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Page

Réfer. : 1900 .
Auteur : De Respour.
Titre : Rares Expériences.
S/titre : sur l'Esprit Minéral.

Editeur : Laurent d'Houry.
Date éd. : 1701 .
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pict

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pict

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R A R E S
E X P E R I E N C E S
SVR L'ESPRIT MINERAL,
POVR LA PREPARATION

E T
T R A N S M V T A T I O N

DES CORPS METALIQVES.

Où est enseigné la maniere de faire les Agens
necessaires, qui ont esté jusques aujourd'huy
inconnus & cachez au Public.
Avec la connoissance du mouvement general & particulier
du Monde Elementaire & de ce qui y est contenu.
Par Monsieur D * * *,

TOME PREMIER.

pict

A PARIS,
Chez LAURENT D'HOURY, rue S.Jacques,
devant la Fontaine S. Severin, au S. Esprit. ----------------
M. D C C I.
Avec Privilege du Roy
@
@

pict

AVANT-PROPOS.

pict Uoi que j'aie toujours
été fort réservé à l'égard
de la Science & de l'Art,
me portant à imiter la Nature,
plutôt qu'à suivre le sentiment de
ceux, qui pour avoir trop donné
à leurs vaines imaginations, & à
celles des autres, ont écrit tant de
faussetés, & tellement embarrassé
la vérité, qu'aujourd'hui cette habitude
surpasse la raison : Néanmoins
je veux présentement comme
Homme, qui ne prétend porter
aucun témoignage de soi,
mais bien de la Nature qui ne
trompe jamais; donner au Public,
ce que j'ai appris du mouvement
Universel & particulier du Monde
Tome I. *

@

Avant-propos.

Elémentaire avec ce qui y est contenu,
commençant par les Métaux &
Minéraux, continuant par les Végétaux
& finissant par les Animaux:
J'ai eu beaucoup de peine
à m'y résoudre; Ce n'est pas ici
la première fois que je me suis
promis de faire part aux autres du
fruit de mes travaux; Au contraire,
j'ose bien assurer que si ce
n'eût été les présomptueux de ce
temps, j'eusse déjà mis au jour
plusieurs Volumes traitant des
plus rares connaissances, qui jusques
ici aient été entendues, où
je ne me serais non plus nommé
qu'en ceux que j'ai laissé imprimer
sous d'autres noms, afin que l'on
sache que je suis entièrement
exempt de vanité. Je l'aurais encore
permis si je n'eusse trouvé des
personnes, dont le peu de savoir

@

Avant-propos.

confondait le vrai avec le faux,
par quantité de répétitions interrompues
& d'explications fantastiques,
dont se servent ceux qui
amusent le Public sous la réputation
des Doctes: leur superbe, qui
les rend jaloux du bonheur de
leur prochain en est la cause: On ne
se soucie plus de quel côté se ranger,
pourvu que l'on acquière
une fausse gloire & qu'on satisfasse
son Avarice; l'Envie rend les
Hommes muets, l'Opiniâtreté en
fait des Sourds, le Mensonge les
Aveugle; & la Tromperie les rend
Insensibles; l'un nie ce que l'on
lui dit, l'autre blâme ce qu'il
voit, & il ne sait pourquoi: tel
se rit de ce qu'il touche, & ne le
connaît pas: Ce n'est point par
cette voie que l'on acquiert la liberté
de l'esprit qui peut les rendre
* ij

@

Avant-propos.

admirables, & leur faire distinguer
ce que j'enseigne présentement,
comme le plus affectionné
de tous ceux, qui ont eu
intention de faire profiter les Curieux
des choses naturelles.
Mon dessein est qu'en général
on ait de quoi rejeter le mensonge,
afin que l'on puisse dire à l'avenir
qu'il y a un Livre, pour rompre
entièrement le cours de tant
d'Auteurs superflus, qui insinuant
des erreurs pour les Sciences, &
des difficultés pour les savoir;
ils n'ont pour fond que des paroles
extravagantes, & veulent témérairement
être écoutés. Quel
dommage! ils détournent la bonne
volonté par de mauvais principes;
Celui qui promet le plus est
celui qui amasse davantage; &
ayant été abusé, on préfère injustement

@

Avant-propos.

le mauvais à ce qui est
bon: cela seul a empêché la communication
de beaucoup de connaissances.
Je ne serais pas obligé,
de vous en faire ressouvenir; si on
avait satisfait aux Sages en rendant
justice à l'Expérience. C'est la
seule raison pourquoi les Philosophes
n'écrivent plus que rarement
de cette Science; & encore sous
différentes figures, afin que pour
le moins, s'ils ne déclarent comme
il faut séparer la Terre corrompante,
ou ce qu'il y a de parfait dans
l'imparfait; ils assurent que cet
Art est véritable. Combien de fois
m'est-il arrivé qu'au lieu, de vouloir
me donner la peine de combattre
les vaines imaginations de
quelques-uns, il m'a fallu condescendre
à leurs opinions, & dire:
Je travaille sur cette Matière aussi;
* iij

@

Avant-propos.

je disais pourtant la vérité, d'autant
qu'on peut par artifice, séparer
avec Industrie ce que l'on a besoin
de diverses matières du même
règne, ainsi que je ferai voir. Mais
à quoi bon chercher les choses
éloignées, quand on peut avoir
ce qu'il y a de plus proche? Qui a-
t-il de plus facile qu'à dire, Ce Minéral
ou ce Métal a de grandes
vertus, & par conséquent il peut
cela quand il sera préparé (vraiment
ce sera quand) vu que pour
cet effet, il est requis de connaître
entièrement la Nature, & qui
la connaît a le choix de ce qu'il y
a en elle, à cause que toutes matières
lui sont propres; Ainsi il ne
paraît point idolâtre d'un sujet &
opiniâtre en son entretien: Cela
fait que je ne confère plus avec
personne; que je me suis entièrement

@

Avant-propos.

réservé, & demeurerai tel,
jusques à ce que l'on me sache
dire tout au moins, ce que c'est
que feu Métallique; cependant je
crois bien faire avant que d'entrer
en discours, d'avertir que tout ce
que je dirai touchant cet Art, sera
purement comme la lecture vous
conduira; Et afin que les esprits
grossiers n'aient pas lieu de se
plaindre m'attribuant quelque
obscurité; J'ai partagé mes libéralités
en plusieurs Volumes; de sorte
que l'un puisse servir à l'autre,
pour éviter les malheurs qu'apportent
ordinairement ceux qui
s'exercent à troubler le sens des
survenants, pour faire valoir leur
bêtise avec celle des Charlatans,
qui s'attribuent l'ouverture des
Livres de Raymond Lulle, sans
considérer qu'ils ne font que changer

@

Avant-propos.

la Sapience en vaine subtilité,
ne prenant point garde que pour
l'entendre, il faut savoir faire ce
qu'il faisait. Et qui le sait n'a pas
besoin de son Livre, parce que ce
n'est qu'un point étendu. La présomption
de soi-même enivre
bien des Etudiants en cet Art; Il est
pourtant facile de confondre cette
fausse suffisance par la force de mes
instructions suivantes, que je donne
en faveur de beaucoup de gens
qui ont suivi jusques aujourd'hui
trop facilement le conseil de tant
de ces prometteurs, de tant de faiseurs
de fausses recettes, de tant de
conteurs d'histoires, & de tant de
fourbes, qui vont jurant & affirmant
ce que malicieusement ils
viennent d'inventer, s'introduisant
sous prétexte de piété, & d'amour
de Dieu, pour consoler les Affligés,

@

Avant-propos.

faire bâtir des Hôpitaux, quoi
que la plupart du temps, ceux qui
sont bâtis soient leur dernier refuge:
Voilà la cause qui fait que les
vrais Doctes fuient le commerce
des Philosophant vulgaires, parce
qu'il est fâcheux d'être pris pour
Eux; On empêcherait bien cela en
faisant voir des effets contraires, si
l'on était sûr de n'être point importuné.
Pour moi lorsque par une
trop grande complaisance, j'ai
voulu enrichir les autres de mon
savoir: Leur ingratitude leur a
fait non seulement publier qu'ils
en étaient les Auteurs, mais
leur a voulu faire décrier mes connaissances,
ce qui néanmoins n'a
jamais tourné qu'à leur confusion.
Ah qu'on trouve peu d'Ames généreuses!
Je vous proteste que si Dieu
ne m'avait fait part du don d'oubli,

@

Avant-propos.

je ne serais point parvenu à l'âge
de vingt-quatre ans pour m'employer
à écrire; je l'aurais pu faire
il y a quelques années, n'eût été
ce que j'ai dit, vu que ce ne m'est
pas un travail de considération,
n'ayant que faire d'emprunter ni
de dérober des autres, comme
font encore quantité de brouillons,
à la fin de tant d'années de
labeur. Ma Bibliothèque est en
moi, ne vous scandalisez pas de
la jeunesse de mon corps, attendu
que ce n'est pas lui qui vous instruit.
Ne dites point qu'il est impossible
que j'aie su pratiquer
suffisamment & en si peu de
temps pour appuyer tout ceci;
Soyez seulement assurés que j'ai
éprouvé & fait tout ce que je dis;
Et de crainte que votre Esprit
comme les autres manquant de

@

Avant-propos.

distinction, ne vous fasse dire,
En voici un qui peut-être en sa
vie n'a manié le Gantelet; Je vous
assure & vous verrez que je suis
à ce point le renvoi des Artistes,
aussi bien que leur refuge.
Je voudrais de tout mon coeur
pouvoir simplement établir mes
principes, sans m'arrêter à détruire
ceux des autres, qui ne m'ont jamais
causé que des déplaisirs, obscurcissant
la vérité par des discours
frivoles; peu d'étendue me
suffirait, non pas pour déchiffrer
tout ce qu'ont avancé ceux qui
m'ont précédé; mais pour découvrir
tout ce qu'il y a de véritable,
tant au dessus qu'au dessous, & en
bas qu'en haut, conformément à
la cause de l'effet, pour contenter
les plus Critiques; comme par
exemple, si un composé de trois ou

@

Avant-propos.

quatre substances, a telle ou telles
vertus; il est vrai de dire, que si
étant privé d'une de ces substances,
sa vertu vient à cesser, c'est la substance
que l'on en a tirée qui causait
tel effet; puisque cette substance
seule en a la vertu. Hermès fut
obligé d'en faire un Livre, selon
la capacité des gens de son temps
qui étaient néanmoins bien différents
de ceux d'aujourd'hui en
fidélité & en savoir, que je souhaite
encore à chacun en lui
communiquant présentement ce
qu'il y a de plus relevé, sans avoir
égard à l'indiscrétion des Curieux;
mais à l'usage de ceux de notre
Siècle qui se voudront élever au
dessus du commun, après avoir rejeté
toutes Sophistications, ou
maudites inventions de parvenir
au préjudice de nos semblables, &

@

Avant-propos.

abandonné le vice pour suivre la
vertu, considérant qu'il y a tant
d'autres moyens de se nourrir à la
sueur de son visage si l'on n'a point
de bien, sans faire métier de Larron,
qui est estimé adresse, quand
on ne s'en aperçoit point; il se
trouve assez de quoi avec l'honneur,
pour franchir cette misérable
vie, le plus grand voudrait à
l'article de la mort avoir été le
moindre Mercenaire pour son salut.
Voilà ce que j'avais envie de
dire pour ramener comme Frères
& Amis ceux qui voudront être
participant des secrets que je donne
aux personnes qui ont de la
franchise & de l'honnêteté, & qui
se ressouviendront de la bonne volonté
d'un Flamand de l'Occident
Septentrional, à qui depuis peu la
France a enseigné son langage, je

@

Avant-propos.

souhaiterais de l'avoir mieux appris
pour être plus intelligible;
car je ne cherche point de façon
pour rendre les choses mystérieuses,
& faire valoir mon talent.
Joint qu'il n'est plus temps de publier
de nouvelles erreurs: Au contraire,
je n'écris que pour les détruire,
rejetant par bonnes raisons
& expériences l'opinion de quantité
de gens, qui n'ont eu d'autre
appui que leur seule imagination:
Ce que faisant, serai-je blâmable;
ou me reprochera-t-on d'avoir
bien fait? J'ai de mon côté pour
toute assurance qu'on ne me condamnera
point, si la vérité a quelque
crédit entre les Savants.
Quand j'aurai donné les autres
parties de cet ouvrage d'une manière
abrégée comme celle-ci, je
ferai beaucoup de petits discours

@

Avant-propos.

de tout ce qu'il y a de plus curieux
en la Nature, où tout sera traité
avec un détail net & utile & d'un
style capable d'instruire chacun
dans les plus profondes connaissances:
Je ne dirai rien dont je
ne donne des raisons solides, & des
expériences infaillibles: Enfin je
promets, avec l'aide de Dieu, de développer
tous les secrets naturels,
non seulement pour remplir l'esprit
de belles & grandes choses,
mais pour maintenir ou donner
au corps cette santé, beauté & vigueur
qui lui sont nécessaires.
Ceux dont je suis connu savent
très bien que nul motif d'intérêt
me fait écrire, & que ce n'est
que par un mouvement zélé & affectionné
pour l'avantage de tout
le monde. Je loue Dieu de m'avoir
donné de quoi me passer des

@

Avant-propos.

autres & de m'avoir fait d'une
humeur à être plus que satisfait de
ma fortune. Aussi je fuis autant
qu'il m'est possible le commerce de
la plupart des grands, & j'aime
plus le repos de mon cabinet, que
le bruit de la Cour.
Je sens bien qu'un jeune étranger
comme moi, & qui présentement
n'a presque point de loisir,
n'a pu écrire en Français sans
avoir fait un grand nombre de
fautes, & même sans avoir manqué
à la manière de s'exprimer
telle que cette agréable langue le
demande. Mais assurément les
petits traités que je veux donner,
comme j'ai dit, après cet ouvrage
seront d'un style capable de satisfaire
les délicats, aussi bien que
les Savants.
TABLE

@

pict

T A B L E
D E S C H A P I T R E S
contenus en ce Traité.
----------------------------------

LIVRE PREMIER.

CHAP. I. D Es moyens particu-
liers que les premiers
Hommes ont pratiqués pour arri-
ver à la connaissance de toutes
choses. page 1
II. De la naissance de l'Esprit
Minéral, de la génération des
Métaux, & le moyen de se ser-
vir des Corps Métalliques. 16
III. Du mouvement des Eléments
& de leurs différentes Opéra-
tions. 27
Tome I. * *
@

Table des Chapitres.

IV. De la génération des Pier-
res Minérales, ou Matrices
des Métaux; Et comment la
Nature prépare le Soufre
Solaire. 57

----------------------------------

LIVRE SECOND.

CHAP. I. D U moyen d'extraire
l'Esprit Minéral. p. 1
II. Du Soufre Moteur. 19
III. De la Réduction en première
Matière. 26
IV. De la première composition
des choses. 45
V. De l'utilité du Mercure &
de ses effets. 60
VI. De la correspondance que
les Figures ou Formes extérieu-
res & intérieures ont avec les
Eléments. 66
@

Table des Chapitres.

VII. De la dernière extension &
Concentration des Eléments. 73
VIII. Des Opérations vraies &
Fausses, & le Moyen d'opérer
sur toutes choses. 86
IX. Des profits particuliers que
l'on peut tirer des Métaux. 97
Récapitulation du II. Livre. 102

----------------------------------

LIVRE TROISIEME.

CHAP. I. D E la Conférence de
deux Philosophes. p. 1
II. D'un Philosophe qui dit ses
pensées à Hermès, sans le con-
naître. 9
III. De deux Alchimistes, discou-
rant de leur Matière en la
présence d'Hermès, qui leur
explique la Table d'Emerau-
de. 26
* * ij
@

Table des Chapitres.

IV. Les Alchimistes obligent
Hermès à demeurer, lui faisant
voir leur Laboratoire. 60
Première Parabole du Grand-
Oeuvre. 91
Seconde Parabole. 95
Troisième Parabole. 97
----------------------------------

A V E R T I S S E M E N T.

O utre ce qui est porté par les titres
de ces chapitres, on trouve la Manière
d'extraire la teinture incorporelle du
Cuivre, appelée, Feu de Venus. La teinture
fixe orifiante du Zinc. Le cor - Saturni ou
Soufre aspirant l'esprit du Soleil & de la
Lune. La manière de séparer le Soufre
de l'Aimant, de sorte qu'une dragme attire
autant de Fer qu'une livre entière.
Le moyen de convertir ou assujettir en
Mercure toutes sortes de liqueurs, comme
Bière, Eau, Vin, Cidre, jus d'Herbes
&c. Il est montré à séparer l'esprit de Sel
qui se trouve naturellement dans les Eaux

@

Avertissement.

fortes: & à faire que le Beurre d'Antimoine
& les huiles Métalliques ne se précipitent
plus dans l'eau. Il y a la manière
de faire le Nitre-Rouge des Anciens, &
leur sel commun qui réduit les Métaux
en Mercure, avec la façon des vrais Sels
Enixes, l'un de celui-ci, l'autre de
la Chaux azurée. On y apprend la réduction
du Saturne en Antimoine, &
celle du Soufre en sel admirable, en
Soufre fixe, & en Mercure coulant. Il
s'y rencontre encore quantité d'autres opérations
fort utiles, qui servent d'exemples
pour la transmutation universelle.
Quant aux termes dont l'Auteur se
sert, la plupart sont tirés du Latin, afin
d'éviter la prolixité. Lorsqu'il parle de
Sels Alcalis, il n'entend point seulement le
Sel de l'Herbe nommée Kali, mais de toutes
choses, qui après avoir passé par le
Feu, retiennent beaucoup de sa Nature,
comme le sel de Tartre, le sel de Cendre,
le Salpêtre brûlé, la Chaux vive
&c.

S I on lit entièrement ce Livre avec attention, il ne se trouvera rien d'obscur,
à cause, qu'un mot explique l'autre, il a
* * iij

@

Avertissement.

fallu disperser les choses, pour abréger le
long discours, & éviter ce qui est inutile
à d'autres Sciences qu'on ne peut enseigner
ouvertement.

----------------------------------

Fautes survenues en l'impression.

D ANS l'Avant-propos, à la première ligne
de la quatrième page, lisez & il ne sait, au lieu de je ne sais.
Au livre I. Chapitre I. pag. 14. lig. dernière, lisez l'incérer.
A la fin de la pag. 15. lisez de Mercure. Au même Chap. I. pag. 8. lig. 12. lisez Michaël ou presque Dieu.
Au Chap. IV. pag. 58. lig. 7. lisez celle, au lieu de celle-ci.
Au Livre II. Chapitre III. pag. 39. lig. 19. lisez de la Lune.
Au Chap. IV. pag. 56. lig. 12. lisez se multipliait & se multiplie.
Au Chap. VI. pag, 71. lig. 3. lisez étant tout, au lieu de est en tout.
DE

@

1

pict

DE LA
N A T U R E
EN GENERAL.

L I V R E I.

----------------------------------

CHAPITRE I.

Des moyens particuliers que les
premiers Hommes ont pratiqués
pour arriver à la connaissance de
toutes choses.

pict Our savoir ce que
c'est qu'Esprit Minéral,
& comme la semence
des Métaux est mise au
Tome I. A

@

2 De la Nature en général,

jour par la Nature, il est premièrement
nécessaire de connaître les
opérations des Eléments, non pas
ainsi que nos Anciens scrupuleux
les ont enseignées, mais seulement
selon la vérité, parce qu'il
est impossible de pouvoir arriver
à l'intelligence parfaite d'une
chose, sans la connaissance des
autres, dont l'envie des Sages cache
encore les principes, à cause
qu'ils les ont appris par longue
assiduité en rejetant soigneusement
ce qui était inutile à l'effet
désiré.
Il leur a fallu examiner infatigablement
avec toute sorte
d'exactitude l'origine des fruits,
que la Nature ou l'Arbre de Vie
environne d'esprits & de résidences
apparentes de l'Eau serpentine,
jusques à ce qu'une

@

Chapitre premier. 3

profonde méditation leur fît
connaître le point Aquatique
par son triple effet.
Alors toutes les choses du
Monde leur furent connues.
Ils virent facilement qu'ils
étaient nus de connaissance:
ils connurent les espaces & distances
des différences sans discontinuité
d'entre les premiers
Corps, qui par leur regard &
attouchement, engendraient
tout ce qu'il y avait dans l'être
animal, végétal & Minéral;
ayant donc les yeux dessillés,
ils donnèrent à chaque
chose un nom selon ses qualités
ou vertus: Ainsi voyant que
l'Eau était comme le poids, la
roue, & le ressort de cette grande
Machine, ils l'appelèrent Medine
que les Latins interprètent Mars.
A ij

@

4 De la Nature en général,

& la distance ou le regard de
l'Eau à l'Air est expliqué Sol,
comme voulant dire seul, à cause
qu'il est la distance du milieu
des quatre composants, & que
chaque chose n'a qu'un milieu
fixe: l'Air est signifié par Venus;
& l'espace de dissemblance de
l'Air au Feu fut nommé regard
ou commerce léger de l'un à
l'autre, que nous attribuons à
Mercure. Le Feu fut comparé à
la Lune, d'autant qu'il ne brûle
point s'il n'est aidé de Matière
ainsi qu'elle, qui n'éclaire que par
emprunt; & parce qu'il agit contre
l'Eau comme elle.
Le regard de l'Eau & de la
Terre est nommé jouissance de
l'une à l'autre, ou Jupiter, dont
le mouvement nous pousse aux
Trésors de la Terre produits par

@

Chapitre premier. 5

le moyen de l'Eau.
Après qu'ils eurent compris les
trois places moyennes, & qu'un
Elément ne pouvait être sans
l'autre, ils ont connu à cause de
leur trois distances, qu'il y avait
une unité trine, & que les Eléments
étaient venus d'un par extension
& inversion de ses propres
parties; outre ce, voyant que
ses parties s'aidaient les unes les
autres pour s'ouvrir & refermer,
ils ont dit que cet Univers avait
un facteur intelligent; & ainsi
allant de différence en différence
par rapport d'une chose à une
autre, ils surent toutes choses &
s'en sont servis suivant leurs correspondances
par les nombres,
comme par exemple, en divisant
le sept, qui est provenu du quatre,
tout ainsi que les quatre
A iij

@

6 De la Nature en général,

Eléments; on trouve treize, qui
est encore trois après dix, ou un
après douze, & quatre après trois
fois trois. Ceci se verra plus amplement
au Chapitre de la correspondance
des figures.
Ils ont encore appris par ces
trois distances ou extrémités doubles
des Eléments, l'utilité du
Pentacle pour l'abstraction des
sens, moyennant les cinq Etoiles
qui sont vues des autres des deux
côtés; l'attraction des esprits
par la plus haute & la plus basse,
qui ne sont vues que d'un côté;
& le mouvement des Intelligences
par l'application des Eléments
du milieu, qui sont aussi vues des
deux côtés. Ils ont considéré que
le Binaire correspondait aux extrémités
de Nature, tout ainsi
qu'il servait d'extrémités aux

@

Chapitre premier. 7

trois moyens, désignant le
haut, le bas, le fort, le faible, le
grand, le petit, la lumière & les
ténèbres, le sec, le liquide, le
dur, le mol, le froid, le chaud,
le pour, le contre, &c. Et comme
ces deux Corps du milieu
sont vus chacun de deux côtés
qui font quatre, ils ont jugé que
le nom du créateur devait être
contenu en un nom quartenaire,
tenant avec soi les moyens de
prononciation qui sont les voyelles,
pour témoigner sa grandeur,
parce que sans voyelle il est impossible
de rien prononcer, chaque
consonne seule est même
prononcée par une voyelle, qui
lui tient lieu d'âme vivante.
C'est pourquoi les Hébreux
avaient ce nom en grande vénération,
tant à cause qu'il comprend
A iiij

@

8 De la Nature en général,

aussi les moyens des mutations
d'intelligence, qui consistent
en la liberté spirituelle de la
chose arrêtée, & en la puissance d'émouvoir
la chose stable, que, parce
qu'il contient corporellement ce
qui est nécessaire à la parole; &
c'est la raison pourquoi saint Jean
a nommé le fils de Dieu, Verbe.
On a dérivé de ce nom tous
les noms des Anges, en disant
El ou Dieu, ou Michaël, presque
Dieu, & ainsi tant que
l'on veut en diminuant toujours,
les signifiant selon leurs
caractères, que l'on a trouvés
par la seule considération des
Eléments, déguisant plus ou moins
la figure longue & ronde, comme
vous apprendrez au Chapitre
de la Correspondance que
les figures ont avec les Eléments

@

Chapitre premier. 9

Les Mages ont conjoint les lettres
qui se rencontraient approcher
de la Nature du Feu, par
correspondance de sa figure, &
ainsi des autres, pour attirer des
qualités de ressemblance; ils ont
ainsi composé plusieurs figures
suivant les degrés Elémentaires,
de sorte qu'il semblait que le
mélange assujettissait les Corps à
qui ils se rapportaient.
Par les figures des Eléments,
on a encore connu la vertu des
constellations, & selon les mouvements
figuratifs, on fait diverses
sortes de marques correspondantes
aux Etoiles, qui étant
jointes avec les figures du degré
précis d'un tempérament, produisent
de beaux effets, sans qu'il
soit besoin de noms d'Esprits,
serviteurs infidèles des ignorants.

@

10 De la Nature en général,

Il est vrai qu'on peut inventer ou
prendre des mots qui correspondent
par lettres & par syllabes
au nombre des degrés de l'extension
des Eléments que je marquerai,
ou composer des mots
rudes, difficiles à prononcer, ou
exprimant des choses qui arrêtent
les sens selon l'activité du mouvement
que l'on cherche, afin
d'aider le reste.
On a tiré plusieurs sortes de
connaissances de ces mouvements,
faisant par eux des opérations
qui semblent surnaturelles à ceux
qui les ignorent, & c'est de quoi
les Démons servent les gens grossiers.
Au contraire, l'Homme savant
n'a que faire de lui, & peut
autant seul que tous les Démons
ensemble; car s'il veut avancer

@

Chapitre premier. 11

ou reculer quelque chose, qu'il
prenne garde que telle chose est
soumise à tel mouvement; alors
sachant que le trop ou le peu
nuisent, il peut offenser par un
mouvement plus violent ou plus
doux qui se trouve en d'autres
sujets; le Diable n'en peut faire
que de même: Par exemple
l'activité d'un Elément dominateur
d'un composé, étant excitée
par Nature ou par Art, jusques à
quelque degré que je marquerai
au septième Chapitre du second
Livre, s'il y introduit un plus
faible, il risquera le composé;
ou bien si le Démon veut nuire
à telle ou telle partie d'un
Corps, il le fait par un mouvement
entièrement contraire: s'il
veut causer des douleurs de tête,
faire perdre les sens ou les rétablir,

@

12 De la Nature en général,

il excite le mouvement du
cerveau par un chaud & sec pour
nuire, & par un froid & humide
pour y remédier, c'est ce que l'on
peut faire à toutes les parties,
sachant seulement de combien
une telle herbe ou telle chose est
froide ou chaude.
Il y a aussi des choses artificielles,
qui excitent ou qui empêchent
le mouvement, comme
des tons, des objets, &c.
Voulez-vous provoquer l'amitié
ou l'inimitié, par la seule considération
des Eléments? servez-
vous des composés qui en proviennent:
le froid se peut conjoindre
au chaud par le moyen du sec;
c'est-à-dire si votre chaud est chaud
& sec, & si votre froid est froid
& sec; semblablement l'humide
chaud se mêle avec l'humide

@

Chapitre premier. 13

froid par le moyen de leur humide,
car les degrés voisins servent,
& les éloignés nuisent: c'est
aussi le fondement de la Médecine,
& de la conjonction des
Métaux. En premier lieu l'Etain
(que le vulgaire appelle Jupiter,
& les Philosophes Corps Métallique)
se peut conjoindre aux autres
Métaux sans leur nuire par
une préparation de Saturne; ainsi
le Fer moyennant l'Etain, l'Or
par le moyen du Fer, le Cuivre
par le moyen de l'Or, l'Argent-
vif par le moyen du Cuivre, &
l'Argent par le moyen de l'Argent-vif;
voilà pour la coagulation.
Mais pour la liquéfaction
ou dissolution, l'Esprit de
l'Argent-vif dissout l'Argent,
celui du Cuivre le Mercure, l'Or
sépare les parties du Cuivre, le

@

14 De la Nature en général,

Fer celles de l'Or, l'Etain celles
du Fer: le Plomb peut tellement
spiritualiser l'Etain qu'il
peut blanchir les autres. Et tout
ainsi qu'il y a deux sortes de dissolutions
& de coagulations,
les unes froides, les autres chaudes,
il y a aussi deux sortes de
mélanges; l'un quand les parties
se font semblables par la
conjonction, & l'autre lorsqu'elles
le sont rendues avant la
conjonction, comme il arrive
en rendant l'Eau huileuse par
des Alcalis, pour la mêler avec
l'Huile.
L'Eau peut pénétrer les Corps
& s'y conjoindre selon les moyens
qu'on aura trouvés pour la retenir
au feu, d'autant que pour
réduire une chose à la dernière
fusibilité, ou l'incérer, il faut

@

Chapitre premier. 15

rendre les Corps Volatils comme
l'Eau, puis les mêler avec
l'Eau, ou rendre l'Eau fixe comme
la Terre, & les mêler ensemble,
comme fait la Nature
dans les Minières en amassant
l'Etain, l'Or & l'Argent-vif
que les premiers Hommes ont
cherché par les trois distances des
Eléments, pour en faire une Essence
toute Céleste, qui leur a
fait avoir les richesses de Jupiter
la dignité du Soleil, & la subtilité
du Mercure.

pict

@

16 De la Nature en général,

-------------------------------------

CHAPITRE II.

De la naissance de l'Esprit Minéral,
de la génération des Métaux,
& le moyen de se servir des
Corps Métalliques.

