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Page

Réfer. : 2314 .
Auteur : Vallois, Noël Le.
Titre : Gravures d'en-tête.
S/titre : Des premiers Agents. Extrait et abrégé d'un manuscrit...

Editeur : Manuscrit 160 de la Bib-Municip. Rennes.
Date éd. : 1xxx .
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Particularités de ce document.


Afin de conserver au bénévole lecteur le charme du manuscrit, j'ai laissé
le texte dans sa forme originale, orthographe, ponctuation, excepté sur
quelques points.
Excepté ces derniers, le document est conforme à l'original, folio par
folio, ligne par ligne et caractère par caractère. Pour ce dernier point,
le lecteur voudra bien être indulgent, car malgré une double relecture de
tout le document, il est improbable de n'avoir pas oublié çà et là quelque
particularité orthographique.
Les numéros de folio sont repris du manuscrit lui-même, et sont portés
sous la forme :
(fxy)
f pour folio.
x numéro de folio.
y r pour recto.
v pour verso.
Cette identification est rajoutée, seul le numéro porté à droite de
chaque folio recto, est sur l'original.
Je dois aussi rappeler que les majuscules et les minuscules sont
distribuées dans le texte sans logique précise, quant à l'orthographe, elle
peut varier pour un mot sur la même ligne de texte.
D'autre part, l'habitude du scripteur d'aller vite, ou de lier les mots
entre eux pour ne pas lever la plume, font que les accentuations et les
apostrophes sont mises ou non sans raison apparente.

Points de modifications.

J'ai mis une majuscule à la première lettre de chaque paragraphe, ainsi
qu'un point à la fin.
Les mots qui sans raison apparente, avaient une majuscule dans le corps
du texte ont été mis en minuscule.
J'ai également mis une lettre majuscule sur la première lettre des noms
propres de personnes, ou de personnages (Lulle, Saturne, etc).
J'ai séparé les mots liés dans le texte afin de rendre la lecture plus
agréable, néanmoins les mots séparés dans le texte le sont restés, par
exemple "quoy que", ou encore "par ce que".
Dans la majorité des cas j'ai écrit les mots abrégés dans leur forme
complète, à l'exception notable de philosophie et de ses dérivés écrits
ph~es pour philosophes, ph~ique (pour philosophique) etc, reprenant ainsi
la forme abrégée du scripteur.
J'ai omis de reproduire quelques notes en latin, en marge du texte, qui
sont d'une écriture différente du manuscrit, postérieures à celui-ci, et
assez difficiles à déchiffrer. Cette écriture semble proche de celle des
notes sur le livre de Rochas, en fin du manuscrit.
Dans le cas où un doute subsiste sur le texte (graphie non déchiffrée),
j'ai mis cinq astérisques pour signaler l'endroit.

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15670



Note du traducteur.
Ce premier folio, recto et verso, est en fait
la première (et seule) page de garde, et n'est pas
numéroté.

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(f1r) 1

A

pict


Explicatio figurae

A: est remotus qui nullam speciem assumpsit
et dispositus ad omnia, id est potest Induere corpus
minerale vegetale et animale et ex quo omnia
facta sunt.

B. est aurum siue fixus qui uolatiles reddi
debet per remotum sine crudum aut uolatilem.

C. est argentum quod etiam habet suum fixum
et uolatile creditur per crudum siue remotum
et ex iis nascitur ph~orum

ergo facies fixum volatile et uolatile fixum.

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(f1v)

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(f2r) 2

B

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(f2v)

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(f3r) 3

C

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(f3v)

Ouvrage d'Alchimie.


L'art de trouver la pierre philosophale.

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(f4r) 4

cette figure doit être au 8 feuillet et
est expliquée au chapitre des 1er agents
folio 1°. verso
D


pict

@

(f4v)

@

(f5r) 5

Ici il y a un lion et un griffon qui veulent se
dévorer
E

@

(f5v)

@

(f6r) 6

Ici se trouve un Saturne ayant des ailes une
faux à la main une horloge sur la tête qui a
coupé la tête et les pieds à mercure qui avait
des ailes aux pieds et à la tête qui se voient séparés
de son corps qui est renversé
F

@

(f6v)

@

(f7r) 7

Ici se trouve une hydre à plusieurs têtes
et un homme qui coupant une de ces têtes,
il en renaît plusieurs autres
G

@

(f7v)

@

(f8r) 8

H

@

(f8v)

@

(f9r) 9

I

@

(f9v)

@

(f10r)

J

@

(f10v)


Note du traducteur.
La numérotation des folios reprend au numéro un
pour le premier texte. J'ai donc repris ma propre
numérotaion en conséquence. Le folio suivant est
donc le 11ème du manuscrit.

@

(f1r) 1

Des premiers
agents


Les premiers éléments .................... B
les vapeurs d'iceux qui se condensent en eau
pondéreuse ............................... E
vapeur ................................... C
mercure coulant ou eau ................... D
cahos, caleadus, etc ..................... a
mercure philosophique .................... f
soufre sec ............................... g
métaux ................................... H

Les premiers principes sont deux, à
savoir D et H desquels par sublimation
philosophique est engendré f. C'est-à-dire
que le mercure philosophique est disposition
moyenne ayant puissance de convertir l'eau
en vapeur, et tout se tourne aux premiers
éléments car iceux se réduisent en vapeur
ou eau pondéreuse, de laquelle on doit
extraire mercure, au lieu d'eau vive, et ledit
mercure est descendu dudit métal en
éléments premiers, est consigné par
transmutation de forme en soufre sec,
mais premier les dits éléments
premiers descendus en vapeur d'iceux
réitère le Caleadus blanc ou rouge;

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(f1v)

comme l'entier acheminement et la fin de tout
l'oeuvre en tant qu'il est considéré le ferment et
dernière intention de Nature.

2

Explication selon le sens commun et
vulgaire

Dieu est Eternel et tout puissant qui a engendré
son fils, desquels procède le Saint Esprit, un
seul Dieu en trinité, qui a fait le ciel et la terre
et tout ce qui y habite, il a aussi fait le soleil et
la lune et les étoiles, lesquels jettent leur
influence dans le ventre du vent, comme dans
le premier vaisseau de nature; c'est cette triple
semence laquelle se convertit en la substance
de toutes choses.

3.

C'est-à-dire à chaque règne séparément
sans qu'aucune puisse aller de l'un à l'autre,
mais multiplié en eux par leur propre
vertu leur semblable sans rétrogradation
d'iceux, que par la réduction en sa première
matière universelle, qui est le limbe et
cahos de la nature.

4.

Au nom de Dieu tout puissant mon
fils bien aimé sachez l'intention de
nature par les enseignements ci-après
déclarés.
Quant aux derniers jours de ma vie,
mon corps prêt d'abandonner mon âme,
ne faisait plus qu'attendre l'heure du

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(f2r) 2

dernier soupir, désir me prit de te
laisser comme en testament et dernière
volonté ces paroles, par lesquelles te
sera enseigné plusieurs belles choses
touchant la très digne transmutation
métallique, c'est-à-dire pierre des philosophes
tant vilipendée aujourd'hui du vulgaire
ignorant et tant cachée par les sages, qu'à
peine ceux qui sont même au vrai
chemin peuvent la croire, jusques à ce qu'ils
aient vu la vérité par expérience.
C'est pourquoi je t'ai fait étudier
en philosophie et t'ai fait enseigner les
principes de philosophie naturelle, afin de
te rendre plus capable de cette sainte
science, mais d'autant que je te laisse
en un âge ou la discrétion n'est pas
encore en toi, telle que je l'y aurais pu
imprimer si le bon Dieu m'avait davantage
laissé vivre.

5.

Je ne parle qu'avec peur et crainte que
j'ai que ton coeur, ainsi qu'aux Rois
de Juda, ne déroge des qualités et
conditions de ses pères, et qu'ainsi
que prévoyait Salomon père des sciences
et que les richesses ne corrompent le
naturel bénin, que ta naissance et
mon exemple avaient commencé d'imprimer
en ton coeur.

6.

@

(f2v)

Le plus souvent les enfants des pères
pervers sont enclins à bien, mais aussi
des anges peuvent enfanter des démons,
tant les inclinations des enfants diffèrent
de celles de leurs pères; or pour éviter ce
malheur qui troublerait le repos de mon
âme autant de fois que tu abuserais de ce
Divin secret pour l'employer à choses
mondaines et mauvaises, je veux que tu
saches comme le bon Dieu me le donna par mes
prières et bonnes intentions que j'avais d'en
bien user, et comme par elle je te laisse tous
les biens que je t'ai acquis entre les mains,
et de tes frères, lesquels biens périront
dès lors que les possesseurs d'iceux se
corrompront en leurs moeurs; Car c'est un
secret réservé du bon Dieu pour ses élus,
qui font ses divins commandements, lesquels
sont par lui choisis selon la pureté de leur
coeur, car il sait pénétrer les secrets de
nos consciences et prévoit les débordements
qu'apportent ordinairement les autorités
et richesses des hommes mondains, aussi
ne la donne-t-il pas qu'à ceux qui sont
dignes d'un si grand trésor.

7.

