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Réfer. : 2314A .
Auteur : Noël Le Vallois.
Titre : Extrait en abrégé,
S/titre : de l'épilogue du même auteur...
Extrait de la théorie dernière...
Vers de l'auteur susdit.
Editeur : MSS 160 Bibl.-municipale de Rennes.
Date éd. : 1xxx
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Particularités de ce document.
Afin de conserver au bénévole lecteur le charme du manuscrit, j'ai laissé
le texte dans sa forme originale, orthographe, ponctuation, excepté sur
quelques points.
Excepté ces derniers, le document est conforme à l'original, folio par
folio, ligne par ligne et caractère par caractère. Pour ce dernier point,
le lecteur voudra bien être indulgent, car malgré une double relecture de
tout le document, il est improbable de n'avoir pas oublié çà et là quelque
particularité orthographique.
Les numéros de folio sont repris du manuscrit lui-même, et sont portés
sous la forme :
(fxy)
f pour folio.
x numéro de folio.
y r pour recto.
v pour verso.
Cette identification est rajoutée, seul le numéro porté à droite de
chaque folio recto, est sur l'original.
Je dois aussi rappeler que les majuscules et les minuscules sont
distribuées dans le texte sans logique précise, quant à l'orthographe, elle
peut varier pour un mot sur la même ligne de texte.
D'autre part, l'habitude du scripteur d'aller vite, ou de lier les mots
entre eux pour ne pas lever la plume, font que les accentuations et les
apostrophes sont mises ou non sans raison apparente.
Points de modifications.
J'ai mis une majuscule à la première lettre de chaque paragraphe, ainsi
qu'un point à la fin.
Les mots qui sans raison apparente, avaient une majuscule dans le corps
du texte ont été mis en minuscule.
J'ai également mis une lettre majuscule sur la première lettre des noms
propres de personnes, ou de personnages (Lulle, Saturne, etc).
J'ai séparé les mots liés dans le texte afin de rendre la lecture plus
agréable, néanmoins les mots séparés dans le texte le sont restés, par
exemple "quoy que", ou encore "par ce que".
Dans la majorité des cas j'ai écrit les mots abrégés dans leur forme
complète, à l'exception notable de philosophie et de ses dérivés écrits
ph~es pour philosophes, ph~ique (pour philosophique) etc, reprenant ainsi
la forme abrégée du scripteur.
J'ai omis de reproduire quelques notes en latin, en marge du texte, qui
sont d'une écriture différente du manuscrit, postérieures à celui-ci, et
assez difficiles à déchiffrer. Cette écriture semble proche de celle des
notes sur le livre de Rochas, en fin du manuscrit.
Dans le cas où un doute subsiste sur le texte (graphie non déchiffrée),
j'ai mis cinq astérisques pour signaler l'endroit.
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(f33r) 33
Extrait en abrégé
de l'épilogue du même auteur
qui commence par ces mots: ceci
est mon dernier Labeur
Chapitre 1er:
Par ci-devant je t'ai baillé l'oeuvre entière,
en laquelle peu de chose est obscurcie, et ladite
oeuvre sera plusieurs fois répétée en cet
abrégé, jaçoit qu'avec différence de parole,
l'intention n'étant toujours qu'une, hormis
qu'il sera dit en un endroit, ce qui est
omis ès autres, et que si différence
est trouvée, ce n'est autre que la différence
des opérations, selon la différence quelquefois
des magistères.
2.
Car il y a plusieurs magistères, dont les
uns sont simplement appelés minières, desquels
je ne parle point, les autres sont pierres,
dont il y en a deux sortes, l'une est celle
dont l'opération ne consiste qu'à bien laver
le corps tant par eau que par feu.
3.
L'autre est celle dont l'opération consiste à faire
l'or de l'azot vif, la génération de celui-ci suit
nature en la procréation des métaux et
partant requiert un exact régime
de feu entre le trop et le peu selon les degrés
nécessaires desquels nous parlerons
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(f33v)
tantôt, et requiert une exacte construction
de fourneaux et vaisseaux.
4.
L'oeuvre consiste en quatre parties 1. solution,
2. congélation, 3. albification, 4. rubification,
lesquelles je déclarerai selon l'intention des
ph~es et non pas des ignares qui prennent
les syllabes pour l'intention.
5.
Or il y a deux solutions en l'oeuvre, et
deux conjonctions ou mariages, une rustique,
et l'autre philosophale; la solution rustique
n'est qu'assemblement des parties, mais
la philosophale est la conjonction qui
se fait sur le feu en la dissolution naturelle
du corps et congélation de l'esprit.
6.
En cette opération le corps et l'esprit
font rencontre l'un de l'autre et se joignent
ensemble, à savoir l'eau épaissit, jusques
à un certain point, et le corps s'amollit
en même degré, car la partie
générative met sa vertu dans le subtil,
qui est air et par ainsi sont jointes.
7.
C'est ici la solution, congélation, division,
composition, et putréfaction, que les ph~es
ont tant cachés par des paroles diverses
et mettant derrière ce qui doit être devant,
et par divisions de plusieurs opérations
au lieu que toutes ces choses ne sont
qu'une même opération.
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(f34r) 34
8.
Après cette opération vient l'imbibition
de la moitié du poids de la matière par l'eau
d'icelle jusques au blanchissement, puis autre
imbibition est faite, puis le compost vient
à rubification, et ce sont les quatre
parties jà déclarées.
9.
Mais avant toutes choses il faut que le
corps soit dissous, afin que la chaleur
entre en sa profondité, pour par après le
résoudre et congeler avec la chose qui s'en
est approchée, et non avec d'autre, ainsi que le
blé n'est engendré que du seul blé.
10.
Donc toute chose engendre son semblable
nature s'approche à nature, et se joint à
icelle, et nature contient nature, et toute
chose étrange est rejetée de notre oeuvre.
11.
Le feu est le régime de tout, le feu
est divisé en trois parties, le 1er procède du
soleil, lequel coopère insensiblement à toute
génération comme premier agent de nature,
lequel est dans toute semence, et est
appelé feu naturel.
12.
Le second feu est celui qui partant
du centre de la terre, porte ses
vapeurs fumeuses et est appelé
innaturel, auquel est comparé celui de
l'art qui augmente le naturel.
