salpêtre calciné,
& en partie fixé par le soufre de l'antimoine; il contient
un peu de diaphorétique minéral qui y est demeuré
dissout.
R E M A R Q U E S.
O N met dans cette préparation, trois livres de
salpêtre sur une d'antimoine, afin que l'exaltation
des parties volatiles s'étant faite, il reste beaucoup
de nitre fixe qui lie l'antimoine & l'empêche
d'être vomitif.
Trois parties de nitre sur une partie d'antimoine
n'excitent pas une si forte détonation ni une diminution
si grande des parties de l'antimoine, que quand
on n'en met que parties égales: la raison en est qu'il
y a trop peu de soufre d'antimoine pour la quantité
du nitre, & qu'une partie de ce soufre demeure arrêtée
dans le nitre fixe qui ne s'enflamme point, car le
volatil du salpêtre ne brûle qu'à proportion du soufre
avec lequel il est mêlé. Et une preuve de ce que
j'avance, c'est que si vous jetez sur les charbons
allumés un peu de salpêtre que vous aurez retiré
des lotions de l'antimoine diaphorétique, il s'enflammera
encore, à cause d'un nouveau soufre qu'il aura
trouvé dans le charbon qui se lie à la partie volatile
qui lui est restée. Nous parlerons plus au long
de l'inflammation du salpêtre, dans le Chapitre de
ce sel.
Il faut mettre le mélange cuillerée à cuillerée dans
le creuset rougi, afin que la calcination se fasse mieux.
Et il est bon d'observer que cette calcination soit suivie
d'une presque fusion, afin que le salpêtre pénètre
plus à fond l'antimoine, le divise & rende ses parties
plus subtiles & plus blanches. Lorsqu'elle est
achevée, on lave la matière, afin d'en séparer le salpêtre
@

D E C H I M I E. 327

inutile: mais quelques lotions qu'on lui donne,
on n'emporte pas une enveloppe qui a été faite
par le salpêtre fixe, car chaque particule d'antimoine
est liée en sorte qu'il ne peut s'en séparer si l'on
n'a recours à quelque sel réductif: c'est ce qui fait
que cette préparation d'antimoine n'excite aucun vomissement.
Plusieurs disent qu'elle est sudorifique,
mais je n'ai pas remarqué sensiblement cet effet. Je
le veux croire néanmoins, tant parce que plusieurs
Auteurs l'ont décrit, que parce qu'il peut s'en détacher
quelques soufres lorsqu'elle est excitée par la
chaleur du corps, lesquels n'ayant pas assez de force
pour provoquer le vomissement, poussent seulement
par transpiration sensible ou insensible, selon
que les pores sont plus ou moins ouverts. D'autres
croient que ce qu'on appelle antimoine diaphorétique
n'est qu'une matière alcaline qui n'a point d'autre Savoir si
vertu que de détruire les acides; & sur ce fondement, l'antimoi-
ils le donnent aux mêmes fins qu'on fait ne dia-
prendre le corail, les perles, la corne de cerf calcinée, phoréti-
& les autres choses qui absorbent les humeurs tique est
âcres ou acides, qui étant en trop grande quantité alcali.
dans le corps, causent plusieurs maladies. Mais sans
doute que ceux qui suivent ces raisonnements ne les
ont pas fondés sur l'expérience: car si l'on verse quelque
acide que ce soit sur l'antimoine diaphorétique,
il ne se fera aucune dissolution, & l'on retirera longtemps
après l'acide aussi fort que devant; ce qui montre
que ce n'est pas un alcali, & qu'il ne produit pas
les effets prétendus.
L'antimoine acquiert une augmentation de poids
considérable dans cette opération, puisque de huit
onces qu'on en avait mêlé avec le salpêtre, on retire
onze onces & une dragme de diaphorétique minéral,
cette augmentation vient d'un nitre fixe qui
s'est uni & embarrassé dans les parties sulfureuses
du minéral.
X 4
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328 C O U R S
Si l'on filtre la première lotion pendant qu'elle se
refroidit, il y paraîtra quelques nuages blancs, légers
qui proviennent d'une petite quantité d'antimoine
diaphorétique la plus détachée qui avait été dissoute.
Si l'on verse sur cette lotion filtrée une liqueur
acide, le mélange deviendra blanc comme du lait,
sans qu'il en exhale aucune odeur, puis il s'en précipitera
très lentement un peu de poudre blanche qui vient
de la matière des nuages que l'acide a fait séparer &
tomber au fond. On ramassera cette poudre sur un
filtre, on la lavera, & on la mettra sécher à l'ombre,
Fleurs fi- c'est ce que quelques Auteurs ont appelé fleurs
xes d'anti-, fixes d'antimoine, ou céruse d'antimoine: Ils lui ont
moine, céru- attribué des vertus pour exciter la transpiration des
se d'anti- humeurs, pour résister à la malignité, pour fortifier
moine. coeur, pour purifier le sang: La dose en est depuis
Vertus. six grains jusqu'à un scrupule, je n'ai pas reconnu
Dose. que ce remède eût d'autre vertu que celle de l'antimoine
diaphorétique dont il est une partie la plus raréfiée.
Si au lieu d'antimoine cru, vous employez le régule
d'antimoine pour faire le diaphorétique minéral,
il ne se fera qu'une légère détonation; parce que
le régule ne contient pas assez de soufre pour se lier
au salpêtre & s'exalter ensemble rapidement: l'antimoine
diaphorétique qu'on en retirera sera plus blanc
que l'autre, & tirant un peu sur le bleu.
Antimoi- De seize onces de régule ordinaire d'antimoine, &
ne dia- quarante-huit onces de salpêtre, vous retirerez vingt-
phoréti- quatre onces & demie d'antimoine diaphorétique
que pré- bien lavé, bien séché & très blanc. Si vous faites évaporer
paré avec les lotions, il vous restera vingt-cinq onces d'un
le régule sel blanc âcre, corrosif & alcalin; il s'est donc dissipé
ordinaire. environ quatorze onces & demie de la matière
Sel tiré pendant la calcination. Les lotions vous rendront
des lo- moins de nuages blancs, par conséquent moins de
tions. fleurs fixes ou de céruse d'antimoine que celles du
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D E C H I M I E. 329

l'antimoine diaphorétique qui a été fait avec l'antimoine
cru.
Si vous faites la même opération avec le régule Antimoi-
d'antimoine martial, il vous demeurera une pareille ne dia-
quantité d'antimoine diaphorétique; mais il se fera phoréti-
moins blanc à cause de l'impression du fer que le régule que mar-
lui aura donnée: vous retirerez aussi des lotions tial.
vingt-cinq onces de sel semblable à l'autre. Sel tiré
Il reste beaucoup plus à proportion de salpêtre fixe des lo-
dans l'antimoine diaphorétique fait avec le régule, tions.
qu'avec celui qui est préparé avec l'antimoine
cru; on peut aussi faire des antimoines diaphorétiques Diapho-
avec le foie d'antimoine, avec le verre d'antimoine, rétique
comme on pourra les voir décrits dans mon minéral
Traité de l'antimoine: tous ces antimoines diaphorétiques fait avec le
ont une même vertu. foie, avec
La poudre Cornachine est composée de parties égales le verre.
d'antimoine diaphorétique, de diagrede & de Poudre Co-
crème de tartre: La dose en est depuis vingt jusqu'à machine.
cinquante grains. On l'appelle Pulvis de tribus, antimoine Dose.
diagredié, poudre du Comte de Warwick; Pulvis de
c'est un fort bon purgatif de toutes les humeurs. tribus.
Quelques-uns y mêlent plus de diagrede que des autres Antimoi-
ingrédients pour la rendre plus forte; car presque ne diagre-
toute sa vertu purgative vient de cette scammonée dié.
préparée.
Le nom de cornachine qu'on a donné à cette poudre, Poudre
vient de son Auteur Cornachinus, Professeur en du Conte
Médecine de Pise, celui de Comte de Warwick qu'on de War-
lui a encore donné, vient de ce qu'un Comte de ce wick.
nom, Anglais, s'en servait souvent.

pict
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330 C O U R S
----------------------------------------------------------
Autre préparation d'antimoine diaphorétique.
C Ette préparation est une calcination de l'antimoine,
par laquelle on le fixe & on le rend sudorifique,
sans perdre le volatil qui s'en détache.
Ayez un pot de bonne terre non vernie, propre à
résister au feu, & qui ait au milieu de sa hauteur un
trou avec son bouchon: Placez-le dans un fourneau
proportionné, & adaptés dessus trois pores de la même
Aludels. terre qui soient ouverts par le fond, & un chapiteau
de verre au port supérieur avec une petite fiole
pour récipient: lutez exactement les jointures, &
faites en sorte, par le moyen de quelques briques
& du lut, que le feu qui sera dans le fourneau ne transpire
point que par quelques petits trous, mais qu'il
échauffe seulement le cul du pot inférieur: donnez
alors un feu gradué, afin que ce pot s'échauffe peu-à-
peu & qu'il rougisse.
Faites cependant un mélange exact de trois parties
de salpêtre raffiné avec une partie d'antimoine en
poudre: jetez-en une cuillerée dans le pot rougi,
par le trou, & le débouchez promptement, il se fera
une grande détonation, laquelle étant passée remettez-en
une autre cuillerée, & continuez ainsi jusqu'à
ce que toute votre matière soit employée: augmentez
alors le feu très fort pendant demi-heure, puis
le laissez éteindre. Délutez les vaisseaux quand ils
Esprit de seront refroidis; vous trouverez dans le récipient un
nitre de peu d'esprit de nitre: aux côtés des trois pots supérieurs,
fleurs des fleurs blanches attachées & dans le dernier,
d'anti- une masse blanche qu'on peut laver comme nous
moine. avons dit de l'autre antimoine diaphorétique, puis la
faire sécher. Ce diaphorétique minéral est aussi bon
que le précédent; il faut laver les fleurs plusieurs
fois avec de l'eau tiède, & les faire sécher: elles
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D E C H I M I E. 331

sont moins émétiques que celles dont nous parlerons
dans la suite. La dose en est depuis deux jusqu'à six Dose.
grains.

R E M A RQ U E S.

D Ans cette préparation on reçoit les parties volatiles
ou sulfureuses de l'antimoine qui s'attachent
aux côtés des pots en forme de farine; si l'on
ne les lave point, elles en sont moins vomitives, parce
que le salpêtre qui monte avec elles, réprime leur
activité. Et quoiqu'en les lavant on les prive de ce
salpêtre superficiel, il leur en reste un enveloppé dans
leur substance intérieure qui les fixe en quelque manière,
& diminue leur qualité émétique.
On se peut servir de l'esprit acide qu'on trouve
dans le récipient pour la colique: La dose en est depuis Dose.
quatre jusqu'à huit gouttes dans un bouillon,
ou dans quelque autre liqueur appropriée. Poids.
Si vous avez employé dans cette opération cinq
onces d'antimoine & quinze onces de salpêtre, vous
retirerez demi-once d'esprit de nitre, deux dragmes
de fleurs d'antimoine lavées & séchées, cinq onces
d'antimoine diaphorétique bien blanc, après qu'il
aura été exactement lavé & séché & si vous faites
évaporer & cristalliser les lotions, vous trouverez dix
onces de sel qui sera du salpêtre à demi fixé, & qui
brûlera encore sur des charbons, comme nous avons
dit: de sorte qu'il y aura eu quatre onces deux dragmes
de diminution sur le total du mélange. Cette
diminution vient de ce qui s'est dissipé par le trou
du pot, durant la détonation, car si bien qu'on le
bouche, il en sort toujours beaucoup de fumée qui
incommode l'artiste, s'il n'a soin de détourner la
teste.
Le salpêtre raffiné ne diminue point ici davantage
que l'autre, parce que le soufre de l'antimoine ne
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332 C O U R S
prend les parties volatiles du salpêtre qu'à proportion
de ce qu'il lui en faut pour s'exalter: or en
quinze onces de salpêtre, soit du raffiné ou du commun,
il y a bien plus de parties volatiles qu'il n'en
faut pour se lier avec le soufre de cinq onces d'antimoine.
Le sel qu'on tire des lotions de l'antimoine diaphorétique
est un peu alcali, parce que dans la calcination
le feu ouvre assez les pores du salpêtre pour le
rendre susceptible des impressions de l'acide.
Encore qu'il se soit exalté beaucoup des parties de
l'antimoine avec le volatil du salpêtre dans la détonation,
on trouve que l'antimoine diaphorétique qui
reste, est aussi pesant que l'antimoine qu'on avoir employé
pour le faire; la raison en est qu'en la place de
la partie détachée de l'antimoine, il s'y est lié beaucoup
de salpêtre comme inséparablement, & c'est
ce qui le fixe & qui l'empêche d'être vomitif, comme
nous avons dit.
Change- Quoique l'antimoine soit noir naturellement, il devient
ment de tout-à-fait blanc quand il a été bien raréfié; car
couleur. tout ce qu'on voit dans cette opération est blanc,
aussi bien le volatil que le fixe, ce qui montre que les
couleurs n'ont rien de réel.
L'anti- Si l'on calcine l'antimoine à la chaleur du Soleil,
moine comme par le miroir ardent, au lieu de diminuer,
calciné au comme il devrait faire, à cause des parties sulfureuses
miroir ar- qui s'en détachent & s'envolent, il augmente
dent aug- de poids considérablement. Ce qui montre que quelques
mente de corps plus pesants ont rempli la place de ceux
poids. qui en sont sortis. Tous les antimoines diaphorétiques
dont j'ai parlé, sont insipides au goût.
pict
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D E C H I M I E. 333

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Fleurs d'Antimoine.

C Ette préparation est la partie la plus volatile de
l'antimoine élevée par le feu.
Adaptez les mêmes pots dont nous avons parlé
dans la dernière opération, les uns sur les autres:
placez-les dans le même fourneau, & observez les mêmes
circonstances pour leur situation & pour échauffer
celui d'en bas. Lors donc qu'il sera bien rouge au
fond, jetez dedans par le trou, une petite cuillerée
d'antimoine en poudre: remuez en même-temps avec
une spatule de fer que vous aurez un peu pliée ou
crochuée, en sorte qu'elle puisse étendre la matière au
fond du pot: retirez votre spatule & bouchez le
trou, les fleurs monteront & s'attacheront contre les
pots de dessus. Continuez un grand feu, afin que le
pot demeure toujours rouge, & quand vous verrez
qu'il ne se sublimera plus rien, remettes-y une même
quantité d'antimoine, observant ce que nous
avons dit. Réitérez d'en mettre ainsi par le trou du
pot, jusqu'à ce que vous ayez assez de fleurs. Laissez
alors éteindre le feu, & quand les vaisseaux seront refroidis,
délutez-les, vous trouverez autour des trois
pots supérieurs & du chapiteau, les fleurs attachées
que vous ramasserez avec une plume, & vous les garderez
dans une fiole.
C'est un puissant vomitif: on en donne pour les Vertus.
fièvres quartes & intermittentes, & même pour l'épilepsie:
La dose en est depuis deux grains jusqu'à Dose.
six, dans des tablettes ou dans du bouillon.

pict
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334 C O U R S
R E M A R Q U E S.
D Ans cette opération, comme dans la précédente;
il faut laisser assez d'espace vide, autrement les
fleurs d'antimoine étant poussées rapidement par le
feu, crèveraient le vaisseau pour avoir leur mouvement
libre; c'est la raison pourquoi l'on met plusieurs
pots les uns sur les autres; il n'est pas besoin de récipient,
parce qu'il ne monte aucune liqueur; ainsi l'on
pourra se servir d'un chapiteau aveugle.
Si l'on a fait un trou au pot d'en bas pour y faire entrer
le bout d'un soufflet, & qu'on souffle la matière
pendant qu'elle est rouge, il s'élèvera davantage
de fleurs.
Ce qui reste dans le pot est la partie de l'antimoine
la plus fixe; elle peut servir pour faire le verre d'antimoine
après avoir été pulvérisée & calcinée à petit
feu jusqu'à ce qu'elle ne fume point.
Si les fleurs d'antimoine sont de diverges couleurs,
c'est parce qu'on n'a pas toujours donné un feu également
fort; ces fleurs sont plus vomitives que les précédentes,
parce qu'elles ne contiennent point de salpêtre.
----------------------------------------------------------
Fleurs rouges d'Antimoine.
C Ette opération est une exaltation des parties sulfureuses
de l'antimoine en fleurs rouges par le
moyen des fleurs de sel armoniac & du feu.
Pulvérisez & mêlez exactement ensemble huit onces
d'antimoine & quatre onces de fleurs de sel armoniac:
mettez le mélange dans une cucurbite de terre
qui résiste au feu; placez-la dans un petit fourneau,
& bouchez avec du lut tout-autour l'espace vide,
afin que le feu ne transpire point. Adaptez à cette
@

D E C H I M I E. 335

Cucurbite un chapiteau & un petit récipient, lutez
bien les jointures, & faites un feu médiocre dans le
fourneau: quand la matière sera échauffée il distillera
premièrement un peu de liqueur dans le récipient, &
il s'attachera au chapiteau des fleurs rouges: continuez
le feu au même état environ deux heures, ou
jusqu'à ce que vous aperceviez que les fleurs qui
monteront ne soient plus si rouges qu'auparavant; retirez
alors votre chapiteau chargé de fleurs, & en
mettez un aveugle en sa place; lutez les jointures &
augmentez un peu le feu, il s'élèvera des fleurs de
couleurs différentes; continuez le même degré de
chaleur jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien.
Délutez le récipient du premier chapiteau, vous Esprit uri-
n'y trouverez qu'environ deux dragmes de liqueur neux.
urineuse assez semblable à l'esprit volatil de sel armoniac.
Ramassez les fleurs rouges attachées au premier
chapiteau, vous en aurez environ deux onces, lavez-
les dans de l'eau tiède pour en séparer le sel armoniac,
& les mettez sécher à l'ombre, vous aurez huit dragmes
& demie de belles fleurs rouges; gardez-les
pour le besoin.
Elles purgent doucement par le vomissement & par Vertus.
les selles, elles excitent aussi la sueur; elles sont propres
pour l'épilepsie, pour la mélancolie hypocondriaque,
pour l'asthme, pour la fièvre quarte: La dose Dose.
en est depuis trois grains jusqu'à douze.
Ramassez les fleurs de différentes couleurs attachées
au second chapiteau, vous en trouverez deux onces
& demie; mettez-les dans une cucurbite de verre,
adaptez-y un chapiteau aveugle, lutez exactement
les jointures, placez le vaisseau sur le sable, & faites
dessous un feu du premier degré, que vous augmenterez
peu-à-peu; il s'élèvera des fleurs jaunes qui s'attacheront
au chapiteau; continuez le feu jusqu'à ce
que les fleurs qui se sublimeront commencent à pa-
@

336 C O U R S
raître blanches, laissez alors refroidir les vaisseaux
& les délutez, vous retirerez du chapiteau environ
Fleurs sept dragmes de fleurs qu'il faudra laver avec de l'eau
jaunes tiède, comme les précédentes, & les faire sécher, il
d'anti- vous restera huit scrupules de belles fleurs de couleur
moine. jaune orangée, gardez-les pour vous en servir.
Vertus. Elles ont les mêmes qualités que les précédentes
Dose. données en pareille dose.
Sel tiré On peut mêler ensemble les lotions des deux espèces
des lo- de fleurs d'antimoine, & en tirer par évaporation
tions des un sel blanc qui sera sudorifique & apéritif: La dose
fleurs. en est depuis quatre grains jusqu'à quinze.
Vertus.
Dose. R E M A R Q U E S.
O N pourrait faire cette opération avec partie
égales d'antimoine & de sel armoniac en substance;
mais elle se fait mieux quand on y emploie les
fleurs de ce sel, comme j'ai décrit.
Chapiteau Un chapiteau aveugle est un chapiteau de verre
aveugle, dont l'extrémité du bec est encore bouchée hermétiquement,
ce que comme on le trouve chez le Marchand; on
c'est. le rompt quand on veut qu'il serve aux distillations;
mais on n'a pas besoin que le bec soit ouvert quand
on applique le chapiteau sur la cucurbite, parce qu'il
n'y a plus de liqueur à distiller, au contraire il vaut
mieux qu'il soit fermé, de peur qu'il ne se dissipât
une portion des fleurs par l'ouverture.
La liqueur urineuse qui distille dans le récipient
vient du phlegme de la matière, qui en s'élevant a
entraîné & dissout une portion de la partie la plus
volatile du sel armoniac. On trouve aussi ordinairement
dans ce récipient une petite quantité de fleurs
rouges qui y ont été portées par la liqueur, ces
fleurs sont précipitées ou adhérentes aux parois du
récipient.
Cette liqueur urineuse fermente comme l'esprit de
sel
@

D E C H I M I E. 337

sel armoniac avec tous les acides, mais il n'en est
pas de même du sel qu'on retire par la lotion des
fleurs d'antimoine, car la plupart des acides ne le pénètrent
pas.
Je ne connais point de matière qui enlève les fleurs
de l'antimoine si facilement & en si grande quantité
que fait le sel armoniac.
La couleur rouge de ces fleurs vient du soufre de
l'antimoine qui a été raréfié par le sel armoniac.
Les fleurs jaunes ne différent d'avec les fleurs rouges
qu'en ce que le soufre dont elles sont composées n'a
pas été justement tant raréfiée: De sorte que leur couleur
jaune n'est qu'une légère modification de la couleur
rouge. Quoique j'aie marqué la quantité ou le
poids des fleurs qu'on peut retirer par cette opération,
il n'est pas toujours assuré qu'on en retire autant;
un degré de feu plus ou moins fort peut faire
varier cette circonstance. Les couleurs de ces fleurs
après les lotions paraîtront plus foncées qu'auparavant,
parce qu'elles auront été dépouillées de beaucoup
de sel armoniac qui affaiblissait leurs couleurs.
L'une & l'autre fleur d'antimoine est un vomitif
doux, parce que l'alcali du sel armoniac a émoussé les
pointes salines de l'antimoine.
Le sel qu'on tire des lotions vient des fleurs de sel
armoniac, qui s'étaient élevées avec celles de l'antimoine:
ce sel est empreint d'une légère portion d'antimoine
qui lui fait quelquefois exciter des nausées
quand on le prend en grande dose.
----------------------------------------------------------
Neige d'antimoine, ou fleurs blanches & argentines
du régule d'antimoine.

C Ette opération est une sublimation du régule
d'antimoine en fleurs blanches.
Prenez seize onces de régule d'antimoine ordinai-
Y
@

338 C O U R S
re, pulvérisez-les, & les mettez dans un pot de terre
commune de grandeur médiocre sans verni, adaptez-y
trois ou quatre doigts au-dessus de la poudre,
un petit couvercle de la même terre percé en son milieu
d'un fort petit trou, & disposé à entrer dans le
pot, & à en sortir quand on voudra: couvrez le
haut du pot de son couvercle ordinaire, placez ce
pot dans un petit fourneau sur le feu, en sorte que
le régule fonde, & que le fond du pot rougisse; entretenez-le
en cet état pendant environ une heure,
sans qu'il soit agité, laissez éteindre le feu quand
il sera, refroidi, levez les deux couvercles, vous
trouverez attachées à la superficie du régule d'antimoine
qui sera en masse au fond du pot, des fleurs
blanches formées en façon de neige, & entremêlées
de belles aiguilles brillantes argentines, les unes
courtes, les autres longues, détachez-les & les gardez,
il y en aura un peu plus de deux dragmes.
Remettez les couvercles dans le pot & sur le pot
aux mêmes situations qu'ils étoient auparavant,
replacez le pot sur le feu, observant les mêmes circonstances
que devant, vous trouverez sur la masse
du régule quand il sera refroidi, environ trois dragmes
de fleurs semblables aux précédentes.
Réitérez la même opération successivement, jusqu'à
ce que tout le régule se soit converti en fleurs, ce
qui ne se fera que par un grand nombre de sublimations,
mais on s'apercevra à chaque fois que les
fleurs seront plus abondantes, jusques-là qu'il s'en
élèvera jusqu'à six dragmes, & alors on verra que toute
la surface du pain de régule sera comme une petite
forêt couverte agréablement de ces fleurs. Toutes
Poids du les fleurs que vous aurez retirées des seize onces
total des de régule d'antimoine étant amassées ensemble, pèseront
fleurs. environ onze onces; le surplus du régule ayant
été dissipé par les jointures des couvercles.
Fleurs de On peut par la même méthode réduire en fleurs le
@

D E C H I M I E. 339

régule d'antimoine martial bien purifié , elles seront régule
tout-à-fait semblables aux autres. d'anti-
Les unes & les autres fleurs de régule d'antimoine moine
sont estimées par quelques personnes un grand fébrifuge martial.
dans les fièvres intermittentes, si l'on en prend Vertus.
à l'entrée de l'accès plusieurs jours de suite, & même
aux intervalles de la fièvre; elles sont diaphorétiques,
propres pour les maladies scrofuleuses, pour
la galle, pour les fièvres malignes: La dose en est Dose.
depuis un scrupule jusqu'à deux dragmes.

R E M A R Q U E S.

C Es fleurs sont surnommées argentines, parce
qu'elles rendent un éclat brillant & argentin:
on les appelle encore neige d'antimoine à cause de
leur figure & de leur blancheur qui approchent de
celle de la neige.
Quoique le petit couvercle laisse un peu d'espace
vide entre le régule d'antimoine & lui, les fleurs ne
s'y attachent que rarement, & en fort petite quantité:
elles sont presque toutes comme précipitées & adhérentes
au régule, mais elles s'en séparent aisément,
sans retenir aucune noirceur du régule, qui de sa part
ayant été fondu par le feu, s'est remis en refroidissant
en un pain uni, lissé, & ne paraissant point avoir
rien rendu de sa substance.
Les premières sublimations rendent moins de fleurs
que les suivantes, parce que le régule n'a pas encore
reçu assez de disposition à s'exalter, mais par le
nombre de fois qu'il prend la fusion, ses parties se
volatilisent & s'élèvent en une vapeur blanche, que
le petit couvercle fait réfléchir & condenser. Lorsque
la plus grande partie du régule a été réduite en fleurs,
qu'il n'en reste plus qu'environ la quatrième partie,
il n'y a pas Heu de s'étonner si la sublimation est un
peu moins abondante & si elle diminue en quantité
de fleurs. Y 2
@

340 C O U R S
Il est surprenant que les régules d'antimoine qui
sont des substances compactes, massives, noires,
soient réduits entièrement en des fleurs blanches
comme de la neige, & en des aiguilles longues, brillantes,
cristallines, argentines. On peut dire que
toute cette matière résidait dans les cristaux qui paraissaient
dans le régule d'antimoine, & que le feu
les a développés, raréfiés & subtilisés, en sorte
qu'il a donné à la matière un grand nombre de surfaces
polies, & capables de réfléchir la lumière pour
nous faire paraître la couleur blanche.
Les fleurs se subliment pendant que le régule d'antimoine
est en fusion, mais elles ne se forment bien
que dans le temps qu'il refroidit, car alors les parties
volatilisées en vapeurs trouvent plus de facilité
à s'unir & à se coaguler.
Si en faisant la sublimation on met trop de feu
autour du pot, & que les charbons allumés montent
trop haut, les fleurs qui s'élèveront seront jaunâtres
& comme recuites; il faut les remettre sur le régule
& les faire sublimer de nouveau, elles deviendront
belles comme les précédentes. Cette circonstance
montre qu'il est nécessaire pour bien opérer, de gouverner
son feu, de manière qu'il ne soit point trop
fort, si au contraire on le faisait trop faible y on retirerait
une trop petite quantité de fleurs.
Si après quatorze ou quinze sublimations, on a
la curiosité de retirer du fond du pot le régule d-antimoine
restant, on le trouvera plus beau, plus argentin,
& plus brillant en dedans qu'il n'était auparavant,
il paraîtra avoir reçu de nouvelles purifications
par les fusions réitérées.
Ces fleurs de régule d'antimoine ne peuvent être
remises en régule par quelque voie que ce soit: elles
se liquéfient sur le feu, & se dissipent en fumées.
Pour ce qui est de leurs vertus, elles ne m'ont pas
@

D E C H I M I E. 341

paru bien sensibles, je ne les ai pas pas remarquées différentes
de celles de l'antimoine diaphorétique, mais
il est à remarquer que comme l'on prend de ces fleurs
en brande dose, elles chargent un peu l'estomac: on
peut les rendre plus coulantes, en y mêlant quelque
remède purgatif avant que de les avaler. Elles ne sont
aucunement vomitives, ni purgatives, ce qui paraît
bien surprenant, car elles sont tirées sans addition
du régule d'antimoine, qui étant pris en substance
ou en infusion, est, émétique & purgatif, il faut que
le feu seul en cette opération ait causé un dés-arrangement
considérable, & même quelque destruction
dans les parties de la matière.
Les fleurs de régule d'antimoine se dissolvent par
les eaux régales à peu près comme le régule même
pulvérisé.
----------------------------------------------------------
Beurre ou Huile glaciale d'Antimoine.

C Ette préparation est un antimoine rendu caustique
par des acides.
Pulvérisez & mêlez exactement six onces de régule
d'antimoine avec seize onces de sublimé corrosif:
mettez ce mélange dans une cornue de verre, de laquelle
la moitié demeure vide: Placez votre cornue
sur le sable; & après y avoir adapté un récipient
& luté les jointures, il faut faire dessous un petit
feu au commencement, pour échauffer la cornue,
puis l'augmenter jusques au second degré, il distillera
une liqueur qui se congèlera dans le récipient:
continuez le même degré de feu jusques à ce qu'il ne
sorte plus rien; retirez alors le récipient, & en mettez
un autre rempli d'eau à la place: Augmentez le
feu par degrés jusques à faire rougir la cornue: il
coulera du mercure dans l'eau, lequel vous sécherez
& garderez pour vous en servir comme d'autre mercure.
Y 3
@

342 C O U R S
Usages. Le beurre d'antimoine est un caustique, il mange
les chairs baveuses, & il nettoie les ulcères: on en
fait la poudre d'Algaroth, comme nous dirons
après.
R E M A R Q U E S.
P Eu de temps après qu'on a fait le mélange des deux
ingrédients, la matière s'échauffe quelquefois considérablement,
& la raison en est que les pointes acides
du sublimé corrosif, & principalement celles du
sel, pénétrant & écartant avec violence les parties du
régule d'antimoine, il se fait de la chaleur, de même
qu'il arrive ordinairement quand un acide pénètre un
alcali, ou lorsque deux corps solides sont frottés rudement
l'un contre l'autre.
Ce que Le beurre d'antimoine n'est qu'un mélange des
c'est que esprits acides du sublimé corrosif avec le régule d'antimoine,
beurre & ce sont ces esprits qui le rendent caustique.
d'anti-
moine. Les esprits du sel & du vitriol dans cette opération,
quittent le mercure pour s'attacher à l'antimoine qui
est plus poreux: de sorte que le mercure étant débarrassé
de ce qui le tenait en forme cristalline, & étant
poussé par un grand feu, il se raréfie en vapeur, laquelle
sort par le cou de la cornue dans le récipient
rempli d'eau, où elle se résout par la fraîcheur en
mercure coulant.
Difficulté. Je ne doute pas qu'on n'ait de la difficulté à concevoir
comment les acides qui étaient attachés au corps
solide du mercure, s'en détachent pour aller se prendre
à l'antimoine: mais on peut dire à cela que les
acides étant comme autant de pointes fichées par un
bout dans le corps du mercure, peuvent être par l'autre
bout enlacées & entraînées par les parties molasses
& rameuses de l'antimoine, qui sont en plus grand
mouvement que le mercure.
@

D E C H I M I E. 343

On pourrait au lieu du régule se servir du foie,
& alors on en pourrait faire sublimer un cinabre au
cou de la cornue, parce que ce foie contient du soufre,
au lieu qu'on ne le peut pas faire du mélange du
régule d'antimoine & du sublimé corrosif, comme
je l'ai remarqué plus au long dans mon Traité de
l'antimoine.
Le régule d'antimoine ne se charge que de la quantité
qu'il lui faut des acides du sublimé corrosif pour
remplir ses pores; ainsi quand on mettrait plus de
seize onces de sublimé sur six onces de régule, on ne
retirerait pas davantage de beurre. Il ne servirait de
rien non plus de mettre davantage de régule sur cette
proportion de sublimé, car alors une partie du régule
demeurerait dans la cornue sans se joindre aux
acides, & par conséquent sans devenir beurre d'antimoine.
Le mélange proportionné de régule d'antimoine &
de sublimé, tel que je l'ai décrit, étant poussé par
une chaleur médiocre dans la cornue, s'y met aisément
en fusion, au même temps que le beurre distille
dans le récipient, & se congèle en une substance bel
le, blanche & cristalline, qu'on appelle par cette raison
huile glaciale d'antimoine. On retire à proportion
plus de beurre de ce mélange, que de celui de
l'antimoine cru & du sublimé corrosif, dont je parlerai
dans la suite, & il est un peu plus blanc & plus
beau, pourvu qu'en y ait employé du régule d'antimoine
bien pur.
Après la distillation du beurre d'antimoine, on voit
paraître dans la cornue le vif-argent qui doit distiller
dans le récipient rempli d'eau.
On retire par cette opération huit onces six dragmes Poids.
de beau beurre d'antimoine, dix onces de mercure
coulant, & il reste dans la cornue une once &
demie d'une matière noire, blanche & rouge raréfiée,
c'est la partie du régule d'antimoine la plus ter-
y 4
@

344 C O U R S
restre & la plus sulfureuse; on la rejette comme
inutile.
Le degré de feu qui est suffisant pour tirer le beurre
d'antimoine, n'est pas assez fort pour faire distiller le
mercure coulant; c'est pourquoi il n'en distille point
avec le beurre; mais si vous donnez le feu un peu trop
fort sur la fin, vous trouverez dans le récipient une
petite quantité de vif-argent qui se séparera.
Beurre On peut tirer par la même méthode un beurre d'antimoine
d'anti- martial d'un mélange de régule d'antimoine
moine martial & de sublimé corrosif, voyez mon Traité de
martial. l'antimoine.
----------------------------------------------------------
Beurre d'antimoine, & son cinabre en même temps.
L A première de ces préparations est un antimoine
pénétré & rendu caustique par les acides du sublimé
corrosif, & la seconde est un mélange du mercure
qui était dans le sublimé & des soufres de l'antimoine
sublimés ensemble.
Pulvérisez & mêlez exactement six onces d'antimoine
& huit onces de sublimé corrosif, & ayant
rempli à demi une cornue de ce mélange, placez-la
dans un petit fourneau sur le sable, & y adaptez un
récipient, lutez les jointures & donnez dessous un
petit feu au commencement, il distillera un peu d'huile
claire: augmentez ensuite le feu jusques au second
degré, il paraîtra dans le cou de la cornue une liqueur
blanche épaisse comme de la cire, laquelle bouchant
le passage ferait tout crever, si l'on n'avait
soin d'en approcher un charbon allumé pour la liquéfier
Cinabre & la faire couler dans le récipient: continuez
d'anti- le feu jusques à ce que vous voyiez sortir une
moine. vapeur rougeâtre, retirez alors le récipient, & mettez-en
un autre sans luter les jointures, augmentez
le feu peu-à-peu jusques à ce que la cornue rougisse:
@

D E C H I M I E. 345

continuez-le trois ou quatre heures, puis laissez
refroidir la cornue & la cassez, vous trouverez du
cinabre qui se sera sublimé & attaché au cou; détachez-le Vertus.
& le gardez: c'est un bon remède pour la
vérole & pour l'épilepsie, il purge par les sueurs. La Dose.
dose en est depuis six jusques à quinze grains en
pilule ou en bolus, dans quelque conserve appropriée.
Ce beurre d'antimoine est caustique comme l'autre Rectifica-
dont nous avons parlé ci-devant. On le peut rectifier tion du
en le faisant distiller de nouveau dans une cornue beurre d'an-
de verre. timoine.

R E M A R Q U E S.

Q Uand on emploie le régule pour tirer le beurre
d'antimoine, il n'en faut que six onces sur seize
onces de sublimé corrosif, comme je l'ai dit ailleurs;
mais quand on se sert de l'antimoine cru,
il en faut mettre davantage, parce qu'en six onces
d'antimoine, il ne se trouve que ce qu'il faut de régule
pour la quantité des acides de huit onces de sublimé
corrosif, & le reste de l'antimoine ne sert de
rien pour le beurre.
Ce beurre d'antimoine est ordinairement plus congelé D'où
que l'autre, aussi bouche-t-il le cou de la cornue vient la
en distillant, & l'autre ne le bouche point. Cette congéla-
congélation plus forte procède de la liaison qui s'est tion des
faite de quelque petite portion du soufre de l'antimoine beurres
cru avec les acides & le régule; car les parties d'antimoine
rameuses du soufre sont fort propres à entrelacer & leur dif-
les matières salines & à les figer. Le beurre d'antimoine férence.
fait avec le régule n'est pas exempt de soufre,
mais il y en a moins, parce que le régule en a
été nettoyé en partie, & c'est la raison pourquoi le
beurre qui en vient, n'est pas si fortement congelé
que l'autre.
Il faut plus du précaution pour rendre blanc le beur-
@

346 C O U R S
re d'antimoine qui se tire de l'antimoine cru, qu'il
n'en faut pour l'autre; car si vous faites trop grand
feu pendant la distillation, ou que vous laissez trop
long temps le récipient au cou de la cornue sur la fin,
les vapeurs rouges sulfureuses s'y mêlent, & rendent
Rectifica- le beurre brun. Alors il le faut mettre dans une
tion du cornue, & le faire distiller derechef à petit feu de sable
beurre pour le rectifier: mais si l'on observe exactement
d'anti- ce que j'ai dit dans cette description, on aura un
moine. beurre d'antimoine aussi pur que l'autre après la première
distillation.
Difficulté. Il se présente ici une difficulté, c'est de savoir
pourquoi le beurre d'antimoine est poussé par le feu
avant le cinabre; car il semble que le régule chargé
d'acides devrait être plus pesant que le cinabre qui
est composé de deux ingrédients assez volatils. La réponse
qu'on peut donner à cette difficulté est, que les
acides du sublimé corrosif ayant été subtilisés &
exaltés par le vif-argent, ils sont devenus assez volatils
pour pouvoir enlever & volatiliser les parties du
régule d'antimoine auxquelles ils se sont attachés, &
pour les rendre plus légères que le cinabre.
On trouve dans le récipient du beurre d'antimoine,
des petits cristaux collés contre les parois, qui représentent
fort bien des branchages d'arbre; ces figures
viennent de l'acide du sublimé mêlé avec l'antimoine.
Poids. On peut faire du beurre d'antimoine avec diverses
proportions d'antimoine cru & de sublimé corrosif,
comme je l'ai remarqué assez au long dans mon
Traité de l'antimoine; mais celles que j'ai observées
ici sont les plus justes, & celles qui rendent le plus
de beurre & de cinabre.
On trouvera dans le premier récipient trois onces
& six dragmes de beurre d'antimoine bien pur & bien
blanc. Quand on cassera la cornue, elle rendra une
odeur de soufre. On détachera de son cou sept ou
@

D E C H I M I E. 347

ces de cinabre d'antimoine, duquel la plus grande
partie sera en morceaux compactes pesants, lisses,
luisants, noirâtres dans le gros de la masse, rouges
en des endroits: une autre partie en aiguilles brillantes,
& le reste en poudre. On trouve quelquefois
dans le dernier récipient environ demi-dragme de vif-
argent.
Il fera resté au fond de la cornue une masse fixe
brillante, cristalline, noire, pesant deux onces; il
s'est donc fait dissipation de neuf dragmes & demie
de la matière pendant la sublimation du cinabre:
On peut tirer de cette masse par la méthode ordinaire
demi-once & demi-dragme d'un régule d'antimoine
étoilé, beau & pur, ce qui montre que le
beurre n'a pas pris toute la partie réguline des six
onces d'antimoine.
La blancheur du beurre d'antimoine vient de ce
que les acides du sublimé l'ont beaucoup atténué,
car nous voyons que l'antimoine prend ordinairement
cette couleur quand il a été pénétré & divisé
subtilement.
On trouve quelquefois au bout du cou de la cornue
une manière de mousse qui représente plusieurs petites
figures, c'est un cinabre le plus raréfié.
Dans l'opération précédente, le mercure n'avait
point trouvé assez de soufres auxquels il peu s'attacher,
d'où vient qu'il était sorti coulant; mais dans
celle-ci où nous employons l'antimoine cru, qui a Comment
tout son soufre, pendant que les esprits corrosifs se fait le
s'étant attachés à la partie réguline de l'antimoine, cinabre
sortent en beurre, le mercure se lie avec le soufre, d'anti-
par l'action du feu se sublime, puis après en cinabre moine.
au cou de la cornue: car pour faire du cinabre, il faut
qu'il se rencontre du soufre & du mercure. Or si
l'on veut avoir la curiosité d'anatomiser ce cinabre, Anatomie
faut le mettre en poudre, & le mêler avec le double du cina-
de sel de tartre; puis l'ayant mis dans une cornue, bre.
@

348 C O U R S
faire distiller à grand feu le mercure dans un récipient
rempli d'eau, le soufre demeurera dans la retorte
attaché au sel de tartre, duquel on le peut retirer en
Soufre faisant bouillir la matière dans de l'eau, filtrant la
d'anti- décoction & versant dessus du vinaigre distillé: il se
moime. précipitera une poudre grise qu'on lavera avec de
l'eau, & on la fera sécher, on aura un soufre d'antimoine
qu'on estime beaucoup pour les maladies
de la poitrine, on en donne six ou huit grains à la
dose dans quelque liqueur appropriée à la maladie.
On ne réussit pas toujours à faire du cinabre d'antimoine;
quelque précaution qu'on prenne, & quelque
exactitude qu'on ait dans l'opération; s'il n'en
monte point au cou de la cornue après deux ou trois
heures de grand feu, il ne faut point s'attendre d'en
avoir; ce défaut vient de la nature de l'antimoine
qu'on a employé. L'antimoine minéral le plus pur
qu'on le peut trouver, m'a toujours paru le plus sûr
en cette occasion pour donner du cinabre, mais alors
il faudra changer les proportions, & employer parties
égales d'antimoine & de sublimé, car comme
cet antimoine minéral contient toujours des matières
pierreuses & terrestres, il ne s'y trouverait pas
assez de parties antimoniales. Mais si cet antimoine
minéral est plus propre pour faire du cinabre, il produit
moins de beurre ou huile glaciale dont il a été
parlé.
Le cinabre de l'antimoine minéral se trouve au cou
de la cornue en masse plus épaisse que celui de l'antimoine
ordinaire.
Rectifica- Le cinabre d'antimoine retient en partie la couleur
tion du ci- de l'antimoine, car il est noirâtre presque par-tout &
nabre rouge en quelques endroits. Si à la vérité on l'écrase,
d'anti- ou qu'on le ratisse avec un couteau, il devient
moine. quelquefois tout-à-fait rouge: on peut le rectifier
en le faisant sublimer dans un matras au feu de
sable , mais il aura toujours la même couleur,
@

D E C H I M I E. 349

& ses vertus n'en seront point plus grandes.
Quelques-uns font prendre deux ou trois gouttes Manière
de beurre d'antimoine dans un peu de bouillon pour de se ser-
faire vomir; il produit le même effet que la poudre vir du
d'Algaroth, mais comme c'en un puissant vomitif, & beurre
qu'on ne peut pas être bien exact dans la dose, en d'antimoine
le prenant par gouttes, je n'approuverais pas cette par la bou-
méthode. che, non
Si l'on mêle le beurre d'antimoine avec le double approuvée.
de son poids d'huile ou d'esprit de soufre, fait selon Liqueur
notre description, ou aura une liqueur propre pour pour la
la carie des os & pour les ulcères vénériens & chancreux, carie des
on l'applique sur des plumasseaux; elle agit os.
à peu près comme l'huile ou la liqueur de mercure,
laquelle j'ai décrite.
On peut encore tirer des beurres d'antimoine des Beurres
mélanges d'antimoine & de diverses préparations de d'antimoi-
mercure qu'on mettra à la place du sublimé corrosif, ne tirés
comme de sublimé doux, de panacée mercurielle, de de l'anti-
précipité blanc, mais ces beurres seront bien moins moine & du
brûlants que le commun où l'on a employé le sublimé sublimé
corrosif. Voyez les descriptions que j'en ai données doux, de
dans mon Traité de l'antimoine. la panacée,
On peut aussi tirer du cinabre d'antimoine, des mélanges & du préci-
d'antimoine, & de plusieurs préparations de pité blanc.
mercure autres que le sublimé corrosif, & entre autres Cinabres
il n'y en a point dont on en tire tant & plus facilement, d'antimoi-
que du mélange de parties égales d'antimoine ne faits
cru & d'Aethiops mineralis fait par calcination, avec diver-
comme je l'ai décrit en son lieu, parce que ses prépara-
cette préparation de mercure est comme un cinabre tions de
a demi fait, qui se lie aisément au soufre de l'antimoine, mercure,
& qui se sublime avec lui au cou de la cornue: mêlées
il est nécessaire pour cette opération que le cou avec de
de la cornue soit assez long. l'antimoi-
Le cinabre d'antimoine est généralement beaucoup ne.
plus estimé pour la médecine, que le cinabre commun;
@

350 C O U R S
cependant après avoir examiné les effets de l'un & de
l'autre en plusieurs occasions, je les ai trouvé semblables,
& je n'ai rien reconnu de particulier en celui
de l'antimoine, excepté qu'étant pris en grande
dose, il excite quelquefois des petites nausées. Il faut
prendre garde qu'il ne soit tombé quelque goutte de
beurre d'antimoine sur ce cinabre pendant l'opération,
car alors il ferait un peu vomir.
Les cinabres font souvent de bons effets pour les
maladies du cerveau, quand elles sont causées par une
pituite grossière & corrompue, qui intercepte le mouvement
des esprits, parce que ces remèdes dont la détermination
est de s'élever au cerveau, à cause de leur
volatilité, atténuent & fondent l'humeur pituiteuse,
qui ensuite trouve des voies pour se dissiper; mais il
ne les faut donner qu'avec précaution & en petites
doses: car la grande fonte des humeurs qu'ils causent
quand on en fait prendre des doses trop grandes &
trop souvent réitérées, excite quelquefois des maladies
plus méchantes que celles pour lesquelles on le
donne.
On se sert encore des cinabres pour l'asthme, &
ils agissent dans cette maladie non seulement par leur
soufre qui est très convenable pour exciter la respiration,
mais par le mercure, qui aidant à raréfier &
à dissoudre les obstructions des poumons & du diaphragme,
rend aux fibres de ces parties la liberté de
s'étendre.
Beurre d'é- Si par curiosité on veut faire distiller un mélange
tain ou li- d'une partie d'étain & de trois parties de sublimé corrosif,
queur fu- tous deux en poudre, dans une cornue, de
mante. la même manière que le beurre d'antimoine; on aura
le beurre d'étain, qui est une liqueur épaisse assez extraordinaire
en ce qu'elle fume toujours.
@

D E C H I M I E. 351

----------------------------------------------------------
Beurre ou Huile glaciale d'antimoine lunaire.

C Ette opération est un-antimoine rendu caustique
par des acides du nitre & du sel marin qui sont
sortis du précipité d'argent.
Prenez deux onces de régule d'antimoine ordinaire,
mettez-les en poudre subtile, & les mêlez exactement
avec quatre onces de précipité d'argent fait
par de l'eau salée, comme je l'ai dit en son lieu;
mettez le mélange dans une cornue de verre, dont
environ la moitié demeure vide , placez cette cornue
dans un fourneau sur le sable, adaptez-y un récipient
& lutez les jointures, faites dessous un petit
feu pour échauffer la cornue, & pour faire sortir
une liqueur claire; augmentez le feu peu-à-peu, il
viendra des vapeurs blanches qui se condenseront en
un beurre liquide; mais pendant ce temps-là il paraîtra
dans le récipient une légère ébullition qui
produira un peu de chaleur; continuez le feu jusqu'à
ce qu'il ne sorte plus rien, puis laissez refroidir les Poids.
vaisseaux & les délutez, vous trouverez dans le récipient
deux onces & une dragme d'huile ou beurre
d'antimoine en partie liquide, en partie glacial,
blanc, tirant un peu sur le jaune, & ayant une odeur
d'eau régale.
Cassez la cornue, vous trouverez ses parois intérieures Fleurs
tapissées de petites fleurs blanches, brillantes, blanches.
argentines, d'un goût acide; détachez-les, il y en Masse
aura environ une dragme. Vous trouverez au fond trouvée
de la cornue une masse dure, compacte, pesante, au fond
difficile à casser, mais se réduisant néanmoins en de la cor-
poudre, de couleur extérieurement grise, blanche nue.
& bleuâtre, intérieurement noire & brillante à peu
près comme le régule d'antimoine, d'un goût salé
dans sa superficie, pesant trois onces six dragmes,
@

352 C O U R S
R E M A R Q U E S.
O N emploie ordinairement le sublimé corrosif
dans les préparations de beurre d'antimoine,
non pas à cause du mercure qu'il contient, car il n'y
en entre aucune portion, mais à cause de son acide
corrosif, & parce qu'en même-temps qu'on fait ce
beurre, on prépare souvent le cinabre d'antimoine
où le mercure entre, comme il a été montré. L'opération
du beurre lunaire est une preuve & un exemple
de ce que j'avance, car dans sa préparation, il
n'entre ni sublimé, ni aucune autre préparation de
mercure, mais à sa place on emploie le précipité
d'argent, qui ayant été fait par l'eau salée, a retenu
dans ses pores un acide salé semblable ou approchant
de celui du sublimé corrosif: cet acide ne peut
être autre chose qu'une espèce d'eau régale, car il
provient de l'esprit de nitre, qui ayant dissout l'argent,
& s'en ayant empreint ses pores s'est joint ensuite
avec le sel marin; cette eau régale fait l'ébullition
qui arrive dans le récipient pendant la distillation,
parce qu'elle pénètre légèrement le beurre d'antimoine.
Quoique le beurre d'antimoine soit empreint d'acides
corrosifs, il ne paraît pas justement si rongeant
que le commun, il en faut attribuer la raison à la même
ébullition qui s'est faite dans le récipient, car par
ce mouvement de parties, les pointes de la matière
ont été un peu émoussées, au lieu que dans le beurre
d'antimoine commun, les acides sont demeurés
en leur entier, attachés superficiellement à l'antimoine.
Encore que ce beurre soit surnommé lunaire, il ne
contient point d'argent, sa substance ne consiste
qu'en celle du régule d'antimoine & des acides. On
Poudre en peut faire de la poudre d'Algaroth & du Bézoard
minéral
@

D E C H I M I E. 353

minéral comme de l'autre, par les méthodes ordinaires, d'Alga-
mais la poudre d'Algaroth sera un peu plus farineuse roth bé-
& un peu moins vomitive, à cause de l'ébullition zoard mi-
qui est arrivée dans le récipient & qui a fixé en quelque néral.
façon le beurre d'antimoine.
Les petites fleurs blanches & argentines qu'on a
trouvées attachées aux parois de la cornue sont des
fleurs du régule d'antimoine, qui se sont sublimées
à la fin ou après la distillation.
La masse compacte qui a été retirée du fond de la
cornue est un mélange de tout l'argent qui avait été
employé, & de la partie la plus fixe du régule d'antimoine
qui n'a point passé en beurre. Les couleurs de
sa surface & le goût salé viennent d'une impression
du sel marin qui était relié dans le précipité d'argent,
nonobstant les lotions qu'on y avait faites.
Cette masse est difficile à casser, à cause de la quantité
d'argent qu'elle renferme, & qui est malléable
étant seul, mais elle se casse enfin, & même on la
peut réduire en poudre à cause du régule d'antimoine
qui est cassant, & qui s'étant entre-mêlé avec
l'argent, l'a rendu plus roide en ses parties ou moins
pliant.
II y a plusieurs moyens pour séparer cet argent d'avec Sépara-
le régule d'antimoine, mais le meilleur & le plus tion de
profitable est de pulvériser grossièrement la masse, l'argent
de la mettre dans le petit pot de terre commune avec d'avec le
ses couvercles, & de procéder à en faire sublimer régule
les fleurs, comme j'ai dit de celles du régule d'antimoine d'anti-
en son lieu; tout le régule qui est dans la moine.
masse; se convertira en belles fleurs blanches, cristallines,
brillantes, semblables en tout aux autres, &
l'argent demeurera pur au fond du pot en une masse
qu'on retirera.

pict

Z
@

354 C O U R S
----------------------------------------------------------
Poudre d' Algaroth, ou Émétique.
L A poudre d'Algaroth est un précipité d'antimoine,
ou du beurre d'antimoine lavé.
Faites fondre sur les cendres chaudes le premier
beurre d'antimoine que j'ai décrit avec le régule, & le
versez dans une terrine où il y aura deux ou trois pintes
d'eau tiède, il se précipitera en une poudre blanche,
qu'il faut adoucir par plusieurs lotions, puis la
gardez; c'en ce qu'on appelle improprement mercure
Mercure de vie. Elle purge par haut & par bas: On la
de vitriol, donne dans les fièvres quartes & intermittentes, &
Vertus. dans toutes les maladies, où il est question de purger
Dose. fortement: La dose en est depuis deux grains jusques
à huit dans du bouillon, ou dans quelque autre liqueur
convenable.
Si l'on ramasse toutes les lotions, & qu'on en fasse
évaporer environ les deux tiers, ou jusques à ce que
Esprit de la liqueur soit très acide, on aura l'esprit de vitriol
vitriol philosophique, duquel on peut se servir comme de
philoso- l'esprit de vitriol commun, dans les juleps, on en
phique. met jusques à une agréable acidité.
R E M A R Q U E S.
J 'Ai dit ci-devant, que le beurre ou l'huile glaciale
d'antimoine n'était autre chose qu'un mélange
d'esprits de sel & de vitriol avec le régule d'antimoine.
Cette dernière opération confirme cette pensée,
puisque lorsqu'on a jeté ce beurre dans l'eau tiède,
les esprits se délayent & rendent la liqueur très
acide, laissant tomber au fond le régule d'antimoine,
de sorte que la poudre d'Algaroth n'est qu'un antimoine
déguisé à peu près semblable aux fleurs
blanches desquelles nous avons parlé.
@

D E C H I M I E. 355

L'eau détache bien les acides du beurre d'antimoine,
parce qu'ils ne tiennent pas beaucoup dans les pores
de ce minéral molasse & sulfureux, mais elle
n'eût pas pu détacher ces mêmes acides, quand ils
faisaient le sublimé corrosif, parce que les pores du
mercure étant beaucoup plus serrés que ceux de l'antimoine,
ils retiennent avec plus de force ce qui y est
entré.
On peut faire la poudre d'Algaroth de la même façon
avec le beurre qu'on a tiré de l'antimoine cru,
ou du foie, mais elle sera un peu moins blanche, &
principalement si l'eau qu'on a versée dessus est un peu
trop chaude, parce qu'alors les parties de la poudre
qui sont plus sulfureuses, étant sorties de l'antimoine
cru, que celles qui sont venues du régule, se
rapprocheront par la chaleur, & prendront une couleur
jaunâtre ou grisâtre: car la poudre d'Algaroth
ne tient sa blancheur que de la grande atténuation &
sublimation des particules de l'antimoine: Au reste,
ces différences de couleurs ne changent rien à la qualité
médicinale de la poudre; elle est aussi bonne d'une
couleur que d'une autre, pourvu qu'elle ait été
faite dans les règles prescrites.
Si vous avez employé quatre onces de beurre d'antimoine,
vous retirerez une once six dragmes de poudre Poids.
d'Algaroth, après qu'elle aura été bien lavée &
séchée; de sorte que quatre onces de ce beurre contient
deux onces & deux dragmes d'esprit acide, en
quoi consiste la corrosion.
Cette poudre a pris son nom d'un Médecin nommé
Algaroth ou Algeroth, qui l'a un des premiers mise
en usage: Elle est appelée poudre émétique à cause
qu'elle fait beaucoup vomir: Les anciens Chimistes mercure
l'ont nommée mercure de vie, parce qu'ils ont de vie.
crû que sa substance était du mercure, mais ils se
sont trompés, car ce n'est qu'un antimoine atténué
ou divisé, dans lequel il n'est pas entré la moindre
Z 2
@

356 C O U R S
portion de mercure, selon que je l'ai prouvé dans
Poudre mon Traité de l'antimoine. Quelques-uns lui ont
angélique. donné le nom de poudre angélique à cause de ses
grandes qualités.
La liqueur acide qui provient des lotions du beurre
d'antimoine pourrait être aussi justement appelée
esprit de sel, comme esprit de vitriol philosophique,
puis qu'il y est entré pour le moins autant
des acides du sel que de ceux du vitriol. Ces acides
s'étaient détachés du sublimé, & avaient passé dans
l'antimoine, comme il a été dit: pour ce qui est du
surnom de philosophique, il a été donné a cette liqueur
par des Philosophes Alchimistes qui trouvèrent
les premiers la manière de la faire.
Quoique l'esprit de vitriol philosophique contienne
ce qui rendait le sublimé brûlant, corrosif &
un grand poison, & le beurre d'antimoine caustique
& rongeant, cette liqueur est un remède des plus innocents,
& des moins capables de produire aucun effet;
violent, la raison en est facile à trouver; c'est
que les pointes acides qui faisaient la corrosion &
l'âcreté du sublimé & du beurre d'antimoine, à cause
qu'elles étaient comme emmanchées par un bout
dans les pores du mercure & du régule d'antimoine,
sont présentement délayées, confuses & écartées
dans les parties de l'eau sans arrangement, & ne pouvant
plus faire que de légères impressions.
Dissol- La poudre d'Algaroth ne se dissout point ni avec
vant de la l'esprit de nitre, ni avec l'eau régale ordinaire; mais
poudre elle se dissout avec le mélange d'esprit de nitre, de
d'Alga- sel & de vitriol, qui est une espèce d'eau régale: si
roth. l'on fait évaporer la dissolution, qu'on y jette deux
fois de l'esprit de nitre, faisant confirmer l'humidité
à chaque fois; on aura un Bézoard minéral semblable
Poudre à celui que je vais décrire.
d'Alga- Les Maquignons recommandent la poudre d'Algaroth
roth bon- pour la pousse des chevaux, ils en font prendre
@

D E C H I M I E. 357

demi-once à la dose, dans une pinte de vin, ou dans ne pour
du son mouillé, & ils en font continuer l'usage de la pousse
deux en deux jours jusqu'à quinze fois. des che-
Si au lieu d'eau, l'on emploie du vinaigre distillé vaux.
pour laver le beurre d'antimoine, la poudre d'Algaroth Poudre
qui en proviendra sera un peu moins vomitive d'Alga-
que l'autre, parce que l'acide de la liqueur aura apporté roth cor-
quelque fixation à l'antimoine, & l'aura corrigé. rigée.
On peut faire retourner la poudre d'Algaroth en
régule & en beurre d'antimoine: on peut aussi la réduire
en verre par la fusion: voyez mon Livre de
l'antimoine, où vous trouverez encore plusieurs autres
opérations sur cette poudre.
----------------------------------------------------------
Bézoard minéral.

C Ette préparation est un antimoine fixé par l'esprit
de nitre, & rendu sudorifique.
Faites fondre sur les cendres chaudes deux onces
de beurre d'antimoine, & les versez dans une fiole
ou dans un matras: jetez dessus peu-à-peu de bon esprit
de nitre, jusques à ce que la matière soit parfaitement
dissoute; il faut ordinairement autant d'esprit
de nitre que de beurre d'antimoine; il s'élèvera des
vapeurs pendant la dissolution, lesquelles il est bon
d'éviter; c'est pourquoi il faut mettre le vaisseau sous
la cheminée. Versez votre dissolution qui sera claire
& rougeâtre, dans une cucurbite de verre, ou dans
une terrine de grès; & la faites évaporer au feu de
sable assez lent jusques à siccité, il vous restera une
masse blanche, pesant une once & demie que vous
laisserez refroidir, puis vous jetterez dessus deux onces
d'esprit de nitre: Remettez le vaisseau sur le sable
pour faire évaporer l'humidité comme devant,
vous aurez une masse blanche qui n'aura en rien aug-
Z 3
@

358 C O U R S
menté, ni diminué, car elle pèsera encore une once
& demie: versez pour la dernière fois deux onces
d'esprit de nitre sur la masse blanche, & ayant fait
évaporer l'humidité, augmentez un peu le feu, & calcinez
la matière pendant demi-heure, puis la retirez du
Poids. feu, vous aurez environ onze dragmes d'une matière
sèche, légère, friable, blanche, d'un goût acide,
agréable, elle se réduira en une poudre grossière
grumeleuse, qu'il faut garder dans une fiole bien
Vertus. bouchée. Elle est sudorifique, & elle sert aux mêmes
Dose. usages que l'antimoine diaphorétique: La dose en est
depuis six jusques à vingt grains dans du bouillon,
ou dans quelque autre liqueur appropriée,
R E M A R Q E S.
Dissolvant L'Esprit de nitre étant joint aux acides du sel & du
du régule vitriol qui sont dans le beurre d'antimoine, il se
d'anti- fait une espèce d'eau régale qui est le véritable dissolvant
moine. du régule d'antimoine.
Pourquoi Les esprits de vitriol & de sel n'avaient pas été assez
l'efferves- forts, ni assez en grande quantité pour dissoudre
cence. entièrement l'antimoine, ils n'avaient fait que s'y attacher;
mais lorsqu'ils sont joints avec l'esprit de nitre,
ils agissent avec beaucoup plus de force car ils
pénètrent & écartent toutes les particules du minéral,
les rendant imperceptibles & incapables de recevoir
une plus grande dissolution. Or dans cette pénétration
il se fait une grande effervescence, comme dans
la dissolution du mercure; c'est pourquoi nous recommandons
de verser l'esprit de nitre peu-à-peu, de
peur que la matière ne s'élève sur le vaisseau. Cette
effervescence provient de la résistance que les pointes
des esprits trouvent, lorsqu'ils entrent dans les
pores de l'antimoine; car aussitôt que la dissolution
est achevée, il ne se fait plus aucune ébullition. On
fait ensuite évaporer l'humidité, & l'on renverse encore
@

D E C H I M I E. 359

deux fois de l'esprit de nitre sur la masse fixe,
comme nous avons dit, après quoi le beurre d'antimoine
qui était un caustique & un grand vomitif,
devient un des plus doux remèdes que nous ayons, &
fort approchant de la préparation d'antimoine qu'on
appelle diaphorétique minéral.
Ce changement est assez surprenant, & il est difficile Comment
à concevoir qu'un esprit corrosif acide comme le beurre
l'esprit de nitre, puisse adoucir une matière qui n'est d'anti-
caustique, que parce qu'elle est abreuvée d'esprits moine de-
acides; vient su-
Pour résoudre cette difficulté, il faut concevoir dorifique
que le beurre d'antimoine était caustique, parce que par l'addi-
les acides qu'il contenait étaient attachés superficiellement tion de
& proportionnés en sorte que le mouvement l'esprit de
de l'antimoine leur servait de véhicule pour lancer nitre.
leurs pointes; mais qu'après la dissolution, les acides
étant en grande quantité, ils fixent l'antimoine, & lui
ôtent non seulement son mouvement, mais ils s'entrelacent
dans les parties molasses & embarrassantes de
ce mixte, & y perdent leur corrosion.
C'est aussi par la même raison que le beurre d'antimoine
perd sa qualité émétique dans cette opération,
car son soufre salin ayant été en partie dissipé
par l'évaporation, & en partie fixé par les acides, il
n'y a plus rien qui puisse irriter l'estomac. S'il reste
quelques parties volatiles dans le Bézoard minéral,
comme il n'en faut pas douter, elles sont faibles, &
elles n'ont la force que de pousser par transpiration.
Deux circonstances prouvent qu'il s'est dissipé pendant
l'opération considérablement des parties sulfureuses
de l'antimoine; la première en une odeur sulfureuse
extraordinairement puante & fatigante à la
poitrine, que les vapeurs ont rendue en assez grande
quantité dans le temps de la dissolution du beurre &
pendant les évaporations: La seconde est la diminution
du poids du la matière, car au lieu qu'elle de-
Z 4
@

360 C O U R S
vrait avoir augmenté, puisqu'il s'y est attaché les
acides de six onces d'esprit de nitre, elle se trouve
diminuée.
Quand le vaisseau, dans lequel on fait le Bézoard
minéral, est petit, & que la matière ne trouve point
assez à s'étendre sur la fin de l'évaporation, elle prend
souvent en dessous une couleur jaune, mais le Bézoard
n'en point altéré par cette couleur, il a la même
qualité que le blanc, & il perd même sa jauneur
& devient blanc si l'on l'expose quelques heures
à l'air.
Cette pondre est appelée Bézoard minéral, parce
qu'elle fait suer comme la pierre de Bézoard. On en
tire une plus grande quantité de beurre fait par le régule
que de celui qui a été fait par l'antimoine
cru, parce que le premier est plus solide & contient
moins d'humidité aqueuse.
II faut savoir que ces préparations ne sont que
des divers déguisements du régule d'antimoine, faits
par les esprits acides ou par le feu: de sorte que par
la fusion & par quelque sel réductif, on les fera retourner
en régule, détruisant les sels qui les retiennent
sous cette forme.
----------------------------------------------------------
Panacée antimoniale.
C Ette opération un tartre soluble rendu émétique
par du beurre d'antimoine, & résout en liqueur
par l'humidité de l'air.
Mettez dans un grand matras demi-livre de beurre
d'antimoine, une livre de cristal de tartre subtilement
pulvérisé & six livres d'eau commune un peu
chaude, brouillez bien le tout, & bouchez le matras
d'un bouchon de papier, placez-le sur le sable,
& faites dessous un feu gradué jusques à faire bouillir
la liqueur, ce que vous continuerez pendant sept
@

D E C H I M I E. 361

ou huit heures: le cristal de tartre se sera dissout
presque tout-à-fait sans fermentation apparente, &
la dissolution aura pris d'abord une couleur rougeâtre
& un goût aigre; mais en bouillant, cette couleur
aura changé & sera devenue blanche: versez-y ensuite
peu-à-peu une livre d'huile de tartre faite par défaillance
& chauffée, il se fera une effervescence,laquelle
étant passée, vous filtrerez la liqueur encore
chaude, & vous en ferez évaporer l'humidité dans
un vaisseau de verre ou de grès au feu de sable jusques
à siccité, il vous restera une manière de sel ou de
tartre émétique qu'il faudra exposer à la cave ou en Tartre
un autre lieu humide, il s'en résoudra une bonne émétique.
partie en liqueur claire que vous verserez par inclination
dans une bouteille de verre, & vous la garderez, Vertus.
c'est la panacée antimoniale.
Elle est émétique, mais elle agit faiblement: La Dose.
dose en est depuis huit jusques à vingt gouttes dans
du bouillon ou dans quelque autre liqueur appropriée.

