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Réfer. : 0812A .
Auteur : Grassot, Louis.
Titre : La lumière tirée du Cahos ou science
S/titre :
Suivi de Apologie du Grand Oeuvre.
Editeur : xxxx. Amsterdam.
Date éd. : 1784 .
@
L A L U M I E R E
TIREE DU CAHOS,
o u SCIENCE HERMETIQUE du Grand-oeuvre Philosophique dévoilé. Par Mr. Louis GRASSOT.
A AMSTERDAM. ===============
M. DCC. LXXXIV.
@
@
(3)
PREFACE.

A Philosophie a pris naissance
avec le Monde, parce
que de tout temps les hommes
ont pensé, réfléchi & médité
pour trouver les moyens de
vivre en Société; mais la conservation
de son être propre
n'était pas un objet moins intéressant,
& pourrait-on penser
qu'il se soit oublié pour ne
s'occuper que de ce qui était
autour de lui; sujet à tant de
vicissitudes, en butte à tant de
maux, fait d'ailleurs pour jouir
de tout ce qui l'environne, il a
sans doute cherché les moyens
A 2
@
(4)
de prévenir ou de guérir ses
maladies pour conserver plus
longtemps une vie toujours
prête à lui échapper. Il a donc
fallu raisonner sur les Etres de
l'Univers & méditer longtemps
pour découvrir ce fruit de vie
& cette source des richesses
capable de conduire l'homme
presqu'à l'immortalité; ce qui
n'est point équivoque, attendu
que de nos jours il existe un
homme nommé Monsieur de
Saint Germain, un des plus
fameux Adeptes du Siècle
qui par ce précieux trésor
qu'il possède, âgé de plus de
quatre cents ans, est encore
très valide & vit exempt de
toutes les infirmités que la
vieillesse occasionne, & jouit
de la fortune à son gré: secondement
qu'il a été annoncé
@
(5)
dans le Journal Encyclopédique
de Bouillon, le premier
Février mil sept cent quatre-
vingt-trois, un fait qui s'est
passé en Angleterre au sujet de
la transmutation des métaux,
par le moyen de la Poudre de
Projection qui vient à l'appui
de cet Ouvrage. Ce fait ne
peut être douteux, puisqu'il
s'est passé en présence des
Magistrats & des Témoins
respectables du Lieu au-dessus
de la séduction, qui affirment
l'opération véritable.
La découverte d'un pareil
trésor n'est point nouvelle,
mais elle demeura toujours
renfermée dans un cercle très
étroit de personnes, qui pensant
que Dieu n'ayant pas
donné cette connaissance à
tous les hommes, ne voulait
A 3
@
(6)
pas qu'elle fut divulguée; ce
qui fit que ceux qui la possédaient,
n'en firent part qu'à
quelques amis; aussi Hermès,
Trismégiste, ou trois fois
grand le premier de tous les
Philosophes connu avec distinction,
ne la communiquât-il
qu'à des gens d'élite, dont
il avait éprouvé la prudence
& la discrétion; & ceux-ci en
firent part à d'autre de la
même trempe.
Mais comment pouvoir se
communiquer d'âge en âge
ces secrets admirables & les
tenir en même temps cachés
au public? le faire par tradition
orale, c'eût été risquer
d'en abolir jusqu'au souvenir;
la mémoire est un meuble
trop fragile pour qu'on
puisse s'y fier, & les traditions
@
(7)
de cette espèce s'obscurcissent
à mesure qu'elles s'éloignent
de leur source, au
point qu'il est impossible de
débrouiller le cahos ténébreux
qui les ensevelit. Il n'y avait
donc point d'autre ressource
que celle des hiéroglyphes
des symboles, des allégories,
des fables & autres qui étant
susceptibles de plusieurs explications
différentes, pouvaient
servir à donner le change, &
à instruire les uns pendant que
les autres demeureraient dans
l'ignorance; c'est le parti que
prit Hermès, & après lui tous
les Philosophes Hermétiques
en ont fait autant, & ils amusaient
le Peuple par des fables,
dit Origène, & ces fables
avec les noms des Dieux
du Pays, servaient de voile à
A 4
@
(8)
leur philosophie. Mais il est
temps que le voile se déchire,
& que la Lumière sorte du
Cahos, qu'elle se montre
dans tout son brillant, &
qu'Harpocrate rompe le silence,
car c'est un vol, j'ose dire
que l'homme fait à la société
lorsqu'il lui cache les découvertes
qu'il a pu faire, qui tendent
à son bonheur & à une
conservation générale.
J'espère que ceux qui s'occuperont
de cette Science,
me sauront gré des peines que
je me suis donné pour réunir
dans ce petit Ouvrage, le
plus intelligiblement possible
toute l'opération du grand-
Oeuvre Philosophique, dont
on avait rendu l'accès impraticable
par les enveloppes allégoriques;
peut-être n'aurai-
@
(9)
je pas l'approbation de ces
génies vastes, sublimes &
pénétrants, qui embrassent
tout, qui savent tout sans avoir
jamais rien appris, qui disputent
de tout & décident de
même sans connaissance de
cause; ainsi ce ne sont pas à
de telles gens qu'on donne des
leçons: à eux appartient proprement
le nom de Sage, bien
mieux qu'aux Démocrite, aux
Platon, aux Pythagore & autres
Grecs, qui furent en
Egypte respirer l'air hermétique,
& y puiser la science
que cet Ouvrage traite; quand
on manque de lumière sur un
fait difficile à croire, par la
seule raison qu'il est rare &
extraordinaire, il est prudent
de se rappeler ce vers de
Lucrèce;
A 5
@
(10)
Et si non potuit ratio dissolvere causam:
verum est.
Le premier à qui il est venu
dans l'idée de planer dans les
airs, lorsqu'il en avança le
propos, on lui rit au nez, &
on le traita de fou & d'insensé;
cela n'a pas empêché que plusieurs
en ont cherché les moyens
sans avoir pu réussir,
alors on a dit que la chose
était impossible; mais cependant
de nos jours nous voyons
avec grande satisfaction que
Mr. de Montgolfier a réussi
dans son entreprise, ce qui
nous prouve donc que tout ce
qui se présente à l'esprit de
l'homme est possible, & que
tout dépend de trouver les
moyens d'arriver à notre but
en travaillant sur de vrais
principes.
@
(11)
Mais encore que l'incrédule
& le prévenu se donnent la
peine de suivre pas à pas la
route que je leur trace, ils
verront à leur grand étonnement
la vérité bannir de
leurs esprits la méfiance & la
crainte que peut avoir occasionné
un tas d'essais que
nombres de souffleurs & de
brûleurs de charbon ont fait
sans réussite, travaillant sur
des indices imparfaites & sans
connaissance de la Matière
Primitive, sans laquelle on ne
peut rien faire & ne doit rien
entreprendre, attendu qu'elle
est la base fondamentale &
générale de l'oeuvre Philosophique.
Au surplus, je prie le
Lecteur d'être très persuadé
que je n'ai d'autre intérêt, ni
A 6
@
(12)
d'autre vue que de manifester
la vérité à ceux qui aspirent
à sa connaissance, & je désire
de tout mon coeur que ceux
qui sont assez malheureux pour
perdre leur temps à travailler
sur des matières étrangères ou
éloignées, se trouvent assez
éclairés par la lecture de ce
Livre, pour connaître la vraie
& unique Matière des Philosophes;
& que ceux qui la
connaissent déjà, mais qui
ignorent le grand point de la
solution de la pierre & de la
coagulation de l'eau & de
l'esprit du corps, qui est le
terme de la médecine universelle,
puissent apprendre ici
ces opérations secrètes, qui
y sont décrites assez distinctement.
@
LA LUMIERE
TIREE DU CAHOS,
o u
SCIENCE HERMETIQUE du Grand Oeuvre Philosophique,
par lequel nos Anciens
Sages se procuraient la source
des Richesses & de la Santé.
============================
CLEF DE LA NATURE.

E toute chose matérielle
il se fait de la cendre, de la
@
(14)
cendre on fait du sel, du sel
ou sépare l'eau & le mercure,
du mercure on compose un
élixir ou une quintessence; le
corps se met en cendre pour
être nettoyé de ses parties
combustibles, en sel pour être
séparé de ses terrestréités, en
eau pour pourrir & se putréfier,
& en esprit pour devenir
quintessence.
Les sels sont donc les clefs
de l'art & de la nature, sans
leur connaissance il est impossible
de l'imiter dans ses opérations;
il faut savoir leur
sympathie & leur antipathie
avec les métaux & avec eux-
mêmes; il n'y a proprement
qu'un sel de nature, mais il se
divise en trois sortes pour former
les principes des corps;
ces trois sont le nitre, le tartre
@
(15)
& le vitriol, tous les autres
en sont composés.
La sublimation, la descension
& la coction, sont trois
manières d'opérer que la nature
emploie pour parfaire
ses ouvrages; par la première
elle évacue l'humidité superflue
qui suffoquerait le feu
& empêcherait son action dans
la terre sa matrice.
Par la descension elle rend
à la terre l'humidité, dont les
végétaux ou la chaleur l'ont
privée. La sublimation se fait
par l'élévation des vapeurs
dans l'air où elles se condensent
en nuages: la seconde se
fait par la pluie, & la pluie
au beau temps à l'alternative;
une pluie continuelle inonderait
tout, un beau temps perpétuel
dessécherait tout. La
@
(16)
pluie tombe goutte à goutte;
parce que versée trop abondamment
elle perdrait tout?
comme un jardinier qui arroserait
ses graines à plein seau;
c'est ainsi que la nature opère
& distribue ses bienfaits avec
poids, mesure & proportion.
La coction est une digestion
de l'humeur crue instillée dans
le sein de la terre, une maturation
& une conversion de
cette humeur en aliment au
moyen de son feu secret: ces
trois opérations sont tellement
liées ensemble, que la fin de
l'une est le commencement de
l'autre.
La sublimation a pour objet
de convertir une chose pesante
en une légère, une exhalaison
en vapeurs, d'atténuer
le
@
(17)
le corps crasse & impur, &
de le dépouiller de ses fèces,
de faire prendre à ces vapeurs
les vertus & propriétés des
choses supérieures, & enfin
de débarrasser la terre d'une
humeur superflue qui empêcherait
ses productions.
A peine ces vapeurs sont-
elles sublimées, qu'elles se
condensent en pluie, & de spiritueuses
& invisibles qu'elles
étaient, elles deviennent un
instant après un corps dense
& aqueux, pour retomber sur
la terre & l'imbiber du nectar
céleste, dont il a été imprégné
pendant son séjour dans
les airs; sitôt que la terre l'a
reçu, la nature travaille à le
digérer & le cuire
L'eau contient un ferment,
un esprit vivifiant qui découle
B
@
(18)
des natures supérieures sur les
inférieures dont elle s'est imprégnée
en errant dans les
airs, & qu'elle dépose ensuite
dans le sein de la terre. Ce
ferment est une semence de
vie, sans laquelle l'homme,
les animaux & les végétaux,
ne vivraient & n'engendreraient
point, tout le respire
dans la nature, & l'homme ne
vit pas du pain seul, mais de
cet esprit aérien qu'il aspire
sans cesse.
Dieu seul & la nature son
Ministre, savent se faire obéir
des éléments matériels, principes
des corps; l'art n'y saurait
atteindre, mais les trois
qui en résultent deviennent
sensibles dans la résolution des
mixtes. Les Chimistes les
nomment soufre, sel & mercure;
@
(19)
ce sont les éléments
principiés; le mercure se forme
par le mélange de l'eau &
de la terre; le soufre, de la
terre & de l'air; le sel, de l'air
& de l'eau condensés. Le feu
de la nature s'y joint comme
principe formel. Le mercure
est composé d'une terre grasse,
visqueuse & d'une eau
limpide; le soufre d'une terre
très sèche & très subtile, mêlée
avec l'humide de l'air; le
sel enfin d'une eau crasse,
pontique & d'un air cru qui
s'y trouve embarrassé.
Voyez
la Physique Souterraine de
Becher, à ce sujet.
La nature est très simple
dans ses opérations, ainsi donc
il faut l'imiter si l'on veut réussir
dans ses entreprises; elle
n'a qu'un seul principe, & il
B 2
@
(20)
n'y a aussi qu'un seul esprit
fixe, composé d'un feu très
pur & incombustible qui fait
sa demeure dans l'humide radical
des mixtes: il est plus
parfait dans l'or que dans toutes
autres choses, & le seul
mercure des Philosophes a la
propriété & la vertu de le
tirer de sa prison, de le corrompre
& de le disposer à la
génération; l'argent vif est le
principe de la volatilité & de
la malléabilité & de la minéralité,
l'esprit fixe de l'or ne
peut rien sans lui, l'or est humecté,
réincrudé, volatilisé
& soumis à la putréfaction par
l'opération du mercure, &
celui-ci est digéré, cuit,
épaissi, desséché & fixé par
l'opération de l'or philosophique
qui le rend par ce
@
(21)
moyen une teinture métallique.
L'un & l'autre font le mercure
& le soufre philosophique,
ce soufre est l'âme des
corps, & le principe de l'exubération
de leur teinture, le
mercure vulgaire en est privé,
l'or & l'argent vulgaire n'en
ont que pour eux. Le mercure
propre à l'oeuvre, doit
donc premièrement être imprégné
d'un soufre invisible,
afin qu'il soit plus disposé à
recevoir la teinture visible des
corps parfaits, & qu'il puisse
ensuite la communiquer avec
usure.
Nombre de Chimistes suent
sang & eau pour extraire la
teinture de l'or vulgaire, ils
s'imaginent qu'à force de lui
donner la torture, ils la lui
@
(22)
feront dégorger & qu'ensuite
ils trouveront le secret de
l'augmenter & de la multiplier,
mais...
spes tandem
Agricolas vanis eludit Aristis;
car il est impossible que la
teinture solaire puisse être
entièrement séparée de son
corps, l'art ne saurait défaire
dans ce genre ce que la nature
a si bien uni, & s'ils réussissent
à tirer de l'or une liqueur colorée
& permanente par la
force du feu ou par la corrosion
des eaux fortes, il faut la
regarder seulement comme
une portion du corps, mais
non comme sa teinture; car
ce qui constitue proprement
la teinture ne peut être séparé
de l'or.
@
(23)
============================
DE LA MATIERE PRIMITIVE
qui seule doit être employée
pour faire la Poudre de
Projection.