L E centre des Eléments se
trouve en leur plus petite
partie, aussi bien que dans le
milieu de leur Globe, & nul autre
ne peut mettre leur dedans au
dehors que celui qui les a faits;
C'est pourquoi nos premiers
Pères ayant trouvé cela impossible
recherchèrent un sujet où
abondait la terre invertie pour
en revêtir l'Eau & la rendre Métallique
à l'imitation du premier
Artiste, parce que le centre de la
Terre joint à l'extérieur de l'eau,
fait

@

Chapitre second. 17

fait l'Esprit Minéral, & selon
que cette Terre environne les
parties de l'Eau par longue digestion,
le tout se congèle en Métal,
suivant que la Terre est bien
centrifiée; car si son vrai centre
est au dehors, il s'en fait de l'Or;
sinon, quelque chose d'approchant;
ce que Bernard de Trèves & autres
n'ont pas connu; ça été la cause
qu'ils se sont trompés en la graduation
Métallique croyant que
l'un se changeait en l'autre, de
même que dans le vaisseau contenant
la matière Philosophale,
ce que je rejetterai au chapitre de
la première composition des choses.
Il est vrai que les Métaux se
peuvent terminer les uns dans les
autres, comme ils ont dit, mais
ce n'est qu'en tant que l'extérieur
de l'un correspond à l'intérieur
Tome I. B

@

18 De la Nature en général,

de l'autre, à savoir ce qui est
évident au Plomb est caché dans
le Cuivre, ce qui est manifeste à
l'Argent est occulte à l'Or, la
partie visible de l'Argent-vif est
invisible au Fer, & la superficie
du Cuivre est intérieure à l'Etain.
Voilà pour le vrai centre. Quant
au centre moyen, celui de l'Etain
correspond à celui de Venus;
de même le Plomb à l'Or,
l'Argent au Fer & le Mercure à
tous: Pour l'extérieur à l'extérieur;
Sendivogius en a parlé,
quoi qu'il ait insinué que l'esprit
Minéral ou l'humide Oléagineux
recevait diverses figures Métalliques,
selon le lieu de sa digestion,
qui est une chose fausse; les différentes
distances centrales du grain
atomique (pour ainsi dire, afin
de ne pas confondre le total avec

@

Chapitre second. 19

le particulier) causant comme
j'ai dit diverses sortes d'humides,
qui néanmoins sont réputés un,
parce qu'ils sont tous de nature
Minérale, & seulement distingués
entant que la Terre est plus ou
moins centrifiée.
Chaque partie d'Eau est changée
en esprit Métallique grossier
à l'avenant qu'elle est couverte
d'une terre moins préparée, qui
ne se fait pas tous les jours; elle
ne se fit qu'une seule fois au
commencement de l'ouverture
du point, & depuis nature l'a
conduite sans qu'il lui soit possible
de l'approfondir davantage.
Si l'humide Minéral, grossier
ou subtil a pour vaisseau ou matrice
un lieu pur ou impur, les
Métaux en seront plus ou moins
utiles & inutiles; l'Or en sera plus
B ij

@

20 De la Nature en général,

haut ou plus bas; le Cuivre & les
autres Métaux imparfaits en seront
doux ou aigres pour l'usage,
& leur Minière en donnera moins,
s'il y a beaucoup de Sulfuréités
étrangères; mais de croire que
l'un se puisse changer en l'autre,
il s'ensuivrait que nous pourrions
ouvrir ou refermer les Eléments,
ce qui n'est pas éloigner leurs
points, ainsi que Nature ou l'Art
fait, comme vous trouverez au
Chapitre de leur extension; au
contraire, c'est étendre chaque
partie des parties composantes;
si cela était en la puissance des
Hommes, ils feraient des Créatures
à leur plaisir.
Il s'est glissé beaucoup d'erreurs
par ceux, qui ont possédé la
Pierre Physique, à cause qu'ils
croyaient qu'il ne fallait qu'observer

@

Chapitre second. 21

les degrés du mouvement de
leur composition, dont l'action
à cause de la vitesse peut être
d'autant moins comprise, que la
Nature est lente; vraiment ceux
qui ont inventé cette Pierre,
avaient bien d'autres connaissances,
celle-ci est la moindre qu'un
vrai Philosophe puisse posséder,
elle a pourtant été fort recherchée
tant à cause qu'elle peut
nous combler de santé & de richesses;
que pour être mis en la
compagnie des anciens Sages,
dont il y a encore une bande aujourd'hui,
qui ne reçoivent personne
s'il n'a fait son apprentissage
à composer cette Pierre, qu'il
faut avoir ou savoir en entrant,
& pour lors on les met au chemin
des belles choses qui sont
en la Nature, si le bonheur
B iij

@

22 De la Nature en général,

les fait agréer.
La Pierre des Philosophes est
seulement un esprit corporel, qui
a acquis tant de siccité qu'il
peut retenir l'humide Métallique
au Feu, & ainsi quand il y demeure
plus que la Terre grossière
du Métal elle est contrainte de
s'envoler & laisser le pur environné
de l'Or ou de l'Argent,
qui servaient de ferment, de sorte
que le ferment sert à faire entrer
la poudre, & la poudre à
étendre le ferment.
On soupçonne aujourd'hui
que cette Pierre a été faite en
quelque lieu par la Nature, ce
qui fait diligenter quelques-uns
à chercher, & afin que tout le
Monde puisse participer de cette
rencontre, je veux enseigner pour
la connaître, que c'est une matière

@

Chapitre second. 23

blanche ou rouge invariable,
que le Feu & l'Eau ne peuvent
revivifier en Mercure ou en Métal.
On trouve bien des choses
qui en approchent, étant guidé
des couleurs qu'on voit à la
coction de la Pierre, soit qu'elle
soit composée par voie sèche,
dont je parlerai, ou par voie humide;
les Minéraux ou Marcassites
Métalliques correspondent à la
composition sèche selon les
couleurs, & ceux, qui n'ont pas
l'éclat Métallique, réfèrent à la
composition humide, mais comme
la plupart sont produits par
l'artifice du Mercure (ainsi que
vous pourrez voir en son Chapitre)
il s'en trouve peu d'utiles,
néanmoins s'il s'en rencontre,
auxquels le Mercure soit bien mortifié,
servez-vous-en selon l'ordre
B iiij

@

24 De la Nature en général,

des couleurs, afin de ne point
faire plus ou moins qu'il ne
faut.
Le corps noir a plusieurs degrés
à passer avant qu'il soit
blanc, mais à cause que cela ne
se peut faire par seule apposition
de feu, comme en la mixtion
secrète des Philosophes: Il faut
savoir que les Minéraux Mercuriels
apparents doivent être
gouvernés par des Sels Alcalis,
les autres se dissolvent avec ceux
qui n'ont pas souffert la flamme; ou
si vous pouvez faire perdre l'éclat
Métallique à quelque matière que
ce soi, vous la pourrez achever
séparant ses superfluités par le
Salpêtre, au lieu que devant il
était besoin d'un Alcali; les
Minéraux, qui ne sont ni Mercuriels
apparents ni cachés, peuvent

@

Chapitre second. 25

être préparés par le Sel
commun, & autres choses semblables,
observant combien de
degrés il faut avancer, car il y a
neuf degrés jusques au Blanc,
le petit Bleu est éloigné du Blanc
de huit couleurs, le Ver-de-Mer
de sept; le Citrin gris de six, le
Violet-pâle de cinq; le Noir de
quatre, le grand Iris de trois, le
Vert enfoncé de deux, la couleur
de feuille-morte d'un, & depuis
le Blanc jusques à la rougeur,
il n'y a que deux degrés,
marqués du Violet-bleu, & de
la Variable, qui accomplissent le
nombre de douze; après cela il
faut considérer qu'au lieu de
cuire comme au grand Oeuvre
il ne faut que séparer les impuretés,
c'est-à-dire tout ce qui
nuit aux degrés de la couleur,

@

26 De la Nature en général,

ou ajouter ce qui lui manque
en l'empruntant d'un qui en a,
ayant toujours devant les yeux,
que le Sel provient quand l'Eau
enveloppe la Terre, & le Soufre
lorsque l'Eau & la Terre
s'embrassent également; de façon
que tout ce qu'il y a, se fait
par apposition de plus de l'un ou
de l'autre, & comme du peu au
beaucoup, il y a un espace de
tout ce qui se peut augmenter ou
diminuer par grande ou petite
apposition, il y a, & se fera des
choses innombrables, tant aux
Minéraux, à la génération de l'esprit
Mercuriel par la Terre invertie
sur l'Eau, qu'aux Végétaux
par l'Eau excentrifiée sur
l'Air, & qu'aux Animaux par
le centre de l'Air environnant le
(sic).
@

Chapitre second. 27

Quand aux Eléments qui n'ont
eu aucune disposition que leur
extension incontinue, ils produisent
aussi différentes choses, mais
à cause qu'ils n'entrent point
dûment l'un dans l'autre, ce
qu'ils font, est le peu de durée.

-------------------------------------

CHAPITRE III.

Du mouvement des Eléments & de
leurs différentes Opérations.

L 'ORIGINE de toute connaissance
est la supposition
d'un point: Et nous appelons
Savant, celui qui par ce moyen
se peut éclaircir de chaque chose
sans en prendre d'autre. Ce point
général est environné de quantité
d'autres particuliers, qui sont

@

28 De la Nature en général,

les noms ou attributs signifiant
& distinguant, que l'on reçoit
d'un commun accord, en convenant
des propriétés, vertus &
qualités des choses, sans y rien
changer; autrement quand il en
faudrait parler; si l'on disait que ce
n'est plus cela, il ne s'en pourrait
tirer aucune conséquence, parce
qu'elle naît toujours de ce qui a
été arrêté; si vous concluez avec
moi, qu'un Homme est un Homme,
il s'ensuit que tout ce qui ressemble
le plus à un Homme, ne ressemble
pas d'avantage à un Cheval;
au lieu qu'en disant le contraire,
nous condamnerions plutôt
notre intention, que de pécher
contre la vérité.
Ce serait une grande confusion,
si demandant à un Homme
pourquoi il aurait dit; Ceci est

@

Chapitre troisième. 29

vrai, ou je connais cela, il répondait,
à cause qu'il n'est pas vrai; &
que je ne le connais point; comme
font ceux qui après avoir établi
une partie de ce qu'ils ont imaginé,
ajoutent effrontément quand leur
point ne leur peut plus fournir,
par une vertu occulte: ainsi c'est
autant que s'ils n'avaient rien dit
du tout, puisque leur point découvre
la fausseté, en ne pouvant
fournir de conséquence.
L'Eau s'est congelée; Comment?
Par le froid: D'où provient ce
froid? Ils diront d'une qualité;
sans considérer que toute qualité
provient du mouvement de
quelque Corps, & que tout mouvement
produit la chaleur. Le
Feu fait exhaler l'Eau; Comment?
Par sa qualité naturelle: Et sa
qualité naturelle, qui est-elle?

@

30 De la Nature en général,

D'agir sur l'Eau; Belle conclusion!
le moindre ignorant en dira autant.
Avec quoi fait-on la Pierre
Philosophale? D'une drogue qui
a la vertu de produire de l'Or.
Et quelle chose a la vertu de
faire de l'Or? Celle dont on fait
la Pierre Philosophale. Croirait-
on (en lisant des Livres de cette
Doctrine) apprendre ce que
l'on sait; & que le profit qui en
vient soit de perdre le sens.
Dès-là, je conjecture que
ceux qui les ont écrit, nous ont
voulu cacher les opérations des
Eléments, ou qu'ils les ignoraient,
d'autant que la plupart de ce qu'ils
disent est faux; & pour le premier
l'Eau n'est pas attraite d'en haut
ni poussé d'en bas; vous saurez
tantôt comme elle monte seulement
en petites gouttes invisibles,

@

Chapitre troisième. 31

qui étant étendues en
l'Air, sont entraînées par le mouvement
général provenant de
l'Eau, ainsi que je prouverai, &
non, par la plus haute Sphère
dont on parle; puisque son être
ne dépend pas de son action continuelle,
comme celui de l'Eau.
Nous n'avons que faire d'approfondir
si avant, Dieu fait cela
disent les grossiers; Il est vrai
que tout procède de lui: tant de
rares secrets qu'on ignorait autrefois,
n'étaient aussi attribués
qu'à sa toute Puissance: Et néanmoins
présentement un simple
Ouvrier le fait; Quoi, un Horloger
fera bien aller une petite
machine sans l'exciter toujours
moyennant quelque ressort, &
le Souverain en aura fait une si
grande, pleine de ce qu'il faut

@

32 De la Nature en général,

pour la faire aller, & elle n'ira pas?
Non, ne le croyez point, il n'a
rien fait en vain.
Cette erreur vient des Astrologues,
qui n'étant point Naturalistes
ont ajouté un point à leur
point, se contentant de l'effet,
sans en chercher les principes;
Il est pourtant louable de contempler
la situation des Etoiles,
d'observer leurs différents pouvoirs,
& d'en remarquer l'utilité;
l'habitude de cette contemplation
peut beaucoup, étant réglée
d'un point particulier, comme
le commun, qui s'étend pour la
seule Astrologie; mais le point
fidèle fait voir que le mouvement
ne peut venir du plus grand
Cercle, puisqu'on ne le saurait
prouver sans en demeurer là;
de sorte que lorsqu'il faudrait
apprendre

@

Chapitre troisième. 33

apprendre une autre Science, il
faudrait changer de point, &
tomber dans les erreurs susdites.
Celui qui veut devenir Savant,
doit étendre son point jusques
aux extrémités de Nature, s'il ne
peut, faut le quitter, & en prendre
un qui puisse y aller.
Quant au moyen de prendre
un point universel, ce doit être
selon Nature, parce que nous ne
saurions étendre un point surnaturel;
par exemple, si vous
voulez trouver l'origine du mouvement,
cherchez en premier
lieu s'il n'y a rien dans la nature
tellement disposé à mouvoir dès
sa création, que son être soit
exprès, qu'il en dépende, &
qu'en cessant l'action, il cesse
d'être. De dire que le Globe de
la Terre est le premier mobile,
Tome I. C

@

34 De la Nature en général,

c'est une erreur, puisque son
être ne consiste à mouvoir,
qu'elle pourrait bien subsister
sans agir, & qu'il y a un corps
qui cesserait d'être ce qu'il
est, s'il ne se mouvait point.
Le Feu est aussi un Elément immobile,
s'il n'est excité; l'Air
tout de même; l'Eau au contraire,
n'est arrêtée dedans & à
l'entour de la Terre, que par
son mouvement; ce mouvement
ne paraît point à cause de
sa vitesse, ainsi qu'une roue qui
semble être immobile par sa
grande activité. Je n'entends point
que ce mouvement soit l'action
accidentelle du total, ou d'une
partie de ses parties ensemble,
comme lorsqu'une quantité ou
quelque goutte d'eau coule par
la pente; je parle seulement du

@

Chapitre troisième. 35

mouvement intérieur de ses moindres
parties; il y a bien de l'eau
qu'on voit couler, parce que les
Rivières vont en serpentant à
cause de la grande descente, ou
de quelqu'autre accident: ce n'est
pas encore ce mouvement-là que
je veux dire.
Pour mieux faire comprendre
ceci, il faut considérer que nulles
choses ne sont connues, que
par leurs propres effets naturels,
tout ainsi qu'elles ne sont, que
par l'effet d'être: les accidents de
l'Eau nous manifestent, qu'elle
est mouvante, & que chaque
petites parties indivisibles tournent
incessamment en rond,
comme autant de petites boules
ou roues. Pour preuve de cela,
remarquez comme il faut qu'elles
tournent pour broyer & rompre
C ij

@

36 De la Nature en général,

en ses parties le Sel, que l'on
y met dissoudre.
Tout ce qu'elles dissolvent ou
brisent, se met entre leurs distances
figuratives, jusques à ce qu'elles
soient pleines; l'Eau-forte,
appelée ainsi à cause qu'elle a
avec elle les angles terrestres des
Sels, qui lui servent comme de
dents, ne semble-t-elle pas aussi
immobile? Néanmoins chacun
voit qu'elle a incontinent mangé
& dévoré le Métal. Mais, me direz-
vous, pourquoi est-ce que l'Eau ne
tombe pas? est-ce qu'elle est dans
son centre, ou bien qu'elle est
soutenue par la Terre? Si cela est,
dites-moi premièrement, comme
la Terre est soutenue?
Je réponds que le Globe de
l'Eau ne peut tomber, à cause
quelle n'a rien qui la pousse,

@

Chapitre troisième. 37

comme quand on en verse, ou
qu'elle coule par inclination,
d'autant qu'alors celle qui est derrière,
chasse celle de devant.
On peut expérimenter que la
dernière goutte tient facilement
sans tomber, si elle n'est ôtée par
quelque autre qui survient, ou
en l'essuyant. De dire pour toute
raison qu'elle est dans son centre,
je trouve que c'est changer
de point, puisque c'est une
imagination vague qui borne
les sens; la Terre ou l'Eau n'est
point dans son centre, ni dans
le centre des autres; mais seulement
dans le centre du Globe
des autres, qui ne les prive
point de poids. Cette parole que
les Eléments ne pèsent point dans
leur centre, ne doit point être
entendue comme l'a pensé Aristote,
C iij

@

38 De la Nature en général,

& autres pilleurs de Livres;
au contraire, c'est à cause
que l'Eau se supporte elle-même,
d'autant que ses atomes
ronds se charrient tous, comme
on peut expérimenter en plusieurs
boules ou roues, se mordant
les unes les autres; car pendant
que l'une tourne d'un côté,
elle fait tourner celles qui la
touchent de l'autre, & ainsi à l'infini,
pendant que l'une descend,
l'autre monte incessamment.
Un pareil mouvement se remarque
en l'Eau de vie, (à cause
qu'elle tient beaucoup de la
Nature de l'Eau qui est simple
& sans terrestréité.) Quand
on y jette des gouttes d'esprit
de Térébenthine, la liqueur
étant en repos, les gouttes
sont portées d'une extrémité à

@

Chapitre troisième. 39

l'autre, à cause des divers mouvements,
que les petites boules
leur font faire; Et parce qu'à la
fin l'huile de Térébenthine s'épaississant
devient poreuse, elles n'y
ont plus de prise: L'Eau en toutes
ses parties en fait invisiblement
autant à la Terre, & la tient par
ce moyen avec elle; les lieux qui
nous paraissent les plus secs, sont
remplis d'autant d'eau pure qu'en
pleine Mer. L'expérience fait voir
que toutes choses se peuvent
mettre en eau, non pas comme
font les Alchimistes par apposition
d'un humide surdominant, &
mais sans y rien augmenter, &
presque point diminuer le poids
du corps qu'il y avait. S'il est dit
que l'Eau a été séparée du sec,
c'est-à-dire qu'une de ses parties a
été mise sous cette apparence.
C iiij

@

40 De la Nature en général,

On ne voit pas croître un
Arbre, grossir un Animal, &
celui qui n'a jamais vu d'Horloge,
pourrait douter d'abord
du mouvement de l'aiguille qui
marque les heures. Le mouvement
dont je parle est comme
une boule ou amas de petits
Animaux qui s'émeuvent tous
les uns après les autres sans ébranler
le Globe: l'Eau donc en se
mouvant ainsi, demeure immobile
de son tout, & ses petites
parties se mouvant continuellement
tiendraient l'Air sans action,
si elles n'étaient rondes, parce
que comme j'ai dit, pendant
que l'une tourne d'un côté, elle
fait tourner celle qui la presse
de l'autre; mais l'Air étant
poussé de l'un & repoussé de l'autre,
glisse sur le côté d'un Pôle

@

Chapitre troisième. 41

des boules (s'il m'est permis
de parler ainsi) de sorte que l'Air
a mouvement à l'entour du total
aussi bien qu'une action trépide.
Or pour savoir si ce mouvement
est réglé, je dis que ce qui est
continuel ne cesse pas d'être continuel,
pendant qu'il est continuel;
l'Eau est continuellement
eau, & pour l'être continuellement,
il faut qu'elle la soit
continuellement, & elle ne saurait
l'être continuellement, sans
avoir continuellement la qualité
propre à son être: La qualité
propre à son être, est l'état
continuel de son être mouvant,
qui étant ôté ne serait plus;
s'il y avait du retardement, elle
cesserait quelquefois d'être; puisque
son être ne consiste qu'en
l'état continuel d'être telle, &

@

42 De la Nature en général,

ainsi il ne peut y avoir d'inégalité
de mouvement naturel, sans
inégalité d'être.
Elle est toujours, parce que
tout le Globe de l'Eau n'est pas
quelquefois changé sous l'apparence
de pierre ou de terre, il est
donc impossible qu'il y ait d'inégalité.
Par quoi l'Air qui est conduit,
est mené également à l'entour
de la Terre & de l'Eau,
qui ne font qu'un Globe, & cet
Air entraîne semblablement la
Sphère de dessus, & ainsi l'un
donne mouvement à l'autre, jusques
au dernier cercle; & les
corps lumineux qui se rencontrent
sont entraînés avec eux selon
leur légèreté ou pesanteur,
parce qu'étant légers, le mouvement
trépide de l'Air les arrête,

@

Chapitre troisième. 43

& suivant que les Etoiles sont
susceptibles de ce mouvement balançant,
elles sont plus ou moins
défendues du mouvement circulaire.
Il ne se faut pas étonner,
comme des corps si grands peuvent
être émeus, puisque leur
lieu qui est plus grand qu'eux,
l'est bien; l'Eau qui n'est qu'un
point à l'égard du reste, si
vous ne considérez sa Nature,
vous doit surprendre davantage,
puisqu'elle a la force d'émouvoir
tout: les autres Eléments
sont ouverts, & celui-ci resserré
de tant de parties, qu'une goutte
peut remplir un très grand
vaisseau. L'expérience nous l'apprend
en son évaporation, ou
quand elle est empâtée avec de
la terre, & qu'on la distille à très

@

44 De la Nature en général,

fort feu, une goutte se raréfie si
fort que les récipients, qui peuvent
contenir dix pintes d'eau,
crèvent, faute d'avoir assez d'espace;
ainsi le Feu, l'Air & la
Terre ont été tirés d'elle seule
par extension. C'est pourquoi
il ne faut considérer les Eléments,
que selon leur dissemblance, &
non pour leur discontinuité, car
il n'y a point de discontinuité
Elémentaire dans le cercle des
Eléments: Quoi qu'on élève un
grain de terre, ou un peu d'eau
de son Globe, elle n'est pas néanmoins
discontinuée d'autres Eléments,
& quand (pour me rendre
intelligible) je vous représente
des roues, des boules, il
les faut prendre pour continues,
car tout ce qu'il y a
n'est que discontinué en apparence,

@

Chapitre troisième. 45

& c'est d'où procède la
sympathie des choses. L'Animal
qui paraît le plus petit à nos
yeux, en porte sur soi de plus
petits, & ces derniers encore des
moindres; de sorte qu'un Animal
en peut avoir un nombre
indicible chacun avec des parties
convenables à leurs corps, &
chaque partie est composée d'une
infinité de points de chaque
Elément. L'Eau donc par son
mouvement circulaire, outre
quelle est conjointe aux autres
sans extrémités (ce que le sens
faible se représente difficilement)
balance l'Air, ainsi que
j'ai dit, & pendant cette trépidation,
elle l'assujettit en soi, non
pas en son centre, mais en son
tout; & c'est de quoi elle respire &
continue son mouvement; aussi,

@

46 De la Nature en général,

la diversité des Eléments n'a été
faite du Souverain, que pour s'aider
mutuellement. S'étant donc
remplie d'Air, elle s'enfle & déborde
jusques à ce que la terre
qu'elle contient, l'ait repoussée
dehors; alors elle redevient comme
devant: mais cela ne se
peut apercevoir que dans les
lieux, où elle abonde le plus,
comme dans la Mer Océane qui
de jour à autre flue & reflue:
Cet air qui l'enfle chaque fois,
cause qu'elle est plus légère en son
engrossissement que lorsqu'elle
est décrue. La raison pourquoi
la Mer est grosse, quand la
Lune est pleine, c'est que la réfraction
du Soleil, qui cause sa
lumière, presse l'Air contre l'Eau,
ainsi elle en prend davantage.
La vertu des Astres consiste

@

Chapitre troisième. 47

en ce, qu'ils renvoient, &
comme l'Eau le prend avec l'Air
elle est plus remplie de parties
subtiles, s'en dilate davantage,
& paraît plus grosse; Il
ne faut pas croire que cela se
fasse par une vertu aimantine
qui est le refuge des esprits faibles,
parce qu'ils terminent leur
savoir à une chose sans bornes;
ils veulent en disant cela, qu'il y
ait quelque qualité sans corps,
ne considérant point que tout ce
qu'il y a ici, ne sont que des corps
plus petits ou plus gros, plus
resserrés ou plus ouverts, qui
étant poussés se heurtent les uns
les autres, & ceux qui se repoussent
assemblent les autres en reculant,
& se rejettent fortement
suivant qu'ils se rencontrent de
loin.

@

48 De la Nature en général,

Tout ce que nous recevons
des Astres, outre la lumière,
ne sont donc que des petits corps
très subtils, qui rejaillissent par
rencontre, suivant que leurs parties
internes, ont d'action. Je dis
internes à cause que les Etoiles
sont des composés de parties subtiles,
mais plus étendues que celles
de ceux d'ici bas.
Nulle chose ne peut avoir lumière
que par contrariété de parties,
c'est ce que l'expérience peut
faire voir: ainsi le Soleil rejette
les petits corps par le vent de son
action particulière, ou pour
mieux dire par son mouvement
d'existence, & ces petits corps
en choquent d'autres, toujours
de plus gros en plus gros jusques
en bas, ce qui est cause
que nous ne pouvons regarder
le

@

Chapitre troisième. 49

le Soleil, parce que les particules
de l'Air donnent dans les yeux,
comme si on y jetait du Sable,
ils ne peuvent même souffrir la
réflexion de ses rayons par un miroir,
s'il n'est mis dans l'eau, d'autant
que ces petits corps rejaillissent
moins sur un sujet mol,
que sur un dur, Le combat
de ces corpuscules cause
la chaleur, & ce sont eux qui
font dans leur chute enlever l'eau
en petites gouttes, ainsi que j'ai
dit, & les idiots présument qu'elle
est attirée. Néanmoins voilà
comment cela se fait. Elle est en
après éparse par le mouvement
trépide & emmenée circulairement
quelquefois si haut, que
ne pouvant tomber en pluie, le
feu la repousse & rejette en bas,
l'écartant avec tant d'impétuosité,
Tome 1. D

@

50 De la Nature en général,

qu'elle violente les corps en passant,
nous appelons cela vent,
auquel nous donnons des noms
selon les lieux, d'où il vient, &
sa durée continue à proportion
de la quantité des vapeurs dont il
provient: s'il rencontre d'autre
humide en passant, elles s'amassent
ensemble & tombent en pluie,
qui fait cesser le vent.
Il est dangereux que cette eau
exaltée reste longtemps en haut,
parce que les parties terrestres
qu'elle a emportées, se cuisent
& font enaigrir l'eau, qui ensuite
précipite en forme de nues,
les parties grossières de celle qui
survient, d'où résulte un amas,
qui n'est détruit qu'à proportion
que les pointes des corps plus
subtils le pénètrent malgré sa
résistance, ce qui nous fait voir

@

Chapitre troisième. 51

ces flammes que nous appelons
Eclairs: pendant cet effort la
masse se crève & rompt en petites
ou grosses parties avec tant
de force, que le bruit en est
épouvantable, & c'est à bon droit
qu'on l'a nommé Tonnerre.
Quand ces masses tombent, elles
puent grandement, à cause de la
corruption de l'eau; quelquefois
la vitesse de leur chute les dilate
tellement, qu'elles pénètrent les
corps les plus resserrés en divisant
leurs parties, ce qui nous
paraît aux choses solides par leur
fraction, & aux liquides par leur
altération, comme on voit au
vin, & autres liqueurs qui s'en
enaigrissent.
J'aurais ici lieu de passer des
Météores enflammés, ou impressions
du Feu, mais je le réserve au
D ij

@

52 De la Nature en général,

traité de la lumière, & de la Nature
admirable du froid, qui n'a encore
jamais été entendue. Cependant
voyez encore (pour mieux opérer)
comme tout ce qui se fait en ce
grand corps, se passe aussi dans les
plus petits, qui en sont provenus.
Il faut premièrement considérer,
que nous ne pouvons pas
apercevoir toutes les parties d'un
corps particulier, de même que
le général, parce que nous ne
sommes point dedans. Semblablement
on ne peut voir le
monde au dehors, ainsi qu'un
Homme ou un arbre; néanmoins
par l'un, l'autre se peut connaître.
Quand la flamme embrase un
corps, le Feu est à l'extérieur,
& les autres parties au dedans;
ce Feu n'agit pas, soit en apparence

@

Chapitre troisième. 53

de corps lumineux ou autrement,
sans l'Air, de la matière
brûlable qu'il lui donne, alors
l'humide le plus uni à la Terre
quitte une partie de l'Air ou Eau
raréfiée, qui ne la pouvant suivre
s'en sépare & retombe avec violence;
de telle manière que la flamme
provenant de cette action, contraint
l'esprit du composé, de se
manifester sous la rougeur.
La raison que l'Eau & autres
choses s'évaporent sur ce Feu,
est, que les Atomes terrestres du
sujet combustible, étant excités
violemment, battent en s'écartant,
& poussant le vaisseau
contenant, de sorte que le contenu
est contraint de sauter dehors
en frémissant, comme si on frappait
avec un bâton; ce vaisseau ne peut
paraître ému, à cause de la grande
D iij

@

54 De la Nature en général,

vitesse continuelle, dont il
est frappé de tous côtés, & l'Eau
sort en si petites gouttes, qu'elle
ne nous paraît que fumée.
On attire encore l'Eau par des
vapeurs grossières, ou en aspirant
par la bouche: cela se fait
de même façon que j'ai dite, excepté
que les particules de l'Air
étant émues par l'attraction,
battent circulairement, & emportent
la liqueur. Elle se peut tirer
ainsi à l'infini, à cause que l'Air
est fourni par les extrémités intérieures
du conduit, ce qui advient
aussi à une pompe & tel autre
instrument. Le Feu agit autrement
que l'Air, il fait même
pétiller l'Or dans sa grande liquidité;
mais à cause qu'il est
mieux lié que les Métaux imparfaits,
il ne s'étend point en fumée

@

Chapitre troisième. 55

comme eux, à moins que
l'on ne multiplie les parties terrestres,
en y jetant de l'Armoniac,
qui s'élevant l'emporte avec
soi; à cause que tous Sels volatils,
comme ils sont privés d'humide
pour s'étendre, s'envolent
promptement du Feu: autrement
il en naît une liqueur huileuse,
qui étant plus épaisse ne se laisse
pas sitôt emporter; la preuve s'en
voit en la poussière, qui est facilement
chassée de quelque sujet, si
elle n'est humectée. Le Sel commun
mis sur une pelle, saute &
pétille, à cause que les parties terrestres,
que le Feu fait écarter, battent
dessous & à côté, comme en frappant
avec quelque instrument: les
corps sont emportés de même hors
des cornues à fort feu, par l'aide des
particules de l'Air, qui sont tant
D iiij

@

56 De la Nature en général,

excitées, qu'elles battent & pénètrent
de tous côtés.
Le Philosophe Artiste doit
encore savoir pourquoi les pots
& les verres se cassent & rompent
facilement à l'abord d'une
grande chaleur, afin d'en éviter
les accidents: car s'il arrive
que les particules terrestres en
s'écartant impétueusement, heurtent
contre le vaisseau, & que
leur mouvement rencontre l'humide
de l'Eau, qui en introduit
une autre, ou l'arrête, il se
fait un choc des deux qui le fait
bondir en arrière, & c'est ce qui
ouvre le corps, comme s'il était
tiré en large de deux côtés;
mais lorsque le Feu les fait battre
lentement, ils pressent l'humide
d'en sortir un peu à la fois,
sans qu'il fasse de contre coup.

