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Réfer. : 0803A .
Auteur : Glauber, Iean Rudolphe.
Titre : La Première Partie de l'Oeuvre Minérale.
S/titre : où est enseigné la séparation de ...

Editeur : Thomas Iolly. Paris.
Date éd. : 1659 .
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« La noble Perle est paradisiaque; Dieu ne la
jette pas aux pourceaux, mais la donne à ses
enfants comme un signe d'amour.
L'impie n'est pas digne du Paradis, la Gemme
céleste ne lui sera point donnée; c'est pourquoi
Dieu la cache, ne permettant à celui qui la possède
que d'en parler d'une façon magique. »

JACOB BOHME

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L A
P R E M I E R E P A R T I E
D E L'O E V V R E
M I N E R A L E,

O V E S T E N S E I G N E'E

la separation de l'Or des
Pierres à feu, Sable, Argile,
& autres Fossilles, par l'Esprit
de Sel, ce qui ne se peut faire.
par autre voye.

Comme aussi vne Panacée, ou Medecine
vniuerselle, antimoniale, & son vsage.
PAR IEAN RVDOLPHE GLAVBER.

Et mise en François par le Sr DV TEIL,

pict

A P A R I S,

Chez T H O M A S I O L L Y, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Par- cheminerie, aux Armes d'Hollande. ---------------------------------
M. D C. L I X.

AVEC PRIVILEGE DV ROY.

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pict

P R E F A C E A U
L E C T E U R.

pict ANS doute il se trouvera
des gens, lesquels ne sachant
pas les divers Voyages
que j'ai faits, ni les autres
empêchements que je puis avoir
eu, s'imagineront que je
ne veux, ou que je ne puis
pas tenir ma parole, pour avoir négligé jusques-ici
l'Edition de certains Traités, dont
j'avais fait mention; il s'en trouvera d'autres,
lesquels connaissant mon naturel, & la calomnie
de mes ennemis, s'imagineront que je
tiens cachées à dessin les choses que j'avais
promises: C'est pourquoi je suis résolu de
tenir ma parole, pour faire voir à ceux-ci,
que je ne suis point touché de l'insulte de mes
envieux; & à ceux-là, que je les veux convaincre
par une sensible démonstration, en publiant
& communiquant au public quelques-
A ij

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Au Lecteur.

uns de mes secrets. Quoi que l'ingratitude
du monde me donnât occasion de les celer;
toutefois la candeur de mon âme l'a emporté
par dessus cette considération: Outre cela j'ai
été poussé par une autre raison, c'est qu'il y
a certains Esprits ambitieux, qui se vantent
d'avoir la connaissance de mes Secrets, ce qui
a été cause que beaucoup se sont persuadés,
que mes Ecrits ne venaient pas de moi, mais
de quelque autre, auquel ils attribuaient la
louange qui m'était due; & il m'est souvent
arrivé, que ceux qui avaient reçu un Secret
de moi, se sont vantés d'en être les
Inventeurs, par l'ostentation d'une vaine
gloire.
Il y en a aussi, qui n'étant pas venus à
bout de leur dessein, m'accusent faussement
d'avoir écrit des sottises; mais ils ne doivent
blâmer que leur ignorance, & non pas mes
Ecrits qui ont assez de clarté pour les Savants.
Toutes ces considération; étaient capables d'empêcher
que je ne misse mes Ouvrages en lumière,
mais je l'ai voulu faire en faveur des honnêtes
gens. Ainsi je soutiens hautement que
mes Ecrits ne sont point des sottises, mais des
vérités bien certaines; qu'ils ne sont point non
plus des inventions d'autrui, mais celles de
mon esprit: Au reste je vous avertis, mon

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Au Lecteur.

cher Lecteur, que je n'imite pas la plupart
des Ecrivains qui s'étudient plutôt à l'ornement
des paroles qu'à la doctrine; mais pour
moi je me sers d'un style simple & naïf, &
ne cherche que l'utilité de mon prochain:
C'est pourquoi j'ai mieux aimé me servir de
la prolixité des paroles laquelle est ennuyeuse
aux oreilles délicates, que de la brièveté, laquelle
est ordinairement obscure, quoi qu'elle
soit ornée des figures de la Rhétorique. Je
commencerai donc, après avoir invoqué le
Saint Nom de Dieu, mon Ouvrage, lequel
j'ai divisé en trois Parties, sous le titre de
l'Oeuvre Minérale. Dans la première il
sera montré comment l'or peut être tiré du
sable & des cailloux, par le moyen de l'esprit
de sel. Quoi que ce Secret semble de peu
d'importance, toutefois il est capable de
nourrir celui qui s'en servira, pourvu qu'il
ait la connaissance des pierres & du sable propres
à cette opération.
Dans la seconde il sera traité de l'origine
& de la génération des métaux, & de la
mort tant des minéraux que des métaux.
Dans la troisième sera montré la possibilité
de la transmutation métallique, par diverses
raisons; ce qui n'ayant encore été
fait par personne, que je sache, ce sera le
A iij

@

Au Lecteur.

fondement de toute la Philosophie Métallique,
& comme la Couronne d'or de tous mes écrits.
Dieu veuille que je puisse accomplir
mon dessein, à sa gloire, & à l'utilité de
mon prochain.

pict

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7

pict

L A P R E M I E R E
PARTIE DE L'OEUVRE
MINERALE.

P R O C E D E T R E S - P R O F I T A B L E
pour séparer des pierres à feu, sable, terre
grasse, talc rouge & noir, & autres fossiles,
contenant en eux un subtil & spongieux,
qui ne peut être séparé par autre voie, soit
pour la petite quantité, ou pour la dureté
du Minéral, ou pour les grands frais. Ce
qui est très-aisé avec l'esprit de Sel.

pict ACHE premièrement, Ami
Lecteur, que toute sorte de
sable, terre grasse, pierres à feu,
& autres fossiles, ne contiennent
pas ; mais seulement
quelques-uns, sans la connaissance
desquelles, ce secret ne
vaut rien; & d'autant que la connaissance de
celle-ci est très-nécessaire à l'Artisan, je veux
montrer comme il les faut éprouver, afin de connaître
s'ils contiennent ou non, afin que tu
A iiij

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8 La première Partie

ne travaille pas en vain, mais au contraire
avec utilité.
La folie des hommes est merveilleuse, ils
cherchent toujours des choses incertaines & laissent
les certaines, quoi qu'elles soient exposées
à la vue de chacun; car beaucoup dans le désir
de gagner des richesses, travaillent après des
choses incertaines. De mille, à peine s'en trouve-il
un qui vienne à bout de son dessein, quoi
que les métaux puissent être perfectionnés &
purifiés; j'entends les métaux imparfaits & impurs,
afin qu'il en puisse être extrait de bon
bon mais cet art est donné à fort peu de
gens, & même chacun n'est pas propre de venir
à bout d'un tel travail, d'autant qu'il demande
un ingénieux Artisan; mais les choses qui sont
certaines peuvent être faites avec peu de frais &
peu de travail par un Chimique vulgaire, s'il est
homme ingénieux, & qu'il ne cherche point
de choses trop relevées & de trop grand profit
aux premiers essais. C'est pourquoi prends bien
garde à l'extraction des susdites pierres, car si
tu penses en extraire avec l'esprit de Sel de beaucoup
de sortes, qui n'ont point , sans doute tu
n'y trouveras point ; & si tu penses en extraire
quelque peu qu'elles contiennent, & que tu ignore
la séparation par la voie de l'Antimoine, tu n'en
dois point attendre de profit.
Il est donc premièrement nécessaire d'avoir la
connaissance de ces pierres, & après de la séparation
par la voie de l'Antimoine; c'est pourquoi
si tu viens à manquer, ne m'en impute
point la faute, mais à ta seule ignorance, pour ne

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de l'Oeuvre Minérale. 9

connaître pas l'extraction de l'or, car j'ai écrit
assez clairement, quand même il y aurait quelque
chose d'oublié, c'est pourquoi je t'avertis
de prendre bien garde à ton travail, autrement
il te sera inutile; car il est très-assuré qu'il se
trouve en beaucoup d'endroits des pierres, terre
grasse & sable, qui ont & contiennent bien souvent
beaucoup d'or, & encore qu'ils n'en aient
pas en abondance, néanmoins il en peut être
extrait avec profit; mais des pierres qui en
contiennent beaucoup, il en peut être extrait
avec grand profit. Il se trouve aussi des roches
& des montagnes d'or, & de grandes montagnes
remplies de sable & terre grasse pleines d'or, ne
rendant pas ce qu'il coûte pour les laver, à cause
de leur trop grande raréfaction, spongiosité &
légèreté, à cause qu'en le lavant, il s'en va avec
le sable; néanmoins quoi qu'il en soit, il en
peut être extrait avec profit par l'esprit de Sel,
par l'antimoine fixe & purifié: En un mot
c'est un secret par lequel un homme ne saurait
être nuisible à un autre, comme il arrive en
d'autres opérations mécaniques; c'est pourquoi
il n'y a point d'homme qui doive être honteux
d'y travailler, car Dieu au commencement créa
l'or dans la terre & dans les pierres, afin que
nous l'en puissions extraire à la gloire de son
nom, & profit de notre prochain, même il n'a
pas de défendu le véritable usage, c'est pourquoi je
dit en vérité que j'ai ici décrit cet-Art, quoi
que méprisé par les ignorants, il est de grand profit
& presque incompréhensible. Maintenant
considère la chose un peu plus avant, & tu trouveras

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10 La première Partie

en chaque place dans la terre de grands
trésors qui se peuvent avoir; mais qui ne sont
pas découverts à cause de l'ignorance. En vérité
tous connaissent qu'il y a en divers endroits du
sable & terre grasse, qui contient de l'or, lequel
pour les susdites raisons est laissé en friche sans
être travaillé, mais il le peut être aisément par
mes préceptes.
Il se trouve aussi des montagnes d'argent, desquelles
l'argent ne saurait être extrait, à cause
du peu de poids qu'il a; il se trouve aussi en
beaucoup de places vue certaine terre jaune ou
rougeâtre, ou semblable à la terre grasse, laquelle
quoi qu'elle contienne beaucoup d'argent,
il n'en peut être extrait avec profit par la
voie susdite; néanmoins elle se peut séparer
avec profit, non avec l'esprit de Sel, qui le laisse
sans le toucher, mais par un autre chose qui se
trouve par tout en abondance, dont pour certaines
raisons nous n'en dirons rien en cet endroit.
Et cette voie de séparation fait beaucoup pour
la minière de cuivre qui n'est pas abondante, de
laquelle on n'en saurait tirer aucun profit par la
voie ordinaire, pour le séparer du cuivre &
après le réduire en un meilleur métal, ou la changeant
en vert-de gris, faute d'un meilleur Art,
laquelle chose peut très-bien & très-honnêtement
entretenir plus que d'une famille. Par
cette voie on peut séparer des scories de l'or,
l'argent & le cuivre avec profit, mais d'autant
que j'ai résolu de ne traiter ici que de la seule
extraction de l'or hors des pierres, je laisse avec
raison de traiter de l'extraction de l'argent & du

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de l'Oeuvre Minérale. 11

cuivre pour en traiter autre part, à cause qu'elle
se doit faire par un autre menstrue. Si je vois que
cette démonstration soit approuvée, elle sera
suivie d'autres très-excellentes. Mais à présent
j'ai entrepris une plus noble manière pour l'amour
de ma Patrie, par laquelle il se voit clairement
que quoi que l'Allemagne soit réduite à la
nécessité, elle est néanmoins assez riche, si elle
veut seulement prendre garde à ses trésors cachés.
Il n'est pas nécessaire de présenter le morceau
mâché, car il suffit de la démonstration; il
n'est pas aussi bon de présenter ce qui est bon
à ceux qui le négligent, car aux ingrats la meilleure
chose ne leur est pas agréable. je veux donner
en peu de mots la démonstration & l'extraction
de ces pierres, ne doutant pas qu'un
expert & expérimenté Chimiste, n'en tire du
profit & n'en remercie Dieu; ce que le paresseux
ne fera pas.
Pour ce qui concerne les susdites pierres, desquelles
l'or doit être extrait, c'est où consiste
tout le secret. Toute sorte de pierres pour la
plupart ont un or invisible, & quelquefois visible
& invisible, volatil & corporel tout ensemble;
mais communément beaucoup contiennent
du fer impur, semblable à un or volatil & aussi
mûr, & un peu de soufre semblable au cuivre.
Les pierres que les Allemands appellent Quartzen,
& Hornstein, contiennent de l'or pur &
corporel, quoi qu'il soit mêlé avec &
peuvent être brûlés & broyés, & extraits avec
le , & s'ils abondent en peuvent être purgés

