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Réfer. : 0803C .
Auteur : Glauber, Iean Rudolphe.
Titre : La Troisième Partie de l'Oeuvre Minérale.
S/titre : ou commentaire sur le livre de Paracelse ...

Editeur : Thomas Iolly. Paris.
Date éd. : 1659 .
@

L A
T R O I S I E S M E P A R T I E
D E L'O E V V R E
M I N E R A L E,

O V C O M M E N T A I R E
sur le Liure de Paracelse, appellé le
Ciel des Philosophes, ou le Liure des
Vexations, dans lequel sont enseignées
les transmutations des Metaux,
Auec vn Appendix touchant la fonte,
la separation, & les autres operations
necessaires.

PAR IEAN RVDOLPHE GLAVBER.

Et mise en François par le Sr DV TEIL,

pict

A P A R I S,

Chez T H O M A S I O L L Y, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Par- cheminerie, aux Armes d'Hollande. ---------------------------------
M. D C. L I X.

AVEC PRIVILEGE DV ROY.

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@

pict

P R E F A C E A U L E C T E U R.


pict MI lecteur, j'ai voulu vous
donner avis du dessein que j'ai
eu d'entreprendre dans cette
troisième Partie, l'explication du Livre
de Paracelse, appelé le Ciel des Philosophes,
afin que vous ne crûssiez pas que faute
de matière d'écrire, je fusse réduit à la
nécessité de grossir mon Livre des ouvrages
d'autrui. Ce que j'ai envie de traiter ici, je
l'aurais pu faire sans y mêler les Livres
de Paracelse, mais je l'ai fait par la considération
que j'aie eu des beaux Livres
que Paracelse a mis en lumière le siècle
précédent pour l'utilité publique: je n'ai
pu supporter la médisance des ignorants
qui les ont condamnés, parce qu'ils ne les
ont pas entendus, quoi que j'aie été assez
heureux pour y découvrir la vérité,
& pour connaître que fort peu de gens
l'ont égalé dans la véritable Philosophie,
Médecine, & Alchimie. La chose en est
devenue à ce point, qu'il y a d'excellents
Médecins, qui n'oseraient se déclarer en
sa faveur, de peur de choquer ses ennemis.
Mais je ne doute point que les gens
de bien ne prennent plaisir à voir renouveler
A ij

@

Préface.

le flambeau qu'il nous avait allumé.
C'est pourquoi j'ai entrepris l'explication
de ce petit traité, auquel on donne
le nom de Ciel des Philosophes, sans
autre dessein que de montrer la vérité cachée
dans son obscurité, afin que ses adversaires
soient contraints d'avouer qu'il
a été & sera toujours leur maître. Et par
ce moyen j'espère que plusieurs changeront
la Palinodie, & feront triompher la
vérité qui avait été longtemps opprimée.
Pourquoi souffrirons-nous que l'on fasse
tort à la réputation d'un homme extrêmement
louable, qui n'a écrit que pour la
gloire de Dieu, & pour l'utilité de son
prochain? Ce n'était point un homme
qui cherchât le gain dans le dommage
des autres, & qui voulut s'enrichir par
l'exercice de la Médecine, comme disent
les calomniateurs. Tout ce qu'il a fait, il
l'a fait à bonne intention sans en recevoir
de salaire, dont il n'avait pas besoin, étant
satisfait de ses lumières & de ses connaissances.
Il a sur tout fait beaucoup de bien
aux pauvres, dont nous avons beaucoup
de témoignages; entre autres son Epitaphe
qui est à Salzbourg dans l'Hôpital de
saint Sébastien, où il a été enterré, & auquel
il laissa tous ses biens. Il est écrit en

@

Préface.

lettres capitales sur du marbre, que j'ai
lu en ces termes. Ci gît Philippes Aureole
Paracelse, excellent Docteur en Médecine,
lequel par un art merveilleux, a guéri ces horribles
maladies, la lèpre, la goutte, l'hydropisie,
& autres que l'on jugeait incurables, & a donné
ses biens pour être distribués aux pauvres. Il
mourut l'an de Notre Seigneur 1541. le 24.
jour de Septembre.
Que peut-on dire à cela? s'il n'eut pas
eu les qualités qu'on lui donne dans son
Epitaphe, les Magistrats ne l'eussent pas
honoré d'un si glorieux Eloge: tous les
amateurs de la vérité croient aujourd'hui
que jamais personne ne l'a égalé.
Le mépris & l'envie de certains ignorants
ne lui ôte rien de son mérite, il sera toujours
Paracelse, & ils ne seront que des
calomniateurs; ils ne feront que montrer
leur impudence selon le vieux proverbe:
L'art n'a point d'autres ennemis que les ignorants.
Moi qui n'ai écrit que fort peu, je
ne laisse pas d'être exposé à la médisance
des envieux, comment en pouvait-il être
exempt, lui qui a si courageusement combattu
l'erreur & le mensonge. C'est la coutume
de ce monde corrompu, que Notre
Seigneur même a éprouvée, lors qu'il reprenait
les Pharisiens, qui le poursuivirent
A iii

@

Préface.

par les mouvements, d'une haine irréconciliable
jusques à la mort. Celui qui
veut plaire au monde, doit croire que ce
qui est courbé est droit, & approuver toutes
choses; autrement on le chasse & on
le méprise. Comme j'ai vu donc que notre
bon Paracelse était si mal traité, sans
que personne osât fermer la bouche aux
détracteurs, j'ai entrepris de faire voir
que loin d'être imposteur, il a été fort véritable
& fort éclairé dans les secrets de la
nature. Je ne prétends pas prouver qu'il ait
pu faire des monceaux d'or & d'argent,
dont il ne parle point du tout; il en montre
seulement la possibilité, ce que je tâcherai
aussi de faire; quoi que je n'aie
point la connaissance du grand oeuvre, &
que je ne m'en mette pas beaucoup en
peine, me contentant de discerner le vrai
d'avec le faux, & de convaincre les opiniâtres;
espérant aussi que notre Allemagne
qui est misérablement ruinée, en
pourra recevoir beaucoup d'utilité, par
l'industrie de ceux qui chercheront dans
mes écrits les moyens de parvenir à la fin
qu'ils souhaitent. Je prie Dieu qu'il daigne
par sa clémence, favoriser mon travail
pour sa gloire, & pour le bien public.

@

pict

L E
C I E L D E S P H I L O S O P H E S,

O U
L E L I V R E D E S V E X A T I O N S
de Philippes Theophraste Paracelse.

L'art & la nature de l'Alchimie, & ce qu'il
en faut croire; compris en sept règles infaillibles,
qui regardent les sept Métaux.

Préface de Theophraste Paracelse, à
tous les Alchimistes & lecteurs
du présent Livre.

pict MIS qui faites profession
de l'Alchimie; & vous tous
qui avez envie de vous enrichir,
en faisant quantité d'or
& d'argent selon les préceptes,
& les promesses qu'elle
en donne, vous qui avez envie de vous tourmenter
par un travail si laborieux; l'expérience
nous enseigne qu'entre mille il n'en réussit pas un;
mais il ne dit pas que ce soit la faute de l'Art ni
de la nature, c'est plutôt l'ignorance de l'artisan.
C'est pourquoi je ne remplirai point ce Livre
A iiij

@

Préface.

d'une doctrine difficile & embarrassante,
comme font ordinairement les Chimistes. Prenez
antimoine, & le fondez avec nitre, & tartre
demi once de celui-ci, demi once d'or, trois
dragmes d'étain, une dragme de schlich, deux
onces de soufre, deux onces de vitriol, qu'ils
soient fondus avec de l'argent, & avec de l'arsenic
dans un creuset.
Et d'autant que les caractères des signes des
astres & des planètes, le changement & le renversement
de leurs noms, avec les instruments où la
matière doit être contenue, sont connus de tout le
monde, il n'est pas besoin d'en parler derechef,
quoi que je m'en serve quand l'occasion s'en présente.
Ici la méthode est différente, & la Chimie est
enseignée par sept règles infaillibles, accommodées
à la nature des métaux; le langage en est
simple, sans politesse & sans ornement, mais le
sens en est profond & mystérieux; avec beaucoup
de nouvelles spéculations qui produisent des opérations
admirables, lesquelles combattent l'opinion
commune des Philosophes.
Or il n'y a rien de plus certain dans la chimie,
que ce qu'on y découvre & que l'on y croit
le moins: & c'est la seule faute de toutes les opérations
chimiques, qui est cause de la perte des
ignorants qui travaillent inutilement. Soit qu'il

@

Préface.

y ait trop de matière, ou qu'il n'y en ait pas assez;
soit que le poids soit égal, dont la chose se
gâte & se corrompt dans l'opération; soit
qu'ayant rencontré la chose, elle se rehausse &
tende à la perfection. La voie est très facile,
mais peu de gens la trouvent. Il arrive aussi
qu'un homme industrieux invente un art & une
manière chimique, soit qu'il fasse quelque chose,
ou qu'il ne fasse rien. Il n'en doit rien faire pour
réduire quelque chose à rien, & qu'ensuite quelque
chose soit engendrée de rien, cela est incroyable,
mais toutefois c'est la vérité.
La corruption produit le bien parfait: Le
bien ne peut pas paraître devant celui qui le cache:
le bien qui est caché, est un bien qui est
commencé. Il faut perdre & ôter celui qui le
cache, & le bien étant délivré paraîtra dans son
lustre, & sera mise en évidence la glose: celui qui
cache, est la montagne, le sable, la terre, la pierre
où le métal a pris naissance; or chaque métal
visible, cache les autres six métaux.
Comme les choses imparfaites, telles que sont
les cinq métaux, Mars, Jupiter, Mercure, Vénus,
& Saturne, sont corrompues, brûlées, &
détruites par le feu élémentaire; les parfaites qui
sont les deux métaux les plus nobles, le Soleil &
la Lune, ne le peuvent pas être; c'est pourquoi
ils se conservent dans le feu, ils prennent leurs corps

@

Préface.

des autres métaux imparfaits, dans lesquels on
les a détruits, se rendant visibles & manifestes.
Nous enseignerons dans les sept règles comment
& par quels moyens cela se peut faire, de
quelle nature & de quelle propriété est chaque
métal, quel est son mélange avec les autres dans
l'opération, & quelle est sa puissance.
Il faut aussi remarquer qu'un étourdi ne
comprendra pas d'abord les sept règles que nous
proposons; un entendement faible n'est pas capable
des choses hautes & difficiles; c'est pourquoi
chaque règle a besoin de beaucoup de travail,
& de recherche. Il y a certains orgueilleux
qui s'imaginent savoir des choses beaucoup plus
importantes, & qui méprisent ma doctrine.

pict

@

11

pict

L A T R O I S I E M E
P A R T I E D E L'O E U V R E

M I N E R A L E.

pict ETTE Préface est assez claire
d'elle-même, & partant elle n'a
besoin d'aucune explication
particulière: mais la préparation
dont il a parlé est obscure,
c'est pourquoi elle a besoin de
lumière. Prenez antimoine,
qu'il soit fondu avec nitre & tartre, un loton
de celui-ci, un loton d'or, trois dragmes
d'étain, une dragme de schlich, deux lotons
de soufre, deux lotons de vitriol, qu'ils soient
fondus avec argent & arsenic. Voilà la manière
de faire l'or & l'argent, que Paracelse enseigne,
différente de celle des autres, qui ne se peut exécuter
qu'avec beaucoup de travail; mais il assure
que par la sienne l'or & l'argent, se peuvent
faire facilement à peu de frais, & sans employer
beaucoup de temps. Il n'y a point de doute qu'il
a trompé l'espérance d'une infinité de gens; mais
c'était avec raison, d'autant qu'ils s'imaginaient
que ce fussent des chimères. D'où j'en ai
ouï plaindre un grand nombre, qui ne pouvaient

@

12 La troisième Partie

pas comprendre que l'or & l'argent se fissent
avec des choses volatiles & détruisantes,
telles que sont l'antimoine, le soufre, le vitriol,
& l'arsenic; lesquels bien loin de produire de
l'or & de l'argent, les corrompent, les réduisent
en fumée, ou du moins en scories.
Moi-même en faisant cette expérience, j'ai
vu que ces espèces métalliques, comme le
schlic, le vitriol, le soufre, l'arsenic, avaient corrompu
le Soleil & la Lune, les avaient dépouillés
de leur forme métallique, & chargés en scories:
mais c'est ce que Paracelse avait désiré, &
cela ne nous doit point étonner; vu que pour
s'expliquer il ajoute un peu après. Quelque
chose doit devenir rien; & ensuite rien devenir
quelque chose: ce qui est au dessus de la capacité
d'un ignorant, que les métaux étant corrompus
& réduits en scories sont perfectionnés par le
travail. Quoi que cela soit très véritable, peu
de gens le croient, comme il dit, en expliquant
toute cette opération jusques au mercure, en ces
termes: la corruption rend le bien parfait: Le
bien ne peut pas paraître à cause de celui qui le
cache: il faut ôter celui qui le cache afin que le
bien soit manifesté. La montagne, le sable, la
pierre, ou la terre dans lesquels les métaux ont
été engendrés, sont ceux qui les cachent, & qu'il
faut séparer par la fonte, afin que les métaux
soient purs. Le Chimiste s'arrête ici tout
court, ne comprenant pas ces paroles: Mais Paracelse
continue, & ajoute que chaque métal
cache les autres; ce qui est amplement enseigné
dans les 7. règles. Il avertit aussi le Chimiste

@

de l'Oeuvre Minérale. 13

qu'il ne doit pas se contenter des métaux que
l'on expose en vente, après qu'on les a ôtés de la
mine, mais qu'il faut consulter la philosophie
naturelle, & voir s'ils sont assez épurés, & s'ils
ne tiennent pas encore quelque chose de celui
qui les cache & qui les rend imparfaits. Tout le
monde sait quelle différence il y a entre une
mine rude & grossière, contenant le métal fort
dispersé, environné de pierre & d'immondice,
& le métal qui est traitable & épuré. Elle est
pareille, ou même plus grande entre le métal
commun imparfait, & l'or & l'argent, lesquels
sont enfermés dans son sein.
Quoi que la façon d'extraire les métaux des
mines soit à présent si basse & si méprisée par le
long usage, qu'elle ne passe plus pour un art,
mais pour un métier qui s'exerce en tous lieux;
toutefois au commencement, avant qu'elle fût si
connue, elle passait pour un art merveilleux, &
même encore on en doit faire beaucoup d'état,
quoi qu'elle soit devenue commune. Or il ne
faut pas douter que ce qui cache les métaux, &
qui leur est adhérant, ne se puisse ôter avec la
même facilité, & que le centre intime pur &
fixe, l'or & l'argent, n'en puissent être extraits
& séparés. Mais d'autant que les hommes ne
portent pas leurs soins & leurs recherches plus
avant, & que l'usage des métaux communs est
tout-à-fait nécessaire, nous nous contentons,
qu'étant une fois extraits de la mine rude &
grossière, ils soient malléables & propres à nos
usages, & cela non sans raison, vu que la vie
humaine se peut bien moins passer du fer, de l'étain,

@

14 La troisième Partie

du cuivre, du plomb, que de l'or & de l'argent.
Toutefois les hommes sages & bien avisés,
trouveront à propos d'extraire & de séparer
ce qui est de meilleur dans ces métaux si communs,
& si méprisés. Ce qui est de plus caché
c'est l'or, qu'il en faut tirer, par le moyen de
l'art & du feu, c'est à quoi Paracelse nous a mené
par la main, ce qui a été méprisé jusqu'à présent,
& dont les ignorants se moquent comme
d'une fable. Il faut attribuer cela au temps qui
change, corrompt, & perfectionne toutes choses;
& nous devons espérer que dorénavant on
sera plus soigneux de l'anatomie métallique,
qu'on n'a été jusqu'à présent.
C'est la doctrine de Paracelse, que les métaux
imparfaits sont corrompus & réduits en rien par
la force du feu, laquelle ils ne peuvent supporter;
& que l'or & l'argent qu'ils contiennent, ne
peuvent être détruits, mais par la force du feu
ils se retirent des métaux imparfaits, pour s'unir
& défendre mutuellement, la portion impure
étant brûlée; ce que nous trouvons être conforme
à la nature, & à la vérité; car dans toutes
les choses hétérogènes qui viennent à être
mêlées & à souffrir quelque violence, le semblable
s'unit à son semblable, & tâche à se conserver
de toute sa force, négligeant les choses qui
ne sont pas de sa nature, & les laissant en proie
aux ennemis. Je pourrais confirmer cette vérité
par beaucoup d'exemples, non seulement des
animaux, mais encore des végétaux, & des minéraux,
que je passe sous silence pour être plus
court. Ce qui est de plus nécessaire, c'est de savoir

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de l'Oeuvre Minérale. 15

quel est l'ami ou l'ennemi d'un chacun: car
aux uns est contraire le grand chaud, aux autres
le grand froid: On le voit par expérience dans la
rigueur de l'Hiver, si on expose un vaisseau plein
de cervoise ou de quelque autre liqueur ignée &
subtile, laquelle ne pouvant pas résister à la véhémence
du froid, est nécessairement corrompue:
En ce rencontre, comme la nature tâche
autant qu'il lui est possible de se défendre de son
ennemi, elle concentre ses parties les plus pures,
& les plus puissantes, & abandonne le reste à
son ennemi qui le convertit en glace. La même
chose se remarque évidemment dans les autres
liqueurs qui ont diverses parties, lors qu'elles
viennent à sentir le froid; car la plus noble se sépare
de la plus vile, & se sauve promptement
dans le milieu du fort: par exemple si on dissout
du sel ou de l'huile dans l'eau, ceux-ci comme
étant les plus nobles, ils se retireront dans le
milieu, & laisseront l'eau qui sera prise par le
froid. Quoi qu'une Ville soit assiégée par un
puissant ennemi, qu'elle ne peut pas chasser;
elle ne le reçoit pas toutefois d'abord, & ne lui
ouvre pas ses portes, afin qu'il s'en rende le maître,
& qu'il en dispose à sa volonté; au contraire
elle résiste autant qu'il lui est possible. Personne
ne veut être tué le premier, principalement
les grands qui ont le maniement des affaires, ils
tâchent bien de conserver le peuple, ils ne voudraient
pas en perdre un seul homme; mais
quand ils ne peuvent pas l'éviter, ils l'exposent
plutôt aux coups, que leurs propres personnes,
ils se retirent dans la partie de la Ville la plus

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16 La troisième Partie

forte pour y trouver leur conservation, jusqu'à
tant que le peuple étant vaincu, ils sont contraints
de se rendre eux-mêmes. Il en est tout
ainsi des métaux imparfaits, exposés à la violence
du feu, la nature ayant dessein d'en faire la séparation;
l'or & l'argent qui en sont les parties
les plus précieuses se mettent à part, se retirent
ensemble; & abandonnent le reste à l'action du
feu, qui le corrompt & qui le détruit. Comme
les métaux sont plus puissants de leur nature que
les animaux & que les plantes; ils sont aussi séparés
par un plus puissant ennemi, qui est le feu;
non toutefois seul, mais avec un adjoint, par lequel
leur substance est corrompue, par la dissolution
du lien qui les unissait: ce qui se fait par
le moyen des sels minéraux, à raison de la grande
affinité qu'ils ont avec eux. Car les métaux ou
seuls, ou joints avec d'autres, ne sont jamais
changés par l'action du feu, quelque longue
qu'elle puisse être, si leur construction radicale
n'est plutôt dissoute par la force des sels minéraux.
Dont nous traiterons ensuite plus amplement.
Afin d'entendre les espèces & les ingrédients
de cette opération, il faut parler de la recette
qui est écrite en cet endroit. Prenez antimoine,
faites-le fondre avec nitre & tartre. Prenez un
loton de celui-ci. Notez qu'il ne faut pas prendre
un loton de la masse entière fondue, mets ou
de la supérieure avec les scories, ou du régule
inférieur qui est descendu en bas dans le mélange.
Mais on ne peut savoir, laquelle c'est de ces
deux là, par le sens des paroles, Toutefois puisque
que

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de l'Oeuvre Minérale. 17

c'est ici l'intention de Paracelse, de détruire
l'or & l'argent par le mélange de ces espèces,
& après les avoir réduits à rien, leur faire trouver
de l'augmentation dans ce rien, par l'addition
de quelque chose; il y a plus d'apparence
qu'il a parlé du régule que des scories, lequel régule
s'insinuant dans l'étain, dans l'arsenic, &
dans le schlic, les unit avec l'or & l'argent. Car
c'est le propre du régule de l'antimoine de joindre
ensemble les métaux, & les minéraux. L'étain
étant mêlé avec les métaux malléables, &
souffrant le feu avec eux, les réduit en scories,
comme fait aussi le soufre, le vitriol, le schlic,
lesquels Paracelse n'emploie que pour corrompre
le Soleil & la Lune, & les réduire en scories.
Or il n'est pas facile de deviner de quelle sorte
de schlich il entend parler, pour ce qu'il n'a point
ajouté le nom d'or, d'argent, de fer, de cuivre,
de plomb, ou d'étain: Car les Chimistes & les
Métalliques, donnent le nom de schlich, lors qu'après
avoir lavé avec de l'eau une mine bien
broyée, & s'étant formé un monceau ou une
pierre; la partie la plus pesante & la plus noble
demeure au fond du vaisseau, par l'examen de laquelle
ils jugent de la valeur du métal ou de la
mine. Ils appellent ce travail schlich, & d'autant
que tous les métaux peuvent être réduits en
schlich, c'est à dire calcinés, le nom de schlich ou
chaux, peut convenir à toute sorte de métaux.
On appelle aussi chaux ou schlich, cette poudre
déliée qui s'amasse sous les meules à polir les
ferrements, les épées, les Cuirasses & autres armes,
dans de profondes lacunes ou réceptacles
B

@

18 La troisième Partie

de bois destiné à cet usage, & qu'on a accoutumé
de vendre pour la teinture des draps noirs.
Or nous ne savons si c'est de cette sorte de
chaux ou de celle des métaux qu'il veut parler, &
même il n'est pas fort important, vu que le Soleil
& la Lune n'ont besoin d'aucune chaux pour
être réduits en rien, & pour devenir quelque
chose de ce rien, comme nous verrons aux chapitres
suivants de la transmutation des Métaux.
Ceux-là ont été trompés qui s'imaginaient
que toutes ces espèces mêlées ensemble seraient
entièrement changées en or & en argent, n'en
ayant rien tiré qu'une jaune scorie, dont l'éclat
était triste & affligeant. Au contraire l'éclat est
heureux & réjouissant, lors que le métal qui a
été corrompu & réduit en rien & en scorie, devient
ensuite plus noble & plus excellent. Cette
destruction & réduction n'est pas uniforme,
mais elle se fait en diverses manières, comme
nous verrons ensuite.

