@
Réfer. : 1704D .
Auteur : Philalethe.
Titre : Lettre de Georges Riplée, à Edouard VI,
S/titre : Roi d'Angleterre. De l'explication d'Irenée Philalethe.
Editeur : André Charles Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-IV.
Date éd. : 1754 .
@
PAGE VIERGE.
@
148 Philalethe,
L E T T R E DE G E O R G E S R I P L E'E,* A EDOUARD IV, **
R O I
D'A N G L E T E R R E.
De l'Explication D'IRENE'E PHILALETHE
& de la traduction de l'Anglais en Français.
I. C Ette Lettre qui a été écrite immédiatement à un Roi sage & vaillant,
contient tout le Secret de l'Oeuvre hermétique,
quoique décrit & celé avec beaucoup
d'art, comme l'Auteur même l'affirme, &
qu'en cette Lettre il promette de dénouer
entièrement le noeud le plus difficile: de mon
côté, je rends témoignage avec lui que cette
Lettre, quoique brève, contient ce qu'un
Philosophe peut désirer, tant pour la théorie,
que pour la pratique de nos Mystères
alchimiques.
II. Il est essentiel que cette Lettre soit
la clef de tous les Ecrits que j'ai mis au jour,
& j'assure que je ne me servirai d'aucun terme
douteux ni allégorique, comme dans
mes autres Traités, où il paraît que je
prouve des choses qui se trouveraient fausses,
* Chanoine Régulier de Bridlington en Angleterre.
** Ce Prince commença son Règne & mourut aux mêmes
années que Louis XI, Roi de France; c'est-à-dire qu'il régna
vingt-deux ans, depuis l'an 1461. jusqu'en 1483. On
peut donc juger du temps où vivait Riplée.
@
ou l'Amateur de la Vérité.
149
si l'on ne les prend figurément; ce que
j'ai fait afin de cacher cet Art, ainsi qu'il
convient; mon intention n'étant pas que
cette clef devienne vulgaire; je prie fort
ceux qui la posséderont de la tenir secrète
& cachée, & de ne la communiquer
qu'à quelqu'Ami, dont la fidélité lui soit
éprouvée & connue, & de la discrétion duquel
il soit sûr.
III. Ce n'est pas sans raison que je fais cette
exhortation; car je suis certain que tout ce
que j'ai écrit jusqu'à présent n'est pas à comparer
à ce que j'en vais expliquer, à cause
des contradictions que j'ai entremêlées dans
mes autres Ouvrages. C'est pourquoi je ne
me servirai en cette Lettre que d'une méthode
bien différente de celle que j'ai autrefois
employée; je commencerai par tirer la
substance physique que renferme la Lettre
de Riplée, puis, je la réduirai en plusieurs
définitions &
conclusions, que je promets
d'éclaircir par la suite.
IV. Les huit premières Stances de cette
Lettre en Vers, n'étant que des assurances
de respect, je prends la
première Conclusion
à la neuvième Stance; savoir, que tout se
multiplie par sa propre espèce, & que par
conséquent les Métaux le peuvent être,
puisqu'on peut les changer d'imparfaits en
parfaits.
V. Dans la dixième Stance est renfermée
la
seconde Conclusion, qui est que le fondement
N iij
@
150 Philalethe,
le plus sûr pour pouvoir transmuer,
est de réduire tous les Métaux & Minéraux,
qui sont incru de nature & principe métallique,
en leur premier Mercure, en les rendant
en leur matière première.
VI. La
troisième Conclusion contenue dans
la onzième Stance, est que parmi tous les
Soufres minéraux & métalliques & tous les
Mercures, il n'est que deux Soufres qui
soient propres à notre Ouvrage, avec lesquels
le Mercure est uni essentiellement &
radicalement.
VII. La
quatrième Conclusion, tirée de la
même Stance, porte que celui qui comprend
comme il faut ces deux Soufres &
ces deux Mercures, trouvera que l'un est
le plus pur de l'Or, qui en son apparence
est Soufre, & en son occulte est Mercure,
& que l'autre est le Mercure le plus pur &
le plus blanc, qui est véritable Argent-vif
dans son extérieur, & Soufre en son intérieur;
& ce sont là les deux principes de
notre Oeuvre.
VIII. La
cinquième Conclusion, qui se tire
de la douzième Stance, est que si les principes
sur lesquels travaille un Philosophe
sont vrais, & les opérations exactes & régulières
l'effet en doit être sûr, lequel n'est
autre chose que le Mystère véritable des Philosophes
alchimiques.
Ces Conclusions ne sont pas en grand
nombre; mais elles importent beaucoup,
@
ou l'Amateur de la Vérité.
151
de sorte que leur extension, leur illustration,
& même leur éclaircissement, doivent satisfaire
un véritable fils de la Science.
