@
Réfer. : 0304A .
Auteur : Le Breton.
Titre : Les Clefs de la Philosophie Spagyrique.
S/titre : .
Editeur : Claude Jombert. Paris.
Date éd. : 1722 .
@
LES
C
L E F S D E
LA
PHILOSOPHIE S P A G Y R I Q U E,
Q U I
D O N N E N T L A
connoissance des Principes &
des véritables Operations de
cet Art dans les Mixtes des
trois genres,
Par feu M. LE BRETON,
Medecin de la Faculté de Paris.
A PARIS, ruë S. Jacques;
Chez Claude Jombert, au coin de la ruë
des Mathurins, à l'Image Nôtre-Dame.
--------------------------
M. DCCXXII.
Avec Approbation & Privilege du Roy
@
@
| T A B L E | |
| |
|
| |
|
| Des Sections & Chapitres. |
|
| |
|
| D E la calcination en général, pag. | 1
|
| Calcination du végétal, | 15
|
| Calcination des animaux, | 30
|
| |
|
| De la putréfaction en général, | 33
|
| Putréfaction des végétaux, | 40
|
| Putréfaction des animaux, | 46
|
| |
|
| De la solution en général, | 51
|
| Solution des végétaux, | 55
|
| Solution des animaux, | 61
|
| |
|
| De la distillation en général, | 68
|
| Distillation du végétal, | 86
|
| Distillation de l'Animal, | 99
|
| |
|
| De la sublimation en général, | 105
|
| Sublimation des végétaux, | 116
|
| Sublimation des animaux, | 126
|
| a ij | |
@
T A B L E.
| De l'union en général, | 139
|
| L'union des végétaux, | 159
|
| L'union des animaux, | 167
|
| |
|
| De la coagulation en général, | 189
|
| Coagulation de l'élixir végétal, | 203
|
| Coagulation de l'élixir animal, | 225
|
| |
|
| Calcination des minéraux, | 235
|
| |
|
| Putréfaction des minéraux, | 262
|
| |
|
| Solution des minéraux, | 283
|
| |
|
| Distillation des minéraux, | 317
|
| |
|
| Sublimation des minéraux, | 334
|
| |
|
| L'union des minéraux, | 350
|
| |
|
| Coagulation des minéraux, | 374
|
| |
|
| Multiplication des élixirs, | 388
|
| |
|
| Fin de la Table. |
|
@
A P P R O B A T I O N
De M. Andry, Censeur Royal des
Livres.
J 'AY lû par ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux, ces Manuscrits intitulez,
Formules de Medecine: les Clefs de
la Philosophie Spagyrique: & la Medecine
Statique de Sanctorius, lesquels trois
titres sont écrits de suite au premier feüillet,
numeroté 1320. Je n'y ai rien trouvé
qui en puisse empêcher l'impression.
Fait à Paris ce 12 Février mil sept cens
vingt. A N D R Y.
--------------------------------------
PRIVILEGE DU ROY
L OUIS par la Grace de Dieu Roy de
France & de Navarre: A nos amez
& feaux Conseillers, les Gens tenans nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel, Grand-
Conseil, Prevôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux,
leurs Lieutenans Civils & autres
nos Justiciers qu'il appartiendra: Salut.
Nôtre bien amé CLAUDE J O M B E R T
Libraire à Paris, Nous ayant fait remontrer
qu'il lui auroit été mis en main un
Ouvrage, qui a pour titre, Formules de
Medecine: les Clefs de la Philosophie Spagyrique
@
& la Medecine Statique de Sanctorius,
qu'il souhaiteroit faire imprimer
& donner au Public, s'il Nous plaisoit
lui accorder nos Lettres de Privilege sur
ce nécessaires: A CES CAUSES voulant
favorablement traiter ledit Exposant: Nous
lui avons permis & permettons par ces
Présentes de faire imprimer lesdits Livres
ci-dessus spécifiés en tel Volume, forme
marge caractère, conjointement ou séparément,
& autant de fois que bon lui semblera,
& de les vendre, faire vendre &
débiter par tout nôtre Royaume pendant
le temps de cinq années consécutives, à
compter du jour de la datte desdites Présentes.
Faisons défenses à toutes sortes de
personnes de quelque qualité & condition
qu'elles soient d'en introduire d'impression
étrangère dans aucun lieu de nôtre obéïssance,
comme aussi à tous Imprimeurs &
Libraires & autres d'imprimer, faire imprimer,
vendre, faire vendre, débiter ni
contrefaire lesdits Livres ci-dessus expliqués
en tout ni en partie, ni d'en faire
aucuns extraits, sous quelque prétexte que
ce soit d'augmentation, correction, changement
de titre ou autrement, sans la permission
expresse & par écrit dudit Exposant,
ou de ceux qui auront droit de lui,
à peine de confiscation des Exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende
contre chacun des contrevenans, dont un
@
tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu
de Paris, l'autre tiers audit exposant, &
de tous dépens, dommages & intérêts; à
la charge que ces Presentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la
Communauté des Imprimeurs & Libraires
de Paris, & ce dans trois mois de la datte
d'icelles: que l'impression de ce Livre sera
faite dans nôtre Royaume & non ailleurs,
en bon papier & en beaux caractères comformément
aux Reglements de la Librairie;
& qu'avant que de l'exposer en vente, le
manuscrit ou imprimé qui auront servi de
copie à l'impression desdits Livres, seront
remis dans le même état ou l'Approbation
y aura été donnée, és mains de nôtre trés
cher & féal Chevalier, Garde des Sceaux
de France, le sieur de Voyer de Paulmy,
Marquis d'Argenson, Grand Croix,
Chancelier Garde des Sceaux de nôtre Ordre
militaire de saint Louis, & qu'il en
sera ensuite remis deux Exemplaires dans
nôtre Bibliotheque publique, un dans
celle de notre Château du Louvre, & un
dans celle de nôtre dit trés cher féal
Chevalier Garde des Sceaux de France, le
sieur de Voyer de Paulmy, Marquis d'Argenson,
Grand-Croix, Chancelier &
Garde des Sceaux de France, de nôtre
Ordre militaire de Saint Loüis; le tout à
peine de nullité des Presentes. Du contenu
desquelles vous mandons & enjoignons
@
de faire iouir l'Exposant ou ses
ayant cause, pleinement & paisiblement
sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble
ou empêchement: Voulons que la copie
desdites presentes, qui sera imprimée
tout au long au commencement ou à la fin
desdits Livres, soit tenuë pour duëment
signifiée, & qu'aux copies collationnées par
l'un de nos amez & féaux Conseillers & Sécretaires,
foi soit ajoutée comme à l'Original:
Commandons au premier nôtre
Huissier ou Sergent de faire pour l'execution
d'icelles tous actes requis & nécessaires,
sans demander autre permission,
& nonobstant Clameur de Haro, Charte
Normande, & Lettres à ce contraires,
Car tel est notre plaisir. DONNE' à Paris
le huitième jour du mois de Mars,
l'an de grâce mil sept cent vingt, & de
notre Regne le cinquième. Par le Roy en
son Conseil .
N O B L E T.
Registré sur le Registre IV. de la Communauté
des Imprimeurs & Libraires de
Paris, page 573. N .613. conformément
aux Reglemens, & notamment à l'Arrest
du Conseil du 13. Aoust 1703. A Paris
le 12 Mars 1720.
G. Martin, Adjoint du Syndic.
L E S
@
L E S
C L E F S D E
LA PHILOSOPHIE
SPAGYRIQUE
--------------
PREMIERE
SECTION
De la Calcination
CHAPITRE
PREMIER.
De la Calcination en général
Aphorisme I.
A véritable Chimie,la Spagyrie ou Alchimie,
sépare la
substance pure de chaque
mixte de tout ce qu'il a
A
@
2 Les Clefs
d'impur ou étranger.
II.
Le Type ou le modèle de
cet art sublime, n'est autre
que la nature elle-même,
qui pour la conservation des
individus qu'elle spécifie, sépare
incessamment les substances
hétérogènes. Tous ces efforts
dans chaque être se terminent
à cette fin.
III.
L'art plus puissant que la
nature, par les mêmes voies
qu'elle lui marque, dégage
plus parfaitement les vertus
naturelles des corps de tout
ce qui leur faisait obstacle;
il amplifie leur sphère d'activité,
@
de la Philosophie spagyrique. 3
& rassemble les principes
qui les vivifient. Telles sont
les vues de la Chimie: l'exemple
de la nature, qui semble
exercer cet art dans l'ouvrage
de la nutrition, comme
on voit par les grossièretés
qu'elle rejette qui étaient
contenues dans les aliments
& par les superfluités de toutes
les digestions, dont elle se
décharge par les couloirs destinés
à cet effet.
IV.
Les opérations de la nature
ne diffèrent qu'en termes
seulement des opérations de
la Spagyrie. Celles-ci sont 1°.
Calcination, 2°. Putréfaction,
3°. Solution, 4°. Distillation,
A ij
@
4 Les Clefs
5°. Sublimation, 6°. Union,
7°. Coagulation ou fixation.
V.
Calciner c'est réduire par
le feu un mixte en chaux ou
en cendres, qui ne peuvent
être davantage brûlées.
VI.
Il y a dans les cendres deux
substances pures, une terrestre,
l'autre ignée; la première
se convertit en verre
par la violence du feu, celle-
ci se dissipe en l'air.
VII.
Le mixte avant la Calcination,
possédait une substance
aérienne, sous la consistance
@
de la Philosophie spagyrique. 5
d'huile ou d'eau huileuse,
que l'on peut fixer à l'épreuve
de tout feu.
VIII.
La substance ignée, qui
est le principe de la multiplication,
extension & génération
de l'espèce, ne peut se séparer
que par le plus grand feu.
IX.
Cette substance ignée fixe
de sa nature, est la semence
innée du mixte, que les Philosophes
appellent l'Astre naturel
de chaque corps; qui tend
toujours d'elle-même à la génération;
mais qui ne peut
agir qu'autant qu'elle est excitée
par la chaleur céleste.
A iij
@
6 Les Clefs
X.
Ce feu céleste est universel,
il est partout; c'est la
principale cause de la pierre,
si vantée des Philosophes. De-
là vient qu'ils ont dit que leur
pierre se trouve partout, &
qu'elle est commencée par la
nature sans le secours de l'art.
XI.
Toutes les parcelles du sel
fixe de chaque mixte jouissent
de quelques étincelles de ce
feu; & il est contenu comme
dans son corps naturel; mais
incapable d'agir sans être excité.
@
de la Philosophie spagyrique. 7
XII.
Il y a un feu céleste volatil
qui a la puissance d'exciter le
feu caché dans la terre; il se
tire par la distillation d'une
terre que les Philosophes connaissent,
& qu'ils appellent la
Mère de leur pierre.
XIII.
Ce feu même, après qu'il
est extrait de la terre, mène
la terre à la perfection de
pierre, & il est nommé le père
de la pierre.
XIV.
La pierre est la plus forte
de toutes les substances composées
des éléments; c'est la
A iiij
@
8 Les Clefs
plus vieille en supposant la
vieillesse à la force; c'est la
plus parfaite en attribuant la
perfection à la vieillesse. Les
autres mixtes sont plus faibles,
plus jeunes, & moins
parfaits.
XV.
Les corps élémentés sont
d'autant plus faibles ou plus
forts, qu'ils contiennent plus
ou moins du feu céleste; les
degrés de sa quantité se rapportent
à ceux de leur puissance.
C'est le ciel de chaque
corps, & le ressort de leur
sphère.
XVI.
La longue durée du mixte
@
de la Philosophie spagyrique. 9
dépend de la forte union de
l'esprit céleste, avec l'humide
radical. La mort ou la corruption
du mixte, est la solution
de ce noeud par la puissance
d'un magnétisme contraire
& supérieur. La génération
est l'union d'un nouvel
esprit qui s'est rendu tributaire
du magnétisme vainqueur,
& en augmente l'énergie.
XVII.
La force de cette union se
détruit par la chaleur interne
ou l'action impatiente du même
esprit, ou par l'humidité
externe & étrangère, à laquelle
l'énergie du mixte n'ait
pu résister, de sorte qu'elle
en soit suffoquée.
@
10 Les Clefs
XVIII.
Parce que cette union est
plus forte dans quelques corps
& plus faible en d'autres, ils
durent aussi plus ou moins.
XIX.
Quand l'union d'un esprit
est rompue, l'humide radical
reçoit aussitôt, & conçoit,
pour ainsi dire, un autre esprit
qui chasse le premier.
Ainsi la corruption d'une chose
est la génération d'une autre.
XX.
La nature tend toujours à
produire d'une semence déterminée,
un individu semblable
à celui dont est sorti
@
de la Philosophie spagyrique. 11
la semence; mais il arrive souvent
qu'elle en est détournée,
& qu'elle produit une espèce
différente, à proportion que
cette semence a perdu de son
premier état, & a dégénéré
de sa nature, par l'impression
& la puissance corrompante
des agents extérieurs. Ainsi le
froment dégénère en ivraie;
ainsi s'engendrent les animaux
imparfaits & les monstres.
XXI.
Lorsque les agents externes
conviennent avec la nature
interne, toujours les semblables
naissent des semblables;
ainsi les abeilles se produisent
des cendres d'abeilles.
@
12 Les Clefs
XXII.
Le seul esprit fixe est cause
de la vie & auteur de
la génération: Le volatil ne
sert de rien s'il n'est rendu
fixe.
XXIII.
L'esprit volatil répare &
augmente l'esprit fixe, autant
qu'il se convertit en la nature
du fixe. Ainsi le suc des aliments,
& l'esprit de l'air que
les poumons attirent, entretiennent
la vie des animaux.
XXIV.
L'union de l'esprit avec l'humide
radical, est d'autant plus
forte que le mixte est plus libre
@
de la Philosophie spagyrique. 13
des impuretés excrémentielles;
c'est, disent les Philosophes,
le ciel & la terre
conjoints & réunis; c'est le
frère & la soeur, l'époux &
l'épouse qui s'embrassent très
étroitement.
XXV.
Ce qui peut dégager le mixte
de ses impuretés, c'est l'abondance
& la force de son
esprit. De-là vient que certaines
pierres sont plus solides
& durent plus que les autres.
C'est aussi pourquoi les végétaux
& les animaux, ont plus
ou moins de force & de vigueur.
@
14 Les Clefs
XXVI.
Les végétaux se renouvellent
au Printemps; parce que
le Soleil ouvre leurs pores &
influe de nouveaux esprits qui
les pénètrent & les vivifient.
XXVII.
Le secret que la Chimie
propose pour prolonger la vie,
se fait d'un sel fixe très pur
avec le volatil très pur, dans
lesquels sont cachés l'esprit fixe
& le volatil.
XXVIII.
La pratique générale de cet
arcane consiste à séparer, purifier,
& fixer les esprits du
mixte. Le secret des Philosophes
@
de la Philosophie spagyrique. 15
se peut tirer de tout
corps élémenté, & les vertus
en sont admirables.
XXIX.
Le sel fixe végétal mis en
terre, reproduit bientôt le végétal
dont il est tiré, parce
qu'il attire de l'air, de l'eau,
& de la terre, des esprits de
sa nature qu'il détermine à
son magnétisme.
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Calcination du Végétal
Aphorisme I.
La première Calcination,
qui n'est qu'imparfaite,
sépare tout le volatil d'avec
@
16 Les Clefs
le fixe; mais lorsque l'un &
l'autre est purifié, tout est fixé
par la dernière Calcination,
qui est parfaite.
II.
Il y a des individus, qui
pour la calcination imparfaite,
ont besoin d'un plus grand
feu que d'autres.
III.
La méthode pour l'extraction
de l'humide radical consiste
dans la séparation des
deux esprits, fixe & volatil,
leur purgation & réduction.
IV.
La méthode particulière sur
les végétaux, est la digestion,
la
@
de la Philosophie spagyrique. 17
la distillation de l'eau ardente,
d'une humidité aqueuse,
d'une huile par degrés de feu,
la purification de l'esprit &
de l'huile, l'extraction & la
purgation du sel fixe, la fixation
du volatil sur le fixe, la
multiplication.
V.
La vertu du sel fixe s'augmente
par la coagulation du
volatil, & cette opération
rend le volatil constant & permanent
dans son action.
VI.
La Calcination imparfaite
est de deux sortes, l'une est
douce, & se fait avec digestion;
l'autre est violente
@
18 Les Clefs
& sans digestion.
VII.
L'esprit volatil ne peut être
utile à la restauration de végétaux,
que lorsqu'il est fixé.
VIII.
La Calcination imparfaite
est nécessairement requise avant
la parfaite, parce qu'elle
purifie les deux esprits.
IX.
Les deux Calcinations sont
violentes aux excréments: mais
ni l'une ni l'autre ne l'est à
la pure substance du mixte;
car le sperme des éléments &
la forme du mixte ne sont pas
détruits par elles, & au contraire
@
de la Philosophie spagyrique. 19
ils en deviennent plus
parfaits.
X.
Le sperme des éléments, qui
est la matière très générale,
est commun à tous les mixtes
& indifférent à toute forme;
mais les esprits de diverse nature
le déterminent aux différents
genres de mixtes.
XI.
Cette matière très générale
est incorruptible, la particulière
ou déterminée est corruptible.
L'une & l'autre est
séparable de l'humide radical
par la violence du feu.
B ij
@
20 Les Clefs
XII.
Le sperme particulier ne
s'envole que par la Calcination
vitrifiante.
XIII.
Ce sperme est le sujet &
la matière très prochaine, qui
reçoit immédiatement la forme
essentielle, & le contact
de ces deux principes fait une
union inséparable.
XIV.
La corruption du sperme
particulier n'est autre chose
que l'expulsion des esprits,
qui avaient déterminé la matière
générale aux qualités
d'être du premier composé;
@
de la Philosophie spagyrique. 21
& cette expulsion est produite
par l'ingrés d'autres esprits,
qui déterminent ce sperme
aux qualités d'être de tel ou
de tel autre mixte.
XV.
La Calcination Chimique
ne détruit point les cendres,
& ne les vitrifie pas; mais au
contraire elle purifie le sperme
particulier & le rend plus
parfait.
XVI.
Le sperme très général est
rendu particulier par certains
esprits particuliers volatils,
& cette matrice peut être dépouillée
de ces esprits, & être
déterminée à un autre genre
B iij
@
22 Les Clefs
de mixte par d'autres esprits
particuliers & volatils d'un autre
genre.
XVII.
Ainsi un esprit chasse l'autre,
dispose la matière à une
autre forme, & produit en
elle cette forme d'un nouveau
composé. Telle est la source
des successions de figure dans
la matière; tel est l'ordre des
générations & des corruptions
qui y arrivent.
XVIII.
Les ignorants se trouvent
souvent frustrés de leurs espérances
par la dissipation des
esprits spécifiques des matières
qu'ils travaillent; ce qui
@
de la Philosophie spagyrique. 23
arrive par la violence du feu
qui chasse le sperme spécifique
avec ses esprits, ou de la
corruption de ce même sperme
par la mixtion d'autres
agents externes & étrangers,
plus forts que ceux du mixte
particulier.
XIX.
Le sperme particulier ou
déterminé est de deux sortes;
savoir, le visible & l'invisible:
Le sperme visible
contient en soi la forme du
mixte particulier, & produit
toujours un mixte de même
nature.
XX.
Le sperme invisible ne contient
B iiij
@
24 Les Clefs
pas la forme du mixte,
mais il est indifférent et
indéterminé à toute espèce de
mixte. C'est l'aliment du sperme
visible, il est rendu particulier
par l'action de celui-
ci.
XXI.
L'invisible est volatil & le
visible est fixe.
XXII.
Le sperme invisible ne reçoit
pas sa détermination seulement
du sperme visible qui
se fixe; mais encore des autres
agents extérieurs qui produisent
souvent, par le concours
de leur magnétisme,
des formes imparfaites, ainsi
@
de la Philosophie spagyrique. 25
s'engendrent les animaux imparfaits.
XXIII.
Les animaux imparfaits sont
ainsi appelés par le défaut des
organes ou des membres que
l'on voit dans les parfaits; car
on remarque de ces monstres
qui n'ont que les organes nécessaires
à la vie.
XXIV.
Les agents généraux & indéterminés
ne peuvent se conformer
à la nature spécifique
du sperme particulier, parce
que l'espèce de leur magnétisme
est différente.
@
26 Les Clefs
XXV.
La cause commune ne produit
pas le semblable d'un semblable
composé sans le sperme
du semblable. Ainsi l'animal
ne produit point un animal
de son espèce, sans le
sperme de son espèce.
XXVI.
L'action non interrompue
du sperme produit les organes
parfaits dans l'espèce multipliée.
XXVII.
Le sperme est le corps dans
lequel est cachée la semence:
elle y est nourrie de l'aliment
que lui prépare son corps,
@
de la Philosophie spagyrique. 27
tout le temps que son corps
dure & subsiste.
XXVIII.
La semence demeure, quoique
son corps soit corrompu,
& alors elle se nourrit d'aliments
de nature dissemblable,
c'est ce qui fait qu'elle dégénère,
& produit un mixte
dissemblable au premier.
XXIX.
Ainsi lorsque le sperme visible
est séparé du corps vivant,
ou qu'il est corrompu
par des agents externes la production
d'un mixte semblable
manque nécessairement.
@
28 Les Clefs
XXX.
Lorsque le sperme ou le
corps de la semence est corrompu,
il est changé en un
autre corps, & la semence de
même en une autre semence;
ce qui produit une génération
différente. Ainsi l'ivraie s'engendre
du froment.
XXXI.
Ainsi pour engendrer semblable
de semblable, il est
nécessaire de conserver le sperme
sans aucune corruption,
comme on voit que le grain
de froment se conserve, &
demeure sans altération de
son espèce attaché à la racine
de sa tige.
@
de la Philosophie spagyrique. 29
XXXII.
Le grain de blé lorsqu'il
rejette n'est pas corrompu en
la substance; mais altéré seulement,
& par cette altération
la semence est digérée,
& disposée à la génération du
blé.
XXXIII.
Les arcanes des Philosophes
sur les végétaux produisent
des effets admirables, comme
on voit par les exemples de
Palingénésie sur les roses &c.
& par l'arcane de l'aliment
qui conserve la vie & chasse
toute maladie.
@
30 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Calcination des Animaux
Aphorisme I.
Dans la Calcination la
forme vitale, soit de l'animal
ou du végétal ne peut
se conserver.
II.
Le Chimiste ne cherche
pas la forme, mais seulement
le sujet ou la matière qui contient
la forme, & qui est conservée
avec la puissance de recevoir
d'autres formes.
III.
Cette matière n'est
@
de la Philosophie spagyrique. 31
autre que l'humide radical avec son
feu ou sa chaleur naturelle,
lequel est le dernier aliment
de toutes les parties du mixte;
matière prochaine à la semence
& au sperme, & la
moyenne substance composée
de tous les éléments.
IV.
La pratique des Spagyristes
sur le sang, consiste dans la
séparation d'une substance
semblable au lait, d'un sel
volatil, d'une huile rouge,
d'un sel fixe; dans la purification
de toutes ces substances,
& dans leur réunion &
fixation.
@
32 Les Clefs
V.
Le secret animal est figuré
par un cercle fait de deux
serpents, l'un ailé, l'autre sans
ailes; qui signifient les deux
esprits, fixe & volatil, unis ensemble.
VI.
L'esprit volatil est l'esprit
du monde: Il est vert de sa
propre nature; père néanmoins
de toutes les couleurs,
& l'aliment de l'esprit fixe.
VII.
L'esprit volatil cru est venin;
mais lorsqu'il est cuit,
c'est une thériaque contre toute
maladie.
VIII.
@
de la Philosophie spagyrique. 33
VIII.
Chaque secret mène à la
perfection les mixtes de son
règne, & non pas les autres.
----------------------------
SECONDE
SECTION.
De la Putréfaction.
CHAPITRE
I.
De la Putréfaction en général.
Aphorisme I.
L A putréfaction est la purgation de l'humide
radical par la fermentation naturelle
& spontanée des principes
purs & homogènes, avec
les impurs & hétérogènes,
C
@
34 Les Clefs
l'aide des feux naturels & innés,
ou d'une chaleur externe
& contre nature.
II.
La terre pure fixe est cristalline
& facile à résoudre
en liqueur.
III.
L'impureté de la terre consiste
en deux terres; l'une est
noire & l'autre blanche.
IV.
L'une & l'autre terre empêche
les deux racines de se
toucher immédiatement, &
de s'unir parfaitement.
@
de la Philosophie spagyrique. 35
V.
La purification du mixte ne
se peut faire sans sa mort ou
putréfaction.
VI.
Les principes selon Aristote
doivent être simples, & selon
les Spagyristes, ils doivent être
purs & sensibles, c'est-à-
dire, dégagés de leur écorce
& hétérogénéités.
VII.
Tout corps mixte est immédiatement
composé d'humide
& de sec.
VIII.
Tout corps mixte se réduit
C ij
@
36 Les Clefs
en poussière, sans continuité,
à mesure qu'il perd son humide
radical.
IX.
Dans l'humide & le sec
sont contenus sel, soufre,
& mercure, aussi bien que les
quatre éléments.
X.
Dans ces trois principes les
qualités des quatre éléments
dominent différemment: dans
le sel la frigidité & siccité;
dans le Mercure la frigidité
& l'humidité; & dans le soufre
la chaleur & la siccité.
XI.
Cette domination de qualités
@
de la Philosophie spagyrique. 37
est aisée à découvrir par
les sens en l'extérieur des trois
principes: mais en leur intérieur
tous trois sont chauds &
secs.
XII.
Les principes ne peuvent se
séparer sans putréfaction.
XIII.
La putréfaction est principe
de génération de semblable
mixte: ce qui ne s'entend
point de la putréfaction intime
des principes, & de la
substance propre du composé:
mais de celle qui produit la
solution du sperme extérieur
qui liait & embrassait les
principes non de l'entière
C iij
@
38 Les Clefs
putréfaction mais de la
moyenne seulement.
XIV.
Que si le mixte était corrompu
dans sa substance intime,
il ne pourrait engendrer
un mixte semblable.
XV.
Les diverses espèces de mixte
dégénèrent réciproquement
l'une en l'autre, comme le
froment en ivraie: l'ivraie
en froment: ce qui arrive par
l'action des esprits célestes.
XVI.
L'esprit interne conserve le
mixte; & cet esprit est souvent
chassé de son siège par
@
de la Philosophie spagyrique. 39
un autre esprit de dehors plus
puissant que lui.
XVII.
