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Réfer. : AL1714A
Auteur : Planis-Campy David de
Titre : Traicté de la vraye, vnique - grande et Vniuerselle...
S/titre : Medecine des Anciens. Dite des recens, Or potable.
Editeur : François Targa. Paris.
Date éd. : 1633 .
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P R E F A C E.

'AI toujours eu opinion que
l'ordinaire Médecine, ainsi
qu'elle est journellement exercée,
n'était pas la vraie: & qu'icelle,
vu son inanité & le peu
d'effet qu'elle fait paraître de ses promesses,
n'était que l'ombre de celle qui en un abîme
infini de raisons abonde en un merveilleux
Trésor de miraculeuses expériences. Cette
pensée quoi que bornée à la Médecine, s'étend
pourtant plus loin qu'icelle: car il est
certain que la prenant du biais qu'il faut, on la
pourrait spécifier en toutes les autres sciences;
sciences lesquelles sont toutes contenues de la
Médecine. C'est pourquoi le Sage disant la
Médecine, dit l'Encyclopédie parfaite. Celui
qui n'est pas Théologien, & Astrologue, ne
peut-être vrai Médecin Magique: Et tous
ceux qui se disent Médecins sans cette connaissance,
se font assez connaître par leurs oeuvres
faux Médecins; lesquels imposant à la nature
ne donnent que le levain de la Mort à
ceux qui reçoivent de leurs mains le Poison au
@
PREFACE.
lieu de la Médecine.
Or cette Magie ou Sagesse, est toute contenue
dans un livre lequel est divisé en trois
parties; l'une du monde intelligible, qui est le
Merchana ou Trône de Dieu; L'autre est du
monde Céleste qui en est comme les Degrés;
& le troisième du monde Elémentaire,
Beresit,
ou intelligence de la Nature, qui est comme le
Miroir des autres deux: dans lequel nous voyons
comme dit l'Apôtre, Corinth. 13.
Nunc
per speculum in aenigmate: Celui-ci est le marchepied
du Trône de Dieu,
Coelum sedes mea;
Terram autem scabellum pedum meorum, Isaïe 66.
Ces trois mondes se retrouvent au chef-d'_uvre
du Créateur, l'homme, auquel il symbolise
en cette façon; du Corps au monde Elémentaire,
& à toutes choses qui y sont, car
toutes les Créatures sont contenues en l'homme:
ce que Jésus-Christ nous enseigne quand
il dit, envoyant ses Disciples, allez, dit-il, prêcher
à toute Créature. Or il est constant que le
Sauveur de nos âmes envoyait prêcher aux
hommes; d'où l'on peut d'une très pertinente
conséquence inférer que l'homme contient en
soi toute Créature, à raison de quoi il a été
appelé petit monde. En outre il symbolise encore
de l'esprit au monde Céleste: Et de l'intellect,
représentant en lui l'Image de Dieu, à
l'intelligible. Par quoi le Sage connaît l'Unité
en la Trinité & l'adore; puis il communique
aux Mortels la puissance qu'il a reçue du
Créateur.
@
PREFACE.
Ce raccourcissement parfait & miraculeux,
l'Homme, a été pour cette raison Analogique
susdite reçu pour sujet exemplaire de toutes
les sciences & Arts. Car l'Astronomie y trouve
son Ciel, son Soleil, sa Lune, & ses Astres;
aussi entre-t-il en toutes les maisons du Ciel,
selon la figure Astrologique. Les Mathématiques
y trouvent leurs nombres: la Géométrie
ses mesures & proportions: C'est pourquoi
Noé fut enseigné & commandé du Souverain
de fabriquer l'Arche selon la mesure & proportion
du corps humain; qui a fait dire à quelques-uns,
qu'il a six pieds de longueur, un de
largeur, & six degrés de profondeur; chaque
pied de dix degrés, & chaque degré cinq
minutes, qui font soixante degrés, & trois
cent minutes de longueur. Et ainsi l'Arche
avait trois cents coudées de long, cinquante
de large, & trente de profondeur; chaque
minute étant convertie en une coudée. Et
non seulement l'Arche, mais encore de ce
temps les Navires, les Maisons & les Temples
sont construits & bâtis sur cette mesure. Aussi
se représente-t-il en telle sorte qu'il fait la
figure ronde ou circulaire qui est la plus parfaite
de toutes, la carrée, la pentagonale, & la
triangulaire: ce qui se vérifie en cette façon.
Soit un homme couché à l'envers, les bras
& les jambes étendues & ouvertes le plus
qu'il pourra, en façon, à peu près, d'une Croix
S. André. Qu'on mette après l'un des pieds
d'un compas droit sur le nombril, lequel on
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PREFACE.
aura choisi pour centre, puis en tournant l'autre
on touchera les gros orteils des deux pieds,
& les deux doigts du mitan des deux mains, &
ainsi on fera un cercle entier: Que s'il manque
en quelque endroit il faut croire qu'il y a du
défaut & du vice. Que si après avoir fait le Cercle
on vient à tirer une ligne entre les deux
pieds étendus, & une autre entre la main & le
pied de côté & d'autre on aura un Carré parfait
décrit dans un cercle, ou plutôt la
quadrature du cercle. Etant vrai que si l'on
n'entre sérieusement & profondément en la
connaissance de soi-même jamais on ne
viendra à la possession de ce Secret tant poursuivi
de tous ceux qui professent les Mathématiques,
& de nul atteint. Davantage il
fait le Pentagone les deux bras élevés en
haut, & les deux pieds élargis. Il fait le triangle
les pieds joints & les deux bras ouverts &
étendus: Ce qui se vérifiera mieux par la pratique
que par la parole.
En outre sa face fait la dixième partie de
sa hauteur; son nez la tierce partie de la face;
& la rotondité de sa tête contient depuis le
haut du
Sternum jusques au bout de la verge: &
l'étendue des deux bras, ou l'extrême ouverture
des jambes se rapportent à la longueur de
l'homme. D'abondant la musique y trouve
son Harmonie; la Philosophie sa matière, forme,
& moyen unissant; les Eléments résultant
d'iceux; & finalement les principes principiés,
Savoir, Sel, Mercure, & Souphre, qui étant
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PREFACE.
produits de l'action des Eléments, entrent en la
composition de toutes les choses qui sont ès trois
genres sublunaires. Bref la Théologie y trouve
de quoi repaître sa contemplation ès choses
intellectuelles & Divines. Et finalement
la Médecine y rencontre sa fin qui est les Semences
de santé, & le sujet de son emploi qui
sont les fruits des Semences des maladies.
C'est pourquoi le vrai Médecin ne dresse son
intention à autre fin qu'à maintenir celle-là &
à détruire celles-ci; selon l'Axiome de Médecine;
Tout ce qui est selon Nature doit être conservé
par son semblable; tout ce qui est contre Nature
doit être ôté par son contraire: Mais cela ne
se fait pas par divers médicaments mais par
une seule Médecine, laquelle étant conforme
à la Nature soit contraire à la maladie.
Or ce composé si excellent, ce favori de la
Nature, cet aimé de Dieu (appelé à bon
droit l'inventeur des Arts & directeur des
Sciences, puisqu'il les contient toutes en lui)
n'a besoin, pour connaître tout, que se connaître
soi-même, soit lors qu'il était en
l'état d'innocence, soit lors de celui de son péché;
ou bien en son bâtiment, sa situation &
son espèce: Etude qu'il ne doit jamais finir
afin d'admirer en lui la bonté de Dieu dans
l'avantage qu'il a reçu de sa libéralité au pardessus
de ses oeuvres. Ce sera un chemin assuré
qui le conduira dans la vérité de la Sapience
pour parvenir par après à la jouissance du souverain
bien qui se rencontre en la Nature; qui
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PREFACE.
est la science sans erreur & la santé sans défaillance;
& en dernier lieu à celui qu'il doit attendre
là-haut, où il doit nécessairement aspirer
comme au seul but de son éternelle félicité.
A quoi indubitablement il n'arrivera jamais
si par une Doctrine séquestrée du commun &
par un soin Chrétiennement fidèle il ne sépare,
par une quadruplication d'Eléments,
les péchés mortels & véniels du petit monde,
afin de réduire le Ternaire composant à la
simple unité. Ce qui est le Salut ou repos des
repos, & le Jubilé Eternel, en lequel toute
liberté est donnée & la gloire communiquée
à celui qui pour y arriver aura méprisé le
monde immonde & rejeté bien loin de lui
toutes les ordures du péché: jour heureux &
plein de joie auquel ce Trésor sera trouvé, &
où toutes les parties unies & rassemblées
l'Homme jouira de la béatitude éternelle, tant
en son corps, qu'en son Esprit & Ame. Car il
faut que je confesse ingénument, voire que je
dise tout haut, sans ambages, à ce propos, que s'il
n'y a rien qui nous représente plus parfaitement
l'heureux contentement des bienheureux, & le
vrai chemin pour parfaitement y atteindre
& heureusement parvenir, c'est la voie qu'on
tient pour posséder la souveraine Médecine de
laquelle j'entends particulièrement traiter en
ce livre.
Cette vraie Médecine donc, est celle-là
en la connaissance de laquelle ces grands &
inimitables Médecins & Philosophes anciens
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PREFACE.
Hostanes, Hermès, Salomon, Pythagore, Platon,
Démocrite, Hippocrate, Senior, Rasis,
Geber, Saturne, Arthefius, Arnault de Villeneusve,
Lulle, Guillaume Parisien, Isaac Hollandais,
Ripley, Paracelse, & de notre temps
Sendivogius, ont excellé. Ceux-là, dis-je, y
ont été très florissants: & dans la parfaite intelligence
& possession qu'ils avaient d'icelle
ils ont guéri de toutes sortes de maladies (
nullus
est morbus contra quem non fit inuenta Medicina)
excepté celles de la mort.
Et pourquoi non puisque cette Médecine est
de la création de Dieu? ainsi que nous l'apprend
l'Ecclésiaste en ces termes;
Le Souverain a créé
la Médecine de la Terre, & l'Homme prudent ne la
méprisera point. Car toute Médecine est don de Dieu,
dit-il, au même Chap. c'est pourquoi nous
pouvons dire que,
Medicina est gratia data à
Deo, cuius fundamentum non sunt academici libri,
sed inuisibilis misericordia Dei & donum. Tellement
qu'étant un acte de la miséricorde de
Dieu, elle peut être dite sans blasphème Déesse
de la santé des hommes.
Arrière donc d'ici la Médecine charlatane,
bateleresque & théatrière: loin, loin de cette
fille du Ciel, la Médecine qui borne tout
son savoir & industrie au lavement du cloaque
humain, & à la copieuse évacuation du Trésor
de la vie: Mais chassons & censurons avec
péché, celle dont certains chimicastres revendiquent
la connaissance. Ces tiercelets de chimie
ne possèdent rien moins (à les ouïr dire ou de vive
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PREFACE.
voix ou par leurs écrits) que le grand Elixir
des Philosophes: & néanmoins les pesant à la
balance de Critolaux on ne trouve rien d'abondant
en eux que la témérité, l'ineptie & l'ignorance:
Et plût à Dieu que le mal fut tout
pour eux, & que leur maudite Médecine n'en
eut pas envoyé plusieurs de la vie à la mort, &
du lit au tombeau; & d'un petit mal supportable
à la rage & au désespoir de jamais pouvoir
acquérir leur Santé.
Or en l'aversion que j'ai à ces fausses Médecines
je ne sais si je dois déclamer contre
plusieurs des livres qui en sont faits & imprimés,
& notamment de plusieurs qui portent
le titre de Chimiques, ou contre leurs Auteurs.
Mais contre qui m'en prendrai-je?
puisque plusieurs d'iceux sont faux, supposés,
& sans nom. Car en ce siècle dépravé où toutes
choses sont permises, on voit des Esprits
tellement blessés qu'ils se persuadent devoir
réussir écrivant de la Médecine, ainsi qu'ils
ont fait écrivant des Romans & des bouffonneries
comiques.
L'Allemagne nous en a tant fourni jusques
à présent que le souvenir m'en donne la migraine,
& de deux mille que le Libraire qui y
va souvent nous apporte, la moitié sont des
sottises que quelques fainéants, ignorant la
Médecine & la Chimie, ont donné à faire
aux Imprimeurs. Mais n'allons pas si loin, la
France nous en fournit si grand nombre, en
l'une & en l'autre Médecine, que de leur donner
ner
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PREFACE.
échec ce ne serait jamais fait: & serait
s'engager volontairement dans les labeurs
d'Hercule que d'entreprendre de vider cette
étable d'Augée. Tant de livres mal traduits &
corrompus, voire en telle façon, qu'en l'analyse,
qu'on en fait on ne peut pas seulement reconnaître
l'intention de l'Auteur. Quelques-uns
s'attachent seulement aux choses
Métalliques, & délaissent les généraux principes
de la Nature : encore traitent-ils des
Minéraux si froidement & avec un style si Enigmatiquement
sot, si malicieusement trompeur,
que l'on est plus ignorant après leur lecture
que devant. Et en quelque biais qu'on tâche
de les prendre pour en avoir l'intelligence, il
est certain qu'on n'y peut rien entendre, connaître
ni apprendre: Et faudrait, pour mon
regard, les scier par le milieu comme quelqu'un
fit autrefois le poème de la Cassandre de Lycophron
pour voir ce qu'il y avait au-dedans,
puisqu'on n'y pouvait rien discerner par-dehors:
Ou bien comme on dit avoir fait Saint
Hierosme des Satyres de Perse, dont ne pouvant
assez bien à son gré comprendre les Enigmes
& obscurités,
intellecturis ignibus ille dedit:
Par quoi non mal à propos aurait dit Raymond
Lulle, en son Latin,
Scriptura quae usui
nequit intelligi, pro non scripta censeatur.
Mais comme parmi ce grand nombre d'Ecrivains
& de livres imprimés sur cette matière,
il s'en peut choisir quelques-uns
par les Savants qui correspondront à leur
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PREFACE.
Docte, Sage & Prudente curiosité: aussi
en trouveront-ils d'autres qui ne diront rien
moins que ce qu'ils ont prétendu y rencontrer.
Ce qu'étant véritable, je n'ai pas ici délibéré
de trier les profitables, ni de faire
un dénombrement des inutiles; laissant cette
tâche à ceux qui ont plus de loisir & de commodité
que moi: joint que j'ai tellement
parachevé ce que j'en avais entrepris dans mon
ouverture de l'Ecole de Philosophie Transmutatoire
Métallique, que je suis bien trompé
si les esprits les plus sainement curieux, n'y
trouvent l'accomplissement de leurs souhaits,
& le but de leurs désirs.
Seulement ai-je résolu en ce lieu de détromper
les esprits curieux qui pourraient s'être
abusés aux écrits & promesses en la Médecine,
dont certains Pseudo-chimiques font parade.
Trompeurs, Imposteurs, & Méchants qu'ils
sont, en leurs discours familiers la pierre Philosophale
leur est très facile; & l'Or potable
est la moindre chose qu'ils possèdent. Je le dis,
& à mon grand regret, qu'il y a quelques Sachants
parmi eux qui chatouillés par la vanité
de leur savoir se rendent si téméraires & impudents
qu'ils condamnent tout ce qu'ils ignorent,
& pensent que le défaut de leur esprit soit
une maladie commune à toutes âmes. Et semblables
à cette Lamie des Poètes, ils ont des
yeux pour les défauts des autres, mais non pas
de vue pour leurs imperfections. Voire & totalement
incapables de bonne instruction
@
PREFACE.
l'outrecuidée vanité de leur esprit les a portés
jusque-là de persuader aux ignorants, qu'ils
en savent plus que tous ceux qui les ont devancés:
à quoi ils joignent leurs contemporains,
& les futurs: impudence & témérité insupportable.
Et cependant toute leur Médecine
universelle ne consiste qu'à quelque teinture
rouge d'Antimoine, ou bien l'Or dissout
avec des eaux corrosives, qu'ils osent bien appeler
Eau Hyléale; & munis en la sorte de ces
beaux remèdes mortifères ils se vantent posséder
la vraie Médecine sauve vie. Vous le savez,
vous qui sottement curieux avez donné le
meilleur de votre bien pour leurs fausses &
erronées recettes.
Or à cette fin qu'on ne se déçoive d'ores-en-
avant en la recherche de ce vrai Asile contre
la mort temporelle & naturelle; voici que
j'ai résolu de vous découvrir apertement le
remède aux maux qui jusques à présent n'ont
point trouvé de remède : car tous autres remèdes
n'ont que l'apparence & point d'effets.
Tellement que les malades languissants sans secours,
sont contraints (recherchant remède à
leurs infirmités, & n'en trouvant point dans
les ordinaires, dépourvus de cet Azoth Médecine
universelle) de chercher celui de la
mort pour mettre fin à leurs misères.
C'est ici donc que je publie les heureuses
nouvelles de l'heureux rencontre de ce Moly
donne vie. C'est ici que j'annonce les merveilles
de cette Panacée Céleste de longueurs de
@
PREFACE.
jours. Bref j'apporte ici les plus riches trésors
que l'on puisse souhaiter; & trésors tels
que je dirai hardiment que leur valeur ne se
peut apprécier, puisque du consentement de
tous les Sages la sapience & la santé valent
mieux que les trésors, richesses, & couronnes de
tout l'Univers.
Car je vous prie, chers Lecteurs, quel plaisir
donne la couronne sur une tête malade? &
quelle volupté apportent les trésors à celui
qui a la goutte aux mains, ou aux pieds; ou bien
toute l'habitude pervertie de lèpre? puisque
leur possession ne les empêche pas d'aller à la
mort *crusciez de tourments infinis.
Chétifs & misérables Vieillards qui tremblez
voyant cette affreuse mort, le poignard
acéré d'une main, le cercueil de l'autre, afin que
vous ayant égorgés de celui-là, elle vous enveloppe
de celui-ci: Si vous désirez éviter
cette horreur, voici cet Or potable qui vous
promet de faire encore pour longtemps lâcher
prise à cette ennemie de la vie; & faire,
malgré ses efforts, rétrograder votre maigreur
à l'embonpoint, votre décrépitude à la
jeunesse, votre hiver au printemps; bref votre
tombeau vers votre berceau.
Et vous qui désirez conserver cet âge auquel
se trouve le parfait de nos contentements,
& auquel loge la beauté, la force, la santé, le
respect, & tout ce que nous jugeons désirable
dans le monde: sur qui le Ciel verse ses Lys, &
la Terre donne ses Roses; ne méprisez l'usage
@
PRÉFACE.
de cette huile du Soleil, qui conservera ses Lys
en leur blancheur, & ses Roses en leur vermeil;
& fera sans fin fleurir vos jeunes ans sans vieillir.
Venez donc apprendre en ce lieu, & jeunes,
& vieux, malades & sains, le moyen & la façon
de vous maintenir en la bienveillance de
cette riante Déesse la santé, chasser avec puissance
sa mortelle ennemie, dépouiller les lambeaux
de la décrépitude, bref posséder cet âge
dont la félicité a été le sujet de le faire
nommer siècle d'Or.
Ici je vous traite puissamment de cette Médecine:
je vous y enseigne qu'elle elle est, son
nom, & pourquoi elle est ainsi appelée: conséquemment
en quel corps elle se trouve: pourquoi
les Recens l'ont appelée Or potable: la
façon de l'extraire des composés Elémentaires:
Bref quel pouvoir cet Or potable possède
à restituer la santé au corps humain: & finalement
si par l'usage d'icelui on se peut perpétuer
en longueur de jours, outre le terme ordinaire
de la vie des hommes. Tout cela y est
traité; non avec des pensées basses & communes
qui n'ont le plus souvent pour fondement
que des chimères, lesquelles les Cerveaux
hétéroclites enfantent de la plus pure rêverie
de leurs Esprits; mais avec des raisons fortes
& des exemples rares, choisies dans la plus abstruse
& néanmoins plus véritable philosophie.
Aussi y apprendrez-vous parfaitement
la création de la première matière, & au même
@
PREFACE.
temps celle de toutes les choses qui sont
en tout cet Univers: non qu'il faille penser
que Dieu ait eu besoin d'une première matière
pour en faire le reste des choses: Car au
même temps que l'une fût les autres parurent
aussi: étant vrai que sa parole toute puissante
n'eût pas plutôt proféré que les choses fussent
qu'elles eurent au même temps existence.
Tellement qu'au même moment la matière,
& la forme furent *actifiées par le moyen
unissant naturel vivifiant, qui les faisant passer
de l'un en l'autre donna l'unité de sujet, & par
cette liaison un passage à la génération & à la
vie. Et cela arriva indubitablement la forme
rencontrant le premier point mobile de la
matière; & celle-ci quand elle eût atteint
l'unique état de la forme. Car pour lors les
premiers effets du moyen unissant, justement
appliqué, firent cette union naturelle, qui par
la vitale mutation l'un dans l'autre produisirent
les quatre Eléments. Mais ceci ne suffisant
pas la Nature, qui tend incessamment à la
perfection de son bien, les *actifia à la génération
& production de tout ce que nous voyons
ès trois Genres sublunaires: en telle façon que
comme il a fallu que les premiers principes
*principians ce soient *transcolés l'un dans l'autre
pour donner les quatre Eléments; qu'aussi il
faut que ses quatre se convertissent l'un dans
l'autre, pour nous donner les trois principes
principiés, analogues aux *principians, lesquels
se rencontrent en l'Analyse de tous les composés
@
PREFACE.
Elémentaires, ainsi que nous avons dit
ci-devant en cette Préface, & dirons encore
ci-après au miroir de la Nature le lieu le requérant
ainsi. Mais, ô merveille! que tous ces
Actes aient rendu leur effet en un même
moment, & au même instant que Dieu eût
dit, Fiat. Mais réservant ce physique raisonnement En sa Physi-
en un Livre que j'en fais à part, nous dirons, que.
pour faire fin à cette Préface, que comme
la matière étant déréglée par l'injustice
d'un médium débauché ne reçoit pas toujours
le bien de la forme pour *s'actifier à la vie, que
de même nos principes n'étant pas toujours
dans l'union conservatrice de notre vie, & ce
par le dérèglement de l'un d'iceux nos corps
sont rendus muables tantôt au bien & tantôt
au mal d'une infinité de maladies qui nous mènent
à la mort. Ce qu'étant, pour les réduire
dans leur égalité de tempérament & union
vivifiante, il y faut apporter les lois de la Justice
Alimentaire, & les rais vivifiants du Soleil
Médicamenteux. Ces deux, que nous faisons
ici séparés, se rencontrent en tous les composés
ès trois genres de la Nature, qui vrais médicaments
de la vie lui sont tellement conformes
qu'ils nourrissent en purgeant, avec autant
de délicatesse au goût que d'efficace en la Nature.
Lesquels pénétrant spirituellement jusques
aux bons esprits leurs semblables, leur
donnent force de se séparer des mauvais par
leurs vives propriétés, & en même temps
remplissent leur diminution, sauvant la symétrie
@
PREFACE.
de la substance par sa juste plénitude qu'ils
entretiennent en l'évacuation. Et celui-ci est
le principal point où le vrai Médecin doit
tendre. Car puis (même selon les Galénistes)
que toute la Médecine ne consiste qu'en addition
& soustraction, il faut faire en sorte que le
médicament possède ces deux qualités, savoir,
qu'au même temps qu'il évacue le mauvais il
conserve le bon; & non seulement qu'il le conserve,
mais qu'il l'augmente, fomente & entretienne,
autrement c'est plutôt un poison qu'un
médicament.
Pour faire fin, je supplie le Lecteur de prendre
en gré ce que libéralement je lui donne;
considérant que n'y ayant été contraint qu'en
tant que je l'ai voulu être, je ne suis obligé
qu'à donner ce qui est de ma volonté, & non
pour totalement satisfaire aux autres. Que si
dans mon raisonnement quelqu'un se dépouille
de ses erreurs, si dans ma lumière quelqu'autre
illumine son esprit, à la bonne heure,
loué en soit Dieu: Car mon dessein (au projet
non seulement de cet ouvrage, mais aussi des
autres que j'ai mis au jour & mettrai aidant
Dieu) n'a jamais été autre. Mais de croire
qu'au désir que j'ai de faire voir la vérité à tout
le monde, je me sois engagé de répondre ric à
ric, & par le menu à toutes les demandes que,
par lettres, beaucoup de personnes m'ont déjà
faites de toutes parts & de toutes nations, ce
serait m'engager en une tâche à laquelle je
n'eus oncques de dessein: aussi le penser tiendrait-il
drait-il
@
PREFACE.
de la témérité. Car si le Sage pose le
serment sur l'Autel de la fidélité, de ne découvrir
jamais à personne qui vive que Cabalistiquement
la science, quelle raison ont ces
Messieurs de prétendre, par les missives qu'ils
m'envoient, que je les redresse de leurs erreurs.
Que si d'aventure l'impiété règne en
leur esprit, que leur âme soit gouvernée par
l'injustice, bref que tous les vices exercent leur
empire en leurs corps, quelle méchanceté
commettrai-je (n'ayant pour toute assurance
de leur bonne vie qu'une missive bien agencée)
de leur commettre entre les mains cette
Science, que je puis appeler sans blasphème, la
Science des Saints. Je veux bien croire, que
parmi un si grand nombre il y en peut avoir
qui ont les parties requises à un Sage; mais cela
ne m'étant pas connu je désire les faire tous
égaux. Les suppliant derechef de se contenter
de ce qu'ils trouveront écrit dans mes oeuvres,
car je proteste n'en dire jamais davantage
à personne qui vive; si d'aventure il ne m'apparaissait
qu'il eût les conditions que Rabi
Moïse Egyptien demande, au 70. Chap. du
premier de son directeur, à celui à qui on révélera
les mystères; Savoir, qu'il soit sage,
discret, savant, & craignant Dieu: encore désire-t-il
qu'il ne soit loisible de les divulguer par
écrit, mais communiqués seulement par parole.
Tellement que les Anciens étaient si Religieux
observateurs de cette défense qu'ils
estimaient ceux qui enseignaient la Science
@
PREFACE.
par autre voie & à autres personnes, dignes de
très grande punition. En suite de quoi ceux
qui ont la vraie intelligence de l'Ecriture &
de la Nature, savent que ce grand secret a
été révélé à peu d'esprits, & qu'il a été caché
comme l'unique trésor de la première philosophie.