A source de la santé & des
richesses, deux bases sur lesquelles
est appuyé le bonheur
de cette vie, font l'objet de
cet art qui a toujours été un
mystère; & ceux qui en ont
traité, en ont parlé dans tous
les temps comme d'une science
dont la pratique a quelque
chose de surprenant, & dont
le résultat tient du miraculeux
dans lui-même & dans ses
effets.
Malgré tous les renseignements
que l'on peut donner
@
(24)
pour conduire à la connaissance
de la Matière Primitive,
le grand Architecte de l'Univers,
auteur de la Nature,
que le Philosophe se propose
d'imiter, peut seul éclairer &
guider l'esprit humain dans la
recherche de ce trésor inestimable
ainsi que dans l'opération
de cet art; ainsi donc
si vous voulez réussir, cherchez
en son nom & vous trouverez
une matière fille du
Soleil & de la Lune, qui
contient en elle les quatre Eléments,
ainsi que les trois règnes
de la Nature par qui tout
existe. Cette matière n'a point
de forme déterminée sinon
qu'elle est plate, verte, membraneuse,
gélatineuse, sans
racine, ni branche, en un
mot sa forme & sa manière
de
@
(25)
de naître, ainsi que son essence,
lui fait donner le nom de
Spermaterre, Flos Coeli ou
Nostoc; en effet elle ressemble
à un sperme vert qui est
répandu sur la terre en parcelle
plus ou moins grande.
Elle se trouve dans les terrains
qui ne sont point cultivés &
un peu humides & mousseux,
& plus abondamment le long
des chemins & les endroits
pierreux & sablonneux, & près
des montagnes; en un mot
elle se trouve par tout. Elle
doit se ramasser avant le Soleil
levé, dans les saisons du Printemps,
depuis le 21 Mars jusqu'au
21 Avril, & de l'Automne,
depuis le 21 Septembre
jusqu'au 21 Octobre; celui
qui se ramasse au Printemps
est la femelle, & celui
C
@
(26)
de l'Automne est le mâle, il
faut ramasser la plus verte;
bien entendu que vous mettrez
chaque saison en oeuvre
la quantité que vous aurez ramassée.
Je dois vous dire que
l'essence de cette matière se
tient dans l'air avec le corps
céleste, ayant le genre masculin
& le féminin, une vertu
ferme & forte, fixe &
permanente, & qu'elle est
portée par l'air dans le sein
de la terre qui lui sert de matrice,
pour se corporiser ensuite,
que le Soleil & la Lune
font naître par leur fécondité;
ce qui la fait nommer, par
les Philosophes Hermétiques,
Fille du Soleil & de la Lune;
ce nom lui appartenait plus
volontiers que tous les autres
qui ne lui avaient été donnés
@
(27)
que pour la cacher & la dérober
aux yeux du vulgaire.
Il faut donc, avant que de rien
entreprendre, connaître cette
nature, le pur & l'impur, le
monde & l'immonde, parce
que rien dans la Nature ne
peut donner ce qu'il ne possède
pas; & c'est pourquoi
les choses ne sont & ne peuvent
être que selon leur nature
& celle de leur principe
Prenez-en donc la partie la
plus voisine & la plus parfaite,
& elle vous suffira; laissez
le mixte & ne prenez que le
simple, parce que c'est là où
se trouve la quintessence, &
par ce moyen vous ferez la
médecine que quelques-uns
appellent
quintessence; laquelle
est un principe qui ne peut
périr, permanent & toujours
C 2
@
(28)
victorieux. C'est une lumière
brillante, qui éclaire véritablement
toute âme qui l'a une
fois connue; c'est ici le noeud
& le lien de tous les éléments,
qui contient en soi l'esprit qui
nourrit les choses, par les
moyens desquelles la nature
agit dans l'Univers: c'est cette
fontaine jaillissante, le commencement
& la fin de toutes
ses opérations. Je vous conseille
donc de rejeter toute
autre chose comme inutile, &
de ne vous attacher qu'à cette
eau qui brûle, blanchit, dissout
& coagule, qui purifie
& féconde, & ne vous appliquez
à autre chose qu'à
donner à votre matière la cuite
nécessaire, sans vous rebuter
de la longueur du temps, autrement
vous ne ferez rien.
@
(29)
Observez que les termes
dont on se sert de dissoudre,
calciner, teindre, blanchir,
rafraîchir, arroser, dessécher,
coaguler, imbiber, cuire,
fixer, humecter, distiller,
signifient tous la même chose,
qui est de cuire la nature
jusqu'à ce qu'elle soit parfaite;
notez encore que tirer
l'âme, l'esprit ou le corps,
ne signifient rien autre que les
susdites calcinations, qui sont
les opérations dé Venus, avec
le feu nécessaire pour l'extraction
de l'âme l'esprit.
C 3
@
(30)
============================
CLEF DE L'OEUVRE.
Première Opération,

Our parvenir à se procurer
le Mercure & l'Elixir philosophique,
il faut donc rejeter
toute autre matière & ne
prendre que la vénérable matière
des Philosophes, qui
contient en elle tout ce qu'il
faut pour venir à bout de vos
désirs, & après l'avoir dégagée
de ses parties hétérogènes
dans de l'eau de pluie ou
de fontaine, vous la dégagerez
aussi de son humidité
étrangère entre deux linges,
& vous la mettrez dans un
vaisseau de verre qui soit d'une
forme ronde ou ovale, &
@
(31)
qu'il ait un col de la longueur
d'une palme, mais étroit
comme celui d'une bouteille;
il faut que le verre soit épais
également dans toutes ses parties,
sans noeuds, ni fissures,
afin de résister; & vous boucherez
bien hermétiquement,
& luterez le sceau des sceaux;
observez que toute votre opération
doit se faire dans ce
même vaisseau, afin d'imiter
la nature dans votre travail,
qui n'en a qu'un pour produire
toute chose.
Vous mettrez donc ce vaisseau
dans la terre, pour que
votre matière puisse y fermenter
assez pour se dissoudre,
calciner, teindre, blanchir,
arroser, dessécher &
rougir, enfin cuire assez pour
vous donner cette Poudre de
C 4
@
(32)
Projection qui fera votre félicité,
& vous dédommagera
de vos peines. Il faut donc
pour cet effet faire un creux
dans une cave, de la circonférence
de votre vaisseau, &
le lui introduire de manière
que la panse soit moitié en
terre; & vous élèverez autour
deux hémisphères en forme de
creux de chêne tranché par
le milieu; vous le laisserez
dans ce fourneau de nature
pendant sept mois, pour vous
procurer la Poudre blanche,
avec laquelle vous transmuterez
les métaux en argent,
& pour la Poudre rouge,
vous le laisserez cinq mois de
plus; ce qui fait une année
pour se procurer la Poudre
rouge, avec laquelle vous
@
(33)
transmuterez les métaux en
or fin.
Comme il y a des terres qui
par leur nature, sont plus ou
moins chaudes, s'il arrivait
qu'au bout du dit temps votre
matière ne fut pas à son degré
de perfection, vous laisseriez
plus longtemps votre vaisseau
afin qu'elle pût y parvenir, &
l'Artiste par son industrie pourrait
suppléer à ce défaut de
chaleur, mais avec une grande
& sage précaution.
============================
OPERATION QUE LA
Matière fait pendant le temps
de la fermentation.