Nul mixte ne peut arriver
à sa dernière perfection, sans
la mort accidentelle.
XVIII.
Quand le mixte est arrivé
à son entière perfection, il
n'a plus en soi de mouvement,
& les parties qui le composent
sont dans leur plus parfait repos.
Mais alors les esprits de
son magnétisme, libres de
tout obstacle, sont dans leur
action la plus vive, & ne souffrent
aucune interruption de
leur mouvement.
C iiij
@
40 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Putréfaction des Végétaux.
Aphorisme I.
L A putréfaction entière ou substantielle, est l'extinction
de la forme du mixte.
II.
La cause principale de cette
mort absolue n'est autre
que l'hétérogénéité, & la discordance
des éléments.
III.
Les éléments qui constituent
l'aliment du mixte, ne
sont pas toujours également
@
de la Philosophie spagyrique. 41
purs; la nature du mixte attire
confusément les purs &
les impurs que son aliment lui
fournit.
IV.
L'esprit du monde qui est
interne au mixte réside immédiatement
dans les éléments
purs, où par la force du magnétisme
particulier qu'il y
exerce, il repousse incessamment
les impurs, & s'il ne
peut les chasser, il se les assujettit,
& supprime leur énergie:
mais s'il vient à être
lui-même inférieur en puissance,
il cède à l'effort de ses
adversaires, il s'échappe, & le
mixte périt.
@
42 Les Clefs
V.
Le pur & l'impur se combattent
par l'opposition de
leurs qualités, qui, par la continuation
du combat, diminue
peu à peu.
VI.
Dans la putréfaction naturelle
le pur se dégage de ses
excréments, plus ou moins selon
la condition du lieu où la
putréfaction se fait.
VII.
La putréfaction qui se fait
par la nature seule & sans l'aide
de l'art, ne purifie jamais
parfaitement, parce que l'air
ouvert dans lequel elle se fait
@
de la Philosophie spagyrique. 43
y est un puissant obstacle.
Mais la putréfaction artificielle
qui se fait dans des vaisseaux
clos, purifie jusqu'à la
perfection.
VIII.
La purification artificielle
se fait par calcinations, lotions,
& distillations.
IX.
La calcination, séparation,
& putréfaction se trouvent
toujours ensemble, soit que
ce soit ouvrage de la nature
seule, ou opération de l'art.
X.
L'on sépare du vin après la
putréfaction diverses humidités,
@
44 Les Clefs
dont trois sont le corps,
l'esprit & l'âme du vin; la
quatrième est un phlegme
inutile.
XI.
L'Alchimie tue le mixte &
ensuite lui rend la vie.
XII.
Dans ce changement de la
mort à la vie, toutes les parties
essentielles sont perfectionnées;
& les excréments seuls
sont séparés: Ainsi les substances
propres & déterminées
à l'être spécifique des mixtes,
s'embrassent & se lient plus intimement.
Ainsi leur magnétisme
est d'autant plus puissant
& plus actif, que l'esprit du
@
de la Philosophie spagyrique. 45
monde qui traverse les pores
de ces substances élémentées,
y rayonne avec moins d'obstacle;
& par conséquent avec
plus de vitesse. Cette nouvelle
activité se peut appeler
avec raison, vie nouvelle ou
résurrection du mixte.
XIII.
Pendant que la forme sensible
du mixte est altérée,
quoique les premières parties
élémentées ne le soient pas en
même temps par les opérations
de l'art, il semble que le mixte
soit mort; mais il ne l'est
pas véritablement, parce que
les formes particulières qui résident
dans les premières élémentations,
ne sont pas détruites,
@
46 Les Clefs
& que tous les magnétismes
spécifiques qui en résultent
peuvent encore se réunir,
après la séparation des parties
dissemblables à leur nature,
& contribuer tous ensemble
avec plus de puissance à une
forme universelle & plus parfaite
que la première.
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Putréfaction des Animaux.
Aphorisme I.
L E Hylé n'est autre chose que le magnétisme qui
résulte de la composition, &
du mélange des premiers éléments,
& c'est le principe matériel
@
de la Philosophie spagyrique. 47
dont toutes les formes
sont composées; mais on excepte
les âmes raisonnables.
II.
On croit même que l'âme
raisonnable n'est attachée au
corps organisé que par le
moyen de cet Hylé.
III.
La nature ne peut unir ensemble
les extrêmes, sans les
altérer auparavant; mais Dieu
le peut, & ainsi l'âme raisonnable
ne reçoit pas l'altération.
IV.
Il y a trois natures dans
chaque mixte; & il en est de
@
48 Les Clefs
même du grand monde où
ces trois natures se rencontrent.
V.
En tout mixte l'esprit, l'âme,
& le corps ne sont qu'une
même chose en nature, & ne
sont éloignés entr'eux que par
le mélange des excréments.
VI.
Les excréments ne sont pas
moins composés des éléments
que la pure substance; mais
leur composition est différente,
& leur magnétisme dissemblable,
d'où dépend leur
hétérogénéité, & la discordance
réciproque de la pure
substance avec eux.
VII.
@
de la Philosophie spagyrique. 49
VII.
La force & la durée du
mixte consiste dans sa pureté,
& dépend de la séparation des
excréments.
VIII.
La séparation des excréments
se fait aux animaux
comme aux autres mixtes.
IX.
Entre les trois parties de
l'humide radical, la plus subtile
& la plus prompte à s'enflammer
est appelée âme.
X.
Cette âme n'est pas la dernière
perfection du corps organique
D
@
50 Les Clefs
ou le magnétisme spécifique
qui lui donne la vie;
mais seulement la principale
partie matérielle qui spécifie
& entretient cette perfection,
& cette âme vivifiante de la
machine organisée.
XI.
Le hylé entier du mixte,
ou le sujet du magnétisme
spécifique est le foyer de la
vitale.
XII.
L'âme végétante & l'âme
sensitive sont produites le cet
hylé; mais non pas l'âme raisonnable;
ainsi l'âme raisonnable
est immortelle, comme
les Païens eux-mêmes l'ont
cru.
@
de la Philosophie spagyrique. 51
----------------------------
SECTION
TROISIE'ME.
De la Solution.
CHAPITRE
I.
De la Solution en général.
Aphorisme I.
L A solution est la conversionde l'humide radical
fixe en un corps aqueux.
II.
La cause qui produit cette
solution est l'esprit volatil
qui est caché dans la première
eau.
III.
Quand cette eau a fait la solution
D ij
@
52 Les Clefs
parfaite du fixe, elle
est appelée fontaine de vie,
nature, Diane, nue & libre.
IV.
La nature, qui est le principe
de tous les mouvements
& action dans le mixte, est
immédiatement cachée dans
le sel fixe seul.
V.
On le dissout pour le dégager
de son épaisseur grossière,
& le rendre par ce
moyen capable de pénétrer.
VI.
L'eau est le lien de l'esprit
volatil.
@
de la Philosophie spagyrique. 53
VII.
L'eau superflue est rejetée
par les distillations, & l'on
n'en retient qu'autant qu'il en
est besoin pour rendre l'esprit
à sa terre.
VIII.
Par cette solution le sel pur
qui peut se résoudre, est séparé
d'une terre impure qui
ne peut être résolue par l'eau.
IX.
Après cette solution on fait
monter par la dissipation, les
deux racines ensemble en forme
d'eau pesante.
D iij
@
54 Les Clefs
X.
L'eau pesante est une moyenne
substance, dans laquelle
les deux teintures le corps &
l'âme, le corps & l'esprit, les
deux racines de la pierre des
Philosophes sont unies ensemble.
XI.
Après la distillation de l'eau
pesante suit la sublimation,
par une nouvelle conjonction
de cette eau pesante pure avec
le sel fixe pur.
@
de la Philosophie spagyrique. 55
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Solution des Végétaux.
Aphorisme I.
L A substance fixe qu'on doit dissoudre est cachée
dans les cendres, & la volatile
qui fait la solution est cachée
dans l'eau.
II.
La vertu générative est cachée
dans la substance fixe,
dont l'aliment est la substance
volatile.
III.
L'esprit volatil faisant la solution
du fixe par son abondance,
D iiij
@
56 Les Clefs
sépare en même temps
l'hétérogène.
IV.
Chaque mixte contient trois
substances, savoir, le corps,
l'esprit & l'âme.
V.
L'esprit ou la substance volatile
tire son origine de la
première nature constitutive
de tous les mixtes; & cet esprit
est de trois sortes de genres
par une domination d'éléments
différente dans chacun
des trois règnes.
VI.
L'esprit volatil est la plus
subtile partie du sel fixe &
@
de la Philosophie spagyrique. 57
réside dans l'eau ardente.
VII.
L'eau que l'on appelle ardente
ou brûlante est telle en
effet, & prend flamme si elle
est du règne végétal ou animal;
mais non pas celle du
règne minérale. Du moins
ces eaux minérales s'enflamment
rarement, quoiqu'on les
appelle également
eaux ardentes,
à cause qu'elles sont semblables
aux autres, par la
composition de leur substance.
VIII.
L'eau ardente d'Etain &
celle de plomb, prennent flamme,
non pas celles des autres
métaux.
@
58 Les Clefs
IX.
La vraie solution chimique
se fait par le seul esprit
de sel dissous en eau, & non
autrement.
X.
Le sel fixe est la cause de
la coagulation, & le volatil
est cause de la solution; parce
que la chaleur du sel fixe est
accompagnée de sécheresse,
& celle du volatil est humide.
XI.
Il n'y a rien au monde,
capable de faire la solution
qu'autant qu'il contient en soi
de l'esprit de sel, dissous par
l'humide, ou de l'esprit volatil.
@
de la Philosophie spagyrique. 59
XII.
La rosée, l'esprit de vin,
les eaux fortes, le vinaigre,
font solution, parce qu'ils contiennent
l'esprit volatil de sel,
qui est l'esprit du sel fixe dissout.
XIII.
L'esprit de sel dissous est
doué d'une vertu céleste dissolvante,
parce qu'il est subtil
& de même substance que
le sel fixe de chaque corps.
XIV.
L'esprit volatil se trouve,
non seulement dans les liqueurs
chaudes mais encore
dans les froides, comme est le
@
60 Les Clefs
vinaigre, le verjus, le jus de
citron, &c.
XV.
Dans les liqueurs chaudes
l'esprit volatil est susceptible
de flamme, parce qu'il consiste
dans la partie aérienne,
& ignée du sel.
XVI.
Dans les liqueurs froides
il n'est pas capable de s'enflammer,
parce qu'il consiste
dans la partie terrestre & aqueuse
du sel.
XVII.
La solution des végétaux
se fait par l'union du fixe &
du volatil, & par la continuation
@
de la Philosophie spagyrique. 61
d'une chaleur externe
très lente.
XVIII.
Les deux racines jointes ensemble,
deviennent eau par cette
solution; & cette eau est
le dernier aliment, & la seconde
substance des végétaux.
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Solution des Animaux.
Aphorisme I.
L Es deux racines ou spermes des éléments, qui
sont le fixe & le volatil sont
comme des boîtes dans lesquelles
sont enfermés les deux
esprits de chaque règne.
@
62 Les Clefs
II.
Dans le procédé spagyrique
sur l'animal, ces deux
spermes doivent être séparés,
purgés, & réunis ensemble.
III.
Mais en cet oeuvre il n'est
pas possible de conserver la
plus subtile partie de l'animal
vivant, laquelle contenait le
plus d'esprit animal.
IV.
La substance naturelle des
animaux perd même cette partie
plus subtile, aussitôt qu'elle
est séparée du corps vivant.
@
de la Philosophie spagyrique. 63
V.
Un animal semblable ne
peut naître du corps mort,
ni de la semence séparée de
l'animal; & cela, parce que
ce sperme très subtil s'est dissipé.
VI.
L'esprit animal est si subtil
qu'il ne peut être aperçu
par les sens, quoiqu'il soit la
cause de tous les mouvements
des animaux, & le sujet de
l'âme sensitive.
VII.
La solution animale se fait
des deux esprits ensemble, du
fixe & du volatil, comme aux
autres mixtes.
@
64 Les Clefs
VIII.
La séparation des esprits étant
faite, la forme individuelle
périt, & la même ne
revient plus quand les mêmes
esprits sont réunis.
IX.
Mais une meilleure forme
succède, quand le corps est
purifié & l'esprit multiplié.
X.
Dans les corps vivants,
tant sensitifs que végétaux,
l'Artiste ne recherche point
la forme; mais seulement le
corps pur, c'est-à-dire, l'humide
radical.
XI.
@
de la Philosophie spagyrique. 65
XI.
L'humide radical est le sujet
immédiat de toutes les formes,
divers en l'essence de
chacune, indifférent à toutes,
& composé de deux parties intégrantes,
l'une fixe & l'autre
volatile.
XII.
Ces parties viennent de l'assortissement
des éléments; elles
sont premières dans la composition
& dernières dans la résolution,
& de même essence
entre elles.
XIII.
De ses parties dépendent
toutes les vertus du mixte; &
E
@
66 Les Clefs
de toutes les autres choses qui
y sont mêlées, il ne tient que
l'empêchement de ses vertus.
XIV.
Dans l'oeuvre animal il faut
exactement déphlegmer la matière,
en sorte qu'aucun esprit
ne monte avec l'eau; car il
demeurerait toujours dissous
& inséparable de l'eau.
XV.
La déphlegmation étant achevée,
l'esprit monte ensuite
en forme sèche; puis par une
dissolution aussi sèche il dissout
sa terre.
XVI.
Si cet esprit volatil animal
@
de la Philosophie spagyrique. 67
est l'humide, il faut le cohober
souvent sur le fixe & le
déphlegmer toujours, tant
qu'il soit bien sec.
XVII.
Le seul humide aérien est
celui qui dissout son humide
terrestre, & le convertit en
air.
XVIII.
La pratique de l'oeuvre animal
sur la chair des animaux
est d'en faire la digestion,
la déphlegmation, une
triple infusion de nouveau
sang, la sublimation d'une
fleur de sel très pur, l'extraction
du sel fixe, la purification
des deux sels; la sublimation
E ij
@
68 Les Clefs
du sel fixe par son sel
volatil.
----------------------------
SECTION
QUATRIE'ME.
De la Distillation.
CHAPITRE
I.
De la Distillation en général.
Aphorisme I.
L A distillation est l'ascension ou descension de
l'humide radical pour le purifier.
II.
La nature purifie les exhalaisons
de la terre par une fréquente
distillation; puis elle
unit le volatil pur avec le fixe
@
de la Philosophie spagyrique. 69
pur, & par cette voie engendre
tous les mixtes.
III.
Les vapeurs qui s'exhalent
de la terre, de toutes les liqueurs
tirées des végétaux, ou
qui transpirent de tous les
corps animés, s'élèvent en l'air
sous les ailes des esprits qu'elles
renferment; elles se confondent
dans l'air même; puis
se rassemblent les unes avec
les autres par l'égalité de leur
magnétisme, & bientôt retombent
en pluie ou en rosée.
IV.
Les météores ne s'engendrent
que d'une subtile matière
que l'ébullition, & la décoction
E iij
@
70 Les Clefs
poussent & chassent avec
violence hors de la matière
fixe.
V.
Les météores ne peuvent
être des éléments purs; puisqu'ils
s'enflamment & se détruisent
eux-mêmes.
VI.
Rien ne se peut détruire
soi-même, tandis qu'il est puissant
& stable dans son être
propre; & rien n'est plus puissant
en sa nature dans cet univers
qu'un élément pur.
VII.
Ce qui se convertit en météores
n'est autre chose que la
@
de la Philosophie spagyrique. 71
partie spirituelle de l'humide
radical de tous les mixtes, laquelle
ne peut souffrir l'ébullition,
ni soutenir le choc des
particules d'un magnétisme opposé.
VIII.
Toute la substance de l'humide
radical ne se dissipe pas;
autrement les générations des
mixtes cesseraient.
IX.
Comme la matière spiritueuse
est différente selon les
diverses dominations des éléments;
ainsi les météores sont
différents par les différences de
cette même matière.
E iiij
@
72 Les Clefs
X.
Les météores ignés contiennent
le feu ou le soufre,
principe dominant plus ou
moins.
XI.
Si ce soufre principe ne
domine pas en un degré supérieur,
le magnétisme propre
de ces particules les réduit
en une substance glutineuse,
qui bientôt, par l'évaporation
de l'humide superflu, devient
susceptible de flamme.
XII.
La flamme est de plus ou
moins longue durée dans les
météores ignés selon la subtilité
@
de la Philosophie spagyrique. 73
ou la densité de la matière,
& à proportion de la
consistance de l'eau & de la
terre, comme on remarque
aux huiles, eaux, soufre,
nitres, & autres choses semblables.
XIII.
Les météores aériens contiennent
l'air plus ou moins
dominant.
XIV.
Cet air excité par le magnétisme
des autres principes
sort violemment hors de la
matière qui le contient, pousse
puissamment notre air commun,
ce qui produit les vents;
puis se convertit en eau, retombe
@
74 Les Clefs
sur la terre, ranime le
magnétisme des végétaux trop
secs, se cuit & s'intime avec
l'esprit fixe; & donne l'accroissement
aux végétations,
& la perfection aux générations
commencées.
XV.
Après les météores ignés,
il arrive de grands vents par
le choc violent que l'air reçoit
des esprits volatils. Il
arrive aussi souvent des maladies
épidémiques par les exhalaisons
corrompues, dont
l'air se trouve rempli, qui introduisent
dans les liqueurs
des animaux des magnétismes
ou des mouvements opposés à
ceux qui entretiennent leur
@
de la Philosophie spagyrique. 75
fluidité & leur équilibre, avec
les parties solides de la machine.
XVI.
La substance spiritueuse qui
s'élève du centre de la terre,
heurte les molécules de l'eau
qu'elle rencontre, & cause ainsi
des tempêtes sur la mer par
les différentes réfractions qu'elle
y souffre, de même qu'elle
produit les vents par le choc
de l'air.
XVII.
Cette substance spiritueuse
domine suivant l'accroissement
qu'elle reçoit aux phases de
la Lune, dont le tourbillon,
par rapport à la terre & à leurs
@
76 Les Clefs
illuminations réciproques, est
tantôt plus & tantôt moins
vif, plus ou moins capable
d'interrompre & repousser les
saillies de cet esprit qui fait
le magnétisme de la terre, & qui
la roule dans la vaste mer des
eaux raréfiées qui la soutiennent.
XVIII.
Ainsi l'humide radical des
mixtes a coutume de suivre
la Lune. Il est plus abondant
quand elle repousse avec plus
de force l'esprit central de la
terre, & qu'il trouve moins
d'issue vers la sphère lunaire.
XIX.
Le flux & reflux de la mer
@
de la Philosophie spagyrique. 77
suit ces aspects, qu'on appelle
les quartiers de la Lune, parce
qu'il est causé par cette substance
spiritueuse.
XX.
Le flux de la mer arrive,
lorsque cette substance spiritueuse,
cherchant à s'échapper
au travers des eaux, les bouffit,
pour ainsi dire; il dure
autant de temps que le magnétisme
de ces eaux grossières &
pesantes, balance l'effort de
cet esprit; mais il cesse aussitôt
que celui-ci s'est suffisamment
élargi & frayé des routes
plus aisées, & les eaux qui
refluent alors se rendent pour
quelque temps à leur niveau.
@
78 Les Clefs
XXI.
De-là vient que le flux
& le reflux se trouve dans l'Océan,
& n'arrive point dans
la Méditerranée; parce que
les eaux de l'Océan sont épaisses
ou grossières, & celles de
la Méditerranée plus subtiles,
& incapables de faire contrepoids
avec la substance spiritueuse.
XXII.
Les Rivières qui contiennent
beaucoup de cet esprit
volatil, & une eau grossière
sont agitées, comme l'Océan,
du flux & reflux.
@
de la Philosophie spagyrique. 79
XXIII.
Les Fontaines auxquelles on
remarque un flux & reflux ne
peuvent en avoir, à cause que
leurs eaux soient grossières,
puisqu'elles sont toutes fort
subtiles: mais bien à cause des
esprits volatils minéraux qui
bouillonnent sous la terre.
XXIV.
Telle est une Fontaine qui
se trouve entre les Monts Pyrénées,
qui a un flux & reflux
d'heure en heure, parce
que l'eau remplit les pores de
la terre, & ainsi empêche l'esprit
minéral de s'évaporer, lequel
s'aigrissant, pousse l'eau si
rudement hors de son canal,
@
80 Les Clefs
que dans une heure de temps,
elle est toute épuisée; puis
dans l'heure suivante le canal
se remplit d'eau nouvelle venant
de sa source & autres petits
ruisseaux, & ainsi le flux
& reflux se fait toujours réciproquement.
XXV.
Cela n'arrive pas en hiver,
parce que l'esprit minéral n'est
pas alors si abondant dans la
terre, ou parce qu'étant moins
excité par le soufre principe,
qui influe moins dans cette
saison, il se condense en
eau ou en fumée dans la terre,
& s'élève en moindre quantité
& avec moins d'effort.
XXVI.
@
de la Philosophie spagyrique. 81
XXVI.
On peut dire aussi que cet
esprit minéral est en plus petite
quantité, parce que les
pores de la terre étant fermés
& remplis d'air grossier, le soufre
élémentaire la pénètre
moins, pour se mêler avec
l'eau élémentaire, & composer
l'humide radical, qui engendre
tout, & augmente la quantité
des esprits minéraux.
XXVII.
Les animaux au contraire
contiennent en hiver plus de
substance spiritueuse, parce
qu'ils sont nourris sans empêchement,
& que leurs pores
étant plus fermés, les parties
F
@
82 Les Clefs
transpirables ne s'évaporent
pas si facilement, & ne peuvent
s'échapper, que lorsqu'elles
sont parvenues à une extrême
ténuité.
XXVIII.
Ainsi cette Fontaine des
Pyrénées n'est pas poussée en
hiver, ni agitée par la quantité
& l'impétuosité des esprits
métalliques.
XXIX.
Le lac de Genève est plutôt
agité dans un temps calme
& serein, que lorsque l'air est
troublé & couvert, parce que
dans le calme & la sérénité,
l'impression du poids de sa colonne
d'air est directe; & que
@
de la Philosophie spagyrique. 83
n'étant pas interceptée par les
vents ni les nuées, les eaux du
lac en sont plus fortement pressées,
& ne permettent pas une
issue également libre à l'esprit
central de la terre.
XXX.
Si lorsque cette substance
spiritueuse s'élève, elle est occupée
des esprits spécifiques
de différents animaux; il s'engendre
en l'air des animaux
de ces espèces, qui retombent
sur la terre avec l'eau des vapeurs
qui les avait élevés.
XXXI.
Les météores aqueux contiennent
l'eau dominante: ainsi
leur substance spiritueuse
F ij
@
84 Les Clefs
s'épaissit par le froid en eau,
grêle, neige, &c.
XXXII.
Les météores terrestres contiennent
la terre dominante
plus ou moins; ainsi lorsque
cette substance spiritueuse est
occupée par des esprits métalliques
ou pierreux, il s'engendre
en l'air des métaux & des
pierres, qui tombent ensuite
sur la terre.
XXXIII.
Ainsi l'on conçoit que la
nature élève cette substance
spiritueuse, pour la purifier &
l'unir ensuite à la matière fixe
pour produire toutes choses.
@
de la Philosophie spagyrique. 85
XXXIV.
Ainsi le Chimiste sépare
les deux racines du mixte, les
purifie, les unit de nouveau
pour en composer son arcane.
XXXV.
Le caractère qui signifie la
distillation, est celui du Lion
céleste

(*1) & l'eau distillée des
Philosophes est aussi appelée
Lion; les deux cercles inférieurs
signifient les deux esprits,
& le cercle supérieur
qui unit les deux autres, signifie
l'eau, dans laquelle le
soleil chimique est exalté par
plusieurs distillations, de même
que le Soleil céleste est exalté
dans le signe du Lion céleste.
F iij
Note du traducteur :
Note *1: Ce signe est imprimé ainsi dans l'original,
c'est-à-dire à l'envers.
@
86 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Distillation du Végétal.
Aphorisme I.
L A distillation des végétaux est la purification
de leur humide radical dissout.
II.
Cette distillation se fait,
tant par le froid que par la
chaleur; le froid resserre le
corps, & ainsi la chaleur se
rassemble au centre & s'augmente;
puis s'échappe & emporte
avec soi les plus subtiles
parties de la matière. Alors
l'eau ayant perdu son esprit
@
de la Philosophie spagyrique. 87
chaud se congèle.
III.
Cela arrive au vin & aux
autres sucs des végétaux, &
si l'on en conserve les esprits
par un alambic, on les aura
distillés par le froid dans le
récipient.
IV.
Par cette évasion des esprits
causée par le froid, les plantes
meurent dans l'hiver.
V.
Lorsqu'après la putréfaction
la substance fixe est dissoute,
l'une & l'autre racine devenue
volatile, monte par la distillation.
F iiij
@
88 Les Clefs
VI.
Il faut dans la distillation
que la chaleur soit fort modérée,
autrement les esprits s'élèvent
trop abondamment, avec
précipitation & cassent
le vaisseau.
VII.
Par cette opération les deux
racines sont exactement purifiées,
& deviennent une même
substance aqueuse inséparables,
permanente, & qui,
selon les Philosophes, est susceptible
de flamme; mais inextinguible
ou incombustible.
VIII.
De-là, sont inventées les
@
de la Philosophie spagyrique. 89
lampes qui brûlent toujours,
sans consumer l'huile. Telle
était celle qu'on trouva dans
le tombeau de Tullia fille de
Cicéron, & qui n'était pas
encore éteinte depuis près de
deux mille ans qu'elle brûlait;
lorsqu'on la découvrit sous le
Pontificat de Paul troisième,
qui vivait dans le seizième siècle
de l'Ere Chrétienne. Telle
était encore celle dont il est
rapporté dans l'histoire de Padoue,
qu'on la trouva encore
brûlante avec cette inscription
latine, autour du vase de terre,
qui servait de lampe dans
un tombeau très ancien.
Plutoni sacrum munus ne attingite fures.
@
90 Les Clefs
Ignotum est vobis hoc quod in orbe latet. Namque elementa gravi claudit digesta labore. Vate sub hoc modico Maximus Olibius. Adsit foecundo custos sibi copia cornu. Ne pretium tanti dispereat laticis.
IX.
Le secret de lampe incombustible
se peut tirer de tout
animal & végétal; mais particulièrement
du vin, parce
qu'il contient plus des deux
racines que tout autre mixte.
X.