Et véritablement les choses hautes ne
doivent aussi être divulguées qu'en les cachant,
de crainte que les Marguerites ne soient foulées
par les pourceaux. Ce qui a été pratiqué
par Raymond Lulle, lequel étant d'opinion
que celui qui divulguerait les secrets en autre
façon que par chiffres ou Enigmes, commettrait
un crime d'impiété nous démontre tacitement
en la tierce distinction de ses Quintessences,
le progrès de l'oeuvre Chimique sous
la couverture & par le moyen de son Alphabet:
appelant cette manière d'écrire
Angulus contingentiae.
A notre débonnaire Dieu trine en
unité, soit honneur & gloire. Amen.
@
1
T R A I T E'
D E L A V R A I E
UNIQUE, GRANDE,
ET UNIVERSELLE MEDECINE
des Anciens, dite des recens
Or Potable.
Par DAVID De PLANIS CAMPY,
Chirurgien du Roi.
--------------------------
De la Médecine universelle
des Anciens.
CHAPITRE I.

L est très certain que la connaissance
de la vérité est si
aimable & désirable, qu'il
semble que nous ne possédons
la vie à autre fin que pour connaître la vérité
des choses. Ce qui a fait chanter à
@
2 De la Médecine universelle,
Virgile au premier des Géorgiques;
Foelix
qui potuit rerum cognoscere causas. Heureux
qui a pu connaître les causes des
choses. C'est pourquoi ayant à parler ici
de l'Or potable, (riche trésor, & trésor
incomparable de richesses inépuisables)
dit des anciens Philosophes Médecine Universelle;
Il faut que nous venions premièrement
à la connaissance des causes
qui maintiennent l'être naturel de toutes
les choses que nous voyons en la Nature.
Or ne pouvons-nous arriver à cette connaissance,
que nous ne suivions l'ordre que
le Facteur de l'Univers tint en la Création
du Monde, afin que par la connaissance
des principes que Dieu constitua dès la
naissance d'icelui, nous apprenions celui
de ce quint-Elément, de cet esprit universel,
de cette Médecine inestimable que le
Créateur introduisit en iceux, pour les lier,
coller, vivifier, & maintenir en l'être auquel
il les avait établi. Mais, pour y parvenir
& faire paraître au jour cette vérité
nous avons besoin que l'esprit de la même
vérité débrouille le cahos de notre entendement,
qu'il en sépare les ténèbres & l'ignorance,
ainsi qu'en la création il sépara
@
dite Or Potable. 3
la lumière des ténèbres; & fit paraître par
la vivification de sa chaleur éternelle cet
esprit *aeui-éternel qui fomente par sa chaleur
toute la machine du monde.
Eclairez donc mon entendement, ô S. Esprit
mon Dieu! afin que par votre indicible
& incompréhensible chaleur & lumière
incréés, je voie la chaleur & lumière créés
qui échauffent & éclairent tout cet Univers:
& non seulement que je les voie,
ô très-saint Esprit mon Dieu, mais que je
les fasse percevoir plus clairement aux mortels
que jusques ici aucun d'eux n'a encore
fait, quoi que plusieurs l'aient entrepris.
Moïse, ce divin Historien du premier
oeuvre divin, la création, nous apprend qu'au
commencement Dieu créa le Ciel & la
Terre, mais il ne dit pas de quoi. Car Dieu
Eternel étant essence première avant toute
chose, contenait en lui par un être idéal
tout ce qu'il projetait de faire; à raison de
quoi il en peut être dit cause efficiente,
formelle, & finale. Efficiente, parce que le
monde a pris être de lui: Or ne le peut-il
avoir de Dieu, que Dieu ne soit l'être lui-
même; mais un être éternel, infini, très
parfait ennemi du non-être & du rien.
@
4 De la Médecine universelle,
Formelle, comme en étant l'Exemplaire,
l'ayant fait selon le patron & modèle qu'il
avait en sa science; qui est l'idée, le moule,
& le véritable exemplaire de toutes choses.
Finale, ayant tout fait pour sa gloire;
de sorte qu'en cette façon le monde ne regarde
que Dieu, d'autant qu'il est tout de
Dieu: Cercle parfait qui finit où il commence,
& commence où il finit. Si que
Dieu pour manifester au dehors sa gloire
qui était comme resserrée en lui, a produit
une image de soi visible, un clair miroir
de sa puissance, bonté, sagesse, & providence.
Ce saint Historien dit après que la
terre était sans forme, vide, & que les
ténèbres l'environnaient; ajoutant que
l'esprit de Dieu était porté sur les eaux,
lesquelles il sépara, plaçant les unes sur le
Firmament, & laissant les autres dessous,
&c. Encore un coup, pour bien concevoir
ceci, Saint Esprit, mon Amour & mon
Dieu! je requiers une étincelle de vos lumières.
Au commencement Dieu créa le Ciel & la
Terre, &c. Pour expliquer ce commencement
nous nous servirons du *Bresit, des
Cabalistes Hébreux, mot composé de six
@
dite Or Potable. 5
lettres, tant en leur langue originelle, qu'en
la nôtre Française. Ces six lettres sont
toutes différentes, aussi dénotent-elles les
six jours auxquels Dieu parfit toute la machine
de l'Univers; dont les trois premières
Bra, signifient il créa; desquelles ôtant
le
Beth, restera
resit, c'est-à-dire commencement.
Or Beth, comme étant la seconde
lettre, représente le Verbe, la Sapience &
le Fils: la seconde personne de la Trinité;
qui a été de toute éternité inséparablement
conjoint & uni ensemble à l'Aleph
le père; & par lequel tout cet Univers a été
établi, selon le Psal. 33. Ce que témoigne
Trismégiste en mots exprès au 4. de son
Pymandre;
Vniuersum mundum verbo non
manibus fabricatus est opifex. Rien n'était
avant la création, dit Rabbi Eliezer, sinon
Dieu, avec son très saint & vénérable nom
quadri-lettre, & sa sapience; ce qui est confirmé
par le 8. des Proverbes, où elle est introduite
parlant ainsi;
Le Seigneur me possède
dès le commencement de ses voies, (c'est-
à-dire de ses ouvrages.)
avant qu'il eût encore
rien fait dès lors. Voilà comme la création
du monde ne commence pas par Aleph,
quoi que première, qui dénote le Père;
@
6 De la Médecine universelle,
mais par Beth, la première du mot *Bresit,
qui dénote le Fils: Ensuite de quoi rien
n'est Principe que la Sapience, bien que
mise en la seconde numération. Tellement
que le Père & premier, & le Fils Principe:
Tu qui es? Principium, qui & loquor vobis;
en S. Jean 8. Il se pourrait ici dire de belles
choses, mais nous les réservons en notre
Physique, Dieu aidant.
Quant au Ciel & terre dont Moïse fait
ici mention, il faut entendre l'eau & la
Terre qui était couverte d'icelle. Et philosophent
tant qu'ils voudront ceux qui
sont d'opinion contraire, car avant que je
quitte la partie je leur ferai voir, Dieu aidant,
la lumière de cette vérité.
Ce sacré Historien dit, que la Terre était
sans forme, vide, & que les ténèbres l'environnaient.
Ce passage s'explique de soi-
même; car cette terre, c'est-à-dire cette première
matière de toutes choses, n'était
pas jointe à sa forme, par le moyen d'union,
par cette lumière qui devait bientôt
être séparée des ténèbres: Et pour le
mieux faire entendre, c'est que cette matière
& cette forme n'étaient encore aptes
à la production, premièrement des Eléments,
en après de tous corps composés d'iceux,
@
dite Or Potable. 7
jusques à ce que ce moyen d'union intervint,
qui les joignant ensemble, développa
leur puissance & les fit paraître en acte.
Et pour faire voir que cette eau & cette
terre peuvent être pris pour la forme &
pour la matière; non cette terre que nous
voyons, mais une excellente & incorruptible
dont est parlé au 21. de l'Apocalypse,
claire & transparente;
Je vis un nouveau Ciel
& une nouvelle Terre, &c. Le Zohar apporte
une similitude de la création du premier
homme, lequel, dit-il, fut fait du limon
de la Terre, qui ne peut être dit tel
sans être accompagné d'eau, avec lequel
elle se mêle plutôt qu'avec toute autre
sorte de terre, mais c'est moyennant l'air,
qui est comme leur Ciment & leur vie.
Sur quoi il faut remarquer, dit-il, que ces
deux Eléments dénotent double formation
en lui, l'une du corps pour le regard
de ce siècle, le second de l'âme pour l'autre
monde. Or si cet esprit ou air qui les unit
& colle ensemble par leurs plus menues
parties, est chassé, humide & chaud qu'il
est, par l'extrême sécheresse & froideur de
la terre, c'est alors que l'eau se sépare incontinent
d'icelle: qui est à dire en paroles
@
8 De la Médecine universelle,
intelligibles que tandis que notre humeur
radicale & chaleur naturelle font leur séjour
en notre corps, l'âme raisonnable qui y
est associée par leur moyen y persiste; eux
dehors, icelle par conséquent n'y demeure
plus; car tout liement, & coagulation est
une espèce de mort, & la *liquorosité de
vie: Tellement, continue-t-il, que cette eau
surnagerait toujours à ce limon, & s'en
séparerait, si le souverain Maître & Seigneur
Adonaï par sa providence, pour la
propagation des choses, tant qu'il lui plaira
maintenir en son être ce bel ouvrage de
ses mains, ne contraignait ces deux, terre
& eau, de s'accorder aucunement par
son Ange & Ministre qui préside à l'Air;
lequel pour parfaire cette union doit participer
de l'un & de l'autre.
Or que cet Air ou Esprit de vie ne doive
participer de la terre & de l'eau, pour les
joindre ensemble, il n'y a nul doute, en ce
que l'eau le contenait au commencement
de la création: C'est pourquoi il est dit
tout à l'entrée d'icelle, que Ruach Elohim
l'Esprit de Dieu, était épandu sur les eaux,
desquelles il sépara la lumière des ténèbres.
Ou, comme le mot Hébreu de Marachephet
@
dite Or Potable. 9
le porte, voltigeant au-dessus
d'icelles, les couvant, fomentant, & vivifiant,
ainsi qu'une poule fait ses poulets,
de sa chaleur connaturelle: car le mot Elohim
emporte je ne sais quoi de chaleur
& ignéité. Et voilà comme toute
la très sainte Trinité est considérée en la
création: c'est pourquoi bien à propos
Saint Thomas en la première partie de sa
Somme, question 45. art. 6. dit que l'oeuvre
de la Création est commune aux trois personnes:
Deus Pater operatus est creaturam
per suum verbum, quod est Filius: & per suum
amorem, qui est spiritus sanctus.
Or en cette vivification & séparation de
lumière d'avec les Ténèbres, il y eut aussi
séparation des eaux d'avec les eaux: Et de la
plus pure d'icelles deux le souverain ouvrier
en fit trois parties, la plus pure desquelles
il plaça au-dessus des Cieux: Mais
ne serait-ce pas ce que quelques Pères ont
entendu pour les Anges, fondés sur le
Psal. 148. que les eaux qui sont au-dessus des
Cieux louent le nom du Seigneur: ce qui
semble ne se pouvoir entendre bonnement
que des Anges? De la seconde moins pure
il en fit le Firmament, les Planètes, les Signes
@
10 De la Médecine universelle,
& toutes les Etoiles: de la troisième
encore moins pure il créa quatre
corps, qui sont les quatre Eléments, seuls
membres principaux de ce monde. Lesquels
quatre par le moyen de la nature
composent tous les autres corps mixtes,
en leur donnant vigueur, vie, & mouvement
par un esprit de feu, par une quintessence
épurée, & éthérée, que les Anciens
ont appelée Médecine universelle, le feu
sujet & de ce chap. & de tout cet oeuvre.
Or cet esprit étant en un mouvement
continuel & universel donne le branle à
ces quatre Eléments, & les fait agir l'un dans
l'autre incessamment, & par leur action produisent
les trois principes, Sel, Souphre
& Mercure, qui sont un medium entre les
Eléments & tout ce qui est produit, tant
dans les entrailles de la terre que sur la surface
d'icelle. Etant vrai que la nature n'a
pas immédiatement produit tous les corps
mixtes des quatre Eléments, mais médiatement,
c'est-à-dire par l'intervention des
trois principes susdits. Or comme cela se
fait, & quelle voie cet esprit puissant en
la nature tient pour y parvenir, nous le déduirons
bien amplement en notre Physique,
@
dite Or Potable. 11
quoi qu'en ayons parlé comme en
passant en notre Bouquet chimique, &
Hydre morbifique.
Revenant donc à notre tâche, disons,
qu'au même temps de la séparation des
eaux la lumière fut aussi séparée, la plus
pure de laquelle Dieu plaça par-dessus les
Cieux. Mais ne serait-ce pas le Ciel des
Cieux qu'a entendu Saint Augustin en
ses Confessions?
Le Ciel des Cieux est au
Seigneur, dit le Psaume 113.
Mais il a donné
la Terre aux enfants des hommes.
La seconde lumière étant échue au
Soleil (& pour ce sujet dite céleste) quoi
que beaucoup plus moindre que la première,
est dite pourtant la perfection de
l'Univers, l'amour & la vertu de tout ce
qui vit en la terre: c'est aussi en elle où
Dieu a mis tous les trésors de la nature, &
la source & ressource de la vie, qu'il fait de
là couler par tout le monde élémentaire
comme de la fontaine de ses bontés. Car sa
nature répond à toutes choses naturelles,
& sa vertu vivifie tout, parce qu'elle est le
vivifique trésor de la nature. Et rien ne
se peut parfaire, voire ni se mouvoir & vivre
allègrement sans l'aide & communication
@
12 De la Médecine universelle,
de son esprit; au sentiment duquel
tout se meut, s'émeut & se recrée: Aussi
est-il le moteur vivifiant de tous les composés
du monde.
Les Eléments en dernier lieu n'en furent
pas dépourvus, lesquels étant mus par
icelle, ainsi qu'elle est excitée par la Céleste,
& celle-ci par la sur-céleste; ils viennent
par leurs actions l'un dans l'autre à produire
leurs semences, ou principes (ainsi
que nous avons dit ci-dessus) lesquels la
terre reçoit & en manifeste les effets au
temps dû. Et voilà comme la lumière au
monde sensible procède du Soleil, & celle
du Soleil s'émane de celle laquelle n'est
jamais tombée en connaissance d'homme.
Mais comment pourra cadrer à cela,
dira quelqu'un, de vouloir attribuer la lumière
*produisante & vivifiante au Soleil
parce que nous voyons tout au commencement
de la Genèse, que la première chose
qui fut faite fut la lumière en la première
journée, & le Soleil ne l'est qu'en la quatrième:
les végétaux ayant été produits
dès la précédente? A quoi je réponds que
Moïse conduit de l'esprit de Dieu, s'avisa
@
dite Or Potable. 13
très sagement de le distinguer ainsi, afin
d'ôter au monde (& notamment aux Juifs
fort enclins à ce péché) toute occasion d'idolâtrer
ce luminaire quand on verrait la
lumière avoir été créée première que lui.
Sur quoi est à noter que la perfection complète
des choses, échait toujours au quatrième
jour; comme de la lumière, le Soleil
& la Lune furent faits le quatrième
jour: les eaux du second jour ne produisirent
les poissons que le cinq, qui est le quatre
d'après: & tous les animaux le sixième;
avec l'homme, pour lesquels les fruits de
la terre avaient été créés le troisième.
Ce qui montre que le quaternaire tant célébré
de Pythagore, dénote la perfection qui
réside au 10. résultant des quatre premiers
nombres: Car 1.2.3.4. font 10. Aussi Platon
a voulu commencer son Timée (où il
traite de la procréation des choses) par
ces mots-ci 1.2.3. où est le 4. &c. que si nous
nous voulons autoriser des Cabalistes Hébreux,
nous trouverons dans le Zohar
Rabbi Eliezer, qui dit qu'en six jours fut
créé le monde, en chacun desquels se manifesta
l'ouvrage qui y fut fait; mais ce
fut par le moyen de l'oeuvre de 4. car les
@
14 De la Médecine universelle,
vertus des trois précédents étaient occultes
& cachées; mais le quatrième jour échu
elles parurent en évidence & manifestèrent
leurs facultés: tellement que le
troisième était annexé au quatrième sans
séparation, lequel se vint rencontrer à
Sabbat qui est le 4. jour d'après le premier
lequel dernier à part soi est le parfait 4. où
apparaissent tous les ouvrages des six jours
précédents. Aussi est-ce le quatrième pied
du Merchaua, ou Trône divin, auquel
Dieu s'assit pour se reposer de tous ses ouvrages.
J'entends, ce me semble, un murmure de
quelques esprits incidentaires; qui se pourraient
blesser sur les deux doutes que j'ai
proposés ci-dessus touchant la partie plus
pure & de l'eau & du feu; auxquels je répondrai
qu'en ces deux points (parce
qu'ils sont hors des termes de la nature)
je n'enseigne pas, mais j'interroge; Toutefois
me tenant dans l'ordre de la nature
voyons si je leur apprendrai ce qu'assurément
ils ne savent pas. C'est pourquoi
qu'ils notent éternellement que tous les esprits
sont dans l'ordre mercuriel aquatique
hors lequel il ne se trouve rien de plus propre
@
dite Or Potable. 15
& convenable sur quoi le feu puisse
étendre son action, je veux dire l'eau, aussi
l'a-t-il élue pour son domicile: car s'y introduisant
il l'élève en haut en nature
d'Air contigu à lui: c'est-à-dire ce feu visible,
lequel était vu par l'invisible, qui est
l'esprit de Dieu, qui mouvant l'immobile
fit paraître cet esprit qui vivifie tout; lequel
est un moyen d'union de l'âme intellectuelle
avec le corps matériel & terrestre,
tout ainsi comme la Lune l'est des humidités
célestes avec les aridités terrestres:
de même ce pur feu au monde intelligible
ne s'unirait jamais à l'homme,
cette terre matérielle & sensible, sans l'eau
des Chérubines ou Angéliques influences,
comme dit Saint Denys en la céleste
Hiérarchie, que nous ne recevons rien que
par le ministère des Anges, &c. Mais de ceci
plus à plein en notre Physique, & Harmonie:
aussi m'avisai-je que ce chap. tire en
longueur beaucoup plus que je ne m'étais
proposé du commencement. Mais d'autant
que nous avons dit ci-dessus que le
feu éleva l'eau en nature d'Air, nous ferons
encore passer ce hasard à notre raisonnement,
afin de ne rien laisser en arrière
@
16 De la Médecine universelle,
de ce qui pourrait faire à notre intention.
Il faut donc remarquer que l'eau ne peut
être élevée en l'Air par l'action du feu,
qu'elle ne participe du feu, ni ce feu élever
cet air qu'il ne participe de l'eau: raison
pourquoi l'air ne pourra être considéré
effet de tous deux sans participer naturellement
de l'un & de l'autre; Cela est constant
parmi les Doctes, que si ces bas,
& terrestres esprits qui nient le moyen d'union
participer naturellement de la matière
& de la forme, laissaient couler cette
raison naturelle en leur esprit, je m'assure
qu'ils changeraient bientôt d'opinion.
Or ne peut-il participer des deux qu'il ne
soit un entre-moyen conciliateur entre
l'humidité de l'eau passible qui constitue
la matière, & la chaleur du feu dont dépend
l'agent & la forme. La terre en est
comme une matrice, où le feu par le
moyen de l'Air & de l'eau introduisant
son action, excite & pousse ce qui s'y engendre
jusques à sa fin déterminée. Tellement
que le Ciel & le feu sont comme le
mâle agissant: & l'eau & la terre, comme
la femelle ou patient: mais sous le Ciel est
compris
@
dite Or Potable. 17
compris l'air. Et comme la semence de
l'homme enclose dans la matrice de la
femme est la nourrie, fomentée, & entretenue
moyennant la chaleur naturelle; de
même le feu par le moyen de l'Air & de
l'eau, est maintenu dedans la Terre pour
la production des choses qui s'y engendrent.
Ainsi le Ciel, le Soleil, le feu, &
l'Air marchent ensemble; & la terre sous
laquelle sont compris les bas éléments,
l'eau, & l'aride de leur côté. C'est le Ciel
& la Terre de Moïse, & le haut & le bas
d'Hermès, qui se rapportent l'un à l'autre.
Car les choses matérielles & sensibles sont
comme les portraits des formelles & intellectives:
le monde élémentaire du céleste,
le céleste de l'Angélique, & celui-ci
de l'Archétype; qui sont les Roues de Ezéchiel
enveloppées l'une dans l'autre; & la
communication successive de la lumière
procédant du Trône de Dieu, là où en
est la première source, à la X. Sphère ou
Ciel empirée; & de là au Soleil, du Soleil
à la Lune (ainsi que nous avons dit ci-dessus)
& d'icelle aux choses sensibles du
monde Elémentaire. Or toutes ces conversions
ne se font que pour nous transmettre
@
18 De la Médecine universelle,
cette lumière accompagnée de
chaleur, laquelle vrai Esprit vital, feu naturel,
baume de vie, humeur radicale, autrement
la quintessence que les vrais savants
tâchent de rencontrer, vivifie, échauffe,
nourrit; fomente & entretient les
choses en leur être telles qu'elles ont premièrement
été créés; c'est-à-dire hors de
prises de la corruption, tant qu'il plaira à
Dieu maintenir ce grand Palais du monde
& les choses qui y habitent. Mais pour connaître
plus parfaitement cet esprit vital,
ou Médecine universelle des Anciens
nous avons délibéré au Chap. suivant de
faire toucher au doigt quelle elle est, &
comme vraiment elle se nomme : & en
moyennant l'aide & la grâce de Dieu
auquel Père, Fils, & S. Esprit soit honneur
& gloire ès siècles des siècles. Amen.
@
dite Or Potable. 19
Quelle est cette Médecine universelle,
ensemble de son vrai nom pour
lequel on l'appelle ainsi.
CHAPITRE II.

Ous avons parlé au Chap. I.
assez suffisamment de cette
Médecine universelle; mais
parce que ça a été un peu obscurément,
j'ai délibéré en
celui-ci de la rendre la plus intelligible
& palpable que faire se pourra. Pour y parvenir
nous dirons quelle elle est; ce qui
nous conduira à la connaissance de son
vrai nom; concluant par les raisons
pourquoi elle est ainsi appelée; & ce
sera le plus brièvement qu'il me sera
possible.
Or comme je me suis servi en mes autres
oeuvres des raisons tirées des Hébreux,
le même désirai-je faire en celui-ci;
@
20 De la Médecine universelle,
car il est certain, que touchant cette matière
ils ont eu de plus claires lumières qu'aucun
des Philosophes qui soient venus après
eux; & ce pour deux raisons; l'une, parce
qu'ils étaient plus près de la création;
l'autre, que leur langue étant plus significative
qu'aucune des autres, ils sont venus,
par son moyen plus parfaitement à
la connaissance des mystères divins. Et
pour témoigner que non seulement leur
langue, mais chacune de leurs lettres, voire
les points & les virgules, ont chacune
à part leur signification & leur mystère,
prenons leur 3. lettres qu'ils appellent Mères,
savoir, Aleph, Mem, & Schin, & nous
trouverons que chez eux la première représente
le Père, & l'unité des nombres
simples linéaires, comme aussi la Terre
des vivants. La seconde, qui est au milieu
de l'Alphabet, & la quatrième des dizaines,
le Fils au premier progrès de l'eau
Salutaire. Et la troisième qui est vers la
fin, en la seconde des centaines, l'esprit &
le feu qui Anime tout l'Univers, & le
maintient en son réel être; comme fort
élégamment le décrit le Poète au 6. de
l'Enéide.
@
dite Or Potable. 21
Principio Coelum & terras, Camposque
liquentes,
Lucentémque globum Lunae, Titaniaque Astra,
Spiritus intus alit, totamque infusa per artus
Mens agitat molem, & magnose corpore miscet.
Or puisqu'il est constant chez les Cabalistes
Hermétistes que les choses basses
sont proportionnelles à celles d'en haut,
comme le centre indivisible avec sa circonférence
de quelque immense étendue
qu'elle puisse être, il est certain qu'il y a
un esprit en ce monde élémentaire qui
agît en productions, générations, & vivifications
lequel esprit symbolise au Mittatron
du monde céleste; celui-ci au Sadaï;
& le Sadaï a l'Elchaï; & lui à l'Ensoph
ou infinitude de la Divinité. Tellement
qu'en cette façon on peut dire, que
tout ainsi qu'au monde idéal archétype,
toutes choses sont contenues en toutes choses
(selon l'opinion d'Héraclite) de mêmes
sont-elles encore au monde corporel
& visible, comme le veut Anaxagore,
tant au céleste qu'à l'Elémentaire: c'est pourquoi
nous voyons que l'homme participe
(comme chef-d'oeuvre du Créateur) de
tous les trois mondes avec lesquels il
@
22 De la Médecine universelle,
symbolise; le corps au monde Elémentaire
(ainsi que celui de tous les autres animaux)
de l'esprit au monde céleste; & de
l'intellect représentant en lui l'image de
Dieu, à l'intelligible. Or il est certain que
jamais ce Nesamach ou Mens des Hébreux,
(que j'entends être l'Ame intellectuelle de
l'homme) ne s'unirait avec le corps sans
cet esprit, ou Ame du monde, qui selon
les traditions Hébraïques est la première
chose créée de toutes les créatures, dont
elle contient en soi la perfection;
Quae
prior omnia creata est, en l'Ecclésiaste I.
C'est pourquoi Carnitol ès livres des
Portes de Justice, dit, qu'il y a une substance
admirable au corps de l'homme, appelée
luz, laquelle est toute sa force & vertu,
voire la racine & le fondement d'icelui:
& lors qu'il meurt elle ne s'envole pas,
ni évanouit pour cela; & quand même
elle serait mise au feu le plus Ardent qu'on
le saurait imaginer, elle ne brûlera ni
consommera pas, par ce qu'elle est feu elle-
même. Cette substance, qui est le fondement
& la racine de toutes choses, est partie
du lieu
Eschamaïm les Cieux, par un mystère
connu à ceux qui savent que c'est
@
dite Or Potable. 23
de cette substance céleste, & dont chaque espèce
reçoit la force & vigueur de son être.