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12 La première Partie

par la fonte; ce travail est ordinaire aux Mineurs,
& à ceux qui, s'exercent aux métaux: desquelles
choses je n'entends pas parler, d'autant que
d'autres en ont écrit auparavant; mais pour
des pierres, Quartzen,& Hornstein, qui se trouvent
presque par tout, qui ne contiennent qu'une
quantité ferreux & marcassiteux, soit-il fixe
ou volatil, il n'en peut être séparé avec profit
par le ni par la fonte: c'est pourquoi elles
sont négligées par les Mineurs, soit par ignorance,
ou à cause des frais insupportables; mais
j'ai éprouvé ces pierres méprisées, & si peu
qu'elles continssent, il se pouvait séparer avec
grand profit. je ne veux pas attendre davantage
d'en publier la connaissance, pour l'amour de
mon prochain, ne doutant nullement que cette
publication sera profitable à beaucoup, car je
n'ignore pas qu'il y en a aussi bien des Doctes
que des Savants, Nobles & Roturiers, Séculiers
& Ecclésiastiques, auxquels il est fort difficile de
maintenir leurs familles, lesquelles à cause des
guerres, ou autres accidents, sont tombées dans la
pauvreté; & à leur considération, & d'autres
qui sont nécessiteux, j'ai publié ce secret, lequel
étant bien travaillé, ne rapportera pas un petit
profit tous les ans, particulièrement aux endroits
où les pierres se trouvent en abondance,
comme aussi l'esprit de sel, la description duquel
est donnée en la première partie de mes Fourneaux,
& ci-après en sera donné vue meilleure,
si rien ne m'en empêche; & cependant sers-toi
de celui-ci. Que si par fortune il arrivait que
tu ne pusses venir à bout de ce travail susdit,

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de l'Oeuvre Minérale. 13

ne rougis point d'apprendre les opérations manuelles,
lesquelles ne se peuvent décrire exactement
par ceux qui sont expérimentés, autrement
tu perdrais le temps & les frais, sans qu'il te
portât aucun profit; & quand à ces pierres,
sache qu'il y en a beaucoup qui se trouvent en
diverses places, principalement aux endroits sablonneux
& montagneux, mais en quelques uns
plus & meilleures qu'en d'autres, car rarement
se trouve-t-il du sable sans pierres, & souventes-
fois le sable même ne manque pas mais il s'en
trouve fort peu sur le bord des rivières, pour ce
que l'eau lavant & emportant le sable, découvre
les pierres en grande abondance, quoi qu'elles
ne se connaissent pas si aisément par le dehors,
comme celles qui sont trouvées nettes dans le
sable, à cause qu'elles sont couvertes de boues;
c'est pourquoi il les faut rompre avec un marteau,
afin de voir ce qui est en elles; ce qui se
connaîtra mieux, si on les brûle, & éteint en
eau froide, car les pierres qui conservent leur
blancheur après être rougies & éteintes, ne contiennent
rien; mais si elles deviennent rougeâtres,
elles font voir qu'il y a quelque chose en
elles, & plus rouges elles sont, plus témoignent
elles leur valeur.
Or ceci ne se doit pas entendre des pierres sablonneuses
qui rougissent en quelque endroit dans
le feu, qui ne contiennent point , mais des pierres
desquelles on tire du feu par une mutuelle
percussion, lesquelles plus pures elles sont, &
plus elles contiennent plus pur, Il y a aussi
des pierres desquelles le feu en est tiré par percussion

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14 La première Partie

qui rougissent au feu, & ne contiennent
point ,mais du , lesquelles tu connaîtras par
ce rouge clair qu'elles ont auparavant les brûler,
& étant brûlées se changent en un rouge obscur
qui ne luit point & qui est cru; mais les pierres
qui contiennent étant brûlées, acquièrent
une couleur jaune ou rougeâtre, comme si
elles étaient couvertes , & cela se trouve par
tout le corps, si elles sont rompues en pièces;
celles ci donnent un pur mais les autres donnent
une extraction rouge comme sang, bonne
pour les usages de la Chimie, mais particulièrement
pour exalter la par ciment, car pour
il s'y en trouve rarement: ce qui doit être bien
observé, autrement tu extrairas du pour de ,
& par ce moyen perdras ton travail.
Comme aussi les meilleures pierres qui contiennent
sont celles qui sont blanches & luisantes
par ci par là au travers, ayant dans toute
leur substances des lignes & taches vertes, rouges,
jaunes, bleues, rousses & brunes. Il y a aussi
des pierres noires, desquelles on tire du feu par
percussion, contenant & , desquelles ils peuvent
être séparés avec profit, ayant quelquefois
beaucoup ferreux en quantité, séparable par
l'art, comme il sera dit ci-après.
Les pierres qui retiennent vue blancheur
après être brûlées sont très-bonnes, ayant des
veines vertes & bleues & autres semblables,
comme aussi celles qui après être brûlées ont
des taches noires sans aucune veines.
Mais les pierres, Quartzen, & Hornstein, encore
qu'elles ne s'altèrent point en les brûlant,

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de l'Oeuvre Minérale. 15

néanmoins si on y voit de volatil & spirituel
auparavant, d'elles-mêmes elles donnent de
par la force de la séparation.
Le sable gros & subtil, contient jaune, jette
en la brûlant la fumée de couleur bleue, & qui
est exalté en couleur brune; mais celle qui ne
s'altère pas ne contient rien de bon.
La terre subtile, jaune ou rouge, passant au
travers du sable ou montagne, semblable à une
veine, contient aussi qui est la plupart volatil
& non mûr, s'enfuyant quand on le veut réduire,
ayant entrée dans & autres métaux,
par cette raison se peut conserver.
Et pour la plus grande & assurée connaissance,
tu peux éprouver les pierres avec du verre
fusible, laquelle chose est traitée dans la quatrième
Partie de mes Fourneaux, afin que tu
n'aies pas occasion de m'imputer la faute de ton
erreur; c'est pourquoi je veux que tu entendes,
que toutes les pierres ne contiennent pas de
& qu'il n'est pas séparable en toutes par l'esprit
de sel: c'est pourquoi il te les faut connaître
auparavant que de les employer au travail.

Maintenant s'ensuit la préparation des Pierres,
& l'extraction de qui est en elles
par l'esprit de Sel.

Premièrement les pierres étant rougies dans
le feu, il les faut éteindre en eau froide, après
les tirer hors étant froides, & les mettre en fine
poudre.

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16 La première Partie

N.B. Quand elles sont rompues dans le mortier,
la meilleure part peut être aisément séparée
de la plus mauvaise; car quand elles font en
fine poudre, toujours la partie meilleure va
en poudre rouge premièrement, & la mauvaise
étant plus épaisse & plus dure, ne
contient que fort peu ou rien du tout: que si
elles sont grossièrement pilées & passées par
un fin tamis, la plus subtile part passera au travers
le tamis en poudre rouge, & ce qui ne vaut
rien étant resté dans le tamis, comme une poudre
blanche qu'il faut jeter; mais s'il y paraît
quelque rougeur, il la faut mettre derechef en
poudre dans le mortier, & la tamiser, & la meilleure
part passera en poudre rouge, le reste doit
être jeté; mais il te faut observer que toutes
& chacune de ces pierres ne sont pas séparables
en les mettant en poudre; car quelques-unes
étant battues retiennent par tout la même
couleur, sans faire aucune séparation des meilleures
parties, lesquelles il te faut mettre en fine
poudre, & en faire l'extraction sans aucune séparation;
mais celles qui sont séparables, sont
plus aisées à faire l'extraction, d'autant que tout
qui est contenu dans une liure, pour le plus
souvent, peut être assemblé & tiré en trois
ou quatre onces de fine poudre, séparée,
comme a été dit, & comme cela il n'est pas nécessaire
de faire l'extraction de toute la pierre,
n'y d'employer tant d'esprit de sel; mais le sable
& la terre grasse n'ont pas besoin de cette préparation,
mais sans aucune préparation on en
fait l'extraction avec l'esprit de sel.
Rx. Des

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de l'Oeuvre Minérale. 17

Rx. Des pierres ci-dessus préparées & séparées,
2. 3. 4. ou 6. livres, & les mets dans une cucurbite
de verre entière, & verse dessus de l'esprit
de sel, qui surnage de trois ou quatre doigts,
& le mets sur le sable ou bain chaut, afin que
l'esprit de sel fasse l'extraction de , & le laisse
comme cela l'espace de cinq ou six heures, tant
que l'esprit soit teint d'un rouge épais, & qu'il
n'en tire plus de teinture. Il pourrait arriver qu'à
la première fois, quoi que rarement, il ne sera
pas teint d'une si grande teinture; néanmoins
il te le faut tirer par inclination, & mettre sur
d'autre poudre de pierres, & faire comme dit est
dans une autre cucurbite, sur le feu, pour en extraire
; ce fait, tire le par inclination, & le
verse dans un autre cucurbite où il y ait de la
poudre de pierres fraîche, réitérant comme
cela, tant qu'il soit suffisamment teint de , lequel
tu garderas à part, tant que tu en aie une
grande quantité, afin que tout soit séparé à
une fois hors du sel, comme il sera dit ci-après
Ce fait, remets de nouvel esprit de sel sur les
pierres qui ont resté dans la première cucurbite,
& le laisse si long-temps sur le feu tant qu'il soit
teint, & qu'il ait extrait qui a resté dans les
pierres, qui n'avait pas été extrait à la première
fois; tire le après par inclination, & le verse
sur les pierres réservées dans la seconde cucurbite,
& dans la troisième, pour extraire le résidu
de , qui n'avait pas été extrait la première
fois; & ainsi pareillement aux autres réservées,
tant que l'esprit de sel soit suffisamment coloré,
& qu'il n'en tire plus de teinture, lequel tu tireras

@

18 La première Partie

hors, & la mettras avec le premier réservé.
Vous mettrez derechef de nouvel esprit sur la
matière restée, afin d'extraire tout ; & sur la
fin mettez-y de l'eau commune, afin de tirer
hors tout l'esprit teint de qui reste dans les
pierres, afin qu'il n'y ait point de perdu.
Ce travail doit être si long-temps & si souvent
réitéré, tant qu'il ne reste ni pierres ni esprit,
& dans le même temps vous jetterez les
pierres qui ont été extraites & lavées, afin
d'emplir derechef les cucurbites avec nouvelles
pierres, & continuer comme cela le dit travail;
& si vous n'aviez plus d'esprit pour continuer
ladite extraction, vous pouvez séparer extrait
d'avec l'esprit, laquelle chose se fait comme
s'ensuit. Il faut avoir premièrement une
bonne quantité de verres, ou retortes, de la
meilleure terre, qui puisse retenir les esprits,
lesquels vous emplirez si avant de vos esprits
teints, tant que l'esprit dans l'extraction ne
s'enfuie par dessus; quoi fait, il le faut extraire
au bain sec peu à peu hors de , duquel esprit
vous pouvez vous servir derechef comme au
premier travail; & qui est laissé au fond du
vaisseau, il le faut tirer hors avec un fil de fer
crochu, & le garder (qui fera comme une terre
rouge) pour son usage, jusques à ce qu'en aie
une bonne quantité, autant qu'il suffit pour en
faire la séparation & purgation, qui se fera après
par .
Mais quand tu feras l'extraction hors du talc
rouge avec l'esprit de sel, grenats rouge ou noir,
émeri, pierre calamine, ou autres fossiles, lesquels

