Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : 1402B .
Auteur : Maier, Michel.
Titre : Chansons Intellectuelles.
S/titre : sur la résurrection du Phenix.

Editeur : Debure l'aîné. Paris.
Date éd. : 1758 .
@



MICHAELIS MAIERI

C A N T I L E N AE
I N T E L L E C T U A L E S
DE PHOENICE REDIVIVO;
o u
C H A N S O N S
INTELLECTUELLES
SUR LA RESURRECTION
D U P H E N I X .
Par M i c h e l M a i e r. &c.

Traduites en François sur l'Original
Latin
Par M. L. L. M.

Le prix est de 3 livres relié.

pict
A P A R I S,
Chez D E B U R E l'aîné, Quai des

Augustins, à l'Image S. Paul.
-------------------------------
M. DCC. LVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.

@
@

pict

A V E R T I S S E M E N T.

O N n'a déjà, dit-on, que trop de
Livres qui traitent de la Philosophie
Hermétique. Plus de 900 Auteurs ont exercé
leur plume sur cette matière: ils nous
ont laissé en ce genre environ 2500 Traités;
& ces Ouvrages nombreux n'ont servi
jusqu'ici qu'à tromper une infinité de personnes,
qui sur la foi de ces Ecrivains, devenues
les dupes des imposteurs & de leur
propre avidité, se sont souvent ruinées en
travaillant beaucoup inutilement, sans jamais
parvenir au but que l'on se propose dans
cette Science.

Tels sont à-peu-près les discours de gens,
qui semblent vouloir s'autoriser de leur ignorance
pour décrier la Science Hermétique.
On pourrait leur répondre avec Mayer *,
que c'est raisonner en enfant, de penser
qu'il n'y a rien dans le monde qui soit différent
de ce que nous voyons parmi nous,
& dans le pays que nous habitons; que


* Dans la Préface de son excellent Traité intitulé, Arcana Arcanissima.
a ij

@

A V E R T I S S E M E N T.

c'est être doublement enfant, de croire que
ce que nous n'entendons pas, ce que nous
ne concevons pas, ce qu'il ne nous est pas possible
d'imaginer, ne peut être entendu,
conçu & imaginé de personne; qu'en conséquence,
de ce qu'une infinité d'ignorants &
de gens avides ont échoué dans l'étude de
la Philosophie Hermétique, en conclure que
ce qu'elle promet est purement chimérique &
imaginaire, c'est le comble de la présomption
& de l'extravagance. Mais mon dessein
n'est point d'entreprendre ici l'apologie
& la justification de cette Science; encore
moins oserai-je me charger de prononcer sur
sa réalité: pour convaincre les personnes
les moins prévenues de sa nécessité & de
son importance, il me suffit de ce qui est
généralement avoué; qu'elle est le principe
d'une infinité de découvertes rares & utiles;
que la Médecine y a puisé plusieurs
connaissances très-avantageuses à la santé;
& que les Arts lui sont redevables d'un
grand nombre de secrets merveilleux, & d'opérations
singulières.

De tous les Modernes qui ont écrit sur
cette partie de la Philosophie, Mayer est
reconnu pour avoir été sans contredit un
des plus savants & des plus habiles. Tous

@

A V E R T I S S E M E N T.

les Traités qu'il a composés en ce genre,
& qui sont au nombre de vingt-cinq, sont
généralement estimés & recherchés des Connaisseurs:
tous renferment beaucoup de curiosités;
quelques-uns sont même extrêmement
rares.

Un des plus curieux & des moins communs
est celui qu'il a intitulé Cantilenae
Intellectualles de Phoenice redivivo, &c.
Si l'on considère le sujet qu'il contient,
Mayer promet d'y donner sous le voile de différentes
Allégories, toutes fort ingénieuses
& très-variées, le secret & la clef de ce
qu'il y a de plus mystérieux & de plus caché
dans le Grand Oeuvre. A l'égard du
style, il est souvent si élégant & si pur, qu'à
peine peut-on se persuader que ce soit l'ouvrage
d'un Auteur Allemand. Le Livre est
écrit en vers rimés; & la mesure des vers
Anacréontiques que Mayer y a observée, en
rend la lecture infiniment agréable à ceux
dont l'oreille est faite à cette cadence harmonieuse,
qui lui a fait donner par l'Auteur
le titre de Cantilenae, ou de Chansons. Ce
Traité singulier fut d'abord imprimé à
Rome en 1622. & réimprimé à Rostoch
l'année suivante; & depuis ce temps-là il
est devenu extrêmement rare. On assure,

@

A V E R T I S S E M E N T.

dit l'Historien de la Philosophie Hermétique
*, que c'est ici le Traité le plus rare
de Mayerus, & qu'il vaut même jusqu'à
soixante livres.

C'est le mérite & la rareté de ce petit
Livre, qui m'engagent aujourd'hui à le
donner de nouveau au Public d'après l'édition
de Rostoch. J'y ai joint une traduction
Françoise du même Ouvrage, en faveur
des personnes qui n'entendent pas la Langue
dans laquelle l'Auteur a écrit. Je ne
vanterai point les peines & les soins qu'elle
m'a coûtés: les Amateurs versés dans l'intelligence
des deux Langues en jugeront; &
j'ose me flatter qu'ils rendront justice à mon
exactitude & à ma fidélité.

Ceux qui me connaîtront demanderont
peut-être, quelle capacité j'ai apportée à
la traduction d'un Ouvrage, dont l'intelligence
est d'ailleurs assez difficile: d'autres
seront curieux de savoir, si je suis
initié dans les mystères de cette Philosophie
secrète; & à Dieu ne plaise que je veuille
me piquer d'avoir cet honneur. J'avoue seulement,
que j'ai quelque connaissance des


* M. l'Abbé Lenglet du Fresnoi, Hist. de la Philosophie Hermétique, Tom. III. p. 229.

@

A V E R T I S S E M E N T.

Livres des Philosophes qui ont traité de cette
Science; je conviens encore que j'en ai lu
plusieurs: j'en ai même mis en notre Langue
quelques-uns composés par les plus grands
Maîtres soit en tout ou en partie; & si
la traduction que je donne ici était favorablement
accueillie des Amateurs, je serais
en état de leur en procurer encore quelques
autres dans la suite, entr'autres celle de
l'Arcana Arcanissima du même Mayer:
Ouvrage très-curieux & fort recherché.
C'est dans ces lectures, & dans mes liaisons
avec des personnes mieux instruites que
moi de ces mystérieux secrets, que j'ai puisé
quelques principes de cet Art merveilleux,
que j'ignorerai toujours sans doute, &
qu'il serait cependant si doux de ne point
ignorer.

pict

@

-----------------------------------------

A P P R O B A T I O N.

J 'Ai lu par ordre de Monseigneur le
Chancelier un Manuscrit intitulé, Cantilenae
Intellectuales. &c. auct. Michaële
Mayero, avec la traduction Française du
même Ouvrage, intitulée. Chansons Intellectuelles
divisées en neuf Triades, sur la
Résurrection du Phénix; & je n'y ai rien
trouvé qui puisse en empêcher l'impression.
A Paris ce 29 Juillet 1758.

LAVIROTTE.




Le Privilège se trouvera à la suite du
Traité des Maladies des Os de M. Duverney.

CANTILENAE

@
@

C A N T I L E N AE
I N T E L L E C T U A L E S

In Triadas 9 distinctae,
D E
P H OE N I C E
R E D I V I V O;
HOC EST,
MEDICINARUM OMNIUM
PRETIOSISSIMA,

Q u ae Mundi epitome & Universi speculum
est, non tàm altâ voce, quàm profundâ mente dictata, & pro clave ternorum irreferabilium in Chymiâ Arcanorum rationabilibus ministrata:
Auctore M i c h a e l e M a i e r o,


Comite, Equite, Doctore Medico.
Exemp. olim Caes. Majest.
Aulico, &c.

@

C H A N S O N S
I N T E L L E C T U E L L E S

Divisées en neuf Triades,
S U R

L A R E S U R R E C T I O N
D U P H E N I X ;

O U

LA PLUS PRECIEUSE
DE TOUTES LES MEDECINES,

Q u i est le miroir & l'abrégé de cet Univers,
proposée moins à l'oreille qu'a l'esprit, & présentée aux Sages, comme la clef des trois Secrets impénétrables de la Chimie:
Par M i c h a l M a i e r,


Chevalier, Comte du Saint Empire,
Docteur en Médecine, &c.
Aij

@

S U M M A

E T S E R I E S

TRIADUM QUADRATARUM.

P R i m a T r i a s quadrata dabit cognomina

rebus
Indita distinctis, series feret Allegorias
Altera, Divinas sed tertius ordo figuras.

@

P L A N

E T D E S S E I N

DES TRIADES CARREES.

L A première Triade carrée traite
des noms qu'on donne à chaque chose:
la seconde contient les Allégories; &
l'on trouvera dans la troisième l'application
des mystères de l'Art à ceux de
la Religion.

A iij

@

6

pict

I L L U S T R I S S I M O,

CELSISSIMOQUE PRINCIPI

AC DOMINO, DOMINO

F R E D E R I C O,

Haeredi Norvegiae, Duci Slesvici,
Holsatiae, Stormariae ac Dithmar-
siae, Comiti in Oldenburg &
Delmenhorst, Domino meo cle-
mentissimo,

D. D. D.

Q u e m A d m o d u m, Illustrissime,
Celsissimeque Princeps, universae rerum
naturae visibiles, omniaque tàm coelestia,
quàm terrestria, corpora constant certo
NUMERO, PONDERE & MENSURA, hoc est,
conveniente inter se, delectabilique partium,
virium, qualitatum, quantitatum
& effectuum proportione, atque sic reali

@

7

pict

A T R E S-H A U T

ET TRES-PUISSANT PRINCE,

F R E'D E'R I C,

Prince héréditaire de Norvège,
Duc de Slesvik, de Holstein,
de Stormarie & de Ditmarse,
Comte d'Oldenbourg & d'Hel-
menhort.

M onseigneur,

C o m m e toutes les choses visibles
qui sont dans la nature, & tous les
corps, tant célestes que terrestres, ont
été créés avec nombre, poids & mesure;
c'est-à-dire, qu'il y a entr'eux une
juste & merveilleuse proportion de parties,
de forces, de qualités, de quantités
& d'effets, en sorte qu'ils semblent
former ensemble une Musique très-harmonieuse:
il y a aussi une espèce d'accord
& de concert musical entre les
A iiij

@

8

quasi Musicae harmoniae concentu gaudent:
ita quoque spiritales creaturae, inter
quas Mens nostra seu intellectus numeratur,
suis ducuntur melodiis & symphoniacis
intervallis. In majore illo universi
systemate, respectu basis terrenae,
Ditonus est ad regionem Lunarem usque,
Diapente ad cor Mundi Solem, Diapason
ad extremum Caeli; ut ita prior distantia
18 commatibus, secunda 35, tertia 61
absolvatur. In Microcosmo verò, seu Hominis
fabricâ, eadem proportio observatur
inter partes principales, epar, cor &
cerebrum, ab imo pede numerando, non
tàm Arithmeticè aut Geometricè, quàm
Physicè. Similiter se res habet in occulto
Philosophorum Hermeticorum subjecto,
uti, tanquàm in minimo & Philosophico
mundo, sese in ternas homogeneas naturas
proportionaliter distinguat, quarum una
gravem, altera mediam, tertia acutam
vocem edat; eodem modo ut Pythagorae
mallei fabriles, ob diversa & symêtres

@

9

spirituels, au nombre desquels on
compte l'âme ou l'entendement humain.
Dans le grand système de cet Univers, il
y a un Diton ou une Tierce, de la Terre
qui en est la base, jusqu'à la Sphère de la
Lune; de-là jusqu'au Soleil qui en est le
coeur, un Diapente, ou une Quinte; &
du Soleil jusqu'au dernier Ciel, un Diapason,
ou une Octave: en sorte que la première
distance est composée de 18 comma
ou intervalles; la seconde de 36, & la
troisième de 61. Dans le Microcosme ou
petit monde, c'est-à-dire dans l'Homme,
on remarque aussi une égale proportion
entre les principales parties, qui sont
le foie, le coeur & le cerveau, en comptant
depuis la plante du pied, non pas
à la façon des Arithméticiens ou des Géomètres,
mais comme le font les Physiciens.
Il en est de même du sujet caché
des Philosophes Hermétiques: c'est une
espèce de petit monde Philosophique,
qui se divise proportionnellement en trois
natures homogènes, dont l'une forme la
basse-taille, l'autre la taille, & la troisième
la haute-contre; de même que par
leurs poids différents & proportionnels,
les marteaux des Forgerons que Pythagore