Cette eau distillée & faite
@
de la Philosophie spagyrique. 91
des deux racines est l'humide radical,
dans lequel la chaleur naturelle
est fixe & permanente.
XI.
Ainsi cette eau est un aliment
très propre à conserver la vie.
XII.
Tout ce qui est animé tire
sa vie de l'humide radical le
plus général; les plantes attirent
cet humide du suc de
la terre, & les animaux le tirent
du suc des plantes.
XIII.
Cet humide très général est
une matière spiritueuse composée
des éléments qui se sont
unis & assemblés dans le sein
@
92 Les Clefs
de la terre, & qui sont imprégnés
de l'esprit volatil.
XIV.
Cette composition des éléments
reçoit des impressions du
Soleil, & des autres influences
astrales, la puissance de
son magnétisme.
XV.
Cet esprit céleste se lie à cet
humide radical, & y demeure
d'autant plus aisément qu'ils
approchent fort de la nature
l'un de l'autre.
XVI.
L'humide radical n'est autre
chose que l'aliment très
pur & immédiat, préparé par
@
de la Philosophie spagyrique. 93
la coction, & non pas l'aliment
éloigné & impur.
XVII.
La chaleur naturelle & spécifique,
tant du végétal que
de l'animal, est incessamment
occupée à faire cette purification,
& à produire, comme
par degrés dans les substances
des aliments une uniformité de
parties, & une consonance de
magnétisme & d'action, qui
les rende propres à être le
baume nourricier, & l'aliment
intime de tous les filets nerveux
& vésiculaires de la machine:
c'est pour cet effet que
la nature a disposé tant de réservoirs
& de canaux successifs,
dans lesquels les sucs alimentaires
@
94 Les Clefs
reçoivent une élaboration
continuelle & de nouvelles
dépurations, jusqu'à ce
qu'ils aient acquis une homogénéité
qui ne résiste plus à l'action
du feu vital de l'individu.
XVIII.
Mais quelque prévoyance
que la nature ait eue dans la
mécanique des tuyaux & des
filtres du corps organisé; l'agilité
& la vivacité du feu,
qui possède toute sa force actuelle,
ne peuvent si exactement
démêler le cahos des liqueurs
destinées à servir d'aliment,
ni les amener à une
dépuration si parfaite, qu'il n'y
reste toujours des parties étrangères,
qui échappent par leur
@
de la Philosophie spagyrique. 95
densité & leur masse à la pénétration
des esprits, & des levains
qui produisent les digestions.
XIX.
La trop grande quantité d'aliments,
l'abondance des parties
incapables de digestion,
& la faiblesse de la chaleur
naturelle, rendent également
les liqueurs impures, & donnent
lieu aux crudités qui
s'augmentent tous les jours,
& interrompent de plus en
plus le magnétisme spécifique;
ce qui cause enfin la destruction
du composé.
XX.
Le Spagyriste sépare les éléments
du mixte de tout ce qui
@
96 Les Clefs
leur est opposé & hétérogène,
il introduit une parfaite union
entre les principes, & compose
une substance permanente
& astrale ou céleste; c'est-à-
dire, dont le magnétisme est
dans le plus haut degré d'exaltation,
auquel il puisse être
amené; parce que les parties
de son sujet se touchent
très immédiatement, & s'embrassent
très intimement par
la proportion & la convenance
de leurs natures.
XXI.
Cette substance céleste en
pureté est l'or Physique dans
chaque règne, parce que la
pure essence de l'or est au même
point de perfection dans le
sien
@
de la Philosophie spagyrique. 97
& que l'art ne peut la porter
au delà.
XXII.
Pour tirer la pure essence
de l'or, il faut le dissoudre
dans l'eau hyléale qui est de
même nature avec lui; on doit
cuire ces deux natures homogènes
jusqu'à la consistance
de sucre très blanc, puis très
rouge, qui se peut fondre dans
toute sorte de liqueur & se
confondre, & digérer en la
substance du chyle par la chaleur
de notre estomac.
XXIII.
Cette pure essence d'or conserve
notre humide radical,
l'augmente & le répare. Elle
G
@
98 Les Clefs
le conserve, parce que ses élémentations
ne lui sont point
contraires, quoiqu'elles soient
plus fortes, qu'elles ne sont
plus fortes, que parce qu'elles
sont plus pures, & que leur
pureté rend leur magnétisme
plus puissant, moins susceptible
des impressions d'un magnétisme
dissemblable au contraire,
& capable par conséquent
d'éloigner de cet humide
les esprits, qui pourraient
le corrompre & le résoudre.
Elle l'augmente & le
répare, parce que la chaleur
tempérée qu'elle insinue jusque
dans les plus petites fibres,
est analogue à celle du
suc nourricier, & la plus propre
pour communiquer la coction
@
de la Philosophie spagyrique. 99
aux liqueurs dans tous
les canaux de la machine animale.
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Distillation de l'Animal.
Aphorisme 1.
L E secret des animaux conserve & répare l'animal,
parce qu'il lui tient lieu
d'aliment & qu'il sert de levain
aux liqueurs, pour les
convertir en aliment immédiat.
II.
Il doit donc être très pur
& très subtil, afin qu'il puisse
pénétrer jusqu'aux moindres
G ij
@
100 Les Clefs
parties de l'animal pour
les nourrir.
III.
Il se fait par la même méthode
que les autres élixirs;
on sépare les deux racines, on
les purifie par sept distillations,
on les réunit selon les poids
qui conviennent à ce règne;
elles deviennent ensemble une
eau permanente, qui doit être
encore purifiée sept fois,
ou jusques à une parfaite assimilation,
& une intime union
des substances, qui sont entrées
dans la composition de
cet élixir.
IV.
Les deux racines doivent
@
de la Philosophie spagyrique. 101
être exactement purifiées avant
que d'être réunies; parce
que le volatil fomente &
nourrit la racine fixe, & ainsi
lui doit être uni immédiatement.
V.
La nature purifie de même
les liqueurs, en les faisant circuler
dans différents canaux;
dont les uns aboutissent à des
tuyaux, qui servent à séparer
les substances impures, & incapables
de se convertir en
aliment par la chaleur naturelle;
les autres s'abouchent
à des couloirs propres à filtrer
la plus pure substance qui
doit se changer en la nature
du mixte alimenté.
G iij
@
102 Les Clefs
VI.
Les esprits sont très libres
dans leur action, & produisent
des effets que nous admirons,
quand ils sont dans
un aliment pur & subtil.
VII.
A proportion, que les esprits
rayonnent avec moins d'obstacles,
tous les ressorts de la
machine sont plus flexibles,
& les successions de leurs mouvements
plus promptes. De-là
vient que l'on conçoit avec
plus de netteté, que l'on juge
avec plus de justesse, que la
mémoire est plus pressante,
que les sensations sont plus
vives, les organes plus délicats
@
de la Philosophie spagyrique. 103
& plus animés.
VIII.
Toutes les sensations, au
contraire, & les fonctions
tant du corps que de l'esprit,
sont troublées lorsque des vapeurs
impures interrompent les
mouvements des esprits, & les
alternations des ressorts, comme
il arrive dans l'ivresse,
& dans les accès de la passion
hystérique aux femmes.
IX.
C'est pour cette raison que
le Chimiste purifie les deux
racines qu'il dissout ensuite
le fixe par le volatil par plusieurs
imbibitions ou arrosements,
qu'enfin il les unit &
G iiij
@
104 Les Clefs
compose l'humide radical pur
de l'animal.
X.
Ce système de la purification
chimique est signifié dans
les Poètes par la fable de Ganimède,
de l'Aigle, du Nectar
& des Dieux.
@
de la Philosophie spagyrique. 105
----------------------------
CINQUIE'ME
SECTION.
De la Sublimation
CHAPITRE
I.
De la Sublimation en général.
Aphorisme I.
L 'humide radical de chaque mixte naturel, devient
par la sublimation chimique
un sel blanc, comme
la neige, & qui se peut fondre
très aisément.
II.
Il est impossible que la racine
fixe se sublime d'elle-même,
@
106 Les Clefs
par quelque violence de
feu que ce soit, jusques à ce
que la racine volatile l'ait dégagée
de toute la féculence
terrestre, qui n'est point de la
nature du sel central & radical
de ce mixte.
III.
Cet excrément terrestre peut
recevoir une dépuration par
la liquidation, ou la fusion,
& conversion en verre; comme
on voit arriver dans les
creusets des verriers, lorsque
le feu occupe exactement toutes
les porosités de la terre,
& qu'étant devenue aussi sèche
que lui, elle en reçoit le
mouvement de liquide, qu'elle
perd sitôt que les esprits
@
de la Philosophie spagyrique. 107
ignés viennent à s'échapper;
mais elle demeure diaphane
par la rectitude de ses pores,
qui permettent toujours une
issue libre aux esprits de la
lumière, parce qu'ils sont de
la nature de ceux dont ils
tiennent leur figure & leur
position.
IV.
On peut croire que la terre
que nous habitons recevra
la même dépuration par le
feu du dernier embrasement;
que tous ses esprits, tant fixes
que volatils lui seront ôtés,
seront fixés ensemble, & unis
à d'autres parties principales
de l'Univers.
@
108 Les Clefs
V.
Cela étant supposé, les
corps célestes & ceux des
bienheureux, & les éléments
du grand monde, pourront recevoir
chacun une portion de
ces esprits, par lesquels ils auront
beaucoup plus de splendeur
qu'à présent.
VI.
Alors toutes les altérations
& les vicissitudes de corruptions
& générations doivent
cesser dans la nature; & toutes
les formes de l'univers demeureront
éternellement dans
leur existence; parce que les
mouvements & les altérations
ordinaires dans le système du
@
de la Philosophie spagyrique. 109
monde ne tendent qu'à la fixation
des esprits, ne subsistent
& ne s'entretiennent que
par les volatils, de sorte que
rien ne changera plus sitôt
qu'ils auront acquis cette fixité.
VII.
Les corps mixtes approchent
d'autant plus de la splendeur,
& de la vertu des corps célestes
que les principes matériels
de leur composition sont
plus purs & plus homogènes,
comme les pierres précieuses,
les vers qui reluisent de nuit
& les phosphores des Philosophes.
@
110 Les Clefs
VIII.
Tout ce qui vient du Ciel
à l'heure de la génération du
mixte se découvre aussi dans
la résolution de ce mixte.
IX.
D'où l'on peut raisonnablement
conclure par ces paroles
du Grand Hermès, ce qui est
dessus est comme ce qui est
dessous, & ce qui est en bas
est comme ce qui est en haut.
Ainsi la matière des Cieux ne
diffère des corps sublunaires
qu'en pureté seulement, & non
pas en substance.
X.
Le Soleil est formé de la
@
de la Philosophie spagyrique. 111
plus pure partie de la matière
première, dans laquelle la terre
& le feu dominent.
XI.
Les astres Planétaires & le
Globe que nous habitons, sont
composés de parties plus grossières
& plus impures, dans
lesquelles l'élément de l'eau
tient le premier lieu avec la
terre; l'air & le feu y sont en
très petite quantité; ce qui
fait que ces astres ne sont ni
transparents ni lumineux d'eux-
mêmes; mais que par leur
opacité, ils réfléchissent les
rayons de la lumière du plus
pur astre.
@
112 Les Clefs
XII.
L'eau & l'air dominent dans
les espaces des Globes célestes,
de sorte qu'ils n'empêchent
pas la matière ignée du Soleil
de passer entre leurs Globules,
& de transmettre sa lumière
jusqu'aux extrémités de sa plus
grande sphère, que Copernic
a appelée le grand Tourbillon.
XIII.
La matière des corps sublunaires,
est autant incorruptible
de sa nature, & en sa substance
que celle du Ciel; mais
l'une & l'autre est également
corruptible par accident; c'est-
à-dire, en tant qu'elles entrent
dans
@
de la Philosophie spagyrique. 113
dans la composition des corps
corruptibles, dont elles peuvent
ensuite se dégager par la
résolution du mixte.
XIV.
Les esprits volatils du Ciel
ont une entrée facile dans la
matière onctueuse fixe des
corps sublunaires, avec laquelle
ils se fixent aisément dans
la composition du mixte, parce
qu'ils sont de même substance
qu'elle.
XV.
Le Ciel comme tous les
corps sublunaires est fait de
l'abîme, ou de la matière première
de toutes choses; mais
seulement de la plus subtile
H
@
114 Les Clefs
partie le Ciel a été fait,
& c'est à cause de la ténuité de
sa matière, que le nom de lumière
lui est attribué.
XVI.
L'abîme est la matière première
de toutes choses, qui contient
le Ciel & la Terre, les astres
lumineux & les planètes:
ainsi Dieu a séparé la lumière
d'avec les ténèbres.
XVII.
Tout ce qui est de la nature
des ténèbres tend à se réunir
avec les ténèbres, & à se
précipiter vers la terre, & tout
ce qui est de la nature de la
lumière s'élève naturellement
vers la lumière.
@
de la Philosophie spagyrique. 115
XVIII.
L'Artiste sépare de même
le subtil de l'épais, & le céleste
du terrestre; aussi la plus
subtile partie du mixte qui est
l'objet de nos considérations,
lorsqu'elle est élevée en haut,
est toujours luisante; ce qui
fait connaître que la chimie
n'a en vue dans ses sublimations,
que de séparer la lumière
des ténèbres.
XIX.
Cette substance est figurée
par la fable d'Antée & d'Hercule;
le mercure ne pouvant
être vaincu que par plusieurs
sublimations qui l'enlèvent
en l'air, comme Antée fut enlevé
H ij
@
116 Les Clefs
par Hercule.
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Sublimation des Végétaux.
Aphorisme I.
L A racine fixe étant bien purifiée se laisse sublimer
par la force de la racine volatile,
parce qu'elle est vaincue
par la force de celle-ci.
II.
Les végétaux contiennent
la racine volatile en abondance:
ils l'attirent immédiatement
de la terre, & les animaux
ne l'attirent que des
plantes.
@
de la Philosophie spagyrique. 117
III.
La conversion du fixe en
volatil se fait par la conjonction
des deux ensemble, par
la digestion en une chaleur externe
très douce, par la sublimation
à un feu plus fort;
par la répétition d'infusion,
de digestion & de sublimation,
jusqu'à ce que tout monte.
IV.
Pendant que cette conversion
se fait, toutes les couleurs
paraissent selon les différents
points de pénétration du fixe,
par le volatil & les degrés
de coction, dont les couleurs
sont autant de signes.
H iij
@
118 Les Clefs
V.
Le même changement des
couleurs arrive dans la multiplication
de la pierre des Philosophes,
lorsqu'elle est parfaite
& accomplie; parce qu'on la
réincrude tout de nouveau pour
la décuire, elle meurt autant de
fois qu'on la dissout, elle est ressuscitée
autant de fois qu'on la
fixe par la coction.
VI.
Lorsque l'union parfaite vient
à être accomplie la couleur
blanche paraît; puis en continuant
la coction vient la couleur
citrine; & alors on peut augmenter
le feu sans danger, pour
exalter & sublimer cette couleur
jusqu'au rouge parfait.
@
de la Philosophie spagyrique. 119
VII.
Le mercure cru ou volatil
est la cause principale de
la subtilité de la fusion, & par
conséquent de la pénétration
que la pierre acquiert.
VIII.
C'est par la seule sublimation
Philosophique & non autrement,
que la pierre acquiert
une suffisante quantité
de mercure cru; & ainsi la
pierre ne peut arriver à la
perfection que par la sublimation.
IX.
Par la bonne & parfaite coagulation
qui dépend de la sublimation,
H iiij
@
120 Les Clefs
la pierre ou l'élixir
acquiert sa dernière perfection;
c'est aussi à cette sublimation
que tendent toutes
les autres opérations, & par
elle qu'elles se terminent.
X.
Ce merveilleux sublimé est
le soufre naturel & central,
& la fleur de tout mixte; c'est-
à-dire, la plus pure & la plus subtile
partie, la semence intime
dégagée & élevée du centre
des impuretés.
XI.
La nature sublime aussi les
fleurs au Printemps, hors du
centre des végétaux à la superficie;
& c'est la plus subtile
@
de la Philosophie spagyrique. 121
partie de leur aliment
qu'elle digère ensuite jusqu'à
la perfection des fruits doux &
meurs.
XII.
Les mixtes de chaque règne
poussent leurs fleurs, ou
soufre central; l'homme sa
semence, le nitre, sa laine ou
son coton, qui est très semblable
au vrai soufre caché
par la nature; l'or son azur,
& ainsi des autres corps.
XIII.
La sublimation qui se fait
par la nature, & celle que l'art
produit, tendent à la même
fin, qui dans l'une & dans l'autre
(produit) les fruits & la semence.
@
122 Les Clefs
XIV.
L'art joint les deux racines
purifiées du mixte, pour en
faire une même & unique substance
volatile, il sublime cette
unique substance, tant qu'elle
soit en sel semblable au
talc, & on doit ensuite la garder
soigneusement.
XV.
Ce soufre ou sublimé sans
autre perfection est merveilleux
pour la santé du corps
humain, & pour la végétation
des plantes, qu'il fait germer,
fleurir, & fructifier quatre
fois l'année.
@
de la Philosophie spagyrique. 123
XVI.
Ce soufre augmente si
puissamment la chaleur naturelle
de la plante qui en est
arrosée, qu'elle attire sans cesse
son aliment de la terre,
tant pour la nourriture que
pour la production des semences.
XVII.
Cette semence est toujours
enveloppée d'un sperme qui
est la chair, & la substance
du fruit que la nature destine
à servir d'aliment prochain
aux esprits spécifiques de la semence,
jusqu'à ce qu'ils en
aient formé un individu capable
d'attirer les sucs de la
@
124 Les Clefs
terre, & de les convertir en
aliment.
XVIII.
Les plantes deviennent stériles
par le défaut de chaleur
naturelle, car il s'ensuit de ce
défaut celui d'aliment, de semence,
& de fruit.
XIX.
Les plantes qui abondent
en chaleur naturelle ne quittent
point leurs feuilles; elles
sont toujours verdoyantes,
germent & fructifient en leurs
temps, naturellement mêmes
quatre fois l'année dans quelques
régions.
@
de la Philosophie spagyrique. 125
XX.
Les animaux engendrent
en toute saison, parce qu'ils
prennent librement leur nourriture;
& cela parce que leur
chaleur naturelle ne diminue
point par l'éloignement du Soleil;
mais qu'elle augmente
plutôt en hiver par la constriction
des pores.
XXI.
L'art peut augmenter la
chaleur naturelle des plantes,
par l'élixir dissous dans l'eau
tiède pour en arroser souvent
les racines de ces plantes.
@
126 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Sublimation des Animaux.
Aphorisme I.
L 'Elixir de la nature de même que celui de l'art
a besoin de sublimation; le
minéral produit son soufre,
le végétal sa fleur, & l'animal
sa semence.
II.
La semence naturelle de
l'animal a la vertu d'engendrer;
ce que ne peut l'élixir
chimique de l'animal, à moins
qu'il ne soit rendu aliment
par rétrogradation, & que
@
de la Philosophie spagyrique. 127
de cet aliment la nature ne
forme la semence naturelle.
III.
La semence ou le soufre
chimique d'animal, quoi qu'il
fût très commodément introduit
dans la matrice n'engendrerait
pas; mais apporterait
seulement un réchauffement
comme ferait une autre chaleur
externe, & s'échapperait
aisément de-là, comme une
chose étrangère & incommode
à la nature.
IV.
L'animal semblable ne peut
être engendré, ni de la semence
chimique, ni de la semence
naturelle hors de l'animal,
@
128 Les Clefs
& il ne peut se produire
des parties séparées du
corps de l'animal; parce que
l'esprit vital, qui est l'auteur
des générations, ne peut être
retenu par aucun artifice,
quand les parties sont séparées
du tout, & que le magnétisme
général ne subsiste
plus pour le retenir, ou le réparer
à tout moment.
V.
L'esprit prolifique des animaux
diffère beaucoup de l'esprit
nutritif; car l'esprit génératif
s'échappe à la mort de
l'animal, & ne peut être retenu,
parce qu'il est entièrement
volatil; mais le nutritif
demeure dans la chair & le
sang
@
de la Philosophie spagyrique. 129
sang après la mort, parce qu'il
est aqueux & aérien.
VI.
Quand l'esprit nutritif est
échappé de la substance de
l'animal, il se mêle dans l'air
avec l'esprit du monde, &
conserve son caractère, jusqu'à
ce qu'il produise ou végète
des corps animés imparfaits,
en se joignant à la matière
fixe spécifique de ces espèces,
laquelle il vivifie lorsqu'il
vient à la rencontrer.
VII.
L'esprit prolifique ne peut
être retenu ni se joindre avec
l'esprit du monde, parce qu'il
est plus subtil que l'âme du
I
@
130 Les Clefs
monde, & que la matière
propre du Ciel & du Soleil
même.
VIII.
D'où il s'ensuit que le sperme
génératif des animaux parfaits
n'est d'ailleurs actuellement
& de fait, que dans de semblables
animaux, & non pas
dans l'âme du monde si ce
n'est en puissance éloignée;
c'est-à-dire, que l'esprit du
monde contenu dans la semence
des animaux, ou plutôt
dans le corps ou la matière
spermatique de cette semence,
est le sujet duquel
les esprits de l'animal peuvent
produire l'âme sensitive.
@
de la Philosophie spagyrique. 131
IX.
Dans l'âme du monde est
contenu l'esprit génératif de
toutes les autres âmes; lequel
vient des astres & opère avec
les esprits spécifiques de tous
les corps mixtes à la génération.
X.
D'où il s'ensuit que le soleil
& l'homme n'engendrent
point l'homme, ni le soleil &
le lion n'engendrent point le
lion; mais que le soleil & la
plante engendrent la plante.
XI.
L'esprit végétal tant nutritif
que prolifique ne s'échappe
I ij
@
132 Les Clefs
pas par la mort de la plante,
parce qu'il est aqueux & aérien,
& retenu par la vertu
de l'eau.
XII.
Ainsi une semblable plante
peut venir de la semence séparée
de la plante, des parties
mêmes coupées de la plante;
l'élixir chimique de la
plante peut aussi reproduire la
même plante.
XIII.
Paracelse & Avicenne ont
avancé sans un juste fondement,
que l'homme puisse être
engendré hors de l'homme
par sa semence; & que le
genre humain puisse être réparé
@
de la Philosophie spagyrique. 133
par l'action seule du soleil
sur la boue.
XIV.
L'élixir animal n'est autre
chose qu'un aliment fixé, en
sorte qu'il ne puisse se dissiper
par la chaleur naturelle, comme
l'aliment ordinaire qui a
toujours besoin d'être réparé.
XV.
L'élixir animal est fixe, parce
que la racine volatile est
convertie en terre; & cela
est arrivé, parce que la terre
a été auparavant dissoute en
substance volatile aqueuse
& aérienne.
I iiij
@
134 Les Clefs
XVI.
La vie n'est autre chose que
la quintessence des aliments
dans un corps élémentaire animé.
XVII.
Plus cette quintessence est
fixe, & moins elle a besoin
d'être souvent réparée.
XVIII.
La quintessence chimique
se tire des aliments, elle est
rendue très pure & très fixe;
ce qui fait qu'elle conserve &
répare mieux la vie que l'aliment
naturel.
@
de la Philosophie spagyrique. 135
XIX.
En tout élixir la sublimation
est nécessaire, parce que
c'est la dernière purification,
sans laquelle les principes ne
peuvent s'entre toucher immédiatement,
& par conséquent
l'union ne peut être parfaite.
XX.
L'air & le feu sont les principaux
soutiens de la vie, &
ainsi lorsqu'ils sont très raréfiés
& fugitifs, ils ne peuvent
donner à la vie qu'une détermination
très courte, & qu'un
aliment très passager.
XXI.
L'élixir est capable de résister
I iiij
@
136 Les Clefs
puissamment à la violence
de tout feu, c'est pourquoi
il préserve l'animal de
toutes les impressions des levains
ordinaires des maladies,
était pris en manière d'aliment.
XXII.
La sublimation de l'élixir
animal se fait pour trois raisons,
la première pour convertir
le fixe en volatil, la seconde
pour changer le volatil
en fixe, la troisième pour purifier
entièrement l'un & l'autre
par sept distillations.
XXIII.
Il en est de même de tous
les autres élixirs aux divers
@
de la Philosophie spagyrique. 137
genres de mixte.
XXIV.
L'élixir pur & parfait produit
des effets surprenants, de
même que l'âme raisonnable
si elle était dépouillée de son
corps, ou plutôt lorsque
dans son corps elle se sert d'esprits
subtils très purs & très
actifs.
XXV.
Cela arrive tant à l'âme folle
& affligée, comme lors qu'elle
est saisie de manie, qu'à
celle qui est saine & sage,
comme dans ceux qui se promènent
en dormant.
@
138 Les Clefs
XXVI.
Les esprits de ces promeneurs
nocturnes acquièrent
dans le sommeil plus de chaleur
& de pureté, de manière
que leurs actions sont souvent
plus fortes; ces personnes-là
même pendant le jour
font paraître plus d'esprit, &
sont plus prompts, plus légers
& de moindre repos que les
autres, à cause de la pureté
& de l'activité de leurs esprits.
@
de la Philosophie spagyrique. 139
----------------------------
SECTION
SIXIE'ME.
De l'Union.
CHAPITRE
I.
De l'Union en général.
Aphorisme I.
L 'Union & la fixation n'est qu'une même chose, une
seule opération, dans le même
vaisseau, le même fourneau
& le même feu.
II.
C'est dans cette seule opération,
que se fait l'intime &
inséparable mixtion des principes;
que leurs qualités se
tempèrent & se lient réciproquement,
@
140 Les Clefs
jusqu'à ce qu'elles
entrent dans une paix & une
concorde parfaites; qu'enfin
le magnétisme est semblable
& uniforme dans toute la substance
du composé.
III.
De là vient que l'on appelle
cette opération la réconciliation
des principes contraires,
la conversion des éléments,
la régénération du
mixte, & la manifestation de
clarté & d'efficace; ou la
vraie & parfaite sublimation
du centre à la circonférence,
le mariage du Ciel & de la
terre, & la couche nuptiale
du Soleil & de la Lune, de
Béya & de Gabertin, d'où
@
de la Philosophie spagyrique. 141
doit sortir l'Enfant Royal des
Philosophes. Dans cette opération
la même matière du
mixte qui était auparavant
demeure, & les deux racines
subsistent: mais non pas la
même union en nombre, ni
la même forme particulière à
l'une & à l'autre racine, ni
leurs mêmes qualités: toutes
ces choses diffèrent en nombre,
& ont acquis un point
de consonance & d'homogénéité,
qui les rend plus parfaites
qu'auparavant, par la
multiplication de leur puissance
magnétique.