13.
@
(f34v)
Le 3e. feu est celui qui est engendré du 1er.
c'est-à-dire des vapeurs des métaux et
pourrit le composé, comme nous avons entendu
du premier menstrual qui corrompt tellement
la matière et lui ôte la forme spécifique,
qu'enfin il le mène à génération à cause de quoi
le feu est appelé feu contre nature.
14.
Ainsi le feu naturel et le feu contre nature
ne sont que même chose, sinon que le feu
contre nature par plus grande débilitation
marche plus lentement en détruisant la forme
dans la matière, et le naturel comme plus
vigoureux marche plus promptement en
engendrant nouvelle forme ensuite de la
corruption.
15.
Le feu naturel est interne l'autre est
externe, le naturel se nourrit de l'autre,
l'un excite et réveille l'autre, et l'un sans
l'autre ne pourrait jamais corrompre la
matière.
16.
Mais par action mutuelle de ces deux
feux le corps vient à parfaite solution
moyennant notre four secret.
17.
Les degrés du feu sont chaleur de fièvre
ou de fumier, 1er de bain, 2. de cendres, 3e. de
charbon ou de flammes, 4e. et par ces degrés
se font les digestions successives, desquelles
Flamel décrit amplement.
@
(f35r) 35
18.
La première digestion est la solution du corps,
laquelle se fait en la conjonction du mâle
et de la femelle, d'où vient putréfaction
en eau homogénée par le feu débile.
19.
La seconde est la séparation des eaux ou les
éléments se tirent du cahos, comme disent
les ph~es, et la 3e. vient comme une eau
qui est appelée lait de rosée; en la 4e. sont
tous les éléments fixés.
20.
Mais surtout garde que l'extrinsèque ne
détruise l'intrinsèque ou qu'il lui manque
de garantie; conserve l'air et le feu ensemble
par digestion et les garde de combustion,
donc l'azot et le feu te suffisent.
21.
Cet azot ou composition est argent vif
non pas le cru vulgal, mais celui qui est
tiré des corps dissous par l'argent vif,
d'autant qu'il est plus cuit que le vulgal,
car le corps est fait eau mercurielle de
laquelle on voit sortir ledit azot comme
esprit animé mais notez que
22.
C'est à savoir d'eau métallique ou mercure
sublimé du levain blanc ou rouge, et du 2e.
soufre desquels vous trouverez les poids
dans Lullius, car ainsi comme mercure prend
couleur, il la communique aux autres.
23.
Il se tire aussi de la pierre trois humeurs
en les dissolvant et congelant l'une après
l'autre, savoir l'eau, l'air, et la radicale, cette
humeur radicale n'est que feu et ne veut
@
(f35v)
pas quitter sa cendre, sinon par un feu doux
de nature, et non pas comme l'humeur radicale
du verre qui ne cède qu'à un feu violent.
24.
La pierre est aussi faite d'une seule chose,
laquelle contient les deux, les 3. et les quatre
éléments y sont les trois principes et les deux
matières, à savoir soufre et mercure, non pas
les vulgaires en leur nature, mais les corps
réduits en mercure.
25.
Car les corps d'autant qu'ils ne sont
pas entièrement parfaits, mais simplement
par nature, ils nous sont inutiles sans
ingénieuse mondification et séparation des
impuretés, en dissolvant peu à peu dans le fient
de ph~ie, la lie et immondice des éléments,
en sorte que la pierre demeure sans ordure.
26.
Sépare donc la terre du feu et le subtil
de l'épais doucement, car après l'exaltation
il convient incérer cette pierre avec l'huile
qui est sortie d'icelle en la première opération,
laquelle huile est appelée l'eau de la
pierre.
27.
Cet art est si noble qu'il ne doit jamais être
révélé que par figures et exemples comme qui
dirait prends du sel et le broie avec ses eaux
le pourrissant en d'autres eaux, broyez
et par divers broiements le froisser fort
avec sels et le brûler plusieurs fois afin
qu'il vienne une terre pure et nette des
autres éléments.
@
(f36r) 36
28.
Item prends une partie du corps, et sept ou
neuf, voire jusques à dix de l'esprit que
tu mettras dans le vaisseau au fourneau et
noircit, blanchit, et rougit, tant qu'il coule
sur le fer rouge sans fumer alors
sera parfaite.
29.
Après prends trois parts de levain rouge
et deux parts d'eau et d'air que tu digéreras
par degrés dans notre four et tu auras une pierre
cristalline rouge comme sang.
30.
Prends une partie de ce cristal et le met
dans un creuset et l'incère goutte à goutte
de son huile tant qu'il se fonde et qu'il
coule sans fumer, et c'est fait car c'est
un élixir très puissant que tu peux
encore multiplier, et il s'en fait de même
à l'oeuvre au blanc.
31.
Or en ces mots suivants est encore toute
l'oeuvre outre que je te l'ai déjà dit plusieurs
fois, donc pour commencer l'oeuvre, extrais
par l'esprit cru l'esprit digeste du corps
dissout, afin que tu aies une cendre fixe,
que tu dissoudras en plus outre et trouveras
en icelle une huile gommeuse de pierre
incombustible, qui est nommée âme,
laquelle vivifie, conjoint, et rend les
natures unies, car tu disjoindras
les natures en l'esprit et les rassembleras
en l'huile et en ces mots tout est
compris.
@
(f36v)
32.
Quant au fourneau, il se peut faire en plusieurs
façons, et même vous pouvez changer celui
que je vous ai laissé, et le faire en cette
sorte, faites-le donc tant seulement au
b, c, d, e, f, l, m, n, o, et ôterez
a, g, h, j, k.
33.
Et au lieu de a. faire un fenêtrage
semblable à celui de j. et encore de g.
et de h. s'il est nécessaire, mais surtout
ils seront justement étoupés.
34.
Sur lesquels sera fixement posé un
vaisseau pareil à f. et ce qui gît en icelui
afin que la chaleur vaporeuse du premier
four entre dans ladite f. tant qu'il sera
nécessaire et circule autour de e. et le
fourneau servira aux plus douces
digestions.
35.