A préparation est composée
de quatre parties, la première
est la solution de la matière
C 5
@
(34)
en eau mercurielle; la
seconde, est la préparation du
mercure des Philosophes; la
troisième, est la corruption;
la quatrième, la génération
& la création du soufre philosophique.
La première se
fait par la semence minérale
de la terre; la seconde volatilise
& spermatise les corps;
la troisième fait la séparation
des substances & leur rectification;
la quatrième les unit
& les fixe, ce qui est la création
de la Pierre. Les Philosophes
ont comparé la préparation
à la Création du
Monde, qui fut d'abord une
masse, un cahos, une terre
vide, informe & ténébreuse,
qui n'était rien en particulier,
mais tout en général; de sorte
que par la première digestion
@
(35)
le corps se dissout, la conjonction
du mâle & de la femelle,
& le mélange de leur
semence se font; la putréfaction
succède, & les éléments
se résolvent en une eau
homogène. Le Soleil & la
Lune s'éclipse à la tête du
Dragon, & tout le monde
enfin retourne & rentre dans
le cahos antique, & dans l'abîme
ténébreux. Cette première
digestion se fait comme
celle de l'estomac, par une
chaleur pépantique & faible
plus propre à la corruption
qu'à la génération.
Dans la seconde digestion,
l'esprit de Dieu est porté sur
les eaux, la lumière commence
à paraître, & les eaux
se séparent des eaux; la Lune
& le Soleil reparaissent, les
@
(36)
éléments ressortissent du cahos
pour constituer un nouveau
monde, un nouveau ciel &
une terre nouvelle: les petits
Corbeaux changent de plumes,
& deviennent des Colombes;
l'Aigle & le Lion se réunissent
par un lien indissoluble.
Cette régénération se fait
par l'esprit igné, qui descend
sous la forme d'eau pour laver
la matière de son péché originel,
& y porter la semence
aurifique, car l'eau des Philosophes
est un feu, mais donnez
votre attention pour que
la séparation des eaux se fasse
par poids & mesure, de crainte
que celles qui sont sous le
ciel n'inondent la terre; ou
que s'élevant en trop grande
quantité, elles ne laissent la
@
(37)
terre trop sèche & trop aride.
La troisième digestion, fournit
à la terre naissante un lait
chaud, & y infuse toutes les
vertus spirituelles d'une quintessence
qui lie l'âme avec le
corps au moyen de l'esprit.
La terre alors cache un grand
trésor dans son sein, & devient
premièrement semblable
à la Lune, puis au Soleil;
faites attention que dans la
Philosophie Hermétique, la
Lune signifie l'argent & le
Soleil l'or; la première se
nomme donc
Terre de la Lune,
& la seconde
Terre du Soleil,
& sont nées pour être liées
par un mariage indissoluble;
car l'une & l'autre ne craignent
plus les atteintes du feu.
La quatrième digestion
achève tous les mystères du
@
(38)
monde, la terre devient par
son moyen un ferment précieux,
qui fermente tout en
corps parfaits, comme le levain
change toute pâte en sa
nature; elle avait acquis cette
propriété en devenant quintessence
céleste. Sa vertu émane
de l'esprit universel du
monde, est une panacée ou
médecine universelle à toutes
les maladies des créatures qui
peuvent être guéries. Le fourneau
secret des Philosophes,
dans lequel vous ferez fermenter
votre matière, vous
donnera ce miracle de l'art &
de la nature, en répétant les
opérations du premier oeuvre.
Tout le procédé Philosophique
consiste dans la solution
du corps & la congélation de
l'esprit, & tout se fait par une
@
(39)
même opération. Le fixe &
le volatil se mêlent intimement,
mais cela ne peut se
faire si le fixe n'est auparavant
volatilisé; l'un & l'autre s'embrassent
enfin, & par la réduction
ils deviennent absolument
fixes.
Par ce moyen les superfluités
de la pierre se convertissent
en une véritable essence;
car celui qui prétend séparer
quelque chose de notre
sujet, ne connaît rien dans la
philosophie, attendu que tout
ce qu'il y a de superflu, d'immonde,
de féculent, & enfin
toute la substance du composé
se perfectionne par l'action de
notre feu secret.
Cet avis doit ouvrir les yeux
à ceux qui, pour faire une
exacte purification des éléments
@
(40)
& des principes, se
persuadent qu'il ne faut prendre
que le subtil, & rejeter
l'épais, parce qu'ils ne savent
pas que le feu & le soufre
sont cachés dans le centre de
la terre, & qu'il faut la laver
exactement avec son esprit
pour en extraire le baume,
le sel fixe, qui est le sang de
notre pierre; voilà l'essentiel
mystère de cette opération,
laquelle ne s'accomplit qu'après
une digestion convenable,
& une lente distillation.
Les principes opératifs que
l'on appelle aussi les clefs de
l'oeuvre ou le régime, sont
au nombre de quatre; le
premier, est la solution ou
liquéfaction; le second, l'ablution;
le troisième, la réduction
& le quatrième, la
fixation;
@
(41)
fixation; par la solution les
corps retournent en leur première
matière, & se réincrudent
par la coction; alors
le mariage se fait entre le
mâle & la femelle, & il en
naît le corbeau. La pierre se
résout en quatre éléments confondus
ensemble, le ciel &
la terre s'unissent pour mettre
Saturne au monde. L'ablution
apprend à blanchir le corbeau,
& à faire naître Jupiter de
Saturne; cela se fait par le
changement du corps en esprit.
L'office de la réduction
est de rendre au corps son
esprit que la volatilisation lui
avait enlevé, & de le nourrir
ensuite d'un lait spirituel en
forme de rosée, jusqu'à ce que
le petit Jupiter ait acquis une
force d'Hercule.
D
@
(42)
Pendant ces deux dernières
opérations, le dragon descendu
du ciel devient furieux
contre lui-même, il dévore
sa queue & s'engloutit peu
à peu jusqu'à ce qu'enfin il se
métamorphose en pierre.
Tel fut le dragon dont parle
Homère, il est la véritable
image ou le vrai symbole de
ces deux opérations. Pendant
que nous étions assemblés sous
un beau Plane, disait Ulysse
aux Grecs, & que nous étions
là pour faire des Hécatombes
auprès d'une fontaine qui sortait
de cet arbre il apparut un
prodige merveilleux: un horrible
dragon dont le dos était
tacheté, envoyé par Jupiter
même, sortit du fond de l'Autel
& courut au platane. Au
haut de cet arbre étaient huit
@
(43)
petits moineaux avec leur mère
qui voltigeait autour d'eux,
le dragon les saisit avec fureur
& même la mère, qui pleurait
la perte de ses petits.
Après cette action le même
Dieu qui l'avait envoyé, le
rendit beau, brillant & le
changea en pierre à nos yeux
étonnés. Je laisse au Lecteur
éclairé à en faire l'application.
============================
SIGNES OU PRINCIPES
Démonstratifs.

Es couleurs qui surviennent
à la Matière philosophique
pendant le cours des opérations
de l'oeuvre, sont la
noire, la blanche & la rouge;
elles se succèdent immédiatement
& par ordre. Le commencement
D 2
@
(44)
de la noirceur,
prouve que le feu de la nature
commence à opérer, & que
la matière est envoyé de solution.
Lorsque cette couleur
noire est parfaite, la solution
l'est aussi, & les éléments sont
confondus, le grain se pourrit
pour se disposer à la génération.
Celui qui ne noircira
point, ne saurait blanchir,
dit Artéphius, parce que la
noirceur est le commencement
de la blancheur, qui est la
marque de la putréfaction &
de l'altération.
L'action du feu sur l'humide,
fait tout dans l'oeuvre,
comme il fait tout dans la nature
pour la génération des
mixtes.
Pendant cette putréfaction
le mâle philosophique ou le
@
(45)
soufre est confondu avec la
femelle, de manière qu'ils ne
font plus qu'un seul & même
corps, que les Philosophes
nomment
hermaphrodite; c'est
dit Flamel, l'androgyne des
anciens, la tête du corbeau
& les éléments convertis en
cette façon, réconcilies deux
natures, qui peuvent former
un embryon en la matrice du
vaisseau, & puis t'enfanter
un roi très puissant, invincible
& incorruptible... Notre matière
dans cet état, est le serpent
Python, qui, ayant pris
son être de la corruption du
limon de la terre, doit être
mis à mort, & vaincu par
les flèches du dieu Apollon
par le blond Soleil, c'est-à-
dire, par notre feu égal à
celui du Soleil.
@
(46)
La seconde couleur principale,
est le blanc. Hermès
dit, sachez Fils de la Science,
que le Vautour crie du haut
de la montagne, je suis le
blanc du noir, parce que la
blancheur succède à la noirceur.
Morien appelle cette
blancheur, la fumée blanche;
Alphidius nous apprend que
cette matière ou fumée blanche,
est la racine de l'art,
& l'argent vif des Sages.
Philalèthe nous assure que cet
argent vif est le vrai mercure
des Philosophes; cet argent
vif, dit-il, extrait de cette
noirceur très subtile, est le
mercure tingeant philosophique
avec son soufre blanc
& rouge, naturellement mêlé
ensemble dans leur minière:
les Philosophes lui ont donné
@
(47)
une infinité de noms.
Artéphius dit que la blancheur
vient de ce que l'âme
du corps surnage au-dessus
de l'eau comme une crème
blanche, & que les esprits
s'unissent alors si fortement,
qu'ils ne peuvent plus s'enfuir,
parce qu'ils ont perdu
leur volatilité.
Le grand secret de l'oeuvre,
est donc de blanchir la
matière; ainsi le sage Artiste
ne doit s'occuper qu'à
dissoudre le corps avec l'esprit,
couper la tête du corbeau,
blanchir le noir &
rougir le blanc; car c'est cette
couleur blanche & resplendissante
qui contient dans ses
veines le sang du pélican,
& laisser là un tas de Livres
qui ne font qu'embarrasser
@
(48)
le Lecteur, & faire
naître des idées de quelques
travaux inutiles & dispendieux.
Le traité de l'oeuvre,
ne doit coûter que pour l'achat
du vaisseau. Cette
blancheur est la pierre parfaite
au blanc; c'est un corps
précieux qui, quand il est
fermenté, est devenu élixir
au blanc, est plein d'une teinture
exubérante qu'il a la
propriété de communiquer à
tous les métaux; les esprits
volatils auparavant sont alors
fixes. Le nouveau corps ressuscite
beau, blanc, immortel,
victorieux; c'est pourquoi
on l'a appelé, résurrection,
lumière du jour, & de tous les
noms qui peuvent indiquer la
blancheur, la fixité & l'incorruptibilité.
Flamel
@
(49)
Flamel a représenté cette
couleur dans ses figures hiéroglyphiques,
par une femme
environnée d'un rouleau
blanc, pour montrer, dit-il,
que Rébis commencera de se
blanchir de cette même façon;
blanchissant premièrement aux
extrémités tout à l'entour de
ce cercle blanc, l'échelle des
Philosophes, dit le signe de
la première partie de la blancheur.
Comme le noir & le blanc
sont les deux extrêmes, &
que deux extrêmes ne peuvent
s'unir que par un milieu,
la matière en quittant la couleur
noire, ne devient pas
blanche tout-à-coup; la couleur
grise se trouve intermédiaire,
parce qu'elle participe
des deux.
E
@
(50)
Les Philosophes lui ont
donné le nom de Jupiter,
parce qu'elle succède au noir,
qu'ils ont appelé Saturne.
C'est ce qui a fait dire à
d'Espagnet, que l'air succède
à l'eau après qu'elle a achevé
ses sept révolutions, que
Flamel a nommé imbibition.
La matière, ajoute d'Espagnet,
s'étant fixée au bas du
vase, Jupiter après avoir
chassé le Saturne, s'empare du
royaume & en prend le gouvernement.
A son avènement
l'enfant philosophique se forme,
se nourrit dans la matrice
& vient enfin au jour
avec un visage beau, brillant
& blanc, & est dès lors un remède
universel à toutes les
maladies du corps humain.
Enfin la troisième couleur
@
(51)
principale est la rouge, elle
est le complément & la perfection
de la pierre; on obtient
cette rougeur par la seule
continuation de la cuisson de
la matière. Après le premier
oeuvre, on l'appelle sperme
masculin, or philosophique,
feu de la pierre, couronne
royale, fils du soleil, minière
du feu céleste.
La plupart des Philosophes
commencent leur traité de
l'oeuvre à la pierre au rouge
de sorte que ceux qui lisent
ces ouvrages, ne sauraient
faire trop d'attention à cela,
car c'est une source d'erreur
pour eux, tant parce qu'ils ne
sauraient deviner de quelle matière
parlent alors les Philosophes,
qu'à cause des opérations,
des proportions des
E 2
@
(52)
matières qui sont dans le second
oeuvre ou la fabrique de
l'élixir, bien différentes de
celle du premier. Quoique la seconde
opération ne soit qu'une
répétition de la première, il
est bon cependant de remarquer
que ce qu'ils appellent
feu, air, terre & eau dans
l'un, ne sont pas les mêmes
noms dans l'autre; leur mercure
est appelé mercure, tant
sous la forme liquide, que
sous la forme sèche. Ceux,
par exemple, qui lisent Alphidius,
s'imagine quand il
appelle la matière de l'oeuvre
minière rouge, qu'il faut chercher
pour le premier commencement
des opérations
une matière rouge; les uns
en conséquence travaillent sur
le cinabre, d'autre sur le
@
(53)
minium d'autres sur l'orpiment,
d'autres sur la rouille
de fer, parce qu'ils ne savent
pas que cette matière rouge
est la pierre parfaite des Philosophes.
D'Espagnet décrit ainsi la
manière de faire le soufre
philosophique: choisissez un
dragon rouge, courageux,
qui n'ait rien perdu de sa force
naturelle, ensuite sept ou
neuf aigles vierges, hardies,
dont les rayons du Soleil ne
soient pas capables d'éblouir
les yeux; mettez-les avec le
dragon dans une prison claire,
transparente, bien close &
par-dessus un bain chaud,
pour les exciter au combat,
ils ne tarderont pas à venir
aux prises, le combat sera
long & très pénible, jusqu'au
E 3
@
(54)
quarante-cinquième ou cinquantième
jour que les aigles
commenceront à dévorer le
dragon; celui-ci en mourant
infectera toute la prison de
son sang corrompu & d'un
venin très noir, à la violence
duquel les aigles ne pouvant
résister expireront aussi; de
la putréfaction de leurs cadavres,
naîtra un corbeau qui
élèvera peu à peu sa tête,
& par l'augmentation du bain,
il déploiera ses ailes & commencera
à voler; le vent,
les nuages l'emporteront çà
& là; fatigué d'être ainsi tourmenté,
il cherchera à s'échapper;
ayez donc soin qu'il ne
trouve aucune issue: enfin
lavé & blanchi par une pluie
constante de longue durée &
une rosée céleste, on le verra
@
(55)
métamorphosé en cygne: la
naissance du corbeau vous indiquera
la mort du dragon.
Si vous voulez pousser jusqu'au
rouge, ajoutez l'élément
du feu qui manque à la blancheur,
sans toucher, ni remuer
le vase de sa place,
mais en fortifiant le feu par
degrés; poussez son action sur
la matière jusqu'à ce que
l'occulte devienne manifeste,
l'indice sera la couleur citrine;
gouvernez alors le feu du
quatrième degré, toujours par
les degrés requis, jusqu'à ce
que par l'aide de Vulcain,
vous voyez éclore des roses
rouges qui se changeront en
amarantes, couleur de sang;
mais ne discontinuez point
l'ouvrage que vous ne voyez
le tout réduit en cendres
E 4
@
(56)
très rouges & impalpables.
Ce soufre philosophique est
une terre d'une ténuité, d'une
ignéité & d'une sécheresse
extrême, elle contient un feu
de nature très abondant, c'est
pourquoi on l'a nommé feu
de la pierre; il a la propriété
d'ouvrir, de pénétrer les corps
des métaux & de les changer
en sa propre nature: on
le nomme en conséquence
Père & semence masculine.
Les trois couleurs noire,
blanche & rouge, doivent
nécessairement se succéder
dans l'ordre que j'ai décrit;
mais elles ne sont pas les seules
qui se manifestent, elles
indiquent les changements essentiels
qui surviennent à la
matière, au lieu que les autres
couleurs presqu'infinies & semblables
@
(57)
à celles de l'arc-en-
ciel, ne sont que passagères
& d'une très courte durée.
Ce sont des espèces de vapeurs,
qui affectent plutôt l'air
que la terre, qui se chassent
les unes & les autres, & qui
se dissipent pour faire place
aux trois principales dont j'ai
parlé.
Ces couleurs étrangères
sont cependant quelquefois
des signes d'un mauvais régime,
& d'une opération mal
conduite, la noirceur répétée
en est une marque certaine;
car les petits corbeaux, dit
d'Espagnet ne doivent point
retourner dans le nid après
l'avoir quitté; la rougeur
prématurée est encore de ce
nombre, car elle ne doit paraître
qu'à la fin, comme
E 5
@
(58)
preuve de la maturité du grain
& du temps de la moisson.
============================
DE L'ELIXIR,
Seconde Opération.