P R E M I E R E R E G L E.

De la nature & des propriétés du Mercure.

T Outes choses sont cachées dans toutes choses,
mais entre toutes il y en a une qui cache
les autres, c'est un vaisseau corporel externe,
visible, mobile. Toutes les fleurs sont manifestées
dans ce vaisseau, parce que c'est un esprit
corporel, à raison de quoi toutes les coagulations
& consistances y sont captives & renfermées,
surmontées, environnées & resserrées par


@

de l'Oeuvre Minérale. 19

la fleur on ne saurait trouver de nom propre à
cette fleur, ni à sa cause; d'autant qu'il n'y a
point de chaud qui lui puisse être comparé, que
celui des Enfers: cette fleur n'a aucune communication
& aucune affinité avec les autres fleurs,
qui sont causées par la chaleur du feu élémentaire,
qui se congèlent, & se durcissent par le froid.
Le mercure est au dessus de tout cela, il a plus de
puissance. Sur quoi il faut remarquer que les
vertus mortelles des quatre éléments n'ont aucune
force contre les vertus célestes, que nous
appelons quintessence, d'autant que les éléments
ne peuvent rien donner, ni ôter à cette
quintessence. La force céleste & infernale n'est
pas obéissante aux quatre éléments: Remarque
donc qu'aucun élément ni aucune chose élémentaire,
soit sèche ou humide, chaude ou
froide, ne peut agir sur la quintessence, mais
chacune a son opération & force séparée en son
particulier.
Dans cette première règle de mercure, Paracelse
dit en peu de paroles, mais fort clairement,
que la fluidité de mercure ne provient pas des
quatre éléments qui sont corruptibles, mais de la
quintessence, & que par conséquent elle n'a
aucune affinité avec ces *flueurs élémentaires.
Or il faudrait un long discours pour expliquer
quelle est cette quintessence dont Paracelse
fait mention en cet endroit, ce qui n'est pas à
présent de mon sujet. Les autres Philosophes en
ont amplement traité, & moi-même aussi; à
quoi je me rapporte, j'ajoute seulement ceci.
Paracelse veut que la quintessence soit une
B ij

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20 La troisième Partie

chose non sujette aux quatre éléments, mais permanente,
& incorruptible: Par là il nous veut
donner à entendre, que la fluidité de mercure
ne tirant point son origine des quatre éléments,
mais de la quintessence; sa coagulation pareillement
se fait par la quintessence, & non par
les feux élémentaires chauds, ou froids. Or il est
aisé à conjecturer qu'en cette quintessence
qui coagule le mercure & le convertit en or, &
argent, ne se trouve pas dans les végétaux, ni
dans les animaux; mais qu'il la faut tirer des métaux,
& qu'elle doit être beaucoup plus pure,
plus fixe, & plus fusible, qu'iceux. Paracelse a
écrit beaucoup de choses, attribuant des vertus
admirables à cette quintessence: d'autres Philosophes
assurent que c'est une chose réduite
par le moyen de l'art en une très pure & parfaite
substance. Il y en a qui donnent un nom de quintessence
à la teinture dont on a accoutumé
de faire les projections.
Ce qui nous fait clairement connaître, que
par le nom de quintessence est entendue la
plus pure, la meilleure, & la plus puissante partie
de la chose. Quoi qu'il en soit, il est certain
que le mercure est un sujet admirable, & qu'il
n'est pas si aisé à fixer comme beaucoup l'ont
imaginé, lesquels ont éprouvé tout le contraire,
à leur grand dommage. On emploie inutilement
beaucoup de charbon à ce dessein: j'ai
même souvent travaillé avec peu de satisfaction;
mais quoi que je ne sois pas parvenu à
une fixation permanente, j'ai pourtant fait des
remarques merveilleuses, dont je m'en vais vous

@

de l'Oeuvre Minérale. 21

raconter quelque chose. Il est doué d'une force
extraordinaire, qui est fort amie des métaux, il
s'unit aisément avec les purs, & très malaisément
avec les impurs; ce qui témoigne qu'il est
d'une nature très pure. Que si on venait à le fixer,
je montrerais si je voulais par des raisons
indubitables, qu'il s'en ferait une chose plus
excellente que l'or: il n'est jamais sans profit,
toutes les fois qu'étant ajouté aux autres
métaux il est contraint de souffrir le feu. Puis
qu'il les perfectionne manifestement tout volatil
qu'il est, que ne ferait-il pas s'il était fixé, &
s'il demeurait longtemps à se fondre avec eux
dans le feu? Pour donner plus de lumière, j'ajoute
ce qui s'ensuit.
Ayant pris garde dans ma jeunesse que beaucoup
de gens tâchaient de fixer le mercure, &
de le changer en or & argent par amalgamation,
sublimation, coagulation, précipitation, & autres
semblables opérations, j'entrepris aussi de
la faire sous la conduite de Paracelse, qui assure
que sa coagulation se trouve dans le Saturne.
Je fondais donc dans un creuset 6. ou 7. parties
de plomb, y ajoutant une partie de mercure,
ce qu'étant fait je le jetai dans un autre
creuset où il y avait du nitre fondu, afin
qu'il fût couvert par le nitre; ensuite je pris un
creuset encore plus grand, où je fondis du verre
de saturne, fait de 4. parties de minium, & d'une
partie de cailloux, & y mis les autres deux tous
chauds, afin qu'ils fussent couverts par le verre:
je mis tous les trois dans un nouveau creuset,
m'imaginant que cet hôte volage serait bien
B iij

@

22 La troisième Partie

gardé par le verre de saturne. Ayant donc enfermé
le mercure de tant de murailles, je le mis
dans le feu pour le réduire à la fixation. Il le
souffrit véritablement, n'étant pas capable de
s'échapper, mais ayant augmenté le feu, & le
verre coulant avec le nitre, il s'échappa, ayant
laissé la place vide, & le poids de saturne tout
entier. Dans l'examen que j'en fis par après, j'y
trouvai un grain d'argent plus pesant que l'argent
commun, ce que je pris pour du mercure
fixé; mais ayant réitéré mon travail, je reconnus
que cela n'était pas, & que le mercure s'en
était envolé, mais que par une vertu secrète il
avait perfectionné le saturne, & lui avait fait
donner de l'argent. Toute la masse de saturne
devint noire & dure comme de l'étain. C'est de
là que je connus bien que le mercure qui est un
pur esprit igné, ne pouvait pas être fixé sans la
quintessence. Tout ce qu'il fait, lors qu'étant
joint aux autres métaux, il est retenu assez longtemps
pour souffrir le feu, encore qu'il s'évanouisse
bientôt après; c'est qu'il les change en
quelque façon, non pas en les perfectionnant,
mais en les excitant par sa pénétration à agir les
uns contre les autres, & à recevoir la force de se
perfectionner, ce qui ne se fait pas avec beaucoup
de gain; j'ai seulement voulu montrer ce qu'il
pouvait faire, & combien sa puissance était
merveilleuse, & difficile à découvrir. C'est avec
raison qu'on l'estime un miracle de la nature, il
n'est autre chose qu'un feu invisible, quoi que
les ignorants croient qu'il soit froid, on le peut
rendre par l'art beaucoup plus chaud, & beaucoup

@

de l'Oeuvre Minérale. 23

plus volatil, ce que j'ai expérimenté quelquefois,
lors que l'ayant souvent jeté dans un
feu véhément, & l'ayant mis dans du verre, s'élevant
par sa force naturelle sans aucun feu, il
s'en est retourné dans son cahos. En un mot plusieurs
ont fait des opérations merveilleuses avec
le mercure, mais tout cela sans fruit, dons nous
parlerons plus amplement quand il sera à propos.

S E C O N D E R E G L E.

De Jupiter & de Saturne.

I L n'y a point de chose manifeste, telle qu'est
par exemple le corps de Jupiter, dans laquelle
les autres six métaux corporels ne soient spirituellement
cachés, l'un plus avant & plus profondément
que l'autre. Jupiter ne participe
point à la quintessence, mais à la nature des
quatre éléments, c'est pourquoi sa fluidité se fait
voir avec peu de feu, & sa coagulation se fait par
un froid modique, il a communication avec les
autres fleurs métalliques.
C'est pourquoi chaque chose s'unit d'autant
plus facilement avec une autre, qu'elle lui ressemble
le plus, pourvu qu'elles se touchent réciproquement:
l'action étant beaucoup plus
efficace & sensible entre les choses proches; d'autant
que ce qui est éloigné ne fait pas si forte
impression; Ainsi le Ciel n'est pas désiré, parce
qu'il est fort éloigné; & l'Enfer n'est pas craint,
parce qu'il est aussi fort éloigné, & que personne
B iiij

@

24 La troisième Partie

n'en a jamais vu la forme, ni senti les tourments;
ce qui est cause qu'il passe pour une fable
dans l'esprit des impies. Les choses absentes ne
sont pas estimées & sont même tout-à-fait méprisées,
sur tout quand elles sont dans un lieu
épais & grossier: car il est certain que chaque
chose devient meilleure ou pire par la propriété
du lieu, dont on pourrait donner quantité d'exemples.
Plus donc Jupiter est éloigné de Mars & de
Vénus, & proche du Soleil, & de la Lune, &
plus il contient d'or & d'argent en son corps;
plus est-il grand, puissant, reluisant, beau, agréable,
palpable, véritable & certain de près que de
loin.
Enfin les choses absentes & éloignées sont plus
viles que les prochaines & que les présentes, &
celles-ci sont toujours plus remarquables. C'est
pourquoi, ô Alchimiste, tu dois prendre garde
de quelle façon tu mettras Jupiter en un lieu spirituel,
secret & retiré, dans lequel le Soleil & la
Lune fassent leur résidence, & aussi en quelle façon
tu prendras le Soleil & la Lune de loin, &
les mettras en un lieu prochain dans lequel Jupiter
ait été corporellement, de sorte que le Soleil
& la Lune y soit corporellement & visiblement
dans l'examen. Il y a diverses façons de
transmuer les métaux, & de les faire passer de
l'imperfection à la perfection.
Le mélange des choses & la séparation du
pur & de l'impur, est justement une transmutation
faite par le véritable travail de l'alchimie:
Il est à remarquer que Jupiter a beaucoup

@

de l'Oeuvre Minérale. 25

d'or & d'argent pur. Ajoutez-lui du Saturne
& de la Lune, & la Lune en recevra de l'augmentation.
Quoi que nous ne sachions pas bien la véritable
cause qui a obligé Paracelse de commencer
par le mercure, & de passer en suite à Jupiter, il
y a toutefois de l'apparence que ça été par mystère,
& pour nous signifier quelque chose. Il
répète en cet endroit la sentence précédente, en
ces termes. Que chaque métal visible cache en
soi les autres invisibles, & que si nous désirons
en faire quelque chose de bon, il faut prendre
leur or invisible & spirituel, l'approcher & le
rendre visible, & au contraire éloigner le visible,
& le rendre invisible.
Or il n'enseigne pas en quelle façon il renvoie
le lecteur aux sept règles, qui sont très difficiles,
je ne dis pas seulement pour les novices, mais
pour ceux qui sont les plus expérimentés: &
comme il n'y en a pas de mille un qui les entende,
il ne faut pas s'étonner si le peuple ne fait
point d'état de ses écrits: sans doute sa volonté
était bonne, il s'est imaginé qu'il avait écrit
bien clairement, & qu'il avait affaire à des gens
versés dans la connaissance des métaux, sans
avoir égard à la rudesse & à l'ignorance du peuple.
Que faut-il donc faire en cette rencontre?
quand on écrirait avec beaucoup de clarté, on
aurait toujours des plaintes & des reproches
des ignorants & des orgueilleux: d'où vient qu'il y
en a plusieurs qui aiment mieux garder le silence
laissant le bruit & le caquet aux insensés. Il ne

@

26 La troisième Partie

faut pas toutefois punir l'innocent avec le criminel.
Celui donc à qui Dieu a fait la grâce de quelque
talent, il ne doit pas l'enfouir à l'occasion
des méchants, mais il doit communiquer les lumières
aux bons & aux méchants comme fait le
Soleil, & attendre sa récompense de Dieu qui
rendra à chacun selon ses oeuvres.
Si l'on considère la nature, & la propriété de
l'étain, on trouvera qu'entre les autres métaux
imparfaits, celui-ci est pur, sans maturité, plein
de beaucoup de soufre combustible, duquel il
tient sa fusibilité dans le feu, & sa corruptibilité,
laquelle étant ôtée par un feu médiocre, il
perd sa fluidité métallique, & devient très semblable
à une cendre qui ne peut pas se fondre:
que si vous ajoutez d'autre soufre à cette cendre,
afin de la faire revenir en métal, & que derechef
vous le réduisiez en cendre, en retirant ce
travail, jusqu'à ce que tout le soufre combustible
étant brûlé, il refuse de s'en aller en cendre;
il se fond, & dans l'examen il donne facilement
son or, & son argent. Le même soufre combustible
est cause qu'étant mêlé avec l'or, l'argent,
le cuivre, le fer, & fondu avec eux, il les
rend fragiles comme du verre: mais étant dépouillé
de ce soufre par la calcination ou par
quelqu'autre manière, il ne les rend plus fragiles,
mais ce qui est étrange, il se fond avec eux,
& très facilement avec Vénus, laquelle par de
douces & trompeuses paroles sait accorder les
deux vieillards Saturne & Jupiter, & faire en
sorte qu'ils se souffrent réciproquement dans le

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de l'Oeuvre Minérale. 27

feu. L'or & l'argent en feraient bien autant
mais comme ce sont deux métaux précieux, qui
coulent aisément hors du creuset, & que l'ouvrage
se peut perdre, il est plus à propos de les conserver
après qu'ils ont été nettoyés avec beaucoup
de travail, que les hasarder en les mêlant
avec des choses impures; il ne faut qu'employer
le cuivre, qui exhibera son or, & son argent, lesquels
il tenait cachés en soi-même.
Il y a encore d'autres moyens de purger l'étain
de son soufre superflu, à savoir le feu nitreux.
Si vous faites brûler ensemble de l'étain
limé, du nitre, du soufre & de la sciure de bois,
une partie de l'étain s'élève en fleurs, & l'autre
demeure, laquelle à force de feu il faut réduire
en fleurs & en cendres, tant que la nature métallique
soit entièrement détruite. On ramasse ces
fleurs & on lessive les cendres, puis par le moyen
d'une bonne & convenable fleur, on les réduit
en métal, lequel il faut derechef limer, & sublimer,
& brûler comme auparavant; jusqu'à ce
que tout l'étain demeure en forme de scories,
non sublimable, qu'il faut fondre & séparer avec
le plomb; & tu trouveras l'or & l'argent qui
étaient renfermés dans ses entrailles.
Autrement prenez de la limaille d'étain,
avec du nitre fixe, & le digérez en son temps, réparez
le défaut de l'humeur qui s'exhale, en y
ajoutant une nouvelle liqueur, en telle sorte
qu'il soit toujours humide, & non pas trop liquide,
mais qu'il soit comme de l'eau épaisse:
cette liqueur consume le soufre combustible de
l'étain, fixe l'incombustible, & le rend patient du

@

28 La troisième Partie

feu, tellement qu'étant fondu avec le plomb, &
purgé, il donne son or & son argent.
On fait encore cette séparation d'une autre
sorte. Réduisez l'étain en verre ou *amause par
le moyen du plomb commun, ou du régule d'antimoine,
tenez-le longtemps dans un grand feu
où il se fondra, servez-vous de l'incération du nitre
ou du sel de tartre. Dans cette opération les
plus pures parties de l'étain s'étant assemblées,
il s'en fait un régule; les impures s'en vont en
scories avec le plomb & le sel. Le régule étant
repurgé vous trouverez votre or & votre argent
dans la coupelle.
Or il faut savoir que ces opérations se peuvent
bien faire sans cuivre, mais qu'avec le cuivre
elles rendent plus d'or & plus d'argent: non
pas à cause que le cuivre même donne son or
& son argent, mais pour ce que l'étain ne donne
pas volontiers son or & son argent sans le mélange
du cuivre, chez lequel il cherche son asile,
& se cache, en se dérobant aux scories, tant que
le travail étant achevé, les scories ne le peuvent
plus attirer: le cuivre tient donc lieu de réceptacle
où l'or & l'argent se peuvent cacher, ce que
les Chimistes appellent, bain. Nous parlerons
plus amplement de ce travail des Amauses
au quatrième Livre, où il est traité du cuivre.
On peut aussi séparer l'or & l'argent de l'étain
en cette manière. Faites fondre du plomb
commun sous la moufle dans la coupelle; comme
il sera bien chaud jetez-y un peu d'étain, il
entrera incontinent, mais un peu après s'élevant,

@

de l'Oeuvre Minérale. 29

il s'enflammera en guise d'étincelles, il
s'en va en cendres, lesquelles il faudra retirer
avec un crochet de fer, mettez-y de nouvel
étain, & le retirez quand il sera brûlé, & réitérez
ce travail, jusqu'à ce que tout le plomb soit
consumé par l'étain, faites bien chauffer durant
une heure les cendres sous la moufle dans la
coupelle; afin que s'il y avait quelques grains de
plomb, ils soient réduits en cendre, & que par ce
moyen la cendre de Jupiter calcinée en soit
mieux fixée; si vous le réduisez, ce sera un métal,
lequel vous ferez derechef chauffer sous la moufle,
où il sera réduit en cendre, réitérez ce travail,
tant que par la réduction il refuse de passer en
métal, & qu'il demeure en scories & métal détruit.
Faites le fondre dans un bon creuset, & y
ajoutant une fleur préparée de nitre & de tartre:
l'étain fixé se retire au fond en régule avec
une partie du plomb, lequel régule étant lavé
fait paraître l'or & l'argent qui étaient cachés
dans l'étain. Ce travail est gentil, aisé &
de petite dépense, principalement où le bois &
le charbon sont à bon marché. Les scories desquelles
le Roi a fait retraite ne se perdent pas,
mais elles sont réservées à d'autres usages, que
nous allons dire bientôt.
Or celui-là se trompe qui espère du profit
de ce petit travail sous la moufle, d'autant qu'en
cette manière on ne peut seulement que connaître
combien il y a d'or & d'argent, dans cent
livres d'étain, & quelle dépense il faut faire
pour l'en extraire, afin de pouvoir aspirer à
quelque chose de plus utile par la supputation.

@

30 La troisième Partie

Ce travail ne se fait pas si commodément sous la
tuile, que dans les grands fourneaux, où il y a
plus grande force de feu, & par conséquent plus
de profit. Et quoi que mes occupations m'aient
empêché d'en faire l'essai, je ne laisserai pas de
vous dire en peu de mots, comment il y faut procéder,
afin d'en retirer beaucoup de profit. Selon
le calcul fait d'une plus petite quantité, pour
une centième d'étain, il en faut dix ou douze de
plomb, tellement qu'ayant supputé la dépense
en plomb, étain, charbon & travail, & la déduisant
sur l'or, vous trouverez qu'il en reste fort
peu: mais si vous pénétrez plus avant, vous y
trouverez un gain considérable, en vous servant
du plomb qui contienne de l'argent; & de l'étain
qui contienne de l'or, comme il s'en rencontre
souvent qui contient autant d'or qu'il
égale le prix de l'étain, de même que du plomb
qui contient de l'argent qui égale la valeur du
plomb, lequel les Métallistes ne savent pas séparer:
& afin que votre travail soit plus lucratif,
ajoutez à l'étain des pierres ou des mines
d'or ou d'argent, telles que sont les Marcassites,
l'antimoine, l'arsenic, l'orpiment, cobalt, quantité
de pyrites ou kifij qu'on n'a jamais accoutumé
de fondre à cause du peu d'or qu'ils rendent;
il les faut réduire en scories, & comme ils joindront
leur or & leur argent, vous en retirerez
plus de profit. Principalement si ces minéraux
ayant été plutôt fondus avec le cuivre, sont
réduits en régule par le moyen du fer: ou que
leur or soit resserré, & qu'ensuite les régules
soient jetés avec l'étain sur le plomb, & s'en

@

de l'Oeuvre Minérale. 31

aillent en scories. En ce cas là, leur or se peut acquérir
à peu de frais, & être épuré par l'étain.
Que si vous voulez que cette séparation vous
soit utile, il ne la faut pas faire dans des creusets,
mais en des foyers bien cimentés, sur lesquels il
est besoin d'une grande flamme, qui échauffe
fortement les métaux. Après que la calcination,
incinération ou annihilation aura été faite, il
en faut faire la réduction dans une fournaise aiguë.
Ce n'est pas ici le temps d'en traiter plus
exactement, il suffit d'avoir découvert la vérité
en une petite quantité, il est permis à chacun
de tenter sa fortune dans les travaux métalliques.
Quoi qu'il y ait diverses sortes de séparer l'or
& l'argent de l'étain, je crois toutefois en avoir
assez indiqué pour une fois: les Chapitres suivants
donneront lumière du reste.