Mais il faudra que f. soit renforcée
par-dehors à cause de l'air qui battra contre,
et pour la première f. gisante au-dessous
dans le fourneau elle sera échauffée
immédiatement de la chaleur dudit
fourneau dont les registres seront au
côté faite en tapons et en liettes.
36.
Et à deux ou trois doigts au-dessous
d'icelle f. il faut mettre un petit astrier
en forme ronde qui ne touche pas
aux extrémités dudit fourneau tant
pour laisser passer la chaleur par les
@
(f37r) 37
côtés que n'empêchera pas le charbon
de tomber au foyer par les quatre
cheminées de haut.
37.
Cet astrier sera pour rabattre la force
du feu afin qu'il ne donne trop en la
partie basse de f. et faut que lesdites
cheminées par où vous mettrez les
charbons soient justement bouchées.
38.
Mon fils la matière est l'or,
et tout ce que nous cherchons est
caché en son ventre, et la substance
du menstrue est communiquée et convertie
en celle du métal par digestion
proportionnée à la qualité d'icelui,
tout ainsi comme les substances de
viandes sont converties par la
digestion naturelle en la substance
du corps de l'homme.
Fin
@
(f37v)
a tapon du haut
b tapon du globe
c tapon de la fenêtre de 4 pouces
d tapon de la fenêtre à verre
e vaisseau de bois dans lequel est le matras
f le globe de terre
g fenêtre où sont les liettes
h 1er astrier
j autre fenêtre de dessus le four
k second astrier p. cheminée par où l'on
l le foyer met le charbon
m porte du foyer
n cendrier
o porte du cendrier
@
(f38r) 38
@
(f38v)
@
(f39r) 39
Extrait de la théorie
dernière du même auteur
qui commence par ces mots
Mon très cher et naturel
fils Bien aimé
livre Cinquième
Chapitre 1r:
L'art est entièrement compris dans
tous mes autres livres, mais avec plusieurs
visages dont cette présente théorie
te gardera.
2.
J'ai tout dit aux autres, mais non
successivement mais suivant raison ***** et
connaissance, à quoi servira la lecture
de Remond, Lulle, et particulièrement de
son Codicille et Testament.
3.
Le labeur te conduira pourvu que tu
considères quelle chose tu quères et pour
quelle fin, et par quelle voie et je
t'enseignerai ici les plus principaux
points qui auraient pu être omis ou
obscurcis en mes précédents traités.
4.
La science naturelle est la connaissance de
toute la nature tant supérieure
qu'inférieure, par laquelle on apprend
@
(f39v)
à conjoindre les choses selon leur propre
genre et espèce pour procréer des choses de
leur nature.
5.
Elle est divisée en plusieurs parties dont la 1ère.
est la connaissance astrale et conjonction des
éléments supérieurs et inférieurs, dont je ne parle
point, mais de la seconde.
6.
Laquelle a mêmes principes et objets que la 1ère.,
quoique en partie elle soit restreinte à quelque
corps naturel, au lieu que la première est libre
et non affectée à autre intention qu'a celle de
l'ouvrier.
7.
La troisième est la connaissance des
vertus occultes des végétaux et animaux
qui dépend et dérive de la seconde, et par elle
peut être sue de tout artiste.
8.
La seconde science enseigne la pierre en
toutes circonstances, laquelle encore
qu'elle soit partout, elle n'est pourtant
pas nulle part, si parfaitement comme elle
est en l'or, car en l'or seul est enclose
toute la puissance de la nature, et est
appelé feu ou soufre.
9.
C'est une vertu astrale, qui après plusieurs
circulations dans la terre s'est condensée
et épaissie par double vertu, avec
l'humidité de l'air, qui s'est joint avec lui,
la composition de ces trois, à savoir la terre,
subtile avec eau et feu sert de nourriture
et accroissement à toutes les plantes et à
toutes choses.
@
(f40r) 40
10.
Ce feu fait monter les deux autres
pour suivre son compagnon, qui est
déjà dans la plante, et aussitôt que
ladite terre aqueuse entre par les
bouts des racines, elle commence à
prendre nature des trois.
11.
Car le plus gros de la terre est ainsi
porté par l'eau et demeure au tronc et
aux branches, le plus subtil va en
feuilles, et lorsque l'eau n'a plus de
force de monter porte une vapeur subtile,
qui se fait fleur.
12.
Laquelle vapeur s'épaississant se fait fruit,
au centre duquel se fait petits grains
dans lesquels l'âme est imaginée
par la vertu du feu, ainsi comme dans
le ***** l'arbre, laquelle vient en acte
et vertu d'âme le fruit se mûrissant
et ainsi l'espèce est continuée par la
semence, à cet exemple l'or doit
avoir une semence imaginée, par laquelle
il peut être multiplié et fait médecine
sur les corps imparfaits.
13.
Donc l'art et la nature n'ont pouvoir
que sur la matière seconde où est
la semence, ainsi nature nous donne
la première matière, et nous lui donnons
la seconde, car elle m'a donné mon
corps, et je lui donne ma semence
@
(f40v)
sans laquelle elle ne pourrait pas
produire semblable à moi, et encore serait
inutile sans celle de la femme.
14.
Mais aux métaux et végétaux les deux
semences sont contenues hermaphroditement
en chaque corps, quoi qu'en l'or si solidement
lié que nous ne le pouvons dégager sans une
humidité externe, qui fait l'office de
femelle.
15.
L'or donc suffit pour soi multiplier, sans
que rien y entre que ce qui est en lui,
comme les plantes qui n'ont besoin d'autre
femelle que d'une terre propre où elles sont
plantées.
16.
La pierre proprement n'est autre chose qu'une
quintessence très pure, dégagée et
extraite de sa terre impure qui la tenait
comme emprisonnée en son intérieur.
17.
Cette quintessence abonde plus en l'or
qu'en aucune autre chose, à cause de sa
longue décoction et parfaite union
des quatre qualités, et de la concordance
et sympathie que l'or a avec le soleil.
18.
Donc l'or vulgaire que tu vois est
mort et n'est que terre, dans laquelle
pourtant est caché l'or des ph~es
qui est ladite quintessence, qui est
l'âme et la vie dudit or.
@
(f41r) 41
19.