C'est pourquoi Rabbi Moïse Egyptien
en son Directeur des doutes, chap. 69.
avait raison de dire que l'Ame de l'homme
(parlant de la raisonnable) n'est pas
cette substance qui le vivifiait ici-bas: car
c'est ce que Paracelse en ses Archidoxes
appelle l'esprit du Ciel. C'est cet esprit qui
joint & imprime la forme dans la matière;
dont Rabbi Salomon disait que l'Ame s'accompagne
volontiers du corps, & se joint
à lui par le moyen de l'esprit, d'où provient
la vie. C'est cet esprit qui contient
toutes les formes spécifiques, & auquel
elles se réduisent; ainsi que le dit Varron
en son livre de la Vénération des Dieux.
C'est cette Essence ignée ou cinquième Elément
que Aristote avait apprise des Brahmanes,
ainsi qu'il l'écrit à Alexandre (au
Rapport de Philostrate en la vie d'Apolloni.
liv.3.chap.II.) auquel, dit-il, réside une
Divinité: laquelle Divinité, dit Plutarque,
est un esprit de certain feu intellectuel qui
n'a point de forme, mais transforme en
soi tout ce qu'il attache, & se transmue
de même en tout comme *soulait faire
@
24 De la Médecine universelle,
le Génie d'Egypte, Protée;
Omnia transformat sese in miracula rerum:
au 4. des Georg. & de ce feu, selon
Zoroastre, toutes choses sont engendrées,
fomentées, vivifiées, & maintenues. C'est
la lumière qui habite, ce dit Porphyre, en
un feu éthéré; car l'Elémentaire dissipe
tout. Aussi le matériel n'est que comme
un vêtement d'icelui; ainsi que le Sel l'est
du feu, l'Eau de la Terre, & le Salpêtre de
l'Air. C'est ce feu céleste qui est l'opérateur
ès oeuvres de la nature, ainsi que le
matériel l'est ès celles de l'Art; & j'oserai
dire, le Saint Esprit ès celles de l'intelligible.
C'est cette nature laquelle les vrais
Médecins disent être la seule & vraie
Médecine;
Natura debet esse medicatris;
car où elle défaut le Médecin défaut aussi;
quia deficienti natura deficit est Medicus.
Car il est véritable que tandis que cet esprit
est en acte le corps fait librement, &
sainement ses fonctions: mais lors que
par quelque Accident il vient à se détacher
de ce composé, ou à pervertir le balancier
de son mouvement, c'est alors que
la mort, ou la maladie jouent de leur
reste. Que si cela est constant en nos
@
dite Or Potable. 25
corps, il est vrai que le même se rencontre
à tous les autres composés Elémentaires.
Bref, c'est ce seul Elément que la Théologie
Phénicienne tenait être le feu; le producteur
& destructeur de toutes choses.
C'est pourquoi Héraclite mettait le
feu pour une première substance qui informait
tout, & dont se tiraient de puissance
en action toutes choses, tant célestes
que terrestres. Car le chaud & le froid,
l'humide, & le Sec, ne sont pas substances,
mais qualités & accidents. Tellement que
cette substance, selon le vêtement qu'elle
reçoit de la qualité Accidentelle, prend diverses
appellations: si de la chaleur, c'est
Air; si de l'humide, c'est Eau; & finalement
du sec elle est dite Terre; lesquels trois ne
sont qu'un feu, mais revêtu de ces divers
& différents vêtements, que les Philosophes
ordinaires ont appelés Eléments.
Par ainsi cet esprit ou feu s'étend en tout
& par tout, aussi toutes choses se viennent
rendre à lui comme au centre; si qu'à bon
droit le peut-on appeler une infinie &
quasi non terminée vigueur de nature; ou
plutôt la vivification d'icelle; car sans lui
rien ne se pourrait comprendre ni obtenir
@
26 De la Médecine universelle,
en haut ni en bas. C'est aussi le sujet de
chaleur & de vie unique qui remplit toute
chose, étant par tout, joignant tout, &
liant tout, tant au monde céleste qu'en l'Elémentaire.
C'est cette substance ignée
& radicale, diffuse par les parties Elémentaires
pour les conserver, incorruptible
qu'elle est, de corruption. Tellement qu'elle
peut être dite racine de la vie créée par le
Tout-puissant en la nature pour la conservation
& continuation de tous les composés
Elémentaires; ainsi que le Soleil est
pour l'entretien de l'Univers. Car vu
qu'elle n'est corporelle entièrement, mais
spirituelle, elle a aussi des vertus plus puissantes
en l'opération, qui sont en quelque
façon semblables à l'idée spirituelle; car
elle participe fort de la forme, par quoi
elle peut beaucoup avec peu de matière:
mais la vertu élémentaire, d'autant qu'elle
est naturelle, pour beaucoup agir, demande
beaucoup de matière. Et ceci est pour
répondre à ceux qui pourraient objecter
qu'une telle Médecine ne se peut trouver
en l'Univers, d'autant, diront-ils, que tout
ce qui est créé est ou Elément ou quelque
chose composé d'iceux, & par ce moyen
@
dite Or Potable. 27
corruptible, d'où résultera que ma Médecine
que je veux être universelle conservatrice
de ce tout, sera sujette à corruption?
Auxquels je donne, outre les raisons susdites,
l'ouverture du cabinet de la nature, où
ils verront, s'ils prennent la peine d'entrer
dedans, qu'il y a trois choses incorruptibles
tant au monde céleste que Elémentaire,
savoir les Astres, les Cieux, & l'Or,
lesquels trois ne défaillent point. Or tout
est plein d'Or, d'Astres, & de Cieux, car
y en a aussi bien dans les Eaux; & dans la
Terre, comme ès hauts lieux; c'est aussi le
bas & le haut de Hermès; ce qui est en haut
est comme ce qui est en bas, &c. Qu'ils
comprennent donc, s'ils peuvent, ce peu
de lignes, & ils verront que cette humeur
radical, cet esprit Animant tout n'étant
point *co-inquiné de l'impureté & crasse
matière des composés Elémentaires, n'est
partant sujet à la corruption d'iceux.
Ce que dessus exactement considéré,
non par les bas & matériels esprits, mais
par un esprit de feu, il trouvera que les
Anciens ont à bon droit appelé cette
substance Médecine universelle, que quelques-uns
plus clairement appellent esprit
@
28 De la Médecine universelle,
universel, à raison qu'il pénètre tout, lie,
colle, assemble, & conjoint tout: Et d'autant
qu'il est le moyen d'union, de conservation,
& de santé, ils l'ont appelé Azoth,
ou Médecine universelle. Cette Essence
quinte, au regard de notre corps, est comme
le Ciel au regard des 4. Eléments, car le
Ciel est appelé quintessence par les Philosophes,
par ce qu'il est incorruptible, &
ne reçoit aucune impressions diverses
sinon par le commandement de Dieu; car
s'il était sujet à corruption il y aurait privation
de sa forme pour en recevoir une
autre meilleure ou plus pire. Et ne serait à
propos ici ni raisonnable à quelques esprits
pointilleux d'alléguer que le Ciel est
fini, & partant sujet à corruption; car notre
intellect, est bien fini, mais non pas
corruptible. Or de même que nous avons
dit être le ciel, de même est notre quintessence,
car comme le ciel échauffe, dessèche,
refroidit, & humecte, par les vertus
du Soleil, de la Lune, & des autres Etoiles;
de même notre quintessence; laquelle
n'étant ni chaude ni sèche, comme
le feu, ne laisse pas d'échauffer: n'étant
ni froide & humide, comme l'eau, ne laisse
@
dite Or Potable. 29
pas de refroidir & humidifier: n'étant ni
chaude & humide, comme l'air ne laisse
pas d'être l'acte de Génération: & n'étant
froide & sèche comme la Terre, ne laisse
pas de produire, vivifier, fomenter, & conserver
les individus; & c'est par le Soleil,
et la Lune que le Créateur d'icelui y a introduits
dès le commencement: lesquels
Soleil, & Lune j'appelle chaleur naturelle
& humeur radicale; lesquels reçoivent la
vertu de la manutention, & multiplication
des individus du Soleil & de la Lune
du grand Monde: car la chaleur de ceux
de notre corps, ou de quelque autre composé
que ce soit, étant empêchée par quelque
Accident ou du dehors ou du dedans,
ne peut être réduite en son tempérament
d'égalité que par la chaleur du Soleil &
de la Lune du grand Monde, laquelle étant
considérée comme les Philosophes vulgaires
la prennent, est incapable à cet effet,
si elle n'est convertie à l'égalité de l'esprit
qui fomente notre vie. Car il est certain,
que quoi que l'esprit du monde & l'esprit
de notre corps soient un même esprit,
néanmoins cet esprit ne tombe pas sous
nos sens que couvert d'un vêtement, lequel
@
30 De la Médecine universelle,
est toujours en forme de Sel; c'est
pourquoi les Anciens ont très à propos,
(parlant de l'esprit universel) avancé cette
maxime;
In sole & sale naturae sunt
omnia.
Ce trésor des Sages, & j'oserai dire la
gloire inestimable de tout le monde, est
appelé de divers noms par les anciens
Philosophes; nous en avons fait marcher
quelques-uns en la préface de notre ouverture
de l'Ecole de Philosophie, &c,
où l'on aura recours: néanmoins en ce
lieu nous en déduirons quelques autres inconnus
de plusieurs, aussi ne sont-ils pas
pris de tous du biais qu'il faut; desquels
nous parlerons encore au Chapitre 4,
ci-après.
Disons donc que Platon a appelé cette
Médecine Ame du Monde, & nature semencière.
Les Pythagoriques le nomment
divin entendement, le comparant à l'unité
de laquelle provient toute multitude.
Saint Denys, disciple de Saint Paul, l'appelle
la belle Statue de Dieu. Orphée
l'appelle Jupiter: & tous les Théologiens
Païens, vaincus de l'incompréhension de
cette grande abondance, l'ont figuré par
@
dite Or Potable. 31
le nom de ténèbres, nuit, repos, orque;
croyant que tout sortit en lumière des profonds
abîmes de l'orque, ou cahos, & que
derechef il y retournât: persuadés à cela
par la grande diversité des espèces perpétuées
par une continuation non défaillante.
Hermès appelle cet esprit ès choses hautes
& célestes, feu; & aux basses & terrestres,
chaleur humide, ou nature humide. Hippocrate
a cru qu'il y avait un fondement
général de toutes choses, où sont contenues
les raisons semencières de Nature, & d'où
Viennent les Générations, formations,
nourriture, & accroissements, &c. Les Aristotéliques
ont dit que c'était un esprit incorporé
en certaine matière non brouillée
des troubles & qualités des Eléments, mais
très pure & comme divine. Galien en plusieurs
lieux, appelle notre esprit le premier
instrument de l'âme, disant qu'il est
le moyen entre icelle & notre corps: opinion
qui le fait accorder sur la fin du Traité
de la Formation de l'enfant à cet esprit
universel qu'il avait dit au commencement
du 3.liv. des Jours Critiques, être la puissance
des Astres Supérieurs, mais principalement
de celle du Soleil. C'est pourquoi
@
32 De la Médecine universelle,
il dit au 2.liv. que tout ce qui est de
plus excellent & d'admirable en ce monde
est produit de nature céleste. Mais plusieurs
de ses Sectateurs, fourvoyés de la
subtile vivacité de leurs Ancêtres, & ne
sachant que penser de cet esprit universel,
font mention d'une toute substance
par un nom général, voulant signifier une
chose à eux inconnue: & je les crois bien
sans beaucoup en jurer, car les miracles
qu'ils font ne sont que pour faire ouvrir le
Ciel & la Terre, à raison qu'ils ne donnent
que le venin & non la vraie Médecine
qui restaure toutes choses: Et comment
la bailleraient-ils puisqu'ils l'ignorent?
Fernel néanmoins a pénétré plus avant,
au livre des causes Abstruses des choses,
où il s'en est aperçu, l'appelant propriété
occulte, hors quoi il a confessé ingénument
qu'il ignorait cet esprit corps général
dont il est question.
Les vrais Philosophes Chimiques ont
découvert cet esprit corps universel dans
les abîmes du cahos; mais la plupart
l'ont partialisé sur les espèces minérales,
& Métalliques, délaissant les Animales &
végétales, où il manifeste plus ouvertement,
ment,
@
dite Or Potable. 33
avec moins de peine & de coût, ses
vertus. Mais de ceci plus amplement au
chap. suivant où nous dirons & manifesterons
apertement les corps, auxquels cet
esprit se trouve, aidant Dieu, auquel Père,
Fils, & S. Esprit, soit honneur & gloire.
Amen.
Où, & en quel corps se trouve cette
Médecine universelle.
CHAPITRE III.

Es variables Générations
qui se font incessamment en
la nature, par lesquelles l'harmonie
du monde est conservée;
sont des voix assez parlantes
& des témoignages assez clairs que
ce n'est pas une opinion fantasque, & une
doctrine fabuleuse & fallacieuse que l'esprit
universel est & sera tant que le monde
durera. Et non seulement est-il, mais de
@
34 De la Médecine universelle,
de plus, qu'il engendre, anime, vivifie,
maintient, & conserve, tout ce que la
Mère universelle produit tant dans ses
entrailles qu'en sa surface: C'est pourquoi
les Paracelsistes l'ont appelé Archée
dispensateur de toute l'économie
du monde; lequel perpétue la vie à tous
les corps, que nous voyons en l'air, aux
Eaux, & dedans & dessus la Terre. A raison
de quoi Saint Augustin au 12.liv. de
ses Confessions chap. 8. parlant de la lumière
séparée des Ténèbres, (que j'appelle
esprit universel) dit qu'elle se fait
sentir à tout ce qui est sur la Terre & aux
entrailles d'icelle, même aux Poissons
qui sont au plus profond des abîmes de
la Mer. Et il dit vrai, car il est très
certain que d'icelui dérivent toutes les
propriétés, effets & vertus, comme cause
seconde, que nous voyons en la nature.
C'est lui qui est épars en tous lieux où il
vivifie, éclaire, échauffe toutes choses;
voire même jusques aux excréments &
charognes dont sortent infinis & divers
insectes, comme vers, mouches, araignées,
crapauds, serpents, &c. Témoin
le serpent qu'on trouva sur le corps de
@
dite Or Potable. 35
Cléomène, au rapport de Plutarque en
sa vie: & celui que l'on voit dans le Tombeau
de Charles Martel, ainsi que le raconte
Paul Aemile en la vie de Chilpéric.
* De plus, les rats & souris qui s'engendrent *Notez que
ès vieux Navires; les huîtres, éponges, les Médecins
& moules, attachés à l'encontre tiennent que
des rochers & vieux bois. Mais, je vous la moelle
prie, ne sont-ce pas là de grands témoignages du dos se
de l'omniformité de cet esprit universel? peut changer
Bref, la terre nous produisant en serpent.
mille espèces de petites Herbes sans semence,
nous donne-t-elle pas à connaître
que cet esprit universel contient en soi
toutes sortes de semences & vertus, lesquelles
il produit diversement selon la diversité
des matrices qu'il rencontre aux
éléments: d'où procède la différence de
leur forme, grandeur, goût, odeur, couleur,
quantité & vertu. Ce qui montre
clairement que dans cette terre gît un
esprit gros & enflé de toutes vertus, puissances
& facultés, qu'il communique à
chaque chose selon son ordre. Et pourquoi
ne leur communiquerait-il pas ce
qu'il a? puisque sa vertu ne s'épuise jamais,
& qu'elle est incessamment regermante
@
36 De la Médecine universelle,
d'elle-même en lui; lequel se
montre quelquefois sous l'apparence d'un
corps doué de semblable puissance & vertu.
Mais cela arrive seulement aux vrais
Médecins Hermétiques, lesquels ne s'amusant
point ès extérieurs & très universels
éléments du monde, mais ès internes
& propres essences des corps, rencontrent
cet esprit intérieur, qui est le fondement
de toute vie & de toute Médecine. Oui,
c'est ce baume vital, qui se trouve sensiblement
en la nature de toutes choses,
non à l'instant & de prime abord, mais
par artificielle & vraie préparation.
Or de cet esprit universel, comme étant
la fontaine & la source de toute omniformité;
les Métaux, les Végétaux, & Animaux,
& tout ce qui se range sous le
Genre d'un chacun d'iceux, tirent leur
vie, mouvement, & conservation d'icelui.
Car il est certain qu'un corps ne nourrit
pas un autre corps; le Métal ne nourrit
pas le végétal, ni celui-ci l'Animal;
mais c'est cette vie qu'ils ont commune par
ensemble, qui sert d'aliment de l'un à l'autre.
Tellement que j'infère de là que notre
aliment ordinaire n'est pas ce qui nous
@
dite Or Potable. 37
nourrit ; mais c'est ce feu vital contenu en
lui qui s'adjoint au feu vital du corps qui
reçoit l'aliment. Et c'est ce qui a fait dire à
François Georges Vénitien, grand Cabaliste,
en son Harmonie du monde, que
l'homme vit avec les métaux & végétaux
d'une vie venant d'en haut; lesquels ont
de là certain esprit très occulte & caché,
qui jamais, ou fort rarement, n'en a pu
être séparé par aucun artifice, combien
que plusieurs s'y soient fort soigneusement
travaillé. Agrippa liv.I. chap.14. après
les anciens Philosophes (ainsi que nous
l'avons dit en notre Bouquet Chimique)
l'appelle l'esprit du monde, & la
quintessence; le moyen par lequel l'Ame
s'associe & unit au corps, avec toutes les
propriétés spécifiques introduites ès Animaux,
Végétaux, & Minéraux; car, c'est le
séminaire de leurs vertus: Au moyen de
quoi les Chimiques s'efforcent de l'extraire,
dit-il, de l'Or, & de l'Argent, pour y
transmuer les autres métaux imparfaits.
Mais plus apertement au 4.chap.du 2.li.
il y a une chose créée de Dieu, qui est le sujet
de toute merveille; laquelle est en la
Terre & au Ciel; Animale en acte, végétale,
@
38 De la Médecine universelle,
& Minérale: trouvée partout, connue
de fort peu de gens, & de nul exprimée
par son vrai nom, mais voilée d'innumérables
Figures & Enigmes, sans laquelle
ni l'Alchimie ni la Magie naturelle
ne peuvent atteindre leur complète
fin. Ce qu'il a transcrit mot par mot des
fragments d'Artephius, & de Kyrannide.
Geber, & les autres Philosophes Chimiques
appellent cela le Corps spirituel fixe.
Il est certain que tout ce qui est en ce
monde sublunaire reçoit vie, force &
santé de cet esprit universel, lequel leur
fournit & départ & à toutes choses vivantes
ce qui leur est nécessaire, & au sein
duquel toutes choses tant Animales, Végétales,
que Minérales, de quelles espèces
qu'elles puissent être, puisent la vie; & leur
cours de vie étant achevé, l'y reversent:
car tout ainsi que toutes choses reçoivent
de lui, de même toutes choses retournent
en lui; selon la règle de Philosophie,
que tout retourne d'où il est venu;
non pas par un anéantissement des formes
essentielles appelé mort, (car la forme
interne des choses ne périt jamais, témoin
la ressuscitation des plantes; en
@
dite Or Potable. 39
outre la plante qui naît du Sel tiré de la
même plante, semé en terre; la vertu ès
racines & herbes mortes qui ont la vie
sensible, parce qu'elles purgent; aux pierres
précieuses, & Métaux) mais par un
changement des formes particulières, ou
transplantation de l'esprit vital en autres
espèces. Car si le monde était privé de
l'esprit vital il périrait soudain; & dès que
quelque espèce a perdu son esprit de vie,
au même instant il perd sa forme spécifique
& rentre par conversion en terre dont
elle avait pris son corps: Notez que je
n'entends pas ici confondre l'Ame raisonnable
intellectuelle (laquelle étant immortelle
s'étend par-delà l'être du monde,
aussi dépend-elle absolument & immédiatement
de Dieu) avec cet esprit de
vie, y ayant différence; car celui-ci est
totalement dépendant de la nature qui
suit l'être du monde. Et comme en ce
sens cet esprit peut être dit l'Ame du
monde, par ainsi elle est la forme, &
comme telle l'essence des choses; laquelle
considérée telle ne périt pas, mais étant
incorruptible elle égale la durée du
monde.
@
40 De la Médecine universelle,
Il se pourrait ici mouvoir une question,
savoir, que je donne à cet esprit universel,
comme à quelque essence souveraine,
la surintendance & pouvoir de mouvoir,
produire & vivifier toutes choses; ce
qui est le propre de l'esprit de Dieu Créateur
de tout, duquel (sans aucun moyen)
proviennent toutes Générations, vivifications
& mouvements; & généralement toutes
actions de la disposition de nature; ce que
même j'avoue au chap.I. de cette oeuvre,
où je dis que l'esprit de Dieu était porté
sur les eaux, qu'il empreignait de sa vivifiante
chaleur, &c. Ce qui est ou faute d'intelligence,
ou une grande contradiction?
A quoi je réponds, que ce n'est ni l'un ni
l'autre, grâces à Dieu. Car quand je dis que
l'esprit de Dieu était porté sur les Eaux,
j'entends que par icelui l'esprit universel,
qui était caché en icelles, en était
revigoré, & vivifié, pour à cette fin qu'étant
mis en acte il *actifiat tout ce que nous
voyons au monde sublunaire.
Et pour faire voir que ce n'est pas l'esprit
de Dieu, il faut que ces esprits de bas
étage sachent que l'esprit de Dieu ne reçoit
point de multiplication, & que l'esprit
@
dite Or Potable. 41
du monde est multipliable en diversités
d'espèces toutes vivifiées par participation
de lui chacune selon son être, ainsi que
nous avons dit tant de fois ci-dessus. De
sorte que raisonnablement l'on peut dire
que toutes choses vivent par l'infusion
de cet esprit universel, lequel ne peut être
ni subsister sans un corps, en chacun desquels
corps il est comme tout suivant la
règle de Philosophie, que toutes choses
sont en toutes. Car il est certain qu'il n'y
a rien au monde sans vie; & tant plus cet
esprit universel trouve des corps pleins de
perfection, plus il y fait une plus longue
continuation de forme & de vie; à cause
de quoi les Cieux, les Astres, & l'or ne défaillent
point; Or tout est plein d'or, d'Astres,
& de Cieux (ainsi que j'ai dit ci-dessus)
car il y en a aussi bien dans les Eaux,
& dans la Terre comme ès hauts lieux.
Et comme dit un Poète, cet esprit universel
est le grand Elixir que beaucoup cherchent,
mais que peu trouvent, & que presque
tous ignorent, quoi que ne nous puissions
(nous) passer de lui.
C'est ce grand Elixir, cette seule Teinture,
Qui teint par ses esprits les esprits de nature:
@
42 De la Médecine universelle,
Ce ciel quintessencié, ce baume radical,
Duquel est embaumé le terrestre métal,
Qu'on trouve au dur Caillou, & la froide
Ciguë,
De sa vive chaleur, n'est même dépourvue.
Car de cette lumière en toute chose voir
On peut par ses effets l'admirable pouvoir.
C'est ce feu perenel que toute chose allume,
Cet huile précieux, qui brûlant ne consume:
Mais par l'impureté de la lampe s'éteint,
Alors que quelque corps est de la mort atteint.
Or qu'il ne soit par tout Spiracle de vie,
c'est ce que nous ferons voir en notre Harmonie,
Dieu aidant, par la vie des trois
règnes, Animal, végétal, & Minéral. Mais
afin d'en faciliter cette attente, donnons-y
dès maintenant quelque atteinte, comme
par précaution, & faisons voir apertement
cet esprit de vie tenant l'Empire subalterne
dans les trois règnes avant que d'achever
de conclure notre réponse à la
question proposée.
La vie donc ès Animaux est assez prouvée
& avérée par leur mouvement, sentiment
& accroissement manifeste; ce qui
se vérifie plus apertement en ce que leur
masse est plus maniable, molle & obéissante
@
dite Or Potable. 43
à mouvement, & par ce moyen engendrant
leur semblable; comme vivants
d'une vie sensitive & végétative tout ensemble.
Les végétaux à cause que leur masse est
plus grossière & dure que celle des animaux
n'ont qu'une vie végétante, engendrant
seulement par semence.
Touchant les minéraux, quoi que quelques-uns
aient avancé qu'ils sont morts,
par ce, disent-ils, qu'ils n'ont ni sentiment
ni végétation; néanmoins il est certain
qu'ils ont en eux un germe provenant de
cet esprit vital enclos en la Nature de laquelle
les effets Génératifs, ou semences,
sortant par icelui, à temps préfix, perpétuent
leur espèce sans besoin d'aucune succession
d'enfants, leur genre ne manquant
point, étant conservé dans le c_ur de l'esprit
général.
Et pour faire voir que les métaux ne
sont point privés de vie; il faut remarquer
que Nature ne fait rien où il n'y ait quelque
spiritualité cachée; car si les esprits
sont principes des corps il est nécessaire
que les corps retiennent quelque chose de
la qualité ou condition de leurs parents:
@
44 De la Médecine universelle,
Cette spiritualité gît aux vertus & puissances
cachées qui montrent leurs effets
en plusieurs manières, soit par le moyen
des opérations naturelles, ou appropriations,
ou préparations artificielles, ainsi
que nous avons dit en notre ouverture
de l'Ecole de Philosophie transmutatoire
métallique.
Les Animaux donc font voir leur esprit
par le mouvement & sentiment: les Végétaux
par l'accroissement & multiplication:
& les Minéraux par accroissement
& mûrissement avec succession de temps.
Disons donc que les Animaux vivent
d'une vie sensitive; les végétaux d'une
végétative & les Minéraux d'une Essentielle
beaucoup plus puissante & vigoureuse
que celle des autres; à cause de quoi
ils sont d'une bien plus longue durée.
De ce que dessus nous pouvons tirer
cette conclusion, que si c'était l'esprit de
Dieu qui fit ces divers effets, sans moyen,
qu'il faudrait qu'il fût corporifié en toutes
choses? d'où s'ensuivrait, contre toute
apparence, raison, & vérité, qu'il serait
circonscrit & limité, lui qui est incompréhensible
& infini.
@
dite Or Potable. 45
Il est en outre très certain, que si c'était
l'esprit de Dieu nouvelles espèces seraient
tous les jours créées (car c'est d'office d'icelui
de créer de rien quelque chose) mais
nous ne voyons que Générations, multiplications,
& continuations des espèces, suivant
le commandement de Dieu, sans rien
produire de nouveau par création primitive
(excepté les Ames raisonnables) c'est
pourquoi nous pouvons conclure assurément
que c'est l'esprit universel créé,
qui a été couvé, imprégné & vivifié de
l'esprit incréé de Dieu, car il est dit, que,
Spiritus Domini incubabat aquis.
