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Réfer. : 1913A .
Auteur : Anonyme.
Titre : L'Oeuvre royale de Charles VI.
S/titre : .
Editeur : Billaine Pierre.
Date éd. : 1629 .
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OEVVRE
R O Y A L L E,
DE CHARLES VI,
ROY DE FRANCE.
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O E U V R E R O Y A L E, de Charles VI. Roi de France.

HARLES par la grâce de Dieu,
Roi de France, Seigneur des
Seigneurs, Disciple de Philosophie,
& Secrétaire de souveraine
divinité , de coeur bien veillant,
comme de Père bien vrai, sans feintise
découvrirai à vous mes très chers enfants,
lesquels allez médisant & fourvoyant par les
déserts , les profonds secrets de mon coeur,
lesquels la grâce de Dieu notre Seigneur
m'a révélé; non pas pour mon mérite, mais
par sa grâce : Lesquels secrets ont été obscurcis
& celés, car les Philosophes les ont toujours
couverts & occultés comme leurs propres
péchés, & lesquels hommes notre Père
a laissé à ses successeurs obscurs & ténébreux;
par paroles étranges, métaphores, &
semblables diversités. Et moi-même ouvrant
& étudiant en la plus grande Philosophie,
trouvai toutes ces écritures si étranges
& syncopées , qu'en nulle manière ne pouvais
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OEVVRE ROYALLE,
apercevoir ni extraire leur intention:
jaçoit que aucuns d'eux aient aucune fois dit
paroles de la perfection du grand Magistère,
lesquelles sont vraies : Toutefois ils les ont
dites si disjointes l'une de l'autre: l'une çà,
l'autre là , & dessous si nébuleuses couvertures ;
aucune fois négligemment, autrefois
obscurément, & décevant les auditeurs par
diverses manières de semblables, qu'à peine
peut nul parvenir à entendre les secrets des
Philosophes : c'est à savoir des secrets de
Nature, de l'apparition du Soleil & de la
Lune : Pour laquelle chose je fis par mes
Clercs, Maîtres & Philosophes assembler
toutes les écritures, toutes les sciences, &
toutes les investigations faites par divers
ouvrages,au devant dit Magistère & investigation;
ou longues, ou brèves, ou de grand
coût, ou de peu de prix, & toutes les trouvai
vaines, vides & étranges de mon entente,
ainsi comme si ce fussent songes.
Après tout ce advint une nuit que je vis
une merveilleuse vision, de laquelle je fus
maintes fois travaillé; car je me vis près de la
porte du souverain Ciel,
& un homme de grand
étage s'apparut à moi, lequel me mena droit
à
un fenêtrage par où je vis toutes les choses
qui étaient dedans le Ciel, & vis entre les
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DE CHARLES VI.
autres choses, neuf ordres d'Anges, lesquels
avaient un Prince pour Seigneur, lequel ils
adoraient; & attendu que les Anges étaient
appelés en cette manière Anges , Archanges,
Vertus, Principautés, Puissances, Dominations,
Trônes, Chérubins, & Séraphins;
& moi qui moult désirais savoir & entendre
le magistère des choses sues, élu un
Ange en chacun ordre, & m'accointai de
lui: à cette fin que j'eusse réponse des choses
que je voulais enquérir. Et élus du premier
ordre le premier, le second du second, du
tiers le dernier, du quart le cinquième, du
cinquième le quatrième, du sixième le
troisième, du septième le huitième. le
sixième du neuvième, qui est le dernier du
septième; & donc le prochain au dernier,
puis le septième le premier, le sixième avec
le tiers, le quatrième le neuvième: le second
le cinquième, & eurent conseil ensemble : &
je leur demandai le nom du grand Prince
leur Seigneur, & ils me répondirent par accord
selon l'ordre dessus dit : Ne doute mie
du nom du Prince, si tu apprends une chose;
à savoir : il me fut avis que ce fut truffe* ou
fantôme, car j'ai su une chose, à savoir un
Seigneur avec sa bataille, & si su le Soleil &
la Lune, avec les autres choses du Ciel : Aussi
Note du traducteur :
*truffe : tromperie.