Dans la pomme est contenu le pépin,
qui contient la semence végétale: ainsi
l'or est la matière d'où se tire la
matière des ph~es, car c'est la terre
dont se tire la terre en laquelle est
semé l'or des ph~es, c'est-à-dire cette
spiritualité susdite.
20.
Laquelle semence se doit tirer de l'or,
sans y mêler rien d'étrange, quoi que
nous ayons pu dire autrement, car
les corps ne se mêlent pas parfaitement,
mais les esprits ont ingrés ensemble
et te suffit.
21.
Encore qu'en l'or soient contenus le mâle
et la femelle, néanmoins autre esprit
fait l'entrée et ouvre la porte du souverain
ciel, lequel peut être trouvé en tout
corps élémenté, et s'appelle upupa, oiseau
méridional plus reluisant que le fin or.
22.
Et pourtant fait son nid dans les
retraits, ainsi comme dans l'or il est
contenu et par ainsi il est dit vil
et précieux, il est appelé oiseau
de paradis, parce qu'il réside
au plus haut régime, et fait
son nid en terre basse.
@
(f41v)
23.
Il est vil, à savoir en sa corruption,
mais il est noble en sa génération. Car
jamais corruption n'arrive, que plus noble
génération ne suive; par ce progrès la nature
améliore toujours les choses jusques à un
certain point.
24.
L'artiste doit imiter nature en ce qu'employant
les mêmes choses qu'elle fait,
la nature améliore toujours avec chose
semblable.
25.
Ainsi pour amender la nature d'un
pommier pour en avoir meilleures pommes,
il faudrait enter les fruits mêmes du
pommier et non d'autres arbres et ce sur
un pommier et non sur autre arbre, etc.
26.
Même quand les monstres naissent
par commixtion de natures diverses, c'est
toujours dans les mêmes genres, comme
d'animal à animal, de végétal à végétal
et non d'animal à végétal, etc.
27.
Et ce en natures les plus approchantes
entre elles dans ledit genre, comme le
poirier est enté sur le pommier et non
sur chêne et autre arbre de nature
contraire.
28.
De plus l'on ne peut jamais améliorer
le meilleur par le pire, le parfait par
l'imparfait, encore qu'ils soient sous un
même genre.
@
(f42r) 42
29.
On ne peut donc améliorer l'or et
l'argent ni par les végétables, ni par
l'animal, d'autant qu'ils ne sont point
de même genre, ni par les autres métaux,
d'autant qu'ils sont plus imparfaits.
30.
On les améliore donc seulement en les
subtiliant et purifiant par l'aide de la plus
simple matière, qui soit en nature pour ne
les infecter point par l'alliance de
chose étrangère, qui se pourrait mêler avec
notre matière, au lieu de la purifier.
31.
Car chaque chose demeure en son règne sans
passer en l'autre, chacune se multipliant
selon son espèce.
32.
La nature est fort simple et n'opère
point diversement, mais avec mêmes
vaisseaux, et matières en toutes opérations,
et le haut est comme le bas, et le bas
comme le haut.
33.
Car ce qui naît en l'air, sur terre
et sous icelle vient d'une seule et même
matière et par même régime de nature.
34.
Mais toujours en même règne
et non en divers, car le soufre animal,
ne peut coaguler le mercure végétal,
ni le soufre végétal coaguler le
mercure animal, ni l'un ni l'autre
coaguler, ni être coagulé par le soufre
ou mercure minéral.
@
(f42v)
35.
Ainsi l'animal demeure au règne d'animal,
le végétable au règne végétable, et le minéral
au minéral, et pour néant chercherait-on la
matière de notre pierre minérale, aux
végétaux et animaux.
36.
Il est vrai que la substance végétable
se fait animal par conversion d'une nature
en l'autre selon la digestion du convertible,
mais le minéral demeure toujours en sa
nature métallique et n'est jamais converti
aux autres règnes, ou eux en lui.
37.
Le métal néanmoins peut aller ès deux
autres règnes par médecine du parfait
élixir, ou pierre parfaite les pénétrant
et réparant leur nature par voie de
médecine sans se convertir en eux.
38.
Quand donc la pierre minérale est
appelée végétable et animale, ce n'est pas
qu'elle perde sa nature minérale, ou qu'elle
acquiert les deux autres par conversion:
mais à cause des vertus et forces qu'elle
acquiert successivement par les régimes
sur les règnes.
39.
Elle est nommée végétable 1er. à cause
qu'elle descend de la nature universelle
et végétable, laquelle cause en elle
végétation, et vie nouvelle, 2. parce qu'elle
a ingrès dans les végétables et répare leur
@
(f43r) 43
nature, comme dit Lullius en la vertu de
ses médecines et ce par voie de médecine.
40.
Elle est nommée animale, 1° parce qu'elle
est composée comme les animaux de
corps d'âme et d'esprit, 2° parce qu'elle leur
sert aussi d'antidote et médecine, prolonge
la vie des hommes et rétablit leur jeunesse.
41.
Encore donc qu'en sa substance elle ne
soit primordialement que minérale,
néanmoins par degrés successifs, elle
parvient à ses perfections susdites,
et notamment par deux pourrissements
donc l'un amène la végétation, et l'autre
amène l'animation.
42.
C'est pourquoi on dit que l'oeuvre
se fait en deux nuits et en trois jours,
c'est-à-dire en trois règnes, ou ayant
la vertu des trois règnes.
43.
Ces deux perfections sont les solutions
tant recommandées en l'oeuvre, qui
sont douces et philosophiques, au lieu que
toutes les autres sont rurales et
violentes.
44.
De plus notre pierre emporte les
noms des trois règnes et des trois pierres,
à raison des trois soufres des dits
trois règnes desquels elle acquiert
les qualités par degrés successifs.
45.
@
(f43v)
Car par le degré minéral vient le degré du
soufre métallique dont elle prend le nom
de pierre minérale, par le degré végétal vient
la coagulation et odeur du soufre végétal,
dont elle est nommée végétable, et par le
degré animal vient la perfection et couleur
du soufre animal, ou rougeur de sang,
dont elle est nommée animale.
46.
Elle acquiert donc par les degrés puissance
et vertu sur les 3. règnes: 1. sur les métaux
pour les dépouiller de leurs impuretés et
ordures, rendant le caché manifeste,
et perfectionnant manifestement, ce qui a
perfection occultement le tirant hors du
bourbier et saleté de la terre.
