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Page

Réfer. : 0903 .
Auteur : Huginus à Barmâ.
Titre : Le Règne de Saturne changé en Siècle d'Or.
S/titre : ou Le Magistère des Sages.

Editeur : Pierre Derieux.
Date éd. : 1780 .
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PAGE VIERGE.

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L E R E G N E
D E S A T U R N E,

CHANGE EN SIECLE D'OR,

S. M. I. S. P.

ou LE MAGISTERE DES SAGES,

Qui a été tenu secret jusqu'à ce jour,
& que l'on publie maintenant en faveur des enfants de la science. On y a joint, pour lui servir comme de Pierre de touche, une suite de maximes puisées chez les Philosophes les plus authentiques; avec une pratique très facile.
Le tout traduit du latin d'Huginus à
Barmâ, par Mr. Pi. Th. An..... Avec figures.

pict

P A R I S,
Aux dépens de PIERRE DERIEU.
=======================
M. D C C. L X X X.

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pict

A V I S


A U L E C T E U R.

JE connaissais depuis longtemps
l'importance du service
qu'Huginus à Barmâ avait
rendu à l'école entière des
disciples d'Hermès, en donnant
au public le petit Traité
qui a pour titre: Saturnia
Regna in aurea saecula conversa.
Car je n'ignorais pas
que le célèbre Olaus Borrichius
A 2

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4 A v i s
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en avait parlé avec éloge
dans son Prospectus Chymicorum
celebrorium. » Huginus,
» dit ce Savant, a dépeint
» le secret du Grand-
» oeuvre dans son Saturnia
» Regna, avec tant de netteté
» qu'il paraît en avoir
» pénétré les principaux mystères,
» &c «. D'après un
témoignage aussi favorable,
j'avais soigneusement recherché
ce petit livre dans les
principales bibliothèques de
cette Capitale de la France,
mais inutilement. J'avais même

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a u L e c t e u r. 5
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parcouru un nombre prodigieux
de catalogues de ces
bibliothèques, qui se vendent
fréquemment à Paris, sans
en rencontrer une seule fois
le titre. J'avais remarqué aussi
que l'Abbé Lenglet Dufresnoy
n'en dit pas un mot dans
son catalogue des Auteurs
Hermétiques. D'après tout
cela, je commençais à douter
si le temps n'avait pas totalement
détruit les exemplaires
de ce précieux ouvrage
lorsque M. Derieu en mit
un sous mes yeux parmi un
A 3

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6 A v i s
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grand nombre d'autres livres
de la science, en ajoutant
qu'il était dans le dessein de
le faire réimprimer. J'applaudis
à ce projet, qui sera
sans doute aussi utile qu'agréable
aux Amateurs de la
Philosophie Hermétique; &
pour marquer la satisfaction
que j'en avais, je désirai
d'en soigner moi-même l'édition.
Vous pourrez donc à présent,
mon cher lecteur,
jouir & profiter de cet excellent
Traité. Lisez-le & relisez-le

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a u L e c t e u r. 7
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avec attention. Et si
vos principes, si le plan des
opérations que vous méditez,
s'accordent avec les principes
& les maximes de notre
Auteur; n'hésitez pas; essayez
hardiment de mettre la
main à l'oeuvre.
Nous ajouterons à cet avis
qui se trouve au commencement
de la nouvelle édition
latine du Saturnia Regna,
que la première édition
de cet ouvrage parut à
Paris en 1657. Jean Wolffg.
Dienheim en publia une traduction
A 4

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8 A v i s
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Allemande dans sa
Taeda Trifida Chimica, ou
Dreysache chymische Fackel.
C'est une collection Allemande
de quelques ouvrages
d'Alchimie, qui sont, 1°. la
Parole délaissée; 2°. le Règne
de Saturne d'Huginus
à Barmâ; 3°. le Testament
Chymique de B. Valentin.
Elle fut imprimée à Nuremberg
en 1674, in-8°. Je ne
connais, après cela, d'autre
édition de ce petit ouvrage,
que celle qui vient
de paraître à Paris, dans le

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a u L e c t e u r. 9
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courant de l'année 1779, &
qui a été donnée d'après l'édition
de 1657.
Disons encore que dans la
traduction que l'on en publie
ici, on s'est attaché uniquement
à rendre le sens de
l'Auteur. On s'est bien gardé
de courir après une éloquence
déplacée, ou d'affecter des
expressions brillantes. Nous
sommes dans l'usage en France
d'habiller beaucoup trop
à la Françoise les ouvrages
que nous faisons passer dans
notre langue. Une pareille
A 5

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10 A v i s
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licence, si elle peut jamais
être pardonnable, n'est
admissible au plus que dans
les ouvrages de simple amusement.
Qu'un Traducteur
alors donne son ouvrage sous
le nom de l'Auteur qu'il dit
traduire; il n'importe; pourvu
qu'il plaise, il a rempli
son but & satisfait son Lecteur.
Il n'en est pas de même
des ouvrages scientifiques;
celui qui les lit ne cherche
pas à s'amuser, mais à s'instruire;
il faut donc les mettre
sous ses yeux sans aucune

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a u L e c t e u r. 11
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altération. Quant aux livres
d'Alchimie qui nous viennent
de bonne main, ils sont encore
plus délicats que tous les
autres livres de science; leurs
Auteurs peuvent avoir caché
la vérité tantôt dans des tournures
singulières & recherchées,
tantôt sous des expressions
figurées, & d'autres
fois dans la simplicité même
de leurs paroles: aussi ils ne
doivent être touchés qu'avec
respect & scrupule par la
main d'un Traducteur. Telle
a été la règle que je me suis
A 6

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12 A v i s, &c.
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faite en mettant ce Livre en
français. Si je ne l'avais pas
jugé de main de maître, je
n'aurais pas voulu perdre
mon temps à le traduire; &
le croyant tel, je me suis
uniquement appliqué à en
rendre le sens, dont j'ai cru
devoir être plus esclave, que
de la pureté du langage.

pict

@

pict

P R E F A C E

DE L'AUTEUR.

V O U S me demanderez
peut-être, mon cher ami, où
est-ce que nous trouverons
l'Eau ou le Magistère des
Sages? Puisqu'on lit dans
Geber; notre Eau est l'Eau
des nuées. Dans Aristote:
notre Eau est une Eau sèche.
Dans Hermès: nous tirons
notre Eau d'un menstrue
sordide & puant. Chez Danthin:
notre Eau se trouve
dans les vieilles étables, les

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14 P r é f a c e
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latrines & les cloaques. Et
chez Morien: notre Eau
croît sur les montagnes &
dans les vallées.
Sachez que les insensés
n'entendent pas ces paroles;
ils croient qu'il s'agit ici du
Mercure. Remarquez bien
cependant que ce n'est pas
du Mercure dont les Philosophes
parlent, mais d'une
eau sèche qui rassemble tous
les esprits minéraux, l'âme
& le corps, en les rendant
pénétrants; qui après les avoir
rassemblés, les abandonne,

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de l' A u t e u r. 15

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se sépare d'eux & les laisse
dans l'état de fixité. Cette
Eau se trouve dans toutes les
choses qui sont au monde;
sans elle, tous nos efforts
pour parvenir à la pierre
des Sages seraient inutiles.
En effet comment pourrions-
nous, sans son secours, procurer
l'ingrès à nos matières
préparées, c'est-à-dire, leur
donner la faculté de se pénétrer
l'une l'autre.
Dans la Pharmacie, on
rassemble plusieurs simples,
& on en exprime le jus. Si

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16 P r é f a c e
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nous voulons faire une oeuvre
parfaite dans le genre,
soit végétal, soit animal,
soit minéral, il faudra que
nous suivions cet exemple:
aussi il y a dans toutes les
choses une Eau sèche par laquelle
elles se perfectionnent
elles-mêmes; c'est ce qui a
fait dire à Galien que tous
les mixtes dans les trois règnes
ont leur propre médecine
pour produire la pierre
qui leur convient, sans y ajouter
aucune chose étrangère.
Si l'on veut donc faire la

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de l' A u t e u r. 17

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pierre ou quelque fixation
ou quelque conjonction, il
faut la faire avec notre Eau
sèche.
Les Teinturiers nous présentent
aussi un exemple à
suivre; ils prennent de la
garance pour les draps qu'ils
veulent teindre en rouge, &
de l'alun (n. b.) Le drap est
le corps, la garance est l'âme,
& l'alun est l'esprit. En effet,
sans l'alun la couleur
ne pénétrerait pas le drap &
ne s'y fixerait pas; elle s'envolerait
peu à peu, & le drap

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18 P r é f a c e
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pâlirait; car la couleur rouge
est un esprit, & l'alun
participe de l'esprit & du
corps; d'où il arrive que
lorsqu'ils sont réunis, ils se
pénètrent mutuellement. Ou
bien encore, prenez de l'eau
de pluie, faites-y bouillir ces
trois choses, & lorsque par
l'ébullition l'alun & la couleur
auront pénétré le drap,
vous le suspendrez, l'eau s'évaporera,
& la couleur y
restera fixe. Il en est de
même de notre pierre. Quoiqu'on
ait préparé les corps,

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de l' A u t e u r. 19

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l'âme & l'esprit comme il
convient, s'ils ne se pénètrent
pas l'un l'autre par le
moyen de l'Eau, ils ne resteront
jamais ensemble. De
là cette multitude d'erreurs
où tombent tant d'Artistes,
parce qu'ils ne connaissent
pas la nature.
Sachez de plus que la terre
contient les semences de tous
les êtres, leurs opérations &
leurs vertus: aussi est-elle le
réceptacle de tous les rayons
& de toutes les influences
du ciel; elle est aussi imprégnée

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20 P r é f a c e
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par les autres éléments
& les autres cieux;
elle est le centre, le fondement,
disons mieux, elle
est la mère de tous les êtres,
puisqu'ils prennent tous naissance
dans son sein; car on
sait qu'il suffit de l'exposer
au grand air, après l'avoir
suffisamment purifiée, pour
qu'elle soit fécondée & imprégnée
des opérations & des
vertus célestes, au point
qu'elle pourra alors produire
d'elle-même des herbes
de toute espèce, des vermisseaux,

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de l' A u t e u r. 21

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des insectes & des
atomes ou paillettes métalliques.
En elle se trouvent un
grand nombre d'Arcanes; &
l'esprit de vie, qui est le premier-né
de la nature céleste,
y développe déjà son activité.
Il y a aussi dans son centre
une terre vierge composée
de trois principes; & la
loi de la nature est telle que
si vous savez séparer ces
trois principes; & les rejoindre
ensuite à la manière
des Philosophes, vous serez
possesseur du plus grand des

@

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22 P r é f a c e
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trésors. Parlons plus clairement:
Cette terre contient
dans son sein trois principes
sensibles. Le premier est le
nitre philosophique que la
terre a conçu par les influences
du soleil, de la lune &
des autres astres. Car si les
rayons qui émanent du soleil
font plus chauds, il en résulte
une plus grande quantité
de sel nitre central; ce
qui cependant (n. b.) doit
s'entendre non du nitre commun,
mais du nitre philosophique.
Le second principe,

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de l' A u t e u r. 23

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qui est caché dans cette terre
vierge, est l'esprit céleste &
invisible de la nature, c'est-
à-dire, l'esprit du monde
renfermé dans un sel subtil.
Le troisième est un sel fixe
qui est comme le réceptacle
des deux corps précédents
que Dieu a mis & comme
plantés dans son sein: ainsi
ces trois sels font contenus
& cachés dans cette terre.
Peu de paroles suffisent au
Sage; d'ailleurs les explications
qui suivent vous présenteront
la nature sous un

+@

23

pict

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24 P r é f a c e.
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si beau jour, elles la mettront
si nettement sous vos yeux,
que rien ne sera plus facile
que de la connaître. Lisez,
méditez, priez & gardez le
silence.

Votre ami, H. A B.

pict

LE

@


pict

L E R E G N E

D E S A T U R N E.

CHANGÉ EN SIECLE D'OR. =========================
P O S I T I O N S

de Philosophie Hermétique.

I.

C E U X qui ne croient pas
la possibilité de l'oeuvre divine
d'Hermès, qui en ignorent
la réalité, ou qui la méprisent,
n'ont point encore adoré
la majesté de la nature
B

@

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26 P o s i t i o n s
------------------------------

créatrice dans l'un de ses plus
beaux Ouvrages, & n'ont pas
suffisamment réfléchi sur
les opérations de la nature
crée. L'éclat du soleil & de
la lune frappe inutilement
leurs yeux; ce sont des aveugles
sur qui je ne dis pas la
lumière naturelle, mais la
splendeur de la grâce divine,
ne fait aucune impression.
En effet les Philosophes auraient-ils
dit que cette oeuvre
était un don de Dieu,
& qu'elle ressemblait à la génération
des animaux, s'ils
n'avaient pas jugé que le concours
de la faveur céleste &

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H e r m é t i q u e s. 27
------------------------------

de la nature était nécessaire
pour sa production? Et si le
simple paysan n'ignore pas
que Dieu & la Nature abhorrant
la solitude, ont mis
dans tous les êtres une semence
qui leur est propre, & par
laquelle ils se reproduisent &
perpétuent leur espèce; comment
des Philosophes, des
Sages, qui cherchent à approfondir
la Nature & ses secrets,
pourraient-ils former des
doutes sur cet objet?