R E M A R Q U E S.

C Ette préparation est appelée communément panacée Panacée
universelle, elle a été décrite autrefois universel-
avec beaucoup plus de circonstances, mais qui reviennent le.
exactement à la description que j'en donne
ici.
Pour bien faire l'opération, il faut que le matras
soit assez grand, en sorte qu'il n'y en ait guère plus
de la moitié de rempli, afin que la matière trouve assez
d'espace vide pour se raréfier en bouillant: il est
bon de faire chauffer l'eau avant que de la mettre sur
le beurre d'antimoine & le cristal de tartre, tant afin
que le mélange s'en fasse plus vite, qu'afin d'échauffer
le vaisseau, en sorte qu'il ne soit pas si en danger
de casser quand on aura mis du feu dessous.
@

362 C O U R S
On fait bouillir la matière longtemps afin que
le cristal de tartre s'empreigne autant qu'il pourra de
la substance émétique du beurre d'antimoine.
L'effervescence qui arrive quand on verse l'huile de
tartre sur la matière, vient de ce que les acides du
cristal de tartre & du beurre d'antimoine entrent avec
violence dans les pores du sel alcali de tartre, & les
écartent rudement.
En faisant évaporer la liqueur filtrée, il faut observer
de l'agiter sur la fin avec une spatule de bois,
au fond du vaisseau, car autrement elle ne manquerait
pas, s'épaississant en sel, de s'y attacher & d'y
brûler; cet accident arriverait à cause que le cristal
de tartre n'est pas un sel pur, c'est un mélange
de tous les principes. Or comme il contient par conséquent
de l'huile, il est sujet à se torréfier & à se
brûler.
Ce sel qui est un véritable tartre émétique, se résout
en liqueur par l'humidité de l'air, comme font
tous les autres sels, mais il en reste une portion qui
tombe au fond du vaisseau en manière de magistère
qui ne se met jamais en liqueur.
On ne doit appréhender aucun effet violent de cet
émétique, il est des plus tempérés, parce que le sel
de tartre qui y a été mêlé, a fixé & rompu en partie
les pointes du soufre salin de l'antimoine.
----------------------------------------------------------
Huile d'Antimoine caustique.
C Ette préparation en une portion d'antimoine
dissoute dans les esprits acides de sel & de vitriol.
Mettez dans une cornue de verre, six onces d'antimoine
en poudre bien subtile: versez dessus, quatre
onces de bon esprit de sel & autant d'huile caustique
de vitriol: brouillez le tout ensemble, & ayant bouché
@

D E C H I M I E. 363

la cornue, posez-la le bec en haut, sur le sable:
donnez dessous un petit feu de digestion pendant
vingt-quatre heures: baissez ensuite le bec de votre
cornue, & l'ayant débouché, adaptez-y un récipient
de verre: lutez la jointure avec de la vessie
mouillée: faites dessous un petit feu gradué jusqu'au
second degré: il distillera une liqueur blanchâtre
augmentez-le un peu sur la fin & le continuez jusqu'à
ce qu'il ne tombe plus rien dans le récipient.
Laissez refroidir les vaisseaux & les délutez: gardez
ce que le récipient contiendra, dans une bouteille
bien bouchée.
C'est une liqueur escarrotique; elle est propre pour Vertus.
ouvrir les chancres vénériens, pour la carie des os,
pour manger les chairs baveuses, pour nettoyer les
vieux ulcères & pour la gangrène. On s'en sert avec
des plumasseaux.

R E M A R Q U E S.

I L faut que la cornue soit assez grande, en sorte
qu'il y ait pour le moins la moitié de vide, afin
que l'humidité ait de l'espace suffisamment pour se
raréfier.
Je mets le tout en digestion vingt-quatre heures,
afin que les acides aient le temps de pénétrer l'antimoine.
Si j'ajoutais à ce mélange huit ou dix onces
d'esprit de nitre; l'antimoine se dissoudrait avec grande
effervescence, parce que les trois sortes d'esprits
acides qui y seraient, composeraient une eau régale
avec laquelle l'antimoine est facilement dissout, mais
on n'a pas besoin d'une dissolution exacte pour cette
opération.
Cette liqueur est improprement appelée huile; car Huile im-
ce n'est qu'une dissolution de quelques parties de l'antimoine propre-
dans des esprits acides. Elle ne diffère d'avec ment ap-
l'huile glaciale d'antimoine qu'en ce qu'elle con- pellée.
@

364 C O U R S
tient plus de phlegme; car les acides du sublimé corrosif
n'ont point d'humidité aqueuse qui les délaye,
comme il y en a dans les acides que nous avons employés.
On pourrait avec cette huile faire la poudre d'Algaroth
de la même manière qu'avec le beurre, mais
elle ne serait pas si blanche. On pourrait aussi employer
cette liqueur pour faire le Bézoard minéral.
L'esprit de nitre étant versé dessus, il se fait ébullition
comme quand on le verse sur le beurre d'antimoine.
Cette huile d'antimoine est moins escarrotique
que le beurre, parce qu'elle contient plus de phlegme
que lui. Elle est aussi plus aisée à employer à
cause de sa liquidité.
----------------------------------------------------------
Autre huile d'Antimoine.
C Ette préparation est une dissolution de quelques
parties les plus détachées de l'antimoine, faite
par l'acide & l'huile de sucre.
Prenez égales parties d'antimoine & de sucre candi,
réduisez-les en poudre, & les ayant mêlez ensemble,
mettez le mélange dans une cornue de verre
assez grande, en sorte que la matière n'en occupe que
le quart: Placez votre cornue sur le sable & y adaptez
un récipient, donnez un feu assez lent les premières
heures, afin de faire distiller une eau phlegmatique:
& lorsqu'il commencera à sortir des gouttes rouges,
jetez ce qui sera dans le récipient comme inutile,
puis l'ayant réadapté, lutez les jointures & poussez le
feu un peu plus fort, mais conduisez-le bien: car autrement
la matière se raréfie & coule dans le récipient
en substance, de sorte qu'il faut recommencer
l'opération: Continuez le feu jusqu'à ce qu'il ne sorte
plus rien. Laissez refroidir les vaisseaux & les délutez:
@

D E C H I M I E. 365

versez ce que le récipient contiendra dans une
bouteille & le gardez; c'est l'huile d'antimoine; elle Vertus.
est propre pour nettoyer les ulcères, pour les dartres
& pour les démangeaisons qui viennent sur le cuir.
Si elle est trop âcre on la peut tempérer avec de l'eau
de miel.

R E M A R Q U E S.

L E lucre contient un sel essentiel acide & une huile Ce que
qui étant mélangés avec une portion des soufres c'est que
de l'antimoine, font une liqueur huileuse. l'huile
La saveur douce du sucre ne vient que du mélange d'antimoine.
naturel de cet acide avec l'huile; car si l'on sépare ces Ce qui
deux substances, aucune des deux ne sera douce. fait la sa-
L'huile toute seule est fade sur la langue, parce veur dou-
qu'elle ne fait guère d'impression sur le nerf du goût; ce du su-
mais quand l'acide y est intimement mêlé, les pointes cre.
de cet acide servent de véhicule à l'huile pour pénétrer
en chatouillant la superficie du nerf, & produire
en nous le sentiment de douceur.
L'acide donc étant seul, incite & picote la langue
par les pointes; mais quand elles sont liées & émoussées
par les parties rameuses de l'huile, alors elles sont
autrement déterminées, & elles ne peuvent plus pénétrer
le nerf du goût que très doucement.
De seize onces de sucre candi & autant d'antimoine Poids.
on retire par cette distillation une once & demie
d'eau phlegmatique, dix onces d'huile, & il reste dans
la cornue vingt onces d'une matière terrestre fort raréfiée.
Cette huile est claire, rouge, ayant une odeur
de rôti comme de sucre brûlé, & un goût considérablement
acide: on trouve aussi dans le récipient une
dragme & demie ou deux dragmes d'huile épaisse noire
& d'une odeur forte, mais elle est si bien attachée &
ré-endurcie contre les parois internes de ce vaisseau,
qu'on ne peut pas l'en détacher.
@

366 C O U R S
----------------------------------------------------------
Teinture d'Antimoine.
C Ette opération est une dissolution des parties les
plus raréfiées du soufre de l'antimoine, faite
dans l'esprit de vin.
Mettez fondre à grand feu dans un creuset, huit
onces de sel de tartre, jetez-y à diverses reprises,
par cuillerées six onces d'antimoine en poudre, il se
fondra & il s'unira au sel de tartre, rendant des vapeurs
qui auront une odeur de soufre: couvrez le
creuset, & laissez le mélange en fusion pendant demi-heure
versez-le dans un mortier afin qu'il refroidisse,
vous aurez une masse compacte, cassante,
jaune, s'humectant aisément, de mauvaise odeur:
d'un goût salé âcre, pesant onze onces & demie,
réduisez la masse en poudre & la mettez dans un matras:
versez-y de l'esprit de vin alcoolisé à la hauteur
de quatre doigts: appliquez un autre matras
renversé sur celui-ci pour faire un vaisseau de rencontre:
lutez exactement les jointures & mettez votre
matière en digestion, à une lente chaleur, pendant
deux jours, ou jusqu'à ce que votre esprit de
vin soit devenu rouge: séparez alors les matras, filtrez
votre teinture, & la gardez dans une bouteille
bien bouchée. Vous pouvez mettre de nouveau sur
la résidence, de l'esprit de vin, & procéder à la digestion
comme devant, vous retirerez une teinture aussi
Vertus. forte & aussi belle que la première.
Elle est sudorifique & hystérique: elle excite des
nausées, ou bien elle purge un peu par le ventre,
quand on en donne en grande dose: on s'en peut
servir pour exciter les mois aux femmes, pour lever
les obstructions, pour la mélancolie hypocondriaque,
pour la galle, pour la petite vérole, pour
Dose. les fièvres malignes, pour le scorbut: La dose en est
@

D E C H I M I E. 367

depuis quatre gouttes jusqu'à vingt, dans quelque liqueur
appropriée.

R E M A R Q U E S.

D Ans cette opération le sel de tartre raréfie le Le sel de
soufre de l'antimoine & donne lieu à l'esprit de tartre &
vin de le dissoudre. Ce dissolvant étant sulfureux, l'esprit de
est convenable pour extraire un soufre; c'est-à-dire, vin sont
la substance la plus huileuse de l'antimoine; cette substance les princi-
était trop bien liée & renfermée dans les autres paux dis-
parties du minéral, pour pouvoir être séparée par solvants
l'esprit de vin, avant que d'avoir été dégagée par le des sou-
sel de tartre: il faut que ce sel alcali pénètre l'antimoine fres.
& en étende le soufre; autrement l'esprit de
vin qui est un dissolvant composé de parties rameuses
& par conséquent pliantes, n'aurait pas assez de force
pour le dissoudre.
Le sel alcali du tartre peut dissoudre une grande
partie du soufre de l'antimoine, comme il dissout le
soufre commun; car ces soufres sont d'une même
nature: mais l'esprit de vin ne dissout que la partie
grasse ou huileuse de ce soufre, & il laisse la partie
saline à laquelle il ne peut s'unir à cause de la disproportion
des pores.
On peut placer le vaisseau de rencontre dans du
fumier pour la digestion: ce degré de chaleur doit
être suffisant pour aider à tirer la teinture d'antimoine;
mais en cas qu'elle ne fût pas tirée en trois jours,
on n'aura qu'à mettre le vaisseau sur le sable, après
avoir agité la matière, & donner dessous un petit feu
gradué pour faire bouillir doucement la liqueur pendant
quelques heures.
Cette liqueur a une odeur agréable; il y a de l'apparence
qu'il se soit exalté quelque petite portion du
sel de tartre dans l'esprit de vin avec la teinture de
l'antimoine, & qu'il serve à augmenter la couleur
@

368 C O U R S
rouge, comme il arrive dans la teinture de sel de tartre;
mais cette circonstance ne peut que rendre le remède
La teintu- plus salutaire. Après qu'on a gardé cette teinture
re d'anti- environ une année, elle perd un peu de sa couleur,
moine parce que le subtil de l'esprit de vin s'évaporant,
perd de sa les parties sulfureuses qui faisaient la teinture
couleur en par leur étendue, se rapprochent & se précipitent,
vieillis- ou bien elles demeurent suspendues en molécules
sant, & imperceptibles dans l'esprit de vin.
pourquoi. On pourrait se persuader que la teinture dont il
s'agit vienne uniquement du sel de tartre, sans que
l'antimoine y ait contribué; mais la teinture de ce
sel ne serait pas si forte, elle ne durerait pas si longtemps
sans se dissiper, & elle n'exciterait pas de
nausées comme fait celle-ci; mais si l'on veut être
tout-à-fait désabusé de ce préjugé, il faut lire dans
mon Traité de l'antimoine les expériences que j'ai
faites à ce sujet. Le goût de la teinture d'antimoine
est salé, âcre, pénétrant, participant un peu du sulfureux.
La vertu sudorifique de ce remède vient principalement
d'une très petite quantité d'émétique, qui
n'ayant pas assez de force pour exciter le vomissement,
se répand & sort par les pores.
La teinture d'antimoine raréfie le sang par la subtilité
de ses parties; c'est par là qu'elle est bonne pour
les maladies hystériques: car elle dissout & débouche
les obstructions qui empêchaient les évacuations nécessaires
& causaient les vapeurs.
Quand ce remède est donné en grande dose, il excite
des nausées à cause du soufre de l'antimoine qui
est vomitif, mais ces nausées sont ordinairement suivies
de quelque selle, parce que l'émétique étant
trop faible l'humeur qui avait été émue se précipite.
Teinture On peut tirer une teinture d'antimoine pareille à
tirée des celle-ci des scories du régule d'antimoine ordinaire,
en
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D E C H I M I E. 369

en mettant en digestion chaudement ces scories pulvérisées scories du
dans de l'esprit de vin, & observant les mêmes régule
circonstances, cette dernière teinture aura moins d'anti-
d'âcreté que la première. moine.
----------------------------------------------------------
Teinture de verre d'antimoine.

C Ette opération est une correction de la partie
sulfureuse du verre d'antimoine par le vinaigre
distillé.
Mettez dans un matras six onces de verre d'antimoine
fait sans addition & pulvérisé subtilement,
versez dessus du vinaigre distillé à la hauteur de trois
doigts, bouchez le vaisseau, & après l'avoir bien
agité, placez-le en digestion sur le sable chaud, & l'y
laissez pendant vingt jours, la liqueur aura pris une
couleur rouge tirant sur l'orange: filtrez cette teinture, Première
elle aura l'odeur & le goût du vinaigre distillé. teinture.
Versez sur le marc qui est resté dans le matras,
de nouveau vinaigre distillé à la hauteur de trois
doigts: mettez le mélange en digestion comme devant,
& l'y laissez pendant quinze jours, il se fera Seconde
fait une nouvelle teinture aussi chargée que la première, teinture.
filtrez-la & les mêlez ensemble. Cassez le
matras pour en retirer la résidence du verre d'antimoine,
qui se sera ré-endurcie au fond en une masse
compacte, de différentes couleurs, mettez-la sécher,
elle pèsera cinq onces & sept dragmes, remettez la Poids du
matière en verre par la fusion, ce qui sera facile verre re-
pulvérisez ce verre & le mettez en infusion & en digestion sté.
dans un matras comme devant avec du vinaigre
distillé, la teinture sera tirée en huit jours,
elle sera un peu plus rouge, & plus foncée que les Troisiè-
précédentes, filtrez-la & la mêlez avec les autre, me tein-
cassez le matras pour avoir la matière du fond qui ture.
sera en masse dure, faites-la sécher, elle pèsera étant
A a
@

370 C O U R S
Poids. sèche cinq onces & trois dragmes, pulvérisez-la, elle
sera de substance talqueuse de couleur grise cendrée,
remettez la poudre en infusion & en digestion dans
un matras pour la quatrième fois avec du vinaigre
Quatriè- distillé, il se fera en l'espace de cinq jours une fort
me tein- belle teinture, filtrez-la & la mêlez avec les autres;
ture. cassez le matras & faites sécher la résidence que
vous trouverez ré-endurcie au fond en masse compacte,
Poids. elle pèsera quatre onces & six dragmes: vitrifiez-la
comme devant, vous aurez un verre d'antimoine
roue brun, marbré, d'où il se fera séparé un
peu de régule, pulvérisez ce verre & en tirez la
Cinquiè- teinture de la même manière avec du vinaigre distillé:
me tein- réitérez le même procédé encore neuf ou dix fois,
ture & ou jusqu'à ce que le verre d'antimoine ait cessé de
suivantes. donner de la teinture rouge au dissolvant: mêlez toutes
vos teintures, & en retirez par la distillation le
vinaigre distillé, jusqu'à ce qu'elles soient réduites en
Teinture un extrait épais, onduleux, vert en sa superficie,
en extrait. mais rouge-brun en dedans, d'une odeur forte & piquante,
tenant de celle du vinaigre, d'un goût acide
& âcre tirant un peu sur l'amer. Versez sur cet
extrait de l'esprit de vin à la hauteur de cinq ou six
doigt, & le mettez en digestion chaudement dans
un vaisseau de verre bien bouché, pendant vingt-
quatre heures, l'agitant de temps en temps, toute la
matière s'y délayera & fera une liqueur trouble,
Teinture rouge: laissez-la rasseoir, vous trouverez des liqueurs
verte. de deux couleurs; celle de dessus qui sera claire aura
un couleur verte, filtrez-la, & la gardez à part
dans une bouteille bien bouchée, elle aura une odeur
Vertus. agréable & un goût âcre & pénétrant: elle est fortifiante,
propre pour exciter la transpiration des humeurs,
pour résister au venin, pour arrêter les cours
Dose. de ventre: La dose en est depuis quatre gouttes jusqu'à
vingt, dans une liqueur appropriée.
Véritable La liqueur du fond qui sera un peu trouble &
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D E C H I M I E. 371

épaisse, aura une couleur rouge tirant sur le jaune foncé, teinture
donnant une teinture forte aux mains quand on rouge du
la touche, d'une odeur agréable, d'un goût acide & verre
piquant. Cette liqueur est estimée la véritable teinture d'anti-
rouge du verre d'antimoine: Basile Valentin moine.
l'appelle Alexitere d'antimoine, elle n'est ni vomitive, Alexitere
ni purgative, quoiqu'elle soit tirée du verre d'anti-
d'antimoine, qui est émétique purgatif: au contraire moine.
elle est coadiaque & fortifiante: On s'en sert
pour l'asthme, pour la phtisie, pour la mélancolie, Vertus.
pour la galle, pour la vérole, pour la fièvre maligne,
pour exciter la transpiration des humeurs: La dose Dose.
en est depuis quatre gouttes jusqu'à douze.
On peut tirer par l'esprit de Vénus, une teinture Teinture
de verre d'antimoine, comme on la tire par le vinai- de verre
d'antimoine
R E M A R Q U E S. tirée par
l'esprit de
Il semble que pour faciliter l'extraction de la teinture Vénus.
du verre d'antimoine qui est long temps à se
faire, on devrait pendant la digestion, remuer le
matras sept ou huit fois le jour; ce procédé pourrait
peut-être, dira-t-on, empêcher le verre de s'endurcir
& de s'attacher au fond du vaisseau, & par là, il
conserverait au vinaigre une entrée libre dans les pores
de la matière; mais après avoir fait l'épreuve de
cette manière d'opérer plusieurs fois, j'ai reconnu
qu'on tire mieux & plus vite la teinture du verre
d'antimoine quand on laisse la matière en repos, que
quand on l'agite.
Cette teinture a pris sa couleur du soufre contenu
dans le verre d'antimoine que le vinaigre distillé a
dissoute, mais il faut qu'il ne s'y soit point mélangé
de sel acide antimonial, qui fait le purgatif de l'antimoine,
puisque cette teinture ne purge ni par haut
mi par bas.
A a 2
@

372 C O U R S
Les liqueurs chargées ou empreintes de leur tartre
comme le vin, le vinaigre, & plusieurs autres
sucs de fruits, tirent facilement la substance émétique
du verre d'antimoine; mais si ces mêmes liqueurs
ont été distillées & par conséquent ont été privées
de leurs parties tartareuses, elles ne sont plus en
état d'extraire la qualité purgative de ce verre, c'est
pourquoi notre teinture, dont le menstrue ou dissolvant
a été du vinaigre distillé, ne purge ni par haut
ni par bas.
Il n'est pas ordinaire que les menstrues acides se
chargent de substances sulfureuses, mais le vinaigre
quoique distillé n'est pas un acide pur, il contient
quelques parties spiritueuses ou sulfureuses du vin
qu'il a comme fixées, selon que je l'ai fait remarquer
ailleurs: Ces parties spiritueuses jointes aux acides,
sont en état de pénétrer & d'enlever particulièrement
le soufre du verre d'antimoine, que des acides purs
ne pourraient ni raréfier ni dissoudre.
Quelques Auteurs ont écrit que si l'on aiguisait
avec un peu d'esprit de vitriol le vinaigre distillé qui
doit servir à tirer cette teinture, il agirait avec plus
de force & plus de promptitude, mais après en avoir
fait l'expérience, j'ai reconnu qu'il en arrivait tout
le contraire, & que cet esprit de vitriol empêchait
que le vinaigre distillé se chargeât d'aucune couleur:
j'ai remarque aussi que l'esprit de vitriol versé sur la
teinture tirée par le vinaigre distillé, & filtrée, en effaçait
entièrement la couleur, en sorte qu'elle devenait
claire comme de l'eau commune.
Dans les deux premières digestions le verre d'antimoine
n'a diminué que d'une dragme, & la teinture
n'a été que d'une couleur orangée, parce que ce
verre n'ayant pas encore été assez ouvert, le vinaigre
distillé n'en a pu dissoudre qu'une légère portion,
mais dans les digestions suivantes, à mesure que le
feu & la fusion ont raréfié davantage le verre d'antimoine,
@

D E C H I M I E. 373

le dissolvant a mordu dessus, & a détaché
une teinture plus rouge ou plus foncée, & en bien
moins de temps: ce verre aura aussi par conséquent
diminué considérablement plus qu'aux premières, il
paraîtra pourtant étant revivifié ou remis en verre
aussi beau & aussi parfait qu'avant qu'il eût donné
ces teintures.
Mais dans les dernières digestions & extractions il
arrivera le contraire, les teintures seront faibles &
pâles, & le verre aura perdu de sa transparence, il
aura pris une couleur noirâtre, & il se sera converti
en une matière un peu argileuse & opaque; il ne pèsera
plus que dix dragmes, sans compter un peu de
régule qui s'en sera séparé en plusieurs des dernières
fusions.
La distillation qu'on fait des teintures est à dessein
de conserver un vinaigre distillé, qui serait perdu si
l'on se contentait de l'évaporation pour épaissir la
matière & la réduire en extrait; cette distillation doit
être faite par des vaisseaux de verre au feu de sable;
le vinaigre distillé qui en sortira aura été un peu affaibli
par la substance du verre d'antimoine; car il
aura perdu une partie de sa force, il lui en sera néanmoins
resté assez pour pouvoir servir en d'autres occasions.
L'odeur forte & piquante, & le goût acide & âcre
de l'extrait vient principalement de l'acide le plus
fort du vinaigre qui s'est tenu embarrassé & comme
fixé avec la partie sulfureuse du verre d'antimoine.
Pour ce qui est des couleurs, il est surprenant qu'on
trouve dans le verre d'antimoine une substance verte
& comme erugineuse.
Basile Valentin & plusieurs autres Auteurs qui
ont écrit cette préparation, demandent qu'après la
distillation ou l'évaporation du vinaigre distillé, on
fasse distiller plusieurs fois de l'eau sur la matière restante,
jusqu'à ce que cette eau sorte sans aucune aci-
A a 3
@

374 C O U R S
dité, parce qu'ils prétendent que l'impression du vinaigre,
laquelle reste dans la teinture, lui ôte beaucoup
de sa vertu & de son agrément.
Mais cette circonstance m'a paru inutile, parce que
l'eau qu'on met sur la matière n'est pas capable d'en
emporter par la distillation, l'acide le plus fixe du
vinaigre qui s'y est cantonné, il y reste obstinément.
L'esprit de vin dans lequel on la fait dissoudre est
bien plus propre à produire cet adoucissement, car il
lie par ses parties rameuses & sulfureuses, les pointes
acides du vinaigre. De plus j'estime que cet acide
adouci par l'esprit de vin, bien loin de diminuer la
vertu & l'agrément de la teinture, les augmentera de
même que l'esprit acide du soufre mêlé avec l'esprit
de vin, augmente la vertu & l'agrément de l'élixir de
propriété, ou de même que les esprits de nitre & de
sel ont plus de qualité & d'agrément pour être pris
par la bouche quand ils ont été dulcifiés par l'esprit
de vin. Mais si l'on veut adoucir encore plus, & même
absorber l'acide de l'extrait en question, il n'y a qu'à
y mêler quelque matière alcaline, comme de la corne
de cerf calcinée, des yeux d'écrevisses préparés.
La teinture de verre d'antimoine est encore plus aisée
à tirer par l'esprit de Vénus que par le vinaigre
distillé, car on peut la faire en quatre jours. Voyez
mon Traité de l'antimoine.
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C H A P I T R E X.
De l'Arsenic.
L 'Arsenic est une matière minérale composée de
Auripig- beaucoup de soufre & d'un sel caustique. Il y en
mentum, a de trois sortes, du blanc qui retient le nom d'Arsenic,
Realgal, du jaune appelé Auripigmentum, & du rouge
Sandaracha. appelé Realgal ou Sandaracha; le blanc est le plus
@

D E C H I M I E. 375

fort de tous, il est quelquefois luisant comme le cristal.
Quelques-uns mettent pour une quatrième espèce
d'arsenic, un arsenic Jaune qui est un Orpiment
différent de l'autre seulement en ce qu'il n'est pas si
luisant ni si coloré. J'ai parlé plus amplement des différences
de ces arsenics dans mon Traité universel
des Drogues simples.
Aucun des arsenics ne doit être donné intérieurement, L'arsenic
quoique plusieurs s'étant servis du blanc, disent ne doit ja-
avoir guéri diverses maladies, & entre autres des mais être
fièvres quartes, ils en donnent jusqu'à quatre grains donné in-
dans beaucoup d'eau, & de cette manière il excite térieure-
le vomissement comme fait l'antimoine. Mais je désapprouve ment.
fort ce fébrifuge, ne conseillant à personne
de donner pour remède une chose si dangereuse: nous
avons assez d'autres drogues qui peuvent faire vomir,
sans avoir recours à l'arsenic. On s'en sert pour l'extérieur
assez heureusement, parce qu'il mange les
chairs superflues.
On entoure les cors qui viennent aux pieds, d'arsenic Remède
en poudre, il les mange jusqu'à la racine sans pour les
douleur; mais il faut observer de couvrir la chair qui cors des
les environne avec un emplâtre de diapalme, comme pieds.
on fait quand on applique les caustiques.
Si par malheur on avait pris de l'arsenic intérieurement, Remède
on peut encore y remédier demi-heure contre le
après, en avalant le plus qu'on pourra d'huile tiède poison de
ou de graisse fondue pour faire vomir & aller du ventre. l'arsenic.
Il faut ensuite se nourrir de lait pendant quelques
jours, & se purger plusieurs fois avec de la casse
dissoute dans du petit lait. L'orviétan, la thériaque,
le mithridat, & les autres alexiteres de cette
nature sont plutôt nuisibles qu'utiles en cette occasion,
parce qu'ils sont composés d'ingrédients âcres
& spiritueux qui seraient plus capables d'augmenter
le mouvement ou l'action de l'arsenic, que le corriger,
comme j'ai dit, en parlant du sublimé corro-
A 4
@

376 C O U R S
sif. Il faut des remèdes, qui par leur onctuosité, lient
& embarrassent les pointes des sels piquants du poison,
pour les empêcher de corroder, & qui les évacuent
par haut & par bas.
Comme le sel caustique de l'arsenic est enveloppé
de beaucoup de soufre, il n'est pas si prompt en son
opération, qu'est le sublimé corrosif: mais quand ce
sel a été mis en mouvement, ou qu'il a été développé
par la fermentation, il agit avec autant de violence
que le sublimé corrosif.
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Régule d' Arsenic.
C Ette préparation est la partie la plus fixe & la
plus compacte de l'arsenic.
Pulvérisez & mêlez exactement une livre d'arsenic
avec six onces de cendres gravelées, incorporez
cette poudre dans une livre de savon mou, & en faites
une pâte, que vous mettrez dans un grand creuset,
& vous le couvrirez d'un couvercle de terre qui ait
un trou au milieu: Placez votre creuset dans un
fourneau à vent, & donnez un petit feu au commencement,
puis l'augmentez assez fort, afin que la matière
se mette en fusion bien claire: jetez-la dans
un mortier graissé avec du suif ou dans un culot.
Frappez un peu autour avec des pincettes, & laissez
refroidir la matière, puis la renversez, vous trouverez
au fond du mortier un régule d'arsenic, que vous
séparerez des scories; il est moins piquant que l'arsenic,
& son effet est plus lent.
R E M A R Q U E S.
L E savon qui est rempli de sel alcali & la cendre
gravelée séparent dans cette opération le soufre
le plus grossier de l'arsenic, & en même temps ils
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D E C H I M I E. 377

adoucissent un peu le régule en rompant une partie
des pointes de son sel qui produit l'âcreté & la corrosion.
On fait un trou au couvercle, afin que la partie
la plus volatile de l'arsenic sorte avec l'huile &
l'humidité aqueuse qui sont dans le savon.
Les scories qui se trouvent dessus le régule en forme De quoi
d'écume sont composées du soufre grossier de sont com-
l'arsenic, de sels alcali, & d'un peu de terre qui posées les
vient de la cendre gravelée; si par curiosité l'on fait scories.
bouillir ces scories dans de l'eau, qu'on filtre la décoction,
& qu'on jette dessus du vinaigre ou quelque Soufre
autre acide pour rompre la force des alcali, il se d'arsenic.
précipitera un soufre d'arsenic qui aura plus de force
que l'arsenic même.
----------------------------------------------------------
Sublimé d'Arsenic.

C Ette opération est un arsenic qu'on corrige de
ses soufres les plus malins, & qu'on fait élever
par le moyen du feu, au haut du matras.
Mettez telle quantité qu'il vous plaira d'arsenic
grossièrement pulvérisé, dans un creuset que vous
placerez sur un petit feu sous la cheminée, pour le
calciner, & pour faire sortir en fumée environ le tiers
de la matière: évitez tant que vous pourrez cette vapeur
maligne: versez dans un mortier ce qui sera resté,
& l'ayant pulvérisé, pesés-le, & le mêlez avec
une égale partie de sel décrépité: mettez ce mélange
dans un matras duquel les deux tiers demeurent vides:
Placez votre matras sur le sable dans un petit
fourneau, & ayant fait un petit feu au commencement,
augmentez-le peu-à-peu jusqu'au troisième degré
pour faire sublimer l'arsenic: continuez-le en cet
état jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien, l'opération
est achevée en cinq ou six heures; laissez refroidir le
vaisseau & le cassez, ramassez ce qui sera attaché au
@

378 C O U R S
haut du matras & le gardez. Il faut rejeter comme
inutile ce qui demeurera au fond.
Si l'on réitère encore quatre ou cinq fois la sublimation,
ajoutant du sel à chaque fois, on aura un
Arsenic sublimé d'arsenic doux; c'est-à-dire, bien moins
doux. corrosif que l'arsenic commun.
Quelques Auteurs disent que cet arsenic surnommé
doux est un contre-poison; mais je ne jugerais
pas fort à propos qu'on se fiât à un sel antidote, puisque
nous en avons assez d'autres qui sont moins dangereux.
Le sublimé d'arsenic mange les chairs baveuses
nettoyé les vieux ulcères, on le mêle avec le suppuratif
& l'Egyptiac.
La même opération peut être faite sur l'Orpiment.
R E M A R Q U E S.
O N fait calciner l'arsenic, afin que ce qui est de
plus volatil s'en exalte; si l'on continuait le
feu, & qu'on l'augmentât sur la fin, tout l'arsenic
s'en irait en fumée. Quelques-uns le subliment sans
addition après l'avoir calciné, mais il vaut mieux
y mettre quelque corps qui l'arrête un peu, comme
le sel.
Falsifica- Comme le sublimé d'arsenic ressemble en couleur
tion. au sublimé corrosif, plusieurs trompeurs falsifient le
sublimé corrosif en y mêlant de celui d'arsenic.
Le sel décrépité fixe la grande volatilité de l'arsenic
& le feu en enlève quelques soufres les plus
actifs; de sorte que plus de fois il est sublimé, & plus
il est dulcifié & propre à être appliqué sur les lieux
de la chair où il faut corroder lentement.
Verre Si l'on sublime l'arsenic tout seul à grand feu dans
d'arsenic. un matras, sans l'avoir calciné auparavant, le sublimé
sera en verre, ressemblant fort en couleur &
transparence au verre commun.
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D E C H I M I E. 379

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Arsenic Caustique.

C Ette opération est un arsenic rendu plus fixe &
plus brûlant qu'il n'était, & en forme de chaux
par le moyen des sels fixes.
Pulvérisez & mêlez exactement une livre d'arsenic,
autant de salpêtre & demi-livre de soufre: mettez
ce mélange dans un mortier de fer que vous couvrirez
d'un couvercle percé; introduisez dedans par
le trou, un fer rougi, ou un charbon allumé, la poudre
prendra feu avec un grand bruit qu'on appelle détonation;
ce bruit étant passé la matière refroidie,
il faut la réduire en poudre grossière, & la calciner
dans un creuset couvert pendant deux heures à grand
feu, puis la laisser refroidir: vous aurez une matière
caustique qu'il faut casser par petits morceaux & la
bien enfermer dans une bouteille, pour vous en servir
comme des caustiques communs.
Si vous l'exposez à la cave ou en un autre lieu humide, Liqueur
il se résout en liqueur comme ferait un sel de d'arsenic.
tartre.

R E M A R Q U E S.

C Ette grande détonation provient de l'inflammation Détona-
du soufre commun & de celui de l'arsenic, tion, d'où
qui étant poussés avec violence par le volatil du salpêtre, elle vient.
trouvent une petite espace pour sortir. Le plus
fixe de l'arsenic demeure au fond, attaché au salpêtre
fixe. On calcine encore la matière, afin qu'étant
plus ouverte, elle soit plus caustique; mais il faut
que ce soit dans un creuset couvert, car autrement
l'arsenic qui est presque tout soufre, s'envolerait
par le grand feu.
@

380 C O U R S
----------------------------------------------------------
Huile corrosive d'Arsenic.
C Ette liqueur est un arsenic pénétré & rendu en
consistance de beurre par les acides du sublimé
corrosif.
Prenez parties égales d'arsenic & de sublimé corrosif:
pulvérisez-les & les ayant mêlez, mettez le
mélange dans une cornue de verre que vous placerez
Beurre sur le sable: adaptez-y un récipient & ayant luté
d'arsenic. les jointures, faites distiller par un petit feu une liqueur
butyreuse semblable au beurre d'antimoine;
lorsqu'il ne distillera plus rien, retirez le récipient &
en sa place mettez-en un autre rempli d'eau: augmentez
le feu, & vous verrez descendre le mercure
dans l'eau goutte à goutte: continuez la distillation
jusqu'à ce qu'il ne coule plus rien.
Vertus. Vous pouvez vous servir de ce mercure en toutes
occasions comme d'un autre, après que vous l'aurez
bien lavé & séché.
Le beurre d'arsenic est un caustique très fort, il
fait escarre plus promptement que ne ferait celui
d'antimoine.
R E M A R Q U E S.
I L se fait dans cette opération, ce que nous avons
dît qu'il se faisait dans celle du beurre d'antimoine:
c'est que les esprits du sublimé corrosif quittent le
mercure pour se lier avec l'arsenic, lequel ils entraînent
en liqueur gommeuse; le mercure ensuite étant
dégagé, & ne trouvant pas des soufres avec lesquels
il se puisse fixer, sort en vapeur & se condense dans
l'eau.
@

D E C H I M I E. 381
----------------------------------------------------------

C H A P I T R E XI.

De la Chaux.

L A chaux est une pierre de laquelle le feu a desséché Ce que
toute l'humidité, & a introduit en sa place c'est que
une grande quantité de corps ignés. Ce sont ces la chaux,
petits corps qui causent l'ébullition, lorsque l'eau a pourquoi
pénétré la matière qui les tenaient enfermés: & cette elle fait
ébullition dure jusqu'à ce que toutes les parties de la bouillir
chaux ayant été dilatées, les parties du feu soient en l'eau ;
liberté & ne fassent plus d'efforts pour sortir. Ce sont pourquoi
aussi ces petits corps ignés qui rendent la chaux corrosive, elle est
car la pierre ne l'est point d'elle-même. corrosive.
Quand la pierre dont on fait la chaux, est rougie Circon-
dans les fourneaux, les ouvriers ont sujet de prendre stances
garde que le feu soit toujours égal jusqu'à ce que la nécessai-
pierre soit tout-à-fait calcinée; car si la flamme, qui a res à ob-
commencé à passer entre les pierres, demeure quelque server en
temps abattue, & que la chaleur du feu soit ralentie la faisant.
avant la fin de l'ouvrage, ils ne pourront jamais
faire de chaux avec ces pierres, quand ils brûleraient
cinquante-fois autant de bois qu'il en faut
ordinairement, parce que dans cet intervalle de chaleur,
les pores de la pierre que le grand feu avait commencé
à former, se rebouchent, & la matière s'affaisse
tellement qu'elle confond tout; de plus la flamme
n'y peut remonter, car elle ne trouve plus entre
les pierres, les interstices qui y étaient auparavant.
La matière donc devient alors incapable de s'empreindre
des parties de feu, parce que toutes les petites
cellules propres pour les y retenir sont rompues & détruites
dans cette confusion. Le plâtre
Le plâtre cuit est aussi une espèce de chaux, mais cuit est
comme les pores de cette pierre ne sont pas disposés une
@

382 C O U R S
espèce de à retenir une si grande quantité de parties de feu qui
chaux. ceux de la chaux, elle ne s'échauffe pas si fort quand
on jette l'eau dessus.
Objection. On objecte que si les corps ignés faisaient la corrosion
de la chaux, les tuiles, les briques & toutes les
pierres qui ne sont point de la nature de celles dont
on fait la chaux, le fer, le cuivre, l'argent, l'or &
plusieurs autres matières seraient aussi caustiques que
la chaux, après avoir souffert le feu autant ou plus de
temps qu'elle.
Réponse. Mais ce n'est pas une conséquence; car les tuiles
& les autres pierres calcinées n'ont pas les pores disposés
comme ceux de la chaux, pour retenir autant
de parties de feu; & si quelques métaux s'en remplissent
dans la calcination, ils les retiennent si bien
par leurs parties plus solides incomparablement que
Pourquoi celles de la chaux, que la chaleur ni l'humidité de la
plusieurs chair ne sont pas capables de les tirer dehors pour
espèces de faire la corrosion. Il est facile de donner ici un
chaux ne exemple car si l'on prend la chaux de plomb augmentée
sont point de poids dans la calcination, comme nous
corrosives. avons dit en son lieu, & qu'on la fasse tremper dans de
l'eau, cette eau ne fera aucune action dessus, & l'on
retirera la chaux au même poids; il faut la réduire en
fusion par le feu, si l'on veut que ces corps ignés se
détachent: mais quant à la chaux commune dont nous
parlons, un peu d'humidité est capable de séparer les
& de faire sortir tous ces
petits corps en foule.
Objection. On dit encore qu'on ne doit pas imputer le bouillonnement
de l'eau qui se fait sur la chaux, aux corpuscules
de feu, puisque l'esprit de vin ni l'huile
qu'on verse dessus cette pierre calcinée, ne s'échauffent
point, quoique l'un & l'autre soient inflammables,
& qu'au contraire ils éteignent la chaleur qui
arrive à la chaux dans la jonction de l'eau.
Réponse. Je réponds que ces effets proviennent de ce que l'huile,
@

D E C H I M I E. 383

l'esprit de vin & les autres liqueurs sulfureuses
de la même nature, au lieu d'écarter les parties de
la chaux comme fait l'eau, elles empêchent qu'il
ne s'en fasse d'écartement en bouchant les pores par
leurs parties rameuses, & leur ôtant la communication
de l'air, de la même manière qu'il arrive
quand on couvre un sel volatil d'esprit de vin bien
rectifié pour empêcher qu'il ne se dissolve ou ne se
dissipe.
De plus je ne prétends pas que ces particules que
j'ai nommées ignées soient toujours en état d'exciter
du bouillonnement & de la chaleur, il se peut faire
qu'il s'en insinue quelques-unes dans l'esprit de vin
& dans l'huile, sans que leur sortie des pores de la
chaux fasse l'écartement nécessaire pour produire une
ébullition; car je n'entends par corpuscules de feu,
autre chose qu'une matière très subtile, laquelle ayant Ce que
reçu beaucoup de mouvement dans la calcination, j'entends
le communique différemment suivant les natures des par cor-
corps qu'elle rencontre & enfin son mouvement puscules
étant ralenti ou détruit, elle cesse d'être corpuscules ignées.
ignées.
Ce qui m'a détourné de suivre le sentiment de On ne
ceux qui veulent que les effets de la chaux arrivent par peut tirer
le moyen de son sel, c'est que je n'y en ai point trouvé, de sel de
quoique je me fois assez appliqué à le chercher; car la chaux.
quelques-uns ont tort de prendre une certaine écume
bitumineuse qui surnage souvent l'eau de chaux,
pour un sel.
On me dira peut-être que les corpuscules de feu Objection.
que j'ai logés dans la chaux, ne sont pas plus démonstratifs
que le sel, & que si je n'admets point de sel
dans cette pierre calcinée, parce que je n'en trouve
point, je n'y dois pas admettre non plus de corpuscules
ignées jusqu'à, ce que j'en aie fait voir.
Je réponds qu'il y a bien de la différence, car le sel Réponse.
est une matière condensable, qui se manifeste aisé-
@

384 C O U R S
ment à nos sens, qu'on doit voir, toucher , goûter;
mais il n'en est pas de même des particules ignées, ce
sont des corps trop subtils, trop raréfiés & trop en
mouvement pour qu'on puisse les faire voir distingués
des matières grossières: on ne les connaît que
par leurs effets, & si l'on avait trouvé le moyen de les
condenser séparément ils ne seraient plus corps de
feu, parce qu'ils auraient perdu leur mouvement qui
est essentiel & absolument nécessaire à leur nature.
Savoir si Je ne peux pas non plus être de l'opinion de ceux
le bouil- qui veulent que dans la chaux il y ait un acide, lequel
lonnement étant délayé par l'eau qu'on jette dessus, & rencontrant
qu'excite l'alcali, fasse l'effervescence que nous remarquons
la chaux quand on a jeté de l'eau sur la chaux; car quoique,
vient de selon l'apparence, il soit entré de l'acide dans
l'acide & la composition naturelle de la pierre dont on a fait la
de l'alca- chaux, cet acide a changé de nature en rompant &
li. brisant ses pointes, non seulement dans son union
étroite avec la terre lorsqu'il s'est pétrifié; mais dans
la calcination violente qu'on a donnée à la pierre pour
la réduire en chaux.
La chaux vive mêlée avec des acides, fermente plus
vite & avec beaucoup plus de force qu'avec l'eau,
parce qu'étant une matière alcaline, les pointes acides
qui sont fort en mouvement y entrent avec plus
La chaux d'action & écartent d'abord rudement ses parties,
est un al- donnant issue aux petits corps de feu qui sortent avec
cali. grande rapidité.
La chaux éteinte ne bouillonne ni ne s'échauffe
plus avec l'eau, mais si vous y mettez un acide, il se
fera une effervescence & une chaleur considérable,
parce que les pointes acides pénétreront les particules
de la chaux où l'eau n'avait pas pu aller.
Il ne se fait ni ébullition ni précipitation par le mélange
de l'eau de chaux & de l'acide, ce qui détruit
l'opinion de ceux qui admettent un sel alcali dans
la chaux.
Eau
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D E C H I M I E. 385

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Eau phagédénique ou ulcerere.

C Ette eau est un mélange de sublimé & d'eau
de chaux.
Mettez une livre de chaux dans une grande terrine, Eaux de
& l'éteignez avec sept ou huit livres d'eau chaude, chaux.
puis la chaux ayant trempé cinq ou six heures, & s'étant
rassise au fond, verrez l'eau par inclination & la
filtrez; c'est ce qu'on appelle Eau de chaux. Si l'on la
laisse quelque temps à l'air dans une terrine, il s'en
sépare à la surface une pellicule ou croûte mince,
blanche, bitumineuse, cassante, sans odeur ni goût
apparents, qui se rompt & se précipite: Si l'on sépare
cette croûte par la filtration, & qu'on mette évaporer
sur le feu une partie de l'eau de chaux filtrée,
il se fera une pellicule nouvelle semblable à la première,
& si par la filtration & l'évaporation, on réitère
à séparer autant de croûte qu'il en paraîtra,
l'eau de chaux qui demeurera aura perdu toute la
force.
Cette expérience donne lieu de conjecturer que les
corpuscules de feu, qui font la vertu de l'eau de
chaux, résident dans ces enveloppes terrestres & bitumineuses,
imperceptibles à la vérité pendant qu'elles
sont dissoutes, ou bien mélangées dans l'eau,
mais qui se condensant & se rassemblant, composent
les pellicules dont il a été parlé, puisqu'à mesure
qu'on prive l'eau de ces pellicules, on ôte de sa
force & de sa vertu. Ce qui confirme encore cette
pensée, est que l'eau de chaux gardée dans une bouteille
bien bouchée, ne rend que peu ou point de ces
pellicules, & se conserve plusieurs mois dans sa force,
au lieu que celle qu'on laisse exposée à l'air, &
où il se forme beaucoup de pellicules, se trouve en
peu de temps affaiblie & presque sans effet.
E b
@

386 C O U R S
Eau pha- Sur chaque livre d'eau de chaux, on ajoute quinze
gédéni- ou vingt grains de sublimé corrosif en poudre qui la
que. font jaunir d'abord, on les agite longtemps ensemble
dans un mortier de verre ou de marbre, & l'on
Vertus. se sert de cette liqueur pour nettoyer les vieux ulcères:
elle mange les chairs superflues: on l'emploie
aussi dans la gangrène, en y ajoutant de l'esprit de
vin, & quelquefois de l'esprit de vitriol.
Vertus de L'eau de chaux est dessiccative, appliquée extérieurement
l'eau de on en fait prendre aussi par la bouche, mêlée
chaux. avec du sirop violat pour les ulcères du poumon
& de la poitrine: on en mêle encore dans du lait
qu'on veut prendre pour empêcher qu'il ne se caille
Dose. dans l'estomac: La dose de l'eau de chaux est depuis
une once jusqu'à quatre; elle cause ordinairement
beaucoup de soif.
R E M A R O U E S.
L 'Eau de chaux fait changer de couleur au sublimé
corrosif, parce qu'elle donne une autre détermination
aux acides, lesquels selon qu'ils sont diversement
mêlés ou attachés au mercure, lui font prendre
aussi des couleurs différentes.
Précipité Le précipité de l'eau phagedenique ayant été lavé
de l'eau & séché, est estimé par quelques-uns un bon purgatif
phagédé- dans les maladies vénériennes: on le donne en
nique. pilule, de peur qu'il ne noircisse les dents: La dose
en est depuis un grain jusqu'à trois: il purge par
haut & par bas, & il agit à peu près comme le turbith
minéral.
pict
@

D E C H I M I E. 387

----------------------------------------------------------
Pierre Caustique.

C Ette opération est le sel de la cendre gravelée
rendu plus piquant qu'il n'était par les parties
ignées de la chaux.
Mettez dans une grande terrine, une partie de
chaux vive & deux parties de cendre gravelée; versez
dessus beaucoup d'eau chaude, & les ayant laissé
tremper cinq ou six heures, faites-les un peu
bouillir; passez ensuite ce qui sera clair, par un papier
gris, & le faites évaporer dans une bassine de
cuivre, ou dans une terrine de grès; il vous restera
un sel au fond qu'il faut mettre dans un creuset sur
le feu, il se fondra & bouillira, jusqu'à ce qu'il se
soit fait évaporation de l'humidité qui était restée.
Quand vous verrez qu'il sera réduit au fond en forme
d'Huile, jetez-le dans une bassine, & le coupez en
pointes pendant qu'il sera encore chaud: mettez
promptement ces caustiques dans une bouteille de
verre fort que vous boucherez avec de la cire & de
la vessie; car l'air les résout facilement en liqueur; il
faut encore observer de les mettre en un lieu sec pour
les garder.
Ces caustiques sont des plus forts qu'on fasse; ils
ne demeurent que demi-heure ou trois quarts-d'heure
à faire leur opération.

R E M A R Q U E S.

L A cendre gravelée n'est autre chose qu'un tartre Cendre
calciné, car elle se fait en brûlant la lie du vin; gravelée
mais comme cette lie à cause de sa liquidité a fermenté ce que
plus que le tartre commun, le sel qui s'en tire est c'est.
un peu plus pénétrant que celui de l'autre tartre, &
par conséquent il est plus propre à faire les causti-
B b
@

388 C O U R S
ques. La chaux sert aussi beaucoup à les rendre fort,
car les parties ignées qu'elle contient se mêlent parmi
ce sel, & le rendent encore bien plus actif & plus
piquant.
Il ne faut point pulvériser la chaux, car on en ferait
sortir une partie des petits corps de feu avant
qu'elle fût dans l'eau.
Quand on filtre la dissolution, il faut mettre un
linge sous le papier gris pour le soutenir, autrement
il serait rongé d'abord.
Poids. Si vous avez employé dans cette opération seize
onces de cendre gravelée & huit onces de chaux, vous
aurez huit onces caustiques.
On retirerait dix ou douze onces de sel de la cendre
gravelée seule, mais la chaux éteinte en retient
beaucoup.
Causti- Si l'on veut faire les caustiques bien en pointe, il
ques en faut tremper une spatule de fer chaude dans le creuset,
pointes. pendant que la matière est en fusion, & former
les pointes dans une bassine plate.
Ce sel caustique se met très facilement en fusion
& il ne faut pas attendre qu'il sèche au fond de la bassine
comme les autres sels: car il demeure fluide,
quoiqu'il n'y ait plus d'humidité aqueuse; il faut en
mettre refroidir un peu, pour voir s'il est dans la
consistance où il doit être.
Pourquoi La raison pourquoi il demeure ainsi en fusion, c'est
le sel des parce qu'il est rempli des petits corps du feu qu'il a
caustiques pris de la chaux, & qui ont rendu ses parties très disposées
se fait fa- à être pénétrées & divisées; car tous les corps
cilement solides qui sont réduits en fusion par le feu ne prennent
en fusion. cette forme liquide, que parce que les petits
corps ignés se sont mélangés dans leurs parties, & les
ont mises dans un grand mouvement.
Si l'on s'était servi de chaux éteinte, les cautères
ne se mettraient pas si facilement en fusion; &
vous retirés le sel de la cendre gravelée à part, il
@

D E C H I M I E. 389

se coagule en se desséchant, à peu près comme les autres
sels; il faut donc que cette fusion des cautères
vienne des corpuscules de feu qui étaient contenus
dans la chaux.
On peut faire des pierres caustiques de plusieurs
autres manières; mais cette description est préférable
aux autres, si l'on veut qu'ils agissent vite.
Quand on a gardé cette pierre à cautère cinq ou six La pierre
mois, on s'aperçoit qu'elle a diminué en force, & à cautère
elle s'affaiblit encore si on la garde plus long temps, s'affaiblit
parce qu'une partie des corpuscules ignées qui sont quand on
toujours dans un grand mouvement, sortent insensiblement la garde
des petites cellules où elles étaient & se longtemps.
dissipent; la pierre ne laisse pas d'être encore caustique,
mais elle agit plus lentement: par cette raison
il est plus à propos de réitérer souvent cette opération
que d'en faire beaucoup à la fois.
Dans les lieux où l'on fait le savon, les Chirurgiens Cautères
mettent évaporer sur le feu la lessive de la soude, & fait avec
ils se servent du sel qui reste au fond pour leurs caustiques, l'eau de
mais les nôtres sont beaucoup plus forts. soude.
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Encres appelées sympathiques.

C Es opérations font des liqueurs de différente nature,
qui se détruisent l'une l'autre, qui reprennent
ensuite de la couleur; la première est une
infusion de chaux & d'orpiment; la seconde est une
eau noircie par du liège brûlé; & la troisième est du
vinaigre empreint de Saturne.
Prenez une once de chaux vive & demi-once Liqueur
d'orpiment: pulvérisez-les, & les ayant mêlez, qui fait
mettez votre mélange dans un matras; versez dessus paraître
cinq ou six onces d'eau, en sorte qu'il y en ait une encre
pour surpasser de trois doigts la poudre; bouchez en effa-
bien votre matras avec du liège, de la cire & de la çant l'au-
vessie; mettez-le en digestion sur un petit feu de sa- tre.
B b 3
@

390 C O U R S
ble pendant dix ou douze heures, remuant de temps
en temps le matras; laissez ensuite reposer la matière,
la ligueur sera claire comme de l'eau commune.
Encre vi- Brûlez du liège & l'éteignez dans de l'eau de vie,
sible. puis dissolvez-le en une suffisante quantité d'eau, dans
laquelle vous aurez mis fondre un peu de gomme arabique.
Pour faire une encre aussi noire que la commune,
il faut séparer le liège qui ne se pourra lier, & si
l'encre n'était pas assez noire, y en remettre d'autre
comme devant.
Encre in- Ayez de l'imprégnation de Saturne faite avec le vinaigre
visible. distillé, comme nous avons décrit en son lieu,
elle doit être claire comme de l'eau de fontaine, ou
bien dissolvez autant de sel de Saturne qu'une quantité
d'eau pourra contenir; écrivez sur un papier, de
cette liqueur avec une plume neuve; remarquez l'endroit
où vous aurez écrit, & le laissez sécher, il ne
paraîtra rien.
Curiosi- Ecrivez dessus l'écriture invisible avec l'encre de
tés. liège brûlé que nous avons décrite, & laissez sécher
l'endroit: ce que vous aurez écrit paraîtra aussi bien
que si vous vous étiez servi de l'encre commune.
Imbibez un petit coton de la première liqueur faite
avec la chaux & l'orpiment, mais il faut qu'elle
soit reposée & claire: frottez aussitôt avec ce petit
coton sur l'endroit où vous avez écrit, ce qui paraissait
disparaîtra incontinent, & en même temps ce
qui ne paraissait point, paraîtra.
----------------------------------------------------------
Autre expérience.
La va-
peur de la Ayez un livre de la grosseur de quatre doigts,
première ou même plus gros si vous voulez; écrivez avec
liqueur pé- vôtre imprégnation de Saturne sur une première
nètre un- feuille, ou bien mettez entre les feuilles un papier
ou une où vous aurez écrit; tournez le livre, & ayant remarqué
muraille
@

D E C H I M I E. 391

à peu près l'opposite de votre écriture, frottez
sur la dernière feuille avec un coton imbu de la liqueur
faite avec la chaux & l'orpiment, laissez même
le coton sur l'endroit; mettez aussitôt un double
papier dessus, & ayant fermé promptement le livre,
frappez dessus avec la main quatre ou cinq coups:
tournez-le ensuite, & le mettez en quelque lieu à la
presse pendant un demi-quart-d'heure; retirez-le &
ouvrez, vous verrez que votre encre qui était invisible
paraîtra; la même chose arrivera au travers
d'une muraille, pourvu qu'on ait soin de mettre
quelques planches contre les deux côtés qui empêchent
l'évaporation des esprits.

R E M A R Q U E S.

C Es opérations sont de nulle utilité; mais comme
il y a quelque chose de surprenant, j'espère que
les curieux ne me sauront pas mauvais gré d'avoir
fait cette petite digression.
Il est bien difficile d'expliquer les effets dont nous
venons de parler, je tâcherai pourtant d'y donner
quelque jour, sans être obligé d'avoir recours à la
sympathie & à l'antipathie qui sont des termes généraux
& qui n'expliquent rien, mais auparavant il faut
remarquer plusieurs choses.
La première, qu'il est essentiel d'éteindre le charbon
de liège dont on noircit l'encre visible, dans
l'eau de vie, autrement cette encre ne serait pas effaçable.
La seconde, que la noirceur de cette encre ne vient
que de la fuliginosité du charbon de liège qui est très
poreux & léger, & que cette fuliginosité n'est autre
chose qu'une huile fort raréfiée.
La troisième, que l'imprégnation de Saturne qui
ait l'encre invisible, n'est que du plomb dissout &
suspendu imperceptiblement dans une liqueur acide,
B b 4
@

392 C O U R S
comme nous avons dit en parlant de ce métal;
La quatrième, que la liqueur effaçante est un mélange
des parties alcalines & ignées de la chaux avec
la substance sulfureuse de l'arsenic; car l'orpiment
est une espèce d'arsenic, comme nous avons dit en
parlant de ce minéral.
Tout cela étant supposé, comme on n'en peut pas
raisonnablement disconvenir, je dis que la raison
pourquoi l'encre visible disparaît quand on y met
dessus la liqueur effaçante; c'est que cette dernière liqueur
étant composée de parties alcalines sulfureuses
& pénétrantes, ce mélange fait une espèce de savon,
qui est capable de dissoudre une substance fuligineuse
aussi détaché qu'est celle du liège Brûlé,
quand elle a déjà été raréfiée & disposée à la dissolution
par l'eau de vie, de même que le savon qui est
composé d'huile & de sel alcali, est capable de dissoudre
des taches de graisse.
Mais on me demandera pourquoi la dissolution
étant faite, la noirceur disparaît.
Je réponds que les parties de la fuliginosité ont été
tellement divisées & enfermées dans l'alcali sulfureux
de la liqueur, qu'elles font demeurées invisibles,
& nous voyons tous les jours que les dissolutions
exactes rendent la chose dissoute imperceptible
& sans couleur.
Le peu de sel alcali qui est dans le charbon de liège
peut bien aussi se lier avec l'alcali de la chaux &
servir à la dissolution.
Pour ce qui est de l'encre invisible, il est facile de
concevoir comment elle paraît noire quand on y
met dessus la même liqueur qui sert à effacer l'autre;
car comme l'imprégnation de Saturne n'est qu'un
plomb suspendu par des pointes acides, ce plomb doit
se revivifier & reprendre sa couleur noire quand on a
entièrement détruit ce qui le tenait raréfié; or l'alcali
de la chaux rempli du soufre de l'arsenic est fort
@

D E C H I M I E. 393

capable de rompre les acides, & d'agglutiner les particules
du plomb.
Il arrive donc que l'encre visible disparaît, parce
que les parties qui la rendaient noire ont été dissoutes,
& que l'encre invisible paraît, parce que les
parties dissoutes ont été revivifiées.
La chaux & l'orpiment mêlez & digérez ensemble
dans l'eau, donnent une odeur approchante de
celle qui se fait sentir lorsqu'on fait bouillir du soufre
commun dans de la lessive de tartre; celle-ci est
plus forte, parce que le soufre d'arsenic est rempli
de certains sels qui font plus d'impression dans l'odorat.
La chaux est un alcali qui agit ici comme le sel
de tartre dans l'autre opération. Il ne faut pas laisser
le matras débouché, parce que la force de l'eau consiste
dans un volatil. La résidence de la chaux retient
ce qu'il y a de plus fixe dans l'arsenic, & les soufres
qui en sortent sont d'autant plus subtils, qu'ils sont
détachés de ce qui les tenait liés; ajoutez à cela
les corpuscules ignés de la chaux qui s'y sont mêlés,
rendent la liqueur extrêmement pénétrante, c'est ce
qui paraît ici; car il faut de nécessité que ces soufres
traversent tout le livre pour aller rendre noire &
visible une écriture faite d'une liqueur claire & invisible;
& pour faciliter cette pénétration, l'on frappe
sur le livre, puis on le tourne, parce que les esprits
ou les soufres volatils tendent toujours à monter: il
faut aussi le mettre à la presse, afin que ces soufres ne
soient point dissipés en l'air. J'ai remarque que si l'on
n'observe ces circonstances, on ne réussit pas. De
plus, ce qui me fait croire que les soufres pénètrent
le livre sans venir faire un circuit pour entrer par les
côtés, comme plusieurs croient, c'est qu'après avoir
retiré le livre de la presse, on le trouve parfumé en
dedans, de l'odeur de cette liqueur.
Il y a encore une autre chose à observer, c'est qu'il Ces li-
faur que l'infusion de chaux & d'orpiment soit nou- queurs
doi-
@

394 C O U R S
doivent vellement faite, parce qu'autrement elle n'a pas assez
être faites de force pour pénétrer. Les trois liqueurs doivent
en diffé- être composées en des lieux différents; car si elles approchent
rents l'une de l'autre, elles se gâtent.
lieux, & Ce dernier effet vient encore de la liqueur effaçante;
pourquoi. car comme en faisant digérer la chaux & l'orpiment,
il est impossible qu'il ne s'en exalte quelques
particules, si bien bouché que soit le matras: l'air
imbu de ces petits corps se mêle dans les encres & les
altère, en sorte que l'encre visible en est moins noire,
& que l'encre invisible a acquis un peu de noirceur.
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C H A P I T R E XII.
Des Cailloux.
Comment L Es cailloux, comme toutes les autres pierres se
se forment font par des sels ou par des liqueurs acides qui
les cail- pénètrent & s'embarrassent avec la terre qui est un
loux. alcali, en sorte que de ce mélange il résulte un Coagulum,
lequel s'endurcit peu-à-peu par la chaleur
souterraine, ou se pétrifie par le froid. Or il faut
remarquer que selon la quantité de la terre qui se
rencontre avec une liqueur acide, il se fait différentes
sortes de pierres; ainsi les pierres précieuses &
les cristaux tiennent leur densité & leur transparence
d'une proportion telle qu'il a fallu pour faire une
exacte pénétration & une union étroite de l'acide
avec la terre.
Il y a bien de l'apparence que les pierres sont plus
dures, lorsque dans la dissolution il ne s'est mêlé que
peu de terre; car alors l'eau acide agissant sur toutes
les parties de cette terre, la dissout exactement, puis
la coagulation étant long temps à se faire, les parties
se lient & s'unissent incomparablement mieux que
@

D E C H I M I E. 395

quand il y a beaucoup de terre. Il est bien aisé de
comprendre qu'un corps dur ait été composé de corpuscules
fort petits; car s'ils eussent été gros, ils auraient
laissé des vides ou des pores grands en se liant
entre eux; or les grands pores sont contraires au dur
& au compacte.
Quand se rencontre beaucoup de terre avec la ligueur
acide, elle n'est dissoute qu'à demi, & la coagulation
se faisant trop promptement, il ne se forme
qu'une pierre opaque & peu dure.
Les cailloux se font avec beaucoup d'eau acide ou Composi-
salée & peu de terre, mais ils sont opaques, parce que tion des
la terre dont ils sont composés est sulfureuse & quelquefois cailloux.
métallique.
Les cristaux se font d'une dissolution exacte de Cristaux.
terre ou de pierre dans des eaux acides ou salées: cette
dissolution doit être claire & limpide comme de
l'eau, soit parce qu'elle s'est filtrée en passant au travers
de quelque terre, ou parce qu'elle s'est trouvée
en un lieu net: lorsqu'elle est en repos elle se fige comme
quand le salpêtre se cristallise dans l'eau, les cristaux
retiennent la pureté de la dissolution & ils sont
transparents.
Les pierres précieuses sont faites par une dissolution Pierres
pour le moins aussi exacte & aussi claire que celle précieuses.
qui a formé le cristal; mais il se mêle dans la dissolution,
des particules métalliques qui leur donnent des
couleurs différentes & beaucoup plus de dureté qu'au
cristal.
Les grains de sable sont de petits cristaux qui ne Sable, ce
nous paraissent que comme du cristal en poudre, mais que c'est.
on découvre leur figure par le Microscope.
On rencontre des eaux en plusieurs pays, lesquelles Eaux pé-
tombant sur des pierres, se lapidifient en même-temps, trifiantes.
comme il arrive dans la grotte d'Arsi en Bourgogne.
La raison qu'on peut donner de cette pétrification est
que ces eaux contiennent un acide, qui en passant sur
@

396 C O U R S
des terres en dissout quelque portion, laquelle serait
capable de les lapidifier; mais la grande agitation ou
elles font en descendant avec rapidité des montagnes,
empêche leur coagulation; car elle ne se peut faire
que ces eaux ne soient tombées dans un lieu propre
pour leur repos.
En d'autres endroits on voit des eaux en repos
qui pétrifient le bois, les plantes, les fruits & les parties
d'animaux qu'on jeté dedans; ces eaux sont de la
même nature que celles dont je viens de parler, mais
elles sont plus phlegmatiques, en sorte qu'elles ne se
peuvent point coaguler d'elles-mêmes; mais quand on
y met quelque corps solide elles le pénètrent, elles
s'y attachent, & elles s'y fixent tellement, que tous les
pores de ce corps en étant remplis, il semble avoir
changé sa nature, & être devenu pierre.
----------------------------------------------------------
Calcination des cailloux.
C Ette opération enseigne le moyen d'ouvrir les
cailloux & le cristal, en sorte qu'on les puisse
mettre facilement en fusion.
Faites rougir des cailloux dans le feu & les éteignez
dans de l'eau commune froide; réitérez à les faire
rougir & à les éteindre trois ou quatre fois, ou jusques
à ce qu'ils soient friables, & se puissent
mettre en poudre impalpable quand ils auront été
séchés.
Calcina- Le cristal se calcine de la même façon, mais il est
tion du plutôt rendu friable que les cailloux. On en peut aussi
cristal. tirer la liqueur & la teinture comme nous allons
décrire celles des cailloux; elles ont aussi des vertus
semblables.
@

D E C H I M I E. 397

R E M A R Q U E S.

l Es cailloux de rivière, qui sont marqués de veines Choix des
de différentes couleurs, sont estimés les meilleurs, cailloux.
parce qu'on croit qu'ils donnent plus de teinture.
La meilleure méthode pour les bien calciner, est
de les mettre dans une marmite de fer, de couvrir
bien ce vaisseau, de le placer dans un fourneau au milieu
d'un grand feu: les cailloux étant échauffés pétilleront
& rougiront, on y continuera le feu violent
jusqu'à ce qu'ils ne pétillent plus, on découvrira alors
le pot, & on les jettera tout rouges dans de l'eau commune
froide, on les y laissera éteindre & infuser environ
une heure, puis on en séparera la liqueur, en
la versant par inclination dans une terrine. Si les cailloux
n'étaient pas encore assez friables, il faut réitérer
à les faire rougir, & à les jeter dans la même
eau.
Cette eau a reçu des cailloux un sel ou espèce de Eau de
salpêtre, qui joint à une impression de fer que lui cailloux.
a communiquée la marmite, l'a rendue apéritive,
propre pour la gravelle & pour les pâles couleurs, on Vertus.
en boit un verre à chaque fois. Dose.
Les cailloux & le cristal sont trop durs pour être
mis en poudre en la manière ordinaire, il a fallu
chercher les moyens d'attendrir ces pierres pour les
pouvoir broyer facilement. L'eau froide les rend
friables quand on les jette tout rouges dedans, parce
que la calcination ayant ouvert leurs pores, la fraîcheur
de l'eau les referme tout d'un coup, & les petits
corps de feu qui se trouvent comme prisonniers
dedans, poussant avec impétuosité pour sortir, &
brisant leurs petites prisons, rendent la matière raréfiée
& fragile: on réitère à faire rougir le cristal
ou les cailloux, & à les éteindre dans de l'eau trois.
@

398 C O U R S
ou quatre fois, afin qu'ils soient pénétrés & attendris
dans toutes leurs parties; quelques-uns se servent
de vinaigre au lieu d'eau pour éteindre les cailloux
ou le cristal.
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Teinture de Cailloux.
C Ette opération n'est qu'une exaltation de quelques
parties des cailloux & du sel de tartre dans
l'esprit de vin.
Mêlez exactement quatre onces de cailloux calcinez
& réduits en poudre impalpable, avec vingt-quatre
onces de cendre gravelée, mettez ce mélange dans
un grand creuset que vous couvrirez & placerez
dans un fourneau à vent: entourez-le de feu peu-à-
peu afin de l'échauffer doucement, puis lui en donnez
à la dernière violence: continuez-le en cet état
pendant cinq heures, en sorte que la matière soit toujours
en infusion: introduisez dedans une spatule, laquelle
ayant retirée, vous verrez si votre matière
commence à devenir diaphane comme du verre. Si
cela est, versez-la dans un mortier de fer chauffé,
elle se congèlera aussitôt en une masse dure qu'il faut
réduire en poudre pendant qu'elle est chaude, & en
mettre la moitié dans un matras fort sec & bien
chauffé; versez dessus de l'esprit de vin très alcoolisé,
en sorte qu'il surpasse la matière de quatre
doigts; bouchez bien votre matras avec un autre, duquel
le cou entre dans celui qui contient la matière;
lutez exactement les jointures avec de la vessie mouillée,
& la placez sur le sable; donnez dessous un feu
qui soit assez fort pour faire frémir l'esprit de vin
pendant deux jours, il prendra une couleur rouge;
délutez vos matras, & les ayant séparez, versez
par inclination la teinture dans une bouteille; remettez
d'autre esprit de vin sur ce qui reste, & le faite
@

D E C H I M I E. 399

digérer comme devant; séparez la liqueur qui en sera
encore un peu rougie, & l'ayant mêlée avec l'autre,
renversez le tout dans une cucurbite de verre
que vous couvrirez de son chapiteau, & y ayant
adapté un récipient & luté exactement les jointures,
distillez au bain de vapeur les deux tiers de l'esprit de
vin qui pourra servir comme devant; retirez votre
vaisseau du feu, & gardez ce qui sera demeuré au
fond de la cucurbite, dans une fiole bien bouchée.
Cette teinture est dite un bon remède pour lever les Vertus.
obstructions; on s'en sert pour le scorbut & pour les
maladies hypocondriaques: La dose en est depuis Dose.
dix jusques à trente gouttes, dans quelque liqueur
appropriée.