@

Chapitre troisième. 57

Il y a de la Terre, qui y étant
jetée toute mouillée ne crevasse
point, cela provient de ce qu'elle
est subtile & ne laisse aller l'Eau
que peu à peu, malgré la violence
du Feu: ainsi il en arrive, comme
si on l'avait graduée. La Terre
qui a les grains gros ne se fend
point facilement aussi, parce que
l'Eau circuit à l'entour des grains
& n'est pas sitôt emportée des
corpuscules, à cause des pores.

----------------------------------

CHAPITRE IV.

De la génération des Pierres Minérales
ou Matières des Métaux;
Et comment la Nature prépare le
Soufre Solaire.

J 'Ai bien voulu enseigner
le premier Mobile selon les
Cabalistes, le trouve étrange

@

58 De la Nature en général,

qui voudra. Il suffit que sans
cette observation, je défie tous
les Hommes de me faire voir une
seule vérité concernant la transmutation
Métallique, à moins
qu'elle ne leur ait été donnée,
ou qu'ils ne l'aient trouvée par cas
fortuit. L'utilité est plus louable
que les vains discours; il
m'a fallu, malgré l'appréhension
de la censure des Critiques, établir
ceci pour les amateurs de la
Philosophie secrète, afin que
par cette voie ils puissent outre
les autres connaissances, arriver à
la possession du Mercure Philosophique,
qui est le principal
Moteur en la génération de l'Or;
tout ce qui se fait au règne
Minéral, provient de lui particulièrement,
ainsi qu'au général
chaque chose vient de l'Eau universelle;

@

Chapitre quatrième. 59

car entre les Métaux
il n'est besoin que d'une Eau
séparée de son terrestre, & alors
une once de cette liqueur raréfiera
plus de Métal, que mille
tonneaux d'eau commune, &
cela, à cause que celle-ci d'ordinaire
est remplie de tant de terre
étrangère, qu'elle gâte les Métaux
si on y en met. Il en arrive
autant au Salpêtre, parce que de
cent livres, il n'en restera pas
deux onces, si l'on continue à le
dissoudre, & le congeler par évaporation,
après l'avoir passé par
le papier gris, qui retient toujours
la terre: c'est pourquoi
l'Esprit qui en est tiré n'a pas la
puissance de lier les Métaux; si
l'Eau & la Terre de la composition
du Sel ne sont mieux joints
ensemble; ce que j'enseignerai

@

60 De la Nature en général,

au premier Chapitre des Agents
Métalliques; on y apprendra aussi
le moyen de couvrir l'eau par
la terre invertie, qui n'est véritablement
qu'une eau sèche, que
les Philosophes ont appelée Arsenic:
cette eau pure, ainsi que je
dirai, se joignant avec les autres,
les purifie, & réduit en leur première
simplicité éclatante au
travers du corps qui la tient.
En vérité, le fondement de cet
Art, n'est qu'une eau plus forte
& pénétrante, que les Eaux ordinaires:
le Sel de la Chaux-vive
azurée que vous apprendrez à
faire tantôt, que ne fait-il pas?
Il réduit tous les Corps en Spermes,
en Gommes & en Eau très
claire, à cause que son corps a
souffert un peu plus de Feu par
le moyen du Soufre. Tenez

@

Chapitre quatrième. 61

cette maxime pour assurée, &
soyez certains, que toutes choses
mûrissent seulement par la chaleur
naturelle de leur humide;
Quand un Minéral est tiré de sa
Minière, si vous pensez le pouvoir
mûrir par une chaleur plus forte
que vous lui pourriez donner,
il en arrivera autant qu'en
faisant cuire une Pomme encore
verte séparée de l'Arbre: ce fruit
ne peut se mûrir, l'expérience
nous l'apprend; Dès-là, on peut
conclure que lorsqu'une chose
vient à maturité, outre qu'elle est
aidée du feu universel, elle est
assistée par un humide chaud qui
est de sa Nature; ainsi celui qui
se mêle de faire cuire le Métal,
sans premièrement avoir l'humide
ou l'esprit Minéral, travaille
en vain: Or cet humide n'est

@

62 De la Nature en général,

qu'un esprit Nitreux, amené à la
dignité Métallique dans les veines
de la Terre par la Nature, que
nous imitons par Art. O que
l'Eau est admirable! c'est elle qui
fait paraître toutes les couleurs
qu'on voit, suivant qu'elle est
excitée, c'est elle que les Sages
ont qualifiée d'esprit universel,
parce qu'elle est toute chose; c'est
le cabinet des secrets; c'est-elle
après Dieu de qui dépend toute
la machine du Monde, comme
vous verrez au Livre troisième;
le Seigneur même l'a trouvée
si précieuse, qu'il a révélé aux
Hommes d'en arroser les corps
Humains en son nom, & présenter
le Sel qu'elle produit, pour
bannir l'indignité naturelle provenant
de la désobéissance du
premier Homme. Quand il pleut

@

Chapitre quatrième. 63

elle prend les parties subtiles de
chaque chose desséchée par la
chute des corpuscules renvoyés
du Soleil, & les emporte de
toute part, puis l'eau étant
rechassée, la quintessence
de leurs Sels monte avec elle, &
en retombant sur la Terre, chaque
composé reprend son esprit
vivifiant pour nourriture. Si
cela se fait au Printemps, l'Eau
participe du Mercure; Et si c'est
environ l'Automne, elle est Sulfureuse,
d'autant qu'elle est remplie
de teintures Végétables, &
autres provenues par la chaleur
de l'Eté. Cette Eau Sulfureuse
se mêlant par digestion avec la
Terre; il s'en fait un Sel venteux
inflammable, que nous nommons
Sel Nitre, on le voit couler dans
les lieux humides en forme de

@

64 De la Nature en général,

bave, dont il se peut distiller
par la cornue mise sur le feu,
une eau puante fort Sulfureuse,
laquelle attire à froid
le Mercure du Cuivre, qui en
devient aussi cassant & blanchi,
comme si on l'avait mis avec du
Mercure; mais de l'Eau de Mars
& d'Avril il s'en fait du Sel, qui
se coagule en Pierres, & si cette
Eau a avec elle des Esprits Métalliques,
ils sortent dehors de ces
Pierres comme la Gomme des
Arbres, ainsi que l'on peut voir
dans les Minières; voilà leur
seconde origine. Lorsque ce Sel
est entraîné dans la Mer, il devient
pénétrant, & c'est lui qui
la rend salée; ce Sel Marin tire
les teintures pour les Métaux, au
lieu que le Nitre les tire & les
garde pour soi; Mais qui peut
tirer

@

Chapitre quatrième. 65

tirer la rougeur des Métaux par
le Salpêtre ou Nitre, & le faire
prendre au Mercure, après sa
préparation, aura une chose dix
fois plus parfaite que le fin Or.
Le Nitre a été nommé Esprit
de Vin, parce qu'il est engendré
comme j'ai dit, des Sulfuréités
Végétables jointes à la Terre par
le moyen de l'Eau de l'Equinoxe
d'Eté: cet esprit est cause, que les
Métaux imparfaits ont avec eux
quelque chose de brûlable, d'autant
que son humide le mêle en
leur composition; de même la
seconde matière des Métaux, de
quoi on fait la Pierre des Philosophes,
est engendrée par la conjonction
de ces deux Sels de Nature,
en cette façon.
Premièrement l'esprit aurifiant
Métallique, étant emporté par l'eau
Tome I. E

@

66 De la Nature en général,

du printemps, vient à tomber dans
des lieux secs, & se coagule avec la
terre, alors s'il n'y arrive point
d'humidité grasse & sulfureuse,
il en résulte de l'Alun, qui est un
corps non fusible étant privé
d'humide. Mais quand il y survient
quantité d'humide gras
d'Automne, le tout se congèle &
en naît un corps Métallique combustible,
que je nommerai tantôt,
quand j'enseignerai la manière
de séparer son humidité excédante,
pour ne laisser que son esprit
tingeant dans la cendre ou corps
alumineux sec; La Teinture qui
provient de son eau; se voit quand
cette cendre est chaude: les Philosophes
anciens appelaient cette
matière, la Lune dans la tête du
Dragon; & de plusieurs autres
noms que vous apprendrez. C'est

@

Chapitre quatrième. 67

une chose admirable que ce Minéral
étant dissous dans l'Eau forte de
Salpêtre & d'Alun se met sous la
forme de grappe de Raisin par cristallisation.
J'ai vu un boulet
d'Or de la grosseur d'une balle
de Mousquet, qui pesait bien
seize livres. On me dit qu'en recontinuant
à le mêler avec l'esprit
de cette matière, elle le rendrait
beaucoup plus pesant, sans
augmenter de quantité, & puis
qu'en le trempant dans de l'huile
de Saturne, il redeviendrait
aussi léger que devant sans diminuer
de volume. Ce Minéral mis
avec si grande quantité d'Antimoine
que l'on voudra, n'en recevra
aucun dommage, au contraire,
en remuant il s'élève du fond du
Creuset, & nage comme un Poisson
entre deux eaux; mais quand
E ij

@

68 De la Nature en général,

l'Antimoine est tout en allé, il
commence à s'enflammer si on l'y
laisse davantage.
Pontanus a nommé cet Aimant,
Feu, à cause qu'il ard, qu'il brûle,
& qu'il n'est que Feu; vous pouvez
avec une lessive de Cailloux,
ou Pierres mises en Chaux, tirer
par évaporation sa teinture semblable
à une huile d'Or: Mais il
faut premièrement qu'il ait été
dissous dans l'Eau-forte, & tiré
en écume sur le Feu avec dix fois
autant d'Eau commune, puis séché
légèrement. Il a eu raison de
dire que cette matière n'a rien
d'impur, par ce que tout peut servir,
ce qui en reste même du Nitre-
Rouge, que vous apprendrez à
faire tantôt, contient un Sel
merveilleux. Van Helmont a écrit
de ce Feu en vain, puisqu'en le

@

Chapitre quatrième. 69

cachant il s'est tellement réservé
qu'il n'a pas même osé donner
l'extraction du feu de Venus, que
je vous donne ici en passant. Il se
fait du Cuivre calciné, & sublimé
avec l'Armoniac, on prend la
sublimation qu'il faut mêler avec
deux parties de Chaux-vive, & lessiver
ensemble, puis en distillant,
le Soufre essentiel passe avec
l'Eau claire, qui étant mise au
froid & circulée, devient en une
teinture huileuse sans corps. Si cet
Auteur a caché ce Feu, tant utile
à la santé; Quelle difficulté ne
devrais-je point avoir à enseigner
un Feu qui fait bien encore plus;
& dont il parle suivant Paracelse
avec tant de réserve? Devrais-je
aussi révéler l'Or pourri par le
Mercure en une matière que vous
apprendrez en son lieu; enfin je vous
E iij

@

70 De la Nature en général,

donne ici tout, mais je ne vous enseigne
qu'en raisonnant le moyen
d'assembler les substances pour la
coction, de crainte que le composé
qui s'en fait, ne soit profané; je ne
me réserve que l'extraction du
Cor-Saturni, que vous pourrez
néanmoins savoir par l'exemple
qui suivra; d'autant que ce Saturne
réduit en première matière,
(comme j'enseignerai) étant
mis par artifice en un Sel de tous
côtés triangulaire, est changé par
un Alcali vulgaire en Soufre,
aspirant l'âme du Soleil & de la
Lune; de même qu'une dragme
de Soufre d'Aimant commun,
séparé d'une livre de son corps
grossier par un peu d'esprit d'Alcali,
retient la force d'attirer le Fer
& la vertu de tout ce qu'il y avait,
ou davantage: Si un Sel Alcali

@

Chapitre quatrième. 71

commun fait ces merveilles pour
la séparation des substances, que
fera donc celui qui se trouve dans
la Cendre de notre Minéral Nitreux;
qui sans altération sert comme
de Feu, de Fourneau & d'Artiste
pour toutes sortes d'opérations?
Ha! que ce Nitre Métallique a de
vertus! On nous l'a dépeint sous la
figure du vieillard Neptune, qui
est le vrai Seigneur des Eaux, puis
qu'elles obéissent à sa puissance,
ainsi qu'il sera dit. Les Poètes l'ont
industrieusement bien figuré;
feignant que cette Toison laineuse,
est gardée par des Taureaux
qui jettent feu & flamme: vous l'allez
conquérir avec bien moins de
peine que n'a eu Jason, ou le curieux
Naturaliste par sa belle méditation:
il lui a fallu travailler
incessamment pour trouver en la

@

72 De la Nature en général,

fin, ce que vous avez ici au commencement.
Je dis au commencement,
tant pour ceux, qui n'ont pas
encore commence à travailler en
cet Art Philosophique, qu'à cause
que la plupart des Amateurs des
connaissances Naturelles, n'ont
aucune lumière de la vraie Chimie,
même à la fin de leurs jours.
Il semble que Dieu veuille suppléer
aux longues années, qu'il faudrait
avoir, pour acquérir ainsi que nos
premiers Pères, une intelligence
parfaite de toutes choses, puisqu'il
me suscite de rendre commun
aux aspirants, ce que les Philosophes
du temps passé n'eurent
pour récompense de leurs travaux,
qu'a la fin de leurs jours.

Fin du premier Livre.
DES

@

I

pict

D E S
A G E N T S
M E T A L L I Q U E S

L I V R E II.

----------------------------------

CHAPITRE I.

Du moyen d'extraire l'Esprit
Minéral.

pict Lusieurs devant moi
ont écrit la manière de
préparer les Métaux,
tant pour la Santé, que pour les
Richesses; mais considérant que
Tome II. A

@

2 Des Agents Métalliques,

leurs Livres demeurent inutiles,
faute des Agents nécessaires qu'ils
ont cachés au public; je mets
ici la manière de les faire, afin
qu'également on puisse arriver
aux effets désirés des belles &
curieuses opérations qu'ils ont
mises en lumière, à l'avantage
de leur dissolvant déclaré
Alkahest, ou eau Alkalisée,
que peu de gens possèdent,
faute de connaître la Centre
du vrai Alcali Mercuriel, qui
est enveloppé du Soufre universel
au centre de toutes les
choses du Monde, quoi que le
meilleur se tire d'une matière
nommée vulgairement Espiauter?
ou Zinc d'antimoine; en cette
façon.
Faites-la fondre à petit feu, dans
un Creuset assez large, & quand

@

Chapitre premier. 3

elle sera rouge, mouvez-la avec
une spatule de fer, qui ait le manche
suffisamment long, pour vous
défendre de la chaleur; & après
l'avoir un peu ému à la superficie,
comme en écumant, il commencera
à flamber, qui est le signe
que le Mercure cru se détache
du Soufre étranger; ôtez avec
votre spatule tout ce qui sera élevé
en apparence de coton ou laine
blanche, que quelques-uns ont
appelé Sericon, & le mettez dans
une terrine; cependant le reste
qui est dans le Creuset, semblable
au plomb fondu, s'allumera plus
que devant. Quand il s'en sera
sublimé encore environ la
hauteur d'un demi-doigt, vous
la tirerez, ainsi qu'à la première
fois, & la mettrez avec l'autre:
faites ainsi, continuant jusques à
A ij

@

4 Des Agents Métalliques,

ce que tout soit comme j'ai dit,
prenant garde à chaque fois
que vous en tirerez, de cueillir
cette fleur adroitement, sans prendre
de métal. Alors vous aurez
cette eau sèche, dont les Sages
ont tant parlé: disant qu'elle se
tire des rayons du Soleil & pour
faire entendre que pendant l'opération,
la matière jette une lumière
claire, éblouissant la vue,
ainsi que le Soleil. On a donc
très bien dit, qu'elle se tirait de
ses rayons, & même de ceux de
la Lune. Quand cette eau se convertit
avec les eaux, & que les
eaux se convertissent avec cette
eau; ils ont feint que cela se faisait
par la force d'un Acier, comparant
le Zinc à l'Acier, à cause de
leur grande ressemblance & vertu.
L'Acier étincelle, celui-ci s'enflamme,

@

Chapitre premier. 5

l'un & l'autre argentent &
dorent les Métaux, & ont la puissance
de concentrer les esprits &
resserrer les corps; il y a seulement
cette différence, que l'un est difficile
à fondre, & l'autre point,
étant plus mol & obéissant à
l'Artiste: aussi est-il dit; A quoi
bon de chercher cela dans une
matière dure, vu qu'il y en a une
qui de soi est molle, laquelle étant
sublimée, comme je vous ai enseigné,
peut convertir toutes choses
liquides & enaigries, dès la première
fois en ce sel Central ou
Mercure Philosophique, que l'on
a tant cherché. Voici comme
je l'ai fait avec le vinaigre commun.
J'en ai pris une partie, & l'ai
mise dans du vinaigre distillé,
tant que tout fut à peu près dissous,
A iij

@

6 Des Agents Métalliques,

puis après l'avoir fait filtrer
& évaporer jusques en consistance
d'huile grasse; je l'ôtai du feu,
& il se congela en forme de sel,
que je mis dans une grande retorte
de verre à petit feu, & le
tout se fondit, commençant à
distiller par veinules en esprit de
vin qui brûle, comme celui d'ordinaire,
quoi qu'il soit insipide:
après quoi, il sortit un flegme
gras & roussâtre, & alors toute
la matière de dedans la cornue,
commença à se gonfler à plus
grand feu, moyennant quoi, il
s'éleva un esprit en forme de
neige en grande quantité apparente,
comme de l'épaisseur d'un
pouce, qui retombait quelquefois
en partie au fond, à cause de
l'abondance, & ce qui s'en échappait
malgré le papier qui bouchait

@

Chapitre premier. 7

le récipient, rendait une si
bonne odeur, ainsi qu'avoue
Bernard de Trèves en sa Parole
Délaissée; que cela me surprit les
sens, comme à lui. Après que tout
fut refroidi, & que le vaisseau fut
ouvert, je trouvai tout à l'entour
un corps délicat qui avait l'éclat
de l'argent commun, plus beau à
l'oeil, que les Perles Orientales.
Ce Mercure était obéissant au
doigt, & d'odeur de Camphre: on
le peut avoir, comme dit le Trévisan
au traité de la Nature de
l'oeuf, quelquefois en Mercure
liquide, qui est bon; en un corps
resplendissant & coagulé qui est
encore meilleur, & en poudre
blanche, qui est très bonne.
Ainsi vous venez d'apprendre la
manière de tirer l'humide métallique,
non pas qu'il soit humide
A iiij

@

8 Des Agents Métalliques,

comme l'on dit en toute sa substance,
telle qu'on pourrait imaginer
de l'eau; au contraire, ce
n'est qu'accidentellement qu'elle
nous paraît ainsi, quand la chose
est résoute: c'est pourquoi les Philosophes
l'ont nommée Air, & de
plusieurs autres noms: aussi la raison
pourquoi les Anciens & Modernes
ont dit qu'ils se servaient
de Rosée de Mai, d'eau d'Equinoxe,
d'Esprit de vin, d'Urine, & de
Sang; c'est qu'il n'importe avec
quoi on tire ce Mercure, parce
que, comme j'ai dit, toutes
choses liquides peuvent servir
moyennant cette cendre minérale.
Voici la raison qu'ils ont dite,
que leur Mercure est partout, le
nommant Esprit Universel, quoi
qu'indéterminé, car autrement il
ne serait pas besoin de ce vaisseau,

@

Chapitre premier. 9

qui est cette fleur, pour l'extraire;
tout ainsi qu'une herbe attire à
soi des autres choses, ce qui lui
est nécessaire pour sa subsistance.
C'est là-dessus que les Anciens ont
feint qu'ils avaient des vaisseaux
différents pour attraire cet esprit
des corps liquides, parce que l'on
peut extraire cette matière spécificative
de divers Métaux ou Minéraux
métalliques; toutefois dans
un lieu elle se trouve moins embarrassée
qu'en un autre.
Entre tous les Minéraux, il ne
s'en trouve pas un plus disposé par
Nature que celui-ci, & il est seul
entre les corps Métalliques qui
souffre la division des parties fixes
du volatil, ainsi que le bois au feu.
Sa Cendre a des vertus admirables;
elle lie tout ce qui est disjoint;
comme par exemple les

@

10 Des Agents Métalliques,

huiles des Métaux ou Minéraux,
faisant qu'ils ne se précipitent plus,
après qu'elles ont seulement été
une fois distillées avec elle: Cette
Cendre divise aussi ce qui est assemblé,
séparant par même moyen
l'esprit de sel, & autres qui se trouvent
dans les Eaux fortes ordinaires,
de sorte qu'on les peut
recevoir à part, chacune avec
augmentation de ses forces, tant
pour les Hommes, que pour les
Métaux, parce qu'elle rend manifeste
ce qui est occulte en chaque
composé. Elle se change facilement
en toutes sortes d'apparences.
Si le reste des Cendres qui
ne se veulent dissoudre que difficilement,
sont réduites en sel, il
paraîtra ni plus ni moins que du
Talc de Venise, & à cause de sa
ressemblance les Philosophes l'ont

@

Chapitre premier. 11

nommé ainsi, ce qui a abusé tant
de gens jusques aujourd'hui,
croyant que c'était le Talc
vulgaire, duquel ils ont essayé
de tirer de l'huile pour blanchir
le teint, comme les Anciens ont
dit, déguisant leur secret par rapport
d'une chose à une autre. Cette
Cendre minérale a en soi, tout
ce qui est nécessaire aux Curieux,
ceux qui l'ont connue, ont eu la
matière, dont on la tire, en grande
recommandation, & de crainte
qu'on sût qui elle était, ils lui
ont imposé plusieurs noms,
comme de Lunaire, d'herbe Saturnienne,
& autres. Aucuns l'ont
comparée à la Salamandre, à cause
qu'elle vit dans le feu. Ils ne
l'ont jamais mieux dépeinte que
parlant du Phoenix qui renaît de
ses Cendres: d'autres l'ont nommée

@

12 Des Agents Métalliques,

Lucifer ou Porte-lumière,
Venus engendrée de l'écume de
la Mer, parce qu'on la tire en écumant.
On la nomme Dragon,
à cause qu'elle brûle comme
Salpêtre; Aigle, parce que l'on
en tire l'Armoniac mercuriel, ils
ont dit, que c'est le Roi, d'autant
qu'il est le plus considéré entr'eux;
& le Lion, à cause de sa
grande force. Ils disent que c'est
l'âme Métallique, à cause qu'elle
vivifie tous les Métaux, &
qu'elle est corps, parce qu'elle
corporifie les esprits. Mais communément
entre les Philosophes,
elle est entendue par Miroir
de l'art, à cause que c'est principalement
par elle, que l'on a
appris la composition des Métaux
dans les veines de la Terre,
comme je ferai voir ensuite. Aussi

@

Chapitre premier. 13

est-il dit, que la seule indication
de Nature nous peut instruire.
C'est le Soufre & le Mercure
conjoints par nature; le Cinabre
des Sages, duquel on a tant écrit,
nous assurant que de ces deux
on sépare un corps moyen de si
grande vertu. Il est Soufre à
cause de sa partie tingente &
combustible; & Mercure, parce
qu'il est l'humide radical des métaux
congelés par nature, ainsi que
dit Geber. On le tire en deux façons;
à savoir en volatil & en
fixe. Je vous ai appris l'extraction
du volatil: voici comme on procède
pour avoir le fixe.
Mêlez une part de Cendre Métallique
avec deux parts de Salpêtre
pur, dans un pot de terre, que mettrez
au feu l'espace de douze heures,
en le mouvant quelquefois

@

14 Des Agents Métalliques,

avec un bâton, lorsque la matière
s'enflera: Il faut que la chaleur soit
telle que le pot ne devienne nullement
embrasé. Les matières étant
refroidies, rompez le pot & mettez
la masse en poudre grossière,
puis en emplissez des Creusets que
mettrez au feu, l'un après l'autre,
comme il s'ensuit:
Ayez un fourneau qui ait depuis
la grille, trois fois la hauteur
de votre Creuset, ou environ:
il doit être de petite brique,
ou de morceaux de tuile, bâti
contre une muraille & percé
à jour; que le trou soit un peu
plus grand que la carrure d'une
demie brique ordinaire, & qu'il
donne dessous la grille, afin que
le vent puisse exciter le feu: ce
qu'étant vous poserez un de vos
Creusets, & ferez faire si grande

@

Chapitre premier. 15

chaleur que vous pourrez:
Quand vous verrez que votre
Creuset commencera à se vitrifier,
levez le petit couvercle, & voyez
si la matière est de couleur de
pourpre, ce que vous connaîtrez,
lorsqu'elle semblera ternie,
comme manque de feu; l'autre
signe est, qu'un peu devant il y
paraît une belle étoile. Retirez
tout aussitôt votre Creuset, de
crainte qu'ayant passé le moment
nécessaire, l'esprit Mercuriel ne
s'enfuie en forme de fumée, de
telle sorte qu'étant hors du feu,
il ne cesse de s'exhaler, & quand il
est parti, la matière demeure d'une
couleur grise, & ne peut venir
d'autre esprit en sa place; c'est
à vous d'y réussir, vu qu'il n'est
pas difficile. Quand vous aurez
retiré votre matière du fourneau,

@

16 Des Agents Métalliques,

& qu'elle sera refroidie, elle aura
la couleur de Laque enfoncée,
tirant sur le Pourpre, cette opération
se fait dans une heure.
Je vous ai dit la manière comme
je l'ai faite, quoi que les Anciens
y aient mis beaucoup davantage,
& même les Modernes n'en ont
pas pu venir à bout qu'en trois
heures. Ils ont nommé ceci le
Salpêtre rouge: Il ne tient qu'à
vous d'expérimenter ce qu'ils en
disent, puisque vous le savez
faire. On le laisse résoudre de soi-
même si l'on veut, & ainsi il se
sépare des fèces en forme de
Gomme; quand cette Gomme,
après sa préparation est jointe à
une autre Gomme, savoir à celle
du Soleil, alors elles deviennent
comme eau coulante, sous l'éclat
métallique: Cette Gomme est
encore

@

Chapitre premier. 17

encore nommée Ambre, à cause de
sa vertu attractive du Soufre corporel;
Savon, parce qu'elle nettoie
les corps; & Sperme, à cause de
son odeur. Quand ce Sperme se
met en huile par plus longtemps,
les Philosophes l'appellent huile
de Tartre, qui a tant fait travailler
des personnes en vain, sur le
Tartre vulgaire; Ils l'ont nommé
Vitriol; voulant dire, Vitri-oleum,
ou huile de Verre; parce qu'elle
se tire, comme je vous ai montré,
par feu de Vitrification.
Après que le Creuset vitrifiant est
refroidi, la matière paraît comme
une Rose, environnée de
feuilles vertes, à cause de quoi ils
l'ont nommée Rose. Le Sel que
l'on en tire, par l'eau commune,
a des vertus innombrables: il
volatilise tout ce qui est fixe, &
Tome II. B

@

18 Des Agents Métalliques,

fixe tout ce qui est volatil; il ôte
le venin du Sublimé, comme de
l'Arsenic, & de toute autre chose
dangereuse, comme des Herbes,
Racines, Fleurs & Grains, &c.
Etant réduit, ainsi que vous apprendrez
ci-après, il dissout l'Or
& l'Argent, comme l'eau chaude
liquéfie la glace, sans aucun bruit,
ni corrosion, montant ensemble
par l'Alambic; Bref, il fait tant de
belles choses, que les Livres Chimiques
ne sont remplis que de ses
effets. C'est pourquoi, je vous
renvoie à ceux qui ont écrit le
moyen de s'en servir.

pict

@

Chapitre second. 19

-------------------------------------

CHAPITRE II.

Du Soufre Moteur.