@

10

metrica pondera, non inconcinnam reddidêre
harmoniam. Quae omnia dum intellectus
rationabilium hominum contemplatur,
& summa cum imis, totum
cum partibus, causasque cum effectibus
comparat, echo quaedam musicalis trivoca
in eo resultat, non tàm sono aures,
quàm sensu mentem internè afficiens &
mulcens, Aspendii More, qui intùs cecinisse
dicitur. Ut enim ardentes ad Deum
preces effusae, etiam tacitae & fine strepitu,
clamare praesumuntur; ità & in intellectu
cantilenae silentio consonantes percipi.
Nec verò rarum est apud Philosophos,
multa de arcanis suis ebuccinari,
quae tamen in audientium captum non
perveniant; ut nimirùm litterae inhaerentes
sensum vix venentur, aut vocum
bombo intenti rem non intelligant: ità
& vice versâ intellectus instrui potest
mutis vocibus, seu cantilenis, quarum
concentus ad vulgi aures non descendat,
aut admittatur. Cùm itaque, Illustrissientendit,

@

11

rendaient une harmonie assez
agréable. C'est de la contemplation de
toutes ces choses, & de la comparaison
des choses supérieures avec les inférieures,
du tout avec les parties, & des causes
avec leurs effets, qu'il résulte dans
l'esprit des hommes raisonnables une espèce
d'écho musical à trois voix, qui frappe
moins les oreilles, qu'il n'affecte le
sentiment intime de l'âme. C'est ainsi
qu'on dit qu'Aspendius concertait avec
lui-même. Car comme les prières ardentes
que l'on fait à Dieu, même tacitement
& sans bruit, sont censées crier
vers lui: de même aussi au milieu du
silence ces concerts harmonieux savent
bien se faire entendre à l'esprit. Et certes
il n'est pas rare d'entendre les Philosophes
parler fort clairement de leurs mystères,
sans que ceux qui les écoutent les
comprennent, parce que s'arrêtant à la
lettre, ils arrivent à peine jusqu'au sens,
& que ne s'attachant qu'aux mots, la
chose échappe à leurs lumières. De même
aussi il est très-possible de parler à l'esprit
d'une manière muette, ou par des Chansons
dont les accords ne soient point sensibles
aux oreilles du vulgaire. C'est ce qui

@

12

me Princeps, & ego, licèt Philosophantium
minimus, inter caetera mea studia,
quibus addictus sum, tàm infimi, quàm
summi & medii mundi naturas intimè indagare
& rimari conatus sim, ac magnam
aetatis meae partem, non solùm in contemplatione
Mathematum, nec non Caeli
Terraeque contentorum, sed & praxi Physicâ
in Medicinâ Dogmaticâ (quae in curatione
Morborum corporis humani, ac
praecautione eorumdem consistit,) & Hermeticâ
universali per incredibiles labores,
experimentationes, errores, iterationes,
curas & sumptus explorandâ & conficiendâ
attriverim & absumpserim; non potui
intermittere, quin post tot naufragia hunc
portum, post tot miserias cum aceto hoc
gaudium, post tanta rerum & studiorum
impendia hoc compendium, hoc est, post
tot sensuum exercitia clamosa & vocalia,
has Cantilenas intellettuales sine voce &
clamore indigetarem & ederem: non quidem
eâ intentione, quasi meam in hoc

@

13

m'a engagé, M o n s e i g n e u r, moi qui
suis le dernier de tous les Philosophes,
après avoir entr'autres travaillé jusqu'ici à
fonder & à découvrir la nature des choses,
tant supérieures que moyennes & inférieures;
après avoir usé la plus grande
partie de ma vie, non-seulement à l'étude
des Mathématiques & de tout ce que renferment
le Ciel & la Terre, mais encore
à chercher & à éprouver la Pratique Physique
de la Médecine Dogmatique, qui
consiste dans la cure des Maladies du
corps humain, & dans les moyens de les
prévenir; après avoir donné les mêmes
soins à la Philosophie Hermétique, ce
qui m'a coûté des travaux incroyables,
des expériences souvent réitérées, beaucoup
de fautes, de grands chagrins & de
grandes dépenses: c'est, dis-je, ce qui
m'a engagé à chercher ce port après tant
de naufrages, cette satisfaction après tant
de douleurs amères, ce dédommagement
après tant de dépenses & de soins; c'est-
à-dire, à publier sans bruit & dans le silence,
après avoir tant crié & tant sué,
ces Chansons intellectuelles. Ce n'est pas
que j'aie prétendu par-là faire parade
de mon peu d'expérience en ce genre

@

14

studii genere experientiam, quae exigua
est, ostentarem, aut aliis testatam redderem;
at potiùs, ut harmoniam partium
homogenearum in uno subjecto consistentium
inter se, caetera mundana & supermundana,
Deumque ipsum, pro talenti
mei ratione aliquomodò declararem, &
sic mentem sensibilibus, sensumque intelligibilibus,
jucundâ vicissitudine instruerem.
Cur verò id scripti genus, quoad externam
chartae & versûs formam vile &
exiguum, nec sat dignum, Illustrissimae
Tuae Celsitudini prae caeteris dicatum &
oblatum velim, causae me non leviculae
moverunt, quâ ipsius, quâ mei & munusculi
chartacei nomine: ipsius, quia
Celsitudo Tua Illustrissima hanc gratam
de se samam per totam, non solùm
Germaniam, sed Europam, longè latissimèque,
ob in litteras humaniores literarosque
singularem, & tanto Principe dignum amorem
effudit & spartit, ut haud dubitem,
illam meos hosce conatus benigno vultu,

@

15

d'étude, & en convaincre les autres; au
contraire je ne me suis proposé que de
faire connaître, autant qu'il est en moi,
l'harmonie qui règne entre toutes les parties
homogènes d'un même sujet, ensemble
toutes les autres choses, tant celles
d'ici-bas que les supérieures, & enfin
D I E U même, & de donner ainsi par un
heureux retour de l'intelligence aux choses
sensibles, & du sentiment aux choses
intelligibles. A l'égard des raisons qui
m'ont porté à dédier à VOTRE ALTESSE un
Ouvrage, qui à ne considérer que l'extérieur
du volume & des vers, est si peu de
chose, si vil & si peu digne d'Elle, j'en ai
eu de très-fortes, tant du côté VOTRE
ALTESSE, que du mien & de mon Ouvrage
même: du côté de VOTRE ALTESSE,
parce qu'elle s'est rendue si célèbre, non-
seulement dans toute l'Allemagne, mais
dans toute l'Europe, par l'amour singulier
& vraiment digne d'un si grand Prince,
qu'elle a pour les lettres & pour ceux
qui les cultivent, que je ne doute point
qu'Elle ne reçoive favorablement ce faible
essai que j'ose lui présenter de mon
travail, & qu'Elle ne m'accorde généreusement
sa protection, tour inconnu que

@

16

etiam qualescunque, suscepturam, suoque
me patrocinio, etiamsi hactenùs
ignotum, protecturam: mei, quia Holsatus
sim patriâ, quam ob studia Hermetica
penitùs absolvenda, & apud exteros
in diversis regionibus & populis exantlanda,
ante 14 annos reliqui lubens &
volens, non, ut spes est, in perpetuum,
sed ad tempus, prout Deo & Principi meo
placuerit, aliquandò reversurus. Meos
autem, qui qualesque fuerint, non solùm
tota Nobilitas Holsata, sed & Parens
tuus, Avusque divae memoriae, quibus
illi, quoad vixerunt, servitio fidelissimo
astricti fuerunt, optimè noverunt.
Materia verò, quam obfero versiculis
Rythmicis inclusam, etsi videatur vulgaribus
oculis exigua & despecta, attamen
ILLUSTRISSIMAE CELSITUDINIS tuae intellectui
circumspectissimo & sagacissimo,
sub tam vili veste ac formâ latens, ut
spero, vix despicietur au contemnetur.
Quod, velut ominor, si gratum fit, opus
Medicinale

@

17

je lui ai été jusqu'ici: de mon côté, parce
que je suis originaire du Holstein, que je
n'ai quitté de mon plein gré il y a quatorze
ans, que pour aller dans les pays
Etrangers y perfectionner mes études
Hermétiques, & que je n'ai pas abandonné
pour toujours, comme je l'espère,
mais seulement pour un temps, dans la résolution
d'y retourner dès qu'il plaira à
DIEU & à mon Prince. Du reste ma famille
est très-connue, non-seulement de
toute la Noblesse de Holstein, mais encore
du Père de Votre Altesse &
de son Aïeul d'heureuse mémoire, au
service desquels les miens ont toujours
été fidèlement attachés. Pour ce qui est de
la matière que je traire dans ces vers rimés,
quelque méprisable & peu importante
qu'elle puisse paraître aux yeux du
vulgaire, j'ose attendre de la prudence
& de la sagacité de Votre Altesse,
qu'Elle voudra bien ne la pas dédaigner.
Que si Elle agrée ce petit présent, comme
j'ose m'en flatter, j'espère lui offrir
un Ouvrage de Médecine de plus granMedicinale
B

@

18

majoris momenti, ne dicana
secretioris doctrinae, Illustrissimo tuo Nonimi
nuncupabitur. Interim Illustrissimam
Tuam Celsitudinem cum totâ Holsatiae
Principali Domo, DEI optimi maximi
protectioni, meque illius tutelae, patrocinioque
committo. Dabam Rostochii,
An. 1622. 25 August.

I L L U S T R I S S I M AE T U AE

C E L S I T U D I N I


Subjectissimus & dedi-
tissimus,

Michael M A I E R U S,
Comes, &c. Doctor, &c.
Eq. &c.

@

19

de importance, pour ne pas dire d'une
plus grande érudition. En attendant, je
ne cesserai de faire des voeux au Ciel
pour la prospérité de Votre Altesse
& de toute l'Auguste Maison de Holstein;
& me recommandant à sa protection, je
me dirai avec un profond respect,

M O N S E I G N E U R,


DE VOTRE ALTESSE




Le très-humble, très-obéissant
& très-dévoué Sujet
& Serviteur.

A Rostoch, ce 25
Août 1622. Michel M A I E R,
Comte , &c. Docteur,
&c. Chevalier, &c.

B ij

@

20


L E X

Cantilenarum Intellectualium perpetua
Hexasticho expressa.

P H oe n i c e m, volucrum miracula
rara, canendo
Dùm moror, haec operi lex sit praefixa
novello.
Harmoniae certo respondent ordine ternae:
Semper Acuta dabit Veneris modulamina
nostrae;
Ast intermedio concurret tramite piscis
Retrogradus; manet ima loco Gravis
ira Leonis.

@

21


ORDRE

Observé par l'auteur dans la suite
de ses Chansons intellectuelles.

E N chantant le P h é n i x, cet Oiseau
rare & merveilleux, voici l'ordre
que je me suis prescrit. Chaque Triade
forme alternativement un Concert de
trois voix. La Haute-Contre exprime
d'abord les doux accents de notre Venus:
L'Ecrevisse qui marche toujours à reculons,
fait ensuite la Taille; & la Basse-
Taille est enfin réservée au Lion terrible
dans sa colère.

B iij

@

22 Cantilenae Intellectuales.

pict

I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

V ULCANIOS labores,
Et igneos tepores,
Queis se solet cremare
PHOENIX, & innovare,
Dicemus. O favete,
Linguisque st tenete.

Aetnaea non dat istas
Nobis vorago flammas;
Nec horridus Vesuvî
Est aestus huic par igni;
Non Hecla, quae per undas
Sulphur vomit marinas,
Per quas aquas vagatur,
Incendium minatur:
Nostri sed ortus ignis
Diversus est ab illis.

@

Chansons Intellectuelles. 23

pict

I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

J E vais chanter la nature & les propriétés
du Feu, qui sert au Phénix
de bûcher & de berceau, où il reprend
une nouvelle vie. Prêtez-moi une favorable
attention, & faites silence.


Ce feu n'est ni celui que renferme
l'Etna dans ses gouffres profonds, ni celui
que nourrissent les fournaises ardentes
du Vésuve, ou celui que vomit le
Mont Hécla, dont les souffres brûlants
semblent vouloir porter l'incendie dans
les vastes mers qui l'environnent. Le
principe de notre Feu est tout différent.
B iiij

@

24 Cantilenae Intellectuales.


Mons hinc patescit omnem
Sublimior per orbem,
Qui Cinnamum Crocosque,
Herbasque fert odore.
Hic unus omne mundo
Lumen dat universo:
Hic suggerit calorem
Cunctis, sovens vigorem.
Fax illa sola lenis.
Focum ministrat Ignis,
Volucris unde nostra
Sibi parare busta,
Delere seque fato
Solet, sepulta letho.