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OEVVRE ROYALLE,
je sus une chose., & si en sus plusieurs: &
non pourtant je ne sus mie le nom du
Prince, & pour ce je ne les entendais point:
par quoi, j'ai comme simple, & non sachant,
pris des Anges le septième, le huitième,
le sixième, le cinquième, & leur
priai humblement qu'ils m'accomplissent
mon désir en langage
Latin, Français, ou Anglais,
si que je puisse savoir le nom du grand Prince
dessus dit : & ils prirent avec eux le second,
le premier, le trois, & le neuvième, & le
quart, & firent conseil entre eux général, &
me dirent par une voix commune
Numera sic,
c'est dire, compte depuis un jusques à cent,
mais rien ne trouvai de ce que désirais : &
lors je me tenais pour déçu & trahi, m'en
voulais aller comme forcené : mais le vieillard
me tenait fort par la main, & appela le
premier Ange., & lui demanda son nom, &
il répondit, j'ai nom Blanc : puis appela le
second , & il dit, j'ai nom Rouge : & le tiers
avait nom Paillereux : cinquième appelé
Or volant : le septième était appelé Noir:
Saturne & le dernier s'appelait Invincible:
c'est-à-dire, qu'on ne le peut vaincre: le quatrième
dit qu'il avait nom Celestiau : le prochain
dit au neuvième, qu'il avait nom Vert:
& en la fin il appela le sixième, & il répondit
dit
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DE CHARLES VI.
qu'il avait nom moult de couleurs : &
moi qui tout ceci entendis les noms dessus
dits, mais le nom du Prince que je désirais
savoir ne l'entendis point. Lors me dit le
vieillard: Bel ami, sachez de certain que
le Chef est Prince de tous; & ce dit je m'éveillai
soudainement, & commençai à penser
quelle chose peut être le Chef. L'une fois
s'apparut au Soleil, l'autre à la Lune, l'autre
au Ciel, l'autre à la Terre, l'autre à aucune
des Planètes ou ès autres substances, & n'y
trouvai rien de certain & vérité, de quoi je
fus moult iré*; Si me pensai d'aller par le
monde, pour découvrir & savoir les secrets
& perfections vraies de la vision, & des
merveilleuses choses dessus dites.
En la parfin passai par Inde la Majeur,
en la partie Orientale; & par la divine inspiration,
je vis les rais du Soleil levant, & la
Lune resplendissante : & me fut bien avis,
mais pas n'étais bien certain pour l'obscurité
des nues & des bruines qui volaient par
l'air. Et pour ce que j'étais moult travaillé en
allant & venant, en étudiant & courant selon
la science de naturelle Philosophie ; &
mêmement des secrets des plantes, & des
Principes de Nature; & des accidents survenant
des oeuvres moyennes en la composition
G
Note du traducteur :
*iré : en colère.
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OEVVRE ROYALLE,
de la transsubstantiation, doutant & désespérant
trouver meilleur lieu plus convenable
& plus certain, où je pusse mentionner plus
parfaitement à reuis* pour échever* les froidures
de l'hiver, & des bêtes mauvaises &
venimeuses, lesquelles m'avaient aucune fois
mis en peur & grand péril ; & ce fut le premier
jour de Janvier, cet habitacle & cette
maisonnette faite, je m'en issis* & m'en allai
par le bois quérant & cherchant victuailles
avec ces bêtes menues en assemblant une
grande quantité, & en fis pourvoyance* en
ma maison pour vivre en repos, & en attendant
beau temps clair & délectable : Et advint
qu'un jour j'étais en ma maison, & vis par un
pertuis un très grand Dragon, ancien & vieux
de cinq mil ans ou plus, venant d'étranges
régions, & portant avec lui sa propre femme
grosse & prégnante : de laquelle chose je fus
merveilleusement ébahi & épouvanté, &
regardai, & vis que le devant dit Dragon,
vieux & fort, enleva & ôta la souveraine
chef & copuleuse* partie de la montagne, forma
& entra par-dedans : Après je m'en issis*
& la vis ronde & concave par-dedans, forte
& fermée tout environ, & vis le Dragon parmi
la partie souveraine en une maison ronde
au mont & de pierre; & cette chambre
Note du traducteur :
*reuis : ?.
*echever : achever.
*issis : sortis.
*pourvoyance : provision.
*copuleuse : en forme de coupe ?
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DE CHARLES VI.
était droit au milieu de la maison & là descendis
en ma maison pensant comment je
me pourrai garder de son venin. Je me levai
de nuit & montai sur la montagne &
m'aperçus que le Dragon & sa femme dormaient :
je m'en rentrai tout subtilement en
la montagne, & trouvai la maison grande &
ample, couverte : je m'en allai entour la
chambre & entrai par dedans, & était ainsi :
& en la fin le nid du Dragon emmi* la chambre
bien appareillée & faite de pierre, dont
je fus moult ébahi & peureux, & allai
tout environ & trouvai par dessus une entrée
petite & bien étroite & vis le Dragon
gisant avec sa femme prégnante, laquelle
s'efforçait d'enfanter, & d'avoir sa délivrance.
