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Réfer. : 1700A .
Auteur : Piccolpassi, Cyprian.
Titre : Les trois livres de l'art du potier.
S/titre : non seulement de la Practique, mais ...
Editeur : Librairie Internationale. Paris.
Date éd. : 1861 .
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LES TROYS LIBVRES
de
L'A R T D U P O T I E R
ESQUELS SE TRAICTE
Non seulement de la Practique, mais briesvement de tous les secretz de ceste chouse
qui iouxte mes huy a estée tousiours tenue célée
DU CAVALIER CYPRIAN PICCOLPASSI. DURANTOYS.
TRANSLATES SUR L'ITALIEN EN LANGUE FRANÇOYSE
Par Maistre CLAUDIUS POPELYN, Parisien
P A R I S L I B R A I R I E
I N T E R N A T I O N A L E 24, Rue Hautefeuille, 24
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MD CCC LX
1861
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A V A N T - P R O P O S
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| En publiant la traduction de l'ouvrage de Piccolpasso sur l'art du vasier, ou plutôt sur |
|
| l'art de la fabrication des majoliques, mon but a été, non-seulement de donner aux amateurs |
|
| éclairés un complément indispensable sur ce sujet, mais encore de chercher à éveiller parmi les |
|
| artistes, la pensée de faire revivre un art éminemment national. |
|
| Sans vouloir nier ou même amoindrir l'appoint considérable que l'Italie apporta aux arts |
|
| de la civilisation occidentale, puisqu'elle fut la voie par où de tout temps, passa le rayon |
|
| venu d'Orient, nous pouvons dire, sans être trop osés, que l'art de l'émail sur terre, par les |
|
| liens directs qui le rattachent à celui de l'émail sur métaux, pourrait bien être, dans notre |
|
| France, un art à peu près aborigène. |
|
| En effet, si la Gaule paraît redevable à l'occupation romaine de la plupart de ces épaves du |
|
| passé qu'on retrouve en fouillant son sol, nous savons pertinemment que longtemps avant, |
|
| sur l'étendue entière de son territoire, existaient des fabriques de poteries. Avant la Révolution, |
|
| on en voyait encore à Francheville en Lyonnais, une manufacture, qu'une tradition du pays |
|
| prétendait être antérieure à l'invasion romaine. Ces poteries étaient-elles recouvertes d'émail, |
|
| ou seulement vernissées? Nous n'oserions l'affirmer, puisqu'aucun monument ne vient nous |
|
| en apporter la preuve, et que les plus anciens spécimens de terres simplement vernissées, |
|
| que l'on ait pu trouver, appartiennent à l'époque gallo-romaine; cependant, rien non plus ne |
|
| nous interdit complètement de croire que l'Orient apporta en Gaule une industrie qui offre |
|
| tant d'analogie avec celle, qu'au dire des anciens auteurs, pratiquaient déjà les Gaulois. |
|
a
@
II
AVANT - PROPOS| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | Cette analogie entre les émaux sur terre cuite et les émaux sur métal est telle, qu'il en
|
| | découle naturellement cette observation: ou l'émail sur terre a enfanté l'émail sur métaux, ou
|
| | c'est le contraire qui a eu lieu. Nous laissons aux antiquaires le soin de résoudre ou de débattre
|
| | cette question. Ce qui nous importe, c'est de signaler la parenté de ces deux arts. Or, il est
|
| | presque incontestable que l'art de l'émail sur métal a pris naissance en Gaule. Qu'il y ait été
|
| | importé de l'extrême Orient, alors inconnu du monde ancien, par une de ces communications
|
| | dont le fait constaté quelquefois, n'en demeure pas moins un mystère, quant à la manière dont il
|
| | s'est produit, c'est chose possible, mais que nous ne saurions rechercher. Seulement, nous
|
| | croyons pouvoir affirmer que l'art des émaux sur cuivre existait dans la Gaule exclusivement,
|
| | à l'époque où le luxe de l'Empire romain atteignait ses proportions les plus exagérées.
|
| | M. de Laborde a prouvé victorieusement, dans la remarquable notice qui accompagne
|
| | sa description cataloguée des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du
|
| | Louvre, que les anciens, y compris les Egyptiens, ignoraient l'art d'émailler les métaux. Le
|
| | savant conservateur de notre riche collection nationale, réfute complètement les différentes
|
| | assertions contraires à son dire.
|
| | Nous pouvons, pour nous confirmer dans cette certitude, nous appuyer avec lui et avec
|
| | M. Louis Dussieux, sur une phrase de Philostrate, rhéteur athénien fixe à Rome dès le commencement
|
| | du IIIe siècle de l'ère chrétienne. Cet iconographe nous apprend que des barbares,
|
| | voisins de l'Océan, avaient le secret d'étendre des couleurs sur l'airain ardent. Qui ne verrait
|
| | dans ces barbares voisins de l'Océan, les Gaulois de la Séquanaise, de l'Armorique ou de
|
| | l'Aquitaine ?
|
| | Les Anglais pourraient aussi cependant y reconnaître leurs ancêtres; nous ne leur en
|
| | contesterons pas le droit, bien que plus vraisemblablement il nous appartienne d'y voir nos
|
| | pères. Un passage de Pline suffirait pour nous donner gain de cause. Dans tous les cas, une
|
| | semblable prétention de nos voisins ne changerait rien à notre principale assertion, puisque
|
| | la Bretagne, à cette époque, était peuplée par la même race d'hommes que la Gaule,
|
| | qu'elle avait avec elle des intérêts, des moeurs, des lois et un idiome communs, et qu'elle
|
| | faisait partie avec elle de cette admirable nation des Celtes, à qui l'Occident doit le côté
|
| | héroïque, judicieux et poétique de ses peuples modernes.
|
| | Ainsi c'est aux Celtes qu'on doit l'émail des métaux, comme aussi bien la charrue à roues,
|
| | les tonneaux et les vases en bois cerclés, l'emploi de la marne comme engrais, et bien d'autres
|
| | merveilleuses inventions, qui témoigneraient seules d'une civilisation fort avancée, si les beaux
|
| | travaux de la critique historique en France ne nous en fournissaient la preuve jusqu'à
|
| | l'évidence, par leurs révélations sur le druidisme.
|
| | Malgré la désignation de voisins de l'Océan, que Philostrate donne aux peuples qui
|
| | émaillaient les métaux, nous inclinons à croire que cet art s'est généralisé en Gaule, si nous
|
| | considérons combien le génie de ses habitants était apte à imiter tout ce qui leur tombait
|
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AVANT - PROPOS.
III---------------------------------------------------------------------------
| sous les yeux, comme aussi à s'approprier les industries les plus diverses, qu'ils portaient |
|
| à leur dernier degré de perfection. |
|
| Quoi qu'il en soit, une tradition vague place les émailleurs à Limoges dès les premiers |
|
| siècles de l'ère chrétienne. C'est dans cette ville que saint Eloi fut mis par son père en |
|
| apprentissage chez Abbon, orfèvre habile, qui tenait un atelier de monnayage pour le fisc. |
|
| Les luttes qui signalent l'établissement de la féodalité carlovingienne, portent un coup |
|
| funeste à l'art des émailleurs dans les VIIIe et IXe siècles. On le voit renaître au Xe, et se |
|
| personnifier dans le frère Guillaume. Ducange a prouvé, par des citations irréfutables, |
|
| qu'au XIIe siècle déjà, la réputation des émaux de Limoges, était répandue en Angleterre |
|
| et en Italie, si bien que l'oeuvre de Limoges, opus de Limogia, limocenum, lemovicense, etc.. |
|
| désigne désormais les émaux, qu'on fabriquait cependant du nord au midi de la France. |
|
| Soyons justes et rendons à chacun ce qui lui appartient. Transporté par les Romains de |
|
| Gaule en Grèce, cet art s'y implanta, y jeta de profondes racines, et s'y épanouit promptement |
|
| en produits d'un cachet tout particulier, dont l'influence se fit sentir dés l'an 1000 |
|
| à Limoges. |
|
| En 979, des marchands vénitiens viennent fonder dans cette ville un commerce d'épiceries et |
|
| d'étoffes du Levant. Établis près de l'abbaye de Saint-Martin-les-Limoges, ils occupaient une rue |
|
| qui porte encore le nom de rue des Vénitiens. Incontestablement, ils apportèrent souvent des |
|
| échantillons de l'art byzantin, qui influèrent singulièrement sur les produits de la fabrique |
|
| limousine, dont les abbés de Saint-Martin étaient les protecteurs. Des artistes grecs vinrent |
|
| même, dit-on, amenés par les Vénitiens, s'établir à Limoges. M. du Sommerard en voit la preuve |
|
| dans cette inscription sur un calice émaillé: Magister G. Alpais me fecit Lemovicarum. Alpais |
|
| est-il un nom grec? Il n'est pas latin sans doute, cependant M. Louis Dussieux, dans un |
|
| Mémoire qui a obtenu une mention honorable à l'Institut, veut que ce nom soit tout français. |
|
| On comprend parfaitement que, par les Vénitiens, l'émaillerie de Limoges, enrichie des pratiques |
|
| byzantines, se soit répandue en Italie, où des artistes, tels que Giovanni Pisani, Pollajuolo |
|
| maestro Cione, Andrea di Ardito, Francia, etc., et jusqu'à Benvenuto Cellini, l'appliquèrent |
|
| avec un immense succès aux bijoux, ainsi qu'aux objets du culte. |
|
| Par ses relations avec la France, rien de plus naturel que de voir l'Italie apporter à notre |
|
| art national son tribut de splendide rénovation; mais c'est une erreur capitale qui fait venir |
|
| d'Italie en France, au XVIe siècle, l'art de l'émaillerie. Très-certainement et incontestablement, |
|
| les Léonard, les Pénicaud, les Jehan Limousin, les Courteis dits Courtois, étaient les continuateurs |
|
| d'une tradition non interrompue, mais plusieurs fois modifiée, jusqu'à ce que les Landin, |
|
| et surtout les Nouailler, vinssent, avec la décadence, emporter le secret d'un si bel art. |
|
| Bien qu'on ne puisse pas suivre en France l'histoire de la poterie émaillée avec une telle |
|
| précision, il nous reste du moyen âge des poteries vernissées du plus beau caractère; c'est un |
|
| témoignage irrécusable de l'ancienneté de cette fabrication dans notre pays. On peut la faire |
|
@
IV
AVANT - PROPOS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | remonter, sans contredit, fort au delà du XIIe siècle, époque où l'on commença à renoncer
|
| | aux mosaïques pour le carrelage des églises, si l'on veut bien observer surtout, qu'outre l'art
|
| | d'émailler les métaux, les Gaulois connaissaient parfaitement l'art de fabriquer le verre. En effet,
|
| | nous voyons que, sous les rois mérovingiens, les verreries françaises étaient déjà célèbres. L'abbé
|
| | d'un monastère en Angleterre, saint Benoit Bissope, qui mourut en 690, vint en Gaule chercher
|
| | des ouvriers verriers, pour clore en vitres son église, son réfectoire et son cloître. Ces ouvriers
|
| | enseignèrent leur art aux Anglais; car, dit l'auteur de la vie de ce saint homme, ces artisans
|
| | étaient inconnus alors aux Bretons, vitri factores Britannicis eatenus incognitos.
|
| | Ne pourrait-on pas admettre que les Gaulois, si experts dans des pratiques tellement analogues
|
| | avec l'émail des poteries, pouvaient connaître cette fabrication? Et si cet art n'est pas
|
| | né en Gaule et ne s'y est pas développé parallèlement avec celui de l'émail sur métaux, ce
|
| | n'est certainement pas à l'Italie que la France est redevable de sa naturalisation chez elle.
|
| | L'Égypte, qui ne possédait pas l'émail sur métal, qu'elle imitait cependant par des encastrements
|
| | de mastics colorés dans des cloisons métalliques, imitation sur laquelle bien des
|
| | personnes se sont méprises, nous a laissé une quantité considérable d'objets de terre émaillée.
|
| | les Étrusques, les Grecs, n'ignoraient pas cet art, que possédaient également les Hébreux et
|
| | les Phéniciens. Pourquoi les Gaulois en eussent-ils été privés? Si l'on considère les fréquentes
|
| | expéditions des Phéniciens dans la Gaule et dans la Bretagne, il n'y a rien d'invraisemblable à
|
| | ce qu'ils aient enseigné cette pratique aux peuples avec lesquels ils échangeaient leurs produits,
|
| | contre les métaux précieux, et notamment le cuivre et l'étain, dont le sol gaélique regorgeait
|
| | alors.
|
| | Que, par analogie avec l'émail sur terre, grâce à cet esprit inventif que nous leur savons, nos
|
| | aïeux soient parvenus à fabriquer l'émail sur métaux, c'est une hypothèse à laquelle des
|
| | personnes plus capables que nous feraient certainement prendre de la consistance, si elles
|
| | voulaient apporter à sa défense et à son établissement, le secours efficace de leur talent et
|
| | de leur érudition.
|
| | Mais si l'origine de cet art en France doit renoncer au bénéfice d'une si haute antiquité, il est
|
| | encore à qui l'attribuer avant que d'en faire honneur à l'Italie. Les Arabes, par leur caractère
|
| | nomade, semblent avoir été destinés à servir de véhicule pour communiquer et transporter à
|
| | l'extrême Occident les lumières de l'extrême Orient. C'est à eux que l'on doit, par voie de
|
| | transmission, la pratique des émaux cloisonnés, dont les peuples de race sinique paraissent
|
| | être les premiers inventeurs. Ils sembleraient avoir également apporté de l'Inde et de la Perse
|
| | l'art de revêtir les parois des maisons, de ces carreaux dont, sous le nom de Zulajas, ils
|
| | couvrirent les monuments de l'Espagne.
|
| | Nul doute que leur séjour prolongé dans le midi de la France n'y ait laissé des traces profondes
|
| | de leurs industries; et si l'Italie, comme on l'a prétendu, est redevable aux fréquentes
|
| | expéditions des Pisans dans les îles Baléares de l'importation des majoliques, dont le nom
|
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AVANT - PROPOS
V---------------------------------------------------------------------------
| rappelle, avec un euphémisme propre aux races méridionales, celui de l'île de Majorque, combien |
|
| plus vraisemblablement peut-on croire que la France devait également tenir de la même |
|
| provenance ses terres émaillées, et par ses fréquents rapports avec les Sarrasins, et par ses |
|
| relations avec les princes chrétiens qui journellement reconquéraient le sol envahi des Espagnes. |
|
| La ville de Montpellier, au commencement du XIVe siècle, n'avait-elle pas pour seigneur |
|
| un roi de Majorque, dont les rapports avec Philippe le Bel, touchant la manufacture d'émail |
|
| sur or et sur argent établie en cette ville, nous ont été conservés par un document curieux et |
|
| unique, cité par dom Vaissette, bénédictin de Saint-Maur, dans son histoire du Languedoc. |
|
| En remontant beaucoup plus haut, nous voyons que les anciens poètes du XIIe et du XIIIe siècle, |
|
| les trouvères de la Loire, comme les troubadours, comics et conteurs de Provence, qui romanisèrent |
|
| dès le temps de Hue Capet, mentionnent souvent dans l'exercice de leur gay saber, |
|
| les vases de madre, faisant cette distinction du grand et du petit madre. Le grand madre, |
|
| qu'ils représentent comme une chose précieuse et rare, était peut-être de la porcelaine du |
|
| levant; quant au petit madre, se trouvant constamment parmi les ustensiles des paysans, des |
|
| aubergistes et des gens du peuple, c'était probablement de la faïence; à moins que, comme |
|
| le nom semble l'indiquer, ce ne fût qu'une poterie tachetée et simplement vernissée. Mais |
|
| alors nous aurions peine à nous rendre compte de la haute valeur que nos vieux poètes nationaux |
|
| accordent au grand madre. |
|
| Il n'est pas, jusqu'au nom vulgaire des poteries émaillées, le mot de faïence, qu'on fait |
|
| dériver généralement de Faenza, ville de la Romagne, si célèbre par ses fameuses manufactures |
|
| de ce produit, dont on ne puisse contester l'origine italienne. Ce nom parait, en effet, |
|
| venir du petit bourg de Fayence, situé en Provence, dans le diocèse de Fréjus. Mézerai nous |
|
| dit, en racontant les campagnes de Lesdiguières dans le Midi: Fayence plus renommée par |
|
| les vaisselles de terre qui s'y font, que par sa grandeur ni son importance..... et cinq ou six |
|
| autres lieux fortifiés, lui firent peu de résistance. Or, les vaisselles fabriquées à Fayence, |
|
| étaient avantageusement connues avant les établissements de Henri IV. Cette observation de |
|
| Le Duchat a été reproduite par Legrand d'Aussy, auteur remarquable par son érudition, qu'on |
|
| pille à l'envi, qu'on ne cite presque jamais. |
|
| Cependant, tout en constatant que la France tient des Sarrasins l'art de la faïence, nous ne |
|
| pouvons nier qu'elle n'en doive la renaissance à l'Italie par l'établissement du duc de Gonzague |
|
| à Nevers. Ce sont certainement des Italiens qui ont, sinon fondé, du moins régénéré |
|
| les centres industriels qui couvraient le midi de la France. Leur influence s'étend également |
|
| sur ceux du nord, puisque ceux-ci nous viendraient des Flandres, où nous voyons que vers le |
|
| commencement du XVIe siècle, un certain Guido de Savino, vint à Anvers importer son art, |
|
| que ses fils y exercèrent après lui, du vivant même de notre Piccolpasso. |
|
| Quoi qu'il en soit de l'origine de la faïence, c'est en Italie que les majoliques ont acquis, |
|
| dès le XVe siècle, une incontestable supériorité. Mais n'oublions pas que si cette contrée est, |
|
| b | |
@
VI
AVANT - PROPOS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | à l'époque de la renaissance, le pays où cette industrie commence à se développer et à s'élever
|
| | au rang d'un art de premier ordre, les artistes, attirés en France par le luxe croissant de la
|
| | cour et des maisons seigneuriales, propagèrent ce goût, et bientôt successivement on vit s'élever
|
| | et fleurir ces fabriques célèbres, où la belle tournure qui distingue l'ornementation des
|
| | produits, nous dénote assez que des artistes d'un rang élevé ne dédaignèrent pas d'illustrer de
|
| | modestes faïences, comme d'autres avaient enrichi nos églises et nos palais, de magnifiques
|
| | verrières et de splendides émaux.
|
| | Disons-le, rien, si ce n'est l'émaillerie métallique de Limoges, n'atteignit la hauteur où parvinrent,
|
| | vers la moitié du XVIe siècle, les faïences peintes en Italie.
|
| | En effet, parmi les pères de la renaissance artistique, un grand et beau génie, Lucca della
|
| | Robbia, transporte dans l'art de la terre émaillée, la supériorité de son immense talent de
|
| | sculpteur et de ses connaissances chimiques, considérables pour l'époque, au point de vue
|
| | toutefois de sa spécialité. L'illustre Florentin qui trouva ou plutôt perfectionna, dès le commencement
|
| | du XVe siècle, le moyen de recouvrir la sculpture en terre d'un émail opaque inaltérable,
|
| | en enseigna libéralement la méthode à toute l'Italie. C'est une opinion populaire en
|
| | Toscane, qu'il mourut sans révéler son secret; mais qu'il se contenta d'en celer la recette dans
|
| | une de ses oeuvres qu'il ne désigna point. Pensée symbolique qui renferme cet enseignement éternel,
|
| | que le secret des belles manifestations du génie humain est enfermé dans les oeuvres des
|
| | grands artistes, et que là seulement il faut en chercher la théorie et en poursuivre l'étude.
|
| | De ces figures émaillées, de ces admirables médaillons encadrés de fruits en ronde bosse,
|
| | l'art descendit ou plutôt s'étendit dans la vaisselle d'apparat, car les nobles choses élèvent à
|
| | leur niveau ce qu'elles touchent, et les plats italiens de la belle époque, sont dignes en tout
|
| | point de marcher de pair avec ce qu'enfanta de plus merveilleux cet incomparable XVIe siècle.
|
| | Autant la France l'emporte par ses admirables émaux de Limoges, autant l'Italie se montre
|
| | supérieure dans ses faïences d'Urbin, de Ferrare, de Pesaro, de Castel-Durante, de Gubbio,
|
| | de Castello, de Faenza, de Foligno, de Pise, de Gênes, de Venise, et même de Castelli,
|
| | dans le royaume de Naples, bien que la décadence se fasse sentir déjà dans les produits de
|
| | ce dernier endroit.
|
| | Un homme, en France, tenta d'arriver à cette perfection des faïences italiennes; on peut
|
| | dire qu'il y réussit merveilleusement. Qu'est-il besoin de nommer Bernard de Palissy? Ce
|
| | grand génie, qui pour vivre, peindoit des imaiges, nous a laissé dans des pages qui arrachent
|
| | des larmes, le récit de ses luttes et de ses souffrances, couronnées enfin du plus admirable
|
| | résultat. Mais l'immortel ouvrier de terre, et des rustiques figulines du Roy, fit un
|
| | secret de ses procédés et l'emporta dans la tombe. La France ne put donc pas suivre l'Italie
|
| | qu'elle avait égalée pendant un jour, grâce au grand artiste périgourdin.
|
| | C'est surtout dans les duchés de Ferrare et d'Urbin que la fabrication des majoliques
|
| | s'est élevée à la hauteur d'un art du dernier prix. Ce magnifique résultat est dû au génie du
|
@
AVANT - PROPOS.
VII---------------------------------------------------------------------------
| peuple italien, comme aussi à l'intelligence de ces petits princes, qui marchaient alors à la |
|
| tête de leur siècle. Je veux parler des princes d'Este et de la Rovère. |
|
| C'est ainsi, et notre Piccolpasso nous l'apprend, qu'Alphonse d'Este, pour encourager |
|
| cette belle industrie dans ses États, se fit potier lui-même, établissant des fours jusque |
|
| sous les fenêtres de son palais, cherchant sans cesse des perfectionnements, courant la fortune |
|
| des beaulx secretz, et découvrant ce fameux blanc du duc de Ferrare, improprement |
|
| nommé blanc de Faenza par une injustice de la tradition |
|
| C'est ainsi que Guid'ubald II, Feltro della Rovere, seigneur de Pesaro et Senegaglia, de |
|
| Montefeltro et Castel-Durante, comte et préfet de Rome, quatrième duc d'Urbin, malgré |
|
| cela fort petit souverain, mais esprit supérieur, ne négligea rien, non-seulement pour donner |
|
| de la vie aux fabriques de majoliques, très nombreuses dans ses États, mais encore pour |
|
| les diriger et les maintenir dans une noble voie. |
|
| Admirateur passionné de Raphaël, ce lui fut un mortel regret, que son aïeul n'eût pas su |
|
| retenir auprès de lui ce sublime artiste. Il réunit tout ce qu'il put trouver de croquis, de |
|
| dessins, de cartons du divin maître; autant que possible, il exigeait que dans ses fabriques, |
|
| on ne reproduisit que des dessins de son grand et regretté compatriote. Intelligente |
|
| et admirable impulsion, qui produisit de non moins admirables résultats. |
|
| Les savants, dont sa cour était le rendez-vous, ne dédaignaient pas de composer eux- |
|
| mêmes des sentences, qui apportaient aux belles images un surcroît d'intérêt. |
|
| Barthélemy Genga, son architecte et son ministre, attira chez lui le Vénitien Battista |
|
| Franco, dont les merveilleux dessins furent reproduits à Castel-Durante, avec une telle perfection, |
|
| que, suivant Vasari, les plus excellents maîtres n'eussent pu mieux faire en peinture |
|
| à l'huile. |
|
| C'est de ces fabriques, que sortit cette belle pharmacie de Pesaro, aujourd'hui à Loretto, |
|
| et qui n'est pas un des moindres trésors que possède l'Italie. C'est de là que sortaient ces |
|
| belles pièces, ces garnitures complètes de crédences, que le duc d'Urbin donnait aux souverains, |
|
| munificence royale dont on ne pourrait de nos jours que difficilement approcher. |
|
| Comment, après avoir eu des artistes tels que maestro Andreoli Giorgio et Centio son |
|
| fils, tels que Xantho da Rovigo, Guido Salvaggio, Oratio Fontana, Alphonse et Vincenzio |
|
| Patanazzi, les majoliques sont-elles tombées dans cette décadence des arts qui |
|
| fut générale et presque simultanée dans les différentes contrées? C'est ce que nous ne |
|
| rechercherons pas dans cet avant-propos, dont les bornes nous prescrivent cette réserve. |
|
| Nous constaterons seulement le fait avec tout le monde, ajoutant que l'indifférence pour les |
|
| grands maîtres et par conséquent pour les beaux modèles, l'engouement pour les oeuvres flamandes |
|
| dont l'intrusion s'étend partout alors, et peut-être l'abaissement des puissantes familles, |
|
| véritables centres protecteurs; ont grandement contribué à ce malheureux résultat. Voyons-y |
|
| surtout aussi cette loi suprême de nature, que tout subit ici-bas, cette décomposition qui suit |
|
@
VIII
AVANT - PROPOS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | toutes les maturités, et qui, ne permettant jamais la stabilité des choses, leur imprime l'éternel
|
| | mouvement et leur impose le perpétuel renouveau.
|
| | Le goût fastueusement faux du XVIIe siècle, et les déplorables et ridicules tendances artistiques
|
| | du XVIIIe, ont dû naturellement rejeter ces éclatants témoignages de la gloire d'une époque dont
|
| | on ne comprenait plus le génie. Aussi l'oubli profond dans lequel sont tombées les majoliques
|
| | n'a-t-il rien qui doive nous surprendre.
|
| | Une instruction plus répandue, le mépris qui s'attache tôt ou tard aux productions où les lois
|
| | sévères de la beauté sont remplacées par l'afféterie et une grâce de mauvais aloi, le goût toujours
|
| | croissant des amateurs, les ont heureusement tirées de l'oubli, pour les porter à un
|
| | degré de faveur qu'elles sont dignes de conserver. Ce serait peut-être le cas de signaler ici
|
| | quelque peu d'exagération, dans les prix fabuleux qu'elles atteignent et de le regretter. Y aurait-il
|
| | plus d'engouement que d'admiration éclairée et sincère? Cela sent encore son barbare, et
|
| | pourrait nous menacer de subits revirements dans l'esprit des Francs chevelus qui se latinisent;
|
| | mais il ne faut décourager personne; contentons-nous de rappeler à nos Mécènes ce
|
| | qu'Horace adressait au sien:
|
| |
|
| | Est modus in rebus, sunt certi denique fines,
|
| | Quos ultra, citraque nequit consistere rectum.
|
| |
|
| | Devant ce réveil du bon sens public, on se demande pourquoi, de nos jours, les artistes dédaigneraient
|
| | de reprendre cet art, qui a produit d'insignes chefs-d'oeuvre, et qui pourrait, convenablement
|
| | employé, contribuer d'une manière si heureuse à l'ornementation des édifices
|
| | publics et des demeures particulières
|
| | Toutes les personnes qui ont voyagé en Italie, n'ont pas oublié avec quel art les anciens
|
| | modifiaient la monotonie du carrelage. Celles qui ont visité l'Espagne, ont dû être frappées de
|
| | la richesse des revêtements dont les Maures, et après eux les Espagnols, décoraient les murailles
|
| | de leurs monuments et de leurs maisons. Cet usage était si général, que le vieux dicton
|
| | castillan: Non ava casa con azulejos, quand on l'appliquait à quelqu'un, était dans toute la
|
| | péninsule ibérique le signe de la pauvreté. La France, qui accueillit les héritiers de Luca
|
| | della Robbia, vit ses palais ornés des plus belles terres cuites émaillées; les carrelages des
|
| | châteaux de Polisy et d'Écouen étaient des merveilles, et le château de Madrid, littéralement
|
| | couvert des faïences de Girolamo, étincela de ces splendides émaux, dont, en 1792,
|
| | un paveur fit du ciment!
|
| | Tous les ouvrages d'archéologie, et notamment le beau livre de M. Emile Amé, sur les
|
| | carrelages émaillés du moyen âge et de la renaissance, mentionnent, dans les plus grands
|
| | détails, ces divers modes d'ornementation, où la France s'est montrée supérieure, aussi bien
|
| | que dans ses belles poteries de Nevers, de Limoges, de Moustiers, de Bordeaux, de Brissambourg
|
@
AVANT - PROPOS.