C'est à savoir aux humbles de coeur,
patients et charitables, ainsi ces vertus

@

(f3r) 3

te conduiront à ce haut secret pourvu que
tu saches les principes métalliques, et les
opérations de nature, car par icelle nature
tu seras illuminé pourvu que tu sois en
grâce: mais j'omettrai encore quelque chose
à dire qui sera la vérité de la pratique,
laquelle tu trouveras assez dans les livres
des anciens auteurs, pourvu que tu saches
découvrir leur intention, laquelle est
cachée sous une confusion de vaines
paroles; je te conduirai à cette connaissance
mieux qu'homme vivant saurait jamais
faire, quant à la théorie et connaissance
des premiers principes, qui sont les clefs
de la maison de nature, dans laquelle
tu dois travailler, mais quant à la
pratique ne t'arrête point à moi, que
tu n'aie recours aux dits auteurs,
lesquels disent choses bonnes et
mauvaises, et te faut savoir ranger
chaque chose selon sa valeur.

8.

Sache que tous parlent en deux
façons, dont l'une est vraie et l'autre
fausse; mais il faut laisser la pluralité
des noms et le son des paroles, car
nous n'avons besoin que d'une seule chose,
et d'un seul moyen d'opérer par une voie
simple et naturelle, car nature est simple
et n'opère que simplement, commençant
toutes choses par un premier principe, qui
est dit général, et finissant par l'espèce
qu'elle désire produire, et non pas qu'elle

@

(f3v)

usurpe de l'un à l'autre, parce qu'elle est
puissante de toute génération; voilà la première
clef de nature.

9

Je te veux donner un exemple, quand
premièrement je me laisse malheureusement
séduire aux méchants trompeurs alchimistes qui
par leur damnable pratique détruisent, et consument
les hommes de corps et de biens, nous étions
seulement trois voguant par le monde,
qui assujettis à toutes nouvelles opinions
avons reçu toutes les peines et incommodités
qui se peuvent dire, tantôt sous la domination
des grands et quelquefois esclaves des plus
petits, souffrions tous patiemment, pour
essayer de parvenir à quelque nouvelle
connaissance, mais après tant de matières
par nous éprouvées et tant de sophistications,
qui ne nous donnèrent enfin que le regret
de notre temps et de nos biens jusques à nous
voir par notre pauvreté le sujet de toute
moquerie, et comme désespérés nous nous
retirâmes de ces erreurs, et curieusement
épluchant entre nous les signes plus
démonstratifs des intentions des ph~es,
nous vîmes bien notre aveuglement,
et reconnûmes nos erreurs passées, qui nous
causèrent un nouveau regret de tant de personnes,
que nous savions qui se consommaient dans ces
recherches ruineuses, car véritablement ceux
qui vont le droit chemin, ce secret est un
labeur sans frais, mais les méchants

@

(f4r) 4

sophistiqueurs vident la bourse.

10.

Mais par la grâce de Dieu après tant
de travaux au moyen des bons livres nous
arrivâmes à ce secret, mais l'un de nous
tellement porté aux susdites sophistications,
pour voir chaque jour nouvelles choses qui lui
éblouissaient les yeux, ne les voulut quitter.
Or j'avais déjà quarante-cinq ans, quand
cela fut en l'an 1520, et au bout de
vingt mois nous vîmes ce grand roi
assis dans son trône royal, faisant au
premier, projection sur le blanc, puis après
sur le rouge, ce que tu feras comme moi si
tu veux prendre peine et être tel qu'il
faut être, c'est à savoir doux, bénin
et charitable, et surtout craignant Dieu.

11.

Les frais sont petits, et le temps est court,
parce que comptant le temps que j'étais
au chemin que je te laisse par écrit, jusques
à la perfection de l'oeuvre, il ne fut que
dix-huit mois, auquel temps l'oeuvre fut
accomplie, encore qu'elle fut faillie une fois
mais nous étions deux qui travaillions
chacun à part et l'un suppléa au défaut
de l'autre.

12.

Ainsi tu peux t'assurer d'un compagnon
fidèle, doué des mêmes vertus que je
t'ai recommandées, et faites une unité
ensemble suivant le conseil l'un de
l'autre, n'épousant aucune opinion particulière

@

(f4v)

que par un mutuel consentement des deux,
et où le sens défaillira ayez recours à
Remond Lule et autres bons auteurs auxquels
la science est complète déguisant seulement
les deux matières, mais je te les donnerai
en vue si Dieu t'en fait la grâce, tu
trouveras aussi un petit traité composé par
un de nous, si tu veux prendre peine de
le chercher, dans lequel te sera
enseigné partie de ce que j'omets, mais un
peu obscurément, mais connaissant les
deux matières et la vive lumière qui
en sortira te le fera entendre, car tout
n'est qu'une même chose.


Au nom de la
sainte trinité soit menée
l'oeuvre à fin

* Noël le Vallois à
ses enfants
Salut

Mon très cher fils
quand première volonté me prit de te donner
lumière, pas ne cuidais l'amour d'un père si
fort envers son enfant, que force me
fût de te déclarer une science si
haute, mais comme cuidant ton naturel


Note du traducteur. * Sous ce mot est écrit:
d'autres le nomment Nicolas.

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(f5r) 5

bénin, et mû de bonne volonté, je veux
déposer sur ta conscience les secrets occultes
de mon coeur, pour être moult conservés
dans le tien, sans qu'aucun puisse iceux
*exurper au péril de ta conscience, sur
laquelle je les laisse afin qu'après
cette vie aucune nuisance jà ne m'advienne,
et crois que plus grand trésor à toi jà
ne peut être baillé, car nul autre ne peut y
être comparé; si aucuns de tes amis
te voulaient détourner, ne les écoute
point, car en suivant mes propos tu
viendras à bout de tes entreprises, si le
bon Dieu le permet, et sinon je te commande
sur peine de damnation de ne les révéler à
aucun méchant et de les réduire en cendres
afin qu'ils ne tombent en mains des profanes,
par qui malheur en pourrait arriver, car mes
propos sont simples mais vérité y est
mise tout autant que la connaissance
m'en a été donnée, et ne crois pas que
par autre manière on puisse pratiquer, quoi
qu'aucuns ont autre méthode d'ouvrer,
mais toujours leur besogne n'est
qu'une, et tend à une même fin, la
pierre n'est pas ce que tant de jongleurs
ont cuidé, expliquant plus subtilement
le dire des auteurs que la chose ne requiert,
car quoi que l'or soit dit mort, c'est
pourtant l'or qui engendre l'or.

@

(f5v)


Extrait et abrégé d'un
manuscrit fait sur l'oeuvre
de la pierre par noble homme
Noël le Vallois compagnon de
monsieur de Grosparmy, et de
Me. Pierre de Vicot prêtre
lequel livre était dédié à son
fils unique

Premier livre chap.
premier

Les clefs de la maison de nature
sont les premiers principes, et la théorie
d'icelle consiste en la connaissance de
ces principes.

2.

La pratique de cette science est décrite en
plusieurs auteurs, mais sous l'obscurité
et confusion de vaines paroles, et ici
vous n'aurez que la théorie nettement.

3.

Quant à la pratique il n'est besoin
que d'une seule chose, qui est notre
unique levain, et d'un seul moyen
d'opérer, qui est une voie simple et naturelle,
mais plusieurs se perdent en la pluralité
des choses contraires à cet unique levain,

@

(f6r) 6

4.

La nature opère simplement commençant
toutes choses par un premier principe
général, et finissant par l'espèce
qu'elle désire produire.

5.

Elle n'usurpe rien d'une espèce, pour
mettre à la génération de l'autre, mais
elle fait tomber chaque chose après
son temps en son limbe premier.

6.

L'artisan pour imiter la nature en son
progrès, doit être simple et constant et
éviter la diversité des matières, fourneaux,
et opérations.

7.

En l'oeuvre il n'y entre que deux choses, et les
deux ne sont qu'une même chose en
essence et substance, qui se parfait par
un labeur simple et sans frais, mais
long et constant.

8.

Il se trouve une pierre de grande vertu,
qui est dite pierre, et n'est pas pierre,
elle est minérale, végétale et animale,
et se trouve en tout lieu, en tout temps
et en toutes personnes.

9.

Il faut putréfier cette pierre sous
le fumier, puis en extraire les éléments,
et il en naîtra un sperme multiplicatif
de tous les métaux.

10.

Du corps premier principe
de notre oeuvre;

@

(f6v)

La pierre des ph~es n'est rien autre chose
que l'or amené à une perfection très
parfaite, de sorte qu'il puisse convertir tous
les autres métaux en sa nature.

11.

Donc cette pierre est or vif végétable et
semence métallique et multiplicative de son
espèce, donc l'or vulgaire est dit mort
auparavant qu'il ait été amené à cette
perfection par la vertu des influences
célestes.

12.

La nature a bien tâché par tous moyens
de pousser cette semence à un très haut degré,
mais elle a manqué de force et n'a pu
passer ce degré.

13.

Donc la nature requiert le secours de l'art
et dit à l'artisan aide-moi je t'aiderai et
te rendrai heureux.

14.

L'aide que l'artisan peut apporter n'est autre que
de réduire cet or vulgaire au point et à l'état
auquel la nature a manqué de force à le
mener en plus outre, à cause de l'air cru qui est
entré en sa caverne et a empêché son
action.

15.

Donc l'or étant ainsi réduit, l'artiste laisse
faire le reste à la nature qui seule par
digestions requises l'amène au degré de
perfection.

16.