O quàm sacratus ille
Siletur Ignis arte!
O quàm stupenda flamma
Haec est Sophis notata!
Qui nescit hanc vel istum,
Nil scire constat ipsum.
Vos qui studetis auras
Scientiae sonoras
Haurire, ne sinatis
Detectus hic sit Ignis.

@

Chansons Intellectuelles. 25

Il tire son origine d'une Montagne la
plus élevée qui soit sur la terre, & qui
ne produit que des fleurs, du Cinnamome,
du Safran & autres herbes odoriférantes.
Ce Feu est la source de toute
la lumière, qui éclaire ce vaste Univers:
c'est lui qui donne la chaleur &
la vie à tous les êtres; c'est une flamme
dont les ardeurs brillent sans jamais
consumer. C'est ce Feu qui sert à former
le bûcher, où notre Oiseau, qui
lui-même l'a préparé, va chercher sa
fin & sa mort.


O que ce Feu sacré est tenu soigneusement
caché! O que cette merveilleuse
flamme est bien connue des Sages! Quand
on l'ignore, on ignore tout. Vous qui
souhaitez puiser aux sources fécondes de
la Science, ne permettez pas que ce Feu
secret soit manifesté.

@

26 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I.

M E D I A.

A Litem charam Sophis
Quis canat dignè metris?
Centuplex si faucibus
Lingua sufflaret sonos,
Non Avis laudes satis
Praedicarem, cui cinis
Morte vitam perficit,
Et vigorem suppetit.

A Syenes limite
Hùc vetusto tempore
Advolavit primitùs
Ales. Hic pulcherrimus
Purpurae Phoenix comis
Colla circomplumeis,
Torque cui sunt obsita
Aureo; sed splendida
Crista munit verticem
A Rubinis tortilem.
Candor in pennis patet
Extimè; verùm latet
Intùs obscurus rubor,
Frigus & vincit calor.

@

Chansons Intellectuelles. 27
----------------------------

I.

T A I L L E.

Q Uels Vers pourraient célébrer dignement
l'Oiseau qui est si cher aux Sages?
Quand j'aurais cent bouches & cent voix,
elles ne suffiraient pas pour faire l'éloge
de cet Oiseau, dont les cendres
trouvent une vie plus parfaite & une
nouvelle vigueur dans le sein même de
la mort.


Cet admirable Oiseau naquit originairement
proche de Syené sur les frontières
de la haute-Egypte. C'est le beau
Phénix, dont le col de couleur de
pourpre est environné d'un collier doré,
& dont la tête est ornée d'une aigrette
aussi brillante que le Rubis. Ses ailes sont
blanches en dehors, & d'un rouge foncé
en dedans. Il est d'un tempérament plus
chaud que froid: de-là vient l'excellence

@

28 Cantilenae Intellectuales.

Sanguis hinc venas replens,
Spiritu corpus regens,
Temperamentum notat
Optimum, viresque dat.
Tecta Phoebi numine,
Et Dianae floridae,
Est simul. Non fervidum
Sustinet Solis metum,
Nec caloris vim timet:
Ignibus noc subjacet;
Acris undae fluctibus
Nec perit rodentibus.

Montibus celsissimis
Imminet, gaudens jugis,
Unde praeceps corruit
Amnis is, qui perluit
Latus Aegyptum rigans,
Ac solum limo beans.
Apis huic est corniger
Fronti lunari sacer.

@

Chansons Intellectuelles. 29

qualité du sang, qui circulant dans ses
veines, l'anime & lui donne des forces.
Cet Oiseau est également cher au blond
Phébus & à la brillante Diane. Il brave
les ardeurs du Soleil, & les chaleurs
les plus brûlantes: il est à l'épreuve du
feu; & l'eau qui ronge tout, ne peut
venir à bout de le détruire.


Sa demeure ordinaire est sur le haut
de ces Monts sourcilleux, d'où le Nil
précipitant ses eaux, va arroser les
campagnes de l'Egypte, & par son limon
y porte la fécondité. C'est à ce
Fleuve, qu'est consacré le Boeuf Apis
au front marqué d'un Croissant.

@

30 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I.

G R A V I S.

C Entum moenia portis,
Quae jacta verat orbis,
Thebae nomine, sacrae
Soli jure fuêre.
Hîc Altaria mystae
Haud rari coluêre,
Quae lux caelica mundi
Texit numine Phoebi.
Non his Delphica flavo
Quondam templa metallo
Exaequata fuerunt,
Quamvis magna tulerunt
Auri pondera summas
Regum munus ad Aras.

Hùc post saecula vitae
Phoenix dena peractae
Pennâ praepete tranat,
Ut se funere solvat,
Gaudens linquere vitam,
Acquiratque juventam.
Haec est tumba sepulchri
Tantâ digna Volucri.

@

Chansons Intellectuelles. 31
-----------------------------

I.

B A S S E-T A I L L E.

T Hèbes, ville autrefois si célèbre
chez les Nations à cause de ses cent
portes, fut à juste titre consacrée au Soleil.
Là des Prêtres en grand nombre furent
ordonnés pour desservir l'Autel, sur
lequel résidait la Divinité même de l'Astre
qui donne le jour à l'Univers. Le
fameux Temple de Delphes, quoique
tout brillant de l'or dont l'enrichirent les
présents des Rois, ne mérita jamais de
lui être comparé.


C'est-là que d'un vol rapide, après
dix siècles de vie écoulés, se rend le
Phénix pour y trouver la mort, content
de finir ses jours, dans l'assurance
certaine qu'il a de rajeunir. C'est-là le
bûcher seul digne de servir de sépulture
à ce merveilleux Oiseau. Ni les suMausolaea

@

32 Cantilenae Intellectuales.

superbo
Fastu condita caelo,
Caris cura, nec ulla
Est huic pyramis aequa;
Nec regalia busta,
Aetas si qua vetusta
Jactet, sive moderna.

Non ignobilis urna
Tantum funus honestat,
Atridas ut adornat.
Nam cùm Sole cremandus,
Annis mox renovandus,
Phoenix sistitur Aris
Thebis, urbe, decoris;
Tum se concutit ipse
Ales, & perit igne.
At sic funere mersus
Non est, sed novus ortus;
Ut fiat sibi mirum
Phoenix ipse sepulchrum.

II. TRIAS.

@

Chansons Intellectuelles. 33

perbes Mausolées que la piété des vivants
éleva aux cendres des morts, ni les plus
hautes pyramides, ni les plus riches
tombeaux des Rois que l'Univers ait jamais
vantés, ne sont pas comparables a
celui-ci.


Dans ces augustes funérailles on ne
voit point paraître d'Urne funèbre, comme
dans celles des Atrides. Car à peine
le Phénix prêt à devenir la proie des
flammes, pour recommencer une autre
vie, s'est-il rendu à Thèbes sur l'Autel
du Soleil, que se dépouillant de lui-
même, il périt dans le feu. Dans cet
état est-il la victime de la mort? Non:
c'est un nouveau Phénix qu'on voit
renaître; en sorte que par un prodige
inouï cet Oiseau est à lui-même son
propre tombeau.

C

@

34 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

pict

I I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

N Unc, Musa, dic amoenis,
Res ut jubet, Camoenis,
Quàm multiplex sit Igni,
Quo dicitur notari,
Nomen, typusque rerum
Reddens imago verum.
Ros Caelicus vocatur,
Quo flos agri rigatur,
Sophis amore notus,
Et dote delicatus.
Est Unda falsa Ponti
Nostro dicata pisci,
Ut incoquatur, indè
Et luceat rubore.
Est acris hic saporis
Liquor, nec haud odoris
Foetentis. Est Acetum

@

Chansons Intellectuelles. 35
-----------------------------

pict

I I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

M Use, apprenez-nous maintenant
par des Vers dignes du sujet,
combien de différents noms on donne
au Feu, & sous combien de figures
& d'allégories on a caché le véritable.


On l'appelle la Rosée Céleste, qui
tombe sur la fleur des champs, bien
connue des Sages dont elle fait les délices,
& dont la possession est si précieuse.
C'est l'Eau salée de la mer, destinée
à cuire notre poisson, & a lui donner
une belle teinture rouge. C'est une
Liqueur d'un goût acre, & d'une odeur
désagréable. C'est le Vinaigre, qui ronge

Cij

@

36 Cantilenae Intellectuales.

Quod omne rodit aurum.
Hic Ignis est equinum
Ut humidum fimetum,
Quo nostra res putrescit,
Et in chaos liquescit.
Perennis Unda vitae
Haec denotatur esse:
Hoc Menstruum vocatur,
Quo foetus ampliatur,
Matrice sub tenellâ
Dum crescit omne sperma.
Nam dum maris citatur
Semen, quod irrigatur
A foeminae madore,
Et pascitur cruore,
Natura format indè,
Foetumque reddit ore
Parentibus figurâ
Non imparem decorâ.
Hic Ignis est sacratus
A Sole mutuatus,
Quem protulit Prometheus,
Grajisque monstrat Orpheus,
Dum Bacchici triumphi
Vult festa celebrari.
Hunc lampades levatae
Cursu notant citatae.
Communis Ara Vestae
Huic & fuit Minervae.

@

Chansons Intellectuelles. 37

quelque or que ce soit. C'est un Feu
semblable à la chaleur humide du fumier
de cheval, dans lequel notre matière
se putréfie, & se résout en son cahos.


On le nomme l'Eau de vie qui ne tarit
jamais: le Menstrue qui donne l'accroissement
au foetus, tandis que le sperme
se nourrit dans la matrice. Car lorsque
le mâle jette sa semence, qui est
arrosée de l'humidité de la femelle, &
qui se nourrit de son sang, la Nature
en forme & en produit un enfant, qui
du côté des perfections ressemble merveilleusement
à ceux auxquels il doit la
vie.


C'est-là le Feu sacré, que Prométhée
apporta sur la terre, après l'avoir pris
au char du Soleil, & qu'Orphée enseigna
aux Grecs, en établissant parmi eux les
Fêtes de Bacchus. C'est ce Feu figuré par
les torches ardentes, que les Bacchantes
portaient dans leurs courses. C'est ce Feu
sacré qui brûlait nuit & jour sur les Autels
de Vesta & de Minerve.

C iij

@

38 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I I.

M E D I A.

N Emo non novit genus
Unde Phoenix est satus:
Nam pererrat singula
Orbis hujus climata;
Nec locus terris datur,
Quo coràm non cernitur:
Non abest à montibus,
Nec profundis vallibus.

Hic Lapillus notiot
In lapillis dicitur,
Quem Sophorum plurimi
Mentis intellectui
Obserunt Cerdonibus,
Sed tegentes hostibus.

Vultur in cacumine
Montis hic est arbore
Qui struit nidum; volans
Pullus undè decidens
Corvus est, qui noctibus
Clamar altùm & lucibus:
Da mihi jus debitum,
Et tibi reddam tuum.

@

Chansons Intellectuelles. 39
-----------------------------

I I.

T A I L L E.

P Ersonne n'ignore l'origine du
Phénix: il parcourt toutes les régions
de l'Univers; & il n'y a aucun lieu sur la
terre qui ne jouisse de sa présence: il se
trouve sur les plus hautes montagnes, &
dans les vallées les plus profondes.


De toutes les pierres, c'est la Pierre la
plus connue, que la plupart des Sages
donnent assez à entendre aux Enfants de
l'Art, & qu'ils cachent à ceux qui cherchent
à le déprimer.


C'est un Vautour, qui sur la cime
d'une montagne fait son nid sur un arbre,
d'où le petit emplumé qui en sort,
est un Corbeau, qui jour & nuit crie à
haute voix: Donnez-moi ce qui m'est
dû, & je vous rendrai ce qui vous appartient.
C iiij

@

40 Cantilenae Intellectuales.

Hic mari Rex mergitur,
Indè qui se nititur
Ex profundo tollere,
Inque Regnum ducere.

Cygnus hic est candidus;
Pavo plumis aureus;
Pellicanus, sanguine
Qui suos de funere
Evocat pullos; Leo
Est duplex, qui se suo
Sustinet nisu, solum
Mox cadens in terreum.

Anguis hic caduceum
Cingit Hermetis gravem,
Quo facit miracula
Nuntius Deûm sua:
Namque somno subjicit,
Eximens & quos velit;
Mortuis vitamque dat,
Et neci vivos dicat.