IX---------------------------------------------------------------------------
| en Saintonge, de Beauvais, de Rouen, d'Alsace, de Lorraine, etc. C'est en parcourant le musée |
|
| céramique de Sèvres, qu'on voit à quel degré de perfection nos compatriotes ont porté l'art de |
|
| la faïence. Les plus curieux spécimens sont réunis dans cette magnifique collection, dont |
|
| M. Riocreux, le savant conservateur, fait les honneurs avec une obligeance qui n'a d'égale que |
|
| son érudition. Tous les esprits curieux de l'histoire de la faïence et de la céramique en général, |
|
| lui doivent un tribut de sincère gratitude, pour les notions intéressantes qu'il leur communique. |
|
| et pour la courtoisie avec laquelle il accueille et facilite leurs recherches. Plût à Dieu que les |
|
| nombreuses et difficiles occupations de sa place lui laissassent le loisir de publier toutes les |
|
| belles découvertes, fruits de ses longues et constantes recherches; c'est ce que nous devons |
|
| souhaiter avec les artistes et les amateurs: l'histoire des émaux sur terre y apparaîtrait sous |
|
| un jour tout nouveau, et l'opinion publique, poussée par un surcroît d'intérêt, ferait un pas |
|
| de plus vers eux. |
|
| Les Anglais ont fait des efforts inouïs pour la restauration de cet art. Depuis le grand Josiah |
|
| Wedgwood, l'illustre potier du Staffordshire, les Minton, les Copeland, ont obtenu, avec ce |
|
| génie pratique, apanage de leur nation, des résultats surprenants. En Toscane, le marquis |
|
| Ginori, dans sa belle manufacture de Docci près de Florence, qu'il dirige avec cette libéralité et |
|
| cette suprême intelligence des véritables grands seigneurs, est parvenu à imiter les plus belles |
|
| oeuvres des anciens maîtres en majoliques. |
|
| La France resterait-elle en arrière, après avoir brillé si vivement dans le passé, que l'Italie |
|
| seule peut revendiquer sur elle dans l'art de terre, une supériorité dont notre pays approche |
|
| souvent, et qu'il atteint même quelquefois? Quand, parmi ses grands céramistes, la France n'eut |
|
| eu que Palissy, c'est assez pour contrebalancer la gloire italienne. Aussi nous ne pouvons croire |
|
| qu'elle ne fasse tout au monde pour reconquérir la place qu'elle a occupée jadis, maintenant surtout |
|
| que les procédés industriels ont acquis un si haut degré de perfectionnement. Ce que nous |
|
| faisons est donc surtout un appel aux artistes, afin qu'ils viennent vivifier du souffle de l'esprit |
|
| et des palpitations de l'intelligence, les moyens matériels si développés par les recherches |
|
| patientes des fabricants. |
|
| Déjà des hommes courageux, des artistes recommandables par leur talent, se sont lancés à la |
|
| poursuite de cette régénération. Les beaux résultats obtenus par le regrettable Avisseau de |
|
| Tours, ainsi que par MM. Pull et Barbizet, sont un encouragement énergique à la persévérance. |
|
| M. Devers, peintre piémontais, domicilié depuis quinze ans à Paris, où il a fait en partie |
|
| toutes ses études artistiques, est un des premiers qui ait compris l'avenir de son art |
|
| retrempé dans les vieilles traditions. Le succès ne lui a pas fait défaut, et nous espérons |
|
| que ses travaux, justement appréciés, lui vaudront les éloges qu'il mérite si |
|
| bien. Citons encore à Paris M. Jean, qui met volontiers sa belle installation industrielle |
|
| au service des amateurs de l'art de l'émail sur terre; MM. Dack frères, pour leurs belles |
|
| imitations des vases arabes; M. Lessore, M. le marquis de Monestrol, chercheur infati- |
|
@
X
AVANT - PROPOS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | gable, et M. Pinard. Citons à Nevers M. Ristori; citons surtout à Dijon M. le docteur
|
| | Laval, dont la science vient seconder merveilleusement les efforts qu'il fait pour atteindre
|
| | la perfection, et qui est parvenu à fabriquer des modèles sans défauts et d'un diamètre extraordinaire.
|
| | Il vient, il y a quelques jours, d'offrir au musée de Sèvres, où on peut les admirer,
|
| | des échantillons de ses produits, qui dépassent certainement en beauté tout ce qu'on avait
|
| | vu jusqu'alors.
|
| | Des fabricants de faïence, tels que M. Laurin, à Bourg-la-Reine, M. Auboin, à Sceaux-
|
| | Penthièvre, mesdames veuve Pichenot et veuve Dumas, à Paris; des chimistes habiles, tels
|
| | que MM. Dubois-Mortelèque et Guyonnet-Colville, mettent avec empressement leurs moyens
|
| | matériels et leurs connaissances pratiques au service des chercheurs, dont le nombre augmente
|
| | chaque jour. Des sociétés particulières, composées de gens du Monde, d'amateurs, de peintres
|
| | et de sculpteurs habiles, ont commencé par faire un amusement d'une chose qui, devenue
|
| | sérieuse, dénote, par les résultats de ses premiers essais, quel est l'avenir réservé aux artistes
|
| | qui voudraient suivre cette voie et s'y engager résolument.
|
| | C'est, bien pénétré de cette tendance et de ce besoin, que nous avons cru rendre à cet art un
|
| | véritable service en publiant cette traduction de Piccolpasso.
|
| | Ce maître vasier de Castel-Durante écrivit son livre en 1548, c'est-à-dire dix ans après l'avènement
|
| | du duc Guid'ubald II, à l'époque où l'art des majoliques était dans toute sa splendeur.
|
| | Il nous transporte donc dans cette belle période de la renaissance en plein duché d'Urbin.
|
| | Ce traité décrit minutieusement en trois parties l'art de la terre émaillée. Dans la première
|
| | partie, l'auteur nous indique les moyens d'extraire la terre ou de la recueillir, de la travailler
|
| | pour la rendre propre à être façonnée, ainsi que les diverses méthodes employées dans les endroits
|
| | où cette fabrication était en vigueur. Puis, il nous montre le tour ainsi que les engins qui le
|
| | composent et qui lui sont propres, nous expliquant la manière de confectionner ces différents
|
| | instruments, leurs usages, les travaux qu'on exécute avec eux, enfin la théorie complète du
|
| | moulage, y compris celle de la confection des moules, terminant cette première partie par le
|
| | panégyrique de son souverain, le duc d'Urbin Guid'ubald II.
|
| | Dans la seconde partie, ou le second livre, comme il l'appelle, il nous donne le moyen d'obtenir
|
| | ce produit, que tantôt à l'état de frite, tantôt à l'état de fondant, il désigne par le nom de
|
| | marzacotto, que le traducteur a cru devoir conserver en l'accolant au mot de fondant qui est son
|
| | véritable sens.
|
| | Ce marzacot obtenu, il nous décrit la fabrication du blanc, qu'il nomme bianchetto, petit blanc,
|
| | et qui n'est que le blanc à faire ces retouches et ces rehauts, que les anciens dans leurs peintures,
|
| | employaient avec tant d'esprit et de succès.
|
| | Puis nous étudions la fabrication du vert, de ce fameux vert de cuivre qui fait par sa fugacité
|
| | le désespoir des modernes, et qui donne tant d'éclat aux vieilles majoliques.
|
| | Le jaune foncé, le jaune clair, nous passent sous les yeux; nous assistons alors à la façon du
|
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AVANT - PROPOS.
XI---------------------------------------------------------------------------
| fourneau à réverbère, ainsi qu'à l'exposé de la méthode employée pour y faire cuire l'étain et le |
|
| plomb. Ce mélange obtenu, notre auteur entre dans les différentes fabrications des couleurs des |
|
| diverses contrées de l'Italie: couleur d'Urbin, couleur de la marche d'Ancône, couleur de Castello, |
|
| de Venise, de Foligno, défilent devant nous avec leurs dosages soigneusement indiqués, ayant |
|
| toutes leurs fondants et leur couverte. |
|
| Nous apprenons alors à élever le four où se cuisent les couleurs, les objets de terre, les biscuits |
|
| émaillés et peints. Aussi Piccolpasso ne néglige-t-il pas de nous décrire les casettes et leur |
|
| emploi, ainsi que les moulins à broyer les couleurs, et finalement la fabrication des différents |
|
| engobes blancs dont se recouvrent les ouvrages en terre cuite, et sur lesquels s'étendent les |
|
| autres émaux colorés qu'il nous décrit complètement. Après quoi notre excellent maître croit |
|
| devoir nous apprendre qu'il est amoureux, et, se lançant à corps perdu dans une comparaison de |
|
| sa maîtresse avec les produits de sa fabrique, comparaison toute à l'avantage de la bella donna, |
|
| il gémit sur ses blessures incurables, ne trouvant d'autre remède à ses peines qu'un travail |
|
| assidu. N'en connaissant pas d'autre nous-même, pour le moment, nous conseillons à nos lecteurs |
|
| d'en faire usage le cas échéant. |
|
| Le troisième et dernier livre est consacré à nous enseigner à tremper les biscuits dans le bain |
|
| d'émail, ou plutôt de demi-émail, ce qui est le caractère propre de cette ancienne fabrication, a |
|
| peindre sur ce demi-émail, puis à tremper les objets ainsi peints, dans une couverte qui leur donne |
|
| un glacé précieux. |
|
| Là, Piccolpasso nous apprend à faire les cruches, plaçant cette fabrication commune immédiatement |
|
| après celle des majoliques fines, pour établir un contraste que sa naïveté de vieil |
|
| auteur relève par une ingénieuse comparaison. Enfin, il termine son ouvrage par la description |
|
| de l'enfournement, ayant bien soin de nous recommander dans ces pratiques les plus importantes, |
|
| d'invoquer, avant tout, le nom du Dieu tout-puissant; remarquable et touchant usage |
|
| qui, apportant à ces opérations le calme nécessaire à leur réussite, démontre au moins le zèle et |
|
| la conscience avec lesquels, à cette époque, s'accomplissaient des travaux où l'intelligence humaine |
|
| apportait ce qu'elle avait de plus exquis. |
|
| L'analyse bien succincte de ce livre montre cependant ce qu'on peut y puiser d'utiles enseignements, |
|
| tant pour l'histoire de l'art, que pour la fabrication même des produits que le bon |
|
| goût du public recherchera de plus en plus. |
|
| Voilà pourquoi nous espérons, en publiant cette traduction, contribuer dans la mesure de |
|
| nos humbles forces à la bonne direction du mouvement très-marqué de l'opinion publique, |
|
| vers cet art trop longtemps oublié. |
|
| Le traducteur de cet ouvrage porte notre nom, c'est dire qu'il nous touche de près. Nous |
|
| n'avons eu garde de ne pas conserver son vieux langage, qui s'adapte au texte italien avec une |
|
| exactitude que le français moderne n'aurait jamais pu atteindre, et avec une similitude de |
|
| tournures et d'expressions, dont le moindre avantage est d'en conserver la naïveté. |
|
@
XII
AVANT - PROPOS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | L'honnête translateur a fait de son mieux, aussi bien dans la traduction du texte, que dans
|
| | la reproduction des planches, où il s'est appliqué à conserver le libre dessin du maître vasier,
|
| | imitant fidèlement et sans prétention, ce qu'il avait sous les yeux.
|
| | Espérons qu'il en recueillera la récompense posthume, dans la bienveillance avec laquelle le
|
| | public instruit et curieux des bonnes choses, accueillera cette publication de son héritier.
|
| |
|
| | CLAUDIUS POPELIN. |
| |
|
| | Juin 1861.
|
| |
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P R O L O G U E D U T R A D U C T E U R
| ------------------- | |
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| |
|
| AU LECTEUR BENEVOLE, MAITRE CLAUDIUS SALUT ET PAIX | |
| EN LE SEIGNEUR CHRIST | |
| |
|
| |
|
| Puisque pièça* étais-je à Florence, benoîte et illustre ville de Toscane, tant plus |
|
| remplie d'histoires belles et plaisantes, ainsi que de fameuses et royales fabriques, |
|
| dans lesquelles se voient statues, peintures, bronzes et joyaux à pleines pelletées, |
|
| fus-je émerveillé des mirifiques et précieuses poteries de terre enfermées en cette |
|
| ville, tant aux cours, palais, voire simples logis de noblesse et de bourgeoisie, luisantes, |
|
| nettes, éclatantes et mignonesques tant et plus que point comme, non tant seulement |
|
| des formes et façons, mais des peintures et histoires, bêtes, fruits, feuillages, |
|
| paysages, grotesques, arabesques, et autres fantaisies élaborées et portraitées en |
|
| icelles, dont se peut l'oeil réjouir infiniment, mieux que ne se peut-il dire et |
|
| prouver. Si que fut mon attention et étude, figée, voire échoué en cette part |
|
| superlative d'invention humaine, jusque en la marche ultime et frontière du menu |
|
| pays de mes esprits. |
|
| Donc, sache que ne me fut nulle trêve ni repos, que n'eusse trouvé la méthode |
|
| dont s'élabore ce très plus excellent art. A quoi me suis-je enlever le boire |
|
| et le manger à force pensées, et eut été en perte vaine, vu le secret où le tiennent |
|
| abscons, et le mussent ceux qui le pratiquent si le Dieu très haut et miséri- |
|
| 1 | |
Note du traducteur :
*pièça: alors?
@
2
PROLOGUE DU TRADUCTEUR.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | cordieux ne m'eut conduit par la main, comme fait à un enfantelet monsieur son
|
| | maître d'école.
|
| | Donc, par grâce divine, appris-je qu'un monsieur Piccolpassi, Durantais, avait
|
| | doctement traité la matière, à seule fin de se lever de l'âme les pensées amoureuses
|
| | et morsures cupidonesques, avec un labeur continu, et qui toutefois fut utile et
|
| | gracieux aux pauvres humains, dont je le loue très fort. Après que j'eusse dévotement
|
| | remercié le benoît créateur et sauveur de cette sienne grâce et faveur spéciale,
|
| | fus-je incontinent en le duché d'Urbin, où me suis-je mis à traduire en français, les
|
| | trois livres du susdit sieur.
|
| | Ami lecteur, je te baille ce mien labeur, lequel en raison de ma chétiverie,
|
| | se peut que soit chétif et moindre; mais je considère que fait un chacun ce que
|
| | peut, encore n'est-il tant menu travail ou effort, qui ne traîne après soi un fétu,
|
| | comme se voient aux champs les fourmis. Si que ces petites bestioles vont portant péniblement
|
| | les menus brins que trouvent, et finalement en bâtissent leur maison. Si ai-je
|
| | fait pour ma part, si fasse un chacun, et ainsi ne demeure nul en inutile oisiveté,
|
| | qui est chose trop plus abominable aux hommes comme à Dieu, lequel te sauve,
|
| | pour après te couronner en Paradis
|
| | J'ai dit.
|
| |
|
| | Maître CLAUDIUS, Parisien, 1560. |
| |
|
| |
|
| | ----------------- |
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P R O L O G U E A U X L E C T E U R S
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| Puisque me suis-je mis à manifester tous les secrets de l'art du potier, déjà n'aurait |
|
| failli là dessus que ne se fut trouvé, qui d'une plus belle voyance et plus mieux trié |
|
| langage, eut fait ce que présentement fais-je, si le mal-vouloir d'iceux à qui furent |
|
| en mains, n'eut empêché le dessein d'autrui, cause qu'aucune fois a manqué l'art |
|
| de sa perfection. |
|
| Donc puisque ai-je fait le tout sans moult belles paroles, seulement avec |
|
| l'intégrité du vrai, ne me demeure autre affaire que me défendre des morsures continues |
|
| des détracteurs; lesquels en prime part, diront que cet art ne se regarde pas à moi, |
|
| pour n'en être pas l'inventeur, et encore avoir chétive pratique; moult diront que |
|
| devrais-je viser à choses plus utiles; d'autres me tiendront pour outrecuidant présomptueux, |
|
| disant qu'est mal publier ce que déjà puis tant d'années est demeuré celé et secret. |
|
| Ne faudrait qui me blâment du langage, d'autres de l'écriture et du dessin. A quoi, |
|
| si fussent-ils présents, répondrais-je: à ceux qui disent que ce n'est de mon invention, |
|
| que disent vrai, vu que le premier inventeur en fut Chorebus, Athénien, duquel n'est que |
|
| peu, a écrit aucunes particularités, M. Vanuccio Beringuccio, noble Siennois, en sa |
|
| pyrotechnie. Si iceux me trouvent un auteur, qui fasse secret du susdit art, j'excepte |
|
| certaines petites recettes que tiennent aucuns qui en secret les manigancent; dans lesquelles |
|
| sont, qui jusque en leur dernier terme de vie, les cèlent aux propres fils et connaissant soi |
|
| trépasser, entre autres ressources que laissent après eux, appelant leur plus aîné et avisé |
|
| fils, lui publient leur secret; et si iceux me trouvent ce dit art avoir été baillé par autrui, je |
|
| me rends vaincu. De ceux qui disent que ne se regarde pas à moi, ne l'ayant point longuement |
|
| pratiqué, l'oeuvre même me défendra, parce que, ayant failli en aucune partie, elle |
|
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4
PROLOGUE AU LECTEURS.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | montrera que disent vrai, n'ayant point failli, les fera connaître blasphémateurs et très
|
| | plus malins. A ceux qui disent que devrais-je viser à choses plus utiles, je réponds ainsi
|
| | que ne sais-je trouver rien de plus majeure utilité en ce monde, que faire la délectation
|
| | d'autrui. A ceux qui me tiennent pour suffisant de publier ce secret, je dis qu'est
|
| | mieux que maints sachent le bien, que si peu le tiennent abscons. Point ne s'avisent
|
| | iceux que ce faisant, parviendra l'art aux mains de tels, qui là, où pauvres maîtres vont
|
| | consumant le plomb et l'étain, considérant ce que font ces dits métaux bas et vils,
|
| | viendront à calciner l'or et l'argent, et où bien et souventes fois est allé entre personnes de
|
| | chétive considération, il ira parmi les cours, dans les hauts esprits et âmes spéculatives.
|
| | A ceux qui me répréhendront du langage, dirai-je que j'ai parlé ma langue maternelle
|
| | durantaise, de la façon que veut la matière du susdit art. A qui me gouaillera de
|
| | l'écriture et du dessin, je dis qu'ai-je fait ce que je sais, et ne suis-je contraint à
|
| | rien plus. Qu'iceux conduisent le langage, l'écriture et le dessin, à plus haute perfection,
|
| | je leur en aurai obligation. Lors, adviendra à ma peine ce que je souhaite advenir à l'art
|
| | du potier, à savoir, que vu de maints et de beaucoup manié, se conduise en sa perfection.
|
| |
|
| | Soyez en santé,
|
| |
|
| | Dr CYPRIAN PICCOLPASSO. |
| |
|
| |
|
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LES TROIS LIVRES
de
L'A R T D U P O T I E R
-----------
LIVRE PREMIER
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L I V R E P R E M I E R
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| Les hommes de l'art du potier en la ville d'Urbin, emploient la terre qui se | Urbin,ville en la marche
|
| recueille en le lit du Métaure, et récoltent icelle mieux en été qu'en autre | d'Ancône, très plus heu-
|
| temps, et tient ce, à la méthode de le faire. Quand tombent les pluies de | reusement possédée par
|
| l'Appenin aux racines duquel naît le susdit fleuve, ses eaux se gonflent et se | Guidubald II, duc d'Urbin
|
| font troubles, et cheminant troubles ainsi par leur lit, laissent ces parties plus | vraiment digne d'un plus
|
| subtiles, qu'en coulant en aval, elles roulent à l'une et l'autre berge. | grand Etat.
|
| Ces parties croissent en dessus de un pied ou deux par le sable du dit fleuve, | |
| puis se recueillant par le lit susdit, s'en fait-t-on des monticules. |
|
| Maints sont qui les laissent sécher au soleil, et disent que se gouvernent | |
| mieux en les élaborant. Autres disent que se purgent, parce que, ainsi posées | Terriers, endroits creu-
|
| en les terriers, ou ce qu'ils entendent, les réservoirs en lesquels elles gisent, il | sés en le sol, de quatre à
|
| convient les amollir à nouveau, et qu'ainsi les amollissant se font plus pures. | cinq pieds profond, où se
|
| L'une et l'autre méthode ai-je vu pratiquer sans y connaître la plus menue | conservent les argiles.
|
| dissemblance. Toutefois est-il recommandé de les recueillir nettes de racines, |
|
| herbes, feuilles d'arbres et d'aucuns cailloux dits Giarins. Avertissant que | Giarins, aucunes pier-
|
| pendant le trajet impétueux des eaux à la déclivité, font icelles se cogner les | res blanches.
|
| unes à l'encontre des autres, maintes pierres parmi lesquelles s'en trouve |
|
| d'une sorte qui tient de la chaux, et qui mêlée avec la susdite terre, fait |
|
@
8
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| Castel durante, bâtie | un moult grand dam. La même pratique est à Durante ma patrie, laquelle le
|
| par Guillaume Durante, | Métaure baigne en trois parts, comme se montrera en son portrait. Cela
|
| doge de Chiereterre, gît en | même se fait en la Romagne, comme se dirait à Faenza qui tient le premier
|
| la marche d'Ancône. | rang pour la poterie; à Forli, Ravenne, Rimini; et se fait la même chose
|
| | présentement à Bologne, et crois aussi à Modène, Ferrare, comme en autres |
| | lieux de la Lombardie. |
| | Venise travaille la terre de Ravenne, de Rimini et de Pesaro, comme étant la |
| | meilleure. Le vrai est que souventes fois s'y emploie d'une sorte qui se tire à la |
| | Bataille, lieu peu loin de Padoue; mais la meilleure pourtant que je connaisse |
| | est celle de Pesaro, quand est récoltée nette. |
| | Ont travaillé à Corfou un Jehan Tisée et Lusio frères, et les fils d'un Alexandre |
| | Gatti, du pays de Durante, et pourtant que m'en ont dit, recueillaient iceux |
| | la terre, sur une montagne qu'ils font nue et stérile, sans nulle sorte d'herbages |
| | ou d'arbres, récoltant la terre susdite au temps des pluies, comme avons |
| | accoutumance, par le lit des fleuves. |
| | Dans la marche à Ancône, la terre de cave se travaille en maint endroit, en |
| | maint autre la terre fluviale. A Gènes, j'ai ouï dire que se travaille la terre de |
| | cave; à Lyon, celle du Rhône; aux Flandres, celle de cave. J'entends à Anvers, |
| | où porta cet art un certain Guido de Savino de ce pays-ci, et le maintiennent |
| | aujourd'hui, ses fils. Donc, c'est à savoir, que là où sont les terres blanches, |
| | ou qui contiennent de la glaise, en tous ces lieux dis-je, se trouve la terre à |
| | faire les vases. |
| | A Spello, quatre miles loin environ de Foligno en Ombrie, j'ai vu la terre |
| | aller de cette façon suivante: On a fait creuser en terre, des fosses de cinq |
| | pieds en tous côtés, et profondes de trois pieds, loin l'une de l'autre un pied |
| | environ; en ce pied de terre solide, entre l'une et l'autre fosse, se pratique |
| | un canal, pour que l'eau puisse descendre en les dites fosses. En telle sorte que |
| | lorsqu'il pleut, icelles se séchant souvent, on retire de chacune plus de deux |
| | charges de terre; et cela par toute l'Italie, ainsi qu'au dehors; j'entends en les |
| | terrains qu'on nomme crayeux. Point ne trouve que Dioscorides en fasse |
| | autrement mention, ni que particulièrement il la nomme, mais dit-il seulement |
| | que les tourtières des fours longtemps brûlées, causent l'escarre des ulcères, et |
| | crois-je que se peut faire qu'il a entendu cette susdite terre. Mais est grande |
@
LIVRE PREMIER.