E n'est pas assez d'être
parvenu au soufre Philosophique
que je viens de décrire,
la plupart y ont été
trompés & ont abandonné
l'oeuvre dans cet état, croyant
l'avoir poussé à sa perfection;
l'ignorance des procédés de
la nature & de l'art, sont la
cause de cette erreur: en vain
voudrait-on tenter de faire la
projection avec ce soufre ou
pierre au rouge. La pierre
philosophique ne peut être
parfaite qu'à la fin du second
oeuvre, qu'on appelle élixir.
@
(59)
De ce premier soufre on
en fait un second que l'on
peut ensuite multiplier à l'infini,
on doit donc conserver
précieusement cette première
minière du feu céleste pour
l'usage requis.
L'élixir, suivant d'Espagnet,
est composé d'une matière
triple; savoir d'une
eau métallique ou du mercure
sublimé philosophiquement,
du ferment blanc, si
l'on veut faire l'élixir au blanc
ou ferment rouge pour l'élixir
au rouge, & enfin du
second soufre, le tout selon
les poids & proportion philosophique;
l'élixir doit avoir
cinq qualités, il doit être fusible,
permanent, pénétrant,
tingeant & multipliant: il
tire sa teinture & sa fixation
@
(60)
du ferment, sa fusibilité de
l'argent vif, qui sert de
moyen pour réunir les teintures
du ferment & du soufre,
& sa propriété multiplicative
lui vient de l'esprit de
la quintessence qu'il a naturellement.
Les deux métaux parfaits
donnent une teinture parfaite,
parce qu'ils tiennent la leur
du soufre pur de la nature;
il ne faut donc point chercher
son ferment ailleurs que dans
ces deux corps: teignez donc
votre élixir blanc avec la Lune,
& le rouge avec le Soleil. Le
mercure reçoit d'abord cette
teinture & la communique ensuite;
prenez garde à vous
tromper dans le mélange des
ferments, & ne prenez pas
l'un pour l'autre; vous perdriez
@
(61)
tout. Ce second oeuvre
se fait dans le même vase ou
dans un vase semblable au premier,
dans le même fourneau
& avec les mêmes degrés de
chaleur, mais il est beaucoup
plus court.
La perfection de l'élixir
consiste dans le mariage &
l'union parfaite du sec & de
l'humide, de manière qu'ils
soient inséparables, & que
l'humide donne au sec la propriété
d'être fusible à la moindre
chaleur; on en fait l'épreuve
en en mettant un
peu sur une lame de cuivre ou
de fer échauffé; s'il fond d'abord
sans fumée, on a ce
qu'on souhaite.
@
(62)
============================
PRATIQUE DE L'ELIXIR.

Erre ou ferment rouge,
trois parties; eau & air pris
ensemble, six parties: mêlez-
le tout, & broyer pour en
faire un amalgame ou pâté
métallique de consistance de
beurre, de manière que la
terre soit impalpable ou insensible
au tact; ajoutez-y une
partie & demie de feu, &
mettez le tout dans ou vase
de la forme du premier, &
qu'il ait le col long d'un pied,
que vous scellerez parfaitement:
donnez-lui un feu du
premier degré pour la digestion;
vous ferez ensuite l'extraction
des éléments par les
@
(63)
degrés de chaleur qui leur sont
propres, jusqu'à ce qu'ils
soient tous réduits en terre
fixe. La matière deviendra
comme une pierre brillante,
transparente, rouge, & sera
pour lors dans sa perfection;
prenez-en à volonté, mettez-
le dans un creuset sur un feu
léger, & imbibez cette partie
avec son huile rouge, en
l'insérant goutte à goutte, jusqu'à
ce qu'elle se fonde &
coule sans fumée: ne craignez
pas que votre mercure s'évapore,
car la terre boira avec
plaisir & avidité cette humeur
qui est de sa nature. Vous
avez alors en possession votre
élixir parfait; remerciez le
Grand Architecte de l'Univers
de la faveur qu'il vous a fait,
& faites-en usage pour sa
@
(64)
Gloire, & ne communiquer
votre secret qu'à des gens de
bonnes moeurs.
L'élixir blanc se fait de même
que le rouge, mais avec
des ferments blancs & de
l'huile blanche.
============================
LA TEINTURE.

A teinture dans le sens
philosophique, est l'élixir même
rendu fixe, fusible, pénétrant
& tingeant par la corruption
& les autres opérations
dont j'ai parlé. Cette
teinture ne consiste donc pas
dans la couleur externe, mais
dans la substance même qui
donne la teinture avec la forme
métallique; elle agit
comme
@
(65)
comme le safran; dans l'eau;
elle pénètre même plus que
l'huile ne fait sur le papier;
elle se mêle intimement comme
la cire avec la cire, comme
l'eau avec l'eau, parce
que l'union se fait entre deux
choses de même nature. C'est
de cette propriété que lui
vient celle d'être une panacée
admirable pour les maladies
des trois règnes de la
nature; elle va chercher dans
eux le principe radical &
vital qu'elle débarrasse par
son action des hétérogènes qui
l'embarrassent & le tiennent
en prison; elle vient à son
aide, & se joint à lui pour
combattre ses ennemis; ils
agissent alors de concert &
remportent une victoire parfaite.
Cette quintessence chasse
F
@
(66)
l'impureté des corps, comme
le feu fait évaporer l'humidité
des bois; elle conserve la
santé en donnant des forces
au principe de la vie pour résister
aux attaques des maladies,
& faire faire la séparation
de la substance véritablement
nutritive des aliments, d'avec
celle qui n'en est que le
véhicule.
============================
LA MULTIPLICATION.

N entend par la multiplication
philosophique une augmentation
en quantité & en
qualité, & l'un & l'autre au-
delà de tout ce qu'on peut
s'imaginer. Celle de la quantité
est une multiplication de
@
(67)
la teinture par une corruption,
une volatilisation & une fixation
réitérées autant de fois
qu'il plaît à l'Artiste; la seconde
augmente seulement la
quantité de la teinture sans
accroître les vertus.
Le second soufre se multiplie
avec la même matière
dont il a été fait, en y ajoutant
une petite partie du premier
selon les poids & mesures
requises.
Il y a trois manières de faire
la multiplication, la première
est de prendre une partie de
l'élixir parfait rouge, que l'on
mêle avec neuf parties de son
eau rouge; on met le vase au
bain pour faire dissoudre le
tout en eau; après la solution
on cuit cette eau jusqu'à ce
qu'elle se coagule en une matière
F 2
@
(68)
semblable à un rubis;
on incère ensuite cette matière
à la manière de l'élixir, &
dès cette première opération
la médecine acquiert dix fois
plus de vertu qu'elle n'en
avait; si l'on réitère ce même
procédé une seconde fois, elle
augmentera de cent; une troisième
fois de mille & ainsi de
suite toujours par dix.
La seconde manière est de
mêler la quantité que l'on veut
d'élixir avec son eau, en gardant
cependant les proportions
entre l'un & l'autre, & après
avoir mis le tout dans un vase
de réduction bien scellé, le
dissoudre au bain, & suivre
tout le régime du second en
distillant successivement les éléments
par leurs propres feux,
jusqu'à ce que le tout devienne
@
(69)
pierre; on incère ensuite comme
dans l'autre & la vertu de
l'élixir augmente de cent dès
la première fois; mais cette
voie est plus longue, on la
réitère comme la première
pour accroître sa force de plus
en plus.
La troisième est la multiplication
en quantité, on
projette une once de l'élixir
multiplié en qualité sur cent
onces de mercure commun
purifié; ce mercure mis sur
un petit feu, se changera
bientôt en élixir. Si on jette
une once de ce nouvel élixir
sur cent onces d'autre mercure
commun purifié, il deviendra
or très fin; la multiplication
de l'élixir blanc se
fait de la même manière, en
prenant l'élixir blanc & son
@
(70)
eau, au lieu de l'élixir rouge:
plus on réitérera la multiplication
en qualité, plus elle aura
d'effet dans la projection,
mais non pas de la troisième
manière que j'ai parlé, car
sa force diminue à chaque
projection par le mercure
commun; on ne peut cependant
pousser cette réitération
que jusqu'à la quatrième ou
cinquième fois, parce que la
médecine serait alors si active
& si ignée que les opérations
deviendraient instantanées,
puisque leur durée s'abrège à
chaque réitération; sa vertu
d'ailleurs est assez grande à la
quatrième ou cinquième fois
pour combler les désirs de
l'Artiste, puisque dès la première
un grain peut convertir
cent grains de mercure en or,
@
(71)
à la quatrième cent mille, &c.
On doit juger de cette médecine
comme du grain qui multiplie
à chaque fois qu'on le
sème.
Il faut observer que ce que
l'on appelle eau rouge, est
la poudre rouge que la première
opération a produite; &
l'élixir parfait ou huile rouge,
est la poudre rouge qu'a produite
la seconde opération,
cela doit s'entendre de même
pour le blanc.
============================
DES POIDS DANS L'OEUVRE.