R E M A R Q U E S.

L A chaux de cailloux se lie par la calcination si
étroitement avec le sel de tartre, qu'on peut dire
que ce mélange s'est converti en sel, & c'est ce que
nous montrerons dans l'opération suivante.
Il faut se servir d'esprit de vin exactement alcoolisé,
autrement on n'aurait point de teinture; on doit
aussi observer de mettre la matière pulvérisée le plus
chaudement qu'on pourra en infusion. On fait distiller
les deux tiers de l'esprit de vin, afin que ce qui reste
soit plus rouge & plus fort.
Presque tous les Chimistes veulent que cette teinture
rouge vienne du soufre des cailloux délayé dans
l'esprit de vin; mais il y a plus d'apparence que cette
couleur procède de l'exaltation du sel alcali dans l'esprit
de vin, puisqu'il se fait une teinture semblable
sur le sel de tartre.
@

400 C O U R S
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Liqueur des cailloux.
C Ette opération est une résolution des cailloux en
liqueur par le moyen du sel de tartre.
Prenez l'autre partie de vos cailloux calcinez avec
la cendre gravelée, & l'exposez à la cave dans un
vaisseau de verre plat, il en résoudra une liqueur claire
comme de l'eau commune, laquelle vous filtrerez
& garderez.
Vertus. Cette liqueur est dite diurétique, on en donne depuis
six jusques à vingt-cinq gouttes dans une liqueur
appropriée.
Espèce de Si l'on mêle ensemble égales parties de cette liqueur
pierre. & de quelque esprit acide corrosif, il se fera
en même temps une espèce de pierre.
R E M A R Q U E S.
L E sel de tartre ou la cendre gravelée a tellement
atténué les cailloux, qu'ils se sont rendus dissolubles
comme lui, c'est ce que nous voyons en cette opération;
car l'humidité de la cave entrant par les pores
de nôtre matière calcinée, la dissout imperceptiblement,
& si l'on fait évaporer cette dissolution, on
trouvera au fond un sel alcali.
Bouillon- Lorsqu'on mêle cette liqueur avec un esprit acide,
nement. il se fait en même-temps un bouillonnement
parce que les esprits acides pénètrent l'alcali, & ensuite
il se fait une coagulation plus forte que quand
on jette l'esprit acide sur la liqueur de sel de tartre,
parce que cet alcali contient plus de tartre que le sel
de tartre.
La liqueur Cette liqueur peut dissoudre quelques obstructions
de cailloux sulfureuses qui se rencontrent quelquefois dans les
peut être conduits, & alors elle provoque les urines; mais si
elle
@

D E C H I M I E. 401

elle trouve quelque humeur acide, elle fait une coagulation convertie
qui se pourrait changer en pierre; c'est en pierre
pourquoi je ne conseillerais pas de se servir de ce dans le
remède. corps, &
Par la coagulation de ces deux liqueurs, on peut comment.
sensiblement expliquer comment se forment les pierres
dans plusieurs parties de nos corps, puisque les
liqueurs acides & les alcali s'y rencontrent assez fréquemment.
On se sers de la liqueur de cailloux pour extraire le
soufre de plusieurs minéraux, les Alchimistes lui ont Alkaest.
donné le nom d'alkaest, c'est-à-dire, dissolvant universel,
ce nom dont Paracelse s'est servi le premier
est composé de deux mots Allemands Al geest, qui signifient Etymolo-
tout esprit; Vanhelmont, qui l'a emprunté gie Al
de Paracelse, l'a appliqué au prétendu dissolvant universel geest.
dont il se dit être l'inventeur. Au reste, ce nom
me parois bien mal adapté à la liqueur de cailloux;
& a plusieurs autres à qui on l'a donné car, on n'y
trouve que des parties fixes & rien de spiritueux.
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C H A P I T R E XIII.

Huile de briques.

C Ette préparation est une huile d'olive dont on
empreint les briques, & qu'on fait ensuite distiller.
Faites rougir des morceaux de brique entre les
charbons ardents, & les éteignez en les jetant dans
un pot que vous aurez rempli a demi d'huile d'olive,
mais ayez soin de le couvrir aussitôt: car l'huile
s'enflammerait. Laissez-les en infusion pendant dix ou
douze heures, ou jusques à ce que l'huile ait bien
pénétré la brique, après quoi séparez-les , & ayant
pulvérisé grossièrement la brique imbue d'huile a
C c
@

402 C O U R S
mettez-la dans une cornue de grès ou de verre lutée
qui soit grande, en sorte qu'un tiers en demeure vide;
placez-la dans un fourneau de réverbère, &
adaptez-y un grand ballon ou récipient de verre: luttez
exactement les jointures, & donnez au commencement
un petit feu pour échauffer la cornue, puis
l'augmentez peu-à-peu, vous verrez sortir des vapeurs:
continuez-le alors en cet état jusques à ce qu'il
ne sorte plus rien; délutez les jointures & retirez
votre récipient, il sera demeuré dans la cornue toute
la brique qu'il faudra rejeter comme inutile.
Mêlez l'huile qui sera dans le récipient, avec une
quantité suffisante d'autre brique en poudre bien sèche,
pour en faire une pâte de laquelle vous formerez
plusieurs petites boules, & vous les mettrez
dans une cornue de verre; placez la cornue sur le
sable, & ayant adapté un grand récipient & luté
les jointures, donnez-y un feu gradué pour faire rectifier
toute l'huile que vous verserez dans une fiole,
& vous la garderez: on l'appelle huile des Philosophes;
Huile des s'il y a quelque phlegme il faut le séparer.
Philoso-
phes. C'est un bon remède appliqué extérieurement pour
Vertus. résoudre les tumeurs de la ratte, pour la paralysie,
pour l'asthme & pour les suffocations de matrice. On
en peut même faire prendre par la bouche depuis
deux jusques à quatre gouttes, dans du vin ou dans
une autre liqueur appropriée. On en met quelques
gouttes dans l'oreille pour dissiper le flatuosités qui
s'y renferment.
R E M A R Q U E S.
L Es plongements de la brique rougie au feu dissipent
une partie de la substance acide de l'huile
& en absorbent une autre, d'ailleurs on ne fait dans
cette opération qu'exalter l'huile d'olive, afin qu'étant
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D E C H I M I E. 403

plus ouverte par le feu, elle raréfie & reçoive
plus facilement les tumeurs: car il ne faut pas croire
que la brique lui communique une grande vertu,
c'est un corps sec & dépourvu de tous principes
actifs.
Il faut faire un feu modéré dans cette distillation
afin que l'huile sorte en vapeur; car si elle sortait
goutte à goutte, elle ne serait pas si ouverte, & elle
ne produirait pas de si bons effets.
Quelques-uns rectifient l'huile de brique avec le Rectifica-
colcothar au lieu de la brique, ou bien avec la masse tion.
qui reste, après la distillation de l'eau forte.
Les anciens Chimistes ont donné l'épithète de Philosophiques D'où
à toutes les Préparations où ils ont fait vient
entrer de la brique. La raison qu'on en peut donner, qu'on ap-
c'est que comme ils se font appelés les véritables pelle
Philosophes, ou les Philosophes par excellence, ils ont l'huile de
cru qu'ils devaient faire rejaillir les influences de ce brique
beau nom jusques sur les briques, à cause qu'elles servent huile des
ordinairement de matériaux pour construire les Philosophes.
fourneaux avec lesquels ils travaillent à ce qu'ils appellent
le grand Oeuvre ou la Pierre Philosophale;
car ils prétendent que par ce travail ils atteindront à
la véritable philosophie.
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C H A P I T R E XIV.

Du Corail.

L E Corail est appelé Lithodendron, c'est-à-dire, Lithoden-
l'arbre de pierre, parce qu'en effet c'est une plante dron.
pierreuse qui croît sous des roches creuses en plusieurs Corail, ce
lieux de la Méditerranée où la mer est profonde. que c'est,
Il y en a de trois espèces générales, du rouge, d'où il
du blanc & du noir; on en rencontre quelquefois vient.
des petites branches rouges en des endroits & noires Ses diffé-
en d'autres. C c 2 rences.
@

404 C O U R S
Corail Le corail rouge est le plus commun & le plus en
rouge & usage pour la Médecine. On doit le choisir compacte,
noir. poli, luisant, haut en couleur.
Choix. Le corail blanc est plus rare que le rouge; il
Corail doit être dur, lisse, poli, luisant d'un blanc d'ivoire.
blanc.
Corail noir. Le corail noir est le plus rare de tous, & le moins
Lithophi- en usage dans la Médecine. C'est une espèce de Lithophiton,
ton Anti- appelé par les Anciens Antiphates ou Antipates,
phates, & par Pit. Tournefort Lithophiton nigrum
Antipates arborescents. Il faut le choisir compacte, pesant, poli,
Lithophi- luisant, haut en couleur.
ton ni- Les coraux sont le plus souvent couverts dans la
grum. mer d'une croûte tartareuse qui provient peut-être
d'une écume ré-endurcie & pétrifiée, elle se sépare facilement
du corps de la plante. On en peut tirer par
Analyse de la distillation un esprit urineux rempli d'un sel volatil,
la croûte & un peu d'huile noire, qui ressemblent beaucoup
dont est en odeur, en goût & en vertus à ceux qu'on tire
couvert le de la corne de cerf.
corail. Pendant que les coraux sont encore jeunes & tendres,
les sommets de leurs branches sont arrondis en
petites boules grosses comme nos groseilles rouges,
molettes, remplies d'une liqueur laiteuse, onctueuse,
d'un goût âcre & astringent.
Fruit de Ces petites boules sont les fruits du corail, dans
corail. lesquels doivent être renfermées des semences, car la
Semence liqueur blanche dont ils sont empreints étant répandue
de corail. sur des pierres, produit des plantes de corail. Ces
petites boules se durcissent & se pétrifient à mesure
que le corail croît.
Quelques-uns ont dit que la plante du corail était
toujours molle dans la mer, & qu'elle durcissait quand
elle en était tirée, mais l'expérience a montré le contraire.
J'ai parlé plus amplement des coraux, de leur accroissement
& de la pêche qu'on en fait, dans mes
@

D E C H I M I E. 405

Traité universel des drogues simples, c'est là où je
renvoie le Lecteur.
Si vous mettez tremper un jour ou deux du corail La cire
rouge en branche dans de la cire blanche fondus sur blanche
les cendres chaudes, le corail perdra sa couleur & deviendra prend la
blanc, & la cire prendra une couleur jaune: teinture
il faut que la cire surpasse d'un doigt le corail. du corail.
Si vous mettez tremper d'autre corail rouge dans
la même cire, elle deviendra brune.
Si pour la troisième fois vous mettez tremper du
corail rouge dans la même cire, elle deviendra
rouge.
La cire dissout un peu de bitume qui est sur le corail Curiosité.
& qui le rendait rouge; cette opération ne doit
être que pour la curiosité. Il est à remarquer que
quelques-unes de ces branches de corail rouge sortent
de dedans la cire noirâtres en dehors ou de couleur
de suie, mais blanches en dedans, cette couleur
noirâtre vient apparemment de quelque impression
extraordinaire de sels qui s'est faite dans la mer.
On peut extraire & retirer la teinture de corail
contenue dans la cire blanche, en la mettant infuser
dans l'eau de vie soûlée ou empreinte de sel de tartre;
mais nous traiterons dans la duite des véritables
teintures de corail.
Plusieurs pendent du corail rouge au cou pour arrêter
les hémorragies, pour purifier le sang & pour
fortifier le coeur: je crois que ce qui a donne lieu de
faire croire qu'il avait ces belles vertus, est à cause
de sa couleur rouge qui approche de celle du sang
& du coeur; mais l'expérience ne nous montre point
qu'étant appliqué extérieurement, il fasse aucun
effet.
On prépare le corail en le broyant sur le marbre Prépara-
en poudre impalpable, afin qu'il soit plus aisé à dissoudre. tion du
Et l'on donne de ce corail préparé pour arrêter corail.
les dysenteries, les diarrhées, les flux d'hémor- Vertus.
C c 3
@

406 C O U R S
roïdes & de menstrues, les hémorragies & toutes
les autres maladies qui sont causées par une acrimonie
d'humeurs, parce que c'est un alcali qui les tue:
Dose. La dose en est depuis dix grains jusqu'à une dragme
dans de l'eau de centinobe ou dans une autre liqueur
appropriée.
Plus le corail rouge est broyé plus il perd de sa
couleur. Il est insipide au goût.
Distilla- Si par curiosité,vous mettez en distillation dans une
tion du cornue huit onces de corail rouge pulvérisé, vous
corail. n'en retirerez qu'environ deux dragmes d'une liqueur
spiritueuse de couleur obscure mêlée de quelques parties
d'huile noire d'une odeur puante, & semblable
à celle de la distillation de la corne de cerf ou des
autres parties d'animaux, d'un goût un peu salé &
amer qui provient d'un sel volatil alcali. Quoique
je marque ici la quantité de la liqueur qu'on tire ordinairement
du corail, il n'en faut pas faire une règle
tous-à-fait générale, car le corail en rend plus ou
moins, suivant le temps qu'il y a qu'on l'a tiré de la
mer, & qu'il a été gardé. Le corail noir rend plus
d'esprit ou de sel volatil, & d'huile par la distillation
que les autres coraux.
Le corail rouge & le corail blanc étant calcinés
dans un creuset, deviennent tous deux blancs, &
ordinairement ils sont insipide, au goût, mais on trouve
quelquefois du corail blanc, qui étant mis en poudre
& un peu calciné est fort salé, il faut qu'il ait
cette salure de l'eau de la mer qui soit introduite
dans ses pores. Quoiqu'il en soit, ce corail m'a
toujours paru plus poreux & plus spongieux que le
rouge, j'en attribue la raison a ce qu'il est privé d'une
substance bitumineuse qui fait la teinture rouge !
& qui bouchant les pores de la plante, rend le corail
rouge plus compacte ou moins poreux. Au reste, le
corail rouge & le corail blanc paraissent être d'une
même nature, & avoir les mêmes qualités en Médecine.
@

D E C H I M I E. 407

Il est bon néanmoins de remarquer ici pour la
Physique une circonstance qui semble dénoter quelque
légère différence entre les conformations de ces
deux coraux, c'est que quand on verse sur le corail
rouge calciné, du vinaigre distillé, il se fait une grande
effervescence qui s'élève bien haut & qui dure un
peu de temps; mais si l'on verse du même dissolvant
sur du corail blanc calciné, il ne se fera qu'un bouillonnement
faible, & qui s'abaissera en finissant dans
le moment. Cette différence d'effervescence n'empêchera
pourtant pas que les coraux ne se dissolvent
également, & ne rendent chacun un sel & un magistère
tout-à-fait semblables.
La raison de ces différences dans les fermentations
du corail blanc & du corail rouge calcinés , vient de
ce que les pores du corail blanc, qui étaient déjà
plus grands que ceux du rouge en l'état naturel, ont
été encore élargis & usés par la calcination, en sorte
qu'ils ont perdu une grande partie de leurs ressorts,
& les pointes du vinaigre qui y sont entrées
n'ayant trouvé que peu de résistance, n'ont aussi produit
qu'un écartement presque insensible au lieu que
le corail rouge, qui est plus compacte & resserré dans
ses parties, conserve dans la calcination tous ses ressorts,
& les pointes du vinaigre distillé y ont excité
un écartement violent.
De huit onces de corail rouge calciné, ou dont on Sel fixe du
a fait distiller les principes actifs, comme il a été dit, corail.
on retire par lixiviation quatre scrupules d'un sel fixe
alcali, qui est apparemment du sel marin dont
était empreint le corail, lequel sel a été rendu alcali
par le feu pendant la calcination de la matière.
On retire du corail calciné par le moyen d'un couteau Fer tiré
aimanté beaucoup de parcelles de fer. du corail.
@

408 C O U R S
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Teinture de Corail.
C Ette opération consiste-à la séparation d'un peu
de matière bitumineuse rouge, dont tout le
corail rouge est empreint & qui fait sa couleur.
Mettez dans un matras telle quantité qu'il vous
plaira de corail rouge préparé ou pulvérisé subtilement,
versez dessus de l'huile de tartre faite par défaillante,
ou de la liqueur de nitre fixe, la hauteur
d'environ quatre doigts. Placez le vaisseau sur le sable
chaud, & l'y laissez en digestion pendant huit
jours, agitant la matière de temps en temps, la liqueur
prendra une couleur rouge, filtrez-la & la gardez,
c'est de la teinture de corail. Elle aura conservé
l'âcreté alcaline de son dissolvant, mais on peut l'adoucir
en y mêlant une huitième partie d'esprit de
vitriol.
Autre ma- On peut encore tirer la teinture du corail rouge par
nière de la même méthode avec de l'eau de vie empreinte de
tirer la sel de tartre, ou dans laquelle on aura dissout du sel
teinture de tartre autant qu'elle en aura pu prendre.
du corail. On estime la teinture du corail propre pour purifier
Vertus. le sang, pour fortifier le coeur, pour résister à la malignité
des humeurs, & pour les chasser par la transpiration,
pour arrêter les hémorragies & les cours
de ventre: La dose en est depuis quatre jusqu'à seize
Dose. gouttes dans quelque liqueur appropriée à la maladie.
R E M A R Q U E S.
L E corail rouge a toujours été préféré aux autres
espèces de corail dans la Médecine, principalement
par les Anciens à cause de sa couleur; car ils
ont prétendu que cette couleur rouge, qui approche
@

D E C H I M I E. 409

de celle du sang, était très propre pour le purifier &
pour fortifier le coeur. D'ailleurs ils savaient par
expérience qu'il était astringent, mais il ne paraît
point qu'ils connussent sa principale vertu qui est d'être
alcali & absorbant; cette petite découverte
était réservée aux Chimistes modernes: ils croyaient
que c'était par sa teinture qu'il arrêtait le sang & les
autres humeurs.
Sur ce qu'on a été persuadé que la couleur rouge
du corail était d'une vertu fort efficace dans la
Médecine, on n'a pas manqué de rechercher avec
grand soin, le moyen de séparer cette teinture du
corps du corail, plusieurs Chimistes anciens & modernes
en ont fait leur capital, & ne s'y sont pas
moins appliqués qu'à faire de l'or potable, parce
qu'ils croyaient qu'ayant fait cette découverte, ils
auraient trouvé une espèce de médecine universelle,
ou un remède qui pourrait rectifier toutes les mauvaises
humeurs, & rendre le corps exempt de maladies.
A ce sujet nous voyons dans les Auteurs un
grand nombre de descriptions de teinture de corail,
& il semble que chacun en particulier se soit fait un
honneur de donner la sienne. Il serait trop long de
les rapporter ici, mais ce que j'en puis dire, est que
j'ai fait les expériences de la plupart de ces descriptions,
sans y avoir trouvé aucune véritable teinture
de corail; c'est ce qui m'a déterminé à abandonner
les expériences de ceux qui m'ont précédé,
& à avoir recours aux miennes propres; je me suis
appliqué à découvrir quelques menstrues sûrs & aisés
pour tirer cette teinture, & je crois y avoir réussi:
J'avoue pourtant que je ne suis point de l'opinion des
Anciens touchant les grandes qualités qu'ils ont attribuées
à la teinture du corail, je crois que cette
teinture ne consiste que dans un peu de matière bitumineuse,
insipide, dont tout le corail est empreint &
qui possède peu de vertu, mais je n'ai pu manquer à
@

410 C O U R S
faire ces recherches, puisque plusieurs Médecins
sont encore prévenus de ces grandes qualités, & que
d'ailleurs les expériences peuvent être utiles à la
Physique.
Teinture On peut tirer une teinture de corail, en mettant
de corail infuser chaudement pendant quelques jours du corail
citronnée. rouge pulvérisé dans du suc de citron nouvellement
exprimé; il s'y fera au premier jour effervescence à
cause de la rencontre de l'acide & de l'alcali: La
teinture étant achevée & filtrée, aura perdu toute
l'acidité du citron, & aura pris un goût un peu
amer; sa couleur ne se conservera pas long temps,
elle s'affaiblira peu-à-peu, & la liqueur se corrompra
enfin, ce qui arrivera dans l'espace d'un mois: On
pourrait à la vérité empêcher cette corruption en
versant sur la teinture dont on aura rempli une fiole
jusqu'au cou, la hauteur d'un doigt d'huile d'amande
douce. Mais comme cette teinture de corail
citronné est aisée à préparer; on en peut faire souvent,
& il ne faut point lui laisser le temps de vieillir.
L'odeur de citron qu'elle a retenu lui donne un
Dose. peu d'agrément. On en peut donner à la dote depuis
demi-drame jusqu'à deux dragmes.
Teinture On peut encore tirer une teinture de corail en
de corail mettant infuser pendant huit jours du corail ronge
tirée par préparé dans de l'esprit de miel rectifié ou rendu clair
l'esprit de comme de l'eau par la distillation, ce menstrue se
miel. chargera de la couleur du corail, et perdra son goût
acide, parce qu'il aura été absorbé par l'alcali: On
Dose. peut prendre de cette teinture depuis douze gouttes
jusqu'à trente dans une liqueur appropriée.
Teinture On peut encore tirer une teinture de corail, en
de corail mettant en infusion & en digestion chaudement pendant
tirée par huit jours des petites branches de corail rouge
de l'esprit dans de l'esprit de cire rectifié. Le dissolvant s'empreindra
de cire. d'une teinture rouge foncée, & le corail
prendra extérieurement une couleur grise tirant sur
@

D E C H I M I E. 411

le blanc, mais il demeurera rouge en-dedans, parce
que l'esprit de cire n'y aura pas pénétré. On pourrait
tirer une teinture semblable du corail préparé:
Au reste, de quelque manière qu'on la tire, elle retient
une si mauvaise odeur & un goût si désagréable
du menstrue, qu'il est difficile de la mettre en
usage dans la Médecine.
On peut faire encore une autre espèce de teinture de Teinture
corail, en mettant en infusion & en digestion chaudement de corail
pendant quinze jours du corail rouge préparé faite avec
dans de l'esprit de térébenthine & remuant l'infusion de l'esprit
temps en temps, on aura une teinture rouge tirant de téré-
sur l'orangé, & le corail aura perdu une partie de sa benthine.
couleur; cette teinture est propre pour la néphrétique, Vertus.
pour fortifier l'estomac, pour la pierre, la
gravelle, les retentions d'urine; La dose en est depuis Dose.
quatre gouttes jusqu'à huit.
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Dissolution du Corail.

C Ette opération est une atténuation ou division
du corail, en parties insensibles à la vue par
du vinaigre distillé.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira de corail réduit
en poudre impalpable sur le porphyre; mettez-
le dans un grand matras, & versez dessus du vinaigre
distillé jusqu'à ce qu'il surpasse la poudre de quatre
doigts, il se fera une grande effervescence, qui étant
passée, mettez votre matière en digestion sur le sable
chaud pendant deux jours, remuant de temps en temps
le matras; laissez rasseoir le corail au fond, & versez
par inclination la liqueur claire dans quelque
bouteille. Jettez autant de vinaigre distillé sur le résidu,
comme devant, & le laissez encore deux jours
en digestion; séparez la liqueur claire, & continuez
à mettre d'autre vinaigre distillé, & à retirer l'im-
@

412 C O U R S
prégnation jusques à ce que le corail soit presque tout-
à-fait dissout; mêlez alors vos dissolutions & les
ayant versées dans une cucurbite de verre ou dans une
terrine de grès faites évaporer au feu de sable, les
deux tiers de l'humidité, ou jusqu'à ce qu'il paraisse
dessus une pellicule très déliée; filtrez cette imprégnation,
& la gardez pour faire le sel & le magistère
comme nous dirons ci-après. Elle aura une couleur
verdâtre & un goût insipide.
Vertus. On en peut donner aux mêmes occasions, qu'on
Dose. donne le sel: La dose en est depuis dix jusqu'à vingt
gouttes, dans une liqueur appropriée.
R E M A R Q U E S.
O N se sert ordinairement du corail rouge, parce
qu'on tient qu'il a plus de vertu que les autres
à cause de sa teinture.
On met au rang des effervescences froides, celle
qui se fait lorsque le vinaigre pénètre le corail; mais
j'ai reconnu par le moyen du thermomètre qu'il y
avait un peu de chaleur. A la vérité il est assez surprenant
qu'une si grande ébullition ou agitation de parties
ne cause point de chaleur sensible; mais on doit,
considérer que le corail ayant des pores assez grands,
il peut être facilement dissout, & qu'ainsi il ne se
fait point de grand froissement de ce corps par les acides,
ce qui serait nécessaire pour exciter une chaleur
considérable.
Quelques-uns se servent dans cette opération, au
lieu de vinaigre, de la lotion acide du beurre d'antimoine,
ou de l'esprit de vitriol tout pur, ou de l'esprit
de Vénus; mais comme ces esprits laissent beaucoup
d'âcreté aux préparations du corail, j'estime
qu'il vaut mieux y employer du vinaigre distillé qui
est un acide faible & incapable d'y donner une impression
nuisible.
@

D E C H I M I E. 413

Comme le corail est un alcali, les pointes acides s'y
attachent, & suspendant ses parties, les rendent imperceptibles;
c'est aussi pour cette raison que le vinaigre
perd entièrement son acidité, parce qu'elle ne
consistait que dans le mouvement de ses pointes, lesquelles
se trouvent embarrassées dans l'alcali. La
dissolution n'a reçu aucune couleur, car étant filtrée
elle a été claire comme du vinaigre distillé, mais elle
a pris un goût douceâtre tirant un peu sur l'amer.
Si l'on s'obstine à mettre du nouveau vinaigre distillé
sur le même corail à mesure qu'on en aura séparé
la dissolution, il n'en restera qu'une très petite
quantité de matière argileuse qu'on pourrait même
dissoudre par le même dissolvant, si l'on s'y appliquait
bien, mais on la néglige comme une matière
inutile.
Si vous voulez, par curiosité, faire distiller l'humidité
de votre dissolution, au lieu de la faire évaporer,
comme nous avons dit, vous n'aurez qu'une
eau insipide, parce que l'acide s'est fixé avec le corail.
On fait évaporer cette eau, parce qu'elle serait
inutile, & qu'elle ne ferait qu'affaiblir l'imprégnation.
La dissolution des perles, des yeux d'écrevisse, de Dissolu-
la corne de cerf brûlée; & de toutes les autres matières tion des
alcalines de font de la même manière. On en peut perles &
faire aussi les sels & les magistères comme ceux du des autres
corail, lesquels nous allons décrire. matières
Il est ici à remarquer que la dissolution de ces sortes alcalines
de matières alcalines faites dans le vinaigre distillé, leur sel &
a quelque odeur d'esprit de vin, & qu'on en peut retirer leur ma-
une petite quantité de cet esprit par un alambic à gistère.
feu très lent. La raison de cela est, que le vinaigre se
faisant, les acides avaient comme fixé cet esprit sulfureux;
mais lorsqu'ils entrent dans les pores du
corail, ils sont contraints de l'abandonner, & de
lui laisser reprendre sa volatilité.
@

414 C O U R S
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Magistère de Corail.
C Ette opération est du corail dissout, puis précipité
en particules très fines & très blanches.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira d'imprégnation
de corail rouge ou blanc faite dans le vinaigre
distillé, comme nous avons décrit ci-dessus: Versez-
la dans une fiole ou dans un matras, & jetez dessus
goutte à goutte, de la liqueur de sel de tartre, faite
par défaillance, il se fera un Coagulum qui se précipitera
au fond, en poudre très blanche. Jetez par inclination
la liqueur claire; & ayant lavé votre poudre
cinq ou six fois avec de l'eau, faites la sécher,
c'est ce qu'on appelle Magistère de corail. On lui attribue
Vertus. de grandes vertus, comme de réjouir & de
fortifier le coeur, de résister au venin, d'arrêter la
Dose. dysenterie & toutes les hémorragies: La dose en est
depuis dix jusqu'à trente grains, dans quelque liqueur
appropriée à la maladie.
R E M A R Q U E S.
L E nom de Magistère n'est donné qu'à des précipités;
on a voulu entendre par ce mot, une chose
très exquise; mais souvent elle ne l'est pas beaucoup,
car ce ne sont que des matières atténuées & divisées
par dissolution & précipitation: Les premiers Chimistes
ont inventé ce terme pour certains précipités,
mais non pas pour tous, il n'y a pas même encore d'idée
générale, ni de caractère bien établi pour distinguer
le magistère d'avec le précipité, on les confond
assez, & l'on se contente de continuer à l'un &
à l'autre un nom qui leur a été donné depuis longtemps,
sans se mettre en peine d'en savoir la raison.
Ce qu'on peut dire à ce sujet est premièrement
@

D E C H I M I E. 415

que tout magistère est précipité, mais que tout précipité
n'est pas magistère: En second lieu, que les
magistères sont toujours très blancs & plus légers que
les autres précipités, ce qui fait qu'ils demeurent
ordinairement plus long temps à se précipiter: En
troisième lieu, que la plupart de ces préparations,
qu'on appelle magistère, sont tirées des matières
pierreuses, comme du corail, des coquillages, des
perles, des pierres d'écrevisse, de la corne de cerf,
de l'ivoire, du soufre, de l'antimoine, du bismuth. Albugine
On appelle encore le magistère de corail Albugine de de corail.
corail, à cause de sa blancheur.
La liqueur du tartre, qui est un sel alcali dissout, Le corail
ébranlant l'acide, lui fait quitter les particules du préparé
corail qu'il tenait suspendues: de sorte qu'elles se plus de
précipitent par leur pesanteur: ce précipité n'est autre vertu que
chose qu'un corail réduit en poudre très subtile le magistè-
par les acides qui divisent en un grand nombre de re de corail.
parties, ce qui semblait indivisible sous la molette;
mais il faut remarquer ici que ces préparations au lieu
de rendre le corail plus efficace, comme on prétend,
le rendent presque inutile; ce qu'il est facile de prouver,
si l'on considère que le corail n'agit dans les Raison de
corps qu'en tant qu'il absorbe les acides ou les humeurs ses effets.
âcres & salées, qui causent tous les jours diverses
maladies: Par exemple, il n'arrête les hémorragies
qu'en ce qu'il adoucit les sels piquants qui
rongeaient les membranes des veines, ou qui causaient
des effervescences assez grandes dans le sang
pour le faire extravaser, il n'arrête les diarrhées,
que parce qu'il tue les âcretés de la bile ou des autres
humeurs. Si enfin il guérit les relâchements de
la luette, & s'il remédie à divers autres accidents, ce
n'est qu'en rompant la force des ferments qui les entretenaient,
de la même manière qu'il tue les acides du
vinaigre ou de quelque autre liqueur. Cela étant,
comme il y en a beaucoup d'apparence, il vaux mieux
@

416 C O U R S
faire prendre le corail sans autre préparation que celle
qu'on en fait sur le marbre, que de le dissoudre
par un acide & de le faire précipiter en magistère;
car les acides ou les humeurs âcres que ce magistère
rencontrera dans le corps, ne trouvant rien qui
émousse leur pointe, continueront leur activité, & ainsi
il ne s'ensuivra aucun effet. J'en dis de même à l'égard
des magistères de perles, de corne de cerf, d'yeux
d'écrevisse, d'ivoire, des coquillages, qui se font
de la même manière; ce sont à la vérité des absorbants
légers, mais qui agissent moins bien pour les
maladies que les matières mêmes dont ils ont été tirés
simplement préparées sur le porphyre. Il est bon
de faire remarquer en passant, qu'entre les matières
alcalines dont j'ai parlé, & qui sont aujourd'hui
beaucoup en usage dans la Médecine, le corail est
l'absorbant le plus fort, & celui qui m'a paru le plus
efficace pour arrêter le sang.
Pourquoi Il ne se fait point d'effervescence dans cette précipitation,
il ne se parce que les pointes acides du vinaigre
fait point étant rompues, il ne leur reste point assez de force,
d'effer- ni assez de mouvement pour pénétrer & pour écarter
vercence les parties du sel de tartre; mais si la dissolution
dans cette du corail avait été faite avec un dissolvant plus fort
précipita- que le vinaigre, comme avec de l'esprit de vitriol, il
tion. se ferait ébullition dans le temps de la précipitation,
parce qu'il resterait encore assez d'actions aux pointes
rompues, pour entrer dans les pores du sel alcali
& pour le raréfier.
Plus le corail rouge est réduit en poudre, plus il
devient blanc: la molette lui avait fait changer sa
couleur rouge en une couleur pale, mais les acides
l'ayant encore beaucoup plus divisé, il acquiert une
couleur blanche, ce qui ne peut venir qu'à raison de
l'arrangement des parties qui fait faire des réflexions
différentes à nos yeux.
Quelques-uns voulant donner une couleur de corail
rouge
@

D E C H I M I E. 417

rouge à leur magistère, teignent avec des roses rouges Magistère
sèches le vinaigre distillé qu'ils doivent employer rouge de
à la dissolution du corail. corail.
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Sel de corail.

C Ette opération est un corail raréfié & pénétré
par les acides du vinaigre.
Ayez telle quantité qu'il vous plaira de dissolution
de corail faite par le vinaigre distillé, comme nous
avons dit ci-devant, versez-la dans une cucurbite
de verre, ou dans une terrine de grès, & en faites
évaporer au feu de sable, toute l'humidité, il restera
au fond un sel de corail que vous garderez dans une
fiole bien bouchée: on le donne pour le même sujet Vertus.
que le magistère. La dose en est moindre; c'en Dose.
depuis cinq jusqu'à quinze grains.

R E M A R Q U E S.

O N peut tirer du corail trois espèces de sel, la Premier
première est un sel volatil, qu'on extrait par la sel de co-
distillation, à la cornue en petite quantité; il est de rail.
nature urineuse, & toute semblable à celle du sel de
la corne de cerf & des autres animaux: La seconde Second
espèce est un sel fixe qu'on tire par calcination & sel de co-
lixiviation du corail, il est alcali, & approchant de rail.
celui qu'on retire par la même méthode de plusieurs
plantes terrestres, mais il y a bien de l'apparence
que c'est un sel marin dont le corail s'est empreint
en croissant dans la mer, & qui a été rendu
poreux & alcali par la calcination; j'ai déjà parlé de
ces deux sels. La troisième espèce est le sel de corail Troisième
dont il est ici question, & dont je viens de donner sel.
la description; c'est un corail pénétré & dissout
par un acide qui s'y est incorporé & condensé. Ce
D d
@

418 C O U R S
dernier sel de corail est celui qui est en usage,
qu'on emploie uniquement sous le nom de sel de
corail, n'étant fait nulle mention dans la pratique
de la Médecine des deux autres sels, qu'on peut dire
néanmoins être les véritables. Recourons à notre
opération.
Le sel de Dans cette évaporation, il ne sort que les parties
corail a aqueuses, & les acides demeurant attachés au corps
des figu- du corail, il se forme une espèce de sel, qui retient
res de en séchant, pourvu qu'on ne le remue point, des
branches. petites figures déliées, calenées entrelacées les unes
Figures dans les autres, & représentant comme une petite forêt
du sel de de sel assez agréable à la vue. Il ne faut pas croire
que ces figures se forment à cause de quelque manière
particuliers d'opérer, l'art n'y a aucune part;
elle se forment immanquablement & naturellement
en toutes les opérations quand on les réitère, & dès le
tiers de l'évaporation, une partie de ce sel, quoique
le feu soit petit, se sublime & s'attache sur les bords
du vaisseau, se répandant même un peu en dehors.
J'aurais eu de la peine à croire que cette disposition
de sel de corail est une espèce de revivification,
& qu'elle représente en quelque manière les branches
du corail d'où ce sel est sorti, si je n'avais vu
que les sels tirés par le même procédé, des perles,
de la nacre de perle, des pierres d'écrevisse, de la
corne de cerf & de l'ivoire calcinés, ont tous pris la
même figure.
Lorsque la dissolution du corail a été évaporée à
environ les deux tiers, elle devient un peu trouble,
& elle prend une couleur brune, parce que les particules
du corail n'étant plus étendues dans une
grande quantité de liqueur qu'elles l'étaient auparavant
se ramassent en molécules plus grosses &
plus sensibles à la vue: mais sur la fin de l'évaporation,
la liqueur paraît verdâtre, cette couleur n'est
pas un effet du hasard, car il arrive la même chose
@

D E C H I M I E. 419

toutes les fois qu'on fait la préparation de cette espèce Couleur
de sel de corail, elle vient apparemment d'un verdâtre
vitriol que contient le corail, car j'ai prouvé ailleurs de la dis-
par le moyen d'un couteau aimanté, que le corail solution
renferme considérablement des particules de fer; du corail
or on sait que le fer est formé par une substance vitriolique, d'où elle
& qu'on réduit ce métal presque tout-à- vient.
fait en vitriol. La même couleur verdâtre de la liqueur
se conserve jusques sur le sel de corail qui entre
en condensation sur le feu, & elle ne le quitte
que quand il est bien sec, il devient alors blanc. Il
est à observer que quand on prépare de la même manière
les sels des yeux d'écrevisse, des perles, de la
nacre, de la corne de cerf calcinée, cette couleur verdâtre
ne paraît point: aussi toutes ces matières sont-
elles exemptes de particules de fer, & le couteau aimanté
n'y en trouve aucune devant ni après leur calcination.
Si pour faire cette espèce de sel de corail, comme
il a été décrit, vous avez employé quatre onces de
corail bien pulvérisé & bien sec, que vous aurez dissout
tout-à-fait à plusieurs reprises dans du vinaigre
distillé, & que vous aurez fait évaporer après Poids.
les filtrations, vous aurez cinq onces & six dragmes
de sel bien sec & bien blanc; il s'est donc corporifié
dans les pores du corail une once & six dragmes
des pointes acides du vinaigre; mais ces pointes ont
été bien engainées ou brisées, car elles ne se font
plus sentir dans la bouche, & l'on n'aperçoit dans
le sel qu'un goût un peu styptique & amer.
Quoiqu'on appelle sel de corail la préparation que Ce que
je viens de décrire, il ne faut pas s'imaginer que ce c'est que
soit un véritable sel de corail, c'est plutôt un sel de le sel de
vinaigre, puisqu'il n'est composé que des acides du corail.
vinaigre arrêtés & fixés dans les pores du corail,
comme dans une matière terrestre qui ne sert qu'à les
corporifier, & une preuve de ce que je dis, c'est
D d 2.
@

420 C O U R S
que si l'on fait dissoudre ce sel de corail dans de l'eau,
& qu'on jette dessus de l'huile de tartre faite par défaillance,
il se fera un magistère, c'est-à-dire, un corail
en poudre, les acides du vinaigre qui l'avaient
mis en forme de sel ayant été rompus par la liqueur
de sel de tartre.
Si l'on met ce sel de corail dans une cornue, &
qu'on le pousse au feu de sable, on retirera une
liqueur simplement styptique sans acidité considérable,
Les acides ce qui montre que les acides se détruisent, & ne sortent
se détrui- point de l'alcali comme ils y étaient entrés. Il
sent restera dans la cornue, du corail en poudre grise qui
ne peut servir à rien.
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C H A P I T R E XV.
Du Sel commun.
Sel com- I L y a trois sortes de sel commun: le sel fossile, le
mun. sel des Fontaines, & le sel Marin; le premier est
Sel Gem- appelé sel Gemme, parce qu'il est luisant & poli
me. comme une pierre précieuse, c'est celui duquel on
trouve des montagnes toutes pleines dans la Pologne
Sel des & en plusieurs autres lieux. Le second se tire par l'évaporation
Fontaines. qu'on fait des eaux de quelques fontaines;
& le dernier se tire de l'eau de la mer par cristallisation
ou par évaporation de l'humidité: Ces trois
sels sont d'une même nature, & ils font des effets
presque semblables: on s'en sert non seulement dans
les aliments, mais même quelquefois dans des remèdes,
comme dans les lavements, quand on les veut
rendre fort carminatifs.
Il est ici à remarquer, que le sel Gemme est un peu
plus pénétrant que le sel marin qui se retire par cristallisation,
& que le sel Marin qui se retire par cristallisation
est plus pénétrant que celui qui se fait par
@

D E C H I M I E. 421

par évaporation des eaux qui le contenaient.
La raison qu'on peut rendre du sel Gemme, est que
n'ayant point été dissout dans l'eau, il n'a perdu aucune
de des pointes, au lieu que les autres en laissent
échapper les plus subtiles dans les eaux, principalement
quand ces eaux sont fort agitées, comme celle
de la mer.
Il y a même bien de l'apparence que le vomissement D'où
violent qui incommode si fort ceux qui voyagent sur vient le
la mer, vient de ces mêmes parties subtiles de sel qui vomisse-
s'étant volatilisées remplissent l'air: car cet accident ment
arrive à ceux qui ne sont point accoutumés à respirer quand on
un air salé, étant d'ailleurs déjà ayez émus par l'agitation est sur la
de la mer. mer.
Le sel marin qui se fait en Normandie, par évaporation Le sel fait
de l'eau de la mer sur le feu, est moins fort par crista-
que celui qui se fait à la Rochelle, par cristallisation, lisation
parce que dans l'évaporation, il s'est dissipé est le plus
beaucoup des parties les plus subtiles du sel. Et une fort. L'eau
marque de cela est que si l'on distille de l'eau de la mer Marine
par le feu si lent qu'il soit, elle en lèvera toujours avec distillée
elle quelques sels volatilisés qui la rendront incapable ne désal-
de désaltérer, comme on en a fait l'expérience plusieurs tère pas
fois. bien.
La même chose n'arrive pas au sel marin cristallisé,
car il se fige de soi-même, lorsque les eaux de la mer
ont reposé quelque temps dans les lieux qu'on avait
disposés pour les recevoir.
J'ai décrit assez au long ma pensée touchant l'origine
de ces trois sortes de sels dans les remarques que
j'ai faites sur les principes, & il serait inutile de répéter
ce que j'ai dit.
On fait le sel marin à la Rochelle dans les marais Comment
salants, ce sont des lieux qui doivent être plus bas que on fait le
la mer & d'une terre argileuse, car autrement ils sel marin
ne pourvoient point retenir l'eau salée qu'on y à la Ro-
fait couler: ainsi tous les lieux voisins de la mer ne chelle.
D d 3
@

422 C O U R S
sont pas propres pour faire des marais salants.
Lorsqu'on sent que le temps commence à s'échauffer,
ce qui arrive ordinairement vers le mois de Mai,
on épuise toute l'eau qui avait été mise l'hiver dans
les marais pour les conserver, puis on lâche les bondes,
pour laisser couler telle quantité d'eau salée
qu'on veut, on la fait passer par beaucoup de différents
canaux où elle se purifie & s'échauffe, & ensuite on
l'introduit dans les aires qui sont des lieux plats, polis
& propres à faire crémer le sel.
Ce sel ne se forme que pendant les grandes chaleurs,
le Soleil fait premièrement évaporer une partie de
l'humidité, & comme il vient sort souvent après la
grande chaleur un petit vent & principalement aux
environs de la mer, la fraîcheur de ce vent fait condenser
& cristalliser le sel. Mais s'il pleuvait seulement
deux heures pendant ce temps-là, on ne pourrait
faire de sel de quinze jours, parce qu'il faudrait
nettoyer les marais & en ôter toute l'eau, pour en
introduire d'autre en la place, de sorte que s'il pleuvait
tous des quinze jours une fois, on ne ferait jamais
de sel de cette manière.
Purifica- Pour purifier le sel on le fait fondre dans de l'eau;
tion du on filtre par un papier gris la dissolution puis on en
sel marin. fait évaporer toute l'humidité dans une terrine, il
reste un sel fort blanc; mais il fera encore plus pur,
si au lieu de faire évaporer toute l'humidité, on en
laisse une partie pour la faire cristalliser en un lieu
frais: car on trouvera au fond du vaisseau, le plus
net du sel qu'on pourra séparer de l'humidité & le
laisser sécher; il faut encore faire évaporer une partie
de la liqueur salée, & ayant mis le vaisseau en
un lieu frais, la faire cristalliser & continuer ces
évaporations & ces cristallisations; mais sur la fin
on fera évaporer toute la liqueur jusqu'à consomption
de toute l'humidité , parce qu'il ne s'y cristalliserait
plus rien: la raison en est, que le sel qui reste
@

D E C H I M I E. 423

est rempli d'une graisse bitumineuse qui en est comme
inséparable & c'est elle qui empêche la cristallisation.
Il y a apparence que cette graisse vient de la terre
des marais, dont nous avons parlé.
Le premier sel cristallisé étant mis dans l'huile de
tartre ou dans une autre liqueur de sel alcali, résout,
s'y mêle sans troubler ni causer d'ébullition, parce
qu'encore que le sel marin est acide, ses pointes sont
trop grossières & trop peu en agitation, pour écarter
les parties de l'alcali.
Le dernier sel desséché sur le feu, étant mêlé
avec une liqueur de sel alcali comme avec l'huile de
tartre, il se fait une coagulation & une précipitation
d'une matière qui paraît saline & graisseuse; cette
coagulation procède du mélange & de la liaison qui
s'est faite de la terre bitumineuse avec les sels marins
& de tartre; car les sels s'embarrassent facilement
dans les substances grasses, & ils y perdent leur mouvement.
Plusieurs sels acides bitumineux qu'on retire par
évaporation de certaines eaux minérales, comme de
celles de Baleruc au Languedoc, & de Digne en Provence,
font le même effet quand on les mêle avec
l'huile de tartre.
Ce Coagulum ne se dissout point dans l'eau, tant à
cause de la différente nature des sels dont il est composé
que de la terre graisseuse qui tient ces sels comme
enveloppés, mais il se dissout dans le vinaigre distillé
& dans plusieurs autres liqueurs acides; il se fait
alors effervescence, parce que l'acide pénètre le sel
de tartre, dont le sel marin n'avait pas eu la force
d'écarter les parties. Le sel ma-
Quoique le sel marin soit un sel salé qui contient rin bouil-
beaucoup d'acide, comme il sera prouvé dans la suite, lonne avec
il bouillonne avec l'huile de vitriol, qui est acide aussi, l'huile de
& il en exhale des fumées chaudes, puis le mé- vitriol.
@

424 C O U R S
lange se réduit en un Coagulum: La cause de cette
fermentation & du Coagulum vient de ce que les pointes
acides de l'huile de vitriol sont assez pénétrante
& assez touchantes pour entrer dans les pores du sel
marin & pour les écarter, mais après cet écartement,
le mouvement de l'acide s'étant ralenti, ses
pointes s'embarrassent, & se figent entre les parties
grossières de la matière d'où vient la coagulation.
----------------------------------------------------------
Calcination du Sel commun.
Décrépi- F Aites rougir entre les charbons ardents un pot
tation. qui ne soit point verni; jetez dedans environ,
une once de sel marin, puis le couvrez, il pétillera
& se réduira en poudre. On appelle ce bruit décrépitation:
quand il sera cessé, vous mettrez encore
autant de sel dans le pot & vous continuerez de même,
jusqu'à ce que vous en ayez assez. Il faut que le
pot soit toujours rouge. Lorsqu'il ne pétillera plus,
vous le retirerez du feu, & étant refroidi, vous le
mettrez dans une bouteille que vous boucherez bien,
afin d'empêcher que l'air ne l'humecte de nouveau.
Usages. On en applique des sachets chaudement derrière le
cou pour consumer la trop grande humidité du cerveau
en ouvrant les pores: on s'en sert aussi dans diverses
opérations de Chimie.
R E M A R Q U E S.
C E qui fait le pétillement du sel lorsqu'il est dans
le feu, est une humidité contenue intérieurement,
qui étant raréfiée, pousse avec impétuosité, & trouvant
des pores trop resserrés, elle écarte les parties
du sel pour se faire une voie libre. Plusieurs autres
choses qui ont leurs pores fort resserrés, font un bruit
semblable dans la calcination, comme le verre, les
coquilles.
@

D E C H I M I E. 425

Si vous avez fait calciner douze onces de sel, vous Poids.
en retirerez dix onces et demie.
Quand on veut employer le sel décrépité, il est Le sel dé-
bon qu'il ait été nouvellement calciné, parce que crépité
l'humidité de l'air remet ce que le feu avait chassé, doit être
Que si on le veut garder quelque temps, il faut que ce nouveau
soit dans une bouteille de verre bien bouchée. fait.
Comme ce sel calciné est privé d'humidité, il absorbe
mieux les sérosités que ne ferait le sel entier.
On le met chaudement derrière le cou, afin qu'ouvrant
les pores, il facilite la transpiration. On peut
y mêler un peu de sel de tartre pour le rendre plus
actif.
----------------------------------------------------------
Esprit de Sel.

C Et esprit est une liqueur fort acide qu'on retire
du sel par la distillation.
Faites dessécher du sel sur un petit feu, ou au soleil,
puis en réduisez deux livres en poudre subtile
mêlez-les exactement avec six livres d'argile ou de
bol en poudre: faites de ce mélange une pâte dure
avec ce qu'il faudra d'eau de pluie: formez-en des
petites boules, de la grosseur d'une noisette, que
vous exposerez longtemps au soleil; lorsqu'elles seront
parfaitement sèches, mettez-les dans une grande
cornue de grès ou de verre lutée de laquelle un tiers
demeure vide: placez cette cornue dans un fourneau
de réverbère clos, & y adaptez un grand ballon
ou récipient, sans luter les jointures: donnez
un feu très lent dans le commencement pour échauffer
la cornue, & pour faire sortir goutte à goutte une
eau insipide lorsque vous verres succéder à ces gouttes
quelques vapeurs blanchâtres, jetez ce qui sera
dans le récipient, & l'ayant ré-adapté, lutez exactement
les jointures: augmentez peu-à-peu le feu
@

426 C O U R S
jusqu'à la dernière violence, & le continuez douze
ou quinze heures en cet état, cependant le ballon
sera échauffé & rempli de nuages blancs: mais
lorsqu'il se refroidira & que ces nuages disparaîtront,
l'opération sera achevée; délutez les jointures,
vous trouverez une livre & demie d'esprit de
sel dans le récipient: versez-le dans une bouteille de
grès ou de verre que vous boucherez exactement
avec de la cire.
Vertus. Il est apéritif, & l'on en met dans les juleps, jusqu'à
une agréable acidité pour ceux qui sont sujets à la
Dose. gravelle, on s'en sert aussi pour nettoyer les dents,
quand on l'a tempéré avec un peu d'eau, & pour
manger la carie des os.
Esprit de Pour faire l'esprit du sel dulcifié de Basile Valentin,
sel dulci- il faut mêler parties égales d'esprit de sel & d'esprit
fié. de vin, & les mettre digérer pendant trois ou quatre
jours dans un vaisseau de rencontre, à un feu de sable
assez lent. Il est estimé plus convenable que l'autre
pour l'intérieur, parce qu'il est moins corrosif
Dose. étant corrigé par l'esprit de vin: La dose en est depuis
quatre jusqu'à douze gouttes dans quelque liqueur
appropriée à la maladie.
R E M A R Q U E S.
Pourquoi O N mêle de la terre ou du bol avec le sel, afin de
on ajoute le diviser en particules, que le feu puisse facilement
de la terre raréfier, car les parties qui composent le sel sont
avec le sel unies si étroitement, que toute la force du feu n'est
pour le pas capable de les ébranler, si elles ne sont étendues
distiller. par quelque intermède.
La préparation que nous donnons au sel avant que
de le mettre dans la cornue, est plus longue que la
commune; mais j'ai remarqué que l'esprit sortait
avec moins de peine, lorsqu'on avait mis la matière
en cette forme.
@

D E C H I M I E. 427

II faut laisser du vide dans la cornue, & adapter
un grand récipient, afin de donner liberté à l'esprit
de circuler avant qu'il se résolve, autrement
il crèverait tout. On doit aussi augmenter le feu
peu-à-peu, parce que les premiers esprits s'élancent
avec une grande impétuosité quand ils sont trop
poussés.
Si l'on verse après la distillation l'esprit de sel du Rectifica-
ballon dans une cucurbite de verre, qu'on y adapte un tion de
chapiteau & un récipient, qu'on lute exactement les l'esprit de
jointures, & qu'on fasse distiller par un feu de sable sel.
médiocre, environ le tiers de la liqueur: on aura un Esprit de
esprit de sel faible, mais qui aura bien de l'agrément sel faible.
au goût; celui qui restera dans la cucurbite aura Esprit de
augmenté de force en diminuant de quantité, parce sel fort.
qu'il sera privé de sa partie la plus phlegmatique,
& qu'il n'y restera que les acides les plus forts & les
plus fixes; il aura pris une couleur jaunâtre, & il sera
plus pesant qu'il n'était à proportion de son volume. Esprit de
Cet esprit est appelé esprit de sel rectifié, c'est sel recti-
une espèce d'eau régale: Ces deux esprits de sel auront fié.
une même vertu; mais la dose du premier doit Eau réga-
être plus grande que celle du dernier. le.
Si l'on veut prendre la peine de retirer le sel qui Sel qui
est demeuré dans la cornue avec la terre après la distillation demeure dans
de l'esprit; on lavera la matière dans beaucoup la cornue
d'eau chaude jusqu'à ce que la terre demeure après la
insipide; on filtrera la liqueur, & l'on en fera évaporer distilla-
l'humidité, il restera un sel blanc qui peut servir tion.
pour les aliments comme le sel marin ordinaire, il sera
un peu plus âcre à cause de quelque impression que
le feu lui aura communiquée; c'est pourquoi il en
faudra moins pour saler, mais il n'aura aucune méchante
qualité.
On ne sépare pas tous les acides du sel marin comme
on sépare ceux du salpêtre, quoiqu'on se serve
des mêmes voies, parce que l'élaboration naturelle
@

428 C O U R S
du sel marin a été bien plus parfaite, c'est-à-dire
que les acides se sont plus étroitement unis avec leur
terre; c'est ce qui fait que le sel marin est fixe & le
salpêtre demi volatil car les esprits acides de ce
dernier, n'ayant pas été assez resserrés par la terre à
cause de la disposition de sa matrice, ils sont beaucoup
plus en état de se séparer: nous verrons aussi
dans la suite, qu'on retire par la distillation tout ce
qu'il y a d'acide dans le salpêtre ce qu'on ne peut
faire à l'égard du sel marin.
Esprit de On a recherché les moyens de tirer l'esprit de sel
sel tiré sans addition; mais cela n'est pas encore bien connu.
sans addi- Il est vrai que Monsieur Seignette, Apothicaire de la
tion de Rochelle, entre autres belles découvertes qu'il a faites
terres. sur les sels, à la connaissance desquels il s'est particulièrement
appliqué, nous apporta ici en l'année
1672. un sel marin que nous distillâmes sans addition
par un feu fort modéré & en deux heures de temps
nous retirâmes trois onces & demie de très bon esprit
de six onces de sel que nous avions mis dans la cornue;
après quoi nous cassâmes la cornue, & ayant réduit
en poudre le sel qui y était resté au poids de deux
onces & demie, nous l'exposâmes à l'air dans une terrine
pendant quinze jours, & nous le trouvâmes ré-empreint
d'esprit: nous le mîmes derechef distiller,
avec la même facilité que devant; nous retirâmes la
moitié du poids d'esprit de sel qui avait la même force
que le premier. La matière restée dans la cornue
ayant encore été exposée à l'air, elle reprit d'autres
esprits. Monsieur Seignette nous assura qu'il avait
ainsi tiré de l'esprit d'une même matière jusqu'à neuf
fois, ce qui est digne d'admiration, & qui montre
bien que l'air contient un esprit qui forme diverses
choses selon la diverse disposition des matières dans
lesquelles il entre. Ce sel si particulier à celui qui
nous l'a montré, & il le prépare de quelque manière
que nous ignorons.
@

D E C H I M I E. 429

Quelques-uns ont écrit que si l'on exposait le sel Objection.
commun bien décrépité & tenu long temps sur le
feu, à l'air pendant plusieurs jours, & qu'on le distillât
sans addition, il rendrait un esprit semblable
à celui dont nous venons de parler & en aussi grande
quantité.
Mais si l'on examine la liqueur aigre qu'on peut Réponse.
retirer de cette manière, on verra qu'elle est si faible,
qu'on la pourrait à bien plus juste titre, qualifier du
nom de phlegme, que celui d'esprit, & que le
sel demeure obstinément en son entier dans la cornue,
au lieu que l'esprit de sel de Monsieur Seignette
est tout aussi fort que l'esprit de sel commun, & il
en a les mêmes qualités, je le crois même meilleur,
parce qu'il n'a point reçu une si grande impression
du feu.
On dit encore qu'il n'y a pas lieu de le nommer Objection.
esprit de sel marin, ni de faire passer cette préparation
pour un bien grand mystère, puisque la
même corporification & augmentation arrive à plusieurs
sels qu'on a exposés à l'air après en avoir tiré
l'esprit.
Je demeure d'accord que cette augmentation est Réponse.
faite par l'esprit de l'air; & je crois même que c'est
lui qui donne la production à toutes choses selon
les matrices ou les pores différents de la terre qu'il rencontre,
comme je l'ai expliqué dans mes remarques
sur les principes; mais puisque cet esprit de l'air a
trouvé des pores dans notre matière disposés à faire
un sel semblable au sel commun, & que nous en tirons
un esprit qui est semblable à celui qu'on tire du
même sel commun, je ne vois pas qu'il y ait lieu de
contester que ce ne soit un véritable esprit de sel;
toute la différence qui s'y trouve, c'est que ce sel n'étant
pas lié si étroitement avec sa partie terrestre
qu'est le sel commun, les esprits s'en détachent avec
beaucoup plus de facilité, car ils se tirent sans addi-
@

430 C O U R S
tion & à petit feu; au lieu que ceux du sel commun
sont tellement fixés, qu'ils ne peuvent se détacher
que lorsqu'on a mêlé le sel avec beaucoup de terre
pour en étendre les parties, & qu'on lui a donné une
violence de feu tout-à-fait grande.
Pour ce qui est de l'augmentation de plusieurs autres
manières qu'on a exposées à l'air, après en avoir
retiré les esprits, je ne doute pas qu'elle ne se fasse
& que les matières mêmes ne tournent en ce qu'elles
étaient auparavant, en s'empreignant pendant un
long temps des esprits de l'air; mais il est très rare
qu'aucunes d'elles rendent leurs esprits aussi forts &
avec tant de facilité que fait notre sel, & c'est-là où
est le mystère.
Les aci- Les acides qui sont tirés par une si grande violence
des tirés du feu, différent fort de ceux qui se font naturellement
par un comme les aigres de bière, de vin , de cidre,
grand feu de citron, &c. L'esprit de sel entre autres, a quelque
diffèrent différence particulière, puisqu'il précipite ce que
bien des l'eau forte a dissout: cet acide, selon qu'on en peut
naturels. juger par les effets, est composé de pointes plus fortes
& plus pesantes que les autres, mais elles sont
moins aiguës & moins pénétrantes. C'est aussi pour
cette raison que quand il tombe sur celles de l'eau
forte chargées de quelques corps qu'elles ont dissout,
il les ébranle tellement, qu'il leur fait lâcher
prise.
Objection. Quelques-uns ont écrit qu'on ne devait pas imputer
cette précipitation à la pesanteur ni à la force,
non plus qu'à aucun ébranlement ou secousse que
l'esprit de sel puisse donner à l'eau forte ou aux matières
dissoutes; mais bien à la jonction de l'acide
de cet esprit à l'alcali volatil & sulfuré de l'eau
forte on de l'esprit de nitre, qui contraint par là
ce dernier d'abandonner le métal qu'il avait dissout.
Réponse. Mais c'en là ce qu'on appelle vouloir expliquer
@

D E C H I M I E. 431

une chose obscure par une autre qui l'est bien davantage;
car quelle vrai-semblance y a-t-il que l'esprit
volatil de l'eau forte soit alcali ? & comment pourrait-il
demeurer en un si grand mouvement avec
l'esprit acide fixe de cette même eau sans se détruire ?
C'est ce qui ne peut pas être reçu bien facilement.
De plus, quand on supposerait que cet esprit fut alcali,
il en faudrait toujours revenir à expliquer mécaniquement,
par quelle raison cet alcali quitte le
corps du métal & s'attache à l'esprit de sel; car de
dire simplement que par la jonction de ces deux esprits
l'eau forte est contrainte d'abandonner le métal
qu'elle tenait dissout, ce n'est rien du tout éclaircir
de la question, à moins qu'on n'eût assez de bonne
volonté pour donner des intelligences à ces esprits; il
faudra donc toujours avoir recours aux ébranlements
& aux secousses.
L'effervescence qui se fait quand on jette l'esprit de
sel sur la dissolution de quelques corps dans l'eau forte,
est différente de celle qui parois lorsqu'on y jette
quelque alcali, la première se faisant beaucoup plus
lentement que la dernière.
L'esprit de sel dissout l'or en feuille, ce que ne peut
pas faire l'eau forte.
Quand on dulcifie cet esprit, on le mêle avec de
l'esprit de vin, qui étant un soufre, embarrasse les
pointes de l'acide & retient une partie de leur mouvement;
d'où vient que cet esprit est plus tempéré par
cette addition, que si l'on avait mis de l'eau en la place
de l'esprit de vin.
On peut faire de l'esprit de sel avec le sel décrépité
en la même manière.

pict
@

432 C O U R S
----------------------------------------------------------
C H A P I T R E XVI.
Du Nitre ou Salpêtre.
Le nitre I L y a de l'apparence que le nitre des Anciens était
des An- ou le Natron d'Egypte, ou un sel qui se trouve dans
ciens n'é- la terre en masses grises compactes, ou le Borat naturel,
tait pas ou le sel qu'on tire de l'eau du Nil & de plusieurs
salpêtre. autres rivières; il se peut même que tous ces sels
soient des espèces de leur nitre: mais celui des Modernes
n'est autre chose que le salpêtre, & c'est de
celui-là dont nous entendons parler.
Ce que Le nitre est un sel acide, aérien ou empreint des
c'est que esprits de l'air qui le rendent volatil, il se tire des
le salpê- pierres & des terres qu'on a démolies des vieux bâtiments.
tre, & On en trouve aussi dans les caves & dans plusieurs
d'où on le autres lieux humides, parce que l'air se condense
tire. dans ces endroits, & se lie assez facilement
avec la pierre.
Le salpêtre se fait aussi quelquefois par l'urine des
animaux qui tombe sur des pierres ou dans des terres;
quelques-uns même ont cru que tout le salpêtre venait
de-là, mais nous voyons tous les jours qu'on en
retire des lieux où il n'y a eu aucune urine. Ce sel est
moitié volatil & moitié semblable au sel Gemme,
nous le prouverons dans la suite. On trouve aussi en
temps sec aux pays, chauds, du salpêtre naturel attaché
contre des murailles & des rochers en petits cristaux,
on les sépare en houssant doucement ces lieux
avec des balais, & l'on appelle par cette raison ce
Salpêtre salpêtre, salpêtre de houssage; il est préférable au
de hous- salpêtre ordinaire pour la composition de la poudre
sage. à canon, & pour les eaux fortes, parce qu'on ne la
fait passer que légèrement sur les cendres, & qu'il
est moins empreint de leur sel; il doit être choisi
net
@

D E C H I M I E. 433

net en cristaux, prenant feu facilement sur les charbons
allumés: Les Anciens l'appelaient Aphronitrum. Aphroni-
On nous apporte des Indes Orientales un beau salpêtre trum.
très estimé, principalement pour la poudre à
canon, on dit qu'il naît proche de Pegu abondamment,
& qu'on en voit s'élever de certaines terres
désertes & stériles en cristaux blancs, aussi près à
près l'un de l'autre que de l'herbe, on n'a qu'à le
ramasser & à le purifier, parois semblable à notre
salpêtre raffiné.
La grande violente flamme qui arrive dès qu'on a
jeté le salpêtre sur du charbon, & les vapeurs rouges
qu'il rend quand on l'a réduit en esprit, ont obligé
les Chimistes à croire que ce sel était inflammable;
& par conséquent tout rempli de soufre, puisque
le soufre est le seul principe qui s'enflamme; mais s'ils
eussent suspendu leur jugement jusques à ce qu'ils
eussent fait davantage d'expériences, ils auraient non
seulement reconnu que le salpêtre n'est point inflammable Le salpê-
de sa nature, mais ils auraient eu sujet de tre n'est
douter s'il est entré quelque portion de soufre dans la point in-
composition naturelle de ce sel; car si le salpêtre flammable.
était inflammable de lui-même comme les soufres, il
brûlerait en des lieux où il n'y aurait point de soufre:
par exemple, dans un creuset rougi au feu, mais il ne
s'y enflammera jamais en quelque quantité qu'on l'y
mette, & quelque violence de feu qu'on lui donne. Il
est bien vrai que si vous jetez du salpêtre sur du
charbon allumé, il se fait une grande flamme, mais ce
n'est qu'à raison des fuliginosités sulfureuses du
charbon qui sont raréfiées & élevées avec violence par
le volatil du nitre, comme nous prouverons dans l'opération
du nitre fixe.
Pour ce qui est du soufre qu'on veut que le salpêtre On ne peut
contienne, on ne peut le démontrer par quelque opération point prou-
que ce soit, car les vapeurs rouges qui en sortent ver qu'il y
ne sont non plus inflammables que le nitre, quand ait du sou-
E e
@

434 C O U R S
fre dans le elles ne sont point mêlées avec une matière sulfureuse,
salpêtre. & il y a bien plus d'apparence que ce sel soit
exempt de soufre, si l'on considère sa netteté, sa
transparence, son acidité & sa vertu rafraîchissante,
qui ne s'accordent guère avec les effets du soufre qui
sont ordinairement de rendre opaque, de lier l'acidité
& d'échauffer.
----------------------------------------------------------
Purification du Salpêtre.
P Urifier le salpêtre est le dépouiller d'une partie
de son sel fixe, & d'un peu de terre bitumineuse
qu'il contient.
Faites fondre dix ou douze livres de salpêtre dans
une quantité suffisante d'eau; laissez reposer la dissolution
& la filtrez, puis la faites évaporer dans un
vaisseau de verre ou de terre jusques à diminution de
la moitié, ou jusques à ce qu'il commence à paraître
une petite pellicule dessus; transportez alors vôtre
vaisseau dans un lieu frais, l'agitant le moins que
vous pourrez, & l'y laissez jusques au lendemain,
vous trouverez des cristaux qu'il faut séparer d'avec
la liqueur; faites évaporer derechef cette liqueur
jusques à pellicule, & remettez le vaisseau dans un
lieu frais, il se fera de nouveaux cristaux; réitérez les
évaporations & les cristallisations jusques à ce que
vous ayez retiré tout votre salpêtre.
Sel fixe Notez que dans les dernières cristallisations vous
de salpê- aurez un sel tout-à-fait semblable au sel marin, ou au
tre. sel gemme, il faut le garder à part, il peut servir à
assaisonner le manger.
Salpêtre Les premiers cristaux sont le salpêtre raffiné.
raffiné. On peut faire fondre & purifier le salpêtre encore
plusieurs fois dans de l'eau, & observer à chaque fois
tout ce que nous avons dit, afin qu'il soit bien blanc
& purifié de son sel marin.
@

D E C H I M I E. 435

Le salpêtre raffiné est très apéritif; il rafraîchit en Vertus.
fixant les humeurs trop agitées & il les pousse par
les urines. On en donne dans les fièvres chaudes,
dans les gonorrhées & dans plusieurs autres maladies:
La dose en est depuis dix grains jusques à une Dose.
dragme, dans un bouillon ou dans une autre liqueur
appropriée.