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de l'Oeuvre Minérale. 19

outre fixe, contiennent beaucoup d'or,
qui n'est pas mûr, & qui est volatil; il faut que
vous jetiez dans l'extraction un peu de fer, savoir
dans la dissolution, lequel retient & fixe ,
qui s'enfuirait autrement dans la fusion; c'est
pourquoi les dissolutions & extractions de talc,
& autres choses contenant de volatil, sont
mieux faites avec des cucurbites de fer, ou avec
des alambics de terre, qu'avec les retortes de
verre ou de terre, d'autant que cet volatil ne
tire seulement que ce qui lui est nécessaire pour
sa fixation; & ce fer est après aisément séparé de
par , comme il sera enseigné ci-après. Ceci
est à noter, que tout le grenat ne se dissout pas
entièrement dans l'esprit de sel, quoi qu'il soit
laissé long-temps en digestion, retenant toujours
sa première couleur; c'est pourquoi il y
a cette différence à faire, ou il faut apprendre
vue préparation qui est requise pour la dissolution
de qui est contenu en eux.
Et pour le talc, il ne le faut pas extraire avec
vue chaleur excessive, autrement toute sa substance
se dissoudrait dans l'esprit, & empêcherait
ton travail, à cause qu'il y a pour lors peu
de profit; c'est pourquoi cela se fait, afin que
ce peu dispersé dans une grande quantité de
(mé)tal, soit réduit en un petit volume; car il n'est
pas nécessaire que tout le talc soit rendu fusible,
d'autant qu'il apporterait du dommage; mais il
n'y a point de danger aux pierres, à cause que
l'esprit de sel ne les dissout pas comme il fait le
talc, mais extrait seulement , le corps de la
pierre étant laissé en son entier. La pierre calamine
B ij

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20 La première Partie

doit être aussi gouvernée d'autre façon,
dans l'extraction & fixation, que les grenats,
pierres, & talc, d'autant qu'elle se dissout presque
toute dans l'esprit de sel: c'est un travail
dont il n'est pas nécessaire de parler ici, à cause
qu'il est particulièrement traité ailleurs de son
extraction & fixation, & je ne désire pas d'en
traiter ici, mais seulement de l'extraction de
hors des pierres à feu qui se peuvent trouver par
tout; & c'est ici le chemin de l'extraction de
hors des pierres à feu & sable par la chaleur avec
l'esprit de sel, pour être fait dans des vaisseaux
de verre; mais il y a une autre voie aussi, qui se
fait à froid sans vaisseaux de verre, lequel je crois
mérite d'être mis au jour, afin qu'avec le susdit
travail vous puissiez choisir celui qu'il vous
plaît. Il se fait comme s'ensuit. Il vous faut
avoir quantité d'entonnoirs de terre bien cuits,
qui ne boivent pas les esprits; & à leur défaut,
il en faut avoir de verre très fort: Il faut aussi
avoir un banc, avec quantité de trous pour y
mettre les susdits entonnoirs; & au dessous il y
faut placer des écuelles de verre, ou bassins,
pour recevoir l'esprit de sel.

La façon du travail par les Entonnoirs.

I L faut mettre les entonnoirs dans les trous du
banc; puis il faut premièrement mettre un
gros morceau de pierre dans le plus étroit de
l'entonnoir, sur lequel vous en mettrez de plus
petites pièces, & par dessus celles-là encore de
plus petites, autant qu'il en faut pour emplir

@

de l'Oeuvre Minérale. 21

l'étroit de l'entonnoir, & la partie large doit
être après remplie de la poudre de pierres, à la
réserve de trois ou quatre doigts d'épais pour
l'esprit de sel, & par ce moyen ces grosses pièces
qui sont au fonds empêcheront que la fine
poudre ne passe avec la fusion de l'esprit de sel.
Ce fait, mettez sur les pierres qui sont dans
l'entonnoir, de l'esprit de sel, de l'épaisseur de
deux ou trois doigts, lequel travaillera sur les
pierres, & en extraira , qui tombera dans l'écuelle
ou bassin qui est dessous: & d'autant que
le plus souvent il passe à la première fois de la
poudre avec l'esprit de sel, il vous faut cohober
l'esprit sur les pierres, tant que le passage soit
bouché, & que l'esprit sorte clair; ce fait, versez
ledit esprit dans le second entonnoir sur les
pierres, puis au troisième, & comme cela ensuivant,
tant qu'il passe, ou tant qu'il soit suffisamment
teint, lequel vous garderez tant que
vous en ayez une quantité suffisante, pour être
distillé par la retorte, pour séparer l'esprit d'avec
: lors cet esprit étant passé au travers des
pierres des entonnoirs, selon l'ordre, & bien
teints, versez derechef de nouvel esprit de sel
dans les entonnoirs, selon l'ordre, commençant
par le premier (comme a été dit) jusques au
dernier; & quand verrez que l'esprit qui passe
ne se teint plus, c'est signe que tout en est extrait:
alors il n'y faut plus mettre d'esprit, mais
de l'eau commune, afin que l'eau en passant attire
tout l'esprit de sel resté dans les pierres, &
que rien ne soit perdu, laquelle eau acide étant
gardée à part, sert pour le même usage; ce qu'étant
B iij

@

22 La première Partie

fait, tirez hors les pierres extraites, & emplissez
les entonnoirs avec de nouvelles pierres
comme devant, pour être extraites, réitérant
tant que vous aurez des pierres & de l'esprit;
mais il ne faut pas mêler l'esprit qui n'est pas
bien teint, avec celui qui est bien coloré de ;
il le faut garder à part, pour le mettre sur des
nouvelles pierres préparées dans les entonnoirs,
selon l'ordre, tant qu'il soit suffisamment teint;
& étant teint, séparés le par des retortes de
verre avec le reste, en faisant l'extraction hors
de ; & étant extrait, servez vous en dans un
nouveau travail de même que de l'autre, & par
ce moyen avec 100 d'esprit de sel on peut extraire
1000 de pierres préparées, & en séparer
qui est contenu en elles; ce qui ne peut être
fait par la fusion, ni autrement; mais le principal
point consiste en l'extraction (l'esprit de
sel étant bien gouverné ) afin que l'esprit ne se
gâte, ou ne se perde; & par cette voie beaucoup
de pierres peuvent être extraites avec peu
d'esprit; mais il faut remarquer dans l'extraction
qui se fait à froid, qu'il faut que l'esprit de sel
soit plus fort que dans celle qui se fait par la chaleur
dans les cucurbites, autrement les affaires
n'iraient pas bien; mais avec un fort esprit,
l'extraction se fait plutôt, & en est plus aisée
par la voie froide, que par celle qui se fait avec
la chaleur, & n'est pas si dangereuse, si pénible,
ni de si grande dépense. Cette extraction donc
par le froid demande un esprit de sel plus puissant
que celle qui se fait par la chaleur.
Et c'est ici la manière par laquelle ces pierres

@

de l'Oeuvre Minérale. 23

, & autres fossiles , sont préparées, & sont
extraites avec l'esprit de sel, lequel en est aussi
séparé derechef d'avec eux: maintenant je montrerai
la façon de la purification de qui a demeuré
dans la retorte.
Le pur étant extrait hors des pierres, non
celui qui est ferreux, il n'est pas besoin de grand
travail pour le purifier, car tu le peux par la fusion
avec du borax, ou avec le flux qui se fait des
parties égales de nitre & de tartre; mais qui
est extrait des pierres, & qui est mêlé avec du
, comme il est pour la plupart, il ne le faut
pas fondre par le flux, d'autant qu'il ne se purifié
pas par là, ni ne se rend pas malléable; il le
faut séparer par le , par lequel il sera purgé &
malléable; & si cet a d'ailleurs aucune impuretés
soufreuses mêlées avec lui, il ne se
peut séparer par le , d'autant qu'il est pour la
plupart réduit en scories, & autres impuretés
par le , avec perte; c'est pourquoi il faut qu'il
soit purgé avec trois parts , & séparé: par ce
moyen il ne se perd rien. C'est la meilleure voie
pour la séparation & purification de ferreux;
autrement il ne peut être séparé sans perte.

Le moyen de séparer impur par .

I L est très-nécessaire de connaître ce travail
si vous voulez avoir aucun profit de la susdite
extraction des pierres par l'esprit de sel, lequel
sans cette réduction & séparation est de nulle
valeur. Et quel profit, je vous prie, y peut-il
avoir à l'extraction d'un or qui n'est pas mur?
B iiij

@

24 La première Partie

lequel ne saurait être purgé par la voie ordinaire,
demandant un Artisan industrieux dans la
fusion, par laquelle il soit séparé de ses fèces superflues,
& fixé; car il est aisé de conjecturer
qu'un si spirituel & volatil, mêlé avec du ,
ne se peut réduire en corps par un flux commun,
mais plutôt en scories, d'autant que l'expérience
nous certifie que dissout avec l'esprit
de sel, & aussi le fer, ou autre chose soufreuse;
l'esprit de sel en étant extrait, ne saurait être
entièrement réduit par le flux vulgaire fait de
nitre & de tartre, pour ce qu'il s'en va en scories.
Que si cela arrive à un pur fixe & corporel,
se pourrait-il faire autrement avec celui qui est
sale, volatil, & incorporel? car qui est extrait
des pierres, est ordinairement ferreux; & le fer
ayant une grande affinité avec , (par laquelle
raison étant étroitement unis, ils sont difficilement
séparés, & comme cela il s'en va plus aisément
avec le en scories, qu'il n'en est séparé)
il vous faut par nécessité faire un flux, qui
n'attire pas seulement , mais qui le purifie &
le nettoie; ce qui ne se fait que par l'Antimoine
seulement, lequel avec son soufre combustible
& fusible, travaille aisément sur , qui est mené
avec le fer; mais par son Mercure il attire à soi
le plus pur corporel, le nettoie, & séparé de
toutes scories, sans aucune perte; c'est pourquoi
il ne se peut trouver un meilleur flux: Il est vrai
qu'il demande une industrieuse & ingénieuse
séparation de d'avec , sans perdre de . Ce
qui se fait comme s'ensuit.
Prends premièrement ferreux qui a été

@

de l'Oeuvre Minérale. 25

laissé après l'extraction de l'esprit de sel; qu'il
soit mis en fine poudre dans vue retorte ou pot
de fer, mêles-y deux ou trois parts en poudre,
& les mêle dans un fort creuset, qui soit plein
& couvert, & le fonds dans notre quatrième
Fourneau, tant qu'il flue comme de l'eau: cela
étant fait, verse le tout ensemble dans un cornet
chaud, oing par le dedans avec de la cire; & lors
qu'il sera froid, séparé le régule de la scorie (qui
aura la plupart de ) avec un marteau, & le
mets à part; ce fait, fonds derechef la scorie de
(qui contient beaucoup ) qui a été laissée
dans le creuset, & y mets un peu de limaille de
; mêle les avec un fil de fer crochu, & le soufre
combustible de sera mortifié par l'adjonction
du , & rendra un régule qui contiendra
le reste de , ayant égard à la quantité du qui
a été mis, & il y aura plus ou moins de scorie:
ordinairement il répond poids pour poids, au
poids du : alors jette la masse, bien fluante,
dans le cornet chaud, & oing au dedans avec de
la cire; étant froid, sépares-en derechef le régule
d'avec la scorie, avec un marteau, lequel
garderas aussi à part; fonds derechef la scorie
comme devant, & la précipites avec du , &
en tires le régule, lequel garderas aussi à part,
d'autant qu'il contient de & mêlés ensemble;
car le meilleur est précipité à la première
fois, en suite la plus basse, & à la fin seulement
; c'est pourquoi chaque régule doit être
gardé séparément, afin que le pur soit à part,
& argenté ou contenant aussi à part.
Et si perd sa fusibilité par l'addition du ,

@

26 La première Partie

& qu'il ne jette plus de régule, il est nécessaire
toutes les fois que la précipitation se fait par
l'addition du , d'y jeter un peu de nitre, afin
de faire fondre la masse dans le creuset pour précipiter
le régule; & tout & étant réduits
en trois ou quatre régules, il faut garder à part
la scorie qui a été laissée, de laquelle sera parlé
ci-après.

S'ensuit le moyen de séparer & de .