V.(sic)
Il est impossible par les Lois
de la nature que deux ou plusieurs
@
142 Les Clefs
formes subordonnées
occupent la même matière en
même temps.
VI.
Ainsi le Diable ne peut
ajouter la forme ou l'âme d'un
loup ou d'un autre animal à
la forme ou âme de l'homme
dans le corps humain.
VII.
Il peut encore moins ôter
la forme de l'homme pour en
remettre une autre en la place,
ou lui redonner même
celle qui est une fois sortie.
VIII.
Il n'y a que Dieu seul qui
puisse renverser l'ordre qu'il
@
de la Philosophie spagyrique. 143
a établi dans la nature.
IX.
Ce que la nature ne peut
faire, l'Esprit malin ne le peut
pas, puisqu'il n'est qu'une
créature.
X.
Si le Diable pouvait faire
la transmutation & le changement
des formes de corps en
corps, il renverserait tout l'ordre
de la nature au mépris
de Dieu, & à la ruine des
hommes.
XI.
Le Diable peut tromper
l'homme par illusion en cinq
manières. 1. En supposant des
@
144 Les Clefs
choses réelles transportées
d'ailleurs. 2. En formant en
l'air l'image des choses réelles.
3. En formant telle ou
telle image dans l'imagination
& dans les yeux, comme il
arrive naturellement aux Frénétiques
& aux gens ivres. 4.
En donnant quelque maladie
mélancolique. 5. En faisant
lui-même les choses, & faisant
dormir l'homme qu'il
trompe, tandis qu'il occupe
son imagination de choses propres
à celles qu'il opère.
XII.
Dans la lycanthropie le Diable
amuse l'imagination de
l'homme absent par des songes
qu'il lui procure; ou s'il est
présent
@
de la Philosophie spagyrique. 145
présent il le revêt d'un corps
aérien conforme aux spectres
qu'il veut montrer, ou bien
le couvre de peaux bien ajustées.
XIII.
L'homme travesti de la sorte
travaille au-dessus de ses
forces ordinaires, parce que
le Diable emploie la force de
cet homme & la presse très
fort, comme il arrive aux personnes
qui sont possédées.
XIV.
De-là vient que ces personnes
après ces travaux demeurent
toutes énervées & à demi
mortes, parce que leurs
forces sont très diminuées par
K
@
146 Les Clefs
la violence des mouvements
qu'elles ont fait.
XV.
La métempsycose des Académiciens
n'est point une saillie
de l'âme par laquelle nous
vivions dans un autre corps,
mais seulement la conversion
d'un élixir en l'autre.
XVI.
L'humide radical cru d'un
mixte perd ses esprits & sa
force naturelle, & reçoit les
esprits & les vertus de l'élixir
fixe dans lequel il est
converti par forme d'aliment.
@
de la Philosophie spagyrique. 147
XVII.
Ainsi le loup peut être converti
en agneau, & l'agneau
en loup par ce changement
d'élixir.
XVIII.
L'élixir de chaque mixte
n'est autre chose que l'humide
radical rempli des esprits
de ce mixte.
XIX.
L'humide radical est appelé
âme, parce que c'est le
sujet immédiat de l'âme vivante
comme l'esprit en est
la cause efficiente.
K ij
@
148 Les Clefs
XX.
C'est en ce sens que le
grand monde est dit animé,
c'est-à-dire plein d'humide
radical, susceptible & capable
de toute sorte d'âmes, & de
même plein des esprits qui
peuvent produire les âmes des
mixtes.
XXI.
Chaque élixir cru peut
être changé en élixir cuit par
les imbibitions & coctions réitérées,
par lesquelles il reçoit
la vertu du fixe & perd
la sienne, qui était de nature
contraire ou incompatible,
mais plus faible.
@
de la Philosophie spagyrique. 149
XXII.
De la même manière les
influences célestes transportent
leur efficace dans un nouveau
sujet, quand par la fixation
elles sont converties en
la substance d'un mixte, &
deviennent tributaires de son
magnétisme.
XXIII.
Les influences célestes se
portent naturellement à s'unir
avec l'humide radical; elles
s'insinuent dans la terre où cet
humide reçoit la combinaison
de ses éléments, & concourent
à déterminer la spécification
de son magnétisme.
K iij
@
150 Les Clefs
XXIV.
Toute la nature n'aspire &
ne respire que ces influences,
& n'est animée que par elles;
rien ne peut en arrêter le cours,
ni empêcher qu'elles ne végètent
tous les magnétismes
sublunaires, & qu'elles n'en
accomplissent les destinations.
XXV.
Toutes les étoiles & les planètes
poussent incessamment
leurs influences, qui pénètrent
jusqu'au centre de la
terre plus ou moins, selon la
diversité de leurs mouvements
& aspects, leurs approchements
& éloignements de la
terre.
@
de la Philosophie spagyrique. 151
XXVI.
De-là vient que les astres
dominent plus ou moins les
uns sur les autres, c'est-à-
dire, qu'ils influent plus puissamment;
ce qui est cause
que l'on ne parle pas des influences
des astres qui ne dominent
pas, ou dont les effets
ne sont point remarquables.
XXVII.
Les corps sublunaires reçoivent
de puissantes impressions
de ces influences, qui selon
les différents degrés de leur
exaltation & de leur pénétration
affectent plus ou moins
les magnétismes inférieurs, &
leur communiquent différentes
K iiij
@
152 Les Clefs
propriétés.
XXVIII.
De-là vient que plusieurs
Philosophes assurent que la
domination de l'astre favorable
doit être observée dans
l'union des principes de l'Elixir;
parce qu'ils prétendent
que lorsque cet astre domine
il influe plus de vertu à l'élixir,
que lorsque l'astre contraire
est dominant.
XXIX.
On remarque néanmoins
que la domination de l'astre
contraire n'empêche pas que
l'élixir ne s'achève, parce que
l'esprit fixe surmonte toujours
l'esprit volatil.
@
de la Philosophie spagyrique. 153
XXX.
Mais l'élixir aura, dit-on,
moins de perfection que s'il
eût été fait sous la domination
de son astre propice.
XXXI.
Si l'élixir était volatil, il
pourrait être vaincu par l'abondance
& la force des influences
contraires à son magnétisme,
qui retiendrait leurs
propriétés & perdrait sa détermination
propre; ou bien
de cette contrariété des deux
esprits moteurs, il pourrait résulter
une substance moyenne
& combinée par l'action de
l'un & de l'autre magnétisme.
@
154 Les Clefs
XXXII.
L'astre qui prédomine à
l'heure de la production des
animaux, imprime ses vertus
à la semence, parce que les
esprits en sont volatils, & ainsi
se laissent vaincre par l'abondance
de ces influences.
XXXIII.
La semence des animaux
conserve toujours, pendant
la vie du corps qui en est produit,
les déterminations qu'elle
a reçues des influences célestes
à l'heure de la génération.
XXXIV.
Les faiseurs d'horoscope
@
de la Philosophie spagyrique. 155
jugent par-là des moeurs des
hommes pour toute la vie,
parce que l'heure de la nativité
répond toujours à celle de
la génération.
XXXV.
Ainsi par l'union des deux
spermes, fixe & volatil, dans
lesquels sont renfermés les
deux esprits, le sujet des influences
& vertus célestes est
spécifié & sublimé au plus haut
degré de la puissance magnétique;
le Ciel est rendu terre,
& la terre est faite Ciel,
& les énergies de l'un & de
l'autre sont réunies.
XXXVI.
Mais les éléments moins homogènes
@
156 Les Clefs
& moins digérés qui
s'introduisent dans le sujet intime
& immédiat des esprits
moteurs de la vie, combattent
cet esprit céleste, de sorte
qu'il perd insensiblement sa
puissance, & que peu à peu
son magnétisme devient inférieur,
& que ses esprits se dissipent
avec la vie du mixte.
XXXVII.
De-là vient que la vie des
hommes semble avoir diminué
d'âge en âge jusqu'à présent,
parce que la force & la
vertu de la semence humaine
a toujours diminué.
@
de la Philosophie spagyrique. 157
XXXVIII.
D'où l'on peut juger vraisemblablement
par les seules
lumières de la raison naturelle
que les générations doivent
finir.
XXXIX.
On prétend encore que les
vertus médicales des végétaux
& les énergies de tous
les autres mixtes sont fort déchues
de la perfection qu'elles
avaient dans les premiers siècles.
XL.
A cette diminution des vertus
de la première mixtion des
éléments, l'unique remède se
@
158 Les Clefs
tire de la seconde mixtion,
par l'industrie chimique qui
la rend pure & permanente.
XLI.
A une puissance ou matière
pure il faut joindre une pure
forme dont l'énergie est
plus grande que celle d'une
forme impure.
XLII.
Les Anges & les âmes raisonnables
ont de très puissantes
énergies à cause de leur
pureté.
@
de la Philosophie spagyrique. 159
----------------------------
CHAPITRE
II.
De l'union des végétaux.
Aphorisme I.
L 'Union se fait entre le fixe & le volatil en tout
règne.
II.
La vie consiste dans la durée
de l'union, & la mort
dans la séparation.
III.
La première union que la
nature fait est dissoluble, parce
qu'elle est impure; l'union
chimique est permanente,
parce qu'elle est pure.
@
160 Les Clefs
IV.
Les élixirs sont non-seulement
de plus de durée que les
mixtes naturels, mais encore
d'une efficace plus grande,
tant à cause de la pureté que
de l'abondance & de l'union
des deux racines.
V.
La durée de l'union dépend
du contact immédiat des principes,
& ce contact dépend
de leur pureté.
VI.
L'abondance des racines
augmente la chaleur naturelle,
& par conséquent l'énergie
du magnétisme; la pureté de
ces
@
de la Philosophie spagyrique. 161
ces principes étend aussi la
puissance des esprits, parce
qu'elle a ôté les empêchements
de la chaleur naturelle,
qui serait suffoquée dans un
sujet impur.
VII.
De là vient que les végétaux
ont plus de puissance ou
de vertu dans leur jeunesse,
qu'en leur vieillesse lorsque
les impuretés viennent à occuper
leur humide radical.
VIII.
La chaleur naturelle est la
cause efficiente de la fertilité
& de toute fécondité; elle est
l'âme des végétations, qui
combat & chasse incessamment
L
@
162 Les Clefs
les impuretés des mixtes:
ainsi la cause étant augmentée
l'effet s'augmente à
proportion.
IX.
La chaleur naturelle est
plus grande dans les élixirs,
parce que l'humide radical y
est plus abondant; & cette
chaleur est aussi plus permanente,
parce que le même humide
est plus cuit.
X.
Parmi les mixtes la chaleur
est plus puissante en l'un
qu'en l'autre, & aussi plus
grande en une saison qu'en
l'autre.
@
de la Philosophie spagyrique. 163
XI.
L'esprit magnétique, chaud
& céleste, est plus abondant
& plus vif sous de certaines
constellations, que sous les
autres.
XII.
L'esprit céleste se condense
& se ralentit par le froid &
l'humide de l'air; & par le
moyen de l'humidité il entre
dans les pores de la terre, &
compose l'humide radical qui
nourrit tous les mixtes.
XIII.
Dans les temps d'une longue
sécheresse cet esprit ne fait
que voler dans l'air, sans se
L ij
@
164 Les Clefs
condenser ni tomber pour rafraîchir
la terre; ce qui cause
la stérilité, & la mort de
tout mixte.
XIV.
Le mouvement du Soleil
autour de la terre, selon Ptolemée;
ou celui de la terre
autour du Soleil, suivant le
système de Copernic, se fait
en ligne oblique, afin que
l'esprit du monde se mêle avec
les éléments dans toutes les diverses
Régions de la terre en
différents temps, & par vicissitude.
XV.
Sous la Zone torride il y
a plusieurs fontaines & rivières,
@
de la Philosophie spagyrique. 165
dont le Soleil élève les
vapeurs qui se résolvent en
pluie, laquelle est pleine de
ces esprits, pour rendre la
terre fertile.
XVI.
Cet esprit céleste invisible
ne pourrait se mêler avec les
éléments, s'il n'était auparavant
réduit en eau, en neiges,
ou autres météores aqueux.
XVII.
De même aussi dans l'art
chimique cet esprit ne serait
point traitable, s'il n'était
auparavant réduit en eau par
distillation, au moyen de laquelle
il est premièrement conjoint
L iij
@
166 Les Clefs
à la partie élément(aire)
humide, & ensuite à la partie
solide sèche & fixe.
XVIII.
Cet esprit est un Prothée
qui se change en toute forme.
XIX.
Et parce qu'il se trouve par
tout, & qu'il est la principale
partie de la pierre, on dit
que la pierre se trouve par
tout.
@
de la Philosophie spagyrique. 167
----------------------------
CHAPITRE
III.
De l'Union des Animaux.
Aphorisme I.
L A vie n'est autre chose que la durée de la chaleur
céleste dans un sujet
composé des éléments.
II.
De cette union des éléments
résulte l'âme; & cette âme
est diverse selon la différente
disposition du sujet.
III.
L'âme, tant végétative
que sensitive, est produite
dans le sujet par l'action de
L iijj
@
168 Les Clefs
la chaleur céleste, déterminée
dans ce sujet à un magnétisme
spécifique: mais l'âme
raisonnable vient sans doute
de la seule action de Dieu.
IV.
Les mixtes qui diffèrent en
genre ou en espèce, ne peuvent
être produits d'un sujet
semblable, ou d'une matière
disposée d'une même sorte,
ni de la même action spécifique.
V.
La chaleur céleste dispose
le sujet par degrés consécutifs;
& quand le dernier degré
est acquis, elle produit
la forme, ou le magnétisme
@
de la Philosophie spagyrique. 169
homogène & général.
VI.
Ainsi la chaleur naturelle
change la chaleur animale,
premièrement en une substance
semblable au lait, puis en
sang, ensuite en suc nourricier
& en divers membres,
enfin elle produit l'âme à laquelle
ses degrés sont destinés.
VII.
Les animaux sont les plus
nobles de tous les mixtes,
tant du côté de leur matière
qui est très pure & très subtile,
que du côté de leur forme,
laquelle produit des
actions très parfaites.
@
170 Les Clefs
VIII.
Toute la nature tend par
son mouvement au degré des
animaux, comme au plus parfait,
& comme à la fin où
elle désire reposer.
IX.
Elle ne peut néanmoins demeurer
longtemps dans ce degré,
parce que la matière des
animaux se dissipe trop facilement,
& qu'elle ne résiste
pas assez aux agents contraires.
X.
Il est probable par plusieurs
raisons que la vie de nos premiers
Pères était plus longue
que la nôtre. Premièrement,
@
de la Philosophie spagyrique. 171
parce que Dieu a tout créé
au plus parfait degré des générations,
qui devaient ensuite
diminuer & finir.
XI.
Secondement, parce que
l'humide radical de nos premiers
Pères était plus pur
que le nôtre.
XII.
L'âme sensitive est plus pure
& plus parfaite que toute
autre forme élémentaire &
céleste.
XIII.
Par conséquent la nature
ne la pouvait jamais unir à
notre matière sublunaire,
@
172 Les Clefs
grossière & toute impure par
ses propres forces; au moins
si souvent & si facilement,
comme nous le voyons arriver
à tout moment, sans l'aide
particulière de Dieu, qui
conduit ses actions & destine
ses mouvements.
XIV.
En troisième lieu, la vie de
nos premiers Pères devait être
plus longue, parce que leur
aliment était plus pur que le
nôtre; & ainsi plus plein d'humide
radical, & par conséquent
de chaleur naturelle &
de vertu active.
XV.
En quatrième lieu parce
@
de la Philosophie spagyrique. 173
que nos premiers Pères avaient
plus d'humide radical
fixe & permanent, dont la
force est diminuée dans la
suite du temps par les degrés
des générations, aussi bien
que la permanence & la durée
de la chaleur naturelle.
XVI.
La nature dans le sein des
animaux à l'heure de la génération
procure autant qu'elle
peut, & la quantité, &
la durée de la chaleur naturelle.
XVII.
Elle le fait en purifiant,
unifiant, & fixant les racines
de l'humide radical, dans lesquelles
@
174 Les Clefs
cette même nature est
cachée.
XVIII.
Mais elle ne peut atteindre
à la perfection de ses travaux,
à cause que la chaleur naturelle
est trop faible, & les
excréments trop abondants.
XIX.
L'art ne peut communiquer
à la nature aucune énergie
nouvelle, mais il ôte les excréments
qui empêchent l'énergie
naturelle de produire ses
effets.
XX.
Ainsi l'esprit de vin ne s'enflamme
pas tandis qu'il est
@
de la Philosophie spagyrique. 175
dans le corps impur, mais
seulement quand il en est séparé
par la distillation.
XXI.
Les excréments absorbent
le subtil pur, & suffoquent
la chaleur naturelle.
XXII.
La vraie substance du vin
consiste dans l'eau ardente
aérienne & ignée, le reste
n'est qu'un excrément terrestre
& aqueux que la nature
n'a pu séparer par la fermentation
du moult.
XXIII.
Ainsi les élixirs ne contiennent
point d'autre vertu
@
176 Les Clefs
que celle qui était naturellement
dans les mixtes mêmes:
mais elle est rendue pure &
libre par l'industrie chimique.
XXIV.
Tous les mixtes avaient
plus de vertu dans les premiers
siècles que maintenant,
selon l'opinion de beaucoup
de Philosophes; parce que,
disent-ils, la vertu centrale
nouvellement implantée était
plus pure, plus fixe & par
conséquent plus forte.
XXV.
La force de la chaleur naturelle
dépend de l'abondance
& de la permanence &
fixation
@
de la Philosophie spagyrique. 177
fixation de l'humide radical;
toutes ces qualités doivent y
concourir également & en
même temps.
XXVI.
Le jeune-homme est fort
parce que son humide radical
est abondant & fixe; &
par conséquent sa chaleur naturelle
aussi fixe & abondante:
l'humide radical des enfants
est abondant, mais volatil;
celui des vieillards est
fixe, mais en petite quantité,
& il est encore accablé
d'excréments; c'est pourquoi
ni l'un ni l'autre n'est fort.
XXVII.
L'humide radical se fixe dans
M
@
178 Les Clefs
les vieillards par la longue
coction que la chaleur naturelle
a faite: mais néanmoins
beaucoup d'humide radical
volatil s'échappe, & les excréments
augmentent de plus en
plus.
XXVIII.
L'humide radical par la
longue coction devient si fixe,
qu'enfin il n'est plus capable
d'altération, comme il arrive
à l'or, l'argent, & à quelques
pierres précieuses.
XXIX.
Les élixirs sont une substance
pure, extraite d'une
grande masse, & réduite à un
petit volume de matière, laquelle
@
de la Philosophie spagyrique. 179
est remplie des influences
célestes.
XXX.
La chaleur céleste est dans
l'élixir des animaux toute la
même en vertu magnétique,
que celle qui a été unie à la
semence au temps de la génération.
XXXI.
Cette chaleur originelle est
forte, parce que son sujet est
pur & fixe, ou dans un contact
immédiat & permanent
avec elle.
XXXII.
L'esprit céleste qui s'est
uni avec la matière à l'heure
M ij
@
180 Les Clefs
de la génération du mixte, ne
peut en être ensuite séparé
par aucun artifice.
XXXIII.
Cette première matière de
la génération du mixte n'est
point corruptible.
XXXIV.
Mais cet esprit de la génération
est empêché de ses
actions, & suffoqué, pour
ainsi dire, par la quantité
des excréments.
XXXV.
Cet esprit céleste est l'auteur
& la cause efficiente de
toutes les altérations & générations
qui se font dans la matière.
@
de la Philosophie spagyrique. 181
XXXVI.
Elle n'agit pas néanmoins
sans être excitée par les esprits
volatils.
XXXVII.
Cette chaleur première qui
est communiquée à la matière
à l'heure de la génération,
est indifférente à toute génération,
& à produire toute
sorte de formes à la matière.
XXXVIII.
Elle est déterminée par l'esprit
qui s'excite & qui agit
sur la matière, & elle ne produit
que la forme à laquelle
cet esprit la conduit.
M iij
@
182 Les Clefs
XXXIX.
Dans la corruption substantielle
les esprits volatils externes
contraires aux internes &
naturels troublent l'économie
de la matière, jusqu'à ce
qu'ils aient vaincu les esprits
naturels, & dissipé la forme
du mixte; en sorte que ces
nouveaux esprits occupent
dans la matière la place des
premiers, & produisent une
autre forme à laquelle ils
ont disposé cette matière.
XL.
Le mixte & sa forme conservent
leur existence positive
& spécifique autant de temps
que les esprits internes & naturels
@
de la Philosophie spagyrique. 183
conservent leur magnétisme
dans la matière.
XLI.
Ces esprits naturels durent
d'autant plus qu'ils sont plus
fixes dans la matière à l'heure
de la génération.
XLII.
L'humide radical des animaux
n'est autre chose que
la première composition des
éléments imprégnée des esprits
célestes spécifiques & particuliers,
à l'heure même de la
génération des animaux.
XLIII.
Ainsi la durée de la vie dépend
de la durée de la matière,
M iiij
@
184 Les Clefs
de l'abondance des esprits,
& de leur fixation.
XLIV.
L'on peut encore inférer
de-là raisonnablement que les
astres dominent à toute espèce
vivante, par leurs influences,
tout le temps de la
vie.
XLV.
La constitution de l'humide
radical & le tempérament
ne sont qu'une même chose.
XLVI.
Le principe moteur de la
vie, & de toutes les déterminations
de la machine animale,
ne peut imprimer aucun
@
de la Philosophie spagyrique. 185
mouvement qu'à l'aide du
tempérament, auquel il se
lie nécessairement pour produire
ses actions.
XLVII.
Ainsi lorsque le tempérament
est altéré, les actions le
sont également.
XLVIII.
Le tempérament reçoit une
altération, lorsque la détermination
des mouvements de
ses esprits naturels est changée
par l'impression des agents
externes.
XLIX.
Mais lorsque ces esprits naturels
se dissipent, & que leur
@
186 Les Clefs
sujet se détruit entièrement
par l'action contraire des impuretés
qui vient à prévaloir,
l'âme transpire, & le mixte
se décompose.
L.
L'âme raisonnable dépend
du tempérament, non pour
subsister dans sa nature, mais
pour être unie au corps organique.
LI.
Comme l'âme raisonnable
ne dépend pas du tempérament
pour son existence, aussi
n'en dépend-elle pas pour toutes
les actions immédiates.
@
de la Philosophie spagyrique. 187
LII.
L'âme raisonnable a de
certaines actions qui lui sont
propres, indépendantes du sujet
auquel elle est unie, &
qu'elle exerce librement, quoiqu'elle
soit mue en quelque
sorte par les influences.
LIII.
L'union chimique animale
n'est pas entre l'âme & le
corps: mais entre les racines
qui font l'humide radical.
LIV.
L'élixir qui se fait de la chair
ou du sang des animaux, n'est
autre chose qu'un souverain
aliment qui conserve les éléments
@
188 Les Clefs
intérieurs de l'animal.
LV.
L'élixir des animaux diffère
des aliments ordinaires,
non pas en substance ni en
énergie: mais en pureté,
fixation, & promptitude d'action.
@
de la Philosophie spagyrique. 189
----------------------------
SEPTIE'ME
SECTION.
De la Coagulation.
CHAPITRE
I.
De la Coagulation en général.
Aphorisme I.
L A coagulation des racines est le degré prochain
de la parfaite fixation;
l'une & l'autre se fait en même
temps, se continue & s'achève
dans un même fourneau,
& dans un seul & unique
vaisseau, tant naturel,
qu'artificiel.
@
190 Les Clefs
II.
L'humide radical qui n'est
pas fixe, mais seulement coagulé,
se laisse bientôt vaincre
par les agents externes dissemblables
à sa nature spécifique,
laquelle en est sensiblement
altérée, & changée en peu de
temps en une substance toute
différente. Celui au contraire
qui est fixe & permanent ne
cède à aucun agent externe.
III.
L'humide radical de l'or,
de l'argent, du sel, du verre,
& de certaines pierres est
parfaitement fixe & inaltérable
par conséquent.
@
de la Philosophie spagyrique. 191
IV.
Celui des métaux imparfaits,
des moyens minéraux, des végétaux
& animaux, n'est que
coagulé.
V.
L'humide radical pour être
conduit à la fixation doit nécessairement
passer par la coagulation,
comme par le degré
moyen.
VI.
La coagulation aussi bien
que la fixation n'est autre
chose que l'union du volatil
avec le fixe plus ou moins fort;
c'est la conversion de l'humide
en sec, & l'occultation
de l'humeur fluide.
@
192 Les Clefs
VII.
Au commencement de l'oeuvre
Physique, tout ce qui
peut parvenir à la fixation
est changé en eau; les substances
hétérogènes ne peuvent
être fixées, parce qu'elles
ne se dissolvent pas en eau.
VIII.
Dans le centre de chaque
mixte il se trouve une substance
pure, dont les racines sont
dans ce degré d'union & de
fixité, qui est presque insurmontable
ou impénétrable à
la puissance d'aucun agent naturel;
elle contient l'énergie
& le caractère spécifique de
son mixte, quelque changement
ment
@
de la Philosophie spagyrique. 193
que puisse recevoir
le sperme où elle est cachée.
IX.
Cette substance incorruptible
par sa pureté est enveloppée
d'autres substances hétérogènes,
qui ne peuvent résister
aux agents extérieurs,
lesquels venant à les pénétrer,
rompent la chaîne des
esprits de leur magnétisme,
& par conséquent la force qui
unissait leurs parties; de sorte
qu'elles deviennent volatiles,
& se séparent aisément du
grain fixe qu'elles environnaient.
X.
Quelque bien dissoute que
N
@
194 Les Clefs
le puisse paraître cette substance
fixe par l'action de
son volatil, elle tend néanmoins
toujours à devenir permanente,
& à se coaguler &
fixer; ce qui se fait d'autant
plus facilement que cette permanence
& fixité lui est naturelle
dans le centre des mixtes.
XI.
Ainsi lorsque la siccité intrinsèque
de cette substance
est augmentée par l'aide de
la chaleur externe, & que le
feu naturel qui constitue son
magnétisme, est devenu plus
puissant, par les nouveaux esprits
qu'il reçoit du feu extérieur;
il agit sur l'humide qui
@
de la Philosophie spagyrique. 195
l'environne, il en pénètre les
molécules, les détermine à la
siccité qui lui est propre, &
les fixe en la nature de son
sujet.