Explication de la première Conclusion. IX. Comme notre dessein n'est pas d'engager
personne dans l'entreprise de l'Oeuvre
& de l'Art hermétique, mais d'y conduire
seulement les enfants de la science, je ne
m'arrêterai point à prouver la possibilité &
la réalité de l'Alchimie, (ou de la transmutation)
puisque je l'ai fait dans un autre
Traité bien suffisamment.
X. Que celui qui ne veut pas croire, ne
croie point; que celui qui veut subtiliser,
subtilise; mais celui dont l'esprit est persuadé
de la vérité & de la dignité de cet
Art, doit être attentif sur l'éclaircissement
de ces
cinq Conclusions; & il ne manquera
pas de sentir son coeur palpiter de joie.
XI. Dans ces Conclusions, je ne m'arrêterai
particulièrement qu'à éclaircir les endroits
où se trouvent les Secrets de l'Art
hermétique.
XII. A l'égard de la
première Conclusion,ou il affirme la vérité & la possibilité
de l'Oeuvre & de l'Art, que ceux qui
voudront satisfaire leur curiosité plus amplement
sur cet article, lisent avec attention
les témoignages des philosophes; mais que
ceux qui sont incrédules restent dans leurs
erreurs, dès que par la subtilité de leurs
discours & de leurs arguments, ils veulent
N iiij
@
152 Philalethe,
en éluder les preuves, & ne pas croire à
tant de personnes, dont plusieurs, dans leur
siècle même, se sont acquis une grande réputation.
XIII. Pour expliquer au net cette première
clef, je ne m'arrêterai qu'au témoignage
de Riplée, qui dans la quatrième
Stance de la Lettre que j'explique, assure
le Roi, qu'étant à Louvain, il vit pour la
première fois l'effet de ces grands & admirables
Secrets des deux Elixirs, l'un blanc,
l'autre rouge; & dans les Vers suivants, il
proteste qu'il a aussi trouvé la voie du Secret
alchimique, dont il lui promet la découverte,
à condition néanmoins de la tenir
secrète & cachée; & quoique dans la
huitième Stance il atteste qu'il ne confiera
jamais ces Mystères au papier, il offre pourtant
de montrer au Roi non-seulement l'Elixir
blanc & rouge, mais même la manière
de le travailler & opérer en peu de temps &
à peu de frais.
XIV. Ceux donc qui ne croient pas à
cette Philosophie alchimique, regarderaient
ce fameux Auteur comme un imbécile, ou
un sophiste insensé, d'écrire de telles choses
à un Prince, s'il n'avait pas été capable de
le mettre au jour & de les effectuer; mais
son Histoire, ses sublimes Ecrits en cet Art,
sa réputation, sa gravité, enfin sa profession,
le justifient entièrement de cette téméraire
calomnie.
@
ou l'Amateur de la Vérité.
153
XV.
Explication de la seconde Conclusion.
La
seconde Conclusion renferme en substance,
que tous les Métaux & les corps des
principes métalliques peuvent être réduits &
réincrudés en leur première matière mercurielle,
ce qui est le premier & le plus sûr
fondement de la possibilité de la transmutation
métallique; c'est sur quoi nous nous
étendrons le plus. On doit bien m'en croire,
& c'est ici le pivot sur lequel roulent tous
nos Mystères hermétiques.
XVI. Sachez donc principalement que
tous les Métaux & la plus grande partie des
minéraux ont pour prochaine matière un
Mercure auquel adhère presque toujours
un Soufre externe & non métallique, bien
différent de la substance interne ou noyau du
Mercure.
XVII. A ce Mercure le Soufre ne manque
pas; & c'est par son moyen qu'il peut
être précipité en une poudre sèche, par une
liqueur qui nous est connue, mais qui ne
sert point à l'Art de la transmutation. Ce
Mercure peut être fixé au point qu'il endurera
toutes sortes de feux, qu'il souffrira l'épreuve
de la coupelle même, & cela sans
aucune addition ni mélange que la liqueur
qui le fixe, laquelle ensuite en peut être séparée
toute entière, sans perdre de son
poids ni de sa vertu.
XVIII. Dans l'Or le soufre est fort pur;
@
154 Philalethe,
mais il l'est moins dans les autres Métaux,
d'autant qu'il est fixe dans l'Or & dans l'Argent,
& qu'il est volatil dans les autres.
Dans tous les Métaux il est coagulé; mais
il est coagulable dans le Mercure ou Argent-
vif. Ce soufre est si fortement uni dans
l'Or, l'Argent & le Mercure, que les
Anciens ont toujours cru que le soufre & le
Mercure n'étaient qu'une seule & même
chose.
XIX. Il y a partout une liqueur dont
nous devons dans cette contrée l'invention
à Paracelse, quoiqu'elle ait été & qu'elle
soit commune parmi les Maures, les Arabes,
& que quelques-uns même des plus
savants Alchimistes; & c'est par le moyen de
cette liqueur que nous savons séparer en
forme d'huile teinte & métallique, le soufre
externe & coagulable du Mercure, mais qui
est coagulé dans les autres Métaux. Pour
lors le Mercure restera dépouillé de son soufre,
excepté de celui qu'on peut dire interne
ou central, qui ne peut être coagulé que
par notre Elixir; car de lui-même il ne peut
jamais être fixe ni précipité, ni sublimé;
mais il demeure sans altération en toutes les
eaux corrosives, & en toutes les digestions
où on le peut mettre à l'épreuve.
