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Réfer. : 1706 .
Auteur : Planis Campy, David de.
Titre : L'Ouverture de l'Ecole de Philosophie.
S/titre : transmutatoire Metallique ou ....
Editeur : Charles Sevestre Paris.
Date éd. : 1633 .
@
@
L'O V V E R T V R E
D E
L'ESCOLLE
DE
PHILOSOPHIE TRANSMVTATOIRE
M E T A L L I Q V E
O V,
LA P L U S S A I N E ET V E R I T A B L E explication & consiliation de tous les Stiles
desquels les Philosophes anciens se sont seruis
en traictant de l'oeuure Physique, sont amplement
declarées.
Par DAVID DE PLANIS CAMPY.
Chirurgien du Roy.
A PARIS,
Chez C H A R L E S S E V E S T R E, rüe des Amandiers, au Pelican, prés le College
des Grassins.
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M. DC. XXX III.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
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A MESSIRE
G
E O R G E D E S A R R O N
S A C O N A Y, SEIGNEUR
DE S. PRIS,
Chambonay, le Méage, & Bonnefons,
sous-Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux légers de son
Altesse de Savoie ,& Gentil-homme
ordinaire de sa Chambre.
O N S I E V R,
Plusieurs personnesen ce siècle de Terre
ont entrepris inconsidérément
de le transmuer
en celui de Saturne; mais ils n'ont
pas pris garde qu'en l'excès de leurs prétentions
à
iij
@
E P I T R E.
(au lieu d'un heureux succès
dont leur imprudente espérance les avait
pipez) l'impétueuse émeute des flots de
leur ignorance, les ayant élevés, jusques
au Ciel de leurs imaginations Chimériques,
les a tout à coup précipités dans les
abîmes profonds de leur totale ruine. Et
indignes qu'ils sont voulant manger du
Fruit de vie sont tombés en sens réprouvé;
au lieu d'être assistés de l'Esprit
de consolation, le mauvais Génie a possédé
leur entendement leur faisant perdre toute
vraie connaissance. Tellement que par un
dégoût d'esprit leur maladie s'est accrue
jusques à ce point de croire maintenant
une chose vraie & tantôt fausse. Et se
persuadant être dans un vrai raisonnement
(sans avoir pourtant ni l'intelligence
des Anciens ni des véritables principes)
ils ont, se trompant eux mêmes trompé
presque tout le monde. Or pour éviter
à leur surprise voici qu'en exposant l'obscurité
des Anciens & vrais Philosophes,
je trompe leurs tromperies, & ayant éventé
@
E P I T R E.
leur mine, dépecé leurs gluaux, & déchiré
leurs filets, je les mets aux derniers
abois, & au désespoir de pouvoir jamais
séduire personne; non pas même ceux de
facile créance.
Reste, M O N S I E U R, que vouspermettiez à mon raisonnement de courtiser
la vertu qui accompagne & votre
doctrine & votre expérience: & agréer
que je donne au public ce mien labeur de
pénible recherche & laborieux étude sous
l'adieu de votre Héroïque nom comme
étant issu des antiques Maisons de Sarron
& de Saconay, & de votre profond
savoir touchant ce qui s'y traite. Car à
qui de plus Docte & de plus savant que
vous, le pouvais-je dédier? qui avez tellement
la connaissance de la Nature & de
l'Art, que j'oserai dire que, comme un
autre Salomon, vous avez l'intelligence de
tout ce qui est entre ces deux extrêmes le
Cèdre & l'Hysope. Que si Demetrie le
Phalérien vivait il ne conseillerait plus au
Roi Ptolomée d'acheter tous les livres
à
iiij
@
E P I T R E.
traitant de la Philosophie & de l'Histoire,
mais il le porterait à vous retenir
auprès de lui, vous qui possédez, en gros
tous ce que les autres ont en détail. Ce
n'est pas tout, car si Minerve vous a prodigué
tout ce qu'elle avait de rare dans ses
Cabinets; Mars ne vous a pas été avare
de ses influences: car semblable à Cléobule,
il ne vous a pas seulement départi
sa belle taille & excellente stature, mais
encore vous donnant sa prouesse vous a
fait part de son coeur généreux & de son
visage Martial. Les services rendus au
Roi es Sièges de S. Jean, Clérac, Montauban,
& par tout le Languedoc contre
les Rebelles Hérétiques, sont des témoignages
assez évidents de la grandeur
de votre courage. Que si nous rappelons
les hauts faits d'armes que vous
avez rendus au service de son Altesse de
Savoie, à la défense de Verseil, & d'Ast
contre les Espagnols qui les voulaient assiéger,
nous verrons que Mars combattait,
sous les auspices de ce Prince, en votre personne,
@
E P I T R E.
Car n'est-ce pas vous qui voulant
reconnaître leur contenance, prîtes &
amenâtes prisonnier un Gendarme à la
tête de cinq cens de leur Maîtres? Service
qui faisant reconnaître l'intention de
l'ennemi détruisit leur dessin. Aussi le
commandement que vous reçûtes sur le
champ d'aller avec tous les Carabins de
l'armée escarmoucher l'ennemi vous fit
paraître & connaître si heureux & vaillant
que l'ayant rencontré au passage d'une
rivière vous le contraignîtes se retirer
à sa honte & confusion. Mais que ne fîtes
vous pas au siège de Non? qui avec cinq
Maîtres de chaque Compagnie de l'armée,
repoussâtes cinq cent Chevaux de
l'ennemi jusques dans les portes de Felissan,
avec perte de bon nombre d'iceux &
quantité de Prisonniers. Cet Hector des
Français le feu Connétable Desdiguière,
serait un témoin irréprochable de la
vertu & générosité de votre Ame, &
de la force de votre bras, s'il vivait, auquel
par son commandement vous les envoyâtes.
@
E P I T R E.
Aussi chérissait-il tellement les
Hommes de votre mérite qu'il *soulait dire
qu'il eut acheté à pris d'Or tous les
Capitaines qui ont auparavant été Soldats.
Ce grand Homme l'avait été, c'est
pourquoi il vous chérissait qui avez passé
par tous ces degrés d'honneur: Soldat,
enseigne, Lieutenant & Capitaine, aux
Gardes du Roi, où vous vous êtes signalé
le Nourrisson de Mars, & l'unique fils
de Belonne: notamment au Siège de Gradisque
pour les Vénitiens, où étant Capitaine
des Chevaux légers vous fîtes
paraître la prudence, la force, le courage,
la magnanimité & la vertu, qu'un
Homme généreux & vaillant peut faire
paraître en ces occurrences.
Or d'autant que tout ce qui se peut diresur votre rare mérite surpasse de beaucoup
& la portée de mon esprit & l'étendue
de cette Epître, je finirai ici, sans
craindre nullement (puis qu'il est vrai
que Mars & Minerve vous ont donné
tout ce qu'ils avaient de plus rare & de plus
Note du traducteur :
soulait : de soloir, avoir l'habitude
@
E P I T R E.
éminent) de mettre cet Enfant de mon Esprit
à garant sous le Bouclier de votre
vertu. Recevez-le donc, M O N S I E U R,
& le mettez à l'abri de ce Sacré Asile: &
quand & quand permettez que celui qui
l'a produit, & vous le présente, se puisse
dire à jamais,
M O N S I E V R,
Votre très-humble &
affectionné serviteur.
DAVID DE PLANIS CAMPY,
Chirurgien du Roi.
@
@
P R E F A C E.

'Est à vous & pour vous,
Chers Enfants de la Doctrine
Dorée, que j'ouvre ce jourd'hui
les sacrés secrets de
l'Ecole de la Philosophie
transmutatoire, pour vous
y faire voir à l'oeil, & toucher au doigt la
véritable interprétation de tous les Styles,
desquels les habitants de la Montagne
Chimique se sont servis, pour cacher leur
terre feuillée aux impies ennemis jurés de
Dieu,& des Doctes Nourrissons de la Nature.
Leurs Allégories, Paraboles, Problèmes,
Types, Enigmes, dires Naturels,
Fables, Portraits & Figures, y seront
parfaitement expliqués, & mit en leur
jour: les accompagnant de la vraie exposition
de la Matière, si une ou plus, son
nom, si un ou plus, ses circonstances, ses
actions & opérations, le lieu & le temps
auxquels elle le trouve: Conséquemment
quelle est cette Matière, & comme vraiment
elle se nomme. En suite nous déduirons
@
P R E F A C E.
le moyen d'opérer en cet Art, si un
ou plus & quel. Et tout d'une main, le
Feu, le Four, le Vaisseau, Poids, Temps &
lieu de l'Opération: Ensemble le Temps de
la Perfection, les Signes, ou Couleurs finalement
la Naissance, Augmentation & Projection
de la Pierre. Quoi faisant on verra
l'accord de tous les vrais Secrétaires de la
Nature qui semblaient se contredire; &
parce moyen, ayant découvert la Vérité de
cet Art, vous confesserez qu'il est licite, utile,
honnête, & vertueux, ne répugnant en
nulle façon à la Foi de l'Eglise Catholique,
Apostolique & Romaine. Qu'il soit
licite, nous l'avons fait voir dans notre
Bouquet Chimique, où nous rapportons
l'autorité des Jurisconsultes qui l'ont approuvé.
Qu'il soit honnête, il n'en faut
autre preuve que ses grands Rois & Princes
qui l'ont exercé, lesquels nous avons
aussi remarquez au même livre susdit:
d'où nous pouvons retirer qu'il est aussi
vertueux. Ce Grand Hermès, tant de fois
appelé trois fois Grand par ses successeurs:
eut-il tant peiné pour nous rendre possesseurs
de cet Art, s'il ne l'eut reconnu
honnête & vertueux? Pythagore surnommé
de Plutarque l'Enchanteur, l'eut-il
enseigné publiquement s'il n'eut été
@
P R E F A C E.
licite, honnête & vertueux? les obscures
Sentences, duquel, ou de ses Disciples
nous avons encore aujourd'hui sous le
Titre de Turbe des Philosophes. D'ailleurs
Aristote par la lettre qu'il en écrit à
Alexandre le Grand, nous fait voir l'honnêteté
de cet Art, puis qu'il *semond un
Grand Roi (tel que celui-la) à la recherche
d'icelui. Davantage qu'il soit licite
& honnête, David, Salomon, & Esdras,
nous en rendent témoignage. Le premier
au Psaume onze, les paroles de Dieu
sont paroles nettes, & pures comme argent,
examiné par le Feu, & purgé de la
terre par sept fois. Le second en l'Ecclés.
Chap. 38. Le Tout-puissant a créé la Médecine
de la Terre, & l'Homme prudent
ne la méprisera point. Le troisième, liure
4. Chap. 8. Interroge la Terre, & elle
te répondra que Dieu donne beaucoup
de Terre pour faire des pots; mais il donnera
un petit de poudre pour faire de l'Or.
Or si les Rois profanes & sacrés en ont
eu connaissance, les Saints personnages
ne l'ont pas ignoré. Saint Thomas la
pratiqué, & il a laissé quelque chose par
écrit qui se trouve encore de ce jour. Et
le Beat Albert le Grand son Maître en a
écrit bien amplement. Morienus un bon
Note du traducteur :
semond : de semondre, inviter
@
P R E F A C E.
Ermite (qui enseigna le Roi Calid) la
exercé. Et tant d'autres, que j'omets
pour cause de brièveté, joint que nous
en avons écrit assez amplement en notre
Bouquet Chimique susdit: c'est pourquoi
nous viendrons à son utilité. Or est-
il tellement utile, que j'oserai dire que
sans lui notre vie n'est qu'une mort, notre
repos un tourment, & agitation; notre
calme une Mer agitée des flots écumeux
de toutes sortes de misères. Car
outre que Dieu nous rend possesseurs par
icelui d'une source perpétuelle de richesses
qui ne tarit jamais, & d'une santé non
défaillante, que lors qu'il plaira à Dieu;
il nous donne encore la Science & la Sagesse,
lesquelles ont cette prérogative de
nous donner la Clef pour ouvrir le Cabinet
de la Nature, & nous rendre possesseurs
de ses effets les plus cachés. C'est
pourquoi on peut dire avec vérité, que
tous les Arts ont puisé de celui-ci, ainsi
qu'autres-fois les plus grands Sculpteurs
tiraient les meilleurs traits & linéaments
de leurs ouvrages de la seule Statue de
Policlitus. Tellement qu'étant possesseurs
de cet Art, notre vie est environnée de
murailles si fortes, que nous pouvons dire
hardiment, viennent quant elles voudront,
dront
@
P R E F A C E
les maladies viennent les pauvretés,
viennent le Chagrins, les soucis, &
la perte, elles ne feront aucune brèche à
cette Citadelle; laquelle étant à l'épreuve
de toutes les bourrasques de la
Mer, de tous les accidents de la Terre, des
changements des Airs, & des influences
du Ciel, en brave tous les effets; tellement
qu'étant comblés de tout ce qu'on
peut souhaiter en Terre, on n'aspire à
autre chose qu'à un quatrième bien qui
durera Eternellement, lequel est la
jouissance du Créateur de toutes choses.
Or ses incomparables biens sus-allégués,
qui dérivent d'icelui, montrent
assez évidement qu'il est très-utile &
nécessaire, n'ayant de rien tant besoin que
des biens de l'entendement, afin de nous
rendre différents de ses âmes de boue
qui n'aspirent & respirent que pour les
choses périssables, vaines & de néant;
car ceux-ci peuvent seuls acquérir les autres
deux, savoir les biens de fortune, &
la santé; ceux là pour sans chagrin & misère
couler la trame de notre vie ceux-ci
pour nous conserver en santé, ou la recouvrer
étant perdue.
Et pour parvenir à un si grand bien,
é
@
P R E F A C E.
plusieurs personnes de toutes qualités &
conditions se sont opiniâtrez à la recherche
de la Poudre qu'on appelle de transmutation,
sans pourtant en connaître la
Matière, ni la façon de la mener à sa perfection;
aussi plusieurs d'entre-eux trompés
de leurs Boussole, faisant ancre à toutes
Eaux, agités du vent de leurs erreurs,
se sont fourvoyés du droit chemin de Colchos,
navigant au Gouffre de leur évidente
ruine: car c'est un axiome très-
véritable, que, Q U I N E S A I T
C E Q U'I L C H E R C H E, N E S A I TC E Q U'I L T R O U V E R A.
Quelques autres, desquels le nombre
est très-petit, ont recherché ce bel Art par
une étude Méthodique & en sont venus
à bout, après un travail pénible, & une
longue expérience. Er pour cet effet ils
sont (ayant sacrifié à la basse Junon) descendus
à la plus creuse profondeur, ou le
vieillard Démogorgon a placé le trône
de son Royaume, d'où il engrosse le ventre
de l'ancienne Opis, par l'enfantement
de laquelle viennent tant de biens au
Monde; Il y en a aussi d'autres qui y sont
parvenus favorisés de l'assistance Divine
& de l'aide de leur ascendant constellé
qui dés leur naissance les pousse à la recherche
@
P R E F A C E.
de cet Art admirable, comme à la
possession de leur vrai héritage. En quatrième
lieu, certains l'ont possédée par la
découverte de quelque Ami: Aussi hors
ces voies l'on n'y parviendra jamais, sachez
l'un, il vous manquera l'autre, un point
rompt le centre.
Quand au premier, guères de personnes
pour le présent y arrivent car le
sens littéral des Anciens est vain, & des
récents présomptueux. Touchant le second,
Abraham, Isaac, Jacob, Tobie, &
S. Pierre (qui parlaient familièrement
chacun avec leur bon Ange) sont morts.
Pour le troisième, jamais homme qui aie
fait telle parfaite transmutation, ou qui
entende les Anciens ne le dira. Néanmoins
en ce siècle dépravé, où le vice
marche à l'égal de la Vertu où les Coeurs
de plusieurs brûlent incessamment d'avarice:
on ne voit que des coureurs,
trompeurs, *affronteurs, qui impudemment
se font nommer Philosophes; lesquels,
avec leur ramage doré donnent à
ceux qui les écoutent les fruits de piperie
& vaines odeurs de fumée en rien. On
n'en voit que trop de notre temps, lesquels,
sous quelques parcelles *torcionnées
des expéditions de l'Art Chimique,
é ij
Note du traducteur :
affronteurs : imposteurs
torcionnées : détournées, contrefaites
@
P R E F A C E.
avec un ramage aposté de Philosophie,
de secrets & d'expérience, ne vont publiant
que des recettes fausses & erronées,
lesquelles le plus souvent ils n'entendent
eux mêmes. L'un dira avoir une
projection d'un poids sur dix, l'autre sur
vingt: un autre se vantera de force tiercelets
& médiums pour le Rouge, l'un à
dix huit Carats, l'autre à vingt; celui-
ci à l'Or d'Ecu, celui-là à l'Or de Ducat;
& un autre à la plus haute couleur
qu'il ait jamais été. Quelques autres se
vantent d'en posséder qui soutiennent la
fonte; & les autres à tous jugements. Que
si vous en voulez pour le Blanc, ils ne
manqueront de vous en vendre, savoir
un Blanc à dix Deniers, l'autre à onze,
l'autre à Argent de Teston, un autre
à Blanc de Feu, & quelqu'autre à la
Touche. Ceux ci sont suivis de porteurs
de Teintures, dont l'une sera nommée
l'oeuvre d'un tel Pape, Roi, Empereur,
&c. à cette fin qu'on y ajoute plus de
foi, & qu'on se laisse tromper à crédit sous
le bruit incertain que ces Grands personnages
ont eu ces oeuvres au Teintures.
Chose déplorable que les Grands servent
de prétexte & de couverture au vice! Hé
qu'on y prenne garde; car Dieu est Juste.
@
P R E F A C E.
Misérable siècle, siècle perdu, siècle perverti,
siècle maudit & mal-heureux, où
l'ingratitude & l'infidélité rendent les
hommes indignes de la jouissance de
quelque précieux Trésor: Siècle de
Mammon où l'avarice & l'insatiable désir
d'avoir des richesses, fait adonner les
hommes à la recherche d'une chose de laquelle
ils reçoivent détriment. Ici un
peu de Sel d'Ellébore pour purger le cerveau
de ces gens-là; ou bien un peu de
cette poudre tant chantée par les Anciens
pour tempérer leurs humeurs: un
peu, que dis-je. Mais beaucoup, oui beaucoup;
car si Arnault de Ville-neusve,
Raymond Lulle, Roger Bachon, Riplei,
Isaac, Geber, Morienus, Paracelse, & tous
les Philosophes Chimiques étaient en
France, ils n'en feraient pas assez pour
arrêter cette faim & soif tantalique, voire
telle, que véritablement le plus grand
nombre des François sacrifie à Plutus;
voire quelques uns baillent sur les revers
des Médailles des Princes.; & à mon
grand regret la troupe en est trop grande.
Ces mal-heureux, voyant qu'ils ne peuvent
atteindre le Réel, se jettent aux Sophismes.
Tant de Maison perdues &
ruinées, par ses souffleurs coureurs, qui
é
iij
@
P R E F A C E.
ayant dépensé inutilement après une
vaine recherche tout le bien de quelque
Gentil-homme, Seigneur, Bourgeois,
Marchand, ou autre, font banqueroute à
leurs noms, & à leurs Fourneaux, & laissent
nos pauvres *Lachrymistes au grand
chemin de l'Hôpital au désespoir, & aucun
se portent à une fausse Monnaie, au
gibet, à l'infamie pour leur misérable famille;
quelle cruauté? & s'ils sont médiocres,
ils viennent petits & pauvres: Bon
Dieu, qu'il y en a en France qui en savent
de nouvelles, & ailleurs! combien
de fols Lachrymistes par toute l'Europe.
Et qui en est la cause? ces trompeurs, ces
coureurs; la corde à ces gens-là la roue à
ces meurtriers; un Prévôt, les Archers à
leur queue; car tout le mal-heur de la
France vient d'eux.
Or à celle fin que dorénavant on ne
se laisse plus piper à tels *affronteurs, &
qu'on évite à ses grandes dépenses inutiles,
& aux grandes misères & pauvretés
ou plusieurs bonnes familles sont réduites,
pour avoir fait naufrage en cette rade;
j'ai délibéré en ce lieu de leur donner
des yeux, afin de voir comme en plain
jour parmi la nuit obscure de leurs erreurs.
Et leur faisant reconnaître l'abus
Note du traducteur :
lachrimiste : pleureur
affronteurs : imposteurs
@
P R E F A C E.
& le mensonge, auxquels ces cerveaux
percés à jour les avaient enveloppés, leur
donner la vraie & sincère explication de
toutes les Sentences des Philosophes, notamment
de celles qui dont les plus obscures
& mal aisées à entendre: Voire,
& en telle façon, que pendant cette navigation
Jasonique, ils ne conquerront
pas seulement la Toison Dorée, mais ils
verront parfaitement la restauration
Aesonienne, & par ce moyen combleront
leurs Esprits de la parfaite connaissance
des choses.
Je me doute bien, que les plus secrets
Philosophes Hermétiques, qui sont
dans le Sénat Spagyrique, s'élèveront
contre moi, disant que je leur fais tord de
divulguer cette Science qu'ils ont acquise
par un long & laborieux étude. Et de
fait ils auraient raison, s'il me semble, si
l'honneur de Dieu, & l'utilité publique
n'avaient plus d'autorité que leur considération
particulière. L'ennui que je
supporte en mon Ame, de voir les tromperies
de ses coureurs sus-mentionnés
me fait rompre le sceau Chimique, &
rendre ennemi du silence Pythagorique,
pour désabusant les beaux Esprits, leur
faire en même temps, par un Physique
é
iiij
@
P R E F A C E.
roulement, réduire les trois Principes
universels (bien purifiés & conjoins par
une due proportion) en un Phénix incombustible,
animant par le Bénéfice d'icelui
le Sol: lequel nourri de la graisse du
Soleil, & de la rosée de la Lune, par le
moyen de la Roue Circulaire des Eléments
mise en forme Hexagone par le Bénéfice
de l'Art & de la Nature rendre
ce Phénix en Or. Par lequel, favorisé
du Soleil Céleste, on peut venir à la
vraie Science du Point & Centre; &
partant de la parfaite connaissance de la
Nature, ainsi que j'ai dit ci-dessus. Car
puis que la Racine & fondement de toutes
les choses occultes consiste au Point,
c'est hors de doute, que le fondement
de tous les Arts & Sciences naturelles ne
peut être puisé d'ailleurs. Et c'est d'autant
(afin que je m'explique) que par son
usage on peut (prolongeant la brièveté
de notre vie) faire le tour du Cercle de la
Nature, & comprendre entièrement
tous ses secrets. Car voici le Temps que
les Trésors de la Sage Nature doivent
être mis au jour. La Loi étant destinée
à tous les âges & Nations pour la consomption
du Siècle; il faut que les plus
Spéculatifs emploient tous leurs efforts,
@
P R E F A C E.
pour venir à bout de tout ce qui se présente
à nos sens. Mais sachez & soyez
assurés que cela n'arrivera jamais, si ce
n'est par la Grâce & particulier don de
Dieu (ainsi que nous avons dit ci dessus,
lequel peut concéder à qui bon lui semble
ce prix inestimable par son infinie miséricorde;
ou par la découverte d'un
vrai Oedipe, lequel dénouant les Enigmes
des Philosophes, en redresse charitablement
les dévoyés du chemin tracé
de la Nature. Faites donc, beaux & rares
Esprits, provision de la Grâce du Tout
Puissant; & puis vous viendrez, chers
Nourrissons de la Nature, goûter le doucereux
Nectar cueilli dans les sacrés jardins
d'icelle. Venez (car la lumière déjà allumée
est mise sur la Table) & quittant
l'embrouillement des disputes inutiles
des Ecoles (car ce n'est pas par icelles
que l'on acquiert ce grand bien, mais bien
dans celle de la Nature, étudiant ce
grand livre de l'université du monde,
dont les feuillets font toutes espèces de
créatures, & l'Art par le Feu en est le seul
interprète) faites provision de
fide & taciturnitate,
afin de trouver la vérité, que le
plus petit des serviteurs de Dieu vous
promet faire voir moyennant sa grâce.
@
P R E F A C E.
Mais avant entrer dans cette Ecole
(l'ouverture de laquelle je fais voir plus *appertement
qu'aucun n'a jamais fait) il faut
premièrement être instruit sur un point
le plus important que les Philosophes
Chimiques aient oncques touché, quoi
que jamais clairement expliqué par eux.
Ce point consiste en la vraie intelligence
de leur Matière; laquelle connaissant
parfaitement nous dénouerons facilement
tous les Ambages desquels ils ont
voilé ce que plusieurs cherchent, & que
peu trouvent.
Pour donc bien entendre ceci, il se
faut souvenir que j'ai dit en mon Hydre
Morbifique, & en mon bouquet Chimique,
parlant des principes, que Dieu Eternel
en la Création des choses fit une séparation
des Eaux d'avec les Eaux, & de la
plus pure d'icelle deux il en fit trois parties
pures, la plus pure desquelles il plaça
sur le Firmament, &c. de la seconde
moins pure il en fit le Firmament, les Planètes,
les Signes, & toutes les Etoiles
& de la troisième encore moins pure
il créa les quatre Eléments, dans lesquels
il coula un Esprit de Vie, qui est comme
un cinquième Elément, principe & semence
de Vie à toutes choses, par l'entretien
Note du traducteur :
appertement : évidemment, de manière manifeste
@
P R E F A C E.
& vertu générale duquel ce bas
monde est maintenu. Icelui est appelé
par les vrais Philosophes Esprit universel,
crée de Dieu, qui est au Ciel & en Terre
trouvé par tout, connu de peu de gens
nommé de nul par son propre nom, voilé
d'une infinité d'Enigmes & Figures, ainsi
que nous dirons ci après, toutes lesquelles
lui conviennent fort bien à cause
de son *omniformité sans lequel, ni la
Magie Naturelle, ni la Médecine Chimique,
ni la transmutatoire, ne peuvent
atteindre leur fin désirée. Tellement que
tous les vrais Secrétaires de la Nature en
l'exacte recherche qu'ils ont fait de leur
unique sujet, ne se sont point amusés es
Eléments extérieurs: mais ayant ouvert le
Cachot d'Hippocrate, descendus dans le
Puits de Démocrite, & dévoilé la Nuit
d'Orphée, ont rencontré cet Elément intérieur,
propre & seule Essence des Corps,
qui seul est le fondement de toute Vie.
Or cet Esprit, par ce qu'il est Multiforme,
a été nommé des Philosophes de toutes
les sortes des noms qu'on se saurait
imaginer; comme, Quint- essence, Elixir,
Or Potable, Pierre, Ciel des Philosophes,
Mercure, Azoth, Eau, Feu, Rosée, &
tant d'autres que je serais trop long à les
Note du traducteur :
omniformité : qui a toutes les formes
@
P R E F A C E.
rapporter en ce lieu; entendant néanmoins
une même chose par des noms
fort différents. Car ils l'ont dit Quintessence,
par ce qu'il résulte du tempérament
des quatre Eléments. Ils l'ont
appelé Elixir, à raison que c'est un remède
incomparable à conserver la vie, &
chasser les maladies. Ils l'ont aussi dit
par excellence Or Potable, pour autant
qu'il égale l'excellence de l'Or: voyez
ce que j'en dis en mon Traité de l'Or
Potable. Ils l'ont d'abondant appelé
pierre pour deux raisons; l'une parce
qu'il participe de la Nature du Sel, auquel,
comme au plus ferme fondement
des choses, résident les autres Vertus.
L'autre à cause de sa durée perpétuelle &
invincible. Ils l'ont en suite nommé
Ciel, d'autant qu'elle surpasse de beaucoup
la Nature des Eléments. C'est aussi
icelui qui donne puissance d'agir à toutes
choses naturelles. Ils l'ont appelé Mercure,
par ce qu'il s'accommode à tout, prenant
la Nature de tout ce à quoi il se mêle,
faisant production de tous corps, aux uns
d'une vie plus nette & incorruptible, aux
autres d'une plus *orde, sujette à corruption
& défaillance; le tout selon la prédisposition
de la Matière. Ils l'ont nommé
Note du traducteur :
orde : sale, repoussant, ignoble
@
P R E F A C E.
Azoth, parce qu'il est Médecine universelle.
Rosée, Parce que notre Matière
étant des élevations de l'Esprit Universel
passant par l'Air emprunte une force &
vie séminale d'icelui, qui n'est connue
qu'au Fils de la Science. Eau, par ce qu'en
icelui est la semence de la Vie de toute
Créature. Feu, parce qu'il purifie toutes
les hétérogénéités; ou bien parce qu'il
fait toutes les Générations: & c'est
lors qu'il départ un rais de Chaleur
Céleste à l'humidité terrestre.
Mais comme cet Esprit vital se métallise,
végétalise, & Animalise, & ce en
une infinité de différentes espèces, les Philosophes
qui l'ont pris pour le sujet Unique
de leur incomparable Médecine, l'ont
nommé de tous les noms qui peuvent
convenir à toutes les différentes espèces
qui se retrouvent es trois Genres susdits.
C'est pourquoi quand ils disent que leur
Matière est végétale, ils ne mentent pas
& disent très-vrai quand ils l'appellent
Animale: mais ils sont très-savants, lors
qu'ils la nomment Minérale. La Raison
est, que comme cet Esprit Universel ne
peut être, ni subsister sans un Corps, de
quelque espèce qu'il puisse être (en chacun
desquels Corps il est comme tout suivant
@
P R E F A C E.
la règle de Philosophie que toutes
choses sont en toutes) Il faut que
ce Corps, pour y rencontrer cet Esprit
avec sa Vertu requise, ait une grande
pureté & longue durée, car il est certain
que tant plus cet Esprit de vie trouve
des Corps pleins de perfection, plus
il y fait une plus longue continuation de
forme & de vie, à cause de quoi les Cieux,
les Astres & l'Or, ne défaillent point; or
tout est plain d'Or, d'Astres, & des Cieux,
car il y en a aussi bien dans les Eaux & dans
la Terre comme es hauts lieux: ce que
nous ferons voir dans notre Harmonie du
grand & petit Monde, Dieu aidant;
comme aussi bien à plain en notre Traité
de l'Or Potable, lequel verra bien tôt le
jour pour la ruine de ses imposteurs qui
jusques à présent ont imposé à la plus part
du monde: desquels les paroles sans fruit,
& les promesses sans effet ont plutôt attiré
la haine que l'admiration, & le rejet
& le mépris que le souhait & l'attente de
ceux qui ont pu & voulu autrefois se
rendre savants en cette rare & hardie
conquête du Trésor de la vie.
Voila la raison pour laquelle je dis que
les Philosophes sont très-avancés en la
connaissance de la Nature quand ils appellent
@
P R E F A C E.
leur Matière Minérale, car il est certain
qu'aux Métaux est tout ce que les Philosophes
cherchent, & notamment en
l'Or; parce que comme il est le plus pur
de tous les Corps Terrestres il tient aussi le
plus de cette chaleur vitale, Feu Solaire
& Céleste. Mais parce qu'ils nous avertissent
tous que l'Or commun n'est pas leur
Or, il se faut bien donner de garde de le
chercher ailleurs que dans la Matrice de
la Mère, dans laquelle nous trouverons
un Corps en forme de Sel dans le sein duquel
gît cette Terre Vierge qui encore n'a
rien produit, en laquelle se convertit l'Esprit
Universel épandu au Corps Terrestre,
& d'où par qui toutes choses sont engendrées.
Car quoi que cette Matière soit
tellement Spirituelle, Céleste, invisible, &
occulte qu'il semble que les sens soient privés
de sa connaissance, néanmoins par le
bénéfice de l'Art suivant la Nature les Esprits
se peuvent corporaliser (étant certain
que la Nature ne fait rien où il n'y aie
quelque Spiritualité cachée) ainsi que les
Corps spiritualiser, car si les Esprits sont
principes des Corps il est nécessaire que
les Corps retiennent quelque chose de la
qualité ou condition de leurs parents, cette
Spiritualité gît aux Vertus & puissances
@
P R E F A C E.
cachées qui montrent leurs effets en plusieurs
manières, soit par le moyen des appropriations
ou préparations artificielles,
ou par celui des opérations naturelles.
Qu'il ne soit ainsi nous voyons qu'un
Corps ne nourrit pas un autre Corps, mais
c'est ce Feu vital qui est contenu en eux
qui s'adjoint au Feu vital des autres & se
corporalise: Exemple qu'on prenne garde
à la quantité des viandes qu'un homme
mangera, & à la quantité des excréments
qu'il rendra, & l'on trouvera que la Millième
partie est seulement demeurée en
lui, qui ne peut être autre que la portion
de cet Esprit Universel contenu en l'Aliment.
Celui qui prendra la peine de rechercher
cet Esprit, & le développer de ses
prisons, lui qui est très-plein de vie &
abondant en chaleur nettoiera, & purifiera
toutes choses, d'autant qu'il séparera
en elles ce qui leur sera dissemblable, &
conservera ce qui sera de leur Nature en
telle façon qu'il semblera les privilégier
d'immortalité. Mais de cet Esprit universel
& de ses effets plus amplement en mon
traité de l'Or Potable susdit.
Quand à toutes les circonstances alléguées
au commencement de cette Préface,
ce,
@
P R E F A C E.
il en sera traité bien amplement ci
après, lors que l'occasion s'en présentera
en expliquant, es difficultés, & obscurités
de l'Art.
Mais avant en venir là, j'avertis ici le
Lecteur Chrétien de deux choses; l'une,
que tout ce que j'en dirai sera de l'humilité
de mon Esprit la vanité ne m'ayant jamais
porté jusques à ce point de me persuader
en savoir plus que tous ceux qui
m'ont devancé; au contraire je m'estime
beaucoup plus infirme qu'eux; aussi mon
dessein n'est autre que d'éclairer ceux
qui se pourraient être égarés dans la diversité
des opinions Philosophiques contenues
dans les livres que nous en avons.
L'autre, que tous ceux qui liront ce Livre
se contenteront s'il leur plaît, de ce qu'ils
y trouveront dedans car je proteste n'en
dire jamais davantage, à qui que soit, que
ce qu'on trouvera dans mes oeuvres, parce
que j'ai été trompé, la vengeance à
Dieu; lequel je supplie de tout mon coeur
illuminer les dévoyés à sa vraie connaissance.
Amen.
ï
@
T A B L E
DES C H A P I T R E S
& Annotations ou Explications contenues
en cet oeuvre.
SECTION PREMIERE.
P ourquoi les Philosophes ont voilé cet Art, Chap. I. pag. I,
Avertissement. paragraphe I.pag. 6De la Nature de l'Art, & comme les Philosophes
ont voilé quel il était. Chap.II.pag.8.
Explication, paragraphe 2.pag. II. Des divers styles avec lesquels les Philosophesont obscurci cet Art. Chap.III.pag. 20. Style Allégorique. Chap. IV.pag. 22.Explication, paragraphe 3.pag. 24. Style Parabolique. Chap. V. pag. 29.Exposition, paragraphe 4.pag. 30. Style Problématique. Chap. VI.pag. 33.Exposition, paragraphe 5.pag. 34. Style Typique. Chap. VII.pag. 38.Exposition, paragraphe 6.pag. 39. Style Enigmatique. Chap. VIII.pag. 43.Exposition, paragraphe 7.pag. 47. Des termes naturellement dits. Chap. IX. pag. 57.
Explication, paragraphe 8.pag. 60.
@
T A B L E.
Style Fabuleux. Chap. X.pag. 66.Exposition, paragraphe 9.pag. 68. Des Tableaux & Portraits. Ch. XI.pag. 76.Explication, paragraphe 10.pag. 78.
S E C T I O N
S E C O N D E.
D E la Matière si une ou plusieurs. Chap. I.
pag. 85.
Explication, paragraphe I.pag. 89. Du nom de la Matière si un ou plusieurs. Chap. II. pag. 93.
Exposition, paragraphe 2.pag. 95. Des circonstances de la Matière. Chap. III. pag. 96.
Explication, paragraphe 3.pag.102. Des actions de la Matière. Ch. IV.pag.108.Exposition, paragraphe 4.pag.109. Du lieu & du temps auxquels se trouve la Matière. Chap. V.pag.111.
Explication, paragraphe 5.pag.114. Du prix de la Matière. Chap. VI.pag.123.Exposition, paragraphe 6.pag.125.
S E C T I O N
T R O I S I E S M E.
D Es Opérations de cet Art, si une ou plus & qu'elles. Chap. 1.pag.128.Exposition, paragraphe 1.pag.132. ï
ij
@
T A B L E
Du Feu. Chap. II.pag.134.Explication, paragraphe 2.pag.137. Du Four des Philosophes. Ch. III.pag.142.Explication, paragraphe 3.pag.143. Du vase ou vaisseau des Philosophes. Chap. IV.pag.146.
Exposition, paragraphe 4.pag.147. Du poids des Philosophes. Ch. V.pag.155.Explication, paragraphe 5.pag.158. Du temps & lieu de l'Opération. Chap. VI. pag.164.
Exposition, paragraphe 6.pag.165. Du temps de la perfection de l'oeuvre. Chap VII.pag.168.
Explication, paragraphe 7.pag.170. Des signes, ou couleurs en l'oeuvre. Chap. VIII.pag.172.
Exposition, paragraphe 8.pag.175. De la perfection ou naissance, augmentation & projection de la Pierre. Chap. IX.pag. 179
Explication, paragraphe 9.pag.181.
F I N.
@
@
L'O U V E R T U R E
D E
L'E C O L E
DE
PHILOSOPHIE TRAMSMUTATOIRE
METALLIQUE.
S E C T I O N P R E M I E R E.
----------------------------------------
Pourquoi les Philosophes ont Voilé cet Art.
CHAPITRE PREMIER.