E N tout ce qui est composé
d'Eléments; il y a un Soufre
Etranger, engendré de l'action
de l'Eau & de la Terre, qui est
moteur du Soufre naturel; c'est
le premier sujet sur qui le Feu
opère, par le moyen de l'Air, &
par qui il nous fait ressentir ses
forces, soit qu'il nous paraisse en
forme d'un corps lumineux ou
autrement: c'est lui qui soumet
toutes choses à la force du Feu &
des Eaux corrosives, & parce qu'il
empêche la continuité des corps,
il est la seule cause qu'ils périssent,
sans lui, ils ne se peuvent limer;
plier, scier, rompre ni mettre en
B ij

@

20 Des Agents Métalliques,

poudre. Les Artisans ne s'en informent
point, & néanmoins,
c'est à lui qu'ils doivent la fin de
leurs travaux.
Il rend les corps aigres & cassants,
à cause qu'il est une substance
étrangère au sujet, laquelle
sèche facilement; c'est pourquoi
il reprend avec peu de peine
l'humide des Résines & des Sels
qu'on lui donne pour les adoucir;
c'est lui qui emporte les corps
au feu, qui les rend étendus ou
resserrés, selon qu'il abonde, &
c'est lui qui s'envole en apparence
de flamme, à la calcination du
Zinc.
Enfin, ce qu'on en peut dire
de particulier est, que c'est une
chose située entre la parties intérieure
& extérieure de tout corps,
& ce n'est autre chose qu'une

@

Chapitre second. 21

terre nourrice, subtile, qui est sublimée
ou dignifiée par l'humide
Minéral, Végétable ou Animal
s'il s'y rencontre. Les Animaux en
ont plus que les Végétaux, &
les Végétaux plus que les Métaux.
Dans les Animaux il s'envole
presque tout avec l'humide propre,
dans les Métaux & Minéraux:
il y est très fortement lié, &
en petite quantité; mais comme
le moyen ou milieu correspond
toujours au milieu, on a recours
aux Végétaux, & l'expérience fait
voir qu'il y en a suffisamment
dans le sel des Cendres ordinaires
que l'on ôte de nos Foyers.
Quand cette matière est extraite,
elle ressemble à de la Soie argentine,
& à une terre feuillée, comme
le Talc, principalement après
la préparation suivante.
B iij

@

22 Des Agents Métalliques,

Desséchez le Sel prétendu, &
versez dessus deux fois autant de
vinaigre distillé, mouvez-les bien
avec un pilon, & ayant un peu
reposé, retirez le vivement, puis
y en remettez d'autre, faisant
ainsi quatre fois, le vinaigre se
chargera de teinture & de viscosité
végétable. S'il en sortait encore,
réitérez jusques à ce que ce qui
demeure dans le Mortier de marbre
reste blanc, & qu'il soit après
l'avoir bien séché, comme du
sable de rivière. Alors broyez-
le avec de l'eau claire, le laissant
reposer deux ou trois heures, le
tout deviendra comme du lait
caillé, que vous mettrez dans le filtre,
& ce qui restera dans le papier,
est la matière requise. Faites que le
temps le prive de son humide superflu,
& servez-vous en pour

@

Chapitre second. 23

un Sel Sulfureux, que l'on
nomme Sel Armoniac ou Ammoniac,
à cause qu'il est tiré du Sable.
Considérez présentement
combien il est différent du commun,
& ne vous étonnez plus
pourquoi ceux qui prennent les
écrits des Philosophes au pied de
la lettre, sont ordinairement
trompés.
L'eau qui découle à la préparation
de ce Souffre, laisse après
son évaporation un beau Sel qui
est insipide, & la teinture rouge
que l'on a tirée avec le Vinaigre,
laisse en distillant au fond du vaisseau
une terre noire, dont l'eau
sépare un Sel fort aigu: Ainsi à
mesure que l'Art met au jour, les
corps que la Nature cache dans
les corps ordinaires, il produit
des choses d'autant plus dignes
B iiij

@

24 Des Agents Métalliques,

& admirables, comme est ce Soufre,
qui paraît même encore
rayonnant & victorieux, après la
fin du composé. On le voit partout
sur les eaux croupissantes,
tant dans les rues qu'ailleurs, nageant
comme des feuilles d'argent
coloré de plusieurs façons.
Il n'a pas de si grandes vertus
pour les Animaux, & manque
de pouvoir sur les Métaux, quand
il est environné de ses résidences
végétables, à moins qu'on ne
surmonte la partie Herbale par le
Minéral: car celui qui étouffe
l'humide naturel par un étranger,
fait presque autant que s'il
l'ôtait: pourquoi faire, desséchez
bien ce sel, que les Anciens ont
surnommé commun: & au lieu
d'en faire l'anatomie ci-devant

@

Chapitre second. 25

dite, dissolvez-le dans l'esprit
très fort de Vitriol. Cela se doit
faire dans une grande cucurbite,
afin que le mélange ne se perde
au lever de l'écume, qui étant
remise en eau, puis distillée jusques
à la dernière goutte, laisse
un Sel fusible comme la cire, qui
au froid est dur & blanc.
Quand quelque Métal est fondu
avec lui, & qu'on le meut
quelque heure, il se réduit en pâte,
que l'humide de l'air met en
huile, laquelle étant distillée, le
Sel demeure au fond, & la meilleure
partie du Métal passe avec
l'eau. Il sert aussi à tirer les teintures
des corps, & fait tout ce qu'on
en a dit autrefois, parlant du Sel
enixe.

@

26 Des Agents Métalliques,

-------------------------------------

CHAPITRE III.

De la Réduction en première
Matière.

T OUT ce qu'il y a de plus
recherché entre les amateurs
de cette Science, est la Réduction
du Métal à sa première
Matière, que les Philosophes assurent
unanimement être Soufre
& Mercure. Je pense que le
vulgaire prend en leur place la terre
& l'eau, parce qu'on voit peu d'Artistes
qui ne dissolvent le métal
sous forme d'eau, pour le faire
coaguler, qui est le mettre en apparence
de terre: quoi que l'on
trouve dans les écrits des Anciens,
que toute solution doit être faite
en conservant l'espèce manifeste:

@

Chapitre troisième. 27

Ainsi c'est se tromper soi-
même que de le réduire en forme
d'eau Elémentaire, vu que
la splendeur Métallique est amortie,
ne paraissant que simple eau,
liquide ou épaisse, colorée ou autrement;
de sorte que s'il y arrive
quelque marque de corruption,
ce n'est point le Métal qui
est altéré, puisqu'il ne le peut être
que sous sa propre espèce, séparée
de toute chose étrangère; si ce
n'est que l'eau! Quel bénéfice y a-
t-il de faire cuire l'eau, en croyant
graduer un métal? La fin montre
assez que le métal n'est point
changé, puisqu'à la fonte l'Or
retourne en Or, étant projeté
sur un bain d'Or, & le Plomb sur
le Plomb. Donc cette manière
de Réduction est absolument
inutile; & quand même on aurait

@

28 Des Agents Métalliques,

mis un Corps en Terre & en Eau,
on ne s'en pourrait non plus, servir
à l'égard du Métal, que de
l'Eau & de la Terre commune,
puisqu'il serait terre & eau Elémentaire,
auxquels nous ne pouvons
donner aucune forme d'espèce
Métallique; l'expérience faisant
voir que cela est impossible.
Quelques-uns veulent ignorer
que le Mercure extrait des
Corps, tel que celui du commun,
a été fait de la première
matière, & que c'est en vain qu'on
le met en apparence de Soufre
ou de Sel, puisque les principes
de l'Art ne font point ceux
de Nature.
De même, c'est perdre le temps
que de le rendre semblable aux
choses accidentelles; comme sont

@

Chapitre troisième. 29

le Vitriol, l'Or boueux que l'on
prend dans les Eaux, & autres.
A cause que les Métaux imparfaits,
comme le Fer & le Cuivre
se rouillent facilement par l'eau,
qui traverse les Mines, & sont
corrodés par les Sels qu'elle y
porte; mais l'Or ne pouvant être
dissous, manque de l'aigreur du
Sel, est emporté par l'eau en menues
parties qui reluisent dans le
Sable, étant précipité où elle
s'arrête: Tellement que ce n'est
point la première matière du métal;
au contraire, c'est le métal
même.
Le propre des Hommes, est
de faire peu d'estime des choses
qui leur sont familières & ordinaires:
Cela se voit jusques ici,
chacun sait que la première matière
qui nous donne le métal,

@

30 Des Agents Métalliques,

est le Minéral, ou la Marcassite
d'où on le tire, tout ainsi que le
Plomb est la première matière du
Minion: Et néanmoins on demande
après, & on la dispute,
(tant) la subtilité est ennemie de
la vérité.
Quand on dit qu'il faut réduire
le métal en Soufre & en
Mercure, il ne faut point croire
qu'on entende parler du Soufre
naturel, parce qu'il n'y aurait
point de Réduction à faire, vu
que le Mercure ne peut être
Mercure sans son propre Soufre,
qui le détermine à la Nature
Métallique, & qui le fait différent
de l'eau commune; c'est
donc seulement le réduire avec
le Soufre moteur du Soufre
naturel qui le nourrit, & plus il
mange de cette Terre sèche

@

Chapitre troisième. 31

pleine de feu, & plus son humide
a puissance de rester au feu;
d'autant qu'il n'y a que la seule
siccité, qui a puissance de retenir
l'humide sur le feu. Pour cet
effet, l'Art imitant la Nature, ouvre
un Corps par le feu, mais avec
un bien plus fort, que le Feu du
feu des feux clos, il le contient dans
la terre, mais une terre plus subtile
qu'elle; il imite le mouvement
d'Orient en Occident, mais bien
plutôt que le Soleil. Ainsi l'Art
à l'exemple de la Nature, moyennant
la Nature, peut rendre à la
Nature ce qu'il lui a ôté, à savoir
une terre Sulfureuse, que
le feu de fonte a séparé.
L'utilité de cette restitution est,
que le métal qui n'est autre chose
que Mercure congelé par son
propre Soufre, peut-être tant

@

32 Des Agents Métalliques,

excité ou étendue que l'humide
soit entièrement soumis, ce qui
ne peut jamais arriver par nature,
manque du peu d'action de
son feu; donc nous faisons comme
si nous transplantions un
arbre d'un lieu froid, dans un
très chaud, pour avoir des fruits
plutôt, plus beaux & meilleurs.
J'ai enseigné au Chapitre précédent,
comme on peut avoir le
Soufre moteur, qui cause cette
perfection par la force naturelle,
avec l'aide de l'Art, afin que le
Curieux ait le contentement de
contempler visiblement, ce qu'à
peine il pouvait imaginer auparavant
par les écrits des autres.
Reste présentement à dire de
qu'elle manière le métal l'assujettit
& le prend aussi de toute
chose, pour être remis comme il
était

@

Chapitre troisième. 33

était auparavant; en conservant
son espèce Mercurielle apparente;
Ayez un Sel de même facilité à
fondre que le métal que vous
voulez réduire: Faites que le dur
corresponde au dur, le mol au
mol, le volatil au volatil, & le
fixe au fixe; considérant quel
métal peut souffrir le feu, se
défendre d'être calciné, & que
sa forme extérieure ne soit point
cachée sous l'aquosité ou terrestréité
du Sel Sulfureux: au contraire,
que tout ce qui est bon en ce
sel puisse être vaincu & couvert
du métal. Pour cela nous avons
tout éprouvé, & il ne s'en est
trouvé pas un, que celui qui correspond
à Saturne.
Faites-le fondre dans un Creuset
d'Allemagne: Prenez aussi du
Salpêtre qui ait eu plusieurs eaux
Tome II C

@

34 Des Agents Métalliques,

& en faites autant, puis quand
il sera de chaleur égale à l'autre,
versez-le dessus; Il faut qu'il y
ait trois parties de Plomb pour
une de Salpêtre. Incontinent
après, l'Aide qui sera avec l'Artiste,
commencera à mouvoir le
tout avec une verge de fer, en
continuant tour à tour, pendant
que l'un ou l'autre met du charbon
& gradue le feu; Il sera bien
gouverné tant qu'il aura la puissance
de les tenir fondus, &
que le métal ne se mette en
bouillie, qui est signe de perdition.
Il est inutile de mouvoir
en cette occasion s'il n'est fondu.
Le feu violent chasse l'humide du
Salpêtre, & n'y ayant plus que le
terrestre, il devient difficile à fondre,
le plus grand feu qu'on est
obligé de faire pour le rendre

@

Chapitre troisième. 35

liquide, est si fort que la verge de
fer s'enflamme, se fond elle-même
& gâte tout: Cela n'arrive
point, quand on observe la chaleur
que peut souffrir le Sel sans
évaporation de ce qui le rend liquide,
l'opération est faite en
trois heures. Lorsque le tout
sera froid; rompez votre matière,
& vous la trouverez semblable
au métal Minéral par veines
d'Or & d'Argent, en aiguilles
comme l'Antimoine, qui à cause
de cela, & du métal de quoi il est
fait, a été nommé par quelque
Philosophe, Antimoine des parties
de Saturne. Les Anciens ont
enseigné cette opération sous le
moyen de faire le cinabre; en
quoi les Chimistes ont été trompés
prenant le Mercure & le Soufre
commun. Les autres l'ont
C ij

@

36 Des Agents Métalliques,

figuré, donnant à Mercure une
verge entortillée de deux Serpents,
pour dire que le métal devait par
le moyen du mouvement, auquel
on a besoin d'une verge,
être prudemment enchaîné de
la terre & de l'eau, qui représentent
les deux Serpents qui s'attachent:
Geber a feint à cause de
cela que c'était le Bismuth. Un
l'a encore donné au public sous
la sublimation du Mercure avec
le Sel & le Vitriol, que les gens du
temps présent suivent inconsidérément:
aussi tout ce qu'il en
font est de petite considération,
attribuant plutôt la faute à leur
malheur qu'à leur peu de connaissance,
qui leur fait chercher
le point de congélation dans ce
qui n'est point congelé, s'arrêtant
plutôt à la mode des Marchands

@

Chapitre troisième. 37

qui ont donné le nom
aux drogues, qu'aux vrais Naturalistes.
Il n'y a personne qui ait si
bien satisfait les Sages & les Fous
qu'Avicenne, quand il dit que le
Plomb demeure toujours Plomb.
Les ignorants ont dit là-dessus; il
est donc inutile de travailler sur
le Plomb? & se sont rebutés du
bon Saturne: Les Doctes d'un
autre côté ont dit, Si le Plomb
conserve toujours sa qualité coagulante,
& son grain fixe qu'il
tient dans son Centre, avec le
Soufre tingeant que nous lui
donnerons, sans doute, il n'y
aura rien au delà: car alors, il congèlera
le Mercure en Or, avec
la même puissance coagulative,
qu'il avait quand il le congelait
en Plomb: Par similitude, c'est
C iij

@

38 Des Agents Métalliques,

faire tout de même que si en
un instant on agrandissait un
Enfant de la hauteur d'un Homme,
lui conservant sa puissance
de croître: quand il viendrait à
croître au dessus de cette grandeur,
ce qu'il devait être; combien
ne différerait-il pas d'un
autre?
La composition susdite nous a
été apprise par la Nature même,
à la destruction du Zinc, aussi il
est dit qu'à la destruction de l'un,
l'on apprend la construction de
l'autre. Si on reçoit la matière
Nitreuse qui en sort en brûlant;
on trouvera que ce n'est autre
chose qu'une terre subtile, accompagnée
d'eau Elémentaire en
forme de Nitre: Pour cette raison,
considérant qu'elle n'est pas meilleure
que celle du Nitre vulgaire,

@

Chapitre troisième. 39

nous laissons la peine de l'en extraire
à ceux qui ont plus de temps
à perdre que la personne qui veut
profiter au Public: Cependant le
Nitre commun suffit, soit qu'on
le rende au corps même d'où
on l'a chassé, ou qu'on le donne
à un autre qui en manque, comme
Saturne; ce qui néanmoins
ne se peut faire, si l'esprit Mercuriel
Sulfureux métallique, qui
abonde dans le fer, ni est, à
cause de cela le Mars inférieur
est estimé le Soleil de l'Art, que
les Anciens représentaient avec
des rayons autour de sa tête;
pour ressouvenance de l'utilité du
fer & de l'acier en toute sorte
d'Arts, comme de celle la Lune &
du Soleil Céleste aux productions
naturelles. Il y a une autre sorte de
Réduction en première matière,
C iiij

@

40 Des Agents Métalliques,

appelée proprement Fermentation,
ayant égard à la pâte énaigrie,
qui en fait lever & énaigir
d'autre, de même cette Réduction
première étant amenée au
blanc ou au rouge, revivifie par
projection l'Or & l'Argent commun;
Et cette Réduction se fait
par extension des parties, selon
que la poudre est subtile, & conserve
son espèce, ainsi que l'autre;
A cause de cela, cet Or ou
Argent est nommé Or vif, parce
qu'il est revivifié par l'aigreur du
Soufre blanc ou rouge, & mis
en apparence d'un Or minéral,
qui en la fonte donne un Or
cent mille fois plus haut en Carat
que le commun, & d'autant qu'il
a de degrés de perfection, il peut
être abaissé par le mélange des
Métaux imparfaits, tout ainsi que

@

Chapitre troisième. 41

l'Or à vingt-quatre Carats (qui
est le dernier pouvoir de Nature
en la dignité du métal) peut
souffrir même le mélange de
quelque partie d'Argent ou de
Cuivre, & le tenir avec soi à
l'examen du Feu.
On aurait ici lieu de me demander
la manière de préparer
l'Antimoine Philosophique, &
le réduire en Soufre transmuant
& convertissant les corps
parfaits en première matière, puisque
j'ai bien enseigné, comme il
y faut mettre les imparfaits: Les
Livres en sont assez remplis sous
les noms que je vous ai enseignés;
il y en a qui l'ont écrit en paroles
claires sans rien omettre, disant
qu'il le faut mettre en poudre, &
en séparer trois substances par
divers moyens: Car il n'importe

@

42 Des Agents Métalliques,

de quelle façon, pourvu que
l'on le fasse. J'abrège tout ce
qu'ils ont dit, en avertissant que
chaque chose en sa préparation,
manifeste une substance grasse,
une autre qui ne l'est point, &
une chose moyenne, qui n'est
ni l'une ni l'autre. Or les moyens
de préparer, sont le Feu, l'Air,
l'Eau & la Terre; le Feu commun
fait des choses combustibles,
pousse; l'Air commun sert de
lieu pour étendre le corps qui
s'élève; l'Eau commune sépare ce
qui a été subtilisé, la Terre &
les cailloux servent à faire des
Pots, des Creusets, des Verres &
des Fourneaux, pour contenir:
Outre cela pour plus grand éclaircissement
de la séparation des parties
principales d'un composé, en
voici un exemple sur le Soufre
commun.

@

Chapitre troisième. 43

Pulvérisez deux parties de cailloux
calcinés & réduits en chaux
que mêlerez avec une part de Soufre
passé par le tamis, dans un pot
de terre non vernissé, bouchez-le
de son couvercle, & le mettez au
feu durant douze heures, le graduant
tant qu'à la fin le pot veuille
rougir, après laissez-le refroidir &
rompez le pot; vous trouverez le
tout divisé par deux couleurs à
savoir blanche & rouge; la blanche
sera par dessus & la rouge en
bas, la matière de dessus teint
l'eau en jaune, filtrez cette eau &
la distillez à lente chaleur, le Soufre
de ce Soufre passera par
l'alambic en forme d'eau très claire
sans odeur, qui au froid se
précipite rouge comme sang &
fixe, que vous prendrez, ôtant
l'eau inutile par inclination, ce

@

44 Des Agents Métalliques,

qu'étant fait, prenez encore sept
ou huit pintes d'eau extraite de
la matière blanche, & laissez-la
reposer quelque semaine, jusques
à ce que les crèmes qu'elle jette
soient tombées au fonds; alors
séparant l'eau, il restera une terre
noire qui se met en Mercure coulant,
en le mouvant d'un bâton;
la matière rouge d'en bas ne donne
point de teinture dans l'eau;
mais après avoir été lavée de son
Sel, devient fort azurée, qui étant
mis à l'air se charge abondamment
de Nitre fort plein d'esprit.
Pour avoir plutôt fait, on le dissout
dans le vinaigre distillé, puis
on en tire un Sel rouge, qui peut
être rendu fusible par l'esprit de
vitriol, & volatilisé en un corps, qui
se met en eau pour dissoudre son
propre Soufre, afin d'exalter son
Mercure.

@

Chapitre quatrième. 45

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CHAPITRE IV.

De la première composition des
choses.

R Essouvenez-vous, &
ayez toujours devant les
yeux, que nul ne peut avoir une
chose meilleure que la chose, tant
que la chose subsiste comme elle
est; parce que la chose, ayant
avec elle la chose de la chose
pour la chose, demeure la même
chose.
Le Sel de tartre volatil ou autrement,
réuni avec l'esprit de
vin, n'est autre chose que vin:
car le vin a la lie avec soi, d'où
provient le tartre, dont l'Alchimiste
tire le sel; s'il a aussi son esprit:
A quoi bon cette division pour

@

46 Des Agents Métalliques,

les réunir? Si l'on dit que c'est
pour séparer ses terrestréités &
son phlegme, je réponds qu'ils ne
se réuniront jamais sans phlegme
ou quelque humide étranger.
L'expérience fait voir que l'esprit
de vin ne prend jamais de Sel
sans eau: évitez donc cette fausse
opération, laissez-la faire à ceux
qui veulent regretter leur bien,
ayant fait de même sur tout sujet,
sans considérer que ce n'est
autre chose que de faire & refaire
ce qu'ils croient avoir défait,
quoi que ce soit la même chose
qui semble une autre, à cause
qu'elle participe de l'âpreté du feu;
aussi tout ce qui a plus été excité
par le feu, participe davantage
de sa Nature; le feu ne peut
donner aucune qualité que par
dissipation de l'humide, & plus

@

Chapitre quatrième. 47

un corps est privé d'humide,
plus il a d'activité à en reprendre
d'autre, soit pure ou impure,
bien qu'il n'y ait rien de
mauvais en la Nature à l'égard
de soi. Ce qui est impur n'est
qu'impur pour le pur, & le venin
n'est pas venin pour lui; donc il
n'y a rien d'impur dans le vin,
étant simple vin; la seule décoction
qui fait sortir l'humide
de sa terre, lui fera avoir successivement
toute sorte de goût
& de couleur, dont on se peut servir
selon ses différents effets; il
en est de même du métal, qui
est simplement métal, séparé
de tout ce qui ne l'est pas. Mais
à cause qu'il ne s'en trouve point
en ce règne qui ne soit plus ou
moins encore enveloppé des Agents
Minéraux, qui sont la Terre &

@

48 Des Agents Métalliques,

l'eau Elémentaire excitées du Feu
& de l'Air; on est contraint pour
venir à sa dernière simplicité
Métallique d'user de quelque artifice
pour les séparer, & c'est
alors seulement qu'il est soumis
à la digestion pour acquérir les
vertus désirées: c'est pourquoi,
quand ils y sont encore, que l'on
fasse tout ce que l'on voudra,
tel labeur, telle peine, & assiduité
que l'on y mette, fut-il en
Sel, en Soufre, & Mercure
qui sont les principes de l'Art,
jamais il ne recevra aucune forme
plus digne qu'au commencement;
Il est vrai que par longue
calcination, quelque petite partie
de l'Agent se pourra séparer
du métal, & selon la séparation
donnera quelque peu d'Or
ou

@

Chapitre quatrième. 49

ou d'Argent; mais ces Minéraux,
quoi que parfaits quant à nous,
ne laissent pas d'être enveloppés
de quelque impureté qui empêche
leur pouvoir. L'industrie
humaine a trouvé deux moyens
pour y remédier: l'un en séparant
ce qui nuit, & l'autre en augmentant
ce qui y manque. On sépare
ce qui nuit à l'imparfait, & on
donne ce qui manque au corps
parfait, non pas que les Métaux
imparfaits soient imparfaits pour
être ce qu'ils sont, mais ils sont
seulement appelés imparfaits à
cause qu'ils ne font point Or:
& l'Or l'est aussi à l'égard de la
subtilité & vertu multiplicative
qu'on en prétend. J'ai enseigné
comme il faut déparer la matière
superflue de l'imparfait, par le Soufre
étranger que l'on contraint
Tome II D

@

50 Des Agents Métalliques,

à mouvoir la terre Naturelle; Et
après sa préparation (selon l'exemple
que j'ai donnée) insinuer
dans l'Or ou dans l'Argent la
puissance nécessaire: ainsi la perfection
prend son commencement
de l'indigence, car nul ne
peut mouvoir en vain, soit pour
attraire ou pour repousser ce qui
lui résiste, & ce mouvement est
appelé vie, par quoi la vie prend
commencement de ce qui lui
manque: Chaque corps tient avec
soi d'autres corps, & celui-là atteint
au but de la connaissance
qui évite la confusion.
Faites donc que le métal demeure
avec le métal, l'animal avec
l'animal, & le végétable avec les
végétaux: La terre des Animaux
tient de la nature du Feu; celle des
Herbes de la nature de l'Air, & la

@

Chapitre quatrième. 51

Terre des Métaux de la nature de
l'Eau.
Les Animaux abondent plus
en terre que les Végétaux. Pour
exemple de ceci, regardez une
chose qui a été poussée jusques
à la rougeur, elle abonde plus
en esprit de Nature de Feu.
Voyez aussi que plus une dissolution
est évaporée, & plus elle
devient oléagineuse comme les
Animaux.
Les Végétaux ont moins de
terre en leur composition que les
Animaux; c'est la cause qu'ils ont
plus d'Eau qu'eux, & ont toutes
les qualités d'une chose à demi
poussée ou moitié évaporée.
Les Métaux sont composés
d'eau & de terre, comme les végétaux
& Animaux, mais ils ont
plus d'eau que les autres choses;
D ij

@

52 Des Agents Métalliques,

la terre qu'ils ont, est en moindre
quantité qu'es deux règnes susdits;
la perfection des Métaux
est leur terre soumise à la puissance
de l'Air, & celle des Animaux
à la puissance de leur propre Feu;
ainsi le Feu domine, & est seigneur
des autres Eléments à l'Animal,
l'Air au Végétable, &
l'Eau au Métal; de sorte que
l'Argent vif est engendré de pure
eau altérée tant & si longtemps
que la partie intérieure soit mise
au dehors, & comme les choses
ne se peuvent faire que moyennement,
fortement & faiblement,
selon que le Centre se manifeste,
l'humide des Corps est engendré,
qui participent des qualités
bonnes ou mauvaises de la
terre, selon les lieux où ils sont
nourris.

@

Chapitre quatrième. 53

La possibilité de cette génération
doit être considérée selon les
Eléments convertis, assujettis ou
enchaînés pour la composition
d'un sujet Animal, Végétable ou
Minéral à l'avenant du mélange,
& reconnue par les Eléments,
qui ne sont agencés, étant encore
à convertir ou à assembler:
car lorsque les créatures Elémentaires
furent en possession de
leurs premiers temps, elles étaient
chacune selon leur être de pure
& simple forme, à laquelle il
n'y avait rien que de converti.
L'Animal n'aurait pu mourir
s'il eût été exempt du sec &
de l'humide: Quand le chaud
desséchait & que l'humide ne
venait pas assez tôt, ils couraient
à l'Eau, ou au suc des autres
Corps, & lorsque la sécheresse
D iij

@

54 Des Agents Métalliques,

était surmontée, ils avaient recours
au corps sec, comme il arrive
encore tous les jours, ce qu'on
appelle boire & manger: Cela les
a émus à faire plusieurs sortes de
préparations pour survenir à leur
nécessité: les uns subtilisent la terre
par des racines & des semences,
les autres les assemblent, &
malheureusement (si c'est un bien
de demeurer tel que l'on est) ces
choses ne sortent jamais de nos
Corps qu'elles ni laissent quelque
partie du leur, que la forme animale
cache sous son étendue &
s'en engrossit; Ainsi quand elle
arrive à sa dernière latitude, l'Animal
ne croît plus.
L'Homme est sujet à cette misère,
sa semence qui participe de
l'extension causée par les parties
étrangères, est comme la cire remplie

@

Chapitre quatrième. 55

de tant de poudre subtile, qu'elle
ne peut plus obéir au mouvement
ordinaire de la main: ainsi dorénavant
de plus en plus que la forme
Animale souffrira la compagnie
des choses étrangères, l'Homme
subsistera à l'avenant, & ce
qui en proviendra sera de si peu
de durée, qu'enfin on n'aura plus
de temps de produire son semblable.
Je crois s'il y a eu des
Savants, que cela a toujours paru
aux Sages, ou bien je le publie,
afin qu'un chacun le sache.
Il en est de même des Métaux,
car selon qu'ils se chargent d'Elément
Etranger converti ou à
convertir, ils demeurent moins au
feu, & nous paraissent tout autrement
qu'ils devraient être.
C'est une chose assez curieuse de
savoir si au commencement il y
D iiij

@

56 Des Agents Métalliques,

avait autant d'espèces de Métaux
qu'à présent. Je n'étais point
en ce temps-là; mais puisqu'il y
avait plusieurs sortes d'Arbres &
d'Animaux, il devait y avoir en
apparence diverses sortes de Métaux
dans les Minières, les uns
moins embarrassés, & plus libres
que les autres; comme l'Homme à
l'égard des autres Animaux, & une
Herbe à l'égard d'une autre; & chacun
se multipliait selon son être;
le Plomb se multipliait en plomb;
l'Etain en Etain, &c. Ce qu'étant,
par quel moyen peut-on avoir
l'Or que l'on dit être en eux, puis
que ce n'est que du Plomb ou
quelqu'autre métal? On n'en peut
point séparer s'il n'a été assemblé
par accident dans les Minières
qui se voisinent; comme on voit
ordinairement que l'un est mêlé

@

Chapitre quatrième. 57

avec l'autre, à cause du lieu de
leur multiplication: Pour lors
véritablement, comme ils coulent
quelquefois ensemble à la
fonte, l'Art les peut séparer; mais
si le Plomb ou l'Etain, le Fer ou
le Cuivre sont séparés des autres;
on n'en peut extraire autre chose
si c'est du Plomb, que le Plomb
même, & ceux qui disent autrement
sont menteurs.
Les Philosophes ont toujours, feint
qu'ils ne faisaient que séparer le
pur de l'impur; mais cela est très
faux à l'égard d'un métal simple:
ils n'ont osé dire le reste, de crainte
que les Inquisiteurs de cette
Science ne fussent trop éclaircis,
en déclarant que leur Pierre n'est
autre chose que de l'Or tellement
étendu qu'il puisse embrasser
le métal sur quoi on le jette,

@

58 Des Agents Métalliques,

& l'envelopper de telle façon qu'il
le puisse défendre de tout danger.
C'est la raison qu'aucuns l'ont
appelé Teinture, à cause qu'il
teint & ne convertit pas, mais
lui donne seulement la vertu,
l'apparence, & tout ce qui est requis
pour paraître Or ou Argent,
jusques à la fin du temps.
Je conseille que le Peuple n'en
soit scandalisé & n'en ait aucune
répugnance, puisque cet Or peut
essuyer leurs temps & le temps des
Survenants, avec les mêmes ou
plus d'effet que le Naturel. Ainsi
l'on peur conclure que la Pierre
Philosophale n'est qu'un Sophistique
à perpétuité.
L'expérience que j'en ai vue,
m'a contraint de le croire, parce que
nous n'avons pu trouver rien de
contraire, ayant éprouvé la qualité

@

Chapitre quatrième. 59

de l'un & celle de l'autre: par conséquent
la Poudre que l'on projette
sur les Métaux imparfaits, ne teint
pas seulement en Or ou en Argent,
mais renferme généralement leurs
parties en sa latitude, séparant
pour ce sujet tout ce qui n'est
point métal, à savoir le Soufre
Moteur provenant des Eléments
qui sont à convertir, ou qui ne
sont point convertis en lui. Cette
Poudre avant sa fermentation,
est nommée Quinte-essence,
comme voulant dire une chose
plus étendue que le Feu, que l'on
tient être le quatrième en montant.
Elle est aussi nommée Or
potable, que tout le monde cherche
pour la Santé, parce qu'elle
peut délivrer l'humide radical
de la captivité de la Poudre ou
de la Cendre corrompante, &

@

60 Des Agents Métalliques,

ainsi maintenir l'Homme très
longtemps en bonne disposition.