Aymond Lulle nous avertit
que cette chose unique n'est
pas une seule chose prise individuellement,
mais deux choses
de même nature qui n'en
@
(72)
font qu'une; s'il y a deux ou
plusieurs choses à mêler, il
faut le faire avec proportion
poids & mesure. J'en ai parlé
dans l'Article des Signes Démonstratifs,
sous les noms
d'Aigle & de Dragon, & j'ai
aussi donné les proportions des
matières requises pour la multiplication.
On doit voir par-
là que les proportions des
matières ne sont pas les mêmes
dans le premier & le second
oeuvre.
============================
REGLES GENERALES.

Vant de mettre la main à
l'oeuvre en quelque genre que
ce soit, on doit avoir tellement
combiné tout que l'on
ne
@
(73)
ne trouve aucune chose dans
les Livres philosophiques que
l'on ne soit en état d'expliquer,
afin de pouvoir réussir
dans les opérations qu'on se
propose d'entreprendre. Il faut
pour cet effet être assuré de la
matière que l'on doit employer,
voir si elle a véritablement
toutes les qualités
& propriétés, par lesquelles
les Philosophes la désignent
puisqu'ils avouent qu'ils ne
l'ont point nommée par le
nom sous lequel elle est connue
ordinairement; on doit
observer que cette matière ne
coûte rien que la peine de
l'amasser, & que la médecine
que Philalèthe, après Geber,
appelle médecine du premier
ordre; la première préparation
se parfait sans beaucoup
G
@
(74)
de frais, en tout lieu, en tout
temps, par toutes sortes de
personnes; pourvu qu'on ait
une quantité suffisante de matière,
qui doit être au moins
de trente à quarante livres.
Les termes de conversion,
dessiccation, mortification, inspissation,
préparation, altération,
ne signifient que la
même chose dans l'art Hermétique.
La sublimation,
descension, distillation, putréfaction,
calcination, congélation,
fixation, cération,
sont quant à elles-mêmes des
choses différentes; mais elles
ne constituent dans l'oeuvre
qu'une même opération continuée
dans le même vase: les
Philosophes n'ont donné tous
ces noms qu'aux différentes
choses ou changements qu'ils
@
(75)
ont vus se passer dans le vase:
lorsqu'ils ont aperçu la matière
s'exhaler en fumée subtile,
& monter au haut du
vase, ils ont nommé cette
ascension, sublimation; voyant
ensuite cette vapeur descendre
au fond du vase, ils l'ont appelée
descension, distillation.
Morien dit en conséquence:
toute notre opération consiste
à extraire l'eau de sa terre,
& à l'y remettre jusqu'à ce
que la terre pourrisse & se
purifie; lorsqu'ils ont aperçu
que cette eau mêlée avec sa
terre se coagulait ou s'épaississait,
qu'elle devenait noire
& puante, ils ont dit que
c'était la putréfaction, principe
de génération; cette
putréfaction dure jusqu'à ce
G 2
@
(76)
que la matière soit devenue
blanche.
Cette matière étant noire
se réduit en poudre, lorsqu'elle
commence à devenir
grise; cette apparence de
cendre a fait naître l'idée de
la calcination, incération,
&c., & lorsqu'elle est parvenue
à une grande blancheur,
ils l'ont nommée calcination
parfaite; voyant que la matière
prenait une consistance
solide, qu'elle ne fluait plus,
elle a formé leur congélation,
leur induration; c'est pourquoi
ils ont dit que tout le
magistère consiste à dissoudre
& à coaguler naturellement,
& cuire par un même régime
jusqu'au rouge foncé. On doit
donc se donner de garde de
remuer le vase & de l'ôter du
@
(77)
feu central, car si la matière
se refroidissait, tout serait
perdu.
Pour donner un feu du
premier degré, il faut que
la panse du vase soit un quart
en terre; pour lui donner un
feu du second degré, il faut
mettre de la terre jusqu'à moitié
de la panse, &c.
G 3
@
(78)
============================
DES VERTUS
D E L'ELIXIR PHILOSOPHIQUE.

L est, suivant le dire de
tous les Philosophes, la source
des richesses & de la santé,
puisqu'avec lui on peut faire
l'or & l'argent en abondance,
& qu'on se guérit non-seulement
de toutes les maladies
qui peuvent être guéries,
mais aussi que par son usage
modéré on peut les prévenir;
un grain seul de cette
médecine ou élixir rouge,
donné aux paralytiques, hydropiques,
goutteux, lépreux,
les guérira; pourvu
qu'ils en prennent la même
@
(79)
quantité pendant quelques
jours seulement.
L'épilepsie, les coliques,
les rhumes, fluxions, frénésie,
& toute autre maladie
interne, ne peuvent tenir
contre ce principe de vie.
Elle est un remède assuré
contre toutes sortes de maladies
des yeux. Tous apothèmes,
ulcères, blessures,
cancers, fistules, noli-me-tangere,
& toutes maladies de la
peau, en en faisant dissoudre
un grain dans un verre
de vin ou d'eau, dont l'on
bassine les maux extérieurs;
elle fond peu à peu la pierre
dans la vessie; elle chasse tout
venin & poison, en en buvant
comme ci-dessus.
Raymond Lulle assure
qu'elle est en général un remède
G 4
@
(80)
souverain contre tous
les maux qui affligent l'humanité
depuis les pieds jusqu'à
la tête; qu'elle les guérit en
un jour s'ils ont duré un
mois, en douze jours, s'ils
sont d'une année, & en un
mois quelques vieux qu'ils
soient.
Arnaud de Villeneuve dit
que son efficacité est infiniment
supérieure à celle de
tous les remèdes d'Hippocrate,
de Gallien, d'Alexandre,
d'Avicenne & de toute
la médecine ordinaire; qu'elle
réjouit le coeur, donne de la
vigueur & de la force, conserve
la jeunesse & fait reverdir
la vieillesse; en général,
qu'elle guérit toutes les maladies
tant chaudes que froides,
tant sèches qu'humides.
@
(81)
Geber, sans faire l'énumération
des maladies qu'elle
guérit, se contente de dire
qu'elle surmonte toutes celles
que les Médecins ordinaires
regardent comme incurables;
qu'elle rajeunit la vieillesse,
& l'entretient en santé pendant
de longues années,
même au-delà du cours ordinaire,
en en prenant seulement
gros comme un grain
de moutarde, deux ou trois
fois la semaine à jeun.
Philalèthe ajoute à cela,
qu'elle nettoie la peau de toutes
tâches, rides, &c.;
qu'elle délivre la femme en
travail d'enfant, fût-il mort,
en tenant seulement la poudre
au nez de la mère, &
cite Hermès pour son garant;
il assure avoir lui-même tiré
G 5
@
(82)
des bras de la mort bien des
malades abandonnés des Médecins.
On trouve la manière
de s'en servir particulièrement
pour toutes les maladies,
dans les Ouvrages de Raymond
Lulle & d'Arnaud de
Villeneuve.
@
(83)
============================
APOLOGIE
D U GRAND-OEUVRE.

E grand-Oeuvre des Sages,
tient le premier rang entre les
belles choses; la nature, sans
l'art, ne le peut achever, &
l'art sans la nature ne l'ose
entreprendre; c'est un chef-
d'oeuvre qui borne la puissance
des deux; ses effets sont si
miraculeux, que la santé qu'il
procure & conserve aux vivants,
la perfection qu'il donne
à tous les composés de
la nature, & les grandes richesses
qu'il produit d'une
@
(84)
façon toute divine, ne sont
pas ses plus hautes merveilles.
Si le Grand Architecte de
l'Univers l'a fait le plus parfait
agent de la nature, l'on
peut dire sans crainte qu'il a
reçu le même pouvoir du
ciel pour la morale; s'il purifie
le corps, il éclaire les
esprits; s'il porte les mixtes
au plus haut point de leur perfection,
il peut élever nos entendements
jusques aux plus
hautes connaissances; il est
le Sauveur du grand Monde
puisqu'il purge toutes choses
des taches originelles, & répare
par sa vertu le désordre
de leur tempérament. Il subsiste
dans un parfait ternaire
de trois principes purs réellement
distincts, & qui ne
@
(85)
font qu'une même nature, Il
est originairement l'esprit universel
du monde corporifié
dans une terre vierge, étant
la première production ou le
premier mélange des éléments
au premier point de sa naissance.
Il est travaillé dans sa
première préparation, il verse
son sang, il meurt, il rend
son esprit, il est enseveli dans
son vaisseau, il monte au ciel
tout quintessencié pour examiner
les sains & les malades,
détruisant l'impureté
centrale des uns & exalter les
principes des autres; de sorte
que ce n'est pas sans sujet qu'il
est appelé par les Sages, le
Sauveur du grand Monde &
la figure de celui de nos
Ames. L'on peut justement
dire que s'il produit des merveilles
@
(86)
dans la nature, introduisant
aux corps une très
grande pureté, il fait aussi
des miracles dans la morale,
éclairant nos esprits des plus
hautes lumières.
Je laisse aux Lecteurs la
liberté d'en tirer les conséquences
qu'il jugera à propos
& convenables.
@
ENTRETIEN
DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES,
AVEC L'OR ET LE MERCURE VULGAIRE.