47.
Sur les végétables pour les réparer
et rétablir en eux l'humeur vivifiante
perdue et consommée par la débilitation et
courte durée d'iceux végétables.
48.
Sur les animaux pour séparer le pur
d'avec l'impur, qui cause la corruption
en nos corps et diminue l'humide radical
et la chaleur naturelle et par ainsi ramène
la santé et rétablit la jeunesse, et mieux
dispose le corps en bonne proportion
de ses éléments.
49.
Par ainsi tant ès végétaux qu'ès
animaux l'extérieur qui pourrait être
débilité, reprend sa première verdure,
@
(f44r) 44
à raison qu'elle est dépouillée par cette
médecine des incommodités accidentelles
qui lui étaient provenues, à cause des
humeurs superflues et corrompantes,
et à cause des suites altérantes d'une nature
débile et languissante.
50.
C'est pourquoi les sages médecins défendent
l'or d'alchimie aux médicaments, d'autant
qu'il n'est pas dépouillé de son feu
contre nature, et n'a pas acquis les
susdites perfections, par ces deux putréfactions,
lesquelles seules séparent parfaitement les
choses.
51.
Rien n'est engendré d'une matière seule,
parce qu'une seule matière n'a point de
mouvement ni ne peut agir sur soi-même
ou sur une autre comme elle, et partant
il en faut avoir deux diverses qui sont
comme mâle et femelle.
52.
Ce qu'on ajoute à notre matière est
appelé menstrual, pour ce que la matière
se corrompt en lui, et de cette corruption
sort un autre menstrual plus prochain et
voisin à la nature métallique que le premier
qui est descendu du genre très général.
53.
De ce second menstrual naît l'enfant des
ph~es par la semence du 1er. mâle, lequel
attire et convertit toute la vertu d'icelui
menstrual en sa substance première.
54.
Toutes les choses du monde sont composées
@
(f44v)
de quatre qui sont calidités, siccités, frigidités
et humidités, c'est-à-dire feu, eau, air, et terre.
55.
Calidités et frigidités sont les deux principes
de nature, lesquels agissant l'un sur l'autre,
forment l'eau et l'air par conversion moyenne
entre eux.
56.
Le feu est chaud et sec, l'air chaud et humide,
l'eau froide et humide, et la terre froide et
sèche, la calidité est moyenne entre le
feu et l'air, et l'humidité entre l'air et l'eau,
la frigidité entre l'eau et la terre.
57.
Par ces moyens les conversions desdits
éléments sont graduelles et facilitées, à
savoir le feu se fait air, et l'air se fait
eau, et l'eau se fait terre.
58.
Par les mêmes degrés le feu descend
et s'allie dans l'air, et l'air dans l'eau,
et l'eau dans la terre, et le feu y est
porté par ces moyens jusques au centre
qui est le point où tout s'aboutit.
59.
Le centre rempli de feu qui vient de toutes
parts regorge ses flammes vers la
superficie de la terre, mais en forme
vaporeuse, au lieu qu'en descendant et
entrant audit centre, il avait la forme
d'eau suivant les degrés susdits et
monte par d'autres lieux et passages
pour n'empêcher la circulation naturelle.
60.
Celle nettoie, échauffe et purifie les lieux
par où elle passe, jusques à tant qu'elle
@
(f45r) 45
arrive en un lieu grandement purifié
par les autres vapeurs précédentes et auquel
soit une terre fort subtile, chaude et
humide comme graisse.
61.
Alors la vapeur se joint à cette graisse
et les deux substances se corrompent
ensemble et se fait une onctuosité clereuse,
laquelle par ainsi sortant du genre très
général, entre dans le règne minéral,
et est nommée d'aucuns caleadus ou
lézard vert.
62.
Puis cette matière descend et se convertit
en mercure métallique coulant, lequel
contient de son propre soufre d'or ou
d'argent, ou d'autres métaux selon la
pureté ou impureté de la terre dont ladite
matière est formée.
63.
Ce mercure en fin de temps par une
décoction parfaite est converti en
métal selon sa destination, en sorte
que tout métal n'est autre chose qu'une
substance à savoir de vapeur et de
graisse.
64.
Cette graisse donc est descendue de
vapeur et n'est autre chose que vapeur
pareille à celle qui est jointe avec elle,
et diffère seulement en ce qu'elle est faite
graisse en terre, et par la terre avant sa
conjonction avec la vapeur survenante
qui se convertit avec icelle en substance
onctueuse métallique dans les terres métalliques.
@
(f45v)
65.
Néanmoins les deux substances ensemblement
sont requises pour l'engendrement des métaux et
l'une sans l'autre ne le peut faire, de sorte que si
elles ne se fussent rencontrées et liées comme dit est
jamais ne se fut fait métal.
66.
Cette double matière doit être décuite
pour la généralité des métaux à l'abri des
vents et des pluies, d'autant que ces choses
empêchent grandement l'action du feu qui fait la
digestion.
67.
Partant les lieux propres à cela sont les
voûtes des montagnes aiguës qui renferment
les vapeurs sans qu'elles puissent s'échapper
et font couler les eaux en bas sans s'arrêter
longtemps sur icelles.
68.
Car aux lieux à plaines comme sont les campagnes
les minières ne se trouvent point d'autant
que les eaux et les pluies y faisant long séjour
entrent enfin dans la terre et remportent
les dites vapeurs dans la terre et
laissent ainsi la superficie de la terre
destituée des dites vapeurs et par
conséquent incapable d'engendrer les métaux.
69.
Mais toujours le soleil père comme
première cause des choses restaure les vertus
débilitées en attirant les dites vapeurs
derechef pour produire les herbes,
arbres, blés, et autres choses semblables,
car tout vient desdites vapeurs et rien
ne s'engendre au monde autrement.
70.
@
(f46r) 46
Le feu peut être considéré en trois façons, premièrement
comme il est enclos dans la matière, ainsi comme
en toutes sortes de semences, et est engendré du
soleil, en cette matière on l'appelle feu naturel
ou feu de nature; et se trouve au centre de
chaque chose.
71.