XX. Il y a donc une voie particulière de
réduire le Mercure en huile, aussi bien que
tous les Minéraux & Métaux. C'est par la
liqueur
Alkaest, qui de tous les corps composés
@
ou l'Amateur de la Vérité.
155
de Mercure peut séparer un Mercure
coulant, ou Argent-vif, duquel tout le
soufre est alors ainsi séparé, excepté son
soufre interne & central, qu'aucun corrosif
ne peut toucher ni dissoudre.
XXI. Outre cette voie universelle de faire
la réduction, il s'en voit d'autres Particuliers
par lesquelles l'Artiste peut réduire le
Plomb, l'Etain, l'Antimoine, & même le
fer en Mercure coulant, & cela se fait par
le moyen des sels, qui, parce qu'ils sont corporels,
ne sauraient pénétrer les corps des
Métaux aussi radicalement que le fait la
liqueur
Alkaest; & c'est pour cette raison
qu'ils ne dépouillent pas entièrement le Mercure
de son soufre; mais ils lui en laissent
autant qu'on en trouve ordinairement dans
le Mercure commun.
XXII. Mais observez que le Mercure des
corps a quelques qualités particulières selon
la nature du métal ou du minéral dont il est
extrait, pourquoi il est inutile à notre Oeuvre
de dissoudre en Mercure l'espèce des Métaux
parfaits, il n'a pas plus de vertu que le
Mercure commun & vulgaire. Il n'est qu'une
seule humidité applicable à notre vrai Ouvrage,
qui n'est assurément ni du plomb, ni
du cuivre; elle n'est même tirée d'aucune
chose que la Nature ait créée, mais d'une
substance requise, composée par la nature,
& l'Art du Philosophe hermétique.
XXIII. Or si le Mercure tiré des corps a
@
156 Philalethe,
une qualité aussi froide, & les mêmes
fèces
& superfluités que le Mercure vulgaire, jointes
à une forme distincte & spécifique, c'est
ce qui le rend encore plus éloigné de notre
Mercure, que n'est le Mercure commun.
XXIV. L'Art philosophique est d'oeuvrer
un composé de deux principes; dans l'un
se trouve le sel, & dans l'autre le soufre de
la nature: cependant n'étant l'un & l'autre
entièrement parfaits, ni imparfaits, & pouvant
être changés, exaltés & dignifiés par
notre Art, on en vient à bout par le Mercure
commun; il tire non le poids, mais la
vertu céleste & astrale du composé; ce qui
ne se pourrait faire si les principes étaient
sans défauts, ou absolument imparfaits.
Cette vertu étant d'elle-même fermentative,
produit dans le Mercure vulgaire une race
bien plus noble que lui, qui est notre vrai
Hermaphrodite, notre androgyne qui se
congèle de soi-même, & dissout tous les
corps.
XXV. Examinez avec attention un grain
de semence, où le germe est presque invisible;
séparez ce germe du grain, il meurt
aussitôt: mais en laissant tout entier le grain
avec son faible germe, il s'enfle, fermente,
& produit; il n'y a donc que le germe qui produit
la plante. De même il en est de notre
corps; l'esprit fermentatif, vivifiant & générant,
qui est en lui, est la moindre partie
du composé, & les parties impures & corporelles
@
ou l'Amateur de la Vérité.
157
du corps, se séparent avec la lie du
Mercure.
XXVI. Outre cet exemple du grain, on
peut encore observer que la vertu ignée &
cachée de notre corps purge & purifie l'eau, qui
est sa propre matrice, en laquelle il souffle,
c'est-à-dire, qu'il en expulse quantité de
terre sale, & une grande abondance d'humidité
salée; pour en avoir la preuve & en
voir l'effet, faites ce que je vais dire.
XXVII. Faites vos lotions avec de l'eau
de fontaine bien pure; pesez premièrement
une pinte de cette eau avec exactitude, &
en lavez votre composé en faisant la préparation
des huit ou dix aigles ou sublimations,
& mettant à part toutes les
fèces & scories;
ensuite après les avoir bien séchées, distillées
ou sublimées tout ce qui se pourra distiller
ou sublimer, & il en sortira une très petite
quantité de Mercure; mettez le reste de ces
fèces dans un creuset entre des charbons
ardents, & toutes les matières féculentes du
Mercure se brûleront comme du charbon,
mais sans produire de fumée.