Ce point et cet état n'est autre chose que
d'être rendu liquide en substance de

@

(f7r) 7

mercure, comme celui duquel il était
engendré, et pour faire cela il le faut
réduire en sa première matière, à savoir
en ce premier état susdit.

17.

Cette matière première ou mercure a pris
corps dur et solide en l'or vulgaire, plus
qu'aux autres métaux, à cause d'une
matrice plus pure, et d'une décoction plus
parfaite qu'il a acquise par la séparation
de son soufre.

18.

Pour réduire l'or en cette matière première,
il le faut rompre et ôter sa dureté, en sorte
qu'il vienne en état de liqueur, ou teinture
limoneuse.

19.

Et pour le faire il est besoin d'une aide à
savoir d'une liqueur, car ainsi que le
safran ne peut teindre, que par le moyen
d'une eau chaude et tiède dans laquelle ledit
safran jette sa teinture.

20.

De même pour amollir le corps et le
rendre liquide, il faut trouver une
eau chaude, dans laquelle le corps de
l'or s'amollira et deviendra tout
limoneux.

21.

Or cet amollissement est nécessaire
afin de le mettre de puissance en
acte, et afin de le purifier de quelques
saletés qu'il contient encore.

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(f7v)

22.

Car quand ledit corps est amolli par la
solution de la chose, qu'elle désire, les
évacuations se font d'elles-mêmes, et les
impuretés se séparent des choses pures
qui sont en l'or.

23.

Cette réduction et purification est cachée par les
ph~es sous le nom de séparation des éléments,
conversion d'iceux, sublimation et calcination,
dissolution, et de plusieurs autres noms qui ne
signifient qu'une même opération de nature.

24.

Or il faut premièrement bien purger l'or par
les ciments ou antimoine, à cause du
mélange que les trompeurs y pourraient avoir
mêlé, puis par après il faut le mettre en feuilles
ou en poudre subtile afin qu'il soit plus
facile à dissoudre.

25.

Voilà donc la véritable matière ou premier
principe de l'oeuvre des ph~es qui n'est
autre chose que le corps de l'or commun et
vulgaire que tout le monde voit tous
les jours étant bien purgé et
atténué.

26.

Puis il le faut dissoudre dans
une eau et le redissoudre tant de fois
que tout soit dissous, en sorte qu'il n'y
paraisse rien qu'eau, et tout cela se fera
de plusieurs eaux qui ne sont toutefois
qu'une même eau.


@

(f8r) 8

27.

Puis il faut retirer quelque partie des
dites eaux et imiter nature, car vous n'avez
besoin que d'amollir ce corps et purifier sa
substance homogène par le moyen de l'eau,
que je vous enseignerai.

28.

De l'esprit ou eau
Second principe de notre
oeuvre

L'eau première des ph~es qui est le
second principe de l'oeuvre n'est pas simple
eau élémentaire ou de pluie ou de mer ou
de rosée, ce n'est pas eau-de-vie, vin rouge,
vin blanc, vinaigre, huile de tartre, ni
autres choses semblables, comme les
ignorants pensent.

29.

Les ph~es l'appellent bien l'eau de leur mer,
mais non pas eau de mer, et aussi leur
mercure, mais non pas mercure, parce que
ce mot notre fait distinction des autres
choses vulgaires.

30.

Par l'eau de notre mer les ph~es
entendent trois choses, premièrement
cette eau qui est le second principe dont il est
question, secondement l'eau en laquelle le corps
est réduit par solution, tiercement la poudre,
ou pierre parfaite.

@

(f8v)

31.

La première eau porte le nom de mer, à cause
de sa généralité, d'autant qu'elle est en
tous lieux, et en toutes personnes, dans le
ciel, puisque le ciel l'engendre, dans l'air,
puisque ce n'est qu'air, dans la terre, puisque
la terre ne produit rien que par la vertu
de cette eau.

32.

Quand l'or est réduit en cette eau de
laquelle il fut fait et composé, alors c'est
l'eau de notre mer, c'est-à-dire de l'oeuvre entier,
elle est appelée mer à cause du naufrage
que plusieurs font dans la poursuite de
cette affaire.

33.

Ces naufrages arrivent par l'ignorance
de cette eau, et de la résolution du corps,
car cette eau est l'astre qui conduit les ph~es
dans la mer de leur oeuvre et qui ne manque
jamais à ceux qui l'ont une fois reconnue,
et c'est l'étoile qui conduit les sages à la
naissance de ce jeune Roi, cette étoile est
comparée à celle qui conduisait les mages à
l'enfantement du fils de Dieu.

34.

Cette eau, second principe de
l'oeuvre est appelée eau-de-vie,
d'autant que c'est une eau vivifiante;
laquelle fait croître et végéter
toutes choses.

@

(f9r) 9

35.

Elle est appelée vinaigre très aigre, c'est
une eau forte très puissante, d'autant qu'elle
a puissance sans autre aide de convertir
tous les corps en leur première matière,
car c'est elle qui tue tout à quoi il est
requis une grande et admirable force.

36.

C'est donc une eau mortifiante et
vivifiante, elle tue, elle ressuscite, elle est
dans les matrices des mères pour y procréer
des enfants, et dans les tombeaux pour
les consommer et les réduire à leur premier
néant.

37.

Les ph~es défendent les eaux fortes
desquelles les affronteurs se servent à cause
qu'ils sont composés de choses contraires à
la qualité de notre unique eau.

38.

Pourtant notre eau est une eau forte,
qui se tire d'une seule et unique chose, qui
contient en elle toutes les choses du monde,
et si dans icelle il y avait quelque chose
d'étrange, elle ne pourrait jamais venir
à bout de son effet, que ladite
chose n'en fût séparée.

39.

C'est pourquoi auparavant toutes
choses il la faut bien préparer et
purifier, comme tu as fait le premier
principe, afin de faire une conjonction
de choses pures de peur d'engendrer un
poison.

40.

@

(f9v)

Cette eau est appelée sel et esprit-de-sel,
qui dissout l'or parfaitement, ce que ne
fait pas l'esprit de sel commun.

41.

Notre sel dissout l'or, de dissolution
admirable, de sorte qu'il n'y a aucune
différence entre l'or, et son dissolvant, se
joignant inséparablement et se font une
même chose, d'autant que ladite eau
est de la même nature que celle que l'or
contient en soi.

42.

Car l'or n'est rien que cette eau épaissie
par degrés et coction et cuisson dans la
minière; ce n'est donc que la même eau,
qu'il lui faut donner à boire pour le
ramollir, le faire enfler et pourrir, et le
réduire en sa première liqueur ou matière.

43.

Donc la différence de l'eau qui est dans
l'or et de celle-ci, n'est autre chose que l'une est
cuite et l'autre est crue.

44.

Néanmoins cette eau ou mercure qui
est dans l'or, n'est pas si cuite, qu'elle
n'ait retenu quelque chose d'humide et
d'onctueux inséparable d'avec lui, ce
qui est cause que l'or est fusible
et cette humidité donne entrée à notre eau
ou mercure dans le corps dur pour le
réduire en eau.

@

(f10r) 10

45.

Et lorsque le corps est réduit en eau,
il ne perd pas pour cela son soufre
car ledit mercure retient toujours le degré
de digestion, qu'il avait acquis en minières,
et le mercure cru qui a réduit le cuit
en son eau, est puis après premièrement
réduit en corps par le même levain
du corps dissout.

46.

Mais premier que ledit corps dissous
réduise le mercure cru en corps, il se
fait un combat entre le cuit et le cru
en sorte qu'ils s'entre-dévorent par une
putréfaction âpre et violente.

47.

Donc l'eau qui est enfermée dans le corps
de l'or, et celle que nous lui donnons à boire,
sont tous d'une nature, et ledit corps
l'embrasse comme son compagnon, qui le
vient délier, et se joignant convertissent
toute la prison en eux, et les deux
ne se font qu'une eau mercurielle
et permanente.

48.

C'est ce que l'on dit que l'eau prisonnière
crie sans cesse à sa mère qui est libre,
aide-moi je t'aiderai, élargis-moi de
ma prison, et je te rendrai maître de la
forteresse où je suis.

49.

Ainsi nature s'esjouit de sa nature

@

(f10v)

et nature surmonte nature, parce que l'eau
que nous donnons au corps force ledit corps
à la solution qui est une voie supernaturelle
de défaire par l'art l'oeuvre de nature sans
destruction dudit corps.

50.

On dit que nature contient nature,
d'autant que le corps contient l'esprit, et
l'esprit contient le corps.

51.

Car après la solution se fait la congélation
comme si l'eau prisonnière disait aide-moi
à dissoudre et je t'aiderai à congeler.

52.

Donc cette eau qui est le second principe
de notre art, est la clef de tout l'oeuvre,
c'est la Diane et la lumière qui éclaire dans
les ténèbres, c'est-à-dire dans la prison du
corps de l'or, c'est cet oiseau d'Hermès qui
n'a repos ni jour ni nuit, ne faisant
que tendre toujours à se corporifier
en tous les lieux de la terre, où il
se trouve.

53.

Toutes les parties de la terre sont
remplies de cet esprit, et de toutes parts
cet esprit se vient rendre dans le centre
de la terre, tout ainsi comme un nombre
infini de rayons se rencontrent en un
même point du milieu du centre,
partants de la circonférence du cercle.

@

(f11r) 11

54.