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CHAPITRE V.

De l'utilité du Mercure & de
ses effets.

V Ous avez appris la génération
de l'Argent vif en
parlant d'autres choses. Et tout
ainsi que le Mercure universel à
savoir l'Eau, est le premier Agent
visible de Nature au Monde
Elémentaire: Je dis présentement
que le Mercure déterminé à
l'Etre Métallique, est le premier
Agent de la dernière opération
de l'Art, car sans lui, par lui, &
avec lui, le Soufre parfait ne
peut sortir; c'est pourquoi il est

@

Chapitre cinquième. 61

dit, que dans le Mercure consiste
tout ce que le Sage prétend pour
les Métaux, tant qu'il demeurera
simple comme il est, autrement
s'il était dissous en eau, par lui
ou par un autre, il causerait plus
d'imperfection que de perfection;
C'est lui qui délivre son Père
(qui est l'Ame Métallique) des
mains des Tyrans qui sont les
Eléments. Il est plus vieux que sa
Mère qui est l'Eau, à cause qu'il
est plus avancé en l'âge de la perfection.
C'est ce qui a donné sujet
de le feindre en Hercule, par
ce qu'il tue les Monstres, étant
vainqueur des choses étrangères
& éloignées du métal. C'est lui
qui réconcilie son Père & sa Mère,
bannissant leur ancienne inimitié;
c'est lui qui coupe la tête au
Roi (qu'on a représenté par un

@

62 Des Agents Métalliques,

Argus) pour avoir son Royaume,
ses yeux signifient les soins
qu'il doit avoir pour conserver sa
Terre, ou la Vache que Jupiter
Père du bonheur, lui a donnée
en garde. On lui donne plusieurs
noms pour le cacher du savoir
des méchants. Quelqu'un la nomme
Acier, sans aucune convenance
que l'apparence de sa couleur,
ce qui l'a ému d'ajouter
ensuite, qu'on le trouvait au
centre d'Ariès ou du Bélier, par
rapport au Mercure commun,
qu'on passe par la peau de Mouton,
pour le purger des ordures
accidentelles. Son Eau abonde en
quantité & sa Terre en qualité,
il se plaît aux choses diverses;
nous lui sommes redevables de
la variété des Minéraux; c'est
le Messager des Dieux ou des

@

Chapitre cinquième. 63

Métaux, il passe d'un bout à l'autre;
tantôt il est près, tantôt il
est éloigné, & en voyageant il
laisse toujours quelque marque de
son logement.
La sécheresse des lieux prend
facilement son humide, comme
nous voyons quand on le fait
monter avec le Vitriol & le Sel
commun ou autre chose, d'autant
que c'est le propre du Sel de
boire l'eau telle qu'elle puisse être;
C'est pourquoi le Mercure ayant
laissé prendre son humide, alors
sa propre Terre grandement
abondante en siccité, a plus de
sécheresse que le reste des choses,
& pour cela il tient lieu d'un
Feu fort pénétrant; mais comme
les Sels aiment plus l'humide
Elémentaire que celui du Métal,
ils le reprennent aisément, & quittant

@

64 Des Agents Métalliques,

l'autre par altération de leur
aigreur, l'Argent vif redevient
comme il était.
Semblablement, des veines
de la Terre il est quelquefois
attiré aux plantes par le vent aspirant,
& autrefois ailleurs: il ne
se coagule jamais que par la siccité
des Corps Métalliques qu'il
rencontre à la superficie des Mines,
que le Métal qui y loge a
infectés de sa vapeur, & si c'est du
Plomb, il est converti en Plomb,
si c'est de l'Etain en Etain, de l'Or
en Or, &c. Ainsi le pauvre Mercure
est surpris comme une mouche
par la toile de l'Araignée. Voilà le
dernier effet de la multiplication
Métallique, & la seule opération
que l'Art imite.
Si le Mercure passe au travers
des Mines, & qu'il s'arrête au
Métal,

@

Chapitre cinquième. 65

Métal, il gâtera toute la minière,
qui est la raison que nous voyons
tant de différents Minéraux métalliques:
s'il se mêle avec le Plomb,
il en provient de l'Orpiment,
avec l'Etain de l'Arsenic, avec
le Fer du Charbon de Pierre,
avec l'Or du Plomb de Mer, avec
le Cuivre du Soufre, & avec
l'Argent du Talc, & ainsi des
lieux correspondant au degré de
siccité des Métaux, s'il est mortifié
par effumation de l'humide
Nitreux, il en provient du Cristal,
& autres Pierres colorées, après
la séparation de l'Argent vif.
Ainsi le Mercure produit dans la
Terre, & dessus la Terre des choses
admirables; quand il est vaincu
il multiplie un autre, & quand
il est vainqueur il est multiplié.
Tome II E

@

66 Des Agents Métalliques,

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CHAPITRE VI.

De la correspondance que les Figures
ou Formes extérieures & intérieures
ont avec les Eléments.

S Elon la composition des
choses, il y a des composés
de simples, des composés de
composés, & des composés de
simples & de composés; toutefois
les simples à composer sont
composés, parce que nous ne
pouvons avoir aucun simple qu'il
ne soit composé. Par exemple,
le simple à composer est le Métal,
séparé de tout ce qui n'est pas
Métal, néanmoins ce simple est
composé d'Eléments; Et le composé
de composé est un mélange,
comme qui dirait plusieurs sortes

@

Chapitre sixième. 67

de Métaux fondus ensemble, ou
quelque terre préparée, dissoute
dans l'eau pour en avoir le Sel:
ce sel est un composé d'eau &
de terre, l'Eau est élémentée d'air
& la Terre de feu; Ainsi les uns
sont élémentants & les autres élémentés,
& suivant leurs actions,
ils manifestent des parties différentes.
Quand le Feu est seigneur d'un
composé, il environne tous ses sujets,
de même les autres, chacun
à leur tour, & se font paraître sous
quelque figure de sorte que celui
qui est maître du composé,
fait obéir les contenus par sa qualité
propre, & cette qualité propre
nous est connue par la forme extérieure,
& la définition de la
figure ou de la forme extérieure,
est par ses extrémités.
E ij

@

68 Des Agents Métalliques,

Une chose pointue peut mieux
piquer, entrer & diviser qu'une
émoussée; une chose ronde est
plus facile à émouvoir qu'une
chose plate & carrée. La ronde
correspond à l'eau, à cause qu'elle
coule toujours, si elle n'est empêchée,
ainsi que l'eau qui ne se
peut soutenir en ses propres limites:
Les figures qui réfèrent
aux autres Eléments, doivent correspondre
à la forme à laquelle ils
symbolisent: la Terre est élémentée
du feu, donc le feu participe
des parties angulaires du Cube, &
selon l'excès de son mouvement,
il en a moins ou plusieurs;
ainsi le Triangulaire Pentangulaire,
& Sex-angulaire participent
du feu; & comme il y a un feu
clos & un feu ouvert, les plus simples
correspondent au Feu clos;

@

Chapitre sixième. 69

le Feu clos est le Feu naturel; &
le Feu manifeste est artificiel ou
accidentel: de même l'Eau correspond
à la figure ronde, & la figure
ronde à l'Eau; tellement que tout
ce qui est orbiculaire, soit qu'ils
soient plusieurs amassés ensemble
ou autrement, contrefaisant
des Angles à pointes émoussées,
correspondent à l'Air; les deux
& le trois pointes de cette sorte,
correspondent à l'Air commun;
mais les cinq, le six, le sept, &
les autres réfèrent à l'Air excité
qu'on appelle communément
vent: c'est pourquoi, comme il n'y
a pas de qualité sans corps, on apprend
étant au corps corporellement
leurs vertus, selon le corps
que l'on regarde ou que l'on touche.
Voilà pour les figures ou
formes extérieures: quant aux
E iij

@

70 Des Agents Métalliques,

intérieures elles proviennent de
la situation des Eléments, comme
j'ai dit ci-devant. Les Eléments
ont aussi leurs figures, puisque ce
sont des corps: car il n'y a pas de
corps sans figure visible ou invisible;
perceptible de son tout,
quand on voit une figure en repos,
& imperceptible en partie,
lorsqu'elle est mouvante & comme
quand une chose carrée, Angulaire
(ou quelque figure si éloignée
de la ronde qu'elle puisse être)
nous paraît ronde en tournant.
Ainsi sont partagées toutes les
choses du Monde; Rien ne se fait
sans moyen: C'est pourquoi, tout
ce que nous faisons, & tout ce
qui se fait est double en sortant,
& triple en entrant à l'image du
souverain: Le Binaire est la chose,
& l'action de la chose, sortant

@

Chapitre sixième. 71

de la chose; le triple est la
chose & l'action de la chose,
qui agissant en son tout est en
tout, n'est qu'une même chose.
Il n'y a rien d'inutile au général,
ni de chose sans vertu:
celui qui connaît le mystère du
Binaire, possède la connaissance
de toute chose, parce qu'elle consiste
au premier nombre. Il ne
se peut donner de Point sans
centre, ni de Ligne sans latitude,
donc la ligne sera toujours distinguée
en deux, & le point aussi.
La ligne compose toutes les figures
qui correspondent au Feu &
à l'Air, & le point compose toutes
les figures ou formes extérieures,
qui se rapportent à l'Eau. Et
tout ainsi qu'il n'y a pas d'autres
principes en l'Art de figurer que
le Cercle (qui n'est qu'un point
E iiij

@

72 Des Agents Métalliques,

étendu) & la ligne; on ne
peut aussi apercevoir que la
Terre & l'Eau, contenant invisiblement
l'Air & le Feu qui sont
quatre. Or comme un Point
ne saurait divisiblement être
ajouté à une ligne sans composer
quatre, & qu'on ne peut multiplier
quatre que par sa propre
racine, ainsi que toutes les choses
du Monde, l'étendue du
nombre de Quatre, est quatre
fois quatre; & considérant que
le premier quatre n'est pas nombre,
à cause de son unité, on
le laisse & on ne prend que
douze pour le nombre complet,
qui à cause du trois fois
quatre est estimé trois, ou le retour
des choses parfaites: & à
cause de ce retour, le douze est
circulaire. Mais comme tout est

@

Chapitre sixième. 73

provenu du Binaire, on sépare
deux de douze, & pour lors il
en reste deux, qui fluent à l'infini.

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CHAPITRE VII.

De la dernière Extension & Concentration
des Eléments.

M Eprisez les choses
impuissantes d'agir, si
votre intention est d'aider au
mouvement de Nature, ôtant ce
qui lui nuit.
L'Eau peut sans Art étendre
la Terre douze fois sa largeur;
l'Air cent quarante-quatre, & le
Feu vingt mille sept cent trente-
six, & se peuvent resserrer à l'avenant.

@

74 Des Agents Métalliques,

Par Art l'étendue des Eléments
est contenue en neuf lettres,
(comme a dit la Sibylle) portant
par son moyen leur vertu jusques
à quatre cent cinquante millions
sept cent dix-sept mille six cent
nonante & six, qui est le premier
nombre: C'est ce qu'elle avait
calculé aussi selon le nombre des
premiers corps, & les racines des
quantités.
L'Extension susdite ne doit
point être entendue des corps
discontinués, comme une partie
de la Terre élevée de son total,
ainsi qu'un Homme dont la tête
serait à quelque lieu des pieds;
au contraire que le morceau de
terre, ou la partie divisée de son
tout, puisse être mise jusques à sa
dernière extension, autrement ce
serait une division, & non pas

@

Chapitre septième. 75

une extension; tout de même
qu'un grain de métal, qui n'est
jamais divisé que par partie divisible
& interposée, fut-il étendu
dans une mer d'eau forte: La
preuve s'en voit encore à l'eau
que l'on distille, qui retombe après
la raréfaction.
Un métal raréfié par l'Eau
commune, outre sa dernière latitude
n'est plus métal, mais seulement
Eau commune, ainsi des
autres Eléments. C'est pourquoi
les Philosophes défendent de ne
pas trop éloigner le métal de la
Nature Métallique. Si vous enfermez
le feu dans l'eau, il y
étendra le Corps, le Soufre ou
la Terre en son degré, non pas
dans son propre Corps, parce
qu'il serait converti en elle, &
ne serait plus terre; mais dans le

@

76 Des Agents Métalliques,

vaisseau de la qualité, qui est le
vide, dont les Eléments s'aident
à mouvoir.
Quant à nous, ce qui est vide
de l'un est plein de l'autre. Le
Vulgaire sait comme on peut
emplir un vaisseau de Métal de
verre ou de bois, à cause que
cela consiste à la figure contenante;
un chacun sait emplir
l'Eau par Exemple de Sels, &c.
à cause que tout cela se fait par
le moyen de l'Air. Mais qui est
celui qui peut emplir ou saouler
le Feu de l'art, vu qu'il s'étend
à l'avenant de ce qu'on y met,
emportant l'humide, & liquéfiant
les Corps; & comme il est
multipliable, jusques au retour
des choses, il peut causer la puissance
multiplicative. Nous en
voyons tous les jours l'expérience

@

Chapitre septième. 77

au Salpêtre, qui ayant perdu son
humide par le feu, se dissout en
huile par attraction d'une plus
grande quantité d'Eau qu'auparavant,
& même quand cette Eau
est séparée & reçue par distillation,
le Sel étant à l'Air, en reprend
encore; & toujours ainsi;
au lieu que ce Sel ne se dissolvait
point auparavant & se congelait
dans l'Eau: La cause de cette attraction
abondante, est que le
feu de la matière a été plus éveillé
par le feu acteur que devant,
& selon qu'il est excité, il en
prend beaucoup & plus longtemps.
II en arrive autant de l'Or &
de l'Argent, ayant séparé leur
humide étranger, par ce qu'ils
savent alors par projection amasser
le Mercure ou les Métaux

@

78 Des Agents Métalliques,

imparfaits & en retenir plus ou
moins, selon leur décoction
d'autant que les corps Elémentaires
sont soumis par Nature à une
extension continuelle, & par Art
à la concentration: & pour cela
nous appelons mort un corps
immobile de soi, & qui n'a d'action
que par accident, comme
lorsqu'on jette une pierre contre
une muraille. Le Plomb a ses parties
étendues autant qu'il est nécessaire
pour être Plomb, il ne peut
différer ce qu'on lui donne tant
qu'il demeurera comme il est, &
pour cela il est estimé mort; mais
s'il est animé par le Feu, & que
son humide grossier soit séparé
par circulation, alors une once a
la puissance d'attraire l'humide
radical, ou le Soufre déterminant
de tant d'or, que le monde

@

Chapitre septième. 79

pourrait renfermer d'autre Métal;
ce qui nous manifeste que
la fin de l'Art, qu'on appelle
Transmuant, n'est point d'avoir
une substance Aquatique; mais au
contraire un feu concentré, semblable
à un corps terrestre qui
étant jeté sur le Métal, vient
bouleverser tous ses pores, en s'étendant
comme un ressort.
Ainsi le commencement de
cette Médecine, consiste à séparer
l'Argent vif cru du corps
imparfait, en le donnant à un
Mercure très cuit; le milieu, de
le cuire tant qu'il ne varie plus de
couleur; Et la fin est de rendre
ce Soufre fusible par son propre
humide sulfuré, qui est une
petite portion du Mercure ami
de lui, comme l'Air du Feu:
donc tout ainsi que l'Air environne

@

80 Des Agents Métalliques,

volontiers le Feu; la partie
du Mercure qui a souffert
avec le Soufre est estimée l'air
du feu, ou l'humide du Soufre.
Par exemple un Sel dissout en
eau est évaporé à siccité, ce Sel
quoi que sec, ne laisse pas d'être
fusible à tel ou tel degré de feu,
& lorsque son humide est encore
exhalé, par la longue fusion se
fond à un plus grand, & quand il
se fige à ce degré, on le peut résoudre
par un autre, & ainsi jusques
à son dernier terme, qui est
lorsque l'Eau, qui avait atteint
au centre, fort venant à la superficie
de la Terre sans la pouvoir
quitter, & de ce dernier mouvement
provient une matière diaphane,
qui ne se dissout plus
dans l'Eau, de quoi on fait des
Verres.
La

@

Chapitre septième. 81

La raison, pourquoi le Verre
est transparent, est que l'eau
qui domine encore, divise les
parties de la terre: cette eau
aussi bien que l'autre a ses atomes
ronds, comme nous avons
dit, & de telle façon que ces
corps ronds puissent être amassés,
il y demeure toujours des
places que notre vue peut traverser:
semblablement la cause,
que plus un Verre est épais, &
moins on voit à travers, est parce
que les petits trous ont des demis,
des tiers, & quelquefois des ronds
entiers opposés aux ouvertures;
ce qu'on peut expérimenter en des
cartes percées, considérant, que
tout ainsi qu'on peut mettre
les trous directement à l'opposite
l'un de l'autre, il se fait de même
du Verre fort épais, obscur ou
Tome II F

@

82 Des Agents Métalliques,

transparent. Voulez-vous savoir
pourquoi le Verre ou autre chose
se fond & coule à la chaleur, c'est
que le plat du cube est poussé &
élevé sur une de ces pointes par
l'ascension du feu, ce qu'étant
comme le carré ne se peut soutenir,
il tombe & est emmené par
la figure de l'eau.
Le mouvement du Feu artificiel
est direct, & celui de Nature,
circulaire: l'Homme peut
bien imiter un cercle & mouvoir
en rond, mais ce n'est que par
l'accident de sa volonté: car artificiellement
il ne saurait jeter
une chose en l'air, qui puisse aller
autre-part qu'au lieu directement
opposé, & l'Art a plutôt terminé
que la Nature, à cause que
par le mouvement direct, il est
plus vivement arrivé à la fin, que

@

Chapitre septième. 83

s'il allait en rond comme la Nature.
Le Philosophe Artiste connaissant
quelles sont les choses
dues à la perfection d'un sujet
pour l'usage, les va chercher où
elles sont, & les donne aux choses
qui en manquent, ou bien il
ôte ce qui leur nuit faisant sortir
l'Eau ou la Terre par le Feu &
l'Air, conformément à la Nature,
la Terre abondante fait
paraître le noir, à cause que
la figure plate & couchée (qui
correspond entièrement à la terre)
ne résiste point à la lumière,
qui glisse dessus sans empêchement;
l'Eau abondante cause la
blancheur, parce que la figure
ronde résiste moyennement à
l'action de la lumière, glissante
encore en cercle sur les demies
F ij

@

84 Des Agents Métalliques,

boules ou angles émoussés qui
réfèrent à l'Air; le Feu correspond
aux angles droits ou lignes
perpendiculaires, & à cause qu'ils
sont mieux rencontrés, ils causent
plus d'action, & nous font
paraître la rougeur; les couleurs
mêlées, arrivent suivant le mélange
des figures.
Toutes ces diversités procèdent
du mouvement des parties
à la situation, plus au dedans ou
plus au dehors; j'entends au dehors
quant au simple, & non du
composé, & le dedans ou centre;
d'un composé, & non d'un simple.
J'ai dit, comme on peut introduire
le mouvement par l'artifice
des choses repoussantes &
attrayantes, ainsi qu'on peut encore
voir à la chaux vive: Quand

@

Chapitre septième. 85

on expose des Cailloux au Feu,
il en chasse l'humide superflu,
& concentre l'humide naturel,
cet humide en se concentrant,
divise jusques aux plus petites
parties, pour entrer au lieu plus
intime, & laisse le dehors destitué
d'humide; ces Pierres étant
refroidies, & n'ayant plus aucune
chaleur, prennent l'Eau que l'on
jette dessus avec telle violence,
que la vitesse avec laquelle elles
la reprennent, cause des flammes;
ainsi le Feu sert à raréfier l'humide
étranger & à resserrer l'humide
naturel: lorsqu'il agit sur
l'humide naturel, il cause le
froid, & quand il opère sur l'humide
étranger, il cause le chaud:
au contraire la Terre sert à concentrer
l'humide étranger, & à
raréfier l'humide naturel; en raréfiant
F iij

@

86 Des Agents Métalliques,

l'humide naturel, elle
cause le froid & en concentrant
l'humide étranger elle cause le
chaud.

----------------------------------

CHAPITRE VIII.

Des opérations vraies & Fausses,
& le Moyen d'opérer sur
toutes choses.

O N nous a enseigné que
l'Art doit commencer où la
Nature s'est arrêtée, voulant dire
que l'Art est une chose générale,
mais qu'il est déterminé par la
chose sur quoi il opère; si c'est
sur les Végétaux, c'est pour les
herbes, & non pas pour les Métaux;
parce que cultiver une plante,
n'est point limer un métal,
semblablement l'Art de purifier

@

Chapitre huitième. 87

les Métaux, n'a autre but que le
Métal.
Si vous souhaitez une chose
qui puisse parfaire ou améliorer
un Métal, il faut que devant, la
chose améliorative, soit meilleure
que la chose que l'on veut améliorer.
Ainsi par quoi, avec quoi,
& comme quoi voulez-vous
perfectionner un Métal, pour
parfaire les Métaux imparfaits,
si le plus parfait n'est parfait que
pour lui, & que la chose plus
parfaite que nous puissions avoir
des Métaux impurs, est l'Or? &
l'Or parfait n'étant point propre,
le reste des Métaux que nous
appelons imparfaits, n'en peuvent
recevoir aucune perfection?
Considérez-donc bien ce que
vous avez à faire, & ce que vous
voulez avant que d'opérer. N'est-
F iiij

@

88 Des Agents Métalliques,

il pas vrai, que vous cherchez une
chose qui ait la puissance de parfaire
un Métal imparfait? Pour
cela, il est requis une chose parfaite,
(& il est) que la chose la
plus parfaite, est l'Or, & si l'Or
n'a pas la puissance de perfectionner,
n'ayant lui-même rien de
trop, avec quoi voulez-vous
perfectionner, élever sa dignité?
Ce ne peut donc être par
apposition d'esprit de quelque Sel
que ce soit, & de teinture, &
autres déceptions d'Alchimistes
mais seulement par une soumission,
ou un emprisonnement
d'Eléments froids du composé.
Nous avons fait voir que le
Soufre étranger, ou les Eléments
qui ne sont point convertis
au Métal, causent leur imperfection;
Or est-il que l'Eau

@

Chapitre huitième. 89

commune, ou tout ce qui mouille
autre chose, que le propre corps
Métallique, n'est point de la substance
métallique: Et puisque la
fin de cet Art, est de séparer du
Métal tout ce qui ne l'est pas,
c'est pécher contre sa propre intention
que d'y mettre des choses
élémentaires. Nous appelons
choses élémentaires, tout ce
qui a l'aspect d'eau, d'huile, ou
de telle couleur que ce soit; à
moins qu'elles ne soient de l'apparence
Mercurielle Métallique,
qui ne peut être corrompue ou
altérée en meilleur, que par l'aide
du feu secret.
Ce Feu est le vaisseau & n'est
pas le vaisseau, & est pourtant
le vaisseau: il est Naturel & est
contre Nature, & il est Naturel;
il est clos & n'est point clos,

@

90 Des Agents Métalliques,

néanmoins il est clos.
C'est le vaisseau, parce qu'il est
le premier contenant où est l'âme
Mercurielle du Soleil & de la
Lune. Il n'est pas le vaisseau, à
cause qu'il est lui-même contenu,
& est le vaisseau, parce qu'il
contient les Eléments; il est naturel,
d'autant qu'il est amené à la
nature de la chose sur qui il agit,
il est contre Nature, à cause qu'il
ne lui est point encore naturalisé,
& il est naturel, parce qu'il
est le Feu de sa composition, il
est clos, à cause qu'il ne brûle pas
comme le Feu de flamme; il n'est pas
clos, d'autant qu'il est ardant ainsi
que le Feu commun, & il est clos,
à cause qu'il est enfermé du propre
sujet: Et pour me mieux exprimer:
Qui opère sans ce Feu,
opère sans matière, & Qui opère

@

Chapitre huitième. 91

sans matière, opère sans ce Feu.
Mais ceux qui opèrent sur les
Matières, n'opèrent point avec
ce Feu, quoi qu'ils opèrent avec
ce Feu: ils n'opèrent pas avec ce
Feu, à cause qu'il est dans le centre
du composé, & que nulle
chose n'a d'action qu'en tant
qu'elle trouve de la résistance.
Ce Feu excite & éveille l'esprit
du Feu qui domine dans ce corps
que nous appelons Or, & lors
cet Or spiritualisé spiritualise
& orne les Métaux imparfaits,
parce qu'autant qu'il est teint, il
les teint, & selon qu'il est fixe,
il les fixe. Nous voyons l'expérience
de ces choses dans les
moindres sujets, & tout ce qu'il
y a au Monde Elémentaire nous
sert d'exemple, ce qui a émeu les
Philosophes à dire, que chacun

@

92 Des Agents Métalliques,

a cette oeuvre devant les yeux: ou
pour vous les expliquer, toutes les
choses se font ainsi. Le Gras ou
oléagineux agit sur ce qui ne l'est
pas; l'Acide contre l'Alcali; le froid
contre le chaud; l'humide contre
le sec; le dur contre le mol; le pesant
contre le léger; le Volatil
contre le fixe, & le Fixe contre le
volatil.
L'Arsenic mis en poudre dissous
dans de l'eau de Fontaine,
& filtré, se met en Sel après sa
coagulation: Ce Sel mis dans un
Matras & sublimé, se sépare de sa
partie fixe qui reste au fond plus
blanc que la neige, au lieu que
devant il se sublimait tout: la
cause de cette fixation est que la
terre ou le corps sec qui loge
dans l'eau retient une portion
de ce corps fuyant, car l'on voit

@

Chapitre huitième. 93

qu'en redissolvant ce qui s'est
sublimé & réitérant continuellement,
tout demeure fixe;
l'Orpiment broyé avec le double
de Sel de Tartre qui ait été
fondu, demeure fixe au feu,
& le Sel s'en sépare avec l'Eau,
laissant sa partie terrestre au
fond.
Toutes ces fixations sont sans
profit, à cause que cela se fait par
un corps étranger; mais si on
fixe une substance Métallique, par
une Métallique, il s'en fait des
choses aussi précieuses que l'Or &
l'Argent.
Il y a des choses que l'on croit
dissoudre, congeler & fixer sans
addition; néanmoins si l'on y
regarde de près, on trouvera que
l'Eau qui est étendue en l'Air se
joint avec la fumée subtile de

@

94 Des Agents Métalliques,

l'Esprit sec, comme lorsqu'on
fait de l'aigret de Soufre, &
que l'on passe le Mercure par un
vaisseau de terre embrase: on
met encore résoudre au bain, à la
cave & au fient de Cheval, sans
considérer que ce n'est pas une
résolution quant au Métal,
parce que le corps n'a pas été
dissous, mais sottement étendu
dans une eau étrangère, qui laissant
à son évaporation le Sel fangeux,
que le Métal tient & environne
à l'entour de ses parties
limées ou atténuées par elle, reprend
aisément l'humide fumeux
du fient ou de la cave.
Il y a cette différence entre les
Alchimistes & les Philosophes, que
l'un jette ce que l'autre prend,
le Philosophe sépare les choses
étrangères comme l'Eau & la

@

Chapitre huitième. 95

Terre, qui ne sont point Métal,
l'Alchimiste au contraire les prend,
& contraint le Métal de les prendre,
tellement qu'en joignant des
parties volatiles, il emporte l'Or
en forme d'huile, d'Eau ou de
sublimé, comme la poussière est
emportée par le vent; il fait circuler
secrètement l'Esprit de Sel ou autre
à très lente chaleur dans un
Alambic, & quand il est déflegmé,
il reste en huile, qu'il appelle son
Circulé, ne considérant point que
les Philosophes appellent circulé,
plusieurs choses amenées en cercle,
qui est à dire, en un autrement
il s'ensuivrait qu'en mettant
circuler de l'eau de pluie,
ou autre chose, elle serait aussi
bien Circulée que leur Circulé,
ou dissolvant; ils veulent dissoudre
radicalement ayant d'être à

@

96 Des Agents Métalliques,

la racine, & s'arrêtent à un
amas d'ordures, qui déguisent les
corps.
Mais le Philosophe (dis-je)
sépare de degré en degré tout ce
qu'il y a d'impur, jusques à ce
qu'il arrive à l'Eau naturelle du
composé, qu'il fait puis après
congeler en poudre de telle couleur
que bon lui semble: au contraire
l'Alchimiste travaille incessamment,
& n'avance ni ne recule,
parce qu'il ne fait que mettre &
ôter, donner & reprendre, consommant
ainsi sa misérable vie à
rien faire, en travaillant toujours
sans connaissance.

pict
CHAP.

