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Réfer. : AL1704C
Auteur : Philalethe.
Titre : Expériences.
S/titre : Sur la préparation du mercure des sages...
Editeur : André Charles Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-IV.
Date éd. : 1754 .
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138 Philalethe,
achever l'autre quand il lui plaira, par-
ce que tout dépend de savoir ouvrir & refer-
mer les corps, les dissoudre & les recongeler,
les volatiliser & figer, les putréfier, & dere-
chef les purifier, les faire mourir, & puis
les faire vivre, tout ceci n'est qu'une seule
opération comprise en plusieurs sens.
E X P E R I E N C E S
Sur la préparation du Mercure des Sages
pour la Pierre, par le régule de Mars, ou
fer, tenant de l'Antimoine, & étoilé, &
par la Lune ou l'Argent.
Tirées du Manuscrit d'un Philosophe Américain,
dit IRENE'E PHILALETHE, Anglais
de naissance, habitant de l'Univers.
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I. Secret de l'Arsenic philosophique.
J 'Ai pris une partie du Dragon igné, &
deux parties du corps magnétique, je les
ai préparés ensemble par un feu de roue, &
par la cinquième préparation, huit onces
environ de véritable Arsenic philosophique
ont été faites.
II.
Secret pour préparer le Mercure avec son
Arsenic, & en ôter les fèces impures.
Ma méthode était de prendre une partie
le très bon Arsenic philosophique, que j'ai
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ou l'Amateur de la Vérité. 139
mariée avec deux parties de la Vierge Diane,
& les ai unis en un seul corps, que j'ai trituré
& réduit en menues particules; avec cela
j'ai préparé mon Mercure, en travaillant le
tout ensemble à la chaleur requise, jusqu'à
ce qu'ils fussent fort bien oeuvrés; ensuite
j'ai purgé la composition par le sel d'urine
pour en faire tomber les
fèces, que j'ai recueillies
séparément.
III. Dépuration du Mercure
des Sages.
Distillez trois ou quatre fois le Mercure
préparé, & qui a encore quelque impureté
externe, dans un alambic qui lui soit propre,
avec une cucurbite calibée, puis lavez-
le avec le sel d'urine jusqu'à ce qu'il se clarifie,
& qu'il ne laisse aucune queue en courant.
IV. Autre purgation fort bonne.
Prenez dix onces de sel décrépité, & autant
des scories de Mars, ou de fer, avec
une once & demie de Mercure préparé; triturez
dans un mortier de marbre le sel & les
scories, réduisez-les en très menues parties;
alors mettez-y le Mercure; broyez encore
le tout avec du vinaigre, jusqu'à ce qu'ils
soient si bien mêlés, qu'on ne les distingue
plus; mettez le tout dans un vase philosophique
de verre, & le distillez dans un alambic
aussi de verre par la médiation du nid qui lui
M ij
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sert d'arène, jusqu'à ce que tout le Mercure
monte en sublimation, pur, clair & resplendissant;
réitérez trois fois cette opération,
& vous aurez le Mercure très bien préparé
pour le Magistère.
V.
Secret de la juste préparation du Mercure
des Sages.
Chaque préparation du Mercure avec son
arsenic, est une aigle; lorsque les plumes
de l'aigle ont été purgées de la noirceur du
corbeau, faites en sorte que l'aigle vole
jusqu'à sept fois, c'est-à-dire que la sublimation
se fasse autant de fois; alors l'aigle
ou la sublimation est bien préparée &
disposé pour s'élever jusqu'à la dixième
fois naturellement.
VI. Secret du Mercure des Sages.
J'ai pris le Mercure requis, & l'ai mêlé
avec son vrai arsenic, la quantité du Mercure
a été de quatre onces environ, & j'ai
rendu légère la consistance du mélange; je
l'ai purgé à la façon convenable, puis je
l'ai distillé, & il m'a donné le corps de la
Lune; ce qui m'a fait connaître que j'avais
fait ma préparation selon l'Art, & fort
bien.
Ensuite j'ai ajouté & augmenté à son
poids arsenical de l'ancien Mercure, autant
pesant qu'il en a fallu pour que ce même
Mercure rendit la composition fluide
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ou l'Amateur de la Vérité. 141
& légère, & je l'ai ainsi purgé jusqu'à ce
que la noirceur & les ténèbres aient été
dissipées, même jusqu'à ce que l'Oeuvre
eut presque acquis la blancheur de la Lune.
Alors j'ai pris une demie-once d'arsenic,
dont j'ai fait le mariage requis, j'ai ajouté
cela avec le Mercure en l'y joignant, & il
en a été fait une matière disposée en forme
de terre à potier préparée, cependant
un peu plus légère.