I I.
Mais les Sophistes qui ont
cru parvenir à une connaissance
parfaite de ce mystère
B 2

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28 P o s i t i o n s
------------------------------

sans la révélation divine, ou
sans les conseils d'un guide
expérimenté, se sont plongés
dans des ténèbres stériles, &
n'ont reconnu que l'un de ces
deux principes, ou même les
ont méconnus tous les deux;
d'où il est arrivé que ne rendant
point à Dieu la gloire qui lui
est due, & méconnaissant le
pouvoir de la Nature, ils ont
honteusement profané l'alliance
qui réunit l'homme à
l'un & à l'autre; ils ont violé
les lois de la nature, ils ont
souillé le pur par le mélange
de l'impur, & n'ont enfanté,
que des monstres. Soit qu'ils

@

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H e r m é t i q u e s. 29
------------------------------

aient négligé ou qu'ils n'aient
pas connu l'Electre de Paracelse,
ils n'ont suivi que leur propre
sentiment, se sont livrés
aveuglément à leurs folles
idées, & ont couru avec avidité
vers la possession de notre
oeuvre & de ses richesses,
sans se proposer l'unique but
qui soit digne d'elle, c'est-à-
dire, la gloire du Très-Haut.
Mais que leur est-il arrivé?
ils ont passé leur vie dans des
chimères, ils n'ont recueilli
de leurs travaux que de la
fumée, & ils n'ont eu que
des larmes amères à répandre
sur la dissipation de leurs
B 3

@

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30 P o s i t i o n s
------------------------------

biens, & sur la honte dont ils
le sont couverts.

I I I.
D'autres Artistes d'un esprit
plus pénétrant se sont
un peu distingués des Sophistes;
ils ont connu la vraie
matière philosophique; mais
ils n'ont pas su la mettre en
usage, parce qu'ils lisaient
tantôt un Auteur, tantôt un
autre, espérant de trouver
chez eux la manière de l'employer.
Mais les Anciens n'ont
pas tous préparé cette matière
de même; les uns ont eu recours
à des opérations longues
& même dangereuses;

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H e r m é t i q u e s. 31
------------------------------

d'autres ont pris une voie plus
courte & plus sûre. C'est
pourquoi ceux qui veulent se
guider par les Anciens, croient
pouvoir s'instruire dans Raimond
Lulle, des poids; dans
Avicenne, des fermentations;
dans le Trévisan, du feu;
dans Paracelse, des projections,
&c.; ils se trompent;
chacun d'eux a un procédé
qui lui est propre; c'est
pourquoi si Geber vous paraît
parler autrement que
Raimond Lulle; si vous ne
trouvez pas dans Morien ce
qui est dans Arnauld de Villeneuve,
ni dans Paracelse ce
B 4

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32 P o s i t i o n s
------------------------------

qui est dans les autres Philosophes;
ne les accusez d'erreur
ni les uns ni les autres:
tous sont parvenus au but
par différents moyens, quoiqu'en
opérant sur la même
matière.
V I.
Si les destins vous appellent
à cet honneur, si vous imitez
soigneusement la Nature,
tout vous réussira suivant vos
désirs; vous marcherez sous
les auspices de la Divinité;
& la Nature, qui est la servante
de sa majesté infinie,
s'empressera de vous favoriser
dans vos travaux. Prenez-

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H e r m é t i q u e s. 33
------------------------------

la donc pour maîtresse &
pour modèle; imitez-là; suivez
ses traces, & examinez
soigneusement les causes, la
matière, les mouvements &
le but de l'oeuvre. Tout ce
qui pourra vous arriver d'heureux,
rapportez-le à la gloire
du Très-Haut & à l'avantage
du prochain; car c'est là la
vraie & unique vue des Philosophes.

V.
Mais puisque je me suis proposé
d'indiquer le moyen le
plus court & le plus convenable
à la nature pour chasser les
B 5

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34 P o s i t i o n s
------------------------------

maladies & l'indigence, je
parlerai en peu de mots du
Magistère universel des Philosophes,
que le Tout-Puissant,
par un pur effet de sa libéralité,
a donné aux mortels; et je
le ferai avec tant de sincérité,
qu'aucun de ceux qui m'ont
précédé dans la même carrière,
n'aura consacré ce don
de Dieu à la postérité avec
autant de franchise que moi;
car ce que j'ai appris sans fiction,
je le communiquerai
sans envie. Chassez surtout
de votre esprit les extravagances
des Sophistes, toutes ces
fixations, sublimations, congélations,

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H e r m é t i q u e s. 35
------------------------------

amalgamations,
précipitations, distillations &
préparations des mercures,
des antimoines, des sels, des
tartres, des herbes, des animaux;
opérations inutiles,
auxquelles se livrent tant de
faux Artistes suivis de la foule
de leurs disciples. Mais marchez
dans la voie uniforme
de la Nature, qui est la plus
sûre & la plus courte.

De la Matière ou Sujet Philosophique.
V I.
Ayant donc à traiter des
parties essentielles & intégrantes
B 6

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36 P o s i t i o n s
------------------------------

du Magistère, je
commencerai par la matière,
dont la recherche a coûté
tant de travaux inutiles
à une infinité d'Artistes. Mais
ceux qui, par une grâce spéciale
du Très-Haut, sont
parvenus à la connaître, entraînés
les uns par l'envie,
les autres guidés par la crainte
qu'ils ont eue qu'on ne vînt à
en abuser, n'en ont parlé
dans leurs écrits qu'en la déguisant:
tous l'ont transmise à
la postérité en la cachant sous
tant de voiles, qu'il ne faut
rien moins que la pénétration
d'un Oedipe pour la reconnaître,

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H e r m é t i q u e s. 37
------------------------------

ou même pour
discerner ses traits. D'autres
même ont fait voeu à Dieu
& à la Philosophie de la tenir
à jamais renfermée sous
le sceau impénétrable d'Hermès.
Je vous proposerai cependant
à ce sujet deux maximes
fondées l'une sur l'autorité
d'Hermès, & l'autre
sur la raison. Si vous ne les
comprenez pas, si elle ne
chassent pas les ténèbres qui
couvrent vos yeux, vous êtes
encore aveugle pour bien du
temps, peut-être pour toujours.

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38 P o s i t i o n s
------------------------------

V I I.
La première est dans Hermès
(liv. 7 de ses Traités sur
les ferments & la fermentation),
où l'on lit que le ferment
est de la même substance
que sa pâte; & bien
mieux, que le ferment de l'Or
est Or, & le ferment de la
Lune est Lune.
La seconde est fondée sur
cet axiome naturel, que la
substance que l'on cherche est
la même que celle d'où l'on
doit la tirer. Arnauld de Villeneuve
assure la même chose
au livre premier de son Rosaire,
ch. 7, quoiqu'il s'exprime

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H e r m é t i q u e s. 39
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autrement: » notre médecine,
» dit-il, se tire des choses
» dans lesquelles elle est.

V I I I.
Hermès s'explique encore
plus clairement autre part,
pour faire entendre qu'il faut
l'extraire de la substance des
planètes terrestres, c'est-à-
dire, des métaux parfaits. Le
Soleil & la Lune, dit-il, sont
les racines de notre art; c'est
pourquoi le fils d'Hamuel enseigne
que la pierre est une
eau congelée dans le Soleil &
la Lune. Le Trévisan la fait
consister dans deux substances

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40 P o s i t i o n s
------------------------------

mercurielles qui viennent
d'une même racine. Suivant
Geber, cité par Zachaire,
c'est une eau visqueuse fécondée
par l'action de son
soufre métallique. Paracelse
(au livre des Transmutations
métalliques, chap. 13), dit
que c'est l'Electre ou le cinabre,
c'est-à-dire, un composé
de deux minéraux, savoir,
le soufre & le vif-argent;
car l'Electre, ajoute ce Philosophe,
est-il autre chose
qu'un mélange de deux ou
plusieurs minéraux, ou bien
de deux ou plusieurs métaux?
Pourquoi donc le soufre

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H e r m é t i q u e s. 41
------------------------------

du Soleil conjoint par un
artifice philosophique avec
le mercure de la Lune, ne
serait-il pas l'Electre? Pourquoi
ne serait-il pas le Cinabre
(1)? Et certes un lion
engendre un lion, » les gens
» forts & robustes ont des enfants
» qui leur ressemblent, &
» les aigles généreuses ne donnent
» pas le jour à une faible
» & timide colombe.

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(1) Je n'aurais garde d'arrêter les yeux du Lecteur sur cette note, pour
lui faire remarquer que ni Paracelse, ni
notre Auteur, n'entendent certainement
pas parler ici du cinabre ordinaire; si
je ne savais que cette substance a encore

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42 P o s i t i o n s
------------------------------

de nos jours des partisans zélés qui le
prennent pour le vrai sujet de la Pierre,
& qui en font en effet la base de leurs
travaux. Ils ont beau se rassurer dans
leur opinion, en citant différents passages
de quelques Auteurs qui la favorisent,
& en nous disant que cette matière
contient naturellement le soufre &
le mercure, ou plutôt qu'elle est tout
soufre ou tout mercure; que la Nature,
par la réunion de ces deux substances
dans le même sujet, enseigne à
l'Artiste la combinaison qu'il en doit
faire dans son oeuvre, c'est-à-dire
qu'elle révèle ainsi la solution d'un grand
problème, celui des poids. Ils n'en sont
pas moins dans l'erreur, & peut-être
qu'ils n'en sortiront pas, malgré l'avis
que j'ose leur donner; car je sais quelle
est la force de la prévention.
S'ils persistent donc, qu'ils tâchent
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H e r m é t i q u e s. 43
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de nous expliquer comment le cinabre
ordinaire contient, de même que celui
dont parle Paracelse, le soufre de l'Or
conjoint au mercure de la Lune par un
artifice philosophique. Mais plutôt s'ils
veulent devenir sages, qu'ils considèrent
que le mercure & le soufre qui sont
dans leur cinabre, ne sont que le soufre
& le mercure ordinaires, deux matières
hautement condamnées par les
vrais philosophes, ridiculisées même
par quelques-uns d'entr'eux.

Quant aux Auteurs dont il leur plaît de s'appuyer, ils doivent examiner attentivement
si ces Coryphées, d'après
lesquels ils pensent, ont pour eux le suffrage
de l'Ecole d'Hermès, s'ils sont généralement
regardés comme Adeptes, &
si dans ce cas leur sentiment doit balancer
tout ce que les Raimond Lulle,
les Baz. Valentin, les Cosmopolite, les

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44 P o s i t i o n s
------------------------------

Riplée & tant d'autres, nous ont enseigné
tantôt clairement, tantôt sous
le voile des similitudes & des allégories,
touchant la vraie matière ou sujet
philosophique. C'est là tout ce que j'ai
à dire aux Sectateurs du cinabre commun.
Mais les amateurs de la science qui n'ont point encore l'esprit prévenu,
ne prendront d'opinion sur cet objet
fondamental, que d'après la saine
doctrine qui se trouve consignée dans
un si grand nombre de bons livres; ils
tâcheront de démêler les passages énigmatiques
qui touchent adroitement ce
point, & les compareront avec ceux
qui en parlent ouvertement; & surtout
ils n'oublieront pas quelles sont les
matières proscrites par les Philosophes.
Je ne les rappellerai point ici; mais
pour faire voir d'autant plus que ceux

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H e r m é t i q u e s. 45
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qui sont entrés dans le sanctuaire de la
science, tiennent un langage uniforme,
je rapporterai ici quelques traits d'un
Auteur anonyme, que le Trévisan, en
deux différents endroits de son livre de
la Philosophie naturelle des métaux,
compte dans le nombre des Adeptes; c'est
LE VERIDIQUE, ouvrage qui n'a jamais
été imprimé, & que je croyais perdu
comme plusieurs autres que l'on trouve
cités par les anciens Auteurs; mais je
vois, par un manuscrit qui est tombé
entre mes mains, que le hasard l'a
sauvé jusqu'ici de l'injure du temps.
» Ils sont aucuns assez lettrés (dit » cet Auteur) se réputant de grande
» estimation par l'abondance de leurs
» biens temporels, qui cherchent cette
» science, & oeuvrent de plusieurs es»
pèces, mettant leur entendement en
» sels, aluns, voirres (verres), soufre,

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46 P o s i t i o n s
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» arsenic; en sang humain ou de
» bêtes; en urines, pierres, oeufs
» de gélines, herbes; en or, argent,
» cuivre, fer, plomb, étain; en plan»
tes, superfluités, & autres choses
» trop diverses; & conjoignent ces
» choses l'une à l'autre en broyant,
» sublimant, calcinant, distillant, ré»
solvant & fixant souventefois; &
» cuident (pensent) en labourant ainsi,
» venir au-dessus de leur intention, &
» extraire d'U N E de ces choses ou de
» PLUSIEURS, aucun bien. Mais c'est
» une sotte fantaisie de nulle valeur. Et
» si aucuns qui cuident faire l'oeuvre
» avec or & mercure, ou soufre
» avec argent...., & mêlent mercure
» avec or, ou soufre avec ar»
gent, & le ferment (mettent) en
» terre, & cuident que ce qu'ils pen»
sent soit vrai; ceux-ci sont remplis

@

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H e r m é t i q u e s. 47
------------------------------

» de grande sottise. Les autres
» veulent fixer mercure par soufre,
» alun ou eaux, en le tenant longue»
ment au feu; ou par ordures de mé»
taux, ou autres matières innumé»
rables, qui est chose impossible &
» contre raison, &c. «
L'Auteur anonyme tombe ensuite sur les Sophisticateurs; il serait trop long
de citer ici tout ce qui mériterait d'être
rapporté; mais il revient à plusieurs reprises
sur la matière de l'oeuvre; il
répète, d'après Morien: » Com»
ment attendrais-tu aucun bien en
» chose qui est légèrement gâtée &
» consumée en la chaleur du feu?
» Mais considère si tu pourras trouver
» aucune matière pure & nette; autre»
ment laisse ton ouvrage, car aussi
» bien n'aura point d'efficace.....Sache
» donc que ceste chose est de peu

@

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48 P o s i t i o n s
------------------------------

» de prix envers ceux desquels elle est
» inconnue; & si elle est chose com»
mune, ville & abondante; & en
» peuvent aussi bien avoir les pauvres
» comme les riches, & est vendue pu»
bliquement pour l'argent & monnaie. «
C'est ainsi que s'exprime LE VÉRIDIQUE sur cet objet important. Plus bas il ajoute:
» Prenez donc la pierre visible & la
» pierre invisible, &c. «.
Ceux qui seront bien-aises de jeter les yeux sur les passages du Trévisan,
où il est fait mention du Véridique,
n'ont qu'à ouvrir le second tome de la
Bibliothèque des Philosophes Chimiques
(édition de 1741), aux pages 334
& 384.
I X.
Mais de même que l'homme
& la femme ne peuvent engendrer
gendrer

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 49
------------------------------

qu'au moyen de leurs
semences; de même notre
mâle, qui est le Soleil, &
notre femelle, qui est la
Lune, ne concevront jamais
sans la semence ou sperme
tant de l'un que de l'autre.
De-là les philosophes ont
conclu qu'il fallait nécessairement
ajouter à ces deux un
troisième être animé, savoir,
la semence du mâle & de la
femelle chimiques, semence
sans laquelle l'oeuvre est absolument
inutile & nulle. Or,
il n'y a pas d'autre sperme
de cette espèce que notre
C

@

------------------------------
50 P o s i t i o n s
------------------------------

mercure ou Evestre (1); j'entends
par ce mot ce que les
quatre éléments de ce monde
contiennent de perpétuel &
d'éternel; & cet esprit vivifiant
& très pur qui se répand
& se promène dans tout
l'univers.