L Es susdits régules antimoniaux peuvent être
purgés en diverses façons; premièrement,
par le moyen des soufflets sur une coupelle de
terre, comme est la coutume des Orfèvres quand
ils rendent fusible par : ce travail est ennuyant,
& ne saurait être souvent fait sans danger
de la santé, ni même en grande quantité;
c'est pourquoi quand on sait vue meilleure
voie, c'est une folie de pratiquer celle-là. Le
régule peut être aussi purifié avec du par la
coupelle: ce travail peut être fait en grande
quantité, mais il y faut beaucoup de charbon &
de , & l'Antimoine n'y saurait être conservé.
Or il peut être fait avec profit, mieux que
par les deux susdites façons, comme s'ensuit.
Vous pouvez, si vous voulez, calciner les régules
avec du sel commun, les réduire en cendre,
& puis les fondre; par laquelle voie & en
peuvent aisément être tirés. Vous pouvez aussi
les fondre dans un creuset, & par l'addition de
certains sels séparer de & , réduisant
en scorie; étant séparés, ils se trouvent purifiés

@

de l'Oeuvre Minérale. 27

& malléable: quoi que ce soit la voie la plus
aisée, elle est néanmoins fort dangereuse; car
si vous n'y procédez avec conduite, les sels gâtent
& usent beaucoup & , & quelquefois
laissent qui n'est pas malléable, é vous contraignent
de réitérer votre travail.
Mais celui qui entend à le faire avec le nitre
seulement, il peut avec grand profit, en peu de
temps, & en grande quantité, purifier le susdit
régule, sans perdre , , ni . Il y a aussi d'autres
manières pour cela, qu'il serait inutile de
mettre par écrit; c'est pourquoi je veux enseigner
la meilleure de toutes, qui est grandement
profitable dans la séparation du régule en grande
quantité. Il est premièrement nécessaire d'avoir
un Fourneau particulier, avec un feu presque
semblable à celui de la première Partie de nos
Fourneaux Philosophiques, lequel est bâti pour
la sublimation des fleurs: Il y manque la grille,
mais il doit avoir de petits trous pour allumer
les charbons, afin que se séparant de soit
élevé & sublimé aux vaisseaux sublimatoires.
Ce Fourneau étant droitement bâti & échauffé,
jette dessus avec une cuillère autant de régule
que le feu en peut porter,lequel se fondra
promptement, & s'élèvera peu à peu, l'air étant
attiré par les trous sans aucune difficulté,
le régule étant sublimé, il en faut jeter davantage,
si vous en avez, jusqu'à ce que le régule
soit entièrement sublimé & séparé de & ,
lesquels sont laissés dans le feu purs & malléables.
Le Fourneau étant froid, il faut retirer
les fleurs, & les garder pour l'usage dont nous

@

28 La première Partie

parlerons ci-après. Par cette voie vous ne séparerez
pas seulement une grande quantité de
régule hors de & en peu de temps; mais
aussi vous garderez , lequel peut servir en
beaucoup d'usages de l'Alchimie & Médecine,
avec grand profit: ce qui est certainement vue
belle connaissance; car non seulement on peut
gagner beaucoup sans faire tort à son prochain,
mais encore assister quantité de malades par
cette excellente Médecine faite de fleurs. C'est
un don particulier de Dieu, de quoi nous avons
à lui rendre grâces immortelles; & c'est ici le
meilleur de tous les moyens pour séparer de
que je connaisse, lequel ne se fait pas seulement
en grande quantité, dans peu de temps, &
à peu de frais, mais aussi sans perte de .

S'ensuit l'usage des Fleurs Antimoniales.

P Remièrement, vous pourrez garder les
fleurs les plus blanches qui sont au pot ]e
plus bas, pour une Médecine universelle, avec
le sel de tartre, & réduire les autres qui ne sont
pas si pures en régule, lequel sera propre à divers
usages, comme il sera montré ci-après;
ou bien vous les pouvez mêler avec poids égal
de soufre commun, ou , lesquels étant mêlés
& mis dans un creuset couvert, & fondus, ils
rendrons un semblable au naturel, bon pour
purifier ; ou bien mêlés les avec d'autres
métaux, ou minéraux, afin que par ce moyen ils
soient rendus meilleurs; ou bien servez vous en
pour la Chirurgie, car ce sont les meilleurs emplâtres

@

de l'Oeuvre Minérale. 29

stritiques. Enfin on se peut servir des
susdites fleurs en beaucoup de choses avec bon
succès & profit.
Les scories antimoniales peuvent aussi être
réduites en fleurs, & pour le même usage,
comme aussi celles qui sont faites avec le régule,
à cause que dans cette fusion & séparation
de qui a été extrait des pierres & du Talc, le
seul qui était mûr & fixe, a été séparé du
régule; & qui n'était pas mûr, & qui est
volatil, a resté dans le scorie, lequel est élevé
avec les fleurs. Il s'ensuit donc que celles-ci
sont meilleures, tant pour la Médecine, que
pour la transmutation métallique.
Ou si tu veux ajouter audit du vieux ,
& le réduire dans le Fourneau, & prendre le
régule contenant & , lequel peut être mis
en usage en autres opérations Chimiques, où
il est besoin de régule, comme il sera montré
ci-après; mais la scorie rend un régule avec
un feu violent en un Fourneau, avec une particulière
séparation par extraction, quoi qu'il ne
contienne point ; on s'en peut néanmoins
servir avec profit: comme si on le mêle avec
dans la fonte, il le rend dur & sonnant, très-
utile pour en façonner diverses sortes de choses,
& qui ne se noircit pas si aisément que commun;
& si tu ne le veux, ou en peux faire des
poids à peser.
Ici nous avons traité de l'extraction de
hors des pierres à feu, & de sa purification par
; maintenant je veux vous apprendre comme
il se faut servir du reste de , tant pour perfectionner

@

30 La première Partie

les métaux imparfaits, que pour la Médecine;
aussi bien pour conserver la santé, que
pour guérir les maladies.
Mais voyant que nous avons fait mention
d'une Médecine universelle faite de dessus
dit, je ne veux pas que tu penses qu'elle puisse
guérir généralement toutes intempéries sans
distinction; ce qui est seulement attribué à la
pierre des Philosophes, mais non par moi à
cette Médecine: je n'attribue que ce que j'en
ai éprouvé; mais je puis assurer avec vérité,
qu'il n'y a après la pierre des Philosophes, presque
point de comparable à elle; car elle ne préserve
pas seulement le corps de diverses maladies,
mais l'affranchit heureusement de celles
dont il est attaqué: c'est pourquoi elle peut
avec raison porter le nom de Médecine universelle.

Voici la préparation.

Rx; D Es fleurs purifiées hors de la scorie j à
savoir de , par lequel extrait a été
purifié, lesquelles pour la plupart sont de couleur
jaune, ou rouge, contenant un volatil &
non mûr; & à son défaut, prenez les fleurs
faites du régule doré, étant pour la plupart
blanches, lesquelles mettrez dans un fort verre,
qui ait un col long, & mettez dessus trois ou
iiij d'esprit de vin tartarisé; mêlés les bien ensemble,
en les remuant, & mettez par dessus un
col crochu, dans lequel mettrez quelques onces
de , comme il est démontré dans la cinquième
partie des Fourneaux Philosophiques, bouchant

@

de l'Oeuvre Minérale. 31

bien les jointures avec vessie de Boeuf triple
mouillée, laquelle étant sèche, places le verre
dans le bain, & donnes le feu par degrés, afin
que l'esprit de vin & se puissent digérer, l'y
laissant l'espace de vingt-quatre heures; & incontinent
que le feu en est hors, tirez le vaisseau,
& étant froid, retirez ou séparez l'esprit teint
en rouge d'avec les fleurs; remettez de nouvel
esprit, & mettez au bain comme devant à digérer
par vingt-quatre heures, tant qu'il soit rouge,
réitérant cela par trois fois, ou tant que l'esprit
ne se teigne plus. Pour lors il n'en faut plus mettre,
filtrez l'esprit teint par le papier brun; les
fleurs qui restent après l'extraction, ne sont plus
nécessaires en cette affaire, lesquelles pourrez
garder à part, ou jeter; mais il faut mettre l'esprit
teint dans une cucurbite avec l'alambic, &
en extraire la moitié hors de la teinture, lequel
esprit distillé peut servir derechef au même travail;
mais la teinture laissée dans la cucurbite
est la Médecine de laquelle nous avons fait mention.
Maintenant que nous avons parlé de l'esprit
de vin tartarisé, afin de satisfaire celui qui en
pourrait douter, j'en veux ici donner la description,
laquelle se fait comme s'ensuit.
Rx; 20. ou 30 de tartre, mettez les dans une
grande retorte lutée au sable, & en distillez l'esprit
à un feu doux.
Ce travail se peut mieux faire, & plutôt par
l'instrument de notre second Fourneau; & d'autant
qu'il requiert de grands & amples récipients,
à cause qu'il est très-pénétrant, vous pouvez

@

32 La première Partie

appliquer premièrement un Serpent ou
au col de la retorte au lieu du récipient, lequel
doit être placé dans un tonneau plein d'eau
froide, afin que les esprits soient refroidis & retenus
par ce moyen. Il en faut après extraire la
moitié par une cucurbite de verre avec son alambic;
car l'autre moitié avec l'huile noire ne sert de
rien en ce travail, & par cette raison la faut ôter.
Après cela mêlés cette subtile partie distillée
avec la moitié de la tête morte du susdit esprit,
calcinée à blancheur, & en tirez ou distillez derechef
la moitié par le bain, par vue cucurbite &
son alambic, les jointures bien closes, & le tartre
calciné retiendra avec lui la fétidité & le flegme
ensemble, & ne distillera que le plus pur & subtil
de l'esprit, lequel il faut mêler derechef avec
l'autre moitié de tartre calciné en blancheur,
& rectifier par un autre alambic. La teste morte
peut être derechef calcinée pour en retirer la
Fétidité, afin de s'en pouvoir servir derechef
C'est ici l'esprit de vin tartarisé, avec lequel la
susdite teinture & essence doit être tirée & extraite,
& non seulement de cela, mais de tous
autres métaux; ce qui ne se peut faire autrement.
Et s'il était nécessaire, j'écrirais quelques autres
choses de sa très-grande force & vertu qu'il
a pour purifier les métaux imparfaits, avec lesquels
il a une grande affinité; car il peut séparer
le pur de l'impur, de quoi nous parlerons plus
amplement en autre lieu; mais quand ce n'est
que pour la purification des métaux, il n'a pas
besoin d'une si grande re(c)tification, comme il est
requis

@

de l'Oeuvre Minérale. 33

requis à l'extraction des Médecines métalliques,
& vous le pouvez tirer en abondance hors de la
lie sèche. Il y a aussi un autre esprit de vin tartarisé,
duquel on se peut servir en la susdite opération.
Il se fait comme s'ensuit. Dissolvez dans
d'esprit de vin, vj de cristal de tartre, laquelle dissolution
peut servir à la susdite extraction, & de
même façon.

Avertissement.

N E conçois pas mauvaise opinion de cette
Médecine pour être tirée d'une chose si
basse, & sans beaucoup de subtilité. Ne dit
point en toi-même: Si ceci est vrai, qu'une
si fameuse & excellente Médecine puisse être
faite par une voie si aisée; à quoi nous sont nécessaires
tant de diverses décoctions précieuses,
& dégoûtantes? pourquoi ne se sert-on de celle-
ci en leur place? certainement il vaudrait mieux
se servir de celle-ci; mais qui sera si audacieux
que d'oser déplaire à une si grande multitude,
qui soutient cette sorte de décoctions? certainement
personne; & il y en a peu qui puissent
abandonner leur ancienne coutume, laquelle
prévaut, encore qu'elle doive être corrigée.
J'espère que le temps viendra, que les Médecins
ne travailleront pas par avarice, mais par la charité
que nous devons à notre prochain, & que
les malades seront pleinement soulagés par leur
assistance. Mais pour la vertu d'une si grande
Médecine, j'en ferai l'ouverture à ceux qui sont
plus jeunes & moins expérimentés que moi; je
laisse son jugement libre à chacun.
C

@

34 La première Partie

Les Vertus de cette Médecine.