XII.
La fixation chimique est
plus constante & plus ferme
que la naturelle; parce que
le feu naturel, qui est trop
étendu dans les mixtes spontanés,
en est extrait par l'art
chimique, & rassemblé en bien
plus grande quantité; quoique
par la séparation du feu contre
nature, ou des substances
hétérogènes, le mixte soit
réduit en un très petit volume.
N ij
@
196 Les Clefs
XIII.
L'élixir ne peut être dissous
ni ses racines séparées par la
force d'aucun élément: mais
dans la mixtion il communique
sa perfection, & la partage
aux autres substances
qui y tendent de leur nature.
XIV.
Les choses qui sont parfaites
en un degré éminent contiennent
plus de perfection
qu'il n'est besoin pour conserver
leur mixte; le feu magnétique
de ses substances peut à
proportion de son degré d'exaltation
s'étendre davantage
dans les corps du même genre
@
de la Philosophie spagyrique. 197
de son sujet, & chasser
avec plus de force les impuretés
qui accablent le feu trop
épars de ces mixtes.
XV.
Ainsi, quand ces substances
qui approchent le plus de
la suprême pureté ont communique
une partie de leur
perfection aux autres substances
perfectibles, ou capables
de recevoir une coction plus
parfaite; le degré qui en résulte
dans le tout, est encore
suffisant pour empêcher
qu'il ne soit corruptible.
XVI.
C'est par cette mécanique
que la poudre du magistère
N iij
@
198 Les Clefs
chimique mise en projection
perfectionne les métaux
imparfaits, & qu'elle n'est
pas pour cela changée en sa
substance, ni déchue de la
fixité qui lui est essentielle:
mais qu'elle perd seulement
des degrés de sa perfection,
ou de la puissance de son magnétisme,
par la division &
l'extension de ses parties intégrantes
dans un sujet moins
pur & moins fixe.
XVII.
La fixation qui vient de la
nature seule & sans l'aide de
l'art est toujours imparfaite,
par le défaut d'une union immédiate
des deux racines &
d'une coction qui convertisse
@
de la Philosophie spagyrique. 199
très parfaitement & très intimement
la partie volatile dans
le magnétisme de la partie la
plus fixe & qui, par conséquent
lui procure une exaltation
& une puissance souveraines.
XVIII.
La fixation chimique est
parfaite à cause de l'union
immédiate des racines & de
l'unité de magnétisme qui est
introduite par la coction.
XIX.
Avant la résurrection évangélique,
le grand Auteur de
la Nature purifie le corps &
l'âme, que dans la résurrection
il doit unir & fixer pour jamais.
N iiij
@
200 Les Clefs
XX.
Ainsi l'artiste purifie les
deux racines du mixte, puis
après les unit & les fixe inséparablement.
XXI.
L'analogie de ces deux fixations
est cause que le nom de
résurrection est donné à la
fixation chimique comme à
l'autre.
XXII.
Le mixte, avant que d'être
parfaitement purifié, rejette
tous les excréments; &
cette purification se fait en lui
par la mort qui corrompt le
mixte naturel.
@
de la Philosophie spagyrique. 201
XXIII.
Dans cette mort & corruption
les racines qui composent
seules l'essence du mixte ou
son magnétisme spécifique, &
contiennent sa vertu végétative
& générative, demeurent
sans aucune lésion.
XXIV.
Le grain de blé & les autres
semences étant mis en
terre, rejette par la corruption
qui lui arrive les excréments
qui empêchaient ses actions;
& sa puissance matérielle prolifique,
ni sa forme spécificative,
ne sont point détruites:
autrement il ne pourrait germer
ni végéter.
@
202 Les Clefs
XXV.
Ainsi la mort des corps
mixtes est de deux sortes,
l'une absolue & substantielle,
l'autre accidentelle.
XXVI.
La mort absolue est la séparation
essentielle, & la perte
des racines & de la forme
intime du mixte; l'accidentelle
n'est que la séparation
des excréments avec la conservation
des racines pures & de
la forme qui contient l'idée
du mixte.
XXVII.
La mort absolue est la corruption
totale du mixte; la
@
de la Philosophie spagyrique. 203
mort accidentelle est une génération
nouvelle en la même
espèce du mixte, & un moyen
nécessaire pour qu'il devienne
parfait.
----------------------------
CHAPITRE
II.
De la Coagulation de l'Elixir
végétal.
Aphorisme I.
L E Végétal tire son origine d'une élémentation
fixe qui jouit d'un esprit volatil
qui lui est propre, & d'une
nature particulière aux sels
végétaux, ou qui ne détermine
son sujet qu'à l'extension
végétative, par la qualité
de son magnétisme, lequel
@
204 Les Clefs
conserve les parties du corps
en végétation, tandis que
cet esprit ne reçoit point d'impression
contraire: mais qui
venant à être surmonté & à
subir une détermination différente,
laisse périr le végétal.
II.
C'est de cet esprit volatil
particulier au végétal que résulte
le magnétisme général
de la plante, ou l'âme végétante
qui produit toutes les
fonctions végétatives.
III.
Car sans cet esprit la matière
fixe ne pourrait ni s'étendre
& se dilater, ni monter
& pénétrer les pores insensibles
@
de la Philosophie spagyrique. 205
du corps; parce que
sa consistance est grossière
& pesante également, à cause
de l'eau & de la terre qui
dominent dans sa mixtion.
IV.
Les animaux ont aussi des
esprits volatils, mais ils approchent
plus de la nature de
l'air & du feu; en sorte que
leurs vertus actives sont plus
excellentes.
V.
L'esprit ou la semence des
végétaux est plus aqueux &
aérien que celui des minéraux;
de-là vient que l'esprit
végétal s'étend davantage &
a de plus grandes énergies
@
206 Les Clefs
que l'esprit des minéraux.
VI.
Pour donner aux végétaux
toute la perfection qu'ils peuvent
recevoir, il faut les résoudre
& en tirer les racines;
mais celui qui ne les connaît
pas les perd quand il les a
trouvées, même avant que la
résolution arrive.
VII.
Quand on sait reconnaître
ces racines, qu'on les a séparées
& purifiées, il faut convertir
la racine fixe en volatile,
afin de la sublimer par la
même volatile; car de soi-
même elle ne pourrait jamais
monter par aucune violence de
feu.
@
de la Philosophie spagyrique. 207
VIII.
Cette conversion ne peut
se faire que par plusieurs impositions
& imbibitions de la
racine volatile.
IX.
Ce sublimé doit être ensuite
purifié par plusieurs sublimations;
puis fixé par
une chaleur lente, douce &
continuelle.
X.
Les Végétaux sont sujets à
la corruption: mais au centre
de la corruption est cachée
une racine incorruptible, qui
étant rendue libre produit
d'admirables effets.
@
208 Les Clefs
XI.
Cette substance pure & incorruptible
est un témoignage
authentique de la toute-puissance,
& de l'immortalité de
l'être suprême: mais l'art qui
rassemble les perfections naturelles
des mixtes, rend ces
images de la Divinité bien
plus sensibles que lorsqu'elles
sont couvertes du voile des
éléments.
XII.
Les mixtes des autres règnes
n'ont aussi que de faibles
énergies, tant pour la
nutrition que pour la santé,
s'ils ne meurent par la séparation
de leurs excréments.
XIII
@
de la Philosophie spagyrique. 209
XIII.
Toute la vertu & la puissance
du mixte est dans la
substance pure & homogène
qu'il renferme, & non pas
dans les excréments qui, au
contraire, empêchent la vertu
du mixte, & le mènent à
une corruption substantielle,
comme il arrive à la vieillesse.
XIV.
De-là vient que quand la
substance pure du mixte est
accablée d'une trop grande
quantité d'excréments, & que
la force du magnétisme spécifique
ne peut plus balancer
celle des impuretés; la vertu
O
@
210 Les Clefs
naturelle est surmontée, le
trouble s'excite dans les liqueurs,
les ferments étrangers
dérangent l'économie du
mixte, le corrompent; & par
ce moyen la partie essentielle
se dégage de la prison.
XV.
Les Médicaments naturels
contiennent une grande quantité
d'excréments, & la nature
est obligée de les séparer pour
jouir de la vertu médicinale
qu'ils renferment.
XVI.
Mais durant ce travail la
nature est souvent affaiblie
par les irritations que causent
sur les membranes de l'estomac,
@
de la Philosophie spagyrique. 211
les impuretés qui s'y
attachent; parce que ces secousses
réitérées dissipent
beaucoup des esprits naturels,
violentent les ressorts des fibres,
occupent toutes les forces
de la nature, pour rendre
le calme à ces parties, tandis
qu'elle abandonne ses autres
fonctions; en sorte que de
ces causes proviennent souvent
de plus grands désordres que
ceux auxquels on voulait remédier.
XVII.
Les médicaments que l'art
spagyrique prépare ont une
très grande énergie, parce
qu'ils sont rendus très purs
& fixes.
O ij
@
212 Les Clefs
XVIII.
La vertu médicinale dépend
des esprits du magnétisme spécifique,
c'est-à-dire, de la
forme du mixte; car la forme
est le principe & la cause
de toute faculté naturelle, & se
sert du tempérament comme
d'un instrument nécessaire à
ses actions.
XIX.
La perfection de la forme,
ou l'énergie des esprits du magnétisme
spécifique, dépend
de la pureté de son sujet, ou
du contact des racines de cet
aimant naturel.
@
de la Philosophie spagyrique. 213
XX.
Le sujet de toutes les formes
n'est autre que l'humide
radical fixe & composé des
éléments purs.
XXI.
Ainsi le mixte naturel est
d'autant plus parfait que son
tout & plus homogène & plus
pur, comme l'homme, la
lumière, le Ciel, l'âme séparée
du corps, les Anges.
XXII.
On juge de même que les
médicaments ont d'autant plus
d'efficace qu'ils sont plus purs,
ou d'un magnétisme plus uniforme
dans toutes leurs parties;
O iij
@
214 Les Clefs
c'est pourquoi la nature
elle-même travaille toujours
à la séparation des excréments.
XXIII.
L'art chimique conduit la
nature à la pureté qu'elle se
destine par son propre instinct;
& tire des mixtes un médicament
capable d'exciter & d'augmenter
la vie & la vertu des
corps mixtes naturels.
XXIV.
Car l'esprit vital est concentré
& caché dans une matière
grossière & inactive: mais
lorsqu'il est dégagé de cette
prison, de quelque règne qu'il
soit, & dans quelque sujet
@
de la Philosophie spagyrique. 215
qu'il soit introduit, il y opère
d'admirables effets.
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Coagulation de l'Elixir
Animal.
Aphorisme I.
L A substance animale tire son origine du premier
humide radical, qui est le
premier hylé, ou la semence
des éléments dont tous les
mixtes sont également produits.
II.
La substance radicale des
animaux ne diffère point de
leur aliment dernier & immédiat,
O iiij
@
216 Les Clefs
non plus que leur semence
prolifique ne diffère de
cette substance même.
III.
La semence prolifique de
chaque genre est contenue
dans la pure substance du mixte
& non ailleurs.
IV.
Le hylé ou la pure matière
très générale se convertit
au hylé des minéraux; celui-
ci au hylé des végétaux, &
ce dernier, au hylé des animaux
par la nutrition.
V.
Hylé, matière première,
substance radicale, humide
@
de la Philosophie spagyrique. 217
radical, dernier aliment, semence
prolifique, sont des
expressions presque synonymes
d'une même chose dans chaque
règne.
VI.
Les mixtes d'un règne sont
inutiles à ceux d'un autre règne,
jusqu'à ce que l'humide
radical de l'un soit converti
en l'humide radical de l'autre
règne: c'est proprement alors
que le mixte d'un genre nourrit
le mixte d'un autre genre,
& non point auparavant.
VII.
Cette conversion se fait
par le changement du degré aérien
@
218 Les Clefs
& igné d'un règne au degré
aérien & igné de l'autre.
VIII.
Or ce changement de degré
arrive, lorsque l'esprit
volatil magnétique du mixte
alimenté pénètre l'aliment, y
excite un orgasme avec l'air
& le feu qu'il y rencontre,
les aiguillonne & leur imprime
la détermination de son mouvement;
ainsi le degré d'activité
s'augmente dans les esprits
de l'aliment, les pores
en sont changés, & la substance
en est convertie en celle
du mixte alimenté.
@
de la Philosophie spagyrique. 219
XI.
L'esprit animal aérien &
igné trouve aisément entrée
dans l'esprit aérien & igné de
l'aliment végétal; & celui-ci
reçoit de même l'impression
& le caractère de l'autre par
la convenance & la similitude
des parties essentielles de
cet esprit végétal avec les parties
intégrantes ou la substance
de l'esprit animal.
X.
Dans tout l'humide radical,
& dans tout l'aliment, il y a
quelque degré de feu avec
son énergie, mêlé avec les
degrés des autres éléments &
leurs énergies.
@
220 Les Clefs
XI.
Quelque petite que soit cette
portion du principe sulfureux
& igné, l'action continuelle
de son magnétisme,
tandis que le mixte passe par
diverses corruptions & solutions,
consomme toujours
quelque partie de l'élément qui
prédomine dans le composé;
& ce magnétisme invincible
par la force des autres éléments
y imprime sans cesse de
nouvelles altérations, jusqu'à
ce qu'il devienne lui-même entièrement
supérieur, & que
sa puissance se soit assujettie
toute la composition.
@
de la Philosophie spagyrique. 221
XII.
Le principe le plus fixe,
qui est le feu, devient en effet
dans la suite vainqueur des
autres éléments, quelque empêchement
que son magnétisme
puisse recevoir des autres
agents.
XIII.
C'est par ce moyen que la
semence végétale se change
en la semence animale; ainsi
la semence ou l'humide minéral
se convertit en la semence
végétale par la mixtion
de l'esprit aérien du végétal
alimenté avec l'esprit
aérien du minéral qui sert d'aliment,
de sorte qu'il assujettit
@
222 Les Clefs
les autres éléments.
XIV.
Les esprits volatils qui circulent
autour des racines des
végétaux entraînent dans leur
mouvement tout ce qui se
trouve dans la terre voisine
propre à faire la détermination
de leur magnétisme: ainsi
ces esprits qui s'étaient échappés
par les plus petits pores,
ne rencontrant point d'écrous
qui leur conviennent autant
que ceux qu'ils ont abandonnés,
réfléchissent vers leur aimant
chargés des molécules
qui possèdent dans leur centre
un esprit de même nature
qu'eux: en effet étant devenus
plus faibles, parce qu'ils ont
@
de la Philosophie spagyrique. 223
communiqué de leur action
aux particules qu'ils charrient,
ils sont repoussés par les esprits
contraires qui s'opposent à leur
progression; d'ailleurs ils sont
heurtés latéralement par les
autres esprits qui sortent de
leur même centre, ce qui les
fait pirouetter jusqu'à ce
qu'ils se puissent introduire
dans la racine par les pores
les plus propres à les recevoir.
XV.
Ce nouvel aliment qui s'est
insinué dans les tuyaux fibreux
de la racine, est soutenu
dans sa progression, tant
par l'oscillation de ces mêmes
tuyaux qui le compriment successivement
@
224 Les Clefs
de bas en haut,
que par les esprits plus subtils
qui radient des fibres, & qui
lui tiennent lieu de soupapes;
outre l'impulsion du nouveau
suc qui enfile la même route.
XVI.
Ce suc infiltré dans les premiers
canaux de la racine s'y
atténue & s'y digère, de même
que l'aliment dans l'estomac
des animaux; parce que
les esprits magnétiques des
parties de l'aliment se trouvent
choqués de toute part &
déroutés de leurs écrous par
la foule des nouveaux esprits
contraires a leur direction,
lesquels dominent naturellement
ment
@
de la Philosophie spagyrique. 225
dans le sujet qui les environne.
XVII.
Ainsi les molécules de l'aliment
deviennent hétérogènes
dans leurs parties très insensibles,
& sont atténuées autant
qu'elles ont pu être pénétrées
par les esprits de cette
digestion.
XVIII.
Pendant que ces parties plus
déliées se raréfient de plus en
plus dans le liquide qui les
embrasse, celles qui se trouvent
encore trop éloignées du
degré de leur mouvement &
de leur ténuité, se séparent
par la contrariété de leur magnétisme,
P
@
226 Les Clefs
& roulent plus longtemps
dans les canaux, avant
qu'elles soient converties en
la substance du mixte.
XIX.
Les parties plus digérées entrent
dans les plus petites fibres
de la plante; & les plus
grossières demeurent dans les
plus gros tuyaux.
XX.
Les sucs des plantes circulent
aussi bien que les liqueurs
des animaux.
XXI.
Les sucs capables de digestion
passent de la racine dans
le corps de la plante; & le
@
de la Philosophie spagyrique. 227
superflu de la nourriture revient
de la plante dans la racine.
XXII.
Ce qui résiste à la digestion,
tant dans la racine, que dans
l'estomac; en sorte qu'il ne
puisse être dissous, pour en
séparer les impuretés, est également
venin à la plante & à
l'animal.
XXIII.
Ce qui résiste & ne peut céder
à la pénétration des esprits
digestifs, & des sucs
dissolvants, offense nécessairement
l'archée de l'estomac,
comme celui de la racine,
corrompt l'humide naturel, &
P ij
@
228 Les Clefs
le rend également hétérogène
& incapable de recevoir aucune
digestion dans les autres
voies.
XXIV.
Le magnétisme de ces molécules
hétérogènes & incapables
de digestion, loin d'être
surmonté & détruit par les esprits
& les sucs naturels de l'estomac,
ou de la racine,
s'en approprie au contraire autant
que son sujet peut en recevoir.
Ces molécules en sont
même tuméfiées quelquefois,
de manière que leurs parties
moins liées se séparent, ne
pouvant plus les contenir; ce
qui produit une digestion très
superficielle, ou plutôt une
@
de la Philosophie spagyrique. 229
corruption, qui dans l'estomac
excite les fibres à de violentes
secousses, par l'opposition
de leur magnétisme avec
celui de cette matière indigeste
& corrompue.
XXV.
Ces secousses violentes chassent
la matière corrompue hors
de l'estomac, laquelle entraîne
avec elle tout le liquide
naturel que les fibres ont exprimé
dans les efforts qu'elles
ont soufferts.
XXVI.
Mais si la matière qui est
introduite, soit dans l'estomac
ou dans la racine, n'est pas
même corruptible par les sucs
P iij
@
230 Les Clefs
de la digestion; c'est un venin
à l'un & à l'autre.
XXVII.
Cet aliment incorruptible
qui est venin, n'est point tel
par aucune qualité particulière
dans les substances radicales
mais par leur combinaison
avec les spermes ou excréments.
XXVIII.
L'humide radical de tout
mixte est tempéré dans sa nature,
& convertible au tempérament
d'un autre humide;
il n'est intempéré & inconvertible
que par ses excréments.
@
de la Philosophie spagyrique. 231
XXIX.
L'élixir animal est conduit
à sa perfection par la purgation
de ses racines, leur coagulation
& leur fixation, comme
les autres élixirs.
XXX.
La racine fixe ne peut être
purifiée, sans être auparavant
rendue volatile par la racine
volatile, qui doit avoir été
également purifiée; cette racine
volatile ne peut être
fixée autrement que par la
racine fixe qu'elle a dissoute.
XXXI.
Les Egyptiens ont désigné
P iiij
@
232 Les Clefs
cette union des deux racines
par l'hiéroglyphe d'un cercle
fait de deux serpents, dont
l'un est ailé & l'autre sans
aile.
XXXII.
L'on travaillerait en vain à
faire cette union, si l'on n'avait
pas auparavant purifié les
racines; parce que tout excrément
empêche le contact immédiat.
XXXIII.
Ce qui fait que les mixtes
naturels résistent si faiblement
aux agents extérieurs; c'est
parce que la chaîne de leur
magnétisme est interrompue
de toutes parts, & comme entrecoupée
@
de la Philosophie spagyrique. 233
par les excréments
qui empêchent l'union & l'aboutissement
immédiat de leurs
parties.
XXXIV.
Toutes les opérations de la
chimie ne tendent qu'à procurer
aux mixtes cette pureté
qu'elles leur acquièrent enfin;
la nature dans ses mouvements
a toute la même vue: mais
elle ne peut parvenir à cette
perfection.
XXXV.
Dans la nutrition des animaux
la nature purifie les aliments
par plusieurs instruments
& différentes manières d'opérer
avant qu'elle puisse les convertir
en l'humide radical, &
@
234 Les Clefs
en la substance intime du composé.
XXXVI.
La nature observe les mêmes
voies & manières d'opérer
dans la génération, que dans
la nutrition de chaque mixte
qu'elle anime: ainsi la nutrition
peut être nommée une
nouvelle génération.
@
de la Philosophie spagyrique. 235
S E C O N D E P A R T I E D E
L'ELIXIR
MINERAL
----------------------------
CHAPITRE
I.
De la Calcination des minéraux.
Aphorisme I.
L A pratique de l'élixir minéral consiste dans la
séparation du fixe & du volatil,
dans la purgation de ces
deux substances, & leur nouvelle
union, plus parfaite que
celle que la nature leur avait
donnée.
@
236 Les Clefs
II.
Il y a des minéraux qui ne
contiennent que peu d'humide
volatil; d'autres en possèdent
beaucoup, mais fort impur &
étroitement lié avec son corps,
dont il est fort difficile de le
séparer; quelques autres ont
reçu dans leur composition
beaucoup de cet humide volatil,
lequel est pur & facile à
dépouiller des excréments terrestres
qui l'environnent. Les
métaux fondus sont privés de
leur humide volatil, qui
était le mobile de leur végétation.
III.
L'humide radical fixe est le
@
de la Philosophie spagyrique. 237
sujet & la matière unique de
toute forme des mixtes; &
la plus pure matière reçoit la
plus pure forme.
IV.
La plus pure forme donne
le plus pur être à son mixte,
& la perfection de l'un résulte
de la perfection de l'autre.
V.
On dégage le mixte de toute
impureté, en le corrompant,
pour en séparer plus aisément
l'humide radical pur, que l'on
amène par la coction & l'animation
jusqu'au degré de teinture
fixe, qui est la perfection
de l'oeuvre chimique.
@
238 Les Clefs
VI.
La teinture physique minérale
est ce Phoenix qui renaît
de ses cendres. Elle se
fait par la séparation ou l'extraction
du fixe & du volatil,
hors de sa terre visqueuse,
qui se peut dissoudre par l'air
ou par l'eau commune; si
l'on purifie ensuite ces principes,
& qu'on en fasse la réunion
à l'aide de la chaleur du
Soleil & de la Lune; & avec
le secours du feu contre nature,
qui est celui de nos
foyers, l'on achève ce venin
saturnien qui tient tous les métaux
imparfaits, & guérit tous
les Lépreux de son genre, selon
le dire des Savants en cet
art.
@
de la Philosophie spagyrique. 239
VII.
Dans les métaux qui ont été
fondus il ne demeure que le
fixe qui est pur & en quantité
dans l'or & dans l'argent;
dans tous les autres métaux
il est impur & en petite quantité.
VIII.
Dans les métaux qui n'ont
point été fondus, le volatil
n'est qu'en petite quantité, &
même fort impur dans les imparfaits,
mais pur dans l'or &
dans l'argent.
IX.
Dans les demi-minéraux de
l'Art, tels que sont les vitriols,
@
240 Les Clefs
le volatil est plus ou
moins abondant, plus ou moins
pur.
X.
Ainsi tirez le volatil des
moyens minéraux de l'Art,
purgez-le, puis par le volatil
tirez le fixe hors des métaux
parfaits: fixez-les ensemble
& vous aurez l'élixir.
XI.
Il y a un minéral, connu des
vrais Savants qui le cachent
dans leurs écrits sous divers
noms, lequel contient abondamment
le fixe & le volatil;
séparez, purgez, fixez-les ensemble
sans addition d'aucune
matière étrangère, & vous
serez
@
de la Philosophie spagyrique. 241
serez témoin des mouvements
secrets de la nature, & des
voies qu'elle suit dans la production
des mixtes qu'elle compose.
XII.
Si l'on mêle des esprits hétérogènes
avec la terre des
métaux parfaits, il en arrive
des effets surprenants, mais
dangereux, comme on voit
dans l'or fulminant.
XIII.
L'on tire du minéral de
l'Art, par la calcination, le
mercure de l'art; & par la
même opération l'on tire de ce
mercure le soufre & le sel
de l'art.
Q
@
242 Les Clefs
XIV.
Ces trois principes réunis
par la calcination, selon les
poids de l'art, composent le
magistère parfait dans la quatrième
roue de l'oeuvre chimique.
XV.
Cette calcination est la conversion
de l'aliment immédiat
en la substance & en la semence
du mixte qui en est
nourri.
XVI.
Où la semence se trouve,
la génération est présente,
tandis que cette semence est
dans un aliment qui lui est
@
de la Philosophie spagyrique. 243
propre; là même est le centre
de la végétation, & le principe
de toutes les autres actions
de la vie.
XVII.
Le dernier aliment, ou l'aliment
immédiat, est un suc
qui n'est pas encore converti
en la substance du mixte; &
qui, lorsqu'il s'y est changé,
n'est plus aliment, mais la
propre substance de ce mixte.
XVIII.
Le métal qui a été fondu n'a
plus de suc, ni d'aliment, ni
de génération; ce n'est qu'une
substance stérile, & un corps
sans âme.
Q ij
@
244 Les Clefs
XIX.
Ainsi l'on ne peut tirer immédiatement
aucune semence
d'un métal qui ait été fondu;
mais on peut le régénérer par
diverses corruptions jusqu'à
l'état de terre vierge métallique,
qui contient la semence
& dont on la peut extraire:
mais cette voie est longue &
de dépense.
XX.
Il y a un minéral nitreux
qui donne aisément les deux
racines qu'il possède, dont
on fait un circulé qui vivifie &
anime les métaux parfaits;
Il en extrait une substance que
l'art convertit en soufre métallique,
@
de la Philosophie spagyrique. 245
qui est la base de
l'élixir.
XXI.
Le corps parfait est la matrice
& le lieu dans lequel les
deux semences se cuisent &
sont rendues particulières; les
trois ensemble deviennent la
teinture des Philosophes, &
non pas le corps seul, parce
qu'il est dépouillé de tout esprit
vivifiant.
XXII.
Le corps seul peut devenir
sel fusible, capable de grands
effets; ce corps est appelé
terre métallique, terre feuillée,
la Diane mystérieuse des
Anciens.