9---------------------------------------------------------------------------
| en Italie la différence entre la terre des tourtières et celle des vases, vu que l'une |
|
| est blanche et légère, l'autre rouge et pesante. Je ne crois pas qu'il raisonne | Erétrie, en l'île de
|
| autrement que de la terre d'Erétrie, de Samos, de Chio, de Cimollis, et de la | Crête.
|
| terre des fourneaux, ne spécifiant nullement la terre à faire des vases. | Samos.
|
| Suffit que là où sera de la terre lisse et blanche, et qui contienne de l'argile, | Chio.
|
| s'il n'y a des fleuves, faisant les susdites fosses, ou creusant en dessous, il y | Cimollis, présentement
|
| aura et se trouvera de la terre à faire des vases, ainsi que l'affirment les anciens | l'Argentière, proche l'île
|
| maîtres en ce très plus noble art. | de Milo.
|
| |
|
| ----------------- | |
| |
|
| |
|
| MODE DE RECUEILLIR LA TERRE OU POINT N'EST DE FLEUVE, | |
| |
|
| DE LA BATTRE, -- DE LA TRIER ET LA PASSER, | |
| |
|
| QUI GENERALEMENT S'EMPLOIE (fig. 2.) | |
| |
|
| Aucuns ont l'accoutumance pour faire le blanc laiteux, de réduire la terre | |
| quasiment en eau, et de la passer par certains draps grossiers et raz; aucuns | Les cribles, en Italie
|
| par certains cribles de cuir perforé, d'autres par de larges tamis, et cette matière | sont de plusieurs formes;
|
| passée, la serrent-ils en des vases cuits une fois, et asséchée en suffisance, la | nous nous en servons de
|
| travaillent-ils. | longs pour vanner le grain;
|
| La terre à faire les vases communs s'accommode d'une autre guise, car on | en Romagne et en Lombar-
|
| l'étend sur une table grosse d'un demi-pied; étendue, on la bat avec un | die, on s'en sert de ronds.
|
| fer large quatre doigts, long quatre palmes approchant, pesant douze livres. | Ceux qui s'emploient
|
| Puis battue bien ainsi trois ou quatre fois, on la ramasse avec la main, | pour la terre sont comme
|
| comme sont accoutumées les femmes avec la pâte à faire le pain, la rendant | ceux à cribler l'avoine des
|
| nette de toute saleté. Lors que si, la sent-t-on bien lisse dans les mains, on en | chevaux.
|
| façonne, dis-je, des ballons, ou comme le veut le métier pour le mieux, une |
|
| seule masse, puis après on la travaille sur le tour, ou on l'étend en des moules |
|
| de plâtre, comme en raisonnerons. Pour la méthode de récolter la terre, sans |
|
| 2 | |
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LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
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| | plus l'expliquer autrement en paroles, nous en montrons le dessin, comme est |
| | dit ci-dessous. |
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| | Tu creuseras à quatre pieds en file
|
| | Les fosses où tu récoltes l'argile,
|
| | Si que les eaux entrent en se troublant
|
| | Par les canaux sans entraves coulant.
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|
| | Bien est-il d'avertir que l'endroit où se font ces dites fosses ait un peu |
| | d'inclinaison; ainsi fait, quand elles ont séché, on retire la terre et l'emporte, |
| | on la bat et la passe, comme convient le mieux à qui veut travailler. |
| |
|
| | Mais quand sera l'argile bien battue,
|
| | Si molle est plus que ne doit, qu'on la jette
|
| | Sur la muraille, ou terre sèche et nette.
|
| |
|
| | Nos ouvriers ont coutume, quand ont battu la terre, si elle est par trop molle, |
| | de l'étendre sur les murs de nos maisons, et une fois affermie, de l'accommoder. |
| | Pour l'affermir, quand on la passe, on la met en certains vases comme ci-dessous |
| | est dit. |
| |
|
| | A ton plancher tu pends crible ou tamis,
|
| | Sur quoi tes mains, en la jetant ont mis
|
| | L'argile, dont vont les parts plus subtiles
|
| | Emplir des pots rompus et pas utiles,
|
| | Où tu laisseras la terre sécher tant
|
| | Que le potier en soit très plus content.
|
| |
|
| | C'est me semble tout ce que se peut dire sur la terre, se rappelant toutefois |
| | que celle de cave, pour faire des travaux à l'urbinienne, doit être de couleur |
| Céleste, couleur du ciel | blanche, mais, si fut-elle céleste, serait trop plus gentille, et point ne prendrait
|
| | le blanc d'étain. Vrai est-il qu'elle serait bonne si on voulait travailler à |
| | la Castellane, avec de la terre de Vicence, puisqu'on y donne la terre dite à |
| | cru. Voyez ici quelle différence entre la terre à fosse ou de cave, et la terre des |
| | fleuves. Celle des fleuves, alors qu'est azurée est bonne, et vient tant plus légère, |
| | plus dense et sans nulle rugosité. |
| |
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LIVRE PREMIER.
11---------------------------------------------------------------------------
| MODE DE TRAVAILLER AU TOUR (Fig. 3.) | |
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|
| Tu fais un tour à la manière que tu vois ici représentée. Sur lui se font | |
| tous les ouvrages de toutes sortes. Bordées, martelées, ovoïdes, carrées et entaillées, |
|
| pourvu que toutes les susdits ouvrages soient en le cercle parfait. |
|
| Dessus ne se peut faire ni plat triangulaire, ni oblong, parce que tout ce |
|
| qui manque à tourner en perfection, point ne se peut faire au tour. |
|
| |
|
| Les ouvrages qui s'y font sont les suivants: | |
| Ecuelles | |
| Petites écuelles avec ou sans ourlet. | |
| Bocaux | |
| Feuillettes avec ou sans bouche. | |
| Bassins | |
| Bronzes doublés d'argent creusés. | |
| Fioles à tenir huile, vin aigre et eau. | |
| Urnes d'épiceries ou confiseries. | |
| Vases à lait et à onguents. | |
| Fiasques à vin, vin aigre et eau. | |
| Tasses ou confituriers. | |
| Ongresques dites à Venise Piadène. | |
| Assiettes basses ou plats. | |
| Plats avec fonds, avec ou sans pied. | |
| Ronds avec ou sans fonds. | |
| Salière à champignon. | |
| Tasses ou gobelets. | |
| Divers vases tirés de l'antique. | |
| Vases à poire ou à pomme. | |
| Vases de deux corps. | |
| Vase à tour. | |
| Tout ce qu'on fait avec la circonférence parfaite, se peut faire au tour; | |
| autrement c'est un vain projet. Mais pour que soit bien compris mon langage, |
|
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12
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | j'en veux poser ici trois ou quatre raisonnements, traitant brièvement comme |
| | quoi se font les objets entiers ou morcelés. |
| | Le présent que tu vois (fig. 4), aucuns le nomment vase à poire; et maint |
| | est qui le fait tout d'une pièce, d'autres de deux, d'autres de trois. Point ne |
| | parlai-je des anses ni du couvercle, parce que se font icelles choses à part; |
| | à cause des premières, aucuns le nomment vase à deux anses; aucuns vase |
| Vase dorique. | Dorique. En le faisant d'un seul morceau, hors les anses et le couvercle, tout
|
| | s'étire d'une seule balle de terre, et quand icelle est séchée à point, on tourne, |
| | comme le dirons aux autres ouvrages. -- Le façonner en deux parts, est de |
| | l'étirer en hauteur jusque à l'A. Là se laisse, et se fait le restant d'autre part. |
| | Pour le façonner de trois morceaux, se forme tout le mitan B, depuis les deux |
| | A supérieurs, jusque aux deux A inférieurs; et le pied comme le col, se façonnent |
| | à part. Avertissant, que tournant icelles deux pièces, il convient laisser deux |
| | prises ou deux creux, à cette fin de les rejoindre ensemble. En ce, maint est, |
| | qui lors que le vase et frais, le colle en le tournant, avec de la barbotine ou |
| | glaise, dont nous parlerons plus outre. Aucuns le cuisent ainsi en morceaux, les |
| | ajustant ensemble avec la couverte à la dernière cuisson; à iceux façonnés |
| | ainsi en trois morceaux, point ne s'y ajustent les anses, vu que ne tiendraient |
| | en nulle façon. |
| | Pareillement, ce vase que voyez ici (fig. 5), maint est qui le nomme |
| Bronzes antiques. | bronze antique, autres le nomment bocal antique en raison de sa bouche à
|
| Bocal antique à lè- | lèvres. En icelui sont choses à ne point peu s'émerveiller; premièrement de
|
| vres. | voir un vase de rond parfait, secondement d'y considérer une bouche pendante
|
| | en dehors, courbée moult loin du premier ordre. Là convient d'avertir, parce que |
| | se façonne ronde, puis vivement on tranche une partie avec un fil de |
| | cuivre, et ployant l'autre avec les mains, on la fait se porter en dehors, |
| | ce qui fait que cette bouche est hors de la perfection du cercle. Beaucoup le |
| | font de deux ou trois morceaux, mais le beau faire est d'une seule venue, hors |
| | les anses qui s'attachent après que le vase est tourné, comme j'ai dit ailleurs. |
| | J'entends que de toutes les anses, qui jamais se verront au monde à des vases de |
| | terre, on puisse dire et soutenir librement, qu'elles furent attachées à cru; |
| | car l'art ne comporte pas qu'on attache en finissant avec la couverte ou |
| | toute autre couleur minérale, une partie qui point n'aurait de soutien, ou un |
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LIVRE PREMIER.
13---------------------------------------------------------------------------
| support tout alentours sur quoi elle retombe; mais à l'air, ne demeure ferme |
|
| nulle chose collée au feu avec de la couleur qui ait du fondant. Le collage |
|
| à la barbotine durera seul, et autre non. L'endroit où se fait l'entaille, est |
|
| cette demi-lune où passe la ligne AA; elle se fait de part en part, en avisant |
|
| de tenir avec la main, la bouche par où se verse l'eau. Point ne veux-je |
|
| nier que ces vases se fassent de deux parts à volonté, et se collent icelles au |
|
| dernier feu, pourvu que soient superposées, autrement point n'est-ce possible, |
|
| et le secret n'est pas encore dans l'art. |
|
| Le présent que voyez ici (fig. 6) se nomme fiole à sirops. Se fait icelui en | Fiole à sirops.
|
| plusieurs façons puisque en cette forme sont les flacons à enserrer l'huile |
|
| qu'employons pour l'usage de la maison. Vrai est-il de dire, que point ne s'y |
|
| fait de couvercle. D'autres le font avec la bouche large, mais je vous |
|
| baille toujours les plus excellents; d'autres avec la bouche à vis, semblable | Vases à vis.
|
| aux fiasques d'argent. Ce secret, point ne veux-je le passer ainsi légèrement, |
|
| parce que c'est chose trop plus belle, ingénieuse, et moult difficile. Donc |
|
| est à savoir, que ces vases auxquels vont les vis, se font sans col, comme serait |
|
| à dire le présent, s'il fut taillé à la corniche de la ligne A, veux-je dire qu'il |
|
| fut fait de là en bas, mais qui le voudrai faire en plus entier, pour qu'il fut |
|
| plus mieux mené droit, je le loue. Cela fait, et taillé en haut avec le fil, |
|
| façonnez à nouveau sur le tour une autre bouche grosse un bon doigt approchant, |
|
| forant cette terre jusque au fonds. Par après ayez votre estèque avec |
|
| trois ou quatre dents, et que soit icelle d'un bois moult dur et poli, puis l'ayant |
|
| posée dans la terre, tournant les dents vers soi, petit à petit jusque que ces |
|
| dents s'y impriment, faites aller toujours le tour légèrement. Mais me semble |
|
| de raisonner en l'air, si je ne vous montre l'estèque, parce que sans cela, c'est |
|
| grande chose que me comprendre, la voici (fig. 7). Tout cela fait, coupez cette |
|
| terre ainsi creusée sur le tour, et la fendez par le milieu (fig. 8); fait cela, |
|
| baissez le côté B, ou bien A, comme est plus aisé à celui qui travaille, et |
|
| baissez jusque le premier tour du relief qu'a fait l'estèque se joigne avec |
|
| le second, le second avec le tierce, le tierce au quart, jusque le quart |
|
| soit indépendant et ainsi le premier. Alors tu verras que là où étaient d'abord |
|
| quatre cercles parfaits, étant réunis ainsi par cet abaissement, se verra courir |
|
| un seul cordon à l'intérieur de cette concavité, et avoir icelui commencement |
|
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14
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | et fin. Et parce que la partie qui baisse vient à avancer par en dessous, d'autant |
| | comme celle qui reste, demeure au dessus, si que se peut voir (fig. 9), tranche |
| | l'avance de la partie B, et rajoute le à la partie B supérieure, tu auras un cercle |
| | parfait, qui se fixe sur ton vase avec de la barbotine; et tu laisseras sécher |
| | ainsi un jour, puis lorsqu'est solide assez pour que s'y puisse imprimer son |
| | empreinte de terre molle, qu'ont fait d'un bouchon large de demi-doigt, afin |
| | qu'il emplisse bien la concavité, tu presses icelui promptement pour que le canal |
| | du cordon qui reste en le col du vase y demeure estampé (fig. 10), puis tu pétris |
| | cette avance, qui reste en dehors, en une seule masse, l'élargissant assez pour |
| | en tirer après avec le fer, un macaron, comme mieux semble à celui |
| | qui travaille. Cela fait ce que nous voyons pour l'ordinaire dans les buffets, aux |
| | fiasques d'argent. Finalement, laisse ainsi jusque que la terre en séchant, |
| | s'élargisse assez, pour que l'empreinte virée dans son sens, sorte sans se |
| | gâter. Maints sont qui premièrement de l'imprimer, oignent d'huile la matrice, |
| | ce qui est une méthode moult plus certaine. Ainsi se font les vis, dont point |
| | plus ne veux-je parler autrement. |
| | Reste à savoir que ce bec qui s'avance en dehors est fait sur le tour, |
| | et ensuite s'attache au vase, comme se fait des anses. Autrement, ne vas pas |
| | croire qu'il se tire du vase même, que ce serait trop grande bêtise, parce |
| | que, où va un cercle, ne s'y peut transporter autre chose qu'un cercle; et |
| | pour que soit mon langage bien compris, je suppose qu'avec le compas se |
| | forme un cercle; si je veux en tirer une ligne droite en tournant le compas, |
| | ce me semble impossible; bien se pourra former un plus grand ou plus petit |
| | cercle, mais que d'iceux on tire une ligne qui se porte droite au dehors, ou sans |
| | toute la perfection d'un cercle, c'est vainement qu'on y pense. Exemple (fig. 11): |
| | Ores quel sera celui qui croira d'un cercle parfait, me tirer une ligne parfaite ou |
| | penchée, avec le même instrument? Autant voudrait croire celui qui croirait |
| | façonner les vases avec les anses et le bec, tout d'un même temps, que de |
| | croire celui qui dirait pouvoir en tournant le compas, tracer une ligne droite. |
| | Faut donc connaître que le vase étant fait au tour, on lui attache après ses |
| | anses, comme sont les deux lignes A, avec son bec qui vient à être le pendant |
| | B, si que se peut voir (fig. 12). Suffit cela pour toujours, quand s'agira |
| | des anses, ou des choses transportées hors du cercle parfait. |
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LIVRE PREMIER.
15---------------------------------------------------------------------------
| Je pourrais raisonner de mainte autre espèce de vases, mais supposant | |
| d'être compris en ces sortes les plus difficiles, point ne chercherai-je autrement |
|
| à m'allonger en paroles, parce que si commençais-je à m'étendre des |
|
| vases sans bouche, aux tasses à volonté qui sont choses sans règles, je m'allongerais |
|
| trop plus. J'en mettrai encore d'une sorte, et puis nous poserons fin quant |
|
| aux vases élevés. |
|
| Celui-ci (fig. 13), point ne se trouve qu'entre les maîtres italiens, il ait | |
| autre nom que Albarelle, ni qu'il se nomme autrement dans les pharmacies. |
|
| Régulièrement se façonne d'une seule pièce et a ses grandeurs diverses, comme | Albarelle, urne.
|
| on dira en son lieu. |
|
| Je pense à vous montrer comme se font les vases sans bouche, qui s'emplissent | Vase sans bouche.
|
| par le cul. On formera sur le tour un vase de cette forme (fig. 14) sans pied; par |
|
| après, fait-on son pied séparé, avec un cornet qui arrive jusque au bord de |
|
| la ligne A; avertissant cependant, que point ne touche icelui à aucun côté, mais |
|
| que soit-il bien d'aplomb, mais, il vient à être le soutien de tout le vase, et |
|
| que le cornet soit effilé, creux d'outre en outre, comme voyez (fig. 15); et que |
|
| ce qui demeure dehors, s'écarte en forme de pied, laissant les raccords aux deux |
|
| jointures qui seront à la ligne A dans le cornet, et à la ligne B dans le vase, la |
|
| jointure avec le pied, comme tu vois (fig. 16). Rejoint que c'est |
|
| avec la barbotine, on attache le bec au trou de la ligne C, en face duquel |
|
| on attache l'anse. Ce vase est clos, et n'a point d'ouverture par le haut; |
|
| aussi pour l'emplir on plonge le vase dans l'eau par le pied. Mais pour mieux |
|
| montrer l'art de ce vase, on en feindra ci un de verre (fig. 17). Ainsi je |
|
| crois que m'avez compris, tant par la parole que par les dessins. C'est pourquoi, |
|
| touchant cela, n'en parlerai-je plus, puisqu'en avez vu tous les secrets |
|
| partie par partie. |
|
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16
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
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| |
|
| | MODE DE FAIRE LES TOURS (Fig. 18). |
| |
|
| | Tous les tours, en tous lieux que j'ai vus, sont d'une même sorte, et |
| | j'entends ainsi d'iceux qui en ont vus plus que moi. Tous sont de bois. |
| | Bien que plusieurs se font avec l'axe de fer, néanmoins est de bois tout le |
| | demeurant; et j'entends que l'axe est encore meilleur de bois que non pas de |
| | fer. Qu'il soit fait gros de quatre doigts en toutes faces. D'aucuns le font rond, |
| | ce à quoi n'est point de règle et importe peu. La roue ensuite va de la même |
| | grosseur, et où ne se trouve point de planche assez épaisse, si la fait-on de |
| | planches plus minces, en les superposant en sens contraire. Et se fait tout cela |
| | afin que soit la roue plus pesante, parce que, dans le travail, en va-t-elle |
| | plus vite. Mais pour être mieux entendu, je veux recourir au dessin (fig. 19). |
| | Voici deux roues superposées en sens contraire. Elles se fixent ensemble comme le |
| | fond des tonnes, puis se superposent et se clouent; avertissant que soient icelles |
| | bien planes l'une sur l'autre; c'est à savoir que le côté A s'ajuste bien au |
| | côté B. Point ne suis-je assuré que m'avez compris. Je dis donc que se |
| | font deux roues (fig. 20) adaptant soi parfaitement l'une à l'autre, faisant coïncider |
| | le trou. Cela après se cloue, et veut être cette roue d'un des côtés à |
| | l'autre, longue de quatre pieds, soit à dire du côté C au côté D, dont se prend |
| | la moitié, et c'est cette longueur de deux pieds, avec quoi se formera le rond |
| | parfait. Ainsi se font les roues, au mitan desquelles se pose l'axe, laissant sur |
| | cette part qui avance et sert à tenir la roue loin du sol, un piédouche ou support. |
| Piédouche, menu châ- | Maints sont qui le laissent du bois pareil à l'axe, d'autres le clouent sous
|
| telet, proprement un sou- | la roue, et cela pour qu'elle ne branle (fig. 21).
|
| tien. | Donc, le support dont nous avons parlé est celui où passe la ligne A.
|
| | Cette pointe qui dessous se voit, est de dur acier, et se fiche sur une pierre à |
| | fusil. J'en ai vus qui la fichent sur une plaque d'acier moult durement trempée, |
| | avec au mitan une petite indication de trou où se pose la pointe. Cette |
| | plaque se fait large de quatre doigts, et dans l'art se nomme le caillou. |
| | Donc, sur le plan du support, on aplanit la roue de façon qu'elle ne |
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LIVRE PREMIER.
17---------------------------------------------------------------------------
| penche plus d'un côté que de l'autre; ceci fait on la fixe et la cloue sur son |
|
| support, le mieux possible, et là, qu'elle s'applique de manière qu'elle ne branle |
|
| ou remue nullement à l'axe. Cela suffit quant au tour, ou veux-je dire, à la roue |
|
| de volée. Il me reste à vous montrer la girelle, qui est une roue large un pied, |
|
| épaisse quatre doigts, et forée à une des surfaces jusque environ à sa moitié; et |
|
| que son pertuis soit carré, tel qu'est le fer qui se voit en haut de l'axe du tour. |
|
| Aucuns font le fer en croix, aucuns en serpe, d'autres en forme de deux croissants |
|
| comme se voit en ce dessin (fig. 22); et la même entaille se fait dans |
|
| la girelle en la partie de dessous, qu'il faut entailler tant que le carré ou la croix |
|
| pénètre en la tablette. Or que je vous ai parlé de sa forme et grandeur, c'est | Les girelles sont di-
|
| juste que je vous la montre (fig. 23), et ici la voyant prendrez vous meilleure idée | verses et de diverses gran-
|
| de mon dire. La voilà donc de quatre façons, présentant le plan de dessous, | deurs suivant les ouvra-
|
| et leurs fers réciproques vont chacun en son trou, à savoir: la roue A va | ges qui s'y font. La moindre
|
| au fer A, etc. | qu'ai-je mesurée, si que la
|
| Nous sommes accoutumés, pour que le fer se fige bien en sa cavité, d'y introduire | plus grande, est de 2 onces
|
| des bribes de lin trempées en du vin aigre, avec un peu de sel, à fin | et 1/2 et entre justement
|
| que le fer se rouille et vienne à se tenir plus roide, comme on voit. A présent, il | 2 fois en la grande, dont la
|
| me demeure à vous montrer le tour avec sa girelle surajoutée, là où elle | hauteur va ainsi doublée,
|
| tient à l'axe (fig. 24). Ainsi on entendra ce qu'est un tour et ce qu'est une girelle | la petite mesurant une once.
|
| quand on parlera d'iceux pour faire les vases. Je vous ai montré cette girelle à |
|
| l'envers, pour vous laisser voir l'encastrement du fer. En ce dessin-ci, je |
|
| vous montre comme elle se pose sur l'axe du tour, ainsi que le ferrement qui le |
|
| maintient. Encore est-il à savoir qu'autour du fer de la girelle, se roule un |
|
| morceau de cuir graissé, ou bien un chiffon, à cette fin que glissant entre le fer |
|
| qui tourne, et ce qui maintient l'axe, aille celui-là plus doucettement (fig. 25). |
|
| Cela parachevé, y joint-on les autres compléments, comme le banc pour s'asseoir, |
|
| la planche en face, le nettoie-mains, le marche-pied, qui sont choses sans |
|
| quoi rien ne se peut faire. Puis nous raisonnerons de la méthode pour façonner |
|
| les vases; nous verrons ce qu'est l'écuelle, et ce qu'est la girelle; car il en est |
|
| une autre sorte qui se superpose à celle-ci, comme on verra plus outre. | Que la table E se fasse
|
| Voilà que je vous ai posé le tour (fig. 26); le banc pour s'asseoir est où termine | pour le moins large deux
|
| la ligne H; la planche d'en face est où gît la lettre E; l'essuie-mains où | fois comme le banc II, et
|
| termine la lettre G; la perche où s'appuie le pied, est où termine la lettre M. Et | de la même longueur.
|
| 3 | |
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18
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | ores que moult bien entendez comme se font les tours, il me reste à vous montrer |
| | l'écuelle et l'autre girelle avant que de parler du travail. |
| | L'écuelle n'est pas moult différente de cette girelle, et est de la même grandeur, |
| | si bien que plutôt qu'écuelle, je la nommerais volontiers girelle, vu qu'est |
| | d'un relief quasiment égal, mais puisque la nomment ainsi ceux qui l'emploient, |
| | je ne veux en corrompre le nom. Et pour vous montrer que je dis vrai, |
| | voyez ici (fig. 27) quelle différence font aucuns, d'icelle désignée A que nomment |
| | écuelle, et d'icelle désignée B que nomment girelle. C'est le tourneur qui les |
| La mesure de l'écuelle | façonne, toutefois, l'écuelle est creuse en dessous, comme on voit, où se
|
| C sera de 9 onces 1/2 à 7 1/2 | termine la ligne C. C'est la différence qui gît entre l'écuelle et cette girelle:
|
| et sa hauteur de 2 1/2. | Voici la girelle plane, dont avons parlé, et qui se met après le fer, et ne se lève
|
| | point jamais. |
| | Or, nous parlerons des ouvrages qui se font sur l'écuelle, sur la girelle et |
| | sur la girelle plane: |
| | Grandes tasses ou confituriers. |
| | Coupes. |
| | Ongresques ou piadènes. |
| | Plats avec ou sans fonds. |
| | Ronds. |
| | Ecuelles |
| | Petites écuelles fines. |
| | Ecuelles |
| | Tasses à empailler. |
| | Menues tasses ou coquetiers. |
| | Tous ces travaux se font sur l'écuelle, avec la balle, dont parlerons plus |
| | outre. Mais en premier veux-je deviser de tous les autres ouvrages, leurs assignant |
| | leurs mesures, comme se verra. Hors celles-ci, en est de deux sortes qui |
| | se font en deux parts, comme les écuelles à empailler auxquelles va un couvercle, |
| | et de même les menues tasses, auxquelles va un manche. Maint est qui leur en |
| | fait deux, mais point ce ne me plaît. Or je vous ai posé ici quatre sortes de |
| | manches qui vont aux tasses (fig. 28). Point ne vous parlai-je des couvercles |
| | à écuelles, parce que ils vont tous d'une façon, hors l'écuelle à cinq parties |
| | de laquelle avant d'aller plus outre, j'entends raisonner. |
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LIVRE PREMIER.