T R O I S I E M E R E G L E.

De Mars & de sa propriété.

L Es six métaux cachés ont chassé le septième,
& l'ont rendu corporel, lui laissant le
dernier rang, le changeant d'une dureté grossière
& laborieuse: C'est en lui qu'ils ont fait paraître,
toute la force & toute la dureté de la
coagulation, s'étant réservés les couleurs, les
fleurs, & tout ce qu'il y a de plus noble. C'est une
entreprise bien haute & difficile, de faire un
Prince & un Roi, d'une personne basse & de la
lie du peuple. Toutefois Mars s'acquiert de

@

32 La troisième Partie

l'honneur par sa vertu, & monte sur le trône
des Rois. Il faut bien prendre garde de ne rien
faire à la hâte, & songer par quelle invention
on mettra Mars en la place royale, & le Soleil &
la Lune avec Saturne en la place de Mars.
Nous suivons l'ordre, & même la supputation
des Astronomes par laquelle aussi Mars est
le troisième en descendant: En cet endroit Paracelse
ne donne pas le premier rang à Saturne
comme font les Astronomes, mais bien à Mercure,
& peut-être par quelque raison importante.
Ensuite il dit, Mars est rude, dur & grossier,
d'autant que les autres métaux se sont déchargés
sur lui de tout ce qu'ils avaient de plus vil
& de plus impur, comme il se voit par expérience;
il est fait d'un bois noueux & grossier: il n'a
guères rien de bon: il est rude, & n'est aucunement
comparable au doux, tendre & noble Jupiter.
Mais étant délivré des noeuds, ce qui ne se
fait qu'avec grande difficulté, il est contraint de
se rendre, & de montrer par sa vertu qu'il est
aussi d'un sang royal.
Paracelse ajoute que Saturne est capable de
le dénouer, & de l'élever à un plus haut degré,
quoi que les Astronomes condamnent la conjonction
de ces deux, comme cause de tous
maux, & c'est pourquoi ils les ont séparés par
le bénin Jupiter qu'ils ont mis entre-deux. Selon
Paracelse il faut avoir beaucoup de précaution
pour faire que Saturne dénoue Mars, la précipitation
est misérable: il résiste courageusement,
& tâche de perdre les autres: on le peut toutefois
ranger selon le même Paracelse dont nous
parcourrons

@

de l'Oeuvre Minérale. 33

parcourrons les raisons en peu de mots.
Saturne a cette propriété naturelle, que de
nettoyer les autres métaux imparfaits, de leur
soufre superflu, si par hasard ils contiennent
quelque chose de bon: mais il n'est pas capable
de leur ôter l'impureté radicale, qui est née avec
eux, il ne le saurait faire tout seul; comme il
paraît dans l'examen des coupelles. Quoi que
vous ajoutiez le fer au plomb, qui doit être
séparé sur la coupelle, il n'entre en nulle façon
dans le saturne avec sincérité; que si cela arrive
par un grand travail, il ne demeure pas; mais il
se retire bientôt vers la superficie en guise de
scorie, & ne laissant rien avec le plomb, que ce
qu'il avait accidentellement, il s'en va avec tout
ce qu'il avait de bon naturellement. L'étain en
fait autant; mais pour le cuivre, quoi qu'il ne
nage pas dans le plomb, & qu'il se retire à part;
il ne se joint point radicalement, mais étant réduit
avec le plomb en scories *liquables il descend
dans des cendres poreuses. De quoi nous
avons soigneusement traité dans la quatrième
Partie des Fourneaux, & dans l'Appendice.
Il est donc constant que le plomb n'est pas
propre de soi à nettoyer les métaux, mais que
pour cet effet il a besoin de la préparation de l'art.
Car comment Saturne qui est le plus liquide de
tous les métaux s'unira-t-il de lui-même avec le
fer qui en est le plus dur? il est vrai qu'ils se pénètrent
l'un l'autre par une fusion mutuelle,
mais c'est par contrainte & superficiellement,
non pas radicalement. Comme si quelqu'un
mêle de l'eau dans de la farine pour faire un
C

@

34 La troisième Partie

gâteau; l'eau s'épaissit, & la farine se rend liquide;
mais ils ne se reçoivent l'un ni l'autre radicalement,
l'eau s'insinuant dans les pores de la
farine, en fait de la pâte.
Pareillement le plomb & le fer se mêlent;
mais ils ne souffrent point également la violence
du feu. Mars ne change point de naturel dans
la fusion, c'est toujours un métal dur & difficile
à fondre: Le plomb aussi conserve son humidité
& *liquabilité, & quoi qu'ils se mettent en une
masse, chacun néanmoins persiste dans sa propriété:
que si on les met en état de pouvoir ensemble
soutenir le feu, le fer vient à se rendre, &
donne son or au plomb; & par son soufre chaud
& volatil, il mûrit l'argent qui est caché dans
le plomb, l'exalte, & le rend corporel, afin que
l'un & l'autre se communiquent leur vertu, &
leur bonté, qu'ils corrigent leurs défauts, & se
perfectionnent réciproquement. Quoi que le
fer qui est âpre & rude de sa nature, coule avec
le soufre combustible, ou avec un minéral sulfureux,
tels que sont l'antimoine, l'arsenic, ou
l'orpiment; il ne se fait néanmoins aucune
transmutation, chacun demeurant dans sa nature
sans altération. De même que le mercure
étant réduit en amalgame avec l'argent ne fait
point de solution, mais s'attache à l'or, & s'en
va aisément, l'or lui étant demeuré. Que si
quelqu'un savait joindre radicalement l'or &
l'argent avec le mercure, l'un ne quitterait point
l'autre, mais ils se perfectionneraient mutuellement
par la force du feu, comme font les autres
métaux quand ils sont mêlés radicalement.

@

de l'Oeuvre Minérale. 35

Quelqu'un me demandera qu'est-ce que le
radical & spirituel mélange des métaux? je lui
réponds, que c'est lors que l'union se fait par une
amitié naturelle, qu'ils supportent également la
bonne & la mauvaise fortune, que l'un n'est pas
plus remarquable que l'autre, qu'ils se font ouverture
au travers les portes & les murailles les
plus épaisses, que le volatil ne s'exhale point
dans le feu, que le *liquable ne se sépare point de
*l'illiquable, en rampant le long du vaisseau, &
laissant derrière soi en guise de scories, ce qui est
de plus fixe & de plus rude. Mais vous demanderez,
en quelle manière je rends les métaux
spirituels, & en quelle manière je les unis radicalement;
Est-ce qu'il les faut premièrement
dissoudre avec de l'eau forte, ou avec d'autres
esprits corrosifs, & les rendre volatils par le
moyen de l'Alambic? Point du tout. Cette sorte
de spiritualiser est tout-à-fait trompeuse & sophistique,
empêchant de parvenir à la connaissance
de la vérité. Tous les Philosophes conseillent
le contraire, & défendent de travailler
les métaux par des esprits âcres, d'autant que
bien loin d'en être perfectionnés, ils en sont
corrompus & mortifiés dans la racine. Si un
homme a été noyé, faut-il encore lui faire avaler
de l'eau, pour le ressusciter? C'est la même
chose que si vous mettiez la bride à la queue. Il
est évident que ce qui est de superflu dans les métaux,
c'est le soufre combustible & corrosif: &
qu'ils en possèdent d'autant plus, qu'ils sont vils
& imparfaits: C'est de quoi Mars nous donne
un témoignage manifeste, qu'il n'y a que le
C ij

@

36 La troisième Partie

soufre acide; lequel l'a privé de noblesse & de
dignité: car s'il n'abondait pas tant en ce soufre
grossier, acide, & vitriolique, il ne se rouillerait
pas si aisément, ni ne se corromprait par
l'attraction d'une humeur commune. Vous me
direz, qu'il n'y a pas d'apparence qu'il ait tant
de soufre corrosif, car d'où lui serait-il venu?
vu que les mines & les pierres dont il se fait; ne
sont pas infectées de cette sorte de soufre. Car
s'ils l'avaient été, ils n'auraient pas soutenu un
si grand feu dans la fusion, mais il s'en fut envolé.
Certes, mon ami, vous n'entendez pas la
nature des métaux, & vous ignorez la cause pour
laquelle la nature a laissé ce soufre au fer, & aux
autres métaux imparfaits. Il faut que vous sachiez,
que ce soufre leur sert d'aliment, & comme
d'enveloppe & de matière, dans laquelle ce
qu'ils ont de meilleur se mûrit comme un embryon,
lequel ensuite paraît en forme de métal
pur & parfait. Le dessein de la nature n'a pas
été que le fer demeurât fer; mais qu'il passât
jusqu'à la perfection de l'or; l'impatience du
Mineur, ne lui donne pas le temps d'en venir là;
& le destinant à d'autres usages plus prompts,
il imite ce Pécheur lequel fut prié par un petit
poisson qu'il venait de prendre, de le remettre
dans l'eau, jusqu'à ce qu'étant devenu plus
grand, il serait capable de remplir mieux un
plat: le Pécheur n'en voulut rien faire: en lui
disant, je te tiendrai à présent tel que tu es, car
je ne sais pas si lors que tu seras grand, tu reviendras
donner dans l'hameçon. Le Mineur en
fait de même, il n'attend pas que le fer parvienne

@

de l'Oeuvre Minérale. 37

à la dignité de l'or, mais il l'applique aux usages
présents. Tout le monde sait qu'il contient
beaucoup de sel corrosif qui n'est pas combustible
dans le feu de fonte; & je n'en veux point
donner d'autre démonstration que ce que j'en
ai dit dans les annotations de l'Appendice. Et
afin de vous faire voir que le métal peut conserver
dans la fonte, le soufre volatil, & combustible,
je vous l'expliquerai plus clairement. L'or
ayant atteint sa perfection, ne cherche point ce
soufre combustible, ni ce sel acide & vitriolique,
& la nature l'en a chassé; d'autant qu'il n'en
a plus besoin pour se nourrir davantage, & même
si vous le lui ajoutez, il le chasse, & ne fait
point d'alliance ni d'amitié avec lui, comme
font les métaux imparfaits. Pour l'argent, quoiqu'il
ne soit pas absolument parfait, il l'est toutefois
plus que les autres, & ne laisse pas d'avoir
commerce avec ce sel sulfureux; jusque-là même,
que dans une grande chaleur il retient fort
longtemps le soufre commun. Ce que nous
montrerons ensuite dans la séparation des métaux.
Que si l'argent qui est un métal presque
mûr & achevé, retient ce soufre, comment les
autres qui sont plus imparfaits ne le retiendront-
ils pas? Pour en être plus certain vous n'avez
qu'à incorporer du sel sulfureux à quelque métal
que ce soit, & les retenir dans une grande chaleur;
dans quelques heures vous verrez que votre
métal aura retenu ce soufre, & l'aura défendu
contre la force du feu. Que si le métal reçoit &
conserve ce sel & ce soufre qui étaient en quelque
façon séparés de lui par la fonte, ne conservera-t-
C iij

@

38 La troisième Partie

il pas encore mieux le sien propre, dans lequel
il a été formé & duquel il est sorti? Le fer n'est
pas seulement ami de tous les sels sulfureux, &
corrosifs, mais encore de ceux des urines, lesquels
il attire & conserve dans le feu par une
vertu magnétique. On en voit l'exemple dans la
limaille de Mars, mêlée avec du nitre ou du sel
de tartre, lors que le sel se fixe avec Mars, & résiste
au feu. Ce qui est digne de remarque.
Pour revenir à la proposition que j'ai faite
de montrer que les métaux imparfaits non seulement
ne sont pas perfectionnés par les esprits,
& par les sels corrosifs; mais qu'ils en sont corrompus;
il ne faut point d'autre preuve, que
l'expérience, laquelle nous fait voir tous les
jours, que tous ceux qui se sont servis d'esprits
corrosifs pour l'amélioration des métaux, n'ont
rien fait qui vaille, & ont perdu leur temps &
leur bien à leur grand dommage: au contraire
ceux qui ont employé d'autres menstrues; non
corrosifs, ont fait de grands progrès, & ont trouvé
plus qu'ils n'avaient cherché. Ceux-là tâchent
de dissoudre les métaux, & les spiritualiser,
& unir radicalement sans aucun corrosifs,
afin que dans le feu ils agissent & pâtissent mutuellement,
& qu'ils coopèrent pour acquérir
la perfection, la noblesse & la pureté. Nous
traiterons plus amplement de cette spiritualisation
au Chapitre 6. où Paracelse en parle aussi.
J'assure donc, pour ce qui est de Mars; que loin
de devoir être traité par des menstrues corrosifs,
il le doit être par ceux qui leur répugnent,
qui mortifient & séparent ceux qui avaient retenu

@

de l'Oeuvre Minérale. 39

les métaux dans la fusion, afin que désormais
ils n'attirent plus l'humidité, & qu'ils ne
se rouillent, & ne se corrompent plus, mais au
contraire que toutes les choses corrosives consistent
& se conservent par le soufre combustible.
Or il ne faut pas s'imaginer que Mars étant
délivré par cet antidote de son soufre grossier,
terrestre & combustible, doive entièrement
être transmué en or pur & fin: car le bien qui
est dans Mars est en petite quantité; & d'autant
que l'or est plus noble que le fer commun, d'autant
le fer qui reste, est plus vil que celui dont
l'or a été séparé, n'étant rien autre chose qu'une
très vile terre ou scorie exempte de toute liqueur
métallique. Le lait de vache ou d'autre
animal, n'étant point mêlé avec de l'eau, est un
bon lait, mais il cède beaucoup en bonté au beurre
qui est bien travaillé: & d'autant que le lait est
plus vil que le beurre, d'autant le lait acide, dépouillé
de sa fleur & de sa crème, est aussi plus
vil que le beurre. Si vous ôtez d'un vin excellent
son esprit par la distillation, une partie de
cet esprit est meilleure que douze parties du vin,
dont elle a été extraite: Le résidu ne peut plus
être vin, & est d'autant plus vil qu'un autre bon
vin; que le bon vin est plus vil que l'esprit qui
en a été tiré. Il en est de même des métaux, lesquels
étant privés de leur âme & de leur forme
métallique, ne sont plus fusibles. C'est pourquoi
quand on sépare l'or des métaux imparfaits, il
faut bien prendre garde s'il n'égale pas par sa
valeur le métal, & le reste de la dépense. Que si
vous savez appliquer le résidu du métal à d'autres
C iiij

@

40 La troisième Partie

usages, vous en serez d'autant plus hardi à
travailler à cette séparation.
Pour revenir au discours de Paracelse, & pour
montrer que Mars même peut être élevé à la
dignité royale par le moyen de Saturne, après
avoir dit auparavant qu'il n'y a nulle familiarité
du plus liquide avec le plus dur des métaux, &
que celui-là s'en va plutôt en fumée qu'il ne
rende celui-ci fluide; après avoir assuré que
dans la séparation de Mars on ne se peut passer
de Saturne, il faut déclarer en peu de mots de
quelle manière on s'en doit servir.
Il est vrai que Saturne est de sa nature *liquable
& volatil, mais on le peut facilement rendre
fixe, sans aucune perte de son humide radical
ou de sa nature métallique, afin qu'il puisse supporter
le même feu que Mars; Après qu'il a
été réduit en cet état, il est propre à la séparation
de Mars: on le peut rendre fixe & non liquable
en plusieurs manières; mais principalement
par les sels fixes, lesquels sont contraires au
soufre superflu de Mars, & qui sont aisément
séparés des régules qui se font de Mars. Car le
nitre & le sel de tartre, se durcissent pas seulement
le Saturne, mais unissent les autres métaux
avec lui & les rendent spirituels, semblables au
verre clair transparent & soluble. Puis lors qu'ils
ont souffert le feu autant qu'il est nécessaire, l'agent
étant consumé, & le patient suffisamment
purgé; la plus pure partie de ces métaux, lesquels
ont été mêlés spirituellement, est séparée par
la force de Saturne, de l'autre partie inutile &
grossière: le régule est aisément purgé; de sorte

@

de l'Oeuvre Minérale. 41

qu'il n'est pas nécessaire de séparer toute la masse
par la précipitation, ni de la réduire en régules.
Mais le Saturne par sa vertu naturelle achève
en son temps la séparation ou précipitation du
pur & de l'impur des métaux qui ont été unis
spirituellement. Voilà donc la façon de séparer
l'or d'avec Mars par le moyen de Saturne, étant
impossible d'en tirer rien de bon, par la commune
méthode des examinateurs, en *scoriant &
séparant par le moyen du dit Saturne. Vu que
Mars ne résiste pas à la force du feu avec le Saturne
vulgaire, non plus que Jupiter, mais qu'au
contraire, ils se séparent & s'en vont en scories,
ce que nous avons indiqué en la première partie
de ce Livre, où nous renvoyons le lecteur.
Cette séparation de l'or d'avec Mars se peut
encore mieux faire avec le régule d'antimoine,
& avec le nitre que par le Saturne commun.
Que si je n'en donne pas le récipé, & tout le procédé
d'un bout à l'autre, personne ne s'en doit
étonner; d'autant que mon Livre serait d'une
excessive grandeur, & je n'en recevrais pas plus
de satisfaction des ingrats. C'est assez que j'aie
indiqué la façon & les espèces, avec lesquelles il
faut faire l'opération, car j'écris en faveur des
Chimistes qui sont déjà versés dans l'exercice
métallique, & non pas des chétifs distillateurs.
Que s'il manque quelque chose pour l'éclaircissement,
on le trouvera à la fin des sept règles
dans quelques procédés.
Quelqu'un dira peut être, comment est-il
possible que cette opération se fasse si aisément
par le moyen du Saturne & des sels, vu qu'en la

@

42 La troisième Partie

première Partie de ce traité & ailleurs en plusieurs
endroits il est dit, que Mars, bien loin de
donner son or facilement, dénoue même & cache
celui qui lui est ajouté par hasard ou par
dessein? Que celui-là apprenne, que cette manière
de séparer l'or d'avec Mars, n'est pas un
examen vulgaire, mais une véritable & philosophique
opération, par laquelle Mars est pleinement
délivré de son corps dur & grossier. Et
quoi que je sache que beaucoup de lecteurs ne
pénétreront pas plus avant, je crois toutefois, &
j'ose assurer qu'il y a encore dans ce travail
quelque chose de plus excellent que l'or, & pour
ne te donner pas mal de tête, je te le veux communiquer
de bon coeur. Le voici: Du fer sans
aucun corrosif, on en fait un sel, lequel est capable
d'ôter l'âme à l'or, en sorte qu'il demeure
à demi mort, Mars conçoit, pour mettre au jour
un fruit d'or, l'or affaibli par le cuivre, & par
l'antimoine, recouvre sa force & sa couleur.
D'autres Philosophes ont fait mention de ceci,
disant que Mars n'épargne pas même le Roi,
duquel il prend les joyaux & les ornements, &
qu'il n'a pas de honte de s'en enrichir. Le très
renommé Sendivogius en a écrit aux termes suivants.
Les Chimistes savent changer le fer en
cuivre sans l'entremise du Soleil: ils savent
aussi de Jupiter, en faire le mercure; il y en a qui
du Saturne, en font la Lune; mais s'ils savaient
employer la nature du Soleil dans ces transmutations,
certes ils trouveraient quelque chose
au dessus de tous les trésors. C'est pourquoi je
dis qu'il est nécessaire de savoir quels métaux

@

de l'Oeuvre Minérale. 43

veulent être joints les uns avec les autres, &
quels ont une conformité naturelle. C'est ainsi
qu'il y a un métal lequel a la puissance de consumer
les autres: comme étant presque leur eau,
& presque leur mère: il n'y a qu'une seule chose
qui lui résiste, & qui en est perfectionnée, savoir
l'humide radical du Soleil, & de la Lune.
Et pour parler clairement, on l'appelle l'acier:
si l'or est joint par onze fois avec lui, il jette sa
semence, & s'affaiblit presque jusques à la
mort, l'acier conçoit, & engendre un fils plus
noble que son père: par après si la semence de
cet enfant est mise dans sa matrice, il la purge,
& la rend mille fois plus propre à produire des
fruits excellents. Il y a aussi un autre acier qui
ressemble à celui dont nous venons de parler,
lequel a cette propriété merveilleuse que de tirer
des rayons du Soleil, ce que tant d'hommes
ont cherché, & qui est le commencement de
notre ouvrage.
Quoi que Mars soit en si mauvaise réputation,
vous voyez toutefois qu'il s'en peut tirer
quelque chose de bon. Je confesse qu'il est malicieux,
lors qu'il est le maître, il n'épargne
pas même le souverain, auquel il extorque les
trésors par violence, mais par le commerce de
Vénus, il les rend; & avec le temps on le peut
distribuer entre les sujets. Quoi que le Roi
soit dépouillé de ses états, & qu'il devienne
pâle comme un malade, il doit pourtant avoir
toujours bon courage: pourvu qu'il subsiste
ses affaires ne sont pas désespérées. Car pourvu
que ses richesses ne soient pas transportées

@

44 La troisième Partie

hors de son Royaume, & qu'elles soient distribuées
entre ses sujets, il peut par le moyen de ses
revenus recouvrer l'éclat de sa majesté, & la
conserver toute entière.
Je sais bien que certains petits esprits qui
font les entendus, mais qui sont tout-à-fait
aveugles pour les lumières de la nature, se moqueront
de moi, comme si j'avais interprété
l'acier de Sendivogius au pied de la lettre & que
je l'eusse pris pour le fer ordinaire, mais il m'importe
fort peu: j'ai écrit avec raison ce que j'ai
écrit. Je sais que ni lui ni moi n'entendons
pas parler du fer commun, mais d'une vertu &
d'une essence magnétique, faite sans corrosifs,
intime, & connue de peu de personnes, laquelle
sur toutes les choses du monde attire l'âme du
Soleil avec avidité, & la transmue.

Q U A T R I E M E R E G L E.