R E M A R Q U E S.

L A première purification qu'on donne au salpêtre Première
est celle-ci; on pulvérise grossièrement les pierres purifica-
& les terres qui le contiennent, on les fait bouillir tion du
dans beaucoup d'eau, afin que le salpêtre s'y dissolve; salpêtre,
on coule la dissolution, puis on la verse sur de la moyen de
cendre pour en faire une lessive & dégrader par ce le dégrais-
moyen le sel; après qu'on a passé & repassé plusieurs ser.
fois la liqueur sur les cendres, on la fait évaporer &
cristalliser.
Si au lieu de verser la dissolution du salpêtre sur
des cendres, on se contente de la mettre évaporer sur
le feu dans une chaudière ou autre vaisseau, jusqu'à
ce qu'elle s'attache à une écumoire qu'on trempera
dedans; & qu'elle paroisse en consistance d'huile, de
couleur jaunâtre ou brune; on aura une liqueur graisseuse Mère de
& épaisse, que les ouvriers appellent mère de salpêtre
salpêtre ou eau de mère. eau de mère.
Le sel des cendres qui se mêle dans le salpêtre, augmente
sa partie fixe. Or quoique ce sel soit alcali,
il change de nature, parce que ses pores ont été
remplis par l'acide du salpêtre: ce sel nitre qu'on a
tiré par cette première purification est appelé salpêtre
commun: le dernier sel qu'on en retire ne doit
point être mêlé avec le premier, parce qu'il est presque
fixe, & par conséquent moins bon: si ou le fait
distiller comme le sel marin, on en tirera un esprit Eau réga-
acide qui est une espèce d'eau régale ou un dissolvant le.
de l'or. E e 2
@

436 C O U R S
La terre dont on a tiré le salpêtre étant remise à
l'air, & remuée de temps en temps, se ré-empreint de
la même espèce de sel.
Les longs cristaux que nous voyons au salpêtre
proviennent de sa partie volatile: car ce qui se cristallise
le dernier est fixe comme le sel marin, & il en
tient la figure.
Le salpêtre ne se raffine jamais si bien, qu'il ne
contienne toujours un sel semblable au sel gemme ou
au sel marin, mais en moindre quantité que devant.
Moyen Quand on a fait bouillir le salpêtre long temps à
de fixer le grands bouillons dans de l'eau, une partie des esprits
salpêtre. se dissipent, & à la fin il ne reste qu'un sel semblable
au sel marin ou au sel gemme: ce qui prouve que le
salpêtre n'est qu'un sel gemme plus rempli d'esprits
que l'autre, comme nous avons dit en parlant des
Principes.
Moyen Quand on veut faire cristalliser quelque sel, il faut
de faire qu'il soit dissout dans une proportion d'eau convenable;
bien cri- car s'il y en avait trop, le sel serait trop affaibli,
stalliser & il ne pourrait pas se coaguler; & si au contraire il
un sel. en restait trop peu, les cristaux seraient confus. Pour
donc les faire beaux, il faut retirer le vaisseau du feu
lorsque vous voyez paraître une pellicule sur la liqueur,
ce qui est une marque qu'il reste un peu moins
d'humidité qu'il n'en faut pour tenir le sel dissout;
ainsi quand on l'a posé en un lieu frais, il ne manque
pas à se figer.
Les sels acides, & entre ceux-là les volatils se cristallisent
en bien moins de temps que les autres.
Lorsqu'on a une grande quantité de salpêtre commun
à purifier, on le met dans une ou dans plusieurs
grandes chaudières étamées, & l'on verse dessus autant
qu'il faut d'eau commune pour le dissoudre: on
met du feu dessous, & quand le sel étant fondu, la
liqueur commence à bouillir, on en enlève avec une
écumoire, la première écume qu'on appelle boue de
@

D E C H I M I E. 437

salpêtre, on continus à faire bouillir doucement Boue de
cette liqueur, jusqu'à ce qu'elle ait acquis un peu plus salpêtre.
de consistance, on y jette alors un peu de vitriol
blanc ou d'alun en poudre pour la clarifier, il s'élève Clarifica-
à la superficie une écume noire qui s'épaissit, on la tion du
sépare peu-à-peu avec l'écumoire autant exactement salpêtre.
qu'il est possible; quand la liqueur est dépouillée de
cette écume, on la verse toute bouillante avec des
grandes cuillers ou autrement dans un autre vaisseau
haut & étroit, qu'on appelle cave à rasseoir, & on la Cave à
couvre d'un morceau de drap, pour entretenir quelque rasseoir.
temps sa chaleur, & empêcher qu'elle ne refroidisse
trop tôt, on la laisse en repos une heure & demie
ou deux heures, pendant ce temps-là il se précipite
au fond du vaisseau des fèces jaunes en manière
de lie, & la liqueur devient claire & belle, on la sépare
alors de dessus ses fèces pendant qu'elle est encore
un peu chaude, la versant par inclination dans Jattes,
des vaisseaux qu'on appelle jattes ou bassines à rocher: bassines à
on couvre ces vaisseaux d'un drap, & l'on rocher.
laisse la liqueur en repos pendant un jour ou deux;
ou jusqu'à ce que le salpêtre se soit congelé en beaux
cristaux grands, clairs, blancs, transparents qui sont
ordinairement de figure sexangulaire; on retire alors
ces cristaux de dedans les jattes, & on les met dans Salpêtre
une cuve percée au fond, où ils s'égouttent, c'est le sal- raffiné.
On met évaporer sur le feu la liqueur restante à
diminution d'environ la moitié, puis on la laisse refroidir,
il s'y forme des cristaux un peu moins beaux
que les premiers: On continue le même procédé jusqu'à
ce qu'on ait retiré tout le salpêtre, mais les derniers
cristaux, qui sont en petite quantité, doivent
être mis à part, parce qu'ils contiennent beaucoup de
sel fixe.
On purifie une seconde fois le même salpêtre raffiné,
non seulement pour en séparer quelque légère
E e 3
@

438 C O U R S
portion de crasse qui pourrait y être resté mais
pour le priver de sa partie fixe, il est alors moins sujet
à s'humecter.
Choix. Le salpêtre doit être choisi bien raffiné, en longs
cristaux beaux, nets, transparents, comme il a été
dit, rafraîchissants la langue lorsqu'on en applique
dessus, jetant beaucoup de flamme quand on en met
sur des charbons ardents.
Comment Le salpêtre rafraîchit, parce qu'étant acide il appesantit
le salpêtre les humeurs, qui par leur trop grande agitation
rafraîchit. faisaient la chaleur dans le corps, & les précipite
par les urines; car les sels volatils & les soufres
dont tous les corps sont remplis, sont facilement
fixés & embarrassés par les acides.
----------------------------------------------------------
Cristal minéral appelle Sel de prunelle.
C Ette opération est un salpêtre duquel on a enlevé
une partie du volatil par le moyen du soufre
& du feu.
Concassez trente-deux onces de salpêtre raffiné, &
le mettez dans un creuset que vous placerez dans un
fourneau entre les charbons ardents. Lorsque le salpêtre
sera en fusion, jetez-y, à diverses reprises,
demi-once de fleur de soufre; la matière s'enflammera
aussitôt, & les esprits du salpêtre les plus volatils
seront enlevez; quand la flamme sera passée, la matière
restera en fusion fort claire. Prenez le creuset
avec des pincettes, & le renversez dans une bassine
d'airain plate bien nette, & qu'on aura un peu
chauffée auparavant de peur qu'il n'y reste de l'humidité;
Purifica- remuez la bassine entre les mains, afin que le fer
tion. s'étende en refroidissant; c'est ce qu'on appelle sel de
prunelle; il s'en trouvera vingt-huit onces; il faut
pour l'avoir bien pur, le faire fondre dans une quantité
suffisante d'eau, filtrer la dissolution & la faire
@

D E C H I M I E. 439

cristalliser, comme nous avons dit en la purification
du salpêtre.
On le dit être meilleur que le salpêtre raffiné pour
la Médecine, parce qu'on prétend que le soufre l'a
corrigé. On le donne pour rafraîchir & pour faire Vertus.
uriner toutes les fièvres ardentes, dans les squinancies,
dans les gonorrhées, & dans les autres maladies qui
proviennent de chaleur & d'obstruction. La dose en Dose.
est depuis dix grains jusques à une dragme dans du
bouillon ou dans une autre liqueur appropriée à la
maladie.

R E M A R Q U E S.

C Ette préparation est appelé Sel ou pierre de prunelle, Sel ou
soit parce que le sel essentiel qu'on tire des pierre de
prunelles doit avoir à peu près la même vertu & la prunelle
figure du cristal minéral, ou parce qu'on le donne pourquoi
dans des fièvres chaudes, dont la chaleur est comparée ainsi ap-
à celle d'un charbon ardent qu'on appelle Pruna; pellée.
les Allemands lui donnent la forme d'une prunelle,
après l'avoir teint en rouge avec des roses.
Le salpêtre se met en fusion bien plus facilement
que le sel marin, parce qu'il contient moins de
terre.
Les Anciens ont crû qu'il était nécessaire de jeter Le salpê-
des fleurs de soufre sur le salpêtre fondu, afin de le tre raffiné
rendre plus apéritif, mais par là on le prive de ses vaut mieux
esprits les plus pénétrants que le soufre enlève avec que le cri-
lui: ainsi au lieu de le rendre plus ouvert & plus efficace, stal miné-
on lui ôte ce qu'il a de meilleur. Il est aisé ral pour
de voir que cet abus est un de ceux qui se sont glissés la Méde-
insensiblement, & qui diminuent beaucoup les utilités cine.
qu'on recevrait de la Médecine Chimique, il
faut s'appliquer à bien examiner de quoi sont composées
les choses naturelles, avant que de se proposer
de leur donner des correctifs. Je conseillerais
E c 4
@

440 C O U R S
donc qu'on se servit simplement du salpêtre raffiné
ou purifié de son sel fixe par trois ou quatre diverses
fois, comme nous avons décrit; & je m'assure,
après l'expérience que j'en ai faite souvent,
qu'il satisfera mieux les intentions de ceux qui l'emploient,
que quand il aura été préparé avec le soufre.
La diminution qui se fait du salpêtre ne vient pas
seulement des parties volatiles qui se sont élevées
avec le soufre, elle vient aussi de l'humidité aqueuse
que ce sel contient toujours & qui s'évapore.
Falsifica- On falsifie souvent le cristal minéral en y mêlant
tion, & le de l'alun de roche durant la fusion & si l'on se sert
moyen de d'un salpêtre qui ne soit pas bien pur, cet alun le purifie
la connaî- en écartant aux côtés du creuset une écume grossière,
tre. le cristal minéral en est beaucoup plus blanc,
mais il en est moins pur & moins bon. On en peut reconnaître
la falsification, en ce que le cristal minéral
fait de cette manière est plus luisant que l'autre, &
c'est l'alun qui lui donne cette couleur. Ceux qui
portent ce cristal minéral dans les boutiques, attirent
les Marchands par la beauté de leur ouvrage, &
par le bon marché qu'ils en font; car l'alun ne coûte
guère, mais il s'en faut beaucoup qu'il ne fasse
d'aussi bons effets que l'autre.
----------------------------------------------------------
Sel Polychreste.
C Este opération est un salpêtre figé par le soufre
& par le feu.
Pulvérisez & mêlez exactement parties égales de
salpêtre & de soufre commun; jetez environ une once
de ce mélange dans un bon creuset que vous aurez
auparavant fait rougir au feu, il se fera une grande
flamme, laquelle étant passée, jetez-y encore autant
de matière, & continuez ainsi jusques à ce que
tout votre mélange soit employé; entretenez le feu
@

D E C H I M I E. 441

encore pendant environ une demi-heure, en sorte que
le creuset soit toujours rouge, puis le renversez dans
une bassine d'airain bien séchée au feu. La matière
étant refroidie, pulvérisez-la & la faites fondre dans
une quantité suffisante d'eau; filtrez la dissolution,
& la faites évaporer dans une terrine de grès, ou dans
un vaisseau de verre, au feu de sable, jusques à siccité.
Si ce sel n'était pas tout-à-fait blanc, c'est qu'il Purifica-
contiendrait encore du soufre, il faut le calciner à tion du sel
grand feu dans un creuset en l'agitant avec une spatule polychre-
pendant trois ou quatre heures, ou jusques à ce ste.
qu'il soit bien blanc, puis réitérer la dissolution dans
de l'eau, la filtration & l'évaporation; on aura un sel
polychreste très pur.
Il faut rejeter comme inutile, ce qui sera demeuré
dans les filtres.
Le sel polychreste purge les sérosités par le ventre Vertus.
& quelquefois par les urines: La dote en est depuis Dose.
demi-dragme jusques à six dragmes dans une ligueur
appropriée.

R E M A R Q U E S.

C E sel n'est proprement qu'un salpêtre dépouillé Etymolo-
de sa partie volatile par le soufre, il est gie.
le Polychreste du mot Grec πολύχρηστος, c'est-à-dire,
servant à plusieurs usages, parce qu'on s'en sert non
seulement pour purger par les selles, mais pour faire
uriner, étant pris au poids d'une ou de deux dragmes
dans une pinte d'eau le matin, comme une eau minérale.
On l'emploie communément dans les infusions
de senné, depuis un scrupule jusques à quatre, tant
afin d'augmenter le purgatif, que pour tirer plus fortement
la teinture du senné. Quelques-uns même en
font prendre six dragmes dans une chopine ou dans
une pinte d'eau pour purger fortement; mais je ne
conseillerais point d'user de ce purgatif tout seul, à
@

442 C O U R S
cause des picotements qu'il donne en passant dans
l'estomac.
Le sel po- On ne doit point se servir du sel polychreste qu'il
lychreste n'ait été rendu bien blanc & bien pur; car quand il y
doit être reste quelque partie grossière du soufre, il est sujet à
bien pur. exciter des vertiges, des stupeurs de nerfs & des soulèvements
d'estomac.
La spatule de fer, avec laquelle on agite le sel polychreste
en le calcinant, lui communique quelque-
fois une impression du métal qui lui donne une couleur
rougeâtre, c'est ce que les premiers Chimistes,
Set poly- qui ont traité de la préparation du sel polychreste
creste de commun, ont appelé couleur de rose: Cette impression
couleur martiale ne peut être qu'utile & favorable
de rose. pour augmenter sa qualité apéritive & désobstruente,
mais la couleur se dissipe à mesure que la purification
du sel se fait.
Poids. Si vous avez employé seize onces de salpêtre raffiné
& autant de soufre en cette opération, vous ne retirerez
que trois onces & demie de sel polychreste
bien purifié; mais si vous y avez mis du salpêtre
commun en la place du raffiné, vous aurez cinq onces
de polychreste aussi blanc que l'autre.
Cette différence de poids vient de ce que le salpêtre
commun contient plus de sel fixe que le salpêtre
raffiné.
Sel Poly- On peut faire cristalliser le sel polychreste comme
creste on a fait cristalliser le salpêtre & les autres sels. Les
cristallisé. cristaux en sont fort petits & approchants de ceux du
sel marin, mais ils sont plus aigus.
Différen- Quoique le cristal minéral & le sel polychreste
ce des ac- aient été faits par des matières semblables, il y a
tions du beaucoup de différence dans leurs vertus & effets;
cristal mi- Le premier qui n'a point été épuisé du volatil du
néral & salpêtre, qui en renferme toujours beaucoup, nonobstant
de sel po- la petite détonation qu'on lui a donnée, trouve
lychreste. dans le corps de la disposition à s'y exalter, à s'y
@

D E C H I M I E. 443

distribuer & à circuler dans les urines & dans les
vaisseaux lymphatiques, c'est pourquoi il lève les obstructions
& pousse par les urines: Le dernier au
contraire qui est le sel polychreste, étant une substance
fixe, a la peine de tomber & de s'arrêter dans l'estomac
& dans les intestins, où il a tout le temps par
le séjour qu'il y a fait d'atténuer les humeurs, & de
produire sa fermentation de purgatif; il est bien vrai
qu'en certains tempéraments le cristal minéral pris
par la bouche purge, & le sel polychreste fait uriner,
mus il s'en faut bien que ces effets ne soient si ordinaires
que ceux dont j'ai parlé.
Monsieur Seignette, Apothicaire de la Rochelle, Sel poly-
duquel j'ai déjà parlé, a mis en usage un sel polychreste chreste de
qui paraît d'abord être semblable à celui que Monsieur
j'ai décrit; mais lorsqu'on l'a examiné, on reconnaît Seignette.
une notable différence, tant dans les cristallisations &
lorsqu'on en jette dans le feu, que dans les effets: car
au lieu que six dragmes de celui-ci étant prises, comme
nous avons dit, causent des tranchées en picotant
les membranes de l'estomac, celui de Monsieur Seignette
en même quantité, purge fort bénignement
sans aucunes tranchées, comme il le dit dans un petit
Traité qu'il a fait touchant les usages de ce polychreste.
Et c'est ce que j'ai reconnu aussi après en avoir fait
user à beaucoup de personnes. La composition de ce
sel n'est sue que de lui, qui l'ayant assez mis en réputation
dans les principales Villes de France, m'en a
laissé pour distribuer & pour m'en servir à Paris. Plusieurs
personnes ont tâché de contrefaire ce sel, mais
ils n'y ont pas réussi; Monsieur Seignette son fils, Médecin
de S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orléans, qui
demeure présentement à la Rochelle, continue d'en
préparer & de m'en envoyer.
Le même Monsieur Seignette a encore mis en usage Set alcali
plusieurs espèces de sel, & entre autres celle qu'il nitreux.
nomme sel alcali nitreux. En effet ce sel bouillonne
@

444 C O U R S
avec les plus puissants acides & les détruit, mais
avec effervescence froide qu'on peut faire dans la
main.
Vertus. Il est apéritif, résolutif, très propre pour lever les
obstructions, pour la pierre, pour provoquer les mois
Dose. aux femmes, sans échauffer. La dose en est depuis
une dragme jusqu'à trois dans du bouillon, ou dans
une autre liqueur appropriée.
----------------------------------------------------------
Esprit de nitre.
L 'Esprit de nitre est une liqueur fort acide &
corrosive qu'on tire du salpêtre par la distillation.
Pulvérisez & mêlez exactement deux livres de salpêtre
de houssage & six livres d'argile séchée: mettez
ce mélange dans une grande cornue de grès ou
de verre lutée, que vous placerez dans un fourneau
de réverbère clos; adaptez-y un grand ballon ou récipient,
& donnez dessous un très petit feu, pendant
quatre ou cinq heures, afin de faire sortir tout le
phlegme qui distillera goutte à goutte. Lorsque vous
verrez qu'il ne distillera plus rien, jetez comme inutile
ce qui se trouvera dans le récipient & l'ayant
ré-adapté, il faut luter les jointures, & augmenter le
feu peu-à-peu, jusques au second degré, il sortira des
esprits qui rempliront le ballon de nuages blancs; entretenez
alors le feu pendant deux heures au même
degré, puis l'augmentez jusques à la dernière violence,
& les vapeurs venant rouges, continuez à pousser
le feu jusques à ce qu'il n'en sorte plus, l'opération sera
faite en quatorze heures. Les vaisseaux étant refroidis;
délutez les jointures, renversez votre esprit
de nitre dans une bouteille de grès, laquelle vous boucherez
avec de la cire.
On se sert de l'esprit de nitre pour la dissolution
@

D E C H I M I E. 445

des métaux, c'est la meilleure de toutes les eaux fortes,
& la vertu corrosive des autres eaux de cette nature,
vient principalement du nitre qui est entré dans
leur composition.

R E M A R Q U E S.

O N pourrait suivant l'intention de quelques-uns,
mêler quatre parties de terre grasse sur une partie
de nitre, quand on en veut tirer l'esprit; mais on y
réussira mieux & avec moins d'embarras, en y procédant,
comme j'ai dit; car comme la terre ne sert ici
que d'un intermède pour étendre ce sel, afin que le
feu agissant plus facilement sur lui, en détache les
esprits, il est fort inutile d'en mettre plus qu'il n'en
faut pour cet effet. De plus, cette trop grande quantité
de terre ne peut qu'affaiblir les esprits & en occupant
trop d'espace, empêcher qu'on n'en tire autant
qu'on ferait par une même cornue.
Je rejette le phlegme, parce qu'il ne fait qu'affaiblir
l'esprit. Les vapeurs blanches viennent de la partie
volatile du salpêtre, & elles font l'esprit le plus
faible; mais les vapeurs rouges viennent de la partie
fixe, & elles font l'esprit le plus fort; c'est aussi pourquoi
l'on pousse le feu très violemment sur la fin. On
appelle ordinairement cet esprit fixe, Sang de Salamandre. Sang de
De tous les sels, il n'y a que le nitre qui donne Salaman-
des vapeurs rouges. dre.
Quand le salpêtre est de houssage, il ne reste que
de la terre dans la cornue.
J'ai fait bouillir plusieurs fois très exactement dans
de l'eau, la terre qui était restée après la distillation On trou-
de l'esprit de nitre; & ayant fait évaporer la liqueur ve du vi-
filtrée, je n'y ai trouvé ordinairement aucun sel, triol dans
mais quelquefois il s'y est rencontré un peu de vitriol les terres
de même qu'on en trouve dans plusieurs terres argileuses. argileu-
ses.
@

446 C O U R S
Poids. J'ai observé aussi que de deux livres de salpêtre de
houssage, on retire une livre quatorze onces de liqueur,
tant en phlegme qu'en esprit.
Il faut que le tiers de la cornue, dans laquelle on
fait l'opération, demeure vide, & que le ballon soit
fort grand, car autrement ces esprits sortant avec impétuosité,
crèveraient pour se faire place.
----------------------------------------------------------
Esprit de nitre dulcifié.
C Ette opération est un esprit de nitre dont le
plus subtil des pointes a été rompu ou s'est évaporé.
Mettez dans un grand matras huit onces de bon esprit
de nitre & autant d'esprit de vin bien déphlegmé;
posez votre matras sur un rondeau de paille sous la
Grande cheminée, la liqueur s'échauffera sans qu'on mette
ébullition. le vaisseau fur le feu, & demi-heure ou une heure
après , elle bouillira fortement; évitez les vapeurs
rouges qui sortiront en abondance par le cou du matras
& quand l'ébullition sera passée, vous trouverez
votre liqueur claire au fond. Elle sera diminuée
de la moitié: versez-la dans une fiole & la gardez,
c'est l'esprit de nitre dulcifié.
Vertus. Il est bon pour la colique venteuse & néphrétique,
pour les maladies hystériques & pour toutes les obstructions.
Il fait quelquefois des effets surprenants
pour les vapeurs, car il les abat & les dissipe en un
Dose. moment. La dote en est depuis quatre jusques à
huit gouttes dans du bouillon ou dans une autre
liqueur convenable à la maladie.
pict
@

D E C H I M I E. 447

R E M A R Q U E S.

I L faut laisser le matras débouché; car ou les vapeurs
enlèveraient le bouchon s'il y en avait un, ou
bien elles casseraient le vaisseau; le matras est si chaud
pendant l'ébullition, qu'on ne pourrait pas souffrir
la main dessus.
La chaleur & l'ébullition commencent plutôt ou
plus tard, selon que les esprits qu'on emploie ont été
plus ou moins dephlegmés, ou selon que le temps
plus chaud ou plus froid. En été, si en retirant du
cou de la cornue, le ballon de l'esprit de nitre bien
dépouillé de son phlegme, comme il a été dit, on en
verse dans un matras, on y mêle peu-à-peu de l'esprit
de vin, le bouillonnement se fera dans le même
moment avec bruit, violence, grande chaleur & fumées
rouges; il faut continuer à verser de l'esprit de
vin sur l'esprit de nitre, jusqu'à ce qu'il ne se fasse
plus d'effervescence, ce qui dure ayez long temps.
Dans l'hiver il faut faire chauffer la liqueur par un
petit feu de sable, & quand elle sera un peu chaude,
la retirer du feu & l'agiter, elle bouillira. Les dernières
vapeurs qui s'élèveront dans le matras par l'une
ou par l'autre manière d'opérer seront blanches.
Cet effet est surprenant, car l'esprit de nitre étant Ebullition
un fort acide, & l'esprit de vin un soufre, on ne sans alca-
peut pas dire qu'il y ait ici d'alcali pour faire ébullition li.
avec l'acide selon la règle commune; & cette
opération montre bien qu'on ne peut pas tout expliquer
pas les seuls principes de l'acide & de l'alcali,
comme quelques-uns prétendent.
Cette opération a bien du rapport avec ce qui se
fait quand on racle l'huile de térébenthine avec l'huile
de vitriol dans une bouteille; car le mélange de
ces liqueurs s'échauffe & bouillonne à peu près de
même; nous en dirons quelque chose dans la suite. Il
@

448 C O U R S
y a pourtant cette différence que l'esprit de nitre étant
plus volatil que l'huile de vitriol, il excite une effervescence
bien plus grande.
L'esprit Afin donc de pouvoir expliquer cette ébullition, il
de nitre faut savoir deux choses. La première, que l'esprit
contient de nitre contient beaucoup de parties de feu qui sont
des parties enfermées dans son acide, mais qui ne laissent pas
de feu. d'avoir toujours quelque mouvement apparent; car
ce sont elles qui font perpétuellement fumer cet esprit.
La seconde, que l'esprit de nitre est encore plus
inflammable que le salpêtre, lorsqu'il est mêlé avec
une substance sulfureuse, & la raison en est qu'il
est plus raréfié que le salpêtre.
Ainsi quand on mêle cet esprit acide avec l'esprit
de vin, qui est un soufre fort exalté & fort susceptible
du mouvement, le volatil de l'esprit de nitre se
lie à ce soufre, & il s'en fait un mélange très capable
de s'enflammer; c'est aussi après ce mélange que les
corpuscules ignés, qui étaient dans l'esprit de nitre,
tendant toujours à s'élever, mettent la liqueur en un
si grand mouvement, qu'il semble qu'elle aille s'enflammer,
& elle s'enflammerait indubitablement, si une
portion de phlegme, qui est toujours mêlée avec ces
esprits si purs qu'ils soient, ne tempérait l'action des
parties de feu; de sorte qu'il ne se peut faire qu'une
ébullition très violente.
Explica- Cette effervescence donc vient de ce que l'esprit de
tion de vin & l'esprit de nitre qui sont comme un salpêtre
l'efferves- un soufre très exaltés, ont été presque enflammés ensemble
cence. par des corpuscules de feu qui étaient dans
l'esprit de nitre; & ce qui prouve encore ce raisonnement,
c'est que pendant l'effervescence on entend
un bruit ou une espèce de détonation approchante de
celle qui se fait quand on brûle du soufre & du salpêtre
ensemble.
Ce que Mais comme on pourrait avoir quelque difficulté,
à
@

D E C H I M I E. 449

concevoir ce que c'est que les corpuscules de feu, c'est que
j'entends par ces petits corps ignés, une matière subtile, les cor-
qui ayant été mué très rapidement, retient encore puscules
de son mouvement impétueux; quoiqu'elle soit de feu.
comme embarrassée dans des matières grossières; &
quand elle trouve quelques corps qui par leur figure
ou par leur arrangement, sont disposés à être mis en
agitation, elle les meut si fortement, que leurs partis
se frottant violemment les unes contre les autres,
il s'ensuit de la chaleur.
Or les parties sulfureuses de l'esprit de vin, & les Comment
acides volatils de l'esprit de nitre mélangés, étant la liqueur
très disposés au mouvement, comme nous avons dit: s'échauf-
ils doivent être facilement mûs & agités par ces corpuscules fe.
ignés, en sorte que leurs parties se frottant
& refrottant les unes contre les autres, elles s'échaufferont
de même que quand on frotte rudement une
pierre contre un morceau de fer, il se fait de la chaleur
& du feu.
Mais on me dira peut-être qu'il ne se doit point Objection.
faire de fermentation, s'il n'y a écartement de quelque
corps poussé par une matière plus subtile & plus
en mouvement que lui; or cette circonstance ne se
trouve point ici, puisque l'esprit de vin, l'esprit de
nitre & les corps ignés sont tous trois fort exaltés,
& il ne paraît point qu'aucune de ces substances
puisse faire résistance pour empêcher le mouvement
des autres.
Je réponds à cette objection, qu'encore que les esprits Réponse.
de vin & de nitre soient fort subtils, ils ne laissent
pas de faire une espèce de Coagulum imperceptible
par la rencontre de leurs parties insensibles
comme il se fait toujours dans le mélange des soufres
& des acides; car les parties rameuses de l'esprit
de vin s'entrelacent avec les pointes de l'esprit de nitre,
& ils se modèrent l'un l'autre dans leur mouvement
or les petits corps ignés qui ont été embarras-
F f
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450 C O U R S
sés dans cette espèce de Coagulum n'ayant point leur
mouvement libre, ils poussent avec violence de tous
côtés, & rompent leurs petites prisons en raréfiant
la liqueur.
D'où La diminution considérable qui se fait de la liqueur
vient la vient des parties les plus volatiles des esprits de vin
diminu- & de nitre qui se sont évaporés ensemble par le cou
tion. du matras, durant l'ébullition.
De quel- Ce qui reste est un esprit de nitre bien adouci; car
le manière non seulement les pointes en ont été émoussées dans
l'esprit de l'ébullition, mais l'esprit de vin étant un soufre, il les
nitre est lie & les embarrasse, en sorte qu'elles deviennent incapables
adouci. de corroder comme elles faisaient.
Comment L'esprit de nitre avant son adoucissement, avait
il change une odeur forte, désagréable, importune causant
sa mau- de la douleur à la tête par une fumée rougeâtre &
vaise o- corrosive qui en exhalait incessamment & qui était
deur en une entretenue par des parties ignées lesquelles irritaient
bonne. le nerf olfactif; mais d'abord que cet esprit a été
adouci, il a acquis une odeur agréable & réjouissante,
parce que les corpuscules ignés s'étant échappés
dans l'ébullition, & les acides ayant été émoussés ou
entortillés par les parties rameuses de l'esprit de vin,
la fumée rougeâtre cesse, & il ne sort plus de la liqueur,
qu'une douce exhalaison capable seulement
de chatouiller le nerf du nés, & de lui donner une
émotion favorable.
----------------------------------------------------------
Eau forte.
C Ette préparation est un mélange d'esprits de nitre
& de vitriol tirés par le feu, pour dissoudre
les métaux.
Pulvérisez & mêlez ensemble du salpêtre de houssage,
du vitriol d'Allemagne calciné en blancheur,
comme nous dirons en son lieu, & de la terre grasse
@

D E C H I M I E. 451

ou argile séchée de chacun trente-deux onces; mettez
ce mélange dans une cornue de grès ou de verre
lutée de laquelle le tiers demeure vide; placez votre
cornue dans le fourneau de réverbère clos, & y
ayant adapté un ballon pour récipient, il faut luter
exactement les jointures; commencez alors à donner
un petit feu, afin d'échauffer doucement la cornue;
& l'augmentez peu-à-peu; mais lorsque vous verrez
sortir les esprits en nuages rouges dans le récipient,
continuez-le pendant huit ou neuf heures dans le même
degré, puis lorsqu'il ne sortira plus tant de nuages,
& que le récipient commencera à se refroidir,
poussez le feu avec violence en mettant un morceau
de bois dans le fourneau, jusqu'à ce qu'il paroisse des
vapeurs blanches à la place des rouges; laissez alors
refroidir les vaisseaux & les délutez, vous trouverez
dans le récipient trente-quatre onces d'eau forte qu'il
faut garder dans une bouteille de grès bien bouchée
elle ne sert que pour dissoudre les métaux. Usages.

R E M A R Q U E S.

L A manière ordinaire de faire de l'eau forte n'est Manière
autre chose que de mélanger ensemble parties de faire
égales de salpêtre & de vitriol, & de faire distiller le l'eau forte
mélange comme en notre opération; mais on ne tire commune.
par là qu'une eau forte qu'on peut dire bien faible;
car le vitriol qui contient la moitié de son poids de
phlegme, abreuve beaucoup l'esprit acide qui fait la
force de l'eau forte, & énerve son action. Cette considération
m'a obligé de donner une reformulation à la
description de cette eau forte.
Si pourtant malgré ces raisons ou veut faire de l'eau
forte commune, on doit prendre garde que dans le
commencement de la distillation, le feu soit bien modéré,
car le vitriol qui n'a point été calciné, se gonfle
quand il est échauffé trop fort, & il se fait un dé-
F f 2
@

452 C O U R S
gorgement d'une partie de la matière dans le récipient.
Cet accident n'est point à craindre quand on
fait l'opération, comme je la viens de décrire; il est
vrai qu'on en tire moins mais elle est incomparablement
meilleure.
Le vitriol d'Allemagne est préférable aux autres
vitriols pour cette opération, parce qu'il participe du
cuivre qui le rend acre & pénétrant.
L'eau for- Je fais donc calciner ce vitriol en blancheur, afin
te distillé de priver l'eau forte d'un phlegme insipide qui ne
à un plus ferait que l'affaiblir. Le mélange du vitriol & du salpêtre
petit feu a quelque odeur d'eau forte, parce que le vitriol
que l'es- contient beaucoup de soufre qui se lie facilement
prit de avec la partie volatile du salpêtre, & il en
nitre. exalte quelque peu qui se fait sentir; c'est aussi ce
soufre du vitriol qui volatilisant l'esprit rouge du
nitre, fait qu'il sort plus vite & à un plus petit feu,
que quand on fait la distillation du salpêtre par le
moyen de l'argile seule.
Le nitre La plus grande corrosion de l'eau forte vient du
donne nitre: car le vitriol ne donne en comparaison que des
l'action à esprits très faibles. J'avoue que l'huile du vitriol a
l'eau for- beaucoup de corrosif, mais dix-huit ou vingt heures
te. de feu ne sont pas capables de la faire sortir, car elle
ne viendrait qu'après trois jours de distillation.
Pourquoi Le vitriol & l'argile ne servent ici que de matière
l'on y mê- pour diviser & pour étendre les parties du nitre qui
le le vi- étaient trop unies; & ils donnent par conséquent
triol & plus de prise au feu pour les raréfier, car le salpêtre
l'argile. ne rendrait jamais ses esprits s'il n'était mêlé avec
quelque matière terrestre.
Quoiqu'il n'entre pas tant de matière terrestre
dans cette opération qu'il en entre dans celle de l'esprit
de nitre, elle ne laisse pas de se faire bien, parce
que les soufres du vitriol aident aux esprits à se
détacher.
Si l'on entretenait un grand feu sous la cornue pendant
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D E C H I M I E. 453

cinq jours & autant de nuits, le ballon serait
toujours rempli de nuages, parce que le vitriol rendrait
ses esprits pendant tout ce temps-là.
On ajoute quelquefois à la composition de l'eau
forte, de l'alun & de l'arsenic, mais la description
que nous avons donnée est la meilleure.
L'eau forte & l'esprit de nitre fument toujours L'eau for-
quand ils sont bien déphlegmés, mais l'eau forte jette te fume.
ordinairement plus de fumée que l'esprit de nitre à
cause du soufre du vitriol qui y est mêlé.
II reste dans la cornue soixante & deux onces d'une Poids.
matière rouge, de laquelle on pourrait se servir comme
d'un astringent, pour appliquer intérieurement.
On retire cette matière sans rompre la cornue, on
n'en pourrait pas faire de même à l'égard de la masse
qui reste après la distillation de l'eau forte ordinaire.
Si l'on met dissoudre cette masse dans de l'eau commune,
qu'on filtre la dissolution & qu'on fasse évaporer
l'humidité, il restera un sel fort blanc à qui l'on a Arcanum
donné le nom de Arcanum duplicatum, ou de Sal de duplica-
duobus; il est apéritif. La dose en est depuis huit tum. Sal
grains jusqu'à un scrupule: si l'on en donne davantage, de duobus.
il excite le vomissement. Vertus.
On peut tirer un sel pareil à celui-là, de la matière
rouge qui reste après la distillation de mon eau forte
reformée; car la terre grasse que j'y ai ajoutée
étant privée des principes actifs, n'apporte aucune
altération ni changement au sel, il sera même aussi
blanc que l'autre.

pict

F f 3
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454 C O U R S
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Fixation du salpêtre en sel alcali, par le moyen
du charbon.
C Ette opération est un salpêtre rendu poreux par
la calcination & par la cendre du charbon qui s'y
est mêlée.
Mettez seize onces de salpêtre dans un creuset qui
soit grand & fort; placez ce creuset entre les charbons
ardents, & quand le salpêtre sera fondu, jetez-
y une cuillerée de charbon en poudre grossière; il se
Détona- fera une grande flamme & une détonation, lesquelles
tion vio- étant passées, vous en remettrez encore autant, &
lente. vous continuerez ainsi jusqu'à ce que la matière ne
s'enflamme plus, mais qu'elle reste fixe au fond du creuset:
versez-la alors dans un mortier bien chaud, &
quand elle sera refroidie, mettez-la en poudre, &
la faites fondre dans une quantité suffisante d'eau:
filtrez la dissolution par le papier gris, & faites évaporer
toute l'humidité dans une terrine de grès ou
dans un vaisseau de verre, au feu de sable: il vous
restera un sel qu'il faut garder dans une fiole bien
bouchée.
Vertus. Ce sel a un goût semblable à celui du sel de tartre,
& il diffère peu en vertu, il ouvre les obstructions,
il pousse par les urines & quelquefois par les selles;
Dose. La dose en est depuis seize jusqu'à trente grains,
dans quelque liqueur convenable.
On s'en peut servir pour aider à tirer la teinture du
senné. On en peut aussi tirer une teinture rouge avec
l'esprit de vin, comme du sel de tartre.
Liqueur Si l'on met ce sel à la cave, il se résout en une liqueur
de nitre semblable à l'huile de tartre: on l'emploie à l'extraction
fixe. de la teinture des végétaux & des minéraux.
@

D E C H I M I E. 455

R E M A R Q U E S.

I L faut que le creuset ne soit rempli de salpêtre
qu'à moitié, parce que la détonation est si violente,
que la matière passerait par-dessus, s'il y en avait trop.
Quand le creuset n'est pas bien fort, il se casse vers
la moitié de l'opération & une partie de la matière
se perd.
Cette détonation est plus violente que celle qui se
fait avec le mélange du salpêtre & du soufre commun,
parce que le soufre du charbon est plus raréfié
que le soufre commun.
Le nitre ne s'enflammerait jamais étant seul dans le
creuset sur le feu quelque violemment qu'on le poussât,
& le charbon, quoiqu'il soit rempli de fuliginosités Cause de
ou de parties d'huile, ne jette qu'une petite la détona-
flamme bleue; mais lorsque ces deux matières sont mêlées tion.
ensemble, les parties volatiles du nitre s'étant
liées avec le charbon qui est huileux, elles le raréfient
& l'exaltent avec tant de violence, qu'il se fait une Cette
grande flamme. Or cette opération confirme assez que opération
le salpêtre ne sert ici que pour raréfier la flamme des montre
soufres, & qu'il n'en donne aucune de lui-même, que le sal-
puisque aussitôt que le charbon que vous avez mis pêtre n'est
dans le creuset est brûlé, la flamme cesse, & il ne s'en fait point in-
point de nouvelle, que vous ne jetiez d'autre charbon, flammable.
avec lequel une proportion convenable du volatil
du salpêtre qui est resté, se lie & se raréfie. Ainsi
l'on continue à mettre de nouveau charbon tant qu'il
s'enflamme; mais sur la fin de l'opération, comme il
reste peu de parties volatiles du nitre, la détonation
est bien moins violente & la flamme n'en pas si grande,
jusqu'à ce qu'enfin le charbon ne trouvant plus rien
dans le salpêtre qui l'élève, il ne brûle que comme il
a coutume de faire étant seul.
Si vous vous servez de salpêtre commun pour cet-
F f 4
@

456 C O U R S
te opération, vous emploierez trois onces & demie
Poids. de charbon, & vous retirerez douze onces de sel purifié;
mais si vous vous servez de salpêtre raffiné,
vous emploierez sept onces de charbon, & vous ne
retirerez que trois onces de sel purifié.
Le différence de ces poids vient de ce que le salpêtre
raffiné contenant beaucoup plus de parties volatiles
que l'autre, il faut aussi beaucoup plus de charbon
pour les élever, & il reste bien moins de sel fixe,
par la même raison.
Purifica- Le nitre fixe étant préparé, comme nous l'avons
tion du décrit, il est un peu gris: pour le blanchir, il faut le
nitre. calciner à grand feu, dans un creuset en le remuant
incessamment avec une spatule; quand il aura demeuré
environ une heure rougi au feu, il deviendra
fort blanc. Il faut alors le faire fondre dans de l'eau,
filtrer la dissolution & en faire consumer l'humidité
sur le feu, en aura un sel bien pur & fort
blanc.
Pourquoi Ce sel est alcali, parce que c'est un mélange du sel
il est al- du charbon qui est un alcali & du salpêtre fixe; ces
cali. deux sels se sont si étroitement unis & mélangés dans
la calcination, qu'il s'en est fait un sel poreux & semblable
au sel fixe des plantes.
Ce n'est point, comme veulent les Chimistes,
qu'il y eût du sel alcali dans le salpêtre; car quelque
préparation qu'on fasse de ce sel minéral sans feu
de calcination ou sans mélange de matières qui le
puissent altérer; on n'en peut tirer aucun alcali, &
tout ce que nous y voyons est acide.
Il y a encore à remarquer que la liqueur de nitre
fixe qui a été faite avec le salpêtre commun; ayant
été gardée une année ou une année & demie, a perdu
beaucoup de son action d'alcali, de sorte qu'elle
ne fait plus guère d'ébullition avec les acides.
Cet accident ne peut venir que de ce que les pores
du sel contenu dans la liqueur, se sont peu-à-peu rebouchés,
@

D E C H I M I E. 457

& que le sel acide du nitre a absorbé & détruit
l'alcali qui tenait ses pores ouverts.
Il n'arrive pas la même chose à la liqueur de nitre
fixe qui a été faite avec le salpêtre raffiné, parce que
comme on a employé beaucoup de charbon pour faire
la fixation, & qu'il est resté peu de sel de nitre,
l'alcali prédomine tellement que l'acide n'a pas la
force de se réveiller.
Quelques Chimistes ont nommé la liqueur de nitre Alkaest.
fixe alkaest, c'est-à-dire, dissolvant universel,
parce qu'ils ont crû qu'elle était capable de tirer la
substance sulfureuse de tous les mixtes.
Si l'on fait calciner à grand feu sans addition, trente-deux Le nitre
onces de salpêtre commun, pendant huit fixe sans
heures, il ne s'y fera aucune inflammation ni détonation, addition
parce qu'il n'y aura point de soufre; mais le est alcali
salpêtre diminuera beaucoup, car il n'en restera que & pourquoi.
deux onces & demie. Ce sel ainsi calciné brûlera encore
un peu sur le charbon allumé; ce qui montre que
tout le volatil du salpêtre n'a pas été exalté; Il est
néanmoins alcali, parce que les parties du feu ayant
passé & repassé dans ses pores, l'ont rendu en forme
de chaux. Liqueur
Si l'on met résoudre ce sel à la cave, on aura une de nitre
liqueur de nitre fixe, dont on peut se servir comme de fixe.
la précédente, mais on l'estime meilleure pour décrasser
le visage.
----------------------------------------------------------

C H A P I T R E XVII.

Du Sel Armoniac.

L E sel armoniac des Anciens n'était autre chose Sel armo-
que le sel volatil de l'urine des chameaux & de niac des
plusieurs autres animaux qui passaient en grand nombre anciens.
par des pays fort chauds, comme par les déserts
@

458 C O U R S
de la Libye, par l'Arabie: l'urine de ces animaux
était consommée en peu de temps après avoir été faite
par la grande ardeur du Soleil, & l'on trouvait son
sel volatil sublimé à la superficie des sables. C'est peut-
Sal am- être ce qui lui a fait donner le nom de Sal Armoniacum,
monia- quasi amoniacum ab ἄμμον, Arena; on le ramassait
cum. & on le conservait dans des vaisseaux de verre:
mais nous ne voyons plus guère de ce véritable sel
armoniac soit parce qu'il ne passe plus assez de chameaux
dans ces lieux chauds, soit parce qu'on néglige
de ramasser celui qu'on y trouve.
Sel armo- Le sel armoniac qu'on nous apporte présentement
niac des est formé en pains plats orbiculaires plus larges qu'une
Moder- assiette, épais de trois doigts, gris en dehors,
nes. blancs en dedans, & disposés dans leur épaisseur en
cristaux droits comme des colonnes, sans odeur, ne
s'humectant pas beaucoup à l'air, d'un goût fort salé
& pénétrant; se dissolvant dans de l'eau commune,
mais se coagulant aisément en cristaux mols & neigeux,
fort froids au toucher. Ce sel est pénétrable ou
alcali pour les eaux fortes.
Il est étonnant que l'origine de ce sel armoniac ait
été ignorée jusqu'à présent; car on n'est point encore
instruit exactement ni du lieu où l'on le fait, ni des
matières qu'on emploie à sa composition: la commune
opinion est, que les Vénitiens le préparent avec
cinq parties d'urine, une partie de sel marin, & demi-partie
de suie de cheminée, qu'on cuit ensemble
& qu'on réduit en une masse, laquelle étant mise
dans des pots sublimatoires & poussé par un grand
feu, l'on en fait sublimer un sel en la forme que nous
voyons le sel armoniac ordinaire; mais on sait que
la préparation de ce sel ne se fait point particulièrement
à Venise, & il y a plus d'apparence que c'est un
ouvrage des Egyptiens & de plusieurs autres peuples
du Levant qui se servent, pour le faire, de l'urine de
chameaux & du sel marin ou d'un autre sel fixe semblable:
@

D E C H I M I E. 459

mais il est bon de suspendre son jugement sur
ce fait jusqu'à ce que nous en soyons pleinement
éclaircis; ce qui me paraît sûr, est que notre sel armoniac
est composé d'une partie volatile urineuse & alcaline,
& d'une partie fixe salée ou acide, semblable
au sel marin, comme il sera prouvé par les analyses
qui en seront faites. Il faut que dans la liaison de ces
deux sels qui paraissent contraires, les parties du sel
marin qui étaient en forme de pointes grossières se
soient insinuées & comme engainées dans les pores
du sel volatil alcali; où n'ayant point eu assez de mouvement
pour faire un écartement, elles n'ont fait
que les remplir, les fixer & y empêcher en quelque
manière le passage de l'air.
Si l'on veut purifier le sel armoniac, il faut le dissoudre Purifica-
dans une quantité suffisante d'eau, filtrer la tion du
dissolution, & la faire évaporer jusqu'à siccité dans un sel armo-
vaisseau de verre; on aura un sel blanc duquel on peut niac.
donner depuis six jusqu'à vingt-quatre grains, dans Vertus.
quelque liqueur convenable. C'est un excellent sudorifique Dose.
& diurétique, il est bon dans les fièvres malignes
& quartes, & pour exciter les mois aux femmes.
On s'en sert dans quelques collyres.
Si l'on dissout le sel armoniac à froid dans de l'eau, Le sel ar-
il la rafraîchira tellement, que si l'on y plonge aussitôt moniac
après un thermomètre commun, on verra l'esprit rafraîchit
de vin coloré qu'il contient descendre vite & beaucoup l'eau.
plus bas qu'il ne ferait s'il était dans de l'eau
pure; & si l'on retire le thermomètre de dedans la dissolution
du sel armoniac pour le mettre dans de l'eau
commune, l'esprit de vin coloré remontera assez vite
pendant quelque temps. Cette expérience, qui a été
découverte par Monsieur Boule, peut servir pour rafraîchir
le vin en été. Il faut avoir une livre de sel Moyen de
armoniac pulvérisé, & en jeter dans trois ou quatre rafraîchir
pintes d'eau à diverses reprises, plus ou moins à le vin.
la fois, suivant qu'on voudra que l'eau soit plus ou
@

460 C O U R S
moins rafraîchie; car si vous n'en jetez dans l'eau
que quatre ou cinq onces, elle ne sera pas tant rafraîchie
que si vous en jetez huit onces; & si vous y
jetez toute votre livre de sel armoniac en une fois,
l'eau en sera beaucoup plus rafraîchie; mais la fraîcheur
durera moins que si vous la mettez par reprises.
Il faut remuer le sel armoniac à mesure que vous
jetez dans l'eau, avec un bâton, afin d'en faciliter
la dissolution, & qu'il excite davantage de rafraîchissement.
Si l'on pulvérise séparément une livre de sel armoniac
& autant de sublimé corrosif, qu'on les mêle
ensemble très exactement, qu'on mette le mélange
dans un grand matras, qu'on verse sur la matière
trois livres de vinaigre distillé; qu'on brouille bien le
tout, le mélange deviendra si froid qu'on aura peine
à tenir long temps le vaisseau dans les mains en
été. Cette expérience est de M. Homberg de l'Académie
Royale des Sciences, il a même rapporté qu'ayant
fait ce mélange en plus grande quantité, la matière
s'était congelée en forme de neige ou de glace.
----------------------------------------------------------
Fleurs de Sel Armoniac.
C Es fleurs sont une portion du sel armoniac élevée
par le feu.
Pulvérisez & mêlez exactement égales parties de
sel armoniac bien sec en poudre, & de sel marin décrépité;
mettez ce mélange dans une cucurbite de
terre dont les deux tiers demeurent vides; placez-la
dans un fourneau, adaptez-y un chapiteau aveugle; il
faut donner dessous un petit feu dans le commencement
& l'augmenter peu-à-peu, tant que vous voyiez
monter le sel armoniac en forme de farine qui s'attachera
au chapiteau & à la partie supérieure de la
cucurbite; continuez le feu de charbon bien fort,
@

D E C H I M I E. 461

jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien, puis laissez refroidir
les vaisseaux: vous lèverez doucement votre
chapiteau, & vous ramasserez les fleurs avec une plume:
gardez-les dans une fiole bien bouchée: elles Vertus.
ont la même vertu que le sel armoniac, mais on les
donne en un peu moindre dose, comme depuis quatre Dose.
jusqu'à quinze grains.

R E M A R Q U E S.

C Ette opération se fait pour volatiliser le sel armoniac,
en arrêtant une partie de son sel fixe
par le sel décrépité qu'on y a ajouté, ainsi ces fleurs
ont un peu plus d'action que le sel armoniac, quoiqu'elles
soient composées des mêmes sels.
Si l'on n'avoir pas eu le soin de faire sécher exactement
le sel armoniac, avant que d'en faire le mélange
avec le sel décrépité, il y aurait à craindre qu'une humidité
aqueuse qu'il contient toujours, ne montât
avec les fleurs & ne les liquéfiât, ce qui produirait
un effet désagréable, car l'Artiste est bien aise d'avoir
des fleurs sèches: En ce cas, pour éviter la liquéfaction,
il faudrait couper le bec du chapiteau,
& y adapter un récipient, afin que l'humidité aqueuse
y distillât & se séparât dans les fleurs.
Si vous avez employé pour cette opération, huit Poids.
onces de sel armoniac & autant de sel décrépité,
vous retirerez six onces de fleurs de sel armoniac,
& il sera resté dans le fond de la cucurbite dix onces
de sel gris provenant du sel marin décrépité, & de la
partie fixe du sel armoniac: Ce sel ne diffère du sel
marin ordinaire, qu'en ce qu'il a acquis de l'âcreté
par la calcination, il peut servir dans des précipitations
de mercure & d'autres choses où le sel marin est
employé.
On peut se servir de poudre de fer ou d'acier en la
place du sel marin, comme décrit Schrodere, & alors
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462 C O U R S
Fleurs de les fleurs deviennent jaunâtres, parce que les sels
sel armo- prennent quelque teinture du Mars. Ces fleurs sont
niac cha- aussi un peu plus pénétrantes que les autres, parce que
libées. le fer comme alcali, développe le sel armoniac d'une
partie de son acide, ce que l'on peut facilement reconnaître
à l'odeur.
----------------------------------------------------------
Autres Fleurs de Sel Armoniac appelées Ens Veneris.
C Ette opération est un sel armoniac empreint de
quelque portion la plus fixe du vitriol de Chypre
& exaltée par le feu en fleurs.
Calcinez par un bon feu, dans un pot de terre non
vernissé, deux ou trois livres de vitriol de Chypre jusqu'à
ce qu'il ait acquis une couleur rouge obscure;
jetez-le alors dans de l'eau chaude, laissez-l'y tremper
quelques heures, puis la liqueur étant reposée,
versez-la par inclination: lavez la matière plusieurs
fois avec de nouvelle eau chaude, pour la priver autant
qu'il se pourra, de son sel, & la rendre douce:
faites-la sécher & la pulvérisez; mêlez-la exactement
avec une égale quantité de sel armoniac aussi
en poudre; mettez le mélange dans une cucurbite de
grès dont il n'occupe au plus que la troisième partie;
adaptez dessus un chapiteau aveugle, lutez les jointures,
placez votre vaisseau sur le sable, & par un
feu gradué & fort que vous continuerez sept ou huit
heures, vous ferez élever au chapiteau des fleurs jaunes,
laissez ensuite refroidir les vaisseaux & les délutez,
ramassez ces fleurs jaunes & les gardez dans
une bouteille.
Vertus. Elles sont sudorifiques, apéritives, atténuantes,
on les estime beaucoup pour l'épilepsie, pour le
scorbut, pour les écrouelles, pour les fièvres malignes.
Dose. La dose en est depuis six grains jusqu'à un scrupule.
@

D E C H I M I E. 463

R E M A R Q U E S.

I L ne faut point que le pot, dans lequel on met
calciner le vitriol, soit verni en dedans, de peur
que le plomb ne s'en détachât & ne se mêlât dans le
colcothar.
Au commencement de la calcination, il ne s'évapore
que des parties phlegmatiques; mais ensuite il se
dissipe beaucoup de soufre.
Quand on retire le pot du feu après la calcination,
il se trouve ordinairement fendu en plusieurs
endroits. Il le faut casser & en séparer le mieux
qu'on pourra le vitriol avec un marteau; ce qui ne
pourra point être détaché se séparera dans l'eau
chaude.
Si l'on fait évaporer les lotions après les avoir filtrées, Sel de vi-
on trouvera au fond un sel assez âcre styptique, triol de
propre à arrêter le sang, étant appliqué extérieurement. Chypre.
Vertus.
La matière rouge qui restera sera bien adoucie, Terre de
mais elle contient encore du sel enveloppé dans sa vitriol de
terre; on l'appelle néanmoins terre de vitriol de Hongrie.
Hongrie, il faut la faire bien sécher au Soleil, ou
au feu, afin qu'on puisse la mettre en poudre aisément,
& qu'elle ne porte point d'humidité dans le
sel armoniac.
Le vitriol calciné & adouci produit dans cette opération,
le même effet que le sel décrépité ou la poudre
de fer dans la précédente, car il arrête les parties
les plus fixes du sel armoniac au fond de la cucurbite,
mais les fleurs enlèvent avec elles quelques
particules de sa substance, puisqu'elles ont une couleur
jaune.
Si les fleurs étaient montées blanches, il faudrait
les remêler avec la masse qui se trouve au fond de la
cucurbite, & les faire sublimer derechef de la même
@

464 C O U R S
manière, mais je les ai toujours faites jaunes par une
seule sublimation.
D'où On a nommé ces fleurs jaunes Ens veneris à cause de
vient le quelques particules de cuivre qu'elles peuvent avoir
nom d'Ens enlevées du vitriol de Chypre; car Ens veneris signifie
veneris. l'âme ou la partie essentielle du cuivre.
On trouve au haut de la cucurbite une partie de sel
armoniac sublimé de couleur moitié blanche, moitié
jaune; si l'on remêle ce sel avec ce qui est resté au
fond, & qu'on pousse la matière par un grand feu, il
s'élèvera de nouvelles fleurs jaunes qui n'auront guère
moins de vertu que les précédentes.
----------------------------------------------------------
Sel amer cathartique de Glauber.
C Ette opération est un sel armoniac pénétré &
abreuvé par de l'huile de vitriol.
Mettez dans un vaisseau de verre, ou dans un terrine
de grès, la quantité qu'il vous plaira de sel armoniac
bien pur pulvérisé, versez dessus goutte à goutte
de l'huile de vitriol rectifiée, il se fera une grande ébullition
ou fermentation lente & froide, qui gonflera le
mélange & qui durera long temps épaisse, jetant des
vapeurs bien âcres; on continuera à verser de l'huile
de vitriol sur la matière jusqu'à ce que le sel armoniac
en soit entièrement pénétré & saoulé. L'ébullition
ayant cessé, on placera le vaisseau sur un feu de
Vertus. sable & l'on fera évaporer l'humidité, il restera un
sel onctueux, fort âcre & un peu amer qu'on gardera
Dose. dans une bouteille. Il est pénétrant, apéritif, résolutif,
fébrifuge, propre pour lever les obstructions,
pour les vapeurs, pour la pierre, la gravelle: La dose
en est depuis dix grains jusqu'à vingt dans quelque
liqueur appropriée.
REMAR-
@

D E C H I M I E. 465

R E M A R Q U E S.