L m'a semblé très à propos,
avant que venir aux styles
avec lesquels les Philosophes
ont traité cet Art, déclarer les
raisons pour lesquelles ils l'ont ainsi
A
@
2 L'ouverture de l'Ecole
voilé; ce qui servira d'une grande lumière
à l'intelligence du reste. Car
tous les sages scrutateurs de la Nature,
quand il a été question de nous
décrire leur grand Secret, ça été avec
tant d'obscurité qu'il est tenu pour
constant l'impossibilité d'entendre
leurs écrits que favorisés de la grâce
du Tout-puissant, par la véritable découverte
que quelque Sage en fera, ou
par révélation; ainsi que nous avons
dit en la Préface.
Or pourquoi ils ont ainsi ombragé
leurs secrets? les raisons en sont infinies
dans leurs livres mêmes, dont
celles qui suivent ne sont pas les moindres.
Agmon vers la fin de la Turbe,
dit, si nous n'avions multiplié les
noms en cet Art, sans besoin pourtant,
tous jusques aux enfants le profaneraient
& s'en moqueraient. Si
je voulais, dit Rasis, révéler ceci appertement,
il n'y aurait plus de différence
du savant à l'ignorant. Si les Rois,
@
transmutatoire. Sect.I. 3
(poursuit Frittes) comprenaient notre
Secret, ils empêcheraient qu'autres
qu'eux en eussent connaissance,
& par aventure deviendraient-ils Tyrans.
Qui divulguerait ce Secret, dit
Augurel, serait cause de l'anéantissement
des autres Arts, car nul ne voudrait
plus rien faire. C'est pourquoi
Rarson, en la Turbe, dit que Dieu a
bien fait de celer cet Art au peuple;
Afin, dit-il, que le monde ne périsse.
Les Philosophes, dit Zenon, ont caché
cette précieuse Médecine, parce
qu'elle vivifie & conserve en un tempérament
d'égalité toutes choses. Or
si les hommes exempts & affranchis
des attaques des maladies ne pouvaient
mourir, par manière de dire,
que de la mort violente, ou décrétale,
sans doute ils s'adonneraient à toutes
sortes d'impiétés, desquelles ceux
qui auraient divulgué ce Secret seraient
coupables. Il y a encore beaucoup
d'autres raisons qui ont obligé
A
ij
@
4 L'ouverture de l'Ecole
les possesseurs de cet Art à le voiler;
savoir, les diverses & mal-heureuses
fins qu'ont souffertes ceux qui l'ont
déclaré *appertement: Exemple de
l'Ermite qui se découvrit au Bragardin,
lequel mourut par la main de
ce banni, après qu'il l'eût fait possesseur
de sa richesse inestimable. Secondement,
de Richard l'Anglais,
lequel après avoir déposé son Secret
entre les mains d'un Roi d'Angleterre
fut fait mourir mal-heureusement
dans la tour de Londres. Et pour ne
nous éloigner de celui-ci, Raymond
Lulle reçut un même traitement
de sa facilité; car voyant que
Edouard ne lui avait tenu promesse
de tourner ses armes contre les infidèles,
s'en alla en Afrique prêcher
la Foi de Jésus Christ,où il fut écorché
tout vif. Je ne puis ici passer
la mort de Jacques Coeur lequel, en
considération de ce secret qu'il possédait,
obtint de Charles VI. pouvoir
Note du traducteur :
appertement : évidemment, de manière manifeste
@
transmutatoire. Sect.I. 5
de forger monnaie d'Argent pur, qui
étaient des Gros valant trois sols,
surnommés de Jacques Coeur: au revers
desquels y avait trois coeurs
qui étaient ses armoiries, & desquels
on en voit quelques-fois: & cependant
on le fit mourir: Mais qu'arriva-
il à Adam abBodenstein pour avoir
communiqué son secret aux Seigneurs
de Venise, & aux Foucres
d'Ausbourg? Or pour abréger ces
exemples, que ne t'est-il pas arrivé,
cher Phoenix de notre âge? pour t'être
trop humainement communiqué
à ce Tyranneau, qui en récompense
t'a traité si inhumainement?
traitement qui a été cause de ta fin
déplorable. Je ne puis passer outre
dans l'histoire de cette mort, parce
que les personnes qu'il conviendrait
nommer sont encore vivants. Aussi ne
puis-je pas davantage m'arrêter sur
les raisons qui ont obligé les Philosophes
Hermétiques à voiler leur divin
A
iij
@
6 L'ouverture de l'Ecole
Art: Toutes-fois ceux qui en voudront
voir davantage lisent la précieuse
Marguerite de Lombard Ferrarien,
comme aussi le Traité des difficultés
de l'Art de Melchior d'Olande,
& ils seront satisfaits. Seulement
je dirai que celui qui par la faveur
divine est en jouissance de cet
incomparable Trésor serait hors du
sens s'il le divulguait, ayant en lui,
avec lui, & pour lui, ce qui peut rendre
un homme heureux & rempli de
félicité. La gloire à Dieu.
----------------------------------------
Avertissement. §. I.
I L faut ici noter avant passer outre, queceux qui ont traité de cet Art, meus
des raisons susdites, en ont parlé avec termes
grandement difficiles à entendre; que
si parfois ils les ont voulu expliquer, ça été
par d'autres plus obscurs; ce que je ne fais
pas en ce lieu, car je désire faire voir cette
Diane toute nue, se lavant aux ruisseaux
de la vérité, laquelle n'a point besoin de
@
transmutatoire. Sect.I. 7
témoignages à ceux qui ont un esprit
épuré; Car la vérité vue & reconnue
n'a plus besoin de preuves. Que s'il
se trouvait quelqu'un apporter des raisons
contraires à icelles, quoi quelles eussent
quelque apparence de vrai semblable, si
est-ce néanmoins, comme dit le Philosophe,
qu'il vaut mieux adhérer à la vérité
qu'à l'opinion des hommes. Bien que, comme
à connu Lombard Ferrarien, cet Art
ne peut être nié par raisons valables, ni
prouvé aussi; parce, comme assure ce
grand Personnage, que les termes de prouver
si cet Art est, sont les mêmes pour
prouver comme il est, c'est à dire qu'on le
déclare très-appertement. Témoin Arnauld
de Villeneusve lequel ayant été
vaincu par Raymond Lulle, lui dit, tu
mas vaincu par tes arguments, & moi je
te veux vaincre par l'expérience, & alors
il lui montra la projection. Or les Philosophes
ne le voulant point manifester, ne
l'ont pas aussi mis en preuve, non qu'il leur
manquât des raisons suffisantes, mais les
causes sus alléguées les en ont divertis,
crainte d'être contraints de faire comme
Arnauld de Ville-neusve. Toutefois ne
mettant en considération ce que dessus, je
ne ferai scrupule d'éclaircir les plus *preiA
iiij
Note du traducteur :
preignante : pleine de, grosse de
@
8 L'ouverture de l'Ecole
gnantes obscurités de l'Art; non véritablement
toutes, mais les plus nécessaires;
par le moyen desquelles on pourra exposer
toutes les autres. Ecoutez donc la suite
de mes discours avec attention, & vous
parviendrez à ce que je vous souhaite,
moyennant l'aide de Dieu; auquel Père,
Fils & saint Esprit soit honneur & gloire
es siècles des siècles. Amen.
De la nature de l'Art, & comme les
Philosophes ont voilé quel il était.
C H A P.
II.

Eux qui ont traité des Arts
& Sciences ont été soigneux
de leur donner un
ordre très-clair & intelligible,
commençant aux choses générales
pour finir aux spéciales. Mais
en cet Art on a fait tout au contraire,
car quelquefois on a commencé par
la fin & fini par le commencement:
@
transmutatoire. Sect.I. 9
& tout cela avec si peu d'ordre que
n'ayant absolument déterminé que
c'était ils ont mis leurs Lecteurs au
désespoir d'y pouvoir jamais rien comprendre.
Oyons donc ce qu'ils en disent.
La clef de notre oeuvre, dit Aristenes,
est faite de la Monnaie. De la
même opinion est Parmenides, quand
il dit, ô hommes de sapience! apprenez
à faire de la Monnaie de notre
Airain. Ces deux ici ont assuré que
notre Art est de faire de la Monnaie.
Oyons Zimon, qui dit que leur Art
est de disposer & parfaire le Plomb
blanc. Theophilus, dit que c'est un
Art de faire de l'Or. Et Obsemegamus
que c'est un Art de faire des Ecus.
Fallait il tant prendre de peine,
Philosophes mes amis pour nous dire
que c'est un Art de faire de Monnaie,
d'Or, & des Ecus. Et comment
vous accorderez-vous avec Socrates,
qui dit en la Turbe que cet Art ne
@
10 L'ouverture de l'Ecole
peut mieux être expliqué que par la
fable de Mysille? lequel étant condamné
à la mort par les pierres noires,
icelles furent converties en blanches
par Hercule. Au contraire
d'autres disent que cet Art est un oeuvre
de Femme & jeu d'Enfant. Et plusieurs
autres, qu'il est la conversion
des Eléments. Que pourra-on donc
croire de la diversité de vos opinions?
Car quoi que vous juriez dire tous
vérité, néanmoins vos diverses façons
de parler mettent en peine vos
Disciples; tellement qu'il s'en trouve
peu qui puissent pénétrer la vraie
intelligence de vos Ecrits. Donnons
leur pourtant des atteintes, & faisons
voir ce qu'un exercice pénible, & un
laborieux étude, joint à un véritable
raisonnement (par la grâce de l'Eternel)
nous en ont appris; La gloire
lui en soit rendue.
@
transmutatoire. Sect.I. 11
----------------------------------------
Explication §. 2.
Q Vi est celui d'entendement si subtil qui ne se trouve étonné à l'abord du
labyrinthe de tant de confuses opinions?
Mais qui est celui qui croira que parmi
tant de contrariétés y ait quelque vérité?
Essayons pourtant de faire voir dans ces
discordes des accords harmonieux; & levant
le rideau de leur ombre découvrons
au jour la Vérité de leurs paroles.
Sachez donc que quand les Philosophes
disent que c'est un Art de faire de
Monnaie, & des Ecus, ils entendent
d'informer la matière de leur Pierre: Car
tout ainsi que le Monnayeur imprime
avec son coin, la marque du Prince sur
l'Or, & lui donne la forme & valeur d'Ecu,
de même les Artistes donnent la Forme
à leur Matière par les instruments de
leur Art. La même chose est-il, quand
ils ont dit que c'était parfaire le Plomb
blanc, car parfaire en ce lieu n'est, autre
chose qu'informer; car une chose étant
parvenue à sa dernière perfection elle
peut être dite avoir sa Forme. Par le
Plomb blanc il faut entendre la Matière
@
12 L'ouverture de l'Ecole
des Philosophes, laquelle peut être dite
Plomb, parce qu'elle est susceptible de la
forme du Plomb, aussi bien que de toute
autre Forme. Sur quoi il faut noter que
quand les Philosophes nomment leur matière
Or, Argent, Cuivre, Fer, Plomb, Salpêtre,
Sel, Antimoine, Orpiment, Arsenic,
&c. qu'ils entendent une même chose,
& qu'ils ne se contredisent pas pour
cela, & ce pour la raison sus alléguée, comme
aussi en ma Préface. Mais d'autant
que ce Plomb est une fois dit blanc, &
quelqu'autrefois noir, resterait ici à dire
pourquoi; Mais parce que nous en parlerons
bien à plain ci après en son lieu,
nous nous contenterons ici d'expliquer
la fable des enfants de Saturne; ce
qui nous conduira à ce que Parmenides
entend quand il dit que nous apprenions
à faire l'Or de notre Airain.
La Fable donc, dit que Saturne avait
quatre enfants, savoir Jupiter, Junon,
Neptune & Pluton; lesquels sont pris par
les Philosophes, pour les quatre Eléments,
savoir Jupiter pour le Feu, Junon pour
l'Air, Neptune pour l'Eau, & Pluton pour
la Terre. Or les parties génératives de Saturne
ayant été tranchées par Jupiter c'est à
dire l'esprit ou essence sulfurée étant
@
transmutatoire. Sect.I. 13
découlée du Ciel, tomba sur la Mer, c'est à
dire chut sur le Sel (car la Mer n'est autre
chose que Sel résout & liquide) lequel
d'eux ensemble engendrèrent Vénus, à savoir
le Vitriol, qui est le principe & le fondement
de notre Or, car il est la principale,
voire totale substance d'icelui, plus
particulièrement que de nul autre des Métaux:
combien qu'il le communique à
tous comme étant leur interne & radical
Soufre, sans lequel nul Argent-vif ne se
pourrait congeler, & notamment en Métal.
Ce qui aurait par aventure mu Paracelse
de l'appeler en son livre
De vita longa,
le premier Métal: toutefois on défère
plus proprement cela au Plomb. Or il y a
une grande convenance du Vitriol avec le
Fer, en ce que l'un convertit l'autre en fin
Cuivre: ce qui ne s'éloigne guère de ce
qu'Homère, au 5. de l'Iliade; dit que les
enfants du Géant Aloeus, à savoir Othus
& Ephialtes lièrent Mars de chaînes de
cuivre & le tinrent ainsi par treize mois,
jusque à ce que Mercure l'en alla délivrer:
Car cette transmutation ne se peut bonnement
faire sans le Mercure.
Or touchant l'airain, il se peut facilement
convertir en Or, & Argent comme dit
Geber, au 36 Chap. de la Somme. Si que
@
14 L'ouverture de l'Ecole
même il est la propre Teinture qui peut
graduer l'Or plus haut que la Nature, & le
pousser jusques à une rougeur infinie, comme
dit le même Philosophe au 18. Chap.
des Fourneaux.
Que si jamais cette métamorphose a été
bien entendue d'aucun Philosophe, ça été
par Paracelse, quand il dit au traité de la
Teinture philosophique,
ad si cupias id est
unitate: (à savoir le Ciel, car rien n'est
plus uniforme que lui)
per dualitatem (le Sel)
in ternario (le Vitriol qui se fait des deux
assemblés pour la composition d'un tiers
représenté par le trident de Neptune Dieu
de la Mer)
cum aequali permutatione cuiusque
deducere; tuam iter ad meridiem (la chaleur
qui est la plus forte à l'endroit des parties
Méridionales)
dirigas oportet & sic in cypro
votum consequeris tuum. Or ce Vitriol venant
à ce rencontrer dans la Terre avec le vif-
Argent, cet assemblement procrée tous
les Métaux & substances Métalliques: c'est
pourquoi en l'ouvrage de l'art qui commence
ou Nature achève le sien, le Vitriol
étant mêlé avec le Mercure compose une
substance qui est le commencement de
l'oeuvre transmutatoire: ainsi qu'on peut
voir dans Morienus, & au grand Rosaire
d'Arnault. N'y ayant rien en ce monde
@
transmutatoire. Sect.I. 15
(comme témoigne George Rypley
Anglais en son traité intitulé
Pupilla artis
Chymicae) qui puisse tirer la pure substance
sulfurée du Vitriol que l'Argent-
vif: ce qu'a traité amplement Rupescissa
en sa Pratique. Or il faut noter éternellement,
que ces deux substances jointes
ensemble produisent un enfant qui a des
ailes à la tête, & aux pieds, lequel recevant
une dernière action ou effort de Nature,
produit l'Or, Ciel, ou Soufre parfait:
dont la semence ou partie générative est
coupée par la faux de Saturne, qui est l'acuité
de notre Eau tant désirée, sans laquelle
l'Esprit ou Teinture de l'Or ne se
pourrait jamais commodément séparer de
son corps, pour être par après replantée en
un Sel de la plus noble Nature Végétale,
où il s'achève de volatiliser, s'augmente
& accroît de couleur jusques en infini.
Et cela est le Germe qui tombe du Ciel
en la Mer, dont ce forme Venus ou le Vitriol
Philosophique, autrement appelé en
Arabe Ziniar, qui en cette langue Arabesque
signifie lumière de beauté, aussi
teint-il tous les autres Métaux en Or: en
outre c'est la souveraine Médecine des
corps humains. Voila notre Or de notre
Airain: mais il me semble avoir par trop
@
16 L'ouverture de l'Ecole
demeuré sur cette explication, venons aux
autres.
De cette Fable nous tomberons dans
celle de Mysille, où il faut remarquer que
par les fèves noires, rendues blanches par
Hercule, il faut entendre les Métaux imparfaits
rendus parfaits par notre Mercure
ailé, qui est l'Hercule que le Philosophe
entend en ce lieu car comme
Hercule purgeait la Terre des Monstres de
même notre Mercure avec sa vertu purge
les Soufres puants & infects, c'est à
dire les purifie & vivifie. Car avant que
notre Or paraisse il faut nécessairement
qu'une forme moins parfaite fasse place
à une plus parfaite: ce que nous déduirons
tout maintenant parlant de la
conversion des Eléments. Quand à ce
qu'ils disent que c'est un oeuvre de Femme
& jeu d'Enfant, cela s'explique l'un par
l'autre, car celui-ci est celui là, & celui
là est celui-ci. Les Enfants prennent de la
Terre, puis pissent dessus l'amollissent & en
font du Mortier notre oeuvre n'est autre
que mener l'Eau avec la Terre. La Femme
en son oeuvre, notez en son oeuvre, contribue
la matière patiente, & la dispose à
la réception de l'agent: & nous que faisons
nous? véritablement autre chose.
Quand
@
transmutatoire. Sect.I. 17
Quand à ce qu'ils disent que cet Art
est la conversion des Eléments; il faut
entendre que la Matière doit recevoir
de degré en degré les qualités des Eléments
avant venir à sa maturité & perfection,
ce que les Ignorants expliquent à
leur mode en cette façon. Il faut, disent-ils,
premièrement tirer l'Eau de la
Matière, & la séparer à part; puis un
huile blanc qu'ils appellent l'Air; après
lequel ils en retirent un de couleur rouge
qu'ils nomment Feu, restant au fonds
de leur vaisseau la Terre: voila leur façon
de séparer les Eléments, que les Philosophes
n'entendirent jamais. Mais par
leur séparation d'Eléments, ils ont entendu
que leur Matière passât de l'imperfection
à la perfection. Or comme
avant de venir d'une extrémité à l'autre,
il faut passer par les moyens, d'autant
qu'un contraire ne peut recevoir la qualité
de son contraire s'il ne change premièrement
de nature & complexion,
les Philosophes ont fait entendre ce
changement par ce mot conversion des
Eléments. Ce que nous avons déduit
en notre Hydre Morbifique; où je dis,
que pour parvenir à cette fin tant désirée,
il faut convertir les deux bas Eléments
B
@
18 L'ouverture de l'Ecole
grossiers & matériels, l'Eau & la
Terre: le sec à savoir de la Terre, & le
froid de l'Eau puis rétrograder des deux
hauts spirituels & formels, l'Air & le
Feu, l'humide & le chaud pour parvenir
à la Vertu & Esprit. En quoi on doit
considérer double pratique, l'une de séparation,
l'autre de réunion. Celle là se
fait en montant par subtilisation, raréfaction,
dissolution, distillation & sublimation:
comme quand la Terre se transmue
en Eau, l'Eau en Air, & l'Air en
Feu; tout par décuple proportion, selon
Timee en son Livre de l'Ame du monde;
mais plus distinctement Raymond Lulle
en sa Pratique Testamentaire. Celle-ci,
qui est la réunion, se fait en redescendant,
par *inspissation, condensation,
descension, calcination, & fixation: ainsi
que le Feu fait en Air, l'Air en Eau,
& l'Eau en Terre, où tout doit finalement
devenir & se rapporter en cet Art.
Estant, icelle Terre, la Mère & Nourrice
Universelle de toutes choses, & la très-
chère Epouse du Ciel étoilé, selon que
le lui attribue Homère en son Hymne:
mais plus convenablement à ce propos
Hermès en sa Table d'Emeraude, où
tout ce grand Secret est uniquement
Note du traducteur :
inspissation : épaississement
@
transmutatoire. Sect.I. 19
bien exprimé:
Nutrix eius Terra est,
dit-il,
vis eius integra est si versa fuerit in
Terram. Separabis Terram ab Igne, subtile
à spisso. Suaviter cum magno ingenio ascendit
à Terra in Caelum; iterumque descendit in
Terram: & recipit vim superiorum & inferiorum.
A quoi nous pourrions faire
cadrer la montée du Soleil sur notre
Horizon, jusqu'à ce qu'il soit parvenu au
Méridien: & sa descente, puis après, du
Midi jusques à la Minuit, à la partie du
Septentrion, où finit la seconde heure de
la nuit: & de là tirer des grands Secrets
Cabalistiques, mais cela est réservé
en notre livre intitulé, La triple
Clef du Cabinet de la Nature, qui verra
bien tôt le jour, Dieu aidant, auquel
Père, Fils, & S. Esprit soit rendu tout
honneur, gloire & louange. Amen.
B ij
@
20 L'ouverture de l'Ecole
Des divers Styles avec lesquels les Philosophes ont obscurci cet Art.
C H A P.
III.

Uoi que nous ayons fait
voir ci-dessus, nonobstant
les diverses opinions des
Philosophes, comme cet
Art est; néanmoins je trouve cela
être peu de chose, si nous ne passons
à l'intelligence des autres obscurités.
Car que profiterait-il au Lecteur
de savoir simplement que cet Art
est, s'il ne savait autre chose, il ne serait
pour cela vrai Artiste. Non plus
que celui qui saura qu'il y a une
Théologie, ou une Médecine, ne sera
pas pour cela ni l'un ni l'autre.
Car la différence est grande de savoir
@
transmutatoire. Sect.I. 21
qu'une chose est, & connaître
comme elle est, Exemple, il ne suffira
pas à celui qui voudra être Nautonnier
de savoir qu'il y a un Art
de Naviguer sur Mer, & n'y serait jamais
bon Maître, s'il ne venait à
l'entière connaissance d'icelui par
la Pratique. De même si quelqu'un
ayant par hasard oui dire qu'il y a
un Art composé de certains Préceptes,
par lesquels dûment & fidèlement
observé on peut produire de
l'Or, ne sera pas pourtant bon Artiste;
mais outre cela il faut savoir
quelle Matière il faut prendre, de
quels Instruments servir, & quelle
voie on doit suivre pour y parvenir.
Or pouvoir de soi entrer dans celle
intelligence, il est très-difficile, voire
impossible, car les Philosophes, en la
description de leurs Préceptes, ont
parlé si obscurément, & en des façons
si différentes, & par des styles si
divers, qu'il est très-nécessaire qu'il
B
iij
@
22 L'ouverture de l'Ecole
nous soit enseigné par quelqu'un qui
le sache. Ce que je m'oblige de faire
fidèlement en ce lieu, choisissant un
Exemple de chaque style desquels les
Philosophes anciens se sont servis, pour
mieux autoriser nos propos. Estant
à noter que nous n'expliquons pas le
style, car il n'en a pas besoin, mais bien
le Secret contenu sous icelui. Donnons
leur donc des atteintes, & commençons,
au nom de Dieu, par l'Allégorie.
Style Allégorique.
C H A P.
IV.