--------------------------------------
(1) Evestre, mot de l'invention de Paracelse. On voit la signification qu'il
lui a donnée ici; mais dans d'autres
endroits de ses ouvrages, il lui a fait
signifier autre chose.
Il faut supprimer ici dans le texte latin, le point & la virgule, qui ont
été mis par mégarde après aeternumque.

@

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H e r m é t i q u e s. 51
------------------------------

Du Mercure des Philosophes.

Le Mercure des Philosophes
est produit par l'écoulement
& le concours anatique
des quatre éléments agissants
soit à la surface de la
terre, soit dans l'air, quoique
leur effet soit plus sensible
pour nous sur toute la
surface de notre globe; ou
plutôt sa naissance est déterminée
par le concours des
éléments, & il reçoit du ciel
& des astres le complément
de son existence: telle est
l'origine de ce fils, disons
C 2

@

------------------------------
52 P o s i t i o n s
------------------------------

mieux, de ce premier né de la
nature, de cet esprit toujours
agissant, toujours en mouvement,
qui se répand partout,
qui pénètre tout, qui réunit,
porte & concilie dans son
sein le germe & les principes
de tous les êtres. Il ne peut
être arrêté & dompté, de manière
à tomber sous nos sens,
que par les seuls liens des éléments.
Et c'est pour cette raison
que Neptune l'introduit
intimement dans le sein &
les entrailles de Saturne par le
moyen des pluies, de la rosée,
de la neige, des gelées blanches,
des brouillards, des

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 53
------------------------------

éclairs, &c. qui lui servent extérieurement
de véhicule,
(ce qui a induit des Sophistes
à prendre follement les
cristaux de Saturne pour le sujet
de leurs opérations). Cependant
il ne se montre jamais
nulle part pur & nu,
à moins que l'art ne lui enlève
radicalement les souillures
qu'il a contractées par
l'impureté de la matrice des
éléments.

X I.
Ce n'est pas que les éléments
ne soient très purs dans
leur centre; mais comme ils
C 3

+@
+@

54

pict

@

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54 P o s i t i o n s
------------------------------

ne peuvent nous être rendus
sensibles dans leur pureté que
par le moyen de leur matrice,
qui leur sert comme d'écorce,
il n'est pas surprenant
que le vêtement ou enveloppe
de notre Mercure soit
souillé de tant d'ordures qui
le tiennent dans leurs entraves,
soit lié & garrotté de
tant de chaînes, qu'il ne puisse
être aperçu qu'à la clarté
du flambeau philosophique.

X I I.
Notre Mercure est un être
très pur & sans tache; il est
blanc & rouge; Paracelse &

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 55
------------------------------

Isaac Hollandus l'ont appelé
avec raison Eau de Paradis;
car il arrose toute la surface
de la terre; se divisant en
quatre sources, il se répand
dans toutes les régions, &
déploie son activité & ses forces
sur les trois règnes. Si
vous comprenez ceci, vous
tenez tout. Mais si vous avez
besoin d'une plus grande lumière
à son sujet, vous la
trouverez dans la solution
philosophique de tous les
individus de la Nature, où
notre Mercure se manifeste
d'une manière sensible; car
la dernière opération de la
C 4

@

------------------------------
56 P o s i t i o n s
------------------------------

Nature, relativement à nous,
est la première pour la Nature
elle-même.

X I I I.
Ce Mercure philosophique
est sec & humide, volatil &
fixe, dans une proportion si
favorable à l'union de ses
parties, qu'il est donné aux
seuls enfants d'Hermès de distinguer
en lui ces différentes
qualités. Les Philosophes considérant
que son enveloppe
terrestre est extrêmement limpide
& diaphane, ont été surpris
que la rougeur fût cachée
dans une si grande blancheur.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 57
------------------------------

Cela les engagea à lui
donner le nom de Ciel, non
seulement parce qu'il embrasse
& contient l'universalité
de tous les êtres, &
qu'il reçoit dans son sein
toutes leurs essences avec
leurs modifications, ce qui
fait qu'il attire à lui le principe
ou le sujet de tous les changements
qui se font ici-bas,
qu'il lui redonne la vie & s'envole
après cela. Mais encore
parce que tout ainsi que le
ciel, qui est entièrement diaphane,
contient en soi un esprit
ou un soufre ou une quintessence
très dépurée, par le
C 5

@

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58 P o s i t i o n s
------------------------------

moyen de laquelle les astres
se meuvent & répandent leur
lumière; de même, notre
Mercure cache dans le vêtement
qui lui sert d'enveloppe,
un esprit éthéré, qui est
le vrai soufre de nature. Ce
qui a fait dire aux Philosophes: »
notre Mercure contient
» son soufre «.

XIV.
D'ailleurs tous les astres de
l'Astronomie inférieure brillent
en lui, & deviennent
spirituels ou volatils par son
moyen, parce qu'il les purifie
& délivre de leur nature terrestre

@

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H e r m é t i q u e s. 59
------------------------------

& féculente, & les
change en une semence convenable
& exactement pure.
C'est donc un vrai ciel; disons
mieux, c'est l'esprit de
tout l'univers & sa quintessence; »
car il a la force du
» feu, & son origine est céleste
» «, Il ne se manifeste
que lorsqu'on lui a enlevé
& qu'on a séparé de lui ses
éléments ou parties les plus
grossières. Il faut donc le
purifier, après quoi il n'a besoin
d'autre chose au monde
que de devenir mûr.» Purifiez-
» le, dit Paracelse, & conduisez-le
» à sa maturité ».
C 6

@

------------------------------
60 P o s i t i o n s
------------------------------

Extraction & putréfaction du
Mercure.

X V.
Recevez cette matière telle
qu'elle est en sortant de son
chaos, ayant la couleur verte
des plantes; séparez-en par
des calcinations & des solutions
répétées, les parties salées,
alumineuses, nitreuses,
vitrioliques & terreuses. On
appelle les opérations qui mènent
à ce but, les premières
sublimations philosophiques
du Mercure. Lorsque cela sera
fait, vous aurez un corps
céleste qui renfermera une

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 61
------------------------------

âme très pure; puisqu'il se sera
dépouillé de ses éléments les
plus grossiers, & surtout de
ses éléments terrestres, & qu'il
aura perdu sa viscosité & sa
salure; car le sel est une matière
toute terrestre.

X V I.
Paracelse a donné à ce corps
ainsi purifié le nom d'Autruche
naissante dans la terre; & à son
esprit, celui d'Estomac de l'autruche
qui naît dans la terre. Pour
avoir cet esprit, ramenez l'Autruche
dans son chaos, dans
ce chaos où elle était primitivement
enfermée, & dans

@

------------------------------
62 P o s i t i o n s
------------------------------

lequel les éléments tenaient
caché & emprisonné comme
dans un antre secret, ou dans
une caverne, cet admirable
esprit de vie, qui est
un vrai Prothée & le véritable
Panurge ou Agent universel.
Cet esprit est la Lunaire de
Raimond Lulle, le Sang de
dragon d'Albert-le-grand,
la Saturnie de Bazile Valentin,
l'Esprit-de-vin d'Arnauld
de Villeneuve. Mais son propre
nom est le Mercure des
Philosophes, le Vinaigre très
aigre, le Lait de la vierge,
l'Eau pontique, l'Eau sèche
qui ne mouille pas les mains.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 63
------------------------------

X V I I.

Cet ouvrage au reste exige
absolument une savante manipulation
de la part de l'Artiste,
qui doit connaître aussi
les, vases, les instruments, le
régime du feu, &c. C'est
pourquoi, si vous ne connaissez
pas déjà ce travail par
votre propre expérience, ou
s'il ne vous a pas été montré
par quelqu'un, il vous sera
très difficile de distinguer
ce que vous devez séparer,
rejeter ou recueillir. Si
cependant vous avez les qualités
que doit avoir un véritable

@

------------------------------
64 P o s i t i o n s
------------------------------

enfant d'Hermès, la
saine philosophie vous instruira
& sera votre guide.
Mais pour savoir si ce que
vous avez réservé est bon,
mettez-y dedans tel corps que
vous voudrez; si ce corps est
réduit à son premier mercure
en conservant ses qualités
& ses teintures spécifiques,
soyez sûr que vous avez
trouvé ce que vous cherchiez;
sinon, vous avez manqué
votre opération. C'est là ce
qui a fait dire aux Philosophes: »
faites le Mercure par
» le moyen du Mercure «.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 65
------------------------------

Vous observerez d'ailleurs
que notre Mercure endurcit
les choses molles, amollit
les dures, fixe les volatiles,
& volatilise les plus fixes; il
donne la mort aux choses
vivantes, & vivifie & ressuscite
les mortes: il est humide
& sec, il sèche les choses
humides, & humecte les sèches.
Les Sages savent bien
que s'il n'avait pas toutes ces
propriétés, nous nous servirions
inutilement de lui dans
notre Magistère.
Le Ciel produit les mêmes
effets, puisque tantôt il humecte
la terre, & tantôt il

@

------------------------------
66 P o s i t i o n s
------------------------------

la sèche; tantôt il la refroidit,
& tantôt il la brûle, &c. Ce
Mercure agit donc de la même
manière sur les matières auxquelles
on le joint: & ainsi
le Ciel voyage dans ce bas-
monde.

X I X.
Mais pour vous faire connaître
plus clairement sa nature,
vous n'avez qu'à considérer
la figure de mon cachet
ou sceau, dans laquelle
j'ai renfermé cet ouvrage en
entier avec toutes ses parties.
Vous y voyez deux pyramides
qui se réunissent & s'embrassent

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 67
------------------------------

mutuellement; &
leur concours fait voir les
caractères des quatre éléments
de la même manière que les
Philosophes les représentent.
La pyramide solaire, qui a
cette forme image, désigne le
feu; la lunaire, image l'eau. La
pyramide lunaire coupant la
solaire de cette manière, image,
représente l'air; & la solaire
traversant de même la lunaire
pict, est le signe de la terre.
Vous conjecturerez de-là que
ce n'est pas sans cause que les
Philosophes ont inventé ces
caractères, qui sont comme
un résultat du mariage ou

@

------------------------------
68 P o s i t i o n s
------------------------------

réunion des choses supérieures
avec les inférieures. De
plus, le est le mâle, la
est la femelle, & le qui
participe de la nature des
deux, les lie & les conjoint
l'un à l'autre; car, comme je
l'ai déjà dit, il est tout à la
fois volatil & fixe, & il est
le centre & la racine de l'un
& de l'autre. Ce que je viens
de dire n'a rapport qu'à l'Astronomie
inférieure; mais
dans l'Astronomie supérieure,
le Mercure est la production
du grand monde; son
père & sa mère sont le Soleil
& la Lune, du sein desquels

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 69
------------------------------

il découle; c'est pourquoi
il engendre & il est engendré.
Ceci donne l'explication
de ce que disent les Philosophes: »
notre Mercure est
» engendré par ses parents, & il
» est plus ancien qu'eux «. J'en
dirais davantage à son sujet,
s'il était permis de le faire.
Mais ce que vous venez de lire
sera plus que suffisant, si vous
vous attachez à le comprendre.

Du Mâle.

X X.
Les Sages donnent le nom
de Mâle dans cette oeuvre aux

@

------------------------------
70 P o s i t i o n s
------------------------------

parties fixes; & celui de Femelle
aux parties volatiles: le mariage
spagirique est le résultat
de leur conjonction. Ce
n'est pas qu'il y ait en eux
aucune marque ou aucune
ressemblance de notre sexe;
mais comme entre le mâle
& la femelle de chaque espèce,
il y a un certain rapport
magnétique pour la conservation
& l'augmentation
de l'un & de l'autre dans sa
propre espèce: de même entre
les parties fixes & les parties
volatiles de notre oeuvre,
qui proviennent de la même
racine; il y a un aimant, une

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 71
------------------------------

vertu attractive, qui tend à
conserver & augmenter les
unes & les autres, & à perpétuer
leur espèce.