De la nature de Vénus.

L Es autres six métaux ont prêté toutes leurs
couleurs, & toutes leurs fleurs à Vénus
avec inconstance & pour l'extérieur du corps.
Or il serait bien avantageux de montrer par
quelques exemples, en quelle manière le visible
devient invisible, & l'invisible visible & matériel,
le tout par le moyen du feu. Tous les combustibles,
se peuvent changer naturellement par
le feu, & passer d'une forme en une autre, en charbon,
en suie, en cendre, en verre, en couleurs,
en pierres, en terre, & la terre en beaucoup de

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de l'Oeuvre Minérale. 45

corps métalliques. Que s'il se trouve qu'un métal
soit brûlé ou gâté par la vieillesse, non fusible,
mais rude, fragile, & s'en allant en cendre,
il le faut faire bien chauffer, & il reprendra sa
fusibilité.
Quoi que par dessus tous les métaux Vénus
soit toujours propre à toutes les opérations,
elle n'est pas néanmoins absolument exempte
de ce soufre combustible, mais elle en est infectée
radicalement, de sorte que sans lui ajouter
d'autre soufre elle se réduit en scories, &
se corrompt facilement: ce qui arrive par la
quantité de ce soufre combustible. Quant à l'or
& à l'argent comme ils n'ont point de ce soufre,
ils ne sont point sujets à la destruction, tellement
qu'ils ne s'en vont point en scories comme
les autres métaux imparfaits, lesquels comme
ils abondent en soufre, se changent même
avec peu de feu en cendres, poudres, ou scories,
lesquelles scories se fondent en verres opaques
ou transparents selon la nature du métal: Ces
verres se peuvent fondre en métaux malléables,
& ces métaux derechef en cendres & en verres,
mais cela se fait toujours avec quelque perte, à
raison de quelques parties brûlées, qui ne peuvent
pas être réduites en métal, quoi que le métal
demeure tel qu'il était au commencement
sans recevoir aucune amélioration. Or quiconque
aura le secret de fondre les métaux en verre,
en leur ajoutant non des choses métalliques,
mais celles qui ont de l'affinité avec les métaux,
tels que sont les sels, les sables, ou les pierres, il
trouvera toujours son métal meilleur dans la

@

46 La troisième Partie

réduction, qu'il ne l'avait pris au commencement.
Et afin que le lecteur en faveur duquel je
compose ce Livre, comprenne parfaitement ma
pensée, je m'expliquerai plus clairement.
Paracelse avait dit ci-devant, que chaque
métal visible cachait en soi les autres où ils
étaient invisiblement; Et que pour rendre visibles
& corporels, les métaux qui étaient invisibles,
il fallait ôter celui qui les cachait: je ne
sais pas comment il faut donner de la lumière à
ces paroles, lesquelles sont tout-à-fait intelligibles
dans leur brièveté, & que personne ne veut
croire. A peine s'en trouve-t-il un entre cent, qui
les comprenne: mais de même qu'une oie marche
avec ses pieds tous sales & boueux sur les
pierreries dont elle ne connaît pas le prix; ainsi
les ignorants orgueilleux ne veulent pas reconnaître
la vérité nue & simple, & passent sans s'y
arrêter. Si Paracelse eût proposé de longues &
incertaines opérations à la façon des Sophistes,
il eût trouvé plus de sectateurs; mais parce qu'il
n'a pas voulu faire égarer son prochain dans des
chemins inconnus, & qu'il a manifesté la vérité
en peu de paroles, il en est méprisé.
Pour moi je ne puis pas assez m'étonner de la
folie des hommes, qui prennent des peines prodigieuses
en cet art. Ce ne sont que des songes,
& des chimères qu'ils s'écrivent & qu'ils se
communiquent les uns aux autres, & se servent
de gens qui n'en savent pas plus que leurs maîtres;
ils consument inutilement leur temps &
leur argent. Ils disent qu'il faut prendre garde à
choisir les véritables espèces, à faute desquelles

@

de l'Oeuvre Minérale. 47

tout leur travail est inutile: Que le tartre rouge
est nécessaire pour la confection de l'or, & l'esprit
du vin tiré du vin rouge, & non pas le blanc:
qu'il ne faut prendre des espèces rouges pour des
travaux lunaires. Que le vinaigre, l'esprit du
vin, & le tartre soit de Strasbourg ou d'autre certain
lieu, autrement ils ne seront pas propres à
l'ouvrage.
Que si l'oeuvre ne réussit pas, ils s'excusent
sur le vinaigre, & font cent autres impertinences,
faute de bien connaître la nature des métaux.
La vérité selon le témoignage de Paracelse,
doit être simple & facile, mais on ne la trouve
que rarement, & peu de gens y ajoutent foi.
Les métaux ne se changent jamais, qu'ils n'aient
été dépouillés de leur forme métallique: car si
un métal, seul ou mêlé avec d'autres, est longtemps
gardé dans la fluidité, comme il demeure
corporel, il ne peut pas donner de secours à un
autre; mais s'il est détruit & qu'il demeure dans
le feu, le temps qui lui est nécessaire, seul ou
joint avec d'autres, il est impossible qu'il n'en
devienne plus parfait: tant qu'il garde sa forme
métallique il ne saurait profiter, il faut nécessairement
que la dureté du corps soit froissée,
& réduite au néant, avant que la séparation
du pur & de l'impur se puisse faire.
La véritable Chimie enseigne la solution
par son semblable sans corrosif, afin que les parties
les plus pures soient unies, & les autres séparées.
Lors que le métal est contraint de soutenir la
véhémence du feu, les parties s'attachent les
unes aux autres; si elles sont fixes, elles demeurent

@

48 La troisième Partie

ensemble; si elles sont volatiles, elles s'envolent
ensemble pareillement; le lien de la nature
les tient, & les défend contre le feu ordinaire
mais quand ce lien vient à être lâché, elles sont
contraintes de se soumettre à l'empire de Vulcain,
& de faire tout ce qui lui plaît. Les Chimistes
devaient avoir honte de leur travail, ils devaient
consulter les laboureurs qui prennent le
secours de la nature en tout ce qu'ils font. Le laboureur
ne répand point sa semence sur toute
sorte de terre indifféremment, mais il choisit un
champ bien cultivé, & bien engraissé de fumier,
il y jette sa semence, afin qu'après avoir été
pourrie, & réduite au néant, elle vienne à se
multiplier, & que la chaleur du Soleil, & l'humidité
vivifiante de la pluie la fassent parvenir
jusqu'à la maturité: car il sait bien qu'il faut nécessairement
que la semence se corrompe, &
qu'elle soit dépouillée de sa forme, avant qu'elle
puisse être multipliée: il sait aussi que quand
elle a une fois atteint la maturité, on ne la doit
plus laisser dans le champ, qu'on la doit couper,
qu'on la doit vanner, afin de séparer le grain
qui est plus pesant & qui va tomber plus loin,
d'avec la paille qui est plus légère & qui tombe
plus près, comme l'expérience nous l'enseigne.
Le Chimiste en devait faire de même, vu
qu'un métal peut être comme le champ d'un
autre métal, lequel y venant à pourrir & à se
corrompre, acquiert un nouveau corps; il doit
séparer par le moyen de Vulcain ce nouveau
corps, des fèces desquelles il est composé étant
très bon, & très pesant. Sans la pourriture &
sans

@

de l'Oeuvre Minérale. 49

sans la corruption, dont nous avons parlé, ne
viendrait jamais à l'amélioration. Une Villageoise
qui veut séparer la meilleure partie du
lait de la plus grossière & de celle qui vaut le
moins, elle la met à part dans un lieu chaud, afin
que ce qui est de plus excellent monte, & que ce
qui est de plus vil, descende: & même elle a
cette industrie qu'elle remue cette partie qui
était la moins pure, afin d'exciter la crème, &
qu'elle puisse derechef séparer le pur d'avec
l'impur; ce qui s'appelle du beurre, en faire du
lait, qui ne se ferait jamais sans l'industrie de la
Villageoise. Qui s'imaginerait que le beurre
est contenu dans le lait, s'il ne le voyait
tous les jours? La séparation du beurre d'avec
l'aquosité du lait ne se fait que par une prompte
agitation, par laquelle le lait s'échauffe; on y verse
même de l'eau chaude, tant à cause que son
humidité se mêle avec celle du lait, & avance
la séparation, qu'à cause que sa chaleur aide à
celle qui vient de l'agitation.
Les ignorants trouveront cet exemple grossier,
mais il est néanmoins allégué fort à propos,
& montre la manière en laquelle il faut
extraire le lait de l'or & de l'argent, & comment
la séparation s'en fait par le moyen de l'eau
chaude, & de l'agitation du feu. Car tout ainsi
que l'eau chaude aide à l'humidité du lait, étant
cause que son hétérogène, qui est le beurre, en
est plutôt séparé: ainsi les métaux après avoir
été cuits longtemps dans leur eau, peuvent
être séparés. La raison est, que les corps compacts
ne perdent pas sitôt leur nature, quoi
D

@

50 La troisième Partie

qu'ils soient longtemps dans la fusion, & d'eux-
mêmes n'ont pas la force de pousser dehors ce
qu'ils ont de bon ou de mauvais, & de donner à
connaître s'ils contiennent de l'or ou de l'argent;
c'est pourquoi il les faut longtemps cuire
dans leur eau, afin qu'ils se relâchent, qu'ils passent
de leur nature métallique, & que par l'agitation
du feu, le pur soit séparé de l'impur. Or
la partie la plus pure du métal ne s'en va pas à la
superficie comme le beurre, mais selon la coutume
des métaux, elle va au fond comme quelque
chose de royal, laquelle étant refroidie, il
faut séparer des scories & la purifier.
Il est très important de savoir quelle est
cette eau, propre à la séparation des métaux.
Puisqu'elle a la vertu de les dissoudre, il faut nécessairement
qu'il y ait de l'amitié & de l'alliance
entre elle & eux; le vieux Saturne apporte cette
eau avec soi, & c'est de lui qu'on la peut aisément
tirer. Pour le Saturne commun, quoi que
tous les Philosophes aient publié qu'il n'était
que de l'eau, ce que l'expérience des coupelles a
démenti, n'est du tout point propre à cela, tant
qu'il demeure compact dans sa forme métallique.
Avant que de pouvoir réduire les métaux
en eau, il faut plutôt qu'il devienne eau lui-
même.
C'est un travail de peu de temps, & de peu
de dépense, dont nous parlerons plus amplement
au chapitre suivant & ailleurs. Il faut aussi
remarquer que si après avoir la solution du cuivre
avec l'eau de Saturne, vous en faites la digestion
autant de temps qu'il est nécessaire, l'humidité

@

de l'Oeuvre Minérale. 51

se dessèche, le métal s'endurcit, ou retourne
en corps métallique; & c'est pourquoi
il faut toujours conserver la solution en son état
liquide en y versant de l'eau, afin que leur action
réciproque ne soit pas empêchée. Ce que les
Philosophes appellent, incération. Que si vous
la négligez, l'oeuvre ne périt pas entièrement,
mais il reste de très excellents *amauzes ou verres
teints, qui paraissent parmi le cuivre, & jettent
un rouge, qui ne sert pas seulement à colorer le
bois, mais encore le verre; telles que l'on voit les
anciennes vitres des Eglises. On s'imaginait que
l'art en était tout-à-fait perdu, mais il était
caché par ceux-là même qui l'exerçaient, &
qui ont reconnu qu'il y avait quelque chose de
meilleur: d'autant que cet amause rouge, étant
brûlé dans un feu véhément, envoie en bas un
régule, lequel étant lavé dans l'eau de plomb
donne de bon argent. Toutefois si tu désires tirer
de l'argent du cuivre, il vaut mieux ne faire
point de verre rouge, mais par le moyen de l'incération
empêcher qu'il ne passe point à la rougeur,
mais que la solution demeure toujours
verte & transparente, jusqu'à ce que Vénus soit
bien nettoyée.
Il ne faut pas mépriser ce que les autres Philosophes
ont écrit touchant les amauses, la chose
étant considérable selon les paroles d'Isaac.
Tu sauras que le verre qui se fait en cette sorte
est semblable au corps glorieux: d'autant que les
fèces du métal, lesquelles étaient auparavant un
corps noir & immonde, deviennent en suite du
verre. C'est sous ce corps qu'est cachée la quinte-
D ij

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52 La troisième Partie

essence du métal, laquelle est incombustible &
reluit dans le verre par sa précieuse couleur: De
même qu'au dernier jour l'âme reluira dans le
corps glorifié, à la façon d'un flambeau mis dans
une lanterne de cristal. Une âme reluira mieux
que l'autre selon la volonté de Dieu, de même
qu'un corps est plus beau que l'autre. Et un peu
après il parle des amauses en ces termes: Si c'est du
fer ou du cuivre, ils sont purs & nets, délivrés de
leurs fèces, tellement qu'ils ne seront plus sujets
à la rouille. Si c'est Jupiter, la puanteur, & le
bruit lui seront ôtés, & il sera fort & pur comme
la Lune; si c'est la Lune, elle est fixe: si c'est
le Soleil, il est médecine; & si c'est Saturne, c'est
la Lune.
Cela se doit entendre de ces amauses qui sont
transparents selon la nature du métal; mais ceux
qui sont spirituels, & qui se dissolvent dans
l'eau, dont nous avons parlé ci-devant, sont
beaucoup préférables aux autres. Outre cela il
faut remarquer que non seulement Vénus & les
autres métaux se peuvent réduire en amauses
solubles, & indissolubles par cette eau de Saturne,
mais que par l'addition des cailloux & des
sels, ils se font encore plus beaux. Ils sont plus
vils dans la séparation, parce que le dissolvant
n'est pas tout-à-fait métallique, & après la purgation,
ils ne rendent pas si facilement le régule
que ceux qui ont été faits avec l'eau de saturne.
Il y a encore une autre manière de nettoyer
& purger le soufre superflu de Vénus sans l'eau
de Saturne, & celle des cailloux, qui est par le
salpêtre. Si vous le mêlez avec Vénus ou autre

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de l'Oeuvre Minérale. 53

métal imparfait, & que vous les brûliez ensemble,
les plus pures parties s'assemblent, & le
soufre combustible se retire en forme de scorie.
Enfin cette séparation ou ablution se fait aussi
par le moyen d'autres sels fixes, mais il n'en y
a point de plus heureuse que celle qui se fait avec
l'eau de saturne. Le lecteur saura que ce que
nous avons dit de Vénus, est considérable, quoi
que nous ayons parlé sans ornement; comme
les Chapitres suivants le montreront.

C I N Q U I E M E R E G L E.

De la nature & des vertus de saturne.

S Aturne parle de lui-même en ces termes.
Les autres six m'ont chassé de la ville spirituelle,
quoi que je sois leur examinateur, &
m'ont donné habitation avec un corps corruptible.
Je suis contraint d'être, ce qu'ils ne peuvent
ni ne veulent être; mes six frères sont spirituels,
& c'est pour cette raison que lors que je
suis en feu, ils pénètrent mon corps. Je péris
dans le feu, & eux avec moi, à la réserve des
deux les plus nobles, le Soleil & la Lune, lesquels
sont parfaitement bien nettoyés par mon
eau dont ils deviennent superbes. Mon esprit
c'est mon eau, laquelle ramollit les corps durs de
mes autres frères: mon corps est adonné à la
terre, tout ce que j'embrasse devient conforme à
la terre, & se change en un corps. Il n'est pas expédient
que le monde sache ce qui est en moi,
ni combien je vaux. Le meilleur serait de ne
D iij

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54 La troisième Partie

songer qu'à moi, & d'en tirer ce qui est en ma
puissance, sans employer le travail de la chimie.
Il y a en moi une pierre de froideur, c'est l'eau
avec laquelle je durcis & congèle les esprits des
autres six métaux, les réduisant à la corporalité
du septième, ce qui est avancer le Soleil avec
la Lune.
Il y a deux sortes d'antimoine, l'un est comme
noir, par le moyen duquel est purge l'or,
étant mêlé & fondu ensemble cet antimoine a
une étroite alliance avec le plomb. L'autre est
blanc, magnésie, bismuth, ressemblant à l'étain,
tel antimoine étant mêlé avec l'autre, il augmente
la Lune.
De saturne on fait un bain dont nous avons
parlé ci-dessus, pour nettoyer Vénus & les autres
métaux: autant en fait-on de l'antimoine, mais
l'un est plus propre que l'autre selon la diversité
des métaux.
Comme Vénus entre facilement dans saturne,
elle peut être parfaitement bien nettoyée &
séparée par l'eau de saturne; il n'en est pas de
même de Mars, ni de Jupiter, parce qu'ils ne
durent pas avec le plomb vulgaire dans le feu véhément,
mais ils se retirent vers la superficie en
guise de scories, & ou les en retire sans être lavés:
mais l'antimoine les reçoit, retient & lave
très avidement, ce qui est impossible au
saturne commun. C'est une providence de Dieu,
qui a voulu qu'il y eût un autre saturne par le
moyen duquel peuvent être lavés & séparés les
métaux qui ne s'accordaient pas avec le saturne
commun.

@

de l'Oeuvre Minérale. 55

Il est donc très assuré, ce que Saturne dit
de lui-même, savoir, que le monde ne croit
pas les choses qui sont cachées en lui, & qu'il
n'est pas à propos qu'il le sache; son corps
étant fort sujet à la corruption, rend semblables
à la terre, tous les métaux, excepté l'or & l'argent,
lesquels résistent, & sont lavés par le
moyen de son eau. Le cuivre, le fer, & l'étain
étant fondus avec le plomb sur la coupelle, s'en
vont en litharge ou scories, & quand ils descendent
dans les cendres poreuses de la coupelle,
ils deviennent terre, à cause de leur soufre
brûlant qui est très semblable au soufre de saturne.
Quant à l'or & à l'argent comme ils n'ont
point de cette sorte de soufre, ils résistent au
plomb, ne sont point transmués en cendre ni
en terre, & par conséquent se conservent sur la
coupelle.
Il semble toutefois que Paracelse nous veuille
indiquer quelque autre chose touchant la
transmutation de saturne avec les autres métaux.
Comme saturne est l'eau & le bain des autres
métaux, pareillement il peut être lavé lui-
même par les sels, qui sont l'eau du même saturne,
comme je prouverai bientôt.
Que personne ne s'étonne, si je ne parle pas
plus amplement de saturne, que j'ai dit être si
admirable; car nous en avons déjà fait mention
très souvent, comme nous ferons encore, tellement
que nous ne voulons pas répéter la même
chose.
Ce que Paracelse ajoute de la différence
de l'antimoine est si clair, qu'il n'a besoin de lumière:
D iiij

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56 La troisième Partie

le plomb vulgaire & l'antimoine aussi,
quoi qu'ils soient très différents par la diversité
du soufre, est appelé noir, bismuth cendré,
les vieux Métallistes appellent l'étain, le plomb
blanc, de quoi nous ne nous mettons pas fort en
peine.

S I X I E M E R E G L E.

De la Lune, de sa nature & propriété.