Je l'ai purgé derechef selon l'usage requis,
cette purgation exigeait bien du travail, ce
que j'ai fait avec un longtemps par le sel d'urine,
que j'ai trouvé très bon pour cet ouvrage.
VII. Autre purgation très bonne.
La meilleure voie que j'ai trouvé pour purger
la composition, a été par le vinaigre &
sel pur Marin; c'est ainsi qu'en douze heures
je peux préparer une aigle, ou sublimation.
1°. J'ai fait voler une aigle, Diane est
restée au fond de l'oeuf philosophique, avec
un peu de cuivre.
2°. J'ai entrepris de faire voler une autre
aigle, & après avoir fait rejeter les
superfluités, j'ai encore fait une sublimation,
& de nouveau les colombes de Diane
sont restées avec une teinture de cuivre.
3°. J'ai marié l'aigle, en faisant joindre
la sublimation avec le compost, & j'ai encore
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purgé en écartant les superfluités jusqu'à
ce qu'il parut quelque blancheur: alors
j'ai fait voler une autre aigle ou sublimation,
& une grande partie de cuivre est restée
avec les colombes de Diane, puis j'ai fait
voler l'aigle deux fois séparément pour opérer
toute l'extraction du corps total.
4°. J'ai marié l'aigle en faisant retomber
la sublimation sur la confection, & y
ajoutant de plus en plus & par degrés de
son humeur ou humidité radicale; & par là
la consistance a été faite en fort bon régime;
l'hydropisie qui avait régnée dans chacune
des trois premières aigles, ou sublimations
a cessée entièrement.
Telle a été la bonne voie que j'ai trouvée
pour préparer le Mercure des Sages.
Ensuite je mets dans un creuset, & au
fourneau en place, la masse amalgamée &
mariée selon l'Art; je fais en sorte cependant
qu'il n'y ait point de sublimation pendant
une demi-heure; alors je la retire du
creuset, & la triture habilement; puis je
la remets dans le creuset & au fourneau,
& après un quart-d'heure ou environ je la
retire encore & la triture, & alors je me
sers d'un mortier échauffé.
Dans cet ouvrage l'amalgame commence
à jeter beaucoup de poudre blanche,
je le mets de nouveau dans le creuset & sur
le feu, comme la première fois, & pendant
un temps convenable, de façon qu'il
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ou l'Amateur de la Vérité. 143
ne se sublime point, mais plus fort est le
feu, meilleur il est.
Je continue ce travail en échauffant &
broyant ainsi la masse jusqu'à ce presque entière,
elle paraisse en poudre; puis je la nettoie,
& ce qu'il y a de fèces se sépare facilement;
alors l'amalgame se prend à part; après quoi
je le lave & purifie encore par le sel, le
remets sur le feu, le triture comme j'ai fait
auparavant, je répète ce procédé jusqu'à
ce qu'il n'y subsiste plus de fèces & d'impuretés.
VIII. Triple épreuve de la bonté du
Mercure préparé.
Prenez votre Mercure préparé avec son
arsenic, par le travail de 7, 8, 9 ou 10
aigles ou sublimations; versez-le dans l'oeuf
philosophique, luttez-le bien avec le lut
de Sapience, & le placez dans le fourneau
en son nid, qu'il y demeure dans une chaleur
de sublimation, de façon qu'il monte
& descende dans cet oeuf de verre, jusqu'à
ce qu'il se coagule un peu plus épais que du
beurre; continuez ainsi jusqu'à une parfaite
coagulation, jusqu'à, dis-je, la blancheur
de la Lune.
IX. Autre & seconde épreuve.
Si le Mercure; en agitant le vase de verre
qui le contient, se convertit naturellement
avec le sel d'Urine en Poudre blanche impalpable,
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144 Philalethe,
de manière qu'il n'apparaisse plus
sous la forme mercurielle, & que derechef
aussi naturellement il prenne consistance
du sec & du chaud, comme un Mercure
léger & volatil, cela suffit; il est cependant
meilleur, si on le fait passer en cet
état en globules imperceptibles par l'eau de
la fontaine des Philosophes: car si le corps
réside en grains, il ne sera pas ainsi converti
& séparé en particules légères.
X. Autre & troisième épreuve.
Distillez le Mercure dans un alambic de
verre, par le moyen d'une cucurbite aussi
de verre; s'il passe sans rien laisser après lui,
alors l'eau Minérale est bonne.
XI.
Extraction du Soufre hors le Mercure
vif, par le moyen de la séparation.