Cette eau ne se trouve pas seulement
dans la terre, mais aussi dans tous les
corps qui sont dans ce monde, et contient
la force de toutes choses; c'est à raison
de tout cela que l'on la compare à toutes
choses et que l'on lui donne le nom de
toutes choses.

55.

On l'appelle sel de pierre, sel de terre, sel
de mer, sel de verre, sel armonial, vitriol,
alun, antimoine, etc. et néanmoins elle
n'est rien de tout cela, et ne se peut
tirer des herbes, animaux, ni d'autres
choses hétérogènes.

56.

Elle est différente de toutes ces choses-
là, d'autant que ces choses sont particulières
et de certaine espèce sous quelqu'un des
trois règnes, mais notre est universelle
et indifférente à tous les règnes et à leurs
espèces.

57.

C'est pourquoi cet esprit n'a point de
repos, mais cherche toujours à se corporifier
en une terre vierge qui n'a encore jamais
rien engendré aucune espèce d'aucun règne,
et de cette terre vierge est fait un esprit,
qui se corporifie derechef tant qu'il soit
entré en la production de quelque espèce sous
quelque règne pour lui servir de forme.

58.

C'est donc avec cette eau pleine de feu
qui par sa qualité humide mollifie le

@

(f11v)

corps de l'or, le rendant semblable à elle,
afin qu'on le puisse purifier de ses
saletés.

59.

Notre eau qui est appelée mercure cru, et
imparfait, est donc une eau forte, mais engendrée
du soleil et de la lune, laquelle a puissance
de détruire et composer; elle tue et ressuscite,
elle est semblable aux autres eaux fortes,
quant à son corps et contient les mêmes forces
et produit les mêmes effets.

60.

Mais elle est différente des autres eaux
fortes en ce qu'elle est générale et dissout, tout
ce qui est au monde, au lieu que les autres
sont particulières et propres seulement à la
dissolution de certaines choses.

61.

De plus celle-ci est dans tout lieu, même
devant nos yeux, tout en est rempli
et les autres ne sont qu'en certains lieux
particuliers de la terre.

62.

Et combien qu'elle soit partout et invisible,
elle a pourtant un corps qui nous
la rend visible, lequel n'est qu'un vrai
et pur sel.

63.

Ce sel est une terre vierge laquelle
n'a encore jamais rien produit, et si
elle avait produit quelque chose elle nous
serait inutile; c'est cette pucelle Berya

@

(f12r) 12

qui n'a point encore été mariée.

64.

Les eaux fortes du sel armoniac et autres
drogues, ont bien la force de dissoudre
l'or, mais non pas parfaitement et ne se
joignent pas ensemble inséparablement,
d'autant qu'ils sont contraires à leur
nature solaire et lunaire.

65.

Mais notre sel vitriol ou mercure
universel comme père se joint avec son
fils et l'embrasse, et le fils embrasse le
père, de sorte qu'ils se lient ensemble
inséparablement.

66.

Ce sont deux soufres ou deux feux
qui par une sympathie miraculeuse, se
lient ensemble pour y souffrir la mort
tous deux.

67.

Laissez donc tous les autres sels
et attraments et telles drogues qui sont
contraires à notre sel unique et
à notre oeuvre rongeant et
ruinant l'espèce métallique.

68.

Mais notre sel est de la nature
de l'or et de l'argent, car ils en sont
produits; c'est pourquoi jamais le père
ne tue les enfants qu'il a engendrés.

@

(f12v)

69.

Car notre sel armoniac n'a encore rien
engendré, c'est une terre pure et nette qui est
appelée vierge et n'a pas été mariée à des
corps infirmes, mais est encore libre et
est dans l'indifférence de se faire végétal,
animal ou métal, faisant des tours et
circulations continuelles tant qu'elle ait
pris forme dans quelque règne.

70.

C'est en cet état de liberté qu'elle nous est
propre, et qu'il la faut finement surprendre
et non pas attendre qu'elle ait épousé aucun
corps impur, ni qu'elle ait atteint aucune
forme ou espèce en quelqu'un de ses trois
règnes, car il la faut avoir en son
indifférence et pureté.

71.

Nous avons un exemple de ceci en l'eau
commune, laquelle nous sert à toutes choses
et reçoit toutes couleurs, odeurs, et saveurs,
mais si elle a déjà servi à autres choses, est
inutile; par exemple, celle qui a été mêlée
d'absinthe ou de poison, n'est pas propre pour
être employée à la vie, car elle se mêle
inséparablement avec ces choses et en retient
toujours de la qualité.

72.

Ainsi tous les mercures de toutes les
espèces est bien le même mercure universel, mais
déjà déterminé à un genre divers et
ayant contracté la qualité de la chose

@

(f13r) 13

qui le contient, ne nous peut pas servir,
d'autant qu'ils sont inséparables, sans en
retenir la qualité.

73.

Il en est de même des sels, attraments et
autres drogueries, qui sont toutes spécifiées,
car hormis notre sel unique et nos
métaux il n'y a rien de véritable.

74.

Notre matière, premier principe second, est
un pur sel blanc vierge et naturel, première
et seconde matière qui n'est affectée à chose
quelconque, mais est générale à tous les
trois règnes, et se trouve en tous les
lieux de la terre.

75.

C'est notre air congelé dans l'eau par le
moyen de son feu, c'est un feu céleste
enclos dans une eau, c'est une terre vierge
qui n'a rien produit, mais capable d'entrer en
production de toutes choses, et de se convertir
en tous corps, laquelle fait cela tous les
jours devant les yeux de tout le monde,
se convertissant en grain, fleurs, et herbes etc.

76.

Or les autres sels, alun, vitriols, etc.
ne sont convertis en rien hors leur espèce,
c'est à savoir en grain, fleurs, et fruits
etc. et n'y en a aucun qui soit capable
d'engendrer universellement toutes les
choses du monde comme fait notre sel
végétable que je te montre si au clair, et je
ne sais comme j'ose te parler si au clair.

@

(f13v)

77.

Notre sel est appelé sel armoniac, car c'est
lui qui donne l'harmonie aux éléments,
c'est l'âme des éléments, et l'esprit général,
qui produit toutes choses et les maintient.

78.

Il s'engendre lui-même, se dissout lui-même,
se congèle et corporifie lui-même, et c'est
ce Protée qui change tous les jours de
forme sans aide d'homme, c'est ce
cyclope qui n'a qu'un oeil et qui voit tout.

79.

Ce sel ou cette eau est appelée notre pierre
et notre mercure, qui est le commencement,
le milieu, et la fin de tout notre magistère,
il dissout, congèle, et mène jusques à la
fin le corps de l'or à perfection totale
de la pierre minérale, végétale et animale,
et nous n'avons affaire d'autre chose pour
cet effet.

80.

Cette pierre est appelée minérale parce qu'elle
a pour fondement matériel le corps
le plus parfait de nature, qui est le
soleil flamboyant père et première cause
de cette génération nouvelle, lequel corps
est du règne des minéraux.

81.

Elle est appelée végétale parce qu'elle a
semblablement pour mère et première
matière lunaire, ce corps imparfait

@

(f14r) 14

qu'on appelle matière, eau, vinaigre
et mercure, etc. d'autant que c'est la
fontaine universelle de toutes les
choses qui tendent à végétation.

82.

Elle est appelée animale parce que le
corps étant mort reprend vie en cette
eau, et se nourrit d'elle, comme du lait
des blanches mamelles de sa première
nourrice, et acquiert peu à peu une force
et puissance admirable, et devient pierre
des ph~es.

83.

Le moindre de tous les auteurs enseigne
toute l'oeuvre, et même il y en a qui la
rebattent plusieurs fois, c'est pourquoi
vous les devez lire tous, pourvu que
vous sachiez bien discerner leurs
intentions, et vous prendrez garde de leurs
ambages, dont l'un éclaircit ce que l'autre
cache, et chacun a son style plus ou
moins intelligible selon les lieux où il
se veut manifester.

84.

Les meilleurs auteurs sont le Codicille,
le Testament, l'Elucidation du testament,
l'Apertoire; le Testament enseigne tout
l'oeuvre depuis un bout jusques à
l'autre, mais quelquefois sous énigmes,
la Tourbe est bonne, le grand Rosaire,
la Fleur des fleurs de Villeneuve sont
bons.

@

(f14v)

85.

Sommaire de toute théorie
susdite qui est le second livre
du même auteur

86.

La première eau mystique des ph~es au
second principe de l'oeuvre, est la mère de
tous les métaux et de toutes les
choses qui sont au monde.

87.

Or ce n'est pas autre chose qu'une eau
ardente dans laquelle ton corps doit
être rompu, et mis en pièces pour après
être conduit par les degrés de digestion
jusques à une sublimation parfaite.

88.

C'est vraiment une eau vive laquelle il
faut subtilement extraire d'une pure et
vierge terre, puis la rectifier tant qu'en
icelle ne reste ni terre ni eau étrange,
mais qu'elle soit pure et nette, et pure et
claire comme pur argent, de laquelle il te
faut tenir saisie en bonne quantité.

89.

Sache donc fils de doctrine et le
plus cher de mes enfants, que le
soleil, la lune et les étoiles jettent
perpétuellement leurs influences ici-bas,
lesquelles sont reçues premièrement
dans les moyennes régions de l'air
où elles contractent une humidité et puis

@

(f15r) 15

après sont distillées dans les pores
de la terre et passées de sable en sable
et par ce moyen sont épurées d'une partie
de leur humidité grossière, et enfin passent
jusques au centre de la terre.