Secondement comme il procède du centre de la terre
excitant et provoquant le feu naturel à
multiplier les vertus plus puissamment, et en
cette façon on l'appelle feu souterrain.
72.
Tiercement comme il est et agit en putréfaction
des choses, comme en celle de plusieurs herbes
ramassées qui par la vertu de l'air s'échauffent
ensemble et s'excitent l'une l'autre à agir,
et quand la chaleur est arrivée jusques à pouvoir
cuire des oeufs, elles se corrompent par
l'aide de l'humidité et se putréfient ensemble
en cette manière, l'on l'appelle feu de putréfaction.
73.
Ainsi notre composition doit avoir son
feu qui sera élevé peu à peu et sans
destruction par l'industrie de l'artiste: et ce
feu prendra noise à celui du menstrual
et ces deux feux agissant entre eux mèneront
la matière à corruption.
74.
Car le feu du menstrual étant provoqué
par l'artiste, piquera doucement celui de
la matière, et entre eux se fera long combat
dont l'issue sera glorieuse, si celui de la
matière surmonte celui du menstrual,
ce qui arrivera infailliblement s'il n'est
trop vivement mené.
75.
Selon tous les ph~es, il se trouve une
pierre très noble ayant double vertu; 1. de
séparer les choses impures d'avec les pures,
@
(f46v)
2. de convertir les impures aux pures.
76.
Laquelle pierre en parfait élixir a plus
particulièrement puissance et domination sur les
métaux que sur tout autre corps, car sur les
métaux elle exerce les deux vertus, et sur les
autres elle n'exerce que la première.
77.
D'où s'ensuit que l'origine de ladite pierre
ne peut être d'autre chose que des métaux,
car cette conversion en métaux ne se peut
faire que par le soufre métallique.
78.
Car chacun soufre n'a pouvoir de
coaguler, que son propre mercure; par exemple
c'est chose impossible de joindre le bois à
l'homme, et l'homme au bois.
79.
De plus cette noble vertu séparative ne réside
pas dans le corps immédiatement, mais dans
l'esprit qui est bien plus noble que le corps,
et partant quoique le corps de l'homme soit le
plus noble corps, il ne faut pas pour cela
y chercher cette noble vertu, mais dans un
corps métallique qui contient le plus noble
esprit.
80.
Cette vertu est invisible et ne peut paraître
à nos yeux que par le moyen de son corps
tant subtil, et petit soit-il, dont nous le
pourrons savoir séparer, pour l'employer à la seule
séparation des choses impures d'avec les pures.
81.
Ce corps subtil qui le porte sera toujours ferment
pour attirer peu à peu toutes choses à sa nature
de sorte que cette vertu séparative n'est pas
@
(f47r) 47
seule dans le parfait élixir, mais accompagnée
toujours de vertu fixative, comme l'expérience
le montre, puisqu'en la projection d'icelui le
vif-argent est fait or.
82.
Or cette vertu fixative ne peut provenir
que du soufre terrestre de l'or, lequel
multiplie son argent vif en notre magistère,
et a la vertu de pénétrer au profond des
métaux imparfaits pour leur donner perfection,
ainsi comme le levain, jusques au terme que
nature l'a accompli et selon les degrés de
digestions.
83.
Il faut chercher cette noble pierre dans les
métaux, et non ailleurs, et dans le plus noble
corps métallique qui est l'or, dont il l'a
faut extraire par corruption dudit or, et par
une génération manuelle en une plus pure
forme et substance que n'était la première.
84.
Cela n'est pas impossible, car l'or est créé de deux
substances contraires, et les contient en son
secret ensemblement, à savoir la fixe et la volatile
qui ont diverses propriétés, et contraires qualités,
et partant se peuvent corrompre l'une l'autre.
85.
A cause de cette corruption et génération l'or
est appelé phoenix ayant pouvoir de ressusciter
et de reprendre une seconde naissance de ses
propres cendres.
86.
Or la voie de nature pour purifier ce noble
métal n'est autre que la putréfaction et dépuration
par laquelle les substances hétérogènes sont
@
(f47v)
séparées.
87.
Et pour parvenir à cette putréfaction il ne faut
pas ajouter autre métal ni poudre hétérogène,
mais quelque chose fort approchant et voisine
de sa nature.
88.
Or pour connaître l'intérieur de chaque il y a
deux sortes de solutions, une violente et l'autre
naturelle; la violente corrompt la forme spécifique
dans la matière, mais la naturelle conserve ladite
forme.
89.
L'une et l'autre purifient et séparent les superfluités
terrestres du composé, de sorte qu'il ne reste que
les choses qui portent les vertus desquelles les sages
pharmaciens font des cures admirables.
90.
Ainsi par l'une et l'autre corruption vous parviendrez
au centre ou substance virtuelle et active des
métaux, comme de tout autre composé.
91.
L'origine d'où toutes choses au commencement sont
venues, n'est autre chose qu'une rosée perpétuelle qui
coule du ciel en terre, laquelle engendre aux
entrailles d'icelle les métaux et minéraux et en la
superficie et hors d'icelle les végétaux et animaux
de toutes espèces, entre lesquelles le plus excellent
est l'homme.
92.
Donc qu'en cette rosée ou matière universelle consiste
la puissance universelle des choses, et tout le secret
de l'art consiste à la connaître.
93.
Car au moyen d'icelle un homme d'esprit subtil
pourra faire des choses miraculeuses en nature
même jusques à commander à la nature et aux
éléments.
94.
@
(f48r) 48
C'est ce qu'enseignait la Caballe Judaïque et à quoi
les juifs ont voulu attribuer les miracles de notre
seigneur, pour n'avouer sa Divinité.
95.
En punition de quoi ils ont perdu ladite science
laquelle est tombée entre les mains des chrétiens
pour le service de notre Seigneur auquel il faut
conformer sa volonté et ses moeurs pour y
parvenir.
96.
Pratique
Premièrement il faut purger l'or, puis le
dissoudre et le réduire en poudre fort impalpable,
puis d'icelui tirer un esprit volatil blanc comme
neige et un autre rouge comme sang, lesquels
deux esprits engendreront un tiers dans une
chaleur humidement continuée.
97.