X X I.
Paracelse appelle Terre Adamique
les parties fixes; car
tout ainsi que Dieu voulant
créer le plus beau de ses ouvrages
dans le genre animal,
c'est-à-dire Adam, se servit
d'un limon rouge le plus noble
et le plus pur; de même il
employa la terre rouge la plus
noble pour la production de
notre Soleil dans le Règne minéral.
C'est ce qui a autorisé les

@

------------------------------
72 P o s i t i o n s
------------------------------

Philosophes à dire que Dieu
n'a rien créé (si l'on en excepte
l'homme) de plus noble que
notre Soleil, c'est-à-dire, que
l'or, qui est la plus fixe de
toutes les substances minérales.
Mais les Philosophes
se servent-ils de l'or du vulgaire
ou d'un autre or plus
secret & plus caché? Vous
pourrez d'autant plus hésiter
sur la décision de ce point,
qu'ils excluent de l'oeuvre l'or
vulgaire qu'ils disent mort &
sans vie, ce qui est très vrai.
Cependant, si de ce caillou
froid & glacé nous tirons
de la flamme & du feu, nous
reconnaîtrons

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 73
------------------------------

reconnaîtrons peut-être, comme
l'a dit Augurelle: Que la
» semence de l'or est dans l'or,
» quoiqu'elle y soit profondément
» cachée, & que nous ne
» puissions l'en tirer que par un
long travail «.

X X I I.
Observez qu'avec un morceau
de la chair des animaux,
& qu'avec les feuilles des plantes,
il est impossible de reproduire
l'espèce animale ou
l'espèce végétale; il en est de
même de la matière des métaux.
Vous conclurez de là
que pour multiplier l'espèce
D

@

------------------------------
74 P o s i t i o n s
------------------------------

des différents êtres qui existent
dans la Nature, il faut
nécessairement recourir à
leurs semences propres, & en
séparer les superfluités en leur
conservant les formes qu'elles
ont reçues primitivement des
mains du Créateur; car nous
rejetons les feuilles, les
troncs, les chairs, la moelle,
les os, les membranes, &c.
quoi que toutes ces choses
aient servi d'instrument pour
produire cet astre central &
vivifiant, qui est le vrai conservateur
de l'espèce soit végétale,
soit animale. Vous
devez vous conduire de même
pour les métaux.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 75
------------------------------

X X I I I.

Vous remplirez pleinement
cet objet, si vous réduisez le
Soleil en Soufre & en Mercure,
qui sont sa première
matière ou substance; ou ce
qui est la même chose, si par
le moyen de notre Mercure
& par un artifice secret, mais
connu des Philosophes, vous ramenez
le Soleil à l'état dans
lequel il avait été premièrement
mis par la Nature, c'est-
à-dire, si vous le réduisez en
un corps très brillant & diaphane.
Pour éclaircir davantage
ce point, je citerai les
D 2

@

------------------------------
76 P o s i t i o n s
------------------------------

deux maximes suivantes qui
le mettent dans tout son jour.
Elles sont prises dans le livre
de Paracelse, de la Généalogie
des Minéraux, c. 21. Ce
Philosophe y enseigne la production
de l'Or, & en expose
la première matière avec plus
de clarté qu'on ne l'ait encore
fait jusqu'à ce jour; mais
quoique cette matière soit
vraiment la première, elle est
cependant la dernière dans la
réduction qui se fait par le
moyen de notre Mercure.

X X I V.
L'Or est engendré du Soufre

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 77
------------------------------

le plus pur, parfaitement
sublimé par la Nature, délivré
de toutes ses fèces & de
toutes ses immondices, &
élevé à une si grande transparence
qu'aucun corps entre
les métaux ne peut monter
à un plus haut degré de pureté.
Ce Soufre est une partie
de la première matière de l'Or.
Les Alchimistes seraient en
droit de se livrer à la joie,
s'ils avaient su se le procurer
tel qu'on peut le trouver en effet,
lorsqu'on le cherche dans
sa propre racine ou sur l'arbre
qui le porte; car il est le
vrai Soufre des Philosophes,
D 3

@

------------------------------
78 P o s i t i o n s
------------------------------

dont se fait l'Or; & il ne faut
pas le confondre avec cet autre
soufre qui donne naissance
au fer & au cuivre. Celui-
ci n'est qu'une partie infiniment
petite de l'autre, qui est
son Universel.

X X V.
Son Mercure est pareillement
séparé & parfaitement
purgé de toute superfluité
terrestre & accidentelle par
les soins de la Nature, qui
opère à part sur sa partie
mercurielle, & la revêt d'une
transparence & d'un éclat extraordinaires;
c'est là le Mercure

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 79
------------------------------

des Philosophes, &
la seconde partie de la première
matière de l'Or; laquelle,
de même que la semence
des roses, produit les
roses, doit donner naissance
à un Or d'une pureté extrême
& pareille à celle du cristal;
à un Or purifié & dégagé de
toute âcreté & âpreté du sel,
de toute aigreur, aluminosité
& vitriolité, en un mot
de tout vice & de toute matière
hétérogène; à un Or
d'une transparence éclatante
& tout rayonnant de lumière.
D 4

@

------------------------------
80 P o s i t i o n s
------------------------------


X X V I.
N'allez pas cependant imaginer
que vous devez tirer la
teinture, ou âme, ou soufre
de l'or, par une infinité d'extractions,
ou plutôt d'illusions,
à la manière des Sophistes,
& croire faussement
avec eux qu'il faut ensuite
conjoindre cette teinture ou
âme avec les autres corps imparfaits.
Ayez encore moins
de confiance à ceux qui emploient
des moyens & des
opérations admirables pour
extraire le Mercure de l'or,
qu'ils mêlent ensuite ou au

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 81
------------------------------

Mercure de la Lune extrait
de la même manière, ou au
Soufre de l'Or, ou simplement
à l'Or cru; car le Soufre
& le Mercure de l'Or doivent
rester ensemble dans le
corps qui a été dissous par
notre Mercure. C'est pourquoi
la teinture couleur de
rose annonce & fait connaître
le Soufre du Soleil; & sa
substance cristalline & diaphane
est l'indice du Mercure:
car ce qui est caché doit
être rendu visible & manifeste,
& ne peut & ne doit le
devenir par aucune voie au
D 5

@

------------------------------
82 P o s i t i o n s
------------------------------

monde autre que celle de notre
Mercure.

De la Femelle.

X X V I I.
Nous avons dit que les parties
volatiles de notre oeuvre
avaient la nature de la femelle.
Elles sont désignées
dans notre sceau par le caractère
lunaire. Car, comme
le Soleil & la Lune se contemplent
mutuellement &
sans cesse, de manière que le
Soleil distille ses influences
dans le sein de la Lune avant
qu'elles descendent dans ce

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 83
------------------------------

monde inférieur; de même
les parties fixes de notre Mercure
exercent un amour ou
sympathie magnétique envers
les parties volatiles de la même
racine. Elles les embrassent
avec bénignité, reçoivent
dans leur sein les vertus
séminales, les échauffent &
les mûrissent pour les reverser
ensuite sur les corps sublunaires.

X X V I I I.
Mais avant que de couronner
la chasteté de leur amour
& de les admettre au lit conjugal,
il faut les purger soigneusement
D 6

@

------------------------------
84 P o s i t i o n s
------------------------------

de tout péché,
tant originel qu'actuel, sans
quoi il ne résulterait de leur
union que des fruits impurs
& lépreux. Préparez-leur donc
un bain doux, dans lequel
vous les laverez chacun en
particulier; car la femelle,
moins forte & moins vigoureuse,
ne pourrait pas supporter
l'acrimonie d'un bain
aussi violent que celui du
mâle; elle serait infailliblement
détruite. C'est avec le
Stibium que vous préparerez
le bain du mâle; car tous les
Poètes ont feint que Vulcain
lavait Phoebus dans le Stibium.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 85
------------------------------

Quant au bain de la femelle,
Saturne vous enseignera
quel il doit être.

X X I X.
Après que la main de l'habile
Artiste aura ainsi purifié
chacun de ces deux principes,
prenez-les chacun à part, &
disposez-les à la propagation
de leur espèce. Pour cet effet,
dissolvez heureusement le
mâle dans l'estomac de l'Autruche
naissante en terre, fortifié
par la vertu âcre &
pénétrante de l'Aigle; &
lorsque la solution lui aura
fait rendre ses fleurs, n'oubliez

@

------------------------------
86 P o s i t i o n s
------------------------------

pas de le délivrer de l'acrimonie
qu'il a contractée
dans sa jonction avec l'Aigle,
& des impuretés qu'il contient
& que la solution philosophique
peut seule faire paraître.

X X X.
Vous n'avez besoin, pour
la solution de la femelle, que
du simple estomac d'Autruche;
& si vous savez la traiter
par les circulations de son
mouvement naturel, elle se
changera en une eau visqueuse,
qui est la vraie matrice,
la terre vivante & feuillée,

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 87
------------------------------

dans laquelle il faut semer
notre Or. C'est pourquoi
les Philosophes ont dit avec
raison que tout ce qui est nécessaire
pour notre oeuvre, se
réduit à l'eau visqueuse mariée
à son soufre. De ces deux substances
se compose le Mercure
des Philosophes.

X X X I.
Faites pourtant attention
aux poids de la Nature; car
la Sagesse divine, en suspendant
les fondements de la terre
dans l'espace, a donné ses
lois aux eaux, & a balancé
les fontaines qui fournissent

@

------------------------------
88 P o s i t i o n s
------------------------------

ces eaux. Sachez que les éléments,
& en général les substances
de cet univers, loin
d'être livrées à la contrariété,
sont plutôt douées d'une sympathie
ou concordance qui
les attire les unes envers les autres.
Sans cela les parties supérieures
se précipiteraient
bientôt sur les inférieures;
celles-ci s'élèveraient aussi
contre les supérieures; & il n'y
aurait plus d'espérance de voir
renaître la paix. Mais toutes
choses seraient dans le cas
d'attendre un sabbat universel,
si après avoir été privées de
leur esprit vital, & les liens

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 89
------------------------------

de la concorde étant rompus,
elles étaient réduites ou ramenées
à leur premier cahos.

X X X I I.
Il faut donner l'attention la
plus entière à l'accord ou concordance
des éléments pour
parvenir au poids de la Nature.
Sans quoi vous noierez
vos matières par une surabondance
d'eau, ou vous les laisserez
dans une extrême sécheresse,
en mettant trop de terre;
ou bien la surabondance
du soufre ou feu occasionnera
de l'excès dans la teinture,
ou le défaut d'air sera cause

@

------------------------------
90 P o s i t i o n s
------------------------------

de sa faiblesse. Que la Nature
prudente soit donc la maîtresse
de l'oeuvre: lorsqu'elle
donne les poids elle-même,
elle distribue tout avec sagesse,
tant dans la fabrique du grand
monde que dans celle de notre
oeuvre secrète, qui n'est
qu'une imitation & une ressemblance
de l'autre.

X X X I I I.
Les Sophistes ont cru que le
poids de la Nature était indiqué
& déterminé par la quantité
de matière que le Mercure
peut dissoudre; ce qui répugne
à la Nature & à l'oeuvre.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 91
------------------------------

Car dans les solutions philosophiques,
le Mercure qui
fait les fonctions de menstrue
étant un dissolvant universel,
tout est dissous, pur ou impur,
de manière qu'il n'est
guère possible de distinguer
ce qui a été dissous bien ou
mal à propos, à moins de
connaître le poids de la Nature,
tant par rapport à la
substance que par rapport à
sa manière d'opérer. Le mieux
serait donc de faire attention
aux parties du dissolvant, soit
fixes, soit volatiles que la
matière dissoute peut retenir
avec elle en dissolution, &

@

------------------------------
92 P o s i t i o n s
------------------------------

de tâcher de bien apprécier
le terme de la Nature, qui
consiste en ce que le dissolvant
ne se sépare plus de la
partie dissoute.

Du Mariage.

X X X I V.
Dans l'Astronomie supérieure,
la maison du Soleil
est voisine de celle de la Lune;
car la Nature a voulu que la
maison de la Lune fût dans
le Cancer, & celle du Soleil
dans le Lion; que l'exaltation
de la Lune se fît dans le
Taureau, & l'exaltation du

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 93
------------------------------


Soleil dans le Bélier (1). Il lui
a sans doute paru plus con-


-------------------------------------
(1) L'Astrologie, dont les anciens Auteurs Alchimiques ont souvent emprunté
le langage, divisait le Ciel en douze
parties auxquelles elle donnait le nom
de Maisons. Elle assignait à chacune des
planètes deux de ces maisons, excepté
au Soleil & à la Lune, qui en avaient
seulement une chacun. Et elle supposait
que les planètes parvenues à la maison
ou aux maisons qui leur étaient particulièrement
assignées, exerçaient plus fortement
leur action sur les corps sublunaires,
& répandaient sur eux avec plus
de profusion leurs influences, soit bonnes,
soit mauvaises. La maison du Soleil
était dans le signe du Lion; la maison
de la Lune dans celui du Cancer; la

@

------------------------------
94 P o s i t i o n s
------------------------------

venable de propager & perpétuer
l'une & l'autre famille,


-------------------------------------
première maison de Saturne dans le Capricorne,
la seconde dans le Verseau;
la première maison de Mercure dans les
Gémeaux, la seconde dans la Vierge, &c.
L'Astrologie supposait encore qu'il y avait certains degrés du Zodiaque où chaque
planète acquérait une dignité qui
lui donnait plus d'influence, d'efficace
& de vertu; & c'est ce qu'elle appelait
L' E X A L T A T I O N de la planète.
Le point opposé du zodiaque était sa
D E J E C T I O N. L'exaltation du Soleil
était au dix neuvième degré du Bélier,
& sa déjection dans la Balance; l'exaltation
de la Lune était dans le Taureau &
sa déjection dans le Scorpion; l'exaltation
de Jupiter au 45e degré du Cancer, &c.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 95
------------------------------

au moyen de parents ou de
concitoyens, que par l'alliance
de familles éloignées &
étrangères, discordantes entr'elles
sinon dans leur espèce,
du moins dans leurs moeurs,
leurs inclinations & leurs qualités.
Car moins il y a de distance
dans la parenté, la patrie
& l'air que ces deux êtres
respirent, & plus il y a d'amour
entre l'un & l'autre. Les
choses se passent absolument
de la même manière dans l'Astronomie
inférieure de notre
oeuvre, dans laquelle on conjoint
le Soleil inférieur avec
la Lune inférieure.