Mais qui croirait que cette vertu vitale,
feu intrinsèque, baume radical, & esprit
universel, ayant une fois été créé & inspiré
de Dieu, opérât seul de soi, & sans
Dieu, il imaginerait une chimère fantasque,
grotesque & pleine de blasphème &
d'injure contre la providence de Dieu: car
au même temps que Dieu a donné l'être
à la Nature, il s'est obligé à la manutention
& gouvernement d'icelle par sa providence;
Tu autem Pater prouidentia ab
initio cuncta gubernas. Or Dieu par sa providence
est tellement en toutes choses qu'il
@
46 De la Médecine universelle,
n'est pas plus vrai qu'elles sont, qu'il est
vrai qu'il est en chacune d'elles. C'est
pourquoi nous pouvons dire hardiment
avec l'Apôtre S. Paul;
ex ipso, per ipsum,
& in ipso sunt omnia: in ipso viuimus, mouemur
& sumus.
Or cette providence étant un Arrêt
minuté dès l'Eternité de conduire chaque
Etre à la fin qu'elle a destiné, par le
moyen que la Sagesse Eternelle a jugé propre
& convenable; elle se sert de cet esprit
créé (quoi que sans besoin pourtant, mais
parce que Dieu l'a ainsi voulu) comme d'un
moyen naturel pour continuer les productions,
Générations, & autres mouvements
de la Nature; Et pour cet effet elle a départi
toutes les semences des choses à cet
Esprit universel, lesquelles il contient
toutes; c'est pourquoi il engendre, maintient,
conserve, anime, & vivifie tout. Tellement
qu'en cette façon il faut considérer
la Providence divine, interne & *resseante
en Dieu; & l'Esprit universel hors de lui,
mais gouverné par icelle: étant vrai que
l'Esprit universel ne se meut pas de soi,
car rien ne se meut de soi que Dieu, d'autant
qu'il est Eternel & maître de soi: Et
@
dite Or Potable. 47
quoi que nous voyons cet esprit agir, naturellement
parlant, de soi & lui seul; néanmoins
nous dirons chrétiennement que
c'est par la vertu que l'esprit incréé lui a
communiquée dès l'instant de sa Création,
laquelle vertu est dirigée & conduite
par la seule providence de Dieu. Cela ne
peut être révoqué en doute que par ces
âmes impies & bouches blasphémantes
qui feignent la nature (quoi que finie)
infinie, déesse, mère, maîtresse, & immédiatement
gouvernante de toutes choses.
Croire aussi que Dieu soit localement
corporifié, avec ses créatures si diverses,
cela ne peut être avoué que parmi les
habitants des Royaumes de Syndio, de
Sourates, Chaoul, Cochim, & Zeilan, nations
des Indes Orientales, qui adorent
toutes les créatures qu'ils rencontrent,
croyant que ce sont autant de Dieux.
Voilà assez suffisamment montré le lieu
& les corps où réside cette Médecine universelle
des Anciens, lesquels sont toutes les
créatures qui se rencontrent ès trois Genres
sublunaires de quelles espèces qu'elles
soient, ès unes, pourtant, avec plus de perfection
qu'ès autres, ainsi que nous avons dit
@
48 De la Médecine universelle,
ci-dessus. Resterait à dire ici en quelle
partie de ces corps elle est contenue
plus abondamment, ce que nous réservons
ci-après au chapitre cinquième,
lieu où nous enseignerons la façon d'extraire
cette Médecine, aidant Dieu; auquel
Trine en unité, soit honneur, &
gloire à jamais. Amen.
Pourquoi les Recens ont appelé cette
Médecine universelle,
Or Potable?
CHAP. IIII.

LUSIEURS Philosophes Chimiques
entre les Recens, sachant
que véritablement toutes
choses se multiplient en
leur semence, & que les Métaux
la contiennent aussi bien que les
végétaux & Animaux, quoi qu'enfermés
dans une prison plus forte à ouvrir que
@
dite Or Potable. 49
de ceux-ci; ils l'ont (par aventure poussés
de ce désir insatiable de posséder des
richesses) tirée par un grand Artifice de
l'Or, mais c'est tout ainsi qu'on tire le feu
des cailloux. Tellement qu'ayant cette
Médecine Aurifique en possession, ils ont
cru que la projetant sur les autres Métaux,
les réduirait tous à l'égalité de celui-ci.
Mais l'événement contraire à leur
pensée leur a appris, que quoi que l'Or
puisse engendrer son semblable, que néanmoins
c'est avec fort peu de profit, quoi
que son effet soit véritable. Et c'est d'autant
que cet esprit de l'Or étant seulement
pour lui seul, ne peut digérer l'imperfection
des autres qu'extensivement, &
non intensivement: c'est pourquoi il ne
peut passer outre sa mesure. Car puisque
tout composé à sa matière & sa forme, &
que l'Or vulgaire n'a pas plus d'esprit ou
de forme que de matière: il n'a donc
pas davantage de vertu d'existence & d'opération
qu'il a de matière. Ce que reconnu
par eux, ils ont gardé cet esprit aurifique
bien précieusement, sans l'employer
à autre chose qu'à la santé: en considération
de quoi ils l'ont appelé Or Potable:
@
50 De la Médecine universelle,
ce qui a donné occasion à plusieurs Pseudo-chimiques,
coureurs, affronteurs, enfumés,
d'appeler certaine dissolution d'or
qu'ils font avec des eaux corrosives &
mortifères, Or Potable; l'imposture desquels
ne tournera (après la lecture de ce
Livre) qu'à leur ruine & confusion. Voilà
comme plusieurs Philosophes ont particularisé
cette Médecine aux Métaux, notamment
à l'Or, d'où ils l'ont aussi appelé
Or Potable. Mais les Sages parmi eux,
n'en ont pas fait ainsi; car voulant exercer
cet artifice plus facilement avec moins
de dépense & plus d'utilité, ne se sont pas
premièrement attaqués à l'or vulgaire;
car vu que cet Esprit duquel nous parlons
n'est autre chose que l'esprit génératif
de toutes les créatures, ils ont pensé très
à propos & sagement de le chercher ailleurs:
Tellement que n'épargnant, labeur,
temps, ni dépense, Ils ont enfin
trouvé ce qu'ils cherchaient, à savoir;
une chose participante, tant du Monde,
& de l'Esprit du Monde, que de l'Or & de
l'Argent. En sorte que cet Esprit Métallique,
n'est pas contraint, limité ni étendu
en certaine quantité, mais intense & abondant
@
dite Or Potable. 51
sans défaillance; ayant plus de forme
que de matière: lequel peut être parfait
& entièrement purifié par le Feu artificiel;
se peut étendre, & multiplier, en
sorte qu'après sa perfection il est mille
millions de fois plus parfait que les
corps naturellement parfaits l'Or &
l'Argent. Car puisque toute chose tire
son être de la forme, d'autant qu'elle aura
plus de forme, tant plus elle aura aussi de
vertu, de force, & opération, comme nous
avons dit ci-dessus; par quoi, vu que
c'est une idée laquelle a peu de corps &
de matière, elle a des effets très grands
d'autant qu'elle gît quasi toute en forme,
c'est pourquoi elle peut beaucoup opérer
en peu de matière.
Or cette matière étant ainsi trouvée
par les Sages susdits, craignant qu'elle ne
tombât entre les mains des indignes, ils
l'ont ombragée & obscurcie par divers
Enigmes, en sorte que peu de personnes la
peuvent comprendre. Nous en avons
*évidenté quelques-unes en notre ouverture
de l'Ecole de Philosophie transmutatoire
Métallique, où nous renvoyons le
Lecteur, ainsi que nous avons dit ci-dessus
au chap. 2.
@
52 De la Médecine universelle,
Mais entre tous les noms que les Sages
lui donnent (outre ceux que nous avons
déduits ès lieux sus allégués) ils l'ont appelé
Azoth, Médecine universelle, & les
recens (pour la donner plus clairement,
intelligiblement & véritablement à entendre)
Or Potable. Voyons maintenant si
celui-ci est conforme à celui-là, & si
tous deux ont quelque convenance avec
l'Esprit universel que nous disons être
cette vraie Médecine.
Nous avons dit ci-dessus, comme aussi
en l'Ecole de Philosophie Métallique,
comme l'Esprit universel est le moyen
unissant entre la forme & matière; celle-
là prise pour le Ciel (ou plutôt Eau) de
Moïse, & celle-ci pour la Terre; & le
moyen unissant pour la lumière, que j'appelle
Esprit universel, les Anciens Azoth,
& les recens Or Potable; bien que les Hébreux
les ayant devancés de beaucoup aient
appelé cette lumière Or, ainsi que nous
dirons ci-après: même le Sage en l'Ecclésiaste
désigne la vie par le bandeau d'Or.
La vérité de ce que dessus est si apparente
qu'il ne faut que considérer la contrariété
de ces deux principes pour se ranger de
@
dite Or Potable. 53
son parti; car la froideur & sécheresse de
l'un mêlée avec la froideur & humidité
de l'autre ne pouvait produire, sans l'aide
de cette chaleureuse clarté, de cette semence
de vie, que mort & confusion.
Mais la chaleur vivifiante accommodant
& unissant ces deux Principes les a rendus
propres & aptes à la Génération de toutes
choses. Ainsi on peut dire que l'usage
de la lumière se rapporte à chaleur, génération,
production, & manifestation des
choses.
Il se pourrait ici mouvoir une question,
savoir, que rendant cette lumière
diffuse par tous les corps qui meublent ce
vaste univers, je me trompe de la moitié
du juste prix, attendu que c'est au Soleil ou
cet esprit lumineux se fait voir & apercevoir
si puissamment par la merveilleuse
efficace de sa vertu sur les choses Elémentaires
& inférieures, qu'en douter ce
serait nier sa clarté en plein midi d'un
jour grandement serein? A quoi je réponds,
que toute la lumière que Dieu créa
le premier jour n'est pas enclose en ce
corps-là, mais il en a diffusé une partie ès
corps Elémentaires, quoi que la plus
@
54 De la Médecine universelle,
grande portion soit échue à icelui. Et
pour plus grande manifestation de cette
vérité, il faut remarquer que l'étendue
fut faite, la Mer serrée en son lieu, & la
Terre laissée à découvert, laquelle était
couverte de toutes sortes de Végétaux,
portant semence ou fruits contenant
icelle; & cela avant que les luminaires du
Ciel fussent faits, ainsi que le divin Historien
le marque très expressément au
chap. I. Finalement, disons qu'encore que
la région éthérée, & les Corps célestes,
notamment le Soleil, contiennent une
très grande portion de cette lumière, outre
ce que nous apercevons sensiblement
qu'elle est incessamment dardée sur tous
les corps d'ici-bas; si est-ce pourtant que
cette lumière (sans laquelle aucune créature
n'existerait) est éparse depuis le plus
haut du Ciel jusques au centre de la terre
en toutes créatures; & n'y a chose quelconque
privée de cet Esprit universel,
non pas même les pierres & métaux,
bref au fonds de la Mer même cette
chaleur se fait paraître tant en la vie &
Génération des Poissons, que conservation
@
dite Or Potable. 55
d'iceux, ainsi que nous avons dit si
souvent ci-dessus.
Or ce feu vivifiant à cause de sa pureté
homogène a été appelé Or, par les Hébreux,
donnant le même nom au Soleil,
par ce qu'il participe plus de cet Esprit vivifiant.
C'est pourquoi les Cabalistes les
ont voulu signifier par un même caractère,
savoir d'un rond ou cercle entier,
ayant son centre visible, duquel voici
la figure; O ; par ainsi le Soleil, l'Esprit
universel ou Or Potable sont manifestés
aux yeux des Sages. Car le cercle montre
les influences du Soleil céleste sur le
Soleil terrestre, qui est dénoté par le
point, qui est son centre de nature terrestre
& fixe. Mais quand il est développé
de ses prisons, c'est pour lors qu'on
peut dire avoir la parfaite connaissance
de toute la nature, car quiconque à la
science du point & centre, peut dire véritablement
qu'il n'ignore rien. Or pour
revenir à cette lumière, la vérité de laquelle
recherchant nous donne tout plein
d'autres lumières ; disons que les Grecs
mêmes ont appelé le Soleil Horos, faisant
Allusion au mot Or, beau en pureté.
@
56 De la Médecine universelle,
Et les Latins pour exprimer le plus pur
des quatre points Cardinaux du monde,
ils commencent par Or
Oriens. Et quand
à ce que cet Esprit, lumière ou feu vivifiant
est la seule cause de la Génération,
les Latins ont usé du mot de
ignis qui vient
du Verbe
Gignere, engendrer. Ils ont encore
le verbe
Vro, qui signifie je brûle,
lequel ne s'éloigne pas du mot Hébreu
Or; représentant un autre effet de la lumière
qui est son ardeur: mais Ardeur
très pure & modérée, qui au lieu de consommer,
vivifie & conserve puissamment
toutes les choses qui sont ès trois Genres
sublunaires.
L'Or est donc, à cause de sa pureté &
homogénéité, tellement le Symbole de
cet Esprit universel, que S. Jean a bien daigné
avancer que la sainte Cité était d'Or
pur; non qu'elle soit d'or, à mon opinion,
mais pour signifier la rare & excellente
pureté des Habitants d'icelle. Ce qui a été
autre fois pratiqué par nos premiers Pères,
lesquels ont appelé le premier siècle
(auquel les hommes vivaient en une très
grande pureté & intégrité) siècle d'Or;
comme faisant allusion à la pureté de cette
@
dite Or Potable. 57
Médecine; de laquelle ils participaient beaucoup
plus que nous; aussi étaient-ils plus
proches de la Création. Tellement qu'à
cause de sa pureté l'Or a été appelé des
Hébreux
Paz, & des Latins
Obrizum, qui
signifie fort & très pur, résistant au feu, auquel
au lieu de s'y amoindrir, s'y dépure
davantage: tout ainsi que cet Esprit universel
qui *s'actifie davantage en pureté
plus il est passé par les flammes de Vulcan:
Car que l'on brûle quelque corps qu'on
voudra, jamais on ne détruira cet Esprit
de vie qui était en lui, par ce qu'il est de
la même nature que le feu: A raison de
quoi cette Rime Française & Philosophique,
quoi qu'ancienne, ne dit pas mal
à propos parlant d'icelui;
Aucuns disent que feu n'engendre
Autre chose fors que cendre,
Mais leur révérence sauvée,
Nature est dans le feu Antée.
Voilà les parallèles de la pureté de l'Or,
avec celles de ce feu vivifiant; reste encore
celles qui conviennent à son universalité.
Il est constant parmi tous les vrais Philosophes
Chimiques que le Soleil du
@
58 De la Médecine universelle,
Monde Elémentaire, l'Or, est comme le
réceptacle Matriciel de toutes les vertus
célestes lesquelles lui sont communiquées
du Monde suprême, & d'icelui
l'Elémentaire, ainsi que nous avons déjà
dit, auquel les vertus étant elles sont finalement
ramassées, encloses, & conservées
en ce précieux métal l'Or; c'est pourquoi
il a été dit par les Philosophes Chimiques
être toute nature;
Aurum est omnis
natura. Tellement que quiconque dirait
que l'Esprit céleste & plus secret de
l'Or porte quant & soi l'image fort approchante
de la Divinité, ne parlerait pas
mal à propos; parce qu'icelui étant universel
donne la vie & substance essentielle
à toutes les Créatures du monde. Ce qui
se remarque cabalistiquement en l'Anagramme
des Lettres capitales de ce mot
Aurum, où l'on rencontre pour l'avantage
de notre opinion, ce qui suit; A
urum
V
irtutis R
es M
aximopere V
iuificat, le M.
étant mis devant le V. qui devrait être à
la fin, mais c'est pour s'accommoder à
notre intention. A raison de quoi on
peut dire encore l'Or être semence de
toute la Terre, A
urum S
emen O
mnis T
erra,
@
dite Or Potable. 59
les lettres capitales de chaque mot faisant
Azoth, qui s'explique Médecine universelle:
ou bien, & mieux à propos, A
urum
S
eminanis O
mnes T
erras; car puisqu'il est
toute nature, il est aussi la semence de toute
terre; car comme la nature & cet esprit ne
sont point discordants, d'autant que c'est
la même chose, de même en est-il de
toute semence, car elle est produite de
même racine. Etant à noter que je le
dis semence de toute terre, d'autant qu'aussi
bien en a le Céleste que l'Elémentaire,
mais bien plus purifiée. Que si nous avons
rencontré en ce mot Azoth, ces prérogatives
pour l'Or, nous pouvons encore faire
voir comme lui-même n'en est point
dépourvu: car qui dit Or, dit toutes
choses; le O, faisant O
mnes, & le R. R
es:
Omnes Res. Or comme Azoth & Or, sont
la même chose touchant leur universalité:
Il ne sera, ce me semble, hors de
propos, ni désagréable aux Esprits curieux,
de faire encore cette petite remarque
sur ce mot Azoth, lequel est trouvé contenir
la première & dernière lettre des
trois mères Langues: savoir des Hébreux
ת א Aleph & Thau: des Grecs α & ω.
@
60 De la Médecine universelle,
Alpha, & Oméga; & des Latins le A, &
& Z. Tellement que prenant le A. & le Z.
des Latins, le ω. des Grecs, & le ת. des
Hébreux, il y aura Azoth, qui est interprété
Médecine universelle, ainsi que nous avons
dit ci-dessus.
Ces raisons sont assez suffisantes pour
étançonner notre proposition que l'Esprit
universel est appelé Or Potable, tant
à raison de sa pureté que de son universalité.
Mais afin de n'omettre rien de ce
qui peut contribuer à l'éclaircissement de
cette vérité, disons en dernier lieu qu'il est
appelé Or Potable, par ce qu'il est le vrai
aliment & nourriture du corps humain,
comme aussi de tout autre qui vive: car il
est vrai qu'il n'y a que la *liquorosité qui
est cause de vie, ainsi que nous avons
dit ci-dessus. D'où appert que ceux qui
font prendre l'Or commun dissous dans
telles quelles eaux corrosives & mortifères
n'eurent jamais la connaissance du
vrai Or potable des Sages, duquel nous
parlons. Car il est très vrai que ce qui
nourrît doit avoir une grande similitude
& convenance avec ce qui est nourri, mais
l'Or n'a point de similitude avec notre
@
dite Or Potable. 61
corps, donc il ne nourrira pas icelui. D'ailleurs,
il est impossible que ce qui ne peut
être vaincu par la chaleur naturelle humaine,
puisse être aliment à l'homme,
mais l'Or ne le peut être par notre chaleur,
donc, il ne peut être Aliment à notre
corps. Et ne servira de rien en ce lieu
de faire distinction d'aliment à médicament,
me concédant, pour ce qui concerne ma
proposition d'aliment; mais le considérant
comme médicament, où il ne s'agit pas
de nourrir mais seulement d'altérer, on
pourrait soutenir le contraire? A quoi
je réponds que le dernier ne se fera non
plus que le premier: Car, où toute la masse
du médicament fait cette action ou partie
d'icelui; croire le premier serait être
trop absurde, c'est donc le second. Cela
étant, je demande, cette partie se sépare-
t-elle de son tout elle-même, ou si elle en
est séparée par quelque agent plus puissant?
on me répondra indubitablement en faveur
du dernier: cela étant, il faut donc
que ce soit la chaleur naturelle de l'homme
qui fasse cette séparation, afin que la
nature étant fortifiée & unie avec ce qui
lui est de plus semblable, elle chasse plus
@
62 De la Médecine universelle,
vigoureusement le mal qui la travaillait.
Or cela n'arrivera jamais au grand jamais
par la chaleur naturelle seule, si elle n'est
aidée de l'Art, par ce que la dureté des
Hétérogénéités de l'Or ne peut admettre
la vertu d'icelle trop faible à la décomposition
d'icelles d'avec son homogénéité,
& les accidents de celle-ci d'avec sa substance
universelle vivifiante, & *sanifiante.
Voilà comment ceux se trompent grandement
qui donnent l'Or commun avec
toutes ses parties sans aucune séparation
des accidents susdits; laquelle ne se fera
jamais que par notre Esprit universel: cette
eau Hyléale que tout le monde voit;
mais que peu connaissent. Car il est certain
que ceux qui ont fait la Vraie ouverture
d'icelui, ne l'ont pas faite par une solution
violente produite du feu matériel;
ainsi qu'ont osé avancer plusieurs Chimicastres
ignorants: Mais ils y sont parvenus
par celle-là qui se fait avec le feu naturel
ou Vulcan occulte; autrement vinaigre
de nature Ethérée, unique & seul Esprit
universel (car c'est une maxime véritable
que la nature aime sa nature) Soleil
Hermétique & Pythagorique, connu seulement
@
dite Or Potable. 63
des enfants de la nature. Tellement
qu'en cette façon le vif radical de l'Or est
réduit en qualité végétative, qu'on peut
appeler le vrai ferment de cette grande
Médecine que beaucoup cherchent, & que
peu trouvent.
Hoc opus, hic labor est: pauci, quos aequus
amauit Iupiter, &c.
Toutefois du moyen qu'on tient à
l'extraire parfaitement des composés
Elémentaires, sera dit, Dieu aidant, au
Chapitre qui suit; auquel Père, Fils, &
S. Esprit, soit honneur; & gloire. Amen.
La façon d'extraire cette Médecine
universelle, ou Or Potable des
composés Elémentaires.
CHAP. V.

Ous avons vu ci-dessus
qu'elle est cette Médecine
universelle; pourquoi elle est
appelée ainsi; où & en quel
corps elle se trouve; & pourquoi les vrais
@
64 De la Médecine universelle,
Philosophes recens l'ont appelée Or Potable.
Mais quoi que tout cela soit très
nécessaire à être connu du vrai Médecin
Artiste, si ne lui profiterait-il
de beaucoup, si quand & quand la façon
de l'extraire de son Cahos & séparer
de ses habillements, n'y était jointe. Or
à cette fin que nos neveux ne nous mettent
au rang des envieux, j'ai délibéré déclarer
en ce lieu la vraie méthode de rendre
cet esprit universel perceptible à nos sens
& par une Philosophique manipulation
*l'actifier à fomenter la vie, maintenir la
jeunesse, & chasser à jamais les maladies
qui tyranniquement oppressent cette
Déesse des mortels la riante santé.
Mais dès l'abord, & à l'entrée de ce
Ch. j'ouïs, ce me semble quelqu'un trop impertinemment
curieux, m'objecter que
notre quintessence, si je la connais bien,
s'extrait, se prépare, & se parfait sans rien
diviser; par ce, comme disent les Médecins,
que la solution de continuité ne se rétablit
jamais en son être premier: Et depuis
que l'Archée vrai économe de la nature
a distingué ès corps les substances qui se
vont distribuant par tout, il n'y a plus
moyen
@
dite Or Potable. 65
moyen qu'elles redeviennent ce qu'elles
étaient auparavant leurs séparations: Aussi
à dire vrai, séparer où il n'est point besoin,
c'est faire injure à la nature qui ne demande
qu'union?
A quoi je réponds, que cette séparation
de laquelle nous entendons ici parler,
ne se fait pas, sur les substances essentielles
ni en l'Homogénéité & accidents
intrinsèques, mais bien d'iceux aux Hétérogénéités
& aux accidents extrinsèques; car
j'avoue bien que jamais la nature ne condescend
à la division actuellement, mais
formellement, séparant l'impur pour adjoindre
le pur, diminuant le déplaisant,
afin d'augmenter l'agréable, conservant
le tout, & multipliant la vertu, rien n'est
disjoint, rien n'est parti ni séparé, bien
qu'effacé, car il est vrai que les Accidents
ne sont point séparés mais effacés, d'autant
qu'ils s'évanouissent, seulement: mais
en cette action ils ne diminuent en quelque
façon la quantité, mais bien augmentent
la qualité. Que s'ils recevaient de
séparation, il faudrait qu'ils fussent mis
à part, car séparer signifie mettre à part,
& ainsi ils feraient diminution d'une partie
@
66 De la Médecine universelle,
du tout:
Ergo patet (dit Artephius)
quod
haec separatio non est manualis operatio, sed
naturarum mutatio, quia natura seipsam
dissoluit & copulat, seipsam sublimat, eleuat,
& albescit, separatis faecibus. Or tout
ceci ne se doit pas entendre selon la lettre,
mais selon l'intention des Philosophes;
car il est vrai que ce qui est de l'intrinsèque
composition du mixte ne reçoit
point séparation; & qui sait la soudure
de nature pour rejoindre & remettre les
choses en leur première destinée? Mais
quant aux Accidents externes, grossiers,
& séparables, impurs, pestifères & vénéneux,
c'est ce que je soutiens devoir souffrir
séparation. En outre, cette négative
de séparation se doit entendre de ce pur
feu de nature, l'excellence complète duquel
rend ce qui était simple, & en apparence
de fort petite valeur, d'excellent &
incomparable prix par-dessus tout ce qui
est sous le Soleil. Mais avant que de
le posséder tel, il faut que les ténèbres
soient séparées de la lumière, que la nuit
fasse place au jour, afin de voir & contempler
avec volupté le dévoilement de
cette forme essentielle universelle, laquelle
@
dite Or Potable. 67
perfectionne, vivifie, arrose, colle,
lie, nourrit, maintient, soutient, fomente
& augmente, tout ce que nous
voyons d'individualité en tout l'Univers.
Ajoutons en dernier lieu à ceci, que
les Philosophes Hermétiques n'admettent
point véritablement de séparation
au second dessein de leur oeuvre; car pour
lors tout leur soin ne butte à autre fin qu'à
conserver, maintenir, augmenter, agiter,
& substantifier, ce que l'Amour, le Ciel,
Nature où l'Entéléchie à conjoint, &
multipliant la vertu qui est en leur divin
sujet, ils possèdent par le temps le rare
& incomparable bien qui en est ordonné.
Or ce que dessus contenant la vérité
du grand bien des Sages, je souhaite
avec passion qu'il soit considéré éternellement
des fils de la science; ce que me
promettant, pour me flatter en ma bonne
volonté, je reviendrai au sujet de ce
Chap. qui est l'extraction & séparation
de cette Médecine universelle, ou Or Potable,
des sujets qui le contiennent.