E sujet de cet entretien,
est une dispute que l'Or & le
Mercure eurent un jour avec
la Pierre des Philosophes, &
voici de qu'elle manière parle
un véritable Philosophe, qui
est parvenu à la possession de
ce grand secret.
Je vous proteste, avec un
coeur sincère, touché de compassion
pour ceux qui sont
@
(88)
depuis longtemps dans les
grandes recherches; & je vous
certifie à vous tous qui chérissez
ce merveilleux art, que
toute notre oeuvre prend naissance
d'une seule chose, &
qu'en cette chose l'oeuvre trouve
sa perfection, sans qu'elle
ait besoin de quoi que ce soit
autre que d'être dissoute &
coagulée, ce qu'elle doit faire
d'elle-même sans le secours
d'aucune chose étrangère.
Lorsqu'on met de la glace
dans un vase placé sur le feu,
on voit que la chaleur la fait
résoudre en eau: on doit en
user de la même manière
avec notre pierre, qui n'a
besoin que du secours de l'Artiste,
de l'opération de ses
mains, & de l'action du feu
naturel; car elle ne se résoudra
jamais
@
(89)
jamais d'elle-même, quand
elle demeurerait éternellement
sur la terre: c'est pourquoi
nous devons l'aider de
telle manière, toutes fois que
nous ne lui ajoutions rien qui
lui soit étranger & contraire.
Tout ainsi que Dieu produit
le froment dans les champs,
& que c'est ensuite à nous à
le mettre en farine, la pétrir
& en faire du pain; de même
notre art requiert que nous
fassions la même chose: Dieu
nous a créé ce minéral, afin
que nous le prenions tout
seul, que nous décomposions
son corps grossier & épais.
Ceux qui s'appliquent à la
recherche de notre art, &
qui savent de quelle manière
on doit traiter les métaux &
les minéraux, pourront être
H
@
(90)
assez éclairés dans la dispute
entre la Pierre des Philosophes,
l'Or & le Mercure,
pour arriver droit au but qu'ils
proposent.
R E C I T.
L'Or & le mercure allèrent
un jour à main armée pour
combattre & pour subjuguer
la Pierre des Philosophes;
l'Or animé de fureur, commença
à parler de cette sorte.
L'OR.
Comment as-tu la témérité
de t'élever au-dessus de moi
& de mon frère Mercure, &
de prendre la préférence sur
nous, toi qui n'es qu'un ver
bouffi? ignores-tu que je suis
le plus précieux, le plus
@
(91)
constant & le premier de tous
les métaux? Ne sais-tu pas que
les Monarques, les Princes
& les Peuples, font également
consister toutes leurs richesses
en moi & en mon frère Mercure,
& que tu es au contraire
le dangereux ennemi
des hommes & des métaux;
au lieu que les plus habiles
Médecins ne cessent de publier
& de vanter les vertus
singulières que je possède,
pour donner & pour conserver
la santé à tout le monde?
LA PIERRE.
A ces paroles pleines d'emportement,
la Pierre répondit,
sans s'émouvoir, mon
cher Or, pourquoi ne te fâches-tu
pas plutôt contre le
H 2
@
(92)
Grand Architecte, & pourquoi
ne lui demandes-tu pas
pour quelles raisons il n'a pas
créé en toi ce qui se trouve
en moi?
L'OR.
C'est Dieu même qui m'a
donné l'honneur, la réputation
& le brillant éclat, qui
me rendent si estimable; c'est
pour cette raison que je suis
si recherché d'un chacun.
Une de mes plus grandes perfections
est d'être un métal
inaltérable dans le feu; &
hors du feu; aussi tout le
monde m'aime & court après
moi: mais toi qui n'es qu'une
fugitive, & une trompeuse,
qui abuse tous les hommes:
cela se voit en ce que tu
@
(93)
t'envoles, & que tu t'échappes
des mains de ceux qui travaillent
avec toi.
LA PIERRE.
Il est vrai, mon cher Or,
c'est Dieu qui t'a donné l'honneur,
la constance & la beauté,
qui te rendent précieux:
c'est pourquoi tu es obligé de
rendre des grâces éternelles
à sa Divine Bonté, & ne pas
mépriser les autres comme tu
fais: car je puis te dire que tu
n'es pas cet Or, dont les
écrits des Philosophes font
mention; mais que cet Or est
caché dans mon sein. Il est
vrai, je l'avoue, je coule dans
le feu, & je n'y demeure pas,
toutefois tu sais fort bien
que Dieu & la nature m'ont
@
(94)
donné cette qualité, & que
cela doit être ainsi; d'autant
que ma fluidité tourne à l'avantage
de l'Artiste, qui fait
la manière de l'extraire; sache
cependant que mon âme demeure
constante en moi, &
qu'elle est plus stable & plus
fixe que tu n'es, tout Or
que tu sois, & que ne sont
tous tes frères & tous tes
compagnons. Ni l'eau, ni le
feu, quel qu'il soit, ne peuvent
la détruire, ni la consumer,
quand ils agiraient sur
elle, pendant autant de temps
que le monde durera.
Ce n'est donc pas ma faute,
si je suis recherchée par
des Artistes, qui ne savent
pas comment il faut travailler
avec moi, ni de quelle manière
je dois être préparée.
@
(95)
Ils me mêlent souvent avec
des matières étrangères, qui
me sont entièrement contraires.
Ils m'ajoutent de l'eau,
des poudres & autres choses
semblables, qui détruisent
ma nature, & les propriétés
qui me sont essentielles; aussi
s'en trouve-t-il à peine un
entre cent qui travaille avec
moi. Ils s'appliquent tous à
chercher la vérité de l'art dans
toi & dans ton frère Mercure:
c'est pourquoi ils errent tous,
& c'est en cela que leurs travaux
sont faux. Ils en font eux-
mêmes un bel exemple, car
c'est inutilement qu'ils emploient
leur Or, & qu'ils tâchent
de le détruire: il ne leur
reste de tout cela, que l'extrême
pauvreté, à laquelle
ils se trouvent enfin réduits.
@
(96)
C'est toi Or, qui es la
première cause de ce malheur,
tu sais fort bien que
sans moi, il est impossible de
faire aucun or ni argent, qui
soient parfaits, & qu'il n'y a
que moi seule qui aie ce
merveilleux avantage. Pourquoi
souffres-tu donc, que
presque tout le monde entier
fonde ses opérations sur toi,
& sur le Mercure? Si tu avais
encore quelque reste d'honnêteté,
tu empêcherais bien
que les hommes ne s'abandonnassent
à une perte toute certaine:
mais comme au lieu
de cela tu fais tout le contraire,
je puis soutenir avec
vérité que c'est toi seul qui
es un trompeur.
L'OR
@
(97)
L'OR.
Je veux te convaincre par
l'autorité des Philosophes,
que la vérité de l'art peut être
accomplie avec moi: lis Hermès,
il parle ainsi: le Soleil
est son père, & la Lune sa
mère; or je suis le seul qu'on
compare au Soleil.
Aristote, Avicenne, Pline,
Sérapion, Hippocrate, Diescoride,
Mesué, Rasis, Averroès,
Geber, Raymond
Lulle, Albert le Grand,
Arnaud de Villeneuve, &
grand nombre d'autres Philosophes
que je passe sous silence
pour n'être pas long,
écrivent tous clairement &
distinctement; que les métaux
& la teinture physique, ne
sont composés que de soufre
I
@
(98)
& de mercure; que ce soufre
doit être rouge, incombustible,
résistant constamment au
feu, & que le mercure doit
être clair, & bien purifié. Ils
parlent de cette sorte sans aucune
réserve; ils me nomment
ouvertement par mon propre
nom, & disent que dans l'or,
c'est-à dire dans moi, se trouve
le soufre rouge, digeste,
fixe & incombustible; ce qui
est véritable & tout évident:
car il n'y a personne qui ne
connaisse bien que je suis un
métal très constant & inaltérable,
que je suis doué d'un
soufre parfait & entièrement
fixe, sur lequel le feu n'a aucune
puissance.
Le Mercure fut du sentiment
de l'Or, il approuva son
discours, soutint que tout ce
@
(99)
que son frère venait de dire
était véritable, & que l'oeuvre
pouvait se parfaire de la manière
que l'avaient écrit les
Philosophes ci-dessus allégués.
Il ajouta même que chacun
connaissait assez combien était
grande l'amitié mutuelle qu'il
y avait entre l'or & lui, préférablement
à tous les autres
métaux; qu'il n'y avait personne
qui ne pût aisément
en juger par le témoignage
de ses propres yeux; que les
Orfèvres & autres semblables
Artisans, savaient fort bien
que lorsqu'ils voulaient dorer
quelque ouvrage, ils ne pouvaient
se passer du mélange de
l'or & du mercure, & qu'ils
en faisaient la conjonction en
très peu de temps, sans difficulté,
& avec fort peu de
I 2
@
(100)
travail: que ne devait-on pas
espérer de faire avec plus de
temps, plus de travail & plus
d'application!
LA PIERRE.
A ce discours la Pierre se
prit à rire, & leur dit: en
vérité vous méritez bien l'un
& l'autre qu'on se moque de
vous, & de votre démonstration;
mais c'est toi Or, que
j'admire encore plus, voyant
que tu t'en fais si fort accroire,
pour l'avantage que tu as
d'être bon à certaines choses.
Peux-tu bien te persuader que
les anciens Philosophes ont
écrit comme ils ont fait, dans
un sens qui doive s'entendre à
la manière ordinaire? & crois-tu
qu'on doive simplement interpréter
leurs paroles à la lettre?
@
(101)
L'OR.
Je suis certain que les Philosophes
& les Artistes que je
viens de citer, n'ont point
écrit de mensonge. Ils sont
tous du même sentiment touchant
la vertu que je possède:
il est bien vrai qu'il s'en est
trouvé quelques-uns qui ont
voulu chercher dans des choses
entièrement éloignées, la
puissance & les propriétés qui
sont en moi. Ils ont travaillé
sur certaines herbes, sur les
animaux, sur le sang, sur les
urines, sur les cheveux, sur
le sperme, & sur des choses
de cette nature: ceux-là se sont
sans doute écartés de la véritable
voie, & ont quelquefois
écrit des faussetés; mais il
n'en est pas de même des
I 3
@
(102)
Maîtres que j'ai nommé. Nous
avons des preuves certaines
qu'ils ont en effet possédé ce
grand art, c'est pourquoi nous
devons ajourer foi à leurs écrits.
LA PIERRE.
Je ne révoque point en doute
que ces Philosophes n'aient
eu une entière connaissance de
l'art, excepté toutefois quelques-uns
de ceux que tu as allégués:
car il y en a parmi
eux, mais fort peu, qui l'ont
ignoré, & qui n'en ont écrit
que sur ce qu'ils en ont ouï
dire: mais lorsque les véritables
Philosophes nomment simplement
l'or & le mercure,
comme les principes de l'art;
ils ne se servent de ces termes
que pour en cacher la connaissance
aux ignorants, & à ceux
@
(103)
qui sont indignes de cette
Science: car ils savent fort
bien que ces esprits vulgaires,
ne s'attachent qu'aux noms des
choses, aux recettes, & aux
procédés qu'ils trouvent écrits,
sans examiner s'il y a un solide
fondement dans ce qu'ils
mettent en pratique: mais les
hommes savants, & qui lisent
les bons livres avec application
& exactitude, considèrent
toutes choses avec prudence,
examinent le rapport
& la convenance qu'il y a entre
une chose & une autre,
& par ce moyen ils pénètrent
dans le fondement de l'art;
de sorte que par le raisonnement
& par la méditation
ils découvrent enfin quelle est
la matière des Philosophes,
entre lesquels il ne s'en trouve
I 4
@
(104)
aucun qui ait voulu l'indiquer,
ni la donner à connaître ouvertement,
& par son propre
nom.
Ils se déclarent nettement
là-dessus, lorsqu'ils disent qu'ils
ne révèlent jamais moins le
secret de leur art, que lorsqu'ils
parlent clairement, &
selon la manière ordinaire de
s'énoncer; mais ils avouent
au contraire que lorsqu'ils se
servent de similitudes, de figures
& de paraboles, c'est
en vérité dans ces endroits de
leurs écrits qu'ils manifestent
leur art: car les Philosophes,
après avoir discouru de l'or &
du mercure, ne manquent pas
de déclarer ensuite, & d'assurer
que leur or n'est pas le
Soleil ou l'or vulgaire, &
que leur mercure n'est pas non
@
(105)
plus le mercure commun, en
voici la raison.
L'Or est un métal parfait,
lequel à cause de la perfection
que la nature lui a donnée,
ne saurait être poussé par l'art
à un degré plus parfait; de
sorte que de quelque manière
qu'on puisse travailler avec
l'or, quelque artifice qu'on
mette en usage, quand on
extrairait cent fois sa couleur
& sa teinture; l'Artiste ne fera
jamais plus d'or, & ne teindra
jamais une plus grande
quantité de métal, qu'il
avait de couleur & de teinture
dans l'or, dont elle aura été
extraite: c'est pour cette raison
que les Philosophes disent
qu'on doit chercher la perfection
dans les choses imparfaites,
& qu'on l'y trouvera.
I 5
@
(106)
Raymond Lulle, que tu m'as
cité, est de ce même sentiment,
il assure que ce qui
doit être rendu meilleur, ne
doit pas être parfait; parce
que dans ce qui est parfait, il
n'y a rien à changer, & qu'on
détruit bien plutôt sa nature,
que d'ajouter quelque chose à
sa perfection.
L'OR.
Je n'ignore pas que les Philosophes
parlent de cette manière,
toutefois cela se peut
appliquer à mon frère Mercure,
qui est encore imparfait:
mais si on nous joint tous
deux ensemble il reçoit alors
de moi la perfection qui lui
manque: car il est du sexe féminin,
& moi je suis du sexe
masculin; ce qui fait dire aux
@
(107)
Philosophes, que l'art est un
tout homogène. Tu vois un
exemple de cela dans la procréation
des hommes; car il ne
peut naître aucun enfant sans
l'accouplement du mâle & de
la femelle; c'est-à-dire, sans
la conjonction de l'un avec
l'autre. Nous en avons un pareil
exemple dans les animaux,
& dans tous les êtres vivants.
LA PIERRE.
Il est vrai, ton frère Mercure
est imparfait, & par
conséquent il n'est pas le Mercure
des sages, aussi quand
vous seriez conjoints ensemble,
& qu'on vous tiendrait
ainsi dans le feu pendant le
cours de plusieurs années,
pour tâcher de vous unir parfaitement
l'un avec l'autre; il
@
(108)
arrivera toujours la même
chose; savoir, qu'aussitôt que
le mercure sent l'action du
feu, il se sépare de toi, se
sublime, s'envole & te laisse
seul en bas; que si on vous
dissout dans l'eau forte, si on
vous résout, si on vous distille,
& si on vous coagule, vous
ne produirez toutefois jamais
qu'une poudre & un précipité
rouge: que si on fait projection
de cette poudre sur un
métal imparfait, elle ne le
teint point; mais y on trouve
autant d'or, qu'on y en avait
mis au commencement, &
ton frère Mercure te quitte
& s'enfuit.
Voilà quelles sont les expériences
que ceux qui s'attachent
à la recherche de la
Chimie, ont faites à leur
@
(109)
grand dommage, pendant une
longue suite d'années: voilà
où aboutit toute la connaissance
qu'ils ont acquise par
leurs travaux; mais pour ce
qui est du proverbe des anciens,
dont tu veux te prévaloir,
que l'art est un tout
entièrement homogène, qu'aucun
enfant ne peut naître sans
le mâle & la femelle, & que
tu te figures que par-là les
Philosophes entendent parler
de toi & de ton frère Mercure;
je dois te dire nettement
que cela est faux, & que mal
à propos on l'entend de toi;
encore qu'en ces mêmes endroits
les Philosophes parlent
juste, & disent la vérité. Je
te certifie que c'est ici la
pierre angulaire qu'ils ont posée,
& contre laquelle plusieurs
@
(110)
milliers d'hommes ont
bronché.
Peux-tu bien t'imaginer
qu'il en doit être de même
avec les métaux, qu'avec les
choses qui ont vie; il t'arrive
en ceci ce qui arrive à tous
les faux Artistes; car lorsque
vous lisez de semblables passages
dans les Philosophes,
vous ne vous attachez pas à
les examiner davantage, pour
tâcher de découvrir si de telles
expressions cadrent & s'accordent
ou non, avec ce qui
a été dit auparavant, ou qui
est dit dans la suite: cependant
tu dois savoir que tout ce
que les Philosophes ont écrit
de l'oeuvre en termes figurés,
se doit entendre de moi seule
& non de quelque autre chose
qui soit dans le monde.
@
(111)
puisqu'il n'y a que moi seule
qui puisse faire ce qu'ils disent,
& que sans moi, il est impossible
de faire aucun or ni argent
qui soient véritables.
L'OR.
Bon Dieu! n'as-tu point de
honte de proférer un si grand
mensonge, & ne crains-tu pas
de commettre un péché, en
te glorifiant jusques à un tel
point, que d'oser t'attribuer
toi seule tout ce que tant
de sages & de savants personnages
ont écrit de cet art,
depuis tant de siècles, toi
qui n'es qu'une matière crasse,
impure & venimeuse, & tu
avoues nonobstant cela que
cet art est un tout parfaitement
homogène? tu dis de plus que
sans toi, on ne peut faire
@
(112)
aucun or ni argent qui soient
véritables, comme étant une
chose universelle; n'est-ce pas
là une contradiction manifeste,
d'autant que plusieurs savants
se sont appliqués avec
tant de soin & d'exactitude
aux curieuses recherches qu'ils
ont faites, qu'ils ont trouvé
d'autres voies; ce sont des
procédés qu'on nomme des
particuliers, desquels cependant
on peut tirer une grande
utilité.
LA PIERRE
Mon cher Or, ne sois pas
surpris de ce que je viens de
te dire, & ne sois pas si imprudent
que de m'imputer un
mensonge à moi qui ai plus
d'âge que toi; s'il m'arrivait
de me tromper en cela, tu
devrais
@
(113)
devrais avec juste raison excuser
mon grand âge; puisque
tu n'ignores pas, qu'il faut
porter respect à la vieillesse.
Pour te faire voir que j'ai
dit la vérité, afin de défendre
mon honneur, je ne veux
m'appuyer que de l'autorité
des mêmes Maîtres que tu
m'as cités, & que par conséquent
tu n'es pas en droit
de récuser: voyons particulièrement
Hermès, il parle
ainsi: il est vrai, sans mensonge,
certain & très véritable,
que ce qui est en bas,
est semblable à ce qui est en
haut, & ce qui est en haut,
est semblable à ce qui est en
bas; c'est par ces choses qu'on
peut faire les miracles d'une
seule chose.
Voici comment parle Aristote:
K
@
(114)
ô! que cette chose est
admirable, qui contient en
elle-même toutes les choses
dont nous avons besoin? Elle
se tue elle-même, & ensuite
elle reprend vie d'elle-même;
elle s'épouse elle-même, elle
s'engrosse elle-même, elle
naît d'elle-même, elle se résout
d'elle-même dans son
propre sang, elle se coagule
de nouveau avec lui, & prend
une consistance dure, elle se
fait blanche, elle se fait rouge
d'elle-même; nous n'y
changeons rien, si ce n'est
que nous en séparons la grossièreté
& la terrestréité.
Le philosophe Platon parle
de moi en ces termes: c'est
une seule, unique chose,
d'une seule & même espèce
en elle-même; elle a un corps,
@
(115)
une âme, un esprit, & les
quatre éléments, sur lesquels
elle domine. Il ne lui manque
rien, elle n'a pas besoin des
autres corps; car elle s'engendre
elle-même: toutes choses
sont d'elle, par elle,
en elle.
Je pourrais te produire ici
plusieurs autres témoignages,
mais comme cela n'est pas
nécessaire, je les passe sous
silence, pour n'être pas ennuyeuse;
& comme tu viens
de me parler de procédés
particuliers, je vais t'expliquer
en quoi ils diffèrent de
l'art: quelques Artistes qui
ont travaillé avec moi, ont
poussé leurs travaux si loin,
qu'ils sont venu à bout de
séparer de moi mon esprit,
qui contient ma teinture, en
K 2
@
(116)
sorte que le mêlant avec d'autres
métaux & minéraux, ils
sont parvenus à communiquer
quelque peu de mes vertus
& de mes forces, aux métaux
qui ont quelque affinité
& quelque amitié avec moi;
cependant les Artistes qui ont
réussi par cette voie, & qui
ont trouvé sûrement une partie
de l'art, sont véritablement
en très petit nombre:
mais comme ils n'ont pas connu
l'origine d'où viennent les
teintures, il leur a été impossible
de pousser leur travail
plus loin, & ils n'ont pas
trouvé au bout du compte
qu'il y eut une grande utilité
dans leur procédé: mais si
ces Artistes avaient porté leurs
recherches au-delà, & qu'ils
eussent bien examiné quelle
@
(117)
est la femme qui m'est propre,
qu'ils l'eussent cherchée
& qu'ils m'eussent uni à elle,
c'est alors que j'aurais pu teindre
mille fois davantage;
mais au lieu de cela ils ont
entièrement détruit ma propre
nature, en me mêlant
avec des choses étrangères;
c'est pourquoi bien qu'en faisant
leur calcul, ils aient
trouvé quelque avantage fort
médiocre toutefois, en comparaison
de la grande puissance
qui est en moi: il est
constant néanmoins que cette
utilité n'a procédé, & n'a eu
son origine que de moi, &
non de quoi que ce soit autre
avec quoi j'aie pu être mêlée.
L'OR.
Tu n'as pas assez prouvé
@
(118)
par ce que tu viens de dire,
car encore que les Philosophes
parlent d'une seule chose
qui renferme en soi les
quatre éléments, qui a un
corps, une âme & un esprit,
& par cette chose ils veuillent
faire entendre la teinture physique,
lorsqu'elle a été poussée
jusques à sa dernière perfection,
qui est le but où ils
tendent, néanmoins cette
chose doit dès son commencement
être composée de moi,
qui suis l'Or & de mon frère
Mercure, comme étant tous
deux la semence masculine,
& la semence féminine, ainsi
qu'il a été dit ci-dessus; car
après que nous avons été suffisamment
cuits, & transmués
en teinture, nous sommes
pour lors l'un & l'autre ensemble
@
(119)
une seule chose dont
les Philosophes parlent.
LA PIERRE.
Cela ne va pas comme tu
te l'imagines, je t'ai déjà dit
ci-devant, qu'il ne peut se
faire une véritable union de
vous deux, parce que vous
n'êtes pas un seul corps, mais
deux corps ensemble; & par
conséquent vous êtes contraires
à considérer le fondement
de la nature; mais moi j'ai un
corps imparfait, une âme
constante, une teinture pénétrante;
j'ai de plus un mercure
clair, transparent, volatil
& mobile, & je puis
opérer toutes les grandes choses,
dont vous vous glorifiez
tous deux, sans toutefois que
vous puissiez les faire; parce
@
(120)
que c'est moi qui porte dans
mon sein l'Or philosophique,
& le Mercure des sages; c'est
pourquoi les Philosophes parlant
de moi, disent notre
Pierre est invisible, & il n'est
pas possible d'acquérir la possession
de notre Mercure autrement
que par le moyen de
deux corps, dont l'un ne
peut recevoir sans l'autre, la
perfection qui lui est requise.
C'est pour cette raison qu'il
n'y a que moi seule qui possède
une semence masculine
& féminine, & qui sois en
même temps un tout entièrement
homogène; aussi me
nomme-t-on
hermaphrodite.
Richard anglais, rend témoignage
de moi, disant la première
matière de notre Pierre,
s'appelle
Rébis, deux fois
chose,
@
(121)
chose, c'est-à-dire, une chose
qui a reçu de la nature une
double propriété occulte, qui
lui fait donner le nom d'hermaphrodite;
comme qui dirait
une matière dont il est
difficile de pouvoir distinguer
le sexe, & de découvrir si
elle est mâle ou femelle,
d'autant qu'elle incline également
des deux côtés: c'est
pourquoi la médecine universelle
se fait d'une chose,
qui est l'eau, & l'esprit du
corps.
C'est cela qui a fait dire
que cette médecine qui a
trompé un grand nombre de
sots, à cause de la multitude
des énigmes, sous lesquelles
elle est enveloppée; cependant
cet art ne requiert qu'une
seule chose, qui est connue
L
@
(122)
de plusieurs, & qui est à la
possession de tout le monde
que plusieurs souhaitent; &
le tout est une chose qui n'a
pas sa pareille dans l'univers;
elle est vile toutefois, & on
peut se la procurer à peu de
frais: il ne faut pas pour cela
la mépriser, car elle fait &
parfait des choses admirables.
Le philosophe Alain dit;
vous qui travaillez à cet art,
vous devez avoir une parfaite
connaissance de cette matière
divine, & avoir une ferme &
constante application d'esprit
à votre travail, & ne pas
commencer à essayer tantôt
une chose & tantôt une autre.
L'art ne consiste pas dans la
pluralité des espèces, mais
dans le corps & dans l'esprit.
O qu'il est véritable, que la
@
(123)
médecine de notre Pierre est
une chose, un vaisseau, une
conjonction! tout l'artifice
commence par une chose &
finit par une chose; bien que
les Philosophes, dans le dessein
de cacher ce grand art,
décrivent plusieurs voies; savoir,
une conjonction continuelle,
une mixtion, une
sublimation, une dessiccation,
& tout autant d'autres voies
& opérations qu'on peut en
nommer de différents noms;
mais la solution du corps,
ne se fait que dans son propre
sang.
Voici comment parle Geber,
il y a un soufre dans la profondeur
du mercure, qui le
cuit, & qui le digère dans les
veines des mines, pendant
un très long temps. Tu vois
L 2
@
(124)
donc bien, mon cher Or;
que je t'ai amplement démontré,
que ce soufre n'est qu'en
moi seule, puisque je fais tout
moi seule, sans ton secours
& sans celui de tous tes frères
& de tous tes compagnons.
Je n'ai pas besoin de vous,
mais vous avez tous besoin
de moi, d'autant que je puis
vous donner à tous la perfection
& vous élever au-
dessus de l'état où la nature
vous a mis.
A ces dernières paroles,
l'Or se mit furieusement en
colère, ne sachant plus que
répondre; il tint cependant
conseil avec son frère Mercure,
& ils convinrent ensemble
qui s'assisteraient l'un
l'autre, espérant qu'étant deux
contre notre Pierre, qui n'est
@
(125)
qu'une & seule chose, ils la
surmonteraient facilement;
de sorte qu'après n'avoir pu
la vaincre par la dispute, ils
prirent résolution de la mettre
à mort par l'épée: dans ce
dessein ils joignirent leurs forces,
afin de les augmenter
par l'union de leur double
puissance.
Le combat se donna, notre
Pierre déploya ses forces &
sa valeur, les combattit tous
deux, les surmonta, les dissipa
& les engloutit l'un &
l'autre; en sorte qu'il ne resta
aucun vestige, qui pût faire
connaître ce qu'ils étaient
devenus.
Ainsi chers Amis, qui avez
la crainte de Dieu devant les
yeux, ce que je viens de vous
dire, doit vous faire connaître
L 3
@
(126)
la vérité & vous éclairer l'esprit
autant qu'il est nécessaire,
pour comprendre le fondement
du plus grand & du plus
précieux de tous les trésors
qu'aucun Philosophe n'a si
clairement exposé, découvert,
ni mis au jour.
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OBSERVATION.