C Ette teinture antimoniale, évacue par dessus
toutes les autres Médecines, les humeurs
vicieuses, & purge insensiblement toutes les impuretés
du sang, outre les obstructions du foie,
de la rate, des reins, & autres entrailles, faisant
attraction de toutes les malignités; & d'autant
qu'il nettoie le sang, il guérit la lèpre, la vérole,
le scorbut, & autres maladies qui proviennent de
l'impureté du sang, par sa vertu atténuante &
pénétrante, elle résout toutes les humeurs tartareuses,
évacue celles qui engendrent la goutte,
la pierre des reins & de la vessie, mais non le
tartre qui est parfaitement coagulé: toutefois il
en allège la douleur, & empêche son accroissement;
mais n'étant pas dure ou coagulée, elle
l'attire & évacue entièrement & fondamentalement
hors de toutes parts; il guérit toutes fièvres
& autres maladies provenant des humeurs
superflues; il évacue doucement les eaux qui
sont entre cuir & chair, par selles & urines, en
peu de temps; fortifie & purge les principales
parties, & les garantit de tous accidents contre
nature: C'est un excellent préservatif en temps
de peste, & autres maladies contagieuses; pour
ceux qui l'ont déjà, c'est un excellent remède,
chassant promptement toute la maladie hors
du coeur, en l'évacuant; en peu de mots, c'est la
plus excellente Médecine universelle, douce &
grandement profitable aux vieux & aux jeunes;
mais elle doit être diversement administrée,

@

de l'Oeuvre Minérale. 35

cause de la force & vertu dont elle est douée;
d'autant qu'elle ressemble à un grand feu qui en
éteint un moindre. Certainement on ne saurait
désirer une meilleure Médecine que celle-ci,
laquelle est extraite d'une chose basse & méprisée,
en peu de temps, à peu de frais, & avec peu
de peine. Je confesse ingénument que je n'ai
jamais vu son semblable, & je ne doute point
qu'elle ne soit la meilleure du monde. Pourquoi
donc en cherchons-nous aucune autre que
celle-ci? Elle excelle en toutes les choses qui
sont requises en la véritable Médecine; mais
encore qu'elle soit très-excellente, je suis certain
que plusieurs auront mauvaise opinion, pour ce
qu'elle est préparée de , qui est une chose vile
& méprisée, & par une voie facile; mais cela
n'importe, car le monde veut être trompé, admirant
les choses splendides, & méprisant les
choses basses, quoi que Dieu même se plaise
en la simplicité.

L'usage & la dose de cette Médecine.

V Oyant que de toutes les Médecines celle-
ci a le plus de vertu & de pouvoir, il est
nécessaire qu'on en use diversement; car toujours
une petite dose est plus sure qu'une grande,
pour ce qu'elle peut être souvent réitérée;
à quoi il faut bien prendre garde en toutes les
maladies de vieux ou de jeunes. Aux petits enfants
de deux, trois, quatre, ou six mois, contre
les vers, gales, fièvres, & épilepsie, vous n'avez
besoin d'en donner qu'environ demi goutte
C ij

@

36 La première Partie

dans un propre véhicule, laquelle il faut réitérer
trois ou quatre fois le jour; elle tue les vers,
évacue l'estomac des mauvaises humeurs, les
recrée, & les garantit de galle, les garantit de la
petite vérole, & de la rougeole, si on en use
tous les mois une fois: mais aux enfants de l'age
de deux ou trois ans, il leur en faut donner une
goutte; & aux enfants de l'âge de deux, trois,
quatre, ou cinq ans, une goutte & demie; aux
jeunes gens depuis l'âge de quinze à vingt-quatre
ans, on en peut donner deux, trois, ou quatre
gouttes; à des corps robustes, depuis l'age de
vingt-cinq à cinquante ans, quatre, cinq, six, ou
sept gouttes: enfin la dose doit être augmentée
ou diminuée selon la qualité de la maladie, &
du malade. Et pour la pierre, ou la goutte, on en
doit donner quelques gouttes tous les jours dans
du vin, ou de la bière, le matin à jeun, à moins
que le malade soit trop faible; car pour lors il
en faut donner deux ou trois fois le jour, & continuer
cela tant que le malade soit guéri; sur
quoi il faut observer qu'il garde une diète modérée.
Pour la lèpre, la vérole, & le scorbut, il en
faut donner tous les matins une dose, & la maladie
sera entièrement détruite. Si le malade est
extrêmement faible, il lui en faut seulement
donner de deux jours l'un, aussi long-temps qu'il
sera nécessaire.
Dans l'épilepsie, il en faut donner tous les
jours, comme aussi dans l'hydropisie; à toutes
les fièvres, deux ou trois heures avant l'accès
Pour la peste, il en faut donner incontinent, &

@

de l'Oeuvre Minérale. 37

répéter tous les jours; mais pour se préserver,
il en faut prendre une fois toutes les semaines.
Pour toutes les autres maladies internes, il en
faut donner tous les jours jusqu'au déclin de la
maladie; mais après on en doit user peu à peu,
tant que la maladie soit entièrement guérie.
Aux externes, comme aux blessures nouvelles
faites par un coup, chute, blessures d'épée, ou
balle, os rompus, &c. tous les jours une fois,
avec l'application extérieure nécessaire des emplâtres,
aux vieilles fistules & cancers, tous
les jours une fois par dedans; mais par dehors il
faut que le mal soit nettoyé avec des oignements
minéraux; car par cette voie, pour si mauvais,
si invétéré, & désespéré qu'il puisse être, il sera
véritablement guéri, sans peine, & sans tourment.
Or quoi que cette Médecine soit la plus précieuse
de toutes, néanmoins il y a un menstrue
qui n'est point corrosif, avec lequel on peut non
seulement, & avec plus de facilité qu'avec l'esprit
de vin tartarisé, extraire une Médecine universelle
hors de , qui sera douée de plus grandes
vertus que la susdite, de laquelle pour le prix
d'un richedalle on en peut faire une quantité en
trois jours, qui suffira pour guérir mille hommes.
Tous les végétables, animaux & minéraux,
& métaux, sont aussi dissout par cette Médecine,
& réduits en leur première matière; & par
cette voie non seulement les poisons sont changés
en très-salutaires Médecines, mais aussi les
choses amères sont privées de leur amertume,
d'autant que les choses en sont tellement corrigées,
C iij

@

38 La première Partie

qu'elles ne provoquent plus le vomissements,
ni les selles, qui sont de très-violents cathartiques,
étant transmués en excellents restauratifs;
les fétides même étant corrigés, en
acquièrent une odeur agréable, & (ce qui est
merveilleux) il ne dissout pas seulement les végétables,
animaux, & minéraux, & les choses
qui en proviennent, mais encore le verre même;
c'est pourquoi il faut toujours choisir les
verres les plus forts pour les digestions & pour
les solutions; & à leur défaut les faibles doivent
être changés toutes les six heures. Cette Médecine
n'est nullement altérée par les choses
qu'elle réduit & tourne en sa première matière
médicinale, ni en sa vertu, ni en sa couleur,
gardant toujours le milieu, se tenant entre le
pur & l'impur, duquel l'un tombe au fonds, &
l'autre nage sur le menstrue, qui peut encore
servir derechef. Enfin les vertus de ce menstrue
ne sauraient être assez louées pour la préparation
des Médecines, & il peut bien être comparé
à l'eau Mercuriale de Basile Valentin, & à
l'Alcahest de Paracelse & d'Helmont, lequel je
juge être le feu des Macchabées, tourne en une
eau épaisse sous la terre; c'est un feu perpétuel
qui ne brûle pas toujours visiblement; c'est
une eau permanente, ne mouillant point les
mains, le Savon des Sages, l'Azoth des Philosophes,
& le Bain Royal.
Quoi que je connusse ce menstrue il y a quelques
années, & que je m'en sois souvent servi
dans les métalliques, & trouvé beaucoup de secrets
par son moyen; néanmoins je ne m'en

@

de l'Oeuvre Minérale. 39

étais jamais servi dans la Médecine, jusqu'à ce
qu'il me fut demandé par un amateur des écrits
d'Helmont, si je connaissais la préparation de la
liqueur Alcahest de Paracelse; & comme il
m'eut parlé de quelques vertus de cette liqueur
pour la préparation des Médecines, je commençais
à songer en moi-même, & remarquai que
c'était mon bain secret qui purifie les métaux
c'est pourquoi je l'éprouvai tout sur l'heure
avec les végétables & animaux (car je connaissais
sa vertu dans les métalliques) & je trouvai
des choses incroyables & étonnantes, qui m'étaient
inconnues: c'est pourquoi j'affirme &
confesse sincèrement, que toutes & chacune les
Médecines qui ont été inventés par d'autres,
& par moi-même, pour si rares & chères qu'elles
puissent être, ne sont que peu de chose à
mon jugement, puis que cette clef universelle
nous manquait, sans laquelle nos végétables,
minéraux, & animaux, de quelle façon qu'on les
su travailler, ne sauraient être parfaitement
résout: c'est pourquoi nous n'avons eu qu'une
partie de leurs vertus; mais à présent nous n'avons
pas besoin de beaucoup d'art, de labeur,
ni de dépense, pour réduire tout le corps sans
corrosifs en sa première matière, laquelle ressemble
à une liqueur très-belle, jetant hors sa
terrestréité superflue, & devient une Médecine
très-salutaire faite des trois principes dans leur
pureté; ce qui ne se peut faire que par ce menstrue;
car quelle autre chose peuvent les Médecins
extraire des herbes, sinon des sirops, des
électuaires, des conserves, & des eaux? avec lesquelles
C iiii

@

40 La première Partie

préparations les herbes ne sauraient
être améliorées, mais seulement qualifiées avec
addition de sucre ou de miel, à cause qu'il ne se
fait point de séparation du pur d'avec l'impur,
ou du bon d'avec le mauvais, car le tout est laissé
ensemble dans les électuaires & dans les conserves;
& dans les sirops & dans les eaux distillées,
il n'y en a seulement qu'une part. Il est vrai
que les extraits par l'esprit de vin ne sont pas à
mépriser, s'ils sont bien préparés; mais ils ne
sont pas meilleurs que leurs simples, lesquels
outre cela sont privés de ce que l'esprit de vin
n'en a pu tirer; & quoi que le demeurant soit
calciné pour en tirer le sel, & pour le mêler
avec l'extrait, toutefois ce n'est pas chose de
grande conséquence, car le feu détruit la vertu
des herbes, en sorte que les sels fixes, encore
qu'ils soient cristallisés, ne perfectionnent rien
dans les Médecines, excepté ceux qui sans aucune
combustion l'ont faite du jus des herbes,
desquelles il est traité en la troisième Partie
des Fourneaux Philosophiques. Au reste il n'y a
personne qui ose extraire des herbes efficaces
pour la Médecine, pour ce qu'en la préparation
elles ne sont pas corrigées ni amendées.
Or en cette manière les herbes les plus puissantes,
lesquelles sans cette préparation ne sont
que des poisons, sont mûries & purifiées par
cette liqueur d'Alcahest; ce qui fait qu'elles
peuvent être données aux maladies les plus désespérées;
car Dieu n'a point créé les herbes en
vain, comme quelques-uns pensent, puis qu'il
les a expressément créées pour manifester ses

@

de l'Oeuvre Minérale. 41

merveilles. Voyez l'Opium, la Mandragore, la
Ciguë, le Jusquiame, & autres choses assoupissantes,
comme quoi elles sont mortelles étant
administrées imprudemment; mais étant corrigées
par ce menstrue, elles deviennent douces
excellentes Médecines: combien dangereux
est l'Esula, la Scammonée, l'Ellébore, la Catapucte,
le Gommiguta, & autres violents purgatifs,
lors qu'ils sont donnés à propos. Il n'y a
personne qui l'ignore; toutes ces choses sont
corrigées par cette voie, & changées en très
salutaires médicaments. Qui est celui, je vous
prie, qui ose manger du Napellus, des Champignons,
& autres végétables vénéneux? Ils sont
aussi tellement corrigés par cette liqueur d'Alcahest,
que non seulement ils ne sont plus vénéneux,
mais sont tournés en douces & salutaires
Médecines pour beaucoup de maladies. Nux
Vomica, Coque de Levant, & autres choses qui
troublent le cerveau, sont par ce moyen très-
salutaires. Comme aussi ces animaux vénéneux,
tels que sont les Araignées, Crapauds, Serpents,
Vipères, &c. en sont tellement corrigés, qu'ils
n'ont pas seulement perdu leur qualité vénéneuse,
mais ils résistent & détruisent le poison.
Considère les Araignées qui ont une Croix
pour signe, qui changent de peau tous les mois,
& se renouvellent eux-mêmes; ce que les serpents
& l'Alcyon ne font qu'une fois l'année.
Plusieurs savent la grande vertu qu'ont les Vers
de terre crus, &c. au mois de Mai. pour résoudre
les humeurs tartareuses & la vérole. Qu'est-
ce qu'ils ne feront donc pas, s'ils sont corrigés