Q iij
@
246 Les Clefs
XXIII.
Cette terre a accoutumé
d'être impure dans son extérieur,
parce que ordinairement
on la tire de sa mine par le
moyen de choses pleine d'esprits
qui ne sont pas métalliques,
& qui la rendent impropre
à devenir teinture ou
soufre.
XXIV.
Ces impuretés ne peuvent
être séparées que par le moyen
du seul esprit métallique qui
est abondamment dans notre
eau permanente.
XXV.
L'esprit métallique est abondant
@
de la Philosophie spagyrique. 247
dans certains minéraux
qui ne sont point métaux;
mais il est si fixement attaché
avec les excréments volatils,
que la séparation ne s'en peut
faire que par la corruption.
XXVI.
Le minéral unique qui abonde
en l'un & l'autre esprit aisé
à séparer, est caché sous
presque autant de noms différents,
qu'il y a de choses au
monde.
XXVII.
Ce minéral contient en soi
diverses substances: savoir
deux, qui sont le corps &
l'âme, ou le fixe & le volatil:
il en a trois, si vous
Q iiij
@
248 Les Clefs
voulez distinguer l'esprit d'avec
l'âme: quatre même, si
vous distinguez au fixe l'humidité
fixe d'avec la siccité
fixe.
XXVIII.
L'humidité fixe & la siccité
fixe sont cachées dans la partie
fixe du mixte qui reste
après la calcination; l'âme &
l'esprit sont cachés dans l'humide
volatil qui est distillé.
XXIX.
L'esprit & l'âme montent
en forme de fumée blanche.
XXX.
L'esprit est une fumée pesante
@
de la Philosophie spagyrique. 249
qui descend bientôt, &
se cache dans les pores de
l'humidité superflue distillée.
XXXI.
L'âme est une fumée qui ne
descend que fort tard, & qui
ne se joint avec l'eau qu'après
une longue circulation dans
l'alambic & le récipient; enfin
elle se convertit en eau.
XXXII.
Quoique l'âme paraisse en
forme de fumée blanche, elle
est néanmoins appelée fumée
rouge, parce qu'elle engendre
notre terre feuillée rouge, par
une décoction légère & continuelle
avec la terre de l'or
des Philosophes.
@
250 Les Clefs
XXXIII.
La cinquième substance qui
est contenue dans le minéral
nitreux de l'art, outre les quatre
autres précédentes, n'est
qu'un excrément qui doit être
séparé & rejeté.
XXXIV.
L'humidité fixe est cause
que le corps se fond au feu
comme métal; & la siccité
fixe est cause que le même
corps se congèle sitôt qu'il
est retiré du feu, & cette
substance sèche est le sel
fixe.
XXXV.
Les substances radicales doivent
@
de la Philosophie spagyrique. 251
être séparées, purgées,
& fixées, & le secret sera accompli.
XXXVI.
La pratique est la distillation
forte, l'exposition de la
terre noire pour la résoudre,
& la distillation réitérées tant
de fois, que presque toute la
terre soit convertie en esprit
volatil.
XXXVII.
L'eau qui est distillée tire
la teinture de la terre, & les
deux ensemble deviennent
soufre métallique; on dissout
encore ce soufre par la
même eau, on le cuit jusqu'à
la perfection de soufre d'or
@
252 Les Clefs
volatil; on le dissout encore,
& enfin on le cuit jusqu'à la
perfection de l'élixir.
XXXVIII.
Les qualités & vertus de
cette terre physique sont, la
fixité, la fusion facile, la
douceur, la belle couleur, la
projection transmuante, la
guérison de toute maladie.
XXXIX.
Ainsi le Ciel & la Terre sont
conjoints; l'eau est tirée des
rayons du Soleil & de la Lune,
& l'esprit du monde est
rendu minéral.
XL.
L'élixir consiste dans la permanence
@
de la Philosophie spagyrique. 253
de l'esprit céleste
dans la matière.
XLI.
La nature commence l'élixir,
mais elle ne peut l'achever,
à cause de la faiblesse
de sa chaleur, qui ne peut
rejeter tous les excréments.
XLII.
Nous voyons que l'animal
attire l'air par la respiration;
cet air contient un esprit céleste
qui répare l'humide radical.
XLIII.
L'humide radical visqueux
de l'animal n'est pas d'air seul
qui est trop subtil, ni d'aliment
@
254 Les Clefs
seul qui est trop grossier.
XLIV.
Les deux ensemble composent
une substance moyenne
propre à nourrir l'animal, laquelle
substance n'est pas entièrement
fixe, mais seulement
coagulée.
XLV.
Ainsi l'esprit du monde se
diversifie dans les substances
des trois règnes pour les nourrir
& les multiplier.
XLVI.
Cet esprit est la source unique
de l'humide radical de la
terre où il se combine différemment
@
de la Philosophie spagyrique. 255
avec les divers composés
qu'il y rencontre.
XLVII.
L'esprit du monde est appelé
âme par similitude; de
la vient qu'on a dit que le
grand monde est animé.
XLVIII.
L'esprit du monde est l'alcool
& la plus subtile partie
des éléments; c'est la nature
universelle qui de soi-même
est invisible, incorruptible,
indifférente à toute forme:
mais elle devient visible dans
un corps pur, & visible tel
que le sel fixe.
@
256 Les Clefs
XLIX.
De cette âme avec le corps
qui lui est propre, se fait par
décoction la teinture physique
fixe, dans laquelle se termine
& finit tout le mouvement de
la nature.
L.
La nature ne peut parvenir
à ce repos parfait sans le secours
de l'art.
LI.
L'art chimique continue la
pratique de l'élixir par la purgation
de la terre noire jusqu'à
la blancheur ou la rougeur;
il purifie l'esprit volatil,
& fait la solution de
la
@
de la Philosophie spagyrique. 257
la terre par son esprit.
LII.
Les anciens Spagyristes
avaient coutume d'imbiber
plusieurs fois la terre crue par
son esprit cru, & de déphlegmer
tous les huit jours;
& durant cette oeuvre les couleurs
paraissaient noires, blanches,
& rouges; mais cette
voie est longue & dangereuse.
LIII.
D'un métal parfait, avec
l'eau forte & le mercure vulgaire,
l'oeuvre chimique ne
se peut faire.
LIV.
La vraie eau qui est homogène
R
@
258 Les Clefs
aux métaux doit être tirée
d'un minéral martial &
solaire; & par cette eau la teinture
du métal doit être extraite
de son corps; & dans
cette opération la teinture n'est
encore qu'un or pourri.
LV.
L'élixir minéral outre la
vertu de transmuer peut acquérir
par art plusieurs autres
vertus, à la volonté de l'Artiste.
LVI.
Chaque élixir peut être converti
en un autre élixir, à la
manière que les aliments se
changent en la substance du
mixte alimenté.
@
de la Philosophie spagyrique. 259
LVII.
La nature par son propre
mouvement exerce cette conversion
réciproque dans la nutrition
des mixtes.
LVIII.
La raison de cette conversion
est l'action d'un esprit sur
l'autre, & la nécessité où est
le plus faible de suivre la détermination
du plus fort.
LIX.
Le plus fort convertit le
plus faible; or le fixe est plus
fort que tout volatil, & ainsi
le volatil nourrit le fixe.
R ij
@
260 Les Clefs
LX.
L'aliment résiste d'autant
plus aux esprits de la digestion,
qu'il contient davantage de
substance hétérogène.
LXI.
L'aliment qui résiste en sorte
qu'il ne puisse être converti,
est un venin au corps alimenté;
car il dompte ce corps
& le convertit en soi, ou bien
il s'en engendre une troisième
substance par la mutuelle corruption
de l'aliment & du
corps qu'il devait nourrir.
LXII.
Les esprits métalliques impurs
& crus tuent l'animal
@
de la Philosophie spagyrique. 261
qui s'en veut nourrir, parce
qu'ils résistent & altèrent puissamment.
LXIII.
Chaque chose se nourrit &
se multiplie plus sûrement
par les esprits de son règne,
qui soient purs, que par d'autres.
LXIV.
La décoction des esprits minéraux
est plus longue & plus
difficile que celle des végétaux
& des animaux.
LXV.
L'élixir solaire & lunaire
contiennent de plus grandes
vertus que les élixirs végétaux
R iij
@
262 Les Clefs
& animaux.
----------------------------
CHAPITRE
II.
Putréfaction des Minéraux.
Aphorisme I.
I L y a deux sortes de putréfactions, une chimique ou
accidentelle, l'autre non chimique
qui est une corruption
substantielle, & la destruction
entière du mixte.
II.
La première est causée par
la chaleur interne du mixte,
l'autre vient de l'humidité externe
& de ses esprits.
@
de la Philosophie spagyrique. 263
III.
Entre les mixtes les uns sont
sujets à une corruption absolue,
les autres non.
IV.
Le secret métallique est
commencé par la nature, &
s'achève par l'art.
V.
Dans cette oeuvre l'or cru
naturel est amené par une longue
digestion jusqu'à une pureté
& une perfection incomparablement
supérieure à celle
de l'or vulgaire.
VI.
L'or ne diffère de la pure
R iiij
@
264 Les Clefs
substance des métaux imparfaits,
que parce qu'il est plus
cuit & plus mûr.
VII.
La matière des minéraux
ne diffère de celle des végétaux
que par les esprits magnétiques
du règne minéral.
VIII.
La matière très générale est
rendue particulière aux trois
règnes par les esprits magnétiques
spécifiques de chaque
règne; ainsi cette matière passe
d'un règne à l'autre, lorsqu'elle
est saisie & déterminée
par les esprits d'un autre
règne.
@
de la Philosophie spagyrique. 265
IX.
L'aliment immédiat de chaque
mixte n'est autre chose
que cette matière très générale
occupée des esprits du règne
auquel il se convertit.
X.
L'aliment immédiat n'est
pas encore la substance même
du mixte alimenté, mais une
matière de même nature qui
n'est différente que dans le
degré de coction.
XI.
L'aliment immédiat des animaux
se trouve en forme visqueuse
entre les fibres des
chairs, & devient jaune par
@
266 Les Clefs
une élixation artistement faite.
XII.
Tous les mixtes sont de la
même matière qui nous compose;
mais la combinaison des
principes matériels est différente
dans tous les genres, &
peut-être dans chaque espèce
de mixte, parce que les magnétismes
sont différents dans
chaque règne, & varient même
dans les individus, quoiqu'il
y ait beaucoup de proportion,
& une espèce d'uniformité
entre les esprits spécifiques
de tous les individus
d'un même genre.
@
de la Philosophie spagyrique. 267
XIII.
Les esprits de tous les règnes
peuvent s'introduire dans
la matière de chaque règne;
ainsi dans l'homme s'engendre
le mixte de chaque règne, &
cela de la matière même de
l'homme.
XIV.
Les esprits volatils de chaque
règne se répandent dans
l'air & voltigent partout.
XV.
Ces esprits libres & volatils
occupent soudainement la matière
visqueuse, quand ils
viennent à la rencontrer vide
ou possédée d'esprits plus
@
268 Les Clefs
faibles qu'eux.
XVI.
De là vient qu'en tous lieux
il se fait des générations de
tous les règnes.
XVII.
Ces esprits volatils ont aussi
leur corps subtil qui demeure
avec eux dans le corps glutineux
& grossier, où ils se
trouvent arrêtés; & comme
ce corps grossier a ses pores
plus lâches que le leur, & par
conséquent que les esprits en
sont plus faibles, ils les surmontent
peu à peu, les déterminent
à leur mouvement, en
augmentant leur aimant même,
jusqu'au point de corrompre
@
de la Philosophie spagyrique. 269
toute cette viscosité, &
d'en extraire toute la substance
qui leur convient, pour en
nourrir & végéter leur propre
corps.
XVIII.
Les esprits volatils des trois
règnes qui voltigent partout,
& sont ainsi libres, viennent de
la corruption des mixtes de tous
les règnes; & n'ont point eu
cette liberté de leur naissance
première, mais par cette résolution.
XIX.
Etant ainsi échappés, ils demeurent
dans l'air jusqu'à ce
qu'ils soient attirés par des
mixtes semblables à ceux dont
@
270 Les Clefs
ils sont sortis.
XX.
Les esprits fixes sont contenus
& conservés dans la terre
avec leur corps fixe, de même
que les volatils avec leur
corps volatil dans les autres
éléments.
XXI.
L'esprit fixe avec son corps
fixe visqueux est souvent emporté
dans l'air, où il rencontre
un esprit volatil qui
se joint à lui; & il en arrive
une nouvelle génération, conforme
à la nature du volatil
prédominant.
@
de la Philosophie spagyrique. 271
XXII.
Dieu dès le commencement
du monde a séparé & distingué
les esprits volatils de la matière
fixe très générale pour conserver
ou perpétuer toutes les
espèces des mixtes.
XXIII.
La vraie génération se fait
par le magnétisme spécifique
dans la matière visqueuse; la
génération non vraie arrive
par le mélange des corps de
différente nature.
XXIV.
La vertu intérieure & actuelle
de la génération n'est
autre chose que l'esprit volatil
@
272 Les Clefs
qui occupe la matière visqueuse,
& la dispose conformément
au magnétisme de son
corps volatil; d'où résulte la
génération de nouvelle espèce
individuelle.
XXV.
La matière fixe est un composé
des éléments qui se sont
assemblés dans le sein de la
terre.
XXVI.
Les éléments se joignent l'un
à l'autre, & se condensent
successivement & par degrés;
l'air retient & condense le feu,
l'eau ensuite se joint & s'épaissit
avec l'air: enfin la terre s'assemble
& s'intime avec l'eau.
XXVII.
@
de la Philosophie spagyrique. 273
XXVII.
La matière visqueuse fixe
est chassée en haut par sa chaleur
interne, & par celle du
centre; aussitôt elle est occupée
par les esprits volatils de
quelque règne.
XXVIII.
Les esprits volatils sont aussi
composés des quatre éléments,
& ne diffèrent l'un de l'autre
que par la différente combinaison
de ces éléments, selon
laquelle un ou plusieurs éléments
prévalent & dominent
aux autres.
XXIX.
Dans l'esprit minéral la
S
@
274 Les Clefs
terre & l'eau dominent; dans
le végétal l'eau & l'air; &
dans l'animal l'air & le feu.
XXX.
La vie ne peut être manifeste
dans la composition où
la terre & l'eau dominent.
XXXI.
Ainsi les métaux ne vivent
point sensiblement, quoiqu'ils
soient véritablement engendrés.
XXXII.
La vie dure d'autant plus,
que l'air & le feu sont plus
fixes dans la matière.
@
de la Philosophie spagyrique. 275
XXXIII.
Les minéraux n'ont pas besoin
d'autant de nourriture
que les autres mixtes, parce
que l'eau & la terre fixent
l'air & le feu, & ainsi les empêchent
de s'échapper si tôt.
XXXIV.
Les minéraux sont capables
de vie, à raison de l'air &
du feu qu'ils contiennent quoiqu'en
un degré fort inférieur;
& sitôt qu'on a pu exalter en
eux ces deux éléments, ils
peuvent nourrir très efficacement
les animaux, quoiqu'en
une quantité infiniment petite.
S ij
@
276 Les Clefs
XXXV.
La matière visqueuse imprégnée
des esprits minéraux
se peut extraire de ces minéraux
par les sept opérations.
XXXVI.
L'esprit volatil est tiré par
la première opération en forme
de fumée, & est enfermé
dans l'eau distillée.
XXXVII.
Dans la seconde opération
cet esprit aqueux est légèrement
cuit avec sa terre; & il
résulte de l'un & de l'autre
une eau pesante & permanente,
dont l'artiste se sert utilement.
@
de la Philosophie spagyrique. 277
XXXVIII.
L'esprit volatil, le vent, le
dragon, meurt & se putréfie:
mais non autrement qu'avec
son frère & sa soeur, c'est-à-
dire, avec la terre fixe, &
l'eau distillée dans laquelle il
est renfermé.
XXXIX.
La terre visqueuse contient
ses esprits fixes, & se nourrit
par les imbibitions de la substance
spiritueuse.
XL.
La substance spiritueuse s'échappe
souvent avec violence
hors de la substance visqueuse,
lorsqu'elle est trop raréfiée
S iij
@
278 Les Clefs
par l'air & le feu dans le sein
de la terre.
XLI.
De-là viennent les vents
qui après s'apaisent par les
pluies.
XLII.
L'esprit fixe & volatil sont
de même essence & substance,
& ne diffèrent qu'en degrés
d'exaltation & de raréfaction.
XLIII.
L'élixir ne devient pénétrant
que lorsque les esprits
volatils y sont fixés en grande
quantité.
@
de la Philosophie spagyrique. 279
XLIV.
Et cela, parce que la racine
fixe est très étroitement
liée à une certaine terre excrémenteuse
qui empêche sa
pénétration & sa fusibilité.
XLV.
Cet excrément terrestre ne
peut monter dans la sublimation
de l'élixir, & empêche la
racine fixe de se sublimer à
moins qu'on n'y emploie une
grande quantité de la racine
volatile, ou du vinaigre très
aigre, qui est la même chose.
XLVI.
La putréfaction ne se fait
S iiij
@
280 Les Clefs
pas sans la parfaite union
des deux esprits; & cette
union ne se fait point s'ils ne
s'entre touchent immédiatement,
ni ce contact immédiat
sans la séparation de cette
terre excrémenteuse.
XLVII.
Ainsi par la sublimation,
notre pure terre devient très
pure & très pénétrante; elle
est aussi nommée la racine
fixe.
XLVIII.
Lorsque la terre visqueuse
est purifiée en son extérieur,
& son eau volatile pareillement
elle doit être peu à peu dissoute
par la même eau jusqu'à
@
de la Philosophie spagyrique. 281
ce qu'elle devienne également
eau.
XLIX.
L'esprit volatil qui est contenu
dans l'eau, pénètre aisément
l'esprit fixe qui est dans
la terre, parce qu'ils sont de
même nature; & ainsi les
deux esprits ensemble prennent
un corps aqueux, & il
s'en fait l'eau pesante.
L.
Ainsi d'une substance subtile
& d'une grossière il s'en
produit une moyenne, que
l'art peut employer; laquelle
doit être purifiée par sept distillations.
@
282 Les Clefs
LI.
Cette moyenne substance
doit ensuite être amenée
par la coction jusqu'à la condition
de soufre volatil,
dont immédiatement après se
fait l'élixir.
LII.
Il y a quatre putréfactions
dans l'oeuvre Philosophique.
La première dans la première
séparation, la seconde dans
la première conjonction, la
troisième dans la seconde conjonction
qui se fait de l'eau
pesante avec son sel, la quatrième
enfin dans la fixation
du soufre.
@
de la Philosophie spagyrique. 283
LIII.
Dans chacune de ces putréfactions
la noirceur arrive.
----------------------------
CHAPITRE
III.
De la Solution des Minéraux.
Aphorisme I.
L A résolution de tous les mixtes se fait par la même
méthode & la même voie
de la nature qui l'opère toujours
par l'action des esprits
volatils ou des magnétismes
originaires sur une même matière
très générale, & qui
d'elle-même n'est déterminée
à aucun genre ni espèce particulière
de composé naturel.
@
284 Les Clefs
II.
Cette matière très générale
se distingue & spécifie par
trois sortes d'esprits qui l'occupent
& la déterminent à leur
magnétisme, sitôt qu'elle vient
à s'élever & se sublimer, emportée
par ses esprits hors du
sein de la terre où elle a pris
naissance.
III.
Ainsi cette matière spécifiée
au moment de sa naissance,
ne se trouve nulle
part sans détermination & dans
son universalité.
IV.
La matière se corrompt dans
@
de la Philosophie spagyrique. 285
la substance, & se résout dans
ses parties intégrantes, lorsque
des esprits extérieurs plus puissants
que les internes viennent
à rencontrer cet aimant, à en
chasser les esprits internes, &
à s'y établir en leur place;
car alors la forme du précédent
mixte se détruit.
V.
La forme du mixte consiste
dans une certaine mesure
& proportion d'esprits, laquelle
étant perdue, la forme
du mixte se détruit, encore
même que les premiers esprits
ne soient point chassés.
VI.
La forme, à dire vrai,
@
286 Les Clefs
n'est qu'une disposition & un
arrangement des parties de la
matière, lequel est introduit
tant par les esprits célestes que
par ceux de la matière même.
VII.
Ainsi il y a toujours quelque
forme dans la matière,
puisque dès sa première élémentation
ou création, elle
jouissait d'un magnétisme;
car un élément ne peut s'allier
avec un autre, sans un
esprit qui en fasse l'union &
le magnétisme.
VIII.
Cette première composition
est d'autant plus parfaite &
@
de la Philosophie spagyrique. 287
plus durable que l'esprit qui
la produit, est plus subtil &
plus actif, & que la matière
qu'il pénètre a des pores plus
fins & plus directs.
IX.
Les principes matériels se
composent successivement de
plus en plus, les uns avec les
autres; par les altérations mutuelles
de leur magnétisme,
& s'assemblent sous les formes
que produisent les déterminations
des esprits dont la
matière est possédée.
X.
Plusieurs parties composées
de la même manière venant
à se rencontrer ne se détruisent
@
288 Les Clefs
point les unes les autres:
mais au contraire se joignent
& s'unissent par la conformité
de leur magnétisme.
XI.
Cette union est d'autant plus
forte que les pores sont plus
directs, plus fins, mieux aboutis,
plus semblables, que leur
contact est plus immédiat, &
qu'il répond à une plus grande
étendue de surface.
XII.
La solution a ses degrés,
de même que la composition,
& n'arrive que par ordre des
parties les plus composées jusqu'aux
parties les plus simples;
& cela à proportion que
l'esprit
@
de la Philosophie spagyrique. 289
l'esprit ou le magnétisme extérieur
gagne & ruine l'intérieur.
XIII.
La solution du mixte n'est
pas une résolution jusqu'à la
matière première de toutes
choses: mais seulement jusqu'à
la matière spécifique ou
très prochaine du mixte qu'on
veut dissoudre, laquelle n'est
autre que la matière très générale
possédée par les esprits
qui la déterminent à l'espèce
du mixte.
XIV.
Les mêmes qualités des éléments
sont dans les esprits tant
fixes que volatils de même
T
@
290 Les Clefs
genre; il n'y a d'autre différence
que celle de proportion,
entre les degrés de ces
qualités, au fixe & au volatil.
XV.
Les esprits sont revêtus d'un
semblable corps dans tous les
règnes; les fixes de sel fixe,
& les volatils d'une substance
fumeuse.
XVI.
Ces corps diffèrent entre
eux dans les différents règnes
par les qualités élémentaires.
Dans le minéral la terre &
l'eau dominent, au végétal
l'air & l'eau; & à l'animal
l'air & le feu.
@
de la Philosophie spagyrique. 291
XVII.
Au règne minéral la racine
fixe est amère, au végétal &
à l'animal elle est salée; la
racine volatile du minéral est
âpre & acéteuse, celle du végétal
& de l'animal est douce.
XVIII.
L'amertume pontique & l'âpreté
ou l'acidité viennent de
l'excédence de la terre, &
du défaut d'air & de feu; la
douceur vient d'une cause
contraire.
XIX.
Le secret des minéraux est
beaucoup plus difficile à faire
T ij
@
292 Les Clefs
que celui des végétaux ou des
animaux, parce que le défaut
d'air & de feu dans les premiers
rendent leur coction plus
difficile & plus lente.
XX.
Cette difficulté est désignée
par le caractère que l'on donne
au mercure, qui est composé
d'un demi-cercle, d'un
cercle & une croix.

Au caractère
de la Lune il y a un
demi-cercle sans croix, pour
signifier sa facilité à être transmuée.
Celui du Soleil est un
cercle entier, pour marquer
la perfection du mercure métallique
qu'il contient.
@
de la Philosophie spagyrique. 293
XXI.
Le mercure métallique est
l'unique matière de tous les
métaux, qui soit capable de
la dernière perfection, auquel
point il est l'élixir physique;
& il ne diffère dans tous les
divers métaux qu'en ce qu'il
est plus ou moins pur, & plus
ou moins cuit.
XXII.
La peine donc que l'on prend
pour convertir les corps des
métaux imparfaits en or & en
argent est vaine & inutile, si
l'on ne sépare leur mercure
sur lequel il faudrait travailler.
T iij
@
294 Les Clefs
XXIII.
Le mercure est un or pur,
mais encore cru, lequel se
cuit & mûrit, tant par sa
chaleur naturelle, que par le
feu de la minière, ou celui
de l'art.
XXIV.
L'or chimique est plus parfait
que le naturel, parce qu'il
est plus pur & plus cuit.
XXV.
L'or naturel ne pénètre
point les corps métalliques imparfaits,
à cause de sa densité
grossière; l'or chimique les
pénètre par sa ténuité.
@
de la Philosophie spagyrique. 295
XXVI.
Tous les corps métalliques
imparfaits sont également
grossiers, & ne diffèrent entre
eux que par leur impureté.
XXVII.
L'impureté vient du défaut
de coction; ce manque vient
de la faiblesse des esprits volatils,
qui ont seuls la puissance
de cuire leur propre matière
dans les minières.
XXVIII.
La force des esprits vient de
leur abondance; leur faiblesse
vient de leur petit nombre.
T iiij
@
296 Les Clefs
XXIX.
Les esprits digèrent leur propre
corps, & ensuite l'unissent
à la matière fixe; ainsi
leur magnétisme augmente
peu à peu, & les impuretés
qui lui sont contraires & incapables
de coction sont chassées.
XXX.
Les impuretés sont attachées
aux métaux pendant
qu'ils sont dans leur minière,
plus ou moins aux uns qu'aux
autres, comme l'on remarque
aux fruits qui viennent à maturité.
@
de la Philosophie spagyrique. 297
XXXI.
Le métal qui est hors de sa
minière, & celui qui est fondu
ne rejette plus ses impuretés
par sa chaleur interne;
parce qu'il a perdu ses esprits
volatils, & par conséquent sa
chaleur agissante, motrice &
végétative.
XXXII.
Les esprits fixes qui restent
dans le métal ne suffisent pas
pour faire cette séparation des
impuretés; parce qu'ils sont
en trop petite quantité, &
leurs enveloppes trop fortes &
trop épaisses, pour pouvoir
étendre au-delà la sphère de
leur magnétisme. Les esprits
@
298 Les Clefs
externes du grand monde sont
également incapables de produire
cette dépuration, parce
qu'ils sont encore trop éloignés
de la nature des esprits
internes; & plus propres à dissoudre
le corps, qu'à le cuire
& le purifier.