Aites donc attention à
tout ce que je viens de dire
du Mercure, parce que selon
les Philosophes, notre Mercure
est le seul des Sages;
que quiconque travaillerait
sans lui, ressemblerait à celui
qui voudrait sans corde se
servir d'un arc. Cependant ce
Mercure ne se trouve pas tel
@
(127)
sur la terre; mais on l'extrait
comme je l'ai indiqué dans
l'oeuvre, des matières où il est
renfermé, non par la voie de
création, mais comme un
enfant qu'on tire du sein de sa
mère, par un moyen admirable,
& par un art industrieux.
Tout Adepte verra que je
n'avance point des fables, &
que ce sont des expériences
réelles qui ont été faites par
les plus savants Auteurs qui
ont traité cette matière; c'est
pourquoi écrivant ceci pour
le bien de mon prochain, il
me suffit de dire que personne
n'a parlé de cet art avec autant
de clarté que moi; plusieurs
fois j'ai quitté la plume
voulant cacher la vérité sous
le masque de l'envie. Mais
Dieu, qui seul connaît les
@
(128)
coeurs, m'a déterminé à le
faire, & je lui en rends gloire.
Ainsi je ne doute pas qu'il n'y
en aura plusieurs dans ces
derniers temps, qui se trouveront
heureux de posséder ce
secret. Et comme j'écris sincèrement,
je ne laisserai aucun
doute sans y satisfaire
pleinement; pour cet effet,
comme j'ai annoncé dans l'oeuvre
que l'Artiste pourrait suppléer
au défaut de la chaleur
centrale de l'endroit où il mettrait
couver son oeuf philosophique;
je donnerai à la fin
une description du feu de
l'Athanor & de son fourneau;
il faut observer que par le
nombre des aigles, on désigne
combien de fois doit
être purifié & sublimé le
Mercure philosophique; ainsi
@
(129)
lorsque l'on vous dit de prendre
sept ou neuf aigles, cela
veut dire de prendre du Mercure
philosophique qui aura
été sublimé sept ou neuf
fois.
Quiconque désire posséder
cette toison d'Or, doit savoir
que notre Poudre aurifique,
que nous appelons notre
Pierre, est le seul or digéré
& porté au plus haut degré
de pureté & de fixité, où il
puisse être emmené, tant par
la nature, que par les soins
d'un habile Artiste. Cet or
donc essencifié ou poussé à
ce degré suprême de perfection,
n'est plus l'or vulgaire,
mais celui des Sages. Je pourrai,
à ce sujet, citer tous les
Philosophes, mais la vérité
n'a pas besoin de témoins.
@
(130)
Me croira ou désapprouvera
qui voudra: que l'on me censure
même si l'on peut, tout
ce qu'on pourra m'opposer,
ne produira qu'une profonde
ignorance; je sais que des esprits
qui veulent raffiner sur
l'oeuvre, se forment mille
chimères; mais on ne trouvera
le vrai, qu'en suivant exactement
la voie simple de la
nature.
Vous n'avez donc pas besoin
d'autre chose: il ne vous reste
qu'à prier Dieu, qu'il veuille
bien vous faire parvenir à la
possession d'un joyau, qui est
d'un prix inestimable; aiguisez
après cela la pointe de
vos esprits; lisez les écrits des
Sages avec prudence; travaillez
avec diligence & exactitude;
n'agissez pas avec précipitation
@
(131)
dans un oeuvre si
précieux. Il a son temps ordonné
par la nature, tout de
même que les fruits qui sont
sur les arbres, & les grappes
de raisins que la vigne porte.
Ayez la droiture dans le coeur,
& proposez-vous, dans votre
travail, une fin honnête; autrement
Dieu ne vous accordera
rien; car il ne communique
un si grand don, qu'à
ceux qui veulent en faire un
bon usage; & il en prive ceux
qui ont dessein de s'en servir,
pour commettre le mal. Surtout
n'oubliez point les Pauvres,
& je prie Dieu qu'il
vous donne sa Sainte Bénédiction.
Ainsi soit il.
@
(132)
============================
MANIERE
DE FAIRE LA PROJECTION.