90.

L'air est donc plein de ces influences,
la terre en est aussi toute fourmillante,
et n'y a rien en l'univers qui n'en soit
rempli, parce que cet esprit universel
qui vient du ciel est l'âme et la vie
de tous les corps et la semence
générale de toute la nature, laquelle
est abondante en chaleur et humidité.

91.

De cette semence universelle sortent toutes
les choses qui sont au monde, non toutefois
simplement mais par l'approchement du premier
mâle, qui est son ferment et qui se
joint à cette humidité mercurielle en la
convertissant en sa nature.

92.

Et par ainsi les espèces sont divisées,
distinguées et ordonnées suivant la volonté
et première ordonnance du Tout Puissant,
afin que rien ne soit confondu et que
chaque chose produise des fruits de sa
nature.

93.

La chaleur de ladite semence est cachée en
son centre et nous est invisible, mais
son humidité paraît et n'est que le

@

(f15v)

corps, ou sperme d'icelle, et d'autant que ce
sperme s'est engrossé dans l'air, il requiert
une séparation et purgation physique, qui est
la préparation des extrêmes, laquelle doit
être considérée mûrement sur l'opération
de la nature.

94.

Or la nature purge ladite semence peu à
peu dans les veines de la terre, car les
humidités de ladite semence passent
de lieu en lieu dans les veines de la terre,
et s'entresuivent comme les vagues de la
mer jusques au centre de la terre.

95.

Et cette semence passant de la sorte
purifie, purge, et nettoie les lieux de la
terre par où elle passe et par même
moyen se décharge elle-même de l'eau
élémentaire et grossière de laquelle
elle était engrossée dans les moyennes
régions de l'air, et devient terre pure.

96.

Puis étant parvenue jusques au centre
de la terre, elle est élevée derechef
par le feu central, montant de terre
en terre en forme de vapeur jusques
à la superficie, et par ainsi se
purifie de plus en plus par des circulations
continuelles.

97.

Et cette ascension ou sublimation continue
toujours tant que ladite vapeur ait fait

@

(f16r) 16

rencontre d'une terre purifiée et nettoyée
par les évacuations précédentes, alors elle
s'attache à cette terre pure et produit avec
elle l'or, l'argent, et les autres métaux selon
le lieu et le degré de pureté et décoction
qu'elle retient.

98.

Mais il est requis que cela se fasse en
des lieux propres et renfermés pour retenir
ladite vapeur qu'elle ne passe outre, ainsi sont
les lieux où s'engendrent les métaux.

99.

Mais si la terre est poreuse, laditte vapeur
ne se peut cuire, mais s'élève toujours vers la
superficie, et quand elle est élevée jusques à
la circonférence par l'attraction des rayons
du soleil, elle produit des herbes, arbres
et toute autre chose.

100.

Quelquefois elle se mêle parmi la
graisse de la terre, et adhère à icelle et demeure
invisible, mais aussi elle est quelquefois
surprise par l'air cru, et est congelée
en un certain corps blanc et visible
aux lieux où elle n'a point à quoi adhérer
ni avec quoi se mêler.

101.

Puis après quand le corps congelé
est rencontré des pluies, ou d'autres
humidités, il est tout de nouveau dissout
et remporté en bas en forme d'humidité
aqueuse, et par ainsi il se fait une
circulation qui n'a point de fin.

@

(f16v)

102.

Or cette vapeur demeurerait toujours invisible
et inconnue sans le corps qu'elle emprunte
de la plus pure partie de la terre, et c'est
alors qu'il la faut prendre subtilement
auparavant qu'elle ait pris son vol, et
subtilement la séparer de ce corps
doublant et triplant le travail et la nettoyer
entièrement de son aquosité et terrestréité
grossière et élémentaire.

103.

Car il ne faut pas qu'il y demeure rien
d'étrange, d'autant que cela mettrait
empêchement à l'oeuvre, car l'humidité
diminue la force de l'esprit et la
terrestréité épaissit le corps, de sorte qu'il
ne peut devenir diaphane.

104.

Or notre principale intention n'est autre
que de prendre le corps du métal sur les
termes que la nature nous l'a laissé
imparfait et le parfaire par art.

105.

Car la nature avait dessein de rendre
le corps dans sa minière tout à fait
purgé, et de le cuire jusques à une
parfaite maturité qui est la même
chose que le parfait élixir que nous
voulons faire.

106.

Mais l'air cru est intervenu
qui transperçant les parois du
fourneau ou caverne souterraine

@

(f17r) 17

de nature, a refroidi la matière,
en sorte que la nature n'a su passer outre,
quoiqu'elle ait fait tous ses efforts.

107

Les principes des métaux ne sont que
deux, à savoir la chaleur et pureté de la
terre, que l'on appelle soufre, et cette
vapeur humide que l'on appelle mercure,
laquelle vapeur est celle même qui a
nettoyé et purifié ledit soufre de ses
féculentes terrestréités, le réduisant à
force de distillations en une matière
grasse en divers lieux de la terre.

108.

Et cette graisse est quelquefois enfermée
dans un lieu, où la chaleur provenant du
centre de la terre est retenue par une
certaine voûte naturelle qui la réverbère
sur icelle graisse, qui s'est amollie en
ce fourneau naturel à longueur de
temps par diverses distillations ou
sublimations ou ascensions naturelles.

109.

Or aussitôt que la susdite vapeur
est enfermée dans cette voûte, elle est
pareillement retenue comme la
chaleur centrale et ne pouvant
passer outre, elle se mêle et se
joint avec cette graisse et ces deux
substances se putréfient ensemble,
parce que l'une résiste à l'autre.

@

(f17v)

110.

Mais la vapeur s'augmente de jour
en jour en quantité et action et par ce
moyen elle surmonte la qualité et
résistance de cette graisse ou soufre, et
le soufre se consomme en ladite vapeur,
ou mercure qui s'augmente à mesure que
son ennemi diminue.

111.

Que si la nature eût continué cette
digestion sans être interrompue, le mercure
enfin eût été cuit à perfection par la
vertu du ferment, et le soufre en eût
été entièrement dépuré et l'or qui eût été
engendré n'eût été que pur mercure cuit
au suprême degré en un corps aussi lucide
que le soleil.

112.

Mais la nature a été interrompue par
l'air cru, qui a glissé par les pores de la
terre, et c'est la raison pourquoi l'or ne porte
point de semence et qu'il n'est point lucide
à cause du mélange qui n'a pu en être
séparé.

113.

Puis donc que le soufre qui est demeuré
dans l'or vulgaire est cause que le mercure
ne s'est pas digéré en perfection, et n'est pas
lucide, il faut commencer notre labeur
par la séparation du soufre contre
nature, afin d'aider à la nature à
parachever laditte semence qu'elle avait
abandonnée.

114.

Et d'autant qu'il est impossible de faire cette

@

(f18r) 18

séparation tandis que le corps de l'or demeure
en corps solide, il faut nécessairement réduire
ledit corps à l'état mol et fluide, qu'il avait
dans la minière, quand l'air cru l'a
surpris et congelé.

115.

Et c'est ce que nous disons qu'il faut réduire
le corps en sa première matière, car la
matière première dudit corps n'est autre
chose que la même substance du corps
en l'état qu'il était immédiatement
auparavant sa congélation.

116.

Puis donc que la pure et première matière
que nous cherchons est enfermée dans un
corps dur, et que ce corps ne peut être
ouvert que par le moyen d'un autre qui
soit humide et chaud et de même nature
en substance que le dur, nous devons avoir
ces deux matières, car une serait inutile
sans l'autre.

117.

La première de ces deux matières est
l'or vulgaire, lequel est mort, et c'est
néanmoins la plus pure chose de toute la
terre, et le dernier effet de la nature, en
un mot c'est la matière sur laquelle
nous devons commencer notre oeuvre, et de
morte qu'elle est lui ferons suppéditer
la vie et l'amenant au chemin de végétation
et perfection.

118.

La seconde matière est notre esprit universel
volatil, et non pas le mercure vulgaire et
laissez toutes les autres matières vulgaires

@

(f18v)

car tout le reste ne sert que pour amuser
les ignorants.

119.

Il ne faut pas aussi tant de vaisseaux, de
feux ni de fourneaux, car le fourneau de
nature est unique et n'est autre chose qu'une
montagne ronde; le feu de nature est aussi
unique et n'est autre chose que la chaleur
continuelle causée par le mouvement des
astres, elle monte du centre de la terre
jusques à la superficie, et se renferme
dans des montagnes où avec le temps
cuit la matière par degrés en métal pur
ou impur selon les lieux de la matrice.

120.

Il faut donc pour imiter nature mettre
deux matières ensemble, l'une fixe et
l'autre volatile pour les faire prendre
ensemble ainsi comme un fromage avec
un petit feu, que le volatil ne s'en aille;
retenez donc doucement le fugitif par une
chaleur tempérée tant qu'ils soient pris
ensemble, car ils s'embrasseront et ne se
pourront plus séparer d'ensemble.

121.

Et les signes vous feront connaître
la fin quand il tombera un poids sur dix,
quinze, ou cent, etc. selon la différence
de l'opération, qui peut arriver soit en première
composition des matières, soit à l'avancement
ou retardement de l'oeuvre ou bien soit pour


@

(f19r) 19

l'avoir plus ou moins concoctionnée et
purifiée par les réitérations de la roue.