@

Chansons Intellectuelles. 41

C'est un Roi englouti dans une mer
profonde, qui tâche de remonter au dessus
des flots, & de rentrer dans son
Royaume.


C'est le Cygne blanc; le Paon aux
plumes dorées; le Pélican, qui au prix
de son sang rachète ses petits de la mort;
le double Lion, qui se soutenant d'abord
par ses propres forces, tombe par terre
bientôt après.


C'est le Serpent entrelacé autour du
caducée de Mercure, dont se sert ce
Messager des Dieux pour enfanter des
miracles, donnant ou ôtant le sommeil
à qui il lui plaît, rendant la vie aux
morts, & portant la mort dans le sein
des vivants.

@

42 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I I.

G R A V I S.

N On aptus locus omnis
Est rebus generandis
Sic nec quaelibet urna
Regum contegit ossa.

Quamvis unica crasis,
Tellus mater & Iris,
Cujus portio nostram
Et post fata Volucrem
Qualiscunque capescit,
Ut mox surgere possit:
At virtus latet intùs
Vitae restituens jure.
Ceu fermenta farinam
In quamcumque figuram
Panis cocta reducunt,
Nobis aptaque reddunt,
Ut per singula membra
Succedant alimenta:
Sic vis regia terrae
Est, quae vivificat re
Quae sunt morti sepulta,
Et sub flumine mersa.

@

Chansons Intellectuelles. 43
-----------------------------

I I.

B A S S E-T A I L L E.

T Out lieu n'est pas propre à la génération
des choses; & on n'emploie
pas indifféremment toutes sortes d'urnes
à renfermer les cendres des Rois.


Il n'y a aussi qu'un assemblage unique
de la Terre & de l'Iris, dont une petite
portion sert à contenir les cendres de
notre Oiseau jusqu'à sa résurrection future;
mais dans le sein de cette terre est
cachée une vertu secrète, qui lui rend
la vie. Car comme par la cuisson le levain
forme de la farine du pain de toute
espèce, & la rend propre à porter l'aliment
dans toutes les parties du corps:
de même la vertu toute-puissante de cette
terre vivifie en effet ce qui est mort, &
enseveli sous les flots.

@

44 Cantilenae Intellectuales.

Est & Lac muliebre,
Ex ipsoque cruore
Venis corporis actum,
Mammis bisque recoctum,
Quo, si quando sit ortus,
Pascatur benè foetus.

Non arcana recludam
Quae sunt; his tamen addam,
Vas Hermetis amari
Hâc tellure parari:
Nam contemnere flammas,
Ac dediscere rimas,
Hoc unum valet; indè
Omni poscitur arte.

Haec est Regia cera
Firmans nostra sigilla,
Paucis multa retexam:
Haec res unica formam
Dat, praebetque vigorem,
Cunctis rebus honorem.

@

Chansons Intellectuelles. 45

On peut encore la comparer au Lait
de femme, qui formé du sang qui circule
dans les veines, lorsqu'il s'est recuit
de nouveau dans les mamelles, devient
propre à la nourriture de l'enfant
nouveau-né.


Je ne trahirai point le secret; j'ajouterai
cependant, que c'est de cette terre
que veut être formé le vase d'Hermès,
parce qu'elle est à l'épreuve du feu, &
qu'elle ne se fend jamais. C'est ce qui
la fait rechercher avec tant de soin.


C'est-là la cire Royale, qui sert à
celer nos secrets: en un mot, c'est cette
unique chose, qui donne à tout ce qui
existe la forme, la vigueur & la beauté.

@

46 Cantilenae Intellectuales.

pict

I I I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

Q Uantum boni dat ignis,
Referre vix queat quis,
In rebus universis,
Usu vel hujus Artis.
Iners rigor ligaret
Et cuncta suffocaret,
Si non calor foveret,
Viresque sustineret.
In Arte nil juvaret
Opus, nec ampliaret,
Si non adesset Ignis,
Qui notus est Magistris.

Nullis nutritur herbis.
Nec crescit ille lignis;
Nec esse bestialis,
Sed penè mineralis

@

Chansons Intellectuelles. 47

pict

I I I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

I L serait difficile d'exprimer tous les
avantages qu'on retire du Feu dans
l'Univers, comme dans les diverses opérations
de notre Art. Un froid mortel retiendrait
toutes choses dans l'inaction, si
la chaleur ne venait au secours, pour
les animer & leur donner des forces. En
vain se donnerait-on beaucoup de mouvement
dans notre Art; on n'y gagnerait
rien, si l'on n'était aidé du feu qui
est connu des Adeptes.


Ce Feu ne s'entretient ni à force d'herbes,
ni à force de bois; sa nature n'est
point animale, mais presque minérale.

@

48 Cantilenae Intellectuales.

Est agnitus. Vocatur
Ferrum, quod alligatur
Magnetino lapillo,
Haerens amore firmo.
Est sulphurata Taeda,
Argenteique viva
Liquoris unda, tingens,
Et rem colore fingens.
Est Spiritus benignus,
Qui cuncta format intùs,
Subtilitate donans,
Et omne corpus ornans.

O mira vis caloris,
Quàm magna dona prodis
Notâ Sophis in arte,
Opus regas ut omne!
In Igne namque solo
Consistit Artis ordo.
Ab hoc procul, prophani,
Et non abite sani;
Ne flamma vos sacrata
Tangat, nequamve lingua
Vulgo revelet illam,
Quam profit esse tectam.

MEDIA.

@

Chansons Intellectuelles. 49

C'est le Fer dont on arme la pierre d'Aimant,
à laquelle il s'attache d'un lien indissoluble.
C'est une Torche ensoufrée;
une Eau vive argentine, qui teint & colore
notre oeuvre. C'est Un Esprit bienfaisant,
qui donne la forme intrinsèque à
toutes choses, & qui subtilise tous les
corps.


O vertu admirable de la chaleur, de
quel merveilleux secours n'êtes-vous pas
aux Sages, pour la direction de leurs opérations
dans l'Art qui leur est connu! Car
tout le secret de cet Art consiste uniquement
dans le Feu. Loin de ce Feu, profanes:
retirez-vous, vulgaire insensé,
de-peur que cette flamme sacrée ne vous
éclaire, & que votre bouche impure ne
rende publics ses mystères, qu'il est à
propos de tenir cachés.

D

@

50 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I I I.

M E D I A.

Q Uanta vis Lunariae
A ddicatur herbulae,
Ex Librorum paginis
Cernitur passim satis:
Quae rubro sit stipite,
Subnigro sed cortice,
Flore citrino, bonâ
Suavitate praedita.
Crescit ad Lunae vices,
Et vivescit in dies.
Lullius subtilibus
Velat hanc contextibus;
Et Sophorum plurimi
Praedicant tantae rei
Abditam vim, posteris
Atque commendant suis:
Qui locum non suggerunt
Quo viget, sed supprimunt.

Haecque Glauce proditur,
Mortuis quâ redditur
Vita tactu piscibus,
Et calor redit novus.

@

Chansons Intellectuelles. 51
-----------------------------

I I I.

T A I L L E.

L A plupart des Livres font assez connaître
l'excellence & la vertu de la petite
herbe nommée Lunaire. Sa tige est rouge,
son écorce noirâtre, sa fleur de couleur
de citron; & elle exhale une odeur
douce & agréable. Elle croît selon les différentes
phases de la Lune, & embellit
de jour en jour. Raymond - Lulle l'a cachée
sous des Allégories mystérieuses; &
entre les Sages plusieurs ont vanté la
vertu secrète de cette herbe merveilleuse,
& l'ont recommandée à leurs successeurs:
mais aucun d'eux n'a indiqué le
lieu ou elle se trouve, & tous ont gardé
le secret à ce sujet.


C'est, dit-on, l'herbe appelée Glaucé,
dont l'attouchement rend la vie aux
poissons qui sont morts, & leur redonne
une chaleur nouvelle.
D ij

@

52 Cantilenae Intellectuales.

Ipsa Moli traditur,
Si Poëtis creditur,
Quam dedit Laërtio
Editus Majâ caelo,
Fascinum quo verteret,
Et venenum vinceret,
Dira strix quod poculo
Obtulit Circe suo.

Sol potentialiter
Huic inest, realiter
Luna, quae metallicis
Antecellunt caeteris.
Sola subjectum basis
Illud est artis gravis.
Magnes est ferrum trahens,
Et vapor lympham tenens
Morbus & piscis sali;
Sydus extat & Poli.

@

Chansons Intellectuelles. 53

C'est, si nous en croyons les Poètes,
le fameux Moli, dont le fils de Maia fit
présent à Ulysse, pour lui servir de préservatif
contre les enchantements de Circé,
& d'antidote contre le poison que
lui offrit cette cruelle Magicienne.


Le Soleil & la Lune, qui l'emportent
sur tous les autres Corps métalliques,
sont renfermés dans cette herbe; le Soleil
en puissance, & la Lune en acte.
Elle est le seul fondement & la base du
grand Art. C'est l'Aimant, qui attire le
fer; c'est une vapeur toute grosse d'eau,
un mal contagieux pour le poisson que
nourrit la mer salée, & un Astre qui
brille dans les Cieux.

D iij

@

54 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I I I.

G R A V I S.

A Ltis Pergama muris
Non vi victa, nec armis;
Sed fictae superata
Artis fraude Pelasgâ,
Postquàm dona Minervae
Captarunt sibi gratae.
Quisquam novit, Equinâ
Quòd sint perdita formâ,
Haec dum subdidit hostes,
Alvo quos tulit intùs.

Haec sunt moenia Trojae
Firmâ turribus arce,
In quam nil referemus,
Si non arte juvemus.
Nam non corpora captant
Vim, quam spirituum dant
Aurae, sive vapores,
Naturaeque calores;
Si non illa marito
Nubat foemina fixo,
Astus hos imitare
Graecorum, generare

@

Chansons Intellectuelles. 55
-----------------------------

I I I.

B A S S E-T A I L L E.

C E ne fut point à la force des armes
que succomba la superbe Troie: elle devint
la victime de la ruse & de l'artifice
des Grecs, en recevant dans son sein le
présent fatal fait à Minerve qu'elle révérait.
Personne n'ignore, que sa ruine
fut due à ce fameux Cheval de bois, qui
lui cacha les nombreux ennemis, qu'il
renfermait dans ses vastes flancs.


Ce sont-là les murs, les tours & les
remparts de Troie, que nous n'escaladerons
jamais, si nous n'usons de ruse &
d'adresse. Car les Corps ne reçoivent
point la vertu que communique le souffle
des esprits, c'est-à-dire, les vapeurs &
le feu de la Nature, si on ne marie
cette femelle avec le mâle fixe. Imitez
donc la ruse qu'employèrent les Grecs,

D iiij

@

56 Cantilenae Intellectuales.

Si quaeras tibi notum
Verax arte Lapillum.

Haec sunt poma, citatae
Quae curreus Atalantae
Ter projecit Ephebus
Palmam prendere certus.
Solis filius audit
Hic, qui vellera promit
Phrixi, Martis in horto
Debellanda duello.

Haec immota palatî
Sunt fundamina nostri,
Quae si nescia desint,
Nil quid caetera prosint,
Hic est nidus inermes
Donans veste volucres,
Ex quo saepè resurgunt,
Implumesque revertunt.

@

Chansons Intellectuelles. 57

si vous voulez ne point vous égarer en
cherchant la Pierre qui vous est connue.


Ce sont-là les fameuses pommes,
que le jeune Méleagre, sûr de sa victoire,
jeta par trois fois dans sa course sur
le passage de la légère Atalante. Il n'y
a que le fils du Soleil, qui possède cette
précieuse toison de Phrixus, qu'il faut
conquérir les armes à la main dans le
champ de Mars.


Tels sont les fondements inébranlables
de notre édifice. Si on les ignore,
le reste ne saurait être d'aucune utilité.
C'est-là le nid, où l'Oiseau se revêt des
plumes qui lui manquaient, & d'où il
ressuscite souvent & renaît sans plumes.