@

Chapitre neuvième. 97

----------------------------------

CHAPITRE IX.

Des profits particuliers que l'on peut
tirer des Métaux.

R Etirez le pur de l'impur
par l'Eau & le Feu,
puis joignez le cuit avec le cuit,
afin que le sec aide à l'humide,
l'humide au sec, le fort au faible,
le pesant au léger, & que la
partie bonne d'un imparfait soit
jointe à ce qui est bon d'un autre
imparfait, en séparant ce qui nuit
à l'un & à l'autre autant qu'il sera
possible.
Le moyen de conjoindre une
extrémité à l'autre, est la chose
capable d'unir les deux; & le lien
de ces deux est l'amour de l'un
ou de l'autre, & l'amour de l'un
Tome II G

@

98 Des Agents Métalliques,

ou de l'autre est introduit par le
Feu; S'il agit sur un corps solide,
il le dispose à prendre l'humide;
s'il agit sur l'humide, il le rend
pénétrant & corrodant les corps
secs, & si l'un & l'autre en a été excité,
ils s'embrassent avec beaucoup
plus d'ardeur que devant.
Il y a de l'Or qui est quelquefois
suffoqué de la nourriture,
que sa pierre lui donne par transpiration
de l'Esprit nitreux; de
sorte que selon que l'Eau ou la
Terre étrangère y abonde, il nous
paraît Plomb, Fer, Cuivre &
Etain, de façon qu'on les vend
pour tels. Celui qui considérera
ces corps comme de l'Or enlevé
par des Sels volatils, pourra en retirer
l'Or, arrêtant ces Sels par des
Sels plus fixes: tout ainsi que lorsqu'on
veut remettre une dissolution

@

Chapitre neuvième. 99

ou volatilisation d'Or en corps.
Il en arrive autant à l'Argent.
On peut encore tirer de l'Or & de
l'Argent de leurs corps gâtés par le
Mercure réduit en Bismuth, en
Antimoine, en Zinc, en Plomb de
Mer, en Marcassite d'Or ou d'Argent,
mais cela ne se peut faire
que par les Sels volatils, à cause
que les Sels volatils réfèrent aux
Soufres, & les Sels fixes au
Mercure. Le Soufre naturel
cause aussi quelquefois des accidents
dans les Minières; car lorsqu'il
est trop excité par le Soufre
Moteur, il s'altère si fort, qu'il ne
peut avoir assez d'humide, ce qui
cause qu'il en provient des Minéraux
secs comme l'Emeri si
c'est du Fer; la Calamine si c'est
du Cuivre: & quand le Soufre
naturel manque d'action, il ne
G ij

@

100 Des Agents Métalliques,

peut digérer ce que sa pierre lui
donne, comme une éponge ou
mamelle qui se remplit de l'humide
survenant à la Minière: De
ce défaut il en provient (si c'est
du Cuivre) de l'Ardoise, du Marbre,
de la Terre Noire, de quoi
on fait des crayons; & si c'est du
Fer, il en provient de L'ocre, de
la Terre d'Ombre, & tel autre;
si c'est du Plomb, il en arrive du
Bol, du Vert de montagne, &c.
Enfin selon les accidents du trop
& du peu, il naît en apparence
diverses choses.
On peut remédier à tout cela
comme à des Métaux dissous ou
calcinés: Mais il serait inutile
d'en tirer les Métaux imparfaits,
à cause qu'ils sont de trop vil prix.
Toutes ces Pierres & ces Marcassites
nous sont fort utiles, si on

@

Chapitre neuvième. 101

peut opérer sur les Métaux imparfaits
pour attraire ce qu'ils ont
de parfait, parce que pour tirer
ce qu'il y a de bon dans le Saturne,
Jupiter, Mars & Venus, il
les faut mettre sous forme de Sel,
sous apparence de chaux, de poudre
ou de terre, d'Amalgame, &
autres préparations, que nous
trouvons déjà préparées par Nature
sans nous peiner à les faire.
Le Vitriol ou la Terre noire se
peuvent prendre pour le Cuivre
dissout, la Calamine pour Cuivre
calciné, le Soufre pour
Cuivre volatil, & ainsi des autres,
desquels on peut séparer le
Soufre étranger imprégné du
Soufre Naturel, & le joindre au
Métal qui en manque.
Le Rouge se change en Jaune
par le moyen du blanc, & ce
G iij

@

102 Des Agents Métalliques,

Jaune est enfoncé jusques au dernier
carat, par le moyen du Noir.
Voilà comme il faut gouverner
les teintures des corps pour avoir
de l'Or.
Et pour conclusion, je vous
avertis que vous ne joindrez jamais
la Lune au Soleil, que par le
moyen du Saturne: ni le Mercure
sans Jupiter; & Venus sans la permission
de Mars.

----------------------------------

R E C A P I T U L A T I O N
du second Livre.

A Mi de vérité, & Lecteur
honorable, ne permettez
point que le malin envieux blâme
& accuse de fausseté ce que
l'expérience vous mettra en main.
Pour assurance que je n'ai rien

@

Récapitulation du II. Livre. 103

écrit que de véritable; ce ne sont
point des opérations de longue
durée, on en peut voir la fin en
peu de jours. En premier lieu,
j'ai enseigné la conversion ou
spécification des Eaux par le
Mercure calciné, afin qu'on ne
perde plus le temps à réduire les
Métaux en eau vulgaire; & si je
n'ai point suffisamment déclaré
le moyen de s'en servir, c'est
qu'il est nécessaire de laisser quelque
chose à exercer aux beaux
esprits, afin qu'ils soient distingués
des ignorants. J'ai aussi enseigné
comme il faut séparer avec
le Nitre & l'Esprit de ce Mercure
calciné; duquel sort un Argent
vif, qui est si ami de l'Or qu'il
ne s'en peut jamais séparer. Je
n'ai point aussi voulu le divulguer,
de crainte qu'étant public, il devienne
G iiij

@

104 Récapitulation du II. Livre.

commun aux méchants,
qui en feraient tout ce qu'ils voudraient
pour la ressemblance de
l'Or & de l'Argent; Outre cela,
je terminerais la pratique de ceux
qui se mêlent de la Médecine,
puisque les plus grossiers pourraient
par lui seul guérir toutes
les maladies, à cause que la congélation
chaude, la dissolution
glaciale, qui sont les extrémités
de Nature, ont été témoins de
la naissance de cet Hermaphrodite,
qui m'a ému d'enseigner
le mouvement du Binaire, après
avoir parlé de l'utilité du Mercure,
& dit que sans lui notre
Soufre n'était qu'imaginaire,
& que toutefois par lui seul,
il ne pouvait arriver au centre
sans feu, & qu'avec lui qui est
à dire en lui, il ne faisait rien

@

Récapitulation du II. Livre. 105

que moyennant le corps double:
Ce traité du Binaire démontre
aussi la curiosité des Sciences
surnaturelles, qui consistent à
la recherche de l'unité, qui ne
se trouve réellement que le premier
après dix; & c'est la cause
qu'on n'admet point de nombre
d'onze: Alors j'ai voulu faire
voir que cette Unité donne la
connaissance de la multiplication
& de la distance de la situation
des Eléments, selon la Nature &
l'Art.
Je laisse encore aux héritiers
des belles connaissances, la considération
du Soufre Moteur de
chaque composé, & les avertis
que tous les Métaux sont semblables
en semence, mais les
unes plus purs que les autres;
car tout ainsi qu'il y a des Eléments

@

106 Récapitulation du II. Livre.

plus subtils que les autres,
il y a des choses plus parfaites en
chaque règne: de sorte que la
cause de leur imperfection provenant
de leur indigestion (comme
on dit) n'est point à entendre
de leur digestion seconde qui
se fait selon la Nature, ni de la
troisième qui se fait selon l'Art,
mais seulement de la première
provenant du Souverain, qui sépara
les parties pures de chaque
partie participante.

Fin du second Livre.

pict

@

I

pict

L E R E T O U R
D' H E R M E S,
POUR LE MEME SUJET.

L I V R E III.

----------------------------------

CHAPITRE I.

De la Conférence de deux
Philosophes.
K.

pict Près avoir vu tant de
belles choses, voilà mon
Vaisseau cassé; ne suis-je
point malheureux? que ferai-
je? il en arrivera encore autant

@

2 Le retour d'Hermès,

si je recommence, puisque c'est
la dixième fois.
X. Je pense que voilà un Chimiste-
Alchimiste, approchons-le, il n'est
pas fol pour parler seul; le désespoir
contraint fort.
Monsieur, peut-être ne croyez-
vous pas qu'on vous entende? On
vous regarde de travers comme
un imaginaire!
K. Qu'importe? la rage que cause
mon déplaisir me défend de la
honte.
X. Arrêtez Monsieur, où allez-
Vous?
K. Le dépit me mène noyer.
X. Quelle pauvre résolution pour
un Homme comme vous, que
tout le Monde estime! est-ce une
action de force que de se faire périr
soi-même?
K. Messieurs, je ne me fie plus à

@

Chapitre premier. 3

ma raison, depuis qu'elle m'a
trompée, Adieu, je sais que la
mort est le remède à tous maux.
X. Encore un mot, Monsieur,
une bonne résolution bannit toute
misère; Si ce n'est que de l'Argent
que vous cherchez, il y en a
ici un qui en fait tant qu'il veut.
K. Profitez-en donc, & me laissez
en repos.
X. Nous ne pouvons pas Monsieur,
parce qu'il ne s'ouvre qu'aux
gens Savants; les autres, il les
paye de bagatelles, & en donne
ainsi à chacun selon sa portée,
si nous vous eussions cru Curieux,
nous aurions eu recours à vous
qui êtes économe du temps &
des Esprits.
K. Je n'ai que faire de personne,
pour de la Science, j'en ai assez,
j'ai fait taire les Oracles, moi.

@

4 Le retour d'Hermès,

X. Et que n'empêchez-vous donc
que votre pot ne se casse?
K. Chacun est soumis au destin.
X. Le Destin avec son fils Hasard,
& sa fille Cas fortuit, ne
rompt pas pourtant nos bouteilles.
K. C'est donc que vous ne travaillez
pas sur la vraie matière.
X. Il faut néanmoins que ce soit
la bonne, puisqu'elle nous montre
toutes les marques & les signes
requis; J'ai un oeuf Philosophique
qui a déjà quatre mois
de noirceur, & mon Ami en a
un qui est presque au blanc,
nous en eûmes une fois un au
rouge; mais un Laquais le déroba.
K. Quoi vos Vaisseaux ne se cassent
pas, comment faites-vous
pour éviter cela?

@

Chapitre premier. 5

X. C'est que nous travaillons sur
la vraie matière.
K. Si cela était, tous vos oeufs se
casseraient.
X. Nul ne l'a donc jamais fait?
K. Qui en doute, autrement j'en
viendrais à bout comme les autres.
X. Celui de qui nous vous avons
parlé tantôt, vous pourrait faire
voir le contraire.
Voyons-le, voyons-le, allons
le voir.
X. Bonjour, Monsieur, nous
étions ici venus pour avoir
l'honneur de vous faire la révérence.
H. Faites Messieurs, faites.
X. Monsieur, il semble que vous
allez sortir.
H. Voulez-vous encore quelque
chose?

@

6 Le retour d'Hermès,

X. C'est que nous avons ouï parler,
que vous possédez beaucoup
de rares secrets, & que toutes les
belles qualités reluisent en vous.
H. Le croyez-vous? [X. Oui.
H. Il n'est donc pas besoin de vous
le persuader davantage. Adieu.
X. Hé, Monsieur, vous ferez
mentir ceux qui disent: que le
bien est communicable.
H. Il est vrai que si les plus grands
ou les plus gros étaient les plus
vertueux, ils auraient défendu
l'usage de la mesure aussi bien que
le reste, crainte d'être connus des
importuns.
X. Vous vous êtes communiqué
à des moindres que nous, notre
conversation n'est pas si méprisable?
Nous avons disputé le rang
illustre avec des gens, qui sans
doute savaient quelque chose.
Il

@

Chapitre premier. 7

H. Il est difficile d'être & de ne
rien savoir; je confesse que ces
gens-là en savaient plus que
moi, puisqu'ils ont disputé contre
vous. C'est ce que je ne saurais
faire, parce qu'il est impossible
comme vous ne sauriez rien
dire du vôtre, de disputer contre
vous, mais bien contre ceux de qui
votre mémoire emprunte la doctrine.
De mon temps la Science
était servie par des ingrats, aussi
bien que présentement; on agence
les pensées des autres à sa fantaisie,
au lieu de soumettre ses
sens.
X. C'est avoir mauvaise opinion
de votre prochain?
H. Ce n'est pas de mon prochain,
c'est de mes éloignés: Car pour
moi je suis serviteur de la vérité,
j'aime fort mes semblables.
Tome II H

@

8 Le retour d'Hermès,

X. Sachez que nous connaissons
bien la vérité, & que nous avons
affronté le chaud & le froid pour
garantir la Pierre Philosophale
qui est son marchepied, qu'elle
tient cachée au centre des corps.
H. Je présume que vous ne savez
ce que c'est, que le chaud, ni le
froid, ni le centre que par ouï
dire.
X. Ha, par Dieu, dus-je révéler
mon secret, je veux vous
faire voir le contraire, je savais
bien que je trouverais l'occasion
de vous faire connaître qui je
suis. Faites-moi seulement la
grâce de m'écouter, & vous allez
voir.

pict

@

Chapitre second. 9

----------------------------------

CHAPITRE II.

D'un Philosophe qui dit ses pensées
à Hermès, sans le connaître.

X. I L est certain que toute qualité
telle qu'elle soit, n'ajoute
point de poids à la matière,
comme il se voit par l'influence des
corps Célestes, qui ne diminuent
non plus pour nous donner, que
tous augmentons pour recevoir.
Semblablement les Planètes
Hermétiques impriment
par leur mouvement les effets de
leur puissance dans les Sphères de
leur Ciel (qui est le sujet des
Philosophes, dans quoi est caché
le Trésor duquel Dieu tira le vent,
Mercuriel, ou l'Air sublimé &
dignifié par la vertu des corps
H ij

@

10 Le retour d'Hermès,

supérieurs) pour servir de prison
aux Esprits métalliques, selon le
pouvoir de l'Art; afin que la vie
des Végétaux fût distinguée selon
l'intention de Nature, & celle
des Animaux, selon la volonté
de Dieu, qui a voulu que l'un
d'eux (comme témoin de sa gloire)
connût son Auteur dans
l'Anatomie de chaque genre,
qui se fait selon la contrariété &
concordance des Eléments, qui
ont composé la matière prochaine
de quoi ils ont été faits; parce
que nulle chose n'a d'action
qu'en tant qu'elle trouve de la résistance;
& si les Eléments n'avaient
point de qualités contraires,
tout périrait, à cause que le
mouvement qui est l'instrument
de la conservation de chaque
chose, serait empêché par l'égalité;

@

Chapitre second. 11

tellement que le fort n'agirait
plus contre le faible; le Feu
n'échaufferait point l'air, & l'Air
n'enfanterait point la lumière par
le moyen du Vent, d'où résulte le
Soufre ou Ame; la Terre ne boirait
pas l'eau, & l'Eau ne produirait
plus l'esprit qui ne subsiste que par
son corps. L'Esprit n'est que l'idée
de l'Ame, & le Corps n'est que
l'oeuvre de l'Esprit; l'Ame ne peut
reprendre son Esprit que par le
moyen du Corps; le Corps ne
peut reprendre son Ame que par
le moyen de l'Esprit; la liberté
de l'Esprit ne provient que de la
séparation de l'âme: l'Ame peut
subsister sans son corps, mais
le Corps & l'Esprit périssent chacun
à part; parce que le Corps
ne vit qu'autant qu'il est agité,
& l'Esprit n'est vivant qu'autant
H iij

@

12 Le retour d'Hermès,

qu'il a d'action; car l'Esprit est
une âme corporelle, & l'Ame est
un corps Spirituel, ou pour mieux
dire emportant quelque qualité
du corps, comme fait le Mercure
des Philosophes, qui n'est
qu'un Esprit animé, qui tire le
Soufre de chaque chose, c'est-
à-dire la Teinture vivifiante, ou
l'âme qui fait subsister le composé.
Par exemple, l'Or est un
corps, & quand l'Ame en est séparée
par l'Argent vif Sulfureux
ou Sperme métallique; il demeure
aussi pesant qu'il était auparavant
sans avoir du tout augmenté
le Mercure. Alors cette masse
qui n'est pas du tout diminuée
pour avoir perdu l'âme, que ce
dard, ce couteau, cette lance
philosophique a contraint de
sortir, ne peut jamais redevenir

@

Chapitre second. 13

Métal, au contraire demeure en
terre, poudre & ordure, pendant
que l'Ame qui n'a point
de poids (non plus que celle de
l'Homme, qui n'a rien diminuée
de la pesanteur de son corps; en
le quittant) habite dans le Ciel
des Sages plus libre & plus puissante
qu'elle n'était; attendant qu'il
plaise à l'Artiste lui rendre son
corps glorifié par le feu de son
jugement.
Cette Ame, ce Soufre d'Or,
ou ces rayons du Soleil que l'on
tire de son ombre, fait comme j'ai
dit, tout ce que veut le Philosophe,
tellement qu'il la peut renvoyer
au Monde, parce que la jetant
sur un corps, quelque imparfait
qu'il soit, elle revient habiter
entre les autres, avec autant de
valeur qu'elle avait auparavant.
H iiij

@

14 Le retour d'Hermès,

Il est donc évident que les vertus
n'augmentent point la matière,
& la matière ne peut servir
de rien sans vertu, & la vertu
procède de l'action de la matière,
& l'action de la matière est l'esprit,
& la puissance de l'esprit est
l'effet de l'âme. Ce qui nous fait
connaître que la transmutation
ne consiste pas au Corps qui ne
peut rien de soi, sans l'Esprit qui
tient de l'Ame la puissance de préparer
une demeure pareille au lieu
d'où il est sorti.
C'est ce qui a fait dire au Maître
de Platon, que la puissance
terrienne sur son résistant, selon
la résistance différée est l'action de
l'Agent en cette matière, attendu
que la puissance terrienne est la
chose qui informe le corps, qui
lui donne l'existence, & qui le

@

Chapitre second. 15

fait subsister, tel ou tel; & la chose
qui a la force de détruire le corps
pour avoir le corps du corps, est
son résistant.
Ceux qui ont vu ce Dissolvant
qu'Avicenne interprète Sel
du vent, suivant l'opinion
d'Hermès qui dit que le Vent
le porte en son ventre, ont admiré
les effets de cet Esprit universel,
c'est-à-dire l'Esprit qui
est universellement dans le genre
Métallique pour sa conservation,
& non point pour ceux
des autres genres, qui n'ont aucune
affinité les uns avec les
autres, & bien moins cet Esprit
universel, qu'on peut appeler
l'Universel des Universels qui est
Dieu.
S'il s'est rencontré quelque
Herbe qui ait congelé le Mercure

@

16 Le retour d'Hermès,

en Métal; c'est à cause de la dissolution
de quelque corps Métallique
faite par l'activité des Sels
qui se rencontrent dans la terre;
dont la partie dissoute a végétée
avec le suc de l'Herbe: car il n'y
a que le seul Métal qui ait puissance
de se joindre au Métal;
Il arrive quelque chose également
surprenant au genre Animal, lorsque
son humide naturel est emporté
par l'Air à l'extérieur ou à
l'intérieur des Arbres, d'où naissent
des vermisseaux, & même
de l'haleine des Brutes dans les
lieux où elles se retirent, qui s'attache
au bois, selon que la matière
est plus ou moins susceptible
de la vapeur qui s'exhale, parce
que le bois dense & resserré n'est
pas sitôt corrompu par quelque
substance animale que l'air y entraîne;

@

Chapitre second. 17

ainsi l'Air est le messager
qui porte avec soi la vapeur
aqueuse des corps, ou le Baume
du vent Méridional, qui fait rouler
le Zodiaque des signes par
l'altération des couleurs, selon
qu'elles sont plus ou moins excitées
par Nature ou par Art, d'autant
que par Nature le mouvement
Animal est le plus fort, &
le Végétal excède le Minéral;
au contraire par Art, le Minéral
est le plus violent, le Végétal plus
faible, & l'Animal le plus débile.
Voilà la différence qu'il y a des
trois genres, entant qu'ils sont
soumis à l'Art ou à la Nature.
Prenez pour exemple quelque
chose à laquelle l'Art ait aidé; car
la plus grande chaleur que nature
peut donner est la plus faible
que l'Art puisse provoquer: Une

@

18 Le retour d'Hermès,

pierre rougie au feu, peut être
toujours conservée telle, tant que
l'Artiste persévérera; mais sitôt
qu'on l'éloignera des degrés du feu
artificiel pour suivre ceux de Nature,
l'Art n'aura plus de lieu. Toutes
choses faites par Nature renaissent
aussi par Nature, les Vers du
corps Humain mis en poudre
& avalés, font mourir les autres
Vers, à cause de la chaleur & siccité
seulement, que leurs corps
ont contractée pour être faits
poudre; mais aussitôt qu'ils sont
réhumectés, & que cette chaleur
est perdue, il en renaît autant
de Vers ou davantage qu'il y en
avait.
Il en advient autant de toutes
les Insectes, auxquelles l'Art n'a
rien contribué, parce que l'Esprit
est tellement lié à la Matière à

@

Chapitre second. 19

cause de la froideur, qui ne se
peut perdre, si ce corps n'est anéanti.
C'est la raison pourquoi
l'Argent-vif qui est fait par nature
reprend toujours son être:
ce qui a ému les curieux Naturalistes
de les extraire des corps,
afin qu'étant mis par art, ils
obéissent à l'Artiste, connaissant
très bien le peu de suffisance du
Mercure commun, que les Idiots
se vantent de détruire, sans songer
que s'ils prenaient autant de
peine à le revivifier qu'ils en ont
pris à le mortifier, il redeviendrait
facilement ce qu'il était
auparavant, à moins qu'ils ne le
connaissent, remarquant que les
Serpents qui s'entortillent ensemble
sont adoptés par l'art, pour
être continuez en leur espèce, &
avoir des postérieurs durant leur

@

20 Le retour d'Hermès,

vie, au lieu que les autres n'en ont
que après leur mort; ainsi l'effet
de l'amour est le miroir de la vie
future.
L'Argent-vif vulgaire n'est en
rien différent des autres corps,
hormis que celui-ci est liquide
à l'Air, & les autres liquides au
Feu. Il est liquide à l'Air, à cause
qu'en sa composition l'Eau surdomine
en quantité, & il ne
mouille point, à cause que la
Terre y surdomine en qualité, &
pour ce qu'il a plus d'eau que
tous les autres corps, il noircit
grandement les choses avec lesquelles
il est mêlé; & comme
l'Eau est continuellement émue
par l'Air, il redevient toujours
ce qu'il était par les choses chaudes,
& est toujours congelé par
les choses froides à l'exemple de

@

Chapitre second. 21

l'eau Elémentaire.
Mais la chose qui a fait ce
Mercure est le dissolvant, l'Air
agité, la Crème de l'Univers, &
le véhicule de l'Ame du Monde,
qui seul a la puissance de démasquer
la Nature, & qui connaît
la quintessence des corps Métalliques,
& ceux qui disent qu'il y
en a un autre, trouveront le contraire.
Les Sels & les Cristaux de tous
les Métaux, ne sont que des corps
calcinés, desquels l'esprit Métallique
qui cause leur fulgidité s'est
retiré, & ne peuvent rien donner
de Mercurial, s'ils ne sont réduits
en ce qu'ils étaient auparavant,
qui était d'être Sol,
Lune, Saturne ou Mars; Et quand
ils seront réduits comme ils
étaient, on n'en pourra rien faire

@

22 Le retour d'Hermès,

sans les liquéfier, afin que l'eau
de la matière qui y cause la liquéfaction,
puisse être émue & altérée
par l'air, ou l'esprit du composé
moyennant le feu.
Cette liquéfaction n'est pas les
réduire en eau claire comme l'eau
de pluie qui devient jaune, verte
ou rouge, comme il arrive en la
dissolution que font les ignorants
par leurs Lessives & Eaux fortes,
qui est comme j'ai dit, plutôt une
calcination qu'une dissolution:
mais c'est seulement les amollir,
les réduire en matière d'Argent-vif,
c'est-à-dire que
le corps si liquide qu'il soit,
fût-il plus coulant que l'eau de
Roche, doit toujours conserver
son éclat Métallique, ni plus ni
moins que l'Argent-vif commun.
C'est

@

Chapitre second. 23

C'est ce que fait le Mercure
des Philosophes, & non pas l'esprit
des Sels ou des Corps détruits, qui
ne font que volatiliser un composé
qui par après n'a plus aucune affinité
au métal, à cause que l'esprit
Mercuriel, ou la splendeur Métallique
est cachée sous le poison de
leurs atraments, qu'ils disent sans
corrosion pour être doux, ne considérant
point que le goût de la
douceur provient aussi bien du
Sel, que l'acrimonie & l'amertume;
faute de savoir que ce mot
de corrosion ne signifie autre
chose que ce qui est contraire au
vrai naturel de l'être manifeste
du Métal. Toute la teinture
qu'ils disent tirer par leurs atraments,
n'est point la vraie teinture
du Métal, mais seulement
une altération de l'Eau corrosive,
Tome II I

@

24 Le retour d'Hermès,

qui selon qu'elle est plus ou moins
excitée par l'âpreté des Sels surdominants,
corrode & brûle les
Corps au lieu de les humecter;
& l'excès de cette acrimonie paraît
toujours sous quelque couleur,
qui est le démon de cet Art
séducteur des présomptueux, qui
croient que la noirceur ou la
blancheur, que cause l'Eau étrangère
qui tient un métal sous
l'espèce de gomme ou d'huile,
soit la vraie couleur de l'altération
du métal, ne prenant
point garde qu'à cause qu'il n'y a
rien d'homogène, tôt ou tard le
feu ou l'eau les séparera.
Ce qui n'arrive pas en l'oeuvre
des Philosophes, à raison que
l'Eau dissolvante est imprégnée
d'une chose plus subtile qu'elle-
même, qui est l'âme du métal,

@

Chapitre second. 25

comme on peut faire comprendre
par l'eau commune qui reçoit
la chaleur du feu. Aussi ce
n'est pas un corps teint par le réverbère
du feu de nos foyers, vu
que toutes les teintures que les
imaginaires appellent Soufres,
ne sont qu'une partie du corps
que les Philosophes jettent, comme
qui dirait tirer la partie tingente
de quelque matière, laquelle
après la fusion naturelle
ou artificielle, est aussi bien corps
que le corps d'où on l'a tirée. Il
est vrai que le feu fait sortir la
couleur, mais il ne la saurait séparer
sans un plus grand feu, qui
est celui de l'amour des Planètes
que l'on nomme la lumière du Feu.
L'Or a un Soufre en soi, & le
siège de ce Soufre est le feu de sa
décoction, & quoi que ce Soufre
I ij

@

26 Le retour d'Hermès,

soit fort chaud, il est néanmoins
froid à l'égard de cet Argent-vif; &
toutefois ce Mercure est la femelle
pour la génération des Corps, à
cause qu'il leur sert de matrice,
comme cette matrice n'est que
feu, elle ne peut contenir autre
chose que des qualités, qui causent
la vie des corps Métalliques,
qui est l'effet de la vie du feu.

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CHAPITRE III.

De deux Alchimistes, qui discourent
de leur matière en la présence
d'Hermès, qui leur explique
la Table d'Emeraude.

H. V Oilà un recueil de
beaucoup de belles
choses si vous les entendez; Et
vous autres Messieurs, qu'en dites-
vous? parlons tour à tour.