@

------------------------------
96 P o s i t i o n s
------------------------------

X X X V.

Le Soleil & la Lune sont
donc nécessaires pour la composition
de notre Mercure:
ou plutôt disons avec Paracelse
que la composition de cette
Pierre sacrée & Adamique se
fait du Mercure Adamique des
Sages & de leur Evene (1) qui
est la femme, par le mariage
& l'union d'un premier &
d'un second Mercure qui en

-----------------------------------
(1) Evene. C'est sans doute ici un mot de l'invention de Paracelse, qui aurait
pu tout aussi bien mettre E V E
qu'E V E N E.
produisent

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 97
------------------------------

produisent un troisième. Que
les Sophistes viennent ici, &
qu'ils me répondent: je leur
demande pourquoi ils mettent
en oeuvre un principe unique
& individuel, & non pas deux?
Les Philosophes n'ont-ils pas
dit que la matière était une,
c'est-à-dire, une en espèce;
c'est ainsi que l'homme & la
femme, relativement à leur
multiplication, ne sont qu'un
en espèce, mais sont réellement
deux, quant au sexe & à
l'individualité.
X X X V I.

Il faut donc nécessairement
E

@

------------------------------
98 P o s i t i o n s
------------------------------

deux substances (mais deux
substances qui ne soient pas
contraires ou répugnantes
dans leur espèce), afin que
par la communication intime
de leurs qualités, il s'établisse
une action entr'elles: car l'oeuvre
de la génération ne peut
s'accomplir que par le moyen
d'une action: or il n'y a point
d'action dans une matière unique,
puisqu'il n'y a pas d'agent
qui agisse sur lui-même
ou qui puisse engendrer seul,
& sans le concours de quelqu'autre
sujet avec lequel il a
besoin d'agir de concret. C'est
pour cette raison que les Pythagoriciens

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 99
------------------------------

avaient établi le
principe de la discorde dans
la dualité; car le sec agit sur
l'humide, le froid sur le chaud;
& réciproquement l'humide
agit contre le sec, & le chaud
contre le froid.

X X X V I I.
Quoiqu'il y ait toujours deux
principes dans l'oeuvre, il ne
faut pas conclure de là que
cette dualité soit toujours sujette
aux dissensions, & que
nos deux principes se feront
une guerre éternelle. (1) L'Ar-

------------------------------------
(1) Archée. Les anciens Chimistes donnaient ce nom à un certain esprit uni-
E 2

@

------------------------------
100 P o s i t i o n s
------------------------------

chée interne de la Nature,
porte, pour ainsi dire, dans
son sein, un principe secret
d'union & de concorde qui
conduit ces deux matières à
un autre état, & en fait comme
un troisième être ou une
substance nouvelle. Tel est le
changement qui s'opère dès


--------------------------------------
versel répandu partout, qu'ils croyaient
la cause de tous les effets de la
Nature, & qu'ils appelaient l'âme du
monde. D'autres appelaient l'Archée, le
Vulcain & la chaleur de la terre; & ils
croyaient que c'était un feu central destiné
par l'Auteur de la Nature, à cuire
les métaux & les minéraux, & à être le
principe de la vie des végétaux.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 101
------------------------------

que l'union & la paix sont rétablies
entr'elles; & c'est ce
qui a fait dire à Raimond
Lulle avec grande raison,
que l'eau à la fin rentrait
en grâce & s'accordait avec
le feu.

X X X V I I I.
Mais avant que ces deux
principes s'unissent ainsi d'une
manière effective & formelle,
elles exigent une espèce d'union
matérielle, ou plutôt un
mélange qui doit être fait avec
un certain poids. Au reste il
ne s'agit pas ici des poids de
la Nature, dont j'ai parlé plus
E 3

@

------------------------------
102 P o s i t i o n s
------------------------------

haut, mais de ceux de l'art;
& quoique le poids de la Nature,
relativement à l'intention,
précède le poids de l'Art,
cependant du côté de l'exécution,
il lui est postérieur;
car le premier, dans l'intention,
c'est-à-dire, celui qu'on
a principalement en vue à cause
de son importance, est le
dernier dans l'exécution.

X X X I X
Ce mélange des deux principes,
cette oeuvre composée
& accomplie dans tous ses
nombres & tous ses poids,
exige une main adroite & un

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 103
------------------------------

esprit industrieux de la part
de l'Artiste. Si vous vous y
prenez comme il convient,
il résultera du sang rouge du
Lion, & de la glu de l'Aigle,
un limon visqueux. C'est ainsi
que la semence jetée dans une
terre convenable, se change
en limon au moyen de la corruption
occasionnée par l'action
que la chaleur supérieure
des astres & la chaleur inférieure
de l'éther exercent sur
l'humidité terrestre.

X L.
Ce limon est une terre vile,
mais spécifiée & du plus grand
E 4

@

------------------------------
104 P o s i t i o n s
------------------------------

prix; elle est cependant abjecte
& méprisée, parce que pour
parvenir à la production admirable
de ce grand roi, il
est nécessaire que les principes
qui ont produit ce limon,
c'est-à-dire, ses père & mère,
meurent; ce qui a fait dire au
sage Hermès que notre Pierre
était un orphelin qui survivait
à ses parents; en effet, si
ses parents ne mouraient pas,
cette rare production ne verrait
jamais le jour. On l'a
comparée avec assez de raison
au phoenix, qui est unique
dans son genre; ou pour
mieux dire, c'est le phoenix

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 105
------------------------------

lui-même: dont les cendres
(toute fable à part) donnent
naissance à un nouveau poulet.

X L I.
La matière mise en mouvement
par une chaleur convenable
commence à devenir
noire: cette couleur est la clé
& le commencement de l'oeuvre;
c'est en elle que toutes les
autres couleurs, la blanche, la
jaune & la rouge sont comprises
& sont aperçues; c'est
d'elle qu'elles tirent leur origine.
Paracelse, dans son Livre
des Images, les a toutes mises
E 5

@

------------------------------
106 P o s i t i o n s
------------------------------

sous les yeux du Lecteur sans
aucun déguisement.

X L I I.
Quoiqu'il y ait, dit-il, quelques
couleurs élémentaires,
car la couleur azurée appartient
particulièrement à la terre,
la verte à l'eau, la jaune à
l'air, la rouge au feu; cependant
les couleurs blanche &
noire se rapportent directement
à l'art spagirique, dans lequel
on trouve aussi les quatre
couleurs primitives, savoir,
le noir, le blanc, le jaune & le
rouge. Or le noir est la racine
& l'origine des autres couleurs;

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 107
------------------------------

car toute matière noire
peut être réverbérée pendant
le temps qui lui est nécessaire,
de manière que les trois autres
couleurs paraîtront successivement
& chacune à son tour.
La couleur blanche succède à
la noire, la jaune à la blanche,
& la rouge à la jaune.
Or toute matière parvenue à
la quatrième couleur au moyen
de la réverbération, est
la teinture des choses de son
genre, c'est-à-dire, de sa nature.

X L I I I.
C'est ainsi qu'une plante
E 6

@

------------------------------
108 P o s i t i o n s
------------------------------

après l'hiver & aux approches
du printemps, ne se montre
point encore; elle a sa racine
cachée dans le sein de la terre,
elle est noire, toute aride
& informe. Mais dès que la
chaleur du Soleil a déterminé
sa végétation, elle prend un
faible accroissement, se développe
insensiblement, &
bientôt par la réverbération
que les ardeurs de l'été lui font
éprouver, elle reçoit successivement
les quatre couleurs
principales. La racine produit
donc premièrement une herbe
tendre, cette herbe donne
une fleur, enfin de cette fleur

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 109
------------------------------

il sort une semence: or c'est
la semence qui est la teinture
& la quintessence de cette
herbe.

X L I V.
Quelquefois le vase vous paraîtra
comme doré; c'est là un
indice de la mixtion du sperme
du Soufre avec le menstrue
du Mercure & de l'altération
mutuelle que chacune
de ces deux substances reçoit
de l'autre. Au reste, lorsque
le jardin philosophique est en
fleurs, on y voit briller différentes
couleurs qu'on a comparées
à celles de la queue du

@

------------------------------
110 P o s i t i o n s
------------------------------

paon dont elles imitent la
variété & la magnificence. Ce
spectacle agréable dure tant
que les parties humides sont
en guerre avec les sèches, &
que réciproquement les sèches
se battent avec les humides;
car lorsque la blancheur
est survenue, la paix
est déjà faite entre les éléments.

X L V.
Lorsque la blancheur est
parvenue à son degré de fixité
& à la sublimité ou perfection
qu'elle acquiert par une
certaine fermentation connue
des Philosophes, vous

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 111
------------------------------

avez une teinture pour les
quatre corps inférieurs, &
une médecine qui extirpera
radicalement les maladies de
son genre, quelque fixité
qu'elles aient acquis dans les
corps humains; car le blanc
& le rouge proviennent du
même Mercure; & Adam
contient & renferme dans son
sein sa femme Evene, qui
sort de son flanc & devient
visible par la vertu du premier
Archée.

X L V I.
Ensuite cette même blancheur
avançant peu à peu vers

@

------------------------------
112 P o s i t i o n s
------------------------------

une excellence & une perfection
ultérieures, se revêt
d'un habit jaune; elle se change
enfin en une teinture très
parfaite & très rouge; après
quoi elle reste dans cet état
sans pouvoir monter à un plus
haut degré de perfection. C'est
alors la sublimité de l'oeuvre &
de tout l'Art, le baume perpétuel,
l'huile incombustible, le
trésor incomparable, la joie de
la Philosophie; c'est le fils très
parfait de la Nature, qui se
fait gloire de l'avoir enfanté,
ne pouvant rien produire de
plus noble; disons mieux, si
l'on en excepte la seule âme

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 113
------------------------------

raisonnable, il ne peut rien
naître au monde de comparable
à cette substance qui embrasse
& comprend en elle les
vertus & les perfections de
tous les êtres supérieurs &
inférieurs.

X L V I I.
Lorsque vous serez arrivé à
cette rougeur, & que vous
serez en possession de la production
la plus parfaite de la
Nature, n'oubliez & ne négligez
pas de la nourrir souvent
de son propre lait. Donnez-lui
ensuite un aliment
plus solide; la Nature vous

@

------------------------------
114 P o s i t i o n s
------------------------------

enseigne que l'on traite de
même tous les corps vivants;
c'est par ces milieux ou moyens
que cette production
merveilleuse reçoit par degrés
toute la force dont sa constitution
est susceptible, jusqu'à
ce qu'enfin elle soit en état
de subjuguer les ennemis qui
cherchent à la détruire, & de
multiplier à l'infini les individus
de son espèce. Car dans
tout ce qui respire, la génération
conserve l'espèce de
même que la nutrition conserve
l'individu. La fermentation
& la projection produisent
le même effet dans

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 115
------------------------------

notre oeuvre: la première est
la nutrition de la pierre, l'autre
tient lieu de la génération.

X L V I I I.
Notre pierre ne doit prendre
aucun aliment qui lui soit
étranger; ainsi il faut la nourrir
de son propre lait, en
lui conservant soigneusement
son tempérament, tant de la
part du poids, que quant à la
qualité de la nourriture qu'il
est juste de lui donner, &
prendre garde à tous égards
qu'elle ne souffre aucun dommage.
Nous voyons en effet
que les bois, les métaux &

@

------------------------------
116 P o s i t i o n s
------------------------------

autre choses semblables
lorsqu'ils restent longtemps
ensevelis dans le sein de la
terre, se pétrifient en conservant
extérieurement leur première
forme, parce qu'ils acquièrent
un autre tempérament
ou constitution, en se
nourrissant d'un aliment étranger,
d'un aliment en quelque
sorte contraire à leur Nature.

X L I X.
N'oublions pas cependant
d'observer qu'il y a deux espèces
de fermentation. L'une
regarde la qualité & l'autre la
quantité. Pour la première,

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 117
------------------------------

il faut observer la proportion
géométrique; & dans la seconde,
la proportion arithmétique.
Celle-là est différemment
uniforme, & celle-
ci uniformément difforme.
L'une procède de la chose dissoute,
& l'autre de la chose
congelée par la voie de la
Nature; enfin dans la première,
si vous n'observez pas
exactement la proportion des
poids, vous tenterez inutilement
d'exécuter l'oeuvre; votre
compost éprouverait le
fort de ceux dont la chaleur
naturelle est absorbée & suffoquée
par un excès de nourriture,

@

------------------------------
118 P o s i t i o n s
------------------------------

ou de ceux qui, faute
d'aliment, meurent d'inanition.

L.
La fermentation, selon la
quantité, suppose l'autre qui
agit sur la qualité, & la circonscrit
dans certaines limites.
Par exemple, si votre médecine
a acquis par la fermentation
la vertu de teindre dix
parties, ou cent, ou mille,
la fermentation en quantité
sera déterminée à ce même
degré, c'est-à-dire, qu'elle ne
pourra teindre que dix, ou
cent, ou mille parties d'un

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 119
------------------------------

métal inférieur, ni plus, ni
moins. Cependant toutes les
parties de la masse deviendront
de même force & homogènes à
celles de la teinture dissoute.
Ce qui donne un grand avantage
& un grand profit.