19---------------------------------------------------------------------------
| Donc est à savoir que les cinq parties dont se compose l'écuelle des | |
| femmes en couches, toutes cinq font leur besogne, et posées les cinq ensemble, |
|
| forment un seul et même vase. Mais pour mieux être compris nous verrons |
|
| le dessin (fig. 29). Ce sont les cinq parties de l'écuelle. Le plan où gît le numéro 2 |
|
| va sur la concavité de l'écuelle numéro 1; le creux de l'ongresque est tourné |
|
| sur le pied du tailloir, la salière est ainsi posée debout sur le pied de l'ongresque, |
|
| et sur elle se met son couvercle comme on verra. Voici comme les |
|
| parties ajoutées font le seul vase présent (fig. 30); chose de non chétive invention. |
|
| Maints le font de neuf parties, et ce vase se nomme vase de cinq ou de |
|
| neuf morceaux. |
|
| Voici les mesures (fig. A 30) dont vous ai-je parlé ci-dessus. Desquelles pour | |
| plus claire intelligence, ai-je tracé la moitié de la circonférence; avertissant |
|
| que souventes fois, sur une même mesure, se font trois ou quatre sortes d'ouvrages; |
|
| comme on voit ici, séparées par leurs lignes en propre. Voici les ouvrages |
|
| qui se font sur l'écuelle avec la balle: |
|
| Vases à poire. | |
| Vases d'un corps et demi. | |
| Bocaux. | |
| Feuillettes. | |
| Bronzes antiques. | |
| Albarelles. | |
| Fioles. | |
| Fiasques. | |
| En voici les mesures (fig. 30 B), à savoir de la hauteur et du corps, avertissant | |
| toutefois, que n'étant icelles pas toutes de cette grandeur, on a mis |
|
| celles-ci pour exemple. Ce qui reste de terre hors de la circonférence, s'emploie pour |
|
| la bouche. Je ne parle pas du pied, parce qu'il s'indique avec les doigts, |
|
| point trop en dehors, suivant l'ouvrage; celles-ci se font toutes sur la girelle, |
|
| et leurs grandeurs sont posées sur la mesure des ouvrages subtils, ainsi |
|
| qu'on verra de l'A jusqu'au D: |
|
| A grands plats tournés. | |
| B menus plats tournés. | |
| A menus plats à la douzaine (grands). | |
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20
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | BC menus plats à la douzaine (petits). |
| | AD calottes. |
| | Encore ai-je à vous montrer ces deux sortes d'ouvrages qui s'étirent de la |
| | masse, et sont celles-ci: |
| | Ecuelles à la mode. |
| | Menues écuelles. |
| | Les écuelles rondes à la douzaine, se font avec la balle sur l'écuelle. Or |
| | me reste à vous exposer les casettes qui vont toutes un doigt plus grandes que les |
| | ouvrages dont icelles prennent le nom, et qui se façonnent toutes sur la girelle |
| | plane. -- Les voici: |
| | Casettes à tasses. |
| | Casettes de coupelles. |
| | Casettes de plats. |
| | Casettes à écuelles. |
| | Casettes à salières, tassettes et écuelles à la vénitienne. |
| | Casettes à bronzes. |
| | Casettes à bassins. |
| | Casettes à menues écuelles. |
| | Toutes se font de colombins, comme le dirons. Il est à savoir que sur la girelle |
| | plane, se font tous les travaux creux, et sur l'écuelle, tous les travaux |
| | subtils. Tous s'étirent de la balle dont se font les écuelles à la mode, et les |
| | écuellettes qui sont de deux sortes, se forment également d'une masse de cette |
| | façon: Faites une grande masse de terre, comme serait à dire de 30 ou |
| | 40 livres, selon qu'il convient le mieux à l'ouvrier, et qu'icelle se pose sur |
| | la girelle plane, comme se voit ici. On en tire les susdits ouvrages. C'est |
| | vrai à dire que s'en pourrait tirer d'autres diverses, mais point n'est-ce l'usage. |
| | Or voici la masse sur la girelle, et la balle sur l'écuelle (fig. 31). Il se pourrait |
| | qu'aucun voyant ces balles ci-dessus, se prit à croire que fussent d'artillerie, |
| | mais à cette fin de lui lever ce doute, lui fait-t-on savoir qu'elles sont de |
| | terre, faites pour notre usage. Toutefois, celui qui veut travailler, si tôt |
| | qu'il a pétri la terre, et fait d'icelle un long pâté, qu'il entaille des morceaux |
| | de la grandeur d'un bon pain de buffet, qu'il en prenne deux ou trois, |
| | et qu'il taille iceux avec la paume de la main, comme taillent le pain nos |
@
LIVRE PREMIER.
21---------------------------------------------------------------------------
| bouviers, maintes fois les battant et repoussant ensemble, nettoyant si aucune saleté |
|
| s'y trouve, ce qui étant fait ainsi, il les range là où il veut travailler. Encore |
|
| faut-il savoir qu'on ne travaille point sans estèques, lesquelles se font de |
|
| bois moult dur et moult lisse, gros comme un peigne pour la tête. |
|
| D'icelles se font quatre sortes, desquelles une s'emploie à faire écuelles à | |
| empailler, bassins de barbiers et plats à la douzaine. On la verra désignée à la |
|
| lettre A (fig. 32). L'autre s'emploie à faire les tasses à empailler, grands plats |
|
| à viandaige*, et salières à champignon, et sera marquée B. L'autre après s'emploie |
|
| à tous travaux subtils et sera marquée C. La quarte et ultime sert à faire |
|
| les travaux creux, et sera désignée D. Faut qu'on sache que là, où se voient |
|
| ces trous, on y met le doigt médium, comme on voit dans la mi-estèque ci-près. |
|
| Lors, que s'opère comme dirons. |
|
| Or qu'avons devisé des estèques, convient-il de parler des fers ou tournassins. | |
| Et véritablement, faut-il les montrer, et enseigner comme on les pratique, et |
|
| quelles sont les ouvrages qui se tournassent. Il est donc à connaître que sont |
|
| huit espèces d'ouvrages qui point ne se tournassent comme à dire: |
|
| Plats à la douzaine. | |
| Ecuelles à la mode. | |
| Ecuellettes. | |
| Ecuelles rondes. | |
| Bocaux. | |
| Feuillettes. | |
| Fioles. | |
| Fiasques. | |
| Tous les autres ouvrages qui se font sur le tour, se doivent tournasser. | |
| Or voici les tournassins (fig. 33). |
|
| Présentement que vous ai-je montré cinq sortes de tournassins, vous veux-je | |
| enseigner à quoi servent; parce que, si vous laissais-je ainsi en l'air, vous |
|
| pourriez vous en servir mal; mais pour que en cette oeuvre mienne, il ne |
|
| demeure chose obscure, il faut savoir que le premier fer, marqué A, sert à |
|
| faire les corniches qui se voient aux revers des bassins à laver les mains, plus, |
|
| certaines corniches aux pieds des bronzes; avec le second B, on les parachève; |
|
| avec le tierce C, se dégrossissent tous les ouvrages; avec le quart D, |
|
Note du traducteur :
*viandaiges: vendanges?
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22
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | se font les pieds des compotiers, ou voulons-nous dire, des grandes tasses. |
| | Avec le quint E, se finissent les choses plus délicates. Voilà l'usage des |
| | fers à tournasser. |
| | Maintenant me reste à discourir un petit sur les casettes où s'enfournent les |
| | ouvrages, sur les pernettes, les pointes ou pillets, et sur les colifichets ou |
| | leviers, tout le plus brièvement. |
| | Il est à savoir que les casettes sont faites de deux sortes de terre, la terre |
| | à cruches, et la terre à faire les vases. Se peut qu'aucun entendit mal la |
| | différence entre ces deux terres, qui est grande, vu que l'une est rouge et l'autre |
| | blanche; l'une tient du minéral et l'autre point. Dans la rouge, dont se font |
| | les cruches, voit-on certaines écailles comme d'or. L'autre tient de la glaise, |
| | et plus est azurée, tant mieux vaut-elle. Se prend donc autant de l'une |
| | comme l'autre, se mélangent moult bien, et ce fait-on avec des colombins, |
| | comme voyez ici (fig. 34). Iceux s'élargissent après sur la girelle, et s'élevant |
| | en suffisance, en fait-t-on les casettes que pouvez voir (fig. 35). Icelles se font |
| | grandes ou menues, suivant que le veut l'ouvrage; et qu'on sache que tous |
| | les objets subtils s'enfournent en les casettes, hors les objets à la douzaine. Faut |
| | savoir aussi que toutes les casettes sont forées en dessous, hormis celles des |
| | blancs, vu que les objets s'y enfournent debout; et à la fin que je sois mieux |
| | compris, vous veux-je en tourner une à l'envers, que vous voyiez bien comme |
| | sont forées. D'icelles ai-je fait deux sortes, ou plutôt trois, parce que en |
| | icelles ne gît autre différence que dans les faire grandes ou menues, hautes |
| | ou basses. Voici la pernette A, le pillet B, et le colifichet C (fig. 36). Il me reste |
| | à vous montrer les estèques que voici (fig. 37). Se pourrait qu'icelles fussent |
| | encore façonnées droites, mais je me suis proposé de vous montrer l'art en |
| | sa prime excellence. |
| | Sache que toutes les casettes se font sur la girelle plane, sur quoi se taillent |
| | icelles avec un fil de cuivre, puis se haussent les côtés, puis se met dessus |
| | l'un et l'autre, l'une et l'autre estèque. Fait ceci, on fourre ces deux avances |
| | de bois sous les bras à la jointure de la main, posant le gros doigt sur le dos de |
| | l'estèque, et les autres sur le champs de dessous, et ainsi les haussant également |
| | l'une et l'autre, fait-on s'élever la casette au dessus du tour. Ces dites |
| | estèques ne sont point pour d'autres usages, et moult grande est la différence |
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LIVRE PREMIER.
23---------------------------------------------------------------------------
| d'icelles aux autres que je vous ai montrées en premier; mais avec celles-ci, |
|
| se façonnent tous les ouvrages, et nulle ouvrage, de nulle façon, ne se |
|
| parfait, sans que s'y emploie l'estèque. |
|
| Or que je suis à ce discours, je me réjouis de dire comme, et en quelle main | |
| on les emploie. Donc est à savoir, que pour faire les ouvrages subtils, |
|
| l'estèque s'emploie de la main gauche tenant le travail entre la main droite et |
|
| l'estèque, c'est à dire l'ourlet du travail de terre; et ainsi toujours également. |
|
| La même méthode est à tenir pour faire les ouvrages creux, mais s'emploie |
|
| l'estèque pour lors, de la main droite, tenant la gauche dans le vase, opposant |
|
| toujours le doigt à l'estèque, et menant l'ouvrage le plus poliment que faire |
|
| se peut, ce en quoi gît le beau travail. |
|
| |
|
| Hors et dedans, que le diligent maître, |
|
| Egalement fasse l'oeuvre paraître, |
|
| Les menus tas de terre aplanissant |
|
| Qu'à l'ordinaire a le vase en haussant. |
|
| |
|
| Maintenant est à savoir, que cet engin nommé tour, se meut avec le | |
| pied, et ainsi se fait-il tourner vivement. Tournant le tour, tourne aussi la terre |
|
| gisant sur la girolle ou l'écuelle, laquelle terre pressée entre les mains, façonne |
|
| toutes sortes d'ouvrages (fig. 38). |
|
| Puisque j'ai traité ainsi du travail au tour, j'ai résolu de discourir aussi sur | |
| les formes de plâtre, et comme dans l'art, on moule avec la terre. Là faut-il |
|
| savoir, que le plâtre veut être frais et non trop cuit, moult bien pillé, bien |
|
| tamisé; ensuite on le détrempe en l'eau tiédie, bien remué avec la main, |
|
| et rompu de ce premier saisissement qu'il tient en allant dans l'eau. Ainsi dissout, |
|
| on le met sur n'importe quel relief, pourvu que soit-il de terre fraîche; |
|
| après que le plâtre aura pris, on lève diligemment la terre, et se trouvera |
|
| la forme nette et polie en laquelle se pourra mouler comme nous dirons. Point |
|
| ne m'étendrai-je en cela, vu qu'en la pyrotechnie du Seigneur Vanuccio Beringuccio, |
|
| noble Siennois, gît tout ce qui se peut dire sur la formation des |
|
| moulages des divers reliefs, qu'il traite au livre VIIIe. Donc, qui en veut |
|
| plus savoir, qu'il aille aux travaux de ce dit Seigneur, où en aura tant que |
|
| souhaiter en peut. |
|
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24
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | Il a aussi traité point ne sais-je où, de l'art des figulines, lequel point ne |
| | me déplaît véritablement. Mais ici, bien dirai-je, qu'en l'accord des couleurs, |
| | a bien failli sa Seigneurie. En tout le restant, a parlé si diligemment, que |
| | devrait sa pratique être l'étude de tous les gens de l'art. Pour ce passerai-je |
| | brièvement sur la formation des moules, puisque m'en a évité la fatigue, |
| | un tel Seigneur, en l'oeuvre duquel se voit à travailler avec ou sans plâtre, |
| | ce qui se doit faire où n'est pas de plâtre, comme se moulent les reliefs et les |
| | creux, comme se façonnent les formes des morceaux, et bref, tout ce que dire |
| | se peut. |
| | Or à moi suffit vous montrer la méthode du moulage en terre. Moult |
| | m'allongerais-je, si je voulais discourir sur tous les ouvrages qui se peuvent |
| | mouler. Mais pour faire bref, je vous en montrerai une partie, comme des vases |
| | à bords renversés, à forme de corbeilles, et des bronzes. Etant donc faites |
| | les formes de tous ces morceaux, on moule en terre de cette guise. Tu prends le |
| | ballon de terre, moult bien pétri et bien net, de la grandeur que veut le vase |
| | qui mouler se doit. Que soit la terre bien molle, si que pour aller au tour, et |
| | bien pétrie toute ensemble; tu la poses sur une table bien plane. Ensuite, |
| | tu as deux règles également épaisses comme est montré en A (fig. 39), |
| | et larges comme est fait en B (fig. 40). Celles-ci se mettent à plat sur la |
| Ballon, c'est à savoir | dite table, au côté du ballon de terre, à savoir, dans un même sens. Tu
|
| masse, monceau. | as un fil d'archet ou de cuivre, et que soit icelui long assez, qu'il dépasse
|
| | quatre doigts en chaque côté du ballon. Après quoi, tu prends ces avances |
| | en chaque main, posant le gros doigt sur le fil, et traînant sur les règles, tu |
| | le tires à toi de façon qu'il taille le ballon en travers; lequel levé de sa place, |
| | il demeure sur la table une dalle de terre aussi épaisse comme les deux règles. |
| | Cette dalle s'introduit en les formes, soit entière, soit en morceaux, pressant |
| | bien de la main, à la fin que, si dans les formes étaient des masques ou autres |
| | reliefs, s'en prenne bien l'empreinte. Puis tu rejoints les formes ensemble, |
| | coupant préalablement avec l'archet, la terre qui avance outre, et poussant |
| | toujours de la glaise sur l'entaille qui doit rejoindre l'autre entaille. Le tout |
| | rejoint, si on n'y peut mettre la main, on le polit avec le bois. Mais pour |
| | vous montrer pleinement le tout, et que l'entendiez bien, je vous pose ci-dessous |
| | le dessin de toute chose (fig. 41). Vous voyez ici le ballon, que j'ai dit, dans |
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LIVRE PREMIER.
25---------------------------------------------------------------------------
| ses deux règles, avec son fil derrière, lequel tiré par ici tout d'un trait, et |
|
| raidi par les gros doigts, comme j'ai montré, vient à tailler une dalle en |
|
| terre, à la façon que voyez sur la table en B. Ce qui est à point l'entaille |
|
| signée au ballon sous la lettre A. |
|
| Suffit pour tailler la terre à mouler. Me reste à vous montrer les formes, | Moules de corbeille et
|
| le bois à polir les concavités et l'archet (fig. 42). Voici premièrement le moule | bronze.
|
| de la corbeille à la lettre A, comme la forme de son pied à la lettre B. Ensuite |
|
| ci-dessous, j'ai mis la forme du bronze, c'est à dire les deux morceaux qui |
|
| lutés ensemble avec de la glaise, se rappliquent sur l'entaille qu'on fait |
|
| avec l'archet en levant ce qui avance hors de la forme. |
|
| Sachez que toutes les formes de la corbeille vont en concave, et se moulent | |
| sur le mâle, comme voyez ici; puis on tourne dedans un morceau de bois de |
|
| la même grandeur, et on taille tous ces menus carrés marqués C. La |
|
| même chose se fait du pied, et se rajuste le tout ensemble. Maints le |
|
| repoussent avec de la barbotine à cru, et maints font ce finalement |
|
| avec le blanc ou la couverte, laquelle, qui ne veut l'avoir simple, la |
|
| touche avec le blanc, ou mêlée de blanc à égales parts, qui est chose | La partie marquée
|
| excellente. Ajustées que sont les deux parties du moule du bronze, on les | d'un * est icelle qu'on enlève
|
| polit à l'intérieur; mais puisque sa bouche n'est large en suffisance à y | pour y pouvoir mettre la
|
| mettre la main, il est bon de faire un bâton de cette façon (fig. 43*); et de | main. Les plus avisés la
|
| cette boule qui est au côté tordu, on va polissant les creux. Voilà donc | lèvent par derrière comme
|
| le bâton où se termine la ligne A, avec lui se polit où ne peut | à la ligne marquée C,
|
| aller la main. Ce qui lui est joint est l'archet qui sert à tailler la terre | avertissant que bien que
|
| avançant au delà des formes. | marquée en deux parts, se
|
| Or me reste à vous montrer les pièces rebordées, et le ferons nous brièvement, | doit entendre d'un seul
|
| mais est la chose de grande simplicité, comme voir se peut (fig. 44). | morceau. A ces vases on
|
| Les pièces dites à rebords, sont celles à savoir qui ont aucuns reliefs en | fait les anses en des moules
|
| dehors, comme moult est d'usage présentement en les pièces d'orfèvrerie | de deux morceaux, comme
|
| dans les palais. Celle où se termine la ligne A, est une salière dont va la | se voit en la partie mar-
|
| forme en deux morceaux, lesquels s'ajustent jusque où se termine la ligne B. | quée D, lesquelles emplis
|
| La terre étant donc mise en les formes, on rejoint icelles comme a été | se réunissent comme on
|
| dit pour les bronzes antiques, levant les parties qui débordent avec | fait des bronzes, les collant
|
| l'archet. Puis on laisse ainsi jusque que commence à saillir là où est ouverte | avec la barbotine.
|
| 4 | |
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26
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | la forme. Lors, délicatement on l'enlève d'un côté, puis de l'autre, et ainsi |
| | avez en les mains une salière que faut polir aux jointures, et où besoin est, |
| | accommoder. De cette façon, faut-il traiter tous les autres travaux, avec |
| | lesquels se tiendra la même marche. Je me suis encore résolu à vous montrer |
| | les martelés ou piquetés, à seule fin que je ne passe rien, et que l'art |
| | soit complet. C'est ceux-ci que j'entends par martelés (fig. 45). D'eux ai-je |
| | vu aux miens, maint d'or et maint d'argent; à iceux et aux compotiers, |
| | se mettent les pieds à la fin; et telles sont les ouvrages qui ne se peuvent |
| | pas faire sur le tour. |
| Plâtre, décrit par | C'est tout ce que j'ai à vous dire sur les moules de plâtre. Le plâtre est
|
| Dioscoride. | semblablement chose très connue en toute l'Italie. De lui a écrit Dioscorides
|
| | au Ve livre, disant ainsi: Le plâtre a vertu pour enlever et arrêter |
| | la sueur. Il en est aucuns qui le nomment autrement que plâtre. Il s'en |
| | fait en moult grande abondance dans l'état du très illustre et très excellent |
| | Guibald II duc d'Urbin, mon Seigneur. Or ici me tairai-je sur le moulage |
| | et le plâtre (fig. 46). |
| | Encore que j'en aie dit au discours sur les tournassins, me semble bon |
| | d'en toucher à nouveau quelque peu en cet endroit, à la fin qu'on sache |
| | appertement* quels sont les objets tournassés. Tous les ouvrages subtils |
| | se doivent tournasser, et pour ce, fait-on un mandrin de terre un petit |
| | plus menu que les ouvrages. Et se fait icelui sur la girelle plane, sur |
| | quoi on met des bandes de papier. Puis dessus pose-t-on les ouvrages la |
| | tête en bas, les dressant droits, et avec le fer à tournasser, on enlève |
| | quantité de terre, jusque les côtés du dehors, s'accordent avec iceux |
| | du dedans, mais que demeure l'ouvrage épais en suffisance, comme le |
| | connaît le bon ouvrier. Après se joignent les pieds et les anses, selon |
| | que le veut le travail, et ce, avec la barbotine qui se fait de la façon |
| | suivante: Prends de la terre moult bien séchée, avec icelle très molle, |
| | qui est de trop quand on travaille au tour et avance sur l'estèque G et |
| | semble de l'onguent; avec celle-ci se mêle de la bourre de drap, puis |
| | se pétrit bien ensemble, et se rend si tant molle qu'elle attache gaillardement, |
| | pourvu que les deux objets que tu colles soient également secs, |
| | ou également frais, qu'autrement ne se ferait rien. |
Note du traducteur :
*appertement: clairement.
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LIVRE PREMIER.
27---------------------------------------------------------------------------
| Or voici le mandrin avec quoi j'entends mettre fin à mon premier | |
| livre (fig. 47). |
|
| Puisque, avec l'aide du très Haut, suis-je parvenu à la fin du premier | |
| livre de l'Art du Potier, avec toute brièveté que faire s'est pu, point |
|
| ne me tiendrai-je là, que je n'y ajoute le second et le tierce et dernier |
|
| livre. Pour tant qu'aucuns liront celui mien premier livre, que n'admirent |
|
| ni ne dédaignent cette particulière narration faite touchant les choses |
|
| de terre. Car je suppose que toujours auront-ils à se tenir sous des maîtres |
|
| habiles, si que l'art en sortant hors d'ici, voire même de l'Italie, et |
|
| se faisant connaître à ceux qui le voudront éprouver, ne se montre non |
|
| moins beau, ni de moindre prix, si dis-je, iceux y portent les soins et la |
|
| diligence que sont accoutumés d'avoir en ce pays. Puis cela renouvelle |
|
| en la mémoire d'autrui, le très heureux état du très illustre et très excellent |
|
| Guibald II duc d'Urbin. Très heureux, dis-je, par dessus tous états, pour | Guidubald II. Duc d'Ur-
|
| le gouvernement d'un si excellent Prince. Je ne pourrais comme c'est, | bin.
|
| dire combien sont saintes les admirables constitutions et divines lois de ce |
|
| Duc, parce que par elles mêmes sont si tellement claires, que plutôt |
|
| les ombrerais-je, que je n'en montrerais la pureté, l'éclat de leur clarté, |
|
| avec mon vulgaire langage. Point ne savez-vous que l'Etat de ce |
|
| Duc, est l'apogée et refuge de tous virtuoses? A quoi se connaîtra que |
|
| possède icelui, légitimement sa monarchie, si ce n'est que ses peuples vivent |
|
| les plus quiets de l'Italie, si ce n'est qu'ils sont iceux auxquels ne pèse |
|
| nullement la guerre présente? Qui ne craint les autres princes, et qui est- |
|
| ce qui craint celui-ci? Ceux qui sont assurés sous l'ombrage d'un si |
|
| habile maître, dorment les nuits contents en leurs lits, et le jour se livrent |
|
| à leurs travaux. O prince juste et saint! O sommaire prudence! |
|
| O bonté inouïe! Laquelle pour faire exemple d'elle-même, donne plus qu'elle |
|
| ne prend, pardonne plus qu'elle ne châtie, rappelle plus qu'elle n'exile. |
|
| Ensemble viennent avec moi tous ses peuples et toute la chrétienne communion, |
|
| prier que le sauve très longuement le très Haut. |
|
| |
|
| FIN DU PREMIER LIVRE. |
|
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@
LES TROIS LIVRES
de
L'A R T D U P O T I E R.