Adonc je commençai à penser & étudier
comment je les pourrai subtilement
enclore & m'en issir*, & trouvai une pierre
moult bien faite, de laquelle j'étoupai la
bouche du nid & sigillai fermement, & la
chambre aussi par-dessus d'une grande pierre,
& ainsi couvris la maison le plus proprement
que je pus trouver. Après tout ce, pensant
& considérant la puissance du Dragon,
& la vertu de sa femme, & doutant s'ils issaient*
dehors qu'ils ne me fissent peur, pris
la souveraine partie de la montagne, si que
G ij
Note du traducteur :
*emmi : au milieu.
*issir : sortir.
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OEVVRE ROYALLE,
par nulle manière ils ne se pussent issir*;
adonc je m'en partis & m'en allai en ma maison,
& dormi tout à sûr*. Le lendemain au
matin ce fut le tiers Dimanche avant la Septuagésime
j'ouvris une fenêtre de ma maison,
& vis un grand serpent rouge, mais faible,
& était plus ancien que le Dragon, car
c'était son père, & vis qu'il venait de loin
petit à petit tout tempérament jusques au
pied de la montagne, & quérait le Dragon
& sa femme lesquels il cuidait* avoir perdus,
car ils s'en étaient fuis de lui. Celui serpent
s'approchant assez sentit par son odeur
que le Dragon & sa femme étaient en cette
montagne, & alla regarder tout autour la
montagne, & trouva en la souterraine par(tie)
de la montagne une caverne assez petite,
moult était pleine d'engin & subtilité, jaçoit
qu'il fut ancien & faible, si comme père
d'iceux qui étaient en cette montagne enclos
moult iré* & courroucé étaient de ce
que ses propres faons s'en étaient fuis de
lui, & éloignés de lui par manière de désaccord,
& pensant comment il le pourraient
châtier & faire accordance avec lui toujours
sans faire dessevrance* : adonc il entra en
la caverne par dessous, & à peine pour la felleté*
de lui, & si comme il gisait en la caverne
Note du traducteur :
**issir : sortir.
*cuidait : pensais, croyais.
*iré : en colère.
*desseuvrance : séparation.
*felleté : trahison.
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DE CHARLES VI.
il vit la montagne ronde par dessous, & ses
faons lesquels il avait nourris enclos en la
souveraine partie de la montagne, il ouvrit sa
bouche & en jeta un venin attempéré*, non
pas trop fort, & monta par la montagne petit
à petit, & vola entour de la maison de l'enclos
& nid, & n'y pouvait entrer, car si comme
devant j'ai dit, j'avais étoupé, fermé &
sigillé les portes, & les fenêtres de la chambre
& du nid, & le venin ne s'en pouvait issir,
car j'avais bien couvert la montagne par
dessus de son couvercle, si comme il est écrit
par devant. Le serpent comme sage, discret
& malicieux entendant les enclos ses fugitifs
de leur désobéissance punir ou mettre à
mort ou à sa merci, j'aperçus bien que son
venin ne s'en pouvait issir*, pour ce que la
montagne était bien close & que sa vertu
par continuation de persévérance transpercerait
l'habitacle de ses rebelles, & pensant
que le Dragon & sa femme qui moult était
forts & fiers, s'il sentait venin trop aigre
transpercerait tout, & s'en irait par force:
& par vigueur gisait & se tapissait très sagement
& en pensement* en sa caverne, & jetait
continuellement son venin faible & attempéré
jusques petit à petit transperça la
maison & la chambre jusques ès enclos, &
G iij
Note du traducteur :
*attempéré : moyen, tempéré.
*issir : sortir.
*pensement : dans ses pensées, projets, soucis.
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OEVVRE ROYALLE,
ainsi comme cette chose eut duré trois mois,
le Dragon & sa femme s'éveillèrent comme
d'un grief* songe. Et quand le Dragon sentit
le venin de son père approcher il descendit
ses membres, pensant comme par dédain
que ce petit venin: ne lui pourrait nuire ni
aux siens; mais la
Mulier qui moult aimait son
mari, & doutant fort le venin du serpent,
pria son mari le Dragon qu'il couvrît tous
ses membres, laquelle chose il fit volontiers:
& non pourtant elle sentant & odorant le
venin du serpent enfanta par grand peur, &
celui enfant tantôt qu'il fut né, sentant &
apercevant le venin présent ne l'osa attendre:
ainsi ouvrit ses ailes & s'envola fuyant
en la souveraine partie du nid, & quand il
trouva l'huis fermé & clos, il commença à
hurler & à se plaindre, & par grand ennui qu'il
avait se laissa choir par devant les pieds de
son père en désirant paix & repos & soulas*
de sureté: Si comme gisait tout ébahi, il
sortit derechef le venin très prochain qui le
voulait étrangler, & commença à parler &
s'envola fuyant vers la souveraine partie du
nid, & rechuta à val en telle manière qu'il
renversa tous ses membres, & il s'efforça de
monter & voler derechef, & toujours redescendait,
& ce fit plusieurs fois, & il continua,
Note du traducteur :
*grief : pesant, pénible, douloureux.