122.

Les poids de la projection sont différents
selon les diverses opérations et méthodes
des artistes et n'a point de règle assurée
autre que celle-ci, à savoir qu'il faut
projeter et s'il vient frangible il faut
y ajouter du même métal tant qu'il
souffre le marteau.

123.

Mon fils, prenez vos deux matières et
les préparez comme il vous a été
enseigné, à l'exemple des dépurations et
distillations naturelles.

pict 124.

Car l'esprit dissoudra le corps et
ouvrant icelui, les deux esprits se
mêleront ensemble, le prisonnier et le
libre, qu'aucuns appellent l'aigle et le
lion, ainsi l'esprit abandonnera son
corps de son côté renoncera au limon
terrestre, et soufre, avec lequel il avait
été longtemps languissant.

125.

Puis l'esprit sera rendu audit
corps, et cet esprit ainsi rendu attirera
plusieurs autres esprits, et ces esprits
partageront ensemble et entre eux
de la susdite âme, et cette âme
s'augmentera par une chaleur lente


@

(f19v)

et étouffée et administrée avec ingénieux
artifice.

126.

C'est ici le labeur qu'on dit être surnaturel,
étant le lieu de la conjonction qui se
fait par une décoction admirable et
supernaturelle.

127.

Ainsi d'un, par un, qui n'est qu'un,
sont faits trois, des trois sont faits
deux, et des deux sans combat qui doit
être terminé par le prudent ouvrier sera
fait un, clair, beau, et transparent,
lequel suppléera à tous les défauts de
ses frères estropiés.

fin

Doctrine abrégée
de l'oeuvre livre 3e. du
même auteur où il
déclare encore plus
clairement qu'aux
autres susdits

Chapitre 1er.

Mes propos sont simples et véritables
et par autre voie ne pourrais pratiquer
que par celle-ci que je dirai.

@

(f20r) 20

2.

Les autres ont autres moyens de travailler,
mais toujours leur besogne n'est qu'une
et ne tend qu'à même fin.

3.

Si vous savez les principes exposés au
traité précédent, vous ne pourrez errer,
jaçoit que vous prissiez un chemin pour
l'autre faute de maître, mais vos propres
erreurs vous redresseront.

4.

Notre pierre n'est pas ce que tant de gens
ont pensé expliquant les termes des auteurs
plus subtilement que la chose ne requiert, et
se sont trompés par les noms de plusieurs
drogues que les sages ont rapportés pour
faire errer les ignorants.

5.

Croyez seulement que l'homme engendre
l'homme, et pareillement le métal
engendre le métal par sa propre semence
qui est cachée en lui.

6.

Car encore que l'or soit estimé mort,
il contient néanmoins en soi sa propre
semence, par laquelle il peut être
multiplié à l'infini.

7.

L'or est composé de trois choses
desquelles deux sont superficielles
et une essentielle, et pareillement
l'argent.

8.

@

(f20v)

Car l'or et l'argent ne sont que terres blanche
et rouge animée par cette essentialité ou chose
essentielle, sans laquelle les deux métaux
seraient de peu d'estime.

9.

Les deux choses superficielles sont 1. la
terre qui nous paraît en vue, et 2. l'eau
qui a été jointe à cette terre, laquelle eau
ne se voit point, sinon lorsque le métal
est en fusion.

10.

Et cette essentialité est l'âme ou le feu
du métal, auquel consiste une excellente
vertu.

11.

Mais cette vertu ne peut rien si elle n'est
dépouillée de cette terre, c'est-à-dire que cette
terre soit purgée et non totalement ôtée.

12.

Car comme l'esprit ne peut agir sans le
corps, ainsi le corps en vain appéterait l'âme
sans l'esprit.

13.

Donc nous ne cherchons autre chose que la
séparation de ces trois choses, corps, esprit,
et âme, afin de les disposer mieux que la
nature n'a su faire faute de temps
suffisant pour les digérer.

14.

Et pour y parvenir il faut en
premier lieu tirer le lien des
deux autres parties savoir l'esprit
fort condensé.

15.

@

(f21r) 21

L'esprit étant séparé, les deux autres
parties ne se peuvent accorder, ni demeurer
ensemble, car l'âme désirera suivre l'esprit
quant et quant.

16.

Ainsi le corps étant dépouillé de
l'esprit et de l'âme, doit être fort blanchi
comme sel par calcination due.

17.

Puis l'esprit sera rendu à ce corps
blanchi, mais peu à peu tant que par
le moyen de l'esprit le corps devienne
fondant comme cire.

18.

Alors cet esprit prend le nom de menstrual
végétable, d'autant qu'étant rendu à
son corps, il revivifiera la pierre, et aidera
à la purifier, afin que ladite pierre
soit fermentée de son âme.

19.

Notez que toutes les choses du monde
sont composées de cinq, la 1. est
flegmatique, qui est une humidité
superflue, la 2. est mercurielle, qui est
la substance de la chose, la 3e. est
oléagineuse ***** qui est l'âme
vivifiante, la 4e est la terrestre
qui est le corps, la 5e est la
superfluité de terre est convertie
aux individus laquelle est appelée
terre noire, morte et damnée.

20.

@

(f21v)

Mais notre composition n'est pas flegmatique,
mais elle est fort chargée de cette terre damnée,
laquelle tient notre pierre en prison.

21.

Et quand cette terre damnée maligne est
séparée par notre magistère dans la terre
pure se fera alors la vraie matière de la
pierre sans aucun empêchement.

22.

Il faut donc dissoudre le métal afin que
son esprit végétatif puisse opérer, et cela se
doit faire petit à petit et faire opérer nature
au régime du feu très doux, et quand il
sera dissous tu sépareras le pur de
l'impur et laveras la fondrière tant qu'elle
devienne blanche.

23.

Alors il faut redonner l'esprit au corps
blanchi, car l'esprit et le corps étant voisins
appelleront une nouvelle forme, mets les
donc au feu de corruption et génération
tant que la lumière apparaisse et pour lors
vous le pourrez multiplier à votre volonté.

24.

L'or donc est notre corps qu'il faut subtilier
et puis le pourrir dans l'eau, et de cette
putréfaction sortira la salamandre
persévérante au feu.

25.

Cette putréfaction est si importante que
sans elle rien ne se peut faire, et quiconque
l'a acquise par quelque invention que ce soit
trouvera chose merveilleuse.

@

(f22r) 22

26.

Il s'est fait une infinité de livres sur
cette putréfaction, mais les fols ne
l'entendent pas et entendent toute autre chose
et perdent ainsi leur temps.

27.

Donc par le moyen d'icelle l'azot et le feu
te suffiront avec le four secret, car
la matière étant une fois pourrie,
il est impossible qu'il n'en arrive quelque
chose de meilleur et plus parfait.

28.

Tout est déclaré au vrai en plusieurs livres
jaçoit que les uns parlent plus clairement
que les autres, mais les fous ne les
croient pas, d'autant que les matières,
le poids, ni le temps ne sont pas écrits
littéralement, mais figurativement.

29.

Les auteurs semblent se contredire,
et néanmoins ils sont tous conformes
en leur intention, laquelle n'est autre
chose que de dissoudre et congeler,
mais pour ce faire ils proposent mil
régimes sophistiques, et néanmoins
la science peut être comprise en
peu de mots, voire en moins d'une
heure, mais non pas les dépendances
d'autant qu'elles sont infinies.

30.

En un mot notre intention n'est autre

@

(f22v)

chose que de prendre l'or vulgaire et
le nettoyer par le ciment ou antimoine puis le
mettez en menues pièces, puis le dissoudre,
puis le faire ouvrir dans notre eau par le
secret de nature et en séparer le corps,
l'âme, et l'esprit.

31.

Après il les faut bien purifier et les
rejoindre à la terre purgée, afin que l'âme
soit glorifiée, dont s'en fera le mercure des
ph~es qui est leur première matière, sur
laquelle vous devez travailler, car alors
vous pourrez dire, azot et ignis tibi
sufficiunt.

32.

Car alors dans le vaisseau par un doux
et continuel régime de feu apparaîtront
toutes les couleurs qui sont au monde,
ce qui est une chose très belle à voir,
qui te réjouira et te conduira jusques à
la fin dans notre four secret.

33.

Du fourneau secret
chapitre 2.

Le fourneau doit ressembler à la nature en
sa chaleur égale et proportionnée,
digérant la matière de telle sorte que
vous l'aurez aperçue dans la minière.

34.

Ayez donc un globe rond en entier, ayant
diamétralement un pied, ou selon la quantité

@

(f23r) 23

que la matière requiert, qui sera fait
d'une très bonne terre et résistante
au feu, épais de quatre doigts, creux
par-dedans.

35.

Au milieu de ce globe sera suspendu un
petit cercle de fer rond et tenant au côté
des parois, dans ce cercle sera suspendu
un vaisseau de bois de chêne vieil et sec
et nullement poreux tranché par le milieu,
rond et creux en deux hémisphères.

36.

A l'hémisphère de haut sera passé et noué
un petit fil d'archal qui sera aussi
passé par le couvercle du fourneau, pour
lever cet hémisphère, quand on voudra
voir les couleurs.

37.

Dans l'hémisphère d'en bas sera passé
un petit trépied de bois, et sur ce
trépied la fiole de verre, où seront les
matières, en sorte que les deux
hémisphères l'enferment au juste
dans leur creux.