-----------------
LIVRE SECOND
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| L I V R E S E C O N D. |
| |
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| | --------------------------------------------------------------------------- |
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| | |
| | Il est à savoir que chez nous la lie du vin se recueille plus en les | | | mois de novembre et décembre, que non pas en autre temps, vu que pour |
| | lors les vins se transmuent. En tous temps se peut recueillir le tartre, pourvu |
| | que soient les tonnes bien sèches, j'entends celles où sont longtemps déjà |
| | demeurés les vins. Celles-ci raclées en dedans avec un fer, il s'en |
| | lèvera une croûte épaisse d'un ou deux doigts, c'est là le tartre. Ceux |
| | qui font les vases à la Castellane, l'emploient au lieu de la lie, en en |
| | mettant moins qu'icelle en l'accord, mais est-il moult plus gaillard. La lie |
| | se récolte quand se transvident les vins, ainsi qu'a été dit. Sitôt qu'est le |
| | vin levé de la tonne, tu mets cette mère, comme aucuns la nomment, en |
| | certains chapeaux de toile grosse et claire, lesquels étant emplis, commencent |
| | à suinter, et du vin qui découle, se fait-on du très parfait vinaigre. |
| | Ainsi écoulée, la lie se jette sur le plancher, ou mieux sur des planches |
| | qui soient bien nettes, et tu la laisses se saisir jusque que se puisse avec |
| | la main en façonner des pains. Fait qu'est-ce, tu les laisses sécher moult |
| | bien, et lors que sont moult secs, tu les portes à brûler au loin du logis, |
| | à cause de la puanteur, laquelle disent aucuns est apte à faire avorter les |
| | femmes grosses. Donc, dans une aire, ou en un lieu bien balayé, ayant |
| |
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LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | posé six cents ou mille livres de ces dits pains moult bien séchés, qu'on |
| | fasse à l'entour un petit mur en pierres, puis ramenant cette susdite lie |
| | au milieu, qu'on y mette le feu en trois ou quatre côtés à la fois, avec |
| | du bois bien sec, soulevant les pains tant, que le feu mieux y pénètre, en |
| | peu de temps verra-t-on brûler tout le monceau. |
| | Nous avons accoutumance de faire cela sur la fin du jour, vu que le feu |
| | y étant mis, nous rentrons en nos maisons. Retournant le matin, nous |
| | levons toute la partie que trouvons brûlée, s'entend que la partie brûlée est |
| | celle-là qui est blanche. La noire, l'amoncelons nous ensemble et brûlons à |
| | nouveau. Ensuite nous recevons le tout en ces vases de bois où viennent |
| | communément les salaisons, telles que Thons, Sardines et consorts. Maints |
| | le conservent en ceux-ci grands vases dits à victuailles, ce qui peu importe, |
| | pourvu que soit bien enserré. Je vous avertis qu'en le mettant en ces |
| | conserves, bon est-il de l'asperger d'eau, vu que se solidifiant en une masse, |
| | il devient meilleur. Ce me semble quant à la lie, être tout ce qui s'en peut |
| | dire, et tout ce que s'en peut montrer (fig. 48). |
| | Se peut que maint me blâme, disant qu'en premier devrais-je raisonner |
| | du four et de la méthode de cuire en biscuit, pour après venir à |
| | l'accord des couleurs; à iceux je réponds ainsi, et je dis que me convient |
| | encore faire le fondant-marzacot, le blanc à rehauts, le jaune, le jaune |
| | clair, le vert accordé, et mille autres recettes, pour ne point demeurer |
| | ainsi les mains en la ceinture, après que auras cuit en biscuit. Donc, |
| | contentez-vous qu'en celui mien second livre, je montre à autrui la méthode |
| | des couleurs, la façon des fourneaux, les calcinations des étains, et le |
| | mode de divers moulins; qu'en le tierce livre après, avec l'aide de |
| | Dieu, je montre tout le complément de l'art. Mais, puisque avons dit |
| | comme se brûle la lie, disons l'épreuve pour connaître quand est brûlée |
| | en perfection: C'est lors que se voit toute blanche, ou de couleur semblable |
| | à l'air, et que la touchant avec la langue parait qu'elle brûle. Elle |
| | a moult grande vertu. Le tartre, aussi bien le dit Grépola, a en soi vertu |
| | dissolutive; laissant de côté le moyen de brûler la lie, aucuns sont qui l'emploient |
| | crue, bien pilée, le mangeant en la soupe, en guise d'herbes potagères. |
| | Celle-ci se brûle en certains grands plats cuits une fois, posés |
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LIVRE
SECOND. 33
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| aux petites bouches du fourneau, et cuit est-il quand se voit tout blanc. |
|
| Les femmes l'emploient pour en faire la lessive, mais avec s'enlèvent |
|
| aux draps les taches d'huile. Or qu'avons assez parlé de l'une comme |
|
| de l'autre chose, il convient pour venir au fondant-marzacot (1) de parler | Marzacot, proprement
|
| du sable, lequel ensuite accorderons-nous avec la lie. Le sable meilleur | fondant, ou mieux frite,
|
| qui se trouve en toute l'Italie, est celui de Saint-Jehan, lieu de | qui mêlée avec l'étain,
|
| Toscane. Je ne sais si est celui dit pour le monastère de la Valombreuse, | donne le blanc sur quoi
|
| par frère Albert en son Italie. J'entends bien que c'est dans les sables qui | peinture-t-on.
|
| vont en deçà de l'Arno, proche de la Terina. Il suffit que ce sable se tient |
|
| pour le meilleur, vu qu'est blanc, éclatant comme argent, pesant, clair |
|
| et net. Il est une autre sorte qui vient du lac de Pérouse, mais n'est ni |
|
| si blanc, ni si brillant, et en conséquence, point ne mène les couleurs |
|
| si tant blanches comme l'autre. En maint endroit ne s'emploient ni l'un |
|
| ni l'autre. Venise le fait aucunes fois, mais le plus souvent se sert |
|
| d'une sorte qui vient d'Udine, et est de couleur rouge; ainsi font-ils à |
|
| Padoue. A Vérone, ils se servent de certaines pierres rondes, lesquelles | Cette pierre est de la
|
| rompues, se voit l'intérieur comme d'argent; et disent aucuns que c'est | pierre à fusils, qu'aucuns
|
| du marbre, ce qui m'est fait vraisemblable, mais se voit scintiller là | nomment marbre: toutes
|
| dedans certains éclats, comme fait le marbre, et de maint ai-je ouï que | pierres à fusils servent pour
|
| le marbre sert en cet art, en guise de sable. A Corfou, pour autant | sables, si que là où ne gît
|
| que disent ceux-là qui ont travaillé, on se sert de certaines pierres rousses, | du sable, servez-vous de
|
| lucides et pesantes, et se tirent aux pieds d'une montagne proche la mer. | pierre à fusils.
|
| C'est assez. |
|
| Venons à l'accord pour faire le fondant-marzacot; mais avant que ce | |
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1. Nous avons conservé le mot de marzacot, auquel le traducteur de cet ouvrage a joint celui
de fondant pour spécifier le rôle que joue ce produit dans la fabrication des poteries émaillées.
Mais le mot de fondant a pris dans l'industrie moderne une acception tellement déterminée, qu'il
ne rend qu'imparfaitement le sens du mot marzacotto. En effet, ce dernier n'indique souvent
qu'une frite. - Les étymologistes ne sont pas d'accord sur l'origine de ce terme. Les uns le
font venir, par corruption, de mezzo-cotto, à demi cuit, comme semble l'indiquer son état de frite;
d'autres de marezzo, marbrure, poli; marezzocotto signifierait donc poli provenant de la cuisson.
Quelques personnes pensent que ce mot tire son origine de quelque nom de localité. C'est ainsi
qu'à Marzac, en Auvergne, on trouve un sable excellent pour la fabrication des couvertes
vitrifiées. Quoi qu'il en soit, il désigne une frite quand il est employé comme engobe, et un
fondant quand il sert à être amalgamé aux différentes couleurs. (Note de l'éditeur.)
5
@
34
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | faire, je vous veux avertir que de toutes couleurs, vous en poserai-je |
| | deux ensemble, et tantôt trois, suivant les usages, et pour que m'entendiez |
| | à toujours, je vous en baille exemple. S'entend que la lie soit |
| | brûlée, ferons ainsi et dirons: pour le fondant-marzacot, se prend 30 livres |
| | de sable et 12 de lie, maint fait autrement, qui prend 30 livres |
| | de sable et 10 de lie. Donc, toutes et chaque fois que se trouvent |
| | deux nombres ou trois, l'un après l'autre, est entendu qu'icelui venant |
| | le premier, accompagne avec son numéro de dessous en une ligne qui |
| | court perpendiculairement; et à fin que m'entendiez bien, le premier accord |
| | sera sous la lettre A, le second sous la lettre B, le tierce sous la lettre C, |
| | comme ici: |
| | A B C |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30 30 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 10 11 |
| | Voilà donc le mode et ordre que tiendrons en parlant des couleurs; |
| | se rappelant brièvement que pour la ligne du sable, la variation du poids |
| | est ce numéro en face, mêmement pour la lie, et s'accroît suivant |
| | la quantité que s'en veut-t-on faire, c'est à dire: si 30 veut 12, 60 veut |
| | 24, ainsi du restant. Cette pesée faite, mêlez moult bien ensemble sur |
| | un sol bien net, et s'il était aucune masse de lie agglomérée, pilez moult |
| | bien avec une pierre, puis mélangez promptement, mettez en les bocaux, |
| | cru ou à mi-cuit que n'importe point, et après se cuit comme |
| | le dirons. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| | MODE DE FAIRE LE BLANC A REHAUTS OU BLANQUET. |
| |
|
| |
|
| Ce que c'est que le | Prends la quantité d'étain qui se veut, et qu'il soit du meilleur étain
|
| Blanquet. | flamand. Tu le mets fondre en une poële de fer. Maints le fondent en une
|
| | cruche, et disent que vient plus pur. Ainsi fondu, tu le verses en un |
| | bassin de bois, et faut avoir un pilon de bois également, avec |
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LIVRE
SECOND. 35
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| quoi tu remues vite et tôt l'étain, avant qu'il ne se prenne, et le convertis |
|
| en cendres. Autres font cela avec une pièce de toile, et si |
|
| pratiquent-ils: ils prennent une pièce de lin, neuve, grosse et moult |
|
| solide, large plus d'une bonne palme en tous côtés, dont tenant les quatre |
|
| coins en main, ils versent dessus, tout l'étain fondu; puis resserrant la pièce |
|
| en manière d'exprimer le jus, la frottent avec l'autre main en dessous, |
|
| ou la fixant sur un banc, la remuent-ils moult bien, ce qui fait |
|
| même effet, voire mieux. Prenant après un plateau de biscuit, sur |
|
| lequel s'étend une feuille de papier, ils versent ces susdites cendres, en les |
|
| écartant avec la main, par le plateau ou gît le papier, parce, que |
|
| tant plus seront écartées, tant plus beau viendra le blanc. Et se couvre |
|
| avec un autre plat, qui soit rompu en deux ou trois parts, à la fin |
|
| que le feu s'y joue en cuisant les dites cendres, comme on dira. |
|
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| MODE DE FAIRE LE VERT. | |
| |
|
| |
|
| Tu prends des morceaux de vieux cuivre, et les mets en une cruche | |
| ou autre vase, et se cuisent-ils comme on dira, le cuivre en les dits |
|
| vases se trouvera brûlé. Le meilleur cuivre brûlé, a dit Dioscorides, est | Cuivre brûlé dit de
|
| celui qui est rouge, et que le triturant, ressemble au cinabre. Mais si est | Dioscorides.
|
| noir, plus est-il brûlé que ne comporte. Faut en le brûlant que se fasse |
|
| couche sur couche avec soufre et sel, en un vase bien clos. Terminé |
|
| qu'est cela, tu mets au fourneau. Brûlé qu'est-il, tu le broies, et peignant |
|
| avec, il deviendra vert. Dans l'art il s'appelle Ramine; aucuns le nomment |
|
| cuivre, dont se fait le vert accordé, c'est à dire prends: |
|
| |
|
| A B | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre 1 3 | |
| Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . livre 4 6 | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre 1 2 | |
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36
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | Est entendu toujours en l'accord des couleurs, que les minérales vont |
| | bien pilées et bien mêlées ensemble, j'entends celles à piler, comme par |
| | supposition en cet accord se pilent l'antimoine et la ramine, parce que le |
| Recette de Dioscorides | plomb va brûler. Déjà, ne se brûle incontinent, comme le dit Dioscorides,
|
| pour brûler le plomb. | mais, il veut que soit le plomb subtilement laminé, puis qu'il en soit
|
| | fait couche sur couche avec du soufre, jusque que le vase soit empli; |
| | lequel met-t-on au feu, et lorsqu'est le vase enflammé, veut que tu le |
| | mêles avec une vergette de fer, tant que tout se convertisse en cendres, |
| | et n'en demeure nulle partie autrement; chose moult différente de |
| | l'usage de cet art, comme se dira en son lieu et place. Il parle encore de |
| | l'antimoine en un autre endroit, le nommant stimmi ou stibio, et est |
| | icelui resplendissant et brillant; le bon étant celui qui n'a en lui nulle |
| La Maremne en l'état | pierre ni ordure. La minière en est à Sienne, et s'en trouve par la Maremne
|
| de Massa. | à Massa, mais le meilleur pour l'usage, est celui qui vient de Venise.
|
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | MODE DE FAIRE LE JAUNE. |
| |
|
| |
|
| Ferraille autrement | Tu prends des ferrailles ou de la rouille de fer. La mieux est celle qui
|
| rouille de fer. | se ramasse sur les ancres des vaisseaux. Se cuit en un vase de biscuit,
|
| | ce qui sera pour le mieux. Maints sont accoutumés de la mettre au four, |
| | puis de l'éteindre en l'urine, et disent ainsi qu'elle se purge. Maints |
| | usent de faire comme avons dit avec le cuivre et le soufre, et ce |
| | va-t-il bien. |
| | A B C |
| | Rouille de fer. . . . . . . . . . . . livre. ½ 2 1 ½ |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½ 5 2 |
| | Antimoine . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 3 2 |
| | Maints ont accoutumance de mettre un peu de lie, puis ils l'écrasent |
| | sur un plat ou une feuille de papier, et après le cuisent comme |
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LIVRE
SECOND. 37
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| dirons. Je ne pense pas que soit nécessaire de répéter ce que déjà ai-je |
|
| dit une fois, tant des doses comme des préparations qu'il faut pétrir |
|
| avec diligence, et tout le soin que devez avoir. Pourquoi irai-je en |
|
| abrégeant et dirai-je: |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| MODE DE FAIRE LE JAUNE CLAIR OU JAUNET. | |
| |
|
| A B | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 2 | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½ 3 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 | |
| Sel commun. . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 ½ | |
| Voilà donc toutes les couleurs composées qui se font en cet art: | |
| les naturelles qui s'emploient, sont le safre, nommé chez nous azur, et le |
|
| manganèse. Le safre vient de Venise, c'est celui qui tient du brun violacé. |
|
| Il se cuit simplement, et s'emploie cuit ou cru. Le manganèse se trouve |
|
| en abondance en ce trop heureux Etat, si qu'en divers endroits de |
|
| la Toscane. Il est très connu par toute l'Italie, et s'use partout où se |
|
| travaille le verre. Les susdites couleurs se devront garder de la poussière |
|
| et autres ordures. |
|
| Maintenant, pour parler des diverses couleurs, il convient de construire | |
| un fourneau à réverbère, ce qui fait, viendrons-nous aux diverses couleurs |
|
| qui s'emploient en diverses contrées d'Italie, comme à dire celles de |
|
| Gênes et Venise, qui ont un même accord. Puis nous traiterons du blanc | Blanc de l'Illustrissime
|
| du très illustre Duc de Ferrare, mal dit blanc Faïençais; des couleurs | Alfonse de Ferrare, impro-
|
| de la Marche, et de la ville de Castello. Or voici le mode pour faire le | prement dit blanc faïen-
|
| fourneau. | çais.
|
| |
|
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38
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| |
|
| | COMME QUOI SE FAIT LE FOURNEAU A REVERBERE. |
| |
|
| |
|
| | Est à savoir que sous le fourneau à réverbère, se fait sa base de |
| | briques, large trois pieds et longue cinq. On creuse en terre l'épaisseur |
| | (sic) le vase où se tient le feu, et qui se |
| | fait large de un pied. Après on élève en trois côtés un autre pied. |
| | Advenu là, ci commence-t-on à former le vase où se lient l'étain. Nous |
| | avons coutume de le faire d'une pierre qui se nomme tuf, et qui se taille |
| | aisément. Les forgerons l'emploient à souder les fers. Qu'on en fasse une |
| | cavité qui pour le mieux soit large deux palmes, encore que dépend |
| | de celui qui veut faire l'art, parce que voulant moult fabriquer, faut-il |
| | que fasse le four plus grand. Mais pour ne point dire vainement, j'ai |
| | voulu vous poser ici, la façon de la pierre (fig. 49), afin qu'entendiez |
| | mieux mon dire. De là vous poserai-je l'autre vase fait en briques, comme |
| | voici (fig. 50 ). Me reste à vous montrer le fourneau élevé avec son |
| | arc supérieur, là ou vire la flamme du feu, qui par la réverbération se |
| | reporte où gît l'étain: avertissant que la bouche du fourneau où se met |
| | le feu, va un petit plus basse que celle de l'étain, comme se voit |
| | (fig. 51). Si que celle où termine la ligne A, est plus haute que celle où |
| | gît l'étain, et où termine la ligne B. |
| | Est à savoir que ce fourneau ne se maçonne ni avec chaux, |
| | ni avec plâtre, mais avec une sorte de terre que nous nommons |
| | sablon. On en use pour faire les formes des cloches. Maint est qui maçonne |
| | le vase où gît l'étain, avec la cendre, et maint avec |
| | autant de cendre et du susdit sablon, et ont coutume d'y mêler de la |
| | fiente d'ânes et de la bourre. Toutefois qu'on fasse deux ou trois sols |
| | de briques, l'un par le contraire de l'autre, et que le dernier où se doit |
| | fondre l'étain, soit bien lisse par les jointures, et moult bien aplani en dessus. |
| | Ici, je vous pose à nouveau le fourneau ou four (fig. 52), à la seule fin |
| | que mieux se voie avec l'oeil, que ne peut-on le rendre avec la |
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LIVRE
SECOND. 39
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| plume. Déjà sait-on que la bouche la plus basse est celle où va le feu, et |
|
| la plus haute, celle où gît l'étain, entre lesquelles n'est nul mur plus |
|
| élevé que le parapet de la pierre ou brique. Ceci fait, ayez un fer de |
|
| cette forme (fig. 53 ), il se nomme le traînoir de l'étain, parce que |
|
| avec pousse-t-on l'étain lorsqu'est en fleurs, comme se verra. Suffit |
|
| quant au fourneau, venons à la calcination. Tu allumes le feu de bois sec, |
|
| et tu chauffes si tellement, que, posé en son lieu, se fonde l'étain subitement. |
|
| Fondu qu'est-il, laisse ainsi jusque se forme en dessus une peau, |
|
| et que puisse icelle s'élever et fleurir, et quand est l'étain fondu tout empli |
|
| de fleurs, lors avec cette dite poële courbe en fer, tu pousses sur la |
|
| face du mur du fonds. Mais avant qu'aller plus outre, je te veux faire |
|
| l'accord du plomb et de l'étain, parce que l'étain jamais ne va seul au |
|
| fourneau. Fais donc, et prends ainsi: |
|
| |
|
| A B C |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 1 | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 6 7 | |
| |
|
| Le premier accord qui est 1 et 4, se fait de plats et vieilles fiasques, | |
| et se pourrait faire de 1 et 5; quand les étamages sont bons, c'est à |
|
| savoir quand s'y trouve beaucoup d'étain. On le connaîtra à sa clarté, |
|
| et au craquement quand on le rompt. Le second B, se fait d'étain de |
|
| masse et se peut-on accorder 1 et 7, quand est bon le dit étain. Fait |
|
| qu'est l'un de ces dits mélanges, tu mets au fourneau suivant la méthode |
|
| indiquée pour calciner, tenant toujours le feu égal, parce que si s'augmentait, |
|
| tout irait en fusion. Ainsi se peut calciner tant que se voudra, |
|
| augmentant toujours le poids, mais jamais ne se brûlent 30 ou 40 livres, |
|
| mais bonnement 100 et 200. Comptant de cette sorte: Si 4 veut 1, 20 |
|
| voudra 5, et quand 6 veut 1, soixante voudra 10. Et ainsi augmentant |
|
| d'avantage. Je parle avec exemples, parce que suivant cette marche, |
|
| point ne faillira-t-on. Laisse au feu ce mélange de plomb et d'étain, |
|
| tant que fleurissant, et qu'écrasant cette fleur contre le mur du fonds |
|
| avec le feu, se convertisse en cendres moult blanches, ou d'un très |
|
| léger jaune, et les reçois en un chaudron de cuivre moult sec et moult |
|
propre.
@
40
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C'est là ce qu'en l'art se nomme étain accordé, encore que soit plus |
| | de plomb que d'étain. De la même façon se calcine le plomb, et n'est |
| | autre dissemblance, qu'avec le fer se remue sans cesser le plomb fondu, |
| | jusque la fusion cursive étant rompue, il se transmue tout en |
| | cendres. Ceci fait, et sa couleur étant rougeâtre, tu le lèves, et c'est ce |
| Proverbe: Plomb d'Alle- | qu'on nomme plomb calciné. Or parlerons-nous de l'accord de l'étain
|
| magne, Etain de Flandres. | pour le blanc laiteux. Ainsi faites:
|
| |
|
| | A B
|
| | Etain en masse ou étain flamand . . . . . livre. 35 40 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100 100 |
| |
|
| | Tu use du même mode de calciner qu'a été dit plus haut; avec |
| | un feu modéré, et que soient les étains et les plombs moult bons, parce |
| | que là plus importe qu'ailleurs. Tenant cette voie, tu auras un étain |
| | délicat (fig. 54). |
| | Jusqu'à présent, avons devisé des couleurs dont se sert le pays de Castel- |
| | Durante, ores, parlerons nous d'icelles de la ville d'Urbin, si qu'entre, est la |
| | différence moult petite, vu que sont de Castel-Durante, nombre de maîtres |
| | qui pratiquent à Urbin. Nous traiterons des couleurs de la ville de Castello, |
| | de la Marche, et de maints autres lieux, à cette fin de ne pas manquer à |
| | ce qu'avons promis. Point ne parlerai-je de l'accord au fourneau, parce que |
| | c'est tout un. Et me tiendrai-je de poser beaucoup d'accords, pour ne |
| | point attirer la pensée d'autrui où point n'est utile. Mais, qui voudra |
| | chercher l'effet des métaux, qu'il amoindrisse ou augmente les poids, et ci |
| | verra-t-il si l'étain fait blanc, le plomb lustré, et ce que fait l'antimoine, |
| | et ce que fait la ferraille. Si fit Alfonse, le très illustre Duc de Ferrare, |
| | quand récupéra le blanc laiteux, mal dit aujourd'hui blanc |
| | Faïençais. Suffit. |
@
LIVRE
SECOND. 41
---------------------------------------------------------------------------
| COULEURS D'URBIN. | |
| |
|
| |
|
| FONDANT-MARZACOT A L'URBINIANE | |
| A B C |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 30 20 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 20 | |
| |
|
| JAUNE | |
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7 2 | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 1 onces 8 | |
| Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 1 | |
| |
|
| JAUNE CLAIR | |
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 3 | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 2 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 1 | |
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 ½ | |
| |
|
| VERT ACCORDE | |
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 3 | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 2 | |
| Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 3 | |
| |
|
| ------------------- | |
6
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42
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| |
|
| | COULEURS DE LA MARCHE |
| |
|
| | Icelles assez varient de notre usage, c'est pourquoi convient-il faire à |
| | nouveau l'accord au fourneau. |
| | A B
|
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 50 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 100 |
| |
|
| | JAUNE |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 |
| | Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
| | Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 ½ |
| |
|
| | JAUNE CLAIR |
| |
|
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 |
| | Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ |
| |
|
| | FONDANT-MARZACOT |
| | A B
|
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 12 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 3 |
| |
|
| | ------------------- |
@
LIVRE
SECOND. 43
---------------------------------------------------------------------------
| COULEURS A LA CASTELLANE | |
| |
|
| |
|
| FONDANT-MARZACOT | |
| |
|
| A B | |
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 9 | |
| Et si aviez du tartre, faudrait mettre 30 de sable et 7 de tartre. | |
| |
|
| JAUNE | |
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 3 | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 2 | |
| Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 1 | |
| |
|
| JAUNE CLAIR | |
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ 3 ½ | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 2 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 1 | |
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 0 | |
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| COULEURS A LA VENITIENNE | |
| |
|
| Faut à nouveau accorder au four. Tu prends: | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100 |
|
@
44
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | Maints mettent 33, autres 35, et n'est en cela autre règle que l'expérience, |
| | mais comme te l'ai-je dit, c'est en celui qui manie l'art, et que |
| | pousse aucune fois dame nécessité. Car se voit qu'un maître ayant mis |
| | au fourneau 100 livres de plomb, croit avoir de l'étain en suffisance; |
| | pesé l'étain, se trouvent seulement 28 livres, et pour n'être point tenu |
| | de retirer le plomb du four, il accorde 28 avec 100. Et comme manquent |
| | 2 livres en cet accord, il augmentera de deux onces au moulin |
| | d'étain pour le marzacot, comme à dire livres 12 étain, livres 10 et |
| | 2 onces; voici les deux onces qui ici ajoutent de plus. |
| |
|
| |
|
| | FONDANT-MARZACOT |
| |
|
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 |
| |
|
COULEUR SANS COUVERTE, FONDANT
| |
|
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 40 |
| | Azur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 8 |
| | Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 4 |
| |
|
| | Faut savoir encore qu'en cette ville de Venise on emploie souventes- |
| | fois de la cendre du Levant, laquelle est très parfaite, et même dirai-je |
| | trop gaillarde; si que là où nous mettons 30 de sable et 12 de lie, on met |
| | là 30 de sable et 9 à 8 et même 7 de cendre. Si font-ils en les |
| | accords des couleurs légères, comme jaune clair, où il va 3 de lie, et |
| | mettent 1 ½ et 1 de cendre. Beaucoup ont coutume pour faire le jaune |
| | clair très joliet, d'y mettre de la tutie Alexandrine. En la Marche ont |
| | coutume de mettre dans le jaune un peu de bol d'Arménie, ce qui fait |
| | bon service. Mais puisqu'avons enseigné la méthode de faire les couleurs |
@
LIVRE
SECOND. 45
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| avec les poids d'icelles, il est nécessaire de faire le four à cuire en |
|
| biscuit. Là verra-t-on comme se cuit le marzacot et autres couleurs. |
|
| Les Fours, je dis les plus parfaits, se font de briques crues à guise | |
| de chambrettes. Il est vrai qu'une partie s'en va sous terre, et c'est en |
|
| elle que se poussent les braises. J'entends qu'ils sont creusés à un pied |
|
| et un pied et demie. A Venise s'en fait-il de grands et de menus. J'en ai |
|
| vu pour moi, en la maison de monsieur Françoys de Pier, potier durantais, |
|
| un large dix pieds et long douze; je dis sur la voûte qui est sur le sol, |
|
| et avait trois bouches où se mettait le feu; mais point n'est ce notre |
|
| affaire. Ceux dont nous nous servons, sont de cinq pieds larges sur six de | Les mesures s'entendent
|
| haut, et aussi longs, et 4 pieds haut sous les arcades. Mais pour vous | en dedans des murs.
|
| montrer soigneusement comme se font, je vous en montrerai ci-dessous |
|
| le plan (fig. 55). En cet autre endroit, je montrerai le four élevé jusque |
|
| à la voûte; puis son sol ou aire, avec les divers usages. |
|
| Voici donc le plan avec les prises des arcades. Voici le four élevé | |
| (fig. 56) jusque aux arches, là où se fait l'aire pourquoi sont plusieurs |
|
| méthodes. |
|
| Toutes les briques allant d'une arche à l'autre, sont échancrées des deux | |
| côtés, comme celle-ci (fig. 57), où passe la ligne A, et rajustées ensemble, |
|
| laissent ouvert un trou parfait comme voici (fig. 58), et cela sert aux |
|
| allées et venues du feu. D'aucuns sont accoutumés de laisser cette ouverture |
|
| par l'écartement des briques entre elles, ce qui mieux est l'usage, |
|
| comme se peut voir en le plan ci-dessous (fig. 59). Maintenant me demeure |
|
| à vous montrer le four en son entier, puis brièvement parler de |
|
| l'enfournement et du complément des couleurs. |
|
| Voici donc le four en entier (fig. 60) avec ses carneaux, qui | |
| sont quatre menues fenêtres que voyez sur le mur à main dextre, avec |
|
| ses prises d'air, qui sont neuf ouvertures que voyez sur la voûte. Or |
|
| ne nous reste plus qu'à parler de l'enfournement. |
|
| Maintenant qu'avons fait le four, il convient de raisonner sur l'enfournement, | |
| ce que brièvement ferons. Tu feras donc sur le mur de derrière, |
|
| à la ligne B, une ou deux files de cruches crues qui soient bien sèches, |
|
| et élèveras icelles jusque à l'imposte de la voûte; plus de parci*, ce qui |
|
Note du traducteur :
*parci: ?