@

Chapitre troisième. 27

K. Pour moi, Monsieur, il y
aurait longtemps que j'aurais
interrompu ce discours, n'eût été
le respect que je dois à la Compagnie.
A quoi bon tant de paroles?
il semble qu'il faille être
Sorcier pour faire tout cela! pourquoi
dit-on que la vérité est dans
le Vin? C'est pour nous enseigner
qu'on en peut tirer le fonds
des connaissances. Les Poètes
nous l'ont représenté par le Serpent
écumant, qui dévora les
Compagnons de Cadmus qui le
tua d'un coup de lance contre
un creux de Chêne: Cadmus est
l'Artiste, la Lance est le Foret qui
perce le Chêne creux, c'est-à-dire
le Tonneau. Aussi les Philosophes
ont fait peindre des corps
serpentant comme des ceps de
Vigne; & on ne trouve autre
I iij

@

28 Le retour d'Hermès,

chose en leurs Livres, que des traités
de leur Mercure Végétable ou
esprit de Vin Mercuriel. Il y a des
Vignes blanches & rouges, les
unes correspondent au Soleil & les
autres à la Lune: c'est la propre
intention d'Abraham le Juif; il
feint un Roi avec un grand Coutelas,
qui fait tuer en sa présence
par des Soldats grande quantité
de petits Enfants, dont les Mères
pleurent aux pieds des impitoyables
Gendarmes, & le sang de
ces Enfants est recueilli par d'autres
Soldats, & mis dans un grand
vaisseau, où le Soleil & la Lune
du Ciel se viennent baigner:
Ce Roi, n'est-ce pas le Seigneur
d'une Terre portant quantité de
Vignes? Les Soldats sont les
Ouvriers qui ont chacun leur
tranchoir pour couper les grappes,

@

Chapitre troisième. 29

ou petits Enfants, puis d'autres
Gendarmes Ouvriers ne les prennent-ils
pas pour en recueillir le
sang au pressoir? Et lors ne le
met-on pas dans des tonneaux
ou vaisseaux qui nous rendent
du Tartre, dont l'Esprit de son
Sel dissout l'Or & l'Argent: Vous
voyez qu'il ne faut pas tant de
finesse: c'est la raison pourquoi les
Poètes ont feint que Midas homme
grossier reçut de Bacchus
le pouvoir de transmuer toutes
choses en Or. Quant aux Instruments,
je suis de l'avis des Sages, je
dis qu'ils sont de peu de valeur;
toutes les opérations que je fais
se peuvent faire dans le test d'un
pot & un mortier; deux méchants
morceaux de briques de
rencontre, & un sol de charbon
suffisent pour mon feu & fourneau.
I iiij

@

30 Le retour d'Hermès,

(Voilà une belle affaire)
Et vous mon voisin qui êtes
bien riche, vous avez néanmoins
plus de Fourneaux que de Pistoles;
il vous faut plus d'un an, & à
moi il ne me faut que trois jours
de préparation, comme dit Marie
la Prophétesse, & douze heures
pour cuire & achever cette
Pierre qui vous a fait dire tant de
paroles inutiles.
X. Je n'ai rien dit que de vrai,
on me l'a avoué.
Z. Monsieur n'a pas pourtant
tort en tout. Il a rencontré un
Cabaliste le jour de S. Louis passé,
qui lui a dit que le Soufre des
Philosophes est plus commun
que le commun, qu'il n'y a rien de
plus connu, & que le Paysan le fait,
qu'il est partout, & néanmoins
qu'il n'y a qu'un seul sujet au

@

Chapitre troisième. 31

Monde dont on le puisse entièrement
séparer du Sel & du Mercure;
qu'un certain Sel Métallique
met en peu de temps le Mercure,
comme celui des Métaux en Eau,
qui peut passer facilement en esprit,
qu'il n'y a entre les Métaux,
qu'un seul Métal qui est Métal,
& non Métal qu'on peut détruire
& en séparer actuellement
les substances, que ce Soufre au
lieu d'être actuellement Or, il
ne le doit être qu'en puissance,
de forme il doit être simplement
matière & une chose indéterminée:
au contraire, le Mercure au
lieu d'être en puissance, il doit
être actuellement; de matière il
doit être forme, & d'indéterminé
il doit être déterminé à l'espèce
Métallique: que le Mercure des
Philosophes est plus commun que

@

32 Le retour d'Hermès,

le Mercure vulgaire, à cause qu'il
est Eau, qu'il est plus simple que
l'Eau commune, parce qu'elle est
Elément: si le Soufre de l'Or est
actuel c'est un corps, & si c'est un
corps comment joindre un corps
avec un corps? puisque deux formes
ne peuvent être jointes ensemble,
ni deux matières, ni
une matière à un Corps; de même
l'on ne peut joindre une forme
à un corps, parce qu'il aurait deux
formes: Il lui dit aussi que la
destruction de l'Or est impossible,
à cause que son Mercure ne
peut par aucun moyen être séparé
de son Soufre, autrement
il ne serait pas constant au feu
& à toute épreuve; que le dissolvant
général ne peut détruire l'Or
par nulle manière, mais seulement
la matière projective, &

@

Chapitre troisième. 33

cela par extension de ses parties;
que l'Or commun a beaucoup de
la vertu du Soufre Philosophique
& de sa substance, parce
qu'il est très pur; qu'il a beaucoup
de Mercure, & peu de l'Esprit-vif
de Mercure: que l'Argent-vif
abonde en la substance
du Soufre Philosophique, & a
peu de sa vertu: qu'il a peu de la
substance du Mercure, & beaucoup
de sa vertu: que l'Agent
général est si puissant qu'il agit
sans feu en peu d'heures, comme
le foudre qui calcine l'Epée au
fourreau, parce qu'il a un esprit
aussi subtil & céleste: Que
le Soufre des Philosophes est
dissous en un moment, le plus
longtemps est demie-heure, il
passe en eau claire, qui en trois
ou quatre heures devient blanche

@

34 Le retour d'Hermès,

comme lait, verte comme Emeraude,
puis noire & rouge, &
prend en ce temps diverses couleurs:
Il se coagule en fromage
avec un Iris autour du vase, puis
se met en cendre noire, qui prend
toutes les couleurs avant d'être
blanche & rouge; après les couleurs
on en tire par certaine manière
une Eau blanche qu'il faut
remettre sur son corps, & enfin
une Eau rouge, de quoi on fait
le même, qui sont les Imbibitions,
elles se font pour abréger
le temps de la coction, &
que cet Agent fait tout en peu
de temps pour les particuliers,
qu'au commencement l'esprit du
Mercure des Philosophes argente,
dore & fait la queue de Paon:
ce Bègue lui a assuré qu'il verrait
avec son Agent la preuve de

@

Chapitre troisième. 35

ce qu'il lui a dit.
X; Il n'avait donc pas lieu
(quand nous l'avons rencontré)
de se plaindre qu'il était cohobé
de misères, stratifié de malheurs,
calciné de déplaisirs, volatilisé de
rage, concentré & fixé de dépit,
au contraire il peut imbiber les
autres de sa Sagesse, & nous
congeler de sa Doctrine, puisqu'il
est dissous ou délié des fèces de
l'ignorance.
Z. Il a raison en partie de blâmer
votre discours, car en cet
Art, qui manque en une chose
manque à l'autre; je ne suis pas
aussi de votre opinion en tout;
j'ai quelque chose de meilleur
que cela. Les Constellations
nous apprennent qu'il faut conjoindre
l'Esprit Microcosmique
avec le Macrocosmique Encyclopédiquement

@

36 Le retour d'Hermès,

selon les Eléments
Cahoïques; L'Esprit de mon
Microcosme, me fait discerner
celui du Macrocosme par une
vertu Magnétique, Astrale & Magique:
La Pluie de l'Equinoxe
me sert d'instrument, pour faire
sortir du centre de la terre le
Flos-Caeli ou la Manne universelle
que je vais cueillir pour le faire
corrompre, afin d'en séparer miraculeusement
une Eau qui est la
vraie fontaine de jouvence qui
dissout l'Or radicalement.
Je ne fais point comme ceux
qui font passer par l'Antimoine
l'Etain de glace, qu'ils appellent
leur Roi, & le réduisent en Eau
par le sang du Loup ou beurre
d'Azinat fait par le moyen du
sublimé; je serais insensé d'en
prétendre comme eux la terre

@

Chapitre troisième. 37

feuillée des Philosophes. Hé
bien, Monsieur, que dites-vous
de mon Azot.
H. C'est un fort bel Asot;
Vous faites, vous autres, comme
certains Tireurs d'Horoscopes,
qui disent tant de choses qu'il
s'en trouve quelques-unes de
vraies, quoi qu'ils ne les puissent
distinguer si on ne les leur montre:
On ne s'étudie plus qu'à
sauver les apparences, il semble
que le but de la Science soit à
surprendre les autres; j'ai connu
des gens qui ont changé de Matière,
& de principe vrai pour
en trouver une autre qu'on ne
sût pas: Les écrits les plus sincères
ne servent plus qu'à orner
le discours; le Trismégiste qui est
cru d'un commun accord le chef
de ceux qui ont possédé cette

@

38 Le retour d'Hermès,

Science, a laissé en peu de mots
la Théorie générale de tout: ce
qu'il y a aux Espaces, & aux Espaces
des Espaces, comme on
peut voir en sa table d'Emeraude
qu'on a trouvée si difficile à entendre,
que fort peu de gens ont
compris ce qu'elle contient; toutefois
elle est si claire & intelligible
qu'elle n'a point besoin de Commentaire,
parce que tout y est
sans aucune ambiguïté, aussi
(dit-il) Ceci est vrai, que ce qui
est dessous est semblable à ce qui est
dessus; par ceci s'acquièrent & se
font les merveilles d'une seule chose
qui est à dire la Nature qui n'est
qu'une, aussi un en montant
réfère à un ou au premier en
descendant, le Feu le plus haut &
la Terre la plus basse, l'Air par
dessus l'eau, l'Eau par dessous l'Air,
tout

@

Chapitre troisième. 39

tout cela n'est que la Nature; &
ses diversités ne sont que pour
produire des choses selon son
pouvoir, & comme (poursuit-il)
Toutes choses se font par un &
méditation d'un, ainsi toutes choses
sont faites d'un, par conjonction, voulant
dire comme toutes choses
sont faites de cette unique Nature
par la volonté de Dieu, toutes
espèces sont aussi multipliées
d'un par conjonction, à savoir
de mâle & de femelle. Il en donne
un exemple en parlant de la
multiplication Métallique en cette
façon: Le Soleil en est le Père &
la Lune la Mère, le Vent le porte
en son ventre & la Terre est sa
Nourrice, la Mère de toute perfection:
c'est-à-dire, l'Or en est
le Père, & l'Argent coulant la
Mère, ils ne se peuvent conjoindre
Tome II K

@

40 Le retour d'Hermès,

sans mouvement; on ne peut
mouvoir sans agiter l'Air, l'Air agité
est le Vent qui leur sert comme
de ventre; ajoutant que la Terre
est sa Nourrice, pour enseigner
que ce sont deux choses liquides
qui ne peuvent se soutenir
sans vaisseau d'une fermeté terrestre
pour les contenir. Aussi
une chose est imparfaite si elle
ne se soutient d'elle-même, c'est
pourquoi le soutien de soi est
le symbole de la perfection. Il
avance que sa puissance est parfaite
si elle est changée en terre, commandant
de congeler la matière
liquide, & de la rendre semblable
à sa Terre. De la il dit: sépare la
Terre du Feu, le subtil d'avec le
gros & l'épais avec modestie &
sagesse, ce que l'on doit observer
exactement en la coction, divisant

@

Chapitre troisième. 41

le Feu central hors de sa
propre terre par le feu, afin que
le subtil soit désuni d'avec le
gros & l'épais par la corruption
des Corps, ayant la modestie de
ne se pas trop hâter, & la sagesse
d'y arriver assez vite; pendant
quoi, il montera de la Terre au
Ciel, & descendra du Ciel en Terre,
& recevra la puissance des choses
supérieures & inférieures, car la
mixtion monte quelquefois en
partie au haut du vaisseau, puis
elle retombe en bas, ainsi le
corps reçoit la vertu & la propriété
du fixe & du volatil. Enfin il dit:
Par ce moyen vous aurez la gloire
de tout; rejetez les ténèbres, toute
obscurité & aveuglement. Il est
véritablement bien glorieux d'avoir
été jusque-là, il ne reste
plus qu'à rendre cette matière
K ij

@

42 Le retour d'Hermès,

diaphane, comme un Diamant
ou comme un Rubis par apposition
d'humide nécessaire, d'autant
qu'ainsi on multiplie sa force:
qui est (comme il conclut)
la force des forces, qui surmonte
toutes forces, & choses subtiles,
comme sont les maladies violentes,
& pénètre les choses dures &
solides, à savoir l'Or & l'Argent
commun. En cette façon le Monde
a été fait, & ses conjonctions &
effets admirables, & c'est le chemin
par lequel ces merveilles sont faites.
Cela est aussi fort surprenant de
voir qu'un peu de poudre convertisse
tant de Métal imparfait.
Peut-on parler mieux que cela? En
peut-on dire davantage? Faut-il
pour s'expliquer trop clairement
n'être point entendu & estimé
obscur pour être trop ouvert?

@

Chapitre troisième. 43

K. Crème-fouettée tout cela? Mais
le mouvement dont vous avez
parlé (Monsieur) ne l'introduis-
je pas en la réincrudation par très
longue décoction?
H. Non véritablement, puisqu'il
est impossible de rendre une
chose crue en la cuisant: & de
plus c'est que le Métal ne se peut
mouvoir qu'en soi, à savoir en
ce qui est Métal; car pour se
mouvoir en un autre, c'est-à-dire
en ce qui ne l'est pas manifestement,
comme les huiles, les
eaux, les bourres Métalliques, &
tout ce qui a l'apparence d'autre
chose, comme d'Eau élémentaire,
je dis que cela ne se peut.
K. Monsieur, comment le savez-vous?
l'avez-vous éprouvé?
Assurément que non; vu que
j'ai fait le contraire; Voilà encore
K iij

@

44 Le retour d'Hermès,

la main qui a fait une heureuse
projection de l'Or qui avait été
vivifié par trois substances, que
j'aidai à séparer de la terre Adamique,
qu'un Turc me montra.
Z. Quant à moi, j'ai vu avec
mille autres multiplier l'Antimoine
le calcinant avec le Miroir
ardent. Nous avons aussi tiré
les rayons du Soleil en Eau claire,
moyennant un peu de glace.
Outre ce Dieu me punirait si je
révélais le secret d'attraire la vapeur
Rorale, Mellifique, Aurique,
Argentifique, qui nous
donne le Soufre Narcotique &
le Mercure Diaphorétique. J'ai
été inexorable à ceux qui m'ont
demandé la manière d'enterrer les
Cloches de verre pour avoir cette
Eau Balsamique, sur laquelle
l'esprit du Seigneur est porté,

@

Chapitre troisième. 45

qui roule & tourne dans le vaisseau
du Bleu au Noir, & du Noir
au Bleu, tant que l'Eau se fige en
blancheur. Qui oserait dire les
miracles que j'en eusse fait, si un
Spectre ne m'en eût défendu
l'usage? Avez-vous entendu
parler de l'erreur des Pierres Cristallines
qui nourrissent la Mine
Saturne? Mon seul conseil en a fait
réussir l'opération, y ajoutant de
l'Esprit d'urine, que les Philosophes
ont appelé l'eau de notre
Mer, à cause que tout ainsi que
le grand Monde a une Mer, le
petit Monde qui est l'Homme, a
pareillement un rendez-vous de
toutes les Eaux qui est sa vessie
pleine de liqueur salée. Ça été
un Satyre voyageant dans les
Régions lointaines qui me l'apprit
à la louange du Macrocosme,
K iiij

@

46 Le retour d'Hermès,

dont il disait être la vraie copie.
Ses raisons étaient si bonnes qu'il
semblait dire quelque vérité. Il
faisait un rapport de l'un à l'autre,
avançant que pour ressembler
à l'original, il fallait participer
analogiquement de tout
comme lui. Je ne pris pourtant
pas de son urine, la mienne me
servit pour achever le Pandapharmaque
aussi bien que lui avec la
sienne.
K. Par conséquent vous avez
tort, Monsieur: ce n'est pas d'aujourd'hui
que je suis aussi possesseur
de ce remède Catholique du
Népenthès d'Hellène & du Moly
d'Homère; je connais même un
Homme qui avec de l'Esprit de
Sel commun tirée du Salpêtre, lie
tous les Métaux par dissolution
& digestion, & les convertit en

@

Chapitre troisième. 47

Or. J'ai vu encore faire des
Minières multipliables au blanc
& au rouge à l'infini, avec des
Sels.
H. Jureriez-vous bien en faveur
de cet Art d'un pur amour,
d'une vraie amitié, d'une franche
inclination & tendresse, prosterné
devant l'Autel de la sincérité,
sur peine de la misère présente
& à venir, que cela est vrai?
Osez-vous bien assurer ce que
vous n'avez jamais fait, & avoir
recours au mensonge, pour vaincre
mes raisons?
Pouvez-vous nier que le tout
se puisse mouvoir en un autre,
puisque s'il se mouvait dans un
autre, il ne serait pas tout; tout
ce qui est nécessaire à l'être Métallique?
Ne se trouve-t-il pas en la
Nature Métallique? Son Soufre

@

48 Le retour d'Hermès,

s'étend dans son propre corps,
& ne se peut mouvoir en un autre,
parce qu'il cesserait d'être ce
qu'il est; s'il s'étendait en eau,
il serait changé en eau, & ne
vaudrait non plus qu'elle, s'il ne
s'y étend point, l'opération est
fausse, & s'il s'y étend, elle est
inutile; se faut-il étonner qu'une
eau ronge & découpe le Métal,
puisqu'un ciseau le fait bien, quoi
que nous ne le saurions faire si
subtilement à cause de la faiblesse
de notre vue? Si la plus menue
limaille, que l'on puisse faire
de la plus grosse masse d'Or, ne
convertit point le Métal en Or,
on a grand tort de prétendre que
la plus subtile poudre que l'on
puisse faire de la moindre limaille,
le convertisse. Vous appelez
les teintures Soufre ou Ame,

@

Chapitre troisième. 49

vous savez que l'Ame est la
chose occulte du composé que
l'on voit; ce qu'étant, si les teintures
que vous tirez des corps
contre l'opinion des Sages, sont
visibles, ces teintures (dis-je) &
ces Soufres ne sont pas Ames:
L'âme Métallique est seulement
ce qui cause sa splendeur, car les
herbes & les briques sont teintes,
& ne sont pas Métal.
K. Mais, Monsieur, il y en a donc
bien de trompés, tous les Auteurs
disent que la pierre se fait
d'une matière si vile que tout le
Monde l'a.
H. Il est vrai qu'un grain d'Or
est bien de moindre valeur qu'une
infinité de Marcs qu'il nous
produit.
K. Me voilà donc heureux
(Monsieur) j'ai un manuscrit

@

50 Le retour d'Hermès,

Gaulois, qui enseigne dévotement
la préparation de l'Or &
des autres Métaux; il nomme le
Sel de Saturne Nitre, le Sel de
Mars sel commun, celui de Vénus
sel Alcali, celui de l'Or sel Albrot,
du Mercure sel Armoniac,
le Sel de Lune sel Gemme, & celui
de Jupiter sel de Talc, commandant
de mener les sels des
Métaux blancs avec les blancs,
& le Citrin avec les Citrins pour
en faire des Médecines pour l'Or
& l'Argent.
H. Il y a tant de Livres, qui
commencent par; Au nom de
Dieu mon Fils, prends.
K. Que veulent dire leurs
Oeuvres, Animal, Végétable,
& Minéral?
H. C'est qu'ils suivent les Philosophes
à la Lettre, prenant du

@

Chapitre troisième. 51

Sang ou autre chose pour l'Animal,
la Vigne pour faire l'oeuvre
Végétable, & les Minéraux pour
le Minéral, ne considérant point
que les sages appellent oeuvre
Animal, lorsque l'Ame ou le
Soufre naturel du Mercure agit
sur son propre corps; Qu'ils appellent
oeuvre Végétable, quand
cette composition se multiplie en
qualité & en quantité, Et oeuvre
minérale à cause que le tout procède
de l'Esprit minéral.
K. Seigneur, que je suis malheureux!
je ne ferai donc jamais
la Pierre?
H. Le temps qui nous doit
tous partager également s'approche.
Z. Vous nous réjouissez, Monsieur,
dites-nous quand.
H. Ce qui a été fait des Eléments

@

52 Le retour d'Hermès,

par le Créateur adorable, est participant
de leurs qualités, & lorsque
l'une des qualités domine
la distinction des composés
commence; Toutefois malgré
leurs différentes figures, vertus
& propriétés, elles sont aussi
bien Créatures les unes comme
les autres: le Monde est aussi une
Créature, étant donc une Créature,
& n'y ayant rien de si conforme
qu'une Créature à une
Créature, on peut avec toute
justice comparer une Créature à
une autre, il est très certain que la
vertu d'être telle ou telle Créature,
est quand la chose demeure
toujours telle qu'elle est, nulle
chose donc ne pourrait prendre
fin, s'il n'y avait point de dissipation
de quelque partie du composé;
tout composé est d'Eau &

@

Chapitre troisième. 53

de Terre, l'un est comme le mâle
& l'autre la femelle, & tous deux
dans leur intérieur ont invisiblement
leurs semences, à savoir
l'effet de l'Air & la puissance du
Feu, par lesquels toutes choses
corporelles sont faites; la Terre
est fixe, & l'Eau volatile; c'est
pourquoi, quand un sujet perd
quelque chose du lien, ce n'est
jamais que l'Eau. On voit aussi
que tout ce qui est formé des
Eléments est altéré, manquant
d'humide propre: car l'Eau étant
émue se raréfie dans l'Air par le
moyen du feu; Mais il faut remarquer,
que quoi qu'un Elément
soit contraint d'être rendu
selon son Agent, il n'est pourtant
converti en lui, si la chose
qui s'étend n'est élargie outre
sa dernière latitude, pour entrer

@

54 Le retour d'Hermès,

en la première de ce qui le contient,
qui est une chose naturellement
impossible: Les Eléments
se peuvent bien assujettir l'un
l'autre, mais non pas se convertir;
autrement toutes formes seraient
corruptibles, & l'Eau qui
avait autrefois été enlevée en
l'Air, n'aurait pu en retombant
submerger la Terre, si elle eût
été convertie en Air; le Feu avait
agi fort longtemps pour élever
une si grande quantité d'Eau, &
même si abondamment, qu'après
sa rechute les plus hautes montagnes
en furent couvertes; l'Eau
n'aurait pu retomber si elle eut
été élevée hors la puissance circulaire
de celle qui restait à la
surface de la Terre causant les
pluies ordinaires, quand elle
n'est point portée jusque-là;
&

@

Chapitre troisième. 55

& cette Eau excédait en apparence
sa quantité première, à cause
de l'extension de l'humide radical
qui n'est qu'une Eau concentrée
pour la conservation des
Créatures Elémentaires par le
mouvement, lequel consiste en
une extension continuelle, &
n'ayant plus de lieu formel pour
s'étendre, demeure oisif, ce que
nous appelons mort.
Toutes Créatures en leurs âges
moyens tiennent le milieu entre
l'humide & le sec, l'Homme devient
sec & décrépit; ce que nous
prenons pour marque de vieillesse
& dernier indice de la fin naturelle,
ainsi que les autres choses;
Le Monde était de même au
temps du Déluge, vu qu'il y
avait tant d'humide propre changé
sous l'apparence d'eau, & d'eau
Tome II L

@

56 Le retour d'Hermès,

sous la ressemblance de l'Air: A
ceci il est arrivé quelque chose
d'admirable, c'est que l'ire de
Dieu prolongea l'être premier du
général, en abrégeant celui du
particulier: Car l'action du Feu
étant arrêtée par sa puissance,
la Terre reçut de nouveau son
humide, qui ayant rempli ses
pores devint aussi vigoureuse
qu'auparavant. Après quoi, il y
eut comme un nouveau Monde,
la Terre reprit en treize mois
vingt-deux jours, ce que deux
mille cent & six ans ou environ,
avaient dissipé; & de là, avant
que le mouvement Central arrivât
encore une fois jusques au
degré où il était, a eu depuis
autant à subsister sans entrer en
compte de vieillesse, à cause de sa
nouvelle force. Considérons présentement

@

Chapitre troisième. 57

en nous-mêmes, que
ce temps-là est déjà repassé, il y a
cette année mil six cent soixante-
huit, mil cinq cent septante-huit
ans; à le prendre seulement au
milieu de l'age du Monde, de telle
sorte que naturellement toute
cette machine ne peut plus durer
au delà de cinq cent vingt-
huit ans: on trouve néanmoins
par le cours des Etoiles qu'il ne
finira pas sitôt, ainsi l'un dit
d'une façon, l'autre d'une autre,
qui doit-on croire? Il en faut
consulter la vérité, parce qu'il n'y
a que ses Oracles qui en peuvent
rendre raison; Ecoutez, dit-elle,
j'approuve que la chaleur est cause
de l'évaporation de l'humide
de toute Créature, la chaleur
provient du mouvement, le Soleil
& ses Courtisans qui sont les
L ij

@

58 Le retour d'Hermès,

autres Astres, se meuvent & se
mouvront pour cet effet, tant qu'il
y aura de quoi mouvoir, puis
même qu'ils ont été établis pour
les choses inférieures, mais le bas
étant épuisé, la qualité existante
par la matière, sera multipliée
par l'action des corps, & ainsi ce
qui est présentement ne sera plus,
ce qu'attendant soyez tous raisonnables
en la conversation, autrement
si vous cédez un point
qui sera celui de croire; le plus
ignorant du Monde triomphera
de vous: Pour assurance de ceci,
que réciproquement on vous accorde
d'être cru, vous pourrez
pour lors avancer toutes les choses
imaginables, & on n'y pourra
point contredire.
H. Voyez, je vous prie, sur
quoi la fierté des Hommes est

@

Chapitre troisième. 59

fondée, ils se trompent eux-mêmes
pour tromper les autres, &
se glorifient du caprice de quelque
rêveur; Adieu, kentIVD,
XaLIo, zCesIM.
K. Quel Homme est-ce là?
X. O aimable vérité, qui nous
avez fait la grâce de nous parler
par son moyen, dites-nous son
nom pour l'amour de lui, qui est
votre serviteur.
V. C'est, Hermès;
Z. Courrons après mes Amis,
prions-le de s'arrêter, hâtons le
pas, tôt, habile, vite, avancez,
suivez-moi.

pict

L iij

@

60 Le retour d'Hermès,

----------------------------------

CHAPITRE IV.

Les Alchimistes obligent Hermès à
demeurer, lui faisant voir
leur Laboratoire.

H. Q Uoi, vous me suivez
encore?
K. Z. X. Nous ne vous quitterons
pas jusques à la mort, faites
de nous tout ce qu'il vous plaira;
car puisque nous savons qui
vous êtes, il y a quelque assurance
de dire que vous n'êtes pas
venu sur le tard pour vous en
aller seul, donnez-nous chacun
une prise de votre quintessence
du cahos général, afin que les
quatre autres essences, qui sont
les Eléments, n'aient la puissance
de nous corrompre, que jusques

@

Chapitre quatrième. 61

à la venue d'Enoch & de l'Helie
universel; Vous qui êtes l'Helie
des Artistes le contemplerez avec
nous si vous voulez pour obtenir
notre dernier fort: nous ne
désirerons, ni ne souhaiterons jamais
d'autres richesses.
K. Je ne suis plus désireux de
Trésors, je ne pense plus à mettre
des Armées en état, comme je
m'étais proposé de faire, quand
j'aurais cette bénite Pierre.
Z. Et moi, je mets tous mes
vaisseaux sous le pied, je ne veux
plus me servir d'autre véhicule
que de mes bras. O Monsieur,
permettez que je vous embrasse, &
que mon coeur serve d'un Tabernacle
à votre Image.
X. L'écho de la rue nous découvrira,
retirons-nous, le Peuple
s'amasse.
L iiij

@

62 Le retour d'Hermès,

K. Nous voici près de chez-moi,
allons-y; Il a raison, retirons-nous
de la foule: Entrez, entrez Monsieur,
mettons-nous dans mon
Laboratoire, & passons le temps
à tout rompre.
H. Que de vaisseaux de Verre!
X. Vraiment le Feu m'en a bien
cassé d'autres.
H. A quoi sert cette diversité?
X. C'était pour faire toutes les
opérations que je m'étais imaginées
suivant vos écrits, en voilà
un composé de trois, dont le bec
entre au cul de l'autre, il sert à
séparer de la matière l'esprit subtil,
qui passant dans celui du milieu
y laisse son phlegme, que
l'on jette ensuite sur sa terre
dont il est sorti, pour en tirer le
Sel.

@

Chapitre quatrième. 63

H. Comment l'appelez-vous?
K. Botum barbatum.
H. Dieu, quel nom! Et celui-
là?
E. Un Enfer; l'autre un Pélican.
H. C'est dommage qu'il n'est
en vie, comment nommez-vous
celui-ci?
K. Une Cucurbite, voilà sa tête
qu'on appelle une chape; celle-ci
est une chape-borgne à cause
qu'elle n'a pas de bec, le reste
sont des ventouses, des vaisseaux
de rencontre, des oeufs Philosophiques,
des ballons, des thuynes,
& des entonnoirs pour filtrer.
H. Quant aux autres, il est inutile
que je demande leurs noms, je
les connais bien.
K. Ce font des cornues & des
matras.