S I quelqu'un voulait convertir la Lune en
plomb ou en fer, il lui serait aussi difficile,
que de Mercure, Jupiter, Mars, Vénus & Saturne,
en faire la Lune: mais il ne faut pas
convertir les choses nobles en choses viles, au
contraire des viles & abjectes il en faut faire les
nobles & les précieuses. Or il est impossible de
faire la Lune, sans en connaître la nature.
Qu'est-ce donc que la Lune? c'est le septième
métal externe, corporel & matériel, contenant
les autres six qui sont cachés en elle: car comme
nous avons dit très souvent, le septième contient
tous les autres spirituellement, ne pouvant
être les uns sans les autres. On peut bien mettre
en masse les sept métaux ensemble, mais
après leur mélange corporel, chacun conserve
sa nature & demeure fixe ou volatil. Mais il
n'en est pas de même du mélange spirituel,
dans lequel les esprits ne sont point séparés ni
mortifiés.
Si vous pouviez ôter cent fois en une heure le
corps aux métaux par la mortification, ils en reprendraient

@

de l'Oeuvre Minérale. 57

toujours un plus noble qu'ils n'avaient
auparavant, C'est la véritable promotion
des métaux, qui se fait d'une mortification en
une autre, c'est à dire, d'un degré inférieur à un
supérieur qui est la Lune, & du meilleur au plus
excellent qui est le Soleil.
Mais, direz-vous, s'il est ainsi que la Lune
& chacun des autres métaux soit composé des
autres six, quelle est donc la nature, & la propriété
de la Lune?
Réponse. De Mercure, Jupiter, Mars, &c.
il ne se peut faire d'autre métal que la Lune. La
raison est que chacun des autres six métaux a
deux bonnes vertus, lesquelles font douze en tout:
& ces vertus, sont l'esprit d'argent; ce que je déclare
en peu de mots. Des six métaux spirituels
& de leurs douze propriétés, l'argent en est
composé en métal corporel avec rapport aux
planètes & aux douze signes du Zodiaque. De
Mercure & & la Lune tient une fleur luisante
& une splendeur blanche. De la
couleur blanche, une grande résistance au feu, &
fixité. De la dureté & un bon son. De
& la coagulation & la ductilité. De
& , un corps fixe avec la pesanteur. De
& , une pureté sincère & une grande constance
contre la violence du feu. Voilà une brève explication
touchant l'exaltation & la cause de
l'esprit & du corps d'argent, avec sa nature &
son essence.
Il faut aussi savoir quelle matière reçoivent
les esprits métalliques en leur première origine,
laquelle ils tiennent de l'influence des cieux; cette

@

58 La troisième Partie

matière n'est que de la boue ou de la pierre
de nulle valeur; le Mineur en brisant cette pierre,
détruit le corps du métal, & le brûle, dans laquelle
mortification l'esprit métallique prend
un autre corps, qui n'est pas friable, mais qui est
pur & malléable. Ensuite vient le Chimiste, lequel
détruit ce corps métallique, & le prépare
selon les règles de l'art; cet esprit métallique corporel
prend derechef un autre corps beaucoup
plus noble & plus parfait, qui paraît au dehors,
soit Soleil ou Lune. Et ensuite l'esprit métallique
& le corps étant parfaitement unis sont
exempts de la corruption du feu.
Dans ce sixième chapitre Paracelse répète
les paroles qu'il avait souvent réitérées dans les
précédents. A savoir que chaque métal visible
cache en soi les autres spirituellement, & assure
qu'il est impossible que les métaux corporels
se perfectionnent par la fonte; s'ils ne sont spiritualisés
auparavant: comme je l'ai souvent
montré. Mais il n'enseigne pas en termes exprès
la manière, dont ils doivent être spiritualisés
& unis ensemble. Aussi n'est-il pas raisonnable
de mettre les morceaux tout mâchés dans
la bouche des fainéants. Paracelse ne veut pas
que les métaux soient spiritualisés par les esprits
corrosifs, par lesquels ils sont plutôt corrompus
que perfectionnés; il ne faut pas aussi que
cela se fasse dans des verres, mais dans des creusets
en peu de temps: en cette manière ils sont
tellement épurés, qu'on peut voir au travers soit
dans ou hors le feu; se pouvant liquéfier en quelque
eau que ce soit. Voilà la véritable spiritualisation

@

de l'Oeuvre Minérale. 59

des métaux, qui est lucrative, si elle a
toutes les conditions susdites. Les Philosophes
l'appellent la première matière des métaux, laquelle
aujourd'hui n'est connue que de fort peu
de personnes. Nos Distillateurs ne connaissent
point d'autres esprits métalliques, que ceux
qu'ils poussent dehors par l'alambic ou la retorte,
lesquels sont tout-à-fait inutiles à l'amélioration,
comme il se voit par expérience.
Quoi que les anciens Philosophes aient écrit,
qu'il faut rendre le fixe, volatil, & le volatil, fixe:
ils n'entendent pas toutefois que les métaux
fussent élevés, vu qu'ils ne pratiquaient point
cette sorte de sublimation, ou distillation: mais
ils faisaient toutes leurs opérations métalliques
dans un même vaisseau de terre, sans employer
les corrosifs, & sans se servir des verres. De quoi
nous parlerons ailleurs plus amplement.
Si on prend bien garde aux paroles de Paracelse
sur la fin du Chapitre, on verra clairement
qu'il n'entend pas que ce soit par la distillation
qui se fait avec le verre, mais par la fusion. Lorsqu'il
dit, que l'esprit métallique descendant des
cieux dans la terre, prend d'abord une forme
très vile & abjecte, qui est pierre ou boue, que
le Mineur lui en fait prendre une meilleure en
le détruisant par la véhémence du feu, où il devient
métal malléable: Ensuite le Chimiste
prend ce corps métallique, le détruit, le tue, &
le prépare, afin qu'il lui donne un autre corps
plus noble & plus excellent, qui est l'or ou l'argent.
La Lune est plus pure & plus que le cuivre,
le fer, l'étain & le plomb, mais n'ayant pas

@

60 La troisième Partie

encore atteint sa maturité, elle est en comparaison
du Soleil, comme la fleur, laquelle est bien plus
noble que l'herbe, mais elle l'est moins que la
semence qui est la plus parfaite partie de l'herbe.
Et comme parmi les végétaux les fleurs ont
la couleur plus belle que la semence & que le
fruit: de même la Lune abonde plus en teinture
que le Soleil, ce que j'ai expérimenté plusieurs
fois. Mais quoi que la fleur surpasse la semence
en beauté, couleur, & odeur; elle lui cède toutefois
en bonté & en durée: la fleur se flétrit aisément,
mais la semence dure, & produit une nouvelle
herbe avec des fleurs & de la semence pour
la conservation de son espèce. Et comme parmi
les végétaux l'herbe est plus grande que la fleur,
& la fleur plus grande que la semence: La nature
observe le même ordre parmi les Minéraux. Si
elle ne produisait que des fleurs, & de la semence
sans produire aucune herbe, D'où est-ce que
les boeufs tireraient leur nourriture pour se remplir
le ventre, & donner au laboureur du fumier,
qui est nécessaire pour produire de nouvelles
herbes?
Il est indubitable qu'il y a plus de teinture
dans la Lune que dans le Soleil; vu que le dedans
intime de la Lune, n'est que rougeur, & le
centre du Soleil très fixe & splendide est de couleur
bleue, ce qu'il faut bien remarquer.
Il n'est pas nécessaire de rapporter ici les
autres propriétés de la Lune, qui sont connues
de tout le monde: Elle doit être comparée à la
fleur, en ce qu'après l'or elle tient le premier
rang: de sa nature elle est entièrement exempte

@

de l'Oeuvre Minérale. 61

du soufre brûlant, mais n'étant pas encore
cuite dans la perfection, elle n'est pas le plus propre
véhicule des volatils, pour extraire l'or des
Marcassites & des autres mines, & pour le rendre
corporel. De quoi nous avons parlé ci-devant,
& parlerons encore ci-après.

S E P T I E M E R E G L E.

Du Soleil, de sa nature & propriété.

L 'Or est le septième métal corporel, composé
des autres six spirituels, il est tout feu de
sa nature; il paraît extérieurement beau, jaune,
visible, sensible, pesant, froid, malléable: La raison
est qu'il contient en soi la coagulation des
six autres métaux, par le moyen de laquelle il a
un corps visible; & s'il est fondu par le feu élémentaire,
c'est qu'il tient sa fluidité de Mercure,
des poissons & du verseur d'eau; ce qui paraît
même au dehors.
Après qu'il est fondu, si le feu vient à manquer,
il se durcit & se coagule par le froid qui
vient de dehors, & il tient cela des autres cinq
métaux, de Jupiter, Saturne, & Mars, Vénus &
la Lune. D'autant que le froid domine en ces
cinq métaux là. Et c'est pourquoi hors du feu,
l'or ne peut pas être fluide à cause du froid: &
Mercure par sa chaleur & par sa fluidité ne le
peut pas secourir contre la froideur des cinq autres
métaux, pour le maintenir dans une *flueur
continuelle, il est donc contraint d'obéir plutôt
aux autres cinq qu'au seul Mercure, lequel n'a

@

62 La troisième Partie

point de part à la coagulation des métaux, sa
propriété étant de rendre liquide, & non pas
de durcir. C'est un effet de la chaleur, & de la vie
que de rendre liquide; & c'est un effet du froid,
que de rendre dur, rigide & immobile, en quoi
il ressemble à la mort.
Si vous désirez rendre fluides les métaux
froids, Jupiter, Vénus, Saturne, Mars, Soleil &
Lune, cela se doit exécuter par la véhémence du
feu, d'autant que c'est le propre de la chaleur que
de dissoudre. Puis donc que Mercure est toujours
fluide & vivant, il y aurait de l'ignorance
de dire qu'il tient cela de la froideur & de l'humidité,
vu que la chaleur est semblable à la
vie, & la froideur à la mort. L'or est véritablement
un feu de sa nature; non pas un feu vivant
& liquide, mais dur; sa couleur jaune mêlée de
rouge est une marque de sa chaleur. Les cinq
métaux froids l'étain, le fer, le plomb, le cuivre
& l'argent, communiquent leurs vertus à l'or,
par la froideur il est corps, par la chaleur il est de
couleur jaune, par la sécheresse il est dur, par
l'humidité il est pesant, par la splendeur il est
sonnant: & s'il n'est pas détruit par le feu élémentaire,
c'est à cause qu'il est extrêmement fixe.
Un feu ne détruit pas l'autre, au contraire
un feu étant joint à l'autre, en devient plus fort
& plus agissant. Le feu céleste que le Soleil envoie
dans la terre, n'est pas tel qu'il est dans le
Ciel, ni tel que le feu élémentaire terrestre,
mais le feu céleste étant chez-nous, est froid,
rigide, & congelé, & c'est ce qui forme le corps de
l'or: c'est pourquoi nous ne pouvons pas dompter

@

de l'Oeuvre Minérale. 63

l'or par notre feu, nous le divisons seulement
& le fondons; de même que le Soleil dissout
la neige & la glace.
L'or est essentiellement de trois sortes différentes,
céleste, élémentaire, & métallique. Le
céleste & l'élémentaire est liquide, & le métallique
corporel.

Fin des sept Règles.

N Ous voilà à traiter du plus excellent de
tous les métaux, qui est l'or, lequel Paracelse
compare au feu, comme effectivement on
le reconnaît si on vient à le mettre en pièces.
Mais que pouvons-nous dire touchant son amélioration
dont il n'a point de besoin; vu que la
nature l'a mis dans le souverain degré de perfection,
& qu'elle ne le saurait porter plus avant.
Pour en faire donc quelque chose de meilleur,
il faut que ce soit une médecine: car il n'y eut
jamais de métal plus noble & plus précieux.
L'herbe dans une bonne terre étant parvenue
à sa perfection par la chaleur du Soleil, perd
sa forme & se flétrit, sa semence tombe; mais si
on la recueille, elle se conserve longuement, &
l'on la peut remettre dans la terre pour produire
de nouvelles herbes, ou bien elle sert à la santé
des hommes. De même on ne peut rien faire
davantage à l'or, que de le faire servir de remède,
ou de le remettre dans la terre métallique en qualité
de semence, afin que se corrompant &
s'augmentant il produise un nouveau germe
métallique. Personne n'ignore que de l'or, il ne

@

64 La troisième Partie

s'en puisse faire que de bonne médecine en plusieurs
façons, mais peu de gens en savent la méthode.
Paracelse & beaucoup d'autres Philosophes
assurent qu'en qualité de semence végétable,
il peut faire de l'augmentation par les
métaux imparfaits: ce qui ne se doit pas seulement
entendre de cette amélioration particulière,
dans laquelle parmi les imparfaits, le semblable
attirant son semblable reçoit de l'augmentation:
mais encore parce que la force intérieure
végétative, & la portion la plus pure,
étant dépouillée de ce qui la revêtait peut être
séparée par l'industrie d'un bon métalliste, &
peut être exaltée au dessus de la perfection.
Quoi que beaucoup de gens estiment cela incroyable,
toutefois nous n'en pouvons pas douter,
si nous ne voulons accuser de mensonge
toute la Philosophie.
Quelqu'un dira peut-être qu'on a bien raison
de douter d'une oeuvre en laquelle tant de
gens ont perdu leur temps & leur bien, & que
toutes les propositions des Philosophes ne sont
que visions & que mensonges. Je pardonnerais
volontiers à ces incrédules, s'ils n'agissaient pas
par un principe d'envie, & de malice, d'autant
que leur talent n'est pas de comprendre un si
grand secret de la nature; car comment pourra
un aveugle juger des couleurs, qu'il n'a jamais
vues? Si quelques-uns ont perdu leur peine à
chercher vainement le secret, cela ne fait rien
contre la vérité de l'art. Jamais un pauvre malheureux
souffleur ne parviendra à ces belles
connaissances, il faut employer beaucoup de
temps,

@

de l'Oeuvre Minérale. 65

temps, d'industrie, & de dépense pour y réussir.
Pour moi quoi que je n'aie jamais travaillé à
une chose si haute & si difficile, je crois pourtant
que cela est dans la nature, & dans d'autres opérations
métalliques j'ai connu que l'art le pouvait
exécuter.

Dieu & la Nature ne font rien en vain.

L A Cité éternelle, ou le lieu éternel de toutes
choses sans temps, sans commencement &
sans fin, est toute partout essentiellement: elle
opère où il n'y a nulle espérance: & ce que l'on
juge tout-à-fait impossible, se trouve véritable
miraculeusement.
Paracelse après avoir achevé ses règles touchant
la propriété des métaux, commence à répéter
& à déclarer son opinion, donne courage à
l'entreprenant, & l'exhorte de ne pas se rebuter si
son ouvrage ne réussit pas selon sa volonté, alléguant
que la nature ne travaille point en vain, &
que ce que l'on croit le moins, est ce qui arrive
le plus, ses paroles sont claires d'elles-mêmes.
Tout ce qui blanchit est nature, de la vie;
propriété de la lumière? laquelle est cause de la
vie. Le feu avec la chaleur, donne naissance à
son mouvement. Tout ce qui noircit est nature
de mort, propriété & force des ténèbres, la terre
& le froid sont causes de sa dureté & de sa fixation.
La maison est toujours morte, mais l'hôte
est un feu vivant. Si tu trouves le véritable
usage des exemples, tu es victorieux.
En cet endroit Paracelse parlant de Mercure
E

@

66 La troisième Partie

dit que la chaleur du feu est cause de la vie & de
la lumière, & que le froid & ce qui noircit est
cause de la mort: puis il ajoute ce peu de paroles
qui sont d'importance. Brûle de grasses verveines.
Prends huit lotons de sel de nitre, quatre lotons
de soufre, deux lotons de tartre, fonds-les
ensemble.
Ici commencent les plaintes des Chimistes
sur ce que Paracelse écrivant d'une chose si excellente,
s'arrête si brusquement, & donne un
recipé lequel à leur jugement ne s'accorde pas
avec le mercure. C'est, disent-ils, pour nous
tromper & pour nous faire de la peine qu'il a
joint à Mercure une poudre propre à rendre liquide,
c'est de quoi Mercure n'a pas besoin, vu
qu'il est toujours coulant: s'il nous eût enseigné
comment il le faut fixer & coaguler, nous
l'aurions volontiers écouté. Mais ces gens-là
devaient accuser leur stupidité, & non pas Paracelse
qui était plein de bonne volonté: ses paroles
précédentes l'excusent, quand il dit que
Dieu & la Nature ne font rien en vain: par là il
donne à entendre que cette poudre n'est pas inutile
à Mercure, quoi qu'il coule assez de lui-même:
il est merveilleusement utile, si on s'en sert bien
à propos, comme nous apprennent encore ses
autres paroles. Il opère où il n'y a point d'espérance;
ce que l'on croit tout-à-fait impossible
se trouvera vrai miraculeusement.
Pourquoi aurait-il ajouté ce feu merveilleux,
s'il n'eut pas été nécessaire? sans doute
c'est qu'il savait le secret de s'en servir pour

@

de l'Oeuvre Minérale. 67

couper les ailes à Mercure, & pour l'empêcher
de s'enfuir. Quoi que je ne sache pas le secret
de fixer le Mercure, j'ai vu par expérience des
choses prodigieuses; & si les métaux, principalement
mercure, sont joints ensemble philosophiquement,
sublimés & distillés, ils donnent
des menstrues dignes d'admiration. C'est ici
que Paracelse dit: Brûle de grasses verveines.
Tout le monde sait que le soufre superflu
qui est dans les métaux est cause de leur imperfection,
& plus de valeur; Ce feu dont il est
question, a le pouvoir de brûler ce soufre. Or
tout le monde ne peut pas savoir le secret. Il
faut beaucoup de temps & de diligence, si tu
veux qu'Icare vole avec son père Dédale; s'il
approche trop du Soleil, il se brûlera les ailes,
& tombera dans la mer où il sera submergé: En
voilà assez pour les sages. Passons outre.
Quant à la coagulation du mercure, il ne sert
de rien de le tuer, de le fixer pour le réduire en
Lune, ce n'est que perdre son temps & son argent.
Il y a une autre voie plus courte, par laquelle
de mercure on en fait la Lune, avec peu
de frais & sans travail de coagulation. Tout le
monde désire apprendre le moyen de faire en
peu de temps de l'or & de l'argent, & l'on rejette
les écrits qui n'en disent pas ouvertement la
manière; on serait bien-aise de trouver le moyen
de s'enrichir. Mais c'est une simplicité d'attendre
qu'en peu de paroles on enseigne cela, & il
est si assuré que l'or & l'argent se font par le
moyen de la Chimie, qu'il n'est pas plus nécessaire
E ij

@

68 La troisième Partie

d'en faire des Livres, que des neiges de
l'an passé.
Paracelse continue, & dit qu'il n'est pas nécessaire
de fixer le mercure pour en faire de l'or
& de l'argent, semblable en cela à un homme
riche, lequel ayant ouï dire qu'il y avait beaucoup
de gens qui mouraient de faim, dit qu'avant
que d'en venir à l'extrémité, il aimerait
mieux se nourrir de lard & de légumes, croyant
que les autres avaient en abondance de cette
sorte d'aliments, qu'ils méprisaient par délicatesse,
& que par conséquent il était juste qu'ils
périssent. Ainsi le bon Paracelse s'imaginait que
tous les Chimistes l'égalaient dans la connaissance
des métaux, sans songer qu'il y a tant de
pauvres souffleurs de charbons qui tourmentent
Mercure par la solution, précipitation, sublimation,
fixation, & autres travaux inutiles, sans
connaissance de ce qui abonde en lui & de ce
qui lui manque.
Le Mercure est un sujet d'admiration qui ordinairement
trompe les Chimistes: mais si vous
le voulez tromper à votre tour, lors que vous
le tourmentez il lui faut donner de la respiration,
il le faut laisser un peu égayer: car il ne
souffre point la contrainte. Mais aussi ne vous
fiez pas trop en lui, de peur qu'il ne s'envole.
Pour cette opération il sera à propos de faire le
premier fourneau avec des verres bien ajustés.
Enfin sans employer un long discours, c'est un
sujet tout-à-fait admirable, & je l'ai toujours
connu fort rebelle & obstiné parmi les métaux.
Je crois pourtant que si quelqu'un le savait bien

@

de l'Oeuvre Minérale. 69

gouverner, il en tirerait un profit très considérable;
mais qui nous en montrera le chemin?
Il faut qu'il nous reste toujours des miracles inconnus,
& quoi que nous ne sachions pas toutes
choses, nous devons toutefois rendre grâces
à Dieu des connaissances que nous avons.

Recettes de la Chimie.

Q Ue dirons-nous de quantité de recettes &
de vaisseaux? tels que sont les fourneaux.
les verres, les pots, les eaux, les huiles, les sels,
les soufres, l'antimoine, le magnisica, le sel de
nitre, l'alun, le vitriol, le tartre, le borax, l'atrament,
l'orpiment, le sein de verre, l'arsenic, la
pierre calaminaire, le bol Arménien, la terre
rouge, la chaux, la poix, la cire, le lut de sapience,
le verre broyé, le vert de gris, le sel armoniac,
la suie de pin, la craie, la matière fécale, le poil,
les coques d'oeufs, le lait virginal, la céruse, le
minium, le cinabre, le vinaigre, l'eau forte, le
crocus de Mars, l'élixir, l'azur d'outre-mer, le
savon, la tutie. Qu'est-ce que c'est que préparer,
putréfier, digérer, prouver, sublimer, calciner,
dissoudre, cimenter, fixer, réverbérer,
coaguler, graduer; rectifier, amalgamer, purger?
Les Livres des Chimistes sont tous remplis de
telles choses; comme aussi d'herbes, racines, semences,
bois, pierres, animaux, vers, cendres
d'ossements, de coquilles, de mouches, &c.
Ce sont des ambiguïtés & des travaux inutiles
de la Chimie; & quand même l'or & l'argent
se pourraient faire par ce moyen, la multitude
E iij

@

70 La troisième Partie

empêcherait plutôt l'ouvrage qu'elle ne
l'avancerait. C'est pourquoi il faut rejeter tous
les enseignements qui ne montrent pas que l'or
& l'argent se font avec les cinq autres métaux.
Mais quelle est donc la véritable & courte
manière de faire aisément de bon or & de bon
argent? Pourquoi tardez-vous à nous la déclarer?
je crois que vous n'en savez rien, & que
vous nous jouez par ces ambiguïtés. Je réponds
que cela a déjà été dit, & qu'il est assez évident
dans les sept Règles, celui qui ne le comprend
pas, est tout-à-fait hors d'espérance. Que personne
ne se persuade follement, que la chose doit
être aisée & connue de tout le monde; il n'est
pas juste que cela soit ainsi. Mais on entendra
encore mieux par un sens caché. Voici le secret
de l'art. Si tu veux faire courir sur la terre, le
Ciel de Saturne avec la vie, ajoutes-y tous les
planètes, ou ceux qu'il te plaira, mais qu'il y ait
moins de Lune que des autres. Fais-les courir
longtemps que le Ciel de Saturne disparaisse entièrement.
Les planètes restent toutes seules, étant
morts avec leurs anciens corps corruptibles, & ils
ont pris un corps nouveau, parfait, & incorruptible:
ce corps c'est l'esprit du ciel, par lequel les
planètes deviennent derechef corporels & vivants
comme auparavant. Ote ce corps nouveau de
la vie, & le garde, car c'est le Soleil & la Lune.
Voilà l'art découvert, si tu ne l'entends pas bien
encore, il ne faut pas que la chose soit publiquement
divulguée.
Dans ce Chapitre, Paracelse enseigne que
pour la transmutation des métaux, on n'a pas

@

de l'Oeuvre Minérale. 71

besoin de tant d'espèces ridicules, mais seulement
des mêmes métaux unis ensemble méthodiquement:
Il est vrai qu'en certaines opérations
on ne se peut pas passer de sels & de minéraux,
pour ce qu'ils sont nécessaires à ramollir la
dureté des métaux, & à les disposer à la perfection.
Mais il faut bien prendre garde, de n'employer
que les choses qui sont amies des métaux,
& non pas les corrosifs. On peut aussi dans la
fusion, liquidation, séparation & autres opérations
métalliques, se servir utilement d'autres
minéraux & fossiles. Ce que Paracelse ne nie
pas, mais seulement il condamne les ridicules
compositions des Chimistes ignorants, lesquelles
sont ennemies des métaux.
Ensuite il enseigne, mais par un sens caché,
comment on peut tirer de bon or & de bon argent,
des métaux imparfaits; & cela si obscurément,
qu'il n'y a que les savants qui y connaissent
quelque chose. Il est constant que le procédé
de Paracelse a fait bien de la peine à beaucoup
de gens, lesquels n'ont pas réussi, & qu'il y en a
d'autres lesquels par hasard ont découvert la
vérité. C'est ainsi qu'il arrive souvent, qu'un
homme ayant perdu la chose qu'il cherchait, en
rencontre fortuitement une autre qui vaut beaucoup
mieux: qui est-ce qui nous eut jamais enseigné
la blancheur dans le plomb noir, la verdeur
dans le cuivre, la rougeur dans le fer, & dans
le vif-argent, si nous ne l'eussions remarqué par
accident? Ainsi est-il venu à ma connaissance
beaucoup de choses que je n'avais point
cherchées, & j'ai plutôt appris l'art de Paracelse
E iiij