@
46
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | sera sous l'arche; tu fourres un rang de casettes pleines d'ouvrages délicats, |
| | observant de laisser entre les cruches et les casettes, un espace où |
| | puisse le feu circuler. Qu'on n'aille pas si tellement outre avec les |
| | casettes, qu'icelles soient obstruées; élevée qu'est une autre file de |
| | casettes au pair de la susdite, tu la fixes avec aucuns morceaux de |
| Tuiles qu'employons | tuiles rompues, et occuperont toutes deux la place sous la voûte des
|
| couvrir nos maisons. | deux côtés. Faut que les bris de tuiles soient cuits. Ceci fait, tu
|
| | prends des grands plats à la douzaine, et les accommodes à quatre, et à |
| | six à la fois, tournant les pieds d'iceux contre un des côtés du four, et |
| | ainsi mis droits, tu en ajoutes tant que s'en peut tenir jusque à l'autre |
| | côté; plus de par ici se peut-t-on mettre autre file de casettes à salières ou |
| | à tasses. Les vides s'emplissent avec des écuelles et autres ouvrages. |
| | En cela, moult est grand besoin dans l'art d'invention et de jugement. |
| | Suivant cette méthode, tu emplis tous les fours. Encore faut-il |
| | savoir que les couleurs bien posées et accommodées comme ci-dessus est |
| | dit, tu les mets dedans le four quasiment sous la prime voûte, au premier |
| | rang. Cela fait, tu clos l'huis, ou voulons nous dire la bouche du four |
| | avec des morceaux de briques. Puis tu as du sablon bien mouillé et |
| | bien gâché, et avec la main en couvres toute la bouche murée, fermant |
| Carneaux, vedettes, | tous les orifices, laissant seulement celui qu'ai-je dit. Tu clos également
|
| icelles menues fenêtres par | les quatre carneaux, qui sont sur le mur à main dextre, et dont
|
| où se voient quand sont | parlerons lors de la cuisson dernière. Iceux, dis-je, se closent avec des
|
| cuits les vases. | briques, poussant dessus du dit mortier, afin qu'ils ne respirent nul air.
|
| | Tu couvres ensuite les neufs soupiraux qui se voient sur la voûte, et |
| | se fait avec des palets ou morceaux de tuiles, afin que trouve le |
| | feu un tant petit d'issue. Or ne me demeure plus qu'à mettre dedans le |
| | marzacot. Tu prends ces vases que tu emplis de sable et de lie, comme |
| | avons dit au raisonnement ci-dessus. Iceux se mettent sous le four, appuyés |
| | au mur du fonds et s'accumulent l'un sur l'autre. Tout parachevé, avec |
| Usage chrétien en al- | le sacro-saint nom de DIEU, tu prends une poignée de paille, et avec
|
| lumant le feu. | le signe de la croix, tu allumes le feu, pour lequel se veut du bois bien
|
| | sec. Le faut élever petit à petit durant quatre heures; puis après faut |
| | qu'il croisse avec précaution toutefois, pour que s'il y a de l'ouvrage |
@
LIVRE
SECOND. 47
---------------------------------------------------------------------------
| non fini, en accroissant trop plus le feu, elle ne se ploie et ne devienne |
|
| valendrée*, et ainsi ne puisse prendre le blanc. Donc, se tienne le |
|
| feu en telle sorte, que le fourneau se voit blanc, c'est à savoir tout |
|
| enflammé, et quand y sera environ douze heures de feu, devra selon la |
|
| raison être la cuisson parachevée. Il est encore à savoir, qu'approchant |
|
| vers les six heures, les braises de tout le bois qui est ars*, se trouveront |
|
| sur la bouche du four. Lors prends cet engin nommé chasse-braises, qui |
|
| est une planche large une palme et longue deux, forée au mitan et mise |
|
| après une perche, et avec cet engin tout barbouillé de terre, |
|
| tu pousses en dedans les braises, jusque au mur du fonds, les écartant |
|
| par tous côtés, puis tu remets du bois au feu, le faisant hausser comme |
|
| d'abord. Ne fais pas toutefois, si grand monceau de bois, que tu obstrues |
|
| la bouche du four, mais tiens cet usage, qu'il demeure toujours une palme |
|
| haut de vide à la bouche susdite. Lors que sera la fournée cuite, lève |
|
| le feu, et delà à une heure, si te semble icelle froide en suffisance, tire |
|
| toutes les braises de dessous, et fais cela avec un ringard de fer, |
|
| long comme le chasse-braises et son manche, c'est à savoir un crochet |
|
| de fer long d'un bras, chevillé au bout d'une perche, laquelle tu barbouilles |
|
| de terre, à cette fin de la garantir du feu. Lève les braises que tu |
|
| éteins en mettant dessus de l'eau, à la manière de ceux qui arrosent les |
|
| potagers, et tu les remues avec une pelle de fer, pour que l'eau |
|
| moult bien y pénètre; et se nomme cela charbonnelle, dont se sert-on |
|
| durant l'hiver. |
|
| Que nul ne me reproche si je n'ai point fait la couverte, vu que se | |
| peut pour cette fois opérer à cru. |
|
| Or voici la montre, le chasse-braises, la fourche et le ringard (fig. 61). | |
| Je vous poserai ici le four, avec la représentation du feu et de la | |
| muraille du devant, à cette fin qu'entendiez mieux mes paroles (fig. 62). |
|
| Cela fait, je vous poserai aucunes sortes de moulins, nous accorderons au |
|
| piloir, et nous parlerons du broyage du fondant. Nous mènerons à fin les |
|
| couleurs, et toucherons brièvement comme se recueillent les couleurs moulues, |
|
| et d'aucuns remèdes aux blancs qui se refroidissent. Maintenant que vous |
|
| ai-je montré le four, et comme quoi s'allume, il me demeure à vous parler |
|
Note du traducteur :
*Valendrée: gauchie par le feu.
*ars: brûlé.
@
48
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | des moulins, et d'abord dirai-je celui qui s'emploie par les Etats du très |
| Moulins de l'état d'Ur- | illustre et très excellent duc d'Urbin mon maître, pour après traiter de la
|
| bin. | méthode qu'ont aucunes autres villes. Donc, faut savoir que les
|
| | moulins à couleurs de ce dit état, se font tous d'une même façon, et |
| | quasi d'une seule pierre. Il est vrai que la mieux qui se puisse employer est |
| | la pierre à fusils et la cornaline, qui point n'est en cet endroit. Celle-ci |
| | se recueille en menus morceaux dans le lit d'aucuns ruisseaux. On s'en |
| | forme un rond, qui soit bien plat en dessus, égalisant bien les séparations, |
| | ce qui se fait avec chaux, sable et plâtre mêlés ensemble. Puis ayant |
| | fait en la terre une fosse de deux pieds, tu y encastres une tinette de bois, |
| | ou un demi-fût, de la largeur du rond dont est fait le moulin, j'entends la |
| | pierre enchâssée qu'on doit murer en la tinette; celui plus petit est la |
| | molette, que si est-elle de morceaux, faut-il relier avec un cercle en |
| | fer, comme voyez ici (fig. 63). Ensuite par chaque côté de la tonne, tu |
| | dresses deux poutres équarries, en face l'une de l'autre, et se fichent icelles, |
| | quatre pieds en terre, et soient de bois dur qui point ne se rompe: puis |
| | entre une poutre et l'autre, tu encastres un ais qui pose sur le bord de la |
| | tonne, de façon que se puisse lever et remettre à volonté; pareillement, au |
| | sommet des dites poutres qui seront deux pieds plus hautes que la tonne, |
| | tu établis un autre ais encastré comme ci-devant, et que soient ces dits |
| | ais bien gros par toutes les faces pour le moins quatre doigts; qu'ils soient |
| | bien forés en face par le point milieu, comme se peut voir (fig. 64). En |
| | ces trous, tu mets un pal de fer gros comme une hampe de pique, ployé |
| | de cette façon (fig. 65). |
| | La partie droite du pal, marqué A, va dans l'ais de dessus marqué A, |
| | l'autre partie droite marquée B, répond à celui marqué B, et entre à |
| | sa marque en l'ais de dessous. La tierce partie droite marquée C, entre |
| | trois doigts en la molette, qui doit être forée, mais non d'outre en outre, |
| | et on la fore de façon que le pal y pénètre latin-latino comme se |
| | voit. Ores, voici tout le moulin avec ses engins (fig. 65 bis). Lors |
| | qu'aurons discouru des diverses sortes de moulins, viendrons-nous au complément |
| | des couleurs. |
| | Faut savoir que maint se fait, là où se trouve commodité d'eau |
@
LIVRE
SECOND. 49
---------------------------------------------------------------------------
| courante; maint se fait, qui vire avec un cheval ou baudet; maint |
|
| se fait où demeure sur pieds le moulinier, comme se verra. Faut encore |
|
| dire que le baquet ne soit pas ainsi ouvert lorsque se broient les couleurs, |
|
| mais soit recouvert avec des planches à cette fin que nulle |
|
| poussière ne vienne à choir en dedans. Ce moulin à l'âne (fig. 66), |
|
| peu de temps est que se voyait en mon pays, et fut abandonné par la |
|
| mort du patron. Maints disent que c'était une utile manière, et que s'y |
|
| broyaient les couleurs excellemment, ce qui point n'est en l'art de chétive |
|
| importance. |
|
| Voici le moulin à eau (fig. 67), très plus admirable, vu que distille les | |
| couleurs; mais tant plus sont icelles broyées, tant plus sont d'utile épargne, |
|
| et viennent au feu en plus belle perfection. Un quasiment de cette sorte |
|
| ai-je vu aller à Foligno, ville de Romagne, mais de plus belle invention, | Moulin de Foligno.
|
| et chose digne de considération, parce qu'un seul engrenage manoeuvre |
|
| deux moulins. Qui bien le considère, en ferait autant de trois ou de quatre, |
|
| et tout est fait par la planche de dessus où entre la broche de l'engrenage |
|
| B, et les broches des moulins C, D. Mais la broche tournant, tire à |
|
| soi la planche avec cette partie tordue qui est à son axe, et tirant |
|
| les deux broches et les repoussant, fait virer les molettes des deux moulins, |
|
| comme voici (fig. 68). |
|
| Maintenant me demeure à vous montrer la méthode des moulins de | |
| Venise, qui point trop ne diffèrent des nôtres. Ils ont en plus une roue |
|
| faite de lourdes planches, sur le haut de la broche de la molette, et se |
|
| tient debout le broyeur. Rien n'est autre, et cela veux-je encore montrer |
|
| ici (fig. 69). |
|
| Que nul ne me blâme, si ai-je mis au moulin, un homme vêtu avec | |
| les manches à comic (sic). Mais faut-il savoir qu'étant cette susdite | Vêtement de Venise.
|
| ville, libre, reine et maîtresse de soi-même, y peuvent aller tous |
|
| en toutes manières de vêtements; ce par quoi s'augmente la munificence de |
|
| la ville, et ce pourquoi est licite d'aller par icelle, avec des manches |
|
| à comic, à la bergamesque, à sensali, à faquins, et à toutes sortes et |
|
| genres. C'est vrai et se voit en effet, si que m'a été dit par un |
|
| monsieur Françoys Condumieri, que le nombre des étrangers comme ci vê- |
|
| 7 | |
@
50
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | tus, est plus grand que celui des gentilshommes, bourgeois et artisans de |
| | Venise. Or ce point ne nous importe. Venons, ores qu'avons traité de |
| | moulins, à l'accord des couleurs. |
| | Tu lèves du four le fondant, qui se trouvera en ses récipients, devenu |
| | dur comme pierre. On l'ôte des vases où se trouve, avec un martel |
| | de fer, le nettoyant bien des éclats des dits vases. Cela fait, tu le piles |
| | en une souche, ou en un grand mortier de pierre, et que soient-ils creux |
| | d'une palme et demie, avec un pilon de fer ou une massue ferrée, |
| | comme tu peux voir ici (fig. 70). |
| | Pilé qu'est-il, tu le lèves de la souche ou du mortier, avec une |
| | écuelle tu le jettes en un crible, et le passe, rejetant toujours en le |
| | mortier le plus gros résidu, pour le piler à nouveau. Qu'ainsi se fasse avec |
| | tous les fondants, et se tienne cet ordre à toujours. Pilé et passé, |
| | tu pèses 30 livres et les mets en une cuvelle, où les laves avec de |
| | l'eau, et tu laisses reposer. Après tu jettes cette eau et y mets 12 d'étain |
| | du premier accord A, et ainsi ensemble, tu mets à moudre au moulin. |
| | Ici traiterons-nous de tous les blancs, les accompagnant de leurs couvertes. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | MODES DIVERS DE FAIRE LES BLANCS |
| |
|
| |
|
| | BLANC COMMUN |
| |
|
| | A B C |
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . livre. 30 32 31 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 12 11 |
| |
|
| |
|
| | SA COUVERTE |
| |
|
| | A B C |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 17 16 8 ½ |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 20 10 |
@
LIVRE
SECOND. 51
---------------------------------------------------------------------------
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 13 6 | |
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 9 4 | |
| |
|
| Se cuira comme dirons ci-après, et se pile et broie, comme a été dit | |
| du blanc. |
|
| |
|
| |
|
| BLANC D'URBIN | |
| |
|
| A B C |
|
| Fondant . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 30 12 | |
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 5 12 | |
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 20 | |
| |
|
| |
|
| SA COUVERTE | |
| |
|
| A B C |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30 20 | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 20 12 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 13 12 16 | |
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 12 8 | |
| |
|
| |
|
| AUTRE CRUE | |
| |
|
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Se broie comme a été dit. | |
| |
|
| BLANC A ECUELLES | |
| |
|
| A B | |
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 20 30 | |
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16 17 | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 1 | |
| |
|
| C'est une couleur qui se donne aux écuelles des vilains, à quoi ne se | |
| met ni peintures, ni couverte. |
|
| |
|
| BLANC D'INTERIEUR | |
| |
|
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 |
|
@
52
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 |
| | Plomb. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 |
| |
|
| | Celui-ci se donne en les bocaux et urnes, et en tous ouvrages |
| | creux. Je crois t'avoir conduit si avant dans l'art, que toutes et chaque |
| | fois que se traitera de fondant, tu entendes ce que c'est que fondant, |
| | lequel est cet accord fait avec le sable et la lie. Et encore que te |
| | parlera-t-on d'étain, sache que c'est étain, accordé au fourneau avec le |
| | plomb. Ores me faut traiter d'une autre pratique, et me convient de |
| | compléter le blanc du duc de Ferrare, puis nous raisonnerons de toutes |
| | autres couleurs. |
| | Vous faut savoir que pour faire le susdit blanc, le sable de Saint- |
| | Jehan est le meilleur, comme a déjà été dit. Et quand n'en pouvez avoir, |
| | prenez celui du lac de Pérouse. Aucuns moult bien le savent. |
| |
|
| | FONDANT DE FERRARE |
| |
|
| | A B C |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 6 7 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 5 5 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 9 9 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 4 6 |
| |
|
| | Etant faite cette dose, tu mêles bien ensemble, ayant des vases pour |
| | la mettre, mais prenant grand soin, d'y jeter premièrement de la terre |
| | blanche, à cette fin que le fondant point ne prenne au biscuit, et qu'il |
| | en puisse sortir quant est vitrifié; lors tu mets à cuire comme s'est fait |
| | avec l'autre fondant. Cuit, tu le lèves du vase et le piles promptement, |
| | puis le pèses, en y ajoutant autant d'étain que pèse son accord, |
| | et autant de sable; comme serait: le fondant pilé pèse 24 livres; ajoute |
| | 24 livres d'étain et 24 livres de sable, et pour chacune dix livres de |
| | cette quantité, ajoute une livre de sel, si que tout ce poids étant de |
| | 72 livres, il faudra 7 livres de sel. Le tout remêlé ensemble et cuit à |
| | nouveau; mais le veux-tu moudre ainsi sans être cuit, te faut lever le sel. |
| | Ce blanc se fait de maintes sortes, comme tu verras. |
@
LIVRE
SECOND. 53
---------------------------------------------------------------------------
| FONDANT-MARZACOT DE FERRARE | |
| |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 |
|
| |
|
| AU MOULIN | |
| |
|
| Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| |
|
| Celui-là me plaira moult recuit, comme a été dit de l'autre, et | |
| ajoutant un peu de sel. En voici d'autres sortes. |
|
| |
|
| ACCORD AU FOURNEAU | |
| |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100 |
|
| |
|
| FONDANT-MARZACOT | |
| |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 |
|
| |
|
| AU MOULIN | |
| |
|
| Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½ |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½ |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½ |
|
| |
|
| Il est pour ce blanc comme pour les autres couleurs, mais qui rajoutant | |
| ou qui levant, fait en variant ainsi, que l'art se porte en sa plus haute |
|
| perfection. Mais souventes fois, son beau blanc vient du bon emploi de celui |
|
| qui le gouverne es mains, et par dessus tout, je le loue de faire cuire deux` |
|
| fois son accord. |
|
@
54
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| |
|
| | COULEURS DE LA MARCHE |
| |
|
| | FONDANT-MARZACOT |
| |
|
| | A B
|
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 12 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 3 |
| |
|
| | AU MOULIN |
| |
|
| | A B
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 2 10 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 12 |
| |
|
| | On entend que le fondant se cuise comme est fait des autres. Je parle |
| | ainsi avec l'idée que devriez m'entendre. Tous les fondants, dits fondants |
| | au moulin, s'entendent cuits, pilés, criblés et lavés. Et cela suffise pour |
| | toujours. |
| |
|
| | SA COUVERTE |
| |
|
| | A B
|
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 12 |
| | Agetta (potasse où gît de la soude) . . . livre. 10 7 |
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 5 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 3 |
| |
|
| | AUTREMENT CRUE |
| |
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Agetta (potasse). . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
@
LIVRE
SECOND. 55
---------------------------------------------------------------------------
| BON JAUNE | |
| |
|
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 7 | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4½ 5 | |
| Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 3 | |
| |
|
| Celui-là se cuit deux ou trois fois, puis tu ajoutes une once de | |
| plomb, et demi-once d'antimoine. Le tout pilé, tu recuis une autre fois ou |
|
| deux. |
|
| |
|
| BON JAUNE CLAIR | |
| |
|
| A B | |
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 1 ½ | |
| Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 1 | |
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ ½ | |
| |
|
| BLEU BERETTIN | |
| | Couleur de barrette ou
|
| Blanc au moulin . . . . . . . . . . . . . . . livre. 24 | bonnet.