Mais d'autant que tout ce qui est spécifié
@
68 De la Médecine universelle,
ès trois genres sublunaires contient
en son intérieur ce grand bien, il faut aussi
se délibérer de l'extraire d'icelui; car il
est vrai que cette terre vierge & pure ne
peut-être rencontrée autre part qu'au
centre de chacune chose; ainsi que le dit
Raymond Lulle en son Testament;
in
centro omnium rerum inest quaedam terra
virgo; laquelle, pour en retirer les effets
qu'on en attend, doit être séparée du triple
vêtement ou enveloppement Hétérogène
qui la couvre.
Mais comme cette terre, à cause de sa
pureté, étant dépouillée de toutes sortes
de conditions sensibles, ne peut à peine
être comprise, il a été nécessaire que la
Nature, ou plutôt l'Auteur d'icelle,
ait épaissi sa subtilité, & rendue palpable
son immatérialité, en la revêtant
d'un corps de Sel. Lequel Sel, avant que
de le posséder, doit être en dernier lieu
dépouillé de sa Terre morte; car ce n'est
pas assez d'en avoir séparé le flegme inutile,
que quelques-uns faussement appellent
élément, comme aussi la Terre morte,
disant que tout mixte est composé de
deux Eléments, & trois principes, mais
@
dite Or Potable. 69
je leur ai déjà appris en mon Bouquet
Chimique, que cette Eau & cette Terre
ne sont point Eléments, mais bien vêtements,
& que tout ce qui n'entre en l'intrinsèque
composition du mixte ne peut
être dit Elément: tellement qu'en l'Anatomie
Chimique jamais cette Eau &
cette Terre ne se joignent pour faire
quelque production, mais si font bien les
trois principes, car le vrai Artiste & Philosophe
Hermétique les peut par son savoir
inimitable ès sciences naturelles,
convertir l'un dans l'autre, & par ce moyen
arriver au suprême degré du pouvoir de
la Nature, & dernier chef-d'oeuvre d'icelle
sur chaque chose qui se trouve ès
trois Genres des Composés Elémentaires.
Et c'est l'enclume sur laquelle tous les
Philosophes battent,
Conuerte Elementa,
& quod quaeris inuenies, dit le Philosophe
Rasis:
Nam postquam aquam ex aëre habueris;
aërem ex igne; & ignem ex terrae; tunc
totum Magisterium erit completum. Mais
avant en venir là, il faut premièrement
savoir que toutes les substances des composés
Elémentaires sont tellement encloses
l'une dans l'autre, qu'il est véritable
@
70 De la Médecine universelle,
que le Sel ne se manifestera jamais
que le Souphre ou onctuosité *adustible
n'en soit dehors; & l'huile ne délogera
pas que l'eau ou substance Mercurielle
n'en soit premièrement partie: de manière
que le Mercure, développé de son
Eau flegmatique, contient le Souphre,
& le Souphre contient le Sel, qui est confondu
& caché dans les cendres. Or ce
Sel séparé de sa terre est converti en
Mercure par solution, & ce Mercure en
Souphre par coagulation; Action en
laquelle les contraires sont faits une même
chose: c'est pourquoi il est dit pur
Feu de nature très simple; laquelle contient
virtuellement toutes vertus sans
contrariété: voire & elle est tellement
indivisible, & immuable, qu'il n'est pas
au pouvoir de la nature de lui changer
celle qu'elle a, en laquelle elle se repose,
comme au dernier degré de perfection,
où Nature & l'Art la pouvaient mener.
Tellement, qu'à cause de cet état les Sages
Hermétiques l'ont nommée pierre:
& à raison qu'elle est faite par les plus
hautes Spéculations en la Nature, ils l'ont
surnommée Philosophale, & Médecine
@
dite Or Potable. 71
universelle, tant des Métaux, Végétaux,
qu'Animaux, & notamment des hommes,
lesquels elle rend quasi comme immortels;
c'est pourquoi elle est dite, par les
plus Spéculatifs, la vraie image de l'âme
raisonnable.
Mais comme toutes choses agissent
ternairement soit au monde intelligible,
Céleste ou Elémentaire, & ce par une triplication
d'Eléments, il est raisonnable
que nous découvrions ce mystère ès
trois substances desquelles il est ici question;
savoir Sel, Mercure, & Souphre.
Disons donc, que le Sel consiste de Feu,
Terre, & Eau, joints ensemble; la mordication
d'icelui provenant du Feu y enclos;
sa consistance & solidité de la Terre;
& sa *liquabilité de l'Eau, car ils se font
tout ainsi que le Métal.
Le Mercure en après participe de
Terre, Eau, & Air; ce qui se peut aisément
discerner en la séparation de ses
substances, où l'on trouve des Terres
abondamment; de l'Eau phlegmatique;
& de l'huile surnageant à l'Eau. Le Souphre
finalement, participe d'Eau, Air, &
Feu, car il n'y a point d'onctuosité sans
@
72 De la Médecine universelle,
de l'aquosité mêlée parmi: ce qui se manifeste
apertement en la séparation des
substances d'un bois qui brûle, &c.
Or pour continuer notre triplicité, disons
que le Sel étant comme la base & le
fondement de tous les mixtes Elémentaires,
la Nature par son accoutumée
providence en produit trois sortes qui
symbolisent aux trois substances susdites;
le premier est le Sel commun, lequel
est tellement fixe qu'il est permanent à
toutes expressions du Feu, sans qu'il se
brûle ni s'envole. Secondement, le Sel
Armoniac qui s'enfuit du Feu sans brûler,
tout ainsi que l'Eau, par quoi il correspond
au Mercure. Et finalement le
Salpêtre inflammable au Souphre. Cette
petite remarque, touchée incidemment,
ne doit point être désagréable aux enfants
de la Science, parce que cela les
mène à une plus parfaite connaissance
de leur sujet. Car par ainsi ils voient
que lors qu'ils tendent à la perfection de
leur Médecine, ce n'est pas assez de séparer
grossièrement les trois substances du
Composé; mais qu'il faut pousser plus
avant, & séparer de chacune d'icelles les
@
dite Or Potable. 73
autres substances qui les constituent: car
du Sel on sépare le Souphre & le Mercure
(ce qui a donné sujet aux Philosophes,
parlant de leur matière, de ne mettre
jamais en jeu que leur Souphre &
leur Mercure contenus, & non le Sel
contenant) Au Souphre on distingue le
Mercure & le Sel; & au Mercure le Sel
& le Souphre. Tellement que continuant
cette même séparation susdite ou
plutôt purification, en ceux ici, on
vient jusques au dernier degré de perfection,
où l'Art ne trouvant plus de
progression laisse cette matière au point
indivisible d'unité, dès *mes-huy inexterminable
par quelque effort que ce soit,
ainsi que nous avons dit ci-dessus.
Voilà donc notre Médecine développée
de son impureté; voilà notre Homogénéité
sortie des prisons de l'Hétérogénéité;
Bref, le sucre de Sel vivifiant,
glutineux, oléagineux de nature d'Air,
nature nourrissante, liante, & conservante,
séparé de son âcreté *mordicante,
séparative & mortifiante, qui de mes-
huy est appelé par les vrais Philosophes
l'aimant attractif du Germe aurifique,
@
74 De la Médecine universelle,
contenu tant au genre Minéral, que Végétal
& Animal. En celui-ci on prend
la Minière de l'homme. Au Végétal, la
minière du plant de Noé: & au Métallique
celle de l'Or. Où il faut remarquer que
celle de l'Animal est le sang Artériel produit
d'un sujet jouissant de cette Déesse
la riante santé. Au Végétal, c'est le vin
ou plutôt la pure eau-de-vie *acuée. Et
au Métallique, c'est l'Antimoine; parce que
lui seul contient parfaitement la veine
& matrice de l'Or, & non seulement
d'icelui, mais de tous les autres métaux,
desquels il est comme la Racine, &
primum
ens; & parce qu'il contient parfaitement
leur semence, les Sages Hermétiques
y cherchent aussi leur teinture,
Touchant le sang, il est tellement plein
de cet Esprit universel, grande Médecine
& Ame du monde, que pour en *évidenter
des témoignages irréprochables,
je n'apporterai qu'un passage tiré du
Chap. 17. du Lévitique, où Dieu défend
aux enfants d'Israël, de manger le sang des
bêtes, qu'elles elles soient; par ce, dit-il,
que l'Ame de toute chair est au sang
(quoi que par dépendance en toutes les
@
dite Or Potable. 75
autres parties) & quiconque le mangera
sera exterminé, voire, & il mettra sa face
contre son Ame; & même le sang lui
sera, dit-il, imputé, comme s'il avait répandu
le sang; C'est pourquoi il sera
exterminé du milieu de son peuple. Mais
si cette Ame n'était autre chose de plus
recommandable, que ce que les adversaires
de la science Cabalistico-Chimique
se sont jusques ici imaginé, à quelle
fin Dieu l'eut-il défendue si exactement?
Or cette Ame universelle étant reconnue
*aeui-éternelle par toute la vénérable
Antiquité l'Eglise n'a rien encore défini
touchant la durée de l'Ame des Animaux.
Quant au Végétal ci-dessus mentionné,
il est tellement excellent, en son
universalité, que j'oserai dire qu'il contient
les deux autres, en perfection; qu'il
soit Minéral l'homogénéité extraite de
son Tartre en rend un évident témoignage:
qu'il ait quelque analogie avec
les Animaux le Philosophe Callisthène
en est le garant, puisqu'il *soulait appeler
le vin le sang de la Terre.
@
76 De la Médecine universelle,
Voilà donc comme notre grande
Médecine se peut extraire des choses ès
trois Genres sublunaires; non que je
la veuille particulariser ès trois susnommés;
car il est très véritable qu'elle se
rencontre en toutes les espèces des choses
qui sont ès trois Genres susdits.
En outre, le Feu en est pourvu l'Air
n'en est pas dénuée, l'Eau en participe
abondamment; & la Terre ne saurait
faire aucune production sans l'assistance
virtuellement vivifiante de cet Esprit
corps. Car puisque le monde est Animal,
il faut nécessairement que toutes
les parties d'icelui soient Animées;
nous le voyons perceptiblement à l'étincelle
de feu qui sort des Cailloux:
à raison de quoi la terre nous témoigne
puissamment par ses productions
qu'elle est Animée: & tant plus elle est
vigoureusement vivifiée de cet esprit
Souphreux, Balsamique & vivifique,
tant plus fertile elle est: à quoi elle est
amenée par le fumier & urine des Animaux
vivants, lequel participe de cette
vie universelle, qu'il départ à la terre,
@
dite Or Potable. 77
de laquelle la vie étant revigorée, la génération
en est plus gaillarde; car où il
y a plus de vie, là il y a plus de force.
Que si les Animaux y prêtent du secours,
les Végétaux ne sont pas des derniers
à cet office, car les essarts & les
chaumes qu'on brûle sur la terre, font
bien paraître au temps de la récolte,
que où cet esprit universel est plus abondant,
là il y a plus grande abondance de
froment.
Or que la terre ne participe beaucoup
de cette vie il appert d'abondant,
en ce que si un homme n'ayant de quoi
manger tient ses pieds jusques à mi-
jambe dans de la terre fraîche il se passera
un long temps sans requérir aucun
aliment: que s'il en met quelque peu
sur la région de l'Estomac, & ainsi se
tenir *coyement, la changeant de temps
en temps, il verra que ce que j'avance
n'est pas émané du mensonge. La raison
est, que l'homme invisible peut attirer
de quelque partie que ce soit de
l'homme visible, & si éloignée qu'elle
puisse être, l'aliment & nourriture nécessaire
à toutes les autres parties, comme
@
78 De la Médecine universelle,
ayant un ventricule en soi, duquel
toutes les autres parties l'attirent pour
son entretien. Or que chaque partie
ait un ventricule à part, Hippocrate
le témoigne
in li. de Arte & de dictae
Homo non habet, dit-il;
unum ventriculum
sed plures: l'homme n'a pas seulement
un ventricule, mais plusieurs: voire jusques
là, qu'il dit au même lieu, que chaque
muscle à le sien propre;
& omnes
musculi singuli suum ventriculum habent.
Ce que le même Hippocrate exposant
in li. 6. de popul. morb. sect. 6. dit,
Carnes
attractices & ex ventre & extrinsecus: Iudicio
est sensus ipse quod expirabile ac inspirabile
est totum corpus. Cette nature
ainsi attirante est nommée des Sages Faculté
Aimantine, laquelle pleine de cet
esprit attractif hume cet esprit universel
de la Terre, avec lequel il symbolise,
s'en nourrit, grossit, fortifie, & prolonge
son être vivifié: ce qu'il ne peut
faire que quand & quand il ne corrobore,
& augmente sa force vivifiante &
*sanifiante.
Or que la Terre contienne puissamment
& abondamment cet esprit universel,
@
dite Or Potable. 79
il appert en ce que toutes choses
qui ont vie, soit au Genre Minéral, Végétal,
ou Animal, la reçoivent & tirent
d'elle, comme de la Mère & matrice universelle,
ainsi qu'elle a été nommée des
Sages: Aussi véritablement est-elle le
réceptacle de ce que les autres Eléments
ont produit. Même ce grand Coryphée
de la Médecine, Hippocrate, certifie,
li.4.
de Morbis, que la Terre à des facultés
innumérables, en ces termes:
innumerae
sunt terrae facultates: & omnia quae nascuntur
in cibi ac potus vsum venientia, multas
ac diuersas facultates de Terra ad se trahant.
Et in omnibus est aliquid pituitosi ac sanguinei;
quod de ventriculo trahit corpus per
venas ad fontes corporis.
Il est maintenant temps que nous finissions
ce Chap. par une brève récapitulation
de l'ordre qu'il faut tenir en
la préparation de cette vraie Médecine.
C'est pourquoi, que l'Artiste sache volatiliser
le fixe, & fixer le volatil; que
celui-là se fasse par l'eau & le feu, & celle-ci
par le Feu seulement; & ainsi il suivra
la nature, car en la production de toutes
choses elle agît par la même voie.
@
80 De la Médecine universelle,
Donnons un exemple tiré des Métaux
dans les Mines, auxquelles nous les
voyons tous congelés dans l'eau: ce qui
est arrivé par l'esprit coagulatif du Sel,
qu'elles contenaient, lequel a été mis
en ouvrage par le grand économe de
la Nature l'Archée. En second lieu, ces
Métaux congelés sont réduits à parfaite
maturation, moyennant la chaleur
d'icelui; à raison de quoi nous avons dit
en quelque part de cette oeuvre, comme
aussi en notre Physique, que les Métaux
sont faits, & par congélation, & par
mûrissement.
Ces paroles, quoi qu'Enigmatiques
contiennent l'unique chemin, & la véritable
méthode qu'il faut tenir pour posséder
cette excellente Médecine. Et quoi
que selon Geber, & plusieurs autres Philosophes,
Multae sint viae ad vnum effectum,
& vnum intentum; Néanmoins il est certain
que celui-ci étant le plus approchant,
& conforme à l'ordre de la Nature,
doit être suivi si nous voulons
être possesseurs de l'universelle Médecine.
J'avoue bien qu'en ce qui concerne
les Médecines particulières, les
@
dite Or Potable. 81
voies pour les préparer sont diverses;
mais en ce qui touche la grande & universelle,
il n'y a qu'un seul moyen,
lequel ignorant, on ignorera les effets
incomparables d'icelle touchant la santé.
Au contraire, la possédant, on jouit
non seulement de toute la Sapience des
Sages, mais encore d'une parfaite santé
non défaillante: voire & en telle façon
(je m'assure) que ceux qui la
mettront en usage pour cet effet seront
contraints d'avouer que,
digitus Dei
hic est. Mais de ceci plus amplement au
Chapitre qui suit aidant Dieu: Auquel
Père, Fils, & Saint Esprit, soit honneur &
gloire ès siècles des siècles. Amen.
@
82 De la Médecine universelle,
Quel pouvoir a cet Or Potable, ou
Médecine universelle, à restituer
la santé au corps humain.
CHAP. VI.

L demeure constant chez les
Philosophes, que le petit
Monde est fabriqué à l'exemple
du Grand; & qu'en icelui
Grand, Dieu a introduit un Esprit de vie,
ou Ame universelle, que les Hébreux appellent
Mittatron, dénotée envers quelques
Cabalistes par la ligne verte (comme
ils l'appellent) qui environne tout l'Univers,
laquelle a duré déjà tant de siècles,
& durera encore tandis que le Monde
sera. Cela étant véritable au Grand, la
même chose se rencontrera au petit
l'homme; Car en son Corps se retrouvent
toutes les vertus corporelles, ainsi
qu'en son Ame les vertus de toutes sortes
d'Esprits. Que si en l'Histoire de la Création
@
dite Or Potable. 83
du grand Monde, il est dit que Dieu
créa le Ciel & la terre; La même chose
est au petit; car l'Ame & l'entendement
sont son Ciel; le Corps & sa sensualité
la Terre. Et par ainsi il a double Corps,
un Matériel, & l'autre Spirituel, selon
l'Apo.I. aux Corinth.15.
si est corpus Animale,
est & Spirituale. Tellement que
connaître le Ciel & la Terre de l'homme,
est avoir pleine & entière connaissance
de tout l'Univers, & de la nature des
choses. Car de la connaissance du Monde
sensible, nous venons à celle du Créateur,
& du monde intelligible:
per Creaturam
Creator intelligitur, dit S. Augustin. Et
quiconque ne viendra à la connaissance
du *principiant par celle du *principié, sera
éternellement en une ténébreuse cécité
d'esprit. A ceci fait fort à propos ce que
dit Rabi Simon, lequel interrogé pourquoi,
en Job 38 v.15. il est dit, que la lumière
sera ôtée aux méchants, & infidèles?
répondit;
Que, qui en cette vie temporelle
est nonchalant en la contemplation de
la beauté du monde sensible, sera par même
moyen disetteux en la connaissance des choses
intelligibles, dont cet autre là est comme
@
84 De la Médecine universelle,
un portrait; & par conséquent tombe en
une grande misère, cécité & ténèbres pour
le regard du siècle à venir. Et il est vrai
que quiconque ne *s'asçauantera en la connaissance
des choses corruptibles, n'arrivera
jamais à la connaissance des permanentes.
Ce que semble dire l'Apôtre aux
Rom.I. que les choses invisibles de Dieu
se rendent manifestes & apercevables à
la Créature du Monde, par celles qui ont
été faites de lui. A raison de quoi Saint
Chrysostome sur la Genèse, dit,
Qu'à
défaut de la contemplation des Créatures
monter & parvenir au Créateur; si que ceux-
là, dit-il, sont bien ignorants & dépourvus
d'entendement, qui des créatures ne
peuvent atteindre à la connaissance du Créateur.
Mais de ceci plus amplement en
mon Traité de l'Harmonie du grand &
petit Monde; n'ayant apporté en ce lieu
ce que dessus, que pour faire voir que puis
qu'au petit Monde, l'homme, se rencontre
tout ce qui est au grand; qu'il faut avoir
recours aux biens de l'un pour réparer les
défauts de l'autre. Car si cet Esprit universel,
la tâche duquel est de vivifier,
nourrir, maintenir & fomenter, par une
@
dite Or Potable. 85
irrigation continuelle de la liqueur Vitale
& Végétative, l'Etre & la vie de tous
les composés Elémentaires: Et leur donnant
les vertus, les forces, les propriétés,
& les secrets, il assemble, lie, & colle les
deux extrêmes forme & matière, qui par
la fréquence de leurs Actions contraires
iraient en une mortelle siccité: C'est pourquoi
Paracelse l'a appelé Mercure de
vie, d'autant qu'il est le maintien absolu
de la vie des choses; & le remède parfait
à toutes les maladies sans exception.
Mais si cet Esprit de vie, dis-je, étant détourné
de son action par quelque Accident
de maladie, n'agit plus avec liberté
en ses fonctions, la lumière de nature nous
apprend qu'il faut prendre le remède tiré
de ce même Esprit, afin par ce moyen de
remettre l'autre dans l'ordre de son premier
mouvement: Car comme cet Esprit est
un pur Feu de Nature, & que tout mouvement
dépend du Feu;
sublato enim calore
nullus fit motus, dit le Philosophe
Chimique Alphidius; de même, faut-il
un Feu de semblable nature pour mettre
ce désordre dans la première égalité de
son ordre. D'où nous voyons qu'il est
@
86 De la Médecine universelle,
très véritable que les maladies ne se guérissent
pas par les contraires, mais par les
semblables: C'est-à-dire, que la nature
étant aidée & fortifiée par sa même nature,
chasse, & détruit la maladie son
contraire qui lui faisait effort.
Or tout ce qui peut affliger la nature
par maladie, est ou en nous, ou hors de
nous. En nous & avec nous, sont les semences
Astrales Microcosmiques des
maladies. Hors de nous sont les semences
Astrales Macrocosmiques des
maladies, En nous, il faut considérer trois
Astres de santé, savoir les trois principes;
lesquels étant maintenus en un tempérament
d'égalité par le baume de vie
ou Esprit universel, font que toute l'économie
jouit de l'effet ou l'heureuse destinée
d'iceux est bornée. Mais si au contraire,
ce baume ou chaleur Vitale vient
à désister de son mouvement, il est certain
que les Astres des maladies se font
faire place à ceux de la santé: Quoi advenant,
ils exercent l'Empire absolu de leur
domination sur le sujet de leur destinée.
Hors de nous, il faut aussi considérer trois
Astres Macrocosmiques de santé, savoir
les influences Célestes, Elémentaires, &
@
dite Or Potable. 87
Alimentaires. Icelles étant en droite
disposition avec celles du Microcosme ne
laissent jamais d'exercer leur effet de
santé: Mais s'ils viennent à manquer de
cette chaleur Vitale Macrocosmique, il
est certain que le Microcosme n'en recevra
que désordre, perte, & confusion, par
l'effet des semences des maladies qu'ils
lanceront ou introduiront en icelui. Or
d'autant que les paroles ci-dessus, méritent
une grande exposition, nous avons
pensé (vu le petit volume que nous voulons
donner à ce Traité) de la remettre
en notre grande Chirurgie Chimique
médicale; où cela se verra avec toute perfection.
Néanmoins, afin de donner
quelque avant-goût aux Amateurs de la
vraie Médecine, & leur faciliter par quelques
étincelles de clarté, la lumière de
cette Théorie Cabalistico-Médico-Chimique,
disons que les trois substances qui
entrent en la composition du Corps humain
ne se reculent jamais de leur Etre
naturel, que premièrement cette quintessence
Céleste, Balsamique, & Vitale, ne
s'éloigne aussi de son Etre vivifique, ce
qu'avenant pour lors ils se portent à notre
@
88 De la Médecine universelle,
ruine, non tous d'une même façon,
mais en la manière que nous avons enseignée
en notre Bouquet Chimique, en
la Fleur qui traite des Principes, où le
Lecteur est envoyé pour cause de brièveté,
& pour éviter la redite. Or tout
le Général & particulier des maladies
qu'ils produisent en la confusion & désordre
de leur Harmonie (lesquelles on
verra au dit lieu) ne peuvent être, en quelque
façon que ce soit, bannies, extirpées,
& anéanties, que par le retour des rais
vivifiants de ce Phébus Microcosmique:
lequel à l'approche de son semblable, en
étant comme conforté & corroboré,
viennent tous deux ensemble par leurs
vives propriétés à séparer ses semences
morbifiques, qui en l'altération de la nature
détruisaient sans relâche sa substance.
Quant aux maladies Célestes, on les
peut diviser en trois Genres; le premier
procède de l'ire de Dieu; le second de l'influence
des Astres; le Troisième par l'Astuce
& tromperie des Diables, ou des
Sorciers, Magiciens, & empoisonneurs
leurs ministres. Le premier, & le Troisième,
se pourraient vérifier par plusieurs
@
dite Or Potable. 89
exemples, même tirés de l'Ecriture
sainte, comme les soixante mille personnes
qui moururent à cause du péché
de David, &c. Pour le troisième, les ulcères
qui couvraient le Corps de Job, excitées
par le diable, &c. Le tout, pourtant,
par la permission de Dieu, qui lâche quelquefois
la bride à l'ennemi juré du genre
humain, & à ses Ministres Sorciers & Magiciens;
aussi arrête-t-il leurs mauvais desseins
quand il lui plaît, ainsi qu'il fit à Balaam:
mais de ceci plus amplement en ma
grande Chirurgie Chimique Médicale,
quoi que j'en aie parlé en mon livre des
Plaies faites par les Mousquetades, au
chap. 7. des conjurations: C'est pourquoi
je me contenterai de traiter brièvement
en ce lieu, de l'effet des influences
des Astres sur notre corps.
Il faut donc savoir que le Ciel, les
Astres, & les Etoiles, doivent être considérés
en deux façons: savoir le Ciel interne
& le Ciel externe; celui-là est considéré
par le Médecin; celui-ci par l'Astrologue.
Le premier est double Supérieur
& inférieur; Celui-ci est corporel
qui produit les fruits de l'Eau dans le sein
@
90 De la Médecine universelle,
de la Terre selon leur maturité; il est appelé
liqueur primogenie de la vie, autrement
humeur radicale; ou selon les Cabalistes
Chimiques, la Lune Microcosmique,
laquelle conserve le Corps de destruction
& corruption. Celui-là est Spirituel,
lequel agît seulement par sa puissance
& vertu vitale, laquelle on appelle
ordinairement chaleur naturelle, & les
vrais Hermétiques Soleil Microcosmique.
Or comme ce Supérieur en l'homme a besoin
d'être nourri, fomenté, & conservé par
l'inférieur (car à cause que les esprits se
consument d'heure en heure en ce Firmament
Supérieur Microcosmique, ils ont besoin
d'une assidue restauration, mixtion
& composition; c'est pourquoi Hippocrate
a fort bien dit, que la conservation
se continuait par la nutrition) de
même ont-ils besoin tous deux que ceux
du grand Monde leur soient propices;
car il est certain que de la dépravation des
uns vient le plus souvent celle des autres:
c'est-à-dire, que lors que la constellation de
l'Astre du microcosme est irritée, celle du
Macrocosme se joignant avec elle causent
des effets très difficiles à corriger, voire
@
dite Or Potable. 91
& j'ose dire impossible, notamment aux
Médecins du bas étage.
Voilà donc comme le corps humain a
son Ciel, ses Astres, & ses Etoiles: & non
seulement lui en ce qui est de son Général;
mais chaque partie noble en son particulier,
voire même les servantes à icelles.