I L est bon de faire cette opération dans la cheminée,
pour éviter l'âcreté des vapeurs qui en sortent
& qui peuvent être nuisibles a la poitrine.
L'huile de vitriol pénètre le sel armoniac plus
promptement qu'aucune autre liqueur acide, car elle
bouillonne avec lui au moment qu'elle y a été
versée, mais cette fermentation est froide, comme
on le peut voir par le moyen d'un thermomètre qu'on
aura mis dans la matière, il arrive néanmoins que les
vapeurs qui s'élèvent de ce mélange, produisent de
la chaleur, car si l'on suspend un autre thermomètre au
dessus du mélange qui fermente à froid, on reconnaîtra
que sa liqueur haussera; cette expérience qui
donne du froid & du chaud par une même fermentation
est fort particulière. M. Godefroy,de l'Académie
Royale des Sciences, est le premier qui l'a fait remarquer.
Comme ce sel est fort âcre, il est bon de le prendre
dissout dans beaucoup d'eau ou de tisane, afin
que la quantité de la liqueur corrige son âcreté.
On a mis en usage depuis quelque temps un sel Eaux minéra-
naturel du même nom, qu'on tire par évaporation les d'Ebson.
des eaux minérales d'Ebson en Angleterre, ces eaux Aqua Ebesha-
sont appelées en Latin Aqua Ebeshamenses & le sel menses.
qu'on tire Sal mirabilis, aut Sal catharticum amarum, Sal mirabi-
c'est un sel minéral nitreux, formé en très petits cristaux bilis, Sal
blancs comme de la neige, d'un goût un peu catharticum
amer, ce sel est purgatif: La dose en est depuis demi-once amarum.
jusqu'à une once, étant pris dans une pinte Vertus.
d'eau où il se dissout en peu de temps, il purge la bile Dose.
& les autres humeurs; on l'emploie aussi comme le
sel végétal dans les infusions de senné & de rhubarbe,
pour aider à en tirer la teinture & pour empêcher les
trenchées.
G g
@

466 C O U R S
----------------------------------------------------------
Eau régale.
C Ette eau est une dissolution de sel armoniac dans
l'esprit de nitre.
Pulvérisez quatre onces de sel armoniac & les mettez
dans un matras ou dans un autre vaisseau de verre
assez ample: jetez dessus seize onces d'esprit de nitre,
placez le vaisseau sur le sable un peu chaud, &
l'y laissez jusqu'à ce que le sel armoniac soit tout-
à-fait dissout, puis versez la dissolution dans une bouteille
Poids. que vous boucherez avec de la cire, c'est l'eau
régale, vous en aurez dix-sept onces.
R E M A R Q U E S.
Aqua Sty- C Ette eau est nommée Régale, parce qu'elle dissout
gia, Chry- l'or qu'on appelle le Roi des métaux. On
sulca. l'a nommée Aqua Stygia, ou Chrysulca.
Il faut que le vaisseau dans lequel on fait l'eau régale,
soit assez ample, parce que dans la dissolution, les
esprits volatils se raréfient avec une si grande impétuosité,
qu'ils crèveraient tout, s'ils ne trouvaient
suffisamment de l'espace vide, & principalement
quand on prépare beaucoup de cette eau: il faut observer
de retirer le vaisseau du feu lorsque la dissolution
commence à se faire.
Diminu- La diminution qui est de trois onces vient des parties
tion, d'où les plus volatiles de l'esprit de nitre & des sels
elle vient. volatils du sel armoniac qui se sont dissipés par le
cou du matras pendant l'ébullition.
On trouve quelquefois au fond du vaisseau de l'eau
régale, qui a été gardée quelque temps sans avoir été
remuée, une petite quantité de sel cristallisé en figure
de sel marin, mais qui est très rouge.
Autre ma- On peut encore faire de l'eau régale avec partie
@

D E C H I M I E. 467

de salpêtre & de sel gemme en mêlant ces sels nière de
avec trois fois autant de bol en poudre, les faisant faire l'eau
distiller de la même manière que nous avons dite régale.
Four tirer l'esprit de nitre.
Il est assez difficile à comprendre comme l'eau régale Pourquoi
dissout l'or qui est un métal, très solide, & qu'elle l'eau ré-
ne peut dissoudre l'argent qui l'est bien moins. gale dis-
Quelques Chimistes voulant résoudre cette difficulté, sout l'or
ont dit que l'or étant un métal plus rempli de & qu'elle
soufres que l'argent, demandait aussi un dissolvant ne dissout
sulfureux, tel que l'eau régale composée des sels point l'ar-
volatils sulfureux du sel armoniac; mais cette explication gent.
se détruit d'elle-même, puisque si l'or contenait
plus de soufre que l'argent, il serait moins
pesant; car le soufre est un des principes de Chimie
les plus légers.
Je sais bien que les Alchimistes me diront que leur
soufre est bien différent du commun, & qu'ils conçoivent
dans l'or, un soufre fixe, & par conséquent
pesant. Mais outre que le soufre fixe est une chose
imaginaire, il ne devra jamais être si pesant que les
autres principes qu'ils prétendent être dans l'or, &
qu'ils sont contraints de croire aussi fixes à proportion
que le soufre.
Si de plus nous examinons ce qui se passe dans la Les sels
composition du dissolvant de l'or, il ne sera pas difficile volatils
de contredire cette opinion; car nous voyons que ne font
dès que l'esprit de nitre commence à pénétrer le sel point la
armoniac, le sel acide se lie avec lui, & il abandonne force de
les sels volatils, qui se trouvant débarrassés du l'eau ré-
corps qui les tenait comme fixés, s'élèvent avec violence; gale.
mais comme ces sels qui sont des alcali rencontrent
à leur passage quelques acides de l'esprit de
nitre qui les pénétrera, il se fait la grande effervescence
qui arrive toujours à la rencontre des sels alcali
& des acides: cette effervescence étant passée,
notre eau régale reste dans le vaisseau; ce n'est pro-
G g 2
@

468 C O U R S
prement qu'un sel marin acide dissout dans l'esprit de
nitre, les sels volatils s'étant exaltés, ou ayant été
détruits par l'acide, & ce qui confirme cette pensée
est qu'on fait aussi bien de l'eau régale avec le sel marin,
dans lequel il n'y a point de volatils, qu'avec le
sel armoniac, comme nous avons dit.
Les dissol- Ce n'est donc que par des raisonnements de cette nature,
vants agis- qu'on peut éclaircir ce Phénomène; je crois
sent selon avec plus de vrai-semblance, que si l'eau régale ne
les diffé- dissout point l'argent, c'est parce que les pointes de
rents pores l'esprit de nitre ayant été grossies par l'addition du
qu'ils rencon- sel, glissent sur les pores de l'argent, n'y pouvant
contrent. point entrer, à cause de la disproportion des figures,
au lieu qu'elles s'introduisent dans l'or dont les pores
sont plus grands pour y faire leurs secousses. Si au
contraire l'esprit de nitre dissout l'argent, c'est parce
que les pointes en sont assez subtiles & proportionnées
pour entrer dans les petits pores de ce métal, &
par leur mouvement en écarter les parties. Ces mêmes
pointes peuvent aussi entrer dans les grands pores
de l'or, mais elles sont trop menues & trop pliantes
pour agir sur ce corps, on a besoin de couteaux
plus forts & plus tranchants, qui en remplissant davantage
ses pores, aient là force de le diviser.
Objection. Je prévois bien qu'on m'objectera que l'or étant
plus pesant que l'argent, il doit avoir des pores plus
petits, puisque la pesanteur d'un corps ne peut consister
que dans le rapprochement des parties, mais il
Réponse. est facile de lever cette difficulté. Si l'on considère
l'un & l'autre métal avec un bon microscope, on
verra que les pores de l'or sont beaucoup plus grands
que ceux de l'argent, mais qu'il y en a bien moins;
& cette circonstance explique fort bien pourquoi
l'or est plus pesant que l'argent, quoi qu'il ait des
pores plus grands; car comme ils sont distants les uns
des autres, il y a une matière très compacte comme
interceptée qui fait toute la pesanteur; mais les
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D E C H I M I E. 469

pores de l'argent étant fort proches l'un de l'autre
& en grande quantité, entourent moins de matière
solide, & par conséquent il y doit avoir moins de
pesanteur.
On peut encore, suivant ce système, rendre raison Pourquoi
pourquoi l'or est coupé plus facilement que l'argent; l'or se
car plus les pores d'un corps sont grands, & plus les coupe plus
ciseaux trouvent de facilité à y entrer. facilement
L'or s'étend davantage sous le marteau que l'argent, & s'étend
parce que les pores en étant plus grands, le marteau mieux sous
y fait plus d'impression, & en dilate plus facilement le marteau
les parties. que l'ar-
On m'a objecté que si entre les pores de l'or, il y gent.
a une matière pesante comme interceptée, elle se doit Objection.
précipiter d'elle-même après l'action de l'eau régale
sur ce métal, ce qui n'arrive pas.
Je réponds que si les parties de l'or sont pesantes Réponse.
le dissolvant est gros & fort à proportion pour soutenir
ces moles, & pour empêcher qu'elles ne se précipitent.
D'autres ont pris le contre-pied de cette explication;
& ont écrit que si l'eau régale dissout l'or & ne dissout
point l'argent, c'est, parce que les grosses pointes de
l'esprit de nitre ou de l'eau forte ont été subtilisées
par le mélange du sel armoniac, & ont été rendues
plus propres à entrer dans les petits pores de l'or, au
lieu que la délicatesse de ces mêmes pointes ne leur
laisse pas la force ni le mouvement nécessaire pour
diviser les parties de l'argent dont les pores sont
beaucoup plus grands.
Mais ce raisonnement ne cadre pas fort avec l'expérience:
car quelle apparence y a-t-il que les pointes
de l'esprit de nitre se soient subtilisées en pénétrant
& en divisant les parties du sel armoniac ? Où
trouvera-t-on des exemples qu'après une effervescence
considérable de deux sels détachés, l'acidité se
soit rendue plus aiguë qu'auparavant; c'est ce qui ne
G g 3
@

470 C O U R S
peut pas être prouvé: Au contraire tout le monde
sait qu'il ne fait jamais de ces effervescences que
l'acide n'en soit émoussé ou rompu en partie. Au reste
le raisonnement veut que l'esprit de nitre ait rompu le
plus subtil de ses pointes en se choquant avec violence
contre le sel armoniac pour le diviser, puisque
même dans ce sel armoniac il se trouve des sels alcali
dont le propre est de détruire les acides. Je pourrais
ajouter ici que la jonction du sel à l'esprit de nitre
doit nécessairement rendre ses pointes plus grossières,
& que les cristaux qui se tirent par l'eau régale, ont
la figure moins aiguë que ceux qui se tirent par l'eau
forte; mais ce que j'ai dit est si probable & si aisé à
reconnaître, pour peu qu'on s'y applique, que je
croirais amuser le Lecteur inutilement, si j'en donnais
davantage de preuves.
Je ne vois pas non plus qu'il soit nécessaire de
faire un long discours pour expliquer comment l'argent
qui a les pores petits, est plus susceptible des
impressions de l'air & du feu, que l'or qui en a de
plus grands, puisque j'ai supposé que la matière interceptée
entre les pores de l'or est plus compacte
par conséquent plus difficile à ébranler que celle de
l'argent.
----------------------------------------------------------
Esprit volatil du Sel Armoniac.
C Ette préparation est un sel volatil détaché du sel
armoniac par le moyen de la chaux, & résout en
liqueur par une humidité aqueuse.
Prenez huit onces de sel armoniac & vingt-quatre
onces de chaux vive, qui ait été exposée six ou sept
jours & autant de nuits dans un lieu humide: pulvérisez-les
séparément & les mêlez dans un mortier,
mettez le mélange proprement dans une grande cornue
dont la moitié demeure vide: placez-la dans un
@

D E C H I M I E. 471

fourneau sur le sable, & adaptez-y aussitôt un gros La pre-
ballon ou récipient; lutez exactement les jointures, mière di-
les premiers esprits distilleront sans feu pendant un stillation
quart-d'heure, après quoi mettez dessous la cornue se fait sans
deux ou trois charbons allumés, & augmentez feu.
le feu jusques au second degré, continuez-le jusques
à ce qu'il ne sorte plus rien: l'opération doit être
faite en trois heures: laissez refroidir les vaisseaux
les délutez: retirez vôtre récipient, & versez promptement
l'esprit qui y fera contenu dans une fiole,
détournant la tête afin d'éviter la vapeur très subtile
qui s'en élevé continuellement; il faut boucher
exactement la bouteille avec de la cire pour garder Poids.
cet esprit; vous en aurez cinq onces six dragmes.
C'est un excellent remède pour toutes les maladies Vertus.
qui proviennent d'opilation & de corruption d'humeurs,
comme pour les fièvres malignes, pour l'épilepsie,
la paralysie, la peste, la petite vérole. Il
chasse les humeurs par transpiration ou par les urines.
La dose en est depuis six gouttes jusqu'à vingt, dans Dose.
un verre d'eau de Mélisse ou de charbon bénit.
On en présente au nez de ceux qui sont tombés en
faiblesse, en apoplexie, en léthargie, dans des vapeurs
hystériques ou mélancoliques. C'est un des remèdes
les plus propres à réveiller que nous ayons.

R E M A R Q U E S.

L A chaux, qui est un alcali, rompt la force du sel
marin acide, qui tenait les sels volatils comme
enchaînés dans le sel armoniac: d'où vient qu'aussitôt
qu'on a mêlé la chaux & le sel armoniac ensemble,
il en exalte une odeur d'urine presque insupportable:
car les sels volatils sortant en abondance, remplissent
tellement le nés & la bouche de l'Artiste,
qu'il ne pourrait pas achever de mettre son mélange
dans la cornue, s'il ne prenait grand soin de dé-
G g 4
@

472 C O U R S
tourner la tête pendant que ses mains agissent.
La chaux vive étant humectée se gonfle & tient un
grand volume; c'est pourquoi la cornue ne doit être
remplie qu'à moitié, afin qu'il y reste de la place pour
la raréfaction des esprits, il faut aussi un grand récipient,
dans lequel les vapeurs qui sortent impétueusement,
circulent à leur aise.
Sel volatil Cet esprit n'est qu'une résolution de sels volatils
armoniac. dans l'eau; si l'on veut les sublimer & les séparer, il
faut mettre la liqueur dans un matras avec son chapiteau,
& procéder comme nous dirons en donnant
la description du sel volatil de Vipère; mais ce sel
étant sec, s'envole bien plus facilement que quand
il est résout par l'humidité: ainsi il vaut mieux le
garder en esprit. Il est plus fort & plus pénétrant que
celui qui est fait avec le sel de tartre, parce que les
petits corps ignés de la chaux qui s'y sont mêlés
ont encore augmenté le mouvement des sels volatils;
ce sont aussi les mêmes parties de feu qui empêchent
la coagulation de cet esprit avec l'esprit de
vin, lorsqu'on les mêle ensemble: car pour qu'il se
fasse un Coagulum, il faut une liaison & un repos de
parties.
Danger Il faut détourner la tête quand on retire le ballon;
pour l'Ar- car ce sel volatil entre avec rapidité dans le nés, & il
tiste. empêche la respiration: en sorte qu'on a vu plusieurs
personnes tomber évanouies par cela seulement. Pour
éviter cet accident, il est bon d'avoir tout prêt un
linge mouillé afin d'en boucher le ballon aussitôt
qu'on l'a déluté.
Précipi- Cet esprit est un excellent Précipitant; il détruit
tant. fort bien les acides, comme font tous les autres alcali
volatils. On s'en sert pour précipiter l'or quand
il a été dissout.
Sudorifi- Il est bon dans les maladies dont nous avons parlé,
que. parce qu'il ouvre les pores, & qu'il chasse les humeurs
par transpiration ou par les urines, selon la disposition
@

D E C H I M I E. 473

des corps. De plus, comme il est alcali, il tue
les acides qui fomentaient ces maladies. Quelque
Il excite aussi quelquefois le sommeil, parce qu'il fois som-
rompt la force des sels acides, qui s'étant introduits meil.
dans les petits vaisseaux du cerveau, causaient des
veilles continuelles.
Il vaut mieux donner les esprits volatils dans des
eaux sudorifiques, que dans du bouillon, parce que
ce bouillon se prenant chaud, la chaleur aurait exalté
en l'air la meilleure partie des sels volatils, avant que
le malade eût porté l'écuelle à sa bouche.
Vous trouverez dans la cornue trente onces de matière Poids.
blanche. Si l'on les fait infuser & bouillir dans
beaucoup d'eau, qu'on filtre la liqueur & qu'on la
mette évaporer sur le feu jusques à siccité, l'on aura
sept onces & demie d'un sel alcali aussi caustique &
aussi brûlante que les pierres à cautère. Ce sel est proprement Sel causti-
le sel fixe armoniac, empreint des particules que.
de feu qu'il a tiré de la chaux. On peut s'en servir à
faire des escarres sur la chair.
----------------------------------------------------------
Autre préparation d'esprit volatil de Sel Armoniac,
& par même moyen, les fleurs & le Sel fixe
Fébrifuge.

P Ulvérisez & mêlez ensemble huit onces de sel armoniac
& autant de sel fixe de tartre mettez promptement
ce mélange dans une cucurbite de verre, &
l'humectez avec cinq onces d'eau commune: adaptez-
y un chapiteau & un récipient, lutez exactement les
jointures avec de la vessie mouillée: placez votre vaisseau
sur le sable avec un petit feu au commencement
pour échauffer la cucurbite peu-à-peu, & pour faire
distiller l'esprit goutte à goutte; mais lorsque vous Fleurs de
verrez qu'il ne distillera plus rien, retirez le récipient sel armo-
& le bouchez exactement: augmentez le feu jusques niac.
@

474 C O U R S
au troisième degré, & le continuez environ deux
heures, il s'y sublimera des fleurs blanches de sel armoniac
qui s'attacheront au bas du chapiteau en forme
de farine.
Vertus. L'esprit a les mêmes vertus que le précédent, mais
Poids. il n'est pas justement si pénétrant, vous en aurez sept
onces & demie.
Il faut ramasser les fleurs avec une plume, s'en
Poids. servir comme de celles dont nous avons décrit ci-
devant la préparation, il y en aura dix dragmes &
demie.
Il restera au fond de la cucurbite neuf onces trois
dragmes d'une masse blanche fixe, il faut la faire
fondre dans une quantité suffisante d'eau: puis ayant
filtré la dissolution, la faire évaporer jusques à siccité,
vous aurez un sel très blanc, qu'on estime un bon
remède pour les fièvres intermittentes. On l'appelle
Sel fébri- sel fébrifuge de Sylvius; parce qu'un Médecin de Paris
fuge de nommé Sylvius l'a autrefois mis en usage: il en
Sylvius. donnait deux dragmes à chaque dose, ce que je trouve
un peu fort: car ce sel, est fort âcre. Nous nous
contentons présentement d'en faire prendre depuis
huit grains jusques à trente dans de l'eau de petite
centaurée, ou dans une autre liqueur convenable.
R E M A R Q U E S.
L E sel de tartre agit dans cette opération, comme
la chaux agit en l'autre: mais comme ce sel est
un plus puissant alcali que la chaux, il ne faut pas en
mettre une si grande quantité. On pourrait substituer
en sa place le sel de nitre fixé par les charbons, ou
quelque autre sel alcali.
Poids. On voit par cette opération que huit onces de sel
armoniac contiennent pour le moins quatre onces &
demie de sel volatil.
Quand le feu commence à échauffer la matière, il
@

D E C H I M I E. 475

s'élève quantité de sel volatil au chapiteau, en une
très belle forme cristalline, mais l'humidité survenant
elle se résout en esprit.
L'esprit volatil de sel armoniac n'est donc qu'une Sel vola-
dissolution de sel volatil dans de l'eau: s'il ne se trouvait til.
pas assez d'humidité pour dissoudre tout le sel
volatil, il en resterait une partie au fond du récipient,
& l'on pourrait ensuite en faire de l'esprit, en
ajoutant seulement la quantité d'eau qu'il en faudrait
pour le faire fondre. De cette manière l'esprit est aussi
fort qu'il peut être; car les pores de l'eau s'étant entièrement
remplis de sel, elle n'en pourrait plus contenir
davantage. Mais s'il se trouvait une trop grande
quantité d'eau pour la proportion du sel volatil, alors
l'esprit serait faible, & il en faudrait donner une plus
grande dose.
Cet esprit est sudorifique, mais on verra un effet Sudorifi-
plus sensible de l'action du sel armoniac pour faire que.
suer, si l'on dissout six ou huit grains de ce sel & autant
de sel de tartre séparément dans deux petites doses
de quelque liqueur appropriée, & qu'on les fasse
prendre au malade l'un immédiatement après l'autre;
car le sel de tartre agissant sur le sel armoniac
dans l'estomac, de la même manière qu'il fait quand
on les mêle dans un mortier, les esprits s'en détacheront
avec assez de force, & ils agiront plus puissamment
que quand on les fait prendre tout détachés:
car la petite violence que les sels volatils font en se
séparant du sel marin, leur donne davantage de mouvement
& les détermine à pousser par les pores. De
plus, il est à croire que dans le premier effort que
ces esprits font en se séparant de la partie fixe, quand
on mêle le sel armoniac avec le sel de tartre dans
un mortier, le plus subtil s'exalte toujours le premier,
& se perd; or c'est lui qui est le plus propre
à raréfier les humeurs pour les faire sortir par transpiration.
@

476 C O U R S
Les fleurs viennent de quelque quantité de sel
armoniac que le sel de tartre n'avait pas assez pénétré.
Le sel fébrifuge n'est autre chose qu'un mélange
de sel de tartre & de la partie fixe & acide du sel armoniac,
il pousse par les urines & rarement par les
sueurs, à cause qu'étant fixe, il se précipite plus facilement
qu'il ne se raréfie: c'est par ce moyen qu'il
lève les obstructions qui sont le plus souvent la première
cause des fièvres.
Coagu- Si l'on mêle dans une fiole parties égales d'esprit
lum, & volatil de sel armoniac & d'esprit de vin, & qu'on les
d'où il agite un peu ensemble, il fera un Coagulum.
vient. Cette coagulation vient de ce que l'esprit de vin
qui est une huile raréfiée, se lie avec l'esprit de sel
armoniac qui est une liqueur salée, & il se fait la même
chose que quand on agite dans un mortier de
l'huile & une liqueur salée pour en faire un onguent
qu'on appelle Nutritum.
Par cette liaison le sel est embarrassé dans les parties
rameuses du soufre, & ces mêmes parties de
soufre sont arrêtées ou comme fixées par le sel, en
sorte qu'elles n'ont plus leur mouvement libre; c'est
de ce repos de parties qu'il résulte un Coagulum.
On peut dire aussi que la jonction de l'acide de l'esprit
de vin avec le sel volatil armoniac alcali, contribue
beaucoup à cette congélation.
L'esprit L'esprit de sel armoniac fait avec la chaux, ne se
de sel ar- coagule point avec l'esprit de vin, à cause des parties
moniac fait de feu qu'il contient. Le sel de tartre peut avoir aussi
avec la mêlé quelques corps ignés dans l'esprit de sel armoniac,
chaux ne se mais il n'y en a pas assez pour empêcher sa liaison
coagule avec l'esprit de vin.
point, & On peut encore faire de fort bon esprit volatil de
pourquoi. sel armoniac, en employant dans le mélange au lieu
Diverses du sel de tartre, de la cendre gravelée ou de la cendre
manières d'Auvergne qui sert pour les lessives, ou même de la
pour tirer
@

D E C H I M I E. 477

cendre commune tirée du bois neuf; mais alors il en de l'esprit
faudra mettre deux ou trois fois autant que du sel armoniac, de sel ar-
afin qu'il s'y rencontre assez d'alcali pour moniac.
dégager les sels volatils; voici une manière de tirer
cet esprit qui m'a toujours réussi.
Faites dissoudre ou liquéfier huit onces de sel armoniac Distilla-
dans neuf onces d'eau commune: mêlez-y tion du sel
vingt-quatre onces de cendre de bois neuf tamisée armoniac
pour faire une pâte, laquelle rendra une odeur urineuse: avec de la
mettez-la promptement dans une cucurbite cendre de
de verre ou de grès, couvrez-la de son chapiteau, bois neuf.
adaptez-y un récipient, & lutez exactement les jointures
avec de la vessie mouillée; laissez la matière en
digestion à froid pendant vingt-quatre heures, puis
ayant placé la cucurbite sur le sable, faites-la distiller
par un feu gradué: il s'élèvera dans le commencement
au chapiteau une légère quantité de sel volatil
concret qui sera bientôt dissout, & entraîné
par la liqueur qui distillera goutte à goutte: continuez
un feu de charbon assez fort, jusques à ce qu'il
ne sorte plus rien: séparez alors le récipient du chapiteau,
& l'ayant bien bouché, augmentez le feu
sous la cucurbite aussi fort que vous pourrez: il se
sublimera au chapiteau un sel volatil qui se formera
en branchages d'arbres: lorsque vous verrez qu'il
ne montera plus rien, vous laisserez éteindre le feu:
toute l'opération dure ordinairement environ neuf
heures.
Vous trouverez dans le récipient treize onces & demie Esprit vo-
d'esprit volatil de sel armoniac qui est bon & latil de sel
subtil, mais qui le sera encore davantage quand il armoniac.
aura demeuré trois ou quatre jours dans une bouteille
bien bouchée, parce que ces sels s'y seront encore
raréfiés & exaltés par une espèce de fermentation insensible. Vertus.
Cet esprit a les mêmes qualités que les précédents,
mais il se conserve plus longtemps qu'eux,
dans la bonté.
@

478 C O U R S
Sel volatil Vous trouverez attachées au chapiteau neuf dragmes
armoniac. d'un véritable sel volatil armoniac bien sec, bien
blanc & bien pénétrant: séparez-le avec un petit bâton,
& le gardez dans une bouteille bien bouchée.
Vertus. Il a les mêmes qualités que l'esprit. On en peut donner
Dose. depuis quatre jusques à douze grains. Si l'on veut
le jeter dans l'esprit, il s'y dissoudra & il en augmentera
la force.
Combien Il doit être sorti des huit onces de sel armoniac
huit on- qu'on a employées dans cette opération, cinq onces &
ces de sel cinq dragmes de sel volatil.
armoniac On trouvera dans la cucurbite une matière en
ont rendu masse grise fort adhérente & difficile à détacher, pesant
de sel vo- vingt-six onces & trois dragmes: or comme on
latil. n'avait employé que vingt-quatre onces de cendres
Poids. dans cette opération, il faut qu'il soit resté dans la
masse deux onces & trois dragmes de la partie fixe
du sel armoniac, qui jointes aux cinq onces & cinq
dragmes de sel volatil dont j'ai parlé, font justement
les huit onces de sel armoniac qui avait été
employé.
Sel fixe ti- Si vous mettez infuser & bouillir la masse grise
ré de la dans de l'eau, & qu'après avoir filtré la liqueur,
masse. vous en faites évaporer l'humidité, il vous restera
dix onces de sel fixe lixivieux & alcalin, d'un goût
âcre: c'est proprement le sel marin qui était dans le
sel armoniac, mêlé avec le sel des cendres: ce sel a
les mêmes qualités que le sel fixe fébrifuge de Sylvius
que j'ai décrit.
Si par curiosité vous faites sécher les cendres dont
vous avez tiré le sel, & que vous les pesiez, vous en
trouverez seize onces & trois dragmes: il faut donc
que vingt-quatre onces de cendres de bois neuf aient
rendu sept onces & cinq dragmes de sel: il y a pourtant
quelque apparence que le sel fixe armoniac a raréfié
& dissout une portion de la cendre même, &
l'a convertie en sel, car on ne pourrait pas retirer tant
@

D E C H I M I E. 479

de sel d'une pareille quantité de cendres du bois
neuf, par les voies ordinaires.
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Esprit volatil de Sel Armoniac dulcifié.

C Ette opération est un sel volatil armoniac mélangé Sel volatil
& dissout dans de l'esprit de vin, armoniac.
Prenez du sel armoniac & du sel de tartre de chacun
quatre onces: pulvérisez-les séparément & les
mêlez bien dans un mortier de verre ou de marbre,
mettez le mélange dans une cucurbite de verre: versez
dessus dix onces d'esprit de vin bien rectifié:
remuez le tout ensemble avec une spatule de bois,
& adaptez à la cucurbite un chapiteau & un récipient:
lutez exactement les jointures, posez le vaisseau
dans un fourneau sur le sable, & donnez dessous
un très petit feu, pour échauffer la cucurbite.
Le sel volatil montera & s'attachera au chapiteau &
au cou du récipient. Augmentez un peu le feu, &
le continuez jusques à ce qu'il ne distille plus rien;
l'opération est achevée en quatre ou cinq heures.
Laissez refroidir les vaisseaux & les délutez, vous
trouverez du sel volatil attaché au chapiteau & un
esprit dans le récipient. Mettez promptement l'un &
l'autre dans une cornue sur le sable, & après y avoir
adapté une autre cornue pour récipient, & luté exactement
les jointures, faites distiller le tout par un
petit feu. Cohobez-le encore trois fois, puis gardez
ce qui sera distillé dans une bouteille bien bouchée,
presque tout le sel volatil se sera dissout dans l'esprit
de vin, & ce qui restera achèvera de se dissoudre dans
la bouteille.
C'est un fort bon remède pour la léthargie, pour la Vertus.
paralysie, pour le scorbut, pour les fièvres malignes
& pour les maladies hystériques; il peut être donné
en la place de l'esprit de sel armoniac que nous avons
@

480 C O U R S
dit ci-devant. Il n'est pas si importun au goût. Il pousse
les humeurs par les sueurs, ou par insensible transpirations.
Dose. La dose en est depuis douze gouttes jusques
à treize, dans quelque liqueur appropriée; il
est bon aussi étant appliqué extérieurement, pour
la paralysie & pour les douleurs froides.
R E M A R Q U E S.
D 'Abord qu'on a mêlé le sel armoniac avec le sel
de tartre, il se détache des sels volatils, qui incommoderaient
fort l'Artiste s'il mettait le nez dessus.
Il ne faut pas tarder de mettre le mélange dans la
cucurbite & de la boucher; car ces premiers sels sont
les plus subtils. Ce détachement se fait parce que le sel
de tartre qui est alcali rompt la force du sel fixe acide
qui est dans le sel armoniac, & le contraint de quitter
les sels volatils qu'il tenait comme enchaînés: nous
avons déjà expliqué cet effet.
On doit avoir mis les sels séparément en poudre,
à cause de la perte qui se serait faite des sels volatils à
mesure que le sel armoniac se trouverait mêlé avec le
sel de tartre.
Il ne faut point se servir d'un mortier de métal pour
faire le mélange, parce que dans le combat des deux
sels, il serait corrodé & ce qui s'en dissoudrait pour_
rait altérer l'opération.
Le sel vo- La cucurbite ne doit être remplie qu'à moitié
latil est quand tout y est. Le sel volatil est plus léger que
plus léger l'esprit de vin, car il monte le premier.
que l'es- Quand l'esprit de vin est bien rectifié, il ne dissout
prit de rien d'abord du sel volatil; au contraire il empêche
vin. que ce sel ne se résolve en liqueur, parce que ses parties
rameuses bouchent le passage de l'air; mais il y
a du phlegme dans l'esprit de vin, il dissout du sel a
proportion de ce qu'il y en a.
Ceux qui aimeront mieux le sel volatil armoniac
tout
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D E C H I M I E. 481

tout sec que l'esprit, pourront le garder dans une
bouteille bien bouchée, & s'en servir pour les mêmes
usages que l'esprit. La dose en doit être plus petite, Dose du
il est fort blanc & bien pur, il se garde mieux que sel volatil
celui qu'on tirerait avec de l'eau, parce qu'une impression armoniac.
de l'esprit de vin qui y est restée, tient les
sels liés en quelque manière.
Il ne faut pas s'étonner s'il ne se fait point de Coagulum, Pourquoi
quand on agite l'esprit de vin & ce sel volatil le sel vo-
ensemble dans une bouteille, comme il s'en fait par latil mêlé
le mélange de l'esprit de vin & de l'esprit de sel armoniac; avec l'es-
car ce sel ayant toutes ses parties liées & prit de vin
unies ensemble, il ne peut pas se mélanger assez intimement ne fait
avec le soufre de l'esprit de vin; mais si point de
vous y ajoutez ce qu'il faut d'eau pour dissoudre le Coagu-
sel, alors il se fera un Coagulum, parce que les parties lum.
du sel seront désunies & introduites par l'eau
dans les pores de l'esprit de vin: Nous avons expliqué
ce Coagulum dans les Remarques du Chapitre
précédent.
Le sel volatil armoniac se dissout bien avec les liqueurs
aqueuses, & l'on en peut faire de l'esprit de
sel armoniac, en y mêlant ce qu'il faut seulement
d'eau pour le faire fondre; mais quand on veut le
mélanger ou le dissoudre dans l'esprit de vin, il y
a bien plus de peine. Si l'on ne faisait que le faire
tremper dans l'esprit de vin, il ne s'y dissoudrait
point; au contraire il s'y conserverait, comme nous
avons dit: il faut donc le faire distiller plusieurs fois,
afin que les parties du sel se raréfient & s'unissent à
l'esprit de vin. Ce qui reste sans être dissout dans le
récipient a été fort raréfié par les distillations réitérées;
c'est pourquoi il se dissout quelques jours
après.
L'esprit de vin dans cette opération a lié les sels Comment
volatils, en sorte qu'ils ne sont plus incommodes au se fait l'a-
goût ni à la senteur comme ils étaient, & c'est par doucisse-
H h ment.
@

482 C O U R S
là qu'il les a adoucis, car les soufres tempèrent l'acrimonie
des sels, comme nous avons dit en parlant
des principes.
Si avec une portion de cet esprit volatil de sel armoniac
dulcifié, vous mêlez environ autant d'esprit
de nitre, il se fera d'abord une petite ébullition momentanée
avec peu de chaleur & beaucoup de fumées
blanches, cette ébullition vient de la rencontre de l'acide
avec le sel volatil armoniac qui est alcali, mais
environ une heure après il se fera une autre ébullition
beaucoup plus forte & plus longue, qui produira
des fumées rouges & une grande chaleur: cette dernière
Esprit de effervescence vient du mélange de l'esprit de
nitre dul- nitre avec l'esprit de vin, il résulte de tous ces divers
cifié. brouillements un esprit de nitre bien dulcifié.
----------------------------------------------------------
Esprit acide de Sel Armoniac.
C Et esprit est un sel fixe armoniac résout en liqueur
par le grand feu.
Prenez telle quantité qu'il vous plaira de sel fixe
armoniac fébrifuge dont nous avons parlé: réduisez-
le en poudre, & le mêlez exactement avec trois fois
autant de bol aussi en poudre: mettez ce mélange dans
une cornue dont le tiers demeure vide: placez-la au
fourneau de réverbère clos, & y adaptez un grand
ballon ou récipient: lutez exactement les jointures,
& procédez de la même manière que nous avons dit
pour faire l'esprit de sel, vous trouverez dans le récipient
un esprit acide qui est un fort bon diurétique.
Vertus. On l'estime spécifique pour les maladies malignes:
Dose. La dose en est jusqu'à une agréable acidité dans les
juleps ou dans les bouillons.
@

D E C H I M I E. 483

R E M A R Q U E S.

C Et esprit acide vient du sel armoniac fixe, car
l'alcali n'en donne aucune goutte.
Quoique le sel de tartre ait rompu la force du sel
marin qui était mêlé avec les sels volatils dans le sel
armoniac, comme nous avons dit, ce même sel marin
ne laisse pas de rendre un esprit fort acide dans
la distillation qu'on en fait, parce que les parties du
sel marin, quoiqu'elles soient brisées, contiennent
aussi bien l'esprit de sel qu'elles faisaient étant entières,
tout de même que quand on aurait réduit le
sel marin en poudre très subtile, il serait aussi rempli
d'esprits que lorsqu'il était en plus gros morceaux:
car il ne faut pas s'imaginer que le sel armoniac
contienne seulement l'acide du sel marin détaché
de sa terre; s'il y était en cet état, il aurait
bientôt écarté les parties du sel alcali, avec lequel
il est mêlé, & se serait détruit lui-même, mais ce
sel y est en substance.
----------------------------------------------------------
Sel volatil huileux aromatique.

C Ette opération est un sel volatil armoniac empreint
d'essences aromatiques.
Pulvérisez & mêlez ensemble égales parties de sel
armoniac & de sel de tartre: mettez le mélange dans
une cucurbite de verre ou de grès, versez dessus de
très bon esprit de vin jusques à ce qu'il surpasse la
matière d'un demi-doigt: brouillez bien le tout ensemble
avec une spatule de bois: adaptez à la cucurbite
un chapiteau & un récipient: lutez exactement
les jointures avec de la vessie mouillée, posez
votre vaisseau sur le sable, & lui donnez un petit
feu pendant trois ou quatre heures, il s'élèvera au
H h z
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484 C O U R S
chapiteau un sel volatil, puis l'esprit de vin distillera
dans le récipient, il entraînera même une portion
du sel volatil. Quand il ne distillera plus rien, vous
laisserez refroidir les vaisseaux & les déluterez: séparez
le sel volatil & le pesés; mettez-le dans une
cucurbite de verre, & y versez sur chaque once une
dragme & demie d'essence aromatique d'une ou de
plusieurs plantes, ou fleurs ou fruits, comme des essences
de cannelle, de macis, de girofle, de menthe,
de romarin: remuez le tout avec une spatule de bois,
afin que l'essence s'incorpore bien avec le sel volatil:
couvrez la cucurbite d'un chapiteau, & y ayant adapté
un récipient, & luté exactement les jointures avec
de la vessie, posez-la sur le sable, & lui donnez -un
petit feu, tout le sel volatil s'élèvera & s'attachera
au chapiteau, laissez éteindre le feu & refroidir les
vaisseaux, séparez votre sel du chapiteau & le gardez
dans une fiole bien bouchée, c'est le sel volatil
huileux aromatique.
Vertus. Il est sudorifique, cordial & céphalique, propre
contre la léthargie, la paralysie, le scorbut, les fièvres
malignes, la petite vérole & la peste, il excite
les mois aux femmes & il apaise les vapeurs hystériques:
Dose. La dose est depuis quatre grains jusques à quinze
dans une liqueur appropriée à la maladie.
R E M A R Q U E S.
I L faut pulvériser les deux sels séparément & les
mélanger dans la cucurbite, bouchant le mieux
qu'on pourra l'orifice du vaisseau avec un papier & la
main pendant le mélange, afin d'éviter la sortie des
sels volatils qui se détachent à mesure que ces deux
sels s'unissent. L'esprit de vin aide bien aussi à les faire
détacher, il faut qu'il soit bien alcoolisé, car s'il
contenait du phlegme, le sel volatil se fondrait dedans,
& l'on n'aurait que de l'esprit de sel armoniac,
@

D E C H I M I E. 485

au lieu d'un sel volatil dont on a besoin.
Le sel volatil est plus léger que l'esprit de vin; car Esprit de
il monte le premier, l'esprit de vin s'empreint toujours vin em-
de quelque portion de sel volatil, il nous servira preint de
dans l'opération suivante. sel volatil.
On pourrait faire cette opération par une seule
distillation, en mettant les essences avec les sels armoniac
de tartre & l'esprit de vin, & poussant le feu,
comme j'ai dit, mais l'esprit de vin emporterait la
plus grande partie des essences & il n'en demeurerait
guère dans le sel.
On peut faire autant de différents sels volatils huileux
aromatiques, qu'on aura de différentes essences
d'aromates. Sylvius d'Elboë est le premier qui ait parlé
de ce sel, il le réduisait en une liqueur approchante
de celle que je vais décrire sous le nom d'esprit volatil
huileux aromatique.
L'huile des aromates agit bien mieux quand elle est
liée au sel volatil que quand elle est seule, parce que
ce sel lui sert de véhicule, et la fait pénétrer avec plus
de force.
----------------------------------------------------------
Esprit volatil huileux aromatique.

C Ette opération est une dissolution des parties essentielles
des aromates faite par l'esprit de sel
armoniac & par l'esprit de vin.
Prenez de la cannelle, du macis, du girofle, de l'écorce
jaune d'orange amère & de l'écorce de citron
de chacun demi-once, du sel armoniac quatre onces;
concassez-les bien ensemble, & les mettez dans
une bouteille de verre, ajoutez-y quatre onces de
sel de tartre: bouillez le tout dans la bouteille, &
versez dessus quatre onces d'eau de fleur d'orange &
quatre onces de l'esprit de vin empreint de sel armoniac,
gui a été distillé dans l'opération précédente,
H h 3
@

486 C O U R S
ou à son défaut, de l'esprit de vin ordinaire: bouchez
exactement la bouteille, & laissez le mélange en digestion
sans feu pendant huit jours, remuant de temps
en temps la bouteille, renversez ensuite le tout dans
une cucurbite de verre, adaptant promptement dessus,
un chapiteau avec son récipient: lutez exactement
les jointures & ayant placé votre vaisseau sur
le sable, faites distiller par un petit feu toute la liqueur
jusques à ce qu'il ne monte plus rien; vous aurez
un esprit très pénétrant qu'il faut garder dans une
bouteille bien bouchée.
Vertus. Il a les mêmes vertus que le sel volatil huileux aromatique.
Il est bon pour l'hydropisie si l'on en prend
Dose. quinze jours de suite matin & soir: La dose en est
depuis six gouttes jusques à vingt, dans une liqueur
convenable.
R E M A R Q U E S.
I L faut employer la première écorce ou l'écorce jaune
du citron & de l'orange comme la plus odorante
& la plus spiritueuse. On ne doit point mélanger
d'abord le sel de tartre, parce qu'il se dissiperait des
sels volatils avant que le mélange fût dans la bouteille:
il faut faire cette digestion à froid, parce que
la chaleur ferait dissiper une partie du volatil, si bien
bouchée que fût la bouteille; on remue le mélange
afin que les parties essentielles des ingrédients le dissolvent
mieux dans la liqueur.
La fermentation insensible qui arrive dans le détachement
du sel volatil armoniac lorsque le sel de tartre
a été ajouté, contribue beaucoup à cette dissolution;
l'esprit de vin y est mis aussi pour dissoudre les
huiles, parce que c'est un menstrue sulfureux.
Cette liqueur se conserve plus aisément que le sel
volatil, parce que les parties volatiles sont arrêtées
par le phlegme de l'eau de fleur d'orange,
@

D E C H I M I E. 487

On doit observer en faisant prendre ces volatils
que ce soit toujours dans une liqueur froide & non
pas dans du bouillon, de peur que la chaleur du bouillon
ne fasse évaporer le volatil en l'air avant que le
malade le prenne.
On peut se servir d'autres aromates en la place de
ceux que nous avons décrits, quand on voudra en
faire des esprits volatils huileux de différentes vertus.
----------------------------------------------------------

C H A P I T R E XVIII.

Du Vitriol.

L E vitriol est un minéral composé d'un sel acide & Composi-
d'une terre sulfureuse ; il y en a de quatre espèces, tion du
de bleu, de vert, de blanc & de rouge. vitriol &
Le bleu se trouve proche des mines de cuivre, ses espè-
dans la Hongrie & dans l'Ile de Chypre, d'où il nous ces.
est apporté en beaux cristaux qui retiennent le nom
du pays, & ils sont appelés Vitriol de Hongrie, ou Vitriol de
de Chypre ; il participe fort du cuivre qui le rend un Chypre ou
peu caustique. On ne s'en sert que pour l'extérieur, de Hongrie.
comme dans les collyres & pour consumer les chairs
baveuses.
Il y a trois sortes de vitriol vert celui d'Allemagne, Vitriol
celui d'Angleterre & le Romain. Celui d'Allemagne vert.
tire sur le bleu, & il contient un peu de cuivre, Vitriol
il est meilleur que les autres pour la composition d'Alle-
de l'eau forte. Celui d'Angleterre participe du fer, il magne.
est propre pour faire l'esprit de vitriol. Le Romain Vitriol
est semblable à celui d'Angleterre, excepté qu'il est d'Angleterre.
moins facile à fondre. Vitriol
Le vitriol blanc est un sel tiré par évaporation de Romain.
l'eau des fontaines vitrioliques, ou bien un vitriol Vitriol
vert calciné en blancheur, puis dissout dans de l'eau, blanc.
H h 3
@

488 C O U R S
Usages. filtré & desséché sur le feu : quoiqu'il en soit, c'est
le plus dépuré de substance métallique : il peut être
pris intérieurement pour exciter le vomissement, on
en emploie dans les collyres.
Colcothar Le vitriol rouge est apporté depuis quelques années
naturel d'Allemagne, il est appelé Colcothar naturel ou Chalcitis
ou Chal- ; on tient que c'est un vitriol vert calciné par
citis. quelque feu souterrain ; il est le plus rare de tous les
vitriols, il arrête le sang , étant appliqué sur les hémorragies.
Le vitriol en général est une des drogues les plus
utiles de la Médecine ; on en tire quantité d'excellents
Vitriolum remèdes, il s'appelle en Latin Vitriolum. Quelques-uns
nom mys- des anciens Chimistes qui ont souvent exagéré
stérieux. dans leurs expressions en fait de remèdes, ont
crû que ce nom était mystérieux, & que chacune de
ses lettres faisait le commencement d'un mot, qu'ainsi
quand on l'avait nommé Vitriolum, on avait entendu
dire ; Visitabis interiora terrae, rectificando invenies
occultum lapidem veram Medicinam. Ce qui enseigne
où il faut chercher ce sel minéral, à savoir
dans les mines qui sont les entrailles de la terre ; comment
il faut le retirer, en purifiant la mine : sa bonté
& son utilité, en ce qu'il contient en soi de quoi faire
la véritable Médecine.
On trouve ordinairement le vitriol proche des mines
des métaux, quelquefois cristallisé naturellement ;
mais le plus souvent il est mêlé dans des terres & dans
des marcassites, d'où il le faut retirer par la lessive
comme on retire le salpêtre.
Mâchefer, On retire encore souvent du vitriol de certaine
pierres pierres nommées mâchefer, ou pierres d'arquebusade
d'arque- qu'on trouve dans les lieux où les Potiers vont chercher
busade. l'argile, quelquefois même cet argile ou terre
grasse contient un peu de vitriol. Je me suis étendu
avantage sur les vitriols dans mon Traité universel
des drogues simples.
@

D E C H I M I E. 489

Si l'on fait fondre un peu de vitriol blanc ou vert Encres.
dans de l'eau, & qu'on écrive avec cette dissolution,
l'écriture ne paraîtra point ; mais si on la frotte avec
un petit coton imbu de décoction de noix de gale,
elle paraîtra : si l'on imbibe un autre petit coton
d'esprit de vitriol, & qu'on le passe légèrement dessus,
l'encre disparaîtra ; si enfin on la frotte avec un
autre petit coton imbu d'huile de tartre faite par défaillance,
elle reparaîtra, mais d'une couleur jaunâtre.
La raison que je peux donner de cet effet, est que
l'esprit de vitriol dissout un certain coagulum qui s'était
fait du vitriol avec la noix de gale ; mais l'huile
de tartre rompant la force de cet esprit acide, le coagulum
se refait, & comme il contient du sel de tartre,
il prend une nouvelle couleur.
Si l'on jette de la dissolution de vitriol ou du vitriol Change-
en poudre, dans une forte décoction de roses ments de
sèches, il se fera de l'encre aussi noire que la commune couleurs.
; si l'on y verse quelques gouttes d'esprit de
vitriol, cette encre deviendra rouge ; si vous y ajoutez
un peu d'esprit volatil de sel armoniac elle deviendra
grise.
Ces changements de couleurs viennent de ce que
l'esprit de vitriol dissout le coagulum que le vitriol
avoir fait & le rend invisible, la liqueur reprend une
couleur rouge plus vive qu'elle n'avait avant qu'on
y eût mis le vitriol, parce que le même esprit étend
les parties de la rose qui sont dissoutes dans la liqueur,
& les rend plus visibles. L'esprit volatil de sel armoniac
qui est alcali rompt en partie les pointes de l'acide
de l'esprit de vitriol, de sorte que les parties de la
rose n'ayant plus rien qui les tienne assez raréfiées,
elles se rapprochent, & la liqueur change par conséquent
de couleur.
On voit par cette expérience que la rose sèche peut
aussi bien servir que la noix de galle pour faire de
@

490 C O U R S
l'encre ; le bois d'Inde & plusieurs autres choses en
feraient de même.
----------------------------------------------------------
Grilla Vitrioli, ou Vitriol vomitif.
C Ette opération n'est qu'un vitriol blanc purifié.
Faites fondre la quantité qu'il vous plaira de vitriol
blanc, dans ce qu'il faudra de phlegme de vitriol
pour le dissoudre : filtrez la dissolution,faites évaporer
les deux tiers de l'humidité dans une terrine de
grès : mettez le reste en un lieu frais pendant trois
jours, il se fera des cristaux lesquels vous séparerez :
faites encore évaporer le tiers de l'humidité qui sera
restée, & remettez votre vaisseau à la cave, il se fera
de nouveaux cristaux : continuez ainsi à faire évaporer
& cristalliser jusqu'à ce que vous ayez tout retiré,
Vertus. faites sécher ces cristaux au soleil & les gardez
Dose. c'est un vomitif fort bénin : La dose en est depuis
douze grains jusqu'à une dragme, dans un bouillon
ou dans une autre liqueur.
Eau miné On peut faire une eau minérale apéritive en dissolvant
rale apéri- huit ou neuf grains de grilla vitrioli dans deux
tive. livres d'eau commune.
R E M A R Q U E S.
C E n'est ici qu'une purification du vitriol qui se
fait pour en séparer un peu de terre.
On peut faire évaporer toute l'humidité sans faire
de cristallisation, le grilla vitrioli restera au fond, en
poudre blanche.
Le vitriol blanc est employé dans cette opération
plutôt que le vert, parce qu'il est plus doux.
On peut purifier les autres vitriols de la même manière.
@

D E C H I M I E. 491

Le malade après l'effet de ce vomitif, rend quelquefois
dans les selles, des matières noires comme de
l'encre, parce qu'il arrive souvent que quelque portion
du vitriol étant descendue dans les intestins,
y trouve une matière saline avec laquelle elle se lie,
& il se fait une noirceur comme quand on mêle le vitriol
avec la noix de galle.
----------------------------------------------------------
Calcination du Vitriol.

M Ettez telle quantité de vitriol vert qu'il vous
plaira dans un pot de terre qui ne soit point
verni : placez le pot sur le feu, & le vitriol se fondra
en eau : faites-le bouillir jusqu'à consomption de
l'humidité, ou jusqu'à ce que la matière soit en une
masse grise tirant sur le blanc : retirez-la alors du
feu, elle aura diminué presque de la moitié ; c'est
ce qu'on appelle Vitriol calcine en blancheur. Si vous Vitriol
calcinez ce vitriol gris long temps à grand feu, il deviendra calciné en
rouge comme du sang. On l'appelle Colcothar, blancheur.
il est bon pour arrêter le sang étant appliqué sur la Colcothar
plaie. artificiel.

R E M A R Q U E S.

I L ne faut point calciner le vitriol dans un pot vernissé,
de peur qu'il ne fasse dissolution du verni,
ce qui altérerait le vitriol.
On peut le calciner, ou plutôt le faire sécher au
soleil jusqu'à ce qu'il soit blanc ; cette calcination est
préférable à la première, mais elle est plus longue.
On peut encore étendre le vitriol dans un four un
peu chaud, & le faire sécher jusqu'à ce qu'il soit
blanc.
Si l'on s'obstine à faire dessécher exactement seize
livres de vitriol vert d'Angleterre, il ne restera que
@

492 C O U R S
sept livres de vitriol blanc ; mais pour y réussir, il faut
mettre en poudre la masse blanche du vitriol calciné
après avoir cassé le pot, & la remuer longtemps
dans un plat de terre, sur un petit feu, jusqu'à ce qu'elle
ne fume plus, ou jusqu'à ce qu'il n'y reste plus de
phlegme.
Poids. Si l'on calcine ce vitriol blanc jusqu'à rougeur, on
aura cinq livres & demie de colcothar. Le soufre du
vitriol se dissipe pendant cette dernière calcination ;
il la faut faire sous la cheminée ; car la vapeur serait
nuisible à la poitrine. Ce soufre a la même odeur
que le soufre commun.
Le vitriol d'Allemagne est ordinairement moins
humide ou moins rempli de phlegme, que le vitriol
d'Angleterre, c'en pourquoi il diminue moins dans
a calcination.
Poudre de La poudre de sympathie dont on a fait tant de bruit,
sympa- n'est qu'un vitriol blanc ouvert préparé diversement
thie, ce suivant les différentes idées qu'on a eues. On estime
que c'est. davantage pour cette opération, le vitriol Romain
que l'autre.
Sa prépa- La manière ordinaire de le préparer pour en faire
ration. de la poudre de sympathie, est de l'exposer au soleil
pendant le signe du Lion, c'est-à-dire au mois de juillet,
afin de le dessécher & de l'ouvrir : De plus, on
prétend que l'Astre lui donne des influences. A la vérité
il est plutôt desséché en cette saison-là, qu'en une
autre, à cause de la grande force du soleil il se peut
faire même, que les parties du vitriol seront volatilisées
par cette chaleur ; mais pour ce qui est de l'influence,
elle est bien imaginaire.
Plusieurs ne font que pulvériser le vitriol commun
pour faire leur poudre de sympathie : d'autres y mêlent
un peu d'usnée humaine.
Usages. Quand on veut se servir de cette poudre, on prend
du sang d'une plaie avec un linge, l'on y en jette
une pincée dessus. On prétend que quand le linge
@

D E C H I M I E. 493

sanglant serait à quatre lieues du malade lorsqu'on y
met de la poudre de sympathie, la plaie se sécherait
aussitôt. Mais les expériences que plusieurs personnes
ont faites, & que les autres peuvent faire encore,
montrent bien qu'on n'a pas toujours été de bonne
foi quand on a voulu parler des effets de cette poudre
; car si l'on ne met la poudre sur le linge nouvellement
ensanglanté dans la chambre même où est le
malade, on n'en voit aucun effet : encore arrive-t-il
souvent qu'avec ces précautions, elle ne produit pas
grande chose, & quelquefois rien.
Pour expliquer l'action du vitriol qu'on appelle poudre Explica-
de sympathie, il faut savoir qu'il exalte incessamment tion des
dans l'air des petits corps qui se détachent de ce actions de
sel minéral : & pour en être convaincu, il ne faut que la poudre
placer des vitriols de diverses couleurs assez près l'un de sympha-
de l'autre dans un même lieu, vous verrez après douze thie.
ou quinze jours, qu'ils auront tous un peu changé de
couleur en leur superficie. Le blanc sera devenu jaune,
le vert blanchâtre, le bleu verdâtre, le rouge grisâtre.
Ces changements de couleur ne peuvent provenir
que des corpuscules, qui s'étant détachés de chaque
espèce de vitriol, & s'étant mêlés dans l'air, une
partie en est retombée confusément sur la matière.
Et qu'on ne me dise point que ces changements sont
causés par l'air qui ouvre & raréfie les vitriols ; car si
vous les mettez dans des lieux séparés, le même effet
n'arrivera point.
Il faut encore remarquer que le sang sur lequel on
met la poudre de vitriol, ayant quelque reste de chaleur,
peut augmenter le mouvement & la quantité
des corpuscules qui se détachent.
Ce sont ces corpuscules vitrioliques qui s'étant
répandus dans l'air, font toute la sympathie, car
ils se mêlent dans la plaie du malade ; & comme
la vertu du vitriol est d'arrêter le sang & de
dessécher, il ne faut pas s'étonner si les parties
@

494 C O U R S
volatiles qui en viennent, font le même effet :
Mais on me peut objecter que les parties volatiles
du vitriol n'ont pas plus de détermination à aller
trouver la plaie du malade, que les autres lieux de son
corps ou de la chambre : qu'au contraire cette plaie
étant couverte ordinairement d'une emplâtre & d'un
bandage assez épais, il y a lieu de croire qu'elles n'y
pourront pas pénétrer.
Je réponds qu'il n'est pas nécessaire de donner
d'autre détermination à ces parties volatiles du vitriol,
qu'on en donne aux autres sels volatils qui se
répandent dans l'air ; mais comme les plaies sont toujours
glutineuses, il est bien convenable que ces corpuscules
s'y attacheront en plus grande quantité
qu'ailleurs, de même qu'un duvet qui voltigerait
en quelque lieu où il y aurait du glu ou de la térébenthine,
s'y prendrait avec plus de facilité qu'aux
autres endroits.
Pour ce qui est des bandes & de l'emplâtre de la
plaie, il faut savoir que ceux qui se fervent de la
poudre de sympathie, n'y en mettent point : mais
quand il serait arrivé, ce qui doit être très rare
que quelqu'un eût été guéri de sa plaie par la poudre
de sympathie, quoiqu'il y eût eu une emplâtre &
un bandage, on ne peut attribuer cet effet qu'à la pénétration
du vitriol ; car il se trouve des plaies qu'une
très petite quantité de vitriol est capable de dessécher.
Voilà, ce me semble l'explication la plus raisonnable
qu'on peut donner sur un effet qui a passé pour
une chose impraticable.
Le peu de Au reste je ne conseillerais point à un blessé de faire
sûreté fond sur un remède de cette nature ; car pour une
qu'il y a personne qui en aura reçu du soulagement, il y en aura
de se fier cent qui n'en auront pas aperçu l'effet, & la cause
à la poudre en est, que les parties volatiles du vitriol ont été détournées
de sympathie. de la plaie du malade par quelque vent, ou
@

D E C H I M I E. 495

parce que la plupart des gens ont le sang trop subtil &
trop en mouvement pour être figé par une si petite
quantité de vitriol.
Néanmoins ceux qui sont entêtés de la poudre de
sympathie, en parlent comme d'un remède immanquable.
Et on leur fait voir par expérience, qu'elle a
manqué son effet, comme il n'est pas trop difficile, ils
disent d'abord que c'est parce qu'elle n'était pas bien
préparée; mais il est facile de les convaincre s'ils y
veulent aller de bonne foi, car celle de leur préparation
même qui aura réussit à quelqu'un, ne réussira pas
à beaucoup d'autres.
Plusieurs Auteurs ont encore écrit bien des faussetés Expéri-
pour prouver la sympathie : comme par exemple ences faus-
que si l'on jetait l'urine d'un enfant dans le feu ses pour
aussitôt qu'il l'a faite, il sentirait des ardeurs dans prouver la
la vessie. Que si l'on jetait du feu ou des orties sur sympathie.
les excréments d'un animal, il se ferait inflammation
dans ses intestins, & plusieurs autres choses qu'on
sait par mille expériences, n'être pas vraies.
----------------------------------------------------------
Distillation du Vitriol.

C Et esprit est un sel acide du vitriol résout en liqueur
par un grand feu.
Remplissez de vitriol d'Angleterre calciné en blancheur,
les deux tiers d'une grande cornue de grès ou
de verre lutée : Placez-la dans un fourneau de réverbère
clos ; & y ayant adapté un grand ballon ou récipient,
faites un très petit feu dans le fourneau pour
échauffer la cornue & pour faire sortir goutte à goutte
ce qui pouvait être resté d'humidité aqueuse dans
le vitriol ; lorsqu'il ne distillera plus rien, renversez
ce que le récipient contiendra dans une bouteille ;
c'est ce qu'on appelle Phlegme de vitriol. On s'en sert Phlegme
pour laver les yeux dans les ophtalmies. Réadaptez le de vitriol.
@

496 C O U R S
& son ballon au cou de la cornue, & ayant lutté exactement
usage. les jointures, augmentez le feu peu-à-peu ; & quand
vous verrez sortir des nuages dans le récipient, continuez-le
toujours en même état, jusqu'à ce que le récipient
refroidisse : poussez alors le feu très violemment
avec du bois, en sorte que la flamme sorte par le
soupirail du dôme, grosse comme le bras. Le ballon
se remplira de nuages blancs : continuez le feu de cette
force pendant trois jours & autant de nuits puis
le faites cesser : Délutez -les jointures lorsque vos
vaisseaux seront refroidis & renversez l'esprit dans
une cucurbite de verre, laquelle ayant placée sur le
sable, adaptez-y promptement un chapiteau avec son
récipient : Luttez exactement les jointures avec de la
Esprit sul- vessie mouillée, & faites distiller à un feu très lent,
fureux environ quatre onces de l'humidité, ce sera l'esprit
du vitriol, sulfureux du vitriol, il faut le garder dans une fiole
& ses ver- le bien bouchée.
tus. C'est un bon remède pour l'asthme, pour la paralysie
& pour les maladies du poumon : La dose est depuis
quatre gouttes jusqu'à dix ; dans quelque liqueur
convenable à la maladie.
Esprit aci- Changez de récipient, & ayant augmenté le feu
de de vi- faites distiller environ la moitié de l'humidité qui est
triol, ses restée dans l'alambic ; c'est ce qu'on appelle esprit acide
vertus & de vitriol. On en mêle dans les juleps jusqu'à une
la dose. agréable acidité.
Ce qui restera dans la cucurbite, est la partie du vitriol
la plus acide, qu'on appelle improprement huile
Huile de vitriol. Elle peut être employée comme l'esprit
vitriol & acide dans les juleps , pour les fièvres continues ou
ses vertus. pour les autres maladies accompagnées de grande
chaleur. On se sert aussi de cette huile pour dissoudre
les métaux.
Vous trouverez dans la cornue une matière rouge,
Colcothar. c'est un fort bon colcothar, semblable à celui dont
nous avons déjà parlé, mais plus léger ; d'une couleur
rouge
@

D E C H I M I E. 497

rouge plus foncée, & d'une qualité encore plus astringente,
ce qu'il a acquis par la longueur & forte calcination
qu'il a reçue.

R E M A R Q U ES.

P Our faire l'esprit de vitriol, il faut prendre un Marque
vitriol vert d'Angleterre, lequel étant frotté sur pour dis-
le fer, ne le fait point changer de couleur, ce qui cerner le
montre qu'il ne participe point au cuivre comme ce vitriol
lui d'Allemagne qui tire sur le bleu & qui est plus d'Angle-
âcre. Il faut le calciner, comme nous avons dit, afin terre, d'a-
qu'étant privé de la plus grande partie de son phlegme, vec celui
la distillation se fasse plus vite. On laisse un tiers d'Allema-
de la cornue vide, afin que les esprits trouvent de gne.
l'espace pour se raréfier lorsqu'ils veulent sortir.
Les Chimistes ont nommé rosée de Vitriol, un Rosée de
phlegme qu'on retire par la distillation au bain-marie vitriol.
de ce sel minéral.
Il distille encore beaucoup de phlegme dans le récipient,
& l'on connaît que tout est sorti quand il
ne tombe plus de gouttes. Ceux qui ne se soucient
pas de l'esprit sulfureux, le laissent sortir & mêler
avec le phlegme avant que de luter les jointures ;
mais il faut en ce temps-là gouverner le feu bien
prudemment ; car ces esprits sortent avec violence
& cassent la cornue s'ils sont trop poussés. Quand
ils sont sortis, il faut augmenter le feu jusqu'à un
dernier degré, car l'esprit acide ne se débarrasse point
de sa terre s'il n'est extraordinairement excité par la
chaleur.
Si vous avez mis dans la cornue huit livres de vitriol
desséché en blancheur à seize onces la livre, vous retirerez
douze onces de phlegme, quatre onces d'esprit
sulfureux, & vingt-quatre onces d'esprit
d'huile de vitriol. Il vous restera dans la cornue, quatre-vingt-huit
onces de colcothar, dont on peut re-
I i
@

498 C O U R S
tirer soixante & douze onces de sel, comme je décrirai
dans la suite.
Si en la place du vitriol d'Angleterre en emploie
celui d'Allemagne, on retirera un peu davantage
d'esprits que nous n'avons marqué, mais ils auront
quelque odeur d'eau forte, la matière qui restera
dans la cornue sera d'une couleur brune tirant sur le
noir. Cette couleur vient des fuliginosités sulfureuses
qui s'élèvent plus de ce vitriol là que de l'autre,
à cause qu'il participe du cuivre ; car cette suie
ne trouvant point d'issue pour s'exalter, elle retombe
sur la matière & elle la noircit.
Le fourneau dans lequel on fait cette opération doit
être bien épais, afin que l'ardeur du feu ne se dissipant
point par les pores, elle échauffe davantage la
cornue. Ces esprits se raréfient en vapeurs blanches
dans le ballon qui doit être assez grand pour donner
de l'espace libre à leur circulation avant qu'ils se résolvent
au fond en liqueur. On continue le feu ordinairement
pendant quatre ou cinq jours, mais si
l'on voulait après ce temps-là changer de récipient
& continuer le feu encore trois ou quatre jours, il
Huile de sortirait une huile de vitriol congelée & caustique
de vitriol qui n'est autre chose que la partie de l'esprit de vitriol
congelée. la plus fixe. Cette congélation a donné le nom
d'huile de vitriol à la liqueur, quoique improprement.
Le vitriol contient assez de terre c'est pourquoi
l'on n'en ajoute point comme on fait dans la distillation
du nitre.
Les esprits acides ne sont que des sels rendus fluides
par la force du feu qui les a dégagés de leur partie
la plus terrestre & qui s'y est mêlé ; on peut leur
donner corps, en les versant sur quelque alcali.
Par exemple, l'esprit de vitriol ayant demeuré quelque
peu de temps sur le fer, se re-corporifie en vitriol,
l'esprit de nitre versé sur le sel de tartre, fait un
salpêtre.
@

D E C H I M I E. 499

Il arrive un effet très surprenant sur l'huile de vitriol L'Huile de
quand elle est bien forte ; c'est que si vous la mêlez vitriol mê-
avec d'autre huile de vitriol ou avec son esprit lé avec quel-
acide, ou avec de l'eau, ou bien avec une huile aethérée, qu'autre
comme est l'huile de térébenthine, l'esprit de liqueur
Vin ; ce mélange s'échauffe tellement qu'il rompt s'échauffe
quelquefois la fiole qui le contient, & souvent il se
fait un bouillonnement considérable.
J'aurais bientôt rendu raison de cette chaleur &
de ce bouillonnement, si je voulais supposer un alcali
dans l'huile de vitriol, comme feraient sans doute
ceux qui prétendent tout expliquer par l'alcali &
par l'acide ; mais comme je ne vois pas qu'on puisse
comprendre qu'un alcali pourrait demeurer si longtemps
avec un aussi fort acide qu'est l'huile de vitriol
sans être détruit ; j'aime mieux me servir d'une raison
qui me semble plus probable.
Je crois donc que si l'eau ou l'esprit de vitriol, ou
l'huile aethérée de térébenthine, ou l'esprit de vin
échauffent l'huile de vitriol, c'est qu'ils mettent en
mouvement une grande quantité de particules de feu
que l'huile de vitriol avait entraînées dans la distillation,
& qu'elle tenait comme enveloppées ; car ces
corps de feu étant environnés par des sels très pesants
& difficiles à raréfier, ils poussent avec impétuosité ce
qui s'oppose à leur passage, & lorsqu'ils ne peuvent
pas sortir par le haut de la fiole & exciter le bouillonnement,
la fiole se rompt par le grand effort
qu'ils font en bas & aux côtés.
On dira peut-être que je suppose gratis que l'huile
de vitriol contienne des parties de feu ; mais si l'on
considère la violence du feu, & le temps qu'on emploie
à tirer cet acide, on n'aura pas de peine à m'accorder
cette supposition ; outre qu'il serait bien difficile
d'expliquer la grande & brûlante corrosion de
l'huile de vitriol sans admettre ces parties de feu, car
le vitriol n'a rien en lui d'approchant de ce causti-
I i a
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500 C O U R S
que : il est vrai qu'il contient du phlegme, du soufre
& de la terre qui le tempèrent, mais il serait
impossible que cet acide ne se manifestât davantage,
s'il était dans le vitriol aussi corrosif comme il est
dans l'huile.
Il m'est une fois arrivé qu'ayant mis dans mon
fourneau une cornue dont les deux tiers étaient
pleins de vitriol d'Allemagne desséché, pour en tirer
les esprits, je fis distiller en premier lieu le flegme
& l'esprit sulfureux, lesquels je retirai de mon ballon
; je le réadaptais ensuite, & par un grand feu continué
pendant trois jours & trois nuits, je fis cailler
l'esprit acide en la manière accoutumée : quand les
vaisseaux furent refroidis, je fus bien étonné de ne
trouver dans mon ballon qu'une masse de sel ou d'huile
de vitriol congelée. Ce sel était si caustique &
Huile de brûlant, que quand le moindre petit morceau touchait
vitriol à la main, on sentait d'abord une cuisson insupportable,
congelée. & l'on était contraint de mettre promptement
la main à l'eau ; il fumait toujours, & quand on
en jetait dans de l'eau, il se faisait le même bruit
que si l'on y eût jeté un charbon allumé ; il échauffait
même l'eau très considérablement & plus que
l'huile de vitriol ordinaire.
Je gardai cet esprit congelé environ six mois,
puis après il se mit en une liqueur dont je me suis
servi comme d'huile de vitriol ; car c'en était effectivement.
Il me semble que cette opération montre bien que
l'huile de vitriol contient des parties de feu.
Huile de Il m'est arrivé une autre fois qu'ayant fait rectifier
vitriol en l'esprit de vitriol pour le séparer d'avec l'huile
cristaux par l'alambic, une partie de l'esprit distillé s'était
blancs. converti dans le matras ou récipient en beaux cristaux
fort blancs & transparents, qui avaient la même
âcreté & la même force que la masse dont je viens
de parler.
@

D E C H I M I E. 501

Si l'on verse quelques gouttes d'esprit ou d'huile Teinture
de vitriol sur une pinte d'eau chaude, dans laquelle de roses,
on aura mis infuser une pincée de roses rouges sèches, pourquoi
la liqueur deviendra un peu de temps rouge comme l'esprit de
du vin & l'on ne doit pas tant attribuer cet effet à ce vitriol la
que l'esprit de vitriol aigrissant l'eau, la rend plus rougit.
capable de tirer la teinture des roses, comme à ce que
cet esprit acide raréfie & étend les particules de la rose
que l'eau avait dissoutes, & les fait paraître mieux
qu'auparavant ; car si vous coulez votre infusion &
que vous sépariez les roses avant que d'y verser l'esprit
de vitriol, quoique la colature soit fort peu chargée
de couleur, elle deviendra aussi rouge quand vous
y en aurez versé, que si les roses étaient dedans : il
faut dire la même chose des autres teintures qui se tirent
par le moyen des acides, comme aussi de celles
qu'on excite par un sel alcali.
Si l'on remplit une fiole de verre, de décoction Change-
de bois néphrétique purifiée, & qu'on la regarde se ment de
tournant vers le jour, elle paraîtra jaune : mais si couleurs.
l'on tourne le dos au jour, elle paraîtra bleue : si l'on
y mêle quelques gouttes d'esprit de vitriol, elle paraîtra
jaune de tous côtés ; mais si l'on y ajoute environ
autant d'huile de tartre, elle retournera en sa première
couleur.
Si l'on prend une teinture bleue ou violette faite
dans l'eau, comme celle qui se tire du Tourne-sol ou
de la fleur des violettes, qu'on verse dessus quelques
gouttes d'esprit de vitriol, elle deviendra aussitôt
rouge ; mais si vous y jetez un sel alcali, elle
reprendra sa première couleur.
Si au contraire l'on verse sur la teinture bleue une
liqueur alcaline, comme de l'esprit volatil de sel armoniac
ou de l'huile de tartre, elle verdira incontinent,
& si vous y ajoutez un peu d'esprit de vitriol,
elle changera cette couleur en un rouge obscur.
La décoction du bois d'Inde est fort rouge : si vous
I i 3
@

502 C O U R S
y versez un peu d'esprit de vitriol, elle deviendra jaune
: si par-dessus vous ajoutez de l'esprit volatil de sel
armoniac, elle deviendra noire.
Si vous faites tremper pendant trois ou quatre
heures, un morceau de bois d'Inde dans du suc de
citron clair, & que vous le retiriez, la liqueur n'aura
point change de couleur ; mais si vous y versez
quelques gouttes d'huile de tartre faite par défaillance,
elle prendra une couleur brune ; si vous y ajoutez
un peu d'esprit de vitriol, elle deviendra en sa même
couleur.
Si vous versez quelques gouttes d'huile de tartre
sur du vin rouge, il deviendra verdâtre ; si vous y
ajoutez un peu d'esprit de vitriol, il reprendra sa
couleur.
Tous ces changements de couleur que l'esprit de vitriol
ou les autres acides & les alcali apportent, ne
se font que par l'arrangement différent du corps dissout
dans la liqueur & selon la disposition qu'il a pour
modifier diversement la lumière.
----------------------------------------------------------
Huile de Vitriol dulcifiée.
C Ette préparation est l'acide le plus fort du vitriol
corrigé & adouci par l'esprit de vin.
Mettez dans un matras assez grand, huit onces
d'huile de vitriol, versez dessus peu-à-peu seize onces
d'esprit de vin : bouchez le matras avec un autre
matras pour faire un vaisseau de rencontre. Laissez
le mélange en digestion à froid dix ou douze heures,
l'agitant de temps en temps : placez ensuite le vaisseau
sur un petit feu de sable, & faites circuler la
liqueur pendant trois jours, puis laissez refroidir les
vaisseaux & les séparez ; versez la liqueur dans une
bouteille & la gardez bien bouchée, elle aura une
odeur agréable, & un goût considérablement acide
@

D E C H I M I E. 503

quoique tempéré : c'est l'huile de vitriol dulcifiée.
Elle est apéritive, propre pour exciter l'urine, Vertus.
pour la pierre, pour purifier le sang, pour arrêter le
vomissement & les cours de ventre ; quelques-uns en
donnent pour les crachements de sang, pour l'hémorragie
du nez & pour l'asthme. La dose est depuis Dose.
quatre gouttes jusqu'à dix, ou jusqu'à une agréable
acidité dans une liqueur appropriée. On en met aussi
quelques gouttes dans les narines avec un coton.