Erlin, parlant d'un style
Allégorique dit, qu'un certain
Roi désireux de surmonter
les autres, se prépara
à la guerre contre iceux; & devant
@
transmutatoire. Sect.I. 23
que monter à Cheval, il demanda
à boire de l'Eau qu'il aimait
fort, laquelle le chérissait aussi. De
laquelle ce Roi ayant bu réitérativement
ne peut monter à Cheval,
mais se trouva tellement appesanti,
qu'il commanda, pour se rafraîchir,
qu'on le mit dans une chambre claire
comme cristal, & icelle en lien chaud
& sec continuellement tempéré par
un Jour & une Nuit; où étant, dit-
il, je suerai bien fort & cette Eau
que j'ai bu ce desséchera en moi, &
ainsi je serai délivré de l'oppression
que je sens. Ce qu'ayant effectué,
& la chambre ouverte, ils le
trouvèrent à demi mort. Mais pour
le faire revenir de cette pâmoison,
ils lui administrèrent quelque peu de
Médecine *humifiante, & l'ayant remis
dans sa chambre en même lieu,
& pour même temps que dessus,
finalement ils le trouvèrent mort:
de quoi bien étonnés ceux qui l'aB
iiij
Note du traducteur :
humifiante : humecter, mouiller
@
24 L'ouverture de l'Ecole
vaient en garde, lui donnèrent une
Médecine composée d'une partie de
Sel Armoniac, & deux de Nitre Alexandrin,
laquelle se Roi n'eut plutôt
prise qu'il commença à crier à
haute voix, disant, où sont-ils
tous mes ennemis? sachent que j'ai
pouvoir de les détruire, si obéissants
ils ne viennent à moi sans tarder.
Ce qu'entendu par iceux ils vinrent
en diligence ce prosterner devant
lui, & il les honora (au lieu d'une
mort ignominieuse) très-tous
des Couronnes & des Royaumes
qu'il avait acquis par le vouloir de
Dieu.
----------------------------------------
Explication. §.3.
I E ne doute pas que plusieurs n'aient interprété ce Roi désireux de surmonter
les autres être l'Or, la raison
est, disent-ils, que tout ainsi qu'un Roi
est le premier des Hommes en son
@
transmutatoire. Sect.I. 25
Royaume, pareillement l'Or est le premier
des Métaux. Je ne nie pas que le
Roi des Philosophes ne puisse quelquefois
être pris pour l'Or, mais non
l'Or vulgaire, mais le leur; comme quand
ils disent,
Honorez notre Roi venant du Feu
couronné d'une Couronne rouge, & cela se
doit entendre de la perfection de l'oeuvre.
Mais en ce lieu on ne doit entendre ni
de l'un ni de l'autre de ces Rois; mais
bien de la Nature de cet Esprit universel,
duquel nous avons parlé ci dessus
en la Préface, laquelle désire surmonter
les autres Natures, voire & les
surmonte. Parmenides en la Turbe dit,
que la Nature vainc & surmonte la Nature:
Et Bassen, au même lieu, mettez
le Roi dans le Bain afin qu'il surmonte
la Nature. Or cette Nature pour surmonter
les autres faut qu'elle soit préparée,
c'est à dire parfaite, car autrement
ne pourrait parfaire les autres. Et
c'est ce qu'ont voulu dire les Philosophes
que leur Elixir doit posséder une
plus grande perfection, qu'aucune chose
de celles qui sont sur la Terre, afin
qu'il puisse facilement distribuer de ce
plus à ceux qui en ont moins.
Avant que
monter à Cheval; c'est à dire avant que se
@
26 L'ouverture de l'Ecole
sublimer.
Il boit de l'Eau qu'il aime; c'est
à dire de sa Nature; car la Nature aime
& *s'éjouit en sa Nature.
Natura Natura
laetatur, & Natura Naturam continet, &
Natura Naturam vincit. L'Eau aime aussi
le Roi: Et c'est ce que disent les Philosophes
que la Nature ne désire rien tant
que d'être parfaite.
De laquelle ayant bu
il ne peut monter à Cheval; c'est à dire que
par cette Eau Pontique le fixe fut rendu
liquide, mais non encore Volatil. Estant
à noter que cette Eau en cet endroit
est prise pour la Chambre (& non pour
le vaisseau de verre, ainsi que quelques-
uns ont expliqué) & le lieu chaud & sec
la Nature du Roi. Dans laquelle & auquel
il doit suer, c'est à dire dissoudre:
puis dessécher l'Eau qu'il a bu, c'est à dire
congeler: & ainsi est délivré, c'est à
dire retourné à son premier être. Et c'est
ce qu'a dit un Philosophe, sois certain
que bien que pour un temps cette Chose
perde sa couleur en fin l'a recouvrera,
car la Nature a ce qu'elle demande.
Quant à ce qu'il est parlé d'un Jour & d'une
Nuit cela se doit entendre par le
Jour la Nature supérieure, & par la
Nuit l'inférieure, l'un pris pour le Roi
& l'autre pour l'Eau de sa Nature.
Quod
Note du traducteur :
s'éjouit : se réjouir
@
transmutatoire. Sect.I. 27
est inferius, est sicut id quod est superius: &
quod est superius, est sicut id quod est inferius,
ad pepetranda miracula rei unius, Dit Hermès
en sa Table d'Emeraude. Ce qui
est en bas est comme ce qui est en haut,
& ce qui est en haut est comme ce qui
est en bas pour perpétrer les miracles d'une
chose; c'est à dire l'oeuvre secrète de
Nature. La Chambre ouverte, c'est à dire
la Nature inférieure cultivée, afin de
faire paraître la supérieure par mode de
Végétation. Ce qu'a très-bien remarqué
Augurel, en ces termes, tu prendras, dit-
il, le Métal bien purgé au profond duquel
est l'Esprit, lequel opprimé sous cette
masse ne désire qu'être délivré & délié
des liens de cette prison. Car alors,
dit-il en autre part, cette Nature Universelle
pullule de soi-même, & croît ainsi
que les Végétaux. Ceux qui l'ont vue
végéter en dix mille petites plantes, de
toutes sortes de couleurs, & ce dans un
même vaisseau, pourront rendre témoignage
si ce que dessus est véritable.
Ils
trouvèrent le Roi à demi mort: c'est à dire
un acheminement d'une Nature débile à
une plus parfaite:
auquel ils administrèrent
une Médecine *humifiante: c'est à dire la cibation
qui se fait par la même Eau que
Note du traducteur :
humifiante : humecter, mouiller
@
28 L'ouverture de l'Ecole
dessus, car quoi qu'elle soit venin elle est
aussi Médecine, faisant mourir & vivre.
& c'est ce qu'a dit un Philosophe, enquis
quelle était cette Eau; c'est celle-là, dit-
il, qui tue & qui vivifie: aussi par icelle,
dit Anaxagoras en la Turbe, notre Airain
étant inspiré prend vie & se multiplie
comme les autres choses.
L'ayant remis
dans sa chambre, c'est à dire, avec l'Eau
susdite,
ils le trouvèrent mort, c'est à dire
que la Matière était entièrement fixée.
Lui donnèrent une Médecine de Sel Armoniac
& Nitre: c'est à dire lui donnèrent ingrès
avec sa même Eau, qui est de sa
même Nature, car autrement ne produirait-il
pas le grand effet qu'on en attend,
parce que,
Natura non emendatur, nisi
in sua Natura propria. Le reste de l'Allégorie
se doit entendre de la Projection
Spécificative. Il se pouvait ici dire de
très-belles choses, mais pour cause de
brièveté je les ai remises en mon Traité
de la Triple Clef du Cabinet de la
Nature, qui verra bien tôt le jour, aidant
Dieu, auquel Père, Fils, & S. Esprit
soit honneur & gloire au siècle des
siècles. Amen.
@
transmutatoire. Sect.I. 29
Style Parabolique.
C H A P.
V.

I l'Allégorie voile cet Art,
la Parabole ne l'obscurcit
pas moins, ainsi que vous
verrez par cet Exemple.
Le Roi Artus parlant d'un style
Parabolique dit, qu'une grande
Trésorière vint malade de diverses
maladies; savoir, Pâles-couleurs,
Hydropisie, & Paralysie. Tellement
que son Corps depuis le sommet de
la Tête jusques à la Poitrine, était
jaune; & depuis icelle jusques aux
cuisses blanc; & delà jusques aux genoux
Hydropique; & d'iceux jusques
à la plante des pieds Paralytique.
Atteinte donc de ces maladies,
elle commanda à son Médecin
@
30 L'ouverture de l'Ecole
de lui chercher sur une Montagne
deux herbes d'incomparable
vertu, lesquelles lui ayant été apportées
elle s'en *seignit, & se trouva
dès-lors parfaitement guérie:
en reconnaissance de quoi elle donna
audit Médecin des Richesses incomparables;
desquelles, en s'en
allant, il louait Dieu de tout son
coeur.
----------------------------------------
Exposition. §.4.
G Rand Secret est caché en celle Parabole,lequel j'exposerai le plus succinctement
qu'il me sera possible. Il faut
donc supposer que les sept Métaux sont
comme un corps duquel l'Or comme le
plus précieux & éminent, en est le Chef;
l'Argent en est le Corps; les Cuisses sont
le Fer & l'Airain; les Jambes l'Etain &
le Plomb; les Pieds sont le vif-Argent.
Ce Corps est malade, c'est à dire imparfait:
car bien que la Nature aspire toujours
au meilleur; néanmoins elle en a
Note du traducteur :
seignit : se signer
@
transmutatoire. Sect.I. 31
laissé quelques-uns dans l'imperfection,
l'impureté des Matrices en étant la cause,
non la Matière car c'est une même.
Or ce Corps désire deux herbes pour le
guérir. Il faut ici noter que c'est une
similitude prise de la convenance des
circonstances de la Matière des Philosophes
avec celle des Plantes: car tout
ainsi comme les Plantes ont faculté de
végéter, de même cette Pierre a puissance
de s'accroître & augmenter jusques
à l'infini (par manière de dire) si elle est
aidée. D'ailleurs, comme des Plantes
on prépare des remèdes qui guérissent les
maladies du Corps Humain; de même
cette Pierre guérit les maladies des Métaux.
Or quand à ce qu'il y a deux Herbes,
il faut entendre la Matière laquelle
étant de deux substances, n'a qu'une
même racine prise pour l'Esprit Universel,
que quelques-uns ont appelé Montagne
de Saturne, & quelques autres
leur Soufre parfait, lequel participant
de la Nature du Feu tient le lieu
le plus haut & le plus éminent de tous
ces compagnons, ainsi que les Montagnes
le sont par dessus les Vallées. En outre
on peut dire que ces deux Herbes signifient,
l'une l'oeuvre au blanc, l'autre
@
32 L'ouverture de l'Ecole
au rouge, & la Montagne être le lieu
d'où elles sont tirées qui est double, savoir
les Métaux & les Fourneaux. Qu'on
voie sur ce sujet les Philosophes qui prennent
presque tous les Métaux & les Fourneaux
pour leurs Montagnes: Quand à
ceux-là, d'autant que la fermentation de
notre pâte en est tirée, parce que la Nature
se réjouit en sa Nature, & se réjouissant
se conjoignent, se conjoignant se colorent
& parfont, &c. Quand à ceux-ci,
c'est en eux & avec eux que cette rare
Opération ce parfait, avec laquelle les
Corps des Métaux sus allégués se
guérissent, & sont riches à jamais
celui qui les possède: cela est si aisé
à entendre que je passerai outre au
style Problématique. La gloire en soit
rendue au Trine-un, à jamais. Amen.
Style
@
transmutatoire. Sect.I. 33
Style Problématique.
C H A P.
VI.

E trois fois grand Hermès,
parlant Problématiquement
de cette Science, dit
en ces termes. J'ai considéré
le rare & excellent Oiseau des
Philosophes, lequel vole perpétuellement
au signe d'Aries; si ses principales
parties sont divisées, il te demeurera,
quoi que petit, & quoi
que son obscurité soit dominante il
est pourtant complexionné avec la
Terre. Icelui faisant paraître diverses
couleurs est appelé Airain,
Plomb, &c. En outre étant brûlé
par Feu véhément au nombre moindre
4. Jours, au moyen 7. & au plus
grand. 10. est dit Terre Argentine,
C
@
34 L'ouverture de l'Ecole
laquelle a une grande blancheur &
s'appelle Air, gomme d'Or, & Soufre
rouge. Prends une partie d'Air
& la mets avec trois de l'Or apparent,
& le tout mis au Bain au nombre
moindre 20. Jours, moyen 30. plus
grand 40. & tu auras ton Airain
qui est le vrai Feu des Teinturiers,
rapatriant les Pèlerins; appelé Feu
d'Or, &c. Garde cet excellent Soufre,
car il sert à beaucoup de choses, &
loué Dieu.
----------------------------------------
Exposition. §. 5.
C Et Oiseau est pris en trois façons chez les Philosophes Chimiques,
savoir touchant la qualité de la Matière,
sa préparation, & sa perfection. Touchant
la qualité de la Matière, elle est
véritablement Volatile, car à la moindre
approche du Feu elle s'élève, aussi
pour lors participe-elle de l'Air qui de
Nuit est dit Rosée & de Jour Eau, mais
Eau raréfiée, de laquelle l'Esprit invisible
@
transmutatoire. Sect.I. 35
congelé est plus précieux que tous les
Trésors du Monde. Mais cet Air venant
à se corporifier (avant que l'Artiste
l'aie pris pour son oeuvre) il est nécessaire
de le décorporifier,
Fax fixum volatile,
disent les Philosophes, &c. Finalement
elle est dite Volatile, lors qu'elle
est en la perfection, parce qu'elle a pour
lors une grande Vertu & vivacité d'agir
sur les choses imparfaites. Quand à ce
que cet Oiseau vole perpétuellement
au Signe d'Aries, l'explication en est
double la premiere, c'est qu'en son commencement
cette Matière est Volatile &
Sublimante; la comparaison étant tirée
d'Aries, parce que c'est le premier des
Signes, & qui plus est Signe Aérien, de la
Nature duquel est notre Pierre, ainsi
que nous avons dit ci-dessus. La seconde
c'est que notre Matière Balsamique Universelle
Aquatique, se tire du ventre
d'Aries; voyez voir en mon Hydre Morbifique
ce que je dis de
venter Arietis.
Quand à la division de ses parties cela se
doit entendre des 4. Eléments, & ce en
la façon que nous en avons parlé ci-
dessus, comme aussi au Traité de l'Or
Potable. Ce mot, petit, est pris ici pour
sa volatilité, laquelle il faut accoutumer
C
ij
@
36 L'ouverture de l'Ecole
peu à peu au Feu, ainsi qu'on accoutume
les petits Enfants, peu à peu, à l'usage
d'une viande solide. Son obscurité;
c'est à dire son peu de pouvoir au commencement.
Il est complexionné avec la
Terre; c'est à dire que notre Matière
quoique débile des-lors elle est pourtant
de la même Nature de l'Or & de l'Argent;
& non seulement d'iceux mais de
toutes les choses qui sont au Monde;
c'est pourquoi il dit que toutes couleurs
apparaîtront. Quand à ce que pour lors
il est appelé Airain & Plomb, nous l'avons
expliqué ci dessus. Icelui étant
brûlé, c'est à dire purifié, &c. Touchant
les Jours nous en parlerons en son lieu.
Est dite Terre Argentine; c'est la même
chose que dessus, c'est à dire purification,
car notre Air étant mondifié est dit Terre
blanche; Air, c'est à dire purifié; gamme
d'Or; c'est à dire Air congelé, à l'exemple
des gommes des Arbres qui ne sont
qu'un Air congelé Soufre rouge, parce
qu'étant le Feu des Philosophes il
brûle l'imperfection des Métaux. Prends
une partie d'Air & la mets avec trois d'Or
apparent; l'Air est pris pour notre Feu, &
l'Or pour l'Esprit de notre Air. Et le
tout mis au Bain, c'est à dire au Feu de
@
transmutatoire. Sect.I. 37
cibation, car sans icelle jamais notre Pierre
n'aurait bonne liquation. Des Jours
il en sera parlé en son lieu. Et tu auras
l'Airain qui est le vrai Feu des Teinturiers;
c'est à dire qui donne la Teinture.
Rapatriant les Pèlerins; c'est à dire qui
fixe en pur Or tous les Métaux imparfaits
& notamment le Mercure qui est dit Pèlerin
à cause de sa Volatilité: aussi est-il
appelé Feu d'Or, c'est à dire convertissant
à sa Nature tous les Métaux, tout
ainsi que le Feu convertit à sa Nature
tout ce qu'il dévore. Le reste est facile,
car il ne faut pas craindre que celui à
qui Dieu fera la grâce de le posséder, le
donne à autrui. Au seul Dieu Trine en
Unité, soit honneur & gloire à jamais.
Amen.
C
iij
@
38 L'ouverture de l'Ecole
Style typique.
C H A P.
VII.

Risleus, celui qui a assemblé
la Turbe, par le
Typiquement en la sorte:
Quelques-uns, dit-il, cheminant
au bord de la Mer, virent
les Habitants de ce quartier là couchant
mutuellement ensemble &
n'engendraient pas; plantaient Arbres
& ne fructifieraient point; semaient
& rien ne croissait. Auxquels
ils dirent s'il y avait parmi
vous un Philosophe vos Fils multiplieraient,
vos Arbres fructifieraient
& ne mourraient pas, & vos Fruits
ne s'éteindraient point, & seriez
Rois surmontant tous vos ennemis.
Et le Roi Marin nous donna son
@
transmutatoire. Sect.I. 39
Fils Gabric, & nous lui demandâmes
aussi sa Soeur Beya, laquelle
était une Fille très blanche, tendre,
& aimable; lesquels nous conjoignîmes
ensemble, & incontinent
Gabric mourut. Quoi voyant le
Roi nous emprisonna; & ayant eu
de lui par prière sa Fille Beya nous
fûmes 80. Jours dans les Ténèbres
de la Prison; puis ayant passé toutes
les Tempêtes de la Mer, nous dîmes
au Roi que son Fils vivait, de
quoi nous louâmes Dieu.
----------------------------------------
Explication. §. 6.
P Ar ceux qui couchent ensemble, est entendu les Alchimistes ignorants qui
joignent Métal avec Métal sans distinction
de qualité, c'est pourquoi ils ne
produisent pas cet unique Fruit que plusieurs
cherchent & que peu trouvent.
Même explication peut-on donner de
ceux qui plantent & qui sement. Quand
C
iiij
@
40 L'ouverture de l'Ecole
à ceux-ci, Balgus en la Turbe dit, que
ceux qui plantent le Mercure (qui est
dit Arbre par les Philosophes) & le plantent
en Terre sèche ne le sachant arroser
ne fructifieront jamais; parce que, ainsi
que j'ai dit en mon Hydre Morbifique,
jamais la Terre ne portera Fruit si elle
n'est arrosée & humectée de la pluie
du Ciel, qui *l'emprègne & la rende fertile:
comme le témoigne le 28. du Deutéronome.
Le Seigneur Dieu ouvrira son
très-riche Trésor, à savoir le ciel, pour donner
de la Pluie à la Terre en saison propre &
convenable. Touchant ceux qui sement &
rien ne croît, ce sont ceux qui ignorent
non seulement quelle est la vraie Semence
des Philosophes, mais encore la façon
de la faire pourrir dans sa Terre: Car si
le Grain, dit le Sauveur de nos Ames,
n'est jeté en Terre & y meurt, jamais
il ne produira & ne multipliera. Se peinent
donc ces faux Chimiques tant qu'ils
voudront, car jamais au grand jamais ils
ne produiront de l'Or s'ils ne sement le
Grain d'icelui dans sa Terre, qui est cette
Terre feuillée, appelée Mercure des
Philosophes: Et là le faire pourrir qui est
la premiere des secondes Opérations, que
les Chimicastres appellent faussement
couleur noire.
Note du traducteur :
emprègne : féconder
@
transmutatoire. Sect.I. 41
Si vous aviez un Philosophe, &c. c'est à
dire si vous aviez une parfaite connaissance
de l'Art & de la Nature, vous parviendriez
à la Génération & production
du Phoenix incombustible, que beaucoup
cherchent & que peu trouvent. C'est
cet Enfant qui ressemble parfaitement
à ces Parents, parce qu'en sa génération
l'Agent proportionné & le Patient disposé
ont été joints convenablement: &
c'est ce que les Philosophes appellent la
Nature aimant sa Nature, le Mâle conjoint
à la Femelle, le Soufre & le
Mercure, &c.
Seriez Rois, &c. Il est certain que celui
qui possède ce saint Don de Dieu
est Roi, sinon actuellement du moins en
puissance; car n'a-t-il pas le moyen d'acheter
les Royaumes entiers s'ils étaient
à vendre. Qui a-t-il au Monde qui se
puisse mieux rendre imitateur de la libéralité
des Rois que celui qui possède un
si grand Trésor? Mais il faut que ce soit
purement pour Dieu, pour l'amour de ce
bon Père Céleste, lequel est seul Auteur
de ce bien qu'il possède. Voila
comme l'on pourrait expliquer ce point,
Mais les Philosophes entendent seulement
parler des Métaux; car il est vrai
@
42 L'ouverture de l'Ecole
que cette Pierre vainc les ennemis de la
pureté d'iceux, savoir leur Soufre
combustible & impur, & les rends tous
des Rois Triomphants, c'est à dire en
Or pur. Par Gabric & Beya sa soeur,
sont entendus, par celui-là l'Argent-vif,
& par celle-ci l'Eau très-claire & blanche
qui s'extrait d'icelui: Et c'est ce que
les Philosophes ont dit qu'il faut que le
Soufre & le Mercure soit extrait d'une
même racine.
Et les conjoignîmes ensemble,
&c. c'est à dire que ce fixe ayant
été fait Volatil (car il est impossible de
faire une telle pénétration & séparation
sans raréfier puissamment la Matière, &
partant la rendre au point suprême de
toute Volatilité) soit encore rendu fixe.
Quand à ce qu'il mourut cela a été expliqué
ci-dessus. Touchant la Prison sont
les Vaisseaux, contenant & contenu, comme
aussi les Fourneaux. Par les 80. Jours,
cela signifie le temps de la corruption, signifié
aussi par les Ténèbres. Le reste
s'entend du temps qui se met jusques à la
perfection de l'oeuvre; qui est la Résurrection
de ce Gabric, Soufre & Huile incombustible,
Sel fusible, & Elixir des Philosophes,
La Gloire à Dieu.
@
transmutatoire. Sect.I. 43
Style Enigmatique.
C H A P.
VIII.