Tellement que si les Astres, & les
Etoiles du cerveau sont en leur naturel
ordre, & gouvernement Céleste *sydérique,
non seulement lui, mais les parties
qui lui sont soumises sont en bon état
de Santé. Au contraire, en leur détraquement
ils infectent l'Air Microcosmique
par des résolutions Maladives admettant
les mêmes propriétés malignes que le
Ciel Macrocosmique a influées sur lui,
& reçoit ses Etrangers, encore qu'ingrats
& mauvais hôtes. Or cela ne se
doit entendre seulement du cerveau, mais
aussi de toutes les autres parties; car la
même chose qu'on a remarqué en l'une
peut aussi arriver aux autres: Suffit de ceci,
car le reste sera dit avec abondance au
livre ci-dessus promis: Venons maintenant
aux Eléments, & Aliments.
Il est manifeste par ce que dessus, que
@
92 De la Médecine universelle,
les Astres des choses sont cachées dans
les principes, & ceux-ci sont cachés dans
les Eléments, comme dans leurs matrices:
c'est pourquoi tels sont les Eléments, tels
seront les principes, car les enfants tiennent
toujours de la semence de leurs parents.
Que si ces matrices sont mues par
les diverses radiations, aspects, conjonctions
& influences des Astres Célestes,
elles feront paraître leurs effets sur le
corps humain, ainsi que nous avons dit
ci-dessus. Or ces effets bons ou mauvais
ne se peuvent manifester en nous que
par un moyen, à savoir les Eléments, notamment
l'Air, lesquels inspirant continuellement
change le tempérament de
notre nature en bonne, mauvaise, ou neutre
disposition, ainsi qu'il est changé. Car
il est très évident que les Astres, & Etoiles,
quand elles se lèvent héliaquement,
ou se couchent chroniquement (ainsi que
parlent les Astrologues) selon l'ordre du
temps qui leur est ordonné du Créateur,
donnent de si subites & grandes mutations
à l'Air, qu'il advient de là que tout
ce à quoi il s'introduit, entre, & inspire,
participe de son mouvement, bon ou mauvais.
@
dite Or Potable. 93
Ce qui importe grandement d'être
su du Médecin, pour être véritablement
tel; car selon Hippocrate le Médecin
qui ignore l'Astronomie ne mérite
d'en porter le nom. Le même,
lib.de Flat.
(après avoir montré quelle est l'excellence
de cet Elément, de l'inspiration &
& respiration duquel, ni l'homme ni aucun
autre Animal ne se peut passer un
seul moment de temps) dit, que toutes
les maladies qui arrivent au corps humain
s'engendrent tant de l'Air Macrocosmique
que Microcosmique, desquelles ayant fait
le dénombrement il conclut que toutes
les causes d'icelles sont produites d'icelui.
Que si les Eléments peuvent recevoir
altération, combien plus la recevra ce
qui est composé d'iceux. C'est pourquoi
il est certain que les Aliments
(Ainsi que le dit Hippocrate,
lib. de Aliment.).
offensent la chaleur de tous ou l'aident,
offensent la froideur, ou l'aident,
offensent la faculté ou l'aident, &c.
Alimenta
omnium calliditatem laedunt, ac juuant,
& frigiditatem laedunt, ac juuant, &
facultatem laedunt ac juuant, &c. Ce que
Paracelse suivant pas à pas.
in li.defens. dit
@
94 De la Médecine universelle,
en ces termes, rien n'en exempt de venin,
excepté une seule dose, laquelle rend de
soi-même la chose vénéneuse saine & utile.
Car si quelqu'un mange ou boit outre
une certaine dose c'est venin. Et néanmoins
en ce siècle de ventre & de chair,
ou les Sardanapale font litière de la vertu,
& colloquent le vice au suprême degré
d'honneur, on ne voit que des ivrogneries
& gourmandises insatiables; car
leur appétit déréglé ne s'emploie à autre
chose qu'à la recherche de nouvelles viandes
& de nouveaux moyens d'en user, se
remplissant tellement & outre mesure d'icelles
que j'ai horreur quand je pense aux
excès qui se commettent, par ces habitants
du Royaume de Bacchus.
Que si les Aliments ont leur Ciel, leurs
Astres, & leurs Etoiles, comme il est vrai
qu'ils l'ont, & qu'iceux participent de venin
& de Médecine, ainsi qu'ils sont, il est
constant qu'iceux peuvent introduire le
bien & le mal en nos corps: que s'ils le
peuvent dans l'ordre même de la sobriété
(car
Dieta aut est manus Dei, aut venenum,
parac. Chi. Ma. T. 2.) avec plus de raison
dans l'incontinence & dans l'excès. C'est
@
dite Or Potable. 95
pourquoi nous pouvons dire avec certitude,
que,
Plus l'excès de la bouche, & l'appétit
goulu,
Meurtrit ici d'humains que le fer émoulu.
C'est aussi de ce Magasin d'où se tire la
transplantation des maladies: Car un
homme qui sera devenu goutteux par l'excès
de Bacchus & Vénus, père & mère
des maladies, l'enfant qui naîtra de lui
sera sujet à pareil mal; car telle est la semence
des plantes (dit Hippocrate) telle
sera la plante qui en naîtra. Ainsi est de
la Génération de l'homme: car continue-
t-il, Si le père est ladre les enfants qui en naîtront
le seront aussi,
Qui ex Elephantico
parente nati sunt, Elephantici fiunt, quia
in semine impuro vitia parentum remanent,
quae transferuntur in filios.
Voilà brièvement représenté comme
toutes les maladies qui arrivent au corps
humain, sont appelées Deales, Astrales,
Elémentaires, & Alimentaires, auxquelles,
pour les parfaitement guérir, faut apporter
des remèdes Deals, Astrals, Elémentaires,
& Alimentaires. Or, qui prendra
bien garde à cet ordre & dénombrement
@
96 De la Médecine universelle,
verra que ces maladies sont ou spirituelles
ou matérielles, auxquelles il faut
apporter des remèdes de même. Pour
cet effet les Chimiques ont été jusques
ici beaucoup empêchés d'en préparer
qui eussent ces qualités, mais nul d'entr'eux
n'en est encore venu à bout, c'est-à-
dire, d'avoir réduit sa Médecine jusques
à ce point de vertu & faculté que de pouvoir
guérir toutes maladies immédiatement:
si ce n'est par aventure quelqu'un
entre cent mille; qui ait possédé par la
faveur divine, notre incomparable Médecine,
vrai Or Potable & Baume de la
Nature. Car icelui étant de même nature
que notre chaleur native & humeur
radicale, fait tous les effets lui seul que toutes
les Médecines du monde feront jamais
ensemble: avec cette précaution que celle-ci
le fait très assurément, & les autres
casuellement. Tellement que notre Médecine
universelle, Or Potable, ou Azoth, est
diaphorétique & abstergente; altératrice
& exiccante; Alexitaire & corroborante;
spécifique & sympathétique. I. Diaphorétique,
parce qu'elle ouvre les obstructions
des viscères, dissipe les vents causés
ou
@
dite Or Potable. 97
ou de bile, ou de pituite tartreuse flatulente;
& cela, partie par le Sputum, partie
par la sueur, ou par les urines, ou par
les selles, selon la disposition du corps, &
aptitude à tel ou tel effet; bref, elle purge
toute la masse du sang. 2. Altératrice,
parce qu'elle tempère la grande froideur
ou la chaleur, &c. 3. Alexitére, par ce
qu'elle résiste aux vapeurs putrédinales,
vénéneuses & contagieuses, soient en
nous ou hors de nous, telles qu'elles
soient. 4. Spécifique, & sympathétique,
par ce qu'excitant & fortifiant puissamment
la chaleur native, en toutes les parties
du corps, notamment au coeur, elle réduit
en un tempérament d'égalité naturelle
toute l'économie Microcosmique.
Voilà donc cette grande Médecine
universelle, cet Or Potable, quintessence
ou Ciel des Philosophes; lequel
étant contenu aux Animaux, Végétaux,
& Minéraux, est considéré en eux, par
les Philosophes Cabalistico-chimiques,
comme leur Baume, leur Souphre vivifique,
leur Cardiaque & grand Alexitere
Besoardique thériacal: lequel retiré
d'iceux par un Médecin de feu, redonne
@
98 De la Médecine universelle,
puissamment la santé, & préserve
notre corps de toute corruption.
Au seul Dieu Trine en Unité, Père, Fils,
& S. Esprit, soit rendu tout honneur &
gloire, ès siècles des siècles. Amen.
S'il est vrai que cet Or Potable puisse
perpétuer le corps humain en longueur
de jours, outre le terme
ordinaire de la vie des
hommes.
CHAP. VII.

Es le commencement, & aussitôt
que la Nature humaine
imprudemment se laissa choir
de l'état bienheureux, ou
Dieu l'avait mise (dit Saint
Denis) elle fut reçue d'une vie sujette
à beaucoup de passions & de troubles,
qui en fin aboutit à la corruption, & à la
mort. Car il était bien raisonnable
@
dite Or Potable. 99
(continue-t-il) que celui qui par sa pernicieuse
révolte contre la vraie, & l'essentielle
bonté, & qui par la transgression
du commandement qui lui avait été
fait au Paradis terrestre, tant de son propre
mouvement, que par les appâts décevants,
& par les flatteuses tromperies de
son ennemi, avait secoué de dessus son
col le joug qui lui donnait la vie, fut mis
& livré entre les mains des ennemis des
biens divins. D'où vint que notre misérable
Nature fit un échange déplorable,
de l'immortalité avec la mort. Jusques
ici ce Grand & Divin Personnage,
lequel, même dans les ténèbres de
l'infidélité Païenne, a été plus clairvoyant
aux mystères Divins, que plusieurs
des Chrétiens ne sont pas dans
les lumières de l'Evangile. Disons-en
notre pensée, laquelle ne sera pas désagréable,
à mon opinion, aux vrais Amateurs
de cette sainte Philosophie. Ou
l'Univers; dit-il se résout, ou l'Auteur de
la Nature pâtit. En celui-là il croit le commencement
du Monde, contre l'opinion
de plusieurs Philosophes de ce temps-là.
En celui-ci, il reconnaît Dieu s'être
@
100 De la Médecine universelle,
fait homme, en ce qu'il l'avoue pouvait
pâtir. En suite de quoi, il dresse un Autel
au milieu d'Athènes, qu'il inscrit au
Dieu inconnu. O sainte ignorance, par
laquelle il a mieux connu Dieu, que ne
font pas, par aventure, ceux qui professent
sa connaissance.
Saint Denis reconnaît donc Dieu
s'être fait homme & pâtir; & en quel
temps a-t-il eu cette lumière? dans les ténèbres
de la Gentilité. Et du depuis illuminé
du Saint-Esprit il confesse, en sa
Hiérarchie Ecclésiastique, que c'est pour
prendre lui-même par ses mains, sans
l'entremise d'autrui, la charge & le soin
de pourvoir au Salut des hommes.
Il faut ici remarquer que ce Salut, duquel
entend ici parler l'Apôtre de notre
France, ne se doit entendre que pour le dégagement
de la mort Eternelle, à laquelle
notre *Protoplaste s'était rendu esclave
par la transgression du commandement.
Car il est certain que le sang du second
Adam ne nous délivre pas des atteintes
de la mort temporelle; étant raisonnable
que celui qui par sa désobéissance
avait perdu la vie Eternelle & bienheureuse,
@
dite Or Potable. 101
perdit aussi l'avantage qu'icelle
lui donnait de ne mourir jamais de la
mort temporelle ou naturelle: Tellement
que notre Sauveur par sa mort ne
l'a garanti que de celle-là, & non de celle-ci:
Et pourquoi l'aurait-il fait? puisque
lui-même pour le délivrer de l'une
a souffert les agonies de l'autre.
Et c'est ce que veut dire l'Apôtre,
aux Rom.5.
Comme par un homme le péché
est entré au Monde, & par le péché
la mort; ainsi la mort est parvenue sur
tous les hommes, &c. Et plus bas,
Car
si par le forfait d'un, la mort a régné
par un, à plus forte raison ceux qui reçoivent
abondance de Grâce & du don de Justice,
régneront en vie par un, à savoir,
Jésus-Christ. Et ailleurs,
le Corps est mort
à cause du péché, mais l'Esprit vit à cause
de la justification.
Or qu'Adam ne fut pas mort, s'il fût
demeuré en état d'innocence, il appert
en la Sapience, li.I.V.13. Dieu n'a point
fait la Mort, & ne se réjouit pas en la perdition
des Vivants. Et au vers. 14. Il a créé
toutes choses pour être; & a fait les
Nations de tout le Monde guérissables:
@
102 De la Médecine universelle,
Et il n'y a aucun remède de perdition en
icelles, & le royaume des enfers n'est pas
en la terre. Et plus bas, au cha.2.vers.23.
Après que le Sage a parlé contre les Epicuriens
& Athées; il dit, Dieu a créé
l'homme incorruptible, ou inexterminable,
ou bien, selon la Version Française,
immortel, & l'a fait à l'Image de sa semblance:
Mais par l'envie du diable la Mort
est entrée en toute la Terre.
A cette opinion, qu'Adam était immortel,
sont les Conciles tenus contre
Pelagius; savoir, celui de la Palestine,
de Carthage, d'Oronge, &c. lesquels disent
tous, Que quiconque dit que le premier
homme a été fait mortel, de sorte
qu'il mourrait quant au Corps, c'est-à-
dire qu'il sortirait de son corps, soit qu'il
péchât ou ne péchât point, non par le
mérite du péché, mais par la nécessité de
la Nature, soit Anathème.
A ceci on pourrait objecter, que puis
qu'Adam était créé immortel, qu'il ne
pouvait pas mourir, quoi qu'il en arrivât?
à quoi nous pouvons répondre,
qu'il ne fut pas créé actuellement immortel,
ni mortel, mais bien en puissance
@
dite Or Potable. 103
d'être tel: Car ayant été créé libre en sa
volonté il pouvait, s'il eût voulu, éviter
l'effet de la menace que Dieu lui fit; Tu
ne mangeras point du fruit de science,
de bien & de mal; au même temps que
tu en auras mangé tu mourras de mort,
Gen. 2. Il pouvait donc n'en mangeant
point vivre à toujours, puisque c'était à
son choix.
Cet innocent état, auquel était notre
premier Père, était tel que s'il y fût demeuré
il eût été tellement muni contre
les injures & invasions des Eléments,
quand bien même il eût été hors du
Paradis Terrestre, car en icelui les Eléments
y sont tellement purs & en un tel
degré d'égalité que ce qui en est composé
n'est point sujet à corruption) qu'il ne fut
jamais mort. Mais du depuis que par le
péché la mort a été introduite au Monde,
il est certain que nous mourrons, parce
qu'icelle est le gage du péché.
Dès le moment de cette prévarication,
non seulement les Eléments, mais encore
tous les corps qui sont composés
d'iceux, s'armèrent contre lui, pour venger
en la créature la plus noble, l'injure
@
104 De la Médecine universelle,
faite à leur Créateur. Les hommes mêmes
tendent les pièges de la mort contre
les autres hommes: & ainsi cette race, non
contente d'être certains de mourir, ils
veulent anticiper le terme ordonné de
l'Auteur de la vie à toute créature.
Par ce que dessus, il appert qu'il y a deux
morts temporelles, l'une naturelle, qui
est le gage du péché, à laquelle est sujette
toute la lignée d'Adam: l'autre violente
produite par la rage & par l'injustice des
hommes.
Quant à la première, nul ne sait ni
l'heure ni le jour; car il est certain que
tandis que l'humide Radical est en bonne
intelligence avec la chaleur naturelle,
l'homme jouit d'une vie tranquille, &
d'une santé non défaillante. Mais lorsque
cet humide radical vient à être consumé
par la chaleur naturelle, laquelle
voulant de plus en plus subtiliser la substance
de cet humide, fait que successivement
il s'évanouit; si ce Radical de
notre corps n'est fomenté de temps en
temps par notre Azoth, Médecine universelle,
ou Or Potable. Et tant plus facilement
s'évanouit-il, s'il n'est retenu
@
dite Or Potable. 105
& attaché par ce lien indissoluble, qu'il
est d'une substance spirituelle & incorruptible,
& notre corps d'une matérielle &
corruptible: C'est pourquoi il tache incessamment
de s'en dénicher, pour retourner
libre & exempt de tous les empêchements,
à sa première origine dont
il est venu.
Igneus est ollis vigor, & c_lestis origo
Seminibus, quantum non noxia corpora
tardant,
Terrenique hebetant artus, Moribundàque
membra.
Mais, par l'usage de cette excellente &
divine Médecine que dessus, nous le pouvons
tellement arrêter & fortifier en
telle façon, que d'un très long temps
après il ne laissera & n'abandonnera son
domicile, par ce qu'ils sont tous deux
d'une même nature:
Natura non emendatur,
nisi in sua natura propria, disent les
Philosophes Chimiques.
Touchant la seconde, elle arrive par
l'extinction violente de cet esprit de vie,
qui étant d'une merveilleuse célérité, se
sépare de notre corps pesant & terrestre,
plutôt que l'esprit ne l'ait seulement imaginé,
@
106 De la Médecine universelle,
par coups d'épée, poignard, mousquet,
arquebuse, pistolet, suffocation
quelle elle soit, grand & excessif froid,
ou chaleur véhémente, obstructions, ou
faute d'Aliment; & telles autres occurrences,
au moyen desquelles la vie est
soudainement éteinte. Tellement que
suivant ces causes de mort, nous pouvons
définir la vie être le lien de l'Ame avec
le corps; lien qui n'est autre que le moyen
unissant que j'ai dit si souvent en cette
oeuvre être l'Ame du Monde, l'esprit universel,
cette quintessence des Sages, humeur
radicale; Bref, cette grande Médecine
ou Or Potable que plusieurs cherchent,
& que peu trouvent.
Or que l'Ame & le corps n'aient besoin
d'un moyen d'union pour se joindre
ensemble, il appert, même par l'aveu
de tous les Philosophes & Théologiens,
que deux choses diverses ne se peuvent
mêler ensemble que par un tiers qui participe
également de leur nature: L'Ame
est une lumière & substance immortelle
provenant de la Source divine, tellement
produite de la chose incorporelle,
qu'elle dépend entièrement de la vertu
@
dite Or Potable. 107
du premier Agent, Aussi disent-ils
qu'elle se meut volontairement. Le corps
est une matière toute terrestre, composée
de la matière de l'Elément, grossier
pesant, immobile de soi-même, par
quoi il dégénère fort de l'Ame; & pour
ce sujet il ne se pourrait jamais joindre
à icelle n'était un tiers & médiateur participant
naturellement de l'un & de l'autre,
qui est déjà comme un corps, & déjà
comme une Ame, & maintenant comme
n'étant pas corps, mais Ame seulement
qui
habet aures audiendi audiat.
Il faut donc remarquer éternellement
que l'Ame, cette forme des formes, n'est
pas celle qui se sépare premièrement de
la matière, ni la matière ne se lasse jamais
de fournir de domicilie à sa forme; tellement
que tous deux, tandis qu'ils sont
unis ensemble ne manquent jamais à se
maintenir en l'être auquel la première
cause les a destinés. Si bien, que si jamais
ils n'étaient désunis, ils seraient toujours
en une progression de vie non défaillante.
Tellement que la désunion
de ce composé n'arrive que par le manquement
@
108 De la Médecine universelle,
de ce qui les tenait liés ensemble;
car tandis que la lampe est pleine
d'huile la lumière ne s'éteint point: pendant
que l'humeur radicale fomente, arrose,
& vivifie notre chaleur naturelle,
les rides de la vieillesse ne sillonnent point
notre visage: Et quoique nous ne puissions
éviter la mort décrétale, si est-ce
que nous y allons accompagnés d'une
santé toujours riante. Notre premier
Père, & tous ceux qui vécurent en la loi
de Nature abondaient tellement en la
pureté de cette humeur, qu'ils possédèrent
l'âge de huit, ou neuf cents ans sans
être atteints d'aucunes des maladies qui
maintenant nous font la guerre. La raison
n'est autre, sinon, que comme les enfants
participent de la semence des pères,
de mêmes ceux du premier siècle participaient
de cette pureté des Eléments dont
était composé notre premier Père: Car
il est vrai que les Eléments au Paradis Terrestre
étaient en un tel degré de pureté,
que ce qui en était composé ne défaillait
point (ainsi que nous avons dit ci-
dessus) Tellement que si Adam eût toujours
fait sa demeure en icelui il ne fût
@
dite Or Potable. 109
jamais mort, non pas même après le péché;
ainsi qu'il appert que Dieu le chassa
du Paradis afin qu'il ne mangeât du fruit
de vie, qui seul le pouvait rendre immortel:
Et la raison est, ainsi que tiennent plusieurs
graves Interprètes, sur la Genèse,
Que ce fruit avait cette propriété naturelle
de réparer solidement l'humide radical
qui avait été consommé par la chaleur.
Adonc, dit Dieu,
Voilà, Adam est
devenu comme un de nous, sachant le bien
& le mal. Or maintenant, de peur qu'il
n'avance sa main, & prenne aussi de l'Arbre
de vie, & en mange, & vive à toujours-
mais. Et le Seigneur Dieu donc l'envoya hors
du jardin de volupté, pour labourer la Terre
de laquelle il avait été pris: Genèse 3. En
laquelle les Eléments sont tellement *co-inquinés
des hétérogénéités corruptibles,
qu'ils amènent peu à peu ce qui en
est composé à la corruption.
C'est pourquoi, nous qui vivons en ce
dernier siècle, l'égout & la sentine du
malheur des siècles passés, participons
moins de cet esprit vivifiant que plus
nous sommes éloignés de celui en l'intégrité
duquel notre premier Père vivait:
@
110 De la Médecine universelle,
soit, ou par ce que le glaive de feu dissipe
plus l'humeur radicale, source de notre
vie; ou que l'intempérance la suffoque
tout à fait. A quoi, pour en empêcher
le progrès, nous devons opposer deux
choses: à celle-là, notre Or Potable,
Médecine Solaire, universelle & Balsamique:
à celle-ci, la Sobriété, laquelle
est une tempérance qui prescrit la médiocrité
au boire & au manger: Médiocrité,
seule gardienne de la santé du
corps, & de la clarté & vigueur de l'esprit:
Médiocrité, qui empêche que l'entendement
ne reçoive la loi du ventre
ni des convoitises bestiales: Médiocrité
qui fait une jeune vieillesse, & une décrépitude
robuste: Bref, Médiocrité qui
apprend à manger pour vivre, & non
à vivre pour manger. Aussi est-ce celle-
là jointe avec notre Azoth, qui feront,
par leur usage, que notre corps droit &
vigoureux, le visage agréable & vermeil,
accompagné de la liberté de l'esprit, nous
attendrons ce doux moment auquel il
plaira à Dieu de nous retirer à lui; ou
par le brisement de cette prison de l'âme
notre corps; ou par la transmutation
@
dite Or Potable. 111
soudaine d'icelui, ainsi que le dit l'Apôtre
aux Corinthiens,I.chap.15.
Voici,
Je vous dis un secret: vrai est que nous ne
dormirons point tous, mais nous serons tous
transmués. En un moment, & en un jet
d'oeil à la dernière trompette (car elle sonnera)
& les Morts ressusciteront incorruptibles,
& nous serons transmués. Ce qui
se doit entendre de ceux qui seront au
jour, & au moment du dernier Jugement;
auxquels cette transmutation servira
de ce passage de mort pour les mener
à la vie; car alors le corruptible vêtira
la Gloire, & notre corps mortel
l'immortalité, dit l'Apôtre au lieu ci-
dessus cité.
Quelque esprit de bas aloi se pourrait
ici blesser, en ce que je dis que notre vie
pourrait être prolongée jusques au Jugement;
mais il faut qu'il sache que,
naturellement parlant, notre vie peut
être perpétuée jusque-là, si Dieu le
permet: Car il n'y a nul lieu de douter
que tandis que notre Soleil & notre
Lune seront en égalité d'intelligence,
l'Eclipse de notre vie n'arrivera pas. Et
que tandis que la Prudence & la Sobriété
@
112 De la Médecine universelle,
ménageront notre liberté l'Esclavage
de la Mort ne nous maîtrisera point.
Bref, pendant que la Sapience sera l'hôtesse
de notre entendement, jamais la
vie ne manquera en nous, parce qu'elle
est l'Arbre de vie même. Tandis que
nous nous amusons au fruit de la Science
de bien & de mal, qui est la Prudence
humaine, dit le Zohar, nous quittons
l'Arbre de vie, qui est la Sapience. Devant
qu'Adam eût transgressé, dit-il;
il était fait participant de la Sapience
de la lumière Supérieure, ne s'étant
point encore séparé de l'Arbre de vie:
Mais lors que la Curiosité l'eut attiré à
la connaissance des choses, non seulement
inutiles, mais dommageables; cette
curiosité ne cessa qu'elle ne l'eût tout
à fait dépouillé de la vie pour l'incorporer
à la mort. Sur quoi il faut noter
que s'il se fût tenu ferme, lié, & collé
à cette sainte Sapience, jamais il ne fût
déchu; la curiosité de goûter des choses
basses, passagères, & transitoires ne
l'eût pas trompé: Car avec icelle il possédait
la connaissance de toutes choses.
Par icelle, dit le Sage au chap. 17. J'ai
@
dite Or Potable. 113
eu parfaitement connaissance de tout
ce qui à être, de leurs vertus, & des choses
secrètes qui n'ont pas encore été
connues; de la disposition de toute la
terre, & des vertus des Eléments, du commencement,
consommation & milieu
des temps; des changements, renouvellements
& diversités d'iceux. Aussi le
même au Chap. 51. de l'Ecclésiastique,
V. 18. dit que quand il était jeune enfant,
avant qu'il fût enveloppé d'erreurs, il demandait
publiquement au Temple, en
ses Oraisons, Sapience, & il l'a possédée
& s'en est réjoui. Puis il invite tous hommes
à la rechercher: car avec elle on possède
toute abondance d'Or & d'Argent.
C'est pourquoi Job, Chap. 28. Après
avoir fait un dénombrement des Métaux,
Minéraux, Eaux, Pierres & Pierres
précieuses, dit que la crainte du Seigneur
est la même Sapience, & se retirer du
mal est intelligence. A quoi convient ce
que le Sage dit en la Sapience, Chap. 6.