@

58 Cantilenae Intellectuales.

pict

I V.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

V Irgo decente formâ,
Ex stirpe Regis orta,
Matura jam, marito
Se mancipare pulchro
Dum nititur, per oras
Mittit procul remotas,
Qui nuptiis decorum
Quaerant amore sponsum.
Hi multa permearunt
Dum Regna, navigarunt
In Indiam supremam,
Quà versus est Iapan.
Hîc veste viliore
Inventus est, cruore
Qui Regio venustus
Vir diceretur ortus.
Villosa pellis omnes

@

Chansons Intellectuelles. 59

pict

I V.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

U Ne jeune Vierge d'une grande beauté,
& issue de sang Royal, étant en
âge d'être mariée, & voulant se donner un
époux qui lui convint, envoya quelques-
uns de ses Sujets dans les pays les plus éloignés
pour lui chercher un mari digne de ses
inclinations. Ceux-ci en parcourant différents
Royaumes, arrivèrent par mer dans
l'Inde supérieure du côté du Japon. Là
sous un habit vil & méprisable ils trouvèrent
un homme qu'on disait issu de sang
Royal. Une peau garnie de longs poils

@

60 Cantilenae Intellectuales.

Illi tegebat artus,
Phumaeque crebriores
Haesere per capillos;
Hinc quòlibet movere,
Ventoque se ciere
Solebat: hunc vocarunt,
Et nuptiis dicarunt
Tam splendidae Puellae;
Quos est secutus ille.

Praefixa lux honori
Solennis est, decori
Ne quid relinqueretur;
Sed omne jus daretur.
Thorus jugalis ambos
Accepit igne captos;
Et Cypriae favore
Ligavit ex amore.
Tres Pronubi ferebant
Taedas, choros trahebant:
Plausêre Gratiarum
Trigae; novemque cantum
Musae dedêre, Phoebo
Suavi sonante plectro.
O quàm premit benignus
Hinc mox utrosque somnus,
Ex quo levata virgo
Foetum gerebat alvo!

@

Chansons Intellectuelles. 61

couvrait tout son corps, & ses cheveux
étaient tout parsemés de plumes; aussi se
remuait-il à tout vent. Ils l'abordèrent;
& l'ayant destiné à devenir l'époux de leur
auguste Princesse, il les suivit.


Pour que rien ne manquât à la cérémonie,
& que tout se fit dans les règles, on
choisit un jour solennel pour la célébration
de ces noces. Les deux époux pleins
d'amour l'un pour l'autre entrèrent dans
le lit nuptial, où dans leurs embrassements
amoureux Venus leur prodigua ses
faveurs les plus précieuses.
Trois Paranymphes portaient les torches
nuptiales, & conduisaient la noce.
Les trois Grâces applaudirent à cette
union; & les Muses la célébrèrent par
des Vers digues d'Apollon.


Que ce fut un doux sommeil, que
celui auquel se livrèrent ensuite les deux
époux! La Pucelle ne se réveilla qu'enceinte
du fruit qu'elle portait dans son
sein.

@

62 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I V.

M E D I A.

O Rbe Lunati ferae
Decidisse plurimae
Afferuntur Ethnicis,
Fortè sed non abs Tropis:
Ex iis fertur Leo,
Monte saevus arduo,
Herculis quem sustulit
Robur, & morti dedit.
Ille spumâ lucidae
Congelatus Cynthiae,
Dictus est in inferum
Lapsus è Caelo solum.

Fabulae sed veritas
Huic subest, haud vanitas:
Nam Leonino latet
Ore res, quae perplacet
Prae bonis mundi Sophis,
Est & illis utilis.
Artis haud parvae liquet;
At quis hunc neci daret?
Huic fit Alcidae manus,
Clava, necnon impetus,

@

Chansons Intellectuelles. 63
-----------------------------

I V.

T A I L L E.

L Es Poètes voulant peut-être cacher
leurs mystères sous le voile de l'Allégorie,
ont feint qu'autrefois plusieurs Animaux
féroces tombèrent de la Lune sur
la terre. De ce nombre fut, dit-on, le
Lion furieux de la Forêt de Némée, qui
étant engendré de l'écume congelée de la
brillante Diane, tomba du Ciel dans ces
bas lieux, & fut mis à mort par le vaillant
Hercule.


Sous l'écorce du mensonge cette Fable
cache une grande vérité: car dans la gueule
du Lion est cachée une chose, que les
Sages estiment plus que tous les biens du
monde, & qui leur est très-utile. Ce n'est
pas peu de chose que de la trouver:
mais qui sera le vainqueur du Lion?
Pour dompter un monstre dont les griffes
& les dents sont tant à craindre, il ne
faut pas moins que les bras, les forces

@

64 Cantilenae Intellectuales.

Quo trucidet belluam
Ungue, dente noxiam.
In lacunam concavi
Est citandus hic thori;
Fitque suffitus croco,
Et fragrante succino.
Indè mollitur fera
Omnibus membris, aquâ
Praeligatis faucibus;
Et perit sub fluctibus.

Hunc Leonem noscere
Cura sit. De Sydere
Quo cadit, ros caelicus
Stillat herbis humidus,
Fertque germen semini,
Flosculumque stipiti,
Unde nostra plantula
Crescit, & dat pabula,
Quae Leoni grata sunt,
Languidisque conserunt.

GRAVIS.

@

Chansons Intellectuelles. 65

& la massue d'Hercule. Qu'on le force
d'entrer dans le réduit humide & concave
du lit qu'on lui a préparé, parfumé
de safran & d'ambre d'une odeur
agréable. Là tous les membres de l'animal
s'amolliront; & suffoqué des eaux
qui l'environnent, il périra sous les flots.


Que lion s'applique à connaître ce
Lion. De l'Astre dont il tombe, découle
une rosée céleste qui humecte les herbes,
qui porte le germé dans leur semence,
& couvre leur tige de fleurs.
C'est elle qui donne l'accroissement à notre
petite plante, & qui lui fait produire
une nourriture agréable au Lion, & profitable
à ceux qui manquent de force.

@

66 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I V.

G R A V I S.

T Erris dives & auro
Prisco Rex fuit aevo,
Qui latissima Regna,
Et multiplicis arva
Ubertatis habebat,
Quae cum pace regebat.
Huic non mascula proles,
Sed virgo fuit haeres:
Quae cùm nupta fuisset,
In lucemque dedisset
Natum stemmatis alti,
Vultûs atque venusti;
Huic possessio regnis
Uni cessit avitis.

At Rex alter opimas
Ipsi reddere terras
Promisit, sibi charam
Quòd si ducere natam
Uxorem velit ultrò,
Et se sistere Regno.
Paret victus amore,
Et sponsam capit ille.

@

Chansons Intellectuelles. 67
-----------------------------

I V.

B A S S E-T A I L L E.

I L y eut autrefois un Roi très-riche
en terres & en or, qui gouvernait en paix
un grand Royaume, & un pays fertile en
toutes sortes de choses. Ce Roi n'avait
point de fils, mais une fille son unique
héritière, qui ayant été mariée, mit au
monde un Prince d'une grande beauté
lequel succéda à son aïeul,


Cependant un autre Roi offrit de donner
à ce Prince de riches terres, s'il voulait
épouser une fille qu'il avait, & qu'il
aimait tendrement, & se rendre dans ses
Etats. Le Prince épris des charmes de la
Princesse accepta la proposition, & le
mariage se fit.
E ij

@

68 Cantilenae Intellectuales.

Post non tempore longo
Mater portat avito
Ex Regno bona cuncta,
Ipsi datque tenenda.
Hinc ditissimus ille
Reges vicit in orbe.

Vix sermone referri
Pondus divitis auri
Possit, maxima rerum
Cornu copia verum.
Non desunt ibi gazae
Regales sine fine:
Nam quae ceperat arva
Dono matris avita,
Auro plena redundant,
Et sic aurea donant
Terrae; flumina rubras,
Auri frustula, glebas
Volvunt montibus altis,
Contorquentque sub undis.

@

Chansons Intellectuelles. 69

Peu de temps après la mère du Prince
emporta toutes les richesses du Royaume
de son père, & en fit présent à son fils;
ce qui le rendit le Monarque le plus riche
& le plus puissant de l'univers.


A peine pourrait-on exprimer les trésors
immenses qu'il possédait en or & en effets
précieux de toute espèce: c'était une vraie
corne d'abondance. Car le Royaume de
son aïeul, dont sa mère l'avait mis en
possession, regorgeait d'or: la terre n'y
produisait que de l'or; & les rivières y
roulaient sous leurs flots un sable doré
des grains d'or, qu'elles détachaient
des Montagnes.
E iij

@

70 Cantilenae Intellectuales.

pict

V.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

P Syche venusta vultu,
Vestisque pulchra cultu,
Cupidinem fugatum
Quaesivit expetitum
Pernix furotis oestu
Longo labore, cursu
Multos vagans per annos
Tractus soli per omnes.

Cognovit haec amorem
Suum latere tandem
Arabicas per oras;
Concepit undè curas.
Cupido nam sodalem
Junctum tenet perennem
Vulcanium tyrannum:
Hunc illa non amicum

@

Chansons Intellectuelles. 71

pict

V.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

L A belle Psyché couverte de ses habits
les plus précieux, & pressée de
l'ardeur qui l'animait, chercha longtemps
l'Amour, qu'elle avoir forcé de s'éloigner
d'elle. Pendant plusieurs années
elle parcourut avec des fatigues incroyables
tous les pays de la terre, sans pouvoir
le trouver.


Elle sut enfin que ce Dieu qu'elle
aimait était caché dans l'Arabie; ce qui
la chagrina beaucoup. Car l'Amour a
pour compagnon inséparable le Dieu du
feu, que Psyché a en horreur, parce

E iiij

@

72 Cantilenae Intellectuales.

Exhorret, & timescit
Semper, patique nescit.
Hic impediret arctos
Nexus, nec inter ambos
Concordiam probaret;
Sed litibus secaret.

Id cùm moveret ipsam
Quaesivit huic medelam:
Ad filiam tetendit,
Eique rem retexit.
Haec Gammarina dicta,
Est uxor, & reperta
Cupidinis fugacis
Mater, Psyches nepotis.
Mox nata cepit in se
Negotium, probèque
Promisit inter illos
Pacis novare foedus.

Tuetur hanc & illum
Dum nata, nec tyrannum
Formidat, hinc nepoti
Psyche ligatur uni;
Diversitas & horum
Est temperata morum.

@

Chansons Intellectuelles. 73

qu'il n'est pas de ses amis: aussi le fuit-
elle toujours, & ne peut le souffrir. Elle
sait qu'il s'opposerait à leur union intime,
& que bien-loin de mettre la paix
entr'eux, il ne travaillerait qu'à les diviser.


Agitée de cette inquiétude, elle chercha
un remède à ce mal: elle alla trouver
sa fille, & lui découvrit ce qui se passait.
Celle-ci appelée Gammarine, est
femme & mère de l'Amour fugitif petit-
fils de Psyché. Elle se chargea aussitôt de
l'affaire, & promit de les raccommoder
au mieux.


Depuis ce temps-là, sous la protection
de la fille qui veille sur l'un & sur l'autre,
& qui ne craint point le Dieu du feu,
Psyché vit dans une union parfaite avec
son petit-fils, la diversité de leurs inclinations
se trouvant ainsi heureusement
conciliée.

@

74 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V.

M E D I A.

E St volucris Indicis
Dicta Ruc in insulis,
Grandiore corpore,
Et stupendo robore,
Tollat alis ut viros,
Subvehens nec non equos,
Aetheris per invios
Pervolando tramites.
Haec prehendit unguibus
Belluam, quae dentibus
Est eburneis, oreque
Fungitur promuscide.
Pressus Ales hâc gravi
Mole, succumbens, humi
Sternitur praedam tenens;
Undè se non eximens,
Morte tandem mutuâ
Perditur cam belluâ.

Protinùs vir advolat
Inquilinus, & necat
Semi-mortuas feras;
Undè carnes luridas

@

Chansons Intellectuelles. 75
-----------------------------

V.

T A I L L E.

I L y a dans les Iles de la mer des
Indes un Oiseau nommé Ruc, qui est
d'une grandeur & d'une force si prodigieuses,
qu'il enlève les hommes, même
les chevaux, & les transporte au travers
des airs. Un jour il prit entre ses ferres
un de ces Animaux, dont les dents sont
d'ivoire, & qui se servent d'une trompe
au lieu de bouche. Mais succombant au
poids de cette lourde masse, l'Oiseau
tombe par terre sans lâcher sa proie; &
ne pouvant se relever, il meurt enfin de
la mort qu'il donne à son ennemi.


Dans le moment accourt un habitant
du Pays, qui achève de tuer ces deux
Monstres à demi-morts. Ensuite les ayant

@

76 Cantilenae Intellectuales.

Pelle detractâ capit,
Et domum secum gerit:
Quas coquens in furnulo
Assat, ut pro ferculo
Regis asservet sui:
Ille namque mox ibi
Hoc futurus prandio,
Vesceretur ferculo.