L I.
L'espace de temps que demande
la fermentation selon
la qualité, est déterminée par
la circulation convenable à
la nature de son Mercure,
dans lequel & par lequel s'achève
la répétition de toute
l'oeuvre, qui ne consiste que
dans la solution & la coagulation.

@

------------------------------
120 P o s i t i o n s
------------------------------

Dissolvez donc & coagulez
autant de fois qu'il vous
plaira, & vous aurez une médecine
accomplie & parfaite
tant pour le genre animal que
pour le végétal; elle demande
seulement que vous observiez
les règles que je vous donnerai
ci-après. Ayez soin d'ailleurs
de suivre absolument
la même méthode pour la
fermentation, soit au blanc,
soit au rouge; & nourrissez
séparément chaque matière
de son propre lait.

L I I.
La chose ne se passe pas de
même

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 121
------------------------------

même dans la fermentation,
selon la quantité, savoir lorsque
la partie coagulée se joint
avec le corps solide, car il ne
faut que trois circulations de
son soufre pour achever &
accomplir son mouvement,
ce qui n'est pas sans mystère.
En effet, l'homme ne prit
naissance dans le sein de la
terre, que le troisième jour
après la création du Soleil;
parce qu'il était convenable
que le Soleil, comme précurseur,
embellît & remplit
de sa chaleur vivifiante & de
ses influences salutaires, la
demeure royale de l'homme,
F

@

------------------------------
122 P o s i t i o n s
------------------------------

avant que ce gouverneur &
cet habitant de l'Univers sortît
du limon dont il était formé.
Cet ouvrage (dont j'ai
suffisamment parlé), & par
lequel le Mercure reçoit la
teinture, sans quoi il ne teindrait
pas, fut appelé par les
Anciens l'oeuvre de trois jours.

L I I I.
Venons aux règles que
j'ai promises plus haut sur
l'usage de la Médecine. 1°. Il
faut purger le corps de toutes
obstructions, du moins
autant qu'on le peut, & prendre
ensuite de cette médecine

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 123
------------------------------

en très petite quantité, de
peur que ce feu céleste, qui
est doué d'une activité éminente,
n'agisse avec trop d'impétuosité
& de force sur la
faible étincelle qui nous anime.
2°. Si la maladie est à la
circonférence, il faut faire
précéder quelque préparatif,
qui ayant une tendance naturelle
vers cette circonférence,
puisse laisser après lui
quelques vertus attractives qui
appellent ou attirent la médecine
vers la partie malade.
3°. Si le siège de la maladie est
dans le centre, il faudra mêler
la médecine avec quelque
F 2

@

------------------------------
124 P o s i t i o n s
------------------------------

véhicule convenable; car par
ce moyen on la détermine
plus facilement à se porter
vers la partie affectée; & comme
ce qui est bon est toujours
d'accord avec la Nature, celles
qui ne sont pas affectées n'en
reçoivent aucun dommage,

L I V.
Parmi les remèdes préparatifs
qui peuvent disposer les
corps vivants à la susception de
cette suprême médecine (car
l'introduction de la forme
suppose que la matière est
convenablement préparée);
l'arcane corallin remporte

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 125
------------------------------

facilement la palme. Ce remède
immortel n'a pas été
inconnu aux anciens; mais
sa préparation, de même que
celle du grand oeuvre, a été
mise dans un meilleur ordre,
& abrégée par Paracelse. Et
quoique plusieurs Auteurs
l'aient fait connaître au Public,
ils en ont toujours tronqué
& mutilé la recette, au
point que je n'en connais aucun
qui l'ait entièrement révélée
avec sincérité. La franchise
avec laquelle j'ai exposé
les autres secrets de notre
science, m'engage à consacrer
aussi à la postérité ce précieux
F 3

@

------------------------------
126 P o s i t i o n s
------------------------------

trésor sans aucun détour
& en paroles claires & expresses;
elle verra par-là qu'en
toutes choses je n'ai écouté
que la voix de son intérêt.

ARCANE CORALLIN.
L V.
Prenez du Mercure natif,
purgez-le de sa noirceur par
l'esprit-de-vin, en l'agitant
jusqu'à ce qu'il ait pris une
couleur azurée. Sur huit
onces de mercure, mettez
autant d'esprit de nitre rectifié
plusieurs fois & délivré
de son flegme; établissez
la solution dans un matras

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 127
------------------------------

que vous mettrez au feu de
sable, jusqu'à ce que le
mercure se précipite de lui-
même en cristaux blancs. Faites
bouillir continuellement,
jusqu'à ce que tout l'esprit
soit évaporé; & mettez à refroidir
le tout pendant vingt-
quatre heures. Vous trouverez
dans votre matras une
masse blanche, que vous réduirez
en poudre très fine; &
vous répéterez jusqu'à trois
fois cette opération. La dernière
fois il faudra enlever
tout l'esprit de manière que
la matière reste sèche; vous
aurez au fond le mercure,
F 4

@

------------------------------
128 P o s i t i o n s
------------------------------

qui aura la couleur du
pavot champêtre, & vous le
pourrez calciner doucement.
Vous réduirez ce mercure
rouge en une huile excellente,
très douce, & d'un parfum
admirable, de la manière qui
suit:
Ayez de l'esprit-de-vin parfaitement
purifié de tout
phlegme, & imbibez-en la
matière, qui prendra la forme
d'une pâte; versez-en jusqu'à
ce que l'esprit de vin surnage
de trois doigts. Enfermez ce
mélange dans un vase de terre
hermétiquement scellé, &
laissez-le se putréfier pendant

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 129
------------------------------

un mois philosophique dans
le ventre de cheval ou dans
son vicaire (1). Au bout de
ce temps, la matière se changera
en une liqueur mucilagineuse
ou huile. Lorsque


--------------------------------------
(1) Le Ventre de cheval est la chaleur tempérée du fumier; & par son vicaire,
il ne faut entendre autre chose
qu'un fourneau dans lequel on entretient
une chaleur pareille à celle du fumier,
ou qui soutient constamment le
thermomètre de M. de Réaumur à environ
32 degrés. Ce même degré est à-
peu-près celui de la chaleur animale, c'est
celui de la poule qui couve, c'est celui
qui fait éclore les oeufs de presque tous
les oiseaux.
F 5

@

------------------------------
130 P o s i t i o n s
------------------------------

vous verrez ce signe, décantez
doucement l'esprit de vin,
filtrez l'huile au travers d'un
papier, & lorsque vous en
aurez chassé tout le phlegme
par un feu de bain très modéré,
vous aurez au fond
une huile très blanche & très
douce. Mettez-la dans une retorte
que vous pousserez par
un feu de sable gradué, cette
huile montera sous la forme
d'une liqueur blanche & laiteuse,
elle ne sortira pas toute
cependant; mais il y aura
quelques parties de mercure
qui se sublimeront, & que
vous rejoindrez à l'huile; &

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 131
------------------------------

vous distillerez de même au
bain de sable. Le tout se convertira
ainsi en une huile très
pesante, très douce & d'une
odeur extrêmement parfumée.
Prenez cinq onces de cette
huile, & demi-once d'or parfaitement
purifié par le cinabre
& le mercure. Mêlez-les
dans un matras lutté hermétiquement,
que vous mettrez
pendant huit jours à la chaleur
de la putréfaction ou au
bain de cendres. Vous en
extrairez ensuite par distillation
une teinture de soleil,
rouge comme du sang, & il
F 6

@

------------------------------
132 P o s i t i o n s
------------------------------

vous restera au fond le corps
du Soleil tout blanc, (c'est-
à-dire, une lune blanche &
fixe, qui reprendra sa couleur
d'or si vous la traitez par
l'antimoine). Ce soufre du
Soleil enfermé dans un vase
hermétiquement scellé & mis
dans l'athanor à une chaleur
douce & continuelle, se
coagulera sous forme de pierre
rouge, laquelle se résoudra
de nouveau en huile par déliquescence.
Otez les fèces,
coagulez encore cette huile
de la même manière, & répétez
jusqu'à trois fois la même
opération.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 133
------------------------------

La dose est depuis un demi-
grain jusqu'à un grain, que
l'on prendra dans un véhicule
convenable, tel que
l'extrait de thériaque avec
la poudre de réglisse, pour
lui donner la consistance de
pilules, & l'on boira par-
dessus un coup soit de vin,
soit de quelque eau spécifique.
On répétera la même
dose autant de fois que la maladie
le demandera; le mieux
cependant sera de s'en rapporter
à la prudence de quelque
habile Médecin. Je viens
de déclarer aux Disciples de
la Science, en termes précis

@

------------------------------
134 P o s i t i o n s
------------------------------

& très clairs, ce grand arcane,
dont le mérite est tel
qu'on ne saurait jamais assez
le célébrer. Il a été connu par
des personnes graves & très
savantes qui, je ne sais pour
quelle raison, n'ont pas voulu
en faire part au public.
Paracelse avait coutume de
l'appeler Elixir-de-vie, Thériaque
des métaux, Laudanum
mercuriel ou métallique.
Mais revenons à notre objet.

L V I.
Nous venons de voir que
les corps vivants doivent être
préparés avant de prendre cette

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 135
------------------------------

médecine, lorsqu'elle a été
déterminée pour leur usage.
Il en est de même des corps
métalliques, lorsque la médecine
a été déterminée pour
eux; ils exigent une préparation
préliminaire avant qu'on
l'emploie pour leur amélioration.
Car les Philosophes
veulent que l'on anime auparavant
les métaux inférieurs,
de peur que si l'effet de la
teinture vient à éprouver quelque
retard, le corps ne soit
brûlé & consumé entièrement
ou du moins en partie, ou
que la teinture ne s'envole
avant de l'avoir pénétré. Or

@

------------------------------
136 P o s i t i o n s
------------------------------

on anime les métaux en les
mêlant avec la Lune; car
comme dans l'Astronomie
supérieure la Lune reçoit les
rayons & les influences du Soleil
avant que de les réfléchir
dans les corps élémentaires;
de même dans l'Astronomie
inférieure la teinture du Soleil
n'a l'ingrès, c'est-à-dire,
la faculté de pénétrer les corps,
que par le moyen de la Lune;
ce qui a été cause que beaucoup
d'Artistes ont été trompés
en voulant faire la projection.
Ce mélange de la
Lune produit le même effet
sur les métaux inférieurs, que

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 137
------------------------------

l'engrais sur les terres, qui suivant
le degré de leur bonté,
rendent la semence qu'on leur
a confiée, les unes au décuple,
les autres au centuple,
&c. Ainsi examinez quelle
espèce de Lune vous devez
employer; sera-ce la Lune
métallique, ou faut-il prendre
ici le mot de la Lune métaphoriquement?
Vous apprendrez
dans les Philosophes
la quantité précise qui doit
en entrer dans le mélange,
ou plutôt la Philosophie elle-
même vous l'enseignera.

@

------------------------------
138 P o s i t i o n s
------------------------------

Du Feu.

L V I I.

Notre Oeuvre demande deux
espèces de feux, l'un interne
& l'autre externe. Ils doivent
se correspondre l'un à l'autre
de manière que l'externe ne
surpasse pas l'interne. Le feu
interne est une liqueur éthérée,
ou un nectar mercuriel
qui vivifie, conserve & nourrit
la matière dans le vase,
& qui la conduit au terme
complet de sa perfection. Il
n'est mis en mouvement que
par le feu externe; & si celui-

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 139
------------------------------

ci est lent & trop faible, le
feu interne reste dans l'inaction
& ne produit rien, comme
on le voit dans les semences
que l'on jette en terre pendant
l'hiver; elles ne peuvent
pas germer, parce que la chaleur
extérieure du Soleil ne
réveille pas leur chaleur intérieure.
Mais si ce feu externe
est trop fort, le vase se casse,
ou la matière se brûle; c'est
ce qui arrive ordinairement
aux grains que l'on sème pendant
les chaleurs de la canicule,
ou aux oeufs qui se
cuisent à une chaleur violente;
au lieu qu'ils produisent

@

------------------------------
140 P o s i t i o n s
------------------------------

un poulet, si on les entretient
dans une chaleur douce
& tempérée: cela vient de
ce que les idées & les formes,
disons plutôt les vertus & les
esprits vitaux, qui sont tendrement
enveloppés dans le
centre même de l'oeuf, se développent
aisément à la douce
impression de la chaleur
qui leur est naturelle, & périssent
ou se dissipent avec la
même facilité s'ils sont exposés
à l'action violente &
destructive du feu extérieur.

L V I I I.
C'est donc ainsi que ce feu

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 141
------------------------------

extérieur, moteur de tout
notre oeuvre, fait les fonctions
du Soleil du Macrocosme
ou grand monde, & opère
de même que lui. Il incite
& met en mouvement les esprits
métalliques que notre
terre renferme dans son sein;
& lorsqu'une fois ils sont en
action, la femme dissout le
mari, & elle en est fécondée
à son tour. L'indice de cette
fécondation est cet Aleph ou
commencement ténébreux que les
Anciens ont appelé tête de
corbeau. Lorsque la femme est
devenue ensuite plus robuste,
elle ne craint pas de lutter avec,

@

------------------------------
142 P o s i t i o n s
------------------------------

son mari; c'est alors que la
terre de jardin des Philosophes
commence à fleurir. Ici
la Nature produit une rose
extrêmement blanche, qui
prend après cela une couleur
de souci, & se change à la
fin en immortelle amarante.