R E M A R Q U E S.

Q Uelques-uns appellent cette préparation eau ou Eau ou
essence de Rabei, parce qu'ils prétendent qu'un essence de
Chimiste nommé Rabei, qui a paru il y a plusieurs Rabei.
années en France & en Angleterre, s'en servait avec
beaucoup de succès dans plusieurs maladies.
Il faut que le matras soit assez grand, en sorte que le
mélange n'occupe qu'environ le tiers de sa capacité ;
car comme il doit circuler, il est nécessaire qu'il trouve
assez d'espace vide.
Si l'huile de vitriol que vous employez est bien forte,
& tirée du vitriol d'Allemagne, il se fera dedans
une ébullition avec grande chaleur à mesure que- vous
y jetterez de l'esprit de vin : mais si l'huile de vitriol
est tirée du vitriol d'Angleterre, il ne se fera peut-
être qu'une chaleur sans bouillonnement sensible.
Quoiqu'il en soit, il est toujours à propos par prévoyance,
de placer le matras dans une terrine de
grès, avant que de faire le mélange, afin que si ce
vaisseau de verre venait à casser par la chaleur trop
subite excitée par la fermentation, la liqueur en fût
point perdue.
On peut augmenter ou diminuer la quantité de l'esprit
de vin dans cette préparation selon qu'on voudra
que la liqueur soit plus ou moins acide. Il est bon
I i 4
@

504 C O U R S
de verser cet esprit peu-à-peu dans le matras, afin que
s'il se fait ébullition, elle ne soit point trop violente.
Je laisse la liqueur en digestion à froid pendant douze
heures, je la remue par intervalles, afin de donner
le temps nécessaire au mélange des esprits de fermenter
& de s'unir, car il y aurait à craindre que si
l'on mettait trop tôt le vaisseau sur le feu, la fermentation
ne se fit avec trop de précipitation, & que tout
ne crevât.
La circulation du mélange se fait, afin que les parties
sulfureuses de l'esprit de vin puissent mieux se
lier aux acides de l'huile de vitriol, pour embarrasser
leurs pointes & les adoucir ; de plus cette circulation
donne à la liqueur une odeur très agréable.
J'ai dit ma pensée sur la cause de l'ébullition de
l'huile de vitriol & de l'esprit de vin, au chapitre
précédent.
----------------------------------------------------------
Eau Styptique.
C Ette eau n'est qu'une dissolution de vitriol &
d'autres ingrédients propres à arrêter le sang.
Prenez du colcothar ou vitriol rouge qui reste dans
la cornue après qu'on en a tiré l'esprit & cinq
dragmes, de l'alun de Rome & du sucre candi de
chacun demi-once, de l'urine d'une jeune personne
& de l'eau de rose, de chacun quatre onces, de l'eau
de plantin seize onces : agitez le tout ensemble longtemps
dans un mortier , puis renversez le mélange dans
une bouteille ; il faudra verser par inclination la liqueur
quand on voudra s'en servir.
Si l'on applique une compresse imbue de cette eau
sur une artère ouverte, qu'on tienne la main dessus,
Vertus. elle arrête le sang. On en peut aussi mouiller
un petit tampon, l'introduire dans le nez lorsque
l'hémorragie dure trop long temps ; étant prise intérieurement,
@

D E C H I M I E. 505

elle arrête les crachements de sang, les
dysenteries, les flux d'hémorroïdes & de menstrues,
elle est vulnéraire : La dose est depuis demi-dragme Dose.
jusqu'à deux dragmes, dans de l'eau de centinode.

R E M A R Q U E S.

Q Uand le sang sort avec trop de vitesse, il faut
redoubler la première compresse qu'on a mise
sur la plaie, & appuyer un peu avec les doigts pendant
demi-heure.
La base de cette eau est le colcothar.
M'étant servi de cette eau en plusieurs rencontres
avec succès, je l'ai voulu insérer dans ce Livre ;
je crois que si l'on en fait l'expérience, comme je
l'ai faite, l'on avouera que c'est un très bon remède
en beaucoup de maladies.
----------------------------------------------------------
Sel volatil narcotique de vitriol, ou sel sédatif de
M. Hombers.

C Ette opération est une exaltation, ou volatilisation
du sel fixe de vitriol en fleurs blanches par
le borax.
Prenez trois livres de colcothar ou vitriol rouge
qui reste dans la cornue après la distillation de l'huile
de vitriol, mettez-les dans une terrine de grès ;
versez dessus dix ou douze livres d'eau bouillante,
laissez-les en infusion pendant deux heures, remuant
de temps en temps la matière avec une spatule de
bois, filtrez ensuite la liqueur & la gardez, elle
sera claire & un peu rougeâtre.
D'une autre part faites dissoudre deux onces de
borax en poudre dans deux livres d'eau chaude,
versez cette dissolution toute chaude dans la liqueur
précédente filtrée, il se précipitera sur le champ une
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506 C O U R S
boue jaunâtre : laissez reposer le mélange jusqu'au
lendemain, filtrez-le par un papier gris, mettez
évaporer l'eau filtrée sur le sable dans un vaisseau de
verre ou de grès, jusqu'à ce qu'il commence à paraître
dessus une pellicule, versez-la alors dans une cucurbite
de verre qui ait assez de capacité pour contenir quatre
pintes ou huit livres de liqueur, & qui ait environ
huit pouces de haut : adaptez-y un chapiteau
avec un petit récipient, faites distiller au feu de sable
toute l'humidité : jetez comme inutile l'eau qui
en distillera jusqu'aux dernières quatre onces qui seront
un peu acides, il faudra les garder soigneusement.
Lorsqu'il ne distillera plus d'humidité, poussez
le feu assez fortement, il s'élèvera un peu de sel
volatil au bas du chapiteau & autour de la cucurbite,
blanc en forme de fleur de farine, d'un goût salé, mais
assez faible : Quand vous verrez qu'il ne montera
plus rien, vous laisserez finir le feu & refroidir les
vaisseaux, ramassez toutes ces fleurs blanches avec
une plume, ou les détachant avec un couteau, elles
prendront une couleur brillante comme des perles,
gardez-les dans une bouteille de verre bien bouchée,
Il sera resté au fond de la cucurbite une masse sèche,
grise, rendant une forte odeur de soufre, versez
dessus les quatre onces de liqueur aigrelette que vous
avez réservé de la distillation, il se fera beaucoup de
chaleur avec peu d'ébullition apparente & une odeur
vitriolique : remettez le chapiteau sur la cucurbite,
faites distiller la liqueur & la gardez ; poussez le feu
pour sublimer des fleurs comme devant, cette seconde
sublimation sera un peu plus copieuse que la première
: ramassez ces fleurs, remettez l'eau distiller
dans la cucurbite sur la masse grise, il se fera la même
chaleur que devant, faites distiller l'eau, & sublimer
des fleurs ou du sel volatil comme auparavant ;
réitérez le même procédé jusqu'à ce qu'il ne se sublime
plus rien ; mêlez vos fleurs ensemble & les gardez ;
@

D E C H I M I E. 507

c'est le sel sédatif ou sel volatil narcotique de vitriol.
Son effet en médecine est d'apaiser les désordres Vertus.
que les matières sulfureuses irritées peuvent causer
dans nos corps, par exemple, dans les fièvres malignes
qui sont accompagnées de transport au cerveau,
une prise ou deux de sept ou huit grains chacune
dissoute dans une cuillerée ou deux d'eau chaude &
prise dans le fort de l'accès diminue la fièvre, &
calme le transport en sept ou huit heures de temps, &
donne le loisir au Médecin de guérir à son aise le malade
par les purgatifs simples & ordinaires.
Au reste, ce remède ne fait qu'apaiser la fièvre &
le transport pour un temps sans les guérir, car si dans
cet intervalle on ne chasse la cause de la maladie par
des purgatifs, la fièvre & le transport reviennent.

R E M A R Q U E S.

M Onsieur Homberg, de l'Académie Royale des
Sciences, & premier Médecin de Monseigneur
le Duc d'Orléans, est l'Auteur de cette Préparation,
on en trouvera sa description telle qu'il l'a donnée au
public dans l'Histoire de la même Académie de l'année
1702. page 50. J'ai exécuté cette opération, avec
beaucoup d'exactitude, & j'ai observé toutes les
circonstances qui se sont présentées avant que de les
rapporter ici.
M. Homberg dit, que l'infusion du colcothar, &
la boue qui se précipitera du mélange de la dissolution
du borax avec cette ligueur, seront verdâtres,
j'ai trouvé quelque chose d'un peu différent, car il
ne m'a paru rien de verdâtre dans l'un ni dans l'autre,
mais l'infusion filtrée du colcothar a été rougeâtre
& la boue précipitée jaunâtre : Ces différences
de couleur sont de petite conséquence, elles ne
procèdent que d'une plus grande ou d'une moindre
@

508 C O U R S
calcination du vitriol, & elles ne peuvent préjudicier
en rien à la réussite de l'opération. L'infusion du colcothar
a été une dissolution d'un sel de vitriol.
Borax, à Le borax qui est un sel se dissout aisément dans de
quoi il l'eau commune, ce sel qui est minéral & urineux très
sert dans fixe étant mêlé avec la première dissolution, absorbe
cette opé- la plus grande partie des pointes acides du vitriol,
ration. précipite les parties terreuses & métalliques en forme
de boue, & ces pointes deviennent un sel volatil,
laissant au fond du vaisseau un reste de sel beaucoup
plus fixe qu'il n'était avant cette opération.
L'humidité qu'on fait évaporer sur le feu n'est
qu'un phlegme inutile : la pellicule qui paraît au-dessus
du reste de la liqueur fait connaître qu'il n'est resté
de ce phlegme guère plus que ce qu'il en faut pour
rendre les sels fluides. On pourrait néanmoins faire
évaporer encore un peu de phlegme qui reste, mais de
peur qu'on n'en fit dissiper une plus grande quantité
qu'il ne faudrait, il est bon de mettre le tout dans
l'alambic pour mieux conduire l'opération, & faire
en sorte qu'on puisse recueillir les quatre onces de
liqueur un peu acide qui distilleront les dernières, &
les garder.
L'odeur de soufre qui exhale de la masse grise restée
au fond de la cucurbite, vient des parties sulfureuses
qui demeurent toujours dans le vitriol si
calciné qu'il soit, lesquelles ont été développées par
le borax. Ce sont peut-être ces mêmes parties sulfureuses,
qui ont produit la petite acidité des quatre
onces de liqueur, car le soufre rend un acide.
La chaleur qui arrive quand on verse cette liqueur
sur la matière grise fixe, vient de la pénétration que
font les pointes acides dans les parties du borax qui
est un sel urineux & poreux.
J'ai voulu voir jusqu'à combien de fois on pourrait
faire sublimer du sel volatil ou fleurs, j'ai
poussé l'opération jusqu'à trente-six fois. La troisième
@

D E C H I M I E. 509

sublimation a été encore plus abondante en fleurs 3. Subli-
que la seconde ; ce sel a été très raréfié, léger, mation.
détachant aisément avec la frange d'une plume, & il
a paru talqueux quand on a appuyé le doigt dessus.
La 4. a été de même. La 5. a rendu des filaments 4.5.
blancs talqueux, & il ne s'est plus élevé d'odeur sulfureuse,
mais il y a toujours eu de la chaleur,
quand on a eu versé la liqueur sur la matière grise,
quoique cette liqueur eût perdu sou acidité apparente.
La 6. a été de même. La 7. a rendu des filaments 6.7.
qui ressemblaient ceux de l'alun de plume.
La 8. la 9. & la 10. ont été un peu plus copieuses que 8.9.10.
les précédentes, il s'en est élevé des fleurs disposées
en flocons très raréfiés & très légers ; je me suis aperçu
qu'à mesure que j'avançais dans le nombre de
ces sublimations, les fleurs ou sel volatil ont eu moins
de salure ou d'âcreté. La matière grise a continué à
s'échauffer quand on a versé dessus de la liqueur distillé,
& même la chaleur en a été si forte, qu'à peine
pouvait-on tenir un peu de temps la main sous le
vaisseau, cette chaleur durait environ demi quart-
d'heure. La 11. n'a rendu que peu de fleurs apparemment, 11.
parce qu'il y avoir trop peu de liqueur, car
dans toutes les distillations réitérées l'eau a beaucoup
diminué, j'ai versé sur la matière grise le peu de liqueur
distillée qui me restait, j'y ai ajouté environ
autant de phlegme de vitriol ordinaire, il s'est fait la
même chaleur. La 12. a rendu un peu plus de fleurs 12.
que la précédente, j'ai versé par curiosité, sur une
portion de la matière grise restante, de l'esprit de
vitriol, elle ne s'est point échauffée, ni n'a bouillonné,
j'ai versé de l'eau commune sur une autre portion
de la même matière, elle s'est échauffée comme
avec la liqueur distillée. La 13. la 14. & la 15.ont rendu 13.14.15.
médiocrement des fleurs, j'ai observé qu'alors il
était bon de laisser fermenter la matière quelques
heures avant que de la mettre en distillation & en su-
@

510 C O U R S
blimation, parce que par ce moyen on en tire un peu
16. & sui- plus de fleurs. La 16. & les suivantes jusqu'à la 24.
vantes ont été un peu plus abondantes en fleurs que les précédentes
jusqu'à la : J'ai reconnu après ces sublimations, que
24. quand on a versé de l'eau ou du phlegme de vitriol
sur la matière, il s'est fait une chaleur bien moindre
25.26.27. qu'auparavant. La 25. la 26. & la 27. ont produit
moins de sel ou de fleurs que les autres : la liqueur
alors étant versée sur la masse grise n'a plus donné
de chaleur susceptible, quoique j'eusse tourné la matière,
& que je l'eusse laissée en digestion pendant
vingt-quatre heures avant que de la mettre en distillation.
28.29.30. La 28. la 29. & la 30. ont été un peu plus copieuses
31.32.33. en sel volatil que les autres. La 31. & les suivantes
34.35.36. jusqu'à la 35. n'ont rendu des fleurs que médiocrement.
La 36. en a rendu très peu, & je n'ai pu en
tirer davantage. Ces trente-six sublimations ne
m'ont produit en tout que demi-once & quarante-
deux grains de fleurs, ou sel volatil narcotique de
vitriol ; il est par-tout beau, luisant, argentin, talqueux
au toucher, très raréfié, léger comme les fleurs
de benjoin, faisant par conséquent un grand volume.
Les premiers sublimés ont eu une acidité un peu piquante
& âcre, mais à mesure qu'on a avancé dans les
distillations & sublimations, elles ont produit un sel
plus tempéré, jusqu'à ce qu'enfin il a été presque insipide
: Ce sel n'a point fermenté ni avec les liqueurs
acides ni avec les alcalines, il s'y est dissout
Poids de facilement.
la masse Il est resté au fond de la cucurbite après toutes les
restée après sublimations dont il a été parlé, une masse sèche, dure,
les sublima- grise, brillante en quelques endroits pesant, deux
tions. onces trois dragmes & demie, d'un goût vitriolique,
Vertus. elle est astringente , on peut s'en servir extérieurement
Autre ma- pour arrêter le sang.
nière de fai- On peut encore faire d'une autre manière le sel
re le sel sé- sédatif, ou narcotique vitriolique de M. Homberg.
@

D E C H I M I E. 511

On fait dissoudre deux onces de borax dans six onces datif, ou
d'eau, on y mêle une once d'huile de vitriol, il narcoti-
ne s'y fait point d'ébullition, on laisse le mélange en que vitri-
digestion pendant vingt-quatre heures, puis on le olique.
met distiller, on en tire sur la fin une eau aigrelette :
on pousse le feu plus fortement, il s'élève de la masse
un peu de fleurs ou de sel, qui s'attache au bas
du chapiteau & au haut de la cucurbite. Ce sel est
semblable au précédent, mais d'un goût plus salé
tirant sur l'acide ; on sépare ce sel comme l'autre,
& il sort de la cucurbite une odeur sulfureuse ;
La matière du fond sera raboteuse ou relevée par petites
roches, ce qui a été formé par les derniers bouillons
de la matière épaissie ; sa couleur sera noire
comme celle de l'huile de vitriol. Lorsqu'on verse
sur cette masse, la liqueur aigrelette, elle s'échauffe
considérablement, comme quand on mêle de l'eau
dans beaucoup d'huile de vitriol forte. On continue
les distillations & les sublimations de même qu'en
l'opération précédente, excepté qu'on n'en peut
pas faire un si grand nombre.
----------------------------------------------------------
Pierre médicamenteuse.

C Ette opération est un mélange de plusieurs matières
détersives & fort astringentes, qu'on réduit
en pierre par la calcination.
Pulvérisez & mêlez ensemble du colcothar ou vitriol
rouge qui reste dans la cornue après la distillation,
ou à son défaut du vitriol calciné à rougeur
deux onces, de la litharge, de l'alun & du bol de chacun
quatre onces : mettez ce mélange dans un pot vernissé,
& versez dessus de bon vinaigre jusques à ce
qu'il surpasse la matière de deux doigts : bouchez le
pot & laissez le tout en digestion pendant deux jours,
puis y ajoutez du nitre huit onces, du sel armoniac
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512 C O U R S
deux onces ; il faut placer le pot sur le feu & faire
consumer toute l'humidité ; calcinez la masse qui restera,
environ une heure, à grand feu & la gardez,
vous en aurez dix-huit onces & deux dragmes : C'est
Vertus. un bon remède pour arrêter les gonorrhées, on en
dissout une dragme dans huit onces d'eau de plantin
ou de forge pour faire injection dans la verge : Elle est
bonne aussi pour nettoyer les yeux dans la petite vérole
; il faut en dissoudre peu, ou huit grains dans quatre
Dose. onces d'eau de plantin ou d'Euphraise pour un
collyre : Elle est propre encore pour arrêter le sang,
appliquée extérieurement sur la plaie. On la peut aussi
dissoudre dans de l'eau de centinode, & elle fera à peu
près les mêmes effets que l'eau styptique ; elle est vulnéraire.
R E M A R Q U E S.
C Ette pierre est appelée médicamenteuse par excellence,
à cause des bons effets qu'elle produit.
Le colcothar qui reste dans la cornue après la distillation
du vitriol, doit être meilleur que les autres
pour cette opération, parce qu'étant dépouillé de la
plus grande partie de ses esprits, il est plus astringent.
La litharge qui est un plomb calciné, l'alun &
le bol sont encore autant d'astringents considérables
qui ne font pas un mauvais effet dans cette composition.
Le vinaigre est mis ici pour lier toutes ces matières,
& pour les faire fermenter ensemble, après quoi
le nitre & le sel armoniac s'y mêlent facilement.
La calcination qu'on donne sur la fin, se fait pour
enlever une partie de l'acide, & pour augmenter
l'astriction : Elle rend aussi la pierre plus fixe & plus
facile à être gardée.
C'est
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D E C H I M I E. 513

C'est un des bons remèdes que j'aie reconnu pour
arrêter les gonorrhées, quand il est temps de les arrêter
par les injections.
Je préfère en plusieurs occasions cette pierre à celle
de Crolius dont voici la description.
Pulvérisez & mêlez ensemble de l'alun neuf onces, Pierre
du vitriol vert, & du vitriol blanc de chacun médica-
six onces, de l'anatron ou à son défaut du sel commun, menteuse
de chacun une once & demie, des sels de tartre, de Cro-
d'absinthe, d'armoise, de chicorée, de persicaria & lius.
de Plantin de chacun deux dragmes, mettez le mélange
dans un pot de terre vernissé assez grand, versez-y
un peu de vinaigre rosat, brouillez bien le tout
& placez le pot sur un feu médiocre, la matière se
fondra, & se gonflera en bouillant, agitez-la souvent
avec une spatule, & quand elle commencera
à s'épaissir, ajoutez-y de la céruse en poudre trois
onces, du bol aussi pulvérisé deux onces, mêlez-
les exactement, & continuez à faire consumer l'humidité
de la masse jusques à consistance de pierre :
gardez-la enfermée, car elle prend facilement l'humidité
de l'air.
On peut ajouter dans cette composition, sur la fin,
quelques gommes, comme demi once de myrrhe &
autant d'encens pulvérisés ; mais il ne faut alors qu'un
très petit feu sous le pot, de peur de brûler ces gommes,
& de dissiper leur vertu qui consiste principalement
en des parties volatiles.
Cette pierre est vulnéraire, détersive, dessiccative, Vertus.
on s'en sert pour la gale, pour la teigne, pour les Usage.
plaies & ulcères, on en dissout une once dans une
livre d'eau de pluie ou de rivière, on y trempe des
linges qu'on applique sur le mal, on l'emploie aussi
dans des injections dessiccatives, comme la précédente.
Le vitriol vert & le vitriol blanc ont une même
vertu, & ils produisent un même effet dans cette
K k
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514 C O U R S
préparation c'est pourquoi l'on pourrait mettre tout
un ou tout autre pour abréger.
Anatron Le véritable Anatron ou Natron est un sel tiré de
ou Na- l'eau du Nil en Egypte ; on l'appelle vulgairement
tron. soude blanche, il est présentement fort rare en France
Soude ; on lui substitue ordinairement le sel ou fiel de verre
blanche. qui est une écume séparée de dessus la matière du
Sel ou fiel verre avant qu'elle se vitrifie.
Sel d'ab- Les sels d'absinthe, d'armoise,de chicorée, de persicaria
sinthe, & de Plantin se font comme celui de chardon
d'armoise, bénit, ils sont fixes & alcalins.
de chico- La pierre admirable est aussi une espèce de pierre
rée, de médicamenteuse : on lui a donné ce nom à cause de
persicaria ses grandes qualités, voici comme on la compose.
& de plan- Pulvérisez & mêlez ensemble du vitriol blanc dix-
tin. huit onces, du sucre fin, du salpêtre de chacun neuf
Pierre ad- onces, de l'alun deux onces, du sel armoniac six dragmes,
mirable. du camphre demi-once : mettez le mélange
dans un pot de terre vernie, humectez-le en consistance
de miel avec de la saumure d'olive, puis ayant
mis le pot sur un petit feu, faites dessécher doucement
la matière jusques à ce qu'elle ait pris la dureté
d'une pierre, gardez-la couverte, car elle s'humecte
aisément.
Vertus. Elle est détersive, vulnéraire, astringente : elle résiste
à la gangrène, elle arrête le sang étant appliquée
sèche ou dissoute, on l'emploie pour les cataractes
des yeux en collyre, pour les ulcères scorbutiques,
pour les vieilles gonorrhées en injection, on
ne s'en sert qu'extérieurement.
On doit observer de modérer un peu le feu dans
cette opération à cause de la volatilité du camphre,
mais quelque soin qu'on y apporte, il s'en dissipe toujours
une grande partie. Pour suppléer à ce défaut on
peut en ajouter quelques grains dans la pierre à mesure
qu'on veut s'en servir.
On trouve dans les Livres plusieurs autres descriptions
@

D E C H I M I E. 515

de pierre admirable, mais celle-ci est la meilleure.
Il y a encore une autre espèce de pierre médicamenteuse
à qui l'on a donné le nom de Pierre des Philosophes, Pierre des
elle se fait en la manière suivante. Philoso-
Pulvérisez & mêlez ensemble de l'alun de roche & phes.
du vitriol Romain de chacun douze onces, de la céruse
& du bol blanc de chacun deux onces, du sel de
tartre une once, du camphre & de l'encens mâle de
chacun deux dragmes : mettez le mélange dans un plat
de terre, versez dessus en l'agitant avec une spatule
six onces de vinaigre : placez le pot sur un petit feu,
& y laissez durcir la matière en pierre.
Elle est détersive & dessiccative, propre pour guérir Vertus.
les ulcères : on en met infuser une once en poudre
dans douze onces de vin blanc & d'eau de plantin, Usages.
puis ayant filtré l'infusion, l'on y trempe des petits
linges qu'on applique sur le mal.
Il y a à craindre en cette opération, aussi bien qu'en
la précédente, que le camphre ne se dissipe pendant
que le pot est sur le feu, quelque modération de chaleur
qu'on y observe.
Si l'on n'a point de vitriol Romain, on peut lui
substituer le vitriol d'Angleterre qui a la même vertu.
Le bol blanc est une espèce de Marne.
L'encens mâle appelé en Latin Olibanum, quasi
Oleum Libani, à cause du Mont Liban où il naît, est
une gomme résineuse en larmes blanches jaunâtres,
qui découle par incision de plusieurs petits arbres fort
communs en la Terre Sainte & dans l'Arabie heureuse,
principalement au pied du Mont Liban. Le meilleur
Oliban doit être en belles larmes nettes, se cassant
facilement, rendant une odeur agréable quand on
en jette dans le feu, d'un goût amer & mauvais, blanchissant
la salive.
Il est détersif, un peu astringent, fortifiant ; on Choix.
s'en sert extérieurement & intérieurement ; il est
K k 2
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516 C O U R S
sudorifique, propre pour les maladies de la poitrine
& du cerveau, pour la pleurésie, pour le cours de
Dose. ventre : La dose en est depuis un scrupule jusqu'à une
dragme.
----------------------------------------------------------
Sel de Vitriol.
C Ette opération est le sel le plus fixe du vitriol qui
est resté après la distillation.
Prenez deux ou trois livres du colcothar qui reste
dans la cornue, après la distillation du vitriol : faites-
le tremper dans huit ou dix livres d'eau chaude pendant
dix ou douze heures : donnez-lui deux ou trois
bouillons, puis le laissez reposer, versez l'eau par
inclination & en remettez d'autre sur la matière :
procédez comme devant, & ayant mêlé vos imprégnations,
faites-en évaporer toute l'humidité au feu de
sable dans un vaisseau de verre ou de grès, il vous
restera un sel au fond.
Vertus. On s'en sert comme du Gilla Vitrioli, pour faire
Dose. vomir : La dose en est depuis dix jusques à trente
grains.
R E M A R Q U E S.
C E sel est la partie du vitriol que le feu n'a pu raréfier
en esprit. Quelques Auteurs disent qu'il
fait vomir comme le Gilla, étant pris en plus petite
dose ; mais j'ai remarqué que son effet était beaucoup
moindre, & qu'au contraire il était besoin d'en
donner une prise plus grande que du Gilla pour faire
vomir : j'en ai donné plusieurs fois une dragme en
une dose, le malade n'eut aucune envie de vomir :
en effet il est à croire qu'un sel fixe de vitriol privé de
son soufre, tend plutôt à se précipiter en bas, qu'à
s'élever ; car le vomissement n'est excité que par des
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D E C H I M I E. 517

soufres salins, qui étant dans l'estomac en picotent
les fibres, d'où il s'ensuit comme une convulsion à
cette partie.
Si l'on lave encore plusieurs fois la matière rouge Terre
restante jusques à ce qu'il ne reste plus d'impression douce de
de sel, & qu'on la fasse ensuite sécher, on aura la terre vitriol.
douce de vitriol, que quelques-uns appellent aussi Soufre
improprement soufre doux de vitriol : cette terre ou doux de
tête morte est un fort bon remède pour arrêter le vitriol.
crachement de sang, le saignement du nez, le vomissement, Vertus.
la dysenterie, les pertes de sang, la gonorrhée.
La dose en est depuis deux grains jusques à huit Dose.
dans une liqueur appropriée.
Si l'on laisse long temps cette terre exposée à l'air,
elle retournera en vitriol, parce qu'il y entrera un
acide, qui trouvant une matrice ou des pores disposés,
s'y corporifiera.

C H A P I T R E XIX.

De l'Alun de roche, & de sa purification.

L 'Alun de roche est un sel minéral, styptique qu'on
tire comme le salpêtre par dissolution, filtration,
& coagulation d'une espèce de pierre qui naît dans
des carrières en plusieurs lieux de l'Europe, comme
en France, en Angleterre, en Italie ; il y en a de deux
espèces, une appelé Alun de Rome, l'autre Alun
de roche.
L'Alun de Rome nous est apporté en morceaux de Purifica-
grosseur médiocre, de couleur blanche rougeâtre, tion de
luisants & transparents en dedans, d'un goût acide l'alun.
astringent: cet alun est ordinairement assez net : mais
on peut le purifier en le faisant fondre dans de l'eau,
filtrant la dissolution, & la faisant évaporer sur le
feu. Il est détersif & astringent : on s'en sert en gar- Vertus.
K k 3
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518 C O U R S
garisme pour les maux de la gorge & de la bouche,
il nettoie & raffermit les dents : il est bon
pour le scorbut, pour les aphtes & chancres vénériens
; Il arrête le sang, étant appliqué extérieurement,
si l'on en donne intérieurement, il excite l'urine,
Dose. & il est propre pour les gonorrhées ; il en faut
dissoudre une dragme dans deux livres de décoction
de racine d'Althaea, & en faire boire au malade quelques
verrées par intervalles.
Alun de L'autre espèce appelée alun de roche ou alun de
glace. glace, nous est apportée d'Angleterre en gros morceaux,
beaux, blancs, luisants, transparents comme
du cristal. Son goût & ses qualités sont semblables à
celles de l'Alun de Rome, mais on ne l'estime pas tant
en Médecine, parce qu'il contient moins d'esprit
acide. On s'en sert pour la teinture,
Alumen Plusieurs matières sont encore appelées alun comme
sachari- alumen sacharinum qui ressemble à du sucre, ce
num. n'est qu'un mélange d'alun de roche, d'eau de rose
Alumen de blanc d'oeuf. Le véritable alun de plume qu'on appelle
scissile; Alumen scissile ou Alumen trichites, est un sel
Alumen minéral formé en petite plante qu'on trouve en Egypte,
trichites mais il est très rare. L'alun de plume, que quelques-uns
Alun de nomment Lapis amianthus, est une espèce
plume. de Talc. Alumen Catinum, est un sel alcali. J'ai
parlé plus amplement de tous ces aluns dans mon
Traité universel des Drogues simples.
Expérien- Si ayant dissout de l'alun de roche dans de l'eau,
ce. l'on y mêle de l'huile de tartre faite par défaillance,
il s'y fait ébullition & en coagulation.
----------------------------------------------------------
Distillation de l'alun.
J Etez cinq livres d'alun de Rome dans une grande
cucurbite de verre ou de grès, & y ayant
adapté un chapiteau & un récipient, distillez aux feu de
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D E C H I M I E. 519

sable tout ce qui pourra monter : vous aurez un phlegme
d'alun duquel on se sert pour les maladies des Eau d'a-
yeux, pour les squinancies & pour nettoyer les plaies, lun.
délutez les vaisseaux, & ayant cassé la cucurbite,
pulvérisez la masse blanche qui y est restée, & la mettez
dans une cornue de grès de laquelle la moitié demeure
vide : placez votre cornue dans un fourneau
de réverbère clos, & y ayant adapté un grand ballon,
lutez exactement les jointures, faites dessous un très
petit feu pendant trois heures pour échauffer la cornue,
augmentez-le ensuite d'heure en heure jusques à
la dernière violence, les esprits sortiront & ils rempliront
le ballon de nuages blancs : il faut continuer le
feu en cet état pendant trois jours, puis laissez refroidir Esprit
les vaisseaux, vous trouverez dans le ballon huit d'alun.
onces d'esprit acide, que vous pourrez rectifier en le
faisant distiller dans un alambic de verre au feu de sable
afin de le rendre plus clair. Cet acide est plus Vertus.
désagréable que celui du vitriol : on s'en sert dans les Dose.
juleps pour les fièvres continues & tierces : La dose
en est depuis quatre jusques à huit gouttes ; il est bon
aussi pour guérir les aphtes ou petits chancres qui
viennent dans la bouche.
Cassez la cornue, & vous trouverez dedans une Alun brû-
masse blanche fort raréfiée & légère ; c'est ce qu'on lé.
appelle Alun brûlé ou calciné, on s'en sert pour manger Usages.
les excroissances de chair.

R E M A R Q U E S.

L A distillation de l'alun se doit faire comme celle
du vitriol ; c'est-à-dire, sans addition de terre,
parce que les sels de cette nature en contiennent
assez.
Il faut que la cucurbite, dans laquelle on mettra
l'alun, soit bien grande, parce qu'il se raréfie extrêmement.
K k 4
@

520 C O U R S
On connaîtra que le phlegme sera sorti quand il
ne distillera plus rien, car ces esprits étant fort pesants,
demandent aussi une plus grande chaleur que
celle du sable pour s'élever.
Quelques-uns ont écrit que l'alun rendait très peu
d'acide ; mais si l'on veut pousser le feu fortement,
nomme j'ai dit, pendant trois jours, on reconnaîtra,
que cet esprit ne cède point en force ni en quantité à
celui du vitriol.
On n'est pas obligé non plus à distinguer comme
ils veulent, le sel âcre & rongeant de l'alun d'avec
son acide, puisqu'il n'y a rien d'âcre ni de rongeant
dans ce sel Minéral qui ne se convertisse en
esprit acide quand on veut s'obstiner à le pousser par
le feu.
Eau alu- Si l'on dissout une dragme d'alun dans six onces de
mineuse. ce phlegme, on aura une excellente eau alumineuse
pour nettoyer les plaies cet les ulcères.
La masse qui reste dans la cucurbite, ou l'alun déphlegmé
est plus escarrotique que celui dont on a
tiré les esprits.
Les Chirurgiens ont coutume de faire leur calcination
d'alun dans un poêle de fer ; mais le fer en
émousse la plus grande force, parce qu'il absorbe
les esprits dans lesquels consiste la corrosion de
l'alun.
La cornue ne doit être pleine qu'à demi, parce
qu'il se fait encore des ébullitions auxquelles il faut
de l'espace.
pict
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D E C H I M I E. 521

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C H A P I T R E XX.

Du Soufre.

L E soufre est un bitume minéral inflammable
qu'on tire de plusieurs endroits de l'Europe, mais
particulièrement de la Sicile ; il y en a de deux espèces
générales, un gris & l'autre jaune.
Le gris est appelé soufre vif à cause qu'il nous est Soufre
apporté en morceaux informes, comme il est sorti de vif.
la terre ; c'est une espèce de glaise, il doit être friable, Choix.
doux à toucher, facile à prendre feu, il contient
de l'huile, du sel acide & de la terre. Vertus.
Il est pénétrant, atténuant, résolutif, propre pour
la gale, pour la teigne, pour faire mourir les
poux, on l'emploie dans quelques onguents & emplâtres.
Le jaune ou commun est appelé soufre à canon à Soufre à
cause de sa figure ; il a été fondu, purifié de sa terre canon.
la plus grossière, & jeté dans des moules qui l'ont
formé en bâtons comme nous le voyons ; il contient
beaucoup d'huile & de sel acide vitriolique, peu de
terre.
On choisit ordinairement le soufre en gros canons Choix.
ou magdaleons jaunes, mais on doit pour de certaines
opérations, préférer celui qu'on trouve en petits
canons verdâtres, parce qu'il contient plus de sel acide
; il faut que l'un & l'autre soient faciles à rompre,
luisants en dedans.
Le soufre jaune est fort souvent employé dans la
Chimie & dans la Médecine, il est incisif, apéritif, Vertus.
dessiccatif, propre pour les maladies du poumon, de
la poitrine, il résiste à la corruption, il guérit la gratelle
; La dote en est depuis quinze grains jusqu'à Dose.
deux scrupules.
@

522 C O U R S
Si l'on met tremper en été une bille de soufre
dans un seau d'eau, l'eau en fera rafraîchie, & elle
pourra servir à rafraîchir des bouteilles de vin, pour
vu que ce soufre y soit encore, mais quand une
bille de soufre a servi une fois à cet usage, elle ne
produit plus ce même rafraîchissement étant plongée
dans d'autre eau : Cet effet vient apparemment de ce
que l'eau détache de ce soufre quelques acides à proportion
de ce qu'il en faut pour la rafraîchir. Il n'arriverait
pas la même chose si l'on employait la bille
de soufre pulvérisée, parce que le soufre alors nagerait
en partie sur l'eau, ou parce qu'il s'en détacherait
trop de parties sulfureuses qui empêcheraient
l'effet des acides : au reste la même bille de
soufre peut être employée à toute autre opération,
comme si elle n'avait point été plongée dans l'eau.
On croit Quelques-uns croient que le soufre n'est qu'un
que le vitriol exalté dans la terre ; parce que ces mixtes se
soufre est trouvent assez souvent l'un près de l'autre, parce qu'il
un vitriol y a beaucoup de soufre dans masse du vitriol minéral,
exalté. & que les esprits acides qui se tirent de tous
les deux sont tout-à-fait semblables.
Il ne faut pas croire que le soufre commun soit le
soufre pur qu'on a mis au rang des principes de Chimie,
car il est bien différent ; il contient à la vérité
une substance grasse ou sulfureuse qui lui a fait donner
le nom de soufre, mais elle est remplie d'un sel
acide qui tempère & fixe tellement son action, qu'elle
ne brûle qu'avec une manière d'effort, comme il
paraît par la flamme bleue qu'elle jette.
Prépara- On a mis en usage depuis quelques années une préparation
tion du de soufre, qui consiste à faire bouillir du
soufre soufre jaune concassé dans de l'eau chaude, quatorze
pour l'a- reprises, pendant un quart-d'heure, & chargeant
doucir. d'eau chaude à chaque fois, afin d'adoucir le soufre,
puis l'ayant séparé de la dernière eau, le faire fondre,
doucement sur le feu dans un pot neuf, le laisser refroidir,
@

D E C H I M I E. 523

puis le mettre en poudre, & le mêler avec
un quart de son poids de sucre rosat aussi en pondre : Vertus.
Ce remède a eu quelque succès pour l'asthme, on fait
prendre de cette poudre au malade demi-once par Dose.
chaque dose, matin & soir, & l'on en fait continuer
l'usage pendant deux ou trois mois, elle purge par le
ventre deux on trois fois par jour, on la réduit aussi
en forme d'opiate ou de pilules pour en faire prendre
au malade demi-once ou six dragmes à la dose.
On a dessein dans cette opération d'enlever par
l'eau chaude & par la coction, la partie la plus âcre
du soufre & de le rendre par conséquent plus doux
& plus propre pour les maladies de la poitrine : il se
peut faire qu'on emporte par là quelque légère portion
de son sel vitriolique, mais l'eau n'est guère capable
de pénétrer à fond le soufre, qui est une matière
grasse & sur laquelle elle glisse, sans y pouvoir
faire d'impression ni de changement ; il n'y a donc
guère d'apparence que cette préparation soit d'une
grande utilité, la fleur de soufre ou le soufre même
bien pulvérisé pourront produire le même effet
De plus j'en trouve la dose trop grande, car il entre
dans chacune au moins trois dragmes de soufre, elle
pourrait agir mieux si l'on en retranchait la moitié.
J'ai remarqué que ce remède faisait quelquefois
un bon effet aux asthmatiques forts & robustes, mais
qu'aux personnes d'un tempérament délicat, il causait
des tranchées & des âcretés violentes dans les
viscères, quelques-uns même n'en ont point été purgés
: il résulte donc de tout ceci que le remède en
question donne occasion de s'enhardir à donner le
soufre par la bouche en plus grande dose qu'on ne
faisait auparavant, & qu'on a reconnu que parce ce
moyen il soulageait souvent ou guérissait plus radicalement
l'asthme, mais qu'on ne doit point déterminer
trop généralement les doses, ni le temps qu'on doit
continuer à en faire prendre au malade, c'est au Mé-
@

524 C O U R S
decin habile à juger de tout. Au reste, mon dessein
n'est pas par cet avis de diminuer le mérite de la découverte,
le public doit être obligé à ceux qui enrichissent
la Médecine de nouvelles expériences ou remarques
utiles.
Soufre de Nous voyons quelquefois mais rarement dans les
guidoa, drogueries des curieux, un soufre d'une beauté singulière
soufre de qu'on appelle soufre de guidoa ou de guittau,
guittau. noms qu'il a pris des Provinces des Indes d'où il sort,
il est en morceaux polis, luisants, transparents, comme
de beau carabe, de couleur citrine, sans goût apparent,
rendant quand on le met au feu une flamme
bleue un peu plus vive que celle de notre soufre
commun, on l'estime plus pur que tous les autres.
----------------------------------------------------------
Fleur de Souffre.
C Ette opération n'est qu'une exaltation du soufre.
Mettez environ demi-livre de soufre grossièrement
pulvérisé dans une cucurbite de terre : placez-
la sur un peu de feu à nu, & mettez dessus un pot
ou une autre cucurbite renversée qui ne soit point
vernie, en sorte que le cou de l'une entre dans celui
de l'autre : levez de demi-heure en demi-heure la
cucurbite supérieure & en adaptez une autre en sa
place : ajoutez aussi de nouveau soufre : ramassez vos
fleurs que vous trouverez attachées dans la cucurbite
& continuez ainsi jusques à ce que vous en ayez suffisamment
: ôtez alors le feu, & laissez refroidir les
vaisseaux, il ne sera resté au fond qu'un peu de terre
légère & inutile.
Vertus. La fleur du soufre est employée dans les maladies
du poumon & de la poitrine : La dose en est depuis
Dose. dix jusques à trente grains en tablettes ou en opiat,
On s'en sert aussi dans les onguents, pour la gale,
@

D E C H I M I E. 525

R E M A R Q U E S.

C Ette opération se fait seulement pour raréfier
le soufre, afin qu'étant plus ouvert, il agisse
mieux.
Le soufre est propre contre les maladies du poumon,
quand elles viennent d'une viscosité qui s'est
attachée dessus, parce qu'il peut la déterger ; mais si
on le donne aux malades qui sont trop desséchés par
la fièvre, il réussit mal, parce qu'il excite encore plus
le mouvement des humeurs : il guérit les dartres & la
gale, parce qu'en ouvrant les pores, il chasse par la
transpiration le plus subtil de l'humeur : mais le plus
grossier demeurant souvent elles reviennent.
On peut se servir d'un chapiteau de verre pour
adapter sur la cucurbite : mais les fleurs ne s'y attacheront
pas si bien qu'au vaisseau de terre, parce
qu'elles glisseront trop.
Si l'on mêle une partie de sel polychreste avec deux Fleurs de
parties de soufre, & qu'on en fasse la sublimation soufre
comme celle que j'ai décrite, on aura des fleurs de blanches.
soufre blanches qu'on estime plus que les autres pour
les maladies du poumon ; on les donne en même dose :
cette blancheur ne procède que d'une atténuation
plus exalte que le sel polychreste a donnée au soufre.
On peut calciner le sel polychreste qui demeurera au
fond de la cucurbite, l'ayant purifié par dissolution,
filtration & évaporation de l'humidité, il sera
aussi bon que devant.
----------------------------------------------------------
Magistère de Soufre.

C Ette opération est un soufre dissout par un sel
alcali, & précipité par un acide.
Prenez quatre onces de fleur de soufre & douze
@

526 C O U R S
onces de sel de tartre ou de salpêtre fixe par les charbons
: mettez-les dans un grand pot vernissé, & versez
dessus six ou sept livres d'eau : couvrez le pot, &
l'ayant placé sur le feu, faites bouillir la liqueur
pendant cinq ou six heures, ou jusque à ce qu'étant
devenue rouge, le soufre soit entièrement dissout ;
filtrez alors la dissolution, & versez dessus peu-à-peu
du vinaigre distillé ou quelque autre acide, il se fera
un lait que vous laisserez reposer, afin qu'il se précipite
au fond du vaisseau une poudre blanche : versez
par inclination ce qui sera clair ; & ayant lavé
cette poudre cinq ou six fois avec de l'eau, vous la
Lait de ferez sécher à l'ombre ; c'est ce qu'on appelle Magistère
soufre. ou lait de soufre : il est bon pour toutes les maladies
Vertus. du poumon & de la poitrine : La dose en est
Dise. depuis six jusques à seize grains dans quelque liqueur
convenable.
R E M A R Q U E S.
L 'Eau toute seule n'a pas assez de force pour dissoudre
le soufre qui est une substance grasse,
c'est pourquoi l'on ajoute un sel alcali qui le divise
en particules si petites, qu'elles sont imperceptibles.
La liqueur acide pénètre l'alcali, & en écartant
ses parties, elle lui fait lâcher prise ; de sorte que le
soufre se ramasse, & il tombe au fond en poudre
blanche. Plus cet acide sera fort, mieux la précipitation
se fera & l'on aura une d'autant plus grande
quantité de magistère : si après la précipitation & la
séparation du précipité la liqueur était encore rougeâtre,
ce sera un signe qu'elle contiendra encore une
portion de soufre dissout, il faut alors verser dessus
de nouveau, de la liqueur acide, il s'y fixe un lait
mais moins blanc que le premier, & il s'en précipitera
une poudre blanche qu'on mêlera avec l'autre.
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D E C H I M I E. 527


On lave cette poudre afin d'en ôter l'impression au
sel de tartre & de l'acide qui y pourrait être restée :
après quoi l'on peut dire, que ce n'est qu'une fleur de
soufre alcoolisée.
Si l'on se contente du vinaigre distillé pour faire
cette précipitation, le poids du magistère, quand il aura
été bien séché, sera un peu moindre que celui
de la fleur de soufre qui avait été employée, parce
que l'acidité du vinaigre étant trop faible pour écarter
toutes les parties du sel de tartre, il reste du soufre
suspendu dans la liqueur, mais si l'on se sert d'un
acide plus vigoureux qui ait la force d'écarter & de
détruire entièrement le sel de tartre, le magistère sec
pèsera plus que ne faisait la fleur de soufre, quoi
qu'il ait été lavé exactement, & cette augmentation Poids.
ira jusqu'à trois dragmes sur chaque once, ce qui sera
provenu de ce que l'acide s'étant joint à l'alcali
après leur combat imperceptible ou apparent, ils ont
été tous deux liés & coagulés par les parties rameuses
du soufre.
Le changement de sa couleur jaune en blanche vient Change-
de ce qu'étant plus raréfiée, elle a plus de surfaces ment de
qu'elle n'en avait, pour réfléchir la lumière en droite couleur,
ligne à nos yeux. & pour-
Quinze grains de cette poudre font autant d'effet quoi.
qu'un scrupule de fleur de soufre, pour les maladies
de la poitrine, & elle ne laisse pas tant d'impression
de chaleur.
On doit éviter de faire le magistère de soufre dans
les lieux où il y a de la vaisselle d'argent, parce que la
vapeur du soufre la noircit.
Cette opération peut donner une idée de ce qui arrive
dans la chylification & dans la sanguinification :
car de même que le soufre qui a été réduit en magistère
ou en poudre subtile est devenu blanc, ainsi les
viandes ayant été fermentées, & leur substance atténuée
dans nos estomacs, le chyle prend une couleur
@

528 C O U R S
blanche ; & de même que le soufre tout-à-fait dissout
est de couleur rouge, ainsi les parties du chyle ayant
été tout-à-fait exaltées & dissoutes par des circulations
réitérées dans les artères & dans les veines, deviennent
rouges & en sang.
Pourquoi Ce sang se convertit en pus dans les abcès & il devient
le pus est blanc, parce que l'acide qui s'y rencontre ayant
blanc. comme figé & ramassé ses parties insensibles, lui fait
reprendre la couleur de chyle; de même que la liqueur
acide qu'on verse sur la dissolution rouge du soufre,
lui fait recevoir une couleur de lait.
Le lait Cette pensée est encore confirmée par une expérience.
mêlé & Si vous faites bouillir dans un vaisseau de
bouilli verre ou de terre, une partie de chyle ou de lait, mêlé
avec l'hui- avec deux parties d'huile de tartre faite par défaillance,
le de tar- la ligueur de blanche qu'elle était deviendra
tre de- rouge, parce que le sel de tartre aura raréfié, & entièrement
vient rou- dissout la partie du lait la plus huileuse, &
ge. l'aura convertie en une espèce de sang : celui qui se
forme dans les vaisseaux du corps est à la vérité plus
rouge & plus épais , mais il faut considérer que l'élaboration
qui s'y fait est bien plus longue, bien plus
exacte & bien plus parfaite que celle que nous pouvons
faire en un quart-d'heure dans un vaisseau de
verre ou terre, car dans cette opération artificielle,
il ne s'en dissout que la partie la plus dissoluble du
lait ou du chyle, & le reste demeure au fond en une
espèce de Coagulum ; au lieu que dans les vaisseaux
du corps ; il se fait une circulation réitérée bien des
fois, & une exaltation de toutes les parties du chyle
en sang.
Sentiments En faisant réflexion sur la sanguinification qui est une
de l'Au- opération de Chimie naturelle ; je ne tombe pas plus
teur sur la dans le sentiment des modernes qui prétendent qu'elle
sanguinifi- se fait & parfait dans le coeur, que dans celui des
cation. anciens qui l'admettent dans le foie, car je crois que
le chyle n'étant exalté que par un grand nombre de
circu-
@

D E C H I M I E. 529

circulations réitérées, toutes les veines & les artères
du corps contribuent aussi bien que le coeur & le foie
à le faire sang : Ce qu'on peut dire en faveur du coeur,
c'est que par ses mouvements continuels & par l'air
qu'il reçoit des poumons, il brise & atténue considérablement
les parties du chyle, & il les rend en état
d'être encore plus divisées par la circulation ; mais
il ne le convertit point d'abord en sang comme plusieurs
se le sont imaginé ; car s'il avait ce pouvoir,
on ne trouverait point de chyle dans les veines, &
il ne nous en paraîtrait point dans les poilettes de
sang, qu'on a fait tirer, comme il nous en paraît assez
souvent.
Pour le foie on ne peut pas disconvenir qu'il ne
donne une grande élaboration au chyle, & qu'il ne
subtilise beaucoup ses parties par sa chaleur & par la
circulation qui s'y fait ; mais le chyle a besoin de passer
& de repasser encore par beaucoup d'autres endroits
avant qu'il devienne sang.
Je suis même fort porté à croire que le chyle diversement
cuit & élaboré fait les substances principales
de nos corps.
Le lait est assez reconnu pour un chyle, il en a Le lait est
la consistance, la couleur, le goût, l'odeur & les un chyle.
qualités.
Les sucs des chairs & des os ressemblent beaucoup
à du chyle, les graisses & les moelles sont les parties
les plus huileuses du chyle, aussi en ont-elles retenu
la couleur : il y a donc beaucoup d'apparence que le
chyle à mesure qu'il reçoit des atténuations & des
modifications différentes par la circulation, se trouve
en état d'entrer par les différents pores des parties,
lesquels sont disposés de manière que les uns peuvent
recevoir des corpuscules d'une figure & les autres
d'une autre : car il en est des pores du corps comme
des filtres qui laissent bien passer certaines liqueurs,
mais qui en arrêtent d'autres. Le rein nous peut ser-
L l
@

530 C O U R S
vir d'exemple, puisqu'il filtre l'urine & la sépare
d'avec le sang.
Ce raisonnement étant posé, & établissant dans les
parties du corps une grande diversité de pores ou
de filtres, il ne fera pas mal-aisé d'expliquer comment
le chyle se distribue par-tout & fait la nutrition.
Comment Les Anatomistes voyant la promptitude avec laquelle
le chyle le chyle ou le lait est porté en grande quantité
est porté aux mamelles des nourrices, s'étaient imaginés
aux mam- qu'il y devait avoir des vaisseaux particuliers lactifères
melles qui l'apportassent de l'estomac ou des autres
pour faire endroits où il se fait, mais ils n'en ont point trouvé
le lait. ce qui fait conclure aux plus expérimentés qu'il n'y en
a point, mais que le chyle se sépare du sang immédiatement
dans les mamelles pour faire le lait. Je dis
donc que le lait est un chyle, qui n'ayant guère circulé,
& n'ayant par conséquent reçu qu'une légère
élaboration, est disposé à entrer dans les mamelles
qui sont des manières d'éponges, ayant les pores figurés
de façon qu'ils peuvent recevoir le chyle & repousser
le sang.
Comment Mais quand le chyle a circulé plus longtemps avec
se fait la le sang, qu'il s'est plus atténué, & qu'il a reçu plus
nourriture de coction, il prend plusieurs autres déterminations,
des par- car il entre dans des pores où le lait ne pourrait entrer,
ties. ainsi brisant toujours ses parties à mesure qu'il
circule, & se rendant toujours de plus subtil en plus
subtil, il se configure de tant de manières en ces différents
états, qu'il peut se proportionner à tous les
différents pores du corps, les remplir & s'insinuer
dans les fibres des chairs & dans les conduits des os,
où par sa coagulation, il donne nourriture & accroissement
aux parties.
Liqueur La liqueur qui se trouve autour du sang dans les
qui se poilettes, n'est pas toujours une humeur excrémentielle
trouve au- ou corrompue comme on le pense vulgairement,
tour du
@

D E C H I M I E. 531

c'est bien souvent un chyle à demi préparé sang dans
pour être introduit & charrié dans les chairs ; car si les poilet-
par curiosité, on le met sur le feu, il est bientôt réduit tes, ce
en une espèce de gelée qui ressemble en tout à la que c'est.
substance des chairs : La liqueur qui autour de l'enfant
dans le ventre de sa mère, est encore de la même
nature, ce qui pourrait faire conjecturer qu'il sert en
partie à la nourriture du foetus : mais poursuivons
notre raisonnement.
Ce qui reste du chyle dans les vaisseaux après la
nourriture des parties, continuant à circuler avec le
sang, se raréfie & s'exalte tellement qu'il devient enfin
sang.
Mais on me demandera sans doute, quel usage je Objection.
donne au sang, puisque je fais servir le chyle à la
nourriture des parties.
Je réponds que non seulement il contribue beaucoup Réponse.
par la chaleur & par la subtilité de ses parties
à élaborer & à cuire le chyle, mais encore,
qu'il lui sert de véhicule pour le faire pénétrer dans
les endroits où il doit être porté ; car si le chyle n'était
pas excité par les esprits du sang, il demeurerait
au passage.
Au reste, il est bien plus probable que le chyle
fasse la nourriture des parties, que le sang, si l'on
considère qu'étant moins subtil & moins raréfié il est
bien plus propre à se condenser & à s'accrocher aux
fibres pour faire les chairs & les graisses. L'expérience
cadre parfaitement bien à cette opinion; car nous
voyons que les personnes bien sanguines sont ordinairement
maigres & privées de beaucoup de chairs,
c'en parce que tout leur chyle a été raréfié & exalté,
en sorte que celui qui entre dans les pores du corps
étant mêlé de sang, il n'a pas pu se condenser assez
pour faire des chairs : au contraire les personnes grasses
& charnues n'abondent pas tant en sang, parce
que la plus grande partie du chyle s'étant convertie
L l 2
@

532 C O U R S
en chair & en graisse, il n'en demeure guère de reste
qui circule assez longtemps pour être exalté en
sang.
Autre pré- On peut encore faire du lait ou magistère de soufre
paration par la manière suivante.
de lait de Prenez une partie de soufre jaune commun & deux
soufre. parties de chaux vive, pulvérisez-les, & les mêlez
exactement ensemble dans un mortier, faites bouillir
le mange dans une bonne quantité d'eau, l'agitant
souvent avec une spatule de bois, jusqu'à ce que
la liqueur ait pris une couleur rouge, ce qui marquera
que le soufre sera dissout : filtrez la dissolution
quand elle sera à demi refroidie, & y mêlez
peu-à-peu de l'urine de jeunes personnes nouvellement
rendue, jusqu'à ce que le soufre se soit précipité
en poudre blanche, laissez reposer la liqueur &
la séparez par inclination ou par un filtre, lavez
le magistère un grand nombre de fois avec de l'eau
tiède pour adoucir & en enlever la mauvaise odeur,
puis le mettez à sécher. Quelques-uns ont nommé cette
Baume espèce de lait de soufre baume des poumons, parce
des pou- qu'on a prétendu qu'il consommait & desséchait les
mons. superfluités séreuses & malignes de la poitrine &
Vertus. des poumons, on s'en sert pour l'asthme, pour la
Dose. phtisie, pour la toux invétérée : La dose en est depuis
six jusqu'à seize grains.
La chaux vive a agi dans cette opération comme le
sel de tartre avait fait dans l'autre pour la dissolution
du soufre.
La liqueur rouge de la dissolution du soufre faite
par la chaux vive, peut être appelée avant qu'on y
Teinture ait mêlé de l'urine, teinture de soufre. Les Maquignons
de soufre. s'en servent pour la pousse des chevaux, qui est
Pour les proprement l'asthme de ces animaux, on leur en fait
chevaux. boire environ une livre pour chaque dose, & l'on
Vertus. continue à leur en faire prendre quelque temps &
Dose. par intervalles.
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D E C H I M I E. 533

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Baume de soufre.

C Ette opération est une dissolution des parties
huileuses du soufre commun dans l'huile de
térébenthine.
Mettez dans un petit matras une once & demie de
fleur de soufre : versez dessus huit onces d'huile de
térébenthine : placez votre matras sur le sable : donnez-y
un feu de digestion pendant une heure : augmentez-le
ensuite un peu, le continuant encore environ
une heure, l'huile prendra une couleur rouge :
laissez refroidir le vaisseau, puis séparez le baume
clair d'avec le soufre qui n'aura pu se dissoudre.
Ce baume est excellent pour les ulcères du poumon Vertus.
& de la poitrine, pour l'asthme : La dose est depuis Dose.
une goutte jusqu'à six, dans quelque liqueur appropriée.
On s'en sert aussi pour résoudre les hémorroïdes
appliqué extérieurement.
On peut réduire ce baume en consistance d'onguent, Baume de
faisant consumer sur le feu une partie de l'humidité : soufre.
on s'en sert pour nettoyer les plaies & les ulcères.
Pour faire le baume de soufre anisé, il se faut servir Baume de
de l'huile tirée de la semence d'anis au lieu de soufre
celle de térébenthine, & procéder comme nous avons anisé.
dit, il est plus agréable.que le précédent & il a moins
d'âcreté.
On peut aussi préparer un baume de soufre succiné Baume de
avec de la fleur de soufre & de l'huile de succin en soufre
proportions pareilles à celles qui ont été décrites, il succiné.
sera bon pour les maladies de poitrine accompagnées Vertus.
de vapeurs hystériques.
On peut encore faire un baume de soufre avec de Baume de
l'huile de lin au lieu de celle de térébenthine : il servira soufre
pour les plaies & pour les hémorroïdes, fait avec fait avec
J'ai donné dans ma Pharmacopée universelle des de l'huile
L l 3 de lin.
@

534 C O U R S
descriptions de plusieurs autres baumes de soufre.
R E M A R Q U E S.
Teinture C Ette opération est proprement une teinture de
de soufre. soufre tirée par l'huile de térébenthine, car
quand le soufre est dissout, il rend toujours une couleur
rouge comme je l'ai dit ailleurs. Toutes les
huiles sont capables de servir à l'extraction du baume
de soufre, mais celle de térébenthine est la plus
convenable ; parce qu'outre qu'elle est fors pénétrante
& disposée à dissoudre la partie grasse du soufre ;
elle est la plus propre pour déterger les ulcères du
poumon & pour pénétrer les obstructions qui causent
l'asthme.
Il n'est pas besoin d'un grand feu pour cette opération,
parce que le soufre étant gras, il se lie facilement
avec les huiles, & il s'y dissout.
On pourrait après avoir retiré par inclination le
baume de soufre de dedans le matras, mettre sur la
résidence deux ou trois onces de nouvelle huile de térébenthine,
& procéder à la digestion de la matière
comme devant ; elle tirerait encore un reste de teinture
qui serait un baume de soufre faible.
Le soufre contient deux sortes de substances, une
grasse ou véritablement sulfureuse, l'autre saline
& acide ; la partie sulfureuse a été aisément dissoute
par l'huile de térébenthine, mais la partie saline n'a
pu en être pénétrée, elle s'est précipitée & cristallisée
au fond du vaisseau, on la rejette comme inutile.
Le baume de soufre est dégoûtant à prendre, non
seulement à cause de sa mauvaise odeur & de son
goût désagréable, mais aussi à cause qu'il nage sur
la ligueur où l'on l'a mis pour le faire prendre ; car
en l'avalant il en demeure souvent quelque portion
attachée au palais de la bouche, ou à la gorge, quoi
@

D E C H I M I E. 535

qu'on fasse effort pour la faire passer promptement ;
on peut remédier en partie à cet inconvénient, en
mêlant le baume de soufre qu'on veut prendre avec
deux ou trois dragmes du sucre candi pulvérisé ; ce
sera un oleo saccharum, qui se dissoudra dans quelque Oleo sac-
liqueur que ce soit ; ou bien en incorporant ce baume charum
de soufre avec un petit morceau de conserve de rose sulfura-
ou de buglosse, & l'avalant en bolus. tum.
Si l'on voulait faire épaissir en onguent beaucoup
de baume de soufre, on pourrait le mettre dans une
cornue, & en tirer par la distillation au feu de sable,
l'huile de térébenthine, jusqu'à ce que le baume eût
une consistance requise ; cette huile pourrait servir
comme devant à faire d'autre baume de soufre.
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Esprit de soufre.