Hujus est virtus cibi,
Addat ut vim lumini,
Ut remota nubibus
Cernat, & sub noctibus,
Quae sepulta vel Polo,
Sustinentur aut solo.
Indè tantum ferculum
Regibus dat pabulum,
Undè cernant longiùs,
Et queant acutiùs
Judicare grandia
Regna per negotia.

@

Chansons Intellectuelles. 77

écorchés, il en prend la chair, qu'il emporte
chez lui, où il la cuit dans un
fourneau, & la rôtit, la destinant à servir
de régal à son Roi. Ce Prince arrive
en effet peu de temps après, & fait
son dîner de ce ragoût.


Cette nourriture a la vertu de fortifier
la vue au point, qu'au travers des nuages
& des ténèbres les plus épaisses on aperçoit
ce qu'il y a de plus caché dans
le Ciel & sur la terre. Aussi ce mets est-
il réservé pour la bouche des Rois, afin
qu'ils voient de plus loin, & qu'ils puissent
pourvoir plus sagement au gouvernement
de leurs royaumes.

@

78 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V.

G R A V I S.

T Amerlanius haeres;
Magnus jure Mogoles
A vulgo vocitatus,
Qui nunc ordine denus
Indi ditia Regna
Unus multa Monarcha
Subjecit sibi, certas
Anni tempore gazas
Spectat quolibet Aulae,
Oblectatque bonis se,
Pascens lumina rebus,
Quas fert Indica tellus.

Hic ingentibus aedes
Patri sumptibus aequas
Instaurare laborat,
Quas miris pius ornat
Thesauris. Latus illis
Triplex omne columnis
Coeli surgit in auras,
Et nubes quatit altas.
Fundamenta locata
Sunt, auroque parata,

@

Chansons Intellectuelles. 79
-----------------------------

V.

B A S S E-T A I L L E.

U N des héritiers de Tamerlan, que
le Peuple appelle avec raison le Grand
Mongol, & le dixième de ce nom qui possède
aujourd'hui les riches & nombreux
Royaumes de l'Inde, en quelque saison
de l'année que ce soit, aime à faire la
revue de ses trésors, & à repaître ses
yeux des biens qui naissent dans ses Etats.


Ce Prince pieux emploie des sommes
immenses pour élever à son père un Temple
superbe, qu'il enrichit de présents sans
nombre. Les côtés de ce magnifique édifice
sont ornés d'un triple rang de colonnes,
qui au travers des airs portent leur
tête jusqu'aux nues; & les fondements
en sont d'or, afin que la violence enNe

@

80 Cantilenae Intellectuales.

vis verteret hostis
Undae, flamma vel ignis.

Nam Rex hùc putat ipse
Patris spiritus indè
Quod post funera tendat,
Et cum corpore degat.
Hic tanto simulachro
Dignatusque sepulchro
Manes jure parentis,
Mactans ossaque justis.
Hoc nostro monumentum
Inprimis Duce dignum
Censetur, migret hùc quo
Vitâ spiritus orbo.

Sic Aegyptius urnam
Serapis preciosam
Immigrasse putatur,
Quò post fata moratur.

VI. TRIAS.

@

Chansons Intellectuelles. 81

nemie de l'eau ou du feu ne puisse les
endommager.


L'opinion de ce Prince est, qu'après
la mort l'âme de son père viendra se
rendre dans ce lieu, & y habiter avec
son corps. C'est pour cette raison qu'il
érige à ses Mânes ce superbe monument,
ou il arrose ses cendres du sang des victimes.
C'est-là le Tombeau seul digne de
notre Roi, dont l'esprit dépouillé de son
corps doit faire sa résidence en ce lieu.


C'est ainsi qu'on croit que l'Egyptien
Sérapis passa après sa mort dans l'Urne
précieuse qu'il habite.

F

@

82 Cantilenae Intellectuales.

pict

V I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

V Astus Draco cavernam
Intrârat excavatam,
In obvios venenum
Ut mitteret nefandum.
Saevo tremendus ictu,
Soloque mille tactu
Jam funeri dicârat,
Et eminùs necârat:
Nulli patebat undè
Tantae fuere noxae.
Mox Socrates in altâ
Scrutatus est columnâ
Per concavum specillum
Anguem latere magnum,
Qui Regulus vocatur,
Et hostis aestimatur

@

Chansons Intellectuelles. 83

pict

V I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

U N Dragon d'une grandeur énorme
était entré dans une caverne, d'où
il répandait son venin sur tous les passants.
Déjà du seul attouchement de son
souffle empesté, ce Monstre terrible avait
porté la mort dans le sein d'une infinité,
sans que personne imaginât la cause
d'une si grande désolation; lorsque Socrates
découvrit, par le moyen d'un miroir
concave, que dans une haute Colonne
était caché un grand Serpent appelé
Basilic, qui est l'ennemi mortel des
hommes, & dont le poison est plus sub84

F ij

@

Cantilenae Intellectuales.

Viventiumque vivus,
Serpentibusque peius.

Huic ille ponit altâ
Adversa turre spectra,
Ut bestiae videri
Possint, & intueri
Imaginis sub umbrâ
Se se valeret ipsa.
Ex fulgidis metallis
Splendore perpolitis
Specilla sunt parata,
Tornoque concavata;
Magneticoque tractu
Vigent, trahuntque flatu
Vicina quae venena,
Et perdomant remota,
Cùm Regulus reflexam
Suam videret umbram
Imaginemque, foedas
Incautus hausit auras;
Et sic perit sagittis,
Quas misit ipse, jactis.
Hunc artis est Draconem
Necare sic nocentem,
Ejusque virus omne
Auserre fraude cautè,
Et rursùs in metalla
Plantare laevigata.

@

Chansons Intellectuelles. 85

til, que celui de tous les autres animaux
de son espèce.


Alors sur le haut d'une tour opposée
il plaça une figure de ce Monstre, afin
qu'elle pût en être aperçue, & qu'il pût
s'y reconnaître. Il y joignit un miroir concave,
composé des métaux les plus brillants
& les plus polis, qui par sa vertu magnétique
attirait les poisons les plus éloignés,
comme les plus voisins, sans pouvoir
en être altéré.


Le Basilic ayant vu son image réfléchie
dans ce miroir, avala le poison sans
s'en apercevoir, & fut ainsi percé des
mêmes traits qu'il avait lancés.


C'est un grand art de savoir tuer ce
Dragon mortel, en tirer tout le venin
subtilement & avec adresse, & le faire
passer ensuite dans les métaux polis.

F iij

@

86 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I.

M E D I A.

P Ersicis in finibus
Unda rubra fluctibus
Commovetur, torrido
Usta Cancri cingulo.
Teutonum de terminis
Fortè velis hûc ratis,
Pulsa, venit invia
Multa per discrimina.
Inclytus Dux sederat
Puppe celsâ, rexerat
Qui secando turbida
Nave ponti marmora:
Signa cujus candidus
Fronte Bos, quem circulus
Cingit ex ferro rubens,
Saltibus solum premens;
Quo metalli pondere
Est gravata, turbine
Fluctuet ne longiùs,
Et prematur fluctibus.

Eurus atrox jam fretum
Pervolabat horridum:

@

Chansons Intellectuelles. 87
-----------------------------

V I.

T A I L L E.

S Ur les confins de la Perse, & sous le
Tropique brûlant du Cancer, est une Mer
rouge, où après avoir essuyé plusieurs
dangers, un Vaisseau parti du pays des
Teutons fut par hasard porté par les
vents. Ce Vaisseau était commandé par
un vaillant Capitaine, qui du haut de la
poupe où il était assis, l'avoir conduit
jusques-là au travers des flots orageux. Il
portait pour enseigne un Boeuf bondissant
au front étoilé, lequel était environné d'un
cercle de fer rouge dont on avait chargé
le navire, afin que le poids de ce métal
empêchât qu'il ne devint le jouet des vents
& des flots.


Cependant l'Eurus en furie soulevant
les ondes, emporte le Vaisseau, qui est
F iiij

@

88 Cantilenae Intellectuales.

Indè navis pellitur,
Et profundo sistitur.
Namque Dux dum naufragus
Enatat, magnetibus
Sensit undam fertilem,
Quae trahat fundo ratem
Mole ferri turgidam,
Et sibi nectat citam:
Tantus est amor duo
Inter haec, ut vinculo
Arctiore se trahant,
Atque nodis uniant.

Nostra Navis est, mare
Quam resorbet vortice:
Magnes haud abest Sophis,
Quo ligatur sanguinis
Candidam fluxu rosam
Diva quae dedit rubram.

@

Chansons Intellectuelles. 89

englouti sous les eaux. Dans ce naufrage,
le Capitaine cherchant à se sauver,
s'aperçut que le fond le cette Mer était
tout semé de pierre d'Aimant, qui attirait
à lui le Vaisseau chargé de fer, &
ne permettait point qu'il s'éloignât. Car
il y a entr'eux une si grande sympathie,
qu'ils s'attirent l'un & l'autre, & forment
ensemble l'union la plus étroite.


C'est notre Vaisseau, que la Mer engloutit
dans ses gouffres profonds. A l'égard
de l'Aimant, qui a la vertu d'arrêter
la Déesse, dont le sang répandu rougit
la rose blanche, les Sages savent où
le trouver.

@

90 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I.

G R A V I S.

P Risco sanguine cretus
Parthorum fuit Heros,
Cui Brachmanica turba
Olim praescia fata
Dictârat, fore tempus,
Quo nil ederet annus,
Nec messis daret aequum
Caelo divite fructum.
Hinc granaria longa
Per latissima rura
Educi jubet, alto
Et consurgere caelo.

Non parere recusat
Rex; at reddere tentat
Quae mandata fuerunt,
Ac Orâcla tulerunt.
Mox sunt mille vocati,
Qui pro munere grati,
Aequarent nova stellis
Ceslis horrea tectis.
Non intervenit amplum
Tempus, quin benè coeptum,

@

Chansons Intellectuelles. 91
-----------------------------

V I.

B A S S E-T A I L L E.

I L y eut autrefois un Prince issu de
l'ancien sang des Parthes, à qui les
Brahmanes avaient prédit, qu'un temps
viendrait, où l'année serait stérile, &
où la terre ne rapporterait aucun fruit.
En conséquence ils lui ordonnèrent de
faire construire dans toute l'étendue de
ses Etats de vastes greniers, & de les
élever jusqu'aux nues.


Le Prince se disposa à obéir, & à exécuter
ce qui lui était commandé par cet
Oracle. Aussitôt il rassemble une infinité
d'Ouvriers, qui étant bien payés, travaillèrent
à l'envi à élever jusqu'au Ciel
les nouveaux greniers. En peu de temps
on vit ce grand ouvrage commencé, &

@

92 Cantilenae Intellectuales.

Finitumque notatum
Sit cunctis benè factum.
Haec in tecta relata
Sunt, quae munera terra
Ubertate dedisset,
Et matrice tulisset.
Hùc sunt centupla dona
Et millena regesta,
Quae Bacchusque Ceresque
Effudêre benignè.

At si lance rependis
Aequâ, quale sub istis
Munus percipiatur
Velis, atque legatur;
Certus mente videbis,
Favissamque notabis.

Non Psammenitus auri
Custos accola Nili,
Nec quondam Pharo solus
Instant condere fructus:
Est & cura Sophorum,
Auro crescat ut aurum.

@

Chansons Intellectuelles. 93

porté à sa perfection. Là furent rassemblées
toutes les productions, que la terre
avait nourries dans son sein, & qu'elle
avait prodiguées aux hommes dans sa
fécondité. Là furent mis en réserve les
nombreux présents de Bacchus & de Cérès.


Vous qui cherchez à découvrir le trésor
caché sous cette Allégorie, si vous y
donnez l'attention nécessaire, vous le
trouverez infailliblement, & serez frappé
de son éclat.


Les Peuples voisins du Nil le long duquel
ils habitent, & ceux de l'Ile de
Pharos, ne sont pas les seuls qui s'empressent
à mettre l'or en réserve: les Sages
travaillent aussi avec soin à multiplier
l'or par l'or.

@

94 Cantilenae Intellectuales.

pict

V I I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

H Aec est Scientiarum
Regina, dans triumphum;
Haec, Lullio docente,
Vexilla fert in Arte;
Et, teste Morieno,
Ad altiora pleno
Gradu vehit Scientem,
Beatque dote mentem,
Ut calleat futura
Quae sunt suprema fata,
Arcana quaeve caeli
Sint, Numinisve magni.