@

64 Le retour d'Hermès,

H. Il y en a beaucoup.
X. Vous êtes vous jamais servi
de Fourneaux comme ceux-là?
En voilà à réverbérer, d'autres à
distiller les uns à Feu de suppression,
d'autres à Feu de sable;
voilà un trépied pour faire cuire
au Soleil, voilà un Fourneau à
lampe, un Athanor, un Bain-
Marie. Je ne vous parle pas des
Feux de roue, & de degrés que
j'ai fait autrefois, voilà encore
des Fourneaux pour fondre, pour
vitrifier, &c.
H. A quoi bon ces pots percés
qui entrent les uns dans les autres?
K. C'est un descensoire.
H. Et ces tuyaux de terre qui
s'emboîtent?
X. C'est pour sublimer des Minéraux.
Le reste sont des terrines

@

Chapitre quatrième. 65

des Creusets, &c.
Z. [ Je crois que la vérité nous
a trompés, car si c'était Hermès,
il ne demanderait pas ce
que le moindre Artiste doit savoir.
]
X. Ne dires mot, patience, attendez
la fin.
H. Qu'y a-t-il dans ces Boëtes?
K. C'est pour faire des essais,
afin d'avoir quelque réalité particulière,
pendant que ma Pierre
cuit, j'ai toujours espéré un
petit Bidet pour porter les frais
des dépenses durant le temps du
grand oeuvre, c'est ce qui m'a
fait travailler de toute manière
au rouge, avec de la Tutie d'Alexandrie,
de la Calamine, du Verdet,
du Vitriol, des Cristaux de
Venus & de Mars, avec du Précipité
rouge, du Soufre, du

@

66 Le retour d'Hermès,

cinabre Minéral, de l'Emeri, du
Plomb Minéral, & avec le Soufre
rouge de Jupiter, d'Antimoine,
d'Orpiment, de Réalgar,
d'Ocre, de Ferette d'Espagne,
d'Aes-Ustum, d'Or Minéral &
commun. Les autres Boëtes &
Papiers sont remplis de drogues
à décaper Venus, à savoir de
Chaux d'Etain, de Sublimé,
d'Alun, de Tartre, d'Arsenic, de
Salpêtre & de Bismuth, &c. de
tout cela rien.
H. Que voudriez-vous prétendre
autre chose que la chose,
puisque vous vous servez de chaque
choses comme elles sont?
Encore si vous sépariez d'un sujet,
le Blanc du Rouge pour le Rouge,
& le Rouge du Blanc pour le Blanc,
il en arriverait de bonnes choses
après la fusion, puisqu'il n'y aurait

@

Chapitre quatrième. 67

point de contrariété. Vous savez
que quand le Soleil & la Lune
l'ont conjoints, la nuit est ténébreuse.
K. Seigneur, donnez quelque
petit exemple de cette séparation,
car je les ai séparés par des
Eaux, par des Sels (me semble-
t-il) & je n'en ai jamais vu rien
de bon.
H. Il faut connaître les Sels
& en séparer les Corps avant de
s'en servir; la Chaux d'Argent
tirée par la Lamine de Cuivre,
sert à faire quelque séparation;
par exemple, si vous voulez le
Rouge & le Blanc, le Fixe & le
Volatil de l'Orpiment, broyez-
en une partie avec deux de l'autre,
puis les mettez au feu & le
Blanc se sublimera en haut comme
Neige, laissant le Rouge en

@

68 Le retour d'Hermès,

bas avec l'Argent. On voit même
que les choses les plus aigres
deviennent douces par artifice,
le Vinaigre commun contient
en soi une douceur admirable
que l'on peut extraire en faisant
distiller le Vinaigre, tant que les
fèces demeurent au fond, lesquelles
étant desséchées de leur
phlegme à lente chaleur, doivent
être exposées à l'Air, tant qu'elles
se mettent en partie en huile
qu'il faut filtrer, puis congeler
en un Sel fort & doux, qui
a la vertu de corriger les Vins gâtés,
& les Eaux puantes. Les
Eaux-fortes même donnent aussi
par Art de très bonnes odeurs,
si on en arrose de la paille de
seigle dans une terrine, & puis
qu'on la laisse quelque temps,
sécher en Eté pour la mettre en

@

Chapitre quatrième. 69

poudre, elle aura une odeur très
suave.
K. Seigneur, j'ai volatilisé de
l'Or avec l'Eau régale en cohobant,
& l'exposant à chaque fois
une nuit à l'Air, & quand il fut
passé j'y mis de l'Eau, tant
que le tout fut fort faible, alors
j'y ajoutai du Mercure qui fit
monter mon Or en crème, que
j'amassai & évaporai en huile
pour en imbiber le Soufre de
Mars & de Venus; j'en ai encore
fait avec de l'Esprit de Sel,
un autre avec de l'Esprit de miel,
j'ai réduit le Saturne en huile,
mis la Lune en Gomme par sublimation
avec de l'Armoniac
du Sublimé, & tout cela en vain:
puis quand j'eus bien perdu du
temps, je me mis à vouloir faire
des gros Diamants, en amassant

@

70 Le retour d'Hermès,

quantité de petits en un.
H. Il n'y a pas grand profit de
changer des Diamants en Verre
par la fonte.
K. Il est vrai que jamais le fondant
ou les Sels qui les firent
fondre, ne s'en voulurent séparer;
ainsi je perdis tout.
H. Qu'y a-t-il dans ces Fioles
sur le feu?
X. De l'Or & de l'Argent conjoints
à l'heure de Saturne & du
Mercure mêlé entre Mars &
Venus le jour de Jupiter; j'en ai
amassé de temps en temps avec
une plume l'âme de l'Or, en forme
d'une Poudre Rouge que j'ai
imbibée de son propre humide
radical: En voilà une autre qui
contient de l'Or dissout par l'Eau
d'Argent; & celle-ci est l'Esprit
du Soleil & de la Lune tirée
par

@

Chapitre quatrième. 71

par le Sel animé, qui se fait en
dissolvant du Sel commun dans
de l'Eau, & puis l'on y jette de
l'huile de Vitriol; le tout étant
filtré & évaporé en Sel, il le
faut fondre dans un Creuset,
auquel on jette de l'Or, le remuant
jusques à ce qu'il soit en
pâte, qui étant mise à l'Air devient
en huile, qu'il faut distiller, &
après la distillation, le mêler avec
de l'Eau d'Argent qu'il faut tirer
de même façon, excepté qu'au
lieu de Sel commun, on se sert
de Salpêtre. C'est tout dire, les
voilà qui cuisent, la verdeur paraît.
Quant à celle-ci, j'en ai
vu des merveilles: il est arrivé
quelque temps après la noirceur,
qu'on voyait comme remuer des
petits filets d'araignée, desquels
s'engendra un dragon avec des
Tome II M

@

72 Le retour d'Hermès,

yeux étincelants, qui devint si gros
& si enflé qu'il creva; quoi faisant
il se fit un bruit dans le vaisseau
tel que d'une trompette
auquel accoururent tous ceux du
logis avec moi. Peu après comme
nous considérions le Vase
attentivement, il devint azuré,
& apparut en son haut un Soleil,
une Lune avec d'autres Etoiles;
en bas un terrain vert, herbu
& rempli d'Arbres. A côté de là
il y avait une belle Fontaine qui
jetait de l'Eau abondamment,
dont la Terre s'abreuvait un peu
à la fois, ensuite tout disparut.
Je ne sais ce qui en adviendra,
quand il sera au blanc, j'en ferai
une épreuve.
H. Il y a longtemps que le
mensonge a orné l'Histoire la
première fois: ne vous sauriez-

@

Chapitre quatrième. 73

vous abstenir de dissimuler la vérité?
je ne vous demande pas tout
cela, je veux des choses vraies
comme le reste, quoi qu'inutiles.
K. Vous avez raison, Monsieur,
j'avais peur que mes Camarades
ne m'estimassent point savant
sans leur conter des choses surprenantes;
Mais puisque le Monde
finira sitôt, je ne veux plus
mentir: Le Métal peut mieux
souffrir le Feu que moi, je ne ferai
plus péter mes vaisseaux comme
autrefois, quand j'avais fait
une autre conclusion selon les
Auteurs, où que j'avais imaginé
quelque addition: je renonce
aux querelles que j'ai souvent
fait naître pour avoir lieu de
changer de gens, lorsqu'ils ne
me fournissaient pas assez.
X. Je sais que la plus belle
M ij

@

74 Le retour d'Hermès,

leçon qu'on peut donner à un
ami, est de lui recommander de
ne point mentir.
Z. Pour moi, je ne veux plus
arroser des Oignons de Fleurs,
ni des racines d'herbes avec des
dissolutions douces de Métaux,
afin qu'ayant végétés avec leur
suc, ils puissent congeler le Mercure
en Or si c'est de l'Or, &c.
dont j'ai trompé & fait errer
tant de Monde.
H. Que cette bonne volonté
vous accompagne toujours.
K. Enseignez-nous donc quelque
chose pour passer cette misérable
vie, car si nous étions
riches, nous ne dirions point de
savoir tout pour avoir de l'Argent,
nous n'irions point vendre
les secrets qui sont encore à chercher;
nos Amis ne seraient pas

@

Chapitre quatrième. 75

Médecins Spagyriques, & pour
de la fausse Monnaie, on n'en
parlerait jamais.
H. Faut-il pour avoir plus de
pain qu'il est nécessaire, & pour
des superfluités, nous rendre criminels
devant Dieu & les Hommes?
C'est un pauvre manger
que de se nourrir de sa damnation.
K. Point de digression, voilà le
Manuscrit dont je vous ai parlé
tantôt; au moins expliquez-le
moi si vous ne me voulez rien
dire autre chose.
H. Il m'est plus facile d'enseigner
la vérité, que de la faire dire
à un qui ne la sait pas.
K. Je m'en vais donc le jeter
au Feu avec cet autre, qu'on dit
avoir été composé par un disciple
d'Artephius, surnommé le Saunier.
M iij

@

76 Le retour d'Hermès,

H. La première partie de notre
oeuvre avance fort celui qui la
possède, mais à la seconde on ne
se sert point de Sel.
K. Il y a donc quelque chose de
bon?
H. Rien pour tout.
K. Mais qui sont donc les bons
Auteurs?
H. Ceux qui disent qu'ils n'ont
d'autre Soufre que l'Eau, d'autre
Terre que le Mercure, & d'autre
Sel ou Pierre que les deux
conjoints: Ceux-là aussi qui enseignent
à introduire dans le
Mercure une teinture sèche, &
puis une liquide.
K. Il me semble qu'il y a quelque
chose de cela dans la copie des
lettres qu'on écrivit autrefois à
Alexandre. Voilà encore un écrit
qui enferme cette doctrine, où je

@

Chapitre quatrième. 77

suis trompé, car il vient d'un bon
vieillard qui commandait aux
Démons.
H. Un Artisan dont le métier
requiert beaucoup d'observations,
n'a que faire de les mettre par écrit
pour lui quand il les sait; Et
vous voulez qu'une chose qui se
trouve écrite jusques sur le front
du moindre insecte, s'y mette?
Z. Ce sont donc des affronteurs?
X. Ce ne sont point des affronteurs,
mais ce sont gens qui étudient
les Livres, & mettent à
chaque fois leurs pensées sur le
papier, puis il arrive que tout
étant rédigé ils viennent à mourir;
ainsi leurs successeurs n'ont
autre chose à hériter que des
imaginations, pendant quoi on
dit qu'un Homme de cette sorte
M iiij

@

78 Le retour d'Hermès,

savait la Pierre Philosophale.
Si on oppose qu'il était pauvre,
on répond qu'il feignait de l'être,
crainte d'être connu, aimant
mieux sa liberté qu'une vie captive.
K. Pour celui-ci, c'est un écrit
qui vient d'un Homme, qui sans
doute a laissé à sa Femme six ou
sept lingots d'Or, gros & longs
comme le bras, il n'y a point de
raillerie, j'en suis témoin oculaire.
H. De quoi parle-t-il?
K. Prenez de votre lunitif.
H. Puisqu'il est Enigmatique,
vous aurez aussitôt fait de prendre
le premier Livre imprimé qui
vous viendra en main, moyennant
qu'il soit d'un Philosophe,
& non d'un pilleur d'Auteurs ou
d'un amasseur de recettes.

@

Chapitre quatrième. 79

H. Mais voici un récipé qui
vient d'un saint Religieux, dont
la vie était irréprochable, je ne
crois point qu'il voulût tromper.
X. Le Chapelet n'est pas trompeur,
mais on s'en sert fort pour
tromper.
K. Ce n'est point à vous que je
parle?
H. Point de querelle: holà, de
quoi se sert-il ce Moine?
K. Il bat des Pierres à Fusils, &
en reçoit dans une bouteille le
feu, qu'il appelle son Soufre,
puis le met cuire; il enseigne
encore à faire un feu Philosophique,
entr'autres une huile de Soufre
& de Mars qui est toujours
chaude, puis une autre de charbon
pilé, mené avec deux parties
de terre, moyennant un peu d'eau

@

80 Le retour d'Hermès,

pour le mettre en pelotes ou
boulettes, qui étant sèches brûlent
& chauffent grandement.
Il fait aussi un feu d'eau de vie
de terre grasse. On y trouve la
manière de faire un Feu potentiel
avec de la farine, ou des
écorces d'arbrisseaux, puis il enseigne
à faire des huiles incombustibles
pour mettre dans des
lampes.
H. Comment peuvent-elles être
incombustibles, puisqu'elles sont
combustibles?
Z. Par circulation & rechute de
l'huile qui a monté.
K. Il enseigne encore des admirables
secrets pour la Médecine,
suivant les écrits des Philosophes,
qui disent que la Nature
s'éjouit de sa Nature; que la
Nature s'amende en sa Nature,

@

Chapitre quatrième. 81

& que Nature surmonte les
effets ordinaires de Nature. Le
coeur d'un vieux Corbeau sert
contre l'hydropisie, la cervelle
d'un Hibou contre la mélancolie,
le sang des Limaçons contre
la fièvre quarte, & la peau de
Lézard contre la goutte, les uns
par sympathie, les autres par antipathie.
Voilà ce que j'ai de
plus rare, qui a été jusques ici
le Trésor de mes espérances, &
je connais présentement que ce
sont des folies. O que l'Homme
est chimérique! Je confesse que
le premier jour auquel je me
suis embarqué sur cette Mer périlleuse,
je croyais en savoir assez
pour braver les plus grands
& les plus doctes, je ne pouvais
manquer me semblait-il, mais
c'était de faillir; j'ai cru être

@

82 Le retour d'Hermès,

le mignon du temps, le favori
de la fortune, si présentement
je vois que mon bonheur est entre
vos mains, j'admire la bonté
que vous avez eue (Monsieur)
de me dessiller les yeux, pendant
que la confusion m'a fait
ressouvenir du temps qui s'est
passé.
Z. Notre Père, vous pouvez
nous délivrer du mal, commandez,
vous serez obéi; nous sommes
prêts à faire tout ce que vous
voudrez, fiez-vous à nous, comme
à des gens qui viennent de se
dépouiller de tout vice.
X. Faites-nous travailler, & ne
vous souciez pas du reste: un
Homme comme vous connaît
bien les coeurs, si j'ai trompé
quelqu'un je l'ai été moi-même
le premier, on ne peut pas

@

Chapitre quatrième. 83

me reprocher comme aux autres
que ma première matière a été
l'Argent.
K. Ne faisons pas comme ceux
qui font les choses sans intérêt
corporel, pour mieux établir celui
de l'Esprit. Ça que faut-il
faire? qu'elle Matière vous plaît-
il?
H. Avez-vous un peu d'Or de
coupelle?
K. Non.
H. Faites donc fondre du Plomb,
& puis quand il sera bien rouge,
jetez sur trois livres un quart de
grain de cette poudre enveloppé
d'un peu de cire?
K. Hélas! Monsieur, le Creuset
est percé par le bas, je crois
que la Matière coule.
H. Ne savez-vous pas que pour
être transmué en Or, de huit

@

84 Le retour d'Hermès,

parties de grosseur, elle doit se
resserrer, & appetisser de plus de
cinq?
K. Je croyais que cela aurait
fait un bruit, ainsi que disent
ceux qui ont vu faire la projection:
Ah! les fourbes, qu'ils
me viennent conter désormais
qu'ils ont vu projeter un poids
sur mille, sur cent &c. Ne peut-
on pas projeter sur le Métal d'une
autre façon?
H. Oui, quand la poudre est
trop forte, on en laisse tremper
un grain dans une pinte d'eau
l'espace de deux ou trois minutes,
puis on le retire sans être diminué,
ou s'il l'est, c'est incompréhensiblement
à cause de sa petite
quantité, comme un grain de
Musc qui donne son odeur dans
toute une Salle sans qu'on s'aperçoive

@

Chapitre quatrième. 85

de sa diminution, ainsi
ce grain peut resservir toujours
& être remis dans de nouvelle
eau quand elle aura fait son effet,
qui est de dissoudre les Corps
que l'on y met, d'en séparer le
Soufre terrestre, qu'elle pousse
à la superficie en forme d'écume,
jusques à ce que le pur demeure au
fond qu'il faut remettre en corps.
On se sert encore de cette
Pierre, lorsqu'elle est en huile,
ce qui se fait en lui donnant de
son propre humide, tant qu'elle
ne le puisse plus congeler; ensuite
on fait chauffer quelque
pot ou chaudron si grand qu'il
soit, puis on en met une goutte
avec un petit bouton de verre,
& aussitôt elle s'étend partout.
Quand notre Médecine n'est

@

86 Le retour d'Hermès,

assez fondante, & que nous n'avons
pas le temps de l'humecter,
nous la sublimons avec des Minéraux
volatils, puis nous nous en
servons.
Nous en pouvons aussi corriger
les Minières, en en jetant
un peu dans les Eaux qui les environnent.
Nous la rendons quelquefois
si pénétrante, qu'elle transmue
l'Argent-vif en Or dans le creux
de la main, mais quand elle n'est
pas assez pénétrante ou multipliée,
nous nous servons des Soufres
parfaits qui se trouvent dans
les Métaux, dont nous venons
à bout en faisant fondre du Cuivre,
du Fer & du Plomb ensemble, puis
on y projette un grain de Poudre,
& ainsi la Médecine est multipliée
en vertu.
Les

@

Chapitre quatrième. 87

Les Philosophes se divertissent
encore à faire voir des réalités
par le mélange des Métaux, un
poids sur douze, sur trois, sur
quatre, sur deux &c tant au
Blanc qu'au Rouge; insinuant
un peu de leur Poudre qu'ils
tiennent secrètement au bout du
doigt, dont ils frottent par avance
quelque morceau de Métal ou
d'Argent-vif, puis quand les Artistes
viennent à les cimenter,
calciner & fondre, ils trouvent
avoir de bel Or ou Argent, qu'ils
présument faire encore d'autres
fois recommençant l'opération,
pendant quoi l'Auteur n'y étant
plus ils travaillent en vain. On
ne fait point cela pour tromper,
mais pour faire voir aux ignorants
présomptueux que la transformation
Métallique est véritable.
Tome II N

@

88 Le retour d'Hermès,

K. Monsieur, ôterais-je le Creuset
du feu?
H. Oui, versez
X. O le bel Or! il est plus d'à
vingt-trois carats.
H. Coupez-en une dragme &
partagez le reste entre vous.
Z. Voilà qui est fait; qu'en faut-
il faire?
H. Faites que ce gros ne pèse
plus rien par le moyen du C &
le mêlez avec deux parties de L,
ou A. C, ensuite dissolvez-le en
eau y mettant du P. M. une
quatrième partie de toute la dissolution
que ferez évaporer, alors
mettez le tout au feu, & il sera
transmué; Après quoi mêlez-
en une partie avec quatre d'Argent-vif
extrait du Nitre Rouge,
si vous voulez terminer en sept
mois; ou avec six parts, si vous

@

Chapitre quatrième. 89

voulez finir en neuf; ou avec
dix, si voulez achever en douze:
car plus vous mettrez d'humide,
plus longtemps faudra-t-il pour
sécher le tout par le feu: En premier
lieu, l'Eau traverse les pores
naturels du grain, & l'esprit qui
s'y rencontre y étant plus libre,
parce qu'elle est liquide, que
dans un corps sec, s'en veut envoler;
mais comme l'Eau est
par son moyen étendue de toutes
ses parties, elle se fuit, & des
deux se fait un corps moyen qui
paraît enflé, à cause que les parties
de la Terre sont divisées.
Souvenez-vous de l'humecter
quand il sera sec, & de le sécher
lorsqu'il sera trop humide moyennant
le sec, qui se peut engendrer
de la chaleur, & être adapté par
apposition.
N ij

@

90 Le retour d'Hermès,

K. Voilà de belles choses,
voyons si je m'en souviens bien.
Nous avons pris le Mercure de
l'Argent-vif, la Lune de l'Argent
& le Soleil de l'Or, en apposant
au Volatil un corps fixe, afin qu'il
soit semblable au fixe: Et avant
de conjoindre le Noir avec le
Blanc, nous l'avons premièrement
blanchi.
Z. Croirait-on qu'une chose si
aisée fut si difficile à trouver?
X. N'est-ce pas presque comme
j'avais dit?
H. Dites-en chacun votre sentiment
par Paraboles, & les donnez
au Public.
X.Z.K. Commencez-donc le
premier, aussi bien n'avons-nous
rien à faire, pendant que notre
Matière cuit.

@

Première Parabole. 91

----------------------------------

PREMIERE PARABOLE
du Grand Oeuvre.

H. L Ors que j'étais en la
Province de Pentapolis,
située entre l'Arabie & la Palestine,
où j'étais allé pour voir les
vestiges d'un si beau Pays, qui
autrefois était plus plantureux
que celui de Promission, & le
serait encore, n'eût été l'horrible
péché des habitants de quelques-unes
de ces Villes; je me
promenais de côté & d'autre
pour trouver quelque Eau qui ne
fût point infectée de leur abîme,
pour subvenir à ma soif, pendant
quoi j'aperçus des Pommes,
dont la beauté attrayante
me promettait l'aide de leur suc;
N iij

@

92 Le retour d'Hermès,

mais quand j'eus mordu dedans,
je les trouvai pleines de Poudre
fumeuse qu'elles tiennent encore
de ma malédiction du terroir,
dont l'ire de Dieu bannit autrefois
les substances par un embrasement
entier.
Comme cette altération violente
me pressait de plus en plus,
j'avisai d'une éminence où j'étais
monté, comme un petit Etang
réfléchissant la figure d'une Femme
à cheveux longs, qui changeait
agréablement de place de
fois à autre. Je fus longtemps à
contempler si ce n'était point
une figure nageant, & je l'eusse
cru, si la tranquillité de l'eau ne
m'eut détrompé. Etant sur le
bord de cet Etang, je voyais
toujours la même chose, hormis
qu'elle paraissait plus belle

@

Première Parabole. 93

que de loin; une peur surprit ma
curiosité, & la confiance que
j'avais à mon bonheur me faisait
chercher aux environs l'original
de cette aimable Image:
après que ma peine m'eut mis
hors d'espérance de satisfaction,
je me baissai & bu de l'Eau qui
était fort bonne.
Aussitôt que j'en eus pris, les
yeux de mon intellect furent ouverts;
car je vis en me retournant
le sujet de ce beau portrait que
l'Air avait représenté dans l'Eau.
Elle prévint mes civilités me
montrant un très petit animal en
partie semblable à un Homme,
qui avait les jambes & les pieds
autant de fois plus grands que
la teste, qu'il y avait de choses
différentes au Monde. Il est bâtard
de Saturne (me dit-elle)
N iiij

@

94 Le retour d'Hermès,

avorton de Venus, quand il
combat contre Mars, il n'a d'autre
aide que l'humide congelé par
la terre; sur ces entrefaites Vulcan
envoie une Etoile au secours,
& Mercure le sépare par la
prière de Venus, qui moyennant
un peu de lie de la Mer le déguise
en eau pour cacher Mars à
sa fureur, puis cette Eau se met
avec l'eau congelée, jusques à ce
que la chaleur du Soleil les enlève
tous deux, & que la Lune les
fasse amis par le voyage à force
de promener, alors on fait étendre
Phoebus par Pallas, & quand
il est blanchi on le sépare de ses
superfluités, en le frottant d'huile
de feu, afin que la Neige ne
lui puisse faire mal, jusques au
Soleil Levant. XaLIo, parlez à
votre tour?

@

Première Parabole. 95

Z. Permettez que ce soit moi,
Monsieur. H. Dites donc.

----------------------------------

SECONDE PARABOLE.

Z. J 'Etais autrefois fort en
peine sur ce qu'on disait
que le Soleil n'était plus élevé selon
les degrés marqués par les
écrits des Anciens Astrologues,
puisque les Modernes le trouvaient
beaucoup plus bas qu'eux;
mais présentement je connais que
cela procède de l'abondance de
l'Eau qui est raréfiée dans l'Air,
ainsi qu'Hermès m'a enseigné;
Et l'expérience fait voir que les
Corps paraissent plus gros dans
l'Eau qu'ailleurs; le Soleil étant
sur notre horizon, nous semble
beaucoup plus grand que lorsqu'il

@

96 Le retour d'Hermès,

est à notre Zénith, cela
procède de l'humide grossier, &
de la Terre qui l'éloigne de nous
moitié de sa grandeur.
Si l'on ne mesurait plus un
Corps lumineux comme un
obscur, qui n'aide pas à se faire
voir; si l'on faisait que le pénultième
de sept en descendant,
fût celui du milieu, en montant
& en dévalant; puisque l'on fît
que le pénultième en montant
fût le troisième en descendant:
on serait détrompé de ceux qui
disent que le Soleil est plus grand?
que la Terre & de beaucoup
d'autres choses, car on arriverait;
facilement au commencement du
quatrième qui est le milieu, où
on trouverait que la moitié de la
composition doit être réellement
selon les principes Mercurielles

@

Seconde Parabole. 97

Métalliques, & que le reste est
imaginaire.
X. Voilà qui est trop clair.
H. Et vous XaLIo, dites aussi
quelque mot.

----------------------------------

TROISIE'ME PARABOLE.

X. L E Zodiaque est partagé en
douze Signes, les quatre
premiers correspondent aux Végétaux;
les quatre autres aux
Animaux, & les quatre derniers
aux Minéraux: Et selon l'ordre
des Eléments il se rencontre toujours
un signe de Terre après un
de Feu, & une maison d'Eau
après une d'Air; mais qui voudra
rendre ce cercle carré,
qu'il le fasse après le premier
cinq.

@

98 Le retour d'Hermès,

Que ceci vous apprenne à
connaître l'Eau; car puisque
toutes les générations se sont par
extension des parties, considérez
combien elle doit être resserrée,
étant encore près du centre de
la Terre, vu que l'Or est si pesant.
H. C'est fort bien parlé pour
ceux qui connaissent la Nature.
K. Comment découvrir ce qu'elle
cache, si l'on n'a ni argent ni
crédit?
Z. Il faudrait ajouter quelque
procédé particulier pour aider les
pauvres Artistes, afin qu'ils pussent
s'employer sans autre soin
que d'étudier continuellement,
& par ce moyen parvenir à la fin
désirée, aussi bien que ceux, qui
peuvent donner quelque chose à
leurs divertissements.

@

Troisième Parabole. 99

X. Cela serait bon si nos écrits
étant divulgués, ne parvenaient
qu'entre les mains des gens, qui
ont déjà presque fini leurs jours
à souffler les charbons infectés de
la fumée d'une infinité de drogues
qu'ils ont sacrifiées à l'Air; ou de
ceux qui se sont ruinés pour avoir
été du sentiment des Imaginaires:
Au contraire les insensés
flatteurs des ignorants, qui ont toujours
méprisé & décrié ce divin
Oeuvre, ne considéreraient nos
libéralités, que selon le lucre qui
en peut arriver, pour faire les beaux
& les braves. Je ne me soucie pas
du secret, me disait un Badin
l'un de ces jours, faites-moi seulement
de l'Or & de l'Argent, nous
nous mettrons en belle passe.
Comme si l'Homme qui est devenu
sage pour avoir quitté les

@

100 Le retour d'Hermès,

superfluités, faisait grand cas de
devenir fol, par la séduction
d'un sot.
Hermès concluait (comme j'étais
las d'écouter) que la faiblesse des simples
causait souvent plus de mal, que
la malignité des méchants. Cependant
je laissai les Alchimistes
(Prétendus-Reformés) cuisant
leur Pierre, pour vous en dire des
nouvelles, lorsqu'elle sera achevée.

F I N.

@

pict

P R I V I L E G E D V R O Y.


L OUIS PAR LA GRACE DE DIEU, ROY DE FRANCE
ET DE NAVARRE: A nos Amez & Feau Conseillers les Gens tenans nos Cours de Parlemens,
Maistres des Requettes ordinaires de nostre
Hostel, Baillifs, Seneschaux, leurs Lieutenans,
& autres nos Iuges & Officiers qu'il appartiendra,
Salut: Nostre Cher & bien Amé S. P. M.
DE R E S P O V R, nous a fait remontrer qu'il a composé un Livre, intitulé: Rares Experiences
sur l'Esprit Mineral, pour la preparation &
transmutation des Corps Metaliques. lequel desidereroit
faire imprimer & donner au Public; mais
il craint qu'en ayant fait la dépense, d'autres le
voulussent imprimer à son préjudice, s'il ne luy
estoit pourveu de nos Lettres de Privilege) à ce
necessaires, qu'il nous a tres-humblement fait supplier
luy vouloir accorder: CES CAUSES, voulant
favorablement traiter l'Exposant, nous luy avons
permis & accordé, permettons & accordons par
ces presentes de faire imprimer ledit Livre par tel
Imprimeur ou Libraire de ceux par nous reservez,
en tel Volume, marge & caractere, & autant de
fois qu'il voudra, pendant le temps de dix années
consecutives, à commencer du jour qu'il sera
achevé d'imprimer pour la premiere fois, iceluy
vendre & distribuer par tout nostre Royaume:
Faisons deffenses à tous Imprimeurs, Libraires
& autres, d'imprimer, faire imprimer vendre &
distribuer ledit Livre, sous quelque pretexte que
ce soit, même d'impression Estrangere & autrement,
sans le consentement dudit Exposant, ou
de ses ayans causes, sur peine de confiscation des
Exemplaires contrefaits, de trois mille livres
d'amende, moitié envers l'Exposant, & l'autre au
profit de l'Hospital General de nostre bonne Ville
de Paris, & de tous dépens, dommages & interests;

@

à la charge d'en mettre deux Exemplaires en nôtre
Bibliotheque publique, un autre en nostre Cabinet
des Livres de nostre Chasteau du Louvre, &
un en celle de nostre tres-Cher & Feal Chevalier
Chancelier de France le sieur Seguier, à peine de
nullité des presentes: Du contenu desquelles vous
mandons & enjoignons faire joüir l'Exposant ou
ses ayans causes, pleinement & paisiblement, cessant
& faisant cesser tous troubles & empeschemens
au contraire: Voulons qu'en mettant au
commencement ou à la fin dudit Livre l'Extrait
des presentes, elles soient tenuës pour
deuëment signifiées, & qu'aux copies collationnées
par l'un de nos Amez & Feaux Conseillers
& Secretaires, foy soit ajoûtée comme à
l'Original: Mandons en outre au premier nostre
Huissier ou Sergent sur ce requis, faire pour l'execution
des presentes toutes significations, deffenses,
saisies & autres actes requis & necessaires,
sans demander autre permission, ny pareatis,
nonobstant Clameur de Haro, Chartre Normande
& autres Lettres à ce contraires. C A R tel est
nostre plaisir: D O N N E' à S. Germain en Laye,
le 10. jour de Iuin l'an de Grace mil six cens soixante-huit:
Et de nostre Regne le vingt-sixiéme,
Par le Roy en son Conseil D E N Y S.

Registré sur le livre de la Communauté de Marchans Imprimeurs & Libraires de cette Ville, suivant
& conformément à l'Arrest de la Cour de Parlement
du 8. Avril 1653. aux charges & conditions portez
par le present Privilege. A Paris le 16. Iuin 1668.
A condition que ledit Livre ne se pourra distribuer que
par les Imprimeurs ou Libraires non autrement.
Signé A. S O U B R O N, Syndic.
Achevé d'imprimer le 23. Aoust 1668.
Les Exemplaires ont été fournis,

Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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