XXVIII. Après que tout sera consommé,
pesez le reste, & vous ne trouverez que les
deux tiers du poids de votre corps; l'autre
partie étant demeurée dans le Mercure; pesez
aussi le Mercure que vous avez distillé,
ou sublimé, & celui que vous avez préparé,
chacun séparément; le poids de ces deux
Mercures n'approchera pas à beaucoup près
@
158 Philalethe,
du Mercure que vous avez pris d'abord; faites
aussi bouillir l'eau qui a servi à vos lotions,
& s'évaporer jusqu'à pellicule; ensuite
mettez-la au froid, il en résultera des cristaux,
qui sont le sel du Mercure cru.
XXIX. Ces opérations ne sont, il est vrai
d'aucune utilité; elles satisfont seulement
beaucoup l'Artiste, en lui faisant voir les
matières étrangères qui se trouvent dans le
Mercure, & qui ne se peuvent découvrir que
par la liqueur
alkaest; mais néanmoins elle ne
le fait que d'une manière destructive, & non
pas générative, différente en cela de notre
opération préparatoire & efficiente, qui se
fait naturellement entre le feu & l'eau, la
chaleur & l'humide, c'est-à-dire * le mâle &
& la femelle, dans la propre espèce où se
* Quelques Philosophes entendent aussi par l'Or mâle,
l'Or vulgaire, qui dans la seconde opération de l'Oeuvre
fait fonction de mâle par son union avec le Mercure philosophique
de la première opération, lequel Mercure est sa compagne,
sa femelle, à laquelle il dépose sa teinture spermatique,
sulfureuse & aurifiante, pour l'engrosser, la faire
concevoir, & enfanter l'Or philosophique dans la propre espèce,
c'est-à-dire dans le Mercure philosophique même, qui est la
mère propre qui avait auparavant engendré cet Or vulgaire,
considéré comme son enfant & de son espèce, parce que
dans le Mercure philosophique il y a un soufre aurifique solaire
& astral, principe de l'Or métallique: & c'est dans ce
Mercure philosophique que se trouve ce Soufre ou Or solaire,
moteur animant & vivifiant, qui comme ferment
spirituel, ou esprit fermentateur, est l'agent opérant toutes
les merveilles de l'Oeuvre; quelquefois encore les Philosophes
appellent mâle leur Mercure préparé par la première
opération pour être marié à l'Or cru vulgaire, comme
sa femelle pour la seconde opération; la distinction de
cette nominale application dépend de l'état & de la grada-
@
ou l'Amateur de la Vérité.
159
trouve le ferment analogue, qui opère les
merveilles que toute autre chose ne peut
faire.
XXX. Par conséquent si vous faites fermenter
votre corps imparfait, & le Mercure
séparément, vous tirerez de l'un du
soufre très pur, & de l'autre un Mercure
noir & impur; cependant vous ne ferez jamais
rien de ces deux matières, parce qu'il
leur manque la vertu fermentative, qui est
le chef-d'oeuvre & le miracle du monde.
XXXI. C'est cette vertu qui fait
que l'eau commune devient herbe, plante,
arbre, fruit, sang, chair, pierres, minéraux;
enfin, c'est elle qui forme tout.
Cherchez-la donc seulement, elle le mérite;
quand vous la posséderez elle mettra
le comble à votre félicité, puisqu'elle est
un trésor inestimable; mais je dois vous instruire
en même temps, que la qualité fermentative
ne travaille point hors de son
espèce, & que les sels n'ont point la puissance
de faire fermenter les Métaux.
XXXII. Si vous voulez savoir pourquoi
quelques alcalis séparent le Mercure des minéraux
& des métaux les plus imparfaits;
considérez qu'en tous les corps le soufre
n'est point aussi radicalement mêlé, & aussi
tion actuelle, où se trouvent le Mercure philosophique & l'Or
vulgaire dans l'Oeuvre; car ce qui est agent y devient patient,
& ce qui est patient y devient agent, chacun alternativement,
jusqu'à ce qu'il en résulte la perfection, ou
le plus digne domine souverainement.
@
160 Philalethe,
intimement uni, qu'il l'est avec l'Or & l'Argent,
& qu'il s'allie avec quelques alcalis
qui sont extraordinairement dissous & fondus
avec lui; par ce moyen les parties sont
disjointes, & le Mercure se sépare par le
feu.
XXXIII. Le Mercure est donc séparé
par ce moyen de son soufre, autant qu'il est
nécessaire seulement, lorsqu'il ne s'agit que
d'une dépuration du soufre par une séparation
du pur d'avec l'impur; mais ces alcalis
en séparant ce soufre rendent le Mercure
d'une qualité inférieure à sa première,
parce qu'ils l'éloignent de la nature métallique.
XXXIV. Voici un exemple; le soufre
du plomb ne brûlera jamais; quoique vous
le sublimiez & le calciniez pour le convertir
en sucre ou en verre, il reprendra toujours
par le flux & le feu, sa première forme,
mais le soufre, en étant comme j'ai
dit, séparé, si vous le joignez au nitre, il
prendra feu aussi facilement que le soufre
commun; de sorte que les sels agissant
sur le soufre, dont ils séparent le Mercure,
manquent du ferment, qui ne se peut trouver
que dans les substances de même nature.