Haec est Creationis,
Nec non Redemptionis
Imago, quae, quod extat
Mysterium revelat.

@

Chansons Intellectuelles. 95

pict

V I I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

C 'Est ici la Reine des Sciences,
qui l'emporte sur toutes les autres:
c'est, selon Raymond - Lulle, l'abrégé de
tous les Arts; c'est-elle, comme le dit
Morien, qui élève l'esprit du Sage, le
mettant en état de percer les ténèbres de
l'avenir & de pénétrer les profonds mystères
de la Divinité.


C'est une vive image de notre Création
& de notre Rédemption, qui nous en
dévoile le secret. Car comme Adam fut

@

96 Cantilenae Intellectuales.

Nam sicut est Adamus
Ex terreâ creatus
Glebâ luti rubente,
Pulchroque factus ore,
Et spiritu calentis
Flatûs Dei potentis
Perfusus, indè vitam
Ut carperet benignam;
Sic & Sophis rubellae
Adest propago terrae,
Quae fingitur, decente
Et tingitur colore.
Hic tractus ex metallis
Infunditur medullis;
Et corpori ligatur,
A quo lubens amatur.

Triplex ut amnis hortum
Rigabat, hinc Adamum
Qui suscipit, per anguem
Ubi patrare crimen
Deceptus est: tot undae
Nostraeque sunt minerae,
Queis abluatur; estque
Draco dolosus arte.
Hic conjuges in uno
Solutione vitro
Circumvenit, tenebris
Nigredinis subortis.

MEDIA.

@

Chansons Intellectuelles. 97

formé de la terre rouge, doué de tous les
dons de la beauté, & rempli de l'esprit
du souffle de Dieu Tout-Puissant, qui lui
donna l'âme & la vie: de même les Sages
ont leur matière tirée de la terre
rouge, qu'ils pétrissent, & à laquelle ils
donnent une belle teinture, qui ayant
été tirée des métaux, s'insinue dans ses
parties les plus intimes, & s'unit au Corps,
qui la reçoit avec plaisir.


Trois Fleuves arrosaient le Jardin de
délices, où Adam fut placé après sa création,
& où trompé par le Serpent, il se
rendit coupable aux yeux de Dieu. De
même trois Eaux arrosent notre minière;
& il y a aussi dans l'Art un Dragon subtil,
qui au milieu des ténèbres que répand
la couleur noire, surprend les deux
Epoux en solution dans le même verre.

G

@

98 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I I.

M E D I A.

M Ancipati funeri
Sunt Adami posteri,
Quòd DEO non obsequens
Primus inventus parens,
Poma dum decerpserat
Arboris, quam non erat
Fas adîsse. Tàm trucis
Non medela criminis:
Omnis est homo reus
Illius viro fatus.

Tùm DEUS benignior
Adfuit sui memor,
Et gravi mysterio
Cogitat periculo
Mortis humanam genus
Liberare protinùs.

Sic Deus potens Homo
Factus est, qui subdolo
Daemoni caput terit,
Omne robur & rapit,
Nascitur dum Virgine,

@

Chansons Intellectuelles. 99
-----------------------------

V I I.

T A I L L E.

T Oute la Postérité d'Adam fut assujettie
à la mort, parce que ce premier
Père désobéit aux ordres de Dieu, en
mangeant du fruit de l'arbre, auquel il
lui était défendu de toucher. Rien ne
pouvait effacer un si grand crime; & tout
homme sorti de cet homme coupable
naissait criminel comme lui:


Lorsque le Créateur touché de ses
maux, se souvint qu'il était son père, &
résolut d'enlever le Genre-Humain à la
mort par le plus grand de tous les mystères.


En conséquence le Dieu Tout-Puissant
se fait Homme, naît d'une Vierge; &
malgré son innocence répandant son sang,

G ij

@

100 Cantilenae Intellectuales.

Labis expers, & cruce
Horridam mortem subit,
Et cruentus interit.

Sic in Arte mysticâ
Sunt & haec umbris sacra
Tecta, sicut Lullius
Caeterique latiùs
Asserunt suis libris,
Ut potest videre quis.
Nam quod est à criminis
Mole liberum, reis
Subvenit, metallico
Sulfuri vim dans suo
Puriore sulfure,
Lumen & de lumine.

Qui modum perceperit,
CHRISTUS ut salvaverit
Nos ab aeternâ nece;
Hic potest & noscere
Artis arcanae scopum,
Quoque tingantur, modum,
Quae metalla vilibus
Sunt repleta faecibus.

@

Chansons Intellectuelles. 101

& subissant sur une croix le genre de mort
le plus horrible, il écrase la tête du Dragon
infernal, & lui ôte tout son venin.


Ce mystère sacré est aussi caché dans
l'Art sous le voile des figures, comme on
peut le voir plus au long dans les Livres
de Raymond-Lulle & des autres. Car le
pur y vient au secours de l'impur; &
par son souffre plus épuré, cette lumière
de lumière fortifie le soufre métallique.


Qui concevra la manière dont Jésus-
Christ nous a sauvés de la mort éternelle,
pourra aussi comprendre le but de
cet Art mystérieux, & comment on peut
teindre les métaux grossiers & impurs.

G iij

@

102 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I I.

G R A V I S.

I Nfinita potensque
Virtus Numinis usque
Humanam rationem,
Et captum super omnem,
Excedit, quia nulli
Retro subdita fini,
Non his aequiparanda,
Quae caepêre caduca.
Hinc aeterna Potestas,
Ut deflecteret iras,
Et mortalia corda
Noxâ cassa malignâ
Caelos ferret in altos,
Ac componeret imos
Cum summis, & amico,
Quae contraria, vinclo:
Mortalemque Deumque
Conjunctos cupit esse
Personâ simul unâ,
Quae sit certa medela
Cretis semine lapsi,
Ut salventur, Adami.
Sic & corpora fixa

@

Chansons Intellectuelles. 103
-----------------------------

V I I.

B A S S E-T A I L L E.

L A vertu infinie & toute-puissante de
l'Eternel est fort au dessus de la raison &
de l'entendement humain, parce que
n'ayant ni commencement ni fin, rien de
ce qui a commencé, & qui doit finir, ne
saurait lui être comparé. Ainsi pour réconcilier
avec lui les mortels coupables,
& les rendre dignes du céleste séjour, &
pour établir un lien d'union entre les
contraires, entre les choses supérieures &
les inférieures, l'Etre suprême voulut
unir Dieu & l'homme en une seule personne,
afin qu'elle pût remédier efficacement
au mal, & sauver sa postérité criminelle
du premier Père.


De même les Corps fixes ne se marieG
iiij

@

104 Cantilenae Intellectuales.

Non infixa marita
Amplectuntur amore,
Aut nectunt sibi firmè,
Nî sit suave ligamen,
Extremique levamen,
Quod diversa metalla
Formâ jungat in unâ.
Quaerendus Mediator
Extat, qui fit amator
Utrorumque fidelis,
His & servit, & illis.

O Natura stupenda,
Quàm vestigia certa
Salvatoris adoras,
Et ceu dogmata monstras!
Hinc Ars & benedicta
Hoc est nomine sacra,
Quòd Divina revelet,
Nobis, nec sacra celet.

@

Chansons Intellectuelles. 105

ront jamais bien avec les volatils, & ne
s'uniront point étroitement avec eux, s'il
n'y a un doux lien qui rapproche les extrêmes,
& qui réunisse sous une même
forme les différents métaux. Il faut chercher
un Médiateur, qui également ami
des uns & des autres, se prête également
à tous.


O merveilles de la Nature, quelles
traces adorables ne renfermez-vous pas
a n'offrez-vous pas à nos yeux de notre
Sauveur! C'est aussi pour cela que l'Art a
mérité d'être appelé béni, parce qu'il
nous révèle tous les Mystères de la Divinité,
& qu'il ne nous laisse point ignorer
ce qu'il y a de plus sacré.

@

106 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

pict

V I I I.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

A Damici Nepotes
Faeces originales
Secum ferunt in orbem,
Foedant suamque prolem:
Hinc alma dicta Christi
Eos jubent renasci
Ex spiritu per undas
Divinitùs sacratas.

Sic convenit reverti
Res Artis, & retexi
In pristinam liquoris
Matrem serenioris,
Ut denuò per ortum
Nascantur integratum.
Hoc si manet neglectum,

@

Chansons Intellectuelles. 107

pict

V I I I.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

L Es Enfants d'Adam portent par-tout
avec eux la tache originelle du péché,
& la transmettent à leur postérité.
C'est pour cette raison que JESUS-CHRIST
leur ordonne de renaître de l'esprit dans
les eaux sacrées du Baptême.


C'est ainsi que les choses de l'Art doivent
retourner & se résoudre en cette liqueur
pure dont elles tirent leur origine,
afin de renaître de nouveau. Si l'on néNec,

@

108 Cantilenae Intellectuales.

ceu decet, peractum,
Sublimitate celsâ
Fruentur haud metalla.

Nam cùm recens Lyaeus
Luci foret dicatus,
Enutriendus undis
Obfertur ille Nymphis
Amaltheae, per oras
Ut pascuis amoenas,
Sic amnibus frequentes,
Hortisque crebriores,
Hic colluendo crescit,
Et in dies tumescit,
Donec juventa flore
Virescat aucta rore.
Bimater ipsus audit,
Quòd matre bis datus sit
In lucis hujus auras,
Nutrice dante mammas,
Quae copiae ministrat
Cornu, lac & propinat.

Sic noster est lavacro
Foetus recens amico
Quaterque terque lotus
Formosior parandus,
Ut menstruum recedat,
Nec faex amara laedat.

@

Chansons Intellectuelles. 109

gligé de le faire, ou si l'on n'y apporte
pas les soins convenables, jamais les métaux
ne parviendront à la sublimation.


Aussi voyons-nous qu'aussitôt après la
naissance de Bacchus, on le donna aux
Nymphes Amalthées pour le nourrir d'eau,
afin qu'élevé dans leurs agréables prairies,
arrosées d'une infinité de rivières,
& plantées de jardins sans nombre, il
crût & prît de l'embonpoint, jusqu'à ce
qu'engraissé de la rosée, il eût acquis une
jeunesse florissante. On l'a appelé Bimater,
parce que sa mère, qui fut aussi
sa nourrice, l'engendra deux fois, l'allaitant
de ses mamelles, & le nourrissant
des biens que prodigue la Corne d'abondance.


De même pour rendre plus beau notre
petit nouveau-né, il faut le laver trois
ou quatre fois dans un bain salutaire, qui
le purifie du menstrue, & des impuretés
grossières qui pourraient l'endommager.

@

110 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I I I.

M E D I A.

E Levatus in Crucem
Cûm foret CHRISTUS, gravem
Morte poenam sustulit,
Dum lytron jussum dedit
Criminum Patri suo,
Et sibi vero D E O,
Cum sacrato Flamine
Trinitatis integrae.
Passus est tùm vulnera
Quinque mortis nuncia,
Unde sanguis effluit
Innocens, qui perluit
Nostra peccati mala,
Labis & contagia,
Quae nocentes hausimus
Pristinis parentibus.
Hinc salutis symbolum
Gratiâ Christi datum:
Sanguis ejus in mero
Panis & formâ caro
Offeruntur, ut pii
Perfruantur creduli.
Illius Mysterii

@

Chansons Intellectuelles. 111
-----------------------------

V I I I.

T A I L L E.

J Esus-Christ élevé en Croix,
souffrit une mort cruelle, pour payer à
son Père, à soi-même DIEU comme le
Père, & à l'Esprit Divin qui compose
avec eux la Très - Adorable Trinité, la
peine due à nos péchés. Il reçut alors
cinq plaies avant-courrières de sa mort,
d'où sortit son sang innocent, pour effacer
nos crimes, & laver la tache originelle
dont nous avaient souillés nos
premiers Parents. C'est de-là que suivant
l'institution de ce divin Rédempteur, sa
chair & son sang s'offrent sur nos Autels
sous les espèces du pain & du vin,
pour servir aux Fidèles de gage du salut.


Les Sages nous offrent aussi dans l'Art

@

112 Cantilenae Intellectuales.

Dant imaginem Sophi
Arte sacra, dum ferunt
Hoc modo quod accidunt
Sanguinis fluxus rubri,
Qui metallis inditi,
Ipsa conservent focis
Ignium fortissimis.

Fluxit hic ex pectore
Pyrami, quod vulnere
Morte Tisbes perculit
Ipse, quo se sustulit:
Undè Mori candida
Grana facta sunt nigra.