*soulas : soulagement, consolation.
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DE CHARLES VI.
& en montant & dévalant tant qu'en la
fin ne pouvait plus monter, mais gisait tout
coi ; & moi qui désirais la lumière du Soleil
& de la Lune, regardais souvent l'air & la
montagne, & n'y voyais rien de ce que je désirais,
si que j'étais presque désespéré: non
pourtant je vis choses horribles & merveilleuses
sans fin, lesquelles je n'avais onques
vues; car je vis nues & souvent muées en diverses
couleurs, & les nuées qui étaient
premièrement citrines comme couleur d'or
resplendissante, étaient autrefois de couleur
vermeille, & aucunes fois derechef citrines,
& puis rouges, & puis vertes, bleues ou perces,
& aucune fois noires, & en la parfin je,
comme désespéré & forcené, me levai &
montai sur la montagne, & ouvris la montagne,
maison & chambre, & allai autour du
nid, tant coyement*, subtilement, & paisiblement
ouvrai le nid, & trouvai comme plût
à Dieu, le Dragon, sa femme, & leurs fils,
tous conjoints convertis en semblance
blanche, de laquelle chose j'eus très grande
joie, non croyant de mort mourir; en jetai
une partie sur dix millions de partie d'air,
& tantôt apparut la Lune resplendissante
sur moi de très belle splendeur; après tout
ce moi qui étais moult joyeux, & bien aise
G iij
Note du traducteur :
*coyement : d'une manière douce.
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OEVVRE ROYALLE,
regardai le serpent, lequel m'aidait par
très grand ire, était enflé, & plus fort &
plus grand, & l'ouï en la chambre profondément
persévérer, pensant la fin attendue, &
voir qu'il entendait à faire: j'étoupai derechef
diligemment tous les pertuis & les entrées
du nid de la chambre, de la maison &
de la montagne, & m'en allai en ma maison,
en attendant en bonne espérance & en grand
délit*, les aventures lesquelles j'avais longtemps
désirées & très bien matin l'un des
Samedis, c'est à savoir la vigile de Pâques
je me levai de mon lit, & ouvrai la fenêtre :
ci vis le serpent du tout en la caverne
mort, & était devenu ainsi comme cendre.
Adonc je montai hâtivement sur la montagne
par grand désir, & ouvrai tous les pertuis
& les huis, & la substance de l'enclos laquelle
avait été premièrement blanche,
trouvai transmuée & changée en sang très
vermeil, duquel j'ai jeté & épandu un petit
en l'air, si comme devant est dit, & mille milliers
de parties de l'air me démontrèrent le
Soleil resplendissant : Adonc je rendis
grâces & louanges à Jésus-Christ mon Créateur,
qui l'accomplissement de mes désirs
m'avait octroyé d'avoir le secret de Nature,
reposé & celé à plusieurs autres, & laissai
Note du traducteur :
*delit : plaisir.
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DE CHARLES VI.
maison & montagne, & toutes les Indes , &
m'en revins en France mon pays, pour servir
le père glorieux plein de justice, & de miséricorde,
qui par sa grâce nous mène tous à
bonne fin, & donne vie perdurable
in secula seculorum.
amen. Deo gratias.
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Remarques sur l'Oeuvre Royale.
L A montagne, est le four ci-devant dit:
le devant-dit Liure est parti* en trois
parties principales par vie de percherie*, &
dure jusques au cinquième. Après tout ce
advint une nuit, & là commence la seconde
partie, en laquelle le vaillant Roi démontra
son songe, & dure jusques au troisième:
en la parfin je passai par Inde la Majeur,
& là commence la troisième partie, en laquelle
il déclare son opération par vision du
Dragon & sa femme prégnante & grosse, &
du serpent rouge leur père, & dure jusques à
la fin. En la première partie fait trois choses.