XXXV. Par la même raison, le ferment
du pain n'agira pas sur une pierre, ni celui
d'un animal ou d'un végétable sur les
métaux & les minéraux. Quoique vous
puissiez
@
ou l'Amateur de la Vérité.
161
puissiez tirer le Mercure de l'Or par le moyen
du premier Etre du sel, ce Mercure néanmoins
n'accomplira jamais notre Oeuvre;
mais une part de Mercure tirée de ce même
principe, c'est-à dire de l'Or, par trois
parties de notre Mercure seulement, mettra
l'ouvrage à son point de perfection par
une digestion continuelle.
XXXVI. Pourquoi notre Mercure est-
il supérieur en puissance à l'autre? Ne
vous en étonnez pas: c'est qu'il est préparé
par le Mercure commun. Le ferment
qui survient entre le corps préparé & l'eau
cause la mort, puis la régénération, de-là
se fait une opération dont il est l'unique
auteur, rien autre ne pourrait même le faire;
car outre qu'il sépare du Mercure ce qu'il
a de terrestre & qui brûle comme du charbon,
& une humidité qui se dissout dans
l'eau commune, il lui communique un
esprit de vie, qui est le vrai soufre embryonné
de notre eau invisible, mais dont
le progrès du travail est sensible à la vue.
XXXVII. Nous concluons de-là que
toutes les opérations de notre Mercure,
exceptée celle qui se fait par le Mercure
commun, & par notre corps selon les règles
de l'art, sont fausses, & qu'elles ne
perfectionneront jamais notre Oeuvre; de
quelques manières que soient travaillés ces
Mercures, ils n'auront jamais la vertu du
nôtre. C'est le sentiment de tous les Savants,
O
@
162 Philalethe,
& de l'Auteur de la
nouvelle lumière
alchimique. Aucune eau dans toute l'Ile
des Philosophes, dit-il, n'y est propre, sinon
celle qui se tire des rayons du Soleil
& de la Lune.
XXXVIII. Je vais vous expliquer le sens
de ces paroles: le Mercure en son poids est
incombustible; c'est un Or fugitif. Notre
corps en sa pureté est appelé la Lune
des Philosophes, étant bien plus pur que
les métaux imparfaits, son soufre est aussi
pur que le soufre de l'Or; ce n'est pas qu'il
soit en effet la Lune, ne pouvant seulement
demeurer au feu.
XXXIX. Maintenant je viens à la composition
de ces trois principes de notre composé,
il intervient un ferment tiré de la
Lune, hors de laquelle quoique ce soit un
corps, il sort néanmoins une odeur spécifique.
Souvent il arrive qu'elle perd de son poids,
si le composé est trop lavé, après avoir
été suffisamment purifié.
XL. Si le ferment du Soleil & de la Lune
entre dans notre composition, quels avantages
n'en résultent-t-il pas? Il engendrera
une race mille fois plus noble que lui,
au lieu que si vous travaillez sur notre
corps composé par la voie violente des sels,
vous aurez à la vérité du Mercure; mais
il sera bien moins noble que le corps, parce
qu'il sera séparé & non exalté par cette
opération.
@
ou l'Amateur de la Vérité.
163
Explication de la troisième Conclusion.
XLI. Cette
Conclusion nous apprend qu'entre
tous les soufres minéraux & métalliques,
il n'y en a que deux à l'usage de
notre Oeuvre, & qui sont unis essentiellement
à leur propre Mercure. Ici se dévoile
ce grand secret de notre Art, que
nous avons toujours caché avec soin aux
vulgaires imprudents, en leur donnant le
change, & leur insinuant deux voies différentes,
comme a fait Riplée. Soyez certain
que nous n'avons qu'un seul & vrai
principe, qu'une seule manière, & qu'une
seule voie linéaire & uniforme pour nous
conduire dans notre travail, & que celui qui
s'éloigne de ce principe n'atteindra jamais
à la perfection de l'Oeuvre.
XLII. Comme ces deux soufres sont
les principes de notre Ouvrage, ils doivent
être homogénés, ou rendus de la même
nature; c'est uniquement l'Or spirituel
que nous cherchons à faire devenir blanc,
puis rouge, & cet Or est l'Or vulgaire
même, qu'on voit tous les jours, mais
dont on n'aperçoit pas l'esprit qui est caché
dans son intérieur. Ce principe n'a
besoin que de composition, & cette composition
doit indispensablement être faite
avec notre soufre blanc & cru, qui n'est
autre chose que le Mercure vulgaire préparé
par de fréquentes cohobations sur notre
O ij
@
164 Philalethe,
corps hermaphrodite, jusqu'à ce qu'il
se convertisse en eau
ignée ou ardente.