Est ici où les plus rares
Esprits ont sué jusques à
présent, & sueront encore
à l'avenir. Car si les styles
sus allégués sont difficiles à entendre,
l'Enigme est impossible d'expliquer;
la raison est, qu'aux autres
styles ne se donne le plus souvent
qu'une seule explication; mais en
celui ci souventes-fois infinies; parce
que les premiers ne contiennent
qu'une seule obscurité, mais celui
ci en contient Innombrables. Etant
encore à noter que l'Enigme ne
peut, que rarement, être entendu
que de celui qui l'a fait; & j'oserai
dire que c'est lui, plutôt que
@
44 L'ouverture de l'Ecole
les autres styles, qui a voilé cet Art,
en telle façon qu'il est bien difficile
de pénétrer à sa vraie connaissance.
Or afin d'être bref, ainsi que je me
suis proposé au commencement de
ce Livre, j'ai délibéré de ne rapporter
pas en ce lieu beaucoup de ces
Enigmes; la raison est, que de l'intelligence
du peu que j'en rapporterai
on pourra parvenir à l'entière connaissance
des autres, lesquels sont
infinis dans les Livres des Philosophes.
Aristote, ou un supposé pour lui,
dit, lie les mains à une Femme (laquelle
allaite) par derrière, afin
qu'elle ne puisse affliger son Fils,
mets y sur les mains un Crapaud, afin
qu'elle l'allaite jusques à ce qu'elle
meure au Feu, & restera un Crapaud
gros de lait.
Balgus en la Turbe, dit, prends
cet Arbre blanc, édifie lui une Maison
ronde dans laquelle tu mettras
@
transmutatoire. Sect.I. 45
un homme âgé de cent ans. Laisse-
le là 80. jours je vous dis en vérité,
dit-il, que ce Vieillard ne cesse de
manger du Fruit de l'Arbre jusques
à ce qu'il soit devenu jeune.
La Philosophie Mystique nous
propose un Phoenix qui se brûle dans
son nid opposé au Soleil, l'Ame d'icelui
étant,
Si formam dederis formosus
ero. Et au même Livre la Matière
de la Pierre parlant dit, que son
Eau est cachée dans le Feu vif qui ne
brûle point.
Le Cosmopolite, dit, que voyageant
du Pôle Arctique à l'Antarctique,
fut jeté au bord d'une grande
Mer, où il ne savait où trouver
le Poisson Echneis. Dans laquelle
pensée étant, il vit les Molosines
nageant avec les Nymphes:
puis le Vieillard Neptune avec son
Trident, lequel lui montra deux
Mines, l'une d'Or & l'autre d'Acier, en
suite l'Arbre Solaire, & l'Arbre Lunaire,
@
46 L'ouverture de l'Ecole
disant que l'Eau pour les arroser
était tirée des rays du Soleil & de
la Lune. Au lieu de Neptune apparut
Saturne, lequel mit dans cette Eau le
Fruit de l'Arbre Solaire, laquelle
seule a puissance de l'améliorer en
telle façon qu'il ne sera plus besoin
d'en planter ni enter; car elle peut
par sa seule odeur rendre les autres
six Arbres semblables à soi &c. le
reste de l'Enigme s'entendra assez en
la production de l'Ame ou explication
de ce peu que nous en avons dit
ci dessus qui en est comme le corps.
le passe, pour abréger, une infinité
d'Enigmes que les Curieux pourront
voir es Livres des Philosophes; c'est
pourquoi nous donnerons, aidant
Dieu, dans l'explication de ceux-ci.
@
transmutatoire. Sect.I. 47
----------------------------------------
Exposition. §. 7.
L Je les mains à une Femme, &c Cette Femme qui allaite son Fils est l'Eau
Mercurielle laquelle vient peu à peu à
humecter le Soufre, qui est la Terre
des Philosophes; laquelle Terre cette
Eau a produite, c'est pourquoi elle est
dite son Fils: Et c'est ce qu'ils disent que
la Terre se produit de l'épaisseur de
l'Eau,
Ex grossitie aquae Terra concreatur,
dit Aristote en la Turbe. Quand au liement
des mains, il est entendu de la disposition
qu'il faut donner à cette Eau, afin
que le Soufre se puisse joindre & perfectionner
parfaitement avec elle.
Mettez
y sur les mains un Crapaud &c. Ce Crapaud
est le Soufre, dit ainsi parce qu'il
n'est encore que venin; c'est à dire qu'il
n'est pas réduit à cette Vertu incomparable
que nous requerrons de lui.
Jusques à ce
qu'elle meure au Feu; c'est à dire, que la
ferveur de sa Ponticité soit totalement
convertie en la substance du Soufre
qu'ici le Philosophe prend pour le Feu.
Et restera un Crapaud gros de lait, &c. c'est
@
48 L'ouverture de l'Ecole
à dire, que le Soufre est venu à augmenter
peu à peu en qualité & Vertu, que quelques
uns appellent un grand venin; car
aussi pour lors il a pouvoir d'exterminer
toute l'imperfection des Métaux.
Quand à l'Arbre blanc, il faut entendre
le Mercure extrait de l'Antimoine des
Philosophes; dit blanc à cause de la pureté
qu'il doit avoir, laquelle il faut aussi entendre
pour la maison ronde qu'on lui
doit édifier, parce qu'alors on le rend à
une égalité parfaite. En icelle on doit
loger un Homme vieux; c'est à dire joindre
un autre Mercure qui excelle, s'il est
possible, le Mercure susdit en blancheur,
c'est pourquoi il est appelé vieux: joint
qu'étant extrait des mamelles de la
Mère Universelle, plaines du lait de cet
Esprit Universel, il peut être dit Vieux,
parce qu'il est le Principe spécifique de
toutes choses. Icelui pendant le terme de
sa parfaite coction, entendue par les 80.
Jours, ne cesse jamais de se transmuer en
Soufre qui est entendu par le manger ci-
dessus; qu'il en devient jeune; c'est à dire
qu'il acquiert une parfaite rougeur, qu'il
faut entendre, ici, pour son éminente Vertu
à réduire les imparfaits en parfaits.
Touchant le Phoenix, & sa devise, il
faut
@
transmutatoire. Sect.I. 49
faut entendre que c'est l'Esprit extrait
de l'Or calciné par la propre odeur de
son Eau Claire & intérieure. Lequel
étant comme la Matière patiente, que
quelques-uns appellent Mercure, il demande
sa Forme au Soleil; c'est à dire
au Soufre qui est comme sa Matière,
ardente; c'est pourquoi,
si tu me donnes la
Forme, dit-il,
je serai formé en beauté; c'est
à dire je surpasserai en beauté tout ce
qui est de plus rare & éminent au Genre
Metallique. Quand à cette Eau cachée
au Feu vif qui ne brûle point, il faut entendre
le Mercure des Philosophes, ce
vrai Androgyne, cet unique sujet qui de
soi & par soi, sans aucun artifice est uni
avec soi.
Touchant le Pôle Arctique & Antarctique
du Cosmopolite, il faut entendre la
procédure de notre oeuvre; savoir par
l'Arctique, la solution & coagulation, qui
est ce que les Chimicastres appellent la
couleur noire par l'Antarctique, la Sublimation
appelée d'eux couleur blanche
& la fixation dite couleur rouge. La Mer
est le vaisseau, quelques-fois pris pour le
Mercure ou Air des Philosophes: l'Ecneïs
est la fixation de l'oeuvre, laquelle venue à
ce point arrête tellement toute Volatilité
D
@
50 L'ouverture de l'Ecole
que tous les efforts du Feu ne la sauraient
faire monter: Et les Melosynes
sont les diverses circonstances qui se rencontrent
dans l'Opération d'icelle. Quand
à Neptune & son Trident, cela se doit entendre
par les trois principales Vertus qui
se trouvent en l'oeuvre parfaite; savoir,
de guérir les Animaux, les Végétaux, &
les Métaux. Secondement, parce que notre
Matière est dite Végétale, Animale,
& Minérale. En troisième lieu, parce
qu'elle consiste des trois principes Sel,
Soufre & Mercure. Quatrièmement, on
le peut prendre pour les trois principales
émanations en l'oeuvre, que quelques
uns appellent couleurs. Finalement, on
peut véritablement dire que ce sont les
deux Mercures, & le Soufre des Philosophes,
qui, quoi que trois séparés, sont
pourtant tirés d'une même racine, ce qui
est dénoté par le manche du Trident qui
est un. Ce Dieu de la Mer lui montra
deux Mines, l'une d'Or & l'autre d'Acier.
Par lesquelles il faut entendre l'Air & le
Feu: Celui-là étant seul le réceptacle
de l'Eau Minérale; laquelle véritablement
n'est autre chose qu'un Air congelé;
c'est pourquoi si nous ne savons cuire
l'Air sans doute nous faillirons, car c'est
@
transmutatoire. Sect.I. 51
la vraie Matière des Philosophes: Estant
très-véritable qu'on doit prendre l'Eau de
notre Rosée de laquelle est tiré le Salpêtre
des Philosophes, duquel toutes choses
croissent & se nourrisse. La Matrice
duquel est le Centre du Soleil & de la Lune;
lesquels sont dits Arbres, parce qu'ils
sont animés du Salpêtre susdit; lequel
étant comme la vie de toutes choses, il
engendre & rend manifeste l'Esprit général,
l'activant à production. A quoi convient
fort bien ce que dit Calid, que les
Minières des choses ont leurs racines en
l'Air, & leurs têtes ou sommités en Terre.
Or pourquoi le Cosmopolite a appelé
cet Air Or, c'est parce qu'il convient
grandement à icelui, à raison de sa couleur
citrine, qui est une moyenne disposition
entre le blanc propre à l'Eau, & le
rouge au Feu; suivant le Philosophe Rasis
en sa Lumière des Lumières;
Quoniam,
dit-il,
nulla nostro operi necessaria est aqua nisi
candida; nec Aër nisi croceus: joint que la
substance de l'Or est fort *Aëreuse, tant
pour sa grande *anaticité & température,
que pour la grande conformité du mot
Aurum (dit ainsi de la similitude qu'il a
avec la couleur de l'Aurore selon Festus;
D
ij
Note du traducteur :
aëreuse : aérienne, volatile
anaticité : ? du grec ἀνατίκτω enfanter de nouveau
@
52 L'ouverture de l'Ecole
ou au rebours comme veut Varron,
Aurora
dicitur ante solis ortum; eo quod ab igne Solis
tum Aureo Aër aurescit) & de celui d'Aura
qui est une subtile vapeur Aëreuse s'exhalant
de la Terre comme l'haleine du dedans
de l'estomac. Pacuvius dans le
même Varron,
Terra exhalat Auram atque
Auroram humectam. Davantage la conformité
qu'a le mot
Or ou
Aur avec l'Hébreu
Aver ou
Avir, nous montre l'Or
être convenablement approprié à l'Air;
car en ôtant le
Iod il restera
Aur; & le
Vau, il y aura Air; auquel symbolise sa
couleur de jaune doré ou citrin, ainsi que
j'ai dit, qui est la vraie couleur de l'Or,
duquel elle a pris aussi son appellation.
Mais cela se doit entendre pendant que
l'Or demeure en sa Nature; car quand il
vient à être séparé son Soufre, Ame, Esprit
ou Teinture (ce n'est qu'une même
chose) rouge à pair de Rubis, s'appelle
Feu; d'où je prendrai occasion de dire
qu'en l'Elément de l'Air toutes choses
sont entières par l'imagination du Feu; lequel
Feu nous devons entendre être cette
autre Mine dite d'Acier; Car selon Panthee,
en son Traité de l'Art Chimique,
la semence principale de l'Elixir, & de
@
transmutatoire. Sect.I. 53
tous les Métaux, n'est autre que le Mars,
& Mars n'est autre chose que le Feu pour
être un Soufre rouge chaud & sec, &
de facile combustion. Ce que confirme
Alphidius au Traité de
Aurora consurgens,
où il dit que le Fer des Philosophes n'est
point attiré de l'Aimant; parce, dit-il,
que c'est du Feu. Ce qu'affirme Raymond
Lulle au Livre des Minéraux; disant,
que les Hommes ne pourraient sustenter
leur vie sans le Fer des Philosophes,
qui n'est autre chose que le Feu. Et
Senior, a bien osé avancer que du Fer,
qui est le Feu, s'engendre la Lumière & le
Secret des Secrets. Concluons donc que
sans l'Air & le Feu nulle chose ne serait,
non seulement produite, mais ne pourrait
pas subsister. C'est pourquoi François
Georges Vénitien de l'Ordre des Frères
Mineurs, au premier Cantique de son Harmonie
du Monde, chap 5 du 6. Ton, dit,
que l'Homme vit avec le reste des choses
sublunaires, & notamment avec les Métaux,
d'une vie venant d'en-haut lesquels
ont delà certain Esprit très-occulte & caché
qui jamais ou fort rarement n'en a peu
être séparé par aucun artifice, si ce n'est
par ceux à qui Dieu a départi cette grâce.
Suffit maintenant de ces petites notes
D iij
@
54 L'ouverture de l'Ecole
sur l'Or & l'Acier du Cosmopolite,
réservant le reste en un Livre particulier
que nous faisons touchant la vraie explication
de tous les Traités qu'il a faits en
la Metallique; c'est pourquoi nous viendrons
au reste.
Les Arbres Solaire & Lunaire,
sont pris pour les Mercures des Philosophes;
l'un au rouge, & l'autre au
blanc; lesquels sont dits Arbres à cause
de leur faculté Végétative; & qu'en
effet sont ceux qui nous produisent les
fruits que nous demandons; Car tout
ce que les Sages cherchent (disent les Philosophes)
est au Mercure. Ces Arbres sont
arrosés avec l'Eau tirée des rays du Soleil
& de la Lune. Ceci se doit entendre de
l'Esprit Universel, lequel est Fils du Soleil
Céleste qui est son Père & de la Lune
qui est sa Mère, ainsi que dit le trois fois
grand Hermès: c'est pourquoi nous avons
dit en notre Bouquet Chimique, parlant
du Sel, que le Fils dans la Terre a un Père
au Ciel; Fils qui a les mêmes facultés
de vinifier que le Père; à raison de quoi
Hermès dit,
que ce qui est en bas est comme
ce qui est en haut; Estant vrai que plus les
rays du Soleil Céleste sont puissants, plus
ceux du Terrestre sont effectifs. Et lors que
@
transmutatoire. Sect.I. 55
leurs Rayons se joignent en droite ligne,
le Fils corroboré du Père manifeste le Père,
& ce Père dans sa vivifiante chaleur
fait paraître les productions du Fils. En
laquelle production il semble que Saturne
soit nécessaire, c'est pourquoi il est dit
dans l'Enigme que Neptune s'en alla &
Saturne parut en sa place. Sur quoi il faut
noter qu'icelui est représenté par les Philosophes
en Vieillard tenant une Faux.
ayant pour devise un Serpent, qui se recourbant
en figure circulaire mord sa
queue, pour dénoter sa Vertu & Nature régénérante,
par laquelle il se refournit & r'engendre
lui-même, de sorte qu'il est toujours
en ronde & indéficiente croissance.
Il est dit vieil parce qu'il est principe de
tout; aussi est-il Fils de
Caelie & de
Vesta
(qui sont le Ciel & la Terre) & Mary
d'Opis
sa Soeur, qui est cette Vertu aidante
& conservatrice de tout; car ses Enfants
qu'il dévore & puis les revomit, sont les
corps auxquels il a donné l'être en chacun
des trois genres, lesquels en leur fin se réduisent
en lui pour en produire de nouveaux;
afin que par cette perpétuelle vicissitude,
l'ordre établi dès la Création du
Monde puisse à jamais s'entretenir & conserver.
D
iiij
@
56 L'ouverture de l'Ecole
Sa faux est la mordante ponticité
dont il tranche & dévore tout; sans laquelle
l'Esprit ou Teinture de l'Or ne se
pourrait jamais commodément séparer de
son Corps, pour être puis après replanté
en un Sel de la plus noble Nature
Végétale, où il s'achève de Volatiliser,
s'augmente & accroît de couleur jusques
en infini. Laquelle seule a puissance de
se communiquer aux autres six Métaux,
& la rendre semblable au corps duquel
elle a été extraite: c'est pourquoi il
est dit dans l'Enigme qu'il ne sera plus
besoin de planter d'autres Arbres, car la
seule odeur de celui-ci a puissance de
rendre les autres six semblables à lui.
A notre Débonnaire Dieu soit rendu
honneur & gloire à jamais. Amen.
@
transmutatoire. Sect.I. 57
Des Termes naturellement dits.
C H A P.
IX.

Arcille Ficcin, en son
Livre de l'Art Chimique
chap. 5. dit, quand tu voudras
produire Or, ou Argent,
prends leur semence; car pour
produire un homme la semence d'icelui
y est nécessaire: le semblable est
d'un Arbre, d'une Plante, d'un Lion,
&c. Regardez un Enfant qu'on allaite,
dit Eviganus en la Turbe, & ne
le troublez point car en lui est le Secret.
Et Bodillus en la même Turbe,
sachez que notre oeuvre ne se
fait sans conjonction de Mâle & de
Femelle, & ce par régime de chaleur,
Morienus dit, que notre oeuvre ressemble
à la Formation de l'Homme, &c.
@
58 L'ouverture de l'Ecole
voila partie de ceux qui tirent leurs
similitudes des actions de la Nature
en la production des Animaux:
Oyons ceux qui les tirent de la
même en la production des Végétaux.
Le même Marcille Ficcin en son
3. chap. refusant l'opinion de ceux
qui prennent le Soufre & l'Argent-
vif (c'est à dire communs) comme
principes des Métaux, dit ainsi; il est
manifeste que les Plantes sont produites
de l'union de l'Eau avec la Terre
plus subtile, moyennant la Vertu
Solaire mais si tu la voulais produire
tu ne prendras pas l'Eau & la Terre
car tu n'en ferais rien, mais tu prendras
plutôt ce qui est déjà produit,
non tout son Corps, mais la Vertu
Générative d'icelle Plante laquelle
gît en sa Semence. Le même observeras-tu
en la production de ton
Elixir, &c.
Ceci n'étant pas entendu de tous,
@
transmutatoire. Sect.I. 59
plusieurs ont pris, pour produire ce
grand oeuvre, le Soufre & le vif-
Argent, celui-là au lieu de Mâle,
& celui-ci pour la Femelle, conduits
à cela par le Trévisan qui dit
que les Métaux sont faits de Soufre
& de Mercure. D'autres ont
pris le Mercure & le Vitriol, & plusieurs
l'Arsenic, parce qu'ils l'avaient
ainsi lu dans Geber & dans Isaac
Hollandais.
Or comme tous ceux qui ont traité
de cette Matière ont été quasi discordants
en ce point, ils ont été
pourtant d'accord en ce qu'ils ont
tous unanimement dit qu'il est très-
nécessaire de connaître parfaitement
la Génération des Métaux pour
parvenir à la perfection de notre
oeuvre. Pour à quoi donner quelque
lumière venons au dévoilement de
leurs obscurités; de quoi la gloire en
soit rendue à l'Auteur de toutes
choses. Amen.
@
60 L'ouverture de l'Ecole
----------------------------------------
Explication. §. 8.
N Ul ne révoque en doute qu'il n'y a aucune chose de produite dans les
trois règnes de Nature sans semence; &
quoi qu'il semble qu'au règne animal il
s'y produise des insectes sans Semence
apparente, comme aussi dans le Végétal
quelques Plantes, néanmoins cela ne
se fait pas sans la coopération de l'Esprit
Universel; car il est certain que c'est lui
qui les contient toutes en soi; lequel les
produit diversement selon les diversités
des Matrices qu'il rencontre aux Eléments.
C'est pourquoi Hippocrate a cru qu'il y
avait un Fondement général de toutes
choses, où sont contenues les raisons séminifères
de Nature, d'où viennent les
engendrements, formations, nourriture,
accroissement & autres actions Naturelles,
lequel il appelle premièrement Orque &
abîme. Les Platoniques l'ont nommé
Nature séminifère. Et les Aristotéliques,
Matière non brouillée des qualités
des Eléments, mais très-pure & comme
@
transmutatoire. Sect.I. 61
Divine. Paracelse le nomme Principe
Vital en Nature. Et Pythagore le compare
à l'unité de laquelle provient toute
multitude: mais de ceci plus à plain en
mon Traité de l'Or Potable.
On me pourrait ici alléguer que quoi
que les Animaux, & Végétaux soient générés,
par Semence, que néanmoins cela
ne se rencontre pas aux Minéraux, & que
partant tout ce qui se produit es trois règnes
ne l'est pas par semence, celle des
Métaux nous étant inconnue, & invisible?
Pour à quoi répondre je dis, que
quoi que la Semence des Minéraux ne se
voie pas que néanmoins elle ne laisse pas
d'être; car si pour ne la voir pas elle n'était
point il faudrait dire aussi que les semences
Animale & Végétale, ne sont
point parce qu'on ne les voit pas; car il n'y
& que leur Sperme que l'on voit & non
leur Semence qui est contenue dans ce
Sperme. Tout le Fruit d'un Chêne
n'est pas la semence du Chêne, mais bien
son Sperme; car nous voyons quand le
gland est semé en Terre icelui demeurer
quoi que le Germe en soit dehors, qui est
l'effet de la Semence que ce Sperme contenait
intérieurement, duquel est produit
le Germe susdit qui se fait Arbre:
@
62 L'ouverture de l'Ecole
car la Génération se fait non au Sperme
mais à la Semence qui est la millième
partie du Sperme. Le même pouvons-
nous dire de la Semence Animale, qui
ne se voit non plus que celle des Végétaux,
mais si fait bien le Sperme qui
la contient.
Cela étant vrai disons, quoi que
la Semence des Métaux ne se voie point
qu'elle ne laisse pas pourtant d'être
contenue dans leur Sperme. Ce Sperme
s'appelle Mercure lequel contient en
soi une vapeur d'Eau congelée qui est la
Semence des Métaux. Cette Semence
Metallique germe par les raisons séminifères
de la Nature, desquelles sortant à
temps préfixé elle perpétue son Espèce incessamment,
parce que son Genre étant
conservé dans le coeur de l'Esprit Universel
sa Génération ne manque jamais.
Voyez voir ci-dessus en ma Préface ce
que je dis davantage touchant ce sujet;
comme aussi bien amplement en mon
Traité de l'Or Potable.
Cette difficulté vidée il semble en
naître une autre, & laquelle on me pourrait
objecter ainsi: puis que la Semence
de toutes les choses qui sont es trois Genres
Sublunaires est sortie d'un même Esprit
@
transmutatoire. Sect.I. 63
Universel, d'où vient qu'en iceux il
s'y rencontre des choses bonnes & profitables,
& d'autres vénéneuses & nuisibles?
Pour à quoi répondre je dis, qu'il
y a deux puissances en la substance première,
l'une de vie & conservative; l'autre
de mort ou détruisante. Or les vénéneuses
ont plus attiré de cette substance
détruisante, que de la conservante, &
c'est par une sympathie de substances, Nature
aimant sa Nature, avec laquelle elle
convient en toutes ses parties. Même solution
pouvons-nous donner des choses
bonnes & profitables. De ce que dessus
nous pouvons tirer la raison pourquoi des
Métaux les uns sont plus parfaits que
les autres. Car en leur Génération leur
Sperme plus ou moins participant de cette
substance destructive a attiré à soi plus
ou moins de Soufre infect, combustible,
vénéneux & détruisant, rencontré dans
les Matrices pures ou impures: mais de
ceci plus à plain en notre Promenade de
l'Univers, c'est pourquoi nous donnerons
au reste.
Regardez un Enfant qu'on allaite, &c. Ceci
ne se doit entendre que pour la cibation
laquelle se doit faire alternativement
peu à peu en augmentant, néanmoins,
@
64 L'ouverture de l'Ecole
tout ainsi qu'on augmente d'aliment aux
Enfants à mesure qu'ils viennent grands.
Ceci ce doit encore adapter au Feu lequel
doit être gouverné par la même voie que
la cibation, sans discontinuation; c'est pourquoi
le Philosophe sus alléguée dit qu'il ne
le faut point troubler, car en icelui gît
tout le Secret. Et véritablement qui ne
saura conduire son Feu ne viendra jamais
à ce qu'il espère.
L'oeuvre ne se fait sans conjonction de Mâle& Femelle, &c. Ceci se doit entendre
par la Matière patiente & agent, dite
des Chimiques Soufre & Mercure, celui
là tenant lieu de Mâle & celui-ci
de Femelle: la production desquels ne se
manifestera jamais si leur radicale chaleur
n'est excitée de puissance en acte; Et comme
la Terre qui est le réceptacle des Vertus
& influences Célestes, ne pousse jamais
d'elle même, sans l'aide du Moteur,
la Vapeur Minérale en sa surface
pour la manifester en corps de Sel; de
même la Terre des Philosophes (quoi
que mêlée avec l'Eau) ne produira jamais
son Soufre ou Teinture Physique,
si ce n'est par le moyen d'un Agent extérieur
qui réduise de puissance en acte l'extérieur;
parce, disent les Philosophes, que
unus
@
transmutatoire. Sect.I. 65
unus agens non absolutus. Venons au reste.
Notre oeuvre ressemble à la Formation del'Homme, &c. Pour bien expliquer ceci
Il faut premièrement savoir que les opérations
nécessaires à notre oeuvre sont
sept en nombre; Cémentation, Fixation,
Résolution, Digestion, Ascension, Coagulation,
& Teinture. Ces sept Opérations
se rencontrent en la Génération de
l'Homme, avant qu'il ait acquis son entière
perfection; c'est pourquoi Morienus
prend cet Ouvrage de la Nature pour similitude
de celui de l'Art: de quoi j'ai
traité bien au long dans mon Bouquet
Chimique, au chap. 1. de la Fleur première
pag. 15. 16. 17. 18. 19. & 20. où l'on verra
cette Matière traitée avec autant de perfection
que l'on saurait souhaiter ce
que je ne désire pas redire encore en ce
lieu pour éviter prolixité, c'est pourquoi
le débonnaire Lecteur aura recours au
Livre susdit.
Touchant le reste de notre Texte, l'Exposition
s'en colligera facilement de ce
que nous avons dit ci-dessus des autres
parties d'icelui. Au seul Dieu Trine en
Unité soit rendu tout honneur, gloire &
louange. Amen.
E
@
66 L'ouverture de l'Ecole
Style Fabuleux.
C H A P.
X.

Es Philosophes Chimiques,
qui se sont servis des
Fables pour voiler leur Art,
ce sont particulièrement
servis de celles d'Ovide. C'est pourquoi
ils ont dit que leur oeuvre était
la Fable de Dedalus, & d'Icare son
Fils. Qu'elle était Midas qui transmuait
tout en Or par son attouchement.
C'est davantage le combat de
Phoebus avec Pithon. En outre ils se
sont servis de la Fable de Triphon,
de la Gorgonne & ses soeurs; ensemble
de Persee avec son Pégase. Bref
du Chien à trois Têtes; de la Chymère
Triphonne; du Dragon qui
garde les Pommes d'Or; de l'Hydre
@
transmutatoire. Sect.I. 67
à sept Têtes; de la Scylla avec ses
six Chiens; des Nayades qui se promenent
sur le Sable séché. Et finalement
de Neptune qui dormant Spermatisait
sur la Terre qui recevait
sa Semence. Et pour le dire en un
mot, j'ai opinion que toutes les fictions
des Poètes sont un voile par
lequel les Philosophes ont caché
l'oeuvre Physique. Et lors qu'ils n'ont
peu davantage se servir des fictions
Fabuleuses, ils nous l'ont décrite par
Tableaux ou Portraits; chose récréative,
à la vérité, à ceux qui l'entendent:
de tous lesquels nous en
décrirons un, aidant Dieu, qui ne
sera moins utile que délectable: mais
donnons premièrement l'explication
des Fables que dessus.
E
ij
@
68 L'ouverture de l'Ecole
----------------------------------------
Exposition. §. 9.
D Edale est le Soufre fixe, & son Fils un Soufre Volatil. Ces deux ici
sortirent du Labyrinthe; c'est à dire, que
ces deux Soufres sont sortis de servitude:
car la Nature (ainsi que dit un Philosophe
en la Turbe) ayant embrassé son
semblable est faite libre. C'est pourquoi
ces deux s'envolent; c'est à dire se subliment.
Mais Icare volant trop haut; c'est
à dire se subtilisant trop, le Soleil brûla
ses ailes & tomba dans la Mer: ce qui se
doit entendre que cette Volatilité finissant
par le moyen des deux Agents intérieur &
extérieur se rend fixe avec le fixe,
Fac fixum
volatile & volatile fixum. C'est pourquoi
il est dit que son Père l'ensevelit
dans le Sable, c'est à dire le reçut & fixa
avec soi.
Touchant Midas, Ovide nous représente
ce Roi avec un pouvoir, qu'il avait
reçu gratuitement de Bachus de transmuer
tout ce qu'il toucherait en Or, tellement
que son manger & son boire se
transmuaient en Or; les Arbres, les Plantes
@
transmutatoire. Sect.I. 69
& tout ce qu'il mangeait en Or.
Par Mydas est entendue la Poudre Physique,
laquelle a le pouvoir de transmuer
tout en Or; le Pain, c'est à dire les Corps
Métalliques imparfaits; l'Eau, c'est à dire
les Esprits, comme les Mercures. Les
Plantes, c'est à dire les Métaux verts &
imparfaits. Quand à ce qu'il est dit que
Midas mourait de faim; c'est que notre
oeuvre étant à l'infini ne s'épuise jamais
dans la transmutation. Nous pourrions
ici ajouter le Rameau d'Or lequel arraché
un autre venait en sa place: icelui
peut être pris doublement, & pour l'Esprit
Universel, & pour la Pierre à l'infini.
Il est dit que Bachus lui donna ce pouvoir;
bénin Lecteur je te supplie de lire
mon Hydre Morbifique au septième Liure,
& tu verras que parlant de l'Eau, qui
est le Menstruel du Monde, j'en tire
une Terre feuillée que peu connaissent;
laquelle seule réduite en liqueur est le
vrai dissolvant de l'Or; lequel dissolvant
est appelé des Philosophes, (& notamment
de Raymond Lulle en son Accurtatoire)
leur Vin: Aussi est-ce de l'Eau
que le Vin se fait, ainsi que le veut Empédocle;
& c'est lors qu'étant bien décuite
dans les Sarments, par la chaleur du
E
iij
@
70 L'ouverture de l'Ecole
Soleil, elle passe es Grappes: par quoi le
Philosophe Calistene l'appelait ordinairement
le Sang de la Terre.
Phoebus extermina le Pithon à coups de flèches;c'est à dire que l'Agent intérieur
étant excité par l'extérieur, l'humidité
surabondante du Mercure est détruite.
Le Triphon est pris ici pour l'exhalation
chaude & sèche enclose aux entrailles
de la Terre qui tient lieu de Forme &
d'Agent: Et la Gorgonne est la vapeur
humide qui lui sert de Matière & de réceptacle:
le premier pris pour la Vertu
Minérale Vitriolique qui seule a puissance
de congeler les Mercures, ou les
vapeurs humides, qui est pour le second,
&c.
Par les soeurs de la Gorgonne; savoir,
les deux premières Stheno, & Euryale,
lesquelles étaient immortelles; il faut entendre
l'Or & l'Argent, qui ne se peuvent
détruire ni corrompre (du moins l'Or)
ni par le Feu ni en autre matière quelconque.
Et Méduse pour le corps ou Métal
imparfait, d'autant qu'il est aisé à se
résoudre.
Perseus est pris ici pour le Feu, lequel par
son action, moyennant l'épée, c'est à dire
le Menstrue ou liqueur dissolvante, lui
@
transmutatoire. Sect.I. 71
coupe la Tête: tellement que du sang
qui en sort proviennent deux substances;
l'une fixe qui est le Soufre, non le vulgaire
Volatil & adustible; l'autre Volatile
qui est le Pégase; c'est à dire un Mercure
qui a des ailes: étant à noter que ce
n'est pas le Mercure vulgaire, mais celui
qui nous est connu. Ses deux substances,
que Hermès appelle la Terre & le Ciel, le
bas & le haut, étant gouvernées & mêlées
dûment viennent à se tempérer
à une médiocrité si égale, uniforme, &
proportionnée, qu'elle peut réduire les maladies
& imperfections des corps, tant humains
que Métalliques, à une entière guérison
& tempérament *anatique & égal.
Estant à noter en passant, que quoi que
l'Esculape eut appris le meilleur de la Médecine
du Centaure Chiron, que néanmoins
il ne fit point des merveilles, en la
guérison des maladies, qu'après avoir reçu
de Minerve le sang de la Gorgonne.
Par le Chien à trois têtes engendré de
Trison & de la Gorgonne, comme aussi la
Chimère Triphone, il faut entendre les
trois substances desquelles tous corps sont
composés, & où ils se résolvent par l'action
du Feu, qui sépare, dissipe & altère
tout ce que la chaleur du Soleil joint,
E
iiij
Note du traducteur :
anatique : ? du grec ἀνατίκτω enfanter de nouveau
@
72 L'ouverture de l'Ecole
unit, & procrée: Ces substances sont appelées
par les Chimiques, Sel, Soufre,
& Mercure.
Par le Dragon qui garde les Pommes
d'Or; & l'Hydre à sept têtes; ensemble
la Scylla qui avec les six Chiens de la part
d'en-bas (à savoir la fixe) fait la septième;
par iceux, dis-je; nous entendons les
sept Métaux dont le Dragon qui est le
Mercure (nonobstant qu'il soit Volatil)
en est un, mais laissé ainsi coulant &
imparfait, par une providence de Nature,
pour leur servir de dissolvant, afin de
les corrompre & régénérer à une plus parfaite
substance.
Quand aux Nayades, elles sont prises
ordinairement pour les Fontaines, Rivières
& Sources d'Eaux vives; & la sécheresse
du Sable, pour les Terres; parce
que la sécheresse est la qualité propre de
la Terre. Or d'autant que cela convient
très bien à notre sujet, les Philosophes
Chimiques l'ont pris pour similitude & de
leur matière & de leur ouvrage; entendant
par les Nayades l'Argent-vif coulant
lequel en ses sublimations produit une
manière de chevelure, conformément
aux Nayades lesquelles on représente
communément l'Eau découlante de leurs
cheveux. Et par le Sable séché l'Esprit
@
transmutatoire. Sect.I. 73
du Vitriol, qui congèle & mortifie ledit
Mercure, tout ainsi comme la Terre congèle
& dessèche l'Eau qui tombe sur elle
car il n'y a chose plus chaude que le Vitriol,
aussi est-il de Nature de Feu, auquel
*compete particulièrement la propriété
de la chaleur.
Or comme la Terre étant arrosée de
l'Eau produit des Herbes, & des fleurs,
chacune en leur saison de même notre
Terre arrosée de notre Eau produit des
Fleurs, c'est à dire notre Or; aussi étant
mêlé avec les deux susdits il constitue le
principal Fondement & sujet de cet Art.
Et c'est ce qu'a très bien remarqué Morienus;
car il entend par son
Morienus
Romanus le Vitriol Romain, dit
Atramentum;
& par le serviteur
Galip l'Argent-
vif; qui est appelé ordinairement par les
Chimiques,
Servus fugitivus, lequel s'en
va chercher & quérir ce Morienus dans
les déserts & l'en tire dehors; car ainsi que
nous avons dit ci dessus rien ne peut tirer
la Teinture réelle du Vitriol Romain
que le seul Mercure. Et le Roi est l'Or,
ainsi que dit Hermès au septième & dernier
chap. de ses secrets: à quoi nous
pouvons rapporter l'amitié d'Apollon envers
Hiacinte transmué en Fleur; c'est à
Note du traducteur :
compete : appartenir
@
74 L'ouverture de l'Ecole
dire l'Or ramené en Nature Végétale;
car il est alors le commencement de toutes
les grandes Médecines & rectifications,
tant des corps Métalliques que des
Humains. Et non sans cause ont dit les
Philosophes (parlant du Vitriol)
Visitabis
Interiora Terre, Rectificando, Invenies, Occultum
Lapidem Veram Medicinam; toutes
lesquelles Lettres Capitales sont V I-
T R I O L U M: & pour faire voir que ce
Mixte est digne de grande admiration,
c'est qu'il se rencontre, sans changement
d'aucune Lettre, en l'Anagramme de ce mot
V I T R I O L, L'O R Y V I T. Passons
au reste. Avertissant premièrement ici
le Lecteur qu'il médite de quel Vitriol
de quel Mercure j'entends ici parler.
Par le Neptune dormant, &c. Il faut
entendre la Mer qui consiste de deux substances,
l'une salée & l'autre douce, comme
on le peut facilement discerner en la séparation
d'icelles tant par le Feu, dans un
Alambic ou Cornue, que par la chaleur
du Soleil quand on fait le Sel. La substance
salée est fixe & l'autre volatile; celle-là
grasse & onctueuse de Nature de
Soufre, ou de Salpêtre; celle ci crue
& froide, de Nature de Mercure, ou de
Sel Armoniac qui tempère, arrose
@
transmutatoire. Sect.I. 75
& rafraîchit la chaleur & sécheresse de
l'autre; car autrement ne pourrait-elle
être sujet de Génération, d'autant que
la corruption n'ayant point de lieu dans le
fixe il est nécessaire de le volatiliser avant
le produire à Génération.
Ces deux humidités, donc, consistantes
au Sel se communiquent à tous les
composés Elémentaires & sont la cause
de leur production & maintien;
dont les plus homogènes de tous, & de la
plus forte & solide composition voire
comme inexterminables, sont les
Métaux, notamment l'Or. Au seul
Dieu Père, Fils, & saint Esprit, soit rendu
tout honneur. Amen.
@
76 L'ouverture de l'Ecole
Des Tableaux & Portraits.
C H A P.
XI.