Renez une partie de votre
Pierre parfaite, soit au blanc,
soit au rouge, puis faites
fondre dans un creuset quatre
parties de l'un des métaux
fixes; savoir, d'argent si c'est
au blanc, & d'or si c'est au
rouge; joignez-y donc une
partie de votre pierre selon
l'espèce que vous voudrez
produire, jetez le tout dans
un cornet à régule chaud &
graissé, il vous restera une
masse que vous mettrez facilement
en poudre. Prenez
@
(133)
ensuite dix parties de Mercure,
purgé & purifié, mettez-le
sur le feu, & lorsqu'il
commencera à pétiller & à
fumer, jetez-y une partie
de votre poudre, qui fixera
le Mercure en un clin-d'oeil;
fondez à feu violent cette
matière fixée, & vous aurez
une pierre ou médecine d'un
ordre inférieur.
Prenez derechef une partie
de cette dernière matière,
que vous projetterez sur quelque
métal que ce soit,
qu'il soit purifié & mis en
fusion par le feu; projetez
autant de votre pierre qu'elle
peut teindre de ce métal, &
vous aurez or ou argent plus
pur que celui qui est formé
par la nature.
Cependant il est toujours
@
(134)
mieux de faire la projection
par degré, jusqu'à ce que
votre pierre ne donne plus
de teinture, parce qu'en projetant
une petite portion de
poudre sur beaucoup de métal
imparfait, à moins que
ce ne soit sur du vif argent,
il se fait alors une déperdition
considérable de la pierre, à
cause des scories des métaux
impurs. C'est pourquoi plus
le métal est purifié avant la
projection, mieux on réussit
dans la transmutation.
@
(135)
============================
DESCRIPTION
DE L'ATHANOR. O U
FOURNEAU PHILOSOPHIQUE

'Athanor a une tour &
un nid, cette tour doit avoir
deux pieds & un peu plus
de haut, sur un pied de diamètre
en dedans; l'épaisseur
des côtés doit être de deux
pouces de chaque côté; la
porte où est le feu, doit avoir
sept pouces d'élévation, &
doit être plus épaisse dans le
bas que dans le haut, & que
cette épaisseur aille toujours
en diminuant d'une manière
@
(136)
imperceptible, jusqu'à la partie
supérieure.
Au-dessus du sol ou la partie
la plus inférieure du fourneau,
il faut une petite porte de
trois à quatre pouces en carré,
par où on puisse ôter les
cendres; au-dessus il faut une
grille, & un pouce plus haut
il y aura deux trous qui feront
circuler la chaleur dans l'Athanor;
cette tour non plus
que le nid, ne doivent avoir
aucune ouverture ni fente;
le nid ne doit pas être plus
bas que le bassin, qui doit
être immédiatement frappé
par le feu, & ce feu doit
avoir son issue par trois à
quatre trous; le nid aura son
couvercle avec une fenêtre
& doit contenir un matras
d'un pied de long ou environ;
sinon
@
(137)
au couvercle du nid, pour
passer le col du matras.
Tout étant ainsi disposé,
le fourneau doit être mis en
un lieu éclairé, placer les
charbons par le haut de la
tour, d'abord on mettra des
charbons allumés, puis des
charbons noirs, & y mettre
son couvercle que l'on joindra
avec la cendre tamisée,
de manière qu'aucun air
puisse entrer: ce seul fourneau
doit servir pour mener
l'oeuvre à sa perfection.
Si l'Artiste est industrieux,
il trouvera d'autres moyens
de donner un feu convenable,
en disposant toujours l'Athanor
de manière que sans toucher
au matras, on puisse
changer les degrés du feu,
M
@
(138)
comme on le jugera à propos
depuis une chaleur, telle
que celle de la fièvre, jusqu'au
feu du petit réverbère
ou d'un rouge obscur. Faites
en sorte que dans sa force il
puisse rester du moins sept
à huit heures dans la même
égalité, sans être obligé d'y
mettre du nouveau charbon;
s'il durait moins ce serait un
nouveau travail; alors vous
avez la première porte de
l'oeuvre.
Dès que vous aurez fait
la pierre, vous pourrez avoir
un fourneau portatif parce
que les autres opérations
sont bien moins difficiles, &
demandent moins de temps;
ainsi elles n'ont pas besoin
d'un feu aussi fort, ni d'un
fourneau difficile à transporter;
@
(139)
& comme il ne s'agit plus
que de multiplier, on pourra
faire durer le feu au moins
l'espace d'une semaine dans
la même égalité; il faut avoir
le soin de mettre dans l'Athanor
dessous & autour de
l'oeuf philosophique de la
cendre de ferment.
FIN.
@
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A V I S.
Omme on pourrait faire
une contrefaçon du présent
Livre qui n'étant point exacte,
introduirait en erreur ceux qui
s'occuperont de cette partie;
afin qu'on n'y soit point trompé,
l'Auteur a eu la précaution
de mettre sa Signature
à chaque Exemplaire qu'il a
fait tirer; de sorte que s'il en
paraissait qui ne fussent pas
Signés, on pourra les juger
faux.