Mais notre magistère consiste généralement
en deux opérations principales à savoir dissolution
et congélation, la solution contient deux particuliers
à savoir solution simple, et ablution, la congélation
contient deux autres, à savoir conjonction et
fixation.
98.
En la solution les parties sont divisées et toute
la matière dûment noire, en l'ablution les mêmes
parties sont assemblées et blanchies: en la
conjonction paraît derechef la noirceur, en la
fixation tous les éléments sont fixés
ensemble et rendus inséparables.
99.
Ces quatre opérations sont encore subdivisées
en douze degrés 1. calcination, 2. solution, 3.
séparation. 4. conjonction, 5. putréfaction, 6.
congélation, 7. cibation, 8. sublimation, 9.
fermentation, 10. ressuscitation, 11. multiplication,
12. projection.
@
(f48v)
100.
La calcination s'entend du corps, les anciens l'ont
figurée par un dragon endormi dans le feu, et
gardé par un vieillard, le dragon signifie la vertu
du soufre, contenu dans l'antique demeure de Demogorgon,
c'est-à-dire la terre laquelle vertu endormie
est réveillée par notre mars, nommé par
aucuns aimant, et ce n'est autre chose que
la première matière simple ou air qui sépare
la terre d'icelles matières qui sont soleil et
lune.
101.
En la solution une bête féroce dévore notre
soleil en la présence de notre aimant, lequel fait
voir sept belles fleurs, mais le feu se résout
par sueur et mercure prend naissance.
102.
En la séparation, icelui mercure est séparé des parties
féminines, qui sont celles du corps et celles de
l'esprit, c'est-à-dire des deux aimants.
103.
En la conjonction l'eau étant mise à part
le vieillard susdit conjoint l'homme à la femme,
où par douces rosées maintes couleurs paraissent.
104.
En la putréfaction qui est le cinquième
degré, la noirceur paraît, puis la congélation
au sixième degré arrive, puis au septième
qui est la cibation, l'enfant est par trois fois
nourri de lait convenable.
105.
En la sublimation qui est le 8e. degré, l'or et
l'argent sont exaltés, mais au degré de
fermentation la semence est jetée en terre, puis
au 10e. degré le soleil et la lune que Saturne
avait occis ressuscitent et acquièrent grande
splendeur.
106.
@
(f49r) 49
Les deux autres degrés qui sont multiplication
et projection, ont été déclarés par ci-devant.
107.
Quant aux degrés de la chaleur vous les devez
concevoir par la température de l'air depuis
Aries jusques à Cancer, de là jusques à Libra,
de là jusques à Capricornus.
108.
Mais notez que les sept fleurs qui sont
en l'oeuvre, sont sept imbibitions, desquelles
Flamel fait ample mention, lesquelles sept
imbibitions sont réitérées par deux fois
et te suffise de ce que nous avons déclaré,
car jamais personne ne parla plus clairement
encore que je n'aie pas tout déclaré
successivement, mais toutes les opérations
sont assez au long dans Lullius.
109.
Je vous laisse trois sortes de fourneaux
à savoir celui de lampe, de fumier, qui
sont dans mes autres petits manuscrits,
et celui de charbon dont il y en a
trois différents, à savoir la vapeur
de l'eau simplement échauffée, 1. l'air
tempéré par un globe de bois fermant
justement, auquel je mets plus de
confiance qu'en nul autre, 2. et celui
de lampe, 3. jaçoit que tout n'est qu'un,
pourvu que vous sachiez donner le
feu mesuré et fuir hâtiveté, car cela
a perdu plusieurs artistes.
Vers de l'auteur
susdit
@
(f49v)
Si tu veux savoir la manière,
de faire pierre et minière,
dans Lullius te convient voir,
c'est lui qui me l'a fait savoir,
et après la droite facture,
du même or, qu'engendre nature;
mais pour la pierre il convient,
avoir la liqueur qui en vient,
c'est à savoir une semence;
de force et de vertu immense,
dont l'or et sa femme produite,
à perfection sont conduites,
mais premier tu le dissoudras,
et en pièces le mettras,
ainsi que nature et science,
enseigne aux gens de consciences,
en ces principes réduisant,
ce noble métal et pesant,
ainsi que l'on fait par sections
des corps humains dissections
pour voir les secrètes parties
de ses qualités départies,
car une semence en ce lieu,
est commencement et milieu,
et fin de cette oeuvre admirable,
aux savants tant moult désirable,
c'est aussi comme on écrit,
un sel, une âme, et un esprit,
lesquels étant unis ensemble,
ne font qu'un baume ce me semble,
et puis à ce baume parfait,
mercure est baillé en effet,
puis vient d'eux une huile saillir
incombustible sans faillir,
qui est occasion de plus,
@
(f50r) 50
que Mercure on ne connaît plus,
et sans elle a dévoré
la queue du dragon envenimé,
puis Mars en guerre par raison,
fait mettre Mercure en prison,
par les chevaux légers du camp,
et les baille en garde à Vulcan;
alors les couleurs paraissant,
vont l'une après l'autre naissant,
plomb, étain, puis Mars comme foudre,
rend les os de Mercure en poudre,
puis la lune d'un habit gris,
argenté des eaux qu'elle a pris,
avec larmes en tout deuil
pleure son mari le soleil,
et priant pour sa délivrance,
les importune en toute outrance,
néanmoins Vulcan le geôlier,
continue son feu journalier,
jusques à tant que Vénus la belle,
arrive portant entour elle,
manteau rouge doublé de vert,
dont tout son beau corps est couvert,
tenant entre ses mains pendantes,
des fleurs moult odoriférantes,
après le ciel ouvert issant
sort un animal très puissant
avec plusieurs petits encore,
lesquels soudain Vulcan dévore,
aussi fait la belle Vénus,
qui pour lui priait comme sus,
et s'écria d'une voix haute,
femmes m'ont engendré sans faute,
et ma semence en toutes parts,
mais leurs âmes en moi s'unissant,
@
(f50v)
de leur sang je m'irai passant
puis lui et les ensemble,
qu'on dit à l'or fin ressemble,
en une chambre s'enferme
et sur lui la porte ferme,
mangeant bien davantage encore
qu'il n'avait fait encore
et but ainsi qu'il avait fait,
cette première huile en effet,
qu'aucuns ont nommée or potable
incombustible et délectable,
puis un vieillard transparent,
de cet animal son parent,
auquel finit toute la chose,
que tant au long ici j'expose,
par ce propos suivant et fin,
auquel maintenant je mets fin,
pour dire que si tu es sage
ici fera apprentissage,
du plus grand secret que jamais,
enseigne le sage Hermès.