N dépeint une Vierge
toute nue, belle par excellence,
& en la Fleur de
son Age, les Cheveux
ivoirins, les yeux noirs & blancs, la
Bouche coralline, ses Mamelles rondes
& polies, fécondes en lait. Elle
tient deux flambeaux ardents, un à
chaque Main. Sous son Pied droit
est une Pierre d'Or, de laquelle sort
des flammes très-claires. Sous son
Pied gauche est une pierre d'Argent,
de laquelle sort une Fontaine divisée
en plusieurs petits Ruisseaux.
Sous sa Mamelle droite est figuré
le Soleil; & sous la gauche
la Lune; & tout à l'entour d'iceux
@
transmutatoire. Sect.I. 77
quantité de petits Oiseaux voletant,
les uns montants en haut & les autres
descendants en bas. Finalement cette
Nymphe est appuyée de son dos
contre un Arbre chargé de Fleurs &
de Fruits.
Secondement, dans la Tiare ou
Triumvir des Philosophes, est dépeint
Hermès assis dans une chaise;
tenant sur ses genoux deux Tables, en
l'une desquelles sont représentés le Soleil
& la Lune; au haut desquels y a 2.
Serpents en Cercle s'entre-dévorants l'un
l'autre; l'un d'iceux étant ailé tient
le lieu supérieur, & l'autre n'ayant
point d'ailes l'inférieur. En la seconde
Table sont peints 3. Cercles de diverses
couleurs, au milieu desquels est
la représentation de la Lune, à laquelle
deux Soleils d'ardent leurs
rayons; l'un desquels n'en darde
qu'un, & l'autre deux. Et finalement
à l'entour de la chaise d'Hermès volettent
neuf Aigles, lesquelles ont
@
78 L'ouverture de l'Ecole
chacune un Arc en leurs serres, avec
lesquels elles d'ardent des Sagettes en
Terre.
Suffit de ces deux Exemples, car
de l'exposition d'iceux on pourra venir
à l'entière connaissance des autres,
qui sont en grand nombre dans les
Livres des Philosophes. La gloire en
soit rendue à Dieu. Amen.
----------------------------------------
Explication. §. 10.
C Este Vierge n'est autre que l'Esprit Universel qui est dit en ce lieu Vierge,
parce qu'il ne s'est point encore spécifié.
Les deux flambeaux qu'elle a en ces
deux mains, sont l'Or & l'Argent en puissance,
ou plutôt la chaleur naturelle &
l'humeur radical, pris par les Chimiques
pour le Soleil & la Lune, qui sont les deux
flambeaux éclairants le Monde; Aussi
l'Or & l'Argent sont les deux flambeaux
qui éclairent le Monde Metallique.
Quand à ce qu'à la beauté de sa face se
remarquent plusieurs couleurs; c'est
@
transmutatoire. Sect.I. 79
qu'aux effets de l'Art imitant la Nature,
toutes les couleurs qui se remarquent
principalement es Mixtes Elémentaires,
si rencontrent. Tous lesquels Mixtes
puissent leur maintien de cette Source
Universelle & inépuisable, tant de fois
répétée en ce Livre; c'est pourquoi on
lui a donné deux mamelles regorgeant
de lait. Par la pierre d'Or est entendu
le Soufre Metallique: & par les flammes
claires la pureté qui est en lui, laquelle
tend toujours à la pureté des Métaux
parfaits. Touchant la Pierre d'Argent
& sa Fontaine divisée en ruisseaux; on
l'explique par le Mercure lequel est Argentin,
c'est à dire pur, clair, & net: Icelui
a été appelé de tous les Philosophes
Fontaine, à cause qu'il symbolise grandement
avec l'Eau; & quoi qu'il soit divisé
il retient toujours sa Nature, & est
toujours semblable à soi aussi bien que
l'Eau. Et bien qu'il semble que la diversité
des Métaux nie cette vérité, néanmoins
cela ne fait rien à la pureté de son
essence; car la cause pourquoi il est ainsi
diversifié en plusieurs espèces, est la diversité
des Matrices pures ou impures qui les
rendent tels que nous voyons: Et c'est ce
@
80 L'ouverture de l'Ecole
qu'on doit entendre par la division des
ruisseaux.
Par le Soleil & la Lune représentés
sous ses mamelles, celui-là à la droite,
& celle-ci à la gauche; il faut entendre
cette Vertu générative & vivifiante
de toutes choses, communiquée des
rayons du Soleil & de la Lune, à cette
Terre Vierge laquelle nous apercevons
quelques-fois sous un corps de Sel; ce
qui a donné occasion aux Philosophes
dire que,
in Sole & sale Naturae sunt omnia.
Touchant les Oiseaux voletant, &c.
Ceci a double explication; l'une se peut
entendre des circonstances accidentelles
qui se rencontrent aux progrès de la grande
oeuvre (car quoi que la racine soit
unique, néanmoins les accidents y sont
en grand nombre) savoir les vapeurs
Mercurielles lesquelles agitées par l'Agent
extérieur, montent & descendent,
comme en circulant; ce qui est signifié
par la montée & descente des Oiseaux.
Cette Opération a été imitée, par l'Art,
de la Nature; car il est certain que l'Esprit
Universel déjà congelé en forme de Sel
(c'est à dire étant emboîté dans le corps
du Sel que nous voyons & touchons)
étant
@
transmutatoire. Sect.I. 81
étant liquéfié par l'humidité de la Lune
sa Mère, vient à se sublimer & congeler
par les rayons du Soleil son Père; c'est
pourquoi Hermès dit que son Père est le
Soleil & sa Mère est la Lune;
Pater eius
est Sol, Mater eius Luna, &c. Et ceci est
pour la seconde explication.
Quand à l'Arbre contre lequel cette
Nymphe est appuyée, c'est la premiere
Matière racine de notre seconde Matière;
l'une capable de spécifier & l'autre
déjà spécifiée; ce qui doit être noté de
tout bon Artiste, &c.
Par Hermès est entendu un Philosophe
qui n'ignore rien des Mystères de la
Nature, de ses vertus infuses, latentes, intérieures,
extérieures, essentielles, accidentelles,
les causes, les effets, les accidents,
& les propriétés & tout cela pour venir à
la vraie connaissance de Dieu, lequel ne
peut être connu par autre voie que par
ses ouvrages. C'est pourquoi les deux Tables
qu'il tient sur ses genoux, sont; l'une
le Livre de Dieu & de la Nature; lequel
est décoré d'un Soleil pour dénoter la Nature
supérieure, en quoi il faut considérer
le Monde Archétype & le Céleste Secondement,
d'une Lune prise pour le
Monde Elémentaire y considérant ses mouvements
F
@
82 L'ouverture de l'Ecole
& vicissitudes, dénotés par les
Serpents qui se dévorent: lesquels en second
sens (étant pris en ce lieu pour la
Matière de l'oeuvre) dénotent l'un l'Or
& l'autre le vif-Argent; savoir Or & vif-
Argent des Philosophes. L'un d'iceux qui
n'a point d'ailes est pris pour la partie fixe,
& l'autre qui est ailé pour la Volatile:
l'une Terre & l'autre Eau: l'une Corps &
l'autre Esprit: l'une Air, l'autre Feu: Finalement
l'une Mâle & l'autre Femelle.
Car il est vrai qu'au Monde Elémentaire
tout s'accomplit par ses deux moyennant
la Semence ou Air.
La seconde Table est relative à la susdite;
& peut être dite le Livre du grand
& petit Monde: Mais comme je traite
bien amplement de cette Matière en mon
Harmonie Macro-micro-cosmique, comme
aussi en ma
Physique, le Lecteur y est envoyé:
C'est pourquoi nous adapterons seulement
en ce lieu l'explication de cette seconde
Table, à notre basse Astronomie
Chimique. Disons donc, que les trois
Cercles contenus en cette seconde Table
sont pris pour les trois principes Chimiques,
Sel, Soufre, & Mercure; Corps,
Ame, & Esprit; Or, Argent, & Mercure
des Philosophes. Ils sont aussi pris pour
@
transmutatoire. Sect.I. 83
les trois principales circonstances qui se
rencontrent en l'oeuvre, que quelques-
uns mal à propos appellent couleurs. Disons
encore, en faveur des Enfants de la
Science, que ces trois Cercles dénotent
les trois règnes, Animal, Végétal, & Minéral.
L'image de la Lune qui est au milieu,
c'est l'Esprit Universel, capable de
recevoir telle Spécification qu'il plaira à la
Nature lui donner, car en ce temps-là il
est susceptible de toutes Formes, ainsi que
la Lune est d'impressions. Deux Soleils
dardent des rayons à cet image, l'un un,
& l'autre deux; c'est à dire, que le Soleil
Céleste spécifie l'Esprit Universel à faire
seulement de l'Or simple; mais le Soleil
Terrestre réduisant de puissance en acte
l'agent intérieur (qui sont pris l'un & l'autre
chacun pour un Rayon) le fait plus
que Or, voire capable de communiquer sa
Vertu à ceux qui ne le sont pas.
Finalement, les neuf Aigles qui volettent
à l'entour de la chaise d'Hermès, sont
les Corps Célestes qui dardent leurs Vertus
en Terre, dénotés par les flèches que
ces Aigles lancent. Cela se peut encore
voir en notre Basse Astronomie, en ce
que les Esprits s'étant séparés de leurs
corps, ils se viennent à rejoindre à eux,
F
ij
@
84 L'ouverture de l'Ecole
plus vertueux, puissants & vivifiants qu'ils
n'étaient auparavant. Que si nous voulons
donner une dernière main à cette
explication disons, que par les Aigles &
flèches, sont entendues les Vertus de notre
Pierre; savoir dissolutive, putréfactive
& résolutive, digestive, sublimative,
congélative, cémentative, fixative &
teingitive. Qu'on ne s'étonne pas si je
dis que toutes ces Vertus se rencontrent
à la Pierre parfaite; car il est certain qu'elle
fait toutes ses actions sur un Corps (soit
Métal Végétal ou Animal) avant que faire
paraître l'effet de sa destinée: Estant
très-nécessaire que la disposition du patient
soit proportionnée à l'effet de l'agent;
autrement cette Vertu ne trouvant
pas ou se réduire en acte son effet tourne
en Eclipse. Au seul Dieu Trine en Unité,
Père, Fils, & S. Esprit, soit rendu
tout honneur & gloire es siècles des siècles.
Amen.
Fin de la premiere Section.
@
transmutatoire. Sect. II. 85
DE LA
M
A T I E R E QUE LES PHILOSOPHES
DOIVENT PRENDRE,
E T
D E T O U T E S S E S Circonstances.
S E C T I O N S E C O N D E.
----------------------------------------
De la Matière si une ou plusieurs.
CHAPITRE PREMIER.

Rois sortes de Philosophes
ont grandement obscurci
ce point; car les uns ne veulent
qu'une Matière, les autres en
veulent deux; & les troisièmes en
F iij
@
86 L'ouverture de l'Ecole
veulent plusieurs. Faisons-en entrer
quelques-uns de ces trois Classes, en
ce Chap. puis nous leur donnerons
une atteinte par l'Exposition de leurs
paroles.
Morienus, dit que la premiere &
principale substance de cette Matière
est une; à laquelle on n'ajoute
ni diminue chose aucune.
Hermès, tout ainsi que toutes choses
proviennent d'un, ainsi notre
Magistère se fait d'une substance. De
la même opinion est Agmon en la
Turbe, quand il dit, sois assuré que
ce n'est qu'une chose, à laquelle n'entre
aucune chose étrange. Maudinus
ne s'éloigne pas de l'opinion de
celui ci, quand il dit en la même
Turbe, qu'il n'y a qu'une Nature &
qu'une Matière qui soit vraie. Celui
ci est suivi de Mundus, disant
qu'il n'y a qu'une Teinture ou Matière
des Philosophes. Agadmon, Nature
se contente d'une Matière. Scytes,
@
transmutatoire. Sect. II. 87
sachez ô vous Amateurs de cette
Science que le Principe de cet Art
n'est qu'un; & ce qui se parfait en
icelui ne gît pas en la multitude des
choses. Tous les dessus dits sont suivis
de Arnault de Ville-neusve en son
Rosaire, liv. I. chap. 6. où il dit, que
notre Art ne consiste pas en plusieurs
choses mais en une. Bref Augurel
au 3. de sa Chrisopée, parlant
de ce qui est nécessaire à un Artiste
parfait, dit qu'il ne lui faut qu'une
Matière, un Vaisseau, un Fourneau,
une Opération & un Feu. Ce Poète
est suivi d'un autre, en ces Termes.
Une Matière en un vaisseau Te convient mettre en un Fourneau. Voilà quand à ceux qui tiennent
la premiere opinion, voyons ceux de
la seconde.
Ezeumon, en la Turbe dit, que notre
Art a besoin de deux Natures. Celui
ci est suivi de Zimon, qui dit que
ce Secret consiste au Mâle & à la Femelle.
F
iiij
@
88 L'ouverture de l'Ecole
Rosinus, dit que notre Pierre
est dite être deux choses. Ascanius,
en la même Turbe, ce Secret provient
du mélange ou composition
de deux choses.
Bellus est du nombre de ceux de
la troisième opinion, quand il dit en
la Turbe, notre Eau, en laquelle
consiste tout notre Secret, se fait de
plusieurs choses. Finalement on lit
dans Hermès que cette oeuvre se fait
de toutes les choses du Monde.
O profondes obscurités! ô inextricable
Dédale! qui sera celui qui concevra
quelque opinion parmi tant
d'opinions? principalement s'il est
vrai qu'ils disent tous vérité: ce que
je tâcherai de faire voir, Dieu aidant,
par trois mots d'Exposition;
La Gloire à Dieu.
@
transmutatoire. Sect. II. 89
----------------------------------------
Explication. §. 1.
P Our bien entendre ce que dessus; il faut tenir pour constant que la Matière
que les Philosophes prennent est celle
de la Nature. Or il faut exactement considérer
si elle en a une ou plusieurs, &
pour lors nous viendrons à la parfaite
intelligence des diverses opinions susdites.
Et pour commencer il se faut souvenir
que j'ai dit ci-dessus en ma Préface
que la Masse difforme (qu'aucun ont appelé
ignoramment Chaos) était un abîme
d'Eaux, lesquelles Dieu séparant les
pures des impures, après que des plus pures
le Firmament les Planètes & les Signes
eurent été faits; des moins pures
sortirent les 4. Corps qui sont les membres
principaux de ce Monde, c'est à dire
les 4. Eléments, auxquels Dieu coula un
Esprit de vie, qu'iceux Eléments par leurs
actions, moyennant la Nature, renferment
dans la Matrice Universelle; lequel
la Nature Spécifiant, elle nous produit
tout ce que nous voyons es trois genres
@
90 L'ouverture de l'Ecole
sublunaires: Car il est très-certain que la
Nature ne produit pas immédiatement
tous les Mixtes tant simples que composés,
des quatre Eléments, mais médiatement,
c'est à dire par l'intervention de
l'Esprit Universel susdit. Comme cela se
fait qu'on lise mon Bouquet Chimique,
Fleur seconde, chap. 2. traitant des principes
de la Chimie, & l'on sera satisfait.
Voila donc cette Matière unique; laquelle
la Nature prenant, l'Artiste, qui
imite la Nature, la doit prendre aussi. Mais
comme la Nature ne peut en un instant
produire l'effet qu'elle s'est intentionnée
en être spécifique, d'elle même, elle se
sert essentiellement de deux choses, savoir,
de vapeur & d'exhalaison; & c'est
pour expliquer & entendre l'intention de
ceux qui disent qu'il faut deux choses.
Mais comme ceci ne suffit pas à la Nature
pour venir à la fin de son ouvrage, elle y
emploie encore plusieurs choses; savoir,
le Moteur, qui réduit de puissance en
acte la chose mue, qui est la vapeur; les
deux extrémités, & le temps pendant lequel
l'union du commencement passif se
fait à la fin active. Et c'est ici la saine conception
de ceux qui disent qu'il faut plusieurs
choses. Ou s vous le voulez plus
@
transmutatoire. Sect. II. 91
intelligiblement, la Forme, la Matière &
le moyen unissant, qu'aucun appellent
acte, & moi Génération.
Il faut néanmoins noter en passant,
que l'Art peut transmuer les Métaux imparfaits
en Or sans un nouveau mouvement
de génération, corruption; mais par leseul mouvement de l'altération & séparation
des accidents grossiers, car les Métaux
ne diffèrent pas en espèce, mais seulement
en accidents. Mais de ceci plus amplement
en mon Traité de l'Or Potable.
Touchant ceux de la dernière opinion,
qui disent qu'elle se fait de toutes les choses
du Monde; pour les entendre il se faut
souvenir que nous avons dit que la Nature
spécifie l'Esprit Universel en tous les
Mixtes qui se rencontrent es trois Genres
sublunaires: car il est certain que comme
premiere Matière il n'est pas seulement
susceptible de toutes Formes; mais
encore contient-il en soi toutes sortes de
Semences & Vertus, lesquelles il produit
diversement selon la diversité des Matrices
qu'il rencontre. Or cet Esprit de vie
est tellement vivant que des-lors qu'il se
sépare de quelque espèce en même temps
icelle perd sa forme spécifique laquelle
@
92 L'ouverture de l'Ecole
retourne en son Cahos pour être transplantée
avec le Temps dans quelque autre
espèce.
De ce que dessus nous tirerons la véritable
explication de l'opinion de Hermès,
quand il dit que notre oeuvre se fait de
toutes choses. Car puisque cet Esprit de
vie se spécifie en toutes choses, & que l'espèce
détruite icelui demeure apte à se
Spécifier à un autre, il s'ensuivra que
l'Artiste le retirant de quelque espèce que
ce soit, le pourra derechef Spécifier (imitant
la Nature) en une espèce plus noble
que celle d'où il l'aura tirée; cela est sans répartie.
Je pourrais dire de très-belles choses
en ce lieu, mais pour cause de brièveté,
cela est réservé au livre ci-dessus promis.
La gloire & la louange en soit rendue
à notre Dieu Trine en Unique. Amen.
@
transmutatoire. Sect. II. 93
Du nom de la Matière, si un ou plusieurs.
C H A P.
II.

I les opinions de ceux que
j'ai allégués au chap. précédent
ont obscurci cet
Art par leur unité & multiplicité
de la Matière; ceux qui l'ont
nommée n'en ont pas moins fait: Car
les uns disent qu'elle n'a qu'un nom;
les autres qu'elle en a deux, & les
tiers qu'elle en a plusieurs, voire &
infinis. Faisons-en entrer quelques-
uns dans ce Chap. puis les ayant ouïs
nous verrons comme on les doit expliquer.
Morienus, dit que notre Matière
n'a qu'un nom qui est propre à elle
seule. Eximidius en la Turbe semble
@
94 L'ouverture de l'Ecole
vouloir le même, quand il dit que
tous les noms qui ont été donnés à
cette Matière sont faux, quoi que vrais,
car elle n'en a qu'un. Agmon, veut
encore le même en la Turbe disant,
garde de te tromper en la multiplication
sainte, par les hommes, des
noms de cette Matière, car elle n'en a
qu'un; Et un peu plus bas, il avertit
qu'on ne s'abuse pas après tant de
noms. Et passant plus outre il l'affirme
encore disant, que bien qu'on aie
voulu attribuer plusieurs noms à cette
Matière si est-ce, en vérité, qu'elle
n'en a qu'un. Voila ceux qui disent
qu'elle n'a qu'un nom. Voyons ceux
qui disent qu'elle en a plusieurs.
Mundus en la Turbe, dit; Sachez
ô investigateurs, que les Philosophes
ont nommé leur Gomme (c'est à dire
leur Matière) de plusieurs noms. Bellus,
en dit autant, en la même Turbe,
Cette Eau (que nous devons entendre
pour la Matière) a plusieurs
@
transmutatoire. Sect. II. 95
noms. Nephritus dit qu'elle a mille
noms. Ascaimon, lui en donne plusieurs.
Eximenus, dit que les Philosophes
ont donné à leur Matière, le
nom de tous les Métaux. Ce qui est
confirmé par Anastratus quand il dit
qu'ils ont donné à leur Matière le
nom, non seulement de tous les Métaux,
mais aussi des Minéraux, Végétaux,
& Animaux. Voyons voir
si de ces diverses opinions nous pourrons
tirer quelque vérité: La gloire à
Dieu.
---------------------------------------
Exposition. §. 2.
L 'Exposition de ce chap. étant Analogue à celle du précédent, je ne m'étendrai
pas beaucoup sur cette diversité
d'opinions. Car que la Matière n'ait qu'un
nom cela est certain, c'est à savoir, Esprit
de vie. Qu'elle en aie aussi plusieurs cela
est indubitable; car elle en a autant qu'il
y a de Mixtes auxquels cet Esprit est spécifié.
Et quoi que nous pourrions ici adapter
toutes ces circonstances afin de faire voir
@
96 L'ouverture de l'Ecole
que selon icelles elle reçoit diversité de
noms; néanmoins nous en avons voulu
faire un chap. à part, afin de déduire le
tout en bon ordre. A notre Dieu, Père,
Fils & S. Esprit soit rendu honneur &
gloire. Amen.
Des circonstances de la Matière,
C H A P.
III.

Fin d'avoir moyen de continuer
notre brièveté accoutumée,
je me contenterai
d'apporter en ce lieu un petit
témoignage de chaque circonstance,
car de les déduire toutes je n'aurais
jamais fait; aussi cela me semble
être en quelque façon inutile; contre
l'opinion pourtant d'Augurel, qui
veut que l'Artiste les observe toutes;
bien que Arnaud de Ville-neusve, en
son Rosaire, nous admoneste de ne
nous
@
transmutatoire. Sect. II. 97
nous amuser point aux couleurs ou
circonstances.
Quand à la couleur, donc, de la
Matière, plusieurs disent qu'elle est
noire, blanche, rouge, bleue, verte,
Tyrienne ou de couleur de pourpre;
bref de toutes les couleurs qui sont
ou qui peuvent être. Je n'entends
pas ici parler des couleurs qu'ils disent
apparaître en la coction d'icelle,
car d'icelles nous en parlerons
quand il sera temps; mais seulement
de la couleur de la Matière que l'Artiste
doit prendre, par laquelle nous
cherchons de la connaître.
Florus en la Turbe, dit donc, qu'elle
est noire, en ces termes; la blancheur
est cachée dans la noirceur de
notre Matière. Zimon, dit quelle est
rouge;
Dealbate Rubeum, dit-il, blanchissez
le rouge. Et dans la même
Turbe, il dit qu'elle est rouge &
blanche;
Dealbate rubeum, & album
in rubeum vertite, blanchissez le rouge
G
@
98 L'ouverture de l'Ecole
& rougissez le blanc. Rosinus, dit
que cette chose est blanche en apparence
& rouge intérieurement. Au
grand Rosaire, la Matière parlant
dit; je suis noir, blanc, rouge, vert,
& je ne ment point. Et Dastin, la
chose laquelle a la Tête rouge, les
Pieds blancs, & les yeux noirs est notre
vraie Matière. Ce qui est confirmé
par Agmon sur la fin de la Turbe,
où il dit, que cette Matière est
blanche, noire, rouge, de couleur
d'Airain, de couleur Tyrienne; bref
de toutes les couleurs du Monde. Suffit
des couleurs disons du poids.
Les uns disent que la Matière est
une chose légère, & les autres pesante.
Apportons-en un témoignage
de chaque parti seulement & commençons
par Morienus; lequel dit
que
Pondus eius grave est; son poids
est fort pesant. Ce qui est confirmé
en plusieurs lieux dans la Turbe, en
ces termes;
Summite ponderosum fumum.
@
transmutatoire. Sect. II. 99
Prenez la Fumée pesante. Au
contraire Calid, chap. 9. dit, que cette
Matière est très-légère en son
poids. Ce qui est confirmé par Augurel,
qui dit, qu'elle est rare, légère,
agile, & volatile. Et pour contrarier
les deux opinions susdites, Agmon
dit qu'elle est légère & pesante;
tout ensemble; cette Matière, dit-il,
est pesante, solide & immuable par
le Feu, immuable par l'Eau, & immuable
par le Vent. Elle est aussi légère,
aérienne, spongieuse, muable
par le Feu, muable par l'Eau, muable
par le Vent.
Quand au Tact, Morienus, dit
que son Talc est mol; lequel en
cette opinion a suivi Marie; laquelle
dit que son *loton est mol. Au contraire,
Geber, Arnauld de Villeneusve,
& Raymond Lulle, en son
Testament, assurent tous qu'elle est
dure, & ce en ces termes; nos corps
sont fort durs, & partant ont-ils
G
ij
loton : ? unité de poids allemande
ou alors orthographe altérée de laton
(des philosophes)
@
100 L'ouverture de l'Ecole
besoin d'une longue préparation &
continuelle opération. Que si on
veut prendre la peine de lire toute la
Turbe on verra en plusieurs lieux
d'icelle qu'il est commandé de l'amollir,
& puis au contraire de l'endurcir.
Touchant le goût d'icelle, les uns
disent qu'il est très-doux, & les autres
qu'il est très-amer. Sa couleur noire,
dit Florus, ne vint que de son amertume.
Et Rosinus, dit que sa couleur blanche
n'est produite que de sa douceur.
C'est pourquoi un Philosophe de ce
temps tirant une vérité de ces deux
opinions, contraires en apparence,
dit que la Matière est d'un goût
doux salé. Reste un petit mot de
l'odeur.
Morienus, dit que son odeur est
puante, & semblable à l'odeur des Sépulcres
des morts. Or qu'elle ne
soit puante, disent plusieurs Suffragants
en son opinion, il appert en
@
transmutatoire. Sect. II. 101
ce qu'on l'appelle
Spiritus foetens, Aqua
foetida, &c. Mundus, dit au contraire
qu'elle est d'une odeur suave,
laquelle en se putréfiant n'est point
immonde, ni de mauvaise odeur. Je
me tais, pour faire fin, des autres circonstances,
parce qu'elles sont sans
nombre; car les uns disent qu'elle est
de Nature Aérienne, les autres Ignée,
Terrienne, Aquatique; que c'est un
Corps, un Esprit, une Ame; un
Corps Esprit; un Esprit Corps; un
Corps non corps; un non corps
corps; qu'elle est phlegmatique,
colérique, sanguine, & mélancolique
qu'icelle est saine malade;
jeune vieille; grande petite; pauvre
riche; froide chaude; sèche humide;
verte mûre; longue courte;
large étroite; profonde & non profonde ;
grosse & menue: & en un
mot toutes les circonstances qu'on se
saurait imaginer se rencontrent en
la Matière Voyons si nous pourrons
G
iij
@
102 L'ouverture de l'Ecole
donner quelque jour à ces obscurités,
afin d'en rendre la gloire
à Dieu.
----------------------------------------
Explication. §. 3.
L A Matière des Philosophes est blanche, rouge, & noire, voire & de toutes les couleurs,ainsi que nous avons vu ci-dessus, &c.
Cela se doit entendre généralement en
cette façon; qu'icelle existe sous tous les
Mixtes de quelle couleur qu'ils soient.
Exemple; il est très-certain (& les parfaits
Artistes ne désavouent point cette
vérité) que l'Antimoine, qui est noir
contient aussi bien, selon son étendue
cet Esprit de vie comme l'Or qui est jaune,
& le Cuivre qui est rouge selon la
leur. Que si nous l'avouons aux dessus-
dits nous ne le nierons pas au Mercure,
ni à l'Argent, qui sont blancs. Or comme
cette Matière ne peut être aperçue
des sens extérieurs les Philosophes,
pour nous la faire comprendre plus facilement,
ce sont servis des couleurs que les
corps sous lesquels cet Esprit repose peuvent
avoir: & comme iceux peuvent être
infinis de même leurs couleurs infinies.
@
transmutatoire. Sect. II. 103
Que s'il se rencontrait quelque Philosophe
qui voulut soutenir qu'elle n'eut
point de couleur, il lui faudra avouer
que véritablement notre Matière étant
Air, & l'Air n'ayant point de couleur particulière,
mais bien capable de les faire
paraître toutes, de même notre Pierre
n'en a point de propre à soi, mais elle les
peut recevoir telles qu'elles puissent être.
C'est pourquoi des Philosophes, les uns disent
qu'il la faut blanchir, & les autres rougir,
&c. c'est à dire la disposer à recevoir
la forme telle que nous désirons lui donner.
Elle est pesante & légère, &c. Ceci se doit
entendre que notre Matière participe du
fixe, & du volatil, la vraie balance des Philosophes
dans laquelle ils pesent les deux
Eléments fatals de ce Monde, l'Eau & le
Feu; qui sont le Père, & la Mère de toutes générations:
Car l'Esprit de vie ne gisant qu'en
chaleur & humidité peut être appelé Feu,
eu égard es choses Célestes; & es Terrestres
Eau. C'est pour quoi Hermès l'appelle
Nature humide; disant qu'elle est le
corps des ténèbres, & le Ciel celui de la
lumière. Aussi cet Esprit, es choses basses,
en reçoit le naturel; mêlant la chaleur céleste
avec l'humidité terrestre pour faire
les Générations.
G
iiij
@
104 L'ouverture de l'Ecole
Mais accommodons-nous au sens des
moins spéculatifs, & prenons le Mercure,
principe & origine des Métaux, supposant
que ce soit le vulgaire (car il est de
même Nature, quoi que différant en
perfection, de celui des Philosophes) y a-
t-il rien de plus facile à s'élever à l'approche
du feu, & cependant y a-t-il rien de
plus pesant? Que si nous entrons dans sa
composition nous y trouverons un Soufre
& un Sel; celui-là de Nature ignée
& partant volatile; celui-ci de Nature
terrestre & par conséquent pesante. Et
néanmoins au sens de la vue ce Mercure
ne paraît qu'une chose, laquelle par
l'analyse susdite se trouve légère & pesante
tout ensemble. Quelques-uns me pourraient
objecter, qu'il y a des choses plus légères
& faciles à s'élever à l'approche du
Feu, que le Mercure, &c de plus pesant aussi
que lui. Car qui considérera la vitesse
avec laquelle le Salpêtre raffiné s'élève à
la moindre approche du Feu, ne sera plus
de votre opinion touchant l'attribut de légèreté
que vous donnez au Mercure. Et
qui remarquera que l'Or traversant le
corps du Mercure descend au fonds du
vaisseau qui le contient, apprendra qu'il y
a quelque chose de plus pesant que le Mercure.
@
transmutatoire. Sect. II. 105
A quoi je réponds, qu'on doit considérer
cette pesanteur & légèreté en un
même sujet, non en deux sujets différents.
Bref, les Philosophes ont dit, qu'elle était molle& dure, &c. Elle est dite molle par similitude,
car comme une chose molle est capable
de recevoir l'empreinte de telle marque,
caractère, ou figure que ce soit, de
même cette Matière est susceptible de
toute forme. Elle est dite dure parce qu'elle
est froide, & sèche, de Nature terrestre.
Ce n'est pas que je veuille dire qu'elle
ait particulièrement cette qualité seule,
car elle participe de tous les Eléments
également (en ce qu'étant chaude & sèche,
salée au goût & pontique, cela témoigne
qu'elle est de Nature de Feu. Elle
est aussi chaude & humide parce qu'au
seul attouchement du Feu, ainsi que nous
avons dit ci-dessus, elle vient à s'enflammer
qui manifeste sa Nature d'Air. On la
peut aussi dire de Nature d'Eau à cause de
sa froideur & humidité; ce qui est démontré
par sa couleur blanche & luisante
au possible) mais je veux dire qu'elle paraît
à nos yeux sous un corps terrestre
qui est pourtant de Nature de Sel. Que
s'il faut donner une dernière main à cette
@
106 L'ouverture de l'Ecole
explication, disons qu'il est impossible de
donner la perfection à la Matière sans au
préalable l'avoir disposée à la réception de
sa forme; supposé donc que les Philosophes
aient entendu par cette disposition
un amollissement, (car le mol est plus capable
de recevoir l'impression de quelque
chose, ainsi que nous avons dit ci dessus,
que le dur) icelui ne pourra avoir lieu que
sur une chose solide, qui est ce qu'ils recommandent
tant,
Fax fixum volatile & volatile
fixum. Et voila le sens auquel il faut
entendre qu'ils l'ont appelée dure.
Conséquemment ils ont dit qu'elle était douce& amère. Ceci se doit entendre que le
goût salé & pontique qui se remarque
actuellement en elle, fait place (par le
progrès de la Nature & de l'Art) à la douceur
qu'elle contient en puissance. Et l'Artiste
qui saura tirer du Sel (qui à cause de
sa ponticité peut être dit amer) un sucre
aussi doux que le lait, confessera avec
moi cette vérité. Car il est certain que
tous les Sels sont composés de deux substances,
l'une visqueuse, gluante & onctueuse
de Nature d'Air, qui est douce &
nourrissante (car il n'y a rien qui nourrisse
que le doux) l'autre est aduste, acre, *pongitive
& mordicante de Nature de Feu, laquelle
Note du traducteur :
pongitive : ?
@
transmutatoire. Sect. II. 107
tous les Chimiques tiennent être laxative,
& il est vrai, car rien ne lâche qui ne
participe de Nature de Sel: Mais de ceci
plus amplement en mon Bouquet Chimique
en la fleur des Sels. Voila comment une
même chose est dite douce & amère. Or
cela ne se rencontre pas seulement en l'Anatomie
du Sel, mais aussi en celle de la
Suie, & des coloquintes, qui sont les
choses les plus amères qu'on saurait rencontrer
es trois genres sublunaires.
Ils l'ont dite en suite,
d'une odeurpuante & suave, &c. ceci ne mérite point
d'autre explication que celle du goût:
car il est certain que les choses amères
n'ont pas bonne odeur, & les douces
au contraire. Notre Matière, avant qu'elle
ait reçu sa parfaite préparation, sent
l'odeur d'un Sépulcre, & cela est vrai, je
le dit sans Enigme ni figure aucune; mais
après sa préparation elle a une odeur plus
suave, que le musc.
Finalement, quand aux autres circonstances,
on en pourra tirer l'intelligence
par les expositions ci dessus données aux
autres difficultés, comme aussi de celles
que nous donnerons encore ci après, aidant
Dieu. Auquel Père, Fils & S. Esprit,
soit rendu tout honneur, gloire & louange.
Amen.
@
108 L'ouverture de l'Ecole
Des actions de la Matière.
C H A P.
IV.