V. 19. que le désir de Sapience est l'observation
des commandements, & icelle est
la consommation d'incorruption & incorruption
fait être prochain de Dieu:
@
114 De la Médecine universelle,
& ainsi le désir de Sapience mène au règne
Eternel. Auquel nous conduise le
Père, le Fils, & le Saint-Esprit. Amen.
F I N.
Possidè Sapientiam, quia Aurô melior est,
& aquire Prudentiam, quia preciosor est
Argentô. Salom. in Pro. cap.16.V.16.
@
A D D I T I O N
A
L'O R P O T A B L E,
CONTENANT
L E G R A N D M I R O I R
DE LA NATURE,
Où est enseigné quel doit être le vrai
Artiste, le procédé de la Nature &
de l'Art, pour parvenir à la grande
oeuvre Physique.
Par le même Auteur.
M. DC. XXXIII.
@
@
117
A V A N T-P R O P O S.
Mi Lecteur, Il y a
quelques années que la
Médecine Hermétique,
que je professe, me fit connaître
d'un Seigneur de qualité, au
moyen de la guérison d'une Maladie
autant difficile à la Médecine ordinaire
qu'elle s'est trouvée miraculeuse au
sentiment des gens de bien qui chérissent
la vertu. Et comme cette cure inespérée
donna matière à plusieurs d'admirer
& bénir la miséricorde de Dieu
en ses créatures, elle donna aussi sujet
à beaucoup de vomir le Fiel de leur envie
contre l'intégrité de ma conscience.
Cet effort de calomnie fût tellement
@
118 AVANT-PROPOS
violent, que je crus dès lors n'y avoir aucun
lieu d'en taire mon ressentiment.
C'est pourquoi faisant imprimer mon
Hydre Morbifique exterminée par
l'Hercule Chimique, j'y joignis une
Apologie sur ce sujet; & du depuis j'en
ai encore touché, comme en passant,
tout à l'entrée de la préface sur mon
Bouquet Chimique. Ce Seigneur donc,
étant dans l'admiration de cette cure,
voulut ouïr de moi l'ordre que j'y avais
tenu, & les remèdes desquels je m'étais
servis: ce qui me donna une grande
consolation; car je n'avais jamais espéré
que la vraie Médecine trouvât de
l'étaiement parmi la Pompe, le Pourpre,
les Palais & les Louvres. Aussi
ce que je lui en fis voir & toucher au
doigt, était tellement plein de merveille,
qu'il jugea dès lors (comme c'est un esprit
très rare & très éminent) que c'était
l'unique & véritable moyen de sass**vanter
@
AVANT-PROPOS 119
& *sanifier. Et pour faire voir
qu'il ne négligeait pas ce souverain bien
en la Nature, tant pour ses amis, que le
reste des hommes qui le pourront acquérir
(étant vrai que l'effet en a été jusques
à présent plus désiré qu'attendu eu
égard à l'ignorance des faux Chimiques)
il me pria d'en diriger quelque
chose par écrit; Enigmatiquement pourtant,
car il n'est pas permis de traiter
trivialement des mystères les plus relevés
en la nature; ni de présenter les
choses rares & excellentes à visage découvert,
à cette fin (comme dit le Sauveur
de nos âmes) que les pierres précieuses
ne soient foulées par les pourceaux:
ainsi que nous avons déjà avancé
ci-devant en notre Préface sur
l'Or Potable: Etant vrai que tous les
Sages & Philosophes anciens ont enveloppé
les mystères des choses, & de la
vraie Philosophie dans l'obscurité de
@
120 AVANT-PROPOS
leurs sentences: Ce que Pythagore nous a
voulu apprendre, par son silence de cinq
ans; & les Egyptiens par leur Sphinx;
les Perses souverains Philosophes entre
tous les autres, les Brahmanes & Gymnosophistes
par leurs Hiéroglyphes. Et
l'ancien des Sages, Jésus-Christ, a tellement
aimé cette façon d'enseigner
qu'il ne communiquait aux Juifs sa doctrine
qu'en paraboles. (qui ne sont que
similitudes, déguisements, & Enigmes
enveloppés d'intelligences obscures)
ce qu'il faisait avec dessein de se
faire mieux entendre, ainsi que dit S.
Chrysostome en son Homélie 46. mais
à qui? à ceux qui avaient été choisis à
cet effet par le Père des lumières; n'étant
à propos de donner la chose Ste aux
chiens; aussi n'entreront-ils jamais au
Royaume de Dieu, ainsi qu'il est dit dans
l'Apocalypse, cha. 22. Voici donc conjointement
avec mon Or Potable, une
@
AVANT-PROPOS 121
Enigme Philosophique qui contient le
grand bien des Sages: laquelle sera bientôt
suivie de l'ouverture de l'Ecole de
philosophie transmutatoire métallique,
Dieu aidant, dans laquelle on verra
l'interprétation au vrai sens de tous les
styles desquels les habitants de la montagne
Chimique se sont servis, pour cacher
leur terre feuillée aux impies ennemis
jurés de Dieu, & des doctes nourrissons
de la nature. Leurs Allégories,
Paraboles, Problèmes, Tipes, Enigmes,
dires naturels, Fables, Portraits, &
Figures y seront parfaitement expliqués
& mis en leur jour. Les accompagnant
de la vraie exposition de la matière,
si une ou plus, son nom si un ou plus,
ses circonstances, ses actions & opérations,
le lieu & le temps auxquels elle se
trouve: conséquemment qu'elle est cette
matière, & comme vraiment elle se
nomme. Ensuite nous déduirons le
@
122 AVANT-PROPOS
moyen d'opérer en cet Art, si un ou plus
& quel. Et tout d'une main, le Feu, le
Four, le Vaisseau, Poids, Temps, & lieu
de l'Opération: Ensemble le Temps de
la perfection, les Signes, ou Couleurs,
finalement la naissance, Augmentation,
& Projection de la pierre. Ce qui fera
voir à l'oeil & toucher au doigt l'accord
de tous les vrais Secrétaires de la nature,
quoi que discordant en apparence
par la diversité de leurs styles: Et par ce
moyen, ayant découvert la vérité de cet
Art, on avouera que son utilité est incomparable.
Voire & j'oserai dire que sans
lui notre vie n'est qu'une mort; notre
repos un tourment & agitation, notre
calme une mer agitée des flots écumeux
de toutes sortes de misères. Car outre
que Dieu nous rend possesseurs par icelui
d'une source perpétuelle de richesses
qui ne tarit jamais, & d'une santé non
défaillante que lors qu'il plaira à Dieu;
@
AVANT-PROPOS 123
il nous donne encore la Science & la Sagesse,
lesquelles ont cette prérogative de
nous donner la clef pour ouvrir le Cabinet
de la nature, & nous rendre jouissants
de ses effets les plus cachés. C'est pourquoi
on peut dire avec vérité que tous
les arts ont puisé de celui-ci, ainsi
qu'autrefois les plus grands Sculpteurs
tiraient les meilleurs traits & linéaments
de leurs ouvrages de la seule statue
de Policlitus. Tellement qu'étant
possesseurs de cet Art, notre vie est environnée
de murailles si fortes que nous
pouvons dire hardiment, viennent quand
elles voudront, les maladies, viennent les
pauvretés, viennent les chagrins, les
soucis, & la perte, elles ne feront aucune
brèche à cette Citadelle; laquelle
étant à l'épreuve de toutes les bourrasques
de la Mer, de tous les accidents de la
Terre, des changements des Airs & des
influences du Ciel, en brave tous les effets:
@
124 AVANT-PROPOS
Tellement qu'étant comblés de
tout ce qu'on peut souhaiter en Terre,
on n'aspire à autre chose qu'à un quatrième
bien qui durera éternellement,
lequel est la jouissance du Créateur de
toutes choses. Auquel, Père, fils, &
Saint-Esprit, soit rendu tout honneur
& gloire. Amen.
@
125
E N I G M E.

IEN que l'homme
soit un Animal
sociable & qu'il ne
puisse bonnement
se passer de la conversation
des autres
ses semblables; néanmoins
l'ingratitude & la méconnaissance
(vice trop commun en ce Siècle
perverti) donnent occasion aux
hommes Sages, & Ames bien nées
de se reléguer dans le Cabinet de
leurs saintes Méditations. Car
voyant que le vice & la perfidie,
marchent à l'égal voire & surpassent
@
126 De la Médecine universelle,
la vertu, que toutes choses se
vendent, & qu'on fait gloire de
tromper son compagnon; qui serais
celui qui ayant la crainte de
l'Eternel voulut vivre ainsi sans
Foi, sans Loi, parmi les enfants de
la Terre. C'est pourquoi à l'exemple
de ses bons pères anciens qui de
leur gré se bannissant de la Turbe
tumultueuse du Populaire, se retiraient
dans les déserts pour avec
plus de tranquillité d'esprit contempler
la grandeur immense de Dieu
& les effets de ses merveilles. A leur
exemple, dis-je, un jour environ le
mois de Mai, je m'acheminai à
une prairie tapissée d'une agréable
verdure, & diaprée d'un nombre
infini de belles fleurs; dont la diversité
de leur émail ravissait mon
esprit en la contemplation de tant
d'excellences que j'y remarquai.
@
dite Or Potable. 127
A quoi contribuait beaucoup une
infinité de toutes sortes d'arbres
fruitiers, avec une belle forêt
verdoyante laquelle faisait comme
le clos de ce petit Paradis Terrestre.
Tellement que l'odeur doux
flairant qu'un amoureux Zéphyr
faisait goûtera mon odorat, avec
la diversité des objets qui ravissaient
mon oeil, joint la tranquillité du
lieu, me firent résoudre d'y passer la
journée. Et comme j'étais en cette
délibération; voici que je vis
un homme ayant toute sa tête en
feu; lequel plongeant un flambeau
qu'il tenait en sa main, dans un
Ruisseau qui coulait au milieu de
cette prairie, il en fît sortir un grand
& furieux Dragon ayant sa gueule
béante; qui au même temps dévora
un jeune homme qui était à
la rive de ce Ruisseau; lequel avait
@
128 De la Médecine universelle,
le visage clair comme la Lune, &
les cheveux reluisants comme les
rayons du Soleil. Or après que ce
Dragon eût dévoré ce jouvenceau
il s'en alla cacher dans une caverne
qui était au pied d'une grande
montagne; & cet homme le suivant
toujours de près entra avec
lui, fermant une porte qui était à
l'entrée de cette caverne. Je fus tellement
surpris de frayeur que tombant
à terre je demeurai longtemps
évanoui: Et en cette pâmoison
il me sembla de voir une femme
toute nue, laquelle tenait en sa
main dextre le Feu, & en sa senestre
l'Eau; ces deux montaient à la
fois, celle-ci d'un côté, & celui-là
de l'autre vers un Soleil qui dardait
droitement ses rayons dessus;
& ce Feu, & cette Eau, s'arrêtaient
à un gros *estoeuf d'Argile
@
dite Or Potable. 129
noire sur laquelle avait peint un
petit monde: Cet *estoeuf empêchait
qu'iceux, Eau, & Feu, ne pouvaient
aller jusques au Soleil; mais
se mêlant ensemble se changèrent
tous deux en Eau très claire &
limpide. Après, je vis Saturne lequel
puisait, avec un vaisseau de
verre très diaphane, de cette eau de
laquelle un Phébus s'était engendré,
& l'offrait à Jupiter, qui étendant
sa main comme pour lui donner
sa bénédiction, cette Eau se
changea au même temps en un
Mercure nu. Ensuite ce Mercure
tenant une épée de fin Acier entre
ses mains, en porta un coup au
travers du corps du susdit Phébus;
& Saturne, avec son vaisseau, recevait
le sang qui coulait de sa plaie,
le faisant boire après au dit Phébus;
qui à mesure qu'il le buvait se
@
130 De la Médecine universelle,
changeait en Phénix, lequel s'alla
brûler aux pieds du grand Prêtre
d'Egypte. Conséquemment je vis
comme Saturne donnait une herbe,
cueillie sur sa montagne, à Vulcan,
qui *l'épreignant entre ses
mains en tira un suc que Saturne reçut
en son vaisseau de verre; & d'icelui
il en arrosa les cendres du
Phénix, desquelles naquit un autre
Phénix plus beau de beaucoup
que le précédent. Icelui se voulant
élever au Ciel, Mercure lui tira
un coup de flèche au travers du
corps; & le sang qui coulait de sa
plaie était reçu par le grand Prêtre
avec le vaisseau de Saturne; duquel
il donna à boire au Phénix qui
était tombé du coup, lequel, à mesure
qu'il buvait, se changeait en Phébus
beaucoup plus splendide, riche,
& magnifique, qu'auparavant. En
@
dite Or Potable. 131
outre je vis le dit Phébus couvert
de sept robes Royales assis sur un
trône d'Or, à degrés d'Argent,
& les accoudoirs remplis de Rubis
& Diamants: icelui *départait à
chacun des Dieux ses compagnons,
qui le venaient visiter tous nus,
une robe Royale les faisant riches
à jamais. Mais Mercure, ingrat
& méconnaissant, ne se contentant
pas de celle qu'il avait eue,
voulant encore avoir celle qui lui
restait, la tirant par un bout, de l'une
de ses mains, de l'autre lui donna
un coup de son épée au travers
du corps à dessein de le tuer; mais il
se changea au même temps en fontaine,
ou ces Dieux s'étant lavés en
sortaient pareils au Phébus avant
qu'être changé en fontaine: duquel
ne resta rien que le trône du
pied duquel jaillissait ladite fontaine,
@
132 De la Médecine universelle,
de laquelle on le pouvait appeler
origine & source. D'ailleurs, je
vis arriver grand nombre d'infirmes,
qui s'étant lavés en ladite fontaine
en sortirent accompagnés de
leur *pristine santé. Alors les voulant
enquérir du mal qui les avait travaillés
j'ouïs ouvrir la porte de la
Caverne ou était entré le Dragon;
de laquelle sortit un grand Aigle
ayant les plumes de ses ailes beaucoup
plus lumineuses que le Soleil;
qui volant par grande véhémence
contre moi je revins de mon
évanouissement, comme si j'eusse
été éveillé en sursaut d'un profond
sommeil.
@
133
E X E R C I T A T I O N.

Lors nouvelles pensées,
nées des divers objets
de ma vision, saisissant
mon esprit, je vis une
belle Dame, que je reconnus
être celle que
j'avais vue ci-dessus. Icelle me prenant
par la main, me mena en une Galerie qui
était à l'orée d'un bois, où elle me montra
le grand miroir de la Nature, de la
glace duquel (par la réflexion qu'elle faisait
dans le ruisseau) j'avais vu, comme
en vision, ce que dessus: mais dans icelui
je vis à plein toutes les représentations susdites
avec leurs vraies explications: & finalement
je connus cette Dame être la
Nature même, qui favorablement s'était
manifestée à moi.
Or elle connaissant mon parentage,
& sachant au vrai que l'Amour que je lui
portais était ferme, stable, & non sujet
@
134 De la Médecine universelle,
au changement, me fit présent (en signe
qu'elle acceptait mon service) des
trois principales clefs de son Palais, afin
que par icelles j'eusse l'entrée & la sortie
libres en icelui. Ces trois clefs étaient
attachées à trois cordons de soie laquelle
avait été filée à l'entour du Rinceau du
destin sortant du Cahos; ainsi qu'on le verra
dans ma
triple clef du sacré cabinet de la
nature; comme aussi en ma
promenade de l'univers,
&c. Je n'oublierai pas aussi d'en
parler bien amplement & par précaution,
en mon
Harmonie Macro-micro-cosmique,
qui verra bientôt le jour, aidant Dieu.
Ces trois cordons étaient de trois couleurs
différentes; savoir, noir, blanc, &
rouge: lesquelles au langage Cabalistico-
Chimique, sont prises pour les trois premiers
principes *principians; savoir, matière,
forme & moyen unissant, que j'appelle
esprit génératif, par ce qu'il contient
en soi les semences de toutes choses inférieures.
La première, est dite matière du mot
Latin
mater, aussi est-elle la mère la matrice,
le pur réceptacle de tout ce que
nous voyons au monde Elémentaire; à
@
dite Or Potable. 135
raison de quoi elle donne le corps, la
coagulation, la solidité, la couleur, &
le goût.
La seconde, est dite Forme, laquelle
entre toutes les pièces du composé naturel
est tenue des Sages pour la plus excellente
en dignité: aussi étant pur acte universel
elle est dite à bon droit la beauté
& la gloire de la matière. Or elle tempérant,
par la bénignité de son mélange, la
coagulation, donne la substance & la transmutation.
Le troisième, est le moyen d'union, lequel,
comme étant l'Elixir, donne les vertus,
les forces, les propriétés, & les Secrets,
par un assidu arrosement de liqueur
vitale & végétante. Tellement que
la matière & la forme, d'elles-mêmes, seraient
incapables de Génération si elles
n'avaient le Générer: car quoi que celle-
là soit considérée comme patiente, & celle-
ci comme agente; néanmoins ces deux
extrêmes ne se pourraient jamais unir,
pour faire les productions, s'il n'intervenait
un moyen qui par sa relation naturelle
non de mélange, à l'un & à l'autre de
ces deux, les conjoignit en telle façon que
@
136 De la Médecine universelle,
la Génération sortit son effet. Et c'est l'unanime
consentement de tous les vrais
Philosophes que deux opposés ne se joignent
jamais (ainsi que nous avons dit tant
de fois en cette oeuvre) sans moyen. Or est-
il que la Forme est un principe universel
indépendant en la nature, tout spirituel &
tout acte: & la matière aussi un principe
universel indépendant, tout corporel fixe
& tout puissance, comment serait-il
possible que ces deux si éloignés s'approchassent
pour s'unir ensemble sans un
moyen? cela est hors de répartie.
Ce moyen peut être défini un esprit
éthéré corporel, ou un corps éthéré spirituel
(que nous avons dit ci-dessus au
chap. 7. être déjà comme un corps, &
déjà comme une Ame, & maintenant
comme n'étant pas corps mais âme seulement)
pénétrant par toute la machine du
monde, & étant une substance fluide il a
été affermi, par la parole de Dieu, là-haut
au firmament, lequel est incorporé en
toute la masse sublunaire: Et comme il
est universel, aussi est-il de même substance
& essence. Etant véritable, ainsi
que le veulent les Cabalistes Chimiques,
@
dite Or Potable. 137
qu'il n'y a qu'un Ciel, celui qui est ici-bas
étant le même que celui qui est là-haut;
& lequel, par ma laborieuse étude &
pénible exercice, j'ai manifesté ci-dessus,
parlant de l'Or Potable, pour l'usage
des hommes Sages & craignant
Dieu.
J'aurais beaucoup de choses à dire ici
touchant ce moyen d'union, pour montrer
comme il est principe essentiel, qu'il
n'est point mixte de matière & de forme
(ce que certains quidams m'ont autrefois
objecté) & la nécessité d'icelui pour l'union
de ces deux extrêmes qui ne sont jamais
seuls un composé, tant pour leurs divers
effets que pour leurs diverses situations:
comme il donne la vertu à la matière,
en la dissolvant, pour être actuée
& ainsi de toutes les autres propriétés que
nous lui avons attribuées comme lui
étant essentielles; mais cela est réservé
aux feuillets d'un autre volume; c'est
pourquoi nous reviendrons à notre dessein.
Pour continuer, donc, disons que ce
que dessus étant pris trop largement nous
resserrerons un peu notre raisonnement
@
138 De la Médecine universelle,
afin de faire mieux comprendre les véritables
effets de la nature. C'est pourquoi
élevant notre esprit disons, que ces trois
principes se doivent considérer en leur
pure simplicité suprême, & ainsi être
l'essence des corps en tant que tels. Or ces
corps où ils sont simples où ils sont mixtes:
ceux-là purement homogènes comme
les Eléments & les Cieux: ceux-ci
hétérogènes, & tels sont tout ce qui se voit
ès trois genres sublunaires; savoir, Minéraux,
Végétaux, & Animaux. Or d'autant
qu'on trouve de la matérialité en la
différence Générique des corps comme
une forme pure en la spécifique, nous dirons
que les Corps mixtes sont composés
de trois principes principiés; savoir,
Sel, Souphre, & Mercure, parce que l'Analyse
matérielle s'en peut faire manuellement.
Que si nous la voulons faire spirituellement
nous trouverons que son Analyse
en matière, forme, & moyen unissant,
est purement Essentielle. Et ceci est pour
réponse à ceux qui voudraient alléguer
que la matière & la forme ne peuvent recevoir
d'Analyse sans détruire l'essence
du mixte, car par l'union des deux Substances
@
dite Or Potable. 139
ci-dessus nommées (disent-ils)
le composé reçoit son être de composé
substantiel? c'est pourquoi je leur concède
pour ce coup ces principes premiers &
*remots être substances invisibles; à raison
de quoi j'ai dit que leur analyse était
spirituelle. Mais quant aux principes seconds
& prochains, je ne crois pas que
personne (pourvu qu'elle ait tant soit
peu d'Art & de bonne connaissance démonstrative)
veuille nier que leur analyse
ne tombe sous nos sens. Ces principes
prochains sont ceux que les vrais Spagyristes
appellent Sel, Mercure, & Souphre;
& que les Cabalistes Hébreux ont
dénoté par leurs trois lettres-mères,
Aleph,
Mem, & Schin: l'Aleph, dénotant le Sel, de
nature de Terre dont tout est produit ici-
bas: le
Mem, la substance Mercurielle
de nature d'Eau: & le
Schin, le Souphre
Spirituel de nature de Feu.
Mais pour faire voir qu'il y a de l'analogie
des premiers aux seconds il se faut
souvenir de ce que nous avons dit ci-devant
au chap. I. parlant de l'Or Potable,
que Moïse ce Sacré Historien du chef-
d'oeuvre Divin la création, apporte pour
@
140 De la Médecine universelle,
Principes le Ciel & la Terre; & l'esprit du
Seigneur qui voltigeait sur les Eaux. Or
cette Terre est prise pour la matière, le
Ciel pour la forme (c'est pourquoi les Philosophes
ont appelé leur quintessence
Ciel) & l'esprit incréé qui séparant les
ténèbres de la lumière fit paraître l'esprit
créé, moyen d'union entre cette matière
& cette forme. Or comme il est impossible
à la main humaine de faire paraître
ces principes en leur naissance, l'esprit y a
apporté quelque chose du sien; & les examinant
de plus près il a trouvé que, suivant
leurs actions naturellement jusques aux
Principes, la main, conduite de l'Art, peut
arriver jusqu'à la pureté compréhensible
d'iceux. Il est certain pourtant que ces
trois principes premiers en firent paraître
des moyens savoir les quatre Eléments,
ainsi que nous avons dit au chapitre
sus allégué: Et c'est en cette façon. Cette
Forme ou Ciel fit paraître le Feu mêlé
d'Air; cette Matière la Terre mêlée d'Eau;
& ce moyen d'union l'Air mêlé d'Eau.
Et comme ces principes premiers firent
paraître les Eléments, ceux-ci manifestèrent
les principes seconds, ou l'effet intentionnel
@
dite Or Potable. 141
des premiers en la composition de
toutes choses. Car le Feu agissant contre
l'Air produisit le Souphre; l'Air agissant
contre l'Eau produisit le Mercure; &
l'Eau agissant contre la Terre, produisit le
Sel, ainsi que nous avons dit en notre Hydre
morbifique. Et la Terre ne trouvant
pas contre qui agir, est demeurée la Matrice
& la Gardienne de tout ce que les autres
ont produit par leurs actions en icelle.
Tellement que tout ce qu'il y a de
mixtes, de composés, d'espèces, & d'individualité
en la nature participent, en leur
composition, de ses trois principes principiés.
Cela étant indubitable, comme l'on
ne me le peut nier, n'est-il pas certain que
résolvant les corps (car il est vrai selon
Aristote même que toutes choses se résolvent
en ce de quoi elles sont composées)
nous trouverons par la rejection de
leurs habillements, ou accidents extrinsèques,
ces trois principes. Que si derechef
nous résolvons ces trois principes, séparant
d'eux les accidents extrinsèques, nous
viendrons jusques à la pureté des moyens
Eléments; & de ceux-ci à l'inexterminable
existence des premiers: Mais comme
@
142 De la Médecine universelle,
cela ne se peut bonnement comprendre
par les sens (sinon par les plus épurés Artistes)
nous disons que cette analyse est
plutôt spirituelle que sensuelle.
Toutefois bien que ces trois principes
principiés soient analogues aux principes
*principians, néanmoins si faut-il y considérer
le *principié; & cela se fait moyennant
la pureté des Eléments ou le Ciel:
tellement que par icelui l'invisible nous
est fait visible, le spirituel corporel, &
le volatil fixe. En quoi on peut considérer
une telle relation & convenance,
qu'on peut dire, après Hermès, que ce
qui est en haut, est comme ce qui est en
bas; & par conversion, ce qui est en bas
est comme ce qui est en haut. Car si l'on
considère en la pureté des Eléments un
Corps une Ame, & un Esprit, on les doit
pareillement remarquer en leurs fruits.
Et si on les connaît au concret des choses,
j'ose dire qu'ils sont aussi en l'abstrait. A
ceci se rapporte fort bien ce que dit S. Jean
en sa première Canonique:
il y en a trois
qui donnent témoignage au Ciel, le père, le
Verbe & l'esprit saint, & ces trois sont un.
Trois pareillement qui rendent témoignage
en Terre; à savoir, l'Esprit, l'Eau & le Sang:
@
dite Or Potable. 143
là où il met le Sang, pour le Feu. Du Feu
furent faits les Cieux (notamment celui
qui environne la Sacro-sainte Majesté)
& la Terre de l'Eau. L'Air en après est
formé de l'Esprit qui participe naturellement
de ces deux extrêmes ou contenants,
comme les appelle la Turbe des Philosophes,
Feu & Eau. Que si nous prenons
garde de près à ceci nous trouverons qu'il
n'y a que deux Eléments, savoir l'Eau & le
Feu, qui est le Ciel & la Terre de Moïse;
celle-ci fait paraître le Feu, & celle-là
l'Air; sans lesquels nulle chose ne serait
non seulement produite, mais ne pourrait
pas même subsister. Disons davantage
que de cette Eau, par l'action du Feu,
se sépare la Terre:
Ex grossite aquae terra
concreatur, ainsi que le dit l'Aristote Chimique
en la Turbe des Philosophes. O
bénite Eau! ô terre Sainte! jusques à
quand? Cette Eau nous donne la vraie
Chimie, cet esprit la Cabale; & ce Feu
la Magie: Sciences Mystiques par lesquelles
nous venons à la vraie connaissance
des trois mondes; savoir, par la
Cabale à l'intelligible; par la Magie au
Céleste; & par la Chimie à l'Elémentaire.