XLIII. Le Mercure n'a en lui qu'un
soufre passif; notre Art consiste à multiplier
en lui un soufre actif & vivant, qui
sort des reins de notre corps hermaphrodite,
qui a pour père un métal, & pour mère
un minéral.
XLIV. Prenez pour parvenir à votre but,
la plus chérie des filles de Saturne, qui
porte pour armes un cercle d'argent * surmonté
d'une croix de sable en champ noir,
qui est l'emblème du grand monde; mariez-
la au plus vaillant des Dieux **, qui réside
dans la maison d'
Ariès, & vous y trouverez
le sel de nature: acuez votre eau
avec ce sel du mieux qu'il vous sera possible,
il vous en résultera le bain lunaire,
dans lequel l'Or veut être purifié & rectifié.
XLV. Je puis vous assurer en outre,
que quand vous aurez notre corps réduit
en Mercure, sans addition de Mercure commun;
ou le Mercure de quelqu'autre corps
métallique, fait par soi-même, c'est-à-dire
sans addition de Mercure, il vous serait totalement
inutile; car il n'y a que notre Mercure
* Toute cette allégorie n'est que pour expliquer l'Antimoine
que les Chimistes désignent par un globe, mais
c'est l'Antimoine philosophique.
** C'est le Mars ou le Fer, dont se fait le régule étoilé
avec l'Antimoine, mais il faut entendre le Mars philosophique.
@
ou l'Amateur de la Vérité.
165
seul qui ait une forme & un pouvoir
céleste, qu'il ne reçoit cependant pas tant
de notre composé ou principe, que de la
vertu fermentative qui procède des deux,
c'est-à-dire, du corps & du Mercure: c'est de
cette conjonction que sort une admirable
& merveilleuse créature. Appliquez-vous
donc à marier le soufre avec le Mercure;
C'est-à-dire, que notre Mercure qui est
empreint du soufre doit être marié avec
notre Or. Alors vous aurez deux soufres
mariés, & deux Mercures d'une même extraction,
dont les pères & mères sont l'Or
& l'Argent.
Explication de la quatrième Conclusion.
XLVI. Je vais à présent vous expliquer,
& vous rendre sensible tout ce que nous
avons dit ci-devant. Cette
Conclusion contient
principalement que ces soufres sont
l'un le plus pur soufre de l'Or, & l'autre
le plus pur soufre blanc du Mercure: ce
sont là nos deux soufres; l'un qui paraît
un corps coagulé, porte néanmoins son Mercure
dans son sein; l'autre est en toute manière
vrai Mercure; mais Mercure très pur
qui porte son soufre au-dedans de lui-même,
quoique caché sous la forme & la
fluidité du Mercure.
XLVII. Ici les Sophistes se trouvent dans
un embarras extrême causé par leur ignorance
sur l'amour métallique. Ils travaillent
@
166 Philalethe,
sur des substances hétérogènes, ou s'ils s'exercent
sur des corps métalliques, ils joignent
mâle avec mâle, ou femelle avec femelle.
Quelquefois ils travaillent sur un corps seul,
ou s'ils prennent les deux sexes, le mâle
sera impuissant, & la matrice de la femelle
sera viciée; de sorte que par leur inconsidération
ils ne remplissent jamais leurs espérances,
& ces ignares attribuent à l'Art
la faute qu'ils ne doivent justement imputer
qu'à leur folie, & qui est une suite
de leur inintelligence des Philosophes.
XLVIII. Il est plusieurs de ces Sophistes
que je sais, qui rêvent sur plusieurs pierres
végétables, minérales & animales; quelques-uns
même y ajoutent l'
ignée, l'Angélique
& la pierre de Paradis. Ces Opérations,
quoique fort inconséquentes, puisqu'ils n'en
tirent rien de bon pour la perfection de l'oeuvre,
n'ont rien qui vous doive surprendre,
le but où ils tendent est trop haut, pour que
leur imagination bornée y atteigne; pour
réparer ce défaut de capacité, ils inventent
des manières nouvelles qu'ils croient être
convenables pour y arriver. Ils emploient
pour cela deux voies, l'une qu'ils appellent
voie humide, l'autre voie sèche. Cette
dernière à ce qu'ils prétendent est un labyrinthe,
qui n'est connu que des plus illustres
Philosophes; l'autre est le seul dédale,
voie aisée, de peu de dépense, & que les
pauvres même pourraient entreprendre.
@
ou l'Amateur de la Vérité.
167
XLIX. Quoique puissent dire ces Sophistes,
je peux vous protester qu'il n'y a qu'une
seule voie, qu'un seul régime dans la conduite
de notre Ouvrage; & qu'il n'est point
d'autres couleurs que les nôtres. Ce que
nous enseignons de contraire à ces principes
uniques, n'est que pour voiler aux yeux du
vulgaire & des impudents le plus grand des
secrets. Chaque chose doit avoir ses propres
causes, donc il n'y a point d'effet qui
soit produit par deux voies sur des principes
différents.