Ermès, parlant des actions
de la Matière dit, qu'elle crie;
disant, mon Fils aide moi
& je t'aiderai. Et dans la Turbe, elle
est comparée à deux Feux lesquels se
rencontrant l'un mange l'autre. Et
Hermès, dit qu'elle se mange & dévore
elle-même. Arnault de Ville-
neusve, dit qu'elle boit. Bref, elle fait
toutes les actions qu'on se saurait
imaginer; car elle court, elle faute, elle
vole, elle nage, elle rampe, chemine,
croît, multiplie, teint, & colore,
&c. Voyons voir comme il faut entendre
ce que dessus. La gloire en soit
à Dieu.
@
transmutatoire. Sect. II. 109
----------------------------------------
Exposition. §. 4.
E lle parle, ceci est dit par translation, dans laquelle est toujours cachée la
similitude: pour laquelle entendre il faut
supposer un homme riche être en extrême
danger, lequel promet de faire foisonner
de biens celui qui le délivrera d'icelui.
Notre Matière, quoi que riche, est dans
la misère des prisons tyranniques de la magnésie,
d'où elle ne peut sortir (quoi
qu'elle le désire naturellement) que par
l'aide de l'Artiste, lequel deviendra riche
par icelle, l'ayant réduite au point où les
Philosophes la désirent.
Quand à ce qu'elle est comparée
à deux Feux qui se détruisent l'un l'autre,
l'exposition en doit être semblable à celle
qu'on donnera à ce qui soit, qu'elle se
dénote elle même: c'est pourquoi, disons
que cela se doit entendre de l'indéficiente
croissance de la Matière, ainsi que nous
avons dit ci dessus au Paragraphe sept de
la premiere Section, où l'on aura recours
@
110 L'ouverture de l'Ecole
pour être satisfait. Et pour le faire court
nous dirons que ce qui est dit d'elle qu'elle
boit, doit recevoir même exposition que
dessus.
Touchant le reste de ses actions, il les
faut entendre généralement en cette façon,
que cette Matière étant spécifiée en
toutes les choses qui peuvent faire les
actions susdites, elle peut être appelée de
leur nom. Or parce que ceci a été particularisé
ci dessus, ainsi que l'occasion s'en
est présentée, ce ne serait que redite inutile
d'en parler encore en ce lieu, c'est pourquoi
nous passerons outre. A Dieu, Trine
en unité, en soit la gloire & la louange.
Amen.
@
transmutatoire. Sect. II. 111
Du lieu & du temps, auxquels je trouve la Matière.
C H A P.
V.

Ous les Philosophes en
général, ont tellement voilé
ces deux termes de lieu,
& de temps, qu'ils n'en ont jamais
dit un seul mot *appertement.
Car les uns veulent qu'elle soit en
l'Eau, les autres en la Terre; quelques-
uns en l'Air, & les autres au Feu, plusieurs
autres au Vent. Autres veulent
qu'elle se prenne aux Montagnes,
plusieurs aux Vallées, d'autres
aux Forêts, & quelques-uns le long
des chemins, & dans les fientes. Bref,
il y en a qui disent qu'elle est en nous
mêmes: & finalement en toutes les
choses du monde. Faisons-en paraître
Note du traducteur :
appertement : évidemment, de manière manifeste
@
112 L'ouverture de l'Ecole
quelques-uns en ce Chap. puis
nous viendrons à leur exposition.
Aristote,
in lib. secreto. dit que cette
Matière est par tout. Alphidius,
cette Matière se trouve par les chemins.
Marie prends cette herbe qui croît
aux petites Montagnes. Calid, cette
Matière se trouve en tout lieu, & chez
tout homme : & en autre part il donne
conseil d'entrer aux cavernes des
Montagnes d'Inde pour de là tirer
cette Matière. Rosinus, dit que tout
le monde la foule aux pieds, parce,
dit-il, qu'elle se trouve dans les fientes
& par les chemins: Et partant, dit le
même, elle se trouve par tout, mais
particulièrement elle naît en deux
Montagnes. De quoi il se semble contredire.
in libro de Divinis interpretationibus;
où il dit, qu'elle habite & demeure
en l'Air: & en autre part, que
cette Matière est en l'Homme, demeurant
inséparablement avec
lui. Ce qui est confirmé par Rasis;
cette
@
transmutatoire. Sect. II. 113
cette Matière, dit-il, ne se sépare jamais
de toi. Et Mahomet, en la Turbe,
dit qu'elle se trouve par tout, &
qu'autant en ont les pauvres que les
riches. Massarai, au lieu même, dit
qu'elle se trouve es quatre Eléments;
& qu'en un mot elle repose partout
en la Mer, en la Terre, aux Montagnes,
Vallées, Air, Eau, Feu, Sel, Soufre,
& Mercure. Item, Hermès, dit
qu'elle se trouve au Vent; le Vent la
porte en son ventre, dit-il, en sa Table
d'Emeraude. Finalement Morienus
interrogé du Roi où se trouvait
cette Matière, répondit qu'elle était
en lui & qu'il en était la Minière.
Quand au Temps, Aristote au liure
des secrets à Alexandre le Grand,
dit qu'elle se trouve en tout temps: ce
qui est confirmé par Calid. Opinion
qui n'est pas suivie de tous; car Augurel
dit qu'elle ne se trouve pas en
tout temps.
H
@
114 L'ouverture de l'Ecole
----------------------------------------
Explication. §. 5.
N Ous avons tellement, & tant de fois dénoué toutes ces difficultés ci dessus,
en parlant de la Spécification de l'Esprit
Universel, qu'il semble que cela devrait
suffire en ce lieu, sans nous étendre
davantage au débrouillement de celles-
ci. Mais d'autant que la connaissance particulière
des choses que nous y avons à
traiter est grandement nécessaire à ceux
qui veulent faire voile en cette Mer de
Philosophie Chimique, nous avons trouvé
bon d'en parler un peu profondément,
ce qui ne donnera pas moins d'utilité que
de plaisir.
Notre Matière est donc dite Air, Feu, &
Vent, Sel, Mer, Eau, Soufre, Mercure,
Montagne, Vallée, & qu'elle est en tous,
bref partout, &c. cela est vrai. Mais comment
peut-elle être tout cela ensemble? voici
comme il le faut entendre. Il est constant,
parmi tous les Philosophes, que le Feu ne
peut subsister sans Air, qui est son aliment
& c'est ce que Hermès veut inférer en
son Pimandre quand il appelle la Nature
@
transmutatoire. Sect. II. 115
humide, car vapeur est la prochaine action
du Feu; aussi sa substance par l'Air se convertit
en Eau & se conserve en icelle (ce
qui sera pour l'explication de ceux qui disent
qu'elle se trouve en l'Eau) laquelle
jetée aux entrailles de la Terre par la force
du Vent, immédiate fils de la Nature,
vient à exciter derechef à mouvement le
Cahos, qui est l'Air, & lui excite le Feu
centric; & celui-ci sépare, purge, digère,
colore, & fait mûrir toute espèce de semence,
les poussant dans les Matrices pures
ou impures d'où provient la diversité
des Mixtes. En ce que dessus ce remarquent
les actions des trois principes principiés,
savoir le Soufre par le Feu, le
Sel par l'Air, & le Mercure par l'Eau. De
tous lesquels le Vent en est comme le ciment
& le glu conjoignant, les diverses
Natures des Eléments, étant comme
l'Esprit & l'instrument du Monde; aussi
est-il le porteur de l'Esprit Universel. Car
il est certain que *l'Espiracle de vie ne se
rencontrerait en aucune chose d'ici bas
sans l'Esprit universel, & celui-ci ne s'y
pourrait joindre sans leur médiateur, qui
est le Vent; c'est pourquoi Job au 7. chap.
appelle la vie Vent. Si que le Vent vif est
ce que nous disons l'Esprit & l'Ame; & est
H
ij
Note du traducteur :
espiracle : ? latin spiraculum : ouverture, soupirail
@
116 L'ouverture de l'Ecole
dit être vif quand cet assemblement ce
fait sans corruption: Mais quand il se fait
une telle conjonction de ces deux, à savoir
de l'Ame & de l'Esprit, qu'un Corps corruptible
intervient avec, donc l'Esprit
& l'Ame qui étaient un sont dissociables
du Corps.
Le Vent donc est Air, & l'Air est donc
Vent: que si aucune chose des trois règnes
en la Nature ne peut avoir vie ni mouvement
sans l'Air, comme nous voyons aux
Animaux qui meurent & suffoquent en
l'absence d icelui; & les Plantes mêmes
qui n'ont l'Air ouvert & libre deviennent
débiles & languissantes au respect des autres;
desquels on peut tirer une conséquence
aussi pour les Métaux, car ils vivent
d'une même vie que les sus-nommés, ainsi
que nous avons fait voir en quelque
part de cet oeuvre, comme aussi en notre
traité de l'Or Potable. Que si rien ne peut
vivre, dis-je, sans Air, ne pourrons-nous
pas conclure qu'icelui est par tout vital &
respirable de vie, qui traverse & pénètre
tout, liant, mouvant, & remplissant toutes
choses, auxquelles il donne consistance, &
par lequel s'engendre & rend manifeste
l'Esprit Général enclos en tout lequel empreint
& engrossé de l'Air est rendu plus
@
transmutatoire. Sect. II. 117
puissant à engendrer. A juste occasion
avons-nous donc appelé ci dessus l'Air Sel;
car
in Sole & Sale Naturae sunt omnia; aussi
est-il vrai, que
Sine Sole & Sale nihil utilius.
Or pourquoi nous mettons ici le
Soleil avec le Sel, c'est parce que celui-
ci est Fils de celui-là, & celui-là Père de
celui ci;
Pater eius est Sol. Et ce Soleil ce
doit ici prendre pour le Soufre des
Chimistes; car comme il représente ici
bas au monde Elémentaire le Feu, de
même dénote-il au céleste le Soleil;
passant au Monde intelligible l'Esprit S.
c'est pourquoi on l'appelle
Theïon divin,
qui est l'adjectif du Sel; aussi est-il pris le
plus souvent en l'Ecriture pour le symbole
de la Sapience (
accipe Sal Sapientiae)
à cause qu'il est proportionné au Feu. Or
la Sapience est le verbe Divin, & le Verbe
le premier principe des principes de
toutes choses: lesquels principes sont dénotés
des Hébreux par les trois lettres
Mères,
Aleph, Mem, & Shin. l'Aleph dénotant
le Sel dont tout est produit ici bas
le Mem, la substance Mercurielle de Nature
d'Eau, comme veut le Jezirah,
praesicit
ipsum Mem aquis. Et le Shin le Soufre
spirituel de Nature du feu, ainsi que le
veut le même livre susdit,
praeficit ipsum
H
iij
@
118 L'ouverture de l'Ecole
N.B.
Shin igni. A quoi convient très-bien ce
qu'en met Lulle après Alphide;
Sal non est
nisi Ignis, nec Ignis nisi Sulphur, nec Sulphur
nisi Argentum viuum reductum in preciosam illam
substantiam caelestem incorruptibilem quam
nos vocamus lapidem nostrum. Voila comme
ce Sel, ou plutôt Esprit Universel, contient
en soi les principes; que si les principes,
par conséquent tout ce qui en est produit;
c'est pourquoi nous le pouvons appeler
de tous les noms des choses qui
peuvent être. Car soit que nous le prenions,
ou dans les Montagnes (qui sont
le plus souvent prises par les Chimiques
pour les Métaux, ainsi que vous voyez Calid
qui conseille de la prendre aux Montagnes
d'Inde, qui sont prises pour le Mercure,
par ce qu'il est de couleur d'Inde; &
Rosinus dans deux Montagnes, qui sont le
Soleil & la Lune, Ferments des deux
pierres blanche, & rouge) ou dans les Vallées,
Chemins & Cavernes (qu'on doit
entendre par l'ouverture & préparation
d'iceux Métaux; car autrement ne posséderons-nous
jamais ce qu'ils contiennent)
on en l'Air, ou en l'Eau, ou en la Terre,
ou en la Mer, ou au Feu, ou en nous-mêmes,
c'est toujours une même chose car il
ne diffère pas en essence, mais bien en accidents;
@
transmutatoire. Sect. II. 119
de la nomination desquels nous
sommes contraints de nous servir, par ce
qu'ils sont les plus prochains de nos sens;
& ce jusques à tant que nous en ayons extraite
cette Terre Vierge, qui en est enveloppée
& couverte à façon d'un vêtement
d'Hiver, elle étant comme au milieu
& centre d'icelui, ainsi que dit Raymond
Lulle en son Testament,
In centra
omnium rerum inest quaedam terra virgo.
Donnons un exemple du biais, qu'il faut
tenir pour la manifester à nos sens, afin de
clore ce discours.
Disons donc que cette séparation ce
doit faire en un vaisseau bien clos, en telle
façon qu'il ne puisse aucunement respirer.
A quoi nous sommes exhorté par Geber
en sa Somme Chapitre de Calcination;
Modas Calcinationis, dit-il,
Spiritum fit
in vase undique clauso, ne aër subintrans inflamationem
praestet. Et Raymond Lulle en
son dernier Testament,
Et spiritus dispergantur
per aëra, quod queritur enim non fieret.
Or si cette Calcination est faite Philosophiquement,
selon l'intention des Auteurs
susdits (c'est à dire avec conservation de
son humeur Radical) le Sel qui s'en extraira
étant semé, produira son semblable,
tout ainsi que sa propre semence, & en la
H
iiij
@
120 L'ouverture de l'Ecole
même façon que s'il n'avait point senti
le Feu: notamment, ainsi que le veut le
Philosophe Alphide, s'il est extrait de
quelque puissant végétal qui ne se dissipe
pas de léger, comme pourrait être la
Menthe, Sauge, Mélisse, Marjolaine, &
pareilles herbes. Et c'est le biais comme il
faut entendre ce que nous avons rapporté
des Philosophes à la fin du Chapitre que
nous expliquons, quelle se trouve en tout
temps, & quelle ne se trouve pas en tout
Temps. En tout Temps il est vrai qu'elle
est; mais nous ne la pouvons pas posséder en
tout temps; soit, ou que nous ne prenions
pas le Corps, auquel elle réside plus abondamment,
(c'est à dire avec plus de Vertu;
car quoi que les pauvres en aient autant
que les riches, ainsi que dit Mahomet
en la Turbe, c'est à dire que les imparfaits
en ont autant que les parfaits, selon leur
extension; néanmoins celle des parfaits
n'étant pas tant embrouillée d'Hétérogénéité,
nous la devons rechercher avec
plus de soin que des imparfaits) ou que
nous ignorions le vrai biais de sa préparation:
à quoi nous pouvons joindre quelle
est plus vertueuse en l'élevation & retour
du Soleil, car alors il élève & fortifie
plus puissamment cet Esprit de vie de
@
transmutatoire. Sect. II. 121
toute la Nature qu'en autre Temps. Or
pour retourner à notre exemple; nous
voyons, par l'expérience susdite, que n'exterminant
pas les formes intrinsèques des
composés Elémentaires qui leur sont
transmise du Ciel, nous possédons cette
premiere Matière de toutes choses; &
partant celle des vrais Philosophes.
C'est donc cette Terre Vierge, ou Ciel
terrifié, qui par sa subtilité ignée purge
& développe l'humeur radical des Excréments,
qui tâchent à suffoquer notre vie.
C'est en un mot l'Esprit Universel, cette
excellente Médecine que Salomon dit
être tirée de la Terre, & que l'Homme
prudent ne méprisera point.
Oui notre premiere Matière est un Sel:
c'est à dire que le Sel est le premier Corps
par lequel elle se rend palpable & visible:
duquel Sel Raymond Lulle entend parler
dans son Testament quand il dit; nous
avons ci-dessus déclaré qu'au Centre de
la Terre est une Terre Vierge qui contient
un quint Elément qui est le plus éminent
ouvrage de la Nature: partant Nature est
logée au Centre de chacune chose. Ainsi
le Sel est cette Terre Vierge qui n'a encore
rien produit; en laquelle l'Esprit du
Monde se convertit. C'est le Sel qui donne
@
122 L'ouverture de l'Ecole
la Forme à toutes choses, & rien ne
peut tomber au sens de la vue ni de l'attouchement
que par le Sel: rien ne se coagule
que le Sel: & rien que le Sel ne se
congèle. C'est lui même qui donne la
dureté à l'Or & à tous les autres Métaux
c'est pourquoi l'Opérateur ne fera non
plus sans Sel (dit Arnauld en son Bréviaire)
qu'un Archer sans corde. C'est cette
substance cristalline exaltée par sublimation,
& blanche par dessus la neige, qui
contient occultement en soi la semence
Sulfureuse rouge comme Ecarlate; selon
qu'il est dit en la Turbe
Mirati sunt
Philosophi rubedinem in tanta albedine existere:
appelée au reste Sel animé, Eau vive,
Eau sèche, & Eau congelée: dont Moise
Egyptien au 2. liv. de son directeur,
Ch.
31.
divisit Deus lumen & tenebras, & aqua ab
aquis; & congelata est guta media. Voila ce
que nous disons être véritablement la
Matière sur laquelle & en laquelle les
vrais Philosophes doivent opérer. A notre
débonnaire Dieu, Père, Fils, & S. Esprit,
soit honneur & gloire eternellement.
Amen.
@
transmutatoire. Sect. II. 123
Du prix de la Matière.
C H A P.
VI.

Es uns disent qu'elle est de
grand prix; & les autres,
qu'elle est de vil & de bas
prix & d'autres y en a qui tiennent
l'une & l'autre opinion. De la première
opinion est Baccaser, en la Turbe;
Ce que vous cherchez, dit-il, n'est
pas de vil prix, car vous cherchez un
Trésor & un don de Dieu très-excellent.
Mundus, en la même Turbe;
je dis que notre Gomme est plus
forte que l'Or, partant ceux qui la
connaissent la tiennent plus chère
que l'Or; aussi est elle plus éminente
que lui, & plus précieuse que les
Perles Parmenides, nous honorons
@
124 L'ouverture de l'Ecole
cette Nature parce qu'il n'est rien de
si précieux.
Zenon, fomente la seconde opinion
disant en la Turbe, ce que nous
cherchons se vend publiquement, &
à vil prix. Alphidius, sachez que
Dieu n'a pas fais que ceci s'achète.
Le même dit Calid en son chap 9. cette
Matière est vile & ne s'achète
point; & le confirmant au chap. 14.
dit qu'on ne la vend point. Et Morienus
dit, que tout ce qui s'achète cher
pour cette oeuvre y est inutile, car
sa vraie Matière, dit-il se foule aux
pieds & se trouve par les fumiers. Ce
qui est confirmé par Geber; garde
toi bien, dit-il, de dépendre rien.
Mahomet est du nombre de ceux
qui veulent & l'un & l'autre; notre
Matière est vile, dit-il, dans la Turbe,
& est aussi très précieuse à ceux qui la
connaissent. Brachescus dit qu'il faut
de la rouillure de Fer, & de l'Or. Rosinus
dit qu'elle est aussi vile que du
@
transmutatoire. Sect. II. 125
Plomb, & aussi précieuse que ce qui
ressemble au Plomb en pondérosité.
Ces paroles ne peuvent elles pas être
cause d'erreur aux ignorants? oui véritablement;
& néanmoins leur sens
est conforme à la vérité de la Nature
que nous demandons: ce que nous
exposerons en suite de ce Chapit.
Dieu aidant, auquel soit honneur &
gloire. Amen.
----------------------------------------
Exposition. §. 6.
P Our bien entendre ce que dessus, il faut considérer la Matière en trois
temps; I. en sa Minière; 2. hors de sa
Minière; 3. menée à sa perfection; Au
premier eu égard qu'on ne la voit &
connaît pas, elle est dite vile; car que
l'on manie mille fois sa Minière, on ne
sait ni l'on ne croit pas qu'elle contienne
une chose si excellente. Et je vous prie,
y a-il rien plus vil que les fientes, cependant
c'est lui qui la contient en plus grande
quantité, c'est pourquoi, sans ambages,
@
126 L'ouverture de l'Ecole
Morienus a dit qu'elle se trouvait
dans les fumiers. Je sais bien qu'on explique
ce passage de la corruption de la
Matière, mais ici nous ne parlons pas de
sa préparation physique, mais seulement
de ses circonstances. Hors de sa Minière
elle n'est n'y totalement vile ni totalement
précieuse, mais elle participe beaucoup
de l'un & de l'autre; car alors elle
est bien dépouillée de son Sphère, mais
non pas de ses Hétérogénéités, Mais
quand sa graisse alumineuse, & son Sel
Terrestre en sont séparés par l'Art, ne
demeurant que l'Aeter, c'est pour lors
qu'elle est dite très-précieuse; voire &
plus précieuse que l'Or & les Perles; la
raison est que la cause est toujours bien
plus excellente que l'effet: or l'Or & les
Perles sont produites de cette Matière,
par quoi elle doit être plus excellente:
Aussi sans elle la Terre ne produirait aucune
chose; car tout ce qui se procrée,
émeut, & recrée en icelle, est causé par
cet Esprit Universel. Bref, c'est la rosée
du Ciel & la graisse de la Terre, desquelles
Isaac bénie son Fils Jacob au Genèse
27.
De Rore Caeli & pinguedine Terrae, det
tibi Deus, &c. Qu'on ne s'amuse point à
chercher d'autres explications, car, ou je
@
transmutatoire. Sect. II. 127
me trompe bien fort celles-ici sont les
plus certaines.
Or pour faire fin à ce Chap. & à cette
Section tout ensemble, apostrophons un
peu les Philosophes & leur disons: Philosophes
mes chers amis, puis qu'en tous
les points ci dessus allégués vous n'avez
donné que des obscurités, faites au
moins que ceux qui suivent soient lus
avec plus d'intelligence? la crainte d'être
dévoré de la Sphinx me fait vous adresser
ces paroles. Toutefois l'espérance
que j'ai que le favorable Génie qui m'a
conduit au dénouement des difficultés
ci dessus apportées ne m'abandonnera au
dévoilement de ses Enigmes, fait que
toute crainte bannie de mon Esprit, j'entreprendrai
avec autant d'hardiesse le débrouillement
des difficultés qui suivent
que j'en ai eu à l'éclaircissement des passées.
La gloire & la louange en soit rendue
à Dieu Trine en Unité, Père, Fils, &
S. Esprit, es siècles des siècles. Amen.
Fin de la seconde Section.
@
128 L'ouverture de l'Ecole
D
E S
O P E R A T I O N S.
FEUX. FOURNEAUX, VASES,
POIDS, TEMPS, COULEURS,
perfection, naissance, augmentation,
& projection de la Pierre.
S E C T I O N III.
----------------------------------------
Des Opérations de cet Art, si une ou plus; & quelles.
CHAPITRE PREMIER.

E n'est pas assez d'avoir
vu ci-dessus quelle est la
Matière, ses circonstances,
& les ambages avec lesquels on l'avait
voilée. Car si nous ne mettons la
main
@
transmutatoire. Sect. III. 129
main à l'oeuvre jamais elle ne réduira
sa puissance en acte: que si la Nature
se sert d'un moteur, pourquoi
l'Art ne s'en servira-il pas qui la doit
imiter? Or un des principaux instruments
desquels l'Artiste se sert est l'Opération:
mais comme les Philosophes,
qui en ont traité, sont beaucoup
différents en leurs opinions (car
les uns n'en veulent qu'une, les autres
en veulent deux, autres quatre, autres
six; & finalement, il y en a qui en
veulent vingt ou trente) il est nécessaire
de les déduire chacun à part
avant venir à leur intelligence: mais
d'autant qu'ils sont beaucoup en
nombre nous n'en ferons parler que
quelques-uns dans ce Chapitre, & puis
nous viendrons à l'exposition de
leurs paroles.
Arnault de Ville-neusve, au grand
Rosaire, dit, qu'en notre Magistère
ni a qu'un régime. Celui-ci est suivi
de Zimon en la Turbe, lequel dit que
I
@
130 L'ouverture de l'Ecole
notre oeuvre est accomplie, avec &
par une opération. Mais Morienus en
veut deux; Sachez, dit il, que pour
perfectionner notre Magistère deux
opérations sont nécessaires, l'une desquelles
finie, l'autre commence, laquelle
par sa fin donne la perfection
à l'oeuvre. Alphide en veut quatre qui
sont la Calcination, la sublimation
fermentation, & fixation. Geber en
demande six; savoir, chasser, fondre,
incérer, blanchir, dissoudre, & congeler.
Raymond Lulle en son Testament,
en, désire bien davantage; car
il veut la calcination, dissolution,
conjonction, putréfaction, congélation,
cibation, sublimation, fermentation,
exaltation, multiplication, &
projection. Bref il est dit par tout en
la Turbe, qu'il faut dissoudre, congeler,
corrompre, régénérer, blanchir,
rougir, occire, vinifier, laver, humecter,
dessécher, brûler, calciner,
sublimer, broyer, teindre, dissiper,
@
transmutatoire. Sect. III. 131
diviser, monder, séparer, joindre
& plusieurs autres qu'on trouvera
aux livres des Philosophes: Voire
& bien souvent d'opérations extravagantes,
lesquelles semblent se contredire,
comme laver au feu, &
brûler dans l'Eau; celle ci prise pour
la dissolution avec notre Mercure;
& celle-là pour la purification avec
notre Feu; Or de les apporter ici
toutes je n'aurais jamais fait; car je
n'ai touché celles-ici que pour
exemple, afin qu'en ayant la vraie
exposition le Lecteur puisse sur ce
modèle se faciliter l'intelligence des
autres.
Je passe sous silence ceux qui
ont dit que cette opération était
très-difficile; tel est Mostus en la Turbe.
Et Hermès, nous assure que réduire
en un Corps le Soleil & la Lune
est plus aisé que cette Opération. Au
contraire Zimon & Socrates, en la
Turbe, la disent si facile, qu'une
I
ij
@
132 L'ouverture de l'Ecole
femme la peut faire, & un Enfant
en se jouant. Loué soit Dieu.
----------------------------------------
Exposition. §. I.
P Our bien entendre toutes les difficultés que dessus, cinq ou six mots d'intelligence
suffiront. Car quand les Philosophes
ont dit qu'il ne faut qu'une opération,
ils ont entendu que lors que la conjonction
de l'Agent avec le Patient est faite,
que des-lors la main n'a rien plus à démêler
avec iceux; & n'y a que la Nature,
avec son Agent extérieur, qui puisse rendre
de puissance en acte l'Agent intérieur.
Mais quand ils ont dit qu'il faut deux opérations,
voire plusieurs, cela se doit entendre
de la disposition qu'on doit donner
auparavant à la Matière.
Touchant ce qu'ils disent qu'il faut la
dissoudre & coaguler; ce sont des circonstances
qui se remarquent en l'action de
la seconde opération, sous ces termes,
fac fixum volatile, pris ici pour la dissolution;
& Volatile fixum, pris pour la coagulation:
dans lesquelles deux vous trouverez
toutes les autres. Car sous la calcination,
@
transmutatoire. Sect. III. 133
pulvérisation, subtilisation, sublimation, &
blanchissement, est entendue la Volatilité.
Et sous la conjonction, fermentation, cibation,
exaltation, & conversion, est entendue
la coagulation parfaite.
Quand à ce que Hermès dit, que l'opération
Physique est plus difficile que la
conjonction du Soleil & de la Lune, il entend
du Soleil & de la Lune des Philosophes,
c'est à dire de leur Agent & Patient;
car en effet leur conjonction (parce qu'elle
se fait par la voie de Nature) est bien plus
facile que non pas la conduite de sa décoction,
qui se doit faire par la voie de
l'Art.
Finalement touchant sa facilité, que ce
n'est que oeuvre de Femme & jeu d'Enfant,
nous l'avons expliqué ci-dessus en
l'exposition du Chapitre 2. de la première
Section. A notre débonnaire Dieu,
soit honneur, & gloire; es siècles des siècles.
Amen.
I
iij
@
134 L'ouverture de l'Ecole
Du Feu.
C H A P.
II.