Mon très cher et naturel
fils jaçoit que par ci-devant l'amour
paternel m'ait induit à te déclarer choses
moult haute et merveilleuse, desquelles
jamais homme n'avait tant clairement
parlé, mais chacun obscurcissant les choses
par similitudes figuratives, afin de
décevoir les indignes de ce noble art,
je te commande donc de garder ces
secrets sous silence autant chèrement comme
@
(f51r) 51
il appartient et ne les révéler à nul homme
vivant sur peine de damnation; ainsi
comme à nous a été enchargé par ceux de
qui nous la tenons, car par icelui arriveraient
de grands malheurs sur terre, garde-le
donc en ton coeur: car autrement je ne te
l'aurais pas enseigné, car quand par
mes mains propres tu aurais vu
mener tout l'oeuvre, tu n'en serais
pas plus savant, si ta conscience
était souillée parce que jamais tout
homme méchant n'en viendra à l'effet
quoi qu'il prît le droit chemin, car
Dieu les détourne et sont déboutés
par leurs vices, quoi qu'ils en eussent
fait l'expérience: c'est pourquoi les
juifs et arabes l'ont perdue comme
indignes, lesquels pourtant l'avaient
entre eux comme par tradition et
Caballe traditive laquelle fut donnée
par le Tout-Puissant à Moïse dans la
montagne de Sinaï et ainsi gardée de
père en fils sans écriture jusques à Esdras
et puis d'Esdras à David par certains
chefs et caractères parmi les sacrées
histoires des hébreux pour par icelle
être fait et construit le merveilleux
édifice du temple de Dieu; mais le roi
David se corrompant en ses moeurs
par le vice abominable de paillardise
fut destitué de cet art et privé de
voir la construction du temple, ce que
je t'enseigne ainsi comme il m'a été
enseigné par une copie certaine d'icelle
@
(f51v)
Caballe traditive judaïque, laquelle était
appelée magie qui vaut autant à dire que
science de ph~ie ou sagesse, de laquelle Hermès,
Pythagore, Hiarchas, Neuma, Pompilius et
plusieurs autres faisaient école à la jeunesse
et montraient tous les arts et toute la connaissance
de la nature et l'accord et convenance d'icelle
pour découvrir les choses occultes et cachées
aux hommes, en conjoignant les choses
inférieures aux supérieures par vrai mariage
et appliquant par nature les choses actives
aux passives, en sorte qu'il n'ait des choses
merveilleuses à voir et entendre et qui sont
réputées à miracles, ainsi comme faire naître
rosées et raisins en mars, ou bien faire
naître en un instant animaux et reptiles
sur la terre, item faire tonner, pleuvoir et
grêler, ce qu'ignorants ont cru que cette
magie vint de la part de Satan, et ont
changé le mot de magie en sorcellerie,
ce qui n'est pas, car les sorciers n'ont
point connaissance des choses divines;
les sages qui possédaient les sciences étaient
Hermès, Joseph, Ancanadal, Alugasal,
Ptolémée, Apollonius, Theberité, et plusieurs
autres lesquels seraient long à raconter,
mais par-dessus tous fut Salomon roi fils
de David, lequel était si savant qu'il
arguait depuis le plus haut cèdre du Liban
jusques à la plus petite plante d'hysope, et depuis
ont été plusieurs labourants en cet art,
et surtout je te recommande le bon Lullius,
principalement son Testament et Codicille
car jaçoit que je t'aie donné la science
tant bien écrite, pourtant ne t'ébahis
pas si en iceux écrits sont aucuns points
@
(f52r) 52
obscurs, car quiconque la mettrait trop
intelligible mériterait plus d'enfer qu'il
n'y a de brins d'herbes sur la terre à cause du
mal qui en pourrait arriver, si les écrits
tombaient par malheur entre les mains
de quelques méchants, c'est pourquoi Flamel
fut vingt ans premier que d'avoir l'explication
de ses tableaux quoi qu'il eût le livre
de la Caballe des juifs ou toute la
science était excepté le premier agent
qui n'était que par figure, lequel je te
donne clairement, conserve donc bien mes
écrits et pour le reste je te le recommande
le bon Lullius, jaçoit que je t'aie pourtant
tout dit mais non pas successivement
pour quelque raison; mais ton labeur
t'enseignera pourvu que tu ailles par
le droit sentier, considérant tout premier
ce que tu cherches et pour quelle fin et
par quelle voie et sois patient, et
ne m'étonne pas si aujourd'hui peu de
gens arrivent à cet art, vu l'impatience
et l'incrédulité des labourants, lesquels
voudraient qu'elle leur vînt et qu'elle se
fît sans main mettre, car il y en a
tels quand ils l'auraient toute au long,
voire plus claire que je ne te la donne,
ils ne voudraient pas mettre la main
à l'oeuvre.
Hélas, un pauvre étudiant est si
obligé à un bon livre, qui lui découvre
seulement un mot de ce précieux art,
@
(f52v)
et toi ignorant tu cuides y parvenir sans
peine ou par labeur d'autrui, que celui-là
serait bien maudit, lequel après la
consommation de son temps et de sa jeunesse
la mettrait aux mains d'un tel fainéant
et paresseux, car nulle affaire du monde
n'est à comparer à ce trésor; c'est
pourquoi je te commande de laisser
toutes autres choses et y vaquer toi-
même ou autrement ne pense plus à icelle,
ainsi donc mon cher enfant de bonne et
pareille affection que devant, je t'ai laissé
encore ce livre de la théorie dernière,
par lequel tu seras endoctriné par voie
de théorie des plus principaux points
qui auraient pu être omis dans mes
autres précédents traités, use-en donc
à la gloire de Dieu, afin que tu puisses
en acquérir le ciel, ou nous conduise
le Père, le Fils et le Saint Esprit. Amen
Fin
@
(f53r) 53