@

42 La première Partie

par ce menstrue? Les Cantharides, & mille
pieds , autrement Cloportes, sont aussi tellement
corrigés, qu'ils peuvent être mis plus seulement
en usage pour provoquer l'urine; & si
on pouvait avoir ce grand & vénéneux Basilic,
dont les Fables font mention, qui tue les hommes
par sa seule vue (ce qui est faux selon la
lettre) il pourrait être changé en Médecine par
cette liqueur d'Alcahest, de même que ce Basilic
minéral, la poudre à Canon, qui tue dans
un moment un nombre infini d'hommes; comme
aussi l'Arsenic, l'Orpiment, le Kobolt, &
semblables, ils peuvent être privés de leur malignité,
& réduits en très-excellentes Médecines.
Enfin ses excellentes vertus, qui sont manifestes
pour corriger le venin des simples, ne sauraient
être suffisamment décrites: c'est pourquoi il
mérite que nous employions nos soins à le chercher
de tout notre pouvoir, afin que nous puissions
préparer des Médecines admirables, &
qu'à l'avenir les malades ne soient pas si tourmentés
avec des boissons amères & importunes,
A la vérité je ne saurais assez admirer les grandes
vertus, qui ont été si long-temps cachées.
Ce n'est pas une chose corrosive, & néanmoins
il dissout toutes choses, mais quelques-unes plus
vite que les autres. Il change & améliore leur
vertu naturelle; c'est pourquoi il peut être la
consolation des Spagiriques, qui ont cherché
long-temps de rares Médecines, étant celle par
laquelle les végétables sont séparés & corrigés;
comme aussi les animaux & minéraux. Cela doit
obliger un Médecin consciencieux d'avoir en

@

de l'Oeuvre Minérale. 43

recommandation la préparation de ce menstrue
universel, par le moyen duquel il peut préparer
les Médecines: son origine, & sa préparation,
sont viles; mais sa vertu est très-efficace, son
invention & son usage très-difficile à trouver;
c'est pourquoi on ne le peut obtenir que par un
don de Dieu, duquel procède toute sorte de bien.
Ne pense donc pas que la gloutonnerie, l'ivrognerie,
la méchanceté, la vanité, & la menterie,
soient le chemin par lequel on y parvient, vu
que c'est un don de ce Dieu miséricordieux?
mais afin que tu saches ce qu'il faut déterminer
concernant la préparation des Médecines préparées
des simples vénéneux, je le veux brièvement
exposer. Par exemple, vois tous les végétables,
animaux, & minéraux, qu'on appelle
poisons, & qui font la guerre à la Nature humaine,
lors qu'ils sont donnés au dedans, &
pourtant non sans cause rejetés de tout le monde,
ils sont semblables à un ennemi invincible,
qui cherche de tout son pouvoir d'oppresser &
de détruire son adversaire; mais étant arrêté
par un Médiateur qui n'a pas moins de force, &
réconcilié avec son contraire, il n'a plus cette
malignité qu'il avait auparavant sa réconciliation,
l'autre ne pouvant résister à un si puissant
ennemi, étant fait son ami, & le secourant à
l'encontre des autres ennemis semblables & invincibles.
Il en est de même aux venins, végétables,
animaux, & minéraux, détruisant la
Nature humaine, lesquels par la liqueur Alcahest,
qui est comme le réconciliateur, sont si corrigés,
qu'ils ne portent aucun dommage; & de

@

44 La première Partie

plus grands ennemis qu'ils étaient, ils se prêtent
une mutuelle assistance après la réconciliation.
Il n'y a point de chose semblable dans la
Nature, qui puisse si promptement corriger les
poisons, les réduire en leur première matière, &
en faire vue essence salutaire. Ainsi je finis cette
déclaration, qui n'a pas été écrite sans raison,
& qui touchera ces coeurs qui ne sont pas endurcis.
C'est ici certainement la véritable correction
Philosophique, avec laquelle ce qui est
malin est réduit en vue substance salutaire. A
quoi peut servir cette correction, qui est faite
par la mixtion d'autres choses, comme des cathartiques
& cordiaux? En vérité rien du tout,
même les cordiaux ne font que débiliter les cathartiques,
car la Nature n'est pas capable de
détruire un purgatif vénéneux en une fois, ni
d'attirer une chose confortative, ou corroborative;
pour ce qu'une purgation étant donnée
incontinent, elle met sa malignité dans le corps,
à laquelle malignité la Nature résiste & s'efforce
de chasser l'ennemi, auparavant qu'elle en puisse
attirer l'ami confortatif; c'est pourquoi cet
ami est chassé avec son ennemi. Le même arrive
dans le mélange du sucre, miel, & autres
choses douces, avec les amères, acides, &c. Les
choses déplaisantes ne sont pas corrigées par les
choses douces, mais elles acquièrent un goût
& une saveur différentes, sans aucune autre altération
essentielle. Cette correction est semblable
à celles qui se font dans les Tavernes, pour
corriger avec des fumées odoriférantes l'air qui
était infecté auparavant par les crachats, vomissements,

@

de l'Oeuvre Minérale. 45

& puanteurs des ivrognes. Elle leur
est agréable, quoi qu'ils attirent aussi bien la
mauvaise que la bonne odeur aromatique, d'où
tant qu'ils sont privés de jugement; mais elle
ne le serait pas aux personnes sobres qui ont l'usage
de la raison. De la même façon sont corrigés
aujourd'hui les simples; mais une véritable
& philosophique correction est faite par elle-
même, sans addition d'autre chose, par bénéfice
du feu seulement tant actuel que potentiel,
humide, mûrissant, séparant, & corrigeant la
malignité: ce qui se fait par la liqueur Alcahest,
comme il est appelé par Paracelse & par Helmont.
Or de savoir si ma liqueur est le même Alcahest
de Paracelse, & d'Helmont, il n'importe,
pourvu qu'elle ait les mêmes vertus.
Le feu & la vertu du feu peuvent faire beaucoup,
non pas en brûlant & détruisant, mais par
nutrition & maturité, entretenant & humectant.
Touchant ce feu humide, voyez Artephius,
Bernard, Basile, Paracelse, &c. La maturité
ne se fait jamais par choses froides, mais par les
chaudes, lesquelles produisent un germe. Si par
hasard la Nature a laissé quelque chose d'imparfait
dans le Royaume végétable, minéral, &
animal, il peut être corrigé par le moyen de
l'art avec la liqueur d'Alcahest, qui est la meilleure
correction, jusqu'à ce que par le bénéfice
de l'Art, & par l'assistance de la Nature, on ait
inventé quelque remède plus excellent.
Et ce sont ici les vertus incroyables de cette
liqueur Alcahest, duquel l'usage sert pour la préparation

@

46 La première Partie

des Médecines; & d'autant qu'il a été
dit ci-devant qu'il montre aussi ses vertus dans
les métalliques, je ne saurais les cacher aux studieux.
Il ne sera pas ici fait mention de toutes,
car il est doué d'un si grand nombre, qu'il est impossible
à homme mortel de les pouvoir dénombrer.

Les vertus de l'Alcahest, qui sont manifestées
dans les Métalliques.

P Remièrement ce menstrue Philosophique
dissout radicalement tous les minéraux &
métaux sans violence, & les réduit en de douces
& salutaires médecines; de , il s'en fait potable;
de , potable; & par conséquent des
autres métaux, des métaux potables; de telle
façon qu'il peut bien être appelé le Mercure
universel.
Secondement, il purge, lave, & transmute
les minéraux & métaux en un espèce plus noble;
c'est pourquoi il peut bien être appelé le Savon
de Sapience, par lequel le dire des Philosophes
est confirmé, le Feu & l'Azoth blanchissent le
Laton.
Troisièmement, par lui tous les minéraux &
métaux sont mûris & fixés; de sorte qu'après
cela ou qui ne sont pas meurs, & qui sont
incorporés en iceux, peuvent être tirés hors
par la coupellation avec profit; c'est pourquoi il
peut être, avec raison, comparé au seau d'Hermès.
Quatrièmement, il rend les métaux volatils, &

@

de l'Oeuvre Minérale. 47

les conjoint radicalement ensemble; tellement
qu'ils soutiennent le feu, & l'un opère dans l'autre
dans le feu, il détruit & vivifie, tue & ressuscite;
c'est pourquoi il est comparé au Phénix.
Cinquièmement, il sépare les métaux mêlés
sans aucune perte, & fort promptement; mais
d'un autre façon que les menstrues corrosifs, de
sorte que chacun se peut séparer à part, par
exemple sur le point de séparer , , , , ,
& mêlés ensemble, ou bien deux, trois, ou
quatre d'eux mêlés, de façon que chacun paraisse
séparément sans perte d'aucun, vous n'avez
pas besoin de coupeller ce mélange avec ,
par laquelle voie & en sont extraits, & tout
le reste perdu; mais par cette voie ils sont tous
préservés & sont retirés l'un après l'autre très-
puissamment & doucement en l'espace d'une
demi heure, par ce très-fort vinaigre des Philosophes.
Sixièmement, les métaux sont soudainement
mortifiés & réduits en un verre transparent, irréductible,
semblable à un Amause, mais se réservant
la nature & propriété de chaque métal,
lequel dans la réduction de donne de parfait
, par lequel le dire des Philosophes est confirmé,
la corruption d'une chose est la génération d'une
autre: comme aussi celui de Paracelse; de quelque
chose se fait rien, & de rien, quelque chose. Au
reste cette huile incombustible, ou eau permanente,
montre la vérité des écrits des Philosophes,
lesquels généralement assurent que la
solution, putréfaction, distillation, sublimation,
circulation, ascension, descention, cohobation,

@

48 La première Partie

incération, calcination, coagulation, fixation, &
fermentation, &c. se font dans leur travail, en
une fois, en une manière & dans un seul vaisseau.
Dans cette seule opération toutes les couleurs
apparaissent, desquelles les Philosophes font
mention, comme la teste de Corbeau, le lait
Virginal, le sang de Dragon, la queue de Paon,
Lyon vert & rouge, &c. Par cette liqueur d'Alcahest,
on voie la vérité du discours Hermétique;
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
&c. & beaucoup d'autres choses sont exécutées,
comme le secret Chalyps de Sendivogius, &
l'huile de Talc qui est tant recherchée.
C'est jusques où est allée mon expérience;
même je ne doute point que je n'obtienne par
son moyen cette universelle Salamandre, qui
vit dans le feu.
Ces choses que j'écris sont très-véritables,
quoi qu'elles soient incroyables aux ignorants,
à cause de ses merveilleuses vertus. Je le voudrais
publier au monde pour le bien public,
mais par considération je n'ai pas jugé à propos
de le communiquer pour certaines causes;
néanmoins de peur que la science ne périsse,
& afin que la véritable & presque éteinte Médecine,
pour la guérison des maladies vulgairement
incurables, puisse être mise en usage, j'ai
découvert ce secret menstrue à deux de mes
amis, sa séparation, & son usage.
Mais toi ne penses pas à cause que j'ai écrit
de ces choses si hautes, que j'entendes de rendre
le secret commun à tous en général. Je ne l'entends
pas comme cela; mais je fais mon possible
pour

@

de l'Oeuvre Minérale. 49

pour confirmer celui qui cherche, & lui donner
occasion de chercher plus avant, pour trouver ce
secret, dans lequel il ne trouvera pas seulement
la vérité de mes paroles, mais par son exercice il
trouvera tous les jours des choses plus grandes
que celles-ci.
Et d'autant que je n'ai jamais aspiré à la vanité
des richesses & des honneurs, je pourrai
bien être persuadé de laisser à d'autres mes labeurs
les plus difficiles, à cause que dans mon
vieux âge ces travaux sont pénibles & fort
ennuyeux; outre cela la Philosophie m'a montré
un autre chemin, tellement que j'ai déterminé
de m'abstenir de tout mon pouvoir de ces
vanités, & de chercher le bien permanent, &
une vie tranquille, mais mon conseil ne manquera
pas à ceux qui les cherchent.
Voyant & remarquant la vérité infaillible des
écrits des Anciens qui sont calomniés par des
envieux ignorants, je ne puis m'empêcher de défendre
leurs paroles, & de venger leurs injures
en peu de paroles, montrant la possibilité de la
transmutation métallique; mais je n'affirme
point que par l'art que j'ai exercé beaucoup
d'années, & par la possibilité que je défends,
j'aie gagné beaucoup de bien; d'autant que je
n'ai pu faire des essais qu'en petite quantité
pour trouver la possibilité sans aucun profit,
seulement en particulier; car je n'ai jamais fait
aucun essai en aucune chose du travail universel,
le réservant jusqu'à ce que j'aie un temps
& un lieu plus convenable. Toutefois je ne
veux pas dénier une telle Médecine universelle,

@

50 La première Partie

d'autant que j'en ai vu les principes & les fondements
de l'art; c'est pourquoi j'ai dessein
d'ôter tous les obstacles des soins domestiques,
& d'en faire l'épreuve; car qui pourra douter
plus long-temps de sa possibilité, vu qu'elle est
prouvée par de très-excellents hommes, même
par des Rois & par des Princes?
Ce menstrue est suffisant pour défendre les
écrits des Philosophes, sans la transmutation
métallique, & je crois véritablement que le temps
s'aproche, auquel Dieu, avant que de juger le
monde par le feu, montrera sa grande puissance
aux Nations, par la révélation & incroyable
force des choses naturelles, dont la transmutation
des métaux n'est pas la moindre. Je la déclarerai
dans la troisième Partie de l'Opération
minérale, au profit de son prochain, & pour
la vérité.