Prenez tout votre composé d'âme, d'esprit
& de corps mêlés ensemble, dont le
corps a été coagulé par la voie de la digestion
& la vertu de l'esprit volatile, &
séparez le Mercure de son soufre par le
moyen du distillatoire propre de verre; alors
vous aurez la Lune blanche fixe, qui résiste
à l'eau forte, c'est-à-dire l'Argent philosophique,
qui est plus pesant que l'Argent
vulgaire.
XII.
Secret pour tirer l'Or magique de cet
Argent.
Par la chaleur du feu, vous tirerez le
Soufre
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ou l'Amateur de la Vérité. 145
Soufre jaune qui est Or, de ce Soufre
blanc qui est Argent; c'est une opération
manuelle qui aide à la naturelle, & cet
Or est le plomb rouge des Philosophes.
XIII. Façon de tirer l'Or potable de
ce Soufre aurifique.
Vous convertirez ce Soufre jaune en
huile rouge comme du sang, en le faisant
circuler selon l'Art, avec le menstrue volatil,
qui est le Mercure philosophique; c'est
ainsi que vous aurez une panacée admirable.
XIV. Conjonction grossière du menstrue
avec son Soufre, pour former la
production du feu de nature.
Prenez du Mercure préparé, purgé, &
bien tiré par le travail de 7, 8, 9 ou 10
aigles au plus; mêlez-le avec le Soufre
rouge appelé Laton préparé, c'est-à-dire
qu'il faut deux ou trois parties au plus d'eau
philosophique pour une partie de Soufre
pur, purgé & broyé.
XV. Elaboration du mélange par un
travail manuel.
Broyez & triturez ce mélange sur un
marbre en parties très fines, déliées, & subtiles;
ensuite lavez-le avec le vinaigre, &
le sel Armoniac, jusqu'à ce qu'il ait déposé
toutes ses fèces noires; alors vous laverez
Tome IV. N
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146 Philalethe,
toute sa piquante saline & son acrimonie
dans l'eau de la Fontaine philosophique;
Fontaine de Salmacis, fontaine de
Jouvence, piscine probatique; puis vous le
ferez sécher sur un carton propre, en l'y
versant de place en place, & l'agitant avec
la pointe d'un couteau, jusqu'à parfaite
siccité.
XVI. Imposition du foetus dans l'oeuf
Philosophique.
Maintenant vous mettrez votre mélange
bien sec, dans un oeuf philosophique de
verre, lequel sera fort blanc & transparent,
de la grandeur d'un oeuf de poule; que
votre matière n'excède pas plus de deux
onces dans cet oeuf; que vous scellerez hermétiquement;
pourquoi pesez-le avant d'y
introduire la matière, & repesez-le après
l'y avoir mise, pour en connaître & régler
le poids. Sachez que notre mélange en son
origine est une eau sèche qui ne mouille
pas les mains: en ceci est un grand secret.
XVII. & dernière. Régime du feu.
Ayez un fourneau construit, de façon
que vous y puissiez conserver un feu immortel,
c'est-à-dire une chaleur continuelle
sans interruption depuis le commencement
de l'Oeuvre jusqu'à la fin; vous aurez soin
d'y entretenir une chaleur du premier degré
à l'endroit du nid; dans ce fourneau
la rosée de notre composé doit s'élever &
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ou l'Amateur de la Vérité. 147
circuler de lui-même, c'est-à-dire par sa
propre vertu, continuellement jour & nuit
sans aucune intermission, & opérer naturellement
toutes les merveilles de l'Oeuvre;
dans ce feu, le corps mourra & l'esprit sera
renouvelé: enfin il en naîtra une âme
nouvelle qui sera glorifiée, & unie à un
corps immortel & incorruptible; ainsi sera
fait un nouveau Ciel.
Note en forme de supplément & de
conclusion.
Remarquez bien que la 16e & 17e expérience
de
Philalethe contiennent ingénument
& sincèrement l'analyse explicative de toute
la conduite de l'Oeuvre hermétique, simple
& naturelle; les autres expériences de ce Philosophe,
renferment de grandes vérités &
instructions; mais elles sont bien fines &
captieuses: il semble avoir réservé à mettre
sous un seul point de vue la description
des deux articles principaux & essentiels,
avec la vérité dont il se fait honneur, & sans
aucune obscurité, pour la bonne bouche
& la fin de son traité; ce qui dans l'ordre
naturel doit en faire le commencement;
en quoi il a suivi l'usage des anciens Hébreux,
qui commençaient leurs Livres par
la fin du volume, en remontant par suite
& son commencement, où ils le finissaient;
cette révélation sera d'un grand secours pour
les vrais Artistes.
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