|
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 3 |
|
| Blanc au moulin, s'entend l'étain et le fondant accordés. | |
| |
|
| AZURIN SANS ETAIN | |
| |
|
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 |
|
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 |
|
| |
|
| De tout cela que se fasse un fondant et se cuise, puis se pile et va | |
| broyé incontinent, parce que n'y est pas d'étain. |
|
| Puisque vous ai-je baillé les couleurs de la Marche, je vous veux bailler | |
| celles de la ville de Castello, vous avertissant qu'en elles comme aux autres, |
|
| l'épreuve vous instruira à les mener en leur perfection, suffit que |
|
| celles-ci soient toutes bonnes et certaines. Qui veut du mieux, s'en aille |
|
@
56
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | philosophant en l'accroissement et diminution des poids, desquels je crois que |
| Chorebus Athénien | fit ainsi Chorebus Athénien, lequel en fut le premier inventeur; vous
|
| premier inventeur. | avertissant qu'entre toutes ces couleurs que je vous enseigne, en fais-je de
|
| | deux et trois doses, comme se voit par la séparation de la ligne qui descend |
| | de l'une à l'autre. Ne vous étonnez nullement si à aucunes va le |
| | sable, à d'autres le sel, qui pour vrai dire sont des usages divers, nés |
| | tous des pensées humaines. Et en naîtra pareillement à qui manigancera |
| | l'art. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | COULEURS DE CASTELLO |
| |
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 9 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 |
| |
|
| | SA COUVERTE |
| |
|
| | A B
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 8 8 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 5 ½ |
| |
|
| | C'est toute autre pratique, vu que ne s'emploie pas l'étain, et faut |
| | pour faire ces couleurs, avoir une certaine terre qui vient de Vicence, et |
| | point ne lui connais-je autre nom que de terre blanche ou de Vicence. |
| | Tu la broies comme se fait le blanc, et broyée tu en trempes les ouvrages |
| | à cru, puis fais cuire une fois. Mais avise que ne soient pas trop cuits |
| | et qu'ils aient plutôt un peu de cru, puis les trempe en ce blanc susdit, |
| | et va légèrement. |
| |
|
| | SON AZURIN |
| |
|
| | Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 |
| | Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 |
@
LIVRE
SECOND. 57
---------------------------------------------------------------------------
| SA COUVERTE | |
| |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 |
|
| |
|
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| COULEURS DE FOLIGNO | |
| |
|
| Fondant-marzacot (sable). . . . . . . . . . . livre. 50 |
|
| Fondant-marzacot (lie). . . . . . . . . . . . livre. 15 |
|
| |
|
| AU MOULIN | |
| |
|
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
|
| |
|
| SA COUVERTE | |
| |
|
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7 |
|
| Se donne sur la terre blanche, comme à la Castellane. | |
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| BLANC DE RAVENNE | |
| |
|
| Fondant-marzacot (sable). . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 |
|
| 8 | |
@
58
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | AU MOULIN |
| |
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 |
| |
|
| | SA COUVERTE |
| |
|
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | BLANC A ECUELLES RONDES |
| |
|
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 13 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 17 |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | BLANC D'INTERIEUR |
| |
|
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16 |
@
LIVRE
SECOND. 59
---------------------------------------------------------------------------
| BLANC DE PLATS | |
| |
|
| Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
|
| |
|
| Faut savoir qu'aucunes couleurs se teintent, par exemple le blanc | |
| commun. Maints sont qui sur 10 livres de blanc accordé, mettent demi- |
|
| once de safre. |
|
| Ici vous en poserai-je brièvement plusieurs rangs. | |
| |
|
| BLANC TEINT | |
| |
|
| A B | |
| Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 20 | |
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ 3 | |
| |
|
| LE MEME | |
| |
|
| A B | |
| Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 15 | |
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 5 | |
| |
|
| PLUS CLAIR | |
| |
|
| A B | |
| Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25 50 | |
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 2 | |
| |
|
| Suffit sur les couleurs éprouvées sur lesquelles se peint et se couvre | |
| comme sur l'autre blanc. De là je vous poserai aucuns bleus. |
|
| |
|
| AZURIN | |
| |
|
| A B C |
|
| Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 15 20 | |
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2½ 2 3 | |
@
60
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| |
|
| | AZURIN SANS ETAIN |
| |
|
| | A B
|
| | Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 4 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 5 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 3 |
| | Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 |
| |
|
| | AZURIN AVEC ETAIN |
| |
|
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Fondant-Marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 |
| | Azur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 |
| |
|
| | Faut avertir que partout où va la lie, se font cuire les couleurs. Or |
| | je vous veux bailler aucuns noirs, et après les grisailles qui s'emploient |
| | en Lombardie. |
| |
|
| | NOIR |
| |
|
| | A B C |
| | Cuivre brûlé. . . . . . . . . . . . . livre. 1 0 0 |
| | Manganèse . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 1 once 3 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 12 12 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 14 |
| | Safre noir. . . . . . . . . . . . . . livre. 0 1 2 ½ |
| |
|
| | Maints le cuisent, ce qui fort me plaît. Or si vous le voulez tacher, |
| | levez le cuivre, puis se tache, versant dessus du blanc de Ferrare mêlé à |
| | un peu de couverte. Alors viendra ondoyant et beau. Voici les grisailles, |
| | avertissant que s'emploie la terre de Vicence, comme a été dit aux couleurs |
| | castellanes. |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
@
LIVRE
SECOND. 61
---------------------------------------------------------------------------
| Tu peints sur la terre blanche, c'est à vrai dire quand auras mis la terre | |
| de Vicence, j'entends que soit ce avec un style de fer en cette sorte |
|
| (fig. 71), et se nomme cette dite peinture égrafignée. |
|
| |
|
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| COULEURS DE VENISE | |
| |
|
| On fait à Venise les mêmes différences, qu'avons accoutumé faire | |
| en nos pays, seulement est-il que s'y tachent les couleurs, mais non toutes, |
|
| et les employons sans couverte. Les couleurs claires de Venise, comme |
|
| se dirait le jaune et jaune clair, sont quasiment d'une sorte; le vrai est |
|
| qu'en guise de lie, on emploie la cendre du Levant. Or voici l'accord |
|
| au fourneau: |
|
| |
|
| AU FOURNEAU | |
| |
|
| Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 35 |
|
| Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100 |
|
| |
|
| FONDANT-MARZACOT | |
| |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 |
|
| |
|
| AU MOULIN | |
| |
|
| Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
|
| Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
| Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 |
|
@
62
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| |
|
| | SA COUVERTE |
| |
|
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 |
| | Lie ou cendre . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7 |
| | Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 |
| |
|
| |
|
| | BLEUATRE |
| |
|
| | Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 |
| | Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½ |
| |
|
| |
|
| | COULEUR SANS COUVERTE |
| |
|
| | Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 |
| | Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25 |
| |
|
| | Voilà que vous ai-je posé toutes sortes de couleurs qui me sont venues |
| | aux mains. De la figure 72 à la figure 79, se montre aucuns usages de |
| | travail qui j'ai vus en divers pays. En le tierce et dernier livre, je |
| | traiterai tout le demeurant de l'art. |
| | Je cherche cependant, en cette mienne et extrême limite de jeunesse, |
| | à me délivrer des liens d'amour; et fais-je comme l'oiselet qui a donné |
| | des pieds aux paneaux, lequel croyant se libérer, s'y empêtre d'avantage |
| | avec les ailes et les pennes; vu que pour fuir l'oisiveté mère de |
| | l'amour, j'ai déjà assemblé les deux premiers livres de l'art du potier, |
| | me soumettant un peu à la solitude, et m'advient ce qu'advient |
| | moult souventes fois à ceux qui sont blessés. Ainsi étant demeurés beaucoup |
| | de mois entre les mains de l'habile chirurgien, le licencient, et |
| | la plaie étant assainie sans finir de se soigner, en peu de temps devient |
| | majeure. Cela dis-je, m'est advenu, vu que tant plus ai-je cherché à me |
| | délivrer des pensers amoureux, en accordant un plomb avec un |
| | étain, tant plus en mon âme souventes fois, les membres proportionnés |
| | de ma belle amante, allaient s'accordant. Entre les couleurs, je ne pouvais |
| | trouver si lustrée, si flamboyante que fut-elle, qui se put assimiler |
@
LIVRE
SECOND. 63
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| à sa belle chevelure d'or. Il n'est nul noir, qui ne demeure inférieur à |
|
| ses beaux cils. Ses yeux divins, avec ce qui dedans d'allègre et de |
|
| gracieux, se voit mêlé à une certaine vénérable majesté, n'ont que faire |
|
| de ressembler à autre chose que rais du soleil. Quand j'arrivais à l'accord |
|
| du duc de Ferrare, qui semble argent, à côté de ses bras souples |
|
| et de ses mains délicates, il me paraissait d'un noir rude et grossier. Je |
|
| ne peux trouver en somme un art, ni de diligent orfèvre, ni d'habile |
|
| joaillier, qui arrivé au sommet de toute excellence et de tout prix, me |
|
| puisse détruire ce contentement que fait la mansuétude de son très doux |
|
| sourire. Je laisse et la très sainte pudeur, et la gravité de la démarche. |
|
| Chacun pourra voir que Pline, sur l'opinion des Mages, a écrit que |
|
| le lézard mort en l'urine humaine restreint l'amour et qu'est le même |
|
| effet produit par la fiente des colombes bue en l'huile. Si buvais-je |
|
| toute la fontaine cupidinesque qui fait, comme le dit Metianus, déposer |
|
| l'amour, par rencontre, absorbant une gorgée de lumière scintillante des |
|
| yeux de ma belle, par le chemin du coeur, ce peu aurait en moi plus |
|
| de pouvoir que cet autre beaucoup. Or, voyez où me va la pensée, |
|
| et combien est loin de son but premier. Malheur à qui, chez une gentille |
|
| dame, sait reconnaître, non toutes ces belles parties que je vous dis, |
|
| voire, une certaine humanité, vrai calamité des vertueux. Qu'on éloigne |
|
| de lui, le coupable remède de la belle Faustine; qu'on éloigne la |
|
| tisane d'Avicennes pour restreindre le sang corrompu, qu'on lui déprécie |
|
| les incantations d'Alphesiboë et de Dido, parce que tout est chose nulle. |
|
| Amour fait que l'homme n'obéit pas à qui prudemment le conseille. |
|
| Il te nourrit toujours en espérances et en plaisirs déplaisants, et te |
|
| donne pour guide et pour chef, le vain désir; et malgré tout, ne |
|
| sais-je reconnaître autre état plus beau que celui d'amour. Ainsi, |
|
| DIEU me prête grâce! Que l'amour mien viré vers sa bonté, puisse |
|
| avoir temps assez en cette vie, que je me connaisse moi-même; parce |
|
| que lors, connaissant mes vices, je reconnaîtrai son Fils unique pour |
|
| mon Rédempteur: auquel soit gloire en les siècles des siècles. |
|
| |
|
| FIN DU LIVRE SECOND. | |
@
@
LES TROIS LIVRES
de
L'A R T D U P O T I E R
-------------------
LIVRE TROISIEME
@
@
| L I V R E T R O I S I E M E | |
| |
|
| |
|
| --------------------------------------------------------------------------- |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| Parmi toutes choses qui se cherchent en cet art, tenir les couleurs | |
| nettes et ayant bon oeil au feu, me semble être de grande considération. |
|
| En ce notre tierce et dernier livre, traiterons-nous de l'ordre que se doit |
|
| tenir en cuisant et broyant toutes les couleurs. |
|
| Faut savoir que le blanc léger va cuit une fois seulement, et celui | |
| qui mal vient au premier feu, vient-il plus mal au second et encore plus |
|
| mal au tierce. Maints le lavent en cette sorte: sitôt qu'avez levé le |
|
| blanc léger du fourneau, mettez-le en une cuvelle de bois qui se tient |
|
| exprès bien nette et propre: cela fait, on la remplit à demi d'eau. Ayez |
|
| après un pilon de bois, ou une pierre ronde moult dure. Ayant bien d'abord |
|
| lavé ce blanc avec l'eau, laissez reposer: jetez l'eau, puis |
|
| avec le pilon ou la pierre, remuez bien par la cuvelle. Ce qui diligemment |
|
| fait, remettez de l'eau, puis passez en son tamis, car chaque couleur |
|
| a son tamis à part, à cette fin de ne se point tacher l'une par l'autre. |
|
| Aucuns le broient sur le porphyre des peintres à fresque, ce qui mieux |
|
| est, avec plus d'épargne. Maints le pilent en un mortier qui doit |
|
| être de pierre moult dure, de la grandeur d'un crible et quasiment de quatre |
|
| doigts profond. Ci-dedans se broient toutes les couleurs, et se fait avec |
|
@
68
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | une pierre de même dureté, large une palme et grosse plus de quatre doigts, |
| | si que pouvez voir en mon dessin (fig. 80). Ici dedans donc, se |
| | mettent les couleurs, sur quoi ayant posé la molette, tu tournes en appuyant |
| | avec la main. Et ainsi l'on fasse jusque la couleur vienne molle et |
| | à manière d'onguent. Puis tu verses dessus un bocal d'eau claire, et |
| | avec une écuelle émaillée, tu recueilles cette partie la plus ténue qui |
| | fait l'eau trouble, et ce fera-t-on en levant l'eau claire qui va dessus |
| | la remettant en son bocal, sur quoi va premièrement son tamis; et ce |
| | que tu ne peux faire avec l'écuelle, le fais-tu avec l'éponge; |
| | toujours rebroyant ces parties qui demeurent dans le mortier, tu recueilles |
| | de nouveau, jusque soit le tout broyé (fig. 81). |
| | Tu observes cet ordre pour toutes les couleurs. Or je vous veux parler |
| | de leur cuisson. Le vert accordé se cuit deux ou trois fois. Le jaune, une |
| | fois qu'est cuit en le bassin, se retire et se met en une cruche, puis se |
| | recouvre de terre, après se fait-il un trou au milieu de l'orifice en |
| | cette terre, puis se remet à cuire à nouveau, en un lieu où y soit du |
| | feu en suffisance, que plus a de feu, meilleur est. Que se fasse mêmement |
| | pour le jaune clair. Mais, si par le hasard advenait qu'à la prime |
| | cuisson, aucunes de ces couleurs vinssent fluides, ce qui est souvent, |
| | point ne seraient icelles bonnes. Donc, pilez toute couleur fluide et |
| | pesez, puis rajoutez un poids égal de son accord, et remettez à cuire |
| | comme ci-devant, tenant toujours un ordre de règle. Ainsi t'adviendra |
| | bien de toutes choses. |
| |
|
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | DU BLANC |
| |
|
| | Mis que sera le blanc au moulin, broyez tant que l'eau qui gît dedans |
| | soit trouble, parce que lors, sera la partie broyée en l'eau, laquelle sem- |
@
LIVRE TROISIEME.
69---------------------------------------------------------------------------
| blera du lait. Tu verses assez d'eau, puis tu as un grand baquet, sur |
|
| lequel sont posés deux bâtons avec une passoire dessus, comme se |
|
| voit (fig. 82). Puis, avec une grande écuelle de bois large une |
|
| palme, tu retires du moulin cette eau troublée, la versant dans le baquet |
|
| sur le tamis, en en laissant au moulin, tant qu'il en est besoin, pour |
|
| broyer, et ainsi tu fais du restant. Et quant te semblera que soit le tout |
|
| broyé, verse en le moulin tout ce qui a coulé dans le baquet, d'où deux |
|
| fois encore tu le retires tout, et ce qui ne peut s'enlever avec |
|
| une écuelle, tu le tires avec une éponge faite à cet usage. Tu |
|
| dois tenir cette méthode de broyer pour toutes les couleurs qui vont au |
|
| moulin, tant pour la couverte que pour les autres. Là faut savoir que |
|
| souventes fois les blancs se réchauffent, et se connaît en ce que font |
|
| ficeux en croissant dans le baquet une écume, comme voyons faire aux |
|
| eaux qui tombent de haut sans soi repousser. Quand adviendra telle chose, | Remèdes aux blancs
|
| tu prendras une bonne écuellée de vin chaud que tu jetteras sur, et | qui s'échauffe.
|
| point n'y feras dommage. Aucuns pissent dedans, aucuns y mettent le |
|
| jus d'oranges, autres le miel détrempé en l'urine. Ce sont tous bons remèdes |
|
| Mais, puisqu'avons parlé du broyage, il me demeure à enseigner comme | |
| s'émaillent les ouvrages, et sera-ce de toute brièveté. |
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| MODE D'EMAILLER | |
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| Levées du four que seront les ouvrages, et cuites une fois, assortis | |
| icelles, c'est-à-dire choisis toutes les sortes à part, et avec une queue de |
|
| renard, de boeuf ou de cheval, époussette diligemment le dedans comme |
|
| le dehors. Ceci fait sur toutes celles que tu veux émailler, l'eau étant |
|
| venue au-dessus de la couleur en le baquet, tu remues bien avec l'écuelle |
|
| de bois et avec la main, à cette fin que les parties plus lourdes |
|
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70
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
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| | viennent à se soulever dans l'eau, et à se mêler aux plus légères. Cela |
| | sera lorsque tirant la main du baquet, elle demeurera également voilée. |
| | Or, prends une petite écuelle de biscuit époussetée, et la plonge en le |
| | dit blanc, la retirant aussitôt, puis avec un fer, tu dépouilles jusque |
| | au biscuit, et si te semble le blanc épais, tu mets un peu d'eau, si trop |
| | mince, tu laisses reposer, et enlèves de l'eau, (encore peux-tu émailler des |
| | objets à la douzaine de chétive valeur,) si, que faisant l'épreuve avec |
| | le fer, comme fut déjà dit, tu trouves le blanc épais en suffisance. Alors |
| | tu prends les travaux délicats et les y plonges, manoeuvrant toujours la |
| | couleur avec la main. Encore faut-il savoir que sont certains travaux |
| | menus, lesquels pour être mis en le four, à côté des ouvertures par lesquelles |
| | passe le feu, deviennent valendrés*. Tu ne les émailles point, pour |
| | ce que en ces parties où sont telles, point ne s'y tiendrait la couleur. Encore |
| | faut-il savoir que maints ouvrages subtils, se plongent en la couleur, |
| | et que maintes s'émaillent avec l'écuelle. Tous les travaux subtils se |
| | plongent dans le blanc, et une partie de ceux à la douzaine, comme serait: |
| | tasses, écuelles à la mode et petites écuelles. Les autres tous s'émaillent |
| | avec l'écuelle, avertissant que ceux qu'on baigne en la couleur, se |
| | retirent aussitôt, puis on les étale sur une table, comme mieux plaira à |
| | celui qui les prend. Encore faut-il savoir que tous les ouvrages |
| | délicats, s'émaillent avec toutes deux les mains, non qu'elles se prennent |
| | à pleines mains, mais avec le bout de l'index et du médium, posant |
| | les mains en face l'une de l'autre, comme se voit (fig. 83), puis du |
| | côté A, on plonge et du côté B on retire, tenant incliné pour que l'émail |
| | coule. |
| | Les petites tasses, petites écuelles et menus ouvrages, s'émaillent |
| | avec une seule main, l'autre toujours en le baquet à mêler la couleur |
| | en laquelle se plongent les objets, comme a été dit (fig. 84). |
| | Les ouvrages creux à la douzaine, s'émaillent avec l'écuelle, les |
| | tenant par les pieds avec la main gauche, comme pouvez voir (fig. 85). |
| | Puis de la main dextre dont vous tenez l'écuelle, vous versez la couleur sur |
| | le bocal, ayant la main qui le tient, tournée vers soi. Puis en versant le |
| | blanc, on fait faire deux tours au vase. Ainsi est que par tout s'émaillent |
Note du traducteur :
valendrés: gauchis par le feu.
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LIVRE TROISIEME.
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| les bronzes antiques. Aucunes urnes se plongent en le blanc, leur faisant |
|
| prendre la couleur en dehors et dedans. Toutes les manières de plats s'émaillent |
|
| avec l'écuelle, tenant un des côtés du plat avec la main un |
|
| peu inclinée et virée vers soi; et en versant la couleur, vous retournez le |
|
| plat du côté opposé à celui par où vous le tenez. Fait cela, tu poses l'écuelle |
|
| dans le baquet, et avec l'index, tu frottes l'ourlet du plat pour |
|
| qu'il ne s'attache pas dans l'enfournement. |
|
| Maintenant me demeure à vous dire comment s'émaillent à l'intérieur les | |
| ouvrages creux. Faut dire que la couleur pour émailler un vase creux, |
|
| comme bocaux et cruches, se tient en un broc dont l'eau soit retirée en |
|
| suffisance. Prends une cruche longue à bouche ronde, tu la plonges en la |
|
| couleur, et l'emplis jusqu'à moitié, ce qui étant fait, tu prends ce bocal |
|
| ou autre à émailler, avec tous les cinq doigts, par le col proche |
|
| l'orifice, le tenant ainsi au-dessus du broc, et tu verses avec la susdite |
|
| cruche le blanc en dedans. Aussitôt qu'est versée la couleur, tu la rejettes |
|
| dans le broc, parce que pressée qu'elle est de sortir, l'air qui veut entrer, |
|
| la repousse en dedans, et si, se dilate icelle par toute la concavité. Faut |
|
| savoir, qu'émaillant toujours de continu, la couleur s'épaissit, parce |
|
| qu'étant le blanc plus pesant que l'eau, vient icelle à être absorbée plus |
|
| que lui. Qu'advienne ce, petit à petit, ayant fait l'épreuve avec un |
|
| fer comme déjà a été dit, et la couleur trouvée trop épaisse, mettez un peu |
|
| d'eau, tenant toujours cette méthode. |
|
| |
|
| ------------------- | |
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| |
|
| MODE DE PEINDRE | |
| |
|
| Maintenant qu'avons émaillé, convient-il de peindre, vu que peu | |
| d'ouvrages se laissent blancs, principalement de blanc commun. Les couleurs |
|
| ont été broyées comme a été dit. Le safre et le manganèse qui sont |
|
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72
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | couleurs de minières, se passent comme les autres par leurs tamis, en des |
| | écuelles rondes émaillées. Ce qui fait, on les laisse un peu reposer. On |
| | les pèse, on verse une bonne partie d'eau, en laissant assez que la couleur |
| | en tienne ce qui faut et ne soit trop épaisse ni trop claire. Ce qui étant |
| | fait, on pose les écuelles sur le banc, et ci peint-t-on. Mais mal se |
| | ferait, si avant ne se forment les pinceaux, et n'irons point plus outre que |
| | de ce faire. |
| |
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|
| | MODE DE FAIRE LES PINCEAUX. |
| |
|
| Poils de chèvres et | Est à savoir que les pinceaux se font de deux sortes de poils: poils
|
| poils d'ânes. | de chèvres et poils d'ânes. De l'âne, tu prends les poils de la crinière et
|
| | non d'autres; de la chèvre, tu prends ceux qu'elle a au col et en certains |
| | endroits sur les côtes et sur les flancs, pourvu que soit icelui lustré, mol |
| | et droit et que point n'ait d'endroit faible. On le connaît en ce que |
| | trempé en l'eau, et ensuite ployé ainsi avec le doigt, s'il demeure ployé |
| | est mauvais, s'il retourne droit est bon. Maints sont qui pour faire des |
| | pinceaux à peindre des sujets historiés, ont coutume d'y mêler aucuns |
| | poils de moustaches des souris, à savoir ceux qui sont au museau. Ceci dit, |
| | tu les lies sur un manche de bois, ou voulons nous dire hampe de pinceau, |
| | avec un fil d'acier ciré, faisant de telle sorte que la ligature soit |
| | couverte par les spirales de l'acier. Maints couvrent la susdite ligature |
| | avec de la cire, parce que la défend-elle de l'eau. On les taille après |
| | par la pointe, laissant de gros et de menus comme convient à qui veut |
| | travailler. Or, c'est tout, ce me semble, qui soit à dire sur les pinceaux |
| | (fig. 86). |
| |
|
| | ------------------- |
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LIVRE TROISIEME.
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| MODE DE PEINDRE. | |
| |
|
| La peinture des vases est différente de la peinture au mur, vu que les | |
| peintres au mur se tiennent debout en la plupart, et ceux des vases |
|
| sont assis, mais ne pourrait-t-on peindre autrement comme voir se peut |
|
| en le dessin (fig. 87). Le travail qu'on peint se tient sur les genoux |
|
| avec une main en dessous. J'entends le travail plat, parce que le |
|
| creux se tient la main en dedans, et je dis la main gauche. Le travail |
|
| délicat se tient en certaines cases de bois, un doigt plus haut que les |
|
| plats. Les travaux creux se tiennent sur le pied, posé sur le genoux gauche. |
|
| Sur les travaux délicats entre le plat et la boîte, se met de l'étoupe, à |
|
| cette fin que tirant cette boîte pour travailler, l'ouvrage ne branle pas |
|
| dedans, et point ne s'égratigne, car le blanc est tendre. Ainsi doit-on |
|
| avertir, que mettant les pinceaux d'un godet en l'autre, mainte couleur |
|
| ne le supporte pas, comme à dire le blanc léger en lequel ne se met nul |
|
| pinceau, hors ceux qui premièrement y furent. Que si tu veux y en mettre |
|
| aucun, le lave bien d'abord, qu'autrement se gâterait la couleur. |
|
| Ainsi fait-t-on des autres, hors le vert en lequel se peut mettre le | |
| pinceau du jaune clair, mais non le pinceau du vert en le jaune clair, que |
|
| tu les verdirais tout. Mais le pinceau du jaune clair en la couleur verte, |
|
| lui fait si tant bon service, qu'encore qu'icelle soit de mauvaise nature, c'est |
|
| le remède à sa méchanceté. Il advient encore que maint vert amène la |
|
| couleur trop épaisse, ce que advenant, tu y mets un peu de blanc commun, |
|
| j'entends en le cuivre brûlé, et non en le vert accordé, lequel n'en a |
|
| que faire. |
|
| Or, il me souvient de vous bailler un autre avis qui est ceci: | |
| Souventes fois, peignant un ouvrage, se découvrent aucuns graviers, |
|
| lesquels, si tu laissais ainsi, se gâterait l'ouvrage, vu que le blanc |
|
| point ne se tiendrait en ces dits endroits. Tu les lèves avec la |
|
| pointe d'un couteau, remettant du blanc dessus; et si par le hasard en |
|
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74
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | le levant, se faisait que tu traverses de l'autre côté et que ce fut |
| | travail d'importance tu façonnes un petit morceau de terre cuite et le |
| | mets en la place du susdit de sorte qu'il ne sorte point du bord puis |
| | tu le couvres et le peints des deux côtés, que point n'y paraîtra. |
| | C'est tout ce que dire se peut touchant la peinture. Il me demeure à vous |
| | montrer les mélanges avec quoi se font les pièces historiées et comme |
| | on les place en leurs lieux à cette fin que l'art ne manque de perfection. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | MODE DE FAIRE LES MELANGES. |
| |
|
| Grandes vertus gisant | Je connais que savez que toutes les choses, que le grand et puissant
|
| aux choses petites créées | DIEU a créées en ce monde pour petites et de peu de prix qu'elles
|
| par DIEU. | soient ont pourtant dis-je, vertus particulières lesquelles si ne sont-elles
|
| | bien comprises vient-il de notre peu de science et chétif penser |
| | à requérir soigneusement les choses occultes desquelles si l'on allait |
| | requérant leurs pouvoirs ainsi se retrouveraient. |
| | Que ne penses-tu, comme fit celui qui pensa de mélanger ces couleurs |
| | ensemble et ainsi en a retiré outre un grand lustre pour l'art un |
| | moult grand profit. Il pensa dis-je, pour tirer les figures et esquisser les |
| | histoires en les vases, et pour faire tout ce qui est de clair-obscur, d'accompagner |
| | le jaune avec un petit de safre noir à savoir: |
| | A B
|
| | Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 2 |
| | Safre noir. . . . . . . . . . . . . . . . once. ½ 1 ½ |
| | Ce premier accord qui est l'accord A, se nomme mélange clair, le |
| | second de la ligne B, par l'accroissement du safre, se nomme mélange |
| | foncé. Avec le premier tu ébauches et ombres avec le second tu repousses |
| | et parachèves. Si te manque le safre noir tu prends le clair mêlé avec |
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LIVRE TROISIEME.
75---------------------------------------------------------------------------
| un peu de manganèse, qui fera même effet en le mêlant au |
|
| jaune. |
|
| Pour feindre une aurore, les chairs mortes, les pierres et certains chemins | |
| éclairés, fais ceci: |
|
| A B | |
| Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 2 | |
| Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 4 3 | |
| |
|
| Pour feindre les bois, certaines routes enflammées et faire aucunes pierres, | |
| fais ceci: |
|
| A B | |
| Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 2 | |
| Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 3 | |
| |
|
| Pour faire le ciel, la mer, les fers et autres choses, tu fais ainsi: | |
| A B | |
| Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 1 | |
| Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 3 2 | |
| |
|
| Pour faire les terres labourées, les voies, antiquailles, ravines, et pierres, | |
| fais ainsi: |
|
| Mélange clair . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 |
|
| Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 |
|
| |
|
| Pour faire les prés verdoyants, et aucuns arbres petits frappés du | |
| soleil: |
|
| Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 |
|
| Cuivre brûlé. . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 |
|
| Pour faire les cheveux, fais: | |
| Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 |
|
| Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 |
|
| |
|
| Voilà tous les mélanges qui se font en cet art. Je vous en ai | |
| fait de toutes doses, ce qui ne s'emploie pas, vu que les peintres |
|
| varient suivant qu'est besoin, et parce que se fait au hasard. Mais il m'a |
|
| semblé bon de vous bailler une règle fixe, pour faire la clair-obscur, comme |
|
| il plaît le mieux aux peintres. Cet art n'a point encore une couleur | Rouge feint, vu à
|
| qui devienne rouge, et je suis hardi de dire d'en avoir vu en la boutique | Faenza, en la boutique de
|
| de Vergiliotto, à Faenza, belle comme un cinabre, mais il est faux | messire Vergiliotto.
|
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76
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | et se façonne ainsi: on broie le bol d'arménie avec du vinaigre rouge, |
| | et puis on peint avec sur le jaune clair, que s'il se fait que le feu |
| | ne le consume, vous verrez un rouge en toute perfection, et je louerais |
| | fort que pour cela on en fit les maisons entières. |
| | Cela suffit quant à la peinture. Il me convient de vous dire comme |
| | s'émaille le blanc de Ferrare. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | COMME S'EMAILLE LE BLANC DE FERRARE |
| |
|
| | Le faut piler, passer et broyer au moulin, si que les autres couleurs, et tu |
| | l'émailles de même, mais il vient le double plus épais. Je t'avertis qu'étant |
| | émaillé, s'y découvrent aucuns petits trous, que si tu les laissais cuire ainsi |
| | s'élargiraient. Pour porter remède à ce mal, maints ont accoutumé les |
| | élargir davantage avec la pointe d'un couteau, puis les rebouchent |
| | avec du blanc. C'est un moult bon remède, mais il est trop plus long. |
| | Aucuns passent dessus avec les doigts, faisant réunir le blanc, mais c'est |
| | chose fallacieuse. Moi pour y remédier, je te louerais fort que tu voilasses |
| | les terres cuites, d'une fleur de couverte blanche et bien cuite; puis laissant |
| | ainsi sécher pendant huit jours, que tu les émaillasses avec du susdit |
| | blanc. D'autres font l'une et l'autre chose avec le doigt, qui est de |
| | mirifique réussite. Dessus, tu peints avec du safre noir et azuré, c'est à |
| | savoir, qu'avec le noir tu tires les contours, et avec l'azuré tu mets |
| | les ombres, puis peints dessus avec le jaune et le jaune clair, mais |
| | non avec autres; avertissant de mettre les couleurs bien nettes et non |
| | trop épaisses. |
| | Ce blanc ne veut demeurer longuement émaillé sans cuire, et le |
| | garde de la poussière. |
| |
|
| | ------------------- |
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LIVRE TROISIEME.