Je vais montrer comme quoi le susdit régule
des fleurs & scories de peut être mis en
usage, pour l'amélioration des métaux imparfaits,
en sorte néanmoins que l'art ne
soit point profané.

L E régule étant une humeur radicale métallique,
peut faire de grandes choses; car
étant réduit en eau sans aucun corrosif, il dissout
tous les métaux, les nettoie, lave, mûrit,
purifie & les change en meilleure espèce, de telle
façon qu'on en peut retirer un profit particulier
qui n'est pas à mépriser: Mais comme quoi il


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de l'Oeuvre Minérale. 51

peut être réduit en eau, & dissoudre les métaux
par icelle, les rendre volatils, & les fixer derechef,
il a été montré par Artephius, Basile, & Paracelse;
c'est pourquoi il n'est pas nécessaire de répéter
ici leurs écrits, auxquels je renvoie le Lecteur.
Non seulement le régule; mais aussi toute
sorte peut servir en diverses manières pour la
séparation des métaux, & pour l'extraction de
caché, ce qui ne peut être fait sans , comme
il se verra par l'exemple suivant. Quand
vous trouvez une marcassite ou autre fossile
ferreux, qui résiste & ne se veut rendre à l'épreuve
du , mettez-y trois parts , & étant
bien mêlés; fondez-les dans un creuset couvert,
& étant fondus, versez les dans le cornet, &
quand tout est froid séparer le régule, lequel purgerez
derechef par le feu, comme devant, &
vous trouverez de qui était dans le fossile,
s'il en était abondant, & qu'il eut davantage
; car on ne le tire pas tout à une fois avec le
premier régule, il faut faire un autre régule en y
mettant davantage de fer & nitre, lequel est aussi
d'une nature approchante de ; & si ces marcassites
& fossiles ne sont point ferreuses, vous
pouvez y mettre, ou mêler dans la première
fusion, du fer & nitre, autrement ils ne rendront
point de régule; en y mettant davantage d'écaille
de fer, vous ferez davantage de régule, &
pour le même usage que celui duquel a été
parlé ci-devant en la fusion & séparation de
l'extraction de , les poids peuvent être aussi
faits des scories. Par ce moyen sont facilement
séparés la pierre calamine, marcassite, Kobolt,
D ij


@

52 La première Partie

zain, talc, & autres fossiles contenant de .
Au reste tout ce qui contient de , comme
celui de Stirie, Carinthie, de Grenate & Transylvanie,
&c. peut très-aisément être séparé par
cette voie avec profit; & si le fer n'avait point
, pourvu que en ait, il peut être séparé
par fusion avec le fer; si on en fait un régule
le reste de peut être derechef fondu avec
nouveau fer, & nouveau nitre de plus grand
poids que celui-là, mais moins que celui-ci, &
être réduit en régule propre pour l'usage suivant.
Des scories on en doit faire des poids afin
que rien ne soit perdu.
Si en as 100. lequel contienne deux ducats,
& que tu en veuille séparer . Prends le
poids de 100, divisé en trois ou quatre parts
fonds le selon l'art, y joignant un peu de fer &
de sel de frêne, & les réduits en petits régules,
du poids d'une ou deux liures: pour lors fonds
la scorie avec la moitié de son poids de fer dans
un creuset fort & large, & tu auras davantage de
régule, environ 50. ou davantage, & de scorie
40. dont tu feras des poids, ou des balles pour
un canon, &c. le reste environ 8. ou 9. s'en va
en fumée, & comme cela tu as réduit , qui
était en 100 de poids, en une ou 11. lesquels
tu peux sublimer en fleurs, laissant au feu pour
leur usage; mais les 50 ou 60. préparé par le
moyen de beaucoup de fer, elles ont fort peu
ou point , tu le peux mêler avec , pour le
rendre plus beau, plus dur, & sonnant, & pour
faire diverses sortes de belles choses, comme
plats, écuelles, &c. Car mêlé avec le régule

@

de l'Oeuvre Minérale. 53

ressemble en blancheur & dureté, sonnant de
même que lui; il ne se salit pas si aisément que
celui qui n'est pas mené.
Maintenant voyons quel profit provient de
la séparation de ce si méprisé. Posez le cas
que 100. , coûtent trois richedalles; car la
plupart du Polonais est vendu pour cela, &
quoi que celui d'Hongrie & de Transylvanie
soit plus cher, néanmoins celui ci a plus ,
auxquelles joignez 60 de vieux fer, qui est
vendu pour demi richedalle, que les frais des
charbons & creuset nécessaires vaillent un
demi richedalle davantage, la dépense de tout
est que quatre richedalles, au lieu desquelles je
prends deux ducats, en 60. de régule, 80.
de scorie, & une ou 11. de fleurs. Les 60, de
régule peuvent être vendus au prix de , c'est
pourquoi la liure est vendue un quart de richedalles,
& par ce moyen tout le prix est quinze
richedalles; lors les 80. de scorie peuvent être
vendus à 40 s. ou pour le moins 24 s. ou une
demi richedalle, & le tout conté & rabattu,
comme ils sont, restera seize richedalles.
Et quoi que ne rendit qu'un ducat, & que
1. de régule ne fut vendue que la huitième
partie d'une richedalle, néanmoins le reste sera
six richedalles, & dans un jour deux hommes
peuvent aisément séparer 100. & supposé qu'il
ne contienne point , comme quelque n'en a
point, néanmoins on peut gagner journellement
quatre ou cinq richedalles.
Mais quand tu as 100, , qui contient 3. 4.
ou 5. ducats, & que le fer requis à la séparation
D iij

@

54 La première Partie

contienne un ou deux ducats, alors il y a d'autant
plus de gain. Que celui donc qui entreprend
cette affaire cherche le meilleur & , & il
pourra aisément gagner tous les jours 20. 30.
quelquefois 60. richedalles.
Et si tu peux avoir tant de régule, que tu ne le
puisses tout mêler avec , pour n'en avoir pas;
alors il peut être vendu en parcelles, de façon
que 1. se vendent pour la quatrième partie
d'une richedalle, par laquelle voie le profit journalier
de séparation ne diminuera pas, au contraire
il augmentera, comme il se verra par le
discours suivant. Le régule de est l'espèce masculine
du son premier être étant impur, &
non mûr; mais le premier être du commun,
est impur & non mûr, comme l'expérience
le témoigne, car toujours purgé & fixé donne
de , mais le commun donne seulement ; &
d'autant que qui est meilleur que le commun
est appelé le des Philosophes, ou leur
secret, appelé comme cela de plusieurs, mais
connu de peu de gens, non que la chose soit inconnue,
ou d'une origine inconnue, mais à raison
de ses vertus & propriétés cachées. je dis
que toutes ses vertus ne sauraient être connues
par homme mortel, quoi qu'il eut cent ans pour
chercher cette nature admirable; car le centre de
toutes ces merveilles ne se peut jamais trouver.

Son Usage.

A Yant fait mention du régule d'Antimoine,
qui est , & meilleur que le commun, il
faut aussi qu'il purifie les métaux, les lave, & en

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de l'Oeuvre Minérale. 55

sépare , & , qui est caché en eux; ce que le
commun peut faire, auquel si on ajoute les
métaux il en attire la partie la plus impure dans
la coupelle, & la convertit en scorie, & l'entraîne
en bas avec lui dans la porosité des cendres,
laissant le plus pur & dans la coupelle,
mais de quelques-uns, comme de , , & de
, qui n'obéissent pas au plomb, il n'en peut
extraire leur , & , & il n'y a personne qui ait
écrit la voie de cette séparation; Il est vrai que
Lazarus Erker, & d'autres aussi, ont décrit la manière
pour séparer hors de , & , laquelle
ne doit pas être méprisée. S'il était accidentellement
mêlé avec la Lune, il se peut séparer
par cette voie, mais non pas s'il a été engendré
radicalement, & mené avec eux, pour ce qu'il
demande un autre , qui embrasse volontairement
& ; ce qu'aucune autre chose ne peut
faire que le régule.
Mais comme & , pour la plupart contiennent
beaucoup & , particulièrement ,
qui est inséparable du commun; il vaut bien
mieux chercher un autre , & un autre moyen
de séparation, comme il se voir appertement chez
les affineurs, lesquels éprouvent le & par
la voie commune sur le test. Cependant que le
& le liquéfiés dans le plomb, montrent
leur opiniâtreté, quittant par une propriété naturelle
& contraire, s'élevant par dessus en guise
de scorie ou cendres, sans aucune séparation,
à la réserve de l'or & de l'argent, s'ils sont mêlés
ensemble accidentellement, lesquels demeurent
avec le , mais non pas s'ils sont cachés dans
D iiij

@

56 La première Partie

leur milieu ou centre: Mais afin que cette vérité
paraisse, je la veux montrer par un exemple.
Mettez sur le test au dessous d'une tuile 16. parts
de & une , à la façon des épreuves, donnez
feu de fonte pour séparer la scorie; lors presque
tout s'enfuira ou sera brûlé au fond & séparé
comme cendres au dessus du plomb sublimé, lequel
n'est point privé de son & incorporez
ensemble, ce que je montrerai après. Quand
tout est sublimé & calciné hors du plomb, le
test qui est au dessous de la tuile étant ôté, &
le reste du répandu, tu ne trouveras pas davantage
après la coupellation, que ce que les
16. parties de contenaient auparavant si elles
n'avaient pas été coupellées avec , & même
quelquefois moins, une partie étant ôtée dans
l'examen par le ; le même se fait avec le
encore qu'on y ajoutât du avec du verre de
pour retenir le & , & pour en séparer leur
& , on n'avancerait rien; car bien que par
ce moyen on peut extraire quelque peu d'argent
davantage, cela ne viendrait pas de , ni de :
mais de ; c'est pourquoi il le faut tirer par une
autre voie, dont nous parlerons en suite.
Et dans le même temps je veux prouver clairement
que la séparation de , & par le
commun pour en tirer leur & n'est de nulle
valeur, parce que demeurant en eux, ils sont réduits
en cendres ou scories.
Prenez quel que ce soit, & le réduisez en
cendres par le , ou par agitation dans un vaisseau
de terre poli (l'éprouvant auparavant par
la voie commune pour en pouvoir faire la distinction)

@

de l'Oeuvre Minérale. 57

lequel calcinerez bien, afin que
corporel en grain puisse être calciné, ou qu'étant
fondu, il puisse être séparé des cendres:
alors prenez une part de ces cendres, & du flux,
suivant six parts, ou davantage: les ayant mêlés,
fondez les dans un fort creuset à feu violent,
tant que le flux ait consommé toute la
chaux de , & que des deux il n'en soit fait
qu'un, à savoir un verre rouge, ou jaune, lequel
peut être éprouvé avec un fil d'archal crochu
mis dedans: s'il n'est pas encore clair, il faut
couvrir derechef le creuset, & donner plus grand
feu, tant que l'épreuve soit parfaite. Ce travail
est fini en demi heure; ce fait, jetez le dans un
mortier de bronze, & le couvrez tant qu'il soit
froid, de peur qu'il ne s'enfuie par haut, & qu'il
ne se perde.
Après mettez le en poudre, à laquelle il faut
mêler le poids égal de limaille de ; étant
mêlés, mettez les dans un creuset fort & couvert,
d'autant que le flux est fort pénétrant, &
donnez grand feu de fusion pendant demie
heure; ce fait, tirez le hors, car a fait séparation,
& réduit quelque partie de image du flux, se
retirant au fonds, qui se peut séparer étant
froide, & être réduire en scorie sur le test, &
en suite être coupellée: alors vous trouverez
un grain , tirez de , sans aucun . Et si auparavant
vous avez pesé moins de 100 de
chaux , & en suite ce grain d'or, vous pouvez
aisément juger combien est contenu dans
100 de poids de cendres , pour le moins
trois, quatre, cinq, ou six onces le tout, si votre
travail a été juste.