@

72 La troisième Partie

par mes opérations, que dans ses écrits.
Qui est-ce qui pourra dire certainement quelle
a été son opinion?
Il y a beaucoup de gens qui tirent au blanc,
mais il y en a peu qui donnent dedans. Il est
même nécessaire d'employer d'autres choses,
outre les métaux susdits. Ce que Paracelse nous
indique dans le procédé qu'il a prescrit, en ces
termes: lorsque tu feras courir en terre, le ciel ou
sphère de saturne, avec la vie, mets-y tous les planètes
ou tels qu'il te plaira, pourvu qu'il y ait
moins de Lune, que des autres. De ces paroles on
peut aisément conjecturer, qu'il y doit avoir plus
de Saturne que de tous les autres, afin qu'ils en
soient lavés & purifiés. Mais quelqu'un demandera,
pourquoi la Lune étant pure d'elle-
même, & n'ayant nul besoin d'être lavée, doit-
elle avoir part en cette séparation. Il a déjà été
répondu ailleurs en quelque lieu, que la Lune
attire à soi l'or qui est déjà lavé, purifié & tendre,
qu'elle le défend, & le rend corporel, sans
quoi il demeurerait parmi les scories. Toutefois
cette séparation se peut faire sans Lune,
mais elle n'est pas si lucrative.
Il n'est pas aussi nécessaire que les métaux soient
joints, pour être lavés ensemble avec saturne;
ils peuvent être pris & nettoyés chacun à part:
si ce n'est que le Chimiste étant fort expérimenté
sache si bien faire sa composition, que
l'oeuvre en soit facilitée & qu'elle donne plus
d'or; ce qu'il faut bien remarquer si vous n'y
mettez que fort peu d'argent, ou si vous n'y
en mettez point du tout: car si vous n'y mettez

@

de l'Oeuvre Minérale. 73

point d'argent il y faut mettre du cuivre lequel
approche fort de l'argent, & attire des métaux
imparfaits, l'or volatil, & non encore mûr, le
défend & conserve dans le feu, mais non pas si
puissamment que l'argent. Il est vrai que l'étain
& le fer qui sont des métaux très impurs & très
rudes, se pourraient laver avec le plomb, &
être dépouillés de leur or spirituel & caché
mais outre que cela est très difficile, il y faudrait
encore plus de dépense, que si on y
avait employé l'argent ou du moins le cuivre.
Si nous avons cette connaissance, pourquoi
ne donnerons-nous pas à chacun l'addition
qui lui est nécessaire, pour réussir plus utilement
& plus promptement? Certes il faut parfaitement
savoir l'assemblage & le mélange
des métaux qu'on doit laver heureusement avec
Saturne, peu de gens en connaissent l'importance,
& moi-même ne la croyais pas telle qu'elle
est, si je ne l'eusse expérimenté à mon dommage.
Car il y a quelques années que cherchant
dans cette opération, & n'ayant pas assez bien
observé le poids ni le degré du feu, j'ai été souvent
contraint de réitérer mon travail, & me suis
lourdement abusé. Toutefois je ne me repends
pas du temps & de la peine, ayant découvert des
biens assez considérables; je n'ose pas me vanter,
d'avoir rencontré ce qu'il y a de plus excellent;
mais il se faut contenter de ce que l'on a,
ne fût-ce qu'un petit morceau de pain. Il ne faut
pas perdre courage, les choses de prix ne vont pas
si vite, les boutons sont tous entourés d'épines,
avant que les roses en sortent. Si tu as bien compris

@

74 La troisième Partie

les poids, l'affaire est faite, & tu pourras
travailler hardiment & en grande quantité.
Paracelse poursuit, disant que les planètes
ajoutées courent avec le ciel de Saturne, tant
que ledit ciel de Saturne s'évanouisse. Les planètes
prendront un nouveau corps, emportant
de la vie & de la terre, ce qui sera Soleil & Lune.
Ces paroles ont été interprétées diversement,
principalement touchant le ciel de Saturne, par
ceux qui s'imaginaient, qu'il ne fallait que savoir
ce que c'était, pour juger de tout le reste.
Plusieurs croient que c'est la vulgaire séparation
faite par le Saturne, prenant le régule étoilé
de l'antimoine, lequel représente une étoile,
& l'ont fait exhaler avec la vie, qu'ils croient
être le feu, dans la terre, qui est la coupelle ou
vaisseau de terre, laissant les corps des métaux
mortifiés, puis par le moyen de la *flueur les ont
réduits, & fondus avec le plomb, & s'en promettant
de l'or & de l'argent ils ont trouvé
qu'ils s'étaient abusés, ont déclamé contre Paracelse
comme contre un sophiste & un imposteur,
d'autant que par ses écrits, ils n'ont pas eu la
connaissance des poids. On peut expliquer diversement
ce que c'est que le ciel de Saturne.
On pourrait raisonnablement dire que c'est le
plomb vulgaire, d'autant qu'étant fondu il reluit
& tourne; ou même le verre du plomb, lequel
étant fondu reluit comme le Soleil: ou
bien le régule étoilé de l'antimoine, d'autant
qu'étant rompu il représente une étoile par ses
morceaux. Mais que te servirait-il de connaître
le ciel de Saturne, si tu ne connaissais pas la véritable

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de l'Oeuvre Minérale. 75

vie qu'il demande, ni la réduction des
corps morts, & réduits? le feu vulgaire, n'est pas
la vie dont Paracelse fait mention, mais elle
peut être excitée par le moyen de ce feu vulgaire.
Il dit ces paroles: pour ce mouvement le feu
par sa chaleur est la naissance de la vie. Si la vie
n'était autre chose que le feu élémentaire & la
course, rien que la séparation de Saturne ou réduction
en scories du régule de l'antimoine. Il
faudrait aussi avouer nécessairement, que les
corps détruits qui sont demeurés, sont devenus
plus parfaits, & que l'esprit du ciel est encore
en eux, lors qu'il dit que les planètes deviennent
vivantes & corporelles comme auparavant, ce
qui ne se trouve pas dans leur séparation & scorification,
puis que leurs corps demeurent en
forme de scories, dans lesquelles il n'y a ni esprit
ni vie, beaucoup moins y trouve-t-on de l'or ni de
l'argent, quelque diligente recherche qu'on en
puisse faire.
Paracelse dit en termes exprès. Ce corps, à
savoir des corps morts, est l'esprit du ciel, par
le moyen duquel les planètes deviennent derechef
vivantes & corporelles; ce qui nous enseigne
que ces corps spirituels, ne deviennent pas seulement
corporels, & ressuscités; mais qu'ils peuvent
encore redonner la vie aux corps mortifiés,
ce qui ne se peut pas dire de ceux-ci, pour ce
qu'ils ne sont pas spirituels, vu que l'esprit
doit être pénétratif & vivifique, & que ceux-
ci ne sont pas de cette sorte: car s'ils doivent
rappeler à la vie & à la corporalité les corps
morts, il faut qu'ils aient une vertu cachée, par

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76 La troisième Partie

laquelle sans le secours des *flueurs étrangères ils
doivent montrer qu'ils peuvent promptement
donner la vie & la corporalité, autrement il les
faut rejeter.
Que si quelqu'un s'imagine que les métaux
ayant été privés de vie par le feu, & qu'étant
devenus derechef spirituels, corporels & vivants,
ils soient incontinent transmués en or
& en argent, il se trompe par une vaine espérance,
se fondant sur ce que Paracelse dit, ce nouveau
corps tiré de la vie & de la terre, garde-le,
pour ce que c'est de l'or & de l'argent: car il est
même impossible à la pierre philosophale de
convertir tout le corps des métaux en or & en
argent. Les Philosophes disent, que de rien, rien
ne se fait, & cela est indubitable. Il n'y a que
Dieu qui de rien puisse faire quelque chose,
mais ce qui a été quelque chose, ayant été fait
rien par le moyen de l'art, peut derechef être fait
quelque chose. Comme donc la plus grande
partie des métaux ne soit qu'un soufre inutile,
brûlant & nuisible, qui jamais n'a été métal,
mais qui leur est attaché par le dehors, il brûle
leur humide radical, & le réduit en scories; &
c'est cet humide radical, lequel seul après la destruction,
& non toute la masse du métal, ni le
soufre superflu, de rien est remis en quelque
chose par l'esprit de saturne, c'est à dire, est fait
corporel & vivant; le soufre qui devant la corruption
n'était rien, n'étant rien aussi après la
même corruption. Si nous considérons la chose
avec attention nous verrons clairement que cela
est véritable. Si dans cette opération on doit séparer

@

de l'Oeuvre Minérale. 77

les métaux imparfaits, assembler les parties plus
pures, & disperser les impures, il faut nécessairement
que les parties séparées soient tout
à fait dissemblables: car d'autant que l'or & l'argent
sont plus purs en comparaison du métal
imparfait dont ils ont été tirés, d'autant plus est
impure cette partie qui reste du métal dont ils
ont été tirés. Cette sorte de séparation n'est
pas de même que la division d'un tout en deux
parties égales, comme si quelqu'un partageait
dix ducats en deux parties, chacune en aura cinq
de même poids & valeur; si d'une partie vous
en ôtez deux ou trois & que vous les ajoutiez
à l'autre, ils rendront celle-ci d'autant plus
grande que l'autre sera plus petite: que si vous en
ajoutez neuf à celle-ci, & que vous en laissiez
seulement un à l'autre, celle-là ne se vantera
pas d'être supérieure en qualité, mais seulement
en quantité: mais il en arrive autrement
dans notre affaire, vu que la séparation se fait
aussi bien dans la qualité que dans la quantité.
De même que si quelqu'un divisait en deux
parties égales une mine où il y eut du métal
mêlé avec de la pierre, & qu'ensuite les mêlant
ensemble il les lavât avec de l'eau qu'il aurait
répandue dessus, séparant les plus légères parties
de la terre d'avec les plus pesantes du métal qui
demeure au fond, chaque partie ainsi séparée,
ne laissera pas de faire la même mesure, mais
elles seront fort différentes en bonté.
Ou si quelqu'un voulait séparer deux bouteilles
de vin par la chaleur du feu dans un alambic
de verre, attirant l'esprit le plus excellent? laissant

@

78 La troisième Partie

une bouteille dans la cucurbite, ces deux parties
quoi qu'égales en quantité, seront toutefois
bien différentes en bonté; le vin de l'une étant
plus noble que l'autre. Et comme le résidu étant
privé d'esprit, de vie & de forces, n'est plus vin,
& ne se peut garantir de la mort & de la corruption,
à laquelle l'esprit n'est point sujet, au
contraire il en préserve les autres choses: Il en
est de même de cette séparation des métaux. Le
résidu dont l'or a été séparé, n'est plus étain,
cuivre, ou fer; mais seulement un soufre grossier
& terrestre.
Et d'autant que l'esprit est plus excellent que
le vin, & l'or plus excellent que le métal imparfait;
d'autant aussi seront plus excellents l'esprit
de vin, & l'or, s'ils sont derechef séparés, &
qu'ils quittent de nouvelles fèces. Mais il suffit
en cet endroit d'avoir indiqué, quelle est la
méthode de la séparation, dont nous venons de
parler. Ce qui nous enseigne, que ni tout le métal
entièrement, ni même la moitié, ou autre
partie, n'est changée en or, & que l'autre conserve
sa nature de métal; mais que la séparation se
fait du pur, qui est en très petite quantité, d'avec
l'impur, qui est en très grande. Et il ne faut
pas s'imaginer que ce soit la faute de l'art ni de
notre connaissance, si tout n'est pas converti en
or. C'est beaucoup qu'il y en ait un peu, & que
le travail ne soit pas tout-à-fait inutile. Nous
vivons de plusieurs choses, & nous subsistons de
peu. Chacun se doit mesurer à son aulne. Dieu
ne comble pas tous les hommes d'or & d'argent,
mais quelques-uns ont en partage la boue, & les

@

de l'Oeuvre Minérale. 79

excréments, au dire de Paracelse.
Que vous dirai-je davantage de l'autre séparatoire,
par le moyen de laquelle l'or & l'argent
sont extraits des métaux imparfaits avec le Saturne,
& de laquelle il ne faut point douter, vu
que je l'ai si souvent expérimentée? Voulez-
vous que je vous promette de vous enrichir?
Moi qui ne m'en suis pas enrichi, je ne le puis
ni ne l'ose faire, de peur que venant à manquer
par votre sottise, vous ne m'accusiez de
mensonge & de tromperie. Le plus sûr est donc
d'indiquer que la chose est possible, & de quelle
façon on y doit procéder. Je n'ai jamais fait
cette opération en grande quantité avec lucre
sans coupelles, & même je n'ai pas eu lieu de
l'essayer, je suis toutefois très persuadé que la
chose se peut faire en grande quantité.

En quelle manière doivent être conjurés
les cristaux.

C Onjurer n'est autre chose qu'observer exactement
une chose, & connaître parfaitement
ce qu'elle est. Le cristal est une figure de
l'air, dans laquelle paraît tout ce qui est dans
l'air soit mobile ou immobile, comme dans les
miroirs & dans l'eau.
Je ne comprends pas bien la pensée de Paracelse
touchant la conjuration des cristaux,
pour ce que cela ne regarde pas l'art métallique.
Toutefois il n'y a pas d'apparence qu'il en ait
traité sans quelque raison. Nous lisons que les
anciens Philosophes Païens ont conjuré les

@

80 La troisième Partie

cristaux, & qu'ils y ont vu plusieurs choses
merveilleuses. Que cela soit vrai ou non, je
m'en rapporte, d'autant que ce n'est pas un art
naturel, & qu'à mon avis il y a de la magie diabolique,
de quoi je ne me mets point en peine.
Paracelse a écrit aussi en d'autres endroits touchant
ces miroirs admirables, & en a enseigné la
façon par l'assemblage des métaux à certain
temps, & sous certaines constellations; ce que
plusieurs ont essayé, mais je ne sache pas qu'aucun
y ait jamais réussi. On pourrait dire apparemment
que par cette conjuration de cristaux.
Paracelse a voulu dire, que pour rendre les métaux
spirituels, & pour en extraire l'or & l'argent,
il les faut premièrement rendre semblables
à un cristal diaphane à l'eau, ou à l'air, dans
lesquels on voie reluire l'âme du métal. En ce
sens il s'accordera avec ce qu'il a dit aux chapitres
précédents. Il semble même qu'il a fait
mention de ceci en faveur de ceux, lesquels voulant
faire la séparation par le moyen de Saturne,
trouvent par expérience, que les métaux
doivent être réduits en cristaux, avant qu'ils
rendent leur or, & leur argent. Nous n'en dirons
pas davantage, en ayant parlé plus au long
en parlant des amauses.
Ceux-là sont convaincus qui croient que le
Mercure est d'une nature froide, & humide.
Cela n'est point, au contraire il est rempli d'une
grande chaleur & humidité? laquelle lui étant
naturelle le rend continuellement fluide. Car
s'il était de nature froide & humide, il serait
toujours dur, comme de la glace, & il faudrait
le fondre

@

de l'Oeuvre Minérale. 81

le fondre par la chaleur du feu, comme les autres
métaux: de quoi il n'a pas besoin; d'autant
qu'il tient sa fluidité de sa chaleur par laquelle
il est contraint de vivre toujours, & par le froid
de mourir, durcir, se congeler & fixer. Il faut
bien remarquer que les esprits des métaux qui
sont joints dans le feu principalement, sont mercures
extrêmement émus & troublés, se communiquant,
réciproquant leurs forces pour parvenir
à la victoire & à la transmutation: ils s'ôtent
l'un à l'autre la force, la vie, & la forme,
pour s'en donner une nouvelle, & pour se changer
dans la perfection & dans la pureté.
Mais que faut-il faire, afin que mercure
étant privé de sa chaleur & de son humidité reçoive
un grand froid, par le moyen duquel, il se
congèle, & meurt? faites ce qui s'ensuit.
Prenez une boîte d'argent très pur, enfermez-y
le mercure, remplissez un pot de plomb
fondu, & mettez votre boîte avec le mercure
au milieu de ce pot, qu'il coule un jour tout entier,
le mercure perdra sa chaleur occulte, & la
chaleur externe lui fera avoir la froideur interne
du plomb & de l'argent qui sont de nature
froide, par le moyen de laquelle froideur le mercure
se congèle, se roidit, & se durcit. Il faut remarquer,
que le froid dont mercure a besoin
pour durcir, n'est pas perceptible par le dehors,
comme celui de la neige ou de la glace, mais
qu'au contraire il est chaud. La chaleur aussi qui
rend mercure fluide ne se sent point à l'attouchement,
au contraire elle est plutôt froide. De
là les Sophistes, c'est à dire des hommes qui parlent
F

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82 La troisième Partie

sans connaissance, publient qu'il est froid
& humide, & tâchent de le fixer par des choses
chaudes, lesquelles sont plus propres à le fondre
qu'à le condenser, comme il se voit par expérience.
La véritable chimie laquelle par les principes
d'un seul art enseigne à faire l'or, & l'argent,
des autres cinq métaux imparfaits, ne se sert
point d'autres recettes que des métaux mêmes
dans lesquels se trouvent la Lune & le Soleil.
Ici Paracelse montre l'erreur de ceux qui
disent que le mercure est froid de sa nature, quoi
qu'il ne soit rien qu'un feu; & revient aux métaux
spiritualisés, lesquels étant excités par
la véhémente chaleur du feu agissent les uns
contre les autres, se changent & se perfectionnent.
Il ajoute l'invention de fixer le mercure,
non pas en sens littéral, mais il traite d'une
Lune spirituelle, & d'une voie humide par laquelle
il doit être coagulé, quoi que les autres
métaux soient coagulés par une voie sèche,
& je n'ai jamais essayé cette voie humide.
Il conclut par une règle universelle de la
transmutation, disant: les métaux parfaits se
font des métaux, par les métaux, & avec les métaux;
& il ne se faut pas étonner si l'argent se
tire des uns, & l'or des autres; mais il ne désire
pour cette opération que des sujets métalliques;
des uns on en tire seulement de l'argent, des autres
seulement de l'or, & de quelques-uns de
l'or & de l'argent ensemble. Ce que j'ai très
souvent expérimenté. Comme le plomb ne donne

@

de l'Oeuvre Minérale. 83

de soi que de l'argent seulement; l'étain, le
cuivre, le fer de l'argent, & de l'or pur, & quelquefois
selon la proportion du mélange avec les
autres métaux, il donne de l'or seulement, quelquefois
ils n'en donnent qu'un peu, & quelquefois
rien: cela est merveilleux, il le faut néanmoins
attribuer au travail & au mélange.

Quelle est la matière nécessaire, & quels sont
les instruments de la Chimie.