Fluxit idem Cypriae
In rosetis de pede,
Quo rosarum flosculi
Sunt priùs tincti rubri.
At cruor venis fluens
Corporis nostri rubens
Omnibus perfectior
Rebus est, & fortior.

GRAVIS.

@

Chansons Intellectuelles. 113

sacré une image de ce Mystère, en nous
apprenant qu'on y voit couler des ruisseaux
de sang, qui lorsqu'ils ont pénétré
les métaux, les conservent entiers au milieu
des feux les plus violents.


C'est ce sang qui sortant du sein de
Pyrame, lorsqu'il se perça lui-même sur
le corps expirant de sa chère Thisbé,
noircit les fruits du Mûrier qui étaient
blancs auparavant.


C'est ce sang qui coulant du pied de
Venus dans ses jardins plantés de rosiers,
rougit les roses qui auparavant
étaient blanches. Mais celui qui sort empourpré
des veines de notre Corps, a une
perfection & une vertu à laquelle rien n'est
comparable.

H

@

114 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

V I I I.

G R A V I S.

I Gnito super altum
Curru vectus Olympum
Vates fertur Elias,
Ut calcet pede stellas,
Dans exempla futurae
Non fallacia vitae,
Mortales ubi degant,
Cùm post funera linquant
Corpus pulvere terrae
Attritum putrefactae.

Hoc & monstrat Enochus
Hinc ad sidera vivus
Translatus; sed id ipse
CHRISTUS comprobat in se,
Qui de morte sepultus
Trinâ luce levatus
Est, virtute potente,
Divinâque favente.
Nam victor necis ille,
Non succumbere morte
Numen se tulit, ultrò
Sed desurgere letho.

@

Chansons Intellectuelles. 115
-----------------------------

V I I I.

B A S S E-T A I L L E.

O N dit que le Prophète Elie a été
enlevé au Ciel dans un char de feu, où
habitant au-dessus des Astres, il est pour
nous une preuve certaine de la vie future
dont nous devons jouir, après nous
être dépouillés par la mort de ce corps
de boue auquel nous sommes unis.


C'est encore ce que nous apprend le
pieux Enoch, transporté au Ciel tout vivant:
c'est surtout ce que nous prouve
l'exemple même de Jésus-Christ,
qui par sa vertu toute-puissante & divine,
vainqueur de la mort, ne voulut pas permettre
que son corps glorieux y fût assujetti,
& ressuscita vivant du tombeau le
troisième jour. Ensuite il monta au Ciel,

H ij

@

116 Cantilenae Intellectuales.

Ut nobis aperiret
Caelestis, & adiret
Portas vecte seratas
Cuivis anteà clausas,
Vivax gratia Christi
Claustrum rumpit Olympi.

Sic hâc arte magistris
Verax absque tenebris
Confert umbra, quòd atrâ
Surgant morte sepulta,
Quamvis sint elementa
Nexu forte soluta.
Nam vis corporis aequi
Non fert, pulvis ut aegri
Dispergatur in auras,
Amittendo figuras:
Sed se robore firmat,
Vinclis junctaque durat,
Ut gaudere per ignes
Possint utraque fortes.
Fixun nempe refixat,
Infixumque resanat.

@

Chansons Intellectuelles. 117

pour nous en ouvrir par sa grâce vivifiante
les portes, qui jusqu'alors nous
avaient été fermées.


C'est ainsi que comme dans un tableau
naturel, les Adeptes voient clairement
dans notre Art les morts ressusciter des
ombres du tombeau, quoique les éléments
soient dégagés du lien étroit qui les unissait.
Car la vertu dont est doué le Corps
parfait, ne permet pas que ce qu'il y a de
volatil dans l'imparfait se dissipe, & qu'il
perde sa figure: au contraire elle s'affermit
& se fortifie en elle-même, & unie
les Corps d'un lien si étroit, qu'elle les
met en état de conserver la vie au milieu
des flammes les plus ardentes. Car
le fixe perfectionne & fixe à son tour le
volatil.

H iij

@

118 Cantilenae Intellectuales.

pict

I X.

T R I A S

C A N T I L E N A R U M

INTELLECTUALIUM.

A C U T A.

O Quanta Trinitatis
Profunditas Tonantis!
O altitudo quanta
Est Numinis suprema;
Quod in DEO sit unum
Essentiale trinum!
Quis illa cogitatu
Queat, vel explicatu
Pro jure dignitatis
Satis referre metris?
Non maceratus undâ
Pulvis capescit illa;
Humana mens hebescit
Ad haec, & alta nescit
Hîc educatus, imis
Quae sunt remota caelis.
At lumen Aeviterni

@

Chansons Intellectuelles. 119

pict

I X.

T R I A D E

D E S C H A N S O N S

INTELLECTUELLES.

HAUTE-CONTRE.

O Profondeur adorable de l'éternelle
Trinité ! O Mystère impénétrable
d'un DIEU essentiellement un
en trois Personnes! qui pourra jamais
vous comprendre, ou vous célébrer dignement
dans ses Vers? Le mortel pétri
de boue ne vous conçoit point: l'esprit
humain n'est que ténèbres devant
vous; & l'homme habitant de ces bas
lieux ne peut s'élever jusqu'a la connaissance
de ces divins secrets.


Qu'il me soit cependant permis de conH
iiij

@

120 Cantilenae Intellectuales.

Solis tamen tueri
Tentabo noctuinis,
Ceu fas, lubens ocellis.
Unum Deum profundi
Fatemur universi,
Qui cuncta fecit orbe,
Quae non erant, politè,
Expersque finis omnis,
Bonique fons perennis.
Idem Pater benignus
Est, Filiusque charus,
Amorque spiritalis
Illius & parentis.

Sic sunt in Arte terna
Ab invicem remota,
Quae colligantur uno
Ceu sempiter ** nodo,
Nec separantur ignis
Aestu flagrante flammis.
Est corpus hîc paternum;
Est filiale vinclum;
Est spiritus ligandus
Utrique, dulce foedus,
Ut uniat metalla,
Nec vis resolvat illa.

@

Chansons Intellectuelles. 121

templer au travers des nuages dont mes
yeux sont couverts, la lumière ineffable
de ce Soleil essentiellement un. Nous reconnaissons
un seul Dieu Créateur de cet
Univers, qui a formé de rien tour ce
qu'il renferme, qui n'a ni commencement
ni fin, & qui est la source de tout bien.
Ce Dieu est en même temps le Père très-
bon, le Fils bien-aimé du Père, & l'Esprit
d'amour qui procède de l'un & de
l'autre.


C'est ainsi que dans l'Art, comme dans
la Trinité divine, il y a trois choses très-
distinctes, qui sont réunies par un
seul lien, de sorte que le feu le plus violent
n'est pas capable de les diviser. Ces
trois choses sont le Corps paternel, le
Lien filial, & l'Esprit qui s'unissant à l'un
& à l'autre, produit entr'eux un doux
accord, unissant les métaux de façon
qu'aucune violence ne peut les séparer.

@

122 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I X.

M E D I A.

I Lle Rex Aegyptius,
Et Sacerdos & Sophus,
Multa tradit de Patre,
Filio, cum Flamine.
Hinc Sophorum plurimi
Asserunt, quòd nescii
Non fuerunt ex suis
Artis arcanae sacris,
Quòd futurus Filius
Sit DEI post carneus,
Nasciturus virgine,
Absque patris femine:
Ceu bonus Ferrarius
Testis est cum pluribus.
Sed fides sit debita,
Firma sive lubrica,
Cuique; nos id credimus,
Quod pium sit, aequius,
Sancta testimonia
Cùm supersint plurima
Cum prophanis. Hoc idem
Litteris si comprobem,
Indè ne quis arguat

@

Chansons Intellectuelles. 123
-----------------------------

I X.

T A I L L E.

C E Roi d'Egypte qui en fut en même-temps
le Prêtre & le Sage, parle souvent
dans ses Ecrits du Père, du Fils &
du Saint Esprit. Delà plusieurs d'entre les
Sages assurent, que ses Disciples instruits
des mystères secrets de son Art n'ont
point ignoré, que le Fils de DIEU devait
s'incarner, & naître d'une Vierge
sans l'opération d'aucun homme c'est
ainsi qu'ont pensé le bon Ferrarius & plusieurs
autres. On en croira ce que l'on voudra;
pour nous, nous nous en tenons à ce
que la Religion nous enseigne, qui est
attesté par tant de témoignages, non-seulement
des Livres sacrés, mais encore
des Auteurs profanes. Si j'en donne de
nouvelles preuves, qu'on n'en fasse pas
un crime à la vérité, mais qu'on la voie

@

124 Cantilenae Intellectuales.

Veritatem; sed legat,
Hancque Naturae libris
Gratus agnoscat sacris.

Virgo pura concipit
Absque patre, quae dedit
Post puellum masculum
Has in auras splendidum.
Haec trium res altera
Visitur, non ultima,
Nec prior; quam candido
Ventre misit è suo
Virgo mater. O sacra
Quis Capit mysteria?

Nostra Virgo proxima
Est asello sydera
Inter & praesepio:
Cynthio favet viro;
Frater hic, & masculus
Est eidem Filius.

@

Chansons Intellectuelles. 125

avec plaisir écrite & tracée dans les Livres
mêmes de la nature.


Une Vierge pure conçoit sans l'opération
d'aucun homme, & met ensuite au
monde un Enfant mâle. Sorti du sein innocent
d'une Vierge Mère, il est de
trois choses la seule que l'on aperçoive,
sans que l'on puisse voir la première & la
dernière. Qui pourra comprendre un si
grand mystère?


Notre Vierge est entre les Astres voisine
de l'âne & de la crèche: elle a pour
Epoux l'homme de Diane, qui est en
même-temps son frère & son fils.

@

126 Cantilenae Intellectuales.
-----------------------------

I X.

G R A V I S.

Q Uae sint gaudia vitae
Aeternanda futurae,
Mens est nescia nostra,
Captans talia frustrà,
Quae non audiit auris,
Et sensus fugit omnis.
Nam magnalia celso
Quae sunt obvia caelo,
Innutritus in imis
Non suffert homo tricis.
Tantùm noscitur, alma
Quòd sint Numinis ora
Contemplanda voluptas,
Nec cessura voluntas,
Dum cantando Creator
Aeternus celebratur.
Haec est cognitionis
Nostrae summula mentis:
Hinc mortalia corda
Haec urget proba cura,
Ut terrena requirant,
Et summè sibi poscant,

@

Chansons Intellectuelles. 127
-----------------------------

I X.

B A S S E-T A I L L E.

N Otre esprit ne saurait connaître,
quelles sont les joies éternelles de la vie
future: il se perd dans la contemplation
de ces choses, que l'oreille n'a point entendues,
& qui sont au-dessus de toute
Conception. Car l'homme habitant de cette
terre abjecte & grossière, n'est pas capable
de comprendre les merveilles que le Ciel
renferme. Nous savons seulement, que
la vue de l'Etre suprême doit alors faire
notre bonheur, & que nous ne nous lasserons
jamais de chanter éternellement
les louanges du Créateur. Voilà jusqu'où
nos faibles lumières ont pu parvenir. De-
là vient, que les hommes s'attachent aux
biens terrestres, & recherchent avec le

@

128 Cantilenae Intellectuales.

Quae sunt proxima longis
Durandis bona saeclis.

Ex his emicat aurum
Post caelestia gratum,
Quod conatibus omnes
Miris quaerere gentes
Optant, & pretiosis,
Nec non arte parandis
Dant, ceu pondera, rebus,
Mensuramque caducis:
Cujus suspicienda
Non est altera causa,
Quàm quòd tale metallum
Ignis sufferat aestum,
Et, quae caetera cuncta
Absumunt, elementa.

Hoc unum superare
Perstat; sicque videtur,
Cur sacris similetur
Aeternisque ligatum
Firmis nexibus Aurum.

FINIS.

@

Chansons Intellectuelles. 129

plus de soin ceux qui semblent approcher
le plus des biens durables de l'éternité.


L'or entr'autres est après ceux-ci l'objet
de tous leurs voeux: toutes les Nations
aspirent & travaillent à l'acquérir;
& elles en font le prix & la mesure des
productions les plus précieuses de la Nature
& de l'Art, sans qu'il y en ait d'autre
raison, sinon que ce métal est a l'épreuve
de la violence du feu & des autres
éléments, qui consument tout le reste.


Il n'y a que l'Or qui soit toujours durable;
aussi est-ce sa nature compacte,
qui semble lui avoir mérité de pouvoir
être comparé aux choses divines & éternelles.

F I N.

@


Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.