L est certain que l'Artiste,
imitant la Nature en cet
Art, ne peut rien faire qui
vaille sans Feu: c'est pourquoi
Calid dit, que la composition
de ce Magistère, est une conjonction
ou Mariage de l'Esprit congelé avec
le Corps dissout, l'action & *pation
desquels est sur le Feu. Mais ce Feu
quel il est? jamais personne ne nous
en a parlé *appertement.
Les uns veulent que le Feu soit
doux & lent; c'est pourquoi certains
Philosophes, en la Turbe, défendent
de faire le Feu violant. Oyons Custos,
qui dit, qu'il faut cuire en un
Feu lent. Et Parmenides nous convie
Note du traducteur :
pation : ? latin patior : endurer, supporter
appertement : évidemment, de manière manifeste
@
transmutatoire. Sect. III. 135
d'apprendre comme ses Natures se
rendent d'accord en un Feu doux &
lent. Au contraire Nicarus nous enseigne
de faire un Feu violant. Et
Agmon, celui qui fixe tout par un
Feu violant mérite d'être exalté sur
tous les autres
Que s'ils sont discordants à la règle
& degré du Feu, ils le sont bien
davantage touchant la Matière de
quoi il doit être fait. Ici les uns
veulent que ce soit la chaleur du Soleil,
& d'iceux partie la veulent au
mois d'Avril & de Juin; l'autre de
Juillet & Août, & ainsi du reste. Rachaidil
veut que ce soit Feu de Cendres.
Au contraire Custos veut que
ce soit le Bain; Mettez, dit il, le citrin
avec sa Soeur au Bain, & gardez
de l'échauffer par trop. Alphidius
rejetant ce que dessus, désire que ce
soit le fient de Cheval, parce, dit-il,
qu'étant chaud & humide c'est le
Feu des Sages. Quelques autres veulent
I
iiij
@
136 L'ouverture de l'Ecole
que se soit le Feu matériel que nous
avons, & d'iceux, les uns veulent qu'il
soit fait de charbons de Chêne, les
autres de Genièvre, & autres de mottes
de Tanneur, &c.
Quand à l'ordre, Augurel veut
qu'il soit continué Nuit & Jour en
égal degré car; dit Morienus, si le
Feu s'augmente ou diminue tout est
perdu. Ceux-ci sont suivis de Roger
Bachon, qui dit que la Nature nous a
donné un exemple de décoction
continuelle, &c.
Mais quelques-autres, du nombre
desquels est Rachaidibi, en son Fragment,
dit que la Chimie est un Art
qui travaille par cinq Feux; le premier
est blanc, dit-il; le second jaune,
le troisième vert; le quatrième
rouge comme un Rubis; & le cinquième
parfait, & accomplit toute
l'oeuvre. Je laisse ici plusieurs autres
Feux (comme de réverbère, fixation,
calcination, distillation, solution
@
transmutatoire. Sect. III. 137
& coagulation ) afin de venir
(aidant Dieu) à l'explication
des sus-allégués.
----------------------------------------
Explication. §. 2.
I L s'ouvre ici une belle occasion de parler généralement des Feux, & de leur excellence;
mais d'autant que j'en ai traité
bien amplement en mon Bouquet Chimique,
au Chapitre huitième de la Fleur
seconde, le Lecteur y est envoyé. Là on
verra comme le Feu étant le plus excellent
de tous les Eléments, l'Alchimie ni la
Magie Naturelle, ne peuvent atteindre
sans lui leur complette fin. Car comme
il est le premier ouvrier & principe des
choses, aussi est-il le mueur des formes,
conduisant icelles choses au point
où il ni a plus de progression. Là on verra
comme par le Feu Dieu transmet du Monde
intelligible au Céleste, & d'icelui à l'Elémentaire
tous les Trésors de la Nature;
afin que par la communication d'icelui
tout se meuve & s'émeuve, se crée & se
recrée, se vivifie & se spécifie, en autant
de vies particulières qu'il y a de Matrices,
@
138 L'ouverture de l'Ecole
dont l'Embryon engrossi de l'Esprit du
Monde, reçoit sa perfection par une vive
sympathie que le Père a avec le Fils.
Là on verra l'Analogie du Feu Spirituel,
Naturel, & Matériel avec les trois
susdits; & comme il est impossible de rencontrer
en la Nature des choses l'Esprit
vital, Baume de vie, humeur radical, autrement
quint-essence des savants, sans
l'entière & parfaite connaissance des
Feux sus-nommés.
Pontanus nous en saurait que dire
s'il vivait, puis que mêmes en une sienne
Epître (nous voulant rendre sages à ses
dépens) il dit que quoi qu'il travaillât
sur la vraie Matière, que néanmoins il
recommença deux cent diverses fois. Et
bien qu'il fût muni de grande patience
requise en ce labour, néanmoins cette ignorance
du Feu lui coûta cher de travail, de
temps, & de dépense, tant cet excellent
Pilote peut au règlement du Timon de
notre Vaisseau jasonique. Or à celle fin
que ne nous fassions sages à la Phrygienne,
voyons si, donnant au vrai biais du
feux des Philosophes susdits, nous pourrons
venir à la connaissance de cet Agent
externe.
Ceux qui veulent un Feu lent, ne sont
@
transmutatoire. Sect. III. 139
pas discordants à ceux qui le veulent Violent;
parce que ceux là parlent de la coction
de l'oeuvre en son commencement;
& ceux-ci de la fixation d'icelle, qui est la
fin de sa préparation. Aussi cette opinion
n'est pas différente à celle de ceux qui
veulent le Feu du Soleil, icelui étant aux
mois sus-allégués. D'autant que le Feu
des Philosophes doit être gouverné en la
génération de leur oeuvre comme le Soleil
se conduit en la génération & production
des choses. Or il est certain, que
le Soleil, au Printemps, est accompagné
d'une douce & agréable chaleur, afin de
faire germer toutes choses. En après cette
chaleur s'augmentant peu à peu en lui,
les feuilles & les branches s'endurcissent
pour souffrir plus facilement une plus
grande chaleur; laquelle agissant se manifestent
les Fleurs; & en s'augmentant
toujours produisent les Fruits, & les conduit
par les degrés augmentés de sa chaleur
à vue parfaite maturité.
Ce même ordre est suivi des Philosophes,
en ce que au commencement de
leur Ouvrage ils tempèrent leur Feu au
même degré de la chaleur du Soleil d'Avril;
secondement au Soleil de Juin; tiercement
à celui de Juillet; & en quatrième
@
140 L'ouverture de l'Ecole
lien au Soleil d'Août; finissant comme
la Canicule finit: pendant quel Temps
le Soleil est brûlant & ardent, voire & le
plus chaud de toute l'Année: chaleur qui
lui est grandement nécessaire pour parfaitement
mûrir les Fruits de la Terre:
Qui habet aures audiendi audiat.
Quand à ce que quelques-uns veulent
que ce soit un bain, ou fient de Cheval
& les autres Feu de cendre, charbon, &c.
ils ne se contrarient nullement. L'opinion
de ceux-là, est par similitude de la douceur
que notre Feu doit avoir en son commencement
à la douceur & tempérance
de la chaleur du bain; car comme dans
le bain s'élèvent & engendrent des vapeurs
lesquelles circulent tout à l'entour du vaisseau
contenant & contenu: de même le
Feu des Philosophes, en son commencement,
engendre des vapeurs & les pousse
sur la Matière, tellement qu'elles la circulent
& environnent également pour engendrer
le plus admirable oeuvre de la Nature.
Ceci se peut encore adapter aux effets
du Soleil, au Printemps, lequel engendre,
attire, & pousse les vapeurs, circulant
chaque Jour toute la Terre afin
d'engendrer par tout le Monde.
Qui potest
capere capiat.
@
transmutatoire. Sect. III. 141
Touchant le Feu de cendre, & charbon,
cela se doit entendre de la force que le Feu
doit avoir en la fixation de l'oeuvre.
Bref, il y en a qui veulent vue égalité au
Feu, cela se doit entendre de sa continuité;
car il est constant parmi tous les Philosophes
que si le Feu s'éteint l'oeuvre est
perdu. Parce que des-lors que notre
Agent extérieur a réduit de puissance en
acte l'intérieur, jamais il ne doit être
éteint, mais plutôt augmenté peu à peu,
selon la proportion de la Matière changeante
de Nature en Nature. L'expérimenté
Trévisan a fort bien donné à entendre
cette Nature de Feu; quand il dit
faites Feu digérant, continuel, non violent,
subtil, environnant, aëreux, clos, incomburant
& altérant. De tout ceci se
peut tirer l'intelligence de ce qui suit au
chap. susdit de la diversité des Feux; lesquels
se donnent à entendre assez d'eux
mêmes sans que je demeure davantage
ici à leur explication: joint que leur
vraie intelligence s'en peut colliger aisément
de ce que dessus. Au seul Dieu Père,
Fils, & S. Esprit, soit rendu honneur, gloire
& louange à jamais. Amen.
@
142 L'ouverture de l'Ecole
Du Four des Philosophes.
C H A P.
III.

I le travail a été grand en
l'explication des circonstances
ci dessus; j'ai opinion
que la peine ne sera
pas moindre en l'intelligence de celles
qui suivent car les Auteurs se trouvent
si discordants en ce qui concerne
la construction de leur Fourneau, qu'à
peine en peut-on retirer quelque vérité.
Amenons-en quelques uns en
ce Chap. afin que par l'explication que
nous leur donnerons on puisse comprendre
quelque chose de plus assuré
au Four des Philosophes que jusques
à présent on n'a pas parfait.
Avicenne, dit que toute l'oeuvre se
parfait en un Fourneau. Et Bernard
@
transmutatoire. Sect. III. 143
Trévisan en son Epître, en veut trois.
Bacho, chap. 15. dit qu'ils doivent
être grands comme les Montagnes
où se font les Métaux. Et Flamel le
veut fort petit, ainsi que mêmes il
l'a fait peindre au charnier S. Innocent,
à Paris. Finissons, car je n'ai pas
délibéré de les apporter tous, aussi
ceux ici suffisent; loué soit Dieu.
----------------------------------------
Explication. §. 3.
C Elui qui dit qu'il ne faut qu'un Fourneau est aussi véritable que celui qui
dit qu'il en faut trois: car l'un entend de
ce qui contient seulement; & l'autre de
ce qui contient & de ce qui est contenu
tout ensemble. Car il est certain que le
Vaisseau, & la Matière enclose en icelui
sont appelés Fourneaux par plusieurs
Philosophes. Rosinus, Rasis, Calid, Pythagore,
& Morienus, ne chantent autre
chose sinon que l'on se prenne garde d'enflammer
subitement leurs Fourneaux, parce
que cette hâtiveté leur sera dommageable.
Or cela ne se peut entendre de plusieurs
@
144 L'ouverture de l'Ecole
Fourneaux séparés, car la confection de
l'oeuvre, ne se fait pas séparément, mais
bien d'un seul Fourneau contenant le
Vaisseau la Matière.
Touchant à ce que les uns les veulent
grands comme des Montagnes & les autres
petits, cela n'est dit que figurativement;
car tout ainsi que dans les Montagnes
se font & parfont les Métaux, le
même fait l'Artiste son oeuvre dans son
Fourneau, joint que les Montagnes sont
prises parmi les Philosophes, pour les
Métaux sujets d'icelle oeuvre (ainsi que
nous dirons en l'explication du chap suivant
parlant du vaisseau) la sublimation
desquels nous représente cette grande
Montagne où ne croît rien d'étrange,
ainsi que nous trouvons dans un petit livret
ancien en rime Française, intitulé
la Fontaine des amoureux de science, non
à rejeter.
Elle est trouvée à la Montagne Où ne croît nulle chose étrange, &c.
Et cela se doit entendre par l'élevation
de la quint-essence céleste qui se forme
de l'essence des quatre Eléments; laquelle
après avoir reçu force des choses supérieures
périeures
@
transmutatoire. Sect. III. 145
descend en bas pour informer le
corps qui languit dans la privation de sa
vie. Quand à leur petitesse, cela gît à la
volonté de l'Artiste. Toutefois j'aviserai
ici le Lecteur, que la symétrie du Four contenant
le vaisseau, doit être tellement
proportionnée à la grandeur du vaisseau
contenant la Matière, que le Feu s'y puisse
mesurer *clibaniquement au poids de
l'Air contenu en icelui. Et pour le connaître
mettez la pureté du Mercure dans un
vaisseau proportionné, & icelui dans votre
Fourneau; allumez-y le Feu; si votre
Mercure ne se sublime point vous avez
atteint votre premier Degré de Feu.
Que si au second le Plomb fondu y demeure
toujours tel, assurez vous que
vos Fours ne vous tromperont point.
Au seul Dieu Trine en Unité, soit honneur
& gloire. Amen.
K
Note du traducteur :
clibaniquement : ? du latin clibanus : vase de terre ou petit four portatif
@
146 L'ouverture de l'Ecole
Du Vase, ou Vaisseau des Philosophes.
C H A P.
IV.

Achon, nous impose une
nécessité d'avoir un Vaisseau
pour mettre notre Matière.
Et Marie dit, que si les Philosophes
ne s'en fussent servis jamais ils
ne fussent venus à la fin de leur oeuvre.
Voila donc qu'il faut nécessairement
un Vaisseau; mais quel il est?
personne n'en a jamais parlé clairement
jusques à présent. Zimon, Anaxagoras,
& Augurel, veulent qu'il
soit de verre Hermès, & Geber, veulent
qu'il soit de Terre. Les uns veulent
qu'il soit grand, & les autres petit
les uns rond & les autres en ovale;
les uns fermé du sceau d'Hermès,
@
transmutatoire. Sect. III. 147
& les autre ouvert. Tels sont Bacho,
Marie, Mundus, Pandulphus,
Ardarius, Afflictes, Aziratus, Anastratus,
Obsemeganus, &c. Venons
au jour de leur secret, si nous pouvons,
& donnons gloire à Dieu.
----------------------------------------
Exposition. §. 4.
C E que nous avons dit des Fourneaux au Chapitre précédent, se peut encore
dire ici des Vaisseaux. Car pour le
Vaisseau de Terre cela se peut accommoder
au contenant; & pour celui de Verre
au contenu. Ce qui explique quand &
quand leur figure; la ronde pour celui-
ci, & l'ovale pour celui-là. En outre leur
grandeur; savoir la petitesse pour celui-
ci, & la grandeur pour celui-là. Finalement,
la fermeture pour le petit, & l'ouverture
pour le grand: car il est très-
nécessaire, afin de bien graduer le Feu,
qu'icelui ait certaines ouvertures connues
seulement des vrais Artistes. Voila
comment ceci se pourrait entendre sainement.
K
ij
@
148 L'ouverture de l'Ecole
Mais afin de donner une dernière
main à ce Chapitre, & du contentement
au Lecteur; disons, que lors que les
Philosophes ont parlé de petits Vaisseaux,
en la façon que dessus, ils ont entendu
parler & de leur Matière & du procédé
Physique qu'ils tiennent à la mener à la
perfection qu'ils en désirent retirer, l'ayant
appelée quint-essence ou Azoth, Médecine
Universelle, laquelle guérit toutes
les maladies de ce qui se rencontre es trois
genres sublunaires. Or que le Vaisseau de
Terre ne soit entendu pour leur Matière,
il appert, en ce que tous les Philosophes
demandent un Soufre, & un Mercure)
un patient & un agent. Celui là est appelé
Terre Adamique ou rougeâtre; &
celui-ci est nommé Terre Vierge qui n'a
point été souillé d'aucune production;
laquelle est dite Verre par Lulle & par
Geber, eu égard à son extrême blancheur:
voila donc & le Vaisseau de Terre,
& le Vaisseau de Verre. Mais pour mieux
faire entendre ceci prenons l'Or pour
exemple, lequel consiste des quatre Eléments
tellement proportionnés, que de toutes
les autres substances icelui est le plus
permanent au Feu (comme étant le Fils
du Soleil)
cui rerum uni nihil igne deperit
@
transmutatoire. Sect. III. 149
mais cela se doit entendre pour le progrès
de la Nature: car pour celui de l'Art véritablement
nous apprenons que les Eléments
en l'Or sont convertibles: parce que
participant d'Air & de Feu, que les Chimiques
prennent pour l'Esprit; & d'Eau &
de Terre, pris par les mêmes pour le
Corps, il ne se peut que le Feu ne nous les
manifeste en la décomposition d'icelui:
car il est certain qu'il n'y a rien es composés
Elémentaires ici bas qui ne se résolvent
par l'Art es choses de quoi ils sont
composés: aussi nous ne pouvons connaître
les choses de quoi les composés consistent
si nous ne savons le moyen de les
résoudre en icelles;
compositionem, rei aliquis
scire non poterit, qui destructionem seu resolutionem
illius ignoraverit, dit Geber. Or ceux-
là consistent en son Ame ou Teinture, laquelle
étant rouge à pair de Rubis est appelée
Feu, ou Soufre. Ceux-ci consistent
en son Corps, lequel étant blanc
comme la Neige est appelé Eau, ou Mercure.
Et c'est ce que veut dire Geber au
chap. de la calcination du Soleil.
Omnis
res rubea arnota sua Tinctura remanet alba. Sur
quoi il faut noter qu'après qu'on a séparé
le Soufre & le Mercure demeure une
Terre, laquelle on peut vitrifier à forte
K
iij
@
150 L'ouverture de l'Ecole
expression de Feu, & la rendre de la Nature
de l'Or,
quod est inferius, est sicut quod
est superius. Et par ce moyen on peut associer
l'Or avec le verre, parce qu'ils sont
comme parallèles l'un à l'autre & conformes
en beaucoup de choses; en ce mêmement
qu'ils sont la dernière fin des
actions, l'un de la Nature & l'autre de
l'Art: l'Or étant produit du Soleil, qui est
le vrai instrument de Nature, & le Verre
du Feu dont dépendent tous les principaux
artifices de l'Homme. En après
l'un & l'autre sont entièrement incombustibles
& inexterminables, quand ils sont
conduits au dernier degré de leur parfaite
dépuration. Aussi Job au 28. n'a point
différé d'accoupler l'Or & le Verre par ensemble
non à daequabitur sapientiae aurum vel
vitrum; ce qui témoigne assez qu'il les
apporte pour les deux plus parfaites substances
de tous autres: c'est pourquoi Raymond
Lulle enquis de la confection de la
Pierre Philosophale, & comment on y
pouvait parvenir, répondit,
ille qui seut
facere vitrum; parce que leurs manières de
procéder se ressemblent. Fondement
qu'on pourrait étançonner de ce qui est
dit en l'Apocalypse en deux endroits du
21. chapit. la Cité de la céleste Jérusalem
@
transmutatoire. Sect. III. 151
était un Or pur & fin, ressemblât à
du verre pur. Et un peu plus outre la place
de la Cité était d'Or pur & net comme
du verre transparent. Ceci pris au Biais
qu'il faut on y rencontrera des secrets
dont les effets donneront de l'admiration
aux plus rares Esprits. Et pour en effleurer
quelques apparences (qui serviront
d'avant-goût à quelque chose de plus
éminent) rapportons ici une vitrification
d'Or si excellente que je suis assuré que
le mystère n'en sera pas méprisé des doctes
nourrissons de la Nature & des bien-aimés
Fils de la science.
Il faut premièrement réduire le plomb
en Verre à forte expression de Feu de soufflets;
le signe pour connaître que c'est assez,
c'est qu'il se couvre comme d'un huile,
qui étant refroidi se réduit en certaine
gomme jaune orangée transparente comme
du verre, & de fort tendre fusion;
mais elle ne s'évapore plus au Feu; car fixe
qu'elle est elle s'y affine toujours davantage
à la façon du verre & s'y rend
permanente. Ce verre ainsi décuit à perfection,extrait la teinture de tous les
Métaux qui y sont mêlés; & pour lors il
se réduit en une espèce d'Email sombre
& opaque, lequel se dissout dans le vinaigre
K
ij
@
152 L'ouverture de l'Ecole
distillé, en la couleur particulière du
Métal dont elle est animée: savoir, si
de l'Argent, & Etain, en du jaune paille:
si de Plomb en jaune verdoyant, ou vert
d'Oye: si de Cuivre en un vert à pair
d'Emeraude: si de Fer en un rouge plus
rouge que le sang: si d'Or en couleur de
Hyacinthe.
Or le dissolvant en étant séparé par
une légère évaporation; & la gomme
qui reste mise en une petite cornue bien
luttée avec son récipient s'en distille une
grosse fumée blanche & épaisse, froide
comme un glaçon au toucher; qui finalement
se réduit en huile très-odorante,
de la couleur du Métal dont elle est partie,
ayant les facultés & vertus d'icelui réduites
en Nature végétative. On pourrait ici alléguer
que le Plomb y restera toujours
en assez bonne quantité? A quoi je réponds
que le Plomb étant analogue au
Mercure, il a la propriété de se convertir
en ce qui lui est appliqué; ce qui se remarque
en cette opération par le goût,
odeur, & couleur, qui sont les trois Esprits
de tous simples, lesquels se reçoivent
là dedans tout ainsi que l'Eau de vie
reçoit la qualité de ce qui aura infusé en
elle. Que si l'on a en telle horreur ce
@
transmutatoire. Sect. III. 153
Plomb, on peut par artifice l'en séparer
en telle façon qu'il n'y en restera point
pour tout, & cela avec quelque Métal
que l'on voudra mais parce que nous
avons parlé ci dessus de l'Or faisons lui
encore passer cette aventure.
Prenez donc huit parts de cette vitrification
de Plomb, ajoutez y une part
d'Or, mettez les en un Four de réverbère
planché, par deux jours: après lesquels
vous y remettrez la huitième partie
d'Or; puis le tout au réverbère comme
ci-dessus; réitérant toujours ainsi la huitième
partie. Et lors qu'ils seront par égales
portions (ce qui adviendra à la huitième
réitération) il ne faut prendre
que la moitié de la masse, y ajoutant
le huitième d'Or: faisant ainsi, à la 30.
ou 40. réitération il n'y aura plus que de
l'Or; lequel étant par ce moyen réduit en
vitrification dissoluble, se résout puis
après lui-même, par la voie de fermentation,
en même façon que le levain lève
& aigrit sa pâte propre dont il est issu. Ce
que n'a pas ignoré Rodien en son Traité
des trois Paroles;
mutatur (dit-il)
spiritus
iste fumosus, aquosus, & adustiuus (entendant
de celui du Plomb)
in nobilissimum
corpus (pour raison qu'il est fixe)
& non fugit
@
154 L'ouverture de l'Ecole
amplius ab igne sed currit ut oleum, &c.
Par ce que dessus, se peut comprendre
facilement l'ouverture que l'on requiert
au vaisseau; car si l'Or n'est ouvert jamais
on ne viendra au but qu'on se propose.
Quand à ce qui est de sa Fermeture avec le
sceau d'Hermès; ce n'est autre chose que
la Matière patiente disposée qui reçoit &
embrasse l'agent proportionné, ainsi
qu'un vaisseau de verre reçoit quelque liqueur;
ou bien comme si l'on avait jetée
une pierre dans de l'Eau, on voit que
l'Eau s'entrouvre pour embrasser la
pierre, & au même temps se referme, &
réunit en telle façon qu'on ne s'apercevrait
jamais aucune chose y être passée.
La même chose se peut encore remarquer
au Mercure (mais plus convenablement)
dans lequel si vous jetez une portion
d'Or, en même temps il l'embrasse
& resserre tellement en son ventre qu'on
n'y aperçoit rien que le Mercure, &c.
Touchant à la grandeur & petitesse que
les Philosophes y demandent, cela se doit
entendre de la Matière & de la Forme; celle-ci
beaucoup plus grande, à cause de
sa Spiritualité, que la Matière; Or comme
elle est toujours en indéficience croissance
elle est dite ronde; & à cause de son
@
transmutatoire. Sect. III. 155
*actification ovale. Au seul Dieu Trine
en Unité soit honneur & gloire es siècles
des siècles. Amen.
Du Poids des Philosophes.
C H A P.
V.

Ntre tous les Philosophes
qui ont traité de la
Transmutatoire, il y en a
qui ont observé un poids en
la confection Physique, & les autres
non. Entre ceux qui n'ont pas observé
le poids, est Calid; lequel pour
affirmer son opinion demande qu'on
lui montre quelles balances, & quels
poids a la nature dans les entrailles
de la Terre en la production des Métaux?
& puis après, dit-il, je confesserai
qu'au mariage de notre Roi il y faut
observer la Justice du poids. Cette
Note du traducteur :
actification : ? du grec ἀκτις : rayon
@
156 L'ouverture de l'Ecole
opinion est suivie d'Augurel au premier
de la Chrysopée, où il dit qu'il
ne faut non plus observer de poids &
de mesure au mélange de notre Eau
& de notre Terre, qu'on en observe
aux semailles des grains qu'on sème
sur la Terre. Da nombre de ceux qui
observent un poids Aristote n'est pas
des derniers, quand il dit, que si l'on
commence l'oeuvre sans l'observation
d'un poids, il arrivera retardement
en icelle; signe certain qu'on
n'en viendra jamais à bout. Ce que
confirmant Avicenne, il dit, que s'il
y & trop de sécheresse ou d'humidité,
toute l'oeuvre se gâtera. Et Arnauld,
n'a pas oublié d'en dire aussi son opinion,
en ces termes; s'il y & trop d'Eau
se fera une Mer de *conturbation, &
tout se perdra: que si trop peu, le
tout se brûlera, & ira au néant. Mais
ce qui est de plus difficile à comprendre,
c'est qu'ils veulent que nous pesions
l'Air & le Feu. & tels sont Arnauld
Note du traducteur :
conturbation : trouble, désordre
@
transmutatoire. Sect. III. 157
en son Rosaire, & Lulle en
son Testament; où ils veulent que
l'on observe cette circonstance, non
seulement pour l'Air & le Feu, mais
encore pour l'Eau & la Terre. Et de
plus (qui est pour faire rompre tous
les Livres & les jeter au Feu) s'ils sont
discordants en ce que dessus, il le sont
encore davantage en ce qui est de l'ordre
de se poids; car les uns veulent
davantage d'Air que de Feu, & les autres
plus de Feu que d'Air. En un mot
ils ont tant voilé ce poids, qu'eux
mêmes ne se peuvent tenir de dire
qu'il n'ont rien tant caché qu'icelui.
Voila brièvement quand au poids
des Philosophes. Voyons d'en donner
le plus succinctement qu'il nous
sera possible, l'exposition; La gloire
en soit rendue à l'Auteur de toutes
choses.
@
158 L'ouverture de l'Ecole
----------------------------------------
Explication §. 5.
I Gnorer que la Nature n'ait un poids, un nombre, & une mesure, serait être
bien savant au nombre des habitants des
petites Maisons: & le nier serait parfaitement
en augmenter le nombre. Or je
ne me puis persuader qu'il y ait aucun
légitime Fils de la science qui ignore cette
vérité; & en effet tous leurs livres en
sont plains, ils ne chantent autre chose
que la nécessité de connaître le poids;
mêmes l'Esprit S. en la Sapience ij. nous
avertit que Dieu n'a rien fait qu'avec
poids, nombre & mesure;
Omnia in numero,
pondere, & mensura disposuisti. Mais aucun
d'eux ne nous a déclaré jusques ici *appertement
quel il était. Voyons donc, si suivant
notre dessein, nous pourrons en
*évidenter quelques apparences.
Quoi que Calid, Augurel, & plusieurs
autres aient été d'opinion, qu'il ne faut
point observer de poids en la confection
de leur ouvrage; néanmoins ne sont-ils
pas contraires à ceux qui en demandent
un. Car comme il est difficile d'imiter la
Note du traducteur :
appertement : évidemment, de manière manifeste
évidenter : mettre en évidence
@
transmutatoire. Sect. III. 159
Nature qu'en la suivant, les premiers ont
trouvé bon de la laisser agir au choix de se
poids: Exemple, quelqu'un veut donner
une chopine d'Eau la quantité de Sel
qui lui est nécessaire pour la rendre Marine;
& supposons qu'il ignore la quantité
de Terre que contient cet Eau, & la
quantité d'Eau que contient ce Sel; qu'il
ignore encore la quantité d'Air qui est
dans cette Eau, & la quantité de Feu qui
est dans ce Sel: finalement qu'il n'aie
point connaissance de leurs proportions,
ni du moyen de leur alliance & concorde,
que fera-t-il? il mettra suffisante quantité
de Sel dans cet Eau, & les laissera jouer
ensemble jusques que l'Eau se soit imprégnée
suffisamment de la quantité de Sel
qu'elle peut porter: par ainsi la Nature
aura été suivie parfaitement.
Que si on examine bien cette procédure,
on verra qu'elle est conforme à ceux
qui veulent l'observation d'un poids.
Car si l'on prend la peine de peser l'Eau
& le Sel avant les mêler ensemble, on
trouvera qu'une partie du plus terrestre
(néanmoins pure) de l'Eau s'est mêlée
avec neuf de l'Eau que le Sel contenait;
& qu'une partie du terrestre du Sel c'est
mêlée avec neuf parties de l'Eau susdite,
@
160 L'ouverture de l'Ecole
son Air étant séparé, qui fait une partie
pour en recevoir neuf de Feu qui procèdent
du Sel. Et c'est ce que les Philosophes
ont voulu dire par la conversion des Eléments
en moindres, & les moindres en
plus nobles: tellement que selon eux, dix
parties de Feu se tournent en une d'Air,
dix d'Air en une d'Eau; dix d'Eau en une
de Terre. Et par conversion une de Terre
en dix d'Eau; une d'Eau en dix d'Air,
& une d'Air en dix de Feu; nombre dénaire,
qui est le plus excellent en la
Nature.
Or il faut remarquer qu'en ce nombre
de dix il y en a toujours un, duquel procèdent
les neuf, & ses neuf retournent
toujours en un; ce que Hermès a très-
bien touché en sa Table d'Emeraude,
sicut omnes res fuerunt meditatione unius, sic
omnes res nata fuerunt ab hac una re adaptatione.
Cet Un, donc, ajouté au neuf, qui
est un nombre multiplié de trois, sera dix,
qui est la fin de tous nombres, ainsi qu'Aristote
l'a très-bien remarqué aux 3. des
Problèmes, Section 15. Tellement que
dans ce nombre révolutif, circulaire &
multiplicatif, carré & cubique, sont
comprises la Cabale, Magie, & Alchimie;
dites Science Elémentaire, Céleste, & supramondaine,
pramondaine,
@
transmutatoire. Sect. III. 161
ou intelligible; tant par ce
qu'elle traite des intelligences & substances
séparées, que pour ce qu'elle est
digne, sur toutes autres, d'être entendue,
comme versant en la connaissance du
Créateur. Or ces trois Sciences représentent
encore les trois parties de l'Homme
petit Monde; savoir, l'intellect, l'Ame
& le Corps, lequel est sujet à altération &
corruption, ainsi qu'est la partie élémentaire.
Cela se doit entendre selon ses termes
de nombres; savoir l'opératif extrait
de la Matière rapporté au Monde
Elémentaire pour le premier ternaire: Le
formel Médiat au Céleste pour le deuxième,
& le formel rationnel ou divin à l'intelligible
pour le troisième: lesquels trois
ternaires assemblés sont neuf. Auquel
nombre ajoutant un fera dix, qui est pour
le regard de Dieu, parce qu'il se plaît singulièrement
à ce saint Ternaire. Ce que
Aristote a remarqué en ses livres du Ciel
& du Monde; où il dit que nous sommes
instruits par la Nature d'honorer Dieu
selon le nombre de trois nombre que nous
tenons d'elle pour une Loi & règlement,
qui nous démontre toutes les sortes d'extensions,
tant es nombres comme es figures,
savoir en longueur, largeur, profondeur,
@
162 L'ouverture de l'Ecole
qui sont la ligne, la superficie,
& le cube.
Que si nous voulons venir de ce nombre
dix au nombre mille, qui est le cube
de dix, il ne faut que tripler ce neuf,
qui seront indubitablement 999. ainsi que
l'a très-bien remarqué Vigenère; tellement
que commençant au dernier neuvenaire,
nombre simple, formel & essentiel
au dedans de dix, nous l'attribuerons
au neuf Ordres des Anges, qui sont du
Monde intelligible. Et de là venant au
neuvenaire du milieu, qui étant déjà
composé des dixenaires, participe aucunement
de la Matière & de la forme, nous
attribuerons aux neuf Cieux. Et considérant
le troisième, qui est des Centenaires,
encore-plus composé & matériel aux
neuf genres des engendrables & corruptibles
au Monde Elémentaire; lesquels se
terminent en l'Homme, qui est comme un
passage d'iceux aux choses célestes, & de
là aux intelligibles, où Dieu est considéré en
l'Unité de son Essence, comme le principe
de toutes choses, & la fin de tout. Et pour
montrer que ce nombre dénaire est le plus
parfait, c'est qu'en l'Ecriture sainte il est
toujours pris pour la Miséricorde de
Dieu;
Je punirai les Enfants en la troisième
@
transmutatoire. Sect. III. 163
& quatrième génération de ceux qui me haïssent;
& ferai miséricorde en mille Générations
à ceux qui m'aiment & gardent mes
Commandements.
Par ce que dessus est brièvement, mais
bien suffisamment expliqué toutes les
difficultés du poids, & ne doute nullement
que les bien entendus en la Nature
ne me comprennent assez: car bien que je
ne m'ouvre pas totalement, néanmoins
je fais connaître *appertement dans ses
trois Mondes Elémentaire, céleste, & intelligible,
leur Matière, leur forme & leur
Idée: leur Patient, leur Agent, leur ligne
verte ou *Luz: le Corps, l'Ame & l'Esprit:
le Matériel, le Spirituel, & le Glorifié.
Que si l'on le veut plus *appertement; disons,
pour faire fin, l'Or en sa Nature, secondement
son Esprit ou quinte-essence:
en troisième lieu, son Ame, ou Teinture
multiplicative: A laquelle nous ne pouvons
parvenir que par le rejet de l'un
& de l'autre Binaire, & réduction du Ternaire
par le Quaternaire à l'Unité & simplicité
finale;
reiiciatur binarius, & ternarius
per quaternarium ad monadis reducetur
simplicitatem. Ce que Roger Bachon a
voulu entendre, quand il dit,
per Elementorum
conuersionem Ternarius purificatus fiat
L
ij
Note du traducteur :
appertement : évidemment, de manière manifeste
luz : ? lux
@
164 L'ouverture de l'Ecole
monas. Or ne puis-je avoir *cuidement
fait voir ce que dessus, que je n'aie par
même moyen donné le jour à la véritable
interprétation du poids de ce Corps,
de cette Ame, & de cet Esprit; & cela si
clairement, que je crains avoir été trop
facile: toutefois j'espère qu'on s'en servira
à la gloire de Dieu; auquel, Père, Fils, &
saint Esprit, soit honneur & gloire à jamais.
Amen.
Du Temps & lieu de l'Opération.
C H A P.
VI.