38.

En la voûte du globe de terre il y
aura une fenêtre assez grande pour
passer le vaisseau de bois qui contient
la matière en son vase.

39.

A un côté de ce même globe y aura une
autre fenêtre de quatre pouces tant pour
voir les couleurs que pour passer la main

@

(f23v)

afin de reconnaître la chaleur du
fourneau.

40.

A l'autre côté opposite dudit globe y
aura une autre fenêtre de deux pouces
seulement pour donner jour à voir les couleurs
laquelle sera vitrée.

41.

Les trois fenêtres seront encore étoupées
de trois tapons bien au juste, auxquels
il y aura des ansettes pour les tirer au
besoin; aussi le fourneau sera fait d'une
grandeur et mesure compétente, en sorte que
le globe de terre puisse passer par haut
pour le loger dedans.

42.

Ce globe sera suspendu entre les murailles
du fourneau et appuyé d'icelles au juste et
sûrement sans pouvoir aucunement remuer
par sa pesanteur, et du dessous duquel globe
de terre sera un astrier fort épais
ayant quatre fenêtres aux quatre coins
pour passer la chaleur.

43.

Ces quatre fenêtres auront quatre
éventails ou liettes qui les fermeront
au juste, lesquelles seront faites de fer
qui auront chacune sa queue qui passeront
au travers des murailles du fourneau
pour boucher et ouvrir lesdites fenêtres au besoin.

44.

Au-dessous d'icelui astrier sera encore
un autre astrier plus épais et plus fort

@

(f24r) 24

éloigné de l'autre de quatre pouces et
au milieu de cet astrier second sera
une fenêtre carrée droit sur le feu
par où passera la chaleur pour aller aux
quatre fenêtres de dessus, puis après
circule autour du grand globe, qui
par ce moyen causera une chaleur
étouffée à la matière qui sera aussi
lente qu'il requiert.

45.

Au-dessous de ces deux astriers sera
le foyer de grandeur compétente, de terre
et troué de plusieurs trous, ou bien il
sera de grille de fer carrée afin que
les cendres tombent en bas.

46.

Autour de ce foyer au côté des murailles
seront les registres pour donner l'air et
pour diminuer quand besoin sera, et au-
dessous de ce foyer sera le cendrier
pour tirer les cendres.

47.

Les portes du foyer et cendrier seront
étoupées à juste de tapons ayant des
ansettes pour les tirer et remettre, quand
besoin sera, le haut du fourneau sera
pareillement fermé, de tuile, ou autrement
bien ajusté, afin que la chaleur soit
étouffée et circulante à l'entour du
globe de terre.

48.

Le fourneau doit avoir 36. pouces
de largeur et 60. de hauteur, et les
écuelles de bois doivent avoir 8. pouces

@

(f24v)

de diamètre et un pouce d'épaisseur, et le
globe de terre doit avoir 16. pouces en diamètre
et 4 pouces d'épaisseur, et la muraille du
fourneau 6. pouces d'épaisseur, et le reste
n'est qu'à la volonté.

49.

Vous pourrez ajouter une tour, ou athanor
de six pouces de hauteur, et sera au côté
du fourneau, laquelle contiendra le feu
et le charbon, et la chaleur en ira par un
canal dans le grand fourneau par le pied
au-dessous des astriers, comme est la figure,
et pourrez mettre audit conduit du pied encore
une liette pour gouverner la chaleur plus
exactement et cela sera bien commode
et l'invention meilleure.

50.

Il sera nécessaire de remettre des charbons
de 24. heures en 24. heures et qu'ils soient
de menu bois et pas trop longs, or en ce
fourneau la chaleur passe par le trou du
second astrier, et de là rentre par les quatre
fenêtrages du 2e. astrier et circule à
l'entour du globe de terre sans toucher au
vaisseau de bois ni à la matière.

51.

C'est donc une chaleur étouffée
laquelle sera telle que la chaleur de la
minière si les registres et liettes sont bien
gouvernées, dont la règle sera le sentiment
de la main que vous passerez souvent dans
le globe de terre, -- sans toucher au vaisseau
de bois ni à la matière -- le fourneau est
requis et contient une partie du secret.

@

(f25r) 25

Ce fourneau n'est point si commode que celui enseigné au livre de
Vitcocq ainsi il faut se conformer

a tapon du haut
b tapon du globe de terre
c tapon ***** du fenêtrage à 4 pouces
d tapon du fenêtrage à 2 pouces
e vaisseau de bois
f le globe de terre
g fenêtrage à liettes
h 1er astrier
g autre fenêtrage
k second astrier
l foyer
m porte du foyer
n cendrier
o porte du cendrier
p globe de verre
r athanor

pict

@

(f25v)

@

(f26r) 26

Préparation de l'eau
chap. 3e.

J'ai déjà enseigné la matière qui contient
l'eau de laquelle avez besoin, laquelle
matière vous préparerez comme s'ensuit, prenez
cette matière et la dissolvez en eau commune
distillée, puis la filtrez par le papier gris,
puis la faites bouillir doucement en un
vaisseau de terre l'écumant souvent devant
qu'elle se congèle, et la congelez entièrement.

53.

Etant déjà congelée broyez-la sur le
marbre et mêlez parmi trois fois son poids
de menu sablon de rivière bien lavé et
desséché et mettez le tout dans un fort
vaisseau de verre de pierre bien luté ***** et
assis dans le fourneau.

54.

Apposez un fort grand récipient qui sera
assis dans de l'eau, puis donnez le feu
par degré, * et de chaque livre de matière
vous aurez douze onces d'esprit, lequel
il faudra bien déflegmer et rectifier.

55.

Gardez très bien cet esprit en un vaisseau
bien bouché qu'il ne perde sa force et
poursuis à en tirer d'autre tant que tu en
aies assez et le garde en deux bouteilles.

56.

Préparation de l'oeuvre
Chap. 4e.


Note du traducteur. * Ce mot est surmonté de:
10 ou 12 heures.

@

(f26v)

Quand vous aurez bonne quantité de l'eau
susdite ayez or ou argent bien purgé par les
ciments et réduit en poudre impalpable, lavé
et desséché comme il faut, mettez cette poudre
en une cucurbite de verre et versez sur icelle
de la susdite eau tant qu'elle surnage
d'un doigt, et bouchez le vaisseau d'un alambic
aveugle, et digérez un jour naturel.

57.

Puis distillez à chaleur lente les esprits
les plus volatils et remettez sur le métal
autre esprit digéré et distillez comme dessus,
et réitérez tant que le métal ait retenu
la moitié de son pesant et que vous ayez
chassé tout le flegme au bain bouillant.

58.

La nature ayant fait son devoir, et
la purification et dépuration entière étant
accomplie et notre mercure étant sublimé,
vous avez la première partie de l'oeuvre,
et notre enfant est né.

59.

Donc les parties étant divisées
et purifiées la terre doit boire sa
propre humeur, mais cette conjonction
ne se pourra jamais faire que le
corps et l'âme ne soient parfaitement
purgés de leur péché originel par le
moyen de leur propre esprit.

@

(f27r) 27

60.

Or quand ils seront bien remis et
qu'ils seront bien sublimés, alors la pierre
est créée qui n'a besoin que d'être fixée
pour faire des merveilles.

61.

Ce qui empêche plusieurs d'arriver au but,
c'est à savoir peu de foi, peu de patience,
trop d'eau, feu trop fort.

62.

Sans la foi jamais on ne pourrait croire
telles merveilles, sans la patience jamais
ne le mettre en effet, sans la mesure de l'eau
et du feu, jamais n'en viendra à bout.

63.

Peu d'humidité retarde grandement la
pierre, mais trop d'humidité la gâte
entièrement, et pareillement le feu
élémentaire ou externe.

64.

Mon fils comprenez donc bien en votre
esprit la chose que vous devez faire et
regardez ce qu'il vous manque des quatre
éléments ou qualités, afin d'y mettre
tempérament et corriger l'excès.

65.

En notre oeuvre il faut aller
d'un extrême à l'autre, et ne se
peut faire sans de grands changements
de nature, lesquels n'arrivent pas
tout à la fois, mais peu à peu.

@

(f27v)

66.

Ainsi les plus rudes impositions sont
exercées sur les peuples, et les plus
fiers lions sont adoucis, le tout par
douce attempérance et modération, car ce
qui se fait par hâte, ou par faute
court fortune de perdition.

67.

Deux choses sont remarquables en
notre pierre, la 1ere. est la dureté et compaction
du corps, lequel ne peut être amolli que
par sa propre substance, laquelle lui doit
être rendue, la 2e. la conservation
de son espèce.

68.

On parvient à ceci par la seule
putréfaction, car dans icelle les deux
parties du corps sont ramassées et
non par autre moyen.

69.

Des deux parties du corps qui
doivent être rejointes, l'une est mâle,
l'autre est femelle: l'une sèche, l'autre
humide, la femelle par son humidité
attire la sécheresse du mâle et l'amène
à putréfaction.

70.

La putréfaction est le grand nota: C'est
notre grand secret, et en icelle sont
contenues tous les mystères de la pierre.

@

(f28r) 28

71.

La chaleur qui cause la putréfaction peut
être considérée et proportionnée par la
chaleur d'un fumier ou d'autre chose
pourrissante, à savoir une chaleur lente
étouffée et mortifiée.