L I X.
Mais si vous voulez une méthode
sûre pour obliger ce feu
externe à mettre la matière
en mouvement sans aucun
danger, ne croyez pas que
tous les fourneaux, quelle
que soit leur forme, soient
propres à ce feu; il lui en faut

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 143
------------------------------

un qui ressemble par sa structure,
à cet univers, afin qu'il
puisse d'autant mieux imiter
l'action & l'effet du Soleil
dont il doit remplir les fonctions,
comme nous l'avons déjà
dit. Livrez-vous tant qu'il vous
plaira à de belles spéculations,
si l'action de votre feu
ne passe pas par quelque milieu
éthéré, c'est-à-dire, vaporeux,
vous ne parviendrez
point au but de vos désirs.
De-là vient que le Trévisan
se plaint d'avoir essayé tout
au commencement d'opérer
avec la chaleur du fumier,
&c. mais que le défaut d'un

@

------------------------------
144 P o s i t i o n s
------------------------------

milieu avait rendu sa tentative
inutile.

L X.
Pour procurer à notre oeuvre
le degré de chaleur qu'il
demande, & qui est capable
d'exciter le feu interne, plusieurs
ont employé la lampe
à huile, d'autres seulement
des cendres chaudes, & d'autres
ont mis leur vase immédiatement
sur les charbons.
On en a vu aussi qui l'ont enfermé
dans une capsule de bois
faite en forme d'oeuf, & l'ont
ainsi exposé à la vapeur de
l'eau chaude. D'autres enfin
se

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 145
------------------------------

se livrant à leurs idées & aux
caprices de leur cerveau, ont
imaginé à leur propre préjudice
d'autres moyens remplis
d'art & tout aussi dangereux
que dispendieux. Ils n'ont compris
ni la fontaine ni la méthode
du Trévisan, que l'on
doit suivre en effet; mais quoiqu'altérés,
quoique brûlants
de soif, ils se sont éloignés de
sa véritable source, qu'ils n'ont
pas eu l'esprit de reconnaître.

L X I.
La doctrine que j'ai exposée
assez clairement dans les
canons qui précèdent, demande
une explication ultérieure
G

@

------------------------------
146 P o s i t i o n s
------------------------------

des vases. Elle sera d'autant
moins déplacée que du
bon ou du mauvais usage que
l'Artiste saura en faire, peut
dépendre la bonne ou la mauvaise
issue de ses travaux. Passant
donc sous silence les vases
de la première opération,
qui exige un vrai travail d'Hercule,
je puis vous assurer qu'il
n'est besoin que de deux vases;
c'est de ces deux vases
dont les Philosophes ont tant
parlé, & avec lesquels ils ont
coutume d'achever cet oeuvre.
Le premier est appelé
le vase de l'Art, & le second,
le vase de la Nature.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 147
------------------------------

X L I I.
Le vase de l'Art est l'oeuf
philosophique, qui est fait
d'un verre très pur, de forme
ovale, ayant le cou de
longueur moyenne; il faut
que la partie supérieure du
cou puisse être scellée hermétiquement,
& que la capacité
de l'oeuf soit telle que
la matière qu'on y mettra,
n'en remplisse que le quart;
car cette matière doit avoir
assez d'espace pour circuler
librement, parce que cette
rosée mercurielle, animée &
mise en mouvement par la
chaleur extérieure, monte &
G 2

@

------------------------------
148 P o s i t i o n s
------------------------------

descend successivement; &
c'est par le moyen de cette
révolution oblique que s'opèrent
les sublimations, les
imbibitions, les arrosements,
les précipitations, les cohobations,
les séparations des
éléments, les digestions, &c.
sur lesquelles les Philosophes
ont écrit des chapitres particuliers,
pour jeter les Sophistes
dans l'erreur; car toutes
ces opérations ne se font
pas dans différents vases, mais
dans un seul & par un feu
simple.

L X I I I.
Que l'on prenne garde cependant

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 149
------------------------------

que le vase ne soit
plus grand qu'il ne convient;
car le Mercure balsamique
qui monte & s'élève dans le
vase pour s'y convertir en
une rosée extrêmement douce,
aurait alors un mouvement
trop lent, perdrait beaucoup
de ses esprits, & n'arroserait
pas suffisamment notre
terre, ce qui serait cause
que cette même terre, aride,
altérée, s'entrouvrant de sécheresse,
n'aurait pas la force
de faire éclore son germe. Si
le vase au contraire était trop
petit, les esprits & la matière
ne pourraient pas suffisamment
s'étendre, s'épanouir,
G 3

@

------------------------------
150 P o s i t i o n s
------------------------------

se dilater, & se trouvant renfermés
dans une prison trop
étroite, ils feraient éclater le
vase; mais quand même il
résisterait à leurs efforts, la
Nature contrainte & comme enchaînée,
refuserait la végétation
à notre plante minérale,
comme nous voyons qu'il
arrive à la semence qui est recouverte
par du bois ou par
des pierres.

L X I V.
De plus ayez grande attention
que le vase soit si bien
scellé que l'air extérieur ne
puisse nullement y pénétrer,
& que les esprits intérieurs

+@
+@

150

pict

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 151
------------------------------

de la pierre qui font extrêmement
subtils, ne trouvent
aucune issue; sans quoi les
vertus renfermées & cachées
dans la matière, se trouvant
privées de leur propre esprit,
resteront sans action au fond
du vase, semblable à des cadavres
sans âme & sans vie.
Prenez l'oeuf pour exemple;
si sa coque est endommagée
par le moindre trou, par la
moindre fêlure, ce sera en vain
que la poule lui communiquera
cette chaleur douce &
continue, qui est si convenable
au développement de son
germe; il n'en sortira jamais
de poulet. De même si votre
G 4

@

------------------------------
152 P o s i t i o n s
------------------------------

vase est cassé, si l'air y trouve
le moindre passage, vous n'avez
aucun succès à espérer
pour votre oeuvre.

L X V.
Quant au vase interne ou
vase de la nature, que quelques-uns
appellent la matrice
de notre Soufre, c'est une
graisse mercurielle, humide,
qui par sa viscosité retient,
enchaîne & tempère la chaleur
intérieure du Soufre,
l'empêche d'être brûlé, & lui
donne une fluidité très douce,
sans laquelle il se durcirait
trop, à cause de la fixité
naturelle de son corps.

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 153
------------------------------

Nous voyons en effet que les
semences jetées sur des rochers,
non seulement ne produisent
rien, mais se durcissent
& se dessèchent, parce
qu'il leur manque une matrice
qui leur fournisse cette
humidité visqueuse & mercurielle,
qui est si nécessaire au
développement de leurs vertus.
L X V I.
Après que tout cela aura
été fait suivant l'usage, vous
n'aurez plus qu'à recueillir la
moisson philosophique. J'entends
parler des projections
dont les Philosophes ont décrit
la méthode d'une manière
G 5

@

------------------------------
154 P o s i t i o n s
------------------------------

si claire, que je crois
devoir les passer ici sous silence,
comme ne présentant
aucune difficulté. Disons
mieux, les moissons & leurs
fruits, lorsqu'ils sont parvenus
à leur automne, ne tombent-ils
pas comme d'eux-
mêmes dans les mains de
leur propriétaire? Quoique
leur collection ou la récolte
en général présuppose la
préparation de la terre, les
engrais, le hersage & les autres
labours qui doivent devancer
les semailles, il ne
faut pas cependant la compter
parmi les travaux du cultivateur
aux soins duquel elle

@

------------------------------
H e r m é t i q u e s. 155
------------------------------

est abandonnée; on peut dire
vraiment qu'il se livre au repos
dès qu'il a une fois confié
sa semence au sein de la
terre. Quand vous serez donc
venu à bout des principaux
& plus grands travaux, usez
heureusement & jouissez de ce
fruit éternel & immortel de
la Philosophie, qui est une
espèce d'expression ou d'extrait
de la sagesse divine, &
le fruit de vie du Paradis terrestre,
&c.
» Ce premier rameau d'or
» étant arraché, un autre
» prendra infailliblement sa
» place, & la tige poussera
G 6

@

------------------------------
156 P o s i t i o n s
------------------------------

» de nouveaux rejetons du
» même métal «.
Lorsque vous posséderez ce
trésor, vous vous persuaderez
avec raison qu'après la
connaissance intuitive de l'essence
divine, qui est réservée
à notre âme dans l'autre vie,
comme le sceau de notre foi;
l'intelligence humaine ne peut
imaginer rien de plus précieux,
rien de plus noble que
ce don de Dieu, qui contient
& renferme en lui la
majesté de toute la Nature.

pict

@

pict

A U L E C T E U R.

POUR me garantir de la
critique des Sophistes, & de
peur que l'on n'imagine que
j'ai avancé sans aucun fondement
les Positions que l'on
vient de lire, j'ai cru qu'il
était à propos de les confirmer
par les Maximes suivantes
qui ont été puisées
chez les plus estimés d'entre
les Philosophes.

pict

@

pict

LA PIERRE DE TOUCHE

ou
PRINCIPES DES PHILOSOPHES,

Qui doivent servir de règle pour
l'oeuvre.

I.

La Nature a laissé quelques
êtres imparfaits, puisqu'elle
n'a pas formé la pierre, mais
seulement sa matière, qui
véritablement ne peut pas
faire ce que la Pierre fait après
sa préparation, parce qu'elle
en est empêchée par des obstacles
accidentels.

@

------------------------------
d e T o u c h e. 159
------------------------------

I I.
La substance que l'on cherche
est la même chose que
celle d'où on doit la tirer,

I I I.
Cette identité est spécifique,
c'est-à-dire, qu'elle n'est
que relativement à l'espèce; elle
n'est pas particulièrement ou numérique.

I V.
De l'unité, tirez le nombre
ternaire, & ramenez le ternaire
à l'unité.

V.
Toute chose sèche boit son
humide.

@

------------------------------
160 L a P i e r r e
------------------------------

V I.

Il n'y a d'eau permanente
que celle qui est sèche & qui
adhère aux corps, de manière
que si elle fuit, les corps
fuient avec elle; & qu'elle les
suive s'ils fuient.

V I I.

Quiconque ignore le moyen
de détruire les corps, ignore
aussi le moyen de les produire.

V I I I.

Toutes les choses qui se
résolvent par la chaleur, se

@

------------------------------
d e T o u c h e. 161
------------------------------

coagulent au froid, & réciproquement.
X I.
La Nature se réjouit en sa
nature; la Nature améliore la
nature, & la même à sa perfection.

X.
Il est nécessaire, pour la
conservation de l'Univers,
que chaque chose désire &
demande la perpétuité de son
espèce.

X I.
Dans les productions physiques
parfaites, les effets sont
semblables & conformes à la

@

------------------------------
162 L a P i e r r e
------------------------------

cause particulière qui les produit.

X I I.
Il n'est pas possible qu'il se
fasse aucune génération sans
corruption; & dans notre
oeuvre, la corruption & la
génération sont impossibles
sans le Ciel philosophique,

X I I I.
A moins d'intervertir l'ordre
de la Nature, vous n'engendrerez
pas de l'or à moins
qu'il n'ait été auparavant
argent.

X I V.
La solution des corps est

@

------------------------------
d e T o u c h e. 163
------------------------------

la même chose que leur congélation,
si l'on ne considère
que le menstrue & le moment
de la solution.

X V.
Si vous avez dissipé & perdu
la verdeur du Mercure &
la rougeur du Soufre, vous
avez perdu l'âme de la Pierre.

X V I.
Rien d'étranger n'entre dans
notre oeuvre; il n'admet &
ne reçoit rien qui vienne
d'ailleurs.

@

------------------------------
164 L a P i e r r e
------------------------------

X V I I.

Les solutions philosophiques
enlèvent au corps dissous
ses impuretés naturelles, qui
ne peuvent être rendues sensibles
par aucune autre voie.

X V I I I.

Tout agent exige une matière
préparée; c'est pour cela
qu'un homme ne peut point
engendrer avec une femme
morte.

X I X.

Dans l'oeuvre, la femelle

@

------------------------------
d e T o u c h e. 165
------------------------------

dissout le mâle, & le mâle
coagule la femelle.

X X.

Le Mercure des Philosophes
est leur composé très
secret, ou leur Adam, qui
porte & cache dans son corps
Eve sa femme, laquelle est
invisible; mais lorsqu'elle arrive
au blanc, elle devient
mâle.
X X I.

Les Philosophes ont dit sagement
que le Mercure renferme
tout ce qui fait l'objet
de la recherche des Sages.

@

------------------------------
166 L a P i e r r e
------------------------------

X X I I.

Que votre chaleur soit continuelle,
vaporeuse, digérante,
environnante, & qu'elle
soit portée à travers un milieu.

X X I I I.

Prenez garde à l'ordre dans
lequel paraîtront les couleurs
critiques, que l'une ne
devance pas l'autre, & que
chacune d'elles se présente à
son tour.

@

------------------------------
d e T o u c h e. 167
------------------------------

X X I V.

Ces couleurs critiques sont
au nombre de quatre; le noir,
le blanc, le citron & le rouge
parfait. Quelques Philosophes
leur ont donné le nom
d'éléments.

X X V.

Si la couleur blanche précède
la noire, vous avez manqué
dans le régime du feu;
& si la rouge paraît avant la
noire ou la blanche, c'est un
indice de la trop grande sécheresse
de la matière.

@

------------------------------
168 L a P i e r r e
------------------------------

X X V I.

Ayez le plus grand soin que
la noirceur ne paraisse pas
deux fois; lorsque les petits
corbeaux se sont une fois envolés
de leur nid, ils ne doivent
plus y rentrer.

X X V I I.

Prenez garde encore que la
coque de l'oeuf ne se casse,
qu'elle ne se fêle, qu'elle ne
donne passage à l'air; sans
quoi vous ne ferez rien de bon.

X X V I I I.

Le ferment n'est composé
que de sa propre pâte: ainsi
ne

@

------------------------------
d e T o u c h e. 169
------------------------------

ne mêlez pas le blanc avec
le rouge, ni le rouge avec le
blanc.
X X I X.

Si vous ne teignez pas le
Mercure, il ne tiendra pas.

X X X.

Il faut que les corps ou métaux
inférieurs que l'on veut
transmuer en or ou en argent
par la projection, soient vifs
& animés.