Resque tous les Philosophes
Chimiques nous ont
assuré, que tout temps n'est
pas propre à commencer
notre oeuvre, c'est pourquoi ils
veulent que nous observions l'influence
& conjonction de certains
Astres; comme la conjonction du
Note du traducteur :
cuidement : cuider : penser, croire
@
transmutatoire. Sect. III. 165
soleil avec la Lune; ou bien icelui
avec le Mercure. Certains nous veulent
assujettir à observer le croissant
de la Lune; & les autres son décroît.
Bref Zenon, & Zimon en la Turbe,
disent qu'il faut observer les Mois,
Ans & Saisons, & gouverner notre
oeuvre par iceux, autrement tout périra.
Touchant la lieux, l'un veut qu'il
soit obscur, l'autre clair: les uns humide,
& les autres sec: quelques-uns
en un lieu particulier, & autres en
tout lieu. Donnons dans leur dessein,
si nous pouvons, & en rendons gloire
à Dieu.
----------------------------------------
Exposition. §. 6.
T Out ce que dessus se doit entendre immédiatement du second & troisième
régime de l'oeuvre; car par cette
conjonction du Soleil avec la Lune, ou
L
iij
@
166 L'ouverture de l'Ecole
Nota. avec Mercure, il faut entendre la cibationau second, & la fermentation au
troisième, car alors il se fait conjonction
de l'Or avec le dissolvant universel, qui
est fait Lune par similitude; car comme
toutes les influences des Corps célestes se
vont réduire à la Lune, pour d'elle être
transmises en bas sur les inférieurs; de
même, tout ce que les Corps, ou Planètes
terrestres ont de vertueux & de radical
en elles, se communique à ce dissolvant.
Le même en est-il du Mercure; car quelques
fois (voire & le plus souvent) le dissolvant
universel est appelé Mercure par
les Philosophes: Tellement que lors qu'ils
parlent d'icelui, ils l'appellent Mercure
à cause de son humidité liquide & pénétrante,
sans laisser aucune trace, joint
aussi sa facile conversion envers un chacun
des Dieux; c'est pourquoi les Poètes
l'ont appelé leur Messager: Ils l'appellent
aussi Lune, à cause de sa blancheur.
Touchant le croître & décroître de
la Lune; il ne faut pas entendre que les
Anciens avent parlé de la Lune céleste,
mais bien de la Lune des Philosophes, laquelle,
à la ressemblance de celle du Ciel,
croit & prend sa clarté de son Soleil: Et
tant plus la Lune céleste approche du Soleil
@
transmutatoire. Sect. III. 167
elle décroît; de même celle des Philosophes
vient à décroître & perdre sa
clarté à mesure qu'elle se transforme en
leur Soleil.
Quand à l'observation des Saisons, nous
en avons parlé assez amplement ci-dessus,
c'est pourquoi nous passerons outre pour
éviter les redites
Pour faire fin les lieux se doivent entendre
par les Minéraux & Métaux, qui sont
les vrais lieux auxquels notre Pierre se
doit pratiquer. Leur obscurité étant prise
par l'Hétérogénéité d'iceux & la clarté
pour leur homogénéité l'humide & le sec
est pris pour l'Agent & le Patient. Et pour
faire fin, il est vrai qu'elle se peut faire en
tous lieux, c'est à dire que tous les Métaux
contiennent cette Essence que nous
demandons; mais il y en a un d'iceux (qui
n'est pas Métal, ni proprement Minéral)
qui la contient avec plus de perfection, &
duquel nous la pouvons retirer avec plus
de facilité & abondance que d'aucun autre.
La gloire & la louange en soit rendue
à Dieu, Trine en Unité. Amen.
@
168 L'ouverture de l'Ecole
Du Temps de la perfection de l'oeuvre.
C H A P.
VII.

Omme il est nécessaire que
ce qui a un commencement,
& un progrès, aie
par conséquent un état, où
il borne sa fin, ou sa durée, sa perfection
& vertu, ou son imperfection.
De même en l'oeuvre des Philosophes
(puis qu'elle a eu un commencement
& progrès) on y doit remarquer
aussi un temps, dans lequel icelle
s'accomplisse & soit conduite à sa
perfection. Or pour y parvenir, tous
les Maîtres en cet Art en ont donné
des règles indubitables; mais tellement
discordantes (quoi que d'accord,
les unes des autres, que jusques
@
transmutatoire. Sect. III. 169
à présent tous ceux qui ont voulu
en retirer quelque certitude sont
tombés dans un labyrinthe d'erreur,
ou le manque d'intelligence de
leurs Ecrits a conduit la bassesse de
leur Esprit à une inéluctable ruine.
Faisons entrer en ce Chapitre quelque-uns
de ses Philosophes obscurs,
puis dans son explication nous tâcherons
de donner dans le vrai biais de
leurs opinions.
Un certain Anonyme grand Philosophe,
dit qu'il faut deux
Ans, voire, & il les met au moins de
temps. Geber n'en veut qu'un; le
temps de la perfection de la décoction
de l'Elixir, dit-il, est d'un An,
Aristote ne veut qu'un mois; Cuisez,
dit-il, par l'espace d'un Mois Philosophique.
Si ceux-ci sont différents
en leur particulier, les autres ne le
sont pas moins dans la Turbe; car en
icelle Zimon ne veut que sept jours;
Mundus en demande quatorze. Et
@
170 L'ouverture de l'Ecole
Theophile en requiert quarante-
deux. Balgus cent octante. Et Socrate
cent cinquante. Bref, les uns ni veulent
que trois heures; & les autres
(chose étrange) ne désirent qu'un
moment. Et néanmoins en ces contrariétés,
ils ne sont pas discordants.
Faisons voir comme cela se doit entendre,
& en rendons grâces à Dieu.
----------------------------------------
Explication. §. 7.
P Rendre ce que dessus littéralement, ainsi que plusieurs ont fait, ce serait
vouloir posséder ce secret au prix de notre
vie; car il est dit que la lettre tue, mais
que l'Esprit vivifie. Attachons-nous donc
à l'essentiel de ses mots, & non à leur surface;
& faisons voir comme les Anciens
se doivent expliquer en ce point.
Ceux qui veulent deux ans se doivent
entendre ainsi; le Soleil préside le Jour, &
la Lune préside la Nuit le cours de celui-
là est d'un An, & celui de celle-ci n'est
guère moins. Or les Philosophes commencent
leur oeuvre par la Lune, & finissent
par la Lune, par ce qu'alors la
@
transmutatoire. Sect. III. 171
vertu de leur Médecine tombe en projection
sur le blanc. Après ils commencent
au Soleil, & finissent au Soleil, d'autant
qu'en cet Etat la vertu de leur Pierre est de
projeter en Or. Ainsi ayant fait le tour
du Cercle pour venir au point Mineur
c'est un an: secondement, ayant fait le tour
du Cercle pour venir au point Majeur
c'est un An. Voila donc deux Ans avant
posséder cette Pierre au rouge; mais ans
Physiques, & non de ceux que le Lecteur
pourrait entendre, s'il ne lui était expliqué.
Quand à ceux qui n'en demandent
qu'un, cela se doit entendre de l'oeuvre
simplement, à l'un ou à l'autre Ferment.
Touchant ceux qui ne veulent que
sept Jours, que quatorze, que trente, &
que quarante-deux cela se doit entendre
de la premiere opération, & préparation
de notre Matière; car il faut noter qu'il
y a deux opérations; l'une préparatoire
& dispositive; qui est celle-ci, laquelle ce
fait en diverses reprises, & en autant de
temps qu'il est marqué ci dessus: Après
lequel, l'Esprit, l'Ame, & le Corps, étant
bien dépurés, sont reconjoints par le
poids de la Nature, ensemble, & puis donnez
à la seconde opération, qui est là-sus
@
172 L'ouverture de l'Ecole
spécifiée de deux ans: laquelle étant parachevée,
pour l'augmenter à l'Infini si
l'on veut, on se sert du nombre de cent
cinquante jours, & de cent octante, &c.
Et pour ceux-là qui ne veulent que
trois heures, voire un moment, cela se
doit entendre de la dernière spécification
fermentative. La gloire & la louange en
soit rendue à l'Auteur de toutes choses,
Père, Fils, & saint Esprit. Amen.
Des signes, ou couleurs en l'oeuvre.
C H A P.
VIII.

E premier signe qui apparaît
en l'oeuvre des Philosophes
(ainsi qu'ils disent)
est la noirceur; & raison
de quoi ils ont appelé leur Matière
ainsi noire du nom de toutes les choses
noires, qui peuvent tomber sous
les sens: à savoir, Atrament, Poix,
Plomb, Antimoine, qui est le vrai
@
transmutatoire. Sect. III. 173
noir des Philosophes, & le
Nigrum,
Nigrius, Nigro de Raymond Lulle.
En suite ils disent que le second signe
ou couleur est la blancheur, laquelle
arrive peu à peu à telle candeur,
qu'ils l'ont appelée à cette occasion,
Lait, Arsenic très-blanc, Argent
très-fin, Mercure des Philosophes,
aussi est-il leur vrai dissolvant
&c. Tiercement il apparaît, disent-
ils, une rougeur, qu'ils ont appelée
Sel fusible, Huile incombustible, &
sang du Lyon, &c. Et c'est lors que
l'oeuvre est en sa perfection.
Tous ces signes susdits sont décrits
par Bassen en la Turbe; Cuisez,
dit-il, jusques que le tout se fasse
noir, en suite blanc, & finalement
rouge. Celui-ci a été suivi de
Zenon, en ces termes; les couleurs ou
signes qui apparaissent sont tels; Le
premier jour tout ce fait noir, le second
blanc, & le troisième semblable au
Safran desséché. Cranses en la Turbe
@
174 L'ouverture de l'Ecole
est de même opinion, voire, il est
enchérit: car il dit qu'il faut deux
fois noircir, deux fois blanchir, &
deux fois rougir. Celui-ci est suivi
de Miraldus, lequel ayant en la Turbe
colligé le consentement des autres
bons Auteurs, dit qu'il faut noircir,
blanchir, & rougir deux fois,
bis nigrescit,
bis albescit, bis rubescit. Ceux-ci
sont suivis de Florus; je vous veux
montrer la disposition des Signes,
dit-il; C'est pourquoi je vous dis
que le premier signe d'icelle est la
noirceur; car quand vous verrez que
le tout sera noir, soyez certain qu'au
ventre d'icelle noirceur la blancheur
est cachée: Alors extrayez subtilement
cette blancheur de la noirceur;
& voila pour la premiere décoction.
En la seconde, mettez cette blancheur
en un vase, & cuisez tout doucement,
jusques que le blanc du blanc
apparaisse, & alors soyez assurés
que la rougeur est cachée en cette
@
transmutatoire. Sect. III. 175
blancheur. En suite de quoi il ne
faut nullement empêcher son progrès,
mais passer outre à la coction, jusques
que le rouge apparaisse. A celles-ici
les Modernes en ont ajouté
beaucoup d'autres, comme grise,
verte, bleue, & de couleur de la
queue de Paon; & plusieurs autres
que nous ne rapporterons point ici à
cause de brièveté: joint aussi que
les susdites sont les principales chez
les Philosophes. La gloire en soit
rendue à Dieu tout bon. Amen.
----------------------------------------
Exposition. §. 8.
P Our l'intelligence de ce Chapitre j'ai délibéré d'y donner deux ou trois
biais, afin que la Lecteur conçoive mieux
la vérité de mes paroles. Mais avant d'en
venir là, je poserai mon opinion étançonnée
de raisons solides, pour montrer
qu'en la confection de l'oeuvre il ne faut
point prendre garde aux couleurs, comme
@
176 L'ouverture de l'Ecole
étant accidents séparables & momentanés,
& non Essentiels à la chose.
Pour commencer, disons que la couleur
n'est autre chose qu'une proportion du
Diaphane avec l'Opaque en la superficie
du corps naturel, excitée de l'effet du Feu,
lequel y joint l'éclat de la propriété que
les Eléments ont à constituer cet objet
de la vue. Ainsi la couleur ne sera autre
chose que le brillant de l'impression
que la chaleur plus au moins grande aura
causée en quelque sujet que se soit.
Ce que m'étant concédé, je puis dire que
cette couleur, qui paraît à la vue, est
hors de la Matière, & qu'elle nous paraît
en tant que le Feu y contribue de sa qualité
& non autrement, qu'elle n'est que
superficielle, momentanée & séparable,
& non Essentiellement unie à la vraie
substance de la Matière, la propriété de
laquelle est de donner les couleurs, saveurs,
& odeurs, substantiellement, &
inséparablement de son sujet, & non momentanément;
& que partant les couleurs
alléguées ci-dessus ne doivent être
prises (quand bien mêmes elles apparaîtraient
en l'oeuvre) pour signes Essentiels
de la perfection d'icelle. Ce qui a été
très bien connu d'Arnault de Villeneusve,
neusve,
@
transmutatoire. Sect. III. 177
quand il nous admoneste, que
combien que nous ne voyant toutes les
couleurs que les Philosophes décrivent,
que néanmoins nous ne désistions pas de
poursuivre l'oeuvre. Ce qui témoigne
évidement, que ses couleurs ne sont
pas de l'Essence de notre oeuvre.
Cela posé pour constant, disons donc
comme il faut entendre ses couleurs. Sur
quoi il faut noter éternellement qu'il les
faut entendre de notre Matière avant sa
préparation, car il est très-vrai qu'elle est
noire; de laquelle noirceur, en la premiere
préparation, on tire une blancheur & puis
une rougeur, &c. Au second régime, la
noirceur est prise pour l'altération, ou corruption
de la Matière passant par le médium
à une vertu plus parfaite, laquelle
est dite blancheur à cause de sa purification:
d'où naisse, par préparation plus
exacte, cette vertu d'agir à la dépuration
de quelque Matière, de son Genre, que ce
soit; c'est pourquoi on l'a dite rouge: non
pour autant qu'elle le soit en couleur, mais
à cause de sa vertu & effet: car comme
le rouge est pris souvent pour le Feu, & le
Feu pour le rouge de même cette Matière.
Et comme le Feu agissant sur quelque
Matière la dépure en telle façon qu'aucune
M
@
178 L'ouverture de l'Ecole
chose de corruptible n'y demeure, de
mêmes cette Matière agissant sur les Métaux
imparfaits les nettoie & dépure en
telle façon qu'aucune imperfection ne demeure
en iceux: Et voila comme il faut
entendre ses couleurs. De ce que dessus
on pourra tirer l'intelligence de ceux qui
veulent noircir deux fois, blanchir deux
fois, & rougir deux fois. Car autant de préparations,
& purifications qu'on donnera
à cette Matière; autant de fois sera elle
noircie, blanchie, & rougie: c'est à dire
qu'autant de fois qu'elle passera d'une perfection
à une Vertu plus grande (celle-là
pouvant être dite moins pure que celle
ci, & partant mise à bon droit sous cet attribut
de noirceur) qu'autant de fois elle
recevra altération, purification, & vertu.
Au Trine un Père, Fils, & S. Esprit, soit
rendu tout honneur, gloire & louange es
siècles des siècles. Amen.
@
transmutatoire. Sect. III. 179
De la perfection ou naissance, augmentation & projection de la Pierre.
C H A P.
IX.

Ue dirons-nous de la
perfection ou accomplissement
de la poudre
Physique, que les Philosophes
appellent naissance
de leur Enfant; car véritablement
ici nous assaillent de plus
grandes difficultés que jamais, vu
que quand on errerait aux circonstances
du poids & du régime, &c. on
peut corriger icelle erreur; mais ici
il n'est pas en notre pouvoir. Car ils
veulent que nous soyons assurés non
seulement de l'heure, mais aussi du
moment de la naissance de notre
M
ij
@
180 L'ouverture de l'Ecole
Pierre, afin disent-ils (parlant naturellement
& néanmoins métaphoriquement)
de lui infuser son ame
que si nous manquons en ce moment de
lui aider notre oeuvre est perdue. A
raison de quoi ils veulent que nous sachions
les ours indices de la naissance,
afin de l'assister en ce passage; &
après l'augmenter & multiplier. Or
les uns ont enseigné cette augmentation
en quantité; autres en qualité; &
quelques autres en qualité & quantité
tout ensemble. Si l'un l'enseigne d'augmenter
de dix parts, l'autre montre
le moyen de la produire jusques à
cent, voire jusques à mille & dix mille
& ainsi jusques à l'infini: De laquelle
augmentation viennent les contrariétés
en la projection. Les uns disent
que cette Pierre ainsi préparée peut
être projetée, premièrement une
part sur dix, puis sur cent, mille, dix
mille & de là jusques à l'infini. Les
autres, que si toute la Mère était Mercure,
@
transmutatoire. Sect. III. 181
& que l'on y jetait un grain de
cette poudre, elle serait convertie en
Or. Il y a encore une autre difficulté
en la contrariété de la projection; car
les uns veulent qu'elle soit faite sur
l'Or, les autres sur l'Argent; autres
veulent le Mercure; quelques uns le
Plomb; & plusieurs le Venus: & ainsi
des autres Métaux restants. Cherche
qui voudra cela dans les Philosophes
anciens, car en ce lieu j'en ai
assez dit: reste d'en venir à l'exposition,
afin de faciliter tout ce qu'on
en pourrait trouver ailleurs; la gloire
à Dieu Amen.
----------------------------------------
Explication §. 9.
L E Temps de la coction de l'oeuvre expiré, & toutes les couleurs apparues,
les Philosophes disent que leur pierre
doit naître, que quelques-uns appellent
la naissance de l'Enfant; de laquelle
il faut savoir précisément l'heure & le
moment. Ce que considéré s'ils ne parlaient
M
iij
@
182 L'ouverture de l'Ecole
par similitudes, je dirais que cela
ne peut être; car
de futuris contingentibus,
non datur certa scientia: Outre que toutes
choses qui ont à naître naissent nécessairement
en leur Temps, ainsi que la très-
bien dit un Philosophe en ces termes, il
n'est autre naissance que lors que le Temps
est accompli: Exemple d'un Enfant, lequel,
quand le temps de son organisation est accompli,
paraît au Monde, & pour lors il
le faut vêtir & couvrir afin de parer aux
injures de l'Air ambiant: de mêmes notre
pierre ayant reçu sa premiere préparation,
pour venir au second régime, il la faut
habiller, vêtir & couvrir; c'est à dire l'environner
de feu crainte qu'elle ne périsse
par le froid. Or comme ce n'est pas assez
d'avoir vêtu l'Enfant, mais il lui faut
donner l'aliment convenable à sa Nature;
de mêmes faut- il donner nouveau menstrue
à notre Pierre. Mais comme cet Enfant
croît en quantité par le moyen de
cette viande qui lui est administrée, le
même fait notre poudre. Or comme cet
Enfant étant parvenu en sa quadrature
parfaite, n'est pas seulement cru en
quantité, mais aussi en qualité & vertu
d'Homme. De mêmes aussi notre Pierre
ne peut être augmentée en quantité
@
transmutatoire. Sect. III. 183
qu'elle ne soit augmentée en qualité: &
ainsi avez vous l'explication de ces deux
opinions qui semblent être contraires: car
il est impossible que l'un se fasse que quand
& quand & à mesure l'autre n'arrive.
Quand à ceux qui l'augmentent jusques
à dix, autres jusques à cent, plusieurs jusques
à mille, & quelques-uns jusques à
l'infini. Cela se doit entendre par l'exposition
que dessus; car tant plus on élèvera un
Fils aux bonnes moeurs, tant plus vertueux
sera-il. Ou bien (pour le mieux faire entendre)
si j'extrais simplement la Teinture
de l'Antimoine & que je l'administre à
sa lèpre, elle ne fera effet que sur dix
parts de cette maladie: mais si je la dépure,
& circule en telle façon que je la
fasse passer jusques à la quint-essence, alors
elle agira sur cent pars d'icelle maladie. Et
ainsi tant plus j'augmenterai sa Vertu par
la voie de la vraie Chimie, tant plus d'effet
fera-elle sur cette maladie.
A ceci suit la projection autant difficile
à entendre que la multiplication; mais
qui aura bon entendement en tirera le vrai
biais, suivant de mot à mot l'explication
donnée ci-dessus à la multiplication.
La dernière & plus grande difficulté ou
obscurité, est en ce que les uns veulent
@
184 L'ouverture de l'Ecole
que la Projection se fasse sur l'Or, les autres
sur l'Argent; & ainsi des autres Métaux,
jusques à l'Argent vif. Sur quoi il
faut noter (pour l'explication de cette obscurité)
que chaque Métal en particulier
est considéré par les Philosophes être
tout Métal, ou extérieurement ou intérieurement,
ou en puissance ou en effet.
Tellement que l'Or est dit par eux Mercure,
Plomb, Etain, Fer, Cuivre, & Argent.
Le Mercure est dit, Plomb, Etain,
Fer, Cuivre, Argent & Or. Le Plomb,
est dit Mercure, Etain, Fer, Cuivre, Argent,
& Or. L'Etain est dit Mercure,
Plomb, Fer, Cuivre, Argent & Or. Le
Fer est dit Mercure, Plomb, Etain, Cuivre,
Argent, & Or. Le Cuivre est dit
Mercure, Plomb, Etain, Fer, Argent, &
Or. Et l'Argent est dit Mercure, Plomb,
Etain, Cuivre, Fer, & Or. Ainsi sur quelque
Corps qu'ils disent devoir être faite N. L. enProjection, ils disent vrai: Et notez éter- quelle partnellement, Lecteurs, que je vous ai ex- de ce Livreposé le plus grand Secret des Philoso- je parle dephes, de quoi vous en devez rendre grâ- la fermen- ces à Dieu: Auquel Père, Fils, & S. Es- tation spé- prit soit rendu tout honneur, gloire, louan- cificative.ges, Cantiques & Jubilations es siècles
des siècles. Amen.
F I N.
Stances
@
transmutatoire. Sect. III. 185
Stances Philosophiques.
Qui esteindra le Sol en l'Esprit Aguisé
De son Sel Naturel, pour le faire volage,
Puis le volage fix, sera bien aduisé,
Car ce faisant il sçait & fera nostre Ouurage.
Mais ce Sel c'est le suc tiré de la Sphere Du vieux Saturnien, qui donne soucieux,
Vn Laict du double Sein de son globe de Terre,
Qu'vn chacun touche, & voit, sans paroistre à ces
yeux. Nemo debet Artem possidere fine
labore.
N
@
----------------------------------------
E X T R A I T D U P R I V I L E G E
du Roy.
OVIS PAR LA GRACE DE DIEV
ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE.
A nos amez & feaux Conseillers, les gens
tenans nostre Cour de Parlement, baillifs,
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans &
à tous nos autres Iusticiers qu'il appartiendra,
Salut. Nostre bien amé CHARLES S E V E S T R E.
Maistre Imprimeur & Marchand Libraire de nostre bonne
Ville de Paris, Nous a fait remonstrer, qu'il luy a esté
mis en main vn Liure, intitulé L'Ouuerture de l'Escolle de
Philosophie transmutatoire Metallique, composé par DAVID
DE PLANIS CAMPY, Chirurgien du Roy,
fort vtile & necessaire pour le public, que l'exposant desireroit
faire imprimer & mettre en lumiere: mais il craint
qu'apres les grandes despenses qu'il luy conuient faire
quelques autres Libraires & Imprimeurs s'ingerent de
faire le semblable à son prejudice, s'il ne luy est sur ce
pourueu. A CESTE CAVSE, Auons permis & permettons
par ces presentes audit exposant d'Imprimer, vendre
& distribuer ledit Liure par tous les lieux & endroits
de nostre Royaume & pays de nostre obeyssance: faisant
defences à tous autres Libraires & Imprimeurs de le faire
imprimer durant le temps de sis ans, sans congé, ny permission,
sur peine de confiscation des exemplaires, & de
mille liures d'amende, à la charge d'en deliurer deux
exemplaire en nostre Bibliotheque. SI VOUS MANDONS
& à chacun de vous enioignons, Que du contenu en ces
presentes, ils fassent, souffrent & laissent iouyr & vser ledit
exposant plainement & paisiblement, lesquelles voulons
estre tenuës pour signifiées, & foy adioustée sur la coppie,
inserée dans ledit liure: Car tel est nostre plaisir.
Donné à Paris, le 17. iour de Ianuier, l'an de grace mil
six cens trente trois, & de nostre regne le vingt troisiesme.
Par le Roy en son Conseil,
C O N R A D.
Et plus bas, scellé du grand sceau en cire jaune
@
F A U T E S S U R V E N U E S en l'impression.
P
Age 42. ligne 25. section lisez perfection. page 75. lig.
13. exterminablés lisez exterminables. pag. 77. lig. 11.
l'une desquelles, lisez en l'une desquelles. pag. 86. lig. 8.
n'ajout. lisez n'ajoute. pag. 87. lig. 7. cap. lisez chap.
pag. 142. lig. 15. pas parfait lisez pas fait. pag. 156. lig. 2.
Chysopée lisez Chrysopée.
O
Utre les fautes ci-dessus, le Lecteur est prié d'excuser
celles qui s'y pourraient être glissées tant par
la faute de l'Imprimeur que du peu de loisir que j'ai eu d'y
prendre garde.
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