72.

Si cette chaleur est bien observée avec
la mesure de l'eau: qui est coutumièrement
de dix contre un, il sera difficile qu'il puisse
arriver faute en l'oeuvre, au moins qui ne
se puisse réparer une autre fois par
réitération.

73.

Car vous n'avez autre chose à faire que
de délier le corps et le purger de son
impureté, puis le parfaire selon nature,
et cette déligation ne se fait que par la
préparation et putréfaction.

74.

Et en tout l'oeuvre il n'y a que deux
dissolutions parfaites, à savoir ladite
putréfaction, et la projection, lesquelles ne
se font que par la même nature.

75.

Ayant donc la connaissance de théorie
et sachant quelles sont les matières, et
ce qu'il faut chercher en icelle, les erreurs
même te redresseront, et tu verras
merveilles.

76.

Sache donc que c'est que la pierre,
laquelle Raymond déclare assez en sa

@

(f28v)

théorie, et puis vous trouverez dans sa
pratique le moyen d'opérer, puis gardez
la mesure de l'eau et du feu, enfin ayez
le fourneau secret que j'ai décrit et
vous avez tout.

77.

Nos compagnons ont laissé à leurs
enfants des manuscrits, dans lesquels vous
aurez des leçons de grand prix, mais ce
qu'ils n'ont osé déclarer, je l'ai donné
assez à entendre.

78.

De l'oeuvre de la maîtrise
Chapitre 5.

Celui qui ne sait pas où il faut
commencer, et quel chemin il doit prendre
à cet oeuvre, est en danger de consommer
tout son bien et son temps, et il ne
doit pas prendre à la lettre, car il y a
plusieurs noms à cause de la conformité
comme plomb, étain, mercure vulgaire,
vitriol, vin, sang et autres matières
fausses.

79.

Celui qui s'étudiera sur la plus noble
matière doit espérer un plus noble effet,
car une chose ne peut donner que ce qu'elle a,
il faut donc chercher la perfection
dans la perfection, et non dans les
choses imparfaites.

@

(f29r) 29

80

Et néanmoins sans les choses imparfaites,
notre élixir ne pourrait étendre sa vertu,
car c'est la terre où il faut jeter notre
semence pour convertir cette même terre
de chose imparfaite en très parfaite.

81.

Notre matière c'est donc l'or, qui est le
plus parfait corps du genre métallique
lequel selon Aristote et les anciens, doit
être ramené en sa première matière,
c'est à savoir en soufre et mercure, et
s'en doit faire de même de l'argent.

82.

Il se réduit en soufre et mercure par la
séparation et purgation de ses deux substances
que la nature avait conjointes ensemble
avec imperfection et ordure.

83.

Cette ordure n'est qu'une terre impure
contenue dans le métal avec ses
parties essentielles; cette terre impure
est ce qui tient le corps enseveli
comme dans un sépulcre, et est la
seule cause que l'esprit ne peut agir.

84.

L'esprit ou nature métallique
agira puissamment lorsqu'il sera
délivré de cette prison et dépouillé de
cette ordure et terre damnée.

85.

Il ne faut donc pas rejeter du métal
toute la terre qu'il contient, mais seulement

@

(f29v)

éplucher, nettoyer, et purifier celle qui
est pure, en lui ôtant l'impure.

86.

Cette terre pure est le vrai corps du métal,
l'eau est son esprit, et le feu est l'âme,
et sa splendeur, et tout ce que nous cherchons
est dans le noble corps de l'or, lequel il
faut dépouiller par un régime si doux,
que son humide radical n'en reçoive
aucun dommage.

87.

Ce corps doit être ramené en sa première
matière métallique par la même manière
qu'il a été fait, à savoir par dépuration,
car par ce régime l'esprit sortira du
corps et l'âme semblablement, et ainsi
le corps sera à part.

88.

Et puis le corps ou terre sera glorifié
et élevé en l'air par le moyen de
son eau, et il sera exalté et
sublimé, et ce qui restera au fond
est inutile.

89.

Cet enfant des ph~es est la salamandre
qui vit au feu et qui renaît de ses
cendres; donne-lui donc l'âme de l'or
et puis le mettez au feu de
putréfaction et génération, qui doit être
doux et lent afin que le feu interne ne
soit pas surmonté par l'externe.

@

(f30r) 30

90.

Car c'est l'interne qui convertit les
éléments l'un à l'autre, car alors par
nécessité la putréfaction arrivera et toute
la matière sera tournée en verts
lézards, qui peu à peu se tournera sur le
basane, puis finalement parviendra noir.

91.

Durant ladite putréfaction vous
regarderez souvent la matière par les
fenêtres en levant la moitié du
vaisseau de bois avec le fil de fer, et
mettrez la main dans le globe pour
connaître l'état du feu.

92.

En cette putréfaction consiste toute
la difficulté de l'art, et toute la vérité
d'icelui, et sans icelle rien ne se peut
faire, et icelle seule suffit, en sorte
qu'un seul mot suffit, pour instruire
celui qui demanderait comment se
fait cette pierre, savoir est putréfiée.

93.

Et cela est vrai non seulement au sujet
de la pierre, mais en toutes choses, car
nul changement ni mutation ne se peut
faire d'aucune chose qui soit au monde,
que par la putréfaction, et par icelle toutes
sortes de matières sont changées de formes
et sont converties en un autre avec multiplication
par les influences célestes.

@

(f30v)

94.

Cette putréfaction est le secret de cet
art, et le point où tant de personnes chopent,
lequel a été caché par les anciens ph~es
sous une infinité d'allégories, et d'énigmes,
c'est la nuit des ph~es couverte de ténèbres
pour aveugler les ignorants, c'est leur mer,
c'est leur forêt ténébreuse, c'est l'eau
mystique, qui est appelée vile en toutes
choses, et sans laquelle rien ne se peut
engendrer, et en un mot c'est tout l'oeuvre.

95.

Si vous voulez parvenir ayez l'oeil à elle
seule, et ne vous souciez point de tant de
discours des auteurs, qui parlent de
dragons, de lions, de chiens, de loups,
d'aigles, de coqs, et de renards.

96.

Les auteurs ont parlé de séparation
d'éléments, mais cette doctrine brouille plus
l'esprit du novice qu'elle ne l'enseigne,
c'est assez de savoir que les changements
vont par ordre de voisin à voisin.

97.

Et c'est ce qui est figuré en cet
art par la conversion des éléments,
car en notre oeuvre nous allons
de degré en degré, et les changements
principaux sont appelés conversion
des éléments.

98.

@

(f31r) 31

A mesure que notre matière est
altérée par degrés, elle passe aussi
par diverses couleurs, qui sont infinies
en nombre si les voulez prendre
par le menu.

99.

Mais il y a trois couleurs remarquables
et d'importance, entre lesquelles
les autres arrivent comme folles fleurs,
qui ne servent de rien, les trois sont
noir, blanc, et rouge.

100.

Notre composé donc étant noir si
nécessairement doit venir blanc en
passant par le gris, mais jusques
à cette blancheur parfaite, il ne
faut pas hausser le degré de chaleur,
mais alors il faudra le hausser
non tout à coup, mais peu à peu.

De la multiplication
chap: 6e.

La multiplication n'est autre chose
que l'exaltation de la substance, et
une pure réitération de tout l'oeuvre
par nouvelles matières, et l'accomplissement
de l'oeuvre n'est pas si long aux

@

(f31v)

multiplications, comme à la première
fois, car à chaque multiplication
l'oeuvre s'abrège de neuf mois à trois,
et de la seconde se fera en trois
semaines, et ainsi à la fin en fort
peu de temps.

102.

Car c'est un feu interne qui est
l'opérateur, et tant plus que la vertu
de ce feu croît, et il agit en moins de
temps, de sorte qu'enfin il deviendrait
tout feu, comme un foudre ou basilic.

103.

De la projection
chap: 7e.

Les choses contraires ne peuvent jamais
être assemblées en un sans quelque
moyen, qui ait de l'ingrès aux volontés
et substances tant de l'une que de
l'autre, pour savoir unir et conjoindre
ensemble.

104.

Or l'élixir est tout éloigné et contraire
aux métaux imparfaits, mais d'autant
qu'il est venu de l'or et métal parfait,
il s'accorde et se lie bien avec lui, et ce métal
parfait pareillement avec les imparfaits.

@

(f32r) 32

105.

Ainsi le métal parfait est le moyen
qui fait le mariage de cet élixir avec
les métaux imparfaits, car le tenant
fermement en soi, il le fait entrer
avec soi en iceux.

106.

Mais cette entrée de l'élixir dans les
autres métaux ne se fait pas encore
sans regret qu'il en reçoit, comme
témoigne la plainte qu'il fait en sa
projection.

107.

Il faut donc mettre trois ou quatre
parties d'or pur dans un creuset et
les fondre puis jeter dedans une
partie de votre élixir, et mouvoir le tout
avec une verge, tant qu'ils soient
bien mêlés.

108.

Puis vous le jetterez en lingot et ce sera
une médecine pour guérir les métaux
lépreux, mais si ton oeuvre est au
blanc, il faut mettre de la lune au
lieu de soleil, mais pour l'usage
du corps humain, cette matière
s'accommode autrement, dont vous
avez ample déclaration dans
Lullius.

Fin

@

(f32v]

@


Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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