XXXIII.
De là vient que les métaux
dont on couvre quelques édifices,
& qui sont toujours exposés
au Ciel, ne viennent
jamais à maturité.
XXXIV.
Mais si ces métaux étaient
mis dans une minière suffisamment
imprégnée des esprits
métalliques, ils se perfectionneraient
@
de la Philosophie spagyrique. 299
dans la suite du temps.
XXXV.
Pour lors la nature les dissoudrait
en rouille ou terre métallique;
& après les avoir dissous
& raréfiés, elle viendrait
plutôt & plus facilement à
bout de les perfectionner; car
il ne lui resterait qu'à les cuire
& purifier de leurs parties
étrangères; ce qui se ferait
peut-être dans l'espace de cent
ans.
XXXVI.
Le seul remède aux imperfections
des métaux séparés
de leur minière, est l'élixir
minéral métallique des Physiciens;
& cela, par l'abondance
@
300 Les Clefs
de ses esprits, sa pénétration,
sa pureté, & sa fixité.
XXXVII.
La pureté des deux esprits
avance beaucoup la maturation,
tant en l'oeuvre naturel,
qu'en celui de l'art.
XXXVIII.
L'art par les opérations physiques
amène son sujet à une
pureté parfaite, & non pas la
nature.
XXXIX.
La solution ni la sublimation
physiques ne peuvent être
accomplies en la seule substance
fixe métallique, parce qu'elle
@
de la Philosophie spagyrique. 301
ne monte point par le feu;
ni en la partie volatile seule,
parce qu'elle est si sèche qu'elle
ne peut se réduire en eau
par la distillation.
XL.
Mais l'esprit volatil s'unit
aisément au fixe par le moyen
de son véhicule, qui est l'eau
superflue.
XLI.
Ainsi les deux esprits ensemble
se composent en une
eau permanente, qui est le
moyen de l'union des teintures
qui sont fixes & volatiles.
XLII.
Par cette même voie la
@
302 Les Clefs
nature coagule l'esprit volatil
avec le fixe; car premièrement
elle les convertit en air;
puis cet air en eau par l'humidité
de la terre; enfin elle
coagule cette eau avec la puissance
visqueuse de la terre.
XLIII.
De-là vient qu'en notre
première distillation l'eau sorte
avant toute chose; puis s'ensuit
l'air en forme de fumée,
contenant en soi l'esprit; &
cette fumée entre bientôt dans
l'eau distillée.
XLIV.
Cet esprit volatil ainsi noyé
dans l'eau, ne peut par lui-
même sublimer sa terre métallique,
@
de la Philosophie spagyrique. 303
parce que cette humidité
le rend trop fugitif.
XLV.
Mais il faut que cette eau
spiritueuse convertisse la terre
métallique en eau, afin qu'elles
s'unissent, & que l'esprit
& l'eau servent de moyen à la
sublimation.
XLVI.
En effet la terre fixe se dissout
en eau, en l'arrosant plusieurs
fois de l'eau spiritueuse,
& par de très légères digestions
continuées jusqu'à ce
que tout devienne eau pondéreuse.
@
304 Les Clefs
XLVII.
Maintenant cette eau pondéreuse
doit être purifiée par
sept distillations; puis de cette
eau, immédiatement avec les
corps parfaits dissous en elle,
doit être produit le soufre
métallique.
XLVIII.
La nature fait la même chose
dans les minières, car l'esprit
métallique y est premièrement
contenu dans un corps
aérien, l'esprit de la terre convertit
cet air en eau; cette eau
rencontre une terre visqueuse
& onctueuse, qu'elle dissout
& qu'elle unit inséparablement
avec soi: enfin de cette double
ble
@
de la Philosophie spagyrique. 305
matière, par la seule coction
la nature engendre le
soufre métallique, tant blanc
que rouge.
XLIX.
Les couleurs ne dépendent
que des degrés de la coction.
L.
La matière prochaine de l'eau
pondéreuse n'est autre chose
que les deux racines. L'eau
pesante ou pondéreuse est la
matière prochaine du soufre;
& le soufre est celle
des corps métalliques, tant en
l'art qu'en la nature.
LI.
La pureté de l'eau pesante,
V
@
306 Les Clefs
du soufre & du métal,
dépend de la pureté des principes,
tant en l'art qu'en la
nature.
LII.
Ces degrés dépendent de la
coction ou de l'accroissement
du magnétisme spécifique, qui
repousse & sépare les substances
hétérogènes, qui empêchent
l'attouchement immédiat
des principes, & par conséquent
l'union parfaite des
deux racines.
LIII.
Cette coction se fait par la
chaleur & le feu intérieur des
principes.
@
de la Philosophie spagyrique. 307
LIV.
La dernière fin & le repos
de toute altération dans les
minéraux, n'est autre chose
que la perfection solaire, c'est
à-dire la pureté de l'or.
LV.
La substance tant fixe que
volatile des minéraux est très
sèche de sa nature.
LVI.
Elle peut néanmoins se convertir
en eau métallique, &
devenir susceptible de tous les
changements que l'art veut
produire en elle; parce que
la forme d'un élément peut se
communiquer successivement
V ij
@
308 Les Clefs
de l'un à l'autre par leurs qualités
semblables; & que cette
conversion devient réciproque
par les contraires, tant dans la
nature que dans l'art.
LVII.
Le soufre métallique naturel,
auparavant qu'il soit
réduit en corps métallique, est
de facile liquéfaction, à cause
de l'humidité métallique qu'il
contient en abondance; quoiqu'en
celle-ci même la siccité
domine.
LVIII.
Quand le soufre métallique
est devenu corps métallique,
il est très difficile à liquéfier,
tant à cause de la
@
de la Philosophie spagyrique. 309
fixation, qu'à cause des impuretés
grossières.
LIX.
Le soufre est appelé la
siccité des métaux, & le mercure
l'humidité métallique, à
cause de la domination de ces
qualités.
LX.
Le soufre est appelé eau
qui ne mouille pas les mains;
& cela à cause de l'abondance
d'humidité, laquelle n'est
pas encore fixée, mais seulement
coagulée.
LXI.
Les Physiciens ont composé
cette eau de tout ce qui est
V iij
@
310 Les Clefs
nécessaire à leur élixir, à savoir,
les deux racines fixes &
volatiles; de manière qu'elles
n'ont plus besoin que de purification
& de coction.
LXII.
Le soufre métallique ne
se trouve pas dans les minières
seul & séparé; mais il est
toujours caché dans la terre
des minières.
LXIII.
Les étincelles que l'on voit
briller dans la terre des minières,
sont de petits corps métalliques
produits du soufre
par une coction naturelle.
@
de la Philosophie spagyrique. 311
LXIV.
Le soufre métallique est
fort différent du soufre vulgaire,
que l'on vend communément
sous ce nom: ainsi le
mercure naturel métallique du
mercure connu sous ce nom.
LXV.
Le mercure vulgaire se laisse
altérer par les métaux, &
ne les altère point; au contraire
le mercure des Physiciens
altère les métaux, & ne reçoit
d'eux aucune altération.
LXVI.
Le mercure des Physiciens
réincrude & rétrograde l'or, en
sorte qu'il ne peut plus être
V iiij
@
312 Les Clefs
réduit en corps autrement qu'avec
ce mercure lui-même par
une lente coction.
LXVII.
Le mercure vulgaire n'est
pas un principe métallique,
mais un métal fait, quoique
imparfait; & le mercure des
Physiciens est un principe métallique,
& non pas un métal
fait.
LXVIII.
Dans le mercure vulgaire la
partie aqueuse du mercure métallique
domine sur le sec métallique,
qui y est en petite
quantité.
@
de la Philosophie spagyrique. 313
LXIX.
Le soufre métallique est
incombustible; mais non pas
le vulgaire.
LXX.
L'un & l'autre soufre est
une graisse métallique: mais
l'une est pure & l'autre impure,
& n'est que l'excrément
de la pure graisse.
LXXI.
Dans le soufre métallique
les principes de composition
sont réunis à une égale
proportion & conformité de
substance; dans le soufre
commun tous les éléments sont
encore inégaux, hétérogènes
@
314 Les Clefs
l'un & l'autre, & improportionnés;
de-là vient qu'il est combustible.
LXXII.
L'un & l'autre soufre est
de trois sortes, savoir minéral,
végétal, & animal; &
selon leur règne ils sont nommés
soufre, gomme ou graisse.
LXXIII.
Là où il se trouve plus d'aliment,
il y a aussi plus de
soufre en chaque genre de
mixte.
LXXIV.
La graisse animale est un
récrément utile à la nature,
@
de la Philosophie spagyrique. 315
qui, au défaut d'autre aliment
plus aisé à cuire, la convertit
en suc nourricier, en la digérant
& purifiant avec la lymphe
imprégnée des esprits spécifiques
de l'animal.
LXXV.
La nature seule peut faire
ce changement, & non l'art,
ou du moins très difficilement.
LXXVI.
Le métal n'est point la matière
de la pierre physique,
parce qu'il ne contient que le
soufre fixe; ni aucun minéral
excrémenteux, parce qu'il
ne contient que peu de mercure
sans aucun soufre pur.
@
316 Les Clefs
LXXVII.
Il se trouve un certain minéral,
qui contient quantité
de pur mercure & de pur soufre,
& dont la préparation
n'est pas même difficile à un
bon Artiste.
LXXVIII.
Les deux racines fixes &
volatiles se tirent de ce minéral
par une distillation violente.
LXXIX.
On purifie ces deux racines
l'une après l'autre, &
on les putréfie ensemble par
une lente chaleur, pour les
dissoudre l'une par l'autre.
@
de la Philosophie spagyrique. 317
LXXX.
On les unit ensuite par
la circulation pour en faire
l'eau minérale pondéreuse, laquelle
doit être purifiée par
sept distillations.
----------------------------
CHAPITRE
IV.
De la Distillation des Minéraux.
Aphorisme I.
L 'Union présuppose que toutes les autres opérations
précédentes aient été exactement
accomplies; parce
qu'elle requiert un contact immédiat
entre les racines fixe
& volatile, & par conséquent
leur pureté.
@
318 Les Clefs
II.
L'élixir se produit par l'union,
& acquiert sa dernière
perfection par la coagulation.
III.
Par-tout où la nature rencontre
un sujet propre à recevoir
ses impressions, elle en
dispose toujours les racines à
l'union par la distillation, &
par toutes les précédentes opérations.
IV.
La cause agissante en ce travail
naturel, n'est autre que
la chaleur interne de la racine
fixe, de laquelle chaleur
cette racine n'est jamais dépourvue,
@
de la Philosophie spagyrique. 319
comme il se voit au
grain de froment.
V.
Aux opérations de la nature,
le Ciel sert de chapiteau,
de vaisseau à distiller, sublimer
& calciner; & la terre
sert de filtre à purifier la matière
dissoute.
VI.
La nature dissout la matière
fixe par le moyen de l'eau
souterraine.
VII.
Cette solution venant à entrer
dans les sources des fontaines,
communique aux eaux
des vertus merveilleuses.
@
320 Les Clefs
VIII.
Ce n'est pas l'eau dissolvante,
mais le sel qui est dissous
par elle, qui produit ces
vertus; & il en peut être séparé
par la distillation.
IX.
Le sel de ces fontaines &
bains est de plusieurs sortes,
vitriolique, antimonial, sulfureux,
&c.
X.
L'eau qui contient le vitriol
est la meilleure de toutes, &
d'autant meilleure, que son vitriol
est pur & fixe.
XI.
@
de la Philosophie spagyrique. 321
XI.
Les vertus du vitriol pur
sont merveilleuses; son esprit
rend le mercure vulgaire une
espèce de panacée, & on en
peut faire par son moyen une
vraie médecine contre toute
maladie, si l'on sait de quel
vitriol j'entends parler, & de
quel mercure.
XII.
La substance du vitriol
pur corrige le venin de tout
métal.
XIII.
La pure essence de vitriol
ne cède guère à l'humide radical
de l'or & de l'argent.
X
@
322 Les Clefs
XIV.
Les bains qui contiennent
la seule matière fixe du vitriol,
sont les meilleures de
toutes les eaux purgatives.
XV.
Ceux qui contiennent le vitriol
cru, purgent par haut
& par bas; ceux qui contiennent
le vitriol fixe sans le volatil,
provoquent les selles &
les urines.
XVI.
Ceux qui contiennent le fixe
vitriolique bien uni avec son
volatil, sont fort cordiaux.
@
de la Philosophie spagyrique. 323
XVII.
Il se trouve d'autres eaux
thermales qui sont sujettes à
s'agiter impétueusement à cause
d'une croûte de soufre qui
les couvre & empêche la sortie
des esprits volatils.
XVIII.
Ces esprits sortant en foule
font un bruit & un tumulte
en l'air comme des tremblements
de terre.
XIX.
Après ces tremblements,
il arrive ordinairement des
pluies.
X ij
@
324 Les Clefs
XX.
Il y a quelques fontaines
qui convertissent le fer en
cuivre; cela arrive parce que
le vitriol est un cuivre raréfié,
& qui abonde en esprits
métalliques, & que ces eaux
contiennent beaucoup de vitriol.
XXI.
D'autres fontaines convertissent
en pierre, parce qu'elles
contiennent beaucoup d'esprits
pierreux, qui, tandis
qu'ils sont dans l'eau, demeurent
toujours dissous, par
l'accès continuel d'un nouvel
esprit dissous: mais aussitôt
qu'ils sont tirés de la fontaine,
@
de la Philosophie spagyrique. 325
ils se figent comme des
coraux, qui dans la mer sont
mous & s'endurcissent à l'air,
& ainsi des perles.
XXII.
D'autres fontaines très limpides
jettent sans cesse des
flammes, parce qu'elles contiennent
beaucoup de soufre
très subtil & combustible,
lequel est l'excrément du soufre
incombustible métallique.
XXIII.
D'autres fontaines ne jettent
point de flammes, mais
allument toutes les choses
combustibles & inflammables
que l'on y jette, de même
X iij
@
326 Les Clefs
qu'il arrive au salpêtre fondu.
XXIV.
Le soufre incombustible
que ces eaux contiennent en
abondance, empêche le soufre
combustible qui y est
mêlé de s'enflammer: mais
l'eau pénètre les choses combustibles
que l'on y jette, de
sorte qu'elle en augmente la
chaleur & leur graisse par la
sienne, de manière que la
flamme s'excite.
XXV.
La cause de ces merveilleux
effets de la nature doit
se rapporter aux esprits volatils,
qui s'élèvent de la terre
par un mouvement continuel,
@
de la Philosophie spagyrique. 327
lequel exalte de plus en plus
leur magnétisme, & purifie
leur petit corps, jusqu'à ce
qu'ils puissent, en repassant
dans les pores de la terre, s'unir
intimement à la matière
fixe qu'ils y rencontrent.
XXVI.
Ainsi l'art purifie parfaitement
les esprits volatils, pour
les unir avec les fixes, & accomplir
le secret.
XXVII.
Ces deux racines purifiées
& unies sont la vraie matière
de l'or, qui était cachée dans
les ténèbres d'un minéral très
impur.
X iiij
@
328 Les Clefs
XXVIII.
Ce minéral avant d'être purifié
est plein d'excréments qui
empêchent sa vertu transmuante.
XXIX.
De cent livres de ce minéral
à peine peut-on tirer une
livre de la racine fixe, & une
autre de la racine volatile,
que par plusieurs extractions.
XXX.
La substance fixe après avoir
été séparée, doit être purgée
par solution en eau commune,
filtration & évaporation.
@
de la Philosophie spagyrique. 329
XXXI.
Elle se dissout aisément dans
l'eau, parce qu'elle est de na
ure de sel; & ses excréments
terrestres ne sont pas capables
de solution, & ainsi ils vont
au fond de l'eau.
XXXII.
Puis après on le calcine de
nouveau, mais légèrement;
on la dissout, on filtre & évapore,
& l'on réitère plus d'une
fois les mêmes opérations.
XXXIII.
La substance volatile contient
beaucoup de substance
fixe dissoute, laquelle à la longueur
du temps pourrait vaincre
@
330 Les Clefs
& fixer la volatile jusqu'à
la perfection de l'élixir.
XXXIV.
Mais les Artistes y ajoutent
quelque portion de la racine
fixe, pour avancer la fixation.
XXXV.
La substance fixe contenue
dans la volatile, est accompagnée
de ses excréments terrestres
qui troublent l'eau.
XXXVI.
La substance spiritueuse contient
aussi des excréments aériens
& ignés de nature de
soufre, lesquels nagent sur
l'eau distillée, en manière
@
de la Philosophie spagyrique. 331
d'huile & de graisse combustible,
ou de pellicule, après
la première distillation, & se
partagent infiniment au moindre
mouvement que l'eau reçoit;
& se séparent en manière
d'atomes par toute l'eau.
XXXVII.
De plus la substance spiritueuse
contient un phlegme
excrémenteux, qui sent l'eau
de fontaine.
XXXVIII.
Ce soufre excrémenteux
qui nage sur l'eau distillée est
combustible, & brûle en effet
comme le soufre que
l'on trouve dans les montagnes,
& que l'on vend vulgairement.
@
332 Les Clefs
XXXIX.
Tous ces excréments de la
substance spiritueuse doivent
être ôtés, savoir les terrestres
& sulfureux par le filtre, &
les aqueux par plusieurs distillations.
XL.
Les deux racines après ces
purifications acquièrent leur
dernière & parfaite pureté par
la sublimation seule.
XLI.
La sublimation ne se peut
faire avant que toutes les purifications
précédentes aient
été faites, parce que le corps
& l'esprit ne se peuvent unir sans
@
de la Philosophie spagyrique. 333
être purs.
XLII.
Le sublimé qui est appelé
azot, doit être cuit jusqu'à
l'élixir parfait par un feu externe,
lent, & longtemps continué.
XLIII.
La cause principale de la coction
n'est autre que le feu interne
de la substance volatile,
d'où l'élixir est appelé
fils du feu.
@
334 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
V.
Sublimation des Minéraux.
Aphorisme I.
L E minéral est plus impur que les autres corps mixtes,
parce que les esprits qui
s'élèvent du centre de la terre
se joignent à une plus grande
quantité de parties terrestres
dans la composition des minéraux;
& que les esprits les
plus subtils qui se subliment
hors du sein de la terre, ne
peuvent s'unir à des parties si
grossières, mais seulement aux
parties d'air & d'eau, avec
très peu de terre pour la végétation
des plantes & des
animaux.
@
de la Philosophie spagyrique. 335
II.
Ces particules spirituelles
plus grossières, ou qui se trouvent
engagées dans de plus
grandes masses terrestres n'ont
plus qu'un magnétisme très
faible, & une chaleur très
lente; au lieu que les esprits
plus subtils qui n'ont pu être
retenus dans les entrailles de
la terre ont une chaleur très
vive & très libre.
III.
Les minéraux sont formés
dans le sein de la terre de la
composition plus terrestre de
ces esprits; les plantes viennent
du plus subtil des minéraux,
& les animaux du
@
336 Les Clefs
plus subtil des plantes.
IV.
Le magnétisme des esprits minéraux
qui est faible & languissant,
tandis que les parties
qui les embarrassent sont impures
& mal assorties, devient
fort & vigoureux à proportion
que les excréments se séparent
par la coction, & que les
parties se conforment & s'homogènent.
V.
Le Chimiste à l'imitation
de la nature travaille à élever
& sublimer le soufre volatil,
ou la chaleur naturelle
de son minéral, pour le dépouiller
de toutes les impuretés
qui
@
de la Philosophie spagyrique. 337
qui l'environnaient, & le joindre
ensuite à un corps qui soit
aussi capable de recevoir une
entière coction.
VI.
Cet art ne s'acquiert point
par la lecture seule, l'expérience
y est nécessaire.
VII.
Il faut beaucoup plus d'art
& d'industrie pour faire la
sublimation dans le règne minéral
qu'aux deux autres règnes;
à cause de l'abondance
des excréments.
VIII.
Il faut dans cette opération
éviter deux erreurs; la première
Y
@
338 Les Clefs
est d'assembler les deux
racines, lorsqu'elles sont encore
impures; l'autre est de
vouloir purifier la terre avant
de l'avoir dépouillée de tous ses
esprits volatils.
IX.
La première erreur se prouve,
parce que les racines impures
ne peuvent s'altérer l'une
l'autre, faute de s'entre
toucher immédiatement; &
ainsi la racine fixe ne peut
monter, & la racine volatile
n'est pas mieux cuite par toutes
les sublimations qu'on puisse
faire.
X.
La raison de la seconde erreur
@
de la Philosophie spagyrique. 339
est parce que tandis que
la racine fixe n'est pas séparée
de la racine volatile, elle ne
peut être nettoyée & purgée
par toutes les infictions de la
volatile sur la fixe, ni par toutes
les calcinations qu'on puisse
faire.
XI.
La sublimation purifie parfaitement
les racines, & donne
la dernière perfection à tout
élixir.
XII.
La sublimation ne se peut
faire qu'après toutes les opérations
précédentes.
Y ij
@
340 Les Clefs
XIII.
La pratique de l'élixir au
règne minéral est la séparation
des racines, la purgation,
la solution de la racine
fixe, faite par la volatile en
putréfaction ou inhumation;
ensuite la distillation & la sublimation.
XIV.
Dans la sublimation les excréments
ne peuvent monter,
parce qu'ils ne peuvent se lier
avec le mercure volatil; car
ils ne sont point de la nature
mercurielle; ni en forme de
sels, mais ne sont qu'une terre
impure & hétérogène.
@
de la Philosophie spagyrique. 341
XV.
Or ces terres impures après
la sublimation demeurent au
fond du vaisseau en manière
d'une poudre très déliée qui
se dissipe par le moindre souffle
comme des atomes.
XVI.
Ces particules terrestres ne
sont pas liées après la sublimation,
parce qu'elles n'étaient
jointes que par le moyen
de la graisse fixe ou racine
fixe, laquelle seule donne la
continuité, & fait une masse
avec les terres sèches.
XVII.
Si donc après la sublimation
Y iij
@
342 Les Clefs
il se trouve quelque masse au
fond du vaisseau, la racine
fixe n'est pas encore dissoute
ni altérée par la volatile.
XVIII.
Alors il faut réitérer l'infusion
du volatil, & la sublimation;
tant que tout monte
en façon de feuilles de talc ou
d'argent reluisant.
XIX.
La séparation des racines,
& la sublimation, sont des
broiements & attritions de la
pierre: mais la séparation est
un broiement imparfait, & la
sublimation est une attrition
parfaite.
@
de la Philosophie spagyrique. 343
XX.
Les excréments de la pierre
sont toutes les substances qui
empêchent les vertus & actions
naturelles du mercure Philosophique.
XXI.
Dans la sublimation la graisse
qui donne la continuité &
la liaison aux excréments, est
emportée par plusieurs infusions
du volatil sur le fixe,
par lesquelles le fixe vient à
se lier au volatil.
XXII.
La sublimation est figurée
dans Arisloüs par l'énigme
d'un poisson qu'on rôtit, que
Y iiij
@
344 Les Clefs
l'on dégraisse, & que l'on remplit
de sa propre graisse.
XXIII.
Cette graisse qui fait la continuité
de tout mixte, laisse
le mixte résout en petits atomes
quand elle est enlevée.
XXIV.
Les corps mixtes où cette
graisse est plus fixe & ferme
durent plus longtemps, comme
sont les métaux.
XXV.
Notre sublimé minéral contient
toute la nature minérale,
savoir les deux racines lesquelles
sont pures & dégagées
de tout hétérogène.
@
de la Philosophie spagyrique. 345
XXVI.
Ainsi par la ténuité de ses
parties, il pénètre tous les
corps imparfaits, par l'action
de son magnétisme il sépare
toutes les terrestréités hétérogènes,
& par le même feu
très fixe & très pur, il cuit
& digère le mercure métallique
pur, à la perfection de
l'or.
XXVII.
La nature dans les minières
tend à la perfection de l'or:
mais elle est souvent empêchée
d'y parvenir, tant par le froid
qui condense trop la matière
qui est le sujet de son action;
en sorte qu'elle ne peut séparer
@
346 Les Clefs
les impuretés qui y sont
mêlées, que parce que ces
mêmes impuretés y sont en si
grande quantité, qu'elles ne
peuvent être séparées par le
magnétisme trop faible du
soufre & du mercure naturel.
XXVIII.
L'Artiste réveille & fortifie
ce petit feu minéral qui était
suffoqué dans le corps grossier;
il le dépouille des impuretés
sulfureuses combustibles,
des terrestréités incapables
de coction; il nettoie
& lave le corps pur, il lui
donne à boire une liqueur de
sa nature, & à manger une
viande de sa substance; il
@
de la Philosophie spagyrique. 347
multiplie cet esprit & ce feu
naturel par un esprit & un feu
semblables. Enfin il assemble
& réunit les principes de la vie
du règne minéral, & arrive
au point de la fixation de la
pierre physique, laquelle ensuite
vivifie tout corps mixte
naturel.
XXIX.
La pierre conserve les corps
mixtes, parce qu'elle retarde
en eux la solution des éléments;
& par conséquent la
séparation du feu naturel.
XXX.
La pierre augmente, affermit,
endurcit, pour ainsi dire,
le feu naturel; parce
@
348 Les Clefs
qu'elle est toute feu, & feu
très fixe.
XXXI.
Les corps mixtes périssent
par la résolution ou la désunion
des éléments, laquelle
leur arrive enfin, parce que
leur feu naturel est très labile;
& ainsi nous le réparons
par un feu nouveau que nous
tirons des aliments.
XXXII.
Les choses vivantes ont plus
de chaleur que les autres mixtes;
aussi consument-elles davantage
par la transpiration,
d'où vient qu'elles meurent
plus tôt.
@
de la Philosophie spagyrique. 349
XXXIII.
Cela n'arriverait pas, si la
chaleur naturelle était plus
permanente dans les substances
qui nous nourrissent; car
la durée de cette chaleur naturelle
rendrait la vie moins
périssable & plus longue.
XXXIV.
Il faut donc séparer l'humide
radical de notre minéral,
& le sublimer jusqu'à
la perfection de pur soufre
de nature; lequel étant acquis,
tout l'art est manifesté;
car ce qui reste à faire n'est
qu'un jeu d'enfant.
@
350 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
VI.
L'Union des minéraux.
Aphorisme I.
L A chimie tire la pureté ou l'élixir de tous les
mixtes.
II.
L'élixir n'est autre chose
que l'humide radical composé
des deux racines, fixe & volatile,
bien unies & fixées.