@
144 De la Médecine universelle,
O Sacré Ternaire tant magnifié de
Platon au Timée en la première production
du monde; ou montrant que le
monde sensible a été créé à l'exemple
de l'intelligible, intervenant le Ciel ou
Ame du monde, laquelle il dit être participante
de la substance indivisible, &
divisible, faisant comme une tierce espèce
d'essence que Dieu mit, dit-il, entre ces
deux extrêmes, autrement impossibles à
conjoindre: il fait voir très palpablement
la matière, la forme, & le moyen unissant,
& partant cette vraie connaissance
des principes possédée de longue main,
non seulement par Platon, mais bien longtemps
avant qu'il fût par Hermès; ce
qui est en bas est comme ce qui est en
haut; son père est le Soleil, pris pour
la forme; & la Lune sa mère, pris pour la
matière; & le vent la porte en son ventre;
là où il prend le vent pour le médium
qui joint les deux extrêmes, aussi est-il
*l'espiracle de vie: C'est pourquoi Job au
7. chap. appelle sa vie vent. Or ce vent,
comme immédiat fils de la nature, excite
à mouvement le Cahos; qui est le Sel ou
Air, & lui excite le Feu Centrique, & celui-
@
dite Or Potable. 145
ci sépare, purge, digère, colore, & fait
mûrir toute espèce de semence, les poussant
dans leurs matrices pures & impures,
d'où proviennent la diversité des mixtes.
On peut remarquer en ces paroles, les
actions des trois principes principiés; savoir
le Souphre par le Feu; le Sel par l'Air
(car il faut noter qu'il y a un Sel volatil
aussi bien qu'un fixe) & le Mercure par
l'Eau: de tous lesquels le vent en est comme
le Ciment & la Glue conjoignant les
diverses Natures des Eléments, étant comme
l'esprit & l'instrument du monde; aussi
est-il le porteur de l'Esprit universel. Car
il est certain que l'espiracle de vie ne se
rencontrerait en aucune chose d'ici-bas
sans l'esprit universel; & celui-ci ne s'y
pourrait joindre sans leur médiateur qui
est le Vent, ainsi que j'ai dit en mon ouverture
de l'Ecole de Philosophie transmutatoire
Métallique, au paragraphe 5.
de la 2. Section, expliquant la Matière des
Philosophes. Etant vrai qu'il n'y a
que le vent vif qui traverse, pénètre, lie,
meut, & remplisse toutes choses, auxquelles
il donne consistance & par lequel
s'engendre & rend manifeste l'esprit
@
146 De la Médecine universelle,
Général enclos en tout; lequel empreint
& engrossé de l'Air est rendu plus
puissant à engendrer. A juste raison
avons-nous donc appelé ci-dessus l'Air
Sel, car,
in Sole & Sale naturae sunt omnia;
aussi est-il vrai, que
sine Sole & Sale nihil
vtilius. Or pourquoi nous mettons ici le
Soleil avec le Sel, c'est parce que celui-ci
est le Fils de celui-là, & celui-là Père de
celui-ci;
Pater eius est Sol: C'est pourquoi
nous avons dit dans notre Bouquet
Chimique, parlant du Sel, que le Fils dans
la Terre à un Père au Ciel; Fils qui a les
mêmes facultés de vivifier que le Père:
à raison de quoi Hermès, dit,
que ce qui est
en bas est comme ce qui est en haut; étant
vrai que plus les Rayons du Soleil Céleste
sont puissants, plus ceux du Terrestre
sont effectifs. Et lors qu'iceux se joignent
en droite ligne, le Fils corroboré
du Père manifeste le Père; & ce Père dans
sa vivifiante chaleur fait paraître les productions
du Fils. Lequel Fils doit être
ici pris pour le Souphre des Chimiques,
car comme il représente ici-bas au monde
Elémentaire le Feu, de même dénote-t-il
au Céleste le Soleil; & passant au
@
dite Or Potable. 147
Monde intelligible l'esprit saint. C'est
pourquoi on l'appelle
Theion, Divin qui
est l'adjectif du Sel; aussi est-il pris le plus
souvent en l'Ecriture pour le Symbole de
Sapience (
Accipe Sal Sapientiae) à cause
qu'il est proportionné au Feu. A quoi
convient ce qu'en met Lulle, après Alphide;
Sal non est nisi ignis; nec ignis nisi Sulphur;
nec Sulphur nisi Argentum viuum reductum
in preciosam illam substantiam Coelestem
incorruptibilem quam nos vocamus lapidem
nostrum. Etant vrai que tout ce que
les Sages cherchent est au Mercure. Or le
Mercure des Philosophes ne s'émane que
du Sel, & le Sel n'est produit que de l'Air
& du Feu, &c. Ce qui a mu le Cosmopolite
à nous représenter dans son Enigme
philosophique, deux Mines, l'une d'Or
& l'autre d'Acier; par lesquelles il faut entendre
l'Air & le Feu: celui-là étant seul
le réceptacle de l'Eau Minérale; laquelle
véritablement n'est autre chose qu'un Air
congelé; qui ne demande que Coction, à
raison de quoi nous avons dit en quelque
part de cette oeuvre que les métaux sont
faits par congélation, & par mûrissement:
c'est pourquoi si nous ne savons
@
148 De la Médecine universelle,
cuire l'Air sans doute nous faillirons, car
c'est la vraie Matière des Philosophes.
Etant vrai qu'il faut prendre l'Eau de notre
Rosée, de laquelle est tiré le Salpêtre des
Philosophes, duquel toutes choses croissent
& se nourrissent; aussi est-il la vie de
toutes choses: la Matrice duquel étant le
Centre du Soleil & de la Lune, il engendre
& rend manifeste l'Esprit Général, l'actifiant
à production.
Or pourquoi le Cosmopolite a appelé
cet Air Or? C'est parce qu'il convient
grandement à icelui, à raison de sa couleur
citrine, qui est une moyenne disposition
entre le blanc propre à l'Eau, & le
Rouge au Feu, suivant le Philosophe Rasis
en sa lumière des lumières;
Quoniam,
(dit-il)
nulla nostro operi necessaria est aqua
nisi candida; nec aër nisi croceus: Joint que
la substance de l'Or est fort aéreuse, tant
pour sa grande *anaticité & température,
que pour la grande conformité de ce mot
Aurum (dit ainsi de la similitude qu'il a avec
la couleur de l'Aurore selon Festus; ou au
rebours comme veut Varron,
Aura dicitur
ante Solis ortum; eo quod ab igne Solis tum aurea
aër aurescit) Et de celui d'
Aura, qui est
@
dite Or Potable. 149
une subtile vapeur aéreuse s'exhalant de
la Terre comme l'haleine du dedans de l'Estomac.
Pacuvius, dans le même Varton,
Terra exhalat Auram atque Auroram
humectam. Davantage la conformité qu'a
le mot
Or, ou
Aur, avec l'Hébreu
Auer, ou
Auir, nous montre l'Or être convenablement
approprié à l'Air; car en ôtant le
Iod, il restera
Aur; & le
Vau, il y aura Air;
auquel Symbolise la couleur de jaune doré
ou citrin, ainsi que j'ai dit, qui est la
vraie couleur de l'Or, duquel elle a pris
aussi son appellation. Mais cela se doit entendre
pendant que l'Or demeure en sa
nature; car quand il vient à être séparé,
son Souphre, Ame, ou Teinture (ce n'est
qu'une même chose) rouge à pair de Rubis,
s'appelle Feu. D'où je prendrai occasion
de dire qu'en l'Elément de l'Air,
toutes choses sont entières par l'imagination
du Feu. Lequel Feu nous devons entendre
être cette autre Mine dite d'Acier;
car selon Panthée, en son Traité de l'Art
Chimique, la semence principale de l'Elixir,
& de tous les Métaux, n'est autre
chose que le Feu, pour être un Souphre
Rouge, voire d'un Rouge très éclatant.
@
150 De la Médecine universelle,
Ce que confirme Alphidius au Traité de
Aurora consurgens, où il dit que le Fer des
Philosophes n'est point attiré de l'Aimant;
parce, dit-il, que c'est du Feu. Ce qu'affirme
Raymond Lulle, au Livre des Minéraux
disant, que les hommes ne pourraient
sustenter leur vie sans le Fer des Philosophes,
qui n'est autre chose que le Feu. Et
Senior, a bien osé avancer que du Fer,
qui est le Feu, s'engendre la Minière & le
secret des secrets. C'est pourquoi les Philosophes,
continue-t-il, ont entendu par
leur quintessence le Feu, parce que le Feu
est la vie du mélange des quatre Eléments:
car la première puissance Active qui opère
en la production de toutes choses, est
l'agitation ou motion de la chaleur; car
tout mouvement dépend du Feu, ainsi
que nous avons dit ci-dessus au chap. 6.
Sublato enim calore nullus sit motus, dit le
Chimique Alphidius; après laquelle production,
la génération, puis l'augmentation
est toujours aidée & conduite du feu,
qui est le seul opérateur & le vrai Agent
des Philosophes. C'est pourquoi la Turbe
dit que leur Mercure, ou Acier, est Feu
qui brûle tous corps, c'est-à-dire qui extermine
@
dite Or Potable. 151
toutes choses Hétérogènes ne
conservant sinon ce qui lui est conforme,
à quoi s'accorde ce qu'en disent tous les
Philosophes, que c'est un Venin & un
Feu. A raison de quoi les Poètes l'ont
représenté par Perseus, lequel avec son épée,
c'est-à-dire le menstrue ou liqueur dissolvante,
coupe la tête à la Gorgone, le
Sang de laquelle produisit deux substances
lesquelles dûment gouvernées se *contempèrent
en une médiocrité si égale uniforme
& proportionnée, qu'elle peut réduire
les Maladies & imperfections des
corps, tant humains que Métalliques, à
une entière guérison & tempérament
*anatique & égal. En conséquence de
quoi ils ont feint l'Esculape ne pouvoir
faire des merveilles en la guérison des
Maladies (quoi qu'il eût appris le meilleur
de la Médecine du Centaure Chiron) qu'après
avoir reçu de Minerve le Sang de la
Gorgone. Mais de ceci plus amplement
en mon ouverture de l'Ecole de Philosophie
transmutatoire, où je manifeste bien à
plein & plus au long le vrai sens du Cosmopolite
sur cette matière. Aussi me prends-je
garde du détour que j'ai fait, s'il semble
@
152 De la Médecine universelle,
hors de mon chemin: auquel revenant disons
des trois principes, forme, matière,
& moyen unissant, naturel vivifiant, qu'outre
les susnommés; Rasis en a dit des merveilles
en son Livre de la triplicité. Les
Rabbins mêmes (quoi que plusieurs d'entre
eux se manifestent par leurs écrits
d'un esprit grandement bourru) en ont atteint
des connaissances non à mépriser.
Il y a dit Rabi Siméon dans le Zohar, le
Corps, l'Ame, & l'Esprit; laquelle Ame se
joint au corps par le moyen d'icelui Esprit;
aussi en est-il le désiré Chariot. Et
Geber au 26. de sa Somme n'a pas oublié
d'en dire son sentiment en ces termes;
Non fit enim transitus ab extremo ad extremum
nisi per medias dispositiones.
Or cette vérité n'a pas été seulement
connue de ceux-ci, mais aussi de tous
les vrais Philosophes. Et l'Apôtre même
l'a touché en la première aux Thessaloniciens,
cha. 5. en ces termes:
Ipse Deus
pacis sanctificet vos totos: & integer Spiritus
vester, & anima, & Corpus inculpate, in aduentum
Domini nostri Iesu Christi seruetur.
Ce qu'il réitère encore en l'Epître aux
Hébreux chap. 4. où il compare la parole
@
dite Or Potable. 153
de Dieu à un glaive tranchant des deux
côtés, laquelle atteint, dit-il, jusques à la
division de l'Ame, & de l'Esprit, aussi des
jointures & des moelles, &c. Ou il faut
noter en passant, que si l'Esprit & l'Ame
étaient une même chose (ainsi qu'ont
voulu avancer quelques-uns) l'Apôtre
n'eût pas parlé de division, témoignage
certain que l'Esprit est le lien de l'Ame
& du Corps. Ce que semble encore
dire saint Irénée au 5. Livre qu'il a fait
contre les Hérésies de Valentin & ses
semblables, chap. 5. dans lequel prouvant
la véritable résurrection de nos Corps, par
des fortes & solides raisons, vient à conclure
notre future immortalité, & notre
vie seconde par des exemples, & autorités
tirées de l'Ecriture Sainte. Entre-autres
il allègue la vie non défaillante
des Saints qui ont été ravis au Paradis
Terrestre, en Corps, en Ame, & en Esprit:
Entend que ces trois ne sont point séparés
à ceux qui n'ont pas souffert la mort. Car,
dit-il, si quelqu'un sépare la substance de
la Chair, c'est-à-dire le Corps, & qu'il entende
nuement l'Esprit tout seul; déjà ce
qui est tel (c'est-à-dire son corps) n'est plus
@
154 De la Médecine universelle,
un homme Spirituel mais l'Esprit de
l'homme, ou l'Esprit de Dieu: mais quand
cet esprit mêlé à l'Ame est uni au Corps
par l'effusion de cet Esprit l'homme est
fait spirituel & parfait: & c'est celui
qui a été fait à l'Image de Dieu. Que s'il
n'y a point d'Esprit en l'Ame, celui qui est
tel sera bien animé, mais il sera imparfait
& charnel; & ayant vraiment l'Image
au Corps, ne recevra point par l'Esprit la
semblance. Or comme celui-là est imparfait,
de même si quelqu'un ôte l'Image
& ne met le Corps, lors il ne peut entendre
un homme, mais quelque partie de
l'homme, ou quelque autre chose qui ne
sera pas homme. Car la Création de la
Chair d'elle-même n'est pas l'homme, ni
aussi l'Ame de soi seule n'est pas l'homme,
mais l'Ame d'icelui est une partie de l'homme.
Ni aussi l'Esprit seul n'est pas l'homme,
car on l'appelle Esprit & non pas homme.
Mais le mélange & l'union de toutes
ces choses, assavoir du Corps, de l'Ame,
& de l'Esprit, fait un homme parfait,
Voilà nettement parlé que l'Ame
seule, & le Corps ne font pas ce composé
sans l'intervention de l'esprit.
@
dite Or Potable. 155
Mais quel besoin était-il d'apporter
l'autorité de ce grand personnage, Archevêque
de Lyon, & une des premières
lumières de notre France; après le témoignage
de saint Paul; si ce n'est pour
faire voir que la Doctrine que nous posons
n'est pas vaine, fantasque, ni Chimérique;
puis que non seulement la Nature
nous l'enseigne & le montre; la raison
nous l'apprend ; mais tous les Sages; &
qui plus est les Saints Sages.
Et ceci fait non seulement à notre
Intention, mais encore contre ceux qui
s'en veulent seuls revendiquer en ce temps la
première connaissance: mais ceci est d'un
autre propos, c'est pourquoi revenons à
notre Eau. Eau, sur laquelle l'Esprit incréé
étant porté y vivifiait par sa chaleur, l'Esprit
universel créé contenu en icelle comme
en son Cahos; ainsi que nous avons
dit si souvent ci-dessus parlant de l'Or Potable;
Car il est interprété par les Cabalistes
pour un Esprit de Feu. A quoi se conforme
Trismégiste dès l'entrée de son Pymandre;
ex humidae autem naturae visceribus
syncerus ac leuis ignis euolans, &c.
ô Eau de Salut & de Sapience; mais de
@
156 De la Médecine universelle,
miséricorde & de Justice:
aqua sapientis
salutaris, Eccles.15. & ensuite;
apposuit tibi
aquam & ignem; qui est pour la miséricorde
& la Justice. Eau en laquelle & par laquelle
on peut faire voir les trois substances
du sujet philosophal; savoir, l'esprit *foetend;
l'Eau vive ou sèche, dite larme ardente,
ou brûlante; & le corps parfait
subtilisé: de quoi j'ai traité puissamment
en mon Hydre morbifique (mais en paroles
non tout à fait intelligibles).
Ces trois substances (la connaissance
desquelles nous est acquise par les trois
sciences ci-dessus alléguées, Chimie, Cabale
& Magie) représentent encore les
trois parties de l'homme petit monde;
savoir, l'intellect ou l'Ame, l'Esprit, & le
Corps, lequel est sujet à altération &
corruption ainsi qu'est la partie Elémentaire.
C'est pourquoi il Symbolise par
icelui au monde Elémentaire (ainsi que
nous avons dit ci-devant en la préface sur
l'Or Potable) de l'Esprit au monde Céleste
& de l'intellect représentant en lui l'Image
de Dieu, à l'intelligible. Que si nous
appliquons ceci (pour en avoir une plus
parfaite intelligence) aux trois ternaires
@
dite Or Potable. 157
de nombres, ce ne sera pas, à mon opinion,
mal à propos: & c'est en cette façon. L'opératif
extrait de la matière sera rapporté
au monde Elémentaire pour le premier
Ternaire: le Formel médiat au Céleste
pour le second: Et le Formel rationnel ou
Divin à l'intelligible pour le troisième:
lesquels trois ternaires assemblés font
neuf. Auquel nombre ajoutant un fera
dix, pour le regard de Dieu, parce qu'il se
plaît singulièrement à ce saint ternaire.
Ce que Aristote a remarqué en ses Livres
du Ciel & du monde; où il dit que nous
sommes instruits par la nature d'honorer
Dieu selon le nombre de trois; nombre
que nous tenons d'elle pour une loi & règlement
qui nous démontre toutes les
sortes d'extensions, tant ès nombres comme
ès figures, savoir en longueur, largeur,
profondeur; qui sont la ligne la superficie
& le Cube.
Que si nous voulions tripler ce neuf,
nous y trouverions les neuf Ordres des
Anges, qui sont au monde Intelligible,
pour le Formel & Essentiel. Et pour le Matériel
& Formel, qui est du monde Céleste,
nous y rencontrerions les neuf cieux
@
158 De la Médecine universelle,
Et considérant le troisième plus composé
& matériel nous y remarquerions les neuf
Genres des engendrables & corruptibles
au monde Elémentaire; lesquels se
terminent en l'homme qui est comme un
passage d'iceux aux choses célestes, & de
là aux intelligibles, ou Dieu est considéré
en l'unité de son Essence, comme le principe
de toutes choses & la fin de tout:
Moyen très fort & très puissant pour combattre,
battre, & abattre, les Athées, & Libertins
de ce temps, du moins s'ils sont
capables de quelque bonne Philosophie:
Car par cette voie & suivant la Nature seulement,
ils apprendraient qu'il y a un vrai
Dieu Trine en unité, l'Incarnation du
Verbe, & la réelle présence de Dieu homme
en l'Eucharistie, ce que je fais voir
très nettement en un livre que j'en fais à
part.
Et voilà comme je fais connaître apertement
dans ses trois mondes Elémentaire,
Céleste, & Intelligible; leur Matière,
leur Forme, & leur Idée: leur Patient,
leur Agent, & leur ligne verte ou luz, le
Corps l'Ame, & l'Esprit, le Matériel, le
Spirituel, & le Glorifié. Que si l'on le veut
@
dite Or Potable. 159
plus apertement; l'Or en sa nature; secondement
son Esprit ou quintessence;
en troisième lieu son Ame ou teinture
multiplicative. A laquelle nous ne parviendrons
jamais que par la rejection de
l'un & de l'autre binaire, & rejection du
Ternaire par le quaternaire à l'unité &
simplicité finale, ainsi que j'ai dit en la
préface sur l'Or Potable:
reijciatur binarius
& ternarius per quaternarium ad monadis
reducetur simplicitatem. Ce que Roger
Bachon a voulu entendre quand il dit,
per
Elementorumn conuersionem Ternarius Purificatus
fiat monas.
Resterait à faire voir & spécifier ici
par le menu, comme il n'y a rien dans le
monde Elémentaire; tant au règne Animal,
Végétal, que Minéral, & notamment
en notre petit monde, qui ne se retrouve
en triplification Parallèle & Analogique
au Céleste & à l'Intelligible, quoi que
plus Spirituel l'un que l'autre: & pour cet
effet je n'aurais qu'à suivre l'échelle de
la nature, laquelle en mode d'une autre
échelle de Jacob touche depuis la Terre
jusques au Ciel: mais cela est réservé en
ma Physique, comme aussi en mon Harmonie.
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160 De la Médecine universelle,
Où l'on verra les véritables convenances,
appropriations, & analogismes;
des choses inférieures aux supérieures;
des Corporelles & sensibles, aux Spirituelles
& intelligibles; des humaines, caduques
& transitoires, qui vont & viennent
incessamment en une continuelle
altération, aux Divines & permanentes;
qui sont toujours en un même état. Et
au rebours du haut en bas, parce que toutes
choses sont analogiques les unes aux
autres; & comme disait Anaxagoras, toutes
ensemble; ou toutes en toutes selon
Héraclite: mais cela en est par diverses
manières, car les unes sont beaucoup plus
pures que non pas les autres; pourquoi
nous pouvons dire qu'il y a bien de
la comparaison mais non pas de l'égalité.
Aussi est-ce le Divin Cordon triple
retors en l'Ecclésiaste 4. L'échelle de Jacob,
ainsi que nous avons dit ci-dessus, laquelle
nous pourra conduire de la connaissance
des choses basses à l'intelligence des
choses hautes; & des visibles aux invisibles,
ainsi que dit l'Apôtre aux Romains,
I.
inuisibilia enim ipsius à creatura mundi, per
ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur.
@
dite Or Potable. 161
Ce que n'a pas ignoré Homère en sa
chaîne d'Or liant ce monde inférieur au
supérieur. Et non seulement lui, mais
tous les Sages de l'antiquité, qui ont eu
l'entière connaissance de la Philosophie
naturelle sont venus par icelle à
celle du Créateur de toutes choses.
Mais malheur pour eux! car combien
que dans cette intelligence ils l'aient
connu, ils ne l'ont pas pourtant adoré
& glorifié comme Dieu;
Quia cum cognouissent
Deum non sicut Deum glorificauerunt,
aut gracias egerunt, dit le même
Apôtre au même lieu: & partant,
dit-il, *cuidant être Sages ils sont
devenus fols;
Quum se crederent esse sapientes,
stulti facti sunt. Et véritablement
je ne m'étonne pas s'ils sont devenus
vains en leurs pensées, & si leurs coeurs
ont été remplis de ténèbres, parce que
leur connaissance n'était pas celle de
la véritable Sapience. Disons donc,
mais Chrétiennement, qu'icelle ne se
peut parfaitement obtenir sans l'illustration
du Saint-Esprit, qui nous fait
voir clair en nos Ténèbres; selon que
témoigne Baruch, 3.
non est qui possit
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162 De la Médecine universelle,
scire vias sapientiae, sed qui scit universa novit
eam. A quoi se conforme Ptolémée,
quand il dit, qu'il n'y a que ceux qui
sont *halenés de l'esprit Divin; qui sachent
prédire les particularités: parce
qu'elles dépendent des universalités
qui sont au premier exemplaire, & *originaliere
Dieu: lieu saint & mystique,
où se promènent souvent les vrais Cabalistes.
Voilà ce que ces trois cordons de la
Nature ont fait naître incidemment,
réservant le reste aux livres ci-dessus
promis, moyennant l'aide de Dieu, &
l'illumination de son Saint Esprit, seul
directeur de mon entendement, auquel
je dédie & consacre tous mes ouvrages.
La gloire & la louange en soit
rendue à celui qui est l'exemplaire de
tout; le Père, lequel en sa propre essence
& substance, qui sont en lui une
même chose, étant enclos dans son
Ensoph ou infinitude, hors du monde
sensible, si vient à épandre par ses
Sephirots
ou émanations, comme les
clairs rayons du Soleil à travers un gros
amas de nuées, & produire au-dessous
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dite Or Potable. 163
de lui les effets conçus en sa première
idée ou image, qui est le Verbe
& le Fils, la forme des formes, sa Divine
Sapience, & l'Ame de tout l'Univers.
Lesquels deux dans leurs Saintes
émanations, produisent le Saint-
Esprit droit sentier de Divine intelligence;
par lequel notre Ame s'élève,
moyennant les ailes de l'Oraison, jusques
au lieu de la supérieure & infinie
bonté, d'où dépend la grâce & octroi
de lignée, de longue vie, de santé,
conjointement avec les biens, tant
du corps que de l'esprit; & finalement
la gloire. C'est là où nous devons donc
porter notre coeur, & non l'intriguer
dans les choses passagères & de néant:
car le coeur est celui qui soutient l'Esprit
de vie dans le corps de l'homme:
l'Esprit soutient l'Ame; & l'Ame en
son rang l'intellect: lequel s'absorbe
par méditation dans la Trinité Sainte.
A laquelle derechef, Père, Fils,
& Saint Esprit, soit rendue toute gloire,
louanges, Cantiques, & jubilations,
ès siècles des siècles. Amen.
F I N.
in lumine tuo videbimus lumen. Psal. 36.
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T A B L E D E S C H A P I T R E S
contenus en cette Oeuvre.
DE la médecine universelle des Anciens.
Chap.I. pag. 1.
Quelle est cette médecine universelle, ensemble
de son vrai nom pour lequel on l'appelle
ainsi Chap.II. pag. 19.
Où, & en quel corps se trouve cette médecine
universelle. Chap.III. pag. 33.
Pourquoi les Recens ont appelé cette médecine
universelle or potable. Chap. IV.
pag. 44.
La façon d'extraire cette médecine universelle,
ou Or potable des composés Elémentaires.
Chap.V. pag. 63.
Quel pouvoir a cet Or potable, ou médecine
universelle, à restituer la santé au corps
humain. Chap.VI. pag. 82.
S'il est vrai que cet Or potable puisse perpétuer
le corps humain en longueur des jours,
outre le terme ordinaire de la vie des hommes.
Chap.VII. pag. 98.
Le grand Miroir de la Nature, contenant
une Enigme Philosophique. pag. 125.
Une *exercitation, servant d'explication à
l'Enigme susdite. Pag. 133.
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