L Es choses les plus nécessaires sont le fourneau,
le charbon, le soufflet, les pincettes,
le marteau, le creuset, le pot de terre, la coupelle
faite de bonne cendre de *fouteau. Mettez ensemble
le plomb, l'étain, le fer, l'or, le cuivre,
mercure & la Lune, que cela soit jusques à la
fin du plomb.
Il est très difficile de chercher les métaux, &
les minéraux dans la terre & dans les pierres; mais
d'autant qu'il les faut premièrement chercher
& tirer hors de la terre, ce travail n'est pas à
mépriser: le désir de fouiller dans les minières
ne cessera non plus, que celui que les jeunes
hommes ont pour les filles. Autant que les abeilles
sont avides de faire du miel & de la cire, des
roses & des autres fleurs; autant l'homme doit-
il être porté à fouiller dans les entrailles de la
terre pour y trouver les métaux, mais sans avarice:
celui qui a trop de convoitise, reçoit le
moins. Dieu ne remplit pas tous les hommes
d'or & d'argent, mais de boue de misère, & de
calamité.
F ij

@

84 La troisième Partie

Dieu a aussi donné à certains hommes un
entendement particulier, & une connaissance
très parfaite des mines & des métaux: de sorte
que sans en venir au travail de fouiller dans les
minières, ils savent tirer l'or & l'argent des autres
cinq métaux imparfaits; des uns plus, &
des autres moins.
Notez aussi que l'or & l'argent se font aisément
du vif argent, du plomb, de Jupiter, de
l'or & de l'argent: mais difficilement du fer, &
du cuivre: il est toutefois possible, mais il faut
que ce soit par le principe & par l'addition de
l'or & de l'argent.
De la magnésie, & du plomb, on en tire la
Lune.
Du cuivre & du cinabre, il en sortira de
pur or.
Un homme d'esprit peut si bien manier les
métaux par une préparation convenable, qu'il
avancera plus leur transmutation & perfection
par son industrie, que tous les signes & planètes
du Ciel. Il est même superflu de calculer les
mouvements des signes & des planètes, il ne sert
de rien d'observer les heures de telle & telle planète
droite ou gauche, toutes ces choses n'avancent
ni ne reculent le travail de personne; car si tu
sais bien l'art & la possibilité, tu n'as qu'à travailler
à ta commodité: que si tu manques de
connaissance & d'exercice, tous les signes &
toutes les planètes te manqueront aussi.
Il arrive aussi parfois que les métaux pour
demeurer trop longtemps à terre, ne sont pas
seulement rouillés, mais qu'ils retournent en

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de l'Oeuvre Minérale. 85

nature de pierre, comme il s'en trouve quantité,
auxquels on ne prend pas garde. Car on trouve
souvent des monnaies antiques, lesquelles
étaient autrefois des métaux, & sont à présent
changées en pierre.
Ici premièrement Paracelse nous enseigne
que pour faire l'or & l'argent, nous n'avons besoin
ni de beaucoup d'instruments ni de beaucoup
d'espèces: mais qu'il faut seulement joindre
les métaux & qu'il les faut laver, non pas
d'une séparation ou bain vulgaire: car quand
même vous laveriez tous les métaux avec le
plomb, il ne restera pourtant rien davantage
que l'or & l'argent qui avaient été pris au commencement:
les autres descendent partie avec
le plomb dans la coupelle, partie demeurent en
forme de scories. Il nous enseigne donc derechef
la spirituelle mixtion, & la séparation philosophique.
Il ajoute qu'il est honnête, bon, & nécessaire
de tirer les métaux hors des entrailles de la
terre: mais qu'il est plus avantageux de séparer
l'or & l'argent des imparfaits. Et certes il a raison.
Car tous ceux qui s'adonnent aux métaux
savent bien avec quels dangers, quels soins &
quelles dépenses, il les faut tirer hors de la
terre; il est vrai que si le travail réussit, les pauvres
peuvent devenir riches en peu de temps.
La rencontre des mines est toute hasardeuse &
fortuite, on y peut gagner, & on y peut perdre
également: la chose est de grande dépense, que
toute sorte de gens ne peuvent pas soutenir,
elle n'est propre qu'à ceux qui ont beaucoup à
F iij

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86 La troisième Partie

perdre, & qui ont toujours du pain à manger.
Si ce n'est qu'un pauvre rencontre par hasard
un sable ou une terre féconde en or, en argent ou
en autres métaux, qui le puisse nourrir en faisant
la séparation: ou qu'il s'associe un riche
pour fournir les frais nécessaires à faire fouiller
dans quelque riche veine; comme il est arrivé
très souvent. De quelque façon que cela soit,
il y a bien de l'incertitude: quant à la métallurgie
dont Paracelse parle en cet endroit, elle est
de beaucoup préférable à l'autre, si Dieu fait la
grâce à un homme de tirer l'or & l'argent des
métaux qu'on trouve à vendre par tout, sans
qu'il craigne les inondations, les spectres, & les
autres incommodités des mines. Quelles richesses
l'Allemagne n'aurait elle pas gardées devers
soi durant une si longue guerre, si elle eût
eu des gens versés en cet art de la séparation des
métaux? d'autant qu'ils ont été tirés des minières
avec plus de peine & avec plus de dépenses,
d'autant ont-ils été vendus & se vendent encore
aux étrangers à plus vil prix, pour ce que personne
n'en sait le véritable usage. Nous devrions
rougir de honte d'être à présent inférieurs
aux autres nations par notre fainéantise,
nous qui les avons autrefois surpassées en sincérité,
foi, vertu, esprit & industrie. Néanmoins
il ne s'en faut pas étonner, vu que le
Magistrat n'appuie pas comme il devrait les
Chimistes expérimentés qui recherchent les
secrets de la nature. Il faudrait faire distinction
entre les honnêtes gens, & les trompeurs & vagabonds,
& misérables charlatans? qui prétendent

@

de l'Oeuvre Minérale. 87

enseigner la Chrysopée, & n'ont aucune connaissance
des choses métalliques. Le véritable
Chimiste n'ose pas se découvrir, de peur qu'on
ne la compare à ces Saltimbanques. D'où vient
que la Patrie est frustrée de beaucoup de commodités.
Toutefois si Dieu me donne la vie &
le loisir, j'ai résolu de faire un livre, dans lequel
je montrerai combien l'Allemagne abonde
en richesses cachées, en quoi elles consistent,
& comment il les faut tirer du sein de la terre.
L'Allemagne est pourvue de diverses mines
par dessus toutes les autres régions, elle a du
bois en abondance, elle a toutes les choses nécessaires
pour y travailler: il ne lui manque que
des hommes affectionnés à la patrie, & qui en
prennent le soin pour le bien commun. Pourquoi
sommes nous venus à ce point de folie
d'envoyer notre cuivre en France ou en Espagne,
pourquoi notre plomb en Flandre &
Venise, de qui nous achetons le vert de gris, &
la céruse qu'ils ont faite de ce même plomb?
Notre bois, notre sable, nos cendres, ne sont-
elles pas aussi propres à faire des verres de cristal,
que celles de France ou de Venise?
Il y a chez nous quantité d'autres choses qui
égalent ou surpassent en valeur celles des étrangers,
qui sont entièrement négligées, au lieu de
vendre aux étrangers que nos biens superflus,
nous leur portons notre argent, & nous devenons
pauvres pour les enrichir.
O que si l'Allemagne était bien gouvernée,
elle recevrait de commodités de ses voisins!
Certes lors que Dieu a résolu de châtier une
F iiij

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88 La troisième Partie

Province, il lui ôte les hommes d'esprit & de
jugement, lesquels il lui donne, s'il a dessein
de la faire prospérer. Quelle est la cause de l'opulence
de Venise & d'Amsterdam, sinon que
ces deux puissantes Villes attirent & entretiennent
les hommes sages & industrieux, par l'invention
desquels ils ont porté leur commerce
chez les autres nations, & vendant leurs marchandises,
ils ont rempli leur patrie d'or &
d'argent? Il vaut mieux avoir de quoi vendre,
que de quoi acheter. Qu'est-ce qui fait besoin
à l'Allemagne, qu'elle n'ait reçu de Dieu avec
largesse, si elle le savait connaître. La mode
est venue de boire & de manger excessivement;
de sorte que ceux-là même qui à peine ont du
pain à manger, dissipent le peu qu'ils ont dans
une honteuse débauche: il n'y a presque personne
qui cultive les arts & les sciences, tant le
monde aime la fainéantise; d'où vient que Dieu
ajoute plaie sur plaie, & il est à craindre que
si nous n'apaisons sa colère par une sérieuse repentance,
nous ne sentions encore de plus
grands maux, dont sa clémence veuille nous préserver.
Pour revenir à mon sujet, dans le dessein
que j'ai eu d'éclaircir les écrits de Paracelse qui
a très bien mérité de la patrie; je vous ai dit &
vous le répète encore, ce qu'il enseigne touchant
les métaux, dont l'or & l'argent sont extraits,
des uns facilement, & des autres avec difficulté;
mais toujours leur ajoutant de l'or & de l'argent,
afin que par ce mélange, il rende corporel
& fixe, l'or & l'argent qui est dispersé & volatil

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de l'Oeuvre Minérale. 89

dans les métaux imparfaits.
Il ajoute ensuite, que si les métaux demeurent
trop longtemps sur terre, ils se corrompent,
& retournent en pierre & en terre,
dont ils avaient tiré leur origine. Ce qui arrive
aussi à l'homme, & à toutes les créatures, n'y
ayant rien au monde qui ne soit vain & périssable,
à la réserve de la connaissance, de l'amour,
& de la crainte de Dieu.

Ce que c'est qu'Alchimie.

L 'Alchimie, est une pensée, imagination, invention,
par laquelle les espèces des métaux
passent d'une nature en l'autre. Chacun donc
tâche d'inventer, & de parvenir à la connaissance
de la vérité par la spéculation.
Il faut remarquer, que les astres & les pierres,
ont un grand pouvoir: d'autant que les
astres sont les esprits, & donnent la forme aux
pierres. Le Soleil & la Lune à proprement parler
ne sont autre chose en eux-mêmes que des
pierres, dont celles de la terre tirent leur naissance,
comme étant la brûlure, le charbon, la
cendre & l'excrément de celles du ciel, lesquelles
étant purgées & séparées sont claires & resplendissantes.
Et tout le globe de la terre n'est qu'un
amas de pierres tombées, brisées, recuites, mises
en une masse, ayant repos & consistance au milieu
du cercle du firmament.
Il faut aussi remarquer que les pierres précieuses,
que je nommerai ci-dessous, sont engendrées
avec les autres pierres, & données à

@

90 La troisième Partie

la terre par les pierres célestes, desquelles elles
approchent en netteté, beauté, éclat, vertu,
constance, & incorruptibilité dans le feu,
& qu'aussi par ce moyen elles sont en quelque
façon semblables aux astres, dont elles sont
des parcelles, que les hommes trouvent dans un
vaisseau impur & grossier. Le vulgaire qui est
toujours un mauvais juge, croit que le lieu où
l'on les trouve, est celui de leur naissance. Après
qu'on les a polies on les porte par tout le monde,
& on les estime comme de grandes richesses
à cause de leur forme, couleur, vertus & propriétés,
que je m'en vais vous déduire.

Les Pierres précieuses.

L 'Emeraude est une pierre verte & transparente,
elle réjouit la vue, aide à la mémoire,
garde la pudicité, laquelle étant offensée,
elle se ressent de cette injure.
Le Diamant est un cristal noir, on l'appelle
Evar, à cause qu'il donne de la joie. Il est obscur,
& de couleur de fer, il est très dur, il se dissout
avec le sang de bouc, & ne passe pas la grandeur
d'une noisette.
L'Aimant est la pierre du fer, d'autant qu'elle
l'attire.
La Marguerite est une perle, & non pas une
pierre, elle naît dans les écailles, sa couleur est
blanche. Car tout ce qui naît dans les animaux,
dans l'homme & dans le poisson n'est pas proprement
pierre, quoi que le vulgaire suivant la
connaissance des sens juge que c'est une pierre.

@

de l'Oeuvre Minérale. 91

C'est à proprement parler une nature dépravée,
ou changée, sur un ouvrage parfait.
La Jacinthe est une pierre blonde, transparente;
c'est aussi une fleur que les Poètes disent
fabuleusement avoir été un homme.
Le Saphir est une pierre bleue de nature céleste.
Le Rubis, est une pierre très rouge.
L'Escarboucle est une pierre solaire, dont l'éclat
est semblable à celui du Soleil.
Le Corail est semblable à la pierre, il est tout
rouge. Il croît dans la mer en forme d'arbrisseau
par la nature de l'eau & de l'air: puis étant
changé par l'air, il se putréfie, & devient rouge,
& d'autant qu'il est incombustible dans le feu, il
passe pour une pierre.
La Calcédoine est une pierre de beaucoup de
couleurs claires, obscures; & mêlées de rouge,
à la façon du foie; c'est la plus vile de toutes les
pierres.
Le Topaze est une pierre, qui reluit même
dans les ténèbres, on la trouve dans les autres roches.
L'Améthyste est une pierre dont l'éclat est
mêlé de rouge & de blond.
Le Chrysoprase est une pierre de couleur de feu
la nuit, & le jour elle paraît être d'or.
Le Cristal est une pierre blanche, transparente,
ressemblant à de l'eau gelée, elle est sublimée,
extraite, ou lavée des autres roches.
Pour conclusion & pour te dire adieu, je te
donne cette vérité. Si quelqu'un veut savoir
parfaitement l'origine & la nature des métaux,

@

92 La troisième Partie

qu'il sache qu'ils ne sont autre chose que la
meilleure portion des pierres communes: ce sont
les esprits des pierres. C'est à dire, la poix, le
suif, la graisse & l'huile des pierres, laquelle
n'est pas pure & sincère, pendant qu'elle est mêlée
& cachée dans les pierres, c'est pourquoi elle
doit être cherchée, trouvée & connue dans les
pierres; elle en doit être exprimée & tirée à force:
pour lors ce n'est plus une pierre, mais un
métal parfait & achevé, ressemblant aux astres,
lesquels sont aussi des pierres en leur espèce,
différentes de ces pierres dont nous parlons.
Celui donc qui se voudra étudier à la recherche
des métaux, doit se persuader qu'ils ne se
rencontrent pas seulement dans les entrailles de
la terre; mais bien souvent il y en a de tous découverts,
meilleurs que ceux qui sont cachés: il faut
prendre garde à tous les cailloux, & à toutes les
pierres grandes & petites qui se présentent à nos
yeux, examiner leur nature & leurs propriétés.
D'autant que bien souvent un caillou dont on ne
fait aucun état, rendra plus de profit qu'une vache.
Il n'est pas toujours nécessaire de chercher
avec empressement la roche ou la matrice dont
tel caillou aura été tiré, afin d'en tirer aussi d'autres;
parce que cette sorte de pierres n'ont point
de roche, & qu'ils n'ont été engendrés que du
Ciel. Il se trouve etiam parfois de la terre, de la
poussière, du sable que l'on méprise, qui ne laissent
pas d'avoir de l'or & de l'argent.
En cet endroit Paracelse enseigne clairement
ce que c'est qu'Alchimie. Puis il nous conduit
à la génération des métaux par les influences des

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de l'Oeuvre Minérale. 93

astres qui tombent dans le sein de la terre: donnant
aux pierres précieuses un degré qui approche de
la perfection, non pas pour nous inciter à leur
recherche dans l'espérance d'en tirer de l'or &
de l'argent; mais afin que nous rendions les métaux
semblables à ces pierres quant à l'extérieur,
si nous voulons extraire l'or & l'argent
des dits métaux; c'est à quoi tend la doctrine des
Chapitres précédents, il n'a rien mis sans dessein.
Quel rapport y a-t-il des pierres précieuses avec
les métaux? nul.
Et bien qu'aucune fois il y ait de l'or & de
l'argent cachés dans les pierres précieuses, dont
ils en peuvent être séparés; néanmoins il n'entend
point ici que nous le fassions, mais pour
confirmer sa doctrine précédente, il montre que
pour tirer utilement l'or & l'argent des métaux
il les faut plutôt réduire en verres, qui ressemblent
aux pierres précieuses, dont il en nomme
plusieurs, & enseigne leurs usages, non pas tant
pour nous faire comprendre leur nature & leurs
propriétés, qu'à l'occasion des métaux qui leur
doivent ressembler en couleur. Celui qui n'entend
ni ne veut croire ce que je dis, qu'il s'adresse
ailleurs, & cherche quelque chose de
mieux.
Pour conclusion il montre ce que sont les
métaux, & qu'il n'est pas toujours besoin de les
tirer du profond de la terre, se rencontrant parfois
en abondance, dans la poussière, dans le sable,
& dans les pierres les plus viles & méprisables;
il dit aussi qu'il ne faut pas se mettre en peine
de leur roche, vu que c'est le Ciel qui les

@

94 La troisième Partie

engendre. Par ce discours il blâme l'aveugle convoitise
des hommes, qui recherchent si avidement
les mines cachées au fond de la terre
qu'on ne peut trouver sans danger, ni creuser
sans beaucoup de dépense; & qui ne connaissent
pas, ou méprisent orgueilleusement ce qui est
devant leurs pieds, qui affectent les ténèbres,
qui dédaignent & tâchent malicieusement d'éteindre
les lumières que les gens de bien leur découvrent.
Ainsi donc finit ce petit traité que Paracelse
nous a laissé tout rempli d'une science cachée
touchant les choses métalliques, lequel j'ai tâché
d'expliquer le plus clairement qu'il m'a été
possible; & je ne doute point qu'il n'en soit
plus estimé dorénavant.
Si quelqu'un trouve que j'ai écrit trop obscurément,
qu'il consulte mes autres oeuvres, lesquelles
s'expliquent réciproquement, & qu'il
excuse l'occupation de mes affaires. Pour moi
j'ai de la satisfaction d'avoir donné cette introduction
au prochain, & d'être assuré que
mes peines & mes soins ne mourront pas avec
moi.
Si j'ai plus de vie & plus de loisir, je communiquerai
d'autres secrets au public, comme je
fais maintenant dans les conclusions de l'Oeuvre
Minérale, ou j'enseigne quantité de particulières
& certaines opérations, lesquelles donneront
de la lumière à mes écrits précédents, &
confirmeront la doctrine touchant la transmutation
des métaux; je dirai ensuite comment il
faut séparer & repurger les métaux qui ont été

@

de l'Oeuvre Minérale. 95

extraits des imparfaits, ce qui couronnera mon
ouvrage.

La pratique de la Théorie, ci-dessus décrite.

L A précédente explication du Livre des Vexations
de Paracelse, a fait voir, que la transmutation
des métaux était indubitable, & même
en a enseigné la méthode. Mais d'autant qu'il
faut être parfaitement bien versé dans les choses
métalliques pour faire cette opération, j'ai
peur que mon explication toute fidèle & intelligible
qu'elle est n'apporte pas plus d'utilité
que les écrits de Paracelse, & que les ignorants
ne la tiennent au même rang du Livre qu'ils accusent
d'impossibilité & de mensonge. J'ai donc
voulu en témoignage de la vérité, ajouter
quelques procédés en termes clairs & faciles,
afin qu'on ne s'étonne, & qu'on ajoute autant
de foi aux écrits de Paracelse qu'aux miens.
Or il est impossible d'écrire avec tant de clarté
que personne ne se puisse tromper, il faudrait
trop de temps, & cela serait aussi ennuyeux &
aussi impertinent, que d'entretenir un enfant
qui ne saurait pas encore l'Alphabet de la Physique
& autres subtilités. Je n'entreprends pas
d'enseigner ici les novices de l'Alchimie, mais
les personnes de bon esprit & de beaucoup d'expérience
dans les opérations métalliques; que
celui-là donc m'excuse, qui viendra à manquer
dans la pratique des choses que je lui montre,
qu'il ne blâme point l'obscurité de mes préceptes,
mais son ignorance & stupidité; & quand

@

96 La troisième Partie

même il n'y en aurait pas un seul qui me pût
imiter, la vérité me met à couvert de reproche.
Il n'y a point de doute que ceux-là en profiteront,
lesquels travaillant avec soin & assiduité
pour pénétrer dans les secrets de Vulcain, ont acquis
assez de lumière pour me comprendre.
Pourquoi écrirais-je des choses dont je n'aurais
pas la connaissance? à quoi me serviraient
mes écrits, dont je n'ai reçu, ni n'espère aucun
profit, s'ils n'étaient pas utiles au prochain?
Mes écrits ne sont pas comme les écrits
posthumes, dont personne ne peut assurer la vérité.
L'ignorance n'est point blâmable d'interroger
l'Auteur pour s'éclaircir.
Sans mentir j'eusse écrit encore plus ouvertement,
si je ne craignais de profaner un si bel
art & de le rendre trop commun: il y en a qui
trouveront que je me suis trop expliqué, & qui
gronderont que des secrets si importants, soient
découverts au peuple. Mais quel moyen de contenter
tout le monde? Quoi qu'il arrive, je serai
toujours bien-aise d'avoir rendu un bon
office à mon prochain.

Voici le secret de l'Art.

L Ors que tu auras imposé le ciel de saturne,
& que tu l'auras fait couler en terre avec la
vie, ajoutes-y en poids convenable les métaux
imparfaits, à savoir le plomb, l'étain, le fer, le
cuivre, & un peu d'argent. Qu'ils coulent tant
soit peu avec le ciel, jusqu'à ce qu'ils disparaissent
avec lui, ayant perdu la nature & forme
métallique,

@

de l'Oeuvre Minérale. 97

métallique, laquelle sera réduite en terre. Ressuscite
par l'esprit du ciel cette terre métallique
qui est encore jointe au ciel de saturne, & qui en
est environnée de toutes parts; rends la corporelle,
& elle recevra sa première forme métallique:
mais encore qu'elle soit devenue meilleure,
qu'elle meure & qu'elle ressuscite trois &
quatre fois, afin que l'amélioration en soit plus
grande, & qu'il en provienne plus d'or & d'argent
dans la séparation. Pour cette opération il
n'est besoin d'avoir ni pot, ni tuile, ni coupelle,
creuset, test, cucurbite, ni eau forte, autres
vaisseaux ou instruments qui servent aux
autres opérations métalliques; mais seulement
un creuset, un fourneau, un feu depuis le commencement
jusqu'à la fin, ce qui s'achève parfaitement
en l'espace de fort peu de temps. Et
pour parler plus ouvertement, dans ce procédé
la sphère de saturne, c'est le régule d'antimoine;
la vie, le sel blanchissant, tenant son opération
& son mouvement du feu: la terre, c'est le creuset.
Voilà le travail tout entier, lequel j'ai expérimenté
plus de cent fois en petite quantité,
Que sur tout on s'étudie à bien connaître le
feu, son origine, sa nature, & ses forces, & le reste
sera assez aisé à comprendre. Car le bois, le
charbon, & les autres choses combustibles, ne
sont pas proprement le feu, elles en sont comme
le domicile, dans lequel il se rend visible & perceptible,
étant de soi occultement dispersé parmi
l'air. Pareillement l'homme n'est pas la vie
ni l'âme, mais le réceptacle dans lequel habite
l'âme ou la vie qui lui ont été infusés d'en haut.
G

@

98 La troisième Partie

Et quand l'âme a quitté le corps, l'homme n'est
plus homme; mais seulement un cadavre.
Ainsi l'or étant privé d'âme, celle d'être de
l'or, il n'est plus qu'un minéral volatil & sans
bonne couleur; d'où il est manifeste que la bonté
des métaux vient de leur âme, & non pas de
leur corps. C'est pourquoi on ajoute de l'argent
aux métaux imparfaits, afin que cet argent
reçoive & ramasse l'âme des métaux, laquelle
était étendue par tout leur corps, & qu'elle la
rende corporelle, visible, & perceptible: Et
qu'ainsi par le mélange de ces âmes, il s'en forme
de bon or. Personne toutefois ne doit s'imaginer
que tout le corps des métaux imparfaits
se puisse convertir en or; cela ne se fait jamais.
Il est vrai que leur partie la plus pure, qui est
l'âme, & la quinte-essence, étant séparée de la
plus impure, qui est terrestre & sulfureuse, s'incorpore
avec la Lune, laquelle étant exaltée &
animée, se convertit en or.
Quelqu'un me demandera de la sorte: si on
n'ajoute point d'argent au mélange métallique,
n'en sortira-t-il point d'or? je réponds, qu'il
en sortira de l'or, mais en plus petite quantité,
que si on y avait mis de l'argent. La raison est
que l'âme de l'or, qui se trouve dans les corps
imparfaits est si tendre & si déliée, qu'elle ne
peut pas de ses propres forces se dégager de
tant d'impuretés dont elle est environnée, &
se former un nouveau corps: de manière qu'il est
expédient & nécessaire, de lui présenter un
corps, dans lequel elle se ramasse & se retire: à
quoi la Lune est très propre, laquelle est unie

@

de l'Oeuvre Minérale. 99

radicalement avec les métaux impurs, & mêlée
avec eux par l'agitation d'un feu vivifique qui la
fait monter & descendre, rencontrant dans cette
circulation les plus pures parties des métaux
imparfaits, qui lui adhèrent, se mêlent avec
elle, se font corporelles, après avoir laissé leur
corps corruptible, & la séparation du pur & de
l'impur ayant été faite.
J'ai donc à présent enseigné clairement la
manière de tirer l'or & l'argent de tous les métaux
ensembles ou de chacun d'eux, avec ou même
sans addition de Lune. Si tu le comprends je
t'en félicite; sinon, tu n'as pas sujet de te plaindre
que je ne t'aie pas ingénument communiqué
la vérité toute nue.