III.
La racine fixe est la matière
de laquelle la forme du
mixte est tirée, & le sujet auquel
réside la forme.
@
de la Philosophie spagyrique. 351
IV.
La racine volatile est l'aliment
qui répare la fixe, quand
par la chaleur naturelle elle
est diminuée.
V.
La racine volatile est le
mercure des Philosophes, la
fontaine perpétuelle, l'eau
avec laquelle seule la racine
fixe, le soufre, ou l'or &
la Lune des Philosophes est utile
à l'Artiste.
VI.
Les deux racines ne sont
qu'une même chose en substance.
@
352 Les Clefs
VII.
La racine fixe faite par la
première composition des éléments,
& qui est commune &
indifférente à tous les mixtes,
est élevée par la chaleur centrale,
& passe par les pores de
la terre aussitôt qu'elle vient
de naître.
VIII.
Dans cette sublimation les
esprits magnétiques qui remplissent
les pores de la terre,
par lesquels cette matière passe,
la saisissent, la cuisent &
la convertissent en l'aliment, &
en l'humide radical des corps
mixtes, dont ces esprits composent
la sphère magnétique.
@
de la Philosophie spagyrique. 353
IX.
Ainsi l'Artiste ne peut retirer
un spécifique général,
mais seulement extraire le spécifique
du mixte qu'il traite.
X.
Chaque élixir contient toute
la vertu de son mixte, parce
qu'il contient toute la pure
substance naturelle de ce mixte.
XI.
Ces termes & expressions
sont synonymes: élixir, secret,
mercure de vie, composition
des éléments, matière
première, esprit double, rubis,
fondement & base matérielle
Z
@
354 Les Clefs
de toute la nature,
Saturne qui dévore ses enfants,
&c.
XII.
La nature minérale est de soi-
même très subtile, très pénétrante,
& entièrement invisible;
néanmoins elle procrée
des choses très solides, comme
sont l'or, l'argent, les diamants,
&c.
XIII.
La nature minérale est l'alcool,
c'est-à-dire, la plus subtile
partie des éléments, très
fixe & très digeste par un feu
astral & invisible.
@
de la Philosophie spagyrique. 355
XIV.
De-là vient que dans son
extraction elle suit toujours la
plus subtile partie du mixte,
& se mêle avec la fumée mercurielle;
de sorte qu'elle fuit les
parties grossières, & est très
difficile à retenir.
XV.
On appelle subtil & pénétrant
tout ce que la chaleur &
la nature du mixte retient dans
sa résolution; mais grossier &
sale tout ce qu'elle rejette comme
hétérogène.
XVI.
La dureté convient tant au
grossier qu'au subtil.
Z ij
@
356 Les Clefs
XVII.
Car la nature pure élémentaire
peut être coagulée & condensée
en substance très dure,
comme sont l'or & l'argent,
tant chimiques que naturels,
& les pierres précieuses.
XVIII.
On appelle impur & grossier
tout corps dont les parties subtiles
& homogènes sont mêlées
avec des substances grossières
& hétérogènes.
XIX.
Les choses hétérogènes au
mixte en font languir les vertus.
@
de la Philosophie spagyrique. 357
XX.
L'esprit minéral venant à
rencontrer une eau minérale
dans un lieu pur & net, &
s'unissant à elle, produit un
minéral proportionné aux qualités
de cette eau: ainsi l'esprit
métallique avec l'eau métallique
produit le métal, & l'esprit
pierreux avec l'eau pierreuse
produit des pierres.
XXI.
A la vérité l'eau contient en
soi des esprits trop faibles pour
la coaguler & l'endurcir, parce
qu'ils sont trop dissous, &
la quantité de matière fixe
qu'elle a reçue dans sa formation
est trop petite & trop étendue
Z iij
@
358 Les Clefs
dans le fluide, pour le
pouvoir surmonter: mais sitôt
que cette eau minérale
vient à se joindre aux esprits
fixes de même nature que ceux
qu'elle possède au-dedans d'elle,
ils composent & accomplissent
la cause entière de la
coagulation & de la dureté.
XXII.
L'Artiste après avoir fait la
résolution des pierres, en produit
de nouvelles de l'essence
des premières: mais il les rend
infiniment plus pures & plus
puissantes avec les racines mêmes
des premières qu'il a purifiées,
après les avoir décomposées.
@
de la Philosophie spagyrique. 359
XXIII.
Mais les fausses pierres précieuses
artificielles ne sont autre
chose qu'une substance terrestre
excrémenteuse fixe,
changée en verre par une forte
fusion, par laquelle la partie
volatile s'est entièrement
échappée & la plus grande partie
des sels fixes en même
temps que les esprits.
XXIV.
Ainsi ces pierres sophistiquées
n'ont pas les vertus ni les propriétés
des pierres d'où elles
ont été tirées par résolution;
parce qu'elles n'en contiennent
point la nature entière & parfaite,
encore qu'elles reluisent
N iiij
@
360 Les Clefs
comme les naturelles.
XXV.
La pierre sophistique retient
la couleur & la pureté de la
pierre naturelle d'où elle est
tirée par la résolution; parce
que les excréments terrestres
qui composent cette pierre
artificielle, contiennent une
partie des esprits minéraux
fixes.
XXVI.
Ainsi le Sophiste chimique
peut extraire l'émeraude du
cuivre & du fer; le rubis du
plomb, le diamant de l'étain
& de l'argent.
@
de la Philosophie spagyrique. 361
XXVII.
Le secret des pierres précieuses,
qui est composé de
trois principes purs, est plus
précieux que toutes les pierres
précieuses vraies & naturelles.
XXVIII.
Le secret des pierres précieuses
change tout verre en pierres
précieuses vraies & naturelles.
XXIX.
Le même arcane a la vertu
de rendre le verre ductile &
malléable comme le métal; il
a le même effet sur les autres
sortes de pierre.
@
362 Les Clefs
XXX.
Le verre & les pierres sont
cassants, à cause du manque
d'humide onctueux.
XXXI.
Si l'humide onctueux était
abondamment dans les pierres,
il tiendrait les parties terrestres
si collées ensemble, qu'elles
ne pourraient s'entre quitter
pour quelque contusion que
l'on fasse.
XXXII.
Le secret du verre augmente
l'humide onctueux du verre
& des pierres, par celui
dont il est composé & rempli,
lequel est de nature à pouvoir
@
de la Philosophie spagyrique. 363
pénétrer & se mêler exactement
dans la projection sur
ces substances fixes & cassantes.
XXXIII.
L'humide onctueux du verre,
des pierres & des métaux
ne diffère pas de nature en
substance.
XXXIV.
Il n'y a dans le monde qu'une
seule matière de laquelle
& dans laquelle se font toutes
les altérations & générations
par l'éduction des formes.
XXXV.
Chaque mixte peut servir
@
364 Les Clefs
d'aliment à tout mixte.
XXXVI.
Cela ne se pourrait faire
s'il n'y avait dans tous les
mixtes un même centre &
fondement matériel, duquel
la forme de chaque mixte peut
être tirée.
XXXVII.
Cette matière reçoit diverses
formes par l'action de l'esprit
volatil qui l'occupe & la prépare
à la forme, suivant la
détermination du magnétisme
qui lui est imprimé.
XXXVIII.
Ainsi cette matière visqueuse
est divisée en trois règnes
@
de la Philosophie spagyrique. 365
par trois sortes d'esprits qui
possèdent l'énergie des éléments.
XXXIX.
Les corps métalliques ne
vivent point, parce que leur
humide radical n'est pas capable
de mouvement intrinsèque.
XL.
Ce mouvement intérieur est
absolument nécessaire à la vie,
& ne convient qu'aux seuls
vivants.
XLI.
La perfection de la vie ne
se peut tirer d'autre humide
radical, que de celui auquel
@
366 Les Clefs
l'air & le feu dominent sur la
terre & l'eau.
XLII.
Le Ciel tient son mouvement,
non pas de son intrinsèque,
mais des Anges selon
l'opinion de quelques Philosophes;
ou de l'esprit volatil
du monde, selon d'autres; &
ainsi il n'a point de vie.
XLIII.
Cet esprit volatil du monde
qui nous est sensible par la lumière
qu'il excite, est très pur
dans le soleil & les étoiles: il
est vivant, & même le principe
de la vie de tous les mixtes
animés; c'est l'origine de
tous les magnétismes visibles
@
de la Philosophie spagyrique. 367
& invisibles des corps sublunaires.
XLIV.
Cet esprit éthéré est néanmoins
matière & corps: mais
il a au-dedans de lui un principe
de vie & d'action, lequel
vient immédiatement de la
puissance de l'être suprême;
& ce principe ne peut devenir
sensiblement matériel, quoiqu'il
soit la première cause du
mouvement visible dans la matière.
XLV.
Ce principe supérieur à toute
la matière du monde visible
remplit tout l'Univers; mais
détermine l'esprit du monde
@
368 Les Clefs
plus particulièrement que les
substances moins simples &
plus grossières, qui résultent
des immixtions de l'esprit du
monde avec les éléments plus
grossiers, tels que l'eau, l'air
& le feu.
XLVI.
La terre est composée d'air
& d'eau, l'air est composé d'eau
& de feu; le feu est l'esprit du
monde animé du premier esprit,
par lequel la Sagesse de
Dieu a prononcé la création
de l'Univers, & dans lequel
la Majesté du Tout-puissant
a établi son Trône pour se
manifester dans ses Ouvrages.
XLVII.
@
de la Philosophie spagyrique. 369
XLVII.
C'est du sceau de cet esprit
que notre âme est marquée;
& c'est peut-être à ce degré
que subsiste la nature des Anges.
XLVIII.
Ainsi l'esprit de Dieu dispose
tous les arrangements de
l'Univers, & son unité se répand
dans tous les nombres
de la nature; c'est de ce point
que se produisent toutes les
lignes du monde, qui nous
révèlent l'immensité du tout
indivisible.
XLIX.
Dans les pierres & les métaux
Aa
@
370 Les Clefs
est contenue plus ou
moins abondamment la substance
onctueuse qui peut être
convertie comme aliment en
l'humide onctueux des autres
règnes, encore que de soi elle
soit incapable de vie.
L.
Cette substance onctueuse
de tout mixte n'est autre chose
que le sel fixe & doux.
LI.
Les esprits volatils des végétaux
& des animaux, qui
en sont nourris, pénètrent cette
matière minérale, & augmentent
en elle les esprits aériens
& ignés; en sorte qu'ils
prévalent aux esprits terrestres
@
de la Philosophie spagyrique. 371
& aqueux de cette matière qui
reçoit ainsi la perfection de la
vie.
LII.
Chaque élixir abonde en humide
radical fixe, par lequel
il augmente & perfectionne
aisément son semblable, qu'il
trouve dans le végétal & l'animal
auquel il sert d'aliment.
LIII.
Et parce que cet humide est
l'unique fondement propre des
esprits de la vie, il les retient
& les nourrit de manière qu'ils
suffisent pleinement au magnétisme
de la vie.
Aa ij
@
372 Les Clefs
LIV.
Cet humide excité par les
esprits volatils du végétal &
de l'animal qu'il nourrit, répand
la vie dans toutes les
parties du corps organique, &
surmonte tous les magnétismes
étrangers qui s'étaient introduits,
& qui disposaient le
corps à la corruption & à la
mort.
LV.
Cet humide radical est facilement
imprégné & excité par
ces esprits, parce qu'il est leur
aimant propre & naturel; de
sorte qu'ils le saisissent & le
pénètrent facilement & promptement.
@
de la Philosophie spagyrique. 373
LVI.
La pratique des minéraux
est la séparation des deux racines,
leur purification, la
première conjonction, la sublimation,
l'union féconde, &
la fixation.
LVII.
Une seule opération continuée
& souvent répétée, contenant
la distillation du volatil
& la calcination du fixe, dépouille
le fixe de tous les esprits
volatils, & l'affranchit
en même temps de tout excrément
terrestre; & cette opération
est la première des sept
à savoir, la calcination.
Aa iij
@
374 Les Clefs
----------------------------
CHAPITRE
VII.
Coagulation des Minéraux.
Aphorisme I.
L A coagulation & fixation de l'union ferme
& compacte des deux racines.
II.
L'union chimique qui est
la parfaite, ne peut être accomplie
qu'auparavant l'union
naturelle qui est toujours imparfaite
ne soit dissoute.
III.
Si la solution est faite
par les esprits hétérogènes plus forts
@
de la Philosophie spagyrique. 375
que les naturels, le mixte est
détruit, & un nouveau mixte
est engendré selon la nature
des esprits dissolvants.
IV.
Ce nouveau mixte a aussi ses
énergies particulières; car la
nature n'engendre jamais sans
en donner.
V.
Ainsi pour faire l'élixir propre
du mixte que l'on traite,
il faut opérer avec discernement
& jugement, & faire
la solution par les propres esprits
du mixte.
VI.
Pour faire la coagulation il
Aa iiij
@
376 Les Clefs
faut absolument que les deux
racines soient pures.
VII.
Il faut avoir grande quantité
de la racine volatile pour
faire les solutions & les multiplications.
VIII.
La pureté des deux racines
se connaît au goût, au toucher
& à l'odorat.
IX.
La liqueur volatile minérale
est fort âpre & mordicante;
douce, subtile, limpide, glutineuse
& fort pesante.
@
de la Philosophie spagyrique. 377
X.
La racine fixe minérale ne
trouble aucunement son eau
lorsqu'elle est dissoute en elle;
& elle se résout comme une
glu ou gomme, peu à peu, &
sans aucun bruit; & la solution
en est fort pesante.
XI.
La première conjonction des
deux racines ne se doit faire
qu'après avoir remarqué les
signes de leur purification;
alors on fait la conjonction, la
putréfaction, la solution & la
création du premier soufre;
enfin l'élixir ou la teinture
physique se fait par la solution
du soufre dans cette même
@
378 Les Clefs
eau, & par la seule coction.
XII.
Dans l'union il faut employer
une plus grande quantité
de la racine volatile que
de la fixe, afin de surmonter
la compaction & la siccité de
la racine fixe: qualités qu'elle
a acquises par la sublimation.
XIII.
Car s'il n'arrivait action &
passion entre les deux racines,
la noirceur & putréfaction ne
se ferait pas, & par conséquent
ni union ni fixation.
XIV.
L'humidité ou l'eau spiritueuse
@
de la Philosophie spagyrique. 379
imprime & communique
son mouvement au sec;
elle en pénètre toutes les parties,
les écarte, & le magnétisme
de l'humide se compose
& se rapproche de celui du sec;
ainsi entre l'un & l'autre il se
fait action & passion.
XV.
Il faut employer le volatil
en telle quantité & poids qu'il
ne puisse détruire la vertu générative
ou coagulative du
fixe.
XVI.
Les Physiciens chimistes
ont employé divers poids; car le
poids suffisant ne consiste pas
en un point indivisible, & la
@
380 Les Clefs
vertu générative se conserve
avec plusieurs proportions,
comme l'on voit arriver dans
la génération des animaux.
XVII.
Cette étendue de proportion
est depuis trois poids du
volatil, contre un du fixe
jusqu'à dix, & même à douze.
XVIII.
La coction & la coagulation
se fait d'autant plus tôt qu'on
emploie moins de volatil, parce
qu'il est cru, & ne se
peut coaguler qu'à la longue.
XIX.
Le moyen d'avancer la coagulation
ne dépend pas seulement
@
de la Philosophie spagyrique. 381
du poids, mais aussi de
la perfection du mercure volatil.
XX.
Le mercure volatil parfait
est la teinture physique extraite
de l'or, ou du soufre
de nature, mené à rougeur
par l'action du feu.
XXI.
Cette teinture se tire par la
solution du soufre dans trois
poids au moins de son eau;
& cela fait, l'eau est imprégnée
du mercure ou sang du
Soleil.
XXII.
Si l'on digère cette teinture
@
382 Les Clefs
à feu très lent & continuel
d'athanor physique, tout le secret
sera fait en deux mois.
XXIII.
La cause principale de cet
avancement n'est autre chose
que notre soleil qui cuit les
parties crues de l'eau, parce
que lui-même est bien cuit.
XXIV.
Jusqu'à ce que cette eau
soit fixée, elle demeure toujours
inutile à la transmutation
parce qu'elle échappe &
s'envole dans la projection,
& qu'elle emporte avec soi les
esprits minéraux de la matière.
@
de la Philosophie spagyrique. 383
XXV.
Ces esprits minéraux sont
ceux qui donnent la perfection
à l'imparfait.
XXVI.
Cette eau sans être imprégnée
ne laisserait pas de parvenir
à la fixation avec le temps,
parce qu'elle contient aussi des
esprits minéraux: lesquels,
quoiqu'ils soient fort dissous
par l'eau, peuvent néanmoins
dans la suite vaincre leur vainqueur.
XXVII.
Car ce ne sont que les esprits
du sel fixe dissous en
eau, laquelle dissolution se
@
384 Les Clefs
fait au sein de la terre par
l'eau qui est jointe au sel fixe,
& qui s'augmente par l'air,
lequel par la froideur de la
terre se convertit en eau.
XXVIII.
En combien de temps pourrait
être fixée l'eau minérale
par la seule coction, sans la
teinture du soufre parfait?
C'est une chose fort incertaine:
mais peut-être serait-elle
fixée en dix ans, puisque chaque
poids du fixe coagule dix
poids de l'eau en un an.
XXIX.
Peut-être aussi en moins de
temps cette eau serait-elle fixée;
puisque la nature sans art coagule
gule
@
de la Philosophie spagyrique. 385
tous les ans son mercure
volatil en la perfection de plante,
d'animal, & de minéral.
XXX.
Car le mercure du monde
qui s'élève du sein de la terre
n'est pas moins volatil que l'esprit
du sel qui est contenu dans
notre eau, puisqu'il est parfaitement
dissous dans cette
eau, & qu'il s'élève aussi avec
elle.
XXXI.
De plus, il se trouve des
animaux, des métaux & des
pierres engendrés dans l'air,
où le fixe ne peut monter.
Bb
@
386 Les Clefs
XXXII.
Toutes ces générations se
font par l'action des esprits
particuliers qui occupent le
mercure du monde quand il
est emporté dans l'air.
XXXIII.
Notre eau se coagule bien
tard, si elle n'est imprégnée;
mais cette lenteur ne vient pas
du mercure pur, ou du sel
contenu dans l'eau, mais de
l'eau superflue que l'art ne
peut séparer.
XXXIV.
La cause de l'eau superflue
vient de ce que la substance
mercurielle fixe qui est
@
de la Philosophie spagyrique. 387
dans la terre, & qui de sa nature
est très sèche, attire à
soi avidement un semblable
mercure qui est contenu dans
l'air, dont il ne peut se développer;
& ainsi elle attire
beaucoup d'air, & cet air
est changé en eau que l'artiste
ne peut ensuite séparer
entièrement.
XXXV.
Cet humide superflu se
consomme peu à peu par la
chaleur intrinsèque de l'eau
mercurielle, à l'aide d'une
coction continuelle, faite
par une chaleur externe très
lente.
Bb ij
@
388 Les Clefs
XXXVI.
Cette consomption de l'eau
superflue se fait plutôt si l'on
y ajoute quelque partie de la
racine fixe, parce qu'elle
est plus sèche & plus chaude.
----------------------------
CHAPITRE
VIII.
De la Multiplication des Elixirs.
Aphorisme I.
L A multiplication n'est autre chose que l'augmentation
du corps & de sa vertu,
en lui donnant une nouvelle
coction, & réitérant
par conséquent toutes les opérations
@
de la Philosophie spagyrique. 389
précédentes.
II.
Ainsi pour multiplier l'élixir
il faut le dissoudre dans une
eau crue pour le réincruder,
il en faut séparer encore les
racines, les distiller & sublimer,
pour leur donner plus
de subtilité & de pénétration.
III.
La multiplication se fait toujours
d'autant plus promptement,
qu'elle est souvent répétée:
parce que les esprits
ignés qui achèvent & perfectionnent
l'oeuvre, sont toujours
augmentés par l'addition
du volatil, tant en quantité
Bb iij
@
390 Les Clefs
qu'en vertu.
IV.
La pratique de la multiplication
consiste à dissoudre
l'élixir dans son eau mercurielle
par la putréfaction, à
purifier par des distillations &
sublimations légères, à faire
l'union, à digérer légèrement
jusqu'à siccité & blancheur,
& à continuer la coction jusqu'à
la rougeur de rubis.
V.
Ainsi l'élixir acquiert mille
fois plus de vertu qu'il n'avait,
& toujours de même à
chaque répétition, jusqu'à l'infini.
@
de la Philosophie spagyrique. 391
VI.
De même l'élixir animal
rouge & fixe doit être dissous
par son esprit animal.
VII.
L'esprit animal qui le doit
dissoudre n'est autre que la
fleur du sel dissoute en eau limpide
par putréfaction.
VIII.
Le soutien qui fait subsister
la forme, n'est autre chose
que l'humide radical; &
l'instrument que la forme emploie
à produire ses actions,
n'est autre que la chaleur naturelle.
Bb iiij
@
392 Les Clefs
IX.
D'où il s'ensuit que l'excellence
de la forme dépend
de l'humide radical, & que
l'excellence de ses actions
dépend de la chaleur naturelle.
X.
Par conséquent l'excellence
tant de la forme que de ses
actions, se change par les altérations
de l'humide radical
& de la chaleur naturelle.
XI.
L'humide radical, & par
conséquent la chaleur naturelle,
reçoit des changements
@
de la Philosophie spagyrique. 393
par les différents magnétismes
des parties élémentaires, tant
internes qu'externes, lorsque
par la puissance de leur action
elles viennent à troubler l'harmonie
qui conserve la nature
du mixte.
XII.
Les impressions diverses des
éléments externes troublent par
leurs intempéries le tempérament
de l'humide radical, &
détruisent ses actions; les
parties élémentaires internes
deviennent discordantes, si
quelqu'une d'elles vient à
prévaloir sur les autres.
XIII.
Quelqu'un des magnétismes
@
394 Les Clefs
élémentaires prévaut aux
autres aussitôt que la quintessence
où l'esprit magnétique
du mixte s'échappe par
l'action des causes externes.
XIV.
Le combat des magnétismes
élémentaires, ou des
qualités internes de l'humide
radical, continue jusqu'à
ce qu'il arrive une nouvelle
quintessence, ou qu'un nouvel
esprit résulte de ce mouvement,
qui réduise toutes
les parties discordantes à un
magnétisme uniforme, &
produise un nouveau mixte.
@
de la Philosophie spagyrique. 395
XV.
Car les parties de composition
différentes en qualités
élémentaires ne s'accordent
entr'elles que par le moyen
de la quintessence qui les
soumet toutes à un magnétisme
commun, & constitue le
caractère présent du mixte autant
de temps qu'elle peut s'y
conserver.
XVI.
La quintessence, le magnétisme
spécifique, le lien, la
semence des éléments, la composition
des éléments purs, sont
des expressions synonymes d'une
même chose, d'une même
matière ou sujet, dans
@
396 Les Clefs
lequel réside la forme; c'est
une essence matérielle dans
laquelle l'esprit céleste est enfermé
& opère.
XVII.
D'autant plus ce lien est
pur, plus aussi la forme est
libre & vigoureuse, & par
conséquent ses actions plus
fortes.
XVIII.
L'impureté altère le tempérament,
& est le sujet d'un
intempérament dont les actions
sont contraires à la forme &
au tempérament.
XIX.
D'où il s'ensuit que le tempérament
@
de la Philosophie spagyrique. 397
& le distempérament
se combattent & s'affaiblissent
l'un l'autre, & qu'ainsi les
actions de la forme sont altérées.
XX.
Ainsi les actions des mixtes
grossiers & impurs sont plus
faibles; & celles des purs
sont plus fortes & plus nobles.
XXI.
D'où il s'ensuit aussi que
les élixirs ou pierres chimiques,
sont plus nobles & plus
énergiques que les mixtes naturels
dont ils sont tirés; &
cela parce que les premiers
sont rendus très purs, très
@
398 Les Clefs
simples, très subtils, pleins
d'esprits & de chaleur naturelle.
XXII.
Toutes ces perfections prennent
leur accroissement dans
les élixirs chimiques à chaque
multiplication; d'où l'on
infère que l'activité n'a pas
de borne dans son accroissement.
F I N.
@
--------------------------------------
Livres de Médecine qui se trouvent chez le même Libraire.
L 'Anatomie du Corps humain, avec les
remèdes, par M. de Saint-Hilaire, 3
vol 8.
Bartholinii Anathomia 8°. Figures.
La Chimie Naturelle & autres ouvrages de
Doncan in 12.
Secrets concernant la Beauté & la Santé.
Le tome second de la Bibliothèque de Philosophes
Chimiques, qui contient cinq
Traités.
Secrets & Remèdes éprouvés par M. l'Abbé
Rousseau, in 12.
Traité de la Goutte & autres Maladies,
avec les Remèdes, par l'Abbé Aignan.
in 12.
L'appareille commode en faveur des jeunes
Chirurgiens, par M. le Clerc, avec 48.
Planches en tailles douces, in 12.
Le Tableau des Maladies avec des Remarques,
traduit du Latin de Lhommius, in
12.
Remèdes choisis & éprouvés tant de Médecine
que de Chirurgie pour toutes les
Maladies du Corps-humain, in 12.
Principes de Physique rapportés à la Médecine:
Pratique, suite ou Traité des Métaux,
& des Minéraux, & des Remè-
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des qu'on en peut tirer, 2. vol. in 12.
Traité des Abeilles, ou des Mouches à miel,
in 16.
La Médecine Statique de Sanctorius, ou
l'Art de se conserver la santé par la transpiration,
traduit du Latin, in 16.
Observations curieuses sur toutes les parties
de la Physique: Extraits de tous les
Mémoires des Académies, in 12.
La Nature expliquée par le raisonnement &
par l'expérience, in 12. Figures.
Observations de Médecine pour la guérison
de plusieurs Maladies considérables, in
12.
Instructions de Médecine, où l'on voit tout
ce qu'il faut faire & éviter dans l'usage
des aliments, 2. vol. in 12.
Traité de la Circulation des esprits animaux,
in 12.
La nouvelle Découverte & les admirables
effets des Ferments dans le corps humain,
in 12.
Entretiens sur L'acide & sur L'alcali in 12.
Recherches de l'Origine & du Mouvement,
du sang, du coeur & de ses vaisseaux. in 12.
Traité de Chimie, par Christophle Glaser,
in 12.
Le Tombeau de la Pauvreté, in 12.