@

58 La première Partie

Vous voyez donc que la faute ne doit pas être
imputée aux métaux, mais aux ignorants de la
séparation de & .
Il ne faut pas pourtant que tu te persuades de
gagner beaucoup de richesses par cette voie de
, car je n'ai pas écrit ceci à cette fin, mais
seulement pour en faire voir la possibilité; & si
tu penses que vienne du fer par le flux, mêle
la limaille de avec le flux, auparavant y mettre
la chaux , & tu trouveras en ce faisant que
ne vient pas du flux ou du , mais de
Donc étant assuré que c'est qui contient ,
tu peux considérer comment il se tire très-convenablement
avec d'autre , & par autre voie,
comme il sera dit ci-après. Et ne pense pas que
ne contienne davantage que tu as entendu,
car il y en a davantage, s'il en est sagement extrait.
je ne dénie pas qu'il ne se puisse tirer davantage
de ; mais il se faut donner plus de
soin qu'à celui-ci, si tu en désires avoir davantage.
On le peut extraire non seulement par le
flux, mais par plusieurs autres maximes; car ce
qui en est écrit, n'est que pour montrer la possibilité
que qui est contenu dans les imparfaits,
peut être extrait par une préparation secrète.

Le Flux requis à cette Opération.

Rx. V Ne part de sable blanc & pur, ou de
pierres à feu, ne contenant point fusible,
auxquels vous mettrez trois parts de litharge
de : étant mêlés, fondez les dans un fort
creuset, afin qu'il s'en fasse un verre jaune transparent,

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de l'Oeuvre Minérale. 59

lequel verserez afin qu'il se produise;
puis le mettez en poudre, & vous en servez en
la manière susdite. Si vous demandez comment
se mêle le sable & les pierres, vu qu'ils ne sont
pas de nature métallique; je réponds, que la
chaux , non plus que les autres fossiles qui
résistent, ne peuvent être examinés par le
seul, pour les raisons suivantes, d'autant que
dans la calcination de sa nature métallique est
cachée, & ses parties impures & terrestres sont
manifestées; c'est pourquoi il n'a plus d'affinité
avec le , & autres métaux, si les parties cachées
du plomb, & des autres métaux, ne sont
manifestées, & si les manifestes ne sont cachées;
car pour lors ils s'embrassent aisément l'un l'autre,
& sont derechef bien mêlés ensemble,
comme sans altération.
Pour ce qui est de l'altération des autres métaux,
ce n'est pas ici le lieu d'en traiter, mais
seulement de celle du & , dont nous avons
fait la véritable description.
Le plomb réduit en cendres par lui-même, ou
en litharge, & privé de sa forme métallique, ne
peut être mis en usage dans ce travail sans le
sable, ou sans les pierres, pour les raisons suivantes.
Le , & le verre de plomb fait par lui
même, est grandement fusible & volatil, & la
chaux se fond difficilement; & quand ces
deux chaux seraient mêlées pour être fondues
dans un creuset, toutefois elles ne se mêleraient
pas, ni étant fondues ne s'embrasseraient pas
l'une l'autre, à cause de la différence de leur fusibilité,
d'autant que la chaux de plomb se font aisément

@

60 La première Partie

toute seule par un petit feu, perce & pénètre
le creuset, la chaux de demeurant dans
le creuset; c'est pourquoi il faut joindre du sable
ou des pierres avec le , pour empêcher sa
fusibilité, afin qu'il puisse endurer le même degré
de chaleur avec ceux qui sont difficiles à
fondre; car chaque chose embrasse & affecte
mutuellement son semblable, comme l'eau fait
l'eau; l'huile, l'huile; le verre, le verre; & les
métaux, les autres métaux; mais l'eau ne se
mêle pas avec l'huile, ni aussi les verres avec
les métaux, mais les métaux avec les métaux, &
le verre avec le verre, quoi qu'il soit fait de métaux
ou de sable. Ainsi ceux qui mêlent les
chaux des métaux difficilement mêlables, ou
autre chose dure avec le pour les examiner,
errent grandement, ne considérant pas que le
corporel n'a point d'affinité avec eux, ils
persistent dans leur erreur, & par conséquent
ne trouvent rien qui vaille.
Mais quand la chaux des métaux est jointe
avec le par un médium, comme le sable & les
pierres, & qu'il en est fait un verre transparent;
alors le étant précipité & séparé du mélange,
il ne se peut que & contenu en eux
ne soit tiré avec lui, C'est ici une véritable &
philosophique épreuve, laquelle ne doit être
méprisée, d'autant que beaucoup de choses peuvent
être faites par son moyen.
Mais il ne faut pas oublier que dans la mutuelle
mixtion & fusion du verre de & de la
chaux , & d'autres métaux durs, on pourrait
aisément errer en la précipitation (qui est faite

@

de l'Oeuvre Minérale. 61

avec le mélange du fer) de avec le dans le
régule; de sorte qu'on ne gagne rien, à cause
de l'excès ou du défaut; car si le mélange demeure
long-temps dans le feu sans fondre, il se
brûle; de sorte qu'il ne saurait être bien séparé,
s'il demeure trop long-temps en fonte,
est attiré par la scorie, à cause du mélange
du , ayant grande affinité avec : par cette
voie on ne gagnerait rien, c'est pourquoi ce
travail doit être fait différemment avec sagesse
& industrie. Il faut avoir soin de ne point brûler
le régule du avec trop de feu, quand tu le réduits
en scorie, de peur d'attirer hors du , &
le réduire en scorie; & quoi que ceci puisse
être prévue par industrie, néanmoins nous ne
pouvons pas tout sur l'heure faire que chacun
soit Maître aux Arts, car ce travail requiert
grande diligence & exercice journalier, outre la
lecture des Liures; mais ce secret sera communiqué
autre part.
Je te fais donc cette admonition, afin que tu
ne m'imputes point ton erreur, mais à toi-
même: ce que j'ai écrit est véritable, & de là
n'en infère point une impossibilité de l'attraction
de hors du par le , ni de sa réduction
en scorie; ce qui ne m'étonne point, quoi
qu'il te semble incroyable. Mais afin que tu en
sois certain, assure-t'en par l'épreuve suivante.
Prends 200 de du poids le plus bas des Affineurs,
mets les sur le test dans la tuile avec huit
ou dix plotons de pur , de deux ou iij, &
6. ou 7 de du poids le plus bas; fais les fondre
ensemble pendant une heure, pour le réduire

@

62 La première Partie

en scorie, comme les Examinateurs ont coutume
de faire; alors tire le, & sépare le des scories,
pour coupeller ce qui est séparé: alors pese les
grains laissez, & tu trouveras que la moitié
a été consommée par les scories. Que si cela se
fait d'un corporel & fixe, pourquoi ne se
fera-il pas de nouvellement extrait hors des
métaux imparfaits? c'est pourquoi il te faut
chercher diligemment la nature des métaux, &
pour lors les choses ne te seront pas incroyables.
On voit donc par cet exemple, & par les autres
dont nous avons fait mention, que la séparation
qui est faite par le test & par les coupelles
n'est pas légitime & véritable, & par conséquent
qu'il faut chercher une autre séparation des métaux
plus profitable; d'autant que par celle-ci
la plus grande partie de & se brûle en scorie,
dont l'expérience rend témoignage. C'est
pour cela que les susdits exemples ont été mis
en avant, à quoi se rapporte aussi la façon de la
preuve pour savoir combien les scories ont
attiré d'or. Ce qui se fait en la manière suivante.
Rx. Le résidu des scories noires, auxquelles tu
joindras le double de leur poids de sel de tartre,
mets-le dans un creuset qui ne soit rempli qu'à
moitié, de peur qu'il ne s'en aille par l'ébullition,
& le couvre en sorte que rien ne tombe dedans,
sous la tuile ou entre les charbons ardents, l'espace
d'une ou deux heures à digérer, & il se précipitera
un nouveau régule de , lequel étant
séparé hors de la scorie, sera coupellé, & tu trouveras
de nouveaux grains d'or attirés par le
de la scorie, & séparés par le sel de tartre, lequel

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de l'Oeuvre Minérale. 63

domine la férocité du fer. Ainsi tu as entendu
par deux exemples, comme quoi dans la coction
de la séparation peut être tiré du , par le
& ; c'est pourquoi il est nécessaire que soit
séparé des susdits métaux par le régule d'antimoine,
& non par le , si tu désires en extraire la
véritable substance avec profit.
L'or peut être aussi séparé du verre de ,
étant premièrement dissout avec les cendres de
, avec poudre de charbon, le mettant en flux,
& le remuant avec un fil de fer, comme aussi avec
du soufre commun, le brûlant par dessus.
mais la susdite manière avec le doit être préférée
aux autres deux qui gâtent , &c. c'est
pourquoi les scories restantes doivent être recueillies,
desquelles par le moyen d'une autre
fournaise attractive, on peut recouvrer &
qui en ont été perdus.
Toutes ces démonstrations n'ont été alléguées
que pour faire voir que qui est dans & ,
peut être séparé par le régule , & non par le
. Or, comme quoi cette préparation se doit
faire, vous l'entendrez dans la troisième Partie,
là où nous traiterons du plomb spécifié par Paracelse,
dans son Livre appelé, le ciel des Philosophes,
& autres travaux chimiques & artificiels;
c'est pourquoi nous n'en dirons rien, comme
étant superflu de discourir d'une même chose
en divers endroits; cependant exerce-toi aux
choses les plus petites, afin que tu sois plus intelligent
dans les plus grandes. Ne t'étonne point
de ma libéralité à publier de si grands Secrets,
j'ai raison de le faire, d'autant que je ne puis

@

64 La prem. Part. de l'Oeuv. Minér.

porter un si grand fardeau tout seul; & il ne sert
de rien aux riches & aux avares de vendre leurs
biens à ceux qui ne gardent pas leur parole, &
qui ne payent point après qu'ils ont eu le secret,
ce qui m'est arrivé: C'est pourquoi j'ai résolu
de communiquer quelques Secrets indifféremment
à tout le monde, afin que le pauvre en reçoive
du profit, sachant bien qu'encore que
j'écrive clairement, néanmoins tout le monde
ne me comprendra pas d'abord. Il y en a qui
ont la tête si dure, qu'ils ne sauraient imiter un
travail, quoi qu'ils l'aient vu plusieurs fois.
Plusieurs m'ont visité souvent pour voir ma nouvelle
façon de distiller; néanmoins après l'avoir
vue ils ne l'ont pas su imiter, jusqu'à ce que
par de fréquentes opérations, ils ont rencontré
la véritable méthode. D'autres ont abandonné
le travail, lors qu'il ne leur réussit pas aussi-tôt
qu'ils le souhaitaient, Si cela arrive à ceux qui
ont une démonstration oculaire, il arrivera bien
plus aisément à ceux qui en ont seulement lu,
ou ouï dire quelque chose; c'est pourquoi je
suis certain que quand bien je publierais tous
mes Secrets en général & en particulier, ils ne
pourraient pas être exécutés par toutes sortes
de personnes.
Et pour l'Esprit de Sel qui est nécessaire à ce
travail, vous le trouverez dans la première Partie
de mes Fourneaux, laquelle est corrigée; &
le moyen de la séparation dans la quatrième
Partie.

F I N.


Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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