Premièrement démontre la bonne affection
qu'il a envers les enfants de Philosophie. Secondement,
démontre la grande difficulté
de l'Art. Tiercement, démontre la grande
peine qu'il eut de faire corriger diverses é-
Note du traducteur :
*parti : divisé.
*percherie : ?.
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OEVVRE ROYALLE,
critures, & de les mettre en pratique, & en
la fin, les trouver vaines.
La seconde partie principale qui est moult
obscure: il me semble qu'elle enseigne à naturellement
connaître, tant les minéraux,
que les métaux, par voie de Naturaliste, &
nomme la matière & les couleurs. En la
troisième partie principale, le Roi vertueux
par très gracieuse fiction déclare quatre choses.
Premièrement la matière là où il dit qu'il
passa par Inde la Majeur, c'est par le Mercure
des Philosophes en l'oeuvre Majeur, qui est
de couleur Inde ou bleue, s'il est bien fait;
& là où il dit, que par la divine inspiration il
vit les rais du Soleil levant, & de la Lune
resplendissante,
quia in istis duobus, selon les
Philosophes,
sunt radij tingentes, & la Majeure
part des Philosophes s'accordent avec très
clair Roi plein de grande Philosophie; & ce
qui troublait la vue au Roi, c'est à savoir
nuées & bruines, était la liqueur Inde, en
quoi étaient dissouts, & toute chose liquide
est humidité, comme l'hiver est vaporeux,
si que le Soleil & la Lune qui étaient
là, en liqueur faite, ne pouvaient montrer
leurs rais jusques au beau temps, qui est
quand la liqueur se dessèche : car lors se démontraientles couleurs, ainsi qu'il met au
@
DE CHARLES VI.
texte ; & c'est quant à la matière. Secondement
démontre les instruments: car la montagne
où entra le Dragon qui portait sa femme
grosse, c'est le four qui s'appelle Athanor,
& la pierre qu'il ôta de la souveraine
partie de la montagne est le couvercle dudit
four, la maison du Dragon est la supérieure
concavité dudit four, & la chambre du Dragon
est le couvercle de deux pièces du verre,
lequel verre est le nid où le Dragon voulait
attendre la nativité de son fils, lequel
était au ventre de sa femme la Dragonnesse :
& ainsi le Roi s'accordant au dit des Philosophes,
qui disent que Mercure qui est
Dragon,
In triplici vase est coquendus in vitro secundo
corpulo terreo.j.Camera. & domo.j.superiori, in tertio se
transformat Athanoricae quae dicitur mons. Et le serpent
rouge qui se met en la caverne dessous,
est le feu : lequel les avait engendrés & nourris,
lequel se doit administrer en la caverne
dessous la Platine de Mars, qui est le lieu où
se fait le feu à nourrir les choses dedans l'Athanor.
Tiercement, démontre comment
on doit ouvrer de la matière avec les instruments.
Là où il dit, que le Dragon qui s'envola
en haut, quand il sentit le venin du serpent
rouge c'est le Soulphre qui se fixe, montant
& descendant par la vertu du venin, du serpent
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OEVVRE ROYALLE,
rouge, c'est par la vertu du feu, par réitération
de mutations sur les pieds de son
père & de sa mère, qui sont substances fixes,
& les couleurs le montrent avant la blancheur,
& quand est devenu blanc, une part
jetée sur mille mille d'air, c'est du Mercure
qui est air, le convertit en très fine Lune
resplendissante; lors le serpent rouge sentant
qu'ils sont mus, plein d'ire & fort enflés, jete
plus fort venin , c'est force de feu continuel,
le fait tourner en sang vermeil. Quartement,
enseigne le temps qui n'est pas long
du premier de Janvier jusques à Pâques qui
font trois mois, & audit temps enseigne le
Liliateur & non plus, & me semble que le
demeurant est clair, & assez ententible*, ainsi
qu'en cette troisième partie récapitulant en
bref aurez quatre choses, déclaration de
matière, d'instruments, d'opération, & le
temps.
La montagne est le four d'Athanor avec
tous ses instruments & couvercles.
La maison est la partie supérieure de l'Athanor.
La chambre est le couvercle du verre.
Le nid est le vaisseau du verre où est le Dragon
& sa femme.
Note du traducteur :
*ententible : compréhensible.
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DE CHARLES VI.
Le Dragon est le Soleil résolu en humidité,
& la
Lune est sa femme prégnante du Soleil.
Le fils est le Soulphre blanc & rouge.
Le serpent rouge est le feu qui est leur père,
qui est faible & fort selon la volonté de l'artiste.
La caverne est son habitation.
L'Inde Orientale est l'argent-vif, qui est de
couleur d'Inde.
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