C'est pourquoi nous avertissons & assurons
derechef les Lecteurs que dans nos
premiers écrits nous avons caché beaucoup
de choses sous prétexte de deux voies, que
nous y avons insinuées, & que nous allons
toucher en peu de mots exactement.
L. L'un de nos Ouvrages est une minutie,
qu'un enfant pourrait faire, qu'une
femme saurait aisément élaborer; ce n'est
autre chose que la cuisson par le feu. Nous
assurons que le plus bas degré de l'Oeuvre
est que la matière soit excitée, & puisse
d'heure en heure circuler sans que le vaisseau
qui la contient se brise; pour remédier
à cet inconvénient, il faut qu'il soit très
fort; mais notre cuisson linéaire ou uniforme,
est un Ouvrage interne, qui avance
de jour en jour & d'heure en heure, & bien
différent de cette chaleur externe; car il est
invisible & insensible.
@
168 Philalethe,
LI. En cet Ouvrage notre Diane est notre
corps, lorsqu'il est mêlé avec l'eau, car
pour lors le tout est appelé la Lune, parce
que tout est blanchi, & la femme gouverne.
Notre Diane à un bois, parce que
dans les premiers jours de la pierre, que notre
corps est blanchi, il pousse plusieurs végétations:
dans la suite de l'Ouvrage on trouve
dans ce bois deux colombes, car après
trois semaines elles sont fortement unies
dans les embrassements perpétuels de Vénus:
en ce temps la composition est entièrement
teinte d'une pure verdeur. Et ces colombes
sont circulées sept fois; parce que dans
le nombre de sept se trouve toute perfection.
Elles meurent enfin, car elles ne s'élèvent
plus, & ne donnent plus aucun signe
de mouvement: pour lors notre corps
est noir comme le bec d'un corbeau; dans
cette Opération tout se change en poudre
plus noire que le noir même.
LII. Nous usons souvent de ces allégories
lorsque nous parlons de la préparation
de notre Mercure. C'est un trait de notre
prudence pour abuser les gens trop simples,
qui ne prenant les choses qu'à la lettre, sont
indignes de mettre la main à l'Oeuvre;
nous le faisons aussi pour obscurcir & embarrasser
un peu nos traités & nos procédés.
Souvent nous parlons de l'un lorsque nous
devrions parler de l'autre; si notre Art était
dévoilé aux yeux de la multitude, tout au
au
@
ou l'Amateur de la Vérité.
169
long, & dans un ordre méthodique de procéder;
le nombre d'ignorants qui se trouveraient
parmi ceux qui l'exerceraient, ferait
passer nos Oeuvres pour des folies, & mépriser
nos Ouvrages.
LIII. Ayez donc confiance en ce que je
dis, que rien n'est plus naturel que nos
Ouvrages, & c'est cette naturalité qui nous
enhardit à prendre la liberté de confondre
le travail des Philosophes, & de l'embarrasser
avec ce qui n'est que l'effet de la
simple nature; c'est aussi pour maintenir les
imbéciles dans l'ignorance de notre vrai vinaigre,
sans le secours & la connaissance
duquel tous leurs travaux deviennent inutiles.
Pour finir cette
Conclusion, souffrez que
j'ajoute encore quelques paroles.
LIV. Prenez votre corps qui est l'Or vulgaire,
& notre Mercure qui a été acué
sept fois par son mariage avec notre corps
hermaphrodite, qui est un cachot(*), & l'éclat
de l'âme du Dieu Mars dans la terre
& l'eau de Saturne; mêlez ces deux
ensemble en tel poids que la nature le demande.
Dans ce mélange vous possédez nos
feux invisibles; car dans l'eau, ou Mercure,
est un soufre actif ou feu minéral; &
dans l'Or il y a un soufre mort & passif,
mais cependant actuel. Quand ce soufre
de l'Or est excité & revivifié, il se forme
du feu de la nature, qui est dans l'Or,
& du feu contre nature, qui est dans le
Tome IV. P
(*) Ce mot est traduit par 'cahos' dans "Histoire
de la philosophie Hermétique", de Lenglet-Dufresnoy.
NOTE DU TRADUCTEUR.
@
170 Philalethe,
Mercure, un autre feu participant de l'un
& de l'autre; c'est l'union de ces deux feux
en un seul qui cause la corruption, qui est
l'humiliation, d'où vient ensuite la génération,
qui est glorification & perfection du
composé.
LV. Je crois devoir vous instruire maintenant
que l'Or seul gouverne ce feu interne.
L'homme en ignore entièrement le progrès;
tout ce qu'il peut faire est d'être attentif
dans le temps son Opération, & d'apercevoir
seulement la chaleur: il remarquera
que ce feu opère sous les degrés de
chaleur nécessaires à la cuisson. Il n'y a point
de sublimation dans ce feu-là, car la sublimation
est une exaltation, sans lui on
ne peut espérer aucune réussite, & tout le
travail tombe dans l'inutilité.