C Et esprit est la partie acide du soufre sépare &
réduite en liqueur par le feu.
Ayez une grande terrine de grès dans laquelle vous
mettrez une petite écuelle renversée de la même terre,
puis une autre dessus remplie de soufre fondu,
renfermez ces deux écuelles avec un grand entonnoir
de verre que vous aurez fait faire exprès avec un cou
aussi long que celui d'un matras, & de la largeur d'un
pouce : mettez le feu au soufre, ne bouchez point le
trou de l'entonnoir afin qu'il ait toujours de l'air
pour briller, car autrement il s'éteindrait. Lorsque
votre soufre sera consumé, mettez-y en d'autre, &
continuez ainsi jusqu'à ce que vous trouviez sous l'écuelle
renversée autant d'esprit qu'il vous en faut ;
gardez-le dans une fiole.
On en met dans les juleps jusqu'à une agréable acidité Vertus.
pour tempérer l'ardeur des fièvres continués &
pour faire uriner : quelques-uns l'ordonnent pour les
maladies du poumon mais comme les acides exci-
L l 4
@

536 C O U R S
tent la toux, il peut faire plus de mal que de bien
à cette partie.
R E M A R Q U E S.
Esprit de O N a inventé un grand nombre de machines pour
soufre tirer l'esprit de soufre : la commune est campane
par la de verre sous laquelle on fait brûler le soufre,
campane. & les esprits qui en sortent, se coagulant contre les
parois, distillent dans une terrine de grès qu'on a mise
dessous, en la même manière que nous avons dit
dans la description de notre machine.
Pour ce faire , il faut laisser une espace vide, en
sorte que les bords de la campane ne touchant point à
la terrine, le feu ait assez d'air pour être entretenu ;
mais outre que le feu s'éteint de moment en moment,
quelque précaution qu'on y apporte, on tire fort peu
d'esprit de cette manière.
Les Auteurs recommandent de faire cette opération
en temps humide, d'humecter auparavant la
campane, afin qu'on retire davantage d'esprit ; mais
j'ai trouvé par expérience, que ces circonstances
étaient inutiles.
Avec la machine que j'ai décrite, je tire une quantité
assez raisonnable d'esprit, & je ne suis point sujet
à mettre souvent le feu au soufre ; parce que le
trou d'en haut donnant entrée à l'air, empêche qu'il
ne s'éteigne ; ce qui est de plus phlegmatique s'évapore
avec la substance grasse ; mais l'esprit acide ne
pouvant pas tant s'élever, se condense contre les parois
de l'entonnoir, puis il descend sous la petite terrine
qu'on renverse, afin d'élever celle qui contient
le soufre. On peut se servir d'un creuset au lieu d'une
terrine pour mettre le soufre.
Le soufre verdâtre est meilleur que l'autre pour
cette opération, parce qu'il a plus de vitriol & par
conséquent plus d'esprit; car cet esprit n'est qu'un sel
@

D E C H I M I E. 537

vitriolique résout, qui ne diffère point de l'esprit de
vitriol, si ce n'est dans le goût qu'il n'a point si empyreumatique,
parce qu'il n'a pas reçu une violence
de feu si grande.
Le sel vitriolique qui est dans le soufre ne s'élève
point que les parties les plus volatiles ne se soient dissipées
; c'est ce qui fait que l'esprit ne distille que sur
la fin, & que les gouttes ne commencent à paraître
qu'au milieu de l'entonnoir.
Comme le soufre est bon pour les maladies du
poumon & de la poitrine, plusieurs croient que l'esprit
qu'on en tire doit avoir les mêmes vertus ; mais
ils ne considèrent pas que cet esprit étant dépouillé L'esprit
de la partie graisseuse ou véritablement sulfureuse de soufre
du soufre, en a perdu la vertu, & qu'il doit produire n'est pas
des effets tout différents de ceux que produisait le bon pour
soufre, de même que les acides qu'on retire du sucre, les mala-
du vitriol & de plusieurs autres matières, ont dies de la
des vertus toutes différentes de celles de ces mixtes. poitrine,
La raison en est bien évidente ; car au lieu que le & pour-
soufre par ses parties rameuses, peut adoucir les âcretés quoi.
qui tomberaient sur les poumons & modérer
la toux ; l'esprit de soufre qui est acide picote les fibres
du larynx & provoque à tousser comme font tous
les autres acides ; or les secousses que donne la toux à
la poitrine & aux poumons, les violent trop pour
leur faire ressentir le bon effet du remède quand il y
en aurait.
Je crois donc qu'on doit s'abstenir autant qu'on
peut, dans les maladies de la poitrine & des poumons,
des aliments & des remèdes qui excitent la
toux, car on la peut appelles souvent, dans ces occasions, Tambour
le tambour de la mort. de la mort.

pict
@

538 C O U R S
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Autre préparation d'Esprit de soufre.
C Ette opération est l'acide du soufre séparé par le
moyen du feu & du salpêtre.
Ayez un grand pot de grès rond & large qui puisse
contenir environ deux seaux d'eau, avec son couvercle
de la même terre, percé en différents endroits de
quelques petits trous : verrez-y deux ou trois livres
d'eau de fontaine, & mettez au milieu de l'eau un pot
de grès long renversé, dont la moitié ou le tiers de
la hauteur soit élevé sur l'eau.
Faites un mélange de quatre livres de soufre en
poudre & de quatre onces de salpêtre, remplissez de ce
mélange une petite écuelle de grès, posez-la sur le
pot renversé, & mettez sur le soufre un fer à cheval
que vous aurez fait rougir au feu, la matière s'enflammera
: couvrez votre pot promptement, afin que la
vapeur ne trouvant point d'issue pour sortir, tombe
& se condense dans l'eau quand vous sentirez avec la
main que le couvercle se refroidira, c'est une marque
que le fer ne touche plus au soufre ; découvrez le
pot, remplissez l'écuelle du même mélange, posez
dessus un autre fer à cheval que vous aurez fait rougir
tout prêt, couvrez votre pot, & continuez ainsi
jusqu'à ce que vous ayez employé toute votre matière.
Quand les vaisseaux seront refroidis il faut retirer
l'écuelle & le pot renversé, puis filtrer la liqueur, &
en faire consumer l'humidité jusqu'à ce que vous ayez
une liqueur très acide ; gardez-la dans une bouteille,
c'est l'esprit de soufre.
On le donne aux mêmes usages que le précèdent,
& la dose en est la même, mais j'aimerais mieux l'autre
qui est fait sans addition.
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D E C H I M I E. 539

R E M A R Q U E S.

I L est nécessaire d'avoir un pot bien ample pour faire
cet esprit, afin que les vapeurs aient de l'espace
pour circuler avant que de se condenser : il faut qu'il
soit de grès afin que l'acide ne le pénètre point ; le
pot long renversé doit être de grès ou de verre par la
même raison. L'eau ne sert qu'à la condensation des
vapeurs ; si l'on n'en mettait point, elles se dissiperaient
en partie.
Le soufre contenant un acide assez fixe, s'éteindrait
dès que le pot est bouché, si l'on n'y avait ajouté
du salpêtre ; ce sel par ses parties volatiles, raréfie
& exalte le soufre qui est échauffé par le fer rouge,
& il aide à la séparation de l'esprit ; mais s'il produit
ce bon effet, on peut dire qu'il altère en quelque manière
la vertu de l'esprit de soufre, puisqu'il mêle son
acide avec le sien, le rend moins pur qu'il ne serait
s'il avait été fait avec le soufre seul. A la vérité l'acide
du nitre peut être pris intérieurement, l'on
en voit même de bons effets ; mais il ne s'agit pas ici
de faire d'esprit de nitre, on veut faire de l'esprit
de soufre, & on le doit préparer aussi pur qu'il le peut
être: pour ces raisons je préfère l'esprit de soufre
que j'ai décrit ci-devant à celui-ci.
Quelques-uns mettent deux onces de salpêtre sur
chaque livre de soufre, afin d'avoir davantage d'esprit,
comme ils en ont en effet : mais plus on met de
salpêtre, & moins l'esprit de soufre est pur.
II faut que le couvercle du pot close bien, afin qu'il
ne se dissipe guère de vapeurs que par les petits trous
qui servent ici pour donner un peu d'air à la matière
enflammée, & empêcher qu'elle ne s'éteigne pas trop
tôt, car ce n'est qu'en brûlant qu'elle rend de l'esprit.
On peut emplir à moitié l'écuelle de sable, & met-
@

540 C O U R S
tre du mélange dessus jusques au haut, au lieu de
l'emplir du mélange, comme j'ai décrit, car il n'y a
que la moitié de la matière qui brûle & le reste demeure
dans l'écuelle, parce que le fer qui est appuyé
sur les bords, n'y peut pas toucher.
Pourquoi On a deux fers à cheval qui sont plus propres que
on emploie des fers d'une autre figure pour placer sur l'écuelle
les fers à on les met rougir l'un après l'autre, afin que quand
cheval on en tire un, on mette l'autre aussitôt en sa
plutôt que place.
d'autres. On filtre la liqueur parce qu'il y tombe toujours
quelque impureté : on fait consumer à peu près l'eau
qu'on a mise dans le pot, l'on trouve de l'esprit de
soufre en une quantité beaucoup plus grande qu'on
n'en tire par l'opération précédente : il a la même
couleur, le même goût & la même pesanteur de l'autre.
Huile de On appelle souvent ces esprits huile de soufre,
soufre. comme on appelle l'esprit caustique de vitriol huile
de vitriol.
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Sel de soufre.
L E sel de soufre est un sel polychreste, empreint
d'esprit de soufre.
Mettez quatre onces de sel polychreste préparé,
comme nous avons dit, dans une terrine de grès ou
dans un vaisseau de verre, versez dessus deux onces
d'esprit de soufre : placez votre vaisseau sur le sable,
& faites évaporer par un petit feu toute l'humidité ;
il vous restera quatre onces & six dragmes d'un sel
acide très agréable au goût; gardez-le dans une bouteille
bien bouchée.
Vertus. C'est un bon remède pour ouvrir toutes les obstructions
& pour pousser par les urines ; il purge aussi
Dose. quelquefois par les selles : La dose en est depuis dix
grains jusqu'à deux scrupules dans du bouillon. On en
@

D E C H I M I E. 541

dissout depuis demi-dragme jusqu'à deux drames,
dans une pinte d'eau pour la boisson des fébricitants.

R E M A R Q U E S.

C E sel est improprement appelé sel de soufre ;
puisque ce n'est qu'un sel polychreste empreint
d'esprit acide.
On a donné plusieurs grandes descriptions du sel Sel fébri-
de soufre, lesquelles étant bien examinées reviennent fuge.
toutes à celles-ci : il est appelé par plusieurs
Auteurs sel fébrifuge.
Le véritable sel de soufre serait un peu de vitriol
fixe qui reste dans la terre du soufre, après qu'on
en a tiré les fleurs, qu'on pourrait en séparer par
la lessive, comme on en sépare les autres sels fixes ;
mais le sel n'aurait pas les mêmes qualités que celui-ci.
Quelques-uns ont écrit que lorsqu'on verse de l'esprit
de soufre sur le sel polycreste dissout dans l'eau,
il se fait une effervescence aussi bien que quand on
jette du même esprit acide sur le salpêtre ; mais
sans doute qu'ils n'y avaient pas bien pris garde,
car il ne s'en fait aucune, ni avec le sel polychreste
ni avec le salpêtre, puisque tous deux sont des
sels acides.
La liaison des acides avec les sels acides est bien
différente de celle qui se fait des acides avec les alcali,
car les acides ne pénétrant point les parties insensibles
des sels acides, ils ne perdent rien de leur
force, & leur pointe demeure toujours la même ; mais
il n'en en pas ainsi à l'égard des acides qu'on mêle
avec les alcali ; car il s'y fait une telle pénétration que
l'acide y perd sa force.
Par la raison que je viens de dire, le sel de soufre
est fort acide, & le tartre vitriolé ne l'est presque pas,
quoique l'on emploie à proportion une fois plus d'es-
@

542 C O U R S
prit acide pour faire le tartre vitriolé, qu'on
emploie pour faire le sel de soufre.
Le sel de soufre est bon dans les fièvres tierces &
continue, & dans toutes les autres occasions où il est
à propos de calmer le trop grand mouvement des humeurs,
parce que l'acide fixe les sels volatils ou les
soufres, qui sont le plus souvent la principale cause
de ces maladies.
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Poudre à Canon.
C Ette composition est un mélange proportionné
de salpêtre, de soufre & de charbon pour une
fulmination ou détonation.
Prenez sept parties de salpêtre bien raffiné & purifié
de son sel fixe, une partie de soufre jaune & une partie
de charbon ; pulvérisez subtilement le soufre &
le charbon chacun en son particulier : dissolvez le salpêtre
dans de l'eau, le faites épaissir doucement
sur le feu, jusqu'à consistance de bouillie, mêlez-y
exactement les poudres, & les y incorporez dans une
grande auge, deux hommes les remuant avec des poêles
de bois, mettez le mélange au moulin à poudre,
qui est un moulin à eau, dans lequel il faut qu'il soit
battu du moins vingt-quatre heures dans des auges par
quinze ou seize pilons ; ces pilons ne s'élèvent pas
tous ensemble, mais alternativement, pour faire que
la matière s'agite & se tourne mieux : pendant ce
temps-là avez soin de l'humecter avec de l'eau, car
si l'on ne l'humectait pas, elle se sécherait & s'enfumerait
: on connaît que la poudre se sèche par le bruit
du moulin qui augmente, car alors les pilons rebondissent
du fond de l'auge & redoublent leurs coups.
Granula- Quand la poudre aura été suffisamment battue,
tion de la granulez-la en la manière suivante.
poudre à Ayez un tamis de crin, duquel les trous soient de la
canon.
@

D E C H I M I E. 543

grosseur dont vous voulez que la poudre soit granulée,
emboîtez-le sur un autre tamis semblable, mais
dont les trous soient beaucoup plus petits : placez
ces tamis dans une grande huche, mettez la poudre
dans le tamis de dessus à la hauteur de trois ou quatre
doigts, appliquez dessus un morceau de bois de figure
orbiculaire, plat, épais & pesant, puis secouez
les deux tamis, ce mouvement & le poids du morceau
de bois feront passer la poudre au travers du tamis
de dessus, & c'est ce qui la granulera : le tamis
de dessous la recevra & laissera passer la poussière
dans la huche ; faites sécher la poudre grenée ou granulée,
& la gardez enfermée dans des barils faits
d'un bois compacte & bien sec, dont les douves
soient bien approchées les unes des autres & closes Pulvis
par leurs jointures, on l'appelle en Latin pulvus tormenta-
tormentarius. rius
Quoique la poudre à canon ne soit employé que
dans les armes à feu, elle pourrait avoir un peu d'usage
en Médecine, car étant dissoute dans de l'urine, Vertus.
elle est bonne appliquée extérieurement pour la gratelle,
pour les dartres, & pour les autres démangeaisons
du cuir : on peut aussi en donner par la bouche,
dissoute dans de l'eau de noix, ou de chardon bénit
pour la colique, pour l'asthme : La dose en est depuis Dose.
demi-scrupule jusqu'à deux scrupules.

R E M A R Q U E S.

O N attribue la découverte de la poudre à canon Décou-
à un Moine de Fribourg en Brisgaw, Alchimiste verte de
renommé, appelé Berthold Schuvertz ou Schwartz, la poudre
qui vivait au quatorzième siècle, & l'on croit à canon,
qu'il la trouva par hasard ; il avait dessein de tirer par qui.
un esprit de nitre très actif, & encore plus exalté
qu'il n'a coutume d'être : pour y parvenir, il essaya
d'ouvrir le salpêtre extraordinairement, il le mêla
@

544 C O U R S
avec du soufre & du charbon, il pulvérisa le mélange,
il le mit dans une retorte, après y avoir adapté
un récipient, il le poussa par le feu en la manière
accoutumée, pensant qu'il en sortirait un esprit,
mais il fut bien surpris de voir quand la matière fut
échauffée, qu'elle s'enflamma & s'élança avec impétuosité
& grand bruit en crevant les vaisseaux ; cet
accident, qu'il n'avait pas tout-à-fait prévu, lui
donna la pensée de faire d'autres mélanges à peu près
pareils, & des expériences qui lui montrèrent enfin
l'usage qu'il pouvoir tirer de sa découverte. On dit
que ce fut le même inventeur de la poudre, qui en
l'année 1380. enseigna aux Vénitiens à se servir des
canons pour la bataille de Fossa Claudia, où ils remportèrent
une grande victoire sur les Génois. D'autres
prétendent que l'invention de la poudre à canon
est dû à Roger Bacon Anglais, & l'art de s'en servir
à Bartold Schwartz dont j'ai parlé, l'un &
l'autre habiles Chimistes & Cordeliers. Quoiqu'il
en soit, on a bien raffiné depuis ce temps-là sur la composition
de cette poudre, & l'on s'étudie encore tous
les jours à la rendre meilleure.
Les choix des drogues qui entrent dans la préparation
de la poudre à canon, doivent être observés
avec bien de l'attention, & particulièrement celui
du salpêtre, car ce sel fait comme l'âme de la poudre.
Je demande ici notre salpêtre le plus raffiné
le plus dépouillé du sel fixe dont il est toujours empreint.
Le salpêtre de houssage pourrait aussi être
choisi, parce qu'il a reçu moins que les autres de
l'impression des cendres, ou du sel fixe & alcali qu'elles
Salpêtre contiennent, mais le meilleur, & celui qu'on
des Indes doit choisir par préférence à tous les autres, est le
préférable salpêtre qui est apporté des Indes Orientales, pourvu
aux au- que par l'épreuve qu'on en aura faite, il ait été
tres. reconnu pur & sans mélange. Les raisons de la préférence
qu'il me paraît qu'on lui doit donner sont,
premiè-
@

D E C H I M I E. 545

premièrement que naissant en des climats plus chauds
que les nôtres, les parties ont plus de volatilité, &
par conséquent plus de disposition à s'élever & à s'exalter
: En second lieu, que comme ce salpêtre se
trouve sur les murailles & sur les terres naturellement
en assez longs cristaux pour qu'on l'en puisse séparer
aisément, n'a besoin que d'une légère purification
qui ne lui apporte point d'altération : en troisième
lieu, parce que nous voyons que les poudres à
canon, qui produisent le plus d'effet, sont celles où
l'on a fait entrer cette espèce de salpêtre.
Quoique le salpêtre soit le principal agent de la
poudre à canon, il n'est point inflammable par lui-
même, ou étant seul, comme je crois l'avoir prouvé
en plusieurs opérations, il ne sert donc que de véhicule
ou de soufflet pour raréfier & élever le soufre &
le charbon dans la poudre à canon.
Le soufre qu'on emploie dans la composition de Choix du
cette poudre doit être choisi léger, cassant facilement, soufre.
de belle couleur jaune, prenant aisément le
feu, & l'on doit rejeter celui qui est verdâtre, car
il contient trop de vitriol qui pourrait le rendre moins
inflammable.
Le soufre jaune est composé naturellement de deux
sortes de substances, la première est grasse, véritablement
sulfureuse & inflammable, la seconde est
saline & vitriolique fixe & non inflammable. La substance
grasse, si elle était seule ou mêlée avec un sel
essentiel, jetterait une flamme blanche comme font les
autres soufres, mais le sel vitriolique dont elle est
empreinte étant fixe, elle en est appesantie & embarrassée,
en sorte qu'elle ne peut rendre qu'une petite
flamme contrainte & qui nous paraît bleue : si l'on
mêle du salpêtre avec ce soufre, alors les parties
du soufre sont raréfiées & exaltées par le vitriol de
ce sel, & quand on allume le mélange, il se fait une
grande flamme blanche avec détonation.
M m
@

546 C O U R S
Le soufre produit dans la poudre à canon un effet
pareil à celui du charbon, mais cet effet est moins
violent, à cause du sel vitriolique fixe que ce soufre
contient, qui ralentit beaucoup le mouvement
de ses parties.
Il me paraît donc qu'il serait à propos de décharger
ce soufre d'une partie de son sel fixe avant que
de l'employer. Les moyens dont on pourrait se servir
pour cet effet, seraient de le réduire en fleurs par la
manière ordinaire, ce qui ne serait pas d'une grande
dépense, & on le priverait par ce moyen d'un peu
de la matière vitriolique fixe dont il a été parlé, laquelle
est un obstacle à son inflammabilité ; on s'épargnerait
aussi par là le soin de le pulvériser, car
les fleurs de soufre sont par elles-mêmes en poudre
très fine & impalpable, comme tout le monde
le sait.
Mais si nonobstant ces raisons on s'obstine à vouloir
employer le soufre à canon ordinaire, il sera
nécessaire de le battre dans un mortier, & de le
faire passer au travers des toiles de soie de la même
manière que les Boulangers blutent leur fleur de farine.
Le soufre s'enflamme le premier, & avec le plus de
facilité dans la poudre à canon, mais il n'y fait pas
autant d'effort ni d'éclat que le charbon, apparemment
parce que ses parties sont plus molasses ou pliantes
que celles du charbon, c'est ce qu'on reconnaît
facilement, si après avoir mis en fusion du salpêtre
par le feu dans deux creusets, on jette dans un des
deux de la poudre de charbon, & dans l'autre de la
poudre de soufre, car on verra que le charbon n'allumera
pas le salpêtre si vite que fera le soufre ; mais
que quand il l'aura allumé, la détonation en sera plus
grande & plus violente.
Charbon Je passe en troisième lieu à examiner le charbon de
de bois. bois, parce qu'il entre dans la composition de la poudre
@

D E C H I M I E. 547

à canon. Ce charbon est du bois brûlé étouffé & comment
rendu par l'action du feu, léger, très poreux & très il se fait.
noir, on le fait à la campagne dans des grands creux
de la terre qu'on a préparés exprès : on coupe du bois
par morceaux, on l'arrange dans un creux, &
l'on y met le feu, on le couvre de terre, en sorte
qu'il n'y ait de l'air que pour entretenir le feu doucement,
& faire sortir pendant plusieurs jours beaucoup
de fumées : on connaît que le charbon est fait
quand ces fumées cessent. On bouche alors exactement
le passage de l'air, afin qu'il retombe sur le
charbon une fuliginosité qui le rend noir, luisant,
sulfureux, & disposé à recevoir aisément le feu.
Le charbon qu'on emploie ordinairement pour la
poudre à canon, est fait avec du bois de saule, parce
qu'il est plus léger, plus cassant & plus inflammable
que plusieurs autres, mais comme il est un peu trop
léger, & qu'on a reconnu qu'il ne faisait pas assez
d'effort dans la poudre, on peut le mêler avec partie
égale de charbon de bois d'aune, qui lui donnera un
peu plus de solidité, & qui rendra la poudre meilleure
: Quelques-uns au lieu de ces deux espèces de
charbon, emploient celui qui est tiré du bois de
coudrier ou du bois de Rhamnus, on peut d'ailleurs
faire du charbon propre pour la poudre avec un
grand nombre d'autres espèces de bois. Cette circonstance
dépend bien souvent de la commodité des Ouvriers,
qui choisissent entre les arbres de leur contrée
ceux qu'ils croient leur être les plus convenables
pour faire leur charbon.
Le charbon quand il est allumé seul, ne jette qu'une
flamme médiocre, blanche ; cette flamme vient de
sa partie fuligineuse qui est proprement un soufre,
& elle le sent aussi c'est elle qui cause des étourdissements
& des maux de tête ; ce qu'on peut en partie
corriger, en mettant sur ce charbon allumé une
grille ou quelque autre morceau de fer, parce
M m 2
@

548 C O U R S
que le soufre du charbon s'attache au fer.
On doit pulvériser le charbon le plus subtilement
qu'il est possible, & comme l'on en a besoin d'une
assez grande quantité, lorsqu'on entreprend de composer
beaucoup de poudre à canon, on a inventé
pour la commodité des Ouvriers, des moulins à
broyer, ils sont faits de deux pierres, & conduits
par des chevaux. Ces cieux pierres se remuent sur un
fond de marbre qui est bordé d'ais disposés en talus,
afin que ce qui échappe de dessous les pierres, puisse
reglisser dedans.
Quand le charbon a été broyé par ce moulin ou
par quelque autre machine qu'on peut avoir inventée,
on le passe au travers d'une étamine ou d'une toile
claire cousue en manière de sac ou de manche,
& attachée dans une grande huche au couvercle ; ce
couvercle est percé de deux trous par où l'Ouvrier
passe ses bras pour secouer le sac, & faire passer plus
facilement la poudre la plus fine ; après quoi ce qui
est demeuré grossier, & qui n'a pu passer, est rapporté
au moulin pour y être broyé de nouveau, puis remis
dans le sac, continuant la même manoeuvre jusqu'à
ce qu'on en ait passé suffisamment.
Propor- Les proportions des matières qui composent la
tion des poudre à canon sont ce qu'il y a de plus essentiel à
matières observer, car c'est particulièrement en cette circonstance
qui com- que consistent ses degrés de bonté : Si l'on y a
posent la mêlé trop de charbon & de soufre, comme font ceux
poudre à qui y veulent beaucoup gagner, le salpêtre ne s'y
canon. trouvant point assez abondant, l'effort de la poudre
sera avorté ; si au contraire l'on y fait entrer trop de
salpêtre, la quantité du soufre & du charbon ne se
trouvant point assez grande pour l'enflammer entièrement,
la poudre n'aura pas toute sa vertu élastique,
& elle ne poussera pas tant qu'elle le pourrait faire ;
il m'a paru que la proportion la meilleure était celle
de sept parties de salpêtre raffiné, une partie de
@

D E C H I M I E. 549

soufre & une partie de charbon, comme je l'ai décrite.
Les sentiments sont pourtant partagés à l'égard
de ces proportions, car les uns mettent jusqu'à huit
parties de salpêtre sur une partie de soufre & deux
parties de charbon ; les autres diminuent la quantité
du salpêtre & n'en mettent que six parties, les autres
n'en mettent que cinq. Pour faire la poudre commune Poudre à
on n'emploie que trois ou quatre parties de canon
salpêtre sur deux parties de charbon & une partie de commune.
soufre : enfin on compose des poudres de différentes
sortes, suivant qu'on y mêle plus ou moins de salpêtre,
car ce sel est le principal agent de la poudre
à canon.
Il faut avoir fait sécher suffisamment le salpêtre
en cas qu'il eût reçu quelque humidité de l'air ou
d'ailleurs avant que de le dissoudre, car le poids de
cette humidité diminuerait d'autant sa quantité &
rendrait la poudre plus faible ; on pourrait même le
pulvériser au lieu de le dissoudre, & le mêler exactement
avec le soufre & le charbon, puis malaxer
le mélange avec une quantité suffisante d'eau pour en
faire une pâte dont on formerait la poudre, mais il
me paraît que le mélange & la liaison des parties se
fait encore plus intimement ou plus exactement en
suivant la méthode que j'ai décrite.
On pèse le soufre & le charbon pulvérisés, on les
mêle bien ensemble, & on les étend dans une grande
auge, puis on verse dessus le salpêtre liquéfié. Deux
hommes alors doivent être employés à remuer & à
incorporer de toutes leurs forces la matière pendant
long temps, afin que le mélange soit aussi exact qu'il
le peut être. Mais il ne suffit pas que ce mélange ait
été fait avec les pailles, ce n'est encore qu'une liaison
trop grossière, il a besoin d'une trituration plus
forte, & elle se fait par le moyen des pilons qui brisent
& atténuent jusques dans leur centre toutes les
parties grumeleuses qui se peuvent rencontrer dans la
M m 3
@

550 C O U R S
pâte ; mais le battement de ces pilons ne se peut pas
faire pendant vingt-quatre heures, que la matière
n'en reçoive de la chaleur, & que l'humidité qu'elle
contenait n'en soit une partie absorbée & desséchée,
ce qui la ferait prendre en feu si les Ouvriers expérimentés
ne se précautionnaient de l'humecter avec
de l'eau. On prévoit aisément la nécessité qu'il y a
d'humecter la pâte, par la facilité qu'ont les pilons
de la pénétrer & de tomber au fond de l'auge en réfléchissant
& par conséquent en redoublant leurs
coups.
Grener la On ne grène ou granule la poudre à canon qu'en
poudre. la moulant ou lui donnant une figure ronde, lorsque
par la figure, la pesanteur & l'agitation du morceau de
bois on la contraint de passer par les trous du tamis
de dessus ; elle prend alors différentes grosseurs, suivant
que les trous de ce tamis sont plus ou moins
grands, mais j'estime que plus les grains sont petits,
& plus ils produisent d'effet, car se touchant les uns
les autres par plus de surfaces, ils se communiquent
le feu plus vite, & y ayant un plus grand nombre de
grains enflammés, quand la balle du canon est ébranlée,
elle est poussée avec plus de force & de rapidité.
La poussière qui aura passé par le tamis de dessous,
qu'on trouvera dans la huche, doit être remise
dans le moulin pour y être malaxée en pâte avec
l'autre.
Manière Quand la poudre a été grenée, il est question de
de faire la faire sécher, c'est à quoi l'on procède différemment
sécher la suivant les climats. Quand on peut la faire sécher
poudre à au soleil, elle en est meilleure, parce qu'elle sèche
canon. doucement & jusques dans le centre des grains,
mais on n'a guère cette commodité que dans les
pays chauds, on est obligé sous les autres climats de
la mettre sécher dans des étuves, on la dispose pour
cet effet, à l'épaisseur de deux doigts sur des espèces
de tamis faits d'un canevas grossier de figure quarrée
@

D E C H I M I E. 551

longue, on place ces tamis sur des manieras de râteliers
; il faut qu'il y ait un soupirail au haut de cette
étuve, pour laisser sortir la vapeur phlegmatique de
la poudre, & l'on doit bien prendre garde que la chaleur
de l'étuve soit bien tempérée & hors d'état d'y
mettre le feu.
La poudre qui a été séchée dans les étuves n'est
souvent pas si exactement privée d'humidité que celle
qui a été séchée au soleil, & pour peu qu'il lui reste
d'humidité au dedans, elle produit bien moins d'effet,
c'est ce qui fait que dans les épreuves une poudre,
qui a été faite dans toutes les règles, & qui
devait être très bonne, pousse quelquefois avec
moins de force qu'une autre plus grossière, & qui devrait
lui être inférieure.
Il faut encore prendre garde que la poudre à canon
étant bien séchée ne prenne de nouvelle humidité
de l'air, car elle en est assez susceptible à cause
du salpêtre qu'elle contient : Elle doit être enfermée
dans des barils bien secs & bien clos, mais comme
il peut arriver que dans les temps brouillards &
pluvieux, les jointures des douves de ces barils soient
pénétrées principalement quand on les transporte sur
la mer, il serait bon de les goudronner par dehors
pour empêcher l'air d'y entrer: car il n'arrive que
trop souvent que les barils de poudre, ayant été gardés
longtemps, la poudre s'humecte assez pour que
la plus grande partie du salpêtre qu'elle contient se
précipite au fond ; & alors on est contraint d'ouvrir
les barils pour remêler le moins mal qu'on peut
la poudre du fond avec celles de dessus & du milieu.
Nonobstant toutes les précautions dont je viens de
parler, on n'est pas assuré qu'une même poudre réussisse
toujours également dans son action, soit à cause
qu'une quantité de cette poudre aura pris l'air
plus qu'une autre au sortir du baril, soit parce que
M m 4
@

552 C O U R S
les armes à feu dans lesquelles on la met, seront
plus ou moins sèches, soit à cause que les grains
de poudre allumés ne le communiqueront pas le
feu avec autant de vitesse en un temps qu'en un autre.
Quoique la bonne poudre à canon dont on se sert
ordinairement paroisse sèche, elle contient toujours
Expérien- un peu d'humidité aqueuse : pour en être convaincu,
ce. j'ai fait sécher sur un petit feu, demi-once de
cette poudre qui était en grains des plus menus, elle
a diminué en séchant de douze grains ; j'en ai mis sécher
demi-once d'autre dont les grains étaient plus
gros, elle a diminué de dix grains.
Si après que la bonne poudre à canon a été séchée
à petit feu dans un poêlon de cuivre, l'on augmente
peu-à-peu la chaleur dessous, elle s'amollit
lorsqu'elle est prête de prendre en feu, ce qui fait
conjecturer qu'elle contient assez de salpêtre & de
soufre, car les ingrédients se liquéfient au feu ; au
contraire la mauvaise poudre qui est trop chargée de
charbon semble s'endurcir par la chaleur.
Dès que la bonne poudre a été amollie ou presque
liquéfiée par le feu, il s'élève à la superficie une
petite flamme bleue qui vient du soufre, car il s'enflamme
le premier ; & incontinent après le charbon
étant allumé par le soufre ils enflamment tous deux
le salpêtre & font la fulmination. La bonne poudre
en détonnant jette une vapeur blanchâtre & ne
laisse rien. La poudre trop chargée de charbon, &
dont le salpêtre qui y est entré, n'a pas été assez raffiné,
répand une vapeur noirâtre, & laisse souvent
une poudre brune.
Détona- La détonation de la poudre à canon peut être produite
tion de la par le développement, des parties élastiques de
poudre à l'air qui se sont cantonnées dans le salpêtre, ou bien
canon par la seule raréfaction des portioncules d'eau qui s'y
d'où elle trouvent toujours renfermées, si sec qu'il ait été employé
procède.
@

D E C H I M I E. 553

: on peut comparer en cette occasion l'effort
de la poudre à canon à ce qui de passe dans les petites
bouteilles de verre scellées hermétiquement, qui
contiennent quelque peu d'humidité, lesquelles
étant jetées dans le feu crèvent avec grand éclat &
grand bruit.
Les mélanges de certaines matières à froid allument
la poudre à canon, par exemple, si l'on mêle
un peu de cette poudre dans une huile essentielle,
comme dans celle de girofle, ou de cannelle, ou de
sassafras, & qu'on verse sur le mélange deux ou trois
fois autant de bon esprit de nitre, la liqueur & la
poudre s'enflammeront.
Si l'on mêle de la poudre à canon avec de la chaux-
vive & de l'huile de vitriol bien déphlegmée, elle
prendra en feu.

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C H A P I T R E XXI.

Du Succinum, ou Karabé.

O N trouve sur des ruisseaux proche de la mer
Baltique, dans la Prusse Ducale, un certain bitume Les diffé-
coagulé, lequel est appelé Succinum; parce qu'il rents, noms
semble être un suc de la terre ; & Karabé à cause de l'am-
qu'il attire la paille ; car ce mot en langue de Perse, bre.
signifie Tire-paille ; on le nomme encore Electrum,
Glessum, Ambra Citrina, & en Français, Ambre
jaune.
Ce bitume étant encore mou & visqueux, plusieurs Différen-
petits animaux comme des mouches & des fourmis tes espè-
s'y attachent & s'ensevelissent dedans. ces.
On trouve du Succinum de différentes couleurs,
comme du blanc du jaune ou citron, & du noir.
Le blanc est le plus estimé de tous en Médecine
quoiqu'il soit opaque ; il est odorant quand il est
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554 C O U R S
frotté contre quelque chose : on en tire plus de sel
volatil que des autres. Le jaune est transparent &
agréable à la vue ; c'est celui dont on se sert pour les
colliers : on en forme de petits cabinets ; il est aussi
bien estimé en Médecine ; on en tire beaucoup d'huile.
Le noir est le moindre en vertus.
Quoique j'appelle ici le Karabé un bitume, il y a
quelque apparence qu'il a pris son origine des gommes
de peuplier & de plusieurs autres arbres qui
ayant été poussées par les vents dans la mer Baltique,
ont été mêlées avec du sel, élaborées & perfectionnées
en succin comme nous le voyons. Car outre que
les gommes qui découlent des peupliers aux environs
de la mer Baltique, ressemblent en plusieurs choses
au succin ; on nous apporte des Iles Antilles une gomme
Copal. de peuplier nommée Copal laquelle quoi qu'elle
n'ait reçu aucune autre élaboration que d'avoir
été entraînée par des torrents d'eau dans des rivières
d'où l'on la retire, est si semblable au Karabé
qu'on pourrait s'y tromper facilement ; aussi appelle-
Faux Ka- t-on cette gomme Copal, Faux Karabé. J'en ai parlé
rabé. assez au long dans mon Traité universel des drogues
simples, c'est-là où je renvoie le Lecteur.
Vertus. Le Succinum arrête le crachement de sang, les dysenteries,
le flux d'hémorroïdes, de menstrue & de
Dose. gonorrhées : La dose en est depuis dix grains jusqu'à
demi-dragme. On s'en sert aussi pour arrêter un
peu la violence du rhume & pour modérer les catarrhes,
on en reçoit la fumée par le nez.
Les Ouvriers qui polissent le succin mettent une
certaine différence pour les noms , entre celui qui est
beau & transparent & celui qui est grossier & commun
: ils appellent le premier Ambre, & le second Karabé
; ils ne peuvent point polir ce dernier.
Le Succinum est aussi employé pour le verni : on le
fait fondre au feu.
Petroleum. Quelques-uns croient que le petroleum ne soit autre
@

D E C H I M I E. 555

chose qu'une liqueur tirée du Succinum par le moyen
des feux souterrains qui en font une distillation, &
que le jayet & le charbon de pierre soient les restants
de cette distillation.
Cette opinion paraîtrait assez vrai-semblable, si
les lieux d'où l'on retire ces sortes de drogues n'étaient
pas si éloignés les uns des autres, car le petroleum
ne se trouve ordinairement que dans l'Italie,
comme dans la Sicile & en Provence. Cette huile distille
par les fentes des pierres, & il y a grande apparence
que ce soit l'huile de quelque bitume que les
feux souterrains aient fait élever.
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Teinture de Karabé.

C Ette opération est une dissolution de quelques
parties huileuses du succinum faites dans l'esprit
de vin.
Réduisez en poudre impalpable, cinq ou six onces
d'ambre jaune & les mettez dans un matras, versez
dessus de l'esprit de vin jusqu'à la hauteur de quatre
doigts : bouchez ce matras d'un autre pour faire un
vaisseau de rencontre, & ayant exactement lutté la
jointure avec de la vessie mouillée, posez-le en digestion
sur le sable chaud, & l'y laissez pendant trois
ou quatre jours, ou jusqu'à ce que l'esprit de vin se
soit bien chargé de la couleur du succin : versez par
inclination cette teinture, remettez d'autre esprit
de vin sur la matière ; il faut le faire digérer comme
devant, puis ayant séparé l'imprégnation, mêlez-la
avec l'autre ; filtrez-les & en retirez par la distillation,
dans un alambic, à très petit feu, environ la moitié
de l'esprit de vin, qui vous servira comme devant :
gardez la teinture que vous trouverez au fond de l'alambic
dans une fiole bien bouchée, elle aura une
odeur balsamique & un goût médiocrement âcre.
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556 C O U R S
Vertus. Elle est bonne pour l'apoplexie, pour la paralysie ;
Dose. pour l'épilepsie & pour les maladies hystériques : La
dose en est depuis dix gouttes jusqu'à une dragme
dans quelque liqueur appropriée.
R E M A R Q U E S.
Ce que I L faut mettre le succinum bien en poudre, afin que
c'est que le menstrue le pénètre plus facilement ; cette teinture
la teinture n'est que la partie résineuse ou grasse du Karabé,
de Kara- dont l'esprit de vin qui est un soufre s'est empreint,
bé. Une liqueur qui ne serait point sulfureuse dissoudrait
peut-être le succinum, mais ce qu'elle aurait
dissout serait plus impur : c'est pourquoi l'on doit
toujours employer un dissolvant qui soit de la même
nature que la substance qu'on veut dissoudre.
On retire la moitié de l'esprit de vin, afin de rendre
la teinture plus forte.
Si l'on verse quelques gouttes de teinture de succin
dans un verre d'eau, il se fera un lait, parce que
l'esprit de vin étant affaibli par l'eau, il quittera la
résine qui s'étendra dans l'eau & la rendra blanche ;
mais à mesure que les parties de cette terre se rapprocheront,
s'accrocheront & se précipiteront, la
blancheur disparaîtra & l'eau deviendra claire.
Si l'on mêle de la teinture de succin avec de l'esprit
volatil de sel armoniac en parties égales, il se fera
Caogu- incontinent un Coagulum blanchâtre plus fort que celui
lum. qui se fait par le mélange des esprits de vin & de
sel armoniac ; parce que les sels volatils armoniacaux
se lieront & s'embarrasseront dans les parties résineuses
ou rameuses de la teinture de succin, & y perdront
leur mouvement & leur fluidité, faisant perdre aussi
par conséquent celle de la teinture ; car ces parties rameuses
embarrassant les sels, elles y demeureront accrochées.
Teinture. Si l'on fait distiller la teinture de succin, & qu'on
@

D E C H I M I E. 557

la cohobe deux fois sur le marc resté dans le matras, de succin
on aura une liqueur claire fort propre pour fortifier distillée &
les yeux qui pleurent : on en fomente tous les jours cohobée.
les paupières & les tempes. Vertus.
Il reste après la première distillation au fond du vaisseau, Résine de
une résine qui est sudorifique, hystérique : La succin-.
dose en est depuis dix grains jusqu'à quinze. Vertus.
Dose.
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Distillation du Karabé, & la rectification de son huile
& de son esprit.

R Emplissez de succinum grossièrement pilé, les
deux tiers d'une cornue de grès ou de verre lutée
: placez cette cornue sur deux barres de fer dans
un fourneau : adaptez-y un grand récipient, & ayant
exactement lutté les jointures, donnez dessous un petit
feu pour échauffer la cornue & pour faire distiller
le phlegme ; augmentez-le ensuite peu-à-peu, il viendra
un esprit & une huile : continuez le feu jusqu'à ce
qu'il ne sorte plus rien : laissez alors refroidir les vaisseaux,
puis les délutez : versez environ une livre
d'eau chaude dans le récipient, l'ayant bien remué
afin de dissoudre quelque petite quantité de sel volatil
qui s'attache souvent aux parois du récipient, jetez
toute la liqueur dans un alambic de verre : adaptez-y Rectifica-
un récipient, ayant bien lutté les jointures, tion.
donnez dessous un petit feu pour échauffer le vaisseau, Huile
puis l'augmentez un peu, l'eau & l'esprit monteront & blanche
enlèveront avec eux un peu d'huile blanche : continuez de succi-
le feu jusques à ce qu'il ne monte plus rien, & num.
que l'huile crasse demeure au fond de la cucurbite
sans bouillir ; séparez l'huile blanche qui surnagera
l'esprit & le phlegme, & la gardez dans une fiole Vertus.
bien bouchée : on en fait prendre par la bouche dans
les maladies hystériques, dans la paralysie, l'apoplexie
& l'épilepsie : La dose en est depuis une goutte jus- Dose.
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558 C O U R S
qu'à quatre dans quelque liqueur appropriée. On peut
la mêler avec un peu de jaune d'oeuf, afin qu'elle se
dissolve facilement dans l'eau ou dans le bouillon.
Esprit de L'eau & l'esprit demeurent mêlez confusément,
succinum. pour les séparer ; il faut verser ce mélange dans une
écuelle de grès ou de verre, & faire évaporer par un
feu très lent les deux tiers de l'humidité, ce qui restera
est l'esprit de succinum que vous garderez dans une
fiole bien bouchée.
Ses vertus. C'est un excellent apéritif, on le donne pour les
jaunisses, pour les ischuries, pour les ulcères du cou
Dose. de la veille & pour le scorbut : La dose en est depuis
dix jusques à vingt-quatre gouttes, dans quelque liqueur
convenable.
Huile L'huile noire qui est restée dans la cucurbite, peut
noire. être gardée à part pour l'extérieur : on en frotte le
nez & le poignet des femmes dans les maladies hystériques.
Sa rectifi- Si l'on veut la rectifier, il faut la mêler avec autant
cation. de sable qu'il sera nécessaire pour en faire une pâte
qu'on mettra dans une cornue ; & l'ayant placée dans
un fourneau à feu nu, on fera distiller toute l'huile,
la premiers qui sortira sera rouge, mais très claire : il
faut la garder à part ; on s'en peut servir au lieu de la
blanche,
Huile de L'huile de Jayet peut être tirée comme l'huile d'ambre,
Jayet. mais comme le Jayet est plus terrestre, il faut
davantage de feu.
R E M A R Q U E S.
Les mauvai- L Es huiles de Karaté & de jayet agissent dans les
ses odeurs maladies hystériques, principalement par leurs
calment mauvaises odeurs : car nous voyons que tout ce qui
les va- est désagréable au nez, abaisse ordinairement les symptômes
peurs, & dans les maladies de la matrice : & que ce qui
pourquoi. sent bon, les augmente.
@

D E C H I M I E. 559

La raison de ces effets n'est pas fort facile à trouver,
puisqu'on s'est contenté jusqu'à présent de dire pour
explication, que la matrice ayant de la sympathie
avec le cerveau, elle s'élève pour recevoir sa part des
bonnes odeurs, & qu'elle s'abaisse quand le nez est
frappé par quelque exhalaison qui ne lui plaît pas.
Plusieurs même ont crû que la matrice est un petit animal,
à cause de tous les mouvements qu'ils y ont remarqué.
Ces sortes de raisonnements sont fort propres
à laisser les personnes dans le même doute où ils
étaient, & je ne crois pas qu'aucun s'en contente.
Voyons si nous dirons quelque chose de plus.
Premièrement, il faut remarquer que la matrice a
communication avec le cerveau par plusieurs nerfs ou
autres vaisseaux & en second lieu, que cette matrice
contient souvent des humeurs grossières & faciles à se
corrompre, qui y ont fait des obstructions.
Quand donc une femme reçoit une odeur agréable,
le chatouillement que cette odeur produit dans son
cerveau par le moyen du nerf olfactif, émeut les
esprits, les détermine à couler plus abondamment
& avec plus de vitesse qu'ils ne faisaient dans les vaisseaux.
Alors aussi elle s'aperçoit, si elle y prend garde,
d'un certain épanouissement des parties, & il semble
que tous les sens veulent prendre part à cette bonne
odeur. Jusques ici tout lui est commun avec ce qui
arrive à l'homme.
Mais parce que les vaisseaux qui vont du cerveau à
la matrice sont gonflés par cette affluence d'esprits, il
faut de toute nécessité qu'ils soient raccourcis, de même
qu'une corde se gonfle & se raccourcit quand on
l'humecte, ou de même que les fibres d'un gant se raccourcissent
quand on met en agitation, & qu'on raréfie
par le feu, une humidité qui est dedans.
Ces vaisseaux étant raccourcis, ils doivent tirer &
donner des secousses à la matrice. C'est alors aussi
qu'on s'aperçoit qu'elle s'élève & qu'elle remue. Et
@

560 C O U R S
Suffoca- comme cette partie contient ordinairement un sang
tion de grossier & des humeurs fort faciles à fermenter qui
matrice sont agitées par ces secousses, il s'en élève des vapeurs
comment grossières qui pressent le diaphragme, & qui font ce
elle se fait. qu'on appelle suffocation de matrice. Ces maladies
arrivent aussi bien souvent aux femmes sans qu'elles
aient senti de bonnes odeurs, mais ce qui leur cause
les mêmes symptômes, agit de la même manière.
Pour ce qui est des mauvaises odeurs, elles doivent
produire un effet tout contraire ; car en frappant désagréablement
le nerf du nez, les esprits le resserrent,
& par conséquent les vaisseaux & la matrice reprennent
leur disposition ordinaire.
Mais on me dira peut-être qu'on applique souvent
un grain de musc ou de civette sur l'ombilic, pour
faire abaisser la matrice, & pour calmer les vapeurs.
Cette pratique est à la vérité usitée par quelques-
uns, mais sans qu'ils aient eu aucune preuve qu'elle ait
réussi, car on n'en aperçoit aucun soulagement. On
met de la civette au milieu des emplâtres de galbanum
ou d'oxycroceum qu'on applique sur le nombril,
mais il y a bien plus de lieu d'attribuer l'effet qui résulte
de ce remède, aux emplâtres qu'à la civette : de
plus on ne peut pas dire que cette civette ou ce musc
qu'on a ainsi appliqués, produisent une bonne odeur.
Plusieurs hommes sont aussi fort sujets aux vapeurs,
& entre autres ceux qui sont d'un tempérament mélancolique
semblent avoir les mêmes accidents que
les femmes, quand ils reçoivent de bonnes odeurs.
Cela vient des obstructions qui se sont faites dans des
vaisseaux qui ont communication avec le cerveau, car
ces humeurs qui causent l'obstruction étant émues,
elles peuvent produire ces effets.
Esprit de Ce qu'on appelle Esprit de succinum n'est qu'un
succinum sel volatil dissout dans un peu de phlegme.
ce que Quelques Auteurs disent que mettant cet esprit
c'est. dans un matras avec son chapiteau aveugle, on en
peut
@

D E C H I M I E. 561

peut faire sublimer le sel volatil comme celui des
animaux ; mais je n'ai pas vu que l'expérience s'accordât
avec leurs écrits ; car après les avoir suivis
plusieurs fois dans l'opération, je n'ai pu tirer aucun
sel, c'est ce qui m'a donné lieu d'examiner cet esprit
pour savoir quelle nature de sel il pouvait contenir.
J'ai reconnu que ce sel était acide & semblable à
celui des plantes, qu'on appelle essentiel, duquel nous
avons parlé dans nos principes. Ce sel étant moins
volatil que celui des animaux, ne peut pas s'élever si
haut, outre qu'il est plus pesant que le phlegme qui
doit monter le premier. Il faut donc pour le séparer
faire évaporer environ un tiers de l'humidité qui est
dans l'esprit, à une très lente chaleur, puis mettre
ce qui restera en un lieu frais, & l'y laisser pendant dix
ou douze jours sans le remuer, il se fera de petits
cristaux qu'on ramassera & qu'on gardera dans une
fiole bien bouchée. Ce sel a les mêmes vertus que Vertus.
l'esprit ; La dose en est depuis huit grains jusques à Dose.
seize dans de l'eau de rave ou de pariétaire, mais il
vaut mieux le garder en esprit : car outre qu'il se conserve
plus facilement étant en liqueur, il s'en envole
toujours une partie la plus détachée dans l'évaporation
avec le phlegme, quelque modération de feu
qu'on observe. Mais voici une préparation de sel volatil
de succinum qu'on peut faire aisément & on le
pourra garder sec.
----------------------------------------------------------
Sel volatil de Karabé.

M Ettez trente-deux onces de succinum en poudre
dans une cucurbite de verre ou de grès assez
grande, en sorte qu'il n'y en ait que le quart de rempli
; posez cette cucurbite sur le sable, & après y avoir
adapté un chapiteau & un petit récipient, luttez exactement
les jointures, faites dessous un petit feu pen-
N n
@

562 C O U R S
dant environ une heure : puis quand la cucurbite sera
Esprits. échauffée, augmentez-le peu-à-peu jusques au troisième
degré, il distillera premièrement du phlegme &
de l'esprit, puis il montera du sel volatil qui s'attachera
au chapiteau en petits cristaux, ensuite il distillera
Huile de l'huile blanche au commencement & après rouge,
claire. mais elle sera claire ; quand il ne s'élèvera plus
guère de vapeurs, il faut faire cesser le feu, & ayant
laissé refroidir les vaisseaux, les déluter : vous ramasserez
le sel volatil avec une plume ; & comme il
sera encore impur, à cause d'un peu d'huile qui s'y
sera mêlée, vous le mettrez dans une fiole assez grande,
en sorte que ce sel n'en emplisse que la quatrième
partie : vous placerez la fiole sur le fable après l'avoir
bouchée d'un simple papier, & par le moyen
d'un petit feu vous ferez sublimer le sel pur en beaux
cristaux au haut de la fiole. Quand vous verrez que
l'huile voudra s'élever, il faut retirer cette fiole de
dessus le feu, & l'ayant laissée refroidir, la caler
Poids. pour en séparer le sel, vous le garderez dans une
fiole bien bouchée, vous en aurez demi-once.
Vertus. Ce sel est un fort bon apéritif, on en peut donner
depuis huit grains jusques à seize dans une ligueur
apéritive, pour la jaunisse, pour les ischuries, pour les
ulcères de la vessie, pour le scorbut, pour les maladies
hystériques, & dans toutes les occasions où il est
besoin de lever des obstructions & de faire uriner.
Huile L'esprit & l'huile ont les mêmes vertus que ceux
noire. dont nous avons parlé. Si l'on veut faire distiller dans
une cornue la masse qui est restée dans la cucurbite
jusques à ce qu'il ne vienne plus rien, on aura de
l'huile noire dont on peut se servir pour en faire sentir
aux femmes attaquées de maladies hystériques,
@

D E C H I M I E. 563

R E M A R Q U E S.

L E succinum blanc rend plus de sel volatil que les
autres.
Il faut que la cucurbite soit assez grande, car autrement
elle crèverait quand les vapeurs montent.
Vous aurez cinq onces & demie l'huile claire &
une once & demie d'esprit. On retire de la masse par
la cornue douze onces & demie d'huile noire, & ce qui
reste pèse douze onces ; c'est une matière noire raréfiée,
qui brûle comme du charbon à cause des fuliginosités
qui y font retombées.
Comme on n'est pas toujours assuré de trouver des
cucurbites assez grandes pour la quantité du succin
que je demande, on peut en employer des moyennes,
en proportionnant le volume de la matière & n'en
mettant pas trop, afin qu'elle puisse être bien échauffée,
car il faut qu'elle fonde.
Si le sel volatil est raisonnablement beau, & s'il ne
paraît point mélangé d'huile, il ne fera pas besoin
de le rectifier.
On peut tirer une huile claire du succinum par la Huile
première distillation, en mêlant le Karabé avec un claire de
égal poids de sel marin, & le faisant distiller par la succinum
cornue à la manière accoutumée, il restera aussi du par la pre-
sel volatil au cou de la cornue, & on le peut rectifier mière dis-
en le faisant sublimer dans une fiole, comme tillation.
nous avons dit.

----------------------------------------------------------

C H A P I T R E XXII.

De l'Ambre gris.

L 'Ambre gris est une manière de pâte sèche, dure,
légère, grise, odorante, qu'on trouve en grottes
N n
@

564 C O U R S
pièces flottantes sur les eaux en plusieurs endroits de
D'où l'Océan, comme vers les côtes de Moscovie, & aux
vient rivages de la mer Indienne : on en rencontre aussi
l'ambre quelquefois sur les côtes d'Angleterre, & en plusieurs
gris. autres lieux de l'Europe. Cette matière prend
Son origi- son origine d'un grand nombre de rayons de cire &
ne. de miel que des abeilles font & entassent les uns sur
les autres au haut des rochers fort élevés qui sont aux
bords de la mer des Indes. Ces rayons par le longtemps
qu'ils demeurent exposés au soleil, se mêlent,
se confondent, se cuisent & se durcissent de telle manière,
qu'ils ne sont plus en rien reconnaissables : puis
se détachant peu-à-peu du rocher, les vents les poussent
dans la mer, où ils reçoivent peut-être encore
quelque élaboration pour les rendre en ambre gris tel
que nous le voyons. Je m'étendrais davantage sur cette
origine, si je n'en avoir pas parlé assez au long dans
mon Traite universel des Drogues simples.
Choix. On doit choisir l'ambre gris net, sec, léger, de
couleur cendrée, s'amollissant à la chaleur, d'une
odeur douce & agréable.
Vertus. C'est un grand fortifiant, il est cordial, céphalique,
stomacal, il excite de la joie, il provoque la semence,
Dose. il résiste à la malignité des humeurs : La dose en
est depuis un grain jusques à quatre. On l'emploie
dans les parfums.
----------------------------------------------------------
Essence d'Ambre gris.
C Ette opération est une extraction des parties les
plus huileuses de l'ambre gris, du musc & de la
civette, faite dans l'esprit de vin.
Prenez deux dragmes de bon ambre gris, autant de
sucre candi, demi-dragme de musc & deux grains de
civette : broyez-les ensemble & mettez le mélange
dans une fiole, versez dessus quatre onces d'esprit
@

D E C H I M I E. 565

de vin très alcoolisé : bouchez exactement la fiole
& la mettez en digestion dans le fumier l'espace de
quatre jours ; puis l'ayant retirée, séparez la liqueur
claire encore chaude, car elle se congèle en refroidissant
; cette essence agit avec plus de force que l'ambre
gris en substance : La dote en est depuis six jusques Dose.
à douze gouttes, dans une liqueur convenable.

R E M A R Q U E S.

L 'Ambre gris étant seul n'a presque point d'odeur :
mais lorsque par la fermentation on a mis ses parties
en mouvement, il en exhale des soufres qui chatouillent
fort agréablement le nerf de l'odorat : l'addition
du musc & de la civette fait un bon effet. Pour
le sucre candi, il ne sert qu'à étendre les drogues, afin
que la pulvérisation ou la dissolution se fassent plus
facilement : car cette teinture n'est qu'une dissolution
de ces matières sulfureuses dans l'esprit de vin.
La partie terrestre qui demeure au fond, peut servir
dans quelques poudres de senteur.
Si l'on veut tirer la teinture de l'ambre gris, il faut Teinture
en mettre dans un matras la quantité qu'on voudra d'ambre
en poudre grossière, verser dessus de l'esprit de vin, gris.
la hauteur de quatre doigts, boucher exactement
le vaisseau, & procéder à la digestion, comme il a
été dit ; on aura une teinture qui contiendra les parties
les plus essentielles du mixte, on la versera par
inclination, & on la filtrera pour la garder dans une
bouteille bien bouchée : Elle aura des vertus approchantes
de celles de l'essence d'ambre gris.
Quand la teinture de l'ambre gris vient d'être
achevée, elle a une couleur jaune foncée tirant sur le
rouge, mais quand elle a demeuré neuf ou dix heures
en repos principalement en hiver, elle se congèle
en partie, & ce qui est congelé est blanc comme
de la graisse, toute la liqueur a une odeur bien
N n 3
@

566 C O U R S
douce & un goût agréable moins sujets à exciter
des vapeurs que ceux de l'essence d'ambre gris.
Il sera resté au fond du matras une matière mielleuse
inutile, mais en fort petite quantité, car l'ambre
gris se dissout presque tout-à-fait dans l'esprit
de vin.
pict
@


S E C O N D E P A R T I E.
pict
@

T R O I S I E M E P A R T I E.
pict
@

938

pict

T A B L E
D E S M A T I E R E S.

A

ABrégé de ce qu'il faut faire pour traiter un vérolé
médicalement, ou par le mercure, 219
Abcès dans le corps empêchent l'usage du quinqui-
na, 590 591
Absinthe, 653
Absinthium ponticum, 654
Absinthium romanum, ibid.
Absinthium vulgare, ibid.
Acanthium, 619
Acanthus Germanicus, ibid.
Accès de fièvre sont réglés, & pourquoi, 715
Acetabulum, 656
Accroissement du minéral, 169
Accidents qui suivent la morsure de la vipère, 785
Achillea, 658
Action de la poudre de sympathie, d'où elle procède,
493
Actions différentes de la panacée, 252
Acide, ou sel acide, 67
Acides différents, 23
Acides coagulent & dissolvent, 707
Acide fait précipiter ce qu'un autre acide a dissout,
259
Acides conservent plusieurs corps, & comment, 709
& 710
Acides dissolvent ou raréfient certains corps , &
@

TABLE DES MATIERES

quelquefois les précipitent & coagulent, 707
Acide est toujours dissolvant, 708
Acides conservent certains corps & comment, 709
Acides, savoir s'ils servent à la digestion des ali-
ments, 710
Acides en trop grande quantité dans le ventricule
causent une indigestion, 716
Acides tirés par un grand feu diffèrent bien des
acides naturels, 430
Acides se détruisent, 420
Acier comment il se fait, 168
Acier, & sa trempe, ibid.
Acier, & sa détrempe, ibid.
Acier moins bon que le fer pour la Médecine, 171
Acier se rouille moins vite que le fer, & pourquoi,
169
Acier & fer peuvent être réduits entièrement en
rouillure, 176
AEs, 155
AEs cuprum, ibid.
AEs ustum, 159
AErugo aeris, 164
Aethiops mineralis, 223
AEthiops mineralis autrement préparé, ibid.
Ethiops mineralis sans feu, ibid.
Agaric, 749
Agrimonia, 653
Aigre de miel, 873
Aigremoine, 653
Aimant, 167
Al, I. 62
Albugine de corail, 415
Alchimie, I. 62
Alchimistes veulent faire de l'or, 77
Alambic, 42 62
Alexitere d'Antimoine, 371
Algeest, 62 401
Alkaest, 60 401 457
@

TABLE DES MATIERES

Alcali, 62
Alcali différents, 23
Alcooliser, 62
Alcool de vin, 63
Aloès, 740
Aloès Cabalin, 741
Aloès hépatique, ibid.
Aloès lavé, c'est l'extrait d'aloès, ibid.
Aloès succotrin, ibid.
Aludels, 43
Alumen Catinum, 518
Alummen scissile, ibid.
Alumen succharinum, ibid.
Alumen trichites, ibid.
Alun, 517
Alun brûlé, 519
Alun de glace, 518
Alun de plume, ibid.
Alun de Rome, ibid.
Alun de roche, & sa purification, 517
Amalgamation de l'or avec le mercure, & sa rédu-
ction en poudre impalpable, 91
Amalgame lumineux, 809
Amalgamer, 63
Ambra citrina, 553
Ambre gris, d'où il vient, 563
Ambre jaune, 553
Amulette, 762 781
Anacampseros, 656
Anatron, ou natron d'Egypte, 432 514
Androsemum minus, 654
Animaux, 778
Animal quel qu'il soit vient d'un oeuf, ibid.
Animaux doivent être choisis pour la Médecine
dans leur plus grande vigueur, 780
Anti-apoplectiques, 908
Anti-asthmatiques, 920
Anti-épileptiques, 908
@

TABLE DES MATIERES

Ànti-hipocondriaques, 907
Anti-néphrétiques, 931
Anti-paralytiques, 908
Anti-scorbutiques, 916
Anti-hectique de Poterius, 198
Antimoine, 290
Antimoine calciné au miroir ardent augmente de
poids, 332
Antimoine calciné au feu augmente de poids, 291
Antimoine cru pris en substance, & doses, 285
Antimoine contient naturellement un sel acide, &
un soufre qui le rendent vomitif, 284
Antimoine diagrédié, 329
Antimoine diaphorétique, 325
Antimoine diaphorétique n'est pas alcali, 327
Antimoine diaphorétique préparé avec le régule
ordinaire, 328
Antimoine diaphorétique martial, 329
Antimoines diaphorétiques avec le foie d'antimoi-
ne, & avec le verre, ibid.
Antimoine diaphorétique autrement préparé, 330
Antimoine minéral, 283
Antiphates, 404
Antpohylli, 538
Apéritifs, 904
Apiastrum & ses qualités, 615
Aphronitrum, 433
Aquae ebeshamenses, 465
Aqua è typis cervinis, 853
Aqua ophtalmica batei, 580
Aqua regalis, 466
Aqua regalis altera, 467
Aqua chrysulca, 466
Aqua stygia, ibid
Aquila alba, 240
Aquila alba, d'où vient ce nom, 246
Arbre de Diane, 110
@

TABLE DES MATIERES

Arbre de Diane autrement faits, 120
Arbre de gaïac, 576
Arbre de pierre ou Lithodendron, 403
Arbre philosophique, 118
Arbre qui porte la cannelle, 585
Arbre qui porte le girofle, 598
Arcane Corallin, 268
Arcanum duplicatum, 453
Argent, 101
Argent, & sa purification, 102
Argent à douze deniers, 605
Agent de coupelle, en quoi il diffère de l'argent
de vaisselle, 106
Atistolochia, 654
Aristolochia Clematitis saracenica, 655
Aristolochia longa, ibid.
Aristolochia tenuis, seu pistolochia, seu polyrrison,
656
Armoise, 650
Aromatites, 602
Arsenic, 374
Arsenic ne doit jamais être donné intérieurement,
375.
Arsenic caustique, 379
Arsenic doux, 378
Arsenic sublimé, 377
Art du feu, 2
Art hermétique, 1
Artemisia, 650
Ascyron, 654
Assa dulcis, 757
Astringent pour prendre intérieurement, 888
Athanor, ou athanor, 63
Attractylis hirsutior, 609
Auge dans laquelle on mêle les ingrédients pout fai-
re la poudre à canon, 549
Aurichalcum, 199
@

TABLE DES MATIERES

Auricula asina, 650
Auricula muris minor, 658
Auri pigmentum, 374

B

B Ain de cendre, 58
Bain de fumier, 59
Bain de marc de raisin, ibid.
Bain de sable, 57
Bain de vapeur, 37 59
Bain de ventre de cheval, 59
Bain-marie, 35 39 59
Bayes de genièvre, 604
Balon, 41
Baume de Saturne, 150
Baume de soufre, 533
Baume de soufre anisé, ibid.
Baume de soufre épaissi, ibid.
Baume de soufre fait avec de l'huile de lin, 533
Baume de soufre stibial, 296
Baume de soufre succiné, ibid.
Baume de térébenthine, 755
Baume des métaux vulnéraire, 307
Baume des poumons, 532
Belle de nuit, 569
Bellis major, 651
Bellis minor, ibid.
Benjoin, 757
Benzoinum amygdaloïdes, ibid.
Betonica, 651
Bétoine, ibid.
Beurre d'antimoine, 341
Beurre d'antimoine, ce que c'est, 342
Beurre d'antimoine, & son cinabre en même temps,
344.
Beurre d'Antimoine rectifié, 345
Beurre d'antimoine devenu sudorifique par addition
de l'esprit de nitre, 359
@

TABLE DES MATIERES

Beurre d'antimoine martial, 344
Beurre ou huile glaciale d'antimoine lunaire, 351
Beurres d'antimoine faits avec le sublimé doux, la
panacée, & le précipité blanc, 349
Beurre d'arsenic, 380
Beurre de cire, 878 880
Benne de cire rectifié, 878 881
Beurre de Saturne, 148
Beurre d'étain, 350
Bézoard animal, 791
Bézoard minéral, 357
Bijon, 753
Bismuth, 136
Bismuth artificiel, ibid.
Blanc d'Espagne, 138
Bois de crabe, 199
Bois de gaïac, 577
Bois pourri lumineux, 815
Bol, 512
Bol blanc, 515
Boue de Salpêtre, 437
Bruit du tonnerre représenté, 181
Bugle, 650
Bugula, ibid.
Buphtalmum, 651

C

C Ailloux & leur formation, 394
Calcination des cailloux, 396
Calcination du bismuth, 137
Calcination du cristal, 396
Calcination du cuivre, 159
Calcination de l'étain, 123
Calcination de l'or au soleil, 93
Calcination de la pierre de Boulogne, 831
Calcination d'une plante pour en tirer le sel, 621
Calcination du plomb & augmentation, 142
Calcination
@

TABLE DES MATIERES

Calcination de l'antimoine, & augmentation, 291
Calcination du sel commun, 424
Calcination du tartre, 701
Calcination du vitriol, 491
Calcination du vitriol de Chypre, 462
Calcination du vitriol de Mars, 193
Camphre, 761
Camphre brut, ibid.
Camphre raffiné, 762
Camphora, 761
Caphura, ibid.
Cannelle, 584
Cannelle giroflée, 599
Capelet, ibid.
Caput mortuum, 4
Caractères Chimiques après la table des Chapitres.
Carat de diamant, 91
Carat d'or, ibid.
Carat de perles, ibid.
Carduus benedictus, 619
Cassia lignea, 586
Cassonade, 60
Cave à rasseoir, 437
Caustique perpétuel, 110
Caustiques, 387 891
Cautères, 387
Cémentation, 89
Cémenter, 63
Cément royal, 64
Cendres d'Auvergne propres pour les lessives, 621
Cendres des végétaux rendent les terres fertiles,
pourquoi, 16
Cendres gravelées, 387 687
Cantaurium minus, 657
Céphaliques, 921
Cerveau humain, 855
Cervelle de l'homme, 856
@

TABLE DES MATIERES

Céruse, 142
Céruse d'antimoine, 328
Céruse d'antimoine solaire, 303
Chair de coloquinte, 749
Chalcitis, 488
Chaleur de la chaux vive, 60
Chaleur des eaux minérales, d'où d'elle Vient, 183
Chaleur de la fièvre, d'où elle vient, 714
Chapeau de roses, 636
Chapiteaux, 42
Chapiteau aveugle, ce que c'est, 41 336
Charbon de bois, comment il se fait, 547
Charbon de terre, 554
Chardon bénit, 619
Châssis pour former des gobelets & des unes de
régule au sable, 301
Chat frotté à rebrousse poil est lumineux, 811
Chaux, ce que c'est, 381
Chaux est un alcali, 384
Chaux d'antimoine, 325
Chaux d'argent, 113
Chaux d'argent réduite en argent, ibid.
Chaux de cuivre, c'est le safran de cuivre, 160
Chaux d'étain, 123
Chaux d'étain augmentée de poids, ibid.
Chaux de mercure, c'est le précipité rouge sans
addition, 269
Chaux d'or, où or séparé du mercure par la calci-
nation, 92
Chaux de plomb, c'est le minium, 142
Chema,
Choix du charbon pour la poudre à canon, 547
Choix du soufre pour la poudre à canon, 545
Choix de la tête de l'homme, 855
Cholagogues, 751
Chrysulca, 64
Chimie en général, I
@

TABLE DES MATIERES

Cineres Clavellati, 687
Cinabre artificiel, 208
Cinabre broyé, 210
Cinabre d'antimoine, 344
Cinabres d'antimoine différents 349
Cinabre de Carinthie, 206
Cinabre minéral, ou naturels ibid.
Cinnamome, 584
Cinnamomum, 585
Circonstances à observer pour faire la chaux, 381
Circonstances à observer quand on veut travailler
aux mines, 73
Circulation, 64
Circulation naturelle du sel de la mer, 13
Cire, 877
Cire blanche, 875
Cire blanche prend la teinture de corail, 405
Cire grenée, 877
Cire jaune, 876
Cire neuve, ibid.
Cire vierge, ibid.
Citrago, 615
Clarification du salpêtre, 437
Clou de girofle, 598
Clou de cinabre, 83
Cnicus supinus, 619
Coagulation est une dissolution imparfaite, 710
Coaguler, 64
Cohober, ibid.
Colcotar artificiel, 491 496
Colcotar de vitriol de Mars, 193
Colcotar naturel, 488
Colonnes d'eau, 180
Colophone, 756
Coloquinte, 749
Columbaris, 653
Concrétion, 64
O o o 2
@

TABLE DES MATIERES

Congeler, ibid.
Conserve de cynorrhodon, 631
Consolida major, 650
Consolida media, 651
Consoude grande, 650
Copal, 554
Corail, 403
Corail, ce que c'est, d'où il vient, ibid.
Corail noir, rouge & blanc, 404
Corail préparé a plus de vertu que le magistère de
corail, 415
Cordiaux, 921
Corne de cerf, 851
Corne de cerf préparée, 854
Corne de cerf préparée philosophiquement, ibid.
Cornues, 40
Corpuscules ignées, ce que c'est, 383
Correction du verre d'antimoine, 312
Corrosion du sublimé, d'où elle vient, 232
Cortex cariophillatus, 599
Cortez peruviana, c'est le quinquina, 589
Cosmétiques, 893
Cotylédon, 656
Coupelle, 42 104
Crâne humain, 855
Crassula, 656
Craie, 850
Crème de tartre, 688
Cresson, 615 616
Crocus cupri, 160
Crocus martis aperiens, 170 194
Crocus martis aperiens alter, 176 178
Crocus martis astringens, 187
Crocus metallorum, 314
Cristal de tartre, 688
Cristal de tartre chalibé, 691
cristal lumineux, 829
@

TABLE DES MATIERES

cristal minéral, 438
cristal minéral salsifié, 440
cristal minéral teint en rouge, & formé en pillu-
les, 439
cristal minéral, le véritable & le meilleur est le
salpêtre purifié, 439
Cristaux, 395
Cristaux d'argent, 107
Cristaux d'argent sont purgatifs, 109
Cristaux de cuivre, 161 163
Cristaux de Lune, 107
Cristaux de Mars, 192
Cristaux de Saturne, 145
Cristaux de Venus, 161 163
Cucurbites, 42
Cuines, 41
Cuivre, 155
Cuivre brûlé, 159
Cuivre de rosette, 155
Cuivre jaune, 159
Cupule de gland, 611
Cynosbaton, 630
Cynorrhodon, ibid.