77---------------------------------------------------------------------------
| MODE DE FAIRE LES CRUCHES | |
| |
|
| |
|
| Déjà que je suis conduit à la fin des couleurs, me suis-je mis aux deux | |
| extrêmes de l'art, à savoir, le plus excellent et le moins. Je dis le blanc, |
|
| du duc de Ferrare, et la manière de faire les cruches ou pots. Que nul |
|
| ne me blâme en cela, vu que si l'un est fait pour tenir les vivres cuites |
|
| ou crues, l'autre est fait pour cuire les crus et conserver les cuits. |
|
| Tu sais que souventes fois, les trésors ou les écus et joyaux |
|
| voulons nous dire, se mussent en des pots; et puis, si se pesait |
|
| l'or voisin de l'or, celui de la main dextre, serait tant beau |
|
| comme celui de la main gauche; mais si contrairement tu mettais aux |
|
| mains du fer ou cuivre, il accroîtrait sa laideur propre sans pouvoir |
|
| non plus augmenter la valeur ou beauté de son opposite. Ainsi |
|
| feront autrement ces deux extrêmes posés ensemble. L'un donnera matière |
|
| à considérer qu'Alfonse, déjà très illustre duc de Ferrare, sous la gouverne |
|
| duquel furent soumis tant de cités, tant de châteaux, tant de peuples |
|
| pacifiquement, sans connaître nulle molestie* de nulle sorte (comme il en |
|
| est encore aujourd'hui, grâce à la bonté divine, et au sage jugement | Le très illustre Alphonse
|
| du très illustre et très chrétien fils du dit duc) se prit par divertissement | duc d'Urbin, plus à consi-
|
| à faire édifier en un lieu voisin de son palais, un four à vases; | dérer que le grand Iulius
|
| et ainsi se proposait ce sage seigneur, à philosopher de lui-même | Caesar, dictateur.
|
| touchant cela, par quoi il retrouva l'excellence de l'art du potier, ne laissant |
|
| pas pour ce les pensers royaux et soins populaires; dont instamment plus |
|
| de louanges conviennent à ce bon seigneur, que non pas au grand Julius |
|
| Caesar, dictateur, parce que, si était icelui admirable pour écrire, dicter |
|
| et lire en un même temps, plus miraculeux sera celui-ci, qui comme |
|
| duc, comme père, comme frère et comme ami, en un même temps, gouvernait, |
|
| soutenait, défendait tant de peuples, toujours accroissant la majesté |
|
| ducale, et pareillement en un même temps, savait rendre compte de tous |
|
| les arts. Or, voici comme se font les cruches. Se façonnent icelles sur |
|
Note du traducteur :
*nulle molestie: sans être molesté, agressé.
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78
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | le tour comme les autres vases, après se cuisent en biscuit, et s'enfournent |
| | l'une en l'autre, voulant moult moins de feu, vu que leurs couleurs |
| | vont de plomb, comme tu vois ici, |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| |
|
| | COULEURS DES CRUCHES |
| |
|
| | A B C |
| | Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 21 20 |
| | Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 7 8 |
| | Ferraille . . . . . . . . . . . . . . once. 1½ lib. 1lib. 1 |
| |
|
| | Tu broies le tout au moulin cru ainsi, puis tu émailles et enfournes. Je |
| | vous en ai posé trois accords, prenez celui que voudrez, sont tous |
| | bons. |
| |
|
| | ------------------- |
| |
|
| |
|
| | MODE DE COUVRIR |
| |
|
| | Peintes que seront les ouvrages, tu les étales toutes par terre, |
| | en un lieu propre et moult bien séché. Tu accommodes les bords, si aucunes |
| | fois s'en était levé le plus petit blanc, puis aux ouvrages historiées, |
| | tu mets du jaune clair sur les bords. Ce qui étant fait, avec le nom de |
| | DIEU, aie la couverte cuite, bien et bien broyée, avertissant qu'en la |
| | mettant à moudre, faut que soit le moulin bien lavé. Puis ôte un peu |
| | d'eau, non tant qu'au blanc, mais la faut laisser plus claire, et ainsi plonge |
| | l'ouvrage en icelle, comme as fait pour donner le blanc, suivant tou- |
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LIVRE TROISIEME.
79---------------------------------------------------------------------------
| jours le même ordre. Je t'avertis ici qu'aucunes fois, certains blancs se |
|
| détachent du biscuit en le couvrant; quand cela advient, tu ne le retrempes |
|
| point en le baquet, mais prends une brosse de celles à draps, |
|
| baigne là dans la couverte, et en arrose les ouvrages comme font ceux |
|
| qui tondent les draps, et fais ainsi tant que les ouvrages se couvrent de |
|
| partout. Je ne sais qu'autre remède soit encore trouvé. Après, tu en |
|
| fais des piles de cinq par cinq, et les mets sur leurs tablettes. Avertissant |
|
| qu'encore que j'aie montré à mettre le blanc en dedans, premièrement faut-il |
|
| que les ouvrages creux soient couverts et tu donnes après le blanc. |
|
| Venons au moyen d'enfourner. |
|
| |
|
| ------------------- | |
| |
|
| |
|
| MODE D'ENFOURNER | |
| |
|
| Premièrement, faut que tu balaies bien le four, ôtant de dessous, les | |
| cendres qui demeurent de la première cuisson, le nettoyant des braises et |
|
| autres ordures, puis tu as de la terre à luter faite ainsi: Prends du sablon |
|
| qui se mouille bien, mets dedans autant de cendres, crottins d'ânes, |
|
| écailles ou battitures de fer, nous voulons dire cette poussière qui se trouve |
|
| sur le tronc des enclumes; tu mélanges bien ensemble, tu mets en l'auge, |
|
| puis la portes sous le four, et avec la main, ainsi grossièrement tu l'étends |
|
| dessus parmi les arches, de façon qu'il y en ait un doigt de haut, |
|
| puis tu sors de dessous, et avec le nom de JÉSUS-CHRIST, tu commences | Tu commence l'enfour-
|
| l'enfournement, faisant comme a été déjà dit, le premier rang de l'ouvrage | nement avec le nom
|
| cru, et à côté de lui qui sera en face de la première védette, en venant | de JESUS-CHRIST.
|
| par ici, une file de cruches fines, avertissant de poser les pots, de façon |
|
| que tu puisses védetter. Ceci fait, tu commences à mettre les casettes des |
|
| ouvrages délicats, avertissant toujours, qu'elles soient bien égales et |
|
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80
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | alignées, en sorte de ne point entraver les issues du feu, et que les vases |
| | finis ne se touchent nullement, vu qu'ils se colleraient. |
| | On sait que tous les ouvrages creux, se grattent à l'orifice, pour |
| | ce que tu les enfournes les uns sur les autres. Et vas enfournant ainsi, |
| | comme pour les ouvrages crus, accommodant toujours près des carneaux, |
| | les travaux finis, à cette fin de les védetter. Sache qu'un chacun plat |
| | va en sa casette, hors les gobelets et écuelles à la vénitienne, qui vont trois |
| | ou quatre par casette. Je t'avertis que tous les objets s'enfournent posés |
| | sur l'orifice, hors le blanc de Ferrare, qui se met sur pieds; mais à Castello, |
| | et en la marche d'Ancône, on enfourne sur l'orifice, dessus la patte de |
| | coq. Je sais que vous devez rappeler comme je l'ai dit, que ne |
| | doivent les ouvrages se toucher en nulle part. Or me tiendrez-vous pour un |
| | fou, si je ne vous montre qu'elles ne se tiennent pas en l'air. Il est à savoir |
| | que tout ouvrage plan, est enfournée sur les pointes, lesquelles sont faites |
| | de terre, menues comme pions d'échiquiers; aiguës, que tant plus le |
| | sont, tant mieux vont-elles. D'elles, on en met trois par casette, et |
| | petit à petit avec grand' cautèle*, on remet dessus le plat, comme voyez |
| | (fig. 88), et on les accommode après dans le four l'une sur l'autre, pourvu |
| | que le biscuit ne touche nullement à l'ouvrage fini. C'est là l'ordre |
| | à tenir pour tout ouvrage plan. Les compotiers, coupes, tasses et |
| | écuelles à la vénitienne, s'enfournent sur les pernettes pour ce qu'est leur |
| | ourlet courbé, et ainsi la saillie de l'ourlet étant posée sur la pernette, il |
| | n'est nulle applique comme voyez ici (fig. 89). |
| | Les menues tasses, comme je l'ai dit, vont trois et quatre par casette, pourvu |
| | toutefois, que les casettes le comportent, étant hautes en suffisance, |
| | comme se voit aux présentes (fig. 90). Si s'en sert-t-on pour enfourner les |
| | bronzes antiques. En enfournant les tasses ou écuelles, on met les pernettes |
| | par ces trous que voyez, et on laisse passer les anses d'icelles écuelles par |
| | ces ouvertures, accommodant tout de telle façon que ne touchent de |
| | nulle part. |
| | On accommode les dites casettes chacune sur l'autre, en sorte que |
| | le monceau vienne haut jusque à l'imposte de la voûte, tenant toujours le |
| | fil à plomb comme ci-dessous (fig. 91). |
Note du traducteur :
*cautèle: soin.
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LIVRE TROISIEME.
81---------------------------------------------------------------------------
| Telle est la méthode d'enfourner qui se tient par tout endroit. La différence | |
| gît uniquement en l'enfournement sur les pieds ou sur l'orifice. Or ne me |
|
| demeure autre chose à faire, que vous rappeler d'enfourner de cette |
|
| façon, que le feu puisse virer partout, ne pressant si tellement les piles |
|
| chacune sur l'autre, que ne puisse le feu s'y entre-jouer, parce que serait |
|
| cuit par ci et non par là, et pense, quant aux vedettes, les faire de |
|
| manière que puisse l'oeil embrasser d'un côté à l'autre du four. C'est là |
|
| le bel enfournement. |
|
| Sur les ouvrages plans, tu mets les plateaux sur lesquels vont les | |
| écuelles de demi ourlet, et sur les écuelles, vont les menues écuelles pourvu |
|
| que point ne se touchent à l'intérieur; pour quant au bord peu importe, vu |
|
| que se gratte. Emplissant les creux ou intervalles du travail cru, et le |
|
| plus au milieu du four, fais un arc d'écuelles et de tasses à la douzaine |
|
| si tu en as élevant l'arc comme tu le vois (fig. 92). |
|
| Cela fait, le fourneau étant empli jusqu'à la bouche, tu apprêtes la | |
| couverte mise sur les bocaux, d'iceux tu fais deux rangs par devant la |
|
| muraille, tu remets des ouvrages peints et toujours sur le plancher. |
|
| Au long, des murs dans les coins, tu accommodes le travail cru, et ainsi |
|
| dans les vides que tu auras par là, du biscuit toujours pour l'autre |
|
| cuisson. Puis tu clos, tu mets le mortier à la muraille, tu couvres les |
|
| carneaux de dessus avec des tuiles, tu refermes les vedettes et balayes |
|
| légèrement à la bouche. |
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| MODE DE CUIRE A FINI. | |
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| Sur ce qu'on adresse des oraisons à DIEU, avec tout le coeur, le remerciant | |
| de ce qu'il nous octroie. Tu prends du feu, considérant toutefois, | Considérer l'état de
|
| l'état de la lune, parce que c'est de grande conséquence. J'ay ouï de ceux qui | la lune.
|
| 11 | |
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82
LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER.| | --------------------------------------------------------------------------- |
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| | vieux sont dans l'art, et ont expérience, que choisissant d'avoir le feu sur |
| | le déclin de la lune, la clarté du feu vient à manquer tellement quellement* |
| | icelle lune manque d'éclat. En le faisant, considère sur toutes choses les |
| | signes de pluie, ce qui serait grand danger, et tu les laisseras passer, te |
| | rappelant toujours de faire ces dites choses avec le nom de JÉSUS- |
| | CHRIST. Le feu allumé, y employant surtout du bois sec et d'essence douce, |
| | à cette fin qu'il ne mène une flamme âpre, tu vas l'augmentant peu à |
| | peu, comme tu as fait à l'autre cuisson, avertissant de ne point laisser le |
| | bois aller trop plus avant en l'âtre, que facilement pourrait nuire la fumée; |
| | puis en son temps, tu chasses les braises, les étendant comme déjà fut |
| | dit plus haut; et quand auras donné approchant onze heures de feu, tu |
| | ouvres une vedette et regardes comme elle est claire. Si te semble claire |
| | icelle, délites toutes les autres, et regarde si ont la même clarté. Si |
| | l'ultime ne te paraît pas claire comme les autres, tu enfonces le feu |
| | dessous, et fais que les flammes entrent si tant bien, qu'icelles arrivent à la |
| | partie la moins claire. Si tu ne peux ainsi mener le feu, ouvre les carneaux |
| | de la voûte supérieure, et tu verras que le feu sentant une issue |
| | s'en ira à cette voûte. Ainsi fait, quand te paraîtront les dits carneaux |
| | également éclairés, laisse le feu donner dessous, puis te baissant, regarde |
| | sous le fourneau, si le mortier que tu as mis après les arches a coulé, |
| | je veux dire, s'il a fait certaines larmes longues comme le doigt, pendantes |
| | ainsi que les eaux glacées que voyons l'hiver pendues aux toits; si |
| | la muraille de face s'est détachée par ci par là, et si les ouvertures du |
| | haut sont fleuries d'une certaine cendre, ce sont signes qu'est cuite la |
| | fournée. Mais point n'en demeure là. Laisse le feu brûler encore dessous, |
| | puis prends la montre ou vedette, qui est un engin de fer gros comme le |
| | doigt auriculaire, long deux pas, au bout duquel est un anneau un peu |
| | plus gros que le fer, en quoi tu mets aucuns morceaux de bois de saule, |
| | moult bien séchés et faits exprès. Ces susdits bois de saule, ou de toute |
| | autre essence douce, étant prêts, tu ouvres les carneaux et pousses |
| | dedans ces dits bois, lesquels s'enflammeront subitement, et lors pourras-tu |
| | voir tes ouvrages, comme si fussent-elles en tes mains. Ainsi feras-tu à |
| | toutes les quatre vedettes, et si te semblait que derrière point ne fut-il |
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LIVRE TROISIEME.
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| clair comme en les autres, prends un fagot d'échalas ou autre bois |
|
| doux et bien asséché, et en faisant de menus morceaux longs deux palmes |
|
| et larges deux doigts, tu les jettes en le four par dessous, du côté où ce |
|
| n'est point clair, juste que le devienne. |
|
| Là je te veux bailler un autre avis: ne fais jamais si tellement grand feu | |
| qu'il ne demeure en la bouche du four, une palme d'ouverture et quand |
|
| la fournée te semblera bien claire et luisante, tu ralentis le feu, éteignant |
|
| la braise en son temps, te rappelant toujours de cuire du fondant |
|
| et des couleurs, à cette fin de pouvoir travailler à l'autre cuisson. |
|
| Il ne demeure plus qu'à te faire voir diverses peintures qui se font | |
| aux vases en divers lieux. Je chercherai de le faire en toute brièveté. Or, |
|
| voici deux sortes de peintures, à savoir, trophées et arabesques (fig. 93). |
|
| A la figure (94) un trophée d'autre sorte; à la figure (95) un chêne |
|
| et un grotesque. Après (fig. 96) deux manières de feuillages. A la figure (97) |
|
| fruits et fleurs. A la figure (98) feuilles à la douzaine. A la figure (99) |
|
| paysage. A la figure (100) porcelaine et traits. A la figure (101) rehaussés |
|
| blancs et quartiers. A la suivante (fig. 102) groupes de deux sortes. A la |
|
| figure (103) candélabres. |
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| FIN DE LA TIERCE ET ULTIME PARTIE |
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| E P I L O G U E D U T R A D U C T E U R | | |
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| | AU LECTEUR BENEVOLE SALUT |
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| | Ami lecteur, puisque a plu à Dieu que soit ce mien écrit mené à bonne |
| | fin, je te prie et adjure vouloir bien considérer que ne suis-je que traducteur, Si |
| | n'ai-je fait autre que traduire fidèlement en tout point, ce bon messire Piccolpasso. Je |
| | l'ai fait dis-je, en toute sincérité, ne levant rien du sien, n'ajoutant rien du mien. C'est |
| | à savoir que point n'ai-je agi comme certains peintres de portraits, lesquels |
| | croyant mal surpasser les beautés naturelles et idoines des personnages, levant |
| | ce que trouvent-ils être laideur, mettant ce que jugent être joliesse, gâtent du tout |
| | leurs images par cette folle outrecuidante entreprise. Je sais qu'aucuns et les plus |
| | excellents, ont l'art en si plus grande et superlative exquisité, que semblent adulateurs |
| | courtisanesques en leurs portraits, vu que paraissent icelles être trop plus mieux |
| | que les personnages. Mais ce vient que sont et demeurent en la vérité, laquelle étant |
| | absconse et mussée en ses puits, la vont quérir et figent toute nue en leurs ouvrages, |
| | si que voyons-nous à grand ébaudissement, joie, liesse, étonnement et merveille, ses |
| | formes secrètes et membres cupidonesques. Point ne suis-je las, parmi ces fameux! |
| | mais ai-je suivi leur enseigne, comme un soldat son capitaine et sergent de bataille, |
| | vu que veulent les simples être montrés des doctes, et j'ai atteint le plus vrai |
| | qu'a été donnée à ma chétiveté; dont me sera baillé grand merci et gratitude moult |
| | étoffée, si t'est ce mien labeur d'utile secours et allégeance. Avertissant toutefois |
| | que si t'ai posé ci-dessus les méthodes, façons, recettes, doses et leçons de théorie, |
| |
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EPILOGUE DU TRADUCTEUR.| | --------------------------------------------------------------------------- |
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|
| | point ne t'ai-je baillé dame pratique, laquelle se joint et s'épouse nuptialement en
|
| | rêvant chevaleresquement à grands renforts de peine, expérimentations, épreuves,
|
| | veilles soucis et pensées. Et encore qu'avec cette pratique mécanique, point
|
| | ne feras-tu de bonne ouvrage, si tu n'as talent en suffisance, tant à tourner les belles
|
| | formes, qu'à peindre de bel entendement et de main adroitement exercée, les vases
|
| | ornés d'histoires et jolivetés innombrables.
|
| | Sans quoi, dis-je, tout est néant, et ce le donne labeur soutenu et aussi la bonne mère
|
| | Nature, avec la quintessence suprême du bon lait de sa bonne mamelle. Et je t'en po-
|
| | serai un exemple pour te faire croire que ci-dessus. Tu prends des feuilles, tu prends des
|
| | branches, tu prends l'écorce, tu prends les racines et radicules, tu prends le tronc, je te
|
| | baille la moelle, je te baille la sève, je te baille l'aubier, je te baille tout ce qui fait
|
| | l'arbre, et point ne me feras ce dit arbre. C'est que point n'as de talent à ce, qui est
|
| | chose de DIEU, lequel a cet art suprême; ainsi, sans blasphémer, comparant les dites oeu-
|
| | vres du benoît CREATEUR et SERBATEUR*, aux menus suffrages des pauvres humains,
|
| | je te donne terre, je te donne tour, je te donne émail, je te donne couleurs
|
| | et tous engins à faire des vases; je te baille couverte, je te baille
|
| | bon feu, bon bois, point ne feras-tu rien que chose de petit enten-
|
| | dement et de nulle gloire et nul triomphe, si tu n'as talent requis.
|
| | Ainsi travaille sous un bon maître, va quêtant la fortune
|
| | des beaux secrets, manoeuvrant, ajustant, ressassant
|
| | à nouveau, peignant très plus finement, inven-
|
| | tant les nobles fantaisies, pourchassant les
|
| | ornements précieux et reliefs très plus
|
| | exquis; ainsi prendras expérience et
|
| | acquerras talent que faut à
|
| | tout, si le veut Nature
|
| | et le puissant DIEU
|
| | qui te garde
|
| | et sauve.
|
| | AMEN
|
Note du traducteur :
*SERBATEUR: Sauveur.
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TABLE DES MATIERES
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TABLE DU LIVRE PREMIER
| Mode de recueillir la terre. . . . . . . . . . . 7 | Diverses anses . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
|
| Mode de la passer. . . . . . . . . . . . . . . . 9 | Ecuelle de cinq pièces . . . . . . . . . . . . . 19
|
| Mode de l'élaborer . . . . . . . . . . . . . . . 10 | Mesures des travaux. . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Raisonnements sur diverses manières de | Mode de travailler avec la balle et avec
|
| vases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 | le ballon . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
|
| Mode de faire les vis. . . . . . . . . . . . . . 13 | Estèques pour travailler et les grandeurs d'i-
|
| Comme s'attachent les anses et becs. . . . . . . 14 | celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
|
| Pour faire les vases sans bouche . . . . . . . . 15 | Fers à tournasser et des usages d'iceux. . . . Ibid.
|
| Mode de faire les tours. . . . . . . . . . . . . 16 | Mode de faire les casettes . . . . . . . . . . . 22
|
| Mode des girelles et des encastrements d'i- | Ce que c'est que pernettes, pilets, colifi-
|
| celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 | chets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Tours sur pieds. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. | Estèque à élever les casettes sur le tour. . . Ibid.
|
| Ce qu'est girelle et ce qu'est écuelle . . . . . 18 | Mode de travailler au tour . . . . . . . . . . . 23
|
| Ouvrages qui se font sur la girelle et sur | Mode du moulage. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| l'écuelle . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. | Mode de tournasser . . . . . . . . . . . . . . . 26
|
TABLE DU LIVRE SECOND
| Comme se récoltent les lies et de l'usage d'i- | Moulins qui s'emploient en l'état d'Ur-
|
| celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 | bin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
|
| Mode de faire le fondant-marzacot. . . . . . . . 33 | Moulin de Foligno à deux piles . . . . . . . . . 49
|
| Mode de faire le blanquet. . . . . . . . . . . . 34 | Moulin de Venise . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de faire le vert. . . . . . . . . . . . . . 35 | Manière de piler les marzacots . . . . . . . . . 50
|
| Mode de faire le jaune . . . . . . . . . . . . . 36 | Complément des couleurs d'Urbin et de
|
| Mode de faire le jaunet. . . . . . . . . . . . . 37 | Durante . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Comme se font les fourneaux à réverbères . . . . 38 | Couverte crue. . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
|
| Accord de l'étain au fourneau. . . . . . . . . . 39 | Couverte cuite . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de calciner l'étain . . . . . . . . . . . Ibid. | Complément du blanc ferrarais. . . . . . . . . . 52
|
| Mode de brûler le plomb. . . . . . . . . . . . . 40 | Complément des couleurs de la Mar-
|
| Couleurs urbinianes et durantaises . . . . . . . 41 | che . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
|
| Couleurs de la Marche. . . . . . . . . . . . . . 42 | Complément des couleurs de Castello. . . . . . . 56
|
| Couleurs de Castello . . . . . . . . . . . . . . 43 | Couleurs de Foligno. . . . . . . . . . . . . . . 57
|
| Couleurs à la vénitienne . . . . . . . . . . . . 44 | Blanc de Ravenne . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de faire les fours à vases. . . . . . . . . 45 | Bleus bertins divers . . . . . . . . . . . . . . 59
|
| Mode d'enfourner à cru . . . . . . . . . . . . Ibid. | Azurins divers . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de cuire à cru. . . . . . . . . . . . . . . 46 | Noirs divers . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
|
| Portrait du four et des instruments | Grisailles . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| d'icelui. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47 | Complément des couleurs de Venise. . . . . . . . 61
|
TABLE DU LIVRE TROISIEME
| Mode de broyer le blanquet pour peindre. . . . . 67 | Mode d'enfourner en fini . . . . . . . . . . . . 79
|
| Ce que c'est que molette et comme se broient | Mode de cuire en fini. . . . . . . . . . . . . . 81
|
| les couleurs. . . . . . . . . . . . . . . . . 68 | Mode de faire les trophées . . . . . . . . . . 83
|
| Mode de broyer le blanc. . . . . . . . . . . . Ibid. | Mode de faire les arabesques . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode d'émailler. . . . . . . . . . . . . . . . . 69 | Mode de faire les chênes . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de peindre. . . . . . . . . . . . . . . . . 71 | Mode de faire les grotesques . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de faire les pinceaux . . . . . . . . . . . 72 | Mode de faire les feuillages . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de faire les mélanges . . . . . . . . . . . 74 | Mode de faire les fleurs . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Comme s'émaille le blanc ferrarais . . . . . . . 76 | Mode de faire les fruits . . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Remèdes aux trous d'icelui . . . . . . . . . . Ibid. | Mode de faire les paysages . . . . . . . . . . Ibid.
|
| Mode de faire les cruches. . . . . . . . . . . . 77 | Mode de faire la porcelaine. . . . . . . . . . Ibid.
|
| Couleur des cruches. . . . . . . . . . . . . . . 78 | Rehauts blancs sur blanc et quartiers. . . . . Ibid.
|
| Mode de couvrir. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. | Groupes et candélabres . . . . . . . . . . . . Ibid.
|
FIN DE LA TABLE.
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