LVI. Tout Notre Ouvrage ne consiste
donc en autre chose qu'à multiplier ce feu;
c'est-à-dire, circuler le corps jusqu'à ce que
la vertu du soufre soit augmentée. De plus
ce feu est invisible, & comme il n'a aucune
dimension, soit en haut, soit en bas,
il étend la Sphère d'activité de notre matière
dans l'oeuf, de manière que sa substance
quoique matérielle & visible, se sublime
& monte par l'action de la chaleur
élémentaire. Cette vertu spirituelle est cependant
toujours existante dans ce qui reste
au fond du vaisseau, aussi bien que dans la
matière plus élevée; la raison est que cette
@
ou l'Amateur de la Vérité.
171
vertu est comme la vie dans le corps de
l'homme, laquelle l'anime en toutes ses parties,
étant diffusé par toute la capacité & en
tout le contenu de la machine en même
temps, sans être attachée ni fixée à une localité
particulière.
LVII. Voilà le fondement de nos Sophismes,
& c'est, je crois, avec raison, que nous
assurons qu'il n'y a aucune sublimation dans
le feu philosophique proprement dit. Le
feu est vie, c'est une âme qui n'est pas sujette
aux dimensions des corps; d'où il arrive
que l'ouverture de l'oeuf, ou le refroidissement
de la matière dans le travail tue
cette vie, ou ce feu qui réside dans le
soufre secret. Rien de plus commun que
de savoir allumer & gouverner le feu élémentaire,
les enfants même n'en sont pas
ignorants. Mais il n'y a que le vrai Sage qui
puisse discerner avec quelque justesse le vrai
feu interne; en effet, c'est une chose surnaturelle
qui agit dans le corps, quoiqu'elle
n'en fasse point partie: c'est pourquoi nous
disons, que le feu est une partie céleste; qu'il
est toujours le même jusqu'au dernier période
de son opération; alors étant à son point
de perfection, il n'agit plus; car tout agent
se sépare, lorsque le terme de son Opération
est arrivé.
LVIII. Ainsi lorsque nous parlons de
notre feu, qui ne sublime point, n'allez pas
vous méprendre, & croire que l'humidité
P ij
@
172 Philalethe,
de notre composition, qui existe dans l'oeuf,
ne doive point se sublimer; c'est au contraire
ce qu'elle doit faire incessamment. Le feu qui
ne sublime point est l'amour métallique, qui
réside dans toute l'étendue de l'Univers, céleste
& terrestre, & dans toute notre matière.
LIX. Maintenant, il ne me reste pour
conclure ce que je viens de vous expliquer,
qu'à vous recommander l'attention
la plus scrupuleuse sur la qualité de la matière
dont vous ferez choix pour votre Oeuvre:
cette maxime est certaine. Il ne résulte
jamais rien de bon d'un mauvais principe:
un méchant Corbeau pond un méchant
oeuf.
Que votre semence & votre matière soient
pures, elles vous produiront une race noble.
Que le feu externe soit tel qu'en lui votre
confection puisse agir librement; de tous
côtés dans l'oeuf; par ce moyen & en peu
de jours, il produira ce qui fait l'objet de
votre attente, c'est-à-dire le bec du corbeau.
Continuez ensuite votre cuisson, & en
130 jours vous verrez la blanche colombe;
90 jours après, paraîtra l'étincelant Chérubin
d'une beauté surprenante.
Explication de la cinquième & dernière Conclusion.
LX. Si les opérations d'un homme sont
@
ou l'Amateur de la Vérité.
173
régulières, & les principes vrais, dit ici notre
excellent Artiste, le chef-d'Oeuvre qui
en résultera doit couronner ses travaux, &
le Magistère sera assuré.
LXI. Hommes vulgaires, fols & aveugles,
s'écrie le célèbre Riplée, qui sans
considérer que chaque chose dans le monde
à sa propre cause & sa propre action,
ne suivez que les conseils de vos stériles
idées, croyez-vous qu'un pilote puisse
voguer sur mer avec un carrosse quelque
beau qu'il soit? L'essai qu'il en ferait
serait sans doute une folie. Vous persuadez-
vous qu'avec le plus brillant navire bien
équipé, vous puissiez aller à la volée, sans
boussole & sans voiles? Jason eût-il abordé
l'heureuse Colchide? Loin d'arriver à la
côte d'Or, & d'être devenu le Possesseur
de la précieuse Toison, le premier rocher
eut mis un obstacle invincible à son bonheur,
& son naufrage eut été certain. Ce
sont cependant des insensés de cette trempe
qui cherchent notre secret dans des matières
triviales, & qui cependant espèrent
de trouver l'Or d'Ophir, l'Or de Corinthe,
ou celui du fleuve
Phison; mais leurs recherches
sont vaines: ce bonheur est réservé
pour peu de personnes, illuminées d'en haut:
la voie en est droite & simple, quoique couverte
d'écueils; mais elle n'est trouvée &
frayée que par un très petit nombre d'Elus.
P iij
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