D

D Ecouverte de la poudre à canon, par qui, 543
Décrépitation du sel, 424
Défenses de la vipère, 787
Définition de l'acide, 22
Définition de la Chimie, 2
Définition de l'Alchimie, 85
Définition de l'alcali, 23
Dégraissement du salpêtre, 435
Degrés du feu, 60
Dénier d'argent, 501
Départ, 64 89
Dépilatoire, 830
O o o 3
@

TABLE DES MATIERES

Description du fourneau pour la pierre de Boulo-
gne, 832
Dessiccatifs, 893
Détersifs, 892
Détonation, 64
Détonation de la poudre à canon, d'où elle pro-
cède, 552
Détrempe de l'acier, 168
Diapensia, 651
Diaphorétique d'antimoine, 325 330
Diaphorétique d'antimoine martial, 329
Diaphorétique jovial, 132
Diaphorétique minéral, 325
Diaphorétique minéral fait avec le foie, avec le
verre, 329
Diaphorétique minéral préparé avec le régule or-
dinaire, 318
Diaphorétique minéral solaire, 305
Différence des remèdes purgatifs, 750
Différence des transpirations insensibles, 99
Différence des gommes & des résines, 568
Différence générale des sels mixtes, 4
Différentes actions de la panacée mercurielle, 252
Digestion, 65
Digestion des aliments dans l'estomac, 710
Dissolvants agissent suivant les différents pores qu'ils
rencontrent, 468
Dissolvant de la poudre d'algaroth, 356
Dissolvant du régule d'antimoine, 358
Dissolution de l'argent, 107
Dissolution de l'or, 93
Dissolution des matières alcalines, leur sel & leur
magistère. 413
Dissolution des perles, ibid.
Dissolution du camphre, 763
Dissolution du corail, 411
Dissolution du cuivre, 161
@

TABLE DES MATIERES

Dissolution du mercure, 228
Dissolution du plomb, 145
Dissoudre, 65
Distillation de la cire, 877
Distillation de la corne de cerf, 854
Distillation de l'euphorbe, 773
Distillation de la fleur d'orange, 640
Distillation de la gomme ammoniac, 768
Distillation de la gomme élemni, 56
Distillation de la lie de vin, 716
Distillation de l'alun, 518
Distillation de la manne, 727
Distillation de la mélisse, 614
Distillation de la suie de cheminée, 720
Distillation de la térébenthine, 753
Distillation de la vipère, 791
Distillation de l'eau d'arquebusade, 649
Distillation de l'eau de rose per descensum, 656
Distillation de l'encens, 756
Distillation de l'esprit de vin, 674
Distillation de l'urine, 801
Distillation de l'urine de vache, 800
Distillation de l'ivoire, 793
Distillation des animaux, ibib.
Distillation des bayes de genièvre, 608
Distillation des bayes de genièvre par la cornue, 610
Distillation des cheveux, 793
Distillation des crapauds, ibid
Distillation des fraises, 643
Distillation des framboises, ibid
Distillation des noix, 643
Distillation des ongles d'animaux, 793
Distillation des résines, 756
Distillation des roses, 632 636 637
Distillation du bois de genièvre, 611
Distillation du chardon bénit, 618
Distillation du corail, 406
O o o 4
@

TABLE DES MATIERES

Distillation du crane & du cerveau de l'homme, 856
Distillation du cresson, 625
Distillation du gaïac, 577
Distillation du Karabé, 557
Distillation du labdanum, 756
Distillation du mastic, ibid.
Distillation du miel, 871
Distillation du succin, 557
Distillation d'une plante odorante, 614
Distillation d'une plante non odorante, 618
Distillation d'une tête humaine, 856
Distillation du papier, 582
Distillation du sang, 793
Distillation du savon, 722
Distillation du sel armoniac avec la chaux, 470
Distillation du sel armoniac avec le sel de tartre,
473
Distillation du sel armoniac avec les cendres, 477
Distillation du sel de saturne, 152
Distillation du tabac, 746
Distillation du tacamahaca, 756
Distillation du tartre, 698
Distillation du vernix, 756
Distillation du vinaigre, 684
Distillation de l'eau de vie, 668
Distillation du vitriol, 495
Distiller per ascensum & per descensum, 65
Dôme, 32
Division générale des fourneaux & vaisseaux, ibid.
D'où vient le vomissement quand on est sur la mer,
421
Dragées mercurielles, c'est la panacée en grains,
255
Dragées de saint Roch, 625
Dureté de la cire, d'où elle vient, 879
@

TABLE DES MATIERES

E

E Au éthérée de cannelle, 586
Eau alumineuse, 520
Eau d'alun, 519
Eau d'arquebusade, 649
Eau d'arrière fais, 853
Eau de cailloux, 397
Eau de chardon bénit, 618
Eau de chaux, 385
Eau de chicorée, 619
Eau de cresson, 626
Eau de fiente de vache, 853
Eau de fleur de noyer, 643
Eau de fleur d'orange, 640
Eau de frais de grenouille, 853
Eau de fraises, 643
Eau de framboises, ibid.
Eau de fumeterre, 619
Eau de genièvre, 619
Eau de grenouille, 853
Eau de la Reine de Hongrie, 679 680
Eau de limaçons, 853
Eau de mélisse, 614
Eau de mélisse composée ou magistrale, 617
Eau de mère, 435
Eau de miel, 871
Eau de mille-fleurs, 800
Eau de naphte, 640
Eau de noix, 643
Eau d'oseille, 619
Eau de pécule de rose, 633
Eau de pluie, 177
Eau de rabel, 503
Eau de roses, 632
Eau de sang, 853
@

TABLE DES MATIERES

Eau de scabieuse, 619
Eau des fleurs odorantes peu humides, 637
Eau des parties d'animaux, 853
Eau des racines, 627
Eau des semences, ibid.
Eau des trois noix, 646
Eau de tête de cerf, 852
Eau de tête de cerf composée, 853
Eau de vie, 668
Eau de vie camphrée, 763
Eau de vipère sudorifique, 798
Eau de plante non odorante, 618
Eau d'une plante odorante, 614
Eau ferrée, 170
Eau forte commune, 451
Eau forte reformée, 450
Eau marine distillée ne désaltère point, 421
Eau mercurielle, 264
Eau minérale apéritive, 490
Eau minérale artificielle, 691
Eau phagédénique, 229 180 385
Eau ou phlegme des mixtes, 4
Eau régale ou royale, 65 466
Eau régale faite sur le champ,. 323
Eau régale dissout l'or, & ne dissout point l'argent,
467
Eau régalé n'agit plus sur le magistère d'antimoine,
& pourquoi, 323
Eau seconde, 65 103
Eau styptique, 504
Eau ulcéraire, 229 280 385
Eaux de fraises & de framboises des Limonadiers,
645
Eaux distillées se gardent sans se corrompre, & pour-
quoi, 624
Eaux minérales chaudes, 384
Eaux minérales d'ebson, 465
@

TABLE DES MATIERES

Eaux minérales ferrugineuses, 170
Eaux pétrifiantes, 395
Eaux vitrioliques, 487
Ebullition, ce que c'est, 706
Ebullition considérable quand on fait l'esprit de ni-
tre dulcifié, 446
Ebullition du tartre vitriolé, d'où elle vient, 706
Ebullition sans alcali, 447
Ecaille ou deux écorces de la noix, 648
Eclair, d'où il vient, 181
Ecorce du corail, 404
Ecorce de gaïac, 576
Ecorce du Pérou, c'est le Quinquina, 589
Ecorce verte de la noix, 648
Edulcorer, 65
Effervescence, ibid.
Effervescence qui s'enflamme d'elle-même, 601
Effets du mercure difficiles à expliquer, 216
Effets mauvais du magistère de bismuth, 140
Effets mauvais du plomb, 141
Electrum, 553
Elixir antiépileptique, 859
Elixir de propriété avec acide, 743
Elixir de propriété sans acides, 744
Email, 167
Embrasements de montagnes, 179
Emétiques, comment ils purgent, 291
Encens mâle, 515
Enflure de la tète par le mercure, 217
Encre, 489
Encre invisible, 390
Encre visible, ibid.
Encres sympathiques, 389
Ens veneris, 462
Eponge de lumière, 837
Epreuve des eaux de vie, 669
Espèce d'eau régale, 435
@

TABLE DES MATIERES

Esprit acide de sel armoniac, 482
Esprit ardent de Saturne, 152
Esprit ardent de Saturne & inflammable & pour-
quoi, 154
Esprit d'alun, 519
Esprit de becabunga, 616
Esprit de baie, ibid.
Esprit de cerveau humain, 857
Esprit de cire, 878
Esprit de cochléaria, 626
Esprit de corne de cerf, 854
Esprit de crane humain, 857
Esprit de cresson, 625
Esprit de cristaux de Mars, 195
Esprit d'euphorbe, 773
Esprit de fleurs d'orange, 642
Esprit de fraise, 643
Esprit de framboise, ibid.
Esprit de gaïac, 578
Esprit de gaïac rectifié, ibid.
Esprit de genièvre, 610
Esprit de girofles, 600
Esprit de gomme ammoniac, 768
Esprit de gomme de gaïac, 580
Esprit hydromel vineux, 870
Esprit de Karabé, 557
Esprit de manne inflammable, 726
Esprit de manne rectifié, 727
Esprit de miel, 871
Esprit de moutarde, 626
Esprit de nitre, 444
Esprit de nitre contient des parties de feu, 448
Esprit de nitre dulcifié, 446
Esprit de papier, 582
Esprit de papier rectifié, ibid.
Esprit de roses, 637 639
Esprit de Saturne pourquoi il est inflammable, 153
Esprit de savon, 723
@

TABLE DES MATIERES

Esprit de sel, 425
Esprit de sel dulcifié, 426
Esprit de sel dulcifié de Basile Valentin, ibid.
Esprit de sel faible, 427
Esprit de sel fort, ibid.
Esprit de sel rectifié eau régale, ibid.
Esprit de sel tiré sans addition de terre, 428
Esprit de sel de Mars, 193
Esprit de sinapi, 626
Esprit de sizimbrium, ibid.
Esprit de soufre, 535 538
Esprit de soufre tiré par la campane, 536
Esprit de succin, 558
Esprit de succin, ce que c'est, 560
Esprit de sucre, 662
Esprit de sucre ordinaire, 663
Esprit de suie de cheminée, 721
Esprit de tabac, 747
Esprit de tartre rectifié, 699 700
Esprit de térébenthine, 755
Esprit de tête humaine, 857
Esprit de Venus, 164
Esprit de vinaigre, 684
Esprit de vinaigre alcalisé, ou radical, 686
Esprit de vin, 673
Esprit de vin camphré, 763
Esprit de vin empreint de sel volatil 485
Esprit de vin fait sans feu, 676
Esprit de vin tartarisé, 677
Esprit de vitriol, 496
Esprit de vitriol de Mars, 193
Esprit de vitriol philosophique, 354
Esprit de vitriol sulfureux, 496
Esprit de vipères, 793
Esprit d'urine, 802
Esprit d'urine fait sans feu, 804
Esprit d'ivoire, 793
@

TABLE DES MATIERES

Esprit de plantes antiscorbutiques, 626
Esprit principe, ou mercure des mixtes, 3
Esprit universel, 2
Esprit volatil de corne de cerf, 354
Esprit volatil de fèves, 717
Esprit volatil de sel armoniac avec la chaux, 470
Esprit volatil de sel armoniac avec les cendres de
bois neuf, 477
Esprit volatil de sel armoniac avec le sel de tartre,
473
Esprit volatil de sel armoniac dulcifié, 479
Esprit volatil de semences, 717
Esprit volatil de suie de cheminée, 721
Esprit volatil de tartre, 717
Esprit volatil de vipères, 793
Esprit volatil huileux aromatique, 485
Essence d'ambre gris, 564
Essence d'aneth, 603
Essence d'anis, ibid.
Essence de bois de roses, 587
Essence de cannelle, 586
Essence de fleurs d'orange, 642
Essence de genièvre, 609
Essence de girofle, 599
Essence de lavande, 587
Essence de rabel, 503
Essence de romarin, 587
Essence de roses, 639
Essence des végétaux odorants, 587
Etain, 120
Etain calciné, & augmenté de poids, 123
Etain commun, 221
Etain contient du soufre, 129
Etain de glace, 136
Etain plané, 121
Etain pur, ce que c'est, 133
Etain sonnant, 121
@

TABLE DES MATIERES

Etymologie des termes de Chimie,
Étoile du régule d'antimoine, d'où elle vient, 298
Evaporer, 65
Evaporer jusqu'à pellicule, ce que c'est, 192
Eupatorium, 653
Euphorbe, 773
Euphorbium, ibid.
Euphorbe en substance a plus d'âcreté qu'aucun de
ses principes séparés, 774
Expériences représentant le bruit du tonnerre, 182
Expérience sur l'esprit de gaïac, 579
Explication de la chilification, 27
Explication de l'effervescence, 65
Explication de la petite vérole, 667
Explication de la sanguification, 527
Explication des caractères Chimiques après la Ta-
ble des Chapitres,
Explication des fièvres, 713
Explication des figures, 44
Explication des termes de Chimie, 62
Exprimer, 63
Expression, ibid.
Extraire, ibid.
Extrait, ce que c'est, 575
Extrait d'aloès, 741
Extrait de chardon bénit, 619
Extrait de cresson, 629
Extrait de fleurs de noix, 646
Extrait de genièvre, 606
Extrait de la teinture de verre d'antimoine, 370
Extrait de Mars apéritif, 198
Extrait de Mars astringent, 200
Extrait de mélisse, 614
Extrait de noix, 646
Extrait d'opium, 730
Extrait de quinquina, 596
Extrait de rhubarbe, 574
@

TABLE DES MATIERES

Extrait de roses, 633
Extrait des plantes antiscorbutiques, 629
Extrait des trois noix, 646
Extrait panchimagogue, 948

F

F Abaria, 656
Fabia inversa, ibid.
Faim, d'où elle vient, 711
Faire précipiter, 67
Falsification des sels, 622
Falsification du cristal minéral, 440
Faux Karabé, 554
Febrifuga, 657
Fébrifuge, 590
Fel terrae, 657
Fenouil, 154
Fer, 167
Fer comment il agit dans le corps, 171
Fer est alcali, 169
Fer & acier peuvent être réduits entièrement en
rouillure, 176
Fer est astringent & apéritif, 170
Fer, on le fait fondre pour le purifier & le for-
mer, 167
Fer, où il se trouve, ibid.
Fer préférable à l'acier dans la Médecine, 171
Fer tiré du corail, 407
Fer tiré du miel, 874
Fermentation, 65
Fermentations différentes, 682
Fermentation de la pâte, 24 703
Fertilité des terres, d'où elle vient, 15
Feu, savoir s'il forme les principes de Chimie, 5
Feu ou bain de sable, 57
Feu de cendres, 58
Feu de limaille de fer, ibid.
Feu
@

TABLE DES MATIERES

Feu de lampe, ibid.
Jeu de fusion, ibid.
Feu de réverbère, ibid.
Feu de roue, ibid.
Feu de suppression, 59
Feu nu, 58
Feux de diverses sortes, 57
Feux follets, 181
Feux souterrains, 180
Fiel de verre, 514
Fiel de vipère, 791
Fièvre, est réglée par accès & comment, 715
Figure du sel de corail, 418
Figures des fourneaux, & des vaisseaux, 43 826
Figures lumineuses, 829
Filtrer, 66
Fixation du mercure, 81
Fixation du salpêtre en sel alcali par les charbons,
454
Fleur de muscade, 602.
Fleur d'antimoine, 333
Fleurs blanches & argentines du régule d'antimoi-
ne, 337
Fleurs du régule d'antimoine martial, 338
Fleurs d'antimoine jaunes, 336
Fleurs d'antimoine rouges, 334
Fleurs d'antimoine lunaire, 351
Fleurs fixes d'antimoine, 328
Fleurs de benjoin, 757
Fleurs de bismuth, 117
Fleurs de Jupiter ou d'étain, 128
Fleurs de sel armoniac, 460 473
Fleurs de sel armoniac chalibées, 202 462
Fleurs de sel armoniac appelées ens veneris, 462
Fleurs de soufre, 524
Fleurs de soufre blanches, 525
Fleurs d'étain, 128
P p p
@

TABLE DES MATIERES

Fleurs de gaïac, 576
Fleurs martiales, 201
Flux de bouche, 217
Fontaines situées au haut des montagnes, comment
elles se font, 624
Foeniculum, 654
Feuilles d'or 77
Force de la pierre infernale, d'où elle vient, 111
Fourneaux & vaisseaux propres pour opérer en Chi-
mie, & leurs figures, 31 44 826
Foie d'antimoine, 314 310
Foie d'antimoine employé pour les chevaux, 320
Foie d'antimoine est préférable au verre pour le
tartre émétique, 698
Foie d'antimoine lavé est plus vomitif, & pour-
quoi, 317.
Foie d'antimoine peut servir plusieurs fois à faire
du vin émétique, ibid.
Foie d'antimoine pris en trop grande dose peut
causer de méchants effets, 316
Frictions, 215
Frissons de la fièvre, d'où il vient, 714
Fruits du corail, 404
Fruits du gaïac, 76
Fuliginosité ou scories du sublimé doux, 244
Fulmination dans le liquide, 184
Fulmination de la poudre fulminante, 97
Fulmination de l'or, pourquoi, ibid.
Fulmination de l'or sans feu, 98
Fulminations mercurielles, 209
Fumiger, 66

G

G Aïac, 576
Gelée de corne de cerf, 852
Genièvre, 604
Genévrier, ibid.
Gilla vitrioli, 490
@

TABLE DES MATIERES

Girofles, 598
Gland, 611
Glans juvans, 647
Glessum, 553
Gobelets émétiques, 287
Gobelets de régule d'antimoine, ibid.
Gomme ammoniac, 707
Gomme de gaïac, 577
Grains angéliques, 742
Graisse de vipère, 791
Grand oeuvre des Alchimistes, 77
Granulation de la poudre à canon, 542
Granuler, 66
Grener la poudre à canon, 550
Gouttes anodines, 739
Gouttes d'Angleterre, 859
Gravelée, 687
Grenailles d'or & d'argent, 89
Guajacum, 576
Guérison de la vérole ne se fait pas toujours par
le flux de bouche, 219

H

H Ellébore, 749
Hepar antimonii, 314 320
Herba Laurentiana, 651
Herba sacra, 653
Herba sanctae crucis, 745
Herbe à la Reine, ibid.
Herbe ne croît guère sous les noyers, & pour-
quoi, 647
Hierobatane mas, 653
Histoire sur le poison du scorpion, 236
Hyppomarathrum, 654
Huile d'amande, 604
Huile d'aneth, 603
Huile d'anis, ibid.
Huile d'anis par expression, ibid.
P p p 2
@

TABLE DES MATIERES

Huile d'antimoine improprement appelée, 363
Huile d'antimoine caustique, 362
Huile d'antimoine faite avec le sucre, 364
Huile d'antimoine glaciale, 341
Huile d'antimoine glaciale lunaire, 351
Huile d'arsenic corrosive, 380
Huile d'aveline, 613
Huile de ben, 603
Huile de benjoin, 758
Huile de bois de roses, 587
Huile de briques, 401
Huile de camphre, 763 765
Huile de cannelle, 586
Huile de carvi, 603
Huile de cire, 878
Huile de corne de cerf, 854
Huile d'euphorbe, 773
Huile de fenouil, 603
Huile de fleurs d'orange, 642
Huile de gaïac, 578
Huile de gaïac aiguisée par celle du tabac, 581
Huile de genièvre, 609
Huile de genièvre noire & fétide, 610
Huile de girofle blanche, 599
Huile de girofle per descensum, ibid
Huile de gland, 611
Huile de gomme ammoniac, 768
Huile de gomme de gaïac, 580
Huile de Karabé, 558 562
Huile de Karabé blanche, 557 562
Huile de jays, 558
Huile de Jupiter ou d'étain, 130
Huile de lavande, 587
Huile de main, 60
Huile de Mars, 191
Huile de Mercure, 277
Huile de miel, 87
@

TABLE DES MATIERES

Huile de muscade, 602
Huile de myrrhe par défaillance, 776
Huile de noisettes, 613
Huile de noix par expression, 548
Huile de papier, 582
Huile de papier rectifiée, 583
Huile ou Essence de roses, 639
Huile de romarin, 587
Huile de Saturne, 152
Huile de savon, 723
Huile de semence de pavot, 604
Huile des semences froides, ibid
Huile de soufre, 540
Huile de succin, 558
Huile de succin blanche, 557
Huile de sucre, 663
Huile de suie de cheminée, 721
Huile de tabac, 747
Huile d'étain, 130
Huile de tartre fétide, 699
Huile de tartre faite par défaillance, 701
Huile de térébenthine éthérée, 756
Huile de térébenthine claire, 755
Huile de térébenthine jaune, ibid
Huile de térébenthine rouge, ibid
Huile de térébenthine jaune ou rouge, mêlée avec
de l'esprit de nitre bien déflegmé s'enflamme, 756
Huile de tête d'homme, 857
Huile de Venus, 161
Huile de vipère, 793
Huile de vitriol, 496
Huile de vitriol congelée, 498
Huile de vitriol dulcifiée, 532
Huile de vitriol en cristaux, 500
Huile des Philosophes, 402
Huile des végétaux d'où elle vient, 18
Huile des végétaux odorants, 587
P p p 3
@

TABLE DES MATIERES

Huile principe ou soufre des mixtes, 2 3
Huiles tirées sans feu, 604
Hydragogues, 752
Hydragogues, comme ils agissent, 572
Hydrargirus, 205
Hydromel, 865
Hydromels vulnéraires, 870
Hyosciamus peruvianus, 745
Hypericum, 654
Hyssopus, 659
Hystériques, 923 925

I

J Alap, 569
Jattes, bassines à rocher, 437
Jayet, ou Jays, 558
Imprégnation de Saturne, 145
Indice pour découvrir la mine du vif-argent, 205
Indices pour la recherche des métaux, 71
Influences planétaires, 73
Ingrédients du diarrhodon abbatis, 749
Insectes lumineux, 816
Insolation, 59
Ile d'étain, 121
Inventeur du phosphore brûlant, 806
Jupiter, 121

K


K Arabé, 553
karabé faux, 554
Kina Kina, 689
Kinorrhodon, ou Cynorrhodon, 630

L

L Ait de soufre, 526 532
Lait virginal, 146 761
Langue de vipère, 781.
Langues de serpents de Malte, ibid.
Laudanum, 730
@

TABLE DES MATIERES

Laudanum, comment il apaise les douleurs, 736
Laudanum, comment il excite le sommeil, 734
Letton, 159
Levain, comme il agit dans la pâte, 709
Leucanthemum, 651
Léviger, 66
Lie de vin, 687
Lignum sanctum, 576
Lilium minérale seu metallicum, 305
Limaille d'acier, 172
Limaille de fer, 176
Lingotière, 42
L'inquart, Voyez départ, 64
Lion rouge, 284
Liqueur d'arsenic, 379
Liqueur de cailloux, 400
Liqueur de cristal, 396
Liqueur, ou huile de Mars, 191
Liqueur ou huile de mercure, 277 278
Liqueur de myrrhe, 776
Liqueur de nitre fixe, 454 457
Liqueur de sel de tartre, 701
Liqueur ou huile d'étain, 130
Liqueur ou huile de Venus, 161
Liqueur qui fait paraître une encre en effaçant
l'autre, 389
Liqueur fumante, 350
Liqueur pour la carie des os, 349
Liqueurs appelées esprit, 8
Liqueurs improprement appelées huiles, 11
Liqueurs glutineuses excitent ordinairement le som-
meil, & pourquoi, 734
Liqueurs qui se trouvent autour du sang dans les
poilettes, ce que c'est, 331
Liqueurs vineuses, 664
Litharge, 103
Lithodendron, 403
P p p 4
@

TABLE DES MATIERES

Litophiton, 474
Litophiton nigrum, ibid.
Loup, 284
Lumière, ce que c'est, 873
Lune, Voyez argent, 101
Lut de sapience, 57
Lut pour le dôme du grand fourneau de réverbè-
re, 34
Luts, 56

M

M Achefer, 488
Macis, 602
Magistère, ce que c'est, 66
Magistère d'antimoine, 150
Magistère de bismuth, 137
Magistère de corail, 414
Magistère de jalap, 570
Magistère de Jupiter, ou d'étain, 127
Magistère de perles, 413
Magistère de Saturne, 148
Magistère de Saturne, ce que c'est, 150
Magistère des matières alcalines, 413
Magistère de soufre, 525
Magistère de tartre, 705
Magnesia opalina, 315
Malum terrae, 654
Manière de nettoyer la limaille, 177
Manière de calciner les plantes, 621
Manière abrégée de traiter un vérolé, 253
Manière de faire l'esprit de vin sans feu, 676
Manière de faire sécher la poudre à canon, 550
Manière de se servir du beurre d'antimoine par la
bouche, 349
Manière de tirer le sel fixe des plantes, 620
Manières différentes de tirer le sel de la mer, 421.
Manne, 925
Manne de Briançon, 863
@

TABLE DES MATIERES

Manne est inflammable & vineuse, 726
Manne tient de la nature du sucre ou du miel, 724
Marathrum, 654
Marcassite, ce que c'est, 137
Marguerite grande, 651
Marguerite petite, 651
Marques de vitrification quand on fait du verre, 310
Mars, 167
Mars diaphorétique, 201
Mars mêlé avec du soufre s'échauffe & prend feu,
179
Masse blanche de mercure, 231
Masse rouge de mercure, 266
Massicot, 153
Matière alcaline, 66
Matière réductive, 113
Matière, fécale, vertus, 822
Matras, 41
Mauvais effets du Magistère de bismuth, 140
Mauvaises odeurs calment les vapeurs, & pour-
quoi, 558
Mauvaises suites des effets du mercure, 218
Meconium, 729
Meconium tiré des têtes de pavot d'Italie, de Lan-
guedoc, & de Provence, est plus faible que
l'autre 730
Melanagogues, 751
Mélange du soufre & du mars s'échauffe & prend
feu, 179
Melarundinaceum, 660
Mélisse, 615
Mélissophillum, ibid
Menstruum, ou menstrue, 66
Mentha, 659
Mercure, 205
Mercure, ou esprit des mixtes, 3
Mercure bon pour les maladies vénériennes, 215
@

TABLE DES MATIERES

Mercure cru bon pour le miserere, & comment
il agit, 214
Mercure chasse la galle, 215
Mercure de vie, 354
Mercure dulcifié, 240
Mercure excite la paralysie, 214
Mercure excite la salivation, & même à ceux qui
n'ont aucun virus vénérien dans le corps, 218
Mercure précipité blanc, 257
Mercure précipité de couleur de roses, 261
Mercure précipité jaune, 276
Mercure précipité noir, 262
Mercure précipité rouge, 266
Mercure précipité rouge sans addition, 269
Mercure précipité vert, 271
Mercure précipité vert plus doux, 272
Mercure principe, 3
Mercure revivifié du cinabre, 210
Mercure se dissout avec moins de dissolvant que les
autres métaux, 229
Mercure sublimé corrosif, 228
Mercure, sublimé doux, 240
Mercure violet, 226
Mère de girofle, 598
Mère de salpêtre, 435
Métal, ce que c'est, sa production, 70
Meaux, sont sept en nombre, 73
Métaux paraissent en forme d'arbres dans les mi-
nes, & pourquoi, 71
Méthode pour bien calciner, le tartre en peu de
temps, 702
Méthode pour exciter le flux de bouche par la pa-
nacée, 253
Méthode de l'Auteur dans l'usage du Quinquina, 592
Miel, 861
Miel blanc, 864
Miel vierge, ibid.
@

TABLE DES MATIERES

Miel de Narbonne, ibid.
Miel jaune, ibid.
Militaris, 658
Millefeuille, ibid.
Millefolium, ibid.
Millefora, 654
Millepertuis, ibid.
Mine d'argent, 101
Mine de cinabre découverte à S. Lo, 205
Mine de fer, 167
Mine de fer très-difficile à fondre, & pourquoi, ibid.
Mine d'étain, 121
Mine d'or, 76
Mine de plomb, 140
Minéraux, leur formation, leur accroissement, 69
Minium, 142
Misère des Alchimistes, 80
Mixte, ce que c'est, 2
Mixture pour la douleur des dents, 601
Mois philosophique, 270
Moisissure du vin émétique, 318
Mortifier, 66
Moule de gobelet de régule d'antimoine, Voyez plan-
che sixième,
Moufle, 849
Moût, 664
Moût, comment il se convertit en vin, 665
Moyen de bien mêler le mercure coulant avec le
soufre, 209
Moyen de conserver la blancheur du magistère de
bismuth, 139
Moyen de dégraisser le salpêtre, 435
Moyen de faire bien cristalliser un sel, 436
Moyen de faire agir le vin promptement, 681
Moyen de nettoyer la limaille, 177
Moyen de raccommoder de certaines terres, & les
rendre fertiles, 15
@

TABLE DES MATIERES

Moyen de rafraîchir le vin, 459
Muse, 779
Muscade, 602
Muscade mâle, ibid.
Muscadier, c'est l'arbre qui porte les muscades, ibid.
Myrrhe, 774
Myrrha trogloditica, ibid

N

N Asturtium, 626
Natron d'Egypte, 514
Neige d'antimoine, 337
Nicotiana, 745
Nicetiane, ibid.
Nitre, 432
Nitre des Anciens, ibid.
Nitre fixé par les charbons, 456
Noctiluca aerea, 806
Noix, 647
Noix muscade, 602
Nourriture des parties du corps, comment elle se
fait, 530
Nucista, 602
Nutritum, 148
Nux aromatites, 6o2
Nux juglans, 647
Nux moschata, 602
Nux myristica, ibid.
Nux unguentaria, ibid.

O

O Bjets de la Chimie, 2
Odeurs agréables excitent des vapeurs, & pour-
quoi, 558
Odeurs mauvaises calment les vapeurs, & pour-
quoi, ibid.
Oeil de boeuf, 651
Oleosaccharum, 588
@

TABLE DES MATIERES

Oleosaccharum sulfuratum, 525
Olibanum, 515
On ne peut retirer du sel du verre, 8
On ne retire pas les principes de tous les miné-
raux, 8
On se passerait bien d'admettre un esprit pour
principe de la Chimie, 9
Onglets, 862
Onguent mercuriel, 215
Onguent pour empêcher la rouille du fer, 168
Ophtalmiques, 934
Opium, 729
Opium cause la mort quand on en prend trop, &
comment, 736
Opium comment il excite le sommeil, 734
Opium en larmes n'est qu'une chimère, 730
Opium fait suer, & comment, 738
Opium qui vient de Thèbes, ou du Caire est esti-
mé le meilleur, 730
Opium, savoir s'il est froid ou chaud, 733
Or, 76
Or, où il se trouve, ibid.
Or à vingt-quatre carats, 90
Or amalgamé, 91
Or calciné au soleil, ibid.
Or blanchi par la vapeur du vif-argent, 91
Or bon pour ceux qui ont trop pris de mercure, 85
Or de départ, 89
Or en chaux, c'est l'or calciné avec le mercure, 92
Or en feuille, 77
Or en grains, 76
Or en mine, ibid.
Or en paillettes, ibid
Or en poudre, 91
Or fulminant, 93
Or fulminant bon pour ceux qui ont trop pris de
mercure, 100
@

TABLE DES MATIERES

Or fulminant sudorifique, & pourquoi, 98
Or peut être volatilité, 87
Or potable prétendu, 82
Or purifié à la coupelle, 89
Or purifié par la cémentation, ibid.
Or purifié par l'antimoine, 88
Or se coupe plus facilement que l'argent, & pour-
quoi, 469
Or se dissout par l'eau commune, 77
Origine, de l'ambre-gris, 164
Origine de la cire, 875.
Origine du sel marin, 12
Origine de plusieurs sels naturels, 14
Origine du Karabé, 554
Origine du mot alcali, 21
Origine du salpêtre, 14
Origine du sel gemme, 11
Orpiment, 374
Orpin, 656
Ouragans, d'où ils se forment, 180
Ouragans communs dans les pays chauds, & pour-
quoi, 180
Oxycrat de Saturne, c'est le lait virginal, 146

P

P Ain biscuité, 700
Palo de Calenturas, 589
Panacée antimoniale, 360
Panacée mercurielle, 248
Panacée mercurielle agit différemment, 252
Panacée mercurielle en bolus, 256
Panacée mercurielle en fleurs, 251
Panacée mercurielle en grains ou dragées, 255
Panacée mercurielle en pilules, 249
Panacée mercurielle en tablettes, 256
Panacée mercurielle noire, ou mercure violet, 226
Panacée ou mercure précipité noir, 227
@

TABLE DES MATIERES

Panacée mercurielle peut être prise par la bouche
dans le temps des frictions, 255
Panacée universelle, 361
Panchymagogues, 751
Papier, 581
Papyrus, ibid.
Pâquerette, 651
Perforata, 654
Petite vérole, d'où elle naît, 667
Petroleum, 554
Petum, 745
Phlegmagogues, 751
Phlegme contient toujours un peu de principes
actifs, 29
Phlegme estimé par plusieurs principes actifs, ibid.
Phlegme d'alun, 520
Phlegme de vitriol, 495
Phosphore brûlant, 804
Phosphore brûlant tiré de l'excrément de l'hom-
me, 821
Phosphore dans les humeurs, 819
Phosphore de pierre de Boulogne, 828
Phosphore de sel armoniac & de chaux, 819
Phosphore en poudre, 829
Phosphore hermétique de Baudouin, 849
Phosphore liquide, 805
Phosphore urineux, ibid.
Pied de cire, 876
Pierre admirable, 514
Pierre caustique, 787
Pierre à cautère, ibid.
Pierre d'arquebusade, 488
Pierre d'aimant, 167
Pierre de Boulogne, 823
Pierre de Boulogne calcinée & préparée en phos-
phore, 828
Pierre de foudre, 181
@

TABLE DES MATIERES

Pierre des Philosophes, 515
Pierre de tonnerre, 181
Pierre infernale, 110
Pierre infernale, ce qui fait sa force, 111
Pierre médicamenteuse, 511
Pierre médicamenteuse de Crolius, 513
Pierre philosophale des Alchimistes, 77
Pierres précieuses, 395
Piger Henricus, 66
Pilosella, 658
Piluae ante cibum, 742
Pilule perpétuelle, 286
Pilule perpétuelle purgative, & pourquoi, 289
Pilules angéliques, 742
Pilules de Francfort, ibid.
Pilules de térébenthine, 754
Pilules gourmandes, 742
Pistolochia, 656
Planche première des Vaisseaux & des fourneaux,
44 45
Planche deuxième, 46 47
Planche troisième, 48 49
Planche quatrième, 50 51
Planche cinquième, 52 53
Planche sixième, 54 55
Planche septième, 886 887
Plantago, 652
Plantain, ibid.
Plantes qui rendent beaucoup de sel fixe, 612
Plâtre cuit est une espèce de chaux, 381
Plomb, 140
Plomb augmenté de poids dans la calcination, 144
Plomb blanc, 120
Plomb brûlé, 142
Plomb calciné, ibid.
Plomb cause la paralysie, 141
Plomb des Philosophes, 284
Plomb
@

TABLE DES MATIERES

Plomb des sages, ibid.
Plomb sacré, ibid.
Plomb purifie l'or & l'argent, 141
Plumbum ustum, 142
Pluie & rosée, 177
Pluie, pourquoi elle suit ordinairement le tonner-
re, 183
Poison, ce que c'est, & ses différents effets, 235
Poisons coagulants, 236
Poisons rongeant, ibid.
Polyrrison, 656
Pompes de mer, 180
Pot de grès pour faire l'esprit de soufre, 41
Pot de terre pour tirer les fleurs de régule d'anti-
moine, ibid.
Poudre à canon, 542
Poudre à canon, qui l'a découverte, 543
Poudre à canon commune, 549
Poudre angélique, 356
Poudre antimoniale sudorifique, 286
Poudre cornachine, 329
Poudre d'algaroth, 352 354
Poudre d'algaroth bonne pour la pousse des che-
veux, 356
Poudre d'algaroth corrigée, 357
Poudre de projection prétendue, 82
Poudre de sympathie, 492
Poudre de vipère, 791
Poudre diarrhodon abbatis, 749
Poudre du Comte de Varvik, 329
Poudre émétique, 352
Poudre fulminante, 97
Précaution contre les efforts du vomissement, 319
Précipitant excellent, 472
Précipitation, comment elle se fait, 95
Précipitation de l'argent par le cuivre, 103
Précipitation de l'argent par le sel marin, 112,
Q q q
@

TABLE DES MATIERES

Précipitations d'argent différentes, 104
Précipitation de l'or, 93
Précipité blanc de mercure, 257
Précipité blanc, pourquoi il est vomitif, 263
Précipité d'antimoine, 322
Précipité d'argent par l'eau salée, 117
Précipité de corail, 104
Précipité de l'eau phagédénique, 386
Précipité de mercure couleur de rose, 261
Précipité d'or, 93
Précipité de Saturne, 148
Précipité jaune de mercure, 276
Précipité noir de mercure, 262
Précipité rouge de mercure, 266
Précipité rouge adouci, 268
Précipité rouge philosophique, 270
Précipité rouge sans addition, 269
Précipité vert de mercure, 271
Précipité vert plus doux, 272
Précipité vert arrête la chaude-pisse, 276
Précipité vert est inflammable, & pourquoi, 274
Précipité violet, 226
Précipiter, 67
Précipitez de mercure faits avec le sublimé cor-
rosif, 280
Préparation de la cire pour la rendre blanche, 877
Préparation de la corne de cerf, 854
Préparation de l'euphorbe, 771
Préparation de la pierre de Boulogne pour la ren-
dre en phosphore, 828
Préparation du corail, 405
Préparation du crane humain, 855
Préparation du soufre pour l'adoucir, 522
Principe de l'inflammabilité, 11
Principes de Chimie, 2
Principes communs de Chimie, 3
Principes de Chimie ne sont pas les premiers princi-
pes, 5
@

TABLE DES MATIERES

Projection, 67
Propolis, 876
Proportion des matières qui composent la poudre
à canon, 548
Prunella caerulea, 651
Pulpe de coloquinte, 749
Pulvérisation de l'étain, 122
Pulvérisation de l'or, 92
Pulvis de tribus, 329
Pulvis tormentarius, 543
Purgatifs par le ventre, 887
Purification l'alun, 517
Purification de la gomme ammoniac, 767
Purification de la mine de plomb, 141
Purification de l'argent, 102
Purification de l'or, 88
Purification du cuivre, 155
Purification du cuivre calciné, 160
Purification du cristal minéral, 438
Purification du fer, 167
Purification du mercure coulant, 225
Purification du nitre fixe, 456
Purification d'un sel alcali fixe, 702
Purification du plomb, 141
Purification du salpêtre, 434
Purification du sel armoniac, 459
Purification du sel de Saturne, 145
Purification du sel de tartre, 702
Purification du sel marin, 422
Purification du sel polychreste, 441
Purification du sucre, 661
Purification du vif-argent, 225
Pyrotechnie, 2

Q

Q Uinque nervia, 632.
Quinquina 589
Quinquina en bolus, 592
Q q q 2
@

TABLE DES MATIERES

Quinquina en infusion, 590
Quinquina en lavement, 593
Quinquina arrête la fièvre, & pourquoi, 592
Quinquina purge quelquefois, 593

R

R Acine d'hellébore noire, 749
Racine des métaux, 284
Raisin, 682
Rasure de corne de cerf, 852
Réalgal, 374
Récipient, 134
Rectification de l'esprit de sel, 427
Rectification de l'esprit de succin, 557
Rectification de l'esprit de tartre, 699
Acétification de l'huile de succin, 557
Rectification des sels volatils, 794
Rectification du beurre d'antimoine, 345
Rectification du beurre de cire, 878
Rectification du cinabre d'antimoine, 348
Rectification du sel volatil de tartre, 718
Réduction de la chaux d'argent en argent, 113
Régule d'antimoine, 286
Régule d'antimoine, avec le Mars, 296
Régule d'arsenic, 376
Régule d'étain, 136
Régule de différents métaux, & d'antimoine, 305
Régule d'or, 89
Remarques sur les principes passifs, 28
Remède peut être astringent & apéritif, 201
Remède pour la pousse des cheveux, 509
Remède tiré du Livre des secrets de l'Abbé Rous-
seau, 306 307
Remèdes contre l'asthme, 910
Remèdes contre la brûlure, 934
Remèdes contre la carie des os, 933
@

TABLE DES MATIERES

Remèdes contre la colique bilieuse, 932
Remèdes contre la colique néphrétique, 931
Remèdes contre la colique venteuse, 929
Remèdes contre la fièvre quarte, 910
Remèdes contre la gangrène, 896
Remèdes contre la goutte sciatique, 933
Remèdes contre la grosse vérole, 900
Remèdes contre la léthargie, 908
Remèdes contre la mélancolie hypocondriaque, 907
Remèdes contre la morsure de la vipère, 782
Remèdes contre la peste, 897
Remèdes contre la petite vérole, ibid.
Remèdes contre la paralysie, 938
Remèdes contre l'apoplexie, ibid.
Remèdes contre la phtisie, 920
Remèdes contre la surdité, 918
Remèdes contre la squinancie, 906
Remèdes contre le hoquet, 937
Remèdes contre le mal des dents, 918
Remèdes contre l'épilepsie, 908
Remèdes contre le poison de l'arsenic, 375
Remèdes contre le scorbut, 916
Remèdes contre les aphtes, 918
Remèdes contre les dartres, la gratelle & la teigne,
895
Remèdes contre les duretés de la ratte, 904
Remèdes contre les écrouelles, 897
Remèdes contre les fièvres continues, 914
Remèdes contre les fièvres malignes, 897
Remèdes contre les fièvres tierces & doubles tier-
ces, 913
Remèdes contre les maladies du poumon & de la
poitrine. 920
Remèdes contre les poisons coagulants, 236
Remèdes contre les poisons corrosifs, 238
Remèdes contre les rhumatismes, 914
Remèdes contre les tranchées des femmes nouvelle-
Q q q :
@


TABLE DES MATIERES

tellement accouchées, 955
Remèdes coutre les vapeurs & les palpitations, 925
Remèdes contre les vers, 915
Remèdes contre les ulcères de la vessie & de la ma-
trice, 929
Remèdes contre l'hydropisie, 904
Remèdes pour arrêter la gonorrhée, 902
Remèdes pour arrêter le vomissement, 886
Remèdes pour arrêter un flux de bouche causé par
le mercure, 902
Remèdes pour consumer les cors des pieds 375 933
Remèdes pour décrasser & emporter les taches de la
peau, 895
Remèdes pour exciter la semence, 934
Remèdes pour faciliter l'accouchement, & pour
faire sortir l'arrière-faix, 927
Remèdes pour faire croître les cheveux, 934
Remèdes pour faire venir les mois aux femmes, 923
Remèdes pour fortifier le coeur & le cerveau, 921
Remèdes pour fortifier l'estomac, 922
Remèdes pour la gonorrhée, 902
Remèdes pour la jaunisse, 923
Remèdes pour les chancres vénériens, 903
Remèdes pour les contusions & les dislocations, 894
Remèdes pour les crevasses du sein, 896
Remèdes pour les maux des yeux, 934
Remèdes pour les palpitations, 925
Remèdes pour les phimosis, 903
Remèdes pour les poulains, 903
Remèdes pour purifier le sang, 919
Reprise, 656
Résine de benjoin, 570
Résine de gaïac, 577
Résine de jalap, 576
Résine de jalap noire, 571
Résine de scammonée, 570
Résine de succin, 557
@

TABLE DES MATIERES

Résine de turbith, 570
Résolutifs, 894
Réverbérer, 67
Revivification du cinabre artificiel en mercure cou-
lant, 210
Revivification du cinabre minéral en mercure cou-
lant, 213
Revivification du cuivre, 165
Revivification du Sel de Saturne en plomb, 152.
Revivification du Sel de Saturne différente, 154
Revivification des cristaux de lune en argent, 110
Revivifier, 67
Rhubarbarum, 573
Rheum, ibid.
Rosaire, 635
Rosée, 177
Rosée de manne, 727
Rosée de vitriol, 497
Roses, 630
Roses blanches communes, 632
Roses bleues d'Italie, ibid.
Roses de chien, 630
Roses de jardin, & leurs vertus, 631
Roses de Provins, 632
Roses domestiques, 630
Roses muscates, 631
Roses pâles, ibid.
Roses sauvages, 630
Rossolis fébrifuge, 595
Rouillure de fer calcinée, 172
Rhubarbe, 573
Rubine d'antimoine, 315

S

S Able, ce que c'est, 393
Saccharum, 660
Safran de cuivre, 160
Safran de Mars apéritif, 170 176 178 194
Q q q 4
@

TABLE DES MATIERES

Safran de Mars astringent, 187 188
Safran de Venus, 160
Safran d'or, rayés or fulminant, 93
Safran des métaux, 314
Sal armoniacum, quasi ammoniacum, 458
Sal catharticum amarum Glauberii, 465
Sal de duobus, 453
Sal fluor, 9
Sal metallicnm, 305
Sal mirabilis, 465
Salpêtre, 432
Salpêtre, comment il rafraîchit, 438
Salpêtre de houssage, 432
Salpêtre des Indes est préférable autres pour la
poudre à canon, 544
Salpêtre fixé par les charbons, 454
Salpêtre fixé sans addition, 457
Salpêtre n'est point inflammable, 433
Salpêtre raffiné, 434 437
Salpêtre raffiné est préférable au cristal minéral pour
la Médecine, 430
Salvia, 650
Sana sancta Indorum, 745
Sandaracha, 374
Sang de Salamandre, 445
Sanguification, 528
Sanicle, 651
Sanicula, ibid.
Sapo, 722
Saturne, Voyez plomb, 140
Sauge, 650
Saveur douce du sucre, ce qui la fait, 365
Savon, 722
Savon d'Alicante, ibid.
Scammonée, 749
Scories, 67
Scories du foie d'antimoine, 314
@

TABLE DES MATIERES

Scories du régule d'arsenic, 377
Scories du régule d'antimoine, 293
Scories du sublimé doux, ce que c'est, 244
Scrofulaire grande, 652
Scrophularia major, ibid.
Scrophularia media, 656
Sceller hermétiquement, 57
Sel, 11
Sel des mixtes principe, 4
Sel acide, 67
Sel acide quelquefois alcali, 24
Sel alcali, 67
Sel alcali nitreux, 443
Sel amer cathartique de Glauber, 464
Sel armoniac, 457
Sel armoniac des anciens, ibid.
Sel armoniac des modernes, 458
Sel armoniac fixe, 474
Sel armoniac caustique, 473
Sel armoniac fixe fébrifuge, 474
Sel armoniac fixé, & rendu fusible, 820
Sel armoniac rafraîchit l'eau dans laquelle on le
jette, 459
Sel, comment il agit pour conserver les corps, 18
Sel commun, 420
Sel commun décrépité, 425
Sel d'absinthe, 514
Sel d'armoise, ibid.
Sel de chicorée, ibid.
Sel de corail, 417
Sel de corail fixe, 407
Sel d'étain, 124
Sel de gaïac, 578
Sel de Jupiter, 124
Sel de Mars, 189
Sel de noix, 473
Sel de perles, 14
@

TABLE DES MATIERES

Sel de persicaria, 514
Sel de plantain, ibid.
Sel de prunelle, 438
Sel de prunelle rouge, 439
Sel de Quinquina, 597
Sel de Saturne, 145
Sel de Saturne, comment il agit dans le corps, 147
Sel de Saturne n'est pas un véritable sel de plomb,
ibid.
Sel de soufre, 540
Sel de tabac, 747
Sel de verre, 514
Sel de vitriol, 516
Sel de vitriol de Chypre, 463
Sel des fontaines, 22 420
Sel des matières alcalines, 21
Sel essentiel, 67
Sel essentiel & naturel, 18
Sel essentiel de chardon bénit, 619
Sel essentiel d'une plante, comment on le retire, ib.
Sel essentiel de manne, 727
Sel fébrifuge, 541
Sel fébrifuge de Sylvius, 474
Sel fixe, 67
Sel fixe de chardon bénit, 620
Sel fixe de genièvre, 609
Sel fixe de manne, 729
Sel fixe de mélisse, 615
Sel fixe de miel, 872
Sel fixe de plantes, comment on le tire, 620
Sel fixe de salpêtre, 434
Sel fixe de suie, 721
Sel fixe de tartre, 701
Sel fixe de tartre fait verdir quelques eaux distil-
lées, & la raison, 703 704
Sel fixe de vipère, 793
Sel fixe d'urine, 802
@

TABLE DES MATIERES

Sel fixe empêche l'inflammabilité de l'huile, 10
Sel fossile, 11
Sel fluant, 67
Sel gemme, 11 420
Sel lixivieux, 4
Sel marin, comment il se fait, 421
Sel polychreste, 440
Sel polychreste de couleur de roses, 442
Sel polychreste de M. Seignette de la Rochelle, 443
Sel polychreste stibial, 325
Sel premier naturel, 11
Sel réductif, 113
Sel rendu alcali par le feu, 22
Sel salé, 24 68
Sel sédatif de M. Homberg, 503
Sel tiré des lotions de l'anti-hectique, 135
Sel tiré des lotions des fleurs rouges & jaunes d'an-
timoine, 336
Sel tiré du stomachique de Poterius, 304
Sels salfifiés, 622
Sels fixes empêchent la production des végétaux, 16
Sel végétal, 690
Sel volatil, 68
Sel volatil armoniac, 472 478 479
Sel volatil de cheveux, 793
Sel volatil de cire, 884
Sel volatil de corne de cerf, 793
Sel volatil de crane humain, ibid.
Sel volatil de crapaud, ibid.
Sel volatil de fèves, 717
Sel volatil déguisé par le feu, 19
Sel volatil de Karabé, 561
Sel volatil de sang humain, 796
Sel volatil de succin, 561
Sel volatil de suie de cheminée, 720
Sel volatil de tartre, 716
Sel volatil de vipère, 792
@

TABLE DES MATIERES

Sel volatil d'urine, 801
Sel volatil d'ivoire, 793
Sel volatil des animaux, 25
Sel volatil des ongles, 793
Sel volatil des plantes alcali, 19
Sel volatil huileux aromatique, 483
Sel volatil narcotique de vitriol, 503
Sel volatil sulfureux naturel sert à la végétation, &
comment, 17
Sels volatils sont bons pour la vérole. 222
Semence du corail, 404
Sentiments de l'auteur sur la sanguification, 528
Sentiments différents sur le venin de la vipère, 785
Séparation de l'argent d'avec le mercure, 119
Séparation de l'argent d'avec le régule d'antimoi-
ne, 353
Séparation des terres, avec lesquelles se trouve le
mercure, 206
Septinervia, 652
Serpentin, 40
Siffon, ibid.
Signes de la grosse vérole, 254
Soleil, 76
Sommeil causé par le venin, 670
Sommeil, comment il se fait, 734
Soude blanche, 514
Soufre, 521
Soufre d'antimoine, 348
Soufre d'antimoine semblable au soufre commun,
322
Soufre d'arsenic, 377
Soufre de guidoa, 524
Soufre de guitau, ibid.
Soufre doré d'antimoine, 292
Soufre doré des Anciens, 295
Soufre doré de foie d'antimoine, 320
Soufre doux de vitriol, 517
@

TABLE DES MATIERES

Soufre du cinabre minéral, 214
Soufre empêche la vitrification, & comment, 309
Soufre ou huile des mixtes, 3
Soufre principe, ibid.
Soufre vif, 521
Spagyrie, 1
Spodium, 796
Stacten, 774
Sternutatoires, 936
Stibium, 283
Stomachique de Poterius, 303
Stomachiques, 922
Stratifier, 68
Statiotes terrestris, 658
Stratum super stratum, 159
Sublimation de l'étain, 126
Sublimé corrosif, 228
Sublimé corrosif adouci par l'eau de chaux, 233
Sublimé corrosif agit plus vite que l'arsenic, 238
Sublimé corrosif devient doux par l'addition du mer-
cure, 244
Sublimé corrosif fait sans vitriol, 239
Sublimé corrosif ne prend qu'une certaine quantité
de mercure coulant, 242
Sublimé d'arsenic, 377
Sublimé doux, 240 258
Sublimé doux devient jaunâtre quand on le met en
poudre, 246
Sublimé doux diminue en sublimant, 243
Sublimé doux est purgatif, & pourquoi, 244
Sublimé doux sublime seulement deux fois, 241
Sublimé doux sublimé six fois, ibid.
Sublimé noir, 247
Sublimé rouge, 267
Sublimer, 68
Succinum, 553
Sucre, 660
Sucre candi, 661
@

TABLE DES MATIERES

Sucre de Saturne, 147
Sudorifiques, 890
Suffocation de matrice, ce que c'est, 560
Suppositoires de savon, 712
Suie de cheminée, 720
Symphitum majus, 650
Symphitum medium, ibid
Sirop de Mars, 198
Sirop émétique, 309
T

T Abac, 745
Tabacum, ibid
Tabac mâché, ibid
Tabac pris en fumée, ibid
Tablettes de panacée, 236
Tambour de la mort, 537
Tartre, 686
Tartre blanc & rouge, ibid
Tartre calciné nouvellement s'échauffe avec l'eau
à peu prés comme la chaux, 702
Tartre chalibé, 691
Tartre émétique, 693
Tartre émétique fort, 695
Tartre émétique soluble, 696
Tartre martial soluble, 693
Tartre soluble, 689
Tartre vitriolé, 705
Tasses émétiques, 287
Tasses ou gobelets de régule d'antimoine, ibid.
Teda, 568
Teinture d'aloès, 741
Teinture d'ambre gris, 565
Teinture d'antimoine, 366
Teinture de bayes de genièvre, 605
Teinture de Benjoin, 760
Teinture de cailloux, 398
Teinture de cannelle, 589
@

TABLE DES MATIERES

Teinture de castor, 775
Teinture de corail, 408
Teinture de corail citronnée, 410
Teinture de corail tirée par l'esprit de cire, ibid.
Teinture de corail tirée par l'esprit de miel, ibid.
Teinture de corail tirée par l'esprit de térébenthi-
ne, 411
Teinture de cristal, 398
Teinture de cuivre, 161 163
Teinture d'euphorbe, 772
Teinture de Karabé, 555
Teinture de Karabé distillée & cohobée, 557
Teinture de Lune, 112
Teinture de Mars avec le tartre, 196
Teinture de Mars avec le sel armoniac, 204
Teinture de Mars laxative, 198
Teintures de Mars tirées dans des sucs de fruits, 198
Teinture de myrrhe, 775
Teinture d'opium, 859
Teinture de Quinquina, 590 594
Teinture de régule métallique, 308
Teinture de roses, 501
Teinture de safran, 775
Teinture de sel de tartre, 678 704
Teinture de soufre, 532 534
Teinture de succin, 555
Teinture de succin distillée & cohobée, 557
Teinture de Venus, 161 163
Teintures de verre d'antimoine, 369
Teinture de verre d'antimoine tirée par l'esprit de
Venus, 371
Teinture des scories du régule d'antimoine, 369
Teinture des végétaux odorants, 589
Telephium, 656
Térébenthine, 733
Térébenthine cuite, 754
Térébenthine de Chio, 753
@

TABLE DES MATIERES

Térébenthine de Venise, ibid
Térébenthine en pilules, 754
Térébenthine lavée, ibid
Térébinthe, 753
Teriaca germanorum, 607
Termes de Chimie, 62
Terre, 4
Terre damnée, ibid
Terre douce de vitriol, 517
Terre de vitriol de Hongrie, 463
Terres sablonneuses & pierreuses sont incultes; &
pourquoi, 15
Terres trop remplies de sel font infertiles, & pour-
quoi, ibid
Tête de cerf, 852.
Tête d'homme, 855
Tête de more, 37
Tête morte, 5
Tête morte de vitriol, 517
Tête morte des mixtes, 4
Tisane fébrifuge, 591
Tonnerre, d'où il se forme, 181
Tonnerre s'attache au fer, 182
Torna bona, 745
Transmutation, 68
Tremblements de terre, d'où il viennent, 179
Trempe d'acier, 168
Trinervia, 652
Trochisques de vipères, 790
Tromperies des Alchimistes, 80
Tumeurs véroliques sont remplies d'acide, 216
Turbith minéral, 276
Turcs prennent de l'opium jusqu'à la grosseur
d'une noisette pour une prise, 131
Vaisseau,
@

TABLE DES MATIERES

V Aisseau, 31 36
Vaisseau de rencontre, 42
Vaisseaux salivaires dilatez, & relâchés par un flux
de bouche trop long ne peuvent être référés, 221
Vapeur qui aide a la respiration, 190
Végétaux, 567
Venin de la vipère ce que c'est, 783
Ventre de cheval, 59
Venus, 155
Verbena, aut verbenaca, 653
Verdet ou vert de gris, 164
Verdet distillé, 163
Verjus, 682
Vermillon, 210
Veronica, 657
Verre d'antimoine, 308
Verre d'antimoine corrigé par le borax, 313
Verre d'antimoine de Hollande, 312
Verre d'antimoine est plus vomitif que les autres
préparations, & pourquoi, ibid
Verre d'antimoine jovial, 313
Verre d'antimoine lunaire, ibid
Verre d'antimoine solaire, ibid
Verre de régule d'antimoine martial, ibid
Verre de régule d'antimoine citrin, ibid
Verre d'arsenic, 378
Verre d'or, 91
Vertu purgative d'un mixte, en quoi elle consiste,
575
Vertus des Remèdes décrits dans ce Livre, 884
Verveine, 653
Viande de boucherie lumineuse, 817
Vif-argent, 205
Vif-argent entre par les pores du corps, & se su-
blime à la tête, 217
R r r
@

TABLE DES MATIERES

Vin, 664
Vin bu par excès excite à cracher souvent, 671
Vin d'Espagne, 664
Vin de manne, 726
Vin de miel, ou hydromel, 667
Vin de pommes, ou cidre, ibid
Vin de Quinquina, 590
Vin de teinte, ce que c'est, 200
Vin émétique, 314 321
Vin émétique fait dans les vases du régule d'anti-
moine, 302
Vin gras, 666
Vin modère l'appétit, & comment, 667
Vin muscat, 664
Vin rouge est plus grossier que le blanc, & pour-
quoi, ibid.
Vins de liqueur enivrent plus facilement que les
autres vins, & pourquoi, 671
Vinaigre, 681
Vinaigre bon pour la peste, 685
Vinaigre distillé, 682
Vinaigre de Saturne, 148
Vinaigre & sa destruction, 683
Vinaigre philosophique, 870
Vipère, 780
Vipère, pourquoi elle peut vivre très-longtemps
sans manger, ibid.
Vipères, en quel temps on doit les amasser, ibid.
Vitrification du fer, 167
Vitriol, 487
Vitriol blanc, ibid
Vitriol bleu, 487
Vitriol calciné en blancheur, 491
Vitriol d'Allemagne, 487
Vitriol d'Allemagne est préférable aux autres dans
l'opération de l'eau forte, 452
Vitriol d'Angleterre, 487
@

TABLE DES MATIERES

Vitriol de cuivre, 161
Vitriol de Chypre, 487
Vitriol de Hongrie, ibid.
Vitriol de Lune, 107
Vitriol de Mars, 186 191
Vitriol de Venus, 161
Vitriol Romain, 487
Vitriol rouge, 488
Vitriol vomitif, 490
Vitriolum, nom mystérieux, 488
Volatilisation de l'argent par le mercure, 120
Volcans, 179
Vomissement sur la mer, d'où il vient, 421
Vomitifs, 885
Urine, 799
Urine bonne pour la goutte, 780
Urine de l'homme, 799
Urine de vache, 800
Usnée du crane humain, 856
Usage de l'urine de vache, 800
Usage des vases de régule d'antimoine, 302
Vulnéraires, 892
Y

Y Eux du chat phosphore, 815
Ivoire brûlé, 796
Ivresse expliquée, 670

Z

Z Inch, 137
Zucharum, 660

Fin de la Table des Matières.
@

pict

Extrait du Registre de l'Académie Royale des
Sciences, du 19. Juillet 1711.
M Essieurs Morin & Homberg qui avoient été
nommez pour lire les Additions que M. Lemery
a faites a son Cours de Chymie dont il prépare
une dixiéme Edition, en ayant fait leur rapport à
la Compagnie, elle a jugé qu'elles étoient très-utiles
& très-dignes d'être données au public. En
foi de quoi j'ai signé le present Certificat. A Paris
ce 10. Août 1711.
Fontenelle, Secr. perp. de l'Acad.
Royale des Sciences.

pict

E X T R A I T

D U

P R I V I L E G E

M ARIE THERESE, par la grace de Dieu,
Reine d'Hongrie, de Bohême, &c. Archiduchesse
d'Autriche, Duchesse de Bourgogne, de
Lothler, de Brabant, &c. a octroyé â Jean LEONARD,
de pouvoir lui seul imprimer ce Livre, intitulé
Cours de Chymie, par M. Nicolas Lemery, &c.
pendant le terme de neuf ans. Défendant bien expressement
à tous autres Imprimeurs & Libraires,
de contrefaire où imprimer ledit Livre, ou ailleurs
imprimé porter ou vendre en ce Païs, à peine de,
perdre lesdits Livres, & d'encourir l'amende de
trente florins pour chaque exemplaire, comme il
se voit plus amplement és Lettres Patentes, données
à Bruxelles le 11. Octobre 1743, Paraphées,
Schoc vt. & signées C. Tombelle, loco Henrici.


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Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.