X X X I.

Plus les corps seront parfaits,
plus ils recevront & se
chargeront de teinture.
H

@

------------------------------
170 L a P i e r r e
------------------------------

X X X I I.
Si la pierre n'a pas été fermentée
au moins deux fois,
elle ne pourra pas maîtriser
ou subjuguer le Mercure des
corps, & le changer en sa
nature.
X X X I I I.

Si l'on emploie trop de teinture
dans la projection, le
corps inférieur prendra trop
de fixité, & ne pourra pas
entrer en fusion; s'il y en a
trop peu, il ne sera teint que
faiblement.

X X X I V.

Notre Pierre, avant d'être
propre à teindre les métaux,

@

------------------------------
d e T o u c h e. 171
------------------------------

chasse les maladies de son
genre, proportionnées au degré
de perfection qu'elle a
acquis.

X X X V.
Lorsqu'elle est parvenue à
une blancheur fixe & permanente,
elle guérit les maladies
Lunaires; & lorsqu'elle
est rouge, les maladies Solaires.
Mais quoiqu'elle soit
préparée de l'une ou de l'autre
manière, les maladies Astrales
lui résistent, parce
qu'elles sont absolument soumises
à la fatalité.

--------------------------------
(1) Cette distinction des maladies en Solaires, Lunaires, Astrales, Tartareu-
H 2

@

------------------------------
172 L a P i e r r e
------------------------------

X X X V I.
Les Sages éloignant les Profanes
n'admettrons que les Elus à
leurs mystères sacrés; dès qu'ils
posséderont ce rare présent
de la Sagesse divine, ils en
rendront grâces à l'Etre Suprême,
& se mettront sous
l'étendard d'Harpocrate.


---------------------------------------
ses, &c. introduite ou accréditée par Paracelse,
a été proscrite avec raison par
la Médecine moderne. Ainsi je ne m'arrêterai
point à en donner les définitions;
cela me mènerait trop loin. Les curieux
peuvent consulter sur cet objet les ouvrages
même de Paracelse.

@

pict

PRATIQUE.

Prenez de la vraie terre suffisamment
imprégnée des
rayons du Soleil, de la Lune
& des autres astres. Faites-en
deux parts égales; le but de
ceci est de rendre à la Nature
son poids; car d'un côté
on extrait le nitre philosophique,
& de l'autre le sel
volatil & fixe. Je vais dire
quelques mots de chacun des
deux en particulier. Si l'on
travaille soigneusement par
cette voie avec le poids convenable,
il ne sera pas facile
de se tromper; ce qui arriverait
d'ailleurs très aisément,
H 3

@

------------------------------
174 P r a t i q u e.
------------------------------

si on extrayait ces sels d'un
seul côté, c'est-à-dire, de l'une
ou de l'autre de ces parties seulement.

Du Nitre philosophique.

Il est nécessaire que la matière
de la Pierre soit purifiée
au suprême degré par la coction,
la filtration, l'évaporation
& la coagulation; car
il faut que l'Art la rende tellement
diaphane, qu'elle surpasse
le cristal en transparence
& en éclat. Cela fait, on calcinera
à un feu très fort cette
terre presque morte, d'où l'on
a tiré ce cristal par élixivation.

@

------------------------------
P r a t i q u e. 175
------------------------------

Prenez une livre & demie
du nitre cristallin, & quatre
livres & demie de cette
terre calcinée mentionnée ci-
dessus. Distillez, selon les règles
de l'Art, avec une retorte
de terre bien lutée,
dont le récipient soit suffisamment
grand, & dans lequel
vous aurez mis deux livres
d'eau de fontaine; vous
distillerez par gradation jusqu'à
ce que les gouttes des esprits
se précipitent dans l'eau
en forme d'étincelles. Ayez
soin que toutes les ouvertures
soient bien bouchées, de peur
que rien ne transpire; lorsque
la distillation sera achevée,
H 4

@

------------------------------
176 P r a t i q u e.
------------------------------

laissez entièrement refroidir
le fourneau avant d'enlever
le récipient, & faites autant
de pareilles distillations que
la quantité de votre matière
en demandera.
Rectifiez tous ces esprits au
bain-marie, jusqu'à ce que
vous ayez fait passer tout le
phlegme, c'est-à-dire, les
deux livres d'eau que vous
aviez mises dans le récipient
pour recevoir les esprits. Remettez
ensuite l'alambic sur
les cendres; distillez tous les
esprits selon l'art, & gardez-
les dans un vase de verre qui
soit rempli seulement à moitié,
crainte qu'il ne casse.

@

------------------------------
P r a t i q u e. 177
------------------------------

Du Sel volatil.

Prenez six livres de terre
calcinée, mettez-les dans un
vase sublimatoire bien lutté,
il montera un sel volatil & un
esprit semblable à une vapeur
de couleur trouble. Si quelque
partie blanche du sel
subtil s'attache au col du
vase, détachez-la avec un bâton
ou quelque instrument
de bois, & joignez-la aux autres
parties de l'esprit déjà
sublimées. Il n'est pas nécessaire
ici de mettre de l'eau
dans le récipient, parce que
notre terre contient une quantité
suffisante d'humidité dans
H 5

@

------------------------------
178 P r a t i q u e.
------------------------------

laquelle les esprits se précipiteront.
Continuez les distillations
jusqu'à ce que toute la
terre soit consumée; mais réservez
le caput mortuum pour
en extraire le sel fixe de la manière
qui suit:
Prenez toutes les distillations
provenues de cette terre
dans une cucurbite de verre,
& chassez-en le phlegme au
bain-marie. Adaptez ensuite
un récipient à la cucurbite,
mettez-la au bain de cendres,
& distillez les esprits, que vous
garderez si vous voulez, mais
ils ne servent pas pour cet ouvrage.
Quant à la terre qui
reste au fond de la cucurbite,

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P r a t i q u e. 179
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vous adapterez un alambic
aveugle, vous la sublimerez
avec adresse & selon les règles
de l'Art, & vous obtiendrez
un sel très subtil &
semblable à la neige; vous
rectifierez ce sel par des sublimations
répétées, & vous le
garderez dans un vase de verre
bien bouché; car sans cela
l'air le résout en eau.

Du Sel fixe.

Prenez la terre restante;
calcinez-la à feu ouvert sur
les cendres pendant douze
heures; tirez-en ensuite le sel
selon les règles de l'Art, en
H 6

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180 P r a t i q u e.
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lessivant, cuisant, dissolvant,
évaporant & répétant ce travail
jusqu'à ce que vous ayez
un sel aussi diaphane que le
cristal.

Conjonction des trois Sels.

Joignez le sel fixe & le sel
volatil; versez par-dessus de
l'esprit de nitre, ils s'embrasseront
réciproquement & se
résoudront en eau. Cette eau
est le Mercure triomphant
des Philosophes & le Menstrue
universel. Elle a le pouvoir
de dissoudre les métaux
& les pierres précieuses, parce
qu'elle est un pur feu.

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P r a t i q u e. 181
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Composition de l'oeuvre

universel.

Prenez dix parties du menstrue
universel & une partie
d'or en feuille très pur; mettez-les
dans une cucurbite, le
menstrue ne tardera pas à dissoudre
l'or. Lorsqu'il sera totalement
dissous, il tombera
au fond du vase une espèce de
terre provenant de ce métal.
Laissez les choses dans cet
état l'espace d'une nuit, &
filtrez ensuite la solution selon
l'Art, dans un matras que
vous boucherez hermétiquement,
& que vous placerez

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182 P r a t i q u e.
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dans le globe intérieur de l'Athanor.

Usage de l'Athanor pour cet
oeuvre.

Il y a dans l'Athanor trois
globes; le premier est très
grand & est entier; le moyen
est percé dans sa partie supérieure,
afin que la vapeur de
l'eau puisse s'échapper; le
troisième est de bois de chêne,
& c'est celui dans lequel
se fait la putréfaction au moyen
du feu de vapeurs. Il doit
y avoir dans ce dernier globe
une quantité suffisante d'eau;
& si elle s'évapore, il faut en

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P r a t i q u e. 183
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mettre de la nouvelle qui soit
chaude. Cette putréfaction
s'achève en 40 ou 45 jours, &
c'est alors que paraît ordinairement
la noirceur qu'on a
nommée Tête de corbeau.
Lorsque la putréfaction est
finie, ôtez le globe de bois
parce qu'il n'est plus besoin
d'eau pour le reste de l'ouvrage.
Vous mettrez donc le
vase dans le globe percé, que
vous remplirez de cendres.
Votre feu doit être doux, &
tel que la main puisse le supporter
sans aucune peine; &
en 50 jours, vous verrez paraître
les couleurs connues
sous le nom de la queue de

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184 P r a t i q u e.
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paon, dont il ne restera enfin
que la seule couleur verte.
Otez alors le vase, & mettez-
le dans le premier globe, qui
est le plus grand, & qui doit
être plein de sable, afin de
pouvoir en recouvrir facilement
le vase qui renferme
la matière & qui doit être
bien bouché. Ouvrez l'Athanor,
augmentez le feu de
manière que la main ne puisse
pas supporter sa chaleur; au
bout de 50 jours la matière
sera blanche. Continuez le
même degré de feu jusqu'à ce
qu'elle jaunisse, ce qui arrivera
en 30 jours, ou au plus
tard en 50. Mettez enfin le

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P r a t i q u e. 185
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vase au fond du fourneau, &
appliquez-y le feu du quatrième
degré, jusqu'à ce que
la poudre paroisse rouge: vous
apercevrez au milieu de cette
poudre un grain d'une rougeur
plus éclatante & de la grosseur
d'un poids, que vous garderez
soigneusement, car c'est
la semence de l'or. Vous ôterez
la poudre rouge qui est
tout autour, parce qu'elle ne
sert de rien dans cet oeuvre.
Quant à ce grain même, voici
l'usage que vous en ferez.
Ce grain précieux est l'or des
Philosophe, pesez-le bien
exactement, & mettez-le précisément
avec dix parties du

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186 P r a t i q u e.
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menstrue, dans un petit matras
dont les deux tiers doivent
rester vides. Scellez hermétiquement,
& mettez d'abord
le vase dans le premier
globe, qui est de bois. Opérez
suivant les différents degrés de
feu, & pendant le nombre de
jours dont nous venons de
parler, jusqu'à ce que la poudre
acquière enfin une rougeur
brillante; après quoi vous en
ferez l'épreuve par le moyen
d'une lame d'argent rougie au
feu, sur laquelle vous en jetterez
une très petite partie; il
faut qu'elle y flue comme de
la cire sans fumer; mais si elle
fume encore, remettez-la

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P r a t i q u e. 187
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dans le sable, où elle se fixera
ultérieurement, & se revêtira
de la qualité du feu.

Multiplication.
La Multiplication se fait de
cette manière: prenez une
partie de votre poudre rouge
fixe, & dix parties du menstrue;
mettez-les dans un vase
ou matras; ils s'embrasseront
sur le champ. Scellez hermétiquement
le vase, & mettez-le
dans l'Athanor. Conduisez-
vous en tout comme il a été
dit ci-dessus, jusqu'à ce que
vous ayez la noirceur dans le
globe de bois, les couleurs
variées de la queue de paon dans

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188 P r a t i q u e.
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le second globe, & la couleur
rouge dans le premier. Vous
pourrez, si vous le voulez
multiplier une seconde & une
troisième fois en procédant
de la même manière.
Dans la première opération,
une partie de la poudre
en teindra dix de métal;
dans la seconde, une partie
en teindra cent; & dans
la troisième, mille.
Mais de peur que vous ne
craignez l'ennui de ce travail,
vous saurez qu'il faut toujours
moins de temps pour les
dernières opérations que pour
les premières; car en mettant
le vase avec le globe de chêne

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P r a t i q u e. 189
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dans l'Athanor seulement
pendant trois jours, vous verrez
paraître la couleur noire.
De même avec le globe percé
où l'on met le vase dans les
cendres, toutes les couleurs,
jusqu'à la verte, passeront
aussi dans l'espace de trois
jours; enfin dans le premier
globe où l'on couvre le vase
de sable, trois autres jours
vous suffiront pour amener
la couleur rouge.

Fermentation & préparation
pour la projection.

Prenez une partie de la
poudre rouge & dix parties

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190 P r a t i q u e.
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d'or très pur. Lorsque l'or
sera en fusion dans le creuset,
jette-y la poudre: telle
est la règle de l'Art. L'or par
ce moyen deviendra friable,
& une de ses parties teindra
dix parties de mercure en
très bon or. Mais il y a ici
trois choses principales à observer.
1°. Après la projection
cette poudre ne peut plus se
multiplier, ainsi conservez-la
soigneusement.
2°. La poudre fermentée
avec l'or est appelée Pierre,
& peut être employée dans
la médecine de cette manière:
on en prendra un scrupule

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P r a t i q u e. 191
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ou vingt-quatre grains,
que l'on résoudra selon l'art
dans deux onces d'esprit de
vin, & on en donnera depuis
deux ou trois jusqu'à quatre
gouttes, suivant l'exigence de
la maladie, dans un peu de
vin ou dans quelque autre véhicule
convenable.
3°. Après la fermentation,
la poudre porte le nom de
teinture, & elle ne peut plus
être multipliée. Il est par
conséquent à propos d'avoir
en réserve une partie de la
pierre, puisqu'on la multiplie
très aisément en en mettant
une partie avec dix
du menstrue.

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192 P r a t i q u e.
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Gloire, honneur, louange
soient au Très-Haut; dans
les siècles des siècles. Ainsi
soit-il.

O. A. M. D. G. 1780.

F I N.


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Avec approbation & Privilège
du Roi.

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De l'Imprimerie de C L O U S I E R,
rue S. Jacques. 1780.

Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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