Autre manière de séparer l'or & l'argent des
métaux imparfaits, par le moyen
de Saturne.

P Remièrement fais bien couler le plomb dans
le creuset: ajoutes-y l'étain, le fer, & le
cuivre en poids convenable, qu'ils soient fondus
ensemble. Soudain l'étain & le fer corrompent
le plomb, lequel est réduit en scories semblables
à de la terre jaune, & ces scories étant réduites
rendent leur plomb & leur cuivre: quant à l'étain
& au fer, ils demeurent en forme de scories noires,
lesquelles il faut garder. Fais derechef fondre
parfaitement ce plomb mêlé avec le cuivre,
ajoutes-y encore de l'étain & du fer, pour en
faire des scories, lesquelles il faut par-après réduire
G ij

@

100 La troisième Partie

incontinent. Réitère ce travail de scorification
& de réduction, jusqu'à ce que de 100.
livres de plomb, à peine en reste-t-il une ou deux
livres, lave-les, & tu trouveras l'or & l'argent
en partie, lesquels les métaux auront donnés
dans cette opération. Quant aux scories qui ne
pouvaient pas être réduites, fais-les bien cuire
dans un fourneau particulier, fixe-les, & dans la
réduction elles donneront l'or & l'argent. Lave
le saturne, afin que l'or & l'argent qui étaient
resté dans les scories, en puisse être tiré pour
nous servir.
Ce travail, que je n'ai jamais pu expérimenter
dans une grande quantité, réussira selon
mon opinion, même en grande quantité. Chacun
peut en faire l'essai, & calculer exactement
combien il en peut provenir de profit tous les
ans.
Les métaux imparfaits peuvent aussi être
lavés & fixés par la voie particulière des sels
non corrosifs, & personne ne doit douter que
par ce moyen ils ne rendent beaucoup d'or &
d'argent. Et d'autant que j'en ai souvent fait
mention dans mes écrits, il serait ennuyeux de le
répéter ici. Par cette façon de laver qui ressemble
à celle des femmes Blanchisseuses, on pourra
peut-être un jour avancer les métaux jusqu'à
une perfection au dessus de l'or. Les Blanchisseuses
s'y prennent de diverse manière, & les
plus adroites sont celles qui rendent leur linge le
plus blanc, Quelques-unes le nettoient avec de
la lessive, mais ce travail est grossier, & n'ôte
pas bien les saletés. D'autres le savonnent, &

@

de l'Oeuvre Minérale. 101

ayant ôté les ordures, ôtent la lessive avec
de l'eau bien nette, puis exposent le linge au
Soleil, lequel par sa chaleur le sèche, lui ôte
toute l'odeur du savon & de la lessive, & le blanchit
davantage. Que si la lessive ou le savon
viennent à recevoir des saletés, elles le répandent,
& en nettoient les restes avec de l'eau
claire, & ce par tant de fois, que les immondices
soient ôtées, & le linge devienne parfaitement
blanc.
Je n'ai pas allégué en vain cet exemple des
Lavandières, pour enseigner ceux qui ne savent
pas laver & nettoyer les métaux. Car il est impossible
de laver un métal impur, avec la première
eau, mais il en faut verser de nouvelle
jusqu'à tant que toutes les impuretés étant
ôtées, l'eau paraisse claire comme quand on l'a
versée. Le travail aussi de l'incération y est fort
utile, si vous employez l'incération, c'est à
dire si le métal étant bien nettoyé est souvent
imbibé d'eau nouvelle; puis étant séché
il acquiert une plus grande pureté qu'il
n'eut fait avec la seule eau de savon. Que si
quelqu'un savait encore une eau meilleure
que celle-là, il n'y a point de doute que les métaux
en deviendraient plus excellents que l'or.
De même que l'on croit que le linge peut être
tellement préparé par l'industrie, qu'il surpasse
en finesse les étoffes de soie blanche: ainsi l'or par
un art inconnu à beaucoup de gens pourrait être
élevé à un souverain degré de pureté.
Que personne ne s'étonne de la comparaison
que j'ai faite de cette séparation au lavage
G iij

@

102 La troisième Partie

des Blanchisseuses; les Philosophes mêmes ont
appelé leur ouvrage universel, l'ouvrage des
femmes, & le jouet des enfants. Je suis fort assuré
que si j'avais imité les Sophistes par un long
discours rempli de mensonges, le monde qui aime
à être trompé m'en aurait fort remercié.
Mais pour moi, quoi qu'il arrive je crois en
conscience avoir satisfait à Dieu & aux hommes.
Les métaux peuvent aussi après avoir été
calcinés, être purgés & lavés par le verre de
plomb fait avec l'addition de cailloux, en telle
sorte qu'ils donnent beaucoup d'or, de quoi
j'ai écrit ci-dessus. Mais il y faut beaucoup de
plomb dans lequel le métal s'étende amplement,
car sans cela il ne quitte point ses fèces, &
ses parties les plus pures ne se peuvent pas concentrer
en un corps. J'emploie les cailloux, afin
que recevant en eux les fèces des métaux immondes,
ils fassent la séparation du pur & de l'impur.
De la même sorte que pour épurer le miel, le
sucre & autres choses avec de l'eau, nous y mêlons
le blanc d'oeuf, pour ce qu'il attire la viscosité
du suc, & qu'il le clarifie. Pareillement
ici les cailloux font le même effet. Le Saturne
tient la place de l'eau, par lequel le fer, le cuivre,
l'étain, sont dissous. Ce travail est très agréable
& fort prompt, extrêmement lucratif, si les
creusets étant percés par le lithargire pouvaient
garder la mixtion, & ne laissaient pas si
tôt échapper. Que si quelqu'un était assez
heureux pour trouver des vaisseaux qui gardassent
le verre de plomb l'espace de dix ou douze

@

de l'Oeuvre Minérale. 103

heures, il ne faudrait pas qu'il se mît en peine
de chercher d'autre moyen pour s'enrichir. Pour
moi je n'ai jamais eu ce bonheur, quoi que
je l'aie recherché durant longues années. Une
seule livre de fer, de cuivre, ou d'étain, rend parfois
un demi loton d'or, & même un tout entier,
si l'opération est bien conduite; que si vous
y ajoutez du sel fixe de Tartre, ou même des
cendres clavelées, elle en rend davantage; mais
aussi les creusets en sont plutôt percés, ce qui
est fâcheux. Je m'assure qu'il s'en trouvera
quelqu'un qui réussira dans ce travail tant aux
creusets qu'aux grands foyers, & qu'il en rendra
grâces à Dieu & à moi.
Autrefois j'ai tant estimé ce travail que je ne
l'eusse communiqué à personne, quelque grande
récompense qu'il m'en eut offerte; mais
n'ayant pu passer plus outre, je le communique
gratuitement, afin que chacun éprouve sa destinée.
Dieu ne donne pas tout à un, il en use à sa
volonté.
Les métaux imparfaits sont purgés de leur
soufre nuisible & combustible par le feu soudain
du nitre, dont nous avons parlé ci-devant
en traitant du Mercure, & c'est la plus prompte
amélioration des métaux, qui se fait presque en
un moment. Sur tout s'ils sont réduits en sel soluble
sans employer le sel corrosif. A cela
sont très propres Mars & Vénus, donnant un
vitriol philosophique, lequel peut très commodément
être purifié en perfection. Il y a
un grand secret caché sous la fable des Poètes
touchant Vénus & son fils Cupidon; quel est ce
G iiij

@

104 La troisième Partie

Cupidon, ne serait-ce point l'or?
Je pourrais bien encore déduire d'autres fort
bons moyens d'extraire l'or & l'argent des métaux
imparfaits; mais en ayant assez dit dans
l'explication des sept Règles, je me contenterai
de cela; outre que celui qui ne le comprendra
pas, ne profiterait pas d'un plus long discours, il
suffit à chacun de connaître les fondements de son
art pour l'exécuter. J'ajouterai néanmoins
en forme de supplément un ouvrage très agréable,
qui est une Parabole où sont contenus tous
les fondements de l'Alchimie, la radicale solution
des métaux, la conjonction, distillation,
sublimation, ascension, descension, cohobation,
cimentation, calcination, incération, fixation,
avec quoi je finirai la transmutation
métallique.
Il y avait un homme, , lequel avait deux
enfants, le Bismuth, & , le plus jeune, , disait
à son père, , donne-moi ma portion. Les
Philosophes & anciens Métalliques, ont toujours
cru que le Bismuth, & étaient le plomb, ils
ont appelé , le plomb blanc, & le bismuth, le
plomb noir, comme il se rend rebelle & désobéissant,
c'est à dire, lors qu'il monte, son père lui
donne sa portion, avec laquelle il s'en va en
pays étrange. Remarquez bien que & le bismuth
sentant le feu, est séparé de , & du
Bismuth, en montant il emporte avec soi quelque
chose de , & devient en scorie rebelle, ce
qui est s'en aller en pays étranger. Il entre en
une hôtellerie, dans laquelle était hôte, &
hôtesse, tenant dans un tableau pendu, =C1

@

de l'Oeuvre Minérale. 105

le signe du monde, lesquels après l'avoir accueilli
le dépouillaient de tous ses biens paternels,
voilà la solution, il y eut grande cherté de vivres,
c'est la sécheresse; de sorte que les hommes
en étaient tous défigurés par la famine,
c'est la corruption: pour se défendre de cette famine,
il fut contraint de garder les pourceaux,
c'est à dire, demeurer avec le nitre fétide. Et
contraint de vivre des gousses, c'est à dire de
tartre. Voilà l'incération, l'imbibition, dont il
fut humilié, voilà la digestion, la circulation,
ablution, édulcoration, purification. Il revient
chez son père, c'est l'incorporation. Lequel le
reçoit avec joie, voilà l'entrée, comme un enfant
perdu, voilà de quelque chose rien, & de
rien quelque chose. Il lui donne une robe neuve,
c'est l'argent, il lui met au doigt un anneau
d'or, c'est l'argent doré. Ensuite il demeure
constant chez son père, & devient bon économe,
c'est à dire métal fixé.
Que personne ne me blâme d'avoir comparé
la transmutation des métaux, & particulièrement
l'étain à la parabole de l'Enfant prodigue,
je l'ai fait pour donner plus de lumière; au reste
je n'ai jamais remarqué en aucun travail tant
de changement qu'en celui-ci. Car en premier
lieu dans la solution il paraît une noirceur, qui
dure son temps, ensuite vient la queue du Paon,
la verdeur, & enfin la blancheur: Or ne sais-je
pas si la rougeur succéderait à la blancheur en
cas qu'on la retint plus longtemps dans la digestion;
vu que je ne suis jamais parvenu au delà
de la blancheur. Ce travail est très agréable,

@

106 La troisième Partie

il réjouit l'esprit de celui qui le fait, il n'est ni
de grande dépense, ni de grande difficulté,
pourvu qu'en rencontre le poids, & de bons
vaisseaux. Il ouvre le chemin à des choses plus
hautes. Heureux celui qui vient à bout, il ne
pourra jamais contenter sa curiosité dans les recherches
des secrets naturels.
Il est à remarquer que chaque métal se peut
laver séparément avec le plomb & avec les sels;
afin qu'étant exalté dans la séparation, il donne
l'or & l'argent, il passe dans toutes les couleurs;
mais non pas si commodément, que si tous
étaient joints ensemble. Ils agissent l'un sur
l'autre réciproquement & spirituellement, ils se
changent, & se perfectionnent.
Après avoir suffisamment enseigné comment
l'or & l'argent se peuvent extraire des métaux
imparfaits, il faut aussi montrer de quelle façon
en les peut séparer les uns des autres, afin de les
avoir chacun en particulier. Ce qui se fait en
cette sorte: si la mixtion contient plus d'or que
d'argent, elle est très commodément fondue
par l'antimoine, elle est précipitée en régule
avec le fer, elle est lavée & purifiée avec le nitre.
Vous pourrez trouver cette opération dans les
écrits précédents. Que personne ne soit fâché si
le nitre dérobe & attire à soi quelque chose de
l'or & de l'argent dans la séparation ou purification;
il ne faut pas croire que ce soit peine
perdue; mais il se faut ressouvenir des paroles
de Paracelse. La perte, ou la corruption rend le
bien parfait. Gardez bien les scories nitreuses,
dont les régules ont été épurés, fixez-les, puis les

@

de l'Oeuvre Minérale. 107

réduisez par une forte *fleur, & lors vous recevrez
un enfant beaucoup plus beau qu'il n'était auparavant,
& loin de perdre vous gagnerez beaucoup.
Ce serait ici le lieu de parler d'un travail
fort utile, mais c'est assez pour les sages, les stupides
n'en profiteraient pas. Que si la mixtion
contient plus d'argent, qu'elle soit premièrement
jetée en grenaille, qu'elle soit précipitée
avec ou sans l'antimoine seul, avec le plomb &
avec les sels, séparant l'or de l'argent, en régules;
puis qu'elle soit lavée avec du nitre ou avec
du plomb, & qu'elle soit purifiée par un travail
diligent. Si la précipitation se fait avec le plomb,
il faut employer la tête morte, laquelle avance
& perfectionne l'ouvrage évidemment.
Il faut bien observer, que si les régules sortent
de couleur de cuivre ou pâles des métaux mûris
ou fixés, il n'est point besoin du bain, abtreiben,
il suffit qu'étant en grenaille ils soient précipités
avec les sels, & la tête morte. Alors tout
l'or & tout l'argent, sortiront en régules particuliers,
le cuivre & le plomb s'en vont en scories,
lesquelles il faut réduire dans des fourneaux
aigus, sticheofen, & les appliquer à d'autres usages
selon les préceptes de l'art.
Je crois qu'il serait inutile d'en dire davantage
touchant l'extraction, le bain & la séparation des
métaux, en ayant traité çà & là dans mes Livres.
Il ne serait pas hors de propos, de déclarer en
quelle manière il faut fondre les métaux, afin
qu'ils en deviennent meilleurs, & comment il
faut aider avec des ciments particuliers, les mines
rudes, & qui ne sont pas fort fécondes. Car

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108 La troisième Partie

les mines abondent en soufre qui ruine, par lequel
le métal s'en va en scories dans la fonte, &
ne donne pas assez de profit pour compenser les
frais qui sont nécessaires. Ce soufre, principalement
dans les mines de cuivre & de plomb,
peut être renversé & changé par un ciment particulier,
ou par un feu de degré, tellement qu'après
dans la fonte, non seulement il ne consumera
pas le métal, & ne le changera pas en scories;
mais encore l'exaltera, afin que dans la séparation
il rende l'or, ce qui n'arriverait pas
dans cette cuisson. Personne ne recherche curieusement
comment il faut aider au métal devant
ou même dans la fonte, un feu grossier ne
le peut pas purifier, c'est pourquoi le plus souvent
la meilleure partie demeure inutile dans les
scories. Un Chimiste expérimenté peut utilement
tirer, tant dans la fonte, qu'avec des menstrues
propres, tirer l'or & l'argent que les
scories avaient absorbé. Laquelle opération
j'ai indiquée lors que j'ai parlé de l'extraction
des cailloux, & j'en discourrai plus amplement,
lors que je traiterai du bonheur, & des trésors
cachés d'Allemagne; ce que le lecteur doit attendre
patiemment.
Les Métallistes auraient un autre avantage,
s'ils connaissaient la manière de séparer l'argent,
& d'en ôter l'or par la précipitation, afin
qu'il ne soit pas indignement consumé avec l'argent
par les artisans. J'espère qu'un jour il y en
aura qui mettront sous l'enclume les scories
qu'ils avaient rejetées, pour en extraire l'or &
l'argent. Dieu a tout fait pour le mieux, & ce

@

de l'Oeuvre Minérale. 109

n'est pas sans raison, qu'il nous a si longtemps
celé ces connaissances. Et d'autant que depuis
plusieurs siècles des hommes pieux ont prédit
qu'avant la fin du monde tous les mystères seront
découverts, ce temps s'approchant, il n'est
pas de merveille que Dieu & la Nature aient
commencé leurs révélations, vu que tous les
arts & toutes les sciences s'accroissent tellement
de jour en jour, que si nos devanciers voyaient
nos opérations, ils estimeraient les leurs des
jeux d'enfants. Si le monde dure encore longtemps,
les métaux seront beaucoup plus utilement
& promptement fondus, lavés & séparés,
à quoi je tâcherai de contribuer par mes soins
& par mes conseils que je suis prêt à donner à
ceux qui me les demanderont. Mais comme on
paye ordinairement d'ingratitude les offres de
service, cela me pourrait bien arriver, car il y
a des gens orgueilleux qui ne veulent pas apprendre,
de honte qu'ils ont de faire voir leur
ignorance. De même que si la disette était extrême
en un pays, & qu'il y eut une grande
abondance en un autre, qui serait séparée par
une vaste solitude, dont le chemin serait difficile
à trouver. Si quelqu'un en ayant une parfaite
connaissance s'offrait de servir de guide pour
quelque petite portion de blé, ne serait-ce pas
une grande stupidité de le refuser, & d'aimer
mieux chercher le chemin soi-même avec
beaucoup de peine & risque de la vie? qui aurait
compassion d'un homme qui se serait attiré ce
malheur qu'il pouvait éviter à peu de frais? ainsi
ceux-là sont indignes de pitié, lesquels font tant

@

110 La troisième Partie

de dépense pour des choses incertaines, emploient
tant de temps & tant de soins pour acquérir
des connaissances qui sont au dessus de
leur capacité, méprisant les maîtres, & croyant
qu'il y a de la honte d'être enseignés. Sans mentir
ils doivent être comparés à ce Villageois,
lequel voulant prendre un Ecureuil, disait qu'il
avait les jambes longues, & voulant sauter d'arbre
en arbre comme cet animal, il tomba & se
rompit les jambes qui n'étaient propres à cela.
Pareillement il y en a qui disent, qu'est-ce qui
m'empêchera de trouver cette manière de séparer,
pourquoi mendierai-je le secours des
autres? la nature & la fortune me seront aussi favorables.
Ces gens-là ne pèsent pas les paroles
de saint Paul: ce n'est de celui qui veut, ni de
celui qui court, mais de Dieu seul qui fait miséricorde.
Les Philosophes Païens ont connu
cette vérité quand ils ont dit, qu'il n'arrive pas
à tout homme d'entrer dans Corinthe. En quoi
ils nous enseignent que pour parvenir aux choses
élevées, le soin & la recherche sont quelquefois
inutiles. Dieu seul sait les succès heureux qui
arrivent aux hommes, lesquels sont aussi différents
entr'eux que les brutes. Tous les animaux
peuvent marcher, & nager, mais l'un court &
nage mieux que l'autre. On voit le même dans
les enfants, lesquels quoi qu'ils aient une même
éducation, sont néanmoins fort différents en
doctrine, parce que leur génie est différent. Tous
les dons, dit l'Apôtre, descendent d'en haut. Les
Philosophes rapportent cela aux influences des
astres. Le S. Esprit est le véritable Docteur qui

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La trois. Part. de l'Oeu. Miner. 111

a accoutumé de nous révéler les secrets si nous
l'en prions comme il faut. D'où est-ce que Paracelse
avait puisé ces grandes lumières qu'il avait
dans la Philosophie, dans l'Alchimie, & dans la
Médecine? Sans doute c'était du Père des lumières
& des vérités, lequel tous les jours nous
fait voir sa toute-puissance par de semblables
largesses. Ceux-là sont donc privés de raison qui
disent qu'il ne se peut rien ajouter à la perfection
que nous avons, comme si Dieu avait les
mains fermées pour favoriser le sentiment de
ces étourdis. Si nous connaissions bien Dieu
la nature ne nous serait pas inconnue. Mais
pour ce que l'homme par une infirmité naturelle
aime les ténèbres, il ne faut s'étonner s'il ne
marche qu'à tâtons, & s'il s'égare du bon chemin.
Il y a beaucoup de secrets qui seront un jour
révélés. Et il ne faut pas croire que Dieu souffre
plus longtemps l'abomination qui est dans le
monde. Le jour est passé, & la nuit s'approche,
laquelle doit commencer le châtiment des impies.
Heureux ceux-là qui se font des amis de
l'injuste richesse, & qui suivent la volonté de
Dieu en découvrant les merveilles de la nature,
à sa gloire. Malheur à ceux qui font leur Dieu
des richesses, & qui tâchent de supprimer la
gloire de Dieu & les merveilles de la nature. Ici
je finis cet Appendice de l'oeuvre Minérale que
j'ai mise au jour pour le bien du prochain &
pour la gloire de